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03.0 Dictionnaire historique — DURBAN – EMPADA

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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DURBAN, (Pierre de) gentilhomme Toulousain, fit des vers et des chansons pour les dames de sa contrée. Il assista comme témoin, en 1226, au traité d'alliance passé entre les comtes de Toulouse et de Foix.
DURER ou DURE, (Albert) naquit à Nuremberg en 1471. Après avoir voyagé en Flandre, en Allemagne et à Venise, il mit en lumière ses premières *Estampes*. Il devint si habile dans le dessin, qu'il servit de modèle aux peintres de son temps, aux Italiens mêmes. L'empereur *Maximilien premier* le comble de bienfaits. Il lui donna lui-même pour les armoiries de la peinture trois écussons, deux en chef et un en pointe. Ce prince dit un jour, en parlant à un gentilhomme: *Je puis bien d'un l'oyson faire un Noble; mais je ne puis changer un ignorant en un aussi habile homme qu'Albert DURER* : (réponse attribuée aussi à *Henri VIII*, roi d'Angleterre, au sujet de *Holbein*). Les tracasseries de sa femme, véritable furie, le firent mourir de chagrin, à 57 ans, en 1528. *Durer* ne lui ressemblait en rien : il étoit plein de douceur, de modération, de sagesse. Des manières nobles, une conversation agréable, une heureuse physionomie, donnoient un nouveau lustre à ses talens. On a de lui un grand nombre d'*Estampes* et de *Tableaux*, dans lesquels on admire une imagination vive et féconde, un génie élevé, une exécution ferme, et beaucoup de correction. On souhaiterait qu'il eût fait un meilleur choix des objets que lui présentoit la nature, que ses expressions fussent plus nobles, que son goût de dessin fût moins roide et sa manière plus gracieuse. Ce maître n'observoit guère le *costume* : il habilloit tous les peuples comme les Allemands. On a encore de lui, quelques *Ecrits sur la Géométrie, la Perspective, les Fortifications, les proportions des figures humaines, etc.* Le roi avoit trois tentures de tapisseries d'après ses dessins. On voyoit plusieurs de ses tableaux au Palais-royal. Son estampe de la *Mélancolie* est son chef-d'œuvre. Ses *Vierges* sont encore d'une beauté singulière. — *Voyez MASO*. I. DURET, (Louis) né d'une famille noble à Beaugé-la-Ville, dans la Bresse, qui appartenoit alors au Duc de Savoie, étoit un des plus célèbres médecins de son temps, et exerça son art à Paris avec une grande réputation sous les règnes de *Charles IX* et de *Henri III*, dont il fut médecin ordinaire, et non premier médecin, comme l'a dit *Teissier*, qui pié ensuite par beaucoup d'autres. *Henri III*, qui l'aimoit et l'estimoit singulièrement, le gratifia d'une pension de quatre cents écus d'or, reversible sur la tête de cinq fils qu'il avoit; et ce prince voulut assister au mariage de sa fille, à laquelle il fit des présens considérables. *Duret* mourut le 22 janvier 1586, à 59 ans. Il étoit fort attaché à la doctrine d'*Hippocrate*, et traitoit la médecine dans le goût des anciens. De plusieurs livres qu'il a laissés, le plus estimé est un *Commentaire sur les Coaques d'Hippocrate*, Paris 1621, in-fol. grec et latin. Il mourut sans avoir mis la dernière main à cet ouvrage. *Jean Duret*, son fils, le revit, et le donna au public sous ce titre: *Hippocratis magni Coacæ prænotiones; opus admirabile in tres libros distributum, interprete et enarratore* L. Dureto. Cet ouvrage a eu six éditions; Paris, 1588 et 1621; Strasbourg 1633, Paris 1658; Genève 1685, et la Haye 1737. On dit que *Boerhaave* ne passoit pas de jour sans en lire quelques articles. Les autres écrits de *Duret* sont: I. *Adversaria* Lud. *Dureti Segusiani in libros Jacobi Hollerii, de morbis animi*; Genève 1635. II. *Adversaria in Hippocratis librum, de humoribus purgandis*; Leipzig 1745. *Duret* étoit originaire de Forez. — *Jean DURET*, fils de Louis, exerça la profession de son père avec succès, et mourut en 1629, à 65 ans.
II. DURET, (Jean) né à Moulins, devint procureur du roi au présidial d'Angers. Il a publié en 1588 le *Traité* des Peines et Amendes, Lyon in-8. On lui doit encore un *Commentaire* sur la coutume du Bourbonnois, et la *Conférence* des Magistrats Romains avec les Juges François.
III. DURET, (Claude), né à Moulins, d'une famille originaire de Forez, devint président du présidial de sa patrie, et mourut le 17 septembre 1711, honoré de la confiance de Henri IV. Il est auteur d'un ouvrage in-4° intitulé: *Trésor* de l'histoire des langues de cet univers, dont la seconde édition fut imprimée à Yverdon en 1619, par les soins de *Florimonde Bergier*, son épouse. Cet ouvrage rempli d'érudition, mais hérissé de citations, comme tous ceux du même temps, est encore recherché par quelques curieux.
IV. DURET, (Noël) de la même famille que le précédent, naquit à Montbrison, vers l'an 1590, devint cosmographe du roi, et fut pensionné par le cardinal de *Richelieu* pour composer des *Éphémérides*. On lui doit encore: I. *Nouvelle Théorie des Planètes*; Paris, 1635, in-4° II. *Traité de Géométrie et de Fortifications*, Paris 1643, in-4° Il avoit obtenu le privilège extraordinaire de faire imprimer tous les livres de mathématiques qu'il lui plait, et d'être partout imprimeur. V. DURET, (Pierre-Claude) né à Lyon, a écrit plusieurs Vies particulières de Saints. I. *Vie de Ste. Therèse*; Lyon 1718, in-12. II. *Vie de St. Jean de la Croix*, Lyon 1727. III. *Vie de St. Bonaventure*. On lui doit encore une *Histoire des Voyages aux Indes orientales*, in-4°
VI. DURET, (Edmond-Jean-Baptiste) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Paris le 18 novembre 1671, mourut le 23 mars 1758, à 87 ans. Il a traduit le 2$^{e}$ volume des *Entretiens d'une Ame avec Dieu*, par Hamon; et la *Dissertation* théologique d'*Arnault* sur une proposition de *St. Augustin*. Il fit l'a l'imitation de ses confrères, par son amour constant pour ses devoirs, et par la réunion 430 DUR des vertus chrétiennes et monastiques. I. DUREUS ou DUREUS, (Jean) Jésuite, écrivit au 16e siècle, contre la Réponse de Whitaker aux XVIII Raisons de Campion; Paris 1582, in-8.
II. DUREUS, (Jean) théologien Protestant du XVIIe siècle, natif d'Écosse, travailla avec beaucoup de zèle, mais en vain, à la réunion des Luthériens avec les Calvinistes. Il publia, à ce sujet, plusieurs ouvrages, depuis 1634 jusqu'en 1674, in-8 et in-4; et mourut quelque temps après, avec la réputation d'un homme qui réunissait un esprit éclairé et un caractère conciliant.
DUREY DE MEINIÈRES, (Jean-Baptiste-François) président aux enquêtes du parlement de Paris, obtint cette place en 1731, et la quitta en 1758. Quelques fautes de jeunesse et son humeur prodigue avoient dérangé ses affaires; mais il les répara dans ses derniers jours par une conduite sage. Après avoir passé quelque temps chez Voltaire à Ferney, il se retira dans une campagne près de Paris, où il rédigea des extraits raisonnés, historiques et critiques des registres du parlement, avec des tables. Ce manuscrit, qui forme une centaine de volumes in-folio, est dans la bibliothèque de M. de Brunville. Le président de Meinières mourut à Chaillot, le 27 septembre 1785. C'était un homme d'un esprit éclairé, d'un caractère honnête, bon, doux et serviable. Une épouse aimable et connue par ses ouvrages, embellit l'existence de M. de Meinières, et la prolongea par les soins de l'amitié.
DURFORT, Voyez LORENT et DURAS.
DURFORT, (Guillaume) de l'illustre famille de ce nom dans le Querci, se distingua par son esprit et ses poésies, plus intelligibles pour ses contemporains que pour nous. Il y célèbre souvent son ami Gui-Cap-de-Porc. «Que ne lui ressemblons-nous tous, dit-il? chacun y trouveroit son bonheur, les riches comme les pauvres. Ce qui me fâche, c'est qu'il n'ait pas autant de marcs que de deniers; car il doreroit les indigens que les autres plombent». C'est-à-dire, assommant. —Raimond de DURFORT, de la même famille, troubadour du XIIe siècle, se rendit célèbre par ses chansons. Nostradamus et Crescimbeni, dans le tome II de son Histoire des Poésies italiennes, en donnent une notice.
DURIER, Voyez DURYER.
DURING, comte Allemand, célèbre par une perfidie atroce, étoit gouverneur du fils d'Uladislas, prince de Lutzen en Misnie, vers le commencement du IXe siècle. Néclam, prince de Bohème, ayant vaincu et dépouillé Uladislas de ses états, le lâche During coupa la tête à son élève, et la porta au vainqueur. Néclam, plus généreux que lui, loin de le récompenser comme il l'attendoit, le fit pendre à un arbre.
DURINGER, (Melchior) professeur en histoire ecclésiastique à Berne, peut fournir un nouvel article en traité De infelicitate litteratorum. Il passa toute sa vie dans le célibat, la solitude, la mélancolie, et presque la misantropie. Le feu ayant pris à sa maison le premier janvier 1723, il tomba d'un troisième étage, et mourut une heure après, dans sa 76e année. L'auteur de la Physique sacrée, imprimée à Amsterdam en 1732, avoit beaucoup profité des lumières de Duringer.
DUROCHER, (N.) auteur des Princes reconnus, et de l'Indienne amoureuse, tragi-comédies, jouées en 1631 et 1634, mourut quelque temps après la représentation de ces pièces, qui ne lui ont pas survécu.
DUROCHER, (Agnès) fille unique et fort belle d'un riche marchand de Paris, se fit récluse, n'ayant encore que 18 ans, près de l'église de Sainte-Opportune, le 5 octobre 1402. La cérémonie de sa réclusion se fit solennellement par l'évêque de cette capitale, qui scella lui-même la porte de la petite chambre où elle se renferma. Cette pieuse solitaire y vécut 80 ans, et mourut en odeur de sainteté.
DUROSIER, Voy. ROSIER.
DURRIUS, (Jean-Conrad) né à Nuremberg en 1625, fut successivement professeur en morale, en poésie et en théologie à Altorf, où il mourut en 1667, à 42 ans. On a de lui : I. Une Lettre curieuse, dans laquelle il apprend à un de ses amis que les premiers inventeurs de l'imprimerie furent accusés de magie par les moines, irrités de ce que l'invention de ce bel art leur enlevoit les gains qu'ils étoient accoutumés de faire en copiant les manuscrits. II. Synopsis Theologiae moralis. III. D'autres ouvrages, etc.
DURSTUS, XIe roi d'Écosse, selon Buchanan, quoique fils d'un père très-vertueux, s'abandonna au vin, aux femmes, et chassa son épouse légitime, fille du roi des Bretons. Les nobles ayant conspiré contre lui, il feignit de changer de conduite, rappela sa femme, assembla les principaux de ses sujets, fit un serment solennel pour la réforme de l'état, pardonna à des criminels publics, et promit qu'à l'avenir il ne feroit rien sans l'avis de la noblesse. Cette réconciliation fut célébrée par des réjouissances publiques; il invita les nobles à souper, et les ayant tous assemblés dans un lien, il envoya des scélérats qui les égorgèrent. Cette trahison irrita tellement ceux qui ne s'étoient pas trouvés à cette fête, qu'ils levèrent des troupes, lui livrèrent bataille et le tuèrent vers l'an 607 de J. C.
DURVAL, (J. G.) auteur dramatique, mort dans le milieu du siècle passé, a donné trois tragédies, Ulysse jouée en 1631, Agarite, en 1635, Panthée, en 1638. Elles ont été imprimées séparément à Paris, et ne méritaient guère de publicité. I. DURYER, (André) — sieur de Malezais, né à Marcigny dans le Mâconnois, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et chevalier du Saint-Sépulchre, séjourna long-temps à Constantinople, où le roi de France l'avoit envoyé. Il fut consul de la nation Françoise en Égypte; et mourut en France vers le milieu du dernier siècle. Il possédoit parfaitement les langues orientales. On a de lui : I. Une Grammaire Turque, Paris 1630, in-4. II. Une Traduction française de l'Alcoran, Elzevir, 1649 et 1683, in-12 : elle n'est 432 DUR ni élégante, ni fidelle. Il a mêlé mal-à-propos les rêveries des commentateurs Mahométans, avec le texte de Mahomet. Galand nous en a donné une fort supérieure III. Une l'ersion françoise de Gulistan, ou de l'Empire des Roses, composé par Saadi, prince des poètes Turcs et Persans: Paris 1634, in-8.º Gentius a traduit le même livre en latin, sous le titre de Rosarium politicum. Cette dernière traduction est préférée à celle de Duryer. — IL DURYER, (Pierre) historiographe de France, né à Paris l'an 1605, reçu à l'académie Françoise en 1646, fut secrétaire du roi, puis de César duc de Vendôme. Un mariage peu avantageux dérangea sa fortune, et il voulut la réparer par son esprit. Il travaillait à la hâte, pour faire subsister sa famille du produit de ses ouvrages. On rapporte que le libraire Sommanville lui donnoit un écu par feuille de ses traductions, qui sont en très-grand nombre. Le cent des grands vers lui étoit payé quatre francs, et le cent des petits quarante sous. C'est ce qui fait qu'on a de lui une multitude d'ouvrages, mais tous négligés; et l'on peut dire de lui: Magis fami qu'am famé inserviebat. Il a fait dix-neuf pièces de théâtre: Argénis, Cléomédon, Lucrèce, Clarigène, Esther, Bérénice, Thémistocles, Nitocris, Anaxandre, Dinamis, reine de Carie; etc. Celle d'Alcimédon, représentée en 1634, se jouoit encore en 1660. Celles qui lui ont fait le plus d'honneur, sont les tragédies d'Alcyonée, de Saül et de Scévole. On dit que la savante Christine, reine de Suède, ne pouvoit se lasser d'admirer les beautés d'Alcyonée, et qu'elle se fit lire cette pièce jusqu'à trois fois dans un jour. Saint-Evremond a eu assez peu de goût pour la mettre au-dessus de l'Andromaque de Racine. La tragédie de Scévole paroît présentement emporter le prix sur toutes les autres; on la voit encore avec plaisir. Le style de Duryer est assez coulant; il écrivoit avec facilité en vers et en prose; mais la nécessité de fournir aux dépenses de sa maison, ne lui laissoit pas le temps de mettre la dernière main à ses ouvrages. Son père Isaac DURYER, mort vers 1631, avoit fait quelques Poésies Pastorales, peu connues. Le fils mourut le 6 novembre 1658, à 53 ans. « Duryer est mort pauvre, disoit Colletet, et moi je vis comme il est mort. »
DUSABLE, Voy. ARENA (de)
DUSMES, (Mustapha) autrement Mustapha Zelebis, fils de Bajazet-I, emperent des Turcs, ou, selon d'autres, imposteur qui prit ce nom vers l'an 1425, sous le règne d'Amurat II. Les Turcs soutenaient que Mustapha Zelebis avoit été tué dans une bataille contre Tamerlan; les Grecs assuraient, au contraire, qu'il étoit véritablement fils de Bajazet. Ce prince, vrai ou prétendu, s'étant formé un parti, marchoit déjà vers Andrinople, la capitale de l'empire Ottoman. Le sultan Amurat envoya contre lui le bacha Bajazet, à la tête d'une puissante armée; mais ce traitre se rangea du côté de Mustapha, qui le fit son visir ou son premier ministre. Un faux bruit ayant répandu l'alarme dans son armée, il se vit abandonné tout-à-coup, et obligé de prendre la fuite. Amurat le poursuivit sans sans relâche, le prit près d'Andrinople, et le fit pendre aux créneaux des murailles qui entourent la ville.
DUSSAULX, (Jean) né à Chartres, le 28 décembre 1728, d'une famille estimée dans la robe, mort le 16 mars 1799, remplit d'abord la place de commissaire de la gendarmerie. Il suivit son corps dans la campagne d'Hanovre sous le maréchal de Richelieu, et s'y distingua par son courage. De retour à Paris, les conseils de Guerin, professeur distingué de l'université, déterminèrent son goût pour la littérature, et il fut reçu membre de l'académie des Inscriptions en 1776. Son enthousiasme naturel et son goût ardent pour la nouveauté, ne le rendirent pas indifférent sur les principes de la révolution Française; cependant, appelé à la convention, il y parut l'un des plus modérés, et fut au nombre des 73 députés qui furent incarcérés pour n'avoir pas lutté avec assez de force contre les partisans de l'ancien régime. Dussaux faillit même à être envoyé à la mort par le comité de salut public, lorsque Marn obtint sa grace, en le représentant comme un vieillard incapable de devenir dangereux, et qui commençait à radoter. Nommé membre du conseil des anciens en 1797, il y prononça un long discours contre le rétablissement de la loterie nationale, dont il avait déjà décrit l'immoralité dans l'un de ses ouvrages. Lors de la formation de l'institut, il ouvrit la première séance, comme président, mais il n'assista pas longtemps aux séances de cette société, ayant été frappé immé- diatement après, de la maladie dont il mourut. Ses principaux ouvrages sont: I. Traduction des Saires de Juvenal; c'est la plus estimée et la meilleure que nous ayons de ce poète Latin. Elle parut en 1770, et a été réimprimée en 1796. Le discours préliminaire et les notes offrent des observations judicieuses et agréablement développées. II. De la Passion du Jeu, 1779, in-8°. L'auteur ne fut point en contradiction avec lui-même, et il quitta pour toujours le jeu qu'il a moit. Cet écrit présente des exemples effrayans du malheur et des excès des joueurs; mais il est trop volumineux, et le style en est souvent déclamatoire. III. Eloge de l'Abbé Blanchet, en tête des œuvres de ce dernier; il est écrit avec chaleur et sentiment. IV. Mémoire sur les satiriques Latins. On l'a inséré dans le 43e volume des Mémoires de l'académie des Inscriptions. V. Voyage à Barrège et dans les hautes Pyrénées, 1796, in-8°. Ce voyage fut fait en 1788. L'auteur veut quelquefois imiter Sterne, mais il n'y réussit pas. VI. Mes Rapports avec J. J. Rousseau, 1798, in-8°; écrit foible, qui n'apprend rien d'intéressant.
DUTEIL, (N.) donna au théâtre François, en 1641, l'Injustice public, tragédie. C'est le même sujet que la Virginie de Camastron. Ou ignore le temps de la mort de ce poète obscur. I. DUTILLET. (Jean) évêque de Saint-Brieux, puis de Meaux, mort le 19 novembre 1570, étoit frère de Jean DUTILLET, greffier en chef du parlement de Paris. Voyez l'article suivant. Il se distingua par son E e érudition et par son zèle pour la religion catholique, à laquelle il ramena Louis DUTILLET son frère, chanoine d'Angoulême, qui l'avoit abandonnée. Ses principaux ouvrages sont : I. Un Traité de la Religion Chrétienne. II. Une Réponse aux Ministres, 1566, in-8.º III. Un Avis aux Gentilshômunes séduits, 1567, in-8.º IV. Un Traité de l'Antiquité et de la Solennité de la Messe, 1567, in-16. V. Un Traité sur le Symbole des Apôtres, 1566, in-8.º VI. Une édition des Œuvres de Lucifer de Cagliari, Paris, 1568. VII. Une Chronique latine des Rois de France, depuis Pharamond jusqu'en 1547; elle a été mise en françois, et continuée depuis jusqu'en 1604. C'est un des plus savans Ouvrages que nous ayons sur notre histoire. Les faits y sont bien digérés et dans un ordre méthodique; mais ils manquent quelquefois d'exactitude. On trouve cet ouvrage dans le Recueil des Rois de France, 1618, in-4.º VIII. Les Exemples des actions de quelques Pontifes, comparées avec celles des Princes païens, en latin: Amberg, 1610, in-8.º Son style ne manque ni de pureté, ni d'une certaine élégance.
II. DUTILLET, (Jean) frère du précédent, et greffier en chef du parlement de Paris, montra beaucoup d'intelligence et d'intégrité dans cette charge, qui étoit depuis long-temps dans sa maison. Sa postérité la conserva jusqu'à Jean-François DUTILLET, qui y fut reçu en 1689. Cette famille a eu aussi plusieurs conseillers au parlement, et maîtres des requêtes. On a de Jean Dutillet, mort le 2 octobre 1570, plusieurs ouvrages. Les plus connus sont : I. Un Traité pour la majorité du Roi de France (François II), contre le légitime conseil malicieusement inventé par les Rebelles, Paris, 1560, in-4.º II. Un Sommaire de l'Histoire de la Guerre faite contre les Albigeois, 1590, in-12: ouvrage rare et recherché. III. Un Discours sur la Séance des Rois de France en leurs Cours de Parlement, dans le second tome de Godefroi. IV. L'Institution du Prince Chrétien, Paris, 1563, in-4.º V. Recueil des Rois de France: ouvrage fort exact, et fait avec beaucoup de soin, sur la plupart des titres originaux de notre Histoire. La meilleure édition de ce livre est celle de Paris, en 1618, in-4.º Dutillet écrit en homme qui ne s'attache qu'à l'exactitude des recherches, et qui se soucie fort peu de la pureté et de l'élégance du style. Le manuscrit de cet ouvrage, supérieurement exécuté sur vélin, avec un grand nombre de portraits en miniature, fut présenté par l'auteur lui-même à Charles IX, et se trouve à la bibliothèque nationale.
DUVAIR, (Guillaume) fils de Jean Duvair, chevalier et procureur général de la reine Catherine de Médicis, naquit à Paris le 7 mars 1556. Il fut successivement conseiller au parlement, maître des requêtes, premier président au parlement de Provence, et enfin garde des sceaux en 1616. Il embrassa ensuite l'état ecclésiastique, et fut sacré évêque de Lisieux en 1618. Il gouverna son diocèse avec beaucoup de sagesse, quoique Duplex lui reproche d'avoir passé trois ans sans dire la messe, et de se priver d'un mystère divin pour un ministère politique. Mais un prélat peut se négliger sur ses devoirs particuliers, et cependant veiller ou faire veiller avec soin sur ses diocésains. Si nous considérons Duvair comme ministre, la fermeté parut d'abord former son caractère; il aima mieux quitter les sceaux, que de se prêter aux vues du maréchal d'Ancre, qui abusoit de sa faveur. Mais il fut plus complaisant sous le ministère du duc de Luynes, qui lui faisoit espérer la pourpre Romaine. Il n'eut plus de volonté que celle du nouveau ministre. Ce changement fit beaucoup de tort à sa réputation, et plus il avoit affecté une vertu austère, comme Sénèque, plus on le méprisa quand on le vit courir après la fortune. En 1620, il eut une dispute avec les ducs et pairs sur la préséance au conseil. Le duc d'Epernon soutint la cause des ducs en présence de Louis XIII, avec son impétuosité ordinaire. Vous êtes un imprudent, dit-il à Duvair. — Et vous, répliqua Duvair, vous êtes ce que vous êtes. — Eh bien, poursuivit d'Epernon en s'adressant au duc de Guise, vous allez combattre les Pirates de Mer, lorsqu'il faut chasser les Pirates de Terre. Cependant le conseil décida en faveur de Duvair. Ce magistrat finit sa carrière à Tonneins en Agénois, où il étoit à la suite du roi durant le siège de Clérac, le 3 août 1621, à 65 ans, sans laisser de postérité. Duvair étoit d'une taille avantageuse, avoit un port noble, une physionomie heureuse, animée par des yeux vifs. César Nostradamus parle de son luxe et de l'éclat splendide qui brilloit dans sa maison. D'autres ont dit qu'il y régnoit beaucoup d'ordre et de bienséance, sans avarice et sans faste. Si les historiens parlent diversement de ses vertus, ils s'accordent assez sur ses talens. Duvair étoit d'une sagacité surprenante, et d'une éloquence peu commune pour son siècle. Claude Robert lui appliqua dans sa Gallia Christiana, ces vers de Claudien: Oracula regis Eloquio crevère tuo, nec dignius unquam Majestas meminis Francorum se esse locutum. Il eut, de son temps, la même réputation que le chancelier d'Aguesseau a eue de nos jours. L'un et l'autre ont composé des ouvrages. Ceux de Duvair, très-inférieurs à tous égards aux productions du chancelier de Louis XV, forment un gros vol. in-fol., Paris 1641. On y trouve des Haranques, des Traductions, qui sont moins infectées que les autres productions de son temps, du mauvais goût qui régnoit alors, mais qui n'en sont pas tout-à-fait exemptes. Pierre DUVAR, frère du garde des sceaux, fut évêque de Vence. C'étoit un prélat respectable. On dit qu'il garda son épouse, quoique pauvre, et qu'il ne voulut pas la répudier pour une plus riche, parce qu'il refusa les meilleurs évêchés pour garder le sien. I. DUVAL DE MONDRAIN-VILLE (Étienne) riche négociant de Caen, s'illustra sous Henri II, par un trait mémorable de patriotisme. Metz, menacé d'un siège par l'empereur Charles-Quint, étoit dépourvu de vivres, et il n'étoit pas aisé de l'approvisionner. Duval, fermant l'œil aux périls, et n'envisageant que le bien de l'état, se chargea E e 2 436 D U V de cette entreprise importante. Il eut l'adresse de ravitailler et fournir de toutes les provisions nécessaires cette ville, regardée alors comme une des clefs du royaume. Ce service signalé, qui contribua au salut de Metz, valut à son auteur des lettres de noblesse, que le roi lui donna gratuitement l'an 1558. Il mourut le 19 janvier 1578, âgé de 71 ans, après avoir fondé le 1er prix du Palinod de Caen. — II. DUVAL, (André) de Pontoise, docteur de la maison et société de Sorbonne, fut pourvu, le premier, de la chaire de théologie, nouvellement établie par Henri IV en 1596. Il ne méritait point cette place. C'était un théologien peu éclairé, et rempli des préjugés ultramontains. Il fut un des plus grands persécuteurs de Richer, qui valait mieux que lui, et qui surtout avait le cœur plus François. Duval fut choisi pour être un des trois visiteurs généraux des Carmelites en France. Il était sérieux de Sorbonne, et doyen de la faculté de théologie, lorsqu'il mourut le 9 septembre 1638, à 74 ans. On a de lui plusieurs ouvrages : I. Un Commentaire sur la Somme de St. Thomas, en 2 vol. in-fol. II. Des Écrits contre Richer. III. Un Ouvrage contre le Ministre du Moulin, avec ce titre singulier : Le feu d'Élie pour tarir les eaux de Siloé. IV. Les Vies de plusieurs Saints de France, et des pays voisins, pour servir de suite à celles de Ribadeneira. Il s'était occupé à traduire en français ce jésuite Espagnol ; il était bien digne d'un tel travail ! V. De suspendu Romani Pontificis in Ecclesiam potestate, 1614, in-4.
III. DUVAL, (Guillaume) docteur en médecine, doyen de la faculté, et professeur de philosophie grecque et latine, était cousin du précédent. C'est lui qui commença à enseigner au collège royal l'économique, la politique, et la science des plantes ; celle-ci en 1610, et celles-là en 1607. Il introduisit aussi dans les écoles de médecine, pendant son décanat, l'usage de réciter les courtes Litanies des Saints et Saintes qui ont exercé la médecine. On a de lui : I. Une mauvaise Histoire du Collège Royal, in-4b, 1644. Il y a quelques faits curieux ; mais le style est au-dessous du médiocre. II. Une édition estimée d'Aristote, en 2 vol. in-folio, 1619. On y trouve un Synopsis analytica de tous les traités de cet auteur.
IV. DUVAL, (Pierre) géographe du roi, né à Abbeville, de Pierre Duval et de Marie Sanson, sœur du célèbre géographe de ce nom, enseigna la science de son oncle avec beaucoup de succès. Il mourut à Paris en 1683, à 65 ans. Il est auteur de plusieurs Traités et Cartes de Géographie, qui ne sont presque plus d'aucun usage. La plus connue est celle qui porte ce titre : La Géographie Françoise, contenant les Descriptions, les Cartes et les Blasons de France, avec les acquisitions faites sous Louis XIV. Elle manque d'exactitude. V. DUVAL, (Valentin Jaméray) bibliothécaire de l'empereur François I, naquit en 1695, d'un pauvre laboureur, au petit village d'Artonay en Champagne. Orphelin à dix ans, chassé de son pays à quatorze, faute d'y trouver à servir, marchant au hasard, dans l'affreux hiver de 1709, en pleine campagne, couvert de neige, demi-mort de froid, sans pain, sans asile, sans espoir, il fut surpris par la petite vérole. La violence de ses douleurs et la rigueur de la saison l'obligèrent de s'arrêter devant une méchante ferme. Il n'y eut pour retraite qu'une étable et un tas de fumier, sous lequel on l'ensévelit. La chaleur qu'il y trouva le dégourdit peu à peu, et facilita l'éruption : il ne tarda pas à être couvert de boutons; mais il manquait de secours. Tout étoit saisi dans la ferme; le maître n'avoit pas lui-même de quoi vivre, et ce fut un excès de compassion qu'il l'engagea à donner au moribond, pour toute boisson, de l'eau glacée; pour toute nourriture, un peu de bouillie à l'eau, à peine salée, et ensuite de mauvais pain desséché, qu'il faisoit dégeler dans son fumier. Les moutons dont il partageoit l'asile, sembloient touchés de sa peine, et vouloir le consoler en le léchant; mais quoique la rudesse de leur langue ajoutât à son supplice, il paroissoit plus occupé de la crainte de leur communiquer le venin dont il étoit hérissé. Quelque foibles que fussent les secours qu'il recevoit dans cette étable, il fut impossible au maître de les continuer. Il fallut le transporter, encore malade, couvert de méchans haillons et de foin, chez un curé du voisinage, où il fut près d'expirer du froid qu'il avoit essuyé dans la route. Il guérit pourtant : mais la famine qui désoloit cette contrée lui fit perdre encore cet asile, dès que ses forces lui permirent de le quitter. Ne sachant où reposer sa tête, il s'informe s'il n'est pas quelque pays que ce fléau ait respecté; on lui parle du midi, de l'orient : c'étoit pour lui des idées nouvelles. Ces mots furent la source de ses premières réflexions, sa première leçon de géographie. Il marche donc vers le point où le soleil lui paroissoit se lever. Il traverse la Champagne. De misérables huttes, à peine couvertes de chaume et d'argile, habitées par des paysans, pâles, languissans et livides, lui présentent tout ce que la misère a de plus effrayant. Il arrive enfin à Sénaïde, et une scène nouvelle s'ouvre à ses yeux. Des maisons spacieuses, bien couvertes, et dignes des hommes forts et vigoureux qui les habitoient; des femmes lestes et bien vêtues, des enfans nombreux et gais, le spectacle de l'aisance et du bonheur, l'avertirent qu'il avoit changé de domination. Il s'arrêta par hasard à l'hermitage de la Rochette, où le bon solitaire *Palémon* le reçut, lui fit partager son genre de vie, ses travaux, et lui apprit à lire. *Duval*, né avec une sensibilité fougueuse, entroit dans l'âge où les passions se développent. Le besoin d'un attachement, la lecture des livres ascétiques qui composoient la bibliothèque de l'hermite, tournèrent ses premières idées vers la dévotion, non pas celle qu'il appelle lui-même une *pieté solide et pure*; mais cette dévotion minutieuse et contemplative, qui consiste en vaines pratiques, s'allie très-bien avec les passions, et devient elle-même une passion condamnable. Peu à peu son enthousiasme diminua, et il eut de la piété sans superstition. De la retraite de la Rochette, il passa dans celle de Sainte-Anne, auprès de Luneville. Six vaches à garder, quatre hermites de la plus grossière ignorance, et quelques bouquins de la bibliothèque-bleue, furent les E e 3 438 D U V seules ressources que *Duval* y trouva pour son éducation. Il parvint cependant à apprendre seul à écrire. Un abrégé d'Arithmétique devint le nouvel objet de ses études, auxquelles il se livra dans le silence des bois. Enfin il prit les premières notions d'Astronomie et de Géographie, à l'aide de ses seules réflexions, de quelques cartes, et d'un tube de roseau placé sur un chêne élevé, dont il avoit fait son observatoire. Plus il apprenoit, plus il brûloit du désir d'apprendre encore; mais l'état de sa bourse ne répondoit pas à son désir (*). Pour y suppléer, il s'avisa de déclarer la guerre aux animaux des forêts, dans le dessein de vendre leurs fourrures. L'ardeur et le courage qu'il mettoit à cette chasse, ennoblie par son motif, sont véritablement incroyables. Il eut un jour une lutte violente à soutenir contre un chat sauvage, dont la victoire lui coûta beaucoup de sang. Enfin, sa constance lui ayant procuré, au bout de quelques mois, une quarantaine d'écus, il les porta bien vite à Nanci pour avoir des livres. Une aventure heureuse augmenta son petit trésor. Il trouva un jour un cachet d'or, armoirié; il le fait annoncer au prône. Un Anglois se présente: c'étoit M. *Forster*, homme d'un mérite connu. *Si ce cachet est à vous*, lui dit Duval, *je vous prie de le blasonner*. Tu te moques de moi, jeune homme! le blason n'est assurément pas de ton ressort. — *Soit; mais je vous déclare, qu'à moins de blasonner votre cachet, vous ne l'aurez pas*. Surpris de ce ton ferme, M. *Forster* obéit, récompensa le jeune pâtre, et l'invita à l'aller voir. Par sa générosité, la bibliothèque de *Duval* s'accrut jusqu'à 400 volumes, tandis que sa garderobe restoit toujours la même. Un sarreau de toile ou de laine, et des sabots, composoient tout son ajustement. Pendant qu'il formoit ainsi son esprit par l'étude, le troupeau n'en alloit pas mieux. Les hermites s'en plaignirent; l'un d'eux le menaça même de brûler ses livres, et joignit un geste offensant à cette menace. *Duval* étoit né, comme nous l'avons dit, ardent et sensible. La servitude avoit plié son ame à la soumission, mais nullement aux insultes. Il saisit une pelle à feu, met le frère à la porte de sa propre demeure, en fait autant aux autres qui accourent au bruit, et s'enferme seul à double tour. Le supérieur arrive, et *Duval* ne lui ouvre la porte qu'après lui avoir fait accepter une capitulation. Les deux points principaux du traité furent, l'oubli de tout le passé, et deux heures par jour à l'avenir pour vaquer à ses études. A ces conditions, il s'engagea à servir l'hermitage pendant dix ans, pour la nourriture et l'habit. (*) On jugera de la violence de ce désir, par le trait suivant. Tourmenté, dans sa jeunesse, de cette fièvre des sens que la nature fait éprouver, mais qui nuisoit à ses études, le jeune philosophe sut bientôt y mettre bon ordre. Il se rappela d'avoir lu dans *St. Jérôme*, qu'en s'en guérit avec de la ciguë. Il en mangea tant, qu'il faillit à en mourir, et que ses désirs furent éteints pour jamais. Heureusement ce poison n'altéra point la sensibilité de son ame. Ce qu'il y a de plus plaisant, c'est que cet acte fut ratifié chez un notaire de Luneville. Le bois où Duval menoit paître ses vaches, étoit son cabinet d'études le plus ordinaire. Un jour qu'il y étoit entouré, selon son usage, de ses cartes de géographie, il fut abordé par un homme de bonne mine, qui, surpris de cet appareil, lui demanda ce qu'il faisoit là: — J'étudie la Géographie. — Est-ce que vous y entendez quelque chose? — Mais vraiment oui; je ne m'occupe que de ce que j'entends. — Où en êtes vous? — Je cherche la route de Québec, pour aller continuer mes études à l'Université de cette ville. (Il avoit lu dans ses livres que cette Université étoit fameuse.) — Il y a, reprit l'inconnu, des Universités plus à votre portée; je puis vous en indiquer. A l'instant il est investi par un grand cortège; c'étoit celui des jeunes princes de Lorraine. On finit par lui proposer d'achever ses études en forme, aux Jésuites de Pont-à-Mousson. Duval hésita. L'étude lui étoit chère; mais sa liberté lui paroissoit plus précieuse encore, et il n'accepta qu'avec la condition formelle de la conserver. Ses progrès furent si rapides, qu'au bout de deux ans, le duc Léopold, qui vouloit se l'attacher, lui fit faire plusieurs voyages, entr'autres celui de Paris (*). A son retour, il le nomma son bibliothécaire et professeur d'histoire à l'Académie de Luneville. Cette place, et les leçons particulières qu'il donnoit à des Anglois, entr'autres au fameux lord Chatham, lui procurèrent les moyens de faire rebatir à neuf son ancien hermitage de Sainte-Anne. Lorsque la Lorraine fut cédée à la France, il refusa toutes les propositions qui lui furent faites pour rester, et suivit la bibliothèque à Florence, où il demeura dix ans. Il fut appelé à Vienne par l'empereur François, pour lui former un cabinet de médailles. C'est là qu'il vécut aimé et considéré de toute la famille impériale, et qu'il mourut le 3 novembre 1776, âgé de près de 80 ans. Les qualités de son cœur lui méritèrent les respects des grands et du peuple. Malgré son grand savoir, il étoit modeste. Il répondoit souvent aux questions qu'on lui faisoit: Je n'en sais rien. Un ignorant lui dit un jour: L'empereur vous paye pour le savoir. — L'empereur, répliqua-t-il, me paye pour ce que je sais; s'il me payoit pour ce que j'ignore, tous les trésors de l'empire ne suffiroient pas. On a publié les Œuvres de Duval, précédées de Mémoires sur sa vie, 1784, 2 vols. in-8. L'extrait qu'on en a donné dans le Mercure de France, 1785, n° 3, nous a fourni cette notice.
DUVERDIER, Voyez VERDIER.
DUVIGNEAU (Pierre-Hyacinthe) procureur au parlement de Bordeaux, voulut unir à l'exercice de sa profession la gloire littéraire; mais celle-ci fut ingrate et n'a laissé survivre à l'auteur au- (*) « Ce prince, voulant savoir l'impression que la vue de Paris et celle de l'Opéra pourroient faire sur l'esprit et les sens de Duval, lui ordonna de se joindre à sa suite. Il obéit, et trouvant que tout ce qu'il appercevoit, n'approchoit pas des grandes beautés que le lever et le coucher du Soleil offrent à nos yeux, il s'en expliqua très-librement. » (Lettres régi, et mor.) E. e 4. 440 D Y M cun de ses écrits. Ceux-ci furent un grand nombre de pamphlets sur les matières politiques, ou des vers sans chaleur, et par conséquent sans lecteur. On doit cependant citer une comédie de *Suzette*, des *Observations* sur le droit des procureurs aux charges municipales, un *Discours* sur le luxe, un éloge du maréchal de *Biron*, une ode sur la mort de *Rousseau*, et des *Poésies diverses*, imprimées à Genève en 1776, in-8. *Duvigneau* ayant voulu trop paroître dans la révolution, et cherchant à se faire élire député dans sa patrie, fut guillotiné le 8 thermidor an 2, à l'âge de 40 ans.
**DYER**, (Jean) poète Anglois, acquit en 1700 d'un procureur, et mourut en 1758, après avoir été curé de diverses églises. Ses poésies, Paris, *Cazia*, in-12, sont assez médiocres; mais son poème de *la raison* renferme quelques leçons utiles sur l'éducation des bêtes à laine, et sur l'emploi de leur dépouille.
**DYMAS**, Troyen courageux, se revêtit d'une armure grecque pour combattre avec plus d'avantage les ennemis de sa patrie. Mais ses compatriotes, trompés par ce déguisement, le firent périr sous leurs coups.
**DYMON**, (Mythol.) fut un des dieux Lares, révérés par les Égyptiens.
**DYNAME**, rhéteur du 4$^{e}$ siècle, ami d'*Ausone*, étoit de Bordeaux comme lui. Il fut obligé de quitter cette ville, où on l'avoit accusé d'adultère. Il se retira à Lérida en Espagne vers l'an 360, y épousa une femme fort riche, et y mourut. — Il ne faut pas le confondre avec un autre *DYNAME*, qui, à force de bassesses et de fourberies, obtint de l'empereur *Constance* le gouvernement de la Toscane.
**DYNARQUE**,
**DYNOSTRATE**, *Voy. DINARQUE*, etc.
**DYNTER**, (Edmond) fut successivement secrétaire de plusieurs ducs de Bourgogne et de Brabant. Il abandonna leur cour pour embrasser l'état ecclésiastique, et mourut à Bruxelles le 17 février 1448. On lui doit une *Généalogie* des ducs de Bourgogne, publiée à Francfort en 1529, et dans le recueil de *Struvius*; une *Chronique* des ducs de Lorraine et de Brabant, depuis l'an 281 jusqu'en 1442. Elle est manuscrite, mais on en a des copies dans plusieurs bibliothèques des Pays-Bas, et entr'autres, dans celle de Corsendonck.
**DYRRACHUS**, (Mythol.) fils de *Neptune* et de la fille d'*Epidamnus*, joignit à la ville de Dyrrachium, un port magnifique et spacieux. Ayant une guerre cruelle à soutenir contre ses frères, il implora l'assistance d'*Hercule*, qui, pour prix de ses services, reçut de lui une portion considérable de ses états, et fut regardé par les peuples de cette contrée comme leur fondateur.
**DYSAULÈS**, frère de *Célèus*, roi d'Éleusis, fut contraint de sortir de cette ville, d'après les ordres d'*Ion*. Il se réfugia à Célée, et enseigna au peuple de cette cité, à solenniser les mystères de *Cérès*. A sa mort, ils lui élevèrent un tombeau.
**EA**, (Mythol.) Nymphe qui implora le secours des Dieux, pour éviter les poursuites du fleuve *Phasis*. Ils la changèrent en isle.
**EADMER**, *Voyez* EDMER.
**EANUS**, (Mythol.) divinité des Phéniciens qui la représentaient par un dragon tourné en cercle, et mordant sa queue. C'étoit l'emblème du monde qui tourne sur lui-même.
**EAQUE**, (Mythol.) fils de *Jupiter*, régna dans l'isle d'Égine, aujourd'hui Lépante. Son équité fut si recommandable, qu'après sa mort on en fit un des juges infernaux. Il étoit particulièrement chargé de juger les Européens; ses descendans furent nommés les *Eacides*: une singularité observée par *Justia*, fut que la plupart d'entre eux mouraient à la trentième année de leur âge. Les Poètes disent que la peste ayant dépeuplé les états d'*Eague*, celui-ci obtint de *Jupiter* que des fourmis seroient changées en hommes; ce qui leur mérita le nom de *Myrmidôus*.
**EARDULFE**, roi des Northumbriens dans la Grande-Bretagne, fut chassé de son royaume par ses propres sujets. Il vint, l'an 808, implorer le secours de *Charlemagne*, qui le recommanda au pape. Le pontife envoya des légats qui se joignirent aux ambassadeurs de *Charlemagne*, pour le faire rétablir. Les Anglois, voyant deux souverains aussi respectables s'intéresser pour le roi détrôné, le reçurent avec joie. Ce n'étoit pas le premier monarque Anglois réfugié en France, et ce ne fut pas le dernier.
**EBAD** (Ismail-Cafi) premier ministre des Sophis de Perse, se distingua par ses lumières et la sagesse de ses conseils. Les auteurs Persans l'ont célébré comme l'homme le plus généreux et le plus libéral de son siècle. Il laissa une bibliothèque de cent dix-sept mille volumes, et publia en Persan l'*Histoire* des Visirs ses prédécesseurs. *Ebad* mourut l'an 385 de l'hégire, et son corps fut transporté à Ispahan.
**EBBA**, abbesse du monastère de Coldingham, en Irlande, montra le plus grand courage lorsque les Danois vinrent mettre tout à feu et à sang dans sa patrie, à la fin du neuvième siècle. *Ebba* persuada à ses religieuses de l'imiter, en se coupant le nez et la lèvre supérieure, pour échapper à la brutalité des vainqueurs. Ceux-ci pour les punir, mirent le feu au monastère, et *Ebba* périt dans les flammes avec ses compagnes.
**EBBAD** (Ben) docteur Arabe, étoit *Zahed*, c'est-à-dire retiré du monde et contemplatif. Se trouvant un jour près du grand visir, on lui amena un homme accusé d'une faute. Après avoir entendu cet homme dans ses défenses, le visir se tournant vers *Ebbad*, lui demanda son avis. Celui-ci lui conseilla de prononcer l'absolution de l'accusé, mais de le faire fustiger pour n'avoir allégué que de mauvaises excuses. Ce docteur vivoit sous le califat de *Mahadi*, et mourut l'an 172 de l'hégire.
EBBON, frère de lait du roi *Louis le Débonnaire*, devint son bibliothécaire, et fut ensuite placé par ce prince sur le siège de Rheims. Nommé légat du pape *Pascal*, il partit pour aller convertir les Idolâtres septentrionaux, mais il revint bientôt en France pour se mettre à la tête des évêques qui déposèrent *Louis le Débonnaire* son bienfaiteur. Il se repentit de sa conduite et de son ingratitude, et se retira auprès de *Louis*, roi de Bavière, qui le nomma à l'évêché de Hildesheim. Il mourut dans cette dernière ville en 851.
EBED-JESU, auteur de plusieurs ouvrages en Syriaque, est le même qu'ABDISSI. *Voyez* cet article.
EBERHARDT, littérateur Suédois, membre de plusieurs académies, a dû sa réputation en grande partie à son *Apologie de Socrate*. Il est mort à Stockholm, au mois de janvier 1796, à l'âge de 69 ans.
EBERMANN, (Vite) jésuite, né à Rentweisdorff dans l'évêché de Bamberg en 1597, enseigna avec réputation les belles-lettres, la philosophie et la théologie à Mayence et à Wurtzbourg, fut recteur du séminaire de Fulde, et mourut à Mayence, le 8 avril 1675. Il a publié divers ouvrages de controverse, et un traité intitulé *Bellarmini controversiæ vindicatae*, Wurtzbourg 1661, in-4.º
EBERTUS, (Théodore) savant professeur à Francfort sur l'Oder, dans le 17e siècle, s'est fait un nom par ses ouvrages. Les principaux sont : I. *Chronologia sanctioris Linguæ Doctorum*.
II. *Elogia Jurisconsultorum et Politicorum centum illustrium, qui sanctam Hebraæm Linguam propagdrunt*; Leipzig, 1628, in-8.º III. *Poëtica Hebraica*, ibid. 1628, in-8.º Ces livres renferment beaucoup de choses savantes, et peu d'agréables, excepté pour les Hébraïsans.
EBEYS, soudan d'Égypte, tua, en 1156, le calife son maître, qui se reposoit sur ce perfide, du gouvernement de son royaume. Le meurtrier se saisit de ses trésors, en répandit une partie dans le palais, pour amuser le peuple, pendant qu'il se sauvoit l'épée à la main. Les Hospitaliers et les Templiers l'ayant arrêté sur le chemin de Damas, et l'ayant mis à mort, partagèrent entre eux ses trésors et les prisonniers. Les Templiers eurent dans leur lot le fils de l'assassin, jeune homme de très-grande espérance, et qui avoit quelque teinture de la religion Chrétienne. Ces religieux auroient dû, ce semble, le conserver; ils aimèrent mieux le vendre pour 70 mille écus aux Égyptiens, qui le firent cruellement mourir.
EBION, philosophe Stoïcien, disciple de *Cerinthe*, et auteur de la secte des *Ebionites*, commença à débiter ses rêveries vers l'an 72 de J. C. Il sontenoit que le Sauveur étoit un pur homme, né par le concours ordinaire des deux sexes. Il ajoutoit que Dieu avoit donné l'empire de ce monde au *Diable*, et celui du monde futur au CHRIST. Ses disciples méloient les préceptes de la religion Chrétienne avec le judaïsme. Ils observoient également le samedi et le dimanche. Ils célébroient tous les ans leurs mystères avec du pain azyme. Ils se baignoient tous les jours, comme les Juifs, et adoroient Jérusalem comme la maison de Dieu. Ces hérétiques ne connoissoient point d'autre évangile que celui de St. Matthieu, qu'ils avoient en hébreu, mais corrompu et mutilé. Ils rejetoient le reste du nouveau Testament, et sur-tout les épîtres de St. Paul, regardant cet apôtre comme un apostat de la loi. Ils honoroient les anciens patriarches; mais ils méprisoient les prophètes. La vie des premiers Ebionites fut fort sage; celle des derniers fort déréglée. Ceux-ci permettoient la dissolution du mariage et la pluralité des femmes.
EBLIS, (Mythol.) démon infernal qui, suivant la doctrine des Mahométans, régnoit sur l'univers avant Mahomet. Au moment de la conception de ce prophète, le trône d'Eblis fut renversé au fond des enfers. Les Orientaux le nomment aussi Azazel, nom consacré dans l'Écriture. Dieu, suivant leur tradition, ayant ordonné à tous les Anges de se prosterner devant Adam, ceux-ci obéirent tous, à l'exception d'Eblis, qui déclara qu'ayant été formé de l'élément du feu, il ne pouvoit s'avilir à rendre hommage à une créature tirée du limon terrestre; aussi Dieu ordonna-t-il que le feu qui avoit été la cause de l'orgueil d'Eblis, deviendroit celle de sa punition. Celui-ci paroît être le Satan des Hébreux.
ÉBOLY, (Ruy Gomès DE SYLVA, prince d') duc de Pastrane, habile courtisan, sut gagner les bonnes graces de Philippe II, et les conserver jusqu'à sa mort, arrivée en 1578. Il étoit d'une famille Portugaise, et avoit épousé D. Anna de Mendoza y la Cerda, dame aussi ambitieuse qu'elle étoit belle. Son ambition lui fit écouter la passion de Philippe II pour elle; et plusieurs ont cru que c'étoit le nœud qui attachoit le roi au prince d'Eboli. Mais ce rusé politique étoit bien capable de se maintenir sans cela: il sut réunir deux choses très-opposées, la faveur du roi, et l'amour des grands et du peuple, ne s'étant jamais servi de son grand crédit que pour faire du bien.
ÉBROIN, maire du palais de Clotaire III et de Thierri I, homme ambitieux, fier, entreprenant, parvint à ce poste par ses intrigues et par son hypocrisie. Les espérances que ses vertus apparentes avoient données, se démentirent bientôt. Demeuré seul maître, par la retraite de la reine Bathilde, il ne contraignit plus son orgueil, son avarice, sa perfidie. Il ravissoit les biens, il étoit les charges: il chassoit les grands qui étoient à la cour, et défendoit aux autres d'y venir sans sa permission. Après la mort de Clotaire, en 670, il mit Thierri sur le trône; mais la haine que les seigneurs avoient pour le ministre, rejaillit sur le roi. Ils donnèrent la couronne à Childeric II, firent tondre Thierri et Ebroin, et les enfermèrent dans des monastères. Childeric étant mort l'an 673, Thierri fut replacé sur le trône, et prit Leudèse pour maire du palais. Ebroin s'étant échappé de son monastère, fit assassiner Leudèse, supposa un Clovis, qu'il disoit être fils de Clotaire III, força les peuples de lui prêter serment de fidélité, et ravagea les terres de ceux qui lui résistèrent. S'étant avancé avec ses troupes jusqu'à Paris, le roi trop foible pour lui résister, fut contraint de le créer maire du palais. *Ebroin*, qui ne cherchoit que la fortune, sacrifia sans peine son *Clovis*. « Mais ce maire étoit si odieux et sa domination si dure, dit l'abbé *Millot*, que l'Austrasie secoua le joug : elle se donna des ducs ou des gouverneurs indépendans. Les grandes qualités de *Pepin*, surnommé *Heristel*, parurent dignes de cette place. Son ambition le fit parvenir bientôt à une plus vaste puissance. Cependant *Ebroin* continuoit à se signaler par des fureurs. Lorsqu'il étoit enfermé à Luxeu, sous l'habit de moine, il avoit paru ami de *St. Léger* d'Autun, alors disgracié comme lui. Il devint son ennemi mortel, parce que le vertueux prélat avoit conseillé de choisir un autre maire. Non content de lui faire couper la langue, il résolut de lui enlever le respect des peuples en le diffamant. Il le fait citer dans un concile en présence du roi, comme coupable du meurtre de *Childeric*. Les réponses fermes de l'accusé et le défaut de preuves n'arrêtent point l'injustice. Les évêques le déposent ; on déchire sa robe en signe de dégradation, et *Ebroin* le livre aux bourreaux. Sous un tel ministre, toujours conduit par un crime à d'autres rimes, la religion et la patrie éprouvoient sans cesse de nouveaux malheurs. » Les plus saints personnages furent cruellement persécutés ; *Dagobert II*, qui régnoit en Austrasie, périt assassiné par des rebelles, dont *Ebroin* avoit formé le complot. Enfin, un seigneur nommé *Hermanfroi*, qu'il menaçoit de la mort après l'avoir dépouillé de ses biens, tu a le tyran en 681, les uns disent dans son lit, les autres à la sortie de son palais. Ce fut sous ce ministre que commença l'usage de donner, à titre de précaire, les biens ecclésiastiques à des seigneurs laïques, sous l'obligation du service militaire.
**ECCARD**, (Jean-George d') né en 1674 à Duingen, dans le duché de Brunswick, fut ami de *Leibnitz*. Il devint, par le crédit de cet homme célèbre, professeur en histoire à Helmstadt. Après la mort de ce philosophe, il eut une chaire à Hanovre ; mais les dettes qu'il contracta dans ce nouveau séjour, l'obligèrent de le quitter en 1723. L'année d'après, il embrassa la religion Catholique à Cologne, et se retira à Wurtzbourg. Il y remplit avec distinction les charges de conseiller épiscopal, d'historiographe, d'archiviste et de bibliothécaire. Il y mourut en 1730, à 56 ans, après avoir été anobli par l'empereur. On doit à *Eccard* : I. *Corpus Historicum medii ævi, à temporibus Caroli Magni Imperatoris, ad finem seculi xv*; Leipzig 1723, 2 vol. in - folio. « Cette collection qui vient, dit l'abbé *Lenglet*, d'un des plus habiles et des plus honnêtes hommes qu'il y eût dans l'empire, est très-curieuse et bien dirigée ; chose rare dans les écrivains Allemands ! et, ce qui est encore plus rare, il ne répète point ce qui est dans les autres. II. *Leges Francorum et Ripuariorum*; Leipzig 1720, infolio : recueil non moins estimé que le précédent. III. *De origine Germanorum libri duo*, publiés en 1750, in-4° par les soins de *Lheidius*, bibliothécaire d'Hanovre. IV. *Historia studii etymologici Linguæ Germanicæ*, etc. in-3°, estimée. V. Historia Francia orientalis, Virceburgi 1729, 2 vol. in-folio. VI. Origines Austriaca, à Leipzig, 1721, in-fol.; et plusieurs autres écrits en latin et en allemand, dans lesquels on remarque une vaste connoissance de l'histoire. — ECCHELLENSIS, (Abraham) savant Maronite, professa les langues syriaque et arabe au collège royal à Paris, où le célèbre le Jay l'avoit appelé. Cet homme illustre lui donnoit par un six cents écus d'or, pour présider à l'impression de sa grande Bible Polyglotte. La congrégation de propagandá fide l'agrégea, vers l'an 1636, aux traducteurs de la Bible en arabe. Ecchellensis passa de Paris à Rome, après avoir obtenu en cette ville une chaire de langues orientales. Il y mourut en 1664, dans un âge avancé. Ce savant étoit profondément versé dans la connoissance des livres écrits en syriaque et en arabe; et quoiqu'il ait eu des supérieurs dans la science de ces deux langues, il faut avouer qu'il les possédoit très-bien. On a de lui : I. La Traduction d'arabe en latin des V, VI et VIIe livres des Coniques d'Apollonius. Ce fut par ordre du grand-duc Ferdinand II, qu'il entreprit cet ouvrage, dans lequel il fut aidé par Jean-Alphonse Borelli, mathématicien célèbre, qui l'orna de commentaires. Cette version fut imprimée à Florence avec le livre d'Archimède, De Assumptis, en 1661, in-folio. II. Institutio lingua Syriaca, Rome 1628, in-12. III. Synopsis philosophiae Orientalium, Paris 1641, in-4°. IV. Versio Durrhamani de medicis virtutibus animalium, plantarum et gum- marum; Paris 1647, in-8°. V. Des Ouvrages de controverse contre les Protestans, imprimés à Rome. Il tâche de concilier les sentimens des Orientaux avec ceux de l'Église Romaine, et il y réussit quelquefois très-bien. VI. Eutychius vindicatus, contre Selde, et contre Hottinger, auteur d'une Histoire Orientale, 1661, in-4°. VII. Des Remarques sur le Catalogue des Écrivains Chaldéens, composé par Ebed-Jésu, publiées à Rome en 1653. Elles sont précieuses aux amateurs de la littérature orientale. VIII. Un petit livre intitulé Semita Sapientiae, imprimé à Paris, et traduit de l'arabe, dans lequel on trouve d'excellentes leçons de morale.
ÉCEBOLE, sophiste de Constantinople, maître de rhétorique de l'empereur Julien, fut toujours de la religion du souverain. Sous Constance, il se mit à la mode, par ses invectives contre les Dieux des Païens; il déclama depuis pour les mêmes Dieux, sous Julien son disciple. A la première nouvelle de la mort de ce prince, il joua le rôle de pénitent. Enfin il mourut, sans reconnoître d'autre religion que l'intérêt présent.
ÉCELIN, Voy. EZZELIN. I. ÉCHARD, (Jacques) Dominicain, né à Rouen en 1644, d'un secrétaire du roi, mourut à Paris le 15 mars 1724, à 60 ans. Il ne contribua pas peu à la gloire de son ordre, par la Bibliothèque des Écrivains qu'il a produits; 2 vol. in-folio, Paris, le premier en 1719, le second en 1721. Le Père Quétif avoit travaillé avant lui à cet ouvrage, qui parut sous ce titre : *Scriptores ordinis Prædicatorum recensiti, notisque historicis et criticis illustrati*; mais il en avoit à peine fait un quart. Cette Bibliothèque est fort estimée par tous les bibliographes. On y prend une idée juste de la vie et des ouvrages des écrivains Dominicains, de leurs différentes éditions, et des bibliothèques où on les garde en manuscrit. Tout est appuyé sur de bonnes preuves. L'auteur donne le titre de grands hommes à des personnages très-médiocres; mais l'exagération est le défaut de tous les ouvrages de ce genre. Le Père *Echard* avoit toutes les qualités d'un savant vertueux. — II. ÉCHARD, (Laurent) historien Anglois, né à Bassam dans le comté de Suffolk en 1671, exerça successivement le pastorat dans diverses églises. Sa santé étoit fort foible. Les eaux de Scarborough lui ayant été ordonnées pour la rétablir, il résolut de s'y transporter; mais il mourut en chemin à Lincoln, le 6 août 1730, sans laisser des enfans, quoiqu'il eût été marié deux fois. Il étoit membre de la société des Antiquaires de Londres. Ses ouvrages, tous écrits en Anglois, sont : I. *Histoire d'Angleterre jusqu'à la mort de Jacques I*; à Londres, in-folio, 1707, très-estimée en Angleterre. II. *Histoire Romaine, depuis la fondation de Rome jusqu'à la translation de l'Empire par Constantin*, traduite en françois par *Daniel de Larroque*; revue pour le style, corrigée et publiée par l'abbé des *Fontaines*, à Paris 1728 et 1729, 6 vol. in-12. Cet abrégé est tronqué et fautif, suivant *Voltaire*; mais le défaut des bons ouvrages en ce genre lui a donné beaucoup de cours en France et en Angleterre. L'auteur y a transporté les principaux traits de l'histoire Romaine. Il y a fait entrer aussi de petites digressions sur les principaux écrivains de Rome, qu'il peint avec plus de vérité que de finesse. L'abbé *Guyon* a donné une *Continuation de cette Histoire*, en 10 vol. in-12. Les faits y sont arrangés avec ordre; la narration est simple et naturelle, le style assez pur. Cette Histoire a été réimprimée en Hollande et à Avignon, en 12 volumes in-12. L'ouvrage d'*Echard* fit connoître son auteur au ministère d'Angleterre, qui l'employa dans plusieurs affaires. III. *Histoire générale de l'Église avec des Tables chronologiques*, à Londres, in-folio. Les ecclésiastiques d'Angleterre font autant de cas de cet abrégé, que les gens du monde en font de son histoire Romaine. IV. *L'Interprète des Nouvellistes et des Liseurs de Gazettes*: ouvrage superficiel, qui donna à l'abbé *Ladvocat* l'idée de son *Dictionnaire géographique portatif*. — *ECHARD* composa aussi un *Dictionnaire historique*, qui n'est qu'un squelette décharné. V. *Traduction* angloise des *Comédies de Plaute* et de *Térence*, etc.
III. ÉCHARD, *Voy. COMMANVILLE*.
ÉCHÉCHIRIA, (Mythol.) déesse Grecque, adorée à Olympie, étoit représentée recevant une couronne d'olivier. Elle présidait aux trèves ou suspensions d'armes.
ÉCHÉCRATE, jeune Thessalien, devint vivement épris de la beauté d'une jeune prêtresse de Delphes ; il l'enleva. Pour éviter d'autres rapts dans l'avenir, on fit un règlement portant qu'on n'admettoit plus aux fonctions de prêtresse que des femmes âgées de 50 ans.
ÉCHÉMON, fils de *Priam*, et CHROMIUS son frère, furent précipités de dessus leur char par *Diomède*, qui, après les avoir tués, les dépouilla de leurs armes et prit leurs chevaux.
ÉCHENÉE, Phéacien, est célébré par *Homère* comme le plus sage, le plus éloquent et le plus vertueux de ses compatriotes.
ÉCHETLÉE, (Mythol.) Dieu des Athéniens, dont le nom signifioit le manche d'une charrue. A la bataille de Marathon, un homme armé de cet instrument aratoire, se rangea du côté des Athéniens, et renversa un grand nombre de leurs ennemis. Ces derniers, ayant consulté l'oracle pour connoître le nom de leur défenseur, reçurent ordre d'honorer *Échetlée*.
ÉCHÉTUS, roi d'Épire, punit sévèrement sa fille qui s'étoit laissée séduire. Il lui fit crever les yeux, et la condamna à moudre toute sa vie des grains d'orge de fer.
ÉCHIDNA, (Mythol.) monstre moitié femme et moitié serpent, fut mère du chien *Cerbère*, de l'*Hydre* de Lerne, de la *Chimère*, du *Lion* de Némée, et du *Sphinx*.
ÉCHIDNE, étoit une reine des Scythes, qu'*Hercule* épousa, et de laquelle il eut trois enfans, *Agathyrse*, *Gelon* et *Scythe*, de qui l'on dit que sont sortis les rois de Scythe.
ÉCHINADES, (Mythol.) nymphes qui furent métamorphosées en isles, pour n'avoir pas appelé *Achéloüs* à un sacrifice de dix taureaux, auquel elles avoient invité tous les Dieux des bois et des fleuves. Elles donnèrent leurs noms à dix isles, situées près du golphe de Lépante. I. ÉCHION, roi de Thèbes. Ses deux filles se laissèrent immoler, pour appaiser les Dieux qui affligoient la contrée d'une sécheresse horrible. Il sortit de leurs cendres des jeunes gens couronnés, qui célébrèrent la mort généreuse de ces princesses. — Il y a eu un autre *ÉCHION*, qui fut un de ceux qui aidèrent *Cadmus* à bâtir Thèbes; et c'est de son nom que les Thébains ont été appelés *Échionides*.
II. ÉCHION, peintre-sculpteur de la Grèce, vers l'an 352 avant J. C., n'est connu que par ce qu'en dit *Pline*, qui en parle avec éloge.
ÉCHIUS ou ECKIUS, (Jean) né en Sonabe l'an 1486, professeur de théologie dans l'université d'Ingolstadt, signala son savoir et son zèle en 1519 dans ses Conférences contre *Luther*, *Carlostad*, *Melanchthon*, etc. où il remporta l'avantage, de l'aveu même de ses adversaires, mais non de celui de *Luther*, qui dans la suite dissimula ce qui étoit contre lui. Il se trouva en 1538 à la diète d'Ausbourg, et en 1541 à la conférence de Ratisbonne, et il brilla dans l'une et dans l'autre. Il joua le rôle principal dans toutes les disputes publiques des Catholiques avec les Luthériens. Il avoit de l'érudition, de la mémoire, de la facilité, de la pénétration. Ce sa- vant théologien mourut à Ingolstadt en 1543, à 57 ans. On a de lui deux *Traités sur le Sacrifice de la Messe*; un *Commentaire sur le Prophète Aggée*, 1638, in-8°, des *Hannélies*, 4 vol. in-8°, et des *Ouvrages de Controverse*. *Voyez* RICIUS. — Il ne faut pas le confondre avec *Léonard ECKIUS*, jurisconsulte célèbre, mort à Munich en 1550. *Charles-Quint*, lui connoissant un esprit conciliant et sage, se servit de lui dans la guerre de Smalkalde: aussi disoit-on, que ce qui étoit conclu sans l'avis d'Eckius, étoit conclu en vain. Et après sa mort, lorsqu'il étoit question de débrouiller le nœud des affaires de l'Empire, on disoit communément: *Si Eckius étoit ici, il éclaircit le fait en trois mots*.
ÉCHO, (Mythol.) étoit fille de l'Air et de la Terre. Cette Nymphe habitait les bords du fleuve Céphise. *Junon* la condamna à ne répéter que la dernière parole de ceux qui l'interrogeoient, parce qu'elle avoit parlé d'elle imprudemment, et qu'elle l'avoit amusée par des discours agréables, pendant que *Jupiter* étoit avec ses Nymphes. *Echo* voulut se faire aimer de *Narcisse*; mais s'en voyant méprisée, elle se retira dans les grottes, dans les montagnes et dans les forêts, où elle sécha de douleur, et fut métamorphosée en rocher.
ECKOUT, *Voyez* VANDEN-ECKOUT (Gerbrant).
ECLUSE, (Charles de l') *Clusius*, fut un médecin d'Arras, auquel les empereurs *Maximilien II* et *Bodoiphe II* confièrent leur jardin des simples. Les assujettissemens de la vie de courtisan l'ayant dégoûté, il se retira à Francfort sur le Mein, ensuite à Leyde, où il mourut le 4 avril 1609, à 84 ans, professeur de botanique. Ses *Ouvrages* ont été recueillis en 2 vol. in-folio, à Anvers, 1601-1605. Ils roulent sur la science qu'il avoit cultivée.
ÉCLUSE DES LOGES, (Pierre-Mathurin de l') docteur de Sorbonne, né à Falaise, mort en 1770, remporta le prix d'éloquence à l'académie Françoise, en 1743. Mais il est beaucoup plus connu par son édition des *Mémoires de Sully*. *Voyez*. IL SULLY. Nous ajouterons à ce que nous disons de ce livre, dans l'article de ce ministre, « qu'il faut lire avec beaucoup de défiance tout ce qui regarde les Jésuites dans les remarques de l'abbé de l'Écluse. Non-seulement de l'Écluse a falsifié les mémoires de Sully en plusieurs endroits; mais comme il imprimoit en 1740, et que les Jésuites étoient alors fort puissans, il les flattoit lâchement. » *Hist. du Parlement de Paris*, chap. 36.
EDEBALI, religieux musulman, joignit à de grandes richesses beaucoup de science et de piété. Il maria sa fille à *Orthogruel*, et de ce mariage naquit *Othoman*, fondateur de la monarchie des Turcs. *Edebali* prédit à ce dernier son élévation, et que sa postérité régneroit sur un grand empire. La grande dévotion de ce musulman est passée en proverbe dans l'Orient, où l'on dit, en parlant d'un faux dévot: « *Vous le prendriez pour Edebali.* » Celui-ci mourut à Iconium en Cilicie, vers l'an 1300 de notre ère.
EDELINK, (Gérard) naquit à Anvers en 1641. Il y apprit les premiers premiers élémens du dessin et de la gravure; mais ce fut en France qu'il déploya tous ses talens. Louis XIV l'y attira par ses bienfaits. Il fut choisi pour graver deux morceaux de la plus grande réputation, le tableau de la Sainte Famille, de Raphaël; et celui d'Alexandre visitant la famille de Darius, de le Brun... Edelinck se surpassa dans les estampes qu'il exécuta d'après ces chefs-d'œuvres; les copies furent aussi applaudies que les originaux. On y admire, comme dans toutes ses autres productions, une netteté de burin, une fonte et une couleur inimitables. Sa facilité et son assiduité au travail nous ont procuré un grand nombre de morceaux précieux. Il a réussi également dans les Portraits qu'il a faits de la plupart des hommes illustres de son siècle, parmi lesquels il pouvoit se compter. On distingue ceux de Champagne peintre, d'Arnaud d'Andilly, du sculpteur Desjardins, et ceux de Mignard, de Blanchard, et de la Fontaine, dans le recueil des hommes illustres de Perrault. Cet excellent artiste mourut en 1707, à 66 ans, dans l'hôtel royal des Gobelins, où il avoit un logement, avec le titre de graveur ordinaire du roi, et de conseiller dans l'académie royale de peinture. On ne doit pas oublier dans la liste de ses Estampes, celle de la Magdeleine renonçant aux vanités du monde, d'après un tableau de le Brun. Elle est remarquable, par la beauté de la gravure et la finesse de l'expression.
EDER, (George) né à Freisinghen, se fit un nom vers la fin du seizième siècle, par son habileté dans la jurisprudence. Il fut honoré par les empereurs Ferdinand I, Maximilien II et Rodolphe II, de la charge de leur conseiller, et laissa plusieurs écrits sur le droit, dont le meilleur est son (Economia Bibliorum, seu Partitionum Biblicarum, Libri V, in-fol.
ÉDÉSIE Voy. HERMIAS.
EDGAR, roi d'Angleterre, dit le Pacifique, succéda à son frère Edwin en 959. Il vainquit les Écossois, imposa à la province de Galles un tribut annuel d'un certain nombre de têtes de loups, pour dépeupler l'isle de ces animaux carnassiers. Il subjugua une partie de l'Irlande, poliça ses états, réforma les mœurs des ecclésiastiques, quoique les siennes ne fussent pas toujours réglées; et mourut à 33 ans en 975, après un règne de 16 ans. Quelques auteurs l'appellent l'amour et les délices des Anglois. Sa modération lui mérita le surnom de Pacifique, et son courage égala son amour de la paix. Comme il avoit favorisé beaucoup de religieux, plusieurs critiques se sont élevés contre les éloges qu'on lui prodigue dans les Annales monastiques. L'abbé Millot lui reproche des fautes, que l'histoire ne doit pas dissimuler. « Il enleva une religieuse. Une des maîtresses d'Edgar, nommée Elfède, jouit de la plus grande faveur jusqu'au mariage du roi avec Elfride, qui étoit la fille, et devoit être l'héritière du comte de Devon, l'un des plus grands seigneurs du royaume. Quoiqu'elle n'eût jamais paru à la cour, le bruit de sa beauté la rendoit célèbre. Edgar pensa sérieusement à l'épouser; mais ne voulant rien faire au hasard, il chargea Athelwold F f 450 EDG son favori d'aller vers le comte sous quelque prétexte, et d'examiner si la réalité répondoit au bruit public. Les charmes d'*Elfride* frappèrent si vivement *Athelwold* qu'il résolut de l'enlever à son maître. Il revient : il la représente comme une femme sans beauté, il dégoûte le prince par des rapports infidèles : il lui insinue ensuite adroitement, que ce parti, indigne d'un roi, conviendroit assez à la fortune d'un sujet, et qu'un riche héritage le rendroit moins difficile sur le désagrément de la figure. *Edgar* consent volontiers aux projets de son favori : le mariage se conclut. Le nouvel époux a grand soin de tenir sa femme cachée en province ; mais ses envieux, ou la renommée, découvrirent bientôt la perfidie. Le roi, dissimulant sa colère, dit à *Athelwold* qu'il vouloit lui rendre visite dans son château, et faire connoissance avec son épouse. Celui-ci prend les devants, sous prétexte des préparatifs nécessaires, révèle tout le secret à *Elfride*, et la conjure d'employer son esprit et son adresse à paroître telle qu'il l'avoit dépeinte. C'étoit lui demander un effort des plus héroïques. *Elfride*, avec l'envie de plaire, et peut-être de se venger, ne manque pas d'étaler toutes ses graces. L'amour, la fureur s'emparent du roi. Il engage *Athelwold* dans une partie de chasse, il le poignarde de sa propre main, et épouse sa femme bientôt après ». Cet événement a fourni le sujet d'une tragédie Angloise à *William Mason*, et d'un opéra François de *Guillard*. On ne pourroit guères concilier ces actions avec les vertus chrétiennes dont on fait honneur à *Edgar*, s'il n'avoit réparé ses fautes par la pénitence. Il se soumit avec humilité à celle que *St. Dunstan* lui prescrivit pour l'enlèvement de la religieuse ; et *Fleury*, qui fait mention du scandale qu'*Edgar* donna à son peuple, parle aussi du repentir par lequel il l'expia. On trouve dans la *Collection des Conciles* plusieurs lois, qui font honneur à la sagesse de son gouvernement.
**EDHEM**, fut chef d'une secte mahométane établie en Turquie et en Perse. Ses disciples jeûnent avec sévérité et ne se nourrissent que de pain d'orge. Leur habit est grossier : on les distingue à un morceau de drap blanc et rouge qu'ils portent au cou.
**ÉDISSA**, *Voyez ESTHER*.
**ÉDITH**, femme de *Lot*, fut changée en statue de sel, pour avoir regardé derrière elle pendant l'embrasement de la ville de Sodome. Le nom *Edith* signifie en hébreu *témoignage*.
**EDITHE**, (Sainte) fille d'*Edgar*, roi d'Angleterre, et de la reine *Wilfrède*, naquit en 961, et embrassa la vie religieuse dans le monastère de Wilton. Après la mort de son père et de son frère *Edouard*, les grands d'Angleterre l'appellèrent au trône ; mais elle préféra la solitude et les exercices de piété. Elle mourut le 16 septembre 984.
**EDMER** ou
**EADMER**, moine Anglois de Cluni, dans le monastère de Saint-Sauveur à Cantorbery, fut abbé de St-Albans, puis archevêque de St-André en Écosse, et vivoit encore en 1120. On a de lui : I. Un *Traité de la liberté de l'Eglise*. II. Une *Vie de St. Anselme*, dont il fut l'ami et qu'il accompagne dans son exil.
III. Une Histoire de son temps, etc., qu'on trouve parmi les Œuvres de St. Anselme, édition du P. Gerberon. L'Histoire de son temps, divisée en six livres, et qui s'étend depuis l'an 1066 jusqu'en 1122, avoit déjà été donnée avec des notes de Selden; Londres, 1623, in-fol. IV. Traité de la Béatitude. V. De l'excellence de la Sainte Vierge. VI. Vics de plusieurs Saints d'Angleterre. VII. Traité des Similitudes. Le style d'Eadmer est clair, naturel, et se fait lire avec intérêt. I. EDMOND ou EDME, (St.) naquit au bourg d'Abendon, d'un père qui entra dans le cloître, et d'une mère qui vécut saintement dans le monde. Il fit ses études à Paris, et y enseigna ensuite les mathématiques et les belles-lettres. Son nom ayant pénétré jusqu'à Rome, le pape Innocent III lui donna ordre de prêcher la croisade. Le zèle avec lequel il remplit cette fonction, lui mérita l'archevêché de Cantorbery. Il y avoit alors un légat Romain en Angleterre, qui exerçoit une espèce de tyrannie, sous la protection de Henri III, prince pusillanime. Il demanda le 5e de tous les revenus ecclésiastiques : Edme consentit à le lui accorder, dans l'espérance d'obtenir la liberté des élections. Mais le pape lui ayant ordonné, peu de temps après, de pourvoir 300 Romains des premiers bénéfices vacans, il crut les maux de l'église d'Angleterre sans remède. Il se retira en France, et y mourut en 1241, victime de son zèle pour les prérogatives de son église. Les écrivains Anglois disent que Rome et les Italiens retiroient alors du royaume d'Angleterre plus de 70 mille marcs d'argent, et que rarement les revenus du roi excédoient le tiers de cette somme. Le pape Innocent IV canonisa St. Edmond en 1249. Il nous reste de lui un ouvrage intitulé : Speculum Ecclesiae, dans la Bibliothèque des Pères.
II. EDMOND, (St.) roi des Anglois Orientaux, fut illustre par sa piété, qui le fit mettre dans le catalogue des Saints. Ce prince, plus propre aux exercices de piété qu'à l'exercice des armes, ayant voulu, en 870, livrer bataille aux Danois, fut aisément vaincu et contraint de prendre la fuite. Il crut pouvoir se cacher dans une église; mais ayant été découvert, il fut mené à Ivar, chef des Danois, qui étoit à Helisdon. Le vainqueur lui offrit d'abord de lui laisser son royaume, pourvu qu'il le reconnût pour son souverain, et lui payât un tribut. Edmond ayant refusé ce parti, Ivar le fit attacher à un arbre, et percer d'une infinité de flèches; après quoi, il lui fit couper la tête. Le chef d'Edmond ayant été trouvé quelque temps après, fut enterré avec le corps à Saint-Edmonbourg, ville qui a reçu son nom de ce roi. Tant que la religion Catholique a fleuri en Angleterre, on a été persuadé qu'il se faisoit des miracles au tombeau de ce prince.
III. EDMOND Ier, roi d'Angleterre, fils d'Edouard le Vieux, monta sur le trône l'an 940. Il n'avoit alors qu'environ 17 ans. Les Danois de Northumberland, s'imaginant qu'ils se soustrairoient facilement au pouvoir d'un prince si jeune, se révoltèrent. Edmond leur livra une sanglante bataille, qui n'eut rien de décisif, F f 2 492 EDM mais qui les intimida. Il y eut un traité de paix, dont la principale condition fut que l'Angleterre seroit partagée entre les Anglois et les Danois. Edmond fut obligé, bientôt après, de tourner ses armes contre les Danois du royaume de Mercie, et contre le roi de Cumberland. Il vainquit les premiers en 945, s'empara du Cumberland, et le céda au roi d'Ecosse, qu'il vouloit mettre dans ses intérêts; mais il s'en réserva la souveraineté. Il s'occupoit à mettre l'ordre dans son royaume, lorsqu'il fut assassiné le 26 mai 946, par un voleur qu'il avoit arrêté dans ses appartements: il emporta avec lui les regrets de ses sujets, et sur-tout des ecclésiastiques, auxquels il avoit accordé de grands privilèges. Il laissa deux enfans, Edwin et Edgar, qui ne lui succédèrent pas immédiatement à cause de leur bas âge.
IV. EDMOND II, dit Côte-de-fer, roi des Anglois après son père Ethelred, commença de régner en 1016. Le royaume étoit alors extrêmement divisé par les conquêtes de Canut, roi de Danemarck. Le nouveau roi prit les armes, se rendit maître d'abord de Glocester et de Bristol, et mit ses ennemis en déroute. Il chassa ensuite Canut de devant Londres qu'il assiégeoit, et gagna deux sanglantes batailles. Mais ayant laissé à son ennemi le temps de remettre de nouvelles troupes sur pied, il perdit Londres, et fut défait en plusieurs rencontres. Ils terminèrent leurs différends en partageant le royaume. Quelque temps après, Edrick, surnommé Stréon, corrompit deux valets de chambre d'Edmond, qui lui passèrent un croc de fer au fondement, dans le temps qu'il étoit pressé de quelque nécessité naturelle, et portèrent sa tête à Canut. Cela arriva l'an 1017. Voy. I. CANUT. V. EDMOND PLANTAGENET, de Woodstock, comte de Kent, étoit un fils cadet du roi d'Angleterre Edouard I. Le roi Edouard II, son frère aîné, l'envoya, l'an 1324, en France, pour y défendre, contre Charles VI, les pays qui appartenoient à l'Angleterre; mais il ne fut pas heureux, dans cette expédition. Il soutint, en 1325, 26 et 27, le parti de ceux qui déposèrent Edouard II son frère, pour mettre son fils Edouard III sur le trône. Il se chargea du gouvernement du royaume, avec onze autres seigneurs, pendant la minorité de son neveu; mais il s'aperçut bientôt que la mère du jeune roi, de concert avec son amant Roger Mortimer, ne lui en laissoit que le seul titre. Il travailla dès-lors à faire remonter son frère sur le trône. Cette tentative ne lui réussit pas: la reine fit si bien, que, dans un parlement tenu à Winchester, il fut condamné à mort. On le conduisit sur l'échafaud; mais l'exécuteur s'étant évadé, il y demeura depuis avant midi jusqu'au soir, sans qu'on pût trouver un homme qui voulût faire l'office de bourreau. Enfin, vers le soir, un garde de la maré-chaussée se chargea de cette triste exécution. Ainsi mourut ce prince, à l'âge de vingt-huit ans... Il laissa un fils, appelé EDMOND comme lui. Celui-ci obtint du roi dans le parlement suivant, que la sentence, portée contre son père, seroit annullée, comme dressée sur de fausses accusations. E D O 453 Il mourut sans enfans, ainsi que son frère cadet; et le comté de Kent passa à Jeanne sa sœur, épouse de Thomas Holland.
VI. EDMOND, (Thomas) Anglois, né en 1563, et mort en 1639, fut envoyé par Elisabeth et Jacques I, en qualité d'ambassadeur en France et dans les Pays-Bas. On lui doit : I. Des Lettres sur les affaires d'état; Londres, 1725, 3 vol. in-8.º II. Ses Négociations; Londres, 1749, in-8.º I. ÉDOUARD le Vieux, ou EDWARD, roi d'Angleterre, succéda à son père Alfred l'an 900. Il défit Constantin, roi d'Écosse, vainquit les Bretons du pays de Galles, et remporta deux victoires sur les Danois. Il fit ériger cinq évêchés dans ses états, fonda l'université de Cambridge, protégea les savans, et mourut en 934, dans la vingt-cinquième année de son règne. Aldestan, qu'il avoit eu de la fille d'un berger, qui n'étoit que sa concubine, lui succéda au préjudice de ses enfans légitimes.
II. ÉDOUARD le Jeune, (St.) roi d'Angleterre, né en 962, parvint à la couronne dès l'âge de 13 ans, en 975. La plupart des grands du royaume le reconnurent pour leur roi. Quelques-uns s'y opposèrent. Enfin, Elfride, sa belle-mère, qui vouloit faire régner son fils Ethelred, le fit assassiner en 978. Edouard, revenant de la chasse, passoit près d'un château où étoit Elfride. Il étoit fort altéré : il s'écarta de sa troupe, pour aller demander à boire à la porte du château. Elfride vint à lui avec de fausses démonstrations d'amitié; mais elle avoit donné ordre de le poignarder par derrière tandis qu'il boiroit, et il tomba mort aux pieds de sa cruelle marâtre. Il étoit âgé de quinze ans. L'Église Romaine l'honore comme martyr, à cause de l'innocence de ses mœurs et de sa mort violente, et en célèbre la mémoire le jour de sa mort, le 18 mars.
III. ÉDOUARD, (Saint) dit le Confesseur, ou le Débonnaire, fut rappelé en Angleterre après la mort de son frère Elfred. Il étoit alors en Normandie, où les incursions des Danois l'avoient obligé de se retirer. Il fut couronné l'an 1042. Ce prince, plus simple que politique, plus foible que généreux, plus indolent qu'appliqué, prépara, dit un historien, une révolution dans sa patrie, par son caractère. Le comte Godwin, qui étoit allé le chercher en Normandie, lui donna sa fille en mariage, et gouverna sous son nom. Ce général remporta d'assez grands avantages sur les ennemis de l'état. Le roi laissa avilir le sceptre par sa foiblesse; mais il prit des arrangements pour le faire passer dans des mains plus dignes de le porter. On lui dut cependant le Recueil des Lois communes, ainsi nommées, parce qu'elles furent observées par tous les Anglois sans exception, qui les respectèrent long-temps, même au milieu de leurs dissensions politiques. Edouard laissa en mourant sa couronne à Guillaume, duc de Normandie, son parent, qui lui rendit tout son éclat. Edouard mourut le 5 janvier 1066, après un règne de 23 ans. Pour mettre le lecteur à portée de juger de la bonté ou plutôt de la foiblesse de ce prince, on ne rapportera que ce trait. Un jour, se reposant sur son lit, il vit un page, 454 EDO qui trouvant un coffre de fer ouvert, et n'appercevant personne dans la chambre, remplit ses poches de l'argent qui y étoit contenu : non content de ce premier enlèvement, il revint une seconde fois à la charge. « Mon ami, lui cria alors *Edouard* par derrière le rideau, vous devez être content de ce que vous avez emporté ; car si le chambellan *Hugolin* venoit, il vous feroit tout rendre, et vous seriez fouetté rigoureusement dans les places publiques. » *Edouard* fut canonisé par le pape *Alexandre III*; car, quoiqu'il n'eût pas les qualités d'un roi, il eut les vertus d'un particulier, *Voy*. EMMA.
IV. EDOUARD Ier, roi d'Angleterre, naquit à Winchester, en 1240, du roi *Henri III* et d'*Eléonore* de Provence. Il se croisa avec le roi *St. Louis* contre les Infidelles. Il partageoit les travaux ingrats de cette expédition malheureuse, lorsque la mort du roi, son père, le rappela en Europe l'an 1272. Au retour de l'Asie, il débarqua en Sicile et vint en France, où il fit hommage au roi *Philippe III*, des terres que les Anglois possédoient dans la Guienne. L'Angleterre changea de face sous ce prince. Il sut contenir l'humeur remuante des Anglois, et animer leur industrie. Il fit fleurir leur commerce, autant qu'on le pouvoit alors. Il s'empara du pays de Galles sur *Leolin*, après l'avoir tué les armes à la main en 1283. Il fit un traité, l'an 1286, avec le roi *Philippe IV*, dit le *Bel*, successeur de *Philippe III*, par lequel il régla les différens qu'ils avoient pour la Saintonge, le Limousin, le Querci, et le Périgord. L'année suivante, il se rendit à Amiens, où il fit au même prince, hommage de toutes les terres qu'il possédoit en France. La mort d'*Alexandre III*, roi d'Écosse, arrivée en 1286, ayant laissé la couronne en proie à l'ambition de douze compétiteurs, *Edouard* eut la gloire d'être choisi pour arbitre entre les prétendans. Il exigea d'abord l'hommage de cette couronne ; ensuite, il nomma pour roi *Jean Baillol*, qu'il fit son vassal. Mais c'étoit peu pour *Edouard* d'être suzerain de l'Écosse : la souveraineté entière pouvoit seule satisfaire son ambition. Dans ce but, il donna des désagréments à *Baillol*, pour le porter à la révolte, et avoir ainsi un prétexte de le détrôner. Il reçut les appels de quiconque se crut lésé par ce prince. Il le fit citer devant les tribunaux d'Angleterre, et ne lui permit pas même de se défendre par procureur. *Baillol* résolut en effet de secouer un joug si révoltant, et se ligua avec la France contre *Edouard*. Cette alliance eut l'effet imprévu de tirer le peuple Anglois de son état de nullité, et de lui donner une existence politique. *Leicester* avoit fait ci-devant siéger en parlement les représentants des bourgs et des villes ; mais c'est exemple donné par un rebelle, n'avoit jamais été suivi. *Edouard*, entouré d'une noblesse factieuse, et à la veille d'avoir deux rois à combattre, sentit qu'il ne pouvoit avoir de paix au dedans et de succès au dehors, qu'en mettant le peuple dans ses intérêts. Il l'invita donc à nommer des députés pour consentir aux impôts ; *etant juste*, disoit-il, que ce qui intéresse tous, soit approuvé de tous. Il est vrai que ce consentement, une fois donné, la commission des députés fut finie. On ne leur permit pas de se mêler des lois, ni de la politique, qu'on sup- posoit injurieusement au-dessus de leur intelligence. Mais peu à peu les députés des communes connurent leur force. Ils deman- dèrent au trône le redressement des griefs du peuple, et le be- soin fréquent qu'on avoit d'eux fit admettre souvent leurs re- quêtes. De l'argent accordé par les barons et les communes, *Edouard* forma bientôt une ar- mée. Alors, il somma *Baillol* de lui fournir son contingent de troupes pour repousser l'invasion dont la France menaçoit l'An- gleterre. *Baillol* dispensé, dit-on, de son serment par le pape *Cé- lestin V*, refusa; mais ayant été vaincu, et pris à Dunbar, les Écossois se soumirent au vain- queur. L'infortuné roi d'Écosse, après deux ans de captivité à la tour de Londres, alla finir ses jours en France en homme privé. Une querelle peu considérable entre deux mariniers, l'un Fran- çois, l'autre Anglois, avoit al- lumé la guerre en 1293, entre les deux nations. *Edouard* entra en France avec deux armées, l'une destinée au siège de la Ro- chelle, et l'autre contre la Nor- mandie. Cette guerre fut termi- née par une double alliance en 1298, entre *Edouard* et *Mar- guerite de France*, et entre son fils *Edouard* et *Isabelle*, l'une sœur, et l'autre fille de *Philippe le Bel*. Le souverain Anglois tourna ensuite ses armes contre l'Écosse, qui avoit profité de son absence pour se rendre libre. *Voy*. WALLACE. Berwick fut la première place qu'il assiégea. Il la prit par ruse. Il feignit de lever le siège, et fit répandre par ses émissaires, qu'il s'y étoit déterminé par la crainte des so- cours qu'attendoient les assiégés. Quand il fut assez éloigné pour n'être pas apperçu, il arbora le drapeau d'Écosse, et s'avança vers la place. La garnison, sé- duite par ce stratagème, s'em- pressa d'aller au-devant de ceux qu'elle croyoit ses libérateurs. Elle étoit à peine sortie, qu'elle fut coupée par les Anglois, qui entrèrent précipitamment dans la ville. Ce succès en amena d'au- tres. Le roi d'Écosse fut fait pri- sonnier en 1303, confiné dans la tour de Londres, et forcé à renoncer en faveur du vainqueur au droit qu'il avoit sur la cou- ronne. Ce fut alors que com- mença cette antipathie entre les Anglois et les Écossois, qui dure encore aujourd'hui. Ceux- ci armèrent de nouveau en 1306, ayant à leur tête un héros. *Ro- bert de Brus*, fils du compéti- teur de *Jean Baillol*, chassa les Anglois, reçut la couronne de la main des peuples d'Écosse et la conserva. *Edouard*, furieux, se préparoit à entrer lui-même dans ce royaume, pour y mettre tout à feu et à sang, lorsqu'il mourut à Carlisle, le 5 juillet 1307, à 68 ans. Il ordonna à *Edouard II* son fils, en mou- rant, de subjuguer et de punir les Écossois. *Faites porter mes os devant vous*, lui dit-il; les rebelles n'en soutiendront pas la vue. Les historiens de diverses nations ont parlé si différem- ment de ce prince, dit l'auteur de *l'Histoire du Parlement d'An- gleterre*, qu'il est difficile de s'en former une juste idée. Les sa- tires sont venues des Écossois; les éloges, des Anglois. On ne peut lui refuser beaucoup de con- F 1 4 456 EDO rage, des mœurs pures, une équité exacte; mais ces qualités furent ternies par la cruauté et par la soif de la vengeance. On la nommé le *Justinien Anglois*; et ce beau titre doit couvrir quelques-unes des taches de sa vie. Ce fut sous ce prince que le parlement d'Angleterre prit une nouvelle forme, telle à peu près que celle d'aujourd'hui. Le titre de Pair et de Baron ne fut affecté qu'à ceux qui entroient dans la chambre haute. Il ordonna à tous les shérifs d'Angleterre, que chaque comté ou province députât au parlement deux chevaliers, chaque cité deux citoyens, et chaque bourg deux bourgeois. La chambre des Communes commença par-là à entrer dans ce qui regardoit les subsides. *Edouard* lui donna du poids, pour pouvoir balancer la puissance des barons. Ce prince, assez ferme pour ne les point craindre, et assez habile pour les ménager, forma cette espèce de gouvernement, qui rassemble tous les avantages de la royauté, de l'aristocratie et de la démocratie; mais qui a aussi les divers inconvénients de tous les trois, et qui ne peut subsister que sous un roi sage. V. ÉDOUARD II, fils et successeur d'*Edouard I*, couronné à l'âge de 23 ans, en 1307, abandonna les projets de son père sur l'Écosse, pour se livrer à ses maîtresses et à ses flatteurs. Le principal d'entre eux étoit *GAVERSTON*, *Voyez ce mot*, gentilhomme Gascon, qui, à la fierté de sa nation, joignoit les caprices d'un favori et la dureté d'un ministre. Il maltraita si cruellement les grands du royaume, qu'ils prirent les armes contre leur souverain, et ne les quittèrent qu'après avoir fait couper la tête à son indigne favori. Les Écossois, profitant de ce trouble, secouèrent le joug des Anglois. *Edouard*, malheureux au dehors, ne fut pas plus heureux dans sa famille. *Isabelle* sa femme, irritée contre lui, se retira en 1326, à la cour du roi de France, *Charles le Bel*, son frère. Ce prince encouragea sa sœur à lever l'étendard de la révolte contre son mari. La reine, secourue par le comte *Philippe de Hainaut*, repassa la mer avec environ trois mille hommes. *Edouard*, livré à l'incertitude dans laquelle il avoit flotté toute sa vie, se réfugia avec son favori *Spencer* dans le pays de Galles, tandis que le vieux *Spencer* s'enfermoit dans Bristol pour couvrir sa fuite. Cette ville ne tint point contre les efforts des illustres aventuriers qui suivoient la reine. Les deux *Spencer* moururent par la main du bourreau, le 29 novembre 1326. On arracha au fils sur la potence, les parties, dont on prétendoit qu'il avoit fait un usage coupable avec le monarque. *Voyez SPENCER*, n° 1. *Edouard* fut condamné à une prison perpétuelle, et son fils mis à sa place. Esclave sur le trône, pusillanime dans les fers, il finit comme il avoit commencé, en lâche. Après quelque temps de prison, on lui enfonça un fer chaud dans le fondement par un tuyau de corne, de peur que la brûlure ne parût. Ce fut par ce cruel supplice qu'il perdit la vie, l'an 1327, âgé de 42 ans, après avoir occupé le trône pendant vingt. On observe sous ce règne, dit l'abbé *Millot*, que le prix des grains étoit la moitié de leur valeur E D O 457 actifelle, au lieu que le bétail valoit huit fois moins qu'aujourd'hui. Cette remarque prouve que l'agriculture étoit alors très-peu florissante. Les seigneurs en général faisoient cultiver leurs terres par des gens à eux; ils en consommoient le produit avec une foule de personnes qui trouvoient l'hospitalité dans leur maison. C'étoient autant de partisans attachés à leur fortune et à leur personne. C'est sous *Edouard II* que les templiers furent détruits; et, ce qu'il y a de singulier, c'est que l'Angleterre rendit des témoignages avantageux à ces chevaliers qu'on traitoit si rigoureusement en France. *Voyez V. ADAM*. Dans le temps que les Anglois faisoient la guerre à *Edouard*, sous la conduite d'un nommé *Guillaume Trussel*, ils abusèrent bien indignement de l'avantage qu'ils eurent sur leur souverain. On poussa l'inhumanité envers le malheureux *Edouard*, jusqu'à le faire raser en pleine campagne avec de l'eau froide, tirée d'un fossé bourbeux, dit *Rapin de Thoiras*. Il ne répondit à ce mauvais traitement, qu'en disant à ses persécuteurs: « Que quoi qu'ils pussent faire, ils ne lui ôteroient point l'usage de l'eau chaude pour se raser; » et en même temps, ajoute cet historien, deux torrens de larmes coulèrent de ses yeux: exemple cruel des jeux de la fortune!
VI. ÉDOUARD III, fils du précédent, vit le jour en 1312 à Windsor. *Voy. CHARLES VI*, n° III. Mis sur le trône à la place de son père, par les intrigues de sa mère, en 1327, il ne lui fut pas pour cela plus favorable. Il fit enlever son favori *Mortimer* jusque dans le lit de cette prin- princesse, et le fit périr ignominieusement. *Isabelle* fut elle-même renfermée dans le château de Rising, et y mourut après vingt-huit ans de prison. *Edouard*, maître, et bientôt maître absolu, commença par conquérir le royaume d'Écosse disputé par *Jean de Baillol* et *David de Brus*. Une nouvelle scène, et qui occupa davantage l'Europe, s'ouvrit alors. *Edouard III* voulut retirer les places de la Guienne, dont le roi *Philippe de Valois* étoit en possession. Les Flamands, l'empereur, et plusieurs autres princes, entrèrent dans son parti. Les premiers exigèrent seulement qu'*Edouard* prit le titre de roi de France, en conséquence de ses prétentions sur cette couronne, parce qu'alors, suivant le sens littéral des traités qu'ils avoient faits avec les François, ils ne faisoient que suivre le roi de France. *Edouard*, dit *Rapin de Thoiras*, approuva ce moyen de les faire entrer dans la ligue. On voit, dit un autre historien, que si ce prince avoit eu besoin des Juifs, il auroit pris de même le titre de Messie. Voilà l'époque de la jonction des fleurs de lis et des léopards. *Edouard* se qualifia, dans un manifeste, de roi de France, d'Angleterre et d'Irlande. *Voy. XV. PHILIPPE et V. ROBERT*. Il commença la guerre par le siège de Cambrai, qu'il fut forcé de lever. La fortune lui fut ensuite plus favorable. Il remporta une victoire navale, connue sous le nom de *Bataille de l'Écluse*. Ces avantages furent suivis de la bataille de Créci, en 1346. Les François y perdirent trente mille hommes de pied, douze cents cavaliers et quatre-vingts bannières. On attribua en partie le succès de 458 EDO cette journée à six pièces de canon dont les Anglois se servoient pour la première fois, et dont l'usage étoit inconnu en France. *Edouard* se tint à l'écart pendant toute l'action. Il avoit pourtant envoyé un cartel à *Philippe* au commencement de la guerre, et son propos ordinaire étoit, qu'il ne souhaitoit rien tant que de combattre seul à seul, ou de le rencontrer dans la mêlée. Le lendemain de cette victoire, les troupes des Communes de France furent encore défaites. *Edouard*, après deux victoires remportées en deux jours, prit Calais, qui resta aux Anglois deux cent dix années. *Voyez* RIBAUMONT et ST.-PIERRE n° I. La mort de *Philippe de l'Alois*, en 1350, ralluma la guerre. *Edouard* la continua contre le roi *Jean* son fils, et gagna sur lui en 1357, la bataille de Poitiers. *Jean* fut fait prisonnier dans cette journée, et mené en Angleterre, d'où il ne revint que quatre ans après. *Edouard*, prince de Galles, fils du roi d'Angleterre, qui commandoit les troupes dans cette bataille, donna des marques d'un courage invincible. Après la bataille, il fit préparer un repas magnifique, servit lui-même le roi prisonnier, comme s'il eût été un de ses officiers, et dit modestement, en refusant de se placer à table à côté de lui, qu'étant sujet, il connoissoit trop la distance du rang de Sa Majesté au sien, pour prendre une pareille liberté. A son entrée dans Londres, il parut sur une petite haquenée noire, marchant à côté du roi *Jean*, qui montoit un beau cheval blanc superbement harnaché. Malgré la barbarie de son siècle, il y avoit un orgueil bien raffiné dans cette modestie du vainqueur; il y avoit encore plus de cruauté, d'exposer un roi malheureux à la vue d'une populace... *Voyez* CHANDOZ. Après la mort de *Jean*, en 1364, *Edouard* fut moins heureux. *Charles V* confisqua les terres que les Anglois possédoient en France, après s'être préparé à soutenir l'arrêt des confiscations par les armes. Le roi de France *Charles V* remporta de grands avantages sur eux; et le monarque Anglois mourut le 23 juillet 1377, à 65 ans, avec la douleur de voir les victoires de sa jeunesse obscurcies par les pertes de ses vieux jours. Sa vieillesse fut encore ternie par le crédit de ses favoris, et sur-tout par son amour pour *Alix de Pierce*, qui l'entraîna dans des fêtes continuelles et des dépenses excessives. Son règne auroit eu un éclat infini, sans ces taches. L'Angleterre n'avoit point eu encore de souverain, qui eût tenu dans le même temps deux rois prisonniers, *Jean* roi de France, et *David* roi d'Écosse. Sa politique eut bien des défauts. Dépourvu des vues générales, et entraîné par les circonstances, il n'étendit pas sa prévoyance en politique plus loin que son règne. Tout le crédit qu'il avoit dans son parlement, il le fit servir à ses conquêtes; au lieu qu'un autre auroit fait servir ses conquêtes à se rendre maître de son parlement. Les entreprises de ce monarque coûtèrent beaucoup à l'Angleterre; mais elle s'en dédommagea par le commerce : elle vendit ses laines, Bruges les mit en œuvre. « *Edouard III*, dit *Robertson*, fut frappé de l'état florissant des provinces des Pays-Bas, et n'eut pas de peine à en démêler la véritable cause. Il s'occupa des moyens d'encou- rager l'industrie parmi ses sujets, lesquels méconnoissant alors les avantages de leur situation, et ignorant la source d'où la richesse devoit se répandre un jour dans leur isle, négligeoient entièrement le commerce, et n'essayoiant pas même d'imiter les manufactures, dont ils fournissoient les matériaux aux étrangers. *Edouard* engagea des ouvriers Flamands à aller s'établir dans son royaume, et il fit plusieurs bonnes lois pour l'encouragement et le règlement du commerce. Ce fut à ses soins que l'Angleterre dut l'établissement de ses manufactures de laine. Ce prince tourna le génie actif et entreprenant de son peuple vers la culture de ces arts qui ont élevé les Anglois au premier rang parmi les peuples commerçans. » Dès que l'esprit de commerce eut commencé à acquérir de l'ascendant dans la nation, on vit aussitôt un nouveau génie animer son gouvernement et y diriger les alliances, les négociations, les guerres. *Edouard* ne fut pas témoin de ce grand changement; la foiblesse de ses dernières années l'empêcha même de poser solidement les fondemens de ce nouvel ordre de choses. Ce fut *Edouard* qui institua l'ordre de la *Jarretière*, vers l'an 1349. L'opinion vulgaire est qu'il fit cette institution à l'occasion de la jarretière que la comtesse de *Salisbury*, sa maîtresse, laissa tomber dans un bal, et que ce prince releva. Les courtisans s'étant mis à rire, et la comtesse ayant rougi, le roi dit: *HONNI soit qui mal y pense*, pour montrer qu'il n'avoit point eu de mauvais dessein; et jura que tel qui s'étoit moqué de cette jarretière s'estimeroit heureux d'en porter une semblable. On peut rejeter ce fait, aussi bien que l'admettre: quoique fort répandu dans les historiens modernes, il n'est attesté par aucun auteur contemporain. Des savans, qui croient être mieux instruits, pensent que l'ordre de la *Jarretière* prit son origine à la bataille de Créci; on avoit donné pour mot *Garter*, qui signifie *Jarretière* en anglois. D'autres prétendent, qu'à cette même bataille *Edouard* avoit fait attacher sa jarretière au bout d'une lance, pour servir de guide dans le combat. *Voyez* aussi RICHARD I.
VII. ÉDOUARD IV, fils de *Richard* duc d'Yorck, enleva en 1461 la couronne d'Angleterre à *Henri IV*. Il prétendoit qu'elle lui étoit due, parce que les filles en Angleterre ont droit de succéder au trône, et qu'il descendoit de *Lionel de Clarence*, deuxième fils d'*Edouard III*, par sa mère *Anne de Mortimer*, femme de *Richard*; au lieu que *Henri* descendoit du troisième fils d'*Edouard III*, qui étoit *Jean de Lancastre*, son bisafœuf paternel. Deux victoires remportées sur *Henri*, firent plus pour *Edouard* que tous ses droits. Il se fit couronner à Westminster, le 20 juin de la même année 1461. Ce fut la première étincelle des guerres civiles entre les maisons d'Yorck et de *Lancastre*, dont la première portoit la rose blanche, et la dernière la rouge. Ces deux partis firent de toute l'Angleterre un théâtre de carnage et de cruautés; les échafauds étoient dressés sur les champs de bataille, et chaque victoire fournissoit aux bourreaux quelques victimes à immoler à la vengeance. Cependant *Edouard IV* s'affermit sur le trône, par les soins du célèbre comte de *Warwick*; mais dès 460 E D O qu'il fut tranquille, il fut ingrat. Il écarta ce général de ses conseils, et s'en fit un ennemi irréconciliable. Dans le temps que Warwick négocioit en France le mariage de ce prince avec Bonne de Savoie, sœur de la femme de Louis XI, Édouard voit Elizabeth Woodwill, fille du baron de Rivers, en devient amoureux, et ne peut jamais obtenir que ces paroles accablantes : Je n'ai pas assez de naissance pour espérer d'être reine, et j'ai trop d'honneur pour m'abaisser à être maîtresse. V. ÉLIZABETH, n° VII. Ne pouvant se guérir de sa passion, il couronne sa maîtresse, sans en faire part à Warwick. Le ministre outragé cherche à se venger. Il arme l'Angleterre, il séduit le duc de Clarence, frère du roi; enfin il lui ôta le trône sur lequel il l'avoit fait monter. Édouard, fait prisonnier en 1470, se sauva de prison; et l'année d'après, 1471, secondé par le duc de Bourgogne, il gagna deux batailles. Le comte de Warwick fut tué dans la première. Édouard, fils de ce Henri, qui lui disputoit encore le trône, ayant été pris dans la seconde, perdit la vie; ensuite Henri lui-même fut égorgé en prison. La faction d'Édouard lui ouvrit les portes de Londres. Ce prince, libre de toute inquiétude, se livra entièrement aux plaisirs; et ses plaisirs ne furent que légèrement interrompus par la guerre contre le roi Louis XI, qui le renvoya en Angleterre à force d'argent, après avoir signé une trêve de neuf ans. Ses dernières années furent marquées par la mort de son frère George duc de Clarence, sur lequel il avoit conçu des soupçons. Il lui permit de choisir le genre de mort qui lui paroîtroit le plus doux; et on le plongea la tête en bas dans un tonneau de malvoisie, où il finit ses jours comme il avoit désiré. On lui trancha ensuite la tête. Édouard le suivit de près. Il mourut le 9 avril 1483, à 41 ans, après 22 ans de règne, de regret, dit-on, d'avoir refusé sa fille, promise en mariage au dauphin fils de Louis XI. Ce monarque avoit commencé son règne en héros; il le finit en débauché. Son affabilité lui gagna tous les cœurs; mais la volupté corrompit le sien. Il aima trop le sexe, et en fut trop aimé. Il attaquoit toutes les femmes par esprit de débauche, et s'attachoit pourtant à quelques-unes par des passions suivies. Trois de ses maîtresses le captivèrent plus long-temps que les autres. « Il étoit charmé, disoit-il, de la gaieté de l'une, de l'esprit de l'autre, et de la piété de la troisième, qui ne sortoit guères de l'église, que lorsqu'il la faisoit appeler. » Voyez PERKINS.
VIII. ÉDOUARD V, roi d'Angleterre, fils d'Édouard IV, ne survécut à son père que deux mois. Il n'avoit qu'onze ans lorsqu'il monta sur le trône. Son oncle Richard, duc de Glocester, tuteur d'Édouard et de Richard, duc d'Yorck, son frère, et jaloux de la couronne du premier et des droits du second, résolut de les faire mourir tous deux pour régner. Il les fit enfermer dans la tour de Londres, et leur fit donner la mort l'an 1483. Voy. HASTINGS. Après s'être défait de ses deux neveux, il accusa leur mère de magie, et usurpa la couronne. Sous le règne d'Élizabeth, la tour de Londres se trouvant extrêmement pleine, on fit ouvrir la porte d'une chambre murée depuis long-temps. On y trouva sur un lit, deux petites carcasses avec deux licols au cou ; c'étoient les squelettes d'*Edouard V* et de *Richard* son frère. La reine, pour ne pas renouveler la mémoire de ce forfait, fit remurer la porte ; mais sous *Charles II*, en 1678, elle fut rouverte, et les squelettes transportés à Westminster, sépulture des rois... *Thomas Morus* a écrit la *Vie d'Édouard V*.
IX. ÉDOUARD VI, fils de *Henri VIII* et de *Jeanne de Seymour*, monta sur le trône d'Angleterre à l'âge de 10 ans, en 1547, et ne régna que 6 ans. Le rôle qu'il joua fut court et sanglant. Il laissa entrevoir du goût pour la vertu et l'humanité ; mais ses ministres corrompirent cet heureux naturel. L'archevêque de Cantorbery, *Crammer*, le même qui périt par le feu, s'obstina à faire brûler deux pauvres femmes Anabaptistes qui doutoient de ce qu'il ne croyoit pas peut-être lui-même. Ce fut encore par les insinuations de cet indigne archevêque, que la messe fut abolie, les images brisées, et la religion Romaine proscrite. On prit quelque chose des différentes sectes de *Zuingle*, de *Luther* et de *Calvin*, et l'on en composa un symbole qui forma la religion anglicane. Le règne d'*Edouard* fut flétri par une autre injustice, que le goût de la réforme et les insinuations de ses ministres lui arrachèrent : il écarta du trône *Marie* et *Elizabeth* ses deux sœurs, et y appela *Jeanne Gray*, sa cousine. Il mourut en 1553, dans sa seizième année. X. ÉDOUARD, prince de Galles, plus connu sous le nom de *PRINCE NOIR*, fils d'*Edouard III* E D O 461 roi d'Angleterre, remporta la victoire de Poitiers sur les François, et mourut avant son père en 1376. Son fils monta sur le trône sous le nom de *Richard II*. *Voyez* ÉDOUARD III. — CHANDOS. — et JEAN, n° LXI.
XI. ÉDOUARD PLANTAGENET, le dernier de la race qui porte ce nom, comte de *Warwick*, eut pour père *George*, duc de *Clarence*, frère d'*Edouard IV* et de *Richard III*, rois d'Angleterre. *Henri VII* étant monté sur le trône, et le regardant comme un homme dangereux qui pouvoit lui disputer la couronne, le fit enfermer très-étroitement à la tour de Londres. Le fameux *Perkins* — *Vaerbeck*, qui s'étoit fait passer pour *Richard*, le dernier des fils de *Richard III*, étoit alors dans la même prison. Il concerta avec *Warwick* en 1490 les moyens d'en sortir. Leur complot fut découvert ; et on crut que le roi le leur avoit fait insinuer, pour avoir un prétexte de les sacrifier à sa sureté. Ce qui confirma ce soupçon, fut que, dans le même temps, le fils d'un cordonnier, séduit par un moine Augustin, se donna pour le comte de *Warwick*. *Henri VII* vouloit faire penser par cette ruse, sans doute concertée avec ce religieux, puisqu'il eut sa grace, que le comte de *Warwick* donnoit occasion à de nouveaux troubles. Ce fut sous ce prétexte qu'on le fit décapiter en 1499. Il étoit le seul mâle de la maison d'*Yorck* : voilà son véritable crime. Pendant sa longue détention, un certain *Lambert SIMNEL*, différent du fils du cordonnier, ayant été dressé par un prêtre du comte d'Oxford, nommé *Simondi*, se fit aussi passer pour comte de *Warwick*, sous le 462 EDO nom d'*Édouard Plantagenet*: c'étoit le fils d'un boulanger, mais doué de tous les talens propres à jouer le rôle le plus difficile. Il fut proclamé roi à Dublin par une faction en 1487, et *Simondi* lui mit sur la tête une couronne enlevée à une statue de la Vierge. Mais *Lambert Simnel* ayant été battu quelques jours après et fait prisonnier, le roi, tranquille sur son compte, lui laissa la vie par pitié; cependant, pour ne pas perdre toute sa vengeance, il lui donna l'office ridicule de *marmiton* dans sa cuisine. Ainsi sa royauté, dit l'abbé *Millot*, aboutit à un emploi digne de sa naissance. Dans la suite on le fit fauconnier. Tel fut le dénouement d'une comédie, qui ne laissa pas de faire couler beaucoup de sang. *Henri VII* voulant un jour se venger des Irlandois, par le ridicule, fit servir à table leurs députés par ce même garçon de cuisine qu'ils avoient salué roi. Pour *Simondi*, il fut enfermé dans une prison inconnue, où il passa le reste de ses jours.
XII. ÉDOUARD, (Charles) petit-fils de *Jacques II*, roi d'Angleterre, connu sous le nom du *Prévendant*, naquit le 31 décembre 1720, et chercha vainement à remonter sur le trône de ses ancêtres. En 1745, on le vit aborder en Écosse, rassembler dix mille montagnards, s'emparer d'Édimbourg et de Carlisle, et pénétrer jusques aux frontières d'Angleterre. Le duc de *Cumberland*, arrivé à la hâte, défait son arrière-garde à Clifton, est battu par lui à la bataille de Falkirk, et remporte une victoire complète à Culloden, le 27 avril 1746. *Édouard*, fugitif, errant de forêt en forêt, de caverne en caverne, poursuivi et exposé aux plus grands dangers, parvint à quitter les côtes de l'Écosse et à aborder en France sur un vaisseau de Saint-Malo, qui traversa une escadre angloise, à la faveur d'une brume épaisse. Retiré ensuite à Rome, il y est mort le 31 janvier 1788, ne laissant aucun enfant. Ainsi a fini la famille dès *Stuart*, qui donna des rois à l'Écosse pendant quatre siècles.
ÉDRICK, surnommé *Stréon*, c'est-à-dire Acquisiteur, homme d'une naissance fort obscure, sut, par son éloquence et par toutes sortes de ruses et d'intrigues, s'insinuer fort avant dans les bonnes graces d'*Ethelred II*, roi d'Angleterre. Ce prince le fit duc de Mercie, et lui donna sa fille *Edgithe* en mariage. Par cette alliance il mit dans sa maison un perfide, vendu aux Danois, qui ne laissa jamais passer aucune occasion de trahir les intérêts du roi et du royaume. *Edmond*, son beau-frère, découvrit sa perfidie, et se sépara de lui. *Edrick* se voyant démasqué, quitta le parti d'*Ethelred*, pour prendre celui de *Canut*. Quelque temps après il entra dans le parti d'*Edmond*, qui avoit succédé à *Ethelred*, et qui eut la générosité de lui pardonner. Ce fourbe lui fit voir bientôt à la bataille d'*Asseldun*, ce qu'il avoit dans l'âme. Pendant que les deux armées étoient aux mains, il quitta tout-à-coup son poste, et alla se joindre aux Danois, qui remportèrent la victoire. La paix s'étant faite entre *Edmond* et *Canut*, *Edrick* craignit que l'union des deux rois ne lui fût fatale. Il mit le comble à toutes ses perfidies, en faisant assassiner *Edmond* par deux de ses propres domestiques, en 1717. *Canut* con- E D W 463 terva à *Edrick* le titre de duc de Mercie; mais ce ne fut pas pour long-temps. Ce monstre eut un jour l'insolence de lui reprocher publiquement, «qu'il n'avoit pas récompensé ses services, et particulièrement celui qu'il lui avoit rendu, en le délivrant d'un concurrent aussi redoutable que l'étoit *Edmond*.» *Canut* lui répondit tout en colère, «que puisqu'il avoit la hardiesse d'avouer publiquement un crime si noir, dont jusqu'alors il n'avoit été que soupçonné, il devoit en porter la peine.» En même temps, sans lui donner le loisir de répliquer, il commanda qu'on lui coupât la tête sur-le-champ, et qu'on jetât son corps dans la Tamise. On dit qu'il fit mettre cette tête sur le lieu le plus élevé de la tour de Londres. On prétend que c'est ce scélérat qui introduisit le tribut que les Anglois furent obligés de payer aux Danois sous le nom de *Dangelt*.
**EDRIS**, dont le nom signifie *Méditation*, fut l'un des plus anciens prophètes, suivant les Mahométans. Dieu lui envoya, disent-ils, trente volumes qui renfermoient les principes de toutes les sciences et de toutes les connaissances humaines; il fit la guerre aux infidelles descendus de *Cain*, et réduisit le premier en esclavage ses prisonniers de guerre; il inventa la plume et l'aiguille, l'arithmétique et l'astronomie. *Edris* vécut 375 ans, et fut enlevé au ciel. Quelques savans ont pensé qu'*Edris* étoit le même que le *Mercure Trismégiste* des Égyptiens, et l'*Enoch* des Hébreux. — Un autre *Edris*, fils d'*Abdallah*, descendant de *Mahomet*, a été la tige des *Edrissides*, famille arabe qui régna en Afrique, à Foz, Ceuta et Tanger, et qui fut exterminée l'an de l'hégire 296, par les sultans *Fatimites*. Ses débris se sauvèrent en Sicile. *Edrissi*, auteur d'une géographie arabe dont les Maronites ont traduit un *Abrégé*, prétendoit en descendre. Ce dernier est encore auteur d'un ouvrage sur les pyramides. Il dit qu'*Alexandre* avoit fait élever au milieu d'Alexandrie un obélisque de pierre thébaïque, espèce de marbre noir des environs de Thèbes; ce monument a disparu sous les coups du temps et des guerres.
**EDUSA**,
**EDUCA**,
**EDULIA** ou
**EDULICA**, (Mythol.) divinité qui présidait à ce qu'on donnait à manger aux enfans, comme *Potina* ou *Potica* à ce qu'on leur donnait à boire.
**ÉDULIE**, (Mythol.) divinité Romaine que les mères invoquaient lorsqu'elles sevroient leurs enfans.
**EDWARDS**, (George) né à Straffort en Sussex en 1694, fut d'abord apprenti chez un marchand. Son goût pour l'Histoire naturelle s'étant développé, il parcourut la Hollande, la Norwège, pour faire des observations. A son retour en Angleterre, il obtint un appartement dans le collège des Médecins; et à l'aide de ses recherches et de la riche bibliothèque de ce collège, il composa son *Histoire naturelle des Oiseaux, Animaux et Insectes*, en 210 planches coloriées, avec la description en françois, Londres, 1745-48-50 et 51, 4 parties in-4°: ouvrage intéressant, très-souvent cité par les naturalistes, entr'autres par M. de Buffon. On a encore de lui, *Glanures d'Histoire naturelle*, 1758, 1764, 3 parties in-4°. Ce sont des figures de quadrupèdes, d'oi- 464 E E K seaux, d'insectes, de plantes, avec des explications en anglois et en françois. Cet ouvrage n'est pas moins recherché que le précédent. Son savant auteur mourut en 1753.
EDWY, roi d'Angleterre, étoit fils d'Edmond I. Il n'avoit que 14 ans lorsqu'il fut placé sur le trône par les grands du royaume, en 955, au préjudice des fils d'Edred, son prédécesseur. S'étant livré aux conseils des jeunes gens de son âge, il se livra à toutes ses passions. Comme ses revenus étoient insuffisans pour les satisfaire, il dépouilla les riches, accabla le peuple d'impôts, pilla les églises, maltraita la reine Edvige son aïeule, et s'abandonna sans retenue à la débauche. Saint Dunstan, ayant voulu arrêter ses désordres, fut exilé. Voyez DUNSTAN. Odon, archevêque de Cantorbery, ami de Dunstan, voyant que le roi n'écoutoit pas ses remontrances, fit enlever sa maîtresse par des soldats, qui la mutilèrent et finirent par la massacrer. Ce zèle si inconsidéré n'adoucit pas l'esprit d'Edwy. Il continua de persécuter le clergé, et se rendit si odieux par un gouvernement tyrannique, que les peuples de Mercie se révoltèrent en 959, et donnèrent la couronne à Edgar son frère. Edwy conçut tant de chagrin d'avoir perdu le trône, qu'il en mourut après un règne de quatre ans et quelques mois. Les historiens protestans ont voulu justifier ce prince; mais les auteurs contemporains le peignent comme un despote méchant et bizarre. Il est vrai que ces auteurs sont des moines ou des ecclésiastiques qui avoient à se plaindre de lui.
EEKHOUT, (Gerbrant Verden.) Voyez VANDEN-EEKHOUT.
EFFEN, Voy. VAN-EFFEN.
EFFIAT, (Antoine-Coëffier-Ruzé, dit le maréchal d') petit-fils d'un trésorier de France, fut surintendant des finances, en 1626, général d'armée en Piémont l'an 1630, enfin maréchal de France le premier janvier 1631. Mécontent d'avoir été oublié dans la promotion précédente, il s'étoit retiré à sa terre de Chilli, à 4 lieues de Paris; mais le cardinal de Richelieu, de la maison duquel il étoit comme intendant, le rappela et lui donna le bâton. Ce maréchal mourut le 27 juillet 1632, à Luzzelstein, proche de Trèves, en allant commander en Allemagne. En moins de 5 à 6 ans, il avoit acquis de la réputation dans les armes par sa valeur; au conseil, par son jugement; dans les ambassades, par sa dextérité, Voyez IV. BACON; et dans le maniement des finances, par son exactitude et sa vigilance. Il étoit père du marquis de Cinq-Mars, dont le fils mourut sans enfans, en 1719. Voyez ce mot. Il mourut fort riche. Ses biens ont passé dans la maison de Mazaria, par la Meilleraye qui avoit épousé sa fille. Ils lui venoient en partie de son grand oncle maternel, qui les lui laissa, à condition qu'il porteroit le nom et les armes de Ruzé. Cet oncle, nommé Martin Ruzé, fils de Guillaume Ruzé, receveur des finances à Tours, étoit un homme de mérite, qui fut secrétaire d'état sous Henri III et Henri IV.
EGA, (Mythol.) nymphe, nourrice de Jupiter, fut placée dans le ciel par ce dernier, qui en fit la constellation de la Chèvre. I. EGBERT, premier roi d'Angleterre, se distingua par ses vertus et son courage. Il étoit à Rome Rome à la cour de Charlemagne, quand les députés Anglois vinrent lui apporter la couronne. Charlemagne le voyant prêt à partir, tira son épée, et la lui présentant: *Priace*, dit-il, après que votre épée m'a si utilement s'écri, il est juste que je vous prête la mienne... Il soumit tous les petits rois de l'Angleterre, et régna paisiblement et glorieusement jusqu'à sa mort arrivée en 837. Ce fut lui qui ordonna qu'on donneroit à l'avenir le nom d'Angleterre à cette partie de la Grande-Bretagne que les Saxons avoient occupée.
IL EGBERT, frère d'Eadbert, prince de Northumberland, devint archevêque d'Yorck, où il mourut l'an 765. On lui doit: I. *Dialogus ecclesiasticæ institutionis*. Le savant Jacques Waræus publia cet ouvrage à Dublin, en 1664, in-8.º II. *Pœnitentiale*. C'est un manuscrit que l'on conserve dans plusieurs bibliothèques d'Angleterre. III. *Tractatus de jure sacerdotali*, et *excerpta ex dictis et canonibus Patrum*. Le P. *Labbe* a inséré cet écrit dans le tome 6 de son recueil des conciles. I. ÉGÉE, reine des Amazones, passa de la Lybie en Asie, à la tête d'une armée. Elle vainquit *Laomédon*, roi de Troie; mais après avoir fait en butin immense, elle périt dans un naufrage, en repassant la mer pour retourner dans son pays. Cette mer fut nommée la mer Égée.
II. ÉGÉE, roi de l'Attique, et mari d'*Ethra*, dont il eut *Thésée*. C'est sous son règne que *Minos*, roi de Crète, déclara la guerre aux Athéniens, au sujet du meurtre de son fils *Androgée*. Les ayant vaincus, il leur imposa un tribut qui consistoit à envoyer tous les neuf ans en Crète, sept jeunes garçons et autant de filles, des plus nobles familles, pour y être exposés à la fureur du minotaure, renfermé dans le labyrinthe. La 4ᵉ fois, le sort tomba sur son fils *Thésée*, qui fut obligé de s'embarquer avec les autres. Comme c'étoit l'usage de mettre des voiles noires au vaisseau qui portoit ces malheureuses victimes, *Egée*, pénétré de douleur et fondant en larmes, recommanda à son fils, s'il échappoit au danger, d'en faire mettre de blanches, afin qu'il pût connoître son sort de loin. *Thésée*, vainqueur du minotaure, oublia la prière que son père lui avoit faite, et revint avec des voiles noires. Dès que ce malheureux prince les apperçut du haut du rocher où il étoit monté, croyant son fils mort, il se précipita dans la mer, qui fut appelée de son nom.
ÉGÉON ou BRIARÉE, (Myth.) fils de *Titan* et de la *Terre*. Ce fut un géant d'une foye extraordinaire, qui avoit cinquante têtes et cent bras. Il vomissoit des torrens de flammes, il lançoit contre le ciel des rochers entiers qu'il avoit déracines. *Junon*, *Pallas* et *Neptune* ayant résolu d'enchaîner *Jupiter* dans la guerre des Dieux, *Thétis* gagna *Égéon* en faveur de *Jupiter*, qui lui rendit son amitié, et lui pardonna sa révolte avec les Géants.
ÉGÉRIE, (Mythol.) nymphe d'une beauté singulière, que *Diane* changea en fontaine. Les Romains l'adoroient comme une divinité, et les dames lui faisoient des sacrifices pour obtenir des accouchemens heureux. *Numa Pompilius*, second roi des Romains, pour donner plus d'autorité aux lois qu'il vouloit établir, G g 466 EGG faisoit croire à ses sujets qu'il avoit des conférences secrètes avec elle, et qu'elle lui révélait tout ce qu'il devoit faire. Ovide prétend que la douleur que cette nymphé ressentit de la mort de ce prince, la fit changer en fon- taine. En effet, il y en avoit une de son nom hors de Rome, près de la porte Capène.
EGERTON, (Thomas) garde des sceaux d'Angleterre, sous la reine Elizabeth, et chancelier sous Jacques I, fut surnommé le Défenseur incorruptible des droits de la Couronne. Il ne fut pas moins estimé pour sa droi- ture et son équité, que pour son savoir. Il mourut en 1617, à 70 ans, après avoir publié quel- ques ouvrages de jurisprudence.
ÉGESTE, (Mythol.) fille d'Hyppotés, prince Troyen, fut exposée sur un vaisseau par son père, de peur que le sort ne tombât sur elle pour être dévorée par un monstre marin auquel les Troyens étoient obligés de don- ner tous les ans une fille pour expier le crime de Laomédon. Egeste aborda en Sicile, où le fleuve Crinise, sous la figure d'un taureau, puis sous celle d'un ours, combattit pour l'épouser, et en eut Aceste.
EGGELING, (Jean-Henri) né à Brême en 1539, parcourut la plupart des royaumes de l'Eu- rope, dans la vue de perfection- ner son goût pour les antiquités Grecques et Romaines. De re- tour dans sa patrie, il fut nommé secrétaire de la république: em- ploi qu'il exerça avec distinction jusqu'à sa mort, arrivée en 1713, à 74 ans. On a de lui des explica- tions de plusieurs médailles, et de quelques monumens antiques.
EGGESTEYN, (Henri) im- primeur de Strasbourg, fut le disciple et l'associé de Jean Mentel. Il publia plusieurs des premières éditions que l'on con- noisse, entr'autres: I. Les Cons- titutions du pape Clément V, 1471, grand in-folio à quatre colonnes, dont les deux du mi- lieu renferment le texte, et les deux autres le commentaire; II. Decretum Gratiani cum glos- sis, imprimé la même année que le précédent, 2 vol. in-folio, caractères gothiques, dont les lettres initiales rouges et bleues sont faites au pinceau. III. Son édition des Institutes de Justi- nien, qui parut en 1472, est plus commune. I. ÉGIALÉE, (Mythol.) sœur de Phaëton, à force de verser des larmes sur le malheur de son frère, fut métamorpho- sée, avec ses sœurs, en peuplier. On croit que c'est la même que Lampétie.
II. ÉGIALÉE ou ÉGIALE, (Mythol.) fut fille d'Adraste, roi d'Argos, et femme de Diomède. Vénus fut si irritée de la bles- sure que lui fit Diomède au siège de Troie, que, pour s'en ven- ger, elle inspira à Égialée l'in- fame désir de se livrer à tout le monde. — Le premier roi de Si- cyone s'appeloit ÉGIALEE. Voyez III. DIOMÈDE.
ÉGIÈS, (Mythol.) monstre formidable, né de la terre, vo- missoit des tourbillons de flammes, et mettoit le feu aux forêts de la Phrygie, de la Phénicie et de la Lybie. Minerve, par l'ordre de Jupiter, alla combattre ce monstre, et après sa victoire, elle en porta la peau sur son égide.
ÉGILL, Scalde ou poète Scandinave, avoit tué dans une bataille le fils d'Eric, roi de Norwège, pour se venger d'une offense qu'il avoit reçue de ce roi. Il fut pris, et conduit devant Eric qui, tout irrité qu'il étoit, lui pardonna en faveur des vers qu'Égill chanta sur-le-champ à sa louange. C'est un exemple éclatant du pouvoir de la poésie. Le poème intitulé : la Hançon du Scalde Égill, fait partie d'un recueil de poésies runiques, traduites de la langue Islandoise en Anglois, et imprimé à Londres en 1764. Cette pièce impromptu est rimée; ce qui contredit l'opinion avancée par Olaus Wormius, que dans la poésie runique la rime n'étoit jamais employée.
ÉGIMIUS, vieillard Grec qui vécut deux cents ans, au rapport d'Anacréon et de Pline.
ÉGINARD ou ÉGINHARD, seigneur Allemand, élevé à la cour de Charlemagne, fit des progrès si rapides dans les lettres, que ce prince le fit son secrétaire. Il lui donna sa fille Imma en mariage. A ces bienfaits, il joignit encore la charge de surintendant de ses bâtiments. Après la mort de Charlemagne, Éginard se consacra à la vie monastique. Il se sépara de sa femme, et ne la regarda plus que comme sa sœur. Louis le Débonnaire lui donna plusieurs abbayes, dont il se délit pour se fixer à Selgens-tat, monastère qu'il avoit fondé. Il en fut le premier abbé. Éginard mourut saintement dans sa retraite, l'an 83a. Nous avons de cet homme célèbre, une Vie de Charlemagne très-détaillée; et des Annales de France, depuis 741 jusqu'en 829, Utrecht, 1711, in-4°. Dom Bouquet a inséré ces deux ouvrages curieux dans sa grande collection des Historiens de France. On a encore de lui LXII Lettres, Francfort, 1714, in-fol.; importantes pour l'histoire de son siècle: on les trouve aussi dans le Recueil des Historiens de France, de Duchesne. Éginard étoit l'écrivain le plus poli de son temps; mais ce temps, moins barbare que les siècles qui l'avoient précédé, l'étoit encore beaucoup. Nous avons composé cet article d'après l'idée commune que le plus grand nombre des historiens donne d'Éginard. Le nouvel éditeur des Œuvres de Bossuet, dit, dans une note sur la défense de la Déclaration du Clergé de France, qu'il est difficile de croire qu'Éginard ait vécu du temps de Charlemagne. Éginard, dans la Vie de ce prince, s'excuse de ce qu'il ne parle point de sa naissance et de son enfance: «parce qu'il n'y a plus, dit-il, d'homme vivant qui en ait connoissance.» Cela veut dire tout au plus, à ce qu'il paroît (et c'est le sentiment des savans auteurs de l'histoire littéraire de France), qu'Éginard n'exécuta son dessein que plusieurs années après la mort de son héros. On lui attribue le projet d'avoir voulu réunir la mer d'Allemagne, la Méditerranée et la mer Noire, en creusant deux canaux, dont le premier devoit servir de communication entre la Moselle et la Saône, le second devoit ouvrir un passage du Rhin au Danube.
ÉGINE, (Mythol.) fille d'Aspe, roi de Béotie, fut si tendrement aimée de Jupiter, que ce dieu s'enveloppa plusieurs fois d'une flamme de feu pour la voir. Il eut d'elle Eaque, juge des en- G g 2 468 EGI fers. Dans sa vieillesse, il la changea en une isle du golfe Saronique qui prit le nom d'Egine.
ÉGINÈTE, Voy. PAUL ÉGINÈTE, n° XII.
ÉGIPANS, (Mythol.) divinités champêtres des montagnes et des bois, étoient représentées tantôt avec des cornes et des pieds de chèvre, tantôt avec le museau de cet animal et une queue de poisson, parce qu'on leur attribuoit l'invention de la trompette faite avec une conque marine. La figure Égyptienne du Capricorne, est celle d'un Egipan.
ÉGISTHE, fils de Thyeste et de Pélopée. Thyeste, à qui l'oracle avoit prédit que le fils qu'il auroit de sa propre fille Pélopée, vengeroit un jour les crimes d'Atrée, fit cette fille prêtresse de Minerve dès sa tendre jeunesse, avec ordre de la transporter dans des lieux qu'il ne connoitroit pas, et avec défense de l'instruire touchant sa naissance. Il crut, par cette précaution, éviter l'inceste dont il étoit menacé; mais quelques années après, l'ayant rencontrée dans un voyage, il la viola sans la connoître. Pélopée lui arracha son épée, et la garda. Quelque temps après que Thyeste eut quitté Pélopée, elle eut un fils: elle le fit élever par des bergers, qui le nommèrent Égisthe. Lorsqu'il fut en âge de porter les armes, elle lui fit présent de l'épée de Thyeste. Ce jeune prince s'avanca dans la cour d'Atrée, qui le choisit pour aller assassiner son frère, dont le perfide vouloit envahir les états. Thyeste revounit son épée: cela lui donna lieu de faire plusieurs questions à Égisthe, qui répondit qu'il la tenoit de sa mère. On obtint de lui de la faire revenir; et après quelques recherches, Thyeste se souvint de l'oracle. Égisthe, indigné d'avoir obéi à Atrée, pour venir égorger son père, retourna aussitôt à Mycènes, où il tua Atrée. Clytemnestre lui ayant plu, il assassina, par son conseil, Agamemnon son époux, et s'empara du trône de Mycènes. Oreste, fils d'Agamemnon, ôta la vie au meurtrier de son père.
ÉGLÉ, (Mythol.) nymphe, fille du Soleil, se plaisoit à faire des tours de malice aux bergers. Ayant un jour trouvé le vieux Silène ivre, elle se joignit aux deux satyres Chronis et Mnasile pour lui lier les mains avec des fleurs; après quoi, elle lui barbouilla le visage avec des mûres.
ÉGLY, Voy. MONTENAULT.
EGMONT, (§ Lamoral comte d') un des principaux seigneurs des Pays-Bas, né en 1522, d'une maison illustre de Hollande, se distingua dans les armées de l'empereur Charles V, qu'il suivit en Afrique l'an 1544. Nommé général de la cavalerie sous Philippe II, il se signala à la bataille de Saint-Quentin en 1557, et à celle de Gravelines en 1558. Mais, après le départ de Philippe pour l'Espagne, n'ayant pas voulu, à ce qu'il disoit lui-même, se battre pour rétablir les lois pénales et l'inquisition, il prit parti dans les § Et non pas l'Amiral, comme on le lisoit dans les 1$^{es}$ éditions de la Henriade. E G M 469 troubles qui s'éleverent dans les Pays-Bas. Il tâcha cependant de porter la gouvernante de ces provinces, et les seigneurs confédérés contre elle, à la paix et à la modération. Il prêta même serment entre les mains de cette princesse, de soutenir la religion Romaine, de punir les sacrilèges, et d'extirper l'hérésie. Mais ses liaisons avec le prince d'Orange et les principaux nobles partisans de ce prince, le rendoient suspect à la cour d'Espagne. Le duc d'Albe ayant été envoyé par Philippe II dans les Pays-Bas pour réprimer les rebelles, lui fit trancher la tête à Bruxelles, le 5 juin 1568, aussi bien qu'à Philippe de Montmorency, comte de Horn. Le comte d'Egmont avoit 46 ans; il mourut avec résignation et dans la communion de l'église catholique. L'ambassadeur de France marqua à sa cour, qu'il avoit vu tomber cette tête qui avoit deux fois fait trembler la France. Le même jour que le comte d'Egmont fut exécuté, son épouse, Sabine de Bavière, étoit venue à Bruxelles pour consoler la comtesse d'Aremberg sur la mort de son mari. Ce fut dans le temps qu'elle s'acquittoit de ce devoir de charité, qu'on vint lui annoncer l'accablante nouvelle de la condamnation du comte son époux. Le comte d'Egmont avoit écrit à Philippe II, pour lui protester « qu'il n'avoit jamais rien entrepris contre la religion Catholique, ni contre les devoirs d'un bon sujet »; mais cette justification parut insuffisante. On vouloit d'ailleurs faire un exemple: et Philippe II dit, à l'occasion de la mort des comtes d'Egmont et de Horn, qu'il faisoit tomber ces têtes, parce que des têtes de Saumons valoient mieux que celles de plusieurs milliers de Grenouilles. Le fils du comte d'Egmont, étant resté fidelle à Philippe II, fut envoyé par ce prince au secours du duc de Mayenne à la tête de dix-huit cents lances. A son entrée dans Paris, il reçut les complimens de la ville. Le magistrat qui le haranguoit ayant mêlé à ses louanges celles de son père; Ne parlez pas de lui, interrompit d'Egmont; il méritoit la mort, c'étoit un rebelle: paroles d'autant plus condamnables que c'étoit à des rebelles qu'il parloit et dont il ve noit défendre la cause. La postérité du comte d'Egmont a été éteinte dans la personne de Procope-François, comte d'Egmont, général de la cavalerie et des dragons du roi d'Espagne, et brigadier des armées du roi de France, mort sans enfans à Fraga en Aragon, en 1707, âgé de 38 ans.—Maximilien d'Egmont, comte de Buren, général des armées de Charles-Quint, de la même famille que les précédens, mais d'une branche différente, montra sa valeur et son habileté dans les guerres contre François I. Mais il assiégea vainement Térouanne, et mourut d'une esquinancie à Bruxelles en 1548, ne laissant qu'une fille, première femme de Guillaume de Nassau prince d'Orange. Le président de Thou dit qu'il étoit grand dans la guerre et dans la paix, et loue sa fidélité et sa magnificence. Son médecin, André Vesale, lui ayant, dit-on, prédit l'heure de sa mort, il fit un festin à ses amis, et leur distribua de riches présens. Après le repas, il se remit au lit, et mourut, à ce qu'on prétend, précisément au temps que Vesale lui avoit annoncé. G g 1
EGNACE, (Jean-Baptiste) disciple d'Ange Politien, maître de Léon X, fut élevé avec ce pontife, sous les yeux de cet habile homme. S'il y eut depuis une grande différence dans la fortune de ces deux disciples, il n'y en eut point dans leur goût pour les belles-lettres. Egnace les professa à Venise sa patrie, avec le plus grand éclat. La vieillesse l'ayant mis hors d'état de continuer, la république lui accorda les mêmes appointemens qu'il avoit eus lorsqu'il enseignoit, et affranchit ses biens de toutes sortes d'impositions. Egnace mourut au milieu de ses livres, ses seuls plaisirs, le 4 juillet 1553, à 80 ans. Ses écrits sont au-dessous de la réputation qu'il s'étoit acquise par une heureuse facilité de parler, et par une mémoire toujours fidelle. Il étoit extrêmement sensible aux éloges et aux critiques. Robortel ayant censuré ses ouvrages, il répondit, dit-on, par un coup de baïonnette dans le ventre, qui pensa emporter le critique. — Les principaux ouvrages d'Egnace sont : I. Un Abrégé de la vie des Empereurs, depuis César jusqu'à Maximien; en latin, 1588, in — 8°. Cet ouvrage, un des meilleurs que nous ayons sur l'Histoire Romaine, a été traduit pitoyablement par le trop fécond abbé de Marolles, dans son Addition à l'Histoire Romaine, 1664, deux vol. in—12. II. Traité de l'Origine des Turcs, publié à la prière de Léon X. III. Un Panégyrique latin, de François I, en vers héroïques, Venise, 1540, qui déplut à Charles-Quint, rival de ce prince. L'empereur s'en plaignit à Paul III, alors ennemi de la France. Ce pontife fit agir si fortement contre le panégyriste, qu'il pensa être accablé. IV. De savantes Remarques sur Ovide. V. Des Notes sur les Épîtres familières de Cicéron, et sur Suétone.
EGNATIE, (Mythol.) déesse révérée à Gnatie, ville de la Pouillé, lui avoit donné son nom. On croyoit que le feu prenoit de lui-même au bois consacré à ses sacrifices.
EGOLIUS, (Mythol.) jeune homme qui, étant entré dans un antre pour y recueillir le miel des abeilles consacré à Jupiter, fut par punition métamorphosé par ce Dieu en oiseau. I. EGON, athlète fameux dans la fable. Il traîna par les pieds, au haut d'une montagne, un taureau furieux, pour en faire présent à la bergère Amaryllis. Il n'avoit pas moins d'appétit que de force; car, dans un seul repas, il mangea quatre-vingt gâteaux.
II. EGON, Voyez FURSTEMBERG, nos III et IV.
EGYPIUS, (Mythol.) jeune homme de Thessalie, obtint à force d'argent, Tymandre, la plus belle femme qui fût alors. Néophron, fils de Tymandre, indigné d'une convention aussi odieuse, obtint la même chose de Bulis, mère d'Egypius. S'étant informé ensuite de l'heure à laquelle il devoit venir trouver Tymandre, il la fit sortir, et mit adroitement Bulis à sa place. Egypius vint au rendez-vous, et eut ainsi commerce avec sa propre mère, qui ne le reconnut qu'après. Ils eurent tant d'horreur de cette action, qu'ils voulurent se tuer; mais Jupiter changea Egypius et Néophron en vautours, Bulis en plongeon, et *Tymandre* en épervier.
**EGYPTUS**, ( Mythol. ) fils de *Neptune* et de *Lybie*, et frère de *Danaüs*, avoit cinquante fils, qui épousèrent les cinquante filles de son frère, appelées *Danaïdes*. *Voyez DANAÏDES*. Ce prince mérita par sa sagesse, sa justice et sa bonté, que le pays dont il étoit souverain, prit de lui le nom d'Égypte. Il régnoit environ 320 ans avant la guerre de Troie.
**EGYS**, ( Richard ) Jésuite, né à Rhinsfeld en 1621, mort en 1659, s'est distingué par ses *Poésies Latines*. Les principales sont : I. *Poemata sacra*. II. *Epistolae morales*. III. *Comica varii generis*. La latinité en est assez pure; mais elles manquent quelquefois de génie.
**EHRMANN**, ( Frédéric-Louis ) professeur de physique à Strasbourg, où il est mort au mois de mai 1800, est inventeur des lampes à air inflammable. On lui doit plusieurs ouvrages utiles : I. *La Description* et l'usage des lampes de son invention, 1780, in-8.º Il a traduit cet écrit en allemand. II. *Des Ballons aérostatiques*, et de l'art de les faire, 1784, in-8.º III. *Traduction* en allemand des Mémoires de *Lavoisier*, 1787. IV. *Éléments de Physique*. Ils peuvent être très-utiles à ceux qui veulent pénétrer dans cette science, et qui y trouveront une notice exacte des ouvrages qu'ils doivent consulter.
**EICK**, ( Hubert-Van- ) peintre, né en 1366 à Maseick au diocèse de Liège, eut pour disciple son frère *Jean Eick*, plus connu sous le nom de *Jean de L'uges*. *Voyez BRUGES*. Hubert fit divers tableaux pour *Philippe* le *Bon*, duc de Bourgogne, qui lui donna des marques publiques de son estime. On admire parmi ces tableaux, celui des *Vieillards* adorant l'Agneau sans tache; on y compte 330 têtes, sans qu'il y en ait deux qui se ressemblent : il se voit à Gand où on le tient fermé, à l'abri des injures de l'air, pour en conserver le coloris, qui est encore aussi éclatant que dans les premiers temps. Il mourut en 1426, à 60 ans. — Il y a eu du même nom un professeur d'humanités à Utrecht sa patrie, qui a laissé des *Poésies latines* ignorées, sur lesquelles on fit ce distique épigrammatique; mais pour l'entendre, il faut savoir que *Van-Eick*, en Hollandois, signifie *CHENE*. *Cùm tua duritis superens epigrammata quercum,* *Jure tuum cingat querna corona caput.*
**EIDOTHÉE**, ( Mythol. ) fille de *Prothée*, sortit de la mer pour secourir *Ménelas*, jeté par la tempête dans une isle déserte près de l'Égypte, et favorisa son retour parmi les siens.
**EIDOUS**, ( Marc-Antoine ) né à Marseille, et mort dans ces derniers temps, à un âge assez avancé, se livra à la traduction des ouvrages anglois, et en a publié un très-grand nombre, parmi lesquels on peut distinguer : *Le Dictionnaire universel de Médecine*, 1746, 6 vol. in-folio; *l'Histoire naturelle de l'Orénoque*, par *Gunilla*, 1758, 3 vol. in-12; *la Théorie des Sentimens moraux de Smith*, 1764, 2 vol. in-12; *l'Agriculture complète de Mortimer*, 1765, 4 vol. in-12; les *Voyages en Asie de Bell* G g 4 d'Antremoux, 1766, 3 volumes in-12; l'Histoire naturelle de la Californie de Vénégar, 1767, 3 vol. in-12. Eidous a publié encore quelques Romans médiocres, et a fourni des articles à l'Encyclopédie. En général ses Traductions, trop précipitées, manquent de correction; et ses autres ouvrages d'intérêt et de goût.
EIMMART, (George-Christophe) né à Ratisbonne en 1658, mort à Nuremberg en 1705, est moins connu par ses talens de peintre et de graveur que par les nouveaux instruments qu'il inventa pour l'astronomie. Il cultivait cette science avec autant de succès que les beaux arts. Il peignit des tableaux d'histoire, des portraits, des fruits et des oiseaux. En 1683, Charles XI voulut l'appeler en Suède, mais Eimmart le refusa et ne voulut point quitter sa patrie.
EISEN, (Charles) habile dessinateur, mort à Bruxelles le 4 janvier 1778, fut traité par la fortune comme presque tous les gens de mérite: il mourut dans la médiocrité. Ses dessins des figures des Coates de la Fontaine, 1762, 2 vol. in-8°, des Métamorphoses d'Ovide, 1767, 4 vol. in-4°, de la Henriade, en deux volumes in-8°, sont estimés des connoisseurs.
EISENGREIN, (Guillaume) chanoine de Spire sa patrie, est auteur d'un ouvrage intitulé: Catalogus testium veritatis, publié en 1565, in-fol. C'est une liste sans choix et sans discernement, des écrivains ecclésiastiques qui ont combattu les erreurs de leur temps, et par avance celles des siècles derniers. Flaccus Illyricus a fait sous le même titre, un Catalogue de ceux qui ont combattu en faveur du Calvinisme.
EISENHART, (Jean) jurisconsulte et historien Allemand, né dans le Brandebourg en 1643, et mort à Helmstadt en 1707, remplit dans cette ville la chaire de professeur en droit et morale. Il a publié: I. Des Institutes de droit naturel. II. Un Commentaire sur les droits du prince, relativement aux mines métalliques de ses états. III. Une Dissertation de Fide historica, imprimée en 1702. L'auteur dans ces divers écrits prouve plus d'érudition que de goût.
EISENSCHMID, (Jean-Gaspard) docteur en médecine, naquit à Strasbourg en 1656. Dans un voyage qu'il lit à Paris, il se lia avec plusieurs savans, et particulièrement avec du Verney et Tournefort. Il fut associé à l'académie des sciences au rétablissement de cette société, et mourut en 1712, à 36 ans, à Strasbourg, où il s'étoit fixé au retour de ses voyages. On a de lui: I. Un Traité des Poids et des Mesures de plusieurs Nations, et de la valeur des Monnoies des Anciens. II. Un Traité sur la figure de la Terre, intitulé Elliptico-Sphéroïde. Il cultiva les mathématiques, sans négliger la médecine.
EKLES, (Salomon) Anglois, fit pendant plusieurs années les délices de l'Angleterre, par sa dextérité à toucher des instruments, et ensuite lui servit de jouet pendant plusieurs autres, par son foible pour les folies des Quakers. Séduit par cette secte, il brûla son lute et ses violes, et imagina un expédient nouveau pour s'assurer de la véritable reli- gion ; c'étoit de rassembler sous un même toit les hommes les plus vertueux des différentes sociétés qui partagent le Christianisme ; de vaquer là tous ensemble à la prière, et d'y passer sept jours sans prendre de nourriture. Alors, disoit-il, ceux sur qui l'esprit de Dieu se manifestera d'une manière sensible, c'est-à-dire par le tremblement des membres et par des illustrations intérieures, pourront obliger les autres à souscrire à leurs décisions. Personne ne voulut faire l'épreuve de ce bizarre projet. Eklés travailla en vain pour répandre sa démente ; ses prédictions, ses invectives, ses prétendus miracles, ne servirent qu'à le faire passer de prison en prison. Enfin, l'insensé ayant reconnu la vanité de ses prophéties, finit sa vie dans le repos, mais sans religion. Il mourut vers la fin du dix-septième siècle. É L A, roi d'Israël, fils de Baasa, succéda à son père, l'an 930 avant Jésus-Christ ; et la 2e année de son règne, il fut assassiné dans un festin par Zamri, un de ses officiers. — Il y a eu du même nom un prince Iduméen, successeur d'Olibama ; un autre, père de l'insolent Séméi ; et quelques autres moins connus. É L A D, fils de Suhhala, s'étant rendu secrètement dans la ville de Geth avec son frère, pour la surprendre, fut découvert par les habitans qui les égorgèrent tous deux. É L A G A B A L E, ( Mythol. ) dieu adoré à Émèse, ville de la haute Syrie, sous la forme d'une grande pierre conique, eut pour prêtre l'empereur Héliogabale. Celui-ci fit apporter à Rome le dieu d'Émèse, ordonna de l'ho- norer, et lui bâtit un temple magnifique, où il fit placer le feu sacré de Vesta, les boucliers de Mars, la statue de Cybèle. Le culte d'Élagabale disparut à la mort de celui qui l'avoit introduit. É L A M, fils de Sem, eut pour son partage le pays qui étoit à l'orient du Tygre et de l'Assyrie. Il fut père des peuples connus sous le nom d'Élamites ou Élaméens. Chodorlahomor, qui vainquit les cinq petits rois de la Pentapole, et qui fut défait par Abraham, étoit souverain de ces peuples. La capitale du pays étoit Élymaïde, où l'on voyoit le fameux temple de Diane, qu'Antiochus voulut piller, et où il fut tué. L'Écriture fait mention de quelques autres personnages de ce nom. É L A R A, ( Mythol. ) fille d'Orchomène, fut aimée de Jupiter et en eut le géant Titye. Craignant la jalousie de Junon, elle se réfugia dans les entrailles de la terre pour y accoucher. É L B É E, ( N** d' ) gentilhomme de Poitou, passa dans sa jeunesse au service de l'électeur de Saxe, près duquel il avoit des parens, et revint en France quelque temps après habiter sa terre de Beaupréau dans le Poitou. Lors de la révolution, les troubles de la Vendée ayant éclaté dans toutes les contrées qui l'environnoient, il n'y prit d'abord aucune part ; mais appelé ensuite par la confiance des royalistes, il se mit à leur tête le 14 mars 1793, et devint leur général en chef. Aussitôt, il forma les Vendéens à la manière de combattre qui convenoit le mieux à un pays coupé de bois, et où ils furent presque toujours entourés 474 ELB de forces supérieures. Après avoir établi son quartier — général à Montagne, il s'empara des villes de Bressuire, Tissange, Châtillon, Fontenai, opéra sa jonction avec Bonchamp, et battit les armées républicaines à Grolleau, à Thouars, à la Châtaigneraie et à Saumur. Après ces victoires, il se porta sur Angers qu'il prit, mais qu'il évacua bientôt pour marcher sur Nantes, avec une colonne de huit mille hommes. Se trouvant mal secondé par les troupes Angevines qui n'avoient point vu le feu, il fut contraint de lever le siège. Le 20 août 1793, il se trouva à la tête de vingt-cinq mille hommes, et il attaqua l'ennemi qui venait de s'emparer de Chatenay; il le défit après un combat de six heures, et lui prit tous ses bagages. La garnison de Mayence, réunie aux gardes nationales, formoit un corps de quinze mille hommes; d'Elbée l'attaqua près de Clisson, et en étendit la moitié sur le champ de bataille. Aussitôt, il se porta avec promptitude à Saint-Fulgent, où une nouvelle armée républicaine venait de se réunir; il la surprit au milieu de la nuit, et y porta par-tout la mort. Tant de succès, eurent un terme funeste. D'Elbée, blessé au combat de Chollet, fut vaincu, et se retira à Noirmoutiers dont Charrette s'étoit emparé. Après la reprise de cette place par les troupes de la république, il fut arrêté, condamné à être fusillé, et périt à l'âge de 42 ans. Sa blessure n'étoit point encore fermée, et l'avoit rendu si foible qu'on fut obligé de le porter au lieu de l'exécution. Ce général fut le plus habile que les Vendéens eurent à leur tête. Il avoit une figure agréable, le don de la parole, et assez de talens militaires pour mériter un meilleur sort.
ELBÈNE, (Alphonse d') savant évêque d'Albi, né à Lyon d'une famille illustre originaire de Florence, gouverna sagement son église dans un temps très-facheux. Il mourut le 8 février 1608, dans un âge avancé, laissant plusieurs ouvrages. Les principaux sont: I. De regno Burgundiae et Arelatis, 1602, in-4°. II. De fumilia Capeti, 1595, in-8°, etc. On n'en connoit guère aujourd'hui que les titres. C'est à lui que Bonsard dédia son Art Poétique. — Il ne faut pas le confondre avec son neveu Alphonse d'ELBÈNE, qui lui succéda dans l'archévéché d'Albi, dont il étoit archidiacre. Ce prélat, étant entré dans la révolte du duc de Montmorency, fut obligé de se cacher jusqu'à la mort du cardinal de Richelieu. Il revint alors en France, et mourut à Paris, conseiller d'état, en 1651, à 71 ans. ELBŒUF, (Réné de Lorraine, marquis d') étoit 7° fils de Claude duc de Guise, qui vint s'établir en France; il fut la tige de la branche des ducs d'Elbœuf, et mourut en 1566: Voy. BLAUR. Charles d'Elbœuf, son petit-fils, mort en 1657, avoit épousé Catherine-Henriette fille de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, qui mourut en 1663. Ils eurent part l'un et l'autre aux intrigues de cour, sous les ministères des cardinaux de Richelieu et Mazarin. Le cardinal de Betz peint ainsi le duc d'Elbœuf: « Il n'avoit du cœur, que parce qu'il est impossible qu'un prince de la maison de Lorraine, n'en ait point. Il avoit tout l'esprit qu'un homme qui a plus d'art que de bon sens, peut avoir : c'étoit le galimathias le plus fleuris. » Sa postérité masculine finit dans son petit-fils Emmanuel-Maurice, duc d'El-bœuf, qui après avoir servi l'empereur dans le royaume de Naples, revint en France en 1719, et finit sa longue carrière en 1763, dans sa 85e année, sans postérité de deux femmes qu'il avait épousées. Ce prince avait fait bâtir près de Portici un palais ou château de plaisance. Comme il vouloit l'orner de marbres anciens, un paysan de Portici lui en apporta de très-beaux, qu'il avait trouvés en creusant son puits. Le duc d'Elbœuf acheta le terrain du paysan et y fit travailler. Ses fouilles lui procurèrent de nouveaux marbres, et, ce qui valait beaucoup mieux, sept statues de sculpture Grecque, dont il fit présent au roi de Naples. Ces excavations furent la première origine de la découverte de la fameuse ville d'Herculanum. — Le titre de duc d'Elbœuf a passé à la branche d'Harcourt et d'Armagnac, qui descendait d'un frère de Charles, dont nous avons parlé plus haut. — ELD, Anglois, distingué par son courage, fut l'un des trois officiers que les Américains firent tirer au sort pour savoir lequel d'entre eux seroit pendu par représailles : le sort lui fut favorable. De retour dans sa patrie après la paix des États-Unis, il devint colonel du second régiment des Gardes Angloises, et fut tué dans la guerre contre la France, à la sanglante bataille du 24 août 1793, devant Dunkerque. Sa perte fut vivement sentie par ses compagnons d'armes, et sur-tout par le duc d'Yorck dont il étoit aimé. I. ÉLÉAZAR, fils d'Aaron, son successeur dans la dignité de grand-prêtre, l'an 1452 avant J. C., suivit Josué dans la terre de Chanaan, et mourut après douze ans de pontificat.
II. ÉLÉAZAR, fils d'Aod, frère d'Isaï, fut l'un des trois braves qui traversèrent avec impétuosité le camp des ennemis du peuple de Dieu, pour aller querir au roi David de l'eau de la citerne qui étoit proche la porte de Bethléem. Une autre fois, les Israélites, saisis d'une frayeur subite à la vue de l'armée nombreuse des Philistins, prirent lâchement la fuite, et abandonnèrent David. Eléazar seul arrêta la fureur des ennemis, et en fit un si grand carnage, que son épée se trouva collée à sa main, l'an 1047 avant J. C.
III. ÉLÉAZAR, fils d'Onias, et frère de Simon le Juste, succéda à son frère dans la souveraine sacrificature des Juifs. C'est lui qui envoya 72 savans de sa nation à Ptolomée-Philadelphie, roi d'Égypte, pour traduire la Loi d'Hébreu en Grec, vers l'an 277 avant J. C. C'est la version qu'on nomme des Septante... Eléazar mourut après 30 ans de pontificat.
IV. ÉLÉAZAR, vénérable vieillard de Jérusalem, fut un des principaux docteurs de la loi, sous le règne d'Antiouchus Epiphanes roi de Syrie. Ce prince ayant voulu lui faire manger de la chair de porc, il aima mieux perdre la vie que de transgresser la loi. V. ÉLÉAZAR, le dernier des cinq fils de Matathias, et frère des Macchabées, les seconda dans les combats livrés pour la défense 476 É L É de leur religion. Dans la bataille que *Judas Macchabée* livra contre l'armée d'*Antiochus Eupator*, il se fit jour à travers les ennemis pour tuer un éléphant, qu'il crut être celui du roi. Il se glissa sous le ventre de l'animal, et le perçu à coups d'épée; mais il fut accablé par son poids, et reçut la mort en la lui donnant.
VI. ÉLÉAZAR, magicien célèbre sous l'empire de *Vespasien*, qui, par le moyen d'une herbe enfermée dans un anneau, délivroit les possédés, en leur mettant cet anneau sous le nez. Il commandoit au démon de renverser une cruche pleine d'eau, et le démon obéissoit. L'historien *Josephe*, qui rapporte ce conte, montre ainsi beaucoup de crédulité et peu de discernement.
VII. ÉLÉAZAR, capitaine de l'armée de *Simon* fils de *Gioras*, fut chargé d'aller commander à la garnison du château d'Hérodion, de remettre cette forteresse au pouvoir de son maître. A peine eut-il déclaré le sujet de sa commission, qu'on ferma les portes pour le tuer; mais il se jeta en bas par une fenêtre, se brisa tout le corps, et mourut quelques momens après sa chute.
VIII. ÉLÉAZAR, capitaine Juif, se jeta dans le château de Macheron, et le défendit très-vigoureusement après le siège de Jérusalem. Cette place n'auroit pas été prise si aisément, sans le malheur qui arriva à *Éléazar*. Il s'étoit arrêté au pied des murailles, comme pour braver les Romains, quand un Égyptien l'enleva adroitement, et le porta au camp. Le général, après l'avoir fait battre de verges, fit élever une croix, comme pour le crucifier. Les assiégés avoient conçu pour lui une si haute estime, qu'ils aimèrent mieux rendre la place, que de voir périr un homme digne d'être immortel par sa vertu, son courage, et son zèle patriotique.
IX. ÉLÉAZAR, autre officier Juif, voyant la ville de Masséda, dans laquelle il s'étoit jeté, réduite aux abois, persuada à ses compagnons de se tuer eux-mêmes, plutôt que de tomber entre les mains des Romains. Ils le crurent; et s'égorgèrent les uns les autres.
ÉLECTE, fut une des premières femmes qui se convertirent à Jésus-Christ. C'est elle à qui l'apôtre *St. Jean* écrivit, pour la conjurer de s'éloigner de la compagnie des hérétiques *Basilide* et *Cériathe*.
ÉLECTIQUE, (la SECTE) Voyez POTAMON.
ÉLECTRE, fille d'*Agamemnon* et de *Clytemnestre*, et sœur d'*Greste*, porta son frère à venger la mort de leur père, tué par *Egisthe*. Voyez I. CREBILLON. Il y eut aussi une Nymphe de ce nom, fille d'*Atlas*. Elle fut aimée de *Jupiter*, dont elle eut *Dardanus*, qui fonda le royaume de Troie.
ÉLECTRYON, (Mythol.) fils de *Persée* et d'*Andromède*, devint roi de Mycène. Revenant vainqueur d'une guerre contre les Téléboons, il ramenoit de grands troupeaux pris sur ses ennemis. *Amphytrion* son neveu alla à sa rencontre; et voulant arrêter un taureau qui fuyoit, il jeta sa massue qui tomba sur *Electryon* et le tua. I. ÉLÉONOR D'AUTRICHE, reine de France et de Portugal, étoit fille de Philippe I, archiduc d'Autriche, roi d'Espagne, et de Jeanne de Castillè, et sœur des deux empereurs Charles-Quint et Ferdinand I. Elle naquit à Louvain en 1498. A une figure touchante, elle joignoit un port modeste et un son de voix agréable. Elle épousa en 1519 Emmanuel roi de Portugal, et après la mort de ce prince elle fut recherchée par François I. Le mariage se célébra à l'abbaye de Capsieux, entre Bordeaux et Baïonne, au mois de juin 1530. Sa bonté naturelle et sa douceur lui gagnèrent pendant quelque temps le cœur de son époux, et lui attirèrent les hommages des poètes François. Comme elle ménagea une entrevue entre Charles-Quint et François I, Bèze lui adressa une petite pièce latine, qu'on a rendue ainsi en François : D'Hélène on chanta les attraits ; Auguste Éléonor, vous n'êtes pas moins belle. Mais bien plus estimable qu'elle : Elle causa la guerre, et vous donnez la paix. Cependant le crédit de la duchesse d'Étampes, et de tous ceux qu'elle protégeoit auprès du roi, réduisit celui de la reine à fort peu de chose. Les exercices de piété et la lecture faisoient ses occupations ; la chasse et la pêche ses amusemens. Elle y accompagnoit le roi, et servoit d'ornement aux parties qu'il faisoit à Fontainebleau ou à Saint-Germain. Quelques historiens l'ont accusée d'avoir engagé le connétable de Montmorenci à se contenter de la parole que donna l'empereur, à son passage en France, en 1540, de remettre au duc d'Orléans l'investiture du Milanès, sans en tirer d'acte par écrit, comme la prudence l'exigeoit. On va même jusqu'à dire que Montmorenci eut cette complaisance pour la reine, parce qu'il aimoit cette princesse. Cette faute eut des suites fâcheuses, puisque Charles-Quint ne tint pas sa promesse. « Mais je ne vois pas, dit du Radier, que cette accusation soit bien prouvée, et il y a bien plus d'apparence que la vanité du connétable, flattée par l'empereur, qui lui fit des honneurs extraordinaires, et peut-être les intrigues de l'empereur auprès de la duchesse d'Étampes, furent la cause de la faute de Montmorenci : au moins est-il certain qu'Éléonor n'y contribuait qu'en second, et peut-être fut-elle trompée elle-même par son frère. » Après la mort de François I, Éléonor qui n'en avoit pas eu d'enfants, et qui n'eût pu tenir en France un rang qui eût répondu à celui qu'elle quittoit, se retira d'abord dans les Pays-Bas auprès de l'empereur, et depuis, en 1556, en Espagne. Elle mourut à Talavera, à trois lieues de Badajos, le 18 février 1558.
II. ÉLÉONOR DE CASTILLE, reine de Navarre, fille de Henri II, dit le Magnifique, roi de Castille, fut mariée en 1375 à Charles III, dit le Noble, roi de Navarre. S'étant brouillée avec son époux, elle se retira en Castille, où elle excita quelques séditions contre le roi Henri III son neveu. Ce prince fut contraint de l'assiéger dans le château de Roa, et la renvoya au roi Charles son mari, qui la reçut avec beaucoup de générosité, et en eut huit enfants. *Éléonor* mourut à Pampelune en 1416, avec la réputation d'une femme d'esprit, mais d'un caractère inquiet.
III. ÉLÉONOR TELLÈS, fille de *Martin* — *Alphonse Tellès*, étoit femme de *Laurent d'Acugna*. *Ferdinand I*, roi de Portugal, touché de ses charmes, la demanda à son mari, qui la lui céda. Ce prince l'épousa en 1371. Après la mort de *Ferdinand*, *Éléonor* fut maltraitée par *Jean*, grand-maître de l'Ordre d'*Arts*, qui se fit proclamer roi de Portugal; parce qu'elle avoit pris le parti de *Jean II*, roi de Castille, son gendre. Le grand-maître poignarda en sa présence *Jean Fernandez d'Andeyero*, comte de Uten, son favori. Cette princesse infortunée se retira à Santaren pour s'y défendre. Elle demanda du secours au roi de Castille son gendre; mais ce prince, qui se défoit d'elle, la fit conduire à Tordesillas, où elle fut enfermée dans un monastère jusqu'à sa mort. Sa beauté étoit sans tache, mais sa vertu ne l'étoit pas: elle se déshonora par ses amours et ses cabales. I. ÉLÉONORE, duchesse de Guienne, succéda à son père *Guillaume IX*, en 1137, à l'âge de 15 ans, dans ce beau duché qui comprenait alors la Gascogne, la Saintonge et le comté de Poitou. Elle épousa, la même année, *Louis VII* roi de France. « *Éléonore*, dit *Dreux du Radier*, née vers l'an 1123, étoit à peine âgée de seize ans, à la mort du duc d'Aquitaine son père. La nature sembloit avoir épuisé pour elle toutes ses faveurs. Au rang le plus élevé, à la dot la plus riche, *Éléonore* joignoit tous les charmes de la figure la plus touchante: une bouche admirable, les plus beaux yeux du monde, un regard doux, un air affable, une beauté achevée. Son esprit naturellement vif, orné et poli, répondit au mérite dont les yeux sont les juges. On ne pouvoit enfin trouver plus d'avantages que cette alliance en présentoit au successeur de *Louis le gros*; et l'on peut dire qu'il ne manqua à son bonheur que l'art d'en jouir. « Celui-ci fut un prince plus rempli de petitesses que de vertus. Ce monarque raccourcit ses cheveux, et se fit raser la barbe, sur les représentations du célèbre *Pierre Lombard*, qui lui persuada que Dieu haïssoit les longues chevelures. *Éléonore*, princesse vive, légère et badine, le railla sur ses cheveux courts et son menton rasé. *Louis* lui répondit gravement qu'il ne falloit point plaisanter sur de pareilles matières. Une femme qui commence à trouver son mari ridicule, ne tarde guère à le trouver odieux, sur-tout si elle a quelque penchant à la galanterie. *Louis* ayant mené son épouse à la terre sainte, elle se dédommagea des ennuis que lui causoit ce long voyage, avec *Raimond* son oncle, prince d'Antioche, et un jeune Turc, nommé *Saladin*, d'une figure aimable. Le roi auroit dû ignorer ces affronts, ou y remédier tout de suite. A son retour en France, il lui en fit des reproches très-piquans. *Éléonore* y répondit avec beaucoup de hauteur, et finit par lui proposer le divorce. Elle en avoit un moyen, disoit-elle, en ce qu'elle avoit cru se marier à un Prince, et qu'elle n'avoit épousé qu'un Moine. Leurs querelles s'aigrirent de plus en plus; et enfin ils firent casser leur mariage, sous prétexte de parenté, en 1152. *Éléonore*, dégagée de ses premiers liens, en contracta de seconds, six semaines après, avec *Henri II*, duc de Normandie, depuis roi d'Angleterre, à qui elle porta en dot le Poitou et la Guienne. De là vinrent ces guerres qui ravagèrent la France pendant trois cents ans. Il périt plus de trois millions de François et presque autant d'Anglois, parce qu'un archevêque, dit un historien célèbre, s'étoit fâché contre les longues chevelures, parce qu'un roi avoit fait raccourcir la sienne et couper sa barbe, et que sa femme l'avoit trouvé ridicule avec des cheveux courts et un menton rasé. *Éléonore* eut quatre fils et une fille de son nouveau mariage. *Voy. II. ROSEMONDE*. Dès l'année 1162, elle céda la Guienne à *Richard*, son second fils, qui en rendit hommage au roi de France. Elle mourut en 1204. *Matthieu Paris* dit que cette princesse écrivit au pape *Célestin III* et à l'empereur *Henri IV*, des lettres très-ingénieuses. Mais les lettres au pontife sont attribuées à *Pierre de Blois*, et se trouvent même dans ses Œuvres. Il y a apparence que cet écrivain composa les autres; mais c'est toujours beaucoup, qu'une reine sache connoître les gens d'esprit et les employer. *Larry* publia une *Histoire* curieuse de cette princesse célèbre, à Rotterdam en 1691, in-12.
II. ÉLÉONORE de Portugal, reine de Danemark, est célèbre par sa tendresse pour *Valdemar III* son époux. Celui-ci ayant été tué à la chasse, *Éléonore* mourut de chagrin en 1231.—Une autre *ÉLÉONORE* de Portugal, fille d'*Edouard*, devint impératrice, par son union en 1450, avec *Frédéric IV* duc d'Autriche, et mère de l'empereur *Maximilien I*.
III. ÉLÉONORE DE GONZAGUE, V. GONZAGUE, n° III.
IV. ÉLÉONORE DE BAVIÈRE, *Voyez* ULRIQUE.
ÉLEUSIS, (Mythol.) héros Grec, fonda la ville de son nom, rendue si célèbre par les mystères qui s'y célébroient en l'honneur de *Cérès*. De toutes les institutions religieuses du paganisme, ce fut la plus recommandable.
ÉLEUTHER, (Mythol.) fils d'*Ethuse*, donna son nom à une ville de Béotie, et fut couronné aux jeux pythiques pour sa belle voix. I. ÉLEUTHÈRE, (Saint) natif de Nicopolis, d'abord diacre du pape *Anicet*, fut ordonné prêtre, et ensuite élu pape le 1er mai 170, après la mort de *Soter*. Il combattit avec beaucoup de zèle, les erreurs des *Valentiniens*, pendant son pontificat. Les choses qui rendent célèbre ce pontificat, sont la mort glorieuse des Martyrs de Lyon, et l'ambassade que le pape reçut de *Lucius*, roi de la Grande-Bretagne, pour demander un missionnaire qui lui enseignât la religion Chrétienne. *St. Éleuthère* mourut le 25 mai 185, après avoir gouverné l'Église pendant plus de seize ans.—*ÉLEUTHÈRE* est aussi le nom d'un diacre, compagnon de *St. Denys*.
II. ÉLEUTHÈRE, (Saint) évêque de Tournay, dix ans avant le baptême de *Clovis*, convertit 480 É L É un grand nombre de barbares et les arracha à leurs superstitions ordinaires. Son zèle lui coûta la vie ; des séditieux irrités de ses succès l'assassinèrent le 1er juillet 532. On trouve dans la Bibliothèque des Pères, trois sermons qui lui sont attribués ; ils ont pour sujets l'Incarnation, la Naissance de Jésus, et l'Annonciation. On a transféré ses reliques à Tournay en 1164.
III. ÉLEUTHÈRE, exarque d'Italie pour l'empereur *Héraclus*, ne fut pas plutôt arrivé à Ravenne, qu'il y fit le procès aux meurtriers de *Jean* son prédécesseur. Il se rendit ensuite à Naples, où, ayant assiégé *Jean Conopsin*, qui lui en avoit fermé les portes, il le contraignit de se rendre à sa discrétion, et le fit mourir ; mais *Éleuthère*, après avoir puni les révoltés, tomba lui-même dans la rébellion. L'empire étoit agité au dedans et au dehors. Il profita de ces circonstances, pour se rendre maître de ce qui appartenoit à l'empereur dans l'Italie. Après la mort du pape *Dieu-donné* l'an 617, il crut que le saint-siège seroit vacant long-temps ; et que tandis que le peuple seroit occupé à élire un nouveau pontife, il lui seroit aisé de se saisir de la ville. Dans cette vue, il traita son armée encore plus favorablement qu'il n'avoit fait, lui fit distribuer beaucoup d'argent, et lui promit de grands avantages ; mais les soldats et les officiers, détestant sa rébellion, se jetèrent sur lui, l'assommèrent et lui coupèrent la tête, qu'ils envoyèrent à *Héraclus* vers la fin de décembre 617.
IV. ÉLEUTHÈRE, ( Augustin ) savant Luthérien Allemand, dont on a un petit Traité rare et singulier, *De arde bore scientiæ boni et mali*, Mulhausen, 1560, in-8.
ELFRED, *Voyez* ALFRED.
ELFRIDE ou ELFRÈDE, femme d'*Edgar*, roi d'Angleterre, eut de ce prince un fils nommé *Ethelred*, lequel succéda à *Edouard*, son frère aîné, qu'*Elfride* avoit fait poignarder en 978. *Voyez* II. EDOUARD. Cette cruelle princesse, pour expier son crime, fonda deux monastères, dans l'un desquels elle termina ses jours. On dit qu'elle se couvroit souvent le corps de petites croix, afin d'écarter d'elle le démon qu'elle n'avoit que trop sujet de craindre.
ELGER, ( Ottomar ) peintre, naquit en 1633 à Gottembourg, d'un père médecin, et qui voulut pendant long-temps lui faire embrasser sa profession. *Elger*, entraîné par son goût pour la peinture, se réfugia à Anvers chez *Daniel Seghers*, qui lui enseigna toutes les graces de son art. Il égala ce maître dans la représentation des fruits et des fleurs : ses tableaux sont très-recherchés en Allemagne. Il mourut à la cour de Berlin, où l'électeur *Frédéric-Guillaume* l'avoit nommé son premier peintre.
ELIAB, fut le troisième de ces vaillans hommes qui se joignirent à *David*, quand il fuyoit la persécution de *Saül*. Il rendit à ce prince affligé des services très-considérables dans toutes ses guerres. I. ELIACIM, devint grand-prêtre des Juifs sous le roi *Mana sès*. Ce prince étant devenu un modèle de pénitence depuis sa prison, ne s'appliquoit qu'à réparer les maux qu'il avoit faits à la religion et à l'état; et pour cela il avoit mis toute sa confiance dans *Eliacim*, et ne faisoit rien sans son conseil. Celui-ci se trouvoit ainsi chef de la religion et ministre d'état. Il est quelquefois nommé *Joachim*: plusieurs savans croient qu'il est l'auteur du livre de *Judith*. — Il y avoit encore de ce nom un sacrificateur, qui revint de Babylone avec *Zorobabel*; et un fils d'*Abiud*, parent de J. C. selon la chair.
II. ÉLIACIM, roi de Juda, *Voyez JOACHIM*, n° L
ÉLICHMAR, (Jean) Danois d'origine, exerça la médecine à Leyde, où il mourut en 1639. Profondément versé dans la connoissance des langues orientales, il prétendit que l'Allemand avoit une origine commune avec la langue Persane. Il a publié deux ouvrages curieux et savans. I. *De usu linguae Arabicae in medicind*, 1636. II. *De termino vitae secundum mentem Orientalium*, 1639, in-4° I. ÉLIE, prophète d'Israël, originaire de Thesbé, vint à la cour du roi *Achab*, l'an 912 avant Jésus-Christ. Il annonça à ce prince impie les menaces du Seigneur : il lui prédit le fléau de la sécheresse et de la famine. Dieu lui ayant ordonné de se cacher, il se retira dans un désert, où des corbeaux lui approtoient sa nourriture. Il passa de cette solitude à Sarepta, ville des Sidoniens, et y multiplia l'huile de la veuve qui le reçut. *Achab* rendoit à l'idole de *Baal* un culte sacrilège : le prophète vint en sa présence pour le lui reprocher. Il assembla le peuple, donna le défi aux prêtres de *Baal*; et sa victime ayant été consumée par le feu, il les fit mettre à mort. Menacé par *Jésabel*, femme d'*Achab*, irritée du châtiment des faux prophètes, il s'enfuit dans un désert : un ange l'y nourrit miraculeusement. Il se retira ensuite à Oreb, où Dieu lui apparut, et lui ordonna d'aller sacrer *Hazaël*, roi de Syrie, et *Jéhu*, roi d'Israël. Les miracles d'*Elie* n'avoient pas changé *Achab*. Le prophète vint encore le trouver pour lui reprocher le meurtre de *Naboth*, qu'il avoit fait mourir après s'être emparé de sa vigne. Il prédit peu après à *Ochosias*, qu'il mourroit de la chute qu'il avoit eue, et fit tomber le feu du ciel sur les envoyés de ce prince. Le ciel l'envioit à la terre, il fut enlevé par un chariot de feu, vers l'an 895 avant Jésus-Christ. *Elisée*, son disciple, reçut son esprit et son manteau. On fait la fête de l'enlèvement d'*Elie*, dans l'Église Grecque. Des théologiens ont cru qu'il fut transporté non dans le séjour de la Divinité, mais dans quelque lieu au-dessus de la terre. Dans de pareilles questions, il est trop hardi de bâtir des systèmes, de former des conjectures, et de vouloir pénétrer ce que Dieu s'est plu à nous cacher. — L'Église honore, le 16 février, cinq Chrétiens d'Égypte qui souffrirent le martyre à Césarée en Palestine, l'an 309 de Jésus-Christ, et qui sont connus sous le nom de *St. ÉLIE* et ses compagnons. On croit que ne voulant pas déclarer devant les persécuteurs leurs noms propres, qui étoient peut-être ceux des faux Dieux, ils prirent les noms d'*Elie*, *Jérémie*, *Isaïe*, *Samuel* et *Daniel*. *ÉLIE* eut la tête tranchée, et ses compagnons subirent le même supplice. H h 482 ÉLI
II. ÉLIE ou ÉLIAS Levita, rabbin du 16e siècle, natif d'Allemagne, passa la plus grande partie de sa vie à Rome et à Venise, où il enseigna la langue Hébraïque à plusieurs savans de ces deux villes, et même à quelques cardinaux. C'est le critique le plus éclairé que les Juifs modernes, presque tous superstitieux, aient eu. Il a rejeté, comme des fables ridicules, la plupart de leurs traditions. On lui doit : I. Lexicon Chaldacum, Ienæ 1541, in-fol. II. Traditio Doctrinae, en hébreu, Venise 1538, in-4°, avec la version de Munster; Basle, 1539, in-8°. III. Collectio locorum in quibus Chaldæus paraphrastes interjecti nomen Messia CHRISTI; lat. versa à Genebrardo, Paris 1572, in-8°. IV. Plusieurs Grammaires Hébraïques, in-8°, nécessaires à ceux qui veulent approfondir les difficultés de cette langue. V. Nomenclatura Hebraica, Isnæ 1542, in-4°. L'adem en hébreu et en latin, par Drucius, Franeker 1681, in-8°.
III. ÉLIE ou ÉLIAS, (Matthieu) peintre Flamand, né en 1658, mourut à Dunkerque en 1741. Sa mère, veuve et simple blanchisseuse, n'avoit pour tout bien qu'une vache que son fils gardoit. Le hasard fit passer près de lui Corbérn paysagiste célèbre, qui, frappé de la physionomie heureuse de l'enfant, le demanda à sa mère, et lui enseigna les principes de son art. Il a travaillé long-temps à Paris, où l'on voit quelques-uns de ses tableaux, ainsi qu'à Dunkerque. Il n'a traité ordinairement que des sujets de dévotion. I. ÉLIEN, (A. Pomponius ÆLIANUS) tyran dans les Gaules sous Dioclétien : Voyez son histoire dans l'art. AMAND, n° III.
II. ÉLIEN, (Claudius ÆLIANUS) vit le jour à Preneste, aujourd'hui Palestrine. Quoique né en Italie, et n'en étant presque jamais sorti, il fit de si grands progrès dans la langue grecque, qu'il ne le cédoit pas aux écrivains Athéniens pour la pureté du langage. Il enseigna d'abord la rhétorique à Rome; mais dégoûté bientôt de cette profession, il se mit à composer plusieurs ouvrages. Ceux que nous avons de lui, sont : I. Quatorze livres d'histoires, Historiæ variæ, qui ne sont pas parvenues entières jusqu'à notre siècle. La meilleure édition est celle qu'Abraham Gronovius publia à Leyde en 1731, 2 vol. in-4°, avec de savans commentaires. Il n'est le plus souvent, dans cet ouvrage, que le copiste ou l'abréviateur d'Athénée. II. Une Histoire des Animaux, en dix-sept livres, Londres 1744, 2 vol. in-4°. L'auteur mêle à quelques observations curieuses et vraies, plusieurs autres triviales ou fausses. Il est aussi menteur que Pline; mais Pline avoit une imagination qui embellissoit les fables, et qui les lui fait pardonner. Ces deux ouvrages sont certainement d'Elien : on voit le même génie dans l'un et dans l'autre, et la même variété de lecture. On lui a faussement attribué un Traité sur la Tactique des Grecs, Amsterdam 1750, in-8° : ouvrage qui est d'un autre Elien, bien différent de Claude Elien, et plus ancien que lui. Ce dernier joignoit à tous les agrémens de l'érudition, tous les avantages que procure la philosophie aux ames douces et tranquilles. Il fuyoit la cour, comme le séjour de la corruption et l'écueil de la sagesse. Il publia un Livre contre Héliogabale, dans lequel il se déchaînait vivement contre la tyrannie de ce prince, sans le nommer. Elien florissoit vers l'an 222 de J. C. Il étoit, selon Suidas, grand-prêtre d'une Divinité dont nous ignorons le nom. Ses mœurs répondoient à la gravité de son ministère. Après une vie laborieuse et pure, il mourut âgé d'environ 60 ans, sans avoir été marié. On a publié à Paris, en 1772, in-8°, une bonne Traduction françoise de ses Histoires diverses, avec des notes utiles, par M. Dacier. I. ÉLIÉZER, étoit serviteur d'Abraham. Ce patriarche le prit tellement en affection, qu'il lui donna l'intendance de toute sa maison; il le destinoit même à être son héritier, avant la naissance d'Isaac. Ce fut lui qu'Abraham envoya en Mésopotamie, chercher une femme pour son fils. Les Musulmans le regardent comme le fondateur de la ville de Damas; cependant des historiens Arabes font cette ville encore plus ancienne que le siècle d'Abraham, et prétendent qu'elle a été fondée par Demschak fils de Chanaan, et petit fils de Noé.
II. ÉLIÉZER, rabbin, que les Juifs croient être ancien, et font remonter jusqu'au temps de Jésus-Christ; mais qui selon le Père Morin, n'est que du 7e ou 8e siècle. On a de lui un livre intitulé, les Chapitres ou Histoire sacrée, que Vorstius a traduit en latin, avec des notes, 1644, in-4°. Il est fameux parmi les Hébraïsans.
III. ÉLIÉZER, fils de Bariza, aga des Janissaires, se battit en duel contre Bitézès, Hongrois, dans le temps qu'Amurat, empereur des Turcs, marcha contre Jean Huniade en 1448. Ils sortirent tous deux du combat, sans se faire aucun mal, et chacun se retira vers les siens. Eliézer voulant faire connoître à l'empereur ce qui l'avoit excité à combattre si vaillamment, lui apporta l'exemple d'un lièvre contre lequel il avoit autrefois tiré jusqu'à quarante flèches sans l'épouvanter, et qui ne s'étoit enfui qu'au dernier coup. Il ajouta que, de là, il avoit conclu qu'il y avoit une destinée qui présidoit à la vie; et que, fortifié par cette pensée, il n'avoit point fait difficulté de s'exposer au combat contre un ennemi qui le surpassoit en âge et en force.
ÉLIMAS, Voyez ÉLYMAS.
ÉLINAND ou HÉLINAND, moine Cistercien de l'abbaye de Froidmont, sous le règne de Philippe-Auguste, est auteur d'une plate Chronique, en quarante-huit livres. Il n'est pas vrai qu'il ne nous en reste que quatre; cette Chronique est en entier à l'abbaye de Froidmont. Ainsi, l'auteur du Dictionnaire Critique, en 6 volumes, s'est trompé. Il auroit dû dire qu'on n'en a imprimé que quatre, qui renferment les événemens principaux, depuis l'an 934 jusqu'en 1209. Outre cette maussade compilation, on a de lui de mauvais Vers françois, et de plus mauvais Sermons.
ÉLIOGABALE, Voyez HÉLIOGABALE.
ÉLIOT, Voyez ÉLYOT et HÉLYOT.
ÉLIOT, (Jean) ministre de Boston dans la Nouvelle-Angle- H h 2 terre, a fait paroître une *Bille* en langue américaine, imprimée à Cambridge de la Nouvelle-Angleterre; le *Nouveau Testament*, en 1661; l'*Ancien*, en 1663, in-4°; le tout, en 1685, aussi in-4°.
ÉLIPAND, archevêque de Tolède, ami de *Félix d'Urgel*, soutenait avec lui que *Jésus-Curist*, en tant qu'homme, n'étoit que fils adoptif de Dieu. Il défendit ce sentiment de vive voix et par écrit. Cette erreur fut condamnée par plusieurs conciles, et leur jugement fut confirmé par le pape *Adrien*, qui fit rétracter *Félix*. *Elipand*, moins soumis que son maître, écrivit contre lui en 799, et mourut peu après.
ÉLISA, premier fils de *Javan*, petit-fils de *Japhet*, peuplé l'Élide dans le Péloponnèse; ou, selon d'autres, cette partie de l'Espagne proche Cadix, qui, à cause de ses agrémens, fut appelée les Champs Élisées, ou Isles Fortunées.
ÉLISABETH, *Voyez ÉLIZABETH*.
ÉLISAPHAT, fils de *Zéchri*, aida, de ses conseils et de ses armes, le souverain pontife *Joiada* à déposer l'impie *Athalie*, et à mettre *Joas* sur le trône. Il commandoit une compagnie de cent hommes. I. ÉLISÉE, disciple d'*Élie* et prophète comme lui, étoit fils de *Scaphat*. Il conduisoit la charrue, lorsqu'*Élie* se l'associa par ordre de Dieu. Son maître ayant été enlevé par un tourbillon de feu, *Élisée* reçut son manteau et son double esprit prophétique. Les prodiges qu'il opéra, le firent reconnoître pour l'héritier des vertus du saint prophète. Il divisa les eaux du Jourdain, et le passa à pied sec: il corrigea les mauvaises qualités des eaux de la fontaine de Jéricho; il fit dévorer, par des ours, des enfans qui le tournoient en ridicule, *Voyez* II. HIKE; il soulagea l'armée de *Josaphat* et de *Joram*, qui manquoit d'eau; il leur prédit la victoire qu'ils remportèrent sur les Moabites; il multiplia l'huile d'une pauvre veuve; il ressuscita le fils d'une Suna-mite; il guérit *Haaman*, général Syrien, de la lèpre; et *Giez* son disciple en fut frappé, pour avoir reçu des présens contre son ordre: il prédit les maux que *Hazaël* feroit aux Israélites: il annonça à *Joas*, roi d'Israël, qu'il remporteroit autant de victoires sur les Syriens, qu'il frapperoit de fois la terre de son javelot. *Élisée* ne survécut pas beaucoup à cette prophétie: il mourut à Samarie, vers l'an 830 avant J. C. Un homme assassiné par des voleurs, disent les Rabbins, ayant été jeté dans son tombeau, le cadavre n'eut pas plutôt touché les os de l'homme de Dieu, qu'il ressuscita.
II. ÉLISÉE, (le Père) Carme déchansé, prédicateur du roi, dont le nom de famille étoit *Copel*, naquit à Besançon en 1728, d'un avocat. Ce fut en 1757 qu'il parut pour la première fois dans les chaires de Paris; et il eut des succès dans cette capitale et à la cour. Son style étoit ingénieux, quelquefois trop recherché. Il semoit ses discours de portraits, dont la vérité étoit frappante, et d'un certain détail de mœurs qui plait à l'auditeur malin, parce qu'il lui fournit des applications à faire. Sa physionomie maigre, macérée, austère, parloit pour lui et commandoit l'attention. Sa voix presqu'éteinte ajoutait à l'impression, et annonçait l'apôtre de la pénitence. On a imprimé ses *Sermons* en 4 volumes in-12, Paris 1785. Il mourut à Pontarlier le 11 juin 1783, des suites de l'épuisement que lui avoit causé sa dernière station à Dijon, où il avoit prêché le carême. Un écrivain favorable à ce prédicateur apprécie ainsi son talent : « Il n'est pas facile, dit-il, de marquer la place du Père *Elisée* parmi les orateurs Chrétiens. Lorsqu'on sortoit de ses sermons, on n'étoit occupé qu'à se juger soi-même. On ne pensoit guères à le juger. Quoi-que ses plans fussent méthodiques, son style animé de figures ou même orné de fleurs, en un mot, quoiqu'il employât toutes les ressources de l'art oratoire, il en avoit si peu les prétentions, il éteignoit tellement par son débit l'éclat de ses pensées, qu'il sembloit être à regret éloquent et fleuri, et s'accommoder, comme par pitié, au goût d'un peuple poli, qu'on ne peut prêcher avec succès, qu'en flattant ses organes au moment même où l'on vient tonner contre ses vices ou censurer ses foiblesses. Ce seroit à ceux qui l'ont particulièrement connu à nous apprendre, si c'étoit par principe, ou par ménagement pour ses forces, que le P. *Elisée* avoit retranché de son éloquence tous les mouvemens de la déclamation; mais nous croyons qu'il est le seul, peut-être, qui ait réussi, sans ce secours, à se faire suivre d'une foule d'auditeurs, à les toucher, à les convaincre; il y suppléoit, par un art plus dif- É L I 485 ficile à concevoir et sur-tout à mettre en pratique. Il imprimoit le respect et la confiance par la simplicité de son extérieur, par l'austérité de sa vie, par la pureté de ses mœurs. L'ouvrage qu'il avoit commencé dans les chaires, il l'achevoit dans la société. Si le cloître étoit son asile, la société étoit l'objet de son travail. Le P. *Elisée* ne parloit qu'en chaire le langage de la chaire, et n'alloit point dans le monde pour se faire admirer, mais pour le connoître et le combattre ensuite dans le champ de la morale et de la vérité. C'étoit là que ses auditeurs reconnoissoient avec une surprise religieuse qu'il étoit venu prendre leur secret près d'eux. » É LIUS, prêteur Romain, rendoit la justice sur son tribunal, lorsqu'un pivert vint se reposer sur sa tête. Les augures consultés sur ce fait, répondirent que tant qu'*Elius* prendroit soin de l'oiseau, sa famille prospéreroit, mais que la république seroit malheureuse; qu'au contraire, lorsque le pivert périroit, la république prospéreroit, et la famille d'*Elius* seroit à plaindre. Ce dernier, préférant l'intérêt public au sien, tua sur-le-champ l'oiseau en présence du sénat; et quelque temps après, dix-sept jeunes guerriers de sa maison furent tués à la bataille de Cannes. I. ÉLIZABETH, (Sainte) femme de *Zacharie*, mère de *St. Jean-Baptiste*, qu'elle eut dans sa vieillesse, reçut la visite de sa parente, la mère du Sauveur, dans le temps de leur grossesse. *St. Pierre d'Alexandrie* dit que deux ans après qu'elle eut mis au monde *Jean-Baptiste*, elle fut obligée de fuir la per- H h 3 sécution d'Hérode. Elle alla se cacher dans une caverne de la Judée, où elle mourut, laissant son fils dans le désert à la conduite de la Providence, jusqu'au temps qu'il devoit paraître devant le peuple d'Israël.
II. ÉLIZABETH, (Sainte) fille d'André II, roi de Hongrie, née en 1207, mariée à Louis landgrave de Hesse, perdit son époux en 1227. Les seigneurs la privèrent de la régence, que son rang et les dernières volontés du prince paroissaient lui avoir assurée. Elizabeth, mère des pauvres, avoit employé, non-seulement sa dot, mais encore sa vaisselle et ses pierreries à les nourrir dans une famine. Elle se vit réduite à mendier son pain de porte en porte. Tirée ensuite de cet état d'humiliation, elle prit l'habit du Tiers-ordre, et se retira dans un monastère. Son palais avoit été une espèce de couvent. Elle y servoit les pauvres de ses propres mains. Les détails dans lesquels sa charité entroit, furent un jour traités devant elle de choses peu convenables à la dignité royale. Ce qui vous paroît indigne de moi, répondit-elle, purifie mes fautes; gardons-nous bien de mépriser les moyens que Dieu a établis pour nous sanctifier. Elle avoit eu sur le trône toutes les vertus du cloître, et ses vertus n'eurent que plus de force lorsqu'elle se fut consacrée à Dieu. Elle mourut à Marpurg le 19 novembre 1231, à 24 ans, et fut canonisée quatre ans après, par Grégoire IX. Theodoric de Turinge, a écrit sa Vie.
III. ÉLIZABETH, (Sainte) de Schonaugie, devint abbesse d'un monastère de Bénédictines, et publia trois livres de Révélations, et un ouvrage sur l'origine du nom des onze mille Vierges.
IV. ÉLIZABETH, (Sainte) reine de Portugal, fille de Pierre III, roi d'Aragon, épousa, en 1284, Denys le Libéral, roi de Portugal. Ce prince avoit plus recherché en elle la beauté et la naissance, que la vertu et la piété. Cependant il lui laissa la liberté de se livrer à tous les exercices de la dévotion: Elizabeth disoit que la piété étoit d'autant plus nécessaire sur le trône, que les passions y sont plus vives et les dangers plus grands. Après la mort de son mari en 1325, elle prit l'habit de Sainte-Claire, fit batir le monastère de Coimbre, et mourut saintement en 1336, à 65 ans. Le pape Léon X la béatifia en 1516, et Urbain VIII la canonisa en 1625.
ÉLIZABETH, reine de Hongrie, femme de Louis premier. Voyez GARA. V. ÉLIZABETH ou ISABELLE d'Aragon, reine de France, femme du roi Philippe III, dit le Hardi, mariée en 1262, étoit fille de Jacques I, roi d'Aragon. Elle suivit le prince son mari en Afrique, dans l'expédition que le roi St. Louis entreprit contre les Barbares. Après la mort de ce prince, Philippe vint prendre possession de ses états. La reine, qui étoit grossé, se blessa en tombant de cheval, et mourut à Cozence en Calabre, en 1271, à 24 ans. Dans le même temps, Alfonse, comte de Poitiers, frère de St. Louis, fut emporté d'une fièvre pestilentielle à Sienne, et sa femme Jeanne de Toulouse mourut douze jours après lui. De sorte que le roi Philippe, es- suyant douleur sur douleur, après tant de dépenses et de travaux, ne remporta en France que des coffres vides et des ossemens.
VI. ÉLIZABETH ou ISABELLE de Portugal, impératrice et reine d'Espagne, fille aînée d'Emmanuel, roi de Portugal, et de Marie de Castille sa seconde femme, naquit à Lisbonne en 1503. Elle fut mariée à Séville avec l'empereur Charles-Quint, qui lui donna pour devise les trois Grâces, dont l'une portoit des roses, l'autre une branche de myrthe, et la troisième une branche de chêne avec son fruit. Ce groupe ingénieux étoit le symbole de sa beauté, de l'amour qu'on avoit pour elle, et de sa fécondité. On les orna de ces paroles, H.M.C. HAREY ET SUPERAY... Elizabeth mourut en couches à Tolède en 1538. François de Borgia, duc de Candie, qui eut ordre d'accompagner son corps de Tolède à Grenade, fut si touché de voir son visage, autrefois plein d'attraits, entièrement défiguré par la pâleur de la mort, qu'il quitta le monde pour se retirer dans la Compagnie de Jésus, où il mourut saintement.
VII. ÉLIZABETH DE BOSNIE, épousa Louis roi de Pologne, et fut célèbre par ses malheurs. Après la mort de son époux, en 1382, elle fut nommée régente du royaume et tutrice de Marie sa fille. Charles de Duras ayant envahi la couronne de Hongrie et de Pologne, les plongea l'une et l'autre dans une étroite prison, où elles restèrent jusqu'en 1386 qu'il fut massacré. Pour le venger, le gouverneur de Croatie fit noyer la reine Elizabeth.
VIII. ÉLIZABETH d'AUTRICHE, fille de l'empereur Maximilien II, et femme de Charles IX, roi de France, fut mariée à Mézières le 26 novembre 1570. C'étoit une des plus belles personnes de son temps; mais sa vertu surpassoit encore sa beauté. La funeste nuit de la Saint-Barthélemi l'affligea extrêmement: elle n'en apprit pas plutôt la nouvelle à son réveil, qu'elle se jeta, toute baignée de pleurs, aux pieds de son crucifix, pour demander à Dieu miséricorde d'une action si atroce, et qu'elle détestoit avec horreur. Elizabeth n'eut que très-peu de part à tout ce qui se passa en France, sous le règne tumultueux de Charles IX. Elle n'étoit attentive qu'à régler sa maison, et à y faire régner les principes de sagesse et d'honneur dont elle étoit pénétrée. Sensible aux égards de son mari, qu'elle aimoit et honoroit extrêmement, jamais elle ne lui fit voir de ces chagrins jaloux, qui aigrissent souvent le mal, et y remédient rarement. Elle étoit douce et patiente; Charles étoit vif et emporté; le feu du roi étoit modéré par le flegme d'Elizabeth: aussi ne perdit-elle jamais son cœur et son estime, et il la recommanda en mourant à Henri IV, alors roi de Navarre, avec beaucoup de tendresse: Ayez soin de ma fille et de ma femme, lui dit-il; mon frère, ayez-en soin, je vous les recommande. Pendant sa maladie, Elizabeth passoit en prières, pour sa guérison, tout le temps qu'elle n'employoit pas auprès de lui. Lorsqu'elle l'alloit voir, elle ne se plaçoit pas auprès du chevet du lit, comme elle avoit droit de le faire; mais un peu à l'écart, et en perspective. A son silence H h 4 modeste, à ses regards tendres et respectueux, on eût dit qu'elle le convoit, dans son cœur, de l'amour qu'elle lui portoit: «Puis, ajoute Brantôme, on lui voyoit jeter des larmes si tendres et si secrètes, que qui ne prenoit pas bien garde, n'y eût rien connu; essuyant ses yeux humides, qu'elle en faisoit pitié très-grande à chacun: car, continue-t-il, je l'ai vu.» Elle renfermoit sa douleur; elle n'osoit pas laisser paroître sa tendresse; elle craignoit que le roi s'en apperçût. Le prince ne pouvoit s'empêcher de dire, en parlant d'elle: Qu'il pouvoit se flatter d'avoir dans une épouse aimable, la femme la plus sage et la plus vertueuse, non de la France, non pas de l'Europe, mais du monde entier. Cependant il fut aussi réservé avec elle, que la reine-mère, qui, craignant qu'elle n'eût quelque pouvoir sur le roi, détourna sans doute ce prince d'avoir pour elle une confiance qui eût dérangé ses projets. Tant qu'elle fut à la cour de France, elle honorait d'une tendre affection Marguerite, reine de Navarre, sa belle-sœur, quoique d'une conduite bien opposée à la sienne; et après son retour en Allemagne, Elizabeth entretint toujours avec elle commerce de lettres. Elle lui envoya même, pour gage de son amitié, deux Livres qu'elle avoit composés: l'un, sur la parole de Dieu; l'autre, sur les événemens les plus considérables qui arrivèrent en France de son temps. Cette vertueuse princesse, après la mort du roi son époux, s'étoit retirée à Vienne en Autriche, où elle mourut en 1592, âgée seulement de 38 ans, dans un monastère qu'elle avoit fondé.
IX. ÉLIZABETH, femme d'Edouard IV, roi d'Angleterre, étoit fille du chevalier de Wood-vill et de Jacqueline de Luxembourg, qui avoit épousé, en premières noces, le duc de Bedfort. Elle fut d'abord dame d'honneur de Marguerite, femme de Henri IV. Sa beauté étoit frappante, et sa sagesse égaloit sa beauté. Recherchée par plusieurs seigneurs distingués, elle fut mariée avec le chevalier Gray, qui, en 1455, perdit la vie à la bataille de Saint-Alban. Elizabeth devenue veuve, se retira chez sa mère à Grafton dans le comté de Northampton. En 1464, Edouard IV, chassant dans les environs, fut frappé des attraits de la jeune veuve, qui vint implorer à genoux sa protection pour des enfans orphelins. Ce monarque passa bientôt de la pitié à la plus vive tendresse, et la vertu d'Élizabeth étant inflexible à tous les efforts de sa passion et aux graces de sa personne, Edouard lui offrit sa couronne. Un mariage secret les unit, tandis que le comte de Warwick négocioit, par les ordres mêmes du roi, une alliance plus digne de lui avec Bonne de Savoie, sœur de la reine de France. Une princesse auroit peut-être fait son malheur; la fille d'un simple gentilhomme le rendit heureux. Elizabeth eut sur l'esprit et le cœur de son époux un empire qu'elle conserva jusqu'à sa mort. Elle en profita pour l'élévation de sa famille. Son père fut fait comte de Rivers; ses frères et ses enfans du premier lit furent comblés de biens et d'honneurs. En 1470, Edouard ayant été obligé, par les troubles suscités dans son royaume, de se retirer en Flan- dres, la reine s'enferma dans l'asile de Westminster, où elle mit au monde *Edouard* son fils aîné. L'année suivante, la fortune fut plus favorable à son époux; et en remontant sur le trône, il donna de nouvelles preuves de tendresse à *Elizabeth*. Ce prince étant mort en 1483, le duc de *Glocester*, frère d'*Edouard IV*, s'empara de la personne d'*Edouard V*, pour régner sous son nom. *Elizabeth*, voulant se soustraire à la violence de son beau-frère, s'enferma de nouveau à Westminster avec le duc d'*Yorck* son fils et les princesses ses filles. Le duc de *Glocester*, qui avoit pris le nom de *Protecteur du Royaume*, acquéroit tous les jours plus de puissance en Angleterre. Il la cimenta par le sang : il se défit des trois fils d'*Edouard IV*, pour monter sans obstacle sur le trône, sous le nom de *Richard III*. *Elizabeth*, accablée par le spectacle de tant d'atrocités, fut tirée de son asile par le meurtrier de ses enfans, et forcée de dissimuler. Elle fut depuis confinée dans le monastère de Bermondsey par *Henri VII*, qui avoit épousé l'aînée des filles de cette reine infortunée, nommée *Elizabeth*, comme sa mère. *Richard III*, pour affermir son usurpation, avoit en vain voulu se marier avec cette jeune princesse, qui résista courageusement à toutes les propositions de l'assassin de ses frères. *Elizabeth* sa mère mourut en 1486, et fut enterrée à Windsor auprès du corps d'*Edouard IV* son époux. X. ÉLIZABETH, reine d'Angleterre, fille de *Henri VIII* et d'*Anne de Boulen*, naquit le 8 septembre 1533. Sa sœur *Marie*, montée sur le trône, la retint long-temps en prison. *Elizabeth* profita de sa disgrace pour cultiver son esprit : elle apprit les langues et l'histoire; mais de tous les arts, celui de se ménager avec sa sœur, avec les Catholiques et avec les Protestans, de dissimuler et d'apprendre à régner, lui tint le plus au cœur. Après la mort de *Marie*, elle sortit de prison pour monter sur le trône d'Angleterre. Elle se fit couronner avec beaucoup de pompe en 1559 par un évêque Catholique, pour ne pas effaroucher les esprits; mais elle étoit Protestante dans le cœur, et elle ne tarda pas à établir cette religion. A peine la nouvelle reine étoit-elle proclamée, que *Philippe II*, roi d'Espagne, lui fit proposer sa main. *Elizabeth* avoit voulu dans ses malheurs épouser un simple gentilhomme; elle refusa ce monarque et d'autres rois et princes très-puissans (*Voyez ÉRIC XIV*, PHILIBERT-EMMANUEL, FRANÇOIS duc d'Alençon, etc.), dès qu'elle eut la couronne. Les disputes se rallumèrent de toutes parts. La doctrine des Réformés avoit autant de partisans que celle des Catholiques. *Elizabeth*, profitant de la disposition des esprits, convoqua un parlement, qui rétablit la religion Anglicane telle qu'elle est aujourd'hui. C'est un mélange de dogmes calvinistes, avec quelques restes de la discipline et des cérémonies de l'église catholique. Les évêques, les chanoines, les curés, les ornemens de l'Église, les orgues, la musique, furent conservés; les décimes, les annates, les privilèges des églises, abolis; la confession permise, et non ordonnée; la présence réelle admise, mais sans transsubstantiation. La politique d'*Elizabeth* lui faisant penser que la suprématie devoit rester à la couronne, elle fut chef de la religion, sous le nom de *Souveraine gouvernante de l'église d'Angleterre*, pour le spirituel et pour le temporel. Les prélats qui s'opposèrent à ces nouveautés, furent chassés de leurs églises; mais la plupart obéirent. De 9400 bénéfices que contenoit la Grande-Bretagne, il n'y eut que 14 évêques, 50 chanoines et 80 curés, qui, n'acceptant pas la réforme, perdirent leurs bénéfices. Elle fit un grand nombre de lois pour interdire l'exercice de la religion catholique. Les premières contraventions à ces lois étoient punies par de grosses amendes; ensuite on confisqueit les biens: enfin on finit par plonger plusieurs Catholiques dans des prisons perpétuelles, où on les laissoit périr quelquefois de misère. Elle fit déclarer criminels de lèse-majesté tous les prêtres Anglois catholiques qui reviendroient en Angleterre. Quelques-uns finirent leur vie dans des cachots, quelques-autres dans les tourmens. *Voyez* CAMPIAN. Les partisans d'*Elizabeth* disent que les supplices ne furent ordonnés qu'après que *Pie V* eut lancé une bulle en 1570, par laquelle les Anglois étoient absous de tous leurs sermens, et vivement exhortés à faire passer la couronne sur une autre tête. Ces invitations, soutenues par les exhortations des Jésuites, qu'on appeloit dès-lors, une épée nue, dont la poignée est toujours à Rome, firent penser que les Catholiques pourroient remuer; mais ils eussent été accablés sous le nombre des Protestans, si leur zèle eût voulu agir. Les membres de la société, qui voulurent faire des prosélytes, périrent par la main du bourreau. Le trône d'*Elizabeth* n'étoit pas encore affermi; elle crut faussement qu'il falloit verser un peu de sang, pour donner la paix à l'état. Mais des exécutions cruelles n'étoient pas, comme l'observe M. *Hume*, une excellente méthode pour réconcilier les esprits avec le gouvernement, ni avec la religion nationale. Quoi qu'il en soit, on ne sauroit trop être étonné du pouvoir qu'a sur un peuple aussi fier que les Anglois, et qui se prétend si libre, l'autorité d'un souverain qui sait se faire craindre. De Catholiques qu'ils étoient, *Henri VIII* en fit des hérétiques; d'hérétiques, *Marie*, sa fille, en fit des Catholiques; de Catholiques, *Elizabeth* en refit des hérétiques, et tout cela dans moins de 40 ans. Tandis qu'*Elizabeth* tâchoit de pacifier l'intérieur, elle se rendoit redoutable au dehors. *Marie Stuart*, reine d'Écosse, épouse de *François II*, prenoit le titre de reine d'Angleterre, comme descendante de *Henri VII*. *Elizabeth* l'oblige à y renoncer après la mort de son mari. Elle réprime les Irlandois, secrètement attachés à la cour de Rome, et pensionnaires de celle de Madrid. *Voyez* FITZ-MORITZ. La maison royale de France étoit poursuivie par les armes de la Ligue: elle la protège, et envoie des troupes à *Henri IV*, pour l'aider à conquérir son royaume. La république de Hollande étoit pressée par les troupes de *Philippe II*; elle l'empêche de succomber. Elle répond aux ambassadeurs des Hollandois, qui lui offrirent la souveraineté des Pays-Bas : Il ne seroit ni beau, ni honnête, que je m'emparasse du bien d'autrui. La haine contre l'église Romaine s'étoit encore fortifiée dans son cœur, depuis que Sixte-Quint, qui ne pouvoit s'empêcher de l'appeler en l'anathématisant, un grand cervello di Principessa, l'avoit excommuniée ; et depuis que Philippe II et les partisans de Marie Stuart excitoient de concert les Catholiques en Angleterre. Marie, bien moins puissante, bien moins maîtresse chez elle, plus foible et moins politique qu'Elizabeth, se préparoit de grands malheurs par cette conduite. Les Écossois mécontens, l'obligèrent à quitter l'Écosse, et à se réfugier en Angleterre. Elizabeth ne lui accorda un asile, qu'à condition qu'elle se justifieroit du meurtre du roi son époux, que la voix publique lui attribuoit ; et en attendant cette justification, elle la fit mettre en prison. Il se forma dans Londres des partis en faveur de la reine prisonnière. Le duc de Norfolk, catholique, voulut l'épouser, comptant sur une révolution, et sur le droit de Marie à la succession d'Elizabeth ; il lui en coûta la tête. Les pairs le condamnèrent pour avoir demandé au roi d'Espagne et au pape des secours pour la malheureuse princesse. Le supplice du duc ne ralentit pas l'ardeur des partisans de Marie, animés par Rome, l'Espagne, la Ligue et les Jésuites. Cinq scélérats déterminés, s'engagèrent par serment à assassiner la reine d'Angleterre. On découvrit leur complot : on découvrit qu'ils écrivoient à Marie Stuart ; mais on ne put pas prouver que cette princesse y fût entrée. Elizabeth, après avoir fait mourir ces malheureux et leurs coupables associés, pressa le jugement de la reine d'Écosse, injustement mêlée à leurs conspirations. Ce qui la hâta, dit-on, fut une lettre interceptée que le roi d'Espagne écrivoit à Marie en ces termes : « je prie votre majesté d'avoir bon courage, puisque j'espère, avec le secours de Dieu et celui de mes armes, de vous voir bientôt sur le trône, où vous verrez à vos pieds celle qui vous opprime maintenant. » En vain l'ambassadeur de France et celui d'Écosse intercédèrent pour Marie ; elle eut la tête tranchée, après 18 ans de prison, le 18 février 1587. Elizabeth, joignant la dissimulation à la cruauté, affecta de plaindre celle qu'elle avoit fait mourir, peut-être autant par jalousie que par politique. Elle prétendit qu'on avoit outre-passé ses ordres, et fit mettre en prison le secrétaire d'état, qui avoit, disoit-elle, fait exécuter trop tôt l'ordre signé par elle-même. Cette mascarade, dans une scène si tragique, ne la rendit que plus odieuse. Mais la dissimulation étoit à ses yeux la principale qualité des souverains. Un évêque ayant osé lui rappeler que dans une certaine circonstance elle avoit agi plus en politique qu'en chrétienne : Je vois bien, lui répondit-elle, que vous avez lu tous les Livres de l'Écriture, excepté celui des Rois... Philippe II avoit préparé une invasion en Angleterre, du vivant de l'infortunée Écossoise. Il mit en mer, un an après sa mort, en 1588, une puissante flotte nommée l'Invincible ; mais les vents et les écœils combatirent pour Elizabeth : l'armée Espagnole périt presque toute par la tempête, ou fut la proie des Anglois. Leur reine triompha dans la ville de Londres, à la façon des anciens Romains. On frappa une médaille avec la légende emphatique: *Venit, vidit, vicit*, d'un côté; et ces mots de l'autre: *Dux femina facti*. On frappa une autre médaille, sur le revers de laquelle on voyait une flotte fracassée par la tempête avec cette légende: *Affavit Deus, et dissipati sunt*. Elizabeth, au premier bruit de cet armement formidable, s'étoit montrée au camp de *Tellebury* pour animer le courage des soldats. *Moi-même*, leur dit-elle, je vous conduirai à l'ennemi. Je sais que je n'ai que le foible bras d'une femme; mais j'ai l'ame d'un roi, et qui plus est d'un roi d'Angleterre. Je périrai plutôt dans le combat, que de survivre à la ruine et à l'esclavage de mon peuple. Le chevalier *Drack*, et quelques autres capitaines non moins heureux que lui, avoient conquis à peu près vers le même temps plusieurs provinces en Amérique. La marine, sous son règne, fut dans l'état le plus florissant. Les Irlandois, qui lui avoient tenu tête en faveur de la religion Catholique, grossirent le nombre de ses conquêtes. Le comte d'Essex, son favori, nommé viceroi d'Irlande, tenta de faire révolter cette province. Ce comte, le plus fier des hommes, vouloit se venger, dit-on, d'un soufflet que la reine lui avoit donné dans la chaleur d'une dispute. Il fut convaincu de haute trahison, et périt, non pas la victime de la jalousie de la reine, comme on le croit communément, mais bien celle de son ambition, de son ingratitude, et de son hu- umeur vindicative *Voyez Essex*. Elizabeth le pleura, dit-on, en le faisant punir; on prétend même que dans le temps de la faveur du comte, elle lui avoit donné une bague, en lui promettant que, dans quelque circonstance qu'il se trouvât, et quelques efforts que fissent ses ennemis pour le perdre, elle seroit toujours prête à l'entendre, lorsqu'il lui produiroit ce gage précieux. Le favori, condamné à mort, pria la comtesse de Nottingham de porter la bague à Elizabeth; mais le comte de Nottingham, son ennemi, empêcha qu'elle ne fût rendue. La reine attendoit, dit-on, l'anneau fatal avec la plus vive impatience: ne le recevant point, elle se crut méprisée, et signa l'ordre de l'exécution. Enfin la comtesse de Nottingham, déchirée de remords dans une maladie mortelle, lui avoua tout. Elizabeth, furieuse et inconsolable, se livra d'abord à l'emportement de la colère, ensuite à l'amertume du chagrin. Sa profonde mélancolie lui fit dédaigner les soulagements et les remèdes. Une affreuse langueur la réduisit bientôt à l'extrémité. Le conseil lui demanda ses intentions au sujet de son successeur; elle indiqua le roi d'Écosse, son plus proche parent, et mourut le 3 avril 1603, à 70 ans, après 44 de règne. — Elizabeth avoit eu dans tous les temps de l'aversion pour les médecins. On lui proposa d'en appeler quelqu'un dans ses derniers moments: *Je n'ai point voulu*, répondit-elle, *m'en servir lorsque j'étois jeune; sans quoi, ils se seroient vautés d'avoir prolongé mes jours jusqu'à l'âge où je me trouve: pourquoi les appel-lerois-je aujourd'hui, que n'y ayant plus d'huile dans la lampe*, on pourroit leur reprocher de m'avoir tuée. Elle parla avec la même franchise à l'archevêque de Cantorbery, qui l'encourageoit à franchir le dernier passage, en lui détaillant tout ce qu'elle avoit fait de louable. Mylord, lui dit- elle, la couronne que j'ai portée pendant long-temps, m'a donné assez de vanité pendant ma vie; ne l'augmentez pas quand je suis si près de la mort. Elle n'avoit jamais voulu se marier: la nature l'avoit, dit-on, conformée de façon à la mettre hors d'état de prendre un époux. Quelques historiens disent qu'elle craignoit de se donner un maître. Étant mariée, lui disoit l'ambassadeur d'Écosse, vous ne seriez que Reine; au lieu qu'à présent vous êtes Roi et Reine tout ensemble. Elle disoit à son parlement, que l'épitaphe la plus flatteuse pour elle seroit celle-ci: Ci dit ÉLI- ZABETH, qui vécut et mourut Vierge et Reine. Le règne d'Éli- zabeth est un des plus beaux spectacles qu'ait eus l'Angleterre. Son commerce étendit ses bran- ches aux quatre coins du monde. Ses manufactures principales fu- rent établies, ses lois affermies, sapolice perfectionnée. Elizabeth, ennemie du luxe, le plus cruel ennemi d'un état, proscrivit les carrosses, les larges fraises, les longs manteaux, les longues épées, les longues pointes sur la bosse des boucliers, et géné- ralement tout ce qui pouvoit être appelé superflu dans les armes et les vêtements. Ce fut cependant elle qui porta en 1561, les pre- miers bas de soie qu'on ait vus en Angleterre. Les finances ne furent employées qu'à défendre la patrie. Elle eut des favoris; mais elle ne les enrichit point aux dépens de ses sujets. Sans accorder la liberté de conscience, elle sut se garantir des guerres de religion qui embrassoient pres- que toute l'Europe. Ce qu'on trou- vera non moins singulier, c'est que le pouvoir arbitraire, dont elle étoit si jalouse, ne l'empêcha pas de posséder l'affection de ses sujets. Elle leur donna plusieurs fois des preuves de sa confiance. Je ne croirai jamais d'eux, disoit-elle, ce que des pères et mères ne voudroient pas croire de leurs enfans. Personne ne lui a refusé une grande étendue de génie dans l'art de gouverner; aussi le pape Sixte-Quint disoit « qu'il n'y avoit au monde que trois personnes qui sussent ré- gner, le roi de France Henri IV, la reine Elizabeth, et lui. » Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas un portrait en grand de cette princesse. « Pour être jugée comme il faut, dit un homme d'esprit, elle ne doit l'être que par des hommes d'état, des ministres et des rois. » On se contentera de dire que la gloire qu'elle s'acquit par la fermeté, la prudence et la sagesse de son gouvernement, par sa profonde politique, par sa vigilance infa- tigable, par son courage, par sa dextérité dans les affaires les plus épineuses, par son éco- nomie exempte d'avarice, fut obscurcie par des artifices de comédienne que tant d'historiens lui ont reprochés, et souillée par le sang de Marie Stuart. On peut encore ajouter qu'elle poussa quelquefois la sévérité jusqu'à la cruauté. Le docteur Hayward ayant dédié un commencement d'Histoire au comte d'Essex dans le temps de sa disgrace, elle voulut faire punir l'auteur comme coupable de haute trahison. Elle demanda son sentiment à Bacon. qui lui répondit qu'il n'y avoit point de haute trahison dans le livre, mais qu'on pouvoit convaincre l'auteur de crime capital. —*Eh! de quel?* dit-elle. —*C'est, ajouta-t-il, que l'auteur a inséré dans son texte plusieurs pensées de Tacite, qu'il s'est appropriées... Elizabeth s'imaginant ensuite que Hayward avoit prêté son nom à un autre, proposa de lui faire donner la question pour découvrir ce prétendu secret. Non, Madame, répartit sagement Bacon; ce n'est pas la personne, mais le style, qu'il faut mettre à la torture. Laissez au Docteur, de l'encre, du papier et des livres; ordonnez-lui de continuer l'ouvrage, et je tâcherai, en comparant le style, de juger s'il est l'auteur ou s'il ne l'est pas. Sans l'ingénieuse adresse de Bacon, un homme de lettres innocent auroit subi la torture, pour avoir donné à Essex, qui fut pendant quelque temps le Mecène d'Angleterre, un témoignage public de son respect ou de sa reconnaissance. —*Elizabeth* avoit une grande connoissance de la géographie et de l'histoire. Elle parloit ou du moins entendoit cinq à six langues différentes. Elle traduisit divers Traités du Grec, du Latin et du François. Sa Version d'Horace fut longtemps estimée en Angleterre. La qualité d'auteur étoit une des plus flatteuses pour sa vanité, ainsi que celle de belle femme. On la flattoit très-imparfaitement, même à l'âge de 68 ans, si l'on parloit de ses talens sans vanter sa beauté... Sa Vie par Leti, traduite en françois, 2 vol. in-12, ne mériteroit guère d'être citée, s'il y en avoit une meilleure. Voyez CARGLI et LAMBRUN.
XI. ELIZABETH FARNÈSE, héritière de Parme, de Plaisance et de la Toscane, née en 1692, épousa Philippe V en 1714, après la mort de Marie-Louise-Gabrielle de Savoie. Ce fut l'abbé Alberoni qui donna l'idée de ce mariage à la princesse des Ursins, favorite du monarque Espagnol. Il lui fit envisager la jeune princesse comme étant d'un caractère souple, d'un esprit simple, sans ambition et sans talens. Elizabeth étoit précisément le contraire de ce qu'elle avoit été dépeinte. La négociatrice, sachant qu'elle avoit été abusée par l'abbé Alberoni, voulut faire échouer ce projet; mais il n'étoit plus temps: Elizabeth étoit en chemin. Le roi, avec toute sa cour, alla au-devant d'elle à Guadalaxara. La princesse des Ursins s'avança pour la recevoir jusqu'à Zadraque; mais à peine fut elle arrivée, qu'ayant osé censurer quelques-unes des actions d'Elizabeth Farnèse: —*Qu'on me délivre de cette folle, dit la jeune reine, et qu'on la conduise hors du royaume. Ce qui fut fait sur-le-champ, d'accord sans doute avec le roi. Elizabeth eut beaucoup de pouvoir sur l'esprit de Philippe V, qui, entraîné par son tempérament et retenu par la religion, se borna à la reine et s'en laissa gouverner. Le maréchal de Noailles en fait ce portrait dans une lettre à Louis XV.* « Elle me paroit avoir de l'esprit, de la vivacité; entend finement, répond juste: elle a une politesse noble. Je n'ai pas encore assez traité avec elle pour avoir pu approfondir son caractère; mais, en général, je crois qu'on peut avoir excédé dans les portraits que l'on en a faits. Elle est femme; elle a de l'ambition: elle craint d'être trompée; elle l'a été : ce qui lui donne de la défiance, qu'elle pousse peut-être un peu trop loin. » Lorsque Philippe V donna la toison d'or au comte de Noailles, fils du maréchal, la reine dit à celui-ci : « Il n'y a pas d'exemple qu'un père et un fils aient eu en même temps la toison d'or ; mais le maréchal de Noailles est bien fait pour les exceptions. » Cette princesse, suivant Duclos, avoit de l'esprit naturel, mais sans la moindre culture. « Elle l'avoit souvent faux, dit-il, et la passion l'égarait encore, cherchant toujours son intérêt personnel ; elle s'y trompoit dans bien des occasions et prenoit de fausses routes pour y parvenir. Elle avoit de l'ambition, sans élévation d'ame. Incapable d'affaires faute de connoissances, les défiances et les soupçons faisoient toute sa prudence. Elle avoit la finesse et le manège des gens du peuple. Violente par caractère, elle se contenoit par intérêt. Employant l'artifice où la candeur l'eût mieux servie, elle supposoit toujours qu'on vouloit la tromper, parce qu'elle en avoit le dessein. Elle aimoit les rapports : disposition dans un prince qui remplit sa cour de délateurs. » Jusqu'au moment de son mariage, elle eut le cœur Autrichien ; et si depuis elle rechercha la France, ce fut par nécessité et non par sentiment. Elle mourut en 1766, à 74 ans. Voy. JUVARA.
XII. ÉLIZABETH, princesse Palatine, fille ainée de Frédéric V, électeur Palatin du Rhin, élu roi de Bohême, naquit en 1618. Dès son enfance, elle pensa à cultiver son esprit ; elle apprit les langues : elle se passiona pour la philosophie, et sur-tout pour celle de Descartes. Elle saisit avec avidité ce que la géométrie a de plus abstrait, et la métaphysique de plus sublime. Ce célèbre philosophe ne fit point difficulté d'avouer, en lui défiant ses Principes, « qu'il n'avoit encore trouvé qu'elle, qui fut parvenue à comprendre si parfaitement ses ouvrages. » Elizabeth sacrifia tout au plaisir du philosophe en paix. Elle refusa la main de Ladislas VII, roi de Pologne. Ayant encouru la disgrace de sa mère, qui la soupçonnoit d'avoir eu part à la mort de d'Epinay, gentilhomme François, assassiné à la Haye ; elle se retira à Grossen, ensuite à Heidelberg, et de là à Cassel. Sur la fin de ses jours, elle accepta la riche abbaye d'Hervorden, qui devint dès-lors une académie de philosophes, et une retraite pour tous les gens de lettres, de quelque nation, de quelque secte, de quelque religion qu'ils fussent. Cette abbaye fut une des premières écoles Cartésiennes ; mais cette école ne subsista que jusqu'à la mort de la princesse Palatine, arrivée en 1680. Quoiqu'elle eût du penchant pour la religion Catholique, elle fit toujours profession du Calvinisme, dans lequel elle avoit été élevée.
XIII. ÉLIZABETH PETROWNA, impératrice de toutes les Russies, étoit fille du czar Pierre I. Elle naquit le 29 décembre 1710, et monta sur le trône impérial le 7 décembre 1741, par une révolution qui en fit descendre le czar Iwan, regardé comme imbécille. Elle avoit été fiancée en 1747 au duc de Holstein-Gottorp ; mais ce prince étant mort onze jours 496 ÉL I après, le mariage n'eut point lieu, et *Elizabeth* passa le reste de ses jours dans le célibat. Cette princesse prit part aux guerres de la France, et montra toujours une constante amitié pour ses alliés. La Russie la perdit le 5 janvier 1762, à 51 ans. Dans sa dernière maladie, elle donna des ordres pour remettre en liberté 13 ou 14 mille malheureux, détenus en prison pour contrebande. Elle voulut en même temps qu'on rendit toutes les confiscations faites pour raison de fraudes, et que les droits sur le sel fussent modérés, au point qu'il en résulta une diminution annuelle de près d'un million et demi de roubles dans l'étendue de l'empire. Sa bonté éclata encore envers les débiteurs qui étoient détenus en prison pour une somme au-dessous de 500 roubles; elle en ordonna le payement de ses propres deniers. On fait monter à plus de 25,000 le nombre des infortunés qui furent relâchés. Une chose non moins remarquable dans un pays comme la Russie, sujet à tant de révolutions, c'est que cette princesse avoit fait vœu de ne faire mourir personne tant qu'elle régneroit : vœu qui lui auroit mérité le beau titre de *Clémente*, si les prisons et l'exil en Sibérie, que ses favoris prodiguèrent, n'eussent pas été souvent plus durs que la mort. Des intrigues de cour, qu'on traitoit de conspirations, avoient été punies comme des crimes. De simples propos exposèrent des seigneurs et des dames de sa cour aux plus rudes traitemens. Ainsi, quoiqu'*Elizabeth* fût naturellement bonne, elle agit souvent en princesse piquée et vindicative, parce qu'elle étoit dirigée par des fa- favoris soupçonneux et ambitieux. Ces favoris furent en même temps ses amans, et elle se plut à ne mettre nulle contrainte dans ses plaisirs comme dans ses actions. On a eu raison de lui reprocher d'avoir fait traiter cruellement Mad. *Lapouhim*, qui avoit foiblement conspiré contr'elle, mais qui étant la plus belle femme de son siècle, avoit excité sa jalousie. « *Elizabeth* ressembloit à *Catherine* sa mère, dit M. *Castera*, et étoit encore plus belle. Elle possédoit une taille avantageuse et admirablement proportionnée; et quoique ses traits fussent un peu grands, sa physionomie n'en avoit pas moins une douceur inexprimable, qu'elle augmentoit encore par les graces d'une conversation souvent enjouée, et presque toujours flatteuse. Mais si elle égaloit sa mère par ces avantages qui prêtent tant de charmes à la société d'une femme, si elle la surpassoit dans son goût démesuré pour les plaisirs; elle étoit loin d'avoir comme elle cette force d'ame, qui donne à ceux dont elle est le partage, un ascendant irrésistible sur tout ce qui les entoure : au lieu de savoir dominer les autres, *Elizabeth* se laissoit sans cesse dominer par eux. » On dit qu'elle épousa en secret son grand vœu *Alexis Razoumovski*. Cette souveraine ne permettoit pas que les femmes de sa cour portassent les mêmes modes et les mêmes robes qu'elle. Pour les prendre, il leur falloit attendre qu'elle les eût quittées. Il est vrai qu'elle en changeoit souvent; car à sa mort on assure qu'on en trouva dans ses armoires près de trente mille.
XIV. ÉLIZABETH,
XIV. ÉLIZABETH DE FRANCE, (Philippe-Marie-Hélène) née à Versailles le 23 mai 1764, fut le dernier enfant de Louis, dauphin de France, et de Marie-Joséphine de Saxe, sa seconde femme. Elle n'avoit que trois ans lorsqu'elle perdit les auteurs de ses jours, et fut privée de ressentir les tendres affections de l'amour filial. L'amitié fraternelle s'en accrut; et à peine put-elle s'exprimer, qu'on la vit s'attacher intimement à son frère le duc de Berri, depuis Louis XVI, qu'elle étoit destinée à consoler dans ses malheurs, et dont elle devoit partager le sort. Elevée particulièrement par Mad. de Makau, sous-gouvernante des Enfans de France, institutrice aussi éclairée que vertueuse, on la vit attentive à tous ses devoirs, les ennoblir par la religion, étudier avec fruit l'histoire et les mathématiques, et développer peu à peu le germe des plus excellentes qualités et des plus solides vertus. Son premier chagrin fut sa séparation d'avec Mad. Clotilde, sa sœur, mariée au prince de Piémont: elle avoit alors onze ans. On parla bientôt de l'unir elle-même à un infant d'Espagne, puis au duc d'Aost, second fils du roi de Sardaigne; mais ces projets n'ayant pas paru convenables aux intérêts politiques, la jeune princesse se félicita de ce qu'aucun autre sentiment ne viendroit occuper son cœur que celui de l'amitié. La douce société de ses frères, celle de Mad. de Makau et de ses deux filles les marquises de Souci et de Bombelles, la lecture, la promenade et l'exercice du cheval qu'elle aimoit beaucoup, de fréquentes visites à St-Cyr et auprès de Mad. Louise sa tante qui s'étoit fait Carmélite, remplissoient ses loisirs. «Je ne demande pas mieux, lui disoit le roi, que vous alliez souvent voir notre tante, à condition que vous ne l'imiterez pas, en me quittant; car, Elizabeth, j'ai besoin de vous. » Louis XVI voulut se faire inoculer; sa sœur suivit son exemple: Goëty fit l'opération à Choisi; et cette princesse s'y environna de 60 jeunes filles pauvres, à qui elle voulut faire partager le bienfait de l'inoculation, et les mêmes soins qu'on prendroit d'elle-même. Lorsqu'on forma sa maison, on attribua vingt-cinq mille livres par année pour ses diamans. Elizabeth obtint que cette somme seroit comptée six ans de suite, à une jeune personne qu'elle aimoit, et dont l'indigence empêchoit l'établissement. A cette époque, tous les membres de la famille royale avoient des maisons de campagne particulières, pour s'y délasser des fatigues de la représentation. Saint-Cloud étoit à la reine, Brunoi à Monsieur, Bagatelle au comte d'Artois, Bellevue aux tantes de Louis. Elizabeth n'en demandoit pas; mais étant venue à Montreuil, par hasard, dans une maison charmante, appartenant à Mad. de Guémenée, le roi lui dit: Vous êtes chez vous; et en effet il venoit secrètement de l'acquérir pour la lui donner. C'est là que Mad. Elizabeth passa les plus doux momens de sa vie dans les soins champêtres, la bienfaisance, et les sentimens doux qu'inspire le spectacle de la nature. Pour former une laiterie, elle fit venir de Suisse quatre génisses superbes, et une jeune fille du Valais pour en prendre soin. Cette dernière s'appeloit *Marie*. Belle, naïve, mais toujours mélancolique, l'éclat de sa nouvelle place ne pouvoit lui faire oublier ses montagnes, et sur-tout *Jacques*, à qui elle avoit été promise. Elle confia sa peine à *Mad. de Thevenet*, qui composa aussitôt les paroles et l'air de la jolie romance : *Pauvre Jacques, quand j'étois près de toi, etc. Marie l'apprit*, et la chanta au moment où *Elizabeth* passoit. Touchée de la flexibilité de la voix de la jeune fille, la princesse s'intéressa à son sort ; et apprenant que la romance dépeignoit sa véritable situation, elle fit venir *Jacques* de Suisse à Montreuil, et l'imit pour toujours à *Marie*. — La révolution françoise vint changer ces occupations de paix et de bonheur. *Elizabeth* ne vit qu'avec une sorte d'effroi la convocation des États-généraux : mais lorsqu'ils eurent commencé leurs opérations, elle se dévoua uniquement à consoler son frère, et à adoucir pour lui tous les chagrins dont il fut successivement accablé. Le 6 octobre elle se rendit dans la chambre du roi, et lui inspira la fermeté qu'il montra ; le lendemain, elle l'accompagna à Paris, et à l'hôtel de ville. Elle écrivait alors à l'une de ses amies : « On nous a ramenés aux Tuileries, où rien n'étoit préparé ; mais nous avons dormi de l'excès de fatigue. Ce qu'il y a de certain, c'est que nous sommes prisonniers ici ; mon frère ne le croit pas, mais le temps le lui apprendra. Nos amis pensent comme moi, que nous sommes perdus. Il ne nous reste d'espoir qu'en Dieu, qui n'abandonne point ceux qu'il choisit. Mon frère est pleinement résigné à son sort ; sa piété augmente avec ses meilleurs. » Lors- que *Louis* partit pour la frontière, sa sœur le suivit, et fut ramenée de Varennes avec lui ; elle étoit à ses côtés le 20 juin 1792, lorsqu'un furieux la prenant pour la reine, s'écria : *Voilà l'Autrichienne qu'il faut tuer*. Un officier de la garde nationale se hâta de la nommer. « Pourquoi, lui dit *Elizabeth*, ne pas leur laisser croire que je suis la reine, vous auriez peut-être évité un plus grand crime. » Le 10 août, elle ne voulut point quitter le château, malgré les instances du roi pour l'y déterminer... Elle le suivit à l'assemblée. Là, elle frémit au bruit des armes et des affreuses clameurs des Suisses mourans ; là, elle entendit prononcer la déchéance, et pendant deux jours discuter sur le choix de la prison la plus sûre pour renfermer sa famille et elle-même. Celle du *Temple* fut désignée : *Elizabeth* en fit celui de l'amitié. Tout ce que la tendresse a de plus touchant, la sensibilité de plus consolateur, la religion de plus sublime, fut offert par elle à *Louis XVI* et à ses enfans ; elle ne se plaignit jamais, partagea toutes les douleurs, et sembla ne ressentir que celles qui frappent les objets de son affection. « *Elizabeth*, dit un historien, mettoit tous ses soins à s'oublier elle-même pour ne s'occuper que des autres. A la cour, elle avoit été le modèle de la bonté ; au *Temple*, elle étoit celui de la patience et de la résignation. Pieuse sans superstition, philosophe sans morgue, elle étoit aussi savante sans vouloir le paroître. L'étude et l'amitié faisoient son bonheur ; sa bienfaisance durant ses jours prospères contribuait à celui des misérables ; depuis qu'elle étoit prisonnière, elle ne possédoit plus que les trésors de son cœur, qu'elle partageoit entre son frère, sa sœur et leurs enfans. » Ils tombèrent malades ; *Elizabeth* leur prodigua tous ses soins, les servit constamment, et passa toutes les nuits de leur maladie sans se reposer. Bientôt ils ne reprirent la santé que pour perdre la vie. Après la condamnation de *Louis XVI* et de *Marie-Antoinette*, *Elizabeth* fut mise elle-même en jugement. Le 9 mai 1794, on vint à sept heures du soir l'arracher du Temple. Traduite à la Conciergerie, elle y fut à l'instant même interrogée à huis clos par *Deliège*, vice-président du tribunal révolutionnaire. Le lendemain, elle parut devant le tribunal avec noblesse, et répondit, lorsqu'on lui demanda son nom et ses qualités : *Je me nomme Elizabeth de France, tante de votre roi*. Cette réponse si courageuse, au moment où elle étoit livrée sans secours à ses juges sanguinaires, les étonna, et interrompit un instant l'interrogatoire. On avoit associé à son jugement vingt-quatre autres victimes ; mais on eut la cruauté de ne terminer sa vie, qu'après l'avoir rendue témoin de l'exécution de tous ceux qui dans ce jour partagèrent son sort. Elle périt avec calme et résignation, heureuse d'aller rejoindre dans une autre vie ceux qu'elle avoit aimés dans celle-ci, à l'âge de 30 ans, le 10 mai 1794. Sa bouche ne proféra pas une seule plainte contre ses juges et ses bourreaux. « Que leur avoit fait, dit un écrivain, cette sœur d'un monarque infortuné ? Elle n'avoit eu de rapport avec l'autorité que pour servir les malheureux de ses recommandations ; elle ne s'étoit mêlée que par ses larmes à la révolution ; et constamment attachée au sort personnel de son frère, elle l'eût suivi dans un désert, sans reporter ses regards vers les pompeux dehors de la fortune. Modeste et même timide au milieu des grandeurs, courageuse dans les disgraces, toujours vertueuse, la victime étoit digne d'être immolée sur l'autel élevé au génie du mal. » *Elizabeth*, sans avoir une beauté parfaite, possédoit une physionomie attachante et vive ; ses cheveux étoient châtains et bien plantés ; ses yeux bleus avoient une impression touchante de sensibilité et de mélancolie ; elle avoit la bouche agréable, de belles dents, la peau la plus éclatante ; mais sa taille étoit trop ramassée, et peu svelte. On a imprimé en 1802 à Paris, en trois petits volumes, une Vie d'*Elizabeth* par Mad. Guérard. M. Ferrand, ancien magistrat du parlement de Paris, a publié un éloge de cette princesse, qui a été traduit en italien par l'abbé *Mallio*, auteur des *Annales de Rome*.
ÉLIZABETH DE HANAU, *Voy. HESSE-CASSEL.*
ÉLIZABETH DE BAVIÈRE, mère du duc d'*Orléans*, régent. *Voy. PHILIPPE N.º XXI.*
ÉLIZABETH, *Voy.* sous le mot ISABELLE, les articles qui ne se trouvent pas ici.
ELLEBODIUS, (Nicaise) natif de Cassel en Flandre, fit ses études à Padoue. Son habileté dans les sciences lui mérita l'estime des grands hommes de son temps. *Radecius*, évêque d'Agria en Hongrie, l'attira chez lui, et lui donna un canonicat dans sa cathédrale ; il mourut à Pres- 1 i 2 bourg le 4 juin 1577. Nous avons de lui : I. Une Version de grec en latin de Nemesius, Auvers 1565, Oxford 1671, et dans la Bibliothèque des Pères, édition de Lyon, tom. VIII. Cette version d'un ouvrage savant et utile, est faite de main de maître. II. Des Poésies latines, insérées dans le recueil de Gruter, intitulé : Deliciæ Poctarum Belgarum.
ELLER DE BROOKUSEN, (Jean-Théodore) premier médecin du roi de Prusse, naquit en 1689 à Pletzkau, dans la principauté d'Anhalt-Bernbourg, et mourut à Berlin en 1760, à 71 ans. Au titre de premier médecin que Frédéric-Guillaume lui avoit donné en 1735, Frédéric le Grand, son fils, joignit en 1755 celui de conseiller privé, et de directeur de l'académie royale de Prusse. Nous avons de lui un Traité de la connoissance et du traitement des Maladies, principalement des aiguës, en latin; traduit en françois par M. le Roy, médecin, 1774, in-12. Le fonds de la doctrine enseignée dans cet ouvrage est bon, et établi sur des observations importantes de pratique. La mort de l'auteur a privé le public de celles qu'il avoit faites sur les Maladies Chroniques, et c'est une perte; car il joignoit à une longue pratique, la sagacité, la dextérité et la patience nécessaires à un observateur.
ELLIES, Voyez II. DUPIN. I. ELLIS, (Jean) savant naturaliste Anglois, membre de la société royale de Londres, fut nommé par le roi agent de la Floride occidentale et de la Dominique. C'est là qu'il fut à portée de rassembler et de décrire les productions naturelles de divers climats éloignés. Lié par l'amitié la plus tendre avec le célèbre Linné et les savans naturalistes Solander et Fothergill, ce fut aux soins de ces derniers qu'il dut la publication de plusieurs de ses écrits. Ellis est mort le 15 octobre 1776. Ses principaux ouvrages sont: I. Essai sur l'Histoire naturelle des corallines Angloises et Irlandoises; 1755, in-4.º II. Divers Mémoires lus à la société royale sur la nature animale des Zoophytes, sur les Gorgones, sur l'Actinia sociata. Ces mémoires lui méritèrent une médaille et des éloges de la société royale en 1768. III. Lettre à Linné sur la Dionæa muscipula. Schreber a fait réimprimer cette lettre en allemand et en latin, à Erlang, 1771, et y a joint la figure coloriée de cette plante singulière. IV. Histoire du Café, 1774. V. Histoire des Zoophytes. C'est le dernier ouvrage d'Ellis, qui n'en put publier que 63 planches. On en doit le recueil à Baucks et Solander.
II. ELLIS, (N.) compagnon du capitaine Cook dans son dernier voyage, dont il a donné la relation en 2 vol. in-8°, se tua en mai 1785, en tombant du haut d'un mât à Ostende. L'empereur l'avoit engagé à faire de nouvelles courses, pour tenter des découvertes; mais sa mort empêcha l'exécution de ce projet.
ELLOTIS, prêtresse de Minerve à Corinthe, se réfugia dans le temple de cette déesse, lorsque les Doriens mirent le feu à la ville, et elle y fut brûlée. Quelque temps après, la peste désolant le pays, l'oracle déclara que, pour faire cesser le fléau, Il falloit honorer *Ellotis*, et lui élever un temple.
**EL-MACIN**, ( George ) historien d'Égypte, mort en 1238, fut secrétaire des califes, quoi- qu'il fit profession du Christia- nisme. On a de lui une *Histoire des Sarrasins*, écrite en arabe, qui a été traduite en latin par *Erpenius*, à Leyde 1625, in-fol. On y trouve des choses curieuses. **I. ELMENHORST**, ( Gever- hart ) de Hambourg, mort en 1621, s'appliqua à la critique, et s'y rendit très-habile. On a de lui des *Notes* sur *Minutius Félix*, et sur plusieurs autres auteurs anciens. Il donna à Leyde, en 1618, le *Tableau de Cébes*, avec la version latine et les notes de *Jean Casel*.
**II. ELMENHORST**, ( Henri ) auteur du *Traité* allemand sur les *Spectacles*, imprimé à Ham- bourg en 1688, in-4.º Il tâche d'y prouver que les spectacles, tels qu'ils sont aujourd'hui, loin d'être contraires aux bonnes mœurs, sont capables de les former. On peut voir cette ma- tière mieux discutée dans une *Lettre* du fameux *Citoyen de Ge- nève* à M. d'Alembert, et dans la *Réponse* à cette *Lettre*.
**ÉLOI**, ( Saint ) né à Cadillac, près de Limoges, en 588, excella dès sa jeunesse dans les ouvrages d'orfèvrerie. *Clotaire II* employa ses talens, ainsi que *Dagobert II*, auquel il fit un trône d'or massif. Cédernier prince le fit son moné- taire ou trésorier. On le tira de ce poste, pour le mettre sur le siège de Noyon en 640. Il parut avec éclat dans un concile de Châlons en 644, et mourut sain- tement en 659, après avoir pré- ché le Christianisme à des peuples E L O 501 idolâtres, fondé grand nombre d'églises et de monastères. Ce fut lui qui inspira à *Dagobert* le goût des fondations ; goût qui régnoit depuis long-temps dans la France, mais que per- sonne ne porta plus loin que *Dagobert*. « Mon prince, lui dit-il un jour, donnez-moi la terre de Solignac, afin que j'en fasse une échelle par laquelle vous et moi nous méritions de monter au ciel ». Cette échelle fut un grand monastère où il établit 150 moines. *St. Ouen*, son ami, a écrit sa *VIE. Lévesque* en a donné une traduction, Paris, in-8°, en 1693. Il l'a enrichie d'une version de *XVI Hômélès*, qu'on croit être de *St. Eloi*. On voit par les instructions qu'il donne à son peuple, que les superstitions qui régnoient de son temps étoient à peu près les mêmes que celles qui se pra- tiquent encore aujourd'hui. On consultoit les devins, les enchan- teurs, les diseurs de bonne aventure ; on agissoit d'après ce qu'ils avoient prédit ou rêvé. On observoit les éternûmens, les sai- gnemens de nez, le chant et le vol des oiseaux, les jours de la lune et de la semaine. On passoit le premier jour de janvier dans des réjouissances. On chan- toit et on dansoit à la fête de *St. Jean*. On sautoit par-dessus le feu de la veille, pour accou- cher heureusement. On faisoit passer les hommes ou les bêtes par des arbres creux, ou dans la terre percée. *St. Eloi* tâcha de déracliner ces superstitions, restes d'une idolâtrie grossière, ou com- pagnes d'une dévotion ignorante et intéressée.
**ÉLOY**, ( Nicolas-François- Joseph ) médecin du prince *Charles* I i 3 702 ELP de Lorraine, né à Mons le 20 septembre 1714, et mort le 10 mars 1788, exerça sa profession avec autant de désintéressement que de lumières. Savant, modeste, studieux, il a publié un grand nombre d'écrits. I. Réflexions sur l'usage du Thé, 1750, in-12. II. Essai du Dictionnaire historique de la Médecine, 1755, 2 vol. in-8. III. Dictionnaire historique de la Médecine ancienne et moderne, 1778, 4 vol. in-4. L'auteur y donna plus d'étendue aux divers articles de l'ouvrage précédent. IV. Cours élémentaire des Accouchemens, 1775, in-12. V. Mémoire sur la marche, la nature, les causes et le traitement de la Dyssenterie, 1780, in-8. VI. Question médico-politique : si l'usage du café est avantageux à la santé, et s'il peut se concilier avec le bien de l'état dans les provinces Belgiques ? 1781, in-8. Pour récompenser son zèle, les états de Hainaut lui firent don d'une tabatière superbe, avec cette inscription : EX DONO PATRIÆ.
ELPENOR, (Mythol.) compagnon d'Ulysse, fut changé en pourceau par Circé; mais celle-ci consentit à lui rendre sa première forme. Elpenor mourut d'une chute.
ELPHINGSTON, (N.) Anglois, entra au service de Catherine II, et parvint au grade d'amiral de Russie. Il se distingua dans l'expédition contre les Turcs, et se réunit à l'amiral Spiridoff pour faire soulever l'Archipel Grec contre la puissance Ottomane. Les Mainotes, descendans des anciens Lacédémoniens, furent les premiers à secouer le jong; bientôt l'insurrection devint générale. La flotte Turque ayant eu l'imprudence d'entrer dans la baie étroite de Tchesmé, leurs vaisseaux se trouvèrent si pressés qu'ils ne purent plus manœuvrer. Elphington profita habilement de leur faute. Placé à l'entrée de la baie pour empêcher les Turcs d'en sortir, il fit préparer quatre brûlots dont il donna la disposition au lieutenant Anglois Dugdale et au contre-amiral Greig. Celui-ci engage le combat; aussitôt Dugdale s'avance avec les brûlots; et attachant lui-même un d'entre eux à l'un des vaisseaux ennemis, le visage et les mains brûlées, il se jette à la nage et rejoint son pavillon. Toute la flotte Turque fut la proie des flammes. Catherine II fit élever une colonne dans ses états en mémoire de cet événement. Sur la fin de ses jours, Elphington se retira dans sa patrie. Il y mourut vers l'an 1775, regardé comme un marin habile et courageux. Deux de ses fils ont suivi la carrière de leur père, en consacrant leurs services à la Russie.
ELPIDIUS, diacre de l'église de Lyon, se consacra à la médecine, et devint le médecin et le conseil d'un roi Visigoth. Fabricius nous a conservé deux pièces de vers d'Elpidius, dans l'édition des Poètes Chrétien, publiée à Basle en 1562. I. ELPIS, (Mythol.) déesse de l'Espérance, honorée par les Grecs qui la représentaient, appuyée sur une ancre, assise sur une proue de navire et considérant le ciel. Gravelot l'a ainsi gravée.
II. ELPIS, (Mythol.) autre divinité Grecque, accompagnoit les hommes pendant leur vie et les soutenait jusqu'à la mort. On lui donnoit des ailes, parce qu'elle sembloit fuir toujours. Sophocle l'appelle vagabonde, qui ne s'arrête jamais; on lui avoit élevé plusieurs temples à Rome. — III. ELPIS, né à Samos, aborda en Afrique, où il rencontra un lion, qui, la gueule béante, s'approchoit de lui. Elpis tremblant monta sur un arbre. Le lion vint se coucher sous les pieds d'Elpis, paroissant implorer sa pitié. Celui-ci descendit et retira de la gueule de l'animal un os qui le blessoit. Le lion reconnoissant suivit son bienfaiteur pour le défendre contre les attaques de tout autre animal féroce. Elpis, de retour dans sa patrie, y fit élever un temple à Bacchus à gueule béante, en mémoire de cet événement.
EL-ROI, (David) imposteur Juif, Voy. DAVID-EL-DAVID. — ELSFBOURG, capitaine dans le régiment de Crentz, cavalerie Suédoise, mérite une place dans l'histoire par son intrépidité. Il fut attaqué en 1705, près des bords de la Vistule, par 28 compagnies Polonoises, et 200 dragons Allemands. Cet officier, qui n'avoit que sa compagnie, se retira dans un cimetière, et s'y défendit avec tant de bravoure, que les assaillans furent contraints de jeter du monde dans les maisons voisines pour faire feu sur sa troupe. Elsfbourg sortit alors du cimetière, se fit jour à travers les Polonois, vint brûler les maisons d'où l'on tiroit sur lui; et rentrant ensuite dans son poste, les força de le lui abandonner, après s'être battu contre eux depuis sept heures du matin jusqu'à quatre heures après midi, sans autre perte de son côté que de deux caporaux et d'un cavalier.
ELSHAIMER, (Adam) peintre célèbre, naquit à Francfort en 1574, d'un tailleur d'habita. Après s'être fortifié dans sa profession par les leçons d'Offembach, et sur—tout par l'exercice, il passa à Rome. Il chercha dans les ruines de cette métropole de l'Europe, et dans les lieux écartés, où son humeur sombre et sauvage le conduisoit souvent, de quoi exercer son pinceau. Il dessinoit tout d'après nature. Sa mémoire étoit si fidelle, qu'il rendoit avec précision et un détail merveilleux, ce qu'il avoit perdu de vue depuis quelques jours. Il a extrêmement fini ses tableaux. Sa composition est ingénieuse, sa touche pleine de grace, ses figures rendues avec beaucoup de goût et de vérité. Il entendoit parfaitement le clair-obscur. Il réussissoit sur—tout à représenter des Effets de nuit et des Clairs de Lune. Ce peintre mourut en 1620, à 46 ans, dans l'indigence et dans la plus sombre mélancolie, produite par son caractère et par son état. Ses tableaux se vendoient très-cher, mais il en faisoit peu; aussi sont-ils fort rares. Celui qui passe pour son chef-d'œuvre, est une Fuite en Egypte, qui a été gravée par le comte de Gaud: Un de ses disciples, nommé Jacques-Ernest-Thomas de Hagelstein, né à Lindau en Suabe, a fait des tableaux si approchans de ceux de son maître, que plusieurs connoisseurs s'y sont mépris.
ELSWICH, (Jean-Herman d') Luthérien, naquit à Rensbourg dans le Holstein, en 1684. Il devint ministre à Stade, et y mourut en 1721, à 37 ans. Il a publié : I. Le livre de *Simonius*, *De Litteris pereuntibus*, avec des notes. II. *Launoius*, *De variâ Aristotelis fortunâ*; auquel il a ajouté, *Schediasma de variâ Aristotelis in scholis Protestantium fortunâ*; et *Joannis Josii Dissertatio de Historiâ Peripateticâ*, etc. etc.
ELVIR, l'un des califes, ou successeurs de *Mahomet*, étoit fils de *Pisastre*, dernier calife de Syrie ou de Babylone. S'étant sauvé en Égypte, il fut reçu comme souverain pontife. Les Égyptiens rassemblèrent toutes leurs forces pour détrôner le maître du pays, qu'ils regardoient comme un usurpateur. Ce prince s'avisa d'un stratagème pour détourner l'orage qui le menaçoit, et envoya reconnoître *Elvir* pour souverain dans ce qui concernoit la religion, s'offrant à prendre de lui le cimeterre et les brodequins, qui étoient les marques du pouvoir absolu en ce qui regarde le temporel. La paix fut faite à ces conditions, vers l'an 990, et *Elvir* demeura calife.
ELXAI, Juif qui vivoit sous l'empire de *Trajan*, fut chef d'une secte de fanatiques qui s'appeloient *Elxaites*. Ils étoient moitié Juifs et moitié Chrétiens. Ils n'adoroient qu'un seul Dieu; ils s'imaginoient l'honorer beaucoup en se baignant plusieurs fois par jour. Ils reconnoissoient un Christ, un Messie, qu'ils appeloient le *Grand-Roi*. On ne sait s'ils croyoient que *Jésus* fût le Messie; ou s'ils en admettoient un autre, qui n'étoit pas encore venu. Ils lui donnoient une forme humaine, mais invisible, qui avoit environ trente-huit lieues de haut : ses membres étoient proportionnés à sa taille. Ils croyoient que le *Saint-Esprit* étoit une femme, peut-être parce que le mot, qui en hébreu exprime le *Saint-Esprit*, est de genre féminin. *Elxai* étoit considéré par ses sectateurs comme une puissance révélée et annoncée par les Prophètes, parce que son nom signifie, selon l'hébreu, qui est révélée. Ils révertoient même ceux de sa race jusqu'à l'adoration, et se faisoient un devoir de mourir pour eux. Il y avoit encore sous *Valence* deux sœurs de la famille d'*Elxai*, ou de la race bénite, comme ils l'appeloient. Elles se nommoient *Marthe* et *Marthène*, et étoient considérées comme des Déesses par les *Elxaites*. Quand elles sortoient en public, ces insensés les accompagnoient en foule, ramassoient la poudre de leurs pieds et la salive qu'elles crachoient : on gardoit ces saletés, et on les mettoit dans des boîtes qu'on portoit sur soi, et qu'on regardoit comme des préservatifs souverains.
ÉLYMAS ou BAR-JESU, fils de *Jebus*, de la province de Cypre, et de la ville de Paphos, mit en usage son art magique, pour empêcher que le proconsul *Sergius-Paulus* n'embrassât la foi de *Jésus-Christ*. Mais *Paul*, le regardant d'un œil menaçant, lui prédit que la main de Dieu alloit s'appesantir sur lui, et qu'il seroit privé pour un certain temps de la lumière. Alors, ses yeux s'obscurcirent, et tournant de tous côtés, il cherchoit quelqu'un qui lui donnât la main. Ce miracle toucha le proconsul, qui se rendit à la vérité, et se déclara hautement pour *Jésus-Christ*.
ÉLYOT, (Thomas) gentilhomme Anglois, fut aimé et estimé de Henri VIII, qui le chargea de diverses négociations importantes. On a de lui, un Traité de l'éducation des Enfans, en anglois, 1580, in-8°; et d'autres ouvrages. Il mourut en 1546, à Carleton. Voyez ÉLIOT et HÉLIOT. — ELZEVIRS, imprimeurs d'Amsterdam et de Leyde, se sont fait un nom, par les belles éditions dont ils ont enrichi la république des lettres. Louis, dont les presses travailloient dès 1595, Bonaventure, Abraham et Daniel, sont les plus célèbres. Louis est le premier imprimeur qui ait distingué l'v consonne de l'u voyelle; Abraham et Bonaventure publièrent ces petites éditions des auteurs classiques, in-12 et in-16, qui ont été si recherchées; Daniel ne s'est pas moins rendu recommandable. Il n'y a plus de libraires de cette famille, depuis la mort du dernier, arrivée à Amsterdam en 1680. Ce fut une perte pour la littérature. Les Elzevirs ne valoient point les Etiennes, ni pour l'érudition, ni pour les éditions Grecques et Hébraïques; mais ils ne leur cédoient point dans le choix des bons livres, ni dans l'intelligence de la librairie. Ils ont même été au-dessus d'eux pour l'élégance et la délicatesse des petits caractères. Leur Virgile, leur Térence, leur Nouveau-Testament grec, 1633, in-12; le Pseautier, 1653; l'Imitation de J. C. sans date, le Corps du Droit, et quelques autres livres ornés de caractères rouges, vrais chefs-d'œuvres de typographie, satisfont également l'esprit et les yeux par l'agrément et la correc- É M A • 505 tion. Mais, en louant le mérite de ces derniers ouvrages, on a blâmé les Elzevirs d'avoir quelquefois prostitué leurs presses pour faire circuler d'infames productions; Voyez II. ARETIN. Les Elzevirs ont publié plusieurs fois le catalogue de leurs éditions. Le dernier, mis au jour par Daniel, en 1674, in-12, en sept parties, est grossi de beaucoup d'impressions étrangères, qu'il vouloit vendre à la faveur de la réputation que les excellentes éditions de sa famille lui avoient acquise dans l'Europe savante.
ÉMADEDDIN ZENCHI, connu aussi sous le nom de SANGUIN, fut salué Sultan d'Alep l'an 1128. Il eut toujours les armes à la main, et il s'en servit long-temps avec succès. Il remporta, en 1130, une victoire sur Boëmond, prince d'Antioche, qui périt dans l'action. Sept ans après, il en remporta encore une plus signalée sur Foulques roi de Jérusalem, et sur Raymond comte de Tripoli; il fit ce dernier prisonnier, et s'empara ensuite du château de Mont-Ferrand. L'an 1144, il prit d'assaut la ville d'Edesse après un siège de vingt-huit jours; mais à la fin il trouva le terme de ses victoires, ayant été assassiné l'année suivante dans sa tente devant un château qu'il assiégeoit. Les historiens Orientaux ont peint ce prince comme un des grands hommes de son siècle; et les François, comme un des plus grands fléaux de l'humanité. Un mélange de bonnes et de mauvaises qualités qui étoit en lui, a prêté également à la louange et à la satire.
ÉMADI, célèbre poète Persan, surnommé SCHEHRIARI, 506 • E M B parce qu'il vint s'établir dans la ville de Schéhériar, vivoit sous l'empire de *Malek II*, sultan de la race des *Selgiucides*, et a publié un *Divan*, ou recueil de quatre mille vers, qui lui mérita le surnom de *Prince des Poètes*. Après avoir résidé quelque temps à la cour du sultan de Mazanderan, à qui il écrivait : « Les mauvais génies se sont ligués contre vous, mais l'empire de *Salomon* ne peut vous manquer, c'est-à-dire la monarchie universelle, pourvu que vous ayez soin de ne pas perdre son anneau, qui est le véritable symbole de la sagesse » ; *Emadi* revint dans sa patrie, où *Hakim Senai* son ami lui apprit si bien les principes de la vie dévote, qu'il abandonna entièrement le monde pour s'y livrer. Il mourut l'an 673 de l'hégire.
ÉMANUEL, *Voyez* EMMANUEL.—MANUEL.—et CHARLES, nos xxx, xxxi et xxxii.
ÉMATHION, fils de *Tithon*, fameux brigand de Thessalie, égorgeoit tous ceux qui tomboient dans ses mains. *Hercule* le tua, et les campagnes que ce barbare parcouroit, furent appelées *Emathiennes* ou *Emathies*. C'est une partie de la Macédoine.
EMBER, (Paul) ministre Protestant dans la haute Hongrie, a écrit quelques ouvrages pleins d'injures contre l'église catholique. Les principaux sont : I. Des *Sermons* en hongrois, 1700, in-4.º II. Une *Histoire latine de l'église Réformée en Hongrie et en Transylvanie*, Utrecht, 1728, in-4.º *Adolphe Lampe* y a joint des additions. *Ember* mourut dans le milieu du 18e siècle.
EMBRY, *Voy* IX TROMAS.
ÉMERICH,—NICOLAS, no XVI.
ÉMÉRIGON, (Balthazar-Marie) long-temps avocat à Aix, acheta, sur la fin de sa vie, une charge de conseiller à l'amirauté de Marseille, et est mort dans cette ville en 1789, à l'âge de 60 ans. On lui doit un savant *Traité des Assurances et des Contrats à la grosse*, 1784, 2 vol. in-4.º Ce sujet qui paroît aride, a pris sous sa plume tout l'intérêt des discussions les plus profondes sur les principaux objets de commerce et de l'économie politique. C'est le seul livre sur les assurances. On lui doit encore plusieurs *Mémoires* recherchés sur des contestations maritimes, et un *Commentaire* sur l'ordonnance de la marine. I. ÉMERY DE LA CROIX, (N.) né à Paris, est auteur d'un ouvrage politique, intitulé : *Le nouveau Cynéas*, ou *Discours d'état sur les moyens d'établir une paix générale et la liberté du commerce dans tout le monde*, Paris 1623. L'auteur conseille, dans cet écrit, de diminuer le nombre des membres du clergé et celui des tribunaux. Il propose aux souverains de fixer à Venise une diète générale, où leurs ambassadeurs termineroient toutes les contestations des couronnes, et deviendroient les garans de la paix universelle. Tous les princes jureroient de maintenir, comme loi inviolable, ce qui seroit déterminé à la pluralité des voix par cette diète. Un pareil projet peut se concevoir aisément, mais il ne s'exécute pas de même.
II. ÉMERY, (Michel) fils d'un négociant de Sienne, nommé
ÉMI 507 Particelli, qui étoit venu s'établir à Lyon, où il avoit acheté une charge de trésorier de France; vint lui-même à Paris, avec le cardinal Mazarin. Son ame étoit aussi basse que sa naissance; mais son esprit étoit très-délié. Il parvint d'emploi en emploi au poste de surintendant des finances par le crédit de Mazarin, qui éloigna de cette place le président de Bailleul et le comte d'Avaux. Emery se prêta à toutes les vues de la cupidité insatiable de ce ministre. Il trouva des moyens aussi onéreux que ridicules pour avoir de l'argent. Il créa des charges de contrôleurs de fagots, de jurés-vendeurs de foin, de conseillers — crieurs de vin, etc. Il vendit des lettres de noblesse; il créa de nouveaux magistrats, il rançonna les anciens. Ses exactions furent la principale source des divisions entre la cour et le parlement, vers l'an 1647. Mazarin, voyant le soulèvement général, lui ôta son emploi, et l'exila dans ses terres. Nous ignorons en quelle année il mourut. Ce surintendant étoit laborieux, ferme dans ses résolutions, intelligent dans les affaires; mais il ne connoissoit ni l'humanité, ni la pitié, ni la justice, ni la probité. Il disoit ordinairement, que la bonne foi n'étoit que pour les Marchands; et que les Maltres-des-Requêtes, qui vouloient qu'on y eût égard dans les affaires du Roi, devoient être punis comme des prévaricateurs... Bautru, en lui présentant un poète, lui dit : Voilà un homme qui peut vous donner l'immortalité, mais il faut que vous lui donniez de quoi vivre. Monsieur, répartit Emery au poète, louer un Surintendant, s'est provoquer le peuple à se déchaîner contre lui : j'aimerai à vous rendre service, si je le puis, mais à une condition; c'est que votre muse sera muette sur mon éloge. Les Surintendans ne sont faits que pour être maudits. — Voyez LEMERY. I. ÉMILE, (Paul) surnommé le Macédonique, général Romain, obtint deux fois les honneurs du consulat. Dans le premier, il défit entièrement les Liguriens, l'an 182 avant J. C., avec une armée bien moins forte que la leur. Dans le 2e, auquel il parvint à l'âge de près de 60 ans, il vainquit Persée, roi de Macédoine, Voyez I. SULPICIUS, réduisit son état en province Romaine, démolit 70 places qui avoient favorisé les ennemis, et retourna à Rome, comblé de gloire. Le triomphe qu'on lui décerna dura trois jours; Persée en étoit le triste ornement. Paul Emile, héros sensible, avoit pleuré sa défaite, et l'avoit consolé par des raisons et des caresses. Ce capitaine faisoit profession d'une philosophie qui ne lui permettoit pas de s'enorgueillir de ses victoires. Il étoit de la secte des Stoïciens qui attribuoient tout ce qui arrive à une nécessité fatale. Aussi désintéressé que philosophe, il remit aux questeurs tous les trésors de Persée, Voyez II. PERSÉE et HEGESLOGUE; et ne conserva de tout le butin, que la bibliothèque de ce roi malheureux. Ce grand homme mourut l'an 168 avant J. C. On raconte de lui un trait singulier. Il vouloit répudier Papiria sa femme. S'entretenant un jour de son dessein avec ses amis : Que voulez-vous faire, lui dirent-ils? Votre épouse est belle et sage; elle vous a donné des enfans d'une grande espérance. 508 É M I — Il est vrai, leur répondit froidement Emile; mais regardez ma chaussure; elle est neuve, belle et bien faite: il faut cependant que je la quitte; personne que moi ne sait où elle me blesse. — Il faut le distinguer du collègue de Varron, nommé aussi Paul EMILE, qui fut enveloppé dans la défaite meurtrière de Cannes.
II. ÉMILE, (Paul) en italien Paolo EMILIO, célèbre historien, étoit de Vérone. Le nom qu'il s'étoit fait en Italie, porta le cardinal de Bourbon à l'attirer en France. Il y vint sous le règne de Louis XII, et il obtint un canonicat de la cathédrale de Paris. Il mourut dans cette ville le 5 mai 1529. C'étoit un homme d'une piété exemplaire et d'un travail infatigable. On a de lui une Histoire de France en latin, 2 vol. in-8° et in-fol. 1543, chez Vasconan; réimprimée en 1601 in-f°; traduite en françois par Jean Renard, 1644, in-fol. Le style en est pur, mais trop laconique, et souvent obscur et embarrassé. Il y a trop de harangues pour un abrégé, qui est d'ailleurs assez décharné. La plupart de ces harangues sont d'autant plus déplacées, qu'il fait parler des barbares élégamment et éloquemment, comme auroient pu parler les anciens Romains. S'il est court en quelques endroits, il est trop diffus dans d'autres, comme quand il parle de la première et de la seconde croisade. On lui reproche aussi de donner dans les fables. Il montre trop d'attachement aux Italiens; aussi Beaucaire disoit qu'il étoit plutôt Italorum buccinatorem, qu'am Gallicæ historiæ scriptorem. Cependant, malgré ces défauts, il jouit de la gloire d'avoir le premier débrouillé le chaos de notre vieille histoire, et d'avoir défriché ses champs incultes. Cette Histoire, en dix livres, commence à Pharamond, et finit à la cinquième année de Charles VIII, en 1488. Arnauld du Ferron en a donné une mauvaise continuation.
ÉMILIANI, (St. Jérôme) né à Venise, entra au service dans sa jeunesse, et fut fait prisonnier de guerre; mais ayant été délivré, il fit vœu de se consacrer aux soins des orphelins. Il en retira un grand nombre dans une maison où il les fit élever dans l'exercice du travail et des vertus. Le pape Paul IV l'engagea à multiplier les établissements du même genre. Emiliani en forma à Brixen, à Bergame, et se retira ensuite dans le petit village de Somasque, qui donna son nom à la congrégation régulière des Somasques. Leur fondateur mourut, à l'âge de 56 ans, en 1537, et fut béatifié par Benoît XIV. André Stella, général de son institut, a écrit la vie de ce fondateur. I. ÉMILIEN, (Caius Julius Æmilianus) né l'an 207, d'une famille très-obscure de Mauritanie, se distingua dans l'armée Romaine par son courage, et s'avança de grade en grade jusqu'à celui de général. Il combattit avec tant de valeur contre les Perses, que les soldats le proclamèrent empereur en 254, après la mort de Dèce. Gallus et Valérien étoient alors les légitimes maîtres de l'empire; il marcha contr'eux, les vainquit, et tandis qu'il se préparoit à les combattre de nouveau, il apprit que leur armée les avoit massacrés et l'avoit reconnu empereur. Ce titre lui fut confirmé par le sénat; mais il ne jouit pas long-temps de la puissance sou- veraine. *Volusien* qui avoit reçu de ses soldats le sceptre impérial, vint attaquer son rival près de Spolette. Les troupes d'*Emilien*, fatiguées d'avoir toujours les armes à la main, le massacrèrent sur un pont de cette dernière ville, appelé depuis lors le *Pont sanglant*. Il régna très-peu de temps. Ce n'étoit qu'un soldat de fortune, plein à la vérité de feu et de valeur, mais qui ignoroit la politique et les maximes du gouvernement.
II. ÉMILIEN, (Alexandre) l'un des vingt-neuf *Tyrans* qui s'élevèrent dans l'empire Romain vers le milieu du 3$^{e}$ siècle, étoit lieutenant du préfet d'Égypte. Il est connu dans les Martyrologes par le zèle barbare avec lequel il persécuta les Chrétiens dans cette province. Une première sédition qui s'éleva dans Alexandrie en 263, lui fournit l'occasion de prendre le titre d'*Emperieur*, que les Alexandriens naturellement inquiets, et ennemis du gouvernement de *Gallien*, lui confirmèrent. *Emilien* parcourut la Thébaïde et le reste de l'Égypte, où il affermit sa domination. Il en chassa les brigands, à la grande satisfaction du peuple, qui lui donna le nom d'*Alexandre*. A l'exemple du héros Macédonien il se préparoit à porter les armes dans les Indes, lorsque *Gallien* envoya contre lui le général *Théodote*, à la tête d'une armée. Il fut vaincu dans le premier combat, et contraint de se retirer à Alexandrie en septembre 263. Les habitants de cette ville le livrèrent à *Théodote*, qui l'envoya à *Gallien*. Ce prince le fit étrangler dans sa prison, à la fin de la même année.
III. ÉMILIEN, (Jean) philosophe et médecin Italien du 15$^{e}$ siècle, se fit un nom dans la médecine qu'il exerça avec succès en qualité de Naturaliste. Il est connu principalement par un Traité imprimé à Venise, en 1584, in-4$^{o}$, sous ce titre : *Historia naturalis de Ruminantibus, et ruminatione*.
EMMA, fille de *Richard II*, duc de Normandie, femme d'*Ethelred*, roi d'Angleterre, et mère de *St. Edouard*, eut beaucoup de part au gouvernement, sous le règne de son fils, vers l'an 1046. Le comte de *Kent*, qui avoit eu une grande autorité, sous plusieurs règnes, conçut contre elle une si violente jalousie, qu'il l'accusa de plusieurs crimes. Il gagna quelques grands seigneurs, qui confirmèrent ses accusations auprès du roi. Ce prince crut trop facilement que sa mère étoit criminelle, et l'alla trouver inopinément, pour lui ôter tout ce qu'elle avoit amassé. *Emma* eut recours, dans cette disgrace, à l'évêque de Winchester, son parent; mais ce fut une nouvelle matière de calomnie pour ses ennemis. Le comte de *Kent* lui fit un crime des visites trop fréquentes qu'elle rendoit à cet évêque, et l'accusa d'avoir un mauvais commerce avec lui. Le roi continua à être crédulé : il fallut que la princesse se justifiait par les moyens en usage en ce temps-là; c'est-à-dire, qu'elle marchât sur des fers ardens. On ne sait comment elle soutint cette ruée épreuve : on sait seulement que le roi ayant reconnu son innocence, se soumit à la peine des pénitens. *Voyez* III. LOTHAIRE, à la fin.
EMMANUEL, dit le *Grand*, roi de Portugal, monta sur le trône en 1495, après *Jean II* son cousin, mort sans enfans. Les prospérités de son règne, le bon- 510 EMM heur de ses entreprises, lui firent donner le nom de Prince très-fortuné. Vasco de Gama, Améric Vespuce, Alvarès Cabrera, et quelques autres, découvrirent, sous ses auspices, plusieurs pays inconnus aux Européens. Son nom fut porté par ces navigateurs dans l'Afrique, dans l'Asie et dans cette partie du monde qu'on a depuis appelée Amérique. Le Brésil fut découvert en 1500. Ce fut une source de trésors pour les Portugais; aussi appellent-ils le règne d'Emmanuel, le Siècle d'or de Portugal. Ce prince mourut le 13 décembre 1521, à 53 ans, regretté de ses sujets, qu'il avoit enrichis; mais détesté des Mores, qu'il avoit chassés, et des Juifs, qu'il avoit forcés à se faire baptiser. En mémoire de ses heureuses découvertes, il fit bâtir le superbe monastère de Bellem, où il fut inhumé. On y lit sur son tombeau cette épitaphe : Littore ab occiduo, qui primùm ad littora solis Extendit cultum notitiamque Dei; Tot Reges domiti cui submisere tiaras, Conditur hoc tumulo Maximus EM- MANUEL. « Des bords du Tage, aux lieux où l'aurore rayonne, Un apôtre étendit la loi de l'Éternel; Un héros, à vingt rois fit don de leur couronne: Ce marbre couvre, hélas ! le grand EMMANUEL ! » Emmanuel aimoit les lettres et ceux qui les cultivoient. Il laissa des Mémoires sur les Indes. Veuf de sa première femme Isabelle, princesse d'Espagne, il avoit épousé, avec une dispense du pape, Marie, sœur cadette de cette princesse; fait dont il y a peu d'exemples dans l'histoire moderne. Il se maria en troisième noces avec Eléonore d'Autriche. Voyez son article; voyez aussi III. ALVARÈS et GOEZ.
EMMANUEL-PHILIBERT, duc de Savoie, né en 1528, de Charles III, fut d'abord destiné à l'église; mais après la mort de ses deux frères, on lui laissa suivre son inclination pour les armes. Son courage lui mérita le commandement de l'armée impériale au siège de Metz. Il gagna, en 1557, la fameuse bataille de Saint-Quentin sur les François, et détruisit le vieil Hesdin. La paix ayant été conclue à Câteau-Cambresis, il épousa en 1559 Marguerite de France, fille de François I, et sœur de Henri II. (Voyez à l'article de ce dernier prince, des détails sur la victoire de Saint-Quentin.) Ce mariage lui fit recouvrer tout ce que son père avoit perdu de ses états : il les augmenta ensuite par sa dextérité et sa valeur. Il mourut le 30 août 1580, à 52 ans, ne laissant qu'un fils, Charles-Emmanuel, qui lui succéda, et qui se montra digne de lui par son courage, par son activité et par son amour pour les sciences : qualités qui formoient le caractère de son père.
EMMIUS, (Ubbo) naquit à Gretha, village de la Frise orientale, en 1547. Ses talens lui méritèrent le rectorat du collège de Norden, et de celui de Léer; enfin la place de premier recteur de l'académie de Groningue, et celle de professeur en histoire et en langue Grecque. Quoique plusieurs princes et plusieurs villes cherchassent à le posséder, il ne voulut jamais quitter la chaire de Groningue; préférant une vie tranquille et une condition médiocre, à la brillante folie de l'ambition. Lorsque ses infirmités ne lui permirent plus de travailler en public, il s'occupa dans son cabinet à plusieurs ouvrages. Les plus estimables sont : I. *Vetus Graecia illustrata*, en 3 vol. in-8°, *Elzevir*, 1626; très-utile à ceux qui veulent connoître l'ancienne Grèce. II. *Decades rerum Frisicarum*, in-fol. *Elzevir*, 1616. Cette histoire est estimée. *Emmius* y réfuté les fables dont les historiens qui l'avoient précédé avoient voulu orner les antiquités de leur nation. De sots critiques le blâmèrent; mais il fut approuvé par les gens sages. III. *Chronologia rerum Romanarum, cum serie Consulum*, in-fol. 1619, avec des prologomènes sur la chronologie Romaine à la tête de l'ouvrage. Ils sont écrits avec autant de justesse que de précision. Ce savant homme mourut à Groningue, le 9 décembre 1625, à 79 ans.
ÉMON, (Mythol.) Grec, conçut une passion criminelle pour sa fille, et fut changé en une montagne de la Thessalie qui porta son nom.
EMPADA, (Mythol.) Déesse, protégeoit particulièrement les villages et les hameaux et ceux qui venoient s'y établir.