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03.0 Dictionnaire historique — EMPÉDOCLE – ÉVANS

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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EMPÉDOCLE, d'Agrigente en Sicile, philosophe, poète, historien, étoit disciple de *Telauges*, qui l'avoit été de *Pythagore*. Il adopta l'opinion de ce philosophe sur la transmigration des ames, et la mit en vers dans un *Poème* que les Anciens ont beaucoup loué. Le philosophe poète y faisoit l'histoire des différents changements de son âme. Il avoit commencé par être fille, ensuite garçon, puis arbrisseau, oiseau, poisson, enfin *Empédocle*. Il développoit dans le même ouvrage sa doctrine sur les *élémens*. Son système étoit «qu'il y en avoit quatre qui faisoient entre eux une guerre continuelle, mais sans jamais pouvoir se détruire : de leur discorde même naisoient tous les corps.» Le style d'*Empédocle* ressembloit beaucoup, si l'on en croit *Aristote*, cité par *Diogène Laërce*, à celui d'*Homère* : il étoit plein de force, et riche en métaphores et en figures poétiques. Son mérite fixa sur lui les yeux de la Grèce entière : ses vers furent chantés aux jeux Olympiques, avec ceux d'*Homère*, d'*Hésiode* et des plus célèbres poètes. *Empédocle* n'étoit point de ces fous qui s'attribuent le nom de philosophes, il l'étoit dans l'esprit et dans le cœur : généreux, humain et modéré, il refusa la souveraineté de sa patrie. Il se montra toujours l'ennemi déclaré des tyrans; il poursuivit avec vigueur tous ceux qui sembloient vouloir aspirer au pouvoir souverain. Un Agrigentin l'avoit invité à manger chez lui. L'heure du repas étant venue, il demanda pourquoi on ne servoit pas : *C'est*, dit le maître de la maison, *qu'on attend le ministre du conseil*. Cet officier arriva en effet quelque temps après, et on le fit roi du festin. Il prit des airs si insolens pendant le repas, qu'*Empédocle* soupçonna qu'il y avoit entre le roi du festin et celui qui l'avoit invité, quelque dessein secret de rétablir la tyrannie. Le soupçon étoit bien fondé. Le philosophe ayant cité le lendemain ces deux hommes devant le Conseil, ils furent condamnés à mort. *Empédocle* s'étoit familiarisé avec 512 EMP toutes les sciences. A l'exemple de Pythagore, il se servit quelquefois de la musique comme d'un remède souverain contre les maladies de l'âme, et même contre celles du corps. Il étoit logé dans la ville de Géla, chez son ami Anchitus, lorsqu'on vint l'avertir qu'un jeune homme en fureur vouloit tuer cet ami, qui avoit condamné son père au dernier supplice. Empédocle tàcha de lui calmer l'esprit par ses discours. Son éloquence ne produisant aucun effet, il essaya d'unir les sons harmonieux de sa lyre au langage cadencé de la poésie. Il employa les modulations qui faisoient le plus d'impression sur le cœur du jeune homme, qu'il parvint peu à peu à attendrir, et qui devint un de ses plus fidèles disciples. Ce philosophe donna dans la Sicile les premiers préceptes de la rhétorique, et il se servit utilement du talent de bien dire, pour réformer les mœurs licenciés des Agrigentins. Il leur reprochoit de courir aux plaisirs, comme s'ils eussent dû mourir le même jour; et de se bâtir des maisons comme s'ils eussent cru toujours vivre. Certains auteurs prétendent que, dominé par la passion de la physique, il s'avisa de visiter le grand cratère du mont Etna, et que sa témérité curieuse fut punie par la châte involontaire qu'il fit dans les abîmes du volcan; ou que voulant se faire passer pour Dieu, et persuader aux hommes qu'il avoit été enlevé au ciel, il se précipita dans ce gouffre ardent, croyant que sa mort seroit toujours cachée aux hommes; mais la perfide montagne revomit ses sandales, et démasqua l'insensé qui s'enmuyoit d'être homme. Cependant la plus commune opinion est que ce pli- losophe extrêmement âgé, tomba dans la mer, et se noya vers l'an 440 avant J. C. — Quelques écrivains distinguent Empédocle le philosophe, d'un autre qui étoit poète.
EMPEREUR, (Constantin I') d'Oppyck en Hollande, savant consommé dans l'étude des langues orientales, occupa avec honneur une chaire d'hébreu à Leyde. Il mourut, en 1648, dans un âge fort avancé. Tous les ouvrages qu'il a donnés au public, offrent des remarques utiles, et respirent une profonde érudition rabbinique et hébraïque. Ses Traductions des livres judaïques et talmudiques sont les plus parfaites que l'on ait, quoiqu'elles ne soient pas toujours exactes. Son livre De mensuris Templi, Leyde 1630, in-4°, est très-savant.
EMPIRICUS, Voyez SEXTUS EMPIRICUS.
EMPORIUS, savant rhéteur, florissoit du temps de Cassiodore au 6e siècle. Il reste de lui quelques Ecrits sur son art; Paris 1599, in-4°. Le style en est vif et nerveux, suivant Gibert.
EMPURIAS, (Pons-Hugues, comte d') fut le dernier des comtes de ce nom. Après sa mort, son petit état situé en Catalogne, fut réuni à la couronne d'Aragon. Pons aimoit la poésie, et faisoit lui-même des vers. On a de lui une pièce, adressée à Frédéric III, appelé par les Siciliens au trône de Sicile, après l'expulsion des François qui ne purent jamais recouvrer cette isle, tant ils étoient devenus odieux par leur violence et leur légèreté! « Que Dieu les confondre ces François, et rabatte leur orgue! orgueil ! s'écrie dans cette pièce le comte d'*Empurias*, et que le roi de Sicile se couvre de gloire par de hauts faits pour la défense de son pays. » — *Amanieu des Escas*, troubadour, contemporain d'*Empurias*, appelle celui — cl *Empereur d'amour*.
**EMPUSA**, (Mythol.) spectre horrible, qu'*Hécate* envoyoit aux hommes pour les effrayer et les punir. Il prenoit toutes sortes de formes hidcuses, mais il n'avoit jamais qu'un pied. Cette circonstance a fait présumer à *Cahusac*, qu'*Empusa* étoit une célèbre danseuse de l'antiquité.
**ÉMYLUS**, fils d'*Ascagne*, acquit par son courage un assez grand territoire dans le Latium. La famille Emylienne à Rome, prétendoit en descendre.
**ENCELADE**, (Mythol.) le plus puissant des Géants qui voulurent escalader le Ciel, étoit fils du *Tartare* et de la *Terre*. *Jupiter* renversa sur lui le mont *Etna*. Les poètes ont feint que les éruptions de ce volcan venoient des efforts que faisoit ce Géant pour se retourner, et que, pour peu qu'il remuât, la montagne vomissoit des torrens de flammes.
**ENCRATITES**, Voy. *TATIEN*.
**ENCYCLOPÉDISTES**, Voy. *DIDEROT* et *ALEMBERT*.
**ENDÉER**, (Mythol.) déesse de la bonté, chez les Indiens, est toujours opposée à *Moisa-sour*, le dieu du mal.
**ENDÉIS**, fille de *Chiron*, épousa *Eque* roi de l'isle d'*E-gine*, en eut *Télamon* et *Pélce*. Républiée ensuite pour une se- *Tome IV*. conde femme nommée *Bamathe*, elle voulut faire périr le fils de sa rivale; mais *Eque* ayant découvert son complot, la chassa de ses états.
**ENDOVELLICUS**, (Mythol.) dieu des anciens Espagnols qui le réunissoient à *Hercule*, sous le titre de *Dieu tutélaire*.
**ENDTERS**, (Jean-André) imprimeur et littérateur de Nuremberg, mort vers 1730, a publié un *Traité* sur l'origine de l'Imprimerie.
**ENDYMION**, (Mythol.) berger d'une rare beauté, que *Jupiter* aima au point de lui donner une place dans le Ciel. Mais ayant attenté à l'honneur de *Jumon*, le maître des dieux, indigné de son audace, le chassa honteusement, et le condamna à un sommeil continuel. Dans la suite, la lune, qui avoit conçu pour lui une violente passion, le transporta dans un antre du mont Latmus en Carie, où elle alloit souvent le visiter. Elle en eut *Éthole* et plusieurs autres enfans. Voilà ce que la Fable rapporta. Mais ceux qui, à travers ces voiles, cherchent les vérités qu'elles cachent quelquefois, prétendent qu'*Endymion* étoit un astrologue, qui, le premier, observa le cours de la lune. Cet amant de *Phébé* a été peint à Rome par *Girodet*, jeune peintre François, plein de connoissances et de talens dans son art. Dans ce tableau, un Amour officieux écarte les branches des arbres, pour laisser pénétrer les rayons de la lune jusques sur le berger, profondément endormi.
**LÉNÉE**, prince Troyen, fils de *Véus* et d'*Anchise*, et père d'*Ascogne*. Les Grecs ayant Kk pris Troie, il se sauva la nuit, chargé des dieux de son pays, de son père qu'il portoit sur ses épaules, et menant son fils par la main. Après plusieurs aventures, il passa en Italie, où il obtint *Lavinie*, fille du roi *Latinus*. *Turnus*, roi des Rutules, à qui elle avoit été promise, fit la guerre au prince Troyen, fut vaincu et perdit la vie. Le vainqueur eut encore à combattre *Mezence*, roi des Toscans, allié des Rutules. La bataille se donna sur les bords de la rivière Numique. *Enée* disparut dans cette journée. Il se noya peut-être dans la rivière, ou il fut tué par les Toscans. *Ascagne* lui succéda. *Virgile*, dans son *Enéide*, a inséré l'épisode des amours d'*Enée* avec *Didon*, reine de Carthage, par une licence poétique, qui lui a fait rapprocher des temps séparés par un long espace. Au reste, l'article d'*Enée* appartient plus à la mythologie qu'à l'histoire. Divers auteurs, cités par *Denys d'Halycarnasse*, soutiennent qu'*Enée* n'aborda jamais en Italie. C'est ce qu'a tâché de prouver le savant *Bochard* dans une Dissertation particulière; et son opinion est celle de la plupart des gens-de-lettres, qui ont éclairé les recherches historiques du flambeau de la saine critique. *Enée* paroît quelquefois sur le revers des médailles d'*Ausgute*, portant *Anchise*, donnant la main à son fils *Ascagne*, et suivant *Mercure* qui le conduit.
II. ÉNÉE, (*Æneas Tactitus*) un des plus anciens, mais non pas des meilleurs auteurs qui aient écrit sur l'art militaire, florisoit du temps d'*Aristote*. *Casaubon* a publié un de ses *Traités* en grec, avec une *Version* la- tine, dans le *Polybe*, 1609, infolio. *De Beausobre* l'a donné en françois, 1757, in-4°, avec de savans commentaires.
III. ÉNÉE, (*Æneas Gazæus*) philosophe Platonicien, sous l'empire de *Zenon*, dans le cinquième siècle, embrassa le Christianisme, et y trouva une philosophie bien supérieure à celle de *Platon*. On a de lui, un Dialogue intitulé, *Théophraste*, du nom du principal interlocuteur. Il traite de l'immortalité de l'âme et de la résurrection des corps. *Jean Bower* le mit au jour à Leipzig, en 1655, in-4°, avec la traduction et les savantes notes de *Gaspard Barthius*. On le trouve aussi dans la Bibliothèque des Pères.
IV. ÉNÉE, évêque de Paris, homme d'esprit et consommé dans les affaires, publia, à la prière de *Charles le Chauve*, un *Livre contre les erreurs des Grecs*. Il entreprend à la fois de répondre aux écrits du patriarche *Photius* contre l'église Latine, et de montrer la vérité de la doctrine et la sainteté des dogmes de cette église. Il mourut en 870.
ENFANT, *Voy*. LENFANT.
ENFANCE, (Filles de l') *Voyez* JULIARD, et I. MONDONVILLE.
ENGASTRIQUES, *Voyez* EURICLES, n.º 1.
ENGELBERGE ou INGELBERGE, femme de l'empereur *Louis II*, fut accusée d'adultère par le prince d'*Anhalt* et le comte de *Mansfeld*, jaloux de son élévation. L'impératrice se défendit, autant qu'elle put, de cette imputation. Mais, malheureusement pour elle, une coutume barbare de ces temps sauvages autorisoit les accusations sans preuve. Il ne restoit à une femme calomniée d'autre moyen de se justifier, que l'épreuve du feu et de l'eau, mise en usage par la superstition, et consacrée par l'autorité ecclésiastique. Engelberge se disposoit à passer par ces épreuves, lorsque Boson, comte d'Arles, persuadé de son innocence, donna un cartel de défi aux calomniateurs, les terrassa l'un et l'autre, et leur fit rendre hommage, l'épée sur la gorge, à la vertu de l'impératrice. Le vainqueur eut pour prix de sa générosité le titre de roi d'Arles; et pour femme, Ermengarde, fille unique de cette princesse. Voy. III. Louis. Engelberge, devenue veuve, se fit Bénédictine, et mourut saintement vers l'an 890.
ENGELBERT, (Corneille) peintre très-célèbre du 18e siècle, natif de Leyde. Il eut deux fils, qui se distinguèrent aussi dans le même art, Cornelius Cornelii et Lucas Cornelii. Celui-ci fut contraint, par la pauvreté, de se faire cuisinier; mais il reprit bientôt le pinceau, passa en Angleterre, et fut employé par Henri VIII.
ENGUERRAND DE COUCY, Voy. COUCY.
ENGUIEN, (Ducs d') Voyez FRANÇOIS, n.º VI, et II. CONDÉ.
ÉNIMIE, (Sainte) sœur du roi Dagobert, fonda un monastère dans les montagnes du Gévaudan, dont elle fut la première abbesse, et où elle donna de si grands exemples de piété, qu'elle fut ensuite canonisée.
ENJEDIM, (George) un des plus subtils Unitaires qui aient fait des remarques sur l'Écriture sainte. On a de lui : Explicatio locorum Scriptura veteris et novi Testamenti, ex quibus dogma Trinitatis stabiliri solet, in-4°; ouvrage pernicieux. Cet auteur naquit en Hongrie, et mourut en 1596.
ÉNIPÉE, (Mythol.) berger de la Thessalie, se métamorphosa en fleuve pour jouir de Tyro. Cette nymphe voyant les eaux d'Énipée extrêmement claires, eut envie de s'y baigner; alors Énipée la surprit, et eut d'elle Pélias et Nélée.
ENNEMOND, Voy. CHAU-MOND (Saint).
ENNERY, (N., comte d') né à Paris, d'une famille enrichie dans les finances, se fit connoître dès sa jeunesse par ses talens militaires. Il fut le conseil du prince de Condé, dans la guerre de sept ans. Il étoit officier-général, à la paix de 1763. Le duc de Choiseul démêla en lui l'homme d'état, et l'envoya en Amérique, pour administrer successivement les colonies Françoises. Pendant six années de gouvernement, il montra toute l'activité que lui donnait un caractère très-vif, et les vertus et les lumières qui font chérir et respecter l'autorité. Par-tout il fit régner la justice, anima le commerce, favorisa l'industrie et inspira l'amour de la gloire. Son esprit de conciliation entretint la concorde entre tous les états. Les Anglois le prirent souvent pour arbitre dans les différends entre leurs possessions et les nôtres. Il fit défricher l'isle de Ste-Lucie, et créa ainsi une colonie nouvelle. Dans les anciennes, il adoucit le triste sort des esclaves, épura l'air par des canaux, f K k 2 516 ENN conda la terre, augmenta les richesses des Colons, tandis qu'il pourvoyoit à la sureté et à l'embellissement de leurs habitations. Rappelé en France par le mauvais état de sa santé, il se dévoua bientôt à de nouveaux sacrifices, plutôt sollicités qu'exigés par Louis XVI, qui lui écrivit de sa propre main : Votre réputation seule me servira beaucoup à Saint-Domingue. En effet, il étoit à peine arrivé qu'il fixa avec les Espagnols les limites des possessions de la France et de l'Espagne dans cette isle. Mais il ne put résister long-temps à l'influence de ce climat brûlant; et sa mort fut regardée dans toutes nos colonies comme une calamité publique. Les Anglois dont il avoit acquis l'estime, disoient de lui : Cet homme ne fera, ni ne souffrira jamais d'injustice : éloge d'autant plus flatteur qu'il étoit mérité, et donné par une nation rivale.
ENNETIÈRES, (Marie d') savante, née à Tournai, publia divers écrits dans le 16e siècle, et entr'autres, une Epître contre les Turcs et les Juifs, en 1539.
ENNIUS, (Quintus) poète latin, naquit à Rudie en Calabre, l'an 239 avant J.C. Il vécut en Sardaigne jusqu'à l'âge de quarante ans : c'est là qu'il fit connoissance avec Caton l'ancien, et qu'il lui enseigna le grec, quoiqu'il fût prêteur, et qu'il commandât l'armée Romaine. Caton l'amena à Rome, et lui donna une maison sur le mont Aventin. Ennius obtint, par ses talens, le droit de bourgeoisie à Rome, honneur dont on faisoit alors beaucoup de cas. Il tira la poésie latine du fond des forêts, pour la transplanter dans les villes; mais il lui laissa beaucoup de rudesse et de grossièreté. Le même siècle vit naître et mourir sa réputation; ce siècle n'étoit pas celui de la belle latinité : on le sent en lisant Ennius; mais il compensa le défaut de pureté et d'élégance, par la force des expressions et le feu de la poésie. L'élégant, le doux Virgile avoit beaucoup profité dans la lecture du dur et du grossier Ennius. Il en avoit pris des vers entiers, qu'il appeloit des perles tirées du fumier. Ennius mourut de la goutte l'an 169 avant J.C., et il l'avoit bien méritée, car il aimoit à boire, et il se livroit à ce goût avec excès. Scipion, son ami, voulut avoir un tombeau commun avec ce poète, autant par amitié, que par considération pour son mérite. Ennius avoit mis en vers héroïques les Annales de la République Romaine : il avoit fait aussi quelques Satires; mais il ne nous reste que des fragmens de ses ouvrages, Amsterdam 1707, in-4°, et dans le Corpus Poëtarum Latinorum de Maittaire.
ENNODIUS, né en Italie, et originaire des Gaules, quitta sa femme pour embrasser l'état ecclésiastique. Ses talens et ses vertus le firent élever sur le siège de Pavie. On le choisit ensuite pour travailler à la réunion de l'église Grecque avec la Latine. Il fit deux voyages en Orient, qui ne servirent qu'à faire connoître les artifices de l'empereur Anastase, et la prudence d'Ennodius. Cet illustre prélat mourut saintement à Pavie, le 1er août 521, à 48 ans. Le Père Sirmond donna au public, en 1612, une bonne édition de ses Œuvres, in-8°. Elles renferment : I. Neuf livres d'E- pitres ; recueil édifiant et utile pour l'histoire de son temps. II. Des Recueils d'Œuvres diverses. III. La Défense du Concile de Rome, qui avoit absous le pape Symmaque. IV. Vingt-sept Discours ou Déclamations. V. Des Poésies. I. ÉNOCH, fils aîné de Caïn, naquit vers l'an 3769 avant J. C. Il bâtit avec son père la première ville, qui fut appelée de son nom Énochie.
II. ÉNOCH ou HÉNON, fils de Jared et père de Mathusalem, né l'an 3412 avant J. C., fut enlevé du monde pour être placé dans le Paradis terrestre, après avoir vécu environ 365 ans avec les hommes. Il doit venir un jour, pour faire entrer les nations dans la pénitence. On lui attribua, dans les premiers siècles de l'Église, un Ouvrage plein de fables et d'absurdités, sur les Astres, sur la descente des Anges sur la terre, sur leur mariage avec les filles des hommes ; et même St. Jude le cite dans son Épître catholique. Mais il y a apparence que cette production avoit été supposée par les hérétiques, qui, non contens de falsifier les saintes Écritures, se jouoient, par des ouvrages supposés et fabuleux, de la crédulité de leurs imbéciles sectateurs.
ÉNOS, fils de Seth et père de Caïnan, né l'an 3799 avant J. C., mort âgé de 905 ans, établit les principales cérémonies du culte que les premiers hommes rendirent à l'Être suprême.
ENSENADA, (Zeno Somo de Silva, marquis de la) l'un des ministres d'Espagne les plus habiles, sous le règne de Ferdinand VI, étoit né dans l'obscurité. Il avoit d'abord été teneur de livres chez un banquier de Cadix. Des talens fort supérieurs à son état, le firent bientôt connoître. Il s'éleva par degrés, et du poste d'intendant d'armée, il passa dans le ministère, et s'y montra avec l'éclat d'un homme qui s'est créé lui-même. Ayant reçu du roi le titre de marquis, il prit le nom de la Ensenada, (rien en soi) par modestie, ou plutôt par un amour propre fort au-dessus de l'amour propre ordinaire. Il y avoit en même temps à la cour d'Espagne le célèbre Farinelli, né comme la Ensenada dans une famille obscure. Ces deux hommes extraordinaires s'étoient connus dans un temps où le cœur, et non l'intérêt, forme les liaisons. S'étant retrouvés à la cour, l'un en place, l'autre en faveur, ils continuèrent d'être amis. La Ensenada ayant été disgracié, par les intrigues du duc d'Huescar, Farinelli osa montrer à la reine, la peine qu'il ressentoit de ce qu'elle ne s'y étoit pas opposée, et se seroit retiré sur-le-champ, sans les instances réitérées de cette princesse. La Ensenada ne se montra jamais si supérieur à sa place, que lorsqu'il l'eut perdue. Comme on lui fit annoncer de la part du roi, qu'il lui étoit permis d'emmener dans son exil un certain nombre de domestiques, il répondit : « qu'il en avoit eu besoin pendant son ministère ; mais que dans l'état où il se trouvoit, il sauroit bien se servir lui-même. » Le roi qui le regrettoit, et qui ne s'étoit laissé entraîner que par une cabale de cour, disoit souvent : Ce pauvre la Ensenada ! Il eut quelque temps après la permission de revenir ; mais il ne fut pas rétabli dans sa place. Il mourut en 175... K k 3 518 ENT
ENT, (George) médecin Anglois, né à Sandwich dans le comté de Kent en 1604, mort à Londres en 1689, fut ami intime d'Harvée, et devint président du collège des médecins Anglois sous Cromwel. On lui doit : I. Une Dissertation sur l'usage de la respiration, 1679, in-8.º II. Une Apologie latine en faveur du système d'Harvée sur la circulation du sang, 1641, in-8.º III. Des Mémoires insérés dans les Transactions philosophiques.
ENTELLE, fameux athlète, célébré par Virgile, parut avec éclat aux jeux funèbres donnés en Sicile, en l'honneur d'Archise, et y obtint un taureau pour prix de sa victoire.
ENTINOPE, de Candie, fameux architecte au commencement du 5e siècle, a été un des principaux fondateurs de la ville de Venise. Radagaise, roi des Goths, étant entré en Italie, l'an 405, les ravages de ces barbares contraignirent les peuples à se sauver en différens endroits. Entinope fut le premier qui se retira dans des marais proche la mer Adriatique. La maison qu'il y bâtit étoit encore la seule qu'on y vit, lorsque, quelques années après, les habitans de Padoue se réfugièrent dans le même marais. Ils y élevèrent en 413, les vingt-quatre maisons qui formèrent d'abord la cité. Celle d'Entinope fut ensuite changée en église, et dédiée à St. Jacques. Elle subsiste, dit-on, encore, et est située dans le quartier de Venise, appelé Rialto, qui est le plus ancien de la ville. L'ENTRAGUES, (Catherine-Henriette de Balsac d') Voyez VERNEUIL.
II. ENTRAGUES, (Charles de Balsac d') gouverneur de l'Orléanois, mort à Toulouse, en 1599, sans avoir été marié. Voy. CAYLUS, n° III, à la fin.
ENTRECASTEAUX, (N.) officier de marine estimé, obtint de Louis XVI le commandement des deux frégates, la Recherche et l'Espérance, pour aller à la découverte de M. de Lapeyrouse. Il s'embarqua à Brest le 27 septembre 1791, et mourut sur mer le 20 juillet 1793.
ENTRECOLLES, Voy. DENDRECOLLES.
ENTREVENAS, (Arnaud d') troubadour du XIIIe siècle, a adressé quelques-unes de ses poésies au seigneur de Blacas. Elles sont diffuses; et celles qui restent de ce troubadour, ne font pas regretter celles qu'on a perdues.
ENZINAS, (François) né à Burgos en Espagne vers 1515, est également connu sous les noms de Dryander et Duchesne en françois. Il quitta à Wittemberg, comme Jean Dryander son frère, la religion Catholique, pour embrasser le Luthéranisme. Sa traduction espagnole du Nouveau Testament, Anvers 1542, in-8°, qu'il dédia à Charles-Quint, malgré les erreurs qu'elle renfermoit, le fit mettre en prison, où il fut détenu pendant quinze mois; mais ayant trouvé le secret de se sauver en 1545, il se retira à Genève auprès de Calvin. Il a laissé une Histoire de l'état des Pays-Bas et de la Religion d'Espagne, Genève, in-8°. Cet ouvrage, qui est très-rare, fait partie du Martyrologe Protestant, imprimé en Allemagne. Enzinas avoit été disciple de Melauchthon.
**EOBANUS**, (*Elius*) fut surnommé *Hessus*, parce qu'il naquit en 1488, sur les confins de la Hesse, sous un arbre au milieu des champs. Il professa les belles-lettres à Herford, à Nuremberg et à Marbourg, où le *Landgrave* de Hesse l'avoit appelé. Il mourut dans cette ville le 5 octobre 1540, à 52 ans, avec la réputation d'un bon poète et d'un honnête homme, ennemi de la satire, quoique versificateur, du mensonge et de la duplicité. Le cabaret étoit son parnasse. On raconte qu'il terrassa un des plus hardis buveurs de l'Allemagne, qui lui avoit fait défi de boire un seau de bière. *Eobanus* fut vainqueur, et le vaincu ayant fait de vains efforts pour épuiser le seau, tomba ivre-mort. Nous avons de ce poète buveur un grand nombre de *Poésies*; les vers tomboient de sa plume. Il avoit la facilité d'*Ovide*, avec moins d'esprit et moins d'imagination, mais avec plus de naturel. Les principaux fruits de sa muse sont : I. Des *Traductions* en vers latins de *Théocrite*, à Basle, 1531, in-8°, et de l'*Iliade* d'*Hombre*, Basle 1540, in-8°. II. Des *Elégies*, dignes des siècles de la plus belle latinité. III. Des *Sylves*, in-4°. IV. Des *Bucoliques* estimées, Halæ, 1539, in-8°. V. *Hessy* et *Amicorum Epistolæ*, in-fol. Ses Poésies ont été publiées sous le titre de *Poëmatum farragines duæ*, à Hall, en 1539, in-8°, et à Francfort, 1564, dans le même format. *Camerarius* a écrit sa *Vie*, imprimée à Leipzig en 1696, in-8°.
**EOLE**, (*Mythol.*) fils d'*Hippotas*, descendant de *Deucalion*, avoit du temps de la guerre de É O N 519 Troie, et régnoit à Lipari dans les isles Éoliennes, situées au nord de la Sicile, les mêmes que celles où *Vulcain* tenoit ses forges. C'étoit un prince assez habile, pour son temps, dans l'art de la navigation. Il s'étoit appliqué à connoître les vents, et à juger par l'inspection du ciel quel vent devoit souffler. L'imagination des poètes fit valoir ce talent, qu'on trouve aujourd'hui dans presque tous nos matelots, et établit *Eole* dieu des vents et des tempêtes. *Eole* dut à *Junon* l'honneur d'être admis dans l'olympe au nombre des dieux. *Voy*.
**DÉIOPÉE**. **I. EON**, fut le nom de la première femme, suivant les Phéniciens. Elle apprit aux hommes à cueillir le fruit des arbres pour leur nourriture.
**II. EON DE L'ÉTOILE**, gentilhomme Breton, homme sans lettres, mais d'une extravagance et d'une opiniâtreté telle qu'on en voit rarement. Ce fou se disoit le *Fils de Dieu*, et le juge des *vivans et des morts*, sur l'allusion grossière de son nom avec le mot *Eum* dans cette conclusion des exorcismes, *Per Eum qui judicaturus est vivos et mortuos*. On ne doit pas s'étonner qu'un insensé ait pu trouver une telle absurdité dans son imagination. On ne doit pas l'être non plus, qu'il ait fait un grand nombre de sectateurs; et que ces sectateurs, plus dignes des petites-maisons que du bûcher, aient été, dans un siècle barbare, condamnés au feu, et aient mieux aimé se laisser brûler, que de renoncer à leur délire. Quoi qu'il en soit, *Eon* donna des rangs à ses disciples; les uns étoient des anges; les autres étoient des apô- K k 4 920 E O N tres ; celui-ci s'appeloit le Jugement, celui-là la Sagesse, un autre la Domination ou la Science. Plusieurs seigneurs envoyèrent des émissaires pour arrêter Eon de l'Etoile ; mais il les traitoit bien, leur donnoit de l'argent, et personne ne vouloit l'arrêter. On publia qu'il enchantoit le monde, que c'étoit un magicien, qu'on ne pouvoit se saisir de sa personne : cette imposture fut crue généralement ; cependant l'archevêque de Rheims le fit arrêter, et l'on crut alors que les démons l'avoient abandonné. Ayant été conduit au concile de Rheims, assemblé par le pape Eugène III en 1148, le pontife demanda à l'écervelé : Qui es-tu ? Il lui répondit : Celui qui doit venir juger les vivans et les morts. Comme il se servoit, pour s'appuyer, d'un bâton fait en forme de fourche, le pape lui demanda ce que vouloit dire ce bâton ? C'est ici un grand mystère, répondit le fanatique. Tant que ce bâton est dans la situation où vous le voyez, les deux pointes tournées vers le ciel, Dieu est en possession des deux tiers du monde, et me laisse maître de l'autre tiers. Mais si je tourne les deux pointes vers la terre, alors j'entre en possession des deux tiers du monde, et je n'en laisse qu'un tiers à Dieu. Ce maître de l'univers fut enfermé dans une étroite prison, où il mourut misérablement peu de temps après. Ses disciples furent traités plus sévèrement que lui, quoique moins coupables. On leur donna le choix de l'abjuration, ou du feu ; ils préférèrent le feu. Un de ces extravagants qu'on appeloit le Jugement, crioit, en allant au supplice : Terre, ouvre-toi, pour engloutir mes ennemis, comme Dathan et Abiron ! mais la terre ne s'ouvrit point, et il fut brûlé. Ceux d'entre les sectateurs d'Eon, qui demandèrent à rentrer dans l'église, furent exorcisés comme des démoniaques.
III. EON DE BEAUMONT, (Charlotte-Geneviève Timothée d') née à Tonnerre-sur-Armençon, le 5 octobre 1728, fut un personnage extraordinaire. On la vit successivement avocat, guerrier, ambassadeur et écrivain politique. Ses parens, désirant un fils, cachèrent son sexe, la vêtirent en homme et lui en donnèrent l'éducation. Venue à Paris auprès d'une tante, elle fit ses études au collège Mazarin, et y obtint des succès ; en le quittant, on la vit suivre avec ardeur les cours de droit, et se faire recevoir avocat au parlement de Paris. Le prince de Conti, connoissant ses talens pour la discussion, et sa facilité à s'énoncer, proposa à Louis XV de l'envoyer en Russie pour y négocier auprès de l'impératrice, la marche d'une armée Russe, propre à seconder les vues des cours de Vienne et de Versailles. Mlle d'Eon fit trois fois le voyage de Paris à Pétersbourg, et la dernière en qualité de secrétaire d'ambassade du marquis de l'Hôpital. De retour en France, elle demanda de l'emploi dans le service militaire, rejoignit l'armée en Allemagne, fit la campagne de 1761 comme aide-de-camp du maréchal de Broglie, fut blessée à la tête au combat d'Ultrop, força avec 80 dragons un corps de 800 hommes à mettre bas les armes, et obtint après ces actions d'éclat la croix de St. Louis. La paix de 1762 rendit l'héroïne à la politique. Elle fut envoyée à Londres comme secrétaire d'ambassade, et nommée ensuite ministre plénipotentiaire. La certitude de son sexe y devint le sujet d'un pari et d'un procès considérable, qui fut terminé au banc du roi d'après les déclarations de Mlle d'Eon, qui s'avoua pour femme. Louis XV lui avoit assigné douze mille livres de pension que son successeur lui continua, en lui ordonnant de reprendre les habits de son sexe. Elle est morte en 1790, après avoir publié plusieurs écrits politiques et relatifs aux diverses négociations dont elle avoit été chargée. On les a recueillis en 1779 sous le titre de Loisirs du Chevalier d'Eon, 13 volumes in-8.*
ÉPAGATHE, officier de guerre sous l'empire d'Alexandre Sévère, assassina le célèbre jurisconsulte Ulpien, l'an de J. C. 226. L'empereur fut extrêmement irrité de cet attentat; mais il ne put faire punir le meurtrier à Rome, de peur que les soldats ne se soulevassent. Il envoya Epagathe en Egypte, pour y être gouverneur; et peu de temps après, il lui commanda d'aller en Candie, où il le fit tuer par des gens qui lui étoient affidés.
ÉPAMINONDAS, capitaine Thébain, d'une famille distinguée, descendoit des anciens rois de Béotie; mais le gouvernement populaire, introduit à Thèbes, rendoit tous les citoyens égaux. Il ne dut son élévation qu'à ses qualités personnelles, que lui seul sembloit ignorer. Il s'appliqua, de bonne heure aux beaux arts, aux lettres, à la philosophie; mais il posséda tout sans ostentation. Epaminondas passa, mal- gré lui, des écoles de la philosophie au gouvernement de l'état. Il porta d'abord les armes pour les Lacédémoniens, alliés des Thébains. C'est alors qu'il lia une amitié étroite avec Pélopidas, qu'il défendit courageusement dans un combat. Il étoit naturel, dit l'abbé Mably, que ces deux hommes fussent rivaux: mais leur vertu, égale à leurs talens, ne leur donna qu'un même intérêt. Pélopidas délivra, par le conseil de son ami, Thèbes du joug de Lacédémone. Ce fut le signal de la guerre entre ces deux peuples. Epaminondas, élu général des Thébains, gagna, l'an 371 avant J. C., la célèbre bataille de Leuctres dans la Béotie. Cette journée dévoila la foiblesse des Lacédémoniens, qui y perdirent leurs meilleures troupes et leur roi Cléombrote. Le général Thébain fit éclater, dans cette action, toutes les ressources de son génie et toute la bonté de son cœur: Je ne me réjouis, dit-il, de ma victoire, qu'à cause de la joie qu'elle causera à mon père et à ma mère. Pour conserver la supériorité que Thèbes venoit d'acquérir par ses succès sur Lacédémone, il entra dans la Laconie, à la tête de 50 mille combattants, soumit la plupart des villes du Péloponèse, les traits plutôt en alliées qu'en ennemies, et par cette conduite, que la politique et l'humanité lui inspiroient, il s'associa ces différens peuples. Il fit rétablir les murs de Messène, et fut long-temps l'objet de la haine et de la colère de Lacédémone. C'étoit encore un ennemi implacable qu'il lui donnoit. Epaminondas méritoit des couronnes, par les services qu'il rendoit à sa patrie; lorsqu'il y rentra, il fut reçu en criminel d'état. Une loi de Thèbes défendoit, sous peine de vie, de garder le commandement des troupes plus d'un mois. Le héros avoit violé cette loi, mais c'étoit pour donner la liberté à ses concitoyens. Les juges alloient le condamner à mort, lorsqu'il demanda qu'on eut sur son tombeau, « qu'il avoit perdu la vie pour avoir sauvé la république. » Ce reproche fit rentrer les Thébains en eux-mêmes; ils lui rendirent l'autorité. Il en fit un usage utile et glorieux à sa patrie. Il porta ses armes en Thessalie, et y fut toujours vainqueur. La guerre s'étant allumée entre les Éléens et ceux de Mantinée, les Thébains volèrent au secours des premiers: il y eut une bataille dans les plaines de Mantinée, à la vue même de cette ville. Le général Thébain y déploya tout son génie et son courage; mais s'étant jeté dans la mêlée pour faire déclarer la victoire en sa faveur, il reçut un coup mortel dans la poitrine, l'an 363 avant J. C., à l'âge d'environ 48 ans. Étant près de mourir, il demanda qui étoit vainqueur; *Les Thébains*, lui répondit-on. — *J'ai donc assez vécu*, répliqua-t-il, *puisque je laisse ma patrie triomphante*. *Epaminondas* avoit vécu dans le célibat. *Pélopidas* qui avoit un fils couvert d'infamie, lui reprocha son éloignement du mariage et le mauvais service qu'il avoit rendu à Thèbes en ne lui laissant point d'enfans. *Prenez-garde vous-même*, lui répondit-il; *ne lui avez vous pas fait un plus grand tort, en lui laissant un fils tel que le vêtre*. *Au reste, je ne puis manquer de postérité; je laisse dans les victoires de Leuctres et de Mantinée, deux filles qui me feront vivre éternellement*. A la nouvelle de sa mort, l'armée, dit *Xénophon*, se crut vaincue. Thèbes tomba avec le grand homme qui la sontenoit de son bras et de sa tête, mais qui n'avoit pu l'établir sur des fondemens solides. *Epaminondas* jugea « que tant qu'une république, on peut ajouter, et une *monarchie*, contente d'avoir la supériorité ou sur terre ou sur mer, ne réuniroit pas les deux empires, elle ne jouiroit que d'une fortune chancelante. » Il voulut donc engager les Thébains à se faire une marine puissante; mais ce peuple, long-temps esclave, étoit plongé dans la mollesse et l'indolence, suite de l'esclavage. Il fallut que ce grand homme créât dans sa patrie la science et l'amour de la guerre, et qu'il commençât par vaincre les vices de ses compatriotes, avant de combattre leurs ennemis. Sévère à lui-même, également insensible au plaisir et à la douleur, étranger en quelque sorte aux passions, aussi indifférent pour les richesses que pour la renommée, grand capitaine, homme de bien, il auroit pu changer sa nation par son seul exemple. Il donna dans plus d'une occasion des leçons de vertu, dont elle auroit dû profiter. Ayant été invité un jour par un de ses amis à un grand repas où un luxe délicat avoit tout ordonné, il se fit apporter des mets ordinaires. Son ami parut étonné et lui marqua sa surprise. « Je ne veux pas, lui dit *Epaminondas*, oublier comment on vit chez moi. » La ville de Thèbes célébroit une fête publique, où chaque citoyen paroissoit revêtu des habits les plus somptueux: *Epaminondas*, vêtu aussi simplement qu'à son ordinaire, se promenoit dans la place publique. Un de ses amis lui reproche de se refuser à la joie commune: « Mais si je fais comme les autres, lui répondit *Epaminondas*, qui restera pour veiller à la sureté de la ville, lorsque vous serez tous ensévelis dans le vin et la débauche? » Lorsqu'il fut à la tête du gouvernement de sa patrie, *Artaxercès* lui envoya de riches présents pour obtenir l'alliance des Thébains; mais *Epaminondas* ne voulut pas même permettre que l'ambassadeur du roi de Perse les lui présentât. *Si votre maître ne veut que des choses avantageuses à ma patrie, il est inutile qu'il me sollicite; mais si ses intentions sont contraires à mes devoirs, il n'est pas assez riche pour acheter mon suffrage...* Un de ses écurys ayant reçu une somme considérable pour la rançon d'un prisonnier, il lui fit rendre son bouclier. *Tes richesses*, lui dit-il, *t'attacheront trop pour que tu puisses t'exposer aux périls de la guerre, comme tu faisois lorsque tu étois pauvre...* Le savoir d'*Epaminondas* égaloit son patriotisme; mais il le cachoit, et l'on a dit de lui « que personne ne savoit plus et ne parloit moins. » I. ÉPAPHRODITE, fut apôtre ou évêque de Philippes en Macédoine. Les fidelles de cette ville ayant appris que *St. Paul* étoit détenu prisonnier à Rome, envoyèrent *Epaphrodite* pour lui porter de l'argent et l'aider de ses services. Ce député exécuta sa commission avec beaucoup de zèle, et tomba dangereusement malade à Rome. Quand il fut guéri, *St. Paul* le renvoya avec une lettre pour les fidelles de Philippes, remplie de témoignages d'amitié pour eux et pour *Epaphrodite*, l'an 62 de J. C.
II. ÉPAPHRODITE, maître d'*Epictète*. *Voy*, ce dernier mot.
ÉPAPHUS, (Mythol.) fils de *Jupiter* et d'*Io*, envieux du jeune *Phaëton*, lui reprocha qu'il étoit de meilleure origine que lui. *Phaëton*, piqué de ce propos, alla trouver sa mère *Clymène*, qui le renvoya au *Soleil* dont il sortoit, pour s'assurer de sa naissance; ce qui fut cause de sa perte. On a cru *Epaphus* l'un des premiers rois d'Égypte, et le même qu'*Apis*. *Voyez* PHAËTON.
ÉPÉE, (Charles-Michel de l') fut du petit nombre des hommes qui naissent pour le bonheur de leurs semblables. Son père, architecte du roi, lui donna une éducation soignée et ne gêna point son goût pour l'état ecclésiastique. Nommé chanoine de Troyes par l'évêque de cette ville, il ne tarda pas à se lier intimement avec le célèbre *Soanen*, à partager ses opinions religieuses, et la persécution dont il fut l'objet. L'abbé de l'*Épée* fut interdit. Deux jeunes filles, sourdes et muettes, vivoient à Paris près de leur mère; leur figure intéressante, la sorte d'intelligence qu'elles montroient, le chagrin de leur mère, en les voyant condamnées à un éternel silence, lui donnèrent l'idée de consacrer ses loisirs à leur rendre la parole et le bonheur. « L'idée d'un grand homme, a dit son digne successeur, M. l'abbé *Sicard*, est un germe toujours fécond. Toute langue n'est qu'une collection de signes, comme une suite de dessins d'histoire naturelle est une collection d'images, une représentation d'un grand nombre d'objets. On peut tout figurer par des gestes, comme on peint tout par des couleurs, comme on nomme tout par des mots. Les objets ont des formes, on peut les imiter; les actions sensibles frappent tous les regards, on doit pouvoir, par des gestes imitateurs, les dessiner et les décrire. Les mots ne sont que des signes de convention; pourquoi les gestes ne le seroient-ils pas aussi? Il peut donc y avoir une langue de gestes, une langue d'action, comme il y a une langue de sons, une langue parlée. Plein de ces idées génératrices, l'abbé de l'Épée trouva dans les différentes combinaisons des signes l'équivalent de toutes les idées. Ainsi tous les mots de la langue Françoise eurent leurs correspondans dans celle des muets... Il n'existera plus, ajoute M. Sicard, entre le sourd-muet et l'homme qui parle, cette barrière qu'un seul homme a eu le courage et le talent de franchir : l'homme de la nature et celui de la société, sont enfin rapprochés et réunis. » La reconnaissance publique a consacré les succès de cet inventeur célèbre. Avant lui, Jean Wallis avoit fait quelques essais pour transmettre aux muets les idées des autres. Un religieux espagnol, nommé l'once, suivit les traces de Wallis. Le médecin Amman vint après lui et publia les moyens qu'il employoit, dans une savante Dissertation sur la Parole, et un écrit intitulé : Surdus loquens. Pereyre s'occupa ensuite à Paris du même objet; mais l'abbé de l'Épée fit bientôt oublier ses foibles prédécesseurs. Sous lui, de nombreux élèves acquièrent les connaissances les plus utiles, et se communiquèrent leur savoir. On en vit qui possédoient six langues différentes; d'autres, devenir de profonds mathématiciens; d'autres, obtenir des prix académiques par des ouvrages en poésie et en littérature. Sans autre secours qu'une modique fortune de 12 mille livres de rente environ, sans place, sans abbaye, sans pension, leur modeste instituteur soutint seul tous les frais de son utile établissement. Il se prévoit de tout, pour que ses élèves ne manquassent de rien. Pendant le rigoureux hiver de 1788, il se passoit de bois et des vêtements dont il avoit besoin. Quarante sourds et muets, fondant en larmes, le forcèrent d'outre-passer sa dépense personnelle de cent écus; il s'en consola difficilement, et répéta souvent à ses élèves : Je vous ai fait tort de 300 livres. Lorsque l'empereur Joseph II vint à Paris, il admira l'institution de l'abbé de l'Épée, ainsi que la simplicité de son auteur. Il lui demanda la permission de placer près de lui comme disciple, un homme intelligent qui pût transporter en Allemagne les bienfaits de son œuvre, et lui envoya une magnifique boîte d'or, avec son portrait. En 1780, l'ambassadeur de Russie vint le complimenter de la part de sa souveraine; et lui offrir un présent considérable : « Dites à Catherine, lui répondit l'abbé de l'Épée, que je ne reçois jamais d'or, mais que si mes travaux ont quelques droits à son estime, tout ce que je lui demande, c'est de m'envoyer de ses vastes états un sourd et muet de naissance à élever. » Son zèle dans l'affaire d'un muet qu'il crut être le fils abandonné du comte de Solar, lui fit faire le voyage de Toulouse, et faillit à devenir funeste à l'innocence. Un jugement définitif du 24 juillet 1792 la reconnut, et défendit au sourd et muet Joseph, de prendre désormais le nom de Solar, comme n'étant nullement issu de celui qu'on avoit imaginé de lui donner pour père. L'abbé de l'Épée est mort à Paris, au mois de février 1790, justement re- gretté de ses élèves, dont il étoit plus que le père, et de l'Europe entière, qui avoit rendu justice à son humanité, à l'activité de sa bienfaisance et de ses talens. Il les a transmis, ainsi que ses vertus, à M. l'abbé Sicard, instituteur actuel des sourds et muets. On doit à l'abbé de l'Epée les trois écrits suivans : I. Relation de la maladie et de la guérison de Marie-Anne Pigalle, 1759, in-12. II. Institution des sourds et muets, par la voie des signes méthodiques, 1776, in-12. III. La véritable manière d'instruire les sourds et muets, confirmée par une longue expérience, 1784, in-12.
ÉPERNON, (le Duc d') Voy. VALETTE.
ÉPÉUS, frère de Péon, et roi de la Phocide, régna après son père Panopée. Il inventa, selon Pline, le Bélier pour l'attaque des places. On dit qu'il construisit le Cheval de Troie, et qu'il fonda la ville de Métapont, où les habitans montroient les outils dont il s'étoit servi pour la construction de ses ouvrages. — Un autre Épèus, fils d'Endymion, disputa à ses deux frères le royaume d'Élée. Ils promirent de le laisser à celui d'entre eux qui seroit vainqueur à la course aux jeux olympiques. Épèus remporta le prix.
ÉPHESTION, ami et confidant d'Alexandre le Grand, mort à Ecbatane en Médie, l'an 325 avant J. C., fut pleuré par ce héros. Ephestion, suivant l'expression de ce prince, aimoit Alexandre, au lieu que Cratère aimoit le Roi. Le conquérant donna les marques de la plus vive douleur. Il interrompit les jeux, fit étendre le feu sacré comme à la mort des rois de Perse, et fit mourir en croix le médecin qui l'avoit soigné dans sa dernière maladie. Perdiccas fut chargé de faire porter son corps à Babylone. Ephestion méritoit ces regrets. Modeste avec un grand crédit, simple dans le sein de l'opulence, plus ami d'Alexandre d'effet que de nom, plein de courage avec beaucoup d'humanité, il étoit le modèle des hommes, des courtisans, des guerriers. — Voyez ALEXANDRE.
ÉPHIALTE et OCHUS, (Mythol.) enfans de Neptune et d'Iphimédie, étoient deux Géants, qui chaque année croissoient de plusieurs condées et grossissoient à proportion. Ils n'avoient encore que 15 ans lorsqu'ils voulurent escalader le ciel. Ces deux frères se tuèrent l'un l'autre par l'artifice de Diane, qui les brouilla ensemble.
ÉPHORE, orateur et historien, vers l'an 352 avant J. C., de Cumes en Éolie, fut disciple d'Isocrate. Il composa par son conseil une Histoire, dont les savans modernes regrettent la perte, parce que les anciens en font l'éloge. — Un autre ÉPHORE a écrit une histoire de l'empereur Gallien, en 27 livres.
ÉPHRAÏM, deuxième fils du patriarche Joseph, et d'Aseneth, fille de Putiphar, naquit en Égypte vers l'an 1710 avant J. C. Jacob étant sur le point de mourir, Joseph lui mena ses deux fils, Ephraïm et Manassès; le saint patriarche les adopta, et leur donna sa bénédiction, en disant que Manassès seroit chef d'un peuple; mais que son frère seroit plus grand que lui, et que sa postérité seroit la plénitude des nations; et mettant, par un ac- 526 ÉPH tion prophétique, la main droite sur Ephraïm le cadet, et la gauche sur Manassès. Ephraïm eut plusieurs enfans en Égypte, qui se multiplièrent tellement, qu'au sortir de ce pays, ils étoient au nombre de 40,500 hommes capables de porter les armes. Après qu'ils furent entrés dans la Terre promise, Josué, qui étoit de leur tribu, les plaça entre la Méditerranée au couchant, et le Jourdain à l'orient. Cette tribu devint en effet, selon la prophétie de Jacob, beaucoup plus nombreuse que celle de Manassès.
ÉPHREM, (Saint) diacre d'Édesse, fils d'un laboureur, s'adonna dans sa jeunesse à tous les vices de cet âge. Il reconnut ses égaremens, et se retira dans la solitude pour les pleurer. Il y pratiqua toutes les austérités, mortifiant son corps par les jeunes et les veilles. Une prostituée vint tenter l'homme de Dieu. Ephrem lui promit de faire tout ce qu'elle voudroit, pourvu qu'elle le suivit; mais cette malheureuse, voyant que le Saint la menoit dans une place publique, lui dit qu'elle rougiroit de se donner en spectacle. Le solitaire lui répondit avec un saint emportement: Tu as honte de pécher devant les hommes, et tu n'as pas honte de pécher devant Dieu, qui voit tout et qui connoit tout! Ces paroles touchèrent la prostituée, et dès lors elle résolut de se sanctifier. Ephrem ne resta pas toujours dans la solitude; il alla à Édesse, où il fut élevé au diaconat. La consécration de l'ordination anima son zèle, et ce zèle le rendit orateur. Quoiqu'il eût négligé ses études, il prêcha avec autant de facilité que d'éloquence. Comme les Apôtres, il enseigna ce que jusqu'alors il avoit ignoré. Le clergé, les monastères le choisirent pour leur guide, et les pauvres pour leur père. Il sortit de sa retraite dans un temps de famine, pour les faire soulager. Il retourna enfin dans son désert, où il mourut vers l'an 379. St. Ephrem avoit composé plusieurs Ouvrages en Syriaque, pour l'instruction des fidelles, ou pour la défense de la vérité contre les hérétiques; ils furent presque tous traduits en Grec de son vivant. Il écrivit avec force contre les erreurs de Sabellius, d'Arius, d'Apollinaire et des Manichéens. On a une très-belle édition de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, en 6 vol. in-fol., publiés depuis 1732 jusqu'en 1746, sous les auspices du cardinal Quiriai, par les soins de M. Assemanni, sous-bibliothécaire du Vatican. L'illustre cardinal l'avoit chargé de cette entreprise, dont l'exécution a satisfait le public savant. Les trois premiers volumes comprennent les ouvrages du saint diacre, écrits en grec; les trois derniers offrent ses écrits syriaques, avec une traduction, des prologomènes, des préfaces, des notes. Les Ouvrages de piété de St. Ephrem ont été traduits en françois par M. l'abbé le Merre; Paris 1744, 2 vol. in-12. St. Ephrem fut en relation avec les personnages les plus illustres de son temps, avec St. Grégoire de Nysse, St. Basile, Théodorot. Le premier l'appelle le DOCTEUR de l'univers; le dernier, la LYRE du Saint-Esprit. — Un autre ÉPHREM, patriarche d'Antioche, souscrivit à la condamnation d'Origène, et écrivit divers ouvrages en faveur du concile de Chalcedoine, de St. Cyrille et de St. Léon. Photius nous en a conservé des extraits. Ephrem mourut en 546.
ÉPICHARIS, femme de basse naissance, mais d'un courage au-dessus de son sexe et de sa condition, fut convaincue, devant Néron, d'avoir eu part à une conjuration contre ce prince. Mais elle se montra si ferme dans les tour-mens, qu'on ne put jamais lui faire déclarer le nom des complices. Comme on la menait pour l'appliquer une seconde fois à la torture, craignant de ne pouvoir la supporter et de donner quelque marque de foiblesse, elle s'étrangla avec sa ceinture. L'ÉPICHARME, fils de Tityre ou de Charmus, berger de Sicile, étoit poète comique et philosophe. Quelques-uns l'ont regardé comme l'inventeur de la Comédie.
IL ÉPICHARME, poète et philosophe Pythagoricien, natif de Sicile, introduisit la comédie à Syracuse, sous le règne d'Héron I. Il fit représenter, en cette ville, un grand nombre de Pièces, que Plaute imita dans la suite. Il avoit composé plusieurs Traités de Philosophie et de Médecine, dont Platon sut profiter. Aristote et Pline lui attribuèrent l'invention des lettres grecques θ et x. Il vivoit vers l'an 440 avant Jésus-Christ, et mourut âgé de 90 ans. Il disoit que les Dieux nous vendent tous les biens pour du travail. Comme il assuroit que toutes choses sont en un perpétuel flux et reflux, et qu'elles ne sont plus aujourd'hui ce qu'elles étoient hier : Sur ce pied-là, lui dit quelqu'un, celui qui a emprunté de l'argent, ne le doit pas le lendemain, parce qu'étant devenu un autre, il n'ost plus l'emprunteur.
ÉPICIER, Voye LÉPICIER.
ÉPICTÈTE, philosophe Stoïcien, d'Hérapolis en Phrygie, fut esclave d'Épaphrodite, affrauchi de Néron, que Domitien fit mourir. Le philosophe parut libre dans sa servitude, et son maître esclave, ou du moins digne de l'être. Épictète, avec un corps petit et contrefait, avoit une âme grande et forte. Un jour Épaphrodite lui ayant donné un grand coup sur la jambe, Épictète l'avertit froidement de ne la pas rompre. Le barbare redoubla de telle sorte, qu'il lui cassa l'os; le sage lui répondit sans s'émouvoir : Ne vous l'avois-je pas dit que vous me la casseriez ? Celsus opposoit ce trait de modération à St. Augustin, et lui disoit : « Votre Jésus a-t-il rien fait de si beau à sa mort ? Oui répondit St. Augustin, il s'est tu. » Domitien chassa Épictète de Rome; mais il revint après la mort de cet empereur, et s'y fit un nom respectable. Adrien l'a-moit et l'estimoit : Marc-Aurèle en faisoit beaucoup de cas. Adrien lui demandoit un jour, pourquoi on représentoit Vénus toute une, c'est, répondit-il, parce qu'elle dépouille de tous les biens, ceux qui recherchent trop ses plaisirs. Arrien, son disciple, publia quatre Livres de Discours, qu'il avoit entendus prononcer à son maître. C'est ce que nous avons sous le nom d'Enchiridion ou de Manuel. La morale de ce livre est digne d'un Chrétien. Il n'étoit pas permis d'aller plus loin, avec les seules lumières du Paganisme. Les plus grands Saints, St. Augustin, St. Charles-Barromée, l'ont lu avec plaisir, et les plus grands libertins avec fruit. Un ancien monastere avoit adopté, suivant le Père *Mourgues*, le *Manuel d'Épictète* pour sa règle, avec quelques petites modifications. Le poète *Rousseau* a jugé le philosophe *Épictète* trop sévèrement, lorsqu'il a dit en parlant de son livre : *Dans son flegme simulé, Je découvre sa colère : J'y vois un homme accablé Sous le poids de sa misère ; Et dans tous ces beaux discours Fabriqués durant le cours D'une fortune maudite, Vous reconnoissez toujours L'esclave d'Épaphrodite.* Cet esclave avoit l'ame d'un sage, toujours content dans l'esclavage même. *Je suis*, disoit-il, *dans la place où la Providence vouloit que je fusse ; m'en plaindre, c'est l'offenser*. Les deux pivots de sa morale étoient, *SAVOIR SOUFFRIR*, et *S'ABSTENIR*. Il trouvoit en lui-même les ressources nécessaires pour pratiquer la première maxime. Il regardoit avec raison, comme la marque d'un cœur corrompu, d'être consolé, dès qu'on voit les autres souffrir les mêmes maux que nous. *Quoi !* s'écria ce philosophe, *si l'on vous condamnoit à perdre la tête, faudroit-il que tout le genre humain fût condamné au même supplice ?...* L'étude de la philosophie exigeoit, selon lui, une ame pure. Un homme, perdu de débauche, desiroit acquérir les connaissances dont *Épictète* faisoit part à ses disciples : *Invensé*, lui dit ce philosophe, *que veux-tu faire ? Il faut que ton vase soit pur avant que d'y rien verser ; autrement, tout ce que tu y mettras se corrompra...* Il comparoit la *Fortune* à une « femme de bonne maison, qui se prostitue à des valets. » *Nous* *avons grand tort*, disoit ce philosophe, *d'accuser la pauvreté de nous rendre malheureux ; c'est l'ambition, ce sont nos inaspiables desirs, qui nous rendent réellement misérables. Fussions-nous maîtres du monde entier, sa possession ne pourroit nous délivrer de nos frayeurs et de nos chagrins : la raison a seule ce pouvoir...* *Épictète* soutint le dogme de l'immortalité de l'ame, sans lequel il ne peut y avoir ni vertu, ni morale, aussi fortement que les Stoïciens. Voici la prière qu'il souhaitoit de faire en mourant ; elle est tirée d'Arrien. « Seigneur, ai-je violé vos commandemens ? ai-je abusé des présens que vous m'avez faits ? ne vous ai-je pas soumis mes sens, mes vœux et mes opinions ? me suis-je jamais plaint de vous ? ai-je accusé votre providence ? J'ai été malade, parce que vous l'avez voulu, et je l'ai voulu de même. J'ai été pauvre, parce que vous l'avez voulu, et j'ai été content de ma pauvreté. J'ai été dans la bassesse, parce que vous l'avez voulu, et je n'ai jamais désiré d'en sortir. M'avez-vous vu jamais triste de mon état ? M'avez-vous surpris dans l'abattement et dans les murmures ? Je suis encore tout prêt à subir tout ce qu'il vous plaira ordonner de moi. Le moindre signe de votre part est pour moi un ordre inviolable. Vous voulez que je sorte de ce spectacle magnifique : j'en sors, et je vous rends mille actions de graces de ce que vous avez daigné m'y admettre pour me faire voir tous vos ouvrages, et pour étaler à mes yeux l'ordre admirable avec lequel vous gouvernez cet univers. » *Épictète* mourut sous *Marc-Aurèle*, dans un âge fort avancé. La lampe de terre dont il éclairoit ses veilles philosophiques, philosophiques, fut vendue, quelque temps après sa mort, trois mille drachmes. Les meilleures éditions d'Épicité sont celles de Leyde, 1670, in-24; et in-8°, d'Utrecht, *cum notis Variorum*, 1711, in-4°; de Londres, 1739, et 1741, en 2 vol. in-4°. Le Père *Mourgues* et l'abbé de *Bellegarde* l'ont traduit en françois. Il y en a aussi une *Traduction* par M. *Dacier*, Paris 1715, 2 vol. in-12.
ÉPICURE, naquit à Gargetium dans l'Attique, l'an 342 ayant Jésus-Christ, de parens obscurs. *Cherestrata*, mère du philosophe, étoit une de ces femmes qui couroient les maisons pour exorciser les lutins. Son fils, destiné à être le chef d'une secte de philosophie, la seconde dans ses fonctions superstitieuses. Cependant, dès l'âge de 12 à 13 ans, il eut du goût pour le raisonnement, et quitta le bourg de Théos où il demeuroit, pour se rendre à Athènes. Le grammairien *Pamphyle* qui l'instrui-soit, lui ayant récité ce vers d'Hésiode : LE CHAOS FUT PRODUIT LE PREMIER DE TOUS LES ÊTRES... Eh ! qui le produisit, lui demanda *Épicure*, puisqu'il étoit le premier ? — Je n'en sais rien, dit le grammairien; il n'y a que les philosophes qui le sachent. — Je vais donc chez eux pour m'instruire, reprit l'enfant, et dès-lors il cultiva la philosophie. Après avoir parcouru différents pays pour perfectionner sa raison et augmenter la sphère de ses connoissances, *Épicure* se fixa à Athènes. Les Platoniciens occupoient l'académie; les Péripatéticiens, le lycée; les Cyniques, le cynosarge; les Stoïciens, le portique. *Épicure* établit son école dans un beau jardin, où il philosophoit tranquillement avec ses amis et ses disciples. Il charmoit les uns et les autres par des manières pleines de graces, et par une douceur accompagnée de gravité. On venoit à lui de toutes les villes de l'Asie et de la Grèce; l'Égypte même envoyoit rendre hommage à son mérite. L'école d'*Épicure* étoit un modèle de la plus parfaite société. Ses disciples vivoient en frères. Il ne voulut point qu'ils missent leurs biens en commun, comme ceux de *Pythagore*; il aima mieux que chacun contribuât de lui-même aux besoins des autres. La doctrine qu'*Épicure* leur enseignoit, étoit que LE BONHEUR DE L'HOMME EST DANS LA VOLUPTÉ, non des sens et du vice, mais d'esprit et de la vertu. C'étoit, fraîchement assis à l'ombre des bois, ou couché mollement sur des lits délicats avec ses élèves, qu'il tâchoit de leur inspirer l'enthousiasme de la sagesse, la tempérance, la frugalité, l'éloignement des affaires publiques, la modération dans la dispute, les ménagemens pour l'amour propre des hommes, la fermeté de l'âme, le goût des plaisirs honnêtes, et le mépris de la vie. Les Stoïciens cherchèrent à donner de mauvaises interprétations à ses sentimens, et en tirèrent de pernicieuses conséquences. Ils lui imputèrent de ruiner le culte des dieux, et de plonger les hommes dans la plus horrible débauche. Il est certain que l'idée qu'il donnoit de la divinité, n'étoit pas digne de Dieu, et pouvoit être très-dangereuse aux hommes. Il en faisoit un être oisif, plongé dans un repos éternel, et indifférent sur tout ce qui se passoit au dehors de lui. *Epicure* sentit combien une telle opinion pouvoit révolter ; il s'expliqua : il fit des livres de piété, il fréquenta les temples, et il n'y parut jamais que dans la posture d'un suppliant. Un jour que *Dioclès* l'aperçut, il s'écria : *Quel spectacle pour moi ! je ne sentis jamais mieux la grandeur de Jupiter, que depuis que j'ai vu Epicure à genoux.* Joignant les leçons aux exemples, il exhorta les hommes à la religion, à la sobriété, à la continence. La sagesse de sa conduite n'empêcha pas que ses ennemis ne répandissent des calomnies atroces contre ses mœurs. Les académies philosophiques étoient alors ouvertes aux femmes comme aux hommes. On publia que la courtisane *Leontium*, une de ses élèves, se prostituoit aux disciples après avoir assouvi les désirs du maître. Ces bruits passèrent de la conversation dans les livres. On forgea des lettres lascives, qu'on fit courir sous le nom du philosophe ; on fit alors ce qu'on fait encore tous les jours pour perdre les gens de lettres. *Epicure* n'opposa à toutes ces impostures que le silence et une vie exemplaire. *Théotine*, convaincu dans la suite d'être l'auteur de ces lettres, fut condamné à perdre la vie. *Epicure* se trouvoit à Athènes, lorsque cette ville, assiégée par *Démétrus Poliocierte*, fut en proie à toutes les horreurs de la famine. Il pouvoit sortir de la ville ; mais préférant mourir avec ses compatriotes, il leur distribua les fèves qu'il venoit de recueillir dans son jardin. Il ruina sa santé à force de travailler, et mourut à l'âge de 72 ans, l'an 270 ou 271 avant Jésus-Christ, d'une rétention d'urine, après avoir souffert des douleurs incroyables sans se plaindre. Il affranchit par son testament les esclaves qu'il croyoit avoir mérité cette grâce, et il recommanda à ses exécuteurs testamentaires de donner la liberté à ceux qui s'en rendroient dignes. Il assura le sort de plusieurs orphelins sans fortune, dont il s'étoit rendu le tuteur volontaire, et il ordonna lui-même ses funérailles. Son école ne se divisa jamais. Tandis que les autres sectes philosophiques scandalisoient le monde par leurs querelles, celle d'*Epicure* vivoit dans l'union et dans la paix. La mémoire de son fondateur lui fut toujours chère. Le jour de sa naissance étoit célébré par-tout : cette fête duroit un mois entier. — De tous les philosophes de l'antiquité, *Epicure* étoit celui qui avoit le plus écrit. Ses ouvrages, selon *Diogène Laërce*, montoient à plus de trois cents volumes. *Chrysippe* étoit si jaloux de sa fécondité, qu'aussitôt qu'il voyoit paroître quelque nouveau livre d'*Epicure*, il en composoit un autre, pour n'être pas surpassé par le nombre des compositions ; mais l'un tiroit tout de son propre fonds, et l'autre ne faisoit qu'entasser ce que les autres avoient dit avant lui. Le traité d'*Epicure* sur la *Nature des choses*, qui servit de base au poème de *Lucrèce*, et dont on ne connoissoit l'existence que par quelques passages des écrivains anciens, a été découvert dans les fouilles d'Herculanum, et l'Anglois *Haïter*, envoyé à Naples par le prince de *Galles*, pour dérouler les volumes antiques enfouis sous les ruines de cette ville, a fait espérer qu'il publieroit bientôt celui d'*Epicure*. Ce philosophe donna beaucoup de cours au système des atomes. Il n'en étoit pas l'inventeur : cette gloire appartient en partie à *Leucippe*, et en partie à *Démocrite*. Le principe fondamental de ce système de physique, étoit, que rien n'a pu sortir du néant, et que rien n'y peut rentrer. Il n'admettoit que deux êtres, tous deux nécessaires, éternels, infinis; le vide, c'est-à-dire un espace pénétrable à tous les corps, et un amas de petits corps indivisibles, quoique étendus, simples et diversement figurés, qui, par leur pesanteur naturelle, se précipitoient dans le vide, et s'y méloient. Comme leur mélange auroit été impossible, s'ils fussent tombés en lignes perpendiculaires, il leur supposoit un mouvement de déclinaison qui leur faisoit décrire des lignes courbes. Par le moyen de ce mouvement, ils se croisoient et s'entrechoquoient diversement, suivant la variété de leurs figures. Des combinaisons sans nombre de ces atomes, résultoient des corps de toute espèce. Et quoiqu'en eux-mêmes ils n'eussent rien d'essentiel que la figure et la pesanteur, leur mélange produisoit dans les corps des qualités sensibles, telles que la couleur, le son, l'odeur et toutes les modifications qui distinguent les êtres matériels. Ainsi, le concours de ces atomes éternels avoit tout fait éclore, et tout se détruisoit par leur désunion. De là les mondes innombrables, ouvrages d'un hasard aveugle, qui naissoient et périssoient sans cesse. Le monde a commencé, il doit finir; et de ses débris il s'en formera un autre. Il s'ensuivoit de ce système, qu'il n'y avoit point de distinction entre l'espèce humaine et toutes les autres. L'homme n'étoit donc qu'une portion de matière que le hasard avoit organisée. Son ame n'étoit distinguée du corps qu'en ce qu'elle étoit composée d'atomes plus déliés. L'esprit étoit par conséquent corporel et dans une entière dépendance des sens, seuls juges de tous les objets, et dont le rapport étoit le seul moyen de découvrir la vérité. Mais les corps n'agissoient pas immédiatement sur les sens, et ne les frappoient que par des images intermédiaires, qui, se détachant continuellement des corps, voltigeoient dans l'air, y conservoient leurs formes et jusqu'au moindre trait des corps dont elles étoient des émanations. De là *Epicure* concluoit que nos sens ne sont que des espèces de réservoirs où les images des objets s'introduisent sans notre participation; que l'ame en est frappée même pendant le sommeil, d'où lui vient le sentiment qu'elle partage avec la matière dont elle remue les organes. Ces différentes opinions trouvèrent beaucoup de contradicteurs, et *Cicéron* dit : *In physicis Epicurus totus alienus est : « Epicure n'entend rien en physique. »* Quant à la morale, on divisa les partisans d'*Epicure* en deux classes, les *Rigides* et les *Relâchés*. La différence étoit aussi grande entre eux, qu'entre un vrai sage, et un fou qui en usurpe le nom. Les *Epicuriens* libertins expliquoient très-mal les sentimens d'*Epicure*, et en faisoient le précepteur du vice et de la débauche. Les véritables *Epicuriens* n'admettoient aucun bonheur sans la vertu, et croyoient, comme lui, que le juste seul peut vivre sans trouble. Les uns et les autres disoient que LE PLAIN L 1 2
SIR REND HEUREUX; proposition équivoque, qui mit aux prises dans le dernier siècle *Arnauld* et *Malebranche*. Ce n'est donc qu'en déterminant le sens que les disciples d'*Epicure* et *Epicure* lui-même attachoient à cette proposition, qu'on peut les absoudre ou les condamner. Il faut avouer cependant que par-tout où l'*Epicurisme* pénétra, soit qu'il fût mal interprété, soit qu'il entrât dans des têtes mal disposées, ou dans des cœurs corrompus, il fit beaucoup de mal. Cette doctrine ayant passé d'Athènes à Rome, *Celse* la professa sous *Adrien*, et *Pline* le naturaliste sous *Tibère*. Les noms de *Lucien* et de *Diogène Laërce* sont comptés parmi ceux qui la suivirent. Adoptée par les gens de lettres et par les hommes d'état, lorsque *Lucrèce* l'eut mise en beaux vers, elle gâta l'esprit et le cœur des Romains, ainsi que l'observe *Montesquieu*. Elle éteignit parmi eux le courage, l'amour de la patrie, la grandeur d'une. Le vil intérêt, la soif de l'or, le luxe, la débauche pénétrèrent à sa suite dans tous les ordres de la république. Aussi *Fabricius* ayant entendu *Cyneas* discourir en plein sénat sur la morale d'*Epicure*, demandoit aux Dieux, que tous les ennemis de Rome pussent adopter ses principes. L'*Epicurisme* contribua certainement à la décadence de l'empire; mais, négligé ou ignoré dans les siècles de barbarie, il ne put faire ni bien ni mal. Il ne sortit de l'oubli que dans le dernier siècle, par les soins du célèbre *Gassendi*, qui interprétant les sentimens d'*Epicure* d'une manière favorable, illustra la doctrine du philosophe Grec par ses écrits et par ses mœurs. Il eut pour disciples, *Chapelle*, *Molière*, *Bernier*, qui adoptèrent un *Epicurisme* plus commode que celui de leur maître. Leurs exemples et leurs leçons soumirent à la philosophie d'*Epicure* plusieurs hommes distingués, qui unissoient l'héroïsme avec la mollesse, et le goût de la philosophie avec celui du plaisir. Ces hommes singuliers formèrent parmi nous différentes écoles d'*Epicurisme* moral ou littéraire. La plus ancienne tenoit ses assemblées dans la maison de *Nixon de Lenclos*. C'est là que cette nouvelle *Leontium* rassembloit tout ce que la cour et la ville avoient d'hommes polis, éclairés et voluptueux. La comtesse de la *Suze*, la comtesse d'*Olonne*, *Saint-Evremont*, qui porta l'*Epicurisme* à Londres, où il eut pour disciples le fameux comte de *Grammont*, le poète *Waller*, la duchesse de *Mazarin*, sont les noms les plus célèbres de cette école... A celle-ci succéda celle du Temple, qui compta au nombre de ceux qui la composoient, les princes de *Vendôme*, *Chaulieu*, le chevalier de *Bouillon*, le marquis de la *Fare*, *Rousseau*, l'abbé *Courtin*, *Campistron*, la *Fosse*, *Palaprat*, le baron de *Breteuil*, père de l'illustre marquise du *Chastelet Ferrand*, *Périgni*, le marquis de *Dangeau*, le duc de *Nevers*, le maréchal de *Catinat*, le comte de *Fiesque*, etc. etc. L'école de *Sceaux*, plus décente que celle du Temple, rassembla tout ce qui restoit de ces sectateurs du luxe, de la politesse et des lettres. *Malezieu*, l'abbé *Genest*, la *Mothe*, *Fontenelle*, *Voltaire*, donnèrent de l'éclat à cet asile de la philosophie et des beaux arts... Devons-nous parler d'une petite société épicurienne, moine fastueuse, mais aussi délicate que les deux précédentes, qui se forma vers 1730 ? Moitié littéraire, moitié bachique, elle réunissoit les plaisirs du Parnasse et de la table, et s'appeloit le *Caveau*, du nom où s'assembloient ses membres, presque tous hommes de lettres. Elle étoit composée de *Crébillon* père et fils, de *Gresset*, de *Piron*, de *la Bruère*, du gentil *Bernard*, du comédien *la Noue*, du chansonnier *Gallet*, de *Saurin*, de *Collé*, de *Jelyote*, etc. etc. Chacun y lisoit les fruits de sa veine, ou faisoit contribuer à l'amusement général le talent particulier qu'il possédoit. Cette société ne subsista qu'une dixième d'années, parce que quelques seigneurs, en y cherchant l'amusement, y portèrent la contrainte... On peut consulter les articles des principaux Epicuriens que nous avons cités. On voit par la liste même de leurs noms, que la vie voluptueuse des sectateurs d'*Epicure*, dans tous les temps et dans tous les âges, a pu fournir un grand préjugé contre leur maître. Quoique plusieurs écrivains distingués aient justifié, comme le dit *Ladvocat*, *Epicure sur l'article des mœurs*, on ne peut que condamner celles de presque tous ses partisans, anciens et modernes. La plupart des hommes et des femmes qui portèrent parmi nous sa bannière, se plongèrent dans les délices, n'eurent d'autre but que la volupté, et contribuèrent, par leur conduite ou par leurs écrits, à la corruption des mœurs. C'étoit sans doute ce que ne prévoyait pas *Gassendi*, l'un des plus grands admirateurs du philosophe Grec, lorsqu'il fit l'apologie de sa morale spéculative et de sa morale pratique dans le *Recueil sur sa vie et ses Ecrits*, la Haye, 1656, in-4.º M. l'abbé *Batteux* lui est moins favorable dans sa *Morale d'Epicure*, tirée de ses propres écrits, in-8º, 1758. On peut consulter ces différens auteurs, si l'on est curieux de savoir ce qu'on a dit pour et contre le père de l'*Epicurisme*.
ÉPIDAURUS, héros Grec, donna son nom à la ville d'*Epi-daure* où *Esculape* fut particulièrement honoré. Son temple y étoit toujours plein de malades dont on décrivoit la guérison sur des tablettes qui furent, dit-on, communiquées à *Hippocrate*.
ÉPIGONE, musicien Grec, natif d'Ambracie, vint habiter Sicyone, et y inventa un instrument de musique, qui de son nom fut appelé *Epigonium*. On lui attribue aussi quelques ouvrages historiques qui ne sont point parvenus jusqu'à nous.
ÉPIMÉNIDE, de Gnosse dans la Crète, passe pour le septième Sage de la Grèce, dans l'esprit de ceux qui ne mettent pas l'*Ériandre* de ce nombre. Il cultiva à la fois la poésie et la philosophie. Il faisoit accroire au peuple qu'il étoit en commerce avec les dieux. Son père l'ayant envoyé garder ses troupeaux, il entra dans une caverne, où il dormit soixante-quinze ans, après lesquels s'étant éveillé, il trouva que tout ce qu'il avoit vu autrefois étoit changé. Revenu à la maison paternelle, il reconnut son frère, qui vivoit encore, et apprit de lui ce qui s'étoit passé pendant son absence. Les Athéniens, sur le bruit de cette aventure, étant allé le consulter dans une peste qui ravageoit Athènes, L 1 3 534 É P I il leur conseilla de purifier leur ville, en immolant un certain nombre de brebis noires et blanches, devant le lieu où s'assembloit l'aréogage. Ce qui ayant été exécuté, la contagion cessa. On voulut combler *Epiménide* de présens, mais il ne demanda qu'une branche d'olivier sacré. Depuis ce temps-là les Athéniens le révérèrent comme un dieu. *Solon* eut alors occasion de le connoître, et lui donna son amitié. *Epiménide*, de retour en Crète, composa plusieurs ouvrages en vers, et mourut à 289 ans, suivant la tradition fabuleuse des Crétois, vers l'an 533 avant J. C. *St. Paul* a cité ce poète dans ses *Épitres*.
**ÉPIMÉTHÉE**, (Mythol.) fils de *Japhet*, et frère de *Prométhée*. Celui-ci avoit formé les hommes prudens et ingénieux, et *Epiméthée* les imprudens et les stupides. Il épousa *Pandore*, statue que *Minerve* anima, et à qui tous les dieux firent quelque don. *Jupiter* ayant donné à cette femme une boîte magnifique, lui ordonna d'aller de sa part la présenter à *Epiméthée*. Celui-ci, quoique averti par son frère de ne rien recevoir de *Jupiter*, fut ébloui par la beauté de cette femme. Non-seulement il reçut la boîte, mais ayant en l'imprudence de l'ouvrir, il en sortit un déluge de maux qui inonda tout l'univers. Il eut de son mariage *Pyrrha*, qui épousa *Deucalion*, fils de *Prométhée*. La Fable ajoute qu'il fut métamorphosé en singe.
**ÉPINAI**, (N. DE LA LIVE, comtesse d') mérita par les grâces de son esprit plus que par la régularité de ses traits, l'amour que lui témoigna J. J. Rousseau. Elle le logea long-temps, dans un pavillon isolé de son jardin, et l'appeloit agréablement son *Ours*. Mad. d'*Épinai* est auteur d'un ouvrage de morale, intitulé : *Les Conversations d'Emilie*, 2 vol. in-12, qui fut couronné, par l'académie Françoise en 1783, comme le meilleur ouvrage de l'année. En effet, il est un peu froid et trop sentencieux, mais bien écrit, et il renferme tout ce qu'il est utile d'enseigner en morale à un enfant jusqu'à douze ans. L'auteur, a-t-on dit, supérieur à sa matière, en se rabaissant à la portée de l'enfance, offre cependant des pensées qui méritent toute l'attention d'un homme mûr. Mad. d'*Épinai* est morte à la fleur de son âge, deux mois après son triomphe à l'académie.
**ÉPINAY**, *Voy. ESPINAY*.
**ÉPINE**, *Voy. GRAINVILLE* et IV. SPINA. **L ÉPIPHANE**, fils de *Carpocrate*, fut instruit de la philosophie Platonicienne, et crut y trouver des principes propres à expliquer l'origine du mal, et à justifier la morale de son père. Il supposoit un principe éternel, infini, incompréhensible, et allioit avec ce principe fondamental, le système de *Valentin*. Les hommes en formant des lois, étoient, suivant lui, sortis de l'ordre naturel; et pour y rentrer, il falloit abolir ces lois, et rétablir l'état d'égalité, dans lequel le monde avoit été formé. « De la *Épiphane* concluoit, dit M. *Pluquet*, que la communauté des femmes étoit le rétablissement de l'ordre, comme la communauté des fruits de la terre. Les désirs que nous recevons de la nature, étoient nos droits, selon *Épiphane*, et des titres contre lesquels rien ne pouvoit prescrire. Il justifioit tous ses principes par les passages de St. Paul, qui disent qu'avant la loi on ne connoissoit point de péché, et qu'il n'y auroit pas de péché s'il n'y avoit point de loi. Avec ces principes, Epiphane justifioit toute la morale des Carpocratiens, et combattoit toute celle de l'Évangile. Epiphane mourut à l'âge de 17 ans : il fut révéré comme un Dieu ; on lui consacra un temple à Samé, ville de Céphalonie ; il eut des autels, et l'on érigea une académie en son nom.
II. ÉPIPHANE, (St.) évêque de Salamine et père de l'Église, naquit dans le village de Bessanduc en Palestine, vers l'an 320. Dès sa plus tendre jeunesse, il se retira dans les déserts de sa province, et fut le témoin et l'imitateur des vertus des saints solitaires qui les habitoient. A vingt ans, il fonda un monastère, et eut un grand nombre de moines sous sa conduite. Il s'appliqua, dans sa solitude, à l'étude des écrivains sacrés et profanes. Elevé à la prêtrise, il le fut bientôt à l'épiscopat, en 368, par les vœux unanimes du clergé et du peuple de Salamine, métropole de l'isle de Chypre. Le schisme d'Antioche l'ayant appelé à Rome, il logea chez l'illustre veuve Paule. De retour dans son diocèse, il instruisit son peuple par ses sermons, et l'édifia par ses austérités. Il le préserva de toutes les hérésies, et sur-tout de celles d'Arius et d'Apollinaire. Epiphane ne fut pas moins opposé à Origène, qu'il croyoit coupable des erreurs qu'on rencontre dans ses écrits. Il les anathématisa dans un concile en 401, et se joignit à Théodoret, pour engager St. Jean Chrisostôme à souscrire à cette condamnation. Le saint patriarche l'ayant refusé, Epiphane vint en 403 à Constantinople, à la persuasion de Théophile d'Alexandrie, pour y faire exécuter les décrets de son concile. Cette démarche étoit fort imprudente. Celle d'ordonner un diacre à Constantinople, sans le consentement de St. Chrisostôme, ne le fut pas moins. St. Epiphane mourut en s'en retournant, en 403, âgé d'environ 80 ans ; regardé comme un évêque charitable, zélé, pieux, mais peu prudent, et se laissant emporter trop loin par son zèle. De tous les ouvrages qui nous restent de ce Père, les plus connus sont : I. Son Panarium, c'est-à-dire l'Armoire aux remèdes. C'est une exposition des vérités principales de la religion, et une réfutation des erreurs qu'on y a opposées. II. Son Anchora, ainsi appelé, parce qu'il le compare à l'ancre d'un vaisseau, et qu'il le composa pour fixer la foi des Fidelles, et les affermir dans la saine doctrine. III. Son Traité des Poids et des Mesures, plein d'une profonde érudition. IV. Son livre des douze Pierres précieuses, qui étoient sur le rational du grand prêtre ; ouvrage savant, traduit en latin, Rome 1743, in-4°, par les soins et avec les notes de François J'ogini. Tous ces écrits décèlent une vaste lecture ; mais St. Epiphane ne la puisoit pas toujours dans les bonnes sources. Il se trompe souvent sur des faits historiques très-importans ; il adopte des fables ridicules et des bruits incertains, qu'il donne pour des vérités. Son style, loin d'avoir l'élévation et la beauté de celui des autres Pères Grecs, des L I 4 *Chrisostôme*, des *Basile*, est bas, rampant, dur, grossier, obscur, sans suite et sans liaison. *St. Epiphane* étoit un compilateur plutôt qu'un écrivain; mais la postérité ne lui doit pas moins de reconnoissance. Sans lui, nous n'aurions aucune idée de plusieurs auteurs profanes et ecclésiastiques, dont il nous a transmis des fragmens. La meilleure édition des *Œuvres* de ce Père, est celle du savant *Petau*, en grec et latin, 1622, avec des notes, 2 volumes in-folio.
III. ÉPIPHANE, patriarche de Constantinople en 520, prit avec zèle la défense du concile de Calcédoine, et la condamnation d'*Eutychès*. Le pape *Hormisdas* lui donna le pouvoir de recevoir, en son nom, tous les évêques qui voudroient se réunir à l'Église Romaine, à condition qu'ils souscriroient à la *Formule* qu'il avoit dressée. Il mourut en 935, avec la réputation d'un bon évêque.
IV. ÉPIPHANE, le *Scolastique*, ami du célèbre *Cassiodore*, traduisit à sa prière les *Histoires Ecclésiastiques* de *Socrate*, de *Sazomène*, de *Théodore*. C'est sur cette version, plus fidèle qu'élégante, que *Cassiodore* composa son *Histoire Tripartite*. On attribue à *Epiphane* plusieurs autres *Traductions* de grec en latin. Il florissoit dans le 6$^{e}$ siècle. V. ÉPIPHANE, moine de Jérusalem, mort le 16 janvier 970, avoit écrit les *Vies* de la Vierge *Marie* et de l'apôtre *St. André*. *Altatias* a inséré dans son recueil un Ouvrage d'*Epiphane* sur Jérusalem et la Syrie, en grec et en latin.
ÉPISCOPIUS, (Simon) né à Amsterdam en 1583, professeur en théologie à Leyde en 1613, se fit beaucoup d'ennemis pour avoir pris avec trop peu de ménagement le parti des Arminiens contre les Gomaristes. Ces deux sectes, toutes deux enthousiastes et factieuses, divisoient la Hollande. *Episcopius* plaidoit pour la première, en théologien élevé dans la poussière et dans les cris de l'école. Il fut insulté en public et en particulier, et insulta à son tour. Les états de Hollande l'ayant invité de se trouver au synode de Dordrecht, il n'y put être admis, malgré les raisons qu'il fit valoir dans de belles harangues, que comme homme de parti, cité à comparoitre, et non pas comme juge appelé pour donner des décisions. Le synode le chassa de ses assemblées, le déposa du ministère, et le bannit des terres de la république. Il se retira à Anvers, où ne trouvant pas des Gomaristes à combattre, il s'amusa à disputer avec les Jésuites. Son exil dura quelque temps; mais enfin, l'an 1626, il revint en Hollande, pour être ministre des Remontrants à Rotterdam. Huit ans après, il fut appelé à Amsterdam, pour veiller sur le collège que ceux de sa secte venoient d'y ériger. Il y mourut en 1643, d'une retention d'urne, après avoir professé publiquement la tolérance de toutes les sectes qui reconnoissoient l'autorité de l'Écriture-Ste, de quelque manière qu'elles l'expliquent. C'étoit ouvrir la porte à toutes les erreurs. Cette opinion l'avoit fait soupçonner de Socinianisme, et il n'avoit pas détruit ces soupçons en publiant ses *Commentaires sur le nouveau Testament*. On sent assez, à tra- vers ses équivoques, qu'il pen- soit que JÉSUS—CHRIST n'étoit pas Dieu. Ses Ouvrages de théo- logie ont été publiés à la Haye en 1678, 2 vol. in-folio. Epis- copius étoit fort diffus, et très- emporté, quoique apotre du To- lérantisme. Il y a quelquefois plus de subtilité que de soli- dité dans ses raisonnemens. La Vie de ce sectaire est à la tête de ses Œuvres, publiées par Courcelles; Philippe de Lim- borch, son arrière-neveu, l'a aussi écrite en 1702, in-8.º
ÉPITINÉAMUS, graveur en pierres fines, qui eut de la re- nommée sous le règne d'Auguste, grava sur—tout avec autant de délicatesse que de perfection les portraits de Germanicus, et de Marcellus neveu de l'empereur.
ÉPITUS, fils d'Alba, régna dans le Latium, rendit ses peu- ples heureux, et eut pour suc- cesseur Capis.—Un'autre ÉPI- zus, ayant eu la hardiesse d'en- trer dans le temple de Neptune à Mantinée, dont les hommes étoient exclus, devint sur-le- champ aveugle.
ÉPIZELUS, soldat Athénien, fut frappé d'un aveuglement su- bit dans la bataille de Marathon, sans recevoir ni coup ni blessure. Il parut seulement devant lui, en combattant, un grand homme avec une longue barbe noire. Epi- zelus l'ayant tué, ou ayant cru le tuer, devint aveugle, et le fut le reste de ses jours. Voilà ce que rapporte le bon Hérodote, et voilà ce qu'il est permis aux gens sensés de révoquer en doute.
ÉPO, Voyez I. BOÉTIUS.
ÉPPONINE, Voy. SABINUS, n° III. É R A 537
ÉRARD, (Claude) avocat au parlement de Paris, mort en 1700, à 54 ans, laissa des Plai- doyers imprimés en 1734, in-8.º Le plus célèbre est celui qu'il fit pour le duc de Mazarin, contre Hortence Mancini, sa femme, qui l'avoit quitté pour passer en Angleterre.
ÉRASISTRATE, fameux mé- decin, petit-fils d'Aristote, dé- couvrit par l'agitation du pouls d'Antiochus—Soter, la passion que ce jeune prince avoit pour sa belle-mère. Seleucus—Nicanor, son père, donna cent talens à Erasistrate pour cette guérison. Ce médecin désapprouvoit l'u- sage de la saignée, des purga- tions et des remèdes violens. Il réduisoit la médecine à des choses très-simples, à la diète, aux tisanes, aux purgatifs doux. Galien nous a conservé le titre de plusieurs de ses ouvrages, dont les injures du temps ont privé la postérité. Voy. CARPI.
ÉRASME, (Didier) naquit à Rotterdam le 28 octobre 1467, du commerce illégitime d'un bour- geois de Gonde, nommé Pierre Gerard, avec la fille d'un mé- decin. La grande place de sa patrie a été ornée depuis de sa statue, et les magistrats firent mettre cette inscription sur le frontispice de la maison où l'on croit qu'il vit le jour: Hæc est parva domus, magnus quâ natus ERASMUS. « C'est sous cet humble toit qu'est né le grand ÉRASME. » Il fut enfant de chœur jusqu'à l'âge de 9 ans, dans la cathédrale d'Utrecht. A 14, il perdit son père et sa mère; à 17, il fut forcé par ses tuteurs à se faire chanoine 338 ÉRA régulier de Saint-Augustin. Sa passion pour l'étude contribua beaucoup à calmer les peines d'un état embrassé par contrainte. Il se dissipa aussi en cultivant les arts. Il peignoit même assez bien; et il reste encore un crucifix dans le monastère de Stein, au bas duquel on lit : *Ne méprisez pas tant ce Tableau ; il a été peint par Erasme*. On dit aussi, ajoute M. Saverien, qu'il divertissoit son ennui par le commerce des femmes. En effet, *Erasme* ne se défend pas d'avoir été sensible aux charmes de l'amour ; mais il assure qu'il n'a jamais été esclave de *Vénus*, et qu'il sut modérer son tempérament, quoiqu'il ne le réprimât pas toujours. À 25 ans, il fut élevé au sacerdoce par l'évêque d'Utrecht. On connoissoit dès-lors tout ce qu'on pouvoit attendre de lui : sa pénétration étoit très-vive, et sa mémoire très-heureuse. *Erasme* voyagea, pour perfectionner ses talens, en France, en Angleterre, en Italie. Il séjourna près d'un an à Bologne, et y prit en 1506 le bonnet de docteur en théologie. Ce fut dans cette ville que, ayant été pris pour chirurgien des pestiférés à cause de son scapulaire blanc, il fut poursuivi à coups de pierres, et courut risque de sa vie. Cet accident lui donna occasion d'écrire à *Lambert Brunius*, secrétaire de *Jules II*, pour demander la dispense de ses vœux : il l'obtint. De Bologne il passa à Venise, ensuite à Padoue, enfin à Rome, où ses ouvrages l'avoient annoncé avantageusement. Le pape, les cardinaux, en particulier celui de *Médicis*, depuis *Léon X*, le recherchèrent. *Erasme* auroit pu se faire un sort heureux et brillant dans cette ville ; mais les avantages que ses amis d'Angleterre lui faisoient espérer de la part de *Henri VIII*, admirateur zélé de ses talens, lui firent préférer le séjour de Londres. *Thomas Morus*, grand chancelier du royaume, lui donna un appartement chez lui. *Erasme* s'étant présenté à lui sans se nommer, *Morus* fut si agréablement surpris des charmes de la conversation de cet inconnu, qu'il lui dit : *Vous êtes Erasme, ou un Démon*. On lui offrit une cure pour le fixer en Angleterre; mais il la refusa : cet emploi ne convenoit point à un homme qui veulot promener sa gloire par toute l'Europe. Il fit un second voyage en France, l'an 1510, et peu de temps après il retourna encore en Angleterre. L'université d'Oxford lui donna une chaire de professeur en langue grecque. Soit qu'*Erasme* fût naturellement inconstant, soit que cette place lui parût au-dessous de son mérite, il la quitta pour se retirer à Basle, d'où il alloit assez souvent dans les Pays-Bas, et même en Angleterre, sans que ses fréquentes courses l'empêchassent de donner au public un grand nombre d'ouvrages. *Léon X* ayant été élevé sur le saint siège, *Erasme* lui demanda la permission de lui dédier son Édition grecque et latine du *Nouveau-Testament*, et en reçut la réponse la plus obligeante. Il ne fut pas moins estimé par le successeur de *Léon*, et par les autres souverains pontifes. *Clément VII* et *Henri VIII* lui écrivirent de leur propre main pour se l'attacher. Le roi de France *François I*, *Ferdinand* roi de Hongrie, *Sigismond* roi de Pologne, et plusieurs autres princes, essayèrent en vain de l'attirer auprès d'eux. Erasme, ami de la liberté, autant qu'ennemi de la contrainte des cours, n'accepta que la charge de conseiller d'état, que Charles d'Autriche, depuis empereur sous le nom de Charles-Quint, lui donna. Cette place lui acquit beaucoup de crédit, sans lui procurer beaucoup de gêne. L'hérésiarque Martin Luther tâcha de l'engager dans son parti, mais inutilement : Erasme, prévenu d'abord en faveur des réformateurs, se dégoûta d'eux, quand il les eut mieux connus. Il les regardoit comme une nouvelle espèce d'hommes, obstinés, médisans, hypocrites, menteurs, trompeurs, séditieux, forcenés, incommodes aux autres, divisés entre eux. — On a beau vouloir, disoit-il en plaisantant, que le Luthéranisme soit une chose tragique ; pour moi je suis persuadé que rien n'est plus comique : car le dénouement de la pièce est toujours quelque mariage. Dans une réponse amicale à Melanchthon, qui lui avoit écrit pour justifier son changement de religion, il lui dit : « Je ne veux point juger des motifs de Luther, ni vous obliger à changer de sentiment ; mais j'aurois voulu, qu'ayant un esprit propre aux lettres, vous vous y fussiez entièrement attaché, sans vous mêler de cette querelle de religion. » Il ajoute que plusieurs choses le choquent dans la doctrine et dans la conduite de Luther. Il se plaint principalement de ce qu'il défend ses opinions avec une véhémence extrême, de ce qu'il outre tout, et que, lorsqu'il est contredit, il va encore plus loin. Une liberté plus modérée eût été, dit-il, beaucoup plus propre à faire entrer les Évêques et les Princes dans la réforme. Il parle ensuite d'Ecolampade, de Pelican, et d'Hédion, qui avoient embrassé sa réforme, et qui croyoient avoir beaucoup fait, quand ils avoient défroqué quelques moines, ou marié quelques prêtres. Il dit encore que Luther prend les choses de travers, et qu'en voulant corriger les abus, il cause de beaucoup plus grands maux par les troubles et les séditions qu'il excite. « Est-ce une chose conforme à la piété Chrétienne, de prêcher au peuple que le pape est l'Antechrist ; que les évêques et les prêtres sont des fantômes ; que les constitutions humaines sont des hérésies ; que la confession est une peste ; que parler d'œuvres, de mérite, c'est être hérétique ; d'assurer qu'il n'y a point de libre arbitre, que toutes choses arrivent par nécessité ; qu'il n'importe pas de quelle nature soient nos bonnes œuvres. Enfin, dit-il, l'évangile avoit autrefois rendu les hommes meilleurs ; mais le nouvel évangile prétendu ne fait que les corrompre. » Les réformateurs devenant tous les jours plus nombreux à Basle, où Erasme avoit fixé son séjour, il se retira à Fribourg, qu'il quitta sept ans après pour revenir à Basle. En 1535, Paul III lui écrivit pour l'exhorter à défendre la religion, attaquée par de nombreux et redoutables ennemis. Mettez le comble, lui disoit le pontife, par cette dernière action de piété à la vie religieuse que vous avez menée, et au grand nombre d'ouvrages que vous avez composés. Ce sera le moyen de fermer la bouche à vos adversaires, et de l'ouvrir à vos partisans. Paul III lui destinoit la pourpre romaine, et pour le mettre en état de sou- tenir cette dignité, il lui conféra la prévôté de Deventer. Le bref, qui est du premier août, renferme des témoignages avantageux à la probité, à l'innocence et à la foi d'*Erasme*. Mais cet écrivain trop vieux, trop infirme et naturellement peu ambitieux, refusa ce bénéfice. Il témoigna la même indifférence pour le cardinalat, quoique d'ailleurs très-sensible à la bienveillance du souverain pontife, et à la trop bonne opinion qu'il avoit de lui. Cet homme illustre mourut à Basle, d'une dyssenterie, le 12 juillet 1536, à 69 ans. Louis Massius lui fit cette épitapée : *Fatalis series nobis invidit ERASMUM ;* *Sed desiderium tollere non potuit.* Il avoit été, durant tout le cours de sa vie, d'une complexion délicate; il fut, sur la fin de ses jours, tourmenté par la goutte et la gravelle. Sa mémoire est aussi chère à Basle, qu'il avoit illustrée en y fixant sa demeure, qu'à Rotterdam, qui jouit de la gloire de lui avoir donné le jour. Ses compatriotes, comme nous l'avons déjà dit, lui ont fait élever une statue au milieu de la grande place, avec des inscriptions honorables. Les ennemis mêmes d'*Erasme* ont avoué qu'il méritoit cette statue. Il fut le plus bel esprit et le savant le plus universel de son siècle. C'est à lui principalement qu'on doit la renaissance des belles-lettres, les premières éditions de plusieurs Pères de l'église, la saine critique. Jules Scaliger, dit le Père Bertier, s'oublia beaucoup en l'attaquant du côté de la littérature; en lui reprochant d'être le corrupteur de la pure Latinité, le destructeur de l'Eloquence, la honte des Etudes, etc. etc. Il se repentit d'avoir traité si indignement un homme qui mérita bien de son siècle et des siècles suivans. En effet, *Erasme* ranima les illustres morts de l'antiquité, et inspira le goût de leurs écrits. Il avoit formé son style sur eux. Le sien est pur, élégant, aisé; et quoiqu'un peu bigarré, il ne le cède en rien à celui des écrivains de son siècle, qui, par une pédanterie ridicule, affectoient de n'employer aucun terme qui ne fût de Cicéron. Il est un des premiers qui aient traité les matières théologiques d'une manière noble, et dégagée des vaines subtilités et des expressions barbares de l'école. Son mérite, l'indécision qu'il montra quelquefois sur certains sujets dogmatiques, la liberté avec laquelle il reprenoit les vices de son temps, l'ignorance, la superstition, le mépris de la belle littérature, l'oisiveté de certains moines, la mollesse des riches ecclésiastiques, lui firent une foule d'ennemis. La Sorbonne, poussée par son syndic *Noël Beda*, homme aussi ignorant que passionné, censura une partie de ses Ouvrages, et ne craignit point de charger son anathème des qualifications de fou, d'impie, d'ennemi de J. C., de la Vierge et des Saints. *Erasme* essuya d'autres orages, qu'il ne supporta pas avec trop de patience. Naturellement sensible à l'éloge et à la critique, il traitoit ses adversaires avec dédain et avec aigreur; mais ce grand homme se réconciliott très-facilement avec les petits écrivains, qui, après l'avoir attaqué, revenoient à lui sincèrement. Nullement envieux de la gloire des autres, il ne faisoit jamais le premier acte d'hostilité. Il eut toute sa vie une passion extrême pour l'étude; il préféra ses livres à tout, aux dignités et aux richesses. Lorsque les princes lui faisoient offrir quelque place pour se l'attacher à eux, il répondoit que les gens de lettres étoient comme les tapisseries de Flandre à grands personnages, qui ne font leur effet que lorsqu'elles sont vues de loin. Il étoit ennemi du luxe, sobre, libre dans ses sentimens, sincère, ennemi de la flatterie, bon ami et constant dans ses amitiés; en un mot, il n'étoit pas moins aimable homme, que grand homme: car, si notre siècle croit devoir lui refuser ce dernier titre, il le mérite par rapport au siècle où il naquit. Toutes ses *Œuvres* furent recueillies à Basle par le célèbre *Froben*, son ami, en 9 vol. in-fol. Les deux premiers et le quatrième sont consacrés uniquement aux ouvrages de grammaire, de rhétorique et de philosophie. On y trouve l'*Eloge de la Folie* et les *Colloques*, les deux productions d'*Erasme* les plus répandues. La première est une satire de tous les états de la vie, depuis le simple moine jusqu'au souverain pontife. Le but de l'auteur est de prouver que la folie étend son empire sur tous les hommes. Il y a quelques bonnes plaisanteries, mais beaucoup plus de froides et de forcées. L'ironie n'y est pas toujours fine; elle est souvent trop transparente. On doit porter le même jugement sur ses *Colloques*, qui ne valent ni ceux de *Lucien*, ni ceux de *Fontenelle*: on les lit plus pour la latinité, que pour le fonds des choses. Lorsque *Léon X* lut l'*Eloge de la Folie*, il dit: l'*Auteur a aussi la sienne*. Ce pontife eut le bon esprit de rire de cette satire, où les papes ne sont pas épargnés: et un grand cardinal (*Ximenès*), quoique plus sévère que *Léon X*, ne put s'empêcher de répondre à un des censeurs d'*Erasme*: *Ou faites mieux, ou laissez faire ceux à qui Dieu en a donné le talent*. Le troisième volume renferme les *Epitres*, dont plusieurs ont rapport aux affaires de l'église; le style en est agréable, aisé et naturel. Il consentit avec peine qu'on les imprimât, *de peur*, disoit-il, que les ayant écrites à ses amis, il ne fût échappé quelque chose qui pût offenser quelqu'un. Le cinquième volume des *Œuvres* d'*Erasme* contient ses *Livres de piété*, écrits avec une élégance qu'on ne trouve point dans les autres mystiques de son temps; le sixième, la *Version du Nouveau Testament*, avec les notes; le septième, ses *Paraphrases sur le Nouveau Testament*; le huitième, ses *Traductions des Ouvrages de quelques Pères Grecs*; le dernier, ses *Apologies*. On a fait en 1703 une nouvelle édition de tous ces différens ouvrages, en 11 vol. in-fol. L'*Eloge de la Folie* a été imprimé séparément, *cum notis Variorum*, 1676, in-8°, et à Paris, *Barbou*, 1765, in-12. En 1780, on a imprimé une magnifique édition de l'*Eloge de la Folie* avec les savantes notes d'*Oswald*, et les belles figures de *Jean Holbein*. Elle se trouve à Basle chez *Thorneisen*, in-8°. *Holbein* étoit ami d'*Erasme*, et il est à croire que l'auteur a fourni au peintre l'idée de plusieurs de ses dessins. On a une assez mauvaise Traduction française de cet écrit, Amsterdam, 1728, in-8° : Paris, 1751, in-8° et in-4°, figures; et une meilleure par M. de Laveau, 1782, in-8°. Les *Elzevirs* ont donné une édition de ses *Adages* en 1650, in-12; et de ses *Colloques*; 1636, in-12. Il y en a une édition *cum notis Variorum*, 1664 ou 1693, in-8°. Ils ont été platement traduits en français par *Gueudeville*, Leyde, 1720, 6 vol. in-12, fig. Ceux qui voudront connoître *Erasme* plus en détail, doivent lire l'*Histoire de sa Vie et de ses Ouvrages*, mise au jour en 1757 par M. de Burigny, en 2 vol. in-12 : cet ouvrage intéressant est proprement l'histoire littéraire de ce temps-là. On voit encore à Basle, dans un cabinet qui excite la curiosité des étrangers, son anneau, son cachet, son épée, son couteau, son poirçon, son *Testament* écrit de sa propre main, son portrait par le célèbre *Holbein*, avec une épigramme de *Théodore de Bèze* qui lui sert d'inscription.
ÉRASTE, (Thomas) médecin, né en 1524, à Bade en Suisse, enseigna avec réputation à Heidelberg, puis à Basle, où il mourut en 1583, à 59 ans. On a de lui : I. Divers *Ouvrages* de médecine, principalement contre *Paracelse*, à Basle, 1502, in-4°; il y a quatre parties. II. Des *Thèses* fameuses; Zurich 1595, in-4°. III. *Opuscula*, 1590, in-folio. IV. *Consilia*; Francfort 1508, in-fol. V. *De auro potabili*, in-8°. VI. *De Putredine*, in-4°. VII. *De Theriaea*; Lyon 1606, in-4°. VIII. Des *Thèses* contre l'*ex-communication*, et l'autorité des *Consistoires*; Amsterdam 1649, in-8°. Le médecin étoit préférable rable chez lui au controversiste mais ni l'un ni l'autre ne méritaient le premier rang.
ÉRATO, (Mythol.) l'une des neuf Muses, préside aux poésies lyriques. On la représente sous la figure d'une jeune fille enjouée, couronnée de mythes et de roses, tenant d'une main une lyre, un archet de l'autre, et ayant à côté d'elle un petit *Cupidon* ailé, avec son arc et son carquois, ou des tourterelles qui se becquettent.
ÉRATOSTHÈNE, Grec Cyrénéen, bibliothécaire d'Alexandrie, mort 194 ans avant J. C., cultiva à la fois la poésie, la grammaire, la philosophie, les mathématiques, et excella dans le premier et le dernier genre. On lui donna les noms de *Cosmographe*, d'*Arpenteur de l'Univers*, de *second Platon*. Il trouva le premier, la manière, de mesurer la grandeur de la circonférence de la terre. Sa carte géographique fut pendant longtemps l'oracle des géographes. Elle contenoit un peu plus que les états de la Grèce et les domaines d'*Alexandre*. *Strapon* dit qu'il ignoroit la véritable position de l'Espagne, de la Gaule, de la Germanie et de la Bretagne; qu'il savoit très-peu de chose sur l'Italie, les côtes de la mer Adriatique, le Pont, et tous les pays septentrionaux. Il forma le premier observatoire, et observa l'obliquité de l'écliptique. Il trouva encore une méthode pour connoître les nombres premiers, c'est-à-dire les nombres qui n'ont point de mesure commune entre eux : elle consiste à donner l'exclusion aux nombres qui n'ont pas cette propriété. On la nomma *la crible d'Eratosthène*. Ce philosophe composa aussi un Traité pour perfectionner l'analyse, et il résolut le problème de la duplication du cube, par le moyen d'un instrument composé de plusieurs planchettes mobiles. Parvenu à l'âge de 80 ans, et accablé d'infirmités, il se laissa mourir de faim. Le peu qui nous reste des ouvrages d'*Eratosthène*, a été imprimé à Oxford en 1672, un vol. in-8.º On en a deux autres éditions : dans l'*Uranologia* du P. Petau, 1630, et à Amsterdam, même format, 1703. É RATOSTRATE, *Voyez ÉROSTRATE.* I. ERCHEMBAUD ou ARCHEMBAUD, maire du palais, sous les rois *Dagobert* et *Clovis II*, gouverna, dit l'abbé de *Velly*, plus en souverain qu'en ministre. Il fut un modèle de sagesse et de fidélité. *Dagobert* au lit de la mort, lui avoit recommandé sa femme et son fils; il mérita cette marque de confiance de son maître, et fut le père des peuples; il fit rendre, à différens particuliers, ce que le fisc avoit confisqué sur eux.
II. ERCHEMBAUD DE BURBAN, comte Allemand, d'une sévérité outrée, étoit extrêmement zélé pour la justice. Pendant qu'il étoit malade et en danger de mort, un de ses neveux, fils de sa sœur, attenta à la chasteté de quelques femmes. Dès qu'il en eut connoissance, il commanda qu'on se saisit de lui et qu'on le menât au supplice. Ceux qui reçurent cet ordre, eurent compassion de ce jeune seigneur. Cinq jours après, il parut dans la chambre de son oncle, qui lui donna lui-même la mort. L'évêque qui lui administra les derniers sacrements, lui refusa l'absolution, et remporta le saint Viatique. Mais à peine étoit-il sorti de la maison, que le malade le fit appeler, et le pria de voir si la sainte hostie étoit dans le ciboire. L'évêque ne l'y trouva pas, et le comte ayant ouvert sa bouche, la lui montra sur sa langue. Ce fait arriva l'an 1220, à ce que rapporte *Cæsarius*, et plusieurs autres historiens. Nous ne les copierions pas, s'il n'étoit bon de montrer de temps en temps de quelles absurdités on remplissoit l'histoire dans les siècles d'ignorance.
ERCHEMBERT, Lombard, vivoit dans le 9e siècle. Il porta les armes dès sa première jeunesse, et fut prisonnier de guerre. Il se retira au mont-Cassin, où il embrassa la règle de St. Benoît, à l'âge d'environ vingt-cinq ans. On lui donna le gouvernement d'un monastère voisin; mais il y fut exposé à tant de traverses, qu'il se vit encore contraint de se retirer. Ce fut dans le lieu de sa retraite qu'il écrivit une *Chronique* ou *Histoire étendue des Lombards*, que l'on croit perdue; et un *Abrégé* de la même Histoire, depuis l'an 774 jusqu'en 888. C'est une espèce de supplément à *Paul*, diacre. *Antoine Caraccioli*, prêtre de l'ordre des Clercs-Réguliers, a publié cet Abrégé, qui offre quelques faits curieux, avec d'autres pièces, à Naples, en 1620, in-4.º *Camille Peregrin* l'a donné depuis au public dans son *Histoire des princes Lombards*, 1643, in-4.º
ERCILL - YA - CUNIGA, (Don Alonzo d') fils d'un jurisconsulte célèbre, étoit gentilhomme de la chambre de l'empereur *Maximilien*. Il fut élevé dans le palais de *Philippe II*, et combattit sous ses yeux à la célèbre bataille de Saint-Quentin, en 1557. Le guerrier, entraîné par le désir de connoître les pays et les hommes, parcourut la France, l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre. Ayant appris à Londres que quelques provinces du Pérou et du Chily s'étoient révoltées contre les Espagnols, leurs vainqueurs et leurs tyrans, il brûla d'aller signaler son courage sur ce nouveau théâtre. Il passa sur les frontières du Chily, dans une petite contrée montagneuse, où il soutint une guerre aussi longue que pénible contre les rebelles, qu'il défit à la fin. C'est cette guerre qui fait le sujet de son Poème de l'*Araucana*, ainsi appelé du nom de la contrée. On y remarque des pensées neuves et hardies. Le poète conquérant a mis beaucoup de chaleur dans ses batailles. Le feu de la plus belle poésie éclate dans quelques endroits. Les descriptions sont riches, quoique peu variées; mais nul plan, point d'unité dans le dessin, point de vraisemblance dans les épisodes, point de décence dans les caractères. Ce Poème, composé de plus de trente-six chants, est trop long de la moitié. L'auteur tombe dans des répétitions et dans des longueurs insupportables; enfin, il est quelquefois aussi barbare que la nation qu'il avoit combattue. L'Ouvrage de *Cuniga* fut imprimé, pour la première fois, en 1597, in-12; mais la meilleure édition est celle de Madrid, 1632, 2 volumes in-12.
ERCKERN, (Lazare) surintendant des mines de Hongrie, d'Allemagne et du Tirol, sous trois empereurs, a écrit sur la *Me-* *tallurgie* avec beaucoup d'exactitude. Son livre est en allemand; mais on l'a traduit en latin avec des notes. Il parut pour la première fois, en 1694, à Francfort, in-folio. On y trouve presque tout ce qui regarde l'art d'essayer les métaux.
ERDAVIRAH, mage Persan, fut consulté par le roi *Artaxerces*, sur le vrai sens de la doctrine de *Zoroastre*. Pour donner plus de poids à ses décisions, il feignit d'envoyer son ame au ciel pour s'informer de la vérité, et il tomba en léthargie. Quelque temps après, il parut se réveiller d'un profond sommeil, et donna au roi l'explication qu'il demandoit.
ERÈBE, (Mythol.) fils du *Chaos* et des *Ténèbres*, épousa la *Nuit*, et en eut l'*Æther* et le *Jour*. Il fut métamorphosé en fleuve et précipité dans le fond des enfers, pour avoir secouru les *Titans*. I. ÉRECHTÉE ou ÉRICTHÉE, fut un chasseur que *Minerve*, dit-on, prêt soin d'élever et de faire proclamer roi des Athéniens. Il donna son nom à la ville d'Athènes. On dit qu'il savoit tirer de l'arc avec tant d'adresse, qu'*Alcon* son fils étant entouré d'un dragon, il perça le monstre d'un coup de flèche sans blesser son enfant.
II. ÉRECTHÉE, roi d'Athènes, succéda à *Pandion* son père vers l'an 1400 avant J. C. Il partagea tous les habitans de son royaume en quatre classes, c'est-à-dire en guerriers, artisans, laboureurs et pâtres, pour éviter la confusion qui pouvoit naître du mélange des conditions. Il fut père de *Cecrops*, deuxième du dà nom, qui, après avoir été détrôné par ses neveux, se retira chez Pylas son beau-père, roi de Mégare. Ce prince régna cinquante ans. Après sa mort, il fut placé au rang des dieux, et on lui érigea un beau temple à Athènes. C'est sous son règne, que les marbres d'Arundel placent l'époque de l'enlèvement de Proserpine, et de l'institution des mystères Eleusiniens qui se célébroient en l'honneur de Cérès à Eleusis, ville de l'Attique, d'où ils furent portés à Rome par Adrien. Il falloit un noviciat de cinq ans pour y être admis. Les initiés étoient couronnés de myrte, et ne parvenoient à connoître les secrets qui leur étoient révélés, qu'après avoir subi un grand nombre d'épreuves. Les mystères duroient neuf jours, pendant lesquels les tribunaux étoient fermés, et on ne pouvoit arrêter personne. On excluoit de ces mystères, les homicides, les magiciens, les impies, parmi lesquels on comptoit les sectateurs d'Epicure. Quiconque franchissoit les limites du temple sans être initié, étoit puni de mort.
ÉRENNIEN, Voyez HÉRENNIEN.
ÉRÉSICTHON ou ÉRYSICTHON, (Mythol.) Thessalien, fils de Tryopas. Cérès, pour le punir d'avoir osé abattre une forêt qui lui étoit consacrée, lui envoya une faim si horrible, qu'il consuma tout son bien sans pouvoir la satisfaire. Réduit à la dernière misère, il vendit sa propre fille, nommée Métra. Neptune, qui avoit aimé cette fille, lui ayant accordé le pouvoir de se changer en ce qu'elle voudroit, elle échappa à son maître sous la forme d'un pêcheur. Rendue à sa figure naturelle, son père la vendit successivement à plusieurs maîtres. Elle n'étoit pas plutôt livrée à ceux qui l'avoient achetée, qu'elle se déroboit à eux en se changeant à chaque vente, en bœuf, en cerf, en oiseau, etc. etc. Malgré cette ressource pour avoir de l'argent, elle ne put jamais rassasier la faim de son père, qui mourut enfin misérablement en dévorant ses propres membres.
ÉREUTHALION, guerrier Arcadien, d'une taille et d'une force prodigieuses, avoit longtemps procuré la victoire à ses compatriotes, lorsqu'il fut tué par Nestor.
ERGAMÈNE, roi d'Éthiopie, abolit le sacerdoce dans ses états, et fit massacrer tous les prêtres de Méroé, qui avoient tenté de le faire assassiner.
ERGINUS, roi d'Orchomène après son père Clyménus, fut en guerre avec Hercule, qui le vainquit, le tua, et pilla ses états. Pindare fait un éloge magnifique d'Erginus dans une de ses Odes. Il avoit imposé aux Thébains un tribut de cent bœufs pour venger la mort de son père, que ces derniers avoient tué.
ÉRIBOTÈS, fils de T. vna, fit de grands progrès dans la médecine. Il accompagna les Argonautes dans leur expédition, et guérit Oïlée, qu'un oiseau monstrueux avoit rendu aveugle. I. ÉRIC IX. (Saint) fils de Jeswar, fut élu roi des Suédois l'an 1150. Attaqué par les Finlandois, il gagna sur eux une bataille complète, qui le rendit maître de leur pays. Le vainqueur chercha alors à leur M m 546 É R I faire quitter l'idolâtrie, et leur envoya des missionnaires Catholiques. *Eric* ne chercha pas moins à rendre ses propres sujets heureux par de bonnes institutions et la promulgation d'un code qui porte son nom. Des ennemis de sa piété et de ses vertus l'assassinèrent le jour de l'Ascension 1162. L'Eglise l'honore comme martyr. Sa *Vie* a été écrite en latin par *Israel Erland*, avec des notes de *Jean Scheffer*; Stockholm, 1675, in-8.
II. ÉRIC XIII, roi de Suède, de Danemarck et de Norwège, dut la première de ces couronnes à la reine *Marguerite*, appelée la *Sémiramis du Nord*, et obtint la seconde après la mort de cette héroïne, en 1412: *Voy*, la *Chronologie*, article *Suède*; mais il ne sut conserver ni l'une ni l'autre. Il déplut aux Suédois, parce qu'au lieu de suivre les conventions qu'il avoit confirmées par serment, il les opprimoit par ses gouverneurs. Il mécontenta de même les Danois par ses longues absences, et parce qu'il voulut rendre héréditaire la couronne qui étoit élective. Les peuples, secondés par la noblesse et le clergé, le déposèrent. *Eric* voulut se soutenir sur le trône par les armes; mais n'ayant pu s'y maintenir, il se retira l'an 1438 en Poméranie, où il passa les restes d'une vie obscure et languissante. Il y mourut vers 1449.
III. ÉRIC XIV, fils et successeur de *Gustave I*, dans le royaume de Suède, fut aussi foible et encore plus cruel qu'*Éric XIII*. Il auroit désiré de se marier avec *Elizabeth*, reine d'Angleterre, qui ne vouloit pas d'époux; mais n'espérant pas d'obtenir sa main, il partagea son trône et son lit avec la fille d'un paysan. Cette alliance indigne aliéné le cœur de ses sujets. Sa conduite, dans le gouvernement de son royaume, étoit aussi folle que ses amours. Il prit pour son ministre et pour son favori *Joram Peterson*, l'un des plus grands scélérats de la Suède, et qu'on fit mourir ensuite par le dernier supplice. Son frère *Jean*, duc de Finlande, ayant donné la main à *Catherine Jagellon*, fille du roi de Pologne, *Eric* fit enfermer les deux époux dans une dure prison, où il se rendit plusieurs fois, les menaçant de les égorger de sa propre main. Il fit tous ses efforts pour enlever à son frère sa femme, et la faire épouser au duc de Moscovie. Il poignarda quelques seigneurs dont il étoit mécontent, et fit mourir ceux qui lui représentaient que de pareilles actions étoient indignes d'un roi. Enfin, n'ayant pu réussir à dépouiller ses frères de leur apanage, il résolut de les faire assassiner dans un festin. Les princes, avertis de son dessein, prirent les armes, assiégèrent *Eric* dans Stockholm, le firent prisonnier, et l'obligèrent de renoncer à la couronne en 1568. Le monarque détrôné fut enfermé à son tour au château de Gripsholm, où l'on voit encore sur le plancher de sa chambre la trace des pas qu'il faisoit en allant sans cesse d'un coin à l'autre. *Eric* fut obligé, par ordre de son frère, de prendre du poison dont il mourut le 26 février 1577. Son fils fut obligé de se faire religieux, et il eut le revenu d'une abbaye, jusqu'à ce que le Czar lui eut fourni les moyens de vivre en prince. Il mourut en 1607. Son père n'avoit régné que huit ans, et ce fut encore trop long-temps pour le bonheur des Suédois.
IV. ÉRIC, (Pierre) naviga- teur hardi, mais cruel, obtint de la république Vénitienne le commandement d'une flotte sur la mer Adriatique. En 1584, il prit un vaisseau poussé par la tempête, où étoit la veuve de Ramadan, bacha de Tripoli. Cette femme emportoit à Cons- tantinople pour 800 mille écus de bien. Lorsqu'Eric se fut rendu maître de ce navire, et de ceux qui étoient à sa suite, il fit tuer 250 hommes qu'il y trouva, perça lui-même de son épée le fils de la veuve entre les bras de sa mère; et après avoir fait violer 40 femmes, qu'il fit couper par morceaux, il ordonna qu'on les jetât dans la mer. Cette barbarie atrocé ne demeura pas impunie. Le sénat de Venise lui fit tran- cher la tête, et fit rendre à Amurat IV, empereur des Turcs, tout le butin qu'Eric avoit fait.
ÉRICTHON, (Mythol.) fils de Vulcain et de la Terré, fut le quatrième roi d'Athènes. Après sa naissance, Minerve l'enferma dans un panier, qu'elle donna à garder aux filles de Cécrops, Aglaure, Herse et Pandrose, avec défense de l'ouvrir; mais Aglaure et Herse n'eurent aucun égard à la défense. Minerve les punit de leur curiosité, en leur inspirant une telle fureur, qu'elles se précipitèrent. Ericthon de- venu grand, et se trouvant les jambes si tortues qu'il n'osoit paroître en public, inventa les chars. Il se servit si utilement de cette nouvelle invention, où la moitié de son corps étoit cachée, qu'après sa mort il fut placé parmi les constellations, sous le nom du Charretier ou Bootès. Il succéda à Amphyction vers 1513 avant Jésus-Christ, et régna cin- quante ans. Il institua les jeux pa- nathénaïques en l'honneur de Mi- nerve: Voyez MINERVE.
ÉRIGÈNE, Voyez SCOT.
ÉRIGONE, (Mythol.) fille d'Icare, se pendit à un arbre, lorsqu'elle sut la mort de son père, que Mœra, chienne d'Icare, lui apprit en allant aboyer conti- nuellement sur le tombeau de son maître. Elle fut aimée de Bacchus, qui, pour la séduire, se transforma en grappe de raisin. Les poètes ont feint qu'elle fut changée en cette constellation qu'on appelle la Vierge. On ins- titua, en l'honneur d'Erigone, des jeux solennels pendant les- quels les jeunes filles se balan- çoient dans les airs sur une corde attachée à deux arbres; ce qui devint l'origine du jeu de l'escar- polette.
ÉRINNE, née à Lesbos, contemporaine de Sapho, com- posa des poésies, dont on pos- sède quelques fragmens dans les Carmina novem Poetarum Femi- narum; à Anvers, in-8°, 1568: On en trouve des imitations en vers françois dans le Parnasse des Dames, par M. Sauvigny. On trouve dans Stobée l'une de ses odes où elle célèbre la gloire de Rome, et dont on a donné cette traduction: « Je te salue, ô fille illustre de Mars! puissante reine, dont la tête est parée d'une cou- ronne d'or; ô Rome, dont l'empire est inébranlable sur la terre, comme l'olympe dans les cieux, à toi seule les destins ont accordé un règne ferme et durable; ils veu- lent que ta force, toujours invin- cible, donne des lois à l'univers! M m 2 Tes fers vont enchainer au loin le sein de la terre et des mers, tandis que, tranquille, tu gouvernes les villes et les peuples. Le temps qui détruit tout, n'altère point ta puissance; la fortune, qui se joue des sceptres, semble respecter les fondemens de ton trône; seule, entre toutes les villes, tu vois chaque année éclore de ton sein une riche moisson de héros pour le soutien de ton empire: ainsi la féconde Cérès couvre, tous les ans, la terre d'épis dorés pour la nourriture des hommes. »
ÉRIOCH ou ARIOCH, roi des Éliciens ou Élyméens, le même que le roi d'Élassar, qui accompagna Chodorlahomor, lorsque ce prince vint châtier les souverains de Sodôme et de Gomorrhe. Ses états étoient entre le Tigre et l'Éuphrate. Ce fut sur ses terres que se donna cette sanglante bataille entre Arphaxad, roi de Médiz, et Nabuchodonosor, roi des Chaldéens, où le premier fut tué.
ÉRIPHANIS, étoit une jeune Grecque qui aima passionnément le chasseur Ménalgue, et qui chercha à l'attendrir par des chansons: n'ayant pu y parvenir, elle mourut de désespoir. Ses chansons furent long-temps répétées, dans la Grèce, où elles faisoient les délices des ames sensibles.
ÉRIPHYLE, femme du devin Amphiaraüs, et sœur d'Adraste, roi des Argiens, reçut de Polynice un collier d'or pour lui découvrir son mari qui s'étoit caché de peur d'aller à la guerre de Thèbes, d'où il savait qu'il ne reviendroit pas. Amphiaraüs, indigné de la perfidie de sa femme, partit malgré lui; mais il recom- manda à son fils Aleméon de tuer sa mère à la première nouvelle de sa mort; ce qu'il exécuta pour venger son père.
ÉRITHRÆUS, (Janus Nitius.) Voyez: Rossi. I. ÉRIZZO, (Louis et Marc-Antoine,) deux frères d'une des plus anciennes familles de Venise, firent assassiner, en 1546, un sénateur de Ravenne, leur oncle, pour jouir plutôt de ses biens. Le sénat ayant promis un pardon absolu, avec 2000 écus de récompense à celui qui découvriroit cet assassinat, un soldat, leur complice, les dénonça. Louis fut décapité, et Marc-Antoine mourut en prison —Paul Érizzo, de la même famille, avoit perdu la vie d'une manière plus glorieuse, en 1469. Il étoit gouverneur de Négrepont. Après avoir fait une vigoureuse résistance, il se rendit aux Turcs, sous promesse qu'on lui conserveroit la vie. L'empereur Mahomet II, sans avoir aucun égard à la capitulation, le fit scier en deux, et trancha lui-même la tête à Anne, fille de cet illustre malheureux, parce qu'elle n'avoit pas voulu condescendre à ses désirs.
II. ÉRIZZO, (Sébastien) noble Vénitien, mort en 1585, se fit un nom par plusieurs ouvrages de littérature. Il s'adonna aussi à la science numismatique, et a laissé un Traité en Italien sur les Médailles: la meilleure édition de cet ouvrage assez estimé, est celle de Venise, in-4°, dont les exemplaires, pour la plupart, sont sans date, mais dont quelques-uns portent celle de 1571. On a encore de lui: I. Des Nouvelles en six journées, Venise, 1567, in-4° II. Trattato della via inventrice e dell'instru- mento de gli Antichi, Venise, 1554, in-4.
ERKIVINS, de Steinbach, architecte, mort en 1305, fit bâtir la cathédrale de Strasbourg sur ses dessins; il ne put voir la fin de cet édifice qu'il avoit dirigé pendant 28 ans. Cette Eglise est l'une des plus belles dans le genre gothique qui soit en France. Les ornemens y sont si multipliés qu'on la prendroit pour une dé- coupure. Dans son intérieur, on voit la statue de l'architecte, près du pilastre d'une croisée. Voyez HILTY. I. ERLACH, (Jean-Louis) naquit à Berne, d'une maison de Suisse, très-distinguée par son ancienneté et par les grands hommes qu'elle a produits, et la première des six familles no- bles de Berne. Il porta les armes de bonne heure au service de la France, et se signala en di- verses occasions. Sa valeur et ses exploits furent récompensés par les titres de lieutenant-géné- ral des armées de France, de gouverneur de Brisach, de colo- nel de plusieurs régimens d'in- fanterie et de cavalerie Alle- mande. Louis XIII dut à sa bra- voure l'acquisition de Brisach en 1639; et Louis XIV, en partie, la victoire de Lens en 1648, et la conservation de son armée en 1649. Ce prince lui confia cette année le commandement général de ses troupes, lors de la dé- fection du vicomte de Turenne. D'Erlach mourut à Brisach l'an- née d'après, à 55 ans. Peu de temps avant sa mort, le roi l'a- voit nommé son premier pléni- potentiaire au congrès de Nu- remberg, et il se préparoit à récompenser les services de ce général par les honneurs mili- taires les plus distingués, lors- qu'on apprit qu'une mort préci- pitée avoit abrégé ses jours. D'Erlach étoit un homme de tête et de main, également capable de conduire une armée et une négociation.
II. ERLACH D'HINDELBANCK, (N.) né d'une famille illustre et ancienne de Suisse, passa en France où il fut élevé au grade de maréchal de camp. Retiré dans sa patrie au moment de la révolution Françoise, on lui confia le commandement en chef de l'armée Suisse, lorsque les François pénétrèrent dans cette contrée en 1798. On le somma de rendre Morat; il répondit: « Mes ancêtres ne se rendi- rent jamais. Fussé-je assez lâche pour y songer, le suaire de Mo- rat, ce monument de valeur que nous avons sous les yeux, m'ar- réteroit. » Les succès ne répon- dirent point au courage de ce Général; repoussé de poste en poste, l'insurrection se mit dans ses troupes, et il fut massacré par elles, après avoir exposé ses jours pour les défendre.
ERMENGARDE, Voyez EN- GELBERGE.
ERMENGAUD, (Maître) né à Beziers, écrivain et poète du 13e siècle, a laissé un in-fol. ma- nuscrit, intitulé Bréviaire d'a- mour: il y a peu d'esprit, mais quelque érudition.
ERNEST, Voy. II. MANSFELD.
ERP, (Henriette d') savante Hollandaise, écrivit en 1503 les Annales du convent dont elle étoit abbesse, à Utrecht. I. EROPE, (Arope) femme d'Atrée, succomba aux sollicita- M m 3 550 ÉRO tions de *Thyeste* son beau-frère. Elle en eut deux enfans, qu'*Atrée* fit manger dans un festin à leur propre mère.
II. ÉROPE, (*Éropus*) fils de *Philippe I*, roi de Macédoine, monta sur le trône étant encore enfant. Les Illyriens, voulant profiter de cette minorité, attaquèrent et désirent les Macédoiniens: mais ceux-ci ayant porté le jeune roi à la tête de l'armée, ce spectacle ranima tellement les soldats, qu'ils vainquirent à leur tour, vers l'an 598 avant J. C. Ce prince régna environ 35 ans, avec assez de gloire.
ÉROS, affranchi de *Marc-Antoine* le triumvir: *Voyez*, dans cet article, le trait de magnanimité et d'attachement par lequel il termina sa vie.
ÉROSTRATE ou ÉRATOSTRATE, homme obscur d'Éphèse, voulant rendre son nom célèbre dans la postérité, brûla le Temple de *Diane*, l'une des sept merveilles du monde, l'an 356 avant J. C., la nuit même où naquit *Alexandre le Grand*. Les juges Éphésiens firent une loi qui défendoit de prononcer son nom. Cette loi singulière, loin de produire un tel effet, servit l'intention du scélérat: ce fut un moyen de répandre et de perpétuer sa mémoire.
ERPENIUS ou d'ERP, (*Thomas*) né à Gorcum en Hollande l'an 1584, mort professeur d'Arabe dans l'université de Leyde, en 1624, à 40 ans, laissa plusieurs ouvrages sur l'Arabe et sur l'Hébreu, dans lesquels on remarque une profonde connoissance de ces deux langues. Sa *Grammaire Arabe*, Leyde, 1636, 1656, 1748, in-4°, est estimée. Pour la publier, il établit chez lui une imprimerie. C'étoit un homme laborieux, d'un esprit vif, d'une mémoire étendue, attaché à ses livres et à sa patrie, qui refusa toutes les offres qu'on lui fit pour l'attirer en Espagne et en Angleterre. *Voy. ELMACIN.*
ERRARD de Bar-le-Duc, ingénieur, crut avoir trouvé une meilleure manière de fortifier les places; mais elle fut rejetée par les maîtres de l'art, et négligée dans l'exécution par l'inventeur même. On a de lui un livre sur la *Fortification*, Francfort, 1604, in-folio. I. ÉRYCEIRA, (*Fernand DE MENESES*, comte d') naquit à Lisbonne en 1614. Après avoir puisé, dans ses premières études, le goût de la bonne littérature, il alla prendre des leçons de l'art militaire en Italie. De retour dans sa patrie, il fut successivement gouverneur de Péniche, de Tanger, conseiller de guerre, gentil-homme de la chambre de l'enfant Don *l'Èdre*, et conseiller d'état. Au milieu des occupations de ces diverses places, le comte d'*Éryceira* trouvoit des momens à donner à la lecture et à la composition. On peut consulter le *Journal étranger* de 1757, sur ses nombreux ouvrages. Les principaux sont: I. *L'Histoire de Tanger*, imprimée in-fol., en 1723. II. *L'Histoire de Portugal*, depuis 1640 jusqu'en 1657, en 2 vol. in-fol. III. *La Vie de Jean I*, roi de Portugal. Ces différens livres sont utiles pour la connoissance de l'histoire de son pays.
II. ÉRYCEIRA, (*François-Xavier DE MENESES*, comte d') arrière-petit-fils du précédent et héritier de la fécondité de son bisaleul, naquit à Lisbonne en 1673. Il porta les armes avec distinction, et obtint, en 1735, le titre de mestre de camp général et de conseiller de guerre. Il mourut en 1743, à 70 ans, membre de l'académie de Lisbonne, de celle des Arcades de Rome, et de la société royale de Londres. Il n'étoit pas grand seigneur avec les savans; il n'étoit qu'homme de lettres, aisé, poli, communicatif. Le pape Benoit XIII l'honora d'un bref: le roi de France lui fit présent du Catalogne de sa Bibliothèque, et de 21 volumes d'estampes. L'académie de Pétersbourg lui adressoit ses Mémoires; une partie des écrivains de France, d'Angleterre, d'Italie, etc. lui faisoient hommage de leurs écrits. Ses ancêtres lui avoient laissé une bibliothèque choisie et nombreuse, qu'il augmenta de 15,000 volumes et de 1000 manuscrits. Sa carrière littéraire a été remplie par plus de cent ouvrages différents. Les plus connus en France sont: I. Mémoires sur la valeur des monnoies de Portugal, depuis le commencement de la Monarchie, in-4°, 1738. II. Réflexions sur les Etudes Académiques. III. 58 Parallèles d'Hommes, et 12 de Femmes illustres. IV. La Henriade, Poème héroïque, avec des observations sur les règles du Poème épique, in-4°, 1741. Parmi ses manuscrits, on trouve des éclaircissemens sur le nombre de xxii, à l'occasion de 22 sortes de monnoies Romaines offertes au roi, et déterrées à Lisbonne le 22 octobre 1711, auquel jour ce prince avoit 22 ans accomplis. L'auteur, par autant de dissertations, prouve que le nombre xxii est le plus parfait de tous. De pareilles puérilités se trou- vent quelquefois dans les têtes les plus saines.
ÉRYNNIS, (Mythol.) l'une des furies, quitta le ciel qu'elle troubloit par ses fureurs, et se réfugia près de l'Achéron. Elle tenoit un flambeau d'une main, et de l'autre, un scrutin où les juges avoient coutume de déposer leurs suffrages.
ÉRYPHILE, Voy. ÉRIPHILE.
ÉRYTHRAS, fils de Persée et d'Andromède, donna son nom à la mer Érythrée, maintenant la mer Rouge, parce qu'il régna sur ses côtes et s'y noya.
ÉRYTROPHILE. (Rupert) théologien du XVIIe siècle, et ministre à Hanover, est auteur d'un Commentaire méthodique sur l'histoire de la Passion. On a encore de lui, Caténæ aurcæ in Harmoniam Evangelicam, in-4°
ÉRYTHRUS, fils de Rhoda-manthe, conduisit une colonie dans l'Ionie, et y fonda la ville d'Érythrès.
ÉRYX, (Mythol.) fils de Butès et de Vénus. Fier de sa force prodigieuse, il luttoit contre les passans, et les terrassoit; mais il fut tué par Hercule, et enterré dans le temple qu'il avoit dédié à Vénus sa mère.—Il y avoit une montagne de ce nom, aujourd'hui Catalfano, célèbre par le plus ancien temple de Vénus Erysine en Sicile.
ÉSAQUE, (Mythol.) fils de Priam et d'Alyxothos, aima tellement la Nymphe Hespérie, qu'il quitta Troie pour la suivre. Sa maîtresse ayant été mordue d'un serpent, mourut de sa blessure. Esaque, de désespoir, se précipita dans la mer: mais Thétis le métamorphosa en plongeon. M m 4 552 E S C
ESAU, fils d'Isaac et de Rebecca, né l'an 1836 avant J. C., vendit, pour un plat de lentilles, à Jacob son frère jumeau, son droit d'ameuse, à 40 ans, et se maria à des Cananéennes contre la volonté de son père. Ce respectable vieillard lui ayant ordonné d'aller à la chasse pour lui apporter de quoi manger, il lui promit sa bénédiction; mais Jacob la reçut à sa place, par l'adresse de sa mère. Les deux frères furent dès-lors brouillés irréconciliablement. Jacob se retira chez son oncle Lalan, et après une longue absence, ils s'accommodèrent. Esau mourut à Seïr en Idumée, l'an 1710 avant J. C., âgé de 127 ans, laissant une postérité très-nombreuse.
ESCAILLE, Voy. LESCAILLE.
ESCALE, (Mastin de l') d'une famille que Villani fait descendre d'un faiseur d'échelles nommé Jacques Fico, fut élu, en 1259, podestat de Vérone, ou ses parens tenoient un rang distingué. On lui donna ensuite le titre de capitaine perpétuel, et il fut dès-lors comme souverain. Mais, quoiqu'il gouvernât ce petit état avec beaucoup de prudence, son grand pouvoir souleva contre lui les plus riches habitans. Il fut assassiné en 1273. Ses descendants conservèrent et augmentèrent même l'autorité qu'il avoit acquise dans Vérone. Mastin III de l'Escale, génie remuant et ambitieux, ajouta non-seulement Vicence et Bresce à son domaine de Vérone; mais il dépouilla les Carrare de Padoue, dont il fit Albert son frère, gouverneur. Celui-ci, livré à la débauche, vexa ses sujets, et enleva la femme d'un des Carrere dépossédés, qui, sachant dissimu- ler à propos, flattèrent l'orgueil de l'un et l'autre frères. Mastin, le plus entreprenant des deux, ne tarda pas de s'attirer la haine des Vénitiens en faisant faire du sel dans les Lagunes. Ces fiers républicains, jaloux de ce droit qu'ils vouloient rendre exclusif, firent la guerre aux l'Escale, rendirent Padoue aux Carrare, s'emparèrent de la Marche Trevisane, et enfermèrent Mastin, en 1339, dans son petit état de Vérone et de Vicence. Ce tyran subalterne avoit commis dans le cours de la guerre des cruautés inouies. Barthélemi de l'Escale, évêque de Vérone, ayant été soupçonné de vouloir livrer cette ville aux Vénitiens, Mastin son cousin, le tua sur la porte de son palais épiscopal, le 28 août 1338. Le pape ayant appris ce meurtre, soumit à une pénitence publique Mastin, qui, après l'avoir subie, jouit paisiblement du Véronois. Mais en 1387, il fut enlevé à sa famille. Antoine de l'Escale, homme courageux, mais cruel, souillé du meurtre de son frère Barthélemi, se ligua avec les Vénitiens pour faire la guerre aux Carrare. Son bonheur et ses succès alarmèrent le duc de Milan, qui s'empara, en 1387, de Vérone et de Vicence. Antoine, réduit à l'état de simple particulier, obtint un asile et le titre de noble à Venise. Mastin III avoit eu un fils appelé Can le Grand; et ce fils un bâtard, nommé Guillaume, héritier de sa valeur et de son ambition. Celui-ci, secondé par François Carrare, seigneur de Padoue, se remit en possession de Vérone et de Vicence, en 1403. Son pouvoir commençoit à être respecté, lorsque le même Carrare, qui l'avoit aidé à reprendre l'autorité de ses ancêtres, l'empoisonna pendant le cours d'une Visite qu'il lui avoit faite, sous prétexte de lui aller faire compli- ment. Cette perfidie fut un crime inutile. Les Vicentins et les Vé- ronois, ne voulant pas recon- noître ce scélérat, et las d'être disputés par de petits tyrans, se donnèrent à la république de Ve- nise en 1406. *Brunoro de l'Escale*, dernier rejeton de cette famille ambitieuse, tenta en vain, en 1410, de rentrer dans Vérone; il échoia contre les forces Véniti- nnes. Les *Scaliger*, qui por- tèrent dans la république des lettres, le ton d'insolence et de hauteur que les *l'Escale* avoient à Vérone, prétendoient être des- cendus d'eux; mais on leur prouva que leur vanité se fondoit sur des chimères.
ESCALIN, *Voy. GARDE* (An- toine ISCALIN, et non ESCALIN, baron de la).
ESCALQUENS, (Guillaume) capitoul de Toulouse en 1326, a rendu son nom remarquable dans l'histoire par une pieuse co- médie. Étant en parfaite santé, il se fit faire un service solennel dans l'église des Dominicains de cette ville, où se trouvèrent les capitouls ses collègues, avec un grand nombre d'autres invités à cette cérémonie extraordinaire. La représentation ne pouvoit être plus naturelle; car il étoit lui- même étendu dans un cercueil, les mains jointes, et environné de quarante torches allumées. La messe finie, on fit les encense- mens autour du faux mort, avec les prières ordinaires. Il ne res- toit qu'à le mettre en terre; mais son zèle ne s'étendoit pas jusque là. On l'alla donc poser derrière le grand autel, d'où il se retira peu de temps après. Ensuite, ayant quitté cet habillement mor- tuare pour reprendre sa robe de capitoul, il retourna chez lui, accompagné de ses collègues et des autres invités, qu'il retint à dîner. On porta divers jugemens de cette action: les uns la trai- toient de superstition: les autres la trouvoient pieuse, et capable d'exciter vivement dans l'ame le souvenir de la mort. L'archevêque étoit alors absent de Toulouse. A son retour, il assembla un con- cile provincial dans son palais. La question fut agitée pendant trois séances, par les évêques suf- fragans et les abbés de la pro- vince; et l'on y fit un décret qui défendoit à tous les fidelles dans l'étendue de cet archevêché, d'i- miter une semblable cérémonie, sous peine d'excommunication. Cependant *Charles-Quint* la re- nouvela en Espagne deux cents ans après.
ESCANDER, *Émir, ou MIR- ISCANDER*, fils de *Cara-Joseph*, fut le second sultan de la dynastie du Mouton noir parmi les Tur- comans. Il signala son avènement à l'empire par le meurtre de son frère *Abasaid*, et continua son règne au milieu de la férocité et des crimes. Défait par *Scharok*, fils de *Tamerlan*, il est assiégé dans le château d'Alenglak, et assassiné par son propre fils *Scha- Cohad* qui, au prix de son sang, fit la paix avec le vainqueur, l'an de l'hégire 839. — Un autre *Es- CANDER* surnommé *Galali*, prince de Mazandaran, province de Perse qui est l'ancienne Hyrcanie, fut l'un des premiers émirs qui se soumit à *Tamerlan*, lorsque ce conquérant envahit la Perse.
ESCARBOT, *Voyez LES- CARBOT*.
ESCAS, (Amanieu des) Trout- badour du 13e siècle, nous a laissé des *Instructions* à un *Damoiseau* et à une *Damoiselle* sur l'art de se bien conduire dans le monde. *Amanieu* étoit fort attaché à *Jacques II*, roi d'Aragon, et qui posséda quelque temps la Sicile, malgré les efforts de *Charles d'Anjou* protégé par la cour de Rome. Les poécies de ce troubadour sont semées de proverbes. On en peut recueillir ceux-ci : N'est pas faveur, le baiser donné à celui qui dort. — Tel croit se chauffer, qui se brûle. — Souffrance est pire que mort. — Ami vaut mieux que tour fortifiée.
ESCHASSIER, *Voy. lettre L.* I. ESCHINE, célèbre orateur Grec, naquit à Athènes l'an 397 avant J. C., 3 ans après la mort de *Socrate*, et 16 avant la naissance de *Démosthène*. Si l'on ajoute foi à ce qu'il dit de lui-même, il étoit d'une naissance distinguée, et il avoit porté les armes avec éclat ; et si l'on adopte le récit de *Démosthène*, *Eschine* étoit le fils d'une courtisane : il aidoit sa mère à initier les novices dans les mystères de *Bacchus*, et convoit les rues avec eux : il fut ensuite greffier d'un petit juge de village ; et depuis il joua les troisièmes rôles dans une bande de comédiens, qui le chassèrent de leur troupe. Ces deux récits sont fort différens ; mais ils servent à prouver que, dans tous les temps, les gens de lettres ont été jaloux les uns des autres, et que cette jalousie a produit, dans les siècles passés, comme dans le siècle présent, des injures et des personnalités révoltantes. Quoi qu'il en soit, *Eschine* ne fit éclater ses talens que dans un âge assez avancé. Ses déclamations contre *Philippe*, roi de Macédoine, commencèrent à le faire connoître. On le dépuffa à ce prince ; et le déclamateur emporté, gagné par l'argent du monarque, devint le plus doux des hommes. *Démosthène* le poursuivit comme prévaricateur, et *Eschine* auroit succombé sans le crédit d'*Eubulus*. Le peuple ayant voulu quelque temps après décerner une couronne d'or à son rival, *Eschine* s'y opposa, et accusa dans les formes *Ctésiphon*, qui avoit le premier proposé de la lui donner. Les deux orateurs prononcèrent en cette occasion deux discours, qu'on auroit pu appeler deux chefs-d'œuvres, s'ils ne les avoient encore plus chargés d'injures que de traits d'éloquence. *Eschine* succomba ; il fut exilé. Le vainqueur usa bien de sa victoire. Au moment qu'*Eschine* sortit d'Athènes, *Démosthène*, la bourse à la main, courut après lui, et l'obligea d'accepter de l'argent. *Eschine*, sensible à ce procédé, s'écria : *Comment ne regretterois-je pas une patrie où je laisse un ennemi si généreux, que je désespère de rencontrer ailleurs des amis qui lui ressemblent ? Eschine* alla s'établir à Rhodes, et y ouvrit une école d'éloquence. Il commença ses leçons par lire à ses auditeurs les deux harangues qui avoient causé son bannissement. On donna de grands éloges à la sienne ; mais quand il vint à celle de *Démosthène*, les battemens et les acclamations redoublèrent ; et ce fut alors qu'il dit ce mot, si beau dans la bouche d'un ennemi : « *Eh ! que seroit-ce donc, si vous l'aviez entendu tonner lui-même ?* » *Eschine* se dégoûta du métier de rhéteur, et passa à Samos où il mourut peu de temps après, à 75 ans. Les Grecs avoient donné le nom des Graces à trois de ses harangues, et ceux des Muses à neuf de ses épîtres. Ces trois discours sont les seuls qui nous restent. *Eschine*, plus abondant, plus orné, plus fleuri que son rival, devoit plutôt plaire à ses auditeurs que les émouvoir; *Démosthène*, au contraire, précis, mâle, nerveux, plus occupé des choses que des mots, les étonnoit par un air de grandeur, et les terrassoit par un ton de force et de véhémence. Les *Harangues d'Eschine* ont été recueillies avec celles de *Lysias*, d'*Andocides*, d'*Isée*, de *Dinarche*, d'*Antiphon*, de *Lycurgue*, etc. par les *Aldes*, 3 vol. in-folio, 1613: cette édition est estimée. Celle de Francfort, in-folio, qui ne contient que les harangues de *Démosthène*, celle d'*Eschine*, avec le commentaire d'*Ulpien*, et les annotations de *Jérôme Wolf*, 1604, l'est encore davantage. L'abbé *Auger* a donné une *Traduction d'Eschine* avec celle de *Démosthène*, à Paris, 1789, 6 vol. in-8.
II. ESCHINE, fut un philosophe grec. On ignore le temps auquel il vivoit. Nous avons de lui des *Dialogues*, avec des notes de *le Clerc*, Amsterdam, 1711, in-8°, qui se joignent aux Auteurs *cum notis Variorum*.
III. ESCHINE, *Voyez ÆSCHINES*.
ESCHYLE, né à Athènes d'une des plus illustres familles de l'Attique, signala son courage aux journées de Marathon, de Salamine et de Platée; mais il est moins célèbre par ses combats, que par ses *Poésies dramatiques*. Il perfectionna la tragédie grecque, que *Thespis* avoit inventée. Il donna aux acteurs un masque, un habit plus décant, une chaussure plus haute, appelée *cothurne*, et les fit paroître sur des planches rassemblées pour en former un théâtre. Auparavant ils jouoient sur un tombereau ambulant, comme quelques-uns de nos comédiens de campagne. *Eschyle* régna sur le théâtre, jusqu'à ce que *Sophocle* lui disputa le prix et l'emporta. Ce vieillard ne put soutenir l'affront d'avoir été vaincu par un jeune homme. Il se retira à la cour d'*Hiéron*, roi de Syracuse, le plus ardent protecteur qu'eussent alors les lettres. On raconte qu'il perdit la vie par un accident très-singulier. Un jour qu'il dormoit à la campagne, un aigle laissa tomber, dit-on, une tortue sur sa tête chauve, qu'il prenoit pour la pointe d'un rocher. Le poète mourut du coup, vers l'an 477 avant J. C. C'est du moins ce que rapportent tous les historiens, et ce qu'on est forcé de répéter après eux, de peur que cet article parût tronqué à ceux qui se repaissent de petits contes, presque toujours fabuleux. Il nous paroît que l'aigle a la vue trop perçante, pour ne pas distinguer la tête d'un homme, de la pointe d'un rocher. *Elien* rapporte que ce poète avoit été cité en jugement, parce qu'il avoit, dans une de ses tragédies, lancé des traits envenimés contre les mystères de *Cérès*. On alloit le condamner comme impie envers les Dieux, lorsqu'*Aminias* son frère, qui avoit pris sa défense, retroussa sa manche pour découvrir un bras mutilé au service de la république. Il rappela en même temps les actions de bravoure d'*Eschyle*: la mémoire des journées où les deux frères s'étoient distingués, et la tendresse qu'ils se témoignèrent, touchèrent les juges, qui n'osèrent prononcer un jugement. De 97 pièces qu'*Eschyle* avoit compo- 516 E S C sées, il ne nous en reste plus que sept : Prométhée, les Sept devant Thèbes, les Perses, Agamemnon, les Euménides, les Suppliantes, les Cœphores... Eschyle a de l'élévation et de l'énergie, mais elle dégénère souvent en enllure et en rudesse. Ses tableaux offrent de grands traits, et des images trop peu choisies : ses fictions sont hors de la nature, ses personnages monstrueux. Il écrivait en énergumène, en homme ivre : c'est ce qui fit penser qu'il puisait moins à la fontaine du Dieu des vers, qu'à celle du Dieu du vin. La représentation de ses Euménides étoit si terrible, que l'effroi qu'elle causa fit mourir des enfans et blesser des femmes enceintes. M. de la Harpe a mis en vers françois plusieurs morceaux choisis de ses pièces. Les meilleures éditions de ses tragédies sont : celles de Henri Etienne, 1557, in-4°, et de Londres, in-folio, 1663, par Stanley, avec des scolies grecques, une version latine et des commentaires pleins d'érudition. Celle de Paw, la Haye 1745, 2 vol. in-4°, est moins estimée; mais celle de Glasgow, 1746, 2 vol. in-8°, est précieuse pour la beauté de l'exécution. On en a imprimé une traduction françoise, élégante et fidelle, Paris, 1770, in-8°, par M. le Franc de Pompignan, de l'académie Françoise. I. ESCOBAR, (Barthélemi) pieux et savant Jésuite, né à Séville, en 1558, d'une famille noble et ancienne, avoit de grands biens qu'il employa tous en œuvres de charité. Son zèle le conduisit aux Indes, où il prit l'habit de religieux. Il mourut à Lima en 1624, à 66 ans. On a de lui : I. Conciones Quadrage- simales et de Adventu, in-fol. II. De festis Domini. III. Sermones de Historiis sacra Scriptura. Ses ouvrages ne sont guère connus qu'en Espagne.
II. ESCOBAR, (Marine d') née à Valladolid en 1554, morte saintement le 9 juin 1633, à 79 ans, est la fondatrice de la Réconciliation de Sainte-Brigitte en Espagne. Le P. Dupont, son confesseur, laissa des Mémoires sur sa vie, qu'on fit imprimer avec un titre pompeux, in-fol. Ce livre est devenu très-rare, et je ne sais si c'est un mal.
III. ESCOBAR, (Antoine) surnommé de Mendoza, Jésuite Espagnol, et fameux casuiste, mort le 4 juillet 1669, à 80 ans, est auteur de plusieurs ouvrages de théologie, dans lesquels il applanit le chemin du salut. Ses principes de morale ont été tournés en ridicule par l'ingénieux Pascal : ils sont commodes; mais l'évangile proscrit ce qui est comode. Ses livres les plus connus sont : sa Théologie morale, Lyon 1663, 7 tom. in-folio, et ses Commentaires sur l'Écriture-Sainte, Lyon 1667, 9 tomes in-folio.
ESCOT, Voyez LESCOT. I. ESCOUBLEAU, (François d') cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, étoit fils de François d'Escoubleau, marquis d'Alfue, d'une maison noble et ancienne. Il mérita la pourpre par les services que sa famille avoit rendus à Henri IV, et surtout par ses vertus et sa piété. Léon XI, Paul V, Clément VIII, Grégoire XV, Urbain VIII, lui donnèrent des marques distinguées de leur amitié et de leur estime, dans les différens voyages qu'il fit à Rome. Le cardinal de Sourdis convoqua en 1624 un concile provincial. Les ordonnances et les actes de ce synode, sont un témoignage du zèle dont il étoit animé pour la discipline ecclésiastique. Il mourut le 8 février 1586, à 53 ans.
II. ESCOUBLEAU, (Henri d') frère du précédent, son successeur dans l'archevêché de Bordeaux, avoit moins de goût pour les vertus épiscopales que pour la vie de courtisan et de guerrier. Il suivit Louis XIII au siège de la Rochelle, et le comte d'Harcourt à celui des isles de Lérins, qu'il reprit sur les Espagnols. Ce prélat étoit d'un caractère hautain et impérieux. Le duc d'Epernon, gouverneur de Guienne, homme aussi fier que l'archevêque de Bordeaux, eut un différend très-vif avec lui. Le duc s'emporta jusqu'à le frapper. Le cardinal de Richelieu, ennemi de d'Epernon, prit cette affaire fort à cœur; mais Cospéan, évêque de Lisieux, ramena l'esprit du cardinal, en lui disant : Monseigneur, si le Diable étoit capable de faire à DIEU les satisfactions que le Duc d'Epernon offre à l'archevêque de Bordeaux, DIEU lui feroit miséricorde. Ce différend fut terminé bientôt après, mais d'une manière bien humiliante pour l'orgueilleux d'Epernon, qui fut obligé d'écrire la lettre la plus soumise à l'archevêque, et de se mettre à genoux devant lui, pour écouter avec grand respect la réprimande sévère qu'il lui fit avant de lever l'excommunication. Voy. I. VALETTE. Sourdis mourut en 1645, après avoir donné plusieurs scènes odieuses ou ridicules. Voy. aussi HOSPITAL, n° III.
ESCULAPE, (Mythol.) fils d'Apollon et de la nymphe Co- ranis. Ovide dit que ce Dieu informé qu'elle aimoit le jeune Iphys, en fut si outré, que sans considérer sa grossesse, il la perça d'une flèche et la tua. Il s'en repentit aussitôt, mais il ne put lui rendre la vie. Pendant qu'on se disposoit à la mettre sur le bûcher, il tira promptement de son sein le petit Esculape, et le donna à élever à Chiron le Centaure, qui lui apprit tous les secrets de la médecine. Il y fit de si grands progrès, que dans la suite il fut honoré comme le Dieu de l'art médical. Jupiter irrité contre lui de ce qu'il avoit rendu la vie au malheureux Hypolite, par la force des remèdes, le foudroya. Apollon pleura amèrement la perte de son fils : Jupiter, pour l'en consoler, plaça Esculape dans le ciel, où il forme la constellation du Serpentaire. Les plus habiles médecins de l'antiquité ont passé pour les fils d'Esculape. Ce Dieu fut principalement honoré à Epidaure, ville du Péloponèse, où on lui éleva un temple magnifique. Ce fut aux habitans de cette ville que les Romains, dans une peste qui ravageoit Rome, envoyèrent des députés pour leur demander la statue de ce Dieu, afin de l'apporter à Rome. N'ayant pu l'obtenir des Epidauriens, ils étoient sur le point de remettre à la voile, lorsqu'ils virent entrer dans leur vaisseau un grand serpent, qu'ils prirent pour le dieu Esculape, et qu'ils emmenèrent avec eux. Quand ils furent arrivés à l'embouchure du Tibre, le serpent sortit du vaisseau et s'en alla dans l'isle formée par les deux bras de ce fleuve, que l'on appela Sacrée, parce qu'on y bâtit un temple en l'honneur de ce Dieu, où il étoit repré- 558 E S C senté sous la figure d'un serpent. On lui offroit des œufs, et on lui immoloit des poules et des coqs. *Esculape* eut deux fils, *Machaon* et *Podalire*, qui se rendirent célèbres dans l'art de guérir toutes les maladies. Il eut aussi trois filles, *Hygie*, *Eglise* et *Panacée*. *Cicéron* compte plusieurs *Esculape*, dont l'un avoit inventé la sonde et la manière de bander les plaies; et un autre, l'usage des purgations et l'art d'arracher les dents. On le représentait tenant un bâton entorillé d'un serpent, la tête couronnée de lauriers, et ayant quelquefois un chien, un coq ou une tortue à ses pieds. I. ESCURE, (Hugues de l') troubadour Provençal, vécut à la cour d'*Alphonse X* roi de Castille, dans le 13$^{e}$ siècle. S'il avoit des talens, on peut juger du moins par cette citation qu'il n'étoit pas modeste : « Je ne le cède point à *Pierre Vidal* pour la beauté de l'expression; à *Albertet de Savoie*, pour le bien-dire; à *Perdigon*, pour faire des sonnets véhémens; à *Arnaud Romieu*, pour les chansons plaisantes; à *Péguilain*, pour les chansons libres; à *Fonsalada*, pour se vanter; à *Pélardit*, pour contrefaire les gens; ni à *Galaubet*, pour bien veiller. J'en sais tant que je ne les crains pas. »
II. ESCURE, (N. de l') devint à 24 ans l'un des généraux de la Vendée, après avoir été délivré par *Stofflet* des prisons de Bressuire où il étoit détenu depuis long-temps. Le 25 septembre 1793, se trouvant devant Thouars avec une petite armée de cinq mille hommes, il osa attaquer une armée républicaine de plus de vingt mille, enfonça le centre, et poursuivir les fuyards jusques sous le canon de la place. Blessé à la tête, à la bataille de Chollet, il périt de sa blessure. Au milieu des horreurs de la guerre, suivant un historien moderne, l'amour de son pays anima toujours l'*Escure*, et il sut conserver un cœur François. Avant de passer la Loire, les Vendéens vouloient user de représailles, et fusiller tous les républicains tombés en leur pouvoir; l'*Escure* mourant apprend cette nouvelle : *Point de barbarie*, s'écria-t-il; nos prisonniers ne sont-ils pas des François, et jusqu'à mon dernier instant je défendrai qu'on les massacre. D'après les mêmes sentimens, jamais ce chef brave et généreux ne voulut consentir à traiter personnellement avec les Anglois.
ÉSDRAS, fils de *Saraïas*, souverain pontife, que *Nabuchodonosor* fit mourir, exerça la grande prêtrise pendant la captivité de Babylone. Son crédit auprès d'*Artaxerces-Longuemain*, fut utile à sa nation. Ce prince l'envoya à Jérusalem avec une colonie de Juifs. Il fut chargé de riches présens pour le Temple qu'on avoit commencé de rebâtir sous *Zorobabel*, et qu'il se proposoit d'achever. Arrivé à Jérusalem, l'an 467 avant J. C., il y réforma plusieurs abus. Il proscrivit sur-tout les mariages des Israélites avec des femmes étrangères, et se prépara à faire la dédicace de sa ville. Cette cérémonie ayant attiré les plus considérables de la nation, *Esdras* leur lut la *Loi de Moïse*. Les Juifs l'appellent le *Prince des Docteurs de la Loi*. C'est lui qui, suivant les conjectures communes, recueillit tous les livres canoniques, les purges des fautes qui s'y étoient glissées, et les distingués en vingt-deux livres, selon le nombre des lettres hébraïques. On croit que dans cette révision il changea l'ancienne écriture Hébraïque pour lui substituer le caractère Hébreu moderne, qui est le même que le Chaldéen. Les rabbins ajoutent qu'il institua une école à Jérusalem, et qu'il établit des interprètes des Écritures pour en expliquer les difficultés, et pour empêcher qu'elles ne fussent altérées. Nous avons *IV Livres* sous le nom d'*Esdras*; mais il n'y a que les deux premiers qui soient reconnus pour canoniques dans l'Eglise Latine. Le premier est constamment d'*Esdras*, qui y parle souvent en première personne. Il contient l'histoire de la délivrance des Juifs, sortis de la captivité de Babylone, depuis la première année de la monarchie de *Cyrus*, jusqu'à la vingtième du règne d'*Artaxerces-Longuemain*, durant l'espace de quatre vingt-deux ans. Le second, dont *Néhémie* est l'auteur, en contient une suite, l'espace de trente-un ans. Parmi les livres apocryphes de l'Ancien-Testament, on trouve deux autres livres sous le nom d'*Esdras*. Le premier qui porte le titre du troisième, n'est guère qu'une répétition des deux autres avec quelques additions. Dans le dernier, on trouve plusieurs erreurs parmi beaucoup de songes et de visions. L'auteur de ce quatrième livre dit qu'au jour du jugement, il n'y aura ni premier ni dernier; que toutes les ames recevront ensemble la béatitude; que les ames des Saints sont détenues en enfer jusqu'à ce que le nombre des Elus soit rempli, etc. etc. Il raconte qu'au commencement du monde, Dieu créa deux animaux d'une grandeur monstrueuse, l'un nommé *Henoch* et l'autre *Léviathan*. Comme ils ne pouvoient être ensemble dans la septième partie de la terre, Dieu mit *Henoch* dans une grande contrée où il y a sept mille montagnes; et il plaça *Léviathan* dans la mer, où il le garde pour en faire quelque jour un festin à ses Elus: conte puisé dans la tradition des rabbins.
ÉSÉCHIAS, *Voy. ÉZÉCHIAS.*
ESFARAINI, docteur Musulman, dont le veritable nom étoit *Abou-Hamed*, mais qui prit le premier parce qu'il étoit d'Esfaraini, petite ville du Korasan, fut célèbre par sa science. On voyoit d'ordinaire auprès de lui jusqu'à trois cents docteurs empressés à l'entendre, outre un nombre prodigieux de disciples. Il étoit de la secte Schaféienne, et il vint enseigner la jurisprudence à Bagdad, depuis l'an de l'Hégire 370, jusqu'à l'an 406 qu'il mourut. Ses funérailles furent magnifiques; un concours immense d'habitans en deuil y assista, et il fut enterré près de l'une des portes de la ville, nommée la porte de la guerre.—Un autre *ESFARAINI*, visir de *Mahmoud*, sultan de Perse, est célèbre chez les orientaux, par sa vertu et ses disgraces. *Khischavendi*, l'un des premiers officiers de la cour, devint son ennemi mortel, et chercha à le perdre. A force de délations secrètes, il parvint à lui ôter la confiance du sultan. *Esfaraini* lui demanda sa retraite, et *Mahmoud* la lui accorda, à condition qu'il feroit porter dans son trésor tout l'argent qu'il avoit gagné pendant son administration; bientôt il 360 ESF fixa cette restitution à la somme de cent mille dinars. Le visir recueilli tout ce qu'il avoit ramassé dans l'exercice de ses divers emplois; mais il ne put fournir la taxe. Le sultan lui annonça qu'il lui feroit grace du surplus, s'il vouloit jurer sur sa vie qu'il ne possédoit rien au-delà. *Esfaraini*, avant de prêter ce serment, demanda quelques jours encore pour faire de nouvelles recherches. Elles ne furent pas infructueuses; il découvrit que sa fille avoit caché un diamant de grand prix qu'il se fit restituer, et qu'il porta aussitôt au trésor du prince, en jurant alors qu'il avoit livré toute sa fortune. *Khischavendi*, qui faisoit la guerre aux princes Indiens, s'étoit emparé dans le pillage de leurs palais, de deux joyaux remarquables par leur beauté. Le premier étoit un poignard dont le pommeau d'un seul rubis, pesoit soixante, drachmes; l'autre étoit une tasse de turquoise, contenant deux pintes de liqueur, et qui avoit appartenu aux sultans de la race des Samanides. L'ennemi d'*Esfaraini* se servit de ces deux objets pour faire périr son rival. Il alla trouver *Mahmoud*, et lui dit que son visir avoit fait un faux serment, qu'il avoit caché des meubles précieux, et que s'il vouloit lui donner l'ordre d'en faire la recherche, il les lui apporteroit bientôt. *Khischavendi* en ayant reçu la permission du sultan, fit enfermer le visir, et présenta aussitôt au premier le poignard et la tasse, en lui disant: «voici ce que j'ai trouvé sans torture et sans question chez *Esfaraini*; vous pouvez juger combien on découvriroit d'autres objets chez ce parjure, s'il étoit permis d'em- proper la force pour lui arracher ses secrets.» Le sultan ne doutant plus des dilapidations du visir, le remit à la discrétion de son ennemi, qui le fit périr dans les tourmens.
ESON, père de *Jason*, fils de *Crêthée*, étoit frère de *Pélias* roi d'Iolchos ou de Thessalie. Parvenu à une extrême vieillesse, il fut rajeuni par *Médée*, à la prière de *Jason*, son mari. Celle-ci, dit-on, après avoir épuisé le sang du vieillard par une abondante saignée, le remplaça par le suc d'herbes aromatiques. On a cherché à expliquer cette fable par l'effet de la transfusion du sang. I. ÉSOPE, le plus ancien auteur des apologues, après *Hésiode* qui en fut l'inventeur, naquit à *Amorium*, bourg de *Phrygie*. Il fut d'abord esclave de deux philosophes, *Xanthus* et *Idmon*. Ce dernier l'affranchit. Son esclave l'avoit charmé par une philosophie assaisonnée de gaieté, et par une âme libre dans la servitude. Les philosophes de la Grèce s'étoient fait un nom par de grandes sentences enflées de grands mots; *Esope* prit un ton plus simple, et ne fut pas moins célèbre qu'eux. Il prêta un langage aux animaux et aux êtres inanimés, pour enseigner la vertu aux hommes, et les corriger de leurs vices et de leurs ridicules. Il se mit à composer des *Apologues*, qui, sous le masque de l'allégorie, et sous les agrémens de la fable, cachoient des moralités utiles et des leçons importantes. Le bruit de sa sagesse se répandit dans la Grèce et dans les pays circonvoisins. *Crêsus*, roi de *Lydie*, l'appela à sa cour, et se l'attacha par des bienfaits pour le reste de de sa vie. *Esope* s'y trouva avec *Solon*, n'y brilla pas moins que lui, et y plut davantage. *Solon*, austère au milieu d'une cour corrompue, philosophe avec des courtisans, choqua *Crésus* par une morale importune : il fut renvoyé. *Esope*, qui connoissoit à fond les hommes et les grands, lui dit : *Solon*, n'approchons point des Rois, ou disons-leur des choses agréables. — Point du tout, répondit le sévère philosophe, ne leur disons rien, ou disons-leur de bonnes choses... *Esope* quitta de temps en temps la cour de Lydie pour voyager dans la Grèce. Athènes venoit d'être mise en esclavage par le tyran *Pysistrate*, et ne supportoit le joug que fort impatiemment. Le fabuliste, témoin des murmures des Athéniens, leur raconta la fable des *Grenouilles* qui demandèrent un roi à Jupiter. *Esope* parcourut la Perse, l'Égypte, et sema partout son ingénieuse morale. Les rois de Babylone et de Memphis se firent un honneur de l'accueillir d'une manière distinguée. De retour à la cour de *Crésus*, ce prince l'envoya à Delphes pour y sacrifier à *Apollon*. Il déplut aux Delphiens par ses reproches, et sur-tout par sa fable des *Bâtons flottans*, qui de loin paroissent quelque chose, et qui de près ne sont rien. Cette comparaison injurieuse les irrita tellement, qu'ils le précipitèrent d'un rocher. *Esope*, tout philosophe qu'il étoit, ne savoit pas que, s'il faut ménager les rois, il faut aussi ne pas choquer les peuples. Toute la Grèce prit part à cette mort ; Athènes rendit hommage au mérite de l'esclave Phrygien, en lui élevant une statue. On rapporte une réponse fort sensée à *Esope* à *Chilon*, l'un des sept sages de la Grèce. Ce philosophe demandoit au fabuliste, quelle étoit l'occupation de Jupiter : — d'abaisser les choses élevées, lui répondit *Esope*, et d'élever les choses basses. Cette réponse est l'abrégé de la vie humaine, et le tableau en petit de ce qui arrive aux hommes et aux empires. C'est *Esope*, qui, pour faire entendre combien nos jours et nos plaisirs sont mêlés d'amertume, disoit que *Promethée* ayant pris de la boue pour former l'homme, la détrempa, non avec de l'eau, mais avec des larmes. Le moine *Planudes*, auteur d'un mauvais roman sur *Esope*, le peint avec les traits les plus difformes ; il lui refuse même le libre usage de la parole. Le savant *Meziriac* a assez bien prouvé, dans la *Vie* qu'il a donnée de ce philosophe, que ce portrait n'est point celui qu'ont fait les anciens, du notre fabuliste. *Planudes* auroit bien pu le copier sur lui-même : on aime à se consoler par des exemples illustres. C'est à ce moine Grec que nous devons le recueil des *Fables d'Esope*, tel que nous l'avons. Il est clair qu'il a entassé, sous le nom du fabuliste Phrygien, beaucoup d'Apologues plus anciens ou plus modernes que les siens. Les meilleures éditions sont celles de *Plantin*, 1565, in-16 : des *Alde*, avec d'autres fabulistes, 1505, in-fol. et Francfort 1610, in-80 ; enfin d'Oxford 1718, in-8. *Esope* avoit écrit ses *Fables* en prose. *Socrate* en mit quelques-unes en vers pendant sa prison ; mais cette version n'est pas venue jusqu'à nous. Ce philosophe faisoit un grand cas des productions de l'esclave de *Xanthus*. *Platon*, son disciple, qui a banni de sa république *Hombre* et les autres N n poëtes, comme les corrupteurs du genre humain, y admet *Esope* comme leur précepteur. Quelques-uns croient que *Lochman*, si célèbre chez les Orientaux, est le même que notre fabuliste.
II. ÉSOPE, (*Clodius*) fut un comédien célèbre, vers l'an 84 avant J. C. *Roscius* et lui ont été les meilleurs acteurs qu'on ait vus à Rome. *Esope* excelloit dans le tragique, et *Roscius* dans le comique. *Cicéron* prit des leçons de déclamation de l'un et de l'autre. *Esope* entroit si violemment dans le rôle qu'il représentait, qu'au rapport de *Plutarque*, un jour qu'il jouoit *Atrée* délibérant sur la mort de son frère, il tua un homme dans ses transports. Ce comédien étoit d'une prodigalité si excessive, qu'il fit servir dans un repas, au rapport de *Pline*, un plat de terre qui coûtoit dix mille francs. Il n'étoit rempli que d'oiseaux qui avoient appris à chanter et à parler, et qu'on avoit payés chacun sur le pied de six cents livres. *Esope*, malgré ses grandes dépenses, laissa un héritage qui valoit près de deux millions. On peut juger du talent d'*Esope* et de son influence sur les Romains, par cette anecdote que l'histoire nous a conservée. *Cicéron* étoit exilé; son ami *Esope* eut recours à son art pour rappeler le souvenir de ce grand homme à ses concitoyens, et les rendre sensibles à son infortune. On avoit remis au théâtre une ancienne tragédie d'*Accius*, intitulée *Telamon exilé*. *Esope*, au moyen de quelques légers changemens dans son rôle, fit une application marquée de plusieurs endroits de cette pièce, à l'exil et au malheur de *Cicéron*. Ce célèbre acteur, qui, à l'organe le plus séduisant, joignoit toutes les ressources de l'art de la déclamation, se surpassa sur-tout en débitant ces vers, qu'il prononça en se tournant vers les sénateurs : . . . . . Son généreux courage Étoit ici l'appui du parti le plus sage, Et vous avez souffert qu'on éloignât de vous, Qu'on exilât celui qui vous a sauvé tous! Le meilleur citoyen et le plus beau génie! Ce trait fut prodigieusement applaudi; mais la sensation redoubla au suivant : Je vois sa fille en fuite et son palais en cendre! Honte de mon pays? . . . O mon père! . . . En prononçant ces mots, *Esope* étendit les mains vers l'endroit où étoit la maison de *Cicéron*, que *Clodius* avoit fait raser; et qui étoit située près du théâtre. Cet excellent acteur fondoit en larmes, et son attendrissement se communiqua à tous les spectateurs; mais sur-tout à cette apostrophe, *O mon père*, le titre de *père de la patrie*, que *Catulus*, par ordre du sénat, avoit autrefois conféré au consul, s'étant tout-à-coup réveillé dans les esprits, ce ne fut plus dans toute l'assemblée qu'un cri et un gémissement universel. Ces dispositions du peuple Romain hâtèrent le rappel de *Cicéron*. I. ESPAGNAC, (Jean-Baptiste-Joseph de Sahuguet-Damarzil, Baron d') né à Brive-la-Gaillarde le 25 mars 1713, mourut à Paris le 28 février 1783. Il porta les armes à l'âge de 19 ans, se distingua en Italie en 1734, et fut aide de camp dans les campagnes de Bavière en 1742. Le maréchal de Saxe, qui connut ses talens militaires, l'employa soit comme aide-major-général de l'armée, soit comme colonel de l'un des régimens de grenadiers, créés en 1745. Devenu en 1766 gouverneur de l'Hôtellerie-Invalides, il y maintint l'ordre et y fit des réformes utiles. Il obtint le grade de lieutenant-général en 1780, et ne cessa d'écrire sur l'art militaire. « Il est beau d'unir ainsi, dit M. Palissot, à la gloire des armes, celle de perfectionner l'art de vaincre par des écrits qui peuvent y contribuer; et s'il étoit permis de comparer de petites choses aux grandes, on pourroit, sous quelques rapports, appliquer au baron d'Espagnac, ce qu'on a dit de CESAR : *codem animo scripsit quo bellavit.* » On a de lui : I. Campagnes du Roi en 1745, 46, 47 et 48, 4 volumes in-8. II. Essai sur la science de la Guerre, 1751, 3 vol. in-8. III. Essai sur les grandes Opérations de la Guerre, 1755, 4 vol. in-8; ouvrages qui annoncent les vues saines d'un officier expérimenté. IV. Supplément aux Réveries du maréchal de Saxe, Paris 1757, in-12. V. Il a donné l'Histoire de ce même Maréchal en 3 vol. in-4, et 2 vol. in-12. Cet ouvrage est intéressant pour les militaires, à cause des plans de bataille et des marches qu'on trouve dans l'in-4. L'auteur, après avoir raconté les exploits guerriers de son Héros, finit comme Plutarque, par les anecdotes et les traits particuliers de sa vie; mais il n'a pas tout dit. Le baron d'Espagnac avoit épousé à Bruxelles, le 18 décembre 1748, Suzanne-Elizabeth ba- baronne de Beyer, dont il a eu quatre garçons et une fille.
IL ESPAGNAC, (M. R. d') fils du précédent, devint chanoine de Paris, et se fit d'abord distinguer par ses talens littéraires, ensuite par son amour pour l'argent et les entreprises lucratives. Agent du contrôleur-général Caloane, chef des charrois militaires de l'armée de Dumourier, sa fortune devint immense. Sa hardiesse à réclamer près du comité de salut public les avances qu'il prétendoit avoir faites au gouvernement, le fit citer à la barre de la Convention. Il y improvisa pendant trois heures; et sans préparation, sans connoître les demandes qui lui seroient adressées, il parla avec autant d'éloquence que de clarté, sur des matières arides de fournitures, de calculs, qu'il sut orner d'anecdotes et de tableaux. Ses ennemis ne perdirent pas l'espoir de le sacrifier; et bientôt après, d'Espagnac traduit au tribunal révolutionnaire, dédaigna de s'y défendre, et fut décapité à Paris le 4 avril 1794, à l'âge de 41 ans. On a de lui quelques ouvrages écrits avec chaleur, et qui ne manquent ni de style ni de goût. Les deux, plus remarquables sont : I. Eloge de Catinat, qui obtint l'accusé à l'académie Françoise en 1775. II. Réflexions sur l'abbé Suger et son siècle, 1780, in-8. — « En continuant, dit un littérateur, à cultiver les lettres, dans lesquelles il n'eût jamais obtenu des succès assez brillants pour exciter la jalousie des tyrans qui régnoient alors, l'abbé d'Espagnac eût échappé à cette cruelle destinée, et sa vie eût été plus heureuse. » N n 2 564 ESP
ESPAGNANDEL, (Matthieu l') sculpteur célèbre, mourut en 1689, à 79 ans. Quoique protestant, il embellit diverses églises de Paris. On cite, entre autres, le rétablo de l'autel des Prémontrés, et celui de la chapelle de la grande salle du Palais. Le parc de Versailles lui doit plusieurs morceaux excellens: tels sont Tignane, roi d'Arménie; un Flegmatique; deux Termes, représentant, l'un Dingène, l'autre Socrate. I. ESPAGNE, (Charles d') petit-fils de Ferdinand de la Genda, gendre de St. Louis, ayant eu le malheur de perdre son grand-père, fils aimé d'Alfonse X, roi de Castille, avant son bisseul, fut exclus de la couronne, à laquelle succéda Sanche, fils puné d'Alfonse. Cette branche déshéritée, vint s'établir en France, et Charles fut un des favoris du roi Jean, qui lui donna l'épée de connétable en 1350. Ce n'étoit pas pour récompenser ses services; il n'en avoit rendu aucun. Son mérite, pour cette charge, fut sa naissance et sa faveur. Il étoit si fier de l'un et l'autre, qu'il s'attira la haine de Charles le Mauvais, comte d'Évreux et roi de Navarre. Ce cruel prince, indigné de ce que d'Espagne empêchoit qu'on ne lui fît justice au sujet de quelques terres qu'il réclamoit, résolut de le faire tuer. Il mena cent gendarmes l'investir dans le château de l'Aigle, petite ville de Normandie. Les meurtriers escaladèrent le château, et massacrèrent le connétable dans son lit, entre onze heures et minuit, le 6 janvier 1354. Le roi assassin en fut quitte pour quelques excuses, qu'il fallut encore solliciter long-temps.
II. ESPAGNE, (Louis d') nommé amiral de France en 1341, étoit frère du précédent. Il servit sous Philippe IV, dans la guerre contre les Anglois; et sous Charles de Blois, à la conquête de la Bretagne. Il prit dans cette province, sur Jean de Montfort, concurrent de Charles de Blois, Guerande d'assaut, et Dinan par composition; mais, en assiégeant Quimperlé par mer, les Anglois dissipèrent sa flotte, et il fut obligé de se sauver dans une barque de pécheur. Il conçut un si violent dépit de sa défaite, qu'il obligea Charles de Blois, qui assiégeoit Hennebond, de lui livrer deux chevaliers Anglois pour leur faire trancher la tête à la vue des assiégés, et se venger ainsi sur ces deux malheureux de toute la nation. Charles de Blois fut forcé de le faire, quoiqu'à regret; mais les assiégés surent les délivrer. Ils fixent une sortie sur un quartier éloigné du lieu où les prisonniers étoient gardés: chacun se porta à l'attaque, et pendant ce temps, une partie de la garnison enleva les prisonniers sans peine. Peu après, Louis revint en mer, toujours la vengeance dans le cœur; mais sa flotte fut de nouveau dissipée. Il vivoit encore en 1351. Son fils unique fut assassiné par ordre de Pierre le Cruel, et ne laissa point d'enfants.
ESPAGNE, (le Cardinal d') Voyez MENDOZA, n° 1.
III. ESPAGNE, (Jean d') ministre de l'Eglise Françoise de Londres au XVIIe siècle, a composé divers Opuscules, publiés en 1670 et 1674. On cite principalement celui qui a pour titre: Erreurs populaires sur les points généraux qui concernent l'intelligence de la Religion.
ESPAGNET, (Jean d') président au parlement de Bordeaux, distingué par ses lumières et ses vertus, goûta la nouvelle philosophie. Il donna au public des marques du progrès qu'il y avoit fait, dans son *Enchiridion Physicae restitutae*; Paris, 1623, in-8°, et traduit en françois sous ce titre: *La Philosophie des Anciens, rétablie en sa pureté*, 1651, in-8°; livre anonyme. Le nom de l'auteur est désigné par ses mots: *Spes mea est in Agio*. On y trouve un traité de la Pierre philosophale, intitulé: *Arcanum Hermeticae Philosophiae*, Voyez HERMES. Ce savant magistrat publia encore à Paris, en 1616, un vieux manuscrit in-8°, intitulé: *Rosier des Guerres*, qu'il accompagna d'un *Traité sur l'institution d'un jeune Prince*. Il croyoit que ce manuscrit n'avoit pas encore vu le jour; mais il y en avoit déjà une édition plus ample en 1523, in-fol. Le public fit un accueil favorable à ces différens ouvrages, quoiqu'à dire le vrai, on ne puisse pas en tirer de grandes lumières.
ESPAGNOLET, (Joseph RIBERA, dit l') peintre, naquit en 1580, à Xativa, dans le royaume de Valence en Espagne. Il étudia la manière de *Michel-Ange de Caravage*, qu'il surpassa dans la correction du dessin; mais son pinceau étoit moins moelleux. Les sujets terribles et pleins d'horreur, étoient ceux qu'il rendoit avec le plus de vérité, mais peut-être avec trop de férocité. Une femme d'Amsterdam, nommée *Dufel*, ayant vu son tableau d'*Ixion sur la roue*, accoucha d'un enfant avec les doigts tortus, comme elle les avoit vus à *Ixion*. Ce tableau se voit en Espagne dans le palais de *Buon retiro*. Le goût de ce peintre n'étoit ni noble, ni gracieux. Il mettoit beaucoup d'expression dans ses têtes. *L'Espagnolet*, né dans la pauvreté, y vécut long-temps; un cardinal l'en tira, et le logea dans son palais. Ce changement de fortune l'avant rendu paresseux, il rentra volontairement dans sa misère pour reprendre le goût du travail. Naples, où il se fixa, le regardoit comme son premier peintre. Il y épousa une femme riche et y obtint un appartement dans le palais du vice-roi, et mourut dans cette ville en 1656, à 76 ans, laissant de grands biens et de beaux tableaux. Deux officiers Espagnols se vantant d'avoir le secret de la pierre philosophale, je l'ai aussi, leur répondit-il; et ayant envoyé un de ses tableaux à un curieux qui lui envoya en échange beaucoup de pistoles: *voila*, dit-il, *Messieurs, comme je fais de l'or*. On lui a reproché sa jalousie contre le *Dominiquin*. Le pape l'avoit fait chevalier de Christ. Ses principaux ouvrages sont à Naples et à l'Escurial en Espagne. Ce peintre a gravé à l'eau-forte, et on a gravé d'après lui.
ESPARBEZ, Voy. L. LUSAN.
ESPARRON, (Charles-d'Arcussia, vicomte d') seigneur Provençal, s'occupa de la fauconnerie vers le milieu du XVIe siècle. Il fit part au public de ses amusemens, dans un *Traité assez estimé*, in-4°; Rouen, 1644. Il le publia à plus de 60 ans. Cet ouvrage divisé en six parties précédées de seize N n 3 conférences, comprend un long chapitre sur la possession des oiseaux par les esprits malins, sur les peines des fauconniers coupables, dont les ames après la mort, doivent passer dans le corps des oiseaux de proie. Malgré beaucoup d'idées superstieuses, l'ouvrage est rempli d'érudition, et on le parcourt avec intérêt. Il a été traduit en italien et en allemand, en 1601. On en a publié plusieurs éditions en France avant celle de Rouen; à Aix en 1598, à Paris en 1604, 1608, 1615, 1621 et 1627, in-4. — Deux ancêtres du vicomte d'Esparron, *Elizée d'Arcussia* et son fils *Poncellus d'Arcussia*, seigneurs de l'isle de Caprée, étoient déjà d'habiles fauconniers. La situation de l'isle de Caprée, couverte d'oiseaux de passage, leur permettait d'y prendre des faucons et de les élever. L'évêque de Caprée ne tire même encore son principal revenu que de la quantité de cailles qu'on y prend.
ESPEISSES, *Voy. DESPEISSES.* — BAUVES. — et I. FAYE.
ESPEN, (*Zeger-Bernard Van-*) né à Louvain en 1646, docteur en droit en 1675, remplit, avec beaucoup de succès, une chaire du collège du pape *Adrien IV*. Ami de la retraite et de l'étude, il ne fut connu du public que par ses ouvrages. Ayant perdu la vue à 65 ans, par une cataracte levée deux ans après, il n'en fut ni moins gai, ni moins appliqué. Ses sentimens sur le *Formulaire* et sur la bulle *Unigenitus*, l'espèce d'approbation qu'il donna au sacre de *Steenoven*, archevêque d'Utrecht, remplirent ses derniers jours d'amertume. Les traverses qu'il essuya, l'obligèrent de se retirer à Mastricht, puis à Amersfoort, où il mourut le 2 octobre 1728, à 83 ans, dans de grands sentimens de piété. *Van-Espen* est, sans contredit, un des plus savans canonistes du 17$^{e}$ siècle. Son ouvrage le plus recherché par les jurisconsultes, est son *Jus Ecclesiasticum universum*. Les points les plus importants de la discipline ecclésiastique, y sont discutés avec autant d'étendue que de sagacité. On a donné à Paris, sous le nom de Louvain, en 1753, un *Recueil de tous les Ouvrages de Van-Espen*, en 4 vol. in-fol. Cette édition, enrichie des observations de *Gibert* sur le *Jus Ecclesiasticum*, et des notes du Père *Barre*, offre ce que la morale, le droit canonique et même le civil, ont de plus important.
ESPENCE, (*Claude d*) né à Châlons-sur-Marne en 1511, de parens nobles, prit le bonnet doctoral de Sorbonne, et fut recteur de l'université de Paris. Il prêcha avec distinction; mais ayant appelé, dans un de ses sermons, la *Légende Dorée*, la *Légende Ferrée*, on en inféra très-mal-à-propos qu'il ne croyoit pas au culte des Saints: il doutoit seulement de certains faits rapportés par les légendaires. La faculté de Paris alloit le censurer; mais il s'expliqua dans un autre discours, et le calme succéda à cet orage passager. Le cardinal de *Lorraine*, qui connoissoit son mérite, se servit de lui dans plusieurs affaires importantes. *D'Espence* le suivit en Flandre l'an 1544, dans le voyage que cette Eminence y fit pour la ratification de la paix entre *Charles-Quint* et *François premier*. Le cardinal de *Lor-* raine le mena encore à Rome en 1555. D'Espence brilla tellement sur ce nouveau théâtre, que Paul IV voulut l'honorer de la pourpre pour le retenir auprès de lui. Mais il survint un inconvénient, dit le Père Bertier, qui parut contraire aux intérêts de la France. Les Impériaux demandèrent le chapeau pour trois religieux; et alors le cardinal de Lorraine, qui favorisoit le projet de faire entrer d'Espence dans le sacré collège, renonça à cette idée. «J'ai mieux aimé, dit-il en écrivant au Roi, qu'il n'y fût point, que d'y mettre tant de moines; de façon que j'ai supplié S.S. de s'en déporter, et, par même moyen, ai chassé toute cette fraterie». L'Espence, aimant bien moins le séjour de Rome que celui de Paris, revint en France, et parut avec éclat aux états d'Orléans en 1560, et au colloque de Poissy en 1561. Il mourut de la pierre à Paris le 5 octobre 1571, à 60 ans. C'étoit un des docteurs les plus judicieux et les plus modérés de son temps. Ennemi des voies violentes, il désapprouvoit les persécutions, quoique fort attaché à répandre la Foi catholique. Il étoit très-versé dans les sciences ecclésiastiques et profanes. Les ouvrages que nous avons de lui, sont presque tous écrits en latin, avec une dignité et une noblesse que les théologiens de son temps ne connoissoient presque pas. Il se sent pourtant de l'école, suivant Richard Simon, qui rabaisse un peu le savoir de d'Espence. On a de lui: L'Un Traité des Mariages clandestins; il y prouve que les fils de famille ne peuvent valablement contracter des mariages, sans le consentement de leurs parens. II. Des Commentaires sur les Epières de St. Paul à Timothée et à Tite, pleins de longues digressions sur la hiérarchie et la discipline ecclésiastique. III. Plusieurs Traités de Controverse, les uns en latin, les autres en françois. Tous ses Ouvrages Latins ont été recueillis à Paris en 1619, in-fol. — D'Espence avoit une sœur, qui transporta les biens de sa famille dans une branche de celle de Beauvau, qui a ajouté à son nom celui de d'Espence.
ESPÉRANCE, Voyez ELPIS.
ESPERDUT, troubadour, vivoit dans le 13e siècle; il a laissé quelques chansons et un Sirvente contre les lâches et les mauvais seigneurs.
ESPERIENTE, (Philippe Callimaque) né à San-Germiniano en Toscane, de l'illustre famille de Buonaccarti, alla à Rome sous le pontificat de Pie II, et y forma avec Pomponius Latus, une académie, dont tous les membres prirent des noms latins ou grecs. Le savant dont nous parlons, changea son nom de Buonaccarti en celui de Callimaco; mais son génie pour les affaires lui fit donner le surnom d'Esperiente. Paul II, successeur de Pie, s'étant imaginé que la nouvelle académie cachoit quelque mystère pernicieux, en poursuivit les membres avec la dernière rigueur. Espériente se vit obligé de se retirer en Pologne; le roi Casimir III lui confia l'éducation de ses enfans, et le fit quelque temps après son secrétaire. Ce prince l'envoya successivement en ambassade à Constantinople, à Vienne, à Venise et à Rome. De retour en Pologne, le feu prit à sa N n 4 maison, et consuma ses meubles, sa bibliothèque et plusieurs de ses écrits. Cette perte l'accabla de tristesse. Il mourut peu de temps après à Cracovie, en 1496. On a de lui : I. Commentarii rerum Persicaram, à Fráncfort 1601, in-fol. II. Historia de iis quæ à Venetis tentata sunt, Persis et Tartaris contra Turcas mevendis, etc. Il y a des recherches dans cet ouvrage, ainsi que dans le précédent, avec lequel il ne forme qu'un même volume. III. Attila, in-4°, ou Histoire de ce roi des Huns. IV. Historia de rege Uladislao, seu clade Verneusi, in-4°. Espéricate l'a emporté, dans cet ouvrage, suivant Paul Jove, sur tous les historiens qui ont écrit depuis Tacite : il le compare à la Vie d'Agricola ; mais ce jugement trop favorable prouve que Jove ne savoit pas tenir le milieu convenable, ni dans ses satires, ni dans ses éloges. L'article sur Espéricate, qu'on trouve dans le Dictionnaire de Boyle, est fort inexact.
ESPERNON, Voy. VALETTE.
ESPINAC, (Pierre d') archevêque de Lyon, l'un des chefs de la ligue qui le fit chancelier de l'union, mourut de la goutte en 1599, sans avoir pu obtenir le chapeau de cardinal auquel il aspiroit. I. ESPINASSE, (Philibert de l') sire de la Clayette, chevalier, surnommé le grand Conseiller du Roi Charles V, étoit fils de Jean de l'Espinasse, chevalier, et de Marguerite de Sercey. Il fut un des plénipotentiaires envoyés à Bruges en 1475, pour la trêve que l'on conclut avec le roi d'Angleterre, et fut attaché ensuite à l'éducation du Dauphin en 1380. Enfin, il accompagna en Angleterre le sire de la Tremouille, dans la descente qu'y firent les François. Il est la tige des branches de la Clayette, de Saint-André, de Sully, de la Foye, et autres, qui toutes ont porté son nom.
II. ESPINASSE, (Mlle de l') élevée dans un couvent de province, où l'on assuroit sa subsistance sans que l'on sût ce qu'elle étoit, fut appelée à Paris par Mad. D. deffant qui, vieille et aveugle, voulut l'avoir auprès d'elle pour rendre sa maison plus agréable. Mlle l'Espinasse y réussit par les charmes d'une figure intéressante et d'un esprit cultivé et sans prétention. Elle s'y fit d'illustres amis. D'Alembert conçut pour elle le plus fort attachement, ainsi que le président Hénault qui vouloit l'épouser, quoiqu'il eût 70 ans. Mlle de l'Espinasse ayant obtenu une pension du roi, prit une maison à elle. « Elle y rassembla, dit La Harpe, la société la plus choisie et la plus agréable en tout genre ; depuis cinq heures du soir jusqu'à dix, on étoit sûr d'y trouver l'élite de tous les états, hommes de cour, hommes de lettres, ambassadeurs, femmes de qualité ; c'étoit presque un titre de considération, d'être reçu dans cette société. Elle en faisoit le principal agrément. Je puis dire, ajoute ce littérateur distingué, que je n'ai point connu de femme qui eût plus d'esprit naturel, moins d'envie d'en montrer, et plus de talens pour faire valoir celui des autres ; elle metoit tout son monde à sa place, et chacun étoit content de la sienne. Avec un grand usage du monde, elle avoit l'espèce de politesse la plus aimable, celle qui a le ton de l'intérêt. Ce ton lui étoit facile : son ame singulièrement aimante, attiroit tout ce qui avoit en ce genre des rapports avec elle; aussi personne n'a jamais en autant d'amis, et chacun d'eux en étoit aimé comme s'il eût été seul à l'être. On n'a jamais en plus d'activité et plus de plaisir à obliger. » Elle avoit tendrement aimé un jeune seigneur Espagnol, le comte de Mora, qui mourut à la fleur de son âge. Cette blessure saigna long-temps. Sa santé étoit déjà très-manvaise, et se detruisoit de plus en plus. Elle passa les trois derniers jours de sa vie dans un affaissement total. On la fit revenir un peu avec des cordiaux; on la souleva : Est-ce que je vis encore, dit-elle? Ce furent ses dernières paroles. Mlle de l'Espinasse mourut en 1775 ou 1776.
ESPINAY, (Timoléon d') seigneur de Saint-Luc, servit sur terre et sur mer; sur terre avec moins d'éclat, sur mer avec plus de dignité. Il commandoit la première escadre, avec rang de vice-amiral, à la défaite des Rochelois en 1622. Ses services le firent estimer du cardinal de Richelieu; cependant, comme ils n'étoient point assez grands pour élever Saint-Luc jusqu'au comble des honneurs, il n'y fût parvenu qu'avec peine, s'il ne s'étoit démis du gouvernement de Brouage, que ce ministre vouloit avoir. Saint-Luc eut pour récompense le baton de maréchal de France, et la lieutenance-du-rol en Guienne, l'an 1628. Il ne songea, depuis, qu'à vivre dans le luxe et les plaisirs. Il mourut à Bordeaux le 12 septembre 1644. — Son père, François D'Espinay, dit le Brave Saint-Luc, l'un des favoris d'Henri III, passoit pour le cavalier le plus accompli de la cour. Les historiens disent qu'il avoit peu de pareils en valeur, et aucun en générosité, en esprit et en politesse; mais il ne savoit pas garder un secret. Henri III aimant tendrement une fille de qualité, et n'en étant pas moins aimé, en fit confidence à Saint-Luc, et lui recommanda fortement de n'en jamais parler. Saint-Luc le lui promit; cependant quelques moniens après, il alla tout dire à sa femme, qui s'en servit pour faire sa cour à la reine. Henri fut si irrité de l'indiscrétion de la femme et de la perfidie du mari, que Saint-Luc eût couru grand risque, s'il ne se fût enfui à propos. Ce fut lui que le comte de Brissac envoya, en 1594, à Henri IV qui étoit à Senlis, pour traiter de la réduction de Paris, et pour aller ouvrir les portes de la capitale à son roi légitime. D'Espinay fut tué au siège d'Amiens en 1597. — Le cardinal André D'Espinay, archevêque de Lyon, mort en 1500, étoit de la même famille; il se trouva en habits pontificaux à la bataille de Fornoue, à côté de Louis XII, qui l'aimoit et l'estimoit. — Voyez NOSTRADAMUS, n° IV.
ESPINE, Voyez GRAINVILLE.
ESPINOY, (Philippe d') Flamand, né en 1552, mort en 1633, s'occupa de l'histoire et des antiquités de son pays. Son principal ouvrage est intitulé : Recherches des Antiquités et No- 570 ESP basse de Flandres, Douay, 1632, in-folio.
ESPRÉMENIL, (Jacques Duval d') né à Pondichery en 1746, étoit neveu et héritier de Duval de Leyrit, gouverneur de cette ville pour la Compagnie des Indes, et il défendit avec énergie la mémoire de ce dernier, lorsqu'il fut accusé d'avoir dénoncé injustement le général Lally, et d'avoir été le principal auteur de son jugement et de sa mort. D'Espréménil alla lui-même à Rouen en 1780, pour y plaider contre M. de Lally-Tollendul, qui demandoit au parlement de cette ville la réhabilitation de la mémoire de son père, mort sur l'échafaud. Cette cause y attira un nombre prodigieux d'auditeurs. D'Espréménil avoit commencé sa carrière dans le barreau par la place d'avocat du roi au Châtelet; il devint ensuite conseiller au parlement de Paris. Là, il montra de grands talens, une éloquence nerveuse, mais une tête ardente, et un goût extrême pour les changements politiques. En 1781, il dénonça les Annales de Linguet, et accusa cet écrivain d'avoir érigé la force en droit, soutenu que les princes étoient propriétaires des biens et des personnes de leurs sujets, et qu'entr'eux le ciel s'explique uniquement par des victoires; d'avoir traité tous les magistrats François de séditieux, et fait de la banqueroute publique un droit de la couronne et un devoir pour chaque monarque. En 1783, il dénonça les arrestations arbitraires et l'établissement des prisons privées, où des hommes gémissoient sans interrogatoire et sans jugement. Bientôt après, d'Espréménil devint disciple de Mesmer, et établit chez lui un baquet magnétique qui y attira un grand nombre de croyans et de malades. Avec beaucoup d'esprit, ses critiques étoient d'autant plus amères qu'elles paroissaient toujours dirigées par un grand fonds de probité et l'amour du bien public. La reine en devint sur-tout l'objet. Il se plut à critiquer ses goûts et sa dépense à un tel point, que cette dernière dit un jour à sa marchande de modes, qui lui présentoit une nouvelle coëffure: «Je la prendrois volontiers, mais il faudroit auparavant m'obtenir de M. d'Espréménil l'agrément de la porter.» Son zèle contre la cour, son opposition constante aux vues du ministère, sa dénonciation au parlement des édits bursaux préparés par le garde des sceaux Lamoignon et le ministre de Brienne, le firent enlever du palais et envoyer en exil aux isles Sainte-Marguerite. D'Espréménil devint alors le coriphée de tous les ennemis de la cour, et l'idole du peuple qui le regarda comme son plus intrépide défenseur. Rappelé à ses fonctions, et assistant au spectacle à Lyon, il y fut publiquement couronné de lauriers. Dès son arrivée à Paris, il réclama la convocation des états-généraux, qui étoit devenue l'objet des vœux de sa compagnie, et il eut le dangereux honneur d'y être appelé comme député. On ne s'attendoit pas à le voir défendre alors la prérogative royale avec autant de force qu'il en avoit mis à repousser les impôts ministériels. Il s'opposa à la réunion des ordres, à l'émission des assignats, à la proposition de régler les cas dans lesquels le monarque seroit déchu du trône. Il adhéra à toutes les protestations faites contre l'acte constitutionnel. Devenu odieux aux factions populaires sous l'assemblée législative, reconnu dans un groupe aux Tuileries le 17 juillet 1792, il en fut arraché avec violence et traîné dans le jardin du Palais-royal. Là, on le dépouilla de ses habits, et on lui porta sept coups de sabre. Prêt à être décollé, un garde national l'enleva à demi-mort des mains de ses assassins, et le déposa dans un lieu sûr. Le maire *Péthion* s'approcha, et recueillit de lui cet oracle : « Apprends à craindre pour toi-même, lui dit d'*Espréménil* ; et moi aussi je fus l'idole de ce peuple aveugle. » A peine étoit-il rétabli, que ses amis l'engagèrent à sortir d'un pays où ses jours étoient sans cesse en danger ; mais il s'y refusa, en annonçant qu'il devoit supporter tous les périls d'une révolution dont il avoit été l'un des premiers moteurs. Retiré dans une campagne qu'il possédoit à quelques lieues de Paris, il se flatta un instant d'y être oublié ; mais la proscription l'atteignit bientôt. Traduit au tribunal révolutionnaire, il s'y trouva à côté de *Chapelier*, son collègue à l'assemblée constituante, mais dont il avoit été le constant antagoniste. « Si quelque chose, lui dit-il, pouvoit surprendre dans les événements de la révolution, ce seroit sans doute de nous voir assis l'un près de l'autre sur cette sellette. » Allant à la mort, le 23 avril 1794, ils furent encore réunis sur la même voiture. En y montant, *Chapelier* dit à son collègue : « On nous donne en ce moment un terrible problème à résoudre ; c'est de savoir à qui de nous deux vont s'adresser les huées publiques ? » *A tous les deux*, répondit d'*Espréménil*. Il mourut avec courage, âgé de 48 ans. Outre ses plaidoyers, il est auteur : I. Des *Remontrances* publiées par le parlement au mois de janvier 1788. II. D'un *Discours* dans la cause des magistrats composant la chambre des vacations du parlement de Bretagne, 1790, in-8. III. De deux écrits sur la révolution, intitulés : *Nullité et despotisme de l'Assemblée*, in-8. *L'Etat actuel de la France*, 1790, in-8. « *L'Espréménil*, dit un historien, bon père, bon mari, excellent ami, religieux sans superstition, ferme dans sa croyance sans fanatisme, faisant aimer ses principes par sa bienfaisance, étoit doué d'une éloquence riche, d'une diction pure et facile, d'un son de voix sonore et agréable, d'une mémoire prodigieuse et de connaissances peu communes, lorsqu'il parloit, la mélodie de son accent pénétroit l'ame ; et si on l'écoutoit en silence, on ne pouvoit s'empêcher de goûter et d'adopter ses raisons. Malheureusement d'*Espréménil* avoit l'imagination vive et romanesque : il voyoit les choses, les hommes, son pays, son siècle sous des rapports fantastiques ; il s'exagéroit les abus qui existoient et en trouvoit souvent où il n'y en avoit pas. Simple, crédule, confiant, il se livra avec facilité aux charlatans, aux imposteurs de toute espèce, et devint ensuite leur victime. » — Son père appelé *Jacques DURAL* comme lui, gendre de *Dupleix* gouverneur de Pondichery, devint chef du conseil de Madrass, après la conquête de cette ville sur les Anglois. Il la défendit avec courage contre le nabad d'Arcate, et tailla son armée en pièces. Déguisé en bra-mine, il fit le voyage de Chan-dernagor et pénétra dans les pagodes Indiennes, dont il ob-serva et dessina les cérémonies. De retour en France, affligé d'une profonde surdité, il échappa à l'espèce d'isolement où elle le laissoit, en cultivant les lettres avec goût, et en publiant un *Traité sur le Commerce du Nord*, in-12. Il est mort à Paris en 1765. *Voyez DUPLEIX.* —
**ESPRIT**, (Jacques) né à Beziers en 1611, entra, en 1629, dans l'Oratoire, qu'il quitta cinq ans après pour rentrer dans le monde. Il avoit toutes les qua-lités propres pour y plaire, de l'esprit, de la figure. Le duc de *la Rochefoucault*, le chancelier *Seguier* et le prince de *Copii*, lui donnèrent des témoignages non équivoques de leur estime et de leur amitié. Le premier le produisit dans le monde; le second lui obtint une pension de deux mille livres et un brevet de con-seiller d'état; le troisième le combla de bienfaits, et le con-sulta dans toutes ses affaires. *Esprit* mourut en 1678, à 67 ans, dans sa patrie. Il étoit membre de l'académie Françoise. Il fut un de ceux qui brillèrent dans l'aurore de cette compagnie, mais qui auroient beaucoup moins de réputation à présent. Les ou-vrages d'*Esprit* sont : I. Des *Fa-raphrases* de quelques Pseaumes, qu'on ne peut guères lire avec plaisir, quand on connoit celles de *Massillon*. II. La *Fausseté des vertus humaines*, Paris, 2 vol. in-12, 1678, et Amsterdam, in-8°, 1716 : livre médiocre, qui n'est qu'un commentaire des *Pensées* du duc de *la Rochefou-cault*. C'est dans quelques en- droits, l'ingénieux *Horace* com-menté par le pesant *Dacier*. Mais du moins on ne peut pas lui re-procher que sa morale tombe plus sur les personnes que sur les vices : défaut qu'on rencontre dans la plupart des moralistes modernes. D'ailleurs, *Esprit*, après avoir montré la fausseté des vertus purement humaines, finit tous ses chapitres par la démonstration de la réalité des vertus chrétiennes. *Louis de Bans* a tiré de ce livre, son *Art de bonnotre les hommes*.
ESQUIVEL, *Voy. ALBA.* I. ESSARTS, (Pierre des) — fut l'un des seigneurs François qui passèrent en Ecosse au se-cours du roi contre les Anglois, et il fut fait prisonnier dans un combat en 1402. De retour en France, il s'attacha au duc de *Bourgogne*, et obtint par la pro-tection de ce prince les places de prévôt de Paris, de grand bou-teiller, de grand fauconnier, de grand maître des eaux et forêts, de trésorier de l'épargne, et de surintendant des finances. Outre ces charges, il étoit encore gou-verneur de Nemours et de Cher-bourg, où il se retira après avoir perdu les bonnes graces du duc de *Bourgogne*, parce qu'il avoit voulu s'attacher au dauphin, duc de *Guienne*. Il y demeura jus-qu'au commencement de l'année 1413, qu'il revint secrètement à Paris. Il se cacha à la Bastille; mais il en fut tiré par la faction des *Bouchers*, et mis en prison au Louvre, puis au palais, où son procès lui fut fait. Accusé d'avoir voulu enlever le roi et le duc de *Guienne*, il fut condamné à perdre la tête, et exécuté aux halles le 1er juillet 1413. Son corps fut porté à Montfaucon, où quatre ans auparavant il avoit fait mettre celui de *Jean de Montagu*, grand maître de France. Il en fut depuis tiré, et porté à l'église des Mathurins, où il fut solennellement enterré, parce que sa veuve avoit obtenu la restitution de ses biens confisqués, et fait purger sa mémoire. Le religieux de Saint-Denys, qui a écrit l'Histoire de *Charles VI*, dit que « *des Essarts* étoit un homme fort emporté, qui agissoit en tout ce qu'il faisoit, avec plus de chaleur et de précipitation que de jugement; qu'il s'embarrassa dans les factions, et s'engagea dans le périlleux maniement des finances du royaume; qu'il se laissa aller à la passion aveugle d'élever sa maison; qu'il ne pensa qu'à enrichir son frère et ses amis, et que pour ce sujet il porta le duc de *Bourgogne* à exiger de l'argent des peuples, sous les titres colorés de réformation, d'emprunts de deniers, et sous d'autres prétextes. » Peu s'en fallait que son frère *Antoine des Essarts* n'essuyât le même sort que lui. « Ce fut cet *Antoine* qui fit placer la statue colossale de *St. Christophe*, qu'on voyoit à la cathédrale de Paris, et qui a été démolie en 1784; et ce fut en action de graces de sa délivrance : on peut juger de l'excès de sa frayeur, dit *Villaret*, par l'énormité de l'*Ex-voto*. » *Pierre des Essarts* ne laissa qu'un fils qui ne se maria point. Mais *Antoine* eut des enfans qui continuèrent sa postérité, terminée à *Charlotte des Essarts*, qui suit.
IL ESSARTS, (Charlotte des) comtesse de Romorentin, fille de *François des Essarts*, lieutenant-général pour le roi en Champagne, étoit pleine d'esprit et d'agrémens. Elle suivit dans sa jeunesse la comtesse de *Beaumont-Harlai*, sa parente, en Angleterre, où elle plut beaucoup. Ayant paru à la cour, *Henri IV* en devint amoureux en 1590, et en eut *Jeanne-Baptiste*, abbesse de Fentrevrault, morte en 1670. Elle n'en fut pas moins sensible à l'amour de *Louis de Lorraine*, cardinal de *Guise*, avec qui elle vécut dans la plus grande intimité. *Voyez GUSSE*, n.º VI. Après la mort de ce prélat, elle épousa en 1630 le maréchal de l'*Hôpital*, connu alors sous le nom de *du Hallier*. Les intrigues politiques de cette femme ambitieuse lui attirèrent bientôt une disgrace éclatante. « Elle avoit, dit *Moréri*, un fils au service du duc de *Lorraine*, appelé le chevalier de *Romorentin*, qu'elle avoit eu du cardinal de *Guise*. Elle crut que le moyen d'élever ce fils, étoit de travailler à la réconciliation du duc avec le roi, et de le faire rétablir dans ses états. M. *du Hallier*, pressé par sa femme de s'employer pour cette négociation, remontra au roi et au cardinal de *Richelieu*; que dans la conjoncture où se rencontroient les affaires de Sa Majesté, il lui sembloit qu'il servoit de son service de retirer le duc d'avec les Espagnols par quelque traité. Mad. *du Hallier*, de son côté, joignant ses remontrances à celles de son mari, fit savoir à la princesse de *Cantecroix*, que le duc avoit épousée, quoiqu'il eût encore une autre femme, que son intérêt particulier étant de se voir bientôt souveraine, elle devoit employer toute son adresse à persuader au duc de ne pas refuser la paix, et le recouvrement de ses états. On entra donc en traité de parf et d'autre, et la paix fut conclue à Saint-Germain en 1641. Le duc se croyant lésé par cet accord, et se trouvant trop foible pour résister aux troupes du roi de France, se retira avec les siennes entre Sambre et Meuse. Pour colorer cette retraite, il dépêcha un courrier au cardinal de *Richelieu*, par lequel il l'avertissoit que ce qui l'obligeoit à se retirer, n'étoit pas qu'il eût dessein de violer son traité; mais que la crainte que *Mad. du Hallier* lui avoit donnée qu'il avoit dessein de le faire arrêter, en étoit l'unique cause : pour justifier que cette crainte n'étoit pas fondée en l'air, il lui envoya un billet écrit de cette dame à la mère supérieure des filles de la Congrégation de Nancy. » Le cardinal indigné, ordonna à *du Hallier*, qui faisoit alors le siège de la Charité, d'envoyer sa femme dans une de ses maisons. C'est dans cette retraite forcée qu'elle mourut en 1651, sans enfans de *du Hallier*, qui n'avoit point été enveloppé dans sa disgrace, parce qu'il n'avoit eu aucune part à ses imprudentes menées.
ESSÉ, *Voyez MONTALEMBERT.*
ESSEX, (Robert d'Evreux, comte d') fils d'un comte maréchal d'Irlande, d'une famille originaire de Normandie, naquit au château de Nethewood dans le comté de Héréford. Il est également fameux par ses aventures et par sa mort. Après avoir servi en 1586 en Hollande, parmi les auxiliaires Anglois, il revint à Londres, où il parut à la cour avec beaucoup d'éclat. S'étant un jour présenté devant la reine *Elizabeth*, lorsqu'elle alloit se pro- mener dans un jardin, il se trouva un endroit rempli de fange sur le passage. *Essex* détacha sur le champ un manteau broché d'or qu'il portoit, et l'étendit sous les pieds de la princesse, qui fut touchée de cette galanterie. Celui qui la faisoit étoit d'une figure noble et aimable. La reine, quoique âgée de 58 ans, prit bientôt pour lui un goût assez vif. *Essex* obtint les premières places et les plus grands honneurs. Il paroît que pendant quelque temps il se crut maître du cœur de sa souveraine. S'il étoit contredit dans quelques-uns de ses desirs, il s'éloignoit de la cour et faisoit acheter son retour. Il en usoit si familièrement avec *Elizabeth*, que, sous prétexte d'indisposition, il eut l'insolence d'entrer chez elle en robe de chambre. Elle lui donna le gant de sa main droite pour le porter à son chapeau. Ce qui sembloit justifier le goût d'*Elizabeth* pour son favori, c'est qu'il étoit aussi brillant par son courage que par sa bonne mine. Il demanda la permission d'aller conquérir à ses dépens un canton de l'Irlande, et se signala souvent comme volontaire. Il fit revivre l'ancien esprit de la chevalerie, portant toujours à son bonnet un gant de la reine *Elizabeth*. Cette princesse le fit grand-maître de l'artillerie, lui donna l'ordre de la Jarretière, et enfin le mit de son conseil privé. Il eut quelque temps le premier crédit; mais il ne fit jamais rien de mémorable. En 1599, il alla en Irlande contre les rebelles, à la tête d'une armée de plus de 20 mille hommes, et il la laissa dépérir. La reine, qui avoit encore pour lui quelques bontés, se contenta de lui ôter sa place au conseil, de suspendre l'exercice de ses autres dignités, et de lui défendre la cour. Cependant il espéroit toujours de fléchir cette princesse. Il lui écrivit un jour : « Qu'il baissoit la verge dont elle se servoit pour le corriger, et qu'il alloit s'enterrer dans une campagne pour y expier ses fautes, et pour déplorer le malheur d'être éloigné de sa présence. » Le comte ayant une épouse aimable et spirituelle, qui tâchoit de calmer son ame agitée, en lui faisant lire les chefs-d'œuvres de l'antiquité, ne put cependant le guérir, dans la solitude, des chimères de l'ambition. Son ressentiment contre *Elizabeth* s'enflamma au lieu de s'éteindre. Il résolut de se venger d'elle. Pour augmenter le nombre de ses partisans, il flatta les Catholiques, il caressa les Puritains, dont la secte audacieuse s'étendoit de jour en jour. Sa maison, devenue une espèce de prêche, fut le théâtre de ces nouveaux enthousiastes. La reine n'étoit point épargnée dans les propos qu'on y tenoit. *Essex* la peignoit comme une vieille femme, d'un esprit aussi cassé que le corps. *Elizabeth*, qui avoit beaucoup des petitesses de son sexe, et qui étoit extrêmement délicate sur l'article de la beauté, sentit ces traits injurieux en femme et en souveraine. L'imprudent *Essex* s'attacha, dans le même temps à *Jacques*, roi d'Écosse, auquel il promettoit tous ses soins pour lui assurer le trône d'Angleterre. Il traça le plan d'une révolte; il résolut avec ses partisans d'attaquer le palais, d'obliger la reine à convoquer un parlement, et de changer l'administration du royaume. Il ne doutoit pas que les habitans de Londres ne prissent les armes au premier signal. Mais la cour, instruite du complot, avoit pris de bonnes mesures. *Essex* parut dans la ville accompagné de deux cents hommes. Ses exhortations séditieuses furent sans effet. On le poursuivit; malgré sa bravoure il se rendit à discrétion. Loin de se défendre devant ses juges, il s'abandonna aux sentimens de religion qu'il avoit affectés par politique. Il se reconnut coupable, et dénonça ses amis; procédé que, dans d'autres temps, il eût regardé comme une bassesse. *Elizabeth*, cruellement agitée, balança entre la justice et la clémence. Elle sentit, dit-on, renaître une passion mal-étente, et si le comte avoit voulu demander grace, il est vraisemblable qu'elle lui auroit pardonné. Il fut exécuté le 25 février 1601 à la Tour, de peur que le spectacle du supplice ne causât une émotion populaire. Il n'avoit que 34 ans. « Issu de la maison royale par les femmes, doué de talens supérieurs et de qualités héroïques, il se perdit, dit l'abbé *Millot*, faute de savoir jouir du bonheur avec la modération nécessaire. Le peuple auquel il étoit très-cher, fut indigné de sa mort, et la reine n'entendit plus les acclamations ordinaires lorsqu'elle se montra en public. » Le goût qu'*Elizabeth* avoit eu autrefois pour lui, et dont il étoit très-peu digne, a servi de canevas à des romans et à une tragédie de *Thomas Corneille*. — *Voyez* VIII. ELIZABETH.
EST, *Voyez* XV. ALFONSE D'EST, GLÉMENT, VIII. n.º IX. et ESTIUS.
ESTAING, (Charles-Henri, comte d') naquit à Ravel en Auvergne d'une famille ancienne et illustre, depuis qu'un d'Estaing combattant à la bataille de Bouvines, près de Philippe-Auguste, et lui ayant sauvé la vie, obtint de ce monarque le droit de porter sur son écu les armes de France. Son descendant entra dans la carrière militaire, et commença à servir avec distinction dans l'Inde, sous les ordres de Lally. Fait prisonnier par les Anglois, il fut relâché sur sa parole; mais ayant été repris par eux avant son échange, il en fut durement traité et jeté dans un cachot à Portsmouth. Devenu ennemi implacable de l'Angleterre, il chercha toutes les occasions de lui nuire. Nommé vice-amiral et lieutenant-général des armées de France, il fut employé dans la guerre d'Amérique, et remporta une victoire navale devant l'isle de la Grenade, dont il s'empara avec intrépidité. De retour dans sa patrie, il devint membre de l'assemblée des notables en 1787, et accepta la place de commandant de la garde nationale de Versailles au commencement de la révolution. Dès lors, il se montra souvent favorable à ses principes. Il écrivit à la reine pour la détourner du projet de fuir; il fit remplacer les gardes-Françoises, dans la garde du château, par le régiment de Flandres; on ne le vit faire aucun mouvement pour le défendre le 6 octobre. Celui qui avoit attaqué avec valeur les colonnes ennemies, parut timide devant les factions de l'intérieur. Dans le procès de la reine, il déclara qu'il n'avoit aucune déposition à faire contr'elle, que cependant il avoit personnellement à s'en plaindre. Ses ménagemens, sa conduite ambiguë, ne le sauvèrent pas de la proscription. Arrêté et traduit au tribunal révolutionnaire, il périt le 29 avril 1793, à l'âge de 65 ans. Craint des soldats, peu aimé des officiers de la marine, il montra dans ses expéditions plus de bravoure que d'intelligence. On a dit de lui qu'il s'étoit fait patriote par prudence, et étoit resté courtisan par habitude. I. ESTAMPES, (Léonor d') d'une illustre maison du Berri, fut placé sur le siège de Chartres, en 1620, et transféré à l'archevêché de Rheims en 1641. Il signala son zèle pour la France dans l'assemblée du clergé de 1626, en faisant condamner deux libelles, l'un intitulé: Admonition ad Regem Christianissimum, par le Jésuite Eudæmon; et l'autre, intitulé: Mysteria politica, par le Jésuite Keller. Ces deux ouvrages attaquoient l'autorité des rois. Ce fut l'occasion d'une des plus violentes tempêtes que les Jésuites aient jamais essuyées. D'Estampes dressa la censure des deux livres: elle fut adoptée par toute l'assemblée; mais quelques évêques, partisans de la société, signèrent un désaveu de la censure, et firent évoquer l'affaire au conseil. L'évêque de Chartres leur proposa vainement, pour faire cesser les murmures qu'une telle conduite excitoit parmi les bons citoyens, de reconnoître les vérités que les deux Jésuites avoient appuyées. Les esprits étoient si peu éclairés alors, que, dans les états-généraux de 1614, le tiers-état ne put jamais obtenir la publication de la déclaration, qu'aucune puissance, ni temporelle ni spirituelle, n'a droit de disposer du royaume, et de dispenser les sujets de leur serment serment de fidélité. Les choses ont tellement changé depuis, que l'illustre pontife Benoît XIV a imposé silence dans ces derniers temps à des religieux, qui vouloient soutenir dans une thèse la proposition contre laquelle le tiers-état s'étoit élevé en 1614. Ce grand pape sentoit que de telles questions ne font qu'irriter les esprits, et diminuer la confiance des princes, sans augmenter l'autorité du pontife.
II. ESTAMPES-VALENÇAY, (Achille d') connu sous le nom de Cardinal de Valençay, naquit à Tours en 1593. Il se signala aux sièges de Montauban et de la Rochelle. Après la réduction de cette ville, il fut fait maréchal de camp. Il passa ensuite à Malte, où il avoit été reçu chevalier de minorité dès l'âge de dix-huit ans. La Religion lui confia la place de général des galères. Son courage éclata dans toutes les occasions, et sur-tout à la prise de l'isle de Sainte-Maure dans l'Archipel. Le pape Urbain VIII l'ayant appelé à Rome, pour se servir de son bras contre le duc de Parme, il mérita par ses services d'être créé cardinal en 1643, par préférence au savant Hallier. Ce fut vers le même temps qu'il soutint les intérêts de la France contre l'ambassadeur d'Espagne, avec tant de vigueur, qu'il l'obligea de rendre visite au cardinal protecteur de la France. Le cardinal de Valençay mourut le 15 juillet 1646, à 53 ans, avec la réputation d'un homme brave, fier, hardi, entreprenant. Les choses les plus difficiles ne lui coïtoient guères plus à faire qu'à proposer. Léonor son frère, archevêque de Rheims, mourut en 1651, à 63 ans; et Henri son neveu, grand prieur de France, finit ses jours à Malte en 1678, à 75 ans. Il avoit été ambassadeur à Rome, et s'y étoit distingué.
III. ESTAMPES, (Jacques d') de la famille du précédent, plus connu sous le nom de Maréchal de la Ferté-Imbaut, chevalier des ordres du roi, lieutenant-général de l'Orléanois, etc. étoit fils de Claude d'Estampes, capitaine des gardes du corps de François de France, duc d'Alençon. Il porta les armes dès sa jeunesse, et se signala en divers sièges et combats. Il fut envoyé ambassadeur en Angleterre, l'an 1641, et rappelé quelque temps après, pour avoir révélé le secret du roi son maître. La reine Anne d'Autriche lui procura le bâton de maréchal de France, en 1651: c'étoit une récompense due à son exactitude, à sa vigilance et à sa bravoure. Il mourut dans son château de Mauny près de Rouen, le 20 mai 1668, à 78 ans.
IV. ESTAMPES, (la duchesse d') Voyez PISSELEU.
ESTANG, (L') Voyez LES-TANG... SALLE, n.º II... et TENDE.
ESTERHAZI, (Paul) vice-roi de Hongrie, naquit en 1635. Élevé au premier grade militaire, il donna dans toutes les occasions des preuves signalées de son courage et de ses lumières. Il contribua à la délivrance de Vienne en 1685, et conduisit au siège de Bude des troupes nombreuses levées à ses frais. Les empereurs Ferdinand III, Léopold I, Joseph I, et Charles VI, lui donnèrent sans cesse des preuves de leur estime; et il les méritoit par ses vertus et son zèle pour le bien O o 578 EST public. Il mourut le 26 mars 1713, et on lit ces deux vers latins sur son tombeau à Eysenstadt : *Bis decies quatuor commisi prælia, nunquàm* *Vidit virga hostis, sed tamen hic jacco.*
ESTÈVE, (Jean) Troubadour ancien, né à Narbonne ou à Beziers, s'attacha à *Guillaume*, seigneur de Lodève, qui commandoit en 1285 la flotte françoise envoyée par *Philippe le Hardi* contre l'Espagne. Celui-ci fut fait prisonnier, et son ami célébra dans un *Sirvente* sa captivité, en engageant le roi de France à payer promptement sa rançon et à le délivrer. *Estève* est le seul Troubadour qui ait daté chacune de ses pièces. Les plus agréables sont deux *Pastourelles* qui ont de la naïveté et de la grace. « Pauvre qui est jeune, dit-il, est bien riche quand il vit joyeux; et plus fortuné est-il que le vieux riche qui passe sa vie dans la tristesse, compagne de l'or. » I. ESTHER ou ÉDISS, Juive de la tribu de *Benjamin*, fut cousine germaine de *Mardochée*. Le roi *Assuérus* l'épousa, après avoir répudié *Vasthi*. Ce monarque avoit un favori nommé *Aman*, ennemi déclaré de la nation Juive. Ce favori, irrité de ce que *Mardochée* lui refusoit les respects que les autres courtisans lui ren-doient, résolut de venger ce prétendu affront sur tous les Juifs. Il fit donner un édit pour les faire tous exterminer dans un temps marqué. *Esther* ayant imploré la clémence du roi en faveur de sa nation, obtint la révocation de l'édit, et la permission de tirer vengeance de leur ennemi, le même jour qu'*Aman* avoit destiné à leur perte. C'est en mémoire de cette délivrance que les Juifs instituèrent la fête de *Purim* ou *des Sorts*, parce qu'*Aman* s'étoit servi du sort pour savoir quel jour seroit le plus malheureux aux Israélites. Les historiens ne conviennent pas entre eux du temps auquel cet événement est arrivé, ni du roi de Perse, que l'Écriture appelle *Assuérus*. Cependant les circonstances marquées dans le livre d'*Esther*, paroissent convenir à *Darius*, fils d'*Hystaspes*, et ne conviennent qu'à lui. On est encore plus partagé sur l'auteur de ce livre. Le sentiment le plus commun est, qu'on doit attribuer à *Mardochée* au moins les neuf premiers chapitres: le reste ne se trouve pas dans l'Hébreu: néanmoins, le concile de Trente l'a reconnu canonique en son entier.
II. ESTHER, autre belle Juive, brilla au XIV$^{e}$ siècle, sous *Casimir III*, dit le *Grand*, roi de Pologne, qui en fit sa maîtresse. Ce prince, trop adonné aux femmes, accorda de très-grands privilèges en Pologne et en Lithuanie aux Juifs, en considération de celle qu'il aimoit, et le peuple circoncis donna autant de bénédictions à la nouvelle *Esther*, que les anciens Hébreux avoient fait à leur reine. *Voyez* l'article III. BARBE.
III. ESTHER, de Beauvais, savante connue dans le 16$^{e}$ siècle, écrivoit en prose et en vers. Plus sieurs de ses pièces sont insérées dans les Œuvres de *Béroald de Vervile*, publiées en 1583.
ESTIENNE (François d') seigneur de Saint-Jean de la Salle et de Montfuron, fut conseiller au parlement d'Aix sa patrie, ensuite président aux enquêtes au parlement de Paris, et enfin président à mortier au parlement de Provence. Ce magistrat, l'un des plus savans jurisconsultes du 16e siècle, a laissé un livre estimable sous le titre de Decisiones Stephani.
ESTIENNE, (les Imprimeurs) Voyez ETIENNE, no 17 à 21.
ESTIUS, (Guillaume) né vers l'an 1542, à Gorcum en Hollande, de l'ancienne famille d'Estr, prit le bonnet de docteur à Louvain, en 1580. Ses talens le firent appeler à Douai, où il fut à la fois professeur en théologie, supérieur du séminaire, prévôt de l'église de Saint-Pierre, et chancelier de l'Université. Estius mourut dans cette ville le 20 septembre 1613, à 71 ans, avec la réputation d'un savant laborieux et modeste, et d'un prêtre vertueux. Tout le temps de sa vie fut employé à composer et à enseigner; et ce double travail ne l'empêchoit pas de rendre tous les services qu'on exigeoit de sa charité et de son zèle. On doit à ses veilles: I. Un excellent Commentaire sur le Maître des Sentences, en 2 vol. in-fol. Paris, 1696. Cet ouvrage, nourri de passages de l'Écriture et des Pères, est fort recommandé aux jeunes théologiens par Dupin. Le commentateur suit exactement son auteur, sans s'égarer dans des questions étrangères. Il imite sa méthode, en établissant sa doctrine par l'Écriture, les Pères et le raisonnement. Il est écrit avec netteté et facile à entendre. II. Un Commentaire sur les Epîtres de St. Paul, en 2 vol. Rouen 1709, in-fol., rempli d'une vaste et solide érudition, mais trop diffus. Il est vrai qu'avec ce commentaire on peut se passer facilement de tous les autres. Jean de Gorcum en a donné un abrégé dans sa Medulla Paulina, Lyon 1623, in-8. III. Des Notes sur les endroits difficiles de l'Écriture-Sainte, Douai 1628, in-fol., dont Calmet faisoit peu de cas, mais que d'autres savans ont conseillé de lire pour la clarté et la solidité. Cet ouvrage est le fruit des conférences qu'Estius faisoit dans le séminaire de Douai: il n'est donc point étonnant qu'il ait mêlé quelquefois des questions théologiques aux interprétations littérales. IV. Un Discours latin, prononcé en 1587, contre ceux qui sont économes de leur savoir, et qui, renfermant leurs lumières dans le cabinet, refusent de les communiquer au dehors, soit au public en général, par de bons ouvrages, soit aux particuliers, par des avis. Ce discours est à la fin du Tractatus triplex de ordine amoris, Louvain 1685. Tous les écrits d'Estius sont en latin.
ESTOCART, (Claude I) célèbre sculpteur d'Arras, né dans le 17e siècle, à qui l'on doit la chaire de Saint-Etienne-du-Mont, exécutée sur les dessins de Laurent de la Hire, peintre renommé. Un Ange semble y appeler, au son de la trompette, les Chrétiens à venir entendre la parole de Dieu; mais on a critiqué avec raison le Samson qui supporte le monument, et dont l'allégorie est fausse. I. ESTOILE, (Pierre de l') grand audiencier de la chancellerie de Paris, mort en 1611, laissa divers manuscrits dont on tira: I. Son Journal de Henri III; l'abbé Lenglet du Fresnoy en a donné une édition en 1744, en 5 vol. in-8. L'éditeur l'a enrichie de plusieurs pièces rares sur la O O 2 580 EST Ligue, choisies dans la foule des libelles, des satires et des ouvrages polémiques que ces temps orageux produisirent. Ce Journal commence au mois de mai 1574, et finit au mois d'août 1589. Il Journal du règne de Henri IV, avec des remarques historiques et politiques du chevalier C... B... A. (l'abbé Lenglet du Fresnoy), et plusieurs pièces historiques et politiques du même temps; la Haye 1741, 4 vol. in-8°. Il faut remarquer que les années 1598, 1599, 1600, 1601, manquent dans le Journal de l'Estoile. On y a suppléé dans cette édition par des supplémens donnés pour la première fois en 1636, et dont l'auteur est anonyme. Les deux Journaux du grand audiencier avoient été publiés par M$^{rs}$ Godefroi à Cologne (Bruxelles); le premier, sous le titre de Journal de Henri III, 4 vol. in-8°; le second, sous celui de Mémoires pour servir à l'Histoire de France, 1719, 2 vol. in-8° avec figures. Ces Mémoires renfermant plusieurs choses retranchées dans l'édition de l'abbé du Fresnoy, les curieux les recherchent d'autant plus qu'ils sont devenus rares. L'Estoile paroît dans ses deux Journaux, attaché au parlement, bon citoyen, honnête homme, écrivain véridique, qui dit également le bien et le mal, le bien avec plaisir, le mal avec naïveté. Il étoit très-instruit de toutes les particularités du règne de Henri III, et de celui de Henri IV, et il entre dans les détails les plus curieux. Les affaires de l'état y sont pêle-mêle avec celles de sa famille. Les morts, les naissances, le prix des denrées, les maladies dominantes, les événements plaisans ou tristes, et tout ce qui fait le sujet des conversations, est l'objet de son Journal. Il se rétracte avec autant de bonne foi qu'il avoit affirmé avec facilité. Ce répertoire présente un tableau fidelle des bruits populaires; et de leur origine souvent si incertaine, de leur accroissement impétueux, et de leur châte aussi rapide que leur naissance. L'auteur cache sous un air simple et franc, un caractère caustique et malin : il n'est donc pas étonnant qu'il ait eu beaucoup de lecteurs.
IL ESTOILE, (Claude de l') fils du précédent, a moins de célébrité que son père, quoiqu'il fût un des cinq auteurs que le cardinal de Bichelieu employoit à faire ses mauvaises pièces dramatiques. Il fut reçu à l'académie Françoise en 1632, et mourut en 1652, âgé d'environ 58 ans, suivant les uns; et suivant d'autres, en 1651, à 54 ans. Peu accommodé des biens de la fortune, mais plein d'honneur, il aima mieux quitter la capitale avec une femme sans biens qu'il avoit épousée, que d'y mendier à la table d'un financier, ou d'être incommodé à ses amis. Pelisson dit de lui : « qu'il avoit plus de génie que d'étude et de savoir. » Il connoissoit pourtant assez bien les règles du théâtre. C'étoit un censeur difficile, et pour lui-même, et pour les autres. Il fit, dit-on, mourir de douleur un jeune Languedocien, venu à Paris avec une Comédie qu'il croyoit un chef-d'œuvre, et dans laquelle le sévère critique reprit mille défauts. On rapporte de Claude de l'Estoile, ce qu'on a conté de Malherbe et de Molière, qu'il lisoit ses ouvrages à sa servante. Ce Poète étoit de taille médiocre, avec les yeux et les cheveux noirs; son visage étoit pâle, maigre et sans barbe en quelques endroits, parce qu'étant jeune, il s'étoit laissé tomber dans le feu. On prétend qu'il ne travaillait jamais qu'au flambeau. On a de lui deux Pièces de théâtre très-médiocres, la Belle Esclave, représentée en 1643, et l'Intrigue des Filoux; des Odes qui le sont un peu moins, et des Stances qui offrent quelquefois de la précision, de l'énergie, ou de la délicatesse. Ses Odes se trouvent dans le Recueil des Poètes François, 1692, 5 vol. in-12. — ESTOUTEVILLE, (Guillaume d') cardinal, archevêque de Rouen, étoit fils de Jean d'Estouteville, d'une ancienne et illustre famille de Normandie, éteinte depuis 1566. Il fut chargé de commissions importantes sous les règnes de Charles VII et de Louis XI, réforma l'université de Paris, et protégea les savans. C'étoit un homme intrépide et exact observateur de la justice. On dit que le Barigel de Rome ayant surpris un voleur, et voulant le faire mourir sur-le-champ, comme il ne trouvoit pas de bourreau, il obligea un prêtre François, qui passoit par ce même endroit, de faire cet office, indigne de son caractère. Le cardinal l'ayant su, et n'ayant pu en tirer raison, envoya chercher le Barigel, et le fit pendre aussitôt à une fenêtre de sa maison. Partisan zélé de la Pragmatique sanction, il assembla les évêques à Bourges, où l'on traita des moyens de bien observer ce règlement. On prit des mesures à cet égard, malgré les instances que les députés de l'église de Bordeaux et Pierre leur archevêque, firent en faveur du pape, à qui ils vouloient qu'on laissât une pleine puissance. L'Estouteville mourut à Rome, étant doyen des cardinaux, le 22 décembre 1483, à 80 ans. Outre l'archevêché de Rouen, il possédoit six évêchés, tant en France qu'en Italie, quatre abbayes et trois grands prieurés; mais il en employoit la meilleure partie à la décoration des églises dont il étoit chargé, et au soulagement des pauvres. C'est lui qui commença le beau château de Gaillon. La principale partie de la succession de la maison d'Estouteville passa dans celle de Bourbon par le mariage d'Adrienne, duchesse d'Estouteville, avec François de Bourbon, comte de Saint-Paul.
ESTRADA, (Marie d')— femme d'un soldat de Fernand Cortez, suivit ce dernier à la conquête du Mexique, et se distingua par sa valeur dans les combats. Armée d'une épée et d'une lance, oubliant la foiblesse de son sexe, elle parut toujours à la tête des expéditions, et fut regardée comme l'un des guerriers les plus intrépides de l'armée Espagnole.
ESTRADES, (Godefroi, comte d') né à Agen en 1607, maréchal de France, et vice-roi de l'Amérique, étoit d'une famille noble, qui subsiste. Il servit longtemps en Hollande, sous le prince Maurice, auprès duquel il faisoit les fonctions d'agent de France. Il se montra à la fois bon capitaine et grand négociateur. Nommé ambassadeur extraordinaire en Angleterre en 1661, il y fut insulté, le 10 octobre de cette année, par le baron de Watteville, ambassadeur d'Espagne, que son souverain désavoua. Le roi d'Espagne fit plus, il donna ordre à tous ses ministres, dans les cours étrangères, de ne point concourir avec les ambassadeurs de O O 3 582 EST France, dans les cérémonies publiques. Le comte d'Estrades ayant négocié, en 1662, la vente de Dunkerque, fut chargé de recevoir cette ville des mains des Anglois. Quoique Charles II eût signé le traité, le parlement s'y opposoit vivement, et la garnison Angloise refusoit d'évacuer la place. Mais le comte d'Estrades répandit à propos des sommes considérables; et le gouverneur et la garnison s'embarquèrent pour Londres. Ils rencontrèrent la barque qui portoit l'ordre du parlement de ne point remettre Dunkerque aux François; il étoit trop tard. Cette affaire étoit terminée, grace au zèle actif et ingénieux de d'Estrades. De retour à Paris, il fut envoyé, de nouveau, à Londres, en 1666, avec la qualité d'ambassadeur extraordinaire. Il y soutint, avec une vigoureuse fermeté, les prérogatives de la couronne de France, contre le baron de Watteville, ambassadeur d'Espagne, qui avoit voulu prendre le pas sur lui. Le comte d'Estrades passa l'année d'après en Hollande avec la même qualité, et y conclut le traité de Breda. Il ne se distingua pas moins en 1673, lorsqu'il fut envoyé ambassadeur extraordinaire aux conférences de Nimègue pour la paix générale. Il mourut le 26 février 1686, à 79 ans. Il avoit été nommé, deux ans auparavant, gouverneur du duc de Chartres et surintendant de ses finances. Les Négociations du comte d'Estrades ont été imprimées plusieurs fois, et la dernière à la Haye, 1742, en 9 vol. in-12. Ce n'est qu'un extrait des originaux, contenant 22 vol. in-fol. dont le moindre est de neuf cents pages. Jean Aymond, prêtre apostat, en vola quelques-uns dans la bibliothèque du roi, et les publia à Amsterdam, en 1709, in-12, après les avoir tronqués. Il y a confondre les Négociations de l'abbé d'Estrades, à Venise et en Piémont, avec celles du maréchal son père. L'ESTRÉES, (Jean d') grand maître de l'artillerie de France, né, en 1486, d'une famille distinguée et ancienne, mort en 1567, à 81 ans, fut d'abord page de la reine Anne de Bretagne. Il rendit de grands services aux rois François I et Henri II. C'est lui qui commença à mettre notre artillerie sur un meilleur pied. Il se signala à la prise de Calais en 1558, et donna, dans plusieurs autres occasions des preuves d'intelligence et de courage. On dit que c'est le premier gentilhomme de Picardie, qui ait embrassé la religion prétendue réformée. Brantôme dit, dans ses Capitaines François, « que M. d'Estrées a été l'un des dignes hommes de son état, sans faire tort aux autres, et le plus assuré dans les tranchées et batteries; car il y alloit la tête levée, comme si c'eût été dans les champs, à la chasse; et la plupart du temps, il alloit à cheval monté sur une grande haquenée alezande, qui avoit plus de vingt ans, et qui étoit aussi assurée que le maître: car pour les canonnades et arquebusades qui se tirassent dans la tranchée, ni l'un ni l'autre ne baissoient jamais la tête, et il se montroit par-dessus la tranchée la moitié du corps, car il étoit grand et elle aussi. C'étoit l'homme du monde qui connoissoit le mieux les endroits pour faire une batterie de place, et qui l'ordonnoit le mieux; aussi étoit-ce un des confidens que M. de Guise souhaitoit auprès de lui pour faire conquête et prendre ville, comme il fit à Calais. Ça été lui qui, le premier, nous a donné ces belles fontes d'artillerie, dont nous nous servons aujourd'hui; et même de nos canons, qui ne craindront de tirer cent coups l'un après l'autre, par manière de dire, sans rompre, ni sans s'éclater, ni casser, comme il en donna la preuve d'un au roi, quand le premier essai s'en fit; mais on ne les veut pas gourmander tous de cette façon, car on en ménage la bonté le plus qu'on peut. Avant cette fonte, nos canons n'étoient du tout si bons, mais cent fois plus fragiles, et sujets à être fort souvent rafraîchis de vinaigre, où il y avoit plus de peine. C'étoit un fort grand homme, beau et vénérable vieillard, avec une barbe qui lui descendoit très-bas, et sentoit bien son vieux aventurier de guerre du temps passé, dont il avoit fait profession, où il avoit appris d'être un peu cruel. »
IL ESTRÉES, (François-Annibal d') duc, pair et maréchal de France, fils du précédent, né en 1573, embrassa d'abord l'état ecclésiastique, et le roi Henri IV le nomma à l'évêché de Laon; mais il quitta cet évêché, pour suivre le parti des armes. Il se signala en diverses occasions, secourut le duc de Mantoue, en 1626, prit Trèves, et se distingua par son esprit autant que par sa valeur. Nommé, en 1636, ambassadeur extraordinaire à Rome, il soutint, avec honneur, la gloire et les intérêts de la couronne, mais non pas avec prudence. Ses brusqueries et son humeur violente le brouil- lèrent avec Urbain VIII et avec ses neveux. On fut contraint de le rappeler. Il en eut si grand dépit, qu'il refusa de venir à la cour rendre compte de sa conduite. Il mourut à Paris le 5 mai 1670, dans sa 98e année. Le maréchal d'Estrées étoit plus propre à servir le roi à la tête des armées, que dans une négociation épinense. Non content de faire respecter son caractère, il vouloit faire craindre sa personne. Il parloit même à la cour avec une noble franchise. Des courtisans s'entretenant devant Louis XIV, qui n'avoit que quinze ans, du pouvoir absolu des sultans Turcs, disoient qu'ils disposoient, au gré de leur caprice, de la vie et des biens de leurs sujets. Voilà, dit le jeune prince, ce qui s'appelle régner. Oui, sire, répliqua le maréchal d'Estrées; mais en régnant ainsi, trois empereurs ont été étranglés de mon temps. Il étoit frère de la belle Gabrielle d'Estrées, que Henri IV auroit, dit-on, épousée, si la mort ne l'eût enlevée. Nous avons de lui: I. Des Mémoires de la Régence de Marie de Médicis. Ils sont recherchés, de l'édition de Paris, 1666, in-12, où il y a une Lettre préliminaire de Pierre le Moine. II. Une Relation du siège de Mantoue, en 1630, et une autre du Conclave, dans lequel le pape Grégoire XV fut élu en 1621. Il règne dans ces différens ouvrages, un grand air de vérité; mais son style incorrect prouve que le maréchal ne savoit pas aussi bien écrire que combattre.
III. ESTRÉES, (César d') cardinal, abbé de Saint-Germain-des-Prés, né en 1628, fils du précédent, fut élevé sur O o 4 184 EST le siège de Laon en 1653, après avoir reçu le bonnet de docteur en Sorbonne. Le roi le choisit, peu de temps après, pour médiateur entre le nonce du pape et les amis des quatre évêques d'Aleth, de Beauvais, de Pamiers et d'Angers. D'Estrées avoit l'art de ramener les esprits les plus opposés, de les persuader et de leur plaire. Ses soins procurèrent un accommodement, qui donna à l'église de France une paix passagère, parce que les esprits qui la recevoient, aimoient la guerre. Le chapeau de cardinal fut, en 1674, la récompense de son zèle. En 1680, il passa dans la Bavière, où Louis XIV l'envoya pour traiter le mariage du Dauphin, et pour y ménager d'autres affaires importantes. Il se rendit, quelque temps après, à Rome, y soutint les droits de la France pendant les disputes de la régale, et fut chargé de toutes les affaires après la mort du duc son frère en 1689. Il accommoda les affaires du clergé avec Rome, et eut beaucoup de part aux élections d'Alexandre VIII, d'Innocent XII et de Clément XI. Lorsque Philippe V partit pour aller occuper le trône d'Espagne, le cardinal d'Estrées eut ordre de le suivre pour travailler avec les premiers ministres de ce prince. Il revint en France l'an 1703, et mourut dans son abbaye le 18 décembre 1714, à 87 ans. Le cardinal d'Estrées étoit très-versé dans les affaires de l'église et dans celles de l'état. A un génie vaste, il joignoit des manières polies, une conversation aimable, un caractère égal, l'amour des lettres (Voyez GASSENDI), et la charité envers les pauvres. S'il ne fut pas toujours heureux dans ses négociations, ce ne fut ni la faute de son esprit, ni celle de sa prudence.
IV. ESTRÉES, (Gabrielle d') sœur de François-Annibal d'Estrées, (Voyez le n° II.) reçut de la nature tous les dons qui peuvent enchaîner les cœurs. Henri IV à qui Bellegarde demanda un congé à Mantes pour aller la voir, voulut être de la partie. Ils se rendirent au château de Cœuvres, où elle demeuroit avec son père. Le roi fut si touché de sa figure séduisante et des agrémens de son esprit, qu'il résolut d'en faire sa maîtresse favorite. Il se déguisa un jour en paysan pour l'aller trouver, passa à travers les gardes ennemies, et courut risque de sa vie. Gabrielle, amoureuse de Bellegarde, ne répondit pas d'abord aux empressemens du roi : mais l'élévation de son père et de son frère, le sincère attachement de Henri, ses manières affables et pleines de bonté, l'obligèrent à mieux traiter un amant si généreux et si tendre. Dans une occasion périlleuse, Henri lui écrivit ce billet : Si je suis vaincu, vous me connoissez assez pour croire que je ne fuirai point; mais ma dernière pensée sera à Dieu, et l'avant-dernière à vous. Pour la voir plus librement, Henri lui fit épouser Nicolas d'Amerval, seigneur de Llancourt, avec lequel elle n'habita point. Henri l'aima si éperdument, que, quoiqu'il fût marié, il résolut de l'épouser. Ce fut dans cette idée que la belle Gabrielle engagea son amant à se faire Catholique, pour pouvoir obtenir du pape une bulle qui cassât son mariage avec Marguerite de Valois. Elle travailla ardemment avec Henri IV à le- ver les obstacles qui empêchoient leur union ; mais la mort funeste de *Gabrielle*, le samedi – saint 10 avril 1599, trancha le nœud de toutes les difficultés. On prétend qu'elle fut empoisonnée par le riche financier *Zamet*. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle mourut dans des convulsions épouvantables. La tête de cette femme, une des plus belles de son siècle, étoit toute tournée le lendemain de sa mort, et son visage si défiguré, qu'elle n'étoit plus reconnoissable. M. *Delaplace* a fait les vers suivans sur cet accident funeste : *Après avoir vaincu le vainqueur de la ligue, Le trône seul pouvoit couronner mes succès ; Et j'y croyais toucher, lorsqu'une sourde intrigue Transforma tout-à-coup mes lauriers en cyprès.* De toutes les maîtresses du roi *Henri IV*, c'est celle qu'il aima le plus. Il la fit duchesse de Beaufort, et à sa mort il en porta le deuil, comme d'une princesse du sang royal. Cependant elle ne l'avoit pas dominé assez pour l'indisposer contre les ministres qu'elle n'aimoit point, encore moins pour les faire renvoyer. Elle lui disoit un jour au sujet de *Sully* dont elle étoit mécontente : *J'aime mieux mourir que de vivre avec cette vergogne, de voir soutenir un valet contre moi, qui porte le titre de maîtresse. – Pardieu, Madame, lui répondit Henri, c'est trop, et vois bien qu'on vous a dressée à ce badinage, pour essayer de me faire chasser un serviteur duquel je ne puis me passer. Mais je n'en ferai rien, et afin que vous en tenirz votre cœur en repos et ne fassiez* *plus l'acariâtre contre ma volonté, je vous déclare que si j'étois réduit en cette nécessité de perdre l'un ou l'autre, je me passerois mieux de dix maîtresses comme vous, que d'un serviteur comme lui. – Pendant une des fêtes que Henri donnoit quelquefois à Gabrielle, on vint l'avertir que les Espagnols s'étoient emparés d'Amiens. Ce coup est du ciel, dit-il ! c'est assez faire le roi de France, il est temps de se montrer roi de Navarre ; et se tournant du côté de d'Estrées, qui, comme lui, portoit les habits de la fête, et qui fondoit en larmes, il lui dit : Ma maîtresse, il faut quitter nos armes et monter à cheval pour faire une autre guerre. Le jour même il rassembla quelques troupes, et oubliant l'amour, il marcha en héros vers Amiens... Henri IV. eut d'elle trois enfans : César, duo de Vendôme, (Voy. VENDÔME.) Alexandre et Catherine-Henriette. Alexandre, 2$^{e}$ fils de Gabrielle, né à Mantes en 1598, légitimé l'année d'après, fut reçu à Paris chevalier de Malte, en 1604. Louis XIII, qui lui avoit donné l'abbaye de Marmoutier, le fit nommer grand prieur de France et général des galères de Malte, où il alla signaler son courage. En 1615, il alla prêter à Rome le serment d'obéissance filiale au pape Paul V. Il mourut au château de Vincennes le 8 février 1629. Catherine-Henriette épousa Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, en 1619, et mourut en 1663. La mère de Gabrielle d'Estrées étoit Françoise Babou de la Bourdaisière, qui avoit fourni à son mari, ainsi qu'il le disoit hautement lui-même, une pépinière de filles mal sages. Gabrielle fut connue d'abord sous le nom de* 586 EST Mad. de Liancourt, ensuite sous celui de marquise de Monceaux, et enfin sous celui de duchesse de Beaufort. — Jeanne d'Estrées, sœur de Gabrielle, étant devenue abbesse de Maubuisson, se conduisit en femme voluptueuse et fastueuse. Elle fut déposée en 1618, et renfermée d'abord aux Filles pénitentes, et ensuite aux Clarisses de Paris, où elle mourut en 1634. V. ESTRÉES, (Victor-Marie d') né à Paris le 30 novembre 1660, succéda à Jean, comte d'Estrées, son père, dans la charge de vice-amiral de France, qu'il exerça avec beaucoup de gloire dans les mers du Levant. Il bombarda Barcelone et Alicante, en 1691, et commanda en 1697 la flotte au siège de Barcelonne. Nommé en 1701 lieutenant général des armées navales d'Espagne, par Philippe V, qualité qu'il joignoit à celle de vice-amiral de France, il réunit le commandement des flottes Espagnole et Françoise. Deux ans après, en 1703, il fut fait maréchal de France, et prit le nom de Maréchal de Cœuvres. Cette dignité fut suivie de celles de grand d'Espagne et de chevalier de la Toison d'or. Il les méritoit, par une valeur héroïque, mais prudente. Quoique l'abbé de St-Pierre le peigne comme un homme d'humeur, il avoit les qualités du cœur, et savoit être ami. L'académie Françoise, celle des Sciences et celle des Inscriptions, s'étoient fait un honneur de se l'associer. Au milieu des occupations bruyantes de la guerre, il avoit cultivé les lettres. Son courage ne se montroit pas seulement dans les combats, mais il le soutenoit dans les plus cruelles ma- ladies. Il fut taillé de la pierre et en danger de la vie. Un courtisan qui vouloit cacher par la dévotion des mœurs très-peu réglées, lui fit dire qu'il alloit prier Dieu pour lui. Qu'il s'en garde bien, dit le maréchal, il gâteroit tout; non qu'il doutât de l'efficacité des prières, mais il faisoit peu de cas de celles des hypocrites. Il mourut à Paris, le 28 décembre 1737, à 77 ans, également regretté par les citoyens, les savans et les philosophes. Il ne laissa point d'enfants de sa femme Lucie—Félicité de Noailles. Sa mort éteignit le titre de duché-pairie attaché à la terre de Cœuvres, sous le nom d'Estrées, depuis 1645. Ses biens passèrent dans la maison de Louvois, par sa sœur qui avoit épousé le marquis de Courtanvaux. Voy. l'article suivant.
VI. ESTRÉES, (Louis-César, duc d') maréchal de France, et ministre d'état, naquit à Paris le 1er juillet 1695, de François-Michel le Tellier de Courtanvaux, capitaine-colonel des Cent-Suisses, fils du marquis de Louvois, et de Marie-Anne-Catherine d'Estrées, fille de Jean, comte d'Estrées, vice-amiral et maréchal de France. Il fit ses premières armes dans la guerre passagère que le duc d'Orléans régent fit à l'Espagne, et servit sous les ordres du maréchal de Berwick. Parvenu par ses services au grade de maréchal de camp et d'inspecteur général de cavalerie, il se signala dans la guerre de 1741. On se souviendra long-temps du blocus d'Egra, du passage du Mein à Selingstadt, de la journée de Fontenoi, du siège de Mons, de celui de Charleroi, etc. etc. Il eut la plus grande part à la victoire de Lawfeldt; et le maréchal de Saxe, bon juge du mérite militaire, lui confia dans diverses occasions les manœuvres les plus délicates. Une nouvelle guerre ayant été allumée en 1756, Louis XV, qui l'avoit honoré du bâton de maréchal, lui donna, le 24 février 1757, le commandement de l'armée d'Allemagne, forte de plus de cent mille hommes. Il partit au commencement du printemps, après avoir montré au monarque le plan des opérations; et quoiqu'on l'accusât de timidité, malgré sa valeur reconnue, il dit à Louis XV: Aux premiers jours de juillet, j'aurai conduit l'ennemi au-delà du Weser, et je serai prêt à pénétrer dans le pays d'Hanovre. Non content de tenir sa parole, il livra bataille au duc de Cumberland, à Hastembeck, le 26 juillet, et remporta sur lui une victoire complète, secondé par Chevert et le marquis de Bréhan. Les Hanovriens ayant laissé prendre Hanovre, se disposoient à abandonner l'électorat, lorsqu'il fut remplacé par le maréchal de Richelieu. Le maréchal d'Estrées, rappelé par des intrigues de cour et renvoyé à Giessen, après la défaite de Minden, ne prit point de commandement, et se contenta de donner des conseils utiles à de Contades. Il obtint le brevet de duc en 1763, et l'état le perdit le 2 janvier 1771, à 76 ans. Toutes les dignités dont il fut revêtu, furent la récompense de la vertu et le prix des services; et l'on n'estima pas moins en lui le citoyen que le héros. Un anonyme lui fit cette épitaphe: Soit qu'aux champs d'Hastembeck il fixât la victoire, Qu'il servit au conseil d'organe à la raison, Ci-gît qui doublement eut des droits à la gloire: Il sut vaincre en César, et juger en Caton. Le maréchal d'Estrées ne laissa point d'enfants.
ESTURMEL, gentilhomme des environs de Péronne, s'est fait un nom par son zèle pour la patrie. Le comte de Nassau, un des généraux de Charles-Quint, menaçoit cette ville en 1536. Les habitans voyant la place dépourvue de toutes choses, paroissoient résolus de l'abandonner. Esturmel prévît les suites funestes qu'entraîneroit la perte de Péronne: il s'y transporta avec sa femme et ses enfans, et ranima le courage de ses concitoyens par ses discours et son exemple. Cet homme aussi généreux que brave, fit conduire tous les grains qu'il avoit chez lui, y distribua son argent, et montra une valeur, une activité, une intelligence, qui rassurèrent les plus timides. Cette conduite déconcerta l'ennemi, et l'obligea de se retirer après un mois de siège. Le roi, voulant récompenser Esturmel, le fit son maître d'hotel, et lui donna une charge considérable dans les finances.
ESWARA, (Mythol.) divinité des Indiens, honorée particulièrement par la secte des Scyvias. Une goutte de sa sueur donna naissance à Virrépudra, qui battit le Soleil et lui fit sauter une dent, et qui souclieta si fortement la Lune que son visage en porte encore les marques.
ETAMPES, Voyez ESTAMPES et PISSELEU. 588 ÉTE
ÉTERNITÉ, (Mythol.) divinité que les anciens adoroient, et qu'ils se représentaient à peu près comme le Temps, sous l'image d'un vieillard, tenant à sa main un serpent qui forme un cercle de son corps en se mordant la queue, emblème de l'Éternité.
ÉTHALIDE, (Mythol.) fils de Mercure, obtint de son père la liberté de demander tout ce qu'il voudroit, excepté l'immortalité. Il demanda le pouvoir de se souvenir de tout ce qu'il auroit fait lorsque son âme passeroit dans d'autres corps. Diogène Laërce rapporte que Pythagore, pour prouver la métempsycose, disoit que lui-même avoit été cet Éthalide.
ÉTHELBERT, roi de Kent en Angleterre l'an 560, épousa Berthe, fille de Caribert, roi de France. Cette princesse travailla à la conversion du roi, qui fut suivie de celle de plusieurs seigneurs Anglois, par le zèle de St. Augustin, que le pape St. Grégoire envoya en Angleterre. Éthelbert régna heureusement, et mourut en 616, à cinquante-six ans.
ÉTHELRED, V. ÆELRÈDE.
ÉTHELRED II, roi d'Angleterre, fils d'Edgard, succéda en 978 à son frère Edouard II. C'étoit un prince barbare; il fit tuer tous les Danois qui s'étoient établis en Angleterre. On ajoute qu'il fit enterrer leurs femmes jusqu'à la moitié du corps, afin d'avoir le plaisir de voir dévorer tout le reste par des dogues affamés. L'avarice et la débauche le rendirent l'horreur de tous ses sujets. (Voyez ÉDRIK.) Ils se révoltèrent; et Suénon, roi des Danois, s'étant rendu maître de ses états, l'obligea de se retirer chez Richard II, duc de Normandie, dont il avoit épousé la sœur. Après la mort de Suénon, Canut, son fils, lui succéda; mais étant mort en 1015, Éthelred fut rappelé en Angleterre, où il mourut bientôt après, l'an 1016.
ÉTHÉOCLE, roi de Thèbes, frère de Polynice, naquit de l'inceste d'Édipe et de Jocaste. Il partagea le royaume de Thèbes avec son frère Polynice, après la mort de leur père, qui ordonna qu'ils régneroient tour à tour. Éthéocle étant sur le trône, n'en voulut pas descendre; et Polynice lui fit cette guerre qu'on appela l'Entreprise des sept Preux, ou des sept Braves devant Thèbes. Ces deux frères se haïsoient si fort, qu'ils se battoient dans le ventre de leur mère. Ils se tuèrent l'un l'autre en même temps, dans un combat singulier. La mort même ne put éteindre cette inimitié horrible: car leurs corps ayant été mis sur un bûcher, on vit, disent les poètes, tandis qu'ils brûloient, les flammes se séparer, et former jusqu'à la fin une espèce de combat. Racino a fait une tragédie sur l'inimitié d'Éthéocle et l'olynice, intitulée: Les Frères ennemis. — Un autre ÉTHÉOCLE, roi d'Orchomène en Béotie fut surnommé le père des Graces, parce qu'il fut le premier qui éleva un temple à ces déesses et institua leur culte. Voyez TYDÉE.
ÉTHÉTA, femme de Laodicée, ville de Syrie, aima si tendrement son mari, qu'elle obtint des dieux le pouvoir de devenir homme, pour l'accompagner par-tout sans crainte. Elle fut alors nommée Éthétus.
ÉTHILLA, fille de Laomédon et sœur de Priam, fut emmenée captive par Protésilas, après le siège de Troie. Celui-ci ayant relâché sur une côte pendant une tempête, Ethilla, aidée de ses compagnes, mit le feu aux vaisseaux Grecs, et força Protésilas à se fixer dans la contrée, où il bâtit la ville de Sycione. I. ÉTHODE, premier de ce nom, roi d'Écosse dans le 4e siècle, monta sur le trône après Conar. Il eut tant de reconnaissance pour Argard, qui avoit gouverné l'état sous le règne de son prédécesseur, et que les grands du royaume avoient mis en prison, qu'il le fit grand administrateur de la justice. Argard fut tué dans l'exercice de son emploi. Ethode, irrité, fit mourir plus de 300 de ceux qui avoient eu part à ce meurtre. Il fut malheureusement assassiné lui-même par un Hibernois, joueur de flûte, qui couchoit dans sa chambre. On prétend que ce fut vers l'an 194. Tous ces faits sont assez mal appuyés, et les commencements de l'histoire d'Écosse sont un chaos, ainsi que ceux de presque toutes les histoires.
II. ÉTHODE II, fils du précédent, connoissoit si peu le pénible art de régner, que les grands furent obligés d'envoyer dans toutes les provinces de sages lieutenans pour l'administration des affaires. Ce prince mena une vie fainéante l'espace de 30 ans ou environ, et fut tué par ses gardes l'an 31 de J. C. I. ÉTHRA, fille de Pithée, roi de Trezène, ayant épousé Egée, roi d'Athènes, qui avoit logé chez son père, elle devint grosse de Thésée. Egée étant obligé de s'en retourner sans elle, lui laissa une épée et des souliers, que l'enfant qu'elle mettroit au monde devoit lui apporter lorsqu'il seroit grand, afin de se faire connoître. Thésée, dans la suite, alla voir son père, qui le reçut et le nomma son héritier. Castor et Pollux irrités de l'enlèvement de leur sœur Hélène par Thésée, firent Ethra captive; mais elle fut délivrée par ses petits-fils Acamas et Démophoon.
II. ÉTHRA, (Mythol.) fille de l'Océan et Thétis, femme d'Atlas, fut mère d'Hyas et de sept filles. Hyas ayant été dévoré par un lion, ses sœurs en moururent de douleur; mais Jupiter les métamorphosa en étoiles, qu'on nomme pluvieuses; ce sont les Hyades chez les Grecs, et les Sucules chez les Latins.
ÉTHULPHE ou ÉTHELVOLPH, fut le second roi de la 3e dynastie d'Angleterre, et succéda l'an 837 à son père Egbert. C'étoit un prince pacifique: il ne se réserva d'abord que le royaume de Westsex, et céda à Aldestan, son fils naturel, les royaumes de Kent, d'Essex et de Sussex, que son père avoit conquis. Il les remit depuis en sa possession par la mort de ce fils. Il y avoit peu d'années qu'il régnoit, quand les Danois firent des courses en Angleterre, et prirent même Londres; mais il les défit entièrement. Ethulphe se voyant sans ennemis, offrit à Dieu la dixième partie de ses états, et alla à Rome sous le pontificat de Léon IV. Il rendit tous ses royaumes tributaires envers le saint-siège, d'un sterling ou d'un sou pour chaque famille, au lieu qu'aupa- ravant il n'y avoit que ceux de Westsex et de Sussex qui le payoient. Ce tribut, établi, dit-on, dès l'an 726 par Ina, roi des Saxons, s'est payé jusqu'au temps de Henri VIII : et c'est proprement ce qu'on appelle le Romescot, ou le denier de Saint Pierre. Quoi qu'il en soit, Ethulphe, de retour de son pèlerinage, épousa, l'an 856, en secondes noces, Judith de France, fille du roi Charles le Chauve. Son fils Ethelbald profita de son absence pour se révolter contre lui; mais il dissipa les factions par son retour, et mourut en 857, après avoir partagé le royaume entre les quatre fils qu'il avoit eus d'Osburge, sa première femme. I. ÉTIENNE, (Saint) premier martyr du Christianisme, l'un des Sept Diacres, avoit été disciple de Gamaliel. Il fut la-pidé l'an 33 par les Juifs, qui l'accusoient d'avoir blasphémé contre Moïse et contre Dieu, et d'avoir dit que Jesus de Nazareth détruiroit le lieu saint et changeroit les traditions. Le supplice qu'on lui fit souffrir, fut celui que la loi ordonnoit contre les blasphémateurs, la lapidation. En mourant, Etienne pria Dieu pour ses ennemis. On trouva dans la suite ses reliques, et Dieu fit plusieurs miracles en faveur de ceux qui l'invoquoient. — Il y a eu un autre martyr de ce nom, Saint ETIENNE dit le Jeune, né à Constantinople en 714, et martyrisé par les Iconoclastes en 766. Il avoit embrassé l'état monastique; et après avoir été supérieur du monastère de Saint-Auxence, dans la Bithinie, il s'étoit enfermé dans une cellule qui n'avoit que deux cou- dées de long, sur une et demie de large. L'odeur de sa vertu attiroit autour de lui un grand concours de peuples. L'empereur Constantia Copronyme, voulant le rendre favorable au parti des Iconoclastes, lui avoit envoyé des dattes et des figues en présent; mais il le refusa, en répondant au messager de ce prince : L'huile du pécheur ne parfumerait pas ma tête.
II. ÉTIENNE Ier, (Saint) monta sur la chaire pontificale de Rome en 253, après le martyre du pape Lucius. Son pontificat est célèbre par la question sur la validité du Baptême donné par les hérétiques. Etienne décida qu'il ne falloit rien innover. La tradition de la plupart des églises prescrivoit de recevoir tous les hérétiques par une seule imposition des mains, sans les rebaptiser, pourvu qu'ils eussent reçu le baptême avec de l'eau et au nom des trois personnes de la Trinité. St. Cyprien et Firmilien assemblèrent des conciles pour s'opposer à cette décision, contraire à la pratique de leurs églises. Le pape irrité refusa la communion et même l'hospitalité aux députés des évêques Africains. St. Cyprien ne déféra pourtant point à son décret, qu'il ne regardoit pas comme une décision de l'église universelle. Cette décision ne fut solennellement donnée qu'au concile de Nicée. Etienne mourut martyr le 2 août 257, durant la persécution de Valérien. Il étoit le modèle des évêques de son siècle. Il s'opposa avec force aux hérétiques, et traita avec douceur ceux qui revenoient au bercail.
III. ÉTIENNE II, Romain, succéda en 752 à un autre Etienne, que plusieurs écrivains n'ont pas compté parmi les papes, parce que son pontificat ne fut que de 3 ou 4 jours. *Astolphe*, roi des Lombards, menaçoit la ville de Rome, après s'être emparé de l'exarcat de Ravenne. *Etienne* implora le secours de *Constantin Copronyme*, empereur d'Orient, son légitime souverain. La guerre d'Arménie empêchant celui-ci de sauver l'Italie, il renvoie le pontife au roi *Pepin*. *Etienne* passe en France, absout *Pepin* du crime qu'il avoit commis en manquant de fidélité à son prince légitime, et s'assure par-là un appui contre les Lombards. *Astolphe*, intimidé par les François, promet de restituer Ravenne, et refuse ensuite de tenir sa parole. *Pepin* passe en Italie, dépouille le roi Lombard de son exarcat, et lui enlève 22 villes, dont il fit présent au pape. Cette donation est le premier fondement de la seigneurie temporelle de l'église Romaine; car, pour la donation de *Constantin*, on sait qu'elle n'a jamais existé. Le pape s'étoit servi d'une espèce de prosopopée pour hâter l'arrivée du roi François en Italie. Il lui avoit écrit une lettre au nom de *St. Pierre*, où il faisoit parler et apôtre comme s'il eût été encore vivant; et avec *St. Pierre*, la *Ste Vierge*, les Anges, les Martyrs, les Saints et les Saintes. *Je vous conjure*, disoit *St. Pierre*, par le *Dieu vivant*, de ne pas permettre que ma ville de Rome soit plus long-temps assiégée par les Lombards, afin que vos corps et vos ames ne soient point livrés aux flammes éternelles. C'est ainsi que dans des temps ténébreux, durant le VIIIe siècle, on a employé, comme dans les siècles les plus éclairés, les mo- tifs sacrés de la religion pour des affaires d'état. *Etienne* mourut le 26 avril 757, après cinq ans de pontificat. Il laissa cinq *Lettres*, et un recueil de quelques *Constitutions canoniques*.
IV. ÉTIENNE III, Romain, originaire de Sicile, fut élu pape en août 768. Un seigneur, nommé *Constantin*, s'étoit emparé du pontificat : ( C'est le premier exemple d'une pareille usurpation du saint Siège; ) on lui arracha les yeux, ainsi qu'à quelques-uns de ses partisans, et on intronisa *Etienne*. Le pape assembla un concile l'année d'après, pour condamner l'usurpateur. Dans la troisième session, on statue que les évêques ordonnés par *Constantin* retournent chez eux pour y être élus de nouveau, et reviendront ensuite à Rome pour être consacrés par le pape. *Etienne*, paisible possesseur du saint Siège, en jouit pendant trois ans et demi, et mourut en 772. Rome fut dans l'anarchie avant et après son pontificat; mais on ne valoit pas mieux ailleurs. Des yeux et des langues arrachés, sont les événemens les plus ordinaires de ces siècles malheureux. V. ÉTIENNE IV, Romain, monta sur la chaire de St. Pierre après le pape *Léon III*, le 22 juin 816. Aussitôt qu'il fut ordonné, il vint en France, et y sacra de nouveau l'empereur *Louis le Débonnaire*. Il mourut le 25 janvier 817 à Rome, trois mois après son retour.
VI. ÉTIENNE V, Romain, pape après *Adrien III*, fut intronisé à la fin de septembre 885. Il écrivit avec force à *Basile le Macédonien*, empereur d'O- rient, pour défendre les papes ses prédécesseurs contre *Photius*. Il mourut en 891.
VII. ÉTIENNE VI, fut mis sur le siège pontifical en 896, après l'antipape *Boniface VI*. Ce pontife fanatique et factieux fit déterrer, l'année d'après, 897, le corps de *Formose*, son prédécesseur et son ennemi. Il fit comparoître ce cadavre, revêtu des habits pontificaux, dans un concile assemblé pour juger sa mémoire. On lui donna un avocat; on lui fit son procès en forme; le mort fut déclaré coupable d'avoir quitté l'évêché de Porto pour celui de Rome; translation inouïe alors, mais qui ne méritait pourtant pas qu'*Etienne* donna à la Chrétienté la farce, aussi horrible que ridicule, de faire déterrer un souverain pontife son prédécesseur. La faute de *Formose*, qui aujourd'hui n'est plus une faute, fut punie par le concile comme un forfait atroce. On fit trancher la tête au cadavre par la main du bourreau; on lui coupa trois doigts et on le jeta dans le Tibre. Le pape *Etienne* se rendit si odieux par cette vengeance, que les amis de *Formose* ayant soulevé les citoyens, le chargèrent de fers, et l'étranglèrent en prison quelques mois après. (*Voyez* l'article *FORMOSE*.) *Jean IX* assembla un concile, qui condamna tout ce qui s'étoit fait en 897 contre la mémoire et le corps de *Formose*, lequel, selon les Pères de cette assemblée, avoit été transféré par nécessité du siège de Porto à celui de Rome.
VIII. ÉTIENNE VII, successeur de *Léon VI*, mourut en 931, après deux ans de pontificat, sans avoir rien fait de remarquable.
IX. ÉTIENNE VIII, Allemand, parent de l'empereur *Othon*, fut élevé sur le saint siège après *Léon VII* en 939. Les Romains, alors aussi séditieux que barbares, conçurent contre lui tant d'aversion, qu'ils eurent, dit-on, la cruauté de lui découper le visage: il en fut si défiguré qu'il n'osoit plus paroître en public. Il mourut en 942. X. ÉTIENNE IX, étoit frère de *Godefroi le Barbu*, duc de Lorraine. Il se fit religieux au mont-Cassin, en devint abbé, et fut élu pape le 2 août 1057, après la mort de *Victor*. Il mourut à Florence, en odeur de sainteté, le 29 mars 1058.
ÉTIENNE, *Voy*. DOMITIA.
XI. ÉTIENNE DE MURET, (Saint) fils du comte de *Thiers* en Auvergne, suivit son père en Italie, où des hermites Calabrois lui inspirèrent du goût pour la vie cénobitique. De retour en France, il se retira sur la montagne de Muret, dans le Limousin, et vécut cinquante ans dans ce désert, entièrement consacré à la mortification, au jeûne et à la prière. En 1073, il obtint une bulle de *Grégoire VII*, pour la fondation d'un nouvel ordre monastique suivant la règle de *St. Benoit*. La réputation de sa vertu lui attira une foule de disciples, et de visites honorables. Sur la fin de ses jours, deux cardinaux vinrent le voir dans son hermitage. Ils demandèrent au saint homme, s'il étoit chanoine, ou moine, ou hermite: *Etienne* leur répondit: *Nous sommes des pécheurs, conduits dans ce désert par la miséricorde divine pour y faire pénitence*. Ce n'est n'est pas répondre trop nettement à la question des cardinaux; et l'on a été assez embarrassé, long-temps après, à déterminer à quel ordre sa famille appartenait. *Etienne* l'édifia jusqu'à sa mort, arrivée le 8 février 1124, à 78 ans. Ses enfans, inquiétés après la mort de leur père, par les moines d'Ambazar, qui prétendoient que Muret leur appartenait, emportèrent le corps de leur fondateur, qui étoit leur seul bien, et se transportèrent à un lieu nommé *Grammont*, dont l'ordre a pris le nom. Les *Annales* de cet ordre furent imprimées à Troyes en 1662. Il a été supprimé en 1769, et les religieux ont été pensionnés. On a de *St. Etienne de Muret*, sa *Règle*, 1645, in-12, et un *Recueil de Maximes*, 1704, in-12, en latin et en françois.
**XII. ÉTIENNE**, (Saint) troisième abbé de Citeaux, né en Angleterre d'une famille distinguée, passa en France, et se fit religieux dans le monastère de Molesme. En 1058, le désir d'une plus grande perfection l'obligea de se retirer dans la forêt de Citeaux, où il travailla beaucoup pour l'accroissement de son ordre, fondé depuis peu par *Robert* abbé de Molesme. Citeaux étoit alors une vaste solitude, habitée par des bêtes sauvages. *Etienne* y fit bâtir, du bois de la forêt, un monastère, qui avoit plus l'air d'un amas de cabanes que d'un monastère. Tout y respiroit la pauvreté. Les croix étoient de bois, les encensoirs de cuivre, les chandeliers de fer. Tous les ornemens furent de laine ou de fil. Le travail étoit le seul moyen que les solitaires de Citeaux eussent pour subva- *Tome IV.* É T I 593 nir à leurs besoins; et, *Etienne* ne voulant recevoir des secours ni des prêtres simoniaques, ni des séculiers débauchés, les aumônes ne pouvoient être abondantes. Aussi le pain matériel leur manqua quelquefois; il y suppléa par le pain spirituel de la parole divine. Il encouragea, il instruisit. Un grand nombre de disciples se mit sous sa conduite, entr'autres *St. Bernard*, l'homme le plus illustre que Citeaux ait produit. Parmi le grand nombre de monastères qu'*Etienne* batit, on compte ceux de la Ferté, de Pontigny, de Clairvaux et de Morimond, qui furent les quatre filles de Citeaux, et filles qui s'éloignèrent bientôt de la simplicité de leurs premiers pères. *Etienne* leur donna des statuts, approuvés en 1119 par *Callixte II*. Cet ordre est le premier qui ait établi des chapitres généraux. *St. Etienne* mourut le 28 mars 1134.
**XIII. ÉTIENNE D'ORLÉANS**, d'abord abbé de Sainte-Geneviève en 1177, ensuite évêque de Tournai en 1191, eut part aux affaires les plus considérables de son temps. Il mourut le 10 septembre 1203. On a de lui des *Sermons*, des *Epitres curieuses*, in-8°, 1682, (*Voy. II. MOLINER*) et d'autres ouvrages.
**XIV. ÉTIENNE Ier**, (Saint) — roi de Hongrie, succéda en 997 à son père *Geisa*, premier roi Chrétien de Hongrie, et mourut à Bude le 15 août 1038. Son premier soin en montant sur le trône, fut de réformer les mœurs barbares de ses peuples. La religion Chrétienne lui parut propre à produire ce changement; mais il eut à combattre le fameux *Cup*, comte de *Zegzard*, chef des Ido- P p latres, qu'il vainquit en bataille rangée. Alors, il fit venir des missionnaires, qui prêchèrent l'Évangile dans tout son royaume. Il le divisa en onze diocèses, dont Strigonie fut la métropole. Le prince de Transylvanie, son cousin, lui suscita une guerre, qu'il termina heureusement par une victoire. L'ayant fait prisonnier, il ne lui imposa d'autre loi que d'abattre les idoles dans ses états. *Etienne* ayant obtenu la paix à ses sujets par le bonheur de ses armes, leur procura l'abondance par ses soins paternels. Il fit la remise d'une partie des impositions publiques : il bâtit des hôpitaux, et pourvut à la subsistance des pauvres, des veuves, des orphelins. *Gisèle*, son épouse, sœur de *St. Henri*, roi d'Allemagne, le seconda dans toutes ses bonnes œuvres. Enfin, pour mettre le comble à ses bienfaits, il fit publier un corps de lois en 55 chapitres, dans lequel les crimes sont punis avec une sévérité justifiée par les mœurs atroces qui avoient régné jusqu'alors dans son pays. La mémoire de ce pieux roi est en grande vénération chez les Hongrois. Ils se servent encore de sa couronne pour le sacre de leurs rois, et ils regarderaient comme une omission essentielle, le refus ou l'oubli du prince qui ne la porteroit pas dans cette cérémonie. Cette couronne lui fut donnée par le pape *Sylvestre II*, qui lui laissa la libre disposition des évêchés qu'il avoit créés.
ÉTIENNE BATTORI, *Voy.* BATTORI.
XV. ÉTIENNE DE BYZANCE, grammairien du 5$^{e}$ siècle, auteur d'un *Dictionnaire géographique*, dont nous n'avons qu'un mauvais *Abrégé*, fait par *Hermalaïs*, sous l'empereur *Justinien*, et publié à Leyde en 1694, in-fol., en grec et en latin, par *Gronovius*, avec les savans commentaires de *Berkélius*. Il y en a une autre édition de 1678, jointe à celle de 1694, à cause des changemens; on y joint encore les notes d'*Holsténius*, à Leyde, 1684, in-folio. L'*Abrégé* d'*Hermalaïs* nous a sans doute fait perdre l'original, qui eût été d'un grand prix pour la connoissance des dérivés et des noms des villes et des provinces.
XVI. ÉTIENNE, vaivode de — Moldavie, dans le 16$^{e}$ siècle, se mit sur le trône par les armes des Turcs, après en avoir chassé le légitime possesseur, qu'il fit mourir. Il régna en tyran. Les Boïards ne pouvant plus supporter le joug, le massacrèrent dans sa tente, avec 2000 mille hommes, partie Turcs, partie Tartares, qui composoient sa garde.
XVII. ÉTIENNE, premier du nom. (Henri) imprimeur de Paris, mort à Lyon en 1520, est la souche de tous les autres savans de ce nom qui ont tant illustré la presse et la littérature. Il est connu par l'édition de quelques livres, et sur-tout par un *Pseautier* à cinq colonnes, publié en 1509. *Le Fèvre d'Etapes*, qui dirigea cette édition, distingua les versets par des chiffres. C'est le premier livre de l'Écriture où l'on ait suivi cet usage. — Robert ÉTIENNE, fils de Henri, se servit de la même méthode dans la *Bible*, qu'il donna deux ans avant sa mort. Sa veuve épousa *Simon de Colines*, célèbre imprimeur. — XVIII. ÉTIENNE, (Robert) second fils du précédent, et Parisien comme lui, surpassa son père par la beauté et l'exactitude de ses éditions. Il travailla d'abord sous *Simon de Colines*, qui avoit épousé sa mère; mais depuis il travailla seul. *Robert* ennoblit son art par une connoissance parfaite des langues et des belles-lettres. Il est le premier qui ait imprimé les Bibles distinguées par versets. Les services qu'il rendoit aux lettres, n'empêchèrent pas qu'il ne fût persécuté dans sa patrie. Il avoit publié une *Bible*, avec une *Version* par *Léon de Juda*, et des notes altérées par *Calvin*. Pour donner plus de cours à cet ouvrage, il l'attribua à *Vatable*, qui s'en défendit comme d'un crime. Les docteurs de Sorbonne ayant entrepris l'examen de cette *Bible*, il fut conclu le 5 mai 1543, d'un avis unanime, qu'elle devoit être supprimée et mise au rang des livres condamnés. « Il faut avouer cependant, dit le Père *Berthier*, que, dans ce jugement doctrinal, *Robert Etienne* fut traité à a rigueur. Car, quoique plusieurs endroits de son ouvrage enseignent évidemment l'erreur, il y en a d'autres qui peuvent être pris dans un sens favorable. Mais on craignoit alors jusqu'aux apparences même de l'hérésie. L'évêque de Mâcon, *Pierre du Châtel*, soutint quelque temps la cuse de l'habile imprimeur : il craignoit que la flétrissure d'un 14 homme, ne décrédit les lettres. Malheureusement *Robert Etienne* ne put dissimuler le fond d'hérésie qu'il entretenoit dans son cœur. » Il se retira à Genève où il publia une *Apologie* pline d'invectives contre la religie. Catho- lique et les docteurs de Paris. Il finit ses jours dans cette ville en 1559, âgé de 56 ans. Par son testament, il laissa tous ses biens à celui de ses enfans qui reste-roit à Genève; et c'est ainsi qu'il crut se venger de sa patrie, qui ne l'oubliera jamais. « La France, dit de *Thou*, doit plus à *Robert Etienne* pour avoir perfectionné l'imprimerie, qu'aux plus grands capitaines pour avoir étendu ses frontières. » Cet éloge est un peu fort; mais *Etienne* le méritoit à certains égards. On dit que, pour rendre ses éditions plus correctes, il en faisoit exposer les feuilles dans les places publiques, et qu'il donnoit des sommes considérables à ceux qui y trouvoient quelque faute. Parmi ses belles éditions, on distingue sa *Bible hébraïque*, 1544, 8 vol. in-16; l'in-4° est moins estimé : et le *Nouveau Testament* grec, 1546, en 2 vol. in-16. Cette édition, connue sous le nom *Omirificam* ! parce que la préface commence ainsi, n'a qu'une seule faute d'impression, qui se trouve dans cette préface : c'est le mot *pulres* pour *plures*. Outre les éditions dont il a enrichi la république des lettres, nous lui devons son *Thesaurus linguae Latinae*, chef-d'œuvre en ce genre, publié en 1536 et en 1543, réimprimé plusieurs fois depuis à Lyon, à Leipzig, à Basle et à Londres. L'édition de Londres, 1734, 4 vol. in-folio, est magnifique; et celle de Basle, 1740, 4 vol. in-folio, a quelques augmentations. Ce Dictionnaire est véritablement un trésor; mais il est plus fait pour les maîtres que pour les écoliers. Les uns et les autres y trouveront tout ce qu'on peut désirer pour l'intelligence de la langue latine. On a accusé P p 2 596 ÉTI Robert Etienne d'avoir emporté à Genève les matrices de toutes les lettres qui avoient servi aux éditions qu'il avoit publiées en France. C'étoit un bien dont François I l'avoit fait dépositaire, et qu'on ne put recouvrer, dit-on, que sous Louis XIII, en dédommageant la ville de Genève, qui avoit acheté ce fonds de Paul Etienne, petit-fils de Robert. Ce fait est douteux; et il est à souhaiter pour l'honneur de l'un des plus illustres imprimeurs du 16e siècle, qu'on venge sa mémoire de ce larcin. Voyez EVAGRE.
XIX. ÉTIENNE, (Charles) troisième fils de Henri I, imprimeur, joignit à l'art de son père la science de la médecine : il accompagna avec Ronsard l'ambassadeur Lazare de Baif, dans son ambassade en Allemagne. Il mourut en 1564, à 60 ans, laissant une fille, mariée au médecin Jean Liébaut, et qui étoit fort savante. On a de ce typographe médecin : I. De re rustica, in-8°, maintenant en 2 volumes in-4°. II. De Vasculis, in-8°. III. Une Maison rustique, in-4°, écrite d'abord en latin, et qu'Etienne traduisit lui-même en françois. IV. Un Dictionnaire historique, géographique et poétique, à Londres, 1686, in-folio; corrigé et augmenté par Nicolas Lloyd. V. La Traduction de la comédie italienne, intitulée : Le Sacrifice, par les Académiciens de Sienne, Intronais, 1543, in-16; et sous le titre des Abusés, 1556, in-16.
XX. ÉTIENNE, (Henri) fils de Robert, né à Paris en 1528, acquit dès l'enfance une connoissance étendue du grec. Ses premiers essais furent de déclamer, sous les yeux d'un maître, les Tragédies d'Euripide. Dès qu'il eut acquis l'érudition nécessaire, il ouvrit aux savans les trésors de la langue grecque, comme son père avoit fouillé ceux de la latine. Son ouvrage, en ce genre, est en 4 vol. in-folio, 1572. Il n'eut pas le débit qu'il auroit mérité, parce que Jean Scapula, son correcteur, en fit imprimer secrètement un abrégé qui nuisit au grand ouvrage. Henri Etienne s'en plaignit dans ces vers ingénieux : Thesauri momento alii ditantque beantque, Et facinant Cræsum, qui prior Irus erat. At Thesaurus me hic ex divite fecit egenum, Et facit ut juvenem ruga senilis aret. Sed mihi opum levis est, levis et jactura juvenæ, Judicio haud levis est si labor iste tuo. On doit joindre, au Trésor de la langue Grecque, deux Glossaires, imprimés en 1543, et un Appendix par Daniel Schott, Londres, 1745, 2 vol. in-folio. On doit encore à Henri Etienne, plusieurs Auteurs qu'il mit en lumière et qu'il corrigea avec beaucoup de soin : ces éditions lui ont fait un grand nom parmi les savans. Mais ce qui l'a fait le plus connoître à ceux qui ne se piquent que l'une littérature légère, c'est sa Version d'Anacrion, en versatiles. Nous n'en avons pas à lui comparer en françois; elle est digne de l'original, et Catulle n'eut pas désavouée. Henri étoit Calviniste, et osoit en faire profession à Paris, dans un temps où ceux de cette secte étoient vœment poursuivis. Une Satire s'il publia contre les moines, sous le titre de Préparation à l'Apologie pour Hérodote, et qui le fit condamner à être brûlé en éligie, l'obligea de s'enfuir de sa patrie. Réfugié dans les neiges de l'Auvergne, il disoit assez plaisamment, «qu'il n'avoit jamais eu si froid que le jour où on le brûloit à Paris.» Ses talens, ses connoissances ne l'arrachèrent ni à l'infortune ni à la misère. Il passa à Genève et de là à Lyon; où il mourut à l'hôpital en 1598, à 70 ans, presque imbécille. Il laissa plusieurs enfans, entre autres Paul Etienne, et Florence sa sœur, qu'Isaac Casaubon éponsa. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, a de lui : I. Des Corrections à Cicéron, en latin, la plupart très-judicieuses. II. De ori-ble mendorum. III. Juris civilis son et rivi, in-8°. L'objet de cet ouvrage est de montrer que la part des lois d'Egypte ayant été tirés de celles de Moïse, et ayant unné lieu à celles des Grecs s'étoit dans la même source on devoit puiser les principes, les lois Romaines. IV. L'Apologie pour Hérodote, publiée par Duchat, en 3 vol. in-8°, 17. rapsodie infame d'invectives de la religion Catholique, et contes sur les cherchée par qui moines, regoût bizarre, des savans d'un des décombres d'Avent mieux Gauloise, que littérature des beaux jours dans livres Henri Etienne in his XIV. tras, Apologie pour son fâperce que son but brodote, tifier les fables de celle juspar celles qu'il prétorien, les Catholiques avoient que sur les Saints, etc. Vées Græci Principes, 1566, p. 9.
VI. Medicæ artis principes, post Hippocratem et Galenum, collection rare et chère, imprimée à Paris, 1577, 2 vol. in-folio. La version qu'il fit de ces auteurs, et qu'il joignit au texte, est estimée. VII. Traité de la prééminence des Rois de France. VIII. Les Frémices, ou le premier Livre des Proverbes épigrammatisés, ou des Epigrammes proverbialisées, 1594, in-8° : recueil indigeste, où, parmi quelques bonnes pointes, on en trouve une foule de triviales. IX. Narrationes cædis Ludovici Borbonii, in-8°, 1569. — La famille des ETIENNE a produit plusieurs autres imprimeurs, l'un des derniers fut Antoine, petit-fils du précédent. Il mourut aveugle, à l'Hôtel-Dieu de Paris en 1674, à 80 ans. Telle fut la fin malheureuse d'une branche de cette famille, qui, ayant illustré la France, méritoit un meilleur sort. Les Etienne se sont placés à la tête des premiers imprimeurs du monde, par la beauté et la correction de leurs éditions. Les hommes les plus savans et même les plus illustres de leur temps, ne dédaignoient pas de corriger leurs épreuves. Leur Histoire a été donnée en latin par Mattaire, Londres 1709, in-8°. Voy. SCAPULA, CONSTANTIN, ROBERT.
XXI. ÉTIENNE, (Robert) libraire de Paris, prétendoit descendre des précédens. Éclairé, obligeant, il sut acquérir des amis et les conserver. Il est mort dans sa patrie en 1794, à 71 ans. Il a traduit de l'Anglois les bermons de Fordyce, et le l'élégance. On lui doit un éloge de Pluche, et deux compilations agréables, la première intitulée : Causes amusantes et peu connues, P p 3 598 É T T 2 vol. in-12; la seconde ayant pour titre, *Etrennes de la vertu*, a paru pendant douze ans. C'est un hommage rendu aux traits de bienfaisance et aux bonnes actions. Ce recueil devroit être renouvelé.
ÉTIENNE, (François d') *Voyez ESTIENNE*.
ÉTOILE, *Voyez ÉON et ESTOILE*.
ÉTOLE, fils de *Dinne* et d'*Endymion*, obligé de quitter le Péloponnèse où il régnait, s'empara de cette partie de la Grèce, qu'on appela depuis *Etoile*. Elle se nommoit auparavant *Cureis* et *Hyantis*. Les peuples qui l'habitoient passaient pour belliqueux, ingrats et toujours endettés. Ils obéirent d'abord à des rois, puis à un conseil républicain.
ÉTRUSCILLA, (Érénia) impératrice Romaine, épouse de *Dece*, ne nous est connue que par ses médailles. I. ETTMULLER, (Michel) né à Leipzig en 1646, mort dans cette ville en 1683, à 37 ans, y professa long-temps, et avec un succès distingué, la botanique, la chimie et l'anatomie. Il est auteur de plusieurs ouvrages de médecine, recueillis à Naples, en 5 vol. in-folio, 1728. Sa *Chirurgie médicale* a été traduite en François à Lyon en 1698, in-12. On a aussi des traductions de presque tous ses autres ouvrages, in-8$^{e}$ et in-12. *Ettmuller*, savant dans la théorie, et heureux dans la pratique, offre, dans tous ses écrits, des recherches curieuses et des observations utiles.
II. ETTMULLER, (Michel-Ernest) fils du précédent, aussi célèbre que lui, donna au public, la *Vie et les Ouvrages* de son père. Il professa et exerça la médecine avec réputation, et mourut à Leipzig le 25 septembre 1732, laissant plusieurs *Dissertations* sur différens objets de son art.
ÉVADNÉ, (Mythol.) fille de *Mars* et de *Hyphie*, fut insensible aux poursuites d'*Apollon*. Elle épousa *Cynopée*, tué d'un coup de tonnerre au siège de Thèbes. *Evadné* se jeta sur le bûcher de son mari, pour ne pas lui survivre. I. ÉVAGORAS, I$^{er}$ roi de Chypre, reprit la ville de Salmine, qui avoit été enlevée son père, et se prépara de défendre contre *Artaxeré* et de Perse, qui lui avoit d'aré la guerre. Il arma sur tre et sur mer. Secouru par les T$^{ens}$, les Égyptiens et les Ar$^{es}$, il fut d'abord vainqueur. Il rendit maître des vaisseaux qui apportaient des vivres ennemi, et fit beaucoup de gage parmi les Perses. Le sort de l'Île de Persan, changea : *Gous*, fle sa flotte, fit périr une partie, pénétra mit le reste en gagea Salmine dans l'isle, et erre. *Evagoras* par mer et P qu'a condition n'obtint la l'eroit de la seule qu'il se cote, que les autres ville de Sa$^{s}$ appartiendroient places de se, qu'il lui payeau roi dit, et qu'il ne trairoit un lui que comme un teroit son seigneur. *Eva-vassal* assassiné peu de temps *goran* 375 avant Jésus-Christ apteannique. Ce prince avoit pas défauts, et ces défauts at-qui sur ses états les armes des s. Il voulut, contre la bonne / Capanie foi des sermens, employer la force et la politique pour rentrer dans les états que son père avoit possédés, et dont une partie appartenoit aux Perses par droit de conquête. Son ambition fut mal-adroite. Cette tache fut entièrement effacée par sa sagesse, par sa sobriété, et par une grandeur d'ame digne du trône. Il eut deux fils, *Nicoclès*, qui fut roi après lui, et *Protagoras*, qui dépouilla son neveu *Evagoras II. Voyez* l'art. suivant.
II. ÉVAGORAS II, petit-fils du précédent, et fils de *Nicoclès*, fut dépouillé du royaume de Salamine par son oncle paternel *Protagoras*. Il eut recours au roi *Artaxercès Ochus*, qui lui donna un gouvernement en Asie, plus étendu que le royaume qu'il avoit perdu. Ce prince fut accusé auprès de son bienfaiteur de vexer les peuples confiés à ses soins; ce qui l'obligea de s'enfuir dans l'isle de Chypre, où il fut mis à mort. *Evagoras* n'avoit ni le courage ni les vertus de son grand-père. Les injustices erantes qu'il avoit commises à Salamine, furent cause en partie de la perte qu'il fit de la couronne. Il ne se conduisit pas mieux dans son gouvernement, et ce fut ce qui décida *Ochus* à le faire mourir. I. ÉVAGRE, patriarche de Constantinople, élu en 370 par les orthodoxes, après la mort de l'Arien *Eudoxe*, fut chassé de son siège et exilé par l'empereur *Valens*. Son élection fut l'origine d'une persécution contre les Catholiques. *St. Grégoire* de Nazianze l'a décrite éloquemment dans un de ses discours.
II. ÉVAGRE, patriarche d'Antioche, fut mis à la place de *Paulin*, en 380. *Flavien* avoit succédé, dès 381 à *Mélèce*, de façon qu'*Evagre* ne fut reconnu évêque que par ceux qui étoient restés du parti de *Paulin*. Cette scission continua le schisme dans l'église d'Antioche. Le pape *Sirice* fit confirmer l'élection d'*Evagre* dans le concile de Capoue, en 390. Ce patriarche mourut deux ans après. *St. Jérôme*, son ami, assure que c'étoit un esprit vif. Il composa quelques ouvrages. On ne lui donna point de successeur, et ceux de son parti se réunirent, après quelques difficultés, à ceux du parti de *Flavien*.
III. ÉVAGRE, né à Epiphanie vers l'an 536, fut appelé le *Scolastique*; c'étoit le nom qu'on donnoit alors aux avocats plaidans. *Evagre* exerça cette profession. Après avoir brillé quelque temps dans le barreau d'Antioche, il fut fait questeur, et garde des dépêches du préfet. L'Église lui doit une *Histoire Ecclésiastique*, en seize livres, qui commence où *Socrate* et *Théodoret* finissent la leur, c'est-à-dire vers l'an 431. *Evagre* a poussé la sienne jusqu'en 594. Elle est fort étendue, et appuyée ordinairement sur les actes originaux et les historiens du temps. Son style, un peu diffus, n'est pourtant pas désagréable: il a assez d'élégance et de politesse. *Evagre* paroît plus versé dans l'histoire profane que dans l'ecclésiastique; mais il a un avantage sur les historiens qui l'avoient précédé dans cette carrière: il est plus impartial. Le célèbre *Robert Etienne* avoit donné l'original Grec de cet historien, sur un seul manuscrit de la bibliothèque du roi. Son édition a été éclipsée en 1679 par celle du P p 4 1600 É V A savant *Valois*, qui avoit eu sous les yeux deux manuscrits. Celle-ci est enrichie d'une nouvelle version et de savantes notes. Elle a été réimprimée à Cambridge en 1720, avec *Ensèbe*.
ÉVANDRE, Arcadien d'origine, passoit pour le fils de *Mercure*, à cause de son éloquence. Il aborda en Italie, selon la Fable, environ 60 ans avant la prise de Troie. *Finne*, qui régnoit alors sur les Aborigènes, lui donna une grande étendue de pays, où il s'établit avec ses amis. Il bâtit sur les bords du Tibre une ville à laquelle il donna le nom de *Pallantum*, et qui dans la suite fit partie de celle de Rome. Ce fut lui qui enseigna aux Latins l'usage des lettres et l'art du labourage. Il institua les prêtres Saliens, et la fête des Lupercales. Il bâtit un temple à *Cérès* sur le mont Palatin. Son règne fut celui de l'âge d'or pour les peuples du Latium; aussi leur reconnoissance le plaça après sa mort au rang des immortels.
ÉVANS, (Corneille) imposteur, natif de Marseille, voulut jouer un rôle pendant les guerres civiles d'Angleterre. Il étoit fils d'un Anglois de la principauté de Galles, et d'une Provençale. Sur quelque air de ressemblance qu'il avoit avec le fils aîné de *Charles I*, il fut assez hardi pour se dire le *Prince de Galles*. Ce fourbe fit accroire au peuple qu'il s'étoit sauvé de France, parce que la reine sa mère avoit eu dessein de l'empoisonner. Il arriva, le 13 mai 1648, dans une hotellerie de Sandwich, d'où le maire le fit conduire dans une des maisons les plus distinguées de la ville, pour y être servi et nourri en prince. Sa four- berie fut dévoilé. Le chevalier *Thomas Dishington*, que la reine et le véritable prince de *Galles* avoient envoyé en Angleterre, voulut voir le prétendu roi. Il l'interrogea, et ses réponses découvrirent son imposteur. Cet impudent ne laissa pas de soutenir effrontément son personnage. Comme les royalistes alloient le faire saisir, il prit la fuite. On l'atteignit, et il fut conduit à Cantorbery, et enfin dans la prison de Newgate à Londres, d'où il trouva encore le moyen de s'évader, et ne parut plus. On ne sait pas ce qu'il devint.