ÉVARIC, roi des Goths en Espagne, étoit fils de *Théodoric I*, et frère de *Théodoric II*, auquel il succéda en 466 ou 467. *Théodoric* avoit ôté la vie à *Thorismond* son frère, pour avoir sa couronne. Il fut tué lui-même par *Evaric*, qui devint un nouveau fléau pour les peuples, par les guerres qu'il fit à l'état et à l'église. Il ravagea la Lusitanie, la haute Espagne et la Navarre; prit Arles et Marseille; mit le siège devant Clermont; défit l'empereur *Anthémius*, secourut les Bretons; pilla l'Auvergne, le Berri, la Touraine et la Provence; et mourut à Arles en 485. Ce prince Arien fit beaucoup de mal aux Catholiques. Il exiloit les évêques, ou les faisoit mourir; il défendoit d'en ordonner d'autres à leur place. Plusieurs églises épiscopales tomboient en ruine; on en avoit arraché les portes, et l'on avoit bouché avec des épines l'entrée de plusieurs. Les bestiaux couchoient dans les vestibules des lieux saints, et ils alloient quelquefois brouter l'herbe qui croissoit autour des E U C 601 autels abandonnés. C'est *Sidoine Apollinaire*, témoin de ces maux, qui nous en a transmis la triste peinture.
ÉVARISTE, pape et successeur de *St. Clément*, l'an 100 de Jésus-Christ, marcha sur les traces de son prédécesseur, et mourut saintement le 26 ou 27 octobre 109. Sous son pontificat, l'église fut attaquée au dehors par la persécution de *Trajan*, et déchirée au dedans par divers hérétiques.
EUBOTAS, athlète, natif de Cyrène, ayant appris d'un oracle qu'il remporteroit le prix de la course, fit faire d'avance sa statue. Il eut le prix; et sa statue fut posée le même jour où il triompha.
EUBULIDE, *Voyez L. EUCLIDE*.
EUBULIE, (Mythol.) déesse des bons conseils, avoit un temple à Rome.
EUBULIUS, *Voyez L. MÉTHODIUS*.
EUCHARISTIE, (Attentats publics contre la *SAINTE*) *Voyez L. RIZZO*, et *L. SARRAZIN*.
EUCHECRATE, jeune Thessalien, devint amoureux de la prêtresse de Delphes qu'il étoit venu consulter, et l'enleva. Depuis ce temps, on ordonna que la prêtresse auroit toujours 30 ans.
EUCHER, (Saint) archevêque de Lyon, d'une naissance illustre et d'une piété éminente, se retira avec ses fils *Salone et Veran*, dans la solitude de Lérins, après avoir distribué une partie de ses biens aux pauvres, et l'autre partie à ses filles, qui ne le suivirent pas dans sa retraite. Il quitta l'isle de Lérins, où ses vertus lui attiroient trop d'applaudissemens, et passa dans celle de Léro, aujourd'hui *Sainte-Marguerite*. Ce ne fut qu'à force d'instances qu'on le tira de ce désert, pour le placer sur le siège de Lyon, vers 434. Il assista en cette qualité au premier concile d'Orange en 441, et y signala sa science autant que sa sagesse. Il mourut vers l'an 454. L'histoire ne nous a point conservé les évéremens de son épiscopat. Mais *Claudien Mammert* nous apprend qu'*Eucher* tenoit souvent des conférences à Lyon, dans lesquelles il donnoit des preuves de son savoir, de son esprit et de son jugement. Il ajoute qu'il prêchoit souvent, et toujours avec fruit. Enfin, il l'appelle le *plus grand* des prélats de son siècle. *Eucher* fut inviolablement attaché à la doctrine de *St. Augustin* sur la Grace. L'Eglise lui est redévable: I. D'un *Eloge du Désert*, adressé à *St. Hilaire*. Celui de Lérins y est peint avec des couleurs bien propres à le faire aimer. Le style de cet ouvrage est aussi noble qu'élégant. II. D'un *Traité du mépris du monde*, traduit en françois par *Arnaud d'Andilly*, ainsi que le précédent, 1672, in-12. Tous les deux sont en forme de lettres; celui-ci est adressé à *Valérien*, son parent. Les raisonnemens en sont pleins de force, dit l'abbé *Racine*, d'après les bibliographes ecclésiastiques, les pensées nobles, les expressions vives, les comparaisons belles et bien choisies. *St. Eucher* ne voit dans le monde qu'un gouffre afreux, sous une superficie brillante. III. D'un *Traité des formules spirituelles*, pour l'usage de *Veran*, l'un de ses fils. IV. De l'*Histoire de St. Maurice et des Martyrs de* 602 EUC la légion Thébaine. Ces derniers ouvrages ne valent pas les précédens. Les différens écrits de St. Eucher sont dans la Bibliothèque des Pères. Ses deux fils, Salone et Veran furent évêques, du vivant même de leur père.
EUCHIDAS, jeune Platéen, périt victime de son zèle pour son pays. Après la bataille de Platée, l'oracle de Delphes, ordonna à ses compatriotes d'éteindre tout le feu qui étoit dans le pays, parce qu'il avoit été profané par les Barbares, et d'en venir prendre un plus pur sur l'autel de Delphes. Le feu fut éteint dans toute la contrée, et Euchidas se chargea d'aller chercher celui de Delphes avec toute la diligence possible. En effet, il partit en courant et revint de même après avoir fait mille stades dans un jour. En arrivant, il salua ses compatriotes, leur remit le feu sacré, et tomba mort de lassitude. Les Platéens lui élevèrent un tombeau avec cette épitaphe: Ci-gît Euchidas, pour être allé à Delphes et en être revenu en un seul jour.
EUCHRITE, Voyez ÉVÉPHÈNE.
EUCHROSIA, femme savante, épousa le rhéteur Delphidius, et reçut dans sa maison l'hérésiarque Espagnol Priscillien qui traversoit l'Aquitaine où elle demeuroit pour aller se justifier à Rome. Euchrosia embrassa sa doctrine avec enthousiasme, et le suivit par-tout; après avoir partagé ses erreurs, elle partagea sa condamnation, et périt avec lui du dernier supplice. I. EUCLIDE, né à Mégare, et disciple de Socrate, étoit passionné pour les leçons de son maître. Les Athéniens ayant défendu, sous peine de mort, aux Mégariens d'entrer dans leur ville, Euclide s'y glissoit la nuit en habit de femme pour entendre Socrate. Malgré son attachement pour ce philosophe, il s'éloigna de sa manière de penser. Le philosophe Athénien s'attachoit principalement à la science des mœurs; le Mégarien s'appliqua à exercer l'esprit de ses disciples par les vaines subtilités de la logique. Sa secte fut appelée Disputante, Contentieuse et Mégarienne. Le philosophe Euclide ne méritoit pas moins ces épithètes: il disputoit en énergumène. Ses disciples héritèrent de son impétuosité. La rage de la dispute les posséda tellement, qu'Euclide, l'un d'entr'eux, réduisit en système, non pas l'art de raisonner, mais l'art d'obscurcir la raison par des subtilités aussi vaines que barbares. Ce sophiste (car de tels hommes ne sont pas dignes du nom de philosophes) fut l'inventeur de diverses arguties si capteuses et si embarrassantes pour les sots qui s'en occupoient, que plusieurs de ses disciples moururent du déplaisir de n'avoir pu les résoudre. Ces travers, l'opprobre de l'esprit humain, passèrent, dans les siècles d'ignorance, des livres des philosophes Payens, dans quelques écoles Chrétiennes. Le dialecticien Abailard les y introduisit avec éclat. Quel fruit en a-t-on tiré, demande un homme d'esprit? Quels sont les dogmes philosophiques que les Nominaux et les Réaux, les Thomistes et les Scotistes ont éclaircis? Ces graves raisonneurs n'ont fait autre chose que multiplier les doutes, assembler des nuages, et cacher la vérité sous un tas d'expressions problématiques. Les écoles ont été souvent des champs de bataille; et ce qui est encore plus déplorable, des sophistes sortis de ces écoles, se sont servi de cette malheureuse dialectique pour ébranler les fondemens de la morale.
IL EUCLIDE, le Mathématicien, bien différent du Sophiste dialecticien, étoit d'Alexandrie, où il professeit la géométrie sous Ptolomée, fils de Lagus. Il a laissé des Elémens de cette science en xv livres, dont les deux derniers sont attribués à Hypsicle, mathématicien d'Alexandrie. C'est un enchaînement de plusieurs problèmes et théorèmes, tirés les uns des autres, et démontrés par les premiers principes. L'antiquité ne nous a pas transmis d'ouvrages plus importants sur cette matière; il a été long-temps le seul livre dans lequel les modernes ont puisé les connoissances mathématiques. Les meilleures éditions des Elémens d'Euclide sont celles de Barrow, in-3.º Londres 1678; de David Gregory, in-fol. Oxford, 1703. Celle-ci est la plus estimée; elle est en grec et en latin. Nous en avons une traduction françoise par le Père de Chales, in-12. On a encore quelques Fragmens d'Euclide, dans les anciens Auteurs qui ont traité de la musique, Amsterdam, 1652, en 2 volumes in-4.º Euclide étoit doux, modeste. Il accueillit favorablement tous ceux qui cultivoient les sciences exactes. Le roi Ptolomée voulut être son disciple; mais rebuté par les premières difficultés, il demanda s'il n'y avoit point de voie plus aisée pour apprendre la géométrie: Non, répondit Euclide, il n'y en a point de particulière pour les Rois.
EUDEMON-JEAN, (André) ne dans l'Isle de Candie, Jésuite à Rome, mort dans cette ville en 1625, composa divers ouvrages. Le plus connu est un libelle sous ce titre: Admonitio ad Regem Ludovicum XIII, 1625, in-4°, et en françois 1627, in-4°, censuré par la Sorbonne et par l'assemblée du clergé en 1626; et réfuté par Garasse, qui dans cette occasion se montra bon citoyen. Voyez ESTAMPES, (Léonor d')
EUDEMONIE, Voyez FÉLICITÉ. I. EUDES, Duc d'Aquitaine, qu'on croit fils de Bertrand, duc de la même province, régnoit en souverain sur toute cette partie de la France qui est entre la Loire, l'Océan, les Pyrénées, la Septimanie et le Rhône. Le roi Chilperic II l'ayant appelé à son secours contre Charles Martel, en 717, le reconnut pour souverain de toute l'Aquitaine. Eudes marcha avec lui contre Charles, qui ayant eu tout l'avantage, lui demanda de lui livrer Chilperic avec ses trésors. Le duc d'Aquitaine, soit par crainte, soit par foiblesse, abandonna le vaincu au vainqueur, et fit un traité d'alliance avec lui. C'étoit en 719. Deux ans après, en 721, il délit Zama, général des Sarrasins, qui avoit mis le siège devant Toulouse. Les Infidelles, malgré cette défaite, se rendirent de jour en jour plus formidables. Eudes, pour arrêter leurs progrès, fit sa paix en 730, avec Munuza leur général, et lui donna sa fille en mariage. La guerre recommença en 732. Abderame, général des Sarrasins, passa la Garonne pour le combattre. (Voyez II. ABDERAME.) Le duc d'Aquitaine, pressé de tous côtés, après avoir perdu beaucoup de soldats et de places, 604 EUD implora le secours de *Charles Martel*. Les deux princes réunis remportèrent une victoire signalée près de Poitiers. Les Sarrasins y perdirent, à ce qu'ont raconté quelques historiens exagérateurs, plus de 375,000 hommes, *Eudes* fit main basse sur tout ce qui se rencontra dans le camp des Sarrasins, sans épargner ni les femmes, ni les enfans qu'*Abderame* traînait à sa suite. Le duc d'Aquitaine, débarrassé de cet ennemi formidable, se battit avec le prince qui l'avoit aidé à les vaincre. La guerre se ralluma entre lui et *Charles Martel*, et ne finit que par la mort d'*Eudes*, en 735. Ce prince avoit de grandes qualités, qui auroient pu immortaliser sa mémoire, s'il ne les avoit ternes par une vile politique qui sacrifioit tout à l'intérêt. Il avoit partagé, en mourant, ses états à ses deux fils. Il avoit donné le comté de Poitiers à *Habson*, et toute la première et la seconde Aquitaine à *Hunaud*, à qui *Charles Martel* fit la guerre, afin de l'obliger de lui rendre hommage pour le duché d'Aquitaine.
II. EUDES, comte de Paris, duc de France, et l'un des plus vaillans princes de son siècle, étoit fils de *Robert le Fort*. En 887, il contraignit les Normands de lever le siège de devant Paris. L'année suivante, il fut proclamé roi de la France occidentale, et défit peu de temps après l'armée des Normands, qu'il poursuivit jusque sur la frontière. Il obligea *Charles le Simple* de se retirer dans la Neustrie, prit Laon, et mourut à la Fère en Picardie le 5 de janvier 898, sans laisser de postérité.
III. EUDES DE MONTREUIL, architecte du 13$^{e}$ siècle, fut fort estimé du roi *St. Louis*, qui le conduisit avec lui dans son expédition de la Terre-Sainte, où il lui fit fortifier la ville et le port de Jaffa. De retour à Paris, il bâtit plusieurs églises, celle de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers, de l'Hôtel-Dieu, de Sainte-Croix de la Bretonnerie, des Blancs-Manteaux, des Mathurins, des Cordeliers et des Chartreux. Il mourut en 1289.
IV. EUDES, (Jean) frère du célèbre historien *Mezerai*, né à Rye dans le diocèse de Seès en 1601, forma son esprit et régla ses mœurs dans la congrégation de l'Oratoire, sous les yeux du cardinal de *Berulle*. Après y avoir demeuré 18 ans, il en sortit en 1643, pour fonder la congrégation des *Eudistes*. Ses anciens confrères s'étant opposés à l'établissement de cette société, *Eudes* cacha une partie de son projet. Il se borna à demander une maison à Caen pour y former des prêtres à l'esprit ecclésiastique; *mais sans aucun dessein*, dit-il, de former un nouvel *Institut*. Le sien se répandit à la faveur de cette pieuse ruse. *Eudes* prêchoit assez bien pour son temps, où l'éloquence de la chaire n'avoit pas été portée si loin que dans le nôtre; ce talent le fit rechercher, et sa congrégation y gagna. Elle s'est principalement étendue en Normandie et en Bretagne. Son but est d'élever les jeunes gens dans la piété et les sciences ecclésiastiques. *Eudes* mourut à Caen le 19 août 1680, à 79 ans, laissant des ouvrages qui ont plus fait d'honneur à sa dévotion qu'à son esprit. Ceux qui ont fait le plus de bruit, sont I. Le traité *De la dévotion et de l'Office du Cœur de la Vierge*, in-12, 1650, Eudes y adopte plusieurs pratiques nouvelles, inspirées par une piété mal réglée, et par un zèle plus ardent qu'éclaire. II. Le Contrat de l'Homme avec Dieu, petit in-12, souvent réimprimé. On a encore de lui une Vie de Marie des Vallées, manuscrite, en 3 vol. in-4. Elle vaut bien, dit-on, celle de Marie Alacoque. — La congrégation des Eudistes comptoit huit supérieurs généraux ! I. Jean EUDES, son instituteur. II. Jacques Blouet de Camilly, mort à Coutances, le 11 août 1711. III. Guy de Fontaine, de Neuilly, mort à Bayeux, le 19 janvier 1727. IV. Pierre Cousin, mort à Caen, le 14 mars 1751, âgé de 86 ans. V. Jean-Prosper Auvray de Saint-André, mort à Caen, le 20 janvier 1770. VI. Michel le Fèvre, mort à Rennes, le 6 septembre 1775. VII. Pierre le Coq, mort à Caen, le 1er septembre 1777. VIII. Pierre Dumont, supérieur du séminaire de Coutances, vicaire-général de ce diocèse, élu le 3 octobre 1777. I. EUDOXE, de Gnide, fils d'Eschine, fut à la fois astronome, géomètre, médecin, législateur; mais il est principalement connu comme astronome. Hipparque et lui donnèrent un nouveau jour au système du monde d'Anaximandre. Eudoxe mourut l'an 350 avant J. C., après avoir donné des lois à sa patrie. C'étoit un géomètre très-laborieux. Il perfectionna la théorie des sections coniques, et les mécaniques. « Cet art d'inventer, dit Plutarque de la traduction d'Amiot, qui s'appelle la mécanique ou organique, tant aimée et prisée de toutes sortes de gens, fut premièrement mise en avant par Eu- doxus, en partie pour resjouir et embellir un peu la science de la géométrie par cette gentillesse, et en partie aussi pour essayer et fortifier, par exemples d'instruments matériels et sensibles, aucunes propositions géométriques, dont on ne peut trouver les démonstrations intellectives par raisons indubitables et nécessaires... Il inventa le mésographe qui sert à trouver les lignes moyennes-proportionnelles, en tirant certaines lignes courbes et sections traversantes et obliques. »
II. EUDOXE, fils de St. Césaire, martyr, né à Arabisse, ville d'Arménie, embrassa l'Arianisme, et fut un des principaux défenseurs de cette hérésie. Il fut fait évêque de Germanicie dans la Syrie, par ceux de sa communion; il assista au concile de Sardique et à plusieurs autres. En 358, Eudoxe usurpa le siège d'Antioche. Deux ans après l'empereur Constance l'éleva au patriarcat de Constantinople. Il persécuta les Catholiques avec fureur, et mourut l'an 370 à Nicée, en sacrant Eugène, évêque de cette ville, et Arien comme lui. I. EUDOXIE, (Ælia) fille du comte Bauton, célèbre général sous le grand Théodose, étoit Françoise; elle joignoit les agrémens de l'esprit aux graces de la figure. L'eunuque Eutrope la fit épouser à Arcade, et partagea d'abord avec elle la confiance de ce foible empereur; mais ayant voulu ensuite s'opposer à ses desseins, elle chercha les moyens de perdre ce rival, et elle les trouva. Maîtresse de l'état et de la religion, cette femme régna en roi despotique: son mari n'étoit empereur que de nom. Pour avoir encore plus de crédit que ne lui 606 EUD en donnoit le trône, elle amassa des richesses immenses par les injustices les plus criantes. *St. Jean-Chrysostôme* fut le seul qui osa lui résister : *Eudoxie* s'en vengea, en le faisant chasser de son siège par un conciliabule, l'an 403. La cause de la haine de l'impératrice contre le saint prélat, étoit un sermon contre le luxe et la vanité des femmes, que les courtisans envenimèrent. *Eudoxie* rappela *Chrysostôme* après quelques mois d'exil ; mais le Saint s'étant élevé avec force contre les profanations occasionnées par les jeux et les festins donnés au peuple à la dédicace d'une statue de l'impératrice, elle l'exila de nouveau en 404. Cette femme, implacable dans ses vengeances et insatiable dans son ambition, mourut d'une fausse couche quelques mois après. Ses médailles sont très-rares.
II. EUDOXIE ou EUDOCIE, (*Ælia*) fille de *Léonce*, philosophe Athénien, s'appeloit *Athenais* avant son baptême et son mariage avec l'empereur *Théodose le Jeune*. Elle avoit toutes les graces de son sexe, avec la solidité du nôtre. Son père l'instruisit dans les belles-lettres et dans les sciences : il en fit un philosophe, un grammairien et un rhéteur. Le vieillard crut qu'avec tant de talens joints à la beauté, sa fille n'avoit pas besoin de biens, et la déshérita. Après sa mort, elle voulut rentrer dans ses droits ; mais ses frères les lui contestèrent. Heureuse ingratitude, puisqu'elle la fit impératrice ! *Eudoxie* se voyant sans ressources, alla à Constantinople porter sa plainte à *Pulchérie*, sœur de *Théodose II*. Cette princesse, étonnée de son esprit, autant que charmée de sa beauté, la fit épouser à son frère en 421. Les frères d'*Athenais*, instruits de sa fortune, se cachèrent pour échapper à sa vengeance. *Eudoxie* les fit chercher, et les éleva aux premières dignités de l'empire : générosité qui rend sa mémoire plus chère aux ames bien nées, que sa fortune même. Son trône fut toujours environné de savans. *Paulin*, un d'entre eux, plus aimable ou plus ingénieux que les autres, fut le plus en faveur auprès d'elle. L'empereur en conçut de la jalousie ; elle éclata au sujet d'un fruit que l'impératrice donna à cet homme de lettres. Ce fruit fut une pomme de discorde : *Théodose* crut sa femme coupable, fit tuer *Paulin*, congédia tous les officiers d'*Eudoxie*, et la réduisit à l'état de simple particulière. Cette princesse, aussi illustre qu'infortunée, se retira dans la Palestine, et embrassa les erreurs d'*Eutichès*. Touchée ensuite par les lettres de *St. Siméon Stylite* et par les raisons de l'abbé *Eutimius*, elle retourna à la foi de l'église, et passa le reste de ses jours à Jérusalem dans la piété et dans les lettres. Elle mourut l'an 460, après avoir juré qu'elle étoit innocente des crimes dont son époux l'avoit soupçonnée. *Eudoxie* avoit composé beaucoup d'ouvrages sur le trône, et après qu'elle en fut descendue. *Photius* cite avec éloge une *Traduction* en vers héxamètres des huit premiers livres de l'Ancien Testament. Il lui donne un rang parmi les poèmes héroïques, quoique les règles n'y fussent pas suivies, et qu'on n'y trouve pas les graces de l'imagination : parce que le sujet ne lui permettoit pas d'user de fables, ni des autres ornemens de la poésie. On attribue encore à cette princesse un ouvrage appelé le Centon d'Homère, qu'on trouve dans la Bibliothèque des Pères. C'est la VIE de J. C. composée de vers pris de ce père de la poésie Grecque. Ducange pense que cet écrit est tout ce qui nous reste de ses ouvrages; mais la plupart des critiques conviennent qu'il n'est ni d'elle, ni digne d'elle. Villefore a écrit sa Vie.
III. EUDOXIE, (Licinia) la Jeune, naquit à Constantinople en 422. Elle étoit fille de Théodore II et d'Eudoxie, et femme de Valentinien III, que Pétrone-Maxime, usurpateur de l'empire, fit assassiner. Le meurtrier força la femme de l'empereur tué à accepter sa main, et osa lui avouer que son amour jaloux avoit seul été la cause de la mort de son mari. Eudoxie, outrée de colère, appela à son secours Genseric, roi des Vandales. Ce prince passa en Italie, à la tête d'une nombreuse armée, mit tout à feu et à sang, saccagea Rome et emmena Eudoxie en Afrique. Après sept ans de captivité, elle fut renvoyée à Constantinople en 462, et y finit sa vie dans les exercices de la piété. (Voyez EUTICHES, vers la fin.) Ses médailles sont très-rares, et les vertus qui la signalèrent sont plus rares encore. Elle ne fit usage de son pouvoir que pour soulager les malheureux, qui furent en grand nombre sous son règne. Elle supporta les vices de Valentinien avec un courage tranquille, et ne lui fut pas moins attachée, que si cet époux infidelle, et livré à une vie infame, eût été un homme de bien.
IV. EUDOXIE, veuve de Constantin Ducas, se fit proclamer impératrice avec ses trois fils, aussitôt après la mort de son époux, en 1067. Romain Diogène, un des plus grands capitaines de l'empire, avoit voulu lui enlever la couronne: Eudoxie le fit condamner à mort. Mais l'ayant vu avant l'exécution, elle eût si touchée de sa bonne mine, qu'elle lui accorda sa grace, et le fit même général des troupes de l'Orient. Romain Diogène effaça par sa valeur ses anciennes fautes. Eudoxie résolut de l'épouser, afin qu'il l'aidât à réparer les malheurs de l'empire, et à conserver le sceptre à ses fils. Pour exécuter ce projet, il falloit retirer des mains du patriarche Xyphilin un écrit, par lequel elle avoit promis à Constantin Ducas de ne jamais se remarier. Un eunuque de confiance, d'un esprit délié, va trouver le patriarche, lui déclare que l'impératrice veut passer à de secondes noces; mais que son dessein est d'épouser le frère du patriarche. Xyphilin ne trouva dès-lors aucune difficulté, rendit ce papier, et Eudoxie épousa Romain en 1068. Trois ans après, Michel, son fils, s'étant fait proclamer empereur, la renferma dans un monastère. Elle avoit eu sur le trône les qualités d'un grand prince; elle eut dans le couvent les vertus d'une religieuse. Elle cultiva la littérature avec succès. Nous avons d'elle, dans les Anecdota Graeca de M. de Villoison, 1781, 2 vol. in-4°, un recueil sur les généalogies des Dieux, des Héros et des Héroïnes. On trouve dans cet ouvrage tout ce qu'on a dit de plus curieux sur les délires du Paganisme: il décèle une vaste lecture. V. EUDOXIE FŒDR-ROUNA, première femme de 608 EUD *Pierre premier*, czar de Russie, étoit fille du boyard *Fædor-Lapouchin*. *Pierre* l'épousa en 1691, et l'année suivante, il en eut un fils. L'histoire de cette princesse est assez singulière. «Le czar *Pierre*, dit le marquis de *Luchet*, fit annoncer dans toute l'étendue de son empire, qu'il destinoit sa couronne et son cœur à la femme qui réunirait à ses yeux le plus de perfections. Cent jeunes filles apportèrent à Moscow leurs timides prétentions et leurs espérances. *Eudoxie* décida le choix du czar. Sa joie dura peu. *Pierre* fatigué des reproches qu'elle lui faisait sur ses amours effrenés, la répudia en 1696. *Eudoxie* descendit du trône sans murmure, pleura un époux infidelle, changea le bandeau royal contre un voile de religieuse, et partagea les longs jours de sa solitude entre quelques réflexions sur l'inconstance de la fortune et les occupations paisibles du cloître. Mais la perte d'un trône l'inquiétoit souvent. A la voix d'un prêtre qui lui avoit prédit la mort prochaine de l'empereur, elle rentre dans le monde et prend le titre d'*Impératrice*. Soupçonnée d'avoir formé des liaisons avec le général *Glebof*, et de lui avoir promis sa main, elle fut arrêtée et conduite à Moscow par l'ordre de *Pierre*. Elle fut condamnée à vingt coups de discipline qu'elle reçut des mains de deux religieuses, et renfermée dans un cachot, à Schlusselbourg. Elle y étoit encore, lorsque son petit-fils *Pierre II*, parvint au trône. Sa liberté lui fut rendue, et elle obtint une pension conforme à son premier rang. Nous n'entrerons pas dans les détails de cette singulière anecdote; elle est racontée dans les Mémoires de Mlle d'*Eon*: on la trouve aussi dans plus d'un historien Allemand. » *Eudoxie* mourut au couvent de *Dewitz* en 1731.
ÈVE, la première des femmes, fut ainsi nommée par *Adam*, son époux, le premier des hommes. Son nom signifie la *Mère des vivans*. Dieu la forma lui-même d'une des côtes d'*Adam*, et la plaça dans le jardin de délices, d'où elle fut chassée pour avoir maugé du fruit défendu. *Voyez l'art. ADAM*. Les rabbins ont conté mille fables sur la mère du genre humain; elles ne méritent que le mépris. Ceux qui seront curieux de lire leurs extravagantes rêveries, n'ont qu'à consulter le Dictionnaire de *Bayle*, à l'article *ÈVE*. Les Pères de l'Église ont soutenu contre *Galien* qu'*Adam* et *Ève* étoient sauvés.
ÉVEILLON, (Jacques) savant et pieux chanoine, et grand-vicaire d'Angers sa patrie, sous quatre évêques différens, né en 1572, mourut en 1651, à 79 ans, amèrement pleuré des pauvres dont il étoit le père. Il légua sa bibliothèque aux Jésuites de la Flèche; c'étoit toute sa richesse. Sa charité l'avoit porté à se priver des commodités les plus ordinaires de la vie. Comme on lui reprochoit un jour qu'il n'avoit point de tapisseries: *Quand en hiver j'entre dans ma maison*, répondit-il, *les murs ne me disent pas qu'ils ont froid*; mais *les pauvres qui se trouvent à ma porte, tout tremblant, me disent qu'ils ont besoin de vêtement*. Malgré la multitude des affaires, et une rigoureuse exactitude au chœur, il donnoit beaucoup de momens à son cabinet. Les principaux fruits de ses travaux sont: I. De I. *De Processionibus Ecclesiasticis*, in-8°; à Paris, 1645. L'auteur remonte, dans ce savant traité, à l'origine des processions; il en examine ensuite le but, l'ordre et les cérémonies. II. *De recti psallendi ratione*, in-4°; à la Flèche, 1646. Ce devroit être le manuel des chanoines. L'auteur dit que, quoique la musique soit nécessaire à ceux qui souffrent, il a composé ce traité dans le temps qu'il étoit tourmenté d'une cruelle sciatique. III. *Traité des Excommunications et des Monitoires*, in-4°; à Angers en 1651, et réimprimé à Paris en 1672, dans le même format. Le docte écrivain y réfute l'opinion assez communément établie, que l'excommunication ne s'encourt qu'après la fulmination de l'aggrave. Son sujet y est traité à fond; mais il a trop négligé ce qui regarde l'ancien droit et l'usage de l'Église des premiers siècles.
ÉVELIN, (Jean) né à Wotton en Surrey, l'an 1620, mort en février 1705 à 86 ans, partagea son temps entre les voyages et l'étude. Il obtint pour l'université d'Oxford, les Marbres d'Arundel; et ensuite, pour la société royale, la bibliothèque même de ce seigneur. *Evelia* avoit plus d'une connoissance; la peinture, la gravure, les antiquités, le commerce, etc. lui étoient familiers. Les livres que nous avons de lui, en sont une preuve. I. *Sculptura*, 1662, in-8°. Cet ouvrage concernant la gravure en cuivre, contient les procédés et l'historique de cet art: il mériteroit d'être traduit. II. *Sylva*, 1679, in-folio. Il y traite des forêts et des arbres à fruit. III. *L'origine et les progrès de Tome IV*. E V È 609 la Navigation et du Commerce, en anglois, in-8°, 1674. IV. *Numismata*, in-folio, 1667. C'est un discours sur les médailles des anciens et des modernes. Sa nation lui doit la traduction de quelques bons ouvrages françois, tels que le *Parfait Jardinier* de la *Quintinie*, et des *Traités de l'Architecture* de Chambray.
ÉVÈNE, roi d'Étoile, fils de Mars et de Stérope, fut si piqué d'avoir été vaincu à la course par Idas, qui lui avoit promis Marpesse sa fille, s'il remportoit la victoire, qu'il se précipita dans un fleuve, qu'on appela depuis Evène.
ÉVENSSON, (David) savant théologien Suédois, né l'an 1699, fut pasteur à Koping dans la Westmanie, et chapelain du roi de Suède. Il mourut en 1750, âgé de 31 ans, laissant plusieurs Dissertations estimées, entr'autres: I. *De portione pauperibus relinquenda*. II. *De aquis suprè cœlestibus*. III. *De prædestinatione*, etc.
ÉVENUS III, roi d'Écosse, après *Eder* son père, étoit si vicieux, que, pour autoriser son libertinage, il ordonna par une loi expresse, qu'un homme auroit autant de femmes qu'il en pourroit nourrir; que les rois auroient droit sur les femmes des nobles, et que les gentilshommes seroient maîtres des femmes du peuple. Ce prince cruel, avare et sanguinaire, aliénia tous les cœurs. Les grands du royaume s'étant soulevés contre lui, le mirent dans une prison, où il fut étranglé quelque temps après. Son règne ne fut que de 7 ans.
ÉVEPHÈNE, philosophe Pythagoricien, condamné à mort Q q 610 EUG par *Denys*, tyran de *Syracuse*, pour avoir détourné les Métapontains de son alliance. Il demanda permission, avant que de mourir, d'aller à son pays pour marier une sœur. Le tyran lui demanda quelle caution il donneroit. Il offrit *Eucrite*, son ami, qui demeura à sa place. On admira l'action d'*Eucrite*; mais on fut beaucoup plus surpris du retour d'*Evephène*, qui se présenta à *Denys* au bout de six mois, comme il en étoit convenu. Alors le tyran, charmé de la vertu de ces deux amis, leur rendit la liberté, et les pria de l'admettre pour troisième dans leur amitié. On raconte la même chose de *Damon* et de *Pythias*. Il se peut faire que les mêmes sentimens aient inspiré les mêmes vertus à des personnes différentes.
ÉVERARD, *Voyez* GRUDIUS et SECOND.
EUFÉMIE, *Voy*. EUPHÉMIE. I. EUGÈNE I$^{er}$, (Saint) Romain, fut vicaire-général de l'Eglise, durant la captivité du pape *St. Martin*, et son successeur dans la chaire pontificale en 654. Il mourut le 1$^{er}$ juin 657.
II. EUGÈNE II, Romain, pape, après *Pascal I*, le cinq juillet 824, fut recommandable par son humilité et sa simplicité. On ne doit pas avoir une grande idée de son esprit, s'il est vrai, comme plusieurs auteurs l'assurent, qu'il établit l'épreuve de l'eau froide. Lorsque quelqu'un étoit accusé, on le soumettoit à cette épreuve, une des plus déplorables folies des siècles d'ignorance. On bénissoit l'eau, on l'exorcisoit, ensuite on y jetoit l'accusé, après l'avoir garroté. S'il tomboit au fond, il étoit réputé innocent; s'il surnageoit, il étoit déclaré coupable. Cette malheureuse coutume fit périr beaucoup de personnes innocentes, et en sauva beaucoup de criminelles. Il ne falloit, pour être jugé coupable, qu'une poitrine assez large et des poumons assez légers pour ne point enfoncer. *Eugène II* mourut le 27 octobre 827.
III. EUGÈNE III, religieux de Citeaux sous *St. Bernard*, ensuite abbé de Saint-Anastase, fut élevé sur la chaire pontificale de Rome le 27 avril 1145. Il étoit de Pise, et s'appeloit *Bernard*. Les Romains étoient animés de l'esprit de révolte, lorsqu'il monta sur le saint siège. Ils avoient rétabli le sénat et élu un patrice : *Voyez* I. ARNAUD. Ils voulurent qu'*Eugène III* approuvât tous ces changemens. Le pape aima mieux sortir de Rome. Il y rentra à la fin de l'année, après avoir soumis les rebelles par les armes des Tiburtins, anciens ennemis des Romains. Le feu de la rebellion n'étoit pas éteint; les séditieux le souffloient de tous côtés. *Eugène*, fatigué du séjour orageux de Rome, se retira à Pise, et de là à Paris en 1147. Il assembla un concile à Rheims l'année d'après, et un autre à Trèves, où il permit à *Ste. Hildegarde*, religieuse, d'écrire ses Visions. De retour en France, il vint à Clairvaux. Il y avoit été simple moine; il y parut en pape, mais en pape qui n'avoit pas oublié son ancien état : il portoit sous les ornemens pontificaux une tunique de laine. Sur la fin de cette année, il reprit le chemin d'Italie, et mourut à Tivoli le 7 juillet 1153. Quoique son tem- beau ait été illustré de plusieurs miracles, l'Église ne l'a pas mis solennellement au nombre des Saints. C'est à lui que St. Bernard adressa ses livres de la Considération. Ce sont des instructions qu'Eugène lui-même avoit demandées, afin qu'il ne fût pas accablé sous le poids et la multitude des peines du pontificat, et de peur que les illusions de la grandeur et de la souveraineté n'affoiblissent sa vigilance. On a d'Eugène III des Décrets, des Epières, des Constitutions. On peut consulter sur les actions et les vertus de ce pape, l'Histoire de son Pontificat, écrite avec beaucoup de netteté par Dom Jean de Lannes, bibliothécaire de l'abbaye de Clairvaux; à Nancy, 1737, 1 vol. In-12.
IV. EUGÈNE IV, (Gabriel Condolmero) Vénitien, d'une famille roturière, est une preuve de ce que peuvent le talent, l'esprit des affaires et sur-tout le désir de s'avancer. Il fut d'abord chanoine régulier de la congrégation de St. Grégoire en Alga, ensuite évêque de Sienne. Grégoire XII, son oncle, le fit cardinal sous le titre de St. Clément. Enfin il fut élu pape le 3 mars 1431, après Martin V, la même année de l'ouverture du concile de Basle. Il y eut beaucoup de mésintelligence entre ce pontife et les Pères de cette assemblée. Eugène lança une bulle pour la dissoudre. Le concile n'y répondit qu'en donnant un décret pour établir son autorité, et en confirmant les deux décrets de la 4e et de la 5e session du concile de Constance, qui soumettent le pape au concile. Le pontife Romain, après deux ans de délai et des sommations réité- rées, se rendit enfin à Basle, et confirma tout ce qu'on y avoit fait. L'empereur Sigismond avoit été le lien de l'union d'Eugène avec les Pères de Basle : cette union finit à la mort de ce prince. Le pape assembla un nouveau concile à Ferrare, après avoir dissous une seconde fois celui de Basle, qui brava ses foudres. La première session se tint le 10 février 1438. L'objet de cette assemblée étoit l'union de l'église Grecque avec la Latine. Jean Paléologue, empereur d'Orient, vouloit réconcilier les deux églises, parce qu'il avoit alors besoin des Occidentaux contre les Turcs. Il arriva à Ferrare au mois de mars, avec Joseph, patriarche de Constantinople, vingt-un évêques et une nombreuse suite. Les premières séances du concile se passèrent en vaines contestations sur le cérémonial. Le pape disputa la première place à l'empereur Grec, et l'obtint. On attendoit des députés de tous les états; mais il ne vint presque personne. Les potentats de l'Europe voulant réconcilier le concile de Basle avec le pape, n'envoyèrent point à celui de Ferrare. La peste se mit dans cette ville; on transféra le concile à Florence. Après bien des disputes sur la procession du Saint-Esprit, sur la primauté du pape, sur le Purgatoire, la réunion tant désirée fut terminée dans la sixième et dernière session, tenue le 8 juillet 1439. Le décret dressé en grec et en latin, fut souscrit de part et d'autre. L'empereur et les prélats Grecs partirent fort contens de la générosité du pape : Eugène leur donna beaucoup plus qu'il n'avoit promis par son traité. Il est certain qu'il se préta, avec autant d'adresse que de zèle, à ré- Q q 2 612 EUG tablier l'intelligence entre l'église d'Orient et celle d'Occident ; mais, malgré tous ses soins, l'union ne fut pas durable. Les Grecs s'élevèrent contre elle, dès que *Paleologue* leur en ont montré le décret. Ils recommencèrent le schisme ; et, depuis ce temps, il n'a pas pu être éteint. *Eugène* fut mal récompensé, à Basle, des services qu'il venait de rendre à l'église Latine. Le concile le déposa du pontificat, comme *perturbateur de la paix, de l'union de l'Eglise, simoniaque, parjure, incorrigible, schismatique et hérétique*. Les rois de France et d'Angleterre, l'empereur et les princes d'Allemagne, qui gardoient une espèce de neutralité, et qui craignaient que l'esprit de parti n'eût dicté le décret de déposition, s'en plaignirent au concile. Ce décret étoit trop outrageant pour que le pape ne s'en offensât pas. Il y répondit par un autre décret, dans lequel il annulle tous les actes de l'assemblée de Basle. Il l'appelle un *Brigandage*, où les *Démons de tout l'univers se sont assemblés pour mettre le comble à l'iniquité, et pour placer l'abomination de la désolation dans l'Eglise de Dieu*. Il déclare tous ceux qui sont restés à Basle depuis la révocation du concile, *excommuniés, privés de toute dignité, et réservés au jugement éternel de Dieu, avec Coré, Dathan et Abiron*. C'étoit le style du temps, plutôt que celui de ce pontife, assez éclairé, et plus prudent, ce semble, que certains historiens n'ont voulu le peindre. Le concile, après avoir déposé *Eugène*, lui opposa *Amédée VIII*, duc de Savoie, qui fut élu pape sous le nom de *Félix V*. L'Eglise fut encore une fois déchirée par le schisme. Les uns étoient pour *Félix*, le plus grand nombre pour *Eugène* ; et quelques-uns, se jouant également des deux papes, n'en reconnoissoient aucun. *Eugène* étoit toujours à Florence, renvoyant les foudres que Basle lançoit contre lui. En 1442, il transféra le concile à Rome, et mourut cinq ans après en 1447, lassé et détrompé de tout, dans la 64$^{e}$ année de son âge et la 16$^{e}$ de son pontificat. Il s'écria en mourant : *O GABRIEL ! qu'il eût été bien plus à propos pour toi de n'être ni Cardinal, ni Pape ; mais de vivre et de mourir dans ton cloître, occupé des exercices de ta règle !* Il fut d'autant plus regretté, qu'il donna des marques non équivoques de son amour sincère pour la paix, dans un discours qu'il adressa aux cardinaux un instant avant sa mort. Ce fut *Eugène* qui excita les rois de Pologne et de Hongrie contre les Turcs, et qui les forca à violer la paix jurée sur l'Évangile, sous prétexte qu'elle avoit été faite sans la participation du pape. Ce n'est pas la moindre des fautes qu'on a reprochées à ce pontife. Le continuateur de *Fleury* le peint ainsi, dans le livre 109$^{e}$ de son Histoire : « Si *Eugène* eut des défauts, il eut aussi de grandes qualités. Son pontificat fut dans une continuelle agitation, mêlé de bonne et de mauvaise fortune ; mais il termina assez glorieusement toutes les guerres qu'il entreprit, et ne se mêla point dans les différends qu'eurent les princes Chrétiens pendant son pontificat. Il obligea les Grecs à se soumettre à l'église Romaine, et convertit les Arméniens et les Jacobites ; il fit entreprendre aux princes Chrétiens plusieurs crois- sades... Quoiqu'il ne fût pas en réputation d'être savant, il n'a pas laissé de composer quelques écrits contre les Hussites. Il aïmoit les personnes doctes, fonda plusieurs églises, et fut très-charitable envers les pauvres. Il perdit la Marche d'Ancone; mais il la recouvra peu de temps après. S'il fut déposé dans le concile de Basle, il ne s'y soumit pas cependant; il ôta même la pourpre à ceux qui avoient contribué à sa déposition... On ne peut nier qu'il n'ait eu beaucoup d'ambition. La faute qu'il fû en agrandissant son neveu, qu'il avoit élevé au cardinalat, et en se reposant sur lui du gouvernement, lui attira une grande disgrace. Ce neveu, qui ne songeoit qu'à s'enrichir et à se divertir, en usa si mal avec les Romains, que ceux-ci, ne pouvant plus souffrir sa conduite, et furieusement irrités d'un outrage signalé qu'il leur avoit fait, prirent les armes contre le pape, qui eut bien de la peine à se sauver par le Tibre, travesti en moine. » V. EUGÈNE, évêque de Carthage, fut élevé sur ce siège l'an 481. Il gouvernoit cette église en paix, lorsque le roi *Hanneric* ordonna que tous les évêques Catholiques se trouvassent à Carthage, pour y disputer avec les prélats Ariens. La conférence se tint en 484; mais les Ariens la rompirent, sous de mauvais prétextes. *Hanneric*, leur partisan, persécita leurs adversaires, sous des prétextes encore plus mauvais. Il ordonna aux évêques de jurer, « que leur désir étoit qu'après sa mort son fils eût le trône. » La plupart des évêques crurent qu'ils pouvoient faire ce serment; les autres le refusèrent. *Hanneric* ric les condamna tous également; les premiers, comme réfractaires aux préceptes de l'Évangile qui défend de jurer; les autres, comme infidelles à leur prince. Il donna, peu de temps après, des ordres pour rendre la persécution générale. A Carthage, on fit souffrir le tourment des coups de fouet et des coups de bâton à tout le clergé, composé de plus de cinq cents personnes; après quoi on les bannit. *Eugène* fut du nombre des exilés. Le saint évêque fut appelé sous le règne de *Gombaud*, et exilé encore par *Thrasamond* son successeur. On l'envoya dans les Gaules. *Eugène*, retiré à Albi, couronna par une mort sainte, en 505, une vie aussi glorieuse que traversée. On a de lui une *Lettre* dans *Grégoire de Tours*.
VI. EUGÈNE, évêque de Tolède, gouverna cette église pendant onze ans, et mourut en 646. Il possédoit assez bien, pour son temps, cette partie des mathématiques qui sert aux calculs astronomiques.
VII. EUGÈNE, évêque de Tolède, successeur du précédent, est auteur de quelques *Traités* de théologie, et de quelques *Opuscules* en vers et en prose, publiés par le P. *Sirmond*, en 1619, in-8°, avec les Poésies de *Draconce*. Le style d'*Eugène* manque de politesse; mais les pensées en sont justes et les sentimens pieux.
EUGÈNE, *Voy*. MARINE (Sainte).
VIII. EUGÈNE, homme obscur, qui avoit commencé par enseigner la grammaire et la rhétorique, fut salué empereur à Vienne en Dauphiné, par le Q 4 3. 614 EUG comte *Arbogaste*, Gaulois de naissance, après la mort du jeune *Valentinien*, l'an 392. Il se déclara pour le Paganisme, conduisit son armée sur le Rhin, fit la paix avec les petits rois des Francs et des Allemands, et ayant passé les Alpes, s'empara de Milan. Enfin, ce ridicule usurpateur fut vaincu et tué le 6 septembre 394, par ordre de l'empereur *Théodose*, qui le fit décapiter sur le champ de bataille. *Eugène* avoit régné plutôt en esclave qu'en prince. *Arbogaste* ne l'avoit tiré de la place de maître du palais qu'il occupoit, pour le placer sur le trône, que dans l'espérance de régner sous son nom. En effet, *Eugène* lui abandonna entièrement le soin du gouvernement et le commandement des troupes, et il ne fut qu'un fantôme d'empereur. — IX. EUGÈNE, (François de SAVOIE, plus connu sous le nom de *Prince*) généralissime des armées de l'empereur, naquit à Paris le 18 octobre 1663, d'*Eugène-Maurice*, comte de Soissons, et d'*Olimpe Mancini*, nièce du cardinal *Mazarin*. Il étoit arrière-petit-fils de *Charles-Emmanuel*, duc de Savoie. Il porta quelque temps le petit collet, sous le nom de l'abbé de *Carignan*, et le quitta ensuite pour le service militaire. Cet homme, si dangereux depuis à *Louis XIV*, ne parut pas pouvoir l'être dans sa jeunesse. Le roi, qui le jugeoit plus propre au plaisir qu'à la guerre, lui refusa un régiment, après lui avoir refusé une abbaye. *Eugène*, sans espérance en France, alla servir en Allemagne, contre les Turcs, en qualité de volontaire, avec les princes de *Conti*, disgraciés comme lui. *Louvois* écrivit, qu'il ne rentreroit plus dans sa patrie. *J'y rentrerai un jour*, dit le prince *Eugène* en apprenant ces paroles, *en dépit de Louvois*. Les prodiges de valeur qu'il fit dans cette campagne, lui méritèrent un régiment de dragons. L'empereur se félicitoit d'avoir acquis un tel homme. Le prince *Eugène* avoit toutes les qualités propres à le faire devenir ce qu'il devint: il joignoit à une grande profondeur de desseins, une vivacité prompte dans l'exécution. Ses talens parurent avec beaucoup plus d'éclat après la levée du siège de Vienne. L'empereur l'employa en Hongrie, sous les ordres de *Charles V*, duc de Lorraine, et de *Maximilien-Emmanuel*, duc de Bavière. En 1691, il parut sur un nouveau théâtre. Il délivra *Coni*, que le marquis de *Bulonde*, subalterne du maréchal de *Catinat*, tenoit assiégé depuis onze jours. Il investit ensuite Carmagnole, et le prit après quinze jours de tranchée. Sa valeur fut récompensée en 1697, par le commandement de l'armée impériale. Le 11 septembre de cette année, il remporta la victoire de *Zentha*, fameuse par la mort d'un grand visir, de 17 bachas, de plus de vingt mille Turcs, et par la présence du grand seigneur. Cette journée abaissa l'orgueil Ottoman, et procura la paix de Carlowitz, où les Turcs reçurent la loi. Toute l'Europe applaudit à cette victoire, excepté les ennemis personnels d'*Eugène*. Il en avoit plusieurs à la cour de Vienne. Jaloux de la gloire qu'il alloit acquérir, ils lui avoient fait envoyer une défense formelle d'engager une action générale. Ses succès augmentèrent leur fu- reur ; et il ne fut pas plutôt arrivé à Vienne, qu'on le mit aux arrêts, et qu'on lui demanda son épée. *La voilà*, dit ce héros, puisque l'empereur la demande : elle est encore fumante du sang de ses ennemis. Je consens de ne la plus reprendre, si je ne puis continuer à l'employer pour son service. Cette générosité toucha tellement *Léopold*, qu'il donna à *Eugène* un écrit qui l'autorisoit à se conduire comme il le jugeroit à propos, sans qu'il pût jamais être recherché. Il répondit aux envieux d'*Eugène*, qui vouloient le faire citer à un conseil de guerre : *A Dieu ne plaise que je traite comme un prévaricateur, le héros par qui le Ciel m'a accordé la victoire. Comment pourroit-il être coupable, lui qui a été l'instrument dont Dieu s'est servi pour châtier les ennemis de son fils.* La Chrétienté fut tranquille et heureuse après la paix de Carlowitz ; mais ce ne fut que pour quelques années. La succession à la monarchie d'*Eugène* alluma bientôt une nouvelle guerre. *Eugène* pénétra en Italie par les gorges du Tirol, avec trente mille hommes, et la libérté entière de s'en servir comme il voudroit. Il amusa les généraux François par des feintes, et força, le 9 juillet 1701, le poste de Carpi, après cinq heures d'un combat sanglant. Ce succès rendit l'armée Allemande maîtresse du pays entre l'Adige et l'Adda ; elle pénétra dans le Bressan, et le maréchal de *Catinat*, qui commandoit l'armée Françoise, recula jusque derrière l'Oglio. Le maréchal de *Villeroi* vint lui ôter le bâton de commandement, et fut encore moins heureux : il passa l'Oglio, pour attaquer Chiari dans le duché de Modène. Le prince *Eugène*, retranché devant ce poste rempli d'infanterie, battit le général François, et le contraignit d'abandonner presque tout le Mantouan. La campagne finit par la prise de la Mirandole, le 22 décembre 1701. Au cœur de l'hiver de l'année suivante, tandis que *Villeroi* dormoit tranquillement dans Crémone, *Eugène* pénètre dans cette ville par un égout, et le fait prisonnier. Son activité et sa prudence, jointes à la négligence du gouverneur, lui avoient donné cette place ; le hasard, et la valeur des François et des Irlandois la lui ôtèrent. Il fut contraint de se retirer le soir du premier janvier, après avoir combattu tout le jour en héros. Deux jours après on prit dans les caves plus de 150 Allemands, qui, voyant la ville prise, s'étoient établis dans le lieu qui flattoit le plus leur goût. Le duc de *Vendôme*, petit-fils de *Henri IV*, mis à la place de *Villeroi*, répara ses fautes. Il battit les Impériaux à la journée de Santa-Vittoria ; il les obligea à lever le siège de Modène, et le vainquit le 15 août à Luzzara. Cette bataille, douteuse dans les premiers instans, et pour laquelle on chanta le *Té Deum* à Vienne et à Paris, se déclara pour la France, par la prise de Guastalle et de quelques villes voisines. Le prince *Eugène* quitta l'Italie pour passer en Allemagne ; il n'avoit pas remporté de grandes victoires, mais il laissoit les troupes en bon ordre. L'empereur se lattacha par de nouvelles graces ; il le nomma président du conseil de guerre, et administrateur de la caisse militaire. Le commandement des armées d'Allemagne lui fut confié. *Eugène*, *Marlo* Q 9 4 616 EUG borough et Heinsius, maîtres en quelque sorte de l'Empire, de l'Angleterre et de la Hollande, étroitement unis par l'esprit et par le cœur, formèrent une espèce de triumvirat fatal à la France et à l'Espagne. Leurs troupes réunies formoient un spectacle imposant. Eugène dit à Marlborough : Des chevaux fiers, des soldats bien vêtus, peuvent s'obtenir avec de l'argent. Mais on n'achète pas l'air assuré que montrent nos troupes. —C'est vous, lui répondit le général Anglois, qui leur inspire cette fière contenance. Les deux généraux gagnèrent en 1704 la bataille de Hochstet, livrée assez mal-à-propos par l'électeur de Bavière, secondé du maréchal de Tallard. Cette victoire fut décisive et changea la face des affaires. Plus de la moitié de l'armée Françoise et Bavaroise fut détruite ; le reste regagna avec peine les bords du Rhin, abandonnant toutes les villes de la Bavière et de la Souabe. On prétend qu'Eugène, après cette bataille, invita les prisonniers François à un opéra, et au lieu d'une pièce suivie, il fit chanter cinq monologues de Quinault à la louange de Louis XIV. —Vous voyez, Messieurs, leur dit-il, que j'aime à entendre les louanges de votre maître. Mais ce trait, qui auroit été une dérision cruelle, peu digne d'un héros, paroît une anecdote hasardée. De retour en Italie l'an 1705, Eugène essaya des échecs. Le duc de Vendôme le repoussa avec gloire à la journée de Cassano près de l'Adda : journée sanglante et moins indécise que ne le dit un historien François, puisqu'elle empêcha le prince Eugène de passer l'Adda. L'armée Françoise ayant assiégé Turin l'année d'après, Eugène vola à son secours. Il passe le Tanaro aux yeux du duc d'Orléans, après avoir passé le Pô à la vue de Vendôme. Il prend Correggio, Reggio; il dérobe une marche aux François, les force dans leurs lignes, et leur fait lever le siège le 7 septembre 1706. Après avoir délivré Turin et battu les François, il fit rentrer le Milanès sous l'obéissance de l'empereur, qui lui en donna le gouvernement. Comme ce général avoit tiré des marchands merciers de Londres les secours nécessaires pour cette expédition, il leur en annonça le succès. Je me flatte, leur disoit-il dans sa lettre, d'avoir employé votre argent à votre satisfaction. La fortune continua de lui être favorable en 1707. Les troupes Françoises et Espagnoles évacuèrent la Lombardie. Le général Daua s'empara du royaume de Naples. Eugène pénétra peu de temps après en Provence et en Dauphiné par le Col de Tende. Cette invasion heureuse au commencement, finit comme toutes les invasions faites dans ces provinces. On avoit mis le siège devant Toulon, on fut obligé de le lever. La Provence fut bientôt délivrée, et le Dauphiné sans danger. La prise de Suze fut tout le fruit de cette campagne. Le prince Eugène, ayant passé en 1708 des bords du Var aux bords du Rhin, mit en déroute les François au sanglant combat d'Oudenarde. Ce n'étoit pas une grande bataille, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV ; mais ce fut pour les François une fatale retraite. Le vainqueur, maître du terrain, mit le siège devant Lille, défendu par Boufflers : (Voyez son article.) Cette ville, si bien fortifiée, se rendit après une défense de quatre mois. Il dut en partie son succès au dé- couragement des généraux Fran- çois; aussi, dans un âge plus avancé, il rejetoit les louanges qu'on lui donnoit sur cette en- treprise, trop téméraire dans le projet, pour être glorieuse dans l'exécution. Cette conquête fit concevoir aux alliés les plus hautes espérances : un de leurs officiers poussa la présomption jusqu'à dire, « qu'il ne désespé- roit point de voir l'armée pénè- trer jusqu'à Bayonne. » Le prince Eugène, modeste au milieu de ses triomphes, lui répondit : Oui, pourvu que le roi de France nous donne un passe-port pour aller, et un passeport pour re- venir. Les états-généraux vou- lurent célébrer la prise de Lille par de vaines réjouissances. Mais le prince Eugène, de concert avec Marlborough, demanda que l'argent destiné à des feux d'artifice et à des folies passa- gères, dont il ne restoit rien au bout de quelques heures, fût employé au soulagement des sol- dats de la république, blessés pendant la campagne. La con- quête de Lille fut suivie de la bataille de Malplaquet, gagnée le 10 septembre 1709, sur les maréchaux de Villars et de Bouf- flers, qui lui disputèrent long- temps la victoire. Eugène fut dangercusement blessé dans la plus grande chaleur de l'action. Les officiers qui combattoient à côté de lui, voyant son sang ruisseler, le pressèrent de se re- tirer au moins pour quelques momens. Qu'importe, leur ré- pondit-il, de se faire panser, si nous devons mourir ici ? Et si nous en revenons, il y aura assez de temps pour cela ce soir. Cette grandeur d'aune fit tant d'impres- sion sur les soldats, qu'ils par- vinrent à se rendre maîtres du champ de bataille. Marlborough ayant été disgracié, Eugène passa à Londres pour seconder sa fac- tion; mais ce voyage fut inutile, il retourna seul achever la guerre. C'étoit un nouvel aiguillon pour lui d'espérer de nouvelles vic- toires, sans compagnon qui en partageât l'honneur. Il prit la ville du Quesnoy en 1712, et étendit dans le pays une armée d'environ cent mille combattans. Quoique privé du secours des An- glois, il étoit supérieur de vingt mille hommes aux François; il l'étoit par sa position, par l'abondance des magasins, et par neuf ans de victoires. La France et l'Espagne étoient dans l'alarme. Une faute qu'il fit à Landreci qu'il assiégeoit, les délivra de leurs inquiétudes. Il avoit choisi Marchiennes pour l'entrepôt de ses magasins, afin de voir plus souvent, dit-on, une Italienne fort belle qui étoit dans cette ville, et qu'il entretenoit alors. Le dépôt des magasins étant trop éloigné, le général Albermale, posté à Denain, n'étoit pas à portée d'être secouru assez tôt, s'il étoit attaqué. Il le fut. Le maréchal de Villars, après avoir donné le change au prince Eugène, tomba sur Albermale, et rempor- ta une victoire signalée. Eugène arrivé trop tard, se retira, après avoir été témoin de la dé- faite de ses troupes. Cette vic- toire amena la paix. Eugène et Villars, héros au champ de ba- taille, excellens négociateurs dans le cabinet, la conclurent le 6 mai 1713, à Rastadt, et ello fut suivie du traité de Baden en Argaw, signé le 7 septembre de la même année. La puissance Ottomane, qui auroit pu atta- quer l'Allemagne pendant la lon- 618 EUG gue guerre de 1701, attendit la conclusion de la paix générale. Le grand visir *Ali* parut sur les frontières de l'empire avec 150 mille Turcs. *Eugène* le battit en 1716, à Temeswar et à Peterwaradin. Il entreprit ensuite le siège de Belgrade; les ennemis vinrent l'assiéger dans son camp, et, non contens de le bloquer, ils avancèrent à lui par des approches et des tranchées. Le prince *Eugène*, après leur avoir laissé passer un ruisseau qui les séparoit de son camp, sortit de ses retranchemens, les défit entièrement, leur tua plus de vingt mille hommes, et s'empara de leurs canons et de leurs bagages. Belgrade n'ayant plus de secours à espérer, se rendit au vainqueur. Une paix avantageuse fut le fruit de ses victoires. Couvert de gloire, il retourna à Vienne, où ses ennemis vouloient lui faire faire son procès, pour avoir hasardé l'état qu'il avoit sauvé, et dont il avoit reculé les frontières. La double élection faite en Pologne ayant rallumé la guerre en 1733, le prince *Eugène* eut le commandement de l'armée sur le Rhin. Les François prirent Philisbourg à sa vue. Il n'y avoit plus dans l'armée impériale que l'ombre du prince *Eugène*: il avoit survécu à lui-même, et il craignoit d'exposer sa réputation, si solidement établie, au hasard d'une 18e bataille. Il mourut subitement à Vienne, en 1736, à 73 ans, regretté de l'empereur et des soldats. Les malheurs de l'année suivante ne justifièrent que trop ces regrets. L'empereur, qui lui devoit la gloire de son règne, disoit, au milieu des pertes qui suivirent sa mort: *La fortune de l'état est-elle morte avec ce héros?* Le prince *Eugène* fut le plus heureux général et le plus habile ministre que la maison d'Autriche eût eu depuis plusieurs siècles. *Au milieu de la paix, au milieu des hasards,* *La vertu, la sagesse et l'amour des beaux arts,* *Firent le fondement de sa gloire suprême;* *Et modeste vainqueur de cent riveux soumis,* *Ce fut en apprenant à se vaincre lui-même,* *Qu'il apprit à dompter ses plus fiers ennemis.* Le prince *Eugène* avoit un esprit plein de justesse et d'élévation, les qualités et le courage nécessaires pour triompher des capitaines les plus expérimentés. S'il échoua quelquefois dans ses entreprises, les circonstances qui les lui firent manquer, lui valurent de nouveaux éloges. Il n'étoit pas toujours le maître de faire ce qu'il vouloit. Un de ses amis lui demanda un jour, pendant la longue guerre pour la succession d'Espagne, la cause de la profonde rêverie où il le voyoit plongé. *Je fais réflexion*, dit-il, que si Alexandre le Grand eût été obligé d'avoir l'approbation des Députés de Hollande, pour exécuter ses projets, ses conquêtes n'auroient pas été à beaucoup près si rapides... Le courage n'étoit pas la seule qualité du prince *Eugène*. Les traités de Rastadt et de Passarowitz ont autant immortalisé son nom que ses victoires. Il étoit le père des soldats et le modèle des ministres: philosophe doux, humain, tolérant, sans orgueil, sans dédain, sans faste, et d'une générosité peu commune. Quoi- que froid et réservé, il étoit sensible aux charmes de l'amitié. Il cultiva les lettres dans le cours de ses victoires, et les protégea pendant son ministère. Voyez l'article II. ROUSSEAU. Tous les beaux arts avoient des attraits pour lui. Il ne voulut jamais se marier. Une femme lui paroissoit un fardeau embarrassant pour un héros, qui oublie souvent son devoir pour penser à sa fortune, et qui ménage ses jours pour les conserver à une épouse. Il ne voyoit dans l'amour qu'une passion folle, qui étend l'empire des femmes, et restreint celui des hommes. Les Amoureux, disoit-il, sont dans la société ce que les Fanatiques sont dans la Religion... « De trois empereurs qu'il avoit servis, le premier, Léopold, avoit été, disoit-il, son père, parce qu'il avoit eu soin de sa fortune comme de celle de son propre fils; le second, Joseph, son frère, parce qu'il l'avoit aimé comme un frère; le troisième, Charles VI, son maître, parce qu'il l'avoit récompensé en roi. » Ce qui met le dernier trait à son éloge, c'est qu'il connoissoit le Christianisme, le respectoit et l'aimoit. Il portoit, dans ses expéditions militaires, l'Imitation de Jésus-Christ, livre plus propre à faire sentir le néant de la gloire humaine, et à ramener à l'auteur de la véritable gloire. Ses Batailles ont été imprimées en 1729, 2 vol. in-folio, auxquels on a joint un Supplément, 1747. On peut voiraussi l'Histoire du prince Eugène, imprimée à Vienne depuis quelques années en 5 vol in-12: elle offre quelques particularités curieuses, quoiqu'elle ne soit très-souvent qu'une compilation de Gazettes.
EUGÉNIE, (Sainte) Vierge, donna sa vie pour sa foi, et périt à Rome sous l'empire de Valérien.
EUGÉRIE, (Mythol.) divinité Romaine, invoquée par les femmes enceintes, pour être délivrées de tout accident pendant leur grossesse.
EUGIPPIUS, originaire de la Norique, suivit sa nation lorsque Odoacre la transféra en Italie, l'an 488: il se fixa au royaume de Naples, et y fut abbé de Lucullano ou de Saint-Severin. Il est auteur du Thesaurus ex Augustino, in-folio, Basle, 1542; et d'une Vie de St. Augustin de Favians, insérée dans Bollandas.
EUGUBINUS, Voyez STEUCUS.
EVILMÉRODAC, roi de Babylone, succéda à son père Nabuchodonosor, vers l'an 562 avant Jésus-Christ. Ce jeune prince avoit gouverné despotiquement le royaume pendant les sept années de la démence de son père. Nabuchodonosor étant remonté sur le trône après avoir recouvré la raison, arrêta toutes les entreprises de son fils contre lui, et le tint enfermé. Celui-ci, dans sa prison, lia une étroite amitié avec Jéchonias, roi de Juda, que Nabuchodonosor tenoit aussi dans les fers. Ce prince étant mort, Evilmérodac monta sur le trône, tira Jéchonias de prison, et le combla de faveurs. On dit qu'il eut la cruauté de priver de la sépulture le corps de son père, et même qu'il le fit hacher en morceaux. Il fut assassiné par son beau-frère Nériglissor, après un règne de deux ans. 620 E U L
ÉVITERNE, (Mythol.) les anciens adoroient sous ce nom un Dieu, de la puissance duquel ils se formoient une très-grande idée, et qu'ils pardissoient mettre au-dessus de celle de Jupiter. Quelques mythologistes croient que ce dieu étoit Jupiter même. ÉVITERNE signifie immortel, et l'on appeloit quelquefois les Dieux Éviterni et Évintegri, pour marquer leur immortalité.
EULALIE, (Sainte) vierge et martyre de Barcelone, sous l'empire de Dioclétien. Son nom est plus connu, que le détail de ses souffrances.
EULALIUS, antipape, qu'une cabale opposa au pape Boniface I en 418, et que l'empereur Honorius fit chasser comme un intrus.
EULER, (Léonard) membre des académies de Paris, de Pétersbourg et de Londres, naquit à Basle le 15 avril 1707 d'un ministre Protestant. Après avoir fait ses premières études, il se consacra à la théologie et aux langues orientales pour complaire à son père : mais un goût irrésistible, qui l'avoit porté de bonne heure à s'appliquer aux mathématiques, l'y ramena bientôt. Ses liaisons avec Nicolas et Daniel Bernouilli accélérèrent ses progrès dans la carrière des sciences. Ces deux célèbres géomètres ayant été appelés à Pétersbourg en 1725, l'engagèrent deux ans après à quitter sa patrie pour se rendre auprès d'eux. Il ne tarda pas d'enrichir les recueils de l'académie de cette ville de plusieurs Mémoires, qui exciterent entre Daniel Bernouilli et lui une émulation qui ne dégénéra point en envie. Non con- tent de perfectionner le calcul intégral, Euler inventa le calcul des sinus, et simplifia les opérations analytiques. La réputation qu'il acquit de génie transcendent et inépuisable, alla jusqu'aux oreilles des souverains. Le roi de Prusse l'invita en 1741 de se rendre à Berlin, pour donner de l'éclat à l'académie qui alloit naître sous les auspices de ce prince philosophe. En arrivant, il fut présenté à la reine mère; femme d'esprit, qui cependant ne put obtenir de lui que des monosyllabes. Elle reprocha au géomètre cette timidité, cet embarras qu'elle croyoit ne pas mériter d'inspirer... Pourquoi ne voulez-vous donc pas me parler ? lui dit-elle : Madame, lui répondit-il, parce que je viens d'un pays où quand on parle on est perdu. En effet, à l'époque où Euler se trouva en Russie, ce grand empire, gouverné par un étranger, gémissoit sous un despotisme trop souvent arbitraire. La Prusse fut un séjour plus agréable pour ce philosophe, malgré quelques chagrins passagers qu'il y éprouva. Les Russes ayant pénétré dans la Marche, en 1760, pillèrent une métairie qu'il avoit auprès de Charlottenbourg. Le général Tottleben répara ce dommage, en lui accordant une indemnité considérable, à laquelle l'impératrice Elizabeth ajouta un don de quatre mille florins. Euler passa vingt-cinq ans à Berlin, et n'obtint que difficilement la permission de retourner à Pétersbourg. A peine y fut-il arrivé, qu'il fut attaqué d'une maladie violente, qui le laissa aveugle. Son activité, sa fécondité même ne furent point ralenties par la perte de la vue. La force singulière de E U L 61 son intelligence servit de supplément à ses yeux. Il ne cessa de travailler jusqu'à sa mort, arrivée le 7 septembre 1783, dans la 77e année de son âge. Il avoit été marié deux fois, et avoit eu treize enfans, dont l'aîné marche depuis long-temps sur les traces de son illustre père. Une humeur toujours égale, une gaieté douce et naturelle, une certaine causticité mêlée de bonhomme, une manière de raconter naïve et plaisante, et un grand fond d'érudition, rendoient sa conversation agréable et utile. Son extrême vivacité l'entraînait quelquefois; mais sa colère étoit aussitôt éteinte qu'enflammée. Il étoit d'ailleurs bon époux, père tendre, ami sensible, citoyen zélé, et fidelle à tous les devoirs de la société, ainsi qu'à ceux de la religion. On a de lui un grand nombre d'Ouvrages, où il paroît à la fois original et profond, élégant et clair. Il n'est presque aucun de ses écrits qui ne renferme quelque découverte nouvelle, ou quelque vue ingénieuse qui pourra y conduire. On y trouve les intégrations les plus heureuses, de profondes recherches sur la nature et les propriétés des nombres, la démonstration de plusieurs théorèmes de Fermat, la solution de divers problèmes sur l'équilibre et le mouvement des corps solides, flexibles et élastiques, enfin tout ce que la théorie du mouvement des corps célestes a de plus épineux. Ses principaux écrits sont: I. Une Dissertation sur la nature et la propagation du son. II. — sur la nature des vaisseaux, que l'académie de Paris honora de l'Accessit en 1727. III. Mémoire sur la nature et les propriétés du feu, couronné par l'académie de Paris en 1738. IV. — sur le flux et le reflux de la mer, couronné par la même académie en 1740. Il y explique l'action du soleil et de la lune sur la mer, et appuie son explication de beaucoup de géométrie et de calculs; ce qui n'a point empêché plusieurs savans de la regarder comme peu satisfaisante. V. Cinq Mémoires sur différentes questions de mathématiques, dans les Mélanges de Berlin; c'est peut-être ce qu'il y a de mieux dans cette collection. VI. Plusieurs Dissertations dans les Mémoires des académies de Pétersbourg et de Berlin. VII. Elémens d'Algèbre. Cet ouvrage qu'il fit étant aveugle, a été traduit en russe, et en français par les soins des frères Bruyset, qui l'ont imprimé en 1773 et en 1794, à Lyon, 2 vol. in-8°, avec des additions de la Grange. Il est écrit avec clarté et méthode. VIII. Trois Mémoires sur les Inégalités dans les mouvements des Planètes, couronnés à Paris. IX. Deux Mémoires sur la perfection de la Théorie de la Lune, couronnés à Paris en 1770 et 1772. X. Opuscula analytica, 1783, in-4°. Ce sont des Mémoires réunis, qui avoient d'abord paru séparément. Son Introduction à l'analyse des infiniment petits, a été traduite du latin par MM. Pezzy et Kramp, 1786, 3 vol. in-4°. XI. Scientia navalis, 2 vol. in-4°. XII. Mechanica sive scientia motus, 2 vol. in-4°. XIII. Constructio lentium objectivorum, in-4°; et un grand nombre d'autres ouvrages ou mémoires. Euler avoit cultivé non-seulement toutes les sciences mathématiques, mais la littérature ancienne et les langues savantes. Il savoit par cœur l'Enéide. On 612 · E U L a prétendu qu'il avoit porté sa curiosité jusqu'à s'instruire des procédés et des règles de l'Astrologie. La plupart des princes du Nord lui donnèrent des marques d'estime. Dans le voyage que le Prince-Royal de Prusse fit à Pétersbourg, il prévint la visite d'*Euler*, et passa quelques heures à côté de cet illustre vieillard, ayant ses mains dans les siennes. L'académie de Pétersbourg porta solennellement son deuil, et lui décerna à ses frais un buste de marbre, qui a été placé dans les salles d'assemblée. Son éloge par *Nicolas Fuss*, son élève, a été imprimé à Berlin en 1783; le Journal Encyclopédique du mois de mai 1784, en donne l'analyse. La liste des ouvrages d'*Euler* est immense, et contient seule 51 pages de cet éloge. I. EULOGE, pieux et savant patriarche d'Alexandrie, mort en 607, laissa divers *Ouvrages* contre les Novatiens et contre d'autres hérétiques de son temps. Il fut uni d'une étroite amitié avec *St. Grégoire le Grand*.
II. EULOGE DE CORDOUE, né dans cette ville vers l'an 800; fut élevé au sacerdoce, et en remplit tous les devoirs avec zèle. Les Sarrasins d'Espagne, qui étoient Mahométans, ayant excité une persécution, il fortifia par ses écrits et ses discours les fidelles. Il fut élu archevêque de Tolède; mais les infidelles lui firent trancher la tête en 859, avant qu'il pût recevoir la consécration épiscopale. Les ouvrages qui nous restent de lui, sont : I. *Memoriale Sanctorum*; c'est une histoire de quelques martyrs. II. *Apologie pour les Martyrs*, contre ceux qui disoient qu'ils nuisoient plus qu'ils ne profitoient à l'E-
EUPAGNE. III. *Exhortation au Martyrs*. Ces ouvrages se trouvent dans le 4$^{e}$ vol. de l'*Hispania illustrata*, et dans la Bibliothèque des Pères.
EULOGIE, sœur aînée de *Michel Paléologue*, prédit à celui-ci sa grandeur future. Il étoit au berceau : ne pouvant réussir à l'endormir, elle lui chanta une chanson commençant par ces mots : « Courage, empereur de Constantinople ! tu y feras ton entrée par la porte dorée. » L'enfant sourit et s'endormit; ce qui fut regardé dès-lors comme un présage qu'il parviendroit à l'empire. *Eulogie*, sous le règne de *Michel*, se déclara l'ennemie des Chrétiens. Sa haine contre l'église fit naître la dissention entre elle et son frère; et elle alla jusqu'à solliciter le Soudan d'Égypte de lui faire la guerre.
EUMANE, peintre d'Athènes, disputa à *Periphante* de Corinthe, la gloire d'avoir peint le premier avec des couleurs. Avant lui, on ne distinguoit les figures que par des hâchures.
EUMÉE, fils du roi de l'isle de Scyros dans la mer *Egée*, devint favori d'*Ulysse*, et ce prince lui confia le soin de ses états, lorsqu'il partit pour Troie. Ce fut aussi celui auquel ce héros se fit connoître le premier à son retour, après 20 ans d'absence.
EUMÉLUS, fils d'*Admète* et d'*Alceste*, alla au siège de Troie, et y conduisit onze vaisseaux. Aux jeux funèbres, célébrés en honneur de *Patrocle*, il disputa le prix de la course des chars à *Diomède*. Ses cavales, dit-on, avoient dans leurs courses l'agilité du vol des oiseaux. Il reçut de la main d'*Achille* une belle cuirasse d'airain. I. EUMÈNE, capitaine Grec, l'un des plus dignes successeurs d'Alexandre le Grand, étoit fils d'un voiturier. Il avoit les qualités qui font le héros dans la guerre et l'homme estimable dans la paix, et il dut son élévation à ces qualités. Alexandre lui fit épouser la sœur de Barsine, l'une de ses femmes. Après la mort de ce conquérant, Eumène acheva la conquête de la Cappadoce et de la Paphlagonie, et fut gouverneur de ces deux provinces; mais Antigone ne voulut point l'y laisser établir. Se voyant sans ressource, il se rendit auprès de Perdiccas, qui le chargea de porter la guerre sur les bords de l'Hellespont, contre les princes ligués contre lui. Il défit Cratère et Néoptolème. Le premier périt dans la mêlée; et il tua le second de sa propre main. Eumène pleura Cratère, son ancien ami, lui rendit les derniers devoirs, et fit porter ses cendres en Macédoine, à sa famille: action de générosité, dont un historien philosophe se charge avec plus de plaisir, que du détail fatigant de tant de meurtres inutiles. Eumène marcha ensuite contre Antipater, le vainquit et s'empara de plusieurs provinces. Après la mort de l'ambitieux Perdiccas, il eut à combattre Antigone. Ce général tâcha de corrompre les principaux officiers d'Eumène, en leur faisant des offres magnifiques qu'ils rejetèrent. Eumène les loua de leur fidélité, et leur raconta l'histoire du lion amoureux, qui, pour épouser une fille d'une grande beauté, consentit que le père de la fille lui fit rogner les dents et les ongles. « L'opération faite, le père, se méfiant de cette bête féroce, prit un bâton et chassa un ennemi qui l'auroit bientôt dé- voré. Voilà, ajouta Eumène, ce que feroit Antigone; il vous fait à présent de grandes promesses pour se rendre maître de toutes vos forces: mais, dès qu'il vous tiendroit, il vous feroit sentir ses ongles et ses dents. » Les deux généraux se livrèrent bataille à Orcinium en Cappadoce, l'an 320 avant J. C. Eumène y fut vaincu par la trahison d'Apollonide, commandant de la cavalerie. Le traître fut pris et pendu sur-le-champ. Eumène, obligé d'errer et de fuir sans cesse, congédia une partie de ses troupes, et ne retint que cinq hommes, avec lesquels il s'enferma dans le château de Nora sur les frontières de la Cappadoce et de la Lycaonie. Il y soutint un siège d'un an. Après différens succès mêlés de revers, Antigone tailla en pièces l'arrière-garde de son ennemi, et prit le bagage de son armée: c'est ce qui décida la victoire en sa faveur. Avant la bataille, Eumène avoit fait son testament et brûlé toutes les lettres qu'on lui avoit écrites, ne voulant pas qu'après sa mort, ceux qui lui avoient donné des avis secrets fussent exposés à des recherches dangereuses. Le vainqueur fit dire aux officiers et aux Argyraspides, phalange des Macédoniens, qu'il leur rendroit tout ce qui leur appartenoit, s'ils lui livroient Eumène. Ils eurent la lâcheté de recouvrer à ce prix leur bagage. Quand cet illustre prisonnier fut arrivé au camp ennemi, Antigone n'eut pas le courage de le voir, parce que sa présence étoit un sanglant reproche contre lui. Ceux à qui il l'avoit donné en garde, lui ayant demandé comment il vouloit qu'on le gardât: Comme un Eléphant, leur dit Antigone, ou comme un Lion. Mais, quelques 624 E U M jours après, attendri et touché de compassion, il ordonna qu'on lui ôtât ses fers les plus pesans, et qu'on lui donnât un de ses domestiques pour le servir; et il permit à ses amis de le voir, de passer avec lui les journées entières, et de lui porter tous les rafraîchissemens dont il pourroit avoir besoin. *Antigone* fut quelque temps en balance sur ce qu'il devoit faire de son prisonnier. Ils avoient été amis intimes en servant sous *Alexandre*: le souvenir de cette ancienne amitié, réveillé en lui quelques sentimens de bonté. Son fils *Démétrus* sollicita fortement aussi en sa faveur; mais l'intérêt de se délivrer d'un ennemi dangereux, combattant dans *Antigone* les sentimens généreux que son fils lui inspiroit, il ordonna qu'on le défit d'*Eumène* dans la prison: ce qui fut exécuté l'an 315 avant J. C. Telle fut la fin d'un des hommes les plus accomplis de son siècle en tout genre, et peut-être le plus digne de succéder à *Alexandre*. Il possédoit toutes les qualités de l'homme de guerre et du grand capitaine. Mais je mets au-dessus de tout cela, son attachement inviolable pour son prince, sa rigoureuse probité, et les sentimens d'honneur qui régnoient en lui. Il ne manqua pas cependant d'adresse dans l'occasion. Voyant que plusieurs de ses officiers n'épioient qu'un moment favorable pour se défaire de lui, il emprunta de grosses sommes de ceux qui lui étoient les plus suspects, afin que la crainte de perdre leur argent, les engageât à veiller sur la vie de celui à qui ils avoient prêté. Ainsi, dit *Plutarque*, au lien de donner son propre argent pour conserver ses jours, il ne les garantit qu'en prenant celui des autres. *Antigone* et toute l'armée célébrèrent les funérailles d'*Eumène* avec magnificence, et lui rendirent les plus grands honneurs. Sa mort ayant éteint l'envie et toute crainte, ils envoyèrent ses os et ses cendres dans une urne d'argent, à sa femme et à ses enfans en Cappadoce: foible dédommagement pour une veuve et pour des orphelins désolés! L'armée du vaincu étant sans chef, fut bientôt dissipée. *Antigone* se défiant des traîtres, les fit exterminer.
II. EUMÈNE Ier, roi de Pergame, succéda à *Philetère*, son oncle, l'an 264 avant J. C. Il remporta une victoire sur *Antiochus*, fils de *Séleucus*, et augmenta ses états de plusieurs villes, qu'il prit sur les rois de Syrie. Ce prince aimoit les lettres, et encore plus le vin. Il périt d'un excès en ce genre, après 22 ans de règne.
III. EUMÈNE II, neveu du précédent, monta sur le trône après *Attale*, son père, l'an 198 avant J. C. Le royaume de Pergame, quand il le reçut de son père, se réduisoit à un très-petit nombre de villes. *Eumène* se rendit si puissant qu'il pouvoit le disputer à plus d'un empire. Il dut tout à son assiduité au travail, à son activité, à sa prudence. Les Romains dont il cultiva l'amitié, augmentèrent ses états, après leur victoire sur *Antiochus* le Grand. *Eumène* vainquit *Prusias* et *Antigone*, et mourut l'an 168 avant J. C. Ce prince protégeoit et cultivoit les lettres: il augmenta considérablement la fameuse bibliothèque de Pergame, qui avoit été fondée par ses prédécesseurs sur le modèle de celle d'*Alexandrie*. Ses frères, *Attale*, *Philetère* et *Athenée*, lui furent al attachés, qu'ils voulurent être du nombre de ses gardes. Eumène, dit Pollybe, avoit l'ame noble et grande dans un corps foible et délicat. Avide d'une belle réputation, il l'acheta par des bienfaits, et enrichit plus de particuliers qu'aucun des princes de son siècle.
IV. EUMÈNE, orateur originaire d'Athènes, professa la rhétorique avec beaucoup d'éclat à Autun, sa patrie. Il y ramena le goût des arts et de l'éloquence. Constance-Chlore, et Constantin son fils, lui donnèrent des marques de leur estime. Il prononça, l'an 309, le Panégyrique de ces deux princes. Son Discours le plus célèbre est celui dans lequel il tâcha d'engager Riccius Varus, préfet de la Gaule Lyonnoise, à rétablir les écoles publiques, ruinées par les Barbares qui avoient inondé les Gaules. Eumène offrit de contribuer à ce rétablissement; il céda une année des appointe-mens qu'il avoit en qualité d'un des premiers secrétaires des empereurs; ce qui faisoit une somme considérable. Ce rhéteur mourut vers le milieu du 4e siècle. Le P. de la Baune, Jésuite, a recueilli ce qui nous reste de ses Harangues, dans ses Panegyrici veteres ad usum Delphini, 1676, in-4e. Son style se sent un peu de la décadence de la latinité; et il y a plus de lieux communs que de pensées.
EUMÉNIDES ou FURIES, (Mythol.) filles de l'Achéron et de la Nuit: elles étoient trois; Alecton, Mégère et Tisiphone. Les Dieux leur avoient donné la commission de tourmenter les impies et les scélérats sur la terre et dans les enfers. Servius écrit qu'on appeloit ces déesses, Dires au ciel, Furies sur la terre, et Euménides dans les enfers. Elles châtioient dans le Tartare, et flagelloient avec des serpens et des flambeaux ardens, ceux qui avoient mal vécu. On les représente coiffées de couleuvres, tenant des serpens et des torches dans leurs mains. Les Athéniens leur avoient élevé un temple près de l'Aréopage. Elles en avoient un autre près de la ville de Titane, dans un bois sacré sur les bords du fleuve Asope. Ceux qui leur offroient des sacrifices ou des libations de miel ou de vin, étoient couronnés de narcisse, fleur qui leur étoit consacrée, comme croissant près des tombeaux.
EUMÉNIUS, Voyez EUMÈNE.
EUMOLPE, fils du poète Musée, fut l'un des premiers prêtres de Cérès dans les mystères d'Éleusis. Il disputa le trône d'Athènes à Erechthée, et périt, ainsi que ce dernier, dans le combat. Les Athéniens, pour terminer les différends de leurs familles, attribuèrent la couronne à celle d'Erechthée, et le sacerdoce, c'est-à-dire la dignité perpétuelle d'hierophante, à celle d'Eumolpe. Celle-ci en jouit pendant douze cents ans. Elle déterminoit souverainement les cérémonies religieuses et tout ce qui avoit rapport au culte des Dieux. Eumolpe, dit-on, apprit la musique à Hercule.
EUNAPE, natif de Sardes en Lydie, sophiste, médecin et historien, sous les règnes de Valentinien, de Valens et de Gratien, écrivit l'Histoire des Césars, dont Saidas nous a conservé quelques fragments. Nous n'avons de lui que les Vies des Philosophes R r 616 EUN de son temps, écrites avec précision, et avec assez de netteté et d'élégance. A. Junius en a donné une Traduction latine avec le texte grec, 1596, in-8.º On en trouve un extrait dans les Excerpta de Legationibus, Paris, 1648, in-folio, qui font partie de la Byzantine. Cette Histoire des philosophes est pleine d'injures, indignes de la saine philosophie. Le but de l'auteur paroît être de relever l'idolâtrie et de rabaisser le Christianisme. Il exagère les vertus des philosophes Païens, et atténue celles des solitaires Chrétiens. Il insulte même à leurs martyrs; et, autant qu'on peut en juger par cet ouvrage, Eunape étoit un de ces hommes passionnés qui couvrent leurs emportemens du manteau de la sagesse, et qui ont sans cesse le mot de philosophie dans la bouche, parce qu'ils sentent qu'ils ne l'ont point dans le cœur.
EUNÉE, fils de Jason et d'Hypsipyle fille d'un roi de Thrace, régna sur l'isle de Lemnos, et envoya des présens en vins aux Grecs qui assiégeoient Troie. Les Eunides, musiciens renommés d'Athènes, prétendoient descendre d'Eunée. I. EUNOME, fut célèbre musicien de Locres en Italie. Comme il disputoit le prix de son art à Aristoxène, une cigale vint, suivant la fable, se poser sur son luth, pour suppléer à une corde qui s'étoit rompue; ce qui lui fit obtenir le prix. En mémoire de cette singularité, les Grecs élevèrent une statue à Eunome tenant un sistre sur lequel se reposoit une cigale.
II. EUNOME, Eunomius, hérésiarque, natif de Cappadoce, d'abord maître d'école à Constantinople, ensuite disciple d'Aëtius, parvint à l'épiscopat par la protection d'Eudoxe, patriarche de Constantinople; ce prélat, en l'ordonnant, lui conseilla de cacher les erreurs qu'il avoit sucees auprès d'Aëtius. Eunome ayant négligé cet avis, fut déposé et exilé en divers endroits: il mourut dans sa patrie à la fin du 4e siècle. C'étoit un Arien outré; et, pour défendre l'Arianisme, dit Pluquet, « il retomba dans le Sabellianisme, dont Arius avoit cru qu'on ne pouvoit se garantir qu'en niant la divinité du Verbe. Arius, pour ne pas tomber dans l'hérésie de Sabellius, qui confondoit les personnes de la Trinité, fit du Père et du Fils deux personnes différentes, et sontint que le Fils étoit une créature. La divinité de J. C. étoit donc devenue comme le pivot de toutes les disputes des Catholiques et des Ariens. Les Catholiques admettoient dans la substance divine, un Père qui n'étoit pas engendré, et un fils qui l'étoit, qui cependant étoit consubstantiel et co-éternel à son Père. La divinité de J. C. étoit évidemment enseignée dans l'Écriture, et les Ariens ne pouvoient éluder la force des passages que les Catholiques leur opposoient. Eunome crut qu'il falloit examiner ce dogme en lui-même, et voir si effectivement on pouvoit admettre dans la substance divine deux principes, dont l'un étoit engendré et l'autre ne l'étoit pas. Pour décider cette question, il partit d'un principe reconnu par les Catholiques et par les Ariens; savoir, la simplicité de Dieu. Il crut qu'on ne pouvoit supposer dans une chose simple deux principes, dont l'un étoit engendré et l'autre engendrant. Une chose simple pouvoir, suivant *Eunome*, avoir différens rapports; mais elle ne pouvoir contenir des principes différens. De ce principe, *Arius*, pour éviter le Sabellianisme, qui confondait les personnes de la Trinité, avoit conclu que le Père et le Fils étoient deux substances distinguées. Comme d'ailleurs on ne pouvoit admettre plusieurs Dieux, il avoit jugé que le Verbe ou le Fils n'étoit pas un Dieu, mais une créature. De ce même principe, *Eunome* conclut, non-seulement qu'on ne pouvoit supposer dans l'essence divine un Père et un Fils, mais qu'on ne pouvoit y admettre plusieurs attributs; et que la sagesse, la vérité, la justice, n'étoient que l'essence divine, considérée sous différens rapports, et n'étoient que des noms différens, donnés à la même chose, selon les rapports qu'elles avoient avec les objets extérieurs. » Il rebaptisoit ceux qui l'avoient été dans la foi de la Trinité, et croyoit que la foi pouvoit sauver sans les œuvres. Ses impiétés étoient d'autant plus dangereuses, qu'il réunissoit à quelque talent beaucoup d'artifice. Il sentit que pour se concilier des sectateurs, il falloit joindre à son opinion quelque principe de morale commode. Il enseigna que ceux qui conservoient fidèlement sa doctrine, ne pourroient perdre la grace, quelque péché qu'ils com-missent. Cette adresse, employée souvent par les chefs de secte, ne réussit pas toujours; celle d'*Eunome* fut absolument éteinte sous *Théodose*. *St. Grégoire* de Nysse et *St. Basile* signalèrent leur éloquence et leur zèle contre ce sectaire.
EUNOSTUS, (Mythol.) dieu honoré par les habitans de Tanagra, ville située en Achaie, sur les bords du fleuve Asope. Il étoit rigoureusement défendu aux femmes de pénétrer dans l'enceinte de son temple; et celle qui transgressoit cette loi, même par distraction ou par mégarde, étoit punie de mort.
EUNUS, esclave Syrien, ne pouvant supporter les malheurs de sa condition, fit d'abord l'enthousiaste et l'inspiré de la déesse de Syrie. Il se disoit envoyé des dieux, pour procurer la liberté aux esclaves. Pour s'insinuer dans l'esprit des peuples, il mettoit dans sa bouche une noix remplie de soufre en poudre: il y-glissoit adroitement le feu, et en soufflant, il paroissoit vomir des flammes. Ce prétendu prodige le fit regarder comme un dieu. Deux mille esclaves, pressés par leur misère, se joignirent à lui, et bientôt il se vit à la tête de cinquante mille hommes, avec lesquels il délit les préteurs Romains. *Perpenna*, envoyé contre ces rebelles, les réduisit par la faim, et fit mettre en croix tous ceux qui tombèrent entre ses mains.
ÉVODE, l'un des soixante et douze Disciples de JÉSUS-CHRIST, succéda à *St. Pierre* dans le siège d'Antioche, et y souffrit le martyre sur la fin du 1er siècle.
EUPALINUS, architecte Grec, fils de *Naustrophus* de Mégare, construisit le célèbre aqueduc de Samos, qui traversoit une montagne, et s'étendoit dans une longueur très-considérable.
EUPHÉMÉ, (Mythol.) mère de *Crocas*, fut la nourrice des Muses. On lui avoit élevé une statue de marbre au pied du mont Hélicon. R r 2 628 E U P I. EUPHÉMIE, (Sainte) vierge de Chalcédoine, souffrit le martyre sous Dioclétien, vers l'an 307 de J. C.
II. EUPHÉMIE, (Ælia Maciana Euphemia) femme de l'empereur Justin I, étoit née dans une des provinces barbares de l'empire. Elle étoit esclave, lorsque Justin, qui n'étoit encore qu'un particulier, en devint amoureux. Son caractère doux, complaisant, sa fidélité inviolable, plurent tellement à son amant, qu'il l'épousa et la fit monter avec lui sur le trône. Son mariage fut stérile. L'esclavage lui avoit fait contracter des manières grossières, dont elle ne put se défaire sous la pourpre. Mais elle se distingua d'ailleurs par des qualités; et, tant qu'elle vécut, elle empêcha à Justinien d'épouser sa maîtresse Théodora. Elle mourut avant l'empereur, son époux.
EUPHÉMIUS, patriarche de Constantinople l'an 490, illustre par sa science et par ses vertus, effaça des dyptiques le nom de l'hérétique Monge, ouvertement déclaré contre le concile de Chalcédoine. Il y rétablit celui du pape Félix III, qui en avoit été ôté. Ce pontife lui refusa néanmoins sa communion, parce qu'il conservoit les noms de quelques prélats hérétiques ou soupçonnés de l'être. Euphémius s'obstina à y laisser celui d'Acace, dont il ne vouloit pas outrager la mémoire. Le pape Gélase, successeur de Félix, l'excommunia peut-être trop précipitamment, et le fit exiler à Ancyre par l'empereur Anastase, en 495. Ce patriarche mourut dans son exil en 515, martyr de son opiniâtreté: c'étoit son seul défaut. — Voyez aussi MICHEL, n.º III.
EUPHÉMUS, (Mythol.) fils de Neptune et d'Europe, accompagna les Argonautes dans leur expédition, et fut aussi léger à la course qu'adroit à conduire les chars. Il remporta le prix aux jeux funèbres célébrés en l'honneur de Pélias. Il devint le pilote des Argonautes, après la mort de Tiphys. Un roi de Lybie lui fit présent d'une motte de terre miraculeuse. Euphémus l'ayant jetée dans la mer, elle fut à l'instant changée en une isle agréable, couverte d'arbres et de verdure: ce fut l'isle Théra.
EUPHOADES, (Mythol.) génie qui présidait aux festins. Les Grecs plaçoient sa statue sur leurs tables, lorsqu'ils vouloient se livrer à la joie.
EUPHORBE, fils de Panthus, illustre Troyen, fut tué par Ménelas à la guerre de Troie. Pythagore assuroit que son ame étoit celle d'Euphorbe, qu'elle avoit passé dans son corps par la métempsycose, et qu'il avoit reconnu dans le temple de Junon à Argos, le bouclier que Ménelas lui avoit enlevé. — Il y eut un géomètre Phrygien qui portoit ce nom. Ce mathématicien trouva la description du triangle, et rechercha le premier les propriétés de quelques figures.
EUPHORION, de Chalcis en Eubée, bibliothécaire d'Antiouchus le Grand, réussit dans la poésie et dans l'histoire. Ses ouvrages ne sont point parvenus jusqu'à nous. Quelques anciens le louent: d'autres lui reprochent de l'obscurité et un style énigmatique. L'empereur Tibère, qui l'avoit pris pour modèle dans la composition de ses poésies grecques, fit placer son portrait et tes ouvrages dans les bibliothèques publiques. *Euphorion* étoit né vers l'an 274 avant J. C.
**EUPHRANOR**, sculpteur célèbre de Corinthe, qui avoit composé plusieurs volumes sur la symétrie et sur les couleurs. Il florissoit vers l'an 340 avant J. C. *Pline* écrit qu'il avoit fait un grand nombre de belles statues de bronze et d'argent. Il fut le premier qui sut donner à ses héros l'air de majesté qui leur convenoit. On reprochoit cependant à ses figures d'avoir le corps trop menu et les doigts trop gros. *Plin*, *Lib.* 34, cap. 8. — Il y eut aussi de ce nom, un habile peintre.
**EUPHRASIE**, (Sainte) illustre solitaire et religieuse de la Thébaïde, fille d'*Antigone*, gouverneur de Lycie, et parente de l'empereur *Théodose l'Ancien*, naquit vers l'an 380, et mourut à l'âge de 30 ans, dans l'un des monastères de la Thébaïde, où elle avoit donné des exemples admirables de vertu. Lorsque les Chrétiens Grecs reçoivent une recluse, le prêtre demande à Dieu qu'elle ressemble à *Ste. Euphrasie*. **I. EUPHRATE**, l'un des disciples de *Platon*, gouverna la Macédoine avec une autorité absolue sous le règne de *Perdiccas*. Il poussa l'amour pour la philosophie à un excès indigne d'un philosophe : il n'admettoit à la table du roi que ceux qui avoient cultivé, comme lui, les sciences et les mathématiques. *Parménion* le tua, après la mort de *Perdiccas*.
**II. EUPHRATE**, philosophe Stoïcien sous l'empereur *Adrica*, demanda à ce prince la permission de s'ôter la vie, qui n'étoit plus qu'un triste fardeau pour lui. Il étoit alors dans une vieillesse très-avancée, et peut-être dans l'enfance. *Adrien* le lui permit, et il se donna la mort l'an 118 de J. C.
**III. EUPHRATE**, hérétique, de la ville de Péra en Cilicie, admettoit trois *Dieux*, trois *Verbes*, trois *SS. Esprits*. «Parmi les philosophes qui avoient recherché la nature du monde, dit l'abbé *Pluquet*, quelques — uns l'avoient regardé comme un grand tout, dont les parties étoient liées, et ne supposoient dans la nature qu'un seul monde, comme *Ocellus* de Lucanie l'avoit enseigné; et non pas plusieurs, comme *Leucippe*, *Epicure*, et d'autres philosophes le sontenoient. *Euphrate* adopta le fond de ce système, et n'admit pas cette suite de montes différens, à laquelle des chefs de sectes avoient recours pour concilier la philosophie avec la religion, ou pour expliquer les dogmes. Il supposoit un seul monde, et distinguoit dans ce monde trois parties qui renfermoient trois ordres d'êtres absolument différens. La première partie renfermoit l'Être nécessaire et incréé, qu'il concevoit comme une grande source qui faisoit sortir de son sein trois Pères, trois Fils, trois SS. Esprits. *Euphrate* croyoit apparemment que l'Être nécessaire étant déterminé par sa nature à produire trois êtres différens, le nombre trois étoit, en quelque sorte, le terme de toutes les productions de l'Être nécessaire, et qu'il falloit admettre en Dieu trois Pères, trois Fils, trois SS. Esprits. Comme JÉSUS-CHRIST, qui étoit fils de Dieu, étoit homme, *Euphrate* croyoit R r 3 630 E U P que les trois Fils étoient trois hommes. La seconde partie du monde renfermoit un nombre infini de puissances différentes. Enfin, la troisième partie de l'univers renfermoit ce que les hommes appellent communément le monde. Toutes ces parties du monde étoient absolument séparées, et devoient être sans commerce; mais les puissances de la troisième partie avoient attiré dans leur sphère les essences de la seconde partie du monde, et les avoient enchainées. Vers le temps d'Hérode, le fils de Dieu étoit descendu du séjour de la Trinité, pour délivrer les puissances qui étoient tombées dans les pièges des puissances de la troisième partie du monde. Le fils de Dieu, qui étoit descendu du ciel sur la terre, étoit un homme qui avoit trois natures, trois corps et trois puissances. » L'abbé Pluquet, de qui nous empruntons cet article, ne dit point en quel siècle vivoit Euphrate.
EUPHROSYNE, (Mythol.) l'une des trois Graces. Voyez GRACES. I. EUPHROSYNE, (Sainte) née à Alexandrie dans le 5e siècle, résista aux prières de son père Paphnuce qui vouloit la marier, et s'enfuit à l'âge de dix-huit ans dans un monastère, déguisée en homme, où elle fut reçue comme religieux sous le nom de Smaragde. Elle vécut trente-huit ans sans sortir de sa cellule.
II. EUPHROSYNE - DUCÈNE, femme d'Alexis III, empereur d'Orient, gouverna entièrement son foible époux, et disposa de tout dans l'empire. Cette princesse avoit du courage, de l'éloquence, de l'esprit, de la pénétration; mais ses mœurs étoient infames, et elle affichoit sa honte. Son orgueil étoit aussi grand que sa dissolution. Elle faisoit porter sa chaise par les parens d'Alexis; et lorsqu'il donnoit audience aux ambassadeurs, elle avoit à côté de lui un trône aussi élevé que le sien, où elle se montroit couverte de diamans et de pierreries. Elle eut un palais séparé de celui de l'empereur; ce qui n'avoit jamais été permis à aucune impératrice. Alexis avoit voulu supprimer la vénalité des charges; Euphrosyne s'y opposa, et confia la recette de cet odieux impôt à un de ses favoris. Enfin, on vint à bout de la rendre suspecte à l'empereur, à cause de ses liaisons avec un certain Vatace, accusé de vouloir usurper la couronne impériale. Euphrosyne fut chassée du palais en 1178, couverte des habits d'une femme du peuple, et enfermée dans un monastère à l'embouchure du Pont, n'ayant pour la servir que deux femmes étrangères, qui à peine savoient le grec; mais elle vint à bout, par ses intrigues, de sortir de sa solitude, et de rentrer en grace. Après la prise de Constantinople par les François en 1204, elle prit la fuite; et l'histoire, depuis cette époque, ne fait plus mention d'elle.
EUPOLIS, poète comique de l'ancienne comédie, étoit d'Athènes, et florissoit vers l'an 440 avant J. C. Il monta sur le théâtre dès l'âge de dix-sept ans, et fut couronné plusieurs fois. On dit qu'Alcibiade le fit mourir pour avoir fait des vers contre lui: d'autres prétendent, avec plus de raison, qu'il périt dans un combat naval contre les La- cédémoniens; puisque les Athé- niens, touchés de sa mort, firent un décret pour défendre aux poètes de porter les armes. Il nous reste de lui un ouvrage in- titulé : Sententiæ, imprimé à Basle en 1560, in-8.
ÉVREUX, (Robert, comte d') Voy. ROBERT, n.º XI; vous y trouverez les différentes muta- tions du comté d'Evreux.
EURICLÉE, Voyez EURY- CLÉE.
EURIPIDE, poète tragique, Grec, né à Salamine, l'an 486 avant J. C., fut disciple de Pro- dicus pour l'éloquence, de So- crate pour la morale, et d'A- naxagore pour la physique. Les persécutions que ce dernier s'at- tira par ses rêveries philosophi- ques, l'ayant dégoûté de la phi- losophie, il s'adonna à la poésie dramatique, pour laquelle la na- ture lui avoit donné beaucoup de talent. Il s'enfermoit dans une caverne pour composer ses tra- gédies, et n'en sortoit qu'avec des chefs-d'œuvres. Elles firent l'admiration de la Grèce et des pays étrangers. L'armée des Athé- niens, commandée par Nicias, ayant été vaincue en Sicile, la plupart des soldats rachetèrent leur vie et leur liberté en réci- tant des vers du poète Grec. Eu- ripide florissoit à Athènes, dans le même temps que Sophocle. L'émulation qui s'éleva entre lui et ce redoutable concurrent, dé- généra en inimitié. Aristophanr l'immola à la risée publique dans ses comédies. Euripide médisoit sans cesse des femmes, et dans la conversation, et sur le théâ- tre : il se maria pourtant deux fois, et deux fois il fut obligé de répudier ses épouses. Cette conduite fournissoit beaucoup à la plaisanterie du comique Grec. Euripide lutta d'abord contre le critique avec ce noble courage qui sied si bien au génie. Les spectateurs demandant qu'il re- tranchât quelques vers de l'une de ses pièces, il s'avança sur le bord du théâtre, et leur dit : « Je ne compose point mes ou- vrages afin d'apprendre de vous, mais afin de vous enseigner. » Une autre fois, ils le blâmèrent de ce qu'il avoit appelé les ri- chesses le souverain bien et l'ad- miration des Dieux et des hommes. Mais Euripide les pria d'attendre la fin de la pièce, où l'admira- teur des richesses recevoit le châtiment qu'il méritoit. Enfin sa fermeté l'abandonna. Né très- sensible, et ne pouvant soutenir plus long-temps les railleries des auteurs et du public, il quitta Athènes, et se retira à la cour d'Archélaüs, roi de Macédoine. Ce prince, protecteur des gens de lettres, le fit son premier mi- nistre, si l'on en croit Solin. Euripide eut, suivant quelques- uns, une fin tragique. On pré- tend qu'il se promenoit dans un bois, et qu'il révoit profonde- ment, suivant sa coutume, lors- qu'il fut rencontré un peu à l'écart par les chiens du prince, qui le mirent en pièces. De quel- que façon qu'il ait terminé sa glorieuse carrière, les chronolo- gistes placent sa mort l'an 407 avant J. C. Ses os ayant été re- cueillis par l'ordre d'Archélaüs, roi de Macédoine, et portés à Pella, ce prince qui l'avoit tou- jours beaucoup aimé, refusa de les rendre aux Athéniens, lors- qu'ils les lui firent demander par leurs ambassadeurs. Euripide joi- gnoit les avantages extérieurs à R r 4 632 EUR ceux de l'esprit et du génie. Ses traits annonçoient la force. Sa physionomie, à en juger par un buste antique, étoit noble, sérieuse et prononcée : elle portoit l'ampreinte de son esprit, naturellement grave et profond, aimant le grand et le sublime. Il travailloit difficilement. Le poète Alcestis, qui avoit la facilité des mauvais écrivains, se vantoit qu'il avoit fait cent vers dans trois jours, tandis qu'Euripide n'en avoit fait que trois : « Il y a encore cette différence entre vos écrits et les miens, dit le poète au versificateur, que les vôtres dureront trois jours, et les miens perceront l'étendue des siècles. » De 75 Tragédies qu'il avoit composées, il ne nous en reste que 19. Les principales sont : Les Phéniciennes, Oreste, Médée, Andromaque, Iphigénie en Aulide, Iphigénie en Tauride, les Troades, Electre, Hercule, Hippolyte. Ces deux dernières pièces semblent avoir remporté le prix sur toutes les autres. Euripide excelle à exprimer l'amour, et sur-tout l'amour furieux et passionné, tel qu'il doit être sur le théâtre. Il est tendre, touchant, pathétique. Racine l'a fait revivre dans le dernier siècle : il hérita de son esprit ; mais il lui prêta plus de charmes, et l'accompagna de plus de goût. Il faudroit être bien aveugle, ou bien prévenu en faveur de l'antiquité, pour préférer le poète Grec au poète François. Mais son mérite n'en est pas moins grand. L'art du théâtre ne faisoit que de naître : aussi Euripide et Sophocle, tout imparfaits qu'ils étoient, réussirent autant chez les Athéniens, que Corneille et Racine parmi nous. « Leurs fautes, dit un homme d'esprit, sont sur le compte de leur siècle ; leurs beautés n'appartiennent qu'à eux. » Il y en a certainement dans Euripide. Son Andromaque fit une impression si vive sur les Abderites, qu'ils furent tous atteints d'une espèce de folie, causée par le trouble que la représentation de cette pièce avoit jeté dans leur imagination. Quoique Euripide fût moins élevé que Sophocle, le Corneille des Grecs, il savoit être grand quand le sujet l'exigeoit. Les pensées les plus communes recevoient en passant par son imagination, ce tour heureux qui les rend sublimes. Ce qui intéresse sur-tout le genre humain, c'est que ses pièces respirent une bonne morale. Il l'avoit puisée à l'école de Socrate : aussi ce philosophe n'alloit au théâtre que pour entendre les pièces de son disciple. On n'auroit qu'à louer Euripide, s'il avoit toujours placé ses sentences avec art. Les meilleures éditions d'Euripide sont celles de Alde, 1503, in-8°; de Plantin, en 1571, in-16; de Commelin, en 1597, in-8°, de Paul-Etienne, en 1604, in-4°; enfin de Josué Barnes, 1694, in-folio, à Cambridge, qui a éclipsé toutes les autres. L'éditeur y a joint les diverses scories, et tous les fragments qu'il a pu trouver, et l'a enrichie de savantes notes, et d'une vie du dramatique Grec. Voy. le Théâtre des Grecs, du Père Brumoi, qui a traduit les plus beaux morceaux d'Euripide. M. Prévost en a donné une Traduction complète, Paris 1783, 3 volumes in-12, avec des notes instructives et curieuses.
EUROPE, ( Mythol. ) fille d'Agénor roi de Phénicie, et beur de *Cadmus*. Cette princesse étoit si belle, qu'on prétend qu'une des compagnes de *Junon* avoit dérobé un petit pot de fard sur la toilette de la déesse, pour le donner à *Europe*. Elle fut aimée de *Jupiter*, qui ayant pris la forme d'un taureau pour l'enlever, passa la mer, la tenant sur son dos, et l'emporta dans cette partie du monde à laquelle elle donna son nom.
EUROTAS, fils de *Lelex*, se distingua par son courage dans une guerre que les Lacédémoniens avoient déclarée à un peuple voisin. Ils attendoient la pleine lune pour livrer bataille; mais *Eurotas* sans écouter de vains présages, combattit et fut défait. Désespéré, il se jeta dans le fleuve *Himère*, qui prit dès-lors le nom d'*Eurotas*. Ce fleuve célèbre par les vers des poètes anciens, offroit des bords ornés de myrtes et de lauriers. Ils furent témoins de l'enlèvement d'*Hélène*, et ce fut près d'eux que *Jupiter*, prenant la figure d'un cygne, séduisit *Léda*.
EURYALE, (*Euryalus*) héros Troyen, suivit *Enée* après la ruine de Troie, et fut célèbre par sa tendre amitié pour *Nisus*. Ces deux jeunes guerriers étant entrés de nuit dans le camp des Rutules, y firent un grand carnage; mais *Euryale* fut investi par les ennemis, en retournant à la ville. *Nisus* courut au secours de son ami, et offrit même sa vie pour lui: mais voyant qu'il ne pouvoit rien obtenir, et qu'*Euryale* venoit d'expirer à ses yeux, il se perça de son épée, et mourut sur le corps de son ami. Cet épisode du poème de l'*Enéide* est aussi touchant qu'agréable.
EURYALÉ, (*Euryale*) fille de *Minos* et mère d'*Orion*, fut aimée de *Neptune*.—Il y a eu une autre *EURYALE*, reine des Amazones, qui secourut *Aetès*, roi de Colchide, contre *Persée*; une troisième, fille de *Præus*, roi des Argiens; enfin, une des *Gorgones* portoit aussi ce nom.
EURYCLÉE, petite-fille de *Pisénor*, étoit d'une rare beauté. *Laerte*, roi d'Itaque, l'acheta fort jeune pour le prix de vingt bœufs; mais il ne la traita point en esclave, il eut pour elle les mêmes égards que pour sa femme, et lui conlia l'enfance d'*Ulysse*. Ce fut elle qui la première reconnut ce Prince au retour de ses longs voyages. I. EURYCLÈS, fut un célèbre devin d'Athènes. On croyoit qu'il portoit dans son ventre le génie qui l'inspiroit, ce qui le fit surnommer *Engastrimathe*. Il eut des disciples, qui furent appelés de son nom *Euryclaides* et *Engastrides*.
II. EURYCLÈS, fourbe de Lacédémone, s'étant rendu à Jérusalem, et ayant gagné les bonnes graces du roi Hérode et de ses enfans, découvroit aux uns les secrets des autres pour en avoir de l'argent. Il fut cause par ce moyen de la mort d'*Alexandre* et d'*Aristobule*. Ce perfide étant retourné dans son pays, en fut chassé par ses propres concitoyens.
EURYDAMAS, vigoureux athlète de Cyrène, remporta le prix du ceste aux jeux olympiques. Un coup de son adversaire lui brisa plusieurs dents, mais il les avala sans témoigner aucune douleur, pour ne pas lui laisser soupçonner seulement l'effet de sa force. 634 EUR I. EURYDICE, (Mythol.) devint femme d'Orphée. Enfuyant les poursuites d'Aristée, elle fut piquée par un serpent, de la morsure duquel elle mourut le jour même de ses noces. Orphée, inconsolable de cette mort, l'alla chercher jusques dans les enfers, et toucha, par les charmes de sa voix et de sa lyre, les divinités infernales. Fiuton et Proserpine la lui rendirent, à condition qu'il ne regarderoit point derrière lui, jusqu'à ce qu'il fût sorti des sombres royaumes. Orphée ne put maîtriser ses regards, et il perdit sa femme pour toujours. « On a fait bien des plaisanteries, dit un écrivain, sur la folie d'un époux qui va chercher sa femme jusques dans les enfers, mais les plaisans n'ont pas fait attention qu'Eurydice mourut le jour même de ses noces : il est probable qu'Orphée, après six mois de mariage, n'eût point été troubler le repos des ombres. » L'opéra d'Orphée et d'Eurydice par Gluck, est un chef-d'œuvre de musique. Voyez le IVe livre des Géorgiques.
II. EURYDICE, dame Illyrienne, que Plutarque propose comme un modèle. Quoiqu'elle fût dans un pays barbare et qu'elle se trouvât avancée en âge, elle se livra à l'étude, pour être en état d'instruire elle-même ses enfans.
III. EURYDICE, femme d'Amyntas roi de Macédoine, donna quatre enfans à son époux; trois fils, Alexandre, Perdiccas et Philippe, et une fille nommée Euryone. La reine, amoureuse de son gendre, lui promit l'empire et sa main; mais ces dons funestes devoient être le prix de la mort de son mari. Euryone préservé son père de ce malheur, en lui découvrant les détestables complots de sa mère. Amyntas eut la foiblesse de lui pardonner. Après sa mort, Eurydice sacrifia à sa fureur ambitieuse Alexandre, son fils aîné, qui avoit succédé à son père. Perdiccas, son autre fils, placé sur le trône, après Alexandre, périt comme lui. Les historiens ne nous disent point si ce monstre fut puni de ses exécrables forfaits. Philippe, son 3e fils, père d'Alexandre le Grand, se mit en garde contre ses embûches, et régna paisiblement.
IV. EURYDICE, fille d'Amyntas, fut mariée à son oncle Aridée, fils naturel du roi Philippe. Aridée monta sur le trône de Macédoine, après Alexandre le Conquérant; mais la reine tint seule le sceptre. Cette femme ambitieuse, qui gouvernoit des potiquement sous un roi titulaire, écrivit à Cassandre de se joindre à elle contre Polyperchon, qui ramenoit Olympias de l'Épire avec son petit-fils Alexandre; et Roxane, mère du jeune roi Cassandre, vole à la tête de l'élite de ses troupes en Macédoine; mais, lorsque les deux armées furent en présence, les Macédoniens abandonnèrent le parti d'Eurydice, pour se ranger du côté du jeune Alexandre, qu'ils regardoient comme leur prince légitime. Olympias fit percer de flèches Aridée, et obligea sa femme de s'ôter elle-même la vie, lui donnant à choisir du poison, du poignard, ou du cordeau. Elle s'étrangla, l'an 348 avant J. C.
EURYLOQUE, compagnon d'Ulysse, fut le seul qui ne but point de la liqueur que Circé fit prendre aux autres, pour les changer en bêtes.
**EURYMAQUE**, (Mythol.) parent d'*Ulysse*, fut l'un des plus audacieux amans de *Pénélope*. Il insulta *Ulysse* à son retour, le prenant pour un mendiant; mais celui-ci, ayant tendu l'arc que personne n'avoit pu courber, il lui perça le cœur d'une flèche.
**EURYNOME**, (Mythol.) dieu des enfers, se nourrissoit de la chair des morts. On lui avoit élevé dans le temple de Delphes une statue où il étoit représenté avec un visage noir, montrant de longues dents et assis sur la peau d'un vautour.
**EURYNOMÉ**, (Mythol.) fille de l'*Océan*, fut aimée de *Jupiter* qui la rendit mère des Graces. On la représentoit comme femme jusqu'à la ceinture, et comme poisson pour le bas du corps. Elle avoit un temple en Arcadie où sa statue étoit suspendue par des chaînes d'or. Ce temple ne s'ouvroit jamais qu'une fois par an.
**EURYPYLE**, roi de la Cyrénaïque, fut renommé pour la sagesse de ses conseils. Il fournit aux Argonautes les moyens de se garantir des écueils, et de se dégager des bancs de sable qui se trouvoient sur leur passage dans le lac Tritonide. —Un autre *EURYPYLE* fut un fameux devin, qui se trouva à la prise de Troie. Dans le pillage de cette ville, il lui échut un coffre où étoit la statue de *Bacchus*: à peine l'eut-il ouvert, qu'il devint furieux. Il ne fut guéri de sa folie qu'après avoir consulté l'orecle de Delphes.
**EURYSACE**, fils d'*Ajax*, combattit son oncle *Teucer*, et lui ravit ses états. Les Athéniens ne lui rendirent pas moins les honneurs divins.
**EURYSTHÉE**, étoit fils de *Stélénus*, roi de Micène. Son père ayant usurpé la couronne qui appartenoit à *Hercule*, ce héros en fut si irrité, que dans un de ces accès de fureur auxquels il étoit sujet, il tua le fils que ce prince avoit eu de Mégare. Lorsqu'il fut guéri de cette maladie par Médée, il alla consulter l'orecle, qui lui ordonna, pour expier son crime, de se soumettre à *Eurysthée*, et de faire tout ce qu'il lui ordonneroit. Celui-ci, secondant la haine de *Junon* contre *Hercule*, manda ce héros à sa cour, et dans l'espérance de le faire périr, il lui imposa plusieurs travaux qui paroissioient impossibles. Mais il fut trompé; car *Hercule*, après avoir exécuté ses ordres, sortit victorieux de tous les dangers auxquels il l'avoit exposé, et s'acquit une gloire immortelle. *Eurysthée* périt dans un combat contre *Thésée*, qui n'avoit pas voulu lui livrer les descendants d'*Hercule* qui s'étoient réfugiés à Athènes.
**EURYTHE**, (Mythol.) fut roi d'*Echalie* et père d'*Iole*. Ayant promis sa fille à celui qui remporteroit sur lui la victoire à la lutte, *Hercule* se présenta, et le vainquit; mais *Eurythe* ne voulut pas la lui donner. Alors *Hercule* le tua d'un coup de massue, et lui enleva sa conquête.
**EURYTHION**, (Mythol.) Centaure, ayant voulu faire violence à *Hippodamie*, fut la cause du combat sanglant que les Lapithes livrèrent aux Centaures 636 E U S lorsqu'on célébroit les noces de *Pirithoüs*. *Eurythion* eut le nez et les oreilles coupés par les Lapithes; d'autres disent qu'il fut tué par *Thésée* qui l'assomma sous le poids d'un énorme vase. I. EUSÈBE, (Saint) Grec de naissance, succéda au pape *St. Marcel*, le 5 février 310, et mourut le 21 juin de la même année. *Voyez* sur ces dates le *P. Pagi*.
II. EUSÈBE PAMPHYLE, évêque de Césarée, naquit vers la fin de l'empire de *Gallien*. On ne sait rien de sa famille; on ignore même le lieu de sa naissance. Il s'unit de la plus étroite amitié avec *Pamphyle*, prêtre de Césarée. Son ami ayant été martyrisé en 309, il prit son nom pour éterniser sa mémoire dans son cœur. *Eusèbe* s'étoit adonné de bonne heure aux lettres sacrées et profanes. On disoit de lui, qu'il *savait tout ce qui avoit été écrit avant lui*. Il établit une école à Césarée, qui fut une pépinière de savans. Son mérite le fit élever sur le siège de cette ville en 313. L'Arianisme infectoit alors l'Église et l'empire; *Eusèbe* fut une des colonnes secrètes de cette hérésie. Les Ariens, flattés d'avoir dans leur parti un homme tel que lui, le firent nommer à l'évêché d'Antioche, afin que son élévation rejaillit indirectement sur leur secte. *Eusèbe* refusa ce siège, soit pour augmenter son crédit par son désintéressement, soit qu'il fût intérieurement soumis aux décrets de l'Église qui condamnoit ces changemens. *Constantin* lui sut bon gré de son refus, et depuis l'honora de son estime et de sa confiance. Au concile de Nicée, en 325, il avoit été placé à la droite de ce prince. Il y anathématisa les erreurs d'*Arius* : mais il eut quelque peine à souscrire au mot de *Consubstantiel* que les Pères ajoutèrent à sa formule. Il assista, en 331, avec les évêques Ariens, au concile d'Antioche, où *St. Eustache* fut déposé; ce fut alors qu'il refusa ce siège. Quatre ans après, il condamna *St. Athanase*, de concert avec les évêques des conciles de Césarée et de Tyr. Le saint évêque refusa de se trouver dans ces assemblées, parce qu'il détestoit les artifices d'*Eusèbe*, et qu'il redoutoit son crédit. Les prélats assemblés à Jérusalem, le députèrent à l'empereur *Constantin*, pour défendre le jugement inique qu'ils avoient rendu contre l'illustre défenseur de la divinité de J. C. Cet évêque courtisan surprit la religion du prince, et abusa de sa confiance. Il noircit les innocens et blanchit les coupables. Il obtint le rappel de l'hérésiarque *Arius* et l'exil d'*Athanase*. Il connut le foible de *Constantin*, et fit quelquefois, de ce fondateur du Christianisme dans l'empire, le persécuteur des vrais Chrétiens. On croit qu'il survécut peu à ce prince; il mourut vers l'an 338. *Eusèbe* laissa beaucoup d'ouvrages dignes de passer à la postérité, qui en a une partie. Les principaux sont: I. L'HISTOIRE Ecclésiastique, en dix livres, depuis l'avènement du Messie, jusqu'à la défaite de *Licinius*. C'est le plus considérable de tous ses écrits; il lui a mérité le titre de *Père de l'Histoire Ecclésiastique*. Il peut tenir lieu des historiens originaux des trois premiers siècles. *Eusèbe* rejette les narrations fabuleuses avec plus de soin que n'ont fait *St. Epiphane* et tant d'autres an- ciens. Son style, sans agrément et sans beauté, est plutôt celui d'un compilateur que d'un histo- rien. Il avoit plus de finesse dans le caractère que dans l'esprit. Ce qu'on ne peut lui pardonner, c'est le coupable silence qu'il garde sur l'Arianisme dans son Histoire; nouvelle preuve contre ceux qui forcent le sens de ses mauvaises expressions, pour faire un homme orthodoxe d'un intri- gant, reconnu par toute l'an- tiquité pour Arien d'esprit et de faction. Quelques auteurs lui avoient donné la qualité de Saint, et Usuard le plaça même dans son Martyrologe. Mais, malgré ses apologistes, sa sainteté est demeurée aussi équivoque que les pénitences qu'on suppose qu'il a faites. Baronius l'ôta du Mar- tyrologe romain, et y mit Eusèbe de Samorate. De toutes les édi- tions de l'HISTOIRE Ecclésiasti- que d'Eusèbe, la plus correcte est celle de Henri de Valois, dans la Collection des Historiens ecclésiastiques Grecs, 3 vol. in- folio, à Paris, en 1669; puis en 1677, avec une Version en latin, qui a mérité l'estime du public savant; ensuite augmentée et revue à Cambridge, 1720, trois vol. in-fol. Le président Cousin en a donné une excellente Tra- duction en françois, 4 vol. in-4°, ou 5 vol. in-12. II. La Vie de Constantin, en 4 livres. C'est un panégyrique sous le titre d'his- toire. Elle forme la 2e partie du tome 1er de l'Histoire de l'E- glise, de Cousin, in-12, qui manque quelquefois; et quand elle y est, il y a 6 vol. III. Une Chronique, qui renfermoit les événemens depuis le commence- ment du monde jusqu'à la 20e année du règne de Constantin. La Traduction qu'en fit St. Jérôme nous a fait perdre une partie de l'original, d'autant plus précieux, qu'Eusèbe entassoit dans tous ses ouvrages les passages des auteurs les plus anciens. Joseph Scaliger a prétendu nous donner toute la Chronique d'Eusèbe, dont il avoit ramassé les fragmens épars dans différens écrivans. On trou- ve, en effet, que son édition, imprimée à Amsterdam, chez Janson, 1658, in-fol., est pres- que toute conforme à la Tradu- ction de St. Jérôme. IV. Les livres De la Préparation et de la Démonstration évangélique. C'est le traité le plus savant que l'an- tiquité nous fournisse, pour démontrer la vérité de la religion Chrétienne et la fausseté du Pa- ganisme. De vingt livres, dont la Démonstration évangélique étoit composée, il ne nous en reste que dix. Le commencement et la fin du 1er livre et du x° man- quent dans toutes les éditions; mais Fabricius les publia, en 1725, dans sa Bibliothèque des Auteurs qui traitent de la Reli- gion. Les meilleures éditions de la Préparation et de la Démons- tration, sont celle de Paris, en 1628, en 2 vol. in-folio, avec une Version nouvelle des xv li- vres de la Préparation par le Jé- suite Vigier; et celle de Donat, jointe aux livres de la Démons- tration. V. Des Commentaires sur les Pseaumes et sur Isaïe, pu- bliés par Dom de Montfaucon, dans les 2 premiers tomes de la Collection des Pères Grecs, à Paris, 1706, in-fol. Il n'y a du Commentaire sur les Pseaumes, que ce que le savant éditeur en a pu trouver dans les anciens manuscrits, c'est-à-dire ce qu'Eusèbe a fait sur les 119 pre- miers Pseaumes. On trouvera, dans oct ouvrage, des preuves 638 E U S de son Arianisme. Le Père de Montfaucon, contre la coutume des éditeurs, presque tous en-thousiastes de leur original, a employé plusieurs autorités pour prouver qu'il étoit Arien, et ces autorités sont convaincantes. VI. Des Opuscules qui portent son nom, et que le Père Sirmond fit imprimer en latin l'an 1643, à Paris, in-8.º Oh peut voir les passages des anciens pour et contre Eusèbe, recueillis fort exactement par Valois, à la tête de l'édition de son Histoire Ecclésiastique. On a aussi d'EUSÈBE, Onomasticon urbium et locorum Sacrae-Scripturae, imprimé avec les notes de Bonfreius et de le Clerc, Amsterdam, 1707, in-folio.
III. EUSÈBE, évêque de Beryte, puis de Nicomédie, enfin de Constantinople, favorisa le parti d'Arius, dont il avoit embrassé les erreurs. Il les abjura au concile de Nicée; mais cette abjuration forcée ne l'empêcha pas de convoquer, quelque temps après, un concile en Bithynie, où Arius fut rétabli avec pompe. Les troubles qu'il excitoit dans l'église, forcèrent Constantin à l'envoyer en exil. Il peignit Arius auprès de l'empereur comme le plus orthodoxe des hommes, et Athanase comme le plus remuant. Il accusa celui-ci d'avoir mis un tribut sur les Egyptiens, d'avoir favorisé la rebellion d'un certain Philumème; et, pour accabler plus sûrement le saint prélat, il assembla des conciles, le fit déposer, exiler, et fit recevoir Arius. Il fut élu par force évêque de Constantinople, l'an 338, après l'injuste déposition de Paul dont il ambitionnoit la place. Eusèbe de Césarée répandoit sourdement l'Arianisme; Eusèbe de Nicomédie en tiroit vanité. Il fut chef de parti, et voulut l'être. Ses sectateurs furent nommés Eusébiens. Quelques mois avant sa mort, en 341, il fit admettre dans un concile d'Antioche, les impiétés Ariennes comme des points de foi. Eusèbe de Césarée l'a voulu faire passer pour un Saint: il loue jusqu'à ses défauts; mais ce sont les éloges d'un homme de parti, qui veut canoniser son chef.
IV. EUSÈBE ÉMISSÈNE, ainsi nommé parce qu'il étoit évêque d'Emèse, fut disciple d'Eusèbe de Césarée, et mourut vers 459. On lui attribue plusieurs Ouvrages, qui paroissent être d'auteurs plus récents. Voyez III. HILAIRE. V. EUSÈBE, (Saint) évêque de Verceil, au 4e siècle, mérita ce siège par des mœurs douces et une piété tendre. Il signala son zèle pour la foi au concile de Milan, en 355. Il proposa d'abord de faire souscrire tous les évêques à celui de Nicée, avant que de traiter aucune affaire; mais l'empereur Constance se rendit maître de l'assemblée. Il fit souscrire la plupart des évêques à la condamnation d'Athanase, par menaces ou par surprise. Ceux qui eurent la force de résister furent bannis. Eusèbe fut de ce nombre. Après la mort de l'empereur, ce saint homme retourna à son église. Il parcourut la Grèce, l'Illyrie, l'Italie; et par-tout il opposa une digue aux ravages de l'Arianisme. Il finit saintement ses jours en 370. Divers martyrologes lui donnent le titre de Confesseur et de Martyr; et il mérite l'un et l'autre, puis- qu'il souffrit tout pour la foi. On croit que c'est le premier qui joignit la vie monastique à la vie cléricale. Au milieu de la ville, il vivait avec ses clercs comme les moines du désert; ses ecclésiastiques avoient toujours l'esprit appliqué à la lecture où au travail, jamais troublés par les soins temporels, ni distraits par les visites des gens oisifs, ni attiédis par le commerce des gens du monde. C'est *St. Ambroise* qui peint ainsi la vie des disciples de *St. Eusèbe*. Les églises s'empressaient de lui demander des évêques. — On lui attribue une *Version latine des Evangélistes*, que *Jean-André Irici* a fait imprimer à Milan en 1748, in-4." Quand cette version ne seroit pas de *St. Eusèbe* de Verceil, elle ne laisseroit pas d'être précieuse. On trouve deux de ses *Lettres* dans la Bibliothèque des Pères.
VI. EUSÈBE, (Saint) évêque de Samosate, illustre par sa foi et par son amour pour l'église. Il fut d'abord lié avec les Ariens. Le siège d'Antioche étant venu à vaquer, ils convinrent avec les orthodoxes de choisir *Mélèce* pour le remplir. Ils confèrent à *Eusèbe* le décret de cette élection; mais *St. Mélèce* s'étant aussitôt déclaré pour la foi catholique, les Ariens, appuyés par l'empereur *Valens*, résolurent de le déposer. *Eusèbe*, averti de leur pernicieux dessein, se retira dans son diocèse avec l'acte qu'on lui avoit confié. On fit courir après lui, et l'envoyé de l'empereur le menaça de lui faire couper la main droite, s'il ne rendoit l'acte d'élection; mais *Eusèbe* présentant ses deux mains, dit avec fermeté, *Qu'il se les* *laisseroit couper, plutôt que de se dessaisir de cet acte, à moins que ce ne fût en présence de tous ceux qui le lui avoient mis en dépôt*. Ce digne évêque souscrivit à la foi de Nicée dans le concile d'Antioche, en 353, et se trouva à Césarée en Cappadoce, l'an 371, pour élire *St. Basile* évêque de cette ville, à la prière de *St. Grégoire* de Nazianze le père. La fermeté avec laquelle il s'opposa aux Ariens, lui attira une foule de traverses. *Valens* l'exila en 373. Durant cet exil, il se déguisoit en soldat pour aller consoler les orthodoxes persécutés, fortifiant les foibles et animant les forts. Après la mort de son persécuteur, *Eusèbe* se trouva au concile d'Antioche en 378, et y parla en digne défenseur de la divinité de J. C. Il parcourut ensuite diverses églises d'Orient. Ayant voulu mettre *Maris* en possession de l'évêché de Dolique en Syrie, une femme Arienne lui jeta sur la tête une tuile qui le blessa à mort. Le digne prélat, avant d'expirer, demanda la grace de cette malheureuse et de ses complices.
VII. EUSÈBE, avocat à Constantinople, s'éleva, n'étant que simple laïque, contre l'hérésie de *Nestorias*, et fit une protestation au nom des Catholiques. Devenu évêque de Dorylée, il se signala avec le même zèle contre les erreurs d'*Eutichès*. Cet hérétique étoit son ami: il tâcha de le ramener par la douceur; mais le trouvant toujours plus obstiné, il se rendit son accusateur dans un concile de trente évêques, assemblé à Constantinople. Ses sectaires s'en vengèrent en le faisant déposer dans cette assemblée, qui fut si bien 640 E U S nommée le *Brigandage d'Ephèse*. *Eusèbe* se trouva encore au concile général de Chalcedoine en 451, et mourut peu de temps après. I. EUSÈBIE, (FLAVIE) femme de l'empereur *Constance*, dans le IV$^{e}$ siècle, étoit née à Thessalonique d'une famille consulaire. Elle avoit de la beauté, des graces, des vertus, de l'esprit, et du goût pour tous les arts. Ces qualités furent ternies par son attachement à l'Arianisme. Le dépit qu'elle eut de n'avoir point d'enfants, la porta à faire donner une potion à *Hélène*, sœur de *Constance* et femme de *Julien*, afin de la rendre stérile. On dit même qu'elle corrompit la sage-femme de cette princesse, et que dès qu'elle fut accouchée, cette sage-femme fit périr l'enfant. *Eusèbie* mourut vers 361, emportant les regrets de son époux qui l'aimoit avec ardeur, et ceux de ses sujets dont elle étoit la bienfaitrice. Ce fut elle qui engagea *Constance* à donner à *Julien* le titre de César. Ce prince fit son *Panégyrique*, et nous l'avons parmi ses ouvrages.
II. EUSÈBIE, (Sainte) ou YSOIE fille d'*Albaud* seigneur François, naquit en 637, et fut filleule de la reine *Nantilde*. Dès l'âge de douze ans, elle fut élue abbesse du monastère de Hamei près de Marchienne. Sa piété, sa bienfaisance continue lui ont mérité la canonisation.
III. EUSÈBIE, devint abbesse du monastère de Saint-Cyr, ou Saint-Sauveur, à Marseille. Lorsque les Sarrasins firent une invasion en Provence l'an 731, pour conserver sa virginité, elle se coupa elle-même le nez; et ses religieuses animées par cet exemple, eurent le courage de l'imiter. Les Sarrasins étant entrés dans le monastère et se voyant frustrés dans leur brutale passion, massacrèrent *Eusèbie* et ses saintes compagnes, qui étoient au nombre de quarante.
EUSTACHE de St.-PIERRE, *Voyez* I. SAINT-PIERRE.
EUSTACHE de RIBAUMONT, *Voyez* RIBAUMONT.
EUSTACHE, (Barthélemi) professeur d'anatomie et de médecine à Rome, vers l'an 1550, laissa des *Planches anatomiques*, publiées à Rome en 1728, in-fol. Elles sont très-propres à faire connoître la structure du corps humain. On les trouve aussi dans le *Theatrum anatomicum* de *Manget*. *Albin* les a publiées de nouveau à Leyde, 1744, in-fol. avec des explications latines. Nous avons encore d'*Eustache*: I. *Opuscula*, Delft 1726, in-8.$^{o}$ II. *Erotiani collectio vocum quæ sunt apud Hippocratem*, Venise, 1566, in-4.$^{o}$ I. EUSTATHE, (Saint) né à Side en Pamphylie, fut d'abord évêque de Bérée, ensuite d'Antioche en 325. Il se distingua au concile de Nicée par son zèle et par son éloquence. Les Ariens, excités par *Eusèbe* de Nicomédie, prélat intrigant et vindicatif, conspirèrent sa perte. On suborna une femme publique, qui soutint avec serment au saint homme qu'elle avoit eu un enfant de lui. Sur cette fausse accusation, il fut déposé, et exilé par *Constance* à Trajanopolis, où il mourut vers 337. *Eustathe* fut un des premiers qui combattirent l'Arianisme; il le fit avec autant de clarté que de force. Les anciens vantent beaucoup ses ouvrages; nous ne les avons plus, et c'est une véritable perte, s'il est vrai que le style en fût aussi pur; les pensées aussi nobles, les expressions aussi élégantes que *Sozomène* le dit. On lui attribue un *Traité sur la Pythonisse*, mis au jour en 1629, in-4°, par le savant *Allatius*, avec un autre *Traité sur l'ouvrage des six jours*, qu'il donne aussi à *Eustathe*. Ce dernier écrit, qu'on croit être d'un auteur plus récent, parut à Lyon en 1624, in-4°. On le trouve aussi dans la Bibliothèque des Pères.
II. EUSTATHE, moine Grec du 4$^{e}$ siècle, étoit si follement entêté de son état, qu'il condamnoit tous les autres états de la vie : il joignoit à cette prétention d'autres erreurs, qui furent déférées au concile de Gangres : 1.º Il condamnoit le mariage, et séparoit les femmes de leurs maris, soutenant que les personnes mariées ne pouvoient se sauver. 2.º Il défendoit à ses sectateurs de prier dans les maisons. 3.º Il les obligeoit à quitter leurs biens, comme incompatibles avec l'espérance du paradis. 4.º Il les retiroit des assemblées des autres fidelles, pour en tenir de secrètes avec eux, et leur faisoit porter un habillement particulier. 5.º Il vouloit qu'on jeunât les dimanches, et disoit que les jeunes ordinaires de l'église étoient inutiles, après qu'on avoit atteint un certain degré de pureté qu'il imaginoit. 6.º Il avoit en horreur les chapelles bâties en l'honneur des martyrs, et les assemblées qui s'y faisoient. Plusieurs femmes, séduites par ses discours, quit- tèrent leurs maris, et beaucoup d'esclaves s'enfuirent de la maison de leurs maîtres. On défera la doctrine d'*Eustathe* au concile de Gangres, et elle y fut condamnée l'an 342.
III. EUSTATHE, évêque de Thessalonique dans le 12$^{e}$ siècle, étoit un habile grammairien. Il laissa des *Commentaires* sur *Homère* et sur *Denys* le Géographe. Son travail sur le poète Grec est fort étendu et très-estimable; il a saisi la force et l'énergie de son original, et la fait sentir à ses lecteurs. Outre les notes, on trouve dans son ouvrage des dissertations historiques et philosophiques, écrites avec beaucoup de sagacité. On lui attribue aussi, mais sans aucun fondement, le roman d'*Ismène et Isménias*, publié par *Gaulmin*, à Paris, 1618, in-8°; traduit en françois par *Beauchamps*, Paris, 1743, in-8°, figures. *Colletet* en avoit donné une en 1625, in-8°. La meilleure édition des *Commentaires d'*Eustathe sur *Homère*, est celle de Rome, 1542 à 1550, en grec, 4 vol. in-fol. Celle de *Froben*, 1559 et 1560, 2 vol. in-folio, est moins estimée. Il en a paru à Florence, en 1730, 32 et 35, 3 vol. d'une nouvelle édition, avec les notes et les traductions d'*Alexandre Politi* et d'*Antoine-Marie Salvini*, qui n'est pas achevée. A l'égard des *Commentaires* sur *Denys*, ils ont été souvent réimprimés depuis 1547, qu'ils furent publiés par *Robert Etienne* avec le seul texte.
EUSTOCHIE ou EUSTOCHIUM, (Ste.) vierge Romaine, de la famille des *Scipion* et des *Emile*, illustre par sa piété et par la connoissance des langues, fut 642 E U S disciple de *St. Jérôme* dès l'an 382. Elle suivit son maître en Orient, et se renferma ensuite, avec *Ste. Paule* sa mère, dans un monastère de Bethléem, dont elle fut supérieure. Une troupe de forcenés, suscités par les Pélagiens, allèrent dans cette ville où ils maltraitèrent les vierges, et brûlèrent leurs maisons. *Eustochie* eut beaucoup de peine à se délivrer du feu et des armes qui l'environnoient. Elle mourut trois ans après, c'est-à-dire en 419. Elle savait l'hébreu, le grec, et employoit la plus grande partie de son temps à méditer les saintes écritures.
**EUSTRATE**, célèbre archevêque de Nicée au 12$^{e}$ siècle, soutint avec force le sentiment des Grecs sur la procession du St. Esprit, dans un *Traité* qui se trouve manuscrit dans plusieurs bibliothèques. *Leo Allatius* fait mention de *Cinq autres Traités* du même auteur; mais nous n'avons rien d'imprimé de lui, que quelques *Commentaires sur Aristote*: *In Analytical*, *græcè*, Venise, 1534, in-fol. *In Ethicæ*, *græcè*, Venise, 1536, in-fol. et *latinè*, Paris, 1543, in-fol.
**EUTERPE**, (Mythol.) l'une des neuf Muses, inventa la flûte, et c'est elle qui préside à la musique. On la représente ordinairement sous la figure d'une jeune fille couronnée de fleurs, tenant des papiers de musique, une flûte, des hautbois, et ayant d'autres instruments de son art auprès d'elle. Son nom signifiait, *celle qui sait plaire*.
**EUTECNIUS**, sophiste Grec, a publié une paraphrase sur le poème d'*Oppien* sur la *chasse aux oiseaux*. *Erasme Winding* a fait imprimer cet ouvrage d'après un manuscrit du Vatican, à Copenhague, en 1702, in-8.$^{o}$ Il est divisé en trois livres; le premier traite des *Oiseaux de proie*; le second, des *Oiseaux amphibies*; le troisième, des *manières de prendre les Oiseaux*. On ignore le temps où vécut *Eutecnius*, et sa patrie.
**EUTHYCRATE**, sculpteur de Sicyone, fils et disciple de *Lysippe*, s'appliqua principalement à observer les proportions. Les statues d'*Hercule* et d'*Alexandre* lui acquèrent une grande réputation, aussi bien que sa *Médée*, qui étoit traînée dans un char à quatre chevaux, et un groupe d'un combat à cheval qui fut mis à l'entrée de la caverne où *Trophonius* rendoit ses oracles. **I. EUTHYME**, fameux athlète, combattit long-temps, suivant la fable, contre un fantôme, qui, se voyant vaincu, s'évanouit. Les Témésiens donnoient chaque année à ce fantôme une fille pour sa nourriture, afin qu'il ne tuât plus ceux qu'il rencontrait. *Euthyme* parvint à une extrême vieillesse, et disparut sans qu'on pût assurer sa mort. On lui érigea deux statues, l'une à Temesse, l'autre à Olympie. *Pline* rapporte qu'elles furent toutes les deux frappées de la foudre le même jour. *Voyez LYBAS*.
**II. EUTHYME**, dit le *Grand* (St.) d'abord supérieur général de tous les monastères de Melitène en Arménie, devint abbé d'une multitude de solitaires en Palestine, et ne se borna pas aux exercices monastiques. Il convertit un grand nombre de Sarrasins, combattit les Nestoriens et les Entychiens, fit abjurer leurs erreurs à beaucoup de Mani- chéens, ramena l'impératrice Eudoxie à la foi orthodoxe, et devint l'oracle de l'église d'Orient. Il mourut le 20 janvier 473, dans sa 96e année. Son culte établi d'abord en Palestine, passa dans les autres églises d'Orient.
EUTHYMÈMES, Marseil- lois, étoit contemporain de Py- théas. Il fit des voyages au sud, comme son concitoyen en avoit fait au nord; mais la relation en est perdue, ainsi qu'une Chronique qu'il avoit composée. I. EUTHYMIUS, surnommé le Syncelle, patriarche de Cons- tantinople, natif d'Isaurie, fut mis l'an 906 à la place de Ni- colas le Mystique, que l'empe- reur Léon VI avoit chassé de son siège. Il avoit été moine. Ses ver- tus et son mérite lui acquirent l'estime de ce prince, qui le choisit pour son confesseur; mais Alexandre II, successeur de Léon, bannit Euthymius et ré- tablit Nicolas. Il mourut en exil l'an 920.
II. EUTHYMIUS ZIGARÉ- NUS, moine Basilien du treizième siècle, composa, par ordre de l'empereur d'Orient, un traité contre toutes les hérésies. Cet ouvrage, intitulé: Panoplie, est une exposition et une refu- tation de toutes les erreurs, même de celles des Mahométans. Il fut traduit en latin par un chanoine de Vérone, en 1586, et depuis il a été inséré dans la grande Bibliothèque des Pères. On a encore de ce savant moine, des Commentaires sur les Pseaumes, sur les Cantiques, sur les Evan- giles, littéraux, moraux et allégoriques; mais ses allégo- ries sont moins déraisonnables que celles des commentateurs de son temps.
EUTICHE, (Eutichius) sa- vant patriarche d'Alexandrie de- puis 933 jusqu'en 940, a laissé des Annales en Arabe, peu exac- tes pour l'histoire et la chrono- logie, ainsi que la plupart des autres histoires Arabes. Pococke les publia à Oxford, en 1619, avec une version latine, en deux vol. in-4.º Selden prétend prou- ver par ces Annales, que dans les premiers siècles de l'église, il n'y avoit point de différence véritable entre les prêtres et les évêques; mais le savant Asse- manni lui a démontré le con- traire.
EUTICHÈS, Voyez EUTY- CHÈS.
EUTICHIAS, auteur Chré- tien de la secte des Melchites, naquit au Caire, en 876, et mourut en 950. On a de lui des Annales, dont Selden a traduit la première partie, 1642, in-4.º
EUTOCIUS, d'Ascalon, commentateur d'Apollonius et d'Archimède, sous l'empire de Justinien, est un des mathéma- ticiens les plus intelligens qui aient fleuri dans la décadence des sciences chez les Grecs. Ses deux Commentaires sont très-bons, et on leur doit bien des traits sur l'histoire des mathématiques. Le premier se trouve dans l'édition d'Apollonius, par Halley, le deuxième a été publié à Basle, grec et latin, en 1544, in-fol. I. EUTROPE, est un historien Latin dont on ignore la patrie et la naissance. On conjecture qu'il avoit vu le jour dans l'Aquitaine, et l'on sait qu'il exerça de grandes charges. Il dit lui-même qu'il porta les armes sous Julien, dans S s 2 644 EUT sa malheureuse expédition contre les Perses; mais le rang qu'il obtint dans les armées nous est inconnu. Plusieurs croient qu'il fut sénateur, parce qu'ils trouvent à la tête de son ouvrage le titre de *Clarissime*, qui ne se donnoit qu'aux sénateurs. Nous avons de lui un *Abrégé de l'Histoire Romaine*, en dix livres, depuis la fondation de Rome jusqu'à l'empire de *Valens*, auquel il le dédia. *Eutrope* avoit composé divers écrits sur la médecine, sans être médecin. Son *Histoire* est le seul de ses ouvrages qui nous reste. Cet abrégé, quoique court, est assez bien fait; les événemens principaux y sont exposés avec netteté, mais sans élégance. L'abbé *Lezeau* en a publié une *Traduction* françoise avec des notes, en 1717, in-12. La première édition de cet auteur est de Rome, 1471, in-fol.; celle *ad usum Delphii*, in-4°, est de 1683. Il est imprimé, avec une *Version* grecque, à Oxford, 1703, in-8°; à Leyde, 1729, in-12, et en 1762, in-8°. *Delin* en donna une édition latine, en 1746, à Paris, chez *Barbou*, avec les observations de *Tanne-guy le Fèvre*. Elle est très-bien exécutée, comme la plupart des livres sortis des presses de cet artiste.
II. EUTROPE, fameux eunuque sous l'empire d'*Arcadius*, et son plus cher favori, parvint aux premières charges, et fut même élevé au consulat. Cette dignité, autrefois si éminente, avoit, à la vérité, été donnée à un cheval, sous l'imbécille *Caligula*; mais cette fois elle fut avilie au point d'être occupée par un eunuque. Son insolence, sa cruauté et sa lubricité sou- levèrent tout le monde contre lui. *Gainas*, Goth, général Romain, fit révolter les troupes, et ne promit de les appaiser qu'à condition qu'on lui livreroit la tête d'*Eutrope*. *Arcadius*, pressé, d'un côté, par la crainte, de l'autre, par les prières de sa femme *Eudoxie*, que l'ouque avoit menacée de faire répudier, le dépouilla de toutes ses dignités, et le chassa du palais. *Eutrope*, livré à la vengeance du public, se sauva dans une église. On voulut l'en arracher; mais *St. Jean Chrysostome* appaissa la populace par un sermon, qui passe pour un chef-d'œuvre d'éloquence. Au bout de quelques jours, il en sortit: on lui fit son procès; et cet homme qui avoit osé aspirer au trône impérial, perdit la tête sur un échafaud l'an 399.
EUTROPIE, fut sœur de *Constantin le Grand*, et mère de *Népotien*. Celui-ci parvint à l'empire, mais il n'en jouit que vingt-huit jours, et sa mère fut assassinée avec lui par les partisans de *Magnence*.
EUTYCHE, *Voy. EUTICHE*.
EUTYCHÈS, hérésiarque, se retira, dès sa première jeunesse, dans un monastère, près Constantinople. Ses vertus et ses lumières charmerent tous ses confrères, qui le choisirent d'une voix unanime pour leur abbé. Il passa toute sa vie dans les exercices de la pénitence la plus austère. Il ne sortit de sa solitude, que pour aller combattre les erreurs de *Nestorius*; mais, craignant de tomber dans le Nestorianisme, qui admettoit deux personnes en J. C., parce qu'il y a deux natures, il supposa E U T 649 que les deux natures étoient tellement unies, qu'elles n'en faisoient qu'une. Il confondit ainsi les deux natures en une seule, afin d'être plus sûr de ne pas admettre en J. C. deux personnes comme *Nestorius*. « La passion jointe à l'ignorance, dit M. l'abbé *Pluquet*, ne voit que les extrêmes; les milieux qui les séparent, et où réside la vérité, ne sont apperçus que par les esprits éclairés, attentifs et modérés. *Eutychès* enseignoit donc à ses moines, qu'il n'y avoit qu'une seule nature en *Jésus-Christ*. Il ne voulut pas que l'on dit que J. C. étoit consubstantiel à son Père selon la nature divine, et à nous selon la nature humaine. Il croyoit que la nature humaine avoit été absorbée par la nature divine, comme une goutte d'eau par la mer, ou comme la matière combustible jetée dans une fournaise est absorbée par le feu: en sorte qu'il n'y avoit plus en J. C. rien d'humain, et que la nature humaine s'étoit, en quelque sorte, convertie en nature divine. L'erreur d'*Eutychès* n'est donc pas, comme le prétend M. de la *Croze*, une question de nom: car *Eutychès*, en supposant que la nature humaine avoit été absorbée par la nature divine, et confondue avec elle, de manière qu'elle ne faisoit avec elle qu'une seule nature, dépouilloit J. C. de la qualité de médiateur, et détruisoit la vérité des souffrances, de la mort et de la résurrection de J. C., puisque toutes ces choses appartiennent à la nature humaine, et à la réalité d'une ame humaine et d'un corps humain, unis à la personne du Verbe, et n'appartiennent pas au Verbe ». *Eusèbe*, évêque de Dorylée, ami d'*Eutychès* et son admirateur, ayant tenté vainement de le ramener à la vérité, se rendit son accusateur auprès du concile de Constantinople, convoqué en 448, par *Flavien*, évêque de cette ville. L'hérésiarque ayant persisté dans ses sentimens, y fut condamné, déposé du sacerdoce et du gouvernement de son monastère, et excommunié. L'austérité de ses mœurs lui avoit fait des partisans; l'eunuque *Chrysaphius*, favori de l'empereur *Théodose le Jeune*, étoit son ami. Il obtint de ce prince, qu'on assembleroit un autre concile pour revoir les actes de celui de Constantinople; et que *Dioscore*, évêque d'Alexandrie, autre partisan d'*Eutychès*, en auroit la présidence. C'est cette assemblée qu'on a nommée le *Brigandage d'Ephèse*. *Eutychès* y fut absous, sans autre explication qu'une requête équivoque, dans laquelle il déclaroit en général qu'il anathématisoit toutes les hérésies. *Flavien* et *Eusèbe*, ses adversaires, furent non-seulement déposés, mais cruellement maltraités. *Marcien*, successeur de *Théodose*, fut plus favorable à la doctrine catholique. Il fit assembler, en 451, le concile de Chalcédoine, le IV$^{e}$ général. L'*Eutychianisme* y fut proscrit, *Dioscore* déposé, et la paix rendue à l'Eglise. Cependant un moine nommé *Théodose*, esprit ardent et factieux, souleva plusieurs de ses confrères contre le concile de Chalcédoine. Il mit dans son parti l'impératrice *Eudoxie*, veuve de l'empereur *Théodose II*, qui lui donna une retraite dans son palais en Palestine. *Théodose*, appuyé par cette princesse, se fit déclarer évêque de Jérusalem, après avoir S s 3 646 EUT chassé *Juvénal* le légitime évêque. Une foule de moines qui vivoient des libéralités de l'impératrice, se répandant dans toutes les maisons, publioient que l'empereur vouloit rétablir le Nestorianisme, et par cet artifice, excitoient des séditions. On alloit mettre le feu aux maisons des partisans du concile de Chalcédoine; la province étoit livrée au tumulte et au brigandage: il fallut que *Marcien* envoyât des soldats pour contenir ces théologiens turbulens. *Théodose* fut chassé. *Marcien*, connoissant l'esprit querelleur et pointilleux des Grecs, fit plusieurs lois pour défendre de disputer publiquement sur la religion. Ses sages édits ne purent arrêter la fureur dogmatique des Eutychiens. Cette hérésie, qui fit de grands ravages dans tout l'Orient, se divisa à la longue en plusieurs branches. *Nicéphore* n'en compte pas moins de douze. Les uns étoient appelés *Schematici* ou *Apparentes*, parce qu'ils attribuoient à J. C. un corps fantastique; d'autres *Théodosiens*, du nom de *Théodose*, évêque d'Alexandrie; d'autres *Jacobites*, du nom d'un certain *Jacob* ou *Jacques*: cette branche s'établit elle-même en Arménie, où elle subsiste encore, et d'où elle se répandit en Égypte et en Syrie. Les autres sectes principales nées de l'Eutychianisme, sont les *Théopaschites*, qui prétendoient que dans la passion de J. C. c'étoit la divinité qui avoit souffert; les *Acéphalgs*, c'est-à-dire sans chef; les *Sévérins*, ainsi nommés d'un moine appelé *Sévère*, qui monta sur le siège d'Antioche l'an 513: on les appela encore *Corrupticoles* et *Incorrupticoles*. Les Sévérins se partagèrent encore en cinq factions: savoir, les *Agnoëtes* ou *Agnoïtes*, les partisans de *Paul* ou les *Mélanès*, c'est-à-dire les Noirs; les *Angélites*; enfin les *Adriates* et les *Canonites*.
EUTYCHIEN, pape et martyr, succéda à *Félix*, en janvier 275. Il ordonna que l'on enséverait les corps des martyrs dans des tuniques de pourpre. Il fut martyrisé lui-même le 8 décembre 283.
EUTYCHUS, pauvre ânier de Rome, fut rencontré par *Auguste* qui sortoit de cette ville pour aller livrer la bataille d'Actium. Ce dernier demanda à l'ânier son nom; il signifioit en grec *Fortuné*; son âne s'appeloit *Nicon*, c'est-à-dire vainqueur. *Auguste* prit ces noms pour un heureux présage, et après avoir remporté la victoire, il fit bâtir un temple, où il fit placer la statue d'*Eutychus* et de son âne.
EUTYME, Voyez EUTHYME.
EUTYQUE, (*Eutichius*) patriarche de Constantinople, présida au concile œcuménique de cette ville en 533. Il avoit été d'abord moine d'Amasée dans le Pont; il fut élevé sur le siège de Constantinople par *Justinien* à qui il avoit plu. Cet empereur étant tombé dans l'erreur des *Incorruptibles*, (qui soutenoient que le corps de J. C. n'avoit été susceptible d'aucune altération, et n'avoit jamais enduré la faim, la soif, ni aucun autre besoin naturel), consacra cette rêverie dans un édit. *Eutyque* refusa de le signer, et fut disgracié et exilé l'an 565, après avoir été déposé dans un synode. A la mort de *Justinien*, il fut rétabli E X P 647 sur son siège. Ce fut alors qu'il composa un *Traité de la Résurrection*, dans lequel il soutenait que le corps des ressuscités seroit si délié, qu'il ne pourroit plus être palpable. La fureur des Grecs dans ce siècle et dans les suivans, fut de disputer, sans relâche, sur des questions, que l'ignorance humaine ne pouvoit résoudre, et sur lesquelles la Divinité n'a rien révélé. *St. Grégoire*, député du pape *Pélagé II*, détrompa *Eutyque* de son erreur. Ce patriarche mourut peu de temps après, en 582, à l'âge de 70 ans.
**EUXÈNE**, Phocéen, abandonna sa patrie, et conduisit une colonie Grecque dans les Gaules. On le regarde comme l'un des fondateurs de Marseille.
**EUZOIUS**, diacre d'Alexandrie, fut déposé en même temps qu'*Arius*, par *St. Alexandre*, évêque de cette ville, et condamné au concile de Nicée; mais ayant présenté, en 335, à l'empereur *Constantin* une confession de foi orthodoxe en apparence, il fut nommé évêque d'Antioche l'an 361; ce qui fut cause que les Catholiques commencèrent à tenir leurs assemblées à part: c'est lui qui baptisa l'empereur *Constance*. Il mourut en 376.
**ÉVÉMERION**, (Mythol.) dieu de la médecine, étoit honoré par les habitans de Sicyone, qui lui offroit des sacrifices après le coucher du soleil. Son nom signifioit, celui qui fait passer d'heureux jours. On le croit le même que *Télesphore*.
**ÉVIPPE**, épouse de *Piérus*, roi de Macédoine, fut célèbre par sa sagesse, sa beauté et sa fécondité. Elle eut de son époux neuf filles, dont la naissance exposa ses jours. Ce furent les *Piérides*.
**EXÉSESTUS**, tyran de Phocée, avoit deux bagues dont il se servoit pour prédire l'avenir. Il les frappoit l'une contre l'autre, et prétendoit reconnoître au son ce qu'il devoit faire. Après les avoir consultées, il annonça le jour de sa mort.
**EXPILLI**, (Claude d') président au parlement de Grenoble, ami et disciple des plus célèbres jurisconsultes de son temps, naquit à Voiron en Dauphiné l'an 1561, et mourut à Grenoble en 1636, âgé de 75 ans. *Henri IV*, et *Louis XIII* se servirent utilement de lui dans le comtat Vénassin, en Piémont et en Savoie. C'étoit un homme très-estimable, l'ami et le protecteur des gens de lettres. «Qui méritoit son amitié, dit *Chorier*, historien du Dauphiné, l'avoit infailliblement; et c'étoit la mériter, que d'avoir du savoir et de la vertu.» Le président d'*Expilli* étoit orateur, historien et poète; mais il ne remplit bien aucun de ces titres, du moins si l'on compare les ouvrages qui nous restent de lui, à ceux de nos bons écrivains. Ses *Plaidoyers*, imprimés à Paris, in-4°, en 1612, ne sont plus lus. Ses *Poésies*, publiées in-4° en 1624, et la *Vie de Bayard*, in-12, 1650, ne méritent guères davantage de l'être. Son *Traité de l'Orthographe Françoise*, Lyon, in-fol. 1618, ne renferme qu'une théorie peu judicieuse, et une pratique bizarre et hors d'usage. Le magistrat valoit mieux en lui que l'écrivain. *Voyez sa VIE*, Grenoble, 1660, in-4°, par *Boniel* 648 EXP de Châtillon, avocat-général a la chambre des comptes de Dauphiné.
II. EXPILLI, (Jean-Joseph) né à Saint-Remy en 1719, embrassa l'état ecclésiastique, et annonça de bonne heure son goût pour les voyages et l'étude de la géographie. Il employa tous ses revenus et les fruits de ses épargnes à le satisfaire. Après avoir parcouru une partie de l'Europe et les côtes d'Afrique pour en vérifier les situations, il revint dans sa patrie et s'y occupa à mettre en ordre le grand nombre d'observations intéressantes qu'il avoit faites sur le climat, les mœurs, la population, les rapports politiques de diverses contrées. Ses travaux lui méritèrent l'association aux académies de Madrid, de Stockholm et de Berlin; il mourut dans les premières années de la révolution, après avoir rempli avec succès une carrière bienfaisante, laborieuse et utile. On lui doit: I. Cosmographie, 1749, in-fol. II. Della casa Milano, 1753, in-4.º III. Polychorographie, 1755, in-8.º IV. Topographie de l'Univers, 1758, 2 vol. in-8.º V. Description de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande, 1759, in-12. VI. De la Population de la France, 1765, in-folio. Cet ouvrage important renferme des notions exactes sur l'état des récoltes, des consommations et de tous les produits de l'industrie françoise. Les écrits d'économie politique relatifs à la population qui avoient paru jusqu'alors, furent effacés par celui-ci. VII. Dictionnaire géographique des Gaules et de la France, 1763, 4 vol. in-folio. Quoique cette grande entreprise soit restée imparfaite, quoiqu'il s'y soit glissé quelques erreurs inévitables dans un long travail, l'ouvrage n'en est pas moins aussi estimé par l'agrément répandu dans les recherches, qu'approfondi et curieux dans le plus grand nombre des articles qu'il renferme. VIII. Petit Manuel géographe, 1782, in-18. Cet abrégé du Dictionnaire a obtenu un grand nombre d'éditions; on s'est borné à citer la dernière.
EXUPÉRANCE, préfet des Gaules et parent du poète Rutilius, étoit de Poitiers. Son frère Quintilien, retiré à Bethléem, y menoit une vie d'anachorète. Ce fut, à ce qu'on croit, à la prière de celui-ci, que St. Jérôme écrivit à Exupérance la Lettre que nous avons encore, pour l'exhorter à renoncer aux espérances du siècle, et à se consacrer uniquement au service de Dieu. Cette lettre resta sans effet. Exupérance, occupé à rétablir les lois dans l'Aquitaine, fut tué vers l'an 424, à Arles, dans une sédition militaire. I. EXUPÈRE, célèbre rhéteur de Bordeaux, enseigna l'éloquence avec applaudissement à Toulouse et à Narbonne. Dans cette dernière ville, il eut pour disciple Dalmace et Hannibalien, neveux de l'empereur Constantin. Ces deux princes procurèrent à leur maître, l'an 335, la préfecture d'une province d'Espagne, qu'il gouverna long-temps. Exupère, après avoir amassé de grandes richesses dans ce poste, revint dans les Gaules et mourut à Cahors. Voyez I. MAURICE.
II. EXUPÈRE, (Saint) évêque de Toulouse, s'illustra par sa charité durant une grande E Y M 649 famine. Après avoir distribué tous ses biens, il vendit encore les vases sacrés d'or et d'argent, pour assister les pauvres. Il fut réduit à porter le corps de Jésus-Christ dans un panier d'osier, et son sang dans un calice de verre. St. Jérôme le compare à la veuve de Sarcpta, et lui a dédié son Commentaire sur le prophète Zacharie. St. Exupère mourut vers 417, plein de jours et de vertus. — Il ne faut pas le confondre avec St. EXUPERE, évêque de Bayeux au 4e siècle. Celui-ci, honoré encore sous le nom de St. Spire, est un des premiers évêques qui apportèrent le flambeau de l'évangile en Neustrie, aujourd'hui Normandie.
EYBEN, (Hulderic) savant jurisconsulte, né à Norden, l'an 1629, d'une famille noble, devint conseiller et intercesseur à Helmstadt, puis juge dans la chambre impériale de Spire, enfin conseiller au conseil aulique de l'empereur Léopold. Il mourut en 1699, laissant des Ouvrages imprimés à Strasbourg en 1708, in-fol. On ne les connoît guères en France, quoique estimés de leur temps.
EYCK, Voyez EICK.
EYMAR, (A. M. d') député de la noblesse de Forcalquier aux états-généraux de 1789, se réunit au tiers-état, et suivit les idées dominantes, mais cependant sans les outrer, sans annoncer le désir de tout renverser. Admirateur enthousiaste de J. J. Rousseau, à qui il fit décerner une statue, il se fit un évangile des opinions de cet écrivain, sans les modifier, sans croire qu'on put s'en écarter. Nommé ambassadeur en Piémont, il découvrit qu'un traité secret venoit d'unir le roi de Sardaigne aux autres puissances coalisées contre la France, en feignant auprès du ministre de ce monarque d'en connoître tous les détails. Dès-lors, d'Eymar devint l'un des auteurs de la révolution qui força le roi de Sardaigne à s'ex-patrier et à sortir de ses états. Après avoir envoyé en France plusieurs ôtages Piémontois, et s'être acquis ainsi un grand nombre d'ennemis et la réputation d'un chaud républicain, il fut rappelé par le directoire, et nommé quelque temps après préfet du Léman. Là, son administration fut douce; il favorisa les artistes, et chercha à donner de l'éclat à leurs découvertes. Il est mort à Genève le 21 nivose au 11. D'Eymar avoit la conversation agréable, l'esprit orné. En le voyant toujours calme, doué d'une extrême douceur et d'une affabilité continue, ceux mêmes qui ne partageoient pas ses opinions politiques, finissoient par les lui pardonner. Il n'a publié que des opuscules, mais tous ont de l'intérêt, et sont écrits avec chaleur. Il a traduit de l'espagnol, El delinquente honorado de Jovellanos, 1777, in-8.º On lui doit encore: I. De l'influence de la sévérité des peines sur les crimes, 1787, in-8.º II. Réflexions sur la nouvelle division du Royaume, 1790, in-8.º III. Anecdotes sur Vioti, in-12. IV. Notice historique sur la vie et les écrits de Dolomieu. Il avoit accompagné ce naturaliste dans son excursion sur les Alpes, et lu cette notice dans une séance de l'académie de Lyon. Voyez DOLOMIEU.
EYMERICK, Voy. NICOLAS, n° XVI. 650 É Z É
EYSEN, — EISEN.
ÉZÉCHIAS, roi de Juda, successeur d'Achaz, son père, l'an 727 avant J. C., imita en tout la piété de David. Il détruisit les autels élevés aux faux dieux, brisa les idoles, et mit en pièces le serpent d'airain que les Israélites adoroient. Il fit ouvrir ensuite les portes du temple, et assembla les prêtres et les Lévites pour le purifier. Après cette cérémonie, le saint roi y monta avec les principaux de Jérusalem, y immola des victimes et rétablit le culte du Seigneur. Son zèle fut récompensé; il reprit les villes dont les Philistins s'étoient emparés sous le règne d'Achaz son père. Vainqueur des Philistins, il voulut secouer le joug des Assyriens, et leur refusa le tribut ordinaire; Sennacherib, outré de ce refus, porta la guerre dans le royaume de Juda. Il y étoit entré, lorsqu'Ézéchias fut attaqué d'une maladie pestilentielle. Le prophète Isaïe vint lui annoncer sa mort prochaine. Dieu, touché de ses prières, lui renvoya le prophète pour lui annoncer sa guérison miraculeuse. Isaïe confirma la certitude de sa promesse par un prodige nouveau: il fit reculer de dix degrés l'ombre du soleil sur le cadran d'Achaz... Mérodae Baladan, roi de Babylone, ayant su les différentes merveilles opérées en faveur d'Ézéchias, lui envoya des ambassadeurs pour l'en féliciter. Le monarque, sensible à cet hommage, leur étala tous ses trésors. Isaïe le reprend de ce mouvement de vanité, et lui prédit que tout sera transporté à Babylone. Ézéchias, repentant, s'étant humilié sous la main qui le menaçoit, obtint qu'il ne verroit point ce malheur. Cependant Sennacherib s'étoit rendu maître des plus fortes places, et menaçoit Jérusalem. La paix ne se fit qu'aux conditions les plus dures. Le vainqueur exigea du vaincu, qu'on lui payeroit une somme immense. Ézéchias épuisa ses trésors et dépouilla le temple pour satisfaire à ses engagements; mais à peine avoit-il compté l'argent, que Sennacherib rompit le traité et revint ravager la Judée, blasphémant contre le Dieu qui le protégeoit. Il s'avançoit vers Jérusalem; mais l'Ange du Seigneur ayant exterminé dans une seule nuit 185 mille hommes de son armée, il fut obligé de prendre la fuite. Ézéchias, délivré de ce redoutable ennemi, chercha Dieu de tout son cœur, le trouva, et mourut l'an 698 avant J. C., à 53 ans. Génébrard assure, d'après les Hébreux, qu'il étoit savant dans les mathématiques, et qu'il fit une réformation de l'année des Juifs, par l'intercalation du mois de Nisan, au bout de chaque troisième année. I. ÉZÉCHIEL, l'un des quatre grands Prophètes, fils du sacrificateur Buzy, fut emmené captif à Babylone avec Jéchonias. Il commença à prophétiser l'an 595 avant J. C. Il fut transporté en esprit dans le temple de Jérusalem, où Dieu lui montra les abominations qui s'y commettoient. Il eut ensuite plusieurs visions miraculeuses sur le rétablissement du peuple Juif et du temple, sur le règne du Messie et la vocation des Gentils. Il continua de prophétiser pendant 20 ans; et fut tué, à ce que l'on croit, par un prince de sa nation, à qui il avoit reproché son idolâtrie. Dieu lui ordonna plusieurs actions symboliques, qui ont fourni des plaisanteries bien déplacées aux incrédules modernes. Ces symboles exprimoient dans sa personne les misères du peuple, ou les sentimens de Dieu à l'égard de ce peuple. Vous deviendrez muet, lui dit le Seigneur, pour marquer le silence de Dieu à l'égard des Juifs obstinés, qui tant de fois avoient méprisé ses reproches. Il reçut ordre de se faire charger de chaînes dans sa maison, pour figurer la captivité des Juifs. L'emblème des cheveux et de la barbe qu'il devoit se couper, annonçoit les différens malheurs dont Dieu affligerait Jérusalem et la Judée. Le Seigneur ordonne à Ezéchiel de couvrir le pain qu'il mange de l'ordure qui sort de l'homme. Sur ce que le prophète lui représente que rien d'impur n'est entré dans sa bouche; Dieu lui ordonne de prendre de la fiente de bœuf, et d'y cuire son pain. Cette nourriture allégorique signifioit ce qui arriveroit un jour aux dix tribus, qui devoient être réduites aux dernières extrémités, souffrir non-seulement la disette la plus affreuse, mais manger leur pain souillé; c'est-à-dire prendre part aux mœurs profanes et honteuses des passions, en vivant avec elles. Ces symboles ne furent pas particuliers à Ezéchiel. Souvent les prophètes exprimoient par des actions ce qu'ils vouloient dire. Osée, pour marquer l'infidélité d'Israël, épousa une femme prostituée, et donna aux enfans qui en naquirent, des noms figuratifs des malheurs qui devoient arriver au peuple. Jérémie parut en public chargé de chaînes, pour prédire la captivité des Juifs, et envoya aux rois voisins de la Palestine, pour leur annoncer qu'ils seroient assujettis au roi de Babylone. Isaïe alla nu et déchaussé dans la ville de Jérusalem, pour annoncer la captivité de l'Égypte et de l'Éthiopie. Malgré les explications qu'on peut donner à quelques-unes des actions symboliques d'Ezéchiel, nous convenons que ses Prophéties sont fort obscures, sur-tout au commencement et à la fin. C'est sans doute la raison pour laquelle les Juifs ne vouloient pas qu'on les lût avant l'âge de trente ans. Elles sont au nombre de xxii, et disposées suivant l'ordre des temps qu'il les a eues. Prado et Villalpand, Jésuites, ont fait de longs et savans commentaires pour les éclaircir. Son style, suivant St. Jérôme, tient un milieu entre l'éloquent et le grossier. Il est rempli de sentences, de comparaisons, de visions énigmatiques. Ce prophète paroît très-versé dans les choses profanes.
IL EZÉCHIEL, Juif, poète Grec, florissoit après le milieu du 1er siècle de l'ère Chrétienne; ou selon Huet, un siècle, et selon Sixte de Sienne, quarante ans avant J. C. Il avoit fait une Tragédie sur la sortie des Hébreux hors de l'Égypte, dont il ne reste plus que des fragmens, que Frédéric Morel a traduits en prose et en vers latins. Ils parurent à Paris, en 1598, in-8.º On les trouve aussi dans le Corpus Poetarum Grecorum, Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in-fol.
EZZELIN ou ECELIN, tyran originaire d'Allemagne, mais né à Onéra dans la marche Trévisane en Italie, se montra si pervers dès son enfance, qu'on disoit de son temps qu'il avoit été 652 E Z Z engendré par le démon. Après avoir été quelque temps à la tête des Gibelins, il quitta ce parti pour régner despotiquement sur Vérone, Padoue, et sur quelques autres villes d'Italie dont il s'étoit emparé. Les papes Grégoire IX, Innocent IV et Alexandre IV, lancèrent inutilement sur ce scélérat les foudres du Vatican. On prêcha la croisade contre lui. Toutes les villes de la marche Trévisane, et les princes de Lombardie, se liguèrent pour en délivrer l'Italie. Il fut pris devant Milan qu'il alloit attaquer. On le mena à Socino, où il mourut désespéré, en 1259, après avoir exercé pendant quarante ans la tyrannie la plus barbare et la plus odieuse. La ville de Padoue ayant tenté plusieurs fois de secouer le joug, Ezzelin fit mourir plus d'onze mille citoyens de toute condition. Ce monstre étoit superstitieux, malgré sa cruauté; il n'entreprenoit rien sans avoir consulté quatre astrologues. Il avoit mis dans son parti le frère Jean de Vicence, Dominicain, célèbre enthousiaste, qui se vantoit dans ses sermons de parler familièrement avec J. C., la Ste Vierge et les Anges, et qui s'attribuoit le don des miracles. Le peuple étoit si persuadé de ses vertus et de ses prodiges, que lorsqu'il paroissoit en public, il étoit suivi d'une multitude infinie, avec des croix, des bannières et des encensoirs. Grégoire IX, informé de ses succès, le prix de pacifier les villes d'Italie, qui étoient en guerre les unes contre les autres. Il indiqua une assemblée générale dans une plaine auprès de Vérone, et fit jurer la paix aux comtes, évêques, podestats et députés des villes. Ensuite on le déclata maître de Vicence, de Vérone et de plusieurs autres forteresses. Il commença son administration par faire brûler soixante hérétiques, hommes et femmes, choisis parmi les personnes les plus distinguées. Cet enthousiaste perdit bientôt son crédit; il fut chassé par les Vicentins, et se retira à Bologne, où il mourut dans l'obscurité. Ce fut lui qui ordonna aux Padouans d'admettre Ezzelin parmi leurs concitoyens, et qui par là, dit M. Landi, leur fit présent d'un des plus affreux tyrans dont parle l'histoire. Voyez sa Vie bien écrite en italien par Pierre Gérard, son contemporain, en IX livres, Venise, 1560, in-8°; et traduite en françois par Fr. Cortaud, Paris 1644, in-12.
EZZEL-MOLOUK, quinzième sultan de la dynastie des Bouides, succéda à son père Solthan-Eddoulat, dans le gouvernement de l'Abovaze et de la Perse, et devint l'an 435 de l'hégire, connétable de Bagdad auprès du calife. Les Turcs Selgiucides lui firent la guerre et obtinrent sur lui plusieurs avantages. Il mourut l'an de l'hégire 440. Fin du Fère quatrième
HISTOIRE ABRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres;
AVEC des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire. Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Huitième Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mihi Galba, Otho, Vitolius, nec beneficio, nec injuriâ cogniti. TACIT. Hist. lib. I. § 1.
ALYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp.ᵒ An XII — 1804. 21323 | 序号 | 名称 | 内容 | 备注 | | --- | --- | --- | --- | | 1 | | | | | 2 | | | | | 3 | | | | | 4 | | | | | 5 | | | | | 6 | | | | | 7 | | | | | 8 | | | | | 9 | | | | | 10 | | | | | 11 | | | | | 12 | | | | | 13 | | | | | 14 | | | | | 15 | | | | | 16 | | | | | 17 | | | | | 18 | | | | | 19 | | | | | 20 | | | | | 21 | | | | | 22 | | | | | 23 | | | | | 24 | | | | | 25 | | | | | 26 | | | | | 27 | | | | | 28 | | | | | 29 | | | | | 30 | | | | | 31 | | | | | 32 | | | | | 33 | | | | | 34 | | | | | 35 | | | | | 36 | | | | | 37 | | | | | 38 | | | | | 39 | | | | | 40 | | | | | 41 | | | | | 42 | | | | | 43 | | | | | 44 | | | | | 45 | | | | | 46 | | | | | 47 | | | | | 48 | | | | | 49 | | | | | 50 | | | | | 51 | | | | | 52 | | | | | 53 | | | | | 54 | | | | | 55 | | | | | 56 | | | | | 57 | | | | | 58 | | | | | 59 | | | | | 60 | | | | | 61 | | | | | 62 | | | | | 63 | | | | | 64 | | | | | 65 | | | | | 66 | | | | | 67 | | | | | 68 | | | | | 69 | | | | | 70 | | | | | 71 | | | | | 72 | | | | | 73 | | | | | 74 | | | | | 75 | | | | | 76 | | | | | 77 | | | | | 78 | | | | | 79 | | | | | 80 | | | | | 81 | | | | | 82 | | | | | 83 | | | | | 84 | | | | | 85 | | | | | 86 | | | | | 87 | | | | | 88 | | | | | 89 | | | | | 90 | | | | | 91 | | | | | 92 | | | | | 93 | | | | | 94 | | | | | 95 | | | | | 96 | | | | | 97 | | | | | 98 | | | | | 99 | | | | | 100 | | | |
**FABA**, (Jérôme) prêtre de Calabre, dans le 16e siècle, eut la patience et l'industrie de sculpter en bois tous les mystères de la Passion, renfermés dans une coquille de noix. Il fit aussi un carrosse de la grandeur d'un grain d'orge, où l'on voyait deux personnes et le cocher, le tout tiré par deux chevaux. Ces bagatelles plus difficiles qu'utiles furent présentées à *François I* et à *Charles-Quint*. Voy. SPANNOCHI. **I. FABER**, (Gilles) Carme, mort à Bruxelles en 1506, prêcha avec distinction dans un temps où le ministère de la parole étoit avili par le ridicule et le burlesque que les prédicateurs méloient aux mystères sacrés. On a de lui une *Chronique* de son ordre, une *Histoire du Brabant*, des *Commentaires* et d'autres ouvrages.
**II. FABER**, (Jean) Dominicain, docteur en théologie à Cologne, prêcha et écrivit avec succès contre les hérétiques. Il mourut vers le milieu du 16e siècle. On a de lui : I. *Enchiridion Bibliorum*, Augsbourg 1549, in-4. II. *Fractus quibus dignosguntur* *Tome V.* *Hæretici* : traité curieux, où il y a beaucoup de choses singulières touchant *Luther*. III. D'autres Ouvrages.
**III. FABER**, (Jean) appelé, ainsi qu'un de ses ouvrages, le *Marteau des Hérétiques*, surnom qui le distingue des autres *FABER*, naquit en Souabe, et brilla dans les universités d'Allemagne. L'évêque de Constance le fit son vicaire-général en 1519; et *Ferdinand*, roi des Romains, depuis empereur, le choisit pour son confesseur en 1526. Ce prince le nomma, en 1531, à l'évêché de Vienne, que son zèle contre les hérétiques lui avoit mérité. C'est de lui qu'*Erasme* a dit, à l'occasion de son élévation à l'épiscopat, que *Luther*, malgré sa pauvreté, trouvoit le moyen d'enrichir ses ennemis. C'étoit un homme impétueux dans la dispute. Comme on lui alléguoit l'Évangile dans la conférence de Zurich, il s'échappa, dit-on, jusqu'à répondre qu'on aurait bien pu vivre en paix sans l'Évangile. Ses ennemis lui attribuèrent quelques autres propos aussi blâmables; mais on ne doit pas croire légèrement les bruits semés par les gens de parti. Il mourut à Vienne, le 12 juin 1541, dans un âge assez avancé, laissant plusieurs *Ouvrages d'histoire*, de *controverse* et de *picté*, en 3 vol. in-folio; Cologne, 1537-1541. Celui de ses écrits qui lui fit le plus d'honneur, est son *Malleus Harcticorum*, dans lequel les questions controversées sont traitées avec beaucoup de chaleur.
IV. FABER, (Basile) né à Soraw en Silésie en 1520, fut recteur du collège Augustinien à Erfort, et s'est fait connoître par son *Thesaurus eruditionis scholasticæ*, qu'il publia en 1571, et dont la dernière édition est de la Haye 1735, 2 vol. in-fol. On y trouve les additions que *Buchner*, *Cellarius* et *Grævius* firent successivement à ce Dictionnaire, dont les citations sont abondantes et exactes. *Basile Faber* donna aussi une *Traduction* allemande des *Remarques* latines de *Luther* sur la Genèse, et fut un des disciples les plus zélés de cet hérésiarque.
FABER, *Voyez* FAVRE et FÈVRE. — FABERT, (Abraham) maréchal de France, naquit à Metz. Son père, maire-échevin de cette ville, et fils d'un riche libraire de Nancy, avoit été anobli par *Henri IV*. Il destina son fils au barreau, ou à l'église; mais le jeune *Fabert*, né pour la guerre, voulut suivre son penchant. Dès l'âge le plus tendre, il s'occupoit à différens exercices d'infanterie avec des figures de carton, qu'il faisoit mouvoir suivant le commandement. Il servit sous le duc d'Epernon dans plusieurs occasions importantes. Il se signala sur-tout en 1635. On commença dès-lors à conter mille particularités fabuleuses sur la cause de ses succès. On les attribua au diable, quoiqu'il ne les fût qu'à son courage héroïque, à son jugement solide et profond, et à un sens droit et étendu. Il sauva l'armée du roi à la retraite de Mayence, comparée par quelques écrivains à celle des *Dix mille* de *Xénophon*. Sa valeur ne parut pas avec moins d'éclat en Italie qu'en Allemagne. Blessé à la cuisse au siège de Turin, en 1640, il ne voulut jamais souffrir qu'on la lui coupât. Il ne faut pas mourir par pièces, dit-il à Turenne, et au cardinal de la *Valette* qui l'exhortoit à cette opération: *La mort m'aura tout entier, ou elle n'aura rien*. En 1643 les François assiégèrent Collioure dans le Roussillon. Trois mille Espagnols occupoient une colline, d'où il falloit les chasser pour faire les approches de la place. *Fabert*, qui commandoit le premier bataillon des troupes Françoises à la tête de l'armée, reçut ordre du maréchal de la *Meilleraie* de venir lui parler. *Fabert*, qui étoit capitaine aux Gardes, et qui avoit entendu le maréchal appeler sa compagnie les *chanoines de Fabert*, parce qu'elle avoit été deux ans à la cour, avoit senti vivement cette raillerie amère. Il refusa de quitter son poste. Il répondit à un second aide de camp: *Avez-vous des ordres pour le bataillon? je les exécuterai, je ne marche pas autrement. La Meilleraie* vint lui-même. M. de *Fabert*, lui dit-il, *oublions le passé; donnez-moi votre avis: que ferons-nous? — Voilà le premier bataillon des Gardes prêt à exécuter vos ordres*, répondit Fabert, nous ne savons qu'obéir. — Point de rancune, répliqua le maréchal, je viens demander votre sentiment. — C'est d'attaquer, répliqua Fabert. — Marche, cria le maréchal !... A ces mots le premier bataillon des Gardes avança, les autres suivirent : Fabert joignit les Espagnols, les attaqua, les poursuivit l'épée dans les reins jusqu'aux portes de Collioure, et leur fit des prisonniers. Les François ayant entrepris, la même année 1642, de se rendre maîtres de Perpignan, Fabert rendoit compte tous les matins à Louis XIII des opérations du siège. Un jour le grand-écuyer Cinq-Mars osa critiquer les détails qu'il entendoit. Vous avez passé sans doute la nuit à la tranchée, puisque vous en parlez si savamment, lui dit le roi. — Sire, répondit le grand-écuyer, vous savez le contraire. — Allez, répliqua Louis, vous m'êtes insupportable ! Vous voulez qu'on croie que vous passez les nuits à régler avec moi les grandes affaires de mon royaume, et vous les passez dans ma garde-robe à lire l'Arioste avec mes valets de chambre. Allez, orgueilleux, il y a six mois que je vous vomis. Ce discours fit sortir Cinq-Mars ; et, l'œil étincelant de colère, il dit à Fabert : Monsieur... je vous remercie. — Que dit-il, s'écria le roi ? je crois qu'il vous menace. — Non, Sire, répondit Fabert, on n'ose faire des menaces en votre présence, et ailleurs on n'en souffre pas... En 1654, il prit Stenal. Ses services furent payés par le gouvernement de Sédan et par le bâton de maréchal de France en 1658. Le roi lui offrit depuis le collier de ses ordres ; il le refusa, par une modestie plus glo- riense pour lui que toutes les distinctions. Il dit à un de ses amis, que ne pouvant produire les titres nécessaires pour recevoir cet honneur, il ne vouloit pas que son manteau fût décoré par une croix, et son ame déshonorée par une imposture. Il écrivit au roi à peu près dans le même goût. Louis XIV lui répondit, « que le refus qu'il fuisoit, lui inspiroit plus d'estime pour lui, que ceux qu'il honoroit du collier ne recueilleroient de gloire dans le monde. » C'est avec la même grandeur d'ame qu'il répondit au cardinal Mazarin, qui lui proposoit de lui servir d'espion dans l'armée : Un grand Ministre comme vous doit avoir toutes sortes de gens à son service. Les uns doivent le servir par leurs bras, les autres par leurs rapports ; trouvez bon que je sois dans la classe des premiers. Son mérite arma l'envie. On le peignit à la cour comme un homme impérieux qui agissoit dans Sédan plutôt en souverain qu'en gouverneur. Mazarin qui le connoissoit, répondit : Ah ! s'il falloit se méfier de Fabert, il n'y auroit plus d'homme en qui l'on pût mettre sa confiance. Cet homme illustre mourut à Sédan le 17 mai 1662, à 63 ans. On fit des contes sur sa mort, qui, quoique dénués de vraisemblance, ne laissèrent pas de se répandre, mais qui trouvent plus de partisans dans ce siècle philosophe. On avoit imaginé qu'il étoit sorcier, et que le Diable l'avoit enlevé. Ce qui put donner lieu à ces mensonges absurdes, c'est que le maréchal Fabert avoit un foible pour l'astrologie judiciaire ; foible étonnant dans un si grand capitaine. Il laissa un fils mort sans enfans au siège de Candie en 1669, et trois filles mariées. Son épouse *Claude de Clévant*, d'une bonne noblesse de Pont-à-Mousson, étoit une femme de mérite, qui enseigna aux Sédanoises le point de Venise, appelé depuis le point de Sédan. Le P. de la Barre, chanoine de Sainte-Geneviève, a publié la *Vie de Fabert* en 1752, en 2 vol. in-12. Il y a des choses curieuses, mais trop de minuties, et de détails étrangers au maréchal. Parmi les traits que nous pourrions rapporter à l'éloge de ce grand homme, nous choisirons ceux-ci. Il disoit que, si, pour empêcher qu'une place que le Roi lui auroit confiée ne tombât au pouvoir de l'ennemi, il falloit mettre à une brèche sa personne, sa famille et tout son bien, il ne balanceroit pas. — Il croyoit qu'à la guerre il n'y avoit aucune fonction avilissante. Quelques officiers du régiment des Gardes-Françoises trouvèrent mauvais que *Fabert*, au siège de Bapaume, s'occupât indifféremment des sapes, des mines, de l'artillerie, des machines, des ponts et des autres travaux les plus pénibles. Ils chargèrent même *Grateloup*, son ami, de lui représenter qu'il avilissoit sa dignité de capitaine aux Gardes et d'officier-général. *Je voudrois bien savoir*, répondit *Fabert*, si le bien que m'a fait le Roi est une raison de diminuer le zèle que j'ai toujours eu pour son service. J'ose me flatter que ces travaux, que l'on trouve humilians, me conduiront aux honneurs militaires les plus élevés. La nuit prochaine, je ferai la descente du fossé, et, sans avoir égard à la dignité de mes grades, j'attacherai le mineur, je travaillerai moi-même à la galerie, à la chambre de la mine, et j'y mettrai le feu, si la garnison refuse de se rendre. — Malgré la licence que les guerres civiles de France avoient introduite parmi les gens de guerre, *Fabert* contint, dans la discipline la plus exacte, les troupes qui étoient en garnison dans son gouvernement de Sédan. Les Sédanois essayèrent, à plusieurs reprises, de lui faire recevoir quelques foibles marques de leur reconnoissance; toutes leurs tentatives furent inutiles. Un voyage du maréchal à la cour, leur fit hasarder d'offrir à sa femme une belle tenture de tapisserie qu'ils avoient fait venir de Flandre. Le présent étoit du goût de Mad. *Fabert*; mais elle le refusa pour ne pas déplaire à son mari. Quelque temps après son retour, *Fabert* apprend que ce meuble est à vendre, et que l'on n'en trouve pas le prix qu'il a coûté. *Fabert*, qui ne veut pas être l'occasion d'une perte pour le magistrat qui l'avoit acheté, lui envoie l'argent qu'il a déboursé, et pour l'achat de la tapisserie, et pour les frais du transport. Deux jours après, il la fait vendre, et ordonne que le produit en soit employé aux fortifications. — Les troupes de *Galas*, général de l'empereur, ayant pénétré en Champagne, manquèrent de vivres. Les généraux François les ayant obligés de se retirer, ils tuèrent, dans leur retraite, tous ceux qui leur en refusèrent. *Fabert*, qui les poursuivoit, entra dans un camp abandonné, et couvert d'officiers et de soldats Autrichiens blessés et mourans. Un François qui avoit l'ame féroce, dit tout haut: *Il faut achever ces malheureux, qui ont massacré nos camarades* dans la retraite de Mayence. — Voilà le conseil d'un Barbare, reprit Fabert. Cherchons une vengeance plus noble et plus digne de notre nation. Aussitôt il fit distribuer, à ceux qui purent prendre une nourriture solide, le peu de provisions que son détachement avoit apportées. Les malades furent ensuite transportés à Mezières, où, après quelques jours de soins, la plupart recouvrèrent la santé. Ils s'attachèrent presque tous au service de la Puissance, qui, contre leur espérance, les avoit traités si généreusement. — Fabert montra dans sa dernière maladie le même courage avec lequel il avoit affronté le trépas sur les champs de bataille. « Ce monde, disoit-il, est semblable à une galère; je suis sur le point d'en sortir. Si quelqu'un me rappelait à la vie, je croirois qu'il voudroit me remettre à la chaîne. » Le père du maréchal Fabert est auteur des Notes sur la Coutume de Lorraine, 1657, in-fol.
FABIEN, (Saint) Romain ou Italien, monta sur la chaire de St. Pierre, après Antère, en 236. Il bâtit plusieurs églises dans les cimetières où reposoient les corps des martyrs. Il envoya des évêques dans les Gaules pour y annoncer l'Évangile; et mourut pour la défense de la foi, au commencement de la persécution de Déce, en 250. On lui attribue des Décrétales, qui sont visiblement supposées. I. FABIUS — MAXIMUS, dit Rullianus, est le premier de la famille des Fabiens qui fut honoré du titre de Maximus, pour avoir ôté au petit peuple la disposition des élections. Général de la cavalerie l'an 324 avant J. C., il força le camp des Samnites, et remporta une victoire complète. Le dictateur Papirius, fâché qu'il eût donné la bataille contre son ordre, voulut punir sa désobéissance; mais le peuple Romain et l'armée obtinrent sa grace. Fabius fut cinq fois consul, deux fois dictateur, et une fois censeur. Il refusa cette charge une seconde fois, disant que c'étoit contre la coutume de la république. Il triompha des Apuléiens et des Lucériens, puis des Samnites, enfin des Gaulois, des Umbriens, des Marses et des Toscans. Ce fut lui qui régla que les chevaliers Romains, montés sur des chevaux blancs, iroient, le 15e de juillet, depuis le temple de l'Honneur jusqu'au Capitole. La famille Fabienne étoit très-illustre et très-puissante à Rome. Elle entreprit, à ses dépens, la guerre contre les Veïens, et plus de trois cents Fabiens périrent dans cette guerre, à la journée de Cremera, 476 ans avant J. C. C'est ce qui a fait dire à Ovide dans ses Fastes: Una dies Fabios ad bellum miserat omnes; Ad bellum missos perdidie una dies. Il n'en resta, dit-on, qu'un seul, qui fut ensuite élevé aux premiers emplois, et qui fut la tige des diverses branches de la maison Fabienne. Mais Denys d'Halicarnasse traite de fable cette guerre rapportée par Tite-Live.
II. FABIUS-MAXIMUS (Quintus) surnommé Cunctator ou le Temporiseur, l'un des plus grands capitaines de l'ancienne Rome, fut élevé cinq fois à la dignité de consul. Pendant son premier consulat, l'an 233 avant J. C., il défit les Liguriens. Sa patrie, ré- duite à l'extrémité après la bataille de Trasymène, eut recours à lui : on le créa dictateur. Il imagina une nouvelle façon de combattre *Annibal*. Il voulut le fatiguer par des marches et des contremarches, sans jamais en venir aux mains. Ces refus lui méritèrent le nom de *Temporiseur*. Les Romains, mécontens de ces remises dont ils ne pénétroient pas la finesse, le rappelèrent, sous prétexte de le faire assister à un sacrifice solennel, et donnèrent la moitié de son autorité à son lieutenant *Minutius Felix*, homme aussi ardent que *Fabius* étoit réservé. Ils revinrent bientôt de leur erreur. Le téméraire lieutenant s'étant engagé dans une embuscade, son sage général le tira de ce péril. *Minutius*, pénétré de reconnaissance envers son libérateur, lui remit ses troupes, content d'apprendre, sous lui, à vaincre et à combattre. *Fabius* combattit avec sa prudence ordinaire. On lui décerna le nom de *Bouclier de Rome*. Après la bataille de Cannes, il lassa tellement les troupes d'*Annibal*, qu'elles ne furent plus en état de se défendre contre les Romains. Il reprit Tarente sur le général Carthaginois. Ayant réglé avec lui le rachat des captifs, et le sénat refusant de ratifier son accord, il vendit tous ses biens pour s'acquitter de sa parole. On rapporte qu'*Annibal* ayant appris la ruse que *Fabius* avoit employée pour se rendre maître de Tarente, s'écria, plein d'étonnement : *Quoi, les Romains ont donc aussi leur Annibal!* Ce dernier tenta vainement d'attirer le Romain au combat. Il lui fit dire un jour : *Si Fabius est aussi grand Capitaine qu'il veut qu'on le croie, il doit descendre dans la plaine et* *accepter la bataille*. *Fabius* répondit froidement : *Si Annibal est aussi grand Capitaine qu'il le pense, il doit me forcer à la donner*. Cet homme illustre mourut quelques années après, âgé de près de 100 ans, si on en croit *Valère-Maxime*.
III. FABIUS-MAXIMUS (*Quintus*) fut fils du précédent. Pendant son consulat, son père vint un jour à lui sans descendre de cheval ; il lui fit ordonner de mettre pied à terre. Alors cet illustre Romain, embrassant son fils, lui dit : *Je voulais voir si tu savais ce que c'est que d'être Consul*.
IV. FABIUS-PICTOR, le premier des Romains qui écrivit l'*Histoire de sa Patrie*, vivait vers l'an 216 avant J. C., c'est-à-dire plus de 500 ans après la fondation de Rome. « Combien de fables ont dû se répandre dans cet intervalle, dit l'abbé *Millot*, lorsque l'ignorance aveuglait tous les esprits, lorsque la superstition croyait tout, lorsque l'écriture étoit rare, et que les monumens du pontife étoient les archives du merveilleux : encore ces monumens, au rapport de *Tite-Live*, périrent-ils presque tous dans l'incendie qu'allumèrent les Gaulois. De là tant d'absurdes traditions reçues par les historiens ; de là ces prodiges accumulés sans vraisemblance. Rome se croyait divine, elle adoptait tout ce qui flattait ses préjugés. » Il y a donc lieu de croire que l'*Histoire de Fabius-Pictor* étoit un continuel mélange de faux et de vrai. L'ouvrage que nous avons sous son nom est une pièce supposée, et du nombre de celles qui ont été publiées par *Annius de Viterbe*... Ceux de cette famille prirent le nom de *Pictor*, parce que celui dont ils descendent, avoit fait peindre les murs du Temple de la Santé. V. FABIUS-DOSSENNUS ou DORNESUS, composa des *Farces* appelées par les Romains *Atelianes*, de la ville d'*Atella* dans le pays des Osques, où elles prirent naissance. *Horacé*, *Sénèque* et *Pline* parlent de ce poète. On ne sait pas en quel temps il a vécu.
VI. FABIUS-MARCELLINUS, historien du 3$^{e}$ siècle, est cité par *Lampride*, comme auteur d'une *Vie d'Alexandre Mammée*.
VII. FABIUS-RUSTICUS, historien du temps de *Claude* et de *Néron*, fut ami de *Sénèque*. *Tacite* loue son style dans ses *Annales* et dans la *Vie d'Agricola*; et cet éloge d'un historien qui passoit pour satirique, est un préjugé en faveur des écrits de *Fabius*. I. FABRE D'UZÉZ, l'un des plus anciens Troubadours, se rendit fameux par ses chansons. Ayant acheté les ouvrages d'*Albertet* de Sisteron, il s'en donna pour auteur; mais le plagiat ayant été découvert, les Troubadours ses collègues, pour venger l'honneur de leur art, surnommé *la gaie Science*, le fustigèrent.
II. FABRE, (Jean-Claude) naquit à Paris en 1668, d'un père chirurgien. Il entra chez les pères de l'Oratoire, et y professa avec distinction. Une édition du *Dictionnaire de Richelet*, dans laquelle il inséra quelques articles sur les matières de théologie contestées, et d'autres morceaux trop satiriques, l'obligèrent de sortir de sa congrégation. Il y rentra en 1715, et y mourut le 22 octobre 1753, dans la maison de Saint-Honoré à Paris, à 85 ans. C'étoit un homme plein de douceur, de franchise et de modestie. Il avoit prêché avec quelque succès, et son esprit se plioit facilement à tous les genres d'études. On a de lui: I. L'édition citée du *Dictionnaire de Richelet*, revue, corrigée et augmentée, en 2 vol. in-fol.; à Lyon, 1703, sous le titre d'Amsterdam. II. Un petit *Dictionnaire Latin et François*, in-8°, dressé sur les meilleurs auteurs classiques, et dont on a fait plusieurs éditions. III. Une *Traduction des Œuvres de Virgile*, avec des dissertations, des notes et le texte latin; à Lyon, en 3 vol., 1721; réimprimée en 1741, 4 vol. in-12. Cette version, lâche et prolixe, n'est guère au-dessus de celle de *Martignac*. IV. Une *Continuation de l'Histoire Ecclésiastique de Fleury*, en 16 vol. in-4° et in-12. (On en a une nouvelle édition; Caen, 1777, en 13 vol. in-4°) Le Père *Fabert* l'avoit poussée beaucoup plus loin; mais les deux derniers tomes ayant été changés, en plusieurs endroits par des mains étrangères, et lui ayant d'ailleurs été défendu de donner de nouveaux volumes, la suite est restée manuscrite. Le continuateur est bien inférieur, pour l'onction du style, et pour le choix des matières, à l'écrivain qu'il continue. Il étend, avec excès, son travail, et mêle à l'histoire ecclésiastique trop d'histoire civile. Ce n'est proprement qu'une compilation, écrite d'un style facile, mais sans correction et sans élégance. V. *Entretiens de Christine et de Pélagie sur la lecture de l'Écriture — Sainte*, in-12: brochure recherchée. VI. Un *Abrégé de l'Histoire Ecclésiastique* en manuscrit. VII. La Table de la traduction françoire de l'Histoire du président de Thou, in-4.º Il avoit aussi commencé la Table du Journal des Savans, dont il se déchargea peu après sur l'abbé de Claustre, à qui l'on est redevable de cet utile ouvrage, en 10 vol. in-4.º
III. FABRE, (N.) né en Languedoc dans la religion prétendue réformée, a donné l'un des exemples les plus marquans de la piété filiale. En 1752, un détachement fut envoyé pour disperser une assemblée religieuse de Calvinistes qui se tenoit dans un champ près de Nîmes. Les troupes firent plusieurs prisonniers. Les hommes furent condamnés aux galères et les femmes à la réclusion dans la tour de Constance. Parmi les premiers se trouva le père de Fabre. Celui-ci exécuta le projet de le sauver. Il se rendit sur la route où passoit la chaîne, en gagna le conducteur, et prit la place de son père. Fabre resta 6 ans aux galères. Le gouverneur de la province de Languedoc, Mirepoix, instruit de ce fait, obtint la liberté de Fabre, et le fit présenter à la cour où tout le monde voulut le voir. Voltaire en a parlé dans ses mémoires sur les Calas. Ce modèle de l'amour filial est mort depuis quelques années à Gange, près de Montpellier. Fenouillot de Falbaire a fait de l'action de Fabre le sujet d'un drame intitulé, l'Honnête criminel. Voyez FENOUILLOT.
IV. FABRE D'ÉGLANTINE, (Philippe-François-Nazaire) né à Carcassone le 28 décembre 1755, se fit d'abord comédien. Ses succès sur la scène ne répondant point à son désir extrême d'acquérir de la célébrité, il devint auteur. Fabre débuta dans le monde littéraire par quelques pièces de poésie qui ne donnoient pas de grandes espérances, quoique l'une d'elles ayant remporté le prix d'une églantine d'argent aux jeux floraux de Toulouse, il en prit le surnom qu'il porta toujours depuis; mais lorsqu'il eut travaillé pour le théâtre, on reconnut en lui un vrai talent. C'est l'un des auteurs dramatiques modernes qui offre le plus de clarté dans ses développemens, et de force dans ses caractères. Son esprit inquiet et avide d'intrigues, ne put se contenter du laurier paisible des Muses. Nommé député à la Convention, il se trouva transporté sur un théâtre bien plus orageux que celui pour lequel il avoit travaillé jusqu'alors. Lié intimement avec Damon, Camille Desmoulins et les autres chefs du club des Cordeliers, il partagea leurs opinions exagérées. « Fabre, dit Mercier, dans son Nouveau Paris, fut promoteur du régime révolutionnaire et son panégyriste, l'ami, le compagnon, le conseiller des proconsuls qui portèrent dans toute la France le fer, le feu, la dévastation et la mort. Pauvre ayant le 2 septembre 1792, Fabre eut ensuite hotel, voiture et gens. » On l'accusa d'avoir voulu faire acheter son silence par les compagnies financières qu'il attaquoit sans cesse, tandis qu'il avoit falsifié un décret pour faire réussir un plan d'agiotage qui lui étoit avantageux, en trafiquant sur les effets de la compagnie des Indes. Robespierre qui épioit le moment de le perdre, saisit cette circonstance, et le fit condamner à mort par le tribunal révolutionnaire, le 5 avril 1794. On ne doit point oublier qu'il est auteur du nouveau calendrier décimal; dans son rapport sur cet objet, il montra l'ignorance la plus profonde, nonseulement des premières idées d'astronomie, mais de tous les principes de la langue latine; aussi, dit-on alors de lui, que si sur la scène il étoit à sa place, à la tribune il faisoit pitié. On lui a fait le reproche grave d'avoir préparé les massacres de septembre, et paru l'instigateur du décret atroce qui ordonnoit de fusiller tous les prisonniers Anglois. *Fabre d'Eglantine* fut un homme foible, flatteur du parti triomphant, cruel par légèreté, furieux par orgueil, voulant aller avec promptitude à la fortune, comme il avoit été à la célébrité, et s'occupant uniquement de ses intérêts comme de ses ouvrages. Ceux-ci sont : I. Les *Amans de Beauvais*, romance, 1776. II. *L'étude de la Nature*, poème, 1783, in-80, production négligée, sans marche régulière et sans vie. III. *Augusta*, tragédie, 1787 : le sujet en est à peine ébauché. IV. *Le Convalescent de qualité*, comédie en deux actes, 1791; pièce qui dut ses représentations aux circonstances de la révolution. V. *Le Collatéral*, comédie en trois actes, 1792. Quelques scènes d'un bon genre n'y rachètent pas la froideur du nœud et du dénouement. VI. *Le Présomptueux* ou *l'Heureux imaginaire*, comédie en cinq actes, 1790. Elle obtint un succès mérité, mais beaucoup moins que les trois suivantes. VII. *L'Intrigue épistolaire*, comédie en cinq actes. Elle fut très-applaudie, et on la voit avec plaisir. L'intérêt y est à la vérité fondé sur de petits moyens, sur des ressorts mesquins et empruntés par-tout, mais cet intérêt existe, et l'on est toujours indulgent, lorsqu'on peut rire. VIII. *Philinte*, ou la suite du *Misantrope*, comédie en cinq actes, jouée pour la première fois le 22 février, 1790. C'est la meilleure pièce de l'auteur. Il lui falloit sans doute plus que du courage pour lutter contre *Molière*, mais en oublie souvent sa présomption en applaudissant à ses efforts. Plusieurs de ses scènes rappellent le génie de cet excellent comique. *Philinte* est le vrai caractère de l'égoïste, sujet esquissé plusieurs fois, mais que *Fabre* a su, sinon profondément peindre, du moins assez fortement dessiner. On désirerait que la pièce fût plus gaie, qu'elle fût écrite avec plus de correction; mais ce fut un très-heureux dénouement de faire punir l'égoïste par l'application de ses propres principes. IX. Les *Précepteurs*, comédie en cinq actes. Elle n'a été jouée qu'après la mort de l'auteur. Son but fut utile. Mettre en opposition deux précepteurs et leurs élèves; faire contraster l'éducation soignée, retirée et laborieuse qu'on peut acquérir au milieu des champs, avec celle que l'on puise dans le tourbillon d'une grande société et à la vue du pervertissement des mœurs d'une grande ville, étoit une idée heureuse et digne d'être applaudie; mais elle étoit difficile à mettre en action et sur le théâtre. Aussi *Fabre* a-t-il foiblement réussi, et sa pièce est-elle inférieure à la précédente. Trop de pédanterie dans le rôle d'*Ariste*; une *Araminte* qui aime un homme qu'elle n'a jamais vu; un ton tranchant et peu respectueux pour sa mère dans l'enfant que l'on suppose le mieux élevé; des invraisemblances; un style plein de fautes grammaticales qui le rendent incompréhensible; ces défauts affoiblissent l'intrigue, révoltent l'homme de goût; et si la pièce d'ailleurs mérite quelque estime, elle est du moins fort au-dessous de la vogue et des éloges pompeux qu'elle obtint à l'instant où elle parut. On a imprimé en l'an IX (1802), les œuvres mêlées et posthumes de *Fabre d'Eglantine*, 2 vol. in-8.
FABRETTI, (Raphaël) né à Urbin en Ombrie, l'an 1619, mort à Rome le 7 janvier 1700, à 80 ans, fut secrétaire du pape *Alexandre VIII*, chanoine de la basilique du Vatican, et préfet des archives du château Saint-Ange, sous *Innocent XII*. Il s'adonna à l'étude de l'antiquité, et il ne lui manqua rien de ce qui doit faire un habile homme en ce genre; connoissance de l'Histoire Grecque et Romaine, des langues, des critiques, des philosophes; correspondances avec les Savans, etc. On a de lui plusieurs ouvrages en latin, estimés des antiquaires. I. *De aquis et aqua-ductibus veteris Romae*, à Rome, 1680, in-12. II. *De Columna Trajani*, cum Alphonsi Ciaconii *Historia utriusque belli Dacici à Trajano gesti*, etc.; à Rome, 1683, in-fol. III. *Inscriptionum antiquarum Explicatio*, à Rome, 1599, in-fol. Ce livre est regardé comme un trésor par les savans qui s'occupent de l'antiquité. Le ministre Protestant, *Elie Benoit*, n'en pensoit pas précisément de même... « Si quelqu'un, dit-il, a la curiosité de voir comment les antiquaires se servent des inscriptions, et quelles conjectures ils y appuient pour en tirer ce qui leur plait, il n'a qu'à lire le recueil de *Raphaël Fabretti*, imprimé à Rome en 1699, chez *Dominico-Antonio Ercole*. Il y trouvera aussi un grand nombre de précieux monumens et de rares inscriptions, dont tout le mérite consiste en ce qu'elles ne servent à rien. Dans les inscriptions et dans les médailles, l'orthographe est souvent mauvaise, la syntaxe mal observée, les barbarismes très-communs, et mille fautes commises contre le langage. Cependant, c'est une des sources d'où les critiques tirent le plus souvent les preuves de leurs conjectures pour la correction des auteurs. » *Fabretti* avoit un esprit vif, une conception facile et une mémoire excellente. Il aimoit l'étude avec passion; et ce qu'il y a de singulier, c'est que, loin d'affoiblir son tempérament, qui fut très-foible jusqu'à l'âge de 30 ans, elle le fortifia.
FABRI, *Voyez* I. FÈVES et PEIRESC.
FABRI, (Honoré) né dans le diocèse de Bellai en 1606, Jésuite en 1626, professeur de philosophie à Lyon, mourut le 9 mars 1688, à 82 ans, à Rome où il fut long-temps pénitencier. C'étoit un homme extrêmement laborieux. Il embrassa toutes sortes de connoissances, philosophie, théologie, morale; et il laissa des écrits sur toutes ces matières. La plupart sont dans l'oubli. On prétend qu'il enseigna la circulation du sang avant le célèbre *Harvée*. On a de lui: I. *Nota in Notas Willelmi Wendrokli*, sous le nom de *Bernard Strabrock*, insérées dans le *Recueil* ou la grande *Apologie de la Doctrine morale de la Société de Jésus*, Cologne, 1672, in-folio, et ensuite mise à l'*Index* à Rome. II. *Summula Theologiae*, in-4. III. *Un Dialogue en faveur de la Probabilité*, réfuté par l'abbé *Gradi*, bibliothécaire du Vatican, Rome 1659, in-8.º Ce dialogue, et ses écrits contre les solitaires de Port-Royal, lui firent donner par ces Messieurs le titre d'Avocat des causes perdues. Le Père Fabri étoit plus propre pour la physique et les mathématiques, que pour la théologie. Ses écrits dans le premier genre sont : I. Une Physique en latin, Lyon, 1669, 4 vol. in-4.º II. Dialogi Phyfici, Lyon, 1669, in-8.º III. De plantis, de generatione animalium et de homine; Paris, 1666, in-4.º Il veut prouver, page 204 de ce traité, qu'il avoit enseigné la circulation du sang, avant que le livre de Guillaume Harvée eût pu tomber dans ses mains. IV. Synopsis Optica, Lyon, 1667, in-4.º I. FABRICE, (André, professeur de Louvain, conseiller des ducs de Bavière et prévôt d'Ottingen, natif d'un village du pays de Liège, mourut en 1581. On a de lui, Harmonia Confessionis Augustana, à Cologne, 1587, in-folio, et d'autres ouvrages où l'on trouve de l'érudition.
II. FABRICE, (George) né à Komnitz dans la Misnie en 1516, mort le 5 juillet 1571, à 55 ans, a laissé des Poésies Latines, imprimées à Basle en 2 vol. in-8°, en 1567. On y remarque beaucoup de pureté et de naturel. Il a été, principalement, attentif sur le choix des mots : il n'en emploie aucun dans ses poèmes sacrés, qui ressente la fable et le paganisme. On a encore de lui : I. Un Art Poétique, en 7 livres, en latin, 1589, in-8.º II. Une Collection des Poètes Chrétiens Latins, in-8°, à Basle en 1562. On lui a reproché d'avoir altéré quelquefois les auteurs qu'il publioit. III. Une Description de Rome. IV. Origines Saxonica, Leipzig, 1606, en 2 vol. in-folio : compilation estimée par les savans. On y trouve les portraits des électeurs de Saxe, gravés par Wolfg. Killian. V. Rerum Misnicarum libri septem. Ce sont des annales de la ville de Meissen, réimprimées à Leipzig en 1660, in-4°, et remplies de profondes recherches. VI. Rerum Germaniae et Saxoniae volumina duo, Leipzig, in-folio, 1609, etc. etc.
III. FABRICE HILDAN, (Guillaume) fut un savant chirurgien Allemand au commencement du 17e siècle. Ses Ouvrages ont été imprimés à Francfort, 1682, in-folio, avec figures.
FABRICE ou LE FÈVRE, (François) Voyez FABRICIUS, n° III. I. FABRICIUS, (Caius) surnommé Luscus, consul Romain l'an 282 avant Jésus-Christ, mérita les honneurs du triomphe par plusieurs victoires sur les Samnites, les Brutiens et les Lucaniens. Le butin qu'il remporta dans ces victoires étoit si considérable, qu'après avoir récompensé les soldats, et restitué aux citoyens de Rome ce qu'ils avoient fourni pour la guerre, il lui resta quatre cents talens, qu'il fit porter à l'épargne le jour de son triomphe. Député deux ans après vers Pyrrhus, il refusa les présens et les honneurs de ce prince, qui vouloit corrompre sa fidélité. Ce roi eut bientôt un nouveau sujet d'admiration. Son médecin vint offrir à Fabricius, pour lors consul, d'empoisonner son maître, pourvu qu'on lui payât ce parricide. Le généreux Romain renvoya le monstre à Pyrrhus, pour être puni comme il le méritoit... Les Samnites lui ayant offert une somme considérable, il répondit à leurs ambassadeurs, en portant la main à ses oreilles, à ses yeux et à sa bouche : Tant que je pourrai commander à toutes ces parties-là, vos offres me sont inutiles... Pyrrhus, étonné de son désintéressement, voulut éprouver son intrépidité. Fabricius n'avoit jamais vu d'éléphant. Pyrrhus ordonne d'armer le plus grand de ces fiers animaux, de le mettre dans le lieu où il devoit se trouver avec l'ambassadeur Romain, et de le tenir là derrière une tapisserie. Cet ordre est exécuté; et dès que Pyrrhus et Fabricius furent ensemble, on tire la tapisserie, et cet animal énorme paroît tout-à-coup, levant sa trompe sur la tête de Fabricius, et jette un cri épouvantable. Fabricius se retournant tranquillement, sans témoigner ni surprise ni crainte, dit à Pyrrhus en souriant : Ni votre Or ne m'émut hier, ni votre Éléphant ne m'étonne aujourd'hui. — Le philosophe Cinéas, un des courtisans du roi d'Épire, soutenoit à la table du prince, et au milieu de la joie d'un festin, que le souverain bien de l'homme consistoit dans une vie voluptueuse et éloignée des affaires publiques. Il disoit avec plusieurs sectateurs d'Épicure, que la divinité se suffisant à elle-même, indifférente par conséquent à ce qui se passe ici bas, ne prenoit aucun intérêt aux actions des hommes. Pendant que Cinéas parloit encore : O grand Hercule, s'écria Fabricius, puissent les Samnites et Pyrrhus suivre cette doctrine pendant qu'ils fi- ront la guerre aux Romains!... Pyrrhus, qui avoit eu d'autres occasions de remarquer la sagesse et la prudence de Fabricius, lui promit qu'après avoir fait sa paix avec Rome, il lui donneroit la première place parmi ses amis et tous ses capitaines, s'il vouloit le suivre en Épire. « Pyrrhus, lui répondit le généreux Romain avec sa franchise ordinaire, vous êtes sans doute un prince illustre, un grand guerrier; mais vos peuples gémissent dans la misère. Quelle témérité de vouloir me mener en Épire! Doutez-vous que, bientôt rangés sous ma loi, vos peuples ne préférassent l'exemption des tributs aux surcharges des impôts, et la sureté à l'incertitude de leurs possessions? Aujourd'hui votre favori, demain je serois votre maître. » Voy. aussi l'article ÉPICURE, vers le milieu. Fabricius fut censeur l'an 277 avant Jésus-Christ, avec Emilius Papus, homme aussi austère que lui. Le premier avoit pour toute argenterie une petite salière dont le pied n'étoit que de corne; l'autre, un petit plat pour présenter ses offrandes aux Dieux. Les deux censeurs cassèrent de concert un sénateur nommé Cornélius Rufinus, qui avoit été deux fois consul et dictateur, parce qu'il avoit chez lui dix livres d'argent en vaisselle de table. « Admire qui voudra, dit Saint-Evremont, la pauvreté de Fabricius; je loue sa prudence, et le trouve fort avisé de n'avoir eu qu'une salière d'argent pour se donner le crédit de chasser du sénat un homme qui avoit été deux fois consul, qui avoit triomphé, qui avoit été dictateur. » Quoi qu'il en soit de cette réflexion, et des motifs de Fabricius, cet illustre Romain vécut et mourut pauvre. Il se nourrissait des herbes qu'il cultivait lui-même; et le sénat fut obligé de marier ses filles aux dépens du public.
II. FABRICIUS - VEÏENTO, auteur Latin sous Néron, vers l'an 49 de Jésus-Christ, fit des libelles diffamatoires contre les sénateurs et les pontifes, et fut chassé d'Italie pour ses crimes. Tacite remarque, que ce Fabricius étant prêteur, atteloit des chiens aux chariots, au lieu de chevaux. Ses livres furent brûlés par ordre de Néron, comme des satires atroces.
III. FABRICIUS ou LE FÈVRE, (François) né à Duren, dans le duché de Juliers, fut principal du collège de Dusseldorp au duché de Clèves, et mourut en 1573 dans sa 47e année. On a de lui des Commentaires sur plusieurs auteurs anciens, et quelques autres ouvrages. I. Marci Tullii Ciceronis Historia per Consules descripta, Cologne, 1564, et insérée par l'abbé d'Olivet à la fin de son édition de Cicéron. II. Pauli Orosii historiarum libri septem, Cologne, 1582, in-12 : édition estimée pour les notes historiques et chronologiques. Le Père André Schott la fit réimprimer en 1615, à Mayence, avec les remarques de Fabricius et de Lautius. III. In Terentii comedias annotationes, Anvers, 1565.
IV. FABRICIUS, (Jean-Albert) né à Leipzig en 1667, s'acquit de bonne heure la réputation de littérateur poli et de savant profond. Il avoit un esprit facile, une mémoire heureuse et beaucoup de pénétration. Après avoir fait ses études avec distinction dans sa patrie, il se rendit à Hambourg, où Mayer lui confia le soin de sa bibliothèque. La mort de Vincent Placcius ayant fait vaquer la chaire de professeur d'éloquence dans cette ville, Fabricius l'obtint. Cette place le fixa à Hambourg, et il y passa le reste de sa vie, chéri et honoré. En 1719, le landgrave de Hesse-Cassel lui offrit deux postes importants; la chaire de premier professeur de théologie à Giessen, et la place de surintendant des églises de la confession d'Aubourg. Fabricius fut tenté de les accepter; mais les magistrats de Hambourg, plus ardens à le retenir qu'il n'étoit à les quitter, augmentèrent en 1720 ses gages de deux cents écus. Cette attention le fixa à Hambourg. Il y mourut le 3 avril 1736, à 68 ans. C'étoit un homme modeste, malgré l'étendue de ses connoissances. Sa douceur le faisoit aimer autant que ses lumières inspiroient l'estime. Peu de savans ont été plus laborieux; il suffisoit à tout, leçons publiques, correspondances littéraires, compositions d'ouvrages. Outre une mémoire prodigieuse et une facilité extrême à écrire, il ne laissoit perdre aucun instant. « D'ailleurs, dit Nicéron, comme il avoit eu en vue, dès sa première jeunesse, les principaux ouvrages qu'il a composés, il avoit fait de bonne heure des recueils sur ces matières, dans lesquels il avoit tout marqué avec la dernière exactitude, et il n'avoit plus qu'à les mettre en ordre; ce qu'il faisoit en peu de temps, la vivacité de son esprit ne lui permettant pas de languir long- temps sur un même ouvrage. Ajoutons encore qu'il trouvoit des secours dans ses disciples, et qu'ils l'aidoient souvent, surtout pour les tables de ses livres. Au reste, s'il recevoit des secours des autres, il en donnoit aussi volontiers à ceux qui lui en demandoient, et les aidoit de ses conseils et de ses soins. Sa modestie lui fit refuser une place dans l'académie des Sciences de Berlin, et une autre dans la société royale de Londres, qu'on lui offrit avec empressement. Persuadé que plus on sait de choses, plus on connoit qu'on en ignore, il ne se choquoit point lorsqu'on lui montroit quelques fautes dans ses ouvrages, se contentant de dire, que s'il étoit besoin, il en feroit bien voir lui-même d'autres. Ceux qui l'ont fait connoître le plus avantageusement dans la république des lettres, sont : I. Codex apocryphus Novi Testamenti collectus, castigatus, à Hambourg, en 3 vol. in-8°, 1719. C'est une collection curieuse et exacte de beaucoup de morceaux inconnus au commun des lecteurs, et même au commun des savans. On y trouve une notice de tous les faux Evangélistes, des faux Actes des Apôtres, et des Apocalypses, dont l'Eglise fut inondée dans sa naissance. Ce recueil estimé est enrichi de plusieurs remarques critiques, pleines de justesse et d'érudition. II. Bibliotheca Graeca, 14 vol. in-4°, publiés à Hambourg depuis 1705 jusqu'en 1728. Cette notice des anciens auteurs Grecs, de leur vie, de leurs ouvrages, est précieuse aux philosophes. Il n'y a d'ailleurs presque aucun volume, qui ne contienne quelques écrits, ou entier ou en partie, des auteurs Grecs anciens et mo- dernes. Il faut que le premier volume soit de 1718 ou au moins de 1708 : édition plus ample que celle de 1705. Les volumes suivants sont semblables, quoique réimprimés. Le célèbre Allemand Harles vient de donner une nouvelle édition complète de cette bibliothèque, et y a ajouté les supplémens inédits de Heumann. Le septième volume a paru à Hambourg en 1801. III. Bibliotheca Latina Ecclesiastica, Hambourg, in-fol. 1718. C'est le recueil des écrits latins sur les matières ecclésiastiques. IV. Memoriae Hamburgeonnes, 7 volume in-8°, augmenté d'un huitième en 1745, par Evers, gendre de Fabricius. On y trouve la vie et les éloges des illustres Hambourgeois. V. Codex pseudopigraphus Veteris Testamenti, in-8°, deux vol., 1722 et 1723. L'auteur a exécuté à l'égard de l'ancien Testament, ce qu'il avoit pratiqué à l'égard du nouveau dans son Codex apocryphus. VI. Une savante édition de Sextus Empiricus, grecque et latine, Leipzig, 1718, in-folio; et du Gallia Orientalis, du Père Colombiès, 1709, in-4°. VII. Un Recueil en latin des Auteurs qui ont prouvé la vérité du Christianisme, 1725, in-4°. VIII. Un excellent ouvrage en allemand, traduit en françois sous ce titre : Théologie de l'Eau, 1743. Paris, in-8°, avec de nouvelles remarques communiquées au traducteur. IX. Les Ecrivains de l'Histoire d'Allemagne et du Nord, publiés par Lindenbrogius; auxquels il joignit les Origines de Hambourg par Lambecius, et les Inscriptions de cette même ville, par Anckelman: le tout orné de notes savantes et d'appendices, in-fol. X. Une édition du Theatrum Anonymorum, de Placcius, in-folio; il y ajouta une préface, et la vie de l'auteur. XI. Bibliotheca Latina, 1607-1708-1721, in-8°, 3 volumes; réimprimée à Venise en 1728, 2 vol. in-4°. Ce livre, quoique bon, est moins parfait que la Bibliothèque Grecque. Il y a quelques fautes; mais elles sont inévitables, dit Nicéron, dans les ouvrages où l'on ne peut tout voir par soi-même, et où l'on est obligé de s'en rapporter à des catalogues souvent fautifs. XII. Bibliotheca media et infima latinitatis, 1734, in-8°, 5 volumes; réimprimée à Padoue, 1754, 6 volumes in-4°. XIII. Bibliographia antiquaria, Hambourg, 1760, 2 volumes. Cet ouvrage est une notice de écrivains qui ont travaillé sur les antiquités hébraïques, grecques, romaines et ecclésiastiques. V. FABRICIUS, (Jérôme) plus connu sous le nom d'Aquapendente, sa patrie, fut disciple et successeur de Fallope dans la chaire d'anatomie de Padoue. Il l'occupa pendant quarante ans avec beaucoup de distinction. La république de Venise lui donna une pension de cent écus d'or, et l'honora d'une statue et d'une chaîne d'or. Ce savant médecin mourut en 1603 à Padoue, dans un âge assez avancé, laissant plusieurs Ouvrages sur la chirurgie, l'anatomie et la médecine, justement estimés par ceux qui s'appliquent à ces arts utiles. Ses Œuvres anatomiques ont été imprimées à Leyde en 1738, in-folio. Il remarqua, le premier, en 1574, les valvules des veines, mais il ne connut ni leur structure, ni leur usage. Ce médecin crut avec raison qu'il falloit unir F A B 15 la théorie de son art avec la pratique, et celle-ci avec la chirurgie. C'est à ses méditations et à ses expériences sur cette dernière, que nous devons ses Œuvres Chirurgicales, qui ont été recueillies également en Hollande en 1723, in-folio. Fabricius travaillait plus pour la gloire que pour l'intérêt. Ses amis lui firent divers présens, pour récompenser son généreux désintéressement. Il les mit dans un cabinet particulier, avec cette inscription : Lucri neglecti lucrum.
FABRINI, (Jean) grammairien Florentin, vivait dans le milieu du 16e siècle. Nous avons de lui des Notes et des Commentaires sur Virgile, Horace, Térence, et sur quelques Épîtres de Cicéron. Ils sont assez bons pour leur temps. Il est auteur de quelques autres ouvrages sur sa langue.
FABROT, (Charles-Annibal) étoit d'Aix en Provence, où il vit le jour l'an 1580. Sa profonde érudition et ses vastes connaissances dans la jurisprudence civile et canonique, lui obtinrent l'amitié du fameux Païrese, protecteur de tous les gens de mérite. Le président du Voir, qui l'estimoit aussi, devenu garde des sceaux en 1617, attira Fabrot à Paris. Il n'avoit que 36 ans, et depuis huit années il occupoit avec distinction une chaire de droit dans l'université d'Aix. Il retourna en cette ville après la mort de son protecteur, et y reprit ses fonctions de professeur. On le revit à Paris en 1637, pour y faire imprimer des Notes sur les Institutes de Justiniens. Cet ouvrage dédié au chancelier Séguier, fut honorable et utile 16 F A B à l'écrivain. Il fit à *Fabrot* un grand nom dans la république des lettres, et lui valut une pension de deux mille livres, qui lui fut accordée pour travailler à la *Traduction des Basiliques*: c'est la collection des lois Romaines, dont l'usage s'étoit conservé dans l'Orient, et de celles que les empereurs de Constantinople avoient faites. Cet immense répertoire, le fruit de dix années d'application constante, mérita à son auteur une charge de conseiller au parlement de Provence, dont les circonstances du temps ne lui permirent pas de jouir. Il parut en 1647 à Paris, en 7 vol. in-fol. sous le titre de *Basilicon*, auquel il faut joindre le *Supplément* par *Buhn-kénius*, Leyde 1765, in-folio. Deux ans après, en 1749, *Fabrot* publia une édition des Œuvres de *Cedrène*, de *Nicétas*, d'*Anastase* le Bibliothécaire, de *Constantia Manassès*, et des Institutes de *Théophile Simocatte*, qu'il enrichit de notes et de dissertations. On a encore de lui des *Observations* sur quelques titres du *Code Théodosien*; un *Traité sur l'Œuvre*, contre *Saumalise*; quelques *Maximes de Droit sur Théodore Balzamon*, sur l'*Histoire Ecclésiastique*, sur les *Fapes*, et plusieurs *Traités* particuliers sur diverses matières de droit. En 1652, ce docte et infatigable écrivain commença la révision des Œuvres de *Cujas*, qu'il corrigea sur plusieurs manuscrits, et qu'il donna au public à Paris l'an 1658, en 10 vol. in-fol. avec d'excellentes notes aussi curieuses qu'instructives. L'application excessive qu'il mit à ce grand ouvrage, lui causa une maladie, dont il mourut le 16 janvier 1659, âgé de 79 ans. On trouva parmi les papiers de ce savant homme, des *Commentaires sur les Institutes de Justinien*, des *Notes sur Aulu-Gëlle*; et le *Recueil des Ordonnances ou Constitutions Ecclésiastiques*, en grec, qui n'avoient pas encore vu le jour. Ce dernier ouvrage a été inséré dans la *Bibliothèque du Droit canon*, publiée en 1661, par *Voël* et *Justel*.
FACINI, (Pierre) peintre Bolonois, élève d'*Annibal Carrache*, a laissé d'excellens tableaux d'histoire, dont la plupart se trouvent à Bologne.
FACIO, (Barthélemi) né à Specia ou Spezzia, dans l'état de Genes, mort vers l'an 1457, fut secrétaire d'*Alphonse d'Aragon*, roi de Naples. *Æneas Sylvius*, pape sous le nom de *Pic II*, fut très-lié avec lui, ainsi que la plupart des érudits de son siècle. On doit aux veilles de ce profond littérateur: I. *De Bello Veneto Claudiano*, *seu inter Venetos et Genuenses*, *circiter anno* 1391; Lyon, 1578, in-8°, etc. II. Une *Histoire de son temps*, jusqu'à l'année 1455, en latin. III. *De vitæ Felicitate*, à Leyde, 1628, in-14. IV. Un *Traité des Hommes illustres de son temps*, aussi en latin, publié à Florence, en 1745, in-4°. V. Quelques *Opuscules*, mis au jour par *Frecher* à Hanovre, 1611, in-4°. Ce savant étoit un ennemi irréconciliable: il conserva jusqu'au tombeau sa haine pour *Laurent Valla*. Dans une épigramme qu'il fit presque à l'agonie, au moment qu'il apprit la mort de son ennemi, il dit: *Ne vel in Elysis, sine vindice, Valla susurret,* *Facius haud multos post obis ipse dies.*
FACUNDUS,
**FACUNDUS**, évêque d'Hermine en Afrique, mort vers l'an 553, assista en 547 à la conférence que le pape *Vigile* tint à Constantinople sur la dispute des *trois Chapitres*. Il s'agissoit dans cette affaire, de l'orthodoxie de *Théodore* de Mopsueste, des écrits de *Théodoret*, et de la lettre d'*Ibas*. *Facundus* les soutint avec un zèle qui lui mérita l'exil. Nous avons encore l'ouvrage qu'il composa sur cette matière : il est écrit d'un style véhément, plein de feu et avec beaucoup d'art; mais l'auteur sort souvent des bornes de la modération. Le savant Père *Sirmond* publia cet écrit en 1629, in-8°, avec des notes; et il fut inséré depuis dans l'édition d'*Optat*, faite à Paris.
**FADUS**, (Cuspius) *Voyez CUSPIUS-FADUS*.
**FAËRNE**, (Gabriel) de Crémone en Italie, mit en vers latins, dans le 16$^{e}$ siècle, cent *Fables d'Esope*, distribuées en cinq livres. *Pie IV* l'engagea à ce travail, et n'eut pas à s'en repentir. La morale y est rendue d'une manière ingénieuse; le style a cette précision, ce naturel, cette variété, qui font le principal mérite de ces sortes d'ouvrages. *Faërne* ne vit point mettre au jour le fruit de son travail : son *Recueil de Fables* ne parut qu'en 1564, environ trois ans après sa mort, avec une dédicace à *St. Charles Borromée*, archevêque de Milan. Ce recueil, imprimé à Rome en 1564, in-4°, et depuis à Londres en 1743, in-4°, orné de planches, fit connoître *Faërne* sur le théâtre littéraire. Les curieux les recherchent, et la dernière édition n'est pas commune. *Pernault*, *Tome V.* de l'académie françoise, les traduisit en vers françois, in-12, Amsterdam, 1718. *De Thou*, et divers auteurs après lui, ont accusé *Faërne* d'avoir un manuscrit des fables de *Phèdre*, alors inconnues, et de l'avoir supprimé, après qu'il en eut pris tout ce qui pouvoit lui convenir. Mais c'est une imputation qui n'a aucun fondement. Cet auteur étoit aussi bon critique qu'excellent poète. On a encore de lui : I. *Censura emendationum Livianarum Sigonii*. II. Une édition de *Térence*, Florence, 1565, in-8°, Paris, 1602, in-4°. III. Des *Remarques* sur *Catulle* et sur plusieurs ouvrages de *Cicéron*. IV. *Dialogi antiquitatum*, etc. Il mourut à Rome, le 17 novembre 1561, dans la force de son âge. *Pie IV* et le cardinal *Charles Borromée*, neveu de ce pontife, l'honoroient d'une estime particulière, ou plutôt s'honoroient en rendant justice à son mérite.
**FAGAN**, (Christophe-Barthélemi) naquit à Paris en 1702, du premier commis au grand bureau des consignations. Il y eut lui-même un emploi, qui l'occupoit peu, et qui lui laissa la liberté de s'attacher aux belles-lettres. *Fagan*, avec une partie de l'esprit de la *Fontaine*, avoit à peu près le même caractère, la même indolence, la même aversion pour les affaires. Il étoit marié et bon époux. Son extérieur négligé, son air distrait et timide, n'annonçoient point tout ce qu'il étoit. Il avoit beaucoup de talent pour le théâtre. Il travailla tout-à-tour pour le François, l'Italien, et pour celui de la Foire. On remarque, dans toutes ses pièces, un enjouement naïf et fin. Les plus applaudies, soit pour le bon comique, soit pour la conduite, sont le *Rendez-vous* et la *Pupille*. Celle-ci mérite d'être distinguée. *De la Harpe*, dans son Cours de littérature, attribue tout le succès de cette agréable pièce aux graces et au jeu de la *Gaussin*; mais depuis que le théâtre a perdu cette excellente actrice, la pièce n'y est pas moins restée comme un modèle de naturel dans le dialogue, de noblesse, de naïveté et de pudeur dans le rôle principal. La comédie des *Originaux* fut jouée en 1737. Plusieurs scènes d'excellent comique et la bonté de sa morale l'ont soutenue au théâtre. C'est une mère qui, pour corriger son fils gâté par les travers du jour, lui présente les ridicules de divers personnages admis dans la société pour être ses jouets et l'objet du mépris des gens sensés. Les autres pièces sont la *Orondeuse*, *Perrette et Lucas*, l'*Amitié rivale*, les *Caractères de Thalie*, le *Marié sans le savoir*, *Joconde*, l'*Heureux retour*, la *Jalousie imprévue*, l'*Isle des Talens*, la *Fermière*, les *Eveillés de Poissy*, les *Acteurs juges*. Il en a composé un grand nombre d'autres de société avec *Panard* et *Favart*. *Pesselier* a rassemblé en 1760, en 4 vol. in-12, les différens ouvrages dramatiques de *Fagan*. On trouve en tête de cette édition, un éloge historique de l'auteur, et une analyse de ses Œuvres. *Fagan* mourut à Paris le 28 avril 1755, à 53 ans. I. FAGE, ou BUCKLIN, (Paul) *Fagius*, né à Rheinzabern dans le Palatinat, en 1504, d'un maître d'école, se distingua par ses connaissances dans la langue hé- hébraïque. Appelé en Angleterre par *Crammer*, archevêque de Cantorbery, il fut chargé de faire des leçons publiques à Cambridge, où il mourut en 1550, âgé de 46 ans. Ce savant Protestant a beaucoup contribué à répandre la connaissance de la langue hébraïque par ses ouvrages, dont voici quelques-uns : *Thisbites Elias*; *Apophthegmata Patrum*; *Sententiæ morales*, 1542, in-4°; *Tobias hebraicus*, 1542, in-4°; *Expositio dictio-num hebraicarum*, 1542, in-4°; *Notæ in Pentateuchum*, 1546, in-folio, etc.
II. FAGE, (Raimond de la) naquit en 1648, à l'Isle en Albigeois. Il s'adonna au dessin sans secours, sans maîtres, malgré ses parens, et devint bientôt un dessinateur excellent. Il mettait dans ses productions, sur-tout dans les sujets libres, un goût, un esprit qui surprennoient les artistes. Son atelier ordinaire était le cabaret. Il s'était établi, depuis plusieurs jours, chez un aubergiste, et y faisait une dépense qui paroissait au-dessus de sa fortune. Lorsqu'il fallait payer, il crayonna au dos du mémoire qu'on lui présenta, un dessin que l'aubergiste porta à un amateur. Le curieux en donna ce qu'on lui demanda, et fit encore remettre de l'argent à la Fage. Ce maître mourut en 1699, à 42 ans. Il dessinait à la plume et au lavis. Ses dessins, dans le premier genre, sont fort recherchés. *Carle Maratte* faisait beaucoup de cas de ses ouvrages. *La Fage* fut un jour rendre visite à ce peintre, qui, l'apercevant, se leva et lui mit ses pinceaux entre les mains. *La Fage* lui répondit, qu'il ne s'était jamais exercé à la peinture. *Que je suis heureux; répliqua Maratte! A juger par vos dessins du progrès que vous auriez fait dans cet art, je vous aurois cédé une place que vous eussiez remplie plus dignement que moi.*
FAGEL, (Gaspard) grand pensionnaire de Hollande, très-attaché à la cause du prince d'Orange, dans les Pays-Bas et en Angleterre, naquit en 1629, et mourut en 1688. Son désintéressement, sa prudence et son activité lui méritèrent l'estime de ses concitoyens.
FAGET, *Voy. MARCA*, à la fin de l'article.
FAGNAN, (Marie-Antoinette-Marie) préféra une douce obscurité à la carrière littéraire, après avoir publié deux ouvrages de féerie qui eurent du succès. Le premier, intitulé *Kanor*, conte sauvage, a pour but de prouver que le véritable amour fait des prodiges. La scène est sur les bords de la rivière des Amazones. Elle présente des détails ingénieux et une critique plaisante de plusieurs de nos usages. Le second écrit de Mad. *Fagnan*, a pour titre : *Miroir des Princesses Orientales*. C'est un miroir qui révèle tout ce qui se passe au fond des cœurs. L'idée n'en est pas nouvelle. On sait que le *Sage* en a fait le fond de son opéra du *Miroir magique*. On doit encore au même auteur une bagatelle agréable, publiée dans le *Mercure de France*, sous le titre de *Minet bleu et Louvette*. Son objet est de rappeler qu'il ne peut y avoir de véritable laideur pour les femmes qui ont de l'âme, du sentiment et une véritable tendresse. Mad. *Fagnan* est morte vers l'an 1770.
FAGNANI ou FAGNAN, (Prosper) célèbre canoniste, consulté à Rome comme l'oracle de la jurisprudence, fut pendant quinze ans secrétaire de la sacrée Congrégation. Cet habile homme perdit la vue à l'âge de 44 ans, et n'en travailla pas moins jusqu'à sa mort, arrivée en 1678, à l'âge de 80 ans. On lui doit un long *Commentaire sur les Décrétales*, à Rome, 1661, 3 vol. in-fol., réimprimé à Venise en 1697. Il fut entrepris par ordre du pape *Alexandre VII*. La *Table* de cet ouvrage, vrai chef-d'œuvre en ce genre, vaut seule autant que le Commentaire. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'un homme aveugle ait pu la dresser, et la dresser si exacte. Son livre est très-favorable aux Ultramontains.
FAGNON, (Jean-Charles) habile graveur, attaché à la bibliothèque du Louvre, a gravé une infinité de vignettes et de fleurons, que le goût moderne a bannis des éditions, et une suite précieuse de caractères d'imprimerie, imitant les diverses sortes d'écriture avec autant de légèreté que d'agrément. *Fagnon* réunissait à de grands talens dans son art la douceur du caractère et les vertus de l'homme de bien. Il est mort au mois de mars 1800, à l'âge de 67 ans.
FAGON, (Gui-Crescent) né à Paris en 1638, d'un commissaire des guerres, fut destiné de bonne heure à la médecine. Il prit le bonnet de docteur en 1664. Étant sur les bancs, il soutint, dans une thèse, la circulation du sang : action hardie alors, que les vieux docteurs ne pardonnèrent au jeune étudiant, qu'en faveur de l'esprit avec lequel il avoit défendu ce paradoxe, aujourd'hui démontré. *Vallot*, premier médecin du roi, ayant entrepris de repeupler le Jardin-Royal, le livre commun de tous les botanistes, *Fagon* lui offrit ses soins. Il parcourut les Alpes, les Pyrénées, l'Auvergne, la Provence, le Languedoc, et n'en revint qu'avec une riche moisson. Son zèle fut récompensé par les places de professeur en botanique et en chimie au jardin du roi. Sa réputation le fit choisir en 1668, pour être le premier médecin de Mad. la *Dauphine*. Quelques mois après, il le fut de la reine; et après la mort de cette princesse, il fut chargé par le roi du soin de la santé des enfans de France. Enfin, *Louis XIV*, après l'avoir approché de lui par degrés, le nomma son premier médecin, en 1694. Dès qu'il fut élevé à ce poste, il donna à la cour un spectacle rare et singulier: il diminua beaucoup les revenus de sa charge. Il se retrancha ce que les autres médecins subalternes de la cour payoient pour leur serment; il abolit les tributs qu'il trouva établis sur les nominations aux chaires royales de professeur en médecine dans les diverses universités. Devenu surintendant du Jardin-Royal en 1698, il inspira à *Louis XIV* d'envoyer *Tournefort* dans le Levant, pour enrichir ce jardin de nouvelles plantes. L'académie des Sciences lui ouvrit son sein l'année d'après. *Fagon* avoit toujours eu une santé très-foible. « Elle ne se soutenoit que par un régime presque superstitieux; et il pouvoit donner pour preuve de son habileté, dit *Fontenelle*, qu'il vivoit. » L'art céda enfin, et la France le perdit le 11 mars 1718, âgé de près de 80 ans. — Il avoit épousé *Marie Nozereau*, dont il a laissé deux fils; l'aîné, *Antoine*, évêque de Lombez, puis de Vannes, mort le 16 février 1742; et le second, *Louis*, conseiller d'état ordinaire et au conseil royal, et intendant des finances, mort à Paris le 8 mai 1744, sans avoir été marié. Outre un profond savoir dans sa profession, *Fagon* avoit une érudition très-variée, et embollie par l'heureuse facilité de bien parler. Son cœur étoit encore au-dessus de son esprit: il étoit humain, généreux, désintéressé. Le roi lui ayant accordé l'expectative de la première place d'intendant des finances pour son fils, celle de *Poulletier* vaqua en 1711. *Fagon*, à qui le roi l'offrit, déclara nettement qu'il ne vouloit point en priver le fils du défunt, et qu'il aimoit mieux que le sien n'en eût jamais. Il en eut pourtant une quelques années après. Ce célèbre médecin avoit beaucoup d'attachement pour la faculté de médecine de Paris, dont il étoit membre. Elle trouvoit en lui un agent fort zélé auprès du roi, et très-empressé à soutenir ses privilèges. « Peut-être dans des cas particuliers, dit *Fontenelle*, n'a-t-il été que trop ferme en faveur de sa faculté contre ceux qui n'en étoient pas; soit par justice, soit par attachement à ses idées. Il ne fit pas plus de grace aux empiriques. Ce n'est pas qu'il rejetât tout ce qu'on appelle *secrets*; au contraire, il en fit acheter plusieurs au roi. Mais il vouloit qu'ils fussent véritablement secrets, c'est-à-dire inconnus jusques-là, et d'une utilité constante. Souvent il fit voir à des charlatans, qui croyoient ou qui feignoient de posséder un trésor, que leur trésor étoit déjà public. Il leur montroit le livre où il étoit renfermé; car, malgré les assujettissemens de sa place et de sa profession, il ne cessoit de lire et de s'occuper. Les fêtes, les spectacles, les divertissemens de la cour, quoique souvent dignes de curiosité, ne lui causoient aucune distraction. Tous les malades de Versailles s'adressoient à lui. «Quelques-uns vraisemblablement croyoient faire leur cour en s'adressant au premier médecin; mais heureusement ce premier médecin étoit aussi, dit *Fontenelle*, un grand médecin; et sa maison ressembloit à ces temples de l'antiquité, où étoient en dépôt les recettes qui convenoient aux maux différens. Il eut part au *Catalogue du Jardin royal*, publié en 1665, sous le titre de *Hortus regius*. Il orna ce recueil d'un petit *Poème* latin, inspiré par son goût pour la botanique. «On est, dit *Fontenelle*, volontiers poète pour ce qu'on aime.» On a encore de lui les *Qualités du Quinquina*; Paris 1703, in-12.
FAGUNDEZ, (Étienne) Jésuite, de Viana en Portugal, mourut en 1645, à 68 ans, regardé comme un homme pieux et savant. On a de lui un *Traité des Contrats*; Lyon 1641, infolio; et d'autres Ouvrages de théologie morale, qui ont eu de la réputation.
FAHRENHEIT, (Gabriel-Daniel) né à Dantzig, fut d'abord destiné au commerce; mais son goût le portant vers la physique, il s'appliqua à la construction des baromètres et des thermomètres, et il en fit d'excellens. Il substitua, en 1720, le mer- eure à l'esprit de vin, et rendit ainsi ce dernier instrument beaucoup plus juste. Il vivoit encore en 1740, et il avoit perfectionné ses connoissances par différens voyages en Hollande, en Prusse, en Courlande, en Livonie. On a de lui une *Dissertation sur les Thermomètres*, imprimée en 1724.
FAIDEAU, *Voy. FEYDEAU.*
FAIEL, (Eudes de) seigneur fameux du Vermandois, se signala, dit-on, par une action atroce vers la fin du 12$^{e}$ siècle. Il avoit épousé *Gabrielle de Vergy*, ou plutôt de *Lévergies*, d'une des meilleures maisons du canton, et plus distinguée par sa beauté que par sa naissance. Cette dame, née avec un cœur tendre, ne put résister à la figure séduisante de *Raoul de Coucy*. Ce jeune seigneur fut blessé à mort dans une affaire contre les Sarrasins. Se voyant à l'extrémité, il chargea son écuyer, dès qu'il seroit retourné en France, de remettre à la dame *Faïel* une lettre de sa main, un petit coffre d'argent, avec les joyaux qu'il avoit reçus d'elle à son départ. Il l'engagea aussi, sous le serment, à prendre son cœur après sa mort, et à porter ce funeste présent à celle pour qui seule ce cœur avoit soupiré. Le messager étoit déjà dans les avenues du château de *Faïel*, lorsqu'il fut rencontré par le seigneur, qui le reconnut, et l'obligea de lui déclarer le sujet de son arrivée. *Faïel* se saisit du fatal dépôt avec une joie mêlée de rage; il rentra dans le château, et, poussé par l'excès de sa jalousie, il fit servir à sa femme dans un hachis, le cœur de *Coucy*, qu'elle mangea, sans se douter de rien. *Ce mets*, lui dit-il avec un souris amer, a dit vous paroltre excellent, car c'est le cœur de votre amant. En même temps, il jeta sur la table le petit coffre et les bijoux. A ce specta- cle, la dame de Faïel s'évanouit; elle ne revint à elle que pour jurer qu'elle ne prendroit plus de nourriture; ce qui la conduisit, en peu de jours, au tombeau. Cette horrible aventure est pla- cée vers l'an 1191. Elle a fourni à du Belloy et d'Arnaud le sujet d'une tragédie. Le seigneur de Faïel, dévoré par les chagrins et les remords, mourut bientôt avec la douleur d'avoir sacrifié une épouse chérie. Voyez les Mémoires historiques sur la mai- son de Coucy et sur la dame de Faïel, par du Belloy. Voyez Coucy.
FAIGNET, (Joachim) né à Montcontour en 1703, y rem- plit une place de trésorier de France, et travailla à l'Encyclo- pédie. On lui doit encore les ou- vrages suivans : I. L'Ami des Pauvres, 1767, in-12. II. Mé- moires politiques sur les Finances, in-12. III. Entretien de nos Troupes à la décharge de l'Etat, 1769, in-12. IV. Légitimité de l'Usure réduite à l'intérêt légal, 1770. Faignet est mort avant la révolution.
FAIL, (Noël du) seigneur de la Hérissaye, gentilhomme Bre- ton, et conseiller au parlement de Rennes, au 16e siècle, fut ami d'Eginard-Baron et de Duaren. On a de lui divers ou- vrages qu'on ne lit plus, et que l'on ne peut guères lire, si l'on a le germe du bon goût. Les gens frivoles recherchent cependant ses Contes et Discours d'Entra- pel; Paris 1549, in-16. Cette édition est extrêmement rare. L'ouvrage a été réimprimé en 1732, 2 vol. in-12, et les Buses de Ragot, 1516, in-16, réim- primées aussi sous le titre de Propos rustiques, en 1732. Ces livres ne sont recommandables que par leur naïveté.
FAILLE, (Guillaume de la) né à Castelnandari en 1616, avo- cat du roi au présidial de cette ville, devint syndic de Toulouse en 1655, et secrétaire perpétuel des Jeux-Floraux en 1694. Il mourut à Toulouse, le 12 no- vembre 1711, à 96 ans, doyen des anciens Capitouls. On a de lui : I. Les Annales de Toulouse, en 2 vol. in-folio, 1687 et 1701. L'auteur de la dernière Histoire de Toulouse, (M. du Rozoi) a beaucoup profité de cet ouvrage, curieux et intéressant, sur-tout pour les Toulousains. Le style en est vif et concis, mais peu correct. Il s'est arrêté à l'année 1610; son amour pour la vérité ne lui permit point de traiter l'histoire des derniers temps, parce qu'il craignoit d'être obligé de la trahir. II. Un Traité de la Noblesse des Capitouls, en 1707, in-4° : il est rempli de recher- ches curieuses. Cet ouvrage fut composé dans le temps de la re- cherche des faux nobles, de peur que les commissaires de la cour ne donnassent quelque atteinte aux privilèges du capitol. On y trouve un Catalogue de plu- sieurs Nobles et anciennes Fa- milles, dont il y a eu des Ca- pitouls depuis la réunion du comté de Toulouse à la Couronne. Quel- ques-unes de ces familles eurent le petit orgueil de se facher de ce qu'on les avoit comprises dans cette liste. Indépendamment du mérite de l'érudition, la Faille écrivoit facilement en vers et en prose. Il étoit lié avec plusieurs gens de lettres, dont il avoit l'estime et l'amitié. I. FAIRFAX, (Édouard) poète Anglois, mort en 1632, a donné une Traduction du Tasse, Londres 1624, in-folio, et a composé des Églogues et d'autres poésies.
II. FAIRFAX, (Thomas) chef du parti des parlementaires en Angleterre, défit l'armée de Charles I à Naseby, le 23 juin 1645. Ce malheureux prince s'étant retiré chez les Écossois, ils eurent la basse cruauté de le livrer à ses ennemis. Fairfax le traita avec beaucoup de respect, et l'auroit laissé évader, s'il n'avoit craint Cromwel. Lorsque Charles II fut appelé à revenir prendre la couronne, le parlement le choisit pour un des députés qu'il envoya à ce prince. Fairfax mourut en avril 1667. Son père avoit partagé les dangers de la guerre des parlementaires. Ils étoient l'un et l'autre Presbytériens; et l'esprit de secte entra plus dans leurs démarches que l'envie de décrôner leur souverain. Voy. CAPEL.
FALCANDUS, (Hugues) Normand d'origine, trésorier de Saint-Pierre de Palerme, dans le 12e siècle, laissa une Histoire de Sicile, depuis 1152 jusqu'en 1169, écrite avec simplicité et exactitude. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de Gervais de Tournai, à Paris, 1550, in-4.
FALCIDIUS, tribun du peuple Romain, institua la loi Falcidie, ainsi appelée du nom de son auteur. Elle ordonnoit que le quart des biens de tout tes- E A L 23 tateur demeureroit à ses légitimes héritiers : c'est ce qu'on nomma la Quarte Falcidie. On pouvoit disposer du reste.
FALCONET, (Camille) né à Lyon en 1671, d'une famille célèbre dans la médecine, augmenta la gloire de ses ancêtres par l'étendue et la variété de son savoir. Le P. Malebranche, qui le connut, lui donna son estime et son amitié. L'académie des Belles-Lettres le mit au nombre de ses membres en 1716, et le perdit le 8 février 1762. Il étoit alors âgé de 91 ans, et il avoit dû sa longue vie autant à son tempérament qu'à sa sagesse. Ce savant possédoit une bibliothèque de quarante-cinq mille volumes, de laquelle il avoit séparé, dès 1742, tous les ouvrages qui manquoient à la bibliothèque du roi. Nous avons de cet auteur: I. Une Traduction du nouveau Système des Planètes, composé en latin par Villemont, publiée en 1707, in-12. II. Des éditions de la Pastorale de Daphuis et Chloé, traduite par Amyot, 1731, in-8, avec des notes curieuses. III. Du Cymbalum mundi, par Despériers, avec des notes, 1732, in-12. IV. Plusieurs Thèses de médecine. V. Des Dissertations dans les Mémoires de l'académie des Belles-Lettres. Falconet avoit l'humeur gaie, le caractère prompt, l'esprit vif. Il aimoit à parler, et parloit fort bien. Quiconque aimoit les lettres trouvoit auprès de lui l'accès le plus facile. Il prêtoit ses livres non-seulement avec plaisir, mais même avec empressement. Toute sa maison en étoit pleine; tout respiroit le savoir et la simplicité de nos pères. Quoiqu'il n'excellât pas dans la pratique de la mé- decine, il connoissoit très-bien la théorie, et brilloit dans la consultation. Une dame, malade imaginaire, s'étant adressée à lui pour avoir ses avis, lui avoua qu'elle mangeoit, buvoit et dormoit bien. Hé bien! lui dit Falconet, je vous donnerai un remède qui vous ôtera tout cela. — Son aïeul, André FALCONET, avoit été échevin à Lyon en 1627, et y publia un Traité sur le Scorbut. — Son père est auteur d'un Système sur les diverses sortes de Fièvres et sur leurs crises.
FALCONIA, Voy. PROBA. I. FALCONIERI, (Julienne de) morte à Florence sa patrie, en odeur de sainteté l'an 1341, donna en 1307 une règle aux Oblates ou converses des Servites, dont elle fut la première supérieure. Martin V l'approuva en 1424. La pieuse fondatrice se signala par les plus grandes austérités. Elle ne mangeoit point le mercredi et le vendredi. Benoit XIII la canonisa en 1729.
II. FALCONIERI, (Ottavio) de la même famille que la précédente, est auteur d'un savant Discours en italien sur la pyramide de Caius Sestius. Nardini l'a inséré dans sa Roma antica. Cet auteur étoit Romain. Il mourut en 1676.
FALDA, (Jean-Baptiste) graveur Italien du 18e siècle, dont on a des Estompes à l'eau forte, d'un très-bon goût. Les curieux recherchent ses Livres des palais, des vignes et des fontaines de Rome.
FALETI, (Jérôme) comte de Trigneno, natif de Savone, s'appliqua avec un succès égal à la poésie et aux affaires. Les ducs de Ferrare lui confièrent des commissions importantes. Les ouvrages sortis de sa plume sont : I. Un Poème italien, en quatre chants sur les guerres de Flandres. II. Douze livres de Poésies. III. Les Causes de la Guerre d'Allemagne sous l'empereur Charles-Quint, en italien, 1552, in-8.º IV. Le Traité d'Athénagore sur la Résurrection, traduit en italien, 1556, in-4.º V. Il eut beaucoup de part à l'immense recueil intitulé, Polyanthea. Cet auteur florissoit au 16e siècle. I. FALIERI, (Ordelafò) doge de Venise, alla vers l'an 1102 au secours de Baudouin, roi de Jérusalem, avec une puissante flotte. Après avoir aidé à reprendre presque toute la Syrie, il conquit la Dalmatie, la Croatie et plusieurs autres provinces. Il rentra en triomphe dans sa patrie : mais il ne jouit pas longtemps de sa gloire. Zara en Dalmatie s'étant révoltée, il mit le siège devant cette ville, et y périt en 1120.
II. FALIERI, (Martin) doge de Venise en 1354, forma l'horrible complot de s'emparer pour toujours du gouvernement qui lui avoit été confié pour quelques mois. Il falloit se défaire des sénateurs, et le malheureux avoit pris des mesures pour les faire tous assassiner. La conspiration fut découverte par un des conjurés. Le sénat veilla si attentivement sur les conspirateurs, que 16 d'entre eux furent arrêtés avec Falieri leur chef. Il eut la tête tranchée à l'âge de 80 ans; les autres furent pendus, et 400 complices périrent par différens genres de mort. Le conjuré qui avoit découvert cet attentat, obtint des titres de noblesse et une pension de mille écus. Cette récompense étoit assez considérable pour un homme de la lie du peuple; mais elle le lui parut trop peu, et il se plaignit amèrement : ses murmures obligèrent les sénateurs de l'exiler dans l'isle d'Augusta. S'étant sauvé de cette isle, il périt en passant dans la Dalmatie.
FALKENBERG, (Jean de) religieux dominicain au commencement du xve siècle, se mêla des querelles des chevaliers Teutoniques avec le roi de Pologne. Il écrivit contre ce prince un mauvais livre, qui le fit mettre en prison à Constance, où se tenoit alors le concile général. Ce libelle est adressé à tous les rois, princes, prélats, et généralement à tous les Chrétiens. Falkenberg y promet la vie éternelle à tous ceux qui se ligueront pour exterminer les Polonois et Ladislas leur roi. La condamnation du libelle fut résolue unanimement dans le concile. Mais elle ne fut confirmée dans aucune session publique, malgré les sollicitations des François, qui s'étoient joints aux Polonois; parce que les principes de Falkenberg étoient les mêmes que ceux de Jean Petit, autre prédicateur de l'homicide.
FALKLAND, (Lucius Cary, vicomte de) secrétaire d'état en Angleterre durant les convulsions des guerres civiles du règne de Charles I, n'avoit que 33 ans lorsqu'il fut tué à la bataille de Newbury, l'an 1643. Il mourut, dit Clarendon, avec toute l'innocence de mœurs qu'on conserve dans la première jeunesse, et avec les lumières et les vertus, qui ne sont ordinairement que le fruit du dernier âge. Ce citoyen éclairé, vertueux et ferme, étoit inquiet pour sa patrie, et sembloit autant redouter la prospérité excessive de son parti, que celle de la faction opposée. Souvent, au milieu de ses intimes amis, après un profond silence et de fréquens soupirs, il répétoit tristement le mot de Paix. Pour se justifier de ce qu'il exposoit plus librement sa personne aux dangers de la guerre, que sa place ne sembloit le permettre, il disoit : Qu'il se croyoit obligé d'être plus hardi qu'un autre, de peur que son impatience pour la Paix ne le fit soupçonner de timidité ou de poltronnerie. Franc et droit au milieu d'une cour corrompue, il ne voulut ni employer les espions, ni faire ouvrir les lettres des personnes suspectes, ni se servir d'aucun de ces moyens que la foiblesse ou la méchanceté des hommes rendent quelquefois nécessaires aux administrateurs des états. Falkland, zélé parlementaire quand il avoit cru la liberté civile attaquée par la couronne, avoit embrassé, dit l'abbé Millot, le parti du roi, quand on voulut anéantir la monarchie et la constitution. Il gémissoit sur les maux publics; et le jour de la bataille où il fut tué : je prevois, dit-il, que beaucoup de maux menacent ma patrie : mais j'espère en être quitte avant cette nuit.
FALLET, (Nicolas) fut auteur de quelques Poésies qui furent distinguées. La comédie Françoise lui doit la tragédie de Tibère; et la comédie Italienne, l'opéra comique des deux Tuteurs. Ils est mort en ventose de l'an dix presque subitement, ses autres ouvrages sont. I. *Mes Prémices*, 1773. II. *Le Phaéton*, poème imité de l'allemand, 1775, in-8.º III. *Mes Bagatelles*, 1776. IV. *De la Fatalité*, 1779. V. *Les Aventures de Chéras* et de *Callirrhoe*, traduites du grec. En général, les productions de cet écrivain sont foibles, et ne se lisent qu'une fois.
FALLOPE, (Gabriel) médecin Italien, étoit profondément versé dans la botanique, l'astronomie, la philosophie, et sur-tout dans l'anatomie. Il naquit à Modène en 1523, et mourut à Padoue en 1562, à 39 ans, suivant le P. *Nicéron*; mais M. *Eloy* place sa naissance en 1490, et le fait mourir à 73 ans: ces dernières dates paroissent moins sûres. Quoi qu'il en soit, ce médecin parcourut une partie de l'Europe, pour se perfectionner dans son art. Il étoit méthodique dans ses leçons, prompt dans ses dissections, et heureux dans ses cures. Quoi qu'il passe pour avoir découvert cette partie de la matrice qu'on nomme la *trompe de Fallope*, il faut avouer qu'elle n'étoit pas inconnue aux anciens. Il s'est attribué quelques autres découvertes, qu'on lui a contestées. Ses nombreux *Ouvrages* ont été recueillis en 4 vol. in-fol. à Venise en 1588-1606. C'est la meilleure édition. On trouve dans le premier volume ses *Institutions* et ses *Observations anatomiques*, ses *Traités* des remèdes simples, des eaux minérales, des métaux et des fossiles. Le second volume renferme ses *Traités* des plaies, des ulcères, des tumeurs, des cautères, des os, etc. *Voy*. GUILLANDINO.
FALLOURS, (Samuel) peintre Hollandois, a peint les *Cu-* *riosités naturelles*, poissons, écrevisses, crabes, qui se trouvent sur les côtes des isles Moluques, et les a fait imprimer à Amsterdam, 1718, 2 tomes en un vol. in-fol.: 43 planches dans le premier, et 57 dans le second. Ce livre est rare; mais il ne faut se fier, ni à la vérité des enluminures, ni à celle des figures.
FALS, (Raimond) né à Stockholm en 1658, passa à Paris en 1683, et s'attacha à *Cheron*, médailleur du roi. Les médailles sorties de ses mains lui méritèrent une pension de 1200 liv. Cet habile artiste mourut à Berlin en 1703, à 45 ans.
FANNIA, femme de *Caius Titinnius*, bourgeois de Minturne, avoit été connue pour une femme galante avant son mariage. *Titinnius* ne laissa pas de l'épouser, dans le dessein de faire divorce avec elle, et de ne lui point rendre sa dot. A peine avoit-il eu le temps de la connoître, qu'il l'accusa d'adultère, et il ne manqua pas de preuves. L'affaire fut portée devant *Marius*, qui, pénétrant le dessein que *Titinnius* avoit eu en épousant *Fannia*, prononça que *Titinnius* rendroit la dot, et que *Fannia* payeroit une amende de 4 sous d'or. Quelque temps après *Marius* ayant été déclaré ennemi de la république, fut obligé de s'enfuir de Rome. On le prit dans les marais de Minturne, et il fut mis chez *Fannia*, qui, loin de le maltraiter, lui rendit toutes sortes de bons offices. I. FANNIUS, (Caius) surnommé *Strabon*, consul Romain avec *Valerius Messola*, l'an 161 avant J. C. Ce fut sous son consulat que fut publiée la loi *Fana*. nia contre la somptuosité de la table. Cette loi fixoit les sommes qu'on pouvoit dépenser pour les repas. On fut obligé de la renouveler 20 ans après. Le luxe faisoit tous les jours de nouveaux ravages, et ce luxe étoit une suite de la trop grande puissance des Romains. *Scipion* le reconnoissoit lui-même et s'en plaignoit. Il réforma la formule de la prière qu'il étoit d'usage de prononcer à la clôture du lustre, par laquelle on demandoit aux Dieux, qu'ils *augmentassent* la puissance de la république : il en substitua une autre, par laquelle on les prioit de vouloir bien la *maintenir* toujours dans le même état.
II. FANNIUS, (*Caius*) auteur Latin sous *Trajan*, composa une *Histoire*, en 3 livres, des cruautés de *Néron*, et des dernières heures de ceux que ce monstre faisoit exécuter à mort, ou qu'il envoyoit en exil. Les savans, et sur-tout les philosophes, ne sauroient trop regretter la perte de cet ouvrage intéressant.
III. FANNIUS CEPION, complice d'une conjuration contre *Auguste*, qui fut découverte, se donna lui-même la mort. *Hostem cum fugeret*, se Fannius ipse peremit : *Hic, rogo, non furor est, ne moriare mori ?* MARTIAL, lib. II. En fuyant l'ennemi qui cherche à le saisir, *Fannius s'est tué lui-même :* N'est-ce pas, je vous prie, une fureur extrême, De se donner la mort de crainte de mourir ?
IV. FANNIUS, (*Quadratus*) poète Latin. Ses ouvrages, quoique ridicules, furent placés avec son portrait dans la biblio- thèque publique, qu'*Auguste* avoit fait construire dans le temple d'*Apollon*. *Horace*, son contemporain, lui donne le nom de parasite, et le raille cruellement.
FANSHAW, (*Richard*) Anglois, envoyé des rois *Charles I* et *II* à la cour d'Espagne et à celle de Portugal, mourut à Madrid en 1666. Il se distingua dans ses ambassades, ainsi que sur le Parnasse. On a de lui quelques *Ouvrages* en vers et en prose; Londres 1646, in-4°, qu'on a lus autrefois.
FANTET, *Voyez* LAGNY.
FARDELLA, (*Michel-Ange*) né à Trapani en Sicile l'an 1650, d'abord Franciscain, ensuite prêtre séculier, devint professeur d'astronomie et de physique dans l'université de Padoue, et mourut à Naples en 1718, à 68 ans. On a de lui des ouvrages peu connus en France, sur les sciences auxquelles il s'étoit consacré. C'étoit un homme d'un esprit vif et d'une imagination féconde, mais très-distrait. Quoiqu'il eût des appointeurs considérables, sa générosité envers ses amis et son caractère indolent ne lui permirent jamais d'être riche. I. FARE, (*Ste*) vierge d'une famille noble de Brie, soeur de *St. Faron* évêque de Meaux, et de *Changluse* évêque de Laon, bâtit le monastère de Faremontier, en fut abbesse, et mourut vers 655, après une vie de près de 60 ans, remplie par la vertu et la mortification.
II. FARE, *Voyez* LAFARE.
FAREL, (*Guillaume*) né à Gap en 1489, vint de bonne heure à Paris, régenta quelque temps au collège du cardinal le Moine. Jacques le Fèvre d'Etaples, son ami, lui inspira les nouvelles erreurs, que Luther répandoit en Allemagne et Zuingle en Suisse. Farel fut ministre à Genève avant Calvin, et y prêcha la Réforme. Chassé de cette ville en 1538, il se retira à Basle, puis à Neuchâtel, où il mourut en 1565 à 76 ans. Ce novateur se maria à l'âge de 69 ans. Son savoir, qui étoit médiocre, fut terni par son opiniâtreté, et par son penchant pour toutes sortes d'opinions. On a de lui : I. Le Glaive de l'esprit ; ouvrage qui, malgré la singularité de son titre, offre d'assez bonnes choses contre les libertins. II. De la sainte Cène du Seigneur. III. Des Thèses. Ce ministre fut accusé par ceux de son parti, de renouveler les erreurs de Paul de Samosate ; mais un synode de Lausanne le lava de cette imputation.
FARET, (Nicolas) né vers l'an 1600 à Bourg-en-Bresse, fut un des premiers membres de l'académie Françoise, et rédigea les statuts de cette compagnie naissante. Il fut secrétaire du comte d'Harcourt ; et ami de Vaugelas, de Boisrobert, de Coëffetau, de Saint-Amand. Il mourut à Paris, en 1640, à 46 ans. C'étoit un homme de bonne mine, assez gros, haut en couleur ; et comme son teint annonçoit qu'il étoit bien nourri, et que son nom rimoit à cabaret, on lui donna la réputation d'un agréable débauché. On a de lui de la mauvaise prose, et de plus mauvais vers. I. L'Histoire Chronologique des Ottomans, à la fin de l'histoire de Georges Castriot, Paris, 1621, in-4.º II. L'Histoire d'Europe, traduite assez mal en françois, Paris 1621, in-15. III. L'Honnête-Homme, tiré de l'italien de Castiglione, in-12. IV. Des Lettres nouvelles, qui n'apprennent rien : elles sont recueillies de divers auteurs. Il y en a dix seulement de Faret. V. Des Poësies plates, et
FARGIS, (Charles d'Angennes du) d'une famille ancienne, fut conseiller d'état sous Louis XIII, et son ambassadeur en Espagne. Il conclut le traité de Monçon, en 1616 ; mais, comme il ne suivit pas les instructions du P. Joseph, il fut obligé de faire réformer ce traité sur les nouvelles instructions qu'il reçut. Sa femme, Magdeleine de SILLY, comtesse de la Rochepot, fut dame d'atour de la reine Anne d'Autriche, dont elle eut toute la confiance. Elle ne put voir les chagrins que le cardinal de Richelieu causoit à sa maîtresse, sans entrer dans quelques intrigues contre lui. Ce ministre la contraignit de se défaire de sa charge, et elle alla chercher un asile dans les pays étrangers. Beringhen, valet de chambre du roi, qui passoit pour être l'amant de Mad. du Fargis, et qui partageoit ainsi les confidences de la reine, eut ordre en même temps de sortir du royaume. Mad. du Fargis mourut à Louvain, au mois de septembre 1639. On trouve dans le Journal du cardinal de Richelieu, et dans sa Vie par le Clerc (1753, 6 vol. in-12,) des Lettres en chiffres de Mad. du Fargis, qui furent interceptées, et qui la firent condamner à être décapitée par arrêt de la chambre de justice de l'arsenal, en 1631. Elle eut un fils, mort de ses blessures au siège d'Arras, le 2 août 1640, sans avoir été marié, et une fille religieuse à Port-Royal, morte en 1691.
FARIA DE SOUSA, (Emmanuel) gentilhomme Portugais, chevalier de l'ordre de Christ, mourut à Madrid en 1649, à 59 ans, dans un état qui n'étoit guères au-dessus de l'indigence. Les lettres lui firent trop négliger la fortune. Il avoit fait un voyage à Rome, où il s'acquit la considération des savans qui étoient auprès du pape *Urbaia VIII*. *Faria* étoit un homme un peu singulier. Il s'habilloit plutôt comme un philosophe, que comme un homme qui avoit vécu à la cour. Son humeur indépendante et son abord sévère furent, sans doute, un obstacle à sa fortune. Il étoit cependant fort agréable et fort enjoué avec ses amis. On a de lui : I. *Histoire de Portugal*, conduite jusqu'au règne du cardinal *Henri*, imprimée plusieurs fois. La dernière et la meilleure édition est de 1730, in-folio, avec une continuation, et d'autres pièces curieuses. II. *L'Europe, l'Asie et l'Afrique Portugaises*, en six volumes in-fol. : 2 pour l'Europe, 3 pour l'Asie, un pour l'Afrique. *L'Asia Portuguesa* est l'histoire des Portugais aux Indes orientales, depuis leur premier voyage en 1497, jusqu'en 1640. Cet ouvrage exact et curieux a été traduit en italien, en françois et en anglois. *Faria* a encore laissé 7 vol. de *Poésies*.
FARINA, *Voy. I. BORROMÉE*.
FARINACCIO, (Prosper) célèbre jurisconsulte, naquit à Rome en 1554, et y brilla dans le barreau. Il se plut à défendre les causes les moins soutenables. Cette manie, funeste à bien des familles, jointe à la rigueur et à la sévérité excessive avec lesquelles il exerça la charge de procureur-fiscal, fit naître des murmures, et lui suscita des affaires. Cet homme, si rigoureux pour les autres, étoit très-indulgent pour lui-même. Le pape *Clément VIII* disoit de lui à ce sujet, en faisant allusion au nom de *Farinaccio* : « *La farine est excellente, mais le sac qui la contient ne vaut rien...* » Ce jurisconsulte mourut à Rome le même jour qu'il étoit né, le 30 octobre 1618, à 64 ans. Ses *Ouvrages* ont été recueillis en 13 vol. in-folio, à Anvers, 1620, et années suivantes; ils sont recherchés par des jurisconsultes Ultramontains. Voici ce qu'ils renferment : *Decisiones Rotæ*, 2 vol. — *Rotæ novissimæ*, 1 vol. — *Rotæ recentissimæ*, 1 vol. *Repertorium judociale*, 1 vol. *De Hæresi*, 1 vol. *Consilia*, 2 vol. *Praxis criminalis*, 4 vol. *Succus Praxis criminalis*, 1 vol.
FARINATO, (Paul) peintre célèbre et savant architecte, mourut à Vérone, sa patrie, en 1606, à 84 ans. Le prince de Melfe faisoit un cas particulier de ses tableaux et de sa personne.
FARINELLI, (Charles BROSCHI dit) l'un des plus grands musiciens du dernier siècle, et la plus belle voix qui ait peut-être jamais existé, fit de bonne heure l'admiration et les délices des théâtres d'Italie. Son nom étant parvenu à la cour d'Espagne, elle l'attacha à son service, et le combla d'honneurs et de richesses. *Philippe V* et la reine *Elizabeth* le traitèrent en favori. Ce prince étant tombé malade d'une mélancolie profonde, qui lui faisoit né- gliger les affaires, et l'empêchoit même de se faire raser et de se présenter au conseil, la reine tenta le pouvoir de la musique pour le guérir. Elle fit disposer secrètement un concert près de l'appartement du roi, auquel *Farinelli* fit entendre soudain un de ses plus beaux airs. Le monarque, extrêmement sensible à l'harmonie, parut d'abord frappé, et bientôt ému. A la fin du second air, il appela le musicien, l'accabla de caresses, et lui demanda quelle récompense il vouloit. *Farinelli* pria le roi de se faire faire la barbe et d'aller au conseil. Dès ce moment la maladie du roi devint docile aux remèdes. Telle fut l'origine de la faveur de *Farinelli*. Il devint comme premier ministre, et n'oublia point qu'il n'étoit auparavant qu'un chanteur. Jamais les seigneurs de la cour de *Philippe*, qui dinoient chaque jour dans son palais, n'obtinrent de lui qu'il se mit à leur table. On raconte qu'un jour allant à l'appartement du roi, il entendit l'officier de garde dire à un autre, qui n'avoit pas les entrées : *Les honneurs pleuvent sur un misérable histrion, et moi qui sers depuis trente ans, je suis sans récompense!* Le musicien se plaignit au roi de ce qu'il négligeoit ses serviteurs, et lui fit signer sur-le-champ un brevet, qu'il remit à l'officier, en lui disant : *Je vous ai entendu dire que vous serviez depuis trente ans. Vous avez eu tort d'ajouter que c'étoit sans récompense : voilà celle que le roi vous donne.* Après la mort de *Philippe V*, il jouit de la plus haute faveur auprès de *Ferdinand VI* et de la reine son épouse. Les ministres de Vienne, de Londres et de Turin, témoins du crédit qu'il avoit à la cour d'Espagne, le comblè- rent de présens, et se servirent de lui pendant la guerre de 1741, pour affoiblir les sentimens favorables que *Ferdinand* avoit pour la France. Les courtisans de ce prince l'étoient également de *Farinelli*, et lui prodiguent encore plus de bassesses que sous *Philippe V*, au point qu'il en plaisantoit quelquefois lui-même. Il répondoit cependant à leurs complimens et à leurs révérences par des respects extérieurs, pour les avertir sans doute de ce qu'ils se devoient à eux-mêmes. Il n'aimoit de son crédit que le solide. L'encens ne l'enivroit point; et le brillant de ses chaînes ne lui en cachoit point le poids. Il regrettoit quelquefois avec ses amis le temps où, menant une vie vagabonde et libre, parcourant les différens royaumes, ne subsistant que du fruit de ses talens, il vivoit familièrement avec ses camarades, et avoit des amis au lieu de courtisans et de délateurs. Enfin, *Farinelli*, soupirant après sa liberté, se retira à Bologne, où il mourut en 1782, après y avoir joui, dans une heureuse vieillesse, des hommages des citoyens et des étrangers. *Farinelli* a joint à la connoissance la plus profonde de la musique, le goût le plus exquis; et avec un mérite si rare, il n'a connu ni l'orgueil ni l'envie. (*Voyez l'article de ENSENADA* et celui J. GILLES, n° VI.) Son cœur étoit généreux. Un tailleur de Madrid lui ayant fait un habit, ne voulut jamais d'autre payement que de lui entendre chanter un air. *Farinelli*, après l'avoir pressé inutilement d'accepter son argent, s'enferma avec lui et l'enchanta par sa voix brillante et sonore. Quand il eut fini, le tailleur, hors de lui-même, lui faisoit des ramécimons et se prû- paroit à sortir. *Non*, lui dit *Farinelli*; *j'ai l'ame sensible et fière* et ce n'est même que par-là que *j'ai acquis quelque avantage sur les autres chanteurs*. Je vous ai cédé; il est juste que vous me cédez à votre tour. En même temps, il tira sa bourse, et donna au tailleur le double de ce que son habit pouvoit valoir. On raconte encore que *Farinelli* jouant le rôle d'un héros captif dans un Opéra italien, imploroit par un air touchant, sa grace et celle de sa maîtresse, auprès d'un tyran farouche et cruel qui les avoit faits ses prisonniers. L'acteur qui représentoit le tyran fut tellement attendri par la plaintive mélodie de *Farinelli*, qu'au lieu de lui refuser sa demande, comme le portoit la pièce, il oublia entièrement son caractère, fondit en larmes, et serra le captif dans ses bras. Il y a des auteurs qui attribuent cette anecdote à d'autres musiciens.
**FARNABE**, (Thomas) né à Londres en 1575, d'un père charpentier, fit ses premières études à Oxford, ensuite en Espagne, dans un collège des Jésuites. Il accompagna *François Drak* et *Jean Hawkins* dans leurs courses maritimes. De retour de ses voyages, il se fit soldat dans les Pays-Bas, déserta, et retourna dans sa patrie. Il ouvrit une école de langue Latine dans le comté de Sommerset. Il alla continuer le même travail à Londres, forma de bons écoliers, et s'acquit la réputation d'un maître habile. Son attachement à la famille royale lui attira des persécutions; mais elles ne furent pas capables d'ébranler sa fidélité. Il répondit toujours à ceux qui le sollicitoient de se déclarer pour le parti républicain: *Paine mieux n'avoir qu'un Roi*, que d'en avoir cinq cents. Il mourut exilé en 1647, à 72 ans. *Farnabe* étoit aussi savant humaniste, que bon citoyen. Il nous reste de lui des *Éditions* de *Juvenal*, de *Perse*, de *Sénèque*, de *Martial*, de *Lucain*, de *Virgile*, de *Térence*, d'*Ovide*, avec des notes qui font honneur à son érudition et à son discernement; elles ne sont ni trop longues, ni trop courtes; le Latin en est un peu dur, et quelquefois incorrect. **I. FARNÈSE**, (Pierre-Louis) premier duc de Parme et de Plaisance, étoit fils ami du pape *Paul III*, qui l'avoit eu d'un mariage secret, contracté avant sa promotion à la pourpre. Ce pontife lui conféra les duchés de Parme et de Plaisance en 1545, sous une redevance de 8000 écus au saint Siège. Le nouveau duc étoit aussi orgueilleux que débauché. Il irrita ses sujets par son despotisme et par ses désirs effrénés. Il fut assasiné à Plaisance, ou par ses ennemis particuliers, ou par ceux que l'empereur *Charles-Quint* lui avoit suscités. Un homme qui se méloit de magie lui avoit annoncé cette fin tragique; mais on pouvoit la lui prédire sans être sorcier. (*Voy*, sa postérité dans les *Tables* chronologiques, à l'article *PARME* et *PLAISANCE*.) Sa postérité jouit de ces deux duchés jusqu'au cardinal *Antoine Farnèse*, mort en 1731. Sa nièce, *Elizabeth Farnèse*, épouse de *Philippe V*, roi d'Espagne, les transmit au second de ses fils, qui les céda, en 1735, à l'empereur *Charles VI*, en échange du royaume des deux Siciles. *Voyez ELISABETH-FARNÈSE*. Le muséum *Farnèse*, formé par les chefs de la maison de ce nom, enrichi des déponilles de *Sanseverini*, *Pallavicini*, *Torelli*, fut transporté par ordre de *Dom Carlos*, devenu roi de Naples, de Parme, à *Capo di Monte*, en 1734. *Voy*. TORELLI.
IL FARNÈSE. *Voyez* ALEXANDRE FARNÈSE, nos XVI et XVII, et III. DIANE.
FARNEWORT, (Ellis) curé de Corsengton, a traduit en Anglois l'histoire de *Davila*, 2 vol. in-4°, et *Machiavel*, 1775, 4 vol. in-8°. Il mourut en 1763.
FARNSWORT ou FARNEWORT, (Richard) fut un des premiers disciples de *Penn*, chef des Quakers. Il ajouta aux rêveries extravagantes de son maître, le précepte observé scrupuleusement dans le Quakérisme, de ne parler à personne, même aux rois dans les suppliques, et même à Dieu dans la prière, qu'en tutoyant. Il composa un livre pour démontrer cette impertinence. Il prétend que l'usage contraire est une flatterie indigne des *Enfans de lumière*: c'était le titre que prenoient les Quakers. *Fox* approuva les idées de cet insensé, et quoiqu'un peu moins fou que lui, il fut le premier à s'y conformer. Cette incivilité est encore aujourd'hui un caractère distinctif du Quakérisme.
FARON, (Saint) évêque de Meaux en 627, fonda l'abbaye qui porte son nom, assista au 2$^{e}$ concile de Sens, en 657, et mourut le 28 octobre 672, à près de 80 ans.
FARQUARTH, (George) poète comique Anglois, né à London-Derry en 1678, mort en 1707, fut d'abord acteur et ensuite auteur. Ses œuvres ont paru en 1742, 2 vol. in-12.
FAS, Divinité qu'on regardoit comme la plus ancienne de toutes: *Prima Deum Fas*, est la même que *Thémis* ou la *Justice*.
FASCINUS, Divinité tutélaire de l'enfance. On lui attribuoit le pouvoir de garantir des maléfices. Dans les triomphes, on suspendoit sa statue au-dessus du char, comme ayant la vertu de préserver le triomphateur des prestiges de l'orgueil. Son culte étoit confié aux Vestales.
FASCIO ou FATIO, syndic de la ville de Genève, se fit estimer par ses qualités personnelles et son courage. Condamné à être fusillé dans l'insurrection de 1794, il pria les soldats, chargés de l'exécution, de faire feu de plus près. N'ayant pu l'obtenir, et se sentant mutiler, il leur dit froidement: *Je vous avois bien annoncé qu'à cette distance vous me manqueriez*.
FATIME, fille de *Mahomet*, épousa *Ali*, l'un des généraux de ce prophète, et donna son nom à la secte des *Fatimites*, très-répandue parmi les Musulmans. Elle mourut à Médine, à l'âge de 28 ans, six mois après *Mahomet*.
FATTORE, (LE) *Voyez* PENNI.
FATUA, *Voyez* FAUNA.
LFAVART (Charles-Simon) né à Paris le 3 novembre 1710, mort dans cette ville le 18 mai 1793, âgé de près de 84 ans, ressuscita parmi les Parisiens la gaieté et les graces du Vaudeville. Ses opéra comiques sont remplis de naturel et de traits charmans, bien éloignés de ces froids jeux de mots et de ce jargon alambiqué, si sottement en vogue de nos jours. On distingue dans les petits opéra opéra de *Favart*, le *Coq du village*, *Cythère assiégée*, *Acajou*, la *Noce interrompue*, *Raton et Rosette*, la *Bohemienne*, la *Fille mal gardée*, la *Fête du château*, le *Jardinier supposé*, l'*Astrologue de village*, *Isabelle et Gertrude*, *Annette et Lubin*, et la *Chercheuse d'esprit*, chefs-d'œuvre d'enjouement et de facilité. Parmi les grandes pièces de *Favart*, on a vu représenter avec plaisir l'*Amitié à l'épreuve*, *Ninette à la Cour*, la *Belle Arsène*, dont le sujet est tiré du conte de la *Bégueule par Voltaire*, la *Fée Urgelle*, la *Rosière de Salency*, les *Moissonneurs*, pièce qui unit une excellente morale à de rians tableaux, et les *Trois Sultanes*, autres opéra, qui charment à la fois l'œil et le goût. Le dernier surtout offre des graces et de la fraîcheur, et tous les agrémens de la poésie, de la musique et de la danse. Il fut composé pour la troupe Françoise, réunie aux Italiens à l'ancien hôtel de Bourgogne, en 1761. On n'oublia rien de ce qui pouvoit embellir cette représentation; les habits des Sultanes furent faits à Constantinople avec les étoffes du pays, et sur le modèle de ceux que portent les femmes du sérail. *Favart* ne se distingua pas moins dans la comédie, par l'*Anglois à Bordeaux*, pièce remplie de finesse et d'esprit. Son théâtre forme 10 vol. in-8. On lui doit encore deux poèmes, la *France délivrée* et *Alphonse*, 1736. Ce fécond et ingénieux écrivain réunissoit dans la société la modestie et la simplicité du caractère à la bienfaisance et aux talens.
II. FAVART, (Marie-Justine-Benoite Cabaret du Ronceau) épouse du précédent, née à Avignon en 1727, fit concevoir, dès l'âge le plus tendre, de grandes espérances pour le théâtre. Son père, attaché à la musique du roi de Pologne, l'ayant produite à Paris, elle débuta aux Italiens en 1749, avec le succès le plus flatteur. Elle a joui constamment de la faveur du public, occupant les premiers emplois dans la parodie, la comédie, les pièces à ariettes, enfin dans tous les genres et tofs les caractères. Elle excella dans les rôles gracieux, et sur-tout dans celui de *Roxelane* dans l'opéra des *Trois Sultanes*. Une gaieté franche rendoit son jeu agréable et piquant. Elle imitoit si parfaitement les différens idiomes, que les personnes dont elle empruntoit l'accent, la croyoient leur compatriote. Ayant été arrêtée aux barrières de Paris, parce qu'elle étoit vêtue d'une toile de Perse alors prohibée, elle contredit l'étrangère, et employa un baragouin moitié françois, moitié allemand, si bien imité, que le premier commis la prenant pour une dame d'Allemagne, reçut ses excuses et la laisser passer. Le cinquième volume des œuvres de son mari a été mis sous son nom. Entre époux de bonne intelligence, dit l'éditeur, les talens et les agrémens de l'esprit doivent entrer dans la communauté. Les six opéra comiques qui remplissent ce volume, et auxquels elle eut part, sont les *Amours de Bastien et Bastienne*, les *Ensorcelles*, la *Fille mal gardée*, la *Fortune au village*, la *Fête d'Amour*, *Annette et Lubin*. Attaquée, vers la fin de 1771, d'une maladie très-douloureuse, qu'elle supporta avec une patience et une gaieté incroyables, elle mourut le 20 avril 1772, à 45 ans. Elle fit elle-même son épitaphe, la mit en musique, et chercha à accoutumer ainsi son époux et ses amis à l'idée de sa destruction. Une ame sensible, une générosité peu commune, un fonds d'enjouement inaltérable, une philosophie douce, formoient son caractère.
FAUCHET, (Claude) président à la cour des monnoies de Paris, sa patrie, naquit vers l'an 1529. Il rechercha, avec beaucoup de soin et de succès, les antiquités de la France. Pendant le siège de Sienne, en 1555, le cardinal de Tournon l'envoya au roi pour prendre ses ordres. Cette députation lui ouvrit la porte des honneurs, mais non celle de la fortune. Il mourut à Paris en 1601, à 72 ans, laissant tant de dettes, qu'il fallut, pour les acquitter, vendre sa charge. Tous ses ouvrages furent imprimés à Paris en 1610, in-4°. Les plus curieux sont : I. Antiquités Gauloises et Françoises : la première partie contient les choses arrivées jusqu'à la venue des Francs; Paris, 1599, in-8° : la seconde renferme les choses arrivées en France, depuis Pharamond jusqu'à Hugues Capet; Paris, 1602, in-8°. II. Un Traité des libertés de l'Eglise Gallicane; Paris, 1610, in-4°. C'est un tissu mal ourdi de faits rapportés sommairement, mais dont la plupart ne se trouvent point ailleurs. III. Un autre De l'origine des Chevaliers, Armoiries, et Héraults, Paris, 1600, in-8°. IV. Origines des diguités et magistrats de France; Paris, 1600, in-8°. Il y a dans ces différens Traités mille choses curieuses, qu'on chercheroit vainement ailleurs; mais il y en a beaucoup à ajouter ou à corriger. Le style dur, barbare, incorrect, est insupportable, même aux savans. Gomberville, et après lui, le président Hesnault, prétendent que l'Histoire de France, de Fauchet dégoûta Louis XIII de la lecture. Ce président étoit un Franc-Gaulois, par ses manières et par son langage. La principale chose qui lui manquoit, étoit la nettoté des idées... La simplicité de son extérieur lui attira quelques plaisanteries. Étant allé à Saint-Germain, pour présenter un de ses ouvrages à Henri IV, il le trouva dans les jardins, occupé à faire faire un Neptune pour un bassin. Le sculpteur en dessinoit la barbe, laquelle devoit être comme celle du Dieu des eaux, longue et plate. A la vue de Fauchet qui la portoit ainsi : Voilà justement, dit le roi, le modèle de la barbe que nous cherchons. Il reçut le livre du président, et la récompense fut fort légère, quoique l'ouvrage eût coûté beaucoup de temps et de travail. Fauchet, naturellement chagrin, s'en vengea par des vers, où il disoit : J'ai reçu, dedans Saint-Germain, De mes longs travaux le salaire; Le Roi, de bronze m'a fait faire, Tant il est courtois et benin. S'il pouvoit aussi bien de faim Me garantir que mon image, Oh, que j'aurois fait bon voyage! Et j'y retournerois demain. On prétend que Henri ayant lu ces vers, lui donna une pension de six cents écus, avec le titre d'historiographe de France. Tous les Ouvrages dont nous avons rapporté les titres, furent réunis à Paris en 1610, in-4°, sous le titre d'Œuvres du feu Président Fauchet. Baillet l'acunateur de la seule traduction françoise de Xénophon que nous ayons. Elle parut en 1613 sous le nom de Pyrame de Candole.
II. FAUCHET, (Claude) né à Dorne en Nivernois, le 22 septembre 1744, embrassa l'état ecclésiastique, et devint vicaire général de l'archevêque de Bourges, et abbé commendataire de Montfort. Une belle figure, un style pompeux et métaphorique, un organe agréable, la facilité des mouvemens et la force de la déclamation, lui acquirent bientôt de la célébrité dans l'art de la chaire, et donnoient à ses discours un éclat que la légèreté du fond ne leur auroit pas fait obtenir. Sa réputation le fit nommer prédicateur du roi. On a prétendu que Louis XVI, qui possédoit un jugement très-sain, fut peu édifié de sa manière de prêcher, et sur-tout si fatigué de ses antithèses, qu'il en témoigna quelque mécontentement, et que ce fut le motif secret qui fit embrasser avec ardeur à l'abbé Fauchet les principes de la révolution, et vouer à la cour une haine secrète et profonde. C'est à cette époque qu'il prononça l'oraison funèbre de l'archevêque de Bourges, dans laquelle il offrit des idées décousées, exaltées, fruits d'une imagination qui commençoit à se déranger. En 1789 on le vit, un sabre à la main, à la tête des assaillans qui s'emparèrent de la Bastille, partager ensuite tous les mouvemens révolutionnaires, et contribuer à leur imprimer leur direction. Quelques jours après la prise de ce fort, Fauchet prononça dans l'église de Notre-Dame, un discours sur cette conquête. Son texte fut ces mots de St. Paul : In libertatem vocati estis, fratres; et il termina ce discours par cette phrase atroce. « Mes frères, les tyrans sont mûrs; hâtons-nous de les moissonner, Amen. » Dans un autre sermon, il proclama Jésus le premier sans-culotte de la Judée, et chercha à prouver que c'étoient les aristocrates qui l'avoient fait crucifier. Cet orateur fougueux qui rappelait si bien l'exagération des Boucher et des Menot, du temps de la Ligue, adressa ses discours à Verne, ministre éclairé de Genève, qui, après les avoir lus, mit au dos : Fauchet ne professe ni sa religion ni la mienne. Devenu l'un des plus ardens adeptes de la secte des Martinises ou illuminés, Fauchet fonda dans le jardin du Palais-royal, le cercle social, et publia les discussions extravagantes qui y avoient souvent lieu, dans un journal qu'il intitula : la Bouche de fer. Au mois de mai 1791, le département du Calvados l'élut évêque constitutionnel de Bayeux, et Fauchet s'y rendit pour y prêcher la loi agraire. Le district de cette ville et le ministre de la justice, indignés des troubles qu'il cherchoit à y propager, ordonnèrent son arrestation; mais pour l'y soustraire, les clubistes allèrent le chercher dans sa maison, et le nommèrent premier député du Calvados à la législature. Fauchet, parvenu au but de son ambition, s'efforça de conserver la faveur populaire, soit en attaquant les prêtres non sermentés, ainsi que les administrateurs de la ville de Caen et ceux de Lyon, soit en dénonçant avec fureur et à diverses reprises le ministre de Lessart, soit en injurant les ambassadeurs et les puissances étrangères, dans un rapport où il développa la plus grande igno- rance en diplomatie. Ses actions répondirent alors à ses discours : envoyé par l'assemblée législative avec quelques-uns de ses collègues pour arrêter les massacres des prisons au mois de septembre, il en resta le spectateur tranquille. Appelé bientôt après à la Convention, quel fut l'étonnement des révolutionnaires et du public, lorsqu'on vit l'abbé *Fauchet* y devenir un homme nouveau, doux, modéré, prêchant la paix, et désirant la faire renaître. Lié au parti de la Gironde, on le raya de la liste des jacobins pour avoir procuré un passe-port salutaire au ministre *Narbonne*; et il fut dénoncé pour avoir adressé aux prêtres de son diocèse un mandement dans lequel il leur défendoit de se marier. Paroissant alors se repentir de ses excès antérieurs, luttant sans cesse avec courage contre les proscriptions demandées par *Marat* et *Robespierre*, désespéré de l'inutilité de ses efforts, *Fauchet* s'écria un jour : *que faut-il donc faire pour être de même assassiné par ces monstres !* Son souhait fut rempli : décrété d'accusation comme ayant eu des relations avec *Charlotte Cordai*, il fut condamné à mort le 31 octobre 1793, à 49 ans. Il montra dans ses derniers momens, des sentimens religieux, qui firent regretter sa perte, et oublier ses écarts. Ses ouvrages sont : Un *Panc-gyrique* de *St. Louis*, prononcé en 1774 devant l'académie Françoise; l'Oraison funèbre du duc *D'Orléans*, publiée en 1785; une autre de *Phélypeaux*, archevêque de Bourges; une autre de l'abbé de *L'Epée*, premier instituteur des sourds et muets. On a encore de lui : I. *Eloge de Benjamin Franklin*, 1790, in-8. II. Dis- cours sur les mœurs rurales, 1788. III. *La Religion nationale*, 1789, in-8. IV. *Discours* sur l'accord de la religion et de la liberté, 1791, in-8. Ces deux derniers écrits ne furent bien accueillis ni par certains philosophes opposés à tout culte, ni par les amis de la religion.
FAUCHEUR, (Michel le) ministre Protestant, fut appelé de Montpellier à Charenton. Son éloquence ne fut pas moins admirée à Paris qu'en province. Le maréchal de la *Force* dit, au sortir d'un de ses sermons sur le duel : « Que si on lui envoyait un cartel, il le refuserait. » Ce célèbre prédicateur mourut à Paris en 1667, également estimé des Catholiques et des Protestans. Sa probité ne le cédoit pas à son génie. On doit à sa plume, aussi pieuse qu'éloquente : I. Un *Traité de l'action de l'Orateur*, Leyde, 1686, in-12; imprimé d'abord sous le nom de *Conrad*; ouvrage estimé. II. Des *Sermons sur différents textes de l'Écriture*, in-8. III. *Prières et Méditations Chrétiennes*. IV. Un *Traité de l'Eucharistie*, contre le cardinal du *Perron*; Genève, 1635, in-folio; imprimé aux dépens des Eglises réformées, par ordre du synode national.
FAVIER DU BOULAY, (Henri) prieur de Sainte-Croix de Provins, mort en 1753, à 83 ans, avoit du goût et de la littérature. Nous lui devons la seule bonne *Traduction* que nous eussions de *Justin*, avant que M. l'abbé *Paul* eût publié la sienne. Elles sont l'une et l'autre en 2 vol. in-12. On a encore de lui d'autres ouvrages, mais moins connus que sa version. Il s'étoit adonné à la chaire, et avoit prêché avec quelque succès. Son *Oraison funèbre de Louis XIV* parut à Metz en 1716, in-fol.