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03.0 Dictionnaire historique — FAULCONNIER – FLONCEL

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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FAULCONNIER, (Pierre) né à Dunkerque, y remplit la place de grand bailli, et mourut en 1735, après avoir consacré ses loisirs à une histoire de sa patrie, qui parut en 1730, 2 vol. in-folio.
FAUNA ou FATUA, (Mythol.) fille de *Picus*, fut femme du Dieu *Faunus*, qui l'ayant trouvée un jour ivre, la fouetta si cruellement avec des verges de myrtes, qu'elle en mourut. *Faunus*, au désespoir d'avoir châtié trop sévèrement sa femme, pria *Jupiter* de la mettre au rang des déesses; ce qui lui fut accordé. On disoit que *Fauna*, depuis son mariage, avoit été si fidelle à son mari, que, dès qu'il fut mort, elle se tint enfermée le reste de sa vie, sans parler à aucun homme. Les dames Romaines instituèrent une fête à son honneur, et l'imitoient en faisant une retraite austère pendant ses solennités. Elles lui faisoient des sacrifices secrets pendant la nuit. C'étoit un crime capital pour un homme, non-seulement de s'introduire dans cette assemblée, mais même de jeter les yeux dans le temple de la Déesse. On étoit jusqu'aux portraits des hommes. *Sénèque* dit cependant qu'avec ces dehors de modestie et de pudeur, il se passoit des abominations dans les sacrifices qu'on y faisoit.
FAUNE ou FATUELUS, troisième roi d'Italie, fils de *Picus*, auquel il succéda, et petit-fils de *Saturne*, régnoit au pays des Latins, vers l'an 1300 avant l'ère chrétienne. C'étoit un prince rempli de bravoure et de sagesse. Comme il s'appliqua, durant son règne, à faire fleurir l'agriculture et la religion, on le mit, après sa mort, au rang des divinités champêtres, et on lui donna une origine céleste : adoré comme fils de *Mercure* et de la *Nuit*, il fut représenté avec tout l'attrail des Satyres, c'est-à-dire, avec de longues oreilles, des cornes de chèvre, sans poil à la partie supérieure du corps, et de la ceinture en bas ressemblant à un bouc. Les poètes le confondent quelquefois avec le dieu *Pan*.
FAUNES, (Mythol.) demi-dieux, habitoient les campagnes et les forêts; c'est pour cela qu'on les appeloit aussi *Sylvains*. Les poètes Latins, car ils n'étoient point connus des Grecs, leur donnent des cornes, des oreilles, des pieds et une queue de bouc. *Arnobe* dit qu'ils mouroient après une vie de plusieurs siècles. I. FAVORIN, sophiste célèbre sous l'empereur *Adrien*, étoit d'Arles. Quelques auteurs veulent qu'il ait été eunuque, et d'autres hermaphrodite. Il enseigna, avec réputation, à Athènes, et ensuite à Rome. *Adrien* se plaisoit à le contre-dire. *Voyez l'article de ce prince*. On dit que *Favorin* s'étonnoit de trois choses : « de ce qu'étant Gaulois il parloit si bien Grec; de ce qu'étant eunuque, on l'avoit accusé d'adultère; et de ce qu'il vivoit, étant ennemi de l'empereur. »
II. FAVORIN, (Varin) né à Camérino, ville ducale d'Italie, en 1460, entra dans la congrégation de Saint-Silvestre, ordre de Saint-Benoît, et parvint, par son mérite, à l'évêché de Nocéra. Il est auteur d'un *Lexicon Grec*, qui a été d'un grand usage autrefois. La meilleure édition de ce livre est celle de Venise, 1712, chez *Bartoli*, in-folio. L'auteur mourut en 1537. On a encore de lui des remarques sur la langue grecque, sous le titre de *Thesaurus Cornucopiae* et *Horti Adonides*, 1496, *Alde*, in-folio. I. FAUR, (Gui du) seigneur de *PIBRAC*, naquit l'an 1528 à Toulouse, d'une famille distinguée, et parut avec éclat dans le barreau de cette ville. Il voyagea dans sa jeunesse en Italie, pour se perfectionner dans la connoissance du droit. De retour dans sa patrie, il fut élu juge-mage. Député aux états d'Orléans en 1560, il présenta au roi le Cahier des doléances qu'il avoit composé lui-même. Quelque temps après, *Charles IX* le choisit pour être un de ses ambassadeurs au concile de Trente. Il y soutint, avec beaucoup d'éloquence, les intérêts de la couronne, et les libertés de l'Eglise Gallicane. On prétend que *Catherine de Médicis* voulut l'élever à la dignité de chancelier; mais qu'elle en fut détournée par un ennemi de *Pibrac*, qui lui montra ce quatrain contre le despotisme : Je hais ces mots de puissance absolue, De plein pouvoir, de propre mouvement; Aux saints décrets ils ont premièrement, Puis à nos loix la puissance toilue. Le chancelier de l'Hôpital fut plus juste envers *Pibrac*. Pénétré de son mérite, il lui fit donner la charge d'avocat-général au parlement de Paris, en 1565. *Pibrac* fit rehaître la raison et l'éloquence dans le barreau, li- vré, depuis long-temps, à la barbarie et à l'indécence. En 1570, il fut nommé conseiller d'état. Deux ans après, il composa sa célèbre *Apologie de la Saint-Barthélemi*; mais on croit qu'il ne se prêta à cet acte, si opposé à la douceur de son caractère, qu'après y avoir été contraint par des ordres supérieurs. Le duo d'*Linjou* ayant eu la couronne de Pologne, *Pibrac* accompagna ce prince, et répondit pour lui aux harangues de ses sujets. Le nouveau roi, ayant appris la mort de son frère, quitta secrètement la Pologne, laissant à Cracovie *Pibrac*, exposé à la colère des Polonois, qui furent près de se venger de la fuite du roi sur la personne de son ministre. Il retourna heureusement en France, d'où on le renvoya en Pologne, pour tâcher de conserver la couronne à son maître : ce qui ne réussit pas. Il fut plus heureux à son retour en France, où il procura, entre la cour et les Protestans, un traité de paix, dont il fut l'arbitre, comme il en avoit été l'auteur. *Henri III* lui donna, pour prix de ses services, une charge de président-à-mortier. La reine de *Navarre* et le duc d'*Linçon* le choisirent pour leur chancelier. Il mourut à Paris le 27 mai 1584, à 55 ans; et la France perdit un grand magistrat et un bon écrivain. L'abbé de *Conditlac* lui reproche, après plusieurs autres historiens, une faute considérable. *Pibrac* avoit été député à la cour du roi de Navarre, qui sentit le besoin qu'il avoit de gagner un homme qui avoit toute la confiance de la reine *Catherine de Médicis*. *Marguerite*, femme de *Henri IV*, qui connoissoit, comme son époux, la nécessité de l'enchaîn ner, tâcha de lui inspirer de l'amour. « Elle se fit un plaisir malin de faire succomber cet homme grave. *Pibrac* ne fit plus que ce qu'elle voulut ; et *Catherine*, qui n'avoit pas prévu une passion aussi folle dans une tête aussi sage, se laissa conduire par son confident, qui se laissoit mener par *Marguerite*. » *Cours d'Hist.*, tom. 13, p. 390. *Pibrac* s'est justifié de cette faute, dont *Marguerite* elle-même triompha, par une *Apologie*, qui doit inspirer quelques doutes. Si l'on joint à cette Apologie son caractère vif et impatient, une autre passion de laquelle il étoit alors occupé, et quelques réflexions sur l'amour propre de *Marguerite* qui lui persuadoit qu'on ne pouvoit la voir sans l'aimer, et qui n'eût pas été fâchée de compter parmi ses amans, un homme du mérite distingué de *Pibrac* ; on sera obligé, peut-être, de justifier *Pibrac* avec dom *Vaissette* et l'abbé d'*Artigny*, contre le président de *Thou, Péréfixe, la Faille, Bayle*, le président *Hesnault* l'abbé de *Condillac*, etc. Nous avons de *Pibrac* plusieurs ouvrages en vers et en prose. I. Des *Plaidoyers*, des *Harangues*, in-4. II. Un *Discours de l'ame et des sciences*, adressé au Roi. III. Une *Lettre latine sur le massacre de la Saint-Barthélemi*, 1575, in-4. Outre ces écrits, peu connus aujourd'hui, on a ses *Quatrains*, que tout le monde connoit : la première édition est de 1574, et la dernière de 1746, in-12. La matière de ces petites productions est la morale ; leur caractère, la simplicité et la gravité. *Pibrac* a réuni, dans les siens, ces deux qualités : l'utile y est mêlé avec l'agréable. Il avoit coutume de dire que tout le bon sens est dans les proverbes, et il en a en effet rimé quelques-uns dans ses Quatrains. Ils furent d'abord traduits en Grec, par *Florent Chrétien*, et par *Pierre du Moulin* ; d'autres écrivains les mirent en vers Latins ; enfin, ils passèrent dans la langue Turque, dans l'Arabe et dans la Persane. Les François leur firent un aussi bon accueil que les étrangers. On les faisoit apprendre par cœur aux enfants, et malgré leur vieillesse, on les lit encore aujourd'hui avec quelque plaisir, tandis que ceux de *Codeau* et de *Desmarais* sont rongés de vers ; mais ceux-ci n'offrent point ce goût des anciens, que *Pibrac* avoit saisi en se formant sur eux.
II. FAUR DE ST.-JURRI, (Pierre du) premier président au parlement de Toulouse, mort d'apoplexie, en prononçant un arrêt l'an 1600, a laissé un grand nombre d'ouvrages, monumens de son érudition. Ceux que les savans lisent avec le plus de fruit, sont : I. *Dodecannon*, *sire De Dei nomine et attributis*, 1588, in-8° : écrit estimable, qui renferme quantité de passages des Pères Grecs et Latins, éclaircies ou corrigés. II. Trente-trois livres latins des *Sémestres*, en 2 vol. in-4°, 1598 et 1630, plusieurs fois réimprimés. On y trouve beaucoup de recherches et de questions éclaircies. III. *Des jeux et des exercices des Anciens* ; traité aussi savant que le précédent, in-folio, 1595. Il y a beaucoup à apprendre dans ces différens ouvrages ; mais il faut y chercher l'instruction et non le plaisir. Il y règne quelquefois de la confusion, et le style n'en est pas agréable.
FAVRAS, (Thomas MARI DE) naquit à Blois, d'une famille ancienne de magistrature, et fit la campagne de 1761 dans les Mousquetaires. Il quitta ce corps, pour passer dans le régiment de *Belsance* en qualité de capitaine, et acquit ensuite la charge de lieutenant des Suisses de la garde du frère de *Louis XVI*. Il s'en démit en 1786, pour aller à Vienne y poursuivre devant le conseil aulique, la légitimation de sa femme, et la faire reconnoître pour fille unique du prince d'*Anhalt*. *Favras*, avec une tête ardente et fertile en projets, ne cessait d'en proposer dans tous les temps et dans toutes les circonstances. Il en avoit fait sur les finances, et avoit composé un plan volumineux pour la liquidation en vingt années des dettes de l'état; mais comme il ne connoissoit pas la théorie des logarithmes, il avoit eu l'incroyable patience de faire par la méthode ordinaire, tous les calculs du remboursement successif, année par année, avec les intérêts. Il s'étoit fait financier avant la révolution; depuis, il proposa des plans politiques. Ceux-ci le rendirent bientôt suspect; et en 1790, il fut accusé d'avoir proposé au gouvernement de lever sur les frontières de France une armée de cent quarante-quatre mille hommes, pour détruire la nouvelle constitution, en commençant par assembler douze cents cavaliers bien armés et portant en croupe douze cents fantassins déterminés. Ces deux mille quatre cents hommes, suivant le projet qu'on lui attribua, devoient entrer à Paris par les trois portes principales, assassiner *Bailly* et *la Fayette*, enlever le roi et sa famille pour les conduire à Péronne, où une armée de vingt mille hommes devoit les attendre. *Favras*, traduit devant le Châtelet, y défendit avec calme, et nié tous les complots qu'on lui imputoit. «Cet accusé, dit un historien, parut devant ses juges avec tous les avantages que donne l'innocence, et qu'il sut faire valoir, parce qu'à un esprit orné, il joignoit la facilité de s'exprimer avec graces. Ses paroles avoient même un charme dont il étoit difficile de se défendre. Il avoit de la douceur dans le caractère, de l'aménité dans les manières, de la déconce dans le maintien. Il étoit d'une taille avantageuse et bien proportionnée, d'une physionomie noble et qui prévenoit en sa faveur. L'extrême propreté dans ses habits, et la croix de Saint-Louis dont il étoit décoré, contribuioient à rehausser sa bonne mine. Ses cheveux commençoient à blanchir; il avoit alors 46 ans; ses yeux étoient grands et noirs, son teint un peu basané, son nez saillant et aquilin. Il étoit naturellement froid et réservé, parloit peu et réfléchissoit beaucoup. » Dans tout le cours de sa défense, il ne perdit jamais cette attitude noble qui convient à l'innocence. *Favras* répondit à toutes les questions avec netteté et sans embarras. Les juges restèrent pendant six heures aux opinions, et condamnèrent l'accusé à être pendu et à faire préalablement aménée honorable. A trois heures du soir, le 18 février 1790, ce dernier fut conduit au lieu de son supplice. Les cheveux épars, les mains liées, assis dans l'infame tombereau, il n'en conserva pas moins le calme et la majesté de sa figure. Arrivé devant l'église de Notre-Dame, il descendit, prit des mains du greffier l'arrêt qui le condamnoit, et en fâ lui-même la lecture à haute voix. Lorsqu'il fut à l'hôtel de ville, il demanda à dicter une déclaration, dont voici un court extrait: « En ce moment terrible, prêt à paroître devant Dieu, j'atteste en sa présence, à mes juges et à tous ceux qui m'entendent, que je pardonne aux hommes qui contre leur conscience m'ont accusé de projets criminels qui n'ont jamais été dans mon âme... J'aimais mon roi; je mourrai fidelle à ce sentiment; mais il n'y a jamais eu en moi ni moyen, ni volonté d'employer des mesures violentes contre l'ordre des choses nouvellement établi... Je sais que le peuple demande à grands cris ma mort; eh bien! puisqu'il lui faut une victime, je préfère que le choix tombe sur moi, plutôt que sur quelque innocent, foible peut-être, et que la présence d'un supplice non mérité jétereit dans le désespoir. Je vais donc expier des crimes que je n'ai pas commis. » Il corrigea ensuite tranquillement les fautes d'orthographe et de ponctuation faites par le greffier, et dit un éternel adieu à ceux qui l'entouroient. Lorsqu'il fut sur l'échafaud, la douceur de son regard et la sérénité de son visage, enchaînèrent la rage des spectateurs et commandèrent le silence. Il se tourna vers le peuple, et s'écria: « Braves citoyens, je meurs sans être coupable, priez pour moi le Dieu de bonté. » Il conjura ensuite le bourreau de faire son devoir, et de terminer ses jours. Le public plaignit sa mort, et le crut une victime immolée à la sûreté publique, et pour appaiser l'effervescence du peuple. On a publié en 1790 la correspon- dance de *Favres* et de son épouse pendant leur détention, in-8.º Cette dernière fut mise en liberté après la condamnation de son mari. I. FAVRE et non FAVRE, en latin *Taber*, (Antoine) né à Bourg en Bresse l'an 1557, fut successivement juge-mage de Bresse, président du Genevois pour le duc de *Nemours*, premier président du sénat de Chambéry, et gouvernement de Savoie et de tous les pays de deçà les monts: il mourut en 1624, à 67 ans. Ses ouvrages contiennent 10 vol. in-folio. *Jurisprudentia Papinianae*; Lyon, 1658, 1 vol. *De erroribus interpretum Juris*, 2 vol. *Comment. in Pandectus*, seu *De erroribus Pragmaticorum*, 1659, 5 vol. *Codex Fabrianus*, 1661, 1 vol. *Conjectura Juris civilis*, 1661, 1 vol. On y joint *H. Borgiae investigationes Juris civilis in conjecturas A. Fabri*; Naples, 1678, 2 vol. in-folio. Dans les Quatrains de *Pibrac*, on en trouve de *Favre*. Il est aussi auteur d'une tragédie, intitulée: *les Gordians* ou *l'Ambiton*, 1596 in-8.º *Favre* a éclairci plusieurs opinions obscures; mais il a poussé trop loin les subtilités dans l'examen de certaines questions de droit: il s'éloigne quelquefois des principes. C'étoit un esprit vaste, propre aux affaires comme à l'étude. Ce fut lui qui fut chargé de négocier le mariage de Mad. *Christine* de France avec le prince de Piémont, *Victor-Amédée*. Le roi de France lui offrit inutilement la première présidence du parlement de Toulouse; il voulut rester au service du duc de Savoie.
II. FAVRE, (Claude) seigneur de *Vaugelas* et baron de Peroges, naquit, en 1585, à Bourg en Bresse, du précédent. Son père étoit consommé dans l'étude de la jurisprudence; le fils ne fut point indigne de lui; mais son esprit fut plus juste. Le jeune *Vaugelas* vint à la cour de bonne heure. Il fut gentilhomme ordinaire, puis chambellan de *Gaston*, duc d'Orléans, qu'il suivit dans toutes ses retraites hors du royaume. Il mourut pauvre en 1650, à 65 ans. La cause de sa mort fut un abcès dans l'estomac, qui le tourmentoit depuis quelque temps. Il fut soulagé par les remèdes, et se crut guéri. Mais, son mal l'ayant repris un matin avec plus de violence, il envoya un de ses valets chercher du secours. Un autre domestique étant survenu, le trouva qui rendoit l'abcès par la bouche, et lui demanda, tout étonné, ce que c'étoit. *Vaugelas* lui répondit froidement, et sans émotion: *Vous voyez, mon ami, le peu que c'est que l'homme!* Il expira peu de temps après. On peut être surpris que *Vaugelas*, estimé à la cour, réglé dans sa dépense, et n'ayant rien négligé pour sa fortune, soit presque mort dans la misère; mais les courses de *Gaston*, et d'autres accidens, avoient fort dérangé ses affaires. *Louis XIII* lui donna une pension de deux mille livres en 1619. Cette pension, qu'on ne lui payoit plus, fut rétablie par le cardinal de *Richelieu*, afin de l'engager à travailler au Dictionnaire de l'académie. Lorsqu'il alla le remercier de cette grace, *Richelieu* lui dit en riant: *Vous n'oublierez pas du moins dans le Dictionnaire le mot de PENSION.* — *Non, Monseigneur*, répondit *Vaugelas*, et encore moins celui de RECONNOISSANCE... Ce littérateur étoit un des académiciens les plus aimables, comme des plus illustres; il avoit une figure agréable, et l'esprit comme la figure. *Vaugelas* étudia toute sa vie la langue Françoise, et travailla à l'épurer. Il disoit souvent qu'une mauvaise raison faisoit ordinairement moins de tort qu'un mauvais mot, parce qu'il n'y a que les gens à réflexion qui s'aperçoivent de la fausseté d'un raisonnement, au lieu qu'un mauvais mot est remarqué par tout le monde... *Vaugelas* regardoit comme des modèles de bon style l'Histoire Romaine de *Coeffeteau*, et les traductions de *Perrot d'Ablancourt*. La sienne de *Quinte-Curce*, imprimée en 1647 in-4°, fut le fruit d'un travail de trente années. Cette version, de laquelle *Balzac* disoit dans son style emphatique, « *L'Alexandre de Quinte-Curce est invincible, et celui de Vaugelas est inimitable*, » passa pour le bon livre le plus correctement écrit en françois. Quoique le style manque un peu de cette souplesse, de cette aménité, de cette grace qu'on a données depuis à notre langue, il y a peu d'expressions qui aient vieilli. *Vaugelas* ne rendit pas moins de service aux écrivains de notre nation, par ses *Remarques sur la langue Françoise*, dont la première édition est in-4°: ouvrage moins nécessaire qu'autrefois, parce que la plupart des doutes qu'il propose, ne sont plus des doutes aujourd'hui; mais ouvrage toujours utile, surtout si on le lit avec les remarques dont *Thomas Corneille* et d'autres l'ont enrichi, en 3 vol. in-12. *Voltaire* dit que *Vaugelas* réussissoit à faire des vers italiens, sans en pouvoir faire de françois. *Voyez* I. DUPLEIX, vers la fin. I. FAURE, (Charles) abbé de Sainte-Geneviève, et premier supérieur général des chanoines réguliers de la congrégation de France, vit le jour à Luciennes proche Saint-Germain-en-Laye, en 1594, d'une famille noble. Il entra dans l'abbaye de Saint-Vincent-de-Senlis, et la réforma par ses conseils et par ses exemples. Cette réforme fut suivie de celle de l'abbaye de Sainte-Geneviève de Paris, et de près de cinquante autres maisons. Le réformateur fut nommé général de cette nouvelle congrégation. Il travailla avec des peines et des fatigues incroyables à rétablir l'ancienne discipline. Il mourut saintement à Paris, le 4 novembre 1644, à 50 ans, laissant un *Directoire des Novices* et d'autres ouvrages. Le *Directoire* a été réimprimé à Paris en 1711. Le Père *Chartonnet* a publié la *Vie du Père Faure*, en 1698, in-4.º Elle renferme l'histoire des Chanoines réguliers de la congrégation de France, et l'esprit de leur fondateur. Elle est écrite d'une manière édifiante. On y loue beaucoup, avec raison, le saint réformateur. Mais l'auteur est-il louable de faire mourir par des morts funestes, tous les re-religieux qui furent opposés au Père *Faure*?
II. FAURE, (François) Cordelier, d'une ancienne famille d'Angoumois, évêque de Glandèves, puis d'Amiens, mort d'apoplexie à Paris, le 11 mars 1687, âgé de 78 ans, parvint à l'épiscopat par son talent pour la chaire. C'est lui qui fit cette heureuse application du vers de *Virgile* à la reine, lorsqu'il prêchoit la passion à Saint-Germain-l'Auxerrois. *Infandum, REGINA, jubes renovare dolorem.* On a de lui plusieurs *Oraisons funèbres*, dont l'une, qui n'eut pas de succès à l'impression, lui attira cette épigramme : Ce Cordelier mitré, qui promettoit merveilles, Des hauts faits de la Reine Orateur enmyceux, Ne s'est pas contenté de lasser nos oreilles, Il veut encor lasser nos yeux.
FAURE, *Voyez* III. DURAND.—GUICHARDIN.—VERSORIS.
FAUST, *Voyez* FUSTH.
FAUSTA, (*Flavia-Maximiana*) fille de *Maximien-Hercule* et d'*Eutropia*, étoit sœur de *Maxence*. Elle naquit à Rome, et y fut élevée d'une manière digne de sa condition. Son père ayant repris la pourpre avec le titre d'Auguste, en 306, la mena l'année suivante dans les Gaules, où régnoit *Constantin*, et la donna en mariage à cet empereur. Les qualités que cette princesse fit paroître dans les premières années de son règne, la firent considérer comme un modèle accompli. Attachée à la gloire de son époux, elle engageoit ce prince à soulager ses peuples et à leur faire des libéralités. *Fausta*, engagée par *Maximien* son père à trahir *Constantin*, lui promit tout ce qu'il voulut : mais, pleine de tendresse pour son mari, elle lui découvrit les noirs desseins de son père, qui fut arrêté et mis à mort. L'attachement de *Fausta* à ses devoirs, et le soin qu'elle prenoit de l'éducation de ses enfans, faisoient le bonheur de sa vie. Elle chérissoit d'autant plus la vertu, qu'elle avoit embrassé le Chris- tianisme. Mais, par une fatalité qu'on a droit de la peine à concevoir, si la foiblesse de l'humanité n'en fournissait que trop d'exemples, toutes les passions s'alumèrent tout-à-coup dans son cœur. Elle s'abandonna aux personnes les plus viles, jeta des regards incestueux sur *Crispe* fils de *Constantin*, et ne put l'attendrir. Irritée de sa résistance, elle joignit la calomnie à l'inceste, et l'accusa auprès de l'empereur d'avoir voulu la violer. Elle fit mettre à mort, par cette imposture, celui qui avoit refusé de se souiller d'un crime horrible. *Constantin*, instruit trop tard de ses débauches et de sa scélératesse, vengea la mort de son fils, et son propre honneur si cruellement outragé : il la fit mourir dans un bain chaud, l'an 327 de J. C. Ainsi périt cette princesse, fille, femme, sœur d'empereurs, et mère de trois princes qui parvinrent à l'empire. Mais la famille dont elle sortoit, étoit aussi souillée de crimes que comblée de grandeurs, et dans l'intrigue détestable qui lui mérita la mort, on reconnoit la fille de *Maximien-Hercule* et la sœur de *Maxence*. « Il n'étoit pas possible, dit *Crevier*, qu'une scène aussi tragique se passât dans la maison impériale, sans y faire bien des coupables. Aussi *Eutrope* rapporte-t-il qu'il en coûta la vie à plusieurs amis de *Constantin* ; et il courut dans le public un distique sanglant, qui taxoit en même temps le prince de luxe et de cruauté, dont le sens est : *Pourquoi desirions-nous le siècle d'or de Saturne ? Celui où nous vivons est de perles, mais dans le goût de Néron*. Il est fâcheux que, dans la vie du premier empereur Chrétien, il se trouve des actions aussi contraires, non-seulement à la sainteté du Christianisme, mais aux lois d'une vertu toute humaine. » *Constantin*, qui avoit d'ailleurs de très-grandes qualités, eut le malheur d'être, comme tant d'autres princes, la dupe des préventions qu'on lui inspira, et de ne pas résister toujours aux premiers mouvemens d'un caractère vif et impétueux.
FAUSTE, évêque de Riez, né vers l'an 390 dans la Grande-Bretagne, quitta le barreau où il brilloit, pour s'ensevelir dans le monastère de Lérins. Il en fut abbé vers l'an 433, lorsque *St. Maxime* quitta ce poste pour gouverner l'église de Riez. Il lui succéda dans cet évêché vers 455, fut exilé en 481, et mourut vers l'an 485. On a de lui un *Traité du libre Arbère et de la Grace*, où il relève trop les forces de la nature : (*Claudien Mamert* l'a réfuté ;) et d'autres ouvrages, dans la bibliothèque des Pères. Le nom de *Fauste* étoit autrefois dans le Martyrologe ; *Molan* fut le premier qui s'avisa de l'ôter. *Simon Bartel*, auteur d'une *Histoire chronologique des Evêques de Riez*, a mis à la fin de son ouvrage une *Apologie de Fauste*, que les curieux pourront consulter. Quoique les écrits de *Fauste* aient été flétris, dit le P. *Longueval*, sa mémoire ne l'a point été, parce qu'il écrivoit avant que l'église eût condamné comme une hérésie les sentimens qu'il a enseignés. Il est honoré comme saint à Riez, où il y a une église dédiée en son honneur. Ses ouvrages, à ces erreurs près, sont estimables, par la réunion de la force de l'éloquence, et de l'onction de la piété. *Sidoine Apollion* naire dit de lui : « qu'il sembloit avoir épousé la philosophie, après l'avoir rendue humble et chrétienne ; qu'il l'avoit conduite à son monastère, et qu'il avoit fait servir l'académie de *Platon* à la défense de l'église de Jésus-Christ. » I. FAUSTINE, (*Galeria Faustina*) née l'an 104, d'*Annius Verus* préfet de Rome, joignoit à la splendeur d'une origine très-distinguée, une beauté parfaite et un esprit fin, délié et insinuant. Elle épousa *Antonia*, long-temps avant qu'il parvint à l'empire. L'envie de plaire, et son goût pour la volupté l'engagèrent d'abord dans la galanterie, et ensuite dans un libertinage effréné. Elle devint la fable de Rome. *Antonia*, instruit de ses débauches, se contenta d'en gémir. Elle mourut comme elle avoit vécu, dans le dérèglement, l'an 141. *Antonia* lui fit élever des autels et des temples. *Faustine*, sa fille, dont nous allons parler, se forma sur le dangereux modèle de sa mère.
II. FAUSTINE, (*Annia FAUSTINA*) dite *Faustine* la Jeune, fille d'*Antonia* le Pieux et de la précédente, épousa l'empereur *Marc-Aurèle*. La nature lui avoit accordé la beauté, l'esprit et les graces ; elle abusa de ses dons. Du plaisir elle passa à la débauche, et de la débauche aux derniers excès de la lubricité. Le sénateur et le chevalier Romain étoient confondus chez elle avec l'affranchi et le gladiateur. Pour mettre le comble à ces horreurs, elle s'abandonna à son gendre, et écouta, sans rougir, les reproches que lui en fit sa fille. Il ne lui resta aucune trace de pudeur. Cette fille, cette femme d'un philosophe, fit plusieurs fois paroître devant elle des gladiateurs et des matelots, dans un état que l'honnêteté nous ordonne de voiler, pour choisir ceux qu'elle jugeroit les plus propres à satisfaire sa brutalité. On a dit que son mari, instruit de ses dérèglements, feignit de les ignorer ; et que lorsqu'on lui conseilla de la répudier, il répondit : *Il faudroit donc que je lui rendisse sa dot* ; c'est-à-dire l'empire. Cette réponse, indigne de *Marc-Aurèle*, est d'autant moins croyable, qu'elle suppose que la dignité impériale étoit héréditaire. On ajoute que ce prince philosophe éleva aux grandes charges de l'empire ceux qui souilloient son lit, et que le peuple ne manquoit pas d'en rire ; mais le peuple pouvoit être mieux instruit que lui, de la conduite de l'impératrice. Quoi qu'il en soit, *Faustine*, malgré ses débordemens monstrueux, fut honorée dans les temples comme une divinité. On institua en son honneur les fêtes *Faustiniennes* ; et des prêtres mercenaires firent fumer l'encens à l'autel de cette prostituée, avec autant de profusion qu'à celui de *Diane*, la déesse des vierges. Elle mourut, l'an 175, au bourg de Halale, situé au pied du mont Taurus. Elle avoit été surnommée *Mater Castrorum*, à l'occasion de la pluie qui tomba au secours de l'armée Romaine. *Voyez MARC-AURÈLE*. — *Jacques Marchand* a tâché de justifier *Faustine* dans une Dissertation (*Voyez* le Mercure de France 1745), qui ne sauroit détruire le témoignage des divers historiens.
III. FAUSTINE, que l'empereur *Héliogabale* épousa en 46 FAU troisièmes noces, étoit fille de Claude Sévère, sénateur illustre, et de Vibia Aurélia, troisième fille de Marc-Aurèle et de Faustine. Cette princesse étoit regardée comme une des plus belles personnes de Rome. La splendeur de sa naissance et l'éclat de ses charmes, étoient rehaussés par une sagesse qu'elle n'avoit pas héritée des deux Faustine ses aïeules. Elle fut mariée à Pomponius Bassus, consul à la fin du règne de Septime Sévère, et gouverneur de la Mosie, sous Caracalla. Ce sénateur joignoit à une origine distinguée, une probité qui rappelait la vertu des premiers héros de la république. Héliogabale, touché des attraits de Faustine, et n'ayant pu parvenir à la séduire, prit le parti de se défaire de Bassus : il le fit assassiner en 221, sous le prétexte qu'il étoit devenu le censeur de sa conduite. Après avoir donné quelques jours à sa veuve pour regretter la perte qu'elle avoit faite, Héliogabale la détermina à l'épouser. Faustine n'eut pas assez de vertu pour refuser sa main au meurtrier de son mari; séduite apparemment par l'ambition de remonter sur le trône de ses aïeux. Elle ne l'occupa pas long-temps; car son bizarre époux, qui ne trouvoit des charmes que dans la variété des voluptés, cessa bientôt d'aimer Faustine, et la renvoya dans son palais, après l'avoir dépouillée de ses titres. Elle y vécut en personne privée, pendant qu'Héliogabale se livra encore deux fois à de nouveaux mariages, et qu'il reprit avec lui Aquilia Severa sa seconde femme.
FAUSTINI, (Jean) poète lyrique Italien, mourut à Venise sa patrie, en 1651, à 32 ans. Son opéra de Calisto est la production d'une muse facile et agréable.
FAUVEAU, (Pierre) poète Latin, natif du Poitou, ami de Muret et de Joachim du Bellay, mourut à Poitiers, à la fleur de son âge, en 1562. Il ne nous reste de lui que des Fragmens.
FAUX-PRINCES, Voyez EVENS; X. DÉMÉTRIUS; XI. ÉDOUARD; PERKIN; SIMONETTA, etc.
FAWKES, (François) poète Anglois, a traduit Anacréon, Théocrite et Apollonius de Rhodes. Il étoit curé de Hayes. Il naquit dans le comté d'York en 1721, et mourut en 1777. Ses poésies parurent en 1761, in-8.
FAY, (Michel du) Voyez HOSPITAL, n° II.
FAY, (du) Voyez DUFAY. I. FAYDIT, (Anselme) poète Provençal, mort vers l'an 1220, fut recherché par les princes de son temps. C'étoit un jeune homme de beaucoup d'esprit, d'une jolie figure, et d'une société agréable. Il se mit à représenter des Comédies, qu'il composoit lui-même. Elles furent applaudies, et il devint riche en peu de temps; mais son penchant à la vanité, à la dépense et à la débauche, le réquisit bientôt à la dernière misère. Richard Cœur-de-lion, roi d'Angleterre, l'en tira par ses libéralités. Ce prince, marié à Bérengère de Barcelone, avoit du goût pour la poésie Provençale, dont la langue approchoit beaucoup alors de la Catalane. Après la mort de son protecteur, Faydit revint à Aix, et s'y maria avec une fille pleine d'esprit et de beauté, qui se sentit de la vie déréglée de son époux, et mourut peu après. Le poète se retira chez le seigneur d'Agoult, où il finit ses jours. Il avoit écrit : I. Un Poème sur la mort du roi Bichard, son bienfaiteur. II. Le Palais d'Amour, autre poème, imité depuis par Pétrarque. III. Plusieurs Comédies, entraîtres une intitulée l'Hérégie des Prêtres, c'est-à-dire l'Hérésie des Prêtres : il y flattoit l'inclination, que diverses personnes distinguées de son temps avoient pour les sentimens des Vaudois et des Albigeois.
II. FAYDIT, (Pierre) né à Riom en Auvergne, d'abord prêtre de l'Oratoire, sortit de cette congrégation en 1671, pour avoir publié un ouvrage Cartésien, De mente humana, contre la défense de ses supérieurs. Le Cartésianisme a été presqu'une hérésie dans bien des corps pendant longtemps. Faydit, né avec un esprit singulier et ardent, se fit bientôt connoître dans le monde. Dans le temps que les différends du pape Innocent XI, avec la France, étoient dans la plus grande chaleur, il prêcha, à Saint-Jean-en-Grève de Paris, un sermon contre ce pontife, où il comparoit la conduite de ce pape envers la France, à celle du pape Victor envers les évêques Asiatiques. Il se réfuta lui-même, dit-on, dans un autre sermon publié à Liège, auquel il ne manqua pas de répliquer, en faisant imprimer l'extrait de son premier sermon, avec les preuves des faits qui y sont avancés. Un Traité sur la Trinité, dans lequel il paroissoit favoriser le Trithéisme, lui mérita, en 1696, un appartement à Saint-Lazare, à Paris. Ce livre étoit intitulé : Altération du Dogme théologique par la Philosophie d'Aristote, ou Fausses idées des Scolastiques sur les matières de la Religion, tome 1er de la Trinité. Le châtiment qu'il essuya à cette occasion, ne changea ni son esprit, ni son caractère ; il eut ordre du roi de se retirer dans sa patrie, où il mourut en 1709. Outre les ouvrages déjà cités, on a de lui : I. Des Remarques sur Virgile, sur Homère et sur le style poétique de l'Écriture sainte, en 2 vol. in-12 : mélange bizarre de pensées différentes sur des sujets sacrés et profanes, dans lequel l'auteur se donne trop de liberté ; mais où l'on trouve de l'érudition, ou des recherches sur des choses curieuses. II. La Télémaco-manie, in-12 ; critique méprisable du chef-d'œuvre de Fénelon, pleine de notes singulières, aussi contraires à la vérité qu'au bon goût. Il faut en excepter ses réflexions contre les romans. Faydit avoit attaqué Bossuet, avant de censurer son illustre rival. Il avoit fait cette épigramme contre le discours de l'évêque de Meaux à l'assemblée du clergé de 1682 : (Il faut savoir que Bossuet avoit cité Balaam dans ce discours.) Un Auditeur un peu Cynique Dit tour haut, en bâillant d'ennui : Le Prophète Balaam est obscur aujourd'hui ; Qu'il fasse parler sa bourrique, Elle s'expliquera plus clairement que lui. Il falloit que la démangeaison de médire en vers et en prose fût bien forte dans l'abbé Faydit, pour attaquer aussi indécemment deux prélats illustres, l'éternel honneur du clergé de France. III. Des *Mémoires* contre ceux de *Tillemont* : brochure in-4°, plus comique que sérieuse, supprimée dans sa naissance, et qui n'eut point de suite. On y voit *Faydit* tel qu'il étoit : un fou qui a de l'esprit et du savoir, et qui écrit quelquefois dans les accès de sa folie. IV. *Le Tombeau de Santeuil*, in-12, en vers latins d'un caractère assez singulier, et en prose françoise : la prose est une traduction libre des pièces latines. On a attribué, mal-à-propos, les *Moines empruntés*, 2 vol. in-12, à cet auteur. Ils ne sont pas de lui, mais de *Haitze*, bel-esprit Provençal. Il laissa quelques ouvrages, entr'autres un livre intitulé : *Disputes Théologiques*, entre un *Homme docte et un Docteur*, sur l'ancienne discipline de l'Église, touchant le *Sacrement de Penitence*. Le censeur royal, *Blampignon*, refuse d'approuver cet ouvrage, parce qu'il crut y apprécévoir les erreurs des Novatiens. I. FAYE, (Jacques) seigneur d'*Espeisses* en Lyonnais, né à Paris en 1543, conseiller au parlement en 1567, devint maître des requêtes de l'hôtel du duc d'*Anjou*, depuis *Henri III*. Il servit ce prince en Pologne; et après la mort de *Charles IX*, il revint en France, pour porter, de la part de son maître, des lettres de régente à la reine. Il retourna ensuite en Pologne, où il rendit des services signalés à *Henri*. Ce prince l'en récompensa par les charges de maître des requêtes, d'avocat-général, et enfin de président-à-mortier au parlement de Paris. Il se mettra dans tous ces postes au-dessus de la crainte et de l'espérance, et uniquement occupé du service du roi et du bien de l'état. Il défendit avec fermeté les droits de la couronne aux états de Blois en 1588, et mourut à Senlis en 1590, à 46 ans, laissant des *Harangues*, éloquentes pour son temps, et qui ont été imprimées à Paris.
II. FAYE, (Jean-Élie LÉ-RIGET DE LA) naquit à Vienne en Dauphiné l'an 1671. Il prit le parti des armes, fut d'abord mousquetaire, ensuite capitaine aux gardes; se trouva à la bataille de Ramillies, à celle d'Oudenarde et dans plusieurs journées, et y signala sa valeur. Il avoit toujours eu du goût et du talent pour les mathématiques. La paix l'ayant rendu à ses premiers penchans, il s'appliqua particulièrement à la mécanique, à la physique expérimentale. L'académie des Sciences lui ouvrit ses portes en 1716, et le perdit en 1718, à 47 ans. « Il faut avouer, dit *Fontenelle*, que sa vie étoit un peu trop conforme à sa principale profession, et apparemment elle en a été plus courte. » On trouve de lui deux *Mémoires* dans ceux de l'académie. « Cet académicien avoit, dit le même écrivain, une gaieté naturelle, un ton agréable de plaisanterie, qui, dans les occasions les plus périlleuses, faisoit briller son courage, et, hors de là, cachoit un savoir qu'il ne lui convenoit pas d'étaler. Son ton plaisant alloit quelquefois jusqu'à l'ironie, qu'il cachoit sous des dehors polis et même flatteurs. Il attendoit, sans agitation, les faveurs de la fortune, et, en général, rien ne troubloit la tranquillité de son âme. Ce courage courage intérieur et raisonné ap- partenoit plus au philosophe qu'au guerrier même. Il étoit fort cha- ritable, sur - tout à l'égard des honnêtes gens qui avoient éprouvé des malheurs publics ou secrets; et ses libéralités étoient ordinai- rement proportionnées à leur condition. »
III. FAYE, (Jean-François LÉ-TIGET DE LA) frère puiné du précédent, étoit né à Vienne en 1674. Il fut d'abord capitaine d'infanterie, ensuite gentilhomme ordinaire du roi. Il eut plus de goût pour la littérature agréable, que pour les sciences sérieuses qui avoient été le partage de son ainé. Son goût et ses talons lui procurèrent une place à l'acadé- mie Françoise en 1730. Il mou- rut l'année d'après le 11 juillet 1731, à 57 ans, regretté de tous les gens de lettres, qu'il charmoit par son esprit, sa douceur et sa politesse. Voltaire, qui l'avoit beaucoup connu, en a fait un portrait avantageux, mais vrai : Il a réuni le mérite Et d'Honor et de Follien, Tantôt protégeant Ap Ilan, Et tantôt chantant à sa suite. Il reçut deux présens des Dieux, Les plus charmans qu'ils puissent faire : L'un étoit le talent de plaire, L'autre le secret d'être heureux. Tel étoit la Faye, doux et animé, modeste sans affectation, docile pour lui-même et indulgent pour les autres, ayant le talent de la conversation sans chercher à y briller, et plus content d'avoir mis en mouvement l'esprit des autres que d'avoir fait remar- quer le sien. On a de lui quel- ques Poésies, où l'on remarque un esprit délicat et une imagi- nation agréable. Sa pièce la plus célèbre est son Cde apologétique de la Poésie, contre le système de la Mothe-Houdard, en faveur de la prose. Ce bel-esprit avoit nié l'harmonie des vers françois; la Faye lui répond par des vers harmonieux.
IV. FAYE, (George la) dé- monstrateur royal en chirurgie à Paris sa patrie, mort dans la même ville le 17 août 1781, ser- vit son art par ses lumières et par son habileté. Il opéroit bien, et il écrivoit avec ordre et avec pré- cision. Ce caractère est marqué dans ses Principes de Chirurgie, in-12, plusieurs fois réimprimés. Voy. DIONIS.
FAYEL, Voy. FAIEL. I. FAYETTE, (Gilbert de la) maréchal de France, d'une famille qui remonte au 17e siè- cle, se distingua à la bataille de Bougé en Anjou l'an 1421, fut fait prisonnier à la journée de Verneuil et après sa délivrance, contribua beaucoup à chasser les Anglois du royaume. Il mourut en 1463. Sa post rité masculine finit en 1694, mais il existe une branche collatérale.
II. FAYETTE, (Louise de la) fille-d'honneur de la reine Anne d'Autriche, de la même famille que le précédent, plut à Louis XIII, et fut sensible aux épanchemens du cœur de ce monarque, qui, sentant le poids des chaînes dont Richelieu le lioit, cherchoit des consolations dans l'amitié. Mlle de la Fayette aimoit sa personne, et s'inté- ressoit à sa gloire. Elle auroit voulu le rendre heureux dans sa famille et au dehors. Le tendre intérêt qu'elle prenoit au roi, commençant à se changer en amour, elle se détermina à rom- 70 FAY pre un engagement qui alarmoit sa sagesse. *Louis*, ordinairement si réservé, lui avoit fait la proposition délicate de lui donner à Versailles, château de plaisir alors, un appartement où il iroit la voir librement. Cette proposition lui fit ouvrir les yeux, et elle alla se renfermer chez les religieuses de la Visitation, où elle prit le voile en 1637. *Bichelieu*, qui avoit hâté sa retraite en fortifiant les scrupules de son maître, n'y gagna rien. *Louis*, rassuré contre sa propre foiblesse par le nouvel état de sa respectable amie, la vit plus souvent. Les visites au parloir durèrent long-temps, et inquiétèrent le cardinal. Un nommé *Boisenval* étoit confident de ce commerce. Par son moyen, le ministre sut le secret des entretiens. Il eut les lettres : il supprima les unes, falsifia les autres, y glissa des expressions qu'il savoit devoir blesser leur délicatesse. Il réussit ainsi à les refroidir, et enfin à les séparer. La reine fut fâchée de cette rupture. *Mlle de la Fayette* lui avoit rendu des services essentiels auprès du roi, en le forçant de retourner à elle. Le fruit de cette réconciliation, après vingt-deux ans de stérilité, fut un fils qui porta depuis le nom de *Louis XIV*. *Anne d'Autriche*, reconnoissante des bons offices de *Mlle de la Fayette*, fit tous ses efforts pour l'engager à revenir à la cour : mais ils furent inutiles. Elle resta dans le cloître, où elle vécut généralement estimée, montrant à la France l'exemple d'une fille, qui, dans l'âge des passions, et au milieu des espérances les plus brillantes, s'immole elle-même pour ne pas entraîner, dans sa châte, un prince qu'elle aimoit. Elle mou- rut en janvier 1665, dans la maison de Chaillot qu'elle avoit fondée. Cet article est tiré, en partie, de l'*Intrigue du Cabinet*, sous *Henri IV* et *Louis XIII*, par *Anquetil*.
III. FAYETTE, (Marie-Magdeleine PIoche de la Vergne, comtesse de la) étoit fille d'*Aymar de la Vergne*, maréchal de camp, gouverneur du Havre-de-Grace. Sa mère étoit d'une famille ancienne de Provence, qui avoit réuni les lauriers des Mises à ceux de *Mars*. *Ménage* et le Père *Ravin* apprirent la langue latine à *Mlle de la Vergne*. Au bout de trois mois de leçons, elle concilia ses deux maîtres sur un passage difficile, auquel ils donnoient une interprétation différente. Elle épousa, en 1655, *François*, comte de la *Fayette*. Elle se distingua encore plus par son esprit que par sa naissance. Protectrice des beaux arts, elle les cultiva elle-même avec succès. Les plus beaux esprits de son temps la recherchèrent : son hôtel étoit leur rendez-vous. Le célèbre duc de la *Bochefoucault* fut lié avec elle de l'amitié la plus étroite. Elle sut lui inspirer l'amour de la vertu. *M. de la Bochefoucault m'a donné de l'esprit*, disoit-elle : mais j'ai réformé son cœur. Parmi les gens de lettres, *Huct*, *Ménage*, *la Fontaine*, *Ségrais*, étoient ceux qu'elle voyoit le plus souvent. Ce dernier écrivain, obligé de quitter la maison de *Mlle de Montpensier*, trouva chez elle une retraite aussi utile qu'honorable. L'empressement que témoignoient de si bons juges pour *Mad. de la Fayette*, ne s'accorde guère avec ce que dit d'elle l'auteur des *Mémoires* de *Mad. de Maintenon*. » Elle n'avoit pas, suivant la *Beaumelle*, ce liant qui rend le commerce aimable et solide; on trouvoit autant d'agrémens dans ses écrits, qu'elle en avoit peu dans ses propos. Elle étoit trop impatiente; tantôt caressante, tantôt impérieuse : exigeant des égards infinis, et y répondant souvent par des hauteurs. » Si ce portrait est vrai, ce que nous n'osons assurer, il faut croire qu'on lui pardonnoit ces défauts de caractère, en faveur de ses talens. Ce n'est pas sous de telles couleurs que la peinte *Mad. de Sévigné*, qui avoit été plus à portée d'étudier son cœur et son esprit, que l'auteur des *Mémoires*. « C'est une femme aimable, estimable, écrit-elle à sa fille, et que vous aimez dès que vous avez le temps d'être avec elle, et de faire usage de son esprit et de sa raison; plus on la connoit, plus on s'y attache. » Cette illustre bienfaitrice des gens de lettres, leur fut enlevée en 1693. Les écrits sortis de sa plume délicate, l'ont fait regarder, avec raison, comme une des premières personnes de son sexe pour l'esprit et pour le goût. Les principaux sont : I. *Zaïde*, roman imprimé et réimprimé, et qui fut lu par ceux-mêmes qui baissoient ces sortes d'ouvrages. Ce fut pour *Zaïde* que le savant *Huet* fit son *Origine des Romans*. Aussi *Mad. de la Fayette* lui disoit quelquefois : *Nous avons marié nos enfans ensemble*; parce que ce traité fut mis à la tête du roman. II. *La Princesse de Clèves*, 2 vol. in-12, autre roman, que *Fontenelle* dit avoir lu quatre fois dans sa naissance : c'est le seul écrit de cette nature, à qui il eût accordé une quatrième lecture. Ce livre, quoique plus parfait que tout ce qu'on avoit vu jusqu'alors, fut attaqué avec beaucoup d'esprit par *Valincourt*, qui en fit la critique, n'ayant pas encore vingt-deux ans. *Mad. de la Fayette* négligea si fort la gloire, qu'elle mit sous le nom de *Ségrais* ces deux productions aimables. Ce bel-esprit avoit contribué seulement à la disposition de l'édifice, et la dame ingénieuse l'avoit orné. (*Voyez CHARNES*.) III. *La Princesse de Montpensier*, in-12, digne des précédens. « Les romans de *Mad. de la Fayette* furent les premiers, dit l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, où l'on vit les mœurs des honnêtes gens, et des aventures naturelles décrites avec grace. Avant elle, on écrivoit d'un style empoulé des choses peu vraisemblables. Aux exagérations des romanciers qui l'avoient précédée, *Mad. de la Fayette* substitua le langage simple et vrai du sentiment. Plusieurs situations de ses romans sont pleines d'intérêt. Telle est entr'autres dans *Zaïde* celle de deux amans forcés de se séparer pour quelques mois, et qui en se séparant ne savoient pas la langue l'un de l'autre. Ils l'apprennent chacun durant leur absence, et en se parlant à leur retour cette langue qui n'étoit pas la leur; ils s'expriment d'une manière touchante les sentimens de leur cœur. » IV. *Des Mémoires de la Cour de France pour les années 1688 et 1689*, in-12 : ouvrage écrit avec art, avec grace et même avec chaleur, et semé de portraits bien frappés et d'anecdotes curieuses. « On lui reproche seulement d'avoir fait payer à *Mad. de Maintenon*, dit son historien, la gloire d'avoir été, dans sa jeunesse, plus aimable qu'elle. » V. *His-* toire d'Henriette d'Angleterre, in-12. On y trouve peu de particularités intéressantes. VI. Divers Portraits de quelques personnes de la Cour. Tous ces ouvrages sont encore assez recherchés. Mad. de la Fayette avoit écrit beaucoup d'autres Mémoires sur l'histoire de son temps; ils se sont égarés, par la facilité de l'abbé de la Fayette, son fils, qui communiagoit à qui les lui demandoit, les manuscrits de son illustre mère. C'est elle qui comparoit les sots traducteurs à des laquais, qui changent en sottises les complimens dont on les charge. Quelques-unes de ses maximes prouvent qu'elle auroit pu augmenter celles du duc de la Rochefoucault, son ami. Celui qui se met au-dessus des autres, remarquoit-elle, quelque esprit qu'il ait, se met au-dessous de son esprit. Voici un mot très-philosophique: C'est assez que d'être, disoit-elle quelquefois. De toutes les louanges qu'on lui donna, aucune ne la flatta autant, que celle d'avoir le jugement au-dessus de son esprit, et d'aimer le vrai en toutes choses. Quelque solide que fût son esprit, elle tenoit un peu à cette foiblesse qu'ont les femmes de ne vouloir pas dire leur âge. Elle avoit vingt-neuf ans; et elle disoit: Je compte encore par vingt. On a recueilli toutes les Œuvres de Mad. de la Fayette, à Paris, en 1786, 8 vol. in-12, avec une notice sur sa vie et ses ouvrages, par l'un des auteurs de ce Dictionnaire.
, FO ou FOHÉ, nom du principal Dieu des Chinois. Ils l'adorent comme le souverain du Ciel, et le représentent tout resplendissant de lumière, ayant les mains cachées sous ses habits, pour donner à entendre qu'il fait tout d'une manière invisible. D'autres le représentent avec trois têtes qui personnifient les trois facultés principales de l'entendement, ou les trois principes actifs du monde physique; et avec cent mains et cent bras, pour désigner la puissance et l'activité de la nature. A sa droite est le fameux Confucius, et à sa gauche Lanza ou Lanca, chef de la seconde secte de la religion Chinoise. Plusieurs savans pensent que Fé est le même que Noé.
FÉBOURG, (Jean) fut premier secrétaire du roi de Danemark, en 1523. Se voyant élevé à un rang qui n'étoit dû ni à sa naissance, ni à son mérite, il méprisa la noblesse et desservit les grands auprès du prince. Il conjura la perte de Torbern, gouverneur de la forteresse de Copenhague, le plus puissant seigneur du royaume. Le roi Christiern aimoit passionnément une courtisane, appelée Colombine. Fébourg, connoissant le foible de son maître, lui persuada que Torbern avoit quelque part dans les bonnes graces de sa maîtresse. Le gouverneur, averti de ce mauvais office, prit le parti de s'en venger par une autre ruse de même nature. Il fit dire au roi, par les espions, qui avoient ordre d'observer ceux qui fréquentoient Colombine, que le secrétaire d'état n'étoit point haï. Christiern dissimulant son chagrin, envoya Fébourg à Copenhague, sous prétexte de donner en main propre au gouverneur une lettre de sa majesté. Fébourg porta à Torbern cette lettre, qui contenoit un ordre de le punir du dernier supplice, pour peu qu'on le trouvât coupable. Le gouverneur, ravi de se voir en état de se venger, le fit attacher aux fourches les plus proches de Copenhague. Quelque temps après, la sentinelle, placée sur le rempart de la forteresse de la ville, vis-à-vis du gibet, apperçut, la nuit, une flamme sur la tête de *Fébourg*. L'ignorance des raisons naturelles, qui étoient la cause de cet effet, le fit prendre pour un miracle. Le roi voulut être le spectateur de cette merveille, qui se renouvela en sa présence. La flamme, attirée par ce qu'il y avoit d'onctueux dans la tête du cadavre, parut assez long-temps. *Christiern* se servit de ce prodige, pour faire croire aux principaux de son royaume, que c'étoit un signe de l'innocence de *Fébourg*, injustement condamné par le gouverneur *Torbern*. Celui-ci venoit de périr par le dernier supplice, et la noblesse outrée méditoit une révolte; mais le prétendu miracle la calma. *Fébourg* parut innocent, et *Torbern* coupable. C'est ainsi que juge l'ignorance.
**FEBVRE**, (Philippe le) président-honoraire du bureau des finances de la généralité de Rouen sa patrie, né en 1705, mort depuis quelques années, se fit connoître par des critiques éphémères de quelques pièces de théâtre, et par d'autres bagatelles littéraires. Le seul de ses ouvrages, qui mérite d'être cité, est son *Abrégé de la Vie d'Auguste*, 1760, in-12. Les faits principaux sont exposés avec une clarté élégante.
**FEBVRE**, *Voyez* les
**FÈVRE**.
**FÉDÈLE**.—
**CASSANDRE**, n° v. —
**FÉDELI**, (Aurélia) célèbre comédienne d'Italie, se distingua par ses succès au théâtre et en poésies. Celles-ci ont été recueillies à Paris, en 1666, sous le titre de *Restituti di Pindo*.
**FEDOR**, *Voyez*
**FEDOR**.
**FEIJOO**, (Benoît-Jérôme) Bénédictin Espagnol, mort en 1765, a autant contribué par ses pièces critiques à éclairer ses compatriotes sur leurs vices et leurs défauts, que l'avoit fait *Michel Cervantes*, pour corriger ceux de son siècle par son roman de *Don Quichotte*. On a de lui le *Théâtre Critique*, en 14 vol. in-4. Une partie de ce recueil a été traduite en françois par *M. d'Hermilly*, en 12 vol. in-12. Il y a quelques chapitres qu'on lit avec plaisir; mais bien des réflexions de *D. Feijoo*, qui avoient paru neuves et piquantes en Espagne, ont été trouvées vieilles et communes en France. L'auteur ayant eu la hardiesse de se déchaîner contre la licence du clergé, l'ignorance des moines, l'injustice des rois, la bassesse des peuples, les préjugés ridicules, l'abus des pèlerinages, des exorcismes, des faux miracles, se fit des ennemis. Confesseur de la vérité, il auroit dû en être le martyr, si les cris de la haine avoient été accueillis par les supérieurs. On lui fit un crime, dans un pays de superstition, d'avoir loué *Bacon*, *Newton* et *Descartes*. Les véritables savans de sa nation prirent sa défense; et, quoiqu'il eût montré l'incertitude de la médecine et la charlatanerie de la plupart des médecins, la faculté de Séville le mit au nombre de ses docteurs. *D. Feijoo* étoit en effet l'un des écrivains Espagnols qui avoient parlé le plus raisonnablement de cet art conjectural, mais né- cessaire. M. *Bourgoing* dit dans son *Tableau de l'Espagne*, que ce Bénédictin a un peu familiarisé les lecteurs de son pays avec les saines idées, et même avec les hardiesses de la philosophie moderne : il ne fut pas cependant poursuivi par le saint office.
FEITHIUS, (Everard) d'Élbourg dans la Gueldre, se rendit très-habile au 16$^{e}$ siècle, dans les langues Grecque et Hébraïque. Les troubles des Pays-Bas l'obligèrent de se retirer en France, où il s'acquit l'estime de *Casaboin*, de *Dapuy* et du président de *Thou*. Il y enseigna quelque temps la langue Grecque. Mais, se promenant un jour à la Rochelle avec son valet, il fut prié d'entrer dans la maison d'un bourgeois; et, depuis ce moment, on ne put savoir ce qu'il étoit devenu, quelque perquisition que les magistrats en fissent. On a de lui un livre curieux et savant, intitulé : *Antiquités Homericæ*, in-12, Strasbourg, 1743. I. FÉLIBIEN, (André) sieur des Avaux et de Javerci, né à Chartres en 1616, suivit à Rome l'ambassadeur de France en qualité de secrétaire. Il eut occasion de voir le *Poussin* dans cette patrie des beaux arts. Il lia amitié avec lui, et perfectionna, sous cet artiste, son goût pour la peinture, la sculpture et l'architecture. *Fouquet*, et *Colbert* après lui, employèrent ses talons. Il eut la place d'historiographe des bâtiments du roi en 1666, et celle de garde des antiques en 1673. Deux ans auparavant, il avoit été nommé secrétaire de l'académie d'architecture. Sa probité, aussi connue que son sa- voir, le fit estimer et aimer de ce qu'il y avoit alors de plus habiles et de plus honnêtes gens en France. Les uns et les autres le pleurèrent, lorsqu'il mourut à Paris le 11 juin 1695, à 76 ans. C'étoit un homme grave et sérieux. Sa conversation ne laissoit pas d'être fort agréable, et même enjouée, suivant les occasions. Il avoit l'esprit juste et le cœur droit, et étoit plutôt ami de la vertu qu'esclave de la fortune. Il étoit membre de l'académie des belles-lettres. Il lui a fait honneur par plusieurs ouvrages élégants, profonds, et qui respirent le goût. Mais *Voltaire* lui a reproché, avec raison, de dire trop peu de choses en trop de paroles, et de manquer de méthode. Ces défauts se font sentir dans tous ses livres. Les principaux sont : I. *Entretiens sur les Vies et les Ouvrages des plus excellens Peintres*, 2 vol. in-4$^{o}$, Paris, 1685; réimprimés à Amsterdam en 5 vol. in-12, à Trévoux en 6, et traduits en anglais. La dernière édition de cet ouvrage, est augmentée de l'*Idee* du peintre parfait, et des *Traités* des dessins, des estampes, de la connoissance des tableaux, et du goût des nations. L'auteur étoit plein de son sujet. La variété des choses qu'il y a mêlées en rendroit la lecture fort agréable, si son style, quoique noble en général, n'étoit trop diffus, et peu naturel en quelques endroits. II. *Traité de l'origine de la Peinture*, in-4$^{o}$ III. *Les Principes de l'Architecture, Peinture et Sculpture*; Paris, 1690, in-4$^{o}$. On voit que *Félibien* avoit médité sur tous ces arts; cet ouvrage, rempli de réflexions profondes et judicieuses sur la théorie et la pratique, aidait les artistes et éclaira les savans. IV. Les Conférences de l'Académie Royale de Peinture, in-4.º V. Les quatre Elémens peints par le Brun, et mis en Tapisseries, décrits par Félibien, in-4.º VI. Description de la Trappe, in-12. VII. Traduction du Château de l'Ame de Ste Thérèse, de la Vie du Pape Pie V, de la Disgrace du Comte Olivarès; 1650, in-8.º VIII. Le Tableau de la Famille de Darius, décrit par le même, in-4.º IX. Les Divertissemens de Versailles, donnés par le Roi à toute sa Cour, in-12. X. Description sommaire de Versailles, avec un plan gravé par Sébastien le Clerc, in-12. Il laissa trois fils: Nicolas-André, mort doyen de l'église de Bourges, en 1711; et les deux écrivains suivans. — II. FÉLIBIEN, (Jean-François) fils du précédent, mort en 1733, succéda à son père dans toutes ses places, et eut, comme lui, le goût des beaux arts. On lui doit: I. Recueil historique de la Vie et des Ouvrages des plus célèbres Architectes; Paris, 1687, in-4.º: ouvrage réimprimé plusieurs fois à Paris et dans les pays étrangers, avec les Entretiens de son père sur les Peintres, dont il est le pendant. II. La Description de Versailles ancienne et nouvelle, in-12; avec la description et l'explication des statues, tableaux, et autres ornemens de cette maison royale. III. La Description de l'Eglise des Invalides, 1706, in-folio, réimprimée en 1756.
III. FÉLIBIEN, (Dom Michel) frère du précédent, Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Chartres en 1666, soutint, avec honneur, la réputation que son père et son frère s'étoient acquise. Les échevins de Paris, informés de son mérite, le choisirent pour écrire l'histoire de cette ville: il l'avoit beaucoup avancée, lorsqu'il mourut le 10 septembre 1719, à 53 ans. Elle fut continuée et publiée par Dom Lobineau, en 5 vol. in-fol., à Paris, 1725. On a encore de Dom Félibien, l'Histoire de l'Abbaye de St-Denys, 1 vol. in-fol. ornée de figures, pleine d'érudition, de recherches, et enrichie de savantes dissertations. Elle parut à Paris en 1706. Le P. Félibien étoit un homme d'un jugement sûr et d'un esprit facile; mais sa foible santé fut un grand obstacle à ses études.
IV. FÉLIBIEN, (Jacques) frère d'André, chanoine et archidiacre de Chartres, a composé, I. Des Instructions morales, en forme de catéchisme, sur les commandemens de Dieu et sur le symbole, tirées de l'Écrituresainte. II. Pentateuchus Historicus; Paris, 1704, in-4.º Ce livre a été supprimé; il faut que les cartons retranchés se trouvent à la fin du volume, pour lui donner quelque valeur. Il mourut le 25 novembre 1716, dans un âge avancé.
FELICIANI, (Porphyre) évêque de Foligno, mort en 1632, à 70 ans, avoit été secrétaire du pape Paul V. Il écrivait avec beaucoup de netteté en latin et en italien. Il n'eut point de supérieur en son temps pour la poésie italienne. On a de lui des Lettres et des Poésies.
FELICISSIME, diacre de Carthage, se sépara de St. Cyprien, avec les Chrétiens tombés dans la persécution, vers l'an 25. 56 F É L Il vouloit qu'on les reçût à la communion sur une simple recommandation des martyrs, et sans qu'ils eussent fait pénitence. Il se joignit à *s'ovat* et à quelques autres prêtres. *St. Cyprien* les excommunia. I. FÉLICITÉ ou EUDEMONIE, Divinité allégorique, à laquelle on fit bâtir un temple à Rome. On la représentoit comme une reine assise sur son tronc, tenant un caducée d'un main, et une corne d'abondance de l'autre. On la peint encore debout, tenant une pique au lieu de corne.
II. FÉLICITÉ. (Sainte) d'une Romaine, souffrit le martyre avec ses sept fils, sous *Marc-André-Antonin*, vers l'an 164. Les enfans, dont les noms étoient, *Janvier*, *Félix*, *Philippe*, *Silais*, *Alexandre*, *Vital* et *Martial*, encouragés par leur illustre mère, supportèrent les tourniens avec une constance admirable. L'aîné fut flagelle jusqu'à la mort, avec des fouets garnis de plomb; les deux suivans furent assommés à coups de bâton, et les autres décollés avec leur mère, qui fut martyrisée la dernière. *Loy*, aussi PERFÈTLE. Quelques incrédules modernes ont prétendu que l'histoire de *St. Felicité* étoit une invitation de celle des sept *Macchabère*. Ils ont attaqué l'authenticité des actes de son martyre, parce que cette légende, disent-il, est tirée de *Surius*, moins de 16e siècle, un peu décrié pour ses absurdités. Mais *Surius* n'évoit pas forgé ces actes; et *D'Aumant*, qui a toujours passé pour bon critique, les rapporte dans ses *Acta sincera Mortyrum*. — *Voyez* aussi les *Memoires pour l'Histoire Ecclesiastique*, de *Tillemont*, tome 2. I. FÉLIX, proconsul et gouverneur de Judée, frère de *Pallas*, affranchi de *Claude*, passa en Judée vers l'an 53 de J. C. *Druville*, fille du viel *Agrippa*, gagnée par ses caresses, l'épousa quelque temps après. Ce fut devant lui que *St. Paul* comparut. *Seron* le rappela de la Judée, qu'il piloit et tyrannisoit.
II. FÉLIX Ier, (Saint) pape après *St. Pénys*, en 269, mourut martyr le 1er janvier 274. Il nous reste de ce pontife un fragment de la *Lettre* qu'il écrivit à *Maxime* d'Alexandrie, contre *Savelius* et *Paul* de *Samosate*. Elle fut lue dans les conciles de Chalcédoine et d'Éphèse. On lui en attribue trois autres, visiblement supposées.
III. FÉLIX II, archidiacre de l'Église Romaine, intrus sur le siège pontifical en 355, par l'empereur *Constance*, pendant l'exil du pape *Libère*, en fut chassé après le retour du véritable pontife. *Constance* auroit voulu que *Libère* et *Félix* gouvernassent tous deux l'église de Rome, et que chacun fût à la tête de son parti; mais le peuple ayant entendu cet ordre de l'empereur, qu'il fit lire dans le cirque, s'écria tout d'une voix: *Il n'y a qu'un DIEU, qu'un CHRIST, qu'un ÉVEQUE. Félix*, forcé de se retirer, mourut dans une de ses terres, le 22 novembre 355 ou 66. Quelques savans regardent *Félix* moins comme un antipape que comme évêque-vicaire du pape *Libère*. Mais il n'est pas prouvé que celui-ci eût consenti qu'on le mit à sa place.
IV. FÉLIX III, Romain, bisaièul de St. Grégoire le Grand, fut élu pape après Simplicius en 483. Il commença par rejeter l'édit d'union, publié par l'empereur Zénon, et anathématisa ceux qui le recevoient. Acace de Constantinople troubloit alors l'Eglise, il tacha de le ramener par des lettres pleines de douceur; mais apprenant qu'il ne cessoit de communiquer avec Pierre Mongus, hérétique anathématisé, il prononça contre lui une sentence de déposition et d'excommunication. Cette sentence fut attachée au manteau d'Acace par des moines Acémètes, auxquels cette hardiesse coûta la vie. Félix assembla un concile à Rome en 487, pour la réconciliation de ceux qui s'étoient laissés rebaptiser en Afrique pendant la persécution. Il mourut saintement le 25 février 492. C'est le premier pape qui ait employé l'indiction dans ses lettres. V. FÉLIX IV, natif de Bénévent, monta sur la chaire de St. Pierre après le pape Jean I, le 24 juillet 526, par la faveur de Théodoric. Il gouverna l'Eglise avec beaucoup de zèle, de doctrine et de piété, et mourut au commencement d'octobre 530, suivant Anastase le Bibliothécaire. Voy. NICOLAS, no VIII.
FÉLIX V, Voy. AMÉDÉE VIII.
VI. FÉLIX, (Saint) prêtre de Nole en Campanie, eut beaucoup à souffrir pour la foi sous Déce et Valérien. Après la mort de Maxime, évêque de Nole, on voulut le mettre à la tête de cette église; mais son humilité s'y opposa. Il passa le reste de ses jours en paix, dans un petit soin de terre qu'il labouroit lui- même. Son père lui avoit laissé de grands biens, qu'il perdit durant la persécution. Quand la paix eut été rendue à l'Eglise, il ne tenoit qu'à lui de rentrer dans ses biens; mais il aima mieux vivre et mourir pauvre. Il prit à loyer un arpent et demi d'assez mauvaise terre, dont il fit un jardin pour en partager les légumes avec les pauvres. Il n'avoit point de domestique, se bornoit à un seul habit; et quand par hasard il en avoit deux, il donnoit le meilleur au premier mendiant qu'il rencontroit, et se couvroit de ses haillons. C'est ainsi qu'il acheva, dans une heureuse vieillesse, sa vie, qui se termina vers l'an 256. Félix a toujours été honoré à Nole comme un saint. St. Paulin nous a transmis plusieurs de ses miracles. Son culte passa de l'Italie en Afrique.
VII. FÉLIX, évêque d'Urgel en Catalogne, ami d'Elipond, évêque de Tolède, soutenoit, comme lui, que J. C. est fils adoptif. Voici ce qui l'entraîna dans cette erreur. Les Mahométans, dont l'Espagne étoit alors remplie, traitoient d'idolâtres tous ceux qui reconnoissoient quelque nombre dans la Divinité. « Ils reconnoissoient, dit M. l'abbé Plaquet, Jésus-Christ comme un grand prophète qui avoit l'esprit de Dieu; mais ils ne pouvoient souffrir qu'on dit que J. C. étoit Dieu et fils de Dieu par sa nature. Les Juifs étoient alors, et sont encore aujourd'hui, dans les mêmes principes, quoique le Messie soit annoncé par les prophètes comme le fils naturel de Dieu. Pour répondre à ces difficultés sans altérer le dogme de l'unité de Dieu, les Chrétiens d'Espagne disaient que J. C. n'étoit pas fils de Dieu par sa nature, mais par adoption. Il paroit que cette réponse avoit été adoptée par des prêtres de Cordoue, et qu'elle étoit assez communément reçue en Espagne. *Lipand*, qui avoit été disciple de *Félix d'Urgel*, le consulta pour avoir ce qu'il pensoit de J. C. et s'il le croyoit fils naturel en fils adoptif. *Félix* répondit que J. C., selon la nature humaine, n'étoit que le fils adoptif ou *nucupatif*, c'est-à-dire, de nom seulement, et il soutint son sentiment dans ses écrits. J. C. étant, selon *Félix d'Urgel*, un nouvel homme, devoit avoir aussi un nouveau nom. Comme dans la première génération, par laquelle nous naissons selon la chair, nous ne pouvons tirer notre origine que d'*Adam*; ainsi, dans la seconde génération, qui est spirituelle, nous ne recevons la grace de l'adoption, que par J. C. qui a reçu l'une et l'autre, la première de la Vierge sa mère; la seconde en son baptême. J. C., dans son humanité, est fils de *David*, fils de Dieu; or, il est impossible, disoit *Félix*, qu'un homme ait deux pères selon la nature; l'un est donc naturel et l'autre adopté. Les erreurs de *Félix d'Urgel* furent condamnées aux conciles de Ratisbonne en 792, de Francfort en 794, et de Rome en 799. *Félix* fut deposédé de l'épiscopat dans cette dernière assemblée, et relégué à Lyon, d'où il écrivit à son peuple d'Urgel une *Lettre* qui contenoit l'abjuration de son erreur. Il mourut vers l'an 818. — On connoit encore un *S. Felix*, Capucin de Rome, qui fut ami de *S. Philippe* de Néri, et qui se sanctifia dans l'emploi de frère qu'éteur.
FELL, *Voy. Fox*, n° II.
FELL (Jean), évêque d'Oxford en 1675, né en 1625, mort le 12 juillet 1686, à 61 ans, fut sincèrement attaché à la famille royale de *Stuart*. Persécuté par les parlementaires, il se renferma dans son cabinet, et y acquit des connaissances très-étendues. Dans le temps de la révolution en 1660, il reparut, et il fut récompensé de son zèle pour son roi, par des bénéfices, et enfin par l'évêché d'Oxford. On a de lui le premier volume des *Rerum Anglicarum Scriptores*, à Oxford, 1684, in-fol.: la mort l'empêcha de continuer cette savante et utile collection. Il avoit donné, avec *Péarjon*, une très-belle édition de *St. Cyprien*, à Oxford, 1682, in-fol. avec des remarques savantes. Son *Nouveau-Testament Grec*, avec les *Variantes*, imprimé dans la même ville, in-12, 1675, est estimé. I. FELLER, (Joachim-Frédéric) né à Leipzig en 1673, fut secrétaire du duc de *Weimar*. Il passa la plus grande partie de sa vie à voyager, pour visiter les savans et les bibliothèques; se maria en 1708, et mourut en 1726, à 53 ans. On a de lui: I. *Monumenta inedita*, par forme de journal, en 12 parties: l'ene, 1714, in-4° II. *Miscellanea Leibnitiana*, Leipzig, 1717, in-8° III. *La Généalogie de la maison de Brunswick*, en allemand, 1718, in-8°. Ses livres sont plus connus en Allemagne qu'en France.
II. FELLER, (François-Xavier) ex-jésuite, né à Bruxelles, le 18 août 1735, du secrétaire du gouvernement des Pays-Bas Autrichiens, mort à Ratisbonne en 1802, à 68 ans, professa avec succès la rhétorique à Liège, à Luxembourg, à Turnau en Hongrie, et parcourut ensuite, en observateur, l'Italie, la Pologne, l'Autriche et la Bohème. Après l'extinction de sa société, il prit le nom de *Flexier de Reval*, qu'il abandonna ensuite pour celui de *Feller*. C'est sous ce dernier nom qu'il publia à Luxembourg un *Journal historique et littéraire*, depuis 1774 jusqu'à 1794. L'auteur y parut assez instruit de la politique et de la littérature, mais encore plus rempli de bile contre tous ceux qui ne partageaient pas ses opinions. Sa feuille périodique ne fournissant pas à tous ses besoins physiques et littéraires, il y suppléa par la contrefaçon des ouvrages qui avoient le plus de vogue. Il commença par le *Dictionnaire Géographique de Vosgien*, et finit par notre *Dictionnaire Historique*, dont il a donné deux éditions sous son nom, l'une en 1781, en 6 vol. in-8°, et l'autre en 1797, en 8 vol. aussi in-8°. Nous ne dirons rien sur la manière dont il a dénaturé notre ouvrage, et sur ses procédés avec l'auteur principal. Nous renvoyons les lecteurs honnêtes à notre préface. Quoique *Feller* fut regardé comme un oracle par plusieurs de ses confrères de France, des Pays-Bas, du pays de Liège et d'une partie de l'Allemagne, quelques-uns le désapprouvèrent. Sa piraterie leur parut d'autant plus odieuse, qu'avant de donner sa contrefaçon, il avoit pendant deux ans entiers décrié tous les quinze jours, dans son *journal*, le livre même dont il vouloit s'emparer. Pour mettre le comble à une conduite si étrange, il prit le prétexte de la religion, comme si l'auteur du *Dictionnaire* avoit eu la folie de l'attaquer, et cacha son poignard sous ce manteau sacré. On a encore de lui: I. *Jugement d'un écrivain*, touchant le livre de *Justinus Féronius*, 1771: c'est une réfutation de l'ouvrage de *Hontheim*, évêque de Liège. II. *Lettre* sur le dîner du comte de *Roulainvilliers*. III. *Examen critique* de l'Histoire naturelle de M. de *Buffon*, 1773: c'est surtout sa Théorie de la terre que l'auteur attaque dans cet écrit. IV. *Traduction* de l'ouvrage anglois de milord *Jouyns*, sur l'évidence du *Christianisme*, in-12, 1779. V. *Observations philosophiques* sur le Système de *Newton*, le mouvement de la terre et la pluralité des mondes, 1771, réimprimées à Liège en 1788. *Feller* s'efforce de prouver que le mouvement de la terre n'est point démontré, et que la pluralité des mondes est impossible. M. de *La Lande* a combattu cet ouvrage. VI. *Examen impartial* des Époques de la nature de M. de *Buffon*: il obtint une quatrième édition à Mastricht, en 1792. VII. *Catechisme philosophique*, ou *Recueil d'observations propres à défendre la religion Chrétienne*, 1777, in-8°. On ne peut que louer son zèle pour le soutien du *Christianisme*; mais il auroit dû se pénétrer aussi de l'esprit de charité de son divin auteur. Alors son langage auroit été moins emporté, son ton plus modeste, et les hommes irréligieux auroient peut-être profité de diverses réflexions qui, bien méditées, les auroient ra- menés à la vérité du dogme et à la pratique de la morale. VIII. Discours sur divers sujets de religion et de morale, 1778, in-12. L'auteur a de la chaleur et de l'énergie; mais son style manque de pureté, et quelquefois de précision. IX. Observations sur les rapports physiques de l'huile avec les flots de la mer, 1778, in-8.º X. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages manuscrits. On ne peut nier que Feller ne fut très-laborieux. Sa mémoire étoit prodigieuse. Il possédoit diverses connoissances en théologie, en physique, en histoire, en géographie. Il avoit des mœurs pures, quoique son métier de contrefacteur ne le fit pas présumer. Moins de penchant à la satire, moins de hauteur et plus de douceur dans le caractère auroient rendu ses lumières plus précieuses, et lui auroient peut-être procuré une vie plus longue et plus tranquille. Il se fit plus d'un ennemi, non-seulement par ses critiques, mais par des dénonciations que la religion n'autorisoit point, et que l'esprit de société réprouvoit. Pour faire penser que le nouveau Dictionnaire historique étoit l'ouvrage d'un bénédictin Janséniste, Feller a toujours donné à l'auteur principal le titre de Dom. Cependant cet auteur ne l'a jamais porté, quoiqu'il eût été flatté de l'avoir après les Mabillon, les Montfaucon, etc. etc. Il étoit d'une congrégation sécularisée en 1788 par Pie VI. Mais l'auteur du Dictionnaire historique ayant eu le bonheur de réunir contre lui les partisans de toutes les sectes, Jansénistes, Molinistes, et philosophes, il n'est pas étonnant que Feller ait voulu le faire passer pour Janséniste. Au reste, par le mot de philosophes, nous n'entendons point ceux qui respectent ce qu'ils doivent respecter, mais les sophistes qui, en entassant ruines sur ruines, ont cru écraser sous cet amas de décombres la religion et le gouvernement. St. Augustin appeloit ceux de son temps philosopastros, mot qui les désigne mieux que celui de philosophistes, inventé par un critique du dernier siècle.
FELLON, (Thomas-Bernard) Jésuite, né à Avignon le 12 juillet 1672, mort le 25 mars 1759, dans sa 86e année, avoit du talent pour la poésie latine. On connoit ses poèmes intitulés: Faba Arabica; Magnes. Le premier se trouve dans les poëmata didascalica de l'abbé d'Olivet. On a encore de lui: I. Oraison funèbres de Monseigneur le duc de Bourgogne, et de Louis XIV. II. Paraphrase des Pseaumes, 1731, in-12. III. Le Traité de l'Amour de Dieu, par St. François de Sales, abrégé et rajeuni, en 3 vol. in-12. I. FELTON, (Jean) gentilhomme Anglois, très-zélé pour la religion Catholique, afficha publiquement aux portes de la maison épiscopale de Londres, la bulle de Pie V, par laquelle ce pontife déclaroit hérétique la reine Elizabeth. Felton fut condamné à être pendu, et il le fut en 1570. On le détacha de la potence pendant qu'il étoit encore en vie; puis on lui coupa les parties naturelles, qui furent jetées dans le feu: ensuite on lui fendit l'estomac, pour lui arracher les entrailles et le cœur; et après lui avoir coupé la tête, on mit son corps en quatre quartiers.—*Thomas FELTON*, son fils, religieux minime, périt également du dernier supplice avec un autre prêtre, le 28 août 1588.
II. FELTON, (Jean) Anglois, irrité contre le duc de *Buckingham*, qui lui avait refusé une compagnie d'infanterie, forma le dessein de s'en venger à quel prix que ce fût. Comme le duc étoit sur le point de partir (le 2 septembre 1728,) pour l'expédition de la Rochelle, ayant trouvé le moyen de l'approcher, il lui donna un coup de couteau, qui alla jusqu'aux poumons. Le duc retira promptement le couteau, et tomba mort, en s'écriant : *Le scélérat m'a tué*. L'assassin, loin de se cacher, se promenait tranquillement devant la maison où il avait fait le coup. Il fut pris, et s'avoua coupable sans hésiter. Il reconnut pourtant enfin l'atrocité de son crime, et pria qu'on aggravât son supplice, en lui faisant couper la main; mais on se contenta de le faire pendre.
FENEL, (Jean-Basile-Pascal) né à Paris le 8 juillet 1695, fut élevé sous les yeux de *Ménage*, qui dirigea ses études et les rendit utiles. Après avoir embrassé l'état ecclésiastique, il se livra à tous les genres de connoissances, et en acquit d'étendues en mathématiques, en histoire et en antiquités. L'académie des Inscriptions le reçut au nombre de ses membres en 1744. Il y lui divers *Mémoires* sur les opinions des anciens philosophes concernant la résurrection, et la religion des Gours. Il mourut le 19 décembre 1753, d'une faim vorace qu'aucun aliment ne put appaiser. On lui doit encore : I. Un *Mémoire* sur la force du cabestan, que l'académie des Sciences a fait imprimer dans son recueil. II. Un *autre* sur la conquête de la Bourgogne par les fils de *Clovis*. L'académie de Soissons couronna cet écrit en 1753. III. *Mémoire* sur l'état des sciences en France, depuis la mort de l'*Philippe le Bel* jusqu'à celle de *Charles V*. Celui-ci eût fait le prix de l'académie des Inscriptions. IV. Il a laissé en manuscrit des matériaux pour une *Histoire* de la ville de Sens, et pour une *autre* du Paganisme. Il avait aussi le dessein d'écrire l'histoire des arts. I. FÉNÉLON, (Bertrand de Salignac, marquis de) a donné la *Relation du siège de Metz*, 1553, in-4°; le *Voyage de Henri II aux Pays-Bas*, 1554, in-8°. On a ses *Négociations en Angleterre*, manuscrites, 2 vol. in-folio; elles étoient dans la bibliothèque du chancelier *Séguier*. Ce brave militaire se signala par sa valeur et par ses services, et mourut en 1559. Il étoit de l'illustre famille qui a produit l'archevêque de Cambrai, dont nous allons parler. Cette maison, connue avant l'an 1000 dans le Périgord, où est située la terre de *Salignac*, à deux lieues de Sarlat, est connue par ses alliances et par les hommes distingués auxquels elle a donné naissance, comme deux archevêques de Bordeaux, six évêques de Sarlat, un évêque de Comminges, un évêque de Lombe. Elle est alliée avec les maisons de *Laval*, de la *Trémouille*, de *Themines*, de *Sainte-Maure*, de *Biron*, de la *Tour-d'Auvergne*, de *Grammont*, de *Navailles*, d'*Usez*, d'*Aubeterre*, de *Talleirand*, d'Estaing, d'Harcourt, etc. etc. Voyez HENRI IV, n° XII, vers le commencement.
II. FÉNÉLON, (François de Salignac de la Motte-) naquit au château de Fénélon en Querci, le 6 août 1651, d'une maison ancienne et distinguée dans l'état et dans l'église. (Voyez l'article précédent.) Des inclinations heureuses, un naturel doux, joint à une grande vivacité d'esprit, furent les présages de ses vertus et de ses talens. Le marquis de Fénélon, son oncle, lieutenant-général des armées du roi, homme d'une valeur peu commune, d'un esprit orné et d'une piété exemplaire, traita cet enfant comme son propre fils, et le fit élever sous ses yeux à Cahors. Le jeune Fénélon fit des progrès rapides; les études les plus difficiles ne furent pour lui que des amusements. Dès l'âge de 19 ans, il prêcha et enleva tous les suffrages. Le marquis, craignant que le bruit des applaudissemens et des caresses du monde ne corrompissent une ame si bien née, fit prendre à son neveu la résolution d'aller se fortifier dans la retraite et le silence. Il le mit sous la conduite de l'abbé Tronçon, supérieur de Saint-Sulpice à Paris. A 24 ans, il entra dans les ordres sacrés, et exerça les fonctions les plus pénibles du ministère dans la paroisse de Saint-Sulpice. Harlay, archevêque de Paris, lui confia, trois ans après, la direction des Nouvelles Catholiques. Ce fut dans cette place qu'il fit les premiers essais du talent de plaire, d'instruire et de persuader. Le roi ayant été informé de ses succès, le nomma chef d'une mission sur les côtes de Saintonge dans le pays d'Au- nis. Simple à la fois et profond, joignant à des manières douces une éloquence forte, il eut le bonheur de ramener à la vérité une foule d'errans. Fénélon recueillit en 1689 le fruit de ses travaux; Louis XIV lui confia l'éducation de ses petits-fils, les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berri. Ce choix fut si applaudi, que l'académie d'Angers le proposa pour sujet du prix qu'elle adjuge chaque année. « Fénélon, dit un historien, devint l'homme à la mode et le saint de la cour. Simple avec le duc de Bourgogne, sublime avec Bossuet, brillant avec les courtisans, il étoit souhaité par-tout. » Le duc de Bourgogne devint, sous un tel maître, tout ce qu'il voulut. Fénélon orna son esprit, forma son cœur, et y jeta les semences du bonheur de l'empire François. Ses services ne restèrent point sans récompense: il fut nommé, en 1695, à l'archevêché de Cambrai. En remerciant le Roi, il lui représenta, dit Mad. de Sévigné, « qu'il ne pouvoit regarder comme une récompense, une grace qui l'éloignoit du duc de Bourgogne. » Il ne l'accepta qu'à condition qu'il donneroit seulement trois mois aux princes, et le reste de l'année à ses diocésains. Il remit, en même temps, son abbaye de Saint-Valery, et son petit prieuré; persuadé qu'il ne pouvoit posséder aucun bénéfice avec son archevêché. Au milieu de la haute faveur dont il jouissoit, il se formoit un orage contre lui. Né avec un cœur tendre et une forte envie d'aimer Dieu pour lui-même, il se lia avec Mad. Guyon, dans laquelle il ne vit qu'une ame pure, éprise du même goût que lui. Les idées de spiritualité de ette femme excitèrent le zèle des théologiens, et sur-tout celui de Bossuet. Ce prélat voulut exiger que l'archevêque de Cambrai, autrefois son disciple, pour lors son rival, condamnât Mad. Guyon avec lui, et sous-crivit à ses Instructions pastorales. Fénélon ne voulut sacrifier ni ses sentimens, ni son amie. Il crut rectifier tout ce qu'on lui reprochoit, en publiant son livre de l'Explication des Maximes des Saints, 1697, in-12. Le style en étoit pur, vif, élégant et affectueux; les principes étoient présentés avec art, et les contradictions sauvées avec adresse. On y voyoit un homme qui craignoit également d'être accusé de suivre Molinos, et d'abandonner Sainte Thérèse; tantôt donnant trop à la charité, tantôt ne donnant pas assez à l'espérance. Bossuet, qui vit dans le livre de Fénélon bien des maximes qui s'éloignoient du langage des vrais mystiques, s'éleva contre cet ouvrage avec véhémence. Les noms de Montan et de Priscille, prodigués à Fénélon et à son amie, parurent indignes de la modération d'un évêque. « Bossuet, a dit un bel esprit de ce siècle, eut raison d'une manière trop dure, et Fénélon mit de la douceur même dans ses torts. » L'archevêque de Cambrai écrivit beaucoup pour se défendre, et pour s'expliquer lui-même. Mais ses livres ne purent empêcher qu'il ne fût renvoyé dans son diocèse au mois d'août 1697. Fénélon reçut ce coup sans s'affliger et sans se plaindre. Son palais de Cambrai, ses meubles, ses papiers, ses livres avoient été consumés par le feu dans le même temps, et il l'avoit appris avec la même tranquillité. « J'aurois bien peu profité de mes livres, dit-il, si je n'avois pas appris d'eux à savoir m'en passer. » Innocent XII le condamna enfin en 1699, après neuf mois d'examen. Ce pape avoit été moins scandalisé du livre des Maximes, que de la chaleur emportée de ses adversaires. Il écrivit à quelques prélats: PECCAVIT EXCESSU AMORIS DIVINI; SED VOS PECCASTIS DEFECTU AMORIS PROXIMI... Un Poète exprime dans les vers suivans ce que les gens sages devoient penser sur les disputes, dont Fénélon fut l'occasion: Dans ces fameux débats où deux prélats de France Semblent chercher la vérité, L'un dit qu'on détruit l'espérance; L'autre que c'est la charité. C'est la foi qui périt et personne n'y pense. Fénélon se soumit sans restriction et sans réserve. Il fit un Mandement contre son livre, et annonça lui-même en chaire sa condamnation. « Il en coûte, sans doute, de s'humilier, disoit-il dans une Lettre à l'évêque d'Arras: mais la moindre résistance au saint siège coûteroit cent fois plus à mon cœur. » Il suivit, en tout, le conseil qu'il avoit donné aux mystiques dans l'Avertissement de son livre, où il parle ainsi: « Que ceux qui se sont trompés pour le fond de la doctrine, ne se contentent pas de condamner l'erreur, mais qu'ils avoient l'avoir cru; qu'ils rendent gloire à Dieu; qu'ils n'aient aucune honte d'avoir erré, ce qui est le partage naturel de l'homme; et qu'ils confessent humblement leurs erreurs, puisqu'elles ne seront plus leurs erreurs, dès qu'elles seront hum- blument confessées. » Pour donner à son diocèse un monument de son repentir, il fit faire, pour l'exposition du St.-Sacrement, un Soleil porté par deux Anges, dont l'un fouloit aux pieds divers livres hérétiques; sur l'un desquels étoit le titre du sien. Après cette défaite, qui fut pour lui une espèce de triomphe, il vécut dans son diocèse en digne archevêque, en homme de lettres, en philosophe chrétien. Il fut le père de son peuple et le mod'le de son clergé. La douceur de ses mœurs, répandue dans sa conversation comme dans ses écrits, le fit aimer et respecter, même des ennemis de la France. Le duc de Marlborough, dans la dernière guerre de Louis XIV, prit soin qu'on épargnât ses terres, il fut toujours cher au duc de Bourgogne; et lorsque ce prince vint en Flandre dans le cours de la même guerre, il lui dit en le quittant : Je sais ce que je vous dois, vous savez ce que je vous suis. On prétend qu'il auroit eu part au gouvernement, si ce prince eût vécu. Le maître ne survécut gueres à son auguste élève, mort en 1712; il fut enlevé à l'Eglise, aux lettres et à la patrie, le 7 janvier 1713, à 63 ans. Sa dernière maladie fut une inflammation de poitrine. On assure que, venant de faire sa visite pastorale dans un village, il se mit en route à l'entrée de la nuit. Tandis que son carrosse traversoit un pont, une vache, qui passoit dans un ravin, effraya les chevaux. La voiture versa, fut fracassée, et Fénélon reçut un coup très-violent, qui fut la cause de sa mort. On lit sur son tombeau, dit d'Alembert, une Epitaphe bien longue et bien froide, à laquelle on pourroit substituer celle-ci : « Sous cette pierre repose FÉNELON ! Passant, n'efface point, par tes pleurs, cette Epitaphe, afin que d'autres la lisent et pleurent comme toi... » Mais d'Alembert a trop déprécié l'Epitaphe ou plutôt l'inscription qu'on lit sur le monument que sa famille lui fit ériger dans l'Eglise métropolitaine de Cambrai. Nous n'en citerons que les passages suivans, où Fénélon est peint au naturel. Seculi litterati decus, Omnes dicendi legores virtuti sacravis Ae veritati; Et, dum sapientiam Homerus alter spirat, Se suosque mores inseius retent. In utrique fortunâ sibi constans, In prosperâ aula favores nedum prensaret, Adeptos etiam abdicavit; In adversâ Deo magis adhesi. Antistitum norma, Gregem sibi creditum assiduâ fovis pra- scariâ, Verbo nativit, erudivit exemplo, Opibus sublevavit. Excertis perindâ carus ac suis, Gallos inver et hostes eum esse: medius, Hos et illos ingeniâ fumâ et comitate mo- rum sibi devinxit. Maturus Cælo, Vitam laboribus exercicem, Claram virtutibus, Mellore virâ commutavit. Il est faux que dans ses derniers jours Fénélon ait penché pour une philosophie un peu sceptique. Voltaire qui a voulu lui faire cet honneur, ou plutôt ce reproche, appuie son assertion sur un couplet qu'il lui attribue : Jeune, j'étois trop sage Et voulois trop savoir, etc. Mais Mais ces vers qu'il a tronqués, et qu'il donne en preuve du pyrronisme de *Fénélon*, sont tirés d'un *Cantique sur la nécessité de vivre en enfant, pour renoncer à la sagesse humaine*. Il suffit de les citer en entier pour détruire l'imputation de *Voltaire*. Adieu, vaine prudence, Je ne te dois plus rien. Une heureuse ignorance Est ma science ; *Ilsus* et son enfance Est tout mon bien. Jeune, j'étois trop sage Et voulois trop savoir ; Je n'ai plus en partage Que badinage, Et touche au dernier âge Sans rien prévoir. Les différens écrits de philosophie, de théologie, de belles-lettres, sortis de la plume de *Fénélon*, lui ont fait un nom immortel. On y voit un homme nourri de la fleur de la littérature ancienne et moderne, et animé par une imagination vive, douce et riante. M. de *Fontanes* l'a très-bien caractérisé par ce seul vers : Son goût fut aussi pur que son âme étoit belle. Son style est coulant, gracieux, harmonieux; les hommes d'un goût délicat, voudroient qu'il fût plus rapide, plus serré, plus fort, plus fin, plus pensé, plus travaillé; mais il n'est pas donné à l'homme d'être parfait. Ses principaux ouvrages sont : I. Les *Aventures de TÉLÉMAQUE*, composées, selon les uns, à la cour; et fruit, selon d'autres, de sa retraite dans son diocèse. Un valet de chambre, à qui *Fénélon* donnoit à transcrire cet ouvrage singulier, qui tient à la fois du roman et du poème épique, en *Tome V.* prit une copie pour lui-même. Il n'en fit imprimer d'abord qu'une petite partie, et il n'y en avoit encore que deux cent huit pages sorties de dessous presse, lorsque *Louis XIV*, injustement prévenu contre l'auteur, et qui croyoit voir dans le livre une satire continuelle de son gouvernement, fit arrêter l'impression de ce chef-d'œuvre; et il n'a pas été permis d'y travailler en France, tant que ce prince a vécu. Après la mort du duc de *Bourgogne*, le monarque brûla tous les manuscrits, que son petit-fils avoit conservés de son précepteur. *Fénélon* passa toujours, à ses yeux, pour un bel esprit chimérique et pour un sujet ingrat. Son *Télémaque* acheva de le perdre à la cour de France; mais ce livre n'en fut que plus répandu dans l'Europe. Les malins y cherchèrent des allusions, et firent des applications. Ils virent ce que *Fénélon* n'avoit peut-être jamais vu, Mad. de *Montespan* dans *Calypso*, Mlle de *Fontanges* dans *Eucharis*, la duchesse de *Bourgogne* dans *Antiope*, *Louvois* dans *Protésilas*, dans *Idoménée* le roi *Jacques*, *Louis XIV* dans *Sésostris*. Les gens de goût, sans s'arrêter à ces allusions, imaginées par le désœuvrement et la méchanceté, admirèrent dans ce roman moral toute la pompe d'*Hombre* jointe à l'élégance de *Virpile*, tous les agrémens de la fable réunis à toute la force de la vérité. Ils pensèrent que les princes, qui le méditeroient, apprendoient à être hommes, à faire des heureux et à être. *La Mothe* fit ces vers après l'avoir lu : Notre âge retrouve un *Hombre* Par la vertu même inventé. Les nymphes de la double cime, Ne l'affranchirent de la rime Qu'en faveur de la vérité. « Avec *Télémaque*, dit l'approbateur de ce livre, on apprend à s'attacher inviolablement à la religion dans la bonne comme dans la mauvaise fortune ; à aimer son père et sa patrie ; à être roi, citoyen, ami, esclave même, si le sort le veut. Trop heureuse la nation pour qui cet ouvrage pourra former quelque jour un *Télémaque* et un *Mentor* ! » Quelques gens de lettres, tels que *Faydit* et *Gueudeville*, fermant les yeux aux grandes beautés et ne s'attachant qu'aux petits défauts, reprochèrent à l'auteur des anachronismes, des phrases négligées, des répétitions fréquentes, des longueurs, des détails minutieux, des aventures peu liées, des descriptions trop uniformes de la vie champêtre ; mais leurs critiques, tombées dans l'oubli, n'otèrent rien de son mérite à l'ouvrage critiqué. Elles n'empêchèrent point qu'on en fit, et qu'on en ait fait depuis plusieurs éditions. Les meilleures sont celles qui ont paru depuis 1717, année dans laquelle la famille de l'archevêque de Cambrai publia cette production sur le manuscrit de l'auteur, en deux vol. in-12 ; et la plus belle est celle d'Amsterdam, en 1754, in-fol., avec des figures magnifiques. Il y en a in-4° qui valent moins. Mais on distingue celle que *Didot* l'aîné publia en 1783, en 2 vol. in-4°, et 2 vol. in-8°. Il en parut en même temps une autre en 2 vol. grand in-4°. On en a fait des éditions à Rotterdam, à Liège et ailleurs, où l'on explique, dans des notes satiriques, toutes les allusions qui furent faites d'abord par le public malin. II. *Dialogues des Morts*, en 2 vol. in-12. Le *Télémaque*, ou, pour mieux dire, les principales réflexions du *Télémaque*, avoient été données pour thème au duc de *Bourgogne* ; ces Dialogues furent composés pour lui inspirer quelque vertu, ou pour le corriger de quelque défaut. *Fénélon* les écrivoit tout de suite, sans préparation, à mesure qu'il les croyait nécessaires au prince ; ainsi, on ne doit pas être surpris s'ils sont, quelquefois, vides de pensées. D'ailleurs, il voulait mener son élève plutôt par le sentiment que par la dialectique. III. *Dialogues sur l'Eloquence en général et sur celle de la Chaire en particulier*, avec une *Lettre sur la Rhétorique et la Poésie* ; 1718, in-12. Les règles et les préceptes de la rhétorique se trouvent ramenés, dans ces Entretiens, d'une manière vive, nette et agréable. L'auteur examine plusieurs questions intéressantes ; il demande lequel vaut le mieux pour le prédicateur, de composer, d'écrire et de prêcher de mémoire, ou bien de parler sans préparation, ou après une préparation légère, en s'abandonnant aux mouvements de son cœur. Il dit le *pour* et le *contre* sur cette question, qui paroit décidée aujourd'hui au tribunal des gens d'esprit ; car autant des choses méditées, dit le Père *Bapin*, surpassent celles qu'on dit sans méditation, autant les choses écrites surpassent-elles celles qui sont méditées. L'illustre archevêque de Cambrai s'élève dans son ouvrage contre l'usage des divisions dans les sermons. Elles sont un reste de cette barbarie, de ce mauvais goût, auquel la chaire fut si longtemps en proie. Sa Lettre, adressée à l'académie Françoise, est un excellent morceau, qui ne dépare point les Dialogues. L'auteur du *Télémaque* avoit été reçu dans cette compagnie en 1693, à la place de *Pelisson*. Il lui fut utile plus d'une fois, par son goût pour les belles-lettres, et par sa grande connoissance de la langue. IV. *Direction pour la conscience du Roi*, composée pour le duc de *Bourgogne*; brochure in-12, estimée. On l'a publiée en 1748, et elle a été réimprimée à Paris, en 1774, in-8. Ce petit ouvrage renferme les maximes de *Fénélon* sur l'autorité royale. « Tout prince sage, disoit-il, doit souhaiter de n'être que l'exécuteur des lois, et d'avoir un conseil suprême qui modère son autorité. » De tels principes de gouvernement ne devoient pas plaire à *Louis XIV*. V. *Abrégé des Vies des anciens Philosophes*: autre fruit de l'éducation du duc de *Bourgogne*, in-12. Cet ouvrage n'est pas achevé; ce n'est même qu'un canevas. Comme la vie de *Socrate* et de *Platon* ne se trouvoient pas dans cet ouvrage, le jésuite *Ducerceau* les ajouta. *Ramsay* a cru que l'ouvrage entier n'étoit pas de *Fénélon*; mais *Beaudoin*, chanoine de Laval, a prouvé le contraire dans le journal des savans, année 1726. VI. Un excellent *Traité de l'Éducation des Filles*, in-12. VII. *Œuvres philosophiques*, ou *Démonstrations de l'existence de DIEU par les preuves de la Nature*, dont la meilleure édition est de 1726, à Paris, in-12. Il faut joindre à cet ouvrage, les *Lettres sur divers sujets de Religion et de Métaphysique*; Paris, 1718, in-12. Le duc d'*Orléans*, depuis régent du royaume, avoit consulté, dit l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, l'archevêque de Cambrai sur des points épineux qui intéressent tous les hommes, et auxquels peu d'hommes pensent. Il demandoit si l'on peut démontrer l'existence de Dieu; si ce Dieu veut un culte. Il faisoit beaucoup de questions de cette nature, en philosophe qui cherchoit à s'instruire; et l'archevêque répondoit en philosophe et en théologien. La nécessité de rendre des hommages publics à la Divinité, dérivant naturellement de l'idée de l'Être souverain, *Fénélon* établit les vrais caractères de ce culte. Il fait consister l'intérieur dans l'amour suprême de l'Être infiniment aimable, et l'extérieur dans les signes sensibles de cet amour. Il ne suffit pas de le nourrir en soi-même. Il faut bénir publiquement le père commun, chanter ses miséricordes, le faire connoître à ceux qui l'ignorent, et lui ramener ceux qui l'oublient. Le savant prélat cherche ensuite où est ce culte, le seul véritable, indispensable et nécessaire. Il n'étoit point dans le Paganisme, qui n'imploroit que des figures inanimées, et ne demandoit que la prospérité temporelle. Ce culte se montre chez les Juifs, qui connoissoient un Dieu esprit, et qui lui donnoient leur amour; mais il n'y est encore ni général, ni parfait. Il n'est public ni dominant que chez les Chrétiens. Le Christianisme est donc la seule religion véritable; et rien n'est plus juste ni mieux pensé, que ce que *Fénélon* établit contre ceux qui voudroient soutenir que le culte d'une volonté bourse est indigne de l'Être infini en per- 68 F É N fections. Sa réfutation du Spinosisme est aussi lumineuse : et dans ces différens écrits, ce n'est pas un maître qui parle avec autorité ; c'est un frère, c'est un ami qui ménage notre délicatesse, et qui doute avec nous pour éclaircir nos doutes. VIII. Des *Œuvres spirituelles*, en 4 vol. in-12. IX. Des *Sermons*, 1744, in-12, faits la plupart dans la jeunesse de l'auteur. On a dit qu'il n'y avoit point d'éloquence, si le cœur n'étoit point de la partie ; et *Fénélon* faisoit entrer son cœur par-tout. Mais, s'il sent beaucoup, il raisonne assez peu. On diroit que ce sont des discours faits sans préparation ; il y a des endroits très-pathétiques, mais il y en a de négligés et de très-foibles. C'est ce mélange de beautés et de défauts, de force et de foiblesse, qui a fait placer ses Sermons dans le second rang. *Fénélon* avoit le talent de prêches sur-le-champ ; mais cette facilité nuisoit à sa composition. Il écrivoit comme il parloit ; dès-lors, il devoit écrire un peu négligemment. X. Plusieurs *Ouvrages* en faveur de la Constitution *Unigenitus* et du Formulaire. Les ennemis de l'archevêque de Cambrai ont prétendu très-faussement qu'il n'avoit pris parti contre le Jansénisme, que parce que le cardinal de *Noailles* s'étoit déclaré contre le Quietisme. Il y eut même un mauvais plaisant qui lui fit cette épitaphe, ou plutôt cette épigramme très-bjuste :
CI GÎT QUI DEUX FOIS SE DAMNA, L'UNE POUR *MOLINOS*, L'AUTRE POUR *MOLINA*. Les *Jansénistes* ajoutoient qu'il veuloit faire sa cour au Père *Tellier*, leur ennemi ; « mais son ame noble et franche, dit d'. *Ilembert*, étoit incapable d'un tel motif. La douceur seule de son caractère, et l'idée qu'il s'étoit faite de la Bonté suprême, le rendoient peu favorable à la doctrine du Père *Quesnel*, qu'il appeloit *impitoyable et désespérante*. » Pour le combattre, il consultoit son cœur. « DIEU, disoit-il, n'est pour eux que l'*Être terrible* ; il est pour moi l'*Être bon et juste*. Je ne puis me résoudre à en faire un tyran ; qui nous ordonne de marcher, en nous mettant aux fers, et qui nous punit, si nous ne marchons pas. » Mais, en proscrivant des principes qui lui paroissient trop durs, et dont les conséquences étoient désavouées par ceux qu'on accusait de les soutenir, il ne pouvoit souffrir qu'on les persécutât. *Soyons à leur égard*, disoit-il, ce qu'ils ne veulent pas que Dieu soit à l'égard des hommes ; pleins de miséricorde et d'indulgence. On lui représentoit que les Jansénistes étoient ses ennemis déclarés, et qu'ils n'oublioient rien pour décrier sa doctrine et sa personne : *C'est une raison de plus*, répondoit-il, pour les souffrir et leur pardonner. Quant au cardinal de *Noailles*, *Fénélon* écrivoit en 1714, c'est-à-dire un an avant sa mort : « Je suis véritablement affligé lorsque je me représente toutes ses peines : je les ressens pour lui. Je ne me souviens du passé, que pour me rappeler toutes les bontés dont il m'a honoré pendant tant d'années. Tout le reste est effacé, Dieu merci, de mon cœur ; rien n'y est altéré. » XI. Quelques autres Écrits, et un grand nombre de *Lettres* qu'on doit donner bientôt au public. *Fénélon* avoit fait, pour les princes ses élèves, une excellente *Traduction* de l'*Énéide* de *Virgile*; mais on ne sait ce qu'est devenu le manuscrit. Quelle perte, si cette version étoit dans le style du *Télémaque* ! *Ramsay*, disciple de l'archevêque de Cambrai, a publié la *Vie* de son illustre maître, in-12, à la Haye, 1724. Les curieux qui la consulteront, ne pourront s'empêcher d'aimer *Fénélon* et de le pleurer. Une de ses maximes étoit, qu'il falloit plus aimer sa famille, que soi-même; sa patrie, que sa famille; et le genre humain, que sa patrie. — Il recevait les étrangers aussi bien que les François, et ne leur cherchoit pas de ridicule. *La politesse est de toutes les Nations*, disoit-il, les manières de l'expliquer sont différentes, mais indifférentes de leur nature. — Un des curés de son diocèse se plaignoit de n'avoir pas pu abolir les danses les jours de fêtes. *Monsieur le Curé*, lui dit *Fénélon*, ne dansons point; mais permettons à ces pauvres gens de danser: pourquoi les empêcher d'oublier un moment qu'ils sont malheureux? Quoiqu'il eût beaucoup à se plaindre de *Bossuet*, il prit un jour le parti de ce prélat contre *Ramsay*, qui ne rendoit pas assez de justice à son érudition. Le caractère de ces deux prélats fut bien saisi par la reine de Pologne, femme du roi *Stanislas*, devant laquelle on agitoit la question: lequel de *Bossuet* ou de *Fénélon* avoit rendu de plus grands services à la religion. *L'un la prouve*, répondit-elle, et l'autre la fait aimer. *Louis XVI* a fait faire la statue de *Fénélon* en marbre, en 1777, par M. le Comte. On a réuni les *Œuvres* de *Fénélon* en 9 vol. in-4.
III. FÉNÉLON, (Gabriel-Jacques de Salignac, marquis de) neveu du précédent, et héritier d'une partie des vertus de son oucle, fut nommé ambassadeur ordinaire en Hollande, en mai 1724; ambassadeur extraordinaire au congrès de Soissons, à la fin d'août 1727. Il se fit aimer dans ces deux places, par son esprit conciliant et l'aménité de son caractère. Devenu lieutenant général en 1738, il se trouva, le 11 octobre 1746, à la bataille de Rocoux, où il reçut une blessure, dont il mourut le même jour, âgé d'environ 58 ans. Il étoit conseiller d'état d'épée, et chevalier des ordres du roi. Il avoit épousé, en décembre 1721, M$^{lle}$ le *Pelletier*, dont il eut le marquis de *Fénélon*, lieutenant général des armées du roi.
FENOUILLOT DE FALBAIRE, (Charles-George) né à Salins en Franche-Comté, le 16 juillet 1727, mort au mois de mai 1801, fournit quelques articles à l'Encyclopédie, et se consacra ensuite à l'art dramatique. Deux de ses pièces ont obtenu quelques succès, les *Deux Avares*, opéra joué en 1771, et l'*Honnête criminel*, titre auquel on a reproché avec raison une contradiction évidente, puisqu'un *criminel* ne peut être *honnête*; l'auteur y a substitué celui de la *Piété filiale*. C'est un drame en 5 actes, qui fut représenté en 1767, et qui offre sur la scène le fait pathétique du galérien *Fabre*. Voyez ce mot. Les autres pièces de *Fenouillot* sont: *Mélile* ou le *Navigateur*, opéra en trois actes; l'*École des Mœurs*, comédie en 5 actes, tombée à la première re- présentation ; le *Fabricant de Londres*, drame, et *Jammabos* ou les *Moines Japonnois*, tragédie. Le théâtre de cet auteur a été publié en 1787, et forme 2 vol. in-8.$^{o}$
FENTON (Elie) Poëte Anglois, né à Shelton, fut secrétaire du comte d'Orrey, qui lui confia l'éducation de son fils unique, lord *Boyle*. Son pupille, reconnoissant de ses soins, lui donna une pension de mille livres sterlings, dont il répandit une partie sur les indigènes. Ce poète citoyen mourut le 13 juillet 1730, laissant une mémoire chère et respectable. *Cazin* a donné une édition de ses poésies, Paris, in-12.
FÉRANVILLE, (Louis-Rondelle) avocat au parlement de Paris, mort dans cette ville en 1777, a publié divers mémoires relatifs à sa profession, et entre autres un *Traité* sur les droits de patronage et des hauts justiciers, 1768, in-12.
FERAULT, (Jean) et non FERRAND, né à Angers, fut procureur du roi au Mans, vers 1510. On a de lui, entr'autres, un traité latin *Des droits et privilèges du royaume de France*, dédié au roi *Louis XII*; Paris, 1545, in-8.$^{o}$ Cet ouvrage est curieux et estimé. I. FERDINAND I$^{er}$, empereur d'Allemagne, second fils de l'archiduc *Philippe* et frère de *Charles-Quint*, naquit à Médine en Castille, l'an 1503. Il épousa la princesse *Anne*, fille de *Ladislas VI*, roi de Hongrie et de Bohème, et sœur de *Louis le Jeune*, tué à la bataille de Mohacs en 1526. Après la mort de ce prince, *Ferdinand*, qui creyoit avoir des droits à sa succession, se fit couronner roi de Hongrie et de Bohème, en 1527. Il fut élu roi des Romains en 1531. *Charles-Quint*, son frère, ayant abdiqué l'empire, il lui succéda en 1538, âgé de 55 ans. Le pape *Paul IV* refusa de le reconnoître pour empereur légitime, parce que, disoit ce pontife, l'abdication de *Charles-Quint*, faite sans la permission du saint Siège, étoit nulle; mais *Pie IV*, son successeur, ne crut pas devoir faire ces difficultés. *Ferdinand* pressa ce pape de permettre à ses sujets d'Autriche, la communion sous les deux espèces : le pape donna une bulle qui alloit réunir les deux partis, lorsque l'empereur mourut à Vienne, hydropique; le 25 juillet 1564, à 61 ans. Ce prince vouloit donner la paix à l'Église. Il s'efforça de la conserver dans l'empire, fit une trêve de 8 ans avec le Turc, réconcilia plusieurs princes ennemis, et termina les querelles des rois de Danemark et de Suède. L'histoire lui reproche le meurtre de *Martinusius*, qui fut assassiné par son ordre. *Voyez MARTINUSIUS*. Un testament qu'il avoit fait vingt ans avant sa mort, en 1543, et auquel il ne dérogea point par ses dernières volontés, jeta, de loin, la semence de la guerre qui a troublé l'Europe 200 ans après. Ce testament appeloit ses filles à la succession des royaumes de Bohème et de Hongrie, au défaut des héritiers de ses fils. Cette disposition a donné lieu, en 1740, à la prétention que la maison électorale de Bavière a formée sur ces royaumes; l'archiduchesse *Anne*, fille de *Ferdinand I*, ayant été mariée à *Albert V*, duc de Bavière. Outre cette princesse, cet em- pereur laissa *Anne*, princesse de Hongrie et de Bohème, trois fils et neuf filles. Les fils sont : *Maximilien*, qui lui succéda sur le trône impérial ; *Ferdinand*, surnommé le *Prudent*, comte de Tirol ; *Charles*, archiduc de Gratz en Stirie. Il avoit eu un quatrième fils, nommé *Jean*, qui mourut à la fleur de son âge... (*Voy. les Tables Chronologiques*, article HONGRIE.)
IL FERDINAND II, archiduc d'Autriche, fils de *Charles*, duc de Stirie, et petit-fils de *Ferdinand I*, né en 1578, roi de Bohème en 1617, de Hongrie en 1618, fut empereur en 1619, à 41 ans. Les Bohémiens révoltés venoient de se donner à *Frédéric V*, électeur Palatin, qu'ils avoient couronné. L'empereur attaqua le nouveau roi, et dans son royaume de Bohème, et dans son électorat. La bataille de Prague, gagnée en 1620, décida de son sort. Son électorat fut donné à son vainqueur, *Maximilien*, duc de Bavière. *Christiern IV*, roi de Danemarck, s'unit avec d'autres princes pour soutenir le malheureux Palatin. *Tilli*, l'un des plus grands généraux de l'empereur, le défit en 1626, ôta toutes les ressources au Palatin, et força son défenseur le roi *Christiern* à s'enfer la paix en 1629. Les victoires de *Ferdinand* donnèrent de la jalousie aux princes Protestans d'Allemagne; ils s'unirent contre lui avec *Louis XIII*, roi de France, et *Gustave-Adolphe*, roi de Suède. *Gustave*, le héros du Nord, remporta une victoire signalée à Leipzig sur *Tilli*, en 1631, soumit les deux tiers de l'Allemagne, et perdit la vie, l'année d'après, au milieu de ses triomphes, à la ba- taille de Lutzen. *Bannier*, général du roi mort, continua ses conquêtes, et soutint la réputation des armées Suédoises. L'empereur rompit le cours de ces victoires, par le gain de la bataille de Nortlingue en 1634. L'année suivante, il conclut la paix de Prague; et fut assez heureux, deux ans après, pour faire déclarer son fils roi des Romains. Enfin, après 18 ans d'un règne toujours troublé par des guerres intestines et étrangères, *Ferdinand* mourut à Vienne le 8 février 1637, à 59 ans, accablé de fatigues et d'infirmités. Il eut de sa première femme, *Marianne* de Bavière, *Ferdinand III*, son successeur à l'empire; et *Léopold-Guillaume*, évêque de Strasbourg. Deux de ses filles épousèrent, l'une (*Marianne*) l'électeur *Maximilien* de Bavière; l'autre (*Cécile-Rénée*) *Uladislas*, roi de Pologne. Il n'eut point d'enfants de sa seconde femme *Eléonore*, fille de *Vincent*, duc de Mantoue. Les plus grands ennemis de cet empereur n'ont pu refuser des éloges à sa grandeur d'une, à sa prudence, à sa fermeté et à ses autres vertus. Il sembloit être au-dessus des événements, dit un historien, et trouvoit jusque dans ses pertes, les moyens de parvenir à ses fins. On pourroit lui reprocher trop d'ambition; mais les Protestans, dont il vouloit rabaisser le pouvoir, ont sans doute exagéré ses défauts, en lui attribuant le projet de se rendre absolu dans tout l'empire. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il eût été le restaurateur de la religion catholique en Allemagne, et de l'autorité impériale, s'il eût eu, pour l'une et pour l'autre, un zèle plus réglé, et si la France et la Suède n'avoient donné des secours aux Protestans.
III. FERDINAND III, surnommé *ERNEST*, fils aîné de *Ferdinand II*, naquit en 1608, fut roi de Hongrie en 1625, de Bohême en 1627, des Romains en 1636, et empereur en 1637. La mort du père ne changea rien à la face des affaires, et la guerre continua par-tout avec une égale vivacité sous son fils. Il eut d'abord quelques avantages sur les Suédois; mais *Bernard de Saxe*, duc de Weimar, devint un ennemi aussi dangereux pour *Ferdinand III*, que *Gustave-Adolphe* l'avoit été pour *Ferdinand II*. Ce général remporta quatre victoires en moins de quatre mois. *Bannier* ne fut pas moins heureux sous ce règne, qu'il avoit été sous le précédent. Il osa assiéger Ratisbonne, où l'empereur tenoit sa diète; il la foudroya de son canon, et, sans un dégel, il s'en rendoit maître. Les François s'étoient joints aux Suédois. Le maréchal de *Guébriant* enleva *Lamboi* et ses troupes à la bataille d'Ordinghen, en 1643. Le duc d'*Enguien*, appelé depuis le grand *Condé*, força, l'année suivante, les retranchemens de Fribourg, et gagna, en 1645, la bataille de Nortlingue, dans cette même plaine où les Suédois avoient été vaincus après la mort de *Gustave*, onze ans auparavant. *Torstenson*, autre général Suédois, pressoit l'Autriche d'un côté, tandis que *Condé* et *Turenne* l'assiégeoient de l'autre. *Ferdinand*, fatigué de tant de revers, conclut enfin la paix de Westphalie, en 1648. Les traités signés, l'un à Osnabruck, l'autre à Munster, sont aujourd'hui le code politique et la principale des lois fondamentales de l'empire Germanique. Par cette paix, les rois de Suède devinrent princes de l'empire, en se faisant céder la plus belle partie de la Poméranie: le roi de France devint landgrave d'Alsace, sans être prince de l'empire; les trois religions, la Romaine, la Luthérienne et la Calviniste, furent également autorisées. Il n'y eut que le saint Siège et le roi d'Espagne qui eurent à se plaindre de ses traités. L'empereur *Ferdinand* mourut environ dix ans après, en 1657, à 49 ans, moins craint et peut-être plus regretté que son père. Généreux, doux, humain, religieux, ami des lettres, il fit du bien à ses peuples, récompensa les services et encouragea les arts. Mais on lui reproche de n'avoir pas toujours bien choisi ses favoris, et d'avoir rempli son conseil de mauvais politiques et d'esprits ambitieux, qui furent cause, en partie, de ses malheurs. Ses femmes furent: 1° *Marie-Anne*, fille de *Philippe III*, roi d'Espagne. 2° *Marie-Léopoldine*, fille de *Léopold*, duc de Tirol. 3° *Éléonore*, fille de *Charles II*, duc de Mantoue. Parmi ses enfans, nous ne citerons que *Léopold-Ignace*, depuis empereur, dont le frère aîné *Ferdinand*, roi des Romains, mourut à 21 ans. Ils étoient l'un et l'autre du premier lit.
IV. FERDINAND Ier, roi de Castille et de Léon, dit le *Grand*, second fils de *Sanche III*, roi de Navarre, donna bataille à *Alfonse*, roi de Léon, et le tua en 1037. Maître de ce royaume et par le droit de conquête et par celui de son épouse, il se fit couronner roi de Léon et des Asturies, en 1038. Il tourna ensuite ses armes contre les Maures, leur prit beaucoup de villes, et poussa ses conquêtes jusqu'au milieu du Portugal, où il fixa la rivière de Mondego, pour servir de borne aux deux états. Quelque temps après, il déclara la guerre à son frère *Garcias IV*, roi de Navarre. On en vint aux mains, et *Garcias* perdit son royaume et la vie. *Ferdinand* mourut en 1065, après avoir régné 30 ans en Castille et 28 dans le royaume de Léon. Prince sage, grand capitaine, on ne lui reproche que la faute, trop souvent répétée dans ces temps barbares, en Espagne et en France, d'avoir partagé ses états entre ses trois fils qui tous devinrent rois : faute qui fut toujours la source des guerres civiles. V. FERDINAND II, fils puiné d'*Alfonse VIII*, roi de Léon et de Castille, remporta de grands avantages sur les Portugais, fit leur roi *Alfonse-Henriquez* prisonnier (*Voyez* IX ALFONSE), et usa avec modération, de sa victoire. Il mourut en 1187, après un règne de 30 ans.
VI. FERDINAND III, (Saint) fils d'*Alfonse IX*, né l'an 1200, parvint à la couronne de Castille par l'abdication volontaire de sa mère, la reine *Bérengère*, en 1217, et à celle de Léon par la mort de son père en 1230. Il prit sur les Maures, Cordoue, Murcie, Séville, Xerés, Cadix, Saint-Lucar; et mourut en 1252, occupé du projet de conquérir le royaume de Maroc. Ce prince, cousin-germain de *St. Louis*, fut aussi saint, et peut-être plus grand homme que lui. Il fit des lois sages comme ce roi de France : il humilia les grands qui tyrannisoient les petits; il purgea ses états des brigands et des voleurs; il établit le conseil souverain de Castille; il fit rassembler les lois de ses prédécesseurs en un Code, et donna une nouvelle face à l'Espagne. *Clément X* le mit, en 1617, au nombre des Saints; il étoit, depuis long-temps, dans la liste des bons rois et des héros.
VII. FERDINAND IV, fut surnommé l'*Ajourné*, parce que dans un accès de colère il fit jeter du haut d'un rocher deux seigneurs, qui, avant que d'être précipités, l'ajournèrent à compa-roit devant Dieu dans 30 jours, et qu'il mourut au bout de ce terme. Ce siècle étoit celui des ajournemens; *Clément V* et *Philippe le Bel* avoient été aussi ajournés par le grand maître des Templiers. Quoi qu'il en soit de ces bruits répandus dans le temps, *Ferdinand* mourut subitement en 1312, à 27 ans. Il étoit parvenu au trône de Castille en 1295, à l'âge de 10 ans. Les premières années de son règne furent très-orageuses; mais la reine *Marie*, sa mère, se conduisit avec tant de sagesse et de fermeté, qu'elle assura la couronne sur la tête de son fils. Il se signala par ses con- quêtes sur le roi de Grenade et sur les Mores, auxquels il enleva Gibraltar, moins fort alors qu'au- jourd'hui. C'étoit un prince vio- lent, emporté et despotique.
VIII. FERDINAND V, dit le *Catholique*, fils de *Jean II*, roi d'Aragon, vit le jour à Sos, sur les frontières de la Navarre. Il épousa, en 1469, *Isabelle* de Castille, sœur de *Henri IV* dit l'*Impulsant*. Ce mariage joignit les états de Castille avec ceux d'Aragon. *Ferdinand* et *Isa- belle* vécurent ensemble, dit un historien, non comme deux époux dont les biens sont com- muns sous les ordres du mari, mais comme deux monarques étroitement unis pour leurs com- muns intérêts. Ils formèrent une puissance, telle que l'Espagne n'en avoit encore vue. *Ferdinand* déclara la guerre à *Alfonse*, roi de Portugal, le battit à Toro en 1476, et termina la guerre par une paix avantageuse. Le royaume de Grenade tentoit son ambition; il le conquit en 1492, après une guerre de huit ans. Ce royaume étoit le seul que les Maures eussent conservé en Espagne. *Aboabdeli*, le dernier roi, qui avoit détrôné son père *Albohacen*, défendit huit mois sa capitale; mais craignant de tout perdre, s'il tardoit trop à se rendre, il se hâta de capituler. Il fut stipulé qu'on ne toucheroit ni aux biens, ni aux lois, ni à la liberté, ni à la religion des vaincus; que leurs prisonniers seroient rendus sans rançon, et que les Juifs compris dans le traité, jouiroient des mêmes privilèges. *Aboabdeli*, malgré la douceur de ces conditions, versa des larmes en se tournant vers les murs de Grenade. *Tu as raison*, lui dit sa mère, *de pleurer comme une femme, puisque tu n'as pas su garder en homme une telle ville*. Grenade bâtie par les Mahométans depuis près de cinq siècles, étoit peuplée, opulente, ornée de ce vaste palais des rois Maures dans lequel étoient les plus beaux bains de l'Europe, et dont plusieurs salles voûtées étoient soutenues sur cent colonnes d'albâtre. Le luxe et les richesses de cette ville furent probablement l'instrument de sa perte. *Aboabdeli*, obligé de quitter tout cet éclat pour descendre au rang de sujet, étoit excusable de pleurer; il alla finir ses jours en Afrique. C'est ainsi que finit en Espagne la puissance des Maures, res, après l'avoir dominée depuis environ 800 ans. *Ferdinand* étant maître de la Castille par sa femme, de Grenade par ses armes, et de l'Aragon par sa naissance, il ne lui manquoit que la Navarre, qu'il envahit ensuite. Dans le même temps que *Ferdinand* faisoit des conquêtes en Europe, *Christophe Colomb* découvroit l'Amérique, et le faisoit souverain d'un nouveau monde. Ce n'étoit pas assez pour *Ferdinand*: il envoie en Italie *Gonsalve* de Cordone, dit le *Grand Capitaine*, qui s'empare d'une partie du royaume de Naples, tandis que les François se rendoient maîtres de l'autre. Ceux-ci furent ensuite entièrement chassés par les Espagnols, qui leur cherchèrent chicane sur les limites. Cette conquête fut suivie de celle de la Navarre. *Henri VIII*, roi d'Angleterre, étoit son gendre; il lui proposa la conquête de la Guienne. Le jeune roi envoie une armée, et son beau-père s'en sert pour conquérir la Navarre. Après cette usurpation, il chercha des titres pour la justifier: il ne put trouver qu'une bulle prétendue, qui excommunioit le roi de Navarre, et qui donnoit son royaume au premier occupant. *Ferdinand*, appelé le sage et le prudent en Espagne, en Italie le pieux, n'eut en France et en Angleterre que le titre d'ambitieux et de perfide. Ces défauts ternirent ses grandes qualités; «car on ne peut lui refuser, dit M. Desormeaux, d'avoir été le plus grand roi de son siècle: fin, souple, adroit, laborieux, éclairé, connoissant les hommes et les affaires, fécond en ressources, prévoyant les événements, faisant la guerre non en paladin, mais en roi.» Ce monarque mourut âgé d'environ 63 ans, en 1516, au village de Madrigaléjo, d'une hydropisie, causée par un breuvage que *Germaine de Foix*, sa seconde femme, lui avoit donné pour le rendre capable de faire des enfans. Ce prince étoit fort superstitieux. On raconte que des astrologues ayant prédit qu'il mourroit dans Madrigal, ville de la Castille, il ne voulut jamais y mettre le pied; et que trainant sa mélancolie de lieu en lieu, il vint mourir, sans y prendre garde, dans le village de Madrigaléjo, dont le nom assez semblable rassura les graves astrologues, qui craignoient bien que l'événement ne leur donnât un démenti. Les Juifs furent chassés d'Espagne sous son règne, et ce bannissement eut quelques mauvaises suites; mais ce fut la seule plaie qu'il fit à l'Espagne. Il humilia la haute noblesse; il rendit la force aux lois; il réforma le clergé; il diminua les impôts; il donna les plus sages ordonnances; il punit les magistrats prévaricateurs: et, ce qui est beaucoup moins que tout cela aux yeux des philosophes, il découvrit un nouveau monde; il conquit Grenade, Naples, la Navarre, Oran, les côtes d'Afrique. Ce n'étoit pas sans raison que *Philippe II* disoit: *C'est à lui que nous devons tout*. Mais lui-même ne dut pas peu à *Gonsalve de Cordone*, envers qui il fut ingrat, et à *Ximenès*: (*Voy. ces deux articles*)... Ses conquêtes coûtèrent beaucoup à sa probité. Ses ambassadeurs lui rapportant un jour que *Louis XII* se plaignoit qu'il l'avoit trompé deux fois. — *Deux fois*, interrompit Ferdinand? *il en a bien menti, l'ivrogne, je l'ai trompé* *plus de dix*. Un prince Italien, son contemporain, disoit de ce monarque: *Avant de compter sur ses promesses, je voudrois qu'il jurât par un Dieu en qui il crût*. « Il faut penser, dit un auteur estimé, que le surnom de *Catholique* fut un sobriquet: car, assurément, personne n'a moins possédé que lui l'esprit de notre religion...» Un historien d'abord trop accueilli, et ensuite trop dédaigné, *Varilles*, a tracé un portrait de *Ferdinand*, où il y a des choses bien vues: c'est ce qui nous engage à le placer ici, d'autant plus qu'on n'étoit pas le chercher où il est. « *Ferdinand*, dit-il, ne perdit aucune occasion de profiter des fautes de ses voisins, et de l'égarement de ses peuples. Il fit contribuer à l'établissement de son autorité, les deux seuls accidens de sa vie qui la pouvoient ruiner: je veux dire la mort de sa femme, et la foiblesse de sa fille. Il devint l'aîné de sa maison, par la mort de son frère dans une conjoncture où la couronne d'Aragon étoit absolument nécessaire pour arriver à celle de Castille; et son mariage avec la reine *Isabelle* ne fut pas tant un fruit de son choix, que du besoin qu'elle eut de son bras et de ses armes, pour se mettre en possession d'un héritage qui lui étoit contesté. Il prévint ses rivaux et surmonta ses ennemis. Il vit un grand nombre de peuples, de mœurs différentes, sous un même gouvernement, et sut tourner contre les Infidelles les armes de ceux qui les avoient levées contre lui. Il poursuivit avec une persévérance obstinée la guerre de Grenade, et se rendit maître de ce royaume par des voies qui n'ont point encore été reconnues; ensuite il partagea celui de Naples avec les François, et leur enleva après leur portion. Il rendit inutiles tous les efforts qu'ils firent pour le recouvrer. Il leur suscita tant et de si formidables adversaires, qu'ils lui laissèrent prendre la Navarre, lors même qu'ils étoient en état de l'en empêcher. Il gagna des batailles en Afrique; il y subjuga des royaumes; il y retint des ports pour la sureté du commerce, et les remplit de colonies Juives dont il étoit sur le point de purger l'Espagne. Il pourvut, pour ses successeurs, à la nécessité d'argent dont il avoit toujours été travaillé, en leur procurant toutes les richesses du nouveau-monde, et leur laissa tous les alignemens propres à fonder la monarchie universelle. Enfin, il surpassa tous les princes de son siècle dans la science du cabinet; et c'est à lui qu'on doit attribuer le premier et souverain usage de la politique moderne. » Au reste, M. Roustan ne croit pas que les conquêtes faites en Amérique, aient été aussi utiles à la monarchie Espagnole que Varillas le pense. Les richesses que l'Espagne en tira lui donnèrent d'abord, il est vrai, une sorte d'éclat et de boufissure; mais elles sapèrent les bases de sa puissance naturelle; sa population, son commerce, ses manufactures. Des milliers d'astisans et de négocians abandonnèrent une fortune lente, mais sûre dans leur patrie, pour courir après une fortune brillante, mais souvent incertaine, dans le nouveau-monde. La plupart n'y trouvèrent qu'une mort précoce causée par le changement de climat, de nourriture et de mœurs. L'Espagne perdit beaucoup plus que ses colonies ne gagnèrent. Ce grand arbre épuisé par le grand nombre de ses rameaux, ne présenta, après les règnes de Charles-Quint et de Philippe II, qu'un corps languissant. C'est ainsi que les hommes sont punis de leur ambition par leur ambition même. En invitant les sujets Espagnols à préférer l'exploitation des mines à la culture des terres, le gouvernement se procura beaucoup d'or. Mais comme le prix de toutes les denrées nécessaires doubla bientôt en Europe, et a depuis décuplé, l'Espagne quoique abondante en signes des richesses, n'en fut guère plus riche. C'est ce que Ferdinand ne prévint pas. Ce prince ne laissa que des filles. Jean, son fils, étoit mort avant lui, d'une chute de cheval. Des quatre princesses qu'il eut d'Isabelle, l'aînée et la troisième épousèrent successivement Emmanuel, roi de Portugal; Catherine, la dernière, Henri VIII, roi d'Angleterre; et Jeanne, la seconde, donna la main à Philippe, archiduc d'Autriche, héritier, par sa mère, des dix-sept provinces des Pays-Bas et du comté de Bourgogne, et qui devoit encore ajouter à cette grande succession, après la mort de l'empereur Maximilien son père, tout le patrimoine de la maison d'Autriche. Jeanne n'eut pas la force d'esprit de son père. Son cerveau se dérangea; et Philippe, pour la dépouiller des droits qu'elle lui avoit apportés, rendit public un accident dont il étoit en partie la cause, et qu'il auroit dû cacher avec soin. Ainsi, Ferdinand, si heureux au dehors, eut des chagrins domestiques qui répandirent l'amertume sur ses derniers jours. Le suraom de Ca- tholique lui fut donné par le pape, après l'expulsion des Maures, et ses successeurs en ont fait un titre héréditaire aux rois d'Espagne. (Voyez CANNAMARES.) Son Histoire a été écrite en 2 vol. in-12, par M. l'abbé Mignot.
IX. FERDINAND VI, surnommé le Sage, naquit en 1713, de Philippe V, et de Marie de Savoie, sa première femme. Il monta sur le trône après la mort de son père, arrivée en 1746. Quoique Philippe V aimât tous ses enfans, il disait souvent que Ferdinand étoit le meilleur. En effet, ce prince, naturellement bon, tranquille et doux, ouvrit son règne par des actes de bienfaisance. Il fit rendre la liberté aux prisonniers; il pardonna aux contrebandiers et aux déserteurs, et il assigna deux jours dans la semaine pour faire rendre justice à ses sujets. Il prit part à la guerre de 1741, et sur-tout à la paix signée en 1748, qui procura à un de ses frères la couronne des Deux-Siciles; et à l'autre, les duchés de Parme et de Plaisance. Il profita de ce calme passager pour extirper les abus introduits dans les finances; il rétablit la marine; il abolit le tribunal de la Nonciature, onéreux à l'état; il réforma le clergé régulier, et protégea le commerce, les arts et l'agriculture. L'Espagne, fécondée par ses bienfaits, vit sortir de son sein des manufactures en tout genre. Par ses soins, les Espagnols, auparavant tributaires de l'industrie, des autres nations, virent abonder chez eux les matières premières et les productions des arts. Des canaux pratiqués en différentes parties de l'état, portèrent l'abondance dans les campagnes. Charles III son frère, soutint dignement ses entreprises. Ferdinand VI mourut sans postérité à Madrid le 10 août 1759, à 46 ans. Il avoit épousé, en 1728, Marie-Magdeleine-Thérèse, infante de Portugal, qui avoit beaucoup d'ascendant sur lui. Sa santé foible et délicate l'obligea quelquefois de laisser gouverner les ministres que cette princesse lui donnoit, et qui n'étoient pas toujours favorables à la France. X. FERDINAND Ier, roi de Naples et de Sicile, succéda en 1458 à Alfonse d'Aragon, qui avoit réuni ces deux royaumes quelques années auparavant. Ferdinand eut de grands démêlés avec le pape Innocent VIII, et entra dans la ligue contre Charles VIII, roi de France. Il mourut en 1494, dans sa soixante et dixième année, détesté de tous ses sujets pour ses débauches, ses cruautés et ses exactions, laissant sur le trône un fils aussi méchant que lui. « L'un et l'autre firent périr, dit le P. Fabre, un grand nombre de prélats et de personnes de qualité, par le fer, par de longues prisons et par le poison. » Cependant Ferdinand protégea le commerce et les arts. Sous son règne s'établirent à Naples les manufactures de soie, de draps et de brocarts, et l'imprimerie qui y fut portée par Arnaud de Bruxelles. Il réforma les tribunaux et améliora l'instruction publique. Il fut auteur d'un acte de clémence qui servit de motif à l'institution d'un nouvel ordre de chevalerie. Son beau-frère Morino Marzano conspira contre ses jours; mais le complot fut découvert. On conseillit à Fer- dinand de l'envoyer au supplice; il lui fit grace, pour n'avoir point à se reprocher le deuil de sa sœur, et il institua en mémoire de ce pardon l'ordre de l'Hermine, animal dont la propreté est extrême, avec cette devise : *Nialo mori quàm fœdari*. Cet emblème et cette devise furent ensuite adoptés en France par les états de Bretagne.
XI. FERDINAND I$^{er}$, grand duc de Toscane, succéda à son frère François II, mort en 1587. Il gouverna son petit état avec une sagesse qui le fit aimer de ses sujets, et estimer de tous les princes de l'Europe. Dès le commencement de son règne, il délivra ses états d'une multitude innombrable de bandits qui s'étoient tellement fortifiés, qu'ils y avoient formé des habitations. La Méditerranée étoit infestée par les corsaires, qui venoient continuellement ravager les côtes d'Italie, et qui troubloient le commerce par leurs pirateries continuelles. *Ferdinand*, pour remédier à ces désordres, équipa une flotte, leur donna la chasse, remporta sur eux de grands avantages, leur enleva plusieurs vaisseaux, les poursuivit jusqu'en Afrique, où il se rendit maître de quelques places qu'il fit raser. Ses succès furent si grands, que peu s'en fallut que sa flotte ne prit Famagouste en Chypre. Le grand duc, animé par ses progrès, voulut se délivrer entièrement du joug des Espagnols. Il agit avec tant d'adresse et de prudence, qu'il vint à bout de les faire sortir des terres de sa domination. Ami de la justice, il prit toujours le parti des princes injustement persécutés, et les aida de ses conseils et de ses trésors. La France lui a obligation de l'argent qu'il prêta généreusement à Henri IV, pour se soutenir contre les fureurs de la Ligue. *Ferdinand* mourut en 1609, regardé comme un bon politique. Il avoit renvoyé le chapeau de cardinal pour être grand duc.
XII. FERDINAND II, grand duc de Toscane, successeur de Cosme II, ne se fit pas moins estimer par sa prudence que *Ferdinand I*. Il sut garder une exacte neutralité dans les guerres survenues entre la France et l'Espagne. Comme la paix dont il faisoit jouir ses sujets, augmentoit ses revenus, il en fit un noble usage en défendant l'Italie, et en secourant les Vénitiens dans la guerre de Candie. Il mourut en 1668. Il gouvernoit l'état de Toscane depuis 1620. En examinant l'histoire de ce prince et des autres Médicis, on voit que ce n'est pas la guerre qui soutient et fait prospérer les états. Ils ont presque tout obtenu d'une sage politique : qualité souvent plus estimable que tous les talens militaires. *Ferdinand* avoit épousé Victoire, petite-fille de François-Marie, dernier duc d'Urbain. On voulut alors lui conseiller de se mettre en possession de ce duché; mais il refusa d'éconter une proposition qui, en augmentant ses possessions, l'exposoit à une guerre. Il laissa réunir cet état à celui de l'église, dont il étoit un fief.
XIII. FERDINAND DE CORDOUE, savant Espagnol du XV$^{e}$ siècle, passoit pour un prodige de son temps, et n'en seroit pas un dans le nôtre. Il possédoit les scolastiques, *Aristote*, *Alexandre* de Halès, Scot ; ce ne se-roit pas un sujet d'étonnement, ni même d'éloge, à présent. Ce qu'il y eut de plus estimable dans Ferdinand, c'est qu'il peignoit, chantoit, dansoit, jouoit des instrumens aussi bien qu'aucun homme de son temps. La réunion de tant de talens le fit regarder par quelques-uns de ses contemporains, comme sorcier, ou comme l'Antechrist. Il se mêloit aussi de prédire l'avenir ; on prétend qu'il annonça la mort de Charles le Teméraire, duc de Bourgogne. On ajoute que les savans de Paris l'admirèrent beaucoup en 1445 ; mais alors il n'y avoit point d'académie des sciences dans cette ville. On lui attribue un traité, De artificio omnis scibilis, et des Commentaires sur l'Almageste de Ptolomée, et sur une grande partie de la Bible.
XIV. FERDINAND LOPEZ DE CASTANEDA, Portugais, accompagna son père dans les Indes, où il alloit en qualité de juge-royal. A son retour, il publia l'Histoire de son Voyage. Elle a été traduite en françois par Nicolas de Grouché, Paris, 1554, in-4°, en italien et en anglois. Nous ignorons les années de sa naissance et de sa mort. Il florissoit au seizième siècle.
XV. FERDINAND, (Charles) natif de Bruges, poète, musicien, philosophe et orateur, quoique aveugle dès l'enfance, professa les belles-lettres à Paris, et mourut Bénédictin en 1494. Il a laissé quelques ouvrages, entr'autres un Traité de la tranquillité de l'Ame : qualité bien nécessaire à un aveugle.
XVI. FERDINAND, (Jean) Jésuite de Tolède, mort à Pa- lencia en 1595, à 59 ans, est auteur d'un ouvrage intitulé : Divinarum Scripturarum Thesaurus, in-folio, 1594. C'est une explication des passages difficiles de l'Écriture-Sainte par ordre alphabétique. Il devoit en donner deux autres volumes. — Il ne faut pas le confondre avec Jean FERDINAND, Dominicain Aragonois, qui a donné, trois ans avant sa mort, arrivée en 1625, un Commentaire sur l'Écclésiaste ; à Rome, in-folio. Il y prouve la conformité de la Vulgate, avec le texte Hébreu.
FERDINANDI, (Epiphane) médecin célèbre, né à Messagna dans la terre d'Otrante en 1569, professa la poétique, la géométrie et la philosophie dans sa patrie. Il mourut en 1638, à 69 ans, après avoir publié quelques ouvrages. Le meilleur est celui qui a pour titre : Observationes et Casus medici ; à Venise, 1621, in-fol. Ce livre a été réimprimé plusieurs fois en Allemagne et en Hollande. On a encore de lui : I. Theoremata medica ; Venise, 1611, in-fol. II. De vita propaganda ; Naples, 1612, in-4°. III. De Peste ; Naples, 1631, in-4°. Ferdinandi étoit philosophe ; il savoit élever son ame au-dessus des disgraces. Un jour, pendant qu'il expliquoit Hippocrate, on vint lui annoncer la mort d'un de ses fils, jeune homme de 20 ans, qui donnoit des espérances ; il se contenta de répondre comme Job : DIEU me l'avoit donné, DIEU me l'a ôté... Un de ses amis tachoît de le consoler sur la mort de sa femme qu'il aimoit tendrement : Je serois, lui répondit-il, indigne du nom de Philosophe, si, dans de tels malheurs, je 80 FER ne savois pas me consoler moi-même.
FERDOUCI, le plus célèbre des poètes Persans, répara l'obscurité de sa naissance par la beauté de son génie. Disciple d'Assendi, il surpassa de beaucoup son maître, et se fit admirer de tout le Levant. On a de lui le Chah-Nâmeh ou Histoire des Rois, en vers : il célèbre, dans cet ouvrage, les anciens souverains de Perse. Ce poème fut, dit-on, si goûté du prince sous lequel vivait Ferdouci, qu'il donna à l'auteur une pièce d'or pour chaque distique, et l'ouvrage étoit composé de 60 mille distiques. M. Langlois, professeur de Persan à Paris, a donné en 1788 une notice de ce poème, dont l'auteur florissoit l'an 1020 de J. C.
FERGUSON, (Jacques) astronome Anglois, né dans le comté de Banf en Ecosse en 1710, mort à Londres en novembre 1776, inventa, à 30 ans, la roue astronomique. C'est une machine très-commode pour observer les éclipses de lune. La description de la ligne du mouvement de cet astre que la société royale avoit proposée, lui mérita l'entrée dans cette compagnie savante, et une pension du roi de 50 livres sterlings. Nous avons de lui : I. L'Astronomie expliquée par les principes de Newton, 1770. II. Introduction à l'Astronomie. III. Introduction à l'Electricité, 1772. IV. Choix de Traités de Mécanique, 1770. V. Leçons sur des sujets choisis de Mécanique, Hydrostatique, Hydraulique, Optique, etc. 1776. VI. Traité de Perspective, 1775. Ces différens ouvrages, bien accueillis en Angleterre, n'ont pas été inutiles aux savans étrangers. Ferguson étoit lié avec quelques-uns. C'étoit un homme simple et modeste, qui ne cherchoit point à se faire valoir. Le célèbre Maclaurin fut le premier à démêler son mérite, et lui accorda son amitié et ses conseils.
FERIOL, Voyez PONT-DE-VESLE. I. FERMAT, (Pierre) conseiller au parlement de Toulouse, naquit en 1590, et mourut en 1664, à 74 ans. Il cultiva la jurisprudence, la poésie, les mathématiques. Descartes, Pascal, Roberval, Huyghens et Carcavi, furent liés avec lui. Ses ouvrages furent publiés à Toulouse, sous le titre d'Opera mathematica, en 2 vol. in-folio. Le premier volume contient le Traité d'Algèbre de Diophante, avec un commentaire et plusieurs inventions analytiques. Il parut en 1670. On a, dans le second, publié en 1779 et devenu très-rare, ses découvertes mathématiques, et son commerce épistolaire, avec les plus célèbres géomètres de son temps. C'est dans ce volume qu'on trouve le germe de toutes les méthodes de la géométrie des Infinis, qu'on doit à Leibnitz et à Newton. Certainement Fermat a presque autant fait pour les mathématiques, que Descartes, quoiqu'il soit beaucoup moins célèbre. Sa sagesse a nui à sa réputation. Il fut non-seulement le restaurateur de la géométrie ancienne, mais le précurseur de la moderne. C'étoit d'ailleurs un magistrat aussi intègre qu'éclaire.
II. FERMAT, (Samuel de) fils du précédent, se rendit recommandable par son érudition. On F E R 81 On lui attribue la traduction françoise du *Traité de la Chasse de Xenophon*, d'une *Lettre de Synévius* évêque de Cyrène, et d'une *Homélie de St. Basile* sur le même sujet. Ce dernier ouvrage parut en 1690 à Paris, chez *Horteraels*. *Fermat* a traduit aussi en françois les deux derniers livres du *Cynégeticon d'Oppien*.
**FERMELHUIS**, (N.) fils d'un médecin de ce nom de la faculté de Paris, est auteur de l'opéra de *Pyrrhus*, donné en 1730. La musique étoit de *Royer*. *Fermelhuis* mourut en 1742.
**FERNAND-CORTEZ**, *Voy. Cortez* (Ferdinand ou Fernand).
**FERNAND-GOMÈS**, *Voyez GOMÈS-FERNAND*.
**FERNAND**, (Béranger) professeur de droit à Toulouse dans le 16$^{e}$ siècle, mérita souvent, par sa probité, la justesse de son jugement et ses profondes connoissances en jurisprudence, d'être consulté par le parlement de cette ville. Ses traités sont savans et nombreux; l'un des plus estimés a pour objet la *quarte falcide*. Ils ont été recueillis à Toulouse en 1728, in-folio.
**FERNANDEZ-XIMENÈS DE NAVARRÈTE**, (Jean) sourd et muet de naissance, mort à l'Esecurial en 1572, orna le cloître de cette maison de huit tableaux supérieurement exécutés, et passa pour le premier peintre d'Espagne.
**FERNANDEZ DE CORDOUE**, *Voyez GONSALVE*.
**FERNANVILLE**, (Pierre-Simon Chaperon de St-André de) *Tome V.* prêtre du diocèse de Meaux, mort le 20 octobre 1757, âgé de 68 ans, jona un rôle dans le parti des Auticonstitutionnaires. On a de lui : I. *La Préface de la seconde Colonne des Hexaples*. II. *Explication de l'Apocalypse*. III. *Lettres à Madame Mol*, in-4.$^{o}$
**FERNEL**, (Jean-François) natif de Mont-Didier en Picardie, vint au monde en 1497. Après avoir consacré plusieurs années à la philosophie et aux mathématiques, il s'appliqua à la médecine, qu'il exerça avec beaucoup de succès. On prétend qu'il s'avança à la cour de *Henri II*, dont il devint premier médecin, pour avoir trouvé le secret de rendre féconde *Catherine de Médicis*. Cette princesse lui fit des présens considérables. Cet habile homme mourut à Paris le 26 avril 1558, à 62 ans, un mois après sa femme, fille de *Tournebu*, conseiller au parlement. Nul d'entre les modernes, depuis *Galien*, n'avoit mieux écrit avant lui sur la nature et la cause des maladies. Sa *Pathologie* en fait foi; *Fernel* la vit lire de son vivant dans les écoles publiques. On a de lui plusieurs autres ouvrages, non moins estimés. Les principaux sont : I. *Medicina universa*, à Utrecht, 1656, in-4.$^{o}$ C'est le recueil des différens *Traités de Fernel*, dont la plupart ont été traduits en françois. II. *Medici antiqui Greci qui de febribus scripserunt*, Venise 1594, in-fol. Les *Médecins Latins* sur la même matière ont été imprimés en 1547, in-fol., etc. III. *Consilia medicinalia*, Francfort, 1585, in-8.$^{o}$ Cet illustre restaurateur de la médecine n'approuvoit pas le trop fréquent 82 FER usage de la saignée ; et on le loue, avec raison, de s'être écarté de la méthode d'*Hexélius*, trop prodigue du sang. Outre le mérite d'excellent médecin, *Fernel* avoit celui de bon écrivain. Il parloit et écrivoit la langue latine avec tant de pureté, qu'on l'opposa souvent aux savans Ultramontains, qui nous reprochoient le Latin barbare de nos écoles. L'étude étoit sa principale passion. Quand il avoit des convives chez lui, il ne faisoit pas difficulté de les quitter à la fin du repas, pour se retirer dans son cabinet. —L'une des filles de *Fernel*, mariée à *Villeroi* président au parlement de Paris, mourut en 1642, à 94 ans.
FERON, (Jean le) né à Compiègne, avocat au parlement de Paris, publia, en 1555, le *Catalogue des Connétables, Chanceliers, Amiraux, Maréchaux de France*, in-folio. Cet ouvrage, entièrement refondu par *Denys Godefroi* (au Louvre 1658), a fait oublier l'édition de *le Feron*, qui mourut âgé de 60 ans, sous le règne de *Charles IX*. On a encore de lui quelques autres écrits, tant imprimés que manuscrits. —*Voyez GUILLAUME*, n° XV.
FÉRONIE, (Mythol.) déesse des bois et des vergers, tiroit son nom de la ville de Féronie, située au pied du mont Soracte, aujourd'hui Saint-Sylvestre. Le feu ayant pris un jour dans un bois où elle avoit un temple, ceux qui voulurent emporter sa statue, s'étant apperçus que le bois dont elle étoit faite reprénoit sa verdure, la laissèrent. C'étoit aussi la déesse des affranchis.
FERRACINO, (Barthélemi) né en 1692, dans le Bassan, montra, dès sa plus tendre jeunesse, ce que peut la nature toute seule. Réduit au métier de scieur de bois, il inventa, au sortir de l'enfance, une scie qui, par le moyen du vent, faisoit très-promptement un travail exact et considérable. Il imagina ensuite de faire des tonneaux à vin sans cerceaux ; et il en fit qui étoient plus solides que ceux qui en ont. Ces succès agrandirent bientôt la sphère de ses inventions. Il travailla sur le fer, et il fit des horloges de cette matière, qui, quoique très-simples, produisoient beaucoup d'effets différens. Il inventa même une machine hydraulique aussi peu compliquée, par le moyen de laquelle il faisoit de grandes roues dentelées. Il mit une trompette à la bouche d'une statue, et par un courant d'eau, cette trompette modulait avec harmonie cinq tons différens. Ce qui étonna sur-tout les mathématiciens, c'est la machine hydraulique, faite pour le procureur *Belegno*. Cette machine élève l'eau à 35 pieds, mesure du pays; c'est la vis d'*Archimède*. Enfin, c'est à ce célèbre ingénieur que la ville de Bassan doit le fameux pont de bois sur la Brenta, aussi admirable par la hardiesse que par la solidité de sa construction. Cet habile homme est mort depuis peu. *François Mémo* a publié la *Vie* et les inventions de ce mécanicien; à Venise, in-4°, 1764. Le marquis de *Poleni* di-soit qu'il étoit étonné de deux choses; la première, de ce que toutes les fois qu'on présentoit à *Ferracino* une machine, quelque bien faite qu'elle fût, cet habile mécanicien trouvoit encore le moyen de l'améliorer et de la simplifier; la seconde, de te qu'il produisoit tous ses chefs-d'œuvre, sans savoir lire.
FERRAJUOLI DEGLI AFFITI, (Nunzio) l'un des meilleurs paysagistes d'Italie, naquit à Nocéra, fut élève de Jacques Jordaens, et mourut à Bologne, où l'on voit quelques-uns de ses tableaux. I. FERRAND, (Fulgentius Ferrandus) diacre de l'église de Carthage au 6e siècle, disciple de St. Fulgence, fut un des premiers qui se déclarèrent contre la condamnation des Trois Chapitres, et particulièrement contre celle de la Lettre d'Ibas. On a de lui une Collection abrégée des Canons, une Exhortation au comte Reginus, sur les devoirs d'un capitaine Chrétien; et quelques autres morceaux que le Jésuite Chifflet fit imprimer à Dijon, en 1649, in-4e.
II. FERRAND, (Jacques) natif d'Agen, docteur en médecine, vers le commencement du dernier siècle, a laissé un Traité sur la maladie d'Amour, in-8e, Paris, 1623.
III. FERRAND, (Louis) né à Toulon en 1645, étoit avocat au parlement de Paris, où il mourut le 11 mars 1699, à 54 ans; mais il est moins connu sous cette qualité, que sous celle d'Érudit. Il avoit une connoissance étendue des langues et de l'antiquité; mais cette connoissance étoit un peu confuse. Il accable son lecteur de citations entassées sans choix: il écrit en savant qui n'est que savant. On a de lui: I. Un gros Commentaire latin sur les Pseumes, in-4e, 1683. On y trouve de bonnes choses, dont quelques commentateurs modernes ont profité sans le citer. II. Réflexions sur la Religion Chrétienne, 1679, 2 vols. in-12, qui offrent plusieurs questions curieuses de chronologie et d'histoire, et une explication des prophéties de Jacob et de Daniel sur le Messie. III. Le Pseautier latin-françois, 1686, in-12. IV. Quelques écrits de controverse, parmi lesquels on distingua dans le temps son Traité de l'Église contre les Hérétiques, et principalement contre les Calvinistes, Paris 1685, in-12. Le clergé de France fut si content de cet ouvrage, qu'il augmenta de deux cents livres la pension de huit cents qui lui fut accordée en 1680. V. Une Lettre et un Discours pour prouver le monachisme de St. Augustin; opinion rejetée par plusieurs critiques. Ferrand étoit un homme laborieux, sévère dans sa façon de vivre, et montrant dans l'état de laïque les mœurs des ecclésiastiques les plus édifiants.
FERRAND, Voy. FERAULT.
IV. FERRAND, (Antoine) conseiller à la cour des aides de Paris, sa patrie, mort en 1719, à 42 ans, faisoit joliment de petites chansons galantes. Il joüta avec Rousseau dans l'épigramme et le madrigal. Le premier mettoit plus de naturel, de grace, de finesse, de délicatesse dans les sujets de galanterie; et l'autre plus de force, de recherche, d'imagination et de poésie dans les sujets de débauche. La plupart des Chansons de Ferrand, recueillies in-8e, ont été mises sur les airs de clavecin de la composition du célèbre Couperin. V. FERRAND, (Jacques-Philippe) peintre François, fils d'un médecin de Louis XIII. 84 FER naquit à Joigni en Bourgogne, l'an 1653. Il fut valet de chambre de Louis XIV, membre de l'académie de Peinture. Il voyagea dans une partie de l'Europe, et mourut à Paris en 1732, à 79 ans. Il excelloit dans la peinture en émail. On a de lui un Traité curieux sur cette matière, imprimé à Paris en 1732, in-12. On y trouve aussi un petit Traité de Miniature.
VI. FERRAND DE MONTBELON, ancien professeur de l'académie de Saint-Luc à Paris, ensuite professeur de dessin à Rheims, né à Paris et mort en cette ville en 1754, eut beaucoup de mérite en son genre. On a de lui un Mémoire sur l'établissement de l'école des Arts.
VII. FERRAND, (Jean-Baptiste-Guillaume) né à Rouen, mort à Paris le 10 février 1785, à l'âge de 50 ans, devint chirurgien-major de l'Hôtel-Dieu de cette ville. Il unissoit la théorie à la pratique, et a publié sur son art divers ouvrages estimés. Tels sont : I. Divers Mémoires insérés dans le recueil de l'académie de Chirurgie. II. Lettre à M. Lumi, sur la sensibilité du corps animal, 1760, in-8.º III. Aphorismes de chirurgie, commentés par Van-Swieten, 1768, in-12. IV. De labio leporino, 1771, in-4.º V. Discours prononcés aux écoles de chirurgie, 1775, in-4.º
FERRARA, (Tebaldeo da) Voy. AQUILINO.
FERRARÉ, Voy. RENÉE DE FRANCE. — ALFONSE D'EST, n.º XV. — et TOT. I. FERRARI, (Barthélemi) Ferrarius, gentilhomme Mila- nois, institua en 1533, de concert avec Antoine-Marie Zacharie et Jacques-Antoine Morigia, l'ordre des Barnabites, si utile depuis à l'Italie et à l'Allemagne. Il mourut supérieur de cette congrégation en 1544, avec une grande réputation de vertu.
II. FERRARI, (François-Bernardin) docteur de Milan sa patrie, naquit en 1577, et mourut en 1669, à 92 ans. Il parcourt, par ordre du cardinal Frédéric Borromée, archevêque de cette ville, l'Espagne et l'Italie, pour recueillir des livres et des manuscrits. Il fit une riche moisson; et dès-lors la Bibliothèque Ambrosienne eut un nom dans l'Europe littéraire. On lui doit plusieurs ouvrages pleins d'érudition et de recherches curieuses. Il écrit nettement et méthodiquement. Les principaux sont : I. De ritu sacrarum concionum, Milan 1620, in-4.º Jean-George Gravius a redonné au public ce savant ouvrage sur les anciennes coutumes de l'Église à l'égard des prédications, Utrecht 1692, in-4.º Quelques bibliographes ont dit que le succès de ce livre excita la jalousie du cardinal, et qu'il fit tout ce qu'il put pour le faire supprimer, parce qu'il vit que son traité De concionante Episcopo, qu'il mit au jour dans le même temps, étoit éclipsé par celui de Ferrari; mais cette anecdote est fausse. Le livre de l'archevêque ne vit le jour qu'en 1632, après sa mort, et douze ans après la publication de celui de Ferrari, imprimé en 1620. Cet ouvrage étoit un des plus rares Ambrosiens, avant qu'on le réimprimât. L'édition originale de 1620, est la plus recherchée. II. Des appla- dissemens et des acclamations des Anciens; ouvrage divisé en sept livres, et imprimé à Milan en 1697, in-4.º III. Un Traité des funérailles des Chrétiens.
III. FERRARI, (Jean-Baptiste) Jésuite de Sienne, mort en 1655, donna au public en 1622, un Dictionnaire syriaque, in-4º, sous le titre de Nomenclator Syriacus, très-utile à ceux qui s'appliquent aux langues orien- tales. L'auteur s'est principale- ment attaché à expliquer les mots syriaques de la Bible: travail dans lequel il fut aidé par de savans Maronites. On a encore de lui: I. De Malorum aureorum cultur, Rome 1646, in-folio. II. De Florum cultur, Rome 1633, in-4º, et en italien, 1638, in-4º.
IV. FERRARI, (Octavien) Milanois, né en 1518, professa la philosophie à Padoue, et mou- rut dans sa patrie en 1586, es- timé pour sa vertu et sa vaste littérature. On lui doit: I. Clavis philosophiæ Aristotelicæ, 1606, in-8º II. Un savant traité De l'origine des Romains, en latin, Milan 1607, in-8º. Gravius l'a inséré dans le premier volume de ses Antiquités Romaines, et y a ajouté les corrections nécessaires. Le style de Ferrari est pur et assez élégant. V. FERRARI, (Octave) na- quit à Milan en 1607, comme le précédent, et ne fut pas moins estimé. Il professa d'abord la rhé- torique à Milan, ensuite la po- litique, l'éloquence et la langue grecque à Padoue, où la répu- blique de Venise l'avoit appelé pour rendre à l'université son premier lustre. Louis XIV, la reine Christine, la ville de Milan, lui firent des présens et des pen- sions. Il les méritoit par son sa- voir; il possédoit l'antiquité. On a de lui plusieurs ouvrages sa- vans et curieux: I. Sur les Vitè- mens des Anciens et les Lampes sépalérales, en latin; in-4º, à Padoue, 1685. Il y prouve que les lampes éternelles qui brûloient sans se consumer, sont des chi- mères. (Voy. II. TULLIE.) II. De Mimis et Pantomimis, 1714, in-8º III. Origines linguæ Ita- licæ, in-folio, 1676; livre plein d'érudition, mais dans lequel il exalte trop la langue italienne. IV. Opuscula, à Helmstadt, 1710, in-8º Ce savant mourut le 7 mars 1682, à 74 ans. C'é- toit un homme d'une humeur douce, sincère, affable, ami de la paix; aussi l'appeloit - on le Pacificateur et le Conciliateur. Son style est élégant et chatié, mais sans affectation; il sait pren- dre le ton de son sujet, à quel- ques endroits près, où il imite un peu trop le ton des poètes.
VI. FERRARI, (Philippe) religieux Servite, mort en 1626, est connu par une Topographie du Bréviaire Romain, et par un Dictionnaire géographique, que l'abbé Baudrand fit réimprimer en 1670, augmenté de moitié. Il ne corrigea point les inexac- titudes de Ferrari, et il en ajouta de nouvelles, suivant l'usage de ces compilateurs ignorans, qui joignent leurs rapsodies aux ou- vrages des autres.
FERRARI, Voy. GIOLITO DE FERRARI, et GALATEO.
FERRARIENSIS, Voyez III. SILVESTRE (François).
FERRARIIS, (Jean-Pierre de) célèbre docteur en droit, natif de Pavie au 14e siècle, com- posa, dans un âge très-avancé, une *Pratique de Droit*, 1544, in-8°, peu connue aujourd'hui. — Il faut le distinguer d'*Antoine de FERRANIS*, qui a composé en italien l'*Fistoire de la prise d'Otrante par les Turcs*, traduite en latin par *Michel Martiano*, en 1612.
FERRAUD, (N.) né dans la vallée de Daure, au pied des Pyrénées, fut député à la Convention nationale, et s'y montra partisan de la chute du trône et de la création de la république. Envoyé comme commissaire à l'armée de Rhin et Moselle, il y combattit lui-même à la tête des colonnes; et après son retour à Paris, il s'opposa avec courage à l'insurrection des terroristes qui vinrent assaillir la Convention, le 20 mai 1795. Entouré d'hommes de sang, il découvrit sa poitrine, et leur dit: « J'ai été plus d'une fois atteint du fer ennemi; voilà mon sein couvert de cicatrices; je vous abandonne ma vie, mais respectez le sanctuaire des lois. » A l'instant, il voulut repousser des furieux armés de fusils et qui avoient mis en joue le président; mais il en reçut un coup de pistolet dans la poitrine qui le renversa. On traîna son corps dans le corridor voisin où on lui coupa la tête: mise au haut d'une pique, les assassins vièrent la placer au milieu de la salle. L'assemblée, délivrée de cette scène horrible, fit célébrer quelques jours après une fête en l'honneur de *Ferrand*, et fit punir de mort son meurtrier.
FERRE, (Vincent) Dominicain, natif de Valence en Espagne, enseigna la théologie avec réputation à Burgos et à Rome, puis à Salamanque, où il mou- mut vers 1683. On a de lui des *Commentaires* estimés en Espagne, sur la Somme de St. Thomas, en 8 volumes in-folio. Il résout toutes les difficultés avec beaucoup de netteté et de précision.
FERREIN, (Antoine) né à Frespech en Agenois, l'an 1693, étoit professeur d'anatomie et de chirurgie au jardin du roi à Paris, professeur de médecine au collège royal, et membre de l'académie des Sciences. Il prit ses degrés à Montpellier, et il étoit docteur et docte. Il eut un grand nombre de disciples. Ses *Leçons sur la Médecine*, et celles sur la *Matière médicale*, publiées depuis sa mort, chacune en 3 vol. in-12, 1783, par M. *Arnault de Nolleville*, prouvent qu'il avoit bien médité sur l'art de guérir: tout y est conforme à la saine doctrine et à la plus sage expérience; point de théorie vague qui égare, *Ferrein* avoit prétendu que la voix n'étoit qu'un instrument à cordes, et ses partisans avoient nommé de son nom certaines fibres de la trachée-artère. *Ferrein* avoit même imaginé une machine qui rendoit des sons, conformément à son système; mais ce qui l'a détruit entièrement, c'est l'observation que des cordes maillées ne peuvent rendre aucun son. *Ferrein* exerça avec succès la médecine jusqu'à sa mort, arrivée à Paris le 28 février 1769, à 76 ans. Ses principes d'honnêteté, de justice et d'humanité, le rendirent aussi recommandable que ses ouvrages.
FERREIRA, (Antoine) né à Lisbonne, publia dans cette ville en 1670, un *Cours de Chirurgie*, estimé, et plusieurs fois réimprimé in-folio. L'auteur étoit chirurgien de la chambre du roi de Portugal. Il mourut en 1677. I. FERRÉOL, (Saint) *vulgò St. FORGEOT*, martyr de Vienne dans les Gaules, fut mis à mort, à ce que l'on croit, sous le règne de *Diocletien* et de *Maximien*. — Il faut le distinguer de *saint FERRÉOL*, évêque de Limoges en 591, sous le règne de *Chilpéric I*; et de *St. FERRÉOL*, évêque d'Uzès en 533. On a de celui-ci une *Règle monastique*, insérée par *Holsténius* dans son *Codex Regularum*.
II. FERRÉOL, (Tonnance) *vivoit* dans le x$^{re}$ siècle, et passait d'heureux jours dans sa belle maison de Prusiane sur les bords de la rivière du Gardon. Il y avait rassemblé l'une des plus anciennes bibliothèques qui se soient vues en France. Celle-ci était partagée avec beaucoup d'art en trois classes : la 1$^{re}$ était composée des livres de piété, à l'usage des femmes; et celles-ci avaient au bas des stalles pour s'y asseoir et y prier; la seconde contenait les livres de littérature, avec des stalles pour les hommes; la troisième classe enfin renfermoit les livres communs aux deux sexes.
FERRERA, (Jean) *Espagnol*, entreprit par ordre du cardinal *Ximenès* un *Traité complet d'Agriculture*. Il ramassa dans son ouvrage, tout ce que les anciens et les modernes avaient écrit d'important sur ce premier art du genre humain. Il y joignit ses observations particulières, fruit d'une longue expérience. Nous avons de meilleurs livres sur cette matière; mais celui-ci a été très utile dans son temps.
FERRERAS, (Don Juan de) *naquit* en 1652, à Labaneza en Espagne. Après avoir fait ses études avec beaucoup de succès dans l'université de Salamanque, il obtint au concours la cure de Saint-Jacques de Talavera, dans le diocèse de Tolède. Il fut transféré ensuite à celle de St.-Pierre de Madrid par son confesseur. *Ferreras* refusa, quelque temps après, deux évêchés considérables, malgré les instances que lui fit la cour de les accepter. L'académie de Madrid le choisit l'année même de sa fondation, en 1713, pour un de ses membres. Le roi, en confirmant un choix applaudi par tous les gens de lettres, l'honora de la charge de garde de sa bibliothèque. *Ferreras* fut très utile à l'académie naissante, par ses lumières. Il lui servit sur tout beaucoup pour la composition du *Dictionnaire Espagnol*, entrepris et publié par cette compagnie en 1739, en 6 vol. in-fol. *Ferreras* était mort quatre ans auparavant, en 1735, à 87 ans. On a de ce savant Espagnol plusieurs Ouvrages de théologie, de philosophie, de belles-lettres et d'histoire. Le plus considérable et le plus connu est son *Histoire d'Espagne*, écrite en sa langue; elle a été traduite en français par M. d'Hermilly, 10 vol. in-4$^{e}$, Paris 1751.
FERRERI, *Voyez* ORMA. I. FERRÉTI, poète et historien de Vienne dans le 14$^{e}$ siècle, fut un de ceux qui chassèrent la barbarie répandue en Europe, et qui firent connaître le bon goût. Parmi les productions de ce savant, en prose et en vers, il y a une *Histoire de son temps* en sept livres, depuis 1250 jusqu'en 1318; elle est curieuse. *Maratori* la publiée dans le IX$^{e}$ tome des *Retrains de l'His-* toire d'Italie. On a encore de lui un *Poème latin* sur les beaux faits de *Cun de l'Escale*.
II. FERRETI, (Émile) né à Castel-Franco dans le Boulonnais en 1489, secrétaire du pape *Léon X*, ensuite conseiller au parlement de Paris, mourut à Avignon le 14 juillet 1552, à 63 ans. Il cultiva les Muses dans le tumulte de la cour. C'étoit un homme modeste, modéré, libéral, dont tout le plaisir étoit de jouer du luth et de se promener. Il fit mettre au-dessus de la chaire de jurisprudence d'Avignon, qu'il fit faire à ses dépens, cette inscription: *Peritum orno, imperitum dedecoro*. On a de lui *Opera Juridica*, 1598, in-4°. Il avoit un grand nombre d'ouvrages en manuscrit; mais il les brûla, dit-on, dans sa dernière maladie, soit qu'ils ne fussent pas assez travaillés, soit plutôt que sa modestie voulût faire ce sacrifice à la religion.
FERRI, *Voyez Ciro* - FERRI, - FERRY, - et LOCRES. I. FERRI, (Paul) ministre protestant à Metz sa patrie, naquit en 1591, et mourut de la pierre en 1669, à 78 ans; on lui en trouva plus de 80 dans la vessie. *Ferri* étoit connu de son temps par ses écrits et par ses sermons; à présent il ne l'est plus que par la réfutation que fit *Bossuet* de son *Catéchisme*, publié en 1654, in-12. C'est par cette réponse que ce prélat fit son entrée dans la république des lettres. *Ferri* aimoit la paix, quoique ministre et controversiste.
II. FERRI, (Guillaume) professeur d'éloquence et d'antiquités à Ferrare sa patrie, s'est fait connoître par un grand nombre de *Poésies* latines et italiennes. Il est mort en 1787. I. FERRIER, (Arnaud du) professeur en droit à Toulouse sa patrie, ensuite président aux enquêtes à Paris, et maître des requêtes, fut choisi pour se trouver en qualité d'ambassadeur au concile de Trente. Il y soutint les intérêts de la France avec une fermeté et une vivacité qui déplurent aux prélats Italiens. Pour calmer leur ressentiment, on envoya *Ferrier* ambassadeur à Venise. Il y connut *Fra-Paolo*, et lui fournit des *Mémoires* pour son *Histoire du Concile de Trente*. *Ferrier* mourut garde des sceaux du roi de Navarre, depuis *Henri IV*, en 1585, âgé de 79 ans, laissant quelques ouvrages. Il fit profession du Calvinisme dans ses dernières années.
II. FERRIER, (Jean) né à Rodès en 1619, entra chez les Jésuites, y professa, et fut ensuite confesseur de *Louis XIV*. Il mourut en 1674, à 55 ans, laissant un *Traité sur la science moyenne*, et des *Écrits* contre les disciples de *Jansénius*, qu'il n'aimoit pas, et qui ne l'aimoient pas davantage.
III. FERRIER, (Jérémie) ministre Protestant, et professeur en théologie à Nîmes, embrassa la religion Catholique et devint conseiller d'état. Il mourut l'an 1626. On lui attribue le *Catholique d'Etat*, 1625, in-8°; c'est une réponse aux calomnies que les partisans de l'Espagne répandoient contre la France. Il est encore auteur d'un *Traité de l'Ante-Christ et de ses marques*, in-folio, Paris, 1515. Sa fille fut mariée au fameux lieutenant — criminel *Tardieu*, qui fut assassiné avec elle par des voleurs en 1664. Son gendre et sa fille, qui étoient le prototype de l'avarice la plus sordide, sont raillés sans ménagement dans la *Satire des Femmes de Boileau*.
IV. FERRIER, (Louis) natif d'Avignon, poète François, fut mis à l'inquisition de cette ville pour cette maxime : L'amour, pour les morrels, est le souverain bien. Ce vers se trouve dans ses *Préceptes galans*; poème qui courut manuscrit avant qu'il le publiât à Paris en 1678, in-12. *Ferrier* ayant été absous par le Saint-Office à la prière de ses amis, se retira à Paris, et devint précepteur des fils du duc de *Saint-Aignan*. Il mourut en 1721, à 69 ans, en Normandie, où il avoit acheté la terre de la Martinière. Outre ses *Préceptes galans*, on a de lui d'autres morceaux, qui ne manquent ni d'esprit ni de naturel; mais sa versification est foible, et son style incorrect. Ces défauts se font sentir sur — tout dans ses tragédies d'*Anne de Bretagne*, d'*Adraste* et de *Montezuma*. Les deux premières ont été imprimées à Paris chez *Riboud*, en 1678 et 1680, et insérées dans le *Théâtre François*. Elles furent toutes les trois représentées, et la première se joue encore quelquefois. La dernière pièce débu- toit d'une manière trop gigantesque, pour pouvoir se soutenir sur ce ton. On voyoit d'abord un palais d'un goût barbare, dans le fond duquel étoient des esclaves armés de flèches. Le prince Américan, tout couvert d'or et de diamans, étoit assis sur son trône, et adressoit à huit Caciques prosternés à ses pieds, ces deux vers rapportés par *Voltaire* : Levez-vous : votre roi vous permet aujourd'hui Et de l'envisager et de parler à lui. Cette pompeuse ouverture de scène fut tout ce qui frappa dans la pièce.
FERRIER, *Voyez VINCENT-FERRIER* (Saint).
FERRIÈRES, (Claude de) — docteur en droit de l'université de Paris, sa patrie, naquit en 1639. Il professa la jurisprudence à Paris, puis à Rheims, où il mourut le 11 mai 1715, à 77 ans. Ses ouvrages sont estimés, quoiqu'il ait composé la plupart pour subvenir aux besoins pressans d'une famille nombreuse. Il enrichit les libraires; mais ils ne l'enrichirent point. Les honoraires de ses livres suffisoient à grand-peine pour le dédommager du temps qu'il sacrifioit à leur composition, quoiqu'on ne puisse pas l'accuser d'avoir poussé ce sacrifice trop loin. Les principaux sont : I. *La Jurisprudence du Code*, 1684, en 2 vol. in-4.º II. — *du Digeste*, 1688, 2 vol. in-4.º III. — *des Novelles*, 1688, 2 vol. in-4.º IV. *La Science des Notaires*, 1771, 2 vol. in-4.º V. *Le Droit de Patronage*, 1686, in-4.º VI. *Institutions Contumières*, 3 volumes in-12. VII. *Introduction à la Pratique*, 1758, 2 vol. in-12. VIII. *Des Commentaires sur la coutume de Paris*, 2 volum. in-12. IX. *Un Traité des Fiefs*, 1680, in-4.º X. *Le Recueil des Commentateurs de la Coutume de Paris*, 1714, en 4 vol. in-folio. On y trouve de bonnes observations de *Jean le Camus*, lieutenant civil... Le *Dictionnaire de Droit*, 1771, 2 vol. in - 4°, est de *Claude-Joseph* son fils, qui a été doyen des professeurs en droit dans l'université de Paris. Si le père ne parvint pas à la fortune, ce n'est pas qu'il n'eût reçu de la nature les dons de la figure et de l'esprit; mais ils étoient déparés par une hauteur incommode, par une prévention outrée pour ses sentimens, et par la manie de critiquer ceux des autres.
FERRON, (Arnauld du) conseiller au parlement de Bordeaux, sa patrie, fut pourvu de cette charge à 21 ans. Il est auteur d'une *Continuation* en latin de l'*Histoire de Paul Emile*; et d'autres ouvrages qui lui ont assuré le surnom d'*Atticus*, que lui donna *Scaliger*. Il fut employé dans les grandes affaires, et mourut en 1563, à 48 ans, sans laisser des enfants. Sa continuation de *Paul Emile*, imprimée à Paris chez *Vasconan*, 1554, in-folio, 1555, in-8°, est ample, sans être trop longue. Elle s'étend depuis le mariage de *Charles VIII* jusqu'au règne de *François I*. Les anecdotes qu'il rapporte sont curieuses, et ses détails fort exacts. Son père étoit aussi conseiller au parlement. On a encore de lui : *Observations sur la Coutume de Bordeaux*, Lyon, 1565, in-folio. I. FERRY, (André) né à Rheims, en 1714, mort en 1773, entra dans l'ordre des Minimes, et se plut à acquérir de profondes connoissances en physique et en hydraulique. Il les employa à l'utilité publique. C'est à lui que les villes d'Amiens, de Dôle et de Rheims, doivent les fontaines qui les décorent. Le Père *Ferry* faisoit agréablement les vers latins, et a publié un Poème en cette langue, en honneur du cardinal de *Tencin*.
II. FERRY, (Jean-Baptiste) prêtre, de la société littéraire-militaire, né à Besançon, mort au mois d'avril 1756, âgé de plus de 60 ans, étoit chanoine prébendier de l'église de Sainte-Magdeleine en cette ville. On a de lui plusieurs *Livres d'Église*, à l'usage du diocèse de Besançon... *Voyez* FERRI.
FERTÉ, (Henri de Sennec-terre, dit le *Maréchal de la*) d'une maison très-ancienne d'Auvergne, qui subsiste, étoit fils de *Henri de Sennec-terre*, lieutenant-de-roi en Champagne, et ambassadeur extraordinaire en Angleterre. Il donna des preuves de son courage au siège de la Rochelle en 1626, et ensuite à l'attaque du Pas-de-Suze, au secours de Casal, à la prise de Moyenvic, à celle de Trèves, et à la bataille d'Avesnes. Il n'étoit alors que colonel; il fut fait maréchal de camp sur la brèche de Hesdin, pour avoir défait le secours que les ennemis vouloient y jeter. Il se signala à la bataille de Rocroi, et surtout à celle de Lens. Il défit le duc de *Lorraine*, et lui tua près de deux mille hommes au combat de Saint-Nicolas, en 1650. Devenu maréchal de France le 5 janvier 1651, il sauva Nanci peu après, et prit, la même année, Chasté, Mirecourt et Vaudrevange. Sa valeur et son expérience éclatèrent encore en 1653, 1655, - 57 et 58. Il prit dans ces deux dernières années Mont- médi et Gravelines. Le maréchal de la Ferté mourut en 1681, à 82 ans, chevalier des ordres du roi. Sa femme, Magdeleine d'Angennes, morte en 1714, à 85 ans, et sœur de la duchesse d'Olonne, a donné lieu à un petit Roman, qui porte son nom, et qui se trouve avec ceux de Bussi. — Son fils, Henri-François duc DE LA FERTÉ, mort en 1703, n'a pas laissé de postérité masculine. Tandis qu'il serroit sous son père, on présenta à celui-ci un mémoire des provisions que le fils avoit fait faire pour la campagne. C'étoient des truffes, des morilles, et toutes les choses nécessaires pour faire d'excellens ragoûts. Le maréchal jeta le mémoire avec indignation. « Ce n'est pas ainsi, dit-il, que nous avons fait la guerre. De la grosse viande apprêtée simplement, c'étoient-là tous les ragoûts. Dites à mon fils, ajouta-t-il en s'adressant au maître-d'hôtel, que je ne veux entrer pour rien dans une dépense aussi folle et aussi indigne d'un homme de guerre. » Il étoit très-attaché à la discipline; mais il étoit vain et présomptueux. Il ne pouvoit souffrir les succès de Turenne, qu'il étoit incapable d'égaler, quoiqu'il eût d'ailleurs du mérite. Malgré la violence de son humeur, il étoit fort empressé à faire sa cour, et ce fut en partie ce qui contribua à l'élever aux dignités. On prétend qu'il n'étoit pas moins intéressé. Ayant fait son entrée dans Metz, les Juifs vinrent pour lui rendre leurs hommages. Je ne veux pas voir ces marauds-là, dit-il, ce sont eux qui ont fait mourir mon maître. Les Juifs ayant su la réponse du maréchal, parurent fâchés de ne pouvoir lui parler, attendu qu'ils lui apportoient un présent de quatre mille pistoles. On le fut dire promptement à M. de la Ferté: Ah! faites-les entrer, dit-il, ils ne le connoissoient ma foi pas, quand ils l'ont crucifié. La maison de la Ferté subsiste dans des branches collatérales. Le maréchal avoit un fils cadet, jésuite, nommé Louis, prédicateur distingué, qui mourut à la Flèche en 1732, à 74 ans. — On a du duc et du chevalier DE LA FERTÉ, de la même famille, plusieurs couplets agréables, insérés dans les tendresses bachiques de Ballard père.
FERTÉ-INBAUT, (le Maréchal de la) Voy. III. ESTAMPES.
FERTEL, (Martin-Dominique) imprimeur de Saint-Omer, mort dans cette ville en 1752, âgé d'environ 80 ans, est auteur de la Science-Pratique de l'Imprimerie; Saint-Omer, 1723, in-4°: ouvrage curieux, qui renferme tout ce qui regarde cet art, et qui n'a point été effacé par ceux de Momoore et de Quinquet, sur le même sujet.
FERVAQUES, Voyez HAUTEMER.
FERUS, Voyez SAUVAGE. I. FESTUS-POMPÉIUS, (Sextus) célèbre grammaitien, abrégea le Traité de Verrius-Flaccus, De verborum significatione. Cet Abrégé, très-utile suivant Scaliger, a été donné au public par Dacier, ad usum Delphini; à Paris, 1681, in-4°, et Amsterdam, 1699, in-4°. Cette dernière édition ne vaut pas celle de Paris.
II. FESTUS, (Porcius) proconsul et gouverneur de Judée vers l'an 61 de Jésus-Christ, fit citer St. Paul à son tribunal, lorsqu'il étoit à Césarée. Cet apôtre en ayant appelé à César, Festus le lui renvoya, n'osant pas le condamner, quoiqu'il eût déjà reçu une somme d'argent pour ne pas lui être favorable.
FÉTI, (Dominique) peintre Romain, disciple de Civoli, forma son goût sur les ouvrages de Jules Romain. Il allia une grande manière et un coloris vigoureux, à une pensée fine, à une expression vive, et à une touche spirituelle et piquante. Le cardinal Ferdinand Gonzague, depuis duc de Mantoue, l'employa à orner son palais, et lui auroit fait un sort heureux, si la débauche ne l'eût enlevé en 1624, à 35 ans. Les dessins de ce peintre sont d'un grand goût et très-rares. Il laissa une sœur qui se fit religieuse. Elle peignoit fort bien. Le couvent où elle entra fut orné de ses tableaux; elle en fit aussi pour les autres maisons religieuses de Mantoue.
FEU GRÉGEOIS, Voyez CALLINIQUE, n° II.
FEU, (François) docteur de Sorbonne, naquit à Massiac en Auvergne, l'an 1633. Il fut grand-vicaire de Rouen, sous M. Colbert, puis curé de Saint-Gervais à Paris en 1686. Dans ces deux places, il se fit généralement estimer des grands et des petits, remplissant, avec une approbation générale, les devoirs de curé et ceux de docteur. Il mourut le 26 décembre 1699, à 66 ans. On a de lui les deux premiers volumes, in-4°, 1692 et 1695, d'un Cours de Théologie, qu'il n'eut pas le temps d'achever.
FEU-ARDENT, (François) cordelier, né à Contances en 1541, docteur de Sorbonne en 1576, étoit un ligueur outré. Comme il avoit un tempérament tout de feu conformément à son nom, il déclama violemment en chaire contre Henri III et Henri IV. Son zèle contre les novateurs tenoit de la fureur. Il mourut en 1610, à 69 ans, à Bayeux, et non à Paris, comme le dit Bayle; laissant : I. Des Traités de Controverse pleins de bile et de turlupinades. Il se plaisoit à multiplier les erreurs des Calvinistes, puisque dans l'article seul de la Trinité, sur lequel ils sont d'accord avec nous, dit Nicéron, il leur en trouve jusqu'à cent soixante et quatorze. II. Des Commentaires sur plusieurs livres de la Bible. III. Des Editions de quelques Ouvrages des Pères et des Scolastiques. Feu-Ardent prit des sentimens modérés sur la fin de ses jours; et il fut aussi ardent à la concorde, dit l'Etoile, qu'il l'avoit été à la discorde.
FEVERSHAN, (Louis de DURAS, comte de) chevalier de l'ordre de la Jarretière, commandoit l'armée de Jacques II, lorsque le prince d'Orange fit sa descente en Angleterre, l'an 1688. Le comte, abandonné de son armée, licencia le peu de soldats qui lui étoient restés attachés. Ce fut le motif dont se servit le prince d'Orange, pour faire mettre en prison ce fidelle serviteur, prétendant qu'ils n'avoit pu licencier une armée royale sans sa permission. Il obtint pourtant sa liberté dans la suite, et mourut à Londres, à l'âge de 71 ans, en 1709, avec une grande réputation de bravoure.
FEUILLADE, (La) Voyez AUBUSSON, n° II.
FEUILLÉE, (Louis) minime, associé de l'académie des Sciences, botaniste du Roi, naquit à Mane en Provence, l'an 1660. Il entreprit, par ordre de Louis XIV, plusieurs voyages dans les différentes parties du monde. Il fit honneur au choix du monarque. Ce prince le gratifia d'une pension, et lui fit construire un observatoire à Marseille. Le Père Feuillée, usé par les fatigues de ses courses savantes, mourut dans cette ville en 1732, à 72 ans. Un air modeste et simple relevait beaucoup le mérite de ses connaissances. On a de lui un Journal des Observations Physiques, Mathématiques et Botaniques, faites sur les côtes de l'Amérique méridionale et à la Nouvelle-Espagne; Paris, 1714 et 1725, 2 vol. in-4°. Ce Journal, écrit durement, mais aussi exact que curieux, peut servir de modèle aux voyageurs, et de flambeau à ceux qui navigent en Amérique. Au retour de la Mer du Sud, le Père Feuillée présenta au roi un grand volume in-folio, où il avoit dessiné, d'après nature, tout ce que ce vaste pays contient de plus curieux. Cet ouvrage intéressant est en original dans la bibliothèque du roi, de même que le Journal de son voyage aux Canaries, pour la fixation du premier Méridien; il a ajouté à la fin l'Histoire abrégée de ces Isles. I. FEUILLET, (Mlle) employa ses loisirs, à la fin du 17e siècle, à divers ouvrages de piété. Après en avoir traduit plusieurs de l'italien et de l'espagnol, elle publia les Sentimens Chrétiens, in-12, Concordance des Prophéties avec l'Evangile. Elle y démontre que les principaux mystères, prédits dans l'ancien Testament, ont été accomplis. Mlle Feuillet mourut vers l'an 1690.
II. FEUILLET, (Nicolas) chanoine de Saint-Cloud près de Paris, prédicateur apostolique, et d'une morale sévère jusqu'au rigorisme, mourut à Paris le 7 septembre 1693, âgé de 71 ans. Comme il avoit beaucoup d'embonpoint et que cet air de santé paroissoit démentir l'austérité de sa doctrine, Boileau plaisantoit à ce sujet Mlle de Lamoignon l'une de ses pénitentes. Oh! répondit-elle naïvement, on dit qu'il commence à devenir maigre. Il avoit l'esprit de saillie. C'est lui qui disoit d'un prédicateur très-médiocre qu'il prêchoit comme les apôtres, avant qu'ils eussent reçu le Saint-Esprit. Ce bon mot, comme on voit, est plus ancien que Voltaire, qui l'a souvent appliqué à ses ennemis, en vers et en prose. Nous avons de l'abbé Feuillet, l'Histoire de la Conversion de Chanteau, couringermain de Caumartin, conseiller d'état, in-12, 1702; Feuillet en avoit été le principal instrument. Cette histoire édifiante, et réimprimée plusieurs fois, est très-répandue. On a encore de lui des Lettres qui peignent les sentimens de religion dont il étoit pénétré; et une Oraison funèbre de Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans.
FEUQUIÈRES, Voyez III. PAS.
FEUTRY, ( Aimé - Ambroise - Joseph ) né à Lille en 1720, suivit quelque temps le barreau, et le quitta pour se livrer entièrement à la littérature. Ses poésies ne sont point dépourvées de force et de verve. Ses poèmes intitulés le Temple de la mort et les Tombeaux, obtinrent les suffrages des gens de goût par de très-beaux vers. Son Ode aux Nations fut couronnée par l'académie des Jeux floraux de Toulouse : son Ode sur Dieu, a de la majesté. Feutry a publié une nouvelle traduction du Robinson Crusoé, dont il a supprimé les longueurs qui le déparment ; 1788, 3 vol. in-12. Il a traduit aussi de l'Anglois Thomas Blackwell, les Mémoires de la cour d'Angloise, 1768, 1781, 3 vol. in-12. On lui doit encore. I. Epître d'Héloïse à Aballard, tirée de Pope, 1758, in-8. II. Choix d'histoires tirées de Bandel, Belleforest et Boissaux, 1783, 2 vol. in-12 : cet ouvrage a eu plusieurs éditions antérieures. III. Les jeux d'Enjeux, poème en prose traduit du Hollandois, 1764, in-12. IV. Les Ruines, poème, 1767, in-8. V. Manuel Tiro-nien, ou Recueil d'abréviations faciles et intelligibles de la plus grande partie des mots de la langue françoise, 1775, in-8. VI. Essai sur la construction des voitures à transporter les lourds fardeaux dans Paris, 1781, in-8. VII. Le livre des Enjeux et des jeunes gens sans études, 1781, in-12. VIII. Supplément à l'art du Serrurier, traduit du Hollandois, 1781, in-fol. Feutry est mort à Douay le 28 mars 1789. I. FÉVRE, ( Jean le ) avocat au parlement, et rapporteur référendaire en chancellerie, sous Charles V, roi de France, est auteur d'un poème moral, intitulé : Le Respit de la Mort, 1533, in-8°, gothique. Il y en a encore une édition de Paris, 1506, in-4°.
II. FÉVRE, ( Raoul le ) chapelain de Philippe, duc de Bourgogne en 1364, est auteur du Recueil des Histoires Troyeunes, assez rare, quand les éditions sont du xve siècle, in-fol. Celles du xvi°, quoique aussi bonnes, ne sont pas recherchées.
III. FÉVRE, ( Jacques FABRI, ou le ) surnommé d'Étaples [ Stapulensis ], du lieu de sa naissance au diocèse d'Amiens, vint au monde vers l'an 1435. Il fit ses études dans l'université de Paris, et y professa ensuite les belles-lettres et la philosophie. C'était encore le règne de la plus barbare scolastique. Le Fèvre sut s'élever au-dessus des chicanes de l'école. Il fut un des premiers qui inspirèrent le goût des études solides, et en particulier de celle des langues mères. Guillaume Briconnet, évêque de Meaux, le choisit pour son grand vicaire en 1523 ; ce prélat ayant été accusé de favoriser les novateurs, le Fèvre fut obligé de le quitter, pour n'être point la victime de l'injuste persécution qu'on lui avait suscitée. Il se retira à Strasbourg, et de là à Paris, où il fut nommé précepteur du troisième fils de François I, ( Charles, duc d'Orléans, mort en 1545.) La reine Marguerite, sœur de ce prince, mena le Fèvre à Nérac, en 1530 : c'est là que cet habile homme finit ses jours en 1537, dans un âge fort avancé. On dit que le jour de sa mort, en disant avec la reine Marguerite et quelques autres savans que cette princesse invitoit souvent chez elle, il parut triste pendant le repas, et versa même des larmes. La reine lui ayant demandé la raison de sa tristesse, il répondit que l'énormité de ses crimes le jetoit dans ce chagrin. « Je suis, dit-il, âgé de cent et un ans : j'ai toujours vécu d'une manière très-chaste. A l'égard des autres passions qui précipitent les hommes dans le désordre, je sens ma conscience assez en repos; mais je compte pour un très-grand crime, qu'ayant connu la vérité, et l'ayant enseignée à plusieurs personnes qui l'ont scellée de leur propre sang, j'aie eu la foiblesse de me tenir dans un asile loin des lieux où les couronnes des martyrs se distribuoient. » La reine, qui étoit fort éloquente, le rassura; il fit son testament de vive voix, s'alla mettre sur un lit, et y fut trouvé mort peu d'heures après. La reine le fit enterrer fort honorablement sous le même marbre qu'elle s'étoit destiné. Les principaux fruits des veilles de ce savant, sont : I. Un Traité des trois Magdeleines. II. Un Pseautier en cinq colonnes, Paris, in-fol. 1509, avec des notes peu estimées. (Voy. I. ETIENNE.) III. Des Commentaires sur les Pseaumes, sur l'Ecclésiaste, sur les Evangiles, sur St. Paul, etc. savans, mais mal digérés et mal écrits. IV. Agones martyrum mensis Januarii, in-fol. (sine loco et anno,) mais du commencement du XVIe siècle. V. Une Version françoise de toute la Bible, imprimée à Anvers en 1530, -34, -41, in-fol.; et en 1728, en 4 vol. in-8. L'édition de 1534, revue par les docteurs de Lou- vain, est la plus correcte, la plus exacte et la plus rare, parce qu'elle fut supprimée. Cette traduction, son sentiment sur la monogamie de Ste. Anne, et sa distinction des Trois Maries, soulevèrent beaucoup de docteurs contre le Fèvre; ce qui l'obligea de se contredire dans le traité De duplici et uncial Magdalena, in-4°, pour prouver qu'on pouvoit soutenir qu'il y en avoit deux, ou une seule. A force de varier et de retourner cette question, il l'a si bien embrouillée, qu'on ne sait point ce qu'il en pensoit. On le persécuta vivement alors pour des choses qui, à présent, feroient bien moins de sensation.
FÈVRE, Voyez FABRICIUS... CAUMARTIN... CHANTEREAU... ORMESSON... PLANCHE... ST-MARC... MATHOU... et II. MOULIY à la fin.
IV. FÈVRE, (Gui le) sieur de la Boderie, né dans la terre de la Boderie en basse-Normandie, l'an 1541, savant dans les langues Orientales, eut beaucoup de part à la fameuse Poly-glotte d'Anvers, confiée aux soins d'Arias Montanus. Si on l'en croit, celui-ci n'y contribua pas autant qu'on le pense communément. Le Fèvre passa avec un de ses frères à Anvers, pour l'exécution de ce grand ouvrage. Il y travailla long-temps et revint en France, apportant pour tout fruit de ses travaux, beaucoup de fatigue et quelque peu de réputation. A son retour, il fut secrétaire du duc d'Alençon, frère du roi Henri III; fut mal payé comme à Anvers, et alla mourir à la Boderie en 1598, à 57 ans. On a de lui plusieurs ouvrages en vers et en prose. Il mêloit aux épines de l'étude des langues, les fleurs de la poésie. Il eut de son temps une assez grande réputation dans ce dernier genre; mais, à l'exception de quelques pièces, où l'on trouve une certaine naïveté qui plaît, malgré la barbarie du langage, tout ce qui nous reste de lui est du plus mauvais goût: style empoulé, phrases inintelligibles, comparaisons forcées, expressions basses, allusions puériles, jeux de mots ridicules, plaisanteries froides. On peut consulter le P. Nicéron, (*Mémoires*, tome 38$^{e}$), qui donne le catalogue de ses ennuyeuses productions. Voyez X. ANDRÉ. V. FÈVRE de *LA BODERIE*, (Antoine le) frère du précédent, fut employé par *Henri IV* et par *Louis XIII* dans des affaires importantes. Il eut la qualité d'ambassadeur à Rome, dans les Pays-Bas et en Angleterre. *Jacques I* lui fit-présent d'un bassin de vermeil, enrichi de pierreries, avec ces mots: *Jacques I*, *Roi de la Grande-Bretagne*, à *Antoine de la Boderie*. Le prince de *Galies* lui donna un diamant d'un grand prix; et les seigneurs d'Angleterre ajoutèrent à tous ces présents 150 haquenées, que la *Boderie* distribua, à son retour, à ses amis. Il n'en réserva qu'une seule, que *Henri IV* lui demanda. *Il n'est pas juste*, lui dit ce bon prince, que je sois le seul de vos amis qui n'ait point de part à vos libéralités. La *Boderie* fut très-utile à ce monarque, sur-tout dans l'affaire du maréchal de *Biron*, dont il découvrit les intelligences à Bruxelles. Il mourut en 1615, à 60 ans. Il avoit épousé la sœur du marquis de *Feuquières*, gouverneur de Verdun, dont il eut deux filles: l'une mourut fort jeune, et l'autre épousa *Arnaud d'Andilly* en 1613, auquel elle apporta la terre de Pomponne. On a de lui un *Traité de la Noblesse*, traduit de l'italien, de *Jean-Baptiste Nenna*, imprimé en 1583, in-8$^{o}$. On a publié en 1749 ses *Lettres* et ses *Négociations*, cinq vol. in-12. Il passe aussi pour l'un des auteurs du *Catholicon*.
VI. FÈVRE, (Nicolas le) né à Paris en 1544, se creva un œil en taillant une plume. Cet accident n'interrompit point ses études. Il commença celle du droit à Toulouse. *Le Fèvre* avoit dès-lors le goût de l'antiquité; il entreprit le voyage de Rome pour se perfectionner. De retour en France, il se livra aux douceurs de l'étude, tandis que la plupart des gens de lettres de Paris, furieux comme le vulgaire, s'abandonnoient à tous les emportemens du fanatisme. *Henri IV*, étant enfin paisible possesseur de sa couronne, choisit *le Fèvre* pour précepteur du prince de *Condé*; et après la mort de ce grand roi, la reine lui confia l'éducation de *Louis XIII*. Il mourut seize mois après, le 3 novembre 1612, à 69 ans. Quoi-que *le Fèvre* eût travaillé toute sa vie, il n'ambitionnoit point le titre d'auteur, ou peut-être il craignoit les écueils de cette profession. Ses *Opuscules* furent publiés à Paris en 1614, in-4$^{o}$, par le *Bègue*. On y apperçoit un critique exact, sans être trop hardi; judicieux dans ses conjectures, et juste dans ses raisonnemens. Son style est pur, net et concis. Si ses talons le firent estimer, son caractère ne le fit pas pas moins aimer ; il étoit humain, doux, communicatif. Il vécut dans la retraite, avec la politesse d'un courtisan ; et à la cour, avec la simplicité d'un solitaire. *Voyez* II. LENGLET, n° XVII de ses ouvrages.
VII. FÈVRE, (Tannegui le) né à Caen en 1615, se fit de bonne heure un nom par ses succès dans l'étude du Grec et du Latin. Le cardinal de *Richelieu* le gratifia d'une pension de 2000 liv., pour avoir l'inspection sur les ouvrages imprimés au Louvre. Cet illustre rémunérateur des gens de lettres se proposoit de le faire principal d'un collège, qu'il devoit ériger sous le nom de *Richelieu*. Sa mort ravit ce nouveau bienfait aux savans, et a le *Fèvre* un protecteur. *Tannegui* se voyant sans ressources, se fit Protestant, et eut une classe d'humanités à Saumur, qui assura sa vie dans ce monde, mais non pas son salut dans l'autre. Plus philosophe que huguenot, dit l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, il méprisa ceux de sa secte, et vécut parmi eux. Son mérite fut bientôt connu. Il avoit non-seulement l'art d'ôter les épines des études, mais encore le talent d'y répandre des agrémens. On lui envoya des jeunes gens de toutes les provinces du royaume et des pays étrangers. Les théologiens, les professeurs même se faisoient un plaisir et un honneur d'assister à ses leçons. En 1672, il se préparoit à quitter Saumur pour passer à Heidelberg, lorsqu'une fièvre continue l'emporta le 12 septembre, à 57 ans. *Le Fèvre* étoit homme de plaisir, et il ne pargooit rien pour satisfaire ses goûts. Il se parfumoit comme un petit-maître. Il lui manquoit, à la vérité, cet air aisé du grand monde ; mais il réparoit ce défaut par la délicatesse de son esprit. Les fruits de sa plume sont : I. Des *Notes* sur *Anacreon*, *Lucrèce*, *Virgile*, *Horace*, *Térence*, *Phèdre*, *Longin*, *Aristophane*, *Elien*, *Apollodore*, *Eutrope*, *Aurelius Victor*, *Justin*, *Denys* d'Alexandrie, etc. *Le Fèvre* commente ces auteurs, non en pesant érudit, mais en homme habile qui connoissoit la délicatesse des langues, et qui en possédoit l'esprit. II. Deux volumes de *Lettres*, 1659 et 1665, in-4° III. Les *Vies des Poètes Grecs*, en françois, in-12, dont la meilleure édition est celle qu'en a donnée *Bolland*, à laquelle il a ajouté ses remarques. IV. Des *Poésies Grecques et Latines*, dignes des meilleurs siècles. Son *Poème* d'*Adonis*, et ses *Fables* de *Lachman*, peuvent être comparés à ce que l'antiquité nous a laissé de plus excellent. Le latin de *le Fèvre* est pur, poli, délicat, mais pas tout-à-fait exempt de gallicismes : tant il est difficile d'écrire purement une langue morte ! V. Des morceaux de *Platon* et de *Plutarque*, qu'il a traduits et accompagnés de notes. Son françois n'a pas les graces de son latin : on voit un homme de collège, qui fait des efforts pour prendre le ton d'un homme du monde. Il veut mêler le sérieux de *Balzac* avec l'enjouement de *Voiture*, et les gâte tous les deux. Son savoir n'étoit pas ce qui le rendoit le plus estimable ; c'étoit sa probité, sa simplicité, et son attachement inviolable à ses amis. Dans le temps que *Pelton* étoit prisonnier d'état, il eut le courage de lui dédler son *Lucrèce*. Il lui devoit cet hommage de sa reconnoissance. *Pelisson* lui avoit fait passer pendant long-temps une pension de cent écus par les mains de *Ménage*, sans vouloir être connu; mais lorsqu'il fut à la Bastille, la pension ayant cessée, *Ménage* apprit à *le Fèvre* le nom de son bienfaiteur. Outre madame *Dacier*, sa fille, il eut un fils, d'abord ministre en Hollande et en Angleterre. Il est connu par un petit Traité paradoxal, sous ce titre : *De futilitate Poetices*, 1697, in-12. Revenu en France cette même année, il embrassa la religion catholique à Paris.
VIII. FÈVRE, (Nicolas le) célèbre chimiste du dernier siècle, démonstrateur de chimie au jardin royal des plantes de Paris, fut appelé en Angleterre, pour diriger un laboratoire de chimie, que *Charles II* avoit formé à Saint-James, l'une de ses maisons royales. Ce prince l'accueillit avec distinction. On a de lui, une *Chimie théorique et pratique*, en 2 vol. in-8°, dont la 3$^{e}$ édition parut en 1664. Elle a été réimprimée en 1751, à Paris, chez *Noël Leloup*, en 5 vol. in-12, qui renferment beaucoup d'additions. On croit que l'auteur mourut peu de temps après la publication de son livre. Il est un des premiers où l'on ait établi des principes et rassemblé les découvertes faites sur la chimie. La précision avec laquelle il décrivit tous les procédés de cette science, et l'exactitude qu'il met dans le compte qu'il rend des expériences, le font encore rechercher. Il étoit grand admirateur de *Paracelse*, et il croyoit avoir trouvé, comme lui, un secret pour rendre la jeunesse et la vigueur aux animaux décrépits. Il avoit, dit-on, donné ce secret au célèbre *Boyle*, avec lequel il étoit fort lié; mais ce savant ne le reçut, sans doute, que comme tant d'autres remèdes, débités par le charlatanisme ou par l'enthousiasme.
IX. FÈVRE, (Claude le) peintre, né à Fontainebleau en 1633, mort à Londres en 1675, à 42 ans, fit les premières études de son art dans les galeries et les salles de Fontainebleau. Il se mit ensuite sous la discipline de *le Sueur* et de *le Brun*. Ce dernier, ayant vu quelques *Portraits* de sa main, lui conseilla de s'appliquer à ce genre de peinture. *Le Fèvre* acquit, en effet, un talent supérieur pour saisir la ressemblance, et le caractère, en quelque sorte, de la personne qu'il représenta. Sa touche est vraie et spirituelle, son coloris frais et piquant. Le roi et la reine voulurent être peints par cet excellent artiste, qui depuis fut très-employé à la cour. *Le Fèvre* passa en Angleterre, et fit dans ce royaume plusieurs tableaux, qui lui acquirent beaucoup de réputation et de richesses. Il a traité, avec succès, quelques sujets d'histoire. On a gravé d'après ce maître. Il a lui-même gravé plusieurs *Portraits* à l'eau-forte. *François* de *Troye* a été son élève. X. FÈVRE, (Rolland le) autre peintre, natif d'Anjou, mort en Angleterre en 1677, excella à faire des *charges*.
XI. FÈVRE, (Jacques le) docteur de Sorbonne, grand vicaire de Bourges, né à Coutances au milieu du 17$^{e}$ siècle, s'est fait un nom par d'excellens ouvrages qu'il a publiés pour la défense de l'Église. Les principaux sont : I. Entretiens d'Eudoxe et d'Euchariste sur l'Arianisme et sur l'Histoire des Iconoclastes du P. Maimbourg, jésuite, 1674, in-12 : cet ouvrage, solidement écrit, fit du bruit dans son temps. II. Motifs invincibles pour convaincre ceux de la Religion Prétendue-Réformée; Paris, 1682, in-12. III. Nouvelle Conférence avec un Ministre, touchant les causes de la séparation des Protestans, 1605, in-12 : ce livre eut un grand succès. IV. Instructions pour confirmer les nouveaux Convertis dans la foi de l'Église. V. L'Anti-Journal des assemblées de Sorbonne : c'est un ouvrage plein d'esprit et d'une fine critique, etc. Ce savant ecclésiastique mourut à Paris, l'an 1716.
XII. FÈVRE, (Jacques le) Jésuite, né à Glajon, village du Hainaut, mort à Valenciennes le 29 avril 1755, fut président du séminaire archiépiscopal de Cambrai, établi à Benvrage, près de Valenciennes. Il forma ses élèves au savoir et à la piété. Ce Jésuite est connu des théologiens par deux ouvrages, où il combat les incrédules avec succès. Le 1er est son Traité de la véritable Religion, contre les Athées et les Déistes, etc., Paris, 1744 in-12 : et le 2e est intitulé : BAYLE en petit, ou Anatomie des Ouvrages de ce Philosophe; Paris 1747, in-12. C'est une des meilleures réfutations de ce fameux sceptique, et elle peut être lue avec fruit.
XIII. FÈVRE, (André le) avocat, né à Troyes en 1717, étoit parent de le Fèvre, neveu du célèbre Houdard de la Mothe. Son oncle ayant perdu la vue, appela ce dernier auprès de lui, et il fut son lecteur et son secrétaire. Il s'acquitta de ces deux emplois avec une assiduité et un zèle, qui lui méritèrent les éloges de toutes les ames honnêtes. Les liaisons de parenté et d'amitié qu'André le Fèvre avoit avec cet homme estimable, lui procurèrent, à Paris, des amis et des protecteurs. Il fit des vers; mais ce talent qui n'étoit en lui que médiocre, ne menant point à la fortune, il se chargea de plusieurs éducations. Il avoit tout ce qu'il falloit pour faire de bons élèves. « Sérieux, froid, compassé dès l'enfance, dit Grosley, il étoit pétri de tous les principes de droiture, de probité, d'intégrité, de vertu, que l'on admire chez les anciens philosophes : principes héréditaires, et fortifiés par la lecture et la méditation. En un mot, il étoit tel qu'il s'est peint lui-même, à son insu, dans l'article Gouverneur qu'il a fourni à l'Encyclopédie. » Il mourut à Paris le 25 février 1768, à 51 ans, après avoir passé ses dernières années dans des infirmités continuelles. Nous avons de lui les Mémoires de l'Académie des Sciences de Troyes, 1744, in-8°; réimprimés en 1756 et en 1763, en deux parties, in-12. Cet ouvrage, auquel le savant et ingénieux Grosley a eu part, est dans le goût des Mathanassona. Il y a des choses très-agréables, et des recherches curieuses.
XIV. FÈVRE, (Philippe le) né à Rouen en 1705, remplit une charge de président au bureau des finances de sa patrie, et a publié divers opuscules, écrits avec pureté : ce sont des lettres, des songes, des contes. Son histoire abrégée de l'Empereur AUBRE, se lit avec intérêt. L'au- teur est mort à Chambéri dans ces derniers temps. I. FEVRET, (Charles) né à Semur en 1583, fut avocat au parlement de Dijon, dès l'âge de 19 ans, et mourut dans cette ville le 12 août 1661, à 78 ans. On a de lui un *Traité de l'Alus*, composé à la prière de *Louis II*, prince de Condé, et dont la meilleure édition est de Lyon, 1736, en 2 vol. in-fol., avec des notes du célèbre *Gilbert*, et de *Brunet*, avocat. *Fevret* approfondit cette matière; et son ouvrage, nécessaire aux canonistes, est le fruit des plus longues recherches. (*Voy. HAUTESERRE*). On a encore de lui, l'Histoire de la Sédition arrivée à Dijon en 1630, in-8°; et d'autres ouvrages en prose et en vers latins. Il avoit pris pour devise: *Conscientia victui satis amplum theatrum est*.
II. FEVRET DE FOVIETTE, (Charles-Marie) arrière-petit-fils du précédent, né à Dijon en 1710, fut reçu conseiller au parlement de cette ville en 1736. Quatre années employées à la discussion d'un procès-criminel, qui intéressait la sûreté publique de la Bourgogne, lui méritèrent de la cour, en 1751, une pension de 1200 livres; et il en obtint une seconde, de même somme, en 1770. Il s'étoit attaché, pendant une longue suite d'années, à rassembler une nombreuse collection d'ouvrages et de morceaux, tant imprimés que manuscrits, sur l'Histoire de France. Son dessein étoit de donner au public une nouvelle édition de la *Bibliothèque Historique de la France*, du P. Lelong. C'est par les augmentations considérables qu'ont produites ses recherches et ses travaux, que cet ouvrage, qui ne formoit qu'un seul vol. in-fol. en 1719, est devenu un répertoire immense en 4 vol. in-folio, non compris les Tables qui en composent un 5°. Ce magistrat, aussi recommandable par ses qualités sociales, que par ses lumières dans la jurisprudence, son zèle pour sa patrie, et son amour pour les lettres, est mort directeur de l'académie de Dijon le 16 février 1772, à 62 ans. Il avoit été reçu l'année précédente, membre de l'académie des Belles-lettres de Paris. M. de Barbeau des Bruyères, auquel il avoit remis son manuscrit dès 1764, a présidé à l'édition de l'ouvrage, dont l'auteur ne vit que les deux premiers volumes. I. FEYDEAU, (Matthieu) né à Paris en 1616, docteur de Sorbonne, théologal d'Alet, ensuite de Beauvais, mourut en exil à Annonai dans le Vivarais le 24 juillet 1664, à 78 ans. Son attachement au grand *Arnaud* lui avoit occasionné beaucoup de tribulations. On a de lui: I. Des *Meditations sur la Providence et la miséricorde de Dieu*, sous le nom du *S$^{r}$ de PRESSION*, in-12. II. Le *Catéchisme de la Grave*, 1659, in-12, qui fut imité par *Samuel Desmarets*; et d'autres ouvrages.
II. FEYDEAU DE BROU, (Henri) évêque d'Amiens, de la même famille que le précédent, mort le 14 juin 1709, âgé de 53 ans, se signala par sa charité, par son zèle et ses lumières. On a de lui: I. Une *Lettre* latine à *Innocent XII*, contre le *Nodus prædestinationis* du cardinal *Sfondrate*. II. Une *Ordonnance pour la juridiction des Evêques et des Curés*, contre le *P. des Imbrieux*, jésuite. III. Une *Lettre* au sujet de la Lettre à un Curieux sur d'anciens Tombeaux découverts en 1597. — III. FEYDEAU DE BROU, (Charles-Henri) né à Paris le 25 août 1754, d'un intendant de Rouen, se dévoua comme ses an- cêtres, à la magistrature. Maître des requêtes en 1775, envoyé in- tendant dans le Berri à 22 ans; devenu intendant de Bourgogne en 1780, il s'y montra aussi in- tègre qu'éclaire, et mérita les re- grets de cette province lorsqu'il fut appelé à l'intendance de Caen. Il ne resta pas long-temps dans cette ville. Étant entré au cou- seil d'état, au commencement de 1787, il y fut chargé de la partie des économats. Retiré dans une profonde retraite pendant la ré- volution, au milieu des livres et d'une famille dont il étoit aimé, heureux du bonheur des autres, sensible à l'amitié et à tous les sentimens tendres, plein de can- deur et de probité, il a terminé sa carrière le 19 frimaire de l'an XI, à l'âge de 48 ans. Ce magistrat cultivoit avec succès les sciences exactes; il a dû laisser plusieurs manuscrits, et on a cité de lui une Traduction des œuvres d'Euler avec des notes et des observations, dont la publication pourroit être intéressante et utile.
FIACRE, (Saint) étant venu d'Irlande en France, St. Faron, évêque de Meaux, lui donna un lieu solitaire où il bâtit un ho- pital, dans lequel il recevait les passans et les étrangers. Il mou- rut vers l'an 670.
FIANCÉ, (Antoine) né à Fleuret près de Besançon, ayant perdu de bonne heure son père, fut envoyé à Paris par un oncle pour y étudier les belles-lettres, et ensuite à Montpellier y ap- prendre la médecine. Il vint exer- cer cet art à Carpentras, à Arles et enfin à Avignon. Cette der- nière ville, aጂée de la peste, eut recours aux lumières de Fiancé qui, atteint lui-même de la con- tagion, mourut victime de son zèle, le 23 mars 1581, âgé de 29 ans. Il est auteur d'une satire contre les médecins de Carpentras, intitulé la Platopodologie. La Monnoye a pris cet ouvrage pour un traité de médecine sur les pieds larges et plats. Chavigny de Beaume, fit imprimer en 1582, à Paris, un petit livre intitulé: Larmes et Soupirs sur le trépas d'Antoine Fiancé. On y trouve cette épitaphe en son honneur: Anferor ante diem : quòd si mihi lon- gior atas, Æquastem Coùm, Pergamæumque senem.
FICHARD, (Jean) juriscon- sulte de Francfort sur le Mein, sa patrie, syndic de cette ville, y mourut en 1581, à 70 ans. Il savait les langues et l'histoire du droit. On a de lui: I. Onomasti- con philosophico-medico-synony- mum, 1574, in-8.º II. Conci- lium matrimoniale, 1580, in-fol. III. De cautelis, 1577, in-fol. IV. Vitae Virorum qui eruditionæ claruerunt, in-4.º V. Vitae Juris- consultorum, 1565, in-4º, etc.
FICHET, Voyez FISCHET et GAGUIN.
FICIN, (Marfile) chanoine de Florence sa patrie, savant dans les langues Grecque et Latine, naquit en 1433. Il professa la phi- losophie dans l'université de Flo- rence. Il eut une foule de disciples; car, quoiqu'il adoptât les rêveries de l'astrologie judiciaire, manie qui lui étoit commune avec les philosophes de son temps, il avoit d'ailleurs du mérite. Il dut à la libéralité des *Médicis*, des retraites agréables auprès de Florence. Il y passait le plus long-temps qu'il pouvoit, avec des amis choisis, qui philosophoient et qui partageoient avec lui les charmes de la raison et de la solitude. *Ficia* avoit besoin de l'air de la campagne. Son tempérament étoit mélancolique, sa santé délicate, et il ne la conservoit que par des attentions presque superstitieuses : il changeoit jusqu'à six ou sept fois de calotte par heure. La nature étoit trop foible chez lui, pour qu'elle ne succombât point, malgré toutes les attentions de l'art. Il mourut en 1499, à 66 ans. Ses *Ouvrages* ont été recueillis à Basle en 1591, en 2 vol. in-fol. On y voit des *Traductions* assez peu fidelles d'auteurs Grecs, de *Platon*, de *Plotin*, dont il vouloit faire des Chrétiens : des *Écrits* de physique, de métaphysique, de morale ; des *Lettres* en 12 livres, imprimées séparément ; Venise, 1495, in-fol. rares : ainsi que son édition de la *Philosophie Platonicienne*, imprimée à Florence, in-fol. 1482.
FIDDES, (Richard) écrivain poli et savant théologien Anglois, né à Hunnunby, dans le comté d'York en 1671, fut curé de Halsham, et mourut à Putney en 1725. Il est auteur d'un *Corps de Théologie*, 1718, 1720, 2 vol. in-fol. ; de la *Vie du Cardinal Wolsey*, in-fol. ; d'une *Épître sur l'Iliade d'Homère*, adressée au docteur *Swift* ; d'un *Traité de Morale*, in-8° ; et d'autres ouvrages.
FIDÈLE-CASSANDRE, *Voyez* CASSANDRE, n° V.
FIDERI, empereur du Japon, étoit fils et successeur de *Taiko*, en 1598. *Ongoschio*, son tuteur, lui enleva sa couronne, après l'avoir obligé d'épouser sa fille. *Fideri* leva une puissante armée contre l'usurpateur ; mais celui-ci, plus heureux, le réduisit à s'enfermer avec sa femme et les seigneurs de son parti, dans un palais, où il fit mettre le feu.
FIDIUS, *Voyez* DIUS FIDIUS.
FIELDING, (Henri) fils d'un lieutenant-général, vit le jour dans le comté de Sommerset, le 22 avril 1707. Il fut d'abord élevé dans la maison paternelle par un précepteur, dont il a peint si vivement et si agréablement le caractère sous le nom supposé du ministre *Trullier*, dans son roman de *Joseph Andrews*. On l'envoya ensuite au collège d'Éton, où il vécut dans la plus grande intimité avec d'illustres condisciples, tels que mylord *Littleton*, *Mrs Fox* et *Pitt*. Né avec une imagination vive et même libertine, il s'abandonna, à l'âge de vingt ans, tellement à la débauche, qu'il altéra sa santé et sa médiocre fortune. Il partagea son temps entre *Bacchus* et *Apollon*, *Vénus* et *Minerve*. Ses dissipations n'altérèrent jamais son goût pour l'étude et sa passion pour la littérature. A 30 ans, il épousa Miss *Craddock*, beauté célèbre du comté de Salisbury. Sa dot fut bientôt consumée dans les plaisirs. *Fielding* voulut suivre le barreau, mais la goutte qui l'assaillit tout-à-coup, l'obligea d'abandonner cette carrière, à laquelle il étoit d'ailleurs peu propre. La composition de dix-huit *Comédies* ou farces, et de plusieurs *Romans*, et la place de Juge de paix dans le comté de Middlesex, furent ses ressources contre l'indigence. Une maladie de lan- gueur, qui l'affligeoit depuis quelque temps, l'engagea d'aller, en 1753, en Portugal, pour y rétablir sa santé; mais ne s'y trouvant pas mieux, il vint mourir à Londres en 1754, dans la 48e année de son âge. Il s'étoit remarié, et il eut de sa seconde femme quatre enfans, très-bien élevés, graces aux bienfaits d'un ami généreux du père. Fielding étoit d'un tempérament robuste. Sa taille excédoit six pieds. Ses passions, ses désirs, sa sensibilité étoient extrêmes. Constant et ardent en amitié, il étoit véhément dans la haine; mais il sut en modérer les emportemens dans la société et dans ses écrits, avec tout le ménagement qu'exige la décence. Gai, franc, sociable, généreux, il prodiguoit son bien à ses amis, et donnoit la préférence à ceux que la fortune avoit maltraités. Les maux de sa famille étoient les siens, et il fut également bon époux et bon père. Il auroit encore mieux mérité ces titres, s'il n'avoit pas été trop souvent aussi imprudent que prodigue. Quand sa fortune fut devenue meilleure sur la fin de ses jours, au lieu de se livrer à une sage économie, il employa son revenu à entretenir une table aussi délicate qu'abondante. Dans un pays et dans un siècle irréligieux, les intérêts de la religion furent toujours sacrés pour lui. Il aima trop les plaisirs, mais il ne fut jamais vicieux par caractère. Son discernement fin et prompt lui faisoit démêler, à travers les replis les plus cachés du cœur humain, l'amour propre, la fausseté, la vanité, l'avarice, l'amitié intéressée, l'ingratitude et l'inertie de l'âme; il les combattoit avec les traits de la plaisanterie la plus amère et quelquefois la plus heureuse. La plupart de ses romans sont traduits en françois: Tom-Jones, en 4 vol., traduit par M. de la Place; Amélie, en 3 vol. par Mad. Riccoboni; les Aventures d'Andrews, par l'abbé des Fontaines, 2 vol.; Roderic Randon, 3 vol. in-12; Mémoires du Chevalier de Kilpar, 2 vol. in-12. Les Comédies de Fielding ne sont pas du premier mérite; elles offrent pourtant des scènes agréables, et quelques ridicules nouveaux, peints avec vérité, avec énergie et d'une manière originale. Quant à ses romans, on y trouve de belles situations, des sentimens touchans, d'excellens caractères, dont quelques-uns sont neufs: mais l'auteur prodigue trop les réflexions, les digressions, les portraits bas et les menus détails. On a corrigé une partie de ces défauts dans les traductions françoises, du moins dans celle d'Amélie. Tom-Jones a été réduit de six volumes à quatre. Ce roman, suivant M. de la Harpe, est le livre le mieux fait de l'Angleterre. « L'idée première sur laquelle tout l'ouvrage est bâti, est en morale un trait de génie. Des deux principaux acteurs qui occupent la scène, l'un paroît toujours avoir tort, l'autre toujours raison; et il se trouve à la fin que le premier est un honnête homme, et l'autre un fripon. Mais l'un, plein de la candeur et de l'étourderie de la jeunesse, commet toutes les fautes qui peuvent prévenir contre lui. L'autre, toujours maître de lui-même, se sert de ses vices avec tant d'adresse, qu'il sait en même temps noircir l'innocence et en imposer à la vertu. L'un n'a que des défauts, il les montre et donne des avantages sur lui; l'autre a des vices, il les cache et ne fait le 104 F I E mal qu'avec sureté. Ce contraste est l'histoire de la société. Tous les personnages sont des originaux supérieurement tracés, que vous retrouverez tous les jours dans le monde, et que l'auteur peint, non par l'abondance des paroles, mais par la vérité des actions. » Le fil de l'intrigue principale passe à travers les événements épisodiques, sans que jamais on le perde de vue; et le dénouement est aussi bien suspendu que bien amené. *Fielding* donna pendant quelques mois, une espèce de *Journal de morale*, qui avoit les imperfections de ses romans, et n'en avoit pas les beautés. C'étoit un tas d'observations faites à la hâte, et pour ainsi dire dans les rues, cousues à des lieux communs, satiriques et moraux. Le recueil de ses Ouvrages a été imprimé à Londres, 1762, en 8 vol. in-8.
FIENNES, (Robert de) vieux guerrier, qui fut honoré de l'épée de connétable en 1356; mais le roi *Charles V*, voulant gratifier du *Guesclin* de cette charge, de *Fiennes* donna sa démission en 1370. Sa famille a subsisté jusques vers l'an 1750, dans une branche collatérale. Le connétable n'eut point d'enfants.
FIÉNUS, (Thomas) d'Anvers, né en 1566, fut médecin du duc de Bavière, puis professeur en médecine à Louvain, où il mourut en 1631, à 64 ans. On a de lui: I. *De viribus imaginationis*, in-8. II. *De formatione et de animatione fortis*, in-8. III. *Apologia pro libro praeced.*, in-8. IV. *De cauteriis*, in-8. V. *Lièri Chirurgici*, 1649, in-4; et d'autres livres, bien reçus dans leur temps. — Son père, Jean FIE-
NUS, médecin à Anvers, mort à Dordrecht en 1585, donna un traité *De flatibus humanum corpus molestantibus*, 1582, in-8; curieux.
FIESQUE, (Jean-Louis de) comte de *Lavagne*, d'une des plus grandes familles de Gênes, naquit avec des qualités qui auroient pu lui procurer une vie heureuse. La grace et la noblesse brilloient dans sa personne. Magnifique jusqu'à la profusion, sa générosité prévenoit le désir de ses amis et surpassoit l'attente des étrangers. A une adresse insinuante, il joignoit des manières aimables et une affabilité sans affectation. Mais, sous les dehors de la douceur, il cachoit une ambition inquiète et insatiable, et un esprit ennemi de toute subordination. La haute fortune d'*André Doria* excitoit sa jalousie; il se ligua d'abord avec les François qui vouloient recouvrer Gênes. Un des conjurés lui ayant fait comprendre que c'étoit l'entreprise d'une ame l'iche, d'aimer mieux assurer sa patrie à des étrangers, que de la conquérir pour lui-même, il travailla à s'en rendre maître. *Fiesque* dit à sa femme *Eléonore Cibo*: *Madame, ou vous ne me reverrez jamais, ou vous verrez dans Gênes tout au-dessous de vous*. A l'entrée de la nuit du 1er janvier 1547, les conjurés commencèrent à exécuter leur projet. Ils s'étoient déjà rendus maîtres de la Darsène, lieu où sont les galères, lorsque la planche, sur laquelle le comte passoit pour entrer dans une galère, s'étant renversée, il tomba dans la mer et se noya, à l'âge de vingt-deux ans. La mort du chef ralentit l'ardeur des conjurés, et la république fut sau- F I L 105 vée. On punit le crime de *Fiesque* sur sa famille; elle fut bannie de Gênes jusqu'à la cinquième génération, et son palais fut rasé. Le cardinal de *Hetz* a donné l'*Histoire* de cette conjuration, in-8°, 1665. Cet ouvrage n'est qu'une espèce d'abrégé de l'*Histoire* de la même conspiration publiée en italien par *Mascardi*, et traduite en françois par *Fontenay-Sainte-Geneviève*, 1639, in-8°. — *Voyez*. I. DORIA, à la fin.
**FIEUBET**, (Gaspard de) seigneur de Ligny, conseiller au parlement de Toulouse sa patrie, ensuite chancelier de la reine *Marie-Thérèse d'Autriche*, et conseiller d'état, mourut aux Camaldules de Gorbais en 1694, à 67 ans, sans laisser d'enfants. Il a laissé quelques petites *Pièces* de poésie, répandues dans divers recueils. On les lit avec plaisir, pour la délicatesse, la légèreté et le naturel qui y régnait. L'Épitaphe de *Saint-Pavin* est de ce nombre. *Voy*, à l'article SAINT-PAVIN. Sa Fable, sur-tout, intitulée *Ulysse et les Syrènes*, est très-estimée.
**FIEUX**, (Jacques de) docteur de la maison de Navarre, se fit connoître par son talent pour la prédication, qui lui mérita l'évêché de Toul en 1676. Il y publia, l'année suivante, des *Statuts Synodaux*, qui, depuis, ont servi de règle à ce diocèse. Il fit de fréquentes visites pastorales, et toujours avec grand fruit. Son zèle, sa douceur, son éloquence, lui gagnèrent tous les cœurs. Ce digne pasteur fut reçu par-tout comme il méritait, avec des témoignages unanimes d'estime et de confiance, sur-tout dans la Vosge, où l'on n'avait point vu d'évêque de mémoire d'homme. Il avait une sagacité singulière pour la décision des cas de conscience; et il publia, en 1679, un *Écrit* sur l'usure, qui fut très-utile dans son diocèse, où ce vice avait jeté de profondes racines. Il mourut à Paris dans les sentimens de la plus tendre piété.
**FIGULUS**, *Voyez* NIGIDES.
**FILANGIERI**, (Gaetano) — publiciste renommé, naquit à Naples en 1752, et abandonna de bonne heure la profession des armes pour se livrer à l'étude de la philosophie et de la législation. En 1787, il fut appelé au conseil suprême des finances; mais il ne jouit pas long-temps de cet honneur, étant mort le 25 juillet 1788, à l'âge de 36 ans. Il avait déjà publié : I. De l'*Éducation publique et privée*. Il en étendit ensuite les idées dans son grand *Traité* sur la législation. II. *Morale des Princes*, fondée sur la nature et l'ordre social. III. *Science de la législation*. Ce traité savant et judicieux est divisé en sept livres. Dans le premier, l'auteur expose les règles générales sur la science législative; dans le second, il développe les principes des lois civiles et économiques; dans le troisième, ceux des lois criminelles. Le quatrième a pour objet l'éducation; le cinquième, le culte et la religion; le sixième, les lois sur la propriété; le septième, celles qui concernent la puissance paternelle, véritable source du bon ordre des familles, de la morale publique et de la tranquillité des empires. Cet ouvrage parut en Italie en 1780; et cinq éditions en avoient été faites lorsqu'il fut traduit en fran- 106 FIL gois par M. Gallois ; Paris, 1786, 7 vol. in-8.º Cette traduction noble et élégante a obtenu un grand succès.
FILARETE, (Antoine) architecte et sculpteur Florentin au 15e siècle, fit par ordre d'Eugène IV, la porte de bronze de Saint-Pierre de Rome. Il donna aussi le plan de la cathédrale de Bergame, et du bel hôpital de Milan.
FILASTRE, (Guillaume) évêque de Tournai dans le 16e siècle, dont nous avons une espèce de Chronique, que les curieux de tout ce qui concerne l'Histoire de France, recherchent encore, quoique surannée. Elle fut imprimée l'an 1517, en 2 vol. in-folio. On a encore de lui, La Toison d'Or ; Paris 1530, 2 vol. in-folio.
FILEPIQUE, Voyez PHILIPPIQUE.
FILÈRE, (Joseph) de Lyon, quitta la profession d'avocat pour entrer chez les Jésuites. Il publia, en 1636, un ouvrage intitulé : Miroir pour voir Dieu dans toutes les créatures.
FILESAC, (Jean) docteur de Sorbonne et curé de St-Jean-en-Grève, mourut à Paris sa patrie, doyen de la faculté de théologie, le 27 mai 1638, à 52 ans. Il a composé plusieurs ouvrages sur des matières ecclésiastiques et profanes, remplis d'une érudition assommante. Ce n'est qu'un amas de passages, qu'il joint les uns aux autres par quelques réflexions, sans beaucoup d'ordre ni de méthode. Il passe du sacré au profane, fait de longues digressions écrites très-durement, et lasse son lecteur en l'instruisant. Ses principaux ouvrages sont : I. Un Traité de l'autorité des Evêques ; Paris 1606, in-8.º II. Un autre du Carême. III. De l'origine des Paroisses. IV. Des Traités de la Confession auriculaire, de l'Idolâtrie, et de l'Origine des anciens Statuts de la Faculté Paris. Ils sont réunis sous le titre d'Opera plerique ; Paris 1621, in-8°, et sont recherchés.
FILICAIA, (Vincent de) poète Italien, sénateur de Florence sa patrie, né en 1642, et mort le 27 septembre 1707, à 65 ans, fut membre de l'académie de la Cruzea et de celle des Arcades. Ses Poésies, publiées en 1707, in-folio, par son fils, réimprimées à Venise 1747, trois volumes in-12, sont délicates, et respirent le ton d'un homme qui vit dans le grand monde. Il n'étoit pas riche : Christine, reine de Suède, sachant qu'il avoit de la peine à faire subsister sa famille, lui fit du bien ; et sa générosité fut d'autant plus louable, qu'elle voulut qu'on l'ignorât entièrement. Voy. l'éloge de ce poète dans les Vies des Arcadi de Crescimbeni.
FILLASSIER, (Martin) prêtre Parisien, mort le 13 juillet 1733, à 56 ans, fut curé de campagne, et ensuite chapelain des Dames de Miramion. Il est auteur d'un ouvrage plein d'onction, intitulé : Sentimens chrétiens propres aux personnes infirmes, in-12. I. FILLEAU DE LA CHAISE, Voyez I. CHAISE (Jean de la).
II. FILLEAU, (Jean) professeur en droit et avocat du roi à Poitiers, mort dans un âge avancé, en 1682, est principa- lement connu par la *Relation juridique de ce qui s'est passé à Poitiers touchant la nouvelle doctrine des Jansénistes*, in - 8.º C'est une Relation connue sous le nom de la *Faible de Bourgfontaine*. *Filleau* raconte sérieusement que six personnes, qu'il n'ose désigner que par les lettres initiales de leurs noms, s'étoient assemblées, en 1621, pour délibérer sur les moyens de renverger la religion, et d'élever le Déisme sur ses ruines. Les Jésuites n'ont pas laissé de faire imprimer, en 1756. *La Réalité du projet de Bourgfontaine*, deux volumes in-12. Leurs adversaires leur répondirent par *La Vérité et l'Invocence victorieuses de la Calomnie*, ou *Huit Lettres sur le projet de Bourgfontaine*, 1758, en 2 vol. in-12. *La Réalité* avoit été condamnée au feu par arrêt du parlement de Paris du 21 avril 1758, comme contenant des impostures réfutées depuis longtemps. On a encore de *Filleau*: I. *Les Arrêts notables du Parlement de Paris*, 1631, 2 volumes in-folio. II. *Les Preuves historiques de la Vie de Ste. Radegonde*. III. *Traité de l'Université de Poitiers*.
FILLEUL, (Nicolas) né à Rouen au milieu du 16e siècle, est auteur de deux tragédies, *Achille* et *Lucrèce*, et d'une pastorale en cinq actes, intitulée *Les Ombres*. La première pièce fut jouée au collège d'Harcourt en 1553, et imprimée à Paris chez *Ricard*, l'année suivante.
FINE, (Oronce) né à Briançon en Dauphiné l'an 1494, d'un médecin, fut choisi par *François I* pour professer les mathématiques au collège royal. S'étant opposé, avec quelques autres de ses confrères de l'université, au *Concordat*, il fut mis en prison en 1518, et y étoit encore en 1524; mais il obtint enfin son élargissement. Il avoit beaucoup de genre pour la mécanique: il fit une horloge d'une singulière invention. On a de lui plusieurs *Ouvrages de Géométrie*, d'*Optique*, de *Géographie* et d'*Astrologie*, réunis en 3 volumes in-folio. 1533, — 42 et — 56. *Voy V. CHAUGE*. Il étoit fort attaché à l'astrologie, et plus qu'un géomètre n'auroit dû l'être; mais, on l'a déjà dit, la géométrie laisse l'esprit comme elle le trouve. *Finé* mourut très-pauvre, le 6 octobre 1555, à 61 ans, de douleur de n'avoir pas obtenu les récompenses que la cour lui avoit promises. Il laissa sa femme chargée de 6 enfans. Le souvenir du mérite du père fit pour eux, ce que son mérite même n'avoit pu faire: ils trouvèrent divers *Mécènes* qui leur procurèrent des places. Les beaux esprits chargèrent le tombeau de *Finé* de vers et d'épithes. Il avoit pris pour devise: *VIRESCIT VULNERE FIBRES*; apparemment pour faire allusion à sa prison et aux persécutions de ses envieux. *Voyez* BRIANVILLE.
FINIGUERRA, *Voyez* MASO.
FINUS, (Adrien) né à Ferrare, employa quatorze ans à composer un ouvrage contre les Juifs, qu'il intitula, *Flagellum*, et qui parut in-4.º Il est mort à la fin du 17e siècle. — Son fils, *Daniel FINUS*, est aussi auteur de quelques Opuscules italiens.
FIORAVENTI, (Ridolpho) *Voy*. ALBERTI, n.º V.
FIORI, (Mario di) peintre, *Voy*. MARIO-NUZZI. 108 FIO
FIOURELLI, (Tiberio) acteur de l'ancienne troupe Italienne, connu sous le nom du *Vieux Scaramouche*, mourut le 8 décembre 1694, à 88 ans. Il n'avoit quitté le théâtre que cinq ans avant sa mort; et il avoit encore tant d'agilité, qu'il donnoit un soufflet avec le pied. *Louis XIV* s'amusoit beaucoup de ses grimaces: un jour que le dauphin, encore enfant, poussoit des cris qu'on ne pouvoit appaiser, *Scaramouche* le prit entre ses bras, et lui fit des mines si plaisantes, qu'il le fit rire, et l'appaisa. *Angelo Constantin*, l'un de ses camarades, a écrit sa *Vie*. C'est un petit in-12, qui est parmi les livres de la bibliothèque bleue. Il le représente d'un naturel avare, méfiant et emporté, et raconte de lui divers tours d'escroc. Son principal talent étoit d'imiter les gestes et la démarche des personnages, et de faire des grimaces singulières et risibles.
FIRENZUOLA, (Ange) poète Florentin, et religieux de la Congrégation de Vallombreuse, avoit auparavant exercé la fonction d'avocat à Rome, sous le nom de *Nannini*, qui étoit celui de sa famille. Il fut connu et estimé du pape *Clément VII*, qui prenoit plaisir à la lecture de ses ouvrages. Il mourut à Rome peu après 1545. Il a beaucoup écrit en vers et en prose. L'édition de ses *Œuvres* dans ce dernier genre, à Florence, 1548, in-8°, et celle de ses *Poésies*, 1549, in-8°, sont recherchées. Sa traduction de l'*Ane d'Or*, Venise 1567, in-8°, est rare. On trouve quelques *Capitoli* de lui, avec ceux du *Berni*. Il a aussi fait quelques comédies: *I Lucidi*; Fi- renze 1549, in-8°. *La Trinitza*, 1551, in-8°. Son *Discours des Animaux* a été traduit en françois; Lyon 1556, in-16, et par *la Rivey*, 1579, in-16. Son *Discours de la beauté des Dames* l'a été par *J. Palet*, Paris 1578, in-8°.
FIRMICUS MATERNUS, (*Julius*) fit paroître, sous les enfans de *Constantin*, un excellent traité *De la fausseté des Religions profanes*. L'auteur, en montrant la vanité de l'idolâtrie, établit divers points de la religion Chrétienne. On a publié cet ouvrage avec le *Minutius Felix* de Leyde, en 1672, in-8°; et en 1609, avec les notes de *Jean Wouver*. On lui attribue encore sept *Livres d'Astronomie*, imprimés par *Alde Manuce*, en 1499, in-fol.; mais cette dernière production paroît être d'un autre *Julius FIRMICUS*, qui vivoit dans le même temps. Elle est pleine de rêveries.
FIRMILIEN, évêque de Césarée en Cappadoce, ami d'*Origène*, prit parti pour *St. Cyprien*, dans la dispute sur la rebaptisation de ceux qui avoient été baptisés par les hérétiques. Il écrivit sur cette question une *Lettre* à *St. Cyprien*, dans laquelle toutes les raisons qui pouvoient autoriser la pratique des Églises d'Afrique, sont exposées avec force. *Firmilien* présida, en 264, au premier concile d'Antioche, contre *Paul de Samosate*. Il étoit près de se rendre à un second synode, où cet hérétique opiniâtre devoit être anathématisé; mais il mourut en chemin l'an 269. Le *Ménologe* des *Gres* fait mention de lui comme d'un Saint.
FIRMIN, nom de quatre Saints évêques; le premier, évêque d'Amiens, martyrisé au 3e siècle; le second, évêque de la même ville, au 4e siècle; le troisième, évêque d'Uzès; et le quatrième, de Mende.
FIRMIUS, (Marcus) homme puissant de Séleucie en Syrie, se fit proelamer empereur en Égypte, pour venger la reine Zénobie, dont il étoit ami. Aurélien marcha contre lui, le fit prisonnier; et après lui avoir fait souffrir toutes sortes de tour-mens, il le fit mourir en 273. C'étoit un homme d'une taille gigantesque et d'une force surprenante. On l'appeloit le Cyclope. On frappoit, dit-on, sur sa poitrine, comme sur une enclume, sans qu'il en ressentit aucune douleur. Le commerce immense qu'il faisoit avec les Sarrasins et les Indiens, lui avoit acquis une grande considération dans l'Orient.
FIRMIUS, général des Maures en Afrique, frère de Gildon, se révolta contre Valentinien I, l'an 375 de Jésus-Christ. Après avoir commis de grands ravages, il fut contraint de s'étrangler lui-même, pour ne pas tomber vif entre les mains des Romains. Voy. ROGAT et GILDON. I. FISCHER ou FISNER, (Jean) né au diocèse d'Yorck vers 1455, docteur et chancelier de l'université de Cambridge, enfin précepteur de Henri VIII, ne voulut pas reconnoître son élève pour chef de l'Eglise Anglicane, lorsque ce prince se sépara de Rome pour une maîtresse. Certains membres du clergé lui avoient proposé, quelque temps auparavant, de supprimer les petits monastères; ce prélat s'opposa fortement à leur dessein. Il prévit très-bien que ce seroit montrer au roi un moyen pour parvenir à la suppression des abbayes les plus considérables. Il leur conta, à ce sujet, l'apologue de la Coignée, « qui demanda à une forêt une petite branche d'arbre pour se faire un manche; dès qu'elle l'eut obtenue, elle s'en servit pour détruire la forêt même. » Henri le trouvant contraire à toutes ses idées, le fit mettre en prison; et ayant appris que Paul III lui préparoit un chapeau de cardinal, il dit, en se moquant du pape: Qu'il envoie son chapeau de Cardinal quand il voudra; je ferai en sorte que, quand il arrivera, la tête pour laquelle il est destiné, ne subsiste plus. En effet, Henri fit aussitôt faire le procès à ce vénérable vieillard, qui eut la tête-tranchée le 21 juin 1535. Son âge de 80 ans, et les services qu'il avoit rendus à ce monarque, auroient dû lui épargner une mort si cruelle. Fischer avoit un grand sens et un jugement très-solide. Il fut un des meilleurs controversistes de son temps; Voyez CHILLINGWORTH. Toutes ses Œuvres ont été publiées, en un vol. in-folio, à Wirtzbourg, en 1597.
II. FISCHER, Voyez PISCATOR.
III. FISCHER, (Marie) fille-célèbre, l'une des Saintes du Quakérisme, fit une action si surprenante, qu'elle ne sera crue que par ceux qui connoissent de quoi le fanatisme est capable. Ayant conçu le dessein de prêcher les dogmes des Quakers jusques dans la cour du grand Seigneur, elle traverse seule l'Italie, et s'embarque pour Smyrne dans un vaisseau de sa nation. Le consul Anglois de cette ville n'eut rien de plus pressé, que de renvoyer cette folle. On la fit reconduire à Venise. Désespérant de se rendre par mer à l'endroit de sa mission, elle s'y rend par terre. *Mahomet IV*, un des plus barbares empereurs qu'aient eus les Ottomans, auprès de qui elle se fraya un accès, fut tenté de la punir de sa hardiesse: mais ses gestes, son ton et ses expressions lui apprirent bientôt que ce n'étoit qu'une extravagante, qu'il falloit renvoyer dans son pays. Cet ordre fut exécuté. La missionnaire, de retour, fut reçue avec enthousiasme par ceux de sa secte, et mariée à un de leurs principaux prophètes. C'étoit *Guillaume Barlé*, homme savant, et qui vint, dit-on, en France prêcher le fanatisme aux Protestans en Languedoc.
IV. FISCHER, (Jean-Bernard) architecte, mort en 1724, construisit les plus beaux édifices de Vienne, aidé par son fils *Emmanuel*, mort en 1738, après avoir inventé des machines à feu, pour tirer l'eau des mines.
FISCHET, (Guillaume) docteur de Sorbonne, recteur de l'université de Paris en 1467, appela, deux ans après, de concert avec *Jean de la Pierre* son ami, *Martin Crantz*, *Ulric Gering* et *Michel Friburger*, imprimeurs Allemands, lesquels mirent sous presse les premiers livres qui aient été imprimés en France. *Fischet* s'opposa au dessein de *Louis XI*, qui vouloit faire prendre les armes aux écoliers. Il alla à Rome avec le cardinal *Dessarion*, en 1470. Le pape *Sixte IV* le combla d'honneurs, et le fit son camérier. On a de *Fischet* une *Rhétorique* et des *Epitres*, dont le style est au- adessus de son siècle; elles furent imprimées en Sorbonne, in-4°, l'an 1471.
FISEN, (Barthélemi) jésuite de Liège, né en 1591, mort le 26 juin 1649, publia des ouvrages remplis de recherches, mais quelquefois dénués d'une saine critique. I. *Origo prima festi Corporis Christi*; Liège, 1628, in-12. II. *Historia Leodiensis*; Liège, 1696, in-folio. III. *Flores Ecclesiae Leodiensis*, Lille, 1647, in-folio. Ce dernier ouvrage renferme les Vies des Saints du diocèse de Liège.
FITADE, Voyez PHÉRADE.
FITE, (Jean de la) ministre de la religion prétendue-Réformée, natif de Béarn, d'une famille noble, sortit de France pour cause de religion. Après avoir achevé ses études en Hollande, il devint ministre de l'Église Française de Holtzappel, puis de celle de Hanau, où il mourut en 1737. Son ouvrage le plus connu est intitulé: *Eclaircissement sur la matière de la Grace, et sur les devoirs de l'Homme*, 2 vol. in-8°. — Il ne faut pas le confondre avec son aïeul *Jean DE LA FITE*, ministre de l'église de Pau, dont on a des *Sermons* et des *Traités de Controverse*. I. FITA-JAMES, (Jacques de) duc de BERWICK ou BARWICK, étoit fils naturel du duc d'Yorck, depuis roi d'Angleterre, sous le nom de *Jacques II*, et d'*Arabelle Churchill*, sœur du duc de Marlborough. Telle fut l'étoile de cette maison de *Churchill*, dit le président de Montesquieu, qu'il en sortit deux hommes, dont l'un, dans le même temps, fut destiné à ébran- ler, l'autre à soutenir les deux grandes monarchies de l'Europe. Le duc de Berwick naquit en 1671, à Moulins, où sa mère le mit au monde en revenant des eaux de Bourbon. Il porta les armes dès sa plus tendre jeu- nesse. Il se trouva en 1686 au siège de Bude, où il fut blessé, et à la bataille que le duc de Lorraine gagna sur les Turcs, à Mohatz, en 1687. Le jeune Berwick signala sa valeur dans cette journée. Jacques II ayant été chassé de son trône par son gendre, en 1688, Berwick le suivit en France, lieu de son asile. Il repassa ensuite en An- gleterre, pour commander en Irlande, pendant l'absence de mylord Tyrconel, qui en étoit vice-roi. Il se distingua, l'an 1690, au siège de Londonderri, et à la bataille de la Boine, où il eut un cheval tué sous lui. Berwick ne montra pas moins de bravoure dans le cours de cette guerre, et pendant les pre- mières campagnes de la suivante. Louis XIV lui donna, en 1703, le commandement général des troupes qu'il envoya à Philippe V. La cour d'Espagne, dit Montes- quieu, étoit infectée par l'intri- gue. Le gouvernement alloit très- mal, parce que tout le monde vouloit gouverner. Tout dégé- néroit en tracasserie; et l'un des principaux articles de sa mission étoit de les éclaircir. Tous les partis vouloient le gagner; il n'entra dans aucun; et ne regar- dant les intérêts particuliers que comme des intérêts particuliers, il ne pensa qu'à la monarchie. En une seule campagne, il se rendit maître d'une foule de places et de forteresses. Rappelé en France, il se mit à la tête des troupes destinées contre les fapatiques des Cévennes. Après avoir réduit ces rebelles, il alla mettre le siège devant Nice, s'en rendit maître le 14 novembre 1705, et soumit tout le comté. Cette campagne lui mérita le bâton de maréchal de France: dignité à laquelle il fut élevé le 15 février 1706. Le roi l'ayant nommé, la même année, pour commander les troupes en Es- pagne, il arrêta les progrès des ennemis victorieux. Les Portu- gais avoient pénétré jusqu'à Ma- drid. Le maréchal, par sa sagesse, sans livrer une seule bataille, fit vider la Castille aux ennemis, et renvoya leur armée dans le royaume de Valence et d'Aragon. Il les y conduisit de poste en poste, comme un pasteur con- duit des troupeaux. Cette cam- pagne, déjà si glorieuse par la capacité qu'il y montra, en pré- para une seconde non moins re- marquable. Il gagna, le 25 avril 1707, la bataille importante d'Al- manza sur Gallowai, lui tua cinq mille hommes, fit neuf mille prisonniers, prit cent vingt dra- peaux et toute l'artillerie. Cette journée assura le trône à Phi- lippe V. Ce prince récompensa le vainqueur comme le méritoient de si grands services: il le créa duc de Leiria et de Xerica au royaume de Valence, et le fit chevalier de la Toison d'Or: il attacha à son duché une grau- desse de la première classe, que le maréchal céda à son fils du premier lit, qu'il avoit eu de son mariage avec l'héritière de la maison de Veragnas en Por- tugal. Berwick soutint le gloire qu'il s'étoit acquise à Almanza, par la prise de Barcelone le 12 septembre 1714; il étoit alors généralissime des armées d'Es- pagne. Cependant lorsque le régent déclara la guerre à Philippe V, Berwick accepta le commandement de l'armée, et fut blâmé par les gens délicats, d'avoir osé servir contre un roi, son bienfaiteur. La mort du roi de Pologne, Auguste II, ayant rallumé la guerre en 1733, entre l'empire et la France, le maréchal de Berwick, nommé général des troupes de France en Allemagne, alla mettre le siège devant Philisbourg. Un coup de canon termina sa glorieuse carrière le 12 juin, 1734, à 63 ans; c'est en apprenant ce genre de mort; que Villars s'écria: cet homme-là a toujours été heureux. La place ne fut prise que le 12 juillet suivant. La France perdit, dans le même temps, ses deux plus grands généraux, Berwick et Villars; ils avoient tous les deux, dans un degré éminent, le talent de la guerre. C'est aux maîtres de l'art à décider par quel endroit ils se distinguaient l'unet l'autre. « Le talent particulier du maréchal de Berwick, dit Montesquieu, étoit de faire une guerre défensive, de relever des choses désespérées, et de bien connoître toutes les ressources qu'on peut avoir dans les malheurs. Il falloit bien, ajoute le même écrivain, qu'il sentit ses forces à cet égard: Je lui ai souvent entendu dire, que la chose qu'il avoit toute sa vie la plus souhaitée, c'étoit d'avoir une bonne place à défendre. Si de l'homme public nous passons à l'homme privé, nous trouverons encore à louer. Son air froid, un peu sec, et sévère, faisoit que quelquefois il auroit semblé un peu déplacé dans notre nation, si les grandes ames et le mérite personnel avoient un pays. Il ne savoit jamais dire de ces choses qu'on appelle de jolies choses. Il étoit, sur-tout, exempt de ces fautes sans nombre que commettent continuellement ceux qui s'aiment trop eux-mêmes. S'il n'avoit pas trop bonne opinion de lui, il n'avoit pas non plus de méfiance: il se regardoit et se connoissoit avec le même bon sens qu'il voyoit toutes les autres choses. Il aimoit ses amis. Sa manière étoit de rendre des services sans vouloir en rien dire; c'étoit une main invisible qui vous servoit. Il avoit un grand fonds de religion. Jamais homme n'a mieux suivi les lois de l'évangile qui coûtent le plus aux gens du monde. Enfin, jamais homme n'a tant pratiqué la religion et n'en a si peu parlé. Il ne disoit jamais de mal de personne; aussi ne lonoit-il jamais les gens qu'il ne croyoit pas dignes d'être loués. Il faisoit ces disputes qui, sous prétexte de la gloire de Dieu, ne sont que des disputes personnelles. Les malheurs du roi, son père, lui avoient appris qu'on s'expose à faire de grandes fautes, lorsqu'on a trop de crédulité pour les gens même dont le caractère est le plus respectable. Personne n'a donné un plus grand exemple du mépris qu'on doit faire de l'argent. Il avoit une modestie dans ses dépenses qui auroit dû le rendre très à son aise; car il ne dépensoit en aucune chose frivole. Cependant il étoit toujours arriéré, parce que, malgré sa frugalité naturelle, il dépensoit beaucoup dans ses commandemens. Toutes les familles Angloises ou Irlandaises, pauvres, qui avoient relation avec quelqu'un de sa maison, avoient une espèce de droit de s'introduire chez lui; et et il est singulier que cet homme, qui savoit mettre un si grand ordre dans son armée, qui avoit tant de justesse dans ses projets, perdit tout cela quand il s'agissoit de ses intérêts particuliers. Il n'étoit point du nombre de ceux qui, tantôt se plaignent des auteurs d'une disgrace, tantôt cherchent à les flatter. Il alloit à celui dont il avoit sujet de se plaindre, lui disoit les sentimens de son cœur; après quoi il ne disoit rien... Jamais rien n'a mieux représenté l'état où se trouva la France à la mort de Turenne, que la consternation produite par la nouvelle de la mort du maréchal de Berwick. Tous deux ils avoient laissé des desseins interrompus; tous les deux une armée en péril; tous les deux finirent d'une mort qui intéresse plus que les morts communes. Tous les deux avoient ce mérite modeste pour lequel on aime à s'attendrir, et que l'on aime à regretter. Il laissa une femme tendre, qui a passé le reste de sa vie dans les regrets, et des enfans qui, par leur vertu, font mieux que moi l'éloge de leur père. » (*Œuvres posthumes de Montesquieu*, page 228 et suivantes.) On a attribué à l'abbé de Margon, les Mémoires du maréchal de Berwick, en deux vol. in-12. Le ton de vérité et de religion qui y règne, les fit quelque temps présumer de ce dernier. On y a réuni un portrait de Berwick par milord Bolyngbrocke. Le maréchal de Berwick fut marié deux fois, et il laissa des enfans de l'un et de l'autre mariage.
II. FITZ-JAMES, (François duc de) fils du précédent, naquit à Saint-Germain en Laye le 9 janvier 1709, renonça aux dignités de son père, dont il avoit la survivance, pour embrasser l'état ecclésiastique. En 1727 il fut abbé de Saint-Victor, évêque de Soissons en 1739, et mourut le 19 juillet 1764, dans sa cinquante-cinquième année. Sa régularité, son *Instruction pastorale* contre le Père Berruyer, et son *Rituel*, dont les instructions sont imprimées en 2 et 3 vol. in-12, l'ont fait placer au rang des bons évêques de ce siècle. Il joignoit aux vertus épiscopales la bonté, l'affabilité et les qualités du cœur les plus recommandables. C'est ainsi, du moins, qu'en ont jugé ceux qui l'approchoient de près. Les Jésuites n'en ont pas toujours parlé de même: mais ces Pères l'ayant compromis dans une occasion importante, lorsque Louis XV fut malade à Metz, il régna depuis entreux et ce prélat une mésintelligence qui produisit quelquefois de l'animosité. On a publié ses *Œuvres posthumes*, 1769, 2 vol. in-12, avec sa vie à la tête de ce recueil; et un troisième volume sous le titre de *Supplément*, 1770, in-12. — Son Père Charles duc de Fitz-James, maréchal de France, mourut à Paris en mars 1787.
FITZ-MORITZ, (Jacques) — génie turbulent et factieux, voulut en 1579 faire une révolution en Angleterre, pendant les orages qu'excitaient les Catholiques d'Irlande, sous le règne d'Etizal'eth. S'étant mis dans la tête de détrôner la reine, à quelque prix que ce fût, il s'adressa d'abord à *Heure III*, roi de France, et aux *Guises*, pour avoir des troupes, et promit de leur soumettre l'Irlande et l'Angleterre. Son projet ayant été rejeté à cette cour comme le rêve d'un cerveau exalté, il ne renonça pas pour cela à ses idées ambitieuses : il passa à Rome, où il trouva plus d'accueil. Deux prêtres (*Nicolas Sanderus* et *Alan*), l'un Anglois, l'autre Irlandois, l'introduisirent auprès du pape *Pie V*, qu'il séduisit par les promesses les plus brillantes. *Fitz-Moritz*, muni d'un étendard que le pape bénit lui-même, et de lettres de recommandation, passe en Espagne, et y obtient sept compagnies de Basques. Fort de ce secours, il se rend en Irlande, et aborde dans la presqu'île de Kerrey. Là, il fit bénir, par des prêtres de sa suite, un emplacement, et y éleva un fort sous lequel il mit ses vaisseaux à couvert. Mais ils furent aussitôt attaqués par *Thomas Courtenay*, qui avoit son quartier près de cet endroit ; il s'en rendit maître, et ferma, par ce moyen, le chemin de la mer à *Fitz-Moritz*. Les Espagnols furent fort consternés de cet échec : au lieu de ces troupes nombreuses que les prêtres Irlandois leur avoient promises, ils ne voyoient de tous côtés qu'une solitude affreuse et désespérante, et ils se repentirent bientôt de leur crédulité. Cependant *Fitz-Moritz*, pour les rassurer, leur faisoit espérer qu'ils recevroient dans peu du secours. Il tenta même de faire soulever les paysans de l'Ultonie et de la Connaie, deux provinces de l'Irlande ; mais ce fut inutilement : les paysans tournèrent leurs armes contre le chef rebelle, tuèrent la plupart de ses gens, et lui-même reçut une balle dans la tête, qui le renversa sur la place. Son corps fut mis en pièces ; et sa tête, plantée au bout d'une pique à la porte de la ville de Kilmalock, servit d'épouvantail à ceux qui seroient tentés de l'imiter. (*Article* communiqué, et tiré de l'*Histoire Ecclésiastique*, du P. *Fabre*, livre 175.)
FIZES, (*Antoine*) célèbre médecin de Montpellier, sa patrie, mourut dans cette ville, en août 1765, à 75 ans. La faculté de médecine le compte parmi les professeurs qui ont le plus servi à la faire fleurir. Il éclaira la pratique de son art par une théorie lumineuse. Nous avons de lui plusieurs ouvrages qui lui ont fait un nom en Europe. Les principaux sont : I. *Opera Medica*, 1742, in-4.º II. *Leçons de Chimie de l'Université de Montpellier*, 1750, in-12. III. *Tractatus de Febribus*, 1749, in-12. Cet excellent ouvrage a été traduit en françois, 1757, in-12. IV. *Tractatus de Physiologia*, 1750 in-12. V. Plusieurs *Dissertations* sur diverses matières de médecine, science que l'auteur possédoit à un degré supérieur. C'étoit l'*Hippocrate* de Montpellier. Il joignoit une grande simplicité de mœurs à des connaissances très-étendues et très-variées, *Voyez* sa Vie, par M. *Estève*, 1765, in-8.º
FLACCILLE, (*Aelia FLACCILLA*) fille d'*Antoine*, préfet des Gaules et ensuite consul Romain, naquit en Espagne, et fut mariée à *Théodose*, lorsqu'il n'étoit encore que particulier. Elle reçut le titre d'Anguste, quand elle monta avec lui sur le trône de Constantinople. Elle contribua beaucoup par son zèle, à la destruction de l'idolâtrie et à la propagation du Christianisme. F L A 119 Elle avoit toutes les vertus que cette religion inspire : bienfaisante avec discernement, simple dans ses manières, et modeste avec un extérieur plein de dignité, elle portoit *Théodose* à l'indulgence, à la clémence et au soulagement de ses sujets. Ses incommodités l'ayant obligée d'aller prendre les eaux dans un village de la Thrace, elle y mourut en 388. Elle fut mère d'*Arcadius* et d'*Honorius*. L'église Grecque l'a élevée au rang des Bienheureux. *St. Grégoire* de Nysse prononça son oraison funèbre. I. FLACCOUNT, (F...de) directeur général de la compagnie Françoise de l'Orient, avoit commandé en 1648, une expédition dans l'isle de Madagascar : expédition malheureuse, ainsi que toutes celles qui l'avoient précédée; mais qui nous a procuré une *Histoire* très-détaillée de cette Isle, qu'il avoit bien étudiée pendant dix ans de séjour sur les lieux. Il la fit imprimer à Paris, en 1 vol. in-4°, avec des figures dessinées et gravées par lui-même; et la dédia au surintendant *Fouquet*, qui avoit le principal intérêt dans la compagnie dès-lors formée pour les Indes Orientales.
II. FLACCOUNT, *Voyez BRET.*
FLACCUS ILLYRICUS, *Voyez FRANCOWITZ.*
FLACÉ, (Réné) curé de l'église de la Couture dans un faubourg du Mans, né à Noyen sur la Sarte, à cinq lieues de cette ville, en 1530, vivoit encore en 1581. Il y a de lui, outre plusieurs pièces de théâtre, divers autres ouvrages en prose et en vers; et sur-tout un *Poème* latin sur l'origine des *Manceaux*, qu'on peut voir dans la *Cosmographie de Belleforêt*. *La Croix-du-Maine* dit qu'il étoit poète, théologien, philosophe, historien: qu'il savoit bien la musique, et qu'il prêchoit avec succès; mais il faut observer que *la Croix* louoit un de ses compatriotes dans un temps où nous n'avions rien de bon.
FLACHAT, (Jean-Claude) né à Lyon d'une famille distinguée par ses services publics, devint membre de l'académie de sa patrie, et mérita cette distinction par un assez bon ouvrage, intitulé : *Observations* sur le commerce et les arts d'une partie de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, 1766, 2 vol. in-12. L'auteur mourut quelque temps après.
FLAD, (Guillaume) membre distingué de l'académie électorale de Manheim, est auteur de plusieurs écrits sur l'histoire et les antiquités de son pays. Il est mort à Heidelberg en 1781, âgé de 75 ans.
FLAMAND, (Le) *Voyez QUESNOY.*
FLAMÉEL, *Voyez BARTIOLET.*
FLAMEL, (Nicolas) natif de Pontoise, exerça la profession d'écrivain à Paris. Il étoit né sans biens : on le vit tout-à-coup riche pour un homme de son état. Il n'eut de richesses que pour les malheureux. Il soulagea la veuve et l'orphelin, fonda des hôpitaux, répara des églises. *Naudé* attribue sa fortune, (qui n'étoit pas aussi considérable qu'on l'a dit) à la connoissance qu'il avoit des affaires des Juifs. 116 FLA Il ajoute que, lorsqu'ils furent chassés de France en 1394, et que leurs biens furent acquis au roi, *Flamel* traita avec leurs débiteurs pour la moitié de ce qu'ils devoient, et leur promit de ne pas les dénoncer. Ce conte est très-bien réfuté par *Saint-Foix*, dans le premier volume de ses *Essais sur Paris*. — *Paul Lucas*, le plus menteur des voyageurs, raconte sérieusement qu'un *Dervis* l'avoit assuré que *Flamel* n'étoit pas mort; qu'on avoit enterré un morceau de bois à sa place, et qu'il étoit aux Indes dans le temps qu'il écrivoit. Quel roman! Quant à l'origine de sa fortune, on peut croire qu'il la dut à la connoissance qu'il avoit des principes du commerce, dans un temps ou tout le monde les ignoroit. Il mourut à Paris le 22 mars 1418. Sa femme étoit morte en 1399. *Voyez* sur cet homme singulier, l'*Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme, recueillie d'Actes anciens, qui purifient l'origine et la médiocrité de leur fortune*; à Paris, chez *Desprez*, 1761, in-12. Cet ouvrage est de M. l'abbé *Villain*. On a faussement attribué à *Flamel* un *Sommaire Philosophique*, en vers, 1561, in-8°; et un *Traité de la Transformation des Métaux*, 1628, in-8°. On joint à ces deux livres, l'*Explication des Figures hiéroglyphiques que mit Flamel au Cimetière des Innocens*, in-4°, Paris, 1682. — *Voyez* I. SINÉSIUS.
FLAMINIA, (Hélène-Virginie Baletti, dite) épouse de *Louis Riccoboni*, (*Voy. ce mot.*) joua avec succès sur le théâtre Italien de Paris, où elle mourut en décembre 1771, à 85 ans. On a d'elle deux comédies en prose, le *Naufrage* et *Abdilly*. I. FLAMINIO, (Marc-Antoine) naquit dans le sein des lettres, à Imola, de *Jean Antoine Flaminio*, dont nous avons divers ouvrages en vers et en prose. Le fils eut les goûts du père, et le surpassa. Le cardinal *Farnèse*, dont il étoit le bel esprit, le fit nommer secrétaire du concile de Trente; mais sa santé délicate l'empêcha de remplir cette commission. Il mourut à Rome le 21 mars 1550, à 57 ans. On a de lui des *Lettres* et des *Epigrammes*, 1561, in-8°, traduites en vers françois, par *Anne des Marquets*, Paris, 1569, in-8°. Sa *Paraphrase de trente Pseumes*, entreprise à la sollicitation du cardinal *Pole*, et imprimée à Florence en 1558, in-12, offre d'assez beaux vers et une latinité pure. Ses autres écrits ne méritent pas moins d'être lus.
II. FLAMINIO, (Antoine) littérateur Sicilien, professa les humanités dans le collège de Rome vers le commencement du 16e siècle. Il aimoit avec tant d'ardeur la vie retirée, qu'il évi-toit également la compagnie des savans et celle des ignorans. Il ne voyoit personne, et ne vouloit point être vu. Il poussa son humeur sauvage jusqu'à l'excès, en se refusant le secours d'un domestique. Il ne pouvoit souffrir ni valet, ni servante. Il s'abaissa lui-même jusqu'à aller chercher son manger dans son auberge. L'hôte, étonné d'être trois jours sans voir *Flaminio*, prit le parti d'entrer dans sa chambre par la fenêtre d'un jardin, et il le trouva mort au milieu de ses livres. I. FLAMINIUS, (*Caius*) consul Romain, d'un caractère turbulent et emporté, attiré au combat par les ruses d'*Annibal*, perdit la fameuse bataille de Trasymène, où il resta sur la place avec un grand nombre de sénateurs, l'an 217 avant J. C.
II. FLAMINIUS, (*Titus-Quintus*) élevé au consulat par son mérite, l'an 198 avant J. C., n'avoit pas encore trente ans. Il se proposa *Scipion* pour modèle; et il ne lui manqua, pour égaler la gloire de ce héros, que d'avoir à combattre des rivaux aussi redoutables. Comme lui, il avoit toutes les vertus civiles et militaires. Nommé général des troupes Romaines contre *Philippe V*, roi de Macédoine, le consul força l'armée de ce prince dans les défilés de l'Épire, et soumit presque entièrement cette province; réduisit la Thessalie, la Phocide, la Locride. Il joua, dans la Grèce, le rôle le plus brillant, et fit publier aux Jeux Néméens par un crieur public, que les Grecs étoient remis en liberté. Il fut en effet leur libérateur et leur père. La république l'envoya, dans la suite, vers *Prusias*, pour demander la tête d'*Annibal*, sous le vain prétexte qu'il tramoit quelque chose contre Rome. *Flaminius* agit si adroitement auprès de ce prince, que les Romains se virent délivrés de ce terrible ennemi.
III. FLAMINIUS, NOBILIUS, théologien et critique de Lucques, mort en 1590, à 58 ans, publia, en 1588, à Rome, in-fol., des *Notes* sur la Bible des Septante, pleines d'érudition. *Voy*. III. MORIN, n° III de ses ouvrages; et un Traité *De prædestinatione*, ibid. 1581, in-4. F L A 117
FLAMSTÉED, (*Jean*) astronome, né à Derby en Angleterre l'an 1646, prit du goût pour l'astronomie, en voyant une sphère de *Sacrobosco*. Il cultiva cette science avec beaucoup de succès, fut membre de la société royale de Londres en 1670, et, la même année, nommé astronome du roi, avec une pension de cent livres sterlings, ensuite directeur de l'observatoire de Greenwich. Il mourut le 18 janvier 1720, à 76 ans. Cet astronome avoit partagé son temps d'une façon singulière : il donnoit le jour aux cafés, et la nuit aux astres. C'étoit un petit homme maigre, qui n'avoit aucun goût pour les femmes; aussi mourut-il dans le célibat. On a de lui : I. *Historia cælestis Britannica*; à Londres, 1725, en 3 volumes in-folio. II. *Éphémérides*. III. *La Doctrine de la Sphère*, imprimée en 1681, avec le *Nouveau Système de Mathématique de Jonas Morus*, le plus zélé protecteur de *Flamstéed*. Newton ayant trouvé plusieurs de ses observations peu justes, *Flamstéed* écrivit contre lui; mais l'académie des Sciences de Paris jugea en faveur de son adversaire. *Flamstéed* se distingua par ses observations sur le nombre d'étoiles visibles, et par ses longues études pour les déterminer avec précision. Il les porte jusqu'à trois mille; d'autres en comptent beaucoup davantage. Ce qu'il y a de vrai, c'est que les astronomes sont très-embarrassés pour s'accorder dans ce calcul.
FLANDRIN, (*Pierre*) né à Lyon le 12 septembre 1752, étoit neveu de *Chabert*, professeur de l'école vétérinaire de cette ville. Il apprit sous lui les principes de 118 FLA l'art qu'il professoit, et s'acquit bientôt lui-même une réputation méritée par ses travaux sur l'anatomie comparée. Nommé directeur adjoint de l'école de Paris, le gouvernement l'envoya en Angleterre et en Espagne pour s'y instruire de tous les détails sur la conduite des troupeaux et particulièrement sur l'amélioration des laines. Il publia sur cet objet un *Traité* complet en 1794, in-8. *Flandrin* est encore auteur d'un grand nombre de *Mémoires* sur l'absorption des vaisseaux lymphatiques, sur l'étendue de la rétine, sur la nature du barigue animal Américain, sur la possibilité d'améliorer la race des chevaux en France. L'institut national l'avoit admis au nombre de ses membres; il est mort à Paris d'une péripneumonie dans le courant de l'an quatre. I. FLASSANS, (Taraudet de) poète Provençal, natif de Flassans, petit village de Provence dans le diocèse de Fréjus, obtint de *Faulques de Pontèves* une portion de cette terre pour un Poème intitulé: *Enseignement pour éviter les trahisons de l'Amour*. Le Moine, dit le *Monge des Isles d'Or*, assure que cet ouvrage valoit beaucoup plus; mais qu'il fut inutile au vendeur et à l'acheteur, trompés l'un et l'autre par leurs maîtresses. *Taraudet* vivoit en 1354. La reine *Jeanne* se servit de lui pour faire des remontrances à l'empereur *Charles IV*, qui passoit en Provence, et il s'en acquitta très-bien.
II. FLASSANS, (Durand de Pontèves, seigneur de) gentilhomme Provençal du 16$^{e}$ siècle, entreprit de défendre la religion catholique, comme les disciples de *Mahomet* avoient prêché la sienne. L'an 1562, s'étant mis à la tête d'une troupe de jeunes emportés comme lui, il courut à Aix sur les Protestans, et immola ceux qui eurent le malheur de tomber sous sa main. Cette action lui fit donner le surnom de *Chevalier de la foi*: mais elle l'obligea aussi de s'enfuir, pour éviter la peine due à son fanatisme. Après avoir erré en différens lieux, il se retira aux isles Sainte-Marguerite, où il n'arriva pas sans danger.
FLAVIE, *Voyez DOMITILLE* et EUSÉBIE. I. FLAVIEN, (Saint) patriarche d'Antioche, d'une naissance illustre et d'une vertu supérieure à sa naissance, fut placé sur le trône patriarcal, du vivant de *Paulin*. Cette élection, confirmée par le concile de Constantinople, en 382, fut l'origine d'un schisme, éteint sous le pape *Innocent I. Flavien* chassa de son diocèse les hérétiques Messaliens, qui l'avoient infecté de leurs erreurs. Il demanda grâce à l'empereur *Théodose* pour son peuple, et l'obtint. Les habitans d'Antioche avoient renversé et outragé dans une sédition la statue de l'impératrice *Priscille*; *Flavien* parla pour eux avec l'éloquence que *Cicéron* déploya autrefois pour *Ligarius*. *S. Chrysostome*, qu'il avoit ordonné prêtre, avoit, dit-on, composé sa harangue. Ce grand prélat mourut en 404, après avoir gouverné son église 23 ans.
II. FLAVIEN, (St.) succéda à *Proclus* dans le patriarcat de Constantinople, en 447. *Chrysaphius*, favori de l'empereur *Théodose le Jeune*, voulut le F L A 119 faire chasser de son siège ; le saint prélat brava ses menaces. Il ne se montra pas moins ferme contre *Eutychès*, qui commença à semer ses erreurs vers le même temps. Il l'anathématisa dans un concile ; mais les partisans de l'hérésiarque condamnèrent *Flavien* et le déposèrent en 449, dans le fameux synode connu sous le nom de *Brigandage d'Éphèse* : *Dioscore*, évêque d'Alexandrie, accompagné d'une foule de soldats et de moines, présidoit à cette séditieuse assemblée. *Flavien* appela de cette condamnation ; mais *Dioscore* ne répondit à ses raisonnemens, que par des coups de pied et des coups de poing ; enfin ce furieux le maltraita si cruellement, que le saint en mourut trois ans après, en 449.
FLAVIGNI, ( Valérien de ) docteur de Sorbonne, chanoine de Rheims, et professeur en hébreu au collège royal, naquit dans le diocèse de Laon, et mourut à Paris en 1674, dans un âge assez avancé. C'étoit un homme plein de feu dans sa conduite et dans ses écrits. Il déféra à la faculté de théologie, une thèse soutenue chez les Jésuites du collège de Clermont, appelé depuis le collège de *Louis le Grand*. On prétendoit dans cette thèse, qui étoit bonne à soutenir dans le 13e siècle, que le système de *Copernic*, contraire à l'Écriture, et foudroyé par le Vatican, avoit été anathématisé par les inquisiteurs Italiens, qui condamnèrent *Galilée*, et que par conséquent on ne pouvoit le défendre en France. *Flavigni* voulut démontrer qu'une pareille assertion violoit les droits du royaume et du parlement, ce qui n'étoit pas trop clair : il l'étoit bien plus qu'elle violoit les droits de la saine philosophie. Ce docteur possédoit l'hébreu, la théologie, les belles-lettres ; mais il chorchoit trop à déprimer ceux qui en savoient autant et plus que lui. Il écrivoit d'ailleurs, plutôt avec l'impétuosité d'un jeune Hibernois, qui argumente sur les bancs, qu'avec la gravité d'un vieux théologien. On a de lui la *Défrase d'une Thèse* qu'il avoit signée en qualité de grand maître d'études. Il y étoit dit, que l'*Épiscopat n'est pas un Sacrement distinct de la Prêtrise*. Cette Apologie a été imprimée à Tournai, en 1668, in-4.º Il avoit travaillé à la *Polyglotte de le Jay*.
FLAVITAS ou FRAVITA, patriarche de Constantinople après *Acace*, en 489, employa la ruse pour se faire élire. L'empereur *Zénon* avoit fait mettre sur l'autel de la grande église de Constantinople, un papier blanc et cacheté, comptant que Dieu fe-roit écrire par un ange le nom du prêtre qu'il destinoit à la chaire patriarcale ; *Flavitas* corrompit l'eunuque qui avoit la garde de l'église, et écrivit son nom sur le papier. Quelques historiens, entr'autres M. de V... ont révoqué en doute ce trait d'imps-ture. On peut voir ce qu'en dit *Tillemont* dans ses *Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique*, où ce fait est ample-ment discuté. Cette supercherie le fit patriarche. C'étoit le plus fourbe et le plus artificieux des hommes. Dans le temps même qu'il juroit aux hérétiques qu'il ne vouloit avoir aucune commu-nication avec le pontife de Rome, il écrivoit sourdement au pape 120 FLA Felix. Sa mort, arrivée en 490, lui épargna un châtiment exemplaire.
FLAVIUS-CLEMENS, Voy. DOMITIA, à la fin.
FLAVIUS JOSEPHE, Voyez VI JOSEPH.
FLAUST, (Jean-Baptiste) célèbre avocat au parlement de Rouen, mort à sa terre de Saint-Sever près Vire, le 21 mai 1783, âgé de 72 ans, se consacra dès sa jeunesse au barreau. Vire sa patrie fut témoin de ses premiers essais. Appelé à Rouen, il ne tarda pas à se faire estimer des avocats les plus renommés de ce temps-là; bientôt il devint leur émule. Ayant pris part à la révolution arrivée dans le collège des avocats du parlement de Rouen en 1745, il cessa de fréquenter les audiences de ce tribunal: mais il continua de plaider à la cour des Aides, dont les avocats le nommèrent leur syndic perpétuel. Aucune des connaissances essentielles à un jurisconsulte, ne lui étoit étrangère. Il eut la confiance des magistrats et du public, jusqu'au dernier moment de sa vie. Nous avons de lui un ouvrage sur la coutume de Normandie, en 2 vol. in-fol., intitulé : Explication de la Jurisprudence et de la coutume de Normandie, dans un ordre simple et facile. Cet ouvrage est le fruit de 50 années de travail. On auroit désiré que l'auteur eût retranché quelques longueurs, et eût joint une Table des matières.
FLECHELLE, Voy. II. GUERIN.
FLECHEUX, (N**) mort à Paris le 4 novembre 1793, à l'âge de 55 ans, est auteur d'un planétaire ou planisphère, propre à mettre sous les yeux de la jeunesse le mouvement des astres. Il a publié en outre l'Oxocosme, ou démonstrateur du mouvement annuel tropique et diurne de la terre autour du soleil, 1784, in-8°.
FLECHIER, (Esprit) né le 1er juin 1632 à Pernes, petite ville du diocèse de Carpentras, fut élevé dans le sein des lettres et de la vertu, auprès du P. Ierculc Audiffret, son oncle, général des Pères de la Doctrine Chrétienne. Fléchier, ayant quitté cette congrégation, après la mort de son oncle, parut à Paris comme bel esprit et comme prédicateur. Il se fit un nom célèbre dans ces deux genres. Il eut part aux bienfaits que Louis XIV répandit sur les gens de lettres. Fléchier, encouragé par ces récompenses, fit de nouveaux efforts, et balança bientôt la réputation de Bossuet, dans l'Oraison funèbre. Celle de Turenne, son chef-d'œuvre, fit donner des larmes au héros, et mit le comble à la gloire de l'orateur. On admira sur-tout le beau parallèle du maréchal de France avec Judas Macchabée. Il est vrai qu'il n'étoit pas le premier qui eût transporté aux généraux modernes les éloges donnés à cet ancien capitaine. Lingendes, évêque de Mâcon, et Fromentière, évêque d'Aire, s'en étoient déjà servi: l'un, dans l'oraison funèbre de Charles-Emmanuel, duc de Savoie: l'autre dans celle du duc de Beaufort. Mais Fléchier se rendit propre ce lieu commun, par les ornemens dont il l'embellit dans son exorde, qui est un chef-d'œuvre par l'harmonie et le caractère majestueux et sombre qui y règnent. La cour récompensa ses talens en 1685, par l'évêché de Lavaur, et en 1687 par celui de Nîmes. Louis XIV lui dit, en le nommant au premier évêché : Ne soyez pas surpris si j'ai récompensé si tard votre-mévité ; j'appréhendois d'être privé du plaisir de vous entendre. Le diocèse de Nîmes étoit plein d'hérétiques ; il se conduisit avec eux en bon pasteur. Il les instruisit tous par la solidité de ses discours, et en ramena plusieurs par l'esprit de paix, de douceur et d'indulgence qui l'animoit. La charité qu'il exerçoit envers la partie de son troupeau séparée de l'église, se faisoit encore plus sentir à celle qui, dans le sein de l'église même, avoit besoin de son indulgence et de ses secours. Une malheureuse fille, que ses parens avoient contrainte à se faire religieuse, avoit eu le malheur de succomber à l'amour, et celui de ne pouvoir cacher à sa supérieure les déplorables suites de sa foiblesse. Fléchier apprit que cette supérieure l'en avoit punie de la manière la plus cruelle, en la faisant enfermer dans un cachot, où, couchée sur de la paille, et réduite à un peu de pain qu'on lui donnoit à peine, elle attendoit la mort comme le terme de ses maux. L'évêque de Nîmes se transporta dans le couvent, et, après beaucoup de résistance, se fit ouvrir la porte du réduit affreux où cette infortunée se consumoit dans le désespoir. Dès qu'elle apparçut son pasteur, elle lui tendit les bras comme à un libérateur. Le prélat, jetant un regard d'indignation sur la supérieure : Je devrois, lui dit-il, si je n'écoutois que la justice humaine, vous faire mettre à la place de cette victime de votre baréarie ; mais le Dieu de l'éminence, dont je suis le ministre, m'ordonne d'user envers vous de l'indulgence que vous n'avez pas eue pour elle, et dont il usa à l'égard de la femme adultère. Il fit aussitôt tirer la religieuse de cette horrible demeure, et ordonna qu'on eût d'elle les plus grands soins. Mais ses ordres charitabies ne purent la rendre à la vie ; elle mourut après quelques mois de langueur, en bénissant le nom de son vertueux évêque... Un des soins les plus chers de Fléchier étoit de consoler ses infortunés diocésains des afflictions dont la Providence se servoit pour les éprouver. Remettez-vous entre les mains de Dieu, écrivoit-il à une personne âgée et infirme : il n'envoie de souffrances à ses enfans que ce qu'ils en peuvent supporter. Dans la disette de 1709, il répandit des charités immenses. Les Catholiques et les Protestans y curent une part égale, uniquement réglée sur ce qu'ils souffroient, et non sur ce qu'ils croyoient. Il refusa d'employer à la construction d'une église des fonds destinés à des aumônes : Quels cantiques, disoit-il, valent les bénédictions du pauvre ! et quel spectacle plus digne des regards de Dieu, que les larmes des indigènes essuyées par ses Ministres ! Quand on lui parloit de l'excès de son zèle et de ses charités ; Sommes nous Evêques pour rien, s'écrioit-il ? On l'a vu plus d'une fois, avec la simplicité digne des premiers siècles, aller à pied dans les rues de Nîmes, donnant l'aumône d'une main, et sa bénédiction de l'autre. Il croyoit devoir répondre par ces actes publics de bienfaisance épiscopale, aux traits envenimés des Protestans contre le faste qu'ils reprochoient à l'église Romaine. Mais il savoit aussi cacher cette même bienfaisance, quand elle tomboit sur des hommes que leur état forçoit à cacher leur misère. Il joignoit alors à la promptitude et à l'abondance des secours qu'il leur donnoit, ces attentions délicates qui empêchent l'aumône d'être humiliante, mais que la piété se dispense quelquefois d'avoir pour les malheureux, quand le devoir, plutôt que le sentiment, la porte à soulager l'infortune. A tant de vertus, *Fléchier* joignoit une modestie noble. Fils d'un bourgeois qui n'avoit qu'une petite métairie et un moulin qu'il faisoit valoir lui-même, et parvenu à l'épiscopat, il n'avoit ni la sottise de cacher l'obscurité de sa naissance, ni la vanité plus raffinée de chercher dans cette obscurité même un titre de gloire. Un jour cependant il sortit de sa simplicité ordinaire. Un prélat orgueilleux lui ayant dit un jour : *Avouez que votre père auroit été bien surpris de vous voir sortir de son moulin pour devenir évêque.* — *Je crains bien*, lui répondit Fléchier, *que si le vœu avoit travaillé au moulin, vous n'cussiez toute votre vie tourné la meule.* — On raconte aussi que le maréchal de la Feuillade lui ayant dit un jour : *Avouez que votre père scroit bien étonné de vous voir ce que vous êtes ?* — *Non*, lui répondit Fléchier, *car ce n'est pas le fils de mon père, c'est moi qu'on a fait évêque... Fléchier*, quelque temps avant de mourir, eut un songe, qui fut pour lui un pressentiment de sa fin prochaine. Il ordonna sur-le-champ à un sculpteur de faire un dessin très-modeste de son tombeau; car il craignoit que la reconnoissance ou la vanité ne voulût élever à sa cendre un monument trop remarquable. Le sculpteur fit deux dessins; mais les neveux du prélat empêchèrent l'artiste de les lui présenter, cherchant à écarter, s'il étoit possible, de l'esprit de leur oncle, une idée affligeante pour eux, si elle ne l'étoit pas pour lui. *Fléchier* se plaignit de ce délai, dont le sculpteur ne put lui cacher la cause. *Mes neveux*, lui répondit le prélat, *font peut-être ce qu'ils doivent; mais faites ce que je vous ai demandé.* Il examina les deux dessins, choisit celui qu'il devoit préférer, le plus simple des deux, et dit à l'artiste; *Mettez la main à l'œuvre, car le temps presse.* Il mourut en effet peu de temps après, à Montpellier, le 16 février 1710, à 78 ans, pleuré des Catholiques, regretté des Protestans, et ayant toujours été pour ses confrères un digne modèle de charité, de simplicité et d'éloquence. Ce sont les expressions de M. d'Alembert. *Fléchier* laissa plus de 20,000 écus aux pauvres. L'abbé du Jarry prononça son oraison funèbre. L'académie Françoise s'étoit associé *Fléchier* après la mort de Godeau. C'est sur le modèle de cette compagnie qu'il forma celle de Nîmes, dont il fut le *Mentor* et le père. On a de lui : I. Des *Œuvres mêlées*, in-12, en vers et en prose. On a loué avec raison ses vers françois et latins; les pensées en sont délicates, les expressions heureuses; les termes bien choisis, la cadence harmonieuse. II. L'édition d'un ouvrage fort curieux d'*Antoine-Marie Gratiani*, *De casibus illustrium Virorum*, in-4°, avec une préface en latin. Le style en est aussi pur qu'élégant. III. Des *Panézyriques des Saints*, mis au rang des meilleurs ouvrages de ce genre, Paris, 1690, en 1 vol. in-4°, et en 2 tom. in-12. IV. Un recueil d'*Oraisons funèbres*. Il y a moins d'élégance et de pureté de langage dans celles de Bossuet; mais on y trouve une éloquence plus forte, plus mâle, plus nerveuse. Le style de Fléchier est plus coulant, plus arrondi, plus uniforme. Celui de Bossuet, moins égal, moins soutenu, et plus rempli de ces traits hardis, de ces figures vives et frappantes qui caractérisent le génie. Fléchier est plus heureux que lui dans le choix et dans l'arrangement des mots; mais son penchant pour l'antithèse répand une sorte de monotonie sur son style. Il devoit autant à l'art qu'à la nature; Bossuet devoit plus à la nature qu'à l'art. Fléchier disoit que « l'on parloit pour les sens, et que l'on écrivoit pour l'esprit. » Bossuet remplissoit ces deux objets. Il remuoit l'imagination et faisoit penser tout à la fois. Fléchier a bien moins que lui ce grand mérite de penseur, si rarement joint à celui de l'éloquence. Fléchier écrivant avec facilité, ne pouvoit pas avoir beaucoup de ces pensées profondes que donne la méditation ou le génie. « On croit, disoit-il, que je compose avec peine et contention; on se trompe, j'ai beaucoup travaillé dans ma jeunesse, et j'ai mis tous les momens à profit. Si la composition me coûtoit, il y auroit long-temps que j'y aurois renoncé. » Les Oraisons funèbres ont eu un grand nombre d'éditions in-4° et in-12. Il en a paru une en 1802, 2 vol. in-18, avec une vie de l'auteur, des notices sur les personnages, objets des éloges funèbres, et un morceau de Thomas, sur l'orateur. V. Des Sermons en 3 vol. in-12, qui ne sont pas de la même force que ses Oraisons funèbres et ses Panégyriques. On y trouve de belles périodes, et très-peu de raisonnement. Il avoit cherché de bonne heure dans nos vieux prédicateurs, des traits d'éloquence et des pensées ingénieuses, dont il faisoit un usage plus ingénieux encore: aussi lui trouve-t-on quelquefois, quant au fond des choses, un air antique, l'air du commencement de son siècle. Il prêchoit avec un vieux goût et un style moderne: de là des traits recherchés, des contrastes peu naturels, des pensées plus ingénieuses que solides. Fléchier avoit un peu gâté son goût en croyant le former. Il lisoit souvent pour s'amuser, les sermonaires Italiens et Espagnols qu'il appeloit agréablement ses bouffons; mais ces hommes qu'il ridiculisoit, lui laissèrent quelque chose de leur ton. VI. Histoire de l'empereur Théodose le grand, Paris, 1679, in-4°, estimée pour l'élégance du style, plutôt que pour l'exactitude des recherches: l'auteur flatte un peu son héros. VII. La Vie du Cardinal Ximenès, en 2 vol. in-12, et un in-4°. On sent à chaque page que l'historien a fait des Panégyriques et des Oraisons funèbres. Il peint le cardinal Espagnol comme un Saint: l'abbé Marsollier en fit un politique, dans une histoire de Ximenès, publiée vers le même temps que celle de Fléchier; et son ouvrage, plus vrai, quoique moins élégant, fut plus recherché. VIII. Des Lettres, 2 vol. in-12, dont le style est pur, mais peu épistolaire. Si Fléchier n'est pas assez simple en écrivant à ses amis, il est au moins toujours noble avec les grands, toujours honnête avec ses égaux et ses inférieurs, toujours plein de zèle pour l'église et pour l'état. IX. La Vie du Cardinal Commendon, traduite du latin de Gratiani, in-4°, et 2 vol. in-12. Le traducteur avoit donné aupa- ravant une édition de l'original de cette histoire, sous le nom de Roger Akakia. Voyez GRATIANI. X. Des Œuvres posthumes, en 2 vol. in-12: elles contiennent ses Mandemens et ses Lettres pastorales, où la philosophie chrétienne et la tendresse épiscopale se font sentir avec tous leurs charmes. On y a ramassé différens discours, complimens et harangues. XI. L'abbé Burral lui attribue un Recueil manuscrit, formant 6 vol. in-fol. sur les Antiquités du Languedoc; mais il est certain qu'il n'est pas de lui; c'est l'ouvrage d'un citoyen de Nimes, appelé Aulné Rulman... M. Ménard avoit commencé la collection complète des Œuvres de Fléchier; mais il n'en a paru que le premier vol. in-4°. On en a publié à Nimes une nouvelle, in-8°, en 10 vol. 1782.
FLEETWOOD, (Guillaume) né dans la Tour de Londres en 1656, d'une famille noble, originaire de la province de Lancastre, se fit connoître sous le règne de Guillaume III, par ses ouvrages. La reine Aune, instruite de son mérite, lui donna un canonicat de Windsor, en 1702, puis l'évêché de Saint-Asaph, en 1708. Fleetwood fut transféré de cet évêché à celui d'Ely, en 1714, et mourut le 4 août 1723, à 67 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Inscriptionum antiquarum Sylloge, à Londres, 1691, in-8°. II. Des Sermons. III. Essai sur les Miracles, 1701, in-8°. IV. Chronicon pretiosum. V. Explication du XIIIe chapitre de l'Epître aux Romains. Sa vie est à la tête de ses Sermons; c'est celle d'un homme de bien qui a connu et rempli les obligations de son état.
FLEIN, Voy. FOIX, n.° L
FLEMMING, poète Saxon, qui vivoit dans le dernier siècle, a excellé dans l'ode. Ses Ouvrages sont estimés en Allemagne.
FLESSELLES, (N. de) d'abord maître des requêtes, figura dans les troubles de la Bretagne, et y prit le parti du duc d'Aiguillon contre la Chalotais. Envoyé ensuite en qualité d'intendant à Lyon, il s'y fit aimer par sa douceur, sa probité, et son goût pour les plaisirs. Il fut nommé prévôt des marchands de Paris au commencement de la révolution, mais il n'eut point assez de fermeté pour arrêter les premiers pas des factieux; aussi devint-il l'une de leurs premières victimes. Le 14 juillet 1789, jour de la prise de la Bastille, il chercha à ménager les deux partis, et se rendit suspect à la multitude. Après une scène menaçante à l'hôtel de ville, il voulut se retirer chez lui; mais dans le trajet, un jeune homme lui tira un coup de pistolet, en disant: Traître, tu n'iras pas plus loin; et le magistrat tomba sans vie. Aussitôt, on lui coupa la tête pour la promener au haut d'une pique.
FLETCHER, (Jean) poète tragique Anglois, né en 1576 de l'évêque de Londres, mort de la peste dans cette ville en 1625, à 49 ans, marcha sur les traces de Shakespeare dans la carrière dramatique, et obtint une des premières places après son modèle. Le cabaret étoit son Parnasse. Un jour qu'il y récitoit une Tragédie, dans laquelle il y avoit une conjuration contre la vie d'un Roi, des gens qui passaient dans la rue le dé- noncèrent comme un scélérat. On le mit en prison ; mais on reconnut bientôt que le conjurateur ne tutoit les rois que sur le théâtre. Le docteur Watson a donné une édition moderne des Œuvres de Fletcher. V. II. BEAUMONT.
FLEURANGE, Voyez III. MARCK.
FLEURANT, (Claude) chirurgien-major de l'Hôtel-Dieu de Lyon, a publié une Splanchnologie, 1752, 2 vol. in-12. On dit qu'un de ses ancêtres, du même nom, pharmacien à Lyon, fournit à Molière passant dans cette ville, l'idée d'appeler Fleurant, l'apothi aire qu'il alloit mettre en scène dans le Malade imaginaire.
FLEURIAN D'ARMENONVILLE ET DE MORVILLE, Voyez ARMENONVILLE. I. FLEURY, (Claude) né à Paris le 6 décembre 1640, d'un avocat au conseil, originaire de Normandie, suivit le barreau pendant neuf ans avec succès. L'amour de la retraite et de l'étude lui donnèrent du goût pour l'état ecclésiastique. Il l'embrassa, et il en eut les vertus. Il faisoit souvent des conférences avec des personnes choisies, et elles avoient pour principal objet l'Écriture sainte. Précepteur du prince de Conti en 1672, il le fut ensuite du comte de Vermandois. Ses soins auprès de son élève lui valurent l'abbaye du Loc-Dieu en 1684, et la place de sous-précepteur des ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berri. Associé de Fénélon dans ce noble emploi, il eut comme lui l'art de faire aimer la vertu à ses élèves par des leçons pleines de douceur et d'agrémens, et par ses exemples, plus persuasifs que ses leçons. Louis XIV avoit mis en œuvre ses talens ; il sut les récompenser. Il lui donna, en 1706, le riche prieuré d'Argenteuil. L'abbé Fleury, en l'acceptant, remit son abbaye du Loc-Dieu. S'il avoit ambitionné de plus grands biens et des dignités plus élevées, il les auroit eus ; mais son désintéressement égaloit ses autres vertus. Il vécut solitaire à la cour. Un cœur plein de droiture, des mœurs pures, une vie simple, laborieuse, édifiante, une modestie sincère, une candeur estimable, lui gagnèrent les suffrages des courtisans, même les plus corrompus. Le duc d'Orléans jeta les yeux sur lui en 1716, pour la place de confesseur de Louis XV ; parce qu'il n'étoit ni Moliniste, ni Janséniste, ni Ultramontain. Ce choix fut approuvé de tout le monde. « On n'y trouva, dit l'abbé Dorsanne, que le défaut de 75 ans. Fleury, après avoir formé le cœur du père, forma celui du fils. Sa vieillesse l'obligea de se démettre de cette place en 1722. Il mourut d'apoplexie le 14 juillet de l'année suivante 1723, à 82 ans. Il étoit de l'académie Françoise. Les ouvrages sortis de sa plume sont : I. Mœurs des Israélites ; livre qui est entre les mains de tous les fidèles, et qu'on peut regarder comme le tableau le plus vrai de la vie des Saints de l'ancien Testament. II. Mœurs des Chrétiens ; ouvrage réuni avec le précédent dans un seul vol. in-12. L'un peut servir d'introduction à l'histoire sacrée, et l'autre à l'histoire ecclésiastique. L'onction y règne, avec un esprit de candeur et de vérité qui gagne le lecteur Chrétien ; et avec un discerne- 126 F L E ment, des lumières et des vues qui ravissent le savant et le philosophe. III. *Histoire Ecclésiastique*, en 20 vol. in-12 ou in-4°, et 13 volumes in-4°, à Caen, 1777. Le premier, publié en 1691, commence à l'établissement de l'Église; et le dernier, imprimé en 1722, finit à l'an 1414. C'est ce que nous avons de plus complet en notre langue sur l'histoire ecclésiastique. On y trouve presque tout ce qui est rapporté dans les originaux, et des extraits importans des Pères et des Conélies sur les matières relatives au dogme et à la discipline. « Néanmoins, dit l'abbé *Lenglet du Fresnoy*, ce sont plutôt des extraits cousus l'un avec l'autre, qu'une histoire exacte et bien suivie. » Cet écrivain, si l'on en croit l'abbé de *Longuerue*, travaillait son livre à mesure qu'il étudiait l'histoire de la religion. On sent qu'il n'est pas maître de sa matière, il ne marche qu'en tremblant, et presque toujours sur les traces de *Labbe* et de *Baronius*, qui l'ont égaré plus d'une fois. Il en étoit au dernier volume de cet annaliste célèbre, qu'il ne connoissoit encore que le premier volume de l'excellente *Critique du P. Pagi*, en 4 tomes in-folio. Dom *Cellier*, et les auteurs de l'*Histoire de l'Église Gallicane*, ont relevé dans la sienne plusieurs erreurs de faits et de dates. Les actes des Martyrs, qu'il a soin de rapporter avec trop de détail, devroient avoir plus de précision, et ne montrer que l'héroïsme de leurs souffrances, sans nous présenter un procès-verbal. Il faut cependant en excepter quelques actes, si attendrissans, qu'ils perdoient à être mutilés. Son style est d'une simplicité touchante et d'une onc- tion qui édifie; mais il est très souvent négligé, languissant, monotone, plein de grécismes et de latinismes. *Voy.* les articles CALMET. — CELLIER. — CHOISY. — II. DUPIN. — I. GODEAU. — III. RACINE. — TILLEMONT, — et FABRE. Les *Discours* préliminaires répandus dans cet ouvrage, et imprimés séparément en un vol. in-12, valent seuls son Histoire. Ils sont écrits avec beaucoup plus d'élégance, de pureté, de précision et de force. C'est la quintessence de ce qu'on a pensé de plus sensé et de plus sage sur l'établissement et les révolutions de la *Religion*, sur les *Croisades*, sur les *Moines*, sur les querelles de l'*Empire* et du *Sacerdoce*, enfin sur les matières les plus importantes et les plus délicates. L'auteur avoit creusé profondément les sujets qu'il traite; il découvre les maux avec beaucoup de liberté, et indique les remèdes avec non moins de sagesse. Un Carme Flamand osa l'accuser, dans une brochure aujourd'hui inconnue, de n'avoir parcouru les siècles de l'Église depuis son établissement, que pour répéter la plupart des blasphèmes vomis par les plus furieux hérétiques contre l'Église Romaine, le saint Siège et les Papes. Mais l'auteur de la *Justification de M. Fleury*, répondit très-lien à ce moine ignorant et passionné : « S'il a rapporté la vie peu édifiante de quelques papes, s'il a fait sentir le dérèglement du clergé dans certains siècles, on ne peut l'accuser d'avoir inventé aucun des faits qu'il rapporte. Il cite ses garans, c'est-à-dire les historiens du temps, qu'il cite fidèlement. Il plaît au moine Flamand de supposer perpétuellement que ces historiens sont passionnés ; que ce sont des auteurs condamnés et ennemis du saint Siège. Mais regarde-t-il donc comme des conciles passionnés et ennemis du saint Siège, les conciles de Pise, de Constance, de Basle ? Ces conciles ne sont-ils pas convenus de la grandeur du dérèglement du clergé ? Le pape Adrien VI étoit-il un ennemi du saint Siège ? Paul III, les cardinaux et autres prélats qu'il consulta, et qui lui avouèrent si ingénument que les abus de la cour de Rome étoient la source de tous les maux de l'Église, tous ces grands hommes sont-ils condamnés ? sont-ce des ennemis du saint Siège ? Enfin, le concile de Trente l'étoit-il, en se plaignant, comme il a fait, du dérèglement des mœurs, et en témoignant vouloir réformer le clergé et le peuple sur cet article ? En vérité, c'est vouloir insulter le public, que de s'élever contre M. Fleury, et d'oser l'accuser de conformité avec les hérétiques, parce qu'il a rapporté les défauts du clergé avec la liberté d'un historien qui dit la vérité sans déguisement. C'est au contraire ce qui doit le rendre plus recommandable. » On a donné une Table des matières pour l'Histoire Ecclésiastique de Fleury, et pour les 16 ou 11 vol. de la continuation ; en un vol. in-4°, et 4 vol. in-12. IV. Institution en Droit Ecclésiastique, en 2 vol. in-12 : bon ouvrage, quoique fort abrégé. Boucher d'Argis en donna une nouvelle édition en 1764, enrichie de plusieurs notes utiles. V. Catéchisme historique, in-12, le seul qu'on doit faire apprendre aux enfans. Le Discours préliminaire de cet ouvrage n'est point indigne de ceux qui précèdent les différens volumes de son Histoire ecclésiastique. VI. Traité du choix et de la méthode des Études ; à Nîmes, chez Beaume, 1784, in-8°. Les bons livres, publiés depuis Fleury sur cette matière, ont rendu celui-ci bien moins utile. L'édition que nous indiquons est plus ample que les précédentes. Cet ouvrage, ainsi que le Catéchisme historique, a été traduit en espagnol, de même que les Mœurs des Israélites. VII. Devoirs des Maîtres et des Domestiques, in-12, estimé. VIII. La Vie de la mère d'Arbouse, réformatrice du Val-de-Grâce, in-12. IX. Portrait du duc de Bourgogne ; Paris 1714, in-12. X. L'Histoire du Droit François, in-12. On la trouve aussi à la tête de l'Institution de M. Argou. XI. Le Traité du Droit public, en 2 vol. in-12, 1769 : ouvrage posthume. Ce n'est proprement qu'un canevas ; mais comme ce livre roule sur des matières qui intéressent tous les citoyens, il est malheureux qu'un homme tel que l'abbé Fleury, plein de sens, et qui mettait tant d'ordre et de clarté dans ses idées, n'y ait pas mis la dernière main. Voy. son Éloge par le P. Fabre, à la tête du 21e ou du 14e volume de l'Histoire Ecclésiastique. On a recueilli à Nîmes en 1780, en 5 vol. in-8°, les différens écrits de Fleury, à l'exception de l'Histoire Ecclésiastique, dont on a donné une édition séparée en 25 vol., aussi in-8° ; mais on préfère l'édition in-4°, soit pour le caractère, soit pour la correction. Le premier volume des Opuscules contient les Mœurs des Israélites, les Mœurs des Chrétiens, les Devoirs des Maîtres et des Domestiques, le Soldat Chrétien et le 128 F L E Catéchisme historique. Ces ouvrages sont précédés d'un Discours préliminaire sur la vie et les écrits de l'auteur, avec les éloges de ceux-ci par divers écrivains. On y voit en tête le portrait de Fleury, gravé par Duflos, d'après Gobert. — Le second volume renferme le Traité de la méthode des Etudes, l'Institution au Droit ecclésiastique, le Mémoire sur les affaires du Clergé de France, et les Discours sur les libertés de l'Église Gallicane, l'Écriture sainte et la prédication. — Le troisième tome contient la Vie de la mère d'Amouse, les Avis au duc de Bourgogne, le Portrait de ce prince, trois Discours académiques, cinq Epltres en vers, dont les trois premières sont adressées à Santeuil sur sa Pomona in agro Versaliensi, un Discours sur Platon, la Traduction d'un morceau de ce dernier, où il compare un philosophe à un homme du monde, des Extraits de sa République, des Réflexions sur Machiavel, une Lettre sur la Justice, des Pensées tirées de saint Augustin, le Mémoire pour le roi d'Espagne, la Traduction latine de la Doctrine catholique de Bossuet. — Le quatrième volume comprend l'Histoire du Droit François, le Droit public de la France, la Version latine de deux Opuscules d'Origène, et une Lettre à Dom Calmet. — Le dernier renferme la Justification des Discours sur l'Histoire ecclésiastique par le P. Tranquille de Bayeux. On peut joindre à ces cinq volumes un supplément, imprimé en 1784, à Nîmes, dans le même format, contenant une nouvelle édition de la Méthode des Etudes considérablement augmentée, un Mémoire pour les études des missions orientales, et diverses Lettres de Fleury. — Il ne faut pas confondre avec Claude Fleury, l'abbé FLEURY, (Julien) chanoine de Chartres, mort en 1725, à Paris, où il avoit été professeur d'éloquence au collège de Navarre. Celui-ci étoit un littérateur estimable, qui fut employé dans les éditions ad usum Delphini. Il fut chargé de l'Apulée, qu'il publia avec des notes instructives; 1688, 2 vol. in-4°, sous le nom de Julianus FLORIDUS. Il avoit commencé de faire imprimer Ausone; mais l'impression en fut arrêtée à la page 150, à cause des obscénités dont cet auteur a sali ses poésies. L'abbé Souchai le publia en 1730. — Voy. SOUCHAL.
II. FLEURY; (André-Hercule de) naquit à Lodève le 22 juin 1653, et fut mené à Paris à l'âge de six ans. Il fit ses humanités au collège des Jésuites, et sa philosophie au collège d'Harcourt: il brilla dans l'un et dans l'autre. Destiné à l'état ecclésiastique, il fut d'abord chanoine de Montpellier et docteur de Sorbonne. Introduit à la cour, il fut aumônier de la reine et ensuite du roi. Une figure agréable, un esprit délicat, une conversation assaisonnée d'anecdotes, une plaisanterie fine, lui gagnèrent les cœurs des hommes et des femmes. On sollicita vivement pour lui. Louis XIV le nomma, en 1698, à l'évêché de Fréjus. Je vous ai fait attendre long-temps, lui dit ce prince; mais vous avez tant d'amis, que j'ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous. L'évêque de Fréjus étoit dans son diocèse, lorsque l'armée des alliés se répandit en Provence. Il plut aux généraux ennemis; ennemis; le duc de Savoie et le prince Eugène lui accordèrent ce qu'il voulut. La contribution fut modique. La ville de Fréjus n'éprouva aucun désordre, et la campagne des environs fut épargnée. Louis XIV, près de mourir, le nomma précepteur de Louis XV. Successeur des Bossuet et des Fénélon dans l'emploi important de former les rois, il s'attacha, comme eux, à cultiver l'esprit et le cœur du jeune monarque. Pendant les agitations de la régence, il sut conserver la bienveillance du duc d'Orléans, parce qu'il ne cherchoit point à se faire valoir, qu'il ne demandoit point de graces, et qu'il n'entroit dans aucune intrigue. Ce prince ayant remarqué le goût du jeune roi pour son précepteur, lui proposa l'archevêché de Rheims, comme un siège de la première distinction; mais il refusa d'être premier duc et pair de France, pour ne pas s'éloigner d'auprès de son élève. En 1726, il fut fait cardinal, et bientôt après, Louis XV le plaça à la tête du ministère. Il avoit alors plus de 70 ans. Le fardeau du gouvernement ne l'effraya point. Il s'étoit instruit en secret, pendant assez long-temps, de l'administration du royaume et de la politique étrangère; et dès qu'il eut obtenu la première place, il montra, jusqu'à près de 90 ans, une tête saine, libre, et capable d'affaires. Depuis 1726 jusqu'à 1740, tout prospéra. Il commença et termina glorieusement la guerre contre Charles VI. Il obtint la Lorraine pour la France. Cette guerre de 1733 fut finie en 1736, par une paix qui ne donna le calme à l'Europe que pour quelques années. Une nouvelle guerre, en 1740, vint troubler les derniers momens du cardinal de Fleury. Il mourut à Issy, près de Paris, le 29 janvier 1743, dans sa 90e année, avec la douleur de n'avoir vu, dans cette dernière guerre, qu'une suite de malheurs que le public lui reprochoit. Il avoit toujours négligé la marine; le peu de forces maritimes qui restoit à la France, fut détruit par les Anglois. Il voulut, autant qu'il étoit possible, introduire dans l'administration publique l'économie qu'il mettoit dans sa maison. C'est pour cette raison qu'il ne fit pas construire des vaisseaux. Son caractère tranquille lui fit peu estimer, et même craindre, les esprits actifs et profonds; il les écarta trop des grandes places. Il se défiouit plus des hommes, qu'il ne cherchoit à les connoître. L'élévation, dit un homme qui l'avoit beaucoup connu, manquoit à son caractère. Ce défaut tenoit à ses vertus, à sa douceur, à son égalité, à l'amour de l'ordre et de la paix. Il laissa tranquillement la France réparer ses pertes et s'enrichir par un commerce immense, sans faire aucune innovation. « Il gouverna, dit l'abbé Millot, sinon en génie élevé qui exécute de grandes choses; du moins en homme prudent qui s'accommode aux conjonctures, qui préfère l'essentiel au spécieux, et qui regarde la tranquillité publique comme le fondement du bonheur. » S'il accorda une protection trop marquée aux financiers, s'il fit trop d'attention aux querelles du Jansénisme, on doit moins s'en prendre à lui, qu'à quelques personnes qui l'approchoient. Il n'étoit pas porté de lui-même à faire de la peine; il n'aimoit ni à troubler 130 F L E la tranquillité des autres, ni qu'on troublat la sienne. Il fut heureux, autant qu'un ministre peut l'être. Il conserva dans l'âge le plus avancé, et dans les embarras des affaires, la sérénité et la gaieté de ses premières années. Jamais ministre n'a moins coité à l'état. Il n'eut ni le faste de *Bichelieu*, ni l'avidité de *Mazarin*. Tout son revenu n'alloit pas à cent mille livres. Il en employoit la moitié à faire du bien en secret, et l'autre étoit pour l'entretien d'une maison modique et d'une table sans profusion. Son ambition, plus adroite qu'impétueuse, née des circonstances plutôt que du caractère, sut se contenir dans les bornes les plus étroites. Le cardinal de *Fleury* étoit de l'académie Françoise, honoraire de celle des Sciences et des Belles-Lettres; il ne fit pas pourtant, pour les hommes à talens, tout ce qu'il auroit pu faire. Son âge et son caractère le portoient à penser qu'il n'y avoit plus en France d'hommes de génie, et que quand même il y en auroit, on pouvoit s'en passer. — Dans la *Vie du maréchal de Villars*, écrite par lui-même, le cardinal de *Fleury* est représenté comme une tête saine plutôt que forte; comme un courtisan souple, sans énergie dans le caractère, sans attachement sincère pour l'état, et beaucoup plus propre à concilier des cabales de cour, qu'à veiller sur les intérêts politiques de la monarchie. Il raconte qu'un jour dans le conseil, le cardinal ayant dit que les ministres ne devoient compte qu'au roi de leur conduite, il lui répondit: *Ils en doivent une plus sévère à Dieu et à leur propre gloire*. Ce portrait, tracé par *Villars*, est un peu différent de celui que nous avons fait de *Fleury* dans cet article. Mais la rigueur qu'il a exercée contre ce ministre, prit vraisemblablement sa source dans le refus qu'il fit d'employer les mesures vigoureuses proposées par le maréchal: mesures qui auroient replongé la France dans une guerre d'autant plus fâcheuse, que ses finances étoient épuisées. Dans l'état de désordre où les profusions de *Louis XIV*, et les opérations de la régence, avoient jeté les ressources du gouvernement et des particuliers, il fut heureux que l'humeur pacifique de *Fleury* balançât l'impétuosité belliqueuse de *Villars*. Si le cardinal avoit été cru, il auroit aussi épargné à la France la guerre de 1741. Il disoit que le roi ayant, par les préliminaires de la paix signés le 3 octobre 1735, garanti l'exécution de la pragmatique sanction, qui assuroit à la reine de Hongrie l'indivisibilité des états de l'empereur, la France devoit être fidèle à ses engagements. Il fut entraîné au-delà de ses désirs par les sollicitations du roi et de la reine d'Espagne, et par les importunités continuelles des principaux seigneurs de la cour, et sur-tout du comte de *Belle-Isle*, qui attendoit, ainsi que les autres, son avancement de la guerre. Voyez III. FOUQUER. Enfin, les ennemis du cardinal de *Fleury* lui ont reproché d'avoir favorisé les premiers penchans qui détachèrent *Louis XV* de la reine. Mais les gens instruits savent que, loin d'avoir formé ces nœuds, il osa faire des remontrances au roi, qui lui répondit: *Je vous ai abandonné la conduite de monroyaume, j'espère que vous me laisserez maître de la mienne*. — Marie de FLEURY, sœur du cardinal, et épouse de Bernardia de Rosset, eut un fils déclaré duc de Fleury en 1736, mort en 1748, et dont la postérité subsiste.
III. FLEURY, (François-Thomas) avocat de Paris sa patrie, se fit moins connoître au barreau que dans la société. Il y portoit une humeur gaie et un caractère indulgent. Ses Folies ou Poésies diverses, 1760, in 2, ses Chansons maçonnes, ne prouvent pas beaucoup d'imagination poétique; mais elles décident, dans l'auteur, un esprit naturel et agréable, qui devient tous les jours plus rare. Il travailla pour l'opéra comique, et il faisoit facilement les chansons de société. On a encore de lui le Dictionnaire de l'ordre de la Félicité, in-8. Il mourut en 1775.
IV. FLEURY, (N.) mort en 1746, a donné à l'Opéra Biblis et le Ballet des Genies. V. FLEURY-TERNAL, (Charles) né à Thein en Dauphiné, le 29 janvier 1692, se fit Jésuite, et professa long-temps avec distinction. Il mourut vers 1750, après avoir publié une Histoire du cardinal de Tournon, et une Vie de St. Bernard, 1728, in-12.
VI. FLEURY, (Jean-Omer-Joly de) mort le 25 novembre 1755, fut chanoine de la cathédrale de Paris. Il publia, en 1746, un ouvrage de piété qui a eu du succès, et qui est intitulé Science du Salut, tirée des Essais de Morale de Nicole.
FLINK, (Godefroi) peintre, né à Clèves en 1616, eut, dès sa plus tendre jeunesse, une forte inclination pour le dessin. Ses parens l'ayant mis chez un peintre, il fit, dans cet art, des progrès rapides. Lorsqu'il se vit en état de travailler seul, il alla à Amsterdam. Le goût général étoit alors pour la manière de Rembrandt. Flink se mit, pendant un an, sous la direction de ce fameux peintre. On assure qu'il ne fallut pas plus de temps pour que l'élève jouiât parfaitement le maître. Il abandonna ensuite sa manière, pour prendre celle des Italiens qu'il saisit parfaitement. Les ouvrages qu'il fit depuis, lui acquiert une si grande estime, que les bourgmestres d'Amsterdam le choisirent, préférablement à tout autre, pour faire huit grands Tableaux historiques, et quatre de moindre grandeur. Il mourut au milieu de ce travail, le 22 décembre 1660, âgé seulement de 44 ans.
FLIPART, (Jean-Jacques) graveur du roi, élève de Laurent-Cars, mort à Paris sa patrie, le 11 juillet 1782, à 67 ans, mérita les regrets de ses amis par sa modestie et sa douceur, et ceux des amateurs des beaux arts par ses talens. Le Paralytique, l'Accordée de Village, le Gâteau des Bois, sont au nombre de ses meilleures estampes.
FLOCQUET, (Étienne-Joseph) célèbre musicien, né à Aix en Provence en 1750, mort à Paris en 1785, n'avoit que douze ans, lorsqu'il fit exécuter une messe de sa composition. Un talent si prématuré devoit être produit dans la capitale. Il donna, à l'âge de vingt-deux ans, l'opéra de l'Union de l'Amour et des Arts, qui eut 80 représentations. Les Balleis qui sont agréables et frais contribuèrent beaucoup à ce succès. Flocquet s'en vantant et tout à la fois se plaignant de ses ennemis devant Gretz; ce- lui — ci lui dit : « Je ne vous conseille pas d'avoir un second succès ; car vous verrez qu'ils vous empoisonneront comme Per- golèze. » Floquet qui prit au sé- rieux cette plaisanterie et qui la répétoit avec complaisance, se mit à l'abri de la prédiction. Mal- gré un voyage qu'il fit en Italie aux frais de M. de Maillebois, pour y perfectionner ses talens, Azolan, Hellé et la Nouvelle Omphale qu'il fit représenter à son retour, n'eurent qu'un suc- cès médiocre. Le Seigneur bien- faisant fut plus généralement ap- plaudi. Mais un tableau de ven- danges, la vue d'un embrasement produit par la foudre assurèrent plus la réussite de cette pièce que ses vers et sa musique. Une Cha- conne brillante et expressive, duc à Flocquet, lui mérita plus de renom- mée que la plupart de ses autres compositions. M. de Saint-Marc, ayant retouché l'Alceste de Qui- nault, lui avoit confié cette pièce pour la mettre en musique, l'O- péra lui préféra l'Alceste de Gluck; cette espèce de réprobation le mit au tombeau. Trop avide de gloire, Flocquet avoit d'excellentes qua- lités. Il fut bon fils, bon frère, bon ami. Il applaudissoit même à ses ennemis. Les beautés de l'ouvrage me font oublier, disoit- il, la haine de l'auteur. Il por- toit dans la société beaucoup de candeur et une gaieté franche et naïve. — Il ne faut pas le con- fondre avec un de ses compa- triotes, Jacques — André FLO- QUET, ingénieur, mort en 1771, qui entreprit le canal de Pro- vence, sur lequel il publia plu- sieurs Mémoires et Devis depuis 1742 jusqu'en 1752. Ce canal trouva des obstacles qu'on n'a- voit pas prévus : c'est le sort or- dinaire de ces sortes d'ouvrages. Mais s'il ruina quelques action- naires, il n'appauvrit pas l'en- trepreneur.
FLODOARD ou FRODOARD, historien, étoit originaire d'E- pernai. Il demeura long-temps dans le clergé de Rheims, où il posséda des bénéfices. Il les quitta ensuite pour embrasser la vie re- ligieuse dans un monastère près de Rheims, où il mourut en 966, à 73 ans. On croit qu'il en fut abbé ; car on marque dans son épitaphe qu'il fut un Clerc chaste, un Son Religieux et un meilleur Abbé. Nous avons de lui une Chronique et une Histoire de l'Eglise de Rheims. Sa Chroni- que, généralement estimée des savans, commence à l'année 919, et finit en 966. Pithou et Du- chesne l'ont publiée. Son Histoire comprend toute la suite histori- que de l'église de Rheims, depuis sa fondation jusqu'en 949. La meilleure édition de cet ouvrage, curieux et intéressant pour les Rhémois, est celle de George Couvarier, in-8°, 1617. Flo- doard étoit aussi poète, et il composa en vers l'Histoire des Papes jusqu'à Léon VII, et les Triomphes de J. C. et des Saints, en dix-neuf livres. Il avoit été sur les rangs pour l'évêché de Noyon, et il fut attigé d'avoir manqué cette place. Adelgage, évêque de Brême, son ami, le consola par ces mots d'un Saint qu'il ne nomme point : Hélas ! je serois peut-être du nombre des réprouvés, si j'avois été de celui des Evêques.
FLOID, (le Père) Jésuite, Voyez II. SARTZ.
FLONCEL, (Albert-Fran- çois) né à Luxembourg en 1697, avocat en parlement, censeur royal de plusieurs académies d'Italie, s'est fait un nom par son amour pour la langue Italienne. Nommé secrétaire d'état de la principauté de Monaco en 1731, il joignit à cette charge celle de secrétaire des affaires étrangères en 1735, sous MM. Amelot et d'Argenson. Il fut enlevé aux lettres le 15 septembre 1773, à 76 ans. Sa bibliothèque, composée de huit mille articles de livres Italiens, a été vendue après sa mort. Elle a donné lieu d'en faire un Catalogue curieux, 1774, 2 vol. in-4.º — Mad. Floncel, (Jeanne-Françoise de LAVAU) morte en 1764, à 49 ans, avoit traduit les deux premiers actes de l'Avocat Vénitien de M. Goldoni, 1760, in-12.