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03.0 Dictionnaire historique — FLOOD – FREIG

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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FLOOD, (Jean) Voyez GRIFFITH.
FLORA, fameuse courtisane, fut tendrement aimée du grand Pompée, et ne voulut jamais répondre à la passion de Geminius. Il fallut que Pompée la priât de ne point le rebuter. Elle céda à ses prières; mais son premier amant, fâché, je ne sais par quelle bizarrerie, de ce qu'elle s'étoit rendue à ses instances, ne voulut plus la voir. Cette perte plongea cette beauté dans une telle affliction, qu'elle en fut long-temps malade. Sur le déclin de son âge, elle prenoit plaisir à conter les faveurs qu'elle avoit reçues de Pompée. Cœcilius-Metellus la fit peindre, et consacra son portrait dans le temple de Castor et Pollux.
FLORE, (Mythol.) Déesse des fleurs, nommée chez les Latins FLORA, et chez les Grecs
CHLORIS, épousa Zephire, qui lui donna l'empire sur toutes les fleurs, et la fit jouir d'un printemps perpétuel. Son culte passa des Grecs aux Sabins, et des Sabins aux Romains. On la représentoit ornée de guirlandes et couronnée de fleurs. Lactance raconte que Flore étoit une femme débauchée, qui, ayant amassé des richesses immenses, fit le peuple Romain son héritier, à condition qu'il feroit célébrer tous les ans, le jour de sa fête, des jeux en son honneur qui s'appelleroient Florales, Floraux. Dans la suite, le sénat réfléchissant sur l'origine de ces jeux, et voulant leur en donner une plus honorable, fit de Flore une Déesse, lui bâtit un temple, et institua des fêtes qui se célébroient dans le mois de mai avec une licence si outrée, qu'en y faisoient paroître des courtisanes toutes nues aux yeux des spectateurs. Varron dément ce récit de Lactance, et soutient que les Sabins reconnoissoient Flore pour Déesse avant qu'ils vinssent s'établir à Rome; puisque leur roi Tatius, sur le point de livrer bataille aux Romains, fit un vœu à cette divinité.
II. FLORE, (François) ou FLORIS ou FRANC-FLORE, naquit à Anvers en 1520. Ce peintre, le Raphaël de la Flandre, étoit fils d'un sculpteur. Il apprit le dessin sous son père, et perfectionna ses talens à Rome. De retour dans sa patrie, il la décora de ses tableaux. Il divisoit la journée en deux parties égales, l'une consacrée à peindre, et l'autre à boire. Il aimoit moins le jeu que le vin, et le vin moins que le travail. Il disoit ordinai- 134 FLO rement : Le travail est ma vie, et le jeu est ma mort. Il mourut en 1570, à 50 ans.
FLORENCE, (le Cardinal de) Voyez I. ZABARELLE. I. FLORENT V., comte de Hollande, fils de l'aillaune, roi des Romains, perdit son père dès son jeune âge. Livré à divers tuteurs, il y eut beaucoup de divisions dans son état. Dès qu'il put gouverner par lui-même, il fit la guerre aux Frisons rebelles. Ayant enlevé à un gentilhomme, nommé Gérard de Velsen, son épouse, il fut assassiné et percé de trente-deux coups d'épée par ce mari jaloux et irrité. Le meurtrier ayant été pris, fut conduit à Leyde, ou on le mit dans un tonneau hérissé de cloux. On le roula ainsi dans toute la ville, et il finit sa vie par ce cruel supplice. Florent mourut en 1596, après avoir régné quarante ans. Il laissa sept fils et quatre filles, (Voyez IV. GUILLACME, et X. MARGUERITE) de Beutris fille de Gui de Dampierre comte de Flandre, qu'il avoit épousée après la mort de sa première femme, de la maison de Châtillon.
II. FLORENT, (François) d'Arnaï-le-Duc, professeur en droit à Paris et à Orléans, mort dans cette dernière ville en 1650, a laissé des Ouvrages de Droit, que Doujat publia in-4°, en deux parties, 1675. La vie de ce jurisconsulte, également recommandable par sa probité et ses lumières, est à la tête.
FLORENT CHRÉTIEN, Voyez CHRÉTIEN, no III.
FLORENTIN, (Saint) fut un Martyr de Charollois, qu'on croit avoir souffert la mort pour la Foi vers 406.
FLORIAN, (Jean-Pierre CLARIS de) de l'académie Françoise et de plusieurs autres sociétés littéraires, lieutenant-colonel de cavalerie, naquit le six mars 1755, au château de Florian, près de Sauve dans les basses Cévennes, d'une famille noble et distinguée dans les armes. Il dut à Gilette de Salgue sa mère qui étoit Castillane d'origine, le goût très-vif qu'il montra toujours pour la littérature espagnole, et cette tournure d'esprit qui semble tenir à l'ancienne chevalerie, et qui se trouve dans tous ses ouvrages; mais ce fut particulièrement à Ferney qu'il puisa l'amour de la poésie et des lettres, et qu'il reçut en quelque sorte sa première éducation. L'un de ses oncles avoit épousé une nièce de Voltaire; son père étoit aimé de cet écrivain célèbre; il conduisit son fils auprès de lui, et l'auteur de la Heurinde se plait à en cultiver les dispositions naturelles. Le jeune Florian ne quitta Ferney que pour entrer dans les pages du duc de Penthèvre, qui bientôt après le nomma son gentilhomme ordinaire, et le plaça dans son régiment. D'Argental, ami de Voltaire, et qui se plaisoit à rassembler chez lui les hommes de lettres et les artistes en tout genre, avoit fait bâtir un petit théâtre; les premiers travaux littéraires de Florian lui furent consacrés. Il y sut donner au rôle d'art pour une sensibilité, une finesse qu'il n'avoit pas eu jusqu'en la. Ces petits drames, donnés ensuite au théâtre italien, y ressuscitèrent le genre de pièces qui en avoit fait souvent la fortune, avant que ce théâtre se fût exclusivement livré à des canevas et à des comédies en musique. Des prix remportés à l'académie Françoise, et dont *Florian* s'empressa d'offrir l'un à son père et l'autre à l'instituteur qui avoit pris soin de son enfance, et nombre d'écrits légers pleins de graces et de naturel, ne tardèrent pas à le faire distinguer de la foule des littérateurs. Devenu par la révolution, et par la mort du duc de *Penthièvre*, dont il ne s'éloigna jamais, entièrement étranger à tout ce qui l'étoit aux lettres, *Florian* devoit espérer de jouir en paix du bonheur d'un doux repos dans la solitude qu'il avoit choisie. Chassé de Paris, par le décret de la Convention qui en bannissoit tous les nobles, il s'étoit retiré à Seaux. Là, pendant qu'il mettoit la dernière main à un poème en prose dans les mœurs Hébraïques, intitulé *Ephraïm*, qu'il regardoit comme son chef-d'œuvre, le comité de sureté générale ordonna son arrestation. La chute de *Robespierre* le garantit de l'échafaud, et permit à l'un de ses intimes amis, membre de la Convention, mais jusqu'alors condamné au silence, de réclamer sa liberté. Malheureusement il étoit trop tard; l'imagination de *Florian* avoit été tellement frappée de ce qu'il avoit vu, de ce qu'il avoit souffert, de ce qu'il avoit craint, qu'il ne sortit de son cachot que pour aller mourir dans sa retraite de Seaux, le 13 septembre 1794, à l'âge de 38 ans. Un abandon aimable, une mélancolie douce et sensible formoient son caractère, et dominent dans ses écrits. La décence de ses mœurs, l'honnêteté de ses sentiments, la reconnoissance pour ses protec- teurs, les égards pour ses rivaux et ses confrères, lui attachoient tous les cœurs. Ses principaux ouvrages sont: I. *Les deux Billets*, comédie qui, dans un cadre simple et léger, renferme de la gaieté et du naturel. II. *Le bon Ménage*, pièce qui obtint un succès mérité par une sensibilité douce et attrayante. III. *Le bon Père*, et la *bonne Mère*, comédies qui offrent un caractère original et piquant, une morale pure, et qui excite tout à la fois l'attendrissement et le rire. IV. *Jeannot et Colin*, comédie dont le sujet est tiré d'un conte de *Voltaire*. V. *Le bon Fils*; *Blanche et Vermeille*, autres pièces qui obtinrent aussi des suffrages par des détails simples et vrais. VI. *Les Deux Jumeaux de Bergame*, où l'intrigue, fondée sur des méprises semblables à celles des *Ménechmes*, offre de la facilité et de l'agrément dans le dialogue. VII. *Le Baiser*, pièce de féerie en trois actes, présente quelques longueurs, et un dénouement trop attendu, mais en même temps un tableau naïf et charmant de deux amaux pleins d'ivresse et de crainte, parce qu'on leur a prédit les plus grands malheurs, si le jour de leur mariage ils se donnoient un seul baiser. VIII. C'est principalement dans le roman pastoral que *Florian* a le plus intéressé ses lecteurs. Le premier est *Galathée*, dont le fond, puisé dans *Cervantes*, a été embellé par l'auteur, de tableaux frais et exempts de faux goût. IX. *Estelle*, production du même genre, mais entièrement de l'invention de *Florian*, qui en a placé la scène intéressante et douce, aux environs de Nîmes, vers les lieux mêmes où il est né. X. *Vol-* 136 FLO taire et le Serf du Mont-Jura, pièce qui remporta le prix de poésie de l'académie Françoise, en 1782. L'abolition de la servitude et de la main-morte y est traitée avec une sage philosophie. XI. Ruth, églogue qui obtint le même prix sur soixante-cinq pièces admises au concours. La poésie y est convenable au sujet : au lieu de force, elle a une aimable simplicité et une sorte de langueur très-attachante. XII. Contes en vers. XIII. Eloge de Louis XII, auquel l'auteur a donné une forme dramatique et piquante. XIV. Nouvelles. Elles sont au nombre de douze, qui offrent toutes un caractère particulier de naturel, de philosophie ou de sentiment. La meilleure peut-être est une allégorie bien soutenue, et pleine de finesse, sur le bonheur. XV. Gonzalve de Cordou, roman héroïque, qui présente ce mélange heureux des actions guerrières et des mœurs pastorales, dont le contraste plaît toujours, et qui fait le charme de quelques productions espagnoles. Il est précédé d'un Précis historique sur les Maures, qui a de la rapidité et de la chaleur. XVI. Numa Pompilius, autre poème en prose, est supérieur au précédent, par l'intrigue et l'intérêt de la narration, mais fort au-dessous du Télémaque. Aussi son succès ne peut être comparé à celui de cet ouvrage si répandu : et Rivarol en a fort bien développé les causes. « L'ingénieuse modestie de l'auteur, dit-il, qui se fait remarquer dans la gravure qui est à la tête de son livre, a forcé tout le monde à comparer Numa à Télémaque. Plus il a craint d'être écrasé par la comparaison, plus on s'est obstiné à la faire. Examinons les causes du succès prodigieux de Télémaque, et nous découvrirons aussitôt celles du malheur de Numa. Le Télémaque parut dans des circonstances admirables; le siècle étoit purement littéraire, et la discussion ou la philosophie n'avoient pas encore intimidé les imaginations jusqu'à un certain point. Ce beau roman parut être une sublime traduction d'Homère ; ce fut une autre Odyssée, et, comme on a dit ailleurs, le Télémaque fut trouvé plus antique que les ouvrages des anciens. Il étoit composé pour un prince sur qui reposoit de grandes destinées. Mais ce qui, plus que tout cela, fit au Télémaque sa prodigieuse fortune, ce sont les allusions au règne, à la personne, et à toute la cour de Louis XIV ; chacun cherchoit des vengeances dans cet ouvrage, et les y trouvoit. Numa n'a aucun de ces avantages : il n'y a aucune allusion à faire ; il parut après Sethos et Téléphe qui sont tombés ; et comme on pourroit fort bien soutenir que le Télémaque, s'il paroissoit aujourd'hui pour la première fois, n'auroit pas la moitié de son succès, il est naturel de croire que Numa, cent ans plutôt, en auroit eu davantage. » Ajoutons à cela que le merveilleux de Numa Pompilius ne peut se comparer à celui du Télémaque. Pour tout homme qui connoit l'antiquité, il y a toujours deux mythologies, et toutes deux d'un intérêt bien différent. Ovide n'est plus le même, quand vers la fin des Métamorphoses, il passe des fables grecques aux fables étrusques, et pour arriver au parallèle, Mentor ou Minerve, Her- aule, *Philoctète*, *Ulysse*, *Idoménée*, *Calypso*, sont toute autre chose que des *Tullus* ou des *Tatius*, une *Hersilie* ou un *Léo*; toute cette poussière des Latins disparaît devant la *poétique cendre d'Ilion*. Il y a sur les fables des Grecs, je ne sais quelle vapeur magique qui se dissipe quand on arrive aux *mille et une nuits* des autres peuples. Il y a plus; ils sont nos aînés en poésie et même en philosophie, et nous leur confirmons nous-mêmes chaque jour ce double privilège. L'*Amour* sera toujours le fils de *Vénus*, *Cérès* toujours le pain, *Bacchus*, toujours le vin. L'amitié et la fraternité rappelleront toujours *Castor* et *Pollux*, *Oreste* et *Pilade*. Avec leur mythologie, ils ont baptisé toutes les passions; avec leur philosophie, tous les systèmes. Enfin, *Télémaque* cherchant son père de mer en mer, de rivage en rivage, vendu en Égypte, et perdu dans les déserts d'*Oasis*, l'emporte sur *Numa* caché dans les Alpes; et cela, parce que *Télémaque*, en cherchant *Ulysse*, cherche aussi à devenir un grand roi. Tel est peut-être aussi l'humanité, qu'un fils cherchant son père, nous touche autrement qu'un prince philosophe, prétendant à la royauté. La nature a fait des fils et des pères, et non des sujets et des maîtres. Il faut donc convenir que *Florian* n'a point eu comme *Fénélon*, le bonheur du sujet. « Son imagination, dit l'écrivain que nous avons cité, se promène dans des landes arides, et son style n'y est jamais rafraîchif par ces heureux sites et ces rians paysages qu'on rencontre si souvent dans le *Télémaque*. On a aussi remarqué dans *Numa* un défaut absolu de mouvement et de variété. On a dit que la pureté et l'élégance ne suffisioient pas dans un ouvrage de cette nature; il n'y a que les expressions créées qui portent un écrivain à la postérité. *Florian* paroît avoir des lois somptuaires dans son style, et son sujet exigeoit un peu de luxe. Enfin, le reproche le plus grave qu'on ait fait à *Numa*, c'est d'être plutôt un prince dévot et aventurier, qu'un législateur. On s'attendoit à trouver dans ce roman épique, les idées qui avoient cours en Europe depuis tant d'ouvrages répandus en France, en Angleterre et en Italie, sur la politique et la législation; mais on n'y trouva rien de relatif. » Cette réserve de *Florian*, sur ce dernier point, fut peut-être autant le fruit de sa prévoyance que de sa sagesse. XVII. *Fables nouvelles*. Ce recueil assura véritablement la gloire de l'auteur, qui, s'il est resté fort au-dessous de l'imitable *la Fontaine*, concourt, du moins, pour la première place après lui. Ses fables sont contées avec autant de naturel que de graces; l'esprit même que *Florian* ne pouvoit s'empêcher de mettre dans tout ce qu'il écrivoit, y devient un mérite de plus, parce qu'il n'exclut point la naïveté; la versification en est élégante et facile, le style pur et correct, le but toujours moral, et l'invention heureuse et piquante. XVIII. Il achevoit de traduire *Dom Quichotte*, chef-d'œuvre de ce *Cervantes*, qu'il aimoit si passionnément, lorsque la mort l'enleva. Cette traduction est meilleure que celle de *Filican de Saint-Martin*, dont la diction est si négligée, et les morceaux de poésie si platement rendus. XIX. *Florian* a laissé plusieurs ouvrages inédits, tel que le commencement d'une *Histoire an-* 138 FLO cienne à l'usage de la jeunesse ; un poème de Guillaume Tell, et sur tout celui d'Ephraim, en quatre chants, qui, suivant l'opinion de M. Boissé d'Anglas, offre avec un charme inconcevable, la tendresse fraternelle, la jalousie généreuse, et la passion de l'amour dans toute sa force et sa délicatesse. On a fait plusieurs éditions des ouvrages de Florian. La plus agréable est celle de Didot, en 15 vol. in-16, enrichis de gravures, sans y comprendre la traduction de Dom Quichotte. En général, les poésies de Florian, sur-tout ses romances, ont de la facilité, de la douceur et de l'harmonie ; mais lorsqu'il s'élève à un genre plus élevé, il manque quelquefois de vivacité, de force et de coloris. Sa prose a le même caractère que ses vers. La lecture de ses ouvrages remue peu l'âme : mais quelques-uns échauffent doucement, parce que dans les sujets qui exigent de la sensibilité, on voit qu'il écrivait d'après son cœur. Ce cœur, nullement jaloux, ne connut ni la haine, ni la vengeance : il eut des critiques comme tous les écrivains applaudis, mais il ne se permit jamais la moindre épigran me contre ses censeurs. Toutes ses productions furent lues avec avidité, parce qu'il peint, sinon avec énergie, du moins avec une touchante vérité, les mœurs et les caractères. C'est sur-tout dans les tableaux de la vie pastorale et de la douce tranquillité des champs, qu'il a le mieux réussi. Voltaire l'appelle dans ses lettres Florianet ; et ce nom mignard peint assez bien le genre d'esprit et de caractère de Florian.
FLORIDA - BLANCA, (Don Joseph MOXINO, comte de) grand-croix de l'ordre de Charles III, devint principal ministre d'Espagne, après de longs services. Son opposition aux principes de la révolution Françoise le rendit odieux, et lui fit perdre sa place, au commencement de 1792. Un chirurgien François avoit tenté de l'assassiner auparavant, et lui fit plusieurs blessures qui ne se trouvèrent pas mortelles. Florida - Blanca alla chercher la paix dans ses terres de Murcie. On l'en tira pour l'enfermer au château de Pampelune et le mettre en jugement ; mais il mourut de dissenterie, après quelques jours de détention.
FLORIDE, (le marquis de la) officier Espagnol, se distingua dans la guerre de la succession par sa bravoure. Il étoit commandant de la citadelle de Milan en 1706. Le prince Eugène maître de la ville, le fit sommer de capituler, menaçant de ne lui faire point de quartier, s'il ne se rendoit dans vingt-quatre heures. J'ai défendu, répondit cet homme intrépide, vingt-quatre Places pour les Bois d'Espagne mes maîtres, et j'ai envie de me faire tuer sur la brèche de la vingt-cinquième. Ce discours hardi, qu'on savoit être l'expression d'une âme forte, fit renoncer au projet d'attaquer le château, et l'on se contenta de le bloquer.
FLORIDOR, (Josias de Soulas, dit) acteur de province et ensuite de Paris, mort dans cette ville en 1672, à 64 ans. Ce fut en sa faveur que Louis XIV déclara, par arrêt, que la profession de comédien n'étoit pas incompatible avec celle de gentilhomme. Floridor l'étoit, et n'en étoit pas plus modeste.
FLORIDUS, (François) de Danadée dans la terre de Sabine, mort en 1547, est auteur d'un ouvrage intitulé : *Lectiones sub-ciscvæ*, Francfort, 1602, in-8°, qui lui fit un nom.
FLORIDUS, (Julianus) *Voyez* HENRI, n° I. à la fin.
FLORIEN, (Marcus-Antonius FLORIANUS) frère utérin de l'empereur Tacite, après sa mort en 276, se fit proclamer empereur par l'armée de Cilicie : mais celle d'Orient ayant forcé Probus d'accepter l'empire, il se prépara à marcher contre lui. Probus vint à sa rencontre, et refusa de composer avec Florien, qui, de désespoir, se fit ouvrir les veines deux mois après qu'il eut pris la pourpre. Ce prince avoit de l'ambition, mais n'avoit point de valeur.
FLORIMOND DE REMOND, né à Agen, fut conseiller au parlement de Bordeaux en 1570. Il se distingua moins comme magistrat, que comme controversiste. Il avoit eu d'abord du penchant pour les erreurs de Calvin ; mais il les réfuta ensuite avec zèle. Les novateurs, qui ne l'aimont point, disaient qu'il n'étoit que l'écho du Père *Richeome*, jésuite, auquel il prétoit son nom. *C'est un homme*, ajoutoient-ils, qui rend des arrêts sans conscience, fait des livres sans science, et bâtit sans argent. On a de lui : I. Plusieurs *Traités*, parmi lesquels on distingue celui *De l'Ante-Christ*. II. *De l'Origine des Hérésies*, 2 volum. in-4°; livre plein de recherches curieuses, mais qui prouvent plus d'érudition que de critique. *Florimond* mourut en 1602, dans un âge avancé : c'étoit un homme d'un caractère peu modéré.
FLORIO, (Jean) originaire de Sienne, mourut à Londres, sa patrie, en 1625, à 80 ans. On a de lui une traduction des *Essais de Montaigne*, en Anglois, 1632, in-folio. Il étoit Protestant, et avoit été obligé de quitter l'Angleterre sous la reine *Marie* ; mais il revint sous *Elisabeth*.
FLORIOT, (Pierre) prêtre du diocèse de Langres, confesseur des religieuses de Port-Royal, mort à Paris le 1er décembre 1691, à 87 ans, s'est fait un nom par la *Morale du Paten*, gros in-4°, 1709, dans lequel il paraphrase cette belle prière. On a encore de lui des *Homélies*, in-4° et un *Traité de la Messe de Paroisse*, in-8°, qu'on peut regarder comme un bon ouvrage de morale, et un médiocre traité de liturgie.
FLORIS, (François) *Voyez* FLORE, peintre, n° II. I. FLORUS, (L. Annæus-Julus) historien Latin, de la famille des *Annæus*, qui avoit produit *Sénèque* et *Læcain*, composa, environ 200 ans après *Auguste*, un *Abregé de l'Histoire Romaine*, en 4 livres, dont il y a plusieurs éditions. Les meilleures sont : *Celles d'Elzevir*, 1638, in-12; de *Gravius*, *cum notis Variorum* : 1702, 2 vol. in-8°; et de *Mad. Dacier*, *ad usum Delphini*, 1674, in-4°. *Le Voyer* le fils le traduisit en françois, sous le nom de *Monsieur*, frère de *Louis XIV*, 1656, in-4° *Florus* écrit d'un style fleuri, élégant, mais quelquefois boursouflé. Son ouvrage est plutôt un panégyrique du peuple Romain, qu'une histoire bien suivie. On ne doit pas être surpris que *Florus* soit enflé dans son histoire : il étoit poète. Spartien rapporte que l'empereur Adrien entra en lice avec lui, et qu'ils firent des vers l'un contre l'autre. L'empereur reprochoit au poète d'aimer le cabaret ; le poète auroit pu reprocher au prince d'aimer trop la poésie. Voyez VIII. ADRIEN.
II. FLORUS, ( Drepanius ) fameux diacre de l'église de Lyon, au IXe siècle, fut ami de l'archevêque Agobard. Il présida aux écoles de Lyon, et fut chargé par le clergé de sa province, de répondre au livre de Jean Scot, sur la Prédestination. Il laissa d'autres ouvrages, parmi lesquels on remarque une Explication du Canon de la Messe, où il donne trop dans le sens mystique, et ne s'attache pas assez au sens littéral ; et un Commentaire sur St. Paul. On trouve ses différens ouvrages dans quelques éditions du vénérable Bède, et dans la Bibliothèque des Pères. Un manuscrit des ouvrages de Florus découvert à la grande Chartreuse lui a fait restituer une foule de poésies attribuées à Pacat, et à un Trépanius-Florus, poète inconnu.
FLOUR, ( Saint ) premier évêque de Lodève, martyrisé en Auvergne vers 389, donna son nom à la ville de Saint-Flour.
FLUD, ou DE FLUCTIBUS ( Robert ) docteur en médecine à Oxford, né à Milgate, dans la province de Kent en 1574, mourut à Londres le 8 septembre 1637, à 65 ans. Il fut surnommé le Chercheur, parce qu'il fit beaucoup de recherches dans les mathématiques et dans la philosophie : il fut mis dans la nombreuse liste des sorciers par quelques ignorans. On lui attribue l'invention du thermomètre dont plusieurs font honneur à Drébellius. Il laissa des ouvrages de médecine, de philosophie, d'alchimie, dont la collection fut imprimée à Oppenheim et à Gonde en 1617 et années suivantes, fig. cinq vol. in-fol. Les principaux sont : Apologie des Frères de la Rose-Croix, Leyde, 1616, in-8.° lat. — Tractatus Theologo-Philosophicus de vitd, morte et resurrectione, 1617, in-8.° — Utriusque Cosmi Metaphysica, Physica et Technica historica, 1617, 4 vol. in-folio. — Veritatis Proscenium. — Sophia cum Moria certamen. — Monochordum mundi symphoniacum. — Summum bonorum, quod est verum Magiæ, Cabbalæ, Alchymiæ, Fratrum Roseæ-Crucis verorum veræ subjectum. — Philosophia Mosaica, 1659, in-folio, — Amphitheatrum Anatomiæ, 1623. in-fol. — Philosophia sacra, etc. Gassendi à écrit contre Flud.
FLURANCE, Voy. RIVAULT. FŒDEROWITZ, Voyez MICHEL, n° x. I. FŒDOR, ( Jean ) diacre, né à Moscow, fit connoître l'imprimerie à sa patrie. Réuni à Pierre Timofée Mstislausow, ils publièrent en 1564 l'Apostol, ou Actes des Apôtres. L'académie de Pétersbourg en possède le seul exemplaire que l'on connoisse et qui lui fut remis en 1730 par un soldat qui l'avoit trouvé sous des décombres.
II. FŒDOR ou FEDOR, fils aîné du czar Alexis, monta sur le trône de Russie en 1676. Il avoit été élevé pour la guerre et pour le cabinet. Dès qu'il eut soumis l'Ukraine révoltée, et qu'il eut fait la paix avec les Turcs, il s'occupa du soin de policer ses états. Il encouragea plusieurs citoyens de Moscow à bâtir des maisons de pierres, à la place des chaumières qu'ils habitoient. Il agrandit cette capitale. Il fit des réglemens de police générale; mais en voulant réformer les Boards, il les indisposa contre lui. Il méditoit de plus grands changemens, lorsqu'il mourut sans enfans, en 1682, à la fleur de son âge. Son second frère, Pierre, qui n'étoit âgé que de dix ans, et qui faisoit déjà concevoir de grandes espérances, régna après lui, et acheva ce que Fedor avoit commencé. Ce prince avoit de bons desseins; mais il n'avoit ni assez de lumières, ni assez d'activité, ni même de santé pour les faire réussir.
FOÉ, (Daniel de) poète Anglois, fut d'abord destiné par ses pareris à une profession mécanique, qu'il abandonna bientôt pour se livrer à son penchant pour la poésie. Il épousa avec vivacité les intérêts du roi Guillaume prince d'Orange, essuya divers chagrins qu'il s'attira par sa plume satirique, et mourut en 1731. On a de lui: I. Les Aventures de Robinson Crusoé en anglois, 1719, qui a été faussement attribué à Richard Steele, l'un des écrivains du Spectateur: ce roman est écrit d'une manière si naturelle, que long-temps il a passé pour une relation exacte d'un voyageur véridique. Mais si Robinson Crusoé n'a pas existé, les faits qu'on y raconte, ont leur fondement dans les aventures de quelques voyageurs. En 1681, un Moskite Indien, abandonné dans l'isle de Juan Fernandez y vécut seul pendant trois ans, et se procura par la chasse, la pêche et son esprit industrieux presque toutes les nécessités de la vie. Dampierre qui le découvrit dans son isle, en parle dans son Voyage. En 1705, un Ecosois nommé Alexandre Selkirck, avant eu des démêlés avec le capitaine du vaisseau les Cinq-ports, fut laissé dans cette même isle. On lui donna ses habits, son lit, son fusil, de la poudre; et avec ces petites provisions il pourvut à tous ses besoins. Quand la poudre lui manqua, il prenoit les chèvres à la course, et il devint aussi arille que ces animaux. (Voyes VAN - EFFEN.) Frutry, avocat au parlement de Douai, a donné une édition de Robinson, en 1766, 2 vol. in-12; il en a abrégé la vie sans en altérer le caractère. Il avoit promis d'en retrancher quelques déclamations indécentes que l'auteur anglican s'étoit permises contre la religion catholique et ses ministres; mais il n'a pas toujours rempli sa promesse. II. Le vrai Anglois de naissance, poème fait à l'occasion de la révolution qui plaça Guillaume sur le trône de son beau-père, en réponse à l'ouvrage intitulé: Les Etrangers. III. La réformation des Mœurs, où il attaque ouvertement les personnes du plus haut rang, qui employoient leur autorité à soutenir l'impiété et la dissolution. IV. Essai sur le pouvoir du Corps collectif du Peuple Anglois, Cet ouvrage est en faveur de la Chambre des Communes. V. Le court moyen contre les Non-Conformistes, qui lui attira une punition publique, plus ignominieuse que cruelle. Il fut mis au pilori. Ses divers écrits politiques ont été réunis en 2 vol. in-8. Son fils, Norton de Foé, 742 FOE n'étoit pas moins satirique que lui. *Pope* ne les a pas oubliés dans sa *Dunciade*.
FOES ou FORSIUS, (Anutins) médecin de Metz, mort en 1595, à 68 ans, étoit très-versé dans la langue grecque. Son amour pour l'étude l'empêcha de s'attacher à des principes qui auroient pu faire sa fortune. Il est auteur d'une *Traduction* très-fidelle des *Œuvres d'Hippocrate* en latin, accompagnée de corrections dans le texte, et ornée de scoles; à Genève, 1657, 2 vol. in-folio. On a encore de lui une espèce de *Dictionnaire* sur *Hippocrate*; Francfort, 1588, in-folio.
FOGLIETA, (Uberto) savant Génois, eut part aux troubles qui s'élevèrent à Gênes, et fut envoyé en exil. Pour se consoler des tribulations qu'il avoit essuyées dans le monde, il ne voulut avoir de commerce qu'avec les lettres. Le cardinal *Hippolyte d'Est* le reçut dans sa maison à Rome. Il y mourut le 5 septembre 1581, âgé de 65 ans. Parmi les ouvrages sortis de sa plume, on distingue: I. Son traité *De ratione scribendae Historiae*; aussi judicieux que bien écrit. II. *Historia Genuensina*, rare, 1585, in-fol., diffuse, mais fidelle et élégante. *François Serdouati* en a fait une traduction en italien, qui est estimée. III. *Tumulus Neopolitani*, 1571, in-4.º IV. *Elogia clarorum Ligurum*, in-4.º V. *De sacro fordere Selimum*, in-4.º VI. *De linguae Latinae usu et præstantii*, 1723, in-8.º VII. *De causis magnitudinis Turcarum Imperii*, in-8.º VIII. *De similitudine normae Polybianae*, dans ses *Opuscules*, à Rome, 1579, in-4.º IX. *Della* *Republica di Genoa*, in-8.º: ouvrage intéressant pour ceux qui veulent connoître cette république, du moins telle qu'elle étoit dans le XVI$^{e}$ siècle.
FOHE, Voyez FÉ.
FOHI, premier roi de la Chine, régla les mœurs des Chinois, alors barbares, et leur donna des lois. On prétend qu'il fit plus, qu'il dressa des tables astronomiques. Il régnoit, dit-on, du temps des patriarches *Heber* et *Phaleg*; mais on ne sait rien d'assuré sur ce monarque, et son histoire n'est point établie sur des monumens authentiques.
FOI, Divinité allégorique, que les poètes représentent habillée de blanc, ou sous la figure de deux jeunes filles se donnant la main; ou sous celle de deux mains seulement, enlacées l'une dans l'autre. La FOU, comme *Vertu* théologaie, est peinte sous la figure d'une femme qui tient une croix posée sur une pierre angulaire; l'ESPÉRANCE est appuyée sur une ancre, qui est son attribut; la CHARITÉ, dont le front est surmonté d'une flamme, embrasse et tient sur son sein un groupe d'enfants qu'elle allaite.
FOIGNI, (Gabriel) Cordelier défroqué, se retira en Suisse vers 1667, et fut chantre de l'église de Morges. En avant été chassé pour quelques indécences qu'il y commit à la suite d'une débauche, il alla se marier à Genève, où il enseignoit la grammaire et le François. Il y fit paroître, en 1676, l'Australie, ou les *Aventures de Jacques Sadeur*, in-12, qui faillirent à l'en faire chasser, parce qu'on y trouva des impiétés et des obscénités. On l'y toléra cependant; mais au bout de quelque temps, il fut obligé d'en sortir, laissant à sa servante des marques scandaleuses de leur commerce. Il se retira en Savoie, et mourut dans un couvent, en 1692. Son Voyage romanesque fut très-recherché, tant qu'il fut défendu; mais il est assez méprisé aujourd'hui.
FOINARD, (Frédéric-Maurice) curé de Calais, mort à Paris en 1743, âgé de 60 ans, étoit de Conches en Normandie. On a de lui quelques ouvrages, dont les plus connus sont : I. Projet pour un nouveau Bréviaire Ecclésiastique, avec la critique de tous les nouveaux Bréviaires qui ont paru jusqu'à présent, in-12, 1720. II. Bréviarium Ecclésiasticum, exécuté suivant le projet précédent, 2 vol. in-12. Les auteurs des nouveaux Bréviaires ont profité de celui-ci. III. Les Pseaumes, dans l'ordre historique, in-12, 1742. IV. Deux vol. in-12, sur la Genèse. Des idées singulières, que l'auteur hasarda sur le sens spirituel, firent supprimer cet ouvrage. I. FOIX, (Raymond Roger, comte de) accompagna le roi Philippe-Auguste à la guerre de la Terre-sainte en 1190. Il prit depuis le parti des Albigeois avec feu; mais son ardeur ne le mena qu'à des humiliations. Il fut obligé de demander la paix, et de reconnoître pour comte de Toulouse Simon de Montfort. Puylaurens rapporte qu'en une conférence tenue au château de Foix entre les Catholiques et les Albigeois, la sœur du comte, non moins ardente que son frère, voulut parler en faveur de ces derniers. Allez, Madame, lui dit Etienne de Minéa, filez votre quenouille; il ne vous appartient pas de parler dans une dispute de religion. Raymond Roger mourut en 1222. L'illustre maison de Foix dont étoit Raymond, descendoit de Bernard, deuxième fils de Roger II, comte de Carcassonne. Bernard eut le comté de Foix en 1662, et le posséda pendant 34 ans. Sa postérité subsista avec honneur jusqu'à Gaston III, qui vit mourir son fils avant lui; Voy. Gaston III. Il mourut lui-même en 1391, ayant cédé le comté de Foix à Charles VI; mais le roi, par générosité, le rendit à son cousin Matthieu, qui mourut en 1398 sans enfans, et dont la sœur Isabelle éponsa Archamband de Grailly ou de Grely, qui prit le nom de Foix. Son petit-fils, Gaston IV, se maria avec Eléonore, reine de Navarre. Sa postérité masculine fut terminée par Gaston de Foix, duc de Nemours, tué à la bataille de Ravenne en 1512, à 24 ans. (Voyez. II GASTON.) Mais Catherine de Foix, reine de Navarre, (Voy. CATHERINE n° IV.) petite-fille de Gaston IV, avoit épousé Jean d'Albert, dont la petite-fille fut mère d'Henri IV... Archamband de Grailly avoit eu un second fils, nommé Gaston, captal de Buch, et dont les descendants furent comtes de Candale et ducs de Rendan. Cette branche avoit été honorée de la pairie sous le titre de Rendon, par considération pour Marie-Claire de Beaufremont, marquise de Senecy, dame d'honneur d'Anne d'Autriche, qui avoit épousé Jean-Baptiste Gaston de Foix, comte de Fleix, tué au siège de Mardick en 1646. Elle mourut elle-même en 1680. Ses trois fils h'ont point laissé de postérité. Le dernier, Henri-Charles, qui portoit le nom de Duc de Foix, est mort en 1714.
II. FOIX, (Pierre de) fils d'Archambault captal de Buch, et d'Isabelle, comtesse de Foix, d'abord Franciscain, cultiva avec succès les lettres sacrées et profanes. L'antipape Benoit XIII l'honora de la pourpre en 1408, soit pour récompenser son mérite, soit pour attirer dans son parti les comtes de Foix. Pierre n'avoit alors que 22 ans; il abandonna le Pontife, son bienfaiteur, au concile de Constance, préférant les intérêts de l'Eglise à ceux de l'amitié. Le concile lui confirma la qualité de cardinal. Martin V l'envoya légat en Aragon, pour dissiper les restes du schisme. Il y réussit, et mourut le 13 décembre 1454, dans sa 78e année, à Avignon, dont il avoit la vice-légation. Il étoit aussi archevêque d'Arles. C'est lui qui a fondé à Toulouse le collège de Foix. — Il faut le distinguer du cardinal Pierre de Foix, son petit-neveu, non moins habile négociateur, qui mourut évêque de Vannes, à la fleur de son âge, en 1490.
III. FOIX, (Catherine de) héritiere de François Phébus, porta en dot la Navarre à Jean d'Albret qu'elle épousa vers l'an 1484. Leur désunion favorisa l'envahissement de leurs états par Ferdinand, roi d'Espagne qui fit autoriser son usurpation par une bulle du pape Jules II.
IV. FOIX, (Odet de) seigneur de LAUTREC, maréchal de France, gouverneur de la Guienne, étoit petit-fils d'un frère de Gaston IV, duc de Foix. Il porta les armes dès l'enfance. Ayant suivi Louis XII en Italie, il fut dangereusement blessé à la bataille de Ravenne, en 1512. Après sa guérison, il contribua beaucoup au recouvrement du duché de Milan, François I lui en donna le gouvernement. Lautrec savoit combattre, mais il ne savoit pas commander. On le trouvoit généralement haut, fier et dédaigneux; également incapable de manier les esprits et de s'insinuer dans les cœurs, il ne pouvoit rien obtenir que par la crainte ou par la violence. Une certaine impétuosité de caractère le jetoit souvent dans des fautes, que son orgueil ne lui permettoit pas toujours de réparer. Général malheureux parce qu'il étoit altier et imprudent, il fut chassé de Milan, de Pavie, de Lodi, de Parme et de Plaisance, par Prosper Colonne. Il tâcha de rentrer dans le Milanez par une bataille; mais ayant perdu celle de la Bicoque en 1522, il fut obligé de se retirer en Guienne, dans une de ses terres. Sa disgrace ne fut pas longue. En 1528, il fut fait lieutenant-général de l'armée de la Ligue, en Italie, contre l'empereur Charles-Quint. Il emporta d'abord Pavie, qu'il mit au pillage; (Voyez HOSTASIUS) puis s'avança vers Naples, et mourut devant cette place le 15 août de la même année, après avoir lutté quelque temps contre l'ennemi, la peste, la misère et la famine. Le pape lui fit faire un service solennel dans l'église St-Pierre de Rome, et le roi dans l'église Notre-Dame de Paris. Son corps fut porté en Espagne par un Espagnol, qui espéroit en tirer de l'argent de ses héritiers; mais 20 ans après, Ferdinand, duc de Sessa, petit-fils de Gonsalve de Cordoue, le fit placer dans le tombeau de son grand-père, avec cette inscription : Ferdinand GONSALVE, petit-fils du Grand Capitaine, a rendu les derniers honneurs à la mémoire d'Odet de FOIX, Lautrec, quoiqu'il fût ennemi de sa nation. — Il avoit deux frères et une sœur : ces deux frères étoient Thomas qui suit ; et André, seigneur de l'Espace, tué à la bataille de Logrogno en 1521. La sœur étoit Françoise comtesse de Chateaubriand, maîtresse de François I. Voyez CHATEAUBRIAND. V. FOIX, (Thomas de) dit le Maréchal de LESCUN, avoit plus de bravoure que de conduite. Il passoit pour un homme cruel et extrêmement avare. Ses exactions firent soulever le Milanez en 1521. Après la perte de la bataille de la Bicoque, ou Lescun eut un cheval tué sous lui, les ennemis l'assiègèrent dans Crémone. Il n'y tint pas aussi long-temps qu'il le pouvoit ; et en rendant la place, il promit de faire évacuer toutes celles du Milanez où il y avoit garnison Françoise : composition honteuse, qui fut blâmée de tout le monde. Il reçut à la journée de Pavie, en 1525, un coup de feu dans le bas-ventre, dont il mourut sept jours après, prisonnier de guerre à Milan.
VI. FOIX, (Paul de) archevêque de Toulouse, de la même famille que Lautrec, se distingua dans ses ambassades en Écosse, à Venise, en Angleterre, et surtout dans celle de Rome auprès du pape Grégoire XIII. Il mourut dans cette ville en 1584, à 56 ans. Muret, dont il avoit été le bienfaiteur, prononça son oraison funèbre. Ce prélat étoit homme de lettres, et aimoit ceux qui les cultivoient, sur — tout ceux qui brilloient par leur éloquence, ou qui possédoient les écrits d'Aristote, dont il étoit admirateur passionné. On a de lui des Lettres, in — 4°, Paris 1628, écrites avec précision. Elles prouvent qu'il étoit un assez bon écrivain et un grand homme-d'état. C'est sans preuve qu'on les a attribuées à d'Ossat, son secrétaire d'ambassade, depuis cardinal.
VII. FOIX, (Marguerite de) duchesse d'Epernon, se rendit célèbre par son intrépidité en 1588. Son époux défendoit le château d'Angoulême ; pour s'en emparer, on conduisit la duchesse à la porte de la citadelle, en la menaçant d'un mauvais parti, si elle ne déterminoit le duc à se rendre. Celle-ci, arrivée près du rempart, exhorta son époux à se bien défendre et à ne point être touché de son sort. On respecta le courage de Marguerite, et le duc ayant été secouru, elle entra en triomphe dans le château.
VIII. FOIX, (François de) duc de Candale, commandeur des ordres du roi, et évêque d'Aire, mort à Bordeaux vers l'an 1594, à 90 ans, traduit le Pimandre de Mercure-Jérismé-giste, et les Flémens d'Euchille qu'il accompagna d'un commentaire. Cette version est trop libre. Le traducteur François s'écarte de son original, et donne très-souvent ces propres pensées pour celles du geomètre Grec.
IX. FOIX, (Louis de) architecte Parisien, florisoit sur la fin du 16e siècle. Il fut préféré 146 FOI à tous les architectes de l'Europe par Philippe II, qui le choisit pour élever le palais et le monastère de l'Escurial. De retour d'Espagne, il boucha l'ancien canal de l'Adour, et en creusa un nouveau en 1579. Ce fut lui encore qui bâtit, en 1585, le fanal à l'embouchure de la Garonne, qu'on appelle communément la Tour de Cordouan. X. FOIX, (Marc-Antoine de) Jésuite, né au château de Fabas dans le diocèse de Couserans, mort à Billon en Auvergne, l'an 1687, dans un âge assez avancé, fut homme de lettres, théologien, prédicateur, professeur, recteur, provincial, et tout ce que l'étendue de ces titres exigeoit. On a de lui : I. L'Art de prêcher la parole de Dieu, in-12. C'est l'ouvrage d'un savant et d'un homme d'esprit, instruit de la littérature sacrée et profane. II. L'Art d'élever un Prince, in-12, attribué d'abord au marquis de Vardes : bon livre, dont le succès fut rapide ; mais où l'on trouve trop de choses communes, ainsi que dans le précédent.
FOIX, (Gaston de) Voyez GASTON, nos I et II.
FOIX, Voyez St-Foix (Germain Poulain de). L FOLARD, (le Chevalier Charles de) né à Avignon le 13 février 1669, d'une famille noble, montra dès l'enfance des inclinations militaires. Il sentit augmenter son penchant, à la lecture des Commentaires de César. Il s'engagea dès l'âge de 16 ans ; on le dégagea, il se rengagea encore, et ses parens le laisserent suivre l'impulsion de la nature. De cadet dans le régiment de Berri, devenu sous-lieutenant, il fit le métier de partisan pendant tout le cours de la guerre de 1688, et ce métier, qui n'est pour tant d'autres qu'une espèce de brigandage, fut pour lui une école. Il exécuta en petit, tout ce qu'il avoit vu faire en grand ; il leva des cartes, il dressa des plans ; il parut dès-lors un homme rare. La guerre de 1701 lui fournit de nouvelles occasions de signaler son habileté et ses connaissances. Le duc de Vendôme le fit aide de camp, et ne le céda qu'avec regret à son frère le grand-prieur, qui commandoit alors l'armée de Lombardie. Le chevalier de Folard répondit à l'idée qu'on avoit de lui ; il contribua beaucoup à la prise d'Hostiglia et à celle de la Cassine de la Bouline, qui lui mérita la croix de St-Louis et une pension de 400 livres. Blessé dangereusement à la bataille de Cassano, en 1705, il réfléchit, au milieu des douleurs cuisantes que lui causoient trois coups de feu, sur l'arrangement de cette bataille, et forma dès-lors son système des colonnes. Après s'être distingué dans plusieurs sièges en Italie, et sur-tout à celui de Modène, il passa en Flandre, fut blessé à Malplaquet, et fait prisonnier quelque temps après. Le prince Eugène, jaloux d'un tel homme, ne put le gagner par les offres les plus avantageuses. Folard, aussi bon François qu'excellent capitaine, l'engagea dans une mauvaise manœuvre, qui tira Villars d'une position très-dangereuse. De retour en France, il eut le commandement de Bourbourg, qu'il conserva jusqu'à sa mort. En 1714, il se rendit à Malte, assiégée par les Turcs, et s'y montra ce qu'il avoit paru partout ailleurs. Le désir de servir sous *Charles XII*, plutôt que l'intérêt, l'attira en Suède. Il vit ce roi soldat, et lui fit goûter ses nouvelles idées sur la guerre. *Charles* destinoit le chevalier *Folard* à être un des instruments dont il vouloit se servir dans une descente projetée en Ecosse; mais la mort du héros, tué au siège de Frédérikzhall, dérangea tous ses projets, et obligea *Folard* à revenir en France. Il servit en 1709 sous le duc de *Berwick*, en qualité de mestre-de-camp, et ce fut sa dernière campagne. Il avoit étudié toute sa vie l'art militaire en philosophe; il l'approfondit encore plus, lorsqu'il fut rendu à lui-même. Il donna des leçons au comte de *Saxe*, et prédit dès-lors ses succès. Un tel élève dit plus en faveur d'un maître, qu'un long panégyrique. Le chevalier de *Folard* exposa ses nouvelles découvertes dans ses *Commentaires sur Polybe*, en 6 vol. in-4°, 1727, réduits depuis en trois par un homme du métier. On y a ajouté un septième volume en Hollande. L'auteur peut être appelé à juste titre le *Végèce moderne*. En homme de lettres, il a su puiser dans les sources les plus cachées, tout ce qu'il a cru propre à nous instruire; et en homme de guerre, il l'a exposé avec beaucoup d'intelligence. Le fond en est excellent, mais la forme n'en est pas si agréable. L'abondance des idées de l'auteur entraîne une profusion de paroles. Son style est négligé, ses réflexions sont détachées les unes des autres; ses digressions, ou inutiles, ou trop longues. On a encore de cet habile homme: I. Un livre de *Nouvelles Découvertes sur la Guerre*, in-12. Les idées y sont aussi profondes et plus méthodiques que dans son Commentaire. II. Un *Traité de la défense des Places*. III. Un *Traité du métier de Partisan*, manuscrit que le maréchal de *Belle-Isle* possédoit. Le chevalier de *Folard* mourut à Avignon le 23 mars 1752, à 83 ans. S'il eut de grands talens, il n'eut pas moins de vertus. Il auroit pu faire une fortune assez considérable; mais ses liaisons avec les défenseurs des miracles qu'on attribuoit à M. *Paris*, le firent regarder de mauvais œil par le cardinal de *Fleury*. On vit quelquefois ce vieil officier au milieu d'une troupe de convulsionnaires, si l'on s'en rapporte à l'auteur de l'*Histoire du Voyage Littéraire fait en France* en 1733, la Haye, 1735. Ceux qui voudront connoître plus particulièrement cet homme célèbre, peuvent consulter les *Mémoires* pour servir à son Histoire, imprimés à Paris, sous le titre de *Ratisbonne*, en 1753, in-12.
II. FOLARD, (François-Melchior de) Jésuite, frère du précédent, membre de l'académie de Lyon, naquit à Avignon en 1683, et mourut en 1739, à 56 ans. On a de lui *Édipe* et *Thémistocle*, tragédies foibles; et l'*Oraison funèbre du Maréchal de Villars*, non moins médiocre. Il étoit plus recommandable par les charmes de son caractère, que par ses talens. I. FOLENGO, (Jean-Baptiste) Bénédictin Mantonan, mort en 1559, à 60 ans, laissa un *Commentaire sur les Pseumes*, imprimé à Basle en 1557, in-fol.; et sur les *Epitres Catholiques*, in-8°, écrit noblement et purement. Il commente en critique, 148 FOL et presque toujours avec intelligence. Il étoit frère du suivant.
II. FOLENGO, (Théophile) plus connu sous le nom de MERLIN Coccaye, étoit d'une famille noble de Mantoue. Sa jeunesse fut fort orageuse. Il étudia les humanités sous Virago Coccaio, et alla ensuite à Bologne faire sa philosophie, sous Pierre Pomponace. Son père voulut que son premier maître l'y accompagnât pour veiller sur sa conduite; mais la vivacité de son esprit, et son goût pour la poésie, lui firent négliger ses études; et tout ce que Coccaio put faire pour le porter à s'y appliquer, fut inutile. Son premier ouvrage fut un poème intitulé : Orlandino, où il prit le nom de Limerno Pittoco. Il fut enfin obligé de quitter Bologne avec précipitation, de même que son maître, pour ne point tomber entre les mains de la justice. On ne dit rien du sujet qui la leur faisoit appréhender; mais c'étoit sans doute quelque folie de jeunesse. Son père qui n'avoit pas sujet d'être content des progrès qu'il avoit faits dans la philosophie, le reçut fort mal. Cet accueil le jeta dans un tel désespoir, qu'après avoir couru quelque temps le monde, il prit le parti des armes. Il s'en lassa, et étant à Bresse, il se fit Bénédictin dans le monastère de Sainte-Euphémie, de la congrégation du Mont-Cassin, où il avoit déjà un frère. (Voy. l'article précédent.) La tournure de leurs esprits fut bien différente; l'un se consacra à l'érudition et à la piété, l'autre à la bouffonnerie et à la turlupinade. Théophile étoit fort enjoué, et poète: double titre pour se faire des ennemis. Ses confrères lui suscitèrent des affaires fâcheuses, parce qu'il ne les épargnoit pas dans ses vers; mais il échappa à leurs poursuites par la protection de plusieurs seigneurs. Il mourut le 9 décembre 1544, à 51 ans, dans son prieuré de Sainte-Croix de Compesio, près de Bassano, dans l'état de Venise. De tous ses ouvrages, le plus connu est sa Macaronée ou Opus Macaronicum, Tusculani, 1621, figure; Venise, 1561, in-12; et Amsterdam, 1692, in-8', figure. [Ce nom Macaronique, qu'on a donné à toutes les productions du même genre, vient du mot italien Macaroni, qui est le nom d'un gâteau qu'on fait en Italie avec de la farine, des œufs et du fromage.] Le poème de Folengo fut reçu avec transport, dans un siècle où les bouffonneries pédantesques tenoient lieu de saillies, les anagrammes de bons mots, et les logogriphes de pensées. Il est difficile de faire un usage plus singulier de son esprit. Il s'abandonne entièrement à son imagination, aussi vive que bizarre, sans respect, ni pour la langue Latine, dont il fait un mélange monstrueux avec l'Italienne, ni pour le bon goût qu'il choque trop souvent. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que l'auteur, qui ne passe que pour un bouffon, et qui dans sa Macaronée ne mérite pas d'autre titre, fait pourtant entrer dans cet ouvrage d'excellentes réflexions sur les vices des hommes. Il tourne en ridicule les vains titres des grands; il attaque fortement les passions, sur-tout la paresse, l'envie, la volupté, la curiosité frivole. Semblable à Rabelais, l'un de ses imitateurs, il fait paroître une grande connoissance des sciences, des arts, et des antiquités. Nous ci- terons quelques-unes de ses mo- ralités, pour donner au lecteur une idée de son style et de la tournure de son génie :
SUN felix, quisquam pro me vult po- nere vitam; Sum pauper, nemo pro me vult ponere robbam.
NON mancant homines me consiliare scientes; At mancant homines, heu! me ajutare volentes.
FALLITUR, extremam qui se conduci ad horam, Sperans deleri modico sua crimina luctu; Non amor hunc tangit, Baratir sed maximus horror. En parlant de la Confession, il dit:
QUIS tam sanctus homo, quem non quandoque patescat Esse caro, pressusque ruat sub pondere carnis? As: peccata hominis, nunquam emendare diabli est. Hinc ordita fuit patribus Confessio; ve- rùm Hoc opus, hic labor est; faseinus com- modere paulùm Nos pude: ante Deum, horvini sed dicere multùm. Son ouvrage produisit des imita- teurs, comme tous les écrits qui ont du succès. La contagion passa jusqu'en France, et les plus mau- vais rimailleurs s'en mêlèrent. Le Poème Macaronique fut traduit en François en 1606. Cette version barbare a été publiée de nouveau, sans aucun changement, en 1734, 2 vol. in-12 : elle n'étoit ni assez importante, ni assez estimée pour mériter une nouvelle édition. Il y a encore de Merlin trois Poèmes assez recherchés : I. Orlandino da Limerno Pittoco; Vinegia, 1526, ou 1539, ou 1550, in-8°; réim- primé à Londres en 1773, in-8° et in-12. II. Caos del Tri per uno; Vinegia 1527, ou 1546, in-8°. C'est un poème sur les trois âges de l'homme, en style en partie macaronique. III. La Humanita del Figlio di Dio, in ottava rima; Vinegia, 1533, in-4°.
FOLIETA, Voy. FOGLIETA.
FOLKES, (Martin) anti- quaire, physicien et mathémati- cien Anglois, né à Westminster vers 1690, mort à Londres en 1754, à 64 ans, se distingua dans les académies des Sciences de France et d'Angleterre, où il fut admis. Celle-ci l'avoit reçu dans son sein à l'âge de 24 ans; deux ans après, elle le mit dans son conseil. New- ton le nomma ensuite son vice- président, et enfin il succéda à Sloane, dans la présidence même. Ses connoissances et ses succès dans les sciences qui font l'objet des travaux de cette compagnie, furent les titres qui le placèrent à sa tête. Les nombreux Mémoires qu'il lui présenta, et qu'on trouve dans les Transactions philosophiques, justifient son choix. Cet auteur tira un grand profit pour la science des antiquités, d'un voyage qu'il fit en Italie; et celui qu'il fit en France, le lia avec les savans de ce royaume. Ses mé- moires roulent sur les poids et la valeur des monnoies romaines; sur les mesures des colonnes Tra- jane et Antonine; sur les mon- noies d'or d'Angleterre, depuis le règne d'Edouard III; sur les polypes d'eau douce; sur les bou- teilles dites de Florence, et sur divers sujets de physique. Lors- qu'il eut été admis à l'académie des Sciences de Paris, il présenta un Mémoire sur la comparaison des mesures et des poids de France et d'Angleterre. Il finit sa carrière littéraire par un ouvrage estimé de sa nation, sur les *Monnoies d'argent d'Angleterre*, depuis la conquête de cette isle par les Normands, jusqu'à son temps. Les lettres remplirent sa vie; ni les soins du mariage, ni les distractions des voyages, ne purent ralentir son ardeur pour l'étude. Il avoit amassé une ample bibliothèque et un cabinet enrichi d'une collection de monnoies, supérieure à tout ce qu'on connoissoit en ce genre.
FOLLARD, *Voy. FOLLARD.*
FONCEMAGNE, (Étienne-Laurent de) né à Orléans en 1694, mort à Paris le 26 septembre 1779, à 83 ans, fut quelque temps de l'Oratoire, devint sous-gouverneur du duc de *Chartres* en 1753, et se fit généralement estimer par la douceur, la bonté et l'amabilité de son caractère par les vertus du chrétien et les procédés du galant homme. On a de lui quelques *Mémoires* dans ceux de l'académie des Inscriptions, dont il étoit membre, ainsi que de l'académie Françoise. Il présida à l'édition du *Testament du Cardinal de Richelieu*, 2 vol. in-8°, 1764; il le prétendoit authentique contre l'opinion de *Voltaire*, qui le regardoit comme supposé et fait par l'abbé de *Bourséis*. « Nous ignorons, dit *Sabathier*, si *Fonce-magne* a fait d'autres ouvrages que ses *Lettres* à M. de *Voltaire*, au sujet du *Testament politique du Cardinal de Richelieu*; mais ces lettres, écrites avec autant de politesse que de jugement, donnent une idée avantageuse de son esprit, de son érudition, et de la facilité de son style. Il n'y a peut-être que M. de *Voltaire* dans le monde, capable de persister, après les avoir lues, nous ne disons pas à croire, mais à soutenir que le ministre de *Louis XIII* n'est pas l'auteur du *Testament* qui porte son nom; les raisons de *Fonce-magne* sont si claires, si solides, si bien appuyées sur l'histoire, sur la vraisemblance, qu'il est impossible de ne pas abandonner le sentiment de l'historien du siècle de *Louis XIV*, qui du reste a soutenu cette querelle sans humour, et même avec politesse. » Les lumières de *Fonce-magne*, son grand âge, la considération dont il jouissoit dans le monde lui avoient donné la plus grande autorité dans l'académie des Belles-Lettres; et on n'y faisoit rien sans le consulter. Il étoit veuf depuis 1757, et il avoit rendu sa femme très-heureuse. I. FONSECA, (Antoine de) Dominicain, né à Lisbonne, vint faire ses études à Paris, et publia dans cette ville en 1539, des *Remarques sur les Commentaires de la Bible*, par le cardinal *Cajetan*, in-folio. Il reçut trois ans après, le honnêt de docteur de Sorbonne. De retour dans sa patrie, il fut prédicateur du roi, et obtint une chaire de théologie en l'université de *Coïmbre*. On lui doit encore quelques écrits, entr'autres: *De Epidemia Fabrili*, in-4°, etc.
II. FONSECA, (Pierre de) Jésuite, né à Corticada en Portugal, docteur d'Évora, mourut à Lisbonne, en 1599, à 71 ans, après avoir publié une *Metaphysique* en 4 tom. in-fol. Il s'y dit le premier auteur de la *Science moyenne*; merveilleuse découverte!
III. FONSECA, (N*** marquise de) Napolitaine aussi dis- tinguée par les graces de sa figure que par les charmes de son esprit, cultiva avec succès la botanique et diverses branches de l'histoire naturelle. Liée d'estime avec le célèbre *Spallanzani*, elle l'aida dans ses recherches, et périt dans la réaction qui eut lieu dans sa patrie, après la retraite des François en 1799. I. FONT (N. la.) étoit, selon *Titon du Tillet*, un convive aimable qui avoit le talent de parodier les airs les plus répandus. Il y a plusieurs parodies de ce chansonnier dans les *Tendresses bachiques*, publiées par *Ballard*. *La Font* mourut vers l'an 1692. Il étoit parisien, capitaine de dragons au régiment de la Reine, et de la société intime du duc de *Vendôme*.
II. FONT, (Joseph de la.) poète François, est auteur de cinq *Comédies*, dont les meilleures sont : l'*Épreuve réciproque*, et sur-tout les *Trois Frères Rivaux*. Cette dernière pièce est la seule qui soit demeurée au théâtre. Son *Amour vengé* n'est remarquable que parce que *Fagan* l'a copié, en partie, dans sa jolie petite comédie intitulée : *Le Rendez-vous*. On a encore de *La Font* plusieurs grands *Opéra*, *Hypermnestre*, *Orion*, les *Fêtes de Tkalié*, les *Amours de Prostée*, et plusieurs opéra comiques, dont les meilleurs sont le *Jugement de Midas*, dont on a profité dans la pièce moderne de ce nom, et le *Monde reaversé*. Il avoit du talent pour le lyrique et pour le comique, qu'il traita d'une manière ingénieuse. *La Font* étoit né à Paris en 1686, et il mourut à Passy, près de cette capitale, en 1725, à 39 ans. C'étoit un homme d'esprit et de plaisir, en- core plus passionné pour le jeu et la bonne chère que pour la poésie.
III. FONT, (Pierre de la.) né à Avignon, devint prieur de Valabrègue et official de l'église d'Uzès. C'étoit un homme de Dieu, plein de zèle et de charité. Il se démit du prieuré dont il étoit pourvu, pour en fonder un Séminaire dans la ville épiscopale. Il en fut lui-même le premier supérieur, et une des fonctions de cet emploi pénible nous a procuré cinq vol. d'*Entretiens Ecclésiastiques*, imprimés à Paris, in-12. On en fait cas, ainsi que de 4 volumes de *Prônes*, in-12. Toutes les preuves que fournissent l'Écriture, les Pères, les Conciles, sur les devoirs des ecclésiastiques et des autres fidèles, sont répandues dans ces deux ouvrages avec beaucoup d'intelligence. Le pieux auteur termina sa carrière au commencement du 18e siècle. I. FONTAINE, (Charles) né à Paris, en 1515, d'un commerçant, passa sa vie à faire des vers médiocres, même pour son temps. Il se fixa à Lyon, où il contracta successivement deux mariages, et mourut dans un âge avancé. Ses principales Poésies sont recueillies en 1 vol. in-8°, imprimé à Lyon en 1555, sous le titre de : *Ruisseaux de Fontaine*. On a encore de lui le *Jardin d'Amour*, avec la *Fontaine d'Amour*; Lyon, 1583, in-16: cette édition avoit été précédée de deux autres. *Victoire d'Argent contre Cupido*; Lyon, 1537, in-16, etc.
II. FONTAINE, (Jean de la.) naquit à Château-Thierry le 8 juillet 1621, un an après Ma- lière. A 19 ans, il entra par désœuvrement chez les PP. de l'Oratoire, qu'il quitta 18 mois après par dégoût. La Fontaine ignoroit encore à 22 ans ses talens singuliers pour la poésie. On lui devant lui la belle Ode de Malherbe sur l'assassinat de Henri IV, et dès ce moment, il se reconnaît poète. Un de ses parents, ayant vu ses premiers essais, l'encouragea, et lui fit lire les meilleurs auteurs, anciens et modernes, françois et étrangers. Eubélais, Marot, d'Urfé firent ses délices: l'un par ses plaisanteries, le second par sa naïveté, l'autre par ses images champêtres. L'esprit de simplicité, de caudeur, de naïveté, qui lui plaisoit tant dans ces écrivains, caractérisa bientôt ses ouvrages, et le caractérisoit lui-même. Jamais auteur ne s'est mieux peut dans ses livres. Doux, ingénu, naturel, sincère, crédule, facile, timide, sans ambition, sans fiel, prenant tout en bonne part; il étoit, dit un homme d'esprit, aussi simple que les héros de ses Fables. C'étoit un véritable enfant, mais un enfant sans malice. Il parloit peu et parloit mal, à moins qu'il ne se trouvât avec des amis intimes, ou que la conversation ne roulât sur quelque sujet qui pût échauffer son génie. Avec un tel caractère, il paroissoit peu fait pour le joug du mariage; il se laissa pourtant marier. On lui fit épouser Marie Féricard, fille d'une figure et d'un caractère qui lui gagnoient les cœurs, et d'un esprit qui la rendoit estimable aux yeux même de son mari. La Fontaine ne lui trouvoit point cette humeur difficile, que tant d'auteurs se sont plu à lui prêter: il ne composoit aucun ouvrage, qu'il ne la consultât; mais son goût pour la ca- pitale, et son éloignement pour tout ce qui sentoit la gêne, l'arrachèrent d'auprès d'elle. La duchesse de Bouillon, exilée à Château-Thierry, avoit connu la Fontaine, et lui avoit même, dit-on, fait faire ses premiers Contes. Rappelée à Paris, elle y mena le poète. La Fontaine avoit un de ses parens auprès de Fouquet. La maison du surintendant lui fut ouverte, et il en obtint une pension, pour laquelle il faisoit à chaque quartier une quittance poétique. Après la disgrace de son bienfaiteur, dont le poète reconnaissant déplora les malheurs dans une Elégie touchante, la Fontaine entra en qualité de gentilhomme chez la célèbre Hcarette d'Angleterre, première femme de Monsieur. La mort lui ayant enlevé cette princesse, il trouva de généreux protecteurs dans M. le Prince, dans le prince de Conti, le duc de Vendôme et le duc de Bourgogne; et des protectrices dans les duchesses de Bouillon, de Mazaria, et dans l'ingénieuse la Sactière, qui l'appeloit son Fablier: celle-ci le retira chez elle, et prit soin de sa fortune. On a remarqué que Louis XIV ne fit pas tomber ses bienfaits sur la Fontaine, comme sur les autres génies qui illustrèrent son règne. Ce prince ne goutoit pas assez le genre dans lequel ce conteur charmant excella: il traitait les Fables de la Fontaine à peu près comme les Tabloaux de Téniers. La Fontaine, par ses distractions continuelles, par son extrême simplicité, réjouissoit ses amis, mais il ne pouvoit guères plaire à un homme tel que Louis XIV. Il se soucioit d'ailleurs assez peu de se produire à la cour. Il étoit attaché à Paris par les agrémens de la société, et par ses liaisons avec les plus beaux esprits de son siècle. Il alloit néanmoins, tous les ans, au mois de septembre rendre visite à sa femme. A chaque voyage, il vendait une portion de son bien, sans s'embarrasser de veiller sur ce qui lui restait. Il ne passa jamais de bail de maison, et il ne renouvela jamais celui d'une ferme. Cette apathie qui coûtait tant d'efforts aux anciens philosophes, il l'avait naturellement. Elle influait sur toute sa conduite, et le rendait quelquefois insensible même aux injures de l'air. Mad. de Bouillon allant un matin à Versailles, le vit rêvant sous un arbre du cours : le soir en revenant, elle le trouva dans le même endroit et dans la même attitude, quoiqu'il fit assez froid, et qu'il eût plu toute la journée. Il avait quelquefois des distractions qui lui étoient la mémoire; il en avait d'autres qui lui étoient le jugement. Il loua beaucoup un jeune homme qu'il trouva dans une assemblée : — Eh ! c'est votre fils, lui dit-on; il répondit froidement : Ah ! j'en suis bien aise. — Il avait fait un Conte, dans lequel, conduit par sa matière, il mettait dans la bouche d'un moine une allusion fort indécente à ces paroles de l'Évangile : DOMINE, quinque talenta tradidistimihi, etc. et, par une inadvertance dont la Fontaine seul pouvoit être capable, il l'avait dédié au docteur Arnauld. Il fallut que Racine et Boileau lui fissent sentir combien la dédicace d'un conte licencieux à un homme grave, et à un homme tel qu'Arnauld, choquoit le bon sens. — Un jour que notre poète dirait avec Boileau, Molière et deux ou trois autres de ses amis, il soutenoit contre Molière, que les à parte du théâtre sont contre le bon sens. « Est-il possible, disoit-il, qu'on entende des loges les plus éloignées ce que dit un acteur, et que celui qui est à ses côtés ne l'entende pas? » Après avoir soutenu son opinion, il se plongea dans sa rêverie ordinaire. Il faut avouer, dit tout haut Boileau, que la Fontaine est un grand coquin; et continua sur ce ton, sans que le rêveur s'en apperçât. Tout le monde éclata de rire. Enfin, on le tira de son assoupissement, et on lui dit qu'il devoit moins condamner les à parte que les autres, puisqu'il étoit le seul de la compagnie qui n'avait rien entendu de tout ce qu'on venait de dire si près de lui, et contre lui-même. (Voy. FULTIÈRE.) On pourroit citer plusieurs autres traits non moins singuliers; mais quelques-uns sont faux ou exagérés, et les autres se trouvent par-tout. L'espèce de stupidité que cet homme de génie avoit dans son air, dans son maintien et dans sa conversation, fit dire à Mad. de la Sablière, un jour qu'elle avoit congédié tous ses domestiques : Je n'ai gardé avec moi que mes trois bêtes, mon chien, mon chat, et la Fontaine. Cette illustre bienfaitrice du poète-enfant, étant morte, la duchesse de Mazarin, Saint-Évremont et quelques seigneurs Anglois, voulurent l'attirer en Angleterre; mais les bienfaits du duc de Bourgogne le retirèrent en France. La Fontaine avoit toujours vécu dans une grande indolence sur la religion, comme sur tout le reste. Une maladie qu'il eut sur la fin de 1692, le fit rentrer en lui-même. L'abbé Poujet, depuis prêtre de l'Oratoire, et alors vicaire de Saint-Roch, alla le voir, et fit tomber la conversation sur 154 FON des matières de religion. « La Fontaine, dit Nicéron, qui n'avoit jamais été impie par principe, lui dit avec cette naïveté qui lui étoit naturelle : Je me suis mis, depuis quelque temps, à lire le Nouveau Testament. Je vous assure que c'est un fort bon livre; oui, par ma foi! c'est un bon livre. Mais il y a un article sur lequel je ne suis pas rendu : c'est celui de l'éternité des peines. Je ne comprends pas comment cette éternité peut s'accorder avec la bonté de Dieu. M. Poujet s'explique alors avec lui sur cet article et sur plusieurs autres, et il le fit avec tant de force, qu'après dix ou douze jours de conversation, il le convainquit de toutes les vérités de la religion. » La Fontaine se préparant alors à une confession générale, jeta au feu une pièce de théâtre qu'il alloit faire représenter, et promit de réparer le scandale qu'il avoit causé par ses Contes, en faisant une réparation publique. En effet, lorsqu'il reçut le Vialtique, le 12 février 1693, il parla ainsi en présence de quelques membres de l'Académie, appelés à sa prière pour être témoins de son repentir : « Il est d'une notoriété qui n'est que trop publique, que j'ai eu le malheur de composer un livre de Contes infames. En le composant, je n'ai pas cru que ce fût un ouvrage aussi pernicieux qu'il l'est. On m'a sur cela ouvert les yeux, et je conviens que c'est un livre abominable. Je suis très-fâché de l'avoir écrit et publié. J'en demande pardon à Dieu et à l'Eglise. Je voudrois que cet ouvrage ne fût jamais sorti de ma plume, et qu'il fût en mon pouvoir de le supprimer entièrement. Je promets solennellement, en présence de mon Dieu que je vais recevoir quoiqu'indigne, que je ne contribuerai jamais à son débit, ni à son impression. Je renonce actuellement, et pour toujours, au profit d'une nouvelle édition, que j'ai malheureusement consenti que l'on fit actuellement en Hollande. » Le duc de Bourgogne, qui n'avoit alors que douze ans, trouvant qu'il n'étoit pas raisonnable qu'il fût plus pauvre pour avoir fait son devoir, lui envoya, par un de ses gentilshommes, une bourse de 50 louis, le seul argent qu'il eût alors entre les mains. Cependant le bruit de la réparation solennelle faite aux mœurs et à la religion, se répandit bientôt avec celui de sa mort. Linière fit alors cette épigramme : Je ne jugerai, de ma vie, D'un homme avant qu'il soit éteint. Pellisson est mort en impie, Et la Fontaine comme en Saint. Ces deux faits étoient faux. Pellisson n'avoit pas fini sa carrière en incrédule, (Voy. son article.) et la Fontaine ne mourut pas de cette maladie. Il vécut encore deux ans chez Mad. d'Hervart, où il trouva les mêmes douceurs que chez Mad. de la Sablière. La conversion de la Fontaine avoit été sincère, mais les charmes de la poésie, et sur-tout de la poésie badine, sont si puissans, que la Fontaine laissa échapper, dit-on, encore quelques Contes. Celui de la Clochette en est un. C'est à quoi fait allusion son Prologue, cité dans Moréri : O combien l'homme est inconstant, divers, Foible, léger, tenant mal sa parole! Pavois juré, même en assez beaux vers, De renoncer à tout Conte frivole, Et quand, juré ? C'est ce qui me confond ; Depuis deux jours j'ai fait cette promesse. Puis, fiez-vous à Rimeur qui répond D'un seul moment... La Fontaine réprima ces saillies d'une imagination long-temps fixée à ce genre d'écrire, qui n'est ni le plus noble ni le plus sage. Il entreprit de traduire les Hymnes de l'Église ; mais sa verve émoussée par l'âge, par les austérités, par les remèdes, et peut-être son génie que la nature n'avoit pas fait pour le sérieux, ne lui permirent pas de courir long-temps cette carrière. Il mourut à Paris le 13 mars 1695, à 74 ans, dans les plus vifs sentimens de religion. Lorsqu'on le déshabilla, on le trouva couvert d'un cilice. Il s'étoit fait lui-même cette Epitaphe, qui le peint parfaitement :
JEAN s'en alla comme il étoit venu, Mangeant son fondu après son revenu, Croyant le bien chose peu nécessaire. Quant à son temps, bien le sur dépenser : Deux parts en fit, dont il souloit passer L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire. Parmi les ouvrages immortels qui nous restent de cet homme inimitable, il faut placer au premier rang ses CONTES et ses FABLES. Les premiers sont un modèle parfait du style historique dans le genre familier. Quelle aisance ! quelle vivacité ! quelle finesse à la fois, et quelle naïveté ! car il réunissoit ces deux qualités dans un degré supérieur ; et c'est ce mélange qui fait le prodige. Sa simplicité donne de la grace à sa finesse, et sa finesse rend sa simplicité piquante. Il faut convenir pourtant qu'il a plus de style que d'invention. Le nœud et le fonds de ses Contes ont ordinairement peu d'intérêt ; les sujets en sont bas : la narration est quelquefois trop alongée. Son imagination, en voltigeant sans cesse, cueille des fleurs qu'il faudroit sacrifier à la rapidité du récit. Un grand nombre de ses Contes gagneraient à être réduits de moitié. Leur plus grand défaut, c'est que non-seulement on n'en peut tirer aucune morale utile, mais qu'ils sont très-contraires aux mœurs. Ses expressions, à la vérité, ne sont point d'un cinique ; c'est une gaze légère, qui, en laissant entrevoir les objets, les rend quelquefois plus séduisants. La Fontaine avoit beau dire aux belles que si elles chassoient les soupirans, elles n'avoient rien à craindre de son Livre. Les belles qui se nourrissent des images voluptueuses qu'il y a semées, loin d'écarter les amans, n'en sont que plus disposées à les appeler. Quant à son style, tout enchanteur qu'il est, il fourmille de fautes de construction et de langage, et devient quelquefois négligé et tramant. Mais peut être que sa poésie seroit moins admirable, si elle étoit plus travaillée ; et cette molle négligence, dit l'écran, décèle le grand maître et l'écrivain original. « C'est véritablement le Poète de la nature, ajoute le même auteur, surtout dans ses Fables : on diroit qu'elles sont tombées de sa plume. Il a surpassé l'ingénieux inventeur de l'Apologue et son admirable copiste. Aussi élégant, aussi naturel, moins pur, à la vérité, mais aussi moins froid et moins nu que l'hédre, il a attrapé le point de perfection dans ce genre. » Si 156 FON ceux qui sont venus après lui, comme la *Biothe*, *Bicher*, d'*Ardenne*, l'ont surpassé quelquefois pour l'invention des sujets, ils sont fort au-dessous pour tout le reste, pour l'harmonie variée et légère des vers, pour la grace, le tour, l'élégance, les charmes naïfs de l'expression et du badmage. Il élève, dit la *Brayère*, les petits sujets jusqu'au sublime. Sous l'air le plus simple, il a du génie, et même plus de ce qu'on appelle esprit, qu'on n'en trouve dans le monde le mieux cultivé. On doit à l'amour éclairé de M. de *Biontenault* pour les lettres et pour les arts, une magnifique édition des *Fables de la Fontaine*, en 4 vol. in-folio, dont le premier a vu le jour en 1755, et le dernier en 1759; chaque Fable est accompagnée d'une et quelquefois de plusieurs estampes: l'ouvrage est précédé d'une *Vie* du fabuliste, purgée des contes puéris que les petits esprits entassent sur les grands hommes. On a une autre édition des *Fables de la Fontaine* par *Coste*, 1744, en 2 volumes in-12, avec figures et de courtes notes; et en 1757, 1 vol. in-12 sans figures. Il en a paru aussi une édition peu recherchée, en 6 vol. in-8°, toute gravée, discours et figures. Elles ont été mises en vers latins par *Vinot*, Paris 1738, in-12; et plus récemment, par le Père *Giraud* de l'Oratoire, *Barbou*, 1778, 2 vol. in-12. Les meilleures éditions de ses *Contes* sont: celle d'Amsterdam, 1685, en 2 vol. in-8°, avec figures de *Romain de Hoogue*; —de Paris, 1762, avec des figures gravées sur les dessins d'*Eisen* par les plus habiles artistes, 2 vol. in-8°, sur beau papier. On a réimprimé à Paris, en 1758, en quatre jolis petits vol. in-12, les *Œuvres diverses de la Fontaine*, c'est-à-dire, tout ce qu'on a pu rassembler de ses ouvrages, tant en vers qu'en prose, à l'exception de ses Fables et de ses Contes. Les meilleures pièces de ce recueil sont: le roman des *Amours de Psyché*, trop alongé, mais où l'on trouve souvent la *Fontaine*; le *Florentin*, comédie en un acte, qu'on joue encore; l'*Eunuque*, autre comédie; un *Poème* sur le *Quinquina*; un autre sur St.-Malch, très-estimé par le lyrique *Rousseau*; celui d'*Adonis*, mis au rang de ses chefs-d'œuvre; quelques *Pièces Anacréontiques*, délicieuses; des *Lettres* et d'autres morceaux, la plupart très-foibles, et qu'on n'auroit jamais imprimés, si les éditeurs consultoient la gloire des morts plutôt que l'intérêt des vivans. Tous les Ouvrages de la *Fontaine* furent recueillis en 1726, 3 vol. in-4°, belle édition encadrée. La *Fontaine* avoit essayé de beaucoup de genres, de quelques-uns même opposés à son génie. Mad. de *Sérigné* disait: « Je voudrois faire une Fable, qui lui fit entendre combien cela est misérable de forcer son esprit à sortir de son genre, et combien la folie de vouloir chanter sur tous les tons fait une mauvaise musique. » Mais la *Fontaine*, naturellement inconstant, ne pouvoit s'occuper long-temps du même sujet. Il le dit lui-même: Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles, A qui le bon *Platon* compare nos merveilles, Je suis chose légère, et vole à tout sujet; Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet : À beaucoup de plaisir je mêle un peu de gloire. J'irois plus haut, peut-être, au Temple de Mémoire ; Mais quoi ! je suis volage en vers comme en amours, etc. etc. Les descendans de la Fontaine ont été long-temps exempts de toute taxe et de toute imposition : privilège flatteur, qu'on ne pouvoit refuser à un nom qui a tant illustré la France. « La Fontaine, dit ingénieusement la Harpe, avoit payé à sa patrie un assez beau tribut, en lui laissant ses écrits et son nom. » Au reste, ils ne sont point d'accord avec le public sur la simplicité extrême qu'il a supposée à la Fontaine. Son portrait très-ressemblant, resté dans sa famille, ne dément pas moins l'idée générale à son sujet. C'est ce que dit M. le chevalier de Saint-George, arrière-petit-fils de M. Pinterel, parent de la Fontaine, dans une lettre à M. Grosley, insérée dans le Mercure de France, n° 47, année 1785. Nous ajouterons que la Fontaine, dans ses lettres à sa femme, paroît un homme de beaucoup d'esprit, et qui avoit le génie observateur dans ce monde même où il ne passoit que pour un enfant. Il est vrai que ses distractions, qui l'empêchoient trop souvent d'être à la conversation, et qui lui faisoient faire des réponses ou naïves, ou simples, ou ridicules, purent lui valoir le titre de bon homme, dont Boileau, Racine, Molière, et presque tous ses contemporains l'avoient gratifié. L'académie de Marseille proposa pour sujet de l'un de ses prix l'éloge de ce fabuliste inimitable; Champfort le remporta par un écrit où il est finement apprécié, et loué avec autant de justesse que de goût.
III. FONTAINE, (Nicolas) Parisien, fils d'un maître écrivain, fut confié, à l'âge de vingt ans, aux célèbres solitaires de Port-Royal. Il se chargea d'abord d'éveiller les autres; mais dans la suite, il eut le soin plus noble des études de quelques jeunes gens qu'on y élevoit dans la piété et dans les lettres. Il employoit les heures de loisir qui lui restoitent, à transcrire les écrits des hommes illustres qui habitoient cette solitude, il suivit Arnauld et Nicole dans leurs diverses retraites. Il fut enfermé à la Bastille avec Sacy en 1664, et en sortit avec lui en 1668. Ces deux amis ne se quittèrent plus. Après la mort de Sacy en 1684, Fontaine changea plusieurs fois de retraite. Il se fixa enfin à Melan, où il mourut le 28 janvier 1709, à 84 ans. On a de lui : I. Vies des Saints de l'Ancien Testament, en 4 vol. in-8°; ouvrage composé sous les yeux de Sacy, et qui peut être de quelque utilité pour l'histoire sacrée. II. Les Vies des Saints, in-folio, en quatre vol. in-8°. C'étoient les plus exactes avant celles de Baillot. III. Les Figures de la Bible, attribuées à Sacy, qui y eut quelque part. Les meilleures éditions de ce livre si souvent réimprimé, sous le titre de Bible de Noyaumont, sont celles de Paris, 1670, in-4°; et d'Amsterdam, 1680, in-12, avec figures. IV. Memoires sur les Solitaires de Port-Royal, en 2 vol. in-12; très-détaillés, et même jusqu'à la minutie. V. Tra- 178 FON duction des Homélies de S. Chrysostôme sur les Épîtres de Saint Paul, en 7 vol. in-8. On accusa l'auteur d'être tombé dans le Nestorianisme; le jésuite Daniel le dénonça; l'archéologue de Paris, Harlay, le condamna. Fontaine, qui n'avoit nullement pensé à être hérétique, se justifia dans un ouvrage particulier. Les versions de cet auteur sont écrites avec assez de noblesse; mais son style, quelquefois sec et languissant, et ses périodes trop longues, leur font perdre une partie de leur prix. Ces défauts se font sentir dans ses autres ouvrages, et il est à l'égard d'Arnauld et de Nicole, ce que le domestique est au maître. Il acquit, sous ces illustres auteurs, le talent d'écrire; mais il ne le poussa pas aussi loin qu'eux. Sa piété ne fut pas inférieure à celle des solitaires dont il fut l'ami. Il se distingua par un cœur plein de droiture, des mœurs innocentes, une vie simple, laborieuse, édifiante, une modestie sincère, un désintéressement rare, et une fidélité parfaite à tous ses devoirs. Voy. V. HORSTIUS.
IV. FONTAINE. (Alexis) né à Clavaison en Dauphiné, vers l'an 1725, s'occupa principalement du Calcul intégral, fut reçu de l'académie des Sciences, et mourut le 21 août 1771, à Cuiseaux en Franche-Comté, âgé d'environ 46 ans. Destiné dans sa jeunesse à l'étude des lois, il étoit dégoûté du style barbare dans lequel elles sont la plupart rédigées et commentées, lorsqu'un livre de géométrie lui étant tombé par hasard entre les mains, il sentit qu'il étoit né pour cette science. Lié avec Clairaut et Maupertuis, il fit bientôt de grands pas vers elle. Fontaine avoit la repartie ingénieuse et fine; il étoit insensible aux jouissances du luxe et au soin de ses affaires, et avoit la franchise d'avoyer tout ce qu'il pensoit, tout ce qu'il sentoit. On peut en juger par les traits suivans. Son avocat l'entretenoit d'un procès important dont il l'avoit chargé. « Croyez-vous, lui dit le géomètre après l'avoir écouté quelques minutes, qu'il me reste assez de temps pour m'occuper de votre affaire. » On lui avoit fait connoître un mathématicien qui paroissoit très-instruit. « J'ai cru un moment, dit-il, qu'il valoit mieux que moi, et j'ai reconnu que j'en devenois jaloux; heureusement il m'a rassuré depuis. » Un homme minutieux dissertoit devant lui sur les peines qu'il s'étoit données pour déterminer le prix commun des denrées à diverses époques. « Voilà dit Fontaine, un savant qui sait le prix de tout, excepté celui du temps. » Ses Mémoires, qui sont dans le recueil de l'académie, ont été imprimés séparément en 1 vol. in-4. Ils renferment une méthode pour les problèmes de maximis, plus générale que celle de Jean Bernouilli; une solution nouvelle pour celui des Tautochrones; une méthode d'approximation pour les équations déterminées: le calcul intégral en fait la plus grande partie, et Fontaine fut le premier géomètre qui se soit occupé de la théorie générale et des applications de ce calcul. V. FONTAINE-MALHERBE, (Jean) né près de Coutance, et mort en 1780, a fait des Drames qui n'ont pas eu un grand succès, et des Poésies qui en ont obtenu un peu plus. Ses Drames sont *Argillau*, ou le *Fanatisme des Croisades*, tragédie en cinq actes, 1769; le *Gouverneur*, drame; le *Cadet de Famille*, ou l'*Heureux retour*, comédie en un acte; l'*Ecole des Pères*, comédie aussi en un acte. Ses autres écrits sont: I. *Calypso à Télémique*, héroïde, 1761. II. *La Rapidité de la Vie*, poème, 1766. Il obtint le prix de l'académie Françoise. III. *Discours sur la philosophie*, 1766, in-8.º IV. *Épître aux pauvres*, 1768. Elle eut l'*accescit* de l'académie Françoise. V. *Fables et Contes moraux*, 1769, in-8.º
FONTAINE, *L'Oyez Boissière*. — FOUNTAINE. — I. I. I. ROCHE... et HICHESIUS. I. FONTAINES. (Pierre des) conseiller de *St. Louis*, et le premier auteur qui ait écrit sur la jurisprudence françoise. Dans son livre intitulé: *Conseil à un ami*, il a réuni les coutumes de l'ancien bailliage de Vermandois, avec des notes. *Ducage* l'a fait imprimer à la suite de l'*Histoire* de *St. Louis* par *Joinville*, 1668, in-fol.
II. FONTAINES, (Marie-Louise-Charlotte de Pelard de Givry, épouse de N. comte de) étoit fille du marquis de *Givry*, commandant de Metz, qui avoit favorisé l'établissement des Jésuites dans cette ville: ils lui firent, par reconnaissance, une pension assez considérable, qui passa à ses enfans. Cette dame, cultivant les lettres à l'ombre du silence, a cueilli quelques fleurs dans le champ romancé, qui avoit produit de si riches moissons sous la main de *Mad. la Fayette*. On lui doit plusieurs productions ingénieuses, écrites sans prétention, et pour le seul plaisir d'écrire: la plus connue est *La Comtesse de Savoie*, joli roman dans le goût de *Zaide*, imprimé en 1722, et *Amiophis*. Cette Muse modeste fut enlevée à la littérature en 1750.
III. FONTAINES, (N. Des) auteur dramatique peu connu, a donné au théâtre au milieu du 18$^{e}$ siècle, plusieurs pièces: *Orphise*, *Hermogène*, *Perside*, *Sémiramis*, *les Galantes vertueuses*, *Eurymédon*, *Bélisaire*, *Alcidiane* traduite de *Manzini* etc. La plupart des pièces de *des Fontaines*, ont été imprimées à Paris, chez *Quinet et Besogne*.
IV. FONTAINES, (Pierre-François GUYOT DES) naquit à Rouen le 29 juin 1685, d'un père conseiller au parlement. Les désuites, chez lesquels il fit ses humanités avec éclat, lui donnèrent, en 1700, leur habit. Après avoir professé 15 ans dans différents collèges de la société, il sollicita sa sortie, et l'obtint sans peine. Son humeur difficile et son génie indépendant avoient un peu indisposé ses supérieurs, qui lui avoient conseillé eux-mêmes de rentrer dans le siècle, et de quitter le cloître pour lequel il ne paroissoit pas fait. L'abbé *des Fontaines* étoit prêtre alors; on lui donna la cure de Torigny en Normandie; mais il ne tarda pas à s'en démettre. Il fut quelque temps auprès du cardinal d'*Auvergne*, comme bel esprit et homme de lettres. Quelques brochures critiques lui firent un nom à Paris. L'abbé *Bignon* lui confia, en 1724, le *Journal des Savans*, mort de la peste, comme on disoit alors, parce que les prédécesseurs de l'abbé *des Fontaines*, dans ce 160 FON travail, ne le remplissoient que d'extraits de livres sur la peste de Marseille. Le nouveau Journaliste ranima ce cadavre. Il jouissoit paisiblement de sa gloire, lorsqu'on l'accusa de travailler autant à corrompre la jeunesse qu'à corriger les auteurs. Il fut enfermé à Bicêtre, et relâché par le crédit des amis de M. de V***. Ces deux hommes de lettres, si acharnés depuis l'un contre l'autre, étoient alors amis. On n'avoit alors encore vu, ni le Préservatif, ni la Voltaire-manie; libelles qui n'ont fait honneur ni à l'un, ni à l'autre. Quelques plaisanteries sur la tragédie de la Mort de César indisposèrent son auteur, et furent le signal d'une guerre qui a duré jusqu'à la mort du critique, arrivée à Paris le 16 décembre 1745, à 60 ans. Piron, qui ne l'aimoit point, lui fit cette Epitaphe satirique: Sous ce Tombeau gît un auteur, Dont, en deux mots, voici l'Histoire. Il étoit ignorant comme un Prédicateur, Et malin comme un Auditoire. L'abbé des Fontaines est principalement connu par ses ouvrages périodiques. Le premier vit le jour en 1731, sous le titre de: Nouvelliste du Parnasse, ou Réflexions sur les Ouvrages nouveaux. Il n'en publia que deux volumes. L'ouvrage fut arrêté par le ministère en 1732, et ce fut au grand regret de quelques littérateurs qui y trouvoient l'instruction, et des gens du monde qui y cherchoient l'amusement. Environ 3 ans après, en 1735, l'abbé des Fontaines obtint un nouveau privilège pour des feuilles périodiques. Ce sont celles qu'il intitula: Observations sur les Écrits modernes, in-12; commencées, comme les précédentes, avec l'abbé Granet, et continuées jusqu'au 33e vol. inclusivement. On les supprima encore en 1743. Cependant, l'année suivante, il publia une autre feuille hebdomadaire, intitulée: Jugemens sur les Ouvrages nouveaux, en 11 vol. in-12, dont les 2 derniers sont de Maïrault. L'abbé Granet n'eut point part aux Jugemens, comme le dit l'abbé Ladvocat, ou son continuateur; il y avoit deux ans qu'il étoit mort. Dans toutes ces différentes feuilles, on ne trouve pas toujours ni le même goût, ni la même impartialité. Les lieux, les temps, l'occasion, l'amitié, les querelles, corrompoient ses jugemens; et on y voit des éloges pompeux et des critiques malignes du même écrivain. « Des Fontaines, dit l'abbé Trublet, n'étoit pas seulement partial: il étoit homme d'humeur et de passion, et chaque feuille dépendoit beaucoup de son humeur actuelle. D'ailleurs, son goût étoit plus juste que fin, et dès-lors, il n'étoit pas toujours juste. Il a quelquefois critiqué, faute d'entendre ce qu'il critiquoit: Cette finesse qui consiste dans la sagacité à appercevoir promptement les défauts et les beautés des ouvrages, il ne l'avoit que dans un degré médiocre; mais il y suppléoit en empruntant des secours. Ce n'étoit pas seulement sur les matières qui n'étoient point de son ressort, qu'il recouroit aux lumières d'autrui: « Paroissoit-il un ouvrage nouveau, qui fit quelque bruit? il avoit grand soin de s'informer de ce qu'on en disoit dans le monde et parmi les gens de lettres; sur-tout de recueillir ces critiques en quoi l'esprit François est si fécond, les critiques tournées en bons mots, en épigrammes : critiques toujours assez bonnes, si elles sont plaisamment malignes. » C'est ce qui donnait du prix à ses Journaux aux yeux du public méchant. Son style clair, vif et naturel, rendoit, avec feu, les bons mots qu'on lui avoit fournis; mais c'étoit souvent aux dépens de l'équité, de la sincérité et de la bonne foi. Il faut que je vive, disoit-il à d'Argenson, ministre d'état, qui lui répondit sèchement : Je n'en vois pas la nécessité. — Alger m'autoit de faim, écrivoit-il à l'abbé Prévot, s'il étoit en paix avec ses ennemis. Il fut donc toujours en guerre, et il essuya souvent de terribles orages. On l'accusa souvent auprès du ministère. Un Magistrat, prévenu contre lui, l'ayant fait appeler, il tâcha de se justifier. Le Magistrat lui dit : Si on écoutoit tous les accusés, il n'y auroit point de coupables. — Si on écoutoit tous les accusateurs, repartit l'Abbé, il n'y auroit point d'innocens. Cependant l'abbé des Fontaines, dit Frérou, étoit né avec des sentimens. » Philosophe dans sa conduite, comme dans ses principes, il étoit exempt d'ambition; il avoit, dans l'esprit, une noble fierté, qui ne lui permettoit pas de s'abaisser à solliciter des bienfaits et des titres. Le plus grand tort que lui aient fait les injures dont on l'a accablé, c'est qu'elles ont quelquefois corrompu son jugement. L'exacte impartialité, je l'avoue, n'a pas toujours conduit sa plume, et le ressentiment de son cœur se fait remarquer dans quelques-unes de ses critiques... Si l'abbé des Fontaines étoit quelquefois dur et piquant dans ses écrits, dans la société, il étoit doux, affable, poli, sans affectation de langage et de manières. On doit cependant le mettre au rang de ceux dont on n'est curieux que de lire les ouvrages. Il paraissoit dans la conversation un homme ordinaire, à moins qu'on n'y agitât quelque matière de littérature et de bel esprit. Il soutenoit, avec chaleur, ses sentimens; mais la même vivacité d'imagination qui l'égarait quelquefois, le temétoit sur la route, pour peu qu'on la lui fit appercevoir. » Outre ses feuilles, on a encore de l'abbé des Fontaines : I. Une Traduction de Virgile, en 4 vol. in-8e, Paris, 1743, avec des figures de Cochin, des discours bien écrits, des dissertations utiles, des remarques propres à diriger les jeunes gens dans la lecture de Virgile et des auteurs qui font imité. Cette version, fort supérieure aux traductions collégiales de Fabre, de Catrou et des autres, est la meilleure; mais elle n'est pas encore parfaite. Quelques morceaux sont écrits du style de Télémaque : c'étoit tout ce qu'on pouvoit attendre d'un traducteur en prose; mais dans plusieurs autres fragments, l'auteur de l'Eméle n'a que la moitié de ses graces. On trouve des endroits rendus avec chaleur, mais avec trop peu de fidélité; d'autres très-élégans, mais froids, glacés : ceux-ci sont le plus grand nombre. » Il semble, dit d'Alembert, que l'auteur se soit fait une espèce de loi de ne rendre presque aucune des images qu'on trouve, et qu'on admire à chaque instant dans l'original. Virgile, pour employer l'expression d'un de nos écrivains les plus distingués, est tué à chaque ligne dans cette froide et insipide version : » Ce jugement est trop rigoureux, mais il justifie en partie ce que nous avons dit de certains mor- 162 FON ceaux que l'abbé des Fontaines n'a pu ou n'a su ni rendre, ni animer. II. Traduction des Odes d'Horace, 1754, in-12: ouvrage posthume, où l'on trouve de l'élégance, de la clarté, de la chaleur; mais qui pèche comme le précédent: l'auteur a élagué des vers entiers; des demi-vers, comme des superfluités poétiques; mais c'étoit la difficulté de les rendre qui embarrassoit le traducteur, et le plus court étoit de l'éluder. III. Poésies sacrées, traduites ou imitées des Pseaumes; ouvrage de sa jeunesse, et qui n'en est pas moins froid. IV. Lettres sur le livre de la Religion Chrétienne prouvée par les faits, de l'abbé Honteville, in-12. Elles sont au nombre de 18, et la plupart très-judicieuses. V. Paradoxes littéraires sur l'Inès de Castro de la Mothe, in-8. Cette critique fut très-recherchée. VI. Entretiens sur les Voyages de Cyrus de Ramsay; autre critique fort sensée. VII. Racine vengé, ou Examen des Remarques grammaticales de M. l'abbé d'Olivet sur les Œuvres de Racine, in-12. Cette brochure prouve que l'abbé des Fontaines connoissoit le génie de sa langue. VIII. Les Voyages de Gulliver, traduits de l'anglois de Swift, in-12. IX. Le nouveau Gulliver, 2 vol. in-12. Il ne vaut pas l'ancien; mais si l'on n'est pas satisfait de l'invention, on y reconnoit du moins le même goût de style et de critique morale, qui avoit fait la réputation de celui de Swift. X. Les Aventures de Joseph Andrews, traduites de Fielding, 2 vol. in-12. XI. L'Histoire de Don Juan de Portugal, in-12: roman historique, dont le fond est dans Mariana. XII. L'abbé des Fontaines a eu part à la Traduction de l'Histoire du président de Thou; à l'Histoire des Revolutions de Pologne; à celle des Ducs de Bretagne; à la Traduction de l'Histoire Romaine d'Echard; à l'Histoire abrégée de la ville de Paris, par d'Auvigni, 5 vol. in-12; au Dictionnaire Néologique, in-12: ouvrage estimable, fait pour guérir quelques auteurs qui écrivoient comme parloient les laquais des Précieuses, mais qu'il infecta de satires personnelles. L'abbé de la Porte a publié, en 1757, l'Esprit de l'Abbé des Fontaines, en 4 vol. in-12. On trouve à la tête du premier volume de cette compilation assez mal digérée, la Vie de l'auteur, un catalogue de ses ouvrages, et un autre des écrits faits contre lui. I. FONTANA, (Publio) prêtre de Palluccio près de Bergame, eut le talent de la poésie latine et les vertus de son état. Le cardinal Aldobrandin ne put jamais lui faire quitter sa solitude. Il mourut en 1609, à 62 ans. Le principal de ses Ouvrages, imprimé à Bergame en 1594, in-fol., est son poème de la Delphinide. Il y a de la grandeur, de la noblesse, de l'élévation, et peut-être un peu d'enflure dans le style.
II. FONTANA, (Dominique) né à Mili, sur le lac de Lugano, en 1543, vint à Rome à l'âge de 20 ans, pour y étudier l'architecture. Sixte V, qui s'étoit servi de lui n'étant que cardinal, le choisit pour son architecte, lorsqu'il eut obtenu la tiare. Ce pontife avoit conçu le projet de mettre sur pied l'obélisque de granit d'Égypte, qu'on voit actuellement sur la place de Saint-Pierre à Rome, et qui alors étoit à moitié enterré près le mur de F O N. 163 la sacristie de cette église. Il proposa un concours aux artistes, ingénieurs et mathématiciens, pour imaginer les moyens de redresser ce précieux reste de la magnificence Romaine, haut de 107 palmes, d'une seule pièce, et du poids d'environ un million de livres. Les procédés dont les Égyptiens et les Romains s'étoient servis, soit pour transporter, soit pour élever en l'air ces masses énormes, étoient en-sévelis dans l'oubli; la tradition ne fournissoit rien à ce sujet, et il falloit nécessairement imaginer. Fontana présenta au pape le modèle d'une machine propre à cette opération, avec laquelle il exécutoit en petit, ce qui devoit se pratiquer en grand. L'exécution répondit à l'attente; l'obélisque fut d'abord transporté sur la place où il devoit être élevé, distante de 115 cannes du lieu où il étoit couché; et le 10 septembre 1586, il fut dressé sur son piédestal, au bruit des acclamations redoutables d'une multitude innombrable de spectateurs. On prétend que Fontana, menacé par Sixte V de payer de sa tête le mauvais succès de son entreprise, avoit fait tenir des chevaux tout prêts aux portes de Rome, pour se soustraire, en cas de malheur, au ressentiment du pontife. Ouoi qu'il en soit, il fut magnifiquement récompensé. Le pape le créa chevalier de l'Éperon d'or, et noble Romain, et fit frapper des médailles en son honneur. A ces distinctions fut ajoutée une pension de 2000 écus d'or, réversible à ses héritiers; outre 5000 écus de gratification, et le don de tous les matériaux qui avoient servi à son entreprise, estimés à plus de 20.000 écus. C'est cette érection de l'obélisque de la place Saint-Pierre, qui a fait la plus grande réputation de Fontana. Il avoit beaucoup de génie pour la mécanique; mais il a fait de grandes fautes en architecture. Les mauvais offices qu'on lui rendit auprès du pape Clément VIII, et peut-être des torts réels, le firent destituer de sa place de premier architecte de sa Sainteté. Il fut appelé à Naples en 1592, par le comte de Mirande, viceroi, qui le créa architecte du roi et ingénieur en chef du royaume. Il construisit plusieurs édifices dans cette ville, et entraîtres le palais royal. Il y mourut riche et fort considéré, en 1607, à 64 ans. —Jean FONTANA, son frère, mort à Rome en 1614, le seconda dans tous ses travaux. On a de Dominique, un volume in-folio, imprimé à Rome, où sont décrits les Moyens qu'il employa pour le transport et l'érection de l'Obélisque dont nous avons parlé. —Il ne faut pas le confondre avec Charles FONTANA, élève de Bernin, né à Bruciato près de Côme, en 1634, mort à Rome en 1714, qui fit, par ordre d'Innocent XI, la description de l'église de St-Pierre, et qui donna celle de l'amphithéâtre de L'avius, la Haye 1725, in-fol. en Italien. —Son fils (François), mort à Rome en 1708, étoit un bon architecte.
FONTANGES. (Marie-Angélique de Scoraille de Rousille, duchesse de) née en 1661, d'une ancienne famille de Rouergue, étoit fille-d'honneur de Madame. Belle comme un ange, dit l'abbé de Choisi, mais sotte comme un panier, elle n'en subjugua pas moins le cœur de Louis XIV, las de l'humeur im- 164 FON périeuse et bizarre de Mad. de Montespan. Dès qu'elle connut la passion qu'elle avoit inspirée, elle se livra toute entière à la hauteur et à la prodigalité qui faisoient son caractère. Elle rendit au centuple à Mad. de Montespan, les airs de dédain qu'elle en avoit reçus, dépensa cent mille écus par mois, fut la dispensatrice des graces, et donna le ton de toutes les modes. A une partie de chasse, le vent ayant dérangé sa coëffure, elle la fit rattacher avec un ruban dont les nœuds lui tomboient sur le front, et cette mode passa avec son nom dans toute l'Europe. Le roi la fit duchesse; mais elle ne jouit pas long-temps de sa faveur. Elle mourut des suites d'une couche, le 28 juin 1681, à 20 ans, à l'abbaye de Port-royal de Paris. Elle voulut voir le roi dans sa dernière maladie. Louis XIV s'attendrit, et elle lui dit: Je meurs contente, puisque mes derniers regards ont vu pleurer mon roi. Elle avoit un frère, dont la postérité subsiste. On forma sur la mort de cette favorite des soupçons de poison, que les malins courtisans firent retomber sur Mad. de Montespan; mais c'étoit avec autant d'injustice que de méchanceté. La maladie dont Mad. de Fontanges mourut, est un accident trop commun dans les couches, dit la Beaumelle, pour le regarder comme la suite du poison. On lui appliqua ces deux vers de Malherbe: Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
FONTANIEU, (Pierre-Elisabeth) chevalier de St-Louis, intendant du Garde-Meuble, membre de l'académie des Scien- ces, et de celle de Stockholm, prouva ses connaissances chimiques par son Art de faire des cristaux colorés imitant les pierres précieuses, 1778, in-8.º Il mourut le 30 mai 1784.
FONTANINI, (Juste) savant archevêque d'Ancyre, et chanoine de l'église de Ste-Marie-Majeure, naquit en 1666, dans le duché de Frioul, et mourut à Rome en 1736, à 70 ans. Il n'y avoit presque aucun homme distingué dans le monde savant, avec lequel il ne fut en commerce de lettres. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, dont les plus connus sont: I. Sa Biblioteca della Eloquenza Italiana. C'est un catalogue raisonné des bons livres de la langue italienne dans les différentes classes. Il en fut fait plusieurs éditions du vivant de l'auteur; mais la meilleure et la plus ample est celle qui a été donnée à Venise en 1750... 2 vol. in-4°, avec les notes d'Ipostolo-Zeno, dans lesquelles ce savant et judicieux bibliographe a relevé une immenable d'erreurs et d'inexactitudes de Fontanini. II. Une Collection des Bulles de Canonisation, depuis Jean XV jusqu'à Benoît XIII, 1729, in-folio, en latin. III. Une Histoire littéraire d'Aquilée, en latin, in-4°, à Rome, 1742: ouvrage posthume, plein d'érudition sacrée et profane, et d'une bonne critique, etc. — Il faut le distinguer de Jacques FONTANINI, auteur de l'Historia obsidionis Rhodii.
FONTANON, (Antoine) avocat au parlement de Paris, natif d'Auvergne, est le premier qui ait rédigé, avec ordre, les Ordonnances des rois de France. On a de lui une Collection des Edits de nos Rois, depuis 1270 jusqu'à la fin du XIXe siècle, temps où cet auteur florissoit; en 4 vol. in-fol., Paris, 1611.
FONTE-MODERATA, dame Vénitienne, née en 1555, morte en 1592, à 37 ans, avoit une mémoire si heureuse, qu'elle répétoit mot pour mot un sermon, après l'avoir entendu une fois. On a d'elle divers ouvrages en vers et en prose. Les plus connus sont: Un éloge de son sexe, en vers, intitulé: Il merito delle Donne, imprimé à Venise, 1600, in-4°, et Il Floridoro, poème en 13 chants, imprimé dans la même ville en 1581, in-4°. Fonte-Moderata est un surnom qu'elle s'étoit donné. Elle s'appeloit Modesto Pozzo, et étoit mariée à un gentilhomme Vénitien nommé Philippe Georgi. Sa Vie a été écrite par Nicolo Doglioni.
FONTENAU, (N. dom) religieux Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, a passé sa vie à recueillir les diplômes, les actes relatifs à l'histoire d'Aquitaine. Il est mort en 1781, sans avoir eu le temps de publier le résultat de ses longues recherches. I. FONTENAY, (Jean-Baptiste Blain de) peintre, né à Caen l'an 1654, conseiller à l'académie de peinture, mérita un logement aux galeries du Louvre et une pension, par ses talens. Il avoit, dans un degré supérieur, celui de peindre les fleurs et les fruits. Sa touche est vraie, son coloris brillant, ses compositions variées. Les insectes paroissent vivre dans ses ouvrages; les fleurs n'y perdent rien de leur beauté, ni les fruits de leur fraîcheur. Ce peintre mourut à Paris en 1715, à 61 ans.
II. FONTENAY, (Pierre-Claude) Jésuite, né à Paris en 1683, mort à la Flèche en 1742, continua l'Histoire de l'Eglise Gallicane après la mort du Père Longueval, et donna les IXe et Xe volumes de cet ouvrage. Son style est moins coulant et moins historique que celui de son confrère; mais on y voit un homme qui connoit son sujet. Ce Jésuite étoit d'un caractère très-humain et très-affable; et il joignoit, dit le P. Berthier, à des manières faciles toutes les vertus de son état. Il avoit travaillé au Journal de Trévoux.
FONTENAY, Voyez COLDORÉ.
FONTENELLE, (Bernard le Bovier de) naquit, le 11 février 1657, à Rouen, d'un père avocat, et d'une mère sœur du grand Corneille. Cet enfant, destiné à vivre près d'un siècle, dit l'abbé Trublet, pensa mourir de foiblesse le jour même de sa naissance. Le jeune Fontenelle fit ses études à Rouen, chez les Jésuites, qu'il a toujours aimés. En rhétorique à 13 ans, il composa, pour le prix des Palinods, une pièce en vers latins, qui fut jugée digne d'être imprimée, mais non d'être couronnée. Il fit dans la suite le cas qu'il devoit de ses productions enfantines. J'ai fait dans ma jeunesse, disoit-il un jour, des vers latins et grecs, aussi beaux que ceux d'Homère et de Virgile; vous jugez bien comment; c'est que je les avois pris chez ces deux poètes. Fontenelle passoit dès-lors pour un jeune homme accompli: il l'étoit, et du côté du cœur, et 166 F O N du côté de l'esprit. Après sa physique, il fit son droit, fut reçu avocat, plaida une cause, la perdit, et promit de ne plus plaider. Il renonça au barreau pour la littérature et la philosophie, entre lesquelles il partagea sa vie. En 1674, à 17 ans, il vint à Paris; son nom déjà célèbre, l'y avoit précédé. Plusieurs pièces de vers, insérées dans le *Mercure Galbut*, annoncèrent à la France un poète aussi délicat que *Voiture*, mais plus châtié et plus pur. *Fontenelle* avoit à peine 20 ans, lorsqu'il fit une grande partie des opéra de *Psyché* et de *Bellerophon*, qui parurent en 1678 et 1679, sous le nom de *Thomas Cornelle* son oncle. En 1681, il fit jouer sa tragédie d'*Aspar*. Elle ne réussit point; il en jugea comme le public, et jeta son manuscrit au feu. Ses *Dialogues des Morts*, publiés en 1683, reçurent un accueil beaucoup plus favorable. Ils offrent de la littérature et de la philosophie; mais l'une et l'autre trop parées des charmes du bel esprit. Il y a sans doute beaucoup de choses agréables et fines, mais tout au moins autant de fausses et de futiles; et les personnages qu'il met en scène, sont si disparates, qu'ils semblent n'avoir été choisis que pour débiter, sous leur nom, des paradoxes subtils et souvent même ridicules. C'est ce que dit la *Harpe*. Cependant cet ouvrage commença la grande réputation de *Fontenelle*; les ouvrages suivans la confirmèrent. On rapportera le titre des principaux, suivant l'ordre chronologique. I. *Lettres du Chevalier d'Herm*, 1685. Elles sont pleines d'esprit, mais non pas de celui qu'il faudroit dans des lettres: on sent trop qu'on a voulu y en mettre, et qu'elles sont le fruit d'une imagination froide et compassée, et d'une galanterie précieuse et maniérée. II. *Entretiens sur la pluralité des Mondes*, 1686. C'est l'ouvrage le plus célèbre de *Fontenelle*, et un de ceux qui méritent le plus de l'être. On l'y trouve tout entier: il y est tout ce qu'il étoit, philosophe clair et profond, bel esprit, fin, enjoué, galant, etc. Ce livre, dit l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, fut le premier exemple de l'art délicat de répandre des graces jusque sur la philosophie: mais exemple dangereux, parce que la véritable parure de la philosophie est l'ordre, la clarté, et surtout la vérité; et que, depuis cet ouvrage ingénieux, on n'a que trop souvent cherché à y substituer les pointes, les saillies, les faux ornemens. Ce qui pourra empêcher que la postérité ne mette les *Mondes* au rang de nos livres classiques, c'est qu'ils sont fondés en partie sur les chimériques tourbillons de *Descartes*. Quant au fond du système de la pluralité des *Mondes*, plusieurs philosophes ne l'adoptent point; puisqu'il est prouvé, disent-ils, que ni l'homme, ni aucun animal connu, ne sauroit subsister hors de la terre, qu'ils seroient brûlés dans *Vénus* et *Mercure*, glacés dans *Jupiter* et *Saturne*, que la lune n'a point d'atmosphère, ou du moins qu'elle est insuffisante à la respiration et à la vie des êtres terrestres, etc. Le grand argument de l'analogie ne subsiste plus, et toutes les conséquences qu'on en tire en faveur de la pluralité des mondes, sont anéanties. III. *Histoire des Oracles*, 1687: livre instructif et agréable, tiré de l'ennuyeuse compilation de *Vandale*, sur le même sujet. Cet ouvrage précis, méthodique, très-bien raisonné, et écrit avec moins de recherche que les autres productions de *Fontenelle*, a réuni les suffrages des philosophes et des gens de goût. « C'est une chose digne de remarque, dit un écrivain, que cette histoire, qui aujourd'hui seroit un ouvrage presque religieux, fut regardé lorsqu'il parut, comme un livre très-hardi. Mais cet ouvrage qui indique beaucoup plus qu'il ne développe, servit à faire penser, et accoutuma du moins à soumettre à l'examen des choses que l'on confondoit trop avec celles qui sont au-dessus de la raison. » Il fut attaqué, en 1707, par le Jésuite *BALTUS*, *Voyez* ce mot. Son livre a pour titre : *Réponse à l'Histoire des Oracles. Fontenelle* crut devoir, par prudence, laisser cette réponse sans réplique, quoique son sentiment fût celui du Père *Thomassin*, homme aussi savant que religieux. On prétend que le Père *Tellier*, confesseur de *Louis XIV*, ayant lu le livre de *Fontenelle*, peignit l'auteur à son pénitent comme un impie. Le marquis d'*Argenson*, depuis garde des steaux, écarta, dit-on, la persécution qui alloit éclater contre le philosophe. Le Jésuite auroit trouvé beaucoup plus à reprendre dans la *Relation de l'Isle de Bornéo*, dans le *Traité sur la Liberté*, et dans quelques autres écrits attribués à *Fontenelle*, et qui ne sont pas peut-être tous de lui. IV. *Poésies Pastorales*, avec un *Discours sur l'Eglogue*, et une *Digression sur les Anciens et les Modernes*, 1688. Les gens de goût ne veulent pas que ces Pastorales soient mises, pour la naïveté et le naturel, à côté de celles de *Théocrite* et de *Virgile*; et ils ont raison. Les bergers de *Fontenelle*, disent-ils, sont des courtisans. Qu'on les appelle comme on voudra, répondent les partisans du poète François; ils disent de très-jolies choses. Ces Pastorales peuvent être de mauvaises Eglogues; mais ce sont des poésies, foibles à la vérité, mais délicates. On convient qu'il y a plus d'esprit que de sentiment; mais si on n'y trouve pas le style du sentiment, dit l'abbé *Trublet*, on y en trouve la vérité: le philosophe a bien connu ce qu'un berger doit sentir. C'est un nouveau genre pastoral, dit un des plus grands adversaires de *Fontenelle*, (l'abbé des *Fontaines*) qui tient un peu du Roman, et dont l'*Astrée* de d'Urfé, et les comédies de l'*Amynte* et du *Pastor-Fido*, ont fourni le modèle. Il est vrai que ce genre est fort éloigné du goût de l'antiquité: mais tout ce qui ne lui ressemble point, n'est pas pour cela digne de mépris. V. Plusieurs volumes des *Mémoires de l'académie des Sciences. Fontenelle* en fut nommé secrétaire en 1699. Il continua de l'être pendant 42 ans, et donna chaque année un volume de l'Histoire de cette compagnie. La Préface générale est un de ces morceaux qui suffiroient seuls pour immortaliser un auteur. Dans l'Histoire, il jette très souvent une clarté lumineuse sur les matières les plus obscures: faits curieux bien exposés, réflexions ingénieuses, vues nouvelles ajoutées à celles des auteurs, soit par de nouvelles conséquences de leurs principes, soit par des applications de ces principes à d'autres sujets, soit même par de nouveaux principes plus étendus et plus féconds. Il n'y a personne qui l'ait égalé dans l'art de mettre en œuvre les matériaux de la physique et des mathématiques. Les *Eloges des Académiciens*, répandus dans cette Histoire, et imprimés séparément en 2 volumes, ont le singulier mérite de rendre les sciences respectables, et ont rendu tel leur auteur. Il loue d'autant mieux, qu'à peine semble-t-il louer. Il peint l'homme et l'académicien. Si ses portraits sont quelquefois un peu flattés; ils sont toujours assez ressemblants. Il ne flatte qu'en adoucissant les défauts, et non en donnant des qualités qu'on n'avoit pas, ni même en exagérant celles qu'on avoit. Son style élégant, précis, lumineux dans ces *Eloges* comme dans ses autres ouvrages, a quelques défauts: trop de négligence, trop de familiarité; ici, une sorte d'affectation à montrer en petit les grandes choses: là, quelques détails puérils, indignes de la gravité philosophique; quelquefois, trop de rafinement dans les idées; souvent trop de recherche dans les ornements. Ces défauts, qui sont en général ceux de toutes les productions de *Fontenelle*, blessent moins chez lui qu'ils ne feroient ailleurs, non-seulement par les beautés qui les effacent; mais parce qu'on sent que ces défauts sont naturels en lui. Les écrivains qui ont tant cherché à lui ressembler, n'ont pas fait attention que son genre d'écrire lui appartient absolument, et ne peut passer, sans y perdre, par une autre plume. Au reste, le style des éloges de *Fontenelle* est l'image de sa conversation, infiniment agréable, semée de traits plus fins que frappans, et d'anecdotes piquantes sans être méchantes, parce qu'elles ne portoient jamais que sur des objets littéraires ou galans, et des tracasseries de société. Tous ses contes étoient courts, et par cela même plus saillans; tous finissoient par un trait: conditions nécessaires aux bons contes. C'est ce que dit le marquis d'*Argenson*. VI. L'Histoire du Théâtre François jusqu'à *Cornéville*, avec la Vie de ce célèbre dramatique. Cette Histoire, très-abrogée, mais faite avec choix, est pleine d'enjouement; mais de cet enjouement philosophique, qui, en faisant sourire, donne beaucoup à penser. VII. *Réflexions sur la Poétique du Théâtre*, et du *Théâtre Tragique*: c'est un des ouvrages les plus profonds, les plus pensés de *Fontenelle*, et celui peut-être où, en paroissant moins bel esprit, il paroît plus homme d'esprit. VIII. *Éléments de Géométrie de l'infini*, in-4°, 1727: livre dans lequel les géomètres n'ont guère reconnu que le mérite de la forme. IX. *Une Tragédie en prose et six Comédies*; les unes et les autres peu théâtrales, et dénuées de chaleur et de force comique. Elles sont pleines d'esprit, mais de cet esprit qui n'est saisi que par peu de personnes, et plus propres à être lues par des philosophes que par des lecteurs ordinaires. *Voyez l'article de Catherine BERNARD*. X. *Théorie des Tourbillon Cartésiens*; ouvrage qui, s'il n'est pas de sa vieillesse, méritoit d'enêtre. *Fontenelle* étoit grand admirateur de *Descartes*; et, tout philosophe qu'il étoit, il défendit jusqu'à la mort les erreurs dont il s'étoit laissé prévenir dans l'enfance. XI. *Endymion*, pastorale; *Thétis et Pélée*. *Enée et Lavinie*, tragédies lyriques, dont la première est restée au théâtre. Il eut un rival dans *la Mothe*, son ami, sur la scène lyrique et dans d'autres genres, mais rival sans jalousie. C'est ce qui nous engage à placer ici le parallèle ingénieux, que d'*Alembert* a fait des talens de ces deux écrivains. «Tous deux pleins de justesse, de lumières et de raison, se montrent par—tout supérieurs aux préjugés, soit philosophiques, soit littéraires. Tous deux les combattent avec une timidité modeste, dont le sage a toujours soin de se couvrir en attaquant les opinions reçues : timidité que leurs ennemis appeloient *douceur hypocrite*, parce que la haine donne à la prudence le nom d'astuce, et à la finesse celui de fausseté. Tous deux ont porté trop loin leur révolte contre les Dieux et les lois du Parnasse : mais la liberté des opinions de *la Mothe*, semble tenir plus intimement à l'intérêt personnel qu'il avoit de les soutenir; et la liberté des opinions de *Fontenelle*, à l'intérêt général, peut-être quelquefois mal entendu, qu'il prenoit au progrès de la raison dans tous les genres. Tous deux ont mis dans leurs écrits cette méthode si satisfaisante pour les esprits justes, et cette finesse si piquante pour les juges délicats. Mais la finesse de *la Mothe* est plus développée, celle de *Fontenelle* laisse plus à deviner à son lecteur. *La Mothe*, sans jamais en trop dire, n'oublie rien de ce que son sujet lui présente, met habilement tout en œuvre, et semble craindre de perdre par des retenues trop subtiles quelques—uns de ses avantages. *Fontenelle*, sans jamais être obscur, excepté pour ceux qui ne méritent pas même qu'on soit clair, se ménage à la fois le plaisir de sous-entendre, et celui d'espérer qu'il sera pleinement entendu par ceux qui en sont dignes. Tous deux, peu sensibles aux charmes de la poésie et à la magie de la versification, ont cependant été poètes à force d'esprit; mais *la Mothe* un peu plus souvent que *Fontenelle*, quoique *la Mothe* eût fréquemment le double défaut de la foiblesse et de la dureté, et que *Fontenelle* eût seulement celui de la foiblesse; c'est que *Fontenelle* dans ses vers est presque toujours sans vie, et que *la Mothe* a mis quelquefois dans les siens de l'âme et de l'intérêt. L'un et l'autre ont écrit en prose avec beaucoup de clarté, d'élégance, de simplicité même; mais *la Mothe* avec une simplicité plus naturelle, et *Fontenelle* avec une simplicité plus étudiée : car la simplicité peut l'être, et dès lors elle devient manière, et cesse d'être modèle. Ce qui fait que la simplicité de *Fontenelle* est manière, c'est que pour présenter sous une forme plus simple, ou des idées fines, ou même des idées grandes, il tombe quelquefois dans l'écueil dangereux de la familiarité du style, qui contraste et qui tranche avec la délicatesse ou la grandeur de sa pensée; disparate d'autant plus sensible, qu'elle paroît affectée par l'auteur : au lieu que la familiarité de *la Mothe*, car il y descend aussi quelquefois, est plus sage, plus mesurée, plus assortie à son sujet, et plus au niveau des choses dont il parle *Fontenelle* fut supérieur par l'étendue des connoissances, qu'il a eu l'art de faire servir à l'ornement de ses écrits, qui rend 170 FON sa philosophie plus intéressante, plus instructive, plus digne d'être retenue et citée; mais la *Mothe* fait sentir à son lecteur que pour être aussi riche, et aussi bon à citer que son ami, il ne lui a manqué, comme l'a dit *Fontenelle* même, que deux yeux et de l'étude. » *Voyez* aussi le *Parallèle* de ces deux hommes célèbres, vus dans la société, article HOUDARD. XII. Des *Discours moraux et philosophiques*; des *tâches jugitives*, dont la poésie est foible; des *Lettres*, parmi lesquelles on en trouve quelques-unes de jolies, etc. Tous ces différents Ouvrages ont été recueillis en 11 volumes in-12, à l'exception des écrits de géométrie et de physique, sous le titre d'*Œuvres diverses*. On en avoit fait deux éditions en Hollande, l'une en 3 vol. in-folio 1728; l'autre in-4°, 3 volumes 1729, ornées toutes deux de figures gravées par *Bernard Picart*. Les curieux les recherchent; mais elles sont beaucoup moins complètes que l'édition en 11 vol. in-12. Ce fut aussi *Fontenelle* qui donna en 1732 la nouvelle édition du *Dictionnaire des Sciences et Arts*, par *Thomas Corneille*... Ce philosophe aimable, ce savant bel esprit, digne de toutes les académies, fut de celle des Sciences, des Belles Lettres, de l'académie Françoise, et de plusieurs autres compagnies littéraires de France et des pays étrangers. « A son entrée dans la carrière des lettres, dit M. de *Nivernois*, qui a peint *Fontenelle* en beau sans parler de ses défauts, la lice étoit pleine d'athlètes couronnés; tous les prix étoient distribués, toutes les palmes étoient enlevées; il ne restoit à cueillir que celle de l'u- universalité: *Fontenelle* osa y aspirer, et il l'obtint. Il ne se contente pas d'être métaphysicien avec *Malebranche*, physicien et géomètre avec *Newton*, législateur avec le czar *Pierre*, homme d'état avec d'*Argenson*; il est tout avec tous; il est tout en chaque occasion; il ressemble à ce métal précieux, que la fonte de tous les métaux avoit formé. » *La Harpe* unit à l'éloge de *Fontenelle* une juste critique de sa manière d'écrire. « L'esprit de *Fontenelle*, dit-il, peut être considéré comme une espèce d'époque, en ce qu'il a marqué le passage du siècle de l'imagination à celui de la philosophie. Il apprit à ses contemporains l'esprit d'analyse et d'observation; et depuis on ne s'est pas contenté d'examiner, on a trop voulu détruire. Ce mérite rare, ces services rendus aux sciences et à l'esprit humain, sont sans doute dignes de louange; mais d'un autre côté, l'on ne peut nier que s'il a été un des premiers qui aient contribué aux progrès de la raison, il a été aussi un des premiers corrupteurs du bon goût que le siècle de *Louis XIV* nous avoit transmis. L'affectation, l'abus de l'esprit, un mélange d'affléterie et de familiarité, d'expressions mignardes et de pensées trop déliées; tous ces défauts règnent plus ou moins dans tout ce qu'il a écrit, et font que son style, quoique très-agréable, est à celui des bons écrivains de l'autre siècle, ce que la coquetterie la plus séduisante est aux graces naturelles. *Fontenelle* d'ailleurs a produit une foule d'ouvrages très-médiocres, et dans ses meilleurs, il ne s'est point élevé aux grandes beautés. » Peu de savans ont eu plus de gloire, et en ont joué plus long-temps que Fontenelle. Malgré un tempérament peu robuste en apparence, il n'eut jamais de maladie considérable, pas même la petite vérole. Il n'eut, de la vieillesse, que la surdité et l'affoiblissement de la vue : encore cet affoiblissement ne se fit sentir qu'à l'âge de plus de 90 ans. Les facultés de son âme se soutinrent encore mieux que celles de son corps. Il y eut toujours de la finesse dans ses pensées, du tour dans ses expressions, de la vivacité dans ses réparties, même jusques dans ses derniers moments. Il mourut le 9 janvier 1757, à cent ans moins un mois, avec cette sérénité d'âme qu'il avoit montrée pendant tout le cours de sa vie. Voilà, dit-il, la première mort que je vois. Son médecin lui ayant demandé s'il souffroit, il répondit : Je ne sens qu'une difficulté d'être. Aucun homme de lettres n'a joui de plus de considération dans le monde ; il la devoit à la sagesse de sa conduite et à la décence de ses mœurs, autant qu'à ses ouvrages. Il portoit dans la société, de la douceur, de l'enjouement, et autant de politesse que d'esprit. Supérieur aux autres hommes, il ne montroit point sa supériorité ; il savoit les supporter, comme s'il n'eût été que leur égal. Les hommes sont sots et mechans, disoit-il quelquefois ; mais tels qu'ils sont, j'ai à vivre avec eux, et je me le suis dit de bonne heure. On lui demandoit un jour : « Par quel art il s'étoit fait tant d'amis et pas un ennemi : » Par deux axiomes, répondit-il : Tout est possible, et Tout le monde a raison. Il disoit souvent qu'il étoit l'ami des livres, mais l'ennemi des manuscrits, pour montrer qu'on pouvoit être indulgent pour F O N 171 les uns puisqu'ils étoient imprimés, mais qu'on devoit de la sévérité aux autres avant leur publication. — JUSTICE et JUSTESSE étoit sa devise. Ses amis lui reprochèrent plusieurs fois de manquer de sentiment : il est vrai qu'il n'étoit pas bon pour ceux qui demandent de la chaleur dans l'amitié ; mais il faisoit par raison et par principes, ce que d'autres font par sentiment et par goût. Si son amitié n'étoit pas fort tendre ni fort vive, elle n'en étoit que plus égale et plus constante. Il mettoit dans le commerce tout ce qu'on peut exiger d'un honnête homme, d'un galant homme, excepté ce degré d'intérêt qui rend malheureux. En amour il étoit plus galant que tendre : il vouloit paroître aimable, mais sans aucun désir sérieux d'aimer ni d'être aimé. On a retenu plusieurs des réponses jolies qu'il faisoit aux dames. Un jour qu'on montroit un bijou si délicat qu'on n'osoit le toucher, il dit : Je n'aime point ce qu'il faut tant respecter ; mais ayant apperçu Mad. de Flamarens, il ajouta : Je ne dis pas cela pour vous, madame. — Une jeune demoiselle, remplie d'esprit et de graces, disoit un jour à Fontenelle qui avoit demandé des bougies, quoiqu'il se plaignit que la lumière l'incommodoit : Mais, monsieur, on dit que vous aimez l'obscurité. — Non pas où vous êtes, reprit le galant vieillard. — La duchesse du Maine lui demanda un jour qu'elle différencie il trouvoit entre une femme et un cadran ? — L'un, répondit-il, marque les heures ; l'autre les fait oublier. Quoiqu'il n'ait pas senti l'amour, ni même aucune autre passion, il les connoissoit bien toutes ; et c'est parce qu'il les 172 FON connoissoit, qu'il chercha à s'en défendre. L'un des successeurs de *Fontenelle*, dans la place de secrétaire de l'académie des Sciences, (*de Condorcet*) s'est fait un devoir de le justifier de la froide apathie qu'on lui a reprochée. « Il sortoit, dit-il, pour les autres, de cette négligence, de cette paresse qu'il se croyoit permis d'avoir pour ses propres intérêts. Son amitié étoit vraie et même active. Il connoissoit sur-tout les peines de la sensibilité, et il avoua qu'elles étoient les plus cruelles qu'il eût éprouvées, quoique les injustices qu'il avoit souvent essuyées dans la carrière des lettres, eussent fait sentir bien vivement les peines de l'amour propre à un homme qui auroit été moins philosophe. Il savoit obliger ses amis à leur insu, disoit-il un jour avec plaisir à l'un d'eux, et leur laisser croire qu'ils ne devoient qu'à eux-mêmes, ce qu'il tenoit de son crédit, et de la juste considération qu'il avoit obtenue. Ce désir d'obliger ne l'abandonna pas dans les dernières années de sa vie, et survécut même à l'affoiblissement de sa mémoire et de ses organes. Un de ses amis lui parloit un jour d'une affaire qu'il lui avoit recommandée : *Je vous demande pardon*, lui dit Fontenelle, *de n'avoir pas fait ce que je vous ai promis*. — *Vous l'avez fait*, répondit son ami, *vous avez réussi, je viens vous remercier*. — *Eh bien*, dit Fontenelle, *je n'ai point oublié de faire votre affaire; mais j'avois oublié que je l'eusse faite*. Cependant on a cru *Fontenelle* insensible, parce que sachant maîtriser les mouvements de son âme, il se conduisoit d'après son esprit, toujours juste et toujours sage. D'ailleurs, il avoit consenti sans peine à conserver cette réputation d'insensibilité; il avoit souffert les plaisanteries de ses sociétés sur sa froideur, sans chercher à les détromper; parce que, bien sûr que ses vrais amis n'en seroient pas la dupe, il voyoit dans cette réputation un moyen commode de se délivrer des indifférents, sans blesser leur amour propre. L'ambition n'eut jamais aucune prise sur *Fontenelle*; il en avoit vu les funestes effets dans le cardinal du *Bois*, qui venoit quelquefois chercher des consolations auprès de lui. Quelqu'un lui parlant un jour de la grande fortune que ce ministre avoit faite, pendant que lui, qui n'étoit pas moins aimé du prince-régent, n'en avoit fait aucune : *Cela est vrai*, répondit le philosophe; *mais je n'ai jamais eu besoin que le cardinal du Bois vînt me consoler*. Le duc d'Orléans avoit voulu le nommer président perpétuel de l'académie des Sciences. Lorsque ce prince parla de ce projet à *Fontenelle* : *Monseigneur*, répondit-il, *ne m'ôtez pas la douceur de vivre avec mes égaux*. Cependant cette place lui convenoit, autant par son caractère que par son esprit. Ami de l'ordre comme d'un moyen de conserver la paix; aimant la paix comme son premier besoin, il chérissoit trop son repos pour abuser de l'autorité. Sa modération, en faisant son bonheur, a sans doute contribué beaucoup à sa bonne santé et à sa longue vie. Ennemi des agitations inséparables des voyages, autant qu'ami de la vie sédentaire, il disoit ordinairement que *le Sage tient peu de place et en change peu*. Il ne se méloit qu'ores de l'administration des états. Il di- F O N 173 soit qu'il savait combien il étoit difficile aux hommes de gouverner d'autres hommes. Ce qui lui échappoit cependant sur la politique, étoit d'un grand sens. On ne parle, disoit-il, en temps de guerre que de l'équilibre de puissance en Europe; il y a un autre équilibre aussi efficace pour le moins et aussi propre à conserver ou à ramener la tranquillité dans chaque état : c'est l'équilibre des sottises. Il possédoit le talent, si rare dans la conversation, de savoir bien écouter. Les beaux parleurs, soit gens d'esprit et à pensées, soit d'imagination et à saillies, se plaisoient beaucoup dans sa compagnie, parce que non-seulement ils parloient tant qu'ils vouloient, mais aussi parce qu'ils ne perdoient rien avec lui. Un jour Mad. d'Argenton, mère du chevalier d'Orléans, grand prieur de France, soupant en grande compagnie chez le duc d'Orléans régent, et ayant dit quelque chose de très-fin, qui ne fut pas senti, s'écria : Ah ! Fontenelle, où es-tu ? Elle faisoit allusion au mot si connu : Où étois-tu, Crillon ? Fontenelle, malgré son extrême politesse, ne pouvoit s'empêcher quelquefois de faire connoître qu'on abusoit de sa bonté. Les gens du monde, frivoles lors même qu'ils sont curieux, parce qu'ils ne le sont que par vanité, voudroient qu'on leur expliquât tout en peu de mots et en peu de temps. En peu de mots, répondit un jour Fontenelle ? J'y consens ; mais en peu de temps, cela m'est impossible. Au reste, que vous importe de savoir ce que vous me demandez. Un discoureur, qui ne disoit que des choses triviales, et qui néanmoins les disoit du ton et de l'air dont à peine au- roit-on droit de dire les choses les plus rares et les plus exquises, d'un ton et d'un air qui commandoient l'attention, adressoit un jour la parole à Fontenelle. Le philosophe, las de l'entendre, interrompit le discoureur. Tout cela est très-vrai, monsieur, lui dit-il, très-vrai : je l'avois même entendu dire à d'autres. Il parloit avec franchise au régent. Ce prince lui disoit un jour : Fontenelle, je crois peu à la vertu. — Monseigneur, lui répondit le philosophe, il y a pourtant d'honnêtes gens ; mais ils ne viennent pas vous chercher. Ce même prince lui contoit un jour ses exploits gelans ; Fontenelle lui répondit finement : Monseigneur fait toujours des choses au-dessus de son âge. Quand Fontenelle avoit dit son sentiment et ses raisons sur quelque chose, on avoit beau le contredire, il refusoit de se défendre, et alléguoit, pour couvrir son refus, qu'il avoit une mauvaise poitrine. Belle raison, s'écria un jour un disputeur éternel, pour étrangler une dispute qui intéresse toute la compagnie. La fortune lui fut aussi favorable que la nature. Né presque sans biens, il devint riche pour un homme de lettres, par les bienfaits du roi, et par une économie sans avarice. Il ne fut économe que pour lui-même. Il donnoit, il prétoit, même à des inconnus. Un des points de sa morale étoit, qu'il falloit se refuser le superflu, pour procurer aux autres le nécessaire. Plusieurs traits de bienfaisance prouvent que les personnes qui lui ont prêté ce principe affreux, qu'il faut, pour être heureux, avoir l'estomac bon et le cœur mauvais, l'ont calomnié indignement. Voyez II. SAINT-PIERRE. « S'il 174 FON manqua de religion, comme l'in- sinue l'abbé *Barral*, il eut les principales vertus de la religion, ce qui à la vérité ne suffit pas; il la respecta : il avouoit que *la Religion Chrétienne étoit la seule qui eût des preuves*. Ce témoi- gnage, et l'exactitude avec la- quelle il en remplissoit les de- voirs, nous empêchent de ha- sarder des soupçons quelquefois téméraires, et souvent peu favo- rables à la religion, dans l'esprit de ceux qui cherchent des au- torités pour justifier leur impiété. On trouvera de plus amples détails sur *Fontenelle*, dans les *Mémoires pour servir à l'histoire de sa Vie et de ses Ouvrages*, par l'abbé *Trablet*, Amsterdam, in-12, 1761. On a donné à Paris ses Œuvres complètes, 8 vol. grand in-8. Cette édition, où les ouvrages sont rangés par ordre des matières, renferme beaucoup de pièces relatives à l'auteur, et qui n'avoient jamais été imprimées. *Voyez* aussi son *Eloge*, par le *Cat*. L'académie Françoise en fit le sujet de son prix d'éloquence, en 1783.
FONTENU, (Louis-François de) né au château de Lil- ledon en Gâtinois, le 16 octobre 1767, embrassa l'état ecclésias- tique, et suivit le cardinal *Jan- son* au conclave de l'année 1700. Son séjour à Rome fit naître en lui le goût des antiquités. Il étu- dia avec zèle les médailles et les monumens, et les décrivit avec élégance et simplicité. Reçu à l'académie des Inscriptions, il enrichit le recueil de cette com- pagnie d'un grand nombre de Mémoires sur les camps, attri- bués à *César*, la source du Loiret et divers objets de théologie. L'abbé de *Fontenu* fit le meilleur usage d'une fortune aisée, en là versant dans le sein des pauvres. Il est mort à 93 ans, le 4 sep- tembre 1750.
FONTÈTE, *Voyez* IL FE- VRET.
FONTEVRAULT, (l'Or- dre de) *Voy*. ARBRISSEL.
FONTIUS, (Barthélemi) natif de Florence, se fit estimer de *Pic de la Mirandole*, de *Marcile Ficin*, de *Jérôme Do- nato*, et des autres habiles écri- vains de son siècle. *Matthias Corvin*, roi de Hongrie, l'ho- nora de son amitié, et lui donna la direction de la fameuse bi- bliothèque de Bude. Les écrits de *Fontius* sont : un *Commen- taire* sur *Perse*, et des *Haran- gues*; le tout recueilli et imprimé à Francfort, in-8°, 1621.
FONTRAILLES, (Louis- D'ASTARAC, marquis de) joua un rôle dans la conspiration de *Cinq- Mars*. On sait que celui-ci avoit excité *Gaston*, duc d'*Orléans*, à la révolte. Ce prince envoya *Fontrailles* en Espagne, pour traiter avec cette couronne. L'é- missaire s'adressa au comte duc d'*Olivarès*, qui, pressé par ses continuelles instances, lui pro- nit de faire aller le conseil d'Es- pagne à la Françoise, c'est-à- dire en poste, contre l'usage de la nation. Le traité, signé le 13 mars 1642, par *Olivarès*, au nom du roi d'Espagne, et par *Fontrailles*, au nom de *Gaston*, tendoit à perdre le cardinal de *Richelieu* et à troubler la France, quoiqu'on le colorât du prétexte de faire une paix durable entre les deux couronnes. A peine *Fon- trailles* fut-il de retour en France, que le complot fut découvert; il se sauva en Angleterre, d'où il revint après la mort du cardinal. Il mourut en 1677, dans un âge assez avancé. — FOOTE, (Samuel) célèbre comédien Anglois, appelé par ses compatriotes l'Aristophane d'Angleterre, naquit en 1717 à Truro, dans le comté de Cornémaille, d'une famille très-honnête. Son talent pour la scène comique l'engagea à former une troupe et à se montrer en public; il eut tous les suffrages. Ayant fait une partie de chasse avec le duc d'Yorck, il fut jeté par son cheval, et eut le malheur de se casser la jambe. Le duc, touché de cet accident, obtint du roi, pour Foote, le droit de jouer la comédie sur le théâtre de Hay-Market, depuis le 15 mai jusqu'au 15 septembre. Ce fut alors que Foote agrandit son théâtre, qui jusqu'alors avoit été fort petit. En 1776, ses envieux l'accusèrent d'un crime honteux. le chagrin lui causa une paralysie passagère. Il se proposoit de se retirer en France, lorsqu'il mourut à Douvres, le 22 octobre 1777, à soixante ans, d'une attaque d'apoplexie. Une heure avant son départ pour ce dernier voyage, il considéra, avec une attention attendrissante, le portrait du fameux acteur Weston, son ami, qu'il avoit dans son cabinet, et il s'écria, les larmes aux yeux: Pauvre Weston! A peine avoit-il prononcé ces mots, qu'il ajouta sur le même ton: Dans peu de temps, on dira aussi: PAUVRE FOOTE! Son pressentiment ne le trompa point: l'Angleterre perdit un homme d'une imagination agréable, et un acteur qui rendoit la nature avec beaucoup de vérité. Comme auteur, il avoit de la gaieté, savoit saisir le ridicule; mais il ne pouvoit ni former un plan régulier, ni lier une intrigue. Ses pièces sont au nombre de vingt; et on a publié, sous son nom, le Théâtre comique, 3 vol. in-12, dans lequel il n'y a, dit-on, de lui, que le Jeune Hypocrite.
FOPPENS, (Jean-François) professeur de théologie à Louvain, chanoine et archidiacre de Malines, mort le 16 juillet 1761, à 72 ans, se fit respecter par ses vertus et son érudition. On a de lui: I. Bibliotheca Belgica, Bruxelles 1739, 2 vol. in-4°; recueil dans lequel il a fait entrer les ouvrages d'Aubert le Mire, de François Swertius et de Valère André, sur les auteurs belgiques. Il a fait de grandes additions à ces auteurs, et continué la Bibliothèque Belgique depuis vers 1640, où finit celle de Valère André, jusqu'à l'an 1680. Cet ouvrage est estimé et mérite de l'être à bien des égards: on desireroit un peu plus de critique et d'exactitude. II. Une édition du Recueil Diplomatique d'Aubert le Mire, Bruxelles 1728, 2 vol. in-folio, enrichie de nouvelles notes et de tables, augmentée d'un grand nombre de diplomes inconnus à Aubert le Mire. Il ajouta ensuite 2 volumes in-fol. à cette collection, l'un en 1734, l'autre en 1748. III. Historia Episcopatus Antverpiensis, Bruxelles 1717, in-4° IV. Historia Episcopatus Sylvaducensis, Bruxelles 1721, in-4° V. Chronologia sacra Episcoporum Belgii, ab anno 1561, ad annum 1761, in-12; ouvrage en vers, avec des notes historiques en prose. 176 FOR I. FORBÈS, (Jean) Écossois, professeur de théologie et d'histoire ecclésiastique dans l'université d'Aberdeen, mort en 1648, à 55 ans, laissa des *Institutions historiques et théologiques*, qu'on trouve dans la collection de ses œuvres, 1703, 2 vol. in-folio. C'est un vaste recueil, où l'auteur, en traitant de la doctrine Chrétienne, remarque les différentes circonstances qui, selon lui, y ont apporté des changements. On a fait un abrégé de cet ouvrage, estimé des Protestans. Son père, *Patrice*, évêque d'Aberdeen, mort en 1635, donna un *Commentaire* sur l'Apocalypse, in-4°, 1646.
II. FORBÈS, (Guillaume) né à Aberdeen en Écosse, vers l'an 1585, professa la théologie dans sa patrie, et fut élu pasteur d'Édimbourg. Mais comme il soutenoit le droit des Episcopaux contre les Presbytériens, il déplut au peuple, et fut obligé de se retirer. Il y revint bientôt après. *Charles I* ayant érigé Édimbourg en évêché, pourvut *Forbès* de ce siège. Ce théologien s'est fait un nom par ses *Considerationes modestæ Controversiarum*, imprimées à Francfort, in-8°, 1707. Il mourut, dans sa 49$^{e}$ année, en 1634, laissant un fils qui embrassa la religion Romaine. « *Guillaume Forbès*, dit le P. *Nicéron*, étoit très-bon dialecticien, et il possédoit parfaitement les controverses, à quoi il avoit d'abord eu lieu de s'appliquer et de s'exercer en Prusse, en Pologne et en Allemagne, où se trouvoient tant de partis divisés de sentimens au sujet de la religion. Par un principe très-louable, il retrancha des disputes tout ce qu'il croyoit n'être point absolument essentiel à la religion; interprétant favorablement, et modifiant les termes qui, mal-entendus, faisoient souvent le seul objet des controverses; convenant de ce qui pouvoit être toléré de part et d'autre; abhorrant sur-tout ce zèle faux et amer des exécutions et autres peines employées par rapport à la religion, contre ceux qui diffèrent de sentimens, et que l'on prétend par-là ramener aux nôtres. *Forbès* regardant ces moyens comme également contraires à l'esprit et au vrai bien du Christianisme, s'étoit flatté de concilier tous les différens partis qui divisent la religion Chrétienne. Mais, comme il est mort à l'âge de 49 ans seulement, on conçoit qu'il ne vécut pas assez pour travailler et avancer ce grand projet. —L'une des premières causes et des plus essentielles de ces divisions régnantes, est, comme le disoit *Isaac Casaubon*, cité par *Forbès: Disputare malumus, quem piè vivere*. Aussi *Forbès*, qui souhaitoit avec ardeur cette unanimité si desirable dans les sentimens de la religion, répétoit souvent ces mots, *Pauca esse credenda, multa agenda*. Ce n'est pas qu'il fût persuadé que les articles de la religion qu'il faut croire, dussent être regardés comme indifférens, ou réduits presqu'à rien, et qu'on en dût négliger la connaissance; il étoit lui-même un exemple du contraire. » Il ne manquoit à *Forbès* qu'un peu de philosophie pour le dégager de plusieurs idées embarrassées, et pour donner à ses pensées et à son style plus de clarté et de netteté.
III. FORBÈS,
III. FORBÈS, ( N...) lord président des assises d'Édimbourg mort au milieu du siècle qui vient de finir, est connu en France par les traductions qu'a publiées le P. Houbigant, de ses Pensées sur la Religion, de sa Lettre à un Évêque, etc. Lyon 1769, in-8.º Ces écrits ont eu chez nous un succès médiocre. I. FORBIN, ( Toussaint de ) plus connu sous le nom de Cardinal de JANSON, d'une famille illustre de Provence, fut successivement évêque de Digne, de Marseille et de Beauvais. Louis XIV, connoissant le talent singulier qu'il avoit de manier les affaires, le nomma son ambassadeur en Pologne. Jean Sobieski, qui dut en partie à son crédit le trône où il monta, lui en marqua sa reconnoissance, en le nommant au cardinalat. Envoyé à Rome sous Innocent XII et sous Clément XI, il traita avec tant de sagesse les affaires de la France, qu'il fut honoré, en 1706, de la charge de grand aumônier. Il mourut à Paris le 24 mars 1713, à 83 ans. C'étoit un homme de sens et d'esprit, qui avoit le jugement sûr et la répartie vive et prompte. Louis XIV dit plusieurs fois qu'il auroit fait JANSON ministre, s'il n'avoit appris du cardinal Mazaria qu'il ne faut jamais de cardinaux ni même d'ecclésiastiques dans le ministère. Il fut un des plus ardens adversaires de l'Apologie des Casuistes. Nous avons une excellente Censure qu'il publia contr'elle, étant évêque de Digne. Son premier bénéfice avoit été la chapelle du chateau de l'Aigle en Normandie, que lui avoit donné le marquis de l'Aigle. Étant devenu grand au-
FOR - 177 mônier, il disoit noblement devant toute la cour qu'il étoit toujours l'aumônier du marquis de l'Aigle.
II. FORBIN, ( François-Toussaint de ) neveu du précédent, plus connu sous le nom de Comte de Rosenberg, quitta la France pour avoir tué en duel un de ses ennemis. Il y rentra ensuite; mais ayant été blessé à la bataille de la Marseille, en 1693, il fit vœu de se faire religieux à la Trappe. Il l'accomplit environ dix ans après, prit le nom de frère Arsène, et fut envoyé à Buon-Solazzo en Toscane, pour y établir l'esprit primitif de Citeaux. Il y mourut saintement en 1710. On a publié la Relation édifiante de sa Vie et de sa Mort, traduite de l'italien en françois, in-12, par l'abbé Maupertuy.
III. FORBIN, ( Claude chevalier de ) commença, dès sa première jeunesse, à servir sur mer sous le commandeur de Forbin-Gardane, son parent, et il continua avec beaucoup d'intelligence, de courage et d'activité. Après avoir été grand amiral du roi de Siam, à qui il fut laissé, en 1686, par le chevalier de Chaumont, il se signala le long des côtes d'Espagne. Sur la fin de l'année 1703, escortant une flotte marchande, il courut le plus grand danger. Une tempête affreuse le força de se retirer dans le port de Rose. Étant radoubé, et ayant appris que les deux batimens les plus richement chargés de la flotte s'étoient retirés à Barcelone, il partit pour les aller joindre, et les conduire au Levant. Arrivé à Barcelone, il donna l'exemple du plus noble 178 FOR désintéressement. Un corsaire Flessinguois, qui s'étoit emparé d'un navire François avec une riche cargaison, avoit été également forcé par la tempête de relâcher à ce port, où il étoit assuré d'être fait prisonnier de guerre avec tout son équipage. Pour éviter ce malheur, il s'engagea de rendre la prise au patron François, s'il consentoit à arborer le pavillon de France en entrant dans le port. Le vice-roi ayant été instruit de l'artifice, confisca le navire, et fit mettre le Flessinguois aux fers; mais en même temps, voulant reconnoître les services que *Forbin* avoit rendus au roi d'Espagne dans le golfe Adriatique, il lui dit qu'il renonçoit à ses droits, et qu'il lui faisoit l'abandon de cette prise. *Forbin*, pénétré de reconnaissance, et ne voulant pas céder en générosité au vice-roi, fit signe au patron de s'approcher, et lui dit : *Monsieur Jacques, S. Excellence m'a fait présent de votre navire et de sa cargaison. Quand j'en ai sollicité la restitution, je ne prétendois pas m'en enrichir. Je vous rends le tout avec la même générosité qu'on me l'a donné.* Ce sacrifice montoit à 30,000 piastres. Il attaqua en 1705, près du Texel, avec cinq petits vaisseaux, une escadre ennemie, forte de six vaisseaux de guerre de cinquante à soixante canons. Il en enleva un, brûla un autre, coula bas un troisième, et dispersa le reste. Devenu chef d'escadre, il dissipa dans les mers du Nord, différentes flottes Angloises destinées pour la Moscovie. A son retour, il battit avec *Duguiat Trouin*, une autre flotte Angloise. Ses infirmités, on plutôt le mécontentement qu'il avoit des ministres, l'ayant obligé de quitter le service, il se retira, vers 1710, auprès de Marseille. Il y mourut en 1733, à 77 ans. *Forbin* mérita la confiance de *Louis XIV* et l'estime de la nation, par sa bravoure, et par son application à remplir ses devoirs. Il s'attachoit à ceux qui servoient sous lui, et ne laissoit point échapper l'occasion de les faire connoître à la cour. *Louis XIV* rendit, dans une circonstance particulière, un hommage bien flatteur à la générosité de *Forbin*. Cet officier avoit obtenu en 1689 une récompense du roi pour s'être distingué dans une action d'éclat. *Forbin* alla faire ses remercimens au prince, comme il sortoit de la messe. Mais cet homme illustre, moins occupé de sa propre gloire que de celle de *Jean Barth*, qu'on sembloit avoir oublié, osa représenter au roi que ce brave homme ne l'avoit pas servi avec moins de valeur et moins de zèle que lui. Le roi s'arrêta, et s'étant tourné vers *Louvois*, qui étoit à son côté : *Le Chevalier de Forbin*, lui dit-il, vient de faire une action bien généreuse, et qui n'a guère d'exemples dans ma cour... *Louis XIV*, l'ami et le juge des grands hommes, se plaisoit à interroger le chevalier de *Forbin* sur la manière dont il se conduisoit dans les abordages, et comment il disposoit ses attaques. Après le détail qu'il fit d'une de ses plus glorieuses expéditions : *Avouze*, lui dit le roi, que mes ennemis doivent vous craindre beaucoup. —*SIR*, lui répliqua *Forbin*, ils craignent les armes de V. M... Malgré cet accueil flatteur, cet officier eut des désagréments. Comme il étoit quelquefois contrevenu aux ordres on lui avoit donnés, il avertit, dans ses mémoires, ceux qui veulent parvenir dans le service, de s'attacher essentiellement à ces deux maximes: 1.º De ne se mêler jamais que de ce qui est de leur emploi; 2.º D'obéir aveuglément aux ordres qu'ils auront reçus, quelque opposés qu'ils paroissent à leur sens particulier, parce que les ministres ont des vues supérieures qu'il n'est jamais permis d'approfondir. Ce conseil doit d'autant plus faire d'impression, donné par *Forbin*, qu'il avoit la tête d'un général et la main d'un soldat. On trouvera plusieurs traits d'une bravoure singulière dans ses *Mémoires*, publiés en 1749, en 2 vol. in-12, par *Reboulet*.—Un *Annibal de Forbin* se battit en duel en 1612 sur les remparts d'Aix, avec *Alexandre Dumas*, seigneur de la Roque. Les deux combattants n'avoient chacun qu'un couteau avec lequel, après s'être lié le bras gauche l'un contre l'autre, ils se tuèrent tous les deux.
FORBISHER, ou plutôt FROBISHER, (Martin) célèbre navigateur, né à Devonshire, se distingua de bonne heure par ses courses maritimes. La reine *Elizabeth* l'envoya avec trois navires, en 1575, pour chercher le détroit que l'on croyoit être entre les mers du Nord et du Sud, et qui devoit servir à passer de l'Occident en Orient par le Nord. Le 18 juin de la même année, il mit à la voile à Harwich; le 9 août, il trouva un détroit au 63e degré de latitude, et il lui donna son nom. Le froid empêcha *Forbisher* de passer plus avant. Deux ans après, en 1577, il entreprit encore le même voyage, dans le dessein de le pousser plus loin; mais il trouva les mêmes obstacles. Il rapporta seulement de son voyage une grande quantité de pierres qu'il avoit fait tirer des montagnes de ce pays-là. Il s'imaginoit qu'elles renfermeraient de l'or et de l'argent; mais après les avoir bien examinées, il n'y trouva rien, et l'on s'en servit pour paver les chemins. Peu de temps après ce second voyage, l'amiral *Howard* le créa chevalier, pour récompenser les marques de bravoure qu'il avoit données en 1588, dans un combat entre la flotte Angloise et la flotte Espagnole. Après s'être signalé sur mer, il se signala sur terre. Il débarqua en Bretagne pour assiéger le fort de Cordon près de Brest, qui se rendit après une vigoureuse résistance; mais *Forbisher* y fut blessé, et mourut de sa blessure à Plimouth en 1594.
FORBONNAIS, (François Véron de) inspecteur général des manufactures de France et membre de l'Institut, né au Mans le 2 octobre 1722, se distingua de bonne heure en économie commerciale et politique. L'un de ses ancêtres avoit établi au Mans une manufacture célèbre de draps appelés *Vérones*, de son nom, et qui avoient obtenu le plus grand débit en Espagne et en Italie. En 1741, le jeune *Forbonnais* y alla pour liquider les affaires du négoce de ses pères, et y recueillit une foule d'observations utiles sur la pratique de différens arts. De retour dans sa patrie, il cultiva la peinture, la musique, la littérature. Il composa même à l'âge de 27 ans, une tragédie de Co- riolan que les comédiens avoient reçue, mais que l'auteur retira avant sa représentation. Venu à Paris en 1752, dans un moment où l'on s'y occupait beaucoup d'imposition, de population, d'administration publique, il tourna toutes ses idées vers ces objets d'économie générale. En 1783, *Forbonnais* fixa son séjour dans une terre près du Mans et y partagea son temps entre les soins de l'agriculture et la composition de ses ouvrages. Forcé de se réfugier à Paris pendant les troubles de la révolution, il y finit ses jours à 78 ans, à la fin de l'an huit. Ses Ouvrages sont aussi nombreux qu'utiles. On lui doit : I. Un *Extrait de l'Esprit des Lois*, 1750, in-12. II. *Le Négociant Anglois*, 1753, 2 vol. in-12. C'est une traduction d'un ouvrage anglois relatif au traité d'Utrecht, mais dont le discours préliminaire appartient en entier à *Forbonnais*. III. *Théorie et Pratique du Commerce de la Marine*, 1753, in-8°. Cet ouvrage profond et qui doit servir de guide aux négocians, est une traduction d'un traité espagnol de *Jérôme de Ustaritz*. IV. *Considération sur les Finances d'Espagne relativement à celles de France*, 1753, in-12. Le ministère Espagnol trouva tant de profondeur dans cet écrit, qu'il demanda l'auteur pour consul général; mais le gouvernement François n'adhéra point à cette demande. V. *Essai sur la Partie Politique du Commerce de Terre et de Mer*, in-12. VI. *Éléments du Commerce*, 1754, 2 vol. in-12. On les traduisit dans toutes les langues de l'Europe. Il en a été fait diverses éditions dont la dernière est de 1796. VII. *Questions sur le Com-* Commerce des François au Levant*, 1755, in-12. VIII. *Examen des Avantages et Désavantages de la Prohibition des Toiles peintes*, in-12. IX. *Essai sur l'Admission des Navires neutres dans nos Colonies*, in-12. X. *Lettre sur les Bijoux d'Or et d'Argent*, in-12. XI. *Autre à un Négociant de Lyon sur l'Usage du Trait faux filé sur Soie dans les Etoffes*, 1756, in-12. XII. *Mémoires sur le Privilège exclusif de la Manufacture des Glaces*, in-12. XIII. *Recherches et Considération sur les Finances de France*, depuis 1595 jusqu'en 1721; 1758, 2 vol. in-4°. Cet ouvrage important, plein de vues vastes et judicieuses, a été réimprimé en 6 vol. in-12. XIV. *Principes et Observations économiques*, 1767, deux vol. in-12. XV. *Prospectus sur les Finances*, 1789, in-12. XVI. *Analyse des Principes sur la circulation des Denrées et l'influence du Numéraire sur cette circulation*, an 8 (1800), in-12. XVII. L'encyclopédie lui doit divers articles sur le commerce, les changes, la population. M. *le Prince* a lu à la société des Arts du Mans un *Eloge de Forbonnais*.
FORCADEL, (Étienne) *Foncarvues*, professeur en droit à Toulouse, étoit de Beziers, et mourut en 1554. Ses écrits consistent en *Poésies Latines et Françoises*, 1579, in-8°, les unes et les autres très-médiocres; en *Livres de Droit*, un peu moins mauvais; et en *Histoires*, entr'autres, *De Gallo-rum imperio et Philosophia*, in-4°, de 1569. Ce traité est plein d'érudition, mais d'une érudition choisie par un savant trop créduie et sans goût. — Il avoit pour frère Pierre FORCADE, professeur royal de mathématiques, mort en 1577, dont on a une traduction françoise d'Euclide et de la Géometrie d'Oronce Finé, et une Arithmétique en quatre livres. I. FORCE, (Jacques Nom-par de Caumont duc de la) d'une famille qui remonte au XIe siècle, étoit fils de François seigneur de la Force, qui fut tué dans son lit, avec Armand son fils aîné, pendant le massacre de la Saint-Barthélemi. Jacques, qui n'avoit que neuf ans, et qui étoit couché avec eux, se cacha si adroitement entre le corps de son père et celui de son frère, qu'il échappa au glaive des assassins. C'est lui-même qui a écrit cet événement dans des Mémoires cités par l'auteur de la Henriade. Il porta les armes sous Henri IV, et servit ensuite les réformés contre Louis XIII, sur-tout au siège de Montauban, en 1621. L'année d'après, la Force s'étant soumis au roi, fut fait maréchal de France, lieutenant général de l'armée de Piémont, et son marquisat érigé en duché. Comme par traité il toucha deux cent mille écus, les Huguenots se plaignirent de lui, comme d'un traître, qui les sacrifioit à son ambition et à son avarice. Mais leurs plaintes étoient injustes. Le bâton de maréchal étoit dû à ses services, et l'argent étoit moins le prix d'un perfide qui se vend, qu'un dédommagement des charges dont le roi l'avoit dépouillé. La Force prit Pignerol, et défit les Espagnols à Carignan, en 1630. Quatre ans après, il passa en Allemagne, fit lever le siège de Philisbourg, secourut Heidel- berg, et prit Spire en 1635. Sa terre de la Force en Périgord fut érigée en duché-pairie, l'an 1637. Il s'y retira après avoir rendu des services importants à l'état, et mourut plein de jours et de gloire, en 1652, à 89 ans. Ce n'étoit pas, suivant l'abbé le Genare, le général le plus renommé de son siècle; mais ce n'étoit pas non plus le moins habile.
II. FORCE, (Armand-Nom-par de Caumont, duc de la) fils du précédent, et maréchal de France comme lui, ne fut pas moins estimé que son père. Il obtint le bâton en 1652, pour avoir servi avec distinction contre les Huguenots. Le combat de Ravon, où il défit deux mille Impériaux, et prit prisonnier Colloredo leur général, lui fit beaucoup d'honneur. Il mourut en 1675, à 93 ans. Une longue vie étoit, ce semble, le partage de cette famille illustre. Il avoit un frère dont les descendans existent. Voy. XXI LOUIS et MELON.
III. FORCE, (Charlotte-Rose de Caumont de la) de l'académie des Ricovruti de Padoue, étoit petite-fille de Jacques de la Force et mourut en 1724, à 70 ans. Elle a illustré le Parnasse François par ses vers, et la république des lettres par sa prose. On a d'elle, dans le premier genre, une Épître à Madame de Maintenon, et un Poème dédié à la princesse de Conti, sous le titre de Château en Espagne, qui ne manquent ni d'imagination, ni de génie. On connoit d'elle dans le second genre : I. L'Histoire secrète de Bourgogne, en 2 vol. in-12; roman assez bien écrit, Paris 1691. 182 FOR
II. Celle de Marguerite de Valois, en quatre vol. in-12, Paris 1719. III. Les Fées, Contes des Contes, sans nom d'auteur, in-12. IV. Mémoires historiques de la duchesse de Bar, sœur de Henri IV, vol. in-12. V. Gustave Wasa, in-12, qu'on ne lit guère. Le fond de presque tous les ouvrages de Mlle de la Force est historique; mais la broderie en est romanesque. Elle avoit épousé en 1687 Charles de Brion; mais leur mariage fut déclaré nul au bout de dix jours.
IV. FORCE, Voy. PIGANIOL DE LA... I. FORDYCE (David) professeur de philosophie au collège d'Aberdeen, mort en 1755, est connu par un traité de Philosophie morale, où l'on trouve des réflexions profondes.
II. FORDYCE (Jacques) savant théologien Anglois, a publié plusieurs ouvrages de controverse et de morale. On a traduit en françois ses Sermons à l'usage des jeunes personnes du sexe; et ils ont été goûtés. L'auteur est mort à Londres, à l'âge de 76 ans, le premier octobre 1796.
FOREIRO, (François) en latin Forérus, Dominicain de Lisbonne, mort au couvent d'Almeida, le 10 janvier 1587, fut un des trois Théologiens choisis pour travailler au Catéchisme du concile de Trente, où il avoit fait admirer son talent pour la chaire. On a de lui un savant Commentaire sur Isaïe, in-fol., qu'on a inséré dans le Recueil des Grands Critiques... Voy. FOSCARARI. I. FOREST, (Pierre) savant médecin plus connu sous le nom de Forestus, né à Alcmaër, en 1522, d'une famille noble, étudia et pratiqua la médecine en Italie, en France et dans les Pays-Bas, où il mourut en 1597, à 75 ans. On a de lui des Observations sur la Médecine, 6 vol. in-fol., à Francfort, 1623, et d'autres ouvrages estimés de son temps.
II. FOREST, (Jean) peintre du roi, né à Paris en 1636, mort dans la même ville en 1712, à 76 ans, étoit un excellent paysagiste, et joignit à ce talent beaucoup d'esprit et un caractère plaisant. Il fit le voyage d'Italie, où Pierre-François Mola lui donna des préceptes dont il sut bien profiter; et il étudia le coloris dans les ouvrages du Titien, du Giorgion et des Bassan. Forest avoit beaucoup de goût pour la lecture. On remarque dans ses tableaux des touches hardies, de grands coups de lumière, de savantes oppositions de clair et d'ombre, un style élevé, de beaux sites, et des figures bien dessinées.
III. FOREST (la), Voyez II. CLERC.
FORESTI ou FORESTA, (Jacques-Philippe de) est plus connu sous le nom de Philippe de Bergame, sa patrie. Il entra dans l'ordre des Augustins, et s'y fit un nom. Il mourut à Bergame en 1520, âgé de 86 ans, après avoir publié une Chronique, depuis Adam jusqu'en 1503, et continuée depuis jusqu'en 1535; Paris, 1535, in-fol. Elle eut beaucoup de cours dans le siècle de l'auteur; elle ne le méritoit guère. Si l'on excepte les événements dont il a pu être témoin, tout le reste n'est qu'une informe compilation des historiens les plus crédules. On a encore de *Foresta*: I. *Confessionale* ou *Interrogatorium*; Venise, 1487, in-folio. II. Un *Traité des Femmes illustres*; Ferrare, 1497, in-fol. en latin.
FORESTIER (Pierre) savant chanoine d'Avalon, mort dans cette ville en 1723, à 69 ans, est auteur de 2 vol. d'*Homélies*; et de quelques autres ouvrages, dont le meilleur est l'*Histoire des Indulgences et des Jubilés*, in-12.
FORGE (Jean de la) est auteur de la *Joueuse dupée*, comédie en cinq actes, représentée en 1664.
FORGEAU, (St.) *Voyez* FERRÉOL.
FORGES, *Voyez* DESFORGES-MAILLARD.
FORGET DE FRESNE, (Pierre) habile secrétaire d'état, employé dans toutes les affaires importantes de son temps, mourut en 1610. C'est lui et *Chamier* qui dressèrent le fameux *Edit de Nantes*.—Il ne faut pas le confondre avec *Germain FORGET*, avocat au bailliage d'Evreux, dont on a un *Traité des personnes et des choses ecclésiastiques et décimales*; à Rouen, 1625, petit in-8.
FORMOSE, évêque de Porto, succéda au pape *Etienne V*, le 19 septembre 891. C'est le premier évêque transféré d'un autre siège à celui de Rome. *Formose*, déjà évêque, ne reçut point de nouvelle imposition des mains : il fut seulement intronisé. Il mourut en 896, après avoir couronné *Arnoul*, empereur. *Etienne VI*, successeur de *Formose*, après le court pontificat de *Boniface VI*, fit déterrer son corps, et le fit apporter ter au milieu d'un concile assemblé pour le condamner. On le mit sur le siège pontifical, revêtu de ses ornemens, et on lui donna un avocat pour répondre en son nom. Alors *Etienne*, parlant au cadavre comme s'il eût été vivant : *Pourquoi*, lui dit-il, *Evêque de Porto, as-tu porté ton ambition jusqu'à usurper le siège de Rome?* L'évêque de Porto, ne parlant que par la bouche de son avocat, ne put manquer d'être condamné. On le dépouilla des habits sacrés, on lui coupa trois doigts et ensuite la tête, et on le jeta dans le Tibre. *Jean IX* assembla un concile en 898, qui cassa les articles du synode convoqué par *Etienne VI*, et rétablit la mémoire de *Formose*... *Voyez* ETIENNE VI.
FORNARI, (Marie-Victoire) née à Gênes en 1562, fut mariée à *Ange Strate*, de qui elle eut trois garçons et deux filles, qui tous embrassèrent la vie religieuse. Après la mort de son mari, elle institua l'ordre des Annonciades—Célestes, et mourut en odeur de sainteté, le 15 décembre 1617, à 55 ans. Sa *Vie* a été imprimée à Paris, en 1770, in-12. Son ordre a une centaine de maisons, en Italie, en Allemagne, en France. Les religieuses sont habillées de blanc, avec un scapulaire bleu de ciel, et le manteau de même : c'est de là qu'elles ont tiré leur nom de *Célestes*. I. FORSTER, (Jean) théologien Protestant, né à Augsbourg en 1495, ami de *Reuchlin*, de *Melanchton* et de *Luther*, enseigna l'Hébreu avec réputation à Wittemberg, et y mourut en 1556, à 61 ans. On a de lui un excellent *Dictionnaire Hébraïque*; Basle, 1564, in-fol. — Il est 184 FOR différent d'un autre *Jean Forster*, mort en 1613, qui a laissé des *Commentaires sur l'Exode*, *Isaïe et Jérémie*, en 3 vol. in-4°, et *De interpretatione Scripturarum*, in-4°, Wittemberg, 1608.
II. FORSTER, (Valentin) est auteur d'une *Histoire de Droit*, en latin, avec les *Vies des plus célèbres Jurisconsultes*, jusqu'en 1580, temps où il écrivait. — Nous avons eu, dans ce siècle, un 4° FORSTER (*Nathanaël*) qui a donné une *Bible Hébraïque* sans points; Oxford 1750, 2 vol. in-4° : édition estimée.
III. FORSTER, (George) témoigne dès sa jeunesse la plus grande passion pour les voyages. D'abord compagnon du célèbre *Cook*, il porta ensuite dans ses autres voyages en Angleterre, en Pologne et en Allemagne, l'esprit observateur et les vues philosophiques qui l'avoient distingué. De retour de ses longues courses, il professa avec succès l'histoire naturelle dans les universités de Cassel, de Wilna et de Mayence. Il se trouva dans cette dernière ville lorsque l'armée françoise s'en empara. Les Mayençois le députèrent à Paris pour solliciter leur réunion à la France. Pendant cette mission, les Prussiens reprirent Mayence; les pertes qu'il essuya alors, des chagrins domestiques, et un vice scorbutique, le conduisirent au tombeau à l'âge de 39 ans. Il mourut à Paris au mois de mars 1794, comme il projetait de voyager dans le Thibet et l'Indostan. On a imprimé plusieurs fois les voyages de *Cook*, où se trouvent les observations de *Forster*; en 1795, on a traduit de l'allemand son *Voyage philosophique et pittoresque fait à Liège*, dans la Flandre, le Brabant et la Hollande, en 1790; Paris, 2 vol. in-8°.
FORSTNER, (Christophe) savant Allemand, né en 1598, mourut en 1667, à 69 ans, et publia, dès l'âge de 19 ans, un ouvrage sur la politique. Après avoir étudié en Allemagne, il alla en Italie, où *Jean Cornaro*, doge de Venise, le goûta tellement, qu'il l'honora de l'ordre de *Saint-Marc*. *Forstner* vint ensuite en France, et retourna en Allemagne. Employé dans les négociations de la paix de Munster, il fit paroître tant de prudence et de capacité, que le comte du *Trautmaundorf*, plénipotentiaire de l'Empereur, lui procura la qualité de conseiller — aulique. Outre ses *Hypomnemata politica*, 1623, in-8°, on a de lui : I. *De principatu Tiberii*. II. *Notre politice ad Tacitum*. III. Un recueil de ses *Lettres* sur la paix de Munster, etc. etc.
FORT, (François le) d'une famille patricienne de Genève, naquit dans cette ville en 1656. Une forte inclination pour les armes lui fit quitter la maison paternelle dès l'âge de 14 ans. Après avoir servi en Hollande comme volontaire, il eut une lieutenance dans le régiment d'un colonel Allemand au service du *Czar*. Le *Fort* étoit d'une physionomie heureuse, hardi, entreprenant, généreux; il parloit assez bien quatre ou cinq langues. Il n'étoit point savant; mais il avoit beaucoup vu, avec le talent de bien voir. *Pierre le Grand*, qui avoit formé le dessein de ranimer sa nation, le vit et l'aima. Les plaisirs, dit l'auteur de l'Histoire de cet empereur, commencèrent sa faveur, et les talens la confirmé- rent. En 1696, le Fort eut la conduite du siège d'Azof. Il y montra tant d'habileté dans l'art de la guerre, que le Czar lui donna le commandement général de ses troupes de terre et de mer, et le fit son premier ministre d'état avec la qualité d'ambassadeur et de plénipotentiaire dans toutes les cours étrangères. Le Fort eut part à tous les changements par lesquels Pierre I donna une nouvelle vie à son empire. Il mourut à Moscow en 1699, à 43 ans. Le Czar, pénétré de sa perte, lui fit des obsèques magnifiques, et y assista.
FORT, (le) Voyez MORINIÈRE.
FORTESCUE, (Jean) lord, chef de justice et grand chancelier d'Angleterre, sous le règne de Henri VI, publia plusieurs ouvrages, estimés des Anglois, sur la Loi naturelle et sur les Lois d'Angleterre, en 1616, in-8.º I. FORTIGUERRA, (Nicolas) cardinal, natif de Pistoie, rendit de grands services aux papes Eugène IV, Nicolas V, Pie II, et Paul II. Il commanda l'armée du saint Siège avec succès, et mourut à Viterbe, le 21 décembre 1473, à 55 ans.
II. FORTIGUERRA, (Nicolas) savant prélat de la même famille que le précédent, mourut en 1735, à 61 ans. Il étoit arrivé par degrés à la plus haute prélature sous Clément XI, et il espéroit que Clément XII, qui aimoit les poètes et la poésie, lui accorderoit le chapeau de cardinal. Ce pontife l'en flatta plusieurs fois, et trouvoit toujours de nouvelles raisons pour éloigner les espérances qu'il lui avoit données. L'oubli que le pape fit encore de Fortiguerra dans une dernière promotion, le laissant sans espoir, il s'abandonna au chagrin, et une maladie de langueur le conduisit au tombeau. Comme il touchoit à sa dernière heure, le pape envoya un de ses camériers le visiter de sa part, l'encourager, et lui promettre encore cette pourpre si ambitionnée. A cette promesse, le malade se retourne, lève le drap qui le couvroit, et faisant un éclat pareil à celui du Truncus ficulus d'Horace, il dit à l'envoyé: « Ecovi la risposta : Buon viaggio e per lei e per mi. » Sa maison étoit le rendez-vous de tout ce que Rome possédoit alors de plus excellens littérateurs, et leurs conversations ne rouloient que sur la littérature. Un jour on disputoit sur la prééminence entre le Tasse et l'Arioste: l'un et l'autre trouvèrent des partisans dans cette assemblée. Fortiguerra étoit pour le Tasse; et voulant prouver combien il étoit facile, avec de l'imagination, de réussir, au moins jusqu'à un certain degré, dans le genre de l'Arioste, il composa un poème en trente chants, qui fut commencé et fini en très-peu de temps. C'est le Ricciardetto, publié en 1738, in-4º; et à Paris, 1768, 3 vol. in-12: ouvrage héroïco-burlesque, où l'auteur respecte peu la pudeur. A l'exemple de l'Arioste, il s'est livré à tout ce que son imagination lui présentoit. Il règne dans son poème un désordre et une bizarrerie qui jettent le lecteur dans une contention d'esprit continuelle, et qui en rendroient la lecture insoutenable, sans le génie, les plaisanteries agréables et la versification aisée qu'il respire. On l'a imité en vers françois en 1766, 2 vol. in-8°. Voy. DUMOURRIER. On a encore de Fortiguerre une Traduction de Térence, en vers italiens, à Urbin, 1736, figures, avec le texte latin.
FORTIUS, (Joachim) ou plutôt STERCK, philosophe et mathématicien, plus connu sous le nom de Fortius Reingelbergius, se fit aimer d'Erasme, d'Oporen, d'Hyperius, et de plusieurs autres savans de son temps. Il enseigna la langue grecque et les mathé- matiques dans les Pays-Bas, en France et ailleurs. Il fut en grande considération à la cour de Maximilien I. Fortius étoit passionné pour les langues an- ciennes. On l'entendoit souvent dire, qu'il préféroit un mot de la pure Latinité à un écu d'or. Il mourut vers 1536, dans un âge assez avancé. On a de lui un grand nombre d'ouvrages estimés. Celui qui passe pour le meilleur, est son traité De ratione studendi; Leyde, 1622, in-8°, dans lequel il donne d'excellentes maximes pour se conduire comme il faut dans ses études.
FORTUNAT, Voyez VE- NANCI et AMALARIUS.
FORTUNATIANUS, Voyez CURIUS.
FORTUNATUS, Voyez I. AMALARIUS.
FORTUNE (Mythol.) Déesse, fille de Jupiter et de Némésis, présidoit au bien et au mal. On la représentoit aveugle et chauve, toujours debout, avec des ailes aux deux pieds, l'un sur une roue qui tourne avec vitesse, et l'autre en l'air; quelquefois au milieu des flots agités, cherchant à fixer son pied sur un globe mo- bile et glissant. On l'appeloit au- trement Sort. Elle avoit des temples superbes à Antium et à Préneste dans le pays Latin, et à Rannus dans l'Attique. Do toutes les Divinités du Paganisme, c'étoit la plus fantasque, la plus absolue et la plus universelle. Tous les événemens de la vie étoient de son ressort. Elle réu- nissoit tous les hommes aux pieds de ses autels, les heureux par la crainte, et les malheureux par l'espérance; ses caprices même étoient redoutables aux plus gens de bien, selon ce beau mot d'un ancien poëte: LEGEM VERETUR NOCENS, FORTUNAM INNOCENS... Plutarque observe que les Ro- mains eurent plus de vénération pour la fortune que pour la vertu. Juncus Marcius, quatrième roi de Rome, fut le premier qui lui fit bâtir un temple. Elle en eut depuis beaucoup d'autres dans toute l'Italie. On a remarqué que la Fortune étoit inconnue aux Grecs dans la haute antiquité, parce qu'on ne trouve son nom ni dans Homère, ni dans Hé- siode. C'est que les hommes, dit Juvénal, n'avoient point encore inventé cette divinité. On con- noit la belle Ode à la Fortune, de Rousseau.
FOSCARARI, (Gilles) Do- minicain Bolonois, mort évêque de Modène en 1564, à 53 ans, fut un des théologiens choisis pour travailler au Catéchisme du concile de Trente. C'étoit un pré- lat savant, pieux et charitable. Il trouva dans sa frugalité et sa modestie un fonds suffisant pour subvenir aux nécessités des pau- vres, pour fonder une maison de Filles repenties, et pour embellir son église et le palais épisco- pal. Dans un temps de calamité, il vendit jusqu'à sa crosse et son anneau.
FOSCARI, (François) étoit d'une illustre famille de Venise, il augmenta encore le instre. Il fut, en 1415, procurateur de Saint-Marc, et élu doge en 1423, après avoir gagné ou acheté les suffrages. Vouant se rendre redoutable à ses voisins, il fit la guerre, et soumit à la république le Bressan, le Bergamasque, Crème, Ravenne et d'autres places. Ces conquêtes coûtèrent beaucoup aux Vénitiens, qui murmuroient hautement contre lui; il les appaisa en offrant sa démission, qui ne fut pas acceptée. Ses ennemis suscitèrent diverses affaires à son fils, qui fut relégué d'abord à Trevise, et ensuite deux fois à la Canée. Le dernier exil accabla de douleur le malheureux doge, et il fut hors d'état de gouverner les affaires de la république. Il fut déposé à l'âge de 84 ans, en 1457, et Pascal Maripert mis à sa place. Il mourut deux jours après. Son fils étoit mort lui-même dans sa prison; on l'avoit accusé d'avoir assassiné un sénateur; mais le véritable meurtrier déclara à son confesseur, au lit de la mort, qu'il étoit innocent. Il n'étoit plus temps: l'infortuné Foscari avoit péri, victime de la calomnie.
FOSCARINI, (Michel) sénateur Vénitien, remplit différens postes dans sa république, et mourut en 1692, à 64 ans. Il a continué l'Histoire de Venise, par Nani, 1696, in-4°, qui fait le tom. x° de la Collection des Historiens de Venise, 1718, in-4°: collection assez mal imprimée, mais dans laquelle on n'a fait entrer que de bons auteurs. Foscarini avoit écrit par ordre de la république, et il est regardé comme un historien qui a eu de bons documens. On trouve deux de ses Nouvelles dans celles de gli Academici incogniti, 1651, in-4°.
FOSCO, (Placide) Italien, médecin de Pie V, se distingua par sa science et par sa vertu. Il mourut à Rome en 1574. On a de lui un traité: De usu et abusu Astrologiae in arte Medica; ouvrage que les lumières acquises depuis ont rendu inutile. I. FOSSE, (Charles de la) fils d'un orfèvre, naquit à Paris en 1640. Il entra dans l'école de le Brun, premier peintre du roi, et limita si bien, que le maître ne dédaigna pas d'employer son élève dans ses grands ouvrages. Le voyage d'Italie le perfectionna, et à son retour, il peignit le dôme de l'hotel royal des Invalides. Il fut regardé comme un des premiers coloristes. Il excelloit dans l'â-fresque, dans le paysage, et surtout dans l'histoire. Louis XIV lui accorda une pension de mille écus. Il fut reçu de l'académie de peinture, et en devint recteur et professeur. Il mourut à Paris en 1716, à 76 ans. C'étoit un homme bien fait, d'une conversation douce et aisée, passionné pour le coloris, et méprisant un peu trop les peintres qui n'avoient pas dans un degré supérieur cette belle partie de la peinture. Sa réputation l'avoit fait appeler en Angleterre, où mylord Montaigu l'occupa à décorer sa maison de Londres. Les peintures de ce grand artiste furent admirées de tous les connoisseurs. Le roi Guillaume III les étant venu voir, proposa à la Fosse un établissement très-avantageux; mais, vers ce même temps, le célèbre Mansard lui écrivit de revenir en France, où il étoit désiré.
II. FOSSE, (Antoine de la) sieur d'Aubigny, neveu du précédent, naquit à Paris en 1658 d'un orfevre, comme son oncle. Il fut successivement secrétaire du marquis de Créqui et du duc d'Aumont. Lorsque le marquis de Créqui fut tué à la bataille de Luzara, il fut chargé de porter à Paris le cœur du jeune héros, et il chanta sa mort dans une pièce de vers que nous avons encore. La Fosse parloit et écrivait purement l'Italien. Une Ode qu'il fit en cette langue, lui mérita une place dans l'académie des Apatistes de Florence. Il y prononça, pour remerciement, un Discours en prose sur ce sujet singulier : Quels yeux sont les plus beaux, des yeux bleus, ou des noirs ? Il avait encore plus de talent pour la poésie françoise. Ses vers sont extrêmement travaillés : il avouoit lui-même que l'expression lui coûtoit plus que la pensée. On a de lui plusieurs Tragédies : Poixène ; Manlius — Capitolinus ; Thésée ; Coræsus et Callirhoé. Les trois premières ont été conservées au théâtre ; Manlius, qui est la meilleure, a de grandes beautés : la dernière eut moins de succès. Callirhoé est pourtant bien versifiée ; mais le sujet n'en est pas heureux, et l'auteur, non moins modeste qu'ingénieux, a avoué plusieurs fois qu'il n'appeut pas du jugement du public. Ce poète, ami de J. B. Rousseau, n'est pas aussi connu qu'il devroit l'être : son mérite dramatique est bien supérieur à celui de Campistron, quant au style. On trouve dans ses pièces des tirades que ne désavoueroient pas nos grands tragiques. Son Manlius est re- rgardé par les connoisseurs comme digne, a plusieurs égards, du grand Corneille, ce qui n'est pas un foible éloge. L'auteur avoit profité, pour cette pièce, de l'excellente Histoire de la conjuration de Venise, par l'abbé de St-Réal. La Fosse avoit toutes les qualités d'un honnête homme. Dans le cours de la vie, il étoit plus philosophe que poète, se contentant de peu, et préférant les lettres à la fortune, et l'amitié aux lettres. On a encore de lui une Traduction, ou plutôt une Paraphrase en vers françois des Odes d'Anacréon, fort inférieure à l'original. On trouve, après cette version, plusieurs autres Pièces de poésie, dont quelques-unes sont assez bonnes, et le reste médiocre. Il mourut à Paris le 2 novembre 1708, à 50 ans. Son Théâtre est en 2 vol. in-12, Paris, 1747. Il en a paru une autre édition en 1755, qu'on a grossie, par je ne sais quel motif, de la Gabinie de Brucys, et du Distrait de Regnard.
III. FOSSE, Voyez II. HAYS, et LAFOSSE.
FOSSE, (Du) Voyez X. THOMAS.
FOSTER, (Jacques) ministre Anglois non conformiste, né à Breter en 1697, mort en 1753, a prouvé l'excellence de la révélation chrétienne contre Tindal, 1731, et a publié des Sermons et des traités de controverse. Mais son principal ouvrage est intitulé : Discours sur la religion naturelle et les vertus sociales, 2 vol. in-4. — Samuel FOSTER, professeur au collège de Gresham, mort en 1652, et auteur d'une Gnomonique, 1675, in-4°, ne doit pas être confondu avec Jacques, ni avec autres écrivains du même nom, trop obscurs pour en parler.
FOTHERGILL, (Jean) célèbre médecin Anglois, de la secte des Quakers, né le 8 mars 1712, mort à Londres le 26 décembre 1780, se rendit non-seulement recommandable par ses découvertes en médecine, mais encore plus par sa bienfaisance. Un de ses projets avoit été de proscrire la traite des Nègres. Au lieu de transplanter ces malheureux dans un climat étranger, il auroit voulu qu'on eût fait cultiver la canne à sucre en Afrique. Plusieurs autres vues favorables à l'humanité méritèrent qu'on gravât sur son tombeau cette épitaphe aussi simple que vraie: *Ci-gît le Docteur Fothergill, qui dépensa deux cent mille guinées pour le soulagement des malheureux*. C'est à ses dépens que furent imprimés la *Bible* traduite sur l'hébreu et sur le grec, par le Quaker *Antoine Purver*, 1764 2 vol. in-fol., et le *Nouveau Testament*, avec les notes de l'évêque *Percy*, 1780. I. FOUCAULT, (Louis de) comte du Daugnon, avoit été page du cardinal de *Richelieu*. Il s'attacha au duc de *Fronsac*, qui commandoit les flottes de France. Il servit sous lui avec le rang de vice-amiral, au combat donné devant Cadix en 1640, et se saisit, après sa mort, de la forte place de Bronage, dont le duc étoit gouverneur. Cette place fit la fortune de *Foucault*: car, en la remettant, on lui donna pour récompense le bâton de maréchal de France, le 20 mars 1653. Il mourut en octobre 1659, âgé d'environ 43 ans, avec la réputation d'un homme avide de gloire et d'argent. Il ne laissa que des F O U 189 filles; mais son frère continua cette famille qui remonte au 13$^{e}$ siècle.
II. FOUCAULT, (Nicolas-Joseph) Parisien, honoraire de l'académie des Belles-Lettres, fut successivement intendant de Montauban, de Pau et de Caen, et travailla par-tout pour le bien de l'état et des lettres. Il découvrit en 1704 l'ancienne ville des Viducassiens à deux lieues de Caen, au village de *Vieux*, et il en envoya une Relation exacte à l'académie des Belles-Lettres. Il avoit fait la découverte, quelque temps auparavant, du précieux ouvrage *De Mortibus Persecutorum*, attribué à *Lactance*, et qu'on ne connoissoit que par une citation de *St. Jérôme*. Ce fut sur ce manuscrit, trouvé à l'abbaye de Moissac en Querci, que le savant *Baluze* le publia. *Foucault* mourut le 7 février 1721, âgé de plus de 80 ans. Il joignoit des mœurs douces à une vertu austère, et des agrémens à un savoir profond. I. FOUCHER, (Simon) né à Dijon en 1644, mort à Paris en 1686, fut un défenseur de l'ancienne philosophie. On lui doit les deux ouvrages suivans: I. *Dissertation* sur la recherche de la vérité, suivie d'un examen des sentimens de *Descartes*, in-12. II. *Histoire* de la philosophie académicienne.
II. FOUCHER, (l'abbé Paul) secrétaire du duc d'*Orléans*, de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, né à Tours en 1704, entre à l'Oratoire en 1718. Ayant quitté cette congrégation, après y avoir formé son esprit et ses mœurs, il devint précepteur de MM. de *Chatellux*, et ensuite du jeune duc de *la Tremouille*. C'est dans l'hôtel de ce seigneur qu'il passa le reste de sa vie, terminée par une apoplexie, en avril 1779. L'abbé Foucher étoit un savant studieux, et un homme doux et honnête. Il cultiva d'abord les sciences exactes, et nous avons de lui une Géométrie métaphysique, ou Essaid'analyse sur les éléments de l'étendue bornée, 1758, in-8.º Il se tourna ensuite du côté de l'érudition, et eut des succès en ce genre. Son Traité historique de la Religion des anciens Perses, divisé en plusieurs Mémoires, imprimés dans différents vol. du Recueil de l'académie des Belles-Lettres, prouve son savoir et sa sagacité. Ce sont des recherches curieuses et neuves sur un sujet traité jusqu'alors très-imparfaitement. La religion des Perses qui lui avoit paru d'abord digne d'être distinguée des autres fausses religions, ne se montra à lui, lorsqu'il eut lu le Zenda-Vesta, que ce qu'elle est réellement : un amas de rêveries, mêlé de quelques bons préceptes de morale.
FOUCHY, (Jean-Paul GRANJEAN DE) auditeur des comptes et secrétaire perpétuel de l'académie des Sciences, étoit né à Paris le 17 mars 1707. Dans ses nombreux mémoires sur l'astronomie, il chercha les moyens d'observer avec justesse en se passant d'instruments coûteux ou difficiles; et il réussit. Unissant à la culture des sciences celle de la poésie et des arts, il faisoit avec agrément des vers de société et jouoit de plusieurs instruments. Tous les dimanches, il se plaisoit à toucher l'orgue dans quelque église. Un accident singulier précéda sa mort. Saisi d'un étourdissement, Fouchy fit une chûte, et le lendemain, ayant repris sa connois- sance entière, jouissant de toute sa tête, il s'apperçut que si les organes de la voix qui avoient été embarrassés pendant quelque temps, étoient devenus presque libres, ils avoient cessé d'obéir à sa volonté; que lorsqu'il vouloit énoncer un mot, sa bouche en prononçoit un autre; en sorte que dans le moment où il avoit des idées nettes, ses paroles étoient sans suite. Lui-même rendit compte de cet accident dans les mémoires de l'académie; il y détailla tous les symptômes, toutes les particularités de ce phénomène avec une simplicité, un calme, une indifférence même, dignes des héros du stoïcisme antique; et on voit par ces détails, qu'au milieu même de ces symptômes si effrayans qui le menaçoit pour le reste de sa vie d'une existence pénible et humiliante, il étoit plus occupé d'observer ses maux que de s'en affliger. I. FOUCQUET, (Nicolas) marquis de Belle-Isle, fils d'un conseiller-d'état, d'une famille ancienne, originaire de Normandie, naquit en 1615. Sa mère, Marie DE MAUPEOU, dame d'une piété éminente et d'une charité extrême, morte en 1681, à 91 ans, fut regardée comme la mère des pauvres, auxquels elle faisoit distribuer de l'argent et des remèdes. Elle est auteur d'un recueil très-répandu, sous le titre de Remèdes faciles et domestiques, 2 volumes in-12. — Nicolas FOUQUET, son fils, donna dès son enfance des marques non équivoques de son esprit. Il fut reçu maître des requêtes à 20 ans, et procureur général du parlement de Paris à 35. La place de surintendant des finances lui fut donnée en 1653, dans un temps où elles avoient été épuisées par les dépenses des guerres civiles et étrangères et par la cupidité de *Mazarin*. *Fouquet* auroit dû les ménager; il les dissipa, et en usa comme des siennes propres. Il dépensa près de trente-six millions d'aujourd'hui à faire bâtir sa maison de Vaux. Ses déprédations, les alarmes que donnoient les fortifications de Belle-Isle, l'idée qu'on insinua au roi qu'il vouloit se faire duc de Bretagne et des isles adjacentes, et qu'il cherchoit à gagner des partisans par ses profusions, les tentatives qu'il avoit faites sur le cœur de Mad. *La Vallière*, tout servit à irriter *Louis XIV* contre son ministre. Le 20 août 1661, *Fouquet* donna à ce prince et à la reine sa mère, une fête magnifique dans sa maison de Vaux, aujourd'hui appelée Villars. On y joua les *Fâcheux* de *Molière*. *Pellisson* composa le Prologue en vers, à la louange du roi. Ce Prologue plut beaucoup à *Louis XIV*, qui n'en fut pas néanmoins plus favorablement disposé et pour l'auteur, et pour celui qui donnoit la fête; on vouloit même les faire arrêter avant qu'elle fût finie: triste exemple de l'instabilité des fortunes de cour. *Louis XIV* vit avec peine que Vaux étoit supérieur en beauté à Saint-Germain et à Fontainebleau. Les ennemis de *Fouquet* lui firent remarquer les armes et la devise du maître de la maison. C'étoit un écureuil avec ces paroles: *Quò non ascendam?* « où ne monterai-je point ? » L'écureuil étoit peint presque par-tout poursuivi par une couleuvre, qui étoit les armes de *Colbert*. *Louis XIV* sentit tout ce que disoit la devise de *Fouquet*; quet; il crut devoir dissimuler encore quelque temps. Enfin on attira avec adresse le surintendant à Nantes, et on l'arrêta le 7 septembre 1661. Lorsque sa vertueuse mère apprit la détention de son fils, elle fit taire la tendresse maternelle, et s'écria en se mettant à genoux: *C'est maintenant, ô mon Dieu, que j'espère de son salut! Fouquet* s'étoit défait fort imprudemme quelque temps auparavant. La charge de procureur général, dont il avoit fait porter le prix, douze cent mille livres, à l'épargne. Son procès lui fut fait par des commissaires, qui le condamnèrent, en 1664, à un bannissement perpétuel, commué en une prison perpétuelle. Ce fut dans la citadelle de Pignerol qu'il fut enfermé, et il y mourut le 23 mars 1680, à 65 ans. Quelques auteurs prétendent, mais sans preuves, qu'il alla mourir dans le sein de sa famille, entièrement oublié, lui qui avoit joué un si grand rôle. De tous les amis que sa fortune lui avoit faits, il ne lui resta que *Gourville*, *Pellisson*, *Mlle de Scudéri*, ceux qui furent enveloppés dans sa disgrace, et quelques gens de lettres qu'il pensionnoit. Le premier assure dans ses *Mémoires*, que *Fouquet* sortit de sa prison quelque temps avant sa mort; mais son témoignage a été contredit. Le second prit sa défense dans plusieurs *Mémoires* recueillis en 15 vol. qui sont des modèles d'éloquence. *Voyez BOUTAUD*. Les déprédations de *Mazarin*, firent, en partie, les malheurs du surintendant; ce cardinal s'étoit approprié, en souverain, plusieurs branches des revenus de l'état: mais, comme l'a dit un homme 192 F O U d'esprit, il n'appartient pas à tout le monde de faire les mêmes fautes... Une particularité assez singulière du procès de Fouquet, est qu'il se méprit tellement sur les dispositions de ses juges à son égard, que quand il fallut nommer les rapporteurs, Mad. Fouquet la mère pria le premier président de Lamoignon, de donner l'exclusion à ce même d'Ormesson, qui s'acquit tant d'honneur dans cette affaire par sa courageuse indulgence envers Fouquet. Elle demanda aussi l'exclusion pour Sainte-Hélène, conseiller au parlement de Rouen, qui étoit aussi de la chambre de justice; en ce point elle rencontra mieux, car Sainte-Hélène conclut à la mort. On sut sans doute à la cour l'exclusion demandée par Mad. Fouquet pour ces deux juges, et ils y gagnèrent dans l'esprit des ministres. Le roi manda le premier président, et lui dit de nommer pour rapporteurs Mrs d'Ormesson et de Sainte-Hélène. Le premier président allégua la prière de Mad. Fouquet: Ce sont, dit-il, les deux seuls qu'elle ait exclus. — Elle craint, répliqua le roi, l'intégrité connue de ces magistrats, et cette crainte est une raison de plus pour les nommer. Le premier président convint de leur intégrité; mais il représenta que comme il s'étoit fait une loi de ne jamais donner aux parties les rapporteurs qu'elles demandaient, il s'en étoit aussi fait une de ne leur jamais donner ceux qu'elles excluaient. Que l'accusé, dit d'abord le roi, fort bien instruit par ses ministres, propose ses moyens de récusation; la chambre en jugera; et il finit par ordonner qu'on conservât les deux exclus. Le premier président pria le roi de prendre du temps pour faire ses réflexions, avant de lui donner ses derniers ordres; le roi assura que ses réflexions étoient faites, et que sa volonté, sur cet article, seroit immuable. Le premier président fit de vifs reproches, sur cette violence, à Colbert et à le Tellier, dont Turcane disoit, au sujet de ce procès: « M. Colbert a plus d'envie que M. Fouquet soit pendu, et M. le Tellier a plus de peur qu'il ne le soit pas. » (Extrait de la Vie du premier président de Lamoignon, dans le Mercure de 1782, n° 4.) On prétend que Fouquet supporta les ennuis de sa prison avec résignation. C'est du moins ce que dit un poète à un célèbre exilé: Ainsi Fouquet, dont Thémis fut le guide, Du vrai mérite appui ferme et solide, Tant regretté, tant pleuré des neuf Sœurs, Le grand Fouquet, au comble des malheurs, Frappé des coups d'une main vigoureuse, Fut plus content dans sa demeure affreuse, Environné de sa seule vertu, Que quand jadis, de splendeur revêtu, D'adulateurs une foule importune Venoit en foule adorer sa fortune. La religion vint au secours de ce ministre infortuné. Il lut pendant sa prison des livres de piété; on assure même qu'il en composa quelques-uns. Après sa disgrace, sa bibliothèque fut saisie et vendue; le roi fit acheter environ treize cents volumes, et sur-tout un recueil précieux sur l'histoire d'Italie.
II. FOUQUET, (Charles-Arnaud) fils du surintendant des finances, né à Paris en 1657, entra dans l'Oratoire en 1682. Il devint supérieur de Saint-Magloire en 1699, et fut quelque temps grand vicaire auprès de Fouquet, son oncle, évêque d'Agde. Les abbés Bignon, Huguet, Boileau et Couet furent très-lis avec lui. Il eut l'amitié et la confiance du cardinal de Noailles. Cet homme estimable mourut à Paris, dans la maison de Saint-Magloire, le 18 septembre 1734, dans sa 77e année. Après la mort du Père de la Tour, général de l'Oratoire, le Père Fouquet lui auroit infailliblement succédé, si son nom, inscrit sur la liste des Appelans et des Réappelans, ne l'avoit fait exclure.
III. FOUQUET, (Charles-Louis-Auguste) comte de Belle-Isle, petit-fils de l'infortuné surintendant des finances, naquit à Villefranche en Rouergue, l'an 1684, de Louis Fouquet et de Catherine-Agnès de Lévis. Les livres qui traitent de la guerre, de la politique et de l'histoire, furent dès son enfance ses lectures favorites; il ne les quittoit que pour se livrer aux mathématiques, dans lesquelles il fit des progrès sensibles. A peine fut-il sorti de l'académie, que Louis XIV lui donna un régiment de Dragons. Il se signala au siège de Lille, y reçut une blessure, et devint brigadier des armées du roi en 1708, et mestre de camp général des Dragons en 1709. Dès que la paix fut signée, le comte de Belle-Isle se rendit à la cour, fut très-bien accueilli de Louis XIV; et les services du petit-fils firent oublier les fautes du grand-père. La mort de ce monarque ayant changé le système des affaires, la guerre fut déclarée à l'E- pagne; le comte de Belle-Isle mérita alors d'être créé maréchal de camp et gouverneur de Huningue. Il eut la première place en 1718, et la seconde en 1719. Le duc de Bourbon ayant succédé dans la place de premier ministre au duc d'Orléans, le comte de Belle-Isle, lié avec le controleur général le Blanc, fut entraîné dans sa disgrace, et enfermé à la Bastille. Il n'en sortit que pour être exilé pendant quelque temps dans ses terres. Ce fut dans le calme de la solitude qu'il travailla à son entière justification. Il reparut à la cour; et depuis ce moment, ayant l'art de se rendre nécessaire, les dignités, la fortune, la faveur et les graces volèrent au-devant de lui. Il fut fait lieutenant général en 1731, et gouverneur de la ville de Metz et du pays Messin en 1733. La guerre venoit d'éclater; il obtint le commandement du corps d'armée qui devoit agir sur la Moselle, et s'empara de la ville de Trèves. Après avoir joué un des principaux rôles devant Philisbourg, il eut, le reste de la campagne, le commandement des troupes en Allemagne. Il se rendit; l'année suivante 1735, à Versailles, moins pour y être décoré de l'ordre du Saint-Esprit, auquel le roi l'avoit nommé, que pour y être consulté par le cardinal de Fleury. Les puissances belligérantes avoient beaucoup négocié pour la paix dès le commencement de 1735. Ce fut Belle-Isle qui engagea le cardinal à ne point se désister de ses prétentions sur la Lorraine. Ce guerrier, rendu à lui-même, employa le loisir de la paix à écrire des Mémoires sur les pays qu'il avoit parcourus, et sur les dé- 194 F O U férentes parties du gouvernement. C'est à lui qu'on dut presque toutes les ordonnances militaires qui parurent en 1737. On l'employait dans toutes les affaires. La confiance que le cardinal de Fleury avoit dans ses talons étoit telle, que le comte ayant désiré d'être envoyé en ambassade dans une des premières cours de l'Europe, le cardinal lui répondit : *Je me garderai bien de vous éloigner, j'ai trop besoin de quelqu'un à qui je puisse confier mes inquiétudes.* Cependant, malgré la confiance du ministre, *Belle-Isle* n'étoit, à la mort de l'empereur *Charles VI*, en octobre 1740, ni maréchal de France, ni duc et pair. « La guerre seule pouvoit achever sa fortune : un lieutenant général peut rester long-temps avec ce grade, dit *Duclos*, pendant la paix; et la mort du cardinal, qui ne pouvoit pas être éloignée, auroit privé *Belle-Isle* de son principal appui. Il en étoit très-inquiet; et consultant un jour sur sa fortune avec *Chavigni*, qui a passé pour un grand négociateur, celui-ci lui dit qu'il ne devoit rien attendre que de la mort de l'empereur, s'il savoit en profiter. » Il ne laissa pas échapper l'occasion; et il sollicita tant le cardinal par lui-même ou par d'anciens amis; il fit tant valoir les craintes qu'avoit l'Espagne, et que devoit avoir la France, de la formation d'une nouvelle Maison d'Antriche, qu'il décida le ministre à la guerre. Il ne tarda pas de recueillir les fruits de ses démarches ambitieuses. En 1741, il fut honoré du titre de maréchal de France. Les faiseurs de Vaudevilles ne l'épargnèrent pas. Le maréchal de *Belle-Isle* méprisa leurs plates saillies; et quand ses flatteurs vouloient l'irriter contre les chansonniers, il répondoit froidement : *Je remplirois les vues de ces faiseurs de Vers, si j'avois la petitesse de me fitcher de leurs bons mots.* Le cardinal de Fleury lui rendit plus de justice, en lui disant : *M. le Maréchal, le bâton que le Roi vous a remis aujourd'hui, ne sera pas dans vos mains un ornement inutile.* Il le nomma peu de temps après ambassadeur plénipotentiaire à la diète de Francfort, pour l'élection de l'empereur *Charles VII*, qui fut effectivement élu le 24 janvier 1742. La magnificence qu'il étala dans cette occasion, sera long-temps célèbre; il sembloit être plutôt un des premiers électeurs, qu'un ambassadeur. Il avoit ménagé toutes les voix et dirigé toutes les négociations. Le roi de Prusse, informé de tout ce qu'il avoit fait, ne put s'empêcher de s'écrier avec admiration : *Il faut convenir que le Maréchal de Belle-Isle est le Législateur de l'Allemagne. Charles VII* eut d'abord quelques succès, suivis de grands malheurs; les François furent abandonnés des Prussiens, ensuite des Saxons. Le maréchal de *Belle-Isle* se trouva enfermé dans Prague. Il fallut évacuer cette place, et cette opération n'étoit pas facile. Il surmonta tous les obstacles, et la retraite se fit à la fin de 1742. A la troisième marche il fut atteint par le prince de *Lobkowitz*, qui parut à la tête d'un corps de cavalerie, au-delà d'une plaine ou l'on pouvoit donner bataille. Le prince tint un conseil de guerre, dans lequel il fut résolu de lui couper la retraite, et d'aller rompre les ponts sur la rivière d'Egra, par où les Fran- tois devoient passer. Le maréchal de Belle-Isle choisit un chemin qui eût été impraticable en toute autre saison : il fit passer son armée sur des marais glacés. Le froid fut l'ennemi le plus redoutable ; huit cents soldats en périrent ; un des otages, que le maréchal de Belle-Isle avoit amené de Prague avec lui, mourut dans son carrosse. Enfin, on arriva, le 26 décembre, à Egra, par une route de 38 lieues. Le même jour, les troupes restées dans Prague, au nombre de trois mille hommes, dont le tiers étoit malade, firent encore une capitulation glorieuse par l'intrépidité de Chevert, demeuré dans la ville pour y commander : (Voyez CHEVERT). Cependant le maréchal de Belle-Isle se rendit à Francfort, où l'empereur Charles VII, qui l'avoit déjà déclaré prince du Saint-Empire, le décora de l'ordre de la Toison d'or. De retour en France, il partagea ses momeus entre les affaires, et les soins qu'il devoit à sa santé. Il passa de nouveau en Allemagne, et il fut fait prisonnier le 20 décembre 1743, en allant prendre des relais à la poste d'Elbingerode, petit bourg enclavé dans le territoire d'Hanovre. Quoique cette détention fût contre le droit des gens, il fut conduit en Angleterre, où il resta jusqu'au 17 août de l'année suivante. Revenu en France, il fut envoyé en Provence pour repousser les Autrichiens qui l'inondoient. Il n'avoit presque ni argent ni armée. « C'étoit à lui, dit Voltaire, de réparer les maux d'une guerre universelle, que lui seul avoit allumée. Il ne vit que de la désolation : des miliciens effrayés, des débris de régimens sans discipline, qui s'arrachoient le foin et la paille. Les mulets des vivres mouroient faute de nourriture. Les ennemis avoient tout rançonné du Var à la rivière d'Argens et à la Durance. Les ressources étoient encore éloignées ; les dangers et les besoins pressoient. » Le maréchal eut beaucoup de peine d'emprunter, en son nom, cinquante mille écus, pour subvenir aux plus pressans besoins. Il fut obligé de faire les fonctions d'intendant et de munitionnaire. Ensuite, à mesure que le gouvernement lui envoyoit quelques bataillons et quelques escadrons, il repoussoit de poste en poste les Autrichiens et les Piémontois. Enfin, après avoir couvert Castellane, Draguignan et Brignoles, il chassa peu à peu les ennemis de Provence, et leur fit repasser le Var en février 1747. Après quelques succès, le vainqueur partit pour concerter à Versailles les opérations de la campagne de 1748. Le roi, qui l'avoit fait duc de Gisors en 1742, le créa pair de france : honneur qui fut le prix de ses services, et dont il se rendit digne par des services nouveaux. Il étoit sur le point d'exécuter un plan qui devoit le rendre maître de Turin, lorsqu'il apprit la mort de son frère, tué à la malheureuse affaire d'Exiles. Cette nouvelle l'accabla ; mais ayant su surmonter sa douleur, il dit à ceux qui le consoient : Je n'ai plus de frère ; mais j'ai une patrie : travaillons pour la sauver. Après la paix de 1748, qui mit fin aux hostilités, sa faveur ne fit qu'augmenter : il devint ministre principal en 1757. Nous étions alors en guerre avec le roi de Prusse : « il suspendit, à la vérité, dit Duclos, l'inclination secrète qu'il avoit toujours 196 F O U cne pour ce prince ; mais son indiscrétion habituelle nuisit souvent à des plans, dont le succès dépendoit du plus grand secret. » L'assiduité au travail, les craintes d'être traversé, les malheurs de la France, les soins qu'il prit pour les réparer et pour se maintenir en place, le consumèrent peu à peu ; et il mourut le 26 janvier 1761, à 77 ans. L'académie Françoise et celle des Sciences avoient orné leur liste de son nom. Voici les portraits qu'en tracent *Voltaire* et le marquis d'*Argenson*. « Le maréchal de *Belle-Isle*, dit le premier, sans avoir fait de grandes choses, avoit une grande réputation. Il n'avoit été ni ministre, ni général en 1741, et passoit pour l'homme le plus capable de conduire un état et une armée. Il voyoit tout en grand et dans le dernier détail ; c'étoit parmi les hommes de la cour l'un des mieux instruits du maniement des affaires intérieures du royaume, et presque le seul officier qui établit la discipline militaire : amoureux de la gloire, et du travail sans lequel il n'y a point de gloire ; exact, laborieux, il étoit aussi porté par goût à la négociation, qu'aux travaux du cabinet et à la guerre ; mais une santé très-foible détruisoit souvent en lui le fruit de tant de talens. Toujours en action, toujours plein de projets, son corps plioit sous les efforts de son ame. On aimoit en lui la politesse d'un courtisan aimable et la franchise d'un soldat. Il persuadoit, sans s'exprimer avec éloquence, parce qu'il paroissoit toujours persuadé ; il écrivoit d'une manière simple et commune, et on ne se seroit jamais apperçu, par le style de ses dépêches, de la force et de l'activité de ses idées. » — « M. de *Belle-Isle*, dit le marquis d'*Argenson*, est grand et maigre. Son tempérament a paru jusqu'à présent délicat, son estomac foible, sa poitrine attaquée depuis la blessure qu'il reçut au siège de Lille. Il paroît obligé à de grands ménagemens de santé, et les observe en effet, lorsque les circonstances ne le forcent pas à y renoncer. Mais dès qu'il se sent animé par le désir d'acquérir de la gloire, et de faire réussir un plan d'ambition ou d'intrigue, l'activité de son ame lui fait trouver des forces que lui refuse la foiblesse de son corps. Il travaille continuellement, ne dort point, lasse les secrétaires les plus infatigables, dictant à plusieurs à la fois. Enfin, il est tout de feu, dévore tout, et résiste à tout. Il fait marcher de front plusieurs intrigues, ne perd pas de vue un seul de ses fils, et a soin qu'aucun ne se croise. Dans un siècle où l'exacte probité, le mérite réel et les vues sages et solides, ne sont pas les meilleures recommandations, un homme qui sait user à la fois de souplesse et de jactance, ne peut manquer de réussir. La preuve cependant que ses idées ne sont ni bien lumineuses, ni réellement grandes, c'est que son style est foible et même plat ; il n'a point d'éloquence en parlant. Mais il paroît toujours assuré du succès ; il en répond sans hésiter ; et il persuade, d'autant plus qu'on croit qu'il n'y met point d'art. Il sait encore mieux faire valoir ce qu'il a fait que ce qu'il veut faire. Quand on a suivi ses avis, si l'on s'en trouve bien, on croit lui en avoir obligation ; si l'on s'en trouve mal, on s'en prend à soi-même. » On a re- proché au maréchal de Belle-Isle de s'attacher trop aux petits détails, et d'entrer dans tous les projets. Son esprit systématique l'engagea à recevoir tous les plans qu'on lui présentoit, et à protéger trop d'aventuriers; mais il retiroit ses bontés, dès qu'il s'apercevoit qu'on l'avoit surpris. J'ai fait des fautes, disoit-il quelquefois; mais je n'ai jamais eu l'orgueil ridicule de ne pas en convenir. Haut avec les grands, il portoit dans les cours étrangères toute la dignité qu'exigeoit la grandeur du maître qu'il représentoit; mais, affable et prévenant avec ceux qui étoient au-dessous de lui, il ne leur faisoit point sentir le poids de son autorité. Il aima les talens en homme éclairé, mais non pas en ministre qui ne protège les arts que par air. Né sobre, il n'aima jamais ni le jeu, ni la table; mais on ne peut dissimuler qu'il eut beaucoup de penchant pour le beau sexe. Par son testament, il donna au roi tous les biens qu'il avoit reçus en échange de Belle-Isle, à la charge de payer ses dettes qui étoient considérables. Chevrier a donné sa Vie et son Testament politique, où l'on trouve quelques bonnes vues. — Le maréchal de Belle-Isle avoit été marié deux fois. Il eut de son second mariage avec Marie-Casimire-Thérèse-Geneviève-Emmanuelle de Béthune, un fils unique, Louis-Marie, né le 27 mars 1732, appelé le comte de Gisons, tué en 1758 à l'armée du Rhin. Ce seigneur, digne fils d'un illustre père, fit ses premières armes en Provence. Après s'être distingué dans le comté de Nice, il fut nommé colonel du régiment de Champagne. Il fit des prodiges de va- leur à l'affaire d'Hastembeck. Le roi, qui connoissoit son mérite, le plaça à la tête des Carabiniers, corps distingué depuis longtemps par sa bravoure et par ses succès. Cet avantage lui devint funeste à la malheureuse journée de Crevelt. Jaloux de vaincre, il s'avança à la tête de son corps pour charger l'ennemi; mais cette action généreuse coûta la vie au duc de Gisons. Ce jeune héros n'avoit pas été élevé dans cette mollesse qui faisoit des seigneurs François des femmes délicates. Il se levoit à quatre heures du matin, faisoit exercer son régiment tous les jours, et donnoit, le premier, l'exemple du bon ordre et de la discipline. Un anonyme l'a peint ainsi : Culriver tous les arts, protéger le génie; Joindre au goût le savoir, et les graces aux mœurs; Combattre pour son roi, mourir pour sa parrie, Regretté des vaincus, admiré des vainqueurs, Et même en succombant digne de la victoire; Telle fur de Gisons et l'étude et la gloire.
FOUGEROUX, (Auguste-Denys) membre de l'académie des Sciences, naquit à Paris, le 10 octobre 1732. Neveu du célèbre Duhamel, il prit sous la direction de son oncle le goût de l'étude et d'appliquer son travail à des objets utiles. Il parcourut l'Anjou et la Bretagne pour y observer les carrières d'ardoise; il passa ensuite à Naples, où il fit de curieuses observations sur la solfatare, les alumières de la Tolsa, le jaune de Naples. A son retour, il eut le malheur de perdre son guide, et il hérita de 198 F O U *Duhamel* du domaine étendu où il perfectionnoit, par la pratique, ses méthodes nouvelles sur l'agriculture. Là, *Fougeroux* continua les expériences de son oncle, et borna comme lui ses plaisirs à exercer la bienfaisance, et à éclairer les hommes. Il est mort d'apoplexie le 28 décembre 1789. On lui doit : I. *Mémoire* sur la formation des os, 1760, in-8.º Il y défend la théorie de *Duhamel* sur cette partie de la physiologie. Il y observa, le premier, que l'os du canon qui est double dans les fœtus des animaux de l'espèce des taureaux, devient unique lorsque ces animaux sont adultes. II. *L'Art de l'Ardoisier*, 1762, in-folio. III. *L'Art de travailler les cuirs dorés*. IV. *L'Art du Tonnelier*, 1752, in-folio. V. *L'Art du Coutelier*, 1772, 3 vol. in-folio. Ces écrits font partie de la collection des arts de l'académie des Sciences. VI. *Recherches sur les ruines d'Herculanum*, et sur les lumières qui peuvent en résulter, relativement à l'état présent des sciences et des arts, avec un *Traité* sur la fabrication des mosaïques, 1769, in-8.º VII. *Observations* faites sur les côtes de Normandie, avec M. *Tillet*, 1773, in-4.º VIII. Un grand nombre de *Mémoires* dans le recueil de l'académie des Sciences. On doit distinguer celui où il rend compte des phénomènes qu'offrent les plantes parasites qui se développent sur le corps de quelques insectes vivans, ou sur leurs nymphes.
FOUILLOU, (Jacques) licencié de Sorbonne, né à la Rochelle, et mort à Paris, le 21 septembre 1736, à 66 ans, essaya bien des traverses pour les querelles du Jansénisme. Il eut beaucoup de part à la première édition de l'*Action de Dieu sur les créatures*, in-4.º ou 6 vol. in-12 : à celles des *Quatre Gémissemens sur Port-Royal*, in-12 ; des *Grands Hexaples*, 1721, 7 vol. in-4.º ; de l'*Histoire du Cas de conscience*, 1705, en 8 vol. in-12 : et à plusieurs autres productions polémiques qu'il est inutile de faire connoître, parce qu'elles sont oubliées ou qu'elles doivent l'être.
FOUILLOUX, (Jacques du) gentilhomme Poitevin, mort sous *Charles IX*, auquel il dédia son ouvrage sur la *Chasse*, à Rouen, 1650 ou 1656 ; Paris, 1653, et Poitiers, 1661, in-4.º Cet ouvrage, remarquable par sa naïveté et son ton de vérité, a eu le mérité d'être souvent cité par *Buffon* et *Daubenton*. Il a été traduit en italien par *César Parona*. I. FOULON, (Pierre le) ou GNATHÉE, né à Cormète, chassé de son monastère pour son penchant à l'Eutychianisme, gagna les bonnes graces de *Zénon*, gendre de l'empereur *Léon*, et obtint par son crédit le siège d'Antieche. Il répandit toutes sortes d'erreurs, se maintint sur son siège malgré plusieurs sentences de déposition, et mourut en 488.
II. FOULON, (Guillaume) *Geophæus*, poète latin né à la Haye : mourut en 1658, à Horden en Frise, dont il avoit été bourgmestre, âgé de 75 ans. Il fit d'assez plates *Comédies* ; mais comme elles ne sont pas communes, quelques curieux les recherchent. On a de lui : *Martyrism Joannis Pistorii*, Leyde 1649, in-8.º — *Hypocrisis*, tragi-comœdia, 1544, in-8.º —*Misobarbus*, comœdia. —*Acolastus de Filio Prodigo*, comœdia, 1554, in-8°, etc. Il étoit Protestant, et sa religion lui occasionna diverses affaires qui l'obligèrent de quitter la Hollande. On trouva chez lui, en carême, une saucisse dans un pot où l'on faisoit cuire des pois : elle y avoit été mise par une femme grosse, qui en avoit envie. *Foulon* fut poursuivi comme violant les préceptes de l'Église; et il n'échappa à la peine dont il étoit menacé, qu'en se retirant en Prusse.
III. FOULON, ou FOULON, (Jean-Érard) Jésuite de Liège, d'une famille noble, mort à Tournai en 1668, est auteur de plusieurs ouvrages. Le plus estimé est son *Histoire des Évêques de Liège*, imprimé en cette ville, 3 vol. in-folio, 1735, en latin. Il y a des recherches dans ce livre, mais peu de précision.
IV. FOULON, (N.) d'abord intendant de l'armée Françoise, pendant la guerre de 1756, devint ensuite conseiller d'état. Ses connaissances dans la partie des finances le firent souvent désigner pour contrôleur-général; mais son opinion étant que le seul moyen de faire repaître le crédit public étoit de faire banqueroute, la cour n'osa le nommer, et les capitalistes l'accusant de dureté, en firent l'objet de leur haine. Ses ennemis augmentèrent lorsqu'on le vit momentanément chargé du portefeuille des finances dans le principe de la révolution, dont il devint l'une des premières victimes. *Foulon* crut devoir se mettre à l'abri des menaces en se faisant passer pour mort, et en se cachant à Viry-sur-Orge, chez M. de Sartines. Les paysans du lieu l'y découvrirent le 22 juillet 1789, et le traînèrent à Paris. Dans ce trajet, il éprouva mille cruautés. Enchaîné derrière une charrette, on lui mit autour du cou un collier de chardons piquans; sa bouche fut remplie de foin, et on le força à marcher pieds nus. Ses tourmens et la fatigue, le faisant beaucoup transpirer, les furieux lui essuyent le visage avec des orties. Arrivé à Ville-Juif, on lui donna à boire du vinaigre, dans lequel on jeta beaucoup de poivre. A peine parvenu à Paris, il est conduit au gibet; deux fois la corde casse; on la renouvelle; bientôt après sa tête fut portée au haut d'une pique. *Foulon*, septnagénaire, montra un sang froid héroïque au milieu de ses maux, et jusqu'à son dernier moment. *Voyez BERTHIER*. I. FOULQUES Ier, comte d'Anjou, dit le *Boux*, mort en 938, réunit et gouverna avec prudence toutes les terres de son comté.
II. FOULQUES II, dit le *Bon*, fils du précédent, mort à Tours en 958, fit défricher et cultiver avec soin les terres du comté d'Anjou. Il s'appliqua à faire fleurir la piété et les sciences dans ses états. On dit que le roi *Louis d'Outremer* s'étant moqué de ce que *Foulques le Bon* s'appliquoit à l'étude et alloit souvent chanter au chœur, *Foulques* lui écrivit ces mots : *Sachez, SIRE, qu'un Prince sans lettres est un âne couronné*.
III. FOULQUES III, comte d'Anjou, dit *Nera* ou le *Jérsso-limtain*, à cause de deux voyages 200 F O U qu'il fit à la Terre sainte, succéda, l'an 987, à Godefroi son père. Ce prince, belliqueux, prudent et rusé, remporta divers avantages sur ses voisins, et mourut à Metz en 1039. C'est lui qui fit bâtir le château de Trèves en Anjou.
IV. FOULQUES IV, dit Rechin, fils du seigneur de Châteauldon, et d'une fille de Foulques III, succéda l'an 1060 à son oncle maternel Geoffroi Martel. Il s'empara du Gâtinois et de la Touraine, qui étoient le partage de son frère aîné, et s'abandonna au vin et aux femmes. Il en épousa trois consécutivement, en les répudiant l'une après l'autre. Mais enfin la dernière, Bertrade de Montfort, le quitta pour Philippe I roi de France. Il mourut en 1109. Il avoit composé une Histoire des Comtes d'Anjou, dont il se trouve dans le Spicilège de d'Achery un fragment, que l'abbé de Marolles a traduit dans son Histoire d'Anjou, 1681, in-4.º V. FOULQUES, archevêque de Rheims, succéda à Hincmar en 883, et tint un concile contre les usurpateurs des biens de l'église. Ayant revendiqué le château d'Arras, et l'ayant pris au comte de ce nom, il fut assassiné par les partisans de ce seigneur, le 17 juin 900. Ce prélat étoit recommandable par ses connoissances et ses vertus; mais il ne mit pas toujours de la modération dans son zèle.
VI. FOULQUES, ou FOUQUES, évêque de Toulouse, natif de Marseille, s'acquit une grande réputation, et se fit aimer des princes par ses Poésies ingénieuses en langue provençale. Il parut avec éclat au 4e concile de Latran en 1215, et s'y intéressa pour St. Dominique, son intime ami. Il mourut en 1231.
FOUNTAINE, (André) savant antiquaire, Anglois, mort en 1753, dont nous avons un Traité curieux sur les Médailles anglo-saxonnes. Hickes l'a placé dans sa collection. Voyez HICKES.
FOUQUET DE LA VARENNE, (N.) fut d'abord garçon de cuisine chez Catherine, sœur d'Henri IV, (Voy. CATHERINE, n° VIII.) et il parut si adroit et si intelligent à ce prince, qu'il le chargea de ses messages amoureux. Des intrigues galantes, il passa bientôt aux intrigues politiques. Henri IV l'employa dans diverses négociations qui exigeoient du courage et de l'habileté. Il servit les Jésuites auprès de ce monarque, contribua beaucoup à la fondation de leur célèbre maison de la Flèche, et s'y retira après la mort de Henri IV. Il s'amusoit souvent à tirer au vol. Un jour qu'il vouloit faire partir une pie d'un arbre pour la tirer, l'oiseau qui avoit été apprivoisé, se mit à crier M...au. La Varenne croyant que c'étoit le diable qui lui reprochoit son premier métier, fut tellement saisi de frayeur, qu'il fut pris de la fièvre et mourut le troisième jour. (Pièces intéressantes, par Delaplace, tom. I.) Le chancelier, avec qui il avoit eu une discussion, voulut l'humilier, en lui rappelant ce premier emploi de ses talens: Point d'airs de mépris, lui répondit effrontément la Varenne; si le Roi avoit vingt ans de moins, je ne troquerois pas ma place contre la vêtre.
FOUQUET, Voyez FOUQUET.
**FOUQUIER - TINVILLE**, (Antoine-Quentin) né à Hérouan près de Saint-Quentin, fut d'abord procureur au Châtelet; mais dépensant plus qu'il ne gagnait, il vendit sa charge et fit banqueroute. Nommé juré au tribunal de *Robespierre*, ses discours sanguinaires, son avidité à condamner, attirèrent l'attention de celui-ci, et il le crut digne de remplir l'emploi d'accusateur public. Aussitôt le nombre des victimes augmenta, et l'échafaud reçut sans distinction les innocens, les vieillards, tout ce qui portait un nom connu, tout ce qui avait acquis des droits à l'estime générale. *Gamache* fut conduit à l'audience; l'huissier observa qu'il n'étoit pas l'accusé du même nom. *Peu importe*, répondit Fouquier, *celui-ci vaut autant que l'autre*, et il l'envoya à la mort. *Rosset de Fleury* avait écrit au tribunal pour lui annoncer qu'il partageoit les opinions de sa famille qui venoit de périr, et qu'il demandoit à partager son sort. *Fouquier* s'écria à la réception de la lettre: *Ce monsieur est bien pressé; mais je suis charmé de le satisfaire*. *Fleury* fut amené au tribunal, condamné comme complice de gens qu'il n'avoit jamais vus, et livré au supplice, revêtu d'une chemise rouge, comme assassin de *Collot - d'Herbois*. — Une veuve *Maillet* avait été présentée au tribunal au lieu de la duchesse de *Maillé* qu'on avoit cru y conduire. Dans l'interrogatoire, *Fouquier* s'apperçut de l'erreur. « Ce n'est pas toi qu'on vouloit juger, lui dit-il, mais c'est égal; autant vaut aujourd'hui que demain. » — *Mad. de Sainte-Amaranthe* et sa fille, l'une des plus belles femmes de la capitale, avoient montré le plus grand courage dans leurs réponses, et en écoutant leur condamnation, *Fouquier* fut indigné de leur fermeté. « Voyez, s'écria-t-il, quel excès d'effronterie; il faut que je les voie monter sur l'échafaud, pour m'assurer si elles conserveront leur caractère; dussé-je me passer de dîner. — Un vieillard paralysé de la langue, ne pouvoit répondre aux questions qui lui étoient faites. *Fouquier* apprenant la raison de son silence, répondit: « Ce n'est pas la langue qu'il me faut, c'est la tête. » — Un autre vieillard se taisoit de même. On observa à l'accusateur public qu'il étoit *sourd* et aveugle; « N'importe, dit-il, ne voyez-vous pas qu'il a conspiré *sourdement*. » — Ce fut lui qui disoit que les jurés venoient de faire *feu de file*, lorsqu'ils avoient condamné en masse un grand nombre d'accusés sans les entendre. L'arrestation même de *Robespierre* son protecteur ne suspendit pas sa barbarie. Le 27 juillet 1793, il envoya à la mort 42 personnes; et sur l'observation qu'on lui fit que le changement opéré dans le comité de salut public devoit en amener un autre dans la forme de procéder, il répondit ironiquement: *Nul changement pour nous, puisque la justice doit toujours avoir son cours*. Il étoit temps que tant de crimes eussent un terme. *Fouquier* fut arrêté et accusé d'avoir fait périr une foule de François, sous prétexte de conspiration, d'avoir fait juger jusqu'à 80 individus dans l'espace de quatre heures; d'avoir signé un grand nombre de jugemens dont les noms des condamnés étoient en blanc, et qu'il remplissoit ensuite à sa volonté. Il fut condamné à mort le 7 mai 1794, à l'âge de 202 F O U 48 ans. « Fouquier-Tinville, dit Mercier, profondément artificieux, habile à supposer le crime, à controuver des faits, montra dans son interrogatoire une présence d'esprit imperturbable. Placé devant le tribunal ou il avoit condamné tant de victimes, il écrivoit sans cesse; mais comme un Argus, il étoit tout yeux et tout oreilles; et en écrivant, pas un mot du président, d'un accusé, d'un témoin, d'un juge, de l'accusateur public ne lui échappoint. Il affecta de dormir pendant le résumé de l'accusateur public, comme pour avoir l'air calme, tandis que l'enfer étoit dans son cœur. Son regard fixe faisoit malgré soi baisser les yeux; lorsqu'il s'apprétoit à parler, il fronçoit le sourcil et plissoit le front; sa voix étoit haute, rude et menaçante. Il nioit d'une voix ferme sa signature, et ne trembloit pas devant le témoin accusateur. Quand on le conduisit au supplice, son front dur comme le marbre, défia tous les regards de la multitude; on le vit même sourire et proférer des paroles menaçantes. Au pied de l'échafaud il sembla, pour la première fois, éprouver des remords, et il trembla en y montant. Fouquier avoit la tête ronde, les cheveux noirs et unis, le front étroit et blême, les yeux petits et ronds, le visage plein et grêlé, le regard tantot fixe, tantot oblique. Il étoit grand, et avoit la jambe forte. »
FOUQUIÈRES. (Jacques) peintre, né à Anvers vers l'an 1580, élève de Breugel le Paysagiste, de Montper, et de Ruivas qui l'employoit quelquefois à ses tableaux, travailla au Louvre sous Louis XIII. Ce monarque l'anoblit. Les airs de qualité qu'il prit depuis, le firent appeler par dérision le Baron de Fouquières. Il ne peignit presque plus, de crainte de déroger; et dès qu'il prenoit le pinceau, il ne manquoit pas de ceindre son épée. Il mourut pauvre en 1621, à quarante-un ans. Ce peintre a également réussi dans les grands morceaux et dans les petits. Il étoit excellent paysagiste. Son coloris est d'une fraîcheur admirable. I. FOUR, (du) Voyez DU-FOUR.
II. FOUR, (du) Voyez LONGUERUE. I. FOURCROI. (Bonaventure de) né à Noyon, étoit mauvais poète et avocat excellent. Il montra non-seulement de l'éloquence, mais beaucoup de courage et de fermeté. Il vouloit qu'un avocat connût les belles-lettres, et sur-tout l'histoire, qu'il appeloit la porte de toutes les sciences. Il mourut en 1692. On a de lui 21 Sonnets contre le cardinal Mazaria, très-satiriques et très-médiocres; et quelques ouvrages de prose, peu connus aujourd'hui. Il étoit ami de Boileau, et de Molière qui disputoit quelquefois avec lui, et qui étoit obligé de céder à la force de ses poumons: Que peut la raison avec un filet de voix, dit-il un jour, contre une gueule comme celle-là?
II. FOURCROI. (N.) ingénieur François, né en 1715, se distingua par ses connoissances, et devint grand-croix de l'ordre de Saint-Louis. Sa probité reconnue le fit appeler à Versailles où il aida souvent de ses conseils le ministre de la guerre, Saint- Germain. On lui doit le plan de communication entre l'Escaut, la Sambre, l'Oise, la Meuse, la Moselle et le Rhin, pour réunir toutes les parties intérieures de la France. L'académie des Sciences le compta au nombre de ses membres. Modeste et ami du travail, il a publié peu d'ouvrages; mais il a enrichi ceux de ses amis d'un grand nombre de remarques intéressantes. Les observations microscopiques insérées dans le Traité du cœur, de Séné, sont de lui. Duhamel a profité de plusieurs autres dans ses Traités sur la pêche et l'amélioration des forêts, ainsi que M. de la Lande dans celui sur les marées. Parmi les opuscules publiés séparément par Fourcroi, on a distingué celui dans lequel il donne les moyens de calculer la hauteur du vol de certains oiseaux, en connoissant celle du point où ils cessent d'être visibles. Ce savant devint directeur du corps royal du génie, et mourut le 12 janvier 1791. I. FOURMONT, (Étienne) né en 1683 à Herbelai, village près de Paris, d'un père chirurgien, montra dès sa jeunesse des dispositions surprenantes pour les langues. Il avoit la mémoire si heureuse, qu'après avoir appris par cœur toutes les racines grecques de Port-Royal, il les récitoit souvent en rétrogradant. Il n'étoit encore qu'écolier, lorsqu'il donna ses Racines de la langue Latine, mises en vers François, ouvrage qui eût fait honneur à un maître. Après avoir étudié au collège des Trente-trois et à celui de Montaigu, il fut chargé de l'éducation des fils du duc d'Antin. L'académie des Inscriptions se l'associe en 1715, la société royale de Londres en 1738, et celle de Berlin en 1741. Il mourut à Paris le 18 décembre 1745, à 62 ans. Il avoit joui pendant sa vie de la considération due à son savoir, à la droiture, à la modestie et à la candeur qui l'accompagnaient. Le comte de Poiré, ministre d'Espagne, lui obéit une pension de la cour, qui fut arrêtée lors de la rupture entre la France et l'Espagne. Le duc d'Orléans le mit au nombre de ses secrétaires. Les savans François et étrangers le consultoient comme un oracle, dans tout ce qui concernait l'Grèce, le Persan, le Syriaque, l'Arche, l'Hébreu, et même le Chinois; mais comme il négligea un peu la sienne, et qu'il la parloit et l'écrivoit assez incorrectement, on lui appliqua l'épigramme frise contre un certain pédant qui se vastoit de savoir douze langues: cela est vrai, dit quelqu'un, en exceptant le François. On a de lui plusieurs ouvrages, imprimés et manuscrits; témoignages de son érudition et de son amour pour le travail. I. Réflexions critiques sur les Histoires des anciens Peuples jusqu'au temps de Cyrus, 1735, 2 vol. in-4°: chargées de citations. II. Une Grammaire Chinoise, en latin, in-fol. 1742, sur laquelle on peut consulter le Journal des Savans, de mars et avril 1743. III. Méditations Siné, 1737, in-fol.: ouvrage qui renferme les préliminaires de la Grammaire Chinoise, et l'explication de tout le technisme de cette langue. IV. Plusieurs Dissertations dans les Mémoires de l'académie des Belles-Lettres, semées d'érudition. Voyez IV. Lucas.
II. FOURMONT, (Michel) frère du précédent, né le 28 204 F O U septembre 1690, à Herbelai, près de Paris, apprit sans le secours d'aucun maître, le latin, le grec, l'hébreu et le syriaque. Nommé en 1720, professeur de cette dernière langue au Collège Royal, il joignit à ses leçons la comparaison des paraphrases chaldaïques de la Bible, avec le texte samaritain et la version des Septante. C'est le premier qui ait donné en France quelque idée de l'ancienne langue éthiopienne. En 1728, il fut envoyé par Louis XV dans le Levant; il en rapporta près de douze cents inscriptions antiques. C'est lui qui a trouvé sous les ruines de Sklabochoir, autrefois Amylée, l'inscription connue sous le nom de cette ville, remontant à mille ans avant J. C., et consistant en deux fragments qui présentent une liste des noms des prêtresses Grecques. On ne pourroit croire, si Fourmont lui-même ne s'en étoit vanté dans ses lettres, qu'un savant et un ami de l'antiquité se soit plu à détruire, comme il le fit, par des ouvriers, tout ce qui pouvoit rester de Sparte, d'Hermione, de Trézène et d'Argos. A son retour, reçu à l'académie des Inscriptions, il y lut différens mémoires sur des monumens Grecs, et sur l'origine et l'ancienneté des Éthiopiens. Il mourut d'apoplexie, le 4 février 1746, à l'âge de 56 ans.
III. FOURMONT, (Claude-Louis) neveu des précédens, né à Cormeilles, près de Paris, en 1713, suivit son oncle Michel dans le Levant, et ensuite le Consul Lironcourt en Égypte. A son retour, en 1755, il publia la Description des plaines de Memphis et d'Héliopolis, in-12. Elle est curieuse, et se lit avec intérêt. Il est mort le 4 juin 1780.
FOURNEL, (N.) né à Paris, mort en cette ville en 1777, a publié une Héroïde sous le titre de Zemire mourante à sa fille, et a donné aux François une petite pièce intitulée: l'Aveugle par crédulité. Elle fut jouée quelque temps après la mort de l'auteur. On y trouva de l'invraisemblance, mais de la gaieté. Un vieux tuteur est comme à l'ordinaire amoureux et jaloux de sa pupille. Tandis que le vieillard fait sa méridienne, la jeune personne donne un rendez-vous à son amant dans l'appartement même du vieillard, dont elle a fait fermer toutes les fenêtres. Ce dernier se réveille étonné de l'obscurité profonde où il est plongé; on lui persuade qu'il est devenu aveugle; mais un valet fripon, sous le titre d'un oculiste Italien, le guérit bientôt de sa cécité.
FOURNI, Voyez FOURNY. I. FOURNIER, (Hugues) Lyonnois, d'abord conseiller au sénat de Milan, devint ensuite premier président du parlement de Grenoble. C'est lui qui fut chargé par François I de négocier avec les députés de Marguerite d'Autriche, la neutralité de la Franche-Comté. Il protégeoit et cultivoit les lettres, et mourut en 1525.
II. FOURNIER, (Guillaume) excellent critique de Paris, professeur en droit à Orléans, mit au jour en 1584, in-fol.: De verborum significationibus.
III. FOURNIER, (George) né à Caen, se fit Jésuite, et mourut à la Flèche, en 1652, à 57 ans. Ses principales productions sont: I. Une Hydrographie, 1667, in-fol. II. Asiæ Descrip- tio, 1656, in-folio; ouvrage bon pour son temps.
IV. FOURNIER, (Pierre-Simon) graveur et fondeur de caractères, naquit à Paris en 1712. Il excella dans son art. Ses caractères ont non-seulement embelli notre typographie; ses lumières l'ont éclairée. Il publia, en 1737, la *Table des proportions* qu'il faut observer entre les caractères, pour déterminer leurs hauteurs, et fixer leurs rapports. Cette table est une découverte, non-seulement honorable pour son auteur, mais très-essentielle aux progrès de l'art. Cet habile artiste remonta jusqu'à la naissance de l'imprimerie, pour la connoître à fond. Il donna, en différens temps, divers *Traités* historiques et critiques sur l'origine et les progrès de la typographie, dans lesquels on voit un savant consommé dans la matière qu'il traite. Les plus importants ont paru en 1758 et 1759, sous le titre de *Dissertations sur l'origine de l'Imprimerie et de la Taille en bois*, 2 brochures in-8°, formant un volume. Son dernier ouvrage fut le *Manuel Typographique, utile aux Gens de Lettres, et à ceux qui exercent les différentes parties de l'art de l'Imprimerie*, 1764, 2 vol. in-8°. Le premier volume contient la Description de la taille des caractères et de leur fonte. Le second présente les modèles de ces caractères, tant romains qu'italiques, avec les différentes nuances de grosseur qui les font distinguer. L'auteur devoit réunir deux autres nouveaux volumes à cet ouvrage, dont le premier eût traité du mécanisme particulier de l'imprimerie, et le second, de l'his- toire des plus célèbres typographes; mais il fut prévenu par sa mort arrivée à Paris en 1768, à 57 ans. L'homme n'étoit pas moins recommandable en lui que l'artiste. Le calme de son ami, l'esprit de religion dont il étoit animé, répandaient autour de lui une joie douce et toujours égale. Il aimoit la retraite et le travail, et même avec excès; car ce fut sa constante application qui causa sa mort. On a des épreuves des différens caractères qu'il avoit gravés, dans son *Manuel Typographique*, tels que des italiques supérieurs aux anciens, des vignettes de fonte d'un dessin agréable, etc. On y en trouve même des caractères pour la musique, dont il étoit l'inventeur, et qui le disputent, pour la beauté, à la musique gravée en taille-douce. Il avoit épousé en 1747, *Mlle Courts de Villeneuve*, sœur d'un célèbre imprimeur d'Orléans, et il en a en deux fils. L'aimé continue la profession de son père.
FOURNIVAL, (Simon) commis au secrétariat des Trésoriers de France, a fait un *Recueil des Titres* qui les concernent; Paris, 1655, in-folio, qui est rare. Il a été continué par M. Jean-Léon du Bourgneuf, trésorier de France à Orléans, et imprimé en cette ville, in-4°, 1745, 2 parties. Ces collections ont une place dans les grandes bibliothèques.
FOURNY, (Du) *Voyez* DUFOURNY. I. FOURQUEVAUX, (Raimond de Beccari de Pavie, baron de) étoit d'une branche de l'ancienne famille noble des *Beccari* de Pavie, retirée en France 206 F O U au temps des guerres entre les *Guelphes* et les *Gibelins*. Il commença à servir au siège de Naples, sous *Lautrec*, en 1523. Il commandoit un corps considérable d'infanterie Grisonne et Italienne à la bataille de Marciano en Toscane, l'an 1554; il y fut blessé et prisonnier, et gardé treize mois dans le fort de San-Ministro à Florence. De retour en France, il obtint le gouvernement de Narbonne. On raconte qu'il se servit d'un stratagème assez singulier pour en chasser plusieurs habitans mal intentionnés. Il fit publier que deux chevaliers Espagnols devoient se battre en champ clos hors la ville. Il fit poser des barrières pour les combattans, et dresser des échafauds pour les juges. Tout le peuple étant sorti de la ville pour assister à ce spectacle, il en fit fermer les portes, et ne laissa rentrer que les sujets fidelles au roi. Il contribua beaucoup, en 1562, à la délivrance de Toulouse, dont les Huguenots s'étoient presque rendus maîtres; et mourut chevalier de l'ordre du roi, à Narbonne, en 1574, à 66 ans, après avoir rendu des services importants aux monarques qui l'employèrent dans la province du Languedoc.
II. FOURQUEVAUX, (François de Beccari de Pavie baron de) fils du précédent, mort en 1611, fut surintendant de *Henri IV*, lorsqu'il n'étoit que roi de Navarre. On a de lui les *Vies de plusieurs grands capitaines François*, Paris, 1643, in-4°, remarquables non pour le style, mais pour les faits. Ces *Vies* sont au nombre de quatorze. Elles sont compilées fort exactement d'après tous les his- historiens du temps; il est dommage que l'auteur n'en ait pas rassemblé un plus grand nombre.—L'abbé *Jean-Baptiste DE FOURQUEVAUX*, mort à Toulouse, sa patrie, en 1767, à 74 ans, son petit-fils, étoit ami de l'abbé *Duguet*, dont il partagea tous les sentimens. On a de lui divers ouvrages sur les disputes du Jansénisme. Le plus connu est le *Catéchisme Historique et Dogmatique*, en 5 vol. in-12. C'est une histoire des disputes sur la grace et des opinions des Jésuites par demandes et par réponses. Elle est écrite d'un style net et clair; mais qui n'est pas toujours modéré.
FOURRIER, (Pierre) de *Mathincourt*, bourg de Lorraine dont il étoit curé, étoit d'un autre bourg nommé Mirecourt, où il naquit en 1565. Il entra jeune parmi les chanoines réguliers, chez lesquels il se distingua par son savoir et sa piété. Il établit deux nouvelles congrégations: l'une de *Chanoines réguliers réformés*, qui enseignent les jeunes gens; et l'autre de *Religieuses*, pour l'instruction des filles. Le pape *Paul V* approuva ces établissements en 1615 et 1616. Le Père *Fourrier* mourut saintement en 1640, à 75 ans. Il a été béatifié en 1730.
FOURSY, *Voyez* FURSI.
FOUX, (Ordres des) *Voyez* II. ADOLPHE.
FOUX, (ou Bouffons) *Voy* CHICOT. — BRUSQUET. — DAN-DERI. — TRIBOULET. — SIBILOT. I. FOX, (Jean) né à Boston en 1517, quitta l'Angleterre sous le règne de *Henri VIII* pour professer le Calvinisme en liberté. Il fit quelques voyages dans sa patrie, et s'y fixa en- tièrement sous la reine *Élisabeth*. Il mourut en avril 1587. L'ouvrage par lequel il est principalement connu, est intitulé : *Acta et Monumenta Ecclesiae*, en trois vol. in-fol., réimprimé en 1684. *Pearson* lui reproche des erreurs, de fausses citations, de mauvais raisonnemens, etc. Dans sa jeunesse, il avoit cultivé la poésie, pour laquelle il avoit quelque talent. *Jacques Bienvenu* a traduit le *Triomphe de Jésus-Christ*; Genève, 1662, in-4°, rare. C'est une espèce de drame sacré. — II. FOX, (George) né au village de Dreton dans le comté de Leicester en 1624, n'avoit que 19 ans, lorsqu'il se crut tout d'un coup inspiré de Dieu, et se mit à prêcher. C'étoit un jeune homme d'une mémoire heureuse, d'une imagination ardente, de mœurs irréprochables et saintement fou. Les amusements par lesquels ses camarades se délassoient de leur travail, lui paroissaient des crimes. Comme il les prêchoit sans cesse, et avec beaucoup d'aigreur, ils le chassèrent de leur société. Obligé de vivre seul, la retraite et la méditation dérangèrent son cerveau. Il crut entendre des voix célestes, qui lui ordonnaient de fuir les hommes; il eut des visions, des ravissemens, des extases, et il s'imagina que le ciel, qui veillit sur lui d'une manière particulière, lui avoit révélé le véritable esprit du Christianisme, et l'avoit destiné à l'aller annoncer aux autres hommes. Vêtu de cuir depuis les pieds jusqu'à la tête, il alla de village en village, criant contre la guerre et contre le clergé. Son ignorance dans les lettres humaines ne l'embarrassa point. Quoique fils d'un ouvrier en soie, et quoiqu'on ne lui eût appris d'autre métier que celui de cordonnier, il s'étoit appliqué de bonne heure à parler le langage de l'Écriture et de la controverse, et il se servit de ses connoissances pour bâtir un système entièrement opposé à la croyance de toutes les églises. M. l'abbé *Pluquet* l'expose en ces termes : « JÉSUS-CHRIST, disoit *Fox*, a aboli la religion Judaïque; au culte extérieur et cérémonial des Juifs, il a substitué un culte spirituel et intérieur. Aux sacrifices des taureaux et des boues, il a substitué le sacrifice des passions, et la pratique des vertus. C'est par la pénitence, par la charité, par la justice, par la bienfaisance, par la mortification, que Jésus-Christ nous a appris à honorer Dieu. Celui-là seul est donc vraiment Chrétien, qui dompte ses passions, qui ne se permet aucune médisance, aucune injustice, qui ne voit point un malheureux sans souffrir, qui partage sa fortune avec les pauvres, qui pardonne les injures, qui aime tous les hommes comme ses frères, qui est prêt à perdre sa vie plutôt que d'offenser Dieu... Sur ces principes, disoit *Fox*, jugez toutes les sociétés qui se disent Chrétiennes, et voyez s'il y en a qui méritent ce nom. Partout ces prétendus Chrétiens ont un culte extérieur, des sacrements, des cérémonies, des liturgies, des rits, par lesquels ils prétendent plaire à Dieu, et du quel ils attendent leur salut. On chasse de toutes les sociétés Chrétiennes, ceux qui n'observent par ces rits, et l'on y reçoit, souvent même on respecte les médisans, les voluptueux, le vindicatifs, les méchans. Les 208 FOX Chrétiens les plus fidèles au culte extérieur, remplissent la société civile et l'église de divisions, de brigandages, et de partis qui se haïssent, et qui disputent avec fureur une dignité, un grade, un hommage, une préférence. Aucune des sociétés Chrétiennes ne rend donc à Dieu un culte pur et légitime; toutes, sans excepter les églises réformées, sont retombées dans le Judaïsme. N'est-ce pas, en effet, être Juif, et avoir, en quelque sorte, rétabli la Circoncision, que de faire dépendre la justice et le salut, du Baptême et des Sacremens ? Les ministres de l'Église sont eux-mêmes dans ces erreurs, et ils s'y entretiennent pour conserver leurs revenus et leurs dignités : la corruption a donc tellement pénétré toutes les sociétés Chrétiennes, qu'il y a moins d'inconvénients à y tolérer trop les vices et tous les désordres, qu'à entreprendre de les réformer. Que reste-t-il donc à faire à ceux qui veulent se sauver, sinon de se séparer de toutes les églises Chrétiennes, d'honorer Dieu par la pratique de toutes les vertus, dont Jésus-Christ est venu nous donner l'exemple, et de former une société religieuse, qui n'admette que des hommes sobres, patiens, mortifiés, indulgens, modestes, charitables, prêts à sacrifier leur repos, leur fortune et leur vie, plutôt que de participer à la corruption générale ? Voilà la vraie Église que Jésus-Christ est venu établir, hors de laquelle il n'y a point de salut... » Fox prêchoit cette doctrine par-tout, dans les places publiques, dans les cabarets, dans les maisons particulières, dans les temples. Il pleuroit et gémissoit sur l'aveu- glement des hommes; il émuit, il toucha, il persuada; il se fit des disciples, qui crurent, comme leur maître, être instruits immédiatement par le Saint-Esprit dont ils se disoient les temples. Les provinces de Leicester, de Nottingham et de Derby, furent les premiers théâtres de ce pieux charlatan. Quoique souvent outragé, emprisonné, fouetté pour son fanatisme, il ne relâcha rien de son zèle, et n'en fit même que plus de disciples. On compta bientôt à sa suite des personnes du premier rang, des savans de toute espèce, et beaucoup de peuple. Il donna aux enthousiastes qui le suivoient, le nom d'Enfans de lumière. Ayant comparu à Derby devant les juges, il les prêcha si fort sur la nécessité de trembler devant le Seigneur, que le commissaire, qui l'interrogeoit, s'écria qu'il avoit affaire à un Quaker, c'est-à-dire Trembleur en anglois. Fox s'associa des femmes, et n'en fut pas plus soupçonné d'incontinence. Ayant connu dans la prison de Lancastre la dame Fell, veuve d'un illustre magistrat de cette province; il lui inspira ses erreurs et l'épousa. Le patriarche du Quakerisme emmena avec lui sa prosélyte en Amérique l'an 1662. Elle partagea les fonctions de son ministère et fit valoir ses extravagances. L'Angleterre, dit Fox en partant, a été assez arrosée de mes sueurs; il faut en aller baigner le Nouveau-Monde. Il y eut les mêmes succès qu'il avoit eus dans une partie de l'ancien. Ces succès lui persuadèrent que, si l'Europe, l'Asie et l'Afrique ne s'étoient pas encore rangées sous ses étendards, c'est qu'elles l'ignoroient. Il écrivit donc donc à tous les souverains des lettres insensées, qu'on paya du plus profond mépris. Fox, revenu en Angleterre, continua ses travaux, qui l'emportèrent en 1681. Peu de temps avant sa mort, il composa un gros volume sur sa Vie et ses Missions: pour le rendre plus mystérieux, il défendit, par son testament, de l'imprimer. On peut voir ce qu'en dit le Père Catrou dans son Histoire des Trembleurs, publiée en 1733. « Fox, dit l'abbé Plaquet, étoit un fanatique ignorant et atrabilaire, qui n'avoit d'abord séduit que la populace, plus ignorante que lui. Mais comme il y a dans la plupart des hommes un germe de fanatisme, cet insensé se fit des disciples propres à diriger sagement sa secte. Le Quakérisme se trouva insensiblement uni avec de l'esprit et de l'érudition. Les nouveaux sectaires se conduisirent avec plus de circonspection. On ne les vit plus enseigner dans les places publiques, prêcher dans les cabarets, déclamer dans les églises comme des forcenés, insulter les ministres et troubler les fidelles. Des hommes distingués, tels que Guillaume Penn, George Keith et Robert Barclay, donnèrent de l'éclat au Quakérisme, en le soutenant avec prudence, et en conduisant ses sectateurs avec adresse: Voyez BARCLAY, (Robert) I. KEITH et PENN.
III. FOX-MORZILLO, Foxus-Morzillus, (Sébastien) né à Séville en 1528, fit ses études en Espagne et dans les Pays-Bas; et s'acquit de la réputation par ses ouvrages. Philippe II, roi d'Espagne, l'ayant nommé pour être précepteur de l'enfant Don Carlos, il quitta Louvain, et alla s'embarquer pour être plutôt auprès du prince; mais il fit malheureusement naufrage, et périt à la fleur de son âge. On a de lui des Commentaires sur le Timée et sur le Phédon de Platon, in-folio, et plusieurs autres ouvrages remplis d'érudition.
FOY, (Louis-Étienne) né à Angles, mort en 1778, fut chanoine de Meaux. Il se livra par goût à l'étude des ouvrages diplomatiques, et publia sur cette partie divers écrits estimés. Les plus remarquables sont: I. Une Traduction du latin des Lettres du baron de Basbeck, ambassadeur de Ferdinand II auprès de Soliman II, 1748, 3 vol. in-12. Elles sont enrichies de remarques curieuses. II. Traité des deux puissances, ou Maximes sur l'abus, 1752, in-12. III. Prospectus d'une description historique, géographique et diplomatique de la France, 1757, in-4° IV. Notices des diplômes, des chartres, et des actes relatifs à l'histoire de France, 1765, in-folio.
FRABASTIEN, Voyez SEBASTIEN, n° IV.
FRACASTOR, (Jérôme) — naquit à Vérone vers l'an 1484, avec les lèvres si fort attachées l'une à l'autre, qu'il fallut qu'un chirurgien les séparât avec un rasoir. On dit que, dans son enfance, sa mère fut écrasée de la foudre, tandis qu'elle le tenoit dans ses bras, sans qu'il en fût atteint. Ses progrès dans les sciences et les beaux arts furent rapides. Il cultiva sur-tout avec beaucoup de succès la poésie et la médecine. Le pape Paul III. voulant transférer d'Allemagne en Italie le concile de Trente, se servit de lui pour inspirer aux Pères la crainte d'une maladie contagieuse; et ce fut alors qu'on le transféra à Bologne. Il mourut d'apoplexie à Casi, près de Vérone, le 6 août 1553, à 71 ans. Sa patrie lui fit élever une statue six ans après. *Fracastor* étoit en relation avec les meilleurs littérateurs de son temps, et, en particulier, avec l'illustre cardinal *Bembo*. Il étoit digne de ce commerce par les qualités de son cœur. Exempt d'ambition, content de peu, il mena une vie sainte et joyeuse. Plus enclin à louer qu'à blâmer, il ménagea toujours l'amour propre des autres. Il parloit peu; lorsqu'il étoit en société avec ses amis, sa conversation étoit aussi gaie qu'animée. Dans la médecine, il s'attachoit à la guérison des maladies extraordinaires. *Fracastor* est principalement connu, par l'élégance avec laquelle il écrivait en latin. Son poème intitulé: *Syphilis*, *sivè de morbo Gallico*, ouvrage dans le goût des Géorgiques de *Virgile*, n'est point indigne de l'auteur qu'il a limité. *Sannazar*, plus prodigue de critiques que d'éloges, ne put s'empêcher d'avouer qu'il avoit été surpassé par *Fracastor*. Sa versification est riche et nombreuse, ses images vives, ses pensées nobles. Quoique la matière fût délicate, l'auteur l'a traitée d'une manière très-décente. *Macquer* et *la Combe* en ont donné, en 1753, in-12, une *Traduction* en François avec des notes. Il nous reste plusieurs autres ouvrages de ce poète médecin. On les a recueillis à Genève en 1621, à Paris chez *Comines* en 1718, et à Padoue en 1735, en 2 vol. in-4. Les *Poésies* avoient été imprimées séparément dans la même ville en 1728, in-8.
**FRACHETTA**, (Jérôme) de Rovigo en Italie, se fit un nom par ses ouvrages de politique. Le plus considérable est: *Il Seminario del Governo di Stato e di Guerra*, 1648, in-4. Il mourut à Naples au commencement du 17$^{e}$ siècle. Il demeura quelque temps à Rome, où il fut chargé par la cour d'Espagne de diverses affaires; mais son esprit satirique l'obligea de quitter cette capitale. Nous avons encore de lui, une *Traduction* italienne du Poème de *Lucrèce*, avec d'excellentes remarques sur l'épicurisme.
**FRAGUIER**, (Claude-François) de l'académie Françoise et de celle des belles-lettres, naquit à Paris en 1666. Les Pères *la Baure*, *Rapin*, *Jouvenci*, *la Rue* et *Commire* lui inspirèrent le goût des belles-lettres et sur-tout de la poésie. Il prit l'habit de Jésuite en 1683, et le quitta en 1694, pour cultiver les Muses avec plus de liberté. Jusqu'alors, il avoit manqué de secours, dit le Père *Nicéron*, pour acquérir la politesse de la langue françoise. Mais il profita beaucoup des leçons de Mad. de la *Fayette* et de *Ninon de Lenclos*. Quand l'abbé *Fraguier* commença à être admis dans la société de cette fille célèbre, l'âge avoit affoibli ses appas, et avoit donné de nouvelles forces à son goût et à son jugement. Le commerce de *Ninon* servit à lui former un style poli et élégant, mais sans affectation. L'abbé *Bignon*, chargé de présider au Journal des Savans, engagea l'abbé *Fraguier*, dont il connoissoit le mérite, à partager ce travail. Il y étoit d'antant plus propre, qu'il étoit très-versé dans la littérature ancienne et moderne, fran- çoise et étrangère. Il écrivoit également bien en françois et en latin, et ajoutoit à ce talent la connoissance du grec, de l'italien, de l'espagnol et de l'anglois. Renfermé chez lui, dans un âge peu avancé, par des infirmités continuelles, il chercha des consolations dans la philosophie, et les y trouva. Plein de celle de Platon, dont il avoit entrepris une version complète, que sa foible santé lui fit abandonner, il la mit en vers latins, les plus beaux qu'on ait faits depuis Ovide. Ce poème, intitulé Ecole de Platon, et ses autres Poésies, respirent l'ur- banité Romaine et les graces de la politesse Françoise. On les trouve avec le Recueil de celles de Huet, son illustre ami, publié en 1729, in-12, par les soins de l'abbé d'Olivet, ami de ces deux savans et ami digne d'eux. On a encore de l'abbé Fraguier plusieurs Dissertations, qui ne sont pas les morceaux les moins précieux des Mémoires de l'aca- démie des Belles-Lettres. Il mou- rut à Paris d'apoplexie, le 3 mai 1728, âgé de 62 ans. Sa candeur, sa droiture, son désintéresse- ment, sa douceur, l'égalité de son ame, lui méritèrent les regrets de tous les gens de lettres. Voy. son Eloge dans ceux de Boze.
FRAIN, (Jean) seigneur du Tremblai, né à Angers en 1641, membre de l'académie de cette ville, mourut le 24 août 1724, à 84 ans. Sa conversation étoit celle d'un homme qui avoit beau- coup lu, mais trop entêté de ses idées. Sur la fin de ses jours, il devint presque misantrope. On a de lui plusieurs Traités de Morale solidement écrits, mais remplis de trivialités comme tant d'autres. I. FRANC, (Martin le) prévôt et chanoine de Lausanne, puis secrétaire de l'antipape Felix et du pape Nicolas V, étoit d'Aumale en Normandie, selon Fauchet. Il publia un mauvais livre, contre le roman de la Rose, intitulé : Le Champion des Dames. Il plaide assez mal leur cause; cependant l'édition de Paris, 1530, in-8°, est recherchée des personnes fri- voles, ainsi que son Estrif de la Fortune et de la Vertu; Paris, 1519, in-4°
II. FRANC, (Jean-Jacques le) Voyez POMPIGNAN.
FRANCAVILLE, (Pierre) sculpteur, né à Cambrai en 1548, fut appelé en France par Henri IV. Les bas-reliefs et les quatre statues qui décoroient celle de ce prince sur le pont neuf, sont de lui. Louis VIII le nomma son premier sculpteur : titre qu'il méritoit par ses talens et par ses connoissances variées dans les beaux arts. Il s'étoit per- fectionné par un long séjour en Italie.
FRANCESCA, Voyez II. PIETRO.
FRANCESCHINI, (Marc- Antoine) peintre Bolenois, na- quit en 1648. Il fut l'élève de Cignoni. Il saisit tellement le goût de son maître, que celui-ci lui confia l'exécution de ses princi- paux ouvrages. Ce peintre mou- rut en 1729, à 81 ans, après s'être fait une réputation étendue. Voyez QUAINI.
FRANC - FLORE, Voyez FLORE, n° II.
FRANCHI, (Vincent) président de Naples, sa patrie, et célèbre jurisconsulte, mourut en 1601, à 70 ans. On a de lui : *Decisiones sacri Regii Concilii Neapolitani*, in-folio.
FRANCHINI, (François) de Cozence, suivit *Charles-Quint* à l'expédition d'Alger, et allia *Mars* avec les *Muses*. Il fut ensuite évêque de Messa, puis de Populania, et mourut en 1554. On lui doit quelques *Dialogues*, que de *Thou* compare à ceux de *Lucien*; et d'autres petits ouvrages, écrits avec assez d'agrément. On trouve quelques-unes de ses Poésies latines dans le deuxième volume des *Vers* des illustres poètes Italiens donnés au public par *Matthieu Toscan*. On trouve à la tête, ces deux distiques de l'éditeur : *Tam dulci teneros eantat Franchinus amores* *Carmine, plus nulli ut debeat alma Venus.* *Ille tamen Veneri plus se debere fateur,* *Auspice quà in tepidos venit amica sinus.*
FRANCIA, (François le) peintre Bolonois, mort en 1518, à 68 ans, excelloit dans le dessin, et fut un des premiers artistes de son temps dans l'art de graver des coins pour les médailles. On prétend que *Raphaël* lui ayant adressé un tableau de *Ste. Cécile*, pour le corriger et le placer dans une église de Florence, *Francia* fut si frappé de sa beauté, que la jalousie dégénérée en désespoir, occasionna sa dernière maladie et sa mort.
FRANCISQUE, Voy. MILES
FRANCIUS, (Pierre) professeur d'éloquence, d'histoire et de grec à Amsterdam sa patrie, né en 1645, voyagea en France et en Italie. Il jouissoit d'une réputation assez étendue, lorsqu'il mourut en 1704, à 59 ans. On a de lui : I. Un Recueil de Poésies, 1682, in-12. II. Des *Harungues*, 1692, in-8. III. Des *Œuvres posthumes*, 1706, in-8.
FRANCK DE FRANKENAU, (George) médecin, naquit à Naumbourg en 1643. A l'âge de 18 ans, il fut créé *Forte couronné* à l'Île : il mérita cet honneur, par sa grande facilité à faire des vers allemands, latins, grecs et hébreux. Dans la suite, il devint successivement professeur en médecine à Heidelberg et Wittemberg, d'où le roi de Danemark, *Christiern V*, le fit venir à sa cour : il fut honoré, à son arrivée, des titres de médecin du roi et de conseiller au-lique. L'empereur *Léopold* y ajouta celui de comte Palatin en 1692. Ses ouvrages imprimés sont : I. *Flora Francica*, in-12. II. *Satyre medicæ*, in-4. III. Plusieurs *Lettres*. Il a aussi laissé un grand nombre de *Manuscrits* qui mériteraient de voir le jour. L'académie *Léopoldine*, celle des *Ricourati* de Padoue, et la société royale de Londres, se l'étoient associé. Il mourut en 1704, à 61 ans.
FRANCKE, (Auguste-Herman) Théologien Allemand, né à Lubeck en 1663, fit une partie de ses études à Leipzig. Il y fonda avec quelques-uns de ses amis, une espèce de conférence sur l'Écriture-Sainte, qui subsiste encore sous le titre de Col- legium Philobiblicum. Devenu ministre à Erford, il fut obligé de sortir de cette ville en 1691 : le fanatisme que respiroient ses sermons, lui valut cette exclusion. L'électeur de Brandebourg l'appela dans ses états ; il s'y rendit, et il fut professeur de grec et des langues orientales à Hall, puis de théologie en 1698. C'est dans cette ville qu'il fit la fondation de la Maison des Orphelins. On y enseigne à la jeunesse indigente tous les arts et toutes les sciences, et on l'instruit dans la vertu et dans la religion. Cette maison prospéra tellement, qu'il y avoit en 1727, deux mille cent quatre-vingt-seize jeunes gens, et plus de cent trente précepteurs : on y donnoit à manger à près de six cents pauvres, soit étudiants, soit orphelins. C'est à elle que la Mission Protestante du Malabar doit ses fondateurs. L'illustre auteur de cet établissement mourut en 1727, à 64 ans, pleuré comme le bienfeiteur du genre humain par tous les malheureux que sa charité compatissante et ses soins paternels avoient arrachés à la misère, à l'oisiveté et au vice. On a de cet homme de bien : I. Des Sermons et des Livres de dévotion, en allemand. II. Methodus studii Theologici. III. Introduction ad lectionem Prophetarum. IV. Commentatio de scopo Librorum veteris et novi Testamenti. V. Manuductio ad lectionem Scriptura sacra. VI. Observatipare Biblica. Les ouvrages de Francke sont estimés dans le Nord ; mais ses établissements le sont dans toute l'Europe.
FRANCKENBERG, (Abraham de) seigneur de Ludwigsdorff et de Schwilze, dans la principauté d'Oels, refusa des emplois considérables que l'électeur de Brandebourg et le duc d'Oels lui offrirent. Il passa la plus grande partie de sa vie dans la retraite, à Ludwigsdorff, où il étoit né en 1593, et où il mourut en 1652. On a de lui un grand nombre de Livres mystiques, en latin et en allemand. I. Une Vie du fameux Jacob Boehm. II. Vita veterum Sapientium. III. Nosce te ipsum, etc. Ses écrits ne sont guère connus hors de l'Allemagne. I. FRANCKENSTEIN, (Christian-Godefroi) né à Leipzig en 1661, mort en 1717, à 66 ans, après avoir voyagé en France, en Angleterre et en Suisse, exerça avec applaudissement la profession d'avocat à Leipzig. Il avoit une mémoire prodigieuse. Ses principaux ouvrages sont : I. Une Continuation de l'Introduction à l'Histoire, de Paffendorff, II. Vie de la reine Christine. III. Histoire du XVIe et du XVIIe siècles, qui ne sont que de mauvaises compilations.
II. FRANCKENSTEIN, (Jacques-Auguste) fils du précédent, mort à Leipzig en 1733, après avoir professé le Droit de la nature et des gens, est auteur d'un grand nombre d'ouvrages et de dissertations latines, et entre autres de celles intitulées : I. De collatione bonorum. II. De Juribus Judæorum singularibus in Germanii. III. De Thesauris, etc. Ce savant n'étoit qu'un écrivain subsiterre, plus propre à compiler qu'à imaginer. I. FRANCO, (Battista) peintre Vénicien, mort en 1561, égaloit les plus habiles artistes 214 FRA de son temps dans le dessin; mais il étoit foible dans le coloris, et peignoit d'une manière fort sèche.
IL FRANCO, (Nicolo) poète satirique, naquit à Bénévent, en 1510, d'un maître d'école. Après avoir exercé de bonne heure son génie caustique à Naples et à Milan, il revint dans sa patrie, et fut l'ami, ensuite le rival de l'Arétin. Il censura, comme lui, les vivans et les morts; mais il en fut récompensé différemment. L'Arétin mourut tranquille dans son lit; Franco, qui avoit eu l'imprudence de quitter Bénévent pour Rome, attaqua des seigneurs Romains très-acéédités, et fut condamné à mort en 1569, par ordre du pape Pie V. Il avoit alors 59 ans. Il y a des écrivains qui pensent qu'il se sauva de la prison: qu'il fut seulement pendu en effigie, et qu'il mourut peu de temps après de chagrin et de honte à Bénévent. Si l'on en croit le Chillini, il écrivoit avec beaucoup de délicatesse en vers et en prose; son imagination étoit féconde en saillies. Il se déchaîna contre le pape Paul III, contre tous les Farnéses, contre les Pères du concile de Trente, contre Charles-Quint. Cependant il avoit, malgré son humeur bilieuse, d'excellentes qualités. « Il étoit discret, compatissant, sensible et généreux. Il avoit mérité la confiance entière de l'ambassadeur, qui se l'étoit attaché. Il rendoit les plus grands services à sa famille, il soulageoit les parens de ses disciples; et n'exigeoit rien de qui ne pouvoit rien payer. Ses amis l'adoroient; et quel homme méchant eut jamais de véritables amis! Incapable de ramper, il dédaigna les faveurs de ces Grands qui ne voient dans les gens de lettres que des parleurs amusans. On ne lui reprocha point de verser le poison de la calomnie: et son crime fut celui d'une ame altière, que tourmente le spectacle du vice heureux, qui ne sait point dévorer les injures, et les repousse par des vérités dures et hardies. Placez Nicolo dans un autre siècle et dans un autre gouvernement, il ne sera qu'un écrivain libre et courageux. Les Romains et les Athéniens l'auroient applaudi, comme ils applaudissoient Aristophane; on le loueroit aujourd'hui de s'être armé du fouet de la satire contre les méchans et les sots. Mais il ne sentit pas que la différence des temps et des mœurs corrompt assez souvent le jugement de la postérité, et toujours celui des contemporains. Chez une nation frivole et abâtardie, au milieu d'une foule de Monsignors, plus vains de leur mollesse, que les Scipions n'étoient enorgueillis de leurs exploits, il osa faire entendre une voix républicaine. Son génie, plus sévère que les lois et l'opinion dominante, combattit des abus, flétrit des vices qu'elles avoient respectés ou anoblis. L'ardeur de se montrer, et je ne sais quelle audace naturelle lui firent illusion. Telle fut la source de ses malheurs, de ses fautes et de sa déplorable réputation. (Année littéraire, 1778, n° VII.) » On a de lui: I. Plusieurs Sonnets sur l'Arétin, qui furent imprimés avec sa Priapèia, 1584, in-8° de 225 pages. II. Dialogi piacevoli, Vinegia, 1542, in-8° Il a paru, en 1777, un livre intitulé: La VIE de Nicolo Franco, ou les Dangers de la Satire, à Paris, in-12, chez les Frères Debure. I. FRANÇOIS D'ASSISE, (St.) naquit à Assise en Ombrie l'an 1182. On le nomma Jean au baptême; mais, depuis, on y ajouta le surnom de François, à cause de sa facilité à parler la langue françoise, nécessaire alors aux Italiens pour le commerce, auquel son père le destinoit. « Il vint au monde, dit Baillet, marqué d'une croix à l'épaule, dans une étable : circonstance qui le rendoit dès-lors conforme à J. C. Son père s'appeloit Pierre Bernard, sa mère Pique, tous deux plus occupés du soin de leur négoce que de celui de leur enfant. Il n'eut pas les inclinations fort vicieuses; mais il ne laissa pas de goûter les vanités du siècle. Il étoit d'un naturel doux, officieux, poli et libéral. Il étoit encore plein de l'esprit du monde, lorsqu'il eut un songe, dans lequel il crut voir quantité d'armes marquées du signe de la croix. Ayant demandé à qui elles étoient, on lui répondit que c'étoit pour lui et pour ses soldats. » Il alla servir dans la Pouille; mais, un autre songe lui ayant appris que sa milice devoit être toute spirituelle et destinée contre l'ennemi commun du genre humain, il quitta la maison paternelle, vendit le peu qu'il avoit, se revêtit d'une tunique et se ceignit d'une ceinture de corde. Son exemple trouva des imitateurs, et il avoit déjà un grand nombre de disciples, lorsque le pape Innocent III approuva sa règle en 1210. L'année d'après, le saint fondateur obtint des Bénédictins l'église de Notre- Dame de la Portioncule, près d'Assise. Ce fut le berceau de l'ordre des Frères Mineurs, répandu bientôt en Italie, en Espagne, en France. Sa nouvelle famille se multiplia tellement, qu'au premier chapitre général qu'il tint proche Assise, en 1219, il se trouva près de cinq mille Frères Mineurs. Peu après ce chapitre, il obtint du pape Honorius III une bulle en faveur de son ordre. Plusieurs de ses disciples vouloient qu'il demandât le pouvoir de prêcher par-tout où il leur plairoit, même sans la permission des évêques. Le sage fondateur se contenta de leur répondre : Tâchous de gagner les grands par l'humilité et par le respect, et les petits par la parole et les bons exemples. Notre privilège singulier doit être de n'avoir point de privilège. Ce fut vers le même temps que François passa dans la Terre-Sainte; il se rendit auprès du sultan Mélédin, pour le convertir. Il offrit de se jeter dans un bûcher pour prouver la religion chrétienne; le sultan n'ayant pas voulu qu'on lui donnât un tel spectacle, renvoya François avec honneur. Revenu en Italie, il institua le Tiers-Ordre. Il voulut, par cette institution, procurer aux laïques le moyen de mener une vie semblable à celle de ses religieux, sans en pratiquer cependant toute l'austérité, et sans quitter leurs maisons. Ce nom de Tiers-Ordre lui fut donné, parce que St. François avoit divisé le sien en trois; les Frères Mineurs étoient le premier; les Claristes ou Urbanistes, le second; et les Pénitens des deux sexes, le troisième ou le Tiers-Ordre. C'est ce qui est ex- 216 FRA primé dans une hymne de son office : Taxe ordines ble ordines, Primumque fratrum nominat Minorum ; pauperumque Pis dominarum medius ; Sed Punitentum tertius. Sexum capit urumque. Après avoir réglé ce qu'il croyoit convenir le plus à ces différens enfans, et s'être démis du géné- ralat, il se retira sur une des plus hautes montagnes de l'A- pennin. C'est là qu'il vit, à ce que rapporte St. Bonaventure, un Séraphin crucifié, qui perça ses pieds, ses mains et son côté droit. C'est l'origine du nom de Séraphique qui a passé à tout son ordre. Le saint patriarche mourut deux ans après à Assise, le 4 octobre 1226, âgé de 45 ans. Les peuples avoient en pour lui une si grande vénération, que, lorsqu'il entreoit dans une ville, on sonnoit les cloches. Le clergé et le peuple venoient au- devant de lui, chantant des can- tiques et jetant des rameaux sur son passage. François voyant un de ses compagnons étonné de ce qu'il souffroit des honneurs, lui dit : Suchez, mon frère, que je renvoie à Dieu tous ces respects, sans m'en rien attribuer : et que les autres y gagnent, en hono- rant Dieu dans la plus vile de ses créatures. Il fut humble et dans lui-même et dans ses di- ciples. Le pape lui ayant demandé s'il vouloit qu'on les étuvât aux dignités ecclésiastiques. Le nom de MINEUS qu'ils portent, ré- pondit-il, les avertit qu'ils ne doivent pas penser à s'élever. Si votre Sainteté veut qu'ils soient utiles à l'église, qu'elle les tienne toujours dans l'état d'humilité qu'une ils ont été appelés. Et comme la pauvreté étoit, selon ses expressions, la mère nour- rice de l'humilité, il ne voulut jamais consentir à retenir la moindre portion des biens que les novices avoient dans le monde. Quelques personnes crurent le faire relâcher de cette règle, en lui remontrant qu'il pourroit, par ce moyen, satisfaire aux devoirs de l'hospitalité. A Dieu ne plaise, dit-il, que, pour quoi que ce soit, nous donnions atteinte à nos saintes maximes ! Il vaut mieux être dans la néces- sité de dépouiller l'autel de la sainte Vierge, qui nous saura plus de gré d'observer les conseils de son fils, que de parer ses au- tels. Ce fut dans le même es- prit qu'il se dépouilla, dans un voyage, de son manteau, pour en revêtir un pauvre. Ce man- teau lui appartient, dit-il; car Jésus-Christ me l'a prêté, pour le rendre à celui qui seroit plus pauvre que moi. Il exhortoit ses frères au travail des mains; mais il vouloit qu'ils se contentassent de recevoir, pour le prix de leurs ouvrages, les choses nécessaires à leur vie, pourvu que ce ne fût pas en argent. Après sa mort, Dieu fit éclater sa sainteté par plusieurs miracles : ce n'en étoit pas un petit, que la merveilleuse propagation de son ordre. Quoi- qu'il eût défendu de toucher à sa Règle, à peine fut-il mort, qu'on l'interpréta de cent ma- nières. Le pape Nicolas III fit une fameuse décrétale, par la- quelle, en interprétant ce qu'il y avoit d'ambiguï, il la laissoit dans toute sa force. Mais des enthousiastes, tels qu'il s'en trouve quelquefois dans les or- dres les plus sages, voulurent vivre dans une plus étroite ob- servance. Célestin V eut la faci- lité de leur permettre de former une congrégation particulière. Ils se séparèrent donc de leur ordre, et allèrent s'établir dans une isle de la Grèce. *Boniface VIII* leur ayant ordonné de rentrer dans leur premier institut, ils furent obligés d'obéir. La mort de *Boniface* réveilla leurs idées de spiritualité et de perfection. L'ordre de *Saint-François* fut ainsi divisé en deux partis. L'un prit le nom de *Spirituels*, non par rapport à leur génie qui étoit très-étroit, mais parce qu'ils se conformoient à l'esprit de la règle. L'autre eut celui de *Conventuels* et de Frères de la Communauté. *Clément V* déclara au concile de Vienna, par une célèbre Clémentine, que la manière de vivre des *Conventuels* suffisoit pour remplir tous les devoirs d'un véritable enfant de *St. François*. Il fit rentrer ceux qui s'appeloient si improprement *Spirituels*, dans le corps de l'ordre. Mais après la mort de *Clément*, le schisme recommença et se fortifia pendant la vacance du saint siège. *Jean XXII* donna trois constitutions contre ces faux zélés. Il déclara que c'étoit une hérésie de soutenir avec opiniâtreté, que *Jésus-Christ et ses Apôtres n'avoient rien eu, non pas même en commun, dont ils fussent absolument les maîtres, et dont ils pussent disposer à leur volonté*. La doctrine du pontife ne fut pas reçue de tout l'ordre de *Saint-François*. Plusieurs auteurs fameux parmi les Franciscains la combattirent, entre autres *Michel de Cesène*, général des Cordeliers, et *Guillaume Ockan*, célèbre ergoteur Anglois. Ces prétendus docteurs soutenoient contre *Jean XXII*, que la pauvreté évangélique con- consistait à ne posséder rien, pas même en commun; ce qui étoit une opinion erronée selon le pape. Mais ses adversaires le traîtoient lui-même d'hérétique. Ils alloient jusqu'à lui dire, que de ne pas préférer la parfaite pauvreté, telle qu'ils l'entendoient, à la possession des biens en commun ou en particulier, c'étoit ramener le Judaïsme, et prendre à la lettre des prophéties qui sembloient promettre aux Juifs un Messie distributeur des richesses temporelles. Ces disputes furent funestes à la tranquillité de *Jean XXII*, *Voyez* son article; et la fermentation qu'elles avoient occasionnée, produisit, dans la suite, les différentes branches des *Récollets*, des *Picpures*, des *Capucins*, des *Observantins*; *Voyez* OCKAN et I. PAULET. Ces enfans du même père diffèrent beaucoup entre eux par l'habit et par la façon de vivre. Les chroniques de l'ordre marquent expressément que le premier qui voulut se singulariser dans l'habit, quoiqu'il fût un des *Huit* anciens compagnons du saint fondateur, fut frappé de lèpre et se pendit de désespoir. Dieu n'a pas jugé à propos de renouveler ce miracle. L'ordre de *Saint-François*, malgré ses différentes scissions, a produit des hommes célèbres par leur science et leur vertu, et a donné à l'église un grand nombre de cardinaux, d'évêques, et cinq papes, dont deux, *Sixte-Quint* et *Clément XIV*, sont au rang des plus grands souverains et des plus illustres pontifes. La meilleure édition des deux *Règles* du saint patriarche et de ses *Opuscules*, est celle du Père *Jean de la Haye*, en 1641, in-folio. Elles ont été réimprimées en 218 F R A Allemagne, en 1739, in-folio. Voyez ALBIZI.
II. FRANÇOIS DE PAULE, (Saint) fondateur de l'ordre des Minimes, naquit à Paule en Calabre, l'an 1416. Un attrait singulier pour la solitude et pour la piété le conduisit dans un dé- sert au bord de la mer, où il se creusa une cellule dans le roc. La réputation de sa sainteté at- tira auprès de lui une foule de disciples, qui bâtirent autour de son hermitage un monastère, le premier de son ordre. On nomma d'abord ses religieux les Hermites de St. François; mais François voulut qu'ils portassent le nom modeste de Minimes, et que leur devise fût le mot CHARITÉ. Il leur prescrivit un carême perpétuel, et leur donna une règle approu- vée par le pape Alexandre VI, et confirmée par Jules II. Fran- çois enchérissoit beaucoup sur ce qu'il prescrivait aux autres, n'usant jamais ni de vin, ni de viandes, ni de poisson, ni de laitage; se contentant de pain et d'eau; ne mangeant qu'après le soleil couché; marchant pieds nus; couchant sur le plancher de sa cellule, n'ayant pour oreil- ler qu'une pierre ou une pièce de bois; portant un rude cilice sous un habit vil et pauvre. Le nom du saint fondateur se ré- pandit en Europe avec le bruit de ses vertus. Louis XI, dange- reusement malade, tâcha de le faire venir en France du fond de la Calabre, espérant d'obtenir sa guérison par ses prières. Ce prince, très-jaloux de tenir son rang, mais petit jusqu'à la bas- sesse avec ceux dont il espéroit du secours, lui envoya plusieurs messagers, mais inutilement. « François, sachant ce que le roi attendoit de lui, refusa de quitter sa solitude. Louis em- ploya, avec aussi peu de succès, la médiation du roi de Naples. Le saint homme répondit tou- jours, qu'il n'iroit pas trouver un roi qui commenceroit par lui demander un miracle. Ce refus opiniâtre ne rebuta pas Louis; il s'adressa au pape qui, depuis quelques années ne rejetoit au- cune de ses demandes. Sixte or- donna au dévot hermite de défé- rer en tout à la volonté du roi. François partit donc, passa d'a- bord par Naples, où il fut visité par les princes et les grands: de là il se rendit à Rome, fut admis à l'audience du souverain pontife, et resta, dit Commines, assis à ses côtés, en belle chaire, l'espace de trois ou quatre heu- res; ce qui étoit un grand hon- neur à un si petit homme... Dès qu'il fut sur les terres de France, le roi dépêcha courriers sur courriers pour hâter sa mar- che, et savoir à chaque instant de ses nouvelles. En l'abordant, il se jeta à ses pieds, et lui dit: Saint homme, si vous voulez, vous pouvez me guérir. Le saint homme l'exhorta à mettre en Dieu sa confiance, et promit le secours de ses prières. Commines, témoin oculaire, vante la sagesse du dévot personnage, et ne pense, dit-il, avoir jamais vu un homme de si sainte vie, ni où semblait mieux que le Saint- Esprit parlât par sa bouche; car il n'étoit clerc ni lettré, et n'ap- prit jamais rien... Vrai est, ajoute le même historien, que sa langue italienne lui alloit bien pour se faire émerveiller. (Gar- nier HISTOIRE de France.) « François établit quelques mai- sons en France, appuyé du roi Charles VIII, qui le vénéroit au point qu'il le pria de tenir un de ses enfans sur les fonts baptismaux ; et il mourut dans celle du Plessis-du-Parc, le 2 avril 1507, à 91 ans : il fut canonisé en 1519, par Léon . Les Minimes furent appelés en France Bons-Hommes, du nom de Bon-homme que les courtisans de Louis XI donnoient à leur fondateur.
III. FRANÇOIS XAVIER, (Saint) surnommé l'Apêtre des Indes, né au château de Xavier, au pied des Pirénées, le 7 avril 1506, étoit neveu du célèbre docteur Navarre. Il enseignoit la philosophie au collège de Beauvais à Paris, lorsqu'il connut Ignace de Loyola, fondateur des Jésuites. Il s'unit étroitement avec lui, et fut un des sept compagnons du Saint Espagnol, qui firent veu dans l'église de Mont-Martre, en 1534, d'aller travailler à la conversion des Infidelles. Jean III, roi de Portugal, ayant demandé des missionnaires pour les Indes Orientales, Xavier s'embarqua à Lisbonne en 1541. De Goa, où il se fixa d'abord, il répandit la lumière de l'Évangile sur la côte de Comorin, à Malaca, dans les Moluques, dans le Japon. C'est sur-tout dans cette dernière isle qu'il fit briller sa patience, son courage et son zèle ; et ce zèle auroit produit des fruits bien plus considérables, s'il avoit connu la langue du pays. Si je savais le Japonais, dit-il dans une de ses Lettres, je ne doute pas que plusieurs n'embrassassent la foi Chrétienne. « Quelle différence dans le succès de sa mission, si, à cette multitude de miracles que les historiens de sa Vie lui attribuent. Dieu avoit bien voulu joindre le don des langues ! Xavier se voyant traité par ces Indiens comme un insensé, sans espérance de faire aucun fruit parmi eux, passa à Méaco, où il n'arriva qu'à la fin de l'hiver en 1551. Il n'y fut pas mieux reçu, et il eut la douleur de s'y voir la risée des Infidelles. Il se hata de retourner à Amanguéchi, l'une des villes principales du Japon ; mais dans un équipage différent que celui où il y avoit paru la première fois. Il changea ses habits pauvres et usés en d'autres tout neufs et de riche étoffe. Il prit des valets à sa suite, et prépara des présens pour le roi, qui consistoient en une horloge sonnante, un instrument de musique, et d'autres curiosités que lui avoit données le vice-roi des Indes. Dans ce brillant extérieur, il se présenta devant le roi, et lui remit des lettres du vice-roi des Indes, comme des témoignages de son amitié. Ce prince fut touché des présens que Xavier lui offroit, et permit à ses sujets d'embrasser la religion Chrétienne. Le missionnaire prêchoit deux fois le jour. Il baptisa trois mille personnes en moins d'un an qu'il den eura à Amanguéchi. « C'est ce que dit Racine, HISTOIRE Ecclésiatique, tome 9, art. 23, qui a écrit cette partie de son Histoire d'après Baillet et le Père Fabre. D'Amancuéchi, Xavier se rendit dans le royaume de Bunto, et il parut devant le roi avec un éclat extérieur, propre à confondre les Bonzes, qui le traitoient de misérable aventurier, mais qui servit peu au progrès de la religion. Le zèle missionnaire conçut le dessein de s'embarquer pour la Chine ; mais son voyage étant traversé par toutes sortes d'obstacles, il 210 FRA tomba malade, et mourut saintement le 2 décembre 1552, à l'âge de 46 ans, dans une isle à la vue du royaume de la Chine, où il brûlait de porter la foi. *Crégoire XV* le mit au nombre des Saints en 1622. On a de cet Apôtre des Indes : I. Cinq livres d'*Épitres*, Paris, 1631, in-8.º II. Un *Catéchisme*. III. Des *Opuscules*. Ces ouvrages respirent le zèle le plus animé et la pitié la plus tendre. Ses vertus firent autant de conversions que son éloquence. S'il fit moins de Chrétiens chez les nations infidelles, que les historiens de sa société ne l'ont raconté, il servit beaucoup à réformer les mœurs corrompues des Portugais établis aux Indes. Un écrivain a appelé *St. FRANÇOIS-XAVIER* le *Fernand-Cortés de la Religion*. Il auroit pu observer qu'il eut les grandes qualités de ce général Espagnol, sans avoir aucun de ses défauts, et qu'il n'employa aucun moyen violent pour adoucir les mœurs de quelques peuples demi-barbares. Il dut tout à son pieux héroïsme, à son esprit, à sa douceur et à son zèle. Les Protestans eux-mêmes ont rendu hommage à ses vertus et à ses travaux. *Baldéus*, dans son *Histoire des Indes*, après avoir parlé de *Xavier* comme d'un autre St. Paul, ajoute que *les dons qu'il avoit reçus pour exercer la charge de ministre et d'ambassadeur de Jésus-Christ étoient si émincus, qu'il ne lui est pas possible de les exprimer*. Et quelques lignes après, adressant la parole au Saint même : *Plût à Dieu, s'écrie-t-il, ayant été si célèbre par votre ministère, notre religion nous permit de vous adopter, ou que la vôtre ne vous obligeât pas de nous renoncer!*
IV. FRANÇOIS DE BORGIA, (Saint) duc de Candie et vice-roi de Catalogne, étoit arrière-petit-fils du pape *Alexandre VI*. Il entra chez les Jésuites après la mort de son épouse, et en fut le troisième général. (*Voyez V. ELIZABETH*). Il mourut à Rome le 30 septembre 1572, à 62 ans, après avoir rendu les services les plus signalés à sa compagnie. Il la préféra à tout. *François* refusa plusieurs fois le cardinalat, et d'autres dignités ecclésiastiques, dont il étoit digne par ses vertus. Ce Saint fut canonisé en 1671 par *Clément X*. Il laissa plusieurs *Ouvrages* traduits de l'Espagnol en latin par le Père *Alfonse Deza*, jésuite, à Bruxelles, 1675, in-folio. *Voyez sa Vie*, publiée en françois, in-12, par le P. *Verjus*, d'après *Ribadeneira* et *Eusebe Nieremberg*. Le P. *Cienfuegos*, jésuite Espagnol, mais retiré en Allemagne et depuis cardinal, composa une autre Histoire du même Saint, et la dédia à l'Amirante de Castille. Comme l'Épître dédicatoire étoit beaucoup plus longue que le livre même, les plaisans Espagnols dirent que le P. *Cienfuegos* avoit dédié à *St. François de Borgia* la Vie de l'Amirante de Castille.
SAINT-FRANÇOIS RÉGIS, *Voy. RÉGIS*. V. FRANÇOIS DE SALES, (Saint) né au château de Sales, diocèse de Genève, le 21 août 1567, d'une maison noble et ancienne, fit ses premières études à Paris et son cours de droit à Padoue. Il édifia ces deux villes par sa piété, aussi douce que tendre. Il fut d'abord avocat à Chambéri, puis prévôt d'Anneci, ensuite évêque de Genève, après la mort de Claude Garnier, son oncle, en 1602. Son zèle pour la conversion des Zuingliens et des Calvinistes avoit éclaté avant son épiscopat : il ne fut que plus ardent après. Ses succès répondirent à ses travaux. Il avoit gagné à l'Eglise plus de soixante dix mille hérétiques, depuis 1592 jusqu'en 1602 qu'il fut évêque : il seroit difficile de faire un détail exact de ceux qu'il ramena au bercail, depuis 1602 jusqu'à sa mort. Le cardinal du Perron disoit qu'il n'y avoit point d'hérétique qu'il ne pût convaincre ; mais qu'il falloit s'adresser à l'évêque de Genève pour les convertir... Quel dommage, disoit Henri IV, qui alla jusqu'à lui offrir le chapeau de cardinal pour le fixer dans ses états, quel dommage qu'un homme de ce mérite soit relégué dans les montagnes ! Un jour nouveau luisit sur le diocèse de Genève, dès qu'il en eut prit possession. Il fit fleurir la science et la piété dans le clergé séculier et régulier. Il institua, l'an 1610, l'ordre de la Visitation, dont la baronne de Chantal, qu'il avoit détrompée des faux charmes du monde, fut la première supérieure. Il voulut qu'on y admit les filles d'un tempérament délicat, et meme les infirmes, qui ne peuvent se placer dans le monde, ni dans les cloitres austères. Cette congrégation fut érigée en titre d'ordre et de religion, l'an 1618, par le pape Paul V. La Visitation est, selon le Père d'AVRIGNY, le chef-d'œuvre de l'évêque de Genève. Il l'appeloit lui-même sa joie et sa couronne. Les contradictions qu'il essuya d'abord, ne le rebutèrent pas. « Je sais, dit-il dans une de ses Lettres, que j'attirerai des controlemens sur moi ; mais je ne m'en soucie pas : car, qui fit jamais le bien sans cela ? Cependant plusieurs ames se retireront auprès de Notre-Seigneur, qui, sans cela, demeureroient engagées, avec les autres grenouilles, dans les marais et paluds. » Le nouvel institut se répandit avec tant de rapidité, que Mad. de Chantal vit, avant sa mort, quatre-vingt-sept maisons fondées en France et en Savoie, d'où il pénétra en Italie, en Allemagne et en Pologne. Le saint fondateur, aussi considéré des princes que respecté des gens de bien, fut obligé, en 1618, de se rendre à Paris avec le cardinal de Savoie, pour conclure le mariage du prince de Piémont avec Christine de France. Cette princesse le choisit pour son aumônier. Le saint évêque, qui avoit déjà refusé un évêché en France, et qui refusa vers le même temps la coadjutorerie de l'évêché de Paris, ne voulut accepter cette place qu'à condition, 1.º Qu'elle ne l'empêcheroit point de résider dans son diocèse pour lequel il soupiroit : 2.º Que quand il ne feroit point sa charge, il n'en recevroit point les appointemens. Vous avez, lui dit la princesse, des scrupules déplacés. Si je veux vous donner vos appointemens lors même que vous ne servirez pas, quel mal ferez-vous de les accepter ? — Madame, répondit-il, je me trouve bien d'être pauvre ; je crains les richesses, elles en ont perdu tant d'autres ! elles pourroient bien me perdre aussi. La princesse fut obligée de consentir à ces deux conditions : et sur-le-champ, comme pour l'investir de sa charge, elle lui fit présent d'un diamant de grand prix, en lui disant : C'est à condition que vous le garderez pour l'amour de moi. — Je vous le promets, Madame, lui répondit-il, à moins que les pauvres n'en aient besoin. — En ce cas, dit la princesse; contentez-vous de l'engager, et j'aurai soin de le dégager. — Je craindrois, Madame, repartit François, que cela n'arrivait trop souvent, et que je n'abassasse enfin de vos bontés... Quand il fut de retour dans son diocèse, son économe lui annonça qu'il avoit gagné un procès considérable contre plusieurs gentilhommes qui lui disputoient des droits. Il lui proposa d'en exiger les dépens à la rigueur. Dieu me garde, répondit-il, d'en agir ainsi avec qui que ce soit; et encore moins avec mes diocésains, qui sont mes enlans! L'économe insista, en lui disant que ces dépens montoient à une grosse somme, dont il avoit besoin pour se dédommager de ce qu'il en avoit coûté à la poursuite de ce procès. Et comptez-vous pour un petit gain, repartit le Saint, de regagner des cœurs que ce procès a peut-être rendus mes ennemis? Pour moi, je le compte pour tout. A l'heure même, il envoya chercher ces gentilhommes, et leur remit les dépens. François, rendu à son diocèse, continua d'y vivre en pasteur des premiers siècles de l'église, en Irène, en Augustin; visitant les malades, soulageant les pauvres, et donnant des secours spirituels et temporels à tous ceux qui en avoient besoin. Il passoit souvent les journées entières au confessionnel. On a vu des gens venir de cent vingt lieues pour s'adresser à ce médecin spirituel. Sa douceur attiroit tout le monde à son tribunal; mais cette douceur n'étoit point cette indulgence excessive qui favorise le relâchement; c'étoit une charité compatissante et éclairée. L'an 1622, ayant eu ordre de se rendre à Lyon, où le duc de Savoie devoit voir Louis XIII, il y mourut d'apoplexie le 28 décembre, à 56 ans. Son corps fut porté à Anneci, et son cœur demeura à Lyon, dans le monastère de la Visitation. Alexandre VII le canonisa en 1665. Sa fête ne pouvant être célébrée le jour de sa mort, qui concouroit avec celui des Saints Innocens, elle fut transférée au 29 janvier. St. François de Sales étoit une de ces ames tendres et sublimes, nées pour la vertu et pour la piété, et destinées par le ciel à inspirer l'une et l'autre. On remarque ce caractère dans tous ses écrits: la candeur, l'onction qu'ils respirent, les rendent délicieux, même à ceux à qui les lectures de piété plaisent le moins. Les principaux sont: I. Introduction à la vie de vote. Le but de ce livre étoit de montrer que la dévotion n'étoit pas seulement faite pour les cloîtres; mais qu'elle pouvoit être dans le monde, et s'y accorder avec les obligations de la vie civile et séculière. Il fit des fruits merveilleux à la cour de France et à celle de Piémont; et l'on ne s'arrêta point aux injustes censures de ceux qui voulurent y trouver des opinions réachées sur le bal, et sur les bons mots qu'on dit dans la société. St. François de Sales répondit à ces critiques dans la préface du livre suivant. II. Un Traité de l'amour de Dieu, mis dans un nouvel ordre par le Père Fellon, jésuite, en 3 volumes, et abrégé en un seul par l'abbé Tricalet. III. Des Lettres spirituelles, et d'autres ouvrages de piété, recueillis en 2 vol. in-fol. St. François de Sales y paroît un des mystiques les plus éclairés de ces derniers temps. Son style est simple, naïf, doux, touchant, et souvent ingénieux : il est relevé par des comparaisons et des métaphores toujours agréables, et rarement forcées. Les lecteurs qui voudront connoître plus en détail ses ouvrages et ses vertus, peuvent lire sa Vie, élégamment écrite par l'abbé Marsollier, en 2 vol. (Cienfuegos et Cotolendi en ont aussi fait chacun une) ; et son Esprit, par le Camus, évêque de Bellai, son intime ami. Ce dernier livre, insipidement prolixe, a été réduit par un docteur de Sorbonne à un gros vol. in-12. Voy. MERGEUR, à la fin.
VI. FRANÇOIS DE LORRAINE, empereur d'Allemagne, né en 1708, de Léopold, duc de Lorraine, fut marié en 1736 avec Marie-Thérèse, fille de l'empereur Charles VI. Après la mort de ce prince, en 1740, Marie-Thérèse associa son époux à l'administration de ses états. François ayant disputé la couronne impériale à Charles VII, qui mourut à Munich, en janvier 1745, fut élu empereur le 13 septembre suivant. Le fléau de la guerre désoloit alors toute l'Europe. On peut voir à l'article BROWN, n.º IV, un précis des expéditions militaires de ce temps-là. La paix conclue en 1747 à Aix-la-Chapelle, rendit la tranquillité à l'empire d'Allemagne. Une nouvelle guerre, allumée en 1756, fut terminée par le traité d'Hubertsbourg en Saxe, le 15 février 1763. L'empereur François profita de l'heureux reux loisir de la paix pour mettre de l'ordre dans ses finances, et pour faire fleurir le commerce, les sciences et les arts dans ses états. On le perdit le 18 août 1765, à 58 ans. Il mourut subitement à Anspruch, regretté comme un des meilleurs princes qui aient gouverné l'empire. Dans une inondation du Danube, un faubourg de Vienne étoit menacé du danger le plus imminent. Les glaces et les bois que le fleuve charioit, intimidoient ceux qui auroient pu le secourir. François étoit spectateur et du péril et du découragement. Il s'élance dans un bateau, en disant : Je me flatte qu'en me voyant marcher le premier, on me suivra. L'exemple de ce prince sensible et bienfaisant touche tout le monde, et les malheureux sont sauvés. L'humanité, qui faisoit sa vertu distinctive, n'étoit rien à sa valeur, et il s'étoit signalé dans les guerres de Hongrie et de Bohème. Devenu duc de Lorraine en 1729, après la mort de son père, il céda la Lorraine à la France, et obtint en dédommagement la Toscane. Voyez VII. MARIE.
VII. FRANÇOIS Ier, roi de France, surnommé le Père des Lettres, parvint à la couronne le 1er janvier 1515, à 21 ans, après la mort de Louis XII, son beau-père. Il étoit né à Cognac, le 12 septembre 1494, de Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, et de Louise de Savoie. Petit-fils de Valentine de Milan, il prit avec le titre de roi de France, celui de duc de Milan ; et se mit à la tête d'une puissante armée pour aller se rendre maître du duché : Voy. BRUSQUET. Il n'ignoroit pas que 224 FRA les Suisses, mécontens de ce qu'on leur avoit préféré les Lansquenets, s'étoient emparés du mont Genève et du mont Cenis, les deux portes de l'Italie; mais il espéroit tout de son courage et de celui de ses troupes. On tenta de passer les Alpes par les cols de l'Argentière et de Guillestre, jusqu'alors impraticables; on en vint à bout, et les François se virent bientôt aux plaines de Marignan, où ils furent attaqués par les Suisses. La bataille dura deux jours, le 13 et le 14 de septembre 1515. François I ne perdit pas le sang froid dans cette action, aussi longue que meurtrière. Ayant apperçu dans la mêlée un simple cavalier engagé sous son cheval, de sorte qu'il ne pouvoit agir, et deux Suisses près de lui, qui alloient le tuer; il avança, quoiqu'il fût seul, écarta les deux Suisses, l'épée à la main, et remonta le cavalier. Il avoit passé une partie de la nuit qui précéda cette mémorable journée, à ranger ses troupes, et une autre partie sur l'affût d'un canon, en attendant le jour. Le vieux maréchal de Trivale disoit que les dix-huit batailles où il s'étoit trouvé, étoient des jeux d'enfants, mais que celle de Marignan étoit une bataille de géans. Les Suisses fuirent enfin, laissant sur le champ de bataille plus de dix mille de leurs compagnons, et abandonnant le Milanois aux vainqueurs. Maximilien Sforce, usurpateur de ce duché, lui en fit la cession, et se retira en France, où il mourut. Les Génois se déclarèrent pour les François: le pape Leon X, effrayé de leurs succès, voit le roi à Bologne, et fait sa paix avec lui. Ce fut dans cette conférence que, après avoir obtenu l'abolition de la Pragmatique-Saction, il conclut, le 14 décembre 1515, le Concordat pour la collation des bénéfices, confirmé l'année suivante au concile de Latran. Cet accord eut cela de singulier, qu'il donnoit à la puissance temporelle le spirituel, et à la puissance spirituelle le temporel. On dit à cette occasion, «que le roi et le pape se donnoient ce qui ne leur appartenoit point.» François obtint la nomination des bénéfices, et Leon eut, par un article secret, la revenu de la première année, en renonçant aux mandats, aux réserves, aux expectatives, à la prévention, droits que Rome s'étoit attribués. Les universités et les parlements ne recurent le Concordat qu'après de longues résistances. Cependant les universités n'avoient pas tant à s'en plaindre, puisque la troisième partie des bénéfices leur étoit réservée par le moyen de l'impétration; et les parlements ne faisoient pas attention que François I, en accordant les annates, les modéroit, au lieu qu'auparavant elles étoient payées sur un pied exorbitant. L'année d'après la conquête de Milan, en 1516, Charles-Quint et François I signèrent le traité de Noyon, dont un des principaux articles fut la restitution de la Navarre. Ils se donnèrent mutuellement, l'un, l'ordre de la Toison d'or, et l'autre, celui de Saint-Michel, après s'être juré une paix éternelle. Cette paix fut de deux jours. Après la mort de l'empereur Maximilien, François fit briguer la couronne impériale. Charles, plus jeune, et moins craint par les électeurs, l'emporta sur lui, malgré les quatre cent F R A 225 vent mille francs qu'il dépensa pour avoir des suffrages. La guerre fut allumée dès-lors, et le fut pour long-temps: et comment ne l'auroit-elle pas été? « Charles, seigneur des Pays-Bas, avoit l'Artois, dit un historien, et beaucoup de villes à revendiquer. Roi de Naples et de Sicile, il voyoit François I prêt à réclamer ces états au même titre que Louis XII. Roi d'Espagne, il avoit l'usurpation de la Navarre à soutenir. Empereur, il devoit défendre le grand fief du Milanois contre les prétentions de la France. Que de raisons pour désoler l'Europe! Le ressentiment de François éclata d'abord sur la Navarre: il la conquit et la perdit presqu'en même temps. Il fut plus heureux en Picardie: il en chassa Charles qui y étoit entré, pénétra dans la Flandre, lui prit Landrecies, Bouchain, Hesdin et plusieurs autres places; mais il perdoit, d'un autre côté, le Milanois, par les violences de Lautrec; et le connétable de Bourbon, par les injustices de Louise de Savoie, sa mère. Ce grand général se jeta dans le parti de l'empereur, et assura la victoire à ses troupes. » Les François, commandés par Lautrec, furent défaits le 27 avril 1522, à la Bicoque, et se virent lâchement abandonnés par les Suisses. Cette funeste journée fut suivie de la perte de Crémone et de Gênes. Bourbon battit, l'année d'après, l'arrière-garde de l'amiral Bonnivet à la retraite de Rebec; il marcha vers la Provence, prit Toulon et assiégea Marseille. François I courut au secours de la Provence, et après l'avoir délivrée, il s'enfonça encore dans le Milanois, et assiégea Pavie. On étoit dans le cœur de l'hiver. C'étoit une faute considérable d'avoir formé un siège dans une saison si rigoureuse. François en fit une autre non moins importante, en détachant mal à propos dix mille hommes de son armée pour les envoyer conquérir Naples. Trop foible pour résister aux Impériaux, il fut battu le 24 février 1525, après avoir eu deux chevaux tués sous lui, (Voyez I. MOLAC) et fait prisonnier avec les principaux seigneurs de France. Son malheur voulut encore qu'il fût pris par le seul officier François qui avoit suivi le duc de Bourbon, et que ce duc, son vainqueur, fût présent pour jouir de son humiliation. Son courage ne l'abandonna pourtant pas, et ce fut alors qu'il écrivit à sa mère: Tout est perdu, hormis l'HONNEUR. Ce prince ne voulut se rendre qu'au vice-roi de Naples. Monsieur de Lannoy, lui dit-il, voilà l'épée d'un Roi qui mérite d'être loué, puisqu'avant que de la perdre, il s'en est servi pour répandre le sang de plusieurs des vœres, et qu'il n'est pas prisonnier par l'écheté, mais par un revers de fortune. On raconte qu'au moment qu'il fut environné, Davila et un certain Urbièta se disputant avec vivacité la gloire de sa prise, le roi leur dit d'un air tranquille: URBIÈTA m'a volé, et DAVILA m'a pris. En effet, le premier lui avoit arraché son grand collier de l'ordre, enrichi de pierreries, et Davila s'étoit contenté de lui demander ses armes. En passant à travers le champ de bataille, dans l'endroit où il devoit être gardé, les Impériaux lui firent observer que tous ses gardes Suisses s'étoient fait tuer dans leurs rangs, et qu'ils étoient couchés morts les uns près des autres. Si toutes mes troupes, dit-il, avoient fait leur devoir comme ces braves gens, je ne serois pas votre prisonnier; mais vous seriez les miens. Comme François avoit été pris près des murs de la chartreuse de Pavie, on le mena d'abord dans l'église de ce monastère. Les religieux étoient au chœur; et quand ils furent à ce verset du psaume 118 : *Bonum mihi quia humiliasti me, ut discam justificationes tuas*; le roi les prévint et le récita à haute voix. Peu de jours après, on conduisit l'illustre prisonnier à Madrid. Charles avoit assemblé son conseil, pour savoir comment il devoit le traiter : « Comme votre frère et votre ami, répondit l'évêque d'Osma; il faut lui rendre la liberté, sans autre condition que celle de devenir votre allié. » Charles ne suivit point ce conseil généreux; il se comporta avec un roi, comme un corsaire avec un riche esclave. François I ne recouvra sa liberté que par un traité onéreux, signé à Madrid le 14 janvier 1526. Il renonçoit à ses prétentions sur Naples, le Milanois, Gênes et Ast, à sa souveraineté sur la Flandres et l'Artois. Il devoit céder le duché de Bourgogne; mais lorsque Lannoï vint demander cette province au nom de l'empereur, François I, pour toute réponse, le fit assister à une audience des députés de Bourgogne, qui déclarèrent au roi, qu'il n'avoit pas le pouvoir de démembrer une province de sa monarchie... Lannoï eut encore la mortification d'entendre publier la ligue sainte. C'étoit une alliance entre le pape, le roi de France, la république de Venise, et toutes les puissances d'Italie, pour arrêter les progrès de l'em- l'empereur. François I, l'ame de cette ligue, envoya Lautrec, qui se rendit maître d'une partie de la Lombardie, et qui auroit pris Naples, si les maladies contagieuses, favorables aux Espagnols, n'eussent enlevé une partie de l'armée Françoise avec leur général, en 1528. Voyez I. Do-81A. Ces pertes avancèrent la paix; elle fut conclue à Cambrai en 1529. Le roi de France renonça à une partie de ses prétentions, et épousa Eléonore, veuve du roi de Portugal, et sœur de l'empereur. Ses deux fils étoient restés en otage à Madrid, lorsqu'il sortit de prison; il les racheta moyennant deux millions d'or. Le chancelier Duprat, le même qui avoit suggéré à François I de vendre les charges, donna dans cette occasion, si l'on en croit du Bellay, une nouvelle preuve de la bassesse de son caractère. Il fit frapper des espèces de moindre aloi que celles qui avoient cours, pour payer cette somme. Cette supercherie, jointe à la foiblesse qu'avoit eue François I, d'abandonner ses alliés à son rival, lui fit perdre la confiance de l'Europe. A peine la paix fut-elle conclue, qu'il travailla sourdement à faire des ennemis à l'empereur. Le Milanois, source intarissable de guerres, et le tombeau des François, tentoit toujours son ambition. S'il eût abandonné ses prétentions sur ce duché, comme Charles avoit abandonné ses droits sur la Bourgogne, droits fondés sur le traité de Madrid; il auroit donné pendant la paix une libre carrière à toutes ses vertus, à sa libéralité, à sa bonté, à sa magnificence, à son amour pour les arts. En 1534, il envoya en Amérique Jacques Cartier, labile navigateur de Saint-Malo, pour faire des découvertes; et en effet, ce marin découvrit le Canada: *Voy. CARTIER*. Il fonda le collège royal, il forma la bibliothèque royale; il auroit plus fait encore. *François* fut grand, pour avoir encouragé les lettres, protégé les artistes, récompensé les gens d'esprit; mais la passion malheureuse de vouloir toujours être duc de Milan et vassal de l'empire malgré l'empereur, fit tort à sa gloire. Il passe encore en Italie, et s'empare de la Savoie en 1535. L'empereur, de son côté, se jette sur la Provence, assiége Marseille, et est repoussé. *François I* lui cherchoit des ennemis par-tout: il s'unit avec *Soliman II*; mais cette alliance avec un empereur mahométan, excita les murmures de l'Europe chrétienne, sans lui procurer aucun avantage. Las de la guerre, il conclut enfin une trêve de dix ans avec *Charles*, dans une entrevue que le pape *Paul III* leur ménagea à Nice en 1538. L'empereur ayant passé quelque temps après par la France pour aller châtier les Gantois révoltés, *Voy. TRIBOULET* et *I. ELÉONOR*, lui promit l'investiture du Milanois pour un de ses enfans. Il n'eut pas plutôt quitté la France, qu'il refasa ce qu'il avoit promis. La guerre est rallumée. *François* envoie des troupes en Italie, dans le Roussillon et dans le Luxembourg. Le comte d'*Enghien* bat les Impériaux à Cérisoles en 1544, et se rend maître du Montferrat. La France, unie avec *Barbe-rousse* et *Gustave-Wasa*, se promettoit de plus grands avantages, lorsque *Charles-Quint* et *Henri VIII*, ligués contre *François I*, détruisirent toutes ses espérances, en pénétrant dans la Picardie et la Champagne. L'empereur étoit déjà à Soissons, et le roi d'Angleterre prenoit Boulogne. Le Luthéranisme fit le salut de la France. Les princes Luthériens d'Allemagne s'unissent contre l'empereur. *Charles*, pressant la France et pressé dans l'ennire, fit la paix à Crespi en Valois, le 18 septembre 1545. *François I*, délivré de l'empereur, s'accommoda bientôt avec le roi d'Angleterre *Henri VIII*, *Voyez I. BELLAY*: ce fut le 7 septembre 1546. Il mourut, l'année d'après, à Rambouillet, le dernier mars 1547, à 53 ans, de cette maladie alors presque incurable, que la découverte du Nouveau-Monde avoit, dit-on, transplantée en Europe. Ce prince, passionné pour les femmes, (*Voyez* les articles DOLET, PISSELEU, CHATEAUBRIAND, et IX. MARIC) les introduisit à la cour; *car*, disoit-il, *une cour sans femmes est une année sans printemps et un printemps sans roses*. Mais ces roses ont de terribles épines, et il l'éprouva lui-même. Il avoit en autrefois une maîtresse nommée *la belle Feronnière*. Le mari de cette femme, jaloux et vindicatif, avoit été s'infecter dans un lieu de débauche pour donner son mal à son infidelle, et par elle à son rival. Tout lui réussit comme il le desiroit, et *François I* mourut à 52 ans, après avoir souffert pendant neuf années. Avant de mourir, il donna les conseils les plus sages au Dauphin. *Les enfans*, lui dit-il, doivent imiter les vertus de leurs pères, et non leurs vices. Le *François* est le meilleur peuple du monde; et vous devez le traiter avec d'autant plus de bonté, que, dans le besoin, il ne refuse rien à ses rois... Un long portrait 218 FRA de François I seroit superflu; il est assez peint dans le cours de cet article. Il fut plus brave chevalier que grand prince. Il eut plutôt l'envie que le pouvoir d'abaisser Charles-Quint, son rival de gloire, moins brave, moins aimable que lui; mais plus puissant, plus heureux, et plus politique. Comme il avoit beaucoup d'élévation, et qu'il réfléchissoit peu, il négligea trop l'intrigue, et se fia trop à son courage. Lorsqu'on lui fournissoit quelque occasion de tirer vengeance des mauvais traitemens faits par Charles-Quint ou par ses généraux, aux soldats et officiers François prisonniers, il répondoit: Je n'ai garde de le faire: je perdrois une occasion de vaincre en vertu Charles, à qui je suis obligé de céder en fortune. Quoiqu'il s'occupât beaucoup du soin d'étendre son royaume, il le gouverna rarement lui-même. L'état fut successivement abandonné aux caprices de la duchesse d'Angoulême, aux passions des ministres, à l'avidité des favoris. Voyez BEAUNE, CHAROT, POYET. La protection qu'il accorda aux beaux arts, a couvert auprès de la postérité la plupart de ses défauts. Il se trouva précisément dans le temps de la renaissance des lettres; il en recueillit les débris échappés aux ravages de la Grèce, et il les transplanta en France. Voy. RAPHAËL. Son règne est l'époque de plusieurs révolutions dans l'esprit et dans les mœurs des François. Il appela à sa cour les dames, les cardinaux et les prélats les plus distingués de son royaume. La justice; depuis la fondation de la monarchie, avoit été rendue en latin; elle commença l'an 1536 à l'être en françois. François I fut déterminé à ce changement par une expression barbare, employée dans un arrêt rendu au parlement de Paris. Ce fut aussi lui qui introduisit la mode de porter les cheveux courts et la barbe longue, pour cacher une blessure qu'il avoit reçue en 1521. Le bas de son visage fut défiguré par cet accident. On vouloit rechercher l'imprudent qui avoit fait le coup; François ne voulut pas le permettre. C'est moi, dit-il, qui ai fait la folie, il est juste que je la boive. Mais il masqua cette difformité en laissant croître sa bœbe. Dès-lors les courtisans, singes de leur maître, la portèrent aussi longue qu'ils purent; ce fut un ornement de petit-maître. Les gens graves et les magistrats n'en portoient point; ils ne laissèrent croître la leur, que lorsque les courtisans se furent dégoûtés de cette mode. François I accabla d'abord son peuple d'impôts; mais il devint plus économe sur la fin de ses jours, et recommanda à son fils en mourant de diminuer les tailles. Il laissa dans ses coffres environ six millions d'à présent. Voy. l'article de CLAUDE DE FRANCE, sa première femme. La seconde, Eléonore d'Autriche, n'ayant point eu d'eufans, retourna en Espagne, où elle mourut en 1558. L'Histoire de François I a été écrite avec vérité et avec énergie, par M. Gaillard, 8 vol. in-12.
VIII. FRANÇOIS II, roi de France, naquit à Fontainebleau le 19 janvier 1544, de Henri II et de Catherine de Médicis. Le jour de sa naissance fut remarquable par une éclipse de soleil; ce qui lui fit donner pour devise un Lis entre un Soleil et une L'une, avec ces mots : *INTER ECLIPSES EXORIOR*. Il monta sur le trône après la mort de son père, le 10 juillet 1559. Il avoit épousé, l'année d'auparavant, *Marie Stuart*, fille unique de *Jacques V*, roi d'Écosse. Quoi-que son règne ne fût que de 17 mois, il fit éclore tous les maux qui, depuis, désolèrent la France. *François*, duc de *Guise*, et le cardinal de *Lorraine*, oncle de la femme de ce roi enfant, furent mis à la tête du gouvernement. L'un se vit maître du clergé et des finances; et l'autre chef de tout ce qui regardoit la guerre: ils se servirent plus de leur pouvoir pour satisfaire leur ambition, que pour procurer le bien de l'état. *François II* aliéné même de la couronne, à l'instigation de sa mère, par lettres-patentes, la souveraineté du duché de Bar, pour en céder les droits au duc de *Guise*, et ne s'en réserva que la foi, l'hommage et le ressort. *Antoine de Bourbon*, (*Voyez IX ANTOINE*.) roi de Navarre, et *Louis* son frère, prince de *Condé*, fâchés que deux étrangers tinsent le roi en tutelle, les princes du sang et les officiers de la couronne éloignés, résolurent de secouer le joug. Ils se joignirent aux Calvinistes pour détruire le pouvoir des *Guises*, protecteurs des Catholiques. L'ambition fut la cause de cette guerre, la religion le prétexte, et la *Conspiration d'Amboise* en fut le premier signal. Cette conspiration éclata au mois de mars 1560. Le prince de *Condé* en étoit l'âme invisible, et la *Renaudie* le conducteur. Celui-ci s'étant ouvert à *Avenelles*, avocat de Paris, on arrêta la plus grande partie des conjurés, et ils furent exécutés. *La Renaudie* fut tué en combattant, et plu- plusieurs autres périrent comme lui les armes à la main. La conspiration découverte et punie, le pouvoir des *Guises* n'en fut que plus grand. Ils firent donner un édit à Romorantin, par lequel la connoissance du crime d'hérésie étoit renvoyée aux évêques et interdite aux parlements. Le chancelier de *l'Hôpital* auroit voulu s'opposer à cet édit; mais il fut obligé de le donner, pour éviter l'établissement de l'inquisition. On défendit aux Calvinistes de tenir des assemblées. On créa dans chaque parlement une chambre qui ne connoissoit que de ces cas-là, et qu'on appeloit la *Chambre-Ardente*. Le prince de *Condé*, chef du parti Calviniste, fut arrêté, condamné à perdre la tête, et alloit finir par la main du bourreau, lorsque *François II*, malade depuis longtemps, et infirme dès son enfance, mourut à 17 ans, le 5 décembre 1560, d'un apostème à l'oreille; laissant un royaume endetté de quarante-trois millions, et en proie aux fureurs des guerres civiles. (*Voyez II. CRATEL*.) Quoi-que la France tombât dans la minorité par sa mort, il ne fut pas regretté, parce qu'on aimoit mieux, dit le président *Hesnault*, une minorité véritable, qu'une majorité imaginaire. Les serviteurs de *François II* l'appeloient le *Roi sans vice*: on peut ajouter, et sans vertu; et on ne sait guère ce qu'il auroit été, s'il avoit régné plus longtemps. « Il se conduisit, dit le président de *Thou*, bien moins suivant son penchant, que conformément à celui des Lorrains. A l'heure de la mort, avant qu'il eût perdu connoissance, on dit que le cardinal de *Lorraine* l'avertit de prier Dieu de lui pardonner les fautes qu'il avoit faites, et celles 230 FRA que ses ministres lui avoient fait faire : ce qui fut interprété par les assistans, comme un aveu formel de la mauvaise administration des deux frères. » On prétendit aussi que la mort de François étoit une suite du poison qu'on lui avoit donné. Les uns en accusoient le roi de Navarre, les autres Catherine de Medicis, mère du roi; et l'esprit de parti fit adopter à ceux qui en étoient préoccupés, l'opinion la plus conforme à leurs idées. » Mais, dit toujours le même historien, c'étoient des bruits sans fondement, auxquels les troubles du temps donnoient lieu : comme si les grands ne pouvoient mourir naturellement ! François avoit toujours été d'un tempérament très-foible; et l'on prétend que l'amour excessif pour la reine sa femme, l'une des plus belles et des plus spirituelles princesses de l'Europe, ne contribua pas peu à abréger ses jours. » François II avoit en, comme ses frères, le savant Amyot pour précepteur. Il avoit si bien profité des leçons de son maître, que, lorsque le chancelier Michel de l'Hôpital, qui n'étoit encore que président de la chambre des comptes, lui présenta son Poème latin sur son sacre, il le lut avec tout le goût d'un prince qui en connoissoit les beautés, et en apprit les plus beaux endroits de mémoire. Son goût pour les lettres est presque le seul éloge qu'on lui ait donné. Cependant l'abbé le Ragois dit de lui : ALTAS BREVIS APTAQUE REGNO. Digno en effet du trône où te plaça le sort, Trop jeune, tu payas le tribut à la mort. Cette flatterie auroit été bonne dans une oraison funèbre. La de- vise suivante auroit mieux convenu à François II: BREVIS MIRE: LABOR REGNI. A mon trône arraché par la commune loi, Je n'eus que peu de temps le malheur d'être roi.
FRANÇOIS, Dauphin de France, fils de François I; Voy. MONFECUCULI, n° I.
IX. FRANÇOIS DE FRANCE, duc d'Alençon, d'Anjou et de Berri, et frère de François II, de Charles IX et de Henri III, né en 1554, se mit à la tête des mécontents, lorsque son frère Henri III monta sur le trône. Catherine de Médicis, sa mère, le fit arrêter; mais le roi le remit en liberté. Il en profita pour exciter de nouveaux troubles. En 1575, il se mit à la tête des Reîtres, parce qu'on lui avoit refusé la lieutenance-générale du royaume. On l'appaisa; mais quelque temps après ayant été appelé par les Confédérés des Pays-Bas, il alia les commander malgré son frère, et se rendit maître de quelques places. (Voy. HAUTEMER.) Il revint en France, et repassa ensuite dans les Pays-Bas, dont il fut reconnu prince. Il signala son courage contre le duc de Parme qui assiégéait Cambrai, et se rendit maître de Cateau-Cambresis en 1581. Il passa la même année en Angleterre pour conclure son mariage avec Elizabeth, qui le joua, et ne voulut pas s'unir avec lui, malgré l'anneau qu'elle lui avoit donné pour gage de sa foi. De retour dans les Pays-Bas, il fut couronné duc de Brabant à Anvers, et comte de Flandres à Gand en 1582; mais, l'année suivante, ayant voulu asservir le pays dont il n'étoit que le défenseur, et se rendre maître d'Anvers, il fut obligé de retourner en France. Il y mourut de phthisie le 10 février 1584, à 29 ans, sans avoir été marié; regardé comme un prince léger et bizarre, qui mêlait les plus grands défauts à quelques bonnes qualités. Son oraison funèbre fut prononcée par *Renault de Baunes*, archevêque de Bourges, qui avoit été son chancelier, et elle fut peu goûtée. Quelques auteurs, dit *STRADA*, ont dit que le Duc d'Alençon étoit mort empoisonné. Ce sont des bruits fort ordinaires à la mort des Princes: comme si le rang qu'ils tiennent dans le monde devoit les exempter du sort commun des autres hommes, et que ce fût les confondre avec nous, qu'ils finissent comme nous! Pour moi, je crois que le poison qu'on donna au Duc, ce fut quand on lui conseilla la conduite affreuse qu'il tint avec ceux d'Anvers; et que le Duc de Parme ajouta à ce poison, lorsqu'il le chassa des Pays-Bas, après avoir manqué de le prendre à Dunkerque... Voyez une belle réponse de ce prince, art. III. *COLICNI*, à la fin. **X. FRANÇOIS DE BOURBON**, comte de Saint-Pol et de Chaumont, né en 1491, de François, comte de Vendôme, signala son courage à la bataille de Marignan, en 1515. Le brave *Bayard* ayant fait chevalier François I après cette journée, accorda le même honneur à François de Bourbon. Ce général secourut Mezières assiégé par les troupes impériales en 1521, prit Mouzon et Bapaume, et battit les Anglois au combat de Pas. A la bataille de Pavie en 1525, il fut du nombre des généraux prisonniers. Il se sauva, et fut repris en 1528, par *Antoine de Lève*, qui le surprit à Landriano, à cinq lieues de Milan. Les Lansquenets et les Italiens l'avoient abandonné dans ce péril, et sa cavalerie s'étoit sauvée à Pavie avec l'avant-garde. Il mourut à Cotignan, près de Rheims, le 1er septembre 1545, à 55 ans.
**XI. FRANÇOIS DE BOURBON**, comte d'Enghien, gouverneur de Hainaut, de Piémont et de Languedoc, frère d'*Antoine de Bourbon*, roi de Navarre, naquit au château de la Fère, le 23 septembre 1519, de Charles de Bourbon, duc de Vendôme. Son courage se développa de bonne heure. François I lui confia, en 1543, la conduite d'une armée, avec laquelle il se rendit maître de Nice. Jeune et vaillant, il ne cherchoit qu'à combattre: (*Voyez ALBON* et II. *AVALON*.) Il s'avança dans le Piémont, prit Crescentin, Dezance, et remporta la fameuse victoire de Cérisoles, le lundi de la fête de Pâques 1544. Les François tuèrent 10,000 ennemis, firent 4000 prisonniers, et s'emparèrent du bagage et de l'artillerie, sans qu'il leur en coûtât 200 hommes. Cette victoire facilita la conquête du Montferrat; le comte d'Enghien le soumit tout, à l'exception de Casal. L'année d'après, ce prince se jouant avec de jeunes seigneurs à défendre un fort de neige, il y fut tué le 23 février 1545, à 27 ans. Ce fut une perte réelle pour la France, à qui sa valeur et ses victoires avoient donné les plus grandes espérances.
**XII. FRANÇOIS DE BOURBON**, duc de Montpensier, de Chatelleraut, prince de Dombes, dauphin d'Auvergne, fils de Louis de Bourbon II du nom, donna des 232 F R A preuves de sa valeur au siège de Rouen en 1562, aux batailles de Jarnac et de Montcontour en 1569, et au massacre d'Anvers en 1572. Henri III le fit chevalier de ses ordres, et l'envoya en Angleterre. Après la mort de ce monarque, il fut un des plus fidelles sujets de Henri IV, et un de ses plus braves généraux. Il se distingua à Arques et à Ivri en 1590. Il mourut à Lisieux en 1592, à 50 ans, après avoir soumis Avranches au roi, et lui avoir rendu d'autres services non moins importants. C'étoit un prince généreux, compatissant, civil, honnête, simple et ennemi de tout déguisement. Quand on lui rappelait ce qu'il avait fait dans les différentes affaires où il s'étoit trouvé : Oui, disoit-il, je fis assez bien là et là; mais, en d'autres occasions, je commet-elle et telle faute.
FRANÇOIS I et II, ducs de Bretagne, Voyez LANDAIS et CHANTOCÉ.
FRANÇOIS II, grand duc de Toscane, Voy. CAPELLO.
FRANÇOIS DE LORRAINE, Voy. II. GUISE.
XIII. FRANÇOIS ou FRANCISCUS DE VICTORIA, ainsi nommé du lieu de sa naissance, Dominicain, professeur de théologie à Salamanque, mort en 1549, est auteur d'un grand nombre d'ouvrages théologiques, meilleurs à consulter qu'à lire. Ils ont été recueillis en 1 vol. in-8°, sous le titre de Theologicae Pralectiones.
XIV. FRANÇOIS DE JÉSUS-MARIE, Carme réformé, fut professeur de théologie à Salamanque, et définiteur général de son ordre. Il mourut en 1677, après avoir publié un Cours de Théologie morale, imprimé à Salamanque, et réimprimé depuis à Madrid et à Lyon, en 6 vol. in-folio.
XV. FRANÇOIS ROMAIN, dit le Frère Romain, de l'ordre de Saint-Dominique, naquit à Gand en 1646. Il travailla, en 1684, à la construction d'une arche du pont de Mastricht, par ordre des états de Hollande. Louis XIV l'appela quelques années après en France, pour achever le pont-Royal, commencé par Gabriel, et qu'on désespéroit de pouvoir finir. Le succès de cet ouvrage lui valut les titres d'inspecteur des ponts et chaussées, et d'architecte du roi dans la généralité de Paris. Il mourut dans cette ville en 1735, à 89 ans. Il étoit aussi bon religieux que grand architecte. Il donnoit aux devoirs de son état tous les momens qu'il pouvoit dérober à l'architecture.
XVI. FRANÇOIS, (Jacques-Charles) graveur des dessins du cabinet du roi, naquit à Nancy en 1717, d'une famille honnête. Il commença par graver la vaisselle; mais il étoit né pour un travail bien supérieur à celui-là. Après avoir perfectionné son talent pour la taille-douce à Lyon, il vint à Paris, et y trouva des protecteurs. C'est dans cette ville qu'il inventa la Gravure en dessin. C'est une gravure qui imite le dessin au crayon, au point de faire illusion. Quoiqu'elle n'ait rien de flatteur à l'œil, elle peut servir pour mettre sous les yeux des élèves d'excellens modèles à étudier et à copier. Cette découverte, qu'on lui a mal à propos disputée, lui valut une pension de six cents livres, et le titre de graveur des dessins du cabinet du roi. Les persécutions que l'envie lui suscita, hâtèrent sa mort, arrivée en 1769, à cinquante-deux ans. C'étoit un homme simple, plus laborieux qu'intrigant, plus occupé de son travail que de ses succès, sensible à la gloire, mais incapable de l'usurper par aucun manège. Ses principaux ouvrages sont : I. Un Livre à dessiner. II. Le Recueil des Châteaux que le roi de Pologne occupoit en Lorraine, gravés par ordre de ce monarque. III. Le Corps-de-Garde, d'après Vanloo. IV. La Vierge, d'après Vien. V. Les Portraits, qui accompagnent l'Histoire des Philosophes modernes, de M. Savérien. VI. Une Marche de Cavalerie, d'après Parrozel, supérieurement gravée. VII. Le Portrait de M. Quesnay, estampe unique, dans laquelle la taille-douce, le burin, la manière noire du crayon, toutes les façons de graver sont réunies. — Il ne faut pas le confondre avec Simon FRANÇOIS, peintre, dit le Valentin, né à Tours en 1606, mort à Paris en 1671, dont on a des portraits et des tableaux.
XVII. FRANÇOIS, (l'Abbé Laurent) né à Arinthod en Franche-Comté, le 2 novembre 1698, mort à Paris le 24 février 1782, fut pendant quelque temps Lazariste. Ayant quitté cette congrégation, il vint à Paris, où il se chargea de quelques éducations. Il composa ensuite divers ouvrages, écrits d'un style peu soigné et peu élégant, mais qui enrent quelque succès, les uns à cause de leur utilité, les autres parce qu'ils étoient un antidote nécessaire de divers ouvrages très-cé- lébres. Les principaux sont : I. La Géographie, in-12, connue sous le nom de Crozat, parce qu'elle fut dédiée à Mlle Crozat, pour qui elle avoit été composée. Comme elle est claire, méthodique et assez exacte, elle a été plusieurs fois réimprimée. II. Preuves de la religion de J. C., 4 vol. in-12. III. Défense de la Religion, 4 vol. in-12. IV. Examen du Catéchisme de l'honnête Homme, in-12. V. Examen des faits qui servent de fondement à la religion Chrétienne, 1767, 3 volumes in-12. VI. Observations sur la Philosophie de l'Histoire, in-8. Les philosophes, auxquels il fit une guerre constante, peignirent l'auteur comme un imbécile. Mais il est facile de voir, par ses différents ouvrages, qu'il avoit des connaissances variées, et que s'il n'égala point ses adversaires en esprit et en éloquence, il les surpassa souvent en bonne foi et en bonne logique. Il a laissé divers manuscrits servant de réfutation au Dictionnaire philosophique, au Système de la nature, et au livre des Trois imposteurs.
FRANÇOIS, sculpteur, Voy. QUESNOY (François du.)
FRANÇOIS DE FERRARE, Voyez FERRARI, n° II.
FRANÇOIS DE SAINTE-CLAIRE ou DE COVENTRY, Voy. DAVENPORT.
FRANÇOIS SONNIUS, Voyez SONNIUS. I. FRANÇOISE, (Sainte) dame Romaine, également respectable par sa piété et sa charité, mariée, dès l'âge de 12 ans, à Laurent Ponzlani, morte le 9 mars 1440, à 56 ans, fonda en 1425, le monastère des Oblates, 234 FRA appelées aussi *Collatines*, à cause du quartier de Rome où elles furent transférées en 1433. *Paul V* la canonisa en 1608.
II. FRANÇOISE, femme de *Pierre II*, duc de Bretagne, fille de *Louis d'Amboise*, vicomte de Thouars, eut beaucoup à souffrir de l'humeur sombre et chagrine de son mari, qui en vint jusqu'à la frapper : outrage dont elle fut si affligée, qu'elle en tomba maladie. Le duc, la voyant à l'extrémité, lui demanda pardon, et n'en fallut pas davantage pour lui rendre la santé. *Pierre* vécut dans la avec elle dans une grande union. Elle fut sa principale garde dans tout le temps de sa dernière maladie ; mais ni ses prières ni ses soins ne purent lui sauver la vie. Il dit, avant d'expirer, qu'il *laissoit son épouse aussi pure qu'il l'avoit reçue*. Les parens de cette princesse, et le roi *Louis XI*, employèrent inutilement les prières, la ruse et la force, pour l'obliger à épouser le duc de *Savoir*, qui la desiroit ardemment à cause de sa vertu. Elle se fit carmélite en 1467, et mourut le 26 février 1483, victime de sa charité. Elle gagna la maladie qui l'emporta, auprès d'une religieuse qu'elle secourut jusqu'à la mort. L'abbé *Barrin* a écrit sa *Vie* ; Bruxelles, 1704, in-12.
FRANCOWITZ, (Matthias) né à Albano en Illyrie, l'an 1520, est connu parmi les théologiens Protestans, sous le nom de *Francois Illyricus*. *Luther* eut en lui un disciple zélé : ce fanatique s'éleva avec force contre l'*Interim* de *Charles-Quint*, et contre les projets de pacification. Il eut beaucoup de part à la composition des *Centuries de Magde-* bourg. Nous avons de lui : I. *Le Catalogue des Timoins de la Vérité* ; Francfort, 1672, in-4° : (*Voyez EISENGREIN*.) II. *Une Clef de l'Écriture-Sainte*, qui passe pour son meilleur ouvrage. III. *Missa Latina antiqua*, in-8°, à Strasbourg, 1557. La rareté de ce livre l'a rendu très-cher. Cette liturgie contient la foi et les usages anciens de l'Église Romaine. Les Protestans croyoient qu'elle seroit un témoignage contre les Catholiques ; mais s'étant apperçus qu'elle fournissoit des armes à leurs adversaires, ils n'oublièrent rien pour en supprimer tous les exemplaires ; et c'est la cause de leur rareté. On la trouve cependant en entier dans les *Annales* du P. *le Cointe*, et dans les *Liturgies* du Cardinal *Bona*. *Francowitz* a donné un *Appendix* à sa *Missa Latina*, dans son édition de *Sulpice-Sévère*, à Basle, 1556, in-8° ; et une édition des *Poemata de corrupto Ecclesia Statu*, 1557, in-8°. On a encore de lui une foule de *Traités* violents contre l'Église Romaine. Il veut y prouver « que la papauté est une invention du Diable, et que le Pape est un Diable lui-même. » *Mélanchton*, qui avoit été son maître, et avec qui il se brouilla dans la suite, lui reproche, dans une de ses lettres, d'avoir enseigné qu'on devoit tenir en respect les Princes, en leur faisant craindre des séditions. Tous les ouvrages de ce zélateur furieux sont peu communs. On peut en voir le catalogue, si l'on est curieux des sottises et des pauvretés des controversistes, dans le tome xxiv des *Mémoires* de *Nicéron*. Il mourut à Francfort sur le Mein, le 11 mars 1575, à 55 ans, laissant un fils médecin, qui publia plusieurs livres peu connus. F R A 235 I. FRANCUS, prince Troyen, qu'on croit avoir été fils d'Hector. On dit qu'il passa dans la Germanie après la destruction de Troie, et que c'est de lui que les François tirent leur origine.
II. FRANCUS, (Sébastien) fameux Anabaptiste du 16e siècle, publia plusieurs écrits remplis d'erreurs et de fanatisme. Les théologiens de la confession d'Augsbourg, assemblés à Smallhalde, en 1540, chargèrent Mélanchton de le réfuter. Francus publia encore un livre très-satirique contre les Femmes; il fut réfuté par Jean Frécherus et par Luther, qui se chargea volontiers de la cause du sexe.
FRANGIPANI, Voy. II. GELASSE, et MALABRANCA.
FRANGIPANI, (François-Christophe, comte de) beau-frère du comte de Serin, conspira avec lui contre l'empereur Léopold I, et fut un des principaux chefs de la révolte des Hongrois, qui commença en 1665. Les points capitaux de l'accusation formée contre Frangipani, n'étant que trop prouvés, il fut condamné à avoir le poing droit coupé et la tête tranchée. Tous ses biens furent confisqués au profit de l'empereur, et sa famille dégradée de noblesse: l'exécution se fit publiquement dans la ville de Neustadt, où il étoit prisonnier, le 30 avril 1671. Frangipani mourut avec beaucoup de résignation et de constance. (Voyez NADASTI, n°. II.) Ce conspirateur n'avoit, dit M. de Montigny, qu'un grand fonds de mauvaise foi, d'ignorance, de légèreté. Serin, qui l'avoit fait entrer dans son complot, le prenoit pour un politique habile; mais ce n'étoit qu'un fourbe mal-adroit, qui ne savoit pas même cacher sa méchanceté.
FRANKENBERG, (Jean-Henri) cardinal et archevêque de Malines, s'opposa avec vigueur aux innovations tentées en 1787, par l'empereur Joseph II, sur le clergé de ses états. Mandé à Vienne, il défendit ses principes, sans fléchir. Un mandement qu'il publia en 1790, annonça son adhésion aux opinions patriotiques; mais indigné ensuite des faveurs révolutionnaires, il refusa le serment ordonné par le directoire aux Ecclésiastiques du Brabant, et fut condamné à la déportation. Il se réfugia alors en Westphalie, où il mourut en 1798.
FRANKLIN, (Benjamin) né à Boston, dans la nouvelle Angleterre en 1706, d'un fabricant de chandelles et de savon, s'occupa dans sa jeunesse de la profession de son père; mais celle-ci lui ayant bientôt déplu, il entra en apprentissage chez un coutelier, puis chez un imprimeur. La nuit, il lisait les ouvrages qui s'y imprimoient le jour, et satisfaisait ainsi, aux dépens de son sommeil, la passion excessive qu'il avoit pour la lecture. A 14 ans, Franklin composa deux ballades que son maître impliqua, et qu'il lui ordonna d'aller vendre dans la ville. Elles eurent beaucoup de débit. « Ma vanité, dit-il, fut flattée de ce succès; mais mon père diminua ma joie en tournant mes productions en ridicule, et en me disant que les faiseurs de vers mouroient toujours pauvres. Ainsi, j'échappai à malheur de devenir probablement un assez mauvais poète. » Pour l'en dédommager, la nature le fit un sage. La lecture des œuvres de Xéno- 236 FRA phon, dit-on, l'enflamma du desir d'écrire et de se distinguer. Il prit de cet auteur la méthode socratique, c'est-à-dire, celle de paroître douter, et d'éviter toujours un ton affirmatif et trop tranchant. Franklin partit pour Londres, dans l'intention de s'y perfectionner dans son art; et en effet, il dirigea bientôt chez l'imprimeur Palmer la seconde édition de la Religion naturelle des Woollaston, et d'autres ouvrages. Ses relations avec Mandeville, auteur de la fable des Abeilles, avec le docteur Pemberton, Hans-Sloane et Collinson, étendirent ses lumières et les élevèrent au-dessus du mécanisme de son art. De retour en Amérique, à l'âge de 22 ans, le jeune imprimeur s'établit à Philadelphie, où, aidé de la bourse de quelques amis, il acheta des presses, fondit lui-même plusieurs de ses caractères, et grava la plupart de ses vignettes. Devenu auteur d'une feuille périodique, Franklin ne tarda pas à se faire connoître et à obtenir l'impression des actes du gouvernement de la province de Pensylvanie et de celle de Newcastle. Dès-lors, ses connoissances en physique, en morale, en politique, lui acquirent l'estime des savans, et le respect de ses compatriotes. En 1731, il fonda au milieu d'eux la première bibliothèque publique que l'Amérique ait eue; enrichie des dons de la famille de Penn, du docteur Collinson, elle répandit dans cette vaste contrée le goût du savoir. L'année suivante, il commença la publication de son Almanach du Bon-Homme Richard qui se fit distinguer par le grand nombre de maximes simples et précieuses qu'il renfermoit. Cet almanach eut un tel succès qu'on en vendit jusqu'à dix mille dans une année, nombre prodigieux, si l'on considère qu'à cette époque l'Amérique étoit encore très-peu peuplée. En 1738, Franklin forma à Philadelphie la première compagnie pour éteindre les incendies et garantir les édifices de leurs ravages. En 1747, il adressa à son ami Collinson ses découvertes sur l'électricité. Par elle, il expliqua la nature des aurores boréales, fit connoître celle de la foudre, et sut lui donner des lois. C'est à lui qu'on est redevable des moyens d'en prévenir les terribles effets, en l'assujettissant à suivre les conducteurs de ses paratonnerres placés au-dessus des édifices. Le cerf volant électrique est encore une de ses ingénieuses inventions. Il introduisit dans sa patrie, et ensuite en France, l'usage de la cheminée économique qui, avec des conducteurs et des soupapes, rejettent la chaleur dans l'appartement; il perfectionna enfin l'harmonica, instrument doux et agréable, que l'Irlandois Puckridge venait d'inventer. Son nom placé dans l'histoire des Sciences, le fut bientôt dans celle des Empires. Lorsque les colonies américaines commencèrent à se plaindre de la mère-patrie, le gouvernement anglois effrayé de leur opposition à la promulgation de l'impôt du timbre, voulut intimider Franklin, dont il redoutoit l'influence, et le manda à la barre de la chambre des communes. Celui-ci y parut avec le courage du Paysan du Danube au milieu du Sénat de Rome. Il prédit aux Anglois que leur avarice alloit rendre l'Amérique indépendante. « Les questions qu'on lui fit, dit un écrivain, étoient préparées; on auroit cru au contraire que c'étoient les ré- F R A 237 ponses. » Dans ces débats, le parlement qui avoit la prudence de le consulter, n'eut pas celle de le croire. La guerre fut déclarée entre les États-Unis et les Anglois; et *Franklin* fut choisi pour aller suivre auprès du ministre de France les négociations entamées par *Silas Deane*. Il décida un gouvernement qui passoit pour despotique, à s'armer en faveur de la liberté de son pays. Le plénipotentiaire partit sans argent; sa patrie n'en avoit pas. Il arriva à Paris avec une cargaison de tabac, comme jadis, au moment où la Hollande voulut être libre, ses députés vinrent à Bruxelles avec un convoi de harengs pour payer leur dépense. *Franklin* débarqua à Nantes le 17 septembre 1776, et fut loger à Passy. Tout en lui annonçoit la simplicité des mœurs anciennes. Il avoit quitté la perruque qu'il portoit auparavant, et montroit à la multitude étonnée une tête, digne du pinceau du *Guide*, sur un corps droit, vigoureux et couvert des habits les plus simples. Il portoit de larges lunettes, et à sa main un bâton blanc; il parloit peu, et savoit être franc sans rudesse. Un tel personnage étoit fait pour exciter la curiosité publique; on lui donna des fêtes; on le rechercha; on le célébra dans une foule de vers. Son entrevue avec *Voltaire*, qui se trouvoit alors à Paris, fut remarquable. Le Poète lui parla en anglois. Les spectateurs lui ayant observé qu'on seroit bien aise de l'entendre: *Je vous demande pardon*, dit-il, *j'ai cédé un moment à la vanité de parler la même langue que M. Franklin*. Ce dernier présenta son fils à *Voltaire* et lui demanda pour lui sa bénédiction; celui-ci étendit ses mains sur le jeune homme, et lui dit: *Mon enfant, Dieu et la liberté; souvenez-vous de ces deux mots*. Les deux vieillards s'embrassèrent en pleurant lorsqu'ils se quittèrent. Le peuple s'attroupoit sur le passage de *Franklin*, et demandoit à l'envi quel étoit ce vieux paysan qui avoit l'air si noble. Ses talens pour la négociation et l'intérêt qu'inspiroient les Américains, déterminèrent en 1778 le gouvernement François à soutenir leur indépendance. On sait qu'elle fut reconnue par les Anglois eux-mêmes, après la prise de lord *Cornwallis* et de son armée, et le traité de paix fut signé le 3 septembre 1783, par *Franklin*, au nom des États-Unis. Ce dernier ne quitta point Paris qu'il n'eût assuré par d'autres traités d'alliance avec la Prusse et la Suède, de nouvelles relations de commerce et de gloire à sa patrie. Il y retourna en 1785, et il en fut reçu comme un père qui apporte ses derniers soupirs à ses enfants. Nommé à son retour gouverneur de Pensylvanie, il vit cette province déchirée par des factions, et le gouvernement des autres sans force et sans dignité, le crédit anéanti, le commerce sans vigueur et très-borné. Il jugea que pour remédier à ces maux il falloit une convocation générale. Les États-Unis s'assemblèrent donc à Philadelphie en 1788, et *Franklin*, représentant de cette province, y parla avec autant de raison que de courage; car son esprit et son caractère étoient dans une parfaite harmonie; il développa les maux, indiqua et fit ordonner les remèdes. Enfin, plein de jours et de gloire, il mourut le 17 avril 1790, d'un abcès dans la poitrine, à l'âge de 84 ans et 3 mois. Peu de mœurs avant d'expirer, il dit ces 238 F R A paroles d'un grand sens : qu'un homme n'est parfaitement né qu'après sa mort. Le congrès ordonna dans l'étendue des quatorze cantons confédérés, deux mois de deuil, et l'assemblée nationale de France le prit pour quelques jours. « Franklin est mort, s'écria Mirabeau ; il n'est plus cet homme qui affranchit l'Amérique, et versa sur l'Europe des torrens de lumières. Le sage que deux mondes réclament, tenoit sans doute un rang bien élevé dans l'espèce humaine. Les nations ne doivent porter le deuil que de leur bienfaiteur, mais l'Europe éclairée et libre doit du moins un témoignage de souvenir et de regret à l'un des plus grands hommes qui aient jamais servi la philosophie et la liberté. » Franklin s'étoit fait à lui-même cette singulière épitaphe : « Le corps de Benjamin Franklin, imprimeur, comme la couverture d'un vieux livre, dont les feuillets sont arrachés et le titre effacé, fut ici et devient la pâture des vers. Cependant l'ouvrage même ne sera point perdu, il doit, comme il le croyoit, reparoître encore une fois dans une nouvelle et plus belle édition, revue et corrigée par le souverain auteur. » On lui en a fait plusieurs autres, mais qui ne valent pas ce beau vers latin mis au bas de son portrait, et attribué au ministre Turgot : Eripulé cela fulmen, sceptrumque ryrennis. On y a placé aussi cette autre inscription en vers françois : Il a ravi le feu des cieux ; Il fait fleurir les airs en des climats sauvages ; L'Amérique le place à la tête des Sages ; La Grèce l'auroit mis au nombre de ses Dieux. Le 7 avril 1792, la ville de Philadelphie fit élever la statue du philosophe Américain sur le fronton de la bibliothèque publique. Il est représenté debout, revêtu de la toge romaine, un bras appuyé sur des livres, tenant d'une main un rouleau, et de l'autre un sceptre renversé. Franklin avoit passé de la plus stricte médiocrité à une fortune honnête, acquise par le travail, et conservée par la modération. Nos lecteurs ne seront pas fâchés de trouver ici quelques-unes de ses maximes qui ont la plupart la forme simple, mais utile, des proverbes populaires. « Nous sommes tous passagers sur le vaisseau de l'état ; il faut noyer celui qui ne veut pas contribuer à son entretien. — Si nous y réfléchissions bien, nous verrions que notre paresse nous coûte deux fois autant que le gouvernement ; notre vanité trois fois ; et notre imprudence quatre fois davantage. — L'oisiveté ressemble à la rouille ; elle use beaucoup plus que le travail. — La clef dont on se sert est toujours claire. — Ne perdons pas le temps ; car c'est l'étoffe dont la vie est faite. — Avec du travail et de la patience, la souris coupe un câble. — Faute d'un clou, le fer du cheval se perd ; faute d'un fer on perd le cheval ; faute de cheval, le cavalier lui-même est perdu, car son ennemi l'atteint et letue. — Si la cuisine est grasse, le testament est maigre. — L'entretien d'un vice coûte plus cher que l'entretien de deux enfants. — Quiconque achète le superflu, vendra bientôt le nécessaire. — Le soleil du matin ne dure pas tout le jour. — Il est plus aisé de batir deux cheminées, que d'entretenir toujours du feu dans une. » La plupart de ces maximes sont tirées de la *Science du Bon-Homme Richard*, petit ouvrage plein de concision et de finesse unie à la simplicité. Les ouvrages de *Franklin*, en politique, auroient suffi pour assurer la réputation d'un autre. Il s'éleva de la classe obscure à la première des magistratures, qui est celle de régner par le génie sur l'opinion publique, et sut réunir l'esprit de conduite à l'industrie, et l'instruction à la probité. *Barbeu du Bourg* a traduit en françois ses œuvres de physique; Paris, 1773, in-4°. Elles l'ont été dans toutes les langues, et même en latin. La *Science du Bon-Homme Richard*, suivie de l'interrogatoire de l'auteur devant la chambre des communes d'Angleterre, a été réimprimée à Paris en 1794, avec les beaux caractères de *Didot*. En 1791, on a publié, en 2 vol. in-8°, des *Mémoires* sur la vie privée de *Benjamin Franklin*, écrits par lui-même, et suivis de plusieurs opuscules de ce père de la liberté Américaine.
FRANTZIUS, (Wolfgang) théologien Luthérien, né en 1564, à Plaven dans le Voigtland, devint professeur en histoire, puis en théologie à Wittemberg, où il mourut en 1620, à 56 ans. On a de lui: I. *Animalium Historia sacra*, 1665, in-12; à Dresde, 1687, 2 vol. in-8°: ouvrage recherche et curieux. II. *Tractatus de interpretatione sacrarum Scripturarum*, 1634, in-4°; et un grand nombre d'autres ouvrages, qui ne sont que des lambeaux de différens auteurs, ajustés ensemble.
FRA-PAOLO, *Voyez SARPI et CORENELLI*.
FRASSEN, (Claude) définiteur général de l'Observance de *St. François*, docteur de Sorbonne, et gardien de Paris, mourut dans cette ville le 26 février 1711, à 91 ans. Ce savant religieux avoit paru avec distinction dans le chapitre général de son ordre, tenu à Tolède un 1682, et dans celui de Rome en 1688. A l'exception de ces deux voyages, il vécut toujours dans une exacte retraite, exempte de dissipation, mais non pas de travail. Les principaux fruits de ses veilles, sont: I. Une *Philosophie*, imprimée plusieurs fois en 2 vol. in-4°; mais qui probablement ne se réimprimera plus, parce que, depuis *Frassen*, on a beaucoup mieux fait. II. Une *Théologie* en 4 vol. in-fol.; Paris, 1672. Elle vaut mieux que sa Philosophie. III. *Disquisitiones Biblicae*; Paris, 1682, en 2 vol. in-4°; le premier sur la Bible en général, le deuxième sur le Pentateuque: réimprimées avec des augmentations, à Lucques, 1764, en 2 vol. in-fol. L'érudition brille dans cet ouvrage, mais on y désirerait plus de méthode et de précision.
FRATRES, (N.) peintre du roi *Stanislas* et de l'électeur palatin, professeur de l'académie de peinture de Paris, mort en 1783, a laissé des tableaux d'un bon style et d'un grand fini.
FRATTA, (Jean) poète Italien, d'une famille noble de Vérone, laissa des *Eglogues*, une *Pastor de*, et un poème héroïque, intitulé la *Maitéide*, dont la *Tasse* faisoit cas. Ce poème fut imprimé in-4°, à Venise, en 1596, du vivant de son auteur.
FRAUDE, (Mythol.) Divinité qu'on représentait avec une tête humaine d'une physionomie agréable, et le reste du corps en forme de serpent, avec la queue d'un scorpion.
FRAVITA, *Voy. FLAVITAS.* I. FREARD DU CASTEL, (Raoul-Adrien) né à Bayeux, réunissoit aux vertus sociales les qualités d'un homme de bien. Ses momens de loisir étoient partagés entre l'étude des sciences exactes et la culture des fleurs. Il mourut en 1766, après avoir donné: I. *Éléments de la Géométrie d'Euclide*, Paris, 1740, in-12. II. *L'Ecole du Jardinier Fleuriste*, ibid., 1764, in-12.
II. FREARD, *Voyez CHAMBRAY*, n° III.
FREDEGAIRE, le plus ancien historien François, depuis *Grégoire de Tours*, est appelé le *Scolastique*, parce qu'autrefois on honoroit de ce nom, qui est aujourd'hui presque une injure, ceux qui se méloient d'écrire. Il composa, par ordre de *Childebrand*, frère de *Charles Martel*, une *Chronique*, qu'on trouve dans le *Recueil* de nos Historiens, de *Duchesne* et de *D. Bouquet*. Elle va jusqu'en 641. Son style est barbare : il manque de construction et d'arrangement. Il coule d'ailleurs trop rapidement sur les événements intéressants. Cependant tout abrégé qu'il est, il faut absolument recourir à lui pour l'histoire de trois de nos rois. Sa Chronique a eu quelques continuateurs, qui l'ont conduite jusqu'en 768. On lui attribue aussi un *Abrégé de Grégoire de Tours*, où il se borne à copier cet historien.
FRÉDEGONDE, femme de *Chilpéric I*, roi de France, née à Avancourt en Picardie, d'une famille obscure, entra d'abord au service d'*Audouaire*, première femme de ce prince. Elle se servit de tout son esprit et de toute sa beauté pour la lui faire répudier. *Chilpéric* prit une seconde femme : *Frédegonde* la fit assassiner, et obtint le lit et le trône qu'elle occupait. Ce monstre d'ambition et de cruauté subjugué son mari, et lui fit commettre une foule de crimes. Il accabla d'impôts ses sujets, il fit la guerre à ses frères. *Frédegonde* seconda ses armes par le fer et le poison. Elle fit assassiner *Sigebert*, *Méronec*, *Clovis*, *Prêtextat*, etc. Elle ne pouvoit souffrir *Rigunthe*, sa fille; et leurs querelles étoient si violentes qu'elles en venoient quelquefois jusqu'à se battre. Un jour, la reine veuve feignit de vouloir lui donner ce qui lui revenoit des trésors de *Chilpéric*, son père. L'avide princesse penche la tête dans un des coffres qui les contenoient : aussitôt sa mère le referme brusquement sur elle. C'étoit une nouvelle victime immolée aux fureurs de cette forcenée, si *Rigunthe* n'eût été promptement secourue. Enfin *Chilpéric* est assassiné en revenant de la chasse en 584. Les soupçons tombent sur diverses personnes; mais ils se réunissent presque tous sur *Frédegonde*, d'autant plus que le roi venoit de découvrir ses intrigues galantes. Cette princesse aimoit *Landri*, guerrier estimé, et l'un des principaux seigneurs de la cour. On croyoit *Chilpéric* à la chasse, où il alloit fréquemment; mais ce jour-là, avant que de partir, il lui prit fantaisie de traverser l'appartement voisin de celui de *Frédegonde*. *Chilpéric* la trouva le visage baissé et le corps courbé, se lavant les mains; il lui donna par par derrière, en badinant, un léger coup de baguette. La reine, sans se lever, sans tourner la tête, dit : *Landri, est-ce vous ? et le Roi est-il à la chasse ?* Le ton dont ces paroles furent prononcées, frappa *Chilperic* ; il sortit le regard allumé et la jalousie dans le cœur. *Frédegonde*, effrayée, fit venir aussitôt *Landri* pour lui raconter de quelle manière le sort l'avoit trahie. Il falloit prévenir la colère d'un roi toujours redoutable, même lorsqu'elle paroissoit assoupie ; et l'on conjecture que *Frédegonde* ne s'épargna pas un crime nécessaire à sa sureté personnelle et à celle de son amant. Quoi qu'il en soit, la reine, après la mort tragique de son époux, arma contre *Childebert*, défit ses troupes en 591, ravagea la Champagne, et reprit Paris avec les villes voisines qu'on lui avoit enlevées. Elle mourut en 597, couverte de gloire par ses succès, et d'opprobre par ses crimes. Nous parlons, dans cet article, d'après le plus grand nombre des historiens ; il y a cependant apparence que la haine publique exagéra un peu les vices et les crimes de *Frédegonde*. Cette princesse donna quelquefois des signes passagers de repentir. Pendant une maladie de ses enfans, elle dit au roi son époux : « Voilà que nous perdons nos enfans ; ce sont les larmes des pauvres, les gémissements des veuves et des orphelins qui les tuent. Croyez-moi, brûlons tous les édits injustes que nous avons rendus pour lever les taxes. » Les édits furent effectivement jetés au feu ; mais quelques-uns reparurent bientôt. I. FRÉDERIC, (Saint) évêque d'Utrecht, et fils d'un grand *Tome V.* seigneur de Frise, gouverna son diocèse avec zèle, et fut martyrisé en 838, pour la défense de la Foi.
II. FRÉDERIC I$^{er}$, dit *Barberousse*, surnommé ainsi à cause de la couleur de sa barbe, fils de *Fréderic*, duc de Souabe, devint duc de Souabe lui-même en 1147, après la mort de son père. Il étoit né en 1121, et il obtint la couronne impériale en 1152, à 31 ans, après *Conrad III* son oncle. Il passa en Italie l'an 1155, pour la recevoir des mains du pape. *Adrien IV* le sacra le 11 juin, après bien des difficultés sur le cérémonial. Il étoit établi que l'empereur devoit se prosterner devant le pape, lui baiser les pieds, lui tenir l'étrier, et conduire la haquerée blanche du saint père par la bride. *Fréderic* se soumit à cet usage en grondant ; et comme il se trompoit d'étrier, il dit qu'il n'avoit point appris le métier de *palefrenier*. On savoit si peu à Rome ce que c'étoit que l'empire Romain, et toutes les prétentions étoient si contradictoires, que, d'un côté, le peuple se souleva, parce que le pape avoit couronné l'empereur sans l'ordre du sénat et du peuple ; et d'un autre côté, le pape *Adrien* écrivoit dans toutes ses lettres, qu'il avoit conféré à *Fréderic*, le *bénéfice* de l'empire Romain. *Fréderic*, fatigué de l'orgueil d'un peuple alors si misérable, imposa silence à ses députés ; *Rome*, leur dit-il, *n'est plus ce qu'elle a été ; Charlemagne et Othon l'ont conquise, et je suis votre maître...* Non moins choqué des lettres du pape, il dit qu'il tenoit son *Empire de Dieu et de l'élection des Princes* ; et non de la libéralité des Pontifes Romains. Un légat, devant qui il prononça ces paroles, voulut le lui contester; Frédéric le renvoya. Adrien, étonné de cette fermeté, lui envoya, en 1157, à Besançon, où il étoit alors, un légat plus prudent. L'empereur lui fit protester que, par le mot de bénéfice, il n'avoit entendu que la bénédiction ou le sacre, et non une investiture; et il se sauva par ces équivoques. L'année précédente 1156, Frédéric avoit répudié Adelaide, pour épouser Béatrix, fille de Renaud, comte de Bourgogne; et par ce mariage, il réunit le comté de Bourgogne à ses états. La mort d'Adrien, arrivée en 1160, renouvela les querelles des papes et des empereurs. Alexandre III, élu après lui, ayant déplu à Frédéric, il lui opposa successivement trois antipapes. Les Milanois profitèrent de ces divisions en 1161, pour lever l'étendard de la liberté. Milan aspiroit à la domination de la Lombardie, et vouloit s'ériger en république. Elle fut prise en 1162, et rasée jusques dans ses fondemens. On passa la charrue et on sema du sel sur son terrain. Voyez BÉATRIX. Bresse, Plaisance furent démantelées, et les autres villes, qui avoient voulu être libres, perdirent non-seulement cet avantage, mais leurs privilèges. Le vainqueur fit faire la recherche de tous les droits et de tous les fiefs usurpés. Quatre docteurs de l'université de Bologne qu'il consulta, imbus des préjugés de la jurisprudence de leur siècle, lui attribuèrent tous ces droits, et même l'empire du monde entier, tel que les empereurs des premiers siècles l'avoient possédé. Le fameux Barthole ne balança pas même à déclarer hérétiques, tous ceux qui oseroient douter de la monarchie universelle des empereurs Romains. On voit, par cette décision, que les notions du droit civil et canonique n'étoient pas plus exactes alors en Allemagne qu'en Italie. Le pape Alexandre III, qui avoit été obligé de se retirer en France, excommunia Frédéric, en 1168. Cet anathème ralluma le feu de la guerre en Italie. Les villes de Lombardie se liguent ensemble la même année, pour le maintien de leur liberté. Les Milanois rebâtissent leur ville, malgré l'empereur. Ils remportent sur lui une victoire signalée près de Côme, en 1176; et cette victoire produisit la paix entre Alexandre et Frédéric. Venise fut le lieu de la réconciliation. Il fallut que le superbe Frédéric pliât. Il reconnut le pape, baisa ses pieds, lui servit d'huissier dans l'église, et conduisit sa mule dans la place Saint-Marc. La paix fut jurée le 1er août 1177, sur l'Évangile, par douze princes de l'empire. Tout fut à l'avantage de l'Église. Frédéric promit de restituer ce qui appartenoit au saint Siège. Les terres de la comtesse Mathilde ne furent point spécifiées; et ce fut un nouveau sujet de querelle entre l'empereur et le pape Urbain III. Ce pontife alloit même se servir de l'arme ordinaire de l'excommunication, lorsqu'il apprit que Saladin, le héros de son pays et de son siècle, avoit repris Jérusalem sur les Chrétiens. Cette nouvelle l'arrêta: il avoit besoin de Frédéric pour conquérir la Terre sainte. Ce prince se croisa en effet en 1189. Isaac Lange, empereur de Constantinople, étoit allié de Saladin, et du sul- tan d'Icone. *Frédéric* fut donc obligé de combattre les Grecs. Il força les passages, remporta deux victoires sur les Turcs, prit Icone, pénétra en Syrie, et alla mourir l'année suivante, le 10 juin 1790, après un règne de 38 ans, près de Tarse en Cilicie, pour s'être baigné dans le Cidnus, de la maladie qu'*Alexandre le Grand* contracta autrefois dans le même fleuve. Il laissa en mourant une réputation célèbre d'inégalité et de grandeur. Il couvrit les défauts de son orgueil et de son ambition, par le courage, la franchise, la libéralité, et la constance dans la bonne et la mauvaise fortune. Mais son ingratitude envers *Henri*, duc de Saxe, révolta tout le monde : *Voyez HENRI*, n° XXII. Il avoit une mémoire surprenante, et même beaucoup de savoir, pour un siècle où la rouille de l'ignorance étoit si épaisse, que presque aucun prince Allemand ne savoit ni lire, ni signer son nom. A l'égard de la beauté du corps, elle répondoit aux agrémens de son esprit. Il avoit l'air noble, ouvert, riant, et tout en lui annonçoit un prince et un homme aimable. Jamais les revenus des empereurs n'avoient été plus considérables que sous *Frédéric*; il tiroit annuellement de l'Italie et de l'Allemagne soixante talens d'or, ce qui revient à six millions d'écus d'Allemagne : somme prodigieuse pour ce temps-là, ou le domaine des empereurs avoit déjà souffert des pertes immenses. C'est sous *Frédéric I* que les archevêques de Mayence commencèrent à prendre le titre d'*Archichanneliers* de l'empire. *Frédéric* eut de *Bénitrix*, sa seconde femme, cinq fils, *Henri*, *Frédéric*, *Conrad*, *Othon* et *Philippe*. Le pre- premier, qui étoit déjà roi des Romains, lui succéda à l'empire. *Frédéric* et *Conrad* furent tour à tour ducs de Souabe et de Franconie. *Othon* fut mis en possession du duché de Bourgogne, qui étoit le patrimoine de sa mère. *Philippe*, le dernier de tous, eut en partage quelques terres situées en Italie, et fut depuis empereur. — De tous ces princes, celui qui retraçoit le mieux les vertus de son père, étoit le jeune *FREDERIC*, duc de Souabe. Mais sa gloire fut de peu de durée, et la mort l'attendoit aussi en Orient. Après avoir fait enterrer à Tarse le corps de son père, dont il avoit séparé les os, il marcha vers Antioche. Le séjour de cette ville fut fatal à ses troupes; les maladies et la peste y firent d'affreux ravages. De cette armée, si florissante et si nombreuse en entrant dans l'Asie, il ne resta pas plus de 9000 hommes de pied, et 5 ou 600 chevaux, avec lesquels *Frédéric* se rendit à Tyr. Il y fit enterrer les os de son père avec beaucoup de magnificence, et *Guillaume*, archevêque de cette ville, le même qui a ecrit l'Histoire des Croisades, prononça son éloge funèbre. Le duc de Souabe alla joindre ensuite l'armée des Chrétiens, qui étoit occupée, depuis longtemps, au siège de Ptolémia, entrepris par *Gui de Lusignan*, à qui *Saladin* avoit rendu la liberté, après l'avoir tenu un an prisonnier. *Frédéric*, a son arrivée, fit donner un assaut général; on le fit par terre et par mer avec une ardeur incroyable. Mais, au milieu des travaux de l'attaque, *Frédéric*, fut emporté par la maladie qui se mit dans le camp. Les Allemands, désespérés d'avoir perdu leur empereur 244 FRÉ. et leur nouveau chef, retournèrent dans leur pays, et abandonnèrent une entreprise malheureuse.
III. FRÉDERIC II, petit-fils de Frédéric I, et fils de l'empereur Henri VI, né en 1194, fut élu roi des Romains en 1196. Othon IV ayant été excommunié par le pape Innocent III, l'archevêque de Mayence fit élire Frédéric empereur le 13 décembre 1210, quoiqu'il n'eût alors que seize ans; mais ce jeune prince ne fut paisible possesseur de l'empire, qu'après la mort d'Othon en 1218. Son règne commença par la diète d'Égra en 1219. Ce fut dans cette diète qu'il fit jurer aux grands seigneurs de l'empire, de ne plus rançonner les voyageurs qui passeraient dans leur territoire, et de ne pas faire de fausse mormoir : usages barbares, que les petits princes prenoient pour des droits sacrés dans ces temps de brigandage. Après avoir mis ordre à tout en Allemagne, il passa en Italie. Milan lui ferma ses portes, comme à un petit-fils de Barbarousse; et il alla se faire couronner à Rome, par le pape Honoré III, le 22 novembre 1220. Il signala son couronnement par des édits sanglans contre les hérétiques, et par le serment d'aller se battre dans la Terre sainte. Frédéric, né en Italie, et s'y plaisant beaucoup, ne se pressa pas de se rendre à Jérusalem. Grégoire IX, successeur d'Honoré III, fâché de ce retardement, l'excommunice en 1227 et 1228, et menace de le déposséder de l'empire, comme s'il lui eût appartenu. Frédéric part pour la Terre sainte et y arrive en septembre 1228. Mélédin, suttan de Babylone, effrayé de l'orage qui alloit fondre sur lui, conclut, l'année d'après, le 18 février 1229, une trêve de dix ans avec l'empereur. Par ce traité, Mélédin remit à Frédéric Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Sidon, et les prisonniers Chrétiens. L'empereur alla ensuite à l'église du Saint-Sapulcre, prit lui-même la couronne sur l'autel, parce qu'aucun évêque n'auroit voulu la lui donner. On étoit très-prévenu contre lui. Grégoire IX prit même occasion de sa trêve avec un prince Infidelle, pour l'anathématiser. Ce pontife assemble une armée, et s'empare d'une grande partie de la Pouille, dont il investit le beau-père de Frédéric II, Jean de Brienne. Le jeune Henri son fils, roi des Romains, se déclara aussi contre son père, à l'instigation du pontife, qui fit répandre en même temps le bruit de sa mort. Cette nouvelle, quoique fausse, occasionna la révolte générale de la Sicile et de l'Italie. Frédéric, instruit de ces événements, repasse en Europe. Ayant ramassé une armée à la hâte, il se rend maître de la Romagne, de la Marche d'Ancone, des duchés de Spolette et de Bénévent. Les soldats de la croisade papale, appelés Guelles, portoient le signe de deux clefs sur l'épaule. Les croisés de l'empereur s'appeloient Gibelins, et portoient la croix; ils furent toujours vainqueurs. Le pape s'étant en vain servi de toutes ses armes, de celle de l'excommunication et de celle de l'intrigue, se réconcilie avec l'empereur en 1230, moyennant la somme de 130,000 marcs d'argent, et la restitution des villes qu'il lui avoit prises. Frédéric ne fut si facile, que parce que son fils s'étoit révolté en Allemagne. Il va assembler une diète à Mayence; et craignant le sort de *Louis le Débonnaire* et du malheureux *Henri IV*, il condamne, en 1235, le rebelle à une prison perpétuelle, et fait élire, peu après, son second fils, *Conrad IV*, roi des Romains. L'Allemagne pacifiée, il repasse en Lombardie l'an 1240, triomphe des Milanois, et en fait un grand carnage. Il prend plusieurs autres villes, soumet la Sardaigne, repousse les forces de Venise et de Gênes, se rend maître du duché d'Urbin et de la Toscane, et assiège Rome. Ce fut alors, dit-on, qu'il fit fendre la tête en quatre, ou marquer d'un fer chaud fait en croix, les prisonniers qu'il faisoit. Il alla ensuite saccager Bénévent, le Mont Cassin, et les terres des Tompliers. Il est certain que *Frédéric* respectoit trop peu les possessions ecclésiastiques. *Grégoire IX* l'avoit excommunié de nouveau en 1236: c'étoit la déclaration de guerre des pontifes de ce temps. Il avoit pris pour prétexte de cette excommunication, que les armées de ce prince avoient pillé des églises; qu'il avoit fait juger par des cours laïques les crimes des ecclésiastiques; et qu'il avoit blasphémé J. C. dans la diète de Francfort, et l'avoit mis au nombre des imposteurs qui avoient trompé l'univers. Dans sa *Lettre* adressée aux princes et aux prélats contre cet empereur, le 12 des calendes de juin, de la 13$^{e}$ année de son pontificat, 1239, *Grégoire* s'exprime ainsi: « Il a dit que le monde entier avoit été trompé par trois fameux imposteurs, *Moïse*, *Jésus-Christ* et *Mahomet*; mettant encore *Jésus-Christ*, crucifié, au-dessous des deux autres, morts dans la gloire. Il a de plus osé dire, qu'il n'y a que des insensés qui croient que Dieu, créateur de tout, ait pu naître d'une Vierge; qu'un homme ne peut être conçu que par l'union des deux sexes, et qu'on ne doit croire que ce qu'on peut montrer par la raison naturelle. On pourra prouver en temps et lieu tous ses blasphèmes, et qu'il a combattu la foi en plusieurs autres manières, tant par ses paroles que par ses actions. » La lettre finit en ordonnant aux évêques de la rendre publique. On peut juger que l'empereur ne demeura pas sans réponse. Il fit écrire une lettre aux cardinaux, où d'abord il établit la fameuse allégorie des deux *Luminaires*, pour signifier le sacerdoce et l'empire; ce qui montre qu'il adoptoit cette ridicule comparaison. Ensuite, il rend au pape injures pour injures, employant, comme lui, des figures tirées des livres sacrés. « C'est, disoit-il, le grand Dragon qui séduit l'univers, l'Antechrist, un autre *Balaam* et un prince de ténèbres. » Pour justifier sa religion, si ouvertement attaquée, il fait sa profession de foi sur la divinité de J. C. et le mystère de l'incarnation, et parle de *Moïse* et de *Mahomet*, comme doit faire un Chrétien. Le pape n'en laissa pas moins subsister l'excommunication; il monta en chaire pour prêcher une croisade contre *Frédéric*, et pour délier ses sujets du serment de fidélité. L'empereur ne lui répond qu'en battant ses troupes, en punissant les révoltés, en rappelant tous les moines ses sujets qui étoient à Rome. *Grégoire*, toujours plus animé du désir de réduire *Frédéric*, ordonné aux princes Allemands d'élire un autre empereur. On lui répond, que le pontife Romain avoit, à la vérité, le droit de couronner les empereurs, mais non pas celui de les faire déposer à son gré. Grégoire voulut faire assembler un concile contre lui; mais les prélats François, Anglois et Espagnols s'étant embarqués à Gênes, furent faits prisonniers par *Heari*, roi de Sardaigne, fils naturel de l'empereur. Le pontife en mourut de douleur au mois d'août 1241. *Célestin IV*, son successeur, n'occupa le trône pontifical que dix-huit jours. Le siège vaqua dix-neuf mois. Enfin, *Innocent IV* ayant été élu, ce pape, l'ami de *Frédéric* quand il étoit cardinal, devint nécessairement son ennemi, dès qu'il fut souverain pontife. C'étoit ce que *Frédéric II* avoit prévu, et ce qu'il devoit prévoir, parce qu'il étoit aussi jaloux des droits du trône, qu'*Innocent* l'étoit de ceux de l'autel. Le pape ayant exigé qu'il rendit, avant que d'être absous, les places qu'il avoit prises, l'empereur voulut que l'absolution précédât la restitution. Ce fut un nouveau sujet de querelle. Après bien des négociations inutiles, *Innocent* le déposa dans le fameux concile de Lyon en 1245, en présence du concile, et non avec son approbation. Un moine de l'ordre de Citeaux l'accusa dans une longue harangue, aussi plate que calomnieuse. L'empereur, disoit-il, ne croit ni à Dieu, ni aux Saints. Mais d'où ce Cistercien le savoit-il? Il a plusieurs épouses à la fois. Mais quelles étoient ces épouses? Et s'il vouloit parler de ses concubines, étoit-ce une raison de délier ses sujets du serment de fidélité? Il a des correspondances avec le Soudan de Babylone. Mais pourquoi le roi titulaire de Jérusalem ne pouvoit-il pas traiter avec son voisin? Et que penseroit-on aujourd'hui d'un pape qui excommunicoit un roi Chrétien, parce qu'il a un ambassadeur à la Porte? De pareilles témérités ne sont plus à craindre; et les pontifes de Rome moderne sont aussi doux et aussi sages que ceux de Rome barbare étoient emportés et peu politiques. Les peuples ligués de Lombardie battirent *Frédéric*; les princes ne le regardèrent plus que comme un impie: pour comble de malheur, les Allemands lui opposèrent, en 1246, *Heari de Thuringe*, qu'ils éluvent empereur; puis *Guillaume*, comte de Hollande, en 1247. On dit, qu'étant dans la Pouille, il découvrit que son médecin, séduit par les partisans d'*Innocent IV*, vouloit l'empoisonner, et qu'il fut obligé de prendre des Mahométans pour sa garde; mais ce fait est un oui-dire, qui n'est pas suffisamment prouvé, et qu'on peut rejeter comme une calomnie. *Frédéric*, toujours occupé, depuis les excommunications lancées contre lui, à faire la guerre à des sujets rebelles, à Naples, à Parme ensuite, ne retourna pas en Allemagne. Accablé de soucis et d'inquiétudes, il mourut à Fiorenzuola, dans la Pouille, le 13 décembre 1250, à 57 ans. «On accusa, dit l'abbé de *Choisi*, *Mainfroi*, son fils naturel, prince de Tarente, de l'avoir empoisonné et même étouffé dans son lit.» Mais cette imputation, répétée par plusieurs historiens, est vraisemblablement un de ces jugemens téméraires que la mort des princes occasionne, sur-tout quand ils ont beaucoup d'amis ou d'ennemis. Sa mort fut fort édifiante; et dans son testament, il chargea Conrad, son fils, de restituer à l'église Romaine tous les droits qu'il possédoit injustement, pourvu que, de son côté, elle en usât envers lui comme une bonne mère. Pendant sa maladie, il versa beaucoup de larmes et parut très-éloigné des sentimens impies qu'on lui avoit attribués. Frédéric avoit d'excellentes qualités, obscurcies par un caractère impérieux et despotique, qui lui fit commettre de grandes fautes, et exercer des cruautés edieuses, sur-tout contre plusieurs évêques, favorables aux prétentions des papes. Il fut, de tous les empereurs, celui qui chercha le plus à établir l'empire en Italie, et qui y réussit le moins, quoiqu'il eût une partie de ce qu'il falloit pour réussir, du courage, de l'esprit, de la générosité. Mais la prudence et l'adresse lui manquèrent souvent. Au milieu des troubles qui agiterent le règne de Frédéric, il poliga, il embellit les royaumes de Naples et de Sicile, ses pays favoris. Il décora quelques villes, et en bâtit plusieurs autres; il fonda des universités; il cultiva les beaux arts et les fit cultiver. Il composa un Traité De arte venandi cum avibus, imprimé avec Albertus Magnus de falconibus, à Augsbourg, 1596, in-8.º Il fit traduire de grec en latin divers livres, en particulier ceux d'Aristote, et il auroit plus fait encore, sans les traverses qui troublèrent sa vie et hâtèrent peut-être sa mort. Frédéric institua par son testament, héritier de l'empire et d'une partie de ses autres états, Conrad, roi des Romains, son fils, qu'il avoit eu de sa seconde femme Yolande, fille de Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Conrad lui succéda, et fut père de Conradin, en qui finit la maison impériale de Souabe. — Frédéric avoit été marié trois fois. Constance, fille d'Alphonse, roi de Castille, sa première femme, lui donna le prince Henri, fait roi des Romains, et mort en prison dans la Pouille, après s'être révolté contre son père. Il eut un autre fils, nommé Henri, d'Isabelle, fille de Jean Sans-terre, roi d'Angleterre. Nous ne parlons pas de ses enfans naturels, qui furent en grand nombre. De ses fils légitimes, il n'y eut que Conrad qui fit quelque figure; et de ses bâtards, que Mainfroi, prince de Tarente... Frédéric laissa aussi deux filles légitimes, mariées, l'une à Albert landgrave de Thuringe, et l'autre au landgrave de Hesse. MANQUERITE ne fut pas heureuse avec le landgrave de Thuringe. Ce prince, par l'instigation d'une de ses maîtresses, résolut de se défaire de sa femme. Ses ordres devoient s'exécuter dans le château de Wartbourg près d'Isenach; mais ceux qui en étoient chargés, eurent tant de respect pour la vertu de cette princesse, qu'ils l'en avertirent. Elle n'eut que le temps de se faire descendre du haut du château, pour se sauver dans un couvent à Franckfort. Elle lui laissa deux fils, Frédéric et Dictman. En partant, elle imprima à la joue de l'aîné, avec ses dents, une marque, afin qu'il se souvînt, pendant sa vie, de la disgrace de sa mère, et qu'il la vengeât dans la suite. En effet, FREDERIC, surnommé le Mordu, n'eut pas plutôt atteint l'âge de majorité, qu'il chassa son père de ses états.
IV. FRÉDERIC III, dit le Beau, fils d'Albert I d'Autri- 248 FRÉ che, fut élu empereur par quelques électeurs en 1314 ; mais le plus grand nombre avoit déjà donné la couronne à Louis de Bavière, (Voyez Louis, n° v.) qui le vainquit et le fit prisonnier dans la bataille décisive de Michel-dorff, en 1322. Dès ce jour, il n'y eut plus qu'un empereur, si cependant Frédéric en avoit été un. Il mourut le 13 janvier 1330, empoisonné par un philtre amoureux, selon les uns; rongé des vers, selon les autres. Duchat lui attribue cette devise : que Matth. Tympius prétend signifier : Aquila Electa Justè Omnia Vincit. L'événement fit voir qu'elle eût mieux convenu à son rival. V. FRÉDERIC IV, ou III selon quelques-uns, empereur, dit le Pacifique, né en 1415, d'Ernest, duc d'Autriche, monta sur le trône impérial en 1440, à 25 ans, et fut couronné à Rome en 1452, de la main du pape Nicolas V. Par le serment qu'il prêta à ce pontife, il promit de n'exercer dans Rome aucun acte de souverain, sans son consentement. Le couronnement de Frédéric est le dernier qui ait été fait à Rome, et fut un des moins éclatans. Frédéric appréhendait tellement de donner des sujets d'indisposition à Nicolas V, que les Italiens dirent, qu'il avoit une ame morte dans un corps vivant. Ce pape ne le quitta pas d'un moment. Il craignoit que les Romains, mécontents du gouvernement papal, ne trouvassent les moyens de l'engager à renouveler les droits des anciens empereurs. Eléonore, fille d'Edouard, roi de Portugal, qu'il avoit demandée en mariage, se rendit à Rome, et y fut couronnée impératrice en même temps que son époux. Frédéric ne vouloit pas d'abord consommer le mariage en Italie, de peur que l'enfant qui en naîtroit n'eut les mœurs italiennes. Il fallut qu'Alfonse, aïeul de sa femme, roi d'Aragon et de Naples, l'y engageât. Le gendre, prince foible et superstitieux, n'y consentit, qu'après avoir eu grand soin de faire écarter toutes les apparences d'enchantemens; car c'étoit la folie de ce siècle, et en particulier celle de Frédéric, d'attribuer tout à la magie. De Rome, ce prince se rendit à Naples, pour voir Alfonse qu'il aïmoit beaucoup. Ses courtisans trouvant mauvais qu'un empereur fit une visite à un roi, il leur répondit : « Vous avez raison : un Empereur ne doit pas aller voir un Roi ; mais Frédéric doit aller chez Alfonse »... L'empereur, de retour en Allemagne, s'abandonna à son indolence, et cette indolence produisit des guerres civiles. Les électeurs, assemblés à Franckfort, le sommèrent de s'appliquer aux affaires de l'état, de rétablir la paix publique, de faire administrer la justice et de punir le crime. On le menaça d'élire un roi des Romains, qui auroit le gouvernement de l'empire. Ces menaces furent inutiles. La Hongrie se donna, en 1458, à Matthias, fils d'Huniade, son défenseur. Frédéric se contenta de lui refuser la couronne de St. Etienne, qu'il avoit entre les mains : refus qui produisit une guerre sanglante. Matthias envahit l'Autriche, prend Vienne, en chasse l'empereur, qui, avec une suite de quatre-vingts personnes, se met à se promener de couvent en couvent, en attendant que son vainqueur fût mort. A cette indolence fatale, il joignoit une avarice sordide, au point qu'il refusa un précepteur et un gouverneur à son fils *Maximilien*; qu'il l'abandonna à lui-même pour s'épargner les frais de leurs honoraires; et qu'il lui fit manquer son mariage avec *Anne de Bretagne*, que ce jeune prince ne put venir effectuer en personne, manquant de tout pour paroître avec dignité. Cette même avarice fut en partie cause qu'il n'entreprit aucune guerre, à cause des dépenses qu'elle entraîne. Il répétoit sans cesse ces paroles, qui doivent être dans le cœur d'un philosophe, mais non dans celui d'un monarque: *L'oubli des biens qu'on ne peut recouvrer, est la félicité suprême*. Il se conduisit d'après ces principes; il finit la guerre par un traité de paix honteux, en 1487. Pendant un règne de 50 ans, il discourut beaucoup et agit peu: ce qui faisoit dire à *Antoine Campanus*, en parlant d'une croisade projetée contre les Turcs: *Si l'Empereur se battoit aussi fort qu'il éternue, nous vaincrions nos ennemis*. Ce prince mourut le 7 septembre 1493, à 78 ans, au milieu des douleurs de l'amputation d'une jambe où la gangrène s'étoit mise. Il avoit institué, en 1468, l'ordre de chevalerie de St-Georges, qui depuis a été supprimé. Il disoit que ses bienfaits avoient souvent rendu ses meilleurs amis infidelles. Un archevêque de Trèves le fatiguant à force de requêtes: *Si vous ne trouvez, lui dit-il, la fin de vos demandes, je trouverai le commencement de mes refus*. On rapporte encore de lui cette anecdote, qu'on a mise depuis sur le compte de *Charles-Quint* et de quelques autres princes. Un pauvre deman- doit l'aumône à la porte du palais, et crioit: *Je suis frère de l'Empereur*. — *Comment es-tu mon frère*, lui demauda ce prince? — *En Adam*, lui répondit le pauvre. Alors *Frédéric* lui fit donner une très-petite pièce de monnoie. Le mendiant s'en plaignit. *Si tous tes frères*, lui dit l'empereur, *t'en donnoient autant, tu serois plus riche que moi*. C'est au commencement du règne de cet empereur, en 1440, qu'on place l'invention de l'imprimerie: *Voy. FUSTH ou FAUST*. Il eut d'*Eléonore*, *Maximilien*, depuis empereur; et *Cunegonde*, mariée au duc de Bavière, *Bois de Danemarck.*
VI. FRÉDERIC Ier, dit le *Pacifique*, roi de Danemarck en 1523, après l'expulsion du barbare *Christiern*, se maintint sur le trône par une sage politique et par les armes. Il fit alliance avec *Gustave I*, qui s'étoit fait reconnoître roi de Suède, et se ligua avec les villes Anséatiques. Après avoir pris Copenhague, capitale de Danemarck, il gagna la noblesse par ses libéralités, et la nation, en introduisant le Luthéranisme dans ses états, l'an 1526. Il mourut en 1533.
VII. FRÉDERIC II, roi de Danemarck, fils et successeur de *Christiern III*, augmenta ses états de la province de Diethmarsie, en 1559, favorisa l'académie de Copenhague, fit fleurir les lettres, aima les savans, et protégea *Tyro-Brahé*. Son règne ne fut troublé que par une guerre passagère avec la Suède; elle fut heureusement terminée en 1570. Il mourut le 4 avril 1588, dans sa 54e année.
VIII. FRÉDERIC III, d'abord archevêque de Brême, ensuite 250 FRÉ roi de Danemarck en 1648, après la mort de Christiern IV son père, perdit plusieurs places, que Charles-Gustave, roi de Suède, lui enleva. Il mourut le 9 février 1670, à 61 ans, après avoir obtenu que la couronne, auparavant élective, seroit héréditaire dans sa maison. La noblesse, qui traîtoit les autres ordres avec dureté, perdit en même temps une partie de ses privilèges. Le célèbre Lowendahl, maréchal de France, descendoit de ce roi par une branche bâtarde.
IX. FRÉDERIC IV, roi de Danemarck, fils de Christiern V, monta sur le trône de son père en 1699. Il se ligua avec le czar Pierre et le roi de Pologne, contre Charles XII, qui le contraignit à faire la paix. Après une guerre fort désavantageuse, le roi de Suède ayant été réduit à se retirer en Turquie par le Czar, Frédéric se dédommagea de ses pertes et lui enleva plusieurs places. Il mourut en 1730, à 59 ans. — FRÉDERIC V, son petit-fils, monta, en 1746, sur le trône, qu'il occupa jusqu'en 1766. Il dit en mourant au roi régnant Christiern VII, qui alloit prendre les rênes de l'état : C'est une grande consolation pour moi, mon fils, à mon dernier moment, de n'avoir jamais offensé personne, et de n'avoir pas une goutte de sang sur les mains. Paroles qu'il seroit à souhaiter que pussent dire tous les souverains en déposant le sceptre ! Sa statue équestre par Saly, sculpteur françois, orne la place d'Amalienbourg.
FRÉDERIC, roi de Naples, Voyez LOUIS XII, no XVII... et GONSALVE, à la fin.
POLOGNE et * SAXE. X. FRÉDERIC-AUGUSTE Ier, roi de Pologne, naquit à Dresde en 1670, de Jean-George III, électeur de Saxe. Il eut cet électorat après la mort de Jean-George IV son frère, en 1694. Il fit ses premières campagnes contre les François en 1689, sur les bords du Rhin, et y donna des marques de valeur. Choisi, en 1695, pour commander l'armée Chrétienne contre les Turcs, il soutint sa réputation de bravoure, et gagna sur eux la bataille d'Oltach en 1696. Ayant embrassé la religion Catholique l'année suivante, il fut élu roi de Pologne le 27 juin, et couronné à Cracovie le 15 septembre. Il avoit acheté la moitié des suffrages de la noblesse Polonaise, et forcé l'autre par l'approche d'une armée Saxonne, qu'il ne tarda pas d'employer contre Charles XII. Il se jeta d'abord sur la Livonie : il y remporta quelques avantages sur les Suédois ; mais ils furent suivis de plusieurs échecs. Il fut obligé de lever le siège de Riga, perdit la bataille de Clissow et celle de Frawstadt ; et après une guerre où il avoit été aussi malheureux que brave, il signa la paix en 1706. Parce traité, il fut dépouillé de la couronne de Pologne, que Charles XII avoit fait donner à Stanislas Leczinski en 1704. Après la bataille de Pultawa, Frédéric-Auguste remonta sur le trône, et s'y soutint avec honneur jusqu'à sa mort, arrivée le 1er février 1733, à 63 ans. Ce monarque avoit une force de corps incroyable ; mais il étoit plus connu encore par sa bravoure, et surtout par sa grandeur d'ame dans * Voyez ci-après, page 263. la bonne et la mauvaise fortune. Sa cour étoit la plus brillante de l'Europe, après celle de Louis XIV. Auguste l'imita dans l'amour des plaisirs, ainsi que dans celui des arts. Il signala son règne par un nouveau Code, par l'érection de différentes chaires académiques, par la fondation d'un gymnase pour la noblesse à Dresde, et par d'autres établissements qui l'ont immortalisé dans le cœur de ses sujets. On rapporte de lui différentes réponses qui prouvent ses vertus. Le primat du royaume étant mort en 1722, le roi disposa de cette place en faveur de l'évêque de Warmie, en lui disant : Je suis persuadé que vous aurez soin de la Patrie, et je ne veux pas que vous fassiez rien pour moi, qui soit injuste et contre les lois. Les Protestans étoient persécutés par les Catholiques ; il donna ordre au primat et au sénateur de faire cesser les vexations, disant qu'il étoit établi par Dieu pour protéger ses sujets, sans aucune acception, et pour les maintenir dans leurs privilèges conformément aux lois de son Royaume. Ayant été obligé de voyager en hiver quelque temps avant sa mort, on lui représenta le péril auquel il s'exposoit, avec une santé chancelante, et dans la saison la plus rude de l'année ; il répondit : Je vois tout le danger que je cours ; mais je dois plus à mes Peuples qu'à moi-même. Ce prince avoit parcouru, dans sa jeunesse, toutes les cours de l'Europe, et avoit rapporté, de ses voyages, beaucoup de connoissances, de politesse, d'affabilité. Il fut clément envers ses ennemis, lors même qu'il auroit pu se venger. Il aima la paix, et tous ses soins tendoient à en faire goûter les douceurs à ses sujets. Les Saxons le regardoient comme leur père, et ce prince les chérissoit comme ses enfans. Les Polonois le respectoient ; mais l'esprit républicain qui les anime, et la crainte perpétuelle où les tient la conservation de leur liberté, les empêchèrent de lui accorder toute leur confiance. Ce prince laissa de Christine-Everhardine de Brandebourg-Barreith, un fils unique qui lui succéda. (Voy. l'article suivant.) Son épouse, morte en 1727, n'ayant pas voulu renoncer à la religion Protestante, ne put être couronnée reine de Pologne.
XI. FRÉDERIC - AUGUSTE II, roi de Pologne, fils du précédent, naquit en 1696, et parvint au trône en 1734. Les dernières années de son règne furent très-malheureuses. En 1756, le roi de Prusse l'ayant soupçonné d'être entré dans les projets hostiles qui se formoient contre lui, marcha avec une armée vers Dresde. Auguste lui abandonna sa capitale, et se renferma avec 17000 hommes dans le camp de Pyrna qui fut bientôt forcé. Son armée se rendit prisonnière de guerre et fut incorporée dans les troupes Prussiennes. Le roi de Pologne fit en vain des propositions de paix, en demandant au vainqueur de prescrire lui même les conditions. Frédéric répondit qu'il n'en avoit point à faire ; qu'il n'étoit pas entré en Saxe comme ennemi, mais comme dépositaire ; il lui refusa même ses gardes, prétendant qu'il ne vouloit pas avoir la peine de les reprendre. Toutes les réponses du roi de Prusse furent des assuites ou des marques de mépris, et la conduite d'Auguste se subloit excuser Fré- 272 FRÉ deric. Enfin le malheureux prince obtint pour toute grace des passeports pour se retirer en Pologne. La Saxe resta entre les mains du vainqueur jusqu'à la paix conclue à Hubersbourg le 15 février 1763. Frédéric-Auguste mourut le 5 octobre suivant, à 68 ans. C'étoit un prince plein de bonté et de générosité; mais qui, se livrant à des dépenses de luxe, tandis qu'il avoit des voisins puissans, négligée trop le soin de préparer de bonne heure les moyens de leur résister. La Russie et la Prusse auroient assuré dans sa famille le trône de Pologne, s'il avoit voulu se prêter aux propositions d'un démembrement. Il préféra les intérêts de la patrie aux siens propres, et les Polonois n'en furent pas plus reconnoissans. Son fils ne fut pas élu, et la Russie lui enleva la Courlande. Il eut de Marie-Joséphine, fille de l'empereur Joseph, plusieurs enfans, Frédéric-Chrétien-Léopold, prince électoral de Saxe; Marie-Amélie, mariée à Don Carlos, roi de Naples, et ensuite roi d'Espagne; et Marie-Joséphine, dauphine de France et mère de Louis XVI. Marie-Joséphine, épouse d'Auguste, montra dans les malheurs qu'essuya sa maison la force d'amo que sa situation exigeoit. Jamais elle ne voulut sortir de Dresde; mais enfin elle succomba sous les chagrins et les duretés qu'elle eut à essuyer, et mourut au milieu des ruines de son pays désolé.
FRÉDERIC de Holstein, Voy. ADOLPHE-FRÉDERIC.
XII. FRÉDERIC, prince de HESSE-CASSEL, épousa, le 4 avril 1715, Ulrique-Eléonore, sœur de Charles XII, roi de Suède. Cette princesse, après la mort funeste du conquérant son frère, succéda à la couronne, le 3 février 1719. Elle abdiqua l'année suivante en faveur de Frédéric, qui fut élu roi de Suède le 4 avril 1720. Il fit la guerre aux Russes, qui battirent ses troupes en plusieurs rencontres; et mourut en 1751, à 75 ans, sans postérité. Il eut pour successeur Adolphe Frédéric II fils de Christian-Auguste, prince de Holstein-Gottorp. Brandebourg et PRUSSE.
XIII. FRÉDERIC-GUILLAUME le Grand, électeur de Brandebourg, né à Cologne sur la Sprée, en 1620, fit la guerre aux Polonois avec avantage. Elle finit par le traité de Braunsberg en 1657. Dans la guerre de 1674, contre Louis XIV, il s'unit avec le roi d'Espagne et les Hollandois. Il marcha dans l'Alsace avec son armée; mais il fut bientôt contraint de la retirer, pour s'opposer aux Suédois, qui s'étoient emparés des meilleures places du Brandebourg. Frédéric les mit en fuite, fit une descente dans l'isle de Rugen, prit Ferschantz, Stralsund, Grispwald, et fit une paix avantageuse, fruit de ses victoires. Il fit creuser un canal pour joindre la Sprée à l'Oder, et mourut en 1688, à 68 ans, avec cette indifférence héroïque qu'il avoit eue dans les champs de bataille. L'illustre auteur des Mémoires de Brandebourg en fait ce portrait, ou, pour mieux dice, ce panégyrique: « Frédéric-GUILLAUME avoit toutes les qualités qui font les grands hommes: magnanime, débonnaire, généreux, humain... Il devint le restaurateur et le défenseur de sa patrie, le fondateur de la puissance du Brandebourg, l'arbitre de ses égaux ... Avec peu de moyens, il fit de grandes choses, se tint lui seul lieu de ministre et de général, et rendit florissant un état qu'il avoit trouvé enséveli sous ses ruines. » On peut voir le parallèle que le même écrivain en fait avec Louis XIV. C'est un chef-d'œuvre de force et de finesse. Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de l'orner de ce morceau.
XIV. FRÉDERIC Ier, électeur de Brandebourg, fils du précédent, naquit à Konisberg en 1657. Le titre de Roi tentoit son ambition : il fit négocier, en 1700, auprès de Léopold, pour l'érection du duché de Prusse en royaume. L'empereur avoit refusé, en 1695, de reconnoître la Prusse pour un duché séculier; mais, en 1700, Frédéric lui ayant promis du secours contre la France, il ne fit aucune difficulté de la reconnoître pour un royaume. L'Angleterre et la Hollande furent gagnées par le même motif. Les différens entre la Suède et le roi de Pologne, assurèrent le consentement de ces deux couronnes, qui avoient un intérêt égal à ménager Frédéric; enfin, à la paix d'Utrecht, il fut généralement reconnu pour roi. On lui confirma, en même temps, la possession de la ville de Gueldres, et de quelques autres de ce duché, dont il s'étoit emparé en 1703. Il augmenta encore ses états du comté de Teckienbourg, de la principauté de Neufchatel et de Valengin. Il mourut en 1713, à 60 ans. Ce prince étoit magnifique et généreux; mais c'étoit aux dépens de ses sujets : il feuloit les pauvres pour eux, graisser les riches. Sa cour étoit superbe, ses ambassades magnifiques, ses bâtiments somptueux, ses fêtes brillantes. Il fonda l'université de Hall, la société royale de Berlin, et l'académie des Nobles. Il dépensoit ordinairement sans choix, l'argent de ses peuples. Il donna un fief de quarante mille écus à un chasseur, qui lui fit tirer un cerf de haute ramure; enfin, pour nous servir de l'expression de son petit-fils, « il étoit grand dans les petites choses, et petit dans les grandes. » Ce prince avoit eu trois femmes. Du premier mariage, avec Elizabeth-Henriette, fille du landgrave de Hesse, naquit une fille, mariée au prince héréditaire de Hesse, depuis roi de Suède. Il eut de sa seconde femme, Frédéric-Guillaume, qui lui succéda : cette seconde épouse étoit Sophie-Charlotte, fille du duc de Hanover, et sœur de George, qui depuis devint roi d'Angleterre. C'étoit une princesse qui avoit tous les charmes de son sexe, et tout ce que l'étude peut ajouter à un esprit naturellement vif et solide. Erman, académicien de Berlin, a publié en 1791 l'Éloge et plusieurs Lettres ingénieuses de Sophie-Charlotte. Grégorio Leti dit, dans son style italien, que la cour de cette princesse ressemblait au paradis terrestre dont elle étoit l'arbre de vie, donnant à tous l'esprit et la grace. Elle parloit le françois avec tant de naturel et de facilité, qu'un réfugié de cette nation qui lui fut présenté, demanda, au sortir de l'audience, si la princesse électorale savait aussi l'allemand. Elle mourut en 1705. Frédéric premier répudia sa troisième femme.
**XV. FRÉDERIC-GUILLAUME Ier**, roi de Prusse, né à Berlin le 15 août 1688, commença à régner en 1713, sous les auspices favorables de la paix. Toute son attention se tourna d'abord sur l'intérieur du gouvernement. Il rétablit l'ordre dans les finances, la police, la justice, le militaire. De cent chambellans qu'avoit eus son père, il n'en retint que douze. Il réduisit sa propre dépense à une somme modique, disant qu'un *Prince doit être économe du sang et du bien de ses sujets*. La bonne administration de ses finances fit que, dès la première année de son règne, il entretint cinquante mille hommes sous les armes, sans qu'aucune puissance lui payât des subsides. La France et l'Espagne avoient enfin reconnu sa royauté, et la souveraineté de la principauté de Neuchâtel. On lui avoit garanti le pays de Gueldres et de Kessel, en forme de dédommagement de la principauté d'Orange, à laquelle il renonça pour lui et pour ses descendants. Le Nord étoit en feu par les querelles de *Charles XII*. *Frédéric* ne voulut pas s'en mêler, et tandis que ce héros-soldat perdoit ses plus riches provings, *Frédéric* acquéroit la baronie de Limbourg. Il fut enfin obligé de prendre part à cette guerre, et de se déclarer contre le roi de Suède, dont les procédés et les hostilités l'avoient d'autant plus irrité, qu'il ne vouloit pas les réparer. *Frédéric*, forcé de se défendre, ne put s'empêcher de s'écrier : *Ah ! faut-il qu'un Roi, que j'estime, me contraigne à devenir son ennemi ?* Ses armes eurent un heureux succès ; il chassa les Suédois de Stralsund en 1715, et revint vainqueur à Berlin, mais sans vouloir permettre qu'on lui élevât un arc de triomphe. En méprisant les dehors de la royauté, il n'en étoit que plus attaché à en remplir les véritables devoirs. En 1717, il abolit en partie les fiefs dans ses états, et les rendit allodiaux. L'année suivante, il borna la durée des procès criminels à trois mois. Il repeupla la Prusse et la Lithuanie, que la peste avoit dévastées. Il fit venir des colonies de la Suisse, de la Souabe et du Palatinat, et les y établit à grands frais. Beaucoup d'étrangers furent appelés dans ses états. Ceux qui établissoient des manufactures dans les villes, et ceux qui y faisoient connoître des arts nouveaux, étoient excités par des bénéfices, des privilèges et des récompenses. Il parcouroit annuellement toutes ses provinces, et par-tout il encourageoit l'industrie et faisoit naître l'abondance. Dès l'an 1718, son armée montoit à près de soixante mille hommes, qu'il distribua dans toutes ses provinces; de sorte que l'argent qu'elles payoient à l'état, leur revenoit sans cesse par le moyen des troupes. Les denrées haussèrent de prix ; et les laines qu'on vendoit aux étrangers, et qu'on rachetoit après qu'ils les avoient travaillées, ne sortirent plus du pays. Toute l'armée fut habillée de neuf régulièrement tous les ans. *Frédéric* avoit établi sa résidence à Potsdam, maison de plaisance, dont il fit une belle et grande ville où fleurirent tous les arts. On y fabriqua bientôt des velours aussi beaux que ceux de Gênes. Le roi de Prusse fonda, dans cette ville, un grand hôpital, où sont entretenus annuellement 2500 en- fans de soldats, qui peuvent y apprendre la profession à laquelle leur génie les détermine. Il établit de même un hôpital de filles, qui sont formées aux ouvrages propres à leur sexe. Il augmenta, la même année, 1722, le corps des cadets, où trois cents jeunes gentilshommes apprennent l'art de la guerre. Tandis que *Frédéric* faisoit fleurir ses états au-dedans, il les soutenoit au-dehors. Il signa, en 1727, le traité de Wusterhausen avec l'empereur : il consistoit dans des garanties réciproques. A peine ce traité fut-il conclu, qu'il faillit s'allumer une guerre en Allemagne, entre les rois de Prusse et d'Angleterre. Il s'agissoit de deux petits prés, situés aux confins de la vieille Marche et du duché de Zell, et de quelques paysans Hanovriens que des officiers Prussiens avoient enrôlés. Cette querelle fut pacifiée dans le congrès de Brunswick. L'année 1730 est remarquable par les brouilleries de *Frédéric* avec son fils. Fâché de voir dans ce jeune prince du goût pour la poésie, la musique, les beaux arts, et craignant que ce goût ne s'opposât aux connaissances nécessaires pour l'administration, il le traitoit très-durement. Le prince royal résolut d'échapper à ces mauvais traitements par la fuite. Le projet fut découvert, le jeune prince arrêté. Son père l'envoya prisonnier à Custrin sur l'Oder, et ne le relâcha qu'après les prières réitérées de l'empereur et du roi d'Angleterre. *Kar*, jeune officier qui devoit être un de ses compagnons de voyage, fut exécuté sur un échafaud dressé sous la croisée du prince royal, que le roi, son père, força d'assister à ce spectacle. Le mariage du prince avec la princesse de *Brunswick - Wolffembutel*, en 1733, n'écarta pas tous les nuages entre le père et le fils, qui avoit été comme forcé par lui à cet hymen; mais il ramena la paix dans la famille royale. Vers la fin de 1734, *Frédéric-Guillaume* passa une convention avec la France, dont il obtint la garantie du duché de Berg. Il se contenta d'autant plus facilement du partage qu'on lui fit, que la foiblesse de sa santé lui annonçoit une mort prochaine. Elle arriva le 31 mai 1740, à 52 ans, et il la reçut avec la fermeté d'un philosophe et la résignation d'un Chrétien. Il ordonna ses funérailles avec autant de sang froid qu'il prescrivoit la marche de ses régimens. Ce prince avoit épousé en 1705 *Sophie-Dorothée*, fille de *George* d'Hanovre, depuis roi d'Angleterre. De ce mariage naquit *Frédéric II*, qui lui succéda; les trois princes *Auguste-Guillaume*, *Frédéric-Henri-Louis*, et *Auguste-Ferdinand*; et six princesses, dont l'une, *Ulrique*, épousa le roi de Suède... « La politique de *Frédéric*, dit son illustre fils, fut toujours inséparable de la justice. Moins occupé à étendre ses états qu'à les bien gouverner, circonspect dans ses engagements, vrai dans ses promesses, au titre dans ses mœurs, rigoureux sur celles des autres, scrupuleux observateur de la discipline militaire, gouvernant son état par les mêmes lois que son armée, il présumoit si bien de l'humanité, qu'il avoit voulu que ses sujets fussent aussi stoïques que lui. Il n'aimoit ni les savans, ni les poètes. Ayant apperçu, au retour d'un voyage, des caractères tracés au-dessus de la porte de son pa- 256 FRÉ lais ; il demanda a ses courtisans ce que c'étoit. On le lui explique : on lui dit que c'étoient des vers latins, composés par *Wachter*, résidant à Berlin. Le roi courroucé, l'envoie chercher sur-le-champ, et lui ordonne de sortir, sans délai, de la ville et de ses états. Il exila le célèbre *Wolf*, et fit un très-mauvais accueil au jeune *Baratier*, qui lui fut présenté comme un prodige d'érudition. *Voy*. BARATIER. Le prince royal étoit obligé, du vivant de son père, de se cacher pour étudier et pour s'entretenir avec quelques savans. On a publié la *VIE de Frédéric premier*, en 2 volumes in - 12, 1741. C'est un ouvrage très-médiocre, fait en partie sur les Gazettes. *Voltaire* parle de ce prince dans ses *Mémoires Secrets* ; mais le portrait qu'il en fait, est une caricature. Il étoit d'î, mais non brutal. Le trésor considérable qu'il laissa, fut le fruit de son esprit d'ordre et d'économie, et non celui d'une sordide avarice.
XVI. FRÉDERIC II, (nommé *Charles-Frédéric*) fils du précédent, né le 24 janvier 1712, monta sur le trône de Prusse le 31 mai 1740. A peine avoit-il commencé de régner, qu'il eut l'occasion de développer ses talens militaires, et de faire servir à des conquêtes, des troupes que son père semblait n'avoir formées que pour la parade. *Charles VI*, empereur d'Allemagne, mourut le 20 octobre 1740. Il ne laissoit qu'une fille unique, *Marie Thérèse*, archiduchesse d'Autriche, et reine de Hongrie, dont le riche héritage fut envié par beaucoup de princes. *Frédéric* croyant pouvoir en ra- clamer une petite portion, fit valoir d'anciennes prétentions sur la Silésie, et entra à main armée dans cette province, un mois après la mort de l'empereur. Le comte de *Neuperg*, chargé par la reine de Hongrie de la défendre, fut battu par les Prussiens à Molwitz, le 10 avril 1741. Le roi son père avoit formé et discipliné son infanterie ; mais la cavalerie avoit été négligée : aussi fut-elle battue. L'infanterie rétablit l'ordre et remporta la victoire. *Frédéric*, depuis ce jour mémorable, disciplina lui-même sa cavalerie, et la rendit une des meilleures de l'Europe. Son zèle pour la discipline étoit d'une sévérité effrayante. On connoit le supplice infligé au capitaine *Zierten*, pour avoir contrevenu à l'ordre qui défendoit, sous peine de la vie, toute lumière dans le camp. Après s'être emparé de plusieurs places, *Frédéric* se rendit maître de la Basse-Silésie, qui se soumit en novembre 1741. L'année suivante, il s'avança dans la Moravie, prit quelques places, et remporta une victoire considérable sur le prince *Charles*, le 17 mai à Czaslaw. Le roi, à la tête de sa cavalerie, soutint long-remps l'effort de celle d'Autriche, et enfin la dissipa. Sa conduite seule fit le succès de cette journée. Le marechal de *Broglio*, qui avoit été envoyé par la France pour favoriser les prétentions de l'électeur de Bavière à l'empire, et celle du roi de Prusse sur la Silésie, eut à Sahai un avantage considérable ; mais il ne put pas en profiter ; il fut abandonné par les troupes Prussiennes. *Frédéric* avoit fait sa paix avec la reine de Hongrie ; et par les préliminaires du traité, signé le 11 juin à Breslaw, il restoit en en possession de la Silésie et du comté de Glatz. De nouveaux intérêts le lièrent encore avec la France qu'il avoit abandonnée. Au printemps de l'année 1744, il se déclara une seconde fois contre *Marie-Thérèse*, sans en avoir reçu aucun sujet de plainte, et s'avança en Bohème avec cent mille hommes, tandis que les troupes Autrichiennes étoient occupées en Alsace. La véritable raison de cette infraction au traité de Breslaw, étoit que *Frédéric* craignoit que ce traité, fait les armes à la main, ne fût rompu par la force des armes. Il falloit un prétexte pour la colorer; *Frédéric* en trouva un dans l'élection de *Charles VII*. Ce prince avoit été élu empereur légitimement. La reine de Hongrie refusoit de le reconnoître pour chef de l'empire. Le roi de Prusse, comme électeur de Brandebourg, se crut chargé de venger le corps Germanique qui lui avoit donné le trône impérial. Il alla mettre le siège devant Prague, la prit, et fit seize mille prisonniers de guerre. Il fut cependant obligé d'abandonner bientôt cette place; mais le 4 juin 1745, il remporta à Friedberg une victoire signalée sur le prince *Charles de Lorraine*, qui perdit près d'onze mille hommes, dont quatre mille morts et sept mille prisonniers. *Frédéric*, en mandant à *Louis XV* la nouvelle de cette heureuse journée, lui marquoit: *J'ai acquitté à Friedberg la lettre de change que vous avez tirée sur moi à Fontenoy*. Ses succès produisirent un nouveau traité, conclu à Dresde le 25 décembre, par lequel la cour de Vienne lui cédoit la haute et basse Silésie, à l'exception de quelques districts, et tout le comté de Glatz, a condition que *Frédéric* reconnoitroit *François I* de Lorraine en qualité d'empereur. Cette paix fut troublée en 1755, par la guerre que se firent les Anglois et les François sur les limites de l'Acadie. L'Angleterre s'allia avec la Prusse, et la France avec l'Autriche. *Frédéric* avoit eu des raisons de soupçonner qu'il se tra- moit contre lui des projets hostiles entre la maison d'Autriche, l'électeur de Saxe et la Russie. Quelque secrètement que le traité eût été conclu, le roi de Prusse en eut connoissance; et trouvant plus sûr de prévenir ses ennemis que d'attendre leurs coups, il pénétra dans la Saxe avec une armée nombreuse, au moment qu'on s'y attendoit le moins. On se récria contre cette invasion, qu'il avoit tâché de justifier par un mémoire dont la substance étoit: « Tous ceux qui se liguent avec les puissances que je combats, sont mes ennemis. Le roi de Pologne, électeur de Saxe, a conclu un traité défensif avec *Marie-Thérèse*; il est donc mon ennemi, et je lui déclare que je marche contre lui. » Ces raisons ne parurent pas décisives aux états de l'empire, qui lui déclarèrent la guerre comme à un perturbateur de la tranquillité publique. En 1757, il vit réunir contre lui la Russie, l'empire d'Allemagne, la maison d'Autriche, la Saxe, la Suède et la France. Les troupes de cette dernière puissance pri- rent les états de *Frédéric* depuis la ville de Gueldres jusqu'à Minden sur le Weser. L'armée de l'im- pératrice de Russie s'empara de toute la Prusse, tandis que les troupes de l'empereur pénétroient dans la basse Silésie. Ses malheurs ayant beaucoup diminué son ar- mée, on le vit après une d'afait. 238 FRÉ couché sur un peu de paille, dans les ruines de la maison d'un paysan, dormir aussi tranquillement que s'il n'eût pas eu de danger à craindre. Son chapeau lui couvroit la moitié du visage, son épée nue étoit à côté de lui, et à ses pieds rondoient deux adjudans. *Prenez-la botte de paille avec vous*, disoit-il un jour en parcourant les retranchemens, afin que je ne sois pas obligé de coucher à terre comme la nuit dernière. *Frédéric*, battu d'abord par les Russes, battit les Autrichiens, et en fut battu à son tour dans la Bohème, le 18 juin 1757. *Voyez MARIE - THÉRÈSE*. Les situations fâcheuses où il se trouvoit alors ne lui firent perdre ni le courage, ni la présence d'esprit qui sait l'appliquer. Il conservoit au milieu de ses revers un ton de plaisanterie, qui marque un homme qui jouit pleinement de son âme. *Si je suis dépouillé de tout*, disoit-il, je me flatte du moins qu'il n'y a point de souverain qui ne veuille bien me prendre pour son général d'armée. Ayant su que le roi d'Angleterre, étonné des premiers succès des François, montroit du penchant pour la paix, il lui écrivit, et fit répandre une lettre, dans laquelle il le rappeloit fièrement à leurs engagements mutuels, et lui parloit en supérieur. Ce ton de confiance fière et courageuse fut justifié à Rosbach, sur les frontières de Saxe, le cinq novembre de la même année. Il attendit, dans ce poste avantageux, les François et les Autrichiens, qui, frappés d'une terreur soudaine, s'enfuirent presque à la première décharge. La discipline et l'exercice militaires que *Frédéric* avoit établis avec l'attention la plus sévère, furent la véritable cause de cette victoire. L'exercice Prussien s'étoit fortifié sous un prince qui étoit toujours à la tête de ses troupes. On avoit voulu l'imiter en France comme dans d'autres états. Ensuite on avoit changé plusieurs évolutions à cet exercice. Le soldat François, incertain sur les manœuvres, n'ayant plus son ancienne manière de combattre, mal affermi dans la nouvelle, et entendant tous les jours ses officiers vanter les talens de *Frédéric*, ne put tenir contre des soldats disciplinés de longue main, dans lesquels il crut voir ses maîtres. *Frédéric* mit le comble à la gloire acquise à Rosbach, en remportant, au bout d'un mois, une victoire plus signalée et plus disputée sur l'armée d'Autriche, à Lissa, auprès de Breslaw. Il reprit cette dernière ville, fit quinze mille prisonniers, et le reste de la Silésie rentra sous ses lois. Il soutenoit par la politique ses manœuvres militaires. Malgré son indifférence, ou même son mépris pour les différentes communions du Christianisme, il tâchoit de persuader aux Protestans que leur religion étoit très-intéressée dans cette guerre; et il est certain que les Protestans de l'armée de l'empire, ne marchoient qu'à regret contre un prince regardé comme leur protecteur. Enfin, il remporta tant d'avantages, et répara avec tant d'habileté et de promptitude ses défaites, qu'il rendit inutiles les efforts des puissances réunies contre lui. Par le traité de paix, signé le 15 février 1763, l'Autriche confirma au roi de Prusse la cession de la Silésie, et *Frédéric* promit son suffrage à l'archiduc *Joseph*, fils aîné de l'empereur, qui devoit bientôt être F R E 159 du roi des Romains. La Prusse et l'Autriche vécurent en bonne intelligence, au point qu'elles s'unirent en 1772, pour partager une partie de la Pologne. *Frédéric* obtint pour sa portion la Prusse Polonoise et une partie de la grande Pologne, en deçà de la rivière de Netze. Mais la mort du duc de Bavière, en décembre 1777, qui ne laissoit point d'enfants, mit entre *Frédéric* et *Joseph* une mésintelligence passagère. L'empereur réclamoit une partie de la succession. Le roi de Prusse craignant l'agrandissement du chef de l'empire, arma contre lui. Cette petite guerre, où les armées se tinrent presque toujours sur la défensive, finit bientôt par le traité de Teschen, signé le 13 mai 1779. Enfin *Frédéric* conclut en 1785, en faveur du repos public en Allemagne, une alliance remarquable avec plusieurs électeurs et princes de l'empire. Ayant ainsi terminé tous les différends qui pouvoient l'inquiéter, affermi ses conquêtes et agrandi ses états, il ne s'occupa plus qu'à y faire fleurir la justice, le commerce, les arts. Dans les six dernières années de sa vie, sa bienfaisance vint au secours de tous les infortunés; il employa, tous les ans, la neuvième partie de son revenu à réparer des malheurs, ou à faire des établissements utiles. Enfin il étoit adoré de la plus grande partie de ses sujets, lorsqu'une complication de maux l'enleva à la Prusse le 17 août 1786, dans la 75$^{e}$ année de son âge. Il avoit affronté la mort en héros; il la vit approcher en philosophie, et se soumit à ses coups avec une résignation que la seule philosophie, séparée de la religion, ne donne pas toujours à ce degré. *Frédéric* ayant long-temps vécu dans la disgrace, reçut des leçons de l'adversité qui lui inspirèrent des principes d'un stoïcisme qui ne se laissoit ni amollir par les succès, ni abattre par les reverts. Il profita de son loisir forcé pour cultiver les sciences et les beaux arts; et lorsqu'il fut sur le trône, les belles-lettres furent pour lui un des délassemens les plus agréables des fatigues qu'il s'imposait. On a imprimé ses Œuvres en 4 vol. in-12. Les deux premiers renferment ses *Poésies*, et les deux derniers les *Mémoires de Brandebourg*. Les *Odes* qui ouvrent son Recueil, en forment la partie la plus négligée. Les *Epitres* ont beaucoup plus de mérite; et quoique l'auteur emprunte des vers de *Boileau*, de *Rousseau*, de *Gresses*, et sur-tout de *Voltaire*, il y a des choses de lui bien pensées et bien rendues. On ne s'attend pas qu'un monarque du Nord, né dans un pays où l'on ne parle guère que l'Allemand, ait cette douceur et cette mollesse que n'ont pas toujours les académiciens de Paris. C'est beaucoup qu'au milieu des soucis du gouvernement des états et du commandement des armées, il ait pu écrire des morceaux dont quelques-uns feroient honneur à un bon poète. Mais c'est sur-tout dans son Poème *sur l'Art de la Guerre*, qu'il faut chercher principalement son génie. On voit qu'il possède à fond sa matière, et que s'il ne l'orne pas toujours, il la rend intéressante, et par les exemples qu'il cite, et par les leçons qu'il donne. Ses *Mémoires de Brandebourg* sont remarquables par la vérité des faits, par le coloris des portraits, par la justesse des réflexions, par la 260 FRÉ force et le nerf du style. On peut faire, à quelques égards, le même éloge de l'*Anti-Machiavel*, imprimé séparément in-8°. Cette réfutation d'un écrivain dangereux, est pleine d'esprit et surtout de sentimens de justice et d'humanité. Elle auroit fait encore plus d'honneur au roi de Prusse, si les malheureuses circonstances de la guerre ne l'avoient forcé quelquefois à démentir des principes établis avec tant de solidité et d'éloquence; et si sa morale personnelle n'avoit souvent contredit sa morale écrite. Son *Éloge de Voltaire* fut lu à l'académie de Berlin. Les hommes de lettres furent l'attés de voir l'un d'entre eux loué par un roi. Nous mettrons encore au nombre de ses Ouvrages le *Code* qui porte son nom. Ce livre, imprimé en 2 vol. in-12 et ensuite en 3 vol. in-8°, est un corps de droit, fondé sur la raison et sur la constitution des états pour lesquels il a été fait. *Frédéric*, en prenant ce que le droit Romain a de bon, l'a disposé dans un ordre naturel; a retranché les lois étrangères, abrégé les procédures, enlevé des prétextes à la chicane, et a établi pour ses sujets un droit certain et universel. Après avoir peint dans le roi de Prusse tout ce qui a éclaté aux yeux du public, il doit être permis d'entrer dans quelques détails particuliers que sa réputation et la curiosité universelle justifient. Il étoit d'une taille au-dessous de la moyenne. Son regard annonçoit de la pénétration et de l'esprit. Il avoit des yeux bleux et très-vifs, quoiqu'il fût myope. Ses traits, qui étoient agréables dans sa jeunesse, acquéroient un degré singulier d'expression et de vivacité lorsqu'il parloit. Sa figure avoit un peu changé avec l'âge; et son corps ayant essuyé les assauts de la goutte, les travaux des camps, les études du cabinet, il n'est pas étonnant que sur le retour de l'âge il fût courbé, et que sa tête penchât constamment d'un côté. Peu de voix étoient aussi agréables et aussi sonores dans la conversation que la sienne: il parloit beaucoup et facilement. Ceux qui l'écoutoient, regrettoient qu'il ne parlât pas davantage. Ayant beaucoup étudié les livres et les hommes, ses observations étoient presque toujours justes et souvent brillantes. Lorsque *Voltaire* se fut fixé en Prusse, le monarque et le poète avoient chaque soir un entretien secret. La politique, la religion, les arts, les lettres, les progrès de l'esprit humain en étoient l'objet tour-à-tour. Peuples, rois, ministres, femmes en faveur, généraux d'armées, philosophes, poètes, orateurs: tout étoit jugé dans ces conversations particulières. Les arrêts prononcés à ce tribunal étoient consignés dans un *mémorial* qui sera long-temps un secret pour le public avide et curieux. Comme *Voltaire*, *Frédéric* avoit la repartie vive et prompte. On rapporte de lui plusieurs réponses pleines de sens et de sel. Le jour de l'entrevue du roi de Prusse avec l'empereur, le célèbre général *Laudon* fut admis à leur table, et voulut se mettre au côté opposé à celui où étoit le roi. *Venez-vous mettre ici*, lui dit *Frédéric*, *j'ai toujours mieux aimé vous voir à côté de moi que vis-à-vis*. Une princesse lui présenta deux sujets; l'un étoit un jeune homme sage, et dont les talens pouvoient faire la fortune; l'autre, un homme mûr, excellent pour le conseil. *Le premier* n'a pas besoin de moi, répondit-il, et je n'ai pas besoin du second. Un de ses secrétaires, aussi âgé que lui, fut frappé d'apoplexie en présence de Frédéric, alors attaqué de la maladie qui l'a emporté; Voilà, dit tranquillement ce prince, voilà mon précurseur. Le prince royal actuellement roi, s'empressa, au retour de ses revues, d'aller présenter à son oncle des notes sur tout ce qu'il avoit vu. Il baisa les mains de Frédéric, qui lui dit avec attendrissement: Je vous fais bien attendre; mais je souhaite que vous fassiez autant attendre votre successeur. Puis regardant ce prince avec plus d'intérêt encore, il ajouta: Vous ne serez jamais mon maître; mais, dans peu, vous serez mon égal. Son médecin lui ayant témoigné le regret de voir que son art eût si peu de ressources contre ses maux; C'est moi qui ai tort, dit le monarque, et non la médecine; mon corps est usé, il faut que je fuisse, et je ne me plaias ni de vous, ni d'elle. Huit jours avant sa mort, il apprit que des marchands de Leipzig spéculaient sur sa fin prochaine, et accaparoient tout le crépe qui se présentoit. Si je croyois, dit-il, que je fusse obéi après mon trépas, j'ordonnerais que mon deuil fut porté en couleur de rose. En jouant un tour aux monopoleurs de Leipzig, je ferois plaisir aux femmes, auxquelles je n'en ai guère fait pendant ma vie. Ses habillemens, qu'il varioit peu, étoient fort simples. Il s'habilloit le matin en se levant; et cette toilette précipitée, qui ne prenoit que peu de minutes, lui servoit pour le reste du jour. Tous ses momens, depuis cinq heures du matin jusqu'à dix heures du soir, étoient régulièrement et uniformément remplis par les affaires, les belles lettres et les arts. Son premier soin étoit de lire, le matin, tous les papiers qui lui étoient adressés de toutes les parties de ses états; car le moindre de ses sujets pouvoit lui écrire et compter sur une réponse. Chaque requête, chaque proposition à faire, chaque grace à demander, devoient être par écrit. Un simple mot, mis à la marge avec un crayon, indiquoit la réponse qui devoit être faite par ses secrétaires. Cette méthode, plus expéditive que la discussion verbale, donnoit au roi le temps d'examiner plus d'affaires, et de peser la justice des graces à accorder ou à refuser: aussi, étoit-il moins surpris par ses ministres ou par les courtisans que d'autres princes; et rarement accordoit-il ce qu'il auroit fallu refuser. Quelquefois sa bonté prévenoit les demandes. Ayant trouvé un jour un de ses pages endormi dans un fauteuil, il alloit le réveiller, lorsqu'il apperçut un bout de billet qui sortoit de sa poche. C'étoit une lettre de la mère du jeune homme, qui remercioit son fils, de ce qu'il soulageoit sa misère d'une partie de ses gages. Sur le champ, le roi prend un rouleau de ducats et le glisse avec la lettre dans la poche de cet enfant respectable. A son réveil, le page crut qu'on lui avoit mis cet argent pour le perdre; mais le roi le rassura, en lui disant que le bien venoit en dormant, et qu'il auroit soin du fils et de la mère. Vers les onze heures, Frédéric en bottes, car il ne les quittoit jamais, faisoit dans son jardin la revue de son régiment des gardes, et à la même heure, tous les colonels en faisoient au 262 · F R É tant dans toutes les provinces. Il dinoit précisément à midi, et in- vitoit ordinairement huit ou neuf officiers. A table, il n'y avoit point d'étiquette; il vouloit que tout le monde y parût avec éga- lité, afin que la conversat on fût plus libre: liberté inconnue aux festins royaux, et que les con- vives du roi de Prusse osoient peu goûter, quoiqu'il tâchât de les y encourager par des plai- santeries et des bons mots. Deux heures après le repas, Frédéric se retiroit seul dans son cabinet pour faire des vers, ou pour composer quelque ouvrage de littérature ou de philosophie. Un petit concert commençoit à sept heures; il y jouoit de la flûte aussi bien que le meilleur artiste, et faisoit souvent exécuter aux concertans des pièces de musique qu'il avoit composées. Le concert étoit suivi d'un souper, où le roi n'admettoit guère que des gens de lettres et des philosophes, et où les matières traitées étoient analogues au goût du prince et des convives. Frédéric les trai- toit en général avec bonté: et quoiqu'on lui ait reproché quel- ques propos durs et désobligeans a certains littérateurs, il leur tint plus souvent encore des propos honnêtes, encourageans et flatteurs. Ce roi, peint comme un homme si dur par des gaze- tiers, et qui le fut en effet quel- quefois, montra aussi dans plu- sieurs occasions, de la sensibilité et de l'indulgence. Un de ses officiers ayant fait un libelle atroce contre lui, parce qu'il cherchoit une ressource passagère dans la vente d'une brochure, le roi non- soulement lui pardonna, mais le fit gouverneur de Spandau. Lorsque sa Vie Privée, satire scandaleuse, attribuée à Vol- taire, vit le jour en 1752, d'Arget, secrétaire du monarque voulut la réfuter. Mon cher d'Arget, lui répondit Frédéric, les calomnies de cet ouvrage ne méritent pas la peine que vous prendriez de les détruire. C'est à moi à faire mon devoir et à laisser dire les méchans. Un jour Frédéric vit de sa fenêtre beaucoup de peuple qui s'arrétoit pour lire une affiche. Vas voir ce que c'est, dit-il à un de ses pages, qui lui rapporta que c'étoit un placard contre lui. Il est trop haut, répliqua-t-il, vas le détacher et mets-le plus bas, afin qu'ils le lisent plus à leur aise. Mais si Frédéric par- donnoit aux satiriques, il étoit très-sévère à l'égard des officiers ou des magistrats qui négligeaient de remplir leurs fôctions. Il ne vouloit point de titre sans tra- vail; et comme il sacrifioit son temps, et quelquefois ses plaisirs, aux soins de la royauté, il exi- geoit des autres la même acti- vité et la même assiduité. Il res- pectoit les propriétés. Lorsqu'il bâtit le château de Sans-Souci, il se trouvoit un moulin qui le génoit dans l'exécution de son plan. Le meunier ne voulut jamais lui sacrifier cet héritage de ses pères, malgré les offres avanta- geuses que le roi lui fit. Sois- ta bien, lui dit Frédéric im- patienté, que je puis te prendre ton moulin sans te donner un demer. Oui, lui répondit le meunier, si ce n'étoit la chambre de justice de Berlin. Je suis flatté de ta réponse, reprit le monarque, je vois que tu me juges incapable de faire une injustice. Reste tran- quille; tu garderas ton moulin, et je changerai mon plan. Il avoit épousé le 12 juillet 1733, la princesse Elizabeth de Bruns- wick-Wolfembutel, dont il n'a point en d'enfants. « Doué d'un caractère ferme et d'un esprit flexible, dit un historien moderne, il perfectionna l'un et l'autre par l'étude et la réflexion. Les leçons de l'histoire le rendirent politique profond et général habile; la fréquentation des philosophes et des beaux esprits lui apprit à se placer au rang des écrivains distingués. Tant qu'il ne fut que prince royal, il parut n'ambitionner que la gloire des *Antonin* et des *Marc-Aurèle*; mais à peine se vit-il sur le trône, qu'il prit pour modèle les *Alexandre* et les *Philippe*. Sorti victorieux de la fameuse guerre de sept ans, guerre qui semblait devoir consommer sa ruine, il étendit les bornes de ses états, et fit de la puissance secondaire dont il avoit hérité, l'une des puissances les plus imposantes de l'Europe. Aux titres de politique et de conquérant, il sut alors joindre celui de législateur. Le code qui porte son nom, lui mérita, à beaucoup d'égards, la reconnaissance de ses sujets. Dédaignant le luxe par goût, et le craignant par économie, il mettoit son faste dans le nombre de ses soldats. Laborieux, vigilant, infatigable, il s'occupa jusqu'aux derniers instans de sa vie, de l'administration de son royaume; mais il se montra en même temps plus jaloux de l'affermissement de son pouvoir et de la prospérité de la Prusse, que du bonheur des Prussiens. Lui-même vécut-il heureux? On peut oser dire que non, puisqu'il se laissa souvent entraîner par deux passions cruelles, l'ambition et l'avarice. Il desiroit le surnom de *Grand*: il l'obtint de son siècle, et sans doute la postérité le lui confir- mera. » Le roi de Prusse a laissé des Œuvres posthumes, imprimées à Berlin et à Basle en douze vol. in-8.º Ce recueil contient, 1.º *L'Histoire de son temps*. Elle renferme l'histoire, tant politique que militaire, de ce qui s'est passé depuis l'année 1740 jusqu'à la paix de *Dresde*. 2.º *Histoire de la guerre de sept ans*. 3.º *Histoire de ce qui s'est passé depuis la paix de Hubertsbourg jusqu'à celle de Teschen*. 4.º *Essai sur les formes de gouvernement et sur les devoirs des Souverains*. 5.º *Examen du Système de la Nature*. 6.º *Remarques sur le Système de la Nature*. 7.º *De l'innocence des erreurs de l'Esprit*. 8.º *Trois Dialogues des Morts*. 9.º *Des Poésies*. 10.º *Avant-propos sur la Henriade*. 11.º *Considérations sur l'état présent du Corps politique de l'Europe*. 12.º *Plusieurs centaines de Lettres de S. M. à divers Écrivains célèbres, tels que Voltaire, Fontenelle, Rollin, le marquis d'Argens, d'Alembert, Condorcet, etc... avec les Réponses*. Ce recueil a été réuni à ses *Œuvres complètes*, accompagnées de sa *Vie*, 1790, 25 vol. in-8.º *M. de Ségur* a publié depuis peu l'Histoire du règne de ce monarque célèbre.
FRÉDERIC, prince de Saxe; *Voyez ADELAIDE*, n° II.
XVII. FRÉDERIC, surnommé *le Sage*, électeur de Saxe, né en 1463, ne voulut jamais se marier, et je ne sais si c'étoit une preuve de sagesse dans un prince. L'empereur *Maximilien* le choisit pour chef souverain de son conseil et pour son vicaire général. On prétend qu'on lui offrit l'empire après la mort de ce prince, en 1519, et qu'il le refusa. Mais en quoi consista son réfus, dit l'auteur des *Annales de l'Empire*, puisqu'il ne fut point élu? En ce que sa réputation le faisoit nommer par la voix publique; qu'il donna sa voix à *Charles-Quint*, et que sa recommandation entraîna enfin les suffrages. Il le fit éliré cependant à certaines conditions, pour ménager la liberté de l'Allemagne. C'est l'origine de la capitulation que l'on fait jurer à tous les empereurs avant leur élection. Ce prince mourut en 1526, à 62 ans. Il fut un des premiers protecteurs de *Luther*, et eut son frère JEAN, surnommé *le Constant*, pour successeur. Le fils de celui-ci, JEAN-FRÉDÉRIC, surnommé *le Magnanime*, né en 1503, fut l'un des principaux soutiens de la religion Protestante, à l'exemple de son père et de son oncle. Il devint le chef de la ligue de Smalkalde, en 1536. *Charles-Quint*, irrité d'avoir à combattre, dans l'empire; un protecteur si dangereux des nouvelles opinions, lui déclara la guerre. Après divers combats, *Charles* atteignit l'électeur à Muhlberg en Saxe, le 24 avril 1547, et lui livra bataille. La victoire se décida pour l'empereur, et *Jean-Frédéric* fut fait prisonnier. Le duc d'Albe l'aïma à *Charles-Quint*. Très-puissant et très-débonnaire Empereur; lui dit l'électeur, puisqu'il a plu à la fortune... *Bon!* interrompit Charles, vous parlez à cette heure autrement que vous ne faisiez, lorsque vous trouviez bon de ne m'appeler que Charles le Grand. Il le donna en garde à quelques officiers Espagnols; et considérant ensuite le champ de bataille, il dit : *Je suis venu, j'ai vu, et Dieu a vaincu...* Cependant *Charles* fit faire le procès à son prisonnier; et il fut con- condamné, le 12 mai suivant, par le conseil de guerre, à perdre la tête. Le sévère duc d'Albe présidait à ce conseil. Le secrétaire du conseil signifia le même jour la sentence à l'électeur, qui se mit à jouer aux échecs avec le prince *Ernest de Brunswick*. Le duc *Maurice*, son cousin, fils d'Albert le Courageux, à qui *Charles-Quint* avoit promis son électorat, voulut encore avoir la gloire aisée de demander sa grace. *Charles* accorda la vie à l'électeur, à condition qu'il renonceroit, pour lui et ses enfans, à la dignité électorale, en faveur de *Maurice*. On lui laissa la ville de Gotha et ses dépendances; mais on en démolit la forteresse. C'est de lui que descendent les ducs de *Gotha* et de *Weimar...* *Jean-Frédéric* mourut le 3 mars 1554, à 51 ans, après avoir consenti à son dépouillement, et y avoir fait souscrire ses fils. Il conserva cependant le titre d'électeur jusqu'à sa mort. Son exemple ne corrigera point son fils, JEAN-FRÉDÉRIC II du nom, duc de Saxe-Gotha. La protection qu'il accorda aux assassins de l'évêque de Wirtzhourg, lui attira l'indignation de l'empereur. Il fut mis au ban de l'empire. On le poursuivit les armes à la main; et ayant été battu et fait prisonnier dans un combat, on le conduisit en Stirie, où il mourut; après 28 ans de prison, le 9 mai 1595. Ses biens, qui avoient été confisqués, furent rendus à ses enfans.
XVIII. FRÉDÉRIC V, électeur palatin; fils de *Frédéric IV* et gendre de *Jacques I*, roi d'Angleterre, parvint à l'électorat en 1610. La faction protestante qui voulut se donner un chef assez puissant pour la protéger contre l'empereur Ferdinand II, l'élut roi de Bohème, en 1619. Ce trône avoit déjà été décerné à Ferdinand d'Autriche, qui arma contre Frédéric, et le poursuivit dans son nouveau royaume de Bohème et dans son électorat. Ce prince fut entièrement défait, le 19 novembre 1620, auprès de Prague. Obligé de fuir en Silésie avec sa femme et deux de ses enfants, il perdit en un jour les états de ses aïeux et ceux qu'il avoit acquis. Lorsque le grand Gustave entra en Allemagne, Frédéric implora son secours. Ce héros le servoit efficacement, quand il fut tué dans la plaine de Lutzen, le 15 novembre 1632. Frédéric étoit alors malade à Mayence; cette nouvelle augmenta sa maladie, et il mourut le 19 du mois suivant, accablé de soucis et de regrets. On l'avoit appelé le Constant; il ne le fut que dans l'Infortune. La France et l'Angleterre qui avoient d'abord paru vouloir le seconder, l'abandonnèrent. Frédéric fut ainsi un des nombreux exemples qui prouvent que le rang suprême ne fait pas le bonheur.
FREDOLI, (Béranger) né à Benne en Languedoc, d'une famille noble, mort à Avignon en 1323, étoit habile dans le droit. Il fut choisi, en 1298, par Boniface VIII, pour faire la compilation du Sexte, c'est-à-dire du 6e livre des Décrétales, avec Guillaume de Mandagor, et Richard de Sienne. Clement V l'honora du chapeau de cardinal en 1305. I. FREGOSE, (Paul) cardinal, archevêque de Gênes, sa patrie, doge en 1462, perdit cette place quelque temps après, la recouvra en 1453, et l'occupa encore deux fois, malgré ses violences tyranniques. Il mourut à Rome le 2 mars 1498.
II. FREGOSE, (Baptiste) neveu du précédent, fut élu doge de Gênes en 1478. Il ne jouit pas long-temps de cette dignité. La hauteur de son caractère et la sévérité de son gouvernement le firent déposer la même année. Il fut exilé à Tregui; mais nous ignorons quand il mourut. Il égaya sa retraite par la lecture et le travail. On doit à sa plume: I. Un ouvrage italien en 9 livres, mais qui n'a paru qu'en latin; Milan, 1509, in-fol., de la traduction de Camille Ghillini, sur les Actions mémorables, dans le goût de Valère-Maxime. Les meilleures éditions de ce traité, souvent réimprimé, sont celles de Juste Gaillard, avocat au parlement de Paris, qui y a fait des additions, des corrections, et l'a orné d'une préface. II. La Vie du Pape Martin V. III. Un Traité latin sur les Femmes Savantes. IV. Un autre en italien, contre l'Amour; à Milan, 1496, in-4°, traduit en françois, 1581, in-4°: l'original et la version sont également rares.
III. FREGOSE, (Frédéric) archevêque de Salerne et cardinal, de la même famille que les précédens, défendit la cote de Gênes contre Cortogli, corsaire de Barbarie, qui la ravageoit. Il surprit ce pirate dans le port de Biserte, passa à Tunis et à l'isle de Gerbes, et revint à Gênes, chargé de gloire et de butin. Les Espagnols ayant surpris Gênes en 1522, Frédéric chercha un asile en France. François I le reçut avec distinction, et lui donna l'abbaye de Saint-Bénigne, de Dijon. De retour en Italie, il fut fait cardinal et évêque d'Eugubio, où il mourut le 22 juillet 1541. La langue grecque et l'hébraïque lui étoient familières. Son savoir étoit soutenu par les vertus épiscopales. On a de lui, un *Traité de l'Oraison* en italien, imprimé à Venise en 1542, in-8.
IV. FREGOSE, (Antonio-Phileremo) poète Italien, fleurit au commencement du 16$^{e}$ siècle. *La Cerva Bianca* et autres *Poésies* ont été réunies à Milan, en 2 vol. in-8$^{e}$, le premier parut en 1515, le second en 1525; ils sont assez rares.
FREGOSE, *Voyez* PULGOSE.
FREHER, *Voyez* MARQUARD-FREHER.
FREIG, (Jean-Thomas) *Freigius*, natif de Fribourg en Brisgau, enseigna le droit avec réputation à Fribourg, à Basle et à Altorf, et mourut de la peste vers 1583. On a de lui des *Paraitiles* sur le Digeste, in-8$^{e}$; la *Vie de Llamas*, en latin, Basle, 1581, in-4$^{e}$; et d'autres ouvrages.