FREIN, (Jean) naquit en 1675, à Croton, dans le comté de Northampton, d'un père ministre. Westminster fut sa première école. Dès l'âge de 21 ans, il mit au jour deux *Discours grecs*, l'un d'*Eschine*, l'autre de *Démosthène*, avec une traduction et des remarques qui auroient fait honneur à un vieux savant. Il se consacra ensuite à la médecine. Le comte de *L'eterborough* l'emmena avec lui, en 1705, en Espagne, alors le théâtre de la guerre. Après y avoir exercé sa profession pendant deux ans, il passa à Rome et s'y lia avec tous les savans qui cultivoient son art. *Freind* de retour en Angleterre, fut enfermé à la Tour de Londres, pour s'être opposé à un projet que le ministère avoit fait proposer au parlement : démarche qui le fit soupçonner d'être d'intelligence avec les ennemis de l'état. On sollicita en vain son élargissement pendant six mois; mais au bout de ce temps, le ministre étant tombé malade, *Mead*, confrère du prisonnier et son intime ami, ne voulut lui ordonner aucun remède, que *Freind* ne fût sorti de la Tour, sans doute parce qu'il le supposait innocent. *Freind* se purgea en effet du crime dont on l'avoit accusé, et obtint la place de premier médecin de la princesse de *Galles*, depuis reine d'Angleterre. Il mourut à Londres en juillet 1728, à 53 ans, membre de la société royale. *Freind* n'étoit point de ces savans sombres et farouches, toujours étrangers dans le monde; c'étoit l'homme le plus poli et le plus aimable. Comme médecin, il étoit aussi heureux dans la pratique, qu'éclaire dans la théorie. Ses opinions étoient reçues en Angleterre, comme celles d'*Hippocrate* dans la Grèce. Les ouvrages qu'il a laissés, ne sont pas au-dessous de la réputation qu'il s'étoit acquise. Les principaux sont : I. *Histoire de la Médecine*, depuis Galien jusqu'au 14$^{e}$ siècle; livre savant, traduit de l'anglais en françois, par M. *Noguez*, en 2 vol. in-4$^{e}$, 1728. II. *L'Emmenologie*, ou *Traité de l'évacuation ordinaire des Femmes*; traduit en françois par *Devaux*, 1730, in-12. III. *Lectiones Chimi-cæ*, à Amsterdam, 1710, in-8$^{e}$. L'auteur y explique les opérations de la chimie, suivant les principes de *Newton* et les lois de l'attraction, et ses explications ne paroîtront pas toujours justes. IV. *Traité de la Tièvre*. Tous F R E 267 les écrits de *Freind* ont été recueillis à Londres, in-fol. 1733, et à Paris, 1735, in-4.º Ils méritent d'être étudiés, pour la justesse des observations, l'étendue des lumières, et même pour le style. Sa *Vie* est à la tête.
**FREINSHEMIUS**, (Jean) naquit, en 1608, à Ulm en Souabe. *Matthias Bernegger*, savant de Strasbourg, lui confia sa bibliothèque, et lui donna sa fille en mariage. L'université d'Upsal lui ayant proposé des avantages considérables, il y alla professer l'éloquence pendant cinq ans. La reine *Christine*, qui l'envoit à l'université, le choisit pour son bibliothécaire et son historiographe, avec sa table et 2000 écus d'appointement. Il fut bientôt obligé d'abandonner ces honneurs et de revenir dans sa patrie, pour rétablir sa santé que le climat de Suède avoit dérangée. L'électeur Palatin lui donna, un an après son départ d'Upsal, en 1656, une place de professeur honoraire dans l'université de Heidelberg, et une charge de conseiller électoral. *Freinshemius* n'en jouit pas long-temps, étant mort en 1660, à 52 ans. Ce savant possédoit les langues mortes et presque toutes les langues vivantes. Il joignoit à une littérature choisie, de l'esprit et du goût. Il s'occupa toute sa vie, avec autant de zèle que de succès, à réparer les brèches que le temps avoit faites à quelques auteurs. Il entreprit de faire des Supplémens à *Tite-Live* et à *Quinte-Curce*, et il y réussit. Il fut moins heureux dans ses supplémens de *Tacite*: 1.º Parce que, pour faire revivre cet historien inimitable, il faudroit un génie aussi fort, aussi vigoureux, aussi profond que le sien, et il s'en trouve à peine un dans dix siècles; 2.º Parce que *Freinshemius*, plus rhéteur que philosophe, et plus savant que penseur, pouvoit bien coudre des phrases éparses, et en faire un tissu élégant; mais non pas trouver des pensées, et sur-tout des pensées telles que celles de *Tacite*. On a encore de cet écrivain estimable, des *Commentaires* sur *Quinte-Curce*, *Tacite*, *Florus*, et quelques autres auteurs Latins, qu'il a ornés de savantes tables.
**FREIRE DE ANDRADA**, (Hyacinthe) abbé de Sainte-Marie de Chans, né à Béja en Portugal l'an 1547, parut d'abord avec distinction à la cour d'Espagne; mais son attachement pour la maison de Bragance indisposa le ministère contre lui. Il s'éclipsa jusqu'au temps que *Jean IV* fut proclamé roi de Portugal, en 1640. Il se rendit auprès de lui, et en fut très-hien reçu. Ce monarque vouloit l'employer auprès des princes étrangers; mais le caractère libre et bonfion de *Freire*, l'empêcha de lui confier un emploi si grave. Il lui offrit pourtant l'évêché de Viseu, qu'il refusa; prévoyant que le pape, qui ne reconnoissoit pas d'autre roi de Portugal que celui d'Espagne, ne lui accorderoit point ses bulles. *Je ne veux point*, dit-il au roi en le remerciant, *être Fréque*, comme les *Comédiens sont Rois et Empereurs*. Il mourut à Lisbonne en 1657, à 60 ans. *Freire* avoit l'esprit léger, mais le cœur généreux et plein de franchise. Il défendoit ses amis en secret, et les reprenoit en face. Il cultiva avec succès la poésie et l'histoire. On a de lui: I. *La Vie de Don Jean de Castro*, in-fol., traduite en latin par *Rotto*, *Jésuite Ita-* 268 F R E lien. C'est un des livres les mieux écrits en Portugais. II. Des Poésies Portugaises, en petit nombre, mais élégantes.
FREJUS, (***) faux ambassadeur de France auprès du roi de Fez en 1670, étoit un marchand Provençal. Arrivé sur les côtes du royaume de Fez, il fit demander au roi un passe-port pour aller remplir son ambassade. Le prince le reçut avec magnificence. Le fourbe jouit de tous les honneurs de véritable ambassadeur. Il fit vendre, sous main, une partie de ses marchandises, et alloit partir de Fez avec une lettre pour Louis XIV; mais étant encore sur le lien, il se brouilla avec un gouverneur, qui découvrit sa fourberie. Il eut ordre de rendre la lettre qu'il avoit pour le roi de France, et de sortir au plutôt des états de Fez.
FREMIN, (René) sculpteur de Paris, mort à Madrid en 1744 à 71 ans, étoit premier peintre du roi d'Espagne. La statue de la Samaritaine qui se voyait à la pompe du pont-neuf à Paris, est de lui.
FRÉMINET, (Martin) peintre, né à Paris en 1567, fit le voyage de Rome, dans un temps que les peintres étoient partagés entre Michel-Ange de Caravage, et Joseph d'Arpino dit Giosepin. Il s'attacha à prendre ce que ces deux peintres avoient de meilleur, et y réussit. Fréminet étoit très-instruit des sciences relatives à son art: il savoit l'anatomie, la perspective et l'architecture. Il fut un grand dessinateur, et l'on remarque beaucoup d'invention dans ses tableaux; mais sa manière fière, les expressions fortes de ses figures, des muscles et des nerfs durement prononcés, et les actions de ses personnages trop recherchées, ne sont point du goût de tous le monde. Ses dessins sont terminés. Henri IV le fit son premier peintre, et Louis XIII l'honora du cordon de St.-Michel. Il peignit le plafond de la chapelle de Fontainebleau, et mourut à Paris le 18 juin 1619, à 52 ans.
FRÉMINVILLE, (Edme de la Poix de) né en 1680, à Verdun en Bourgogne, du lieutenant général de cette ville, devint lui-même bailli de la Palisse. Les matières féodales sont les principales qui se présentent à traiter devant un juge de grandes seigneuries; il en fit une étude particulière. Le fruit de ses travaux fut la Pratique des Terriers, en 5 vol. in-4°, qui est un excellent traité des Fiefs. Il fit un 6° volume, pour les droits des habitants. Il a extrait, par ordre alphabétique, le Traité de la Police du commissaire la Marre, sous le titre de Dictionnaire de la Police, en 1 vol. in-4°: ouvrage estimé, et réimprimé en province, in-8°. Fréminville mourut à Lyon le 14 novembre 1773, à 93 ans. C'étoit un homme savant et laborieux.
FREMIOT, Voy. CHANTAL.
FREMIOT, (André) archevêque de Bourges, natif de Dijon, d'une famille noble et féconde en personnes de mérite, fut chargé d'affaires importantes sous les rois Henri IV et Louis XIII, et s'en acquitta en homme intelligent. On a de lui un Discours des marques de l'Eglise contre les hérésies, 1610, in-8°, et d'autres ouvrages. Ce prélat estimable mourut à Paris en 1641.
FRÉNI, (Du) Voy. FRESNY. I. FRÉNICLE, (Nicolas) poète François, né à Paris en 1600, fut conseiller général en la cour des monnoies, et mourut doyen de la même cour après l'an 1661. Il cultiva les lettres, ainsi que plusieurs autres magistrats du dernier siècle, qui préféraient les délassemens de la littérature aux divertissemens bruyans de la noblesse militaire et à la société des femmes. On a de lui plusieurs pièces de théâtre : I. Palémon et Niabé, in-8°, 2 pastorales. II. L'Entretien des Bergers, autre pastorale. III. Un poème intitulé : Jæst crucifié. IV. Une Paraphrase des Pseaumes en vers, etc. Tous ces ouvrages sont mauvais, ou très-médiocres.
II. FRÉNICLE de Bessy, (Bernard) frère du précédent, mort en 1675, fut l'un des plus grands arithméticiens de son temps, et mérita l'amitié de Descartes. Ce célèbre philosophe faisoit grand cas de son arithmétique, qui le conduisoit à des détails où l'analyse a bien de la peine à parvenir; mais il s'étonnoit que, sans le secours de l'Algèbre (dont en effet il ne faisoit aucun usage) Bessy fût devenu si profond dans cette science. On trouve plusieurs de ses écrits dans le vᵉ tome des anciens Mémoires de l'académie des Sciences, dont il étoit membre : entr'autres, une Méthode pour trouver la solution des problèmes par les exclusions.
FRÉRET, (Nicolas) né à Paris en 1688, d'un procureur au parlement, se fit recevoir avocat par complaisance pour sa famille. La nature ne lui avoit donné aucun goût pour le bar- reau, et par conséquent presque point de talent; il le quitta pour se livrer à l'histoire et à la chronologie, ses premières passions. L'académie des Inscriptions lui ouvrit ses portes dès l'âge de 25 ans. Il signala son entrée par un Discours sur l'Origine des François, savant, mais hardi, qui, joint à des propos indiscrets sur l'affaire des princes avec le Régent, le fit renfermer à la Bastille. Bayle fut presque le seul auteur qu'on lui donna pour égayer sa prison; il le lut tant de fois, qu'il le savoit presque par cœur. Les principes de ce fameux Sceptique s'inculquèrent dès-lors dans son esprit. On ne s'en apperçoit que trop, lorsqu'on jette les yeux sur ses Lettres de Thrasibule à Leucippe, où l'athéisme est réduit en principes; et sur l'Examen des Apologistes du Christianisme, 1767, in-8°: ouvrage posthume, non moins téméraire que le précédent. Fréret ayant obtenu sa liberté, s'adonna entièrement à ses anciennes études. On lui doit : I. Plusieurs Mémoires, pleins d'une érudition profonde et de discussions épineuses. Ils sont répandus dans les différens volumes de la collection académique des Belles-Lettres. Les plus curieux sont ceux dans lesquels il tâche d'éclaircir la chronologie Lydienne et la Chinoise. Mais ses efforts, en ce genre, ont été presque aussi vains, que ceux qu'il a faits pour détruire les preuves de la religion. II. La Préface, les Notes, et une partie de la Traduction du roman Espagnol intitulé : Tyran le Blanc, 2 vol. in-12. III. Quelques ouvrages frivoles, qui avoient servi à le délasser des travaux de l'érudition, mais qui amuseront moins les lecteurs sages. Fréret avait une vaste littérature. Il connoissoit le fil et l'intrigue de presque toutes les *Pièces des différens Théâtres* de l'Europe. (*Voyez* V. MAFFÉE, n° III. de ses ouvrages.) Sa mémoire étoit immense. Il écrivoit avec netteté et avec ordre : mais il avoit du penchant pour les opinions singulières. Il mourut en 1749, dans sa 61$^{e}$ année.
**FRÉRON**, (Élie-Catherine) né à Quimper en 1719, montra de bonne heure des talens. Il entra chez les Jésuites, pour les y perfectionner. Il professa pendant quelque temps, avec succès, au collège de Louis le Grand. Les *Pères Brumoi et Bougant* le dirigèrent dans ses études, et lui inspirèrent le goût de la littérature. Quelques mécontentemens l'ayant obligé de sortir des Jésuites en 1739, il aida d'abord l'abbé des *Fontaines* dans la composition de ses feuilles, et donna ensuite un petit journal, sous le titre de *Lettre de Mad. la Comtesse*, in-12, 1746. Cette comtesse étoit l'interprète de la raison et du bon goût, et elle s'exprimait avec autant d'esprit que de sel. Comme la réputation de plusieurs beaux esprits n'étoit pas ménagée dans ces feuilles, ils carent le crédit de les faire supprimer. Elles reparurent en 1749, sous un autre titre. C'est au commencement de cette année que *Fréron* publia ses *Lettres sur quelques Écrits de ce temps*, qui, renfermant une critique aussi vive que piquante, ne plurent pas davantage à un grand nombre d'écrivains, que celles de la *Comtesse*. Elles furent quelquefois interrompues : et ce fut presque toujours au regret du public, qui aime à s'assurer des critiques et de ceux qui en sont l'objet. Le roi *Stanislas*, qui almoit l'auteur et qui l'honoroit de sa protection et de ses présents, s'intéressa toujours à dégager des entraves un ouvrage qu'il lisoit avec plaisir. Le débit de ces feuilles fut assez considérable pour procurer à leur auteur un revenu de 20 mille liv. par année. Après avoir publié 13 vol. de son Journal, *Fréron* le fit paroître, en 1754, sous le titre d'*Année Littéraire*, et il en a publié régulièrement 8 vol. par année, à l'exception de 1754, qu'il n'en donna que 7, jusqu'à sa mort arrivée le 10 mars 1776, par une attaque d'apoplexie, au moment où on lui annonçoit la suspension du privilège de sa feuille ordonnée par le garde des sceaux. Il étoit dans sa 57$^{e}$ année. Beaucoup d'esprit naturel, de la gaieté, un goût sûr, le talent de présenter les défauts d'un ouvrage avec agrément ; l'attachement aux anciens principes ; le zèle contre la fausse philosophie, l'affectation et le néologisme : telles furent les qualités de ce redoutable journaliste. De la partialité, une malignité quelquefois trop marquée, de la précipitation dans les ingemens, une diction quelquefois précieuse, quoique assez pure : tels furent ses défauts. Il avoit des mœurs douces, et sa société étoit facile et enjouée ; mais le ressentiment des injustices le rendit quelquefois injuste. Son ennemi le plus dangereux et le plus envenimé fut *Voltaire*, qui le produisit, en 1760, sur la théâtre dans son *Écosoise*, pièce remplie de personnalités révélantes : et qui ne cessa de l'accabler d'injures. Cependant ce poète célèbre le regardait comme un homme de beaucoup de goût. Un seigneur de la cour de Turia l'ayant prié de lui indiquer qu'il qu'un à Paris, avec lequel il pût prendre une idée de tous les écrits qui paroissent en France: *Adresses-vous*, lui dit Voltaire, à ce coquin de Fréron; il n'y a que lui qui puisse faire ce que vous demandez. Ce seigneur témoigna beaucoup d'étonnement. *Ma foi*, oui, reprit Voltaire: c'est le seul homme qui ait du goût; je suis forcé d'en convenir, quoique je ne l'aime pas, et que j'aie de bonnes raisons pour le détester. C'est Fréron lui-même qui rapporte cette anecdote. Ce journaliste, élève de l'abbé des Fontaines, n'avoit cessé dans ses feuilles de représenter Voltaire comme un *Plagiaire habile*, comme un poète brillant, mais inférieur aux *Corneille*, aux *Boileau*, aux *Racine*; comme un historien élégant, mais inexact; enfin comme le tyran, plutôt que comme le roi de la littérature. Voltaire feignit long-temps d'ignorer les traits dont on le perçoit. Mais l'extrait très-critique de sa comédie de la *Femme qui a raison*, lassa tellement sa patience, qu'il ne put s'empêcher de montrer toute sa sensibilité dans une Lettre, adressée, en 1760, à différens journalistes. Fréron y fit une réponse pleine de sel. La pièce critiquée étoit mauvaise, et il n'eut pas de peine à mettre le public de son côté. Voltaire abandonna l'ouvrage censuré: mais il tâcha de rendre le censeur ridicule et odieux. Depuis ce moment jusqu'à sa mort, chaque mois vit éclore une Satire. Son nom seul suffisoit pour le mettre en colère. Il avoit beau affecter du mépris et de l'insensibilité; le dépit le suffoquoit, et ne servoit qu'à rendre moins piquans les traits de sa vengeance. Cependant, à force de peindre l'auteur de l'*Année Littéraire*, comme *partial* et *injuste*, il le rendit suspect à plusieurs de ses lecteurs; et ses feuilles, quoique toujours recherchées, eurent moins de débit que dans leur origine. Une grande facilité de caractère le rendit prodigue, et il mourut pauvre et endetté. Les autres ouvrages de *Fréron* sont: I. Un recueil d'*Opuscules*, en 3 vol. in-12, parmi lesquels on trouve des *Poésies* qui ne sont pas sans mérite, quoique le travail de la lime y paroisse un peu trop. L'*Ode sur la bataille de Fontenoy* est une des meilleures qui aient paru depuis *Rousseau*. II. *Les vrais plaisirs*, ou les *Amours de Vénus et d'Adonis*, in-12, 1748; brochure traduite de l'italien du cavalier *Marini*, et écrite avec une mollesse élégante. III. Il avoit commencé une traduction du *Poème de Lucrèce*; et il a présidé à l'édition du *Commentaire critique sur la Henriade par la Beaumelle*, qu'il a revue et retouchée, 2 vol. in-8°, 1775. IV. Fréron aida l'abbé de *Marsy* dans la composition de son *Histoire de Marie Stuart*; et travailla pendant quelque temps au *Journal étranger*. Il abandonna ce dernier ouvrage pour s'occuper entièrement de son *Année Littéraire*, dont après lui le privilège fut continué à sa veuve.
FRESCOBALDI, (Jérôme) organiste de Saint-Pierre de Rome, vers l'an 20, laissa divers livres de musique, dont il exécutoit les airs d'une manière distinguée.
FRESNAIS, (Joseph-Pierre) né à Fretteval, près de Vendôme, donna plusieurs traductions qui furent recherchées. Il traduisit de 171 F R E l'allemand l'Histoire d'Agathon, et la Sympathie des Ames de Wieland, 1766, in-12; et de l'anglois, Histoire d'Emilie Montagne, 1770, 5 vol. in-12; le Voyage sentimental, 2 vol. in-12, et la Vie et les Opinions de Tristam Shandy, 4 vol. in-12, l'un et l'autre par Sterne; le Guide du Fermier, in-12; l'Abbaye de Baford. On a encore de lui, l'Histoire d'Agathé de Saint-Bohaire, 1769, deux vol. in-12. Fresnais mourut à Paris en 1788; il ne se basait pas à traduire littéralement: il corrigeait quelquefois son original, et ses imitations des romans anglois valent souvent mieux que ces romans mêmes. Il fait disparaître la monotonie, et met plus de précision dans le style. Il a augmenté la nouvelle édition du Guide du Fermier, donnée en 1782, de deux traités, l'un sur la manière de faire la bière, l'autre de cultiver les pommes de terre pour en faire du pain.
FRESNAYE, (Jean Vanquelin de la) d'abord avocat du roi au bailliage de Caen, ensuite lieutenant général et président au présidial de cette ville, y mourut en 1606, à 72 ans. C'est le premier poète Francois qui ait fait des Satires. Celles de la Fresnaye n'ont ni l'énergie de Régnier, ni le piquant de Boileau, et par conséquent sont moins lues des Francois, naturellement amis du sel et de l'épigramme: mais elles offrent de la vérité, du naturel, et quelquefois des détails agréables. Dans les petits contes qu'il fait entrer par fois dans ses Satires, il y a une naïveté un peu diffuse qui ne déplaît point. On a encore de la Fresnaye: I. Un Art Poétique, qu'on ne lit plus et qu'on ne doit plus lire; parce que ce qu'il y a de bon se trouve ailleurs, et que le reste n'est qu'un recueil de préceptes triviaux, versifiés foiblement. II. Un Poème intitulé: Pour la Monarchie de ce Royaume contre la division, ouvrage d'un zélé patriote, s'il n'est pas celui d'un bon poète. III. Deux livres d'Idylles, et trois autres d'Épigrammes, d'Épitaphes et de Sonnets. Toutes ces poésies ont été recueillies par lui-même à Caen, in-8°, 1605. Voyez BOURGUEVILLE. Il étoit père de des YTEZLAUX: Voyez ce mot.
FRESNE, (Hennequin, marquis de) Voyez I. DUFRESNE.
FRESNE, ou DE FRESNE, Voyez DUFRESNE. — CANAYE. — FORGET, — et O, (François d').
FRESNOY, (Du) Voyez DUFRESNOY.
FRESNY, (Du) Voyez DUFRESNY.
FRÉTEAU DE SAINT-JUST, (Emmanuel-Marie-Michel-Philippe) conseiller de grand-chambre au parlement de Paris, témoigna quelque désir d'être nommé lieutenant de police de la capitale; mais n'ayant pu y réussir, il se jeta, en 1788, dans le parti contre la cour, et fut arrêté pour s'être opposé aux innovations proposées par les ministres. Relâché après la disgrace du cardinal de Bricane, il fut nommé par le bailliage de Melun député de la noblesse aux États-Généraux. Il s'y montra ami des nouvelles idées, en cherchant cependant à flatter les différens partis, et à les concilier. Ses variations, variations, son désir de parler sur toutes les matières, le firent surnommer par *Mirabeau*, la commère *Fréteau*. Il avoit cependant de grandes connoissances en histoire et en droit positif. Il s'opposa au nouveau serment du clergé, mais on ne voulut pas l'entendre. Son rapport du 11 juin 1794, sur l'état de la France, qu'il pegait aux abois, et prête à succomber sous la première attaque des naissances étrangères, d'aptant toutes les factions; et lorsque l'obespierre fut placé à la tête des tyrans qui opprimoient leur patrie, il ne tarda pas à envoyer *Fréteau* à la mort. Il la subit le 15 juin 1793, à l'âge de 49 ans. *Fréteau* avoit cru se sauver en distribuant au peuple d'abondantes récoltes de grains; mais, en acceptant ses dons, on l'accusa d'hypocrisie et de fourberie. Il étoit beau-frère de *Lupary*, avocat général au parlement de Bordeaux. — *Voy. DUPARY*. I. FREY, (Jean-Cécile) né à Keiserstuhl en Suisse, professa la philosophie au collège de Montaigu à Paris, et y mourut de la peste l'an 1631. Ses *ouvrages* latins de *Philosophie* furent imprimés en cette ville, in-8°, 2 vol.; le premier, en 1645; le second, en 1646. On trouve dans celui-ci quelques *Écrits de Médecine*, science dans laquelle il avoit été reçu docteur.
II. FREY, (Jean-Jacques) le plus célèbre graveur de son temps en Italie, naquit à Lucerne en 1681, et mourut à Rome en 1752. Le recueil de ses gravures forme 2 vol. in-folio.
FREY, *Voy. NEUVILLE*. — FREZIER, (Amédée-François) né à Chambéry en 1682, *Tome V.* d'une famille distinguée dans la robe, originaire d'Irlande, mourut en 1773, à Brest, à 41 ans. Il vint à Paris pour étudier la jurisprudence; mais les mathématiques ayant plus d'attraits pour lui, il s'y livra entièrement, et entra dans le corps du gomme en 1797. La comédie chêtera d'aller examiner les colonies espagnoles, au Pérou et au Chili en 1711, et employa son talent pour les fortifications à Saint-Malo, à Saint-Domingue, en 1719, à Landaud, en 1728. Ce fut aussi cette même année qu'il reçut la croix de Saint-Louis et qu'il se maria. Il prévient ensuite au grade de lieutenant-colonel, sous avons de lui divers ouvrages : « *J'ai la des feux d'Arbre*, 1747, in-8°. II. *Voyage de la Mer du Sud*, 1716, in-4°. III. *Hermie et Pratique de la coupe des Puers et des Bois*, transbourg, 1754, 3 vol. in-4°. Il donna l'abbaye de ce livre, sous le titre d'*Français de Stéréotomie*, Paris 1759, 2 vol. in-8°. Ces ouvrages sont utiles et exacts; le dernier sur-tout est estimé. Ses services lui ayant mérité la direction des fortifications d'une province, il fut nommé en 1740, à celles de toutes les places de guerre de la Bretagne. Il exerça cet emploi avec distinction jusqu'en 1764. Alors, en l'opération de son âge de 8 ans, il cour accorda sa retraite, vieillard respectable, avec la pension convenable à un militaire cassé par les années et les travaux. Il se fixa à Brest, où il se fit un agréable domicile, au sein de sa famille. Il a laissé deux filles, mariées à des officiers de marine. [Cet article a été composé en partie d'après les Mémoires que *Frezier* nous envoya en 1762.]
FREZZI, (Frédéric) évêque de Foligno sa patrie, avoit été Dominicain : il fut décoré de la mitre par Boniface IX, en 1403, et mourut en 1416, à Constance, pendant la tenue du concile. Il est auteur d'un poème fort estimé des Italiens, intitulé : Il Quadriregio, ou les Quatre Règnes de la vie de l'Homme ; le premier règne est celui de Cupidon ; le second celui de Satan, le troisième celui des Vices, et le quatrième celui de Miarve ou de la Vertu. Il fut imprimé, pour la première fois, à Foligno en 1481, in-folio ; et cette édition est rare et recherchée. La dernière et la meilleure, est celle de Foligno, 1725, 2 vol. in-4. C'est mal-à-propos que quelques critiques ont voulu enlever cet ouvrage à Frezzi, pour le donner à Nicolas Mapighi, Bolonois. Il lui appartient certainement ; c'est le sentiment des meilleurs bibliographes d'Italie, de Fontanini, de Crescimbeni, d'Apostolo-Zeno, etc.
FRIART, Voyez III. CHAMBRAY.
FRIBURGER, Voyez GERING.
FRIDEVAL, Voyez MONCEAUX.
FRIEDEL, (N.) étoit professeur des pages du roi, et mourut en 1785. Il a traduit plusieurs pièces du théâtre allemand, de société avec l'Île-ville. Elles forment 4 volumes, et ont pour auteurs Lessing, Vezel, Veisse, Klopstock, Goethe, Leixwitz, Gébler, Brandes et Leippel. Les plus remarquables sont : Atrée et Thyeste de Veisse, tragédie fort au-dessous de la pièce de Sénèque, qui lui a servi de modèle ; le Comte d'Olbourg ; Agnès Bernau, dont le sujet rappelle celui d'Inès de Castro, mais offre plus d'invraisemblance ; Emilie Galotti par Lessing, tragédie imitée de Virginie, où un père immolé sa fille pour lui conserver l'honneur ; Jules de Tarente, où un père tue son fils avec un très-grand sang froid ; la Mort d'Adam de Klopstock : sujet simple, mais noble et attachant ; le Ministre d'Etat par Gébler : drame qui a plus d'intérêt que la plupart des autres pièces de ce recueil. Celui-ci peut faire juger que le théâtre allemand est encore bien loin du goût, de la finesse et de l'observation des règles qui caractérisent le nôtre.
FRISCHE, (Dom Jacques) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, natif de Sées, donna en 1686 et 1690, avec Dom Nicolas le Nourri, une nouvelle édition de St. Ambroise, accompagnée de savantes notes, en 2 vol. in-folio. On lui doit aussi la Vie de St. Augustin, à laquelle il travailla avec Dom Vaillant sur les Mémoires de l'abbé de Tillemont. Ce n'est pas un des moindres ornements de la nouvelle édition des Œuvres de ce Père, à la fin desquelles elle a été insérée. Dom Frische travailloi à une nouvelle édition de St. Grégoire de Nazianze, lorsqu'il mourut à Paris, le 15 mai 1693, avec la réputation d'un savant vertueux.
FRISCHLIN, (Nicodème) né à Balingen dans le duché de Wittemberg en 1547, se tua en 1590, à 43 ans, en voulant se sauver d'une tour où ses vers l'avoient fait enfermer. Il avoit beaucoup de talent pour la poésie. On a de lui XVI livres d'Élégies, sept Comédies, deux Tragédies, etc. etc. Sa comédie de Rebecca lui valut une couronne de laurier d'or, que l'empereur Rodolphe voulut lui donner solennellement à la diète de Ratisbonne. Il étoit partisan du célèbre Ramus : ses Écrits en matière grammaticale en font foi. Il a travaillé aussi sur Callimaque, Aristophane, Virgile, Perse, etc. qu'il a ou traduits, ou éclaircis par des notes. Ses Œuvres poétiques parurent en 4 vol. in-8°, 1598 à 1607. Il avoit fait une Traduction d'Oppien, qui n'a pas été publiée, et que les savans regrettent.
FRISCHMUTH, (Jean) né en 1619, à Wertheim dans la Franconie, fut recteur, puis professeur des langues à l'ene, où il mourut en 1687. On a de lui : I. Des Explications fort heureuses de plusieurs endroits difficiles de l'Écriture sainte. II. Plus de soixante Dissertations, in-4°, philologiques et théologiques, sur des sujets curieux, pleines d'érudition.
FRIZON, (Pierre) du diocèse de Rheims, d'abord Jésuite, ensuite grand maître au collège de Navarre et docteur de Sorbonne, mourut en 1651, dans un âge assez avancé. Il a laissé : I. Une Histoire des cardinaux François, sous le titre de Gallia purpurata, 1638, in-folio : ouvrage estimé d'abord, mais qui cessa de l'être, lorsque Baluze en eut dévoilé les bévues dans son Anti-Frizonius. II. Une Edition de la Bible de Louvain, avec les moyens de discerner les Bibles Françoises catholiques, d'avec les hérétiques; 1621, in-folio.
FROBEN, (Jean) célèbre Imprimeur d'Hammelburg dans la Franconie, alla exercer sa profession à Basle. Il fut le premier en Allemagne qui employa le caractère romain, eut de la délicatesse dans l'art d'imprimer, et du discernement dans le choix des auteurs. Il publia une Concordance de la Bible, in-folio, le Speculum de Henri Harp, et plusieurs Bibles en caractères gothiques. Il se proposoit de mettre au jour les Pères Grecs, lorsqu'il mourut d'une châte, en 1527.
FROBISHER, Voyez FORBISHER. I. FROELICH, (Guillaume) né à Soleure en Suisse, servit avec beaucoup de zèle et de gloire les rois François I, Henri II et Charles IX; et commanda, en qualité de colonel, plusieurs régimens Suisses au service de ces princes. Ce fut en grande partie à la fermeté et à la valeur de son régiment, que François I dut la victoire de Cérisoles. Ce brave homme fut créé chevalier par Henri II. Il mourut à Paris en 1562, après 40 ans de service. On lui éleva un mausolée dans l'église des grands Cordeliers. Froelich étoit zélé pour la religion Catholique, autant que pour le service militaire : il quitta sa patrie lorsqu'elle embrassa les nouvelles erreurs.
II. FROELICH, (Érasme) né à Gratz en Série l'an 1700, entra chez les Jésuites en 1716. Il professa les belles-lettres et les mathématiques à Vienne, où il eut occasion de suivre son inclination pour la connaissance des médailles. Il mourut en 1758. Nous avons de lui : I. Quatuor tentamina in re nummaria, Vienne 1737, in-4°, réimprimés en 276 FRO 1740. II. *De figura Telluris*, Passaw 1757, in-4°. III. *Annales rerum et Ilegum Syriæ*, 1751, in-folio. IV. *Des Dissertations* sur des médailles particulières, parmi lesquelles on distingue *Familia Vaballathi nummis illustrata*, 1762, in-4°, etc.
FROIDMONT, (Libert) *Fromondus*, né près de Liège en 1585, interprète royal de l'Écriture sainte à Louvain, mourut doyen de la collégiale de Saint-Pierre de cette ville, en 1653, à 66 ans. *Descartes et Iannénius* étoient ses amis; il publia l'*Augustinus* du dernier; service dont on doit lui savoir peu de gré, quand on réfléchit aux troubles que ce livre a fait naître. On a de *Froidmont*: I. Un bon *Commentaire* latin sur les Épitres de *St. Paul*, 2 tomes in-folio, 1670. C'est proprement un abrégé de celui d'*Estius*. II. *Vincentii Ienis Theriaca*, contre les *Pères Petau* et *Deschamps*, Jésuites. Ce dernier ouvrage est polémique. On a encore de lui dans le même genre, et sous des titres bizarres et ridicules: La *Lampe de St. Augustin*; les *Mouchettes de la Lampe*; *Colloques en rimes entre St. Augustin et St. Ambroise*; ces écrits sont en latin. I. FROILA, premier de ce nom, roi d'Espagne, à Oviédo, à Léon et dans les Asturies, étoit fils d'*Alfonse I*, et commença de régner l'an 757. Il fit d'abord de belles ordonnances pour la police du royaume, et s'opposa aux courses des Maures. Depuis il remporta, l'an 760, une célèbre victoire sur *Omar*, prince des Sarrasins, en Galice, et tua 54 mille de ces barbares. *Froila* souilla sa gloire par le meurtre de son frère *Vimasan*; meurtre vengé bientôt après par *Aurèle* son autre frère, qui lui ôta le trône et la vie en 768.
II. FROILA II, frère d'*Ordogno* roi de Léon en Espagne, lui succéda l'an 923, parce que les enfans de son frère n'étoient pas en état de régner. Il ne sut imiter son prédécesseur que dans ce qu'il avoit fait de mal. A son exemple, il fit mourir les enfans d'un grand seigneur de Castille, nommé Don *Osmond*. Cette action acheva de révolter les Castillans. Ils prirent les armes ouvertement, s'érigèrent en espèce de république, et firent choix de deux magistrats souverains pour les gouverner. *Froila* mourut de la lèpre en 925, après avoir régné un peu plus d'un an.
III. FROILA, *Voy. FRUÉLA*.
FROISSARD, ou FROISSART, (Jean) naquit à Valenciennes en 1337. Un esprit vif et inquiet ne lui permit pas de se fixer longtemps aux mêmes occupations et aux mêmes lieux. Il aimoit la chasse, la musique, les fêtes, la parure, la bonne chère, le vin, les femmes. Ces goûts, fortifiés par l'habitude, ne moururent qu'avec lui. Il voyagea en Angleterre, en Ecosse, en Italie; et son esprit le fit bien accueillir dans toutes les cours où il porta son génie et son inconstance. S'étant enfin retiré dans son pays, il y fut pourvu de la cure de Lessines. Il la gouverna peu de temps, et se remit à voyager. Enfin, il obtint un canonicat et la trésorerie de Chimai, où il mourut vers l'an 1410. *Froissard*, né avec le cœur tendre, avoit aimé de bonne heure les romans. Celui de *Cléomade* fut le premier lien dont l'amour se servit pour l'enchaîner. Il le trouva en- tre les mains d'une jeune demoiselle qui le lisoit, et qui l'invita à le lire avec elle. Il y consentit, et cette lecture lui fit naître une forte passion pour celle qui lui avoit prêté le livre. *Froissard* lui ayant fait lire, depuis, le roman du *Baillon d'Amour*, y glissa une ballade, dans laquelle il commençoit à parler de sa passion. Ce feu naissant avoit fait les plus grands progrès dans son cœur, lorsqu'il apprit que sa maîtresse étoit sur le point de se marier. La douleur qu'il en conçut, le rendit malade pendant plus de trois mois. Il prit enfin le parti de voyager, pour se distraire et pour rétablir sa santé. Ce fut alors qu'il se rendit en Angleterre, où tous les amusements qu'on lui procura, ne purent charmer l'ennui qui le dévoroit. La reine *Philippe de Hainaut*, qui le retenoit en ce pays, ayant connu par un *Virélai* qu'il lui présenta, l'origine de son mal, lui conseilla de retourner dans sa patrie pour en obtenir la guérison... *Froissard* étoit poète et historien; mais il est plus connu sous cette dernière qualité, que sous la première. Sa *Chronique* a été imprimée plusieurs fois. La meilleure édition, et une des moins communes, est celle de Lyon, en 4 vol. in-folio, 1559. Elle s'étend depuis 1326 jusqu'en 1400. *Jean Sleidan* l'a abrégée. *Ménétré* l'a continuée jusqu'en 1466. On y trouve, dans un détail très-circonstancié, et même quelquefois jusqu'à la minutie, les événements les plus considérables arrivés de son temps en Europe. *Froissard*, payé des Anglois et gagné par les caresses du roi *Edouard*, n'en parle pas toujours avec autant d'impartialité que des François. On prétend qu'il y a un *Manuscrit* de sa Chronique à Breslaw, plus fidèle que tous les imprimés. On a encore de lui plusieurs *Pièces de Poésie*, parmi lesquelles on distingue ses *Pastourelles*, un peu trop libres pour un chanoine. *Froissard* fut un des premiers qui mit en vogue la *Ballade*.
FROLAND, (Louis) avocat au parlement de Rouen, mort en 1746, exerça sa profession à Paris, et y fut singulièrement consulté sur la Coutume de Normandie qu'il possédoit très-bien. On a de lui quelques Ouvrages de droit, relatifs à la coutume de son pays. I. *Mémoires concernant la prohibition d'évoquer les décrets d'immeubles situés en Normandie*, 1722, in-4.º II. *Mémoires concernant les Statuts*, 1729, 2 vol. in-4.º III. *Mémoires sur le Séneuf - Consulte Vellée*, 1722, in-4.º IV. — sur la Comté-Pairie d'Èu, in-4.º
FROMAGEAU, (Germain) Parisien, docteur de Sorbonne, succéda à de *Lamet* dans la décision des Cas de conscience. Son désintéressement le porta à refuser tous les bénéfices, et sa charité à accepter l'emploi héroïque d'assister ceux qui sont condamnés au dernier supplice. Il l'exerça long-temps avec beaucoup de zèle. Il mourut en Sorbonne, le 7 octobre 1705, laissant grand nombre de *Decisions* de Cas de conscience, recueillies avec celles de son prédécesseur, en 2 vol. in-folio, Paris 1742.
FROMAGET, (N.) poète et auteur médiocre, mort en 1759, donna quelques romans : I. *Kara Mustapha*. II. *Le Cousin de Mahomet*, 2 vol. in-12, souvent réimprimé, parce que les aven- 278 FRO tures en sont variées et racontées avec gaieté. III. *Mirima*... Il mit aussi plusieurs pièces au théâtre de l'Opéra comique : I. *L'Epreuve dangereuse*, ou le *Pot au noir*, en un acte, 1740. II. En société avec le *Sage*, le *Neveu supposé*, en un acte, 1748, et les *Vicillards rajeunis*. III. En société avec *Panard* ; le *Magasin des choses perdues*. IV. *Les noms en blanc*... *Fromaget* avoit le caractère enjoué, et l'esprit agréable et naturel.
FROMENTEAU, *Voyez* FROMENTEAU.
FROMENTHAL, (Gabriel-Berthon de) juge-mage du Puy-en-Vélay, mort vers 1752, fut l'oracle de son pays par son savoir, et ne fut pas moins estimé pour son intégrité. Ses *Décisions de Droit civil, canonique et François*, 1740, in-folio, sont consultées de tous les juris-consultes.
FROMENTIÈRES, (Jean-Louis de) évêque d'Aire, étoit Manceau. Il prêcha l'Avent devant *Louis XIV* en 1672, et le Carême en 1680, et toujours avec succès. Élève du Père *Semnat* de l'Oratoire, il mit, comme lui, dans ses sermons, de l'élévation et de la solidité. Quoiqu'il eût défendu, en mourant, de les imprimer, on les publia en 1684, 6 vol. in-12. L'illustre orateur, plus attentif au fond des choses qu'à la forme, néglige quelquefois l'harmonie, l'élégance et la pureté du langage : *Voy*. FLÉCHIER. Ce prélat mourut en 1684, extrêmement regretté de son diocèse, malgré les réformes qu'il y avoit introduites.
FRONSAC, *Voyez* MAILLÉ, *III. et ALBON*.
FRONSPERG, (George comte de) d'une famille illustre du Tirol, naquit en Souabe à Minda, près de Memmingen. C'étoit un homme d'une valeur et d'une force extraordinaires. Il servit deux fois l'empereur *Charles V* en Italie, avec beaucoup de gloire, particulièrement à la bataille de Pavie ; mais ses emportemens allèrent jusqu'à la farceur contre l'église Romaine. *Fronsperg* étoit Luthérien ; et au fanatisme d'un hérétique, il joignoit la férocité d'un soldat. Lorsque l'archiduc *Ferdinand* lui proposa, en 1520, de lever des troupes pour l'empereur contre le pape, il accepta cette commission de tout son cœur, et se ébargea même de faire quelques levées à ses dépens. Il fit publier qu'il enrichi, des dépouilles de Rome, ceux qui le serviroient. Les Luthériens accoururent en foule pour s'enrôler sous ses drapeaux ; et sur l'espérance du sac de Rome, ils se contentèrent d'un écu par tête. *Fronsperg* ayant formé une armée d'environ dix-huit mille hommes, se mit en marche au mois d'octobre, pour entrer en Italie. Ce fut alors qu'il fit faire un cordeau tissu d'or et de soie, qu'il portoit en écharpe à la vue de tout le monde. Il disoit à ceux qui lui en demandaient la raison, que c'étoit pour traiter le Pape comme les Ottomans traitoient leurs frères. Ce barbare joignit l'armée du duc de Bourbon sur la fin du mois de janvier 1527. Mais il n'alla pas jusqu'à Rome ; car, pendant que les troupes étoient dans le Bolonois, il fut frappé d'une apoplexie, dont il mourut à Ferrare sur la fin du mois de mars.
FRONTEAU, (Jean) cha-noine régulier Génovétain et chancelier de l'université de Paris, naquit à Angers en 1614, et mourut à Montargis, dont il étoit curé, le 17 avril 1662, à 48 ans. On a de lui divers ouvrages : I. De diebus Festivis, in-folio, dans le Kalendarium Romanum ; Paris, 1652, in-8.º II. Antitheses Augustini et Calvini, 1651, in-16. III. Epistolae ; Liège, 1674, in-16. IV. Des Dissertations pour prouver que l'IMITATION de J. C. est de Thomas à Kempis, et non pas de Gerson ni de Gersen. Le Père Fronteau ne s'attacheit pas à traiter les matières à fond ; mais à trouver des choses singulières, et à fournir des conjectures nouvelles. Il étoit pourtant savant. Il possédoit neuf langues, et ce fut lui qui dressa la bibliothèque de Sainte-Geneviève. Sa piété étoit aussi solide qu'affectueuse.
FRONTIN, (Sextus-Julius Frontinus) brave guerrier et savant jurisconsulte Romain, fut prêteur l'an 70 de J. C. et ensuite consul. Vespasien l'envoya, l'an 78, contre les Anglois, et il les battit plusieurs fois. La lecture des auteurs militaires, Grecs et Romains, perfectionna beaucoup ses connoissances sur l'art de la guerre. Il a laissé quatre livres de Stratagèmes, écrits, à ce qu'on croit, sous Domitien, et imprimés avec les autres Auteurs qui ont traité de l'Art militaire ; Wesel, 1670, 2 vol. in-8° ; et séparément à Leyde, 1731, in-8° ; et Paris, sans notes, 1763, in-12. Ils ont été traduits en françois avec l'olyce, 1770, 3 vol. in-12. C'est l'ouvrage d'un capitaine, autant que d'un savant. L'expédition d'Angleterre l'avoit encore plus instruit que ses lectures. Nerva lui donna l'intendance des eaux et des aqueducs de Rome, sur lesquels il composa un ouvrage en deux livres, imprimé à Basle et à Florence. Son traité De qualitate Agrorum vit le jour à Paris par les soins de Turaëbe, avec les autres Auteurs qui ont écrit sur les Limites. I. FRONTO, (Marcus-Cornélius) rhéteur Latin, eut pour disciples L. Verus et Marc-Aurèle, qui fit ériger une statue à son maître et qui le nomma consul. Son éloquence n'étoit pas fleurie ; mais elle étoit noble et majestueuse, et respiroit une certaine gravité austère : quelques-uns disent que, pour cette partie, il étoit l'émule de Cicéron. Nous n'avons aucun de ses ouvrages ; mais Macrobe dans ses Saturnales, Ausone, St. Jérôme et Sidoine-Apollinaire, en parlent avec la plus grande estime. Ce qui porte à croire qu'il n'étoit pas médiocre, c'est qu'il avoit un genre d'éloquence à lui.
II. FRONTO, (Marcus-Julius) consul l'an 96 de J. C., osa s'écrier en plein sénat, en parlant des abus qui se glissoient dans la punition des délateurs : Il est dangereux d'être gouverné par un Prince sous qui tout est défendu ; (Il vouloit parler de Néron) : et encore plus dangereux de l'être par un Prince sous qui tout est permis. Ces dernières paroles tomboient sur la facilité de Nerva, qui remédia bientôt aux désordres dont elle avoit été la source.
FRONTODUCÆUS, Voy-Duc (Fronton du) 280 FRO
FROTTE. (Louis de) Normand, devint l'un des gens aux roulistes de la Vendée et commandent dès 1792 dans la Basse-Normandie. Après la publication conclue par L'ouïe, il fut un des premiers à reprendre les armes pour délivrer sa mère et les détenus qui avoient été arrêtés comme étages. Il aloit capituler avec le général L'Andreville, lorsqu'une lettre de l'un de ses officiers, qui nommait le lieu où il sétoit retiré, tomba entre les mains de ses ennemis, et fut la cause de sa perte. L'officier qui avoit écrit la lettre, désespéré de son imprudence, se brûla la cervelle; et Frotte, conduit à Verneuil, y fut f sillé le 19 février 1801. En marchant au lieu de l'exécution, un grenadier lui fit observer qu'il ne marchoit plus au pas; Frotte le remer la, et reprit le pas. Il ne voulut pas qu'on lui bandât les yeux; et attendit la mort debout. Il étoit alors agé de ce ans. Sa taille étoit haute et bien prise, son air délié, son courage fertile en ressourcier.
FROULAY, Voy. TESSÉ.
FROULLE. (Jacques-François) libraire de Paris, estimé dans sa profession, fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, en 1794, à l'âge de soixante ans, pour avoir publié la Liste comparative des cinq appels nominaux, dans le jugement de Louis XVI.
FROUMENTEAU. (Nicolas) écrivain du 16e siècle. Ses ouvrages sur le rétablissement des finances, sous le malheureux règne de Henri III, sont encore recherchés malgré leur style surannée, par la candeur, la bonhomie et les vues utiles qui y règnent. Le premier est intitulé : Secret des Finances de France, in-8°, 1581; le second, Cabinet au Roi de France, 1582, in-8°. Ce dernier ouvrage est plein de faussetés et d'infamies. I. FRUCTUEUX. (Saint) évêque de Tarragone, souffrit le martyre, en 229, par ordre d'Émilien, gouverneur de cette ville.
II. FRUCTUEUX. (Saint) évêque de Brague au 17e siècle, se rétira dans une solitude qu'il nomma Complate, et y bâtit un monastère. Il mourut le 16 avril 1665, après avoir édifié le monde et comme évêque et comme religieux.
FRUELA ou FROILA, usurpateur du royaume de Léon vers le milieu du 9e siècle, étoit fils du roi Vermond, et comte de Gaïce. L'ambition le perdit. Il ne put voir, sans envie, la couronne sur la tête d'Alfonse III, son neveu, qui avoit succédé à Ordogno, et qui, par ses belles qualités, étoit digne de régner: il se fit prociamer roi dans cette province. Alfonse, dont la prudence ne s'étendoit pas jusqu'à soupçonner de trahison ceux qui lui étoient unis par le sang, n'apprit cette révolte que, par la marche de Fruela, qui venoit se présenter devant Oviédo avec une armée assez forte; mais, bientôt après, il trouva le moyen de faire poignarder l'usurpateur, et de se rétablir sur le trône vers l'an 866.
FRUGONI. (Charles-Innocent) célèbre poète Italien, né à Gênes, en 1692, d'une famille distinguée, mort à Parme, en 1768, à 76 ans, entra de bonne heure dans la congrégation des Sommasques. Il enseigna les humanités, avec succès, à Bresse, à Rome, à Genes, à Bologne, à Parme. C'est dans cette dernière ville que des amis illustres le fixèrent, après lui avoir persuadé de sortir de son ordre. Il obtint du pape, à la sollicitation du duc Antoine Farnèse, la permission de quitter l'état religieux, et il devint ecclésiastique sécnier. Lorsque le duc de Parme établit dans sa capitale, une académie des beaux arts, l'abbé François, qui en avoit rédigé les statuts, fut nommé secrétaire perpétuelle. Ce prince lui donna plusieurs occasions d'exercer sa mise, qui réussit dans tous les genres, si l'on excepte le dramatique. Ses *Guerres*, en 9 vol. in 20, Parme, 1779, renferment des *Sonnens*, des *Hendéessyllabes*, des *Stipides*, des *Eglognes*, des *Capodiles*, des *Epitres*, des *Odes*, des *Contates*. Ses pauégyristes l'ont comparé à *Chiaverra*. Dans le genre badin comme dans le sérieux, il avoit un style à lui : style remarquable par sa chaleur, son énergie et sa facilité, mais, dans le feu de la composition, il était sujet à des négligences, comme tous les écrivains, même du premier ordre; et ces négligences le feroient prendre souvent pour un poète médiocre. Ses bons mots et les agrémens de sa conversation étoient les délices de la meilleure compagne. L'unjours gai et supérieur à tous les revers, il jouit, même dans un âge avancé, de la santé la plus ferme.
FRUMENCE, (Saint) apôtre de l'Éthiopie, étoit Tyrien. Il s'associa avec *Idesse* son frère, et *Blerope*, marchand et philosophe de Tyr, pour faire le voyage d'Éthiopie. Les deux frères plurent tant au roi par leur sagesse et leur science, qu'il en fit ses favoies. *Framence* se serait de son crédit pour établir la religion Chétienne dans l'Éthiopie, dont il fut ordonné évêque l'an 351, par St. *Athamase*. Le Christianisme fit de grands progrès par son moyen dans ce vaste empire. Ils tombèrent, depuis, dans l'erreur d'*Eutychès*. Le roi d'Éthiopie, envoya, dans le 10e siècle, une ambassade au pape *L'ameut VII*, pour avoir des missionnaires. *Regoire XIII* destina des désuits à cette mission; mais leur succès ne répondit pas à leur zèle, et la plupart furent martyrisés.
FRUTER, ou plutôt FRUTRIERS, (Luc) *Fruterias*, critique, né en 1541, à Bruges, vint à Paris en 1566, et y mourut à 1569, et à 1570, il étoit ami de *Eur* et de plusieurs autres savans. On a de lui quelque *Eur* (1584, 1584, in-80, bien écrits en latin, et qui promettoent beaucoup à la république de l'Italien). Quoique très jeune, il y a lui jugement aussi sans que les vieillards les plus expérimentés.
FUCHLES, *Voy*. FUSCH.
FUENTE, *Voy*. II. PONCE.
FUENTES, (N. comte de) général Espagnol, se distingua dans une longue carrière militaire par son intelligence et son courage. En 1643, il commandoit, quoique octogénaire, cette célèbre infanterie Espagnole, regardée comme invincible jusqu'au moment où le grand *Condé* 282 F U E en triompha à la bataille de Rocroi. Fuentes malade se fit, porter sur un fauteuil dans tous les rangs pour y inspirer sa fermeté. Il y périt, et Condé, en apprenant cette perte, s'écria, qu'il voudroit être mort comme lui, s'il n'avoit pas vaincu.
FUESLIN ; il y a eu de ce nom un peintre Suisse, (Matthias) mort à Zurich sa patrie, en 1665, à 67 ans, laissant un fils héritier de ses talens ; un graveur, Jean Melchior, mort en 1736, à 59 ans, qui étoit aussi de Zurich ; et un ministre Calvinistre (Jean Conrad) mort après 1775, auquel on doit, Thesaurus Historiae Helveticae, 1735, in-fol., et d'autres ouvrages historiques, en allemand, où il se déchaîne contre la religion catholique. Il étoit né à Zurich en 1704.
FUET, (Louis) célèbre avocat au parlement de Paris, mort en 1759, âgé d'environ 50 ans, est auteur d'un Traité estimé sur les Matières Bénéficiales, en 1723, in-4°. M. Rousseau de Lacombe l'a redonné sous le titre Jurisprudence Canonique, in-fol. 1771, après l'avoir rectifié et augmenté.
FUGGER, (Ulric) né à Augsbourg d'une famille riche, fut d'abord camérier du pape Paul III, et se fit ensuite Protestant. Ami des savans et savant lui-même, il faisoit des dépenses si considérables pour acquérir les manuscrits des auteurs anciens, que sa famille lui fit ôter l'administration de son bien. Cet illustre savant se retira à Heidelberg, où il mourut en 1684, à 58 ans. Il légua sa bibliothèque, qui étoit très-belle, à l'électeur Pa- lutin, et laissa plusieurs fondations qui font honneur à sa mémoire.
FULBERT, évêque de Chartres, chancelier de France, suivant quelques-uns, avoit été disciple de Gerbert, depuis pape sous le nom de Sylvestre II. Il passa d'Italie en France, et fit des leçons de théologie dans les écoles de l'église de Chartres. Il mourut le 10 avril 1629, regardé comme le prélat de son temps qui connoissoit le mieux l'ancienne discipline, et qui la faisoit observer avec le plus d'exactitude. Ce saint évêque, au lit de la mort, apperçut Béranger, son disciple, parmi ceux qui étoient venus le visiter. Il fit signe qu'on le fit sortir, « parce qu'il voyoit, dit-il, un dragon auprès de lui. » En effet, Béranger ne tarda pas à répandre ses erreurs. Les Œuvres de Fulbert ont été publiées en 1608, in-8°. On peut voir dans ses Epîtres combien il étoit considéré de tous les princes de son temps: Robert, roi de France; Canut, roi d'Angleterre; Richard, duc de Normandie; Guillaume, duc d'Aquitaine, l'estimoient particulièrement. Le duc Guillaume voulut se l'attacher en lui donnant la trésorerie de Saint-Hilaire de Poitiers. Fulbert ne garda ce bénéfice, avec son évêché, que pour en employer les revenus à rebâtir son église. Il eut même quelque envie de renoncer à l'épiscopat; mais Saint Odilon, abbé de Cluni, le détourna de ce dessein. Les Lettres de Fulbert prouvent ses liaisons avec ce saint abbé, qu'il nommoit l'Archange des Moines. Ces Lettres, bien écrites et pleines de marques de son zèle et de sa fermeté, sont fort utiles pour l'histoire, la discipline et les usages de son siècle. Ses autres ouvrages sont des *Sermons*, des *Hymnes*, des *Proses*; mais ce n'est pas la plus précieuse partie de ses Œuvres.
FULGENCE, (Saint) né à Lepté dans la Bizacène vers 463, de parens nobles, quitta le monde où il auroit pu briller par ses talens, pour s'enfermer dans un monastère. Il devint le père d'une grande communauté. On le tira de sa solitude, pour l'élever sur le siège de Ruspe en Afrique. Son zèle contre l'Arianisme déplut à *Thrasimond*, roi des Vandales, qui l'exila en Sardaigne. *Hilderie*, successeur de ce prince barbare, le rappela : son peuple le reçut comme en triomphe. Pendant son exil, il avoit composé plusieurs ouvrages. L'abbé *Mangeant* en a publié quelques-uns, à Paris, 1684, in-8° : car nous n'avons pas tous ceux qui sont sortis de sa plume. Le principal de ceux qui nous restent, est son traité *De la Prédestination et de la Grace*, en trois livres. Parmi tous les disciples de *St. Augustin*, il n'y en a aucun qui ait mieux saisi sa doctrine, et qui l'ait développée avec plus de clarté. Il reçut le même esprit d'intelligence pour lire les ouvrages de cet apôtre de la grace, que le saint avoit reçu pour les écrire. On lui donna, avec raison, le nom d'*Augustin de son siècle*. Il mourut le premier janvier 533, à 65 ans, après avoir fait des biens infinis en Afrique par une science profonde, unie à une vertu sublime.
FULGENTIUS-PLANCIADES, (*Fabius*) est auteur de trois *Livres de Mythologie*, F U L 283 publiés à Amsterdam, en 1681, 2 vol. in-8°, avec *Julius-Hyginus*, *Lactantius*, *Placidus* et *Albricinus*, par *Muncher*, sous le titre de : *Mythographi Latini*. Il étoit, dit-on, évêque de Carthage dans le 6$^{e}$ siècle. Nous avons aussi de lui un traité curieux : *De priscis vocabulis Latinis*; Paris, 1586, in-4°.
FULGOSE, ou FREGOSE, (Raphaël) enseigna, vers l'an 1438, le droit avec réputation à Pavie et à Plaisance, puis à Padoue, où il mourut, laissant divers ouvrages, peu lus, même par les jurisconsultes. — Il y a un autre FULGOSE ou FREGOSE, (Baptiste) qui fut doge de Gênes sa patrie, en 1478. Voyez FREGOSE, n° II.
FULLER, (Nicolas) né en 1557, à Southampton, fut successivement secrétaire de *Robert Horn*, évêque de Winchester, pasteur de l'église d'Aldington, chanoine de Salisbury, et recteur de Walthan. Il mourut à Aldington en 1623. On a de lui : *L. Miscellanea theologica et sacra*, à Londres, 1617, in-4°. II. Un *Appendix* à cet ouvrage, à Leyde, 1622, in-8°. On y trouve beaucoup d'érudition. L'auteur possédoit très-bien les langues orientales. — Il ne faut pas le confondre avec *Thomas FULLER*, chanoine de Salisbury, mort dans cette ville en 1661, dont on a une *Histoire Ecclésiastique d'Angleterre*, 1656, in-fol., et les *Vies* de ses Hommes illustres, 1662, in-fol.; ni avec *Isaac FULLER*, mort à Londres sous *Charles II*, lequel excella dans les tableaux d'Histoire.
FULOARE, abbé de Saint-Denis en France, mort l'an 784, 284 FUL se distingua par sa piété, par ses talens, et par sa capacité dans les affaires et les négociations importantes dont il fut chargé. Il eut la qualité d'archichapalain, et mérita la confiance des princes et des papes. On dit qu'*Edicens II* lui accorda divers privilèges pour son abbaye de Saint-Denis.
**FULVIE**, dame Romaine, mariée d'abord au séditieux *Ciodius*, ensuite à *Curion*, enfin à *Marc-Antoine*, eut part à toutes les exécutions barbares du triumvirat. Elle étoit aussi vindicative que son mari. Lorsqu'on lui apporta la tête de *Cicéron*, elle perça sa langue avec un poinçon d'or, et joignit à cet outrage, toutes les indignités qu'une femme en fureur peut imaginer. *Antoine* l'avoit quittée pour *Cléopatre*, dont il étoit éperdument amoureux : elle voulut qu'*Auguste* vengeait cet affront ; mais n'ayant pu l'obtenir, elle prit les armes contre lui, et les fit prendre à *Lucius-Antoine*, frère de son mari. *Auguste* ayant été vainqueur, elle se retira en Orient, fut très-mal reçue par *Antoine*, et en mourut de douleur, l'an 40 avant J. C. (*Voy. I. GLAFHYRA.*) *Fulvie* étoit une de ces femmes hardies, ambitiennes, entreprenantes, dans qui les graces de leur sexe recèlent le cœur et l'esprit des hommes les plus ardens. Elle étoit de la famille *Fulvia*, qui donna tant de consuls et tant de grands capitaines à la république Romaine. **I. FULVIUS - NOBILIOR**, (*Servius*) de l'illustre famille *Fulvia*, dont nous venons de parler, fut élevé au consulat l'an 255 avant J. C. avec *Emilius Faulus*. Il signalèrent leur administration par des victoires et des malheurs. Ayant appris l'infortune de *Régnius*, fait prisonnier en Afrique, ils y allèrent pour soutenir la réputation des armes humaines. Ils chassèrent les Carthaginois qui assiégeaient Clupea ; et après avoir fait un grand butin, ils périrent dans un naufrage, avec près de 200 navires. — *Marcus FULVIUS Nobilior*, petit fils du consul, fut envoyé, l'an 189 avant J. C., en Espagne, et y rendit de grands services à la république. Il fut aussi honoré du consulat l'an 103. Il se distingua par la prise d'Ambracie, près du golphe de Larta, et obligea les Étoiliens de demander la paix. — Il y eut, du temps d'*Auguste*, un sénateur nommé *FULVIUS*, qui ayant eu la foiblesse de dire à sa femme un secret important que l'empereur lui avoit confié et qui se trouva divulgué, se donna la mort de regret. Sa femme lui avoit donné elle-même cet exemple funeste. *Voy. MARTIA*.
**II. FULVIUS-URSINUS**, ou
**FULVIO-ORSINI**, Romain, bâtard, dit-on de la maison des *Ursins*. Un chanoine de Latran l'éleva et lui donna son canonicat : il en employa les revenus à ramasser des livres. Il mourut à Rome en 1600, à 70 ans, laissant des *Notes* sur *Cicéron*, *Varron*, *Columelle*, *Festus-Pompélius*, etc. et plusieurs ouvrages sur l'antiquité. On distingue ses traités : I. *De familiis Romanorum*, 1665, in-fol. II. *De Triclinio Romanorum*, 1689, in-12 ; où il a mis à profit tout ce que la belle littérature, dirigée par le goût, peut fournir pour éclaircir cette matière. **I. FUMÉE**, (*Adam*) premier médecin de *Charles VII*, de *Louis XI* et de *Charles VIII*, eut les sceaux par commission en 1492, comme doyen des maîtres des requêtes, et les eut jusqu'à sa mort, qui arriva au mois de novembre 1494. C'étoit un homme universel, tel qu'on pouvoit l'être dans ce temps-là; mathématicien, médecin, poète, historien. Louis XI, qui l'estimoit beaucoup, l'avoit souvent employé dans des négociations.
IL FUMÉE, Voy. REUCHLIN et ATHENAGORE.
FUMEL, (Jean-Félix-Henri de) né à Toulouse en 1717, devint évêque de Lodève, et mourut au mois de janvier 1790. Sa piété égaloit sa bienfaisance. Il a publié les Oraiens funèbres de Louis XV et de son épouse Marie Leczinska. On a encore de lui un livre de dévotion fort répandu, ayant pour titre : Dévotion au sacré cœur de Jésus.
FUNCH, FUNECCIUS, ou FUNCCIUS, (Jean) ministre Luthérien, né à Werden, près de Nuremberg, en 1518; s'attacha à la doctrine d'Osiander, dont il épousa la fille, et exerça le ministère dans la Prusse. Sa fin ne fut pas heureuse, car ayant été convaincu de donner à Albert, duc de Prusse, dont il étoit chapelain, des conseils désavantageux à l'état de Pologne, il fut condamné avec quelques autres, comme perturbateur du repos public. Il eut la tête tranchée à Konigsbärg, en 1566. On a de lui une Chronique depuis Adam jusqu'en 1560; Wittemberg, 1570, in-fol., et quelques autres ouvrages auxquels son supplice donna jadis une célébrité qu'ils n'ont plus aujourd'hui.
FUNDULO ou FONDULI, Voyez GABRINO FUNDULO.
FURETIÈRE, (Antoine) Parisien, né en 1620, s'attacha d'abord à l'étude du droit, et fut, pendant quelque temps, procureur-fiscal de Saint-Germain-des-Prés. La jurisprudence lui paroissant moins favorable à sa fortune que l'état ecclésiastique, il l'embrassa et fut nommé abbé de Chalivoi dans le diocèse de Bourges. Quoiqu'il fût un des membres les plus laborieux de l'académie, il fut exclus de cette compagnie en 1635. L'académie l'accusait d'avoir profité de son travail pour composer le Dictionnaire François qui porte son nom. Il se justifia dans des Factums; mais il ajouta aux raisons, des injures contre plusieurs académiciens, à la vérité écrites avec feu, mais qui n'en étoient pas moins des injures. Il décrit ainsi la manière dont se passaient de son temps les assemblées de l'académie. « Celui qui crie le plus haut, dit-il, est celui qui a raison. Chacun fait une longue harangue sur une bagatelle. Le second répète comme écho ce que le premier a dit, et le plus souvent ils parlent trois ou quatre ensemble. Quand un bureau est composé de cinq à six personnes, il y en a un qui lit, un qui opine, deux qui causent, un qui dort, et un qui s'amuse à lire quelque Dictionnaire qui est sur la table. Quand la parole vient au second, il faut lui relire l'article, à cause de sa distraction dans la première lecture. Voilà le moyen d'avancer l'ouvrage. Il ne se passe point deux lignes, qu'on ne fasse de longues digressions; que chacun ne débite un conte plaisant, ou quelque nouvelle; qu'on ne parle des affaires d'état, et de réformer le gouvernement. » Il accuse les académiciens d'avoir les mains avides de jetons, et d'avoir même 286 FUR refusé leurs suffrages à des récipiendaires, parce qu'ils les jugeaient capables de diminuer leurs profits par leur assiduité. Ce qui fit le plus de tort à *Furetière*, ce fut le fiel qu'il se permit de distiller sur le paisible *la Fontaine*, son ami dans tous les temps. Il l'attaqua sur la différence du *bois en Grume* et du *bois Marmenteau*, qu'il lui reprocha de ne savoir pas distinguer, quoiqu'il eût été officier des eaux et forêts. Le fabuliste, sortant alors de son caractère flegmatique, lui demanda dans une épigramme, si lorsque certaines gens, l'objet de ses satires, avoient frappé sur son dos comme sur une enclume; il lui demanda, dis-je, si c'étoit avec du bois en Grume, ou du bois Marmenteau? *Furetière* répondit à cette épigramme par celle-ci : Dangereux inventeur de cent vilaines fables, Sachez que, pour livrer de médisans astauts, Si vous ne voulez pas que le coup porte à faux, Il doit être fondé sur des faits véritables. Ça, disons-nous tous deux nos vérités: Il est des bois de plus d'une manière: Je n'ai jamais senti celui que vous citez; Notre ressemblance est entière, Car vous ne sentez point celui que vous portez. Malgré ses libelles contre les académiciens, *Furetière* chercha, dit-on, à se raccommoder avec eux avant sa mort, arrivée en 1688, à 68 ans. *Santeuil* fit ces deux vers pour son portrait: *Multum scire notet : si non tam docta locutus* *Felix ingenio viveret ille suo.*
*IV Alembert* auroit voulu substituer au *tam docta*, les deux mots : *tam prava*; parce que ce fut l'esprit satirique de *Furetière*, et non son savoir, qui causa une partie de ses malheurs. Son *Dictionnaire* ne vit le jour que deux ans après, en 1690, 2 vol. in-fol., ou 3 vol. in-4$^{o}$ *Basnage de Beauval* le retouche, l'augmente, et en publia une édition beaucoup meilleure que la première, en 1701, trois vol. in-fol.; réimprimée à Amsterdam, 1725, en 4 vol. in-fol. Ce Dictionnaire semble avoir donné naissance à celui de *Trévoux*, dont la dernière édition est de 1771, 3 vol. in-fol. C'est du moins l'étoffe sur laquelle les éditeurs ont mis leur immense broderie. Ils y ont tant ajouté qu'on ne reconnoit plus le travail du premier ouvrier. En voulant perfectionner le Dictionnaire de *Furetière*, ils l'ont trop enflé de faits historiques, d'étymologies incertaines, de dissertations inutiles. Il falloit se borner, comme cet académicien, à démêler avec ordre et avec clarté les différentes propriétés, les diverses significations des mots, les termes des arts. *Furetière* avoit assez bien rempli son objet dans la première édition, et son Dictionnaire passa dès-lors pour un répertoire utile. M. *Berthelia* a donné un *Abrégé* du *Dictionnaire de Trévoux*, en 3 vol. in-4$^{o}$ *Furetière* s'étoit fait connoître par d'autres ouvrages: I. Par cinq *Satires* en vers, in-12; et des *Paraboles Évangéliques*, aussi en vers, 1672, in-12: les unes et les autres écrites froidement. II. Par son *Roman Bourgeois*. Ce livre, dédié au bourreau, est abandonné à présent à la bourgeoisie de province, quoiqu'il eût eu beaucoup de cours dans son temps, même parmi les gens du grand monde. Il n'y a guères que de la satire, et de la satire personnelle. Ces ouvrages meurent presque toujours avec les personnes qui en sont l'objet. III. Par une *Relation des troubles arrivés au royaume d'Éloquence* : Utrecht, 1703, in-12 : allégorie forcée. Le style de cet académicien étoit presque toujours foible en vers, et dur en prose; et il n'acquéroit de la force et un peu de finesse, que par les méchancetés que lui inspiroit son humeur satirique. Il connoissoit mieux les termes de la langue, qu'il ne savoit les employer. On publia, après sa mort, un *Fureteriana*; recueil qui ne sera jamais capable de faire ravivre sa mémoire. Il disoit avec esprit que le premier auteur des Dédicaces fut sans doute un mendiant. Parmi les épigrammes qu'on lui a attribués, on a distingué celle-ci, qui a pour titre : *Au Roi, pour un Poète campagnard qu'on vouloit mettre à la taille* : Ce poète n'a pas la maille ; Pisise, Sins, à votre bonté, Au lieu de le mettre à la taille, De le mettre à la Charité. Voyez BENSERADE. II. BOYER. CHAPELAIN et COTIN. — FURGOLE, (Jean-Baptiste) avocat au parlement de Toulouse, né en 1690, à Castel-Ferms, dans le Bas-Armagnac, joignit à la science la plus profonde des lois de la jurisprudence Françoise, des usages, des coutumes, la connoissance de cette partie de l'histoire, qui est relative à la législation de tous les temps et de tous les pays. Le chancelier d'*Aguesseau*, qui l'estimoit beaucoup, l'encouragea à entreprendre un *Commentaire sur l'Ordonnance concernant les Donations du mois* de février 1731. Cet ouvrage, imprimé d'abord à Toulouse en un seul vol. in-4°, a été réimprimé en deux, en 1761. L'illustre chancelier lui écrivit à ce sujet, une lettre de sa main, remplie d'estime. Après avoir publié cet ouvrage, il commença son *Traité des Carés primitifs*, etc. un vol. in-4°, 1736, dont l'édition est épuisée depuis long-temps. Il se rendit à Paris pour présenter lui-même son *Traité des Testamens, et autres dispositions de dernière volonté*. Le chancelier parcourut cet ouvrage, et donna de justes éloges à l'auteur. Il parut en 4 vol. in-4°, 1745, et tous les exemplaires se trouvèrent enlevés à mesure que chaque volume vit le jour. Il se préparoit à faire imprimer son *Commentaire sur l'Ordonnance des Substitutions*, lorsque le roi le nomma capitou en 1745. Les occupations de cette charge l'empêchèrent de finir l'édition de cet ouvrage. Il travailla, en attendant, à son *Traité de la Seigneurie Féodale universelle*, et du *Franc-aleu naturel*, qui a paru en même temps que son *Commentaire des Substitutions*, in-12, 1767. Ce savant jurisconsulte, après avoir été le flambeau de la jurisprudence, l'exemple et le conseil de ses concitoyens, mourut au mois de mai 1761, au sein de sa famille, regretté des savans et pleuré de ses amis.
FURIES, Voy. EUMÉNIDES.
FURINE, (Mythol.) Déesse des filoux, étoit aussi la Déesse des sorts pour terminer les procès. Ces fêtes appelées FURINALES, *Furinalia*, se célébroient le 25 de juillet. I FURIUS, esclave Romain, ayant obtenu sa liberté, acheta 288 FUR un petit terrain, et le cultiva avec tant de soin, qu'il devint le plus fertile du canton. Un tel succès lui attira la jalousie de ses voisins, qui l'accélèrent de magie devant le juge. *Furius* amena sa fille, jeune et vigoureuse paysanne; il fit apporter ses instruments de labour, qui étoient en fort bon état, fit venir ses bœufs gros et gras, et montrant tout cela aux juges: *Pères conscrits, voilà, dit-il, mes sortilèges. Que mes voisins soient sorciers comme moi, je ne leur en voudrai aucun mal. Furius* fut absous d'une voix unanime.
II. FURIUS-BIRACULUS, (*Marcus*) poète Latin de Crémone, vers l'an 103 avant J.C., écrivit des *Annales* en vers, dont *Macrobe* rapporte quelques fragmens. C'est de lui que parie *Horace* dans ce vers: *Furius hibernus canà nive conspiri Alpes.* Ses ouvrages étoient au-dessous du médiocre.
FURSI ou FOURSY, (St.) *Fursæus*, d'Irlande, vint en France, bâtit un monastère à Lagni vers l'an 644, dont il fut le premier abbé, et mourut à Mazeroëlles, près de Dourlans, le 16 janvier 650.
FURST, (Walter) *Furstus*, Suisse, natif d'Altorff, dans le canton d'Uri, fut un des fondateurs de la liberté Helvétique. Il se joignit, en 1307, à plusieurs de ses compatriotes, animés du désir de secouer le joug tyrannique d'Albert d'Autriche. *Furst* se distingua dans cette conjuration pour le bien public. Il travailla, de concert avec ses illustres compagnons, à s'emparer de toutes les citadelles bâties pour les contenir. On les démolit, et on fut le premier signal de la liberté. Il vivait encore en 1317. *Voyes* MELCHIAL. I. FURSTEMBERG, (Guillaume de) issu d'une des plus illustres maisons d'Allemagne, grand-martre de l'ordre de Livonie ou des *Torte-Olives*, défendit cette province contre les armes des Moscovites; mais il fut moins heureux en 1500. On le fit prisonnier, et on l'emmène en Moscovie, où il mourut.
II. FURSTEMBERG, (Ferdinand de) évêque de Paderborn, puis de Munster, né à Bilstein, en 1626, fut le père de son peuple, et le *Sècle* des hommes de lettres. On lui est redévalable de plusieurs monuments de l'antiquité, qui étoient dans son diocèse de Paderborn. Il les fit, renouveller à grands frais, les embellit de plusieurs inscriptions, et en publia de savantes descriptions dans ses *Monuments Paderbornensis*, à Amsterdam 1672, in-80; collection utile et curieuse. On lui doit encore des *Liniens*, imprimées au Louvre en 1584, in-fol., et dignes de cet honneur par la pureté du style et la nâblesse des pensées. L'auteur ne vit point cette magnifique édition, étant mort le 6 juin de l'année précédente, 1683.
III. FURSTEMBERG, (François *Egon*, prince de) fils d'*Egon*, comte de Fürstenberg, naquit en 1626. Il fut grand doyen et grand prévôt de Cologne, et l'un des principaux ministres de l'électeur de cette ville. Ayant été élu évêque de Strasbourg en 1665, il conçut le dessein d'y voir voir rétablir la religion catholique, et s'attacha à la France, qui s'empara de cette ville en 1681. L'évêque de Strasbourg mourut à Cologne le 1er avril de la même année, à 55 ans.
IV. FURSTEMBERG, (Guillaume Egon, prince de) frère du précédent, lui succéda dans son évêché. Il s'attacha aussi à la France, devint cardinal et abbé de Saint Germain-des-Prés à Paris, où il mourut le 10 avril 1704, dans sa 75e année.
FUSCH ou FUSCHIUS, (Léonard) appelé l'Eginète d'Allemagne, naquit à Wembdingen en Bavière l'an 1501. Il professa et exerça la médecine avec beaucoup de réputation à Munich, à Ingolstadt, et ailleurs. L'empereur Charles-Quint l'anoblit; et Cosme, duc de Toscane, lui offrit 600 écus d'appointemens pour l'attirer dans ses états. Il s'attacha surtout à la botanique, la partie la plus essentielle de la médecine. Son exemple et ses leçons la firent renaître en Allemagne, et excitèrent l'émulation en France et en Italie. Parmi le grand nombre d'ouvrages qu'on a de lui, on ne citera que son Historia Stirpium, le meilleur de tous, à Basle, 1542, in-fol. Les figures qui enrichissent cette édition, la font très-rechercher. Il mourut en 1566, à Tubinge, âgé de 65 ans. Le satirique Scaliger dit: « que Fuschius n'est qu'un collecteur des ouvrages des autres, et que son Histoire des Plantes est l'ouvrage d'un enfant. » — Il faut le distinguer de Renacé-Fuschius, médecin de Limbourg, mort chanoine de Liège en 1587, dont on a une Histoire des Plantes; Anvers, 1544; et les Vies des Médecins, Paris, 1542. 1 cm V. 289.
FUSELIER, Voyez FUZELIER.
FUSI, (Antoine) docteur de Sorbonne, et curé de Saint-Barthélemi, et de Saint-Leu son annexe, fut privé de ses bénéfices par sentence de l'officialité, rendue sur des accusations de magie et d'incontinence. La sentence avant été confirmée par la primatie, il se retira à Genève en 1619, s'y maria, et y mourut. Il avoit donné, sous le nom de Juvain Solonicque, une satire contre Vivian, maître des comptes, marguillier de Saint-Leu, intitulée: Le Mastigophore, 1609, in-8°; et depuis sa retraite à Genève, il y donna le Franc-Archer de la veritable Eglise, 1619, in-8°. Il eut un fils qui se fit Mahométan à Constantinople, pour décliner la juridiction de l'ambassadeur de France, qui devoit le juger pour un crime qu'il avoit commis.
FUSTH ou FAUST, (Jean) orfèvre de Mayence, fut un des trois artistes qu'on associe ordinairement pour l'invention de l'imprimerie, à Guttemberg et Schaeffer. Il n'est cependant pas bien certain qu'il ait eu part à la découverte, autrement qu'en fournissant des fonds à Guttemberg, qui en avoit déjà fait les premiers essais à Strasbourg, avec des caractères sculptés et mobiles, avant que de venir à Mayence. A l'égard de Schaeffer, qui étoit écrivain de profession, et qui devint depuis gendre de Faust, on ne peut lui disputer la gloire d'avoir imaginé les poinçons et les matrices, à l'aide desquels cet art admirable fut porté à sa perfection. Le premier fruit de ce nouveau procédé, qui constitue l'origine 290 F U S du véritable art typographique, fut le *Durandi Rationale divinorum Officiorum*, que *Faust* et *Schäffer* publièrent en 1459, et qui fut suivi, l'année d'après, du *Catholicon Joannis Januensis*: *Voyez* BALBI. Parut ensuite la *Bible* de 1462, si recherchée des amateurs de raretés typographiques. Ces trois ouvrages avoient été précédés de deux éditions du *Pseautier*, par les mêmes artistes; la première en 1457, et la seconde en 1459; mais exécutées l'une et l'autre avec des caractères de bois sculptés, et par un mécanisme qui leur étoit commun avec *Guttemberg*. Ces deux éditions du *Pseautier*, si excessivement rares, sont des chefs-d'œuvre de typographie qui étonnent les gens de l'art, tant par la hardiesse, la propreté et la précision avec laquelle l'industrie *Schäffer* en a taillé les caractères, qui imitent la plus belle écriture du temps, que par la beauté et l'élégance des lettres initiales, imprimées par rentrées de trois couleurs, bleu, rouge et pourpre, à la manière des camaïeux, et par la justesse et la netteté de l'impression. On connoît cependant des livres que l'on juge plus anciens que ceux que nous avons cités, quoique la date, ni le nom du lieu et de l'imprimer n'y soient pas marqués. Tels sont: I. Une *Bible* de la bibliothèque Mazarine, en deux vol. in-folio. II. Le *Speculum vitæ humanæ*, en 58 planches. III. Une *Histoire de l'ancien et du nouveau Testament*, représentée en 40 figures gravées en bois, avec des sentences et des explications latines, sculptées sur les mêmes planches. IV. L'*Histoire de Saint Jean l'Evangéliste*, de même en 48 planches. V. *Ars moriendi*, en 24 planches, imprimées seulement d'un côté. Chaque page est composée d'une estampe en bois, qui représente un exemple des misères de la vie humaine, avec quelques explications gravées sur la même planche; les feuillets sont collés ensemble deux à deux; ce livre a été vendu mille francs, à la vente du cabinet de *Mariette*, en 1775. Ces trois derniers livres, qui sont tous in-fol., précèdent sûrement l'impression en caractères mobiles, et peuvent remonter jusqu'en 1440. La *Bible* doit avoir été imprimée entre 1450 et 1455. On a écrit et répété bien des fois, que *Faust* étant venu à Paris pour y vendre une partie de son édition de la *Bible* de 1462, et en ayant vendu les exemplaires à vil prix, en comparaison de ce qu'on payoit alors les Bibles manuscrites, et à des prix fort différens, avoit été pursuivi en justice par les acheteurs, qui se plaignoient de les avoir surpayés; que même accusé de magie à cause de la parfaite ressemblance qu'on avoit remarquée entre les caractères, il avoit été obligé de s'enfuir. Il peut se faire que *Faust* ait vendu à Paris, comme manuscrits, des exemplaires de cette *Bible*, ou de celle de la bibliothèque Mazarine, *Voyez* l'article GUTTEMBERG; qu'il les ait vendus à différens prix; que quelques acheteurs se soient plaints d'avoir suracheté: mais quant à l'accusation de magie, c'est une vieille fable qui ne mérite aucune croyance. *Voyez* DURRIUS. Quoi qu'il en soit, on ne peut douter que *Faust* ne soit revenu depuis cette époque à Paris. Il y étoit en 1466, et la preuve en résulte d'un exemplaire des *Offices de Cicéron*, publiés cette année par le même Faust, et Schœffer son gendre, existant dans la bibliothèque publique de Genève, à la fin duquel le premier possesseur de ce livre a noté de sa main, « qu'il lui a été donné par Jean Faust, à Paris, au mois de juillet 1466. » On peut croire que Faust mourut de la peste, qui, cette même année, enleva 40,000 habitans à la capitale pendant les mois d'août et de septembre; et d'autant mieux qu'on ne trouve plus que le nom de Schœffer seul dans les souscriptions des livres imprimés postérieurement à Mayence. Voyez II. CUSTER.
FUZELIER, (Louis) Parisien, éultiva les lettres dès son enfance. Il fut rédacteur du Mercure, conjointement avec la Bruère, depuis le mois de novembre 1744, jusqu'à sa mort, arrivée le 19 septembre 1752, dans la 80e année de son âge. Cet auteur ingénieux et facile travailla pour tous nos théâtres : I. Celui de l'Opéra a eu de lui, depuis 1713, Les Amours déguisés ; Arion ; le Ballet des âges ; les Fêtes Grecques et Romaines ; les Amours des Dieux ; les Amours des Deesses ; les Indes galantes ; l'Ecole des Amans ; le Carnaval du Parnasse ; les Amours de Tempé ; Phaëtuse, acte de ballet ; Jupiter et Europe, exécuté aux petits appartemens de Versailles ; et les Romans, opéra en trois actes, mis en musique dans ces derniers temps par Cambini. II. Les pièces jouées au théâtre François, sont : Cornélie, avec le président Hesnault ; Mormus Fabuliste ; les Amusemens de l'Automne. III. Celles qu'il a données au théâtre Italien, sont en plus grand nombre : l'Amour, Maître de langues ; le Mai ; la Méridienne ; la Mode ; le Faucon ; Melusine ; le Vieux Monde ; les Noces de Gamache. IV. Enfin, il avoit fait, seul, ou en société, beaucoup de pièces pour l'Opéra comique, et le jeu des Marionnettes, depuis 1701. Les principales de ces pièces sont : Arlequin grand Visir ; la Matrone d'Ephèse ; Arlequin défenseur d'Homère ; le Réveillon des Dieux, etc. **G**AAL, fils d'*Obed*, alla à Sichem, dans le dessein de défendre et d'affranchir les habitans de cette ville, de l'oppression et de la tyrannie d'*Abimelech*; mais il se vit indignement trahi par un certain *Zébul*, qui par les avis qu'il donna à *Abimelech*, fut cause que *Gaal* fut battu, mis en fuite, et ses troupes taillées en pièces. *Gaal* étant rentré dans Sichem, *Zébul* l'en chassa avec ses gens.
**GABALIS**, *Voyez* VILLARS, n.º III.
**GABATO**, (Sébastien) surnommé le Nocher, *Nauclérus*, mérita ce titre par son habileté dans la navigation. Il étoit natif de Venise; il quitta sa patrie, et s'établit à Bristol en Angleterre. Il tenta le premier de suivre une route différente de celle que *Christophe Colomb* tenoit pour aller à l'Amérique. *Colomb* faisoit toujours voile vers les Canaries, de là vers les Açores, et arrivoit en Amérique par le sud-ouest. *Gabato*, au contraire, crut qu'on arriveroit plutôt et avec moins de peine, si l'on faisoit voile toujours vers le nord-ouest; et il ne se trompa point. *Henri VII* lui donna, en 1496, trois vaisseaux marchands, avec lesquels il découvrit la terre de Labrador. On peut voir, sur ce célèbre navigateur, la *Vie de Henri VII*, par le chancelier *Bacon*.
**GABBARA**, géant de neuf pieds huit pouces de haut, dont *Pline* fait mention. On le mena d'Arabie à Rome, du temps de l'emperieur *Claude*.
**GABETS**, *Voy*. DESGABETS.
**GABIÉNUS**, soldat de la flotte d'*Auguste*, étant tombé entre les mains de *Sexto Pompée*, fils du grand *Pompée*, fut laissé pour mort sur le rivage, où il demeura tout le jour. Sur le soir, il demanda à voir *Pompée*, ou quelqu'un de ses amis. Plusieurs le vinrent trouver de sa part. Il leur dit: *Qu'il avoit été renvoyé des enfers, pour annoncer que sa cause étoit favorisée des Dieux infernaux; qu'il en devoit espérer un bon succès, et que pour assurance de ce qu'il disoit, il expireroit en leur présence, après avoir exécuté l'ordre qu'il avoit reçu*. Il rendit en effet le dernier soupir; mais l'événement de cette guerre ne répondit pas à sa prédiction. Le jeune *Pompée* fut défait deux ans après, et perdit même la vie par ordre de *Marc-Antoine*, l'an 35 avant Jésus-Christ.
**GABINIEN**, célèbre rhéteur, enseigna avec beaucoup de réputation la rhétorique dans les Gaules, pendant environ vingt ans, sous l'empire de *Vespasien*. C'étoit, selon *St. Jérôme*, un torrent d'éloquence. Ce Père renvoie au recueil des *Discours de Gabinien*, ceux qui aiment la délicatesse et l'élégance du style. Ces discours n'existent plus aujourd'hui.
GABINIUS, (*Aulus*) consul Romain, 58 ans avant J. C., ayant obtenu le gouvernement de la Syrie et de la Judée, par les intrigues du tribun *Clodius*, réduisit *Alexandre*, fils d'*Aristobule*, roi de Judée, à demander la paix, rétablit *Hircan* dans la dignité de grand pontife, et rendit la tranquillité à la Judée. Il tourna ensuite ses armes contre les Parthes; mais *Ptolomée Aulcès* lui ayant offert mille talens pour être rétabli sur le trône d'Égypte, il marcha vers ce royaume. La cupidité étoit l'âme de toutes ses entreprises. Il prolongea la guerre autant qu'il put; *Arché-lâus*, ennemi de *Ptolomée*, payoit chèrement ces retardemens. *Arché-lâus* ayant été tué dans un combat, *Gabinius* mit son rival en possession de son royaume. De retour à Rome, il fut accusé de concussion, et bannit *Cicéron*, qui l'avoit voulu faire condamner pendant son absence, le défendit alors, et harangua vivement pour lui, à la prière de *Pompée*. *Gabinius* mourut à Salone, vers l'an 40 avant J. C.
GABOR, *Voyez* BETLEM-GABOR. I. GABRIEL-SÉVÈRE, né à Monembasie, autrefois Epidaure, ville du Péloponnèse, ordonné évêque de Philadelphie en 1577, quitta cette ville, où il y avoit très-peu de Grecs, pour se retirer à Venise. Il fut évêque des Grecs répandus dans le territoire de la république. On a de lui divers *Ouvrages de Théologie*, publiés en 1671, in-4°, par *Richard Simon*, en grec et en latin, avec des remarques dans lesquelles il prenne qu'on ne peut pas mettre cet évêque au rang des Grecs latinisés, puisqu'il a écrit contre le concile de Florence. Quoique peu favorable aux Latins, le prélat admettoit la transsubstantiation ainsi qu'eux. On le verra clairement dans son *Traité des Sacremes*, on des plus précieux morceaux de son recueil. Les autres écrits qu'il renferme, sont : Une *Défense* du culte que les Grecs rendent au pain et au vin que l'on doit consacrer, lorsqu'on les porte au sanctuaire; un *Discours* de l'usage des Colybes, ou des légumes cuits, etc.
II. GABRIEL-SIONITE, savant Maronite, professeur des langues orientales à Rome, fut appelé à Paris pour travailler à la *Polyglotte de le Jay*. C'est lui qui fournit les bibles Syriaque et Arabe, imprimées dans cette *Polyglotte*. Il les avoit copiées sur des manuscrits, et y avoit ajouté, par un travail inconcevable, les points voyelles que nous y voyons, avec une version latine. Cet habile homme mourut à Paris en 1648, professeur royal dans les langues Syriaque et Arabe. Les savans de cette capitale se perfectionnèrent sous lui dans la connoissance de ces idiomes. Il laissa quelques *Ouvrages*. Il ne dirigea pas jusqu'au bout la *Polyglotte de le Jay*. S'étant brouillé avec ce dernier, on appela *Abraham Ecchellensis*, pour le remplacer. *Gabriel-Sionite* traduisit encore la Géographie Arabe, intitulée : *Geographia Nubiensis*, 1619, in-4°
III. GABRIEL, (Antoine de St-) Feuillant. *Voyez* III. BERNARD, vers la fin.
IV. GABRIEL, (Jacques) célèbre architecte, né à Paris en 1661, étoit parent et élève du célèbre *Bianard*. Il se ren- 194 G A B dit digne de son maître. Il acheva le *bâtiment de Choisi* et le *ont Royal*, ouvrages commencés par son père, architecte du roi. Il donna le projet de l'*Égoût de Paris*, et les plans d'un grand nombre de bâtiments publics, parmi lesquels on cite ceux de l'*Hôtel de ville*, de la *Cour du Présidial* et de la *Tour de l'Horloge* de Rennes; de la *Maison de ville* de Dijon, de la *Salle* et de la *Chapelle des États*; du *Pont* de Blois, etc. Son mérite lui valut les places d'inspecteur général des bâtiments, jardins, arts et manufactures, de premier architecte et premier ingénieur des ponts et chaussées du royaume, et le cordon de l'ordre de *Saint-Michel*. Il mourut à Paris en 1742, à 77 ans. Son fils, premier architecte du roi, héritait des talens de son père, et les transmit à son fils, mort en 1782.
GABRIELI, (N...) prélat Romain, d'une famille noble, se laissa séduire par un certain docteur *Oliva*, qui se mêlait de sortilège. Ils furent arrêtés sous le pape *Alexandre VIII*, ainsi que quelques-uns de leurs adhérents. Ils avouèrent qu'ils tenoient des assemblées nocturnes, dans lesquelles ils offroient au Démon du sang humain, mêlé avec des hosties et des reliques. On leur fit d'autres imputations non moins atroces. La torture leur fit déclarer des choses incroyables, et qu'il est inutile de rapporter. La plupart des malheureux partisans d'*Oliva* furent condamnés à une prison perpétuelle. *Gabrieli* perdit tous ses bénéfices et ses dignités, et fut enfermé dans un château, où il vécut jusqu'à la fin du dernier siècle.
GABRIELLE DE BOURBON, fille de *Louis de Bourbon I*, comte de Montpensier, épousa, en 1485, *Louis de la Trémouille*, tué à la bataille de Pavie en 1525. Elle en eut *Charles*, comte de Talmond, tué à la bataille de Marignan, en 1515. Elle mourut au chateau de Thouars en Poitou, le 31 décembre 1516. On a d'elle: I. *L'Instruction des jeunes Pu-celles*. II. *Le Temple du Saint-Esprit*. III. *Le Voyage du Pénitent*. IV. *Les Contemplations de l'Ame dévote, sur les Mystères de l'incarnation et de la passion de J. C.*; et d'autres ouvrages de piété, manuscrits. Cette princesse avait autant de vertu que d'esprit.
GABRIELLE D'ESTRÉES, — *Voyez ESTRÉES*, n.º IV.
GABRIELLE DE VERGI, — *Voyez FAÏEL*. I. GABRIELI, (Nicolas) dit *Laurentio* et *Bienzi*, né à Rome dans l'obscurité, n'eut point les sentimens conformes à la bassesse de sa naissance. Il fit d'excellentes études, et possédoit *Cicéron*, *Volère-Maxime*, *Tite-Live*, les deux *Sénèques*, et les Commentaires de *César*, aussi bien que les auteurs Italiens. La lecture des chefs — d'œuvre de l'ancienne Rome lui donna un goût extrême pour la liberté républicaine. Sa réputation le fit députer par les Romains vers *Clément VI* à Avignon, pour engager ce pape à revenir à Rome. *Pétrarque* se joignit à lui; le poète présenta au pontife un beau poème latin, et *Gabrino* lui fit une harangue éloquente. Il y dépeignoit Rome privée de ses deux yeux, le pontificat et l'empire. Son éloquence plut au pontif G A B 295 tife, et ne le persuada pas. *Gabrino*, de retour à Rome, forma le projet de s'en rendre maître; il se fit décerner par le peuple le gouvernement de la ville et le titre de *Tribun*. Il osa faire crier dans les rues de Rome, au son des trompettes: « Que chacun eût à se trouver sans armes, la nuit du 19 mai 1347, dans l'église du château *Saint-Ange*. » Après y avoir fait célébrer, presque en même temps trente messes du Saint-Esprit, auxquelles il assista, il sortit de l'église vers les neuf heures du matin, et mena le peuple au Capitole. Il arbora trois étendards, sur lesquels étoient peints les symboles de la liberté, de la justice et de la paix, et fit lire quinze règlements dressés pour parvenir au *Bon état*. C'étoit sous ce nom qu'il cachoit ses projets ambitieux. Alors voyant son autorité bien affermie par la soumission des grands et du peuple, il créa un nouveau conseil qu'il nomma *Chambre de Justice et de Paix*. Il purgea Rome en peu de temps des malfaiteurs, des meurtriers, des adultères, des voleurs et des gens décriés. Son nom répandit la terreur dans l'Italie, et il se servit de cette terreur pour l'asservir entièrement. Il leva une armée de vingt mille hommes, assembla un parlement général, et envoya des courriers à tous les seigneurs et à toutes les républiques, pour les solliciter d'entrer dans la ligue du *Bon état*. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que presque par-tout on le remercia de son zèle pour la patrie. *Pétrarque* écrivoit des lettres en sa faveur, et le comparoit à *Brutus*. Le *Tribun* reçut en même temps des ambassadeurs de l'empereur *Louis* de Bavière, de *Louis I*, roi de Hongrie, et de *Jeanne*, reine de Naples. *Gabrino*, enflé de sa grandeur, osa citer à son tribunal *Louis* de Bavière, *Charles* de Luxembourg, et les électeurs de l'empire. Il donna des fêtes bizarres, fit arrêter plusieurs seigneurs, et se rendit le tyran de cette même patrie, dont il vouloit être, disoit-il, le libérateur. Le peuple ouvrit enfin les yeux: *Rienzi*, craignant de tristes revers, abdiqua son autorité. S'étant retiré, au commencement de 1348, à Naples, il vécut deux ans avec des hermites, déguisé sous un habit de pénitent. Dégoûté de cette vie, il rentra secrètement dans Rome (*Voyez CECCANO*); et ayant excité une sédition, il fut obligé de se sauver à Prague, où étoit *Charles* de Luxembourg, roi des Romains, qui l'envoya à Avignon à *Clément VI*. Ce pontife le fit enfermer dans une tour, et nomma trois cardinaux pour lui faire son procès. La mort de *Clément* arrêta les poursuites. *Innocent VI*, son successeur, le traita avec beaucoup plus de douceur, et le renvoya à Rome avec le titre de sénateur. Le pontife vouloit l'opposer à un nouvel aventurier, appelé *François Baroncelli*, qui avoit usurpé la qualité de tribun. *Rienzi* n'eut pas de peine à dissiper le fantôme de puissance qu'avoit formé *Baroncelli*. Ce rebelle avoit déjà été mis en pièces par le peuple. *Rienzi*, de captif devenu sénateur, et reçu comme en triomphe à Rome, aliéna bientôt les cœurs par des exécutions cruelles, par son orgueil fastueux, par l'imposition de nouveaux tributs. Les *Colonne* et les *Savelli* amoutèrent les Romains: le Capitole fut assiégé. On crioit: *VIFE LE* 296 G A B
PEUPLE ! MEURE LE TYRAN ! Rienzi parut sur un balcon armé de pied en cap ; une grêle de flèches et de pierres voloit sur lui : il ne put se faire entendre. Il se travestit, se noircit le vi- sage, et sortit du Capitole. Mais ayant été reconnu, il fut arrêté et mené au Perron du Lion, où il avoit prononcé tant de sen- tences de mort. Exposé à la vue du peuple pendant une heure, on le regardoit encore avec une sorte de crainte. Un Romain plus hardi que les autres, lui plongea son épée dans le sein. Aussitôt il fut percé de mille coups, et traîné dans les rues jusqu'au palais Colonne. Ce fut le 8 octobre 1354. Rienzi étoit né avec un esprit vif, entre- prenant, une conception facile, un génie subtil et délié, beau- coup de facilité à s'exprimer, un cœur faux et dissimulé, et une ambition sans bornes. Il étoit d'une figure avantageuse, sévère observateur des lois, im- posteur hypocrite, faisant servir la religion à ses desseins, mettant en œuvres les révélations et les visions pour s'autoriser ; effronté jusqu'à se vanter d'affermir l'au- torité du pape, dans le temps même qu'il la sapoit par les fon- demens ; fier dans la prospérité, prompt à s'abattre dans l'adver- sité : étonné des moindres revers; mais après le premier moment de surprise, capable de tout en- treprendre pour se relever. Son Histoire a été écrite en italien par Thomas Fortipocca, auteur contemporain. Nous en avons une en françois, assez peu exacte, mais curieuse et bien écrite, par le jésuite du Cerceau, avec des additions et des notes de P. Brumoi, de la même société. Cette histoire a été im- primée à Paris en 1733, in-12, sous le titre de : Conjuration de Nicolas GARRINO, dit de Rienzi, Tyrân de Rome en 1347. L'abbé de Mably n'a pas jugé aussi sévèrement Rienzi que son his- torien. « Rienzi étoit, dit-il, fort supérieur à ses contempo- rains ; et dans un siècle plus heureux, il auroit exécuté de grandes choses. Vivement frappé de la différence qu'il voyoit entre le gouvernement des anciens Ro- mains et celui des papes exilés alors de leur capitale, où ils ne savoient pas régner, il s'indigne de l'humiliation de sa patrie, et veut la venger. N'espérant de secours que d'un peuple qui n'é- toit qu'une vile canaille opprimée par les barons, et ne pouvant agir ni comme un prince, ni comme un grand seigneur, il est obligé de sonder les esprits avec une extrême circonspection, de s'expliquer d'une manière hié- roglyphique ; et avant que de vouloir établir la liberté, il veut savoir si la multitude la desire, et mérite d'avoir un tribun. Je conviens que tous les moyens qu'emploie Rienzi sont extraor- dinaires ; mais relativement au point d'où il partoit, et à la fin qu'il se proposoit, ils sont très- sages et très-prudens. Le tribun de la nouvelle Rome, qui sans doute auroit fait un rôle con- sidérable dans l'ancienne, ne fit qu'une faute, mais capitale, et qui ruina nécessairement ses es- pérances et ses projets. L'ambi- tion de Rienzi, en se faisant armer chevalier, ne paroît plus que celle d'un Bourgeois. Pour faire le gentilhomme, il ne s'ap- perçoit pas qu'il dégrade sa qua- lité de tribun, qui l'élevoit au- dessus de la noblesse. Un moment de distraction, un moment de faiblesse le perd entièrement. Il ne peut plus réussir, parce qu'il est méprisé de la noblesse qui l'adopte, et haï du peuple dont il se sépare. De là, des efforts impuissans pour ranimer une autorité expirante, et les moyens tout nouveaux qu'il employa pour se rétablir, mais qui n'inspirent plus ni confiance, ni crainte. » En 1791, on a joué à Paris une tragédie de *Rienzi*, qui, malgré quelques beaux vers, n'obtint aucun succès.
IL GABRINO-FUNDULO, a une place dans l'histoire moderne d'Italie, par sa perfidie et sa cruauté. Après la mort de *Jean*, duc de Milan, en 1411, les *Cavalcabó*, famille puissante de Crémone, se rendirent maîtres de cette ville. *Gabrino* fut d'abord un de leurs plus zélés partisans; mais ayant depuis aspiré lui-même à l'autorité souveraine, il invita *Charles Cavalcabo*, chef de sa famille, à aller à sa maison de campagne, avec neuf à dix de ses parens; ils s'y rendirent, et le scélérat les fit tous assassiner dans un festin. Maître du gouvernement de la ville après cette exécution barbare, il y exerça toutes sortes de cruautés, jusqu'à ce que *Philippe Visconti*, duc de Milan, lui fit trancher la tête. Son confesseur l'exhorta vainement à se repentir de ses crimes: il lui dit fièrement qu'il n'avoit qu'un regret en mourant; c'étoit de n'avoir pas précipité du haut de la tour de Crémone, l'une des plus élevées qui soient en Europe, le pape Jean XXIII et l'empereur Sigismond, lorsqu'ils avoient en la curiosité d'y monter avec lui.
III. GABRINO, (Augustin) fut le chef d'une secte de fanatiques, ques, dont les membres se nommaient les *Chevaliers de l'Apocalypse*. Il étoit né à Bresce. Il se faisoit appeler le *Prince du nombre Septenaire*, et le *Monarque de la Sainte-Trinité*. Cet imposteur disoit vouloir défendre l'église Catholique contre l'*Ante-Christ*, qui seroit adoré dans peu. Les armes de la secte qu'il forma, étoient un sabre et un bâton de commandement en sautoir, une étoile rayonnante, et les noms des trois anges *Gabriel*, *Michel* et *Raphaël*. Plusieurs de ces chevaliers portoient ces armes sur leurs habits et sur leurs manteaux, et leur nombre s'accrut jusqu'à 80; c'étoient, pour la plupart, des artisans qui travailloient l'épée au côté. Quoiqu'ils eussent des sentimens très-dangereux, ils étoient très-charitables. *Gabrino*, se trouvant dans l'église le jour des Rameaux de l'année 1694, pendant qu'on chantoit l'antienne, *Qui est ce Roi de gloire?* courut l'épée à la main au milieu des ecclésiastiques, et s'écria que c'étoit lui. On le prit pour un fou, et on l'enferma aux petites-maisons. Un autre de ces fanatiques, qui étoit bûcheron, découvrit, peu de temps après, tout ce qu'il savoit des mystères de la secte; on arrêta une trentaine de ses confrères, et le reste se dissipa.
GABUPET, (Nicolas) chirurgien du roi *Louis XIII*, ne se rendit pas moins recommandable par la candeur de ses mœurs, que par son habileté dans sa profession. Lorsqu'on fut obligé de préparer des lieux pour y recevoir ceux qui étoient attaqués de la peste, *Gaburet* fut nommé en 1621 pour les gouverner. Cet emploi offrit une ample matière 298 G A C au zèle du chirurgien. Il se com- porta dans ses fonctions, presque autant en missionnaire éclairé qui cherche à guérir les amies, qu'en chirurgien expérimenté qu'à donne son application à la guérison des corps. Il mourut en 1662, dans un âge assez avancé.
GACÈ, (Le comte de) Voy. III. MATIGNON.
GACON, (François) fils d'un négociant de Lyon, né en 1667, d'abord Père de l'Oratoire, sor- tit de cette congregation pour satifaire la double passion de la poésie et de la satire. Il avoit de la facilité; on dit même que Ré- guard l'employoit, lorsqu'il étoit pressé, à mettre en vers quel- ques scènes de ses comédies; mais cette facilité lui fut funeste; il ne s'en servit que pour médire. Il se faisoit gloire du vil métier de satirique, et s'annonçoit tel par-tout, même à la tête de ses ouvrages. Il y a quelquefois d'assez bonnes choses dans ses satires, mais encore plus de mauvaises. La plupart ne regardent que de petits auteurs, obscurs dans leur temps même, aujourd'hui entiè- rement inconnus. Gacon, quoi- que satirique déclaré, avoit une sorte d'équité. Infiniment éloigné des talens de Despréaux, son modèle, il avoit aussi, dit l'abbé Trublet, moins de fiel; et c'étoit un de ces hommes dont on dit quelquefois qu'ils sont plus foux que méchans. Il n'étoit mordant que par une certaine franchise, qu'il n'étoit pas le maître de re- tenir. Ses principaux écrits sont: I. Le poète sans fard, ou Dis- cours satiriques sur toutes sortes de sujets, 2 vol. in-12, 1696. Quelques mois de prison furent le prix des traits de satire dont cet ouvrage, d'ailleurs assez mé- dicore, est parsemé. Il le publia avec des changemens en 1701, et toujours sous le titre de Poète sans fard. Il en auroit eu besoin cependant pour relever ses pla- titudes satiriques: On peut à Despréaux pardonner la satire; Il joignit l'art de plaire au malheur de médire. Le miel que cette abeille avoit tiré des fleurs, Pouvoir de sa piqûre adoucir les douleurs.
II. Une Traduction d'Anacréon, en vers françois, 2 vol. in-12, 1712, le meilleur des ouvrages de Gacon. Il est vrai que ses chefs - d'œuvre seroient, tout au plus, la plus mauvaise pro- duction d'un bon écrivain. Il commenta le poète Grec à sa façon. Il noya le texte dans de prétendues anecdotes sur son au- teur, et dans une foule de ré- flexions satiriques, où il s'atta- che moins à expliquer son ori- ginal, qu'à insulter quelques gens de lettres. III. L'Anti-Rous- seau, ou Histoire satirique de la Vie et des Ouvrages de Rousseau, en vers et en prose, par M. F. Gacon. C'est un gros vol. in-12, publié en 1712, composé de ron- deaux et de réflexions satiriques. Rousseau s'étant réconcilié avec la Mothe, dans le temps qu'il vivoit encore à Paris, on lui demanda si Gacon n'entreroit pas dans le traité. Belle demande! répondit Rousseau; quand les généreux de deux armées sont d'accord, la paix n'est-elle pas censée faite avec les goujats. Ga- con qui sut cette réponse ne l'oublia point; et ce fut en par- tie ce qui donna lieu à la satire contre Rousseau. Ce dernier se vengea de ce libelle, par plusieurs épigrammes pleines du sel le plus piquant, et moins délicates qu'énergiques. IV. L'Homère véné, 1715, in-12, contre la Mothe. Cette satire causa beaucoup plus d'indignation que la précédente, parce que la Mothe étoit le plus doux des hommes, et que Rousseau passait pour très-mordant. L'abbé de Pons, l'ami, et pour ainsi dire le Don Quichotte de l'ingénieux académicien, la dénonça au chancelier. Mad. la duchesse du Maine, à qui l'auteur avoit eu l'impudence de la dédier sans son aveu, désavoua hautement la dédicace. La Mothe seul parut tranquille; il fit ce que devroient faire tous les grands écrivains, déchirés par les petits satiriques obscurs: il méprisa l'auteur et l'ouvrage. Gacon ne craignit pas de lui dire: « Vous ne voulez donc point répondre à mon Homère véné? C'est que vous craignez ma réplique. Eh bien! vous ne l'éviterez pas, et je vais faire une brochure qui aura pour titre: Réponse au silence de M. de la Mothe. » Quand on demandoit à la Mothe, pourquoi il n'avoit rien répondu aux injures de ce vil rimailleur: On n'a rien à gagner, disoit-il, en attaquant ceux qui n'ont rien à perdre. V. Les Fables de la Mothe, traduites en vers françois, au Café du Parnasse, in-8. De toutes les plaisanteries de Gacon, c'est la moins mauvaise. VI. Plusieurs Brevets de la Calotte, dans les Mémoires pour servir à l'histoire de cette turpitude, 1752, quatre vol. in-12. VII. Emblèmes ou Devises Chrétiennes, 1714 et 1718, in-12. VIII. Plus de deux cents Inscriptions en vers, pour les portraits gravés par des Ro- chers. IX. Le Secrétaire du Parnasse, 1723, in-8. Gacon reprit l'habit ecclésiastique sur la fin de ses jours. Il eut le prieuré de Baillon, près Beaumont-sur-Oise, où il mourut le 15 novembre 1725, âgé de 58 ans. On se seroit moins étendu sur cet écrivain, s'il n'avoit acquis une sorte de célébrité par ses Satires: il ne la meritoit point par son style lâche, lourd et diffus en prose, dur et rampant en vers. Il remporta pourtant le prix de l'académie Françoise en 1717; mais beaucoup d'auteurs médiocres ont eu cet honneur, soit que les pièces manquent, soit que les bons écrivains ne s'embarrassent pas d'ajouter à leurs lauriers les couronnes académiques, soit que la bassesse et l'intrigue contribuent quelquefois à faire obtenir ces couronnes. On lui fit remettre le prix par l'abbé de Choisy; l'académie ne voulant pas recevoir les remercimens d'un homme qui avoit critiqué presque tous ses membres. I. GAD, septième fils de Jacob par Zelpha, naquit l'an 1754 avant J. C., et fut chef d'une tribu de son nom, qui produisit de vaillans hommes. Ses enfans sortirent d'Égypte, au nombre de 45,650, tous en âge de porter les armes.
II. GAD, prophète que David, persécuté par Saïd, consulta pour savoir s'il devoit s'enfermer dans une forteresse. Le prophète l'en dissuada. Il offrit, par ordre de Dieu, à David, le choix de la famine, de la guerre, ou de la peste, pour punir ce prince de ce que, par vanité, et malgré sa défense, il avoit fait faire le dénombrement du peuple. David 300 GAD ayant choisi la peste, *Gad* lui conseilla d'offrir un sacrifice à Dieu pour appaiser sa colère. I. GADDI, GADDO, (Ange) peintre Florentin, mort en 1312, à 73 ans, excella dans la peinture à la *Mosaïque*. Ses ouvrages sont répandus dans plusieurs villes d'Italie, et sur-tout à Rome et à Florence. Il n'avoit point d'égal, de son temps, pour le dessin. *Gaddi* s'occupa à un genre de travail assez singulier; il faisoit peindre des coquilles d'œufs en diverses couleurs, et les employoit ensuite, avec beaucoup de patience et d'art, pour représenter différens sujets.
II. GADDI, (Taddeo) fils du précédent, élève du *Giotto*, bon peintre et bon architecte, mourut en 1350, âgé de 50 ans. C'est sur ses dessins que fut construit un des ponts qu'on voit à Florence, appelé *Ponte Vecchio*. Il fut employé aussi dans la même ville à terminer la construction de la tour de *Santa-Maria del Fiore*, commencée par le *Giotto*. Il reste aussi de ce maître quelques *Peintures*. Il s'attachoit surtout à bien exprimer les passions, et il n'a pas mal réussi: on remarquoit aussi beaucoup de génie dans sa composition. — Son fils *Ange* mort en 1387, à 63 ans, laissa d'assez bons tableaux.
GADROIS, (Claude) Parisien, directeur de l'hôpital de l'armée d'Allemagne, mourut en 1678, à la fleur de son âge; car à peine avoit-il 36 ans. Il étoit ami du célèbre *Arnauld*, et méritoit de l'être, par la justesse de son esprit et la pureté de ses mœurs, par la bonté de son caractère et la droiture de son cœur. *Basin*, maître des requêtes, et intendant de l'armée d'Allemagne, le prit auprès de lui en qualité de secrétaire, et lui donna, deux ans après, la direction de l'hôpital de l'armée établie à Metz. *Gadrois* se livra alors avec tant d'ardeur et de charité au service des pauvres soldats et des officiers malades, qu'il en contracta une maladie dont il mourut. On a de lui plusieurs ouvrages de philosophie: les plus connus sont, un petit *Traité des influences des Astres*, in-12; et un *Système du Monde*, 1675, in-12. Ses écrits ne sont plus guère consultés, parce que *Gadrois* étoit passionné pour la philosophie de *Descartes*; et que cette philosophie, fruit de l'imagination de son inventeur plutôt que de l'étude de la nature, n'est plus regardée que comme un vieux roman, ingénieux à la vérité, mais dénué de vraisemblance.
GAÉTAN, (Saint) né à Vicence, en 1480, d'une famille illustre, protonotaire apostolique participant, exerçoit cette charge à Rome, lorsqu'il forma le dessein d'instituer un nouvel ordre de Clercs réguliers. *Jean-Pierre Caraffe*, archevêque de Théate ou Chiéti, depuis pape sous le nom de *Paul IV*, *Boniface Colli*, gentilhomme Milanois, et *Paul de Ghisleri*, se joignirent à lui pour commencer l'édifice. Le but de la nouvelle fondation étoit principalement de travailler à inspirer aux ecclésiastiques l'esprit de leur état, de combattre les hérésies renaissantes de toutes parts, et surtout d'assister les malades, et d'accompagner les criminels au supplice. Un des points de cet institut, formé pour soulager les misères humaines, et qui, par conséquent, honoroit l'humanité, étoit de ne point qu'être et de ne rien demander. Les quatre fondateurs, Gaëtan à la tête, firent leurs vœux le 14 septembre 1524, dans l'église de Saint-Pierre au Vatican. Le pape Clément VII avoit donné, deux mois auparavant, une balle approbative de cet ordre de Clercs-réguliers, appelés Théains, parce que Caraffe, leur premier supérieur, conserva le titre d'archevêque de Théa. Gaëtan fut supérieur après lui, et mourut saintement le 17 août 1547, dans la 68e année de son âge, et la 23e de la fondation de son ordre. Clément X le mit au nombre des saints. Voyez sa Vie par le Père de Tracy, 1774, in-12.
GAFFAREL, (Jacques) né à Mannes en Provence, mort à Sigonce dans le diocèse de Sisteron en 1681, à 80 ans, fut bibliothécaire du cardinal de Richelieu. Ce ministre l'envoya en Italie, pour y acheter les meilleurs livres imprimés et manuscrits; Gaffarel en revint avec une abondante moisson. Personne n'a pénétré plus avant que lui dans les sciences aussi mystérieuses que vaines des Rabbins, et dans toutes les ridicules manières d'expliquer l'Écriture, dont se servent les Cabalistes. On a de lui : I. Curiositates inauditas de figuris Persarum talismanicis, avec des notes de Grégoire Michaëlis, à Hambourg, 1676, 2 vol. in-12 : cette édition est la plus estimée. L'auteur y montre l'abus des talismans, les folies et les mensonges des Cabalistes; mais, malade lui-même en voulant guérir les autres, il attribue quelques vertus à ces talismans. Cet ouvrage fut censuré par la Sorbonne. II. Abdita Cabalæ Mysteria defensa; Paris, 1625, in-4. III. Index Codicum Cabalistorum Miss. quibus usus est J. Picus Mirandula; Paris, 1651, in-8. IV. Quæstio pacifica, nam Religionis dissidia, per Philosophorum principia, per antiquos Christianorum Oricutalium libros rituales, et per propria Hareticorum dogmata conciliari possint? in-4, 1645. On dit que le cardinal de Richelieu vouloit l'employer à réunir les Protestans à la religion Catholique; ce fut apparemment pour ce sujet que Gaffarel avoit fait ce Traité, où, parmi des choses singulières, il y a de bonnes vues et des réflexions propres à ramener les hérétiques. V. Histoire universelle du Monde souterrain, contenant la Description des plus beaux autres et des plus rares grottes, caves, voûtes, cavernes et spélonques de la Terre. Il n'y a jamais eu que le Prospectus de cet ouvrage qui ait vu le jour; il est devenu rare. L'auteur en auroit fait un monument de folie et de savoir. Il vouloit y traiter les matières les plus singulières, et de la façon la plus ridicule. Entre ses mains, tout se métamorphosoit en grottes. Il se proposoit de faire des descriptions topographiques et exactes des cavernes sulfureuses de l'Enfer, du Purgatoire et des Limbes. Gaffarel possédoit presque toutes les langues mortes et vivantes. On ne peut lui refuser la gloire de l'érudition; mais il auroit pu charger un peu moins sa mémoire, et s'appliquer davantage à redresser son esprit, trop porté au singulier et au bizarre.
GAGE, (Thomas) Irlandois, Jacobin en Espagne, fut envoyé, 302 G A G en 1625, missionnaire aux Philippines. Il acquit de grandes richesses dans ses missions, et se réfugia en Angleterre, pour en jouir plus tranquillement. Ce moine apostat conseilla à Cromwel de s'emparer de la Jamaïque sur les Espagnols. Il publia, en 1651, en anglois, une Relation curieuse des Indes Occidentales, que Colbert fit traduire en françois. Cette Version, publiée en 2 vol. in-12, 1676, eut autant de succès à Paris, malgré plusieurs retranchemens, que l'original en avoit eu à Londres. Gage étoit le premier étranger qui eût parlé, avec quelque étendue, d'un pays dont les Espagnols défendoient l'entrée à toutes les nations. Voilà ce qui donna cours à ce Voyage, qui, d'ailleurs, n'a pas un grand mérite. L'affectation de l'auteur à débiter de petits contes sur les moines, ses anciens confrères, ses mauvaises plaisanteries sur les cérémonies ecclésiastiques, la haine qu'il fait paroître contre les Espagnols ses bienfaiteurs, les inutilités dans le style et dans les faits, tout cela a indisposé les personnes sensées et les gens de goût contre l'auteur et contre le livre, dont la version françoise est d'ailleurs fort mai écrite. On l'attribue à Baillet.
GAGNÉE, Voyez GAIGNY.
GAGNIER, (Jean) Parisien, se retira en Angleterre pour professer plus librement la religion calviniste, qui étoit celle de sa famille. Il devint professeur des langues Orientales dans l'université d'Oxford, ou il avoit fini ses études. Il illustra cette école par plusieurs ouvrages, pleins d'une foule de remarques savantes, accompagnées d'une critique très-judicieuse et très-éclairée. Les plus connus sont : I. Une excellente Vie de Mahomet, traduite en françois, et publiée à Amsterdam en 1730, en 2 vol. in-12. On y verra une partie des impertinences, que ce prophète conquérant donnoit pour des inspirations divines. Les philosophes peuvent profiter de l'ouvrage du savant, pour saisir le véritable esprit de ce célèbre imposteur. II. Une Traduction latine de la Géographie d'Abulfeda, avec l'arabe à côté, 1732 in-folio. III. Une autre, aussi latine, du livre hébreu de Joseph Ben Gorion, à Oxford, 1706, in-4°, avec des notes très-savantes. IV. Vindicia Kircheriana; Oxford, 1718, in-folio.
GAGUIN, (Robert) général des Mathurins, né à Colines dans le diocèse d'Amiens, d'une famille assez obscure, passoit pour l'homme de son siècle qui écrivoit le mieux en latin. Il fut employé, par les rois Charles VIII et Louis XII, dans plusieurs négociations aussi importantes qu'épineuses, en Italie, en Allemagne en Angleterre. Ces voyages altérèrent sa santé, et interrompirent ses études. Au retour d'une de ses ambassades, il revint avec la goutte, et ne put obtenir du roi un seul regard pour le dédommager de ses maux et de ses peines. Voilà, dit-il, comme la Cour récompense ! Il avoit le cœur sensible et reconnoissant. Il n'abandonnoit pas ses amis dans la disgrace. Le zèle avec lequel il soutint un d'entreux, nommé Guill. FICHET, théologien célèbre de son temps, lui attira des injures et des quolibets : on l'appela Fichétiste. L'exercice de la chaire ne lui plaisoit pas beaucoup ; ce n'est pas qu'il n'eût G A I 303 une certaine éloquence : mais ses manières tenant un peu de la rudesse du cloître, on trouvoit qu'elles contrastoient trop avec la politesse du monde et de la cour. Il paroît, par ses lettres, qu'il étoit un malade inquiet, et qu'il redoutoit beaucoup la mort. Ce malheur inévitable lui arriva cependant à Paris le 22 mai 1501. Il fut inhumé aux Mathurins. Faust Andrelinus lui fit cette Epitaphe : — Illustris nituit qui splendor in Orbe, Bic sua Robertus membra Gaguinus habes. Si tanto non sava viro Libitina pepeciit, Quid speres, docti eatera turba chofi ? Nous avons de lui plusieurs ouvrages en vers et en prose. Les principaux sont : I. Une Histoire de France en latin, depuis Pharamond jusqu'à l'année 1499, in-fol., Lyon, 1524; traduit en mauvais françois, en 1514, par Desrey. Les auteurs des différentes Histoires de France se sont servis de celle de Gaguin, non pas pour les premiers temps de la monarchie, que l'historien a chargés de mille contes fabuleux, mais pour les événements dont il avoit été témoin. Quoiqu'on ait vanté sa latinité, elle n'est ni pure, ni élégante. II. La Chronique de l'Archevêque Turpin, traduite en françois par ordre de Charles VIII, 1527, en gothique, in-4°, ou Lyon, 1585, in-8°. III. Des Epières curieuses, des Harangues, et des Poésies en latin, 1498, in-4°. IV. Une mauvaise Histoire Romaine, en 3 vol. in-fol., en gothique, recherchée par les bibliomanes, etc. V. Un Poème latin sur la Conception immaculée de la Vierge, imprimé à Paris en 1497, et plein d'idées sales : l'auteur y parle d'une de ses maîtresses, en homme moins animé par l'amour que par le libertinage. Les lecteurs, curieux de connoître la conduite, les mœurs, le caractère de Gaguin, peuvent consulter un Mémoire de Michault, dans le tome 45° de la collection du P. Nicoron.
GAI, Voy. GAY (Jean.)
GAJADO, Voy. CAJADO.
GAICHIÈS, (Jean) prêtre de l'Oratoire, né à Condom, d'une famille honnête, théologal de Soissons et membre de l'académie de cette ville, fit honneur à cette compagnie par ses discours académiques, et à sa congregation par ses talens pour la chaire et par la pureté de ses mœurs. Sa façon de penser n'étant pas tout à-fait la même que celle de l'évêque de Soissons (Langart), il se démit de sa théologale, et vint se fixer à Paris où il mourut dans la maison des Pères de l'Oratoire, rue Saint-Honoré, le inq mai 1731, à 83 ans. L'abbé de Lavarde a publié le recueil de ses Œuvres en 1739, in-12. On y trouve 10 Discours Académiques, aussi élégans que judiciaux; et des Mustimes sur le ministère de la Chaire. Cet ouvrage, attribué d'abord à Massillon, qui le désavoua en le louant, est précieux, tant pour la solidité des préceptes, que pour les agrémens du style. Il y a peu de livres écrits avec plus de justesse, de précision et d'élégance.
GAIGNAT, (N.) célèbre bibliophile, recueillit une immensité de livres rares et curieux, dont le catalogue en deux volumes 304 G A I fait suite à la bibliothèque instructive de *Debure*. Il est composé de 3542 articles; et la vente faite en 1769, produisit 223,250 livres, trois sous.
GAIGNY ou GANAY, (Jean de) *Gagnæus*, docteur de Sorbonne, né à Paris, d'une famille qui avoit produit un chancelier de France sous *Louis XII*, mourut en 1549. Il fut chancelier de l'université et premier aumônier du roi *François I*. On a de lui de savans *Commentaires sur le Nouveau Testament*, où le sens littéral est développé avec beaucoup de justesse. On les trouve dans la *Biblia magna* du Père de la Haie, 5 vol. in-fol. Sa méthode, dit le *P. Bertier*, est excellente, et il suit volontiers les plus habiles interprètes Grecs. C'étoit le fruit des instructions qu'il avoit reçues de *Pierre Dauce*, son professeur en langue grecque. Il professa lui-même la théologie scolastique au collège de Navarre avec distinction. Dans ses *Commentaires*, il fait rarement le controversiste, mais c'est toujours à propos et en peu de paroles. *François I* lui demandoit quelquefois son avis sur des entreprises littéraires. Il conseilla un jour à ce prince de faire rassembler tous les manuscrits que possédoient les monastères, et de les conserver à Paris dans une bibliothèque commune. Mais il y a moins de risque à les laisser dispersés, que de les réunir dans un dépôt général, pour les voir tous anéantir par quelque incendie.
GAILL, (André) habile jurisconsulte, né à Cologne en 1526, mort dans la même ville en 1587, fut honoré de plusieurs commissions par les empereurs *Maximilien II* et *Rodolphe II*. On a de lui divers Traités sur des matières de droit qui lui méritèrent le titre de *Papinien de l'Allemagne*. Le plus connu est son recueil intitulé : *Decisiones Camera imperialis*, avec *Meisner*; Francfort, 1603, in-fol. I. GAILLARD, (Michel de) d'une ancienne maison de Provence, né à Paris en 1449, s'attacha à *Louis XI*, devint son maître-d'hôtel, seul général des finances, et général des galéaces de France en 1480. Le duc d'Orléans lui conféra l'ordre du Porcépie. Il épousa en seconde noces, l'an 1482, *Marguerite Bourdin*, qui lui apporte en dot les seigneuries de Lonjumeau, de Chilly, du Fayet, et de Puteau-sur-Seine. Il mourut au château de Lonjumeau le 2 avril 1532. — *Michel II* de GAILLARD, son fils, fut chevalier et panetier du roi *François I*. Il épousa, le 10 février 1512, au château d'Amboise, *Souveraine d'Angoulême de Valois*, fille naturelle de *Charles*, duc d'Orléans et d'Angoulême : *François I*, qui étoit fils du même *Charles*, duc d'Orléans, et par conséquent frère de *Souveraine d'Angoulême*, la légitima à Dijon en 1521.
II. GAILLARD DE LONJUMEAU, de la même famille que le précédent, évêque d'Apt, depuis 1673 jusqu'en 1695, année de sa mort, forma le premier le projet d'un grand Dictionnaire historique universel, et en confia l'exécution à *Moréri* son aumônier. Il fit faire, pour la construction de cet édifice, depuis si augmenté, des recherches dans tous les pays, et sur-tout dans la bibliothèque du Vatican. *Moréri* dédia à son *Mécène* la première édition de son Dictionnaire, entrepris entrepris en Provence, et publié à Lyon en 1674. Il lui donna des éloges magnifiques : l'évêque d'Apt les méritoit, par son amour éclairé pour les arts, et par ses vertus. — La famille de Gaillard subsiste avec honneur en Provence. Voyez VENEL.
III. GAILLARD, (Honoré) Jésuite, né à Aix en 1641, mort à Paris en 1727, à 86 ans, exerça, avec beaucoup de succès, le ministère de la prédication, et fut aussi goûté à la cour qu'à la ville. Nous n'avons de lui que *IV Orai-sons funèbres*, imprimées séparément. Elles prouvent un talent marqué pour l'éloquence brillante et pathétique. Le P. Gaillard avoit rassemblé ses *Sermons* quelque temps avant sa mort ; mais on ne sait ce que ce recueil est devenu. Ce Jésuite joignoit aux travaux de la chaire, ceux de la direction. C'est lui qui convertit la fameuse *Fanchon Moreau*, actrice de l'Opéra, qui épousa depuis un capitaine aux gardes. Le P. Gaillard, suivant l'abbé de *Longuerue*, étoit moins Jésuite qu'un autre.
GAILLARD, Voyez II. FRE-COSE.
GAILLARDE, (Jeanne) savante native de Lyon, se distingua par ses poésies dans le 16e siècle. *Marot*, l'a célébrée, et comparée à *Christine de Pisan*.
GAINAS, Goth, devint général Romain par sa valeur, et sur-tout par la foiblesse de l'empire, qui n'avoit alors aucun grand homme à mettre à la tête des armées. Il fit tuer le perfide *Rufin*, qui vouloit s'emparer du trône impérial. L'eunuque *Eutrope*, favori d'*Arcadius* après *Rufin*, eut la même ambition ; *Gainas* appela les Barbares dans l'empire, et ne les chassa que lorsqu'on lui eut remis l'indigne favori. Les empercurs Romains n'étoient plus ces fiers et puissans monarques de l'univers, qui, au premier ordre, faisoient venir, au pied de leur trône, des rois du bout du monde. Un particulier, un étranger, s'il avoit un peu de courage, les faisoit trembler. *Gainas* n'en continua pas moins de ravager l'empire, après la mort d'*Eutrope*. Il fallut que le lâche et foible *Arcadius* vint le trouver à Chalcédoine pour traiter de la paix. Ils se la jurèrent ; mais le Goth n'ayant pas pu obtenir de *St. Jean Chrysostome* une église pour les Ariens, il tomba sur la Thrace, et mit tout à feu et à sang. *Flavitas* le repoussa jusqu'au-delà du Danube, où il fut tué par *Uldin*, roi des Huns, l'an 400. Sa tête fut portée à *Arcadius*, qui la fit promener dans toutes les rues de Constantinople.
GAINSBOROUGH, l'un des meilleurs peintres Anglois pour le paysage, mérita l'estime publique par ses talens et les agrémens de son caractère. Il est mort en 1788, à l'âge de 61 ans, d'un abcès cancéreux au cou. I. GAIOT, (Marc-Antoine) natif d'Annonay en Vivarais, professeur d'hébreu à Rome, publia en cette ville, l'an 1647, in-8°, les *Aphorismes* d'*Hippocrate*, en trois langues, à trois colonnes : savoir, le texte grec ; une version latine, où il prétend avoir été plus exact que *Foës* ; et une Traduction hébraïque, faite par des Rabbins.
II. GAIOT DE PITAVAL, VOY, GAIOT. 306 G A I
GAITTE, (Charles) docteur de Sorbonne et chanoine de Luzon, publia en 1678, in-4°, un *Troite* théologique, en latin, sur l'usure, qui parut sévère aux casuistes relachés. Il est intitulé : *De usura et fañore*.
GAL, (Saint) natif d'Irlande et disciple de *St. Colombau*, fonda, en Suisse, le célèbre monastère de Saint-Gal, dont il fut le premier abbé en 614. Il mourut vers 646. On a de lui quelques ouvrages peu connus. Il ne faut pas le confondre avec *St. Gal*, évêque de Clermont, mort vers 552.
GALADIN, (Mahomet) empereur du Mogol dans le 16e siècle, s'illustra par ses belles qualités. Il possédoit l'art de régner. Ses sujets pouvoient avoir audience deux fois par jour ; et afin que les personnes de basse condition ne fussent pas repoussées par ses gardes, il fit mettre une clochette à son palais, dont la corde répondoit à la rue. Dès qu'il entendoit le son de la cloche, il descendait ou faisait monter celui qui avoit des demandes ou des plaintes à lui faire. Il mourut en 1605. On prétend qu'il se seroit fait Chrétien, si l'avantage dangereux de la pluralité des femmes ne l'avoit retenu dans le Mahométisme.
GALANTHIS, (Mythol.) fut une servante d'*Alcmène*, femme d'*Amphitron*, roi de Thèbes. Lorsque cette princesse, enceinte d'*Hercule*, étoit en travail, *Junon*, déguisée sous la figure d'une vieille femme, se tint assise à la porte, et embrassoit ses genoux, pour empêcher, par ses enchantemens, la délivrance d'*Alcmène*, qu'elle haïssoit mortellement. *Ga-* *lanthis* s'étant apperçue que tant que la déesse étoit en cette posture, sa maîtresse n'accouchoit pas, alla lui dire que la reine venoit enfin de mettre au monde un beau garçon. *Junon* se leva aussitôt toute en colère, et *Alcmène* fut délivrée dans le même instant. *Junon*, voyant la fourberie de *Galanthis*, se jeta sur elle pour la dévorer, et la métamorphosa en belette.
GALANUS, (Clément) théatin Italien, missionnaire en Arménie, publia à son retour à Rome, en 1650, deux gros volumes in-folio en latin et en arménien, sous ce titre : *Conci- liation de l'Eglise Arménienne avec l'Eglise Romaine, sur les témoignages des Pères et des Docteurs Arméniens*. L'auteur remarque dans sa préface, qu'il a commencé par rapporter les histoires des Arméniens avant de disputer contre eux, parce que tous les schismatiques Orientaux ne veulent qu'à cette condition parler de la religion avec les Occidentaux ; quand ils se voient convaincus, ils répondent : *Qu'ils suivent la foi de leurs Pères, et que les Latins sont des dialecticiens qui, ayant l'esprit subtil, peuvent prouver, comme des vérités, les plus grandes faussetés du monde*. Cette réponse prouve assez que les Grecs sont obstinés dans leur schisme, et par une opiniâtreté naturelle à tous les hommes, et par une haine particulière pour l'Eglise Latine.
GALAS, (Matthien) général des armées impériales, né à Trente, en 1589, fut d'abord en qualité de page auprès du baron de *Beaufremont*, chambellan du duc de *Lorraine*. Il se signala tellement en Italie et en Alle- G A L 307 magne, sous le fameux Tilli, qu'après sa mort il fut mis à la tête des armées de l'empereur Frédéric II. Galas rendit des services importants à l'empire, ainsi qu'au roi d'Espagne Philippe IV. Il voulut même s'emparer de la Bourgogne en 1636; mais il fut battu avec le duc de Lorraine, à Saint-Jean-de-Laune. Il réussit mieux contre les Suédois: cependant son armée ayant été entièrement défaite près de Magdebourg par Tostenson, il fut disgracié de l'empereur. Quelque temps après, on lui rendit le commandement des troupes; mais il n'en jouit pas long-temps, étant mort à Vienne en Autriche en 1647, à 58 ans, avec la réputation d'un des plus grands généraux de son temps. Voy. BANNIER.
GALATÉO, (Antoine) dont le nom étoit Ferrari, naquit en 1484 à Galatina, dans la terre d'Otrante, d'où il a pris son nom. Ses ancêtres étoient Grecs d'origine, et il s'en faisoit honneur. Il s'attacha à la médecine, sans négliger la littérature grecque et latine. Sannazar et Pantauss, qui faisoient cas de ses lumières, le produisirent à la cour de Naples. Il devint médecin du roi; mais sa mauvaise santé et quelques intérêts de famille l'obligèrent de quitter cette place. Il mourut à Lecce en 1617, à 73 ans. Il est auteur des ouvrages suivants: I. De Situ Japigiæ, 1624, in-4°. II. D'une autre Description de Gallipolis. III. Successi dell'armata Turakescanella citta d'Otrando dell'anno 1480, in-4°, 1612: il avoit accompagné le fils du roi de Naples à cette expédition. IV. Un Eloge de la Goutte, qu'il composa pour char- mer les douleurs de cette cruelle maladie. V. Des Vers latins et italiens. VI. De laudibus Venetiarum. VII. Vite de' letterati Salutini, etc. etc. Si l'on juge de cet auteur par la vie qu'il dit qu'il menoit dans sa retraite, on ne peut que l'estimer. Il étoit exempt d'envie, d'orgueil, content d'une douce médiocrité qui le mettoit à l'abri des illusions des richesses et des besoins de la pauvreté; se bornant à des plaisirs honnêtes, et uniquement occupé de ses devoirs. Voyez, à ce sujet, un passage intéressant dans les Mémoires de Niceron, tom. XI, pag. 149 et 150.
GALATHÉE, (Mythol.) nymphe de la mer, fille de Nérée et de Doris, fut aimée de Polyphème: elle lui préféra Acis, que le géant écrasa sous un rocher qu'il lança sur lui; mais les dieux, touchés de compassion pour ce berger, le changèrent en fleuve.
GALATIN, (Pierre) Franciscain, savant dans les langues et dans la théologie, se fit un nom par son traité De Arcanis Catholicae veritatis, contre les Juifs. Il y a eu plusieurs éditions de cet ouvrage, qui, sans être bon, renferme des choses curieuses. La meilleure est celle de Francfort 1612, in-folio. Galatin vivoit encore en 1532. On l'a accusé de copier R. Martin.
GALAUP DE CHASTEUIL, né à Aix, d'une famille noble en 1588, ami du célèbre Peiresc, avoit beaucoup de goût pour les langues orientales, et alla les cultiver dans le pays même. Il se retira en 1631 sur le mont Liban, où il partagea son temps entre l'étude et la prière. Les 308 GAL courses des Turcs troublèrent souvent le repos de sa solitude; mais sa vertu faisoit impression sur l'esprit même des barbares. Il étoit si parfaitement connu de tous les Maronites, qu'après la mort de leur patriarche, ils voulurent le revêtir de cette dignité. Le saint solitaire la refusa, et mourut peu de temps après, le 15 mai 1644, à 56 ans, dans un monastère des Carmes-déchaussés. On peut consulter sa Vie, in-12, écrite par Marchetti, prêtre de Marseille. — Il y a eu encore, de cette famille, François et Pierre GALAUP. Le premier, précepteur du fils du duc de Savoie, mort à Vercell en 1658, à 52 ans, cultivoit la poésie, la philosophie et la littérature. Il s'étoit mis d'abord au service de Lascaris, grand-maître de Malte; puis à celui du grand Condé, qui le fit capitaine de ses gardes. Ce prince étant sorti du royaume, Galaup se retira à Toulon, où il arma un vaisseau de guerre sous la bannière de Malte. Après s'être signalé pendant plusieurs années, il fut pris par des Algériens et mis en esclavage. Il en sortit au bout de deux ans, et passa au service du duc de Savoie, qui, pour récompenser son mérite, le gratifia d'une pension de deux mille livres. Il avoit traduit les Petits Prophètes, et mis en vers françois quelques livres de la Thébaïde de Stace. — Le second, mort en 1727, à 83 ans, faisoit joliment des vers provençaux, et étoit lié avec Furetière, la Fontaine, Boileau, et Mlle de Scudéri. Il a laissé une Explication, in-folio, des Arcs de triomphe, dressés à Aix, pour l'arrivée des ducs de Bourgogne et de Berri.
GALBA, (Servius Sulpitius) empereur Romain, de la famille des Sulpices, féconde en grands hommes, naquit dans une petite ville d'Italie, proche Terracine, le 24 décembre, la 5e année avant l'ère commune, c'est-à-dire la veille de la naissance de J. C. — Servius Sulpitius GALBA, son père, célèbre jurisconsulte, étoit si petit et si contrefait, qu'il fut souvent exposé à la raillerie. Un jour qu'il plaidoit devant Auguste, il dit à ce prince: Corrigez-moi, si vous avez quelque chose à reprendre. — Je puis bien vous avertir, lui répondit Auguste, mais je ne puis vous corriger. Son fils, dont il est question dans cet article, exerça, avec honneur, la charge de prêter à Rome, puis celles de gouverneur d'Aquitaine, de proconsul d'Afrique, de général des armées de la Germanie, et ensuite dans l'Espagne Tarragonoise. Dans le temps qu'il étoit en Afrique, il rendit un jugement non moins sage que celui de Salomon. Deux citoyens se disputant la possession d'un cheval, sur lequel les témoins ne s'acordoient point, Galba ordonna que l'animal seroit conduit, les yeux bandés, à son abreuvoir ordinaire; qu'ensuite on lui ôteroit son bandeau, et qu'il appartiendroit à celui de ses deux maîtres chez qui il se rendroit de lui-même. (Suétone, dans la Vie de Galba, no XI.) Il ne parut pas moins exact observateur de la justice dans la Tarragonoise. Il fit couper les mains à un banquier infidèle, et ordonna que, pour l'exemple, on les attachât sur son bureau. Il condamna au supplice de la croix un tuteur qui avoit empoisonné son pupille; et comme, en qualité de citoyen Romain, il demandoit quelque adoucissement, il lui fit dresser une croix blanche et plus haute que les croix ordinaires. Au milieu de ses emplois, *Galba* se livra à la solitude, pour ne point donner prise aux soupçons inquiets de *Néron*. Il ne put les éviter. Ayant désapprouvé les vexations cruelles que les intendans exerçoient dans toutes les provinces de l'empire, *Néron* envoya ordre de le faire mourir. *Galba* échappa au supplice, en se faisant proclamer empereur. Toute la Gaule le reconnoit. *Néron* est forcé de se donner la mort, l'an 68 de J. C. Quoique moins affermi sur le trône qu'aucun de ses prédécesseurs, *Galba* ne prit aucune précaution pour sa sureté. Il se livra au contraire à trois hommes obscurs, que les Romains appeloient ses *Pédagogues*. Le premier favori étoit *T. Vinius Rufinus*, autrefois son lieutenant en Espagne, et d'une insatiable avarice. Un jour étant à la table de l'empereur *Claude*, il vola une coupe d'or. *Claude*, qui en fut informé, le fit inviter encore le lendemain, et le fit servir seul en vaisselle de terre. C'étoit un homme adroit, hardi, vif et prompt, mais d'un mauvais naturel, et capable de donner à un prince les conseils les plus pernicieux. Le second favori étoit *Cornélius Laco*, capitaine de ses gardes, que son orgueil rendoit insupportable à tout le monde; mais extrêmement lâche et paresseux, ennemi de tous les avis dont il n'étoit pas l'auteur, et ayant autant d'ignorance que de présomption. Le troisième étoit *Marcianus Icelus*, le premier de tous les affranchis de *Galba*, et qui ne prétendoit pas moins qu'à la pre- première dignité dans l'ordre des chevaliers. Ces trois favoris, le gouvernant tour à tour avec des vices différens, le firent passer continuellement d'un vice à un autre. A la vérité, il rappela les exilés du règne précédent; mais l'avarice l'empêcha d'achever son ouvrage, il oublia la restitution des biens confisqués au profit de l'empereur; et au lieu de réparer les crimes de *Néron*, il s'en rendit le complice. Pour remplir le trésor épuisé, il ordonna une recherche des largesses insensées de son prédécesseur. Elles montoient à deux cent cinquante millions, et elles avoient été répandues sur des débauchés, sur des farceurs, et sur les ministres des plaisirs de *Néron*. *Galba* voulut qu'ils fussent tous assignés, et qu'on ne leur laissât que la dixième partie de ce qui leur avoit étédonné. Mais à peine ce dixième leur restoit-il. Aussi prodigues du bien d'autrui que du leur, ils ne possédoient ni terres ni rentes. Les plus riches ne conservoient qu'un mobilier que le luxe et leur goût pour l'attirel du vice et de la mollesse leur avoient rendu précieux. *Galba*, très-avide d'argent, trouvant insolvables ceux qui avoient reçu les gratifications de *Néron*, étendit la recherche jusques sur les acheteurs qui avoient acquis d'eux. On conçoit quel bouleversement dans les fortunes résulta de cette opération, dont trente chevaliers Romains furent chargés. Une multitude d'acquéreurs de bonne foi furent inquiétés: on ne vit dans toute la ville que biens mis en vente. Ce fut pourtant une joie publique, de trouver aussi pauvres ceux que *Néron* avoit prétendu enrichir, que ceux qu'il avoit dépouillés. Mais on souf- froit très – impatiemment que *Vinius*, favori de l'empereur, qui l'engageoit dans des discussions onéreuses à un très-grand nombre de citoyens, àravât, par son luxe, les yeux de ceux qu'il vexoit, et abusât de son crédit pour tout vendre et pour recevoir de toute main, il n'étoit pas le seul qui exerçât ce trafic. Tous les affranchis et tous les esclaves de *Galba* le faisoient en sous-ordre, se hâtant de profiter d'une fortune subite, et qui ne pouvoit durer long-temps. Il y avoit un commerce ouvert pour tout ce qui trouvoit des acheteurs : établissemens d'impôts, exemptions et privilèges, impunité des crimes, condamnation d'innocens ; et sous le nouveau gouvernement, renaquirent tous les maux de l'ancien. Les soldats n'eurent pas moins à s'en plaindre que les citoyens. Les troupes de la marine lui ayant demandé le titre de *Legionnaires*, que *Niron* leur avoit accordé, il fit fondre sur elles ses cavaliers, qui en massacrèrent une grande partie. *Galba*, aspirant au trône, avoit promis de grandes sommes aux Prétoriens ; il les refusa, dès qu'il y fut monté. *Un empereur*, leur dit-il fièrement, doit choisir ses soldats, et non les acheter. Cette réponse irrita ses troupes ; elles proclamèrent *Othon*, et assassinèrent *Galba* le 1er janvier 69. Ses dernières paroles furent une sentence : *Frappes*, si c'est pour le bien du peuple *Romain*, et il tendit le cou. « Cet empereur, dit l'abbé de *Mably*, fut dans l'empire ce que *Sylla* avoit été dans la république : l'un donna le premier exemple de la tyrannie, l'autre de la révolte. Il dévoila un secret funeste aux Romains, et funeste à lui-même, en leur apprenant qu'un empereur pouvoit être élu hors de Rome : *Evulgato Imperii arcano posse praecipem alibi quam Roma ferri*. » (Tacit. Hist. L. 1.) *Galba* fut grand tant qu'il ne régna pas ; mais ses vertus devinrent des défauts lorsqu'il fut empereur. Il ne sut pas s'élever avec la fortune, et garda toujours le caractère d'un particulier, ou il outra celui de roi. Il avoit 73 ans lorsqu'il fut tué. *Galba* est le dernier des empereurs qui ait été d'une ancienne noblesse. Tous ses successeurs furent des hommes nouveaux. Quatre empereurs de suite s'étoient attachés, pendant près de soixante ans, à exterminer tous les plus grands noms. Le peu de familles illustres qui restoient, étoufferent la splendeur périlleuse de leur origine par l'obscurité de leur vie. Le nom de *Galba* que portoit le prince, objet de cet article, étoit le surnom de la famille des *Sulpitius* à Rome. On dit qu'il fut donné au premier, à cause de sa petitesse ; d'autres disent à cause de sa grosseur. On connoissoit déjà de ce nom *Galba*, (*Sergius*) personnage consulaire, et le plus éloquent de son temps, selon *Sudtone*, qui, ayant obtenu le gouvernement de l'Espagne après sa préture, fit égorger, par trahison, trente mille Lusitaniens ou Portugais, et pilla sa province. *Caton* l'ancien s'étant rendu son accusateur auprès du peuple, il alloit être condamné au bannissement, lorsqu'il embrassa, au milieu de l'assemblée, ses deux fils, encore enfans, avec tant de tendresse et de larmes, que le peuple, touché de compassion, le renvoya absous.
GALBES, *Voyes* CALVO,
**GALE**, (Thomas) savant Anglois, né en 1636, à Scruton dans le comté d'Yorck, étoit fort versé dans la littérature grecque et dans la théologie. Il fut successivement directeur de l'école de Saint-Paul, membre de la société royale de Londres, et enfin doyen d'Yorck en 1697. Il remplissoit avec honneur ce dernier poste, lorsqu'il mourut le 3 avril 1702. C'étoit un de ces hommes modestes, doux, officieux, qui sont aussi chers à la société qu'à la littérature : ses ouvrages décèlent une profondeur d'érudition étonnante. Les principaux sont : I. *Historiae Poeticae antiqui Scriptores*, à Paris, in-8°, 1675. Ce sont les anciens écrivains de la mythologie, accompagnés de savantes notes, et précédés d'un Discours préliminaire non moins savant. II. *Jamblicus de Mysteriis Egyptiorum*, etc., à Oxford, in-fol., 1778, en grec et en latin, avec des éclaircissemens qui renferment un fonds d'érudition immense. III. *Historiae Britannicae, Saxonicae et Anglo - Danicae Scriptores quindecim*, Oxford, 1687 et 1691, 2 vol. in-folio, avec une préface qui fait sentir le mérite de cette compilation, et une Table des matières fort ample. IV. *Antonini iter Britanniarum*, 1709, in-4°. Cette édition d'un ouvrage non-seulement utile, mais nécessaire pour la géographie ancienne, est ornée de notes. Son fils Roger GALE la publia. V. *Rhetores selecti*, à Oxford, 1676, in-8°, d'un mérite égal aux précédents. VI. *Opuscala Mythologica, Ethica et Physica*, en grec et en latin, à Cambridge, 1671, in-8°, ou Amsterdam, 1688 : recueil marqué au coin G A L 311 des autres écrits du même auteur.
**GALEANO**, (Joseph) savant médecin de Palerme, naquit en 1605. Il pratiqua son art avec beaucoup de succès, en développa les principes avec d'autant plus de sagacité, qu'il l'avoit exercé pendant cinquante ans. Son génie s'étendoit à tout, belles lettres, poésie, théologie, mathématiques ; mais il ne fit qu'effleurer ces différens genres, pour approfondir davantage la médecine. On a de lui plusieurs ouvrages en italien. Les plus connus sont : *Metodo di conservar la muta, e di curare ogni morbo con solo uso dell'aqua vita*, en 1622, in-4°. Il *Caio con più diligenza ezzaminato*, 1674, in-4°. On en a aussi en latin, parmi lesquels on distingue son *Hyppocrates redivivus, paraphrasibus illustratus*, en 1650, 1663 et 1701 : et sa *Politica medica pro leprosi*. On lui doit encore un *Recueil des petites Pièces* des écrivains les plus célèbres qui ont cultivé les muses Siciliennes, en cinq vol. *Galeano* mourut le 28 juin 1675, dans un âge avancé, regretté de sa patrie, dont il étoit l'oracle. Les pauvres perdirent en lui un bienfaiteur généreux. On attribua sa mort à l'imprudence d'un chirurgien, qui, après l'avoir saigné, lui banda si fortement l'ouverture de la veine avec un linge mouillé, qu'il lui survint une violente fièvre. **I. GALEN**, (Matthieu) de Westrapel en Zélande, enseigna la théologie, avec réputation, à Dillingen, puis à Hovai, devint chancelier de l'université de cette ville, y fit fleurir les sciences, et mourut en 1573. On a de lui : I. *Commentarium de Christiano et Catholico Sacerdote*, in-4.º II. *De originibus Monasticis*. III. *De Missæ sacrificio*. IV. *De seculi nostri Choreis*; et d'autres écrits pleins d'érudition, mais d'une érudition assez mal digérée.
II. GALEN, (Jean Van-) capitaine fameux au service des Provinces-Unies des Pays-Bas, né d'une bonne famille, mais pauvre, commença par être matelot. Ses progrès furent si rapides, que, dès l'âge de 26 ans, il fut capitaine de vaisseau. Il se signala contre les François, les Anglois, les Maures et les Turcs. En 1652, il bloqua, avec quelques vaisseaux des états de Hollande, six vaisseaux Anglois enfermés dans le port de Livourne. D'autres vaisseaux étant venus à leur secours, il y eut un combat dans lequel Van-Galen fut blessé à la jambe. On voulut l'engager à se retirer; mais il répondit : *C'est mourir glorieusement, que de perdre la vie au milieu de la victoire que l'on remporte pour sa patrie!* Il fallut lui couper la jambe, et il mourut neuf jours après à Livourne, l'an 1653. Son corps fut transporté à Amsterdam; les États lui firent ériger un monument superbe.
III. GALEN, (Christophe-Bernard Van-) d'une des plus anciennes familles de Westphalie, porta d'abord les armes. Il les quitta pour un canonicat de Munster, mais sans perdre le goût de son premier état. Élu évêque de cette ville, et ne pouvant la soumettre à son autorité, il l'assiégea en 1661, la prit et la conserva, en faisant bâtir une forte citadelle. En 1664, il fut choisi pour être un des directeurs de l'armée de l'Empire, contre les Turcs, en Hongrie. Il n'eut pas le temps d'y signaler son courage, la paix ayant été conclue d'abord après son arrivée. L'année suivante, il endossa encore la cuirasse pour les Anglois contre les Hollandois, et remporta sur eux divers avantages. La paix se fit en 1666, par la médiation de Louis XIV; mais à guerre recommença en 1672, pour une seigneurie que la Hollande lui retenoit. Uni avec les François, il enleva aux États plusieurs villes et places fortes. Les armes de l'empereur l'ayant obligé de faire la paix, il se ligua avec le roi de Danemarck contre le roi de Suède, et lui enleva quelques places. Van-Galen, grand capitaine, mauvais évêque, avoit la bravoure d'un soldat; mais il en avoit aussi toute la cruauté. L'électeur de Brandebourg l'ayant forcé d'évacuer Groningue, il ordonna qu'on tuât tous les blessés qui ne donnoient aucune espérance de guérison. Il mourut le 19 septembre 1678, à 74 ans, aussi peu regretté de son peuple que de ses troupes. On peut voir sa Vie, traduite en François par le Lorrain, en 1679, in-12. C'est un ouvrage assez mal fait, et encore plus mal écrit; mais il y a des faits. I. GALEOTI-MARTIO, (*Galeotus-Martius*) natif de Narni, fut d'abord professeur de belles-lettres dans l'université de Padoue, ensuite secrétaire de Matthias Corvin, roi de Hongrie, et précepteur de Jean Corvin, son fils. Il fit différens voyages en Italie, et ne quitta la Hongrie qu'en 1490, après la mort de Matthias. Enfin, il vint en France pour présenter un de ses ouvrages à Charles VIII. Il retournoit en Italie, et il étoit aux portes de Lyon, lorsqu'il voulut descendre de cheval; mais comme il étoit fort gros, il fit une chute, dont il mourut vers 1492. On a de lui : I. Un Recueil des bons mots de Matthias Corvin, dans la collection des historiens de Hongrie, 1600, Francfort, in-fol. II. Un traité De Homine interiore, et de corpore ejus, Basle, 1517, in-4.º III. De incognitis vulgo. Ce livre, publié vers 1479, fit beaucoup de bruit, à cause de quelques sentimens peu orthodoxes, qu'il fut obligé de rétracter à Venise. Les inquisiteurs l'auraient soumis à une peine plus rude que la rétractation, si Sixte IV, qui avoit été son disciple, ne l'eût protégé. IV. De Doctrina promissa, Lyon, 1552, in-8° : mélange de questions physiques, médicales et astronomiques. Il y a eu un autre GALEOTI, (Barthélemi) qui donna, dans le seizième siècle, une Histoire des Hommes illustres de Bologne, sa patrie.
II. GALEOTI, (Nicolas) Jésuite Italien, mort en 1748, est célèbre par la Vie des Généraux de sa Compagnie, avec leurs Portraits, vol. in-fol., latin et italien, imprimé à Rome en 1748. Ses savantes notes sur le Muscum Odeschalcum, Rome, 1751, 2 tom. in-fol., sont un ouvrage posthume.
GALÈRE-ARMENTAIRE, empereur Romain. V. II. MAXIMIEN.
GALERIA, Voyez VALERIA. G A L 315 I. GALIANI, (P. D.) moine Célestin, naquit à Foggia dans la Pouille en 1681, apprit le grec et l'hébreu, et après avoir publié quelques ouvrages de théologie, il se livra à l'étude des mathématiques. Ses profondes connoissances dans cette partie le firent choisir par le roi de Naples pour diverses fonctions importantes. Il mourut le 25 juin 1753. Sa modestie l'empêcha de publier un grand nombre d'ouvrages qu'il avoit faits. On lui attribue l'invention et les combinaisons de la nouvelle loterie par extraits, ambes et ternes, qui fut d'abord établie à Gênes, et du jeu du Loto. On lui doit des Remarques sur le Traité des conjectures de Bernouilli.
II. GALIANI, (Ferdinand) neveu du précédent, naquit à Naples en 1728. La vivacité de son esprit et de ses repères, l'étendue de ses connoissances lui acquirent bientôt de la renommée. Après avoir embrassé l'état ecclésiastique, il voyagea dans diverses cours de l'Europe et résida long-temps à Paris, où il se fit estimer des hommes de lettres les plus célèbres. Il mourut dans sa patrie le 30 octobre 1787, à 59 ans. Ses principaux écrits sont : I. Un Traité des Monnoies, qui parut d'abord à Naples en 1750, et qui y a été réimprimé depuis en 1780 avec de savantes additions. L'auteur employa 21 ans à le composer. Il est divisé en cinq livres; le premier traite des métaux, le second de la nature de la monnoie, le troisième de sa valeur, le quatrième de son cours, le cinquième de ses avantages. Les publicistes peuvent y puiser de grandes connoissances sur cet objet impor- 314 G A L tant d'économie politique. II. Dialogues sur le Commerce des grains. Ils sont pleins de sel et d'originalité. Cet ouvrage parut à l'époque des qucrelles des économistes en France, et y fit grand bruit. III. L'abbé Galiani a laissé un Commentaire sur les poésies d'Horace, qui est resté inédit. Louis Diodati a publié en 1788 à Naples la vie de ce savant. —Son frère, Bernard GALIANI, a donné, en 1758, une traduction italienne de Vitruve, avec un excellent Commentaire, et qui a été imprimée à Naples avec tout le luxe typographique.
GALIEN, (Claudius GALENUS) célèbre médecin sous Antonin, Marc-Aurèle, et quelques autres empereurs, naquit à l'Argame d'un habile architecte, vers l'an 131 de J. C. On n'épargna rien pour son éducation. Il cultiva également les belles-lettres, les mathématiques, la philosophie; mais la médecine fut son goût et son talent principal. Il parcourut toutes les écoles de la Grèce et de l'Égypte, pour se perfectionner sous les plus habiles maîtres. Il s'arrêta à Alexandrie, le rendez-vous de tous les savans, et la meilleure école de médecine qu'on connut alors. D'Alexandrie il passa à Rome, et s'y fit des admirateurs et des envieux. Ses confrères, jaloux de sa gloire dans l'art si conjectural, mais si utile à l'humanité, de guérir les malades, attribuèrent ses succès à la magie. Toute la magie de Galien étoit une étude profonde des écrits d'Hippocrate, et sur-tout de la nature. Une peste cruelle, qui ravagea une partie du monde, l'obligea de retourner dans sa patrie; mais il fut rappelé à Rome par les lettres obligeantes de Marc-Aurèle. Cet empereur avoit une confiance aveugle en lui. C'est ce que prouve un fait que Galien raconte lui-même. « Ce prince, dit-il, ayant été attaqué tout d'un coup, dans la nuit, de tranchées de ventre, et d'un grand dévoiement qui lui donna la fièvre, ses médecins lui ordonnèrent de se tenir en repos, et ne lui donnèrent, dans l'espace de neuf heures, qu'un peu de bouillon. Ces médecins étant ensuite retournés chez l'empereur, où je me rencontrai avec eux, jugèrent à son pouls qu'il entroit dans un accès de fièvre; mais je demeurai sans dire mot, et même sans tâter le pouls à mon tour. Cela obligea l'empereur à me demander, en se tournant de mon côté, pourquoi je ne m'approchois pas? A quoi je répondis, que ses médecins lui ayant déjà tâté deux fois le pouls, je me tenois à ce qu'ils avoient fait, ne doutant pas qu'ils ne jugeaient mieux que moi de l'état de son pouls. Mais ce prince n'ayant pas laissé de me présenter son bras, je lui tâtai le pouls; et l'ayant examiné avec beaucoup d'attention, je soutins qu'il ne s'agissoit point d'une entrée d'accès; mais que son estomac étant chargé de quelque nourriture, qui ne s'étoit pas bien digérée, c'est ce qui causoit la fièvre. Ce que je dis persuada si bien Marc-Aurèle, qu'il s'écria tout haut: C'est cela même! vous avez très bien rencontré! je sens que j'ai l'estomac chargé; et redit par trois fois ces mêmes paroles. Il me demanda ensuite ce qu'il avoit à faire pour se soulager? Si c'étoit quelque autre personne, répondis-je, qui fût dans l'état où est l'empereur, je lui donnerois un peu de poivre dans du vin, comme je l'ai pratiqué en plusieurs occasions. Mais comme l'on n'a accoutumé de donner aux princes que des remèdes très-doux, il suffira d'appliquer sur l'orifice de l'estomac de l'empereur, de la laine trempée dans de l'huile de nard bien chaude... Marc-Aurèle, continue Galien, ne laissa pas de faire l'un et l'autre de ces remèdes; et s'adressant ensuite à Pitholaüs, gouverneur de son fils : Nous n'avons, dit-il en parlant de moi, qu'un médecin; c'est le seul honnête homme que nous ayons... Après la mort de ce prince, Galien retourna dans sa patrie, où il mourut dans une vieillesse avancée, vers l'an 210 de J. C. Il dut sa longue vie à sa frugalité, car il étoit d'ailleurs d'un tempérament très-délicat. Sa maxime, et ce doit être celle de quiconque aime sa santé, étoit de sortir de table avec un reste d'appétit. Ses mœurs, son caractère répondaient à son habileté, et ajoutoient encore à sa réputation. Son assiduité auprès des malades, son attention à observer leur état et à ne rien précipiter, les secours gratuits donnés ou procurés aux pauvres, sont de grands exemples qu'il a laissés à ceux qui exercent sa profession. Outre les principes de la médecine, il avoit approfondi ceux de toutes les sectes philosophiques. Ce grand homme manqua de lumières dans les idées qu'il se forma des Chrétiens : il les confondoit avec les Juifs, qu'il accusoit de croire aveuglément les fables les plus absurdes, et devint leur ennemi déclaré. Une partie des Écrits de cet illustre médecin périt dans un incendie qui arriva de son temps même à Rome (*). Ceux qui nous restent ont été publiés à Basle, en 1538, 6 vol., qu'on peut relier en quatre. Cette édition fut suivie d'une autre à Venise, en 1625, 6 vol. en grec et en latin; et elle a été éclipsée par celle de Chartier, avec Hippocrate, Paris, 1639, 13 tom. en 9 vol. in-fol. Voyez LEONICENUS. Galien devoit beaucoup à Hippocrate, et ne s'en cachoit pas. Plusieurs modernes sont redevables de toutes leurs connoissances à ces illustres anciens, et les ont décriés; semblables aux enfans qui déchirent le sein qui les nourrit. Mais le plus grand nombre des médecins s'est réuni, non-seulement à les respecter, mais à prendre leurs écrits pour des modèles, et leurs décisions pour des oracles. Les philosophes ont tenu un milieu entre les détracteurs et les partisans outrés de ces pères de la médecine. Ils ont jugé d'eux comme ils jugent de leur art, pour lequel il ne faut avoir ni trop de confiance, ni trop de mépris. On convient que Galien a beaucoup contribué aux progrès de la médecine par ses expériences; mais qu'il lui a fait aussi beaucoup de tort par ses raisonnemens trop subtils, par ses qualités cardinales et autres pareilles chimères.
GALIGAY, (Eléonore) fille d'un menuisier et d'une blanchisseuse, épousa le célèbre et malheureux Concini, depuis maréchal d'Ancre. Quoique nous (*) Cet incendie consuma le Temple de la Paix, où ils étoient en dépôt. 316 GAL ayons raconté son histoire dans celle de son mari, on nous permettra encore quelques particularités sur cette célèbre favorite. Elle étoit venue en France avec *Marie de Medicis*, dont elle étoit sœur de lait, et qui l'aima toujours tendrement. Cette femme, modèle de laideur, et sans aucun autre mérite que celui de l'intrigue, obtint pour son mari les postes les plus brillans. L'abus insolent qu'ils firent de leur faveur, souleva tous les grands de la cour, et *Louis XIII* en particulier. Ce prince étoit sur-tout choqué de la hauteur arrogante et de l'humeur inquiète de la *Galigaï*, qui, tourmentée par des vapeurs opiniâtres, s'en prenoit à tout ce qui l'entouroit. Un jour qu'il s'amusoit à de petits jeux dans son appartement, au-dessus duquel logeoit la maréchale d'*Ancre*, celle-ci lui fit dire qu'il *fit moins de bruit*, parce qu'elle avoit la migraine... *Louis* lui fit réponse que si sa chambre étoit exposée au bruit, *Paris* étoit assez grand pour qu'elle pût y en trouver une autre. On sait quelle fut la suite de l'indignation du roi. *Concini* fut tué, et sa femme conduite à la Bastille. On lui imputa mille crimes, et sur-tout celui de la magie; car, dans ce temps-là, il falloit que les sorciers entrassent toujours pour quelque chose dans les grandes fortunes et dans les morts extraordinaires. Tout son sortilège, comme elle répondit elle-même à ses juges, qui lui demandaient comment elle avoit ensorcelé la reine, étoit le pouvoir qu'ont les ames fortes sur les ames foibles. Le procès de la maréchale, dit M. *Anquetil*, commença le 3 mai 1617. « On est surpris, quand on voit sur quoi roule l'interrogatoire d'une femme, qui avoit, pour ainsi dire, tenu le timon de l'état. On passa très-légèrement, sans doute faute d'indices et de preuves, sur ce qui auroit dû faire l'objet principal du procès: sur les concussions et les correspondances avec les étrangers. Elle répondit fermement que jamais elle n'étoit entrée dans aucune affaire de finance; que jamais elle n'avoit eu des liaisons avec les ministres étrangers, sinon par permission et par ordre de la reine. Les juges la questionnèrent sur la mort de *Henri IV*: *D'où elle avoit reçu avis d'avertir le roi de se garder du péril? Pourquoi elle avoit dit auparavant, qu'il arriveroit incessamment de grands changements dans le royaume? Et pourquoi elle avoit empêché de rechercher les auteurs de l'assassinat?* Elle satisfit à toutes ces questions, en niant certains faits, en expliquant les autres; de manière qu'il ne put rester aucun soupçon à cet égard ni contre elle, ni contre la reine qu'on vouloit y impliquer. Enfin, le grand crime qu'on lui objecta, le crime de ceux qui n'en ont point, fut la sorcellerie. On écouta des gens qui l'accusèrent d'avoir entretenu un commerce étroit avec un médecin Juif, qui étoit magicien; de ne point manger de chair de porc; de ne point entendre la messe le samedi; d'avoir fait venir des religieux Lorrains et Milanois, avec lesquels elle s'étoit renfermée dans des églises, pour se livrer à des pratiques superstitieuses. Ces imputations parurent si puériles à la *Galigaï*, qu'elle ne put s'empêcher de rire. Mais lorsqu'elle vit que les juges y attachoient la plus grande importance, elle pleura amèrement. Son jugement lui fut prononcé le 8 juillet, devant des gens de tout état, qui étoient venus pour examiner sa contenance. « Elle voulut s'envelopper de ses coiffes; mais on la contraignit d'écouter à visage découvert, la lecture de sa condamnation. L'arrêt déclarait *Eléonore Galigai* coupable de lèse-majesté divine et humaine. Il étoit porté, qu'en réparation de ses crimes, sa tête seroit séparée de son corps sur un échafaud dressé en place de Grève; que l'un et l'autre seroient brûlés, et les cendres jetées au vent... Elle fut donc trainée au supplice, comme la plus vile criminelle, à travers un peuple nombreux qui gardoit le silence, et sembloit avoir oublié sa haine. Peu occupée de cette foule, *Eléonore* ne parut pas déconcertée de ses regards, ni de la vue des flammes qui embrasoient le bûcher ou son corps alloit être consumé; intrépide, mais modeste, elle mourut sans bravade et sans frayeur. » (*Intrigue du Cabinet*, sous *Henri IV* et *Louis XIII*, par M. *Anquetil*). Le maréchal et la maréchale d'Ancre, disparaissant de dessus la scène de la cour par des morts terribles, furent un grand exemple de l'instabilité de la grandeur et de la vanité de l'ambition, et cependant leur exemple n'a corrigé aucun ambitieux. *Voyez* CONCINI. La relation de la mort de la *Galigai* se trouve avec celle de son mari, dans l'*Histoire des Favoris*, par du Puy. On fit aussi, sur sa mort, une tragédie, intitulée : *La Magicienne Etrangère*, en quatre actes et en vers; Rouen, 1617, in - 8°, satire atroce et grossière. La *Galigai* avoit eu un fils et une fille. Celle- ci mourut peu de temps après le meurtre de son père. Le fils fut enveloppé dans la sentence rendue contre sa mère, et dégradé de noblesse. Il se retira à Florence, où il jouit de quatorze mille écus de rente, que son père, heureusement pour lui, avoit placé dans cette ville. Le frère de la *Galigai*, parvenu à l'archevêché de Tours et à l'abbaye de Marmoutiers, se démit de ces deux bénéfices, sur lesquels on lui donna une bonne pension, et alla finir ses jours en Italie, loin des orages des cours. I. GALILÉE-GALILEI, naquit à Pise le 15 février 1564. Je ne sais d'où est venu le conte de l'illégitimité de *Galilée*; peut-être l'envie se plut à le répandre. Mais il est prouvé, dit M. *Landi*, par les actes publics, qu'il naquit d'un mariage légitime et solennel, entre *Vincent Galilei*, gentilhomme Florentin, (*Voyez* son article), et *Julie Ammonati*, dame noble de Pescia en Toscane. *Galilée* eut, dès son enfance, une si forte passion pour les mathématiques, qu'on peut dire qu'il naquit philosophe. Après avoir étudié la nature pendant quelque temps à Venise, il obtint une chaire de philosophie à Padoue, et la remplit, pendant dix-huit ans, avec le plus grand succès. *Cosme II*, grand duc de Toscane, l'envia à cette ville, et le lui enleva pour le fixer à Florence. Il l'y attacha par les titres de son premier philosophe et de son premier mathématicien. Lorsque *Galilée* étoit à Venise, il avoit eu occasion de voir une des lunettes d'approche que *Jacques Métius* avoit inventées en Hollande. Cette découverte le frappa tellement, 318 GAL qu'il en fit une semblable. Métius avoit dû cette invention en partie au hasard; Galilée ne la dut qu'à la force de son génie. Aidé de cet instrument, il vit, le premier, plusieurs étoiles inconnues jusqu'alors : le Croissant de l'astre de Vénus, les quatre Satellites de Jupiter, appelés d'abord les Astres de Médicis; les taches du Soleil et de la Lune, etc. Il auroit été à souhaiter pour son repos, qu'il se fût borné à faire des observations dans le Ciel; mais il voulut absolument ambrasser un système : il se détermina pour celui de Copernic. Cet astronome avoit discuté ce système avec la simplicité et le sang froid Teutoniques. Il s'étoit bien gardé de faire intervenir dans cette hypothèse, aucun passage des Livres saints. Plus vif, plus dissertateur, plus amoureux de renommée, Galilée ne se contenta point de l'adopter : il s'échauffa pour mettre d'accord ses opinions astronomiques et l'Écriture-sainte. Déféré à l'inquisition de Rome, en 1615, il répandit mémoires sur mémoires, pour que le pape et le saint-Olfice déclarassent le système de Copernic fondé sur la Bible. Mais une congrégation, nommée par le pontife, décida précisément le contraire. Galilée, dont on respectoit les talens en attaquant ses idées, en fut quitte pour une défense de ne plus soutenir, ni de vive voix, ni par écrit, que l'opinion du mouvement de la Terre s'accordoit avec les Livres saints. Le cardinal Bellarmin, chargé de lui faire cette défense, lui donna un écrit par lequel il déclarait « qu'il n'avoit été ni puni, ni même obligé à se rétracter; mais qu'on avoit seulement exigé de lui qu'il abandonnât ce sentiment, et qu'il ne le soutint plus à l'avenir. » Galilée pronait tout ce qu'on voulut : il tint sa parole jusqu'en 1632 ; mais, cette année, ayant publié des Dialogues pour établir l'immobilité du soleil et le mouvement de la terre autour de cet astre, l'inquisition le citait de nouveau. Il y paraît avec confiance. On lui rappela ses promesses; on prétend qu'il se défendit mal, et il fut condamné, le 21 juin 1633, par un décret, signé de sept cardinaux, à être emprisonné, et à réciter les sept Pseummes pénitenciaux une fois chaque semaine, pendant trois ans, comme relaps. Son système fut déclaré absurde et faux en bonne Philosophie, et erroné dans la Foi, en tant qu'il est expressément contraire à la sainte Écriture... Galilée, à l'âge de 70 ans, demanda pardon d'avoir soutenu ce qu'il croyoit la vérité, et l'abjura, les genoux à terre et les mains sur l'Évangile, comme une absurdité, une erreur et une hérésie... Corde sincero et fide non ficta, abjuro, maledico et detestor supra-dictos errores et hereses. Au moment qu'il se releva, agité par les remords d'avoir fait un faux serment, les yeux baissés vers la terre, on prétend qu'il dit en la frappant du pied : Cependant elle se meut, (E pur si move) ! Les cardinaux inquisiteurs, contens de sa soumission, le renvoyèrent dans les états du duc de Florence. La sévérité dont ils usèrent à son égard, fut adoucie par les traitements les plus honnêtes. Il eut la liberté de la promenade; il fut logé au palais de la Minerve, non comme un captif, mais comme un étranger distingué. Il souffrit si peu pendant G A L 319 en détention, que, malgré son âge, il fit à pied une partie de la route de Rome à Viterbe. Il est donc faux que le saint Office l'ait traité aussi durement que le prétendent plusieurs historiens modernes. « On voit par l'exemple de *Galilée*, dit l'abbé *Ladvocat*, jusqu'à quels excès les corps les plus respectables sont capables de se laisser emporter, même à l'égard des plus grands hommes, lorsqu'ils sont avéligés par leurs préjugés, et qu'ils se mêlent de décider sur des matières qu'ils n'entendent pas et qui ne sont pas de leur compétence. » Mais on voit aussi par l'opiniâtreté et la vivacité de *Galilée*, combien il est dangereux et ridicule de vouloir faire dégénérer en question dogmatique la rotation du Globe sur son axe... La vieillesse de cet astronome fut affligée par un autre malheur; il perdit la vue trois ans avant sa mort, arrivée à Florence le 8 janvier 1642, à 78 ans. Il fut enterré dans l'église de Sainte-Croix, où on lui a élevé un mausolée en 1737, vis-à-vis celui de *Michel-Ange*. Ce grand homme étoit d'une physionomie prévenante, et d'une conversation vive et enjouée. Il cultivoit tous les arts agréables. Les excellents poètes de sa nation lui étoient familiers. Il savait de mémoire les plus beaux morceaux de l'*Arioste* et du *Tasse*. Il comparoit le premier à une mélanière, où il faut chercher pour trouver un fruit excellent; mais qui vous dédommage bien par son odeur et son goût, des peines que vous avez prises. Il comparoit le second à une orangerie, dont tous les fruits sont à peu près égaux. Il aimoit beaucoup l'architecture et la peinture, et il dessinoit assez bien. L'agriculture avoit des charmes pour lui. Sensible à l'amitié, il sut l'inspirer. Qu'on en juge par l'attachement que conserva pour lui le célèbre *Viviani*. « Ce mathématicien, dit *Fontenelle*, fut trois ans avec *Galilée*, depuis dix-sept ans jusqu'à vingt. Heureusement né pour les sciences, plein de cette vigueur d'esprit que donne la première jeunesse, il n'est pas étonnant qu'il ait extrêmement profité des leçons d'un si excellent maître; mais il l'est beaucoup plus, que, malgré l'extrême disproportion d'âge, il ait pris pour *Galilée* une tendresse vive et une espèce de passion. Par-tout il se nomme le *disciple*, et le dernier *disciple* du grand *Galilée*; car il a beaucoup survécu à *Toricelli* son collègue. Jamais il ne met son nom à un titre d'ouvrage, sans l'accompagner de cette qualité; jamais il ne manque aucune occasion de parler de *Galilée*, et quelquefois même, ce qui fait encore mieux l'éloge de son cœur, il en parle sans beaucoup de nécessité. Jamais il ne nomme le nom de *Galilée* sans lui rendre un hommage, et l'on sent bien que ce n'est point pour s'associer en quelque sorte au mérite de ce grand homme, et en faire réjaillir une partie sur lui. » Dès que *Galilée* excitoit une telle sensibilité dans le cœur de ses disciples, il falloit qu'il eût toutes les qualités qu'exige l'amitié. Considéré comme philosophe, il étoit supérieur à son siècle et à son pays. Si cette supériorité lui inspira une présomption, qui fut en partie la source des inquiétudes qu'il éprouva pendant sa vie, elle a été le principe de sa gloire après sa mort. On le regarde comme un des pères de la physique nouvelle. La géographie lui doit beaucoup, pour les observations astronomiques; et la mécanique, pour la théorie de l'accélération. On prétend qu'il puisse une partie de ses idées dans *Leucippe*. Peut-être ne connaît jamais ni *Leucippe*, ni sa doctrine : mais les admirateurs des anciens les veulent retrouver, à quelque prix que ce soit, dans les plus illustres modernes. Les *Ouvrages* de cet homme célèbre ont été recueillis à Florence en 1718, en 3 vol. in-4.º Il y en quelques-uns en latin, et plusieurs en italien; tous annoncent un homme capable de changer la face de la philosophie, et de faire goûter ses changements, non-seulement par la force de la vérité, mais par les agrémens que son imagination savait lui prêter. Il écrit aussi élégamment que *Platon*; et il eut presque toujours sur le philosophe Grec, l'avantage de ne dire que des choses certaines et intelligibles. A un savoir très-étendu, il joignoit la clarté et la profondeur : deux qualités qui forment le caractère d'homme de génie. L'édition de ses ouvrages est ornée d'une *Vie* curieuse et intéressante de ce grand homme. Plusieurs de ses écrits, quoiqu'ils n'offensassent en rien la religion, ont été malheureusement perdus pour la postérité. L'un de ses neveux, très-peu philosophe, quoique parent d'un philosophe, les donna à son confesseur pour les livrer aux flammes... (*Voyez* le Parallèle de *Galilée* avec *Bacon*, art. BACON, n.º IV).
II. GALILÉE, (Vincent) fils du précédent, soutint, avec honneur, la réputation de son illustre père. C'est lui qui a, le premier, appliqué le *Pendule* aux horloges; invention à laquelle on doit la perfection de l'horlogerie. Son père avoit inventé le *Pendule simple*, dont il se servit utilement pour les observations astronomiques. Il eut même la pensée de l'appliquer aux horloges; mais il ne l'exécuta pas, et en laissa l'honneur à son fils, qui en fit l'essai à Venise, en 1649; cette invention fut perfectionnée, dans la suite, par *Huyghens*. I. GALILEI, (Vincent) père du célèbre *Galilée*, gentilhomme Florentin, savant dans les mathématiques, et sur-tout dans la musique, fit instruire son fils avec le plus grand soin. Il lui inspira son goût pour les mathématiques; mais il ne put jamais lui donner celui de la musique. Ses ouvrages prouvent ses connaissances. Les plus estimés sont cinq *Dialogues* en italien sur la *Musique*; Florence, 1581 et 1602, in-fol. Il attaque, dans le dernier, *Joseph Zarlin*, et y traite de la musique ancienne et moderne. *Descartes* a confondu plusieurs fois le père avec le fils.
II. GALILEI, (Alexandre) architecte, né à Florence en 1691, mort à Rome en 1737, orna cette capitale de la belle façade de Saint-Jean-de-Latran, et de quelques autres édifices.
GALINDON, plus connu sous le nom de *PRUDENCE* le *Jeune*, célèbre évêque de Troyes, assista au concile de Paris en 846, et à celui de Soissons en 853. Il mourut l'an 861. On a de lui quelques *Ouvrages*, dans lesquels il défend la doctrine de *St. Augustin* sur la grace et la prédestination. On les trouve dans la bibliothèque bibliothèque des Pères, et dans le recueil intitulé: *Vindiciæ prædestinationis et gratiæ*, 1650, en 2 vol. in-4° *Breyer*, chanoine de Troyes, a écrit la *Vie de Calindon* en 1725, in-12. Ce prélat, aussi pieux qu'éclaité, étoit lié par les nœuds d'une amitié sainte avec *Loup*, abbé de Ferrières : *Voy*. II. LOUP.
GALIOT, (Jacques) de *Genouillac*, grand écuyer et grand maître de l'artillerie de France sous *François I*, se distingua par sa bravoure. Dans le temps des recherches faites en 1541, contre ceux qui s'étoient enrichis aux dépens de l'état, il fut dénoncé au roi comme ayant fait bâtir son superbe château d'*Assier* dans le Querci, des profits illicites qu'il avoit faits dans ces deux charges. Le roi lui demanda des éclaircissemens: « Il est bien certain, SIRE, répondit *Galiot*, que quand je vins à votre service, je n'étois nullement riche; mais par les places que vous m'avez accordées, je me suis fait tel que je suis : c'est vous qui m'avez élevé. J'ai épousé deux femmes fort riches, dont l'une de la maison d'*Archiac*; le reste est venu de mes gages et profits. Bref, c'est vous qui m'avez fait, c'est vous qui m'avez donné les biens que je tiens; vous me les avez donnés librement, aussi librement que vous pouvez me les ôter, et je suis prêt à vous les rendre. Quant à aucun larcin que je vous aie fait, faites-moi trancher la tête, si je vous en ai fait » Ces paroles, ajoute *Brantôme*, attendirent si fort le cœur du roi, qu'il lui dit : « Mon bon homme, oui, vous dites vrai dans tout ce que vous avez dit; aussi ne vous veux-je G A L 321 ni reprocher, ni ôter ce que je vous ai donné : vous me le redonnez, et moi je vous le rends de bon cœur. Aimez-moi et servez bien, comme vous avez fait; et je vous serai toujours bon Roi. » *Galiot* mourut vers l'an 1548.
GALIOTE, *Voy*. GOURDON.
GALISSONNIÈRE, (Roland-Michel *Barrin*, marquis de la) lieutenant-général des armées navales, naquit à Rochefort, le 11 novembre 1693. Il entra au service en 1710, comme garde-marine, et fut fait capitaine de vaisseau en 1738. Son activité, son intelligence et sa bravoure le firent nommer, en 1745, gouverneur-général du Canada : colonie qu'il tâcha de rendre florissante. Appelé en France en 1749, il fut nommé chef d'escadre, et choisi, l'année d'après, pour régler, avec mylord *Stanlei*, les limites du Canada. La guerre s'étant allumée entre la France et l'Angleterre, il remporta une célèbre victoire navale sur l'amiral *Byng*, devant Minorque, en 1756. Après cette expédition glorieuse, il se rendoit à Fontainebleau, où étoit alors la cour; mais sa santé, déjà très-dérangée, succomba entièrement dans la route, et il mourut à Nemours le 17 octobre, à l'âge de 63 ans. *Louis XV*, sensible à sa mort, témoigna des regrets de ne lui avoir pas envoyé le bâton de maréchal de France, en ajoutant qu'il l'attendoit à la cour pour le lui donner lui-même. Le marquis de la *Galissonnière* aimoit les sciences; et dans ses voyages, il faisoit rechercher, avec soin, tout ce qui interessoit l'Histoire naturelle. Aux talens supérieurs de son état, à des connoissances très-variées, cet illustre marin joignoit un zèle et une bonté de cœur rares. D'une exacte probité et de mœurs austères, il n'étoit sévère qu'envers lui-même. Dans son gouvernement du Canada, il montra de grandes vues, et créa des moyens pour rendre cette colonie florissante et utile au royaume : les citoyens les plus obscurs trouvoient en lui un père; aussi s'étoit-il acquis l'estime et l'amitié de tous les Canadiens, même des sauvages.
GALITZIN, Voyez GALITZIN.
GALLA, fille de l'empereur Valentinien et de Justine, fut mariée, l'an 386, à Théodose; et fut mère de Galla Placidia, (dont on parlera au mot PLACIDIE) et de Gratien, mort jeune. Philostorge dit qu'elle étoit arienne : il est vrai que sa mère l'avoit fait élever dans les principes de l'arianisme. Mais il y a lieu de croire que l'épouse de Théodose et la mère de Placidie étoit bonne catholique; d'autant plus que, selon Flechier, Théodose la retira des erreurs de son enfance. Elle mourut en couches à Constantinople, vers le mois de mai de l'an 394. — Il ne faut pas la confondre avec GALLA, femme de Jules Constance, qui étoit frère de Constantin le Grand; et mère de Gallus, frère de Julien l'Apostat. I. GALLAND, ou GALAND, (Pierre) Galandius, principal du collège de Boncour à Paris, et chanoine de Notre-Dame, étoit d'Aire en Artois. Il lia une étroite amitié avec Turnèbe, qui fut son disciple, avec Budé, Vatable, Latomus, etc. et fut estimé de François I. Il mourut en 1559. On a de lui divers Ouvrages en latin, qui ne sont pas assez bons pour en donner le catalogue.
II. GALLAND, (Auguste) procureur-général du domaine de Navarre, et conseiller d'état, étoit très-versé dans la connoissance des droits du roi, et dans celle de notre histoire. Ses ouvrages, pleins d'une érudition curieuse et recherchée, en sont un témoignage. Les principaux sont : I. Mémoires pour l'Histoire de Navarre et de Flandres, 1648, in-folio. II. Plusieurs Traités sur les Enseignes et Étendards de France, sur la Chappe de saint Martin, sur l'Office de Grand Sénéchal, sur l'Oriflamme, etc. III. Discours au Roi sur la naissance et accroissement de la ville de la Rochelle, 1628, in-8. IV. Un Traité contre le Francalle sans titre, dont la meilleure édition est de 1637, in-4. On croit que Galland mourut vers l'an 1644.
III. GALLAND, (Antoine) né à Rollo dans la Picardie en 1646, de parens pauvres, mais vertueux, sé tira de l'obscurité par ses talens pour les langues orientales. Il obtint une chaire de professeur en arabe au collège royal, et une place à l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Le grand Colbert l'envoya dans l'Orient. Il en revint avec une moisson abondante; il copia des inscriptions, il dessina des monumens, et il en leva même. Il rapporta deux inscriptions remarquables, l'une en caractères ioniens, et datant vraisemblablement du temps de la guerre du Péloponnèse; l'autre qu'Hérodes Atticus fit graver sur deux colonnes élevées sur la voie G A L 325 Appienne. Dans ses courses, *Galland* obtint des attestations sur la croyance de l'Église Grecque touchant l'Eucharistie, très-favorables à celle de l'Église Latine. Ces voyages le perfectionnèrent dans la connoissance de l'arabe et des mœurs mahométanes. Les ouvrages qui nous restent de lui, ont été empruntés, en partie, des Orientaux. Les principaux sont : I. *Traité de l'origine du Café*, 1690, in-12, traduit de l'arabe. II. *Relation de la mort du sultan Osman, et du couronnement du sultan Mustapha*, traduite du turc, in-12. III. *Recueil des Maximes et des bons Mots tirés des ouvrages des Orientaux*, in-12. IV. *Les Mille et une Nuits*. C'est un recueil de Contes arabes, les uns piquans, les autres très-insipides, et tous écrits d'un style naturel, mais sans correction, en 12 volumes in-12, réimprimés en six, et depuis peu à Lille en 15 vol. petit format. Dans les deux premiers volumes de ces Contes, l'exorde étoit toujours : *Ma chère sœur, si vous ne dormez pas, faites-nous un de ces Contes que vous savez*. Quelques jeunes gens, ennuyés de cette plate uniformité, allèrent, une nuit qu'il faisoit très-grand froid, frapper à la porte de l'auteur, qui courut, en chemise, à sa fenêtre. Après l'avoir fait morfondre quelque temps à lui demander s'il étoit M. *Galland*, auteur des *Mille et une Nuits*; et s'il étoit levé; ils finirent la conversation par lui dire : *Monsieur Galland, si vous ne dormez pas, faites-nous un de ces beaux Contes que vous savez...* V. *La Préface de la Bibliothèque orientale de d'Herbelot*, qu'il continua après la mort de ce savant. VI. *Les Fables de Pilpai et de* *Locman*; Paris 1714, 2 vol. in-12. VII. On lui attribue aussi une *Version de l'Alcoran... Galland* mourut à Paris le 17 février 1715, à 69 ans. Il étoit simple dans ses mœurs et dans ses manières, comme en ses ouvrages. Il ne se proposoit, dans ses livres, que l'exactitude, sans se mettre en peine des ornemens. Il aimoit l'étude avec passion, s'occupant peu des besoins de la vie, et dédaignant ses commodités. *Voyez* son Éloge dans le recueil de ceux de *Boze*.
GALLATY, (Gaspard) colonel Suisse, né dans le canton de Glaris, rendit des services importants dans plusieurs batailles et négociations aux rois *Charles IX*, *Henri III*, *Henri IV* et *Louis XIII*. Il se distingua à la bataille de Montcontour, à la journée des Barricades, et à celle de Tours, où *Henri III* étoit assiégé par les rebelles. *Gallaty* fut créé chevalier par ce prince, après la mort duquel il engagea le régiment qu'il commandoit à reconnoître *Henri IV*. Cette résolution, qu'il prit avec trois autres colonels Suisses, fut le salut du nouveau roi. *Gallaty* se couvrit de gloire à la bataille d'Arques, et son régiment fut celui de l'infanterie qui contribua le plus à fixer la victoire. Il continua de servir jusqu'à sa mort, avec une fidélité inviolable. Dans toutes les levées des troupes Suisses, il commanda toujours un régiment de cette nation. Il fut créé premier colonel de celui des Gardes-Suisses, au mois de mars 1616, et mourut à Paris au mois de juillet 1619, avec la double gloire de négociateur et de guerrier.
GALLE, (Servais) Hollandois, mort à Campen en 1709, 324 GAL est auteur d'un *Traité* latin sur les *Oracles des Sibylles*, 2 vol. in-4°; le premier, qui contient les *Oracles*, Amsterdam 1689; et le second, qui contient des *Dissertations*, 1688. Il avoit commencé une nouvelle édition de *Minutius Félix*, et avoit presque achevé celle de *Lactance*. — Il y a eu du même nom un graveur, *Philippe GALLE*, né en 1537, mort à Anvers en 1612. Il laissa deux fils, *Théodore* et *Corneille le Vieux*, ainsi appelé, parce qu'il avoit un fils nommé *Corneille le Jeune*. Ces quatre artistes furent fort féconds, surtout *Philippe*, *Voy*, *GALE*.
**GALLET**, (N.) marchand épicier de Paris, mort dans cette ville au mois de juin 1757, a donné au théâtre de l'Opéra comique : I. *La Précaution inutile*, en un acte, 1755. II. *Le double Tour*, ou *le Prêt rendu*, en un acte, 1726. III. *Les Coiffres*, en un acte, 1736, en société avec *Piron*, *Punard* et *Pontan*. IV. Quelques *Parodies*, pour lesquelles il avoit du talent. Ce poète avoit une extrême gaieté dans le caractère; son enjouement faisoit les délices des compagnies où il se trouvoit. *Gallet*, à qui le plaisir ne faisoit pas perdre de vue l'intérêt, invitait fréquemment *Piron* et *Collé*, et leur associoit quelques commerçans, avec lesquels il vouloit faire affaires. Ces messieurs, animés par la bonne chère, le vin et les saillies de *Piron*, étoient moins difficiles, et les marchés se terminoient presque toujours à l'avantage de l'*Amphytrion*. *Piron*, qui s'apperçut de ce manège, dit un jour à *Collé* : *Je crois que cet homme-ci nous prête sur gaxes*. On a de *Gallet* plusieurs petites *Pièces de Poésie* et différents *Vaudevilles*, qui respirent une imagination badine, mais trop libre. Il fit des Chansons jusqu'à sa mort; aussi lui fit-on cette épitaphe : Ci dit le Chansonnier *Gallet*,
**GALLI**, *Voy*, *BIBIENA*.
**GALLIANAX**, médecin atrabilaire de l'antiquité, ne connoissoit pas l'art de donner à ses malades l'espérance, qui contribue tant à ramener la santé. Un malheureux qu'il visitoit, lui ayant demandé un jour s'il étoit en danger de mourir; il en obtint cette consolante réponse : *Patrocie est bien mort*! **I. GALLICAN**, (Saint) consul Romain sous l'empereur *Constantin*, battit les Scythes, et souffrit le martyre à Alexandrie, par ordre de *Julien* l'Apostat, le 25 juin 362.
**II. GALLICAN**, tribun de l'armée de *Vespasien*. Il se signala beaucoup à la prise de Jotapat, et fut envoyé à *Flavius Josèphe* pour l'exhorter à se rendre.
**GALLICZIN**, *Voyez GALLETIN*.
**GALLIEN**, (*Publius Licinius Gallicus*) fils de l'empereur *Valérien*, fut associé à l'empire par son père l'an 253 de Jésus-Christ, et lui succéda l'an 260. Le nouvel empereur avoit signalé son courage contre les Germains et les Sarmates; mais la volupté amollit son ame, dès qu'il fut sur le trône impérial. Pendant que tout le monde gémissoit sous le poids des guerres et des calamités publiques, il vivait tranquillement à Rome, toujours en- G A L 325 vironné de femmes impudiques, tantôt couché sur des fleurs, tantôt plongé dans des bains délicieux, ou assis à table, ne respirant que pour le plaisir et n'ayant point d'autre objet. On dit qu'il ne vouloit être servi qu'en vaisselle d'argent garnie de pierreries, et qu'il se faisoit poudrer les cheveux avec de la poudre d'or. Les mimes, les bouffons formoient son cortège ordinaire, et des femmes jeunes et jolies l'accompagnoient tous les jours lorsqu'il alloit au bain. Il étoit devenu insensible à tout ce qui ne regardoit pas la volupté. Quelqu'un étant venu lui dire que le royaume d'Égypte s'étoit révolté contre lui : *Ah bien !* répondit-il, *ne saurions-nous pas vivre sans le lin d'Égypte ?*... Un autre lui apprenant la défection des Gaules, il répondit d'un air indolent : *Qu'importe ? Est-ce que l'Etat ne peut subsister sans les longues casaques et sans les draps d'Arras ?* Il ne reçut pas avec moins d'indifférence la nouvelle qu'on lui apporta des désordres qu'avoit faits, en Asie, un furieux tremblement de terre, et celle d'une dernière invasion des Scythes ; il ne dit que ces mots : *Il faudra nous passer de saïpêtre*. La perte de plusieurs autres provinces ne le toucha pas davantage, et on eût dit, à le voir et à l'entendre, qu'il étoit un simple particulier. *Trebellius* rapporte deux traits propres à faire connoître l'esprit frivole de cet empereur. Dans des jeux qu'il donnoit au peuple, on produisit un taureau d'une grandeur démesurée, contre lequel devoit combattre un chasseur jusqu'à ce qu'il l'eût tué à coups de flèches ou de javelots. Dix fois ce chasseur mal-habile tira sur l'animal sans le blesser. Sur cela, l'empereur lui décerna la couronne ; et comme les spectateurs murmuroient d'une récompense si mal appliquée, il ordonna au héraut de crier, à haute voix : *Manquer tant de fois un taureau, est chose difficile...* L'autre tout ne prouve guères plus le discernement de *Gallien*. Un marchand avoit vendu à l'impératrice de fausses pierreries, et cette princesse, extrêmement irritée, vouloit qu'on punit le fourbe rigoureusement. *Gallien* en fit la peur à, emisérable. Il commanda qu'on le menât sur l'arène, comme pour être exposé à un lien furieux ; mais, par des ordres secrets, ceux qui étoient chargés de ce ministère, lâchèrent sur lui un chapon. Tout le monde se mit à rire. *Il a trompé*, dit l'empereur, et on le trompe. Il y a quelque chose de plaisant dans ces badinages ; mais qu'il y a peu de dignité ! Et quelle idée doit-on se former d'un prince qui s'amusoit à de semblables bagatelles, pendant que tout périssoit autour de lui ? Il fallut enfin qu'il sortit de sa léthargie. *Posthame* et *Ingenuus* se firent proclamer empereurs en même temps, l'un dans les Gaules, l'autre dans l'Illyrie. *Gallien* murcha contre celui-ci, le vainquit et le tua. Il fit périr tous les rebelles, sans distinction d'âge ni de sexe, ou par lui-même, ou par ses lieutenans : *Ipouzez*, écrivit-il à l'un d'eux, *me querelle*, et *vengez-la comme si c'étoit la vôtre*. Les soldats et le peuple de Mœsie, irrités de tant d'exécutions barbares, proclamèrent un nouvel empereur, tué par ses gardes peu de temps après. *Macrianus*, élu empereur en Égypte vers le même temps, y 326 GAL régna près de deux années. *Trente Tyrans*, dans différentes parties de l'empire, se mirent ou se firent mettre sur la tête la couronne impériale. *Voyez* II. EMILIEN. *Gallien*, plongé dans l'assouplissement des plaisirs, n'avoit de vivacité que celle que lui donnoit sa colère; dès qu'elle étoit appaisée, il retomboit dans son indolence. Son père avoit été fait prisonnier par les Perses: au lieu de l'aller délivrer, il confia le soin de le venger à *Odenat*. Ce général fit ce que l'empereur auroit dû faire; il chassa les Barbares des terres de l'empire, et porta la terreur dans leur propre pays. *Odenat* ayant été tué, *Zénobie*, sa veuve, prit le titre de reine de l'Orient, et fit proclamer empereurs ses trois fils. *Heraclien*, envoyé contr'elle, fut battu, et son armée taillée en pièces. *Auréole*, Dace d'origine, berger d'extraction, prenoit, dans le même temps, le titre d'empereur, et se rendoit maître de Milan. *Gallien* alla mettre le siège devant cette ville. Le rebelle, pour se défaire de lui, fit donner de faux avis aux principaux officiers, et leur persuada, par ses émissaires, que *Gallien* avoit résolu leur perte. On forma à l'instant une conjuration contre lui, et on l'assassina au mois de mars l'an 268 de J. C., avec son fils *Valérien*, qu'il avoit associé à l'empire. *Voyez* aussi SALONIN et SALONINE. Il avoit alors 50 ans. Cet empereur, cruel envers ses sujets, ne le fut point envers les Chrétiens, dont il respectoit la vertu. Il fit publier des édits de pacification en leur faveur, leur accorda le libre exercice de leur religion, ordonna qu'on leur rendit les cimetières où ils s'assembloient, et qu'on restituât aux particuliers tous les biens confisqués pour cause de religion.
GALLIGAI, *Voyez* GALIGAI.
GALLIMARD, (Jean-Edme) mort à Paris, sa patrie, en 1771, à 86 ans, publia en 1740, deux Tables, imprimées en grande feuille; l'une intitulée: *L'Arithmétique démonstrative*; la seconde, *l'Algèbre démontrée*. Il étoit au nombre de ces esprits obscurs qui croient rendre tout clair aux autres. On a encore de lui la *Géométrie élémentaire d'Euclide*; la *Science du Calcul*; les *Sections coniques*; une *Méthode* d'arithmétique. Ces différens ouvrages ne firent pas fortune. I. GALLION, (Junius) sénateur Romain, fut d'avis que les cohortes Prétoriennes, après plusieurs campagnes, auroient le droit d'être assises parmi les quatorze Ordres. Il en fut rudement repris par l'empereur *Tibère*, qui, sur-le-champ, le fit sortir du sénat, puis de l'Italie. Il choisit l'agréable ville de Lesbos pour le lieu de sa retraite. *Tibère* sut qu'il s'y plaisoit, et il le fit revenir à Rome, où il fut obligé de demeurer dans la maison des magistrats. C'est toute la récompense qu'il eut pour les bassesses qu'il avoit faites auprès de ce tyran.
II. GALLION, (Junius) frère de *Sénèque*, fut précepteur de *Néron*. Étant proconsul d'Achaïe, les Juifs lui amenèrent *St. Paul* pour le faire condamner; mais *Gallien* leur dit qu'il ne se mêlait point de leurs disputes de religion, et qu'ils eussent à vider leurs différens entr'eux. Il est clair, par cette réponse, que ce G A L 327 proconsul regardoit ces démêlés avec indifférence. Cependant quelques historiens en ont conclu, que s'il n'étoit pas Chrétien, il avoit quelque penchant au christianisme. *Gallion*, condamné à mort par *Néron*, se tua lui-même. I. GALLITZIN, (Basile) seigneur d'une des plus illustres et des plus puissantes familles de Russie, divisée en quatre branches, gouverna presque seul sous la minorité des deux czars *Iwan* et *Pierre*, et fut vice-roi de Casan, d'Astracan, et garde-sceau de la Russie. Son caractère ambitieux et intrigant donna lieu de le soupçonner d'avoir pensé lui-même à monter sur le trône de Moscovie; et ce soupçon, joint aux échecs que ses armes essuyèrent, le rendit l'horreur de la Russie. Dans sa première campagne contre les Tartares de Crimée, ceux-ci vinrent au-devant de lui avec quelques tonneaux remplis de ducats, et ils engagèrent *Gallitzin* à leur vendre la paix. Dans une autre expédition contre les mêmes peuples, il fit mettre le feu aux herbes sèches d'un désert de cent lieues de longueur, pour leur ôter toute espérance de fourrages. Pendant l'incendie, le bruit courut que l'ennemi approchoit; on n'étoit pas bien disposé à le recevoir, on prit l'alarme: il fallut fuir au travers même de ce feu qui brûloit encore, et la flamme ou la fumée fit périr plusieurs milliers de soldats. Cette malheureuse expédition attira à *Gallitzin* une aversion extrême. Quelques jours avant qu'il partit de nouveau pour l'armée, on trouva le matin devant sa porte un cercueil, avec un billet où on lui annon- ait que s'il ne réussissoit pas mieux dans cette campagne que dans la précédente, ce cercueil seroit sa demeure. Le succès fut le même qu'auparavant: on ne lui ôta pas cependant la vie; mais il fut cassé, on confisqua tous ses biens, et on le relégua en Sibérie en 1689. Son attachement au prince *Iwan* l'avoit d'ailleurs rendu suspect à *Pierre*, et l'on prétend que ce fut le principal motif de sa disgrace. Quoi qu'il en soit, son exil fut changé, quelque temps après, en un plus doux; il fut envoyé dans une de ses terres, près de Moscow. Il se retira, sur la fin de ses jours, dans un couvent, où il s'assujetti à toute l'austérité des moines Grecs. Il y mourut en 1713, âgé de 80 ans. Il disoit ordinairement qu'il ne trouvoit rien de plus estimable que la prudence des *Allemands*, la fidélité des Turcs, et la religion des Russes. Il faisoit tant de cas de *Louis XIV*, qu'il en fit porter le portrait à son fils à la place d'une croix de Malte. *Gallitzin* avoit préparé les voies au czar *Pierre*, et on lui attribue, avec raison, une grande partie des heureux changemens qui se sont faits en Moscovie. Il établit une correspondance avec toutes les cours de l'Europe, et fut auteur de la paix éternelle, conclue en 1686. Cet important traité fut suivi de l'alliance des cours de Vienne, de Pologne, de Russie et de la république de Venise, contre les Turcs.
II. GALLITZIN, (Michel-Michaëlowitz, prince de) né en 1674, de la même famille que le précédent, aida le czar *Pierre le Grand* dans la guerre de *Charles XII*. Il se trouva presque à toutes les batailles, et en gagna 328 G A L plusieurs sur mer et sur terre. Après la victoire qu'il remporta à Lesna en 1708, le czar le laissa maître du choix de la récompense; il ne demanda que la grace d'un de ses ennemis. Ce fut lui qui termina heureusement cette guerre par la paix de Neustadt, après avoir commandé plus de dix ans en Finlande. Ses services ne demeurèrent pas sans récompense. Il devint premier welt-maréchal en 1725; et après la mort du czar, il fut déclaré président du collège d'état de guerre. Il mourut à Moscow, le 21 décembre 1730, à 55 ans, regardé comme un bon ministre et un grand capitaine. — Son fils le prince Alexandre GALLITZIN, qui a commandé en chef l'armée Russe en 1769, a marché sur ses traces.
III. GALLITZIN, (Démétrius) mort exilé à Schlusselberg en 1738, fut un des principaux auteurs de l'élévation de la czarine Anne, qui le disgracia bientôt après. Une des conditions imposées à la nouvelle souveraine, fut la limitation de l'autorité royale, et l'augmentation des privilèges de la noblesse. Cette princesse ne se souvint que des bornes mises à son pouvoir, et elle oublia le bienfait.
IV. GALLITZIN, (Michel) chevalier de l'ordre de St André, président de l'amirauté, et vice-amiral en 1756, étoit frère de Michel, dont nous avons donné l'article au n° II. Il avoit étudié la marine en Hollande et en Angleterre, et il connoissoit bien tous les objets de l'administration. S'étant démis de ses charges à l'avènement de Pierre III, en 1762, elles lui furent rendues la même année par l'impératrice Catherine II. Mais, un an après, il s'en démit de nouveau. Il mourut en 1764, dans une vieillesse avancée. Le prince Alexandre, son fils, a été ministre plénipotentiaire à Londres, chevalier de l'Aigle blanc et vice-chancelier. V. GALLITZIN, (Démétrius prince de) remplit longtemps avec honneur les fonctions d'ambassadeur de la cour de Russie à Vienne. Il y menagea habilement les intérêts de Catherine avec l'empereur, et y signa les divers traités entre ces deux souverains. En 1792, il demanda son remplacement, après trente ans de service public; mais trop âgé pour retourner dans sa patrie, il mourut à Vienne le 30 septembre 1793, avec la réputation d'un ministre juste et plein de probité.
GALLO, (Alonzo) est un auteur Espagnol, à qui nous devons un Traité fort recherché et trésoré, sur-tout en France, écrit dans sa langue sous ce titre: Declaracion della valor del Oro, à Madrid, 1813, in-12. Cet ouvrage a été d'un grand usage pour ceux qui travaillent cette matière, ou qui en font le négoce. L'auteur vivoit dans le siècle passé... Il ne faut pas le confondre avec GALLO (Jean-Baptiste), Voyez GELLI.
GALLO, (Antoine San-) Voyez SANGALLO.
GALLOCHE, (Louis) natif de Paris, mort en 1761, âgé de 91 ans, fut élève de Boullongne. Il instruisit son disciple (qui, dans la suite, fut maître du célèbre le Moine) en lui dévoilant les principes de la peinture d'après les tableaux même des grands hommes. Cette façon d'instruire G A L 329 habitus *Galloche* à un goût de théorie, qui semble avoir nui en quelque sorte au progrès des connoissances qu'on acquiert par la pratique. On voyait néanmoins quantité de beaux tableaux de cet artiste; entr'autres la *Résurrection du Lazare*, dans l'église de la Charité; le *Départ de Saint Paul de Milet pour Jérusalem*, à Notre-Dame; *St. Nicolas*, *Evêque de Myre*, à Saint-Louis du Louvre; *L'Institution des Enfans trouvés*, à Saint-Lazare, la *Samaritaine* et la *Guérison du Possédé*, à Saint-Martin-des-Champs; *St Nicolas-de-Tolentin*, dans l'église des Petits-Pères; et dans la sacristie, la *Translation des Reliques de St. Augustin*; c'est le chef-d'œuvre de l'auteur, ainsi que son tableau de réception à l'académie royale, représentant *Hercule* qui rend *Alceste* à son époux *Admète...* *Galloche* fut gratifié par le roi d'un logement et d'une pension. Il mourut recteur et chancelier de l'académie royale.
GALLOIS, (Jean) abbé de St-Martin-des-Cores, secrétaire de l'académie des Sciences, professeur en grec au collège royal et inspecteur du même collège, naquit à Paris en 1632, et y mourut d'hydropisie le 19 avril 1707, à 75 ans. Il travailla après *Sallo*, le père du Journal des Savans, à cet ouvrage périodique, et montra plus de modération et autant de lumières que lui. Les auteurs furent contens, mais le public malin le fut moins; on l'accusa de prodiguer les louanges, non-seulement aux bons écrivains, mais même aux médiocres. Le grand *Colbert*, touché de l'utilité de ce Journal, prit du goût pour l'ouvrage, et bien- tôt après pour l'auteur. Après avoir éprouvé long-temps son esprit, sa littérature, ses mœurs, il le prit chez lui en 1674, et lui donna toujours une place à sa table, et dans son carrosse. L'abbé *Gallois* fit l'usage le plus utile de son crédit auprès de ce ministre. « On doit à M. *Colbert*, dit *Fontenelle*, la naissance de l'académie des Sciences, de celle des Inscriptions, des académies de Peinture, de Sculpture, d'Architecture; l'impression d'un grand nombre d'excellens livres, dont l'imprimerie royale fit les frais; l'augmentation presque immense de la bibliothèque du roi, ou plutôt du trésor public des savans; une infinité d'ouvrages, que les grands auteurs ou les habiles ouvriers n'accordent qu'aux caresses des ministres et des princes. M. l'abbé *Gallois* eut le sensible plaisir d'observer, de près, un semblable ministère, d'être à la source des desseins qui s'y prenoient, d'avoir part à leur exécution, quelquefois même d'en inspirer et de les voir suivis. Les gens de lettres avoient en lui, auprès du ministre, un agent toujours chargé de leurs affaires, sans que, le plus souvent, ils eussent seulement la peine de l'en charger. Si quelque livre nouveau, ou quelque découverte d'auteur, même qu'il ne connaît pas, paroissoit au jour avec réputation, il avoit soin d'en instruire M. *Colbert*, et ordinairement la récompense n'étoit pas loin. » L'abbé *Gallois* eut une autre fonction auprès de ce ministre; il lui apprit un peu de latin dans ses voyages de Versailles à Paris. On n'a de lui que les extraits de ses Journaux, et quelques petits écrits qui ne formeroient pas un vol.; entr'autres une *Traduction* 330 G A L latine du *Traité des Pyrénées*. « L'abbé Gallois, dit Fontenelle, étoit d'un tempérament vif, agissant et fort gai; il avoit l'esprit courageux, prompt à imaginer ce qui lui étoit nécessaire, fertile en expédiens, capable d'aller loin par des engagemens d'honneur. Il n'avoit d'autre occupation que les livres, ni d'autre plaisir que celui d'en acheter sur toutes les sciences. Il les connoissoit presque toutes, et en avoit approfondi quelques-unes. »
GALLONIUS, (Antoine) prêtre Oratorien de Rome, mort en 1605, publia en italien: I. Une *Histoire des Vierges*, 1591, in-4.º II. Les *Vies de quelques Martyrs*, 1597, in-4.º III. La *Vie de St. Philippe de Néri*, in-8.º IV. *De Monachatu S. Gregorii*; Rome, 1604, in-4.º V. Il mit au jour, en 1591, in-4.º, avec les figures de *Tempesta*, un *Traité* en italien, curieux et fait avec beaucoup de soin, sur les *différents Supplices* dont les Païens se servoient pour faire souffrir les Martyrs de la primitive Eglise. Cet ouvrage, traduit en latin par l'auteur, fut imprimé en 1594, et réimprimé, en 1659, à Paris, par les soins de *Trichet du Fresne* qui dédia cette édition au célèbre surintendant *Fouquet*. *Gallonius* non-seulement recueillit ce qui se trouve des tourmens des Martyrs dans leurs actes, dont plusieurs pourroient être suspects aux esprits forts; mais aussi ce qu'on lit dans les auteurs anciens, tant profanes qu'ecclésiastiques. Ce livre est une réponse victorieuse à cette phrase d'un incrédule moderne: « Il est difficile de concilier avec les lois Romaines, tous ces tourmens recherchés, toutes ces mu- tilations, ces langues arrachées, ces membres coupés et grillés, etc. » Il se peut qu'aucune loi Romaine n'ordonna jamais de tels supplices; mais la fureur des Romains idolatres les inventoit, et les juges les laissoient faire. Le traité de *Gallonius* en est la preuve.
GALLOTIUS, (Ange) célèbre imprimeur de Rome, publia plusieurs belles éditions, revues par le savant *Constantin Lascaris*, et parmi lesquelles on distingue les *Questions Homériques* de *Porphyre*, une traduction d'*Homère* imprimée en 1517, et le *Scoliaste* de *Sophocle*. C'est pour favoriser les travaux de *Gallotius*, que le pape *Léon X* établit la belle imprimerie du collège Quirinal à Rome.
GALLOWAI, *Voyez* RUVIGNI.
GALLUCCI, ou plutôt GALLUZZI, (Tarquin) *Gallucius*, Jésuite Italien, mort à Rome, le 28 juillet 1649, à 75 ans, est auteur de plusieurs ouvrages. Les principaux sont: I. *Vindicationes Virgilianae*, à Rome, 1621, in-4.º *Gallucci*, passionné pour *Virgile* autant que *Mad. Dacier* l'étoit pour *Homère*, tâche de le justifier sur tous les points. Il rapporte toutes les censures qu'il a cru qu'on pouvoit faire de divers endroits de ce poète; mais il y en a plusieurs qu'il n'a pas proposées dans toute leur force, de peur de s'ôter la facilité d'y répondre. Cependant, parmi quelques raisonnemens foibles, il s'en trouve d'assez bons, soutenus de beaucoup d'érudition, et de plusieurs belles maximes sur l'art poétique. C'est le jugement que *Baillet* porte de cet ouvrage,
II. Commentarii tres de Tragædiâ, de Comædiâ et de Elegid, Paris 1631 et 1645, 2 vol. in-fol. — Il y a eu encore de ce nom, Jean-Paul GALLUCCI, savant astronome Italien du 16e siècle, dont les principaux ouvrages sont : I. Un traité degli Strumenti di astronomia, Venise 1597, in-4°, II. Speculum Uranicum, in-fol. III. Cœlestium corporum Explicatio, in-folio. IV. Theatrum mundi et temporis, in-fol. etc. Et Ange GALLUCCI, Jésuite Italien, natif de Macerata, mort à Rome en 1674 : celui — ci est auteur d'une Histoire de la Guerre de Flandres, Rome 1673, 2 vol. in-4°, qui peut servir de suite à celle de Strada, mais qui est écrite avec moins d'élégance. I. GALLUS, (Cornelius) de Fréjus en Provence, grand capitaine et hon poète, étoit chevalier Romain. Il aima Cythéris ou Lycoris, affranchie de Volumius, et la célébra dans ses vers; mais cette courtisane le quitta pour s'attacher à Marc-Antoine : ce qui donna occasion à Virgile de composer sa xe Eglogue, pour consoler Gallus de cette perte. L'empereur Auguste lui donna le gouvernement d'Égypte : Gallus pilla ce pays, et, selon quelques-uns, conspira contre son bien-faiteur, qui l'envoya en exil. Il s'y tua de désespoir, l'an 26 de J. C. Virgile, qu'on peut croire n'avoir eu pour amis que des gens d'un mérite distingué, fait l'éloge de ce poète en plusieurs endroits de ses ouvrages. Gallus avoit travaillé dans le genre élégiaque; mais il ne reste presque rien de ses Poésies. Les fragmens que nous en avons se trouvent dans l'édition de Catulle et de Tibulle, 1771, 2 vol. in-8° ou in-12, avec une traduction françoise par le marquis de Pezay.
II. GALLUS, (Vibius) natif des Gaules, orateur célèbre sous le règne d'Auguste, parut au barreau avec tant d'éclat, qu'on lui donna un des premiers rangs parmi les orateurs Romains, après Cicéron. Sénèque, son ami et son admirateur, a conservé quelques fragmens de ses plaidoyers. Gallus mourut frénétique.
III. GALLUS, capitaine Romain, après l'assaut que les Romains, commandés par Vespasien, avoient donné à Gamala, où ils furent repoussés avec perte, se cacha avec 17 soldats dans une maison, où il entendit plusieurs Juifs s'entretenant, pendant leur souper, de ce qu'on devoit faire le lendemain contre les ennemis. Il sortit aussitôt de sa retraite, égorgea ceux qui étoient dans la maison, et se sauva avec les siens dans le camp des Romains.
IV. GALLUS, (Vibius Trebonianus) proclamé empereur Romain en 251, à la place de Dèce, qu'il fit mourir, étoit d'une bonne famille Romaine, dont il souilla la gloire par des actions lâches et honteuses. Outre le meurtre de son prince, il conclut avec les Goths une paix si ignominieuse, que les Romains n'en avoient point fait de semblable jusqu'alors : le traité portoit qu'ils payeroient aux Goths un tribut annuel. Domitien avoit cependant introduit autrefois la coutume de donner de l'argent aux Barbares, pour les empêcher de ravager les terres de l'empire. Il ne tarda pas long-temps à 332 G A L porter la peine de ses infames actions; mais l'empire la partagea avec lui. Les Goths et les autres peuples ennemis des Romains, ne se contentant pas du traité avantageux qu'ils avoient fait, le rompirent presque aussitôt qu'ils l'eurent conclu. Ils vinrent fondre sur la Thrace, la Russie, la Thessalie et la Macédoine, qu'ils ravagèrent, et où ils commirent, sans que *Gallus* témoignât s'en soucier, tous les désordres ordinaires aux nations Septentrionales. Les Perses, d'un autre côté, qui n'ignoroient pas les progrès des Goths, entrèrent, sous les ordres du fameux *Sapor*, dans les provinces de Mésopotamie et de Syrie; et poussant plus avant, ils subjuguèrent l'Arménie d'où ils chassèrent le roi *Tiridate*. *Gallus*, aussi tranquille que s'il n'eût point eu d'ennemis, demeuroit à Rome, plongé dans les plaisirs. Après avoir associé à l'empire *Volusien*, son fils, qui n'étoit encore qu'un enfant, comme s'il eût dû le trône des Césars à sa valeur et au mérite de son nouveau collègue, il fit battir des pièces de monnoie avec cette inscription: *Virtus Augustorum*. Cependant le peuple paroissoit si irrité de l'indolence de *Gallus*, que ce prince chercha à l'appaiser, en adoptant un jeune fils de *Déce*; mais, craignant qu'il ne vengeât la mort de son père, il l'empoisonna depuis secrètement. *Gallus* ajouta à tous ses crimes, la persécution des Chrétiens; mais le courroux du ciel se manifesta en même temps contre l'empire, par une peste épouvantable. Ce fléau commença en Ethiopie, sur les confins de l'Égypte, se répandit de là dans toutes les provinces, et fut aussi funeste par sa durée que par sa violence. *Gallus* fut si lâche sur le trône, que les soldats le trouvant incapable de régner, le massacrèrent à Terni l'an 253. C'étoit un de ces princes indolens, qui, sans avoir ni vices ni vertus, ont toutes sortes de défauts. Son fils *Volusien*, qu'il avoit décoré de la pourpre, fut tué avec lui. V. GALLUS, (*Flavius-Claudius - Constantinus*) fils de Jules Constance et frère de l'empereur Julien, fut créé César en 334, par l'empereur Constance, son cousin, qui lui fit épouser sa sœur Constantine. Il avoit passé sa jeunesse avec Julien dans une espèce d'exil, où ils furent élevés dans la piété. *Gallus* parut très-attaché au Christianisme; il abolit l'oracle d'Apollon dans un faubourg d'Antioche où il faisoit sa demeure, brûla les villes des Juifs qui s'étoient révoltés, défit les Perses, et s'acquit la réputation d'un prince courageux. Mais les perfides conseils de Constantine le perdirent; et pour satisfaire leur avarice, ils s'abandonnèrent à toutes sortes de vexations et de cruautés. *Gallus* fit massacrer. *Domitien* préfet d'Orient, *Théophile* gouverneur de Syrie, et *Montius* ministre des finances. On prétend même qu'il forma le projet de détrôner Constance. Ce prince le fit arrêter: on procéda contre lui comme contre un simple particulier, et il eut la tête tranchée en 354. Il n'avoit que 29 ans. Constance fit périr les principaux complices de *Gallus*. Voyez CONSTANTINE.
VI. GALLUS, (*Mythol.*) jeune homme fort aimé du Dieu Mars, qui lui avoit confié la porte de l'appartement de *Vénus*. Toutes les fois qu'il alloit faire visite à la Déesse, le confident avoit ordre d'observer le lever du Soleil, celui de tous les Dieux dont *Mars* redoutoit le plus les regards. *Gallus* s'endormit, et le Soleil en se levant, ayant apperçu ce Dieu avec *Vénus*, découvrit à *Vulcain* ce qu'il ignoroit. *Mars* fut si irrité de ce que *Vulcain* l'avoit non-seulement surpris, mais aussi enveloppé d'un filet, pour le donner en spectacle aux Dieux, qu'il changea *Gallus* en coq; c'est pour cela qu'il annonce tous les jours à grands cris le lever du Soleil.
**GALLUS**, *Voyez* I. AQUILLIUS et MACHAULT.
**GALLUZZI**, *Voy*. GALLUCCI.
**GALTIER**, (Jean-Louis) avocat au parlement de Paris, mort en 1782, étoit né à Saint-Symphorien. Il avoit plus de savoir, d'esprit et d'imagination que de goût. Nous avons de lui les *Céramiques* ou les *Aventures* de *Nicias* et d'*Antiope*, 1760, 2 vol. in-12. C'est une espèce de roman poétique où l'auteur a fait entrer beaucoup de détails de géographie ancienne et de mœurs grecques et antiques, mais trop souvent travesties à la françoise. On a encore de lui, la traduction de l'Anglois du *Monde* d'*Adam-Fitz-Adam*, 1761, 2 vol. in-12.
**GALVANI**, (Louis) né à Bologne en 1737, étudia avec succès la médecine, et commença à paroître avec distinction dans cette carrière, en soutenant une thèse savante sur la nature et la formation des os. Chargé bientôt après de professer l'anatomie dans le célèbre institut de sa patrie, il publia un mémoire sur l'appareil urinaire des oiseaux, sujet d'autant plus curieux que ceux-ci sont privés de vessie, et que des tuyaux urinières et particuliers paroissent leur en tenir lieu. L'accueil fait à cet écrit fit concevoir à son auteur le projet de travailler à la Physiologie complète des volatiles; mais il se borra à examiner le sens de l'ouïe, si délicatement organisé dans eux, et qui les rend en général si sensibles aux accords du chant et de la musique. Le premier, il découvrit un canal auditif, comparable à l'aqueduc de *Fallope* dans l'homme, et une cavité osseuse qu'il désigna sous le nom d'*anti-vestibule*. Le hasard lui préparait alors la découverte de plusieurs phénomènes qui tiennent à l'organisation animale, dont le principe se rapproche de celui de l'électricité, qui ont formé une nouvelle branche de la physique médicale, et à laquelle les savans ont donné le nom de son inventeur, en l'appelant *Galvanisme*. Il préparoit des bouillons de grenouilles pour son épouse, dont la santé étoit très-foible; ces amphibies écorchés se trouvoient placés près d'une machine électrique en mouvement. En approchant la pointe d'un scalpel des nerfs cruaux de l'un de ces animaux, tous les muscles furent agités d'une vive commotion. *Galvani* s'attacha dès-lors à l'idée d'une électricité inhérente au corps animal, et ses expériences lui en offrirent la probabilité. Déjà, le célèbre physicien *Vavali* avoit présumé que certains organes recéloient une électricité particulière et propre à leur destination; déjà l'anatomiste *Cotugno* avoit annoncé qu'un de ses élèves, disséquant une souris, et ayant touché avec la pointe du scalpel 334 GAL le diaphragme de l'animal, avoit éprouvé une commotion subite; Galvani observa que le contact d'un conducteur avec les nerfs étoit nécessaire pour produire le phénomène; que ce conducteur devoit avoir un certain prolongement pour opérer de plus violentes contractions; que les animaux à sang chaud, tels que les poulets et les brebis, étoient susceptibles des mêmes mouvements; que ceux-ci avoient d'autant plus de force, que l'animal est plus avancé en âge, et que ses muscles sont plus blancs; que l'électricité atmosphérique ou du tonnerre, soutirée par un fil métallique, donnoit aux cuisses des grenouilles les mêmes vibrations, toutes les fois que des éclairs s'échapperont du sein de la nue; que le contact de métaux différens, fait naître le mouvement musculaire et le propage. Sur ce dernier effet, Galvani a varié ses essais sur l'étain, le cuivre, le zinc, l'antimoine, la plombagine; et, d'après ses nombreuses expériences, le savant professeur de Bologne imagina une théorie sur l'organisation animale, qui est ingénieuse, mais loin d'être prouvée. « Tous les animaux, suivant lui, dit M. Alibert dans son savant éloge de Galvani, jouissent d'une électricité inhérente à leur économie, qui réside spécialement dans les nerfs, et par lesquels elle est communiquée au corps entier. Elle est secrétée par le cerveau: la substance intérieure des nerfs est douée d'une vertu conductrice pour cette électricité, et facilite son mouvement et son passage à travers les nerfs. En même temps l'enduit huileux de ces organes empêche la dissipation du fluide, et permet son accumulation. Gal- vani pense en second lieu que les reservoirs principaux de l'électricité animale sont les muscles. Chaque fibre représente une petite bouteille de Leyde dont les nerfs sont les conducteurs. Le mécanisme de tous les mouvements s'établit de la manière suivante: le fluide électrique est puisé et attiré de l'intérieur des muscles dans les nerfs, et passe ensuite de ces nerfs sur la surface extérieure des muscles, de façon qu'à chaque décharge de cette bouteille électrique musculaire, répond une contraction.» Ce qui fortifia Galvani dans son opinion, fut l'analogie qu'il observa entre les phénomènes de la bouteille de Leyde et les contractions des muscles. Il expliqua, d'après sa théorie, la cause du rhumatisme, de la sciatique, du tétanos, attribuée à un fluide extravasé autour de la surface des nerfs, et qui fournit au fluide électrique une intensité trop forte, tandis que dans la paralysie, l'apoplexie, l'épilepsie, l'interposition d'un corps non conducteur s'oppose au passage du fluide électrique du muscle au nerf et du nerf au muscle. Cet effet est produit toutes les fois qu'une matière huileuse obstrue les nerfs ou les membranes qui les enveloppent. La découverte de Galvani lui procura un grand nombre de disciples, parmi lesquels quelques-uns, en adoptant ses procédés et en multipliant ses expériences, leur attribueront d'autres principes. Vaili, Fowler, Humbold, Aldini, n'ont vu comme l'inventeur dans le Galvanisme, qu'un phénomène dépendant des parties animales. Au contraire, Crève, Ackerman, Pfaff, et sur-tout Volta, célèbre physicien de Pavie, n'ont trouvé dans les con- G A M 335 tractions galvaniques qu'un effet de la nature, non subordonné à l'action vitale et au mouvement des muscles. D'autres savans distingués, tels que *Nicholson*, *Carlisle*, *Cruischang*, *Ritter*, *Hallé*, *Fourcroy*, *Vauquelin*, *Monge*, *Berthollet*, *Petetin*, ont suivi avec activité les travaux de *Galvani*; ils ont obtenu des effets nouveaux et curieux, et ont cherché à perfectionner sa découverte. *Galvani* attaqué dans son système par plusieurs physiciens, publia cinq mémoires dédiés à *Spallanzani*, pour le défendre. Dans un voyage qu'il fit à Sinigaglia et à Rimini, sur le côtes de la mer Adriatique, il fut aussi dans le cas d'approfondir l'électricité propre aux torpilles, et il en fit le sujet d'une savante dissertation. Il a laissé en manuscrit, à l'académie de Bologne, un mémoire sur l'action de l'opium. Savant médecin clinique, habile dans l'art des accouchemens, il parloit avec facilité, mais sans éloquence. Il fut doux, modeste, extrêmement aimant, modéré dans la discussion, simple dans ses mœurs et dans ses goûts. Son maintien étoit grave, mais son abord facile. Naturellement porté à la mélancolie, il foyoit les sociétés nombreuses. Il épousa *Lucie Galeazzi*, fille d'un médecin renommé; elle répandit sur trente années de sa vie toutes les douceurs de l'amour. *Galvani* la perdit et resta inconsolable. Retiré alors à la campagne, pour n'être point distrait de sa douleur, il célébra dans des vers touchans les vertus de celle qui mérita son affection, et lui fit élever un tombeau dans l'église de Sainte-Catherine de Bologne, orné d'une inscription où respire toute sa tendresse. Il ne survécut pas long-temps à sa perte, et mourut le 5 décembre 1798. Une médaille, gravée à Rome, perpétue le souvenir et les traits de ce médecin célèbre. — *Camille GALVANI* son neveu, qui a publié un *Abrégé* de l'Histoire naturelle de *Buffon*, et un *Mémoire* sur la pierre phosphorique de Bologne, a hérité des lumières de son oncle.
GALVANO (Antoine) fils naturel d'*Edouard Galvano*, naquit dans les Indes, et fut fait gouverneur des isles Moluques. Il signala le commencement de son gouvernement, par la victoire qu'il remporta dans l'isle de Tidor sur vingt mille hommes, n'en ayant avec lui que 350. Il purgea les mers voisines de tous les corsaires. Il ne se rendit pas moins recommandable par sa bonté pour les naturels du pays, et par le soin qu'il prit de les faire instruire des vérités de la religion. On assure que, pendant quatre ans, il dépensa pour cet objet 70 mille crusades, aussi acquit-il le glorieux titre d'*Apôtres des Moluques*. Ses libéralités l'ayant réduit à un état qui n'étoit guères au-dessus de la misère, il se rendit l'an 1540 en Portugal, où il ne trouva pas de reconnaissance auprès du roi *Jean III*, dont il avoit augmenté les revenus de 500 mille crusades. Il se vit obligé de se retirer dans l'hôpital de Lisbonne, où il vécut jusqu'en 1557. Il avoit écrit une *Histoire des Moluques*, qui est perdue; mais on imprima en 1755 à Lisbonne un *Traité des divers Chemins* par lesquels les marchandises des Indes ont été apportées en Europe, et des *Découvertes* faites jusqu'en 1550. L'GAMA, (Vasco ou Vasquez de) né à Sines, ville maritime 336 GAM de Portugal, d'une famille illustre, s'est immortalisé par la découverte du passage aux Indes Orientales par le cap de Bonne-Espérance. Le roi *Don Emmanuel* l'envoya en 1497 dans les Indes, pour les reconnoître. Il courut toute la côte Orientale de l'Afrique, descendant en divers lieux, pour tenter de faire alliance avec les rois. Il se conduit de même sur la côte Orientale de l'Inde; mais il ne trouva de favorables dispositions que dans le roi de Melinde, qui le fit accompagner à son retour par un ambassadeur. *Gama*, satisfait de son premier voyage, se prépara à en faire un second avec une flotte de 20 vaisseaux. Le roi, pénétré d'estime pour son mérite, et de reconnaissance pour ses services, le fit comte de Vidiguère, et amiral des mers des Indes, Perse et Arabie; titre que ses descendants conservent. Il partit le 10 février 1502, et après s'être vengé des insultes qu'il avoit souffertés la première fois, en bombardant quelques places, et battant plusieurs petites flottes des princes barbares, il revint avec treize vaisseaux-chargés de richesses, le 1er septembre 1503. Pour immortaliser cette heureuse expédition, le roi *Emmanuel* fit bâtir le superbe monastère de Bellem ou Bethléem, dédié à la Vierge, voisin d'un hôtel où se retire la noblesse indigente, qui a vieilli au service de l'état. Le roi *Jean III*, successeur d'*Emmanuel*, ayant nommé *Gama* vice-roi des Indes, en 1524, l'y renvoya pour la troisième fois; mais à peine avoit-il établi son siège à Cochin, qu'il y mourut, le 24 décembre 1525. Ses lieutenants venoient de défaire les flottes de *Calicut* et de *Cananor*. On dit qu'il publia la *Relation* de son premier voyage dans les Indes; mais on ne l'a point trouvée. Ce grand homme fut honoré du titre de *Don*, pour lui et pour sa postérité, et créé Grand de Portugal.
II. GAMA (Antoine de) né à Lisbonne en 1520, mort dans cette ville à 75 ans, fut conseiller d'état et grand chancelier du roi de Portugal. Les écrits qu'il nous a laissés, sont : I. *Decisiones supremi Lusitaniæ Senatus*, infolio. II. *Tractatus de Sacramentis præstandis ultimo supplicio damnatis*. Ce savant magistrat tiroit son plus grand lustre de son érudition, et il le fit réjaillir sur les dignités qu'il remplit.
III. GAMA, (Emmanuel de) avocat au parlement de Paris, publia en 1706, in-12, une *Dissertation sur le Droit d'Aubaine*; droit barbare, mais qu'un long usage avoit consacré. Ce n'est proprement qu'un factum; mais il roule sur une question importante. L'auteur a prétendu que le droit d'aubaine ne s'étendoit que sur les étrangers établis dans le royaume, et non pas sur ceux qui n'y faisoient que passer en voyageant. I. GAMACHE, (Joachim Rouault de) gentilhomme de Poitou, acquit une grande réputation sous *Charles VII* et sous *Louis XI*. Il se trouva à deux batailles et à dix-sept sièges, sans avoir pourtant commandé en chef. Son action la plus éclatante, est la défense de Paris pendant la guerre du *Bien public*, en 1465. Ses services, qui lui méritèrent le bâton de maréchal, ne le garantirent point de la malice des jaloux, ni des défiances de *Louis XI*, Louis XI, le Tibère de la France. Ce prince le fit arrêter en 1476, et juger par des commissaires. Gamache fut condamné, non-seulement à perdre ses charges, mais encore à payer au roi 20,000 francs d'amende, et à garder la prison pendant cinq ans. Mais le maréchal n'en conserva pas moins sa liberté et ses biens. On ne dit point quel étoit son crime, ni pour quelle raison l'arrêt ne fut point exécuté. Gamache mourut en 1478. Il étoit de la promotion de 1461.
II. GAMACHE (Philippe de) abbé de Saint-Julien de Tours, docteur et professeur de Sorbonnè, né en 1568, se distingua par le zèle avec lequel il soutint le docteur Richer, contre les partisans de l'Ultramontanisme. Sans l'appeler un grand homme, (comme le fait le Lexicographe Critique, aussi outré dans ses éloges que dans ses satires) on peut dire que Gamache étoit un des bons scolastiques de son temps. On fait encore cas des Commentaires de ce docteur sur la Somme de St. Thomas, 2 vol. in-fol. Cet écrivain mourut en 1625, à 57 ans.
GAMACHES, (Etienne-Simon) né à Meulan, entra chez les chanoines de Sainte-Croix de la Bretonnière, et s'y distingua par un esprit méditatif et profond. L'académie des Sciences de Paris lui ouvrit ses portes. Nous avons de lui: I. Une Astronomie Physique, ou Principes généraux de la Nature appliqués au Mécanisme Astronomique, 1740, in-4.º II. Dissertations Littéraires et Philosophiques, 1755, in-8.º III. Système du Philosophe Chrétien, 1721, in-8.º IV. Système du Cœur, sous le nom de Clari- igny, 1708, in-12. Mais celui de ses livres qui est le plus connu, est intitulé: Les agrémens du Langage réduit à ses principes, 1757, in-12. Cet ouvrage, qu'un homme d'esprit appeloit le Dictionnaire des pensées fines, est digne d'être lu par quiconque veut écrire. On desireroit cependant que l'auteur eût donné plus de développement et de netteté à ses principes. Ses idées, rendues d'une manière plus sensible et plus claire, seroient entrées avec plus de facilité dans l'esprit de ses lecteurs, et ne lui auroient pas attiré la critique injuste de l'abbé Goujet. Ce censeur ne remarque que l'obscurité du livre des Agrémens, et se tut sur l'étendue, la justesse et la finesse d'un grand nombre de réflexions de l'auteur. Il mourut en 1756, dans sa 84ᵉ année.
GAMALIEL, docteur de la loi, disciple secret de J. C., et maître à ce qu'on croit, de St. Paul, fut très-favorable aux Apôtres, dans une assemblée que les Juifs tinrent pour les faire mourir. Il fut sensiblement touché du mauvais traitement qu'ils reçurent, et sur-tout du martyre de St. Etienne, qu'il fit ensevelir honorablement, mais sans se montrer. On dit que ce saint homme fut ensuite découvert et martyrisé avec son fils Abibon, âgé de 20 ans; qu'après sa mort il apparut en songe à un saint prêtre nommé Lucien, à qui il découvrit l'endroit où reposoit son corps; mais ce récit n'a pas de fondemens bien solides... Voy. ONKELOS. I. GAMBARA, (Véronique) née à Bresce en 1485, mariée à un seigneur Italien, fut veuve de bonne heure; et ne voulut point 338 GAM le remarier, pour être moins gênée dans sa passion pour la poésie et pour la littérature. Elle mourut à Corregio en 1550, à 65 ans, après avoir fait l'admiration de l'Italie par ses talens. Ses *Poésies* ont été imprimées plusieurs fois, et dernièrement en 1759, à Bresce, in-8°. Le style de sa prose, et sur-tout de ses vers, est d'une élégance et d'une douceur qui approchent un peu de celles des Sonnets de *Pétrarque*.
II. GAMBARA, (Laurent) poète Latin, de Bresce en Italie, mort en 1586, à 90 ans, demeura long-temps auprès du cardinal *Alexandre Farnèse*, son ami et son protecteur. On lui doit: I. Un *Traité latin sur la Poésie*, in-4°, Rome 1589. L'auteur voudroit que les poètes Chrétiens n'employassent pas dans leurs ouvrages les noms des Divinités du Paganisme. La poésie perdroit, à la vérité, beaucoup de ses agrémens; mais elle seroit plus digne des lecteurs sages. II. Un poème en 4 chants, intitulé: *Columbus* ou *la Colombine*. Ce fut le cardinal de *Cranvelle* qui l'engagea à le composer; l'auteur le lui décida. C'est l'histoire de *Christophe Colomb*, mise en vers. *Mad. du Bocage*, célèbre par son esprit, a fait un *Poème* sur le même sujet, en vers françois. Elle n'a pas dû craindre d'avoir *Gambara* pour rival: les *Poésies* de cet auteur sont, en général, lâches et foibles. *Muret* avoit mis à la tête de son exemplaire: *Briais, vestrais merdosa volumine *Non sunt nostrates tergers digna On en a plusieurs éditions: les meilleures sont celles de Rome, en 1581 et 1586, in-4°. On es- es-time plus ses *Églogues*, intitulées *Venatoriæ*, que ses autres ouvrages.
GAMBART, (André) prêtre du diocèse de Noyon, entra dans la congrégation naissante de Saint-Vincent de Paule, son ami. Il mourut saintement à Paris, en 1668, à 68 ans. On a de lui *le Missionnaire Paroissial*, ou Sommaire d'Exhortations familières pour l'instruction des pauvres et du simple peuple dans les Prônes, à Paris, 1668, huit vol. in-12. Ceux qui sont obligés d'instruire les peuples de la campagne, recherchent encore aujourd'hui cet ouvrage. Les instructions, qu'il renferme sont courtes, claires, et à la portée des plus simples.
GAME, (David) capitaine Gallois, se distingua sous le règne d'*Henri V*, roi d'Angleterre. Ce prince l'ayant envoyé à la découverte, la veille de la bataille qui se donna à Azincourt, le 25 octobre 1415, entre les Anglois et les François, pour avoir des nouvelles des ennemis; ce brave officier lui rapporta qu'il y en avoit assez pour être tués, assez pour être fait prisonniers, et assez pour s'enfuir. Cette assurance fit plaisir au roi, parce qu'elle lui fit comprendre que ses troupes étoient bien résolues à faire leur devoir, malgré la grande supériorité des ennemis. Le jour de la bataille, *Henri*, qui remporta une victoire signalée sur les François, se trouvant dans un extrême danger d'être tué ou fait prisonnier, *David Game* et deux autres officiers de sa nation, le sauvèrent aux dépens de leurs propres vies. Le roi, qui s'étoit un peu remis, voyant ces trois braves hommes étendus à ses pieds et respirant encore, les fit tous trois chevaliers.
**GANAY**, (Jean de) *Voy*.
**GAIGNY**.
**GANGANELLI**, *Voyez*
**CLEMENT XIV**.
**GANIBASIUS**, (Jean) *Voy*.
**GONELLI**.
**GANTÈS** ou
**GANTERI**, (Jean de) d'une maison ancienne, originaire de Piémont, établie en Provence, naquit à Cuers, en 1330. Il se signala, en qualité de chevalier, sous *Robert le Bon*, comte de Provence, et commanda des corps considérables sous *Jeanne*, reine de Naples, de Sicile et de Jérusalem. Il suivit cette princesse à Naples, où il appaissa une sédition populaire. Il partit ensuite pour Rome, et soutint avec honneur la cause et les intérêts de sa souveraine. De retour en Provence, l'an 1375, il leva un corps considérable de troupes dans la contrée de Cuers, de Souliers, et d'Hières, pour s'opposer à des brigands qui, sous le nom de *Tuschiens*, ravageaient la Provence, au nombre de plus de 12,000 hommes. Les états du pays, tenus à Aix l'an 1594, nommèrent *Jean de Siméonis* généralissime contre ces brigands, et *Jean de Gantès* fut son lieutenant général. Ces deux généraux désirent totalement les Tuschiens. *Gantès* mérita le surnom de *Brave*, et la place de lieutenant général des troupes de la reine *Jeanne*. Il mourut à Cuers, en 1389. — Il y a eu un *Annibal GANTÈS*, qui fit imprimer à Auxerre l'*Entretien familier des Musiciens*, 1643, in-8°. Cet ouvrage, rare et singulier, est recherché des curieux. L'auteur étoit de Marseille, et chanoine de Saint-Etienne d'Auxerre.
**GANIMÈDE** (Mythol.) jeune prince Troyen, fils de *Tros*, étoit d'une rare beauté. Étant à la chasse sur le mont Ida, il fut enlevé par l'aigle de *Jupiter* ou par *Jupiter* lui-même changé en aigle, et transporté au ciel pour y servir le nectar à la table des Dieux. *Hombre* dit qu'*Hébé*, Déesse de la Jeunesse, servant les Dieux dans un festin que *Jupiter* leur donnoit en Éthiopie, fit un faux pas, et tomba de façon qu'elle fit rire tous les convives. *Jupiter*, choqué de cette indécence, résolut d'enlever *Ganimède* pour lui verser le nectar. Il fit présent à son père de chevaux très-légers, pour le consoler. On n'est point d'accord sur le lieu précis de l'enlèvement de *Ganimède* : le plus grand nombre le met sur le mont Ida. *Saumaise* reprend les peintres qui représentent *Ganimède* enlevé sur le dos de l'aigle ; il prouve, par les anciens auteurs, que l'aigle prit *Ganimède* par les cheveux entre ses serres.
**GANZ**, *Voy*.
**DAVID GANZ**.
**GARA**, (Nicolas) Palatin de Hongrie, né dans l'obscurité, en sortit par sa valeur. Il parvint aux plus éminentes dignités du royaume de Hongrie. *Élisabeth*, veuve du roi *Louis I*, mort en 1382, lui en confia le gouvernement. *Gara* ne se servit de son pouvoir et de son crédit que pour tyranniser les petits et opprimer les grands. On prit les armes de toutes parts, et on donna la couronne de Hongrie à *Charles de Duras*, roi de Naples. *Gara*, le regardant comme un usurpateur, le fit assassiner. Alors la reine *Élisabeth*, accompagnée de son ministre et du meurtrier de *Charles*, parcourut les diverses provinces de l'état pour se faire reconnoître. Le gouverneur de Croatie, confident du prince assassiné, se servit de cette occasion pour être son vengeur. Il assembla la noblesse et le peuple, prit *Garat* et *Elizabeth*; il tua le premier, et fit jeter la seconde, enfermée dans un sac, au fond de la rivière. Il ne restoit que *Marie*, fille d'*Elizabeth*; il l'enferma dans une cruelle prison. *Sigismond*, marquis de Brandebourg, auquel cette princesse avoit été promise, vint la délivrer, fit périr son persécuteur par le dernier supplice, et l'épousa ensuite.
GARAMOND, (Claude) Parisien, mort dans sa patrie en 1561, étoit un très-célèbre graveur et fondeur de caractères. Il grava, par ordre de *François I*, les trois sortes de caractères grecs, dont *Robert Etienne* s'est servi dans ses éditions. Il n'exceltoit pas moins pour les autres caractères. Ce fut lui qui bannit des imprimeries la barbarie gothique, et qui le premier donna le goût des beaux caractères romains. Il les porta à un haut degré de perfection. On ne peut lui refuser la gloire d'avoir surpassé tous ceux qui étoient avant lui, et de ne l'avoir jamais été par aucun de ceux qui sont venus après. Ses caractères se sont extrêmement multipliés, par le grand nombre qu'il en a gravés, et par les frappes qui en ont été faites. Dans les épreuves que les étrangers en firent en Italie, en Allemagne, en Angleterre, et même en Hollande, ils eurent soin d'ajouter à chaque nom du caractère, celui de *Garamond*, pour les distinguer de tous les autres. Le *Petit-Romain*, par excellence, étoit connu chez eux sous le seul nom de *Garamond*. Les poinçons et les ma- trices des caractères grecs de ert artiste que *Louis XIII* fit racheter à Genève, étoient déposés à l'imprimerie Royale.
GARASSE, (François) Jésuite, né à Angoulême en 1585, prit l'habit de la société en 1601. « Comme il avoit beaucoup de feu et d'imagination, et d'ailleurs une bonne poitrine, il prêcha avec succès, pendant plusieurs années, dans les principales villes de la France et de la Lorraine. Ses Sermons rouloient toujours sur quelque sujet singulier, qu'il assaisonnoit de bouffonneries conformes au goût de son temps. Il conserva le même style dans les ouvrages qu'il donna au public. On reconnoit dans ses ouvrages, qu'il avoit beaucoup lu; mais son érudition étoit un chaos indigeste, où son imagination suppléoit souvent au défaut de sa mémoire. On ne peut lui passer tous les contes ridicules qu'il a débités sur les personnes qu'il vouloit censurer; et l'on ne peut guère s'empêcher de croire qu'il les a inventés, du moins en partie. Il ne savoit ménager ni les expressions, ni les injures; et il sembloit qu'il ne se possédait plus, lorsqu'il écrivoit contre quelqu'un. Il a toujours eu le louable dessein de combattre les athées et les impies: mais il auroit fallu, pour y réussir, employer de bonnes raisons, et les produire méthodiquement sans verbiage et sans emportement; et c'étoit une chose dont il n'étoit pas capable, le jugement et le talent de raisonner lui manquant absolument. » (*Mémoires de Nicéron*, tom. 31, p. 379 et 380.) Ses principaux ouvrages sont: I. *Andrea Scioppii*, *Gasparis fratris*, *ELIXIR Calvinisticum*, seu *Lapis Philosophiae reformatæ*, à Calvino *Genovæ primæ effossus*, de in ab Isaac Casaubonio *Londini politus*... in *Ponte Charentio*; Antierpiæ, 1615, in-8°. *Gaspar d'Scioppius* n'eut jamais de frère qui ait écrit; mais l'esprit satirique et mordant de *Garasse*, assez semblable à celui de *Scioppius*, lui fit apparemment choisir ce masque qui lui convenoit fort bien. Il avoit publié sous le même nom, en 1614, à Anvers, son *Horoscopus Anti-Cotonis*. II. *Recherches des Recherches d'Etienne Pasquier*, in-8°. Tout ce que la fougue la plus impétueuse peut inspirer de grossièretés, est entassé dans cet ouvrage. Il suit *Pasquier* comme un dogue acharné. Ce célèbre avocat répétant sans cesse, qu'il vouloit être tondu, s'il avançoit rien de faux. —Oui, lui réplique le Jésuite, vous serez tondu, et c'est moi qui serai votre barbier. Il l'appelle, sans détours, « sot par nature, sot par bécarre, sot par bémol, sot à la plus haute game, sot à double semelle, sot à double teinture, sot en cramoisi, sot en toutes sortes de sottises. » Un endroit non moins admirable, c'est l'adieu de ce déclamateur à *Pasquier*. « Adieu, maître *Pasquier*; adieu plume sangiante, adieu, avocat sans conscience; adieu, monophyle sans cervelle; adieu, homme sans humanité; adieu, Chrétien sans religion; adieu, capital ennemi du saint-siège de Rome; adieu, fils dénaturé, qui publiez et augmentez les opprobres de votre mère... Adieu, jusqu'au grand parlement, où vous ne plaiderez plus pour l'université. » Les fils de *Pasquier* vengèrent leur père. Le Jésuite avoit adressé son premier ouvrage : *A feu Etienne PASQUIER*, par-tout où il sera. Les fils de ce célèbre avocat, pour payer *Garasse* de la même monnaie, lui adressèrent la réponse *en quelque lieu qu'il fût*. On trouve dans cette réponse deux listes d'injures, rangées par ordre alphabétique, et tirées des livres de *Garasse*. Il faut avouer, pour être impartial, que les *Pasquiers* auroient pu augmenter ces listes en consultant le *Catéchisme des Jésuites*, composé par leur père. III. *Doctrina curieuse des beaux Esprits de ce temps, ou prétendus tels*, 1623, in-4° : ouvrage contre les déistes, plus rempli de turlupinades que de raisons. Il s'y déchaîne sur-tout contre le poète *Théophile*. IV. *Rabelais reformé*, in-12 : mauvais livre de controverse contre *du Moulin*, et qui n'est point du tout, comme quelques-uns l'ont cru, une refonte de l'intelligible livre de *Rabelais*. Il prétend seulement que *du Moulin* est un *Rabelais ressuscité*. V. *Somme de Théologie*, 1625, in-folio, censurée par la Sorbonne. L'auteur y dégrade la majesté de la religion, par le style le plus familier et le plus bouffon. VI. *Le Banquet des sept Sages, dressé au logis de M. Louis Savin*. Ce livre satirique, publié sous le nom d'*Espinœil*, à Paris, 1617, in-8°, est la plus rare des productions de *Garasse*. Il y a quelques bonnes plaisanteries. Elle fut supprimée... *Garasse*, si long-temps enfermé dans l'autre de la satire, avoit voulu faire quelques courses sur le Parnasse. VII. On a de lui des *Poésies latines*, in-4°, qui ont les mêmes indécences que sa prose : la pudeur même n'y est pas toujours respectée. Ce sont des *Élégies* sur 342 GAR le parricide de Henri le Grand, et un Poème sur le sacre de son fils Louis XIII...L'auteur fut envoyé à Poitiers par ses supérieurs, pour secourir les pestiférés. Il avoit demandé lui-même d'aller remplir cet office de charité, et il mourut en l'exerçant le 14 juin 1631, à 46 ans. Ce Jésuite, si amer dans ses livres, étoit assez doux dans la société. Un faux zèle lui inspira ses invectives, plutôt que la méchanceté. Voyez CHARRON.
GARCEZ, (Julien) Dominicain Aragonnois, nommé par Charles-Quint, premier évêque de Tlascala au Mexique, fut le père de son peuple. Son humanité envers les Indiens, irrita contre lui les Espagnols conquérants du Nouveau-Monde, qui les traitoient comme des bêtes. Il éxivit, à ce sujet, un Traité en forme de lettre, adressé au pape Paul III. Padilla l'a traduit et l'a fait imprimer dans son Histoire du Mexique. Garcez mourut en odeur de sainteté, vers l'an 1547. I. GARCIAS, (Nicolas) jurisconsulte du 13e siècle, natif de Séville, laissa des Commentaires sur les Décrétales. — Il faut le distinguer de Nicolas GARCIAS, autre savant jurisconsulte Espagnol, du 17e siècle, dont on a un Traité des Bénéfices, assez bon, 1618, in-fol.
II. GARCIAS LASSO, ou GARCILASSO DE LA VEGA, poète Espagnol, natif de Tolède, eut l'avantage d'être élevé auprès de l'empereur Charles V. Il suivit ce prince en Allemagne, en Afrique, en Barbarie et en Provence. Il fut blessé dans cette dernière expédition. Ayant voulu faire étalage de sa bravoure aux yeux de son maître, il reçut un énorme coup de pierre au pied d'une tour près de Fréjus, et mourut à Nice de ses blessures, en 1536, à 36 ans. Garcias est un de ceux à qui la poésie espagnole a le plus d'obligation. Il la purgea non-seulement de son ancienne barbarie; mais il lui prêta diverses beautés, empruntées des étrangers anciens et modernes. Ses ouvrages, animés du feu poétique, offrent beaucoup de majesté, et moins d'enflure que ceux des autres poètes de sa nation. Paul Jove prétend que ses Odes ont la douceur de celles d'Horace; mais elles n'en ont pas l'énergie. On a donné plusieurs éditions des Poésies de Garcias. Sanctius, le plus savant grammairien d'Espagne, les a commentées. Il relève, en bon commentateur, les moindres beautés de son original. Ce qu'il y a de plus utile dans ses notes, ce sont les comparaisons des beaux morceaux de Garcias, avec ceux des poètes anciens qu'il a imités. Les Observations de Sanctius parurent à Naples en 1664, in-8.
III. GARCIAS LASSO DE LA VEGA, natif de Cusco, a donné en espagnol l'Histoire de la Floride, et celle du Pérou et des Incas, écrites d'un style ampoulé, et traduites l'une en latin et l'autre en françois, par Baudouin, Amsterdam, 1737, deux vol. in-4°, avec figures.
GARCIAS DE LOAYSA. Voyez GIRON et OGNA.
GARCIE ou GARCIAS II, roi de Navarre, succéda à son père Sanche II, et mourut l'an 1000, ou au commencement de l'année suivante. Il fut surnommé le Trembleur, parce qu'il trembloit effectivement, lorsqu'on lui mettoit sa cuirasse un jour de combat. On lui attribue ce bon mot, mis sur le compte de tant d'autres : Mon corps tremble des périls où mon courage va le porter. I. GARDE, (Antoine Iscalin des Aymares, baron de la) et marquis de Brigangon, connu d'abord sous le nom de capitaine Polin, naquit d'une famille obscure au village de la Garde en Dauphiné, dont il acheta par la suite la seigneurie, et ne dut son élévation qu'à son courage et à son esprit. Il étoit né si pauvre, qu'un simple caporal, qui lui trouva une physionomie heureuse, ne craignit point de le demander au père et à la mère, pour l'attacher, en qualité de goujat, au service de sa compagnie. La demande fut rejetée; mais le jeune Polin se dérobant de la maison paternelle, suivit de près son guide, le servit deux ans, parvint successivement au grade de soldat, d'enseigne, de lieutenant et de capitaine, toujours supérieur par son activité et son intelligence aux emplois qu'on lui conféroit. Guillaume du Bellai le fit connoître à François I, qui l'envoya en 1541 à Constantinople vers Soliman II. Cette ambassade développa en lui les talens les plus rares pour les négociations. Mais comme cette carrière, toute glorieuse qu'elle étoit, ne convenoit ni à sa fortune, ni à ses goûts, il l'abandonna pour s'attacher au service de mer. Il devint bientôt, sous le nom de Baron de la Garde, général des galères de France, et se fit une grande réputation sur mer par ses belles actions. Il commandoit en Provence comme lieutenant général, lors de la sanglante exécution de Cabrières et Mérindol, en 1545; et il servit trop bien la passion du président d'Opède contre les infortunés habitans de ces contrées. Il fut emprisonné à cette occasion, et destitué du généralat des galères; mais au bout de trois ans il fut élargi, déclaré innocent et réintégré dans sa charge. Elle lui fut encore ôtée en 1557, et ne lui fut rendue qu'en 1566. Il mourut d'hydropisie à 80 ans en 1578, laissant plus de gloire que de richesses. Il n'eut qu'un bâtard dont la postérité s'éteignit en 1713.
II. GARDE, (Philippe Bridard de la) né à Paris en 1710, mort le 3 octobre 1767, à 57 ans, fut chargé des fêtes particulières que Louis XV donnoit dans ses appartemens. Il avoit un goût singulier pour ce genre. La marquise de Pompadour fut sa bienfaitrice; sa mort le jeta dans une habitude de mélancolie, qu'il ne fut pas maître de dissiper. Il faisoit la partie des spectacles pour le Mercure de France. On a de lui : Les Lettres de Thérèse, 2 vol. in-12 : Annales amusantes, in-12 : La Rose, opéra comique, etc., et d'autres frivolités, où il y a peu à gagner pour l'esprit et pour les mœurs. I. GARDIE, (Pontus de la) gentilhomme de Carcassonne, célèbre par son courage et par ses aventures, servit d'abord en Piémont, puis en Ecosse, ensuite en Danemark. Ayant été fait prisonnier dans un combat contre les Suédois, Eric XIV, roi de Suède, le prit à son service. Ce prince ayant perdu son 344 GAR trône, la *Gardie* conserva sa faveur auprès de *Jean III*, à qui sa valeur avoit été utile. Il lui confia des commissions importantes à Rome et à Vienne, et le déclara en 1580 général des troupes de Suède contre les Moscovites. *Pontus* se rendit maître de la Carélie, et fit d'autres conquêtes avec autant de courage que de bonheur. Ses victoires furent suivies de négociations pour la paix. Dans cet intervalle, la *Gardie* périt malheureusement, le 5 novembre 1585 : car voulant entrer dans le port de Revel, capitale de la Livonie Suédoise, la patache à la poupe de laquelle il étoit assis dans un fauteuil, ayant donné contre un rocher, la proue se haussa si fort de ce coup, qu'il tomba dans la mer avec deux de ses gentilshommes, et ne reparut plus. Il avoit épousé une fille naturelle du roi : il en eut deux fils, desquels sont descendus les comtes de la *Gardie*, qui sont des plus grands seigneurs de Suède.
II. GARDIE, (Magne-Gabriel de la) comte d'Avensbourg, fut successivement conseiller, trésorier, premier maréchal de la cour, chancelier de Suède, enfin premier ministre et directeur-général de la justice dans tout le royaume. Il fut fort avant dans les bonnes graces de la reine *Christine*, qu'il empêcha d'abdiquer, autant qu'il fut en lui ; mais ayant été obligé de se retirer de la cour en 1654, cette reine fit ce qu'elle voulut. Il y rentra sous *Charles-Gustave*, qui le nomma trésorier du royaume, lieutenant du roi, et généralissime dans la Livonie. En 1656, il obtint le gouvernement de la *Samogitie* et de la *Lithuanie*, et défendit Riga avec tant de vigueur, que les Moscovites furent obligés de se retirer au bout de six mois de siège. Après la mort du roi, il fut élu chancelier du royaume, et eut part à la régence. Il fut ensuite premier ministre de *Charles XI*, qu'il assista utilement de ses conseils. Il mourut en 1686, également illustre par les qualités qui forment et le guerrier et l'homme d'état.
GARDIN-DUMESNIL, (N...) professeur de rhétorique à l'université de Paris, se montra très-versé dans la connoissance de la langue latine, dont il a développé toute l'élégance et la finesse. Il a été principalement connu par ses *Synonymes latins*, à l'imitation des *Synonymes françois* de l'abbé *Girard*. Il est mort à Valogne, au mois de mai 1802, à l'âge de 82 ans.
GARDINER, (Étienne) savant évêque de Winchester et chancelier d'Angleterre, étoit fils naturel de *Richard Woodwill*, frère d'*Elizabeth*, épouse d'*Edouard IV*. Il naquit à Edmondbury, dans le comté de Suffolk en 1483. Il fit de bonnes études, et se forma à écrire et à parler le latin avec autant de pureté que d'élégance. C'est ce qui engagea le cardinal *Volsey* à le prendre pour secrétaire. Il fut du nombre des députés que *Henri VIII* envoya à Rome, pour l'affaire de son divorce. Il souscrivit à l'arrêt de ce divorce, et le défendit par son traité *De vera et falsa obedientia*, à Londres, 1535, in-4.º Il ne se sépara de l'église Romaine qu'en ce seul point. S'étant opposé à la réformation, il fut emprisonné et déposé sous *Edouard VI*. Rétabli sous *Marie*, ce fut lui qui conseilla à cette princesse d'agir contre les hérétiques avec toute la sévérité des lois. Il en fit arrêter un assez grand nombre, et l'on en brûla une partie. « Toute l'Angleterre tomba, dit M. l'abbé *Pluquet*, dans une extrême surprise à la vue de tant de feux ; les esprits s'aigrirent à la vue de ces terribles supplices : ceux qui penchoient vers la Religion réformée, en eurent alors une bien plus haute idée ; et la constance avec laquelle les Protestans alloient au supplice, inspira de la vénération pour leur religion, et de l'aversion pour les Ecclésiastiques et pour les Catholiques, qui ne pouvoient cependant les convertir véritablement qu'en gagnant leur confiance. Insensiblement le feu des bûchers alluma le fanatisme dans le cœur des Anglois ; les réformés professèrent leur religion avec plus de liberté, et firent des prosélytes. » *Gardiner* étant revenu à des sentimens plus pacifiques, mourut en 1555, laissant quelques *Écrits de controverse*, 1551, in-8. C'étoit un homme savant, grand politique, sachant dissimuler à propos, et dans lequel on ne blâma que sa complaisance pour *Henri VIII* et sa sévérité contre les Protestans.
GARENGEOT, (Réné-Jacques Croissant de) né à Vitri le 30 juillet 1688, étoit membre de la société royale de Londres, et démonstrateur royal en chirurgie à Paris, où il mourut le 10 décembre 1759, à 71 ans. Avec de grandes connoissances dans son art, il avoit beaucoup de dextérité dans la main. Ses Ouvrages sont : *La Myotomie Ha-* *maine*, 1750, deux vol. in-12. II. *Traité des instrumens de Chirurgie*, 1727, 2 vol. in-12. III. *Des Opérations de Chirurgie*, 1749, 3 vol. in-12. IV. *L'Anatomie des Viscères*, 1742, 2 vol. in-12. V. *L'Opération de la Taille*, 1730, in-12. Ces différens écrits sont estimés.
GARET, (Dom Jean) Bénédictin de Saint-Maur, naquit au Havre-de-Grace en 1647, et mourut à Jumièges en 1694, à 47 ans, avec la réputation d'un savant consommé et d'un bon religieux. Il donna une belle édition de *Cassiodore*, à laquelle il a joint une *Dissertation* curieuse sur la profession monastique de ce célèbre Sénateur Romain. Cette édition parut à Rouen en 1679, in-fol. 2 vol. Les notes en sont savantes et judicieuses, *Voyez l'Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur*, pag. 158 et 159.
GARGORIS, fut un roi des Cynètes, à qui on attribue l'invention de préparer le miel. Sa fille ayant eu un fils d'un mariage clandestin, *Gargoris* voulut le faire périr ; mais le jeune prince s'étant tiré heureusement de tous les dangers où il avoit été exposé, son aïeul, plein d'admiration pour sa sagesse et son courage, le désigna pour son successeur, et le nomma *Habis*.
GARIDEL, (Pierre) né à Manosque en Provence, professeur de médecine en l'université d'Aix, publia en 1715 une *Histoire des Plantes qui naissent en Provence*, 1 vol. in-folio avec figures. Cet ouvrage imprimé et gravé aux dépens de la Province, a fait honneur à ce botaniste. Il mourut en 1737, à 78 ans. 346 GAR
GARIN LE LOHERANS ou LE LORRANS. C'est le nom du plus ancien Roman que nous ayons en langue Romance, ou vulgaire François. L'auteur vivait en 1150, sous le règne de Louis le Jeune, bisaiéul de St. Louis. Il y chante en vers les beaux faits de Heruis duc de Metz, fils du duc Pierre, et père de Garin ou Guerins de Loherans, aussi duc de Metz et de Brabant. Le poète suppose que ces princes vivaient sous les règnes de Pepin et de Charles-Martel, et en raconte beaucoup d'aventures fabuleuses. La plupart des historiens de Lorraine citent cependant ce poème comme une histoire véritable, au moins quant au fond : car il est impossible de soutenir tous les contes qu'il y débite. L'auteur n'a aucune teinture de la vérité de l'histoire, ni des vraies généalogies; il péche à tout moment contre la chronologie et la géographie. Il est étonnant que tant d'historiens en parlent avec éloge. Tout l'usage que l'on peut faire de ce roman, se réduit à connoître le goût, le langage et les mœurs de ce temps-là.
GARISSOLES, (Antoine) ministre de la religion prétendue Réformée, né à Montauban en 1587, se signala d'abord dans l'étude des belles-lettres et de la philosophie, et sur-tout dans la langue latine, qu'il parloit et qu'il écrivoit avec élégance. Il fit tant de progrès dans la théologie, que dès l'âge de vingt-quatre ans il fut nommé ministre de Puy-Laurens, par le synode de Castres, ensuite ministre et professeur de théologie à Montauban. Il remplit ces deux places avec distinction. Ses principaux ouvrages sont : I. L'Adolphide; poème épique en douze livres, où il chante, en beaux vers latins, les exploits de Gustave Adolphe. II. Un autre Poème latin, à la louange des Cantons Suisses Protestans. III. Diverses Thèses de théologie. IV. Un traité De imputatione primi peccati Ada, et un autre De Christo mediatore. Il mourut en 1650, à 63 ans. I. GARLANDE, (Anseau de) favori du roi Louis le Gros, d'une maison illustre qui tiroit son nom de la terre de Garlande en Brie, fut sénéchal de France après Hugue de Rochefort, autrement nommé Cressi. Ce Hugue ayant surpris son frère le comte de Corbeil, l'avoit enfermé dans un château voisin, appelé la Ferté-Baudouin. Les bourgeois de Corbeil en firent des plaintes si fortes au roi, que, pour les satisfaire, Garlande fut envoyé avec quarante hommes d'armes; pour se saisir de ce château. Quelques habitans avoient promis de lui livrer une avant-porte, et la livrèrent en effet; mais d'autres qui ne savoient rien de l'ordre qu'avoit Garlande, effrayés de le voir arriver de nuit et avec main-forte, l'enveloppèrent incontinent, et le mirent dans la tour où étoit le comte de Corbeil. C'étoit fait de Garlande, si Hugue de Cressi eût pu entrer dans la place. Heureusement pour les prisonniers, le roi le mit en fuite, et força le château à se rendre. Garlande, devenu sénéchal de France, refusa avec hauteur de rendre hommage de sa charge au comte d'Anjou. Le comte, de son côté, refusant par ressentiment de rendre ce qu'il devoit au roi, on en fût venu aux mains, si G A R 347 sur ces entrefaites *Garlande* n'étoit mort, en 1118. Il fut tué d'un coup de lance par *Hugue*, seigneur du Puiset, pendant le troisième siège que le roi *Louis le Gros* avoit mis devant le château de ce nom.
II. GARLANDE, (Étienne de) parent du précédent, fut nommé à l'évêché de Beauvais, vers l'an 1100; mais *Ives de Chartres* s'opposait à son élection. Il devint ensuite doyen de Saint-Aignan d'Orléans, et archidiacre de Paris, chancelier de France vers 1108, et sénéchal de la couronne en 1120. On l'accuse d'orgueil, d'ambition et de cruauté. Après avoir eu l'administration des affaires les plus importantes du royaume, il se révolta contre son prince; mais il fut bientôt mis à la raison, et se réfira à Orléans, où il mourut en 1150. La famille de *Garlande* s'éteignit en 1336.
III. GARLANDE, (Jean de) grammairien, né dans le village de Garlande en Brie, passa en Angleterre après la conquête de ce royaume par le duc *Guillaume*, et y enseigna avec honneur. Il vivoit encore en 1081. C'est son séjour en Angleterre qui a fait croire à plusieurs écrivains qu'il étoit Anglois. On a de lui un grand nombre d'ouvrages imprimés et manuscrits. Les principaux des imprimés sont: I. Un écrit en vers rimés, intitulé *Facetus*, sur les devoirs de l'homme envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même: Cologne, 1520, in-4.º II. Un *Poème* sur le mépris du monde, faussement attribué à *St. Bernard*, Lyon, 1489, in-4.º On le trouve aussi avec le précédent. III. Un autre *Poème*, intitulé *Floretus* ou *Li-* *Ber Floreti*, sur les dogmes de la foi et sur presque toute la morale Chrétienne; imprimé avec les précédents. IV. Un *Traité des Synonymes* et un autre des *Equi-voques* ou termes ambiguus; Paris 1494, Londres 1505, in-4.º V. *Dictionarium artis Alchimiae*, cum ejusdem artis Compendio; Basle, 1571, in-8.º
GARNACHE, (Françoise de Rohan de la) fille de *Isène* de *Rohan*, premier du nom, et d'*Isabelle d'Albret*, étoit cousine germaine de *Jeanne d'Albret*, mère de *Henri le Grand*. Une parenté aussi puissante et aussi recommandable que celle-là, jointe à l'ancienneté de la maison de *Rohan*, ne fut pas capable de la garantir de la plus désagréable injustice qu'on puisse faire à une personne de son sexe. Le duc de *Nemours* lui ayant promis de l'épouser, avoit obtenu d'elle toutes les faveurs qu'il en pouvoit espérer. Elle portoit dans son sein le fruit de ses foiblesses. Le duc, sommé de tenir sa parole, s'en moqua avec d'autant plus de hardiesse, qu'il ne croyoit pas qu'*Antoine*, roi de Navarre, quoique premier prince du sang, eût, ou assez de vigueur, ou assez d'autorité pour l'y contraindre. Mlle de *Rohan* mourut avec la douleur de se voir mère sans avoir été mariée. Toute la consolation qui lui resta, fut le titre de prince de *Genevois* qu'elle fit porter à son fils; et quant à elle, on la nomma *Mad. de la Garnache*, ou la duchesse de *Loudunois*. Elle se maintint adroitement dans ses terres pendant les guerres civiles. *Tarillas* parle beaucoup de cette dame illustre, mais avec son inexactitude ordinaire. Ses erreurs ont été 348 G A R relevées par *Bayle*, qui nous a fourni cet article. *Voyez* II. NEMOURS.
**GARNET**, (Henri) Jésuite, né en 1555, provincial de sa compagnie en Angleterre, travailla avec un zèle, peut-être plus ardent qu'éclairé, à y soutenir la religion Catholique. Il fut accusé en 1606 d'avoir su, par la voie de la confession, la conjuration des poudres, et de ne l'avoir pas découverte. Le ministre *Cécil* lui fit faire son procès, et il fut pendu et écartelé le 3 mai, en présence d'une multitude incroyable de peuple, qui vouloit voir mourir le *Grand Jésuite*: c'est ainsi qu'on l'appeloit communément, même parmi les Protestans. *Allegambe*, bibliothécaire des Jésuites, dit que *c'étoit un homme d'une candeur et d'une simplicité admirables, qui marcha à la mort avec joie*. *Delaplace* nous assure que, pendant tout le temps qu'il fut pensionnaire aux Jésuites Anglois à Saint-Omer, il y vit solenniser annuellement la fête d'*Oldécorn*, *Garnet* et *Campion*, avec plus de pompe et plus d'éclat que celle des Apôtres. Les bustes d'argent doré de ces trois Jésuites étoient sur l'antel, enrichis de pierres précieuses, décorés de la palme du martyre et de l'Auréole d'or. *Voyez* I. ABBOT, OLDECORN, et JACQUES VI, n° XIII. **I. GARNIER**, (Robert) né à la Ferté-Bernard, ville du Maine, en 1534, mort au Mans en 1590, fut lieutenant général de cette ville, et obtint une place de conseiller au grand conseil, sous *Henri IV*. Lorsqu'il étudirait en droit à Toulouse, il remporta le prix aux Jeux Floraux. La lecture de *Sénèque* le tragique lui ayant donné du goût pour l'art dramatique, il travailla, et, dès sa seconde pièce, il disputa le pas à *Jodelle*, le père de la tragédie Françoise, ses amis le mirent au-dessus d'*Eschyle*, de *Sophocle* et d'*Euripide*; mais les gens de goût sentoient qu'il étoit beaucoup au-dessous d'eux. Quoiqu'il eût un peu plus d'élévation et de force que *Jodelle*, et qu'on trouve de loin en loin dans ses vers de la pureté et de la véritable harmonie, il ne possédoit pas mieux que lui l'art de construire une tragédie. Celles de ces deux rivaux sont tout aussi dénuées d'action, aussi languissantes, aussi simples, et conduites avec aussi peu d'art. Les personnes curieuses de connoître les progrès de l'art du théâtre, les recherchent. On a encore de lui l'*Hymne de la Monarchie*, in-4°, 1568, et d'autres *Poésies*, qui ne valent pas mieux que son Théâtre. L'abbé *le Clerc*, dans sa *Bibliothèque de Richelet*, prétend qu'il faut placer la naissance de *Garnier* en 1545, et sa mort en 1601, à 56 ans. Nous avons suivi les dates qui nous ont paru les plus généralement adoptées. Peu s'en fallut que ce poète tragique ne fût lui-même le sujet d'une tragédie. Ses domestiques résolurent de l'empoisonner, lui, sa femme et ses enfants, pour piller sa maison. Ces scélérats formèrent ce dessein pendant les ravages d'une cruelle pesée; et c'étoit à cette contagion qu'ils vouloient imputer l'effet de leur poison. Ils donnèrent un breuvage à la femme de *Garnier*, laquelle éprouva des symptômes alarmans. Cet accident fit soupçonner ces malheureux, qui furent pris et punis après avoir avoué leur crime.
II. GARNIER, (Sébastien) procureur du roi à Blois, contemporain de Robert, et mauvais poète comme lui. Il est auteur d'une Henriade, poème héroïque, qui vit le jour à Blois en 1593, in-4°, et de la Loyssée, autre poème publié la même année, ibid. On les a réimprimés à Paris en 1770, in-8°, pour les opposer à un poème épique de ce siècle, qu'on prétendoit leur avoir dû sa naissance; mais le plaisir de déprimer la Henriade moderne, n'a pu faire valoir l'ancienne. — Il faut le distinguer de Claude GARNIER, autre poète François, contemporain de Malherbe, dont on trouve des Poésies dans le tome 13e des Annales poétiques.
III. GARNIER, (Jean) Jésuite, professeur d'humanités, de rhétorique, de philosophie et de théologie, naquit à Paris en 1612, et mourut à Bologne le 26 octobre 1681, à 69 ans, en allant à Rome, où sa compagnie l'avoit député. C'étoit un homme plein de piété et de savoir, d'un esprit net et méthodique, et qui, pour la décision des cas de conscience, étoit regardé comme un oracle. Les ouvrages qui nous restent de lui, en sont des témoignages. Les principaux sont: I. Une édition de Marius Mercator, 1673, in-foli; avec quantité de pièces, de notes, de dissertations sur le Pélagianisme, fruit d'une grande recherche. Baillet lui reproche d'avoir noyé le texte dans de vastes commentaires. On l'a blâmé encore d'avoir surchargé ses dissertations de passage grecs. Mais, outre que c'étoit la mode de son temps, on étoit plus autorisé alors à citer les originaux, que des traductions souvent infidelles, parce qu'on émoit à recourir aux sources. « Noris a relevé aussi quelques erreurs de géographie, et même avec trop d'aigreur: ce que quelques-uns ont attribué, dit Niceron, à un dépit secret d'avoir été prévenu par Garnier, dans plusieurs choses qu'il s'attendoit de publier le premier; mais il revint ensuite des préjugés qu'il avoit contre ce Jésuite, qu'il comparoit, pour le mérite de l'érudition, aux Pères Sirmond et Petau. » Les dissertations du Père Garnier ont été réimprimées dans l'Appendix de St. Augustin; Anvers 1703, in-folio. II. Une édition de Liberat, in-8°; Paris 1675, avec de savans commentaires. III. Une édition du Journal des Papes, (Liber diurnus) 1680, in-4°, accompagnée de notes historiques et de dissertations très-curieuses. IV. Le Supplément aux Œuvres de Théodoret, 1684, in-folio. V. Systema Bibliotheca Collegii Parisiensis Societatis Jesu; Paris 1678. C'est un vol. in-4°, parfaitement bien disposé, de la bibliothèque du collège de Louis-le-Grand, et très-utile à ceux qui veulent mettre en ordre les grandes bibliothèques. Voy. l'éloge que le Père Hardouin a fait de ce Jésuite, à la tête de son Supplément aux Œuvres de Théodoret. — Un autre Jésuite du même nom, né à Lyon en 1692, mort à Avignon en 1763, Pierre-Ignace GARNIER, publia en 1759, in-12, un assez bon livre, sous le titre de Pensées du marquis de **, sur la Religion et l'Eglise. 350 G A R
IV. GARNIER, (Dom Julien) de Connerai au diocèse du Mans, Bénédictin de Saint-Maur en 1690, joignit à une grande variété de connoissances, ces manières douces et prévenantes, ce caractère aimable, qui désarment les envieux et font des amis. Ses supérieurs le chargèrent de l'édition de St. Basile, une des meilleures qui soit sortie de la congrégation de Saint-Maur. La Préface est un morceau précieux, par une critique très-judicieuse, et un discernement sûr pour distinguer les ouvrages véritables des écrits supposés. Dom Garnier n'en put faire paroître que 2 vol. L'excès du travail le fit tomber dans un état fâcheux, qui obligea ses supérieurs de le mettre en pension chez les Frères de la Charité à Charenton. C'est là qu'il mourut le 3 juin 1725, à 55 ans. Dom Maran, chargé de continuer l'édition de St. Basile après la mort de son confrère, mit au jour le troisième en 1730. Il n'est point indigne des premiers. Voyez l'Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, pag. 470. V. GARNIER, (Pierre) doyen du collège des médecins de Lyon, fut l'ami de Gui Patin, et se distingua dans sa profession. — Son fils, Pierre GARNIER, aussi médecin, publia des Formules de Médecine, qui ont eu plusieurs éditions; un Traité de la petite Vérole; une dissertation sur les Effets de la Bagnette divinatoire, et quelques Ouvrages polémiques. Il mourut le 4 juillet 1709.
GAROFALO, (Benvenuto) peintre, natif de Ferrare, mourut en 1590, âgé de 80 ans. Il fut long-temps entre les mains de mauvais maîtres, qui empêchèrent ses talens de se développer; mais il fit un voyage en Italie, où la vue des ouvrages des plus célèbres peintres échauffant son génie, le mit en état de produire de belles choses. Il excéllait à copier les tableaux de Raphaël. Dans ceux qu'il ne devait qu'à lui-même, il peignoit ordinairement un œillet. On avoit deux morceaux de lui au Palais royal, et une belle copie du tableau de la Transfiguration, de Raphaël.
GARRICK, (David) naquit en 1718, à Litchfield en Angleterre, d'un capitaine d'infanterie, qui descendoit d'un gentilhomme Normand, nommé la Garigue, réfugié en Angleterre lors de la révocation de l'édit de Nantes. Il eut pour instituteur le savant Johnson, qui lui donna le goût des beaux arts. Il ne put les cultiver d'abord, autant qu'il auroit voulu. Son père, très-peu riche, le fit passer à Lisbonne dans le comptoir d'un négociant. Ce genre de vie s'accommodant peu avec son imagination ardente, et son penchant pour le théâtre, le jeune Carrick repassa en Angleterre, et s'attacha à une troupe de comédiens ambulans. Le bruit des succès qu'il eut en province pendant deux ans, pénétra jusqu'à Londres, et l'y fit désirer. Son début eut un éclat étonnant; le peuple, les grands, tout le monde vouloit voir Carrick. Devenu comédien du roi, il acquit une part considérable à la direction des spectacles, et fit la fortune de ses associés et la sienne. Sa succession a monté à trois millions, cinq à six cents mille livres; effet de l'enthousiasme qu'il avoit produit, autant que de son économie qui tenoit un peu de l'avarice. *Garrick* captiva, pendant quarante années, les suffrages de ses compatriotes et des étrangers. Une maladie cruelle le força de descendre, pour toujours, du théâtre, trois ans avant sa mort; et c'est cette maladie, (la pierre) qui le conduisit au tombeau le 20 janvier 1779, à 62 ans. Son corps fut transporté, avec la plus grande pompe, à l'abbaye de Westminster, où il fut déposé au pied d'un monument élevé à la mémoire de *Shakespeare*. Le drap funéraire fut porté par quatre des plus grands seigneurs d'Angleterre. Cet acteur avoit épousé, à l'âge de 30 ans, Mlle *Violetti*, l'une des plus célèbres danseuses de son temps, et peut-être la plus belle femme de l'Europe. Depuis sa retraite du théâtre, *Garrick* habitoit une maison de campagne charmante, à quatre lieues de Londres, sur le bord de la Tamise. C'est là qu'il passa les deux dernières années de sa vie, dans la société de ce qu'il y avoit de plus grand, de plus ingénieux et de plus aimable en Angleterre. Mylord **, son ami, lui proposa de se mettre sur les rangs pour l'entrée au parlement, en qualité de représentant d'un petit bourg. *Garrick* répondit en prose ce que *Delaplace* a mis en vers : Qui ? moi ! prétendre au Parlement ?... Non : c'est mon jardin seulement, Qu'après ma femme, j'idolâtre. Et *Garrick*, content de son lot, Craindroit sur ce nouveau théâtre, De jouer le rôle d'un sort. Cet acteur étoit d'une taille petite, mais bien prise; il avoit l'œil vif, de beaux traits, et sur- tout beaucoup de physionomie et de facilité à décomposer ses traits à son gré. Quoiqu'il excellât dans le tragique et dans le comique, cependant son talent sembloit plus parfait, quand il copoit les caractères singuliers et les personnages ridicules. Exprimant tour à tour la tendresse et l'horreur, Peignant le vieux barbon, le fringant petit-maître, Il plie la nature à son art enchanteur, Et fut à tous les yeux tout ce qu'il voulut être. Ses *Œuvres* forment 2 volumes in-8°, 1782. On a dernièrement publié sa *Vie*, Paris, in-12.
GARSAULT, (François-Alexandre) membre de l'académie des Sciences, étoit petit-fils d'un écuyer de la grande écurie du roi. Il s'occupa beaucoup de tout ce qui concerne les chevaux et l'équitation, et cultiva aussi les arts et même la littérature. Il mourut en novembre 1778, à 85 ans, d'une paralysie, après avoir publié divers ouvrages, dont quelques-uns ont réussi. Les principaux sont : I. *L'Anatomie du Cheval*, traduite de l'anglois de *Snap*, 1737, in-4°. II. *Le Nouveau parfait Maréchal*, réimprimé, pour la quatrième fois, en 1770, in-4° : le meilleur ouvrage sur cet art. III. *Le Guide du Cavalier*, 1769, in-12. IV. *Traité des Voitures*, in-4°, 1756. On y trouve la description d'un carrosse inversable, dont il se servoit lui-même. V. *La Description de plusieurs arts*, dans le recueil de l'académie des Sciences; le *Paumier-Raquetier*, le *Perruquier*, le *Tailleur*, la *Lingère*, le *Cordonnier*, le *Bourelier*, le *Scilver*. VI. *Le Recueil* 352 GAR des *Plantes gravées*, 4 volumes in-8°. Les livres que nous venons de citer sont les plus estimés. Ceux qui demandaient du style, le sont beaucoup moins. Ses *Faits des causes célèbres*, in-12, sont un abrégé très-imparfait d'un gros recueil, dont l'analyse demanda la main d'un maître. Son *Notionnaire des connoissances acquises*, 1761, in-8°, est un peu mieux fait que son abrégé de l'insipide et volumineux *Pitaval*. Il y a des choses curieuses, et quelques-unes qu'on ne s'attendait pas de trouver dans un *Mémorial*.
GARTH, (Samuel) poète et médecin Anglois, de la province d'Yorck, cultiva avec un succès égal ces deux arts si différens. Il fut admis dans le collège des médecins de Londres, en 1693. On doit à son zèle la fondation du *Dispensary*. C'est un appartement du collège médical de Londres, dans lequel on donne aux pauvres des consultations *gratis*, et des remèdes à bas prix. Cet établissement, qui fait tant d'honneur à l'humanité, excita contre lui la plupart des médecins et des apothicaires. *Garth* se vengea d'eux par un petit poème en vichants, dans le goût du *Lutrin de Boileau*, intitulé : *The Dispensary*. C'est une bataille entre les médecins et les apothicaires. Cette satire n'est pas toujours fine; mais elle est très-piquante. On y trouve de l'imagination, de la vivacité, de la naïveté, et même du savoir : il l'a même un peu trop prodigué. Rien n'est plus riant, ni plus neuf, que ses descriptions; mais elles sont un peu trop chargées, à la manière angloise. Ses plaisanteries sont quelquefois si bas- ses, et ses digressions si savantes; qu'on ne sait souvent, si on lit un poème burlesque, ou un ouvrage sérieux. Mais, dans la totalité, ce petit poème fait plaisir. L'exorde a été traduit ainsi par *Voltaire* : - Muse, raconte-moi les débats salutaires - Des Médecins de Londres et des Apothicaires. - Contre le genre humain si long-temps réunis, - Quel Dieu, pour nous sauver, les renéit ennemis ! - Comment laissèrent-ils respirer leurs malades, - Pour frapper à grands coups sur leurs chers camarades ? - Comment changèrent-ils leur coiffure en armer, - La séringue en canon, la pilule en bouler ? - Ils connurent la gloire acharnés l'un sur l'autre, - Ils prodiguèrent leur vie, et nous laissèrent la nôtre. Comme *Garth* avoit montré beaucoup de zèle pour la succession de la couronne dans la maison d'*Hanover*, le roi *George I* lui donna les titres de son médecin ordinaire, et de premier médecin de ses armées. Il mourut le 18 janvier 1719. *Cazin* a donné une édition de ses Poésies, Paris, in-12.