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03.0 Dictionnaire historique — GARZI – GISCON

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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GARZI, (Louis) peintre de Pistoie dans la Toscane, naquit en 1633, disciple d'*André Sacchi*, et émule de *Carle Maratte*. Dans cette école, il fut chéri de son maître, et surpassa son rival. Il avoit de grandes parties : un dessin correct, une belle composition, un coloris gracieux, une touche facile. Après avoir fait plusieurs ouvrages à Rome, il fut appelé à Naplés; mais on tenta G A S 353 tenta vainement de l'y retenir. Il retourna à Rome, où il peignit, à l'âge de 80 ans, par ordre de Clément XI, la voûte de l'église des Stigmates. Il termina cet ouvrage, supérieur à tout ce qu'il avoit fait dans les plus belles années de sa jeunesse. C'est son chef-d'œuvre. Il mourut, peu de temps après, en 1721, à 83 ans.
GARZONI, (Thomas) né à Baguacavallo en 1509, chanoine régulier de Latran, mourut dans sa patrie en 1549, à 40 ans. Il est auteur de différens ouvrages moraux, imprimés à Venise, 1617, in-4.º I. Théâtre de divers Cerveaux du monde, traduit en françois par Gabriel Chapuis, 1586, in-16. II. L'Hôpital des Foux incurables, traduit en françois par François de Clarier, sieur de Longueval, 1620, in-8.º Ce sont trente discours sur autant d'espèces de fous, et le traducteur le croit très-utile pour acquérir la sagesse. Cependant on n'y voit guères que des choses triviales. Il y a, à la fin, un Discours sur le département de l'Hôpital qui sert à loger les Femmes. On y prouve qu'on trouve en elles toutes les folies des hommes. III. Il mirabile Cornucopia consolatorio, 1601, in-8.º C'est un ouvrage burlesque, pour consoler un homme qui croyoit sa femme infidelle. « Les écrits de Garzoni, dit le Père Nicoron, font connoître qu'il avoit effleuré toutes les sciences, et montrent assez de quoi il auroit été capable, s'il avoit été dirigé dans ses études par quelque homme de goût, et s'il avoit vécu plus long-temps. »
GASPAR, est le nom qu'on a donné à l'un des trois rois mages qui adorèrent Jésus-Christ. Baillet prétend que ce nom est allemand. Voy. BALTASAR.
GASPAR SIMÉONI, Voyes SIMÉONI.
GASPARINI, surnommé BARZIZIA, du lieu de sa naissance, Barzizia, près de Bergame, y naquit vers l'an 1370. On étoit encore alors dans le chaos de la barbarie gothique; Gasparini, né avec beaucoup d'esprit et de goût, chercha a s'en tirer. Il lut Cicéron, Virgile, César, tous les bons écrivains de l'antiquité, en prit l'esprit, et le communiqua à ses disciples. L'université de Padoue l'appela pour professer les belles-lettres; le duc de Milan, Philippe-Marie Visconti, jaloux d'un tel homme, le inf enleva. Ce prince le combla de bienfaits, et l'honora de l'intimité la plus flatteuse. Ils étoient presque toujours ensemble, sans que le prince génât l'homme de lettres, et sans que l'homme de lettres ennuyât le grand. Gasparini mourut en 1431, à 61 ans, regretté par les uns comme un ami, par les autres comme un maître, par tous en général comme la gloire de l'Italie. Nous avons de lui des Commentaires sur divers livres de Cicéron; des Epîtres imprimées en Sorbonne en 1469, in-4º; des Harangues, et d'autres productions. Ses Lettres et ses Harangues ont été réimprimées en 1723, avec une préface utile et curieuse. Son traité De Eloquentia est imprimé avec Stephani Flisci Synchymia; Turin et Milan, 1480, in-fol. Gasparini fut un des premiers qui travaillèrent à faire revivre en Italie le goût de la belle latinité, et ses soins ne furent pas perdus. 7. 314 G A S
GASSENDI, (Pierre) prévôt de la cathédrale de Digne, et professeur royal de mathématiques à Paris, naquit le 22 janvier 1598, à Chanterier, bourg près Digne. Un esprit vif et pénétrant, une mémoire heureuse, l'envie de tout apprendre, annoncèrent à ses parens qu'il pourroit être un jour l'honneur de leur famille. Quoiqu'ils fussent plus riches en vertus qu'en biens, ils eurent soin de son éducation. Dès l'âge de quatre ans, cet enfant précoce déclamoit de petits sermons. Son goût pour l'astronomie se développa peu de temps après, et il devint si fort, qu'il se prévoit du sommeil pour jouir du spectacle d'un ciel étoilé. Un soir étant avec des enfants de son âge, il s'éleva entreux une dispute sur le mouvement de la lune et celui des nuages. Ses amis vouloient que la lune eût un mouvement sensible, et que les nuages fussent immobiles. *Gassendi* les détrompa par le secours des yeux. Il les mena sous un arbre, et leur fit observer que la lune paroissoit toujours entre les mêmes feuilles, tandis que les nuages se déroboient à leur vue. L'évêque de Digne, *Boulogne*, étant venu à Chanterier, fut harangué par lui avec tant de vivacité et de grace, qu'il dit : *Cet enfant sera un jour la merveille de son siècle*. Ses parens, touchés de ces éloges, l'envoyèrent à Digne pour achever ses études. A peine furent-elles finies, qu'il y professa la rhétorique pendant une année. Il avoit eu cette chaire au concours, quoiqu'il n'eût que seize ans. En 1614, il fut nommé théologal de Digne; et deux ans après, on l'appela à Aix, pour y remplir les chaires de professeur de théologie et de philosophie dans l'université de cette ville. *Gassendi* ne garda ces places que huit ans. L'amour de la solitude le ramena à Digne. Il y entreprit un ouvrage contre la philosophie d'*Aristote*, qu'il fit imprimer à Grenoble, où il fut envoyé pour les affaires de son chapitre. Notre philosophe eut ensuite occasion d'étudier l'anatomie, pour laquelle *Descartes* avoit encore plus de goût que lui. Il composa un écrit pour prouver que l'*Homme n'est destiné à manger que du fruit*, et que l'usage de la viande, étant contraire à sa constitution, étoit abusif et dangereux. *Gassendi* se conduisoit selon ces principes; et pendant la dernière année de sa vie, il ne voulut pas rompre l'abstinence du Carême, quoiqu'il fût très-malade. Ses idées, sur l'usage de la viande, n'ont pas été adoptées, et *Buffon*, qui connoissoit pour le moins aussi bien l'homme, et ce qui convient à l'homme, que *Gassendi*, ne pense pas comme lui. Un procès l'ayant appelé à Paris, il se fit, par son esprit agréable et par la douceur de ses mœurs, des amis puissans, tels que *du Vair*, le cardinal de *Richelieu*, le cardinal de *Lyon*; ce fut par la protection de celui-ci, qu'il eut, en 1645, une chaire de mathématiques au collège royal. *Descartes* changeoit alors la face de la philosophie; il ouvroit une nouvelle carrière. *Gassendi* y entra avec lui : il attaqua ses *Méditations*, dont quelques-unes sont des rêves, et jouit de la gloire de voir partager les philosophes de son temps en *Cartisiens* et en *Gassendistes*. Les deux émules différoient beaucoup. *Descartes*, entraîné par son imagination, bâtissoit un système de philosophie, comme on construit un roman ; il vouloit tout prendre dans lui-même. *Gassendi*, homme d'une grande littérature, ennemi déclaré de tout ce qui avoit quelque air de nouveauté, étoit extrêmement prévenu en faveur des anciens. Chimères pour chimères, il aimoit mieux celles qui avoient deux mille ans. Il prit d'*Épicure* et de *Démocrite*, ce que ces philosophes paroissioient avoir de plus raisonnable, et il en fit la base de sa physique. Il renouvela les atomes et le vide, mais sans y changer beaucoup : il ne fit presque que prêter son style à ses modèles. *Voyez* l'article ÉPICURE, vers la fin. *Newton* et d'autres ont démontré, depuis, ce qu'il n'avoit exposé qu'imparfaitement. La différence des sentimens le brouilla avec *Descartes*. Ce grand philosophe, dans une réponse qu'il avoit faite à *Gassendi*, l'avoit appelé *chair*, (*caro*) et cette expression lui tenoit fort au cœur. Dans une réplique qu'il fit à cet illustre adversaire, il finit par ces paroles remarquables : « En m'appelant *Chair*, dit-il à *Descartes*, vous ne m'osez pas l'esprit ; vous vous appelez *Esprit*, mais vous ne quittez pas votre corps. Il faut donc vous permettre de parler selon votre génie. Il suffit qu'avec l'aide de Dieu, je ne sois pas tellement *chair* que je ne sois encore *esprit*, et que vous ne soyez pas tellement *esprit* que vous ne soyez aussi *chair* : de sorte que ni vous, ni moi, nous ne sommes ni au-dessus, ni au-dessous de la nature humaine. Si vous rougissez de l'humanité, je n'en rougis pas. » Tous les savans virent, avec douleur, cette rupture ouverte entre les deux plus grands philosophes du siècle. L'abbé d'*Estrées*, depuis cardinal, grand amateur des sciences, se donna tous les mouvemens nécessaires pour les réconciller. La chose n'étoit pas difficile : il s'agissoit de réunir deux philosophes qui s'estimoient mutuellement. Pour parvenir à cette réunion, il les invita à dîner avec plusieurs de leurs amis communs, tels que le Père *Merseune*, *Roberval*, l'abbé de *Marolles*, etc. *Gassendi* fut le seul qui ne se trouva pas à ce festin. Une incommodité qui lui étoit survenue pendant la nuit, l'empêcha de sortir ; mais, après le diné, l'abbé d'*Estrées* mena toute la compagnie chez notre philosophe, et ce fut là que les deux adversaires s'embrassèrent. Dès que sa santé lui permit de sortir, *Gassendi* fut rendre sa visite à *Descartes*. Ils s'accusèrent mutuellement de trop de crédulité, et cimentèrent, pour toujours, les assurances d'une amitié constante et réciproque. *Gassendi*, en soutenant le système d'*Épicure*, s'étoit fait des ennemis dangereux. Malgré la pureté de ses mœurs, malgré la plus exacte probité, on osa attaquer sa religion ; mais les impostures retombèrent sur les calomniateurs. Le fanatique *Morin* ne craignit pas de prédire qu'il mourroit infailliblement sur la fin d'août 1650 ; il ne se porta jamais mieux que dans le cours de cette année. Il ne mourut que cinq ans après, le 25 octobre 1656. Des incommodités fréquentes, jointes à son application continuelle, avoient ruiné sa santé. Il se levoit à deux ou trois heures du matin, et travailloit jusqu'à onze. Ces études nocturnes le minèrent peu à peu, et les médecins achevèrent de le détruire par des saignées multipliées. Près d'expirer, il nuit la 356 G A S main de son secrétaire sur son cœur, en lui disant, autant en chrétien qu'en philosophe : *Voilà ce que c'est que la vie de l'homme !* Ce furent ses dernières paroles. Il avoit la modestie d'un vrai savant. Lorsqu'on le prioit de dire son avis sur quelque question, il s'excusoit sur les bornes de son esprit, et exagéroit son ignorance. Il accueillait les gens de lettres avec bonté, mais sans écherche a surprendre leurs éloges par ses discours. Ami de la tranquillité et de la paix, il ne se mit jamais en colère. Il avoit cependant une vivacité douce, qui s'échappoit quelquefois en saillies. Un ignorant voulant lui expliquer le système de la Métempsycose, il lui dit : *Je savois bien que, suivant Pythagore, les ames des hommes, après leur mort, entroient dans les corps des bêtes ; mais je ne croyois pas que l'ame d'une bête entrât dans le corps d'un homme.* Sa modestie éclata dans plusieurs occasions. Il fit une fois le voyage de Paris en Provence, avec un homme extrêmement habile. Arrivés à Grenoble, ils descendirent à la même hôtellerie. Le compagnon de *Gassendi* sortit de l'auberge pour aller voir ses amis. Il en rencontra un qui, après les civilités ordinaires, lui dit qu'il alloit rendre visite à *Gassendi*. Le Parisien le pria de souffrir qu'il l'accompagnât ; mais quelle fut sa surprise de se voir ramener à son auberge, et de trouver cet excellent, philosophe dans son compagnon de voyage ! Il admira sa modestie, qui, durant toute la route, ne lui avoit laissé échapper aucun mot qui eût pu le faire connoître... *Gassendi* disoit que l'Astrologie Judiciaire étoit un jeu, mais le jeu du monde le mieux inventé. Il avoit appris l'astronomie en vue de l'astrologie ; mais il y fut trompé tant de fois, qu'il l'abandonna pour se donner entièrement à la première. Il se repentit pourtant d'avoir décrié cette science chimérique, parce qu'on négligeoit d'être astronome. Il avoit mis à la tête de ses livres : *SAPIER AUDE*. Ses principes de morale étoient ceux-ci : 1.º *Connoître Dieu et le craindre*. 2.º *Ne pas craindre la mort et s'y soumettre*. 3.º *Ni trop espérer, ni trop désespérer*. 4.º *Ne remettre point à l'avenir ce dont on peut jouir actuellement*. 5.º *Ne désirer que ce qui est nécessaire*. 6.º *Modérer les passions par l'étude de la sagesse*. — L'illustre protecteur des lettres, *Montmor*, qui lui avoit donné un appartement pendant sa vie, fit recueillir ses ouvrages après sa mort. Ils furent réimprimés à Lyon, en 6 vol. infolio, 1658, par les soins de son ami *Henri*, patrice de cette ville ; avec la *Vie de Gassendi*, par *Sorbière*. Ils renferment : I. La Philosophie d'Épicure. II. La Philosophie de l'Auteur. III. Des Œuvres Astronomiques. IV. Les Vies de Peirce, d'Épicure, de Copernic, de Ticho-Brahé, de Peurbach, de Jean Muller, etc... V. La Réfutation des Méditations de Descartes. L'abbé Barral, auteur du *Dictionnaire historique* et *Critique*, (article DESCARTES) regrette beaucoup qu'on ne l'ait pas mise à l'Index, et assure qu'elle n'est bonne qu'à faire des Épicuriens. L'a-t-il lue ? Je sais que *Deslandes*, dans ses Réflexions sur les Grands Hommes morts en plaisantant, orne du nom de *Gassendi* cette odieuse liste ; mais il ne cite, ni ne peut citer ses garans. Quoique le phi- losophe de Digne ait attaqué les preuves que *Descartes* donne de l'immortalité de l'ame, il proteste qu'il croit cette vérité; il l'appuie de la manière la plus claire et la plus précise dans sa *Philosophie*: il trouvoit seulement que les raisonnemens de l'auteur des *Méditations* n'étoient pas assez concluans. Un préjugé bien favorable à sa foi, est l'attention avec laquelle il s'acquitta, pendant toute sa vie, de tous les devoirs de chrétien et de prêtre. Il ne sortit jamais de sa bouche aucune parole qui ne marquât sa vénération pour tous les dogmes de l'Église. Il croyoit qu'on ne devoit jamais en parler que sérieusement et avec respect. Il ne pouvoit retenir son indignation, lorsqu'il voyoit des Chrétiens qui, abusant de leur esprit, vouloient soumettre aux foibles tâtonnemens de leur raison les articles de notre croyance. Dans les prédications fréquentes qu'il faisoit à Digne, il fondoit en larmes lorsqu'il parloit de ceux qui *déchiroient la robe de J. C.* Son attachement aux lois de l'Église, contribua à sa mort. C'est de *Gui Patin*, qui ne fut jamais suspect aux esprits forts, que l'on tient que *Gassendi* tomba malade pour avoir obstinément voulu faire le Carême. Il dit ailleurs qu'il l'avoit laissé avec deux prêtres. Il reçut trois fois le viatique dans moins de deux mois. Il se confessa; il fit son testament, et ce ne fut que pour fonder des chapelles, et répandre ses biens sur les pauvres. A mesure qu'il vit approcher la mort, il redoubla de ferveur. Il récita divers endroits des Pseumans. Un tel homme pouvoit-il dire en mourant ce que lui prête *Deslandes*: « *Je ne sais qui m'a mis au monde; j'ignore* *quelle est ma destinée, et pourquoi l'on m'en tire?* » et s'il ne l'a point dit, comme cela nous paroît démontré, que doit-on penser d'un historien qui, sans autorités et sans preuves, charge d'une pareille imputation la mémoire d'un philosophe Chrétien? VI. Divers autres *Traités*. VII. Des *Épîtres*. Tous ces ouvrages montrent un homme versé dans ce que les sciences ont de plus profond. Jamais philosophe n'avoit été plus savant, ni savant si bon philosophe; mais son érudition nuit quelquefois à ses raisonnemens: elle les affoiblit et en cache la liaison. *Descartes* avoit certainement sur lui la supériorité du style et du génie; cependant ses écrits ne sont pas sans agrément, il est clair dans ses expressions, et communément juste dans ses idées. Le philosophe *Gassendi* ne sut pas toujours se défendre des préjugés de son siècle. Le comte d'*Alais* étant à Marseille, lui dit avoir vu, pendant la nuit, un spectre lumineux. Il tenta d'expliquer, par les voies de la physique, ce prétendu phénomène, qui n'étoit qu'une ruse de la comtesse d'*Alais*, ennuye du séjour de Marseille... Si *Gassendi* partagea quelques opinions populaires, il en combattit un plus grand nombre avec succès. Il rapporte qu'il rendit la raison à un pauvre homme qui se croyoit sorcier; et voici comment il s'y prit. Ayant persuadé à cet insensé, qu'il vouloit aller au sabbat avec lui, il lui demanda de la drogue qui faisoit faire ce merveilleux voyage, et feignit de s'en frotter. Le sorcier et le philosophe passèrent la nuit dans la même chambre. Le sorcier endormi s'ogita et posia toute la nuit. A son réveil, il 358 G A S embrassa *Gassendi* et le félicita d'avoir été au sabbat, en lui racontant tout ce qu'ils avoient fait avec le bouc. Le philosophe lui montrant alors la bouteille de la drogue, à laquelle il n'avoit pas touché, lui fit voir qu'il avoit passé la nuit à lire et à écrire. Il parvint enfin à tirer cet imbecille de son illusion. Au reste, on connoit la plante dont les prétendus sorciers se servoient pour se procurer ce sommeil turbulent et illusoire, en quoi consistoit toute leur magie. C'est le *stramonium*. Cette plante cause un délire accompagné d'un assez profond sommeil. Sa racine et sa semence possèdent cette propriété dans un degré éminent. Les courtisanes et les voleurs l'ont souvent employée pour dépouiller ceux qui tomboient entre leurs mains... Le Père *Bougerel* de l'Oratoire a donné, en 1737, à Paris, la *Vie de Pierre Gassendi*, gros vol. in-12, qui offre beaucoup de recherches; mais trop de minuties, trop de digressions étrangères à son sujet, et une diction languissante et incorrecte. François Bernier a abrégé la *Philosophie de Gassendi*, en 8 vol. in-12. De *Camburat* a publié, en 1770, in-12, un *Abrégé de la Vie et de la Philosophie de Gassendi*.
GASSION, (Jean de) maréchal de France, né à Pau le 20 août 1609, étoit fils d'un président au parlement de cette ville. Il servit d'abord en Piémont, et passa ensuite au service du grand *Gustave*, roi de Suède, alors la meilleure école de l'art de la guerre. Ce prince, charmé d'une action de vigueur et d'intelligence qu'il lui avoit vu faire, lui donna une gratification con- sidérable. *Gassion* la partagea sur-le-champ à tous ceux qui avoient eu part au combat. Cet acte de générosité augmenta l'estime de *Gustave*. *Walstein* étoit campé à Nuremberg avec soixante mille hommes; le roi de Suède, qui étoit en présence, attendoit des secours: il chargea *Gassion* de faciliter leur arrivée. Ce brave officier exécuta cet ordre, et battit en même temps un corps considérable de troupes Autrichiennes. Ce service étoit si important, que *Gustave* exigea que le vainqueur lui demandât quelque chose. *Je souhaite*, lui répondit-il, d'être envoyé encore au-devant des troupes qui doivent arriver. Le roi, transporté de joie, lui dit en l'embrassant: *Marche, je réponds de tout ce que tu laisses ici, je garderai tes prisonniers et je t'en rendrai bon compte...* *Gustave* toujours plus charmé de sa fidélité et de son courage, lui confia le commandement de la compagnie destinée à sa garde, et auroit récompensé ses services d'une manière plus éclatante, s'il n'eût été tué à la bataille de Lutzen, en 1632. *Gassion* ayant perdu son bienfaiteur, retourna en France suivi de son régiment, avec lequel il joignit l'armée du maréchal de la Force en Lorraine. Son nom répandit la terreur dans les armées ennemies; il défit quatorze cents hommes en trois combats, prit Charmes, Neuf-Châtel et d'autres places. Les années suivantes le virent paroître avec éclat au combat de Ravon, au siège de Dôle, à la prise de Hesdin, au combat de Saint-Nicolas, à la prise d'Aire. Mais un des endroits où il se signala le plus, ce fut à Rocroi. Le prince de Condé, G A S 359 qui l'avoit consulté avant la bataille, se fit un devoir de partager avec lui l'honneur de la victoire. Blessé dangereusement à la prise de Thionville, il eut, pour récompense de ses exploits, le bâton de maréchal de France en 1643. Il fut déclaré, l'année d'après, lieutenant-général de l'armée de Flandres, commandée par Gaston, duc d'Orléans. Gassion continua de donner des preuves de sa valeur au siège de Gravelines, aux prises du fort de Mardick, et des villes de Linck, de Bourbourg, de Béthune, de Saint-Venant, de Courtrai, de Furnes et de Dunkerque. Il reçut un coup de mousquet au siège de Lens en 1647, et mourut cinq jours après, le 2 octobre, à Arras, à 38 ans. Un professeur de rhétorique ayant voulu prononcer son éloge, l'université de Paris s'y opposa, parce qu'il étoit mort Calviniste. Bon politique et grand capitaine, infatigable, ardent, intrépide, Gassion avoit établi, parmi les gens du métier les plus entendus, la maxime que la spéculation étoit merveilleuse dans le cabinet; mais qu'il falloit nécessairement de l'audace et de l'action à la guerre... Il ne trouvoit presque rien d'impossible. Lorsqu'on opposoit quelques difficultés au cardinal de Richelieu, il disoit qu'elles seroient levées par Gassion. S'adressant un jour à ce héros, il lui dit d'une manière obligeante: Pour moi je fais grand cas d'un oser, et je sais tout ce qu'il vaut. Un officier représentant à Gassion les difficultés insurmontables d'une chose qu'il alloit entreprendre: J'ai dans ma tête, et je porte à mon côté, répondit ce général, de quoi surmonter cette prétendue impossibilité... Gassion n'avoit jamais été marié; on veut qu'il ait dit, qu'il ne faisoit pas assez de cas de la vie pour en faire part à quelqu'un. C'est une réponse qu'on attribue à d'autres guerriers qui sont venus après lui. Gustave le pressant d'accepter un riche parti qu'on lui offroit en Allemagne: J'ai beaucoup de respect, répondit-il, pour le sexe: mais je n'ai point d'amour, et ma destinée est de mourir soldat et garçon... Son frère ne pensa pas comme lui, et laissa une postérité qui subsiste... L'abbé de Pure a écrit l'Histoire du Maréchal de Gassion, en 4 vol. in-12. On y trouve des traits curieux; mais le style en est bas, rampant et diffus. Voyez les articles de GUSTAVE - ADOLPHE et de MARCEL, n.º VII. I. GASTALDI, (Jérôme) naquit à Gênes au commencement du 17e siècle, d'une maison célèbre. L'état écclésiastique qu'il avoit embrassé de bonne heure, l'entraîna à Rome. L'Italie, exposée à des contagions fréquentes, éprouva en 1656 une peste cruelle; Rome en fut bientôt infectée. On jeta les yeux sur Gastaldi, pour l'emploi périlleux de commissaire général des hôpitaux. Nommé ensuite commissaire général de santé, il mérita, par sa vigilance, son activité et ses soins, l'archevêché de Bénévent, le chapeau de cardinal et la légation de Bologne. Il mourut en 1685. Plusieurs monumens élevés, à ses frais, à Rome et à Bénévent, attestent son désintéressement et sa bienfaisance. Nous avons de lui un ouvrage trop peu connu en France. Il fut imprimé à Bologne, in-fol., sous ce titre; Tractatus de aver- tendé et profigandé *Peste politico-legalis*. Les expériences multipliées, les précautions nécessaires, les remèdes éprouvés qu'on doit employer pour prévenir ou pour se délivrer de ce fléau redoutable; tout est détaillé dans ce traité avec autant de clarté que de méthode.
II. GASTALDI, (Jean-Baptiste) conseiller-médecin ordinaire du roi, docteur de la faculté de médecine d'Avignon, naquit à Sisteron en 1674, et mourut en 1747 à Avignon, où il s'étoit fixé de bonne heure. La faculté à laquelle il se fit agréger, lui dut beaucoup : il en occupa pendant plus de quarante ans la première chaire. Il avoit dans ses leçons le rare talent de mêler l'utile à l'agréable. Il n'excella pas moins dans la pratique que dans la théorie. La peste qui ravagea Avignon en 1720, fit connoître à cette ville combien un tel homme lui étoit utile. Il joignoit à une probité exacte et à une conduite régulière, beaucoup de facilité à s'énoncer et à se communiquer. Ses principaux écrits sont : I. *Institutiones Medicinæ Physico-anatomicæ*, in-12. Quoique de son temps la nouvelle physique n'eût pas fait de grands progrès dans les écoles des provinces, l'auteur adopte dans cet ouvrage et y explique nettement celle de *Descartes*. L'ordre, la clarté et la méthode de ce livre, le rendent utile aux jeunes étudiants. II. Plusieurs *Questions de Médecine*. Les journalistes de Trévoux les ont analysées dans le temps, et ont loué l'auteur sur le choix des matières et sur sa précision. *Gastaldi* a laissé un fils qui soutient sa réputation.
GASTAUD, (François) d'abord Père de l'Oratoire, ensuite prédicateur à Paris, enfin, avocat à Aix en Provence, sa patrie, mourut en 1732 à Viviers, où il étoit exilé, et fut privé de la sépulture ecclésiastique; traitement qu'il dut à ses écrits contre l'évêque de Marseille. C'étoit un de ces hommes, qui, avec une âme pure, mènent une vie triste, parce qu'ils se passionnent toujours pour un parti, et qu'ils sont persécutés. Il fut un des plus ardens admirateurs de *Quesnel*, et un des plus grands adversaires du Père *Girard*, et de sa société, contre laquelle il gagna une fameuse cause en 1717. On a de *Gastaud*: I. Un *Recueil d'Homélies* sur l'*Epitre aux Romains* 2 vol. in-12. II. *La politique des Jésuites démasquée*, etc. III. *L'Oraison funèbre* de la fameuse Mad. *Tiquet* : jeu d'esprit fait par pure plaisanterie. Le Jacobin *Chaucemer* prit la chose au sérieux, et réfuta cet ouvrage badin. L'abbé *Gastaud* répliqua, et le *Recueil* de ces pièces parut en 1699, in-8.
GASTELIER DE LA TOUR, (Denys-François) né à Montpellier en 1709, mort en 1781, donna le *Nobiliaire du Longuedoc*, en 3 vol. in-4° : ouvrage mêlé de vrai et de faux comme tous ceux de ce genre; mais dont les dates sont en général exactes. On a encore de lui l'*Armorial* de la même province, 1747, in-4°.
GASTINAU, (Nicolas) Parisien, naquit en 1621. Il étoit curé d'Anet, aumônier du roi, et ami des théologiens de Portroyal. Il mourut le 17 juin 1696, à 76 ans, laissant 3 volumes de Lettres contre le ministre Claude, aussi savantes que solides; une conversation avec un Protestant en fut l'occasion. L'auteur avoit brillé dans les conférences théologiques, qui se tenoient chez le docteur Launois. — I. GASTON III, (Phœbus) comte de Foix, et vicomte de Béarn, s'est illustré par sa valeur, par sa générosité, par les bâtiments qu'il éleva, et par sa magnificence. Gaston ayant refusé de faire hommage de ses terres au roi Jean, ce monarque le retint prisonnier à Paris, et lui donna, depuis, la conduite d'une armée en Guienne. Il mourut subitement à Ortez, en 1391, au retour de la chasse, comme on lui versoît de l'eau sur les mains pour sonner. Il avoit composé un livre intitulé: Phœbus des déduys de la Chasse, in-4°, sans date, réimprimé à Paris en 1515 chez le Noir, en caractères gothiques, et chez le même en 1520. (Voyez I. BIGNE.) Il eut d'Agnès de Navarre, GASTON, prince de Foix, dont la fin fut très-fumée. Le comte, son père, entretenoit une maîtresse, et Agnès, sa mère, fut obligée de se retirer en Navarre. Charles II, qui en étoit roi, oncle du jeune Gaston, lui donna une poudre pour mettre sur les viandes qu'on serviroit à son père, en lui faisant accroire qu'elle le guériroit de son fol amour. Cette poudre étoit un poison. La chose fut vérifiée, et le jeune prince mourut d'eunui en 1382, dans une prison où son père l'avoit fait enfermer.
II. GASTON DE FOIX, duc de Nemours, fils de Jean de Foix, comte d'Etampes, et de Marie d'Orléans, sœur de G A S 361 Louis XII, étoit cher à ce monarque, qui redisoit sans cesse avec complaisance: Gaston est mon ouvrage; c'est moi qui l'ai élevé, et qui l'ai formé aux vertus qu'on admire déjà en lui. Ces espérances ne furent pas trompeuses: il rendit, à 23 ans, son nom immortel dans la guerre de son oncle en Italie. Il repoussa d'abord une armée de Suisses, passa rapidement quatre rivières, chassa le pape de Bologne; gagna la célèbre bataille de Ravennes le 11 avril, jour de Paques, 1512, et y termina sa courte, mais glorieuse vie. Il n'avoit que 24 ans. Il sembleroit que c'est exprès pour lui qu'avoit été fait ce vers: Olii vita brevis, vita sed gloria multa. — Lachisis avec lui compra, mais non la Gloire. — Ce jeune héros fut tué après le combat, en voulant envelopper un reste d'Espagnols qui se retiroient. La Palice, qui le vit avec sa cotte d'armes toute sanglante, crut qu'il étoit blessé, et fit tous ses efforts pour l'empêcher de revenir à la charge, lui représentant qu'il devoit être satisfait, et qu'il n'étoit pas de la prudence de pousser à bout de braves gens qui vendoient si chèrement leur vie; mais ces sages remontrances ne firent aucune impression sur ce jeune lion, qui se mit à la tête de ses gens, et chargea de nouveau les Espagnols. Ceux-ci se voyant poursuivis, firent tête à l'ennemi, et se défendirent vigoureusement. Gaston, qui s'étoit trop avancé, fut renversé de son cheval. Un Espagnol, qu'il avoit blessé, le voyant dans cette posture, et remarquant qu'il présentoit le côté droit, y enfonça sa pique 362 G A S et le tua. Louis XII conçut une vive douleur de sa mort; il s'écria, en lisant la lettre de La Palice, qui lui apprenait cette nouvelle : Je voudrois n'avoir plus un pouce de terre en Italie, et pouvoir à ce prix faire revivre mon cher neveu Gaston de Foix, et tous les braves hommes qui ont péri avec lui : Dieu nous garde de remporter jamais de telles victoires ! — III. GASTON DE FRANCE, (Jean-Baptiste) duc d'Orléans, fils de Henri IV et frère de Louis XIII, né à Fontainebleau le 25 avril 1608, n'est guères connu dans l'histoire que par ses cabales contre le cardinal de Richelieu. Poussé par ses favoris, il tenta plusieurs fois de le perdre. Ce fut lui qui porta le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, à se soulever. Il traversa la France, pour l'aller joindre, plutôt comme un fugitif suivi de quelques mutins, que comme un prince qui se prépare à combattre un roi. Cette révolte eut des suites fort tristes. Montmorency fut pris, et Gaston l'abandonna au ressentiment de Richelieu. Sa vie fut un reflux perpétuel de querelles et de raccommodemens avec le roi et le cardinal. Il fut encore mêlé dans la conspiration de Bouillon et de Cinq-Mars; il se retira en accusant ses complices et en s'humiliant. Après la mort de son frère, il fut nommé lieutenant-général du royaume. Il rétablit sa réputation par la prise de Gravelines, de Courtrai et de Mardick; mais il la ternit bientôt encore en cabalant contre Mazarin. Il fut relégué à Blois, où il mourut le 2 février 1660, à 52 ans, regardé comme un prince pusillanime. Chavigni écrivait au cardinal de Richelieu : Que la peur étoit un excellent orateur, pour lui persuader tout ce qu'on vouloit; mais cette crainte n'avoit pour objet que sa personne. Il trama presque tous ses amis à la prison ou à l'échafaud, sans les plaindre. Mêlé dans toutes les affaires, il en sortit toujours en sacrifiant ceux qui l'y avoient fait entrer. Considéré comme particulier, il avoit des qualités agréables, de l'esprit et de l'enjouement, l'humeur facile et même trop pour son rang. Il s'avilissoit par la fréquentation d'hommes obscurs ou de femmes perdues. De vils amusemens le récréoient, tandis que les plus nobles ne lui causoient que du dégoût. On répète encore aujourd'hui qu'il se plaisoit à voler des manteaux sur le Pont-neuf. Comme Henri IV, il avoit la répartie prompte, et l'on rapporte des bons mots de lui, qui valent ceux de ce prince. Soubise étant allé à la Rochelle faire une visite à sa mère le jour du combat sanglant livré aux Anglois à leur descente dans l'isle de Ré, Gaston dit : Soubise vivra long-temps, il observe le précepte du Décalogue, HONORA PATREN et MATREN. La reine Anne d'Autriche ayant fait une neuvaine pour avoir des enfans, Gaston lui dit en raillant : Madame, vous venez de solliciter vos juges contre moi; je consens que vous gagniez le procès, si le Roi a assez de crédit pour cela. Lorsqu'il apprit la nouvelle de la détention des princes de Condé, de Conti, et du duc de Longueville; Voilà, dit-il, un beau coup de filet : on vient de prendre un lion, un singe et un renard. Ce prince étoit extrêmement curieux de G A T 363 médailles, de bijoux, de miniatures, et de toutes ces brillantes bagatelles qui coûtent tant, et qui servent si peu : il en avoit une riche collection. Il laissa des Mémoires, depuis 1603 jusqu'en 1635, revus par Martignac. Ils ont été réimprimés en 1756 à Paris, in-12, à la suite des Mémoires particuliers pour servir à l'Histoire de France sous Henri III, Henri IV, et Louis XIII. Gaston épousa Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, de laquelle il eut une fille unique, Mademoiselle, si connue sous le nom de MONTPENSIER; Voyez ce mot n° III. Il laissa aussi un fils naturel, le comte de Charni, qui s'établit en Espagne. (Voyez aussi les articles FONTRAILLES... III. PLESSIS, et II. ORNANO.)
IV. GASTON ou GAST, gentilhomme du Dauphiné, bâtit, sur la fin du XIe siècle, un bôpital pour y recevoir les malades qui venoient visiter le corps de St. Antoine, que Josselin avoit apporté dans le Viennois. Ce fut le commencement de l'ordre de Saint-Antoine, approuvé par Urbain II au concile de Clermont, en 1695, et réuni en 1777 à celui de Malte.
GATAKER, (Thomas) né à Londres en 1574, mort dans cette ville, le 27 juin 1654, à 80 ans, refusa les dignités qu'on lui offrit, pour cultiver les lettres sans distractions. Il n'accepta qu'une petite cure près de la capitale. Sa maison étoit une espèce d'académie; les gens de lettres, Anglois et étrangers, y étoient également bien reçus. Les ouvrages qui lui ont fait un nom parmi les savans, sont : I. Adversaria miscellanea. II. Une excellente édition du livre de l'empereur Marc-Antonin, de Rebus suis, à Londres, 1707, in-4. III. Une Dissertation sur le style du Nouveau-Testament. IV. Cinnus : c'est le titre d'un recueil d'observations diverses, principalement sur les livres sacrés. V. Denomine, 1645, in 8. VI. Un traité des Diphtongues, 1646, in-8. Gataker étoit un homme de beaucoup d'érudition, et d'une critique assez exacte; mais la singularité de ses sentimens, et la bizarre affectation de son style, ont dégoûté bien des gens de lettres de la lecture de ses ouvrages. — Son fils Charles, mort en 1680 à 67 ans, a publié le recueil des principaux écrits de son père, sous ce titre : Thomae Gataheri Opera critica; Trajecti ad Rhenum, 1698, in-fol., 2 vol.
GATIEN, (Saint) premier évêque de Tours, fut un de ceux qu'envoya le pape Fabien l'an 250 pour porter l'évangile dans les Gaules. Gatiens s'arrêta à Tours, y fit plusieurs Chrétiens, et y mourut vers la fin du 3e siècle. — Voy. COURTILZ.
GATIMOZIN, ou GUATIMOZIN, dont nous avons raconté l'histoire dans l'article Cortez, dernier roi du Mexique. Voyez CORTEZ (Fernand). En 1526, il fut pendu dans la capitale de ses états, avec un grand nombre de caciques, qui ne vouloient pas se soumettre aux Espagnols. Il étoit neveu et gendre de Montezuma.
GATINARA, (Mercurien Alborio de) ainsi nommé du lieu de sa naissance dans le Piémont, devint chancelier de l'empereur Charles-Quint, qui l'employa en 364 G A V diverses négociations importantes. Il mourut à l'Île-de-France, le 5 juin 1530, à 60 ans. Clément VII l'avoit fait cardinal l'année précédente, pour récompenser son mérite.
**GAVANTUS**, (Barthélemi) consulteur de la congrégation des Rites, et général des Barnabites, étoit né à Monza, et mourut à Milan en 1638, presque septuagénaire. Il est principalement connu par son *Thesaurus sacrorum rituum*. C'est un *Commentaire* sur les Rubriques du Missel et du Bréviaire Romain, plein d'idées mystiques et peu littérales. *Gavantus*, au lieu de chercher dans les monumens ecclésiastiques la raison de certaines cérémonies, l'a prise dans de mauvais livres de spiritualité. La meilleure édition de cet ouvrage, qui est bon pour la pratique, est celle de Turin, avec les observations de *Merati*, 1736 à 1740, 5 vol. in-4°, figures. On a aussi de lui : *Manuale Episcoporum*, 1647, in-4°; et un *Traité des Synodes Diocésains*, 1639. La grande connoissance qu'avoit *Gavantus* des cérémonies sacrées et de la discipline ecclésiastique, le fit consulter par plusieurs prélats Italiens et Allemands, qui vouloient convoquer des synodes. Son nom étoit *Gavanti*.
**GAUBIL**, (Antoine) Jésuite, né à Caillac, fut envoyé, en 1721, en qualité de missionnaire à la Chine, où il passa 36 ans, et où il se fit aimer par ses mœurs et respecter par ses connaissances astronomiques. Il mourut à Pékin le 24 juillet 1759. Il étoit correspondant de l'académie des Sciences de Paris, membre de celle de Pétersbourg, et interprète à la cour de Pékin. Il étoit très-versé dans la littérature chinoise : il envoya beaucoup de Mémoires au P. Souclet et à Fréret, qui en ont fait usage dans leurs ouvrages. Nous avons de lui une bonne *Histoire de Gengiskan*, 1739, in-4°; et la *Traduction du Chouking*, Paris, 1771, in-4°. Le *Chouking* est le troisième livre canonique des Chinois. Son authenticité est suspecte parce qu'il a été brûlé et refait. Il est la base du gouvernement et de la législation de la Chine. Nul n'oserait y changer un seul caractère; ils sont comptés et au nombre de 25,700; sa morale est austère; il offre aux magistrats et aux souverains les devoirs qu'ils ont à remplir. Une des maximes du *Chouking* est celle-ci : *Le trône est pour l'ordinaire le siège des peines et du malheur*. Cet ouvrage est attribué à *Confucius*; *Gaubil* l'a enrichi de notes, qui ont été revues et corrigées dans ces derniers temps par M. de Guignes. Le P. *Gaubil* étoit un de ces hommes qui savent de tout, et qui sont propres à tout. Les docfeurs Chinois eux-mêmes admirèrent souvent comment un étranger avoit pu se mettre si bien au fait de leurs sciences. Il devint, pour ainsi dire, leur maître. Il leur développoit les endroits les plus difficiles de leur *King*, et leur montroit une connoissance de leur histoire, qui étonnoit dans un homme venu des extrémités du monde. Voyez l'éloge du Père *Gaubil*, dans le 31e volume des *Lettres curieuses et édifiantes*, Paris, 1774.
**GAUBIUS**, (Jérôme David) célèbre médecin, élève et successeur de *Boerhaave*, dans la chaire de médecine à Leyde, mé- G A U 365 rita une réputation presque égale à celle de son maître dans la pratique. Peu d'hommes de sa profession ont réuni aux véritables connoissances plus de talens réels. On a de lui : I. *Methodus concinnandi formulas remediorum*, Leyde, 1767, in-8°; traduit en françois, Paris, 1749, in-12. II. *Institutiones pathologica*, Leyde, 1763, in-8°. Il mourut en 1780. Il étoit né à Heidelberg en 1705.
GAUD, (Henri) graveur d'Utrecht, d'une famille illustre, grava, d'après les tableaux d'*Adam Elshaimer*, sept pièces d'une singulière beauté. Une fille, amoureuse de cet artiste, lui présenta un phyltre, qui, au lieu de lui donner de l'amour, lui fit perdre la tête. Il devint hébété, et il paroissait toujours l'être, excepté quand on lui parloit de peinture, sur laquelle il raisonna très-bien jusqu'à sa mort, arrivée vers 1630.
GAUDENCE, (Saint) évêque de Bresce en Italie, fut élu tandis qu'il étoit en Orient; et quoiqu'il alléguait sa jeunesse et son incapacité, il fut ordonné malgré lui. On croit qu'il étoit un des trois évêques, que l'empereur *Honorius* et le concile d'Occident dépitèrent à *Arcade*, pour obtenir le rétablissement de *St. Christostome*. Cet illustre persécuté écrivit à *St. Gaudence*, le remerciant des travaux qu'il avoit essuyés pour la défense de sa cause. Nous ignorons le temps de la mort de *St. Gaudence*; mais il paroît qu'il vivait encore l'an 410. Il laissa des *Sermons* et des *Lettres*, dont on a donné une édition à Bresce, en 1738, in-fol., avec ceux de *St. Philastre*, par les soins du cardinal *Quirini*.
GAVESTON, (Pierre de) favori d'*Edouard II*, roi d'Angleterre, en 1306, étoit fils d'un gentilhomme Gascon, qui avoit rendu de grands services à *Edouard I*. C'étoit un jeune étourdi, doué de talens frivoles; adroit, insinuant, présomptueux; aussi propre à s'accréditer auprès d'un prince foible, qu'à user indignement de sa faveur. *Edouard premier* l'avoit exilé, et avoit fait promettre à son fils de le tenir toujours éloigné de lui : mais, dès que ce prince fut parvenu à la couronne, il se hâta de rappeler le Gascon, et lui donna le comté de Cornouailles. Ce favori, devenu en quelque sorte l'arbitre du gouvernement, révolta tout le monde par son orgueil et son insolence. *Edouard II* ayant épousé *Isabelle* de France, fille de *Philippe le Bel*, la jeune reine ne pardonna point à *Gaveston* l'ascendant qu'il avoit sur son époux. Le comte de *Lancastre*, premier prince du sang, seconda les vues de cette princesse, et se mit à la tête des barons résolus de le perdre. Assemblés en parlement à Westminster, ils demandèrent son exil, et engagèrent les évêques à favoriser leur dessein. *Edouard* fut contraint de céder; mais en éloignant son favori, il le fit vice-roi d'Irlande. Enfin, ne pouvant souffrir son absence, il le fit revenir pour épouser sa nièce, sœur du comte de *Gaveston*, et engagea les seigneurs du royaume à approuver ce retour et cette alliance. *Gaveston* n'en parut pas plus modéré, et 366 G A U sa mauvaise conduite obligea les grands du royaume à se figuer encore une fois contre lui. Ils levèrent une puissante armée, le poursuivirent à force ouverte, et se saisirent de lui. Lorsque le roi sut qu'il étoit prisonnier, il témoigna vouloir lui parler; mais le comte de Warwick, piqué des outrages qu'il en avoit reçus en particulier, lui fit aussitôt trancher la tête en 1312. — GAUFFIER, (Louis) né à la Rochelle, remporta le premier prix de peinture en 1784, et fut envoyé à Rome. Une santé extrêmement délicate fit craindre à ses amis que le climat d'Italie ne nuisit à son tempérament; il répondit à leurs instances pour le retenir en France: «Je sens que je mourrai à Rome; mais il est beau de périr dans le centre des arts.» Sa santé ne lui permit pas d'entreprendre de grands ouvrages, mais ses tableaux de chevalet sont d'un fini précieux. Il épousa à Rome Pauline Châtillon, élève du célèbre Drouais, qui peignoit elle-même avec goût des tableaux de génie, dont plusieurs ont été gravés en Angleterre par Bartolozzi. La mort de sa femme détruisit son bonheur et entraîna la sienne. Il mourut trois mois après elle à Florence, le 20 octobre 1801, à l'âge de 40 ans. Ses principaux tableaux sont: Le Sacrifice de Manne. II. Jacob et Rachel. III. Les Dames Romaines portant leurs bijoux au trésor public. IV. Achille reconnu par Ulysse. V. Abraham et les Anges. VI. Les Dames Romaines engageant Véturie à venir avec elles pour fléchir la colère de Coriolan. VII. Alexandre mettant son cachet sur les lèvres d'Ephestion. Ce tableau de grandeur naturelle, fut son morceau de réception à l'académie de France.
GAUFRIDI, (Jean) fils d'un président à mortier au parlement de Provence, avoit été conseiller dans le même parlement. Le temps que lui laissoient les devoirs de sa charge, il l'employoit aux recherches historiques de sa province. La privation de la vue, et sa mort arrivée en 1689, à 60 ans, l'empêchèrent de mettre au jour le fruit de son travail. Son fils, l'abbé GAUFRIDI, publia son Histoire de Provence, à Aix, 1694, 2 vol. in-fol. En 1733, on l'a fait paroître avec de nouveaux titres. Cet ouvrage est bon pour les derniers temps; mais l'auteur débrouille assez mal l'histoire des premiers comtes de Provence. Il ne cite jamais ses autorités: ce qui n'est pas pardonnable à un historien moderne qui écrit sur des choses si anciennes. Son style est trop laconique et ses phrases trop coupées; il écrit cependant beaucoup mieux que Bouche, dont l'Histoire est plus estimée, par rapport aux chartes qu'elle renferme.
GAULI, Voyez BACICI.
GAULMIN, (Gilbert) sieur de Montgeorges, de Moulins en Bourbonnois, étoit versé dans les langues anciennes et modernes. Il avoit plus d'esprit que d'érudition et de jugement. Plus propre à briller dans un cercle parmi des femmes, des petits-maîtres et des nouvellistes, qu'à écrire dans son cabinet pour les savans, il assembloit un grand nombre d'auditeurs autour de lui au Luxembourg. Un jour qu'il apperçut un domestique qui l'écoutoit, il voulut le faire retirer: Monsieur, lui dit ce domestique, je tiens place ici pour mon maître. Son curé ayant refusé de le marier, il déclara en sa présence, qu'il prenoit une telle pour sa femme, et vécut depuis avec elle comme son mari. Cette singularité donna lieu d'examiner si ces sortes de mariages étoient valables. On les appela des mariages à la Gaulmine, et les lois les réprouvèrent. Gaulmin promettoit une foule d'ouvrages et n'en donnoit que fort peu. Ceux que nous avons de lui, consistent en Traductions et en Poésies. Ni les uns ni les autres ne paroissent mériter la réputation que Gaulmin s'étoit faite. Ses vers ne manquent pas d'un certain feu; mais ce feu auroit eu besoin d'être dirigé par le goût. Il avoit, à la vérité, des talens, mais encore plus d'orgueil. On a de lui, outre ses Epigrammes, ses Odes, ses Hymnes et sa tragédie d'Iphigénie : I. Des Notes et des Commentaires sur l'ouvrage de Psellus, touchant les opérations des démons. II.—sur celui de Théodore Prodomus, contenant les Amours de Rhodaute et de Dosielés. III.—sur le Traité de la vie et de la mort de Moïse, par un rabbin anonyme, 1629, in-8.º IV. Des Remarques sur le faux Callisthène. V. Il publia, le premier, en 1618, in-8º, le roman d'Ismène et Isménie, attribué à Eustathius, en grec, avec une traduction latine. Il mourut le 8 décembre 1667, à 80 ans, après avoir été intendant du Nivernois et conseiller d'état. Sa bibliothèque étoit précieuse et riche en livres orientaux. Elle fut réunie après sa mort à celle du roi. — GAULTIER, (François-Louis) curé de Savigni-sur-Orge, naquit à Paris en 1696, et mourut dans cette ville en 1781, après avoir rempli les fonctions pastorales pendant 52 ans, avec autant de zèle que de lumière. On a de lui des Homélies sur les Evangelistes, 2 vol. in-12; Réflexions sur les O de l'Avent; Explication des huit Béatitudes; Traité contre les Danses; Traité contre le Luxe.
GAULTIER, Voyez GAUTHIER.
GAURI, Voyez CAMPSON-GAURI. I. GAURIC, (Luc) astrologue de Gifoni dans le royaume de Naples, faisoit ses prédictions sous Jules II, Léon X, Clément VII et Paul III. Ces pontifes donnèrent à ce prétendu devin des marques d'estime. L'astrologie, l'opprobre de notre siècle, étoit d'un grand mérite dans le leur. Paul III lui donna l'évêché de Civita-Ducale, dont il se démit après l'avoir gardé environ quatre ans. Il se retira à Rome, où il mourut en 1559, à 82 ans. Faux prophète de profession, il prédit quelquefois vrai par hasard, mais plus souvent faux. Il avoit promis à Henri II de Valois, qu'il seroit empereur de quelques rois; qu'il parviendroit à une vieillesse très-heureuse : il mourut d'une blessure reçue dans un tournoi, à 40 ans. Gauric avoit prédit en 1506, que Jean Bentivoglio seroit banni de Bologne et privé de sa souveraineté, (ce qui n'étoit pas difficile à conjecturer à cause des cruautés qu'il exerçoit et des mesures que le pape prenoit contre lui). Ce prince fut fort irrité de cette prédiction : il fit pendre le prophète par le bras à une corde attachée à un lieu élevé, et le fit précipiter cinq ou six fois du haut en bas. Les secousses qu'il essuya ne hâtèrent pas sa mort, comme le dit *Tessier*, puisqu'il vécut encore 53 ans. *Soccalini*, dans ses *Baguazli di Parnasso*, introduit *Gauric* demandant justice à *Apollon* des mauvais traitements de *Bentivoglio*. En dieu lui répond, que puisque l'astrologie lui avoit annoncé l'infortune de ce prince, elle auroit bien dû lui apprendre la sienne; que d'ailleurs il avoit fait une grande sottise, en produisant des choses l'icheuses à un prince auquel il ne falloit annoncer que des choses agréables, ainsi qu'en usent les gens prudens qui fréquentent les cours. Les *Œuvres de Gauric* parurent à Basle en 1575, en 3 vol. in-fol., avec un titre emphatique, qui n'a pas empêché qu'elles ne soient entièrement oubliées aujourd'hui. *Voyez Cœcles. Pomponius Gauric*, son frère, disparut un jour en 1530, suivant l'abbé *Ladvo-cat*. On soupçonna que la famille d'une femme de qualité, avec laquelle il entretient un commerce d'amour, l'avoit fait assassiner et jeter à la mer. On trouve de lui, dans le *Vituve* d'Elzévir, *Excerpta de Sculptura*. Cet ouvrage entier a été imprimé à Nuremberg en 1642, in-4°. On connoit encore de *Pomponius Gauric*, I. Des *Eglogues* réunies à celles de *Virgile* et de *Némésien*, dans une édition publiée en 1504, in-8°, à Florence, par *Benoit Philologue*. II. Un Commentaire sur l'art poétique d'*Horace*, imprimé à Rome en 1541, in-4°.
II. GAURIC. ou plutôt GAWAI. (le comte) l'un des plus grands seigneurs d'Écosse, fut exécuté à mort pour plusieurs crimes, sous le règne du roi *Jacques VI*, vers la fin du XVI$^{e}$ siècle. Tous ses biens furent confisqués, selon la coutume; mais le roi ayant égard à l'innocence de ses enfans qui étoient en grand nombre, les leur rendit. Cette générosité ne fut pourtant pas capable de les empêcher de nourrir dans leur cœur un esprit de vengeance contre leur souverain. L'aîné des fils du comte, après avoir voyagé presque par toute l'Europe, revint en Écosse. Il y assembla cinq autres de ses frères, et les engagea de venger sur la personne du roi la mort de leur père commun. Un d'entre eux se rendit auprès du roi à Édimbourg le 6 août 1600. Il lui dit en particulier, qu'un homme leur avoit promis de leur faire trouver dans leur château paternel un trésor caché, d'une richesse immense; et qu'il prioit sa majesté, de la part de tous ses frères, de vouloir bien être présente à cette découverte. Il lui persuada en même temps d'y venir avec le moins de personnes qu'il pourroit. Ce prince, naturellement franc, alla dîner le lendemain dans leur château, sous prétexte de chasse, et il ne prit avec lui que 7 ou 8 personnes. Après le repas, qui fut magnifique, le comte *Gauric* engagea le monarque d'aller voir, pendant que ses gens dineroient, l'homme qui devoit découvrir le trésor. Ces scélérats le firent passer par plusieurs chambres, dont ils fermoient les portes à mesure qu'ils y entroient; de là on l'introduisit dans un cabinet où étoit l'assassin qu'ils avoient gagné pour le tuer; mais ce malheureux n'eut pas plutôt vu son souverain, qu'il devint immobile. Cependant, le le comte *Gauric* avoit déjà commencé à reprocher au roi, d'une manière insolente, la mort de son père. Dès qu'il s'aperçut du saisissement de l'assassin, il lui prit son épée, et haussa le bras pour frapper lui-même le coup; mais les forces lui manquent aussitôt. Alors le roi mettant l'épée à la main, tua le comte, et appela du secours. Ses domestiques accoururent en toute diligence et enfoncèrent les portes. Quelques-uns des frères du comte furent tués sur-le-champ; les autres furent pris et punis par les plus horribles supplices, et leur château fut rasé.
**GAUSSEM**, et non
**GAUSSIN**, (Jeanne-Catherine) née à Paris en 1711, d'une ouvreuse de loges, mourut dans cette ville en 1767. Elle débuta le 28 avril 1731, par le rôle de *Junie* dans *Britannicus*. Ses succès furent extraordinaires: elle réussissait sur-tout dans les rôles d'amoureuse. Un son de voix très-touchant, l'avantage de se pénétrer vraiment de sa situation théâtrale, masquoient la monotonie qui se glissa quelquefois dans le jeu de cette *Actrice du sentiment*, comme l'appeloit la *Chaussée*; mais elle eut la douleur de se voir éclipsée, dans les rôles qui exigeaient le grand pathétique de l'action, par la *Dumesail* et la *Clairon*. Un mariage mal assorti qu'elle contracta en 1759, acheva de déranger sa fortune que sa générosité naturelle avoit déjà affiable. Des motifs de religion l'obligèrent, en 1764, de quitter le théâtre où elle avoit tant plu. Dans la pièce du *Prégnégé vaincu*, qu'elle représentait à la cour, le *Tome V.* roi fut si satisfait de la manière dont elle et la célèbre *Dangeville* rendirent leurs rôles, qu'il augmenta sur-le-champ de 500 livres, la pension de 1000 livres que ces deux actrices avoient déjà obtenue, comme une récompense de leur rare talent. Cette faveur distinguée a eu lieu depuis pour peu de sujets. **I. GAUTHIER**, surnommé le *Vieux*, excellent joueur de luth, a laissé plusieurs pièces rassemblées avec celles de *Denys Gauthier*, son cousin, doué du même talent, dans un volume intitulé: *Livre de tabiature des pièces de Luth sur différents modes*. Les auteurs y ont ajouté quelques règles pour bien toucher cet instrument si gracieux, mais presque entièrement abandonné en France, par la difficulté d'en bien jouer. Les principales pièces du vieux *Gauthier* sont: l'*Immortelle*, la *Nomparcille*, le *Tombeau de Mezingan*. Les pièces de *Denys Gauthier*, que les luthiens ou joueurs de luth estiment le plus, se nomment l'*Homicide*, le *Canon*, le *Tombeau de l'Enclos*.
**II. GAUTHIER**, (Claude) célèbre avocat au parlement de Paris, dans le dernier siècle, était plus connu par son caractère caustique et très-mordant, que par son éloquence. On a de lui des *Plaidoyers* qu'on ne lit plus guères, en 2 vol. in-4°, 1688.
**III. GAUTHIER**, (Pierre) musicien, de la Ciotat en Provence, était directeur d'un Opéra, qui séjournait alternativement à Marseille, à Montpellier et à Lyon. S'étant embarqué au port de Cette, il périt avec le vaisseau A a 370 G A U . qui le portoit, en 1697, à 55 ans. Il y a de lui un recueil de *Duo* et de *Trio*, estimé des connoisseurs. La musique instrumentale étoit son principal talent. *Voltaire* prétend, dans un écrit satirique contre *J. J. Rousseau*, qu'on trouva la musique charmante du *Devin du Village*, dans les papiers de *Gauthier*, et qu'elle fut ajustée aux paroles par le citoyen de Genève; mais cette anecdote n'a pas été adoptée.
IV. GAUTHIER, (François) abbé commendataire d'Olivet et de Savigny, mort en 1720, étoit de Rabodanges en Normandie. C'étoit un homme de grand sens, et né pour la politique. Ayant été obligé de passer en Angleterre, pour une affaire personnelle, il resta à Londres quelques années, et y apprit l'anglois parfaitement. Cette connoissance lui procura celle de plusieurs seigneurs de la cour. L'Angleterre alors étoit lasse de la longue et ruineuse guerre qu'elle soutenoit avec ses alliés contre la France, pour la succession de la couronne d'Espagne : l'abbé *Gauthier* mit à profit cette circonstance, dans la vue de servir sa patrie. Il insioma adroitement le projet d'une réconciliation avec la France, à quelques Anglois employés dans le ministère, et par leur moyen à la reine *Anne*, qui voulut bien avoir des entretiens secrets avec lui. Sur de leurs dispositions, il passa en France, se fit présenter à *Louis XIV*, auquel il remit un *Mémoire* des démarches qu'il avoit faites à la cour de la Grande-Bretagne, et obtint de ce prince le titre de son agent en cette cour. Etant retourné en Angleterre, il traita secrètement avec les ministres de la reine, en vertu de ses pouvoirs, et prépara à l'ouverture des conférences, qui furent indiquées à Utrecht, et d'où s'ensuivit la paix de 1713. Ce service important de l'abbé *Gauthier* ne resta pas sans récompense. Outre deux abbayes, dont il fut gratifié en France, le roi d'Espagne lui donna une pension de 12,000 liv. sur l'archevêché de Tolède; et la reine *Anne*, une autre pension de 6000 liv., avec un service complet de vaisselle d'argent. Il est étonnant que le premier mobile de cette grande pacification soit presque demeuré dans l'oubli : son nom doit cependant être cher à la patrie et à l'humanité. V. GAUTHIER, (Jean-Baptiste) né à Louviers dans le diocèse d'Evreux en 1685, mort à Gaillon d'une chute, en revenant de sa patrie à Paris, le 30 octobre 1755, à 71 ans, fut le théologien de l'évêque de Boulogne (*de Langle*), et ensuite de l'évêque de Montpellier (*Colbert*). Ce dernier prélat le prit chez lui, en apparence pour être son bibliothécaire, mais réellement pour être son conseil et son écrivain. Après la mort de son bienfaiteur, l'abbé *Gauthier* se retira à Paris, où il continua de donner au public des brochures contre les incrédules, ou sur les querelles du temps. On peut en voir une liste exacte dans la *France littéraire* de 1758. Celles qui ont été le plus répandues, sont : I. *Le Poème de Pope* (intitulé l'*Essai sur l'Homme*,) convaincu d'impiété, in-12, 1746. II. *Lettres Théologiques... contre le système impic et Socialien* des Pères *Hardouin et Berruyer*, 1756, 3 vol. in-12 : ouvrage posthume, écrit avec force, semé de réflexions jus- tes, et la meilleure critique qu'on ait faite des romans de *Berruyer*, quoiqu'un peu outrée. III. *Les Jésuites convaincus d'obstination à permettre l'Idolâtrie à la Chine*, 1743, in-12. IV. Plusieurs *Lettres* destinées à prémunir les Fidelles contre l'irréligion, 1746, in-12. V. *Critique du Ballet moral dansé dans le Collège des Jésuites de Rouen*, 1756, in-12. VI. *Réfa-tation* d'un libelle intitulé : *La voix du Sage et du Peuple*, 1750, in-12. VII. *Vie de Soanen*, évêque de Senez, 1750, in-8° et in-12. VIII. *Les Lettres Persanes convaincues d'impiété*, 1751, in-12. IX. *Histoire abrégée du Parlement de Paris, durant les troubles du commencement du règne de Louis XIV*, 1754, in-12. On pourroit croire, en lisant les critiques de l'abbé *Gauthier*, que c'étoit un homme plein de fiel; il avoit de la douceur dans le caractère, autant que de pureté dans les mœurs. Mais son zèle pour la religion, et sa passion pour ce qu'il appelait la bonne cause, le faisoient sortir quelquefois des bornes de la modération, sans qu'il s'en apperçât. C'étoit d'ailleurs un homme très-vertueux, ami de la retraite, ennemi de toute superfluité, cherchant à se dérober au monde, et aussi modeste dans la conversation, que négligé dans ses habillements.
GAUTHIER DE CHATILLON, *Voyez* GUALTHER.
GAUTIER D'AUNAY, *Voyez* IV. MARGUERITE.
GAUTIER STUART, *Voyez* STUART, n.º II.
GAUTIER, *Voyez* CHABOT, GUALTER et MONDORGE.
GAUTRUCHE, (Pierre) Jésuite, né à Orléans en 1602, mort en 1681, à Caen, où il professa pendant plus de 30 ans, étoit un homme d'une grande érudition. Sa petite *Histoire Poétique*, in-16, quoique incomplète et assez mal écrite, est plus connue que son *Histoire sainte*, en 4 vol. in-12.
GAWRI, *Voy.* II. GAURIC.
GAY, (Jean) poète Anglois, né en 1688, d'une ancienne famille de la province de Devonshire, fut mis de bonne heure dans le commerce, mais il le quitta bientôt pour la poésie. En 1712, il fut fait secrétaire de la duchesse de Monmouth. En 1714, il accompagna à Hanovre le comte de Clarendon; mais ce seigneur s'étant démis de ses emplois, Gay revint en Angleterre. Il y fit les délices des grands et des gens de lettres, qui se le disputoient. C'est alors qu'il publia une partie de ses ouvrages. Les principaux sont : I. Des *Tragédies* et des *Comédies*, qui eurent beaucoup d'applaudissemens. II. Des *Opéra*, dont le plus couru fut celui du *Mendiant*, représenté en 1728. Gay fit entièrement tomber pour cette année l'*Opéra* Italien, cette idole de la noblesse et du peuple Anglois. Il faut cependant avouer que dans cette pièce, qui offre des peintures charmantes et faites d'après nature, il y en a souvent de trop libres des vices et des ridicules de la populace. Mais ce qui seroit un défaut en France, n'en est pas un en Angleterre, où l'on s'embarrasse assez peu que l'objet soit délicat ou grossier, pourvu qu'il soit peint fortement et naturellement. Gay qui appréciait en philosophe et sa pièce et A a 2 372 GAY ses admirateurs, y mit pour épigraphe : Nos hac novimus esse nihil.
III. Des Fables, imprimées à Londres en 1753, 2 vol. in-8°, traduites en françois par Mad. Keralio. Elles ont été fmitées depuis en 1785, Paris, in-8°. Elles manquent en général d'invention; la chute n'en est pas heureuse, et les réflexions en sont trop longues. Mais il y en a quelques-unes d'excellentes, et dont le tour original est propre à piquer l'attention des lecteurs. Tout cet ouvrage auroit été sans doute plus parfait, si le génie de la langue Angloise eût été plus propre à ce genre de poésie. IV. Des Pastorales. On les préfère à toutes les autres productions de Gay. Les caractères et les dialogues en sont d'une simplicité admirable. Les bergers ne sont ni petits-maîtres, ni courtisans, comme dans quelques-unes de nos Eglogues françoises. V. Des Poésies diverses, publiées en 1715, en 2 vol. in-12. Il y en a plusieurs d'un tour heureux et agréable. On y remarque le Poème de l'Eventail, en trois chants, poème ingénieux et d'une galanterie délicate, qui a été imité en vers françois par M. Milon de Liège. Gay étoit un des hommes les plus aimables de son pays : doux, affable, généreux, il avoit les défauts qui sont les suites de ces vertus, une indolence excessive, et une indifférence entière pour ses intérêts. C'étoit, à cet égard, le la Fontaine d'Angleterre. Après diverses vicissitudes, tantôt dans l'opulence, tantôt dans la médiocrité, il mourut le 11 décembre en 1732, chez un seigneur Anglois, qui, depuis quelques années, pourvoyoit libéra- lement à tous ses besoins. Il fit lui-même son épitaphe : Tout nous dit que la vie est un vrai jeu d'enfant ; Je le pensois jadis : je le sais maintenant. Son urne fut déposée à Westminster, et Pope y grava cet éloge : « Dans les genres divers que Gay a traités, supérieur à plusieurs de ses rivaux, il n'est resté inférieur à aucun d'eux. » L'auteur du Dictionnaire des Beaux Arts, dit que les talens de Gay lui frayèrent la voie des honneurs et de la fortune ; il falloit ajouter, qu'il n'entra jamais dans cette voie, que ses talens lui avoient frayée. Cazin a donné une édition des œuvres de Gay, Paris, 3 vol. in-12.
GAYOT DE PITAVAL, (François) naquit à Lyon en 1673, d'un père conseiller au présidial de cette ville. Il prit le petit collet, qu'il quitta bientôt, pour suivre l'exemple de ses deux frères qui étoient l'un et l'autre dans le service. Aussi peu propre à l'état militaire qu'à l'état ecclésiastique, il se fit recevoir avocat en 1723, et prit une femme. Son éloquence n'ayant réussi que très-foiblement au barreau, et ne possédant qu'une fortune médiocre, il se mit à publier volume sur volume, jusqu'à sa mort arrivée en 1743, à 70 ans, après plus de quarante attaques d'apoplexie. On peut appliquer à Pitaval ce que l'immortel la Bruyère a dit de certains écrivains : « Il y a des esprits, si j'ose dire, inférieurs et subalternes, qui ne semblent faits que pour être le registre ou le magasin de toutes les productions des autres génies. Ils G A Z 373 sont plagiaires, traducteurs, compilateurs : ils ne pensent point, ils disent ce que les auteurs ont pensé ; et comme le choix des pensées est invention, ils l'ont mauvais, peu juste. Ils rapportent beaucoup de choses, plutôt que d'excellentes choses. » Ce portrait est celui de *Pitaval*. Ses ouvrages en sont un témoignage authentique. Les principaux sont : I. *Relation des Campagnes de 1713 et 1714*, très-mal rédigée sur les Mémoires du maréchal de *Villars*. II. *L'Art d'orner l'esprit en l'amusant*, 2 vol. in-12 : recueil de bons mots, plutôt fait pour gâter le goût, que pour enrichir la mémoire. III. *Bibliothèque des gens de Cour*, en 6 vol. in-12, compilée pour le peuple. IV. *Les Causes célèbres*, en 20 vol. in-12 : collection qui intéresse par son objet ; mais qui dégoûte par le style fade, rampant, entortillé, louche, du compilateur ; par les puérilités, en vers et en prose, dont il l'a semée ; par des hors-d'œuvres sans nombre ; par le mauvais choix des matériaux ; par la profusion du verbiage le plus vain et le plus commun. *Pitaval*, le plus maussade des écrivains, se croyoit le plus ingénieux, et ne s'en cachoit pas. Il a rendu insipides ses *Recueils de bons mots*, par ses fades plaisanteries, ses Poésies et celles de sa femme, et même par ses réflexions critiques sur nos meilleurs écrivains ; mais il étoit aussi peu à craindre avec la plume qu'avec l'épée. M. de *Garsault* a réduit les 20 volumes des *Causes célèbres* en un seul, sous le titre de *Faits des Causes célèbres et intéressantes*. L'original et la copie se ressemblent par le style affecté et bas ; mais ils diffèrent, en ce que l'un et l'autre rédacteurs ont donné dans les deux extrémités opposées. L'insipide *Pitaval* est trop prolixe, son abréviateur, trop concis. M. de *la Ville*, avocat, a donné une *Suite* en 4 vol. in-12. On a publié un nouvel *Abrégé des Causes célèbres*, par *Richer*, avocat, qui en a fait imprimer vingt-deux volumes.
GAZA, (Théodore) un de ces savans Grecs qui transplantèrent les arts de la Grèce en Italie après la prise de Constantinople, étoit de Thessalonique. Il trouva, dans le cardinal *Bessarion*, un ardent protecteur, qui lui procura un bénéfice dans la Calabre. L'illustre Grec apprit si bien et si promptement le Latin, qu'il fit sentir les beautés de cette langue aux Italiens mêmes. Il mourut à Rome en 1475, à 80 ans. On dit qu'étant allé à Rome présenter à *Sixte IV* quelques-uns de ses ouvrages, ce pape ne lui fit qu'un présent fort modique. *Gaza* le jeta, de dépit, dans le Tibre, disant, en colère, que les *Savans ne devoient pas se donner la peine d'aller à Rome, puisque le goût y étoit si dépravé, et que les *Anes les plus gras y refusoient le meilleur grain* ; invective plate et grossière. On a de lui : I. *Une Traduction*, en latin, de l'*Histoire des Animaux*, d'*Aristote*. C'est une des premières versions, dans laquelle on a pu connoître le génie du philosophe Grec, entièrement défiguré par les Arabes et les scolastiques des siècles d'ignorance. II. *Une Grammaire Grecque*, in-4°, en 1540. III. *La Traduction de l'Histoire des Plantes*, de *Théophraste*. IV. *Celle des Aphorismes* A a 3 374 G A Z d'Hippocrate. V. Une Verdon Grecque du onge de Scipion, et du traité De senectute, de Cicéron, etc. Voyez ARGYRO- PHILE.
GAZÆUS, Voyez COMMO- PIANUS, et III. ENÉE.
GAZELLI, prince d'Apamée, et gouverneur de Syrie pour le sultan d'Égypte, s'opposa d'abord aux Turcs; mais voyant que To- manbey, son maître, avoit été pris et mis à mort par Sélim en 1517, il implorâ la clémence du vainqueur, et fut continué dans le gouvernement de Syrie. Après la mort de Sélim, Gazelli tâcha d'engager le gouverneur d'Égypte, Gayerbey, à rétablir la puissance des Mammelues. Mais celui-ci fit mourir ses ambassadeurs. Ga- zelli, nonobstant cette nouvelle, livra bataille aux Turcs près de Damas, contre le bacha l'erhat. Il fut tué en combattant vaillam- ment l'an 1550.
GAZET, (Guillaume) cha- noine d'Aire, et curé à Arres, mourut dans cette dernière ville en 1612, à 58 ans. On a de lui : I. L'Histoire Ecclesiastique des Pays-Bas, 1614, in-4°, où le conte de la sacrée Manne et de la sainte Chandelle d'Arras n'est pas oublié. L'auteur est très- crédule, et son style fort grossier. II. L'Ordre et suite des Evêques et Archevêques de Cambray, 1597, in-8°. III. L'Ordre des Evêques d'Arras, 1598, in-8°. IV. Il a publié aussi divers ouvrages de piété : Vies des Saints, 1613, in-8°; le Mi- roir de la Conscience; le Sa- cré banquet; le Cabinet des Dames; les Remèdes contre les écrupules, etc.
GAZI-HASSAM, capitan- bacha ou grand amiral Turc, se distingua par sa bravoure et la sagesse de ses conseils. Il par- vint de grade en grade et d'ex- ploits en exploits à la première dignité de la marine. Il étoit ca- pitaine de pavillon du vaisseau amiral, lorsque la flotte turque fut brûlée par les Russes, à Tschesmé. Envoyé en Égypte, il y soumit les Beys rebelles Ibrahim et Mourad, et en rap- perta un tribut de plus de douze millions de piastres. Il fut appelé en 1787 au commandement d'une escaëre de seize vaisseaux et de huit frégates, qui entra dans la Mer Noire, pour en expulser les Mos- covites. Après avoir rassemblé tous ses officiers, un historien moderne lui fait tenir ce dis- cours : « Vous savez d'où je viens et ce que j'ai fait; un nouveau champ d'honneur m'ap- pelle ainsi que vous, à sacri- fer notre dernier soupir à l'hon- neur de notre religion et au service du sultan. C'est pour rem- plir ce devoir sacré, que je me sépare maintenant de ceux de ma famille qui me sont les plus chers. J'ai donné la liberté à tous mes esclaves des deux sexes: je leur ai payé tout ce que je leur devois, et je les ai récompensés suivant leur mérite. J'ai dit le dernier adieu a mon épouse; je vais enfin chercher les combats, dans la ferme résolution de vaincre ou de mourir. Si j'en reviens, ce sera une faveur in- signe du tout-puissant. Je ne désire de voir prolonger mes jours que pour pouvoir les terminer avec gloire. Telle est mon iné- branlable résolution. Vous qui avez toujours été mes compa- gnons fidèles, je vous ai con- voqués pour vous exhorter à suivre mon exemple dans cette conjoncture décisive. S'il est quelqu'un de vous qui ne se sente pas le courage de mourir au champ d'honneur, il peut le déclarer librement ; il trouvera grace devant moi, et il recevra soudain son congé. Ceux au contraire qui manqueront de cœur en exécutant mes ordres dans une action, ne doivent pas s'attendre à pouvoir s'excuser, en attribuant leur fuite aux vents contraires ou à la désobéissance de leurs matelots ; car je jure par Mahomet et par la vie du Sultan, que je leur ferai trancher la tête, ainsi qu'à tout leur équipage. Mais celui qui montrera du courage, on s'acquittant de son devoir, sera récompensé avec largesse. Que tous ceux qui voudront me suivre à ces conditions, se lèvent donc et jurent de m'obéir. » Aussitôt tous les capitaines pro- mirent de vaincre ou de mourir. Les Turcs alors désarmèrent dans l'Archipel tous les Grecs dont ils soupçonnoient la fidélité. Ils sou- levèrent les Tartares de Crimée, et les rappelèrent sous les lois de l'empire Ottoman. Gazi élevé bientôt après du poste de capitan- bacha à celui de grand visir, se mit malgré son grand âge, à la tête de l'armée Turque, qui com- battit les Russes depuis 1787 jus- qu'en 1790 : il obtint d'abord divers avantages, soit contre le prince de Saxe-Cobourg, qu'il auroit défait complètement à Faksan, sans l'arrivée de Souwarow, qui survint inopinément au secours du général Autrichien, soit contre les armées Russes ; mais repoussé à son tour, voyant la ville d'Is- mail prise d'assaut, et tous les habitans massacrés par les vain- queurs, il succomba à ce dé- sastre, et mourut de chagrin qual- ques jours après, en 1790, au milieu de ses soldats, qui le re- gardoient comme leur père. Gazi unissoit la bravoure à l'humanité. Les Turcs irrités de la défection des Grecs dans la Morée, qui avoient pris le parti des Russes, vouloient qu'on exterminât leur nation entière. Le divan fut plu- sieurs fois assemblé pour exa- miner ce sanglant projet ; Gazi se montra le défenseur des in- nocens qui auroient été enve- loppés dans la proscription gé- nérale, et il parvint par ses prières et son influence à em- pécher ce massacre.
GAZOLA, (Joseph) médecin de Vérone, où il établit l'aca- démie de gli Aletofili, mort en 1715, à 54 ans, a donné quel- ques ouvrages de médecine, en- tr'autres : Il Mondo ingannato di falsi Medici ; Prague 1716, in-8.º Il y convient que les ma- lades meurent aussi souvent des remèdes que des maladies, et enseigne à se passer de médecins. L'auteur n'étoit sûrement pas payé de la salubre faculté pour lui rendre cet office.
GAZON - DOURXIGNÉ, (Sé- bastien-Marie-Mathurin) né à Quimper, mort le 19 janvier 1784, étoit un assez bon cri- tique et un poète médiocre. On remarque de l'esprit et du goût dans les brochures qu'il publia contre les tragédies d'Aripomène, d'Epicaris, de Sémiramis, etc. mais on voit peu de talent pour le théâtre dans sa comédie d'Al- zare, ou le Préjugé détruit. Ses Héroïdes inspirent plus d'ennui que d'attendrissement. Son Essai historique et philosophique sur les principaux ridicules des diffé- rentes Nations, 1766, in-12, à la suite duquel l'auteur les a A a 4 placées, est écrit avec assez d'agrément, quoique le sujet n'y soit qu'effleuré. Sa traduction du poème des *Jardins* du P. *Sopin*, in - 12, 1772, est plutôt une imitation qu'une version bien exacte. Son éloge de *Voltaire* est foible, mais purement écrit.
GÉANS, (les) [ Mythol. ] étoient enfans de la Terre qui les produisit pour déclarer la guerre aux Dieux du Ciel, et détroner *Jupiter*. On les confond souvent avec les Titans qui entreprirent d'escalader le Ciel. *Macrobe* écrit que les *Géans* étoient une nation d'hommes impies, qui nioient qu'il y eût des Dieux; ce qui a fait dire qu'ils avoient voulu les chasser du Ciel.
GEBELIN, *Voyez COURT*.
GÉBER, (Jean) Grec suivant les uns, Espagnol suivant les autres, étoit médecin et astronome. On a de lui plusieurs ouvrages dans lesquels on trouve beaucoup d'expériences chimiques, même de celles que l'on donne aujourd'hui pour nouvelles. Le célèbre *Boerhaave* en parle avec estime dans ses *Institutions Chimiques*. On ne sait en quel temps il vivoit; on croit que c'est vers le 9$^{e}$ siècle. L'abbé *Lenglet du Fresnoy* a recueilli tout ce qu'on pouvoit dire sur la personne et les ouvrages de ce chimiste, dans le premier volume de son *Histoire de la Philosophie Hermétique*. Ceux qui prétendent que *Géber* a travaillé, le premier, à la recherche d'un *Remède universel*, se fondent sur certaines expressions que l'on trouve dans ses écrits: elles sont plus que suffisantes, pour faire croire au lecteur ignorant qu'il en a eu connoissance. Telle est celle-ci: *L'Or ainsi préparé, guérit la Lèpre et toutes sortes de maladies*. Mais il faut observer que, dans son langage, les métaux les plus bas sont les *Lèpreux*, et l'or, ceux qui se portent bien. Quand donc il dit: *Je voudrois guérir six Lèpreux*, il n'entend autre chose, sinon qu'il voudroit les convertir en or, capable de soutenir l'épreuve de l'antimoine. Les *Traités* de *Géber* furent imprimés à Dantzig, 1642, in-8$^{o}$. Sa *Géomance*, en italien, est de Venise, 1552, in-8$^{o}$, figures. Ses ouvrages contiennent plusieurs choses utiles et curieuses sur la nature, la purification, la fusion et la maléabilité des *Métaux*; avec plusieurs Histoires excellentes des *Sels* et des *Éaux fortes*.
GEBLER, (N. baron de) conseiller privé de l'empereur, vice-chancelier pour la Bohème et l'Autriche, commandeur de l'ordre de Saint-Étienne, mort d'apoplexie à Vienne le 9 octobre 1786, à 62 ans, s'étoit d'abord fait connoître en Allemagne par plusieurs ouvrages politiques et dramatiques estimés. Son mérite le fit connoître à la cour de Vienne, qui commença d'employer ses talens en 1754, et qui l'éleva de grade en grade dans l'administration. L'empereur qui faisoit de lui un cas infini, lui destinoit la place de directeur général de la Gallicie. Le baron de *Géber* étoit né dans la religion protestante, qu'il avoit quittée pour se faire catholique. G E D, (Williams) orfèvre et imprimeur à Edimbourg, fut l'un des premiers qui employé l'art du stéréotypage. Il publia depuis 1725 jusqu'en 1739, plusieurs ouvrages avec des planches moulées d'une seule pièce. Son *Salluste*, in-12, de cent cinquante pages, porte sur le titre: *Excasus non typis mobilibus, ut vulgo fieri solet, sed tabellis seu laminis fusing.*
GÉDALIAH, fameux Rabbin, mort en 1448, a fait une chaîne de *Tradition depuis Adam jusqu'à l'an 761 de J. C.*, en deux parties, et une troisième où il traite de la *Création du Monde*; Venise, 1587, in-4. On a encore de lui d'autres écrits.
GÉDÉON, fils de *Joas*, de la tribu de *Manasse*, et cinquième juge d'Israël vers l'an 1245 avant Jésus-Christ, fut choisi par l'ange du Seigneur pour être le libérateur d'Israël. *Gédon*, dont l'humilité étoit extrême, eut besoin de voir des miracles pour croire la vérité de cette mission. Ayant fait cuire un chevreau pour l'offrir, l'ange lui dit d'en mettre la chair et du pain sans levain dans une corbeille, et le jus dans un pot, de l'apporter sous un chêne, et de verser ce jus sur la chair, qu'il mit sur une pierre. L'ange toucha la pierre avec une baguette, et il sortit aussitôt de cette pierre un feu qui consuma la chair et le pain. *Gédon* ayant ensuite étendu sur le soir la toison, il la trouva le lendemain toute mouillée de la rosée, sans en voir sur la terre des environs. Le surlendemain, le contraire arriva, la terre étant mouillée et la toison ne l'étant pas. *Gédon* commença sa mission par abattre de nuit l'autel de *Baal*. Les habitans de la ville, indignés, envoyèrent le demander à son père. Celui-ci répondit, « que si *Baal* étoit un Dieu, il se vengeroit bien lui-même, sans le secours des hommes. » *Gédon* fit sonner ensuite la trompette, et vit autour de lui, en peu de temps, une armée de trente-deux mille hommes qu'il réduisit à trois cents, ne les armant que d'un pot, d'une lampe cachée dans ce pot, et d'une corne de bélier, ou d'une trompette. *Gédon* alla secrètement dans le camp ennemi, et y entendit des soldats s'entretenant sur le songe d'un d'entre eux. Ce songe présageoit leur défaite. Assuré de la victoire, *Gédon* s'avança pendant la nuit, à la tête des trois cents hommes, avec ordre de casser tous ensemble leurs pots. L'ordre ayant été exécuté à propos, les ennemis crurent avoir une grande armée à combattre. Ils tournèrent leurs armes les uns contre les autres; et ceux qui échappèrent à cette boucherie, furent mis en pièces par les vainqueurs. *Gédon* les poursuivit, tua de sa propre main *Zéce* et *Saimana*, et délivra la terre de ces hommes féroces. Les Israélites voulurent lui donner la couronne, comme à leur libérateur; mais il la refusa. Il gouverna sagement Israël, sans vouloir accepter le titre de *Ioi*, et mourut dans un âge avancé, l'an 1259 avant J. C., laissant soixante-dix enfans de plusieurs femmes, entre *Abimelech* qu'il eut d'une concubine, et qui tua tous les autres.
GÉDICUS. (Simon) docteur en théologie, et ministre à Magdebourg, a répondu sérieusement au traité paradoxal, attribué à *Acidalius*, contre les femmes. Ce dernier prétendoit que les femmes n'appartiennent point à l'espèce humaine. La *Defense du sexe féminin* de *Gédicus*, a été imprimée pour la 378 G É D première fois en 1593; et se trouve avec l'ouvrage de son antagoniste, à la Haye, 1641, in-12.
GEDOYN, (Nicolas) né à Orléans d'une famille noble en 1661, fut Jésuite pendant dix ans. Rentré dans le monde, il y porta tous les agrémens de l'homme de société et de l'homme d'esprit, il y plut beaucoup. On a prétendu que la célèbre *Ninon de Lenclos* l'aima éperdument, et qu'à 80 ans elle en vint aux dernières foiblesses; mais c'est un conte ridicule. Les amis qu'il acquit dans la société de cette fille ingénieuse, s'intéressèrent à son sort, et le rendirent assez brillant pour un homme de lettres. Il obtint un canonicat de la Ste-Chapelle en 1701, fut reçu à l'académie des Belles-Lettres en 1711, à l'académie Françoise en 1719, et nommé à l'abbaye de Notre-Dame de Beaugency en 1732. Il mourut au château de Font-Pertuis, près de son abbaye, le 10 août 1744, à 77 ans. C'étoit un homme d'un vrai mérite, de l'humeur la plus complaisante et la plus douce, quoique vif dans la dispute, d'une probité très-exacte, et de la candeur la plus aimable. Il étoit si passionné pour les bons auteurs de l'antiquité, qu'il auroit voulu qu'on eût pardonné à leur religion, en faveur des beautés de leurs ouvrages et de leur mythologie, qu'il ne considéroit que par son beau côté. Il pensoit que l'esprit de toutes les nations s'étoit rétréci, et que la grande poésie et la grande éloquence avoient disparu du monde avec les fables des Grecs. Ces idées montrent que l'abbé *Gédoyn*, né avec plus de goût que de profondeur dans l'esprit, n'étoit point propre à tenir la balance entre les anciens et les modernes. Ses principaux ouvrages sont: I. Une *Traduction* de *Quintilien*, in-4° et en 4 vol. in-12. Ce n'est qu'une version; mais l'auteur en a fait un original, par l'excellente *Préface* dont il l'a ornée, et surtout par la netteté, la pureté et l'élégance du style. L'abbé *Gédoyn* a traduit *Quintilien*, non en affectant une exactitude scrupuleuse et littérale, à la manière d'un esclave; mais en possédant son sujet, et en le traitant avec l'assurance d'un maître, et d'un maître qui se donne peut-être quelquefois trop de liberté. II. Une *Traduction* de *Pausanias*, en 2 vol. in-4°; exacte, fidelle, élégante, et ornée de savantes notes. III. *Œuvres diverses*; Paris, 1745, in-12. C'est un recueil de petites dissertations sur des matières de morale et de littérature, en général très-utiles, écrites élégamment, mais sans finesse. IV. Plusieurs *Dissertations* curieuses, en manuscrit, et qui, dit-on, seront bientôt imprimées. C'est un examen du *Paradis perdu* de *Milton*. Cet ouvrage lui paroissoit ce qu'il a paru à certains littérateurs caustiques: un poème sombre, barbare et dégoûtant, dans lequel le Diable hurle sans cesse, en vers durs, contre le Messie.
GÉHAN-GUIR, roi des Indes, commença de régner en 1604, et mourut en 1628. Deux de ses fils, déjà avancés en âge, dont l'aimé se nommoit *Kosrou* et le cadet *Kourom*, ennuyés de la longueur du règne de leur père, firent tous leurs efforts pour monter sur le trône pendant sa vie. *Kosrou* leva une puissante armée; mais il fut vaincu et fait prisonnier, avec les seigneurs qui avoient suivi son parti. Son père ne voulant pas le faire mourir, se contenta de lui ôter la vue avec un fer chaud. Il le garda auprès de lui, dans le dessein de laisser le royaume à *Bolaki*, fils aîné de ce prince rebelle. Cependant *Kourom*, qui employoit tout son crédit pour se faire roi, attira dans son gouvernement de Décan, son frère aîné *Kosrou*, comme dans un lieu où il vivroit avec plus de douceur, et trouva le moyen de s'en défaire secrètement. Après sa mort, il forma le dessein de détrôner son père. *Gehan-Guir* marcha au-devant de ce fils rebelle, avec une armée fort nombreuse; mais il mourut en chemin, après avoir recommandé son petit-fils *Bolaki* à *Souf-Kan*, généralissime de ses armées, et son premier ministre d'état. *Souf-Kan* avoit donné sa fille à *Kourom*; il trahit les intérêts de *Bolaki*, légitime successeur de la couronne, et mit son gendre sur le trône.
GEIER, (Martin) théologien Luthérien, professeur en Hébreu, ministre de St-Thomas, prédicateur, confesseur, et membre des conseils ecclésiastiques de l'électeur de Saxe, étoit né à Leipzig en 1614, et mourut en 1681, à 67 ans. On a de lui : I. D'excellens *Commentaires*, en latin, sur l'*Ecclésiaste*, les *Proverbes*, *Daniel* et les *Pseumes*. II. Un *Traité* latin sur le deuil des Hébreux. III. Plusieurs autres ouvrages, pleins d'érudition. On les a recueillis à Amsterdam, 1695, en 3 vol. in-fol.
GEINOZ, (François) membre de l'académie des Belles-Lettres, et au pagnie générale des Suisses, étoit de Hull, petite ville dans le canton de Fribourg, et mourut le 23 mai 1752, à Paris, à 56 ans. C'étoit un homme très-estimable par ses vastes connoissances, et sur-tout par sa probité : il avoit la candeur de son pays. On a de lui des *Dissertations* dans les *Mémoires* de l'académie des Belles-Lettres. Elles roulent presque toutes sur *Hérodote*. Ce savant académicien préparoit une nouvelle édition de ce père de l'histoire. Grecque, corrigée sur les manuscrits de la bibliothèque du roi. On peut voir un éloge plus étendu de l'abbé *Geinoz* dans l'*Histoire Militaire des Suisses au service de France*, par M. le baron de *Zurlauben*.
GELAIS, (Saint-) *Voyez* SAINT-GELAIS (Octavien et Melin de). I. GELASE Ier, pape, Romain, successeur de *Felix II* le 1er mars 492, fut occupé, comme son prédécesseur, des troubles de l'Eglise d'Orient, et ne put les terminer. Il refusa sa communion à *Ephénaïus*, patriarche de Constantinople, qui ne vouloit point condamner publiquement la mémoire d'*Acace*. *Gelaise* convoqua à Rome, en 494, un concile de 70 évêques. On y fit un *Catalogue des Ecritures-Saintes*, conforme à celui que l'église Catholique reçoit aujourd'hui. On nomme, avec distinction dans les actes du concile, plusieurs Pères de l'Eglise, parmi lesquels on compte St. *Cyprien*, St. *Athanase*, St. *Grégoire de Nazianze*, St. *Cyrille d'Alexandrie*, St. *Jean Chrysostome*, St. *Ambrose*, St. *Augustin*, St. *Hilaire*, St. *Jerôme* et St. *Prosper*. Le pieux pontife mourut le 19 novembre 496, 380 GEL laissant entr'autres écrits, un *Traité contre Eutychès et Nestorius*, que nous avons. Il avoit aussi composé des *Hymnes*, des *Préfaces* et des *Oraisons* pour le saint Sacrifice et pour l'administration des Sacremens. On lui a attribué un ancien *Sacramentaire* de l'Eglise Romaine, qui contient toutes les Messes de l'année, et les formules des Sacremens. Il est le premier qui ait fixé les ordinations aux Quatre-temps.
II. GELASE II, (Jean de Gaëte) chancelier de l'Eglise Romaine et cardinal, fut élu pape le 25 janvier 1118. *Cencio*, consul de Rome, marquis de *Frangipani*, dévoué à l'empereur *Henri V*, entre dans le conclave l'épée à la main, saisit le nouveau pontife à la gorge, et l'accable de coups. Cette férocité brutale mit Rome en combustion : *Henri* s'y rend, dans le dessein de faire élire un autre pape, et fait donner la couronne pontificale à *Bourdin*, archevêque de Brague, qui prit le nom de *Grégoire VIII. Gelase II*, retiré à Capoue, excommunie dans un concile cet antipape et celui qui l'avoit fait élire. Il passa ensuite en France, assembla un concile à Vienne, et mourut, non pas dans cette ville, comme le dit l'auteur des *Annales de l'Empire* ; mais à l'abbaye de Cluny, qu'il édifia par des mœurs pures et une mort sainte. Il expira le 29 janvier 1119, après une année de pontificat.
III. GELASE DE CYZIQUE, auteur Grec du vs siècle, a écrit l'*Histoire du concile de Nicée*, tenu en 325. Cette Histoire n'est qu'un mauvais roman, imaginé par la passion et par l'impos- ture. On la trouve dans la *Collection des Conciles*. On l'a aussi imprimée séparément en grec et en latin ; Paris, 1599, in-4°
GELDENHAUR, (Gérard) historien et théologien de Nimègue, fut d'abord secrétaire et lecteur de l'évêque d'Utrecht. Il quitta l'église Catholique pour le Luthéranisme, et sur-tout pour une femme, qui avoit fait plus d'impression sur son cœur, que les opinions de *Luther* sur son esprit. Il professa à Worms, à Augsbourg, et mourut le 10 janvier 1542, à 50 ans. *Erasme*, son ami, outré de son changement, prit la plume contre lui. On doit à cet écrivain : I. Une *Histoire de Hollande*. II. Une des *Pays-Bas*. III. Une autre des *Evêques d'Utrecht*, réunies dans un seul vol. in-4° ; Leyde, 1611. Il y a beaucoup de recherches, mais peu d'agrément dans les unes et dans les autres. On ne parlera point de quelques *Ouvrages de Controverse* ; on sait ce que ces sortes d'écrits deviennent, lorsque le feu de la division est éteint, des Almanachs de l'autre année, pour nous servir de l'expression de la *Bouyère*.
GELDORP, peintre de Hollande, est placé ici pour faire connoître qu'il y a des plagiaires parmi les peintres, ainsi que parmi les écrivains. Comme il manioit passablement bien les couleurs, et qu'il dessinoit avec peine, il avoit fait faire, par d'autres peintres, plusieurs têtes, plusieurs pieds et plusieurs mains sur du papier, dont il faisoit des *Poncis*, pour lui servir dans ses tableaux. I. GELÉE, (Claude) dit le *Lorrain*, né en 1600, dans le diocèse de Toul, de parens fort G E L 381
GELIMER, *Voyez GILIMER.* pauvres, parut presque stupide dans son enfance. On l'envoya vainement à l'école; il n'y put rien apprendre. On le mit chez un pâtissier, et il ne profita pas davantage. Sa seule ressource fut de se mettre à la suite de quelques jeunes gens de sa profession qui alloient à Rome. *Augustin Tassi*, peintre célèbre, le trouva assez bon pour lui broyer ses couleurs, soigner son cheval et faire sa petite cuisine. Il le prit à son service, et lui donna quelques leçons de peinture. *Gelée* n'y put d'abord rien comprendre; mais les semences de l'art se développèrent peu à peu, et il devint le premier paysagiste de l'Europe. Il est une preuve de ce que peut la constance du travail contre la pesanteur de l'esprit. Aucun peintre n'a mis plus de fraîcheur dans ses teintes, n'a exprimé avec plus de vérité les différentes heures du jour, et n'a mieux entendu la perspective aérienne. Il n'avoit point de talent pour peindre les figures. Celles qu'on voit dans ses paysages sont de *Philippe Lauri* ou de *Courtois*. Ses Desseins sont admirables pour le clair-obscur; on y trouve la couleur et l'effet des tableaux. *Gelée* a gravé plusieurs morceaux à l'eau—forte avec beaucoup d'art. Ce peintre mourut à Rome (en 1678 suivant les uns, et en 1682 selon les autres.)
II. GELÉE, (Théophile) médecin de Dieppe, mort vers 1650, excella dans la théorie et dans la pratique de son art. Il est auteur d'un excellent *Abrégé d'Anatomie*, réimprimé avec des augmentations, 1656, in-8°, à Paris; et d'une *Traduction* des Œuvres d'*André du Laurens*, imprimée à Rouen en 1661, in-fol., avec fig.
GELIOT, (Louvan) auteur du xvii$^{e}$ siècle, connu par un ouvrage sur l'art héraldique, intitulé: *La vraie et parfaite Science des Armoiries*. Pierre *Palliot* l'augmenta, et le fit imprimer à Dijon, in-fol. 1660. On en trouve avec des frontispices de 1661 et 1664, quoiqu'il n'y ait eu qu'une impression en 1660. Les curieux le recherché encore.
GELLERT, (Christian Fürchtegott) professeur de philosophie à Leipzig, né à Haymelen, bourg entre Freyberg et Chemnitz, en 1715, mourut le 13 décembre 1769, à 54 ans. C'étoit un homme plein de douceur et de bonté, qui eut un grand nombre de disciples, et qui sut leur faire aimer la vertu. Il étoit respecté même du peuple. On vit arriver un jour à Leipzig, au commencement d'un hiver rude, un paysan Saxon, conduisant un chariot de bois de chauffage. Il s'arrêta devant la porte de *Gellert*, et parlant à lui-même, il lui demanda: *S'il n'étoit pas ce monsieur qui faisoit de si belles Fables*. Sur la réponse du fabuliste, le paysan plein de joie, et faisant beaucoup d'excuses de la liberté qu'il prenoit, le pria d'accepter sa voiture de bois comme une foible marque de sa reconnaissance pour le plaisir que lui avoient fait ses Fables. Le roi de Prusse l'a peint ainsi dans une lettre particulière: «Ce petit bourru de *Gellert* est réellement un homme aimable. C'est un hibou que l'on ne sauroit arracher de son réduit; mais le tenez-vous une fois? c'est le philosophe le plus doux et le plus gai; un esprit fin, toujours nouveau, 382 G E L toujours ne ressemblant qu'à lui-même. Pour le cœur, il est d'une bonté attendrissante. La candeur et la vérité s'échappent de ses lèvres, et son front peint la droiture et l'humanité. Avec tout cela, on est embarrassé de lui, du moment que l'on est quatre personnes ensemble. Ce babilé-tourdit; la timidité le saisit, la mélancolie le gagne; il s'ou lie, et l'on n'en tire pas un mot. *Gellert* est moins connu en France comme professeur de philosophie, que comme fabule et littérateur. Les Allemands le placent au rang de leurs meilleurs poètes. Nous avons de lui : I. Des *Fables* et des *Contes*, traduits en plusieurs langues. (*Voy*, III. BOULANGER.) On lui reproche d'être quelquefois monotone et diffus; mais la délicatesse de ses pensées, la pureté de son style, et les sentimens d'humanité qu'il respire, lui ont fait pardonner ces défauts. II. Un *Recueil de Cantiques*. III. La *Dévote*, comédie, qu'il fit jouer avec succès. Ses *Fables* et ses *Lettres*, traduites en françois, ont paru en 1775, 5 vol. in-8°, avec sa Vie. *Voyez* TOUSSAINT.
GELLI ou GALLO, (Jean-Baptiste) poète Florentin, avoit une condition inférieure à son esprit : il étoit tailleur. Il fut un des plus grands ornemens de l'académie de *gli Umidi* de Florence, et en fut regardé comme le restaurateur, par la réputation que ses ouvrages donnèrent à cette compagnie. Les principaux sont : I. Des *Dialogues*, faits sur le modèle de ceux de *Lucien*, mais moins piquans et moins agréables, quelques offrent, dans plusieurs endroits, de la philosophie, embellie par l'enjouement. Il auroit été à souhaiter que l'auteur eût fait paraître la volupté sous une gaze moins transparente. Leur titre est *Caprici del Bottaio Fiorenza*; 1549 ou 1551, in-8°. Ils ont été traduits en françois, sous le titre de *Discours fantastiques de Justin Tonnelier*, par *Claude de Kerquisian*; Paris 1575, in-16. II. La *Circé* : elle a aussi été traduite en françois assez mal, en 1680, in-12. III. Une bonne *Version Italienne du Traité latin des Couleurs*, de *Porzio*; Florence 1551, in-8°. IV. Deux *Comédies*; l'une intitulée *la Sporta*, qui mérita d'être attribuée à *Machiavel*; et l'autre, *l'Errore*. Il traduisit aussi quelques pièces du théâtre des Grecs. *Gelli* mourut le 24 juillet 1563, âgé de 64 ans. *Matthieu Toscan* fit ces quatre vers à la louange de cet auteur : Que calamo aternos conscripti deuteri libros, Sapè hoc cum gemina forfice rexiu acum. Induit hic hominum perliurâ corporâ veste; Sensa tamen libris non peritura dedit. Ces vers font allusion à la profession de *Gelli*. Occupé toute la semaine à sa boutique, il ne donnoit à son cabinet que le loisir des fêtes et dimanches. Il le dit lui-même dans une lettre à *Melchiori*, où il rejette modestement les titres qu'on accordoit à ses talens, comme peu convenables à la médiocrité de son état. I. GELLIUS, (Aulus) *Voyez* ALLUGELLE.
II. GELLIUS, ami de *Marc-Antoine* le Triumvir, étant allé en Judie pour quelques affaires, G E M 389 fut charmé de la beauté extraordinaire de *Mariamne*, femme d'*Hérode*, et d'*Aristobule*, son fils. *Gellius*, de retour auprès d'*Antoine*, lui exagéra leur beauté, et n'oublia rien pour tâcher de lui donner de l'amour pour *Mariamne*. Mais le Triumvir jugea qu'il ne se feroit pas honneur d'obliger un roi, son ami, de lui envoyer sa femme; et craignit, d'un autre côté, de donner de la jalousie à *Cléopâtre*. Il se contenta donc de demander *Aristobule*, qu'*Hérode* refusa sous un honnête prétexte.
GELMI, (Jean-Antoine) poète de Vérone, florissoit dans le 16$^{e}$ siècle. Il a publié des *Sonnets* italiens et d'autres *Poésies*, où l'on remarque un goût fin et délicat. On dit qu'il faisoit ses pièces sur-le-champ.
GELON, fils d'*Hipparque*, roi de Géla, voyant les Syracusains se livrer à des dissensions, tandis qu'ils auroient d'ir réunir leurs efforts contre les Carthaginois leurs ennemis, s'empara de l'autorité à Syracuse, après avoir abandonné à son frère *Hiéron*, Géla, ville de Sicile, sa patrie. Né avec les qualités d'un héros et les vertus d'un roi, il remporta une victoire considérable près d'Himère, sur les Carthaginois, commandés par *Amilcar*. La fortune, au lieu de l'enorgueillir, le rendit plus doux, plus affable, plus humain. Il alla sans armes dans l'assemblée des Syracusains, justifia sa conduite, se démit du pouvoir, et fut élu roi par la reconnaissance publique. Il mourut après sept ans de règne, l'an 478 avant J. C., pleuré comme un père. On lui éleva un superbe monument, environné de neuf tours d'une hau- hauteur prodigieuse, et on lui décerna les honneurs qu'on rendoit alors aux demi-dieux.
GEMINIANI, (François) né à Lucques en 1680, mort en 1762, fut un des premiers violons de son temps. On a de lui douze *Sonates*.
GEMISTE, (George) surnommé *Platon*, philosophe Platonicien, se retira à la cour de Florence, alors l'asile des lettres, après la prise de Constantinople, sa patrie, par les Turcs. Il s'étoit trouvé au concile de Florence en 1438, et y avoit brillé par l'étendue de ses lumières et la prudence de son caractère. Il mourut âgé de près de cent ans, laissant plusieurs ouvrages: I. *Commentaire sur les Oracles magiques de Zoroastre*; Paris, 1599, in-8$^{o}$, grec et latin: livre d'une érudition profonde, mais quelquefois frivole. II. Plusieurs *Traités historiques*, qui décèlent une vaste connoissance de l'Histoire Grecque: telle est une *Histoire de ce qui a suivi la bataille de Mantinée*, avec des éclaircissemens sur *Thucydide*; Venise, 1503, in-folio. III. Un *Traité de la différence de Platon et d'Aristote*; Paris, 1541, in-8$^{o}$: il penche beaucoup pour le premier.
GEMMA, (Reinier) dit le *Frison*, parce qu'il étoit de Dockum dans la Frise, professa la médecine avec succès à Louvain, et mourut dans cette ville en 1555, à 48 ans. Il passoit pour un des plus habiles astronomes de son temps; et il laissa un fils, *Corneille GEMMA*, qui hérita de ses talons. On a du père plusieurs ouvrages de mathématiques, entr'autres, I. *Une Mappemonde*, 384 GEN bonne pour son temps. Il la dédia à l'empereur Charles-Quint, qui y trouva une faute en la parcourant : l'auteur profita de cette correction. II. Methodus Arithmeticae, in-8.º III. De usu annuli Astronomici, etc. — Corneille, son fils, mort en 1579, à 75 ans, fut aussi célèbre astronome. Il composa divers Traités : un, entr'autres, De prodigiosa Cometae specie anni 1577 ; Anvers, 1578, in-8.º Les ouvrages de cet astronome sont écrits avec pureté et avec élégance ; et quelques-uns peuvent encore être lus avec fruit.
GENCA, Voy. GENCA. I. GENDRE, (Louis le) né en 1659 à Rouen, d'une famille obscure, s'attacha à François de Harlay, alors archevêque de cette ville, et qui dans la suite le fut de Paris. Ce prélat lui donna un canonicat de Notre-Dame en 1690. L'abbé le Gendre lui dut plusieurs autres bienfaits, et n'en perdit point le souvenir. Il mourut à Paris le 1er février 1733, à 74 ans. Il avoit, depuis 1724, l'abbaye de Claire-Fontaine, au diocèse de Chartres. Son testament étoit rempli de fondations singulières ; comme elles excitèrent quelques contestations, l'autorité civile les appliqua à l'université de Paris, pour une distribution solennelle de prix, auxquels peuvent concourir les écoliers de troisième, de seconde et rhétorique des collèges de l'université. La première distribution en a été faite en 1747. On est redevable à l'abbé le Gendre de plusieurs ouvrages, dont les principaux sont : I. Histoire de France jusqu'à la mort de Louis XIII, à Paris, 1718, en 3 vol. in-folio et en 8 vol. in-12. C'est un des abrégés les plus exacts de notre Histoire : il est écrit d'un style simple et un peu lâche. Les premiers volumes parurent en 1700, et ne furent pas beaucoup recherchés. Ce fut moins la faute de l'auteur que celle du sujet. Quand on aurait la plume et la liberté du président de Thou, il seroit difficile de rendre les premiers siècles de notre monarchie intéressans, ainsi que le remarque un écrivain célèbre. Les derniers volumes de celle de l'abbé le Gendre furent mieux accueillis. On y trouve des choses curieuses, des traités utiles pour la connoissance des droits de l'église et de l'état, et sur-tout des traits hardis et singuliers. Son abrégé, quoique moins élégant que celui de Daniel, attache davantage. II. Les Mœurs et les Coutumes des François dans les différens temps de la Monarchie : vol. in-12 qui peut servir d'introduction à l'Histoire de France. III. Vie de François de Harlay, in-8º : le style en fut plus goûté que le sujet. C'est la reconnoissance qui mit la plume à la main de l'auteur ; mais ce sentiment si juste et si digne des belles ames, n'empêche pas que l'historien, en louant son héros, n'avoue ses défauts ; et le Gendre l'a fait quelquefois. IV. Essai du règne de Louis le Grand, in-4º et in-12 : panégyrique en forme d'histoire, dont il se fit quatre éditions en dix-huit mois, mais dont il n'y en aura pas probablement de nouvelle, parce que le public n'aime pas les ouvrages où la flatterie se montre trop à découvert. V. Vie du cardinal d'Amboise, avec un Parallèle des Cardinaux qui ont gouverné les Etats, in-4º, Paris, 1724 ; et Rouen, 2 vol. in-12 : instructive, mais peu recherchée, recherchée, peut-être à cause du style un peu traînant et uniforme. VI. *Vie de Pierre du Bosc*, 1716, in-8.
II. GENDRE, (Gilbert-Charles le) marquis de *Saint-Aubin*, mort à Paris, sa patrie, le 8 mai 1746, à 59 ans, remplit avec honneur la charge de conseiller au parlement de Paris, et ensuite celle de maître des requêtes. Il est connu dans la république des lettres par deux ouvrages estimables : I. *Traité de l'Opinion*, en 8 vol. in-12. C'est un tissu d'exemples historiques sur l'empire de l'opinion dans les différentes sciences. L'auteur les accompagne de quelques réflexions pour éclaircir les faits, ou pour dissiper les erreurs; mais on sent qu'il avoit plus d'érudition que de génie : et pour un ouvrage tel que le sien, il faudroit autant de génie que d'érudition. Quoiqu'il ait fallu puiser dans bien des sources différentes, le style en est assez égal, et il ne manque ni de noblesse, ni d'élégance. II. *Antiquités de la Maison de France*, in-4°, Paris, 1739. M. de *Saint-Aubin* forme un nouveau système sur les commencements de la maison de France; mais, quelque sagacité et quelque savoir qu'il fasse paraître, son opinion n'est pas plus capable de fixer les esprits sur cette matière, que celles des écrivains qui l'ont précédé et qui le suivront. *Le Gendre* a, dit-on, laissé d'autres ouvrages en manuscrit.
III. GENDRE, (Nicolas le) sculpteur, natif d'Étampes, mort à Paris en 1670, à 52 ans, a laissé de beaux morceaux de sculpture. Il fut l'illustre disciple d'un maître très-médiocre : on remarque dans ses ouvrages une *Tome V.* sagesse et un repos admirables. On peut voir ceux qui embellissent l'Église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris.
IV. GENDRE, (Louis le) député à la Convention, fut d'abord matelot pendant dix ans, et ensuite boucher à Paris. Une imagination ardente, une inquiétude naturelle lui firent quitter son état pour adopter les nouvelles opinions de la révolution Française, et en suivre tous les mouvements. Le 11 juin 1789, il étoit déjà à la tête du rassemblement qui promena les bustes du duc d'Orléans et de M. Necker, dans toutes les rues de la capitale. On le vit à Versailles, le 5 octobre, et ensuite au Champ de Mars, lorsque *Marat* y conduisit le peuple pour signer la pétition réclamant l'abolition de la royauté. Lié intimement avec ce dernier, dont l'arrestation venoit d'être ordonnée, il le cacha long-temps dans sa cave. *Le Gendre* figura dans les scènes du 20 juin et du 10 août 1792; et la commune de Paris, pour récompenser son zèle, le nomma à la Convention. La veille de l'exécution de *Louis XVI*, on l'entendit proposer aux Jacobins de le couper en quatre-vingt-quatre morceaux, pour les envoyer aux quatre-vingt-quatre départemens. Dans ses diverses missions, il répandit par-tout la terreur et le désespoir. A Lyon, il rétablit le club, et protégea *Chalier*; à Rouen il imposa un emprunt forcé, menaçant de faire guillotiner tous les négocians, s'il n'étoit pas rempli en vingt-quatre heures; à Dieppe, il répondit à ceux qui se plaignaient de la rareté des subsistances, mangez les *Aristocrates*. Après B b 386 GEN avoir fait un éloge pompeux de *Robespierre* à la tribune, il fut l'un de ceux qui l'attaquèrent avec plus de rage lorsqu'il fut renversé. Lui-même se rendit, le pistolet au poing, au club des Jacobins, en chassa tous les membres, ferma la salle, et emporta les clefs à la Convention. Dès cet instant, sa métamorphose fut complète : il s'éleva sans cesse contre les terroristes, et leur déclara, suivant son expression, *une guerre à mort*. En effet, il montra contreux beaucoup de courage, et marcha plusieurs fois à la tête des troupes qui délivrerent le corps Législatif du joug que voulurent de nouveau lui imposer les factieux. Devenu membre du conseil des Anciens, il mourut à Paris, le 13 décembre 1797, à l'âge de 41 ans. Par son testament, il légua son corps à l'école de chirurgie, afin, dit-il, *d'être toujours utile aux hommes, même après ma mort*. Le *Gendre* avoit une sorte d'éloquence brute, mais expressive. Il concevoit avec promptitude, et développoit ses idées avec chaleur. Sa conduite ne manqua ni de finesse, ni de prudence, puisqu'il survécut à toutes les factions qu'il sut flatter et renverser tour-à-tour.
GENDRON, (Claude-Deshais) médecin ordinaire de *Monsieur*, frère de *Louis XIV*, et du duc d'*Orléans* son fils, étoit d'une bonne famille de Beauce. Il prit le bonnet de docteur en médecine à Montpellier : il excella sur-tout dans l'art de guérir les cancers et les maladies des yeux. Il ajoutoit à toutes les connaissances qui peuvent rendre un médecin utile à l'humanité, les agréments de l'esprit et les qua- lités du cœur qui le rendent cher à la société. Les premiers hommes dans les lettres l'aimèrent et l'estimèrent. Ils lui pardonnèrent son humeur quelquefois un peu brusque, parce qu'elle partoit d'un fond de franchise et de droiture. *Gendron*, parvenu à un âge assez avancé, se retira à Auteuil, près de Paris, dans la maison qui avoit appartenu à *Boileau*, son illustre ami. C'est dans cette retraite philosophique qu'il mourut le 3 septembre 1750, à 87 ans, pleuré des pauvres dont il étoit le père, des Chrétiens dont il étoit l'exemple, et même des médecins, quoiqu'ils enssent en lui un concurrent redoutable. L'abbé *Ladocent* dit que *Voltaire* étant allé un jour lui présenter un de ses ouvrages, se trouva tout-à-coup saisi de respect pour un endroit si cher aux Muses, et fit cet impromptu : C'est ici le vrai Parnasse Des vrais enfacs d'Apollon : Sous le nom de *Boileau*, ces lieux virent *Esculape* y parois sous celui de *Gendron*. (Mais *Voltaire* a désavoué ces vers.) On assure que *Gendron* laissa plusieurs manuscrits ; un, entr'autres, intitulé : *Recherches sur l'origine, le développement et la reproduction de tous les Etres vivans*.
GÉNÉBRARD, (Gilbert) né vers 1537, à Riom en Auvergne, prit l'habit de bénédictin de Cluni, et vint étudier à Paris, où il fit des progrès dans les sciences et dans les langues. Il fut reçu docteur de la maison de Navarre, et devint professeur en langue hébraïque au collège royal ; pendant treize ans, il étudia régulièrement quatorze heures par jour ; Il avoit, dit-on, un petit chien qu'il'éveillit lorsqu'il s'endormoit sur le travail. Il eut des disciples distingués, et St. François de Sales se faisoit honneur d'avoir été le sien. Pierre Danès, évêque de Lavaur, touché de son mé- rite, se démit en sa faveur de son évêché. Génébrard n'ayant pu obtenir l'expédition de ses bulles, parce que le frère du président Pibrac les demandoit en même temps, il fut si piqué contre la cour, qu'il embrassa le parti de la Ligue. Le duc de Mayenne, chef de cette confé- dération, le fit nommer à l'ar- chevêché d'Aix. Génébrard, ani- mé d'un faux zèle, y fut mal- heureusement la trompette de la révolte. La ville s'étant soumise à Henri IV, malgré ses sermons séditeurs, et les esprits cessant d'être favorables à son parti, il se retira à Avignon, d'où il dé- cocha des écrits pleins de har- diesse. Tel fut un Traité latin, pour soutenir les élections des Évêques par le Clergé et par le Peuple, contre la nomination du Roi, in-8.º Le parlement d'Aix le fit brûler par la main du bour- reau, bannit l'auteur du royaume, avec défense d'y revenir, sous peine de la vie. On lui permit pourtant d'aller finir ses jours à son prieuré de Sémur en Bour- gogne. Il y mourut le 16 février 1597, à 60 ans. On mit ce vers sur son tombeau : Urna capit cineres, nomen non orbe tenetur. Des cendres d'un savant cette urne est la prison, Et l'univers entier ne l'est pas de son nom. Génébrard étoit certainement un des hommes les plus savans de son siècle, mais non pas un des plus judicieux. Il passa pour un homme plus sage dans ses mœurs que dans ses écrits. Ceux qui ne sont point infectés des fureurs de la Ligue, sont : I. Une Chronologie sacrée, in-8°; ouvrage qui a été de quelque utilité autrefois. II. Un Commentaire sur les Pseaumes, in-8°, assez bon, mais écrit d'un style dur et chargé d'épi- tâtes. Il y défend la version des Septante, contre les partisans du texte hébreu. La meilleure édi- tion de cet ouvrage est celle de Paris, 1588, in-folio. III. Trois Livres de la Trinité, in-8.º IV. Une mauvaise Traduction de Josèphe, en françois, en 2 vol. in-8.º V. La Traduction de dif- férens Rabbius, in-fol. (Voyez ÉLIE, n.º II.) VI. Une Édition des Œuvres d'Origène, entière- ment effacée par celle des Béné- dictins. VII. Quelques Écrits po- lémiques. Les injures étoient ses raisons. Il peignoit avec des cou- leurs noires tous ceux qui ne pensoient pas comme lui. Si ses ouvrages lui acquifent quelque gloire, elle fut obscurcie par l'em- portement qu'il fit éclater contre les princes et les auteurs. Cet emportement est bien marqué dans son livre intitulé : Excom- munication des Ecclésiastiques qui ont assisté au Service divin avec Henri de Valois, après l'as- sassinat du cardinal de Guise, publié en 1589, in-8°, en latin.
GENÈS, (Saint) comédien de Rome sous Diocletien, jouoit souvent les mystères des Chré- tiens sur le théâtre, pour plaire à l'empereur et au peuple. Un jour qu'il représentoit les céré- monies du Baptême, il se sentit vivement touché, et déclara qu'il étoit Chrétien. Dès-lors, il quitta la scène, et fut vivement pour- B b 2 suivi par les ennemis du Christianisme. Le préfet *Plautien* lui fit donner la question la plus cruelle ; mais rien n'ayant pu vaincre sa constance, il fut condamné à avoir la tête tranchée le 25 août 303. Il y eut deux autres comédiens, l'un nommé *Ardaléon*, et l'autre *Porphyre*, qui se convertirent de la même manière, en voulant donner en spectacle les mystères du Christianisme. — Il ne faut pas confondre *St. GENES* de Rome, avec *St. GENES* d'Arles, autre martyr, décapité vers la fin du 3$^{e}$ siècle ; ni avec *St. GENES*, martyr et évêque de Clermont, dans le 7$^{e}$ siècle, dont l'histoire est si remplie de fables, qu'il est inutile d'en rien rapporter.
GENESIUS, (Jean) historien Grec, sous les règnes de *Léon* et de *Constantin Porphyrogenète*, son fils, a laissé une *Histoire de Constantinople*, depuis *Méon* l'Arménien, jusqu'à *Basile* le Macédonien : elle parut en grec et en latin à Venise, in-fol., 1733.
GENEST, (Charles-Claude) naquit à Paris en 1836 ; il eut ce trait de ressemblance avec *Socrate*, d'être né d'une sage-femme. Ayant perdu son père dès son enfance, il s'imagina d'aller aux Indes chercher fortune. A peine fut-il en haute mer, qu'un vaisseau Anglois l'enleva et le conduisit à Londres. Sa ressource en Angleterre fut d'enseigner le françois aux enfans d'un seigneur du pays ; mais cette vie ne l'accommodant point, il repassa en France. Il fut placé, par la protection du duc de *Nevers* et de *Petisson*, en qualité de précepteur auprès de *Mlle de Blois*, mariée depuis au duc d'Orléans. Il fut ensuite nommé à l'abbaye de Saint-Vilmer, devint au mémier de la duchesse d'Orléans son élève, secrétaire des commandemens du duc du *Maine*, membre de l'académie Françoise ; et il mourut à Paris le 19 novembre 1719, à 84 ans. L'abbé *Genest* avoit des mœurs aimables, et le cœur généreux. Homme de cour, simple et vrai, sans affectation, sans empressement, il sut plaire à ce qu'il y avoit alors de plus élevé et de plus délicat. Sa vertu se fait sentir dans tous ses ouvrages, et y plaît encore plus que son génie. Les principaux sont : I. *Principes de Philosophie*, ou *Preuves naturelles de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme*, in-8$^{o}$, à Paris, 1716 : ouvrage laborieux, dans lequel la philosophie de *Descartes* est mise en rimes plutôt qu'en vers, suivant l'expression de l'auteur du *Siècle de Louis XIV*. Le versificateur n'eut guère rien de commun avec *Lucrèce*, qu'il cherchait à imiter, que de versifier une philosophie erronée presque en tout ce qui ne regarde point l'immortalité de l'âme et l'existence d'un Être suprême. II. Une *Épître en vers à M. de la Bastide*, pour l'engager à rentrer dans le sein de l'église : morceau qui n'est dénué ni de chaleur ni d'éloquence, et qui cependant ne produisit aucun effet. III. Des *Pièces de Poésie*, la plupart froides et sans coloris, couronnées cependant à l'académie, avant qu'il fût honoré du fauteuil. IV. Une petite *Dissertation sur la Poésie Pastorale*, in-12. V. Plusieurs *Tragédies : Zélonide, Polymneste, Joseph, Pénélope*. Cette dernière est la seule qui se soit conservée au théâtre. Elle attache, autant par le caractère vertueux de ses principaux personnages, que par la gradation de l'intérêt, et par son dénouement pathétique. Elle respire le goût de la belle et simple antiquité. C'est dommage que les deux premiers actes soient si languissans. La versification est assez coulante, mais lâche, foible et prosaïque. Le grand Bossuet, ennemi du théâtre, fut si pénétré des sentimens de vertu dont la tragédie de Pénélope est semée, qu'il témoigna qu'il ne balanceroit pas à approuver les spectacles, si l'on y donnoit toujours des pièces aussi épurées. On trouve dans les Mémoires Historiques et Philologiques de M. Michaut, tome premier, pag. 1, une vie plus détaillée de l'abbé Genest, par l'abbé d'Olivet. I. GENET, (François) né à Avignon, en 1640, d'un avocat, fut employé par le Camus, évêque de Grenoble, et par le cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix. Il se fit aimer et estimer de ces deux prélats, par ses vertus et ses lumières. Il fut fait chanoire et théologal de la cathédrale d'Avignon, par Innocent XI; et peu de temps après, nommé à l'évêché de Vaison par le même pontife. Le nouvel évêque veilla avec un soin particulier sur son clergé et sur son peuple. Dans ses visites, il prêchoit, confessoit, et s'acquittait des autres devoirs sacerdotaux, comme un simple curé. Ses fonctions pastorales furent interrompues par les persécutions que lui suscitèrent les ennemis des Filles de l'Enfance de Toulouse, qu'il avoit reçues dans son diocèse. Il fut arrêté en 1688, conduit d'abord au Pont-Saint-Esprit, ensuite à Nîmes, et de là à l'isle de Ré, où il passa quinze mois. Rendu à son diocèse, à la prière du pape, il retournoit d'Avignon à Vaison, lorsqu'il se noya dans un petit torrent, le 17 octobre 1702, à 62 ans. On a de ce prélat, la Théologie connue sous le nom de Morale de Grenoble, que certains casuistes trouvèrent et trouvent encore trop sévère. La meilleure édition de cet ouvrage, bon, mais inférieur aux Conférences d'Angers, est de 1715, en 8 volumes in-12. Le huitième volume renferme une idée générale du droit civil et canonique, et un abrégé des Institutes de Justinien. Les deux volumes de Remarques, publiées sous le nom de Jacques de Rémonde, contre la Morale de Grenoble, furent censurés par le cardinal le Camus, et mis à l'Index à Rome. La Théologie de Grenoble a été traduite en latin, 1702, en 7 vol. in-12, par l'abbé GENET, son frère, prieur de Sainte-Gemme, mort en 1716, qui est auteur des Cas de Conscience sur les Sacremens, 1710, in-12.
II. GENET, (Edme-Jacques) passa sa vie à Paris, où il mourut en 1731. Ses écrits furent peu importants mais très-nombreux. La plupart sont des Traductions de l'anglois et du suédois. I. Histoire des différens sièges de Berg-op-zoom, 1747, II. Manuel de l'Arpenteur, 1770, in-8°. III. Essais historiques sur l'Angleterre, 2 volumes in-12. IV. Etat politique de l'Angleterre; ou Lettres sur les écrits publics de la nation Angloise; 2 vol. in-12. V. Abrégé de la gazette de France. Il a mis en 8 vol. in-4° les 135 de ce jour- 390 GEN nal. VI. Genet à traduit de l'anglois les Lettres choisies de Pope, 2 vol. in-12; La Vérité révélée, in-12; Le Peuple instruit, in-12; le Petit Catéchisme politique, in-12; Mémoire pour le ministre d'Angleterre contre l'amiral Byng, in-12; Lettres au comte de Bute sur la retraite de M. Pitt, in-8. VII. Le même a traduit du suédois : 1. Histoire d'Eric, roi de Suède, par Celsius, 1777, 2 volumes in-12; 2. Recherches sur l'ancien peuple Finnois, d'après le rapport de la langue finnoise avec la grecque, par Idman, 1778, in-8.
GENÈVE, (Robert de) évêque de Térouanne, puis de Cambrai, cardinal, fut élu pape sous le nom de Clément VII, à Forli, le 21 septembre 1378, par quinze des cardinaux qui avoient nommé Urbain VI, cinq mois auparavant. Il fut reconnu pour légitime pape en France, en Espagne, en Écosse, en Sicile, dans l'isle de Chypre, tandis que le reste de la Chrétienté reconnoissoit Urbain VI. Cette double élection causa un schisme, qui dura l'espace de quarante ans. Ce pontife mourut d'apoplexie, le 26 septembre 1394, à Avignon, où il avoit établi son siège. Voy. URBAIN VI, n° VII.
GENEVIÈVE, (Sainte) vierge célèbre, née à Nanterre près de Paris, vers 422, consacra à Dieu sa virginité par le conseil de St. Germain, évêque d'Auxerre, qui lui fit même la cérémonie de cette consécration. Elle reçut ensuite le voile sacré des mains de l'évêque de Paris. Après la mort de ses parens, elle se retira chez une dame, sa marraine, où elle se livra aux plus grandes mortifications; ne mangeant que deux fois la semaine, le dimanche et le jeudi, et ces jours-là même ne se nourrissant que de pain d'orge et de fèves cuites. Elle mena ce genre de vie depuis quinze ans jusqu'à cinquante; alors, par le conseil des évêques, elle commença d'user d'un peu de lait et de poisson. Cette sainte fille ayant été accusée d'hypocrisie et de superstition, l'illustre prélat confondit la calomnie, et fit connoître son innocence. Attila, roi des Huns, étant entré dans les Gaules avec une armée formidable, les Parisiens voulurent abandonner leur ville. Mais Geneviève les en empêcha, leur assurant que Paris seroit respecté par les barbares. L'événement justifia sa prédiction, et les Parisiens n'eurent plus pour elle que des sentimens de vénération et de confiance. Elle mourut le 3 janvier 512, âgée d'environ 90 ans. Ce fut par le conseil de cette sainte que Clovis commença l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, où elle fut enterrée, et qui depuis prit son nom, qu'elle porte encore aujourd'hui. La réputation de Ste. Geneviève étoit si grande, que St. Siméon Stylite avoit coutume d'en demander des nouvelles à ceux qui venoient des Gaules. Son tombeau devint célèbre par plusieurs miracles. Le P. Lambert, Génovéfain, a écrit une Vie de cette sainte, in-8°, où l'esprit de critique se fait un peu désirer. Elle est peinte par Doyen, dans un assez beau tableau qui se voit dans l'église Saint-Roch à Paris. On y a cependant critiqué avec raison la figure d'un homme couché, qui, s'il se levoit, auroit au moins dix pieds. I. GENGA, (Jérôme) et non GENGA, peintre et architecte, né à Urbin en 1476, se distingua sur-tout dans l'architecture. Parmi les ouvrages qui lui ont fait le plus d'honneur, on cite un palais qu'il bâtit pour le duc d'Urbin, sur le mont Imperiale près de Pesaro, et l'église de St. Jean-Baptiste de la même ville. Cet artiste mourut en 1551, à 75 ans. C'est de lui que l'illustre famille Genghi tire son origine.
II. GENGA, (Barthélemi) fils du précédent, se rendit digne de la réputation de son père, par son habileté dans le même art. Les princes s'enviolent l'avantage de le posséder. Le grand maître de Malte envoya deux chevaliers exprès à Urbin, pour le demander au duc, qui ne le céda qu'avec peine. Comme Genga étoit occupé aux fortifications du port et de la ville de cette isle, il fut attaqué d'une pleurésie, qui l'emporta en 1558, à l'âge de 40 ans, regretté de tous les chevaliers.
GENGIS-KAN, fils d'un Kan des Mogols, naquit à Diloun en 1193. Il n'avoit que 13 ans, lorsqu'il commença à régner. Une conjuration presque générale de ses sujets et de ses voisins, l'obligea de se retirer auprès d'Avenk-kan, souverain des Tartares. Il mérita l'asile que ce prince lui accorda, par des services signalés, non-seulement dans les guerres contre ses voisins, mais encore dans celles qu'il eut à soutenir contre son frère qui lui avoit enlevé sa couronne. Gengis-kan le rétablit sur le trône, et épousa sa fille. Le Kan, oubliant ce qu'il devoit à son gendre, résolut sa perte. Gengis-kan ayant pris la fuite, fut poursuivi par Avenk-kan et par Schokoun son fils. Il les défit l'un et l'autre. Cette victoire irrita son ambition. Il leva une grande armée, avec laquelle il conquit, dans moins de 22 ans, le Catai, la Chine, la Corée, et presque toute l'Asie. Jamais, ni avant, ni après lui, aucun conquérant n'avoit subjugué plus de peuples. Sa domination s'étendoit 1800 lieues de l'Orient à l'Occident, et plus de mille du Septentrion au Midi. Ses quatre fils, qu'il fit ses quatre lieutenans généraux, mirent presque toujours leur émulation à le bien servir, et furent les instrumens de ses victoires. Il se préparoit à achever la conquête du grand royaume de la Chine, lorsqu'une maladie l'enleva au milieu de ses triomphes, en 1227, à l'âge de 66 ans. Ce conquérant savoit régner et vaincre. Il donna des lois aux Tartares. L'adultère leur fut défendu d'autant plus sévèrement, que la polygamie leur étoit permise. La discipline militaire fut rigoureusement établie; des dixeniers, des centeniers, des millénaires, des chefs de dix mille hommes sous des généraux, furent tous astreints à des devoirs journaliers; et tous ceux qui n'alloient point à la guerre, furent obligés à travailler un jour la semaine pour le service du grand Kan. Malgré tous ces réglements, son empire ne fut presque qu'une suite de devastations. Il ne fit que détruire des villes, sans en fonder, si l'on en excepte Bocara, et quelques autres qu'il permit qu'on réparât. Gengis-kan partagea ses états à ses quatre fils. Il déclara grand Kan des Tartares, son troisième fils Otkai, dont la postérité régna dans le B b 4 392 GEN nord de la Chine, jusque vers le milieu du 14e siècle. — Un autre fils du célèbre conquérant, nommé Touschi, eut le Turquestan, la Bactriane, le royaume d'Astracan et le pays des Usbcks. Le fils de celui-ci alla jusqu'en Pologne, en Dalmatie, en Hongrie, et aux portes de Constantinople. Il s'appeut Botou-kan. Les princes de la Tartarie-Crimée et les Kans-Usbcks descendent de lui. Touli ou Tuli-kan, autre fils de Gengis, eut la Perse du vivant de son père, le Korasan et une partie des Indes. — Un quatrième fils, nommé Zagathai, régna dans la Transoxane, dans l'Inde septentrionale, et dans le Tibet. — Si l'on blâme Charlemagne d'avoir divisé ses états, on doit en louer Gengis-kan, dit un historien célèbre. Les états du conquérant François se touchoient, et pouvoient être gouvernés par un seul homme; ceux du Tartare, partagés en régions différentes, et beaucoup plus vastes, demandaient plusieurs monarques. On a une bonne Histoire de ce conquérant, par le P. Gaubil, 1739, in-4.
GÉNIE ou GENIUS, (Mythol.) dieu de la Nature, qu'on adoroit comme la divinité qui donnoit l'être et le mouvement à tout, étoit sur-tout regardé comme l'auteur des sensations agréables et voluptueuses : d'où est venue cette espèce de proverbe, si commun chez les anciens, Genio indulgere. On croyoit que chaque lieu avoit un Génie tutélaire, et que chaque homme avoit aussi le sien. Plusieurs même prétendoient que les hommes en avoient chacun deux, un bon qui guidait vers le bien, et un mauvais qui inspi- roit le mal, et qui avoit toujours un air terrible, au lieu que le génie bienfaisant avoit toujours un air riant et agréable : il portoit les hommes à la vertu et aux plaisirs honnêtes. Le Génie étoit en si grande vénération chez les anciens, que quand on demandoit une grace, on s'adressoit au génie de la personne de qui on l'attendoit ; on juroit par son Génie et par celui des autres pour affirmer quelque chose. On représentoit diversement les Génies, tantôt sous la figure d'un jeune homme nu, tenant une corne d'abondance, quelquefois avec une patère d'une main, et un fouet de l'autre. On honoroit aussi le Génie sous la figure d'un serpent. I. GENNADE, patriarche de Constantinople, succéda, l'an 458, à Anatole. Il gouverna son église avec zèle et avec sagesse, et mourut en 471. Il ne nous reste presque rien de ses écrits. Il avoit composé des Homélies, et un Commentaire sur Daniel.
II. GENNADE, Voyez SCHOLARIUS (George).
III. GENNADE, prêtre et non évêque de Marseille, mort vers 492 ou 493, a été accusé d'avoir adhéré quelque temps aux erreurs des Pélagiens, parce qu'il ne suivoit point les sentimens de St. Augustin sur la grace et sur le libre arbitre. On a de lui : I. Un livre des Hommes Illustres, altéré à ce qu'on croit, par une main étrangère. II. Un Traité des Dogmes Ecclésiastiques, qu'on trouve parmi les Œuvres de St. Augustin. III. Il avoit composé plusieurs autres ouvrages, qui ne sont pas venus jusqu'à nous. I. GENNES, (Julien-Réné-Benjamin de) de Vitré en Bretagne, naquit l'an 1687, entra dans la congrégation de l'Oratoire, et y fut ordonné prêtre en 1736. Il devint professeur de théologie à Saumur, à l'âge de trente ans. Une Thèse qu'il y fit soutenir sur la Grace, ayant été censurée par l'évêque et par la faculté d'Angers, le Père de Gennes publia trois Lettres contre ces censures. Il fut envoyé par ses supérieurs à Montmorency, puis à Troyes et ensuite à Nevers, avec défense de prêcher. Ayant protesté, en 1739, contre tout ce qui se feroit dans l'assemblée des Pères de l'Oratoire, il fut exclus de cette congrégation par plusieurs lettres de cachet. Après avoir donné de nouvelles scènes, il alla en habit de paysan se cacher dans le village de Milon, près de Port-Royal. Il se rendit ensuite à Paris, et fut renfermé à la Bastille, et envoyé quatre mois après en Hainaut, dans un couvent de Bénédictins. Sa liberté lui ayant été rendue onze mois après, à cause du dérangement de sa santé, il alla voir l'évêque de Senez à la Chaise-Dieu. Il mourut le 18 juin 1748, à 61 ans. « C'étoit, dit l'abbé Ladvocat, un homme vif, véhément, emporté par un zèle impétueux. » Son ardeur pour la vérité des prétendus miracles du diacre Paris, et pour les prodiges des convulsions, répandit l'amertume sur sa vie, d'ailleurs pure et austère. On a de lui: I. Quelques Ecrits en faveur des miracles des Convulsionnaires. II. Un Mémoire sur l'assemblée de la congrégation de l'Oratoire en 1733, que l'exagérateur Barral appelle un Chef-d'œuvre. III. Un autre Mémoire sur l'assemblée tenue en 1729.
II. GENNES, (Pierre de) célèbre avocat au parlement de Paris, mort en septembre 1759, étoit véritablement éloquent, puisqu'il réunissoit la chaleur du style à la force du raisonnement. Ses plaidoyers pour la Bourdonnaie, pour Dupleix, son mémoire pour Klinglin, prêteur de Strasbourg, sont recherchés par tous les jurisconsultes.
GÉNOVÉSI, (Antoine) naquit dans la province de Salerne au royaume de Naples, le premier novembre 1712, embrassa l'état ecclésiastique, et devint par ses écrits et ses leçons le père de l'économie politique en Italie. En 1741, il fut nommé professeur en l'université de Naples, et y jeta bientôt les fondemens d'une réputation qui s'augmenta jusqu'à la fin de sa vie, arrivée le 23 septembre 1769, à l'âge de 57 ans. Ce fut le premier qui remplit une chaire consacrée à développer les principes de l'agriculture, du commerce et de toutes les branches de l'économie des gouvernements. Sa probité fut parfaite, ses manières douces, ses discours agréables. Vrai, jovial, on le vit d'une humeur toujours égale. Il ne chercha point à accroître sa fortune par l'intrigue, ni sa considération personnelle en déprenant les lumières des autres. On lui doit: I. Des Elémens métaphysiques, imprimés en 1744. Ils écrièrent une sorte de rumeur à Naples. On l'accusa d'y solliciter avec trop d'enthousiasme, la liberté de penser et d'écrire, de présenter avec trop de force les arguments des sceptiques, et de ne les pas combattre avec la 394 GEN même énergie. Cet ouvrage auroit pu lui faire des ennemis à la cour de Rome ; mais l'auteur ayant eu l'adresse d'en dédier la seconde partie au pape Benoit XIV, fit cesser toutes les critiques. Cette seconde partie parut en 1747, et la troisième en 1751 ; le tout forme 4 vol. in-8.º II. Des Elémens de Théologie, imprimés à Venise, en 2 vol. in-4.º Ils furent aussi attaqués par le cardinal Spinelli, le marquis de Brancone et le chanoine Perelli. III. Divers Traités sur l'agriculture, dont les premiers furent publiés en 1753. IV. Une Traduction de l'Histoire du Commerce de la Grande-Bretagne, par Jean Cary. V. Une autre Traduction de l'ouvrage de Duhamel du Mousau, sur la police des grains. VI. Des Méditations philosophiques, sur la religion et la morale, 1758. VII. Lettres accadémiche, 1754. Elles ont pour objet la question traitée par Rousseau : si les lettres et les arts ont été avantageux ou nuisibles au genre humain ? VIII. Corso di scienze filosofiche, 1766. IX. Un traité della filosofia del giusto, e dell'onesto, 1767. On a publié en 1774, à Venise, un élege historique de Génovési et de ses ouvrages, à la suite duquel on trouve un plan de cet auteur pour l'amélioration des écoles publiques. I. GENOUILLAC, Voyez GALIOT.
II. GENOUILLAC, (Mad. de) Voyez GOURDON.
GENSERIC, roi des Vandales en Espagne, fils de Godégisile et d'une concubine, commença son règne en 428, par une victoire signalée sur Hermenric, roi des Suèves. Le comte Boniface, gouverneur d'Afrique, perdu à la cour par les intrigues d'Aèce, son rival, appela Genseric dans son gouvernement, pour s'y maintenir par son secours ; mais s'étant ensuite réconcilié avec l'empereur, il voulut inutilement l'engager à repasser en Espagne. Il tenta de le chasser les armes à la main, et fut battu. Aspar, envoyé à son secours avec toutes les forces de l'empire, fut vaincu dans une nouvelle bataille, plus funeste que la première. Genseric, resté maître de toute l'Afrique, y établit l'Arianisme par le fer et par le feu ; et, suivant la pensée de Paul Diacre, « il fit la guerre à Dieu, après l'avoir faite aux hommes. » Quelque temps après, Valentinien III ayant été tué par Maxime, Eudoxie, sa veuve, appela le héros Vandale pour venger ce meurtre. Genseric gagné par ses présens, et ne cherchant qu'à se signaler, fait voile vers l'Italie avec une puissante flotte. Entré dans Rome le 15 juin 455, il livra cette ville au pillage. Ses soldats la saccagèrent pendant quatorze jours avec une fureur inouïe. Les Romains virent renverser leurs maisons, piller et détruire leurs églises, enlever leurs femmes, massacrer leurs enfans. Eudoxie, victime de sa vengeance, fut menée en captivité avec ses deux filles Eudoxie et Placidie. Le vainqueur, affermi en Afrique, devint redoutable à toute l'Europe, dont il désoloit chaque année les côtes par ses flottes. Ce corsaire couronné ravagea tour-à-tour la Sicile, la Sardaigne, l'Espagne, la Dalmatie. Il n'étoit pas moins barbare chez lui que chez les autres. S'étant imaginé que sa bru cherchoit à l'emploi- sonnier pour se voir reine après sa mort, il lui fit couper le nez et les oreilles, et la renvoya dans cet état hideux au roi *Théodemer*, son père. Ce monstre étoit possédé de cette mélancolie sombre qui n'éclate jamais, dans les particuliers et dans les princes, que par des forfaits et des barbaries atroces. La terre en fut délivrée en 477. On ne peut nier que *Genseric*, malgré sa cruauté, n'ait été le plus habile politique de son siècle; capable de former les plus grands projets et de les exécuter; vigilant, actif, infatigable; parlant peu, mais à propos; habile à semer la division parmi ceux qu'il vouloit affoiblir; sachant en tirer avantage et saisir adroitement les occasions.
**GENSONNÉ**, (Armand) avocat de Bordeaux, né dans cette ville le 10 août 1758, y fut nommé député à la législature et ensuite à la convention. Dans la première, il se montra caustique, entêté, féroce; dans la seconde, il devint plus modéré. A la législature, *Gensonné* fut le premier qui osa avancer cette barbare maxime, que dans les temps de révolution, la suspicion seule est un titre suffisant de condamnation. Il y fit ordonner le séquestre des biens des émigrés; il provoqua la déclaration de guerre contre l'Autriche; et il fit accorder aux commissaires de l'assemblée, le droit de destituer et de traduire en jugement les généraux et tous les fonctionnaires publics. A la convention, il s'efforça de faire renvoyer le jugement de *Louis XVI* aux assemblées primaires; il fit défendre pour un temps les visites domiciliaires, et eut le courage de demander le châtiment des *Septembriseurs*. Cette nouvelle conduite ne pouvoit que déplaire aux tyrans qui gouvernoient; aussi *Gensonné* fut-il compris dans la chute des *Girondins*, et condamné à mort le 31 octobre 1793, à l'âge de 35 ans.
**GENTILESCHI**, (Horace) peintre, né à Pise en 1563, et mort en Angleterre, à 84 ans, avoit une fille, *Artémise*, qui réussissoit, comme son père, dans le portrait et dans les tableaux d'histoire. **I. GENTILIS** de *Foligno* ou *GENTILIS de Gentilibus*, médecin dont on a des *Commentaires* sur *Avicenne*, in-fol., mourut à Foligno, sa patrie, en 1348.
**II. GENTILIS**, (Albéric) né dans la marche d'Ancone vers 1550, abandonna la religion Catholique, et se retira dans la Carniolle. Il passa ensuite en Angleterre, et devint professeur en droit à Londres, où il mourut le 19 juin 1608, à 58 ans. Il est auteur de trois livres *De Jure belli*, Leyde, 1589, in-4°, qui n'ont pas été inutiles à *Grotius*, etc. Sa science étoit très-étendue, et il mettoit tout à profit pour l'augmenter. Les conversations avec les gens du peuple lui servoient quelquefois autant que les entretiens avec les savans.
**III. GENTILIS**, (Scipion) frère du précédent, homme d'une politesse aimable, naquit en 1565, et quitta l'Italie, avec son père. Il étudia à Tubinge, puis à Wittemberg, et enfin à Leyde, sous *Hugues Doneau* et sous *Juste-Lipse*. Il enseigna ensuite le droit, avec une réputation extraordi- 396 G E N naire, à Heidelberg et à Altorf, et fut conseiller de Nuremberg. Gentilis mourut en 1616, à 53 ans. Sa méthode d'enseigner avec clarté et avec précision, lui procura des disciples qui portèrent son nom en Italie. Le pape Clément VII voulut même, dit Niceron d'après Michel Picart, lui donner une chaire de professeur à Bologne, en lui promettant la liberté de conscience. Mais il préféra toujours sa chaire d'Altorf aux places les plus avantageuses. Il s'étoit marié, quatre ans avant sa mort, avec une demoiselle originaire de Lucques, d'une grande beauté, de laquelle il eut quatre enfans. Ses principaux ouvrages sont: I. De Jure publico Populi Romani, 1602, in-8.º II. De Conjurationibus, 1602, in-8.º III. De Donationibus inter virum et uxorem, 1604, in-4.º IV. De Bonis maternis et secundis Nuptiis, 1606, in-8.º V. De Legationibus. VI. De Juris interpretibus. On voit par le style de ses écrits, qu'il savoit mêler les fleurs de la littérature avec les épines de la jurisprudence.
IV. GENTILIS, (Jean-Valentin) parent des précédens, né à Cosenza dans le royaume de Naples, fut le plus célèbre de tous, quoique le moins savant. Obligé de quitter son pays pour éviter la peine du feu dont il étoit menacé à cause de la hardiesse de ses opinions, il se réfugia à Genève. Il trouva quelques Italiens que le même motif y avoit amenés, et forma avec eux un nouvel Arianisme trésraffiné, mais non moins dangereux. Leurs nouveautés donnèrent lieu au Formulaire de foi dans le consistoire Italien en 1558. Gentilis y souscrivit, et ne laissa pas de semer clandestinement ses erreurs. On les réduisoit à ces points principaux: « 1. Qu'il y a trois choses dans la Trinité; l'Essence, qui est proprement le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. 2. Que le Père étoit l'unique Dieu d'Israël, de la Loi, des Prophètes, le seul vrai Dieu et essentiel; que le Fils n'étoit qu'essentiel, et qu'il n'étoit Dieu que par emprunt. 3. Que c'est une invention sophistique, de dire que le Père est une personne distinguée dans l'Essence de la déité. 4. Que ceux qui disent que le Père est une personne, font une Quaternité, et non pas une Trinité; savoir, l'Essence divine, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; puisque cette seule Essence, avec abstraction des personnes, étant par soi-même le vrai et l'unique Dieu, si chaque personne étoit Dieu, il s'ensuivroit qu'il y avoit quatre Dieux ou une Quaternité, et non pas une Trinité. 5. Que le mystère de la Trinité étoit la nouvelle idole, la tour de Babel, le Dieu sophistique et les trois personnes fantastiques en un seul Dieu, qui est un quatrième Dieu inconnu jusqu'ici. 6. Qu'il y avoit trois Dieux, comme il y avoit trois Esprits. 7. Que le Fils et le Saint-Esprit étoient moindres que le Père, qui leur avoit donné à chacun une divinité différente de la sienne. 8. Que le Symbole attribué à St. Athanase étoit tout sophistique; parce qu'on y introduit un quatrième Dieu; et que ce Saint étoit un enchanteur et un sacrilège, déchirant J. C. 9. Que la substance du Père et du Fils étoient deux substances. 10. Enfin il avoit un si grand respect pour l'Alcoran de Mahomet, qu'il le comparoit et le confon-doit avec l'ancien et le nouveau Testament. (FABRE, *Hist. Ecclés. Lib.* 153, n.º LV.) » Les magistrats prirent connoissance de cette affaire, et le mirent en prison. Convaincu d'avoir violé sa signature, *Gentilis* présenta en vain divers écrits pour colorer ses opinions. On le condamna à faire amende honorable, et à jeter lui-même ses écrits au feu. Après avoir exécuté cette sentence, il vécut quelque temps tranquille. Mais se voyant à Genève avec désagrément, à cause de la haine que lui portoit l'implacable *Calvin*, il quitta cette ville, malgré le serment qu'il avoit fait aux magistrats de n'en point sortir sans leur permission. Il voyagea dans le Dauphiné, dans la Savoie, et retourna dans le canton de Berne. Il fut reconnu et mis en prison; mais il s'échappa et s'enfuit vers *George Blandrata*, médecin, et *Jean-Paul Alciat*, Milanois, ses associés, qui s'efforçoient alors de répandre l'Arianisme en Pologne. Le roi ayant publié, en 1556, un édit de bannissement contre ces novateurs étrangers, *Gentilis* passa en Moravie, puis à Vienne en Autriche. Ayant appris la mort de Calvin, il retourna dans le canton de Berne. Le bailli qui l'avoit autrefois emprisonné, se trouvant encore en charge, se saisit de lui le 11 juin 1566. La cause fut portée à Berne; et *Gentilis* ayant été convaincu d'avoir attaqué le mystère de la Trinité, fut condamné à perdre la tête. Il mourut avec impiété, se glorifiant d'être le premier *Martyr* qui perdoit la vie pour la gloire du Père; au lieu, disoit-il, que les *Apôtres* et les autres *Martyrs* tyrs n'étoient morts que pour la gloire du Fils. (Voy. l'Histoire de son supplice en latin, par Bèze; Genève, 1567, in-4.º) *Gentilis* étoit léger et inconstant dans ses opinions, et en changeoit selon les temps. Les termes de *Trinité*, d'*Essence*, d'*Hypos-tase*, étoient, selon lui, de l'invention des théologiens; mais qu'importe, pourvu que les idées que ces mots renferment n'en soient pas? Pour parler juste sur la divinité de Jésus-Christ, il vouloit qu'on dit, que le *Dieu d'Israël*, qui reste seul vrai *Dieu* et le *Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ*, avoit versé dans celui-ci sa *Divinité*. Il avançoit que *Calvin* faisoit une *Quaternité*, en admettant une *Essence Divine* et les trois *Personnes*. Le chef des Réformateurs écrivit contre lui: mais comme il savoit par lui-même que les écrits n'intimident guères un enthousiaste, il chercha à lui faire une réponse plus décisive; il travailla à le faire brûler, et, à son grand regret, il ne put y réussir.
GENTILLET, (Innocent) jurisconsulte Protestant, de Vienne en Dauphiné, fut d'abord président de la *Chambre de l'Édit de Grenoble*, établie en 1576, ensuite syndic de la république de Genève. On a de lui: I. Une *Apologie latine de la Religion Protestante*, 1587, à Genève, in-8.º II. Le *Bureau du Concile de Trente*; Genève, 1586, in-8°, dans lequel il prétend que ce concile est contraire aux anciens canons et à l'autorité du roi. III. L'*Anti-Machiavel*; Leyde, 1547, in-12. IV. L'*Anti-Socin*, 1612, in-4.º Ces ouvrages, savans, mais mal écrits, eurent 398 G E N beaucoup de cours dans son parti : mais qui auroit la patience aujourd'hui de les lire ?
GENTILS, (Philippe de) Voyez LANGALERIE. I. GEOFFRIN, ou JOFRAIN, (Claude) Parisien, d'abord Franciscain, ensuite Feuillant, prieur, visiteur et assistant général de son ordre, est plus connu sous le nom de Dom Jérôme. Il remplit, avec applaudissement, les chaires de la cour et de la capitale, et prêcha autant par ses exemples que par ses sermons. En 1717, il fut mêlé dans les disputes qui déchiroient l'Eglise, et exilé à Poitiers. Rappelé à Paris, il y mourut le 17 mars 1721, à 82 ans. Ses Sermons ont été publiés en 1737, en 5 vol. in-12, par l'abbé Joli de Fleuri, chanoine de Notre-Dame. L'éloquence de Dom Jérôme étoit celle d'un digne ministre de l'Évangile : plus solide que fleurie, et plus propre à toucher le cœur qu'à frapper l'imagination.
II. GEOFFRIN, (N... veuve de M.) née en 1699, fut orpheline dès le berceau. Son aïeule se chargea de son éducation, et sans avoir un esprit brillant, elle l'accoutuma de bonne heure à penser avec justesse et à juger avec justice. Mad. Geoffrin ayant perdu son époux, profita de la fortune considérable qu'il lui avoit laissée, pour rassembler chez elle les savans de la capitale et les étrangers que la curiosité y attiroit. Parmi ceux auxquels elle rendit des services importans, le comte de Poniatowski, depuis roi de Pologne, fut le plus distingué. Dès que ce prince fut sur le trône, il appela auprès de lui Mad. Geoffrin, qu'il nom- moit sa mère, et lui écrivit : Maman, votre fils est roi. En passant à Vienne en 1768, pour se rendre auprès du monarque Polonois, elle reçut de l'empereur et de l'impératrice l'accueil le plus flatteur. Celle-ci étant en carrosse avec ses enfans, rencontra Mad. Geoffrin. Elle fit arrêter sa voiture, et lui présenta ses filles. Arrivée à Varsovie, elle y trouva un appartement parfaitement semblable à celui qu'elle occupoit à Paris, et toute la cour de Pologne partagea, avec le roi Stanislas - Auguste, le plaisir de la posséder. Elle revint à Paris comblée d'honneurs, et y mourut en 1777, dans un âge avancé. Deux jours avant sa mort, souffrant excessivement, elle entendit une conversation qui se tenoit près de son lit, sur les moyens qu'avoit le gouvernement, de rendre les peuples heureux. Chacun en proposoit de différens ; elle sortit d'un long silence pour dire : vous oubliez tous que les gouvernements devroient s'occuper davantage du soin de procurer des plaisirs aux hommes. Elle n'oublia point l'amitié dans ses dernières dispositions, et elle fit des legs à Thomas et à d'Alembert. Celui-ci venoit de perdre Mlle de l'Espinasse chez laquelle il passoit toutes ses soirées ; il passoit ses matinées chez Mad. Geoffrin qui le consoloit : maintenant, dit-il, il n'y a plus pour moi ni soir, ni matin. Une des choses qui distinguoient le plus Mad. Geoffrin, fut le mérite d'avoir un caractère à elle, mérite si rare dans le monde. Elle eva être heureuse à sa manière. Par un contraste singulier, la sagesse de l'esprit se trouvoit unie en elle avec la vivacité du caractère et la sensibilité du cœur. Elle fut bienfaisante; quand elle avoit fait quelque bien, elle n'avoit plus de regret à la journée qui s'écou- loit : *En voilà encore une em- ployée*, disoit-elle. Tous ceux qui ont vécu avec Mad. *Geoffrin*, savent qu'elle ne craignoit rien tant que le bruit de la recon- noissance. On l'a entendue sou- vent faire une apologie plaisante, et presque un éloge des ingrats. *On ne leur rend pas assez de justice*, disoit-elle en riant, et ils ne sont point du tout estimés ce qu'ils valent. Peu de personnes ont possédé au même degré l'es- prit convenable à chaque situa- tion. Elle eut cependant le sort des femmes qui ont osé avoir de l'esprit et des connoissances. Les philosophes jugeoient sévèrement chez elle leurs ennemis, et ces ennemis ont porté à leur tour des jugemens rigoureux sur la protectrice des philosophes. *D'A- lembert* étoit à table chez elle, lorsqu'un des convives, connu pour menteur, se mit à raconter une chose extraordinaire; tout le monde se récria et soutint que le fait étoit faux et invraisem- blable : « cela est pourtant vrai, dit tout bas *d'Alembert* a Mad. *Geoffrin*. » *Si cela est vrai*, lui répondit elle, pourquoi le dit-il? *D'Alembert*, *Thomas* et *Mo- rellet* ont fait chacun en parti- culier l'Éloge de cette dame cé- lèbre, dans trois brochures pu- bliées en 1777. Voici quelques- unes de ses maximes, qui méri- tant d'être retenues : *Il ne faut pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié*. — *L'économie est la source de l'indépendance et de la libéralité*. — *Il y a trois choses que les femmes de Paris jettent par la fenêtre: leur temps, leur santé et leur argent*. — *Vous* *m'assurez*, disoit-elle un jour, que cet homme est simple; prenez garde; est-il simple avec simpli- cité? Elle appelait les beaux esprits factices, qui ne brillent que par des réminiscences, des *Bêtes frot- tées d'esprit*. Cette expression est un peu forcée; et il faut avouer que dans sa société on s'en permettoit quelquefois de pa- reilles, et que l'esprit n'y étoit pas toujours naturel. *La Harpe* qui l'a connue, en parle ainsi : « Mad. *Geoffrin* n'a ni naissance ni titre. Elle est veuve d'un entre- preneur de la manufacture des glaces; elle jouit d'environ 40 mille livres de rente, fortune médiocre à Paris; mais elle est remarquable par un esprit d'or- dre et d'économie qui double son revenu. Sa maison est devenue le rendez-vous du talent et du mé- rite en tout genre, et ce désir de vivre avec des hommes célè- bres a fait rechercher sa société où l'on étoit sûr de les trouver. On demande souvent si cette femme, qui a tant vécu avec les gens d'esprit, en a beaucoup elle-même : non; mais elle est née avec un sens droit, un carac- tère sage et modéré. Elle a cette politesse de bon goût que donne un grand usage du monde, et personne ne possède mieux le tact des convenances. Elle est bonne et bienfaisante; elle a rendu des services et aime à en rendre... elle est dans ses habil- lemens d'une extrême simplicité qui plaît beaucoup, parce qu'elle est relevée par une extrême pro- preté; et la propreté est la parure de la vieillesse. La vieillesse dans Mad. *Geoffrin* semble réconciliée avec les graces... »
GEOFFROI, (Etienne-Fran- gois) né à Paris en 1672, d'un 400 GEO apothicaire, ancien échevin, voyagea en France, en Angleterre, en Hollande et en Italie, pour se perfectionner dans la connoissance de la médecine, de la chimie et de la botanique. De retour dans sa patrie, il reçut le bonnet de docteur, obtint les places de professeur de chimie au Jardin du roi, de médecine au collège royal, et fut associé à l'académie des Sciences de Paris et à la société royale de Londres. Cet habile homme mourut à Paris le 5 janvier 1731, à 59 ans. Son caractère doux, circonspect, modéré, et peut-être un peu timide, le rendoit attentif à écouter la nature et à l'aider à propos. Il ne refusait son secours à personne. Une chose singulière, qui lui fit tort dans les commencements, c'est qu'il s'affectionnait trop pour ses malades; leur état lui donnait un air triste et alarmé, qui les alligeait. On a de ce savant médecin: *De materia Medica*, sive *De medicamentorum simplicium historia, virtute, delectu et usu*; in-8°, 3 vol. Cet ouvrage important, un des plus recherchés, des plus certains et des plus complets que l'on ait vus jusqu'à présent, a été traduit en françois en 7 vol. in-12, par *Bergier*, médecin de Paris, né à Myon près de Salins, mort en 1748, à 44 ans, regretté de ses confrères, et encore plus de ses malades. Il en a paru une continuation en 3 vol. par M. de *Nobleville*, qui y a joint aussi une *Histoire des Animaux*, 6 vol., et enfin une Table générale, ce qui fait en tout 17 vol. in-12. Les *Thèses de Geoffroi* étoient beaucoup plus recherchées des étrangers, qu'un grand nombre d'autres, dont l'élégance du style est le seul mérite. I. GEOFROI, abbé de Vendôme en 1093, et cardinal l'année suivante, étoit d'Angers, et mourut vers l'an 1130. *Louis le Gros*, roi de France, et les papes *Urbaïa II, Paschal II, Calixte II, Honorius II*, le chargèrent des affaires les plus importantes et les plus épineuses. Nous avons de lui cinq livres de *Lettres*, onze *Sermous*, et des *Opuscules*. Tous ces écrits ont été publiés en 1610, par le P. *Sirmond*. La *Lettre à Robert d'Arbrissel*, fondateur de Fontevrault, sur sa familiarité avec les femmes, est certainement de lui, quoiqu'on en ait contesté l'authenticité, entr'autres *Mainferme*. Elle se trouve dans les manuscrits de son temps.
II. GEOFROI DE ST-OMER, fut un des neuf gentilshommes qui formèrent l'ordre des Templiers, l'an 1118, et celui qui se distingua le plus dans cette institution. *Voyez HUGUE DES PAYENS*.
III. GEOFROI, *Voyez* JOUFROI, *GROSSETESTE et XIX. GUILLAUME*.
GEOFROY, (Jean-Baptiste) Jésuite, né à Charoles le 24 août 1706, mort en 1782, professa avec distinction, pendant plusieurs années, la Rhétorique au collège de Louis-le-Grand. Après la destruction de sa société, il fut estimé des ennemis même de cette Compagnie; et les meilleures maisons de la capitale lui furent ouvertes, comme à un homme d'un esprit orné, d'un caractère doux, d'un commerce sûr. Il eut autant d'amis que de disciples. *Le Becueil de plaidoyers et Hargues latines du Père Geofroy*, 1783, 2 vol. in-12, est estimable par le choix des sujets, le brillant des pensées, la vivacité de l'expression et les agrémens du style; mais l'auteur n'a pas toujours su éviter les jeux de mots, les antithèses recherchées, les tours forcés, et même les termes impropres. On a encore de lui, *Basilide* tragédie; le *Misantrope* comédie: pièces de collège. Il a traduit le *Songe* de *Scipion* et les *Paradoxes* de *Cicéron*, 1725, in-12. Ce fut son premier ouvrage. I. GEORGE, (St.) souffrit le martyre sous *Dioclétien*. On ne sait rien de certain sur lui. Son nom est cependant très-célèbre chez les Chrétiens et même chez les Mahométans: ceux-ci lui attribuent plusieurs miracles, entraînent celui d'avoir rendu à la vie le *Bœuf d'une pauvre Veuve*, qui l'avoit reçu dans sa maison. C'est le patron de l'Angleterre. *Catherine II*, impératrice de Russie, a institué un ordre de chevalerie sous le nom de ce Saint, en faveur des généraux commandant en chef, qui ont gagné une bataille. Le cordon en est orange et noir.
II. GEORGE, despote de Servie en 1440, suivoit la religion grecque, aussi bien que ses peuples; mais il étoit accusé d'y avoir mêlé quelques impiétés de l'Alcoran, par le grand commerce qu'il avoit avec les Turcs. La Servie étant alors la borne commune des Turcs et des Hongrois, il s'étoit vu réduit, dès sa jeunesse, à porter les armes, tantôt pour les Ottomans, tantôt pour les Chrétiens. Enfin *Mahomet II* rechercha son alliance, et épousa la despoine *Marie*, sa fille. Ce sultan s'étoit proposé d'usurper un jour la Servie pour *Tome V.* la dot de son épouse; il fit aveugler avec un fer ardent *Etienne* et *George*, fils du despote. Il préparoit le même traitement à *Lazare*, son troisième fils, mais ce père infortuné tromate moyen de le sauver des mains de ce barbare. En 1445, *Mahomet II* vint en personne assisier la ville de Novgrade en Servie; place d'autant plus considérable, qu'il y a dans son territoire des mines d'or et d'argent. S'en étant rendu maître, il se borna à cette conquête, parce que la despoine *Marie* négocie l'accommodement de son père, et le détacha des intérêts d'*Huninde*. George mourut en 1457, d'une blessure qu'il reçut à la main, en faisant combattre un petit corps d'armée contre les Hongrois. Il laissa la conduite de ses états à *Irène Cantacuzène*, son épouse, et à *Lazare*, le plus jeune de ses fils. Ceux que *Mahomet* avoit fait aveugler, furent privés de la succession, et sortirent en même temps de Servie, sur le bruit que le sultan venoit pour s'en emparer. *George*, qui étoit le cadet, se retira en Hongrie, et *Etienne* en Albanie. Leur frère *Lazare* succéda à la couronne, et mourut la même année, après avoir fait périr, par le poison, la despoine, sa mère, pour régner seul.
III. GEORGE de *Trébisonde*, ainsi appelé parce qu'il étoit originaire de cette ville, naquit à Candie, et vint à Rome sous la pape *Eugène IV*. Après avoir professé la rhétorique et la philosophie pendant plusieurs années avec succès, il fut secrétaire de *Nicolas V*. On lui doit: I. Une *Rhétorique*, dont la première édition, sans date, est de *Wen* delia de Spire, vers 1470, in-folio: réimprimée avec d'autres Rhêteurs modernes, Venise, 1523, in-folio. II. Plusieurs *Traductions* de livres Grecs et latins, entr'autres de la *Préparation évangélique d'Eusèbe*, version que le savant *Petua* méprisoit avec juste raison. III. Des *Écrits de controverse* en faveur de l'Église Latine contre la Grecque, dans la *Græcia Orthodoxa d'Allatius*, grec-latin: Rome, 1652 et 1659, en 2 vol. in-4. IV. Quelques *Ouvrages*, dans lesquels il fait paroître un mépris extrême pour *Platon*, et un enthousiasme inconsideré pour *Aristote... George de Trebisonde* étoit un homme ardent, colère, querelleur, bizarre. Il quitta la cour de Rome, pour briller dans celle d'*Alphonse*, roi de Naples; mais il fut bientôt las de celle-ci. Il retourna à Rome, où il mourut vers l'an 1484 dans une extrême vieillesse, après avoir oublié tout ce qu'il avoit appris. *Voyez*. I. MILLER.
IV. GEORGE de *Cappadoce*, ainsi nommé, parce qu'il étoit né dans cette province, fut élu évêque d'Alexandrie, en 354, par les Ariens, qui avoient forcé *St. Athanase* à s'exiler. C'étoit un homme d'une basse naissance, fils d'un foulon, d'abord parasite et le servile adulateur de quiconque lui faisoit bonne chère. Il se mit ensuite dans les vivres, et se chargea de fournir la chair de porc qu'on donnoit aux soldats. N'ayant pas fait fortune dans cet emploi, qu'il exerçoit à Constantinople, il quitta cette ville, et se retira en Égypte. Quoiqu'il fût sans honnêteté dans le caractère, sans agrément dans l'esprit et sans teinture des lettres, païen dans le fond du cœur et chrétien seulement de nom, la secte Arienne ne craignit point de l'opposer à *Saint Athanase*. Dès qu'il fut sur le siège épiscopal, il persécuta violemment les catholiques, et plusieurs moururent des mauvais traitemens qu'il exerça contre eux. Mais la cupidité étoit encore plus forte en lui que la passion de se venger. Il prenoit de toutes mains; il enlevoit aux fils les héritages de leurs pères; il se fit à juger la ferme du salpêtre, et se rendit maître de tous les marais salans et des étangs où croisoit le *Papyrus*. Il mit un droit sur les cercueils, et en les vendant même aux étrangers, il leva ainsi un impôt sur chaque mort. Bassement flatteur des eunuques du palais, et favorisant les exactions de la cour imperiale, il se rendit odieux aux païens mêmes, dont il pilloit les temples. Tant d'attentats excitèrent une émeute; et, après avoir été accablé d'outrages, il fut massacré le 24 décembre 361. *Julien* régnoit alors. Il écrivit fortement aux Alexandrins, pour leur reprocher cet assassinat. « Quoi! leur dit-il, au lieu de me réserver la connoissance des injures que vous avez souffertes, vous vous êtes laissés emporter à la colère; vous vous êtes livrés aux mêmes excès que vous reprochez à vos ennemis. *George* méritoit d'être traité comme il a été traité; mais ce n'étoit pas à vous d'être ses exécuteurs. Vous avez des lois; il falloit demander justice. » *Voltaire* qui vouloit peindre *Bord*, évêque d'Anneci, sous le nom de *George*, appelle celui-ci *Bordos*, (*Liet. Philosoph. art. Apostat.*) et le fait fils d'un maçon. *George* ne porta jamais ce nom, et son père étoit Coulon, suivant Fleuri. Voltaire le peint aussi comme superstitieux, tandis que sa seule religion étoit l'intérêt, et que loin d'avoir des mœurs austères, comme l'ancien évêque d'Annect, il se livroit à une vie voluptueuse. C'est bien ici que nous pourrions appliquer ce que Voltaire lui-même disoit avec moins de justice de le Beau : Ce n'est pas écrire l'histoire ; c'est la défigurer.
GEORGE SYNCELLE, Voy. SYNCELLE.
GEORGE ACROPOLITE, Voyez LOGOTHÈTE.
GEORGE DOSA, Voyez DOSA. V. GEORGE, dit AMIRA, savant Maronite, vint à Rome, sous le pontificat de Clément VIII, et ; mit au jour une Grammaire Syriaque et Chaldaïque, 1596, in-4°, estimée des savans. De retour en Orient, il fut fait patriarche des Maronites ; fit recevoir la réformation du Calendrier, et mourut vers 1641. George Amira souffrit beaucoup avec son troupeau, durant la guerre des Turcs contre les Emirs. Ce fut lui qui reçut au mont Liban Galaup de Chasteuil.
VI. GEORGE, duc DE CLARENCE, frère d'Edouard IV, roi d'Angleterre, fut convaincu, à ce qu'on croit communément, d'avoir eu dessein de secourir la duchesse de Bourgogne contre le roi son frère. Son procès lui fut fait ; on le condamna à être ouvert tout vif, pour lui arracher les entrailles, et les jeter au feu, puis à avoir la tête tranchée ; après quoi, son corps devoit être mis en quatre quartiers : mais sa mère ayant fait modérer cette sentence, on le jeta dans un tonneau de bière, et on l'y laissa jusqu'à ce qu'il fût étouffé. C'est ainsi que fait ce prince infortune, l'an 1475. Edouard IV ayant demandé à Louis XI, comment il devoit traiter son frère ; le monarque François, aussi cruel que politique, lui répondit par ce vers de Lucain : Tolle moras, semper nocuit differre paratis. « On n'a jamais su, dit M. du Radier, ce qui avoit occasionné la mort du duc de Clarence. Les uns prétendent que ce fut la jalousie d'Edouard, son frère, qui craignoit que le duc n'acquit un trop grand crédit. D'autres pensent que ce fut, en effet, le secours qu'il donna à la douairière de Bourgogne : et il y a beaucoup d'apparence que ce motif fut le véritable. Enfin, il y a des historiens qui attribuent sa mort à la réponse d'un devin, qui avoit prédit que, quoique Edouard eût des enfans, il auroit pour successeur un prince dont le nom commenceroit par la lettre G, et que le duc de Clarence s'appelant George, fut celui sur lequel Edouard jeta ses soupçons ; mais qu'il se trompa, et que la prophétie ne laissa pas que d'être vraie, parce que ce fut le duc de Glocester qui succéda à Edouard... » (Voyez l'Histoire d'Angleterre, de Polydore-Virgile, sous le règne d'Edouard IV, page 651.) Le fils de George EDOUARD Plantagenet, [Voy. ce mot n° XI.] eut une fin digne de son père.
VII. GEORGE-LOUIS DE BRUNSWICK, premier du nom, C C 2 404 G E O dac et électeur d'Hanovre, étoit fils d'Ernest-Auguste de Brunswick, et de la princesse Sophie, petite-fille de Jacques I, et naquit le 8 mai 1660. Il commanda avec succès l'armée Impériale en 1708 et 1709. La reine Anne étant morte le 11 août 1714, George fut proclamé roi d'Angleterre, le même jour, par les intrigues des Whigs. Quelques jours après son couronnement, le roi dit que la foule immense qu'il avoit vue à cette cérémonie, l'avoit fait penser au jour de la résurrection des morts. Miladi Copwer répondit : SIRE, aussi ce jour-là fut-il celui de la résurrection de l'Angleterre et de tous les bons Anglois... George étoit persuadé que les principaux ministres du dernier règne avoient eu des vues contraires à ses intérêts. Il croyoit que, sous le prétexte de la paix, ils ne sétoient unis à la France que pour préparer le rétablissement du fils de Jacques II. Son premier soin fut donc d'établir une commission pour examiner, avec la dernière rigueur, l'administration du comte d'Oxford et du vicomte de Bolyagbrocke. Robert V alpole, nommé pour faire l'examen le plus sévère des papiers de ces deux ministres, les lut avec la passion d'un Whig qui sétoit toujours opposé à la paix, et avec les dispositions d'un homme qui espère de remplacer un jour ceux qu'il doit juger. D'ailleurs, ses intrigues dans les communes pour traverser la paix, l'avoient fait renfermer, sous le précédent ministère, dans la tour de Londres; et cette raison ne servoit pas peu à l'aigrir. Bolyagbrocke prévint ce qu'on lui préparoit, et prévint l'orage en quittant l'Angleterre. Oxford fut arrêté; mais sa conduite paroissant irréprochable, le roi lui rendit enfin la liberté, après lui avoir fait essorer le supplice d'un long procès et d'une longue prison... La naissance avoit mis un trop grand intervalle entre George et le trône; on disoit qu'il y avoit quarante-cinq personnes qui en étoient plus près que lui. Tous les Anglois ne croyoient pas avoir en lui un souverain légitime. Agréable aux Whigs, il devint odieux aux Torys, qui par les changemens faits dans l'administration, se voyoient privés de toute faveur. Les esprits sans passion et sans préjugé ne pouvoient, d'un autre côté, se dissimuler l'injustice faite à la maison de Stuart. Ces dispositions furent cause d'une guerre civile, qui ne fut assoupie que vers 1717, après qu'on eut fait verser sur les échafauds le sang de quelques rebelles illustres. Cependant la nation Angloise prospéra sous le règne de George I. En 1726, elle mit trois flottes en mer: la première alla en Amérique, et empêcha l'arrivée des gallions en Espagne; la seconde croisoit sur les côtes d'Espagne, et observoit de près les mouvemens des Espagnols; la troisième fit voile pour la mer Baltique, où elle empêcha les Moscovites d'exécuter les projets qu'ils avoient formés. George I mourut l'année suivante, le 22 juillet 1727, à 67 ans, à Osnabruck, d'une apoplexie, en allant d'Angleterre à Hanovre... « Ce prince avoit de grandes qualités, dit M. l'abbé Millot, beaucoup de génie, de discernement, de politique, de talens pour les négociations. Il étoit ennemi du faste et grave dans sa conduite, quoiqu'on lui ait reproché d'avoir donné à sa maîtresse la charge de grand écuyer. La réputation de sagesse dont il jouissoit avant que de parvenir à la couronne, fut ternie aux yeux des Anglois par un gouvernement peu conforme à leurs principes et à l'intérêt de la nation. Les conseils de ses ministres l'entraînèrent peut-être au-delà de ses propres mesures. En devenant maître du parlement, dont les principaux membres lui avoient vendu leurs suffrages, il perdit l'affection de son peuple, le premier trésor d'un souverain. Comme particulier, il étoit bon et affable. « L'abbé Prévôt rapporte sur ce prince une anecdote qui lui fait honneur. Il se trouva masqué à un bal, et causoit avec une dame masquée aussi, et qu'il ne connoissoit pas. Cette dame lui proposa d'aller avec elle se rafraîchir au buffet; le roi y consentit. On lui versa à boire : A la santé du Prétendant, dit la dame. — De tout mon cœur, répondit ce monarque ! Je bois volontiers à la santé des Princes malheureux.
VIII. GEORGE-AUGUSTE, second du nom, duc de Brunswick, fils du précédent, naquit en 1683, et succéda à son père en 1727, dans ses états d'Angleterre et d'Allemagne. La même maladie l'emporta. Il fut frappé, le 25 octobre 1760, à 77 ans, d'une apoplexie foudroyante, qui termina dans un moment sa longue vie et son heureux règne. George son père, avec lequel il fut long-temps brouillé, ne lui donna jamais de part au gouvernement. « Cependant le fils, dit l'abbé Millot, a paru plus digne de la couronne que le père. Politique habile, il sut gouverner un peuple qui ne sait guères obéir, et en obtint tout ce qu'il voulut. Les armes des Anglois prospérèrent dans la guerre de 1741, que George II soutint avec gloire; et leur puissance s'accrut dans celle de 1756, qu'il ne vit pas terminer. Dans la première, il maintint la reine d'Hongrie dans ses possessions, après la mort de Charles VI; et dans la seconde, il fit des conquêtes dans le Nouveau-Monde, et ses vaisseaux firent des prises immenses.
GERAN, (Saint-) Voyez GUICHE. I. GERARD, est le nom de quatre saints personnages. Le premier fut tiré du séminaire des clercs de Cologne pour gouverner l'église de Toul en 963 : il occupa ce siège, avec édification, l'espace de trente-un ans, et mourut le 29 avril 994. — Le second, d'abord moine de Saint-Denys, puis premier abbé de Brogne au diocèse de Namur, étoit né de parens distingués, qui lui firent prendre de bonne heure le parti des armes. On l'envoya à la cour de Berenger, comte de Flandres : il gagna, par son heureux caractère, l'amitié et la confiance de ce prince; et il pouvoit aspirer à toutes les faveurs de la fortune, lorsqu'il quitta le monde. Il mourut le 3 octobre 959. — Le troisième, évêque et martyr, étoit fils d'un noble Vénitien. Après avoir passé quelque temps dans un monastère, il voulut faire le voyage de la Terre sainte. En passant par la Hongrie, le saint roi Etienne, l'arrêta pour travailler à la conversion de ses sujets infidèles. Il fut ordonné évêque, et il travailla avec tant de zèle qu'il fit bâtir un grand nombre d'églises. Après la mort de St. Etienne, C c 3 406 G E R il refusa généreusement de couronner l'usurpateur de son trône. Le saint évêque continuait ses missions, lorsqu'une troupe de paysans des bords du Danube, le rencontrèrent et le percèrent d'une lance en 1047. — Le quatrième, mort le 13 juin 1138, étoit frère de St. Bernard et religieux de Corbie.
GERARD, Voy. GERHARD.
II. GERARD, (Tom ou TUNG) natif de l'isle de Martigues en Provence, suivant quelques écrivains, étoit plus vraisemblablement d'Amalsi. Il fut l'instituteur et le premier grand maître des Frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus aujourd'hui sous le nom de Chevaliers de Malte. Cet ordre commença dès le temps où la ville de Jérusalem étoit encore en la puissance des infidelles. Des marchands d'Amalsi en Italie, obtinrent la permission de bâtir, vis-à-vis l'église du saint Sépulcre, un monastère de bénédictins, où les pèlerins Latins pussent trouver l'hospitalité. L'abbé de ce monastère fonda, en 1080, un hôpital, dont il donna la direction à Gérard, homme recommandable par sa piété. Ce saint homme prit un habit religieux l'an 1100, avec une croix de toile blanche à huit pointes sur l'estomac. Il donna cet habit à plusieurs personnes qui s'engagèrent dans cette société, et firent les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, avec un vœu particulier de soulager les Chrétiens. Ces religieux obtinrent de grands privilèges dès leur naissance. Anastose IV les confirma en 1154, par une bulle, dans laquelle il leur permit de recevoir des élèves pour faire l'office divin, et administrer les sacremens, et des laïques de condition libre pour le service des pauvres : telles sont les trois sortes de personnes qui composent l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem : les Frères Chevaliers, les Clercs, et les Frères Servans. Le saint fondateur mourut en 1120, et eut pour successeur Raymond du Pay.
III. GERARD LE GRAND ou GROOT, instituteur des Clercs-Réguliers, appelés d'abord les Frères de la Vie commune, et ensuite les Chanoines de Windesheim, naquit à Deventer en 1340, et mourut le 20 août 1384, à 44 ans, célèbre par ses vertus, ses écrits et ses sermons. Sa congrégation, approuvée en 1376 par Grégoire XI, subsiste encore, avec honneur, à Cologne, à Wesel et ailleurs. Il avoit été chanoine d'Aix-la-Chapelle ; mais le désir de la solitude lui fit quitter ce bénéfice. Nous avons de lui quelques Livres de piété.
IV. GERARD, (Balthasar) assassin de Guillaume, prince d'Orange, naquit à Villefans en Franche-Comté. Ce scélérat trouva le moyen de s'insinuer dans les bonnes graces de ce prince, en affectant un zèle outré pour la religion Protestante, et une haine furieuse contre les Catholiques. Il assistoit régulièrement aux prières et aux instructions. On ne le trouvoit jamais sans un Pseautier ou un nouveau Testament à la main. Qui auroit pu imaginer qu'un extérieur si pieux cachât le cœur d'un monstre ? Tout le monde fut la dupe de son hypocrisie. Un jour que le prince d'Orange sortoit de son palais à Delft, Gérard le tua d'un coup de pisto- let, chargé de trois balles. Dès que le meurtrier eût été arrêté, il demanda du papier et une plume pour écrire tout ce qu'on vouloit apprendre de lui. Il déclara que, depuis six ans, il avoit résolu de donner la mort au prince d'Orange, chef des hérétiques rebelles. Et pourquoi ? Pour expier ses péchés, et pour mériter la gloire éternelle. Il accusa quelques religieux d'avoir applaudi à son projet, et osa se donner pour un généreux athlète de l'Église Romaine, qui ne peut qu'abhorrer de tels forfaits. Il avoua que si le prince vivoit, il le tueroit encore, dût-on lui faire souffrir mille tortures. Après avoir été appliqué à la question, on prononça la sentence de mort : elle portoit qu'on lui brûleroit la main droite avec un fer rouge, et les parties charnues avec des tenailles ; qu'on couperoit ensuite son corps vivant en quatre quartiers ; qu'on lui ouvriroit le ventre ; qu'après lui avoir arraché le cœur, on lui en battroit le visage ; enfin, qu'on lui couperoit la tête. Cet arrêt fut exécuté le 14 juillet 1584, et ce fanatique mourut comme un martyr. Philippe II ennoblit tous les descendants de la famille de l'assassin. Quelle étrange manière d'acquérir la noblesse ! L'intendant de la Franche-Comté, Paroles, les remit à la taille. V. GERARD, (Jean) théologien Luthérien, né à Quedlimbourg en 1582, enseigna la théologie à l'ère avec un succès distingué. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. Des Lieux communs de Théologie. II. La Confession Catholique. III. L'Harmonie des quatre Evangelistes, Genève, 1646, 3 vol. in-folio. IV. Des Commentaires sur la Genèse, sur le Deutéronome, sur les Épîtres de St. Pierre, et sur l'Apocalypse. Ce savant mourut en 1637.
VI. GERARD, (Jean) autre savant Luthérien, professeur en théologie, et recteur de l'académie d'îme sa patrie, mourut en 1668, à 57 ans. On a de lui : I. Une Harmonie de Langues orientales. II. Un Traité de l'Église Copiée, et d'autres ouvrages estimés. — Jean-Ermest GERARD, son fils, marcha sur les traces de son père.
GERARD-DOW, Voyes Dow.
GERASIME, (Saint) solitaire de Lycie, après avoir mené long-temps la vie érémitique dans son pays, passa ensuite en Palestine, où il se laissa surprendre par Théodose, moine vagabond, qui lui inspira les erreurs d'Eutychès. Le saint abbé Euthyme lui ouvrit les yeux, et sa faute ne servit qu'à le rendre plus humble, plus vigilant et plus pénitent que jamais. Il battit ensuite une grande laure près du Jourdain, dans laquelle il finit saintement sa vie, avec un grand nombre de solitaires, le 5 mars 475, dans un âge avancé. La prière et la méditation des vérités éternelles, remplirent entièrement ses dernières années. Il pratiquoit l'abstinence d'une manière si parfaite, qu'il passoit tout le carême sans prendre d'autre nourriture que l'Eucharistie. Ses actions instruisoient encore plus ses moines, que ses paroles. A l'exemple de leur chef, ils n'avoient que l'habit qu'ils portoient. Tous leurs meubles étoient, une natte pour C.C. 4 se coucher, une méchante couverture faite de plusieurs pièces, et une cruche. I. GERAUD ou GERALD, (Saint) Geraldus, moine de Corbie, abbé de Saint-Vincent de Laon, puis de Saint-Médard de Soissons, et enfin premier abbé de Saint-Sauve près de Bordeaux, mourut le 5 avril 1665. Sa vie avoit été sainte, sa mort le fut aussi. Il a laissé une Vie de saint Adalhard, insérée dans Bollandus.
II. GERAUD, (Saint) comte et baron d'Aurillac, fonda l'abbaye d'Aurillac, ordre de Saint-Benoit, en 894, et mourut le 13 octobre 909. Il fut le père des pauvres et l'exemple des solitaires.
GERBAIS, (Jean) né en 1626 à Rupois, village du diocèse de Rheims, docteur de Sorbonne en 1661, professeur d'éloquence au collège royal en 1662, mort le 14 avril 1699, à 70 ans, étoit un esprit vif et pénétrant. Il avoit une mémoire heureuse et une érudition très-variée. On a de lui plusieurs ouvrages en latin et en françois; les premiers sont mieux écrits que les seconds. Les principaux sont: I. Un traité De causis majoribus, in-4°, 1691, pour prouver que les causes des évêques doivent être jugées en première instance par le métropolitain et par les évêques de la province. Ce Traité déplut à la cour de Rome, non-seulement par les vérités qu'il contenoit sur les libertés de l'église Gallicane, mais par la manière dure dont elles étoient exprimées: Innocent XI le condamna en 1680. L'assemblée du clergé de l'année suivante, ordonna à Gerbeis d'en publier une nouvelle édition cor- rigée, pour donner, dit l'auteur du Dictionnaire critique, quelque satisfaction à la cour de Rome, QUI N'EN AUROIT D'IL RECEVOIR AUCUNE. Qu'en sait-il? II. Un Traité du pouvoir des Rois sur le Mariage, in-4°, 1690. III. Des Lettres sur le pécule des Religieux faits Curés ou Evêques, 1698, in-12. IV. Une édition des Réglemens touchant les Réguliers, donnée par ordre du clergé de France, qui le gratifia d'une pension de six cents livres. Ces Réglemens parurent en 1665, in-4°, avec les notes du savant Hallier. On les trouve aussi dans les Mémoires du Clergé, par le Mère, tome vi° V. Quelques Écrits sur la comédie, sur la parure des femmes, etc. Gerbeis fonda, par son testament, deux bourses dans le collège de Rheims, dont il étoit principal.
GERBEL, (Nicolas) Gerbelus, jurisconsulte, natif de Pfortzheim, habile dans les langues et dans la jurisprudence, fut professeur en droit à Strasbourg, ou il mourut fort vieux en 1560. Le président de Thou l'appelle virum optimum, et pariter doctrinâ ac morum suavitate excellentem. Son principal ouvrage est une excellente description de la Grèce, sous le titre de: Isagoge in Tabulam Graeciae Nicolai Sophiani, imprimée à Basle en 1550, in-folio. On a encore de lui: I. Vita Joannis Guspinii. II. De Anabaptistarum ortu et progressu, etc. Ces écrits sont curieux.
GERBERGE, fille de Saint Guillaume, comte de Toulouse, renonça de bonne heure au monde pour mener une vie retirée, à Châlons. Elle édifioit cette ville par ses vertus, lorsque Lo- thaire, usurpateur du trône impérial sur son père Louis le Débonnaire, eut la cruauté de la faire enfermer dans un tonneau, comme une sorcière et une empoisonneuse, et de la faire précipiter dans la Saône, où elle périt. C'étoit pour se venger de Gaucelme et du duc Bernard, frères de cette princesse, qui s'étoient opposés à ses desseins ambitieux, et qui avoient favorisé contre lui le parti de l'empereur son père. Le P. Daniel prétend dans son Histoire de France, que Gerberge, avoit d'abord épousé le comte Wala, et embrassé ensuite la profession monastique dans le temps que ce seigneur prit de son côté l'habit de religieux dans l'abbaye de Corbie. Mais est-il probable que Lothaire eût voulu traiter, avec tant d'inhumanité, l'épouse de Wala son confident, qui lui étoit entièrement dévoué, et qui avoit embrassé ses intérêts avec tant de chaleur?—Il ne faut pas la confondre avec GERBERGE, reine de France, femme de Louis IV, dit d'Outremer. Celle-ci étoit de la maison de Saxe, fille de Henri dit l'Oiseleur, et sœur d'Othon I, tous deux empereurs. Elle avoit épousé, en premières noces, Gilbert, duc de Lorraine. Pendant la prison de Louis IV, son second époux, elle travailla, avec zèle, pour sa délivrance. Son fils Lothaire ayant succédé à la couronne en 954, elle lui donna de bons conseils, et gouverna avec sagesse. Elle vivoit encore en 968.
GERBERON, (Gabriel) né à Saint-Calais dans le Maine en 1628, fut d'abord de l'Oratoire et se fit ensuite Bénédictin dans la congrégation de Saint- Maur, en 1649. Il y enseigna la théologie durant quelques années, avec beaucoup de succès. Il s'expliquoit avec si peu de ménagement sur les querelles du Jansénisme, que Louis XIV voulut le faire arrêter dans l'abbaye de Corbie, en 1682; mais il échappa aux poursuites de la maréchaussée, et se sauva en Hollande. Sa vivacité et son enthousiasme l'y suivirent. L'air de Hollande étant contraire à sa santé, il passa dans les Pays-Bas. L'archevêque de Malines le fit saisir en 1703, et le condamna comme partisan des nouvelles erreurs sur la grace. Le P. Gerberon fut ensuite enfermé par ordre du roi dans la citadelle d'Amiens, puis au château de Vincennes, sans que ni les prisons, ni les chatimens, pussent modérer la chaleur de son zèle pour ce qui lui paroissoit la bonne cause. En 1710, il fut remis à ses supérieurs, qui l'envoyèrent à l'abbaye de Saint-Denys en France, où il mourut le 19 mars 1711, à 82 ans. On a de lui plusieurs ouvrages sur les disputes du temps, ou sur ses querelles particulières. Ceux qui ont échappé au naufrage de l'oubli, sont : I. Une Histoire générale du Jansénisme, en 3 vol. in-12, à Amsterdam, 1703, telle qu'on devoit l'attendre d'un apotre de cette doctrine. Il a laissé, sur le même sujet, Annales Janseniani, qui n'ont pas été imprimées, et qui ne doivent pas l'être. L'auteur traita ses ennemis de Molinistes outrés, de Disciples de Pélagé, de Sémi-Pélagiens. Ils ne manquoient pas de lui rendre injure pour injure, et ils l'appeloient l'élevisiste masqué, Moine apostat, iléfractaire, Novateur, Janséniste violent. 410 GER
II. Plusieurs Livres de piété, écrits avec feu. III. Des éditions de Marius Mercator, Bruxelles, 1573, in-12; de St. Anselme et de Batus, Paris, 1675 et 1681, in-fol. IV. Une Apologie latine de Rupert, abbé de Tuy, au sujet de l'Eucharistie; Paris, 1669, in-8. V. Un Traité historique sur la Grace. VI. Lettres à M. Bossuet, évêque de Meaux. VII. La Confiance Chrétienne. VIII. Le Chrétien désabusé. IX. La Règle des mœurs, contre les fausses maximes de la Morale corrompue, in-12. X. La Défense de l'Église Romaine, et les Avis salutaires de la Sainte-Vierge à ses Dévots indiscrets. Ce dernier livre est une traduction des Monita salutaria d'Adam Windelfels, jurisconsulte Allemand. Le P. Gerberon avoit dans ses ouvrages, comme dans son caractère, une impétuosité qui faisoit de la peine à ses amis mêmes; mais ses ennemis étoient forcés de reconnoître, parmi ses défauts, des vertus, une grande sévérité de mœurs et une piété exemplaire. Voyez dans l'Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, 1779, in-4°, de plus longs détails sur cet écrivain.
GERBERT, Voyez SILVESTRE II.
GERBIER, (Pierre-Jean-Baptiste) avocat au parlement de Paris, mort dans cette ville le 8 mars 1788, étoit né à Rennes, d'un avocat, le 19 juin 1725. Ayant prêté serment à l'âge de vingt ans, il eut bientôt des occasions de développer les dons qu'il avoit reçus de la nature. Les causes les plus extraordinaires semblèrent se présenter pour lui faire une grande répu- tation; mais aucune ne servit autant à l'accroître, que le procès des Lionci, négocians de Marseille, contre les Jésuites. Ce fut alors que l'on vit au barreau presque tous les talens réunis en lui, l'onction à la force, le pathétique à la grace, la modération à l'énergie, la raillerie fine et décente avec la majesté de l'audience. Il plaidoit toujours sans cahier; mais en se livrant aux mouvemens qui donnent la vie au discours, il ne s'écartoit point du plan sage et lumineux qu'il avoit tracé dans sa tête. Il ne suffisoit pas de l'entendre parler, il falloit le voir, pour sentir combien les graces extérieures sont favorables à l'art oratoire. Sa taille, au-dessus de la médiocre; toute l'habitude de son corps, noble et sans gêne; un front découvert, des yeux étincelans, un nez aquilin, une bouche agréable, une physionomie vive et mobile, ajoutoient beaucoup aux charmes de son organe sonore, enchanteur et flexible. Ceux qui n'ont pas été à portée de jouir de cet ensemble séduisant, n'ont pu que se former une idée imparfaite de cet orateur; car la plume à la main, il n'avoit pas les mêmes avantages qu'en parlant. Ce qui augmentoit le mérite de Gerbier, c'est qu'il étoit aussi simple dans la société, que brillant dans la tribune. Au milieu de ses amis, on le voyoit facile jusqu'à l'abandon, confiant, modeste, doux, sensible et généreux. Il poussa même trop loin cette dernière qualité, et il fut un temps où il eut besoin de mettre plus d'économie dans ses dépenses. Comme tous les hommes à grands talens, il eut des ennemis, mais il ne les combattit point avec les armes trop ordinaires à certains avocats, avec des injures. Il se contentoit de dire : *Ils sont plus à plaindre que moi ; la haine dévore leur cœur, et le mien est tranquille*. Ses amis chérissent sa mémoire ; il leur rendit plus d'une fois des services importants. Ce fut lui qui procura une abbaye à l'abbé *Arnaud*, l'un des admirateurs de son éloquence, et qui fut lui-même quelquefois éloquent.
GERBILLON, (Jean-François) né en 1654, à Verdun sur la Meuse, Jésuite en 1670, fut envoyé à la Chine en 1685, et arriva à Pékin en 1688. L'empereur le goûta tellement, que, trois mois après son arrivée, il eut ordre de suivre les ambassadeurs envoyés en Moscovie pour régler les limites de cet empire et de celui de la Chine. Le Jésuite, aidé d'un de ses confrères, aplanit toutes les difficultés, et fut le médiateur d'une paix avantageuse. L'empereur Chinois, pénétré de reconnaissance, le fit revêtir de ses habits royaux, et le prit pour son maître de mathématiques et de philosophie. Il lui permit de prêcher et de faire prêcher la religion Chrétienne dans ses vastes états, et voulut l'avoir toujours auprès de lui dans ses promenades, dans ses voyages, et même dans ses maladies. Le P. Gerbillon mourut à Pékin en 1707, supérieur général de toutes les missions de la Chine. Il a composé des *Éléments de Géométrie* tirés d'*Euclide* et d'*Archimède* ; et une *Géométrie pratique et spéculative*. Ces deux ouvrages, écrits en Chinois et en Tartare, furent magnifiquement imprimés à Pékin. On trouve dans la *Des-* cription de l'Empire de la Chine du P. du Halde, des *Observations* historiques sur la grande Tartarie, par le P. Gerbillon, ainsi que les *Relations* des voyages qu'il fit en ce pays. La Relation de son *Voyage de Siam* n'a point été imprimée. On dit que c'est sur cet ouvrage que l'abbé de Choisi composa sa Relation, en y ajoutant quelques ornements, dont les Mémoires du P. Gerbillon avoient besoin. Le style n'étoit pas le principal mérite des écrits de ce Jésuite. On peut voir des extraits de son manuscrit sur Siam dans le tome premier des *Mélanges historiques* de M. Michault.
GERBIL, (Hicciate-Sigismond) cardinal, naquit le 23 juin 1718, à Samoens en Faucigny, province de Savoie, d'une famille estimée. Il donna, dès la plus tendre jeunesse, des preuves non équivoques de la supériorité des talens qui devoient le faire distinguer pendant sa longue et brillante carrière. Son oncle paternel, homme de lettres estimable, soigna ses premières études, qu'il continua sous les Barnabites, qui avoient la direction du collège royal d'Anneci. A l'âge de quinze ans, il termina avec le plus grand succès son cours de philosophie. En 1732 il devint le confrère de ses professeurs, en embrassant leur institut. Après son noviciat, ses supérieurs l'envoyèrent à Bologne pour y faire ses études de théologie. Parmi les témoignages de l'estime générale qu'il y obtint, celle de *Lambertai*, alors cardinal, archevêque de Bologne, sa patrie, et ensuite pape sous le nom de *Benoit XIV*, le flatta beaucoup. Ce savant homme le jugea parfaitement dès la première entrevue, et en augura les plus grandes choses. Il donna même au jeune *Gerdil* une preuve de confiance en ses lumières, en le consultant sur divers morceaux de son grand ouvrage sur la canonisation, et en l'employant à traduire du françois en latin plusieurs extraits de nos auteurs, qui devoient y être employés. Dès qu'il eut achevé son cours de théologie, il fut envoyé à Macérata pour enseigner la philosophie à ses confrères. Peu après son arrivée, il eut l'occasion d'assister à une thèse publique de philosophie péripatéticienne. On l'invita avec tant d'instances à proposer quelques difficultés, qu'il ne put se dispenser d'argumenter sans préparation. Il le fit avec tant de force, qu'il embarrassa le maître et le disciple; consterné d'un triomphe pénible à sa rare modestie, il employa toute la finesse de son génie, pour indiquer adroitement au professeur le moyen de se tirer d'embarras. *Gerdil*, chargé d'instruire les autres, se livra à l'étude la plus assidue des philosophes anciens et modernes. Il se mit en état de pouvoir décider avec autorité entre *Platon* et *Aristote*, *Galilée* et les *Péripatéticiens*, *Descartes* et *Newton*, *Locke* et *Malebranche*. Il n'eut jamais de prévention aveugle et servile dans l'adoption de leurs systèmes. Ses deux premiers ouvrages furent une réfutation de *Locke*. Ils ont pour titre : I. *L'Immatérialité de l'ame démontrée* contre M. *Locke*, par les mêmes principes par lesquels ce philosophe démontre l'existence et l'immatérialité de Dieu, Turin, 1747. II. *Défense du sentiment* du P. *Malebranche*, sur la nature et l'origine des idées, contre l'examen de M. *Locke*, Turin, 1748. Ces deux productions de la jeunesse de *Gerdil* furent accueillies par les savans d'Italie et d'Angleterre. Parmi les François qui en firent les plus grands éloges, nous citons le célèbre *Mairan*, de l'académie des Sciences de Paris, qui dit à cette époque, dans un discours public : *Gerdil porte avec lui dans tous ses discours un esprit géométrique, qui manque trop souvent aux géomètres mêmes*. Il lui écrivit : « On ne peut réfuter M. *Locke* avec plus d'adresse et de force, que par le tour que vous avez pris. Il faut nécessairement qu'il avoue, ou que Dieu n'est pas immatériel, ce qu'il n'oserait dire, ou qu'il convienne que tous les êtres pensans le sont, en tant que tels. Continuez, mon R. P. de remettre la bonne philosophie en honneur. » Cette réfutation lumineuse mérita au jeune auteur une chaire dans l'université de Turin; et c'est à l'insinuation du pape *Benoit XIV*, auquel il avoit peu auparavant dédié son ouvrage de l'*Introduction à l'étude de la Religion*, que *Gerdil* fut choisi par le roi de Sardaigne pour servir de maître et de guide à son petit-fils. Il ne pouvoit manquer de fixer l'attention de Rome : *Pie VI* l'honora de la pourpre le 27 juin 1777. *Gerdil* devint dès-lors l'ame et le flambeau de la cour Romaine. Dans les affaires les plus épineuses, il ouvrit toujours l'opinion la plus sage, la plus modérée. Il réunissoit l'erudition de *Bossuet* à la pisté de St. François de Sales, son compatriote. La mort l'a enlevé à l'église et aux lettres le 12 août 1802, dans la 85$^{e}$ année de son âge. Ses œuvres ont été recueillies à Bologne en 6 vol. in-4°; mais on en prépare une édition plus complète. Pour donner une idée de la logique pressante qui règne dans tout ce qui est sorti de sa plume pour la défense de la religion, il suffira de rappeler que J. J. Rousseau, après avoir lu la réfutation faite par Gerdil, de plusieurs principes de son Emile, écrivit : Voilà l'unique écrit publié contre moi, que j'aie trouvé digne d'être là en entier. Son éloge publié à Rome en Italien, a été traduit en François par M. l'abbé d'Auribeau.
GERHARD ou GÉRARD, (Ephraïm) jurisconsulte Allemand, né à Giersdorf, dans le duché de Brierg, en 1682, fut avocat de la cour et de la régence à Weimar. Il professa ensuite le droit à Altorf, où il mourut en 1718, à 36 ans. On a de lui divers Ouvrages de jurisprudence et de philosophie. Le principal a pour titre : Delineatio Philosophiae rationalis; on trouve à la fin une excellente dissertation De præcipuis sapientiae impedimentis, etc. — Il y a un grand nombre de savans du nom de Gerhard ou Gérard. Voy. les GÉRARD.
GERING, (Ulric) né à Munster dans le canton de Lucerne, fut un des trois imprimeurs que les docteurs de la maison de Sorbonne firent venir à Paris, vers 1469, pour y faire les premiers essais du bel art de l'imprimerie. Gering, ayant amassé de grands biens, fit des fondations très-considérables aux collèges de Sorbonne et de Montaigu. Il imprima d'abord dans la maison de Sorbonne, et la quitta vers l'an 1473, pour transporter ses presses dans la rue Saint-Jacques, à l'enseigne du soleil d'or. Il mourut en 1510. Les deux imprimeurs qui le suivirent en France, étoient Martin Crantz et Michel Frilurger. Voy. CRANTZ.
GERLAC PETRI de Deventer, chanoine de l'ordre de Saint-Augustin dans le monastère de Windesheim, mourut en odeur de sainteté l'an 1411. Il a laissé en latin des Soliloques, in-12 ou in-24, qu'on a traduits en françois, in-12. I. GERMAIN, (Saint) patriarche de Constantinople en 715, s'opposa avec zèle à l'empereur Léon l'Isaurien, Iconoclaste, qui le chassa du siège patriarcal. St. Germain mourut en 733, âgé de 95 ans, avec une grande réputation d'esprit et de vertu. Les ouvrages qu'on lui attribue, sont, pour la plupart, de Germain Nauplius, qui occupa le siège de Constantinople depuis 1221 jusqu'en 1239. On les trouve dans la Bibliothèque des Pères.
II. GERMAIN, (Saint) né à Auxerre en 380, d'une famille illustre, fit ses études à Rome, et brilla dans le barreau de cette ville. Devenu ensuite gouverneur de sa patrie et commandant des troupes du pays, il se fit tellement aimer des peuples par son intégrité, qu'après la mort de St. Amateur, évêque d'Auxerre, le clergé, la noblesse et le peuple le demandèrent d'une commune voix pour son successeur. Auxerre goûta, sous son nouveau pasteur, toutes les douceurs de la paix et de la concorde. Germain distribua tous ses biens aux pauvres et à l'église. Le Pélagiandsme faisoit alors de grands ravages en Angleterre. Les prélats des Gaules, assemblés en 429, envoyèrent *Germain* avec *Loup*, évêque de Troyes, pour arrêter la force de la contagion. Ces médecins spirituels firent en peu de temps beaucoup de guérisons par l'éloquence de leurs exhortations et par la sainteté de leur vie. *St. Germain* y fit une seconde mission en 434. Plusieurs miracles éclatans opérèrent la conversion de ce qu'il restoit de Pélagiens. Au retour de ce second voyage, il passa en Italie, et mourut à Ravenne le 31 juillet 448, à 69 ans, après avoir gouverné son église pendant trente ans. Sa charité étoit extrême. Un jour en sortant de Milan, des pauvres l'abordèrent; il ordonna tout de suite à son diacre de leur donner le peu d'argent qui leur restoit. *Et de quoi vivrons-nous*, répondit le diacre? — *Dieu aura soin*, reprit Germain, *de nourrir ceux qui se seront rendus pauvres pour l'amour de lui*. En effet, peu de jours après, un seigneur du pays le força d'accepter une somme d'argent pour la dépense de son voyage. On a cru avoir trouvé en 1717, dans l'abbaye de Saint-Martin d'Auxerre, les reliques de *Saint Germain*; mais les bons critiques en ont contesté l'authenticité, quoique l'abbé le *Bouf* l'ait soutenue. Sa *Vie* fut écrite par le prêtre *Constance*, auteur contemporain, à la prière de *Saint Patiens*, archevêque de Lyon: elle se trouve dans *Surius*. Elle est écrite, selon *Baillet*, avec une exacte sincérité.
III. GERMAIN, (Saint) successeur d'*Eusébe*, à l'évêché de Paris, étoit né dans le territoire d'Autun, de parens nobles, vers 496. Il fut ordonné prêtre par l'évêque d'Autun, et devint abbé du monastère de Saint-Symphorien de cette ville. Un grand nombre de pauvres lui demandant l'aumône, il leur fit donner tout le pain de la maison. Ses religieux murmurèrent; mais leurs plaintes se changèrent en admiration, lorsqu'ils virent arriver, le lendemain, deux chariots chargés de vivres. La réputation de *Germain* alla jusqu'à *Childebert I*, qui le choisit pour son archi-chapelain: titre qui répond à celui de grand aumonier. Ce prince connoissant son amour pour les pauvres, lui envoya six mille sous d'or. Le Saint en distribua trois mille. Quand il fut revenu au palais, le roi lui demanda s'il en avoit encore: il répondit qu'il en avoit la moitié, parce qu'il n'avoit pas trouvé assez d'indigens. *Donnez le reste*, repartit le roi: *nous aurons toujours*, *Dieu aidant*, *de quoi donner*; et faisant rompre sa vaisselle d'or et d'argent, il ordonna qu'on la portât chez l'évêque. *Germain* étoit un homme apostolique, tout brûlant de zèle pour le salut des ames. Il assista à plusieurs conciles, et fit paroitre dans tous son zèle et sa prudence. On a encore sa signature dans le quatrième concile de Paris: *GERMAIN*, *pêcheur*, et *quoique indigne*, *évêque de l'église de Paris*, *au nom de J. C.* C'est lui qui fonda le monastère de Saint-Germain-des-Prés. Il mourut le 28 mai 576. Nous avons de cet évêque une excellente *Lettre* à la cruelle *Brunehaut*, dans laquelle il exhorte cette reine, avec beaucoup de force, à empêcher le roi *Sigebert* de faire la guerre au roi *Chilpéric*. *Dom Bouillart*, Bénédictin de Saint-Maur, a recueilli tout ce qu'on peut dire sur ce digne pasteur, dans son *Histoire de l'Albaye de Saint-Germain*, publiée en 1724, in-folio, avec des figures relatives au sujet.
GERMAIN de Brie, *Voyez* BRIE.
IV. GERMAIN, (Dom Michel) Bénédictin de Saint-Maur, né à Péronne en 1645, fit profession en 1693. Il aida le savant *Mabillon* dans la composition des septième et huitième siècles des *Actes Bénédictins*, et dans celle de la *Diplomatique*: il se chargea du *Traité sur les Palais des Rois*, qui contient environ la cinquième partie du livre. On a encore de lui l'*Histoire de l'Albaye de Notre-Dame de Soissons*, 1675, in-4. L'auteur avoit un grand fonds d'esprit, une imagination vive et une mémoire heureuse. Ses travaux abrégèrent ses jours. Il mourut à Paris en 1694, à 49 ans. V. GERMAIN, (Pierre) orfèvre du roi, né à Paris en 1647, mort en 1684, à 37 ans, excella dans le dessin et dans la gravure. *Colbert* le chargea de ciseler des dessins allégoriques sur les planches d'or qui devoient servir de couverture aux livres contenant les conquêtes du roi. Ce travail précieux fut admiré et dignement récompensé. On a encore de ce célèbre graveur, des *Médailles* et des *Jetons*, où il représenta les plus fameux événements du règne illustre sous lequel il vivoit. Il mourut à la fleur de son âge; mais ses talens se perpétuèrent avec le plus grand éclat dans son fils amé.
VI. GERMAIN, (Thomas) fils du précédent, naquit à Paris en 1674. La mort d'un père illustre, d'un oncle, son tuteur, et de *Louvois*, son protecteur, qu'il perdit dans un âge foible où l'on a besoin de conseils et d'appuis, ne le découragèrent point. Il fit un séjour en Italie, où il se perfectionna dans le dessin et dans l'orfèvrerie. Le palais de Florence est enrichi de plusieurs de ses chefs-d'œuvre. De retour en France, il travailla pour toutes les cours de l'Europe. Le roi fut si satisfait d'un *Soleil* donné à l'église de Rheims, le jour de son sacre, qu'il lui accorda un logement aux galeries du Louvre. Le détail de tous les ouvrages sortis des mains de cet excellent artiste, seroit trop long: tous respirent le génie et le goût. Cet homme célèbre fut fait échevin de Paris en 1738, et mourut le 14 août 1748, à 74 ans, laissant un fils digne de lui. *Germain* donna les dessins sur lesquels on construisit une superbe église à Livourne, et celle de Saint-Louis du Louvre, à Paris.
GERMANICUS, (César) fils de *Drusus* et de la vertueuse *Antonia*, nièce d'*Auguste*, hérita du caractère et des vertus de sa mère. *Tibère*, son oncle paternel, l'adopta. Il exerça ensuite la questure, et fut élevé au consulat l'an 125 de J. C. *Auguste* étant mort deux ans après, pendant que *Germanicus* commandoit en Allemagne, il refusa l'empire que les soldats lui offroient, et ramena les rebelles à la paix et à la tranquillité. Il battit ensuite les Allemands, défit *Arminius*, et reprit sur les Marses une aigle romaine, qu'ils gardoient depuis la défaite de *Varus*. Rappelé à Rome, il y triompha, et fut déclaré empereur d'Orient. *Tibère*, 416 GER qui l'avoit honoré de ce titre, l'envoya dans son département pour y appaiser les troubles. *Germanicus* vainquit le roi d'Armenie, le détrona, et donna la couronne à un autre. *Tibère*, jaloux de ses succès, le fit empoisonner à Daphné auprès d'Antioche, par *Pison*, l'an 29 de J. C., à 34 ans. Les peuples et les rois versèrent des larmes à sa mort. Le prince qui l'avoit, dit-on, ordonnée, fut le seul qui l'apprit avec joie. Il voulut en vain arrêter les pleurs et les gémissemens des Romains. On parla diversement de cette mort, dit *Crevier*, dans le temps même, et la vérité n'a jamais été éclaircie : tant il reste d'obscurité, dit *Tacite*, sur les faits les plus célèbres et les plus importants, parce que les uns prennent pour sûrs les premiers bruits qu'ils entendent, les autres déguisent et altèrent le vrai qu'ils connoissent ; et chacune de ces traditions opposées s'accrédite dans la postérité. Il est donc incertain si *Germanicus* fut empoisonné. Mais ce qui est bien certain et bien clair, c'est que *Pison*, qui s'étoit rendu le ministre de la mauvaise volonté de *Tibère*, au moins en fatiguant *Germanicus*, et en s'étudiant à chercher toutes les manières de le mortifier et de le vexer, fut puni par le prince même dont il avoit servi la passion. (*Voy. les articles CECINA... et JEANNE, n° IX, vers la fin.*) *Germanicus*, doux dans la société, fidèle dans l'amitié, prudent et brave à la tête des armées, s'étoit gagné tous les cœurs. Les qualités de son esprit répondoient à celles de son âme. Au milieu du tumulte des armes et de la guerre, il cultiva la littérature et l'éloquence. Il avoit composé des *Comédies* grecques, une traduction d'*Aratus*, en vers latins, et des *Epigrammes* : le temps en a épargné quelques-unes, imprimées à Cobourg, 1715 et 1716, in-8°, et dans le *Corpus Poetarum* de *Maittaire*. Il y en a d'ingénieuses, il y en a de foibles; mais on ne s'attend pas qu'un grand capitaine, chargé des armées d'un empereur, versifie comme un poète de profession. *Germanicus* avoit épousé *Agrippine*, dont il eut neuf enfans, parmi lesquels on compte *Caligula*, qui déshonora le nom de son illustre père.
GERMOIN, (*Anastase*) archevêque de Tarentaise, et savant jurisconsulte, a écrit un traité *De Jurisdictione Ecclesiastica*, in-fol., qui est peu consulté. Le duc de Savoie l'envoya ambassadeur en Espagne où il mourut en 1627.
GERMON, (*Barthélemi*) Jésuite, né à Orléans en 1663, mort dans cette ville le 2 octobre 1718, à 55 ans, fut aux prises pendant quelque temps avec deux célèbres Bénédictins de Saint-Maur, dom *Mabilloin* et dom *Constant*. La *Diplomatique* du premier lui paroissoit un ouvrage d'un grand travail, mais inexact à plusieurs égards : il prétendit y trouver plusieurs diplômes faux. Il publia quelques *Dissertations* latines à ce sujet, 1703, 1706, 1707, en 3 vol. in-12. Comme elles étoient écrites avec pureté et élégance, quelques littérateurs, séduits par les fleurs du Jésuite, prirent parti pour lui : mais plusieurs savans se déclarèrent pour le Bénédictin. Il est certain qu'en fait de titres et de manuscrits, il est facile d'en imposer aux plus habiles, parce qu'il y a souvent souvent la plus grande ressemblance entre un enfant légitime et un enfant supposé. « Le P. *Mabillon*, l'homme du monde qui avoit le plus examiné de parchemins, dit le P. *d'Avrigui*, fut trompé par le fameux titre produit en faveur de la maison de *Bouillon*, qu'une seule lettre, différente des autres et tournée à la moderne, rendit suspecte à d'autres antiquaires. La main lassée avoit trahi le faussaire. L'aveu qu'il fit avant que d'expirer sous la main du bourreau pour différens crimes, justifia le jugement porté contre la pièce, à laquelle, d'ailleurs, MM. de *Bouillon* n'avoient aucune part. » Cette anecdote ne prouve pas encore que le P. *Germon* ait raison en tout contre *Mabillon*; mais elle doit inspirer quelque défiance à ceux qui s'imaginent que la *Diplomatique* est un art infaillible. Le P. *Germon* s'engagea aussi dans les contestations concernant les 101 propositions de *Quesnel*; il fit deux gros vol. in-4° sur ces propositions, sous le titre de *Traité Théologique*. Le Cardinal de *Bissy*, prélat très-opposé aux sentimens de l'Oratorien, adopta l'ouvrage du Jésuite, et le publia sous son nom.
GERONCE, général des troupes du tyran *Constantin*, dans le 4e siècle, se brouilla avec cet usurpateur, et résolut de le dépouiller de la pourpre impériale, pour en revêtir *Maxime*, une de ses créatures. Il assiégea dans Vienne *Constantin*; mais l'armée de l'empereur *Honorius* l'obligea de s'enfuir en Espagne. Ses soldats, remplis de mépris pour lui, résolurent de s'en défaire. Il fut attaqué dans sa propre maison, en 411. Voyant qu'il lui étoit impossible de se défendre, il ôta la vie à un de ses amis, à sa femme, et se la ravit à lui-même par un coup d'épée qu'il se plongea dans le cœur.
GERSEN, (Jean) abbé de Verceil, de l'ordre de Saint-Benoît, florissoit au 13e siècle. Il fut l'ami de *St. François d'Assise*, et le maître dans la vie spirituelle, de *St. Antoine de Padoue*. Quelques savans le font auteur de l'*Imitation de JÉSU-CHRIST*, de ce livre admirable, traduit dans les langues des peuples même les plus barbares, et le plus beau qui soit sorti de la main d'un homme, dit *Fontenelle*, puisque l'Évangile n'en vient pas. L'opinion la plus générale l'attribue néanmoins avec plus de fondement à *Thomas à Kempis*. L'abbé *Vallart* a prétendu détruire cette opinion dans une dissertation mise à la tête de l'édition de cet ouvrage, publié chez *Barbou*, in-12, en 1758. Il croit prouver: I. Que l'*Imitation* de J. C. est plus ancienne que *Thomas à Kempis*, puisqu'on a ce livre dans des manuscrits antérieurs à ce pieux chanoine, si digne d'ailleurs de l'avoir composé. II. Qu'elle étoit connue avant l'an 1330; car *Ludolphe* de Saxe, qui vivoit en ce temps-là, passe pour en avoir donné une traduction. III. Que *Jean Gersen* doit en être l'auteur, puisqu'on voit son nom jusqu'à cinq fois dans un manuscrit ancien, et qu'on le retrouve dans d'autres manuscrits. Cette preuve n'est pas une démonstration; car il faudroit, avant tout, prouver l'existence de *Jean Gersen*, qui passe, dans l'esprit de plusieurs savans, pour un auteur imaginaire. L'abbé *Desbillons* a réfuté les autres Dd preuves de l'abbé *Vallart*, dans une dissertation qu'il a mise à la tête de son édition de l'Imitation de J. C.; Manheim, 1780.
GERSON, *Voyez* CHARLIER.
GERTRUDE, (Sainte) née à Landen en Brabant, l'an 626, de *Pepin*, prince de Landen, maire du palais, et ministre des rois d'Austrasie, refusa à l'âge de 14 ans, d'épouser le fils du gouverneur d'Austrasie, en disant que *J. C. étoit son seul époux*. Ayant embrassé l'état religieux, elle devint abbesse de Nivelle, entre Mons et Bruxelles, en 647; et mourut, le 17 mars 659, à 33 ans, après avoir donné la démission de son abbaye. Se voyant près de sa fin, elle ordonna qu'on l'ensévelit dans son cilice. Elle disoit que *les ornemens superflus d'un tombeau ne servent de rien, aux vivans, ni aux morts*. Sa *Vie* a été donnée en italien par *Bannucci*, in-12; et en françois avec ses *Révélations*, 1671, in-8. Elle est édifiante; mais la critique n'a pas toujours présidé au choix des faits. D. *Mège*, Bénédictin, a publié les *Exercitia Gertrudis*, Paris, 1664, in-12. I. GERVAIS et PROTAIS, (Sts.) souffrirent la mort au 1$^{er}$ siècle, pour la foi de J. C. Leurs corps furent trouvés à Milan, en 386, par *St. Ambroise*, tandis qu'il se disposoit à dédier la grande église de cette ville, connue aujourd'hui sous le nom de *Basilique Ambroiseenne*. On y porta ces saintes reliques, et pendant cette translation, un aveugle nommé *Sévère*, recouvra, dit-on, la vue. Les Ariens contestèrent ce miracle; mais il contribua dans la ville de Milan à l'extinction de l'hérésie. Quoiqu'on soit sûr de l'invention des reliques de *St. Gervais* et de *St. Protais*, on ignore l'histoire et les circonstances de leur vie et de leur martyre; et ce que quelques légendaires en ont rapporté, est fabuleux.
II. GERVAIS de *Tilbury*, ainsi nommé d'un bourg d'Angleterre sur la Tamise, étoit neveu de *Henri II*, roi d'Angleterre, et florissoit au 13$^{e}$ siècle. Il eut un grand crédit auprès de l'empereur *Othon IV*, auquel il dédia une *Description du Monde*, et une *Chronique*. *Gervais* de *Tilbury* composa encore l'*Histoire d'Angleterre*, celle de la *Terre-Sainte*, et d'autres ouvrages peu estimés: ils manquent de critique et d'exactitude.
III. GERVAIS, (Maître) *Voyez* CHRÉTIEN, n° II.
IV. GERVAIS, (Charles-Hubert) intendant de la musique du duc d'*Orléans*, régent du royaume, et ensuite maître de la musique de la Chapelle du roi, mourut à Paris en 1744, à 72 ans. On a delui: I. Un livre de *Cantates* estimées. II. Trois Opéra; *Méduse, Hyperinnestre*, et les *Amours de Protée*. III. Plusieurs *Motets*. I. GERVAISE, (Nicolas) Parisien, fils d'un médecin, s'embarqua fort jeune pour le royaume de Siam, avec quelques missionnaires de la congrégation de Saint-Vincent-de-Paule. Le jeune homme ne fut point spectateur oisif dans ses voyages; il s'instruisit par lui-même ou par les livres du pays, de tout ce qui concernoit les mœurs et les productions des contrées qu'il parcourut. De retour en France, il devint curé de Vannes en Bretagne, puis prévôt de l'église de Saint-Martin de Tours. Il alla ensuite à Rome, et y fut sacré évêque d'Horren. Il s'embarqua pour exercer son zèle dans le lieu de sa mission; mais, ayant voulu appaiser une révolte qui s'étoit élevée parmi les Caraïbes, il fut massacré par eux, le 20 novembre 1729, avec ses compagnons. Le public lui est redevable de plusieurs ouvrages : I. Histoire naturelle et politique du royaume de Siam, in-12; ouvrage qui lui mérite une place dans l'histoire des Enfans célèbres, puisque l'auteur le composa à l'âge de 20 à 22 ans. II. Description historique du royaume de Macaçar, in-12. C'est comme une suite du précédent. Quoique l'on sente bien que l'un et l'autre sont la production d'un jeune écrivain, on ne laisse pas d'y trouver des choses curieuses sur les mœurs, les habitans, les lois, les coutumes, la religion, les révolutions des pays qu'il décrit. L'abbé Gervaise étoit revenu en France avec deux fils du roi de Macaçar. III. Vie de St. Martin, évêque de Tours, vol. in-4° plein d'abondantes recherches, de digressions inutiles, d'opinions peu fondées, et de traits de vivacité extrêmement déplacés dans une histoire, et sur-tout dans celle d'un Saint. IV. Histoire de Boëce, Sénateur Romain, avec l'analyse de tous ses Ouvrages, in-12, en 1715 : livre bon et dirigé par une critique plus solide et plus judicieuse que celle qui avoit présidé à la Vie de St. Martin. — II. GERVAISE, (Dom-Armand-François) frère du précédent, naquit à Tours. Il fut d'abord Carme déchaussé, ensuite religieux de la Trappe. Il plut tellement à l'abbé de Rancé par ses lumières et par son zèle, qu'il le fit nommer abbé de son monastère en 1696. Dom Gervaise, impétueux, bouillant, bizarre, inquiet, singulier, n'étoit point fait pour être à la tête d'une maison qui demandoit un homme de paix. Il voulut faire des changemens au-dedans et au-dichors de l'abbaye. Il affecta de ne point consulter l'abbé de Rancé, à qui il devoit son élévation, et de ne point suivre sa façon de gouverner. Le pieux réformateur, voyant son ouvrage prêt à être changé ou détruit, engagea adroitement le nouvel abbé à donner sa démission : c'est sans doute ce qui a fait dire à un écrivain, qui souvent bouleverse les événe-mens pour placer un bon mot, qu'après avoir fondé et gouverné son Institut, il se démit de sa place et voulut la reprendre. Dom Gervaise, dépouillé de son abbaye, sortit de la Trappe, et erra quelque temps de solitude en solitude. Il conservoit partout la manière de vivre de la Trappe. Mais, ayant publié son premier vol. de l'Histoire générale de Cîteaux, in-4°, les Bernardins, qui étoient vivement attaqués dans cet ouvrage, obtinrent des ordres de la cour contre lui. Il fut arrêté à Paris, en sortant du Luxembourg, puis conduit et renfermé à l'abbaye de Notre-Dame des Reclus, dans le diocèse de Troyes. Il y mourut en 1751, âgé de 91 ans, regardé comme un de ces hommes, qui, malgré plusieurs bonnes qualités, sont toujours hais, parce qu'ils mêlent à la vertu l'aigreur et l'amertume de leur caractère. On a de lui : I. Les Vies de St. Cyprien, in-4°; de St. Irénée, 2 volumes in-12; de D d 2 St. Paul, 3 volumes in-12; de St. Paulin, in-4°; de Bufin, 2 vol. in-12; de St. Epiphane, in-4°. Les matériaux ont été pris dans les Mémoires de Tillemont; mais le style est de l'auteur. De l'imagination, de la chaleur, de la facilité; mais peu de justesse, beaucoup de négligences et d'idées singulières: voilà son caractère. II. La Vie d'Abeillard et d'Héloïse, 2 vol. in-12, 1720. Les Lettres d'Abeillard et d'Héloïse, traduites en françois d'une manière fort libre, 1723. III. Histoire de l'abbé Suger, 1721, 3 vol. in-12; curieuse, mais inexacte. IV. Histoire de l'abbé Joachim, surnommé le Prophète, Religieux de l'ordre de Citeaux... où l'on voit l'accomplissement de ses Prophéties sur les Papes, sur les Empereurs, sur les Rois, sur les Etats et sur tous les Ordres Religieux, 1745, 2 vol. in-12. Voyez IV. JOACHIM. V. Histoire générale de la Réforme de l'Ordre de Citeaux en France, in-4°. Le premier volume de cet ouvrage peu commun, contre lequel les Bernardins portèrent des plaintes, n'a pas été suivi du second. Il est rare, curieux et intéressant. VI. Jugement critique, mais équitable, des Vies de feu M. l'abbé de Rancé, Réformateur de l'Abbaye de la Trappe, écrites par les Sieurs Maupeou et Marsollier, in-12, 1744, à Troyes, sous le titre de Londres. L'auteur y relève plusieurs fautes, que ces deux écrivains ont commises contre la vérité de l'histoire. Il faut lire cet écrit, quand on veut bien connoître le Réformateur de la Trappe, un peu flatté par ses historiens. Gervaise s'y justifie sur plusieurs imputations, d'une manière satisfaisante. On peut voir aussi la longue Apologie qu'il publia au sortir de la Trappe. VII. Quelques autres ouvrages imprimes et manuscrits.
III. GERVAISE DE LATOUCHE, (Jean-Charles) avocat au parlement de Paris, étoit d'Amiens. Quoiqu'il ait fait divers Mémoires, et écrit pour quelques magistrats, il est moins connu au barreau, que dans la littérature. On a de lui des Romans, qui ne peuvent pas être cités. Ses Mémoires de Mlle. Bonneral, 1738, in-12, sont écrits avec plus de décence. Lors de la faillite de la maison Guémenée, Gervaise qui y avoit déposé toute sa fortune, tomba malade de chagrin, et mourut à la fin de novembre 1782.
GÉRYON, (Mythol.) fils de Chrysare et de Callirhoé, étoit roi des trois isles Baléares, selon quelques-uns, et, selon d'autres, de trois royaumes en Espagne. Il y en a qui disent qu'ils étoient trois frères si parfaitement unis, qu'ils sembloient n'avoir qu'une ame; c'est ce qui a donné lieu aux poètes de feindre que Géryon avoit trois corps. Il fut tué dans un combat singulier par Hercule, parce qu'il nourrissoit des bœufs avec de la chair humaine. Un chien à triple tête et un dragon qui en avoit sept, gardoient ces bœufs: Hercule tua aussi ces monstres, et emmena les bœufs.
GESLEN ou GHELEN, (Sigismond de) Gelenius, né à Prague, fut correcteur de l'imprimerie de Froben, et n'en mourut pas plus riche en 1554. Il étoit cependant digne d'une meilleure fortune par son érudition. Il a traduit du grec en latin, Josephe, St. Justin, Denis d'Hali- carnasse, *Philon*, *Appien*, et d'autres auteurs.
GESSÉE, (Jean de la) né en Gascogne en 1551, et secrétaire du duc d'Alençon, a laissé des *Poésies latines et françoises*, assez ignorées. Le recueil des premières parut à Anvers en 1580, in-8°, et celui des secondes en 1583, aussi in-8°. I. GESSNER, (Conrad) surnommé le *Pline d'Allemagne*, né à Zurich en 1516, mort le 22 décembre 1565, à 49 ans, professa la médecine et la philosophie avec beaucoup de réputation. Après avoir employé toute sa vie à la culture des lettres, il voulut mourir au milieu d'elles. Attaqué de la peste, et se sentant près de son dernier moment, il se fit porter dans son cabinet, où il expira. On lui fit cette épitaphe : *Ingenio vivens naturam viscerat omnem; Naturâ victus conditur hoc tumulo.* La botanique et l'histoire naturelle l'occupèrent toute sa vie. *Bèze*, dit : « qu'il avoit, lui seul, toute la science qui avoit été partagée entre *Pline* et *Varon*. » Sa probité et son humanité le firent autant estimer que son savoir. L'empereur *Ferdinand I*, qui considéroit *Gessner*, donna à sa famille des armoiries, qui marquouent les matières qu'il avoit approfondies. C'étoit un écu écartelé. Dans le premier quartier on voyoit un *Aigle* aux ailes déployées ; dans le deuxième, un *Lion* armé ; dans le troisième, un *Dauphin* couronné ; dans le quatrième, un *Basilic* entortillé. On a de lui : I. Une *Bibliothèque universelle*, publiée à Zurich, en 1545, in-fol. C'est une espèce de Dictionnaire d'au- teurs et de livres, dont on donna un *Epitome*, en 1583, in-fol., plus estimé que l'ouvrage même. II. *Historia Animalium*, Zurich 1551, 4 vol. in-fol. Cette compilation offre de grandes recherches ; mais elle n'est pas toujours exacte. III. Un *Lexicon Grec et Latin*, 1560, in-fol. *Gessner* possédoit bien ces deux langues ; mais, comme il écrivait pour avoir du pain, ainsi qu'il l'avoue lui-même dans sa Bibliothèque, ses ouvrages ne sont pas exempts de fautes. IV. *Mithridates, seu de differentiis linguarum*, 1558. Il cherche à y comparer toutes les langues connues entre elles, et à former de leur mélange une langue universelle. *Waserius* en a publié une seconde édition en 1610, in-8°, avec des notes. V. *Opera Botanica*, à Nuremberg, in-folio, 1754. C'est à *Gessner* que nous devons l'idée d'établir les genres des plantes, par rapport à leurs fleurs, à leurs semences, et à leurs fruits. On doit regarder comme une perte considérable, celle du grand *Herbier* qu'il avoit entrepris, et dont il parle souvent dans ses différens écrits sur la botanique. *Voyez* le 17$^{e}$ vol. des *Mémoires* du Père *Nicéron*, qui fait connoître d'autres savans de la même famille.
II. GESSNER, (Salomon) imprimeur et poète, naquit à Zurich, où il acquit bien plus de célébrité par ses poésies que par ses impressions. Un mauvais système d'éducation établi dans sa patrie, y faisait regarder la poésie non-seulement comme une occupation oiseuse, mais comme contraire à la religion et aux mœurs. Le jeune *Gessner*, en s'y livrant, ne fut plus dès-lors, que D d 3 l'élève de la nature. Il aima à la peindre dans ses sites agréables et ses doux sentimens, dans les travaux paisibles de la vie pastorale, dans les vertus champêtres et hospitalières. Sa Muse est une bergère modeste, innocente et pleine d'attraits. Rien n'égale la fraîcheur, la délicatesse, le charme de ses *Idylles*. Il a porté ce genre au plus haut degré de perfection. Plus varié que *Théocrite*, plus sensible que *Sannazar*, *Gessner* y a donné les traits les plus attachés à l'amour pur, au respect filial, à la reconnaissance. Il imprima lui-même ses *Idylles* en 1773, après en avoir dessiné et gravé toutes les planches. On doit encore à ce poète aimable, *Daphnis* ou *le premier Navigateur*. On connoît ce poème charmant dont la fable est ingénieuse. « Si la fidélité sévère de l'histoire, a dit un littérateur, nous donne la soif de l'or comme le premier mobile de la navigation, il appartenoit à la riante imagination du poète de représenter l'amour élevant le premier mât et faisant flotter la première voile sur la vaste étendue des mers; il lui appartenoit de nous peindre un beau jeune homme, animé par le courage qu'inspire une passion vive et tendre, voguant sur les ondes, comme un cygne majestueux, entouré par les néréides, les tritons et les dieux marins, qui forment autour de sa barque des danses tumultueuses. Il est impossible de donner à la navigation une plus aimable origine; et si les poètes anciens l'eussent consacrée, le galant *Horace* n'eût point revêtu d'un triple airain le cœur de celui qui, le premier, osa sur une frêle bar- que, s'exposer à la fureur des flots: « il n'y a que trois acteurs dans le poème de *Gessner*; mais, comme ils sont intéressants! Une mère et une fille séparées, par une terrible catastrophe, du reste des humains, leur tendresse réciproque, l'innocence de la jeune *Mélida*, sa curiosité naturelle excitée par ses observations, les vagues desirs qui s'élèvent dans son jeune cœur, la tendre inquiétude de sa mère *Sémire*; l'entreprise hardie du jeune homme, sa navigation, la surprise, la joie que cause son arrivée à *Mélida*, la naïveté de leurs transports, tous ces détails fournissent au poète des tableaux pleins de charmes, de volupté et de décence. II. Le poème de *la Mort d'Abel* aussi renommé, et dont l'imprimeur *Didot* a publié une superbe édition. L'auteur n'y a employé qu'une prose poétique, mais toujours douce et harmonieuse. L'âme est émue en y voyant réunies la majesté religieuse et la simplicité pastorale. III. *Eraste*, poème. IV. *Evandre*, autre poème. *Gessner* fut non-seulement poète célèbre, mais encore peintre de paysages estimés, graveur agréable, musicien plein de goût. Les anciens eurent raison de réunir les Muses en une seule famille, et *Gessner* y fut admis. On le vit tout à la fois, bon ami, bon époux, bon père, et magistrat irréprochable. Il eut le bonheur de trouver une compagne digne de lui, dont la beauté, l'esprit et les talons firent les délices de sa vie. *Gessner* étoit naturellement mélancolique; mais il acquéroit toujours une douce gaieté au sein de sa famille. Son entretien étoit vif et animé, son accueil toujours égal, malgré la multitude d'étrangers qui affluoient chez lui pour l'en- tendre et l'admirer. Il quitta quel- que temps sa patrie, où ses con- citoyens l'appellerent aux places les plus importantes, pour voya- ger en Allemagne, et il fit quel- que séjour à Leipzig, à Ham- bourg et à Berlin. Il y reçut par- tout des preuves éclatantes d'es- time. L'impératrice *Catherine II* lui adressa une médaille d'or en témoignage de son affection. *Gessner* n'avoit pas encore 60 ans lorsqu'il mourut à Zurich d'une paralysie; le 2 mars 1788. Plu- sieurs de ses Poèmes et sur-tout ses Idylles, ont été traduites dans presque toutes les langues de l'Europe; l'abbé *Bertola*, l'abbé *Ferri*, et *Matteo Procopio*, pro- fesseur de littérature italienne dans l'académie Caroline, les ont fait connoître à l'Italie. *Hubert* a traduit en françois les Œuvres complètes de *Gessner*, dont l'une des plus agréables éditions est en 4 vol. in-8°, avec 36 fig.
GESVRES, *Voy. II. POTIER.*
GETA, (*Septimius*) fils de l'empereur *Sévère* et frère de *Ca- racalla*, eut l'humeur aigre dans sa première enfance; mais, lors- que l'âge eut développé son ca- ractère, il parut doux, tendre, compatissant, sensible à l'amitié. Un jour que *Sévère* vouloit faire périr tous les partisans de *Niger* et d'*Albin*, *Geta* qui n'avoit guère plus de huit ans, parut ému. *Sévère* crut calmer son agita- tion en lui disant: *Ce sont des en- nemis dont je vous délivre.*—*Geta* demanda, quel en seroit le nom- bre? Lorsqu'on l'en eut instruit, il insista, et fit une nouvelle question: *Ces infortunés ont-ils des parens et des proches?* Comme on fut obligé de lui répondre qu'ils en avoient plusieurs: *Hé-* G E Y 423 *las!* répliqua-t-il, il y aura donc plus de citoyens qui s'affligeront de notre victoire, que nous n'en verrons prendre part à notre joie. On prétend que *Sévère* fut ébran- lé par cette réflexion, aussi ju- dicieuse que pleine de douceur. Mais les deux préfets du prétoire, *Plautien* et *Juvenal* l'enhardirent à passer outre, parce qu'ils sou- haitaient de s'enrichir par la con- fiscation des biens des proscrits. *Caracalla* étoit présent à la con- versation dont je viens de rendre compte, et loin d'être de l'avis de *Geta*, il vouloit que l'on fit périr les enfans avec leurs pères. *Geta* fut indigné, et lui dit: *Vous qui n'épargnez le sang de personne, vous êtes capable de tuer un jour votre frère*; et c'est ce qui arriva réellement. *Caracalla* ne pouvoit le souffrir. Sa jalousie éclata après la mort de *Sévère*, lorsque *Geta* partagea l'empire avec lui. Après avoir inutilement essayé de s'en défaire par le poison, il le poi- gnarda entre les bras de Julie, leur mère commune, qui, voulant parer les coups, fut blessée à la main, l'an 212 de Jésus-Christ. *Geta* n'avoit pas encore 23 ans; son goût pour les arts, sa mo- dération, promettoient au peu- ple Romain des jours tranquilles et heureux.
GEYER, *Voyez GEIER.*
GEYGER ou GIGGER, (Jean) né à Zurich en 1599, mort en 1674, à 75 ans, a inventé le secret de peindre à l'huile sur verre. Il peignoit aussi en émail. I. GEYSSOLM, (Guillaume) de l'illustre famille des barons de *Cromnes*, en Ecosse, fut évêque de Dumblane dans le même roya- me. Les hérétiques l'ayant chassé de son siège, *Marie Stuart* et D d 4 Henri son époux l'envoyèrent, en qualité d'ambassadeur, auprès de Pie V et de ses successeurs, pour les assurer de leur attachement à la foi catholique. Le saint pontife, touché de l'état déplorable où les fureurs des hérétiques avoient réduit cette reine infortunée, lui envoya des nonces pour la consoler, et de l'argent pour la secourir. Geyssolm se fit estimer de Pie V et de St. Charles, qui lui donna le vicariat de l'archiprêtré de Sainte-Marie-Majeure. L'évêque de Bumblane fut pourvu, quelque temps après, de l'évêché de Vaison en Provence, suffragant d'Avignon, qu'il défendit contre les Calvinistes du Dauphiné. Sixte V, connoissant les grandes qualités de Geyssolm, et le cas qu'en faisoit Jacques VI, roi d'Écosse, l'envoya nonce auprès de lui, pour le fortifier dans la foi. Geyssolm, à peine de retour dans son diocèse, le quitta pour se renfermer, à l'âge de 30 ans, dans la grande Chartreuse, où il fit profession. Son mérite le fit nommer prieur de Notre-Dame des Anges à Rome. Peu après, il fut fait procureur général de son ordre. Ce saint homme mourut dans cet emploi le 26 septembre 1593.
II. GEYSSOLM. (Guillaume) neveu du précédent, lui succéda l'an 1584, dans le siège de Vaison. Il eut les vertus de son oncle. Comme lui, il fut envoyé à Jacques VI, en qualité de nonce. Il ne négligea rien pour rétablir la religion catholique dans sa patrie; et ne pouvant y réussir, il revint dans son évêché. On lui donna le gouvernement du comtat Venaissin, après la mort de l'évêque de Carpentras. Il mou- rut le 13 décembre 1629. L'aïeule maternelle de ce prélat étoit sœur de Jacques VI roi d'Écosse. Il est auteur d'un livre peu connu aujourd'hui, intitulé : Examen de la Foi Calviniste.
GHEIN, (Jacques) graveur Hollandois. Son burin est extrêmement net et pur, mais un peu sec. On a de lui, le Maniement des armes, 1607, in-fol.
GHELEN, Voy. GESLEN. I. GHILINI, (Jérôme) né à Monza dans le Milanez en 1589, se maria fort jeune, et partagea son temps entre les soins de sa maison et la littérature. Devenu veuf, il reçut l'ordre de prêtrise et le bonnet de docteur en droit-canon. Il mourut à Alexandrie de la Paille vers l'an 1670, membre de l'académie des Incogniti de Venise, et protonotaire apostolique. On lui doit plusieurs ouvrages en vers et en prose. Les plus connus des savans sont : I. Annali di Alessandria, Milan, 1666, in-fol. II. Teatro di Uomini letterati, en 2 vol. in-4°, à Venise, 1647 : livre peu estimé, quoique curieux à certains égards. Ghilini est très-souvent inexact et peu judicieux. Ses éloges ne contiennent que des généralités et des phrases d'écoliers.
II. GHILINI, (Camille) Voy. FRÉGOSE, n° II.
GHIRLANDENI, (Dominique) peintre Florentin, mort en 1493, eut de la réputation, quoique sa manière fût sèche et gothique; mais sa plus grande gloire est d'avoir été le maître du célèbre Michel-Ange.
GHISLERI, Voyez GAETAN —et PIE V, (Saint).
**GIAC**, (Pierre, seigneur de) fut en grande considération par ses talens, ses services et ses richesses. Il devint chancelier de France en 1383, se démit de sa place en 1388, et mourut en 1407. Il avoit été chambellan de *Charles V*. Son petit-fils, *Pierre de GIAC*, favori de *Charles VII*, et administrateur de ses finances, dont il disposa à son profit, s'attira la haine du connétable de *Richemont*, qui le fit jeter dans la rivière en 1426, pour crime de concussion. Il avoit été accusé d'avoir empoisonné sa première femme, pour en épouser une autre. Il eut de cette première femme un fils, *Louis de GIAC*, qui mourut sans postérité vers 1473.
**GIACOMELLI**, (Michel-Ange) secrétaire des brefs sous le pape *Clément XIII*, chanoine du Vatican, et archevêque *in partibus* de Chalcédoine, naquit en 1695, et mourut à Rome en 1774, à 79 ans, d'un débordement de bile. Il fut d'abord bibliothécaire du cardinal *Fabroni*, et ensuite du cardinal *Calligola*. Il avoit tout ce qu'il falloit pour ces places : une vaste littérature, et la connoissance des langues. Divers écrits en faveur du saint Siège lui méritèrent les bienfaits des pontifes Romains. Il perdit cependant sous *Clément XIV* la place de secrétaire des brefs, peut-être parce qu'il avoit montré des sentimens trop favorables à une société que ce pape vouloit détruire. On a de lui divers ouvrages; les principaux sont : I. Une Traduction latine du *Traité de Benoit XIV sur les Fêtes de Jésus-Christ et de la Vierge*, et sur le sacrifice de la *Messe*, à Padour, 1745,
II. Une Version en italien du livre de *St. Jean-Chrysostome*, sur le *Sacerdoce*. III. *Prométhée aux liens*, tragédie d'*Eschyle*, et l'*Electre de Sophocle*, traduites, à Rome, 1754. IV. Les *Amours de Cherée et de Callirhoé*, traduites du grec; Rome, 1755 et 1756. V. Il a laissé plusieurs autres ouvrages en manuscrit. Ce prélat étoit un homme très-laborieux. Il avoit de la philosophie dans l'esprit et dans le caractère; et quoique naturellement vif et sensible à l'honneur, il soutenoit les disgraces avec fermeté : ses manières étoient honnêtes, et il étoit également propre à vivre avec les grands et les gens de lettres. Nous avons peint *Giacomelli* d'après les notices venues de Rome. *Duclos* en donne une idée beaucoup moins favorable, dans son *Voyage d'Italie*. Il dit qu'il s'étoit associé avec l'abbé de *Caveirac* pour la correspondance avec les évêques ultramontains de France. *Caveirac* fournissoit la matière des brefs, adressés aux prélats François, *Giacomelli* les mettoit en latin, et ils partageoient l'argent que leur envoyoient les évêques qui vouloient être honorés de ces brefs. Ainsi ils fomentoient en France les disputes ecclésiastiques.
**GIAFAR**, *Voyez* II. ABASSA. — ABDALLAH, — et JOAPHAR.
**GIANNONE**, (Pierre) né dans le royaume de Naples vers 1680, mourut en 1748 dans le Piémont, où le roi de Sardaigne lui avoit donné un asile. La cour de Rome, peu ménagée dans son *Histoire de Naples*, n'oublia rien pour anéantir l'auteur et l'ouvrage. *Gianone*, que la politique avoit fait chasser de sa patrie, erra long-temps fugitif, 426 G I A et ne trouva sa sureté que dans une espèce d'esclavage honorable que lui donna le roi de Sardaigne. Il fut enfermé en Piémont sous la protection du souverain : ce fut un tempérament que ce prince trouva, pour ménager à la fois Rome justement offensée, et les jours de l'auteur satirique. Son *Histoire de Naples* est écrite avec autant de pureté que de liberté. Elle est divisée en quarante livres, et imprimée à Naples en 4 vol. in-4°, 1723. Les efforts qu'on a faits pour la supprimer, l'ont rendue peu commune. La traduction française qu'en fit *Desmonecaux*, attaché au duc d'Orléans, fils du régent, (la Haye, 1724, 4 vol. in-4°) est exacte, mais assez mal écrite. On a extrait de ce corps d'histoire tout ce qui regarde la partie ecclésiastique ; c'est un in-12, imprimé en Hollande, sous ce titre : *Anecdotes Ecclésiastiques*, etc. Il y a des sentimens hardis sur l'origine de la puissance pontificale. On a donné, depuis la mort de l'auteur, un volume d'*Œuvres posthumes*, 1760, in-4°, qui contient sa profession de foi, et la défense de son histoire. Lorsqu'il eut composé cette histoire, il la confia à un de ses amis pour en savoir son sentiment. L'ami, enchanté, mais surpris de la hardiesse de sa plume, lui dit : *Vous allez vous mettre sur la tête une couronne d'épines très-piquantes*.
GIATTINI, (Jean-Baptiste) Jésuite de Palerme en Sicile, mort à Rome en 1672, à 72 ans, a fait un grand nombre de *Discours* et de *Tragédies* à l'usage des collèges ; mais son principal ouvrage est la *Traduction* latine de l'*Histoire du Concile de Trente*, de *Pallavicini*, à Anvers, 1670, 3 vol. in-4°
GIBBON, (Édouard) célèbre historien Anglois, élevé dans l'université d'Oxford, abandonna la religion Anglicane pour la Catholique, à laquelle l'*exposition* et les *variations* de *Bossuet* le conduisirent. Les écrits des philosophes le ramenèrent à sa première secte, ou plutôt, il ne fut ni catholique, ni protestant, mais sceptique comme *Bayle*. Son abjuration lui avoit fait quitter de bonne heure sa patrie. La Suisse fut son asile, et Lausanne le lieu de sa résidence. Il en sortoit souvent pour aller visiter *Voltaire*. Son imagination languissoit dans le tumulte des grandes villes ; l'air paisible des champs l'aiguillonnoit. Il avoit d'abord applaudi à la révolution Française ; mais les excès, commis au nom de la liberté, avoient fini par lui faire haïr ce qu'il avoit aimé. Ses préventions contre la nouvelle république lui inspirèrent des vœux pour le triomphe de la coalition, dont les succès lui paroissient assurés. Il eut la douleur, avant sa mort, de voir une partie de ses présages démentis par les événemens. Son premier ouvrage, publié en 1761, fut écrit en français, sous le titre d'*Essai sur la Littérature*. Ce ne fut qu'en 1776 que *Gibbon* se plaça au rang des meilleurs historiens, en donnant son *Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire Romain*, traduite en français, en 18 vol. in-8°. Cet ouvrage est remarquable par la profondeur des recherches, la sagacité des vues, la décence et l'impartialité. Il juge tranquillement les choses et les hommes, et ne se passionne ni pour les unes, ni pour les autres. Sa narration marche, à la vérité, un peu pesamment; mais il avoit voulu approfondir des faits que d'autres historiens ont dénaturés ou n'ont fait qu'effleurer. La critique historique a été comparée aux échafauds dressés pour élever un édifice; il faut les abattre quand il est bâti. C'est ce que n'a pas fait Gibbon; il est vrai qu'il a renvoyé dans des notes une partie des discussions, qui auroient trop retardé son récit. L'Allemand Zimmerman a dit de cet ouvrage: «Toute la dignité, tout le charme dont est susceptible le style de l'histoire, se trouve dans cet auteur; toutes ses pensées ont du nerf et de la hardiesse; et ses périodes sont la mélodie elle-même.» On lui a reproché, au contraire, en France d'avoir donné à son style un peu trop de luxe et de pompe. Les Mémoires de sa vie, suivis de quelques ouvrages posthumes, ont été traduits en françois, 2 vol. in-12. Dans cette espèce de confession, plus fidelle que d'autres ouvrages qui ont le même titre, il ne paroit extrême ni dans ses sentiments, ni dans ses opinions. Sage observateur des hommes, il se défend contre les illusions de l'amour propre, de la haine ou de la vengeance; et l'on prend, en le lisant, une idée favorable de ses mœurs et de son caractère. Gibbon avoit obtenu, en 1779, la place de lord-commissaire du commerce et de l'agriculture dans sa patrie; il y est mort d'une attaque de goutte le 16 janvier 1794, à 57 ans. Quelques momens avant de mourir, il fit la remarque que d'après les probabilités ordinaires de la vie, il avoit encore quatorze ans à vivre. Ses restes ont été déposés dans la terre du lord Sheffield, son ami intime.
GIBELINS, (Les) Voyez BONDELMONTE; X. BONIFACE; III. CONRAD; et IV. COLONNE. I. GIBERT, (Jean-Pierre) naquit à Aix en 1880, d'un référendaire en la chancellerie, et prit le bonnet de docteur en droit et en théologie dans l'université de cette ville. Après avoir professé pendant quelque temps la théologie aux séminaires de Toulon et d'Aix, il quitta la province pour se fixer dans la capitale. Ami de la retraite et de l'étude, il vécut à Paris en véritable anachorète. Sa nourriture étoit simple et frugale; toutes ses actions resproient la candour et la simplicité évangéliques. Il refusa constamment tous les bénéfices qu'on lui offrit. Quoiqu'il fût le canoniste du royaume le plus consulté et le plus laborieux, il vécut et mourut pauvre à Paris, le 2 décembre 1736, à 76 ans. Les principaux fruits de sa plume sont: I. Cas de pratique concernant les Sacremens en général et en particulier, Paris, 1709, in-12. II. Mémoire concernant l'Écriture sainte, la Théologie scolastique et l'Histoire de l'Église, un vol. in-12, qui n'eut point de suite. III. Institutions Ecclesiastiques et bénéficiaires, suivant les principes du Droit commun et les usages de France. La seconde édition, augmentée d'observations importantes puisées dans les Mémoires du clergé, est de 1736, 2 vol. in-4. On y trouve les usages particuliers aux différens parlements du royaume. IV. Usages de l'Église Gallicane, concernant les censures et irrégularités, Paris, 1724, in-4. V. Consulta- tions canoniques sur les Sacremens en général et en particulier, 1725, 12 vol. in-12. L'auteur y explique ce qu'il y a de plus important dans les commandemens de Dieu et de l'Eglise, et dans les lois civiles qui les font exécuter. Tout l'ouvrage est appuyé sur l'Écriture, les Pères, les conciles, les statuts synodaux, les ordonnances royales, et l'usage. Le premier volume est sur les sacremens en général; le second, sur le baptême et la confirmation; les quatre suivans sur la pénitence; deux autres roulent sur l'eucharistie et l'extrême-onction; deux sur l'ordre et deux sur le mariage. VI. Tradition ou Histoire de l'Eglise sur le Sacrement de Mariage, 1725, 3 vol. in-4. Cette histoire est tirée des monumens les plus authentiques, tant de l'Orient que de l'Occident. VII. Des Notes sur le Traité de l'Abus, par Fevret, et d'autres sur le Jus Ecclesiasticum de Van - Espen. VIII. Corpus Juris Canonici per regulas naturali ordine dispositas, 1737, 3 vol. infolio. Cette compilation, assez bien digérée, a été recherchée, et l'est encore. Voy. CABASSUT.
II. GIBERT, (Balthasar) parent du précédent, naquit, comme lui, à Aix, en 1662. Après avoir professé, pendant quatre ans, la philosophie à Beauvais, il obtint une des chaires de rhétorique du collège Mazarin, et la remplit, pendant cinquante ans, avec autant de zèle que d'exactitude. L'université de Paris, qu'il honore par ses talons, et dont il défendoit dans toutes les occasions les droits avec beaucoup de chaleur, lui déféra plusieurs fois le rectorat. En 1728, le ministre lui offrit une chaire d'éloquence au collège royal, va- cante par la mort de l'abbé Couture; mais il crut devoir la refuser. En 1740, il fut traité bien différemment. La cour, mécontente du Requisitoire, par lequel il forma opposition à la révocation de l'appel que l'université avoit fait de la bulle Unigenitus au futur concile, l'exila à Auxerre. Il mourut à Régennes, dans la maison de l'évêque, le 28 octobre 1741, à 77 ans. Gibert, célèbre dans l'université de Paris, ne le fut pas moins dans la république des lettres, par plusieurs ouvrages qui ont fait honneur à son savoir et à son esprit: I. La Rhétorique ou les Règles de l'éloquence, in-12, l'un des meilleurs livres que nous ayons sur l'art de persuader et de convaincre. L'auteur possède sa matière; les principes d'Aristote, d'Hermogène, de Cicéron, de Quintilien, y sont bien développés; mais il y a quelques endroits obscurs, et cette obscurité vient du style, quelquefois embarrassé et peu châtié. L'auteur du Traité des Etudes est plus élégant, plus doux, plus animé; mais il a peu d'ordre, et plus d'imagination que de dialectique. Pour faire une Rhétorique parfaite, il auroit fallu le style de Rollin, et la profondeur de Gibert. C'est le sentiment de l'abbé des Fontaines, et celui de tous les gens de goût. II. Jugement des Savans sur les Auteurs qui ont traité de la Rhétorique, 3 vol. in-12. C'est un recueil de ce qui s'est dit de plus curieux et de plus intéressant sur l'éloquence, depuis Aristote jusqu'à nos jours. Cet ouvrage, fort supérieur aux Jugemens de Baillet, et pour le fond et pour la forme, a pourtant eu moins de cours. III. Des Observations très justes sur le Traité des Etudes G I F 429 de *Rollin*. C'est un volume in-12 de près de 500 pages, écrit avec autant de vivacité que de politesse: *Rollin* y répondit en peu de mots : *Gibert* répliqua; mais cette petite guerre n'altéra ni l'amitié, ni l'estime dont les deux célèbres antagonistes étoient pénétrés l'un pour l'autre. — Son neveu, *Joseph Balthasar*, né à Aix en 1711, mort en 1771 à Paris, où il étoit secrétaire de la librairie et membre de l'académie des Belles-Lettres, étoit un savant profond. On a de lui des *Mémoires pour l'Histoire des Gaules*, 1744, in-12; et un *Tableau des mesures itinéraires anciennes*, 1756.
GIBERTI, (Jean-Matthieu) pieux et savant évêque de Vérone, né à Palerme, fut employé par les papes *Léon X* et *Clément VII* dans des affaires importantes. Il étoit fils naturel de François GIBERTI, Génois, général de l'armée navale du pape. Il mourut en 1543, pleuré de ses ouailles, dont il étoit l'exemple par ses vertus, et le père par ses immenses charités. Les gens de lettres perdirent en lui un ardent protecteur. *Giberti* avoit une presse dans son palais pour l'impression des Pères Grecs. C'est de là que sortit, en 1529, cette édition grecque des *Homélies de St. Jean Chrysostome sur saint Paul*, si estimée pour l'exactitude et pour la beauté des caractères.
GIRIEUF, (Guillaume) docteur de Sorbonne, natif de Bourges, entra dans la congrégation de l'Oratoire. Il fut vicaire général du cardinal de *Bérulle*, et supérieur des Carmélites en France. Il mourut à Saint-Magloire, à Paris, le 6 juin 1650. On a de lui divers ouvrages, entr'autres : un *Traité latin de la liberté de Dieu et de la Créature*, 1630, in-4°. Il étoit ami intime de *Descartes* et du P. *Mersenne*, et étoit digne de l'être.
GIBSON, (Edmond) d'abord évêque de Lincoln, ensuite de Londres, né en 1669, et mort en 1748, publia en 1711, infolio, le *Codex juris Ecclesiastici Anglicani*. On a de lui d'autres Ouvrages qui attestent son savoir. — Il y a eu du même nom, (*Richard*) peintre Anglois, mort en 1689, et *Guillaume* son neveu, mort en 1702, à 58 ans, qui excella, comme son oncle, dans la peinture.
GIÈ, (Le maréchal de) *Voy*. I. ROHAN.
GIEZI, *Voy*. ÉLISÉE.
GIFFEN, (Hubert) *Gipanius*, jurisconsulte de Buren dans la Gueldre, professa le droit avec beaucoup de réputation à Strasbourg, à Altorf et à Ingolstad. L'empereur *Rodolphe II*, qui l'appela à la cour, l'honora des titres de conseiller et référendaire de l'empire. *Giffon* mourut dans un âge fort avancé, en 1604. On a de lui des *Commentaires* sur la *Morale* et la *Politique d'Aristote*, in-8°, sur *Homère*, sur *Lucrèce*, et plusieurs *Ouvrages de Droit*, parmi lesquels on distingue ses *Notes sur les Institutes de Justinien*. Ce savant fut accusé plus d'une fois de plagiat, et sur-tout par *Lambia*; mais c'est un reproche qu'on peut faire à tous les commentateurs, et l'on ne voit pas que *Giffon* l'ait mérité plus qu'un autre.
GIFFORD, (Guillaume) archevêque de Rheims, mort en 430 G I G 1629, à 76 ans, est auteur du livre intitulé : *Calvino-Turcismus*, qui parut à Anvers, en 1597, in-8°, sous le nom supposé de *Guillaume Reginald*. Il lit beaucoup de bruit.
**GIGAULT**, (Bernardin) marquis de *Bellefond*, gouverneur de Vincennes, et maréchal de France, étoit fils de *Henri-Robert Gigault*, seigneur de Bellefond, et gouverneur de Valognes. Il fut ambassadeur en Angleterre en 1670. Il se signala en diverses occasions sous *Louis XIV*, qui lui donna le bâton de maréchal en 1668. Il commanda l'armée contre les Hollandois en 1675, et celle de Catalogne, en 1684. Il prit Pont-Major et entra dans Girone; mais il en fut repoussé par les Espagnols. Il mourut en 1694, à 64 ans. Sa postérité subsiste. — *GIGAULT de Bellefond*, (Jacques-Bonne) parent du précédent, fut évêque de Bayonne en 1735, archevêque d'Arles en 1741, et de Paris en 1746. Il mourut de la petite vérole en 1747. Il étoit de la branche ainée de sa famille.
**GIGGÉIUS**, (Antoine) docteur du collège Ambroisien à Milan, vivait au commencement du 17$^{e}$ siècle. Son *Thesaurus linguae arabicae*, 1632, 4 vol. in-folio, est fort estimé. Il est encore auteur de la traduction latine d'un *Commentaire* de trois Rabbins sur les *Proverbes de Salomon*, Milan, 1620, in-4°. **I. GILBERT**, (Saint) abbé de Neufontaines en Auvergne, ordre des Prémontrés, étoit un gentilhomme qui se croisa avec le roi *Louis le Jeune*, qu'il accompagna en Palestine, l'an 1146. De retour en France, il embrassa la vie monastique avec *Pétronille* sa femme, et fonda l'abbaye de Neufontaines, en 1151. Il y mourut le 6 juin de l'année suivante.
**II. GILBERT**, abbé de Citeaux, étoit Anglois; il se distingua tellement par son savoir et par sa piété dans son ordre et dans les universités de l'Europe, qu'il fut surnommé *le Grand* et *le Théologien*. Il mourut à Citeaux en 1166, ou 1168, laissant divers *Écrits de Théologie* et de *Morale*, peu connus, malgré son titre de *Grand*.
**III. GILBERT**, surnommé l'*Anglois*, est le premier de sa nation qui ait écrit sur la pratique de la médecine. Il avoit beaucoup voyagé, et l'avoit fait utilement. Il connoissoit les simples, leurs vertus et leurs propriétés. Son *Abrégé de Médecine* en est un témoignage. Nous en avons une édition, publiée à Genève, 1608, in-4° et in-12.
**IV. GILBERT DE SEMPRINGHAM**, fondateur de l'*Ordre des Gilbertins* en Angleterre, né à Lincoln vers 1104, fut pénitentier, et tint une école pour instruire la jeunesse. Il mourut très-âgé en 1189, après avoir, outre la fondation de son ordre, établi plusieurs hôpitaux. *St. Bernard* l'aimoit et l'estimoit. *Gilbert* étoit originaire de Normandie. **V. GILBERT**, (Gabriel) Parisien, secrétaire des commandemens de la reine *Christine* de Suède, et son résident en France, amassa peu de biens dans ces emplois. Il seroit mort dans l'indigence, si *Hérard*, Protestant comme lui, ne lui avoit donné un asile sur la fin de ses jours. On a de Gilbert des Tragédies ; des Opéra et des Poésies diverses, l'Art de plaire, poème ; recueillis en 1661, in-12. On y trouve quelques bons vers ; mais en général ses productions sont au-dessous du médiocre. Il mourut en 1674.
VI. GILBERT, (Nicolas-Joseph-Laurens) né à Fontenoy-le-Château près de Nanci, en 1751, étoit un jeune poète plein de feu et de verve ; mais cette chaleur d'une imagination ardente se tourna en délire quelques mois avant sa mort. Il s'imaginoit que l'univers entier conspiroit contre lui ; tout lui faisoit ombrage. Insensiblement cette terreur insurmontable le conduisit au tombeau. Dans ses derniers jours, il eut sans cesse à la bouche les paroles consolantes que fournit la religion, et il ferma les yeux à la lumière, avec toute la résignation d'un Chrétien. Il y avoit un mois que dans un accès de folie, il avoit avalé la clef de sa porte, lorsqu'il mourut le 12 novembre 1780, à l'Hôtel-Dieu, à 29 ans. On a de lui des Odes, des Satires, et une pièce qui concourut pour le prix de l'académie Françoise, sous ce titre : Le Génie aux prises avec la Fortune, ou le Poëie malheureux. Son Ode sur le Jugement dernier, celle sur le Combat d'Ouest, offrent de l'énergie et de très-beaux vers ; sa Satire intitulée Le dix-huitième siècle, et celle ayant pour titre, Mon Apologie, annoncent une imagination forte, une heureuse tournure de versification ; mais ces qualités sont quelquefois désigurées par des tirades de vers durs, gigantesques, par l'incorrection du style et l'impropriété des termes. Ce poète a encore traduit le premier chant du poème allemand de la Mort d'Abel. Malade et presque mourant, il fit ces beaux vers que les cœurs sensibles ont retenus : Mes ennemis riant, ont dit, dans leur colère : Qu'il meure, et sa gloire avec lui ! Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père : Leur haine sera ton appui. J'éveillerai sur toi la pitié, la justice De l'incorruptible avenir ; Eux-même épureront, par leur long artifice Ton honneur qu'ils pensent ternir. Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre L'innocence et son noble orgueil : Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre, Veillerez près de mon cercueil. Au banquet de la vie, infortuné convive, Papparus un jour et je meurs ; Je meurs, et sur la tombe où lentement j'arrive, Nul ne viendra verser des pleurs. Salut ! champs que j'aimais, et vous douce verdure, Et vous riant exil des bois, Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature, Salut pour la dernière fois ! Ah ! pulsent voir long-temps votre beauté sacrée Tant d'amis sourds à mes adieux ! Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée, Qu'un ami leur ferme les yeux. On a publié, l'an 10, à Paris, les Œuvres de Gilbert, en 2 vol. in-18.
VII. GILBERT, (Guillaume) médecin Anglois, né à Colches- 432 G I L ter en 1540, mort dans la même ville en 1603, fut le premier inventeur de deux instrumens dont se servent les marins pour observer la latitude quand le temps est couvert. On a de lui : I. *De Magnete*, 1600, in-folio. Il augmenta considérablement dans cet ouvrage le catalogue des substances qui ont la propriété d'attirer les corps légers, et y donna les premiers élémens des connaissances sur l'électricité. II. *De Mundo nostro sublunari*, 1651, in-4.
GILBERT DE LA PORRÉE, *Voyez PORRÉE* (Gilbert de la).
GILDAS, (Saint) surnommé *le Sage*, né à Dumbarton en Ecosse, l'an 520, prêcha en Angleterre et en Irlande, et y releva la pureté de la foi et de la discipline. Il passa ensuite dans les Gaules, et s'établit auprès de Vannes, où il bâtit le monastère de Ruis. Il en fut abbé, et y mourut le 29 janvier 570 ou 571. Il reste de lui quelques *Canons de Discipline*, dans le Spicilège de d'Acheri, et un *Discours sur la ruine de la Grande-Bretagne*, Londres, 1568, in-12, et dans la Bibliothèque des Pères. L'abbaye de Ruis porte le nom de son fondateur. *Gildas* fut un des plus illustres solitaires du VI$^{e}$ siècle. Il s'occupoit uniquement à combattre le vice et l'erreur.
GILDON, fils de *Nubel*, fut un seigneur puissant de Mauritanie, dans le IV$^{e}$ siècle. *Firmus*, un de ses frères, s'étant révolté contre *Théodose le Grand*, en 373, *Gildon* prit les armes contre lui, le réduisit à s'étrangler lui-même, et obtint le gouvernement d'Afrique. Après la mort de *Théodose*, pendant la vie duquel il avoit commencé à se faire des partisans, il se révolta contre *Honorius*, en 573, favorisa les hérétiques et les schismatiques, et défendit la traite des blés en Italie, pour affamer cette province; mais *Mascazel*, son autre frère, qu'il avoit contraint de s'enfuir, avec une assez petite armée, tailla en pièces 70 mille hommes de *Gildon*, qui s'étrangla à son tour en 386.
GILDON, *Voyez BLOUNT*, n.$^{o}$ V, à la fin.
GILEMME, (Pierre) prêtre imposteur, se présenta pour guérir, par la magie, la démence de *Charles VI* roi de France. On voulut éprouver ce qu'il savoit faire : il promit de délivrer douze hommes liés de chaines de fer; mais ayant manqué son opération, le prévôt de Paris le fit brûler avec ses compagnons, l'an 1403.
GILIMER ou GELIMER, prince des Vandales, l'un des descendans du fameux *Genseric*, étoit un capitaine aussi plein de valeur que d'ambition. *Ideric*, roi des Vandales, n'ayant point de fils, il devoit lui succéder; mais, impatient de régner, il forma une conjuration contre lui, et le déposa, l'an 532. *Justinien*, ami d'*Ideric*, l'envoya sommer plusieurs fois de lui rendre la couronne; mais il n'en reçut d'autre réponse, sinon « que les affaires de l'Afrique ne le regardoient point; et que s'il envoyoit une armée, il étoit tout prêt à lui faire face. » *Justinien* lui ayant vainement représenté son injustice, fut forcé de lui déclarer la guerre. *Bélisaire*, envoyé contre lui, l'obligea d'abandonner Carthage en 533. *Gelimer*, désespéré, désespéré, mit à prix les têtes des Romains, et se prépara à une vigoureuse défense. Il y eut une sanglante bataille dans les plaines de Tricameron, à sept lieues de Carthage. L'usurpateur la perdit, et fut contraint de prendre la fuite sur la montagne de Pasuca, où il éprouva une disette horrible. Pharas, un des capitaines de Bélisaire, lui écrivit dans cette extrémité, pour l'engager à s'abandonner à la générosité de Justinien. Gélimer lui répondit, qu'il regardoit comme le dernier des maux, de devenir l'esclave d'un ennemi qui l'avoit détrôné, et qu'il voudroit noyer dans son sang... Il est homme, il est prince, ajouta-t-il : le ciel vengeur peut lui rendre tout le mal qu'il m'a fait. Il finit par demander à Pharas un pain, une éponge et un luth, le pain, parce qu'il n'en avoit pas vu depuis trois mois; l'éponge, pour essuyer ses blessures; le luth, pour chanter ses malheurs. Cependant, vaincu par la faim, il se rendit en 534, et fut conduit à Constantinople, pour orner le triomphe de Bélisaire. La misère qu'il avoit essuyée l'avoit tellement enducci au malheur, que lorsqu'on le présenta à Bélisaire, il avoit l'air aussi riant que s'il eût été dans la prospérité. Sa philosophie ne fut point ébranlée, lorsqu'on l'attacha au char de son vainqueur. Le vaincu fut conduit jusqu'au cirque, où l'empereur étoit assis sur son trône. Se rappelant alors de ce qu'il avoit été, il s'écria : Vanité des vanités, et tout n'est que vanité... Justinien le relégua dans la Galatie, où il lui assigna des terres pour vivre avec sa famille; il l'eût même fait patrice, s'il avoit voulu abjurer l'Arlanisme. Il avoit de l'esprit, de la philosophie, et du courage; mais il étoit d'ailleurs fier, fourbe, amateur de la nouveauté et avide d'argent. I. GILLES, (St.) Ægidius, abbé en Languedoc, étoit d'Athènes. Ayant perdu de bonne heure ses parens, il se consacra à la solitude. Ses vertus l'ayant fait connoître, il se retira en France auprès de St. Césaire, évêque d'Arles, qu'il quitta ensuite pour s'enfoncer dans un désert, non loin du Rhône, où il bâtit un monastère. Des légendaires assurent qu'une biche le nourrit quelque temps de son lait, et que Childebert ayant chassé dans la forêt où elle étoit, jamais les chiens n'en purent approcher. St. Gilles mourut vers 550, après avoir fait un pèlerinage à Rome. Son attachement à St. Césaire l'avoit obligé de présenter au pape Symmaque une Requête en faveur des privilèges de l'église d'Arles.
GILLES DE ROME, Voy. COLONNE, n.º III.
GILLES, Voyez ÆGIDIUS et GILON.
GILLES de CHANTOCK, Voy. ce dernier mot.
II. GILLES, (Pierre) né à Albi en 1490, après s'être rendu habile dans les langues grecque et latine, dans la philosophie et l'histoire naturelle, voyagea en France et en Italie. Il dédia en 1533 un ouvrage à François I, et il exhorta ce prince, dans son épître dédicatoire, d'envoyer à ses frais des savans voyager dans les pays étrangers. Le roi goûta cet avis, envoya, quelque temps après, Pierre Gilles dans le Le- E e vant : mais celui-ci n'ayant rien reçu de la cour pendant tout son séjour, fut obligé, après la mort de François I, arrivée en 1547, de s'enroler dans les troupes de Soliman II, pour pouvoir subsister. Dans un autre voyage, il fut pris par des corsaires, et mené captif à Alger. Quand il eut obtenu sa liberté, par les soins généreux du cardinal d'Armagnac, il se rendit à Rome auprès de son bienfaiteur, chargé des affaires de France, et y mourut en 1555, à 65 ans. On a de lui : I. De vi et natural Animalium, 1533, Lyon, in-4° : ce n'est proprement qu'un extrait d'Heliodore, d'Appien, d'Elien, et de Porphyre, accompagné des observations du compilateur. II. De Bosphoro Thraciio libri tres, in-24. III. De Topographia Constantinopoleos libri quatuor, in-24, et dans l'Imperium Orientale de Bauduri. Ces deux derniers ouvrages ne sont pas inutiles aux géographes. On a imprimé à Lyon, chez Roville, en 1562, une traduction d'Elien avec des remarques de Pierre Gilles.
III. GILLES DE VITERBE, hermite de St. Augustin, professeur de philosophie et de théologie, devint par ses talens, général de son ordre, en 1507, patriarche de Constantinople, et cardinal. Il fit l'ouverture du concile de Latran, en 1512, et fut chargé par Léon X de plusieurs affaires aussi importantes qu'épineuses. Ce savant prélat mourut à Rome le 12 novembre 1532, laissant des ouvrages en vers et en prose, sacrés et profanes. Dom Martenne a donné dans sa grande Collection d'anciens monumens, plusieurs Lettres de Gilles de Viterbe, intéressantes pour la plupart, par les particularités qu'elles renferment sur l'auteur, ou sur les affaires de son temps. On a encore de lui, des Commentaires sur quelques morceaux de l'Écriture ; des Dialogues, des Epîtres, des Poésies : mais ces différentes productions n'ont aucun lecteur aujourd'hui.
IV. GILLES, (Nicole ou Nicolas) secrétaire de Louis XII, et contrôleur du trésor, mort en 1503, a fait des Annales ou Chroniques de France, depuis la destruction de Troie jusqu'en 1496. Cette histoire n'est bonne que depuis le règne de Louis XI. Denys Sauvage, Belleforest et plusieurs anonymes, ont fait des additions aux Annales de Gilles : et Gabriel Chapuis les a continuées jusqu'à l'an 1585, in-folio. Elles ont été traduites en latin. On y trouve des choses curieuses mais la crédulité extrême de Gilles l'a si fort décrié, qu'on n'ose presque pas le citer. V. GILLES, (N... SAINT-) sous-brigadier de la première compagnie des mousquetaires du roi, né en 1680, mourut en 173... dans un couvent de Capucins, où il s'étoit retiré. Ce poète parloit peu, ayant son esprit souvent occupé à combiner de petits morceaux de poésie, dont il faisoit part à ses amis. Son imagination étoit gaie, et quelquefois libertine ; il réussissoit particulièrement dans les sujets obscènes. Quelques-uns de ses Contes et de ses Chansons offrent de l'esprit et de l'agrément. Son poème sur l'Origine des Oiseaux n'en manque pas. La plus grande partie de ses Poésies a été imprimée en 1 vol., intitulé : La G I L 435 Muse Mousquetaire, et se trouve dans les recueils de Ballard. Cette Muse a de l'enjouement, et l'air libre que son titre annonce; mais peu de correction, peu de finesse. —Saint-Gilles avoit un frère, qui mourut en 1745, à 86 ans. Celui-ci étoit auteur d'Ariarothe, tragédie qui ne réussit point. Il rampe dans la foule obscure et nombreuse des rimeurs peu favorisés des Muses.
VI. GILLES, (Jean) de Tarascon en Provence, né en 1669, mourut en 1704, à 36 ans, à Toulouse, maître de musique de l'église St-Etienne. Il unit à beaucoup de talens de grandes vertus. On l'a vu se mettre lui-même dans l'indigence, pour en retirer ceux qui y étoient. Le lendemain des jours solennels, auxquels il avoit fait exécuter sa musique, il faisoit dire des messes pour demander pardon à Dieu des irrévérences auxquelles il craignoit d'avoir donné lieu. Il avoit été enfant de chœur avec le célèbre Campra, dans la métropolitaine d'Aix; Guillaume Poitevin, prêtre de cette église, leur enseigna la musique. Gilles se fit bientôt un nom par ses talens. Bertier, évêque de Rieux, qui l'estimoit particulièrement, demanda pour lui la maîtrise de St-Etienne à Toulouse; mais le chapitre avoit disposé de cette place en faveur de Farinelli. Celui-ci, informé de ce qui se passoit, alla trouver son concurrent, et le força d'accepter sa démission; démarche qui leur fait également honneur. Nous avons de Gilles: I. De beaux Motets et en grand nombre. On en a exécuté plusieurs au concert spirituel de Paris, avec beaucoup d'applaudissement. On estime sur-tout son Diligam te. II. Une Messe des Morts. C'est son chef-d'œuvre. L'origine de ce bel ouvrage est assez singulière. Deux conseillers au parlement de Toulouse étant morts, leurs familles se réunirent pour leur faire faire un superbe service. Gilles fut prié de composer une messe de flequiem. Lorsqu'elle fut achevée, ceux qui l'avoient engagé d'y travailler, trouvèrent que l'exécution de la messe et du service seroit trop coûteuse. Gilles en fut si piqué, qu'il s'écria: Eh bien! elle ne sera exécutée pour personne, et j'en veux avoir l'étrenne. En effet, elle fut chantée, la première fois, pour son auteur. I. GILLET, (François-Pierre) né à Lyon en 1648, avocat au parlement de Paris en 1674, mourut dans cette ville le 23 octobre 1720, à 52 ans. Il fit quelque honneur au barreau par ses plaidoyers; mais il en fit moins à la république des lettres, par ses traductions des Caillinaires de Cicéron, et de plusieurs de ses Oraisons. Ces versions sont non-seulement inférieures à l'original, mais même inutiles depuis les nouvelles Traductions. Ses Plaidoyers, publiés en 2 vol. in-4°, offrent de l'érudition, de la solidité, et quelquefois de la force; mais le style est un peu sec, et l'auteur ne sera jamais compté parmi nos grands orateurs.
II. GILLET, (Hélène) fille de Pierre Gillet, châtelain royal de Bourg en Bresse, au commencement du xviie siècle, fut convaincue de grossesse et d'avoir fait périr son fruit. Elle fut condamnée à perdre la tête; par arrêt du parlement de Dijon. Le E c z 436 G I L bourreau mal-habile la frappa à l'épaule gauche, et au second coup, ne lui fit qu'une légère blessure : cette seconde faute excitant les murmures du peuple, il fut obligé d'abandonner sa tâche. La femme de l'exécuteur, voulant réparer la mal-adresse de son mari, fit ses efforts pour étrangler *Hélène Gillet*, et ne put y réussir. Autres plaintes du peuple, qui se révolte : chacun s'arme de pierres, les jette avec furcuit sur la femme du bourreau et sur son mari; l'un et l'autre, prêts d'en être accablés, sont obligés de fuir. *Hélène*, qui étoit encore pleine de vie, fut menée chez un chirurgien, à qui le magistrat permit de la panser; et le roi ne tarda pas à lui accorder sa grace.
III. GILLET, (Louis-Joachim) chanoine régulier de Ste-Geneviève à Paris et bibliothécaire de cette abbaye jusqu'en 1717, fut curé de Mahon dans le diocèse de Saint-Malo. Après en avoir rempli les fonctions pendant 23 ans, il revint prendre son emploi de bibliothécaire. Il mourut en 1753, à 74 ans. C'étoit un homme très-estimable. Il allicit la modestie au savoir, les vertus sociales aux exercices sédentaires du cabinet, et beaucoup de douceur à une longue habitude d'infirmités. Nous avons de lui, une *Nouvelle Traduction de l'Historien Josèphe*, faite sur le Grec; avec des *Notes critiques et historiques pour en corriger le Tégle dans les endroits où il paraît altéré, l'expliquer dans ceux où il est obscur, fixer les temps et les circonstances de quelques événements qui ne sont pas assez développés, éclaircir les sentimens de l'Auteur, et en donner une juste idée*; 4 vol. in-4°, 1756 et années suivantes, à Paris, chez *Chaubert* et *Hérissant*. Cette version, plus fidelle que celle d'*Arnauld d'Andilly*, mais moins élégante, n'a pas eu tout le succès qu'elle méritoit.
GILLI, (David) ministre-Protestant, natif de Languedoc, abjura le Calvinisme en 1683, entre les mains de *Henri Arnauld*, évêque d'Angers, et ramena plusieurs errans au bercail. *Louis XIV* et le clergé de France lui firent une pension jusqu'à sa mort, arrivée à Angers en 1711, à 63 ans. On a de lui un recueil sous le titre de *Conversion de Gilli*, 1683, in-12, utile aux controversistes. Il y expose les raisons qu'il eut de se réunir à l'Eglise Romaine.
GILLIER, (Jean-Claude) musicien François, auteur de la musique de la plupart des Divertissements de *Dancourt* et de *Régard*, mourut à Paris en 1737, à 70 ans. Il jouoit très-bien du violon.
GILLIERS, (Joseph) officier de l'office du roi de Pologne, mort en 1758, étoit Alsacien. Son *Cannameliste François*, Nanci, 1751, in-4°, est utile aux gens de sa profession. I. GILLOT, (Jacques) d'une famille noble de Bourgogne, étoit chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, et doyen des conseillers clercs du parlement. Sa maison étoit une espèce d'académie, ouverte à tous les savans. Il mourut en 1619, laissant une belle et riche bibliothèque. Ce chanoine eut beaucoup de part au *Catholicon d'Espagne*, ou *Satire Menipée*, Ratisbonne, *Elzévir*, 1664, in-12; et avec les notes de *Godefroy*, Bruxelles, 1709, 3 vol. in-8. C'est dans sa maison que fut composée cette Satire, plus gaie que fine, très-ingénieuse, si on la compare aux productions de son siècle, est assez médiocre, si on la met en parallèle avec celles du nôtre. Cette pièce, faite pour tourner en ridicule les querelles funestes de la Ligue, ne pouvoit partir que d'un homme d'esprit et d'un bon citoyen. Ce fut *Gillot* qui imagina la procession rapportée dans cet ouvrage. La harangue du légat est encore de lui. Les autres harangues sont de *Florent Chrétien*, de *Nicolas Rapin*, et de *Pierre Pithou*, trois beaux esprits amis de *Gillot*: ils avoient, comme lui, cette gaieté, qui étoit autrefois le partage des François, et qui est aujourd'hui si rare chez eux comme chez les autres nations. Nous avons encore de *Gillot*: I. Des *Instructions et Lettres missives concernant le Concile de Trente*, dont la meilleure édition est celle de *Cramoisi*, 1654, in-4. Cet ouvrage renferme des choses très-intéressantes pour l'Histoire du 16$^{e}$ siècle. II. La *Vie de Calvin*, imprimée in-4$^{o}$, sous le nom de *Papyre Masson*.
II. GILLOT, (N...) habile mathématicien, fut d'abord domestique du célèbre *Descartes*, qui voulut bien être aussi son premier maître, et qui n'eut pas lieu de s'en repentir. *Gillot*, en quittant son bienfaiteur, passa en Angleterre, puis de là en Hollande, où il se mit à enseigner les mêmes sciences à divers officiers de l'armée du prince d'Orange. *Descartes* l'envoya ensuite à Paris, comme un homme capable d'enseigner sa méthode en général, et sa géométrie en particulier; car *Gillot* entendoit l'une et l'autre, mieux qu'aucun des mathématiciens de son temps. Il étoit d'ailleurs d'un très-bon esprit, et d'un naturel fort aimable. Quoiqu'il n'eût jamais été au collège et n'eût point appris de belles-lettres, il ne laissoit pas d'entendre un peu de latin et d'anglois. Il savoit le françois comme s'il ne fut jamais sorti de son pays, et le flamand comme s'il eût toujours demeuré dans les Pays-Bas. Il possédoit parfaitement l'arithmétique et la géométrie, et il enseignoit ces sciences avec beaucoup de clarté et de méthode.
III. GILLOT, (Germain) d'une famille noble de Paris, reçut le bonnet de docteur en Sorbonne, et se distingua dans sa licence par ses lumières et ses vertus. Il dépensa plus de cent mille écus à faire élever de pauvres jeunes gens, et à les rendre capables de servir l'Eglise par leurs talens, ou l'Etat par quelque profession honnête. Plusieurs de ses élèves brillèrent dans le barreau, et dans les facultés de médecine, de droit et de théologie. On les appeloit *Gillotins*, et ce nom annonçoit à la fois la générosité de leur bienfaiteur et leur propre mérite. Des ecclésiastiques qu'il avoit élevés, donnèrent leurs soins pour que ses bienfaits se perpétuassent. L'abbé *Gillot* mourut en 1688, à 66 ans.
IV. GILLOT, (Louise-Généviève) Parisienne, morte dans sa patrie en 1718, à 78 ans, fut mariée à de *Saintonge*, avocat, qui cultiva ses talens pour la poésie. Ses Œuvres consistent: I. En *Ephres*, *Eglo* E e 3 438 G I L gues, *Madrigaux*, *Chansons*. II. En deux Comédies, *Griselda*, et *l'Intrigue des Concerts*. III. En deux Tragédies-opéra, *Circé* et *Didon*, qui se jouent encore. Le pinceau de cette dame étoit foible, mais facile. Outre ses *Poésies*, recueillies en 1714, in-12, on a d'elle une Nouvelle historique, très-romanesque, intitulée : *Histoire de Don Antoine*, *Roi de Portugal*, in-12. V. GILLOT, (Claude) peintre et graveur, célèbre sous ces deux titres, fut l'élève de *Vatcau*, et le maître de *Jean-Baptiste Corneille*. Il étoit né à Langres, en 1673, et il mourut à Paris en 1722, membre de l'académie de Peinture. *Gillot* réussissoit à représenter des figures grotesques : ses dessins ont de la finesse, de l'esprit et du goût, mais peu de correction.
GILON ou GILLES, diacre de l'église de Paris, ensuite moine de Cluny, enfin évêque de Tusculum et cardinal, fut un des meilleurs poètes du 12e siècle. Il réunissoit, dit l'abbé le *Bœuf*, le goût et la fécondité. On a de lui. I. Un *Poème latin*, où il chante la première croisade de 1160. II. Une *Instruction* en vers, qu'il dédia au prince *Louis*, fils de *Philippe-Auguste*, pour lui inspirer l'amour de la vertu par l'exemple de *Charlemagne* qu'il y célèbre : c'est ce qui a fait appeler cet ouvrage, le *Carolin*. A la fin du cinquième et dernier livre, *Gilon* donne une liste de savans illustres nés à Paris, pour venger sa patrie des injustes reproches que quelques détracteurs lui faisoient d'être stérile en littérateurs; trop heureuse, disoient-ils, que les étrangers et les savans des provinces du royaume se ras- seinblissent dans cette capitale pour la faire fleurir. L'auteur eût pu se citer pour preuve de leur calomnie, si cet aveu n'eût pas plus blessé sa modestie que la vérité. *Gilon* a fait encore une Vie de *St. Hugue*, abbé de Cluny.
GINGA, *Voyez ZINGHA*.
GIOACHINO GRECO, plus connu sous le nom de *Calabrois*, vivoit vers l'an 1640. C'étoit le plus habile joueur d'échecs de son temps. Il parcourut toutes les cours de l'Europe, pour chercher son pareil; mais il ne le trouva point. Nous avons de lui les *Règles* du jeu qu'il aimoit tant, petit vol. in-12, dont on trouve le précis dans l'*Académie des Jeux*. Le duc de *Nemours*, *Arnauld* le *Carabin*, *Chaumont de la Salle*, les trois plus fameux joueurs de la cour de France, voulurent rompre une lance avec ce champion, et furent vaincus. L'un de ses rivaux fut assez généreux pour célébrer son vainqueur : A peine dans la carrière Contre moi tu fais un pas, Que par ta démarche fière Tous mes projets sont à bas. Je vois, dès que tu s'avances, Céder toutes mes déchises, Tomber tous mes champions; Dans ma résistance valse Roi, Chevalier, Roc et reine Sont moindres que des pions.
GIOCONDO, (Jean) JOCONDE ou JUCONDE, Dominicain, né à Vérone vers le milieu du 15e siècle, se fit un nom par sa capacité dans les sciences, dans les arts, et dans la connaissance des antiquités et de l'architecture. Il fut appelé en France par *Louis XII*, et construisit à Paris le Pont-au- change et le Pont Saint-Michel. Cette construction lui valut, de la part de Sannazar, ce distique latin : Jocundus geminum imposuit tibi, Sequana, Pontum; Hunc tu jure potes dicere Pontificem. Sannazar ne plaisantoit point, et écrivoit très-sérieusement ce maussade rébus; et c'est ce qui doit paroître étrange d'un homme de cette réputation. Ce fut Gio- condo qui, pour remédier aux atterrissemens causés dans les Lagunes de Venise par l'embou- chure de la Brenta, qui faisoient crainére qu'un jour cette ville ne se trouvât jointe à la terre ferme, imagina de détourner une partie des eaux de cette rivière, et de les faire entrer dans la mer auprès de Chioggia. S'étant retiré à Rome, il fut choisi, après la mort de Bramante, pour un des architectes de l'église de Saint-Pierre : il travailla avec Raphaël d'Urbin et Antoine Pan- gallo à renforcer les fondemens de cet immense édifice, auxquels Bramante n'avoit pas donné la solidité nécessaire. Giocondo est auteur de Remarques curienses sur les Commentaires de César, et il fut le premier qui publia le dessin du pont que ce con- quérant fit construire sur le Rhin, dont la description jusqu'alors avoit été mal entendue. Il a donné aussi des éditions de Vi- truve et de Frontia. Ce fut par son moyen qu'on trouva dans une bibliothèque de Paris, la plupart des Épitres de Pline, qu'Alde Manuce imprima. Son savoir ne se bornoit pas à l'ar- chitecture et aux antiquités; il étoit également versé dans la philosophie et la théologie, et il fut le maître de Jules-César Scaliger. Dès avant 1506, il avoit quitté l'habit de son ordre, et vivoit prêtre séculier. Il mou- rut dans un âge très-avancé, vers 1530.
GIOENI, Voyez XV. Co- LONNE.
GIOJA ou plutôt GILIA, (Flavio) fameux pilote, né à Pasitano, château près d'Amalfi, dans le royaume de Naples, vers l'an 1300, connut la vertu de la pierre d'Aimant, s'en servit, dit-on, dans ses navigations, et peu à peu, à force d'expé- riences, il inventa la Boussole. On ajoute que, pour apprendre à la postérité que cet instrument avoit été inventé par un sujet des rois de Naples, alors cadets de la maison de France, il marqua le Nord avec une fleur de lis : exemple qui fut suivi par toutes les nations qui firent usage de cette nouvelle découverte. Kir- cher cite, dans son Art magné- tique, GIVOT de Provins, poète François du 12e siècle, qui, après avoir parlé du pôle arc- tique, fait mention de la bous- sole en ces termes, qui sont assez obscurs pour qu'on n'en puisse rien conclure : Icelle étoile ne se muet; Un art onc qui mentir ne puer Par vertu de la marinette, Une pierre laide et noirette, Où le fer volontiers se joint. Ceux qui trouvent tout dans les anciens, prétendent qu'ayant connu la propriété qu'a l'aimant de se tourner vers le pôle Sep- tentrional, il ont eu, par con- séquent, une aiguille aimantée. Mais Pline, qui parle plusieurs fois de l'aimant et de son at- traction, ne fait aucune mention de sa direction vers le pôle. L'an- E c 4 tiquité n'ayant point le mérite de l'invention de la boussole, on a voulu en gratifier les Chinois. Mais ce peuple n'a point connu la boussole proprement dite; ou du moins l'aiguille qu'ils mettent dans la boîte n'est point aimantée; elle est seulement enduite d'une emplâtre qui communique au fer la propriété de se tourner vers le pôle. Il est probable que les Arabes eurent, les premiers, l'idée de la boussole telle que nous la connoissons. On passoit d'abord l'aiguille aimantée dans un brin de paille, et on la jetoit dans l'eau. Ensuite, on fit une boussole dans les formes. C'est sans doute l'amélioration d'un instrument connu, mais grossier, qu'on doit attribuer à Flavio Gioja. La chose n'est pas démontrée, mais elle est vraisemblable. Quoi qu'il en soit de l'auteur de cette invention, c'est la boussole qui ouvrit, pour ainsi dire, l'univers. Les voyages, auparavant, étoient longs et pénibles; on n'alloit presque que de côte à côte; mais grâce à cette invention, on trouva une partie de l'Asie et de l'Afrique, dont on ne connoissoit que quelques côtes; et l'Amérique, dont on ne connoissoit rien du tout.
GIOLITO DEL FERRARI, (Gabriel) célèbre imprimeur de Venise dans le 16e siècle, étoit originaire de Frino, ville de Montferrat, d'où Jean son père, imprimeur lui-même, étoit venu s'établir à Venise vers 1530. Gabriel se fit une grande réputation dans son art, qu'il mérita plus cependant par l'élégance de ses caractères, et par la qualité du papier qu'il employoit, que par la correction de ses éditions, qui n'est pas toujours aussi soignée qu'on pourroit le désirer. Il vécut fort estimé et considéré à Venise, et reçut pendant sa vie des marques distinguées de la faveur de plusieurs princes. Il tiroit son origine de la famille noble des Ferrari de Plaisance, et sa noblesse lui fut confirmée par un diplôme de l'empereur Charles V en 1547. Il mourut en 1581, et laissa deux fils, Jean et Jean-Paul, qui furent imprimeurs comme lui.
GIORDANI, (Vital) né à Bitonto en 1633, passa sa jeunesse dans la débauche, et épousa une fille sans biens. Un de ses beaux-frères lui ayant reproché ses désordres, il le tua, et s'enrôla dans la flotte que le pape envoyoit contre les Turcs. L'amiral lui trouva du génie; il lui donna l'emploi d'écrivain, qui étoit vacant. Giordani, obligé d'apprendre l'arithmétique pour remplir ses fonctions, dévora celle de Clavius, et prit du goût pour les mathématiques. De retour à Rome en 1656, il devint garde du château Saint-Ange, et profita du loisir que lui donnoit cet emploi pour se livrer à l'étude des mathématiques. Il y fit de si grands progrès, que la reine Christine de Suède le choisit pour son mathématicien. Louis XIV le nomma pour enseigner les mathématiques à Rome, dans l'académie de peinture et de sculpture qu'il y avoit établie en 1666; et le pape Clément X lui donna la charge d'ingénieur du château Saint-Ange. Giordani eut, en 1685, la chaire de mathématiques du collège de la Sapience, fut reçu membre de l'académie des Arcadi, le 5 mai 1691, et mourut le 3 no- vembre 1711, à 78 ans. Il étoit d'un tempérament bilieux et violent, mais infatigable. Il fit des excès de travail qui lui procurèrent des maladies fâcheuses; mais il se rétablissait par un bon régime. Ses principaux ouvrages sont: I. *Euclide restituto*, 1686, in-fol. II. *De componendis gravium momentis*, 1685. III. *Fundamentum doctrinae motus gravium*, 1686. IV. *Ad Hyacinthum Christophorum Epistola*, in-folio, 1705, à Rome, comme les précédens. Ces écrits eurent de la réputation dans leur temps.
GIORDANI BRUNI, *Voyez* BRUNUS.
GIORGIO, (François de) de la famille des *Martini* de Sienne, né en 1423, et mort en 1470, bâtit à Urbin le palais du duc *Frédéric Feltre*, dont les connoisseurs estiment l'architecture.
GIORGION, (George) peintre célèbre, né en 1478 au bourg de Castel-Franco, quitta la musique pour laquelle il avoit du goût et du talent, pour embrasser la peinture. Il apprit cet art sous *Jean Belin*. L'élève passa tout-à-coup de la manière de son maître, à une autre qu'il ne dut qu'à lui-même. L'étude qu'il fit des ouvrages de *Léonard de Vinci*, et sur-tout de la nature, acheva de le perfectionner. Ce fut lui qui introduisit à Venise la coutume où étoient les grands, de faire peindre les dehors de leurs maisons. *Titien* ayant connu la supériorité de ses talens, le visitait fréquemment, pour lui dérober les secrets de son grand art; mais le *Giorgion* trouva des prétextes pour lui interdire sa maison. Cet habile maître mourut en 1511, à 33 ans, de la douleur que lui causa l'infidélité de sa maîtresse. Dans l'espace d'une vie si courte, il porta la peinture à un point de perfection qui surprend tous les connoisseurs. Il entendait parfaitement l'art si difficile de bien ménager les jours et les ombres, et de mettre toutes les parties dans une belle harmonie. Ses tableaux sont supérieurs à tous ceux qu'on connoissait alors, par la force et la fierté. Son dessin est délicat, ses carnations sont peintes avec une grande vérité; ses figures ont beaucoup de rondeur; ses portraits sont vivans, et ses paysages touchés avec un goût exquis. Il est le fondateur de la troisième école d'Italie, dite de Lombardie.
GIOSEPIN, *Voyez* ARPINO.
GIOTTINO, (Thomas di LAPPO, dit le) fut ainsi appelé, parce qu'il imita parfaitement la manière du *Giotto*, son compatriote. Les Florentins lui firent faire un portrait ridicule de *Gautier de Brienne*, duc d'Athènes, leur ennemi. Il mourut en 1356, à 32 ans.
GIOTTO, (Le) peintre, naquit dans un bourg près de Florence, de parens pauvres. Le fameux *Cimabue*, fondateur de l'école Florentine, l'ayant rencontré à la campagne, qui gardoit le troupeau de son père, et qui pendant que ses moutons paissoient, les dessinoit sur une brique, le mit au nombre de ses élèves. *Giotto* profita tellement sous son maître, qu'après sa mort il passa pour le premier peintre de l'Europe. On rapporte que le pape *Benoit XI*, voulant éprouver le mérite des peintres Florentins, envoya un connoisseur pour rapporter un dessin de chacun. *Le Giotto* se contenta de faire sur du papier, à la pointe du pinceau, et d'un seul trait, un cercle parfait. Cette hardiesse, et en même temps cette sureté de main, donna au pape une grande idée de son talent, et fit naître ce proverbe italien : *Tu sei più rondo, che l'O del Giotto... Benoit* l'appela à Rome, d'où il passa à Avignon dans le temps de la translation du saint-siège. Après la mort de *Clément V*, il retourna dans sa patrie, et y mourut en 1334, suivant *Monaldini*. Les Florentins ont fait élever sur son tombeau une statue de marbre. *Pétrarque et le Dante*, amis de ce peintre, le célébrèrent dans leurs vers. Le grand tableau de Mosaïque qui est sur la porte de l'église de Saint-Pierre de Rome, est de lui.
GIOVANI, *Voyez POLENI.*
GIPHANIUS, *Voy. GIFFEN.*
GIPPIUS, est le nom d'un citoyen Romain qui feignoit de dormir lorsque sa femme recevait la visite de ses amis. Un jour voyant un esclave dérober du vin dans le buffet, il lui cria : *Mon ami ! je ne dors pas pour tout le monde. (Non omnibus dormio.)* Ces paroles passèrent en proverbe à Rome.
GIRAC, (Paul-Thomas sieur de) natif d'Angoulême, et conseiller au présidial de cette ville, fut l'intime ami de *Balzac* et l'adversaire de *Voiture*. Il défendit le premier, contre *Costar*, partisan outré du second. Cette querelle produisit une vive fermentation dans son temps; mais aujourd'hui les écrits et les injures qu'elle fit vomir, ne causeraient que de l'ennui. *Girac* paroît fort savant dans les siens, mais en- core plus emporté. Il mourut en 1663. C'étoit un assez plat écrivain, qui croyait se faire valoir, en s'affichant pour le champion d'un auteur qui passait alors pour excellent. I. GIRALDI, (Lilio Gregorio) savant profond dans les langues, dans la connoissance de l'antiquité et dans les mathématiques, naquit à Rome en 1478, et y mourut en 1552, à 74 ans, dans la misère. Il disoit ordinairement « qu'il avoit eu à combattre contre trois ennemis, la nature, la fortune et l'injustice. » Il perdit son bien et sa bibliothèque, lorsque l'armée de *Charles-Quint* pilla sa patrie. La goutte vint se joindre à la pauvreté, et il en fut tellement tourmenté dans sa vieillesse, qu'il ne pouvoit pas tourner le feuillet d'un livre. Il occupa, parmi les littérateurs de son temps, la place qu'a *Job* parmi les patriarches. Dans un des accès de ses maux, il écrivit contre les lettres et les lettres une diatribe intitulée : *Progymnas-mata adversis litteras et litteratos*. A ce petit travers près, on doit le regarder comme une des plus grandes lumières de l'Italie. Les écrits de ce savant ont été recueillis à Leyde, en 1596, 2 vol. in-fol. Les plus souvent cités sont : I. *Syntagma de Diis Gentium*, livre excellent pour ce qu'il contient, mais qui ne renferme pas tout ce qu'on peut faire entrer dans une Mythologie. II. *L'Histoire des Poètes Grecs et Latins*. III. *Celle des Poètes de son temps*. Ces deux ouvrages sont moins consultés que son Histoire des Dieux des Gentils.
II. GIRALDI-CINTHIO, (Jean-Baptiste) *Giraldus-Cinthius*, né à Ferrare d'une famille noble, au commencement du 16e siècle, tint un rang distingué parmi les poètes et les littérateurs de son temps. On a de cet auteur : I. Neuf Tragédies; Venise, 1583, in-8°, dont la meilleure est l'Orbeche. Crescimbeni estime Giraldi comme tragique. II. Un Poème en XXVI chants, intitulé Ercole, imprimé à Modène en 1557, in-4°, et qui, selon Crescimbeni, est tombé dans l'oubli. III. Un recueil de 100 Nouvelles, sous le titre d'Hecatommiti nel Monte-gala, appresso Lionardo Torren-tino, 1565, en 2 vol. in-8° : c'est le plus connu de ses ouvrages. Gabriel Chapuis les traduisit en françois; Paris, 1584, 2 vol. in-8°, et les annonça dans le frontispice comme contenant plusieurs beaux exemples et notables histoires. IV. Il a donné en latin des Poésies, et l'Histoire d'André Doria; Leyde, 1696, 2 vol. in-fol. Giraldi avoit enseigné les belles-lettres à Mondovi et à Turin. Il professa ensuite avec distinction la rhétorique à Pavie. La goutte, maladie héréditaire dans sa famille, lui livrant de cruels assauts, il crut qu'il en adouciroit les douleurs en respirant l'air natal. Il retourna à l'errare; mais il mourut trois mois après, en 1573, à 69 ans. Il luissa un fils, Celso Giraldi, qui recueillit les Tragédies de son père. Jean-Baptiste Giraldi joignoit à un esprit fleuri et cultivé, un caractère honnête et des mœurs décentes.
GIRARD DE VILLETHIERI, (Jean) prêtre de Paris, mort dans sa patrie en 1709, à 68 ans, enrichit l'église d'un grand nombre de livres de piété. Ses Traités, recueillis, pourroient composer un Corps de Morale-pratique pour toutes les conditions et tous les états. Il appuie ce qu'il dit, non-seulement par les principes de la raison, mais aussi par l'Écriture-Sainte, par les Pères et par les conciles. Ses principaux ouvrages sont : I. Le véritable Pénitent. II. Le Chemin du Ciel. III. La Vie des Vierges. IV. Celle des Gens mariés; des Veuves; des Religieux; des Religieuses; des Biches et des Pauvres. V. La Vie des Saints. VI. La Vie des Clercs. VII. Un Traité de la Vocation. VIII. Le Chrétien étranger sur la terre. IX. Un Traité de la Flatterie. X. Un autre de la Médisance. XI. La Vie de J. C. dans l'Eucharistie. XII. Le Chrétien dans la tribulation. XIII. Un Traité des Eglises et des Temples. XIV. Un autre, Du respect qui leur est dû. XV. La Vie de St. Jean de Dieu. XVI. Un Traité des Vertus théologales. Enfin la Vie des Justes. Ces différens ouvrages sont chacun en 1 ou 2 vol. in-12; on les a souvent réimprimés. Il seroit à souhaiter que l'auteur eût écrit avec plus de pureté et de précision, et qu'il eût rempli ses livres de choses moins communes. I. GIRARD, (Guillaume) archidiacre d'Angoulême, avoit été secrétaire du duc d'Epernon. Après la mort de ce duc, il donna des Mémoires pour sa vie en 4 vol. in-12. Il nous y apprend beaucoup de particularités intéressantes. Sur la fin de ses jours, cet auteur se livra à la dévotion. Ce fut alors qu'il entreprit la traduction des Œuvres du pieux Louis de Grenade. Elle parut sur la fin du dernier siècle, en 10 vol. in-8°, ou 2 vol. in-fol. C'est la plus exacte que nous ayons; mais nous pourrions en avoir une plus élégante.
II. GIRARD, (Albert) habile géomètre Hollandois, publia, vers l'an 1629, un livre intitulé: *Invention nouvelle en Algèbre*. Il y traite savamment des racines négatives, ou affectées du signe *moins*; et montre que dans certaines équations cubiques, ou du 3$^{e}$ degré, il y a toujours trois racines: ou deux positives et une négative: ou deux négatives et une positive. *Girard* entrevoyait bien d'autres vérités, que *Descartes* développa peu de temps après.
III. GIRARD, (Jean-Baptiste) Jésuite, natif de Dôle, se fit un nom dans son ordre par ses talens. Après avoir professé les humanités et la philosophie, il se consacra à la prédication et à la direction; et il exerçoit ces emplois avec autant de complaisance que de succès. Un nombre infini de femmes du monde furent mises par lui dans le chemin du salut. Plusieurs filles entrèrent dans le cloître, à sa persuasion, et en furent l'exemple. Le P. *Girard* eut la réputation de faire des Saintes, et cette réputation lui étoit chère. S'il avoit l'esprit d'un directeur habile, il ne fut pas exempt de vanité; mais elle étoit cachée sous un air pénitent et mortifié. Ce fameux Jésuite fut envoyé d'Aix à Toulon en 1728, pour être supérieur du séminaire royal de la marine. Parmi les pénitentes qui vinrent à lui, il distingua *Marie-Catherine Cadière*, fille de 18 à 20 ans, née avec un cœur sensible, et entêtée de la passion de faire parler de ses vertus. La pénitente, échauffée par le plaisir d'avoir un directeur qui la prônoit par-tout, voulut avoir une réputation encore plus étendue. Elle eut des extases et des visions, et reçut des stigmates à côté du cœur. Son directeur fut assez imprudent pour s'enfermer avec elle, dans le dessein de voir ce prétendu miracle; il le vit, et sentant qu'il y avoit quelque chose d'outre dans la conduite de sa pénitente, il chercha à s'en débarrasser. La *Cadière*, piquée contre lui, choisit un autre directeur. Elle s'adressa à un Carme, fameux Janséniste, et connu par sa haine contre les Jésuites. Il engagea sa pénitente à faire une déposition, dans laquelle elle déclara que le P. *Girard*, après avoir abusé d'elle, lui avoit fait perdre son fruit; et comme, par cette déclaration, elle auroit été aussi coupable que lui, il fallut avoir recours à l'unique moyen qu'il y avoit, tout ridicule qu'il étoit: ce fut l'enchantement et le sortilège. Cette misérable étala sa honte aux yeux de l'univers, par l'unique plaisir de la vengeance. L'affaire fut portée au parlement d'Aix, et elle mit la combustion dans les familles. Enfin, après des cabales, des querelles, des satires, des chansons et des injures sans nombre, le parlement déchargea le P. *Girard* des accusations intentées contre lui. La *Cadière* fut mise hors de cour et de procès; mais on la condamna aux dépens faits devant le lieutenant de Toulon. Cet arrêt fut prononcé le 16 décembre 1731. C'étoit le parti le plus sage qu'on pût prendre. L'entêtement et la prévention des deux factions intéressées dans une telle dispute, ont mis un nuage sur cette affaire, et on en raisonne encore diversement aujourd'hui. Les uns veulent que le P. *Girard* ait été un sorcier; les autres, un hypocrite voluptueux. L'accusation de marie est ridicule, et celle de libertinage ne l'est guère moins. L'amour n'étoit pas la foiblesse de Girard : il avoit alors plus de 50 ans ; et à cet âge le cœur est rarement rempli du feu des desies. L'ambition étoit sa passion dominante, et cette ambition le jeta dans cette scène risible et funeste, en lui faisant croire trop facilement les prétendus miracles de sa pénitente, dont la gloire rejaillissoit sur le directeur. Ses supérieurs l'envoyèrent à Dôle, après que le procès fut terminé. Il fut fait recteur ; et il y mourut en odeur de sainteté, à ce que disent ses confrères. La fureur d'écrire est telle en France, qu'on a formé plusieurs volumes in-12 des pièces de ce singulier procès.
IV. GIRARD, (Gabriel) né à Clermont en Auvergne, posséda dans sa jeunesse un canonicat de la collégiale de Notre-Dame de Montferrand. Mais il le résigna bientôt à un de ses frères, pour aller cultiver la littérature à Paris. Il se fit des amis qui lui procurèrent la place d'aumônier de Mad. la duchesse de Berry, fille du régent, et celle d'interprète du roi pour les langues esclavonne et russe. En 1744, il fut reçu membre de l'académie Françoise. Il mérita cet honneur par quelques ouvrages de grammaire qui respirent la philosophie : I. Synonymes François ; leurs différentes significations, et le choix qu'il en faut faire pour parler avec justesse, in-12. Ce livre, plein de goût, de finesse et de précision, subsistera autant que la langue, et servira même à la faire subsister. Le but de l'auteur est de prouver que presque tous les mots qu'on regarde comme parfaitement synonymes dans notre langue, diffèrent réellement dans leur signification, à peu près comme une même couleur paroît sous diverses nuances. Ce grammairien philosophe-saisit très-bien ces différences imperceptibles, et les fait sentir à son lecteur, en rendant ce qu'il apperçoit et ce qu'il sent, en des termes propres et clairs. Le choix des exemples est excellent, à quelques-uns près, qu'il auroit pu se dispenser de prendre dans des matières de galanterie. Les autres présentent presque toujours des pensées fines et délicates, des maximes judicieuses, et des avis importans pour la conduite. Beauzée a donné, en 1769, une nouvelle édition de cet ouvrage, augmentée d'un volume et de quelques articles posthumes de l'abbé Girard. Les Nouveaux Synonymes François, par l'abbé Roubaud, 1786, 4 vol. in-8°, sont regardés comme un supplément à ceux de Girard et Beauzée. II. Une Grammaire sous le titre de Principes de la Langue Françoise, 2 vol. in-12, 1747, inférieure aux Synonymes, du moins pour la forme ; mais qui offre d'excellentes choses, et même, suivant son titre, les vrais principes de la langue. L'auteur subtilise trop sur la théorie du langage, et ne cherche pas assez à en exposer clairement et nettement la pratique. Il n'écrit point d'une manière convenable à son sujet. Il affecte ridiculement d'employer des tours de phrase, qu'on souffriroit à peine dans ces romans bourgeois et familiers dont nous sommes rassasiés. L'abbé Girard s'étoit imaginé que ces prétendus agrémens de style lui procureroient plus de lecteurs ; et quand on lui en falsoit appercevoir la discordance avec son sujet, il répondoit naïvement : *J'ai mis cela pour les femmes*. Vivant dans la retraite, et étranger au ton des gens du monde, il avoit cru emprunter leur langage en parlant un jargon de *précieuse*. Il y a d'ailleurs, dans son livre, des choses peu favorables à la religion et aux mœurs. Du moins on crut y trouver des assertions habilement enveloppées contre la spiritualité de l'âme et d'autres vérités sacrées. On craignit même dans le temps que le gouvernement ne l'en punit ; mais l'obscurité dans laquelle il vivoit, le sauva ; « et il eut, dit d'Alembert, l'avantage d'échapper à la haine par le peu de surface qu'il présentoit à ses coups. » L'abbé *Girard* mourut le 4 février 1748, à 70 ans. C'étoit un homme d'un esprit fin et versé dans la lecture des bons écrivains. V. GIRARD, (Gilles) curé d'Hermanville, près Caen, né à Campsour dans le diocèse de Coutances, a été un des meilleurs poètes latins de son temps. Il avoit perfectionné son talent dans l'université de Caen, où il professa les humanités. Il réussit surtout dans l'Ode Alcaïque, et il ne le cède en ce genre à aucun poète moderne. Nous avons de lui un nombre assez considérable de *Poésies lyriques*, dont la plupart ont été couronnées aux palinods de Caen et de Rouen, et imprimées séparément. On devroit donner au public le *Régueil* de toutes ces pièces. L'auteur mourut en 1762, âgé de 60 ans.
VI. GIRARD, DU HAILLAN, *Voy. HAILLAN*.
GIRARDET, peintre du roi de Pologne, duc de Lorraine, *Stanislas*, et l'un des membres de l'académie de Peinture de Paris, naquit à Luneville en 1709, et mourut en 1781... Il étoit petit-neveu de *Charles Messin*, et fut le meilleur élève de *Claude Charles*. Il rendit service à sa patrie, par les instructions gratuites qu'il donnoit de son art, et se fit estimer par les qualités du cœur autant que par ses talents. *Voy. GUARIN*.
GIRARDIN, (Patrice Piers de) Anglois, docteur de Sorbonne, reçu le 15 avril 1707, est mort au mois de septembre 1764, âgé d'environ 90 ans. Il est auteur de la *Préface* de l'ouvrage du docteur *Atterbury*, intitulé : *De verá et non interrupta successione Episcoporum in Angliá*, in-4.
GIRARDON, (François) sculpteur et architecte, né à Troye en Champagne l'an 1628, de *Nicolas Girardon*, fondeur de métaux, eut pour maître *Laurent Mazière*. Après s'être perfectionné sous *François Anguier*, il s'acquit une si grande réputation, que *Louis XIV* l'envoya à Rome pour étudier les chefs-d'œuvre anciens et modernes, avec une pension de mille écus. De retour en France, il orna de ses ouvrages en marbre ou en bronze, les maisons royales. Après la mort de la *Brun*, *Louis XIV* lui donna la charge d'inspecteur général de tous les morceaux de sculpture. Tous les sculpteurs se réjouirent de ce choix. Il n'y eut que le célèbre *Pujet*, qui, pour ne pas dépendre de lui, s'éloigna de la capitale, et se retira à Marseille. Ces deux rivaux étoient dignes l'un de l'autre; *Pujet* mettoit plus d'expression dans ses figures, et Girardon plus de graces. Les ouvrages de celui-ci sont surtout admirables par la correction du dessin, et par la beauté de l'ordonnance. Les plus célèbres sont : I. Le magnifique *Mausolée* du cardinal de *Richelieu*, dans l'église de la Sorbonne. II. La *Statue* équestre de *Louis XIV*, où le héros et le cheval sont d'un seul jet : c'est son chef-d'œuvre. III. Dans les jardins de Versailles, l'*Enlèvement de Proserpine par Pluton*, et les excellens *Groupes* qui embellissent les bosquets des bains d'*Apollon*, etc. Ce grand artiste, trop occupé pour pouvoir travailler lui-même ses marbres, abandonna cette partie essentielle de la sculpture à des artistes qui, quoique habiles, n'ont pas jeté dans l'exécution tout l'esprit et toute la vérité que la main de l'auteur y imprime ordinairement. Il mourut à Paris, le 1er septembre 1715, à 88 ans. Il avoit été reçu de l'académie de Peinture en 1657, professeur en 1659, recteur en 1674, et chancelier en 1695. *Catherine du Chemin*, son épouse, se fit un nom par son talent de peindre les fleurs : *Voy. CHEMIN* (*Catherine du*).
GIRAUD, (Sylvestre) *Giraldus*, né à Maimpir, dans le comté de Pembroke, se distingua parmi les savans de son temps. Après avoir professé dans l'université de Paris et à Oxford, il devint archidiacre et chanoine de Saint-David. Il s'occupa beaucoup des affaires d'Angleterre; mais il se fit tant d'ennemis par sa rigidité, que son élection à l'évêché de Saint-David ne fut pas confirmée par le pape même, dont il avoit toujours pris les intérêts. Il mourut vers 1220, âgé de 75 ans. On trouve de lui plusieurs ouvrages dans l'*Anglia Sacra* de *Warton*, et dans la *Britannia* de *Cambden*. Sa *Description* du pays de Galles, [*Cambria*] a été imprimée séparément à Londres, 1585, in-8.
GIRAUDEAU, (Bonaventure) Jésuite, né à Saint-Vincent-sur-Jard en Poitou, en 1697, mourut le 14 septembre 1774, âgé de 77 ans. C'étoit un homme attaché à ses devoirs, et un excellent humaniste. On a de lui : I. Une bonne *Méthode pour apprendre la langue Grecque*, 1751 et suivantes, en cinq parties in-12. II. *Praxis lingua sacra*, 1757, in-4. III. *Les Paraboles du P. Bonaventure*, petit in-12, où la morale est présentée d'une manière agréable. IV. *L'Évangile médité*, 1774, 12 vol. in-12, qui a eu du succès, parce qu'il y a de l'onction.
GIROD, (Jean-François-Xavier) fils d'un médecin, et médecin lui-même, étoit né en 1735, dans un village près de Salins. Il exerça son art à Besançon avec autant d'habileté que de désintéressement. Il se signala sur-tout contre les épidémies sur lesquelles il envoya un long mémoire à la société de médecine de Paris, dont il étoit membre. Il mourut victime de son zèle, en juillet 1783, au milieu de l'épidémie qui adligeoit le village de Châtenois, bailliage de Dôle. Le roi l'avoit anobli. I. GIRON, (D. Pierre) duo d'*Ossone*, issu d'une famille illustre d'Espagne, fut mené à Naples, encore enfant, l'an 1581, lorsque son grand-père alla se mettre en possession de la vice-royauté de ce royaume. Il servit ensuite en Flandre pendant six campagnes avec beaucoup de valeur. Etant retourné en Espagne, il y obtint la charge de gentilhomme de la chambre du roi, et l'ordre de la Toison d'or. Le duc d'Ossone fut un de ceux qui s'opposèrent le plus à l'expulsion des Maures : expulsion qui lui parut, ainsi qu'aux bons citoyens, funeste à la patrie. Nommé en 1611, vice-roi de Sicile, il fit relever les fortifications des places fortes, et mit la marine en si bon état, que les Turcs n'osèrent plus paroître sur les côtes de cette isle. Après avoir été pendant quatre ans gouverneur de la Sicile, il fut nommé vice-roi de Naples. En Sicile, ses seuls ennemis avoient été les Turcs; à Naples, ce furent les Vénitiens. Il résolut d'abattre leur fierté, et de leur disputer l'empire de leur golfe. Il les fatigua en effet extraordinairement par les courses et les prises que ses vaisseaux firent sur eux. En 1626, la vice-royauté de Naples lui fut continuée pour trois ans. Ce fut dans cette année qu'on découvrit, par le moyen de *Jaffier*, un des conjurés, la fameuse conspiration contre Venise. *Voy*. CUEVA. Le duc d'Ossone eut beaucoup de part aux préparatifs qui se firent pour l'exécution de ce projet exécrable. Les Napolitains ne se louoient pas plus de lui, que les Vénitiens ; il les traitoit en tyran. Ses ennemis, aidés par les officiers de l'inquisition, qu'il avoit refusé d'établir à Naples, y vendirent bientôt sa fidélité suspecte. Il se soutint pourtant quelque temps contre les intrigues, en mariant son fils avec la fôle du duc d'Ucèda, favori du roi d'Espagne, et fils du duc de Lerme. Mais enfin le cardinal *Borgia* fut envoyé à sa place. La mort de *Philippe III* mit le comble à sa disgrace. Le duc de *Lerme*, son protecteur, fut éloigné par le nouveau ministre ; et le duc d'Ucèda, beau-père de son fils, subit le même sort. On informa contre lui. Les Napolitains remplirent plus de sept rames de papier, de différentes accusations. Le duc leur répondit avec la fierté d'un homme qui n'auroit rien eu à se reprocher, et ses réponses servirent presque à le justifier. Enfin, après avoir été enfermé pendant trois ans, il mourut dans la prison en 1624, âgé d'environ 47 à 48 ans, sans qu'on lui eût prononcé sa sentence. Nous n'examinerons pas si le duc d'Ossone étoit innocent ou coupable ; mais il est certain qu'il poussa trop loin l'ambition, l'orgueil, le faste, la cruauté et la despotisme. On rapporte de lui plusieurs fades plaisanteries, qu'on trouve dans tous les insipides recueils de bons mots. *Gregorio Lèti* a écrit sa *Vie*, et l'a brodée à sa manière.
II. GIRON GARCIAS DE LOAYSA, archevêque de Tolède, né à Talavera en Espagne, fut appelé à la cour de *Philippe II*, qui le fit son auménier, lui confia l'éducation de l'infant d'Espagne son fils, et le plaça ensuite sur le siège de Tolède. Il ne l'occupa pas long-temps ; car il mourut cinq ou six mois après, en 1509. On dit que le chagrin qu'il concourt du peu de considération que lui témoignoit le roi *Philippe III*, successeur de *Philippe II*, hâta sa mort. Ce savant prélat avoit publié en 1594, in-folio, une nouvelle *Collection des Conciles d'Espagne*, avec des notes et des corrections. C'étoit la meilleure qu'on qu'on eût avant celle du cardinal d'Aguirre.
GIROUST, (Jacques) Jésuite, né à Beaufort en Anjou, en 1624, mort à Paris, le 19 juillet 1689, à 65 ans, remplit avec beaucoup de distinction les chaires de la province et de la capitale. Sa manière de prêcher étoit, comme son ame, simple et sans fard; mais dans cette simplicité, il étoit ordinairement si plein d'onction, qu'en éclairant les esprits, il gagnait presque toujours les cœurs. Le P. Bretonneau, son confrère, publia ses Sermons en 1704, cinq vol. in-12. On y trouve une éloquence naturelle et forte; mais il n'est pas difficile de s'appercevoir que le P. Giroust s'attachoit plus aux choses qu'aux paroles, qu'il négligeoit un peu trop. Peut-être croyoit-il que la simplicité du style aidoit beaucoup le pathétique, donnoit à l'éloquence un air plus naturel et plus touchant, et produisoit l'onction. Son Avent est intitulé: Le Pêcheur sans excuse. C'étoit l'usage des prédicateurs de ce temps-là, de choisir un dessein général, auquel ils rapportoient tous les discours de l'Avent. On a sagement réformé cette coutume bizarre, qui entrainoit des répétitions fastidieuses. Le P. Giroust prêchoit et agissoit; ses mœurs étoient dignes de ses sermons. I. GIRY, (Louis) Parisien, avocat au parlement et au conseil, fut l'un des premiers membres de l'académie Françoise. Il se fit un nom dans le monde par sa proleité et son désintéressement; et dans la république des lettres, par ses traductions. On distingue celles de l'Apologétique de Tertullien, de l'Histoire sa- crée de Sulpice Sévère, de la Cité de Dieu de St. Augustin, des Epières choisies de ce père; du Dialogue des Orateurs, de Cicéron, in-4.º Elles eurent beaucoup de cours en son temps; mais elles sont quelquefois obscures, souvent infidelles, et d'une diction trop négligée. Ce traducteur mourut à Paris en 1665, à 70 ans. Voy. AFER.
II. GIRY, (François) fils du précédent, entra dans l'ordre des Minimes, et en devint provincial. Il fut également recommandable par sa piété, son savoir et sa modestie. Il avoit une si grande facilité à s'exprimer sur les matières de dévotion, qu'il écrivoit sans préparation. Son plus grand ouvrage est la Vie des Saints, en 2 vol. in-folio. Elle est écrite avec onction; mais elle n'est pas entièrement purgée de ces fables, qui donnent souvent une petite idée de l'historien, sans en donner une plus grande du héros. Ce pieux écrivain mourut à Paris, le 20 novembre 1688, à 53 ans. Le Père Raffron, son confrère, provincial de la province de France, a écrit sa Vie, in-12, 1691.
GISBERT, (Blaise) Jésuite, né à Cahors en 1657, prêcha avec beaucoup de succès. Il passa les dernières années de sa vie dans le collège de Montpellier, où il mourut le 28 février 1731, à 74 ans. On a de lui: I. L'Art d'élever un Prince, in-4°, réimprimé en 1688, en 2 vol. in-12, sous le titre de l'Art de former l'esprit et le cœur d'un Prince: livre rempli de lieux communs, ainsi que le suivant. II. La Philosophie du Prince, Paris 1688, in-8.º Mais l'ouvrage qui lui fait le plus d'honneur, est son Elo- Ff 450 GIS quence Chrétienne, Lyon 1714, in-4°; réimprimée in-12 à Amsterdam, 1728, avec les remarques du célèbre *Lenfant*, qui trouvoit ce traité du P. Gisbert admirable : expression trop forte pour un ouvrage qui, quoique bon, n'est pas un chef-d'œuvre. Il a été traduit en italien, en allemand, etc.
GISCALA, (Jean de) ainsi nommé, parce qu'il étoit originaire de cette ville en Palestine. C'étoit un brigand, qui exerça les plus horribles cruautés pendant la guerre des Juifs contre les Romains. Après la prise de Giscala, il se jeta dans Jérusalem, où il se rendit chef de parti. Il appela les Iduméens à son secours contre *Ananus*, grand sacrificateur, et contre les bons citoyens, qu'il traita avec la dernière indignité. Ses plus grands divertissemens étoient de piller, voler et massacrer. Ce scélérat s'étant joint à *Simon*, fils de *Gioras*, qui étoit un autre chef de parti, ils ne discontinuèrent pas leurs brigandages et leurs massacres, que la ville ne fut entièrement ruinée. Ils firent périr plus de monde par le feu, le fer et la faim, que les Romains, qui les assiégeoient, avec toutes leurs machines de guerre. Mais tous ces crimes ne restèrent pas impunis. Après la ruine de la ville et du temple, *Jean de Giscala* se cacha dans des égoûts, où il fut trouvé au bout de quelques jours. *Titus* le condamna à mourir dans une longue prison : peine trop douce pour de si grands crimes.
GISCON, fils d'*Himilcon*, capitaine des Carthaginois, après avoir fait la guerre avec beaucoup de bonheur, fut banni de sa patrie par une cabale, et rappelé ensuite. On lui permit de se venger de ses ennemis comme il voudroit. Il se contenta de les faire *prosterner par terre*, et de leur *presser le cou sous un de ses pieds*; pour leur marquer que la vengeance la plus digne d'un grand homme, est d'abattre ses ennemis par ses vertus, et de leur pardonner. Peu de temps après, l'an 309 avant J. C., il fut général d'une armée pour la Sicile, fit la guerre aux Corinthiens, et conclut une paix avantageuse.