GISLEN, *Voyez* BUSBEC.
GISORS, (le comte de) *Voy*. FOUQUET, n° III, à la fin de l'article.
GIUDICE, *Voy*. CELLAMARE.
GIULANO DE MAYANO, sculpteur et architecte Florentin, né en 1377, eut beaucoup de réputation en son temps, sur-tout pour l'architecture. Le roi *Alfonse* l'ayant appelé à Naples, il y construisit pour lui le magnifique palais de *Poggio Reale*, et embellit cette ville de plusieurs autres édifices. Il fut aussi employé à Rome par le pape *Paul II*. Il mourut à Naples, âgé de 70 ans, en 1447, honoré des regrets du roi *Alfonse*, qui lui fit faire de superbes obsèques.
GIUNTINO, *Voy*. JUNCTIN.
GIVRE, (Pierre le) médecin, né en 1618, près de Château-Thierri, mort à Provins, où il exerçoit son art en 1684, est auteur du *Secret des eaux minérales acides*, 1682, in-12 : livre qui fut traduit en latin la même année. On a encore de lui, un *Traité des Eaux minérales de Provins*, 1659, in-12. Il étoit marié.
GIVRI, *Voy. IV. MESMES.*
GIUSTINIANI, *Voyez JUSTINIANI.*
GLABER, (Rodolphe) Bénédictin de Cluni, florissoit sous les règnes de Robert et de Henri, rois de France. Il aima et cultiva la poésie; mais ses vers n'auroient guère été applaudis de nos jours. Le plus considérable de ses ouvrages est une *Chronique*, ou *Histoire de France*, adressée à l'abbé Odilon, sans ordre et sans suite, pleine de fables ridicules; mais, malgré ces défauts, très-utile pour les premiers temps de notre monarchie. On peut consulter sur *Glaber* un Mémoire fort curieux, dont M. la *Curne* a enrichi le tome VIII$^{e}$ des Mémoires de l'académie des Belles-lettres. On trouve la *Chronique* de *Glaber* dans les Collections de *Pithou* et de *Duchesne*.
GLABRIO, *Voy. ACILIUS.*
GLAIN, (N... de Saint-) né à Limoges vers 1620, se retira en Hollande, pour y professer avec plus de liberté la religion prétendue réformée, pour laquelle il étoit fort zélé. Les armes et les lettres l'occupèrent tour-à-tour. Après avoir servi dans les armées en qualité de capitaine de la république, il travailla pendant quelque temps à la Gazette de Hollande. La lecture des livres de *Spinosa* changea ensuite ce Protestant zélé, en Athée opiniâtre. Il s'entêta si fort de la doctrine de ce subtil incrédule, qu'il crut rendre service au public, en le mettant à portée de la connoître plus facilement. Il traduisit en françois le trop fameux *Tractatus Theologico-Politicus*. Cette traduction parut d'abord sous ce titre: *La Clef du Sanctuaire*. L'ouvrage ayant fait beaucoup de bruit, l'auteur, pour le répandre encore davantage, le fit paroître avec le titre de *Traité des Cérémonies superstitieuses des Juifs*; et enfin il l'intitula: *Réflexions curieuses d'un Esprit désintéressé, sur les matières les plus importantes du salut*. Il est difficile de trouver cette traduction avec ces trois titres réunis. Elle fut imprimée à Cologne, en 1678, in-12.
GLANDORP, (Matthias) de Cologne, se consacra à la chirurgie et à la médecine dans la ville de Brême, dont il étoit originaire. Il y mourut en 1650, médecin de l'archevêque, et physicien de la république. Ses Ouvrages ont été publiés à Londres en 1729, in-4$^{o}$, sous ce titre: *Glandorpi Opera omnia, nunc simul collecta et plurimam emendata*. Son éloge est à la tête de cet utile recueil. Il renferme plusieurs *Traités* curieux sur les *Antiquités Romaines*.
GLANVILL, (Joseph) né à Plimouth en Angleterre en 1636, fut membre de la société royale, chapelain de *Charles II*, et chanoine de Worcester. Il se distingua par une mémoire heureuse et un esprit pénétrant. Il mourut en 1680, à 44 ans, à Bath dont il étoit curé, laissant plusieurs ouvrages en anglois. Les principaux sont: I. *De la Vanité de décider*, 1661, in-12: livre dans lequel il prouve l'incertitude de nos connaissances. II. *Lux Orientalis*, ou Recherches sur l'opinion des Sages de l'Orient, touchant la préexistence des armes. III. *Scepsis scientifica*, 1665, in-4$^{o}$, ou l'Ignorance avouée, F f 2 452 G L A servant de chemin à la science. IV. Des Sermons. V. Un Essai sur l'art de prêcher. VI. Philosophia pia, Londres 1671, in-8.º VII. Divers Ecrits contre l'incrédulité, parmi lesquels il faut distinguer une brochure curieuse et rare, intitulée : Eloge et défense de la Raison en matière de Religion. L'auteur attaque dans cet ouvrage, l'incrédulité, le scepticisme, et le fanatisme de toutes les espèces. I. GLAPHYRA, femme d'Archélaüs, grand-prêtre de Bellone à Comane en Cappadoce, se rendit fameuse par sa beauté, et par le commerce qu'elle eut avec Marc-Antoine. Elle obtint de ce général le royaume de Cappadoce pour ses deux fils Sisinna et Archélaüs, à l'exclusion d'Ariarathe. Comme Glaphyra étoit, selon Dion, une femme de mauvaises mœurs, il y a apparence qu'Antoine obtint pour ces dons, le prix qu'un voluptueux peut exiger. Le bruit de cette nouvelle galanterie vint jusqu'à Rome, et Fulvie, femme de Marc-Antoine, auroit bien voulu qu'Auguste la vengeât de l'infidélité de son époux. Ses désirs étoient si ardens, qu'elle menaçoit Auguste d'une déclaration de guerre, s'il ne la traitoit comme son mari traitoit Glaphyra. Auguste méprisa cette bravade, et dédaigna les avances de Fulvie. C'est au moins ce qu'il voulut qu'on jugeât de lui; car il composa là-dessus une épigramme fort sale, que Martial a insérée dans ses poésies. On ne sait par quelle fatalité le mari de Glaphyra n'avoit pu obtenir de César la même faveur que ses fils eurent auprès de Marc-Antoine. Il étoit grand-prêtre de Bellone; c'étoit une dignité considérable : César la donna à un grand seigneur, nommé Lycomède. On ne sait où étoit alors Glaphyra, qui eût plaidé sans doute la cause de son époux devant César, et qui, par ses charmes, auroit vraisemblablement gagné un homme aussi galant que ce prince.
II. GLAPHYRA, petite-fille de la précédente, et fille d'Archélaüs roi de Cappadoce, épousa Alexandre, fils d'Hérode et de Marianne. Elle mit la division dans la famille de son beau-père, et causa par sa fierté la mort de son mari. Hérode ayant privé de la vie Alexandre, renvoya Glaphyra à son père Archélaüs, et retint les deux enfans que son fils avoit eus d'elle. Archélaüs, fils d'Hérode, devint si amoureux d'elle, que pour l'éponser il répudia sa femme. Glaphyra mourut quelque temps après ce deuxième mariage, effrayée par un songe dans lequel son premier mari lui avoit apparu pour lui reprocher son incontinence. Les deux fils qu'elle avoit eus d'Alexandre, abandonnèrent la religion Judaïque, et se retirèrent auprès d'Archélaüs, leur aïeul maternel, qui prit soin de leur fortune. L'un s'appeloit Alexandre, et l'autre Tigranes.
GLAREANUS, Voy. LORIT.
GLASER, (Christophe) apothicaire ordinaire de Louis XIV et du duc d'Orléans, est connu par un Traité de Chimie, Paris 1688, in-8°, et traduit en anglois et en allemand. Ce livre est court, mais clair et exact. L'auteur y donne la recette de plusieurs eaux minérales artificielles, propres à remplacer les naturelles. Glaser mourut vers l'an 1670. « C'étoit, dit Fontenelle, un vrai chimiste, plein d'idées obscures, avare de ces idées-là même, et très-peu sociable. » —Je ne sais s'il étoit parent de Jean-Henri GLASER, professeur de médecine à Basle sa patrie, où il vit le jour le 6 octobre 1629, et où il mourut le 5 février en 1675. On a de celui-ci un Traité de Cerebro, Basle, 1680, in-8.
GLASSIUS, (Salomon) théologien Luthérien, docteur et professeur de théologie à l'ine, et surintendant général des églises et des écoles de Saxe-Gotha, s'acquit de la réputation, et mourut à Gotha en 1656, à 63 ans. On a de lui plusieurs ouvrages en latin. Le principal est sa Philologie sacrée, Leipzig, 1705, in-4.
GLATIGNY, (Gabriel de) premier avocat général de la cour des monnoies, et membre de l'académie de Lyon, naquit dans cette ville en 1690, et y mourut en 1755, à 65 ans. Sa principale occupation fut l'étude des lois; mais elle ne l'empêcha point de cultiver les belles-lettres. On a publié en 1757 un Recueil de ses Œuvres, in-12, qui renferme ses Harangues au Palais, et ses Discours Académiques. Il règne dans les uns et les autres de l'élégance et de l'érudition : on souhaiteroit seulement que les réflexions y fussent quelquefois plus fines, et le siyle plus animé.
GLAUBERT, (Jean-Rodolphe) Allemand, s'appliqua à la chimie dans le XVIIIe siècle, et se fixa à Amsterdam, après avoir beaucoup voyagé. Il composa différents Traités, dont quelques- uns ont été traduits en latin et en françois. Toutes ses Œuvres ont été rassemblées dans un volume allemand, intitulé : Glauberus concentratus. Ce livre a depuis été traduit en anglois, et imprimé in-folio, à Londres en 1689. Il est utile; mais il le seroit davantage, si l'auteur n'avoit mêlé ses raisonnemens et ses vaines spéculations à ses expériences. On a de lui en latin, Furni Philosophici, 1658, 2 vol. in-8°, traduits en françois en 2 vol. aussi in-8°. Glaubert avoit le défaut de tous les charlatans; il vantoit ses secrets, et en faisoit un vil trafic.
GLAUCÉ, Voyez CRÉUSE, n° II.
GLAUCUS, pêcheur célèbre dans la mythologie, ayant un jour remarqué que les poissons qu'il posoit sur une certaine herbe, reprenoient de la force, et se rejetoient dans l'eau, s'avisa de manger de cette herbe, et sauta aussitôt dans la mer; mais il fut métamorphosé en triton, et regardé comme un Dieu marin. Circé l'aima inutilement; il s'attacha à Scylla, que la magicienne, par jalousie, changea en monstre marin, après avoir empoisonné la fontaine où ces deux époux alloient se cacher. Glaucus étoit une des divinités qu'on nommoit Littorales; nom qui vient de ce que les anciens avoient coutume de remplir, si-tôt qu'ils étoient au port, les vœux qu'ils avoient faits sur mer. —La fable parle d'un autre GLAUCUS, fils de Sisyphe, natif de Potnie dans la Béotie, qui voulut empêcher que ses cavales ne fussent couvertes, pour les rendre légères à la course. Vénus leur inspira une telle fureur, F f 3 qu'elles se déchirèrent; *Scilicèt*, dit VIRGILE. *Scilicèt* *antè omnes furor est insignis aquarum*, *Et mentem Venus ipsa dedit, quo tempore Glauci* *Potalades malis membra absumpsere quadriga.* (Georg.)
**GLEICHEN**, comte Allemand, fut, dit-on, pris dans un combat contre les Turcs, et mené en Turquie, où il souffrit une longue et dure captivité. On ajoute qu'il plut tellement à la fille du suitan, qu'elle promit de le délivrer et de le suivre, pourvu qu'il l'épousât, quoiqu'elle gât qu'il étoit déjà marié; qu'ils s'embarquèrent en secret, et qu'ils arrivèrent à Venise, d'où le comte alla à Rome, et obtint du pape une permission solennelle de l'épouser, et de garder en même temps la comtesse *Gleichen*, sa première épouse. Mais tout ce récit paroît une fable débitée par *Hondorf*, auteur Luthérien, qui ne l'a racontée que pour l'opposer au double mariage du *Landgrave* de Hesse. Il est vrai qu'on a, dit-on, à Erfurt, un monument de cette prétendue histoire; mais ce n'est ni sur des inscriptions, ni sur d'autres restes des temps barbares, que les critiques s'appuient, lorsqu'il s'agit de choses aussi extraordinaires que les aventures du comte de *Gleichen*. Ajoutez qu'on ne dit point en quel temps ce seigneur vivoit.
**GLEN**, (Jean de) imprimeur et graveur en bois, né à Liège vers le milieu du 16$^{e}$ siècle, a donné un livre curieux et recherché, intitulé: *Des habits, mœurs, cérémonies, façons de faire anciennes et modernes*, in-8$^{e}$, Liège, 1601. Il est orné de 103 figures de son invention; de ma- mière que ce livre lui appartient entièrement comme auteur, imprimeur et graveur. Ces estampes sont en général d'un dessin correct, et ont beaucoup d'expression. On a encore de lui: *Les merveilles de la ville de Rome*, avec figures.
**GLEIM**, poète Allemand, célébra les victoires et les exploits de *Frédéric le Grand*, roi de Prusse. Il se cachoit souvent dans ses écrits sous la désignation de grenadier Prussien; et lorsque le 18 février 1803 il mourut à Halberstadt, à l'âge de 84 ans, il demanda, dans son testament, à être enterré dans le costume d'un grenadier.
**GLICAS** ou
**GLYCAS**, (Michel) historien Grec, savant dans la théologie et dans l'histoire ecclésiastique et profane, passa une partie de sa vie en Sicile. On ignore s'il a vécu dans le monde ou dans le cloître; dans le mariage ou dans le célibat. Il n'est connu particulièrement que par des *Annales depuis Adam jusqu'à Alexis Comnène*, mort en 1118. L'auteur mêle à son ouvrage, important pour les derniers temps, une foule de questions théologiques et physiques, qui ne sont guère du ressort de l'histoire. Il est crédule et exagérateur. Le P. *Labbe* en a donné une édition au Louvre en 1660, in-fol. grec et latin. La traduction est de *Leunclavius*; mais l'éditeur l'a revue et l'a enrichie de notes et d'une cinquième partie. Cet ouvrage est une des pièces de la Collection appelée *Byzantine*.
**GLISSON**, (François) professeur royal de médecine à Cambridge, fit plusieurs découvertes anatomiques, qui lui acquirent une grande réputation. La principale est celle du canal, qui conduit la bile du foie dans la vésicule du fiel. Il mourut à Londres en 1677, dans un âge assez avancé. On a de lui plusieurs écrits estimés. Les principaux sont : I. *De morbo puerili*, à Leyde, 1671, in-8.º II. *De ventriculo et intestinis*, à Londres, 1677, in-4.º III. *Anatomia hepatis*, à Amsterdam, 1665, in-12. Ces deux derniers livres se trouvent aussi dans la *Bibliothèque Anatomique de Manget*.
GLOCESTER, (ducs de) *Voyez MARGUERITE d'Anjou*, et HENRI VI, roi d'Angleterre.
GLOVER, (Richard) poète Anglois, né en 1712, mort en 1786 à 74 ans, se consacra au commerce. Un revers de fortune le força de s'ensévéir dans la retraite. Il avoit cultivé les Muses dès sa jeunesse; il revint à elles dans son exil volontaire. Ce fut alors qu'il mit la dernière main à son poème de *Léonidas*, traduit en françois par *Bertrand*, 1738, in-12. Ce n'est pas proprement un Poème épique. Il n'y a ni prodiges, ni enchantemens, ni divinités, ni allégories; mais on y trouve des idées qui instruisent, et des sentimens qui touchent. Les caractères sont variés; et celui du héros principal est très-beau. Cependant, comme l'ouvrage offre plus d'esprit que de génie poétique, il réussit moins en France qu'en Angleterre. On a encore de *Glover* deux tragédies, *Boadicée* et *Médée*, distinguées par quelques beaux vers, et des sentimens élevés; mais qu'on trouve un peu froides dans l'original, ainsi que dans les traductions. On a inséré la dernière dans le *Théâtre* *Anglois*, par Mad. de *Vasse*. On a publié, après sa mort, l'*Athénaïde*, poème en vingt-quatre chants, qui n'est qu'une espèce d'histoire d'Athènes. *Glover* jouissoit d'une grande considération comme littérateur et comme citoyen. Ses talens le firent appeler dans la chambre des Communes, et il fut nommé député au parlement en 1761.
GLUCK, (N... Chevalier) musicien renommé, naquit en Saxe. Une imagination vive, une ame ardente et expansive l'attachèrent à la musique, et le portèrent rapidement aux grands effets de cet art. Après avoir obtenu des succès en Allemagne, il vint en mériter de nouveaux en France. Ses principaux Opéra sont : I. *Iphigénie en Aulide*, où il détruisit le préjugé que notre langue ne pouvoit recevoir les impressions d'une musique énergique, sentimentale et fière. II. *Orphée et Eurydice*. Cet opéra excita l'enthousiasme, sur-tout lorsque l'acteur *Legros* en remplissoit le principal rôle. On admira les deux airs, *Objet de mon amour* et *J'ai perdu mon Eurydice*, parodie brillante de l'arriette italienne *Che faro senza Eurydice*. J. J. Rousseau, si bon appréciateur du chant, ne manqua pas une seule représentation de cet Opéra. « Puisqu'on peut, dit-il, avoir un si grand plaisir pendant deux heures, je conçois que la vie peut être bonne à quelque chose. » III. *Alceste*, opéra en trois actes, imité de celui de l'Italien *Calsabigi*, soutint la réputation de son auteur. L'invocation des prêtres d'Apollon, et le chœur des enfers *Caron t'appelle*, obtinrent de justes applaudissemens; on 456 GLU trouva cependant dans le reste de la pièce des lieux communs, et une lamentation continuelle et trop rarement relevée par des morceaux d'expression ; aussi, un amateur dit, après l'avoir entendu : « C'est de la musique en prose. » Un autre, plus passionné, à qui un ennemi de Gluck vint dire : *Alceste est tombée*, répondit ; *tombée du ciel*. IV. *Armide* : cet opéra offre une musique inférieure à celle des trois précédens ; cependant, on y reconnoit toujours le grand harmoniste, et on ne peut s'empêcher d'être ému au chœur du premier acte, à celui de la *haine* au troisième, et au charmant duo d'*Armide* et *Renaud* dans le cinquième. V. *Iphigénie en Tauride* eut un assez grand succès. On y trouva plus d'efforts que de sensibilité, plus d'harmonie que de chant. On y applaudit avec raison la tempête de l'ouverture, le chœur des prêtresses de *Diane*, celui des Scythes autour d'*Oreste* et de son ami ; les remords de *Thoas* et le songe d'*Iphigénie*. C'est après une représentation de cette pièce que l'abbé *Arnaud*, grand partisan de *Gluck*, dirait que la *douleur antique* avoit enfin été retrouvée par ce musicien ; à quoi l'ambassadeur de Naples répondit assez plaisamment qu'à la *douleur antique* il préféroit le plaisir moderne. VI. *Echo* et *Narcisse*, opéra en trois actes, qui attira peu de monde. Le sujet manquoit d'intérêt ; un homme se regardant sans cesse dans une fontaine ne pouvoit en exciter ; et la musique ne lui en donna pas. VII. Le *Siège de Cythère*, eut encore moins de succès que le précédent. *Gluck* le nommoit lui-même son *Opéra d'été*, parce qu'on n'y faisoit pas foule. En général, ses productions échauffent l'âme et la déchirent ; elles ont de grandes beautés, mais interrompues. Il eût été sans doute plus admiré parmi nous, si *Picciai* ne fût venu s'y faire entendre. La capitale et les provinces se divisèrent entre ces deux musiciens célèbres : leurs partisans firent secte. Ils publièrent une foule d'écrits et d'épigrammes les uns contre les autres, et furent plusieurs fois prêts à en venir aux mains. « *Gluck*, dit *Marmontel* qui l'a judicieusement apprécié, n'a ni la mélodie, ni l'unité, ni le charme des airs de *Pergolèse*, de *Galuppi*, de *Jomelli* ; ses airs manquent de ces inflexions, de ces contours, de ce trait pur et facile qui, en musique comme en peinture, distingue les *Corrège* et les *Raphaël*. Il a été bien accueilli des François, et il méritoit de l'être. Il a donné à la déclamation musicale plus de rapidité, de force et d'énergie ; il a su tirer de grands effets de l'harmonie : mais avec un orchestre bruyant et gémissant, avec des sons de voix déchirans ou terribles, on peut être privé des charmes de la mélodie. » Le caractère de *Gluck* étoit franc et juste, mais souvent bouillant et colère. Son impatience étoit extrême lorsqu'on ne rendoit pas ses airs avec le mouvement et l'expression qu'leur convenoient. « Vous chantez bien fort, dit-il un jour à une actrice ; mais ne vous imaginez jamais que vous chantez fort bien. » Sur la fin de sa vie *Gluck* se retira à Vienne où il fut visité, en 1782, par l'empereur de Russie *Paul Pétrowitz* et son épouse. Il est mort dans cette ville le 15 novembre 1787, à l'âge de 74 ans. I. GLYCÈRE, courtisane de Sicyone, se distingua tellement dans l'art de faire des couronnes, qu'elle en fut regardée comme l'inventrice. Voy. STYLON. — Il y a eu une autre courtisane du même nom, qu'Harpalus fit venir d'Athènes à Babylone, où Alexandre le Grand l'avoit laissée pour garder ses trésors et ses revenus. Il fit donner, pour lui plaire, des fêtes qui coûtèrent des sommes immenses.
II. GLYCÈRE, (Flavius-Glycerius) étoit un homme de qualité, qui avoit eu des emplois considérables dans le palais des empereurs d'Occident. Dominé par l'ambition, et secondé par quelques grands, il se fit donner le titre d'Auguste à Ravenne, au commencement de mars 473. Il repoussa les Ostrogoths à force de présens. Il se croyoit affermi sur le trône, lorsque Léon, empereur d'Orient, fit élire Julius Népos, qui marcha vers Rome, y entra le 24 juin 474, et surprit Glycère sur le port de cette ville. Népos ne voulant pas tremper ses mains dans son sang, le fit renoncer à l'empire et sacrer évêque de Salone en Dalmatie. Glycère trouva le repos dans son nouvel état, se conduisit en digne pasteur, et mourut vers l'an 480.
GMELIN, (Samuel Gottlieb) de l'académie de Pétersbourg, né à Tubinge le 25 juin 1745, d'un médecin, se consacra de bonne heure à l'histoire naturelle. Il fit divers voyages pour la perfectionner. Sa première course se dirigea sur les bords de la mer Caspienne, qu'il visita en 1770 et 1771. Il voulut parcourir ensuite les provinces occidentales de la Perse, et s'avança jusqu'à l'embouchure du Kur. En retournant, il fut fait prisonnier par le kan Usmey, comme il se rendeit par terre de Derbent à Kislar, forteresse russe. La dureté de sa prison, les inquiétudes, le mauvais régime et l'intempérie du climat achevèrent de ruiner un corps miné depuis long-temps; et le 27 juin 1774, fut le dernier de sa courte vie, qu'il termina dans un village du Caucase. Il avoit une grande facilité pour le travail; mais l'impétuosité de son caractère, son penchant pour le plaisir et pour la bonne chère, produisoient chez lui l'effet de la légèreté, et l'empêchoient de produire rien d'exact et de fini. On trouve cependant de bonnes observations dans le Recueil de ses Voyages en Russie, pour des Recherches concernant les trois règnes de la Nature, publié en allemand à Pétersbourg en 4 vol. in-4. Le dernier volume renferme son voyage d'Astracan à Zurizin, et de là par le district de Cuman, au-delà de Mosdok; avec son second voyage de Perse, en 1772 et 1773, jusqu'au printemps de 1774; avec la vie de l'auteur, rédigée par M. Pallas. — Jean-Georges GMELIN, avantageusement connu par sa Flora Siberica et par ses Voyages en Sibérie, traduits en françois en 2 vol. in-12, étoit oncle de celui qui fait l'objet de cet article.
GNAPHÉE, Voy. FOULON.
GNYPHON, (Marc-Antoine) Gnipho, grammairien Gaulois, contemporain de Cie- 458 GOA ron, enseigna la rhétorique à Rome dans la maison de Jules-César, avec succès et avec désintéressement. Il mourut âgé d'environ 50 ans. I. GOAR, (St.) prêtre, né en Aquitaine, quitta sa patrie pour aller servir Dieu dans la solitude. Il se fit construire une petite cellule avec un oratoire sur la rive gauche du Rhin, entre Mayence et Coblentz. L'éclat de ses vertus et de ses miracles engagea Sigelbert à lui offrir le gouvernement de l'église de Trèves : mais le Saint le refusa, et mourut dans sa solitude, qui fut bientôt peuplée par les fréquents pèlerinages qui se faisoient à son tombeau. C'est aujourd'hui une ville qui porte son nom.
II. GOAR, (Jacques) né à Paris en 1601, Dominicain en 1619, fut envoyé dans les missions du Levant, et y apprit à fond la croyance et les coutumes des Grecs. De retour à Rome, il lia une étroite amitié avec les savans, et en particulier avec Léon Allatius. Toutes les bibliothèques lui furent ouvertes. Il y puisa ce vaste fonds d'érudition qui paroit dans tous ses écrits. Le principal est l'*Eucologe des Grecs*, publié en 1647, à Paris, in-fol. grec et latin. Cette édition fut faite sur une foule d'exemplaires, imprimés et manuscrits, qu'il rechercha avec beaucoup de soins et de peines. Il l'enrichit de savantes remarques, qui sont d'une grande utilité pour bien connoître les liturgies et les cérémonies ecclésiastiques de l'Église Grecque. Cet ouvrage, devenu rare, a été réimprimé à Venise en 1730, in-fol. Le P. Goar traduisit aussi quelques livres grecs de l'*Histoire Byzantine* ; qui font partie de la précieuse collection, imprimée au Louvre. Il mourut en 1653, à 52 ans... Voyez JATRE.
GOBEL, (Jean-Baptiste) né à Hanne, évêque de Lydda, et suffragant de l'évêque de Basle, fut député du clergé aux États généraux de 1789, et y embrassa les idées exagérées. Le 13 mars 1791, il fut nommé archevêque constitutionnel de Paris ; et bientôt après, admis au club des Jacobins, il fut l'un des premiers à prendre, à l'âge de 70 ans, le costume dégoûtant des révolutionnaires. Il se rendit à la Convention pour y abjurer le culte catholique. « Il est temps enfin, dit-il, de déchirer le voile de la superstition, que l'homme retourne à sa première grandeur, que la raison et le bon sens reprennent leur empire ; la conscience ne me permet plus d'être ministre d'une religion que je n'ai jamais crue, et qui déshonore l'humanité : je vais me dépouiller des signes inutiles et des habits d'un ministère que j'abhorre... » D'après ce discours, il ne craignit pas d'assister à la fête de la raison et de céder son église pour la célébrer. Accusé d'athéisme par *Robespierre* lui-même, et arrêté comme complice de *Chaumette*, il fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris, le 14 avril 1793. Un Suisse, pendant deux mois de séjour dans cette ville, n'avoit vu guillotiner personne. « Je voulus enfin, dit-il, être témoin de cet horrible spectacle, un jour où quelque grand scélérat seroit exécuté : je ne crus pas pouvoir choisir mieux que celui où péritoit *Gobel*. Il sem- G O B 459 bloit, en allant au supplice, prier Dieu et marmotter quelques paroles. »
GOBELIN, (Gilles) teinturier sous le règne de François premier, trouva, à ce qu'on dit, le secret de teindre la belle écarlate, qui de là s'est nommée l'Écarlate des Gobelins. Il demeuroit au faubourg St-Marcel, à Paris, où sa maison et la petite rivière qui passent auprès, portent encore aujourd'hui le nom de Gobelins... Voyez BRINVILLIERS.
GOBIEN, (Charles le) Jésuite de Saint-Malo, fut secrétaire et procureur des Missions, et mourut à Paris en 1708, à 55 ans; c'étoit un homme d'un esprit plein de ressources, d'un caractère actif, et un assez bon écrivain. Nous avons de lui: I. L'Histoire des Isles Marianes, 1700, in-12. II. Le commencement des Lettres curieuses et édifiantes, dont il y a trente-quatre volumes in-12. Ce livre remplit son titre. Il offre des détails intéressants sur l'histoire naturelle, la géographie et la politique des états que les Jésuites ont parcourus; mais on y a glissé quelquefois des choses peu croyables, et l'on y montre trop d'envie de faire valoir la Société, et même les peuples qu'elle a convertis ou tâché de convertir. Gobien entra dans la fameuse querelle élevée entre les Missionnaires, sur le culte que les Chinois rendent à Confucius et aux morts. Les éclaircissemens qu'il a donnés à ce sujet, se trouvent dans les Nouveaux Mémoires sur l'état présent de la Chine, du P. le Comte, en 3 vol. in-12. Le troisième volume de cet ouvrage est entièrement de lui. Il est composé des Lettres sur les progrès de la Religion à la Chine, 1692, in-8°; et de l'Histoire de l'Édit de l'Empereur de la Chine, en faveur de la Religion Chrétienne, et Éclaircissemens sur les honneurs que les Chinois rendent à Confucius, 1698, in-12.
GOBINET, (Charles) principal du collège du Plessis, docteur de la maison et société de Sorbonne, naquit à Saint-Quentin, et mourut à Paris le 9 décembre 1690, à 77 ans. Quoique sa vie eût été très-pure, un prêtre imprudent qui l'assistoit à la mort, lui dit: Qu'il est terrible de tomber dans les mains d'un Dieu vivant! L'illustre mourant lui répondit: Qu'il est doux de tomber entre les mains d'un Dieu mort en croix pour nous! Il expira un instant après. Gobinet instruisit la jeunesse confiée à ses soins, par ses exemples et par ses ouvrages. Les principaux sont: I. Instructions de la jeunesse, in-12, 1655, et souvent réimprimées depuis. II. Instructions sur la Pénitence et sur la sainte Communion, in-12. III. Instructions sur la manière d'étudier, in-12, etc. Tous ces ouvrages font honneur à la religion de l'auteur, et en feroient beaucoup plus à son esprit, si quelque homme de goût en retouchoit le style, quelquefois suranné.
GOBRIAS, fut un des sept seigneurs de Perse, qui, après la mort de Cambyse, s'unirent pour chasser les Mages usurpateurs du trône, vers l'an 521 avant J. C. Il étoit beau-père de Darius, et il accompagna ce prince dans son expédition contre les Scythes. Ces peuples ayant envoyé à Darius un oiseau, un 460 G O C rat, une grenouille et cinq flèches, *Gobrias* conjectura que ce présent signifioit : *O Perses*, si vous ne vous envolez comme les oiseaux, ou si vous ne vous jetez dans les marais comme les grenouilles, ou si vous ne vous cachez sous la terre comme les rats, vous serez percés de ces flèches. Son fils *Mardonius* devint gendre de *Darius*. I. GOCLENIUS, (Conrad) né en 1486, dans la Westphalie, mort en 1539, à 54 ans, se fit un nom : I. Par de savantes *Notes* sur les *Offices de Cicéron*. II. Par une nouvelle édition de *Lucain*. III. Par une *Traduction* latine de l'*Hermotime* de *Lucien*, ou *Des Sectes des Philosophes*. Il enseigna assez long-temps dans le collège de Bois-le-Duc à Louvain. *Erasme*, son ami intime, faisoit cas de son caractère et de son érudition.
II. GOCLENIUS, (Rodolphe) docteur en médecine, né à Wittemberg en 1572, mourut en 1621, à 49 ans, après avoir été professeur de physique, puis de mathématiques, à Marbourg. On a de lui : I. *Uranoscopia*, *Chiroscopia* et *Metoposcopia*, 1608, in-12. II. *Tractatus de Magnetica vulneris curatione*, 1613, in-12. On y trouve le germe de la ridicule doctrine du Magnétisme.
III. GOCLENIUS, (Rodolphe) né dans le comtat de Wardeck en 1547, fut environ 50 ans professeur de logique à Marbourg, où il mourut en 1628, dans un âge avancé. Il étoit poète et philosophe. On a de lui un très-grand nombre d'ouvrages, qui ne sont lus de personne. Les principaux sont : I. *Mis-* *cellanea Théologica et Philosophica*, in-8. II. *Conciliator Philosophicus*, in-8. III. *Idea Philosophiae Platonicæ*, in-8. IV. *Lexicon Philosophorum*, in-fol. V. *Phisiognomicæ et Chromanticæ specialia*, in-8, etc.
GODARD, (St.) archevêque de Rouen, né à Salenci en Picardie, étoit frère, à ce qu'on croit, de *St. Médard*, évêque de Tournai. Son zèle parut dans la conversion d'un grand nombre d'idolâtres à Rouen ; mais l'action qui lui fait le plus d'honneur, est d'avoir contribué, avec *St. Rémi* de Rheims, à porter le roi *Clovis premier* au Christianisme. Il mourut vers l'an 350. — Il y a eu un autre *St. GODARD* ou *GODARD*, évêque d'Hildesheim, mort le 4 mai 1639, aussi sainte qu'il avoit vécu. Il avoit été Bénédictin, et chargé de la conduite de ses frères, comme prieur et comme abbé. Il excella dans les vertus propres à chaque état de sa vie.
GODDARD, (Jonathan) célèbre médecin Anglois, né à Greenwich en 1617, mort à Londres le 24 mars 1674, fut un des promoteurs de la société Royale. Il est moins connu par les mémoires qu'il fournit aux *Transactions philosophiques*, que par quelques recettes, et surtout par celle des *Gouttes d'Angleterre*, connues à Londres sous le nom de *Gouttes de Goddard*. Ce remède chimique a été fort célébré autrefois. Son efficacité dans les attaques d'apoplexie, d'épilepsie, de léthargie, fit désirer à *Charles II* d'en connoître la composition. Mais l'inventeur se fit beaucoup prier pour lui vendre son secret vingt-cinq mille écus. Le prince le communiqua à ses médecins ; et dans la suite *Lister* en fit part à *Tournefort*, qui le rendit public. Quoique *Goddard* vendit fort cher ses recettes, et qu'il fût riche, il publia, en 1678, in-4°, un livre Auglois, sur la misérable condition d'un *Médecin de Londres*. Cette condition est en effet si malheureuse, que certains charlatans arrivés à pied dans cette grande ville, ont eu bientôt un bon carrosse; et que quelques-uns ont laissé à leur mort de grands biens amassés aux dépens des vivans et des morts. Il est vrai que les médecins sages ne sont pas toujours si heureux, parce que la même justesse d'esprit qui les préserve de la charlatanerie, leur fait craindre une trop grande fortune. — I. GODEAU, (Antoine) né à Dreux d'un élu de cette ville, se destina d'abord au mariage; mais une demoiselle qu'il recherchoit ayant refusé de l'épouser, parce qu'il étoit petit et laid, il vint à Paris, et y embrassa l'état ecclésiastique. Produit par *Chapelain* à l'hôtel de *Rambouillet*, le bureau du bel esprit, et souvent du faux esprit, il y brilla par ses vers et par une conversation aisée. On l'appeloit le *Nain de Julie*: (*Mlle de Rambouillet* s'appeloit *Julie*.) Il fut un de ceux qui, en s'assemblant chez *Con-rart*, contribuèrent à l'établissement de l'académie Françoise. Le Cardinal de *Richelieu*, instruit de son mérite, lui accorda une place dans cette compagnie naissante. On dit que ce ministre lui donna l'évêché de Grasse pour faire un jeu de mots. *Godeau* présenta à ce cardinal une Paraphrase en vers du Cantique *Benedicite*, et il reçoit pour réponse: *Vous m'avez donné Benedicite*, et moi je vous donne Grasse. Plusieurs critiques prétendent que le Cardinal de *Richelieu* ne se servit jamais de ce calembourg, et leurs raisons paroissent plausibles. (*Voyez les Remarques* de l'abbé *Joly* sur le Dictionnaire de *Bayle*, au mot BALZAC.) Cependant, comme cette anecdote est répandue, nous avons cru devoir la rapporter, en la donnant pour un bruit populaire. Il est certain d'ailleurs qu'il commença sa *Traduction des Pseaumes* par la Paraphrase du *Benedicite*; et ce poème, très bon pour le temps, le fit connoître avantageusement. Dès que *Godeau* eut été sacré, il se retira dans son diocèse, et se dévoua entièrement aux fonctions épiscopales. Il y tint plusieurs synodes, instruisit son peuple, réforma son clergé, et fut une leçon vivante des vertus qu'il demandoit aux autres. Il vécut dans l'étude et dans la retraite. Il disoit des Provençaux, ce qu'il aurait pu dire de plusieurs autres provinces: « qu'ils étoient riches de peu de bien; glorieux de peu d'honneur; savans de peu de science. » Les états de Provence l'ayant député à *Anne d'Autriche*, pour obtenir la diminution d'une somme demandée par cette princesse, il dit dans sa harangue, que « la Provence étoit fort pauvre, et que comme elle ne portoit que des jasmins et des orangers, on pouvoit l'appeler une *Gueuse parfumée*... » *Innocent X* lui accorda des bulles d'union de l'évêché de Vence avec celui de Grasse; mais le clergé de Vence s'étant opposé à cette union, il quitta le diocèse de Grasse, et mourut à Vence le 21 avril 1672, à 67 ans. Ce prélat écrivait avec beaucoup de facilité en vers et en prose; mais ses 462 GOD vers ne sont le plus souvent que des rimes; et sa prose coulante et aisée, est quelquefois trop abondante et trop négligée. Les principaux fruits de son esprit fécond, sont: I. Histoire de l'Église, depuis le commencement du monde jusqu'à la fin du IXe siècle, 3 vol. in-folio, et 6 vol. in-12. Cette histoire, écrite avec noblesse et avec majesté, est moins exacte que celle de l'abbé Fleury; mais elle se fait lire avec plus de plaisir. Godeau prend la substance des originaux, sans s'assujettir à leurs paroles, et fait un corps de divers membres épars çà et là. Fleury, au contraire, se pique d'employer les propres expressions des anciens historiens, et souvent se borne à en coudre les lambeaux. Il croyoit que la meilleure méthode étoit de raconter les faits sans préambule, sans transitions, sans réflexions; mais il ne faisoit pas assez d'attention qu'il écrivoit pour des hommes, et sur-tout pour des François, qui abandonnent ordinairement l'utile, s'il n'est pas agréable. Lorsque Godeau travailloit à la suite de son Histoire, il eut l'occasion de rencontrer le P. le Cointe, de l'Oratoire, chez un libraire. L'Oratorien ne se doutant pas qu'il parloit devant l'auteur, se plaignit de l'inexactitude des faits et des dates. Godeau ne se fit point connoître; mais le jour même, il se rendit à l'Oratoire, remercia le P. le Cointe de sa critique, et profita de ses remarques pour une seconde édition. Ce trait de modestie inspira au P. le Cointe beaucoup d'estime pour le prélat, qui, à son tour, conçut une amitié vive pour l'Oratorien. II. Paraphrases des Épîtres de St. Paul, et des Épîtres Ca- noniques, in-4°, dans le goût des Paraphrases du P. Carrières, qui, en prenant l'idée de l'évêque de Grasse, l'a perfectionnée. III. Vies de St. Paul, in-4°; de St. Augustin, in-4°; de St. Charles Borromée, 1748, 2 vol. in-12, de Dénys de Cordes, etc. IV. Les Eloges des Evêques qui, dans tous les siècles de l'église ont fleuri en doctrine et en sainteté, in-4° V. Morale Chrétienne, Paris, 1709, 3 vol. in-12, pour l'instruction des curés et des prêtres du diocèse de Vence. L'auteur, ennemi de la morale relâchée, opposa cet ouvrage aux maximes pernicieuses de certains casuistes. Ce corps de morale, composé pour l'usage de son diocèse, est écrit avec beaucoup de netteté, de précision et de méthode. C'est, selon Nicéron, le meilleur ouvrage de Godeau. VI. Version expliquée du Nouveau-Testament, 1668, 2 vol. in-8°. Cette traduction est à peu près du même genre que les Paraphrases de St. Paul, dont nous avons parlé; mais elle est plus concise. Godeau traduit littéralement les paroles du texte, et y insère seulement quelques mots imprimés en italique, qui l'éclaircissent. Richard Simon prétend qu'il ne traduit pas toujours exactement, parce que ne sachant ni le grec ni l'hébreu, il n'avoit pas tout ce qu'il falloit pour être un bon traducteur. VII. Les Pseaumes de David, traduits en vers François, in-12. Les Calvinistes s'en servent dans le particulier, à la place de ceux de Marot, consacrés pour les temples. Quoique le style de cette version soit en général lâche et diffus, cependant la versification a de la noblesse et de la douceur. VIII. Plusieurs autres Poésies: les *Fastes de l'Eglise*, qui contiennent plus de 15,000 vers; le *Poème de l'Assomption*; ceux de *St. Paul*, de la *Magdeleine*, de *St. Eustache*; des *Eglogues Chrétiennes*, etc. Le fécond auteur de tant de productions différentes, disoit « que le Paradis d'un *Ecrivain étoit de composer*, que son Purgatoire étoit de relire et retoucher ses compositions; mais que voir les épreuves de l'Imprimeur, c'étoit là son Enfer. » D'autres auteurs, meilleurs juges que *Godeau*, ont trouvé leur *Enfer* à passer, après la crise de l'impression, sous les verges de la satire. *Godeau*, touché des abus que la plupart des versificateurs faisoient de la poésie, voulut la ramener à son véritable usage; mais il mérita plus d'éloges pour son intention que pour ses succès. Froid dans les détails, méthodique dans l'ordonnance, uniforme dans les expressions, il se copie lui-même, et ne connoit pas l'art de varier ses tours et ses figures, de plaire à l'esprit et d'échauffer le cœur. On est forcé de se demander en les lisant, comme le Jésuite *Vovasseur : Godellus utrum Poëta* ? Et le goût répond presque toujours : *Non... Despréaux* n'en a pas jugé plus favorablement. Voici comme il en parle dans une lettre à l'abbé de *Maucroix* : « Je suis persuadé, aussi bien que vous, que M. *Godeau* est un poète fort estimable. Il me semble pourtant qu'on peut dire de lui, ce que *Longin* dit d'*Hipéride*, qu'il est toujours à jeun, et qu'il n'a rien qui remue, ni qui échauffe : en un mot, qu'il n'a point cette force de style et cette vivacité d'expressions, qu'on cherche dans les ouvrages, et qui les font durer. Je ne sais point s'il passera à la postérité : mais il faudra pour cela qu'il ressuscite; puisqu'on peut dire qu'il est déjà mort, n'étant presque plus maintenant lu de personne. » *Maucroix*, en répondant à *Despréaux*, lui dit : « M. *Godeau* écrivoit avec beaucoup de facilité, disons avec trop de facilité. Il faisoit deux ou trois cents vers (comme dit *Horace*) *stans pede in uno*. Ce n'est pas ainsi que se font les bons vers. Néanmoins, parmi ses vers négligés, il y en a de beaux qui lui échappent... Dès notre jeunesse, nous nous sommes apperçus qu'il ne se varie pas assez. La plupart de ses ouvrages sont comme des logogriphes. Il commence toujours par exprimer les circonstances de la chose, et puis il y joint le mot. On ne voit point d'autres figures dans ses Cantiques. » Nous sommes bien aises de citer ces autorités, pour nous justifier auprès de ceux qui avoient trouvé notre jugement sur *Godeau* trop sévère.
IL GODEAU, (Michel) professeur de rhétorique au collège des Grassins, ensuite recteur de l'université et curé de Saint-Côme à Paris, mourut à Corbeil, où des ordres supérieurs l'avoient relégué, le 25 mars 1736, à 80 ans. On a de lui un assez grand nombre d'écrits, sur-tout en vers latins. Le plus connu est une *Traduction* d'une partie des Œuvres Poétiques de *Despréaux*, imprimée à Paris en 1737, in-12. Tous ceux qui se connoissent en vers latins, avoueront, dit un célèbre critique, que ceux de *Godeau* ne sont guères dignes de son original. C'est un grand maître travesti en écolier du pays Latin; mais en bon écolier. *Godeau* se sert en général d'expres- 464 GOD sions propres, et varie ses tours; mais il est diffus, et plutôt paraphraste que traducteur. D'ailleurs, sa versification est, en général, assez dure. — I. GODEFROI DE BOUILLON, né avant le milieu du XIe siècle, à Basy, village du Brabant Wallon, à deux lieues de Nivelle, étoit fils d'Eustache II, comte de Boulogne et de Lens. En 1076, il succéda à son oncle Godefroi le Bossu, duc de la Basse-Lorraine, dans le duché de Bouillon. Sa mère, la pieuse Ide, le forma à la vertu et à la piété. Il servit, avec autant de fidélité que de valeur, l'empereur Henri IV, en Allemagne et en Italie. La réputation de bravoure que ses succès lui avoient acquise, le fit choisir, en 1095, pour un des principaux chefs des Croisés, que le pape Urbain II et les autres princes Chrétiens, envoyèrent dans la Terre-sainte. Il partit, pour cette expédition, au printemps de 1096, avec ses frères, Eustache et Baudouin. Les Grecs s'opposèrent vainement à leur passage. Godefroi obligea l'empereur Alexis Comnène de lui ouvrir les chemins de l'Orient, et de dissimuler ses justes inquiétudes. Par les traités qu'il fit avec ce prince, il devoit lui rendre les places de l'empire qu'il prendroit sur les infidelles, à condition qu'il fourniroit à l'armée des vivres et des troupes. Mais Alexis craignit pour ses propres états, et mécontent, d'ailleurs, de ce que les croisés avoient pillé les environs de Constantinople, il ne tint rien de ce qu'il avoit promis. Godefroi alla mettre le siège devant Nicée, s'en rendit maître, et en continuant sa route, il prit un grand nombre de places dans la Natolie. L'armée croisée étoit alors composée de cent mille cavaliers et de 500 mille gens de pied, sans y comprendre des religieux, dont plusieurs, animés d'un saint enthousiasme, et dont d'autres, ennuyés du cloître, avoient quitté leurs cellules; et des femmes, qui lassées de leurs maris, suivoient en Palestine l'objet de leurs passions. « Ce devoit être, dit le président Hesnault, d'après le judicieux abbé Fleury, un spectacle assez singulier, de voir partir un tas d'hommes et de femmes, perdus de crimes, parmi lesquels le Christianisme étoit aussi rare que la vertu; qui étoient dans la bonne foi de croire qu'ils combattoient pour la gloire de Dieu, et qui, chemin faisant, s'abandonnaient aux plus grands excès; qui laissoient sur les lieux de leurs passages, les traces scandaleuses de leurs dissolutions et de leurs brigandages; ou qui emportaient dans leur cœur le souvenir criminel des maîtresses qu'ils avoient laissées dans leurs pays. » Voilà comme les hommes, abusant de tout, même des choses les plus saintes, tournent la religion en passion; et comme une entreprise respectable par son objet, devint un spectacle ridicule et scandaleux. « Ce fut alors, dit Fleury, que commença l'indulgence plénière, c'est-à-dire la rémission des peines canoniques à quiconque feroit le voyage et le service de Dieu; ainsi se nommoit cette guerre, et c'étoit ce pardon extraordinaire qui y attiroit tant de gens. Il fut bien doux à cette noblesse qui ne savoit que chasser et se battre, de voir changer en un voyage de guerre les pénitences laborieuses, qui consistoient en jeûnes et en prières, prières, et sur-tout en ce temps-là, à s'abstenir de l'usage des armes et des chevaux. La pénitence devint un plaisir; car la fatigue du voyage étoit peu considérable pour des gens accoutumés à celles de la guerre; et le changement de lieux et d'objets, est un divertissement. Il n'y avoit guères de peine sensible que de quitter pour long-temps son pays et sa famille. Cependant un si long voyage et en si grande compagnie, n'étoit pas un remède bien propre à corriger les pécheurs: aussi est-il certain, au rapport des historiens, que les armées des Croisés étoient non-seulement comme les autres armées, mais encore pires; que toutes sortes de vices y régnoient, et ceux que les pèlerins avoient apportés de leur pays et ceux qu'ils avoient pris dans les pays étrangers. » La Croisade conduite par *Godefroi*, ne fut pas plus exempte de corruption et de désordres, que celles qui la suivirent; mais elle fut plus heureuse. Antioche fut prise par intelligence, le 3 juin 1098. Trois jours après, il arriva une armée immense, qui assiégea les Croisés renfermés dans la ville. Comme ils étoient sans provisions, ils se virent réduits à manger les chevaux et les chameaux. Dans cette extrémité, ils furent délivrés par la prétendue découverte de la *Sainte Lance*: découverte faite sur l'indication d'un clerc Provençal, qui avoit eu une révélation. Cet événement ranimait tellement le courage des Croisés, qu'ils repoussèrent vivement les Turcs, et remportèrent sur eux une grande victoire. La ville de Jérusalem fut prise l'année suivante, 19 juillet 1099, après cinq semaines de siège. On fit main basse sur les infidelles; le massacre fut horrible, tout nageoit dans le sang, et les vainqueurs fatigués du carnage, en avoient horreur eux-mêmes. *Godefroi*, dont la piété égaloit la valeur, fut sans doute un de ceux que ces ferreurs soulevèrent. Huit jours après la conquête de Jérusalem, les seigneurs Croisés l'élurent roi de la ville et du pays. Ce prince ne voulut jamais porter une couronne d'or dans une ville où JÉSUS-CHRIST avoit été couronné d'épines. Il refusa le titre de roi, et se contenta de celui de Luc et d'avoué du Saint-Sépulcre. Le sultan d'Égypte, appréhendant que les Chrétiens, après de si grands avantages, ne pénétrassent dans son pays, et les voyant tellement affoiblis, que de 300 mille hommes qui avoient pris Antioche, il en restoit à peine 20 mille, envoya contre eux une armée de 400 mille combattants. *Godefroi* les mit en désordre, et en tua, dit-on, plus de cent mille. Cette victoire lui donna la possession de toute la Terre-sainte, à la réserve de deux ou trois places. Il songea moins à étendre ses nouveaux états, qu'à les conserver et à y mettre une bonne police. Il établit un patriarche, fonda deux chapitres de chanoines, l'un dans l'église du Saint-Sépulcre, l'autre dans l'église du Temple, et un monastère dans la vallée de Josaphat. Après cela, il donna un Code de Lois à ses nouveaux sujets, qui eurent la douleur de le perdre, après un an de règne; car il mourut le 18 juillet 1100. Ce nouveau royaume subsista 88 ans. « Jamais, dit l'abbé de Choisy (*Journal des Savans*, 1712, pag. 119), l'antiquité fabuleuse ne s'est imaginé un héros aussi parfait en toutes choses. G g que la vérité de l'histoire nous représente *Godefroi de Bouillon*. Sa naissance étoit illustre; mais ce fut son mérite qui l'éleva au-dessus des autres, et l'on peut dire de lui que sa grandeur fut l'ouvrage de sa vertu. » Son *Code de Lois*, dont on conserve une copie dans la bibliothèque du Vatican, et quelques autres en France, a été traduit, mais peu exactement, et imprimé à Venise en 1535. On en trouve une partie dans les *Deliciæ Equestrium ordinum*, de François Mennens; Cologne, 1613, in-12. Il y a une *Lettre de Godefroi à Boëmond*, dans *Guillaume de Tyr*, lib. 2, cap. 10, édition de Basle, 1564, où il répond à Boëmond, qui lui avoit dit de se défier d'*Alexis Comuène*, qu'il connoissoit la malignité de cet empereur, et qu'il en éprouvoit tous les jours quelque chose. Les exploits de Godefroi ont été célébrés dans les *Labores Herculis Christiani Godefridi Bullionii*; Lille, 1674, in-12, par le Père de Waha, Jésuite; ouvrage d'une latinité pure et nerveuse, et dans la *Jérusalem délivrée du Tasse*.
II. GODEFROI, (St.) évêque d'Amiens, mort au monastère de St-Crépin de Soissons, l'an 1118, se rendit recommandable par ses vertus et par ses connoissances.
III. GODEFROI DE VITERBE, ainsi nommé du lieu de sa naissance, fut chapelain et secrétaire des empereurs *Conrad III*, *Frédéric I*, et *Henri VI* son fils. Il fouilla, pendant 40 ans, dans les archives de l'Europe, pour y recueillir de quoi composer une *Chronique*, qu'il dédia au pape *Urbain III*. Elle commence à *Adam*, et finit en 1186. Elle est écrite en vers et en prose. L'auteur affecte dans ses vers, quoique latins, des rimes et des jeux de mots ridicules: c'étoient les pointes d'esprit de son siècle. Il y traite indifféremment le sacré et le profane. Il y parle de tous les princes du monde, et il intitule sa *Chronique*: *Panthéon*; comme s'ils étoient des Dieux! Quoique cette compilation soit marquée au coin de la barbarie, on ne peut refuser de l'érudition à l'auteur. Son long séjour à la cour Impériale, l'avoit mis au fait des affaires de son temps. La meilleure édition de sa *Chronique* est celle de Hanovre en 1613, dans le recueil des *Historiens* d'Allemagne, par *Pistorius*.
IV. GODEFROI, (Denys) jurisconsulte célèbre, né en 1549, d'un conseiller au Châtelet de Paris, se retira à Genève, et de là en Allemagne, où il professa le droit dans quelques universités. On voulut le rappeler en France, pour remplir la chaire que la mort de *Cujas* laissoit vacante; mais le Calvinisme, dont il faisoit profession, l'empêcha de l'accepter. Il mourut loin de sa patrie, le 7 septembre 1622, à 73 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages de droit, parmi lesquels on distingue: I. *Le Corpus Juris Civilis*, avec des notes, que *Ferrière* regardoit comme un chef-d'œuvre de clarté, de précision et d'érudition. Les meilleures éditions sont celles de *Vitré*, 1628, et d'*Elzévir*, 1683, 2 vol. in-fol. II. *Notæ in quatuor Libros Institutionum*. III. *Opuscula varia Juris*. IV. *Praxis civilis, ex antiquis et recentioribus Scriptoribus*. V. *Index* chronologicus Legum et Novel- larum à Justiniano imperatore compositarum. VI. Consuetudines Civitatum et Provinciarum Gal- liæ, cum notis, in-fol. VII. Quæ- stiones politicæ, ex Jure communi et Historiæ desumptæ. VIII. Dis- sertatio de Nobilitate. IX. Sta- tuta regni Galliæ cum Jure com- muni collata, in-fol. X. Synopsis statutorum municipalium. XI. Une édition en grec et en latin du Promptuarium Juris d'Harmen- opule. XII. Des Conjectures et diverses Leçons sur Sénèque, avec une défense de ces Conjectures que Gruter avoit attaquées. XIII. Un Recueil des anciens Grammairiens Latins, etc. On attribue encore à Denys GODE- FROI : I. Avis pour réduire les Monnoies à leur juste prix et valeur, in-8.º II. Maintenue et Défense des Empereurs, Rois, Princes, États et Républiques, contre les Censures, Monitoires et Excommunications des Papes, in-4.º III. Fragmenta duodecim Tabularum, suis nunc primùm Tabulis restituta, 1616, in-4.º Les Opuscules de Denys Godefroi ont été recueillis et imprimés en Hollande, in-fol. V. GODEFROI, (Théodore) fils aîné du précédent, naquit à Genève en 1580. Il embrassa la religion Catholique que son père avoit quittée, obtint une charge de conseiller d'état, et mourut le 5 octobre 1649, dans sa 70e année, à Munster, où il étoit en qualité de conseiller de l'ambassade de France pour la paix générale. Ce savant soutint parfaitement la réputation que son père s'étoit acquise, et fit de grandes décou- vertes dans le droit, dans l'his- toire et dans les titres du royaume. La république des lettres lui doit : I. Le Cérémonial de France, re- cueil curieux, in-4.º, et publié ensuite par Denys son fils, en 2 vol. in-fol. II. Mémoire concer- nant la préséance des Rois de France sur les Rois d'Espagne, in-4.º III. Histoire de Charles VI, par Jean Juvenal des Ursins; de Louis XII, par Scyssel et par d'Auton, etc.; de Charles VIII, par Jaligny et autres; du Che- valier Bayard, avec le Supplé- ment, par Expilly, in-8.º; de Jean le Meingre, dit Boucicault, maréchal de France, in-4.º; d'Arthus III, duc de Bretagne, in-4.º; de Guillaume Marescot, in-4.º Godefroi n'est que l'éditeur de ces Histoires, composées par des auteurs contemporains; mais il les a enrichies de notes et de dissertations. Denys Godefroi son fils (nº VII), en a fait réim- primer la plus grande partie avec de nouvelles additions : et ce n'est pas un petit service que l'un et l'autre ont rendu aux architectes de l'histoire, en leur dressant ces utiles échafaudages. IV. De la véritable origine de la Maison d'Autriche, in-4.º V. Généalogie des Ducs de Lorraine. VI. L'Ordre et les Cérémonies observés aux Mariages de France et d'Espa- gne, in-4.º VII. Généalogie des Comtes et Ducs de Bar, in-4.º VIII. Traité touchant les Droits du Roi très-Chrétiens sur plusieurs États et Seigneuries voisines, in-fol., sous le nom de Pierre Dupuy. IX. Généalogies des Rois de Portugal, issus, en ligne di- recte masculine, de la Maison de France qui règne aujourd'hui, in-4.º X. Entrevue de Char- les IV, empereur, et de Charles V, roi de France : plus, l'entrevue de Charles VII, roi de France, et de Ferdinand, roi d'Aragon, etc. in-4.º Godefroi n'écrit ni 468 GOD purement, ni poliment; mais il pense juste, et n'avance rien sans le prouver avec autant de savoir que de netteté.
VI. GODEFROI, (Jacques) frère du précédent et aussi savant que lui, persévéra dans le Calvinisme. Il fut élevé aux premières charges de la république de Genève, sa patrie, et en fut cinq fois syndic. Il y mourut en 1652, à 65 ans. C'étoit un homme d'une profonde et exacte érudition. On a de lui : I. L'Histoire Ecclésiastique de Philostorge, en grec et en latin, 1642, in-4°, avec une version peu fidelle; un Appendix et des Dissertations pour l'intelligence de cet historien. II. Le Mercure Jésuitique. C'est un recueil de pièces concernant les Jésuites, qui y sont très-maltraités. La dernière édition de cet ouvrage curieux est de 1631, en 2 vol. in-8°. III. Opuscula varia, Juridica, Politica, Historica, Critica, in-4°. IV. Fontes Juris civilis, 1653, in-4°. V. De diversis regulis Juris, 1653, in-4°. VI. De famosis Latronibus investigandis, in-4°. VII. De jure præcedentiæ, in-4°. VIII. De Salario, in-4°. IX. Animadversiones Juris civilis. X. De suburbicariis Regionibus, in-4°, Francfort, 1617, XI. De statu Paganorum sub Imperatoribus Christianis; Leipzig, 1616, in-4°. XII. Fragmenta Legum Juliæ et Pappiæ collecta, et notis illustrata. XIII. Codex Theodosianus, 1665, 4 vol. infol. XIV. Vetus Orbis descriptio, Græci Scriptoris sub Constantio et Constante, Imperatoribus, grec et latin, avec des notes, in-4°.
VII. GODEFROI, (Denys) fils de Théodore et neveu du précédent, naquit à Paris en 1615, et mourut à Lille, directeur et garde de la chambre des comptes, le 9 juin 1681, à 66 ans. Il hérita du goût de son père pour l'Histoire de France, et fit réimprimer une partie des éditions qu'il avoit données, avec de nouveaux éclaircissements. De ce nombre sont, des Mémoires et instructions pour servir dans les Négociations et les affaires concernant les Droits du Roi, 1665, infol., que l'on avoit attribués au chancelier Seguier: les Histoires de Charles VI, de Charles VII, de Charles VIII, magnifiquement imprimées, au Louvre, infol. On a encore de lui, l'Histoire des Officiers de la Couronne, que le Feron avoit commencée, et qu'il a continuée, corrigée et augmentée. Cet ouvrage parut en 1658, infol., sous le titre d'Histoire des Connétables, des Chanceliers, Gardes des secours, Maréchaux, Amiraux. Parmi les fautes qu'il a laissé subsister, il y en a qui sont de peu d'importance, et d'autres qu'il falloit réformer entièrement. Il a donné des armoiries à tous les officiers de la couronne, quoiqu'il n'y en ait point eu de particulières avant Philippe Ier. Godefroi avoit formé le projet de donner une suite d'historiens François contemporains, et de les faire imprimer dans la langue où ils ont écrit. Il devoit commencer, en 1285, à Philippe le Bel; mais d'autres occupations l'empêchèrent d'exécuter son dessein.
VIII. GODEFROI, (Jean) fils du précédent, eut, comme son père, la passion de la littérature Gauloise. Il lui succéda dans la charge de directeur de la chambre des comptes de Lille. Il mourut en 1732, dans un âge fort avancé, emportant les regrets des bons citoyens et des savans. C'est à ses soins que nous devons : I. Une édition des *Mémoires de Philippe de Commines*, en 5 vol. in-8°, qui passait pour la meilleure avant celle de l'abbé *Lenglet*, en 4 vol. in-4°. II. Le *Journal de Henri III*, 2 vol. in-8°; édition éclipsée encore par celle de l'abbé du *Fresnoi*, en 5 vol. in-8°. III. Les *Mémoires de la Reine Marguerite*, 1713, in-8°. IV. Un *Livre* fort curieux contre celui du Père *Guyard*, jacobin, intitulé : *La fatalité de St-Cloud*, etc. C'est ce *Jean Godefroi* qui a le mieux fait connoître la Ligue, et qui a donné le plus de pièces curieuses concernant les Ligueurs. L'abbé *Barral* le fait mourir en 1719, et lui attribue l'édition de la *Satire Ménipée*. Il a confondu *Jean Godefroi* avec *Denys GODEFROI*, 3° du nom, garde des registres de la chambre des comptes à Paris, mort en 1719. C'est à celui-ci que le public est redevable de l'édition de la *Satire Ménipée*. Il est vrai que son frère en donna une deuxième édition en 1726. Ils étoient animés l'un et l'autre par le même goût.
IX. GODEFROI, (Jacques) né à Carentan, mort en 1624, étoit contemporain et rival de *Bérault*. Il avoit une grande connoissance des lois, et une dialectique excellente, qui le rendit souvent redoutable à son illustre adversaire. Il est auteur d'un *Commentaire de la Coutume de Normandie*, joint à celui de *Bérault* et d'*Aviron*, 1684 et 1776, 2 vol. in-folio. X. GODEFROI, *Voyez GEOFROI*.
GODEGRAND, *Voy. CHRO-DEGAND*.
GODESCALQUE, *Voyez GOTESCALC*.
GODETS, *Voyez DESGODETS*. I. GODIN, (Louis) né à Paris en 1704, montra de bonne heure beaucoup de talent pour les mathématiques. L'académie des Sciences lui ouvrit son sein en 1725. Une des époques les plus intéressantes de sa vie, est d'avoir été comme le chef des académiciens qui allèrent au Pérou en 1735, pour la mesure du degré de la Terre. Etant entré au service de l'Espagne, il fut déterminé, en 1752, à accepter la place de directeur de l'académie des gardes-marine de Cadix, où il mourut le 11 juillet 1760, à 56 ans. On a de lui : I. Cinq années de la *Connoissance des Temps*. II. *Table des Mémoires de l'Académie des Sciences*, in-4°. III. *Machines approuvées par l'Académie*, 6 vol. in-4°. Godin avoit des qualités estimables. Il savoit sentir les douceurs de l'amitié, et les faire goûter aux autres.
II. GODIN DE STE-CROIX, *Voyez BRINVILLIERS*.
GODINOT, (Jean) docteur en théologie et chanoine de la cathédrale de Rheims, naquit dans cette ville en 1661. Persuade qu'il pouvoit unir le commerce aux paisibles fonctions canonicales, il s'enrichit par celui du vin; mais ses richesses ne furent que pour les pauvres et pour ses concitoyens. Après avoir rendu le double de son patrimoine à sa G g 3 famille, il employa plus de 500 mille livres à décorer la cathédrale, à faire venir de bonne eau dans la ville, à fonder des écoles gratuites, à ouvrir un asile aux malades. Pendant qu'il s'illustroit par des bienfaits, quelques-uns de ses compatriotes le censuroient et le contrarioient ; et lorsqu'il eut fermé les yeux en 1749, à 87 ans, ses ennemis vouloient lui faire refuser la sépulture ecclésiastique, à cause de son opposition à la bulle *Unigenitus*. Mais des citoyens plus sages obtinrent qu'il seroit enseveli honorablement, et il y eut un grand concours à ses obsèques. Quoiqu'il n'ait publié aucun ouvrage, son nom, inscrit dans les annales de la bienfaisance, mérite mieux d'être conservé dans le souvenir, que celui d'une foule d'écrivans médiocres ou sans vertus.
GODIVE, femme de *Leofrick*, duc de Mercie, se signala par un trait singulier. Pour délivrer les habitans de Coventry d'une amende à laquelle son époux les avoit condamnés, elle voulut bien se soumettre à une condition extraordinaire, sous laquelle le duc promit de leur pardonner : c'étoit, qu'elle iroit, toute nue, à cheval d'un bout de la ville à l'autre. Cette condition laissoit peu d'espérance aux bourgeois, d'être exempts de l'amende. Mais *Godive* trouva le moyen de l'exécuter en se couvrant de ses cheveux, après avoir fait publier des défenses aux habitans de paroître dans la rue ou aux fenêtres, sous peine de la vie. Quelque rigoureux que fût le châtiment, il se trouva un homme trop curieux, (c'étoit un boulanger) qui fut assez téméraire pour s'y exposer, et qui fut puni de mort. Pour conserver la mémoire de cet événement, on porte, à certain jour de l'année, en procession, la statue de *Godive*, ornée de fleurs et richement vêtue, au milieu d'une foule de peuple ; et la statue du boulanger est mise sur la même fenêtre d'où il regardoit. C'est *Rapin Thoiras* qui rapporte ce trait dans le premier volume de son *Histoire d'Angleterre*.
GODONESCHE, (Nicolas) ne fut point garde des médailles du cabinet du roi, comme nous l'avions annoncé dans nos précédentes éditions. Cette place a été occupée depuis 1720 jusqu'en septembre 1754, par *Gros de Boze*, de l'académie des Inscriptions. *Godonesche* fut mis à la Bastille en 1732, pour avoir fait les figures qui sont dans le livre de *Boursier*, intitulé : *Explication abrégée des principales Questions qui ont rapport aux affaires présentes*, 1731, in-12. On a encore de lui : *Les Médailles de Louis XV*, in-fol. qui parurent en 1727 et en 1736, augmentées. Ce graveur mourut en 1761. I. GODWIN, (Thomas) littérateur Anglois, profond dans la connoissance des langues et de l'antiquité, étoit né à Sommerset, et mourut le 20 mai 1642, à 55 ans, après avoir professé avec distinction dans l'université d'Oxford. On a de lui : *I. Moses et Aaron*, réimprimés à Utrecht en 1698, in-80, avec les savantes notes de *Reizius*. *Godwin* explique avec beaucoup d'érudition les rites ecclésiastiques et politiques des Hébreux. II. Un bon abrégé des *Antiquités Romaines*, publiées sous le titre d'*Antiqui-* tarum Romanarum compendium, in-4°, Oxford, 1613.
II. GODWIN, (François) évêque de Landaff, puis d'Herford, né à Havington, étoit fils de l'évêque de Bath. Il mourut en 1633, à 72 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages, entr'autres : I. De Præsulibus Angliæ, 1616, in-4°. II. Annales d'Angleterre sous Henri VIII, Edouard VI, et Marie; en latin, Londres, 1616, in-folio. III. L'Homme dans la Lune, traduit en françois, in-12 : ouvrage de sa jeunesse, publié sous le nom de Dominique Gonzalès. — Son fils Morgan a traduit ses Annales en anglois, Londres, 1630, in-folio. Il y en a une version françoise par Loigny, Paris, 1647, in-4°. Elles sont estimées en Angleterre, moins à cause du style, que pour la véracité de l'historien.
GOÉRÉE, (Guillaume) savant libraire d'Amsterdam, né à Middelbourg, en 1635, avoit des connaissances sur tous les arts, accompagnées d'une vaste érudition. Il est d'autant plus surprenant qu'il eût cultivé son esprit, qu'il avoit en le malheur de perdre son père de bonne heure, et de tomber entre les mains d'un beau-père rude et fâcheux. Cet homme, n'ayant pas étudié, ne vouloit pas permettre à ce jeune homme de s'adonner à l'étude, et l'obligea de s'attacher à quelque profession. Goérée choisit la librairie, comme une profession qui ne le priveroit pas du commerce des savans, ni entièrement de l'étude. Ses ouvrages montrent que s'il avoit chargé sa mémoire, il n'avoit pas négligé son esprit : la plupart sont in-folio. Ils roulent sur l'histoire des Juifs, sur la peinture, sur l'architecture. Ils sont écrits en flamand. Les principaux sont : I. Les Antiquités judaïques, Utrecht, 1700, 2 vol. in-folio, ornés de belles estampes. Il y a de l'érudition, mais aussi beaucoup de hors-d'œuvre, et il ne paroît pas que l'auteur ait puisé dans les sources. Les tailles-douces n'y servent souvent que d'ornement, et l'on peut croire qu'une bonne partie de l'ouvrage a été faite pour les amener. On doit porter le même jugement du suivant : II. Histoire de l'Eglise Juive, tirée des écrits de Moïse, 1700, 4 vol. in-folio, ornés d'estampes. III. Histoire Ecclésiastique et Civile, Amsterdam, 1705, in-4°, etc. IV. Introduction à la pratique de Peinture universelle, in-8°. V. De la connoissance de l'Homme, par rapport à sa nature et à la Peinture, in-8°. VI. Architecture universelle, etc. Il mourut à Amsterdam, le 3 mars 1715, à 76 ans. Il étoit fils de Hugues-Guillaume Goérée, mort à Middelbourg en Zélande, vers l'an 1643, qui a donné une traduction en flamand du Traité de la République des Hébreux de Pierre Cunæus, Amsterdam, 1682, in-8°. Il a aussi donné une Continuation de ce traité en 2 vol., qui a encore été augmentée d'un vol. par Guillaume Outram, qui fait le 4° vol. de cette collection, Amsterdam, 1701, in-12. Le tout a paru aussi en françois à Amsterdam, 1705. — Guillaume Goérée eut un fils nommé Jean, né à Middelbourg en 1670, qui se fit une grande réputation par son habileté dans le dessin. Il dessina les beaux tableaux qui sont dans la salle bourgeoise de l'hôtel de ville d'Amsterdam, et mourut dans cette ville le 4 jan- G g 4 472 GOÉ vier 1731. Il traduisit en hollandois l'Histoire métallique de Louis XIV. On a encore de lui des Poésies hollandoises, 1734, in-8.
GOÉTALS, Voy. HENRI DE GAND.
GOERTZ, (Jean, baron de) du duché de Holstein, sut plaire à Charles XII par son caractère entreprenant et son audace. Ce que ce prince étoit à la tête d'une armée, Goertz l'étoit dans le cabinet. Employé par son maître en différentes négociations hasardeuses, il fut arrêté en Saxe et en Hollande. Il échappa la première fois du milieu de six cavaliers : la seconde, il fut remis en liberté, et l'affaire fut assoupie. Il s'agissoit de faire révolter l'Angleterre en faveur du prétendant, et d'embraser l'Europe par une guerre générale. Il s'agita beaucoup, et ne réussit point. Chargé des finances du royaume de Suède, il eut recours à des moyens extrêmes et ruineux, pour fournir aux dépenses que les folies héroïques de l'Alexandre du Nord exigeoient. Il donna au cuivre à peu près la même valeur qu'à l'argent ; de sorte qu'une monnoie de cuivre dont la valeur intrinsèque étoit un demi-sol, passait pour trente ou quarante avec la marque du prince. C'étoit comme ces billets de change, dont la valeur imaginaire excédant bientôt les fonds d'un état, finissent par le ruiner. Les peuples manquent de confiance, le ministère est réduit à manquer de bonne foi. Les monnoies idéales se multiplient avec excès ; les particuliers enfouissent leur argent, et la machine se détruit avec une confusion, accompagnée souvent des plus grands malheurs. C'est ce qui arriva à la Suède. Aussi, à la mort de Charles XII, le baron de Goertz fut arrêté ; et pour appaiser les peuples en leur sacrifiant une victime du pouvoir arbitraire, qui les avoit fait gémir sous Charles XII, il fut décollé le 2 mars 1719. « Jamais homme, dit Voltaire, ne fut si souple, ni si audacieux à la fois ; si plein de ressources dans les disgraces, si vaste dans ses desseins, ni si actif dans ses démarches. Nul projet ne l'effrayoit, nul moyen ne lui coûtoit. Il prodiguoit les dons, les promesses, les sermens, la vérité et le mensonge. »
GOETZE, (Georges-Henri) zélé Luthérien de Leipzig, dont on a un très-grand nombre d'ouvrages singuliers, en latin et en allemand. Parmi les latins, on distingue : Selecta ex Historica Litteraria, Lubeck, 1709, in-4°, et Meletemata Annebergensia, ibid, 1706, 3 vol. in-12, lesquels contiennent plusieurs dissertations qui avoient paru séparément. Il mourut à Lubeck, le 25 mars 1729, à 61 ans, surintendant des églises de cette ville. « On voit dans quelques-uns de ses livres, beaucoup de choses qui sentent le controversiste, dit Nicéron, et même le controversiste du plus bas étage. Il sacrifioit en cela à ses préjugés ou à ceux de ses disciples. » Ce qui prouve cependant qu'il étoit fanatique lui-même, c'est son traité De reliquiis Lutheri, à Leipzig, 1703, in-4°. Cette dissertation roule uniquement sur les lieux que Luther a habités ; minuties très-peu intéressantes pour ceux qui ne suivent pas la bannière de ce patriarche. Les autres ouvrages de Goetze sont chargés de citations tirées ordinairement d'auteurs Luthériens, dont il accompagne toujours les noms d'épithètes pompeuses.
**GOEZ**, (Damien de) gentilhomme Portugais, se fit un nom dans le monde, par les emplois qu'il occupa, et dans la république des lettres par ses ouvrages. Il fut camérier du roi *Emmanuel*, qui lui confia plusieurs négociations importantes dans les cours de Pologne, de Danemark et de Suède. Entrainé par la passion de la littérature, il se retira à Louvain pour la cultiver plus tranquillement. Cette ville ayant été assiégée en 1542 par vingt-cinq mille François, *Goez* se mit à la tête des écoliers, fit des prodiges de valeur, et fut enfin pris par les assiégeans. Lorsqu'il eut sa liberté, il retourna en Portugal, pour écrire l'histoire de cet état; mais il ne put achever ce grand ouvrage. Il se laissa tomber dans son feu en 1596, et n'en fut retiré que mort et à demi-brûlé. Le même accident est arrivé de nos jours à l'abbé *Lenglet du Fresnoy*. *Goez* aimait la poésie et la musique, chantait bien, faisoit des vers, et cultivoit l'amitié. Il goûtoit, avec des amis instruits, tout ce que la communication des esprits a de plus agréable, et la société de plus doux. Parmi les ouvrages que ce savant et fécond écrivain a mis au jour, on se contentera d'indiquer: I. *Legatio magni Indorum imperatoris ad Emmanuelem Lusitania Regem*, anno 1513; Louvain, 1532, in-8. C'est un mémoire curieux sur l'ambassade du *Prête-Jean* en Portugal. II. *Fides, religio, moresque Æthiopum*, in-4°, Paris, 1544. III. *Commentaria rerum* *gestarum in Indid à Lusitania* anno 1538, Louvain, 1549, in-8. IV. *Urbis Ulysipponis descriptio*, Évora, 1554, in-4. V. *Histoire du roi Emmanuel*, en portugais, in-fol. VI. *Chronique*, en portugais, du *Prince Don Juan II*, in-fol., etc.
**GOFFREDY**, élève de *Bartholomé*, peintre et graveur du dernier siècle, a égalé son maître par sa touche légère et spirituelle; mais il est fort au-dessous de lui pour le coloris. Ses *Paysages* sont recherchés.
**GOFRIDY**, (Louis) curé de la paroisse des Acoules de Marseille, avoit beaucoup de goût pour les livres de magie. A force de lire ces productions, il s'imagina qu'il étoit sorcier. Il crut que le Diable lui avoit donné l'art de se faire aimer de toutes les femmes, en soufflant sur elles, et il souffla sur beaucoup. Une des filles d'un gentilhomme nomme *la Palud*, fut celle qu'il choisit préférablement pour exercer son pouvoir. Il l'initia dans tous les mystères du Sabbat et de l'amour. Cette folle étant revenue à elle, alla s'enfermer dans un couvent d'Ursulines. Son amant fâché de ce qu'on lui avoit enlevé sa proie, envoya une légion de diables dans le monastère, ou du moins il persuada aux religieuses qu'il l'avoit envoyée. Ces bonnes filles firent toutes les extravagances d'une femme imbécille qui se croit possédée. Le mystère éclata, et *Gofridy*, prêtre sacrilège et insensé, fut condamné au feu par le parlement de Provence. L'arrêt fut exécuté le dernier avril 1611. Plusieurs années après l'exécution de ce profanateur, sa maîtresse reparut sur la scène. Dé- noncée au parlement d'Aix comme une insigne sorcière, elle fut condamnée en 1633, à être enfermée pour le reste de ses jours.
GOGUET, (Antoine-Yves) naquit à Paris en 1716, d'un père avocat. Les succès des premières études sont souvent équivoques. Goguet en fut un exemple. Il fit ses humanités et sa philosophie sans éclat; il ne brilla pas davantage dans la magistrature, lorsqu'il eut acheté une charge de conseiller au parlement. Mais dès qu'il eut pris le goût de la littérature, pour laquelle il étoit propre, son génie, naturellement froid et tardif, s'échauffe, et fut bientôt en état de produire d'excellentes choses. Il mit au jour, en 1758, son savant ouvrage de l'Origine des Lois, des Arts, des Sciences, et de leurs progrès chez les anciens Peuples, en 3 vol. in-4°; réimprimé depuis en 6 vol. in-12, Paris, 1778. L'auteur considère la naissance et les progrès des connoissances humaines depuis Adam jusqu'à Cyrus. Cette matière intéressante pour l'esprit humain, est traitée dans ce livre avec autant d'érudition que d'exactitude. S'il est superficiel sur quelques points, il est très-étendu sur plusieurs autres; et quoique cet ouvrage marque plus de travail que de génie, le génie ne laisse pas de s'y faire sentir, sur-tout dans le 3e volume. Il seroit à souhaiter que l'auteur, si profond pour la partie historique, se fût attaché davantage à saisir l'esprit des choses, et fût un peu plus fort dans la partie philosophique. Son style, en général, noble et élégant, n'est pas tout-à-fait exempt de ces expressions que la mode intro- duit, et que le goût réprouve. Goguet ne jouit pas long-temps des éloges que le public savant donnoit à son ouvrage. La petite vérole, maladie que personne n'avoit jamais plus appréhendé que lui, l'emporta le 2 mai 1758, à 42 ans. Il laissa, par son testament, ses manuscrits et sa bibliothèque à Alexandre-Conrart Fugère, conseiller de la cour des aides, son ami, qui l'avoit beaucoup servi dans ses études, et que la douleur de sa perte précipita, trois jours après, dans le tombeau, âgé seulement de 37 ans. Ces deux savans étoient dignes l'un de l'autre, par l'esprit et par le cœur. Doux, simples, modestes, religieux, ils avoient les mêmes connoissances, et les mêmes vertus. Goguet, malgré sa modestie, étoit très-sensible aux louanges et aux critiques, mais sans s'enorgueillir des unes, et sans mépriser les autres. Il avoit commencé, lorsqu'il mourut, un grand ouvrage sur l'Origine et les progrès des Lois, des Arts et des Sciences en France, depuis le commencement de la monarchie jusqu'à nos jours. Le succès de sa première production doit faire regretter qu'il n'ait pas eu le temps de donner la seconde.
GOHORRI, (Jacques) professeur de mathématiques à Paris, parent du président Fauchet, traduisit en françois les tomes 10, 11, 12 et 13 de l'Amadis des Gaules. On a encore de lui : I. Un petit livre singulier, intitulé : Le Livre de la Fontaine périlleuse, avec la Chartre de l'Amour... (Euvre très-excellent de Poésie antique, contenant la Sténographie des mystères secrets de la science minérale. Il ne se donna que pour l'éditeur et le commentateur de cet ouvrage, imprimé à Paris en 1572, in-8.º II. *Traité des vertus et propriétés du Petun*, appelé en France l'*Herbe à la Reine*, ou *Médicée* : c'est le tabac, récemment alors découvert. *Gohorri* mourut en 1576.
GOIBAUD, *Voy* II. BOIS.
GOIS, (les) bouchers de Paris, sous le règne de *Charles VI*, vers la fin du 14$^{e}$ siècle et au commencement du 15$^{e}$, étoient trois frères. La France étoit alors partagée en deux grandes factions : celle d'Orléans, dite des *Armagnacs*, et celle des *Bourguignons*. Ces trois bouchers, auxquels plusieurs autres du même métier se joignirent, avec une troupe d'écorcheurs et d'autres artisans et gens de néant, prirent le parti du duc de *Bourgogne*, et causèrent de grands désordres dans Paris, pillant et tuant ceux qu'on soupçonnait de favoriser les *Armagnacs*.
GOLDAST, (Melchior-Haiminsfeld) né à Bischofs-Zell en Suisse, vers 1576, devint conseiller du duc de Saxe, et mourut pauvre le 11 août 1635, à 59 ans. C'étoit un homme extrêmement laborieux, et un grand compilateur. Ses ouvrages lui servirent plus pour subsister, que la qualité de gentilhomme qu'il prenoit. La manière dont il trafiquoit ses livres, fait assez connoître son indigence. Quand il en publioit quelqu'un, il en envoyoit des exemplaires aux magistrats des villes : on lui donnoit ordinairement un peu plus que le livre ne coûtoit, et ces petites libéralités le faisoient vivre. Cependant, quoique le besoin lui ait mis souvent la plume à la main, on lui est redevable d'un grand nombre de pièces inconnues, qui rendent ses collections assez estimables. Les principales sont : I. *Monarchia sancti Imperii Romani*, 1611, — 13 et — 14, en 3 vol. in-fol. C'est une compilation de différens *Traités* sur la juridiction civile et ecclésiastique, assez curieuse, mais pleine de faux titres. II. *Alamaniae Scriptores*, 1730, 3 vol. in-fol. ; recueil utile. III. *Commentarius de Bohemiae regno*, in-4.º IV. *Informatio de statu Bohemiae quoad jus*, in-4.º : traités importans pour l'histoire de Bohème, réimprimés depuis peu à Francfort. V. *Sybilla Francica*, in-4.º C'est un recueil de différens morceaux sur la Pucelle d'Orléans ; il est rare. VI. *Scriptores aliquot rerum Suevicarum*, in-4.º VII. *Collectio Constitutio num Imperatorum*, 2 vol. in-fol. VIII. *Collectio Consuetudinum et Legum Imperalium*, in-folio. IX. *Paranetici veteres cum notis*, *Lindavia*, 1604, in-4.º : recueil recherché des savans, et peu commun. V. *Politica Imperalia*, 2 vol. in-fol. *Voyez un Recueil de Lettres* qui lui furent écrites par divers savans, imprimé en 1688, à Francfort.
GOLDMAN, (Nicolas) né à Breslaw en 1623, et mort à Leyde en 1665, à 42 ans, est auteur de plusieurs ouvrages. Les plus connus sont : I. *Elementa Architectura militaris*, et un autre traité d'architecture, publié par *Sturmius*. II. *De Stylometricis*. III. *De usu proportionarii Circuli*. Ces ouvrages ont quelque mérite.
GOLDONI, (Charles) auteur dramatique, né à Venise, conçut le projet de tirer la scène ita- 476 G O L lienne de l'état déplorable où elle étoit réduite et le remplit avec succès. Plusieurs tragédies, plus de cent comédies en trois actes ou en cinq fixèrent la renommée à son nom, et le firent surnommer le *Molière* de l'Italie. Plusieurs cours disputèrent à son pays l'avantage de le posséder. La France obtint la préférence. Il arriva à Paris en 1761, et fut nommé maître de langue italienne des tantes du roi. *Goldoni* est mort dans ces derniers temps. Les tragédies les plus remarquables de cet auteur sont *Bélisaire*, *Griselda*, *Renaud de Montauban*. Elles sont inférieures à ses comédies. La première, intitulée la *Bonne femme*, fut représentée en Italie en 1742; la dernière fut celle du *Bourru bienfaisant*, jouée à Paris avec un grand succès. Toujours exact dans ses peintures, toujours comique dans ses intrigues et vrai dans son dialogue, il n'est guère de ridicules qu'il n'ait attaqués, de caractères qu'il n'ait approfondis. Souvent même, mécontent d'un premier essai, ou s'apercevant que quelques nuances principales d'un caractère avoient échappées à son pinceau, il le reproduisait dans un autre ouvrage, et le plaçoit de manière à faire ressortir sans effort les traits nouveaux sous lesquels ils le présentoit. Cette attention scrupuleuse caractérise l'observateur philosophe, comme cette facilité à se replier sur soi-même décèle un génie extraordinaire.
GOLDSMITH, (Olivier) naquit à Roscommon en Irlande l'an 1729, et mourut d'une fièvre nerveuse le 4 avril 1774, à 43 ans. Ses parens l'ayant destiné à la médecine, il passa à Édim- bourg pour étudier cette science. Ayant été forcé de quitter l'Écosse, pour avoir répondu d'une somme considérable, il parcourut une partie de l'Europe à pied, toujours joyeux, bravant la mauvaise fortune, et se faisant une ressource de son talent à jouer de la flûte. Il se fit cependant recevoir bachelier en médecine à Louvain. Ayant rencontré un jeune homme qui se chargea de le conduire en France, il l'y suivit. Il s'en retourna bientôt à Londres sans argent. Il devint successivement alors garçon apothicaire, sous-précepteur dans une école, écrivain périodique et enfin homme célèbre. Il ne fut jamais à son aise : cependant les poèmes du *Voyageur*, du *Village désert*, les *Lettres sur l'Histoire d'Angleterre*, et la comédie du *Bon Homme*, qui respirent une touche originale, lui procurèrent des honoraires considérables : mais sa facilité à prêter, et son inclination pour le jeu, le privèrent de ces ressources passagères. Il mourut comme il avoit vécu, dans la pauvreté et l'incurie. Il s'est peint, sous le nom de *George*, dans son *Ministre de Wakefield*, roman plein d'intérêt et de sensibilité, qu'on peut lire plusieurs fois et toujours avec plaisir. On lui doit encore des *Essais* de morale, des *Pièces* de théâtre, et même quelques *Écrits* sur les sciences. Un violent incendie ayant consumé en 1803 l'imprimerie du libraire *Hamilton* à Londres, on a observé que la masse des caractères typographiques, qui avoient servi à l'impression de plusieurs ouvrages de *Goldsmith*, ayant été mise en fusion par le feu, forma un torrent qui pénétra dans l'église voisine, et alla s'arrêter. presque entièrement sur la tombe de cet auteur. *Goldsmith* étoit, malgré son esprit, d'une grande simplicité dans la vie privée, et d'une candeur qui l'exposa quelquefois à des désagréments. Un jour il se rendit chez le duc de *Northumberland*, qui, sur sa réputation, avoit désiré de le voir. Le docteur flatté, courut chez ce seigneur, et trouvant deux personnes dans son appartement où on l'avoit introduit, il fit une méprise assez plaisante, en saluant profondément un domestique qu'il prit pour le duc, et en traitant assez cavalièrement le duc qu'il prit pour un valet. Il fut, si étourdi et si honteux lorsqu'on le détrompa, qu'il ne sut comment s'excuser, et se retira sur-le-champ. Plusieurs grands seigneurs lui témoignèrent le même empressement que le duc de *Northumberland*; et la vanité dont il étoit rempli le fit tomber dans un piège qui lui fut tendu peu de temps après. Dans le temps où il jouissoit de sa plus haute réputation, il se trouva chargé de dettes criardes. Un de ses créanciers, un peu moins patient que les autres, obtint un arrêt de prise de corps contre lui; mais on ne pouvoit l'arrêter dans son appartement, et il n'en sortit plus. On lui écrivit une lettre supposée sous le nom de l'intendant d'un grand seigneur, qui étoit très-flatté de le voir. Il vint au rendez-vous, et il fut arrêté par un bailli chargé de l'exécution de son décret. Heureusement pour le docteur, son imprimeur le tira de ce mauvais pas, en payant pour lui. On connoit en notre langue le poème du *Village abandonné*, par une traduction en vers françois qui parut en 1770, in-8°, avec fig.
GOLIATH, géant de la ville de Geth, d'environ neuf pieds six pouces de hauteur, fut tué par *David* d'un coup de pierre, vers l'an 1063 avant J. C. Ses armes répondoient à la grandeur de sa taille. Son casque étoit d'airain; sa cuirasse, de même métal, pesoit cinq mille sicles, ce qui fait plus de 156 livres de notre poids. Il avoit aussi des bottes et un bouclier d'airain. Le fût de sa hallebarde étoit de la grosseur d'une ensuite de tisserand; et le fer dont elle étoit garnie, pesoit six cents sicles, c'est-à-dire près de vingt livres. *Horstius* prétend que ses armes devoient peser au moins 272 livres de notre poids. I. GOLIUS, (Jacques) né à la Haye en 1596, succéda au savant *Erpenius*, dans la chaire d'Arabe de l'université de Leyde. Il voyagea en Afrique et en Asie, pour se perfectionner dans la connoissance des langues orientales. Les Turcs le laissèrent fouiller dans les bibliothèques de Constantinople, et on voulut l'y retenir, en lui procurant de grands avantages. Il préféra le séjour de Leyde, et y mourut le 28 septembre 1667, à 71 ans. On a de ce savant: I. Une édition de l'*Histoire de Tamerlan*, composée en arabe par un des meilleurs écrivains Asiatiques. II. Une autre de l'*Histoire des Sarrasins*, par *Elmacin*. III. Un *Dictionnaire Persan*, qu'on trouve dans le *Lexicon-Heptaglotion* de *Castel*. IV. Un *Lexicon Arabe*, Leyde, 1653, in-folio, estimé pour son exactitude. V. Les *Elimens Astronomiques d'Alfargan*, avec de savans commentaires, in-4°: Amsterdam, 1669: ouvrage peu commun. 478 G O L
II. GOLIUS, (Pierre) ou CÉLESTIN DE SAINTE — LUDUVINE, frère du précédent, né à Leyde, se fit Carme-déchaussé, et passa à Alep en qualité de missionnaire. Il remplit cet emploi avec zèle dans toute la Syrie, et érigea un monastère de son Ordre sur le mont Liban. Il alla ensuite à Rome, où il enseigna la langue arabe, et travailla à l'édition de la Bible en cette langue, imprimée l'an 1671 par les soins de Sergius Risius, savant maronite, archevêque de Damas. Ses supérieurs l'envoyèrent vers ce temps visiter les missions des Indes. Il mourut à Surate vers l'an 1673. On a de lui : I. Une Traduction en langue arabe de l'Imitation de J. C., par Thomas à Kempis, imprimée à Rome en 1663. II. Vie de Ste. Thérèse, en arabe. III. Il a traduit en latin de l'arabe, Paraboles et Sentences. I. GOLITZIUS, (Hubert) célèbre antiquaire, né à Vanloo dans le duché de Gueldre en 1525, parcourut la France, l'Italie, l'Allemagne, recherchant des inscriptions, des tableaux anciens, des médailles. Son mérite lui ouvrit tous les cabinets et toutes les bibliothèques. La ville de Rome l'honora de la qualité de citoyen. De retour dans les Pays-Bas, il mit sous presse un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. Fasti Romani ex antiquis numismatibus et marmoribus ære expressi et illustrati, in-folio. Brugis, typis ejusdem Cl. Goltzii, et à Anvers, 1618, avec les notes d'André Schott et de Louis Nonnus, vol. in-fol., où l'érudition n'est pas épargnée. II. Icones Imperatorum Romanorum, et series Austriacorum, Casp. Gevarsii, in-fol. C'est un recueil de toutes les médailles échappées aux injures du temps, ou aux dévastations des barbares, depuis Jules-César jusqu'à Charles-Quint. On a accusé Goltzius, de n'avoir pas toujours su distinguer les médailles supposées, d'avec les véritables. Cependant, Vaillant assure qu'après un examen exact, il n'en a pas trouvé une seule dont on puisse douter. III. Julius Cæsar, seu illius vita ex numismatibus, in-fol. IV. Cæsar Augustus ex numismatibus, in-fol. V. Sicilia et magna Græcia, ex priscis numismatibus, in-folio : ouvrage savant et estimé. La première édition, est de Bruges en 1576; la seconde, enrichie des notes d'André Schott, parut à Anvers en 1618. VI. Catalogue des Consuls. VII. Un Trésor d'Antiquités, plein de recherches. Tous ces ouvrages sont en latin, et forment 3 vol. in-fol., imprimés à Anvers en 1635 et 1708. Ce savant mourut à Bruges, le 14 mars 1583, à 57 ans. Il étoit aussi peintre et graveur en bois. Il avoit une imprimerie chez lui, pour qu'il se glissât moins de fautes dans ses ouvrages. Après sa mort, on a publié un autre ouvrage de Goltzius sur les médailles des villes Grecques, avec un commentaire de Louis Nunez Espagnol, sous ce titre : Ludovici Nunnii Commentarius in Huberti Goltzii Græciam, insulas, et Asiam minorem, Anvers, 1620, in-folio. On a perdu la plus grande partie des médailles recueillies par Goltzius. De trente provinces dont il avoit des suites, il n'en a été conservé que cinq, la Colchide, la Cappadoce, la Galathie, le Pont et la Bithynie. G O M 479 11. GOLTZIUS, (Henri) peintre et graveur, naquit en 1558, au village de Mulbracht dans le duché de Juliers. *Goltzius* avoit une mauvaise santé, dont le dérangement étoit causé par quelques affaires domestiques. Cependant l'envie d'apprendre le détermina à faire un voyage. Il passa par les principales villes d'Allemagne; et de son valet il fit son maître, afin d'être plus libre et de n'être point connu. Il visitoit, en cet état, les cabinets des peintres et des curieux. Son prétendu maître faisoit aussi voir de ses ouvrages, et *Goltzius* mettoit son plaisir à entendre les jugemens qu'on en portoit devant lui, pour en profiter. L'exercice du voyage, le plaisir que lui donnoit son déguisement, et le changement d'air, dissipèrent les inquiétudes de son esprit, et rétablirent sa santé. Il alla à Rome et à Naples, où il fit beaucoup d'études d'après les antiques et les productions des meilleurs artistes. Il a peu travaillé en peinture; mais il a gravé plusieurs sujets en diverses manières. On a beaucoup d'*Estampes* fort estimées, faites d'après les Dessins qu'il avoit apportés d'Italie. On remarque dans celles de son invention, un goût de dessin qui a quelque chose de rude et d'austère; mais on ne peut trop admirer la légèreté et en même temps la fermeté de son burin. Il mourut à Harlem, en 1617, à 59 ans.
GOMAR, (François) théologien Calviniste, chef des *Gomaristes* ou *Contre-Remontraux*, naquit à Bruges en 1563. Après avoir étudié sous les plus habiles théologiens de sa secte, il obtint une chaire de théologie à Leyde, et l'occupa avec distinction. *Arminius* professoit alors dans l'université de cette ville; ce sectaire, trop favorable à la nature humaine, donnoit à l'homme tout le mérite des bonnes œuvres. *Gomar*, partisan des opinions de *Calvin* sur la prédestination, aussi inquiet que cet hérésiarque et aussi fanatique, s'éleva avec force contre un sentiment qui lui paroissoit anéantir les droits de la grace. Il attaqua *Arminius* en particulier et en public. Il y eut de longues conférences, qui, loin de rapprocher les partis, les agirirent davantage. *Gomar* soutint dans ses thèses contre *Arminius*, « qu'il étoit ordonné, par un décret éternel de Dieu, que parmi les hommes, les uns seroient sauvés, et les autres damnés. D'où il s'ensuivoit, que les uns étoient attirés à la justice, et qu'étant ainsi attirés, ils ne pouvoient tomber; mais que Dieu permettoit, que tous les autres restassent dans la corruption de la nature humaine et dans leurs iniquités. » *Arminius* concluoit de ces paroles, « que *Gomar* faisoit Dieu auteur du péché et de l'endurcissement des hommes, en leur inspirant une nécessité fatale. » Le public, peu ou point du tout instruit de ces matières, suivit aveuglément le parti du ministre qu'il connoissoit, ou qu'il aimoit le plus. La mort d'*Arminius* ne termina pas cette dispute. *Vorstius* fut mis à sa place, sans que *Gomar* pût l'empêcher. Cette querelle théologique devint alors une guerre civile. « Les prédicateurs ne se bornant pas à instruire; mais soufflant le feu de la sédition, dit l'abbé *Pluquet*, les magistrats rendirent un édit qui ordonnoit aux deux partis de se 480 G O M tolérer. Cet édit souleva tous les *Gomaristes*, et l'on craignit de voir renouveler les séditions. Le grand pensionnaire *Barneveldt* proposa aux états de donner aux magistrats de la province le pouvoir de lever des troupes pour réprimer les séditieux, et pour la sûreté de leur ville. Dordrecht, Amsterdam, trois autres villes favorables aux *Gomaristes*, protestèrent contre cet avis; néanmoins la proposition de *Barneveldt* passa; et les Etats donnèrent un décret en conformité, le 4 août 1617. Le prince *Maurice de Nassau* haïssoit depuis long-temps *Barneveldt*. Il crut, à la faveur des querelles de religion, anéantir son autorité; il prétendit que la résolution des Etats pour la levée des troupes, ayant été prise sans son consentement, dégradoit sa dignité de Gouverneur et de Capitaine général. De pareilles prétentions avoient besoin d'être soutenues du suffrage du peuple; le prince *Maurice* se déclara pour les *Gomaristes*, qui avoient mis le peuple dans leur parti, et qui étoient ennemis jurés de *Barneveldt*. Le prince *Maurice* défendit aux soldats d'obéir aux magistrats, et il engagea les Etats généraux à écrire aux magistrats des villes, pour leur enjoindre de congédier les troupes levées pour la sûreté publique; mais les états particuliers, qui se regardoient comme souverains, et les villes, qui à cet égard ne croyoient devoir recevoir des ordres que des Etats de leurs provinces, n'eurent aucun égard aux lettres des Etats généraux. Le prince traita cette conduite de rébellion, et convint avec les Etats généraux, qu'il marcheroit lui-même avec les troupes qui étoient à ses ordres, pour obtenir la cassation de ces soldats levés irrégulièrement; qu'il déposeroit les magistrats Arminiens, et qu'il chasseroit les ministres attachés à ce parti. Le prince d'*Orange* exécuta le décret des Etats généraux avec toute la rigueur possible. Il déposa les magistrats, chassa les *Arminiens*, fit emprisonner tout ce qui ne ploya pas sous son autorité tyrannique et sous sa justice militaire; il fit arrêter *Barneveldt*, un des plus illustres défenseurs de la liberté des Provinces-Unies, et lui fit trancher la tête. *Barneveldt* avoit aussi bien servi les Provinces-Unies dans son cabinet, que le prince d'*Orange* à la tête des armées; la liberté publique n'avoit rien à craindre de *Barneveldt*, cependant il fut immolé à la vengeance du prince d'*Orange*, qui pouvoit anéantir la liberté des Provinces, et qui peut-être avoit formé le projet d'une dictature, qui avoit trouvé dans *Barneveldt* un obstacle invincible. Les *Gomaristes*, appuyés du crédit et de la puissance du prince d'*Orange*, firent convoquer un synode à Dordrecht, où les *Arminiens* furent condamnés, et où l'on confirma la doctrine de *Calvin* sur la prédestination et sur la grace. Appuyés de l'autorité du synode, et de la puissance du prince d'*Orange*, les *Gomaristes* firent bannir, chasser, emprisonner les *Arminiens*. Après la mort du prince *Maurice*, il furent traités avec moins de rigueur, et ils obtinrent enfin la tolérance en 1630. » *Gomar*, pendant toutes ces querelles, ne restoit pas oisif. Piqué de ce que *Vortius* avoit succédé à *Arminius*, il avoit quitté Leyde et s'étoit réfugié réfugié à Middelbourg en 1611. Il remplit dans cette ville les places de ministre et de professeur jusqu'en 1614. Il fut appelé alors à Saumur, pour remplir une chaire de théologie; mais il ne l'occupa que quatre ans. Le triomphe de son parti lui faisoit desirer le séjour de la Hollande. Il se retira donc à Groningue, où il intrigua pour sa petite secte, et où il professa la théologie et l'hébreu. Il fut l'ame du synode de Dordrecht, dont il dicta presque toutes les décisions. Il mourut à Groningue le 11 janvier 1641, à 78 ans, regardé comme un homme savant, mais entêté. Ses *Ouvrages* ont été recueillis in-fol. à Amsterdam, en 1644. C'est du papier gâté.
GOMBAUD, *Voyez GONDÉBAUD*, et I. CHIFFLET.
GOMBAULD, (Jean Ogier de) l'un des premiers membres de l'académie Françoise, né à Saint-Just-de-Lussac, près de Brouage, étoit d'une famille distinguée de Saintonge. Il se produisit à la cour de la reine *Marie de Médicis*, plut à cette princesse par ses vers, et en obtint une pension de douze cents livres, réduite depuis à quatre cents. Son état ne fut jamais au-dessus de la médiocrité. Il disoit, dans son épitaphe de *Malherbe*: *Il est mort pauvre, et moi je vis comme il est mort*. Il fut cependant gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Le duc et la duchesse de *Montausier* l'accueillirent très-favorablement, et il fut un des beaux esprits de l'hôtel de *Rambouillet*. Il avoit la repartie vive. Ayant lu une pièce au cardinal de *Richelieu*, ce ministre lui dit: *Voilà des* *Tome V.* *choses que je n'entends point.* — *Ce n'est pas ma faute*, répondit le poète; mais le cardinal feignit de n'avoir pas entendu. Sa sobriété, et une conduite réglée, soutinrent sa santé, naturellement robuste, et lui donnèrent de longs jours. Il mourut en 1666, presque centenaire. Ce poète contribua beaucoup à l'établissement de l'académie Françoise et à la pureté du langage. *Gombauld*, si zélé pour la langue Françoise, ne lui a pas rendu de grands services, ni par ses poésies foibles et inégales, ni par sa prose quelquefois légère, mais le plus souvent lâche. Il peint ainsi les grands de son temps: Le vice est tout leur entretien; Le luxe est leur souverain bien; Leur table en délices abonde; Leurs pieds au mal sont diligens; Et les plus grands marards du monde Se nomment les honnêtes gens. Ses Œuvres poétiques sont: I. Les tragédies d'*Aconce*, de *Cydippe* et des *Danaïdes*, pièces mal conduites et mal versifiées, à l'exception de quelques tirades. II. Une *Pastorale*, in-8°, en cinq actes, intitulée *Amaranthe*, dans laquelle il a répandu quelques-uns de ces jolis riens, de ces ingénieuses bagatelles qui coûtent si peu aux courtisans François, mais qui déplaisent dans la bouche des bergers et des bergères: il est vrai que, de temps en temps ceux de *Gombauld* parlent avec la simplicité qui leur convient. III. Des *Sonnets*, 1649, in-4°, en grand nombre, parmi lesquels *Boileau* n'en comptoit que deux ou trois de passables. IV. Des *Epigrammes*, 1657, in-12, préférées à ses *Sonnets*, quoiqu'elles H h 482 G O M soient l'ouvrage de sa vieillesse. On les a mises à côté de celles de Maynard, et on en a retenu quelques-unes. V. Endymion, in-8°, roman agréable lorsqu'il parut, aujourd'hui confondu dans la foule des frivolités du 17e siècle. VI. Traité et lettres concernant la Religion, Amsterdam, 1669, in-12.
GOMBERVILLE, (Marin LE ROY, sieur de) Parisien, suivant les uns, et né, suivant d'autres, à Chevreuse, dans le diocèse de Paris, fut un de ceux qui furent choisis parmi les beaux esprits du royaume, lorsque le cardinal de Richelieu forma l'académie Françoise. Il étoit alors avantageusement connu : à l'âge de 14 ans, il donna un recueil de 110 Quatrains à l'honneur de la vieillesse : ouvrage dont on n'auroit pas fait mention, s'il p'eût été prématuré. Il s'appliqua dans la suite à composer des Romans ; mais s'étant lié avec les Solitaires de Port-Royal, il se consacra comme eux à la piété et aux ouvrages qui pouvoient l'inspirer. Sa ferveur tiédit un peu sur la fin de ses jours ; mais il n'en fut pas moins attaché à ses pieux et illustres amis. Il mourut à Paris le onze juin 1674, à 75 ans. On trouve dans ses Poésies l'Epitaphe d'un homme de lettres. Je ne sais si c'est la sienne que le poète a voulu faire ; elle est modeste, et dit beaucoup cependant en peu de vers : Les Grands chargent leur sépulture De cent éloges superflus... Passant, en peu de mots, voici mon aventure : Ma naissance fut fort obscure, Et ma mort l'est encore plus. « Cet auteur avoit, suivant Fléchier, une raison droite et éclairée, un génie noble et élevé : sa société étoit douce, et une partie de sa vie fut tranquille et innocente. Il joignit les réflexions à l'expérience, et les vertus chrétiennes aux vertus morales. » Ménage prétend qu'il ne savoit pas le latin ; mais il est fort difficile de le croire, à cause de ses imitations d'Horace, et des autres poètes, dont il a inséré le texte même dans sa Doctrine des Mœurs. On a de lui des ouvrages en vers et en prose. Ceux du premier genre sont : I. Des Poésies diverses, dans le recueil de Lomenie de Brienne. Son Sonnet sur le Saint-Sacrement, et celui sur la Solitude, sont les meilleures pièces de ce recueil. Les productions du second genre sont : I. Des Romans : Polexandre, 5 vol. in-8°; la Cythérée, 4 vol. in 8°; la Jeune Alcidiane, in-8°, ou 3 vol. in-12, pleins d'aventures peu vraisemblables et longuement cotées ; ils eurent quelque vogue avant le temps du bon goût. C'est dans le roman de Polexandre, que Gomberville, qui avoit une antipathie invincible pour le mot Can, se vantoit un jour de ne l'avoir pas employé une seule fois. On eut la patience de mettre à l'épreuve son scrupuleux vétillage, et l'on trouva, après avoir long-temps feuilleté, que le mot prohibé avoit échappé trois fois à sa plume. Voiture l'en railla plaisamment dans une de ses lettres, qui commence ainsi : « Mademoiselle... Car étant d'une si grande considération en notre langue, etc. » II. Discours sur les vertus et les vices de l'Histoire, et de la manière de bien écrire, avec un Traité de l'Origine des François, in-4°, Paris, 1620. Il est plaisant que l'auteur, un des plus féconds romanciers de son siècle, ait donné de bonnes leçons pour écrire l'histoire. Ce petit ouvrage est fort rare; parmi les remarques judicieuses qu'il renferme, il y en a plusieurs de singulières et de hardies. III. L'édition des Mémoires du Duc de Nevers, 2 vol. in-folio, Paris 1665. Ces Mémoires commencent en 1574, et finissent en 1596; mais Gomberville les a enrichis de plusieurs pièces curieuses qui vont jusqu'en 1610, année de l'assassinat du grand Henri. IV. Relation de la rivière des Amazones, traduite de l'espagnol du Jésuite d'Acuna, avec d'autres Relations, et une Dissertation sur cette rivière, in-12, 4 vol. 1682. V. La Doctrine des mœurs, tirée de la Philosophie des Stoïques, représentée en cent tableaux, et expliquée en cent discours, in-folio 1646: ouvrage qui fut plus recherché pour les planches, que pour les explications, écrites d'un style lâche et incorrect. Il y a aussi des vers, qui ne valent guère mieux que sa prose; mais ils renferment d'utiles moralités, dont quelques-unes sont plus philosophiques que chrétiennes. On y trouve même quelques maximes qu'une morale sévère réprouveroit.
GOMER, fille de Débelaïm, renonça à la prostitution dans laquelle elle vivoit, pour épouser le prophète Osée, dont elle eut, dit l'Écriture, trois enfans: un fils et deux filles. Le saint homme reçut ordre du Seigneur de prendre pour épouse une femme débauchée, pour marquer la prostitution et les dé- sordres de Samarie, qui avoit abandonné le Seigneur, pour se livrer à l'idolatrie; et il épousa Gomer. Voyez Osée.
GOMÈS-FERNAND, gentilhomme Espagnol, distingué par sa noblesse autant que par sa piété, institua en 1170, sous le pontificat d'Alexandre III, l'ordre des chevaliers du Poirier. Cet ordre militaire ayant été mis en possession d'Alcantara dans l'Estramadière, dont la garde leur fut confiée à la place des chevaliers de Calatrava, ils prirent le nom de cette ville, avec la croix verte fleurdelisée. Leur maîtrise fut unie à la couronne sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle; et ils obtinrent la permission de se marier, quoique, par leur institut, ils fussent soumis à la règle de Saint-Benoît. I. GOMEZ DE CIUDAD-RÉAL, (Alvarez) poète latin de Guadalaxara dans le diocèse de Tolède, fut mis comme enfant d'honneur auprès de l'archiduc, depuis l'empereur Charles-Quint, il se fit un nom en Espagne par ses Poésies latines. Les plus connues sont: I. Sa Thalie Chrétienne, ou les Proverbes de Salomon en vers, in-8°. II. Sa Muse Pauline, ou les Epières de St. Paul en vers élégiaques, 1529, in-8°. III. Son Poème sur la Toison d'Or, 1540, in-8°. C'est le chef-d'œuvre de Gomez. Il mourut le 14 juillet 1538, à 50 ans. On lui reproche d'avoir placé dans ses Poésies Chrétiennes, les noms des divinités païennes, d'être déclamateur et de manquer de goût.
II. GOMEZ, (Louis) jurisconsulte, étoit natif d'Origuela 484 GOM dans le royaume de Valence. Il mourut en 1543, évêque de Fano, après avoir exercé divers emplois dans la chancellerie de Rome, où il avoit été appelé. Plusieurs auteurs ont fait l'éloge de sa piété et de son érudition. Celui de ses ouvrages qui lui a fait le plus d'honneur, est un recueil intitulé : *Variæ resolutiones Juris civilis, communis et regii*. — Il ne faut pas le confondre avec François — Vincent GOMEZ, prieur des Dominicains de Valence, qui donna dans cette ville en 1626, in-4°, un traité intitulé : *Governo de Principes*, composé par un religieux de son ordre, corrigé et augmenté par l'éditeur. « Un moine qui veut apprendre aux princes à gouverner leurs états, dit l'abbé Lenglet, ressemble à un prince qui voudroit apprendre à des moines à conduire des novices. »
III. GOMEZ DE CASTRO, (Alvarez) de Sainte-Eulalie près de Tolède, mort en 1580 à 65 ans, est auteur de divers ouvrages en vers et en prose. Le plus connu est son *Histoire du cardinal Ximenès*, 1569 in-fol. Ce ministre y est un peu flatté.
IV. GOMEZ, (Magdeleine-Angélique Poisson de) née à Paris en 1684, morte à Saint-Germain-en-Laye le 28 décembre 1770, à 86 ans, étoit fille de Paul Poisson, comédien. Don Gabriel de Gomez, gentilhomme Espagnol, peu favorisé de la fortune, lui trouva de l'esprit et des graces, l'épousa dans l'espérance d'avoir une ressource dans ses talens. Mad. de Gomez, qui avoit cru se marier avec un homme riche, fut bientôt obligée de chercher dans la plume des secours contre l'in- l'indigence. Elle se consacra entièrement au genre romanesque. Sa plume, plus féconde que correcte, fit éclore un grand nombre de productions galantes, qui furent lues avec avidité, mais sur lesquelles le public s'est beaucoup refroidi. Les principales sont : I. *Les Journées amusantes*, 2 vol. in-12, qu'on réimprime encore, mais qu'on lit moins qu'autrefois. Le style en est un peu diffus. II. *Anecdotes Persanes*, 2 vol. in-12. III. *Histoire secrète de la conquête de Grenade*, in-12. IV. *Histoire du comte d'Oxford*, avec celle d'Eustache de Saint-Pierre ou siège de Calais, in-12. V. *La Jeune Alcidiane*, 3 vol. in-12. VI. *Les cent Nouvelles nouvelles*, 18 vol. in-12. Il y en a quelques-unes d'agréables. Mad. de Gomez est encore auteur de plusieurs Tragédies, *Habis*, *Sémiramis*, *Cléarque*, *Marsidie*, dont aucune n'est restée au théâtre, quoique la première, représentée en 1714, ait été reprise en 1732. La versification en est lâche et languissante. Elle écrivoit d'une manière trop foible, pour tracer le caractère des héros, et inspirer la terreur. On lui refuse encore l'art de bien conduire une intrigue sur le théâtre; mais on lui accorde le mérite de l'exposition. V. GOMEZ, Voyez PEREIRA (George). I. GONDEBAUD ou GOMBAUD, troisième roi de Bourgogne, fils de Gondicaire, frère et meurtrier de Chilperic, s'empara de son royaume aussitôt après qu'il l'eut massacré. Son règne commença en 491. Il porta la même année la guerre en Italie, pilla et ravagea l'Émilie et G O N 485 la Ligurie, se rendit maître de Turin, et répandit par-tout la terreur et la désolation. Au retour de cette sanglante expédition, il donna Clotilde, sa nièce, à Clovis qui la lui avoit demandée; mais cette union n'empêcha pas celui-ci de se joindre à Gondésigile contre Gondebaud. Cet usurpateur fut défait et poursuivi jusqu'à Avignon, où il s'enferma l'an 500. Obligé de racheter sa vie et son royaume, le vaincu accepta les conditions que le vainqueur voulut lui imposer; mais à peine fut-il délivré, qu'il reprit les armes. Il alla assiéger Gondésigile dans Vienne, le prit et le fit égorger au pied des autels dans une église d'Ariens où il s'étoit réfugié. Depuis cette expédition, Gondebaud fut paisible possesseur de son royaume jusqu'à sa mort en 516, après un règne de 25 ans. Ce monarque mourut dans l'Arianisme qu'il professoit en public, quoiqu'il convint, en secret, de la fausseté de cette hérésie. Gondebaud, tout barbare qu'il étoit, donna des lois très-sages à son peuple. On y remarque, en général, de l'équité, et beaucoup d'attention à prévenir les différends; mais il y en a quelques-unes qu'on pourroit trouver trop sévères. Un Juif qui osoit porter la main sur un Chrétien, devoit avoir le poing coupé; s'il frappoit un prêtre, on le faisoit mourir. L'adultère étoit puni de mort. Si une fille libre péchoit avec un esclave, ils étoient mis à mort l'un et l'autre; une femme qui abandonnait son mari, étoit étouffée dans la boue. Il y avoit d'autres lois qui paroissioient peu réfléchies. Ceux qui n'avoient pas de bois, pouvoient en aller couper dans les forêts des au- tres. Dans les procès civils ou criminels, on en étoit quitte presque toujours en jurant qu'on étoit innocent. Si la partie ne vouloit pas s'en rapporter au serment, on ordonnoit le duel; et si celui qui vouloit prêter serment étoit tué, tous les témoins qui avoient juré avec lui payoient 300 sous. On croyoit que celui qui étoit mort étoit le coupable, et on nommoit Jugement de Dieu, cette singulière manière de juger les procès. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est qu'une loi si bizarre subsista en Bourgogne pendant plusieurs siècles. Toutes celles que donna Gondebaud, dont la plupart étoient heureusement plus sages, forment le recueil qu'on nomme la Loi Gombette. H. GONDEBAUD ou GOMBAUD, dit Ballomer, se disoit fils de Clotaire I, qui refusa de le reconnoître même pour son bâtard. Le roi Gontrand, disoit qu'il étoit fils d'un meunier, ou, selon Grégoire de Tours, d'un boulanger, qui se mêloit aussi de carder de la laine, et qu'il avoit usurpé le nom de fils de roi. Quoi qu'il en soit, il se retira, vers l'an 583, à Constantinople, où l'empereur Tibère le traita avec distinction. Gontrand-Boson, seigneur François, ambitieux et intrigant, ayant fait peu de temps après un voyage à la cour de l'empereur Grec, persuada à Gondebaud que les François desiroient de le voir à leur tête, et qu'il n'y avoit pas de prince qui pût mieux les gouverner que lui. Gondebaud, flatté de ces espérances, et secouru par Tibère, partit et arriva à Marseille, où l'évêque Théodore et le patrice Mummoi, qui s'étoit 486 G O N révolté contre *Chilperic*, le reçurent comme un prince né du sang royal. Mais *Gontrand-Boson*, qui l'avoit fait venir, lui vola ses trésors, et fut le premier à poursuivre ceux qui le favorisoient. Après la mort de *Chilperic*, les grands du royaume engagèrent *Gondebaud* à prendre le titre de roi, et l'élevèrent sur un bouclier à Brive - la - Gaillarde en Limousin. *Gontrand* envoya contre lui des troupes, qui l'assiègèrent dans Lion de Comminges, en 585 : quinze jours après, ceux qui avoient pris le parti de *Gondebaud*, livrèrent aux ennemis ce malheureux roi, qui fut assommé d'un coup de pierre, après avoir essuyé les traitemens les plus ignominieux. Le sort infortuné de *Gondebaud* réjaillit sur deux enfans qu'il avoit eus d'un mariage contracté en Italie. Ils sont restés dans l'oubli, et leur nom ne peut que servir de fondement au travail de quelque généalogiste, payé pour trouver des aïeux à quelque homme obscur.
GONDEBERGE, reine des Lombards. *Voyez* son histoire dans l'article de *Rhotaris*.
GONDÉSIGILE, second fils de *Gondioc*, roi des Bourguignons, partagea, en 743, ses états avec ses autres frères. Il se ligua avec *Gondebaud* l'aimé, contre les deux cadets, et choisit Genève pour le siège de son royaume. Craignant ensuite l'ambition de *Gondebaud*, il se ligua avec *Clovis* contre lui. *Voyez* les suites de cette union, et la fin malheureuse de *Gondésigile*, dans la page précédente.
GONDI, *Voy. Retz.* I. GONDRIN, (Louis-Henri de Pardaillan de) né au château de Gondrin, diocèse d'Auch, en 1620, d'une famille qui remonte au 15e siècle, fit ses études de théologie dans les écoles de Sorbonne. Ses vertus et ses talens le firent nommer, en 1645, coadjuteur d'*Octave de Bellegarde*, archevêque de Sens, son cousin. Il prit possession de cet archevêché en 1646, et le gouverna avec rôle jusqu'à sa mort, arrivée le 20 septembre 1674, à 54 ans. « Les anti-Jansénistes ont dit beaucoup de mal de ce prélat, dit le P. d'Avrigni, et les Jansénistes assez peu de bien, quoiqu'il ne parlât que de réforme, de morale sévère et de pénitence publique. Il n'a pas tenu à lui qu'on n'ait poussé dans son diocèse les pratiques d'humiliation aussi loin qu'elles avoient été portées dans les premiers siècles de l'église, et il en seroit venu à bout par sa fermeté, si les paroles seules pouvoient persuader le cœur des hommes. » Il parut toujours avec éclat dans les assemblées du clergé, et défendit avec fermeté les intérêts de l'église et de l'épiscopat. Ce fut un des premiers évêques qui censurèrent l'*Apologie des Casuistes*. Il interdit les Jésuites dans son diocèse pendant plus de vingt-cinq ans, parce qu'ils ne vouloient pas se conformer à ses ordonnances. *Gondrin* signa, en 1653, la *Lettre* de l'assemblée du clergé au pape *Innocent X*, où les prélats reconnoissent « que les *Cinq* fameuses *Propositions* sont dans *Jansénius*, et condamnées au sens de *Jansénius* dans la constitution de ce pontife. » Il signa aussi le *Formulaire* sans distinction ni explication; mais il crut qu'on devoit avoir quelque égard pour ceux qui n'étoient pas aussi bien persuadés que lui de l'obligation d'y souscrire. Il vouloit qu'on leur passât la distinction du fait et du droit, s'ils faisoient profession de condamner la doctrine des Cinq Propositions. Il se joignit aux quatre évêques d'Alet, de Pamiers, d'Angers et de Beauvais, pour écrire à Clément IX, « qu'il étoit nécessaire de séparer la question de fait d'avec celle de droit, qui étoit confondue dans le Formulaire. » On a de lui : I. Des Lettres. II. Plusieurs Ordonnances Pastorales. III. On lui attribue la Traduction des Lettres choisies de St. Grégoire le Grand, publiées par Jacques Boileau. On reconnoit dans tous ces ouvrages un homme nourri de l'Écriture et des Pères. — Louis-Henri de GONDRIN de Pardaillan, marquis de Montespan, étoit neveu de ce prélat, et père de celui qui suit.
II. GONDRIN, (Louis-Antoine de Pardaillan de) plus connu sous le nom de Duc d'ANTIN, fils du marquis de Montespan, et de Françoise Athenaïs de Rochechouart, lieutenant général des armées du roi, et surintendant des bâtiments, épousa, en 1686, Julie-Françoise de Crussol, fille du duc d'Usez. C'étoit un courtisan adroit, qui se distingua par plusieurs traits ingénieux de flatterie. Louis XIV lui ayant fait l'honneur de venir coucher à Petitbourg, ce prince trouva qu'une grande allée de vieux arbres faisoit un mauvais effet. Le duc d'Antin la fit abattre et enlever la même nuit; et le roi, surpris à son réveil, n'ayant plus trouvé son allée, il lui dit : SIRE, comment vouliez-vous qu'elle osât paraître encore devant vous ? elle vous avoit déplu... Ce fut le même duc d'Antin, qui, à Fontainebleau, donna au roi et à Mad. la duchesse de Bourgogne, un spectacle plus singulier et un exemple plus frappant du raffinement de la flatterie la plus délicate. Louis XIV avoit témoigné qu'il soubaiteroit qu'on abattit quelque jour un bois entier qui lui étoit un peu de vue. Le duc d'Antin fit scier tous les arbres du bois près de la racine, de façon qu'ils ne tenoient presque plus : des cordes étoient attachées à chaque pièce d'arbre, et plus de douze cents hommes étoient dans ce bois, prêts au moindre signal. Le duc d'Antin savoit le jour que le roi devoit se promener de ce côté avec toute sa cour. Ce prince ne manqua pas de dire combien ce morceau de forêt lui déplaisoit. SIRE, lui répondit-il, ce bois sera abattu dès que Votre Majesté l'aura ordonné. — Vraiment, dit le roi, s'il ne tient qu'à cela, je l'ordonne, et je voudrois déjà en être défait. — Eh bien ! SIRE, vous allez l'être. Il donna un coup de sifflet, et on vit tomber la forêt. Ah ! Mesdames, s'écria la duchesse de Bourgogne, si le roi avoit demandé nos têtes, M. d'Antin les feroit l'ombre de même : bon mot un peu vif, mais qui ne tiroit pas à conséquence. Sa postérité a fini en 1757.
GONET, (Jean-Baptiste) provincial des Dominicains, mort à Beziers, sa patrie, le 24 janvier 1681, à 65 ans, étoit docteur de l'université de Bordeaux, où il professa long-temps la théologie. Sa piété égaloit son savoir. Nous avons de lui une Théologie, imprimée à Lyon, H h 4 488 G O N 1681, en 5 gros vol. in-fol. sous le titre de : *Clypeus Theologiae Thomisticae*; et quelques ouvrages de scolastique. *Boyle* dit que *Gonet* fit approuver, dans l'université de Bordeaux, où il avoit professé, les *Lettres Provinciales*; il ne fait pas attention que les Jacobins, et une bonne partie de la doctrine de leur école, sont attaqués dans ce livre. Les autres écrits de *Gonet* sont : I. *Manuale Thomisticum*, 6 vol. in-12. II. *Dissertatio Theologicae de Probabilitate*.
GONGORA-Y-ARGORE, (Louis) surnommé de son temps le *Prince des Poètes Espagnols*, raquit à Cordoue en 1562, fut chapelain du roi d'Espagne, et mourut dans sa patrie le 23 mars 1626, à 67 ans. Ce poète a eu des admirateurs zélés, et de grands adversaires. On ne peut lui refuser la gloire d'avoir étendu les bornes de la langue castillane, et de l'avoir enrichie de beaucoup de choses nouvelles; mais les services qu'il lui a rendus, auroient été plus importants, s'il n'avoit pas chargé son style de figures gigantesques, de métaphores outrées, d'antithèses, de pointes, et de tous ces faux ornemens qui déposent tant à ceux qui ont le fruit de la belle nature. Ses *Œuvres Poétiques* ont été imprimées plusieurs fois in-4°, à Madrid, à Bruxelles et ailleurs. Elles renferment des *Sonnets*, des *Chansons*, des *Romances*, des *Dixains*, des vers *Lyriques*, quelques-uns d'*Héroïques*, une *Comédie*, et divers fragmens.
GONNELIEU, (Jérôme de) né à Soissons l'an 1640, Jésuite en 1657, mort à Paris en 1715, parcourut avec succès la carrière brillante de la chaire, et celle de la direction, moins brillante, mais aussi difficile. Ses mœurs étoient une prédication continuelle, et la plus efficace. Ses ouvrages, fruits de sa piété et de son zèle, sont en grand nombre. Le plus connu est son *Imitation de J. C.* in-12, traduite fidèlement et avec onction, et augmentée de réflexions et de prières.
GONNELLI, (Jean) ou GANIBASIUS, surnommé l'*Avengle de Combassi*, du nom de sa patrie, lieu proche de Volterre dans la Toscane, fut l'élève de *Pierre Tucca*, disciple de *Jean de Bologne*. Ses talens donnoient de grandes espérances, lorsqu'il perdit la vue à l'âge de 20 ans. Cet accident ne l'empêcha pas d'exercer la sculpture; il faisoit des *Figures* de terre cuite, qu'il conduisoit à leur perfection par le seul sentiment du tact. Il fit plus, il tenta de faire de la même manière des *Portraits*, et il en fit de très-ressemblans: tels que ceux du pape *Urbain VIII* et de *Cosme I*, grand duc de Toscane. On en a vu plusieurs en France. Cet artiste extraordinaire mourut à Rome, sous le pontificat d'*Urbain VIII*. I. GONSALVE-FERNANDEZ DE CORDOUE, surnommé le *Grand Capitaine*, duc de Terra-Nova, prince de Venouse, d'une des plus illustres maisons d'Espagne, se signala d'abord contre les Portugais. Il servit ensuite, sous le règne de *Ferdinand* et d'*Isabelle*, à la conquête du royaume de Grenade, où il se rendit maître de diverses places. *Ferdinand V*, roi d'Aragon, le mit à la tête des troupes qu'il envoya dans le royaume de Naples, sous prétexte de secourir Frédéric et Alphonse, ses cousins; mais, en effet, pour les dépouiller. Il poussa la guerre avec vigueur, et se rendit maître, par capitulation, en 1501, de Tarente. Ses troupes, mécontentes de manquer de tout, ne soutinrent pas ce premier succès. La plupart des soldats vinrent s'offrir à lui en ordre de bataille pour exiger leur solde. Un des plus hardis poussa les choses jusqu'à lui présenter la pointe de sa hallebarde. Le général, sans s'étonner, saisit le bras du soldat, et affectant un air gai et riant, comme si ce n'eût été qu'un jeu: Prends garde, camarade, lui dit-il, qu'en voulant badiner avec cette arme, tu ne me blesses. Un capitaine d'une compagnie de cent hommes d'armes, porta l'outrage plus loin. Il osa dire à Gonsalve, qui témoignoit son chagrin d'être hors d'état de procurer les choses dont on avoit besoin: Eh bien! si tu manques d'argent, livre ta fille; tu auras de quoi nous payer. Comme ces odieuses paroles furent prononcées parmi les clameurs de la sédition, Gonsalve feignit de ne les avoir pas entendues; mais la nuit suivante, il fit mettre à mort le misérable qui les avoit dites, et le fit attacher à une fenêtre, où toute l'armée le vit exposé le lendemain. Cet exemple de sévérité raffermit l'autorité du général, que la sédition avoit un peu ébranlée. Gonsalve, dont la situation exigeoit un grand événement, assiége Cérignoles, pour déterminer les François à hasarder une bataille; il a le bonheur de l'engager et de vaincre. Il s'empare de Naples sans coup férir, emporte les châteaux l'épée à la main en 1503, et les richesses qu'on y avoit amassées deviennent la proie du vainqueur. Comme quelques soldats se plaignaient de n'avoir pas assez de part au butin: Il faut réparer votre mauvaise fortune, leur dit Gonsalve; allez dans mon logis, je vous abandonne tout ce que vous y trouverez. Cependant une nouvelle armée, arrivée de France, menaçoit de tomber sur les Espagnols. Gonsalve, quoique beaucoup plus foible, se retranche à la vue des François. Comme les officiers Espagnols trouvoient quelque témérité dans la conduite de leur général, il leur dit héroïquement: J'aime mieux trouver mon tombeau en gagnant un pied de terre sur l'ennemi, que prolonger ma vie de cent années en reculant de quelques pas. L'événement justifia cette résolution. Gonsalve battit les François en détail, finit la guerre par de savantes manœuvres, et assura à l'Espagne la possession du royaume de Naples, dont il devint connétable. Ses ennemis, jaloux de son pouvoir, l'accusèrent de vouloir se rendre souverain de ce royaume. Ferdinand, prince envieux et ingrat, ajouta foi à ces bruits téméraires: il se rendit à Naples, et obligea le pays qui lui avoit conquis ce royaume, à le suivre en Espagne. Louis XII, roi de France, prince beaucoup plus généreux, vit Gonsalve en passant à Savone, le fit manger à sa table, et s'enirettit très longtemps avec lui. Le héros, de retour en Espagne, se retira à Grenade, et y mourut en 1515, à 72 ans, laissant une réputation immortelle de bravoure, qui lui fit donner le nom de Grand Capitaine. Sa générosité contribua autant à sa gloire, que sa valeur. La république de Venise lui fit présent de vases d'or, de tapisseries magnifiques, et de martres zibelines, avec un parchemin où étoit écrit en lettres d'or le décret du grand conseil, qui le faisoit noble Vénitien. Il envoya tout à Ferdinand, excepté le parchemin, « qu'il ne retint, disoit-il, que pour montrer à son concurrent, Alonze de Silva, qu'il n'étoit pas moins gentilhomme que lui. » Gonsalve fut héros, mais quelquefois à la manière d'Annibal. L'histoire lui reproche d'avoir violé sa parole dans une occasion importante. Le guerrier avoit juré sur la sainte Eucharistie à Alfonse, fils de Frédéric, roi de Naples, détrôné, de lui laisser la liberté, s'il se rendoit et mettoit bas les armes : cependant il le retint prisonnier, et l'envoya sous bonne escorte à son roi Ferdinand, qui lui avoit donné plus d'un exemple d'un tel procédé. Voy. aussi CHABANES.
II. GONSALVE, (Martin) natif de Guença en Espagne, prétendit qu'il étoit l'ange St. Michel, à qui Dieu avoit réservé la place de Lucifer, et qui devoit combattre, pour contre l'Autechrist. Il résisteur réfuta les visions de Martin Gonsalve, en le faisant brûler. Il avoit un disciple nommé Nicolas le Calabrois, qui voulut le faire passer après sa mort pour le fils de Dieu, et qui assura que le Saint-Esprit devoit sauver, au jour du jugement, tous les damnés par ses prières. Nicolas le Calabrois prêcha ses erreurs à Barcelone. Il fut condamné par l'inquisiteur, et mourut au milieu des flammes. Gonsalve parut dans le 14e siècle.
GONTAULT, Voy. BIRON. I. GONTHIER, poète latin du 13e siècle, après avoir été maître d'école, fut moine de l'abbaye de Paris, ordre de Cîteaux, dans le diocèse de Basle. On a de lui : I. Historia Constantinopolitana sub Balduino circa annum 1203, insérée dans les Leçons anciennes de Henri Canisius. Gonthier composa cette histoire sur la relation de son abbé Martin, qui avoit assisté au siège de Constantinople. II. De Oratione, Jejunio et Eleemosyná, libri XIII, Basle. On ne sait s'il faut attribuer l'ouvrage suivant au même Gonthier, ou s'il est d'un autre du même nom. Guntheri poetæ Ligurinus, sive de Gestis Frederici I, publié par les soins de Conrad Peutinger, à Aug.bourg, 1507, in-folio, et plusieurs fois depuis. Ce poème, dont la latinité tient plus de la pureté des premiers siècles, que de la barbarie du douzième, porte le titre de Ligurinus, parce que l'auteur y chante l'expédition de Frédéric Barberousse dans la Ligurie, c'est-à-dire dans le Milanois et dans la Lombardie. — Il est différent d'un autre GONTHIER, moine de St-Amand, qui a donné : I. Martyrium S. Cyriaci, en vers. II. Historia Miraculorum S. Amandi, dans les Bollandistes, févr. tom. premier. Gonthier assista à la translation du corps de St. Amand en 1107, et fut témoin des miracles arrivés à cette occasion.
II. GONTHIER, (Charles) étoit comte de Schwartzbourg dans la Thuringe. On l'élut empereur d'Allemagne en 1347, pour l'opposer à Charles IV, roi de Bohème, qu'un autre parti avoit nommé à l'empire. Pendant que ces deux concurrens se disposoient à la guerre pour se rendre maîtres de la couronne impériale, *Gonthier* mourut de poison à Francfort, à l'âge de 45 ans, six mois après son élection. Ce fut un médecin qui le lui présenta comme un remède. On l'enterra dans l'église de St-Barthélemi, et on lui fit des funérailles royales, auxquelles assista *Charles*, son adversaire. *Gonthier* étoit un prince courageux et digne de l'empire.
III. GONTHIER, (Jean et Léonard) frères, peintres en verre, étoient Champenois, et peut-être de Troye. Ils excellèrent dans les figures et pour les ornemens. On en a des preuves dans les *Vitres* de l'église de Saint-Étienne de Troye, et les cabinets des curieux de la même ville. *Léonard GONTHIER* peignit les vitres de la chapelle de la paroisse Saint-Étienne, à l'âge de dix-huit ans, et il mourut âgé seulement de vingt-huit. Il laissa un fils, qui travaillait à l'ornement.
GONTHIER, *Voyez GONTHIER*.
GONTRAN, roi d'Orléans et de Bourgogne, fils de *Clotaire I*, commença à régner en 561, et établit le siège de sa domination à Châlons-sur-Saône ou à Lyon. Les Lombards se répandirent dans ses états, et les ravagèrent. *Mummol*, un des plus heureux généraux de son siècle, les poursuivit jusqu'en Italie, et les tailla en pièces. *Gontran*, délivré de ces barbares, tourna ses armes contre *Récarède*, roi des Goths; mais elles n'eurent aucun succès. Il fut plus heureux dans la guerre contre *Waroc*, duc de Bretagne, quoi qu'en dise l'auteur du *Dictionnaire Critique*. Ce duc fut forcé de lui rendre hommage en ces termes : *Nous savons, comme vous, que les Villes Armoriquaines*, (Nantes et Rennes) appartiennent de droit au fils de Clotaire, et nous reconnaissons que nous devons être leurs sujets... *Chilperic*, avec lequel il étoit alors en guerre, ayant été tué, *Gontran*, loin de profiter de sa mort, se prépara à la venger. Il servit de père à Clotaire son fils, et défendit *Frédégonde* sa veuve, contre la juste vengeance que *Childebert* et *Brunchaut* en auroient pu tirer. Ce prince mourut après 33 ans de règne, le 28 mars 593, à Châlons-sur-Saône, âgé de plus de 60 ans, sans laisser d'enfants. C'est le premier de nos rois que l'église mit au nombre des saints; il mérita cet honneur par son amour pour la paix, par son zèle pour la religion et la justice, par ses libéralités envers les malheureux. «Ces vertus, dit le P. *Longueval*, ne furent pas sans quelque tache. Il aima, dans sa jeunesse, une concubine, nommée *Vénérande*, et il fit mourir les médecins qui avoient traité la reine *Austrechilde*. Dans une autre occasion, la colère le rendant cruel, il fit lapider un seigneur accusé d'avoir tué un buffle dans la forêt royale de Vosge. Mais il effaça toutes ses fautes par la pénitence. Quant à celles que son esprit borné lui fit quelquefois commettre dans le gouvernement, il ne put les réparer. S'il avoit eu un peu plus de lumières, il y a apparence qu'avec des intentions aussi droites que les siennes, il auroit fait de plus grandes choses, et ne se seroit pas laissé gouverner, par ses généraux et par ses ministres. Pour faire honneur à l'état monastique, quelques auteurs, entr'autres *St. Hugue*, abbé de Cluni, assurent que *Gontran* l'avoit embrassé. Mais comme ce saint abbé écrivoit long-temps après, il vaut mieux s'en rapporter aux historiens contemporains, qui ne font pas du tout mention de ce fait. I. GONZAGUE, (Louis de) d'une illustre famille d'Italie, qui a donné deux impératrices à l'Allemagne, une reine à la Pologne, et un grand nombre de cardinaux, étoit fils de *Gui de Gonzague*. Après avoir défait *Passarino Boniscola*, tyran de Mantoue, en 1327, il devint lui-même seigneur de cette ville, sous le titre de *Vicaire de l'empire*, et mourut en 1360, âgé de 93 ans. — *Jean-François*, un de ses descendants, né en 1390, se fit un nom par son habileté et son courage. Il fut général des troupes de l'église pour la défense de Bologne sous *Jean XXIII*, et de celles des Vénitiens contre les Milanois. Il fut créé marquis de Mantoue par l'empereur *Sigismond* en 1433, et mourut en 1444. — *Frédéric II* fut fait duc de Mantoue par l'empereur *Charles V*, qui lui conserva en même temps le marquisat de Montferrat; il mourut en 1549. — Son petit-fils, *Vincent de GONZAGUE*, finit la postérité masculine de la branche ainée, et mourut en 1627. — *Frédéric II* avoit un autre fils, nommé *Louis*, qui s'étant venu établir en France, fut duc de Nevers par son mariage avec *Henriette de Clèves*. *Voyez* NÉVERS. *Louis* mourut en 1601. — Son fils, *Charles de GONZAGUE*, étoit duc de Nevers en France, lorsqu'il alla prendre possession du duché de Mantoue. Il fut secondé par les armes de *Louis XIII*, et se conduisit avec autant de prudence que de valeur. Il mourut en 1637. *Voy. IX. CATHERINE*. — Son petit-fils, *Charles IV*, s'étant déclaré pour le roi d'Espagne *Philippe V*, fut mis au ban de l'empire, sans avoir été cité ni entendu, et dépossédé de son duché; il mourut à Padoue en 1708, sans postérité légitime. — Il y avoit d'autres branches de cette maison, qui ne purent entrer en possession de Mantoue. Ce duché resta à la maison d'Autriche. La branche de *Guastalla* étant éteinte en 1729, le duché fut réuni à celui de Mantoue, et depuis joint aux duchés de Parme et Plaisance... *Voy. Antonii Possevini junioris*, *Gonzagarum*, *Mantuæ et Montisferrati Ducum*, *Historia*; Mantoue, 1628, in-4°; les *Mémoires du Duc de Nevers*, 1665, 2 vol. in-fol. et l'art. GOSSELINI dans ce Dictionnaire.
II. GONZAGUE, (Cécile de) fille de *François I de Gonzague*, marquis de Mantoue, apprit les belles-lettres de *Victorin de Feltri*, et y fit des progrès admirables. Sa mère, *Paule Malatesta*, dame illustre par sa vertu, par son savoir et par sa beauté, lui inspira le mépris du monde, et l'engagea à se faire religieuse. Ses vertus illustrèrent le cloître autant que ses connoissances. Elle florissoit au 15e siècle.
III. GONZAGUE, (Éléonore-Hippolyte de) fille de *François II*, marquis de Mantoue, et femme de *François-Marie de la Bovère*, duc d'Urbim, fit par contre une constance héroïque dans l'adversité, et ne quitta pas d'un seul moment son mari dans ses disgraces. Elle fut un modèle de chasteté, ne voulut avoir aucune familiarité avec les femmes de mauvaise réputation, et leur défendit l'entrée de son palais. Elle en chassa même plusieurs de ses terres. Cette vertueuse dame mourut en 1570. Elle eut deux fils et trois filles. L'aîné fut duc d'Urbin, et le puîné fut duc de Sore et cardinal : ses trois filles furent mariées à des princes, et se montrèrent dignes de leur illustre mère.
IV. GONZAGUE, (Isabelle de) femme de Guy Ubalde de Montefeltro, duc d'Urbin, fut, comme sa nièce *Éléonore de Gonzague*, l'une des plus illustres dames du 16e siècle. Quoiqu'elle sut que son mari étoit incapable d'avoir des enfans, elle ne s'en plaignit jamais, et ne révéla à personne les secrets de la couche nuptiale. Après la mort du duc, elle fut inconsolable, et passa le reste de sa vie dans le veuvage, entièrement consacrée à la retraite et aux bonnes œuvres. V. GONZAGUE, (Julie de) de l'illustre famille de ce nom, fut un des ornemens du seizième siècle. Elle épousa *l'espasien Colonne*, comte de Fondi, et ne fut pas moins célèbre par ses attraits, que par ses vertus et par son esprit. La réputation de sa beauté enflamma la curiosité et peut-être les désirs de *Soliman II*, empereur des Turcs. Il chargea *Barberousse*, roi d'Alger, et son amiral, d'enlever *Julie*. Ce général arriva la nuit à Fondi, où elle tenoit sa petite cour, prit la ville par escalade, et ne man- qua que d'un moment sa proie. *Julie*, au premier bruit, s'évada en chemise par une fenêtre; et s'étant engagée dans les montagnes, elle ne sauva son honneur qu'à travers mille périls. Cette héroïne, si constante en amour, qu'après la mort de son mari elle refusa les plus grands seigneurs, le fut moins en matière de religion : elle se laissa entraîner, dit-on, dans les erreurs de *Luther*. Ayant perdu son époux, elle prit pour devise une *Amaranthe*, que les botanistes appellent *Fleur d'amour*, avec ces mots : *Non moritura*.
VI. GONZAGUE, (Lucrèce de) dame renommée du 16e siècle, se signala également par ses vertus et par ses écrits. *Hortensio Landi* lui dédia son *Dialogue sur la modération des Passions*. Elle fut malheureuse dans son mariage avec *Jean-Paul Monfrone*, qu'elle épousa à regret, à l'âge de quatorze ans. Il étoit brave et altier; mais il se conduisit si mal, que le duc de *Ferrare* le fit mettre en prison, et le trouva digne du dernier supplice. Il usa néanmoins de clémence, et ne le fit point mourir, en considération de *Lucrèce*, son épouse. Cette illustre dame employa tous les moyens qui lui parurent les plus propres à procurer la liberté à son mari; mais elle ne put rien obtenir; ils pouvoient seulement s'écrire. Enfin, son mari étant mort dans la prison, elle ne voulut point se remarier, et mit ses deux filles dans des couvents. On recueillit ses *Lettres*, in-12, 1552, à Venise, et on y inséra jusqu'aux billets qu'elle écrivoit à ses domestiques. Ce recueil est un monument de sa piété et de son esprit. 494 G O N
VII. GONZAGUE, (Louise-Marie de) reine de Pologne, étoit fille de Charles de Gonzague, duc de Nevers, puis de Mantoue. Elle épousa Ladislas-Sigismond IV, roi de Pologne, en 1645, et fut conronnée l'année d'après à Cracovie. Elle se maria ensuite, par dispense du pape, à Jean-Casimir, frère de Ladislas. Un grand fonds d'esprit et de piété, la grandeur de son courage dans des temps difficiles, les moyens qu'elle prit pour remettre la tranquillité dans la Pologne, troublée par les armes des Suédois et par les factions rebelles, la firent aimer et respecter. Elle mourut d'apoplexie, à Varsovie, le 10 mai 1667. Voyez l'article CIGALE, à la fin.
VIII. GONZAGUE, (Anne de) sœur de la précédente, et plus connue sous le nom de la Princesse Palatine, épousa, en 1645, le prince Edouard, comte Palatin du Rhin, cinquième fils de Frédéric V, électeur Palatin. Elle en eut trois filles. Retirée à Paris, elle maria l'année à Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé. Son esprit et sa beauté lui firent des adorateurs, et elle joua un rôle dans les troubles de la Fronde. Après avoir connu la vanité des intrigues galantes et politiques, la princesse Palatine se consacra à la piété et aux bonnes œuvres. Les pauvres perdirent leur mère, lorsqu'elle mourut à Paris, en 1684, à 68 ans. Dossart fit son oraison funèbre. « Toujours fidelle à l'état et à la reine Anne d'Autriche, dit cet orateur, elle eut le secret de cette princesse et celui de tous les partis : tant elle étoit pénétrante, tant elle savoit gagner les cœurs. Son caractère particulier étoit de concilier les intérêts opposés, en trouvant le nœud secret, par où on pouvoit les réunir. Elle soutint sur-tout le cardinal Mazaria, deux fois éloigné, contre sa mauvaise fortune, contre ses propres frayeurs, contre la malignité de ses ennemis et la foiblesse de ses amis, presque tous divisés, ou irrésolus, ou infidelles. »
GONZALES, Voyez COQUES.
GONZALEZ DE MENDOZA, Voyez MENDOZA. I. GONZALEZ DE CASTIGLIO, (Jean) Augustin Espagnol, célèbre par sa piété et par ses prédications, mourut à Salamanque en 1479, à 49 ans. Il fut empoisonné à l'autel par une hostie consacrée, qu'une dame, veuve, lui avoit fait donner, transportée de fureur de ce qu'il avoit converti son amant.
II. GONZALEZ, (Thyrse) Espagnol, général des Jésuites, mort à Rome, le 24 octobre 1705, a combattu la doctrine de la probabilité, soutenue par plusieurs casuistes de sa compagnie, dans un Traité, imprimé à Rome en 1694, in-folio. Il y montre que ce n'est pas une opinion généralement reçue dans la société, en citant quelques auteurs Jésuites qui s'en sont éloignés. Il la réfute ensuite très-fortement, sans néanmoins obliger les théologiens de son ordre à suivre son sentiment, déclarant qu'il écrit comme simple particulier, et non comme général. On a encore de lui : I. Un Traité contre les propositions de l'assemblée du clergé de France en 1682 ; mais il fut moins bien accueilli que son ouvrage sur la Probabilité. II. Manu- ductio ad conversionem Malometanorum. III. Veritas religionis christiana demonstrata. — Il y a encore eu, au milieu du 17e siècle, un GONZALEZ-TELLEZ, (Emmanuel) professeur de droit à Salamanque, qui a laissé un Commentaire sur les Décrétales, en 4 vol. in-folio, 1693.
GONZALEZ, l'un des assassins d'Inès de Castro. Voyez INÈS.
GONZALEZ, Voy. GON-SALVE DE CORDOUE.
GONZALEZ, Voy. GON-WIN.
GOOL, (Jean-Van) peintre Hollandois, né à la Haye en 1685, mort vers l'an 1757, avoit la touche ferme et la composition agréable. Il a donné le Théâtre des Peintres Flamands, contenant leurs vies et leurs ouvrages, en flamand, la Haye, 1750—1751, 2 vol. in-8°. Ce n'est qu'une compilation de faits et d'observations sans jugement sur les manières différentes des peintres.
GORANI, (Joseph, comte de) noble de Milan, se distingua dans ses études par sa facilité à tout concevoir, et employa son âge mûr à la composition de divers ouvrages intéressants sur l'éducation publique, l'économie politique et la philosophie. Les principaux sont: Un Traité contre le despotisme, 2 vol. in-8°, et des Recherches sur la science du Gouvernement, 2 vol. in-8°. La traduction de ce dernier écrit a été publiée à Paris en 1792. Les idées de l'auteur sur la liberté, la faveur due au peuple, l'abolition des distinctions héréditaires, les droits des nations et des souverains, ne plutent point au gouvernement de sa patrie. Le titre de citoyen François qu'il chercha à obtenir, le fit rayer des registres de la noblesse Milanoise, et ses biens furent sequestrés. Il est mort quelque temps après la traduction de son ouvrage. L GORDIEN le père, (Marcus-Antonius Gordianus Africanus) fils de Métius Marcellus, qui descendait des Gracques, étoit, par sa mère Ulpia Gordiana, allié de la famille de l'empereur Trajan. Possédant des terres considérables dans les provinces, logé magnifiquement à Rome dans la maison de Pompée, il rehaussoit les dons de la fortune par les vertus et les talens. Dans sa première jeunesse, il composa plusieurs Poèmes, dont le plus mémorable, et qui par le choix même du sujet fait l'éloge de son auteur, étoit une Antoniniade, en trente livres. Il y célébrait les vertus de Tite-Antonin et de Marc-Aurèle. Il cultiva aussi l'éloquence, et y réussit. Il conserva, jusqu'à la fin, le goût de la belle littérature. Ayant passé sa vie, pour se servir de l'expression de Capitolin, avec Platon, Aristote, Cicéron et Virgile, ses mœurs furent dignes d'une telle société: une modération parfaite, une conduite toujours réglée par la raison et par la sagesse. Il aima tout ce qu'il devoit aimer: bon citoyen, bon père, gendre respectueux au point que, jusqu'à sa préture, il ne s'assit jamais devant son beau-père Annius Séverus, et qu'il ne laisoit passer aucun jour sans aller lui rendre ses devoirs. Au reste, sa vertu n'étoit point austère. Il vivoit en grand seigneur; et les dépenses qu'il fit dans l'exercice 496 G O R de ses charges prouvent sa munificence. Pendant qu'il étoit questeur, il donnoit tous les mois, à ses frais, des jeux d'une dépense prodigieuse. Un jour, il permit une chasse publique dans son parc, qu'il avoit fait remplir de bêtes fauves, rassemblées de tous les pays; et tous ceux qui s'y trouvèrent eurent la liberté d'emporter les animaux qu'ils avoient tués. *Gordien*, nommé consul l'an 231, se distingua dans cette place, et fut envoyé, l'année d'après, proconsul en Afrique. Les cruautés de l'empereur *Maximin*, et les exactions tyranniques de ses intendans, ayant fait révolter cette province; les légions proclamèrent, en 237, *Gordien* empereur dans la ville de Thysdrum, quoiqu'il eût alors 80 ans. Il refusa d'abord; mais voyant qu'on le menaçoit de le tuer, il accepta sans balancer davantage. Le sénat, instruit de cette nouvelle, lui décerna le titre d'Auguste, et déclara les *Maximins*, père et fils, ennemis publics. *Gordien*, se voyant forcé d'accepter le trône impérial, associa son fils à sa puissance, en lui donnant la qualité d'empereur. Ces deux princes, après avoir fait leur entrée à Carthage, où ils s'étouent rendus avec tout l'appareil attaché à la dignité suprême, apprirent que *Capellien*, gouverneur de Mauritanie, très-attaché à *Maximin*, venoit les combattre à la tête d'une armée; ils lèvent à la hâte des troupes, et *Gordien* le fils se met à leur tête. Il fallut en venir à une bataille qui ne fut pas long-temps disputée. L'armée des *Gordiens*, composée de milice ou de mauvais soldats, fut détruite pendant l'action, ou dans la fuite qu'elle prit pour venir se mettre à couvert sous les murs de Carthage. *Gordien* le fils fut tué dans cette déroute. Son père, accablé par cette funeste nouvelle, et sachant, d'ailleurs, que l'armée victorieuse approchoit de Carthage, se livra au désespoir, et s'étrangla avec sa ceinture. Le Sénat les mit l'un et l'autre au rang des Dieux. La règne de *Gordien*, aussi court qu'un songe, fut renfermé dans un espace de moins de six semaines. Il ne goûta du rang suprême que les inquiétudes et les amertumes. Les bons citoyens le regrettèrent autant pour sa magnanimité et sa douceur, que pour son courage et son esprit. Il ressembloit parfaitement à *Auguste*; il en avoit la voix, le geste et la taille. Il eut, comme lui, le goût des beaux arts, et mourut pleuré des Romains. *Gordien* avoit épousé *Fabia Orestilla*, petite nièce de l'empereur *Antonia*, et fille d'*Annus Séverus*. Il en eut *Gordien* qui suit, et *Métia Faustina*, mariée à *Junius Baltus*, père de *Gordien* Pie, 3$^{e}$ du nom.
II. GORDIEN le Fils, (*Marcus-Antonius Gordianus Africanus*), fils du précédent, fut instruit dans les belles-lettres par *Sereanus Sammonicus* le jeune, qui lui laissa sa bibliothèque, composée de 62.000 vol. Son esprit cultivé, son caractère doux et complaisant, le firent aimer de l'empereur *Héliogabale*, qui lui donna la charge de questeur ou de trésorier des finances. *Alexandre Sevre* lui confia ensuite la préfecture de Rome; et la manière dont il remplit cette charge, lui mérita le consulat. Son père étant parti l'an 230, pour aller gouverner l'Afrique, il le suivit en qualité de lieutenant de cette province. En 237, l'un et et l'autre furent reconnus empereurs. *Gordien* le fils marcha à la tête d'une armée contre *Capellien*, gouverneur de Mauritanie, qui étoit resté fidelle à *Maximin*; mais il fut vaincu et tué le 25 juin de la même année 237. Son courage étoit digne d'un général Romain, quoiqu'il eût un penchant extrême pour les femmes. Il s'abandonna tellement à cette passion, que, dans la vigueur de l'âge, il ne lui restoit plus que la débilité de la vieillesse. Il n'avoit que 46 ans lorsqu'il mourut, et n'avoit joui du rang d'empereur qu'environ 40 jours.
III. GORDIEN le *Jeune*, (*Marcus - Antonius Gordianus Pius*) fils du consul *Junius Balbus*, et petit-fils par sa mère de *Gordien* le *Vieux*, fut honoré du titre de César, âgé seulement de 12 ans, en 237. A 16, il fut proclamé empereur, et tous les peuples de l'empire le reconnurent avec transport. Cet enfant eut toute la sagesse d'un vieillard instruit par l'expérience. Il épousa, dans sa 18$^{e}$ année, *Furia Sabina Tranquillina*, fille de *Misithée*, célèbre par son savoir et son éloquence, et par d'autres qualités bien plus importantes. *Gordien* le fit préfet du prétoire, aussitôt qu'il eut épousé sa fille. Ce fut par le conseil de cet homme sage qu'il se gouverna. Les deux objets de la politique de ce dernier furent, la gloire de son maître, et le bonheur des peuples. Il rétablit dans les troupes la discipline, altérée par les désordres des temps précédens. Le service étoit lucratif chez les Romains; et plusieurs, pour en percevoir les émolumens, y demeuroient ou y entroient, soit *Tome V.* au-delà, soit en-deçà de l'âge nécessaire pour en supporter les fatigues. Il renvoya ceux qui étoient ou trop vieux ou trop jeunes, et il ne voulut point que personne fût payé par l'état, qu'il ne le servit. Il entroit dans les plus petits détails, jusqu'à examiner par lui-même les armes des soldats. Il savoit se faire en même temps craindre et aimer, et le respect pour sa vertu faisoit éviter plus de fautes, que la crainte des châtimens. En temps de guerre, rien n'égaloit son activité et sa vigilance. Dans quelque endroit qu'il campât, il avoit soin que le camp fût toujours environné d'un fossé. Il faisoit souvent lui-même la ronde pendant les nuits, et visitoit les corps-de-garde et les sentinelles. Il avoit si abondamment approvisionné toutes les villes frontières, qu'il n'y en avoit aucune qui ne pût nourrir l'empereur et son armée pendant quinze jours, et les plus grandes pendant une année entière. Tel étoit *Misithée*. Avant lui, les commandemens militaires étoient donnés sur la recommandation des eunuques de la chambre: les services demeuroient sans récompense; les absolutions et les condamnations, indépendantes du mérite des causes, étoient réglées par le caprice ou par l'argent; le trésor public étoit pillé et réduit à rien par des fourbes qui dressoient, de concert, les pièges où ils prétendoient surprendre l'empereur, et qui tenoient d'avance conseil entreux pour convenir du rôle que chacun devoit faire auprès de lui. Par ces artifices, ils venoient à bout de chasser les bons, et de mettre en place des hommes pervers. *Misithée* découvrit tous ces abus à *Gordien*, qui ne put s'empêcher de lui dire : *Le sort d'un Prince est bien à plaindre ! On lui cache la vérité ; et comme il ne peut pas tout voir, il est obligé de s'en rapporter à des hommes qui sont d'intelligence pour le tromper.* Quand les désordres des règnes précédens furent réformés, il éleva plusieurs grands édifices, dont le plus magnifique fut celui du champ de Mars. Il contenoit deux vastes galeries de mille pieds de longueur, et éloignées de 500 l'une de l'autre. Entre ces deux galeries, étoit, de chaque côté, une haute palissade de lauriers et de myrthes, et au milieu une terrasse de la longueur des galeries, soutenue par plusieurs rangs de petites colonnes ; au-dessus de cette même terrasse s'élevoit une autre galerie de 500 pieds de long... Il y avoit près de 4 ans que *Gordien* régnoit paisiblement, quand *Sapor*, roi de Perse, ravagea les provinces de l'empire. Le jeune empereur partit bientôt après, pour le combattre, avec une armée nombreuse. Au lieu de s'embarquer avec ses troupes, ce qui étoit le plus court, il préféra la terre à la mer, et traversa exprès la Mœsie, afin d'y arrêter les progrès des Goths et d'autres peuples du nord, qui, semblables à un torrent, venoient d'inondre la Thrace. Il y signala son entrée par une célèbre victoire qu'il remporta sur ces barbares ; et après y avoir rétabli l'assurance et l'ordre, il continua sa route par le détroit de l'Hellespont, et ensuite par l'Asie mineure ; de là il passa en Syrie, où *Sapor* et lui en vinrent bientôt aux mains. *Gordien* fut vainqueur, et reprit sur lui la ville d'Antioche : il se rendit aussi maître de Cares et de Nisible, deux places considérables dont les Perses s'étoient emparés. Le sénat lui décerna le triomphe, et donna à son beau-père le titre de *Tuteur de la République*. Tandis qu'il illustroit le nom Romain par ses exploits, *Philippe*, préfet du prétoire, la seconde personne de l'empire, voulut être la première. Il fit assassiner le jeune *Gordien* en 244, et régna honteusement à la place d'un prince qui auroit fait la gloire de Rome. L'armée honora sa mémoire par un tombeau où elle déposa son corps, sur les confins de la Perse, avec cette inscription en langues grecque, syriaque, latine et égyptienne : *Au divin GORDIEN, vainqueur des Perses, des Goths et des Sarmates ; qui a mis fin aux troubles domestiques de l'empire, et subjugué les Germains... mais non les Philippe.* Le sénat, aussi sensible à cette perte que l'armée, fit un décret en l'honneur des *Gordien*, par lequel leur postérité étoit exempte de tous les emplois onéreux de la république. Il n'eut point d'enfants de *Tranquillina*, son épouse.
GORDIUS, roi de Phrygie et père de *Midas*, étoit un laboureur qui parvint de la charrue au trône. Il n'avoit pour tout bien que deux attelages de bœufs, l'un pour labourer, l'autre pour trainer son chariot. Les Phrygiens ayant appris de l'Oracle, que celui qu'ils rencontreroient sur un char seroit leur roi, ils décernèrent la couronne à *Gordius*. *Midas*, son fils, offrit le chariot de son père à *Jupiter*. Le nœud qui attachoit le joug au timon, étoit fait, dit-on, avec tant d'adresse, que le vulgaire étonné fit courir le bruit que l'empire de l'Asie appartiendroit à celui qui le dénoueroit. *Alexandre le Grand*, passant à *Gordium*, capitale de la Phrygie, fut curieux de voir cet ouvrage qu'on disoit être si merveilleux. Il vit le nœud ; et sans s'amuser à le défaire méthodiquement, comme avoient cherché en vain tant d'autres, il brusqua la difficulté en le coupant d'un coup d'épée. **I. GORDON**, (Jacques), controversiste Jésuite, d'une des meilleures maisons d'Écosse, se rendit habile dans la philosophie, la théologie et les langues. Il enseigna l'hébreu avec réputation à Bordeaux, à Paris et à Pont-à-Mousson, et voyagea en Allemagne, en Danemark, et dans les isles Britanniques, où il eut beaucoup à souffrir pour la religion Catholique. Il mourut à Paris en 1620, à 77 ans. On a de lui : *Controversiarum Christiana fidei Epitome*, Cologne, 1620, 2 vol. in-8.
**II. GORDON**, (Jacques-les-More), Jésuite d'une des plus illustres maisons d'Écosse, naquit à Aberdeen en 1552, se distingua dans son ordre, fut confesseur de *Louis XIII*, et mourut à Paris en 1641 à 88 ans. Il est auteur : I. D'un *Commentaire* latin sur la Bible, en trois vol. in-fol. qui est peu recherché. II. D'une *Chronologie*, in-fol., aussi en latin, depuis la création du monde jusqu'à l'an 1617. III. D'une *Théologie Morale*, et de quelques autres *Ouvrages* en latin.
**III. GORDON**, (Thomas), mort au mois de juillet 1750, à 66 ans, avoit le génie de la politique et de la littérature. Son goût pour les écrivains penseurs l'engagea à donner en 1739 une bonne *Traduction* angloise de *Tacite*. Les *Réflexions* dont il l'accompagna, sont pour la plupart neuves et judicieuses. Elles furent traduites en françois par *Daudé*, et parurent à Amsterdam en 1742, 2 vol. in-12, et 1751, en 3. En 1743, il donna la *Traduction* angloise de *Saluste*. Les *Discours* politiques y joints, furent aussi traduits en françois, 1759, 2 vol. in-12; et quoique moins estimés que ses *Réflexions* sur *Tacite*, on peut les lire avec fruit.
**IV. GORDON**, (Alexandre) Écossois voyagea en Italie, en France, en Allemagne, et suivit le gouverneur *Glen* dans la Caroline, où il mourut juge de paix, laissant une fortune considérable. On a de lui : I. *Voyage d'Écosse* avec 66 planches, 1726, in-fol. et un supplément publié en 1732. II. *Vie du pape Alexandre VI et de son fils César de Borgia*. Voyez ALEXANDRE VI. III. *Essai sur les Antiquités Égyptiennes*, 1737 et 1739, in-fol. *Gordon* avoit été secrétaire de la société des Antiquités de Londres, et il quitta cette place en 1741. Il étoit bien en état de la remplir. Tous ses ouvrages prouvent le savant profond encore plus que l'écrivain élégant. Son *Histoire d'Alexandre VI* est assez mal écrite, du moins en françois, et l'on voit que l'original n'a pas prêté beaucoup d'agrémens au traducteur.
**GORELLI**, poète Italien, natif d'Arezzo, a écrit en vers ce qui s'est passé de plus remarquable dans sa patrie depuis 1310 jusqu'en 1384. Il a pris le *Dante* pour modèle ; mais la copie est 500 G O R fort inférieure à l'original. Son ouvrage est néanmoins utile pour connoître l'histoire de son temps. C'est un fort mauvais *Poème*; mais c'est une assez bonne chronique. Le savant *Muratori* l'a insérée dans sa grande collection des *Ecrivains de l'Histoire d'Italie*. I. GORGIAS, célèbre capitaine des troupes d'*Antiochus Epiphanes*, fut envoyé par *Lysias* en Judée, avec *Nicanor*, à la tête d'une puissante armée, pour désoler tout le pays. *Judas Macchabée* s'étant avancé contre ces deux généraux, attaqua d'abord *Nicanor*, le vainquit, et força *Gorgias* à se retirer. Deux ans après, celui-ci en étant encore venu aux mains avec *Judas*, fut vaincu. Il étoit sur le point d'être pris par *Dosithée*, lorsqu'un de ses cavaliers lui facilita le moyen de se sauver.
II. GORGIAS le *Léontin*, ainsi nommé, parce qu'il étoit de *Leontium*, ville de Sicile, sophiste et orateur célèbre, avait été disciple d'*Empédocle* avec *Isocrate* et beaucoup d'autres, tant philosophes que rhéteurs, qui furent formés à son école, comme Cicéron nous l'apprend dans son *Brutus*. Ses concitoyens étant en guerre avec les Syracuseins, le députèrent l'an 417 avant J. C., vers les Athéniens pour leur demander du secours contre leurs ennemis. Il charma toute l'assemblée, de façon qu'il en obtint ce qu'il voulut. Les Athéniens forcèrent cet orateur à s'établir parmi eux, et coururent chez lui prendre des leçons de rhétorique. Comme il étoit toujours prêt à parler sur toutes sortes de matières, il éblouit la mul- titude. Il fit briller son talent aux jeux olympiques et pythiens, et il y reçut de si grands applaudissemens de toute la Grèce, qu'on lui érigea une statue d'or à Delphes; d'autres disent qu'il gagna tant d'argent dans sa profession, qu'il fit placer une statue d'or dans le temple de Delphes. C'est lui qui, pour exercer ses auditeurs, établit cette espèce de déclamation ou de discours qui se fait sur-le-champ et sans préparation, que Quintilien appelle *Extemporalis Oratio*. *Gorgias* n'étoit, selon l'abbé *Barthélemy*, qu'un écrivain froid, tendant au sublime par des efforts qui l'en éloignaient. La magnificence de ses expressions et la hardiesse de ses figures, ne servaient bien souvent qu'à manifester la stérilité de ses idées. Cependant il étendit les bornes de l'art, et ses défauts mêmes servirent de leçon. Il vécut jusqu'à cent sept ans, sans jamais interrompre ses études. Voyez I. CIMON.
GORGO, femme de *Léonidas*, roi de Sparte, est très-célèbre dans l'antiquité. C'est elle qui disoit que les femmes de Sparte étoient les seules qui missent des hommes au monde.
GORGONES (Les), [Mythol.] étoient trois sœurs, filles de *Phorcus* et de *Ceta*. Elles demeuroient, suivant *Hésiode*, près du jardin des Hespérides, et transformoient en pierres ceux qui les regardoient. Elles n'avoient qu'un œil, dont elles se servoient tour-à-tour. On les peint coiffées de couleuvres, avec de grandes ailes, des défenses de sanglier pour dents, et des griffes de lion aux pieds et aux mains. *Persée* délivra la terre de ces trois monstres, connus dans la fable sous les noms de Méduse, Euryale et Sthenyo. Il coupa la tête à Méduse, avec le secours de Minerve, et la Déesse l'attacha à son égide ou bouclier.
GORGONIE (Sainte), étoit fille de St. Grégoire, évêque de Nazianze, et de Ste. Nonne, et sœur de St. Grégoire de Nazianze. Elle avoit de la beauté, de l'esprit et des lumières, mais encore plus de piété. Sa vie fut toute consacrée aux bonnes œuvres. Laissant aux comédiennes et aux courtisanes, dit St. Grégoire de Nazianze, le fard et les couleurs empruntées, elle ne voulut d'autres ornemens que ceux de l'âme. Elle mourut entre les bras de sa mère, vers 372.
GORGOPHONE, fille de Persée et d'Andromède, et femme de Périère, roi des Messéniens, se remaria, après la mort de son époux, avec Œbalus. C'est la première femme que l'histoire profane remarque s'être engagée en de secondes noces.
GORIN DE SAINT-AMOUR, Voyez AMOUR (Louis-Gorin de St.-)
GORIO (Antoine-François) fut un savant antiquaire Florentin, du 18e siècle. Nous avons de lui: I. La description du cabinet du grand duc, sous le titre de Musæum Florentinum, publié à Florence, 11 vol. in-fol. 1731 à 1764, avec un grand nombre de figures et de remarques curieuses. Voici la division de cet ouvrage: Les Pierres, 2 vol.; les Statues, 1 vol.; les Médailles, 3 vol.; les Peintres, 5 vol. II. Musæum Etruscum, 1737 et suivans, 3 vol. in-folio. III. Musæum Cortonense, Rome, 1750, in-fol. IV. Les Inscriptions anciennes qui se trouvent dans les villes de Toscane; Florence, 1727 et suivantes, 3 vol. in-fol. Il a mis au jour d'autres écrits sur les antiquités de la Toscane, dans lesquels il a répandu une érudition peu commune.
GORION, Voyez JOSEPH.
GORLÉE (Abraham), né à Anvers en 1549, mort à Delft en Hollande, le 15 avril 1609, à 60 ans, étoit extrêmement versé dans la connoissance des médailles, des monnoies anciennes et des autres antiquités: c'étoit sa passion dominante. On a de lui: I. Dactyliotheca, à Leyde, 1600, in-4°, et réimprimé en 1707, 2 vol. in-4°. C'est un traité sur les anneaux et sur leur usage chez les anciens: il est savant et curieux. II. Un Trésor de Médailles d'or et d'argent, in-fol. en latin, à Leyde, 1608. III. Paralipomena Numismatum. On voit dans ces divers ouvrages un homme qui s'étoit nourri des meilleurs auteurs de l'antiquité.
GOROPIUS, (Jean) médecin, né dans un village du Brabant, en 1518, voyagea en Italie, en Espagne et en France, fut médecin de la reine Eléonore, épouse de François I, et de Marie, reine de Hongrie. Philippe II lui offrit l'emploi de son médecin; mais Goropius, dégoûté de la cour, se contenta d'un présent considérable que ce prince lui fit. Il exerça long-temps sa profession à Anvers. Il l'abandonna ensuite pour se livrer entièrement à l'étude de l'antiquité, et mourut à Mastricht, le 27 juin 1572, à 53 ans. C'étoit un homme bizarre, qui soutenoit des opinions ridicules. Ses Origines Antuer- 502 G O R piacæ, 1596, in-fol., sont pleines de contes fabuleux sur l'origine des peuples, et semées de cette espèce d'érudition qui n'est d'aucun usage. Il s'efforce de prouver ce paradoxe révoltant, que la langue cimbrique ou flamande est celle qu'*Adam* a parlée. Il n'allègue pour fondement de ses extravagances, que des étymologies burlesques. *Olaüs Rudbeck* a soutenu à peu près un semblable système. *Voyez* RUDBECK. On a encore de lui: *Opera Goropii hactenus non edita*, Anvers, 1580, in-fol.; ouvrage, comme le précédent, plein de paradoxes et de rêveries cabalistiques. Il y attaque cependant judicieusement les Massorètes, qui ont rendu plus difficile l'intelligence du texte hébreu de l'Écriture par leurs points voyelles. *Goropius* fut surnommé *Becanus*, parce qu'il vit le jour dans un village de Brabant, nommé Hilverenbeck.
GORRAN. (Nicolas de) religieux Dominicain de la rue St-Jacques à Paris, mourut vers 1293. *Philippe* le *Hardi* le nomma confesseur de son fils, depuis roi de France sous le nom de *Philippe le Bel*. On a de lui: I. Des *Commentaires* sur presque toute la Bible. II. Des *Sermons* et quelques autres *Ouvrages*. La plupart ne se trouvent qu'en manuscrit, et ne méritent pas de se trouver imprimés. I. GORRIS, (Jean de) *Gorreus*, médecin de Paris, étoit protestant. Il fut retranché deux fois de la faculté, à cause de sa croyance, et rétabli autant de fois. Des soldats armés ayant arrêté son carrosse, lui firent tant de peur, qu'il en devînt comme perclus de ses sens. Il vécut plusieurs années dans cet état dé- dépolarable, et mourut en 1572, à 72 ans. Il possédoit assez bien le Grec, et il donna une traduction latine de *Nicandre*; Paris, 1557, in-4°. Ses *Œuvres* furent imprimées en 1622, in-fol. Ces ouvrages ne sont guères consultés, parce qu'il a paru depuis lui des livres meilleurs et mieux faits.
II. GORRIS, (Jean de) petit-fils du précédent, étoit Parisien, et médecin ordinaire de *Louis XIII*. Il fit imprimer, en 1622, tous les Ouvrages de son aïeul, avec le Traité des *Formulæ remedium*, de *Pierre* son bisaïeul. C'est un gros in-fol; les *Definitiones medice* y sont augmentées à peu près de la moitié par l'éditeur, qui avoit travaillé pendant 20 ans à suppléer ce qui manquoit au travail de *Jean* son aïeul. Ce grand ouvrage est un véritable Dictionnaire de tous les mots grecs qui sont en usage dans les écoles de médecine. Il est rangé selon l'ordre de l'alphabet; et les termes grecs y sont expliqués en latin. Non-seulement de *Gorris* donne la signification latine; mais de plus, il explique assez au long les choses marquées par les termes. Le même a donné quelques ouvrages françois. Le plus connu est son *Plecours de l'origine, des mœurs, fraudes et impostures des Charlotons*, etc.
GORISAS, (Antoine-Joseph) né à Limoges le 20 mars 1751, se fit d'abord maître de pension, puis journaliste au moment de la révolution françoise. Sa feuille intitulée *Courrier de Paris*, prêcha l'insurrection et l'anarchie. Nommé député à la Convention, il s'unit aux Girondins et devint plus modéré: aussi partagea-t-il leur sort. Il fut mis hors de la loi, arrêté ensuite chez une courti-sane du Palais-Royal, et en-voyé à l'échafaud, le 9 octobre 1793. Avant la révolution, Gor-sas avoit publié l'Ane promeneur, ou Apologie du goût, des mœurs, de l'esprit et des découvertes du siècle, 1785, in-8°
GORTZ, Voy. Goertz.
GOSSELINI, (Julien) né à Nice de la Paille dans le Mont-ferrat en 1525, fut, dès l'âge de 17 ans, secrétaire de Ferdinand de Gonzague, vice-roi de Sicile. Il continua de l'être, lorsque ce vice-roi fut gouverneur de Milan, et eut la même fonction sous le duc d'Albe et sous le duc de Sesse, qui furent successivement gou-verneurs de cet état après la mort de Gonzague. Le duc de Sesse l'emmena avec lui à la cour d'Es-pagne, où Gosselini se rendit si agréable par son adresse et par sa prudence, qu'il fut employé dans les affaires que le duc avoit auprès du roi. Le marquis de Pescaire, successeur du duc de Sesse, eut pour Gosselini les mêmes égards. Le duc d'Albu-querque, qui lui succéda, goûta moins son esprit et son carac-tère: il conçut une telle aversion contre lui, qu'il voulut lui ôter l'honneur et la vie. Gosselini ren-tra en grace sous le marquis d'Ai-monte, et sous le duc de Terranova gouverneur du Milanois, et fut leur secrétaire. On dit qu'il avoit un talent merveilleux pour pacifier les querelles. Il mourut à Milan en 1587, à 62 ans. On a de lui divers ouvrages: I. La Vie de Ferdinand de Gonzague, 1579, in-4° II. La Conjuration de Jean-Louis de Fiesque, effacée par celle du cardinal de Retz. III. L'His-toire de la Conjuration des Pazzi. IV. Un recueil de Poésies Ita- liennes, publiées à Venise, 1588, in-8°, et réimprimées plusieurs fois.
GOSSIN, (P.F.) né à Souilly en Lorraine, l'entenant général civil au bailliage de Bar-le-Duc, fut député à l'assemblée Consti-tuante, et s'y occupa particu-lièrement de la nouvelle division de la France en département. Sur sa demande, les cendres de V. l-taire furent transportées au Pan-théon. En sortant de l'assemblée, Gossin devint procureur-syndic du département de la Meuse: et le roi de Prusse l'ayant mandé à Verdun, après la prise de cette ville en 1792, il obéit à cet ordre. Ce fut un motif pour l'accuser de trahison après la retraite des Prussiens. Traduit à Paris dans la prison du Luxembourg, il fut envoyé à l'échafaud le 23 juillet 1794, à l'âge de 40 ans. Gossin étoit d'une figure intéressante, doux, affable, et modéré dans ses opinions.
GOSSNAY (François) hussard du régiment de Berchiny, né à Châlons-sur-Saône, mérite d'être connu pour son courage. En 1792, il sortit de France, mais il y rentra bientôt, et de-vint aide de camp du général Vats. Arrêté à Paris comme émigré, âgé de 26 ans, sa jeu-nesse, sa figure touchante, son dégoût pour la vie, intéressèrent tous les prisonniers de la Con-ciergerie. Lorsqu'on lui apporta son acte d'accusation qui étoit toujours un arrêt de mort, il le lut froidement et en alluma sa pipe. Amené devant le tribunal, il ne lui donna pas le temps de l'interroger, il avoua avec tran-quillité qu'il avoit quitté avec plaisir une patrie couverte de 504 G O T sang, et dont les malheurs lui avoient donné le désir de mourir. Son défenseur ayant observé qu'il n'avoit plus sa tête, il s'écria : « Jamais ma tête ne fut plus à moi qu'en ce moment, quoique je sois prêt à la perdre; défenseur officieux, je te défends de me défendre. » En allant à la mort, insulté par la populace, il lui dit : *Vous êtes des lâches d'outrager un homme enchaîné; iriez-vous à la mort avec autant de calme que lui ?* Arrivé près de l'échafaud, il ajouta : *Me voilà donc enfin où j'en voulois venir.* Il salua alors le bourreau, et le remercia de la peine qu'il alloit avoir à lui ôter des jours qui lui étoient trop pénibles.
GOTESCALC, célèbre Bénédictin, né en Allemagne, prit l'habit monastique à Orbais, diocèse de Soissons, et y fut élevé au sacerdoce. Après s'être rempli de la doctrine, ou de ce qu'il croyoit être la doctrine de *St. Augustin*, il passa à Rome, et de là dans l'Orient, où il répandit ses sentimens sur la prédestination. « Il enseigna, dit l'abbé *Pluquet* : 1.º Que Dieu, avant de créer le monde, et de toute éternité, avoit prédestiné à la vie éternelle ceux qu'il avoit voulu, et les autres à la mort éternelle : ce décret faisoit une double prédestination, l'une à la vie, l'autre à la mort. 2.º Comme ceux qui sont prédestinés à la mort ne peuvent être sauvés, ceux que Dieu a prédestinés à la vie, ne peuvent jamais périr. 3.º Dieu ne veut pas que tous les hommes soient sauvés, mais seulement les Élus. 4.º J. C. n'est pas mort pour le salut de tous les hommes, mais uniquement pour ceux qui doivent être sauvés. 5.º Depuis la chute du premier homme, nous ne sommes plus libres pour faire le bien, mais seulement pour faire le mal. » De retour en Italie, l'an 847, il s'entretint sur cette matière qui étoit pour lui aussi sublime qu'obscure, avec *Northingue*, évêque de Véronne. Ce prélat, effrayé de ses principes, les déféra à *Raban*, archevêque de Mayence. Celui-ci, persuadé que le Bénédictin enseignoit que Dieu nécessite tous les hommes à se sauver où à se perdre, l'anathématisa en 848, dans un concile. Il écrivit contre lui à *Hinemar*, archevêque de Rheims, dans le diocèse duquel *Gotescalc* avoit reçu la prêtrise. *Hinemar* convoqua un concile l'année d'après, à Quierzy-sur-Oise. Le malheureux *Gotescalc* fut dégradé du sacerdoce pour des opinions qu'il n'entendoit pas, et qu'il croyoit entendre, fouetté publiquement en présence de *Charles le Chauve*, ensuite enfermé dans l'abbaye de Hautvilliers. Les verges ne le changèrent point. Il écrivit deux *Confessions de foi*, pour soutenir sa doctrine, offrant de la prouver en passant de suite par quatre tonneaux pleins d'eau, d'huile ou de poix bouillante, ou même par un grand feu. On rit de son fanatisme, et on le laissa en prison. *St. Remy*, archevêque de Lyon, se déclara pourtant contre le châtiment cruel qu'il avoit essuyé. *Les hérétiques des siècles passés*, disoit-il, ont été condamnés du moins par des raisons. Ce prélat, véritablement Chrétien, ne fut pas écouté. *Gotescalc* mourut dans sa prison, en 868, victime de son opiniâtreté. *Hinemar* lui fit refuser les sacremens et la sépulture. Cet archevêque peint le Bénédictin comme nn homme rustique, inquiet, bizarre, et inconstant. « C'est sous ces traits, dit-il, qu'on le connoissoit, dans son monastère. » On ne peut pas nier néanmoins qu'il n'eût du savoir, de l'esprit, de la subtilité; mais il avoit encore plus d'entêtement et d'amour propre. *Ussérius* a donné son *Histoire* à Dublin, 1631, in-4°. C'est le premier livre latin imprimé en Irlande: on la trouve dans les *Vindiciæ prædestinationis et gratiæ*, Paris, 1650, 2 vol in-4°; et dans l'*Historia Goteschalchi prædestinatiani*, Paris, 1655, in-fol., du P. *Cellet*. On a beaucoup disputé sur la réalité de l'hérésie des Prédestinatiens, et sur les sentimens de *Gotescalc*. « Il me semble, dit l'abbé *Pluquet*, qu'il importe peu de savoir s'il y avoit en effet des Prédestinatiens, ou si l'on donnoit ce nom aux disciples de *St. Augusta*; mais il est certain que l'Église a condamné les erreurs qu'on attribue aux Prédestinatiens. »
GOTH, (Laurent) fut archevêque d'Upsal en Suède, au 16e siècle. Le roi *Jean*, voulant relever le Catholicisme dans ses états, l'engagea à mettre son nom à une *Liturgie*, conforme quant au fond à une liturgie catholique. C'étoit l'ouvrage du clergé Suédois, qui, par ordre de ce prince, s'étoit assemblé plusieurs fois dans cette vue. Pour donner plus d'autorité à cette *Liturgie*, le prince voulut la faire paroître sous un nom respectable dans l'église de Suède. Les ménagements dont on fut obligé d'user, en firent déranger l'ordre, et engagèrent à supprimer l'*Invocation des Saints*, les *Prières pour les Morts*, la *Mémoire du Pape*, le mot de *Sacrifice*, etc. G O T 505 Elle n'eut pas plutôt paru, qu'elle choqua les deux partis, et causa de grands troubles. On fut obligé de la supprimer; ce qui l'a rendue rare. Elle est intitulée: *Liturgia Suecanæ Ecclesiæ*, etc. cum *Præfatione et notis Laurentii Upsalensis archiepiscopi*, in-fol. Stockholm, 1576.
GOTTI, (Vincent-Louis) de Bologne en Italie, naquit en 1664. De simple Dominicain, il s'éleva au cardinalat par ses vertus et son savoir. *Benoit XIII* l'honora de la pourpre en 1728. Il mourut en 1742, à 78 ans. Il ne brilla pas moins par ses vertus que par ses lumières. Sa vie même lorsqu'il eut été décoré du titre de cardinal, fut sobre, réglée, occupée, comme quand il étoit simple religieux. Son attachement à la doctrine de son ordre a éclaté dans tous ses ouvrages. Les principaux sont, les suivans: I. *Theologia scholasticodogmatica*. II. *Veritas Theologiae christianæ, contra Atheos, Polytheos, Idolalatras, Mahometanos et Judæos*, in-4°, 12 tom. *Bononiæ*, 1745, et in-fol. 4 tom., *Venetiis*, 1750. III. *Vera Ecclesia Christi, signis et dogmatibus demonstrata contra J. Picenini Apologiam pro Reformatoribus et Religione reformatâ, atque ejus Religionis triumphum*, in-4°, 3 vol. *Bononiæ*, 1748. IV. *Colloquia theologico-polemica, in tres classes distributa: In prima, sacrorum ministrorum cælibatus; in secunda, Romanorum Pontificum auctoritas in conciliis et definitionibus; in tertia, aliæ catholicæ veritates propugnantur*, in-4°; *Bononiæ*, 1727... Le cardinal Gotti traite, dans le premier, de toutes les matières qui ont rapport à la théologie dogmatique. 106 G O T Il suit la méthode des scolastiques, et il en a quelquefois les défauts; c'est-à-dire qu'il est diffus, et qu'il traite des questions peu intéressantes... L'objet du second ouvrage est d'établir la vérité de la religion Chrétienne contre les Athées, les Polythéistes, les Idolâtres, les Mahométans et les Juifs. Son ouvrage est important, ne fût-ce que pour les matériaux. Il ne les arrange pas toujours d'une manière satisfaisante, et on y admire plus son érudition que l'élégance de son style... On trouvera dans le troisième ouvrage un traité complet de controverse... Enfin, le quatrième est destiné à la discussion de plusieurs points de la théologie polémique. — GOTTSCHED, poète Allemand, né à Konigsberg, mourut à Leipzig le 10 décembre 1757. Son exemple et ses ouvrages ont répandu, dans l'Allemagne, l'étude et le goût de la littérature. Il a fait une Poétique, à la tête de laquelle il a placé une Traduction en vers de l'Art poétique d'*Horace*; et il finit chaque chapitre par les préceptes de *Boileau*. On a encore de lui *Caton d'Utique*, tragédie; une *Grammaire Allemande*, et un *Cours de Philosophie*, Leipzig, 1762, 2 vol. in-8. — Mad. GOTTSCHED, son épouse, morte en 1762, a traduit dans sa langue plusieurs auteurs étrangers. Elle a fait aussi *Panthée*, tragédie, et des *Comédies* qui ont eu du succès. Son époux et elle ont beaucoup contribué à réformer le théâtre Allemand, et à le purger des obscénités et des bouffonneries qui l'infectoient. Mad. Gottsched partagea sa vie entre la philosophie, les mathématiques, la littéra- littérature et la musique, et elle réussit dans tous ces genres. Le roi de Prusse, qui préférait *Gellert* à Gottsched, a peint ainsi le mari et la femme dans une lettre particulière: « Le mari découvre tous les jours de plus en plus les bornes étroites de son génie, et la femme l'étendue de son esprit et la bonté de son caractère. C'est ce qu'on appelle un sot profondément instruit, un vrai magasin de savoir, où tout est rangé alphabétiquement, mais qui lui-même n'entend pas ce qu'il contient. Elle, en revanche, écrit avec discernement, et a la conduite et la prudence d'un homme sage, avec la douceur d'une femme aimable. Ils ont le cœur bon tous deux. Ils sont serviables et obligeans; mais ils sentent toujours la poussière de la bibliothèque et jamais le grand monde. »
GOUBEAU, (François) peintre d'Anvers, élève de *Wirlem-Baur*, s'est distingué par ses *Bambochades*. Il mourut en 1640.
GOUDELIN ou GOUDOU, (Pierre) le coryphée des poètes Gascons, naquit à Toulouse d'un père chirurgien. Il fut reçu avocat, mais il n'en fit jamais les fonctions. Il plut par ses vers et ses bons mots au duc de Montmorency et aux premières personnes de sa patrie. Ce poète auroit pu s'enrichir; mais il négligea tellement la fortune, qu'il seroit mort dans l'indigence, si ses concitoyens ne lui eussent assigné une pension viagère. Il mourut à Toulouse le 10 septembre 1649, à 70 ans. Ses Ouvrages ont été imprimés plusieurs fois in-12, à Toulouse; et une fois à Amsterdam en 1760, 2 vol. in-12, avec les autres poëtes Gascons. Leur caractère particulier est l'enjouement et la vivacité, et un certain naturel qui déplairait beaucoup en françois, mais qui enchante en gascon. C'est, comme on l'a dit d'un autre poète, une liqueur qui ne doit pas changer de vase. Le P. *Vanière*, Jésuite, a pourtant traduit en latin son *Poëme sur la mort de Henri IV*; mais, outre que la langue latine supporte certaines images que la langue françoise réprouve, cette pièce a plus de noblesse que les autres productions de *Goudouli*. La plupart sont semées d'images familières, qui ne laissent pas de plaire, parce qu'on sent que dans un Poëme en patois elles sont à leur place. On rapporte de *Goudouli* beaucoup de saillies, dont quelques-unes sont plaisantes, les autres très-plates. La plupart ne sont que des répétitions de bouffonneries plus anciennes. Les Gascons citent pourtant aussi souvent *Goudouli*, que les Grecs citoient *Homère*. Il y avoit du temps de *Goudouli*, un autre poète Gascon, ami comme lui, de Bacchus et des Muses. C'est *J. G. d'Astros*, né à Firmacon-la-Garde, près de Lectoure, et qui fut simple vicaire du village de Saint-Clair de Lomagne. On a imprimé en 1762 ses poésies in-12, sous le titre de *Triomphe de la lenzo Gascone*. On y trouve un poëme des *Saisons*, où brillent des traits d'imagination, mais d'une imagination grossière et incohérente, telle que celle de *du Bartas*, qu'il imite souvent. *Molan*, curé de Saint-Clair, possédoit plusieurs ouvrages manuscrits de ce poète, que les Gascons regardent, pour ainsi dire, comme leur *Hésiode*. G O V 507
GOUDIMEL, (Claude) musicien de Franche-Comté, fut tué à Lyon en 1572, par des Catholiques qui lui faisoient un crime d'avoir mis en musique les Pseannes de *Marot* et de *Bèze*, et qui se faisoient un mérite de répandre le sang. I. GOVEA, (Jacques) *Goveanus*, de Beja dans le Portugal, fut principal du collège de Ste-Barbe à Paris. Il y éleva trois neveux, qui se rendirent illustres par leur savoir. *Martial* GOVEA, l'aîné des trois frères, devint bon poète latin, et publia à Paris une *Grammaire* de cette langue. *Antoine* GOVEA, le plus jeune des trois, fut aussi le plus illustre. *Voyez* son article qui suit. *André* GOVEA, le second, fut nommé principal du collège de Ste-Barbe, à la place de son oncle. Son mérite le fit appeler à Bordeaux, pour exercer un pareil emploi dans le collège de Guienne. Il y alla en 1534, et y demeura jusqu'en 1547, que *Jean III*, roi de Portugal, le rappela dans ses états, pour l'établissement d'un collège à Coimbre, semblable à celui de Guienne. *Govea* mena avec lui en Portugal, *Bachanan*, *Grouchi*, *Guerente*, *Vinet*, *Fabrice*, la *Coste*, *Tevius* et *Mendez*. Tous ces savans étoient très-capables d'instruire la jeunesse. Il mourut à Coimbre, en 1548, âgé de 50 ans.
II. GOVEA, (Antoine) fils d'un gentilhomme Portugais, se rendit à Paris vers 1505, auprès de son oncle *Jacques* GOVEA, principal du collège de Ste-Barbe. Il professa avec succès la jurisprudence à Toulouse, à Avignon, à Valence, à Cahors, à Grenoble, et enfin à Turin, où *Phili-* 508 GOU bert duc de Savoie l'avoit appelé. Il y mourut en 1565, à 60 ans, conseiller de ce prince, avec la réputation d'un des plus habiles jurisconsultes et des plus savans littérateurs de son siècle. Ses Ouvrages de Droit ont été recueillis par lui-même en 1 vol in-fol., 1562, à Lyon. Ses écrits de belles-lettres sont : I. Deux livres d'Epigrammes latines, à Lyon en 1539. II. Des Editions de Virgile et de Terence, corrigées sur d'anciens manuscrits, et enrichies de notes. III. Un Commentaire sur les Topics de Cicéron, Paris, 1545, in-8. L'abbé d'Olivet en parle avec éloge dans sa Préface de la belle édition des Œuvres de ce père de l'éloquence Romaine. IV. Variarum lectionum libri duo, in-fol. Ses ouvrages ont été recueillis à Rotterdam, 1766, in-fol. 2 vol. Il laissa un fils (Mainfroi) qui se distingua dans les belles-lettres et dans l'un et l'autre droit, et qui a écrit quelques ouvrages. Il mourut en 1613, conseiller d'état à la cour de Turin.
GOUFFIER, (Guillaume) plus connu sous le nom de l'Amiral de BONNIVET, étoit fils de Guillaume Gouffier, chambellan de Charles VIII, d'une ancienne famille de Poitou qui subsiste. Après s'être signalé dans diverses occasions, il fut envoyé, par François I, ambassadeur extraordinaire en Angleterre. De retour en France, l'an 1521, il commanda l'armée destinée au recouvrement de la Navarre, et prit Fontarabie. On parloit alors de paix; mais la nouvelle de cette prise empêcha Charles-Quint de ratifier le traité. L'amiral ayant persuadé au roi de conserver cette place, monument de sa valeur, fut la cause d'une guerre fu- neste à la France et à l'Europe. Il ne fit pas une faute moins considérable, en se déclarant contre le connétable de Bourbon, par complaisance pour Louise de Savoie, sa bienfaitrice, et peut-être par ambition, dans l'espérance d'obtenir l'épée de connétable. Bourbon l'avoit d'ailleurs indisposé par des airs de mépris qu'un favori ne pardonne point. Bonnivet faisoit construire, à trois lieues de Poitiers, un des plus superbes châteaux que l'on connût en France. Le roi, comme s'il eût pris plaisir à mortifier le connétable, l'y conduisit malgré lui, et lui en demanda son avis. Je n'y connois qu'un défaut, répondit Bourbon : la cage me paroît beaucoup trop grande pour l'oiseau. — C'est apparemment, dit le roi, la jalousie qui vous fait parler de la sorte. — Moi jaloux ! répondit le connétable. Je ne puis jamais le devenir d'un homme dont les pères tenoient à honneur d'être écuyers de ma maison. Après la défection du connétable, François I envoya Bonnivet commander l'armée d'Italie, et celui-ci y fit de nouvelles fautes. Il assiégea Milan, et le manqua; il se fortifia ensuite dans Biagrassa, et fut forcé de l'abandonner. Il se retira vers Turin, et fut blessé dans cette retraite, mémorable par la mort du chevalier Bayard. Ainsi en prend, dit Tavannes en parlant de Bonnivet, aux généraux élus par faveur de cour. Ce général, revenu en France, conseilla à François I d'aller en personne en Italie. Cette expédition fut fatale à l'état. Le roi donna la bataille de Pavie à sa persuasion. L'amiral fut tué dans cette triste journée, le 24 février 1525. Sa mort n'éteignit pas la haine de Bourbon, qui, après avoir regardé son cadavre avec une espèce de complaisance, s'écria : *Ah! malheureux, tu es cause de la perte de la France et de la mienne...* *Brantôme* peint avec des couleurs très-favorables, la figure, l'esprit et les graces de *Bonnivet*. Courtisan plus aimable que politique habile et sage général, il eut de la bravoure ; il ne lui manqua qu'une tête pour la diriger. *Gouffier* avoit un si grand ascendant sur *François I*, qu'il porta ses vues amoureuses sur *Marguerite de Valois*, sœur de ce monarque. Étant entré la nuit dans l'appartement de cette princesse, au moyen d'une trappe secrète, il eût poussé l'insolence plus loin, si *Marguerite* ne se fût éveillée. Elle s'en plaignit à son frère, qui n'en fit que rire : tant la licence des mœurs étoit extrême à la cour ! — Il faut le distinguer de son frère *Artus GOUFFIER de Boissy*, qui fut d'abord gouverneur de *François I*, et ensuite son favori et un de ses principaux ministres : et de *François de BONNIVET*, colonel général de l'infanterie Françoise en Piémont, mort sans alliance en décembre 1556, d'une blessure qu'il reçut au siège de *Walpian*. Du *Bellay* lui fit une épitaphe, dans laquelle il dit : La France en a le corps qu'elle avoit élevé ; Le Piémont a le cœur, qui l'avoit éprouvé ; Les cieux en ont l'esprit, et les arts la mémoire ; Les soldats le regret, et le monde la gloire. — GOUGES, (Marie-Olympede) née à Montauban en 1755, fut négligée dans son éducation, mais elle reçut de la nature un esprit facile, une imagination trop vive et de la beauté. Après avoir donné au théâtre quelques pièces, et publié divers écrits littéraires, la révolution française l'enchaîna à son char, et elle en préconisa les avantages dans une foule de placards dont elle tapissa les murs de la capitale. *Mirabeau* devint son héros. On la vit alors chercher à instituer des clubs de femmes. Mais son enthousiasme se refroidit, lorsque de sanglans nuages commencèrent à sortir de la législature et de la convention. Le 14 octobre 1792, elle écrivit à celle-ci pour se présenter comme défenseur de *Louis XVI*, dont elle réclama l'exil. Bientôt elle eut le courage d'appeler l'horreur publique sur *Marat* et *Robespierre*, dans une brochure intitulée : *les trois Urnes*, ou *le Salut de la Patrie*. Arrêtée aussitôt, elle comparut avec courage devant le tribunal révolutionnaire, et fut envoyée à la mort le 3 novembre 1793, à l'âge de 38 ans. Ses ouvrages sont : I. *Le Mariage de Chérubin*, comédie : elle fut jouée en 1785, et eut du succès. II. *L'homme généreux*, drame en 5 actes. III. *Molière chez Ninon*, pièce en 5 actes. IV. *Adieux aux François et à M. Necker*; 1790, in-8°. V. *L'Esclavage des Nègres* ou *L'Heureux naufrage*, pièce en 3 actes, représentée sur le théâtre François en 1790. VI. *Mirabeau aux Champs Elysées*, drame. Mad. de *Gouges* a recueilli en 3 vol. in-8° les *Œuvres* qu'elle a publiées.
GOUJET, (Claude-Pierre) chanoine de St-Jacques de l'Hôpital, des académies de Marseille, de Rouen, d'Angers et d'Auxerre, naquit à Paris en 1697, d'un tailleur qui s'opposa en vain à son goût pour l'étude, et mourut dans cette ville le 2 février 1767, à 70 ans. Les travaux immenses de cet écrivain laborieux, avoient beaucoup affoibli sa vue, et il étoit presque aveugle, lorsque la république des lettres le perdit. Il laissa une bibliothèque composée de plus de 10,000 volumes choisis, et dans tous les genres. Outre les corps de livres, qui sont ordinairement la base des bibliothèques, elle étoit sur-tout recommandable pour la partie littéraire. Depuis plus de 50 ans, cet habile littérateur s'étoit appliqué à rassembler beaucoup de morceaux qu'il n'est pas aisé de réunir. Ses ouvrages seuls auroient formé une bibliothèque. Nous nous bornerons aux principaux : I. Traité de la vérité de la Religion Chrétienne, traduit du latin de Grotius, in-12. II. Vies des Saints, en 2 vol. in-4°, qu'on relie en un. Mésengui a eu part à ce livre, qui n'est qu'une compilation, mais une compilation très-bien faite. III. Abrégé des Vies des Saints, in-12; c'est l'ouvrage précédent, réduit à un très-gris volume in-12. IV. Supplément au Dictionnaire de Moréri, 1735, 2 vol. in-fol. L'auteur a corrigé un grand nombre de fautes; mais il lui en est échappé plusieurs. Il a accordé des articles considérables à des hommes assez inconnus, et l'esprit philosophique ne l'a pas guidé dans ses recherches. Cet écrivain donna, en 1749, un nouveau Supplément in-fol. en 2 vol., qui a les mêmes défauts que le précédent. Au lieu de copier, dit un critique, des faits épars çà et là, ou des notes sur des auteurs célèbres d'Angleterre, ne falloit-il pas se donner la peine de rassembler des Mémoires plus circonstanciés ? Le Dictionnaire de Moréri est-il fait pour louer de simples curés, des chanoines et des religieuses, qui n'ont rien écrit, ni rien fait de remarquable ? Convient-il d'y placer des Saints dont la vie ne fournit pas des événements célèbres ? N'y avoit-il pas dans Moréri assez de généalogies suspectes, assez de mensonges dictés par la vanité à l'avidité des rédacteurs, sans en augmenter le nombre ? On diroit que l'auteur ait appréhendé de manquer de matériaux pour composer 2 vol. in-fol. Mais il faut lui pardonner ces irrégularités, en faveur de plusieurs articles nouveaux qu'il a ramassés, et d'un grand nombre d'anciens qu'il a corrigés. V. Bibliothèque des Écrivains Ecclésiastiques, en 3 vol. in-8°, pour servir de suite à celle de Dupin. Cette continuation n'a pas réussi. Les analyses de la plupart des écrits dont il parle, sont trop diffuses. Un inconvénient encore plus grand, est de donner d'amples extraits des livres de morale qui sont entre les mains de tout le monde. Le style est d'ailleurs un peu négligé et trop verbaux. VI. Discours sur le renouvellement des Etudes depuis le xiv$^{er}$ siècle. On le trouve dans la continuation de l'Histoire Ecclésiastique par le P. Fabre, que l'auteur avoit beaucoup aidé. Il est bon dans cette continuation; mais il n'auroit pas pu figurer à côté de ceux de Fleury. VII. De l'état des Sciences en France, depuis la mort de Charlemagne jusqu'à celle du roi Robert, 1737, in-12. Cette dissertation savante et curieuse remporta le prix à l'académie des Belles-Lettres. Cette compagnie avoit fait, il n'y avoit pas long-temps, pour Goujet, ce qu'elle n'avoit jamais fait pour personne. « Sans sollicitation de ma part et sans m'en prévenir, elle députa, après la mort de l'abbé de Vertot, six de ses membres, pour demander la permission de m'élire à la place du défunt. Le cardinal de Fleury se jeta sur mes sentimens, qui n'ont cependant jamais été autres que ceux de l'Eglise. » C'est ce que l'abbé Goujet ecrivoit en 1755, à l'un des auteurs de ce Dictionnaire.
VIII. Bibliothèque Françoise, ou Histoire de la Littérature Françoise, en 18 vol. in-12. C'est l'ouvrage le plus célèbre de l'abbé Goujet; mais il le seroit bien davantage, si, sans nous donner la liste de tant de vieux auteurs et de tant de mauvais ouvrages, il avoit commencé aux beaux jours du Parnasse François; s'il avoit marqué les révolutions du goût et du génie, et tracé avec un pinceau vrai, brillant et ferme, le caractère des grands hommes de notre littérature. En suivant ce plan, il auroit épargné beaucoup d'ennui au lecteur et beaucoup de peine à lui-même. Son ouvrage seroit fini, au lieu qu'il a donné 18 volumes sans pouvoir achever seulement la partie des belles-lettres. IX. Une nouvelle Edition du Dictionnaire de Richelet, en 3 vol. in-fé310, Lyon, 1756, Bruyset, avec un grand nombre d'additions et de corrections: vers le même temps, il en donna un Abrégé, en un vol. in-8°, que M. de Wailli a fait imprimer en 2 vol. avec un grand nombre d'additions et de corrections. X. L'Histoire du Collège Royal de France, en 1 vol. in-4°, et en 3 vol. in-12; ouvrage plein de recherches curieuses. XI. Histoire du Pontificat de Paul V, en 2 vol. in-12, 1766. C'est son dernier ouvrage. L'auteur n'y est pas favorable aux Jésuites, quoique élevé par eux. XII. Un grand nombre de Vies particulières: de Nicole, de Duguet, de Singlin, du cardinal Passionei, etc. XIII. Il fournit plus de deux mille corrections pour le Dictionnaire de Moréri, de 1732: plusieurs dissertations au P. Desmolets, pour la continuation des Mémoires de Littérature; et un grand nombre d'articles au Père Nicéron, auteur des Mémoires des Hommes illustres. L'abbé Goujet avoit été quelque temps de l'Oratoire, et s'y étoit fait aimer par la douceur de son caractère, et estimer par la pureté de ses mœurs et l'étendue de ses lumières. C'étoit peut-être le premier de nos savans pour la connoissance de la littérature Françoise.
GOUJON, (Jean) sculpteur et architecte Parisien, sous François I et Henri II, retraça, par ses ouvrages, les beautés simples et sublimes de l'antiquité. Un auteur moderne le nomme, avec raison, le Corrège de la Sculpture. Goujon, ainsi que ce peintre, a quelquefois péché contre la correction; mais il a toujours consulté les graces. Personne n'a été au-dessus de lui pour les figures de demi-relief. Rien n'est plus beau, en ce genre, que sa Fontaine des Saints-Innocens, rue Saint-Denis, à Paris. Un ouvrage non moins curieux, est une espèce de Tribune, contenue par des caryatides gigantesques, qui est au Louvre dans la salle des Cent-Suisses. Sarrazin, célèbre sculpteur, n'a cru pouvoir mieux faire que d'imiter ces figures, d'un 512 GOU goût exquis et d'un dessin admirable. *Perrault* les a fait graver par *Sébastien le Clerc*, dans sa Traduction de *Vittare*. On croit que *Goujon* a travaillé au dessin des *Façades* du vieux *Louvre*, construites sous *Henri II*, à cause du bel accord qui règne entre la sculpture et l'architecture.
GOULART, (Simon) de Senlis, alla faire ses études à Genève, où il fut fait ministre: emploi qu'il exerça avec distinction pendant 62 ans. Il mourut dans cette ville en 1628, à 85 ans. C'étoit un homme d'une grande vertu. Il blâmoit la manie qu'avoient les Protestans de son temps, de multiplier les confessions de foi: *comme si celle qui se trouve dans le Symbole des Apôtres n'étoit pas suffisante, quoiqu'elle ait paru telle aux trois premiers siècles de l'Eglise*. Il n'avoit commencé à apprendre les langues qu'à l'âge de 28 ans; ce qui ne l'empêcha pas d'écrire assez bien en latin. Il étoit tellement au fait de tout ce qui se passoit en matière de librairie, que *Henri III*, désirant de connoître l'auteur qui se déguisa sous le nom de *Stephanus Junius Brutus* pour débiter sa doctrine républicaine, envoya un homme exprès à *Simon Goulart*, afin de s'en informer; mais *Goulart*, qui savoit en effet tout le mystère, n'eut garde de le découvrir. On a de lui plusieurs ouvrages de belles-lettres, d'histoire et de controverse. Les plus connus sont sa plate *Traduction de Sénèque*; Paris, 1590, 2 vol. in-folio; et ses *Petits Mémoires de la Ligue*, 1602, 6 vol. in-8°, assez curieux. On les a réimprimés à Paris en 1758, 6 vol. in-4°, avec des notes et des pièces originales. La plupart sont intéressantes; mais quelques-unes n'apprennent presque rien. Quand *Goulart* n'a pas mis son nom à ses ouvrages, il l'a désigné ordinairement par ces trois lettres initiales S. G. S.: c'est-à-dire, *Simon Goulart, Senlisien*. — Il laissa un fils, appelé comme lui *Simon*, et que divers savans ont confondu avec le père. Il fut d'abord ministre de l'église Walonne d'Amsterdam, et embrassa, avec chaleur, le parti des Remontrants. Un sermon qu'il prêcha contre l'opinion de ceux qui soutiennent, que les *Enfans morts sans baptême sont damnés éternellement*, le fit suspendre du ministère en 1615: et peu de temps après, on le chassa du pays, avec ceux qui ne voulurent pas souscrire au synode de Dordrecht. *GOULART*, maudissant un pays où l'on prêchoit la tolérance, et où l'on étoit si intolérant, se retira en France, et ensuite dans le Holstein, où il mourut. On a de lui quelques ouvrages.
GOULDMAN, (François) habile grammairien Anglois du 17$^{e}$ siècle, est connu par un *Dictionnaire Latin* — *Anglois et Anglois-Latin*. La troisième édition, augmentée par *Robertson*, in-4°, 1674, est estimée.
GOULIN, (Jean) né à Rheims le 10 février 1728, perdit son père fort jeune, et se trouva dans l'indigence. Forcé de se placer en qualité de répétiteur chez un maître de pension, avec un modique appointement de cent livres par an, il résolut d'embrasser une profession plus lucrative, et celle de la médecine fixa son choix. Après Après avoir étudié l'anatomie sous *Ferrein*, il fut attaqué d'une maladie grave, qui l'obligea de vendre ses livres, son seul bien, pour se procurer quelques secours. Depuis, son extrême économie et ses ouvrages, lui fournirent les moyens de vivre. En 1783, l'abbé *Fontenay* l'associa à la rédaction des *Affiches* de province; et, ce qui le flatta le plus, ce fut d'accroître sa petite collection de livres, de ceux dont il donnait des notices. En 1794, devenu septuagénaire, et plongé dans la plus extrême misère, il en fut retiré par une place à la bibliothèque nationale de la rue Saint-Antoine; et mourut en 1799, d'une maladie soporesse, qui l'emporta en peu de jours. Le docteur *Sue* a publié une notice sur la vie et les ouvrages de *Goulin*. « Soit dans sa mise extérieure, soit dans ses manières et son langage, il étoit très — simple et très — uni. Son esprit étoit tellement rempli des idées analogues à ses occupations littéraires, qu'il se livrait moins qu'un autre aux distractions ordinaires de la vie. Le désordre qui régnait dans la chambre qu'il occupait habituellement, et le mélange d'objets tout-à-fait disparates, annonçait qu'il n'y avait d'ordre que dans ses idées et dans ses livres. Lorsqu'il cherchoit l'interprétation d'un passage grec ou latin, et qu'il étoit long-temps sans en trouver une qui lui convint, il se mettait au lit, fût-ce en plein midi, et là, dans un calme parfait, tout entier à la méditation, il passait un, deux et jusqu'à trois jours, excepté le temps du manger et du sommeil, dans un travail d'esprit continuel, jusqu'à ce qu'une interprétation convenable s'offrit à sa pensée. Les vertus de *Goulin* furent celles d'un homme paisible, vivant dans la retraite, presque sans communication avec les hommes, qu'il croyait toujours prêts à le tromper. Ses défauts tenoient à l'âpreté de son caractère : on le trouvoit aigre dans la dispute, prompt à l'attaque, dur à la réplique, ardent à contredire, tranchant dans la discussion... D'ailleurs, bon, humain, plein de désintéressement, il fut et demeura constamment jusqu'à sa mort, l'ami de plusieurs gens de lettres, qui rendoient justice à ses grandes connoissances dans la littérature, et dont la plupart, plaignant sa destinée malheureuse, cherchoient, par toutes sortes de moyens, à l'adoucir. » Ses ouvrages sont nombreux. I. *Traduction* de la Dissertation de *Castell*, sur l'insensibilité des tendons, des ligamens et du péricrane. II. *Lettres* à *Vandermonde* sur *Hecquet*. Elle est insérée dans le Journal de Médecine de 1762. III. *Table de l'Égypte ancienne*, 1763. IV. *Dictionnaire Géographique* pour servir à l'histoire d'*Hérodote*, extrait des manuscrits de *Bellenger*. V. *Histoire de la colique de Devonshire*, traduite du latin de *Huxham*. VI. *Recherches médicales*, in 12, 1764. VII. *Notice* sur l'Ôstéologie de *Monro*. VIII. *Éloge* historique de *Paris*, opticien. IX. *Lettres* à un médecin de province, pour servir à l'histoire de la médecine, 1769, in-8. X. *Table* des seize volumes de la matière médicale de *Geofroy*, in-12. XI. *Traité des alimens*, traduit de *Lirataud*, in-8. XII. *Mémoires* littéraires et biographiques sur l'histoire de la médecine, 1773, in-4. XIII. *Abrégé* de l'histoire na K k 514 GOU turelle, 1777, 2 vol. in-12. XIV. Dissertation où l'on explique un passage de Cicéron, relatif à la médecine, 1779. XV. Autre Dissert. sur un passage du septième livre des épidémies d'Hippocrate. XVI. On lui doit, en outre, une foule d'éditions, enrichies de notes et de corrections, telles que celles du Dictionnaire des rimes de Richelet, de l'Agronome, des formules de médecine de Lyon, de l'ouvrage de Haen, intitulé : Methodus medendi, de l'anatomie d'Heister, du traité d'agriculture de Mortimer, de l'histoire universelle de Bossuet, du confiturier royal, de la rhétorique françoise, des apophthegmes de Plutarque, du roman d'Elizabeth, du traité des maladies vénériennes de Janberthou, de la matière médicale de Lieutaud. XVII. Goulin a travaillé encore à l'encyclopédie, à la gazette de santé, au journal général de France, au vocabulaire françois. Il a laissé de nombreux manuscrits, tels qu'un cours d'histoire de la médecine, des recherches sur l'histoire naturelle de Pline, des interprétations de différens passages d'Hérodote, de Longin, de Lucien, etc. Goulin avoit une érudition immense et claire. Son style a de la simplicité et de l'attrait. Il étoit associé de l'académie de Lyon, et eût mérité d'être appelé à celle des Inscriptions et Belles-Lettres.
GOULU, (Jean) naquit à Paris en 1576, de Nicolas Goulu, professeur royal. Il embrassa la profession d'avocat; mais ayant manqué de mémoire en plaidant sa première cause, il quitta le barreau pour le cloître. Il se fit Feuillant à l'âge de 28 ans. Il voulut se hasarder de prêcher; mais sa mémoire ne le servit pas mieux dans la chaire que dans le barreau. Réduit à l'intrigue et au cabinet, il se fit connoître par sa plume, s'éleva aux premières charges de son ordre, et en devint général. Balzac étoit alors le chef de la littérature Françoise. Soit jalousie, soit ressentiment de ce qu'il avoit dit dans un de ses ouvrages, qu'il y a quelques Moines qui sont dans l'Eglise, ce que les rats étoient dans l'Arche. Goulu déchaîna contre lui quelques-uns de ses religieux, et se mit bientôt à leur tête. Il publia, en 1627, deux volumes de Lettres de Philarque à Ariste, dénuées d'esprit, de raison, de savoir, de bon sens; mais chargées, en revanche, presqu'à toutes les pages, des mots sonores d'Infame, d'Epicure, de Néron, de Sardanapale, de Démoniaque, et d'Athée. Ces invectives brutales, loin de révolter le public contre le fougueux Feuillant, lui attirèrent une foule de louanges. On ne l'appeloit que Gouffre d'érudition; Hercule Gaulois, destructeur du Tyran de l'éloquence; Héros véritable, et seul digne des lauriers arrachés à l'Usurpateur. Le prieur Ogier et la Mothe-Aigron furent presque les seuls qui osèrent faire entendre leurs foibles voix. Ils tournèrent les armes de Goulu contre lui-même. Ils le peignirent comme « un ivrogne, buvant nuit et jour dans un verre plus grand que la coupe de Nestor; et comme un gourmand qui faisoit très-honne chère en gras, quoiqu'il eut le teint assez frais pour ne pas pouvoir se dispen- ser du maigre. » Cette querelle auroit été poussée plus loin ; mais le général Goula la termina par sa mort, arrivée le 25 janvier 1629, à l'âge de 54 ans. On a de lui : I. Vindiciae Theologicae Ibero-politicae, 1628, in-8°, en faveur des droits de la monarchie. II. La Vie de St. François de Sales, 1724, in-4° III. Des Traductions qu'on ne lit plus. IV. Des Livres de Controverse, qu'on laisse dans la poussière. La bassesse, l'indécence, l'incorrection, caractérisent le style de ces différens ouvrages. Voy. BALZAC, et VII. BOURBON.
GOUPILIÈRES, Voyez PORLIER.
GOURDAN, (Simon) né à Paris en 1646, fut le confrère de Santeuil dans l'abbaye de Saint-Victor : il imita les Saints que celui-ci chantoit. Aspirant à une vie plus parfaite, il voulut entrer à la Trappe ; mais l'abbé de Rancé lui conseilla de rester dans le monde pour l'édifier. Le P. Gourdan vécut en solitaire et en saint dans l'abbaye de Saint-Victor, et mourut le 10 mars 1729, à 83 ans, laissant : I. Des Proses et des Hymnés, qu'on chante dans différentes églises de la capitale et des provinces. II. Des Ouvrages de piété, pleins de lumière et d'onction. III. Une Histoire manuscrite des Hommes illustres de Saint-Victor, en plusieurs volumes in-folio. On a publié, en 1756, à Paris, in-12, la Vie de ce pieux et savant religieux. Cet ouvrage édifiant est suivi de plusieurs Lettres, qui roulent principalement sur la Constitution Unigenitus.
GOURDON, Voyez ARMANAC, n° III, et RICHARD, n° I. G O U 515
GOURDON DE GENOUILLAC, (Galiotte de) ou la Mère Ste. Anne, réformatrice de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en France, étoit prieure du monastère de Beaulieu. Elle naquit en 1589, d'une famille noble et considérable de Quercy. Elle fut nommée Galiotte, en mémoire de Jacques Galiot de Genouillac, grandécuyer de France. Elle mourut l'an 1618, en odeur de sainteté. Les religieuses de cet ordre avoient autrefois la robe rouge et le voile blanc : mais, après la prise de Rhodes par Soliman II, en 1522, elles prirent l'habit et le voile noir pour marquer leur deuil.
GOURGUES, (Dominique de) brave gentilhomme, natif de Mont-de-Marsan en Gascogne, voulant se venger des Espagnols, qui l'avoient maltraité pendant la guerre, et qui avoient égorgé une colonie de François établie sur les côtes de la Floride, équipa trois vaisseaux à ses dépens, et mit à la voile en 1567. Il alla descendre à la Floride, enleva trois forts, et fit pendre plus de huit cents Espagnols à des arbres, sur lesquels il fit mettre cette inscription : Non comme Espagnols, mais comme traîtres, brigands et assassins. Il en usa de la sorte, parce que Melandès, ayant fait massacrer des François, avoit fait dresser un écriteau qui marquait : Que ce n'étoit pas comme François, mais comme Lutherens, qu'il les faisoit mourir... Gourgues, de retour en France, fut reçu avec admiration par les citoyens, et avec mépris par la cour, qui étoit toute Espagnole : le roi lui fit défendre de paroître devant lui. La reine Elizabeth K k 2 516 GOU le demanda dans la suite pour commander la flotte Angloise. Il mourut à Tours en 1593, en allant prendre le commandement de cette flotte.
GOURLIN, (l'abbé Pierre-Etienne) né à Paris en 1695, mort dans cette ville en 1775, se consacra à une obscurité laborieuse et active. Il fit pour l'archevêque de Tours, l'Instruction sur la justice Chrétienne, in-12; et pour l'évêque de Soissons, l'Instruction contre le P. Berruyer, 7 vol. in-12, 1760. On a encore de lui l'ouvrage connu sous le nom de Catéchisme de Naples, 1783, 3 vol. in-12, qui ne dit pas davantage que celui de Montpellier, et qui le dit plus sèchement.
GOURNAI, (Marie le Jars de) fille savante, d'une famille distinguée, naquit à Paris en 1566. C'est dans cette ville qu'elle connut Montaigne. Elle avoit, pour ce philosophe, une admiration sans bornes. Cet écrivain, flatté de ses éloges, la nomma sa fille d'alliance, et la fit héritière de ses écrits. Mlle de Gournai étoit digne de cette adoption. Toutes les langues savantes lui étoient familières: elle écrivoit maussadement dans la sienne; mais c'étoit beaucoup alors pour une femme, que de savoir écrire, bien ou mal. Son style, chargé de vieux mots, n'est plus supportable à présent. Lorsque l'académie Françoise voulut épurer la langue, Mlle de Gournai cria beaucoup contre cette réformation. Elle disoit des puristes, que leur style étoit un bouillon d'eau claire, sans impureté et sans substance. Sa prononciation étoit analogue, et elle tenoit pour l'ancien usage. Le cardinal de Liche- lieu ne pouvoit s'empêcher de rire, en l'entendant s'énoncer à la manière des vieux procureurs du temps de Henri IV. — Riez, Monseigneur, lui dit un jour l'adroite flatteuse; Riez: je fais un grand bien à la France! Elle avoit le goût de la vieille littérature, des compilations, des commentaires; ce goût, joint à son caractère vif, impétueux, vindicatif, lui fit beaucoup d'ennemis. L'Auti-Gournai et le Remerciment des Beurrières, sont des monumens de leur haine. Les noms d'orgueilleuse, de laide, d'acariâtre, de débauchée, de pucelle de cinquante-cinq ans, et d'autres encore plus injurieux, ne sont point épargnés dans cette dernière satire. Ces libelles ne l'empêchèrent point d'avoir des amis illustres: les cardinaux du Perron, Bentioglio, de Richelieu, St. François de Sales, Godeau, Dupuy, Balzac, Maynard, Heinsius, etc. Elle mourut à Paris le 13 juillet 1645, à 79 ans. Plusieurs beaux esprits lui composèrent des Epitaphes satiriques; le plus grand nombre lui en fit d'honorables. Quelques-uns lui donnèrent le nom de Syrène Françoise; mais le chant de cette Syrène, dit l'abbé Irail, ne séduit pas long-temps. Ses Ouvrages furent recueillis en 2 vol. in-4°, 1634 et 1641, sous le titre d'Avis ou Présens de Mlle de Gournai. On a encore d'elle une édition des Essais de Montaigne, 1635, en 3 vol., dédiée au cardinal de Richelieu; et enrichie d'une préface plus curieuse que bien écrite... Dans cette édition, Mlle de Gournai traduisit en françois les passages grecs, latins et italiens qu'on rencontre dans les Essais. C'est dans sa préface, que Pascal a pris cette idée ingénieuse de la divinité : C'est un centre, dont la circonférence est par-tout; et le centre nulle part. Voyez l'article MALHERBE, à la fin; et le Parnasse des Dames, par M. Sauvigny.
GOURVILLE, (Jean-Hérauld, Sr de) naquit à la Rochefoucauld en 1625. Le fameux duc de ce nom lui ayant connu de l'esprit, le prit pour son valet de chambre, et en fit bientôt son ami et son confident. Il plut non-seulement à son maître, mais même au grand Condé, et au surintendant Fouquet. Enveloppé dans la disgrace de cet illustre infortuné, il passa dans les pays étrangers. On a dit, qu'il fut en même temps pendu à l'aris en effigie, et envoyé du roi en Allemagne. Il est vrai qu'il eut cette qualité, mais ce fut quelque temps après son évasion. Son talent pour les affaires le fit proposer pour succéder au grand Colbert dans le ministère. Il mourut à Paris en 1703, sans avoir été marié. On prétend que c'est pour lui que Boileau fit cette Epitaphe : Ci glt, justement regretté, Un savant homme sans science, Un gentilhomme sans naissance, Un très-bon homme sans bonté. Les commentateurs de cette Epitaphe disent, que Gourville étoit tel que le satirique le représente: parlant bien, quoiqu'il ne sût pas grand'chose; ayant un caractère et des manières nobles, quoique d'une naissance obscure; et caressant tout le monde sans aimer personne. Cependant, de tous les amis de Fouquet, Gourville se montra le plus généreux. Non content d'avoir prêté à Mad. Fou- quet plus de cent mille livres pour sa subsistance, il fit don de cette somme à Fouquet de Vaux son fils. On a de Gourville des Mémoires, depuis 1642 jusqu'en 1698, en deux vol. in-12, 1720. Ils sont écrits d'un style animé, naturel et simple, mais peu correct. Il y peint, d'après nature, tous les ministres, depuis Mazarin jusqu'à Colbert; et sème son récit d'anecdotes curieuses sur chacun d'eux, ainsi que sur les principaux personnages du règne de Louis XIV. Voy. CHARLES II, roi d'Espagne.
GOUSSENCOURT, (Matthieu) Célestin de Paris, naquit dans cette ville en 1583, et y mourut en 1660. On a de lui, le Martyrologe des Chevaliers de St-Jean de Jérusalem, avec les blasons, 1643, 2 vol. in-fol.
GOUSSET, (Jacques) théologien de la religion Prétendue-Réformée, né à Blois en 1635, d'une bonne famille, fut fait ministre à Poitiers en 1662. Il refusa trois fois d'accepter une chaire de professeur de théologie à Saumur, et ne sortit de Poitiers qu'à la révocation de l'édit de Nantes. Il mourut en 1704, âgé de 69 ans, professeur en grec et en théologie à Groningue. Ses ouvrages sont : I. Commentarii linguæ Hebraicæ. C'est un bon Dictionnaire Hébreu; la meilleure édition est celle de Leipzig, en 1743, in-4° II. Une réfutation en latin du Chisouck - Emaunach ou Bouclier de la foi, du rabbin Isaac; à Amsterdam, 1712, in-fol. Cette production est très-foible. III. Considérations Théologiques et Critiques contre le Projet d'une nouvelle Version, 1698, in-12. Ce livre est contre K k 3 518 GOU le Projet de Charles le Cène : — Voy. CÈNE... IV. ORLÉANS... et SCHULTENS.
GOUTHIER ou GUTHIER, ou GUTHIÈRES, (Jacques) avocat au parlement de Paris, né à Chaumont en Bassigny, mort l'an 1638, cultiva le droit et les belles-lettres avec un succès égal. Les amateurs de l'antiquité lui sont redevables de plusieurs écrits : I. Le vetère Jure Pontificio urbis Romæ, in-4°, 1612 : ouvrage qui lui mérita le titre de citoyen Romain, pour lui et pour sa postérité. II. De Officiis domus AUGUSTÆ, publicæ et privatæ, in-4°, à Paris en 1628; et in-8°, à Leipzig, 1672. Cette matière y est traitée avec beaucoup de savoir. III. De jure Manium; Leipzig, 1671, in-8°. IV. Deux petits traités, l'un De Orbitate toleranda; et l'autre. Laus cæcitatis, etc. Gouthier faisoit aussi des vers latins, et les faisoit assez bien. Il y a du feu et de l'expression dans sa pièce intitulée : Rupella capta. L'auteur l'adressa au cardinal de Richelieu, prêtre et général, qui réussissoit dans les expéditions de guerre, comme dans les affaires les plus épineuses de l'état.
GOUVÉ, (Le) Voyez LEGOUVÉ.
GOWER, (le Chevalier John) l'un des plus anciens auteurs qui aient écrit en anglois, mourut aveugle à Londres en 1402. On a imprimé de lui un Poème anglois, de Confessione Amantis; Londres, 1532, in-fol. Il y en avoit une autre édition en 1493.
GOUVEST DE MAUBERT, (Jean-Henri) né à Rouen en 1721, est autant connu par ses aventures que par ses ouvrages. On le vit successivement capucin, apostat, secrétaire du roi de Pologne Auguste III; puis rentrer dans son ordre, en sortir ensuite pour parcourir un nouveau cercle de bizarreries et de singularités, et finir par mourir Protestant à Altona, en 1767, à 46 ans. On a de lui divers écrits marqués au coin d'un génie singulier, qui avoit approfondi tous les detours de la politique, qui observoit avec finesse, qui avoit de grandes vues; mais qui écrivoit avec plus de vivacité et de force, que de pureté et de précision. Les principaux sont : I. Le Testament politique du Cardinal Alberoni, in-12 : livre paré évidemment d'un faux titre. L'auteur ne connoissoit probablement les vues politiques d'Alberoni que par les gazettes. Il y a néanmoins dans son livre bien des idées utiles sur les abus qui ont régné en Espagne, et qui ont été depuis supprimés en partie. On prétend que le fonds de cet ouvrage n'est point de Maubert. II. Testament politique de Walpole, qui ne vaut pas celui d'Alberoni. III. Histoire politique du Siècle, in-4°, 2 vol. 1757 : livre qui eut du succès, mais dont l'auteur ne publia que les deux premiers vol. IV. Diverses brochures : l'Illustre Paysan; l'Ami de la fortune; Ephraim justifié, etc. V. Un Mercure Historique. Ce grand politique n'eut jamais le talent de se retirer de la misère. Il vouloit enrichir les empires par ses spéculations, et il fut long-temps prisonnier en Hollande pour dettes.
GOUVION, (N.) fils d'un lieutenant de police de la ville de Toul, entra au service dans le corps du génie, et fit avec G O Z 519 distinction la guerre d'Amérique. Dans le principe de la révolution, il accepta la place de major général de la garde nationale parisienne, et fut ensuite appelé à la législature au mois de septembre 1791. Sa modération, son opposition à ce qu'on accordât les honneurs de la séance aux soldats du régiment de Château-vieux, qui avoient été condamnés aux galères par suite de leur insurrection à Nancy, lui ôtèrent toute influence populaire. Il se rendit, après la Session, à l'armée du Nord, et il prit le commandement de l'avant-garde. Le 11 juin 1793, il effectuait sa retraite devant des troupes supérieures avec autant d'art que de bravoure, lorsqu'il fut tué d'un coup de canon, près du village de la Glisvelle. *Gouvion* passait pour un général habile, et réunissant le sang froid dans l'exécution à des vues judicieuses, et le courage à la probité.
GOUX DE LA BOULAYE, (François le) fils d'un gentilhomme de Baugé en Anjou, parcourut une partie du monde. De retour de son premier voyage, il parut si défiguré, que sa mère ne voulut pas le reconnoître; il fut obligé d'intenter un procès pour avoir son droit d'ainesse. Quelques années après, il fut envoyé en qualité d'ambassadeur auprès du grand Seigneur et du grand Mogol; mais il mourut en Perse d'une fièvre chaude, durant ce voyage, vers l'an 1669. On a de lui la *Relation de ses Voyages*, jusqu'en 1650, in-4°, qu'il publia en 1653. Il y a des choses curieuses, et quelques-unes de fausses. Le style en est d'ailleurs très-incorrect.
GOUYE, (Thomas) Jésuite, né à Dieppe en 1650, habile dans les mathématiques, fut reçu de l'académie des Sciences en 1699. Cette compagnie faisoit beaucoup de cas de ses lumières. Il mourut à Paris dans la maison professe des Jésuites, le 24 mars 1725, à 75 ans. Son principal ouvrage est intitulé: *Observations Physiques et Mathématiques; pour servir à la perfection de l'Astronomie et de la Géographie, envoyées de Siam à l'académie des Sciences de Paris, par les Pères Jésuites Missionnaires*, avec des réflexions et des notes, en 2 vol., dont le premier est in-8°, et le second in-4°. — Il ne faut pas le confondre avec son compatriote *Gouye de Longuemare*, né en 1715, mort en 1763, greffier au bailliage de Versailles, dont nous avons plusieurs *Mémoires* et *Dissertations* intéressantes sur l'Histoire de France.
GOZON, (Deo-dat ou Dieudonné) fut grand-maître de l'ordre de St-Jean de Jérusalem. Ce qui contribua beaucoup à lui faire obtenir cette dignité, fut le bonheur qu'il eut d'exterminer un dragon monstrueux qui infestait l'isle de Rhodes. Cet animal étoit, dit-on, de la grosseur d'un cheval moyen: il avoit à sa tête de serpent, de longues oreilles, couvertes d'une peau écaillée. Ses quatre jambes ressembloient à celles d'un crocodile, et sa queue faisoit plusieurs plis et replis sur son corps. Il couroit, ajoute-t-on, battant de ses ailes, et jetant du feu par les yeux avec des sifflements horribles. Aucun chevalier n'avoit pu délivrer l'isle de ce monstre, et tous y avoient péri; il étoit même défendu, sous peine de mort, de le tenter davantage. *Gozon* osa néanmoins l'entre- K k 4 710 G R A prendre, et en vint à bout. Voyez I. VILLENEUVE. Cette histoire, vraie ou fausse, se voit encore sur de vieilles tapisseries; mais on y voit aussi les contes de l'archevêque Turpin. Quoi qu'il en soit, Gozon tient un rang distingué dans l'histoire de Malte. Il mourut en 1353, regretté pour sa vertu et son courage. On mit, dit-on, sur son tombeau : Draconis extinctor, L'EXTERMINATEUR DU DRACON. Il étoit de la langue de Provence.
GRAAF ou GRAEF, (Reinier de) Médecin Hollandois, naquit à Schoonhove en Hollande, l'an 1641. Son père s'étoit rendu célèbre par plusieurs machines hydrauliques; le fils le fut par quelques découvertes anatomiques. Après avoir étudié à Leyde et en France, il se retira à Delft, où il mourut, le 17 août 1673, à 32 ans. Il s'étoit acquis, dans un âge peu avancé, une grande réputation par de savans ouvrages : I. De succo pancreatico, à Leyde, 1664, in-12, et 1671, in-8.º II. De virorum organis generationi inservientibus, à Rotterdam, 1668 et 1672. III. Un traité semblable sur les organes des Femmes, à Leyde, 1672, in-8.º Il prétend dans ces différents écrits, que tous les animaux tirent leur origine des œufs. Avant lui, Stenon, avoit prétendu avoir vu ces œufs; Graff lui disputa cet avantage; Swammerdam revendiqua la même découverte. Mais il paroît qu'il n'y avoit pas de quoi se quereller. Vallisnieri, en examinant ces prétendus œufs, a reconnu ou cru reconnoître que ce ne sont que les réservoirs d'une liqueur fécondante. Quoi qu'il en soit, le système de l'Oyairisme a eu de grands partisans et n'est pas encore généralement abandonné, malgré les difficultés insurmontables qu'on lui oppose, ainsi qu'à ceux des autres naturalistes occupés à expliquer un mystère qui, au jugement des plus grands physiciens, ne sera jamais dépouillé des ténèbres dont l'Auteur de la nature l'a enveloppé. Tous les Ouvrages de Graff furent recueillis à Leyde, 1673 et 1705, in-8.º
GRABE, (Jean-Ernest) né à Konigsberg en Prusse, l'an 1666, quitta sa patrie pour l'Angleterre, où il fut ordonné prêtre. Il reçut le bonnet de docteur à Oxford, et obtint une pension du roi Guillaume, qui fut continuée par la reine Anne. Il mourut à Londres le 13 novembre 1711, à 55 ans, presque au milieu de sa carrière. Ce savant s'est fait honneur par ses connoissances dans l'antiquité ecclésiastique; mais il n'avoit ni assez de génie, ni assez de jugement pour bien discerner les faits et les autorités. Il eut plutôt la réputation d'un homme laborieux que celle d'un grand critique. On a de lui : I. Un Spicilège des écrits des Pères et des hérétiques des trois premiers siècles; Oxford, 1714, 3 vol. in-8.º II. Une édition de l'Apologie de St. Justin Martyr, in-fol. 1700, en grec et en latin, avec des notes. III. Une autre des Septante, sur le manuscrit Alexandrin, Oxford, 1707 à 1720, 4 vol. in-folio; réimprimée à Zurich en 1730, même format: cette édition est plus ample; la première est plus belle. IV. De forma consecrationis Eucharistia, Londres, 1721, in-8.º V. Une édition de St-Irenée, Oxford, 1702, in-folio, qui fut effacée par celle de D. Mag- met, Paris, 1710, in-fol. Ce Bénédictin reproche à Grabe, 1.º D'avoir ôté du texte diverses leçons qui étoient les meilleures, pour les renvoyer à la marge. 2.º D'avoir trop cherché, dans ses notes, à ranger S-Irenée du côté de l'église Anglicane : ce qui a rendu ses remarques trop longues, et les a remplies d'explications forcées. 3.º De n'avoir rien dit sur certains endroits difficiles, se contentant d'y mettre les remarques d'autrui, sans choix, et sans considérer si elles servoient à l'intelligence de St-Irenée, ou non. 4.º D'avoir ôté, tronqué ou mal disposé les titres des Chapitres. 5.º De n'avoir pas bien placé les fragmens du texte grec, puisqu'on a souvent de la peine à voir à quoi ils se rapportent... Grabe étoit un petit homme ardent, mélancolique, et ayant pour le travail la constance que donne la mélancolie. Quoique Protestant, il donnoit beaucoup de poids à la tradition. I. GRACCHUS, (Tibérius et Caïus) fils de Sempronius Gracchus, et de Cornele, fille de Scipion l'Africain, furent très-bien élevés par leur mère. Ils se signalèrent l'un et l'autre par leur éloquence et par leur zèle pour les intérêts du peuple Romain. Tibérius s'étant fait élire tribun du peuple, demanda : qu'en exécution de la loi Agraire, quiconque posséderoit plus de 500 arpens de terre, en fût dépossédé ; que ces terres fussent réparties entre les plus pauvres citoyens ; et que les propriétaires fussent obligés à ne se point servir d'esclaves pour les cultiver, mais de gens de condition libre, pris dans le pays. Cette demande étoit très-contraire aux intérêts du sénat et de la noblesse. Il falloit un homme aussi remuant que l'étoit Gracchus pour faire passer une pareille loi. On le nomma commissaire ou triumvir, avec Appius-Clandins, son beau-père, et Caïus Gracchus, son frère, pour faire la distribution des terres. Tout concourut au succès de son entreprise. Attale, roi de Pergame, mort sans enfant, avoit nommé le peuple Romain son héritier : Gracchus se saisit de ses trésors au nom du public, et les distribua à ceux des citoyens qui ne pouvoient pas avoir part à la distribution des terres. Son triomphe fut de courte durée. Il fut massacré au milieu de ses partisans, le même jour qu'ils alloient le continuer dans le tribunal pour l'année suivante, 135ᵉ avant J. C. Caïus Gracchus, son frère, aussi enthousiaste que lui pour les intérêts du peuple, ayant donné de l'ombrage au sénat, fut tué environ douze ans après, victime de son zèle et peut-être de son ambition. Il avoit été soupçonné d'avoir trempé dans le complot qui fit périr le jeune Scipion l'Africain. L'abbé de Mably a peint ainsi les deux Gracques. « Tibérius Gracchus avoit toutes les qualités qu'aimoit le peuple dont il se diseit le Libérateur, et que haïsoient les riches qu'il vouloit humilier. Son éloquence, douce et persuasive, conduisoit à la terreur par la pitié. Jamais homme ne fut plus altier, et n'affecta tant de modération. Adroit à émouvoir les passions, plus habile encore à en nourrir le feu, il sembloit plutôt se laisser emporter par les sentiments de la populace, que lui inspirer les siens. Toujours contagieux, mais presque tou- G R A 721 522 G R A jours timide en apparence, la crainte qu'il affectoit fut un aiguillon pour le peuple; et la cuirasse dont il étoit couvert, et qu'il lui faisoit adroitement appercevoir, en feignant de la cacher, l'avertissoit continuellement des dangers qui le pressoient, et que le moment d'exécuter étoit le moment présent. Tout ce que Rome renfermoit de citoyens que la loi *Licinia* offensoit, se souleva contre *Tibérius*. Le tribun, aigri, devint plus impétueux, et les injures de ses ennemis lassèrent sa probité, ou démasquèrent sa politique: ses vrais sentimens se firent voir au travers de la modération sous laquelle il se cachoit également au peuple et aux grands. L'amour de la patrie, son salut et l'intérêt public ne servirent plus que d'un prétexte, ou pour consommer sa révolte, ou pour rendre sa perte plus difficile, en intéressant à son sort un plus grand nombre de citoyens. *Caius* lui succéda; mais il n'avoit jamais eu les dehors de probité qu'on avoit vus dans son frère. Les efforts qu'il s'étoit faits pour renfermer son ambition et sa vengeance, avoient changé tous ses sentimens en passion et en fureur. Il regarda la loi *Licinia* comme l'ouvrage de sa maison. Vaste et tumultueux dans ses desseins, hardi et violent dans l'exécution, nourri depuis long-temps des idées les plus ambitieuses, avec lesquelles il s'étoit familiarisé, il fut extrême dès qu'il put agir: il vouloit franchir et non pas lever les obstacles qui s'opposoient à ses desseins. Emporté par ses succès encore plus loin qu'il n'avoit peut-être osé l'espérer, il ne commença, pour ainsi dire, à avoir de l'ambition, que quand celle d'un autre auroit été satisfaite. Il devint l'arbitre de la république, et tout changea de face. Le peuple domina, la noblesse se vit accabler; elle fit périr le tribun, et reprit son autorité. »
II. GRACCHUS, (*Sempronius*) se fit exiler dans l'isle de Cérine sur la côte d'Afrique, pour son commerce avec *Julie* fille d'*Auguste*. Il y fut assassiné après un exil de 14 ans, par l'ordre de *Tibère*, qui fit mourir aussi *Julie* dans l'isle Pandataire, où elle avoit été confinée. L'amour l'avoit rendu poète. On croit que c'est à lui qu'on doit attribuer les vers insérés dans la *Corpus Poetarum* de *Maittaire*.
III. GRACCHUS, (*Rutilius*) sorti d'une famille de Rome, noble mais pauvre, sur la fin du 10$^{e}$ siècle, ne laissa pas de s'appliquer pendant sa jeunesse à l'étude, et fit des vers qu'on eût pu comparer à ceux des plus habiles poètes de son temps. Mais s'il eut les talens des versificateurs, il en eut les travers. Parmi les divers exemples de folie qu'il donna, on peut remarquer le moyen dont il s'avisa pour saluer les personnes de différente qualité, en différentes manières. Il fit faire trois chapeaux enchâssés l'un dans l'autre: il en étoit un seulement devant les moins qualifiés, deux à ceux qui l'étoient davantage, et tous les trois aux personnes les plus relevées en dignité. Il crut avoir rendu un si grand service à l'état par cette rare découverte, qu'il osa demander d'être entretenu aux dépens du public. Il vécut longtemps dans cet égarement d'esprit, et mourut malheureux.
GRACES, (Les) ou CHARITES, [Myth.] divinités célèbres, étoient filles de Jupiter et de la belle Eurynome, fille de l'Océan; et selon d'autres, de Bacchus et de Vénus. On en comptoit deux ou quatre, mais plus communément trois, Aglaia ou l'asithee, Thalie et Euphrosine; c'est-à-dire Brillant, Fleur, Gaiete. Elles étoient toujours auprès de Vénus. Ces déesses étoient représentées jeunes, riantes, dans l'attitude de personnes qui dansent, se tenant par la main, et couvertes d'un voile léger. L'antiquité les révérait comme présidant aux bienfaits, à la reconnaissance, à la concorde, aux réjouissances, à l'éloquence, et à tout ce qui peut rendre la vie agréable. On n'entroit dans leur temple que couronné de fleurs. La coutume de peindre les Grâces nues, n'est pas de la première antiquité. Pausanias écrit qu'il n'a pu découvrir quel est le peintre ou le sculpteur qui a commencé le premier à leur ôter leurs habits, car les anciens les peignaient vêtues. Ceux qui ont fait ce changement, ont voulu sans doute faire entendre que les Grâces ne plaisent que par leur simplicité, et qu'elles n'ont besoin d'aucun ornement qui les cache.
GRACIAN, (Balthasar) Jésuite Espagnol, mort recteur du collège de Tarragone, le 6 décembre 1658, se distingua dans sa société par ses sermons et par ses écrits. La plupart de ses ouvrages ont été recueillis en 2 vol. in-4°, et souvent réimprimés. Les Espagnols les estiment beaucoup; les François en font moins de cas. Il paroît, dit l'abbé des Fontaines, que cet écrivain avoit G R A 523 plus de mémoire et d'imagination, que de jugement et de bon sens. Il faut lire quantité de choses extravagantes, avant que d'en rencontrer qui soient un peu raisonnables. En cherchant toujours l'énergie et le sublime, il devient outre, et se perd dans les nues. Gracian est aux bons moralistes, ce que Don Quichotte est aux vrais héros. Ils ont l'un et l'autre un faux air de grandeur, qui en impose aux sons, et qui fait rire les sages. Pour continuer le parallèle: Don Quichotte, au milieu de ses folies, disoit des choses très-sensées. Gracian, malgré une foule de pensées décousues, obscures, impénétrables, a des maximes rendues avec vivacité, avec esprit, et qui renferment un grand sens. Ceux de ses ouvrages qui ont été traduits d'espagnol en françois, sont: I. Le Héros, traduit par le P. de Courbeville, Jésuite; Paris, 1725, et Rotterdam, 1729, in-12. II. L'Homme universel, in-12, par le même. III. Les Maximes de Balthasar Gracian, Paris, 1730, in-12, par le même. Amelot, qui se croyoit un grand politique, avoit traduit cet ouvrage sous le titre de l'Homme de Cour; mais le copiste manqua son original: où Gracian est obscur, son interprète l'est du moins autant. IV. Réflexions politiques sur les plus grands princes, et particulièrement sur Ferdinand le Catholique, Amsterdam, 1731, in-12, traduites par M. de Silhouette, depuis contrôleur général. Un an après, en 1732, le P. de Courbeville en publia une seconde version, sous ce titre: La Politique de Don Ferdinand le Catholique, à Paris, in-12. 324 G R A V. L'Homme détrompé, on le Criticon, traduit par Maunoy, en 3 vol. in-12; beaucoup moins célèbre que l'Homme de Cour. VI. Il a donné en espagnol des Méditations sur la Communion. C'est le seul ouvrage auquel il ait mis son nom. Je ne reconnois, dit-il, que celui-ci pour mon fils légitime, aimant mieux dans cette occasion satisfaire ma tendresse que mon amour propre.
GRADENIGO, (Pierre) doge de Venise en 1290, découvrit la conjuration de Bajamonte Ti-polo, et en prévint les suites. Il gouverna la république avec sagesse, et mourut en 1303. C'est lui qui changea en aristocratie le gouvernement de Venise, qui depuis 1173, étoit presque entièrement populaire, et qui donna à cette république à peu près la forme qu'elle avoit avant la révolution Françoise. —Barthélèmi GRADENIGO, autre doge de Venise, élu en 1339, soumit les Candiois révoltés, et mourut en 1342. C'est de son temps qu'arriva l'aventure d'un Pêcheur, qui reçut, dit-on, un anneau d'or de la main de St. Marc l'Évangéliste, anecdote crue à Venise, et non ailleurs. —Jean GRADENIGO, élu doge de Venise en 1534, marcha sur les traces de ses ancêtres. La guerre contre les Génois se renouvela de son temps : elle dura peu. On en soutint une plus violente contre le roi de Hongrie, qui assiégea Trévise. Le doge alla défendre cette place en personne, et y mourut, n'ayant gouverné qu'un an et quelques mois.
GRÆCINUS, Voy. GRÆCINUS.
GRAEF, —GRAAF.
GRAES, —II. GRUEUS.
GRÆVIUS, (Jean-George) né à Naumbourg en Saxe l'an 1632, étudia deux ans sous le savant Gronovius. Le disciple se félicitoit d'avoir un tel maître, et le maître d'avoir un tel élève. Grævius étoit un savant poli et aimable, sans orgueil, sans faste, et sans cet air de pédanterie qui déshonore si souvent les belles-lettres. Après avoir enseigné à Duisbourg, en 1656, et à Deventer, en 1658, il obtint une chaire de politique, d'histoire et d'éloquence à Utrecht. Il l'occupa avec distinction, compta des princes parmi ses disciples, et mourut le 11 janvier 1703, à 71 ans. On doit à ses recherches : I. Thesaurus antiquitatum Romanarum, 1694 et années suivantes, en 12 gros vol. in-fol. Cette collection immense ne renferme pas tous les auteurs, ni même les meilleurs qui ont traité cette matière. Le compilateur en a oublié plusieurs, et n'a pas toujours choisi les bonnes éditions de ceux qu'il y a insérés. On lui a cependant obligation d'avoir réuni un grand nombre de traités épars, dont la plupart étoient devenus rares. II. Thesaurus antiquitatum Italicarum, en 6 vol. in-folio, continué par l'infatigable Burman jusqu'au 45e volume : compilation énorme, sans choix et sans ordre. Elle est pourtant nécessaire dans une grande bibliothèque. III. Des Editions de plusieurs auteurs Grecs et Latins; d'Hésiode; de la plus grande partie des Œuvres de Cicéron; de Florus, avec une préface dictée par le jugement et par le goût; de César; de Suétone, etc. IV. Syntagma variarum dissertationum rariorum, Utrecht 1702, in-4. Cent-vingt Lettres en latin, publiée par *Jean-Albert Fabricius*, 1707, in-12. *Voyez Niceron*, tome deux, et *Mémoires littéraires des Pays-Bas*, tom. 10, in-8.
GRAF, (Jean) peintre, gendre et disciple de *Van-Alen*, naquit à Vienne vers 1680. Des places publiques, des basses-cours, et d'autres objets de caprice, sont le sujet de ses peintures.
GRAFFIO, plus connu sous le nom de *Jacobus de Graffius*, casuiste du 16$^{e}$ siècle, natif de Capoue, fut abbé du Mont-Cassin, et grand pénitencier de Naples. On a de lui, en 2 vol. in-4$^{o}$, divers ouvrages sur la *Morale et les cas de Conscience*, qui sont inconnus.
GRAFIGNY, (Françoise d'Issembourg d'Happoncourt de) naquit à Nancy vers la fin du dernier siècle, d'un major de la gendarmerie du duc de Lorraine, et d'une petite-nièce du fameux *Callot*. Elle fut mariée ou plutôt sacrifiée à *François Hugot de Grafigny*, chambellan du duc de Lorraine, homme emporté, avec qui elle courut plusieurs fois risque de la vie. Après bien des années d'une patience héroïque, elle en fut séparée juridiquement. Cet époux indique d'elle, finit ses jours dans une prison, où l'avoient fait renfermer son caractère violent et sa mauvaise conduite. Mad. de Grafigny, libre de ses chaînes, vint à Paris avec M$^{lle}$ de Guise, destinée au maréchal de *Richelieu*. Elle ne prévoyait pas la réputation qui l'attendoit dans la capitale. Sa conversation n'annonçait pas tout son esprit. Les bons juges de Paris découvrirent bientôt tout ce qu'elle étoit. Plusieurs gens d'esprit, réunis dans une société où elle avoit été admise, la forcèrent de fournir quelque chose pour le *Recueil de ces Messieurs*, vol. in-12, publié en 1743. La Nouvelle Espagnole, intitulée : *Le mauvais exemple produit autant de vices que de vertus*, est d'elle. Le titre même, comme l'on voit, est une maxime. Il y en a beaucoup dans ce roman, où l'on apperçoit néanmoins à travers une diction recherchée, des lueurs de sentiment, de raison et d'humanité. Cette bagatelle essuya des critiques. Mad. de Grafigny y prépara la meilleure de toutes les réponses : elle fit mieux. Ses *Lettres d'une Péruvienne*, 2 vol. in-12, parurent, et eurent le plus grand succès. On y trouva quelques beaux détails : des images vives, tendres, ingénieuses, riches, fortes, légères ; des sentimens délicats, naïfs, passionnés. Ces accélérations de style, si bien ménagées ; ces mots accumulés de temps en temps ; ces phrases qui, en se précipitant les unes sur les autres, expriment si heureusement l'abondance et la rapidité des mouvements de l'âme, parurent exprimer très-bien le langage des passions. On fut touché de ce grand morceau plein d'art, de feu et d'intérêt, où la Péruvienne se trouve plus que jamais pressée entre son cher *Aza* et le plus généreux des bienfaiteurs : voilà les beautés de cet ouvrage. Voici les défauts : le dénouement ne satisfait pas. Les Lettres 30 et 31 refroidissent la scène. Le style est souvent alambiqué, et d'autres fois trop peigné. L'auteur y prend un ton métaphysique, essentiellement froid en amour. *Voyez l'article MARCHE-COURMONT*. On 526 GRA donna à peu près les mêmes élo- ges à Cénie, pièce en cinq actes, en prose, et on en fit la même critique. C'est un de ces petits romans dialogués, qu'on appelle Comédies larmoyantes. Il est écrit avec délicatesse, et plein de traits finement rendus et de choses bien senties. Après Mélanide, ce se- roit la meilleure pièce que nous eussions dans le genre attendris- sant, c'est-à-dire dans le se- cond genre, si l'auteur ne don- noit trop souvent dans le néolo- gisme et le précieux, et si on n'y voyait une imitation trop marquée de la Gouvernante de la Chaussée. La Fille d'Aristide, autre pièce en cinq actes, en prose, dans le genre de Cénie, fut moins ap- plaudie, et méritait moins de l'être. Après la chute de cette pièce, on eut la malice de glisser cette épigramme sous sa serviette: Bonne maman de la gente Cénie, A cinquante ans vous fites un poupon; On aplaudit, on le trouva fort bon: On passe un miracle en la vie. Mais d'un effort moins circonspect, Sept ans après tenter même aventure, Et travailler encor dans le goût grec, (Pardon, maman, si la phrase est trop dure) Je le dis, sauf votre respect, C'est de tout point vouloir forcer nature. L'auteur mourut à Paris en 1758, à 64 ans. Un jugement solide, un esprit modeste et docile, un cœur sensible et bienfaisant, un commerce doux, égal et sûr, lui avoient fait des amis, long- temps avant qu'elle pensât à se faire des lecteurs. Quoique mo- deste, elle avoit cet amour pro- pre louable, père de tous les ta- lens. Une critique, une épi- gramme lui causoit un véritable chagrin, et elle l'avonoit de bonne foi. Comme elle s'étoit li- vrée aux lettres fort tard, elle avoit embrassé les opinions mo- dernes sur les différens genres de littérature. Elle n'aimoit point les vers. L'académie de Florence se l'étoit associée; l'empereur et l'impératrice, qui l'honoroient d'une estime particulière, lui fai- soient souvent des présens. Les Lettres d'une Péruvienne et Cénie ont été traduites en italien; mais, depuis la mort de Mad. de Graffigny, elles sont moins lues en France. Mad. de Graffigny, pour caractériser la vivacité des Fran- çois, les peint ingénieusement dans le premier de ses ouvrages comme s'échappant des mains du créateur, au moment où il n'a- voit assemblé pour l'organisation de l'homme que le feu et l'air. L'auteur du Colporteur prétend que Mad. de Graffigny n'est pas l'auteur de ces deux ouvrages. Elle acheta, dit-il, le premier d'un abbé, et un autre abbé plus généreux lui donna le second. C'est une assertion qu'il seroit difficile de prouver. Zilia et Cénie sont deux sœurs qui se ressem- blent trop, pour n'avoir pas été enfantées par la même mère. Les Œuvres de Mad. de Graffigny ont été recueillies en 1788, 4 vol. in-12.
GRAHAM, (George) célèbre horloger de Londres, né à Grat- wick en Northumberland, en 1675, mort en novembre 1751, étoit Quaker et membre de la société Royale. Il a inventé l'é- chappement à cylindre et a fait d'excellens instrumens d'astrono- mie et de mathématiques. C'étoit un homme tout entier à son art: aussi alla-t-il plus loin que les autres artistes.
GRAHAM, Voy. MONTROSS. I. GRAILLY, (Archambault de) *Voyez FOIX*, n° II.
II. GRAILLY, (Jean de) *ou plutôt* DE GRELY, captal de Buch, un des plus grands capitaines de son siècle, étoit d'une maison originaire du pays de Gex, établie dans le Bordelois, et attachée aux Anglois. Il donna de bonne heure des preuves de sa valeur. Revenant de Prusse en 1358, avec le comte de Foix, son parent, il entra courageusement dans Meaux, où s'étoient réfugiés le duc d'Orléans, frère du roi de France, et plusieurs autres seigneurs. Employé successivement au service des rois de Navarre et d'Angleterre, il se signala contre les généraux François; mais son courage ne le garantit pas d'être deux fois leur prisonnier; la première, en 1364, à la bataille de Cocherel, gagnée par le célèbre du *Guesclin*; la seconde, en 1372, durant le siège de Soubise. La perte de ce général, dit *Hénault*, fut plus fatale aux Anglois que celle d'une bataille. Le roi d'Angleterre ne put obtenir sa liberté qu'avec beaucoup de peine, et à condition qu'il ne porteroit plus les armes contre la France: mais cette condition parut si dure au captal de Buch, qu'il aima mieux rester prisonnier dans la tour du Temple à Paris, où il mourut l'an 1377, sans postérité. Il n'avoit jamais été marié, quoique *Moréri* lui fasse épouser *Anne de Suffolk*. *Voyez* ce qu'en dit l'auteur des *Variétés Bordeloises*, tom. 3, pag. 10.
GRAIN ou GRIN, (Jean le) d'une ancienne famille originaire des Pays-Bas, naquit en 1565, fut conseiller et maître des requêtes de *Marie de Médicis*, et mourut dans sa maison de Montgeron proche Paris, le 2 juillet 1642, à 77 ans, avec la réputation d'un savant plein de probité. Il défendit par son testament à ses descendants de confier aux Jésuites l'éducation de leurs enfants. On lui doit: I. *Deux Décades*: la première, contenant l'*Histoire d'Henri IV*; et la seconde, celle de *Louis XIII* jusqu'à la mort du maréchal d'Ancre en 1617. L'une fut imprimée en 1614, et l'autre en 1618, in-fol. Ces Histoires, pleines de candeur, et curieuses à bien des égards, soulevèrent les fanatiques et les imbéciles; c'est le sort de tous les historiens impartiaux. On les dénonça à la Sorbonne, qui ne jugea pas à propos de se déshonorer en les censurant. Les motifs des plaintes portées contre le *Grain*, étoient: Qu'il avoit parlé avantageusement du docteur *Richer* et de ses ouvrages; qu'il avoit soutenu avec force les libertés de l'Église Gallicane contre les opinions Ultramontaines; qu'il s'étoit révolté contre ceux qui vouloient faire recevoir quelque article du concile de Trente, proscrits en France; qu'il avoit parlé avec liberté contre l'établissement des nouveaux ordres, et sur-tout contre l'introduction de celui des Jésuites; qu'il ne paroissoit pas approuver qu'on persécutât les hérétiques pour les convertir. Tout le crime de le *Grain* étoit d'être bon François et bon citoyen: ses persécuteurs n'étoient ni l'un ni l'autre. II. *Recueil des plus signalées batailles, journées et rencontres, depuis Mercuée jusqu'à Louis XIII*, in-folio, 3 vol.: collection assez mal digérée. Les *Histoires* de le *Grain* sont plus recherchées pour les 528 GRA faits que pour le langage. Il narre désagréablement ; il s'écarte à tout moment de son sujet, pour dire ce qu'il sait sur la philosophie, l'histoire, etc. Il se permet des déclamations emportées et des inepties puériles. Il dit, par exemple, que si Henri III eût laissé le duc de Guise en Hongrie, pour combattre les Turcs, il eût rendu le monarque François le Roi des Turbans, et le Turban des Rois de la Terre. I. GRAINDORGE, (André) de Caen en Normandie, fit, le premier, dans le 16e siècle, des figures sur les toiles ouvrées. Richard, son fils, perfectionna son invention. Le père ne représentait sur la toile que des carreaux et des fleurs ; le fils y représenta des animaux et toutes sortes d'autres figures, et donna à cet ouvrage le nom de Haute-lice, peut-être à cause des lices ou fils entrelacés dans la trame. C'est ce que nous appelons Toiles damassées, à cause de leur ressemblance avec le Damas blanc. Cet habile ouvrier donna le premier la méthode d'en faire des services de table. La ville de Caen ayant fait présent à la reine Marie de Médicis, de ces toiles de haute-lice, représentant des sièges et des combats, Graindorge étoit du nombre de ceux qui les lui présentèrent. Pendant que le roi Henri IV admirait la beauté de l'ouvrage, il répétoit à tout instant ; Ce sont-la mes œuvres, Sire Roi. Son fils Michel éleva plusieurs manufactures en divers endroits de la France, où ces Toiles damassées sont devenues fort communes.
II. GRAINDORGE, (André) né à Caen, docteur en médecine de la faculté de Montpellier, étoit un savant philosophe, et suivait les principes d'Epicure et de Gassendi. Il mourut le 13 janvier 1676, à 60 ans. On a de lui : I. Un Traité de la nature du Feu, de la Lumière et des Couleurs, in-4.º II. Un autre Traité, peu commun, de l'origine des Macreuses, Caen, 1680, in-12; et d'autres ouvrages. Pendant la dernière année de sa vie, il tomboit toutes les nuits dans une espèce de somnambulisme. On l'entendoit parler à haute voix : ses domestiques accouraient ; il leur répondoit sans s'éveiller, et leur faisoit plusieurs questions différentes. Ce délire cessoit pendant le jour, et il agissoit alors en homme raisonnable.
III. GRAINDORGE, (Jacques) parent du précédent, religieux Bénédictin de l'abbaye de Fontenai, et prieur de Culey, se distingua dans l'étude de l'astronomie ; mais il déshonora son esprit en y joignant celle de l'astrologie. Il crut avoir trouvé le secret si recherché des longitudes, et il annonça sa prétendue découverte dans des programmes qu'il fit imprimer. Il en fit mystère jusqu'en 1669, qu'il eut ordre de venir à Paris. On lui promit une récompense convenable, si sa découverte étoit réelle. On en fit juge l'académie des Sciences, qui, après un examen sérieux, trouva que cette découverte n'étoit fondée que sur l'astrologie judiciaire, pour laquelle Graindorge avoit beaucoup de passion, et qu'elle n'avoit pas plus de solidité que cette vaine science. Il voulut cependant la soutenir par un livre, qui ne servit qu'à donner plus d'éclat à ses délires. Il mourut quelque temps après, en 1680, à 78 ans.
GRAINVILLE, ( Charles-Joseph de Lespine de ) conseiller au parlement de Paris, savant, laborieux et bon juge, mort en 1754, a donné : I. Un Recueil d'Arrêts rendus à la IVe chambre des enquêtes, 1750, in-4° II. Mémoires sur la vie de Pibrac, 1758, in-12 ; curieux et exacts.
GRAM, ( Jean ) archiviste, historiographe, bibliothécaire et conseiller du roi de Danemarck, né dans le Jutland en 1685, mourut à Copenhague en 1748, à 63 ans. Il laissa un Corpus diplomatum ad res Danicas attinentium, qui est encore manuscrit, en plusieurs vol. in-fol. Ce savant contribua beaucoup à l'établissement de l'académie de Copenhague.
GRAMAYE, ( Jean-Baptiste ) d'Anvers, devint prévôt d'Arthem, et historiographe des Pays-Bas. Il parcourut l'Allemagne et l'Italie, d'où il alloit passer en Espagne ; mais des corsaires d'Afrique l'emmenèrent à Alger. Il obtint sa liberté, revint dans les Pays-Bas, fit divers voyages, et mourut à Lubeck en 1633. On a de lui : I. Africa illustratæ Libri X, in-4°, 1622. C'est l'Histoire de l'Afrique, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'au XVIIe siècle. Quoique l'historique y domine, il y a de très-bons détails pour la géographie. II. Diarium Algériense, Ath, 1622, in-8°. L'auteur avoit été malheureusement à portée de bien connoître cette partie ; ses infortunes ont été utiles aux géographes. III. Peregrinatio Belgica, in-8° : livre curieux et exact. IV. Antiquatus Belgica, 1708, in-fol., ouvrage savant. V. Historia Numurensis, 1607, a vol. in-4° Gramaye étoit aussi poète ; mais ses vers ne valent pas ses recherches.
GRAMOND ou GRAMMOND, ( Gabriel seigneur de ) dont le nom étoit Barthélemi, président au parlement de Toulouse, étoit fils du doyen des conseillers de ce même parlement, d'une ancienne maison de Rouergue, très-bien alliée. Il se distingua, comme magistrat, par son zèle et son intégrité ; mais il fut moins recommandable comme écrivain. On a de lui, une Histoire de Louis XIII, depuis la mort de Henri IV jusqu'en 1629 ; in-folio, 1643 : elle est intitulée : Ludovicus XIII, sive Annales Galliæ ab excessu Henrici IV... Sarrau, Gui-Patin, Arnaud d'Andilly en parlent assez mal, et avec raison. L'auteur la composa en latin, pour qu'elle pût être regardée comme une continuation de celle du président de Thou ; mais Gramond, n'ayant ni le cœur ni l'esprit de cet illustre historien, a écrit avec moins d'élégance et moins de liberté. Il flatte le cardinal de Richelieu, dont il attendoit des graces, et il déchire Arnaud d'Andilly et d'autres dont il n'avoit rien à attendre. Son style est guindé, et sa latinité n'est pas pure. Cette histoire a cependant son utilité, parce qu'il y a des faits curieux et bien détaillés, non-seulement sur la France, mais sur le reste de l'Europe. II. Une Histoire des guerres de Louis XIII contre ses sujets Protestans, 1625, in-4° : curieuse, intéressante, mais partiale. Il prend le ton d'un controversiste ardent, et non d'un historien. Le titre est : Historia prostrata à Ludovico XIII, sectariorum in Gallii Religionis. Il mourut en 1624. Il avoit épousé, 530 GRA vers l'an 1620, Mlle de Malecoste, dont il eut plusieurs enfans; l'un d'eux fut évêque de Saint-Papoul. L'aîné se maria, et eut postérité. — I. GRAMMONT, (Gabriel de) cardinal, de l'illustre maison de Grammont dans la Navarre, s'acquit l'estime et l'amitié de François I. Ce prince l'employa dans des négociations importantes, et le combia de biens et d'honneurs. Il eut successivement les évêchés de Couserans, de Tarbes et de Poitiers, puis les archevêchés de Bordeaux et de Toulouse, et Clémant VII lui donna la pourpre Romaine en 1530. Il mourut au château de Balma, près de Toulouse, en 1534, avec la réputation d'un prélat courtisan, d'un négociateur habile, et d'un ministre fidelle. Peut-être que sa fidélité outre-passa les devoirs d'un évêque, dit le P. Bertier, lorsqu'étant envoyé par la cour de France en Angleterre, il conseilla en plein parlement à Henri VIII, de répudier Catherine d'Aragon, pour épouser Mad. d'Alençon; projet qui n'eut point de suite, mais dont Grammont parla comme d'une chose aisée, honnête, et conforme aux règles de la conscience. Une telle décision étoit plutôt d'un politique que d'un ecclésiastique. En lui finit l'ancienne maison de Grammont; sa sœur fit passer l'héritage de cette famille dans celle d'Aure, qui prit le nom de Grammont. Antoine I, mort en 1576, fils de Claire de Grammont, fut le premier qui porta ce nom. Il fut père de Philibert dont il est parlé dans l'article suivant. — II. GRAMMONT, (Antoine duc de) étoit fils d'Antoine II, comte, puis duc de Grammont; qui devoit le jour à Philibert de Grammont, emporté d'un coup de canon au siège de la Fère en août 1580, à 28 ans, laissant pour veuve la belle Corisande d'Andouins. Voyez GUCHE N° II. Antoine III porta les armes dès l'âge le plus tendre, et se signala en 1630, à la défense de Mantoue, où il fut blessé. Le cardinal de Richelieu lui fit épouser uno de ses parentes, et se chargea de sa fortune. Il servit avec distinction en Allemagne en 1635, en Flandre et en Alsace, les deux années suivantes, et commanda en Piémont sous le cardinal de la Valette en 1638. Il secourut Verceil l'année d'après, et prit Chivas. Ses exploits aux sièges d'Arras, de Bapaume et de la Bassée, lui méritèrent, en 1641, le bâton de maréchal de France. Au commencement de 1642, il fut défait en Flandre, près de l'abbaye d'Honnecourt. On prétendit que c'étoit par ordre du cardinal de Richelieu qu'il s'étoit laissé battre, afin que le roi, qui vouloit le disgracier, le conservât dans cette conjoncture fâcheuse. Cette anecdote fut adoptée avec plaisir par les ennemis du ministre; mais ceux qui savoirient que Grammont avoit été forcé dans son camp, la rejetèrent. Quoi qu'il en soit, le maréchal de Grammont répara sa faute à la prise de Philisbourg, en 1644, et a la bataille de Lens, en 1648. Il fut chef de l'ambassade qu'on envoya à Francfort, en 1657, pour l'élection de l'empereur; et il ella à Madrid, deux ans après, faire la demande de l'infante. En s'adressant au roi d'Espagne, il lui dit : Sire, le roi mon maître vous donne la paix; et ensuite se tournant vers la princesse : *Et à vous, Madame ; son cœur et sa couronne*. En 1663, il fut reçu duc et pair, et mourut à Bayonne en 1678, à 74 ans. C'étoit un des hommes les plus aimables de la cour de *Louis XIV*, poli, magnifique, bon, plaisant, également propre aux armes et au cabinet. Nous avons de lui des *Mémoires* in-12, ou 2 vol. petit in-12. Ils renferment ses négociations en Allemagne et en Espagne, lorsqu'il y fut envoyé pour le mariage de l'infante avec *Louis XIV*. C'est le duc de *Grammont*, son fils, qui donna ces *Mémoires* au public. *Armand de Grammont*, comte de *Guiche*, fils aîné du maréchal, seigneur aimable, mais avantageux, que son imprudence avec *Madame* fit exiler, mourut, sans postérité, en 1673, à 34 ans. Son frère, *Antoine IV*, duc de *Grammont*, mort en 1720, fut père d'*Antoine V*, duc de *Grammont* et maréchal de France en 1724. Il mourut l'année d'après, laissant des enfans.
III. GRAMMONT, (Philibert, comte de) fils d'*Antoine II*, comte de *Grammont* et frère d'*Antoine III*, se distingua de bonne heure comme militaire. Il suivit *Louis XIV* dans la conquête de la Franche-Comté en 1668, et de la Hollande en 1672. Il se signala dans d'autres occasions, et obtint différentes graces, le cordon bleu, le gouvernement du pays d'Aunis, et la lieutenance générale du Béarn. Il mourut le 10 janvier 1707, à 86 ans. Il avoit épousé Mlle Hamilton, *Voyez HAMILTON*. On lui fit une Epitaphe, dont nous rapporterons les traits principaux : Raillier, sans être médisant ; Élaire, sans faire le plaisant ; G R A 531 Garder toujours son caractère ; Vieillard, époux, galant et père, C'est le mérite du héros, Que je te peins en peu de mots. Son esprit orné, plein de sel et de graces, plut beaucoup à *Louis XIV*. On cite plusieurs de ses bons mots. Un marquis, de nouvelle date, rencontra le comte de *Grammont* à la cour. Il lui dit, d'un air assez délibéré : *Bon-jour, vieux Comte...—Bon-jour, jeune Marquis*, lui répondit sur-le-champ *Grammont*... Quoique naturellement caustique, il savoit flatter à propos. On parloit devant *Louis XIV*, d'un vieil officier qui avoit, en 1662, défendu habilement une place pendant quatre mois. Le comte de *Grammont*, qui étoit aussi âgé que cet officier, dit familièrement à *Louis XIV*, qui étoit à peu près du même âge : SIRE, il n'y a que nous autres cadets qui vaillions quelque chose... Cela est vrai, dit le Roi ; mais, à notre âge, on n'a pas longtemps à jouir de la gloire.—SIRE, reprit *Grammont*, on ne compte pas l'âge des Rois ; et lorsqu'ils sont comme vous, on ne compte leurs années que par leurs belles actions.
GRAMMONT, *Voyez GRAMMONT*.
GRANACCI, peintre Florentin, mourut en 1543, à 57 ans. On a donné un recueil des vers qui se chantoient, pendant les mascarades du carnaval à Florence, 1559, in-8° *Granacci* dirigeoit ces mascarades, dont quelques-unes représentaient des sujets d'histoire intéressans.
GRANCEY, *Voyez HAUTEMER*. L 1 2 532. G R A
GRANCEY, (Jacques de Rouxel-de-Medavy, comte de) d'une ancienne maison de Normandie, ayant servi avec distinction sous Louis XIII, en Piémont, en Flandre, en Lorraine et ailleurs, obtint le bâton de maréchal de France en 1651. Il gagna, depuis, une bataille en Italie, contre le comte de Caracène; mais ses irrésolutions l'empêcherent d'en profiter. Il mourut en 1680, à 78 ans. Le père du maréchal de Grancey étoit doué d'une force égale à sa valeur. On dit qu'ayant percé d'un coup d'épée le sieur de Trepigni, gendarme, il le porta, tout armé et enferré dans son épée, plus de quatre pas en l'air. Son petit-fils, Jacques-Léonor, fut maréchal de France en 1724, et mourut en 1725, ne laissant qu'une fille. Il avoit été employé dans presque toutes les guerres de Louis XIV, et s'étoit distingué par sa prudence et son courage.
GRANCOLAS, (Jean) Parisien, docteur de Sorbonne, chapelain de Monsieur, frère de Louis XIV, ensuite chapelain de St-Benoit, mourut en 1732, dans un âge avancé, avec la réputation d'un homme savant, mais rude, austère et singulier. Il étoit la terreur des jeunes bacheliers qui vouloient prendre le bonnet de docteur. C'est le dernier, suivant le caustique abbé Barral, qui ait su parler latin dans les assemblées de la faculté. S'il parloit bien latin, il a eu depuis de dignes imitateurs en Sorbonne; mais il écrivoit très-mal en françois. Ses ouvrages ne sont qu'une compilation indigeste de passages des Pères, de Canons, d'extraits de liturgie et d'autres monumens ecclésiastiques; mais ils ne méritent pas moins d'être lus par ceux qui voudroient avoir des matériaux pour travailler. On a de lui: I. Traité des Liturgies, in-12, 1698. L'auteur y décrit la manière dont on a dit la Messe en chaque siècle, dans les églises d'Orient et d'Occident. II. L'Ancien Sacramentaire de l'Eglise, en 1699. On y trouve toutes les anciennes pratiques observées dans l'administration des sacremens chez les Grecs et chez les Latins. III. Commentaire historique sur le Bréviaire Romain, 2 vol. in-12, 1727; un des meilleurs ouvrages de Grancolas. Il a été traduit en latin, et imprimé à Venise, in-4°, 1734. IV. Critique des Auteurs Ecclésiastiques, 2 vol. in-8°. V. De l'antiquité des cérémonies des Sacremens. VI. Histoire abrégée de l'Eglise de Paris, 2 vol. in-12; supprimée par le ministère public, à la prière du cardinal de Noailles, qui n'y étoit pas ménagé. VII. Des Traductions de quelques Pères (Voyez I. CYRILLE), et des Traités sur des matières théologiques. I. GRAND, (Antoine le) philosophe Cartésien, appelé par quelques-uns l'Abréviateur de Descartes, étoit de Douai, et vivoit dans le dix-septième siècle. Ses principaux ouvrages sont: I. Institutio Philosophiæ secundam principia Ren. Descartes, in-4°. II. Curiosus Naturæ arcatorum perscrutator, in-8°. Ces écrits ne peuvent être que d'une utilité médiocre. III. Historia sacra à mundo condito ad Constantinum Magnum; Londini, in-8°. C'est son meilleur ouvrage.
II. GRAND, (Pierre le) célèbre corsaire de Dieppe, se ren- dit redoutable dans les mers de l'Amérique. Ayant découvert un gros vaisseau Espagnol vers la partie occidentale de l'isle de Saint-Domingue, il fit force de voiles pour lui donner la chasse, quoiqu'il n'eût qu'un très-foible vaisseau, monté de quatre petites pièces de canon et de vingt-huit hommes. Lorsqu'il eut abordé ce bâtiment, il y entra avec ses gens, armé de deux pistolets et d'un coutelas, et passa dans la chambre du capitaine, où il lui mit le pistolet sur la gorge, et lui commanda de se rendre. C'est ainsi que cet homme intrépide se rendit maître de ce navire, monté de cinquante-quatre pièces de canon, et rempli de vivres et de richesses. C'étoit le vice-amiral des gallons d'Espagne, lequel avoit perdu sa flotte par un coup de vent. Cet heureux aventurier conduisit sa prise en Europe, vers l'an 1640, et en profita sans se soucier de retourner en Amérique.
III. GRAND, (Joachim Ie) né en 1653, à Thorigny en Normandie, prêtre de l'Oratoire en 1671, quitta cette congrégation cinq ans après. L'éducation du marquis de Vins, celle du duc d'Estrées, dont il fut chargé, ne l'empêchèrent point de se livrer à l'étude de l'histoire, pour laquelle le célèbre P. le Cointe lui avoit donné du goût. Il fut tous les historiens, et les lut avec réflexion, talent assez rare; et ce qui est plus rare encore, il appliqua aux affaires les connoissances qu'il avoit puisées dans les livres. Il fut secrétaire d'ambassade en Portugal et en Espagne. Il n'y eut point d'affaires de conséquence, auxquelles l'abbé le Grand n'eût part. Le marquis de Torcy lui donna des marques d'estime et de confiance; et il fut sous Louis XIV, ce que l'abbé de la Ville a été sous Louis XV. Il mourut à Paris, le 1er mai 1733, à 80 ans. L'abbé le Grand laissa plusieurs ouvrages, qui firent beaucoup de sensation dans leur temps: I. Mémoire touchant la succession à la Couronne d'Espagne, 1711, in-8.º II. L'Allemagne menacée d'être bientôt réduite en Monarchie absolue, en 1711, in-4.º III. Traité de la succession à la Couronne de France par les Agnats, c'est-à-dire pour la succession masculine directe; 1728, in-12. Cet ouvrage, savant et curieux, est très-utile pour connoître une partie du droit public de France. IV. Histoire du divorce de Henri VIII, en 3 vol. in-12, ouvrage qui renferme des pièces curieuses, la défense de Sanderus et la réfutation de Burnet. V. La Traduction, du portugais en françois, de la Relation historique de l'Abyssinie du P. Jérôme Lobo, Jésuite, qu'il a ornée de 15 Dissertations savantes; les huit dernières regardent la religion des Éthiopiens; Paris, 1728, in-4.º VI. Traduction de l'Histoire de l'isle de Crylan, par Ribeyro, 1701, in-12.
IV. GRAND, (Henri Ie) dit Belleville, acteur de la troupe du Marais, mort en 1633, jouoit le rôle de Turlupin sous le masque. V. GRAND, (Marc-Antoine Ie) acteur et poète François, mort à Paris en 1728, à 56 ans, étoit né dans cette ville le jour que Molière mourut. Son père étoit chirurgien-major des Invalides. Le fils fut encore plus applaudi sur le théâtre qu'à la lec- L 1 3 534 GRA ture. Il a fait au moins une trentaine de pièces pour les comédiens François, ou pour les Italiens. Celles qui ont été conservées sur la scène, sont : *Le Roi de Cocagne*; *Plutus*; *le Triomphe du temps*; comédies en trois actes. *La Femme fille et veuve*; *la Famille ridicule*; *le Galant coureur*; *Belphégor*; *l'Amour Dialle*; *la Foire Saint-Laurent*; *la Famille extravagante*; *la Métamorphose amoureuse*; *l'Usurier Gentilhomme*; *l'Aveugle clairvoyant*; *l'Ami de tout le Monde*; *la Nouveauté*; pièces en un acte. Il fit aussi une comédie de *Cartouche*, qui fut jouée le jour que ce malheureux fut roué. *Le Grand* a de la gaieté, des saillies, mais trop de licence. Ses pièces devraient être au nombre de celles qu'on joue sur les treteaux des remparts. Son comique est très souvent aussi bas, que l'action est invraisemblable. Il excelloit sur le théâtre dans les rôles de roi, de héros, et dans celui de paysan. Sa figure étoit désagréable, et le public la trouvoit telle. *Le Grand* qui le savoit, finit une de ses harangues au parterre par ces mots : *Messieurs, il vous est plus aisé de vous accoutumer à ma figure, qu'à moi d'en changer...* Ses *Œuvres* ont paru en 1731, 1742 et 1770, 4 volumes in-12. On y trouve toutes ses pièces de théâtre, à l'exception du *Luxurieux* qui a été imprimé séparément.
VI. GRAND, (Louis le) né à Troye en 1588, mort en 1664, à 76 ans, dans cette ville où il étoit conseiller, a laissé un *Commodaire* estimé sur la Coutume de sa patrie, réimprimé, pour la troisième fois, à Paris, en 1737, in-folio.
VII. GRAND, (Louis le) Sulpicien, docteur de Sorbonne, né à Luzigni, dans le diocèse d'Autun, mort en 1780, étoit un homme studieux, uniquement occupé de ses travaux et de ses exercices, et comptant tout le reste pour rien. On a de lui : I. *Prælectiones Theologicae de Deo*, 2 vol. in-12, 1751. II. *De Incarnatione Verbi divini*, 2 vol. in-12. III. *De Ecclesia Christi*, in-80, 1779. Il publia la Censure de la Sorbonne, contre les ouvrages du P. *Berruyer* et contre *Belisaire*. Ses livres théologiques sont estimés pour la clarté et l'ordre qui y réguent.
VIII. GRAND, (Étienne-Autoine-Matthieu le) né à Versailles, long-temps interprète dans différentes villes du Levant, obtint, à son retour en France, une place de secrétaire interprète. Ce fut lui qui rédigea en arabe le *Traité de Commerce*, conclu en 1768, avec le royaume de Maroc. On a de lui la Traduction d'une *Controverse des Religieux Maronites avec un Musulman, sur la Religion Chrétienne et le Mahométisme*, 1766, in-12. Il mourut à Paris, en juillet 1784, à 60 ans; il légua à la bibliothèque du roi cinq manuscrits orientaux, rares et curieux.
IX. GRAND, (N. le) mort en 1802, passa sa vie à étudier tous les détails de la marine, et à aider de ses lumières les ministres dans cette partie, sans vouloir jamais occuper aucun emploi. M. de Sartine honora ses connaissances par l'estime la mieux méritée; *le Grand* a écrit plusieurs Mémoires utiles; mais un seul a été publié, sous ce titre : *Le rétablissement de la Marine Française, par la pratique du* Catholicisme. Une anecdote paroit avoir fourni à l'auteur le sujet de cet écrit. « Un enseigne de vaisseau, le chevalier de Vesle, dinant un jour chez le grand Colbert, pendant le carême, se plaignoit de ce que le Catholicisme imposoit tant de jours d'abstinence en viande. Le ministre se tournant vers ce jeune homme, lui dit : Monsieur de Vesle, votre observation paroîtroit au moins déplacée dans la bouche d'un officier de terre ; mais elle est inexcusable dans celle d'un marin. Ne savez-vous donc pas que la loi de l'Église, ici, sert merveilleusement l'état, et que sans les abstinences de précepte religieux, vous verriez tomber les pêcheries, qui sont les séminaires naturels de vos matelots. » Le but du Mémoire de le Grand, est de prouver ces propositions : Sans matelots, point de marine ; sans pêcherie, point de matelots ; sans consommateurs de poisson, point de pêcheries ; sans abstinence catholique, point de consommation : donc, sans catholicisme, ou l'abstinence qu'il impose, point de marine.
GRANDET, (Joseph) pieux et savant curé de Sainte-Croix d'Angers, procura à sa paroisse tous les biens spirituels. Il mourut en 1724, à 78 ans. Il est auteur : I. De la Vie de Mademoiselle de Melun, Princesse d'Épinoy, institutrice des Hospitalières de Baugé et de Beaufort en Anjou; II. de celle du Comte de Moret, fils naturel de Henri IV; et de quelques autres Livres édifiants, chacun en un vol. in-12. Grandet a encore laissé une Histoire Écclésiastique d'Angers, qu'on conservoit, en ma- G R A 535 nuscrit, dans le séminaire de cette ville.
GRAND-JEAN DE FOUCHY, (Philippe) né à Mâcon en 1766, mort à Paris 1714, perfectionna les caractères d'impression, et travailla pour l'imprimerie royale.
GRANDIER, (Urbain) curé et chanoine de Saint-Pierre de Loudun, étoit fils d'un notaire de Sablé. Il réunissoit aux agremens de la figure les talens de l'esprit, et sur-tout celui de la chaire. Ses succès excitèrent l'envie de quelques religieux de Loudun ; cette envie se changea en haine, lorsqu'il eut prêché sur l'obligation de se confesser à son Curé au temps pascal. Grandier, applaudi d'abord par la plupart des hommes, recherché par les femmes auxquelles il ne plaisoit que trop, brava ses ennemis et les traita avec hauteur. Leur vengeance couva quelque temps, pour éclater avec plus de force. Il avoit été directeur des Ursulines de Loudun, et, s'il faut en croire le Mercure François, il n'avoit brigué cet emploi, que pour faire de cet asile de la pudeur le centre de ses plaisirs. On dénonça ses galantecies à l'official de Poitiers, qui le priva, en 1629, de ses bénéfices, et le condamna à expier ses fautes dans un séminaire. Grandier, en ayant appelé comme d'abus, fut déclaré innocent au présidial de Poitiers. Ses ennemis, toujours acharnés à le perdre, lui suscitèrent trois ans après, une affaire qui lui fut plus funeste. Le bruit se répandit parmi le peuple, que les Ursulines de Loudun étoient possédies. Cette prétendue possession éclata vers la fin de 1632. « Quelques reli- L 1 4 136 GRA giennes, dit le P. d'Avrigny, en- rent d'abord des visions la nuit; elles en eurent bientôt le jour. Ce n'étoit dans leur maison que spectres et fantômes. Grandier se présentoit à elles, sous les plus horribles figures, et elles tomboient dans d'étranges con- vulsions. Le curé de Loudun se plaignit qu'on vouloit le perdre, et prit des mesures pour se dé- fendre. » En effet, ses ennemis ne manquèrent pas de publier, que c'étoit lui qui avoit causé la possession par ses maléfices. La magie étoit alors le crime de ceux auxquels on n'en pouvoit imputer aucun autre. Pour per- dre plus sûrement Grandier, on le noircit auprès du cardinal de Richelieu, Laubardemont, con- seiller d'état, s'étant trouvé à Loudun, Mignon, directeur des Ursulines, l'entretint fort au long des troubles que Grandier, de concert avec le Démon, ex- citoit dans le couvent. Il fut se- condé dans ses accusations par les principaux habitans de Lou- dun. Pour mieux prouver la mé- chanceté de Grandier, ils l'ac- cusèrent d'être l'auteur de la mi- sérable et plate Satire publiée depuis peu contre le cardinal, sous le titre de la Cordonnière de Loudun. Celui-ci, plus son- sible aux libelles que n'auroit dû l'être un grand homme, sai- sit avidement cette occasion de se défaire de Grandier. Laubar- demont sa créature, et douze juges des sièges voisins de Lou- dun, tous gens de bien, mais d'une crédulité extrême, furent chargés de lui faire son procès. Grandier fut arrêté le 7 décembre 1633, et conduit à Angers. On lui fit souffrir une question si cruelle, qu'elle lui fracassa les jambes au point que la moëlle sortoit des os. Après avoir en- tendu Astaroth, de l'ordre des Séraphins, chef des Diables qui possédoient les Ursulines; Easas, Celsus, Acaos, Cedon, Asmo- dée, de l'ordre des Trônes; Alex, Zabulon, Nephthalim, Cham, Uriel, Achus, de l'ordre des Principautés; on le condamna à être brûlé vif, comme coupable du crime de magic et de posses- sion. Il est bien extraordinaire, sans doute, qu'on ait reçu en justice la déposition des Diables, et que leur témoignage ait servi de preuve dans un procès cri- minel, où les juges opinèrent pour la peine du feu; mais ce fait, quoiqu'étrange, n'en est pas moins vrai. » Grandier, dit d'A- vigny, fut condamné sur le té- moignage constant et uniforme du père du mensonge. On le con- duisit au lieu du supplice, et il aima mieux mourir sans confes- sion, que de se confesser à un des religieux de Saint-François qu'on avoit nommé pour l'assis- ter, prétendant qu'ils étoient ses parties. On assure qu'on lui re- fusa le gardien des Cordeliers de Loudun, en qui il avoit con- fiance: dureté, ou plutôt bar- barie sans exemple en France, si le fait est certain. » Grandier fut brûlé vif le 18 avril 1634. On prétend qu'il endura ce cruel supplice avec autant de constance que de résignation. Comme il étoit sur le bûcher, on apperçut une grosse mouche qui voloit en bourdonnant sur sa tête. Un moine, présent à cette cruelle exécution, et qui avoit ouï dire que Beelzebut en hébreu signifie Dieu des Mouches, s'écria aussi- tôt: « Que c'étoit le diable Beel- zebut qui voloit autour de Gran- dier, pour emporter son ame aux enfers. » Si l'on demande comment une vingtaine de reli- gieuses ont pu se croire ou se dire possédées, la réponse est facile. L'esprit, les graces, la fi- gure de *Grandier* avoient fait une forte impression sur ces bonnes filles; honteuses de leurs foi- blesses, elles s'imaginèrent que ces foiblesses étoient surnatu- relles. Cette pensée, dit un homme d'esprit qui nous four- nit ces réflexions, épargnòit à l'amour propre l'aveu humiliant de leur fragilité. On se crut donc ensorcelé, et on le dit tout haut. Mais cette idée, qui est plau- sible, pourroit bien n'être pas vraie. Il est certain que la mort de *Grandier* ne rétablit pas le calme dans le couvent de Lou- dun. « Il fallut, dit le P. d'Avri- gny, continuer long-temps les exorcismes: car, quoique As- modée, Aman et Gresis, se fus- sent retirés au premier ordre qu'on leur en avoit donné, il en restoit assez d'autres qui dispu- tèrent le terrain tant qu'ils pu- rent. Le Père Surin, Jésuite, homme consommé dans les voies de Dieu, avoit été mis aux prises avec les Diables, après la mort de *Grandier*. On voit par la re- lation qu'il en fit, combien ils lui donnèrent de peine. Jamais en- nemi ne s'est mieux défendu dans ses retranchemens. La prieure logooit *Leviatan*, qui avoit choisi pour demeure la tête de cette fille. Il s'y défendit jusqu'au cinq novembre 1635. Ce n'est pas, comme il le dit lui-même, qu'il ne se fût repenti plus d'une fois d'être venu faire la religieuse à Loudun, où il avoit eu beaucoup à souffrir; mais il n'avoit pas été le maître de s'en allier comme il étoit venu. *Balaam* prit congé de la compagnie le 29 du même mois; *Isaacaram*, le jour des Rois 1636. *Behemot* fut celui qui se maintint le plus long-temps dans son poste. Il tint bon jus- qu'au 15 d'octobre 1637; mais il quitta la place après un vœu que fit la prieure, d'aller en pé- lérinage au tombeau de St. Fran- çois de Sales. Voilà en abrégé l'histoire de la possession de Lou- dun, que bien des gens ont re- gardée comme une pure mome- rie, et une affaire préparée de loin par *Mignon* et *Barré* son adjoint, pour perdre *Grandier*, faire parler d'eux, et attirer des aumônes au couvent, qui étoit très-pauvre. Ils avancent que les Diables se contredisoient sou- vent, qu'ils manquoient de pa- role, qu'ils saveient si peu le latin, qu'ils répondoient tout de travers aux interrogations qu'on leur faisoit, faute de les enten- dre; qu'ils faisoient même un grand nombre de solécismes, tant ils avoient mal retenu leur le- çon! On ajoute que quelques filles séculières, qui avoient fait les possédées, avouèrent la fri- ponnerie, quand elles virent qu'on ne parloit plus de leur donner des maris, ainsi qu'on le leur avoit fait espérer... Le P. d'A- vriigny ajoute cependant que les possessions ne sont point quelque chose d'impossible, puisqu'on en a des exemples dans l'Évangile et dans les premiers temps de l'Église. Mais il croit devoir sus- pendre son jugement, « d'autant plus qu'il se passa bien des choses dans cette affaire, qu'on a assez de peine à expliquer. » Il est fa- cile pourtant de juger par le ton plaisant qu'il prend en parlant des Diables de Loudun, qu'il aloutoit peu de foi à la réalité de cette possession. Ceux qui se- ront curieux d'en savoir davan- tage sur cette aventure où le 538 GRA comique se mêla au tragique, peuvent consulter deux ouvrages intéressants, en observant que le premier est plein d'idées fausses et de préjugés : I. *L'Histoire des Diables de Loudun*, in-12, à Amsterdam, 1693, réimprimée plusieurs fois, et composée par *Aubin*, Calviniste de Loudun, réfugié en Hollande. II. *Eumen et discussion critique de l'Histoire des Diables de Loudun*, de la possession des Religieuses Ursulines, et de la condamnation d'Urbain Grandier; par M. de la Menardeye, prêtre, 1719, in-12. On peut y ajouter l'ouvrage de Marc-Duncan, et l'art. GRANDIER du Dictionnaire critique de *Bayle*. Les gens sensés jugeront d'après cet article, que le curé *Grandier* devoit être enfermé à Bicêtre, mais non pas être trainé au supplice. « Il y avoit quelques années, dit le P. d'Avrigny, qu'il entretenoit une fille; et ce fut pour calmer ses scrupules qu'il composa un *Traité* contre le célibat des prêtres, trouvé parmi ses papiers, lorsqu'il fut arrêté, et qu'il avoua être de lui. »
GRANDIN, (Martin) docteur et professeur de Sorbonne, né à Saint-Quentin, en 1604, mort à Paris le 16 novembre 1691, à 87 ans. Nous avons de lui un *Cours de Théologie*, en 6 vol. in-4°, publié après sa mort, par l'abbé d'Argentré, en 1710 et 1712, et bien reçu du public. Il est intitulé : *Opéra Theologica*. L'abbé *Grandin* joignoit à une grande piété, beaucoup d'esprit et de savoir. Il parloit aisément, purement, et écrivait de même.
GRANDMONT, *Voyez* ERIENNE. I. GRANDVAL, (Nicolas-Racot) musicien organiste, mort à Paris sa patrie en 1753, à 77 ans, est auteur : I. Du *Poème de Cartouche*, in-8°, figures, qui réussit beaucoup dans le temps. Il parodia, pour ce sujet ignoble, les plus beaux vers de la *Heurlande*. II. De quelques *Comédies*, comme le *Camp de Porché-Fontaine*, *Agathe*. Il a fait la musique d'une foule de pièces ou vaudevilles qui y étoient joints. La petite pièce du *Quartier d'Hiver*, qu'on lui a attribuée, est de *Villaret* et *Eret*; celle du *Mariage par lettre de change*, qu'on lui a aussi donnée, est de *Poisson*.
II. GRANDVAL, (Charles) comédien François, fils du précédent, mort à Paris le 24 septembre 1784, à 74 ans, représente pendant 35 ans les petits-maîtres, mieux que *Baron* et *Dufresne*. Il remplissoit dans la tragédie certains rôles où il approchoit de ces grands acteurs. Il avoit débuté en 1719, et lorsqu'il se fut retiré du théâtre, il continua de jouir, auprès de quelques anciens amis, de l'attachement que la gaieté de son caractère, et son ame bonne et indulgente leur avoient inspiré pour lui. La conformité des talens, et le même goût pour la retraite, le lièrent avec Mad. *Dumesnil...* *Grandvel* joignoit au talent de la comédie celui de la poésie. On a de lui quelques *Opéra* comiques, pétillans d'esprit et de bonne plaisanterie, mais dont les situations et les expressions font souvent rougir la pudeur. On a fait les quatre vers suivans pour le portrait de ce célèbre acteur : Prince, arant, petit-maître, on a vu tour-à-tour Grandval des spectateurs mériter les suffrages ; Lui seul a su donner à ces trois personnages Des leçons de grandeur, de sagesse et d'amour. I. GRANET, (François) diacre de Brignoles en Provence, vint assez jeune à Paris. Son érudition variée, et son goût pour la littérature et la critique, le firent connoître avantageusement. Il travailla aux Journaux, et donna des éditions de divers ouvrages jusqu'à sa mort, arrivée le 2 avril 1741, à 49 ans. Il avoit des amis dans la littérature, à la cour et à la ville; il en avoit même d'illustres. Quoiqu'il fût fort attaché à son cabinet, il ne laissoit pas de les cultiver. Assez répandu dans le monde, il joignoit la qualité d'homme savant à celle d'homme poli et sociable. Voici le portrait, un peu flatté, qu'en a tracé l'abbé des Fontaines, son ami. « L'abbé Granet étoit un homme de probité et d'honneur, modeste, de mœurs douces, et d'un esprit égal. Philosophe dans ses sentimens et dans sa conduite, il fut exempt d'ambition: son ame élevée ne s'abaisse jamais à solliciter des bienfaits et des titres. Il avoit une droiture qui rendoit son commerce sûr. Il aimoit la vérité en toutes choses: et la même chaleur d'imagination qui l'en éloignoit quelquefois, l'y ramenoit aussitôt qu'on le mettoit sur la voie de l'apporcovoir. Malgré l'étendue et la vivacité de ses lumières, il ne se montra jamais opiniâtre dans ses sentimens. Son esprit orné et son humeur gaie rendoient sa conversation amusante et enjouée. » Ses principales productions sont : I. La Traduction de la Chronologie de Newton, 1728, in-4.º II. Un Recueil de remarques sur les Tragédies de Cornéville et Racine, 2 vol. in-12. III. Plusieurs volumes du Journal intitulé : Bibliothèque Française. IV. Plusieurs articles du Nouvelliste du Parnasse, et des Observations sur les Ecrits modernes; feuilles périodiques auxquelles l'abbé des Fontaines l'avoit associé. Les défauts et les qualités des deux critiques étoient les mêmes : du savoir, du goût, mais peu de finesse, peu d'impartialité, et trop d'humeur et de passion. L'abbé Granet, plus critique par intérêt que par caractère, ne travailloit qu'à contre-cœur à ces ouvrages hebdomadaires, qui font souvent beaucoup d'ennemis, sans faire acquérir beaucoup de gloire : mais il falloit vivre; pour vivre, il falloit médire, et il médisoit. Il se consoloit, dans l'espérance qu'on le mettoit dans un état, où il pourroit suivre avec plus de liberté son goût entièrement déterminé pour les recherches et pour l'érudition. V. Recueil de Pièces de littérature. Voyez ATTERBURY. VI. L'édition des Œuvres de Launois, à Genève, 1731, en 10 vol. in-folio, avec la Préface, la Vie de l'auteur et un Launoïana: morceaux curieux, et dont le style montre que l'auteur étoit bon humaniste... Voy. BRUN.
II. GRANET, (Jean-Joseph) — censeur royal, et ancien avocat au conseil, étoit d'Aix, et mourut à Paris en 1759, à 74 ans. Il a fait l'Histoire de l'Hôtel-Royal des Invalides, Paris 1736, in-fol. avec fig.; redonnée par l'abbé Pérou en 1756. Il avoit de la littérature, et ses lumières en ce genre n'avoient point nul aux études propres à son état. I. GRANGE, (Jean de la) d'une ancienne famille du Beaujolois, se fit Bénédictin, et se rendit habile dans la jurisprudence civile et canonique. Devenu abbé de Fécamp, il fut employé par le Pape Innocent VI dans des affaires importantes. Charles le Sage, instruit de sa capacité, le fit ministre d'état et surintendant de ses finances, lui donna l'évêché d'Amiens, et lui procura la pourpre Romaine en 1375. On remarque de lui une chose assez singulière, c'est qu'étant président à la cour des Aides, puis conseiller au parlement, il jugea plusieurs procès, même étant cardinal. Après la mort de Charles V, arrivée en 1380, il craignit le ressentiment de Charles VI, auquel il avoit parlé durement, du vivant de son père, et il quitta la cour. Lorsque Charles VI eut appris son départ, il dit à un de ses favoris: Dieu merci, nous voilà délivré de la tyrannie de ce Capellan. Il se retira à Avignon, où il mourut dans un âge avancé, en 1402, peu regretté. Urbain VI, dans un moment d'humeur, lui reprocha son avarice et sa perfidie. Ce fut à l'occasion de la guerre entre les Anglois et les François, que le Pape l'accusa de prolonger sa commission de légit dans la vue de s'enrichir. Un jour le pontife s'échappa jusqu'à dire, qu'il n'y avoit point de mal au monde que le cardinal d'Amiens n'eût fait. C'étoit sans doute une exagération. Mais on ne peut nier que ce prélat ne fût axide et ambitieux. Dans le conclave où Clément VI fut élu, il se servit d'artifices peu honorables pour se procurer la taxe.
II. GRANGE, Voyez MONTIGNY et RIVET.
III. GRANGE, (Joseph de Chancel de la) né en 1676, d'une famille ancienne, à Antoniat près de Périgueux, lisoit dès ses plus tendres années les poètes et les romanciers. Son père, vieux guerrier, crut corriger sa manie, en jetant au feu sa petite bibliothèque, et ne fit que l'augmenter. Le jeune la Grange passa de Périgueux à Bordeaux, où il continua ses études chez les Jésuites. Ce fut en cette ville qu'il fit une petite comédie en trois actes, qui fut représentée plusieurs jours de suite par les écoliers. Cette singularité d'un enfant de neuf ans lui fit un nom. Mad. de la Grange, devenue veuve, et espérant bien des talens de son fils, le mena à Paris, et le fit placer dans les pages de Mad. la princesse de Conti. Il avoit apporté de Bordeaux sa tragédie de Jugurtha. Il la lut à la princesse, qui la communiqua à Racine. Ce grand maître donna des conseils et des encouragements au jeune élève de Melpomène. Jugurtha fut enfin représenté; et cette tragédie, sans être bonne, fit honneur à la jeunesse du poète, qui n'avoit que 16 ans. De nouvelles pièces lui procurèrent de nouveaux lauriers. Mais ce qui le fit le plus connoître, fut un libelle affreux contre Philippe duc d'Orléans, intitulé: Philippines. La Grange passa pour l'auteur de ces Odes, où, à travers plusieurs morceaux prosaïques et beaucoup de vers lâches, on trouve des stances admirables. Il fut obligé de se sauver à Avignon. Il y avoit dans cette ville un officier François, qui s'y étoit réfugié pour un meurtre. On lui promit sa grace, s'il en pouvoit faire sortir l'auteur des Philippines. Il l'attira, nous prétexte d'une partie de plaisir, hors des limites du Comtat, et le livra lâchement à des gens apostés pour le prendre. *La Grange*, conduit aux isles de Sainte-Marguerite, y fut enfermé très-étroitement. Ses talens et sa gaieté le rendirent agréable au gouverneur, qui lui donna quelque liberté dans le château. Le poète fit une épigramme contre ce généreux gouverneur, qui le renvoya dans son cachot. Extrêmement resserré dans cette prison, il trouva le moyen de faire parvenir une Ode au duc d'Orléans, contre lequel il avoit écrit ses *Philippiques*. Il y avouoit son crime, et peignoit son repentir. Ce prince eut la bonté de lui accorder la permission de se promener quelquefois; il en profita pour recouvrer entièrement sa liberté. Il gagna les soldats qui l'escortoient dans ses heures de promenade; ils lui procurèrent une barque, qui le conduisit au port de Ville-Franche. *La Grange* se flattant d'obtenir de l'emploi en Espagne, se rendit à Madrid. L'ambassadeur de France lui ayant enlevé par ses plaintes la protection du roi d'Espagne, *la Grange* passa en Hollande. Dès qu'il fut arrivé à Amsterdam, les États généraux, dont il réclama l'appui, le firent recevoir bourgeois de cette ville, pour le mettre à l'abri des représentations de notre ambassadeur. Le roi de Pologne, *Auguste*, électeur de Saxe, lui fit donner une montre d'or d'un grand prix, en l'invitant de se rendre auprès de lui. Il eût sans doute accepté cette offre, sans la mort du duc d'Orléans, qui apporta un changement heureux dans sa situation. Il obtint son rappel en France, où il vécut toujours depuis. Il mourut au château d'Antoniat, le 27 décembre 1758, à 82 ans. Sa figure n'annonçoit point ce qu'il étoit; mais dès qu'il parloit, on voyoit l'homme d'esprit. Il racontoit avec feu, et mettoit presque toujours du fiel dans ses discours. Ses concitoyens et ses parens étoient l'objet de ses épigrammes et de ses chansons, et il ne les épargnoit pas plus que ses ennemis. A ce défaut, il joignoit la vanité d'un Gascon et l'orgueil d'un Poète; mais cet orgueil étoit plat et maussade: il faisoit sans façon l'éloge de ses talens, et disoit de lui-même ce que les autres en auroient pu dire, ou peut-être ce qu'ils n'auroient jamais dit. *La Grange* travailloit depuis long-temps à une *Histoire* du Périgord. Son grand âge ne lui ayant pas permis de continuer ce travail, il donna ses manuscrits aux Chanoines réguliers de Chancellade. On a publié les *Œuvres de Lagrange-Chancel*, corrigées par lui-même, à Paris, en 1759, en 5 vol. in-12. On y trouve les pièces dramatiques de l'auteur, plusieurs Opéra et des Poésies diverses. Les *Tragédies* sont ce qui mérite le plus l'attention du public. Les principales sont: I. *Jugurtha*, roman assez bien tissu; mais sans caractères marqués, et où le dialogue froid, est dénué de poésie et du jeu des passions. II. *Oreste et Pidade*, pièce qui fut jouée avec applaudissement en 1697. Elle offre beaucoup moins de simplicité, mais plus d'action et de chaleur que l'*Iphigénie en Tauride* de *Guymond de la Touche*. Le dénouement est ridicule dans l'une et dans l'autre pièce; et pour tout dire, les deux poètes n'ont pas su tirer parti de leur sujet. III. *Athénaïs*, autre tragédie 542 GRA pleine d'art et d'intelligence, mais qui ne respire point cette noble simplicité, et le caractère de la vraie tragédie. IV. *Amasis*, jouée avec un grand succès en 1701. Nous n'avons point de pièce mieux intriguée, et dont la marche soit plus rapide; mais elle est, pour le style, fort au-dessous de la *Mérope de Voltaire*. C'est le même sujet, sous des noms différents. La première est une production de l'art; la seconde est la belle nature elle-même. V. *Iao et Melicerte* parut pour la première fois au théâtre en 1713. Cette tragédie est une des plus intéressantes que nous ayons: il ne lui manque que de la simplicité et du coloris. VI. *Adherbal*, roi de Numidie, jouée en 1694. VII. *Mélégre*, représentée en 1699. VIII. *Alceste*, donnée en 1703. IX. *Sophonisbe*. X. *Erigone*. XI. *Cassius et Victorinus*, 1732. Les principaux *Opéra* de la *Grange* sont: I. *Médus*, représenté en 1702. II. *Cassandre*, joué en 1706. III. *Orphée*, pièce très-médiocre et mal versifiée. IV. Trois autres *Opéra*, non représentés. Ceux qui l'ont été ne le seront plus. Ces six *Opéra* occupent les 4$^{e}$ et 5$^{e}$ volumes des Œuvres de la *Grange*. Si ce poète avoit eu plus de goût, il les auroit supprimés absolument, ainsi que ses *Poésies diverses*, sans chaleur et sans graces. Il y a pourtant quelques *Cantates* qui mériteraient d'être conservées, quoique bien éloignées de celles de *Ilousseau*. Le poète lyrique dans la *Grange* étoit fort au-dessous du poète tragique. Si on le considère sous ce dernier point de vue, on ne peut lui refuser de l'invention dans ses plans, quelquefois même un art qui tient du génie, de l'entente dans les scènes, de l'intelligence, de la justesse dans le dialogue; mais il a toujours bâti sur des fonds romanesques. Nulle force dans ses caractères, nul coloris; une versification lâche, entortillée; des lieux communs en vers, un sentiment froid. Personne n'a plus approché que lui de *Th. Corneille*.
IV. GRANGE. (N... de la) d'une bonne famille de Montpellier, reçut une excellente éducation; mais l'inquiétude et la bizarrerie de son esprit ne lui permirent pas de se fixer à un état. Il dissipa ses biens, et n'eut que la foible ressource de sa plume. Il donna au théâtre italien diverses Comédies, dont quelques-unes furent applaudies, telles que les *Contre-Temps*, l'*italien marié à Paris*, la *Gageure*, le *Déguisement* et les *Femmes corsaires*. Il a donné au théâtre François, l'*Accommodement imprévu*, et le *Rajeunissement inutile*, 1738. Il mit aussi en vers l'*Ecosoise de Voltaire*. Nous devons encore à cet auteur plusieurs *Traductions*: I. Celle du roman d'*Adrienne*, en 2 vol. in-12, qui eut quelque succès. II. Celle d'un mauvais roman *Anglois*, intitulé: *Le Coche*, 1767, 2 vol. in-12. III. Enfin il mit en vers de huit syllabes, le *Phaeton renversé*, poème allemand, où il y a des graces et de la gaieté. La *Grange* travaillait facilement; mais les malheurs qui troublèrent sa vie, l'obligèrent trop souvent d'écrire à la hâte. Il mourut à l'hôpital de la Charité, à Paris en 1767. V. GRANGE. (N... de la) né à Paris en 1738, parvint à faire ses études, malgré les obstacles de la pauvreté de ses pa- rens, et les fit avec distinction au collège de Beauvais. Un peu de pain qu'il emportoit le matin, étoit sa seule nourriture jusqu'au soir. Comme il étoit éloigné de la maison paternelle, il passoit les intervalles des classes dans une allée ou dans le vestibule d'une église. Un professeur l'ayant ap- perçu deux ou trois fois, lui fit avouer avec peine l'indigence de sa mère, et lui procura une bourse. Etant devenu gouverneur du fils de M. le baron d'Holbach, il alloit recueillir les fruits de cette éducation, lorsque la mort l'enleva en 1775, à 37 ans. Il est connu : I. Par une édition des Antiquités de la Grèce, de Lambert Bos, Paris, 1769, in-12. II. Par une Traduction de Lu- crèce, Paris, avec le latin et de savantes notes, 1768, en 2 vol. in-8°, ou 2 vol. in-12, et des remarques savantes et d'une critique saine, dont plusieurs lui avoient été fournies par son ami le baron d'Holbach. III. Par une autre de Sénèque, qui n'a paru qu'après sa mort, en 6 vol. in-12: elle est, à quelques endroits près, fidelle, claire, élégante, et supérieure à la précédente; mais elle manque quelquefois de précision. Diderot, ami de l'au- teur, a orné cette version d'un septième volume, qui est un ta- bleau éloquent de la vie de Se- nèque, et des règnes de Chouda et de Néron. Un goût perfec- tionné par la lecture des auteurs anciens et modernes, une cri- tique judicieuse, un caractère doux et honnête, distinguoient la Grange.
GRANGER, (N.) célèbre voyageur, natif de Dijon, mort en revenant d'un voyage de l'erse, à deux journées de Bassora, vers l'an 1733, a laissé, dit-on, des Relations exactes et curieuses de ses courses dans différentes par- ties du Levant; mais on n'a encore mis au jour que son Voyage d'E- gypte, qui est instructif et in- téressant. On y voit ce qu'il y a de plus remarquable princi- palement sur l'Histoire naturelle. Cette relation, publiée en 1745, à Paris, chez Vincent, est pré- cédée d'une préface historique, dans laquelle on lit plusieurs par- ticularités sur l'auteur.
GRANGES, (Des) Voyez MASSON des Granges.
GRANIER, Voyez MAULÉON.
GRANIER, (Pierre) sculp- teur du diocèse de Montpellier, mort en 1716, à 80 ans, orna les jardins de Versailles de ses ouvrages.
GRANJON, (Robert) cé- lèbre graveur et fondeur de ca- ractères d'imprimerie, florissoit vers le milieu du 16e siècle. Il quitta Paris pour se fixer à Lyon, où il grava des caractères propres à l'impression de la musique, en 1572.
GRANMONT, si célèbre dans l'histoire des Flibustiers, étoit gentilhomme, et né à Paris dans le XVIIIe siècle. Il perdit son père dès sa plus tendre en- fance: sa mère se renversait un olivier étant devenu au onreux de sa sœur, Granmont, choqué de ses assiduités, mit l'épée à la main contre lui, quoique encore enfant, et lui fit trois blessures. Cet amant infortuné en mourut, peu de temps après avoir obtenu la grace de son meurtrier. Gran- mont entra ensuite au service, et fit plusieurs campagnes sur mer, où il acquit une grande réputation. Enfin ayant eu le commandement d'une frégate armée en course, avec un cinquième de profit, il prit auprès de la Martinique une flûte Hollandoise qui valoit quatre cent mille livres, la mena à Saint-Domingue, où il perdit au jeu, et où il consomma en débauches, non-seulement sa part, mais encore celle de ses associés. N'osant retourner en France, il se fit Flibustier. Sa bonne grace, ses manières honnêtes, beaucoup de désintéressement, joints à toutes les qualités d'un grand capitaine, le distinguèrent bientôt des autres chefs de ce corps, qui étoit alors dans sa plus grande réputation. Mais, avec des qualités qui l'auroient pu élever aux premiers honneurs de la guerre, il avoit tous les vices d'un corsaire. Il porta la débauche des femmes et du vin aux plus grands excès, et l'irréligion jusqu'où elle peut aller. Une de ses plus considérables expéditions, fut la prise de Campêche en 1685. Cette ville étoit aux Espagnols, et *Granmont* ne leur fit aucun quartier. Deux de ses gens ayant été pris dans cette occasion par un détachement que commandoit le gouverneur de Mérida, *Granmont* les envoya redemander au gouverneur, promettant de lui renvoyer tous les prisonniers qu'il avoit faits jusque-là, sans en excepter le gouverneur de Campêche et les autres officiers. Sa demande lui ayant été refusée, il réduisit toute la ville en cendres, fit sauter la forteresse, et brûla, le jour de *St. Louis*, dans un feu de joie, pour deux cent mille écus de bois de Campêche. On croit que ce guerrier mourut l'année suivante 1686. Il fut fait cette année-là lientenant de roi, et l'on concourt le dessein de lui donner le commandement de la côte du Sud. Pour se rendre encore plus digne de cet honneur, il voulut faire une dernière course en qualité de Flibustier. Après avoir armé un navire, où il mit environ cent quatre-vingts hommes, il partit dans le mois d'octobre 1686, et l'on n'a jamais pu savoir ce que ni lui ni son équipage étoient devenus.
GRANVELLE, *Voyez PERRESOT.*
GRAPHÆUS ou SCHRIVER, (Corneille) imprimeur et bon littérateur, né à Alost, fut secrétaire de la ville d'Anvers. Il donna beaucoup de petits *Poèmes* au public, à l'occasion des évênemens mémorables arrivés de son temps, et des *Eglogues sacrées*. Il mourut en 1558, à l'âge de 77 ans. Jean *Servilius* a donné des notes sur les *Eglogues sacrées* de *Graphæus*, Anvers, 1536, in-12. I. GRAS, (Louise de Marillac veuve de M. le) fonda avec *St. Vincent-de-Paule* les *Sœurs de la Charité*, connues sous le nom de *Sœurs Grises*. Elle naquit à Paris le 12 août 1591, et elle étoit fille unique de *Marguerite Camus* et de *Louis de Marillac*, seigneur de Ferrière, qui étoit frère de *Michel de Marillac*, garde des sceaux. Elle épousa en 1613, *Antoine le Gras*, de Montferrand en Auvergne, secrétaire des commandemens de la reine *Marie de Médicis*. Son mari étant mort en 1625, elle se consacra entièrement à la piété. Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, qui avoit été son directeur, la confia à *St. Vincent-de-Paule*, qui s'en servit utilement pour ses divers établissements. Il l'envoya en 1629 dans les villages, visiter les confréries de Charité, qu'il y avoit établies pour le secours des pauvres malades; et comme on ajouta à ces confréries, qui s'établirent dans plusieurs paroisses de Paris, des servantes pour soulager les étames qui se dévouoient à ces charitables exercices, il jugea à propos d'en former une espèce de communauté sous le nom de *Sœurs Grises*. Ces filles, destinées à avoir soin des pauvres malades, se multiplièrent beaucoup en peu de temps. Elles avoient plus de trois cents établissements, tant en France, qu'en Pologne et dans les Pays-Bas. « Peut-être n'est-il rien de plus grand sur la terre, dit *Voltaire*, que le sacrifice que fait un sexe délicat, de la beauté et de la jeunesse, souvent de la haute naissance, pour soulager dans les hôpitaux ce ramas de toutes les misères humaines, dont la vue est si humiliante pour notre orgueil, et si révoltante pour notre délicatesse. » On ne peut que louer cette réflexion; mais l'auteur se trompe, en ajoutant que cette *Congrégation si utile est la moins nombreuse*. Le détail dans lequel nous sommes entrés, prouve le contraire. Les enfants trouvés se sentirent aussi des effets de la charité de Mad. le *Gras*. Elle loua une maison dans le faubourg Saint-Victor, pour servir de retraite à ces infortunés. Ses soins s'étendirent jusque sur les foux et sur les galériens: Cette généreuse bien-faitrice de l'humanité mourut saintement le 15 mars 1662, à 71 ans. On peut consulter sa *Vie* écrite par *Gobillon*, in-12.
II. GRAS, (Antoine le) Parisien, entra dans la congrégation de l'Oratoire, où il se fit remarquer par ses talens et ses mœurs. Etant rentré dans le monde, il cultiva les lettres, et s'attacha sur-tout à l'étude de l'Écriture et des Pères. Nous avons de lui: I. Les *Vies des grands Capitaines*, traduites en françois du latin de *Cornelius Nepos*, 1729, in-12. II. Ouvrages des *S.S. Pères qui ont vécu du temps des Apôtres*, traduits, avec des notes, 1717, in-12, et réimprimés en 1729, sous le même format. Ces deux versions sont exactes et fidelles; mais la première est froide et diffuse. L'auteur mourut en 1761, âgé d'environ 70 ans. — Il ne faut pas le confondre avec *Jacques le Gras*, avocat à Rouen sa patrie, mort vers 1600, dont on a en vers françois la *Traduction* de l'ouvrage d'*Hesiodé* qui a pour titre: *Les Œuvres et les Jours*. I. GRASSIS, (Paris de) maître des cérémonies sous le pape *Léon X*, ensuite évêque de Pezaro, a laissé un *Cérémonial* qui est estimé. Il fit une Epitaphe, qu'il supposa que *Publius Crassus* avoit composée pour sa mule. Les antiquaires, trompés, lui prodiguèrent des éloges, parce qu'ils la croyoient ancienne; ils l'auroient mise au-dessous du médiocre, s'ils l'avoient sue moderne.
II. GRASSIS, (Paduanus de) Franciscain, natif de Barlette, florissoit au 16$^{e}$ siècle. Il prêcha et il écrivit avec un succès égal. On a de lui: *De Republica Ecclesiastica*, et *Enchiridion Ecclesiasticum*, à Venise, 1583, in-4$^{o}$, et d'autres ouvrages bons pour leur temps. M m 746 GRA
GRASWINCKEL, (Théodore) natif de Delft, avocat fiscal des domaines de Hollande, greffier et secrétaire de la chambre mi-partie de la part des Etats-généraux à la Haye, mourut à Malines le 12 octobre 1666, à 66 ans. Il étoit versé dans les matières de droit, dans les belles-lettres et dans la poésie latine. Ses principaux ouvrages sont : I. Un livre *De jure Majestatis*, 1642, in-4.º II. *De fide Hareticis et Rebellibus servanda*, 1660. III. *Libertas Veneta*, seu *Venetorum in se ac suos imperandijus*, 1634, in-4.º, qui lui procura le titre de chevalier de Saint-Marc. IV. *Psalmorum Davidis Paraphrasis*, en vers héroïques, la Haye, 1543, in-4.º V. *Thomæ à Kempis de Imitatione Christi libri tres, carmine expressi*, Rotterdam, 1661. On n'a pas de peine à deviner la raison qui l'a empêché de mettre en vers le quatrième livre de ce précieux ouvrage. *Graswinckel* étoit parent et grand ami de *Grotius*; il accompagna cet homme célèbre lorsqu'il fut obligé de se retirer en France, pour se soustraire aux poursuites des Gomaristes, et publia plusieurs ouvrages pour la défense de ceux de son parent.
GRATAROLE, (Guillaume) médecin de Bergame, professa son art à Padoue avec beaucoup de distinction. Mais s'étant laissé séduire par les nouveaux hérétiques, il se retira à Basle, où il mourut le 16 avril 1568, à 52 ans, dans un état qui approchoit de l'indigence. Il étoit riche à Padoue; il sacrifia sa fortune au Calvinisme. C'étoit un homme d'une probité rigide. Les ouvrages qui ont fait le plus d'honneur à son savoir, sont : I. Un *Traité de la manière de conserver et d'augmenter la mémoire*, en latin, à Francfort, in-12; traduit en françois par *Etienne Cope*, Lyon, 1586, in-16. II. Un autre *Traité de la conservation de la santé des Magistrats, des Voyageurs, des Hommes d'étude*, en latin, à Francfort, 1591, in-12. III. *De prædictione morum naturarumque Hominum, facili ex inspectione partium corporis*, in-8.º IV. *De vini natura*, Cologne, 1671, in-8.º V. Il fut l'éditeur d'un recueil de divers ouvrages de *Pomponace*, Basle, 1565, in-8.º Il avoit été disciple de cet homme célèbre, et il adopta quelques-unes de ses idées. VI. *Prognostica naturalia de temporum mutatione*, Basle, 1552, in-8.º *Gratarole* voulut aussi se mêler de controverse. Il écrivit un mauvais livre sur les marques de l'Ante-Christ. Bon médecin, pitoyable controversiste, il remplit cet ouvrage du plus absurde fanatisme. Tout ce qu'il a composé est en latin. — *Bonjean GRATAROLE*, son parent, vivoit à peu près dans le même temps, et s'acquit quelque renom par une *Topographie*, en italien, de la rivière de Salo, dans le Bressan, sa patrie; et par quelques bonnes tragédies, *Acté*, *Polixène*, *Astianax*. Le marquis *Maffei* a jugé cette dernière digne d'entrer dans son recueil.
GRATIAN, *Voyez* GRACIAN. I. GRATIANI ou GRAZIANI, (Antoine-Marie) naquit en 1536, dans la petite ville *del Borgo san Sepulcro*, en Toscane. Le cardinal *Commendon*, qui voulut bien être son maître, et qui trouva dans son disciple les dispositions les plus heureuses, le fit son so- crétaire. Gratiani le suivit en Allemagne, en Pologne et ailleurs. Ce cardinal le traita plutôt en ami qu'en homme de sa suite, lui confiant toutes ses affaires, prenant conseil de lui, et cherchant les occasions de l'employer pour faire valoir son mérite : il le récompensa de ses services par une riche abbaye. Après la mort de son bienfaiteur, Gratiani fut secrétaire de Sixte V, nonce à Venise et évêque d'Amélia. Il mourut dans cette ville en 1611, à 75 ans, avec la réputation d'un très-bel esprit et d'un saint évêque. Les ouvrages qui l'ont fait le plus connoître, sont : I. De vita Joannis Francisci COMMENDONI, Cardinalis, Libri quatuor; publiés par Fletcher, sous le nom supposé de Roger Akakia, in-4°, en 1669; et traduits en françois par le même, à Paris, 1671, in-4°. II. De bello Cyprio, publié à Rome en 1624, in-4°. Cet ouvrage, écrit avec autant d'élégance et de pureté que le précédent, a été traduit en françois, avec moins de succès, par le Pelletier d'Angers, à Paris, 1685, in-4°. III. De casibus adversis illustrium Virorum sui avi, imprimé par les soins de Fletcher en 1680, à Paris, in-4°. IV. De Scriptis iavit minerva, libri viginti, publiés par le Jésuite Lagomarsini; Florence, 1745 et 1746, 2 vol. in-4°. L'éditeur a orné de notes cet ouvrage, l'un des plus curieux de Gratiani. Au reste, ce livre n'est point un traité des livres faits en dépit du bon sens, comme on pourroit le croire sur le titre. C'est la Vie de l'auteur, qui prétendoit l'avoir écrite malgré lui. Mais il auroit pu lui donner un titre plus convenable. On y trouve beaucoup de choses relatives à l'histoire de son temps.
II. GRATIANI, (Jérôme) secrétaire et conseiller d'état du duc de Modène, étoit un auteur Italien du dernier siècle. On lui doit plusieurs ouvrages en prose et en vers. Le principal, dans ce dernier genre, est un Poème épique, sous ce titre : Il conquisto di Granada. On ne le mettra jamais à côté de celui du Tusse, quoique la versification en soit assez douce. On fait quelque cas d'une Tragédie de cet auteur, intitulée : Il Cromvele. Elle fut dédiée à Louis XIV, et imprimée à Paris. On trouve, dans le recueil de ses Varie Prose, quelques morceaux agréables.
III. GRATIANI, (Jean) professeur en philosophe à Padoue, a donné une Histoire de Venise, en latin, 3 vol. in-4°; Padoue, 1725. Elle commence à l'an 1615, et finit à l'an 1724. Elle est très-prohèse, et ne renferme pas seulement ce qui s'est passé de mémorable dans l'état de Venise, mais un grand nombre d'événements qui n'ont jamais eu le moindre rapport avec cette république. On auroit pu l'intituler : Histoire de l'Europe. I. GRATIEN, père de l'empereur Valentinien I, étoit de Cibale en Pannonie (aujourd'hui Hongrie). Il fut surnommé le Cordier, parce qu'un jour comme il portoit, dans sa première jeunesse, une corde pour la vendre, cinq soldats qui voulurent la lui arracher, ne purent jamais en venir à bout. Cette force extraordinaire le fit connoître. Il enra dans l'état militaire, parvint, par degrés, à la dignité de tribun, et obtint le commandement de l'armée d'Afrique. Des envieux l'accusant de concussion, il quitta ce poste, et se retira dans la Grande-Bre- M m 2 548 G R A tagne, où il commanda, quelque temps après, les troupes qui s'y trouvoient. Enfin, après avoir obtenu la permission de se démettre de ses emplois, il finit ses jours dans une retraite honorable.
II. GRATIEN, empereur Romain, naquit à Sirmick le 18 avril 359. Son père *Valentinien* lui donna le titre d'Auguste dès l'âge de huit ans, en 367. *Gratien* lui succéda le 17 novembre 375, à l'âge de seize ans et demi. A une figure imposante, il joignoit un maintien modeste, un caractère modéré, et un cœur humain et sensible. Brave capitaine, sage empereur, philosophe sur le trône, il fit des lois équitables, protégea les lettres et sauva l'état. Pour soutenir le fardeau de l'empire, il s'associa *Théodose*, et lui donna Constantinople avec la Thrace et toutes les provinces de l'Orient. Son courage éclata bientôt après contre les Goths et contre les Allemands. Laguerre avec ceux-ci lui fut très-heureuse; il fit cesser le ravage qu'ils faisoient dans les Gaules, en les taillant en pièces, et en leur tuant 30,000 hommes. Son zèle pour le Christianisme égala son courage; mais ce zèle lui fut funeste. Une cruelle famine ayant désolé Rome, le peuple murmura, et l'accusa d'avoir attiré ce malheur sur l'empire par ses édits contre le Paganisme. C'est, disoit-il, l'effet de la vengeance du Ciel qui afflige un peuple, dont le Prince s'est déclaré l'ennemi des Dieux et de leurs Pontifes. Il y avoit à Rome, dans le sénat, un autel de la Victoire, démoli en 357, par ordre de l'empereur Constance, et rétabli ensuite par Julien. *Gratien* le fit non-seulement détruire, mais il se saisit des revenus, destinés pour entretenir les sacrifices et les prêtres des idoles, et attribua ces fonds à l'épargne. Il supprima les privilèges et les immunités de ces sacrificateurs idolâtres. Il abolit également celles que les Païens avoient accordées à leurs Vestales, et ordonna que le fisc se saisiroit des terres que l'on donneroit par testament, ou à ces vierges, ou aux temples, ou aux prêtres des idoles. Il leur permit seulement de recevoir les legs des choses mobilières. Tous ces changemens irritèrent le peuple. *Maxime*, général des troupes Romaines dans la Bretagne, profitant de ces dispositions, promit de relever les temples et les autels des Dieux, si on lui donnoit la couronne impériale. Presque tout l'empire le reconnut. *Gratien* marcha contre lui, le joignit à Paris; mais il fut lâchement abandonné par ses troupes. Obligé de se sauver, il tourna ses pas vers l'Italie; et en arrivant à Lyon, il fut arrêté, livré aux rebelles et massacré le 25 août 383. Ce prince, aussi grand qu'infortuné, n'avoit alors que 24 ans, dont il en avoit régné sept et neuf mois. *St. Ambroise* versa des pleurs sur son tombeau, qu'il regardoit comme celui d'un martyr. *Voyez* II. AUSONE.
III. GRATIEN, simple soldat, fut couronné empereur par les légions Romaines révoltées dans la Grande-Bretagne, pour l'opposer à *Honorius*, vers l'an 407; mais il fut mis à mort quatre mois après, par ceux mêmes qui l'avoient élevé à l'empire.
IV. GRATIEN, de Chiusi dans la Toscane, Bénédictin dans le monastère de *St-Félix* et *Na-* G R A 549 bor, à Bologne. Il est auteur d'une célèbre collection des Décrets des papes et des conciles, qui compose la première partie du Droit Canonique. Il acheva ce recueil vers l'an 1151, peu de temps avant sa mort. Il intitula ce recueil: La Concorde des Canons discordans, parce qu'il y rapporte plusieurs autorités qui paroissent opposées, et qu'il concilie bien ou mal. « Gratien a divisé son recueil en trois parties. La 1re comprend cent et une distinctions, et il y traite, premièrement, du Droit en général et de ses parties. Ensuite, il traite des ministres de l'Église, depuis le pape jusqu'aux moindres clercs. La 2e partie est divisée en trente-six causes, qui sont autant d'espèces ou cas particuliers, sur chacun desquels il propose plusieurs questions; et à la 33e, il insère par digression sept questions sur la pénitence. La 3e partie est intitulée de la Consécration, et traite des trois sacremens, d'Eucharistie, Baptême et Confirmation, et de quelques cérémonies. Dans tout l'ouvrage, l'auteur traite, par occasion, quelques questions de théologie. On dit que le pape Eugène III l'approuva, et ordonna de l'enseigner publiquement à Bologne. Ce qui est certain, c'est que depuis ce temps, on ne connut presque plus d'autre Droit Canonique que celui qui étoit compris dans ce livre, et on le nomma simplement le Décret. » L'extrême négligence dans l'étude des faits, qu'on abandonnait dans le siècle de Gratien, pour la vaine étude des mots, faisoit adopter, sans examen, des pièces dépourvues d'autorité. Le compilateur inséra donc dans ce recueil toutes les fausses décrétales d'Isidore le Marchand, et de quelques autres ignorans qui l'avoient précédé. Dans ces pièces apocryphes, on autorise les translations des évêques d'un siège à un autre; translations si sévèrement défendues par les conciles des premiers siècles de l'Église; on attribue au pape l'érection des nouveaux évêchés, droit qui, suivant l'ancienne discipline, n'appartenoit qu'au concile de la province; on ne veut pas que les conciles se tiennent sans l'ordre ou la permission du pape; on veut que toutes les causes ressortissent à lui: de là, la cessation des conciles provinciaux, la diminution de l'autorité des métropolitains, et une foule d'autres maux que le judicieux Fleury a détaillés dans ses excellens Discours sur l'Histoire Ecclésiastique. Les plaies que fit la compilation du Bénédictin, saignèrent longtemps. Pendant les trois siècles qui suivirent le 12e, on ne connut point d'autres canons que ceux du recueil de Gratien; on n'en suivit point d'autres dans les écoles et même dans les tribunaux. Ces fausses décrétales abusèrent les hommes, même les plus éclairés, jusqu'aux temps de la renaissance de la saine critique; et enfin, quand l'erreur fut reconnue, les usages établis par elles, les changemens qu'elles avoient occasionnés dans l'ancienne discipline, subsistèrent dans une partie de l'Église. Plusieurs auteurs ont travaillé à corriger les défauts de la collection de Gratien, entr'autres Ant. Augustinus. Son traité De emendatione Grationi, est nécessaire à ceux qui lisent l'ouvrage du Bénédictin. Nous avons une excellente édition de ce Traité, publiée par les soins de Baluzé. M m 3 550 G R A Le Décret de Gratien, imprimé à Mayence, in-fol. 1472, fait une des principales parties du corps du Droit Canon, dont nous avons plusieurs éditions. Celles de Rome, 1582, 4 vol. in-folio, et de Lyon, 1671, 3 vol. in-folio, sont recherchées. Voyez les articles de I. GILBERT et II. PITHOU; et pour les autres parties du Droit Canon, consultez les articles de Clément V, Boniface VIII, Grégoire XIII, qui travaillèrent à l'augmenter ou à le perfectionner. I. GRATIUS-FALISCUS, poète Latin, contemporain d'Ovide, est auteur d'un Poème plein de douceur et de graces, sur la Manière de chasser avec les chiens. Scaliger préféroit ce poème à celui de Némésien sur le même sujet. La fin en est perdue, et ce qui nous en reste n'a point été traduit en entier dans notre langue. On a publié, l'an 8, une traduction élégante de Némésien, à laquelle on a réuni celle de cinq morceaux épisodiques de Gratius. La meilleure édition de ce dernier poète est celle de Leipzig, 1659, in-4°, avec les notes du savant Janus Ultius. Il y en a une autre d'Elzevir, 1645, in-12. On le trouve aussi dans les Poètes Latini minores; Leyde, 1731, 2 vol. in-4°; dans le Corpus Poetarum de Maittaire; et dans le Recueil des Poètes qui traitent de la chasse, Leyde, 1728, in-4°.
II. GRATIUS. (Ortuinus) supérieur d'un collège à Cologne, où il mourut le 22 mai 1542, étoit né à Holvick, diocèse de Munster. On a de lui: I. Triumphus B. Job, en vers éléginques, et en 3 livres; Cologne, 1537, in-fol. II. Fasciculus rerum expe- tendarum et fugiendarum; Cologne, 1535, in-folio, réimprimé par les soins d'Edouard Brown; Londres, 1690, 2 vol. in-fol. C'est un recueil de pièces concernant le concile de Basle. Son attachement à la religion Catholique lui attira l'inimitié de Rechlin, d'Hutten et de plusieurs autres professeurs. Ceux-ci, pour tourner en ridicule le langage barbare des théologiens scolastiques, et quelques-unes de leurs opinions, firent imprimer, en 1516 et 1517, in-4°, 2 parties, Epistola obscurorum Virorum ad Dominum Magistrum Ortuinum Gratium, réimprimées souvent depuis, entr'autres à Londres, 1710, in-12. Léon X condamna, le 15 mars 1517, ce livre, où la plaisanterie préparoit les esprits aux nouveautés du Luthéranisme. Gratius y opposa Lamentationes obscurorum Virorum non prohibita per sedem Apostolicam; Cologne, 1518, in-8°, réimprimées en 1649. Le vrai nom de ce savant étoit GRAES.
GRATUS, diacre de l'Église catholique dans le 5e siècle, vivoit dans quelque retraite de Provence, peu éloignée du célèbre monastère de Lérins. Il y pratiquoit de grandes austérités, et s'y appliquoit beaucoup à la lecture. Ce genre de vie étant sans doute au-dessus de ses forces, affoiblit son esprit et enfla son cœur; il s'imagina avoir des révélations. Il étoit dans cette illusion, lorsqu'il composa un petit Traité, dans lequel il prétendoit montrer qu'il n'y avoit en JÉSUS-CHRIST, Dieu et Homme, qu'une seule nature, qui étoit la divine; d'où il suivoit qu'on ne devoit pas dire que Dieu fût le père de l'homme, ni la femme mère de G R A 551 Dieu. C'étoit là proprement l'*Eutichianisme*. *Gratus* envoya son écrit à *Fauste*, alors abbé de Lérins, depuis évêque de Riez, qui, trouvant cet écrit aussi mal digéré que mal pensé, hésita d'abord de répondre. Il répondit cependant après un certain temps, et réfuta fortement les erreurs de *Gratus*, à qui il donna aussi de fort bons avis sur la conduite qu'il devoit tenir, pour ne pas s'exposer à abandonner la vérité.
GRAVE, (N. de) fit jouer, en 1751, une tragédie de *Varron*, qui n'eut qu'un foible succès.
GRAVELOT, (Henri-François Bourguignon) naquit à Paris le 26 mars 1699, et y mourut le 20 avril 1773, à 74 ans, après avoir été marié deux fois. Son peu de progrès dans les études ordinaires lui fit préférer le crayon. Il accompagna M. de la *Rochard*, nommé gouverneur général de St-Domingue. Il trouva dans cette isle M. *Frezier*, qui l'employa à la levée de la carte du pays. Sa famille lui fit passer une pacotille d'environ 14.000 liv. qui fut la proie des flots. *Gravelot* repassa en France, où il s'appliqua sérieusement au dessin. Entouré d'un grand nombre d'artistes célèbres, il craignit de ne pouvoir se faire jour. Il passa à Londres, où il fut bien accueilli, et où il resta treize ans. C'est depuis son retour en 1745, que sont sortis de son crayon tous ces beaux dessins qui ont enrichi nos meilleurs livres, et dont il choisissait lui-même les situations : *Corneille*, *Racine*, *Voltaire*, *Bocace*, *l'Arioste*, les *Contes moraux* de *Marmontel*, *l'Almanach Iconologique*, les 90 petites figures pour la *Loterie de l'Ecole Militaire*, à chacune desquelles il mit un madrigal. Aux talens de la main, il joignoit les lumières de l'esprit. Il avoit étudié son art, et l'avoit éclairé de toutes les connoissances qui pouvoient y avoir rapport. Le célèbre géographe d'*Anville* étoit son frère (*Voyez* ANVILLE, d').
GRAVEROL, (François) avocat, né à Nîmes en 1635, et mort dans cette ville en 1694, à 69 ans, étoit membre de l'académie des *Ricovrati* de Padoue. Il laissa : I. Plusieurs *Dissertations* sur diverses médailles. II. Le médiocre *Recueil*, intitulé : *Sorberiana*, in-12. III. De savantes *Observations* sur les *Arrêts du Parlement de Toulouse*, recueillis par la *Rocheflavin*; Toulouse, 1720, in-4° IV. *Notice* ou *Abrégé historique de vingt-deux Villes chefs des Diocèses de la Province de Languedoc*, in-fol.; ouvrage superficiel et inexact. Ce jurisconsulte eut une grande réputation de son temps, par son érudition, et par la connoissance des monuments de l'antiquité. — *Jean GRAVEROL*, son frère puiné, ministre de Londres, mort en 1718, est auteur de divers ouvrages de controverse peu connus. Le principal est son *Moses vindicatus*; Amsterdam, 1694, in-12, où il donne les preuves de la Création et de la narration de *Moïse*, contre le livre de *Burnet*, intitulé : *Archéologia Philosophica*, sive *Doctrina antiqua de rerum originibus*.
GRAVESANDE, (Guillaume-Jacques de S') mathématicien célèbre, naquit à Bois-le-Duc en 1688. Ses heureuses dispositions pour les sciences lui firent un grand nom dans un âge peu avancé. A dix-huit ans, il M m 4 avoit commencé son *Essai de Perspective*. Associé en 1713, au *Journal Littéraire*, il remplit cet ouvrage d'extraits et de dissertations, qui le firent rechercher. Il passa deux ans après en Angleterre, en qualité de secrétaire d'ambassade; il y vit *Newton*, s'en fit aimer et estimer, et obtint une place dans la société royale de Londres. De retour en Hollande, on lui offrit une chaire de professeur en astronomie et en mathématiques à Leyde, et il l'accepta. La physique étoit alors assez mal enseignée dans cette académie. *S'Gravesande* ouvrit un cours complet de physique expérimentale, et le remplit avec la plus grande distinction. Le landgrave de Hesse l'ayant appelé en 1721 à Cassel, pour porter son jugement sur la fameuse machine du Saxon *Orffreus*, qui prétendoit avoir trouvé le mouvement perpétuel, il l'admira. Mais ne pouvant rien décider, parce que l'artiste en cachoit l'intérieur, il engagea le prince à la faire déplacer, pour voir si elle n'avoit aucune communication avec quelque mobile extérieur. *Orffreus*, homme bizarre, ne voulut donner cette satisfaction, ni au prince, ni au mathématicien : il aima mieux mettre sa machine en pièces, et se priva par ce caprice d'une fortune considérable. *S'Gravesande*, de retour en Hollande, fut nommé professeur de philosophie à Leyde en 1734, et y mourut en 1742, d'un excès de travail, à 54 ans. Les savans de sa patrie, et même les savans étrangers, le pleurèrent. Il méritoit bien leurs regrets; son cœur étoit aussi bien fait que son esprit. Généreux, bienfaisant, charitable, il aimoit à faire du bien aux hommes, lui fussent-ils inconnus, et il accompagnoit ses bienfaits d'un air de bonté qui y ajoutoit un nouveau prix. Outre cette philosophie qui dévoile les secrets de la nature, il possédoit cette autre philosophie bien plus nécessaire au bonheur, qui va jusqu'à l'ame, et qui y établit ce calme, cette tranquillité qui changent cette vallée de larmes en un lieu de délices. Ses mœurs étoient douces et faciles, mais pures. Quoiqu'il fût d'un tempérament fort vif, il sut en être le maître; et sa vivacité ajouta aux agrémens de son esprit, sans altérer la bonté de son cœur. Ses principales productions sont : I. *Essai sur la perspective*, peut-être le meilleur qui ait paru sur cette matière, avec un *Traité de l'usage de la Chambre obscure* pour le dessin. II. *Physics Elementa Mathematica, Experimentis confirmata*, sive *Introductio ad Philosophiam Newtonianam*: ouvrage excellent, composé en partie dans les barques publiques, sans que le bruit et le babil des voyageurs pussent le tirer de ses profondes méditations, et le distraire des calculs les plus compliqués. *Jean-Nicolas-Sébastien Allamand* de Lausanne, digne disciple d'un tel maître, savant professeur de Leyde, en a donné une bonne édition en 1742. *Joncourt*, pasteur et professeur à Bois-le-Duc, l'a traduit en françois, 1746, en 2 volum. in-8. Quoique zélé Newtonien, *S'Gravesande* y donne de sages avis touchant le peu de solidité des opérations algébriques, fondées souvent sur des suppositions gratuites, et les erreurs où l'on peut tomber en s'appuyant sur des calculs dirigés par l'opinion même qu'ils doivent établir.
III. Matheseos universalis Elementa, Leyde, 1727, in-8°. C'est un cours d'algèbre à l'usage de ceux qui fréquentent les collèges. Tout abrégé qu'est cet ouvrage, il le fit placer au rang des premiers mathématiciens de l'Europe. IV. Philosophiae Newtonianae Institutiones, 1744, in-8°, dans lesquelles l'auteur abrégé ses Elémens de physique. V. Introductio ad Philosophiam, Metaphysicam, et Logicam continens. Cet ouvrage fut si goûté, qu'on l'imprima tout de suite à Venise, avec la permission des réformateurs des études de Padoue. Il fut aussi traduit en françois, 1737, in-12.
GRAVESON, (Ignace-Hyacinthe-Amat de) Dominicain, docteur de Sorbonne, né à Graveson, village près d'Avignon, fut appelé à Rome par son général. Il fut un des théologiens du concile de cette ville; mais l'air de Rome lui étant contraire, il se retira à Arles, où il mourut en 1733, à 63 ans. Ses Ouvrages, publiés à Venise en 1740, en 7 vol. in-4°, renferment: I. Une Histoire de l'Aucien-Testament, et une Histoire Ecclésiastique jusqu'en 1730, assez peu lues l'une et l'autre, et dans lesquelles dominent les idées ultramontaines. La dernière a néanmoins été réimprimée séparément, à Augsbourg en 1751, 2 tom. infolio. II. Un Traité de la Vie et des Mystères de J. C. III. Une mauvaise Histoire du brave Crillon, in-12. IV. Plusieurs Opuscules sur la Grave efficace et la Prédestinatique. Le P. de Graveson étoit d'un caractère doux et conciliant. Il eut beaucoup de part à la négociation entamée entre le saint Siège et le cardinal de Noailles. On peut voir le détail de cette affaire dans le cinquième vol. du journal de l'abbé Dorsanne, édition de 1756. Le P. de Graveson s'y montre un homme doux et sage, ami de la paix, et cherchant à la procurer aux autres. I. GRAVILLE, (Anne de) dame de Malesherbes, fille de l'amiral de son nom, a publié un roman en vers, intitulé: Les deux Amans. Elle mourut dans le 16e siècle.
II. GRAVILLE, (Barthélemi-Claude Graillard de) Parisien, mort en 1764, à 37 ans, donna diverses brochures, entr'autres l'Ami des Filles, 1761, in-12; et le Genie de la Littérature italienne, 1750: ouvrage périodique qui n'eut pas de suite. L'auteur étoit un écrivain subalterne; et son génie demandoit à être mûri par de bonnes études. I. GRAVINA, (Pierre) poète Italien de Gravina, ville du royaume de Naples, mourut en 1528, à 75 ans. On a ses Poésies, in-4°, à Naples, en 1532. La douceur des vers, la délicatesse des expressions, et la finesse des pensées, les firent goûter des connoisseurs, entr'autres de Sannazar.
II. GRAVINA, (Dominique) Dominicain, parvint aux premières charges de son ordre par son mérite, et mourut à Rome le 26 août 1643, à 70 ans. On a de lui: I. Stato della Religione di San Domenico, Rome 1604, in-12. II. De Catholicis præscriptionibus, Naples 1627, trois tomes in-folio, et d'autres Ouvrages de théologie, estimés.
III. GRAVINA, (Jean-Vincent) naquit en 1664, à Rog- giano, dans la Calabre ultérieure. Il fit éclater de bonne heure son zèle pour le rétablissement des bonnes études et de la saine morale. Plusieurs savans entrèrent dans ses vues. Sa maison étoit le lieu des assemblées, (Voyez METASTASE.) d'abord secrètes; mais que le nombre des associés, qui grossissoit tous les jours, ne permit bientôt plus de tenir cachées. De là naquit à Rome la société des Arcades, à laquelle Gravina donna des lois, promulguées le 1er juin 1716. Ce fut cette même année que parurent ses Opuscules, dont le quatrième roule sur le mépris de la mort. Innocent XII lui donna une chaire de droit trois ans après; et le premier abus qu'il corrigea, fut l'argumentation scolastique. Cet illustre savant mourut à Rome, le 6 janvier 1718, à 54 ans, avec la réputation d'un poète et d'un orateur médiocre, mais d'un excellent littérateur. Son humeur emportée et satirique lui fit beaucoup d'ennemis. Ils tâchèrent en vain de déprimer ses écrits, sur — tout les suivans : I. Originum Juris libri tres; l'ouvrage le plus savant qui ait paru sur cette matière. II. De Romano Imperio liber singularis. L'auteur le dédia au peuple Romain. Quoique ce traité fourmille d'erreurs, il prouve son profond savoir dans l'antiquité Grecque et Romaine. III. Della Ragione Poetica, en 2 livres, semés d'une critique fine, et d'une grande connoissance de la poétique. Requier les a traduits en françois, à Paris, 1755, en deux petits vol. in-12, sous ce titre : Raison ou Idée de la Poésie. IV. Institutiones Canonicae, ouvrage posthume, imprimé à Turin, en 1742, in-8.° V. Cinq tragédies, Palamède, Andro-mède, Appius-Claudius, Papinien, Servius-Tullius, faites sur le modèle de celles des Grecs; Venise, 1740, in-8.° VI. Un Discours sur les Fables anciennes, et un autre sur la Tragédie... On a une bonne édition des Œuvres de Gravina, à Leipzig, en 1737, in-4°, avec les notes de Mascovius. On a publié sa Vie, à Rome, en 1762, sous ce titre : De vita et scriptis Vincentii Gravinae Commentarius. Serrey, prêtre Hiéronymite, auteur de cet ouvrage, l'a rendu doublement intéressant, par la pureté du style et par les détails historiques. I. GRAVIUS, (Henri) ou plutôt Vermolanus, prit le nom de Gravius, parce qu'il étoit de Grave, enseigna la théologie, fut prieur des Dominicains à Nimègue, et mourut dans sa patrie le 23 octobre 1552, avec la réputation d'un homme savant, sur — tout dans les langues. Nous avons de lui : I. Annotationes in B. Cyprianum, Cologne, 1544. Jacques Pamélius s'est servi de ces notes pour son édition de St. Cyprian. II. Scholia et annotationes in Hieronymi Epistolas, Anvers 1568, et Cologne, 1618. Elles sont plus propres à faire remarquer les beautés du style de St. Jérôme, qu'à servir d'explication. III. Une Edition des Œuvres de St. Jean Damascène, Cologne, 1560, conférées avec plusieurs exemplaires grecs. IV. Une Edition des Œuvres de St. Paulin, corrigée, Cologne, 1560, in-8.° Voyez le Père Echard, tom. 2.
II. GRAVIUS. (Henri) natif de Louvain, fils d'un imprimeur, enseigna la théologie avec beau- coup de réputation pendant vingt ans. Il fut appelé à Rome par le pape *Sixto-Quint*, pour soigner l'édition de la Vulgate. *Grégoire XIV* l'admit à sa cour ; les cardinaux *Caralfa*, *Borromée*, *Colonne*, et sur-tout *Baronius*, l'honorèrent d'une affection toute particulière. Il mourut à Rome en 1591, cinq mois après son arrivée, à 55 ans. *Baronius* fit son épitaphe, et écrivit une lettre à la faculté de théologie de Louvain, où il déploie tous les sentimens de la plus vive douleur, d'avoir perdu son meilleur ami. Les notes du septième tome des *Œuvres de St. Augustin*, *Anvers*, 1578, sont de *Gravius*.
III. GRAVIUS, *Voyez GRAVES*. I. GRAUNT, (Édouard) écrivain Anglois, fut maître de l'école de Westminster, et mourut l'an 1601. On a de lui : I. *Græca linguae Spicilegium*, 1575, in-4.º II. *Institutio Græca Grammaticae*. Ces ouvrages furent estimés dans leur temps.
II. GRAUNT, (Jean) fut d'abord quincaillier. Ayant renoncé au commerce, il devint membre de la société royale de Londres, et se fit un nom par son ouvrage, intitulé : *Observations naturelles et politiques sur les Bills de mortales*. Il embrassa la religion Catholique-Romaine sur la fin de sa vie, après avoir été Puritain et Socinien. La société royale le perdit en 1674, à 54 ans.