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03.0 Dictionnaire historique — GRAVER – GUNDLING

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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GRAVER, (Albert) théologien Luthérien né à Mesecow, village de la Marche de Brundebourg, en 1575, s'acquit une grande réputation dans son parti par ses écrits contre les Soci- niens, contre l'Église Romaine et contre les Calvinistes. Son style étoit très-empotté. On a de lui : I. *Absurda absurdum absurdissima Calvinistica*, Iène, 1612, in-4.º II. *Anti-Lubinus de naturæ mali*, Magdebourg, 1606, in-4.º Ce livre est contre *Eilhars Lubin*. III. *Bellum Calvini et Jesu-Chi-isti*, ibid, 1605, in-4.º Il mourut en 1617, à 42 ans, surintendant des églises du pays de Weimar. I. GRAY, (Jeanne) épouse de *Gilfert*, fils de *Jean Dudley*, duc de Northumberland, étoit petite-fille de *Marie*, sœur de *Henri VIII*. *Marie*, étant restée veuve de *Louis XII*, roi de France, et n'en ayant point eu d'enfants, avoit épousé *Brandon*, duc de Suffolk, dont elle avoit eu une fille, mariée à *Henri Gray*, duc de Suffolk, père de *Jeanne*. Le duc de Northumberland ayant succédé à la faveur du duc de Sommerset auprès d'*Edouard VI*, craignit que ce prince ne succombat en peu de temps à la foiblesse de sa complexion. Il ne trouva d'autre moyen de maintenir son autorité, que d'éloigner du trône les princesses *Marie* et *Elizabeth*, et de faire proclamer reine *Jeanne* sa bru, princesse aimable, vertueuse et éclairée. *Edouard VI*, zélé Protestant, se prêta aux vues de son ministre, dérogea à l'ordre de succession établi par *Henri VIII*, et désigna pour lui succéder les filles de *Henri Gray*, dont *Jeanne* étoit l'aînée. Cette princesse fut proclamée à Londres; mais le parti et le droit de *Marie* l'emportèrent. En vain *Jeanne* se dépouilla de la dignité qu'on lui avoit donnée et qu'elle ne garda que neuf jours. *Marie* 556 GRA enferma cette dangereuse rivale dans la tour de Londres, avec *Elizabeth* qui régna depuis avec tant de gloire. On lui fit son procès; et le beau-père et l'époux de cette infortunée eurent la tête tranchée avec elle en 1554. C'est la troisième reine qui expiroit en Angleterre par le dernier supplice. Cette princesse étoit savante, et se plaisoit à lire *Platon*. La langue grecque lui étoit si familière, que la veille de sa mort elle écrivit à sa sœur, la comtesse de *Pembrock*, une *Lettre* en grec, dont la traduction se trouve dans l'Histoire d'Angleterre de *Larry*. Son mari avoit obtenu de lui dire le dernier adieu; mais elle s'y refusa, dans la crainte de témoigner de la foiblesse. Chacun plaignit le sort de *Jeanne*, qui, n'ayant rien fait contre la reine, périssoit au printemps de son âge, victime de l'ambition de son beau-père. Elle n'avoit que dix-sept ans. Tout parloit en sa faveur. On l'avoit forcée à recevoir la couronne; et *Marie* devoit craindre d'ailleurs l'exemple trop fréquent de passer du trône à l'échafaud. — II. GRAY, (*Catherine*) sœur de la précédente, fut mariée au comte de *Pembrock*, qui, n'ayant pu vivre avec elle, s'en fit séparer par un acte judiciaire. Elle épousa ensuite le comte de *Hartfort*, qui, étant allé voyager en France, la laissa enceinte. La reine *Marie*, informée de ce mariage clandestin, punit *Catherine* par la prison; le comte à son retour subit la même peine, et le mariage fut déclaré nul par sentence de l'archevêque de Cantorbéry. Le comte s'irritant contre les obstacles, trouva moyen de voir celle qu'il regardoit, malgré le jugement, comme son épouse: *Catherine* offrit bientôt des preuves non équivoques de leur tendresse et de leur intelligence. Le comte fut poursuivi alors par la reine. On l'accusoit de trois crimes capitaux: 1.º D'avoir violé la prison: 2.º D'avoir corrompu une princesse du sang royal: 3.º D'avoir eu commerce avec une femme dont il étoit séparé par les lois; et pour chacun de ces crimes, il fut condamné à une amende de cinq mille livres sterlings, et obligé d'abandonner *Catherine* par acte authentique. Il fit enfin ce sacrifice après avoir essuyé une longue détention, durant laquelle il tenta en vain de faire révoquer cet arrêt. Pour *Catherine*, elle mourut en 1562 dans sa prison; et en mourant, elle donna assez à connoître qu'elle avoit regardé le comte de *Hartfort* comme son véritable époux, par les excuses qu'elle fit demander, avant d'expirer, à la reine, de s'être mariée sans sa permission.
III. GRAY, (*Thomas*) poète Anglois, né à Cornhill le 26 décembre 1716, mort à Cambridge où il étoit professeur d'histoire, le 30 juillet 1771, étoit un homme doux et dont l'esprit étoit orné d'une érudition agréable. Lorsque *Horace Walpole* voulut voir la France et l'Italie, il le prit pour compagnon de voyage; et il n'eut pas à s'en repentir. On a de *Gray* des Poésies, parmi lesquelles on distingue le *Barde*, l'*Hymne* à l'*Adversité*, et des *Lettres*, imprimées avec ses Poésies et la vie de l'auteur à York, 4 vol. in-8°, 1778.
GRAZZINI, (*Antoine-François*) poète Italien, surnommé Il *Lasca*, né à Florence en 1503, laissa six *Comédies*, Venise, 1582, in-8°; des *Stances* et des *Poésies diverses*, à Florence, 1741, 2 vol. in-8°, qui ont quelque agrément; la *Guerra de Mostri*, *Poema giocoso*, ibid. 1584, in-4°. Il mourut octogénaire en 1583 à Florence sa patrie, où il fut un des fondateurs de l'académie de la *Crusca*. L'ouvrage qui a le plus fait de réputation au *Lasca*, est un recueil de *Nouvelles* ou de *Contes*, imprimés à Paris en 1756, in-8°, et in-4° sous le titre de Londres; et traduits en françois en 1775, deux vol. in-8°. Le traducteur prétend avoir inséré les neuf histoires qui manquoient dans la troisième soirée, d'après une ancienne Traduction françoise manuscrite. Le *Lasca* est regardé en Italie comme un digne émule de *Bocace*: non qu'il en ait la gaieté et la naïveté; mais il en a l'élégance et la pureté. Il conte avec esprit, et il est mis pour la diction au rang des auteurs classiques. Toutes ses *Nouvelles* ne sont pas gaies; il y en a de tréstratiques, dans lesquelles il a l'art d'intéresser. Le *Lasca* a été l'éditeur du deuxième livre de *Berni* à Florence, 1555, in-8°: *De tutti trionfi, carri, mascherote o canti Carnascialeschi, del tempo di Lorenzo de Medici*, à questo anno 1559, in-8°. Cet ouvrage a été réimprimé, Cosmopoli (nom imaginaire pour le véritable lieu de l'impression), 1750, en 2 volumes in-8°; mais cette réimpression n'est pas recherchée. — GRÉATERICK, ou GREATERAGK, (Valentin) imposteur Irlandois, qui fit beaucoup de bruit en Angleterre au siècle dernier, principalement en 1664 et 1665. C'étoit un homme d'une assez bonne maison, qui avoit été lieutenant d'une compagnie pendant la guerre d'Irlande, et qui avoit exercé ensuite quelques charges dans le comté de Corck. Il avoit une grande apparence de simplicité dans ses mœurs. Il sembloit avoir le don de guérir les écrouelles; et dans cette persuasion, il toucha plusieurs malades qu'il prétendoit guérir. Trois ans après, il crut, ou voulut faire croire, qu'il guérissoit facilement une fièvre épidémique qui enlevoit beaucoup de monde en Irlande. Tout le peuple courut à lui, et il en imposa à la multitude. A mesure que sa réputation augmentoit, il se vantoit que son pouvoir augmentoit aussi. Il poussa la folie jusqu'à prétendre qu'il n'y avoit aucune maladie dont il ne pût guérir par son seul attouchement. Cet imposteur, moitié prophète, moitié médecin, attribuoit toutes les maladies aux esprits. Les infirmités étoient pour lui des possessions démoniaques. A proportion qu'il s'avançoit dans les provinces de la Grande-Bretagne, les magistrats des villes et des bourgs voisins le prioient de passer chez eux. Le roi lui fit ordonner de se rendre à Whitehall, où la cour ne fut pas trop persuadée de son don des miracles. Ce fou n'ayant point réussi à la cour, parut à la ville, et y fut plus goûté. On le voyoit tous les jours à Londres, entouré d'un nombre incroyable de personnes de toute condition, de tout sexe et de tout âge, qui lui demandoient le rétablissement de leur santé. Cependant il ne put pas persuader les philosophes. On écrivit contre lui avec force: 558 GRÉ mais il eut aussi ses défenseurs, même parmi les médecins. Il publia lui-même une *Lettre* adressée au célèbre *Boyle*, dans laquelle il fait une histoire abrégée de sa vie. Il joignit à cet écrit un très-grand nombre de certificats signés par des théologiens, qui attestoient la réalité des cures qu'il avoit faites. Malgré ces attestations, sa réputation ne se soutint guère plus long-temps en Angleterre, que celle de *Jacques Aymar* en France. Il se trouva enfin qu'il n'étoit redevable de tant de guérisons prétendues miraculeuses, qu'à la crédulité du public. On remarqua même qu'il touchoit les femmes avec plus d'attention que les hommes, et il fut obligé de disparaître. *Voyez la Vie de Saint-Evremont*, par des *Maizeaux*; le tom. 2 des Œuvres du même *Saint-Evremont*, dans la pièce intitulée : *Le Prophète Irlandois*; pièce qu'on trouve encore dans l'*Esprit* de cet auteur, publié en 1761, in-12, par de *Leyre*.
GREAVES, (Jean) *Gravius*, né à Colmore, dans le comté de Hanten Angleterre, fit de grands progrès dans l'étude de la philosophie, des mathématiques, et sur-tout des langues orientales. Son mérite lui procura une chaire de géométrie dans le collège fondé par *Gresham*. L'avidité de tout savoir, et de savoir par lui-même, lui fit entreprendre plusieurs voyages en Italie, en Turquie et en Égypte. Il fit un assez long séjour à Constantinople, à Rhodes et à Alexandrie, examinant tout ce qui pouvoit le mener à la connoissance de la nature et de l'antiquité. Il mesura en géomètre les fameuses pyramides d'Égypte, et en rendit compte en savant. Il repassa en Angleterre l'an 1640, avec une abondante moisson de manuscrits, de pierres gravées, de médailles et de monnoies. On le choisit alors pour professeur d'astronomie à Oxford; mais son attachement à la famille royale, le fit chasser de l'université par les parlementaires. *Grenves*, retiré à Londres, y travailla sans relâche jusqu'à sa mort, arrivée en 1652, à 50 ans. Parmi les savans ouvrages dont il enrichit la république des lettres, on distingue : I. *Elementa lingua Persica*, Londres, 1649, in-4.º II. *De Cyclis Arabum et Persarum Astronomicis*, 1648, in 4.º III. *Epocha celebriores Ulug-Bei*, 1650, in-4.º IV. *Astronomia Schah-Cholgii Persae*, 1652, in-4.º V. Une excellente *Description des Pyramides d'Égypte*, en anglois, in-8°, traduite en françois par *Thévenot*, qui l'inséra dans le premier recueil de ses voyages, in-folio. VI. *Traité de la manière de faire éclore les Poulets dans les fougs, selon la méthode des Égyptiens*. VII. Un savant *Discours* sur le Pied et le Denier Romain, pour servir de principe aux mesures et aux poids des anciens, en anglois, in-8.º VIII. Il a publié une *Dissertation* très-curieuse du *Sérail de Rob-Withers*, en anglois, in-8.º On a donné le recueil de ses œuvres, Londres, 1737, 2 vol. in-8.º
GRÉBAN, (Arnoul et Simon) poètes François du xv$^{e}$ siècle, tous deux nés à Compiègne; le premier, chanoine du Mans; le second, docteur en théologie, et secrétaire de *Charles d'Anjou*, comte du Maine, sous le roi *Charles VII*, ont composé, vers 1450, le Mystère des Actes des Apôtres à personnages, dont il y a deux éditions différentes pour les changemens; la première, de 1537, ou 1540, la seconde, de 1541, in-folio, toutes deux de Paris.
GRÉCINUS, (Julius) sénateur Romain, et homme de lettres, qui vivoit sous l'empereur Caius Caligula, étoit de Fréjus. Il cultiva les belles-lettres avec succès, et il fut un des hommes les plus éloquens de son temps. Sénèque le philosophe n'en parle qu'avec admiration. Il s'appliqua beaucoup à la philosophie, et il paroît, par Columelle, qu'il avoit écrit sur l'agriculture et les vignes. On lui accorda une place dans le sénat, et il la remplit avec beaucoup d'honneur. Ennemi du vice, il en fuyoit jusqu'à l'ombre, autant que cette fuite étoit possible à un homme qui vivoit dans les ténèbres du Paganisme. Caligula voulut l'obliger à accuser Marcus Silanus, que ce prince haïsoit, quoiqu'il fût innocent; Grecinus le refusa, et l'empereur irrité lui fit ôter la vie, vers l'an 49 de notre ère vulgaire.
GRÉCOURT, (Jean-Baptiste-Joseph Villart de) chanoine de l'église de Saint-Martin de Tours, naquit dans cette ville vers 1683, d'une famille bien alliée. Il débuta dans le monde par quelques Sermons, plus satiriques que moraux. Il en prêcha un plein d'allusions malignes sur la plupart des dames de Tours; mais il abandonna bientôt cette occupation, qui demandoit un homme plus grave et plus exemplaire. Étant venu de bonne heure à Paris, il lia amitié avec le maréchal d'Estrées, qui le mena avec lui aux états de Bretagne. Il passa une partie de sa vie à faire des vers, et à se divertir au château de Véret, qu'il appelait son Paradis terrestre. Sa frivolité, son goût pour les plaisirs, son imagination sans frein, le rendoient incapable de toute étude sérieuse et suivie. Il fit des Contes et des Epigrammes; il les lisoit dans toutes les sociétés, et il les lisoit de façon à séduire les juges les plus sévères. Ses Poésies perdoient leur prix dans toute autre bouche. L'abbé de Grécourt étoit un des meilleurs lecteurs de son temps. Ce talent, son enjouement et ses saillies, le faisoient rechercher; mais son humeur satirique le faisoit craindre. Il se piquoit d'érudition. Il possédoit assez bien les auteurs latins, et vouloit qu'on crût qu'il connoissoit encore mieux le grec, quoiqu'il n'en sût pas un mot. On se plaisoit souvent à confondre son ignorance; mais il payoit d'effronterie. Il mourut à Tours le 2 avril 1743, à 56 ans. Ses Poésies ont été publiées en 1747, en 2 vol.; et réimprimées à Luxembourg en 1751, mais enflées de diverses Pièces du même genre par différens auteurs, 4 vol. in-16. Elles renferment : I. Le poème de Philotanus, qui n'est pas de lui, à ce que prétendent les auteurs du quatrième volume de la France littéraire. Voyez JOUR. Il ne fit, dit-on, que le revoir et l'embellir de quelques tirades. Quoi qu'il en soit, ce poème eut un succès prodigieux : Voyez l'art. LARCHANT. « Le mérite de ces sortes d'ouvrages, dit sensément l'auteur du Siècle de Louis XIV, n'est d'ordinaire que dans le choix du sujet, et dans la mali- 560 GRÉ gnité humaine. Ce n'est pas qu'il n'y ait quelques vers bien faits dans ce poème : le commencement en est très-heureux ; mais la suite n'y répond pas. Le Diable n'y parle pas aussi plaisamment qu'il est amené. Le style est bas, uniforme, sans dialogue, sans graces, sans finesse, sans pureté, sans imagination dans l'expression ; et ce n'est enfin qu'une histoire satirique de la bulle *Unigenitus*, en vers burlesques, parmi lesquels il s'en trouve de très-plaisans. » Quelque mécontente que dût être la *Compagnie de Jésus*, de cet ouvrage, l'abbé de *Grécourt*, qui passait pour en être l'auteur, voyait souvent des Jésuites à Tours, vivait et mangeait avec eux. Il préparait, dit-on, un autre *Poème* où le parti opposé n'aurait pas été plus épargné. II. Des *Contes*, quelquefois plaisans, mais toujours obscènes. III. Des *Epigrammes* ; des *Chansons* ; des *Fables*, qui offrent quelquefois de la douceur, mais qui sont en général assez médiocres, et d'une poésie foible. — Nous avons peint l'abbé *Grécourt*, dans cet article, d'après ce qu'en dit l'abbé des *Fontaines*, qui l'avait beaucoup connu. Ce critique dit expressément, dans le tome 1$^{er}$ de ses *Jugemens*, « que sa langue et sa plume l'avoient exclus de la plupart des maisons de Tours. » C'est ce que nous ont confirmé quelques-uns de ses compatriotes. Il est naturel que ses parens aient fait imprimer que le portrait n'était pas ressemblant ; nous aurions voulu n'avoir à le peindre qu'en beau, n'ayant aucune raison particulière de dénigrer ce poète ; mais nous avons cru seulement pouvoir détourner les jeunes gens de ses *Poésies*, en faisant connoître l'esprit qui les a dictées. Au reste, nous supposons que la plupart des ouvrages publiés sous le nom de l'abbé de *Grécourt* sont de lui. S'ils n'en sont pas, le blâme retombe sur ses éditeurs. Il est très-vrai que les ennemis du chanoine de Tours lui attribuèrent des pièces licenciées, imprimées avant sa naissance ; mais il n'est pas moins vrai aussi qu'il fit des contes et des épigrammes où la pudeur était très-peu ménagée.
GREEN, (Matthien) poète Anglois, de la secte des Non-conformistes, avait une place à la douane. On recherchoit sa conversation qui étinceloit de saillies toujours exemptes de malignité. Il mourut vers 1737, âgé de 41 ans. Son poème du *Spleen*, le plus considérable de ses ouvrages, est rempli d'une gaieté originale et franche. Il fut composé par morceaux, et n'aurait jamais été achevé si *Glover* n'eut pressé l'auteur d'y mettre la dernière main. Une de ses meilleures plaisanteries est une requête des chats de la douane, à qui l'on vouloit ôter une pension de quelque monnoie, allouée pour leur nourriture. La requête empêcha cette suppression. L. GRÉGOIRE, (Saint) surnommé le *Grand*, naquit à Rome d'une famille patricienne. Il fut d'abord sénateur. L'empereur *Justin* le jeune, instruit de son équité et de ses lumières, le nomma préfet de Rome en 573. Le mépris des grandeurs humaines l'engagea à quitter cette place et à se retirer dans un monastère qu'il avait fait bâtir sous l'invocation de *St. André*. Le pape pape *Benolt Ier* le tira de cette retraite, pour le faire un des *Sept Diacres* de Rome. *Pelage II*, successeur de *Benolt*, l'envoya, quelque temps après, à Constantinople, en qualité de nonce, pour implorer le secours de *Tibère II* contre les Lombards. De retour à Rome en 584, il fut secrétaire de *Pélagé*, et après la mort de ce pape, le clergé et le peuple l'élurent pour lui succéder. *Grégoire* se croyant incapable de soutenir un fardeau dont tout le monde l'avoit jugé digne, se cacha, mais en vain; il fut ordonné le 3 septembre 590. La peste ravageoit Rome alors; il fit faire une procession générale, d'où l'on croit qu'est venue celle du jour de *St. Marc*, appelée encore *la grande Litanie*. La plus importante affaire qui occupoit l'Eglise dans ce temps-là, étoit la querelle des *Trois Chapitres*. Le saint pontife n'oublia rien pour éteindre ce schisme. Son zèle s'étendoit à tout. Il envoya en Sardaigne des évêques pour convertir les idolâtres; il en envoya en Angleterre, exhortant les missionnaires à se servir à propos de la douceur et des récompenses. *St. Augustin*, chef de la mission d'Angleterre, fit de grands fruits, et convertit le roi de Kent. *St. Grégoire* tenoit de temps en temps des conciles à Rome, pour maintenir la discipline ecclésiastique, et réprimer l'incontinence du clergé. Il s'éleva avec force contre le titre de *Patriarche universel*, que prenoit *Jean*, patriarche de Constantinople. *Grégoire* lui en écrivit le 1er janvier 595, pour lui remontrer combien ses prétentions étoient contraires à sa manière de vivre, et aux règles de l'antiquité. « Je ne sais, lui disoit-il, par quel motif vous *Tome V.* voulez usurper un nouveau titre qui scandalise tous vos confrères. Lorsque vous paroissiez fuir l'épiscopat par des sentimens d'humilité, auroit-on cru que vous en useriez dans la suite comme si vous l'aviez recherché avec ambition? Vous vous reconnoissiez indigne du nom d'évêque, et à présent vous prétendez être le premier et le seul évêque. Je vous prie, je vous conjure, et je vous demande avec toute la douceur possible, de résister à ceux qui vous flattent, en vous attribuant ce nom plein d'orgueil et d'extravagance. Vous n'ignorez point que le concile de Chalcédoine offrit cet honneur aux évêques de Rome, en les nommant *Universels*; mais qu'il ne s'en est trouvé aucun qui ait voulu l'accepter, de peur qu'il ne semblât s'attribuer seul l'épiscopat, et l'ôter à tous ses frères. » *Grégoire* en écrivit encore plus fortement à l'empereur *Maurice*. Après lui avoir dit que l'ambition des évêques étoit la principale cause des calamités publiques, il ajoute contre le patriarche: « Nous détruisons par nos exemples, tous les fruits que pourroient faire nos paroles. Nos os sont consumés de jeûnes, et notre esprit est enflé d'orgueil. Nous sommes fiers et hautains, sous des habits vils et méprisables. Sur la cendre où nous sommes couchés, nous regardons avec des yeux jaloux le faite des grandeurs humaines; et non contens des honneurs réels auxquels la Providence nous a élevés, nous portons nos regards sur de vains titres. Pour moi, je suis le serviteur des évêques, tant qu'ils vivent en évêques; et si *Jean* veut m'écouter, il trouvera en moi un frère, entièrement dé- N n voué à ses intérêts; mais s'il persiste dans sa prétention, il aura pour adversaire celui qui résiste aux superbes. » Un autre service qu'il rendit à l'Église, fut la réforme de l'Office divin. Il fonda à Rome une école pour le chant de l'Église. Le moine St. Augustin, en partant pour l'Angleterre, emmena des chantres de cette école, qui passèrent en France et instruisirent les Gaulois. St. Grégoire termina saintement sa vie, le 12 mars 604, consumé par les travaux de l'épiscopat et du cabinet. Il fut enterré sans pompe, comme il l'avoit ordonné. St. Grégoire le Grand travailla avec zèle à réunir les schismatiques, et à convertir les hérétiques; mais il vou- loit qu'on employât, à leur égard, la persuasion, et non la violence. Il s'opposa aux vexations qu'on exerçoit contre les Juifs, pour les attirer au Christianisme. C'est, disoit-il, par la douceur, la bonté, l'instruction, qu'il faut appeler les Infidelles à la religion Chrétienne, et non par les menaces et par la terreur. Ce fut lui qui procura les premiers missionnaires à l'Angleterre. Il n'étoit pas encore pape, lorsqu'un jour, en passant par le marché de Rome, il vit des esclaves d'une belle taille, exposés en vente. C'étoient des Anglois. « Quel dommage, s'écria-t-il, que des hommes, si bien faits et d'une si belle figure, soient si difformes aux yeux de Dieu! » Aussitôt il alla trouver le pape et le pria instamment d'envoyer dans l'isle de Bretagne des ministres pleins de zèle et de lumières. Lorsqu'il fut parvenu au souverain pontificat, il soutint cette mission de tout son pouvoir. Quoique St. Grégoire fût d'une si grande humi- lité, qu'il se donna lui-même le titre de Serviteur des Serviteurs de J. C. (titre adopté par ses successeurs), il soutenoit avec chaleur l'autorité du saint Siège, et ménageoit à l'Église la faveur des princes. On lui a même reproché d'avoir trop loué la cruelle Bruchaud; mais cette princesse, qui lui survécut plusieurs années, étoit de son temps moins digne de blâme. Peut-être crut-il devoir louer ses bonnes œuvres, en dissimulant ses vices. S'il écrivit à Childebert II: « Votre trône est autant au-dessus des autres peuples, que les rois sont au-dessus des autres hommes. » Ce sont de ces exagérations qui échappent en écrivant à un roi puissant. D'ailleurs, l'Église romaine possédant en France des fonds très-considérables, puisqu'elle en tira 400 écus d'or en 593. St. Grégoire devoit écrire avec quelque complaisance aux princes qui la laissoient jouir de ces biens. On excusera plus difficilement les louanges qu'il prodigua à l'usurpateur Phocas, qui avoit ravi le trône et la vie à l'empereur Maurice. Malgré les richesses de l'Église romaine, Grégoire eut le train le plus modeste et la table la plus frugale. Dans une lettre au sous-diacre Pierre, recteur du patrimoine de Sicile, il lui dit: Vous m'avez envoyé un mauvais cheval et cinq bons ânes; je ne puis monter le cheval, parce qu'il ne vaut rien, ni les ânes, parce que ce sont des ânes. Ces paroles sont une preuve que l'écurie de ce grand pape n'étoit pas bien magnifique: on peut les regarder encore comme un trait pour le tableau de son siècle, et comme un sujet de confusion pour le nôtre. De tous les papes, St. Grégoire le Grand est celui dont il nons reste le plus d'écrits. Les principaux sont : I. Son *Pastoral* : c'est un traité des devoirs des pasteurs. On ne sauroit trop leur en recommander la lecture. II. Des *Homélies*. III. Des *Commentaires sur Job*, pleins de leçons propres à former les mœurs ; ce qui les a fait appeler les *Morales de St. Grégoire*. Il faut avouer cependant que cet ouvrage diffus et négligé, est trop surchargé d'allégories qui manquent quelquefois de justesse. IV. Des *Dialogues*, composés, en partie, pour célébrer les miracles de plusieurs Saints d'Italie. Le saint pontife s'y est livré au goût de son siècle pour le merveilleux, et au récit des miracles extraordinaires et des histoires fabuleuses. V. *Douze Livres de Lettres*, qui offrent quelques particularités sur l'histoire de son temps, et des décisions sur divers points de discipline. Ce pape avoit le génie tourné du côté de la morale, et il s'étoit fait un fonds inépuisable de pensées spirituelles. Il les exprimoit d'une manière assez noble, sans s'attacher pourtant à la pureté du langage, et les renfermoit plutôt dans des périodes que dans des sentences. Ses termes ne sont pas fort choisis, et sa composition n'est pas assez travaillée ; mais elle est facile et se soutient également. Il n'a rien de bien élevé, ni de bien vif ; mais ce qu'il dit est vrai et solide. On ne lui reproche que d'être trop abondant dans ses explications de morale, et trop recherché dans ses allégories. On ne voit dans ses Lettres, ni dans ses autres livres, aucune raison de l'accuser, comme ont fait plusieurs modernes, d'après *Jean de Sarisbury*, écrivain du 12$^{e}$ siècle, d'a- voir fait brûler les livres des auteurs païens. Il conseille seulement à *Didier*, archevêque de Vienne, de ne pas s'amuser à enseigner la grammaire, parce qu'un évêque a des occupations plus importantes. (*Voyez* ce que dit M. *Landi*, dans son *Histoire de la Littérature de l'Italie*, t. 1, pour justifier *St. Grégoire* de l'imputation qui a été faite à sa mémoire par les amateurs de l'antiquité.) De toutes les éditions des *Ouvrages* de ce Père, la plus ample et la plus correcte, est celle que Dom de *Sainte-Marthe*, général des Bénédictins de Saint-Maur, publia en 1707, en 4 vol. in-fol. Sa *Vie* avoit été écrite par le même, et imprimée à Rouen, in-4$^{o}$, en 1697. Elle est préférable à l'*Histoire de son Pontificat*, par *Maimbourg*... On date communément du pontificat de *St. Grégoire le Grand*, l'usage de faire des souhaits en faveur de ceux qui éternuent. On prétend que, du temps de ce saint pape, il régna dans l'air une malignité si contagieuse, que ceux qui avoient le malheur d'éternuer, expiroient sur-le-champ. Mais c'est une fable, puisque cette coutume étoit en vogue chez presque toutes les nations du monde, long-temps avant J. C. ; que les Grecs et les Romains avoient des formules de complimens pour ces sortes d'occasions ; telles étoient celles-ci : *Vivez ! Portez-vous bien ! Jupiter vous conserve !* etc.
II. GRÉGOIRE II. (Saint) pape, en 715, après *Constantin*, mérita la double clef par le succès avec lequel il avoit rempli des commissions importantes. Il étoit Romain, et signala son pontificat par son zèle. Il rétablit le mo- N n 2 364 GRÉ nastère du Mont-Cassin, convoqua deux conciles, l'un en 721, contre les mariages illicites; et l'autre en 729, contre les Iconoclastes; envoya St. Boniface prêcher en Allemagne; et mourut le 12 février 731, regretté pour ses vertus et ses lumières. On a de ce pape quinze Lettres; et un Mémoire donné à ses envoyés en Bavière, sur divers points de discipline. On les trouve dans les Collections des Conciles.
III. GRÉGOIRE III, natif de Syrie, succéda à Grégoire II, le 18 mars 731. Un de ses premiers soins fut d'écrire à l'empereur Léon, pour lui faire de vifs reproches de ce qu'il persistait à soutenir les Iconoclastes; mais sa lettre ne produisit rien. Il assembla un concile en 732, dans lequel il excommunia ces hérétiques. Les Lombards faisoient tous les jours de nouvelles entreprises contre les Romains; le pape, pressé par ces barbares, implora le secours de Charles Martel. Ses légats envoyés à ce prince, lui promirent, de la part de ce pontife, que s'il le secourait, il le soustrairoit à l'obéissance de l'empereur qui abandonnait l'Italie, et lui donneroit le consulat de Rome. Cette légation, qu'on regarde comme l'origine des nonces apostoliques en France, ne produisit rien. Charles Martel la reçut avec honneur, et la renvoya avec des présens; mais il étoit trop occupé en France contre les Sarasins, pour aller se battre en Italie contre les Lombards. Grégoire III mourut peu de temps après, le 28 novembre 741, regardé comme un pontife magnifique et charitable. C'est le premier pape qui gouverna, en souverain, l'exarchat de Ravenne; non qu'on lui en eût fait une donation expresse, mais par l'espèce d'abandon où les Grecs l'avoient laissé, et le consentement de fait qu'on donne à l'aliénation d'une chose qu'on ne veut ni conserver, ni réclamer. Son pontificat est une des époques de la grandeur temporelle des papes. On a de lui deux Lettres dans les Collections des Conciles.
IV. GRÉGOIRE IV, Romain, recommandable par son savoir autant que par sa piété, obtint la couronne pontificale le 5 janvier 827 ou 28. Ce fut lui qui entreprit de rebâtir la ville d'Os-tie, pour défendre l'embouchure du Tibre contre les incursions des Musulmans qui s'étoient emparés de toute la Sicile; il la nomma Grégoriopolis. Dans le temps des troubles entre Louis le Débonnaire et ses fils, Grégoire vint en France, à la prière de Lothaire, pour tâcher d'y mettre la paix. Le bruit couroit qu'il vouloit excommunier les évêques fidelles à l'empereur; mais ces prélats dirent qu'il s'en retourneroit excommunié lui-même, s'il entreprenoit de les excommunier contre les Canons: SI EXCOMMUNICATURUS VENIET, EXCOMMUNICATUS ANIBIT. Ce n'étoit point l'intention du pape, il vouloit seulement être l'arbitre d'une malheureuse querelle. Sachez, dit-il à l'empereur, que je ne suis venu que pour procurer la paix que le Sauveur nous a tant recommandée. Il se retira à Rome, mécontent des deux partis, et y mourut le 25 janvier 844. C'est Grégoire IV qui fit célébrer la fête de Tous les Saints dans l'univers Chrétien. On a de lui trois Lettres dans les Collections des Conciles. G R É 565 **V. GRÉGOIRE V**, Allemand, nommé auparavant *Brunon*, parent de l'empereur *Othon*, fut élu pape après *Jean XVI*, en mai 1946. *Crescentus*, consul de Rome, qu'il avait protégé auprès de l'empereur, eut l'ingratitude de lui opposer *Philagache*, évêque de Phasance, et d'obliger le vrai pontife à chercher un asile en Franconie; mais cet antipape, qui prit le nom de *Jean XVII*, fut chassé par *Othon*, et excommunié dans le concile de Pavie, en 1997, par *Grégoire*, qui ne jouit pas longtemps du pontificat. Il mourut le 18 février 1999, à 27 ans, après avoir gouverné avec autant de vigilance que de fermeté. On a de lui quatre *Lettres* dans les *Collections des Conciles*.
**VI. GRÉGOIRE VI**, Romain et archipétre de l'église Romaine, nommé auparavant *Jean Gratien*, fut ordonné pape en 1044, après que *Benoit IX* lui eut cédé le pontificat, dit le *P. Longueval*, moyennant une somme d'argent. Le motif qui engagea le nouveau pontife et le clergé de Rome, à payer *Benoit IX* pour abdiquer, c'est qu'il étoit réellement indigne de la papauté; et que sa démission faisoit cesser un grand scandale dans l'église. *Grégoire* trouva le temporel de son église diminué à tel point, qu'il fut obligé d'excommunier avec éclat, ceux qui l'avoient usurpé. Cet anathème ne fit qu'irriter les coupables, qui vinrent en armes jusqu'à Rome. Mais *Grégoire* les chassa, retira plusieurs terres de l'église, et rétablit la sureté des chemins, tellement remplis de voleurs, que les pèlerins étoient obligés de s'assembler en grandes troupes pour se défendre contre eux. Cette sage conduite déplut aux Romains, accoutumés au brigandage. Le feu de la sédition alloit se rallumer, lorsque l'empereur *Henri III* vint en Italie, fit célébrer un concile à Sutri, près de Rome, en 1046, où *Grégoire VI* abdiqua le pontificat. *Clément II* fut mis à sa place. *Grégoire* se retira ensuite dans le monastère de Cluni, où il termina ses jours dans les exercices de la vie religieuse. On a dans la *Collection des Conciles*, une *Lettre* circulaire de *Grégoire VI* à tous les fidèles, pour leur demander des aumônes, dit le *P. Longueval*, « afin de soutenir l'éclat d'une dignité qu'il avoit achetée. Ce n'étoit pas un motif bien propre à exciter leur charité. »
**VII. GRÉGOIRE VII**, appelé auparavant *Hildebrand*, fils d'un charpentier de Soano en Tocane, fut élevé à Rome, et se fit moine de Cluni, sous l'abbé *Odilon*. Devenu prieur de cet ordre, il passa à Rome avec *Brunon*, évêque de Toul, qui avoit été désigné pape par l'empereur *Henri IV*, et qu'il eut le crédit de faire élire sous le nom de *Léon IX*. Ce pontife lui laissa la principale autorité, et il la conserva sous *Alexandre II*. Après la mort de ce pape, en 1073, la voix publique le désigna pour son successeur. Il fut élu; mais il ne fut sacré que deux mois après son élection, parce qu'il voulut attendre le consentement de l'empereur *Henri IV*. C'est, suivant le savant *Pagi*, le dernier pape, dont le décret d'élection ait été envoyé à l'empereur pour être confirmé. Le nouveau pape, animé d'un N n 3 366 G R É zèle intrépide, forma de vastes projets touchant la réformation de l'église. « J'ai souvent prié Notre-Seigneur, écrivait-il à St. Hugue, abbé de Cluni, ou de m'ôter de cette vie, ou de me rendre utile à son église : car je suis environné d'une douleur excessive et d'une tristesse universelle. L'église Orientale abandonne la foi Catholique, et les Chrétiens y sont par-tout mis à mort. Quand je regarde l'Occident et les autres parties du monde, à peine trouvé-je des évêques dont l'entrée ait été légitime, dont la vie soit pure, et qui gouvernent leur troupeau plutôt par charité que par ambition ; et entre tous les princes séculiers, je n'en connais point qui préfèrent l'honneur de Dieu au leur, et la justice à l'intérêt. Quant aux peuples entre lesquels je demeure, les Romains, les Lombards et les Normands, je leur dis souvent que je les trouve, en quelque façon, près que des Juifs et des Païens. » Voulant remédier efficacement à tant de maux, Grégoire crut pouvoir se conduire selon les droits que lui attribuoit la jurisprudence canonique d'alors. Il se crut le maître spirituel et temporel de toute la terre, le juge et l'arbitre souverain de toutes les affaires ecclésiastiques et civiles, le distributeur de toutes les graces, de quelque nature qu'elles fussent, et le dispensateur, non seulement des bénéfices, mais aussi des royaumes. Avec de telles idées, il ne pouvoit être longtemps ami de Henri IV. Ils se brouillèrent dès le commencement de son pontificat, se racommodèrent bientôt après, et se brouillèrent de nouveau en 1075. Le pape, à qui Henri avoit été dénoncé comme un simoniaque, lui fit ordonner par ses légats, sous peine d'anathème, de se rendre à Rome à un jour marqué. Le prince irrité chasse ignominieusement les légats, et se vengea, en suscitant contre le pape un brigand nommé Cencius, fils du préfet de Rome, qui saisit le pontife dans Sainte-Marie-Majeure, au moment où il disoit la Messe. Des satellites le menèrent prisonnier dans une tour, d'où Cencius devoit l'envoyer en Allemagne. Le peuple Romain, offensé d'une telle violence, escalada la tour et délivra le pontife. Henri IV convoquoit en même temps, en 1076, un concile à Worms, qui déposa Grégoire, sur l'exhibition d'une histoire scandaleuse de la vie du pape, dans laquelle on le chargeoit de crimes inouis et incroyables. Grégoire, de son côté, tenoit un synode à Rome : Henri y fut déposé et excommunié. La sentence étoit conçue en ces termes : De la part de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, et par l'autorité de St. Pierre, prince des Apôtres, je défends à Henri, fils de l'empereur Henri, de gouverner le royaume Teutonique et l'Italie. J'absous tous les Chrétiens du serment qu'ils lui ont prêté ou prêteront ; et je défends à toutes personnes de le servir comme Roi, le chargeant d'anathème, etc. Cette sentence n'auroit été que vaine, si Henri IV eût été assuré de l'Allemagne et de l'Italie ; mais sa mauvaise conduite et ses injustices lui avoient fait des ennemis, et elle lui fut funeste. Les seigneurs Allemands prirent ce prétexte pour se donner un autre empereur. Henri IV crut parer ce coup en allant en Italie G R É 167 désarmer la colère de Grégoire. Lorsqu'il fut arrivé à Canosse, forteresse où le pape s'étoit retiré, il fut obligé de demeurer trois jours, nus pieds et couvert d'un cilice, dans l'enceinte de cette forteresse. Enfin, le quatrième jour, le pape permit qu'il parût en sa présence. Grégoire consentit, par un acte du 18 janvier 1077, à lui donner l'absolution, à condition qu'il se justifieroit en Allemagne, dans une diète générale, de tous les crimes dont on l'accusoit; que le pape qui seroit présent, le jugeroit; et que jusqu'à ce temps-là il ne porteroit aucune marque de la dignité royale; qu'il seroit à l'avenir parfaitement soumis au saint Siège, et qu'il laisseroit au chef de l'église une entière liberté de faire en Allemagne, par ses légats, toutes les réformations qu'il jugeroit nécessaires. Henri promit avec serment, sur l'Évangile, de faire tout ce que Grégoire exigeoit de lui. Le pontife lui ayant donné l'absolution, célébra la messe en sa présence. Après la consécration, il fit approcher l'empereur de l'autel; et tenant l'hostie entre ses mains, il lui rappela les lettres injurieuses où il l'accusoit de simonie et de divers autres crimes. « Pour ôter, ajouta-t-il, toute ombre de scandale, je veux que le corps de Notre-Seigneur, que je vais prendre, soit aujourd'hui une preuve de mon innocence, et que, si je suis coupable, Dieu me fasse mourir subitement. » Grégoire prit ensuite la moitié de l'hostie et l'avala; et ayant présenté à Henri l'autre moitié, il lui dit: « Faites, mon fils, ce que vous m'avez vu faire. Prenez cette autre partie de l'hostie, afin que cette preuve de votre innocence, ferme la bouche à vos ennemis. » L'empereur, se rappelant dans ce moment les malversations commises en Allemagne, pria le pontife de remettre l'affaire à la décision d'un concile, et reçut la communion de ses mains, mais sans faire serment. On auroit de la peine, dit Hardion, à croire un si étrange événement, si le pape lui-même ne l'avoit publié dans ses lettres avec une sorte de complaisance. Les seigneurs de Lombardie, ajoute le même auteur, indignés qu'il se fût soumis avec tant de bassesse à un si indigne traitement, vouloient le rejeter pour donner la couronne à son fils encore enfant. Henri ne les appaissa qu'en promettant de se venger, et en rompant son traité avec le pape, Grégoire l'excommunie de nouveau, et engage les seigneurs et les évêques d'Allemagne d'élire l'empereur Rodolphe, duc de Souabe, le 17 mars 1077. Il encourage ce prince et son parti, et leur promet que Henri mourra bientôt; mais dans la fameuse bataille de Mersbourg, Henri IV fait retomber la prédiction sur Rodolphe, son compétiteur, blessé à mort. Après cette victoire, il marcha vers Rome, avec Guibert, archevêque de Ravenne, qu'il avoit fait élire sous le nom de Clément III. Il assiégea Grégoire dans le château Saint-Ange, et alloit le prendre prisonnier, lorsque Robert Guischard, prince de la Pouille, se présenta pour le secourir. Henri repassa en Allemagne, laissant l'Italie dans le trouble. Le pape étoit regardé par les Romains, comme la cause de leurs malheurs et de leur misère. Las de leurs murmures, Grégoire se retira à Salerno, N n 4 568 GRÉ où il mourut le 24 mai 1085, avec une grande réputation de vertu. L'attachement de la comtesse MATHILDE (*Voy. ce mot.*), pour ce pontife, donna lieu aux clercs dont il avoit condamné les mariages sacrilèges, de semer des bruits calomnieux contre sa réputation; mais ces impostures, dictées par la méchanceté et la vengeance, tombèrent d'elles-mêmes, parce que la conduite de *Grégoire VII*, depuis son enfance, l'avoit mis au-dessus de l'ombre même du soupçon. D'ailleurs, les éloges que les plus saints personnages de son temps firent de ce pontife, le justifient assez. Ses dernières paroles furent : *J'ai aimé la justice et haï l'iniquité : c'est pour cela que je meurs en exil*. On ne peut guère lui reprocher que d'avoir voulu étendre sur le temporel des princes le pouvoir qu'il n'avoit reçu que pour le spirituel. L'empereur *Heuri IV* ne fut pas le seul qu'il traita en vassal. Il étendit ses prétentions ambitieuses sur la France, l'Angleterre, la Hongrie, le Danemarck, la Pologne, la Norwège, la Dalmatie. Il envoya des légats dans la plupart des royaumes de l'Europe, pour y tenir des conciles et y établir son autorité. Quelque extraordinaires que paroissent aujourd'hui ces entreprises, elles étoient en partie la suite des opinions de ce temps-là. Il falloit bien que l'ignorance eût mis alors dans beaucoup de têtes, que l'église Romaine étoit la maîtresse des royaumes, puisque *Grégoire* le répétoit dans toutes ses lettres. A ces chimériques prétentions près, on ne peut que louer *Grégoire VII*. Né avec un grand courage, et élevé dans la discipline monastique la plus ré- régulière, il avoit un désir ardent de purger l'église des vices dont il la voyoit infectée. Il auroit voulu faire régner à leur place les vertus dont il étoit animé. Si les ténèbres de son siècle lui eussent permis de distinguer la puissance temporelle de la spirituelle, il auroit épargné à l'Europe le spectacle sanglant et ridicule de tant de guerres, qui, loin de produire aucun bien, ne firent qu'augmenter les maux qu'il vouloit guérir. On pourroit appliquer à ce sujet, dit le président *Hesnault*, le mot de l'histoire Grecque : *Prenez garde*, disoit-on un jour aux Athéniens qui se ruinoient à bâtir des temples, que le soin du Ciel ne vous fasse perdre la terre. On auroit pu dire alors aux papes : « Prenez garde que la passion d'acquérir la terre, ne vous fasse perdre le Ciel. On vous disputera la puissance sur le spirituel, si vous vous obstinez à vouloir la puissance sur le temporel. » Les temps ont changé heureusement; les choses sont éclaircies, et chacun jouit en paix de ses domaines et de son pouvoir. Ce qu'il y a de singulier, c'est que l'empereur lui-même ignoroit ses véritables droits, et étoit dans l'erreur de son siècle. *Un souverain*, dit-il dans une lettre adressée à *Grégoire*, n'a que Dieu pour juge, et ne peut être déposé pour aucun crime, si ce n'est qu'il abandonne la foi : comme si des sujets pouvoient être déliés du serment de fidélité, parce qu'un roi seroit ou deviendroit hérétique ! En 1584, le nom de *Grégoire VII* fut inséré dans le Martyrologe Romain, corrigé par ordre de *Grégoire XIII*. Enfin, sous le pontificat de *Benoit XIII*, on l'a placé dans le Bréviaire, avec une légende, où l'on canonise toute sa conduite à l'égard de Henri IV; mais cette légende, digne du siècle de Grégoire VII, a été supprimée par les parlements en France, et par l'empereur dans tous ses états d'Allemagne et d'Italie. On la récite cependant dans divers endroits de l'Allemagne; et, après avoir été proscrite en Portugal, on l'a rétablie en 1777. On a de Grégoire VII, neuf livres de Lettres, écrites depuis 1073 jusqu'en 1082. Il y a parmi ces Lettres, insérées dans les Conciles, un Traité intitulé : Dictatus Papae, qui lui a été faussement attribué, si l'on en croit les meilleurs critiques, entre autres Pagi et le P. Alexandre. Il y a apparence que cette pièce, singulière par les prétentions exorbitantes qu'elle renferme, a été composée, ou par un ennemi, qui vouloit le rendre odieux, en lui prêtant les vues les plus ambitieuses; ou par un imbécille, entêté des maximes de ce pape; ou par un lâche flatteur, qui vouloit aller à la fortune par cette bassesse.
VIII. GRÉGOIRE VIII, appelé auparavant Albert de Mora, étoit de Bénévent. Il succéda au pape Urbain III, le 20 octobre 1187, et mourut le 17 décembre suivant, après avoir exhorté les princes Chrétiens à entreprendre une nouvelle croisade. C'étoit un pontife savant, éloquent, de mœurs exemplaires et d'un zèle vif. On a de lui, trois Lettres dans les Collections des Conciles. — Il ne faut pas le confondre avec l'antipape Bourdin, qui avoit pris le nom de Grégoire VIII. Voy. BOURDIN. G R É 569
IX. GRÉGOIRE IX, (Ugo-lin) cardinal évêque d'Ostie, pape le 19 mars 1227, et non pas en 1271, comme le dit le Dictionnaire Critique. L'auteur de cet ouvrage inexact place l'élection de Grégoire VIII en 1227; il ne se trompe pas moins. Il a confondu le pape Grégoire VIII avec Grégoire IX, et Grégoire IX avec Grégoire X. Grégoire IX étoit neveu d'Innocent III, de la famille des comtes de Segni, et natif d'Anagnie. Le triste état de la Terre — sainte l'engagea à faire prêcher une nouvelle croisade. L'empereur Frédéric II renvoyoit le voyage de Palestine, autant qu'il pouvoit; pour l'y encourager, Grégoire lui écrivit une lettre d'un style singulier, dont je rapporterai le commencement, pour faire voir le mauvais goût de ce temps-là. « Le Seigneur vous a mis dans ce monde comme un chérubin armé d'un glaive tournoyant, pour montrer à ceux qui s'égarent le chemin de l'arbre de vie. Car, considérant en vous la raison illuminée par le don de l'intelligence naturelle, et l'imagination nette pour la compréhension des choses sensibles, on voit manifestement en vous une vertu motrice, pour distinguer le convenable de ce qui ne l'est pas, et une vertu compréhensive, par laquelle vous pouvez facilement obtenir ce qui est licite et convenable. » Le pape s'étendoit ensuite sur les significations mystérieuses des ornemens impériaux : la Croix où il y avoit de la vraie Croix; la Lance ornée d'un des cloux de la passion, que l'on portoit l'une et l'autre devant l'empereur aux processions; la Couronne qu'il avoit en tête; le Sceptre qu'il tenoit de la main droite; la *Pomme d'or* de la gauche : tout cela renfermoit des mystères qu'il n'est pas aisé d'entendre, même après l'explication qu'on en trouve dans cette lettre. *Frédéric*, sincèrement déterminé à s'embarquer pour la Palestine, se rendit à Brindes, où étoit l'armée des Croisés. Il tomba malade, et ce fut un sujet de différer. Le pape ne pouvant se persuader que cette maladie fut sérieuse, l'excommunia. L'empereur part pour la Terre-sainte, nonobstant son excommunication; à son retour, il fut absous. Les deux partis desiroient également la paix; *Frédéric*, à cause des suites que cet anathème pouvoit avoir; *Grégoire*, à cause des maux que ces querelles entraînent après elles. La guerre se ralluma en 1234. L'empereur ayant donné à un de ses fils naturels le royaume de Sardaigne, le pape, qui prétendoit que cette isle lui appartenoit, l'excommunia solennellement à Rome, le jour des Rameaux. Il fit plus : il osa offrir l'empire à *St. Louis* pour *Robert* son frère, comte d'Artois. *Comment*, répondit ce saint roi, le pape a-t-il osé déposer un si grand Prince, qui n'a point été convaincu des crimes dont on l'accuse? S'il avoit mérité d'être déposé, ce ne pouvoit être que par un *Concile général*. Ces paroles prouvent que, dans les temps les plus barbares, les bons yeux voient la vérité à travers les nuages de la barbarie, mais ne la voient pas toute entière : car le concile général n'a pas plus de droit sur les couronnes que le pape. *Frédéric II* brûloit d'envie de se venger de *Grégoire*, lorsqu'il apprit sa mort arrivée le 21 août 1241. Ce pontife avoit du zèle; mais il étoit si mal réglé, que le peu de lumières du siècle où il vivoit, peut à peine l'excuser. Il avoit témoigné beaucoup d'ardeur pour la réunion des Grecs et la conversion des Mahométans. Il envoya même à plusieurs princes Musulmans, de longues instructions, par lesquelles il les menaçoit, s'ils ne se convertissoient, de soustraire à leur obéissance les Chrétiens qui vivoient sous leur domination. Cette menace, si peu conforme à l'esprit de l'Évangile et à la conduite des Apôtres, ne produisit que de nouvelles persécutions, sans opérer une seule conversion. On a des *Lettres* de ce pape dans les *Conciles*. Il condamne, dans une de ces lettres, les hérétiques nommés *Stadingses*, qui parurent en Allemagne sous son pontificat. Voici les abominations qu'il leur reproche. « On dit que quand ils reçoivent un Proselite, et qu'il entre pour la première fois dans leur assemblée, il voit un crapaud d'une grandeur énorme, que les uns baisent à la bouche, les autres au derrière. Le Proselite rencontre ensuite un homme pâle avec les yeux très-noirs, si maigre qu'il n'a que la peau et les os; il le baise et le sent froid comme la glace, et après ce baiser, il oublie entièrement la foi catholique. Ensuite ils font ensemble un festin, après lequel descend un chat noir derrière une statue, qui est ordinairement dans ce lieu. Le Proselite baise le premier ce chat au derrière, et après lui celui qui préside à l'assemblée, et les autres qui en sont dignes. Les imparfaits reçoivent seulement le baiser du maître, et il ne baisent le chat que lorsqu'on est content de leur conduite; ils prometrent obéissance, après quoi ils éteignent toutes les in- mlères, et ils commettent entre eux toutes sortes d'impuretés.» X. GRÉGOIRE X, (*Thibaud*) né à Plaisance, de l'illustre famille des *Visconti*, devint archi-diacre de Liège. Il étoit dans la Terre-sainte avec *Edouard* roi d'Angleterre, lorsqu'il apprit qu'il avoit été élu pape par compromis, le 1er septembre 1271. Il indiqua, l'année suivante, un concile général. La lettre de convocation marquoit trois principales raisons de le tenir: le schisme des Grecs, le mauvais état de la Terre-sainte, et les vices et erreurs qui se multiplioient dans l'Eglise. Ce concile se tint à Lyon en 1274, et fut très-nombreux. On y compta 500 évêques, 70 abbés, des ambassadeurs de presque tous les princes Chrétiens. Après le concile, *Grégoire* fit faire des préparatifs pour la Croisade; mais ils furent sans effet: il ne se fit plus aucune entreprise générale pour la Terre-sainte. Le pape mourut peu de temps après à Arezzo, le 10 janvier 1276. Il se rendit recommandable par sa piété, son savoir, et son amour de la discipline. Il avoit été élu à la persuasion de *St. Bonaventure*, qui connoissoit son mérite. Ce fut lui qui ordonna que les cardinaux, après la mort du pape, seroient renfermés dans un conclave, et qu'ils y seroient jusqu'à ce que l'élection fût faite; réglement sage, qui empêcha que le saint Siège ne fût trop long-temps vacant, et qui arrêta les intrigues et les séditions. Le Jésuite *Bonucci* a publié la *Vie de Grégoire X*, en 1711, à Rome, in-4. On a de lui des *Lettres* dans les *Coagiles*,
XI. GRÉGOIRE XI, (*Pierre Roger*) Limousin, étoit neveu du pape *Clément VI*, et fils de *Guillaume* comte de Beaufort, qui vivoit lorsqu'il fut élu pape le 29 décembre 1370, âgé seulement de 40 ans. *Clément VI* l'avoit fait cardinal avant l'âge de 18 ans, et lui avoit donné un grand nombre de bénéfices: abus qu'on s'efforçoit de justifier, par la prétendue nécessité où étoient les cardinaux de soutenir leur dignité. Son savoir et son mérite lui ayant procuré la tiare, son premier soin fut de réconcilier les princes Chrétiens, d'envoyer du secours aux Arméniens attaqués par les Turcs, et de réformer les ordres religieux. Le saint Siège étoit encore à Avignon; mais la présence du pape étoit très-nécessaire à l'Italie. Les Florentins et la plupart des villes de l'Etat ecclésiastique s'étoient révoltées. Le pape, croyant remédier à ces désordres, et sur-tont vivement pressé par *Ste. Brigitte* de Suède et *Ste. Catherine* de Sienne, passa à Rome en 1377, et cette ville depuis n'a point été sans pape. Il y mourut l'année d'après, le 28 mars 1378, à 47 ans, peu regretté des Romains et des Florentins, et soupirant après le séjour d'Avignon. Ce pontife se rendit recommandable par ses vertus, par sa charité, par la bonté de son caractère, par son savoir dans le droit civil et canonique, et par la protection qu'il accorda aux gens de lettres. Le Père *Berthier* lui reproche un peu trop de tendresse pour ses parens. Il eut sans cesse auprès de lui son père, ses frères et ses neveux, la plupart déjà enrichis par les bienfaits de *Clément VI*. Il n'augmenta pas leur fortune; mais il fit des graces à leur sol- licitation, et ces graces ne furent pas distribuées avec assez de choix. Ce fut Grégoire XI qui proscrivit le premier les erreurs de Wiché. On a de lui des Lettres dans Wading et dans Bzovins.
XII. GRÉGOIRE XII, Vénitien, connu sous le nom d'Ange Corario, avoit été honoré de la pourpre par le pape Innocent VII. L'esprit de conciliation qu'il avoit marqué dans ses nonciatures, lui fit donner le souverain pontificat le 30 novembre 1406, dans le temps malheureux du schisme d'Occident. On eut la précaution de lui faire signer un compromis, par lequel il s'engageoit à renoncer à la tiare, en cas que l'autre contendant cédant de son côté. Les deux papes s'épuisèrent en lettres et en promesses. Ils devoient abandonner leurs droits respectifs : Grégoire XII ne cessoit de l'écrire, Benoît XIII de le dire; et tous les deux étoient fort éloignés de l'exécuter. Les cardinaux, voyant qu'ils n'agissoient pas de bonne foi, convoquèrent un concile général à Pise, dans lequel ils les déposèrent, et élurent Alexandre V. Pour contrebalancer ce concile, Grégoire en tint un à Udine dans le Frion; mais, craignant à tout moment d'être arrêté, il se retira à Gaëte, sous la protection de Ladislas roi de Naples. Ce prince l'ayant abandonné, il se réfugia à Rimini, d'où il envoya sa renonciation au concile de Constance. Grégoire, instruit qu'elle avoit été acceptée, quitta la tiare et toutes les autres marques de la dignité pontificale. Le concile, en reconnoissance de sa soumission, lui donna les titres de Doyen des Cardinaux, et de Légat perpétuel dans la Marche d'Ancone. Il mourut à Recanati, le 18 octobre 1417, à 92 ans, pénétré du néant de la grandeur, et détrompé sur ces sublimes misères qui avoient semé sa vie d'amertumes.
XIII. GRÉGOIRE XIII, (Hugue Buoncompagno) Bolonois, successeur de Pie V, le 13 mai 1572. C'étoit un des hommes les plus profonds de son siècle dans la jurisprudence civile et canonique. Il l'avoit professée avec distinction, et avoit paru avec non moins d'éclat au concile de Trente, en qualité de jurisconsulte. Pie V récompensa ses services, et le fit cardinal après sa légation d'Espagne. Il avoit 70 ans lorsqu'il fut élu pape. Les principaux événe-mens de son pontificat sont l'embellissement de la ville de Rome, qu'il orna d'églises, de palais, de portiques, de ponts, de fontaines; la condamnation de Baïus; le rétablissement de l'ordre de St. Basile; les secours de troupes et d'argent qu'il envoya à Henri III contre les Calvinistes. Mais il s'est principalement rendu célèbre par la réformation du Calendrier. Il s'y étoit glissé des erreurs si considérables, qu'on ne célébroit plus les fêtes dans leur temps, et que celle de Pâque, au lieu de demeurer entre la pleine lune et le dernier quartier de la lune de mars, se seroit trouvée insensiblement au solstice d'été, puis en automne, et enfin en hiver. Il s'agissoit de mettre ordre à cette confusion, et il en avoit été question dans les conciles de Constance, de Basle, dans le cinquième de Latran. etc. Sixte IV y employa Begiomontan, qui mourut avant d'avoir exécuté son projet. Enfin, Grégoire XIII s'en étant occupé sérieusement, un mathématicien Romain (Louis G R É 573
*LILIO*) fournit la manière la plus simple et la plus facile de rétablir l'ordre de l'année, tel qu'on le voit dans le nouveau Calendrier. Il ne falloit que retrancher dix jours à l'année 1582 où l'on étoit pour lors, et prévenir le dérangement dans les siècles à venir. *Grégoire XIII* jouit de la gloire de cette réforme; mais il eut plus de peine à la faire recevoir par les nations, qu'à la faire rédiger par les mathématiciens. Elle fut rejetée par les Protestans d'Allemagne, de Suède, de Danemarck, d'Angleterre, uniquement parce qu'elle venoit du pape. Ils craignirent que les peuples, en recevant des lois dans l'astronomie, n'en regussent bientôt dans la religion. Ils s'opiniâtrèrent à suivre l'ancien Calendrier; et c'est de là qu'est venu l'usage d'ajouter aux dates les termes de *vieux style* pour ceux qui retenoient l'année Julienne, et de *nouveau style* pour l'année Grégorienne. En France, dans les Pays-Bas, dans la Grèce, on refusa d'abord; mais on reçut ensuite cette vérité utile, qu'il auroit fallu recevoir des Turcs, dit un homme d'esprit, s'ils l'avoient proposée. Les Anglois, les Protestans d'Allemagne et du Nord, l'ont reçue depuis quelques années. Il n'y a que les Russes qui aiment mieux, dit un homme d'esprit, être brouillés avec tout le ciel que de se rencontrer avec l'Eglise Romaine. *Grégoire XIII* mit en même temps la dernière main à un ouvrage non moins désiré par les jurisconsultes, que la réformation du Calendrier l'étoit par les astronomes. C'est le *Décret de Gratien*. Il le publia, enrichi de savantes notes. Le pape avoit beaucoup travaillé lui-même à cette correction, dans le temps qu'il professoit à Bologne. Il aimoit les sciences, et s'en occupoit quand les affaires lui laissoient quelque loisir. *Un pape*, disoit-il, *devroit tout savoir*. Les derniers jours de son pontificat furent marqués par une ambassade, envoyée du Japon, de la part des rois de Bungo et d'Arima, et du prince d'Omura, pour reconnoître l'autorité du saint Siège. C'étoit le fruit des missions des Jésuites. *Grégoire* mourut peu de temps après, le 10 avril 1585, à 83 ans. Le peuple eût été très-heureux sous ce pontife, doux jusqu'à la foiblesse, si la tranquillité publique de ses états n'avoit pas été quelquefois troublée par des bandits. C'est sous son pontificat qu'arriva en France le terrible massacre de la *St. Barthélemi*. On prétend qu'il existe une médaille que ce pape fit frapper sur cet événement, avec cette légende d'un côté: *GALCORUS XIII. PONT. MAX. AN. J.* et le portrait de ce pape; et de l'autre, l'Ange exterminateur, armé d'une croix et d'une épée, qui massacre les Huguenots, et ces mots: *HUGENOTONUM STRACES*, 1572. (Voyages de *Mission*, tom. Ier, p. 158.) Cependant, si l'on en croit *Brantôme*, ce même pape, qui donna toutes les marques extérieures de la plus grande joie à la nouvelle du massacre, versa des larmes sur le sort de ces infortunés, en disant: *Je pleure le sort de tant d'innocens, qui n'auront pas manqué d'être confondus avec les coupables; et possible qu'à plusieurs de ces morts Dieu ait fait la grace de se repentir*. Il ne voulut jamais écouter le cardinal de *Pellevé*, qui le pressoit d'assister la Ligue de troupes et d'argent, persuadé que les vices secrets de *Heuri III* n'étoient pas une raison de se révolter contre lui. « *Grégoire XIII*, dit le P. *Fabre*, réunissoit en sa personne beaucoup de vertus dignes d'un souverain pontife. On a toujours fait l'éloge de sa piété et de sa sagesse. Il fut d'ailleurs d'un caractère doux et modéré, d'une grande sobriété, généreux et bienfaisant. On ne lui reproche que deux choses : d'avoir eu trop de complaisance pour sa famille, et trop peu de fermeté pour arrêter et punir les désordres ; et surtout ceux des bandits, qui, sous son pontificat, courtoient impunément la campagne de Rome, et osèrent même porter leurs fureurs en plein jour jusque dans cette capitale. »
**XIV. GRÉGOIRE XIV**, (*Nicolas Sfondrate*) pape après *Urbaia VII*, le 5 décembre 1590, étoit fils d'un sénateur de Milan. *Grégoire XIII* l'avoit fait cardinal. Dès qu'il eut été placé sur le trône pontifical, il se déclara contre le roi *Heuri IV*, à la persuasion de *Philippe II*. Une armée d'Italiens fut levée pour aller ravager la France, aux dépens du trésor que *Sixte-Quint* avoit laissé pour défendre l'Italie ; et cette armée ayant été battue et dissipée, il ne lui resta que le regret de s'être appauvri pour le monarque Espagnol, et de s'en être laissé dominer. Bien différent de *Sixte-Quint*, il ne parut propre à commander, que tant qu'il demeura dans un état privé. Il avoit d'ailleurs d'excellentes qualités. La prière, la chasteté, le jeûne, furent ses vertus favorites ; et sa sobriété étoit si grande, qu'il n'usa d'un peu de vin que sur la fin de sa vie. Il donna le chapeau rouge aux car- cardinaux réguliers, envoya des missionnaires au Japon pour consoler les Chrétiens qui y étoient persécutés, et tâcha de faire exécuter les décrets du concile de Trente. Il mourut de la pierre le 15 octobre 1591, à 57 ans, n'ayant occupé la chaire de *St. Pierre* que dix mois.
**XV. GRÉGOIRE XV**, (*Alexandre Ludovisio*) Bolonois, d'une famille ancienne, fut fait archevêque de Bologne, et honoré de la pourpre par *Paul V*. Sa science dans le droit canon, sa douceur et ses autres vertus, le firent élire pape le 9 février 1621, à 67 ans. Sa complexion étoit foible, son zèle ardent, et il mourut le 8 juillet 1623. Ce pontife érigea l'évêché de Paris en métropole, fonda la *Propagarde*, approuva la réforme des Bénédictins de St-Maur ; donna des secours considérables à l'empereur et au roi de Pologne, qui soutenoient une rude guerre, l'un contre les hérétiques, l'autre contre les Turcs. Il aima les pauvres et assista les malades. On a des preuves de sa science dans plusieurs ouvrages qu'il laissa, entr'autres : *Epistola ad Regem Persarum* Schah Abbas, *cum notis Hegalsoni*, 1627, in-8$^{n}$ ; et les *Décisions de la Rote*.
**XVI. GRÉGOIRE DE NÉOCÉSARÉE**, (*Saint*) surnommé le *Thaumaturge*, disciple d'*Origène*, fut élevé sur le siège de Néocésarée, sa patrie, vers l'an 240. *Grégoire* évita cet honneur par la fuite ; mais il fallut qu'il se rendit à la vocation divine et aux sollicitations du peuple. Son épiscopat fut une suite non interrompue de prodiges, opérés sur les êtres sensibles et sur les insensibles. Il seroit cependant à touhaiter que certains historiens eussent mis plus de justesse dans le choix des miracles qu'ils lui attribuent. Lorsqu'il monta sur le siège de Néocésarée, il ne trouva dans cette ville que dix-sept Chrétiens: se voyant près de mourir, il n'y avoit plus qu'un pareil nombre d'hôlâtres. *Je dois à Dieu de grandes actions de graces*, s'écria-t-il plein de joie! *Je ne laisse à mon successeur qu'autant d'Infidelles que j'ai trouvé de Chrétiens*, Il expira peu après, le 17 novembre 265. Les Pères parlent de lui comme d'un nouveau *Moïse*, d'un nouveau *Paul... Ruffin et Usuard* le nom-ment *Martyr*, suivant la coutume des Grecs, qui donnoient ce nom à ceux qui avoient beaucoup souffert pour la cause de l'Évangile. Parmi les ouvrages de ce défenseur de la foi, il y en a plusieurs qui ne sont pas de lui; mais le *Rémériment à Origène*, morceau d'éloquence, l'*Épître Canonique* et la *Paraphrase de l'Écclésiaste*, que nous avons sous son nom, sont certainement de lui. Tous ces écrits ont été recueillis en un volume in-fol., grec et latin, en 1626, à Paris.
XVII. GRÉGOIRE DE NAZIANZE, (Saint) dit le *Théologien*, naquit vers l'an 328, à Arianze, petit bourg du territoire de Nazianze en Cappadoce. Il étoit fils de *St. Grégoire*, évêque de Nazianze, et de *Ste Nonne*: l'un et l'autre également célèbres par leur piété. Leur premier soin fut d'élever leur fils dans la vertu et dans les lettres. A Césarée, à Alexandrie, à Athènes, où on l'envoya étudier sous les plus habiles maîtres, il brilla par ses mœurs et par son esprit. C'est dans cette ville qu'il connut le fameux *Julien*, qui, depuis, voulut l'approcher de son trône, mais inutilement. *Grégoire* n'aimoit pas le grand monde, qu'il regardoit comme l'écueil de la vertu. Dès qu'il eut fini ses études, il s'enfonça dans un désert avec *Basile*, son illustre ami, et n'en sortit que pour aller soulager son père, qui, accablé sous le poids des années, ne pouvoit plus porter le fardeau de l'épiscopat. Ce respectable vieillard, affoibli par l'âge, avoit signé le *Formulaire de Rimini*; son fils l'engagea à rétracter sa signature, instruisit les fidelles, et résista aux hérétiques. Elevé au sacerdoce par son père, et ensuite sacré évêque de Sazime en Cappadoce par *St. Basile*, il abandonna ce siège à un autre évêque, pour se retirer de nouveau dans la solitude. « Sans doute, dit *Baillet*, que son humilité cherchoit à couvrir les vrais motifs de sa démission, lorsqu'il alléguoit pour prétexte que Sazime n'étoit qu'un passage de gens ramassés, exposés au brigandage et à la misère, fatigant par le bruit continuel des chariots, sans eau, sans agrémens, sans verdure, etc. etc. » Son père, prêt à descendre dans le tombeau, le pria une seconde fois de venir gouverner son église. *Grégoire* se rendit à ses instances; il fit toutes les fonctions d'évêque, mais sans en vouloir prendre le titre. On voulut le forcer d'accepter l'épiscopat, et il s'alla cacher encore une fois dans son désert. Ses amis l'engagèrent à en sortir, pour aller, l'an 379, à Constantinople, combattre les Ariens. « Ce fut un spectacle assez nouveau, dit *Baillet*, de voir un inconnu, mal fait de corps, 376 GRÉ de fort petite taille, pauvre, mal vêtu, sans argent, sans équipage, qui avoit quelque chose de rude et d'étranger dans son langage, à qui l'étude de l'éloquence n'avoit rien communiqué de la politesse du monde, venir déclarer la guerre tout seul à l'hérésie et aux grandeurs du siècle, dans la capitale de l'empire. Il fut mal reçu d'abord, et il n'opposa aux outrages des Ariens que la patience. Mais son genre de vie simple, retiré, austère, fixa bientôt le respect et l'affection du peuple. Ses prédications en eurent plus de poids. Joignant à une connoissance profonde de l'Écriture, un raisonnement juste et pressant, une imagination vive et une merveilleuse facilité de parler, il attiroit autour de sa chaire les hérétiques et les païens même. Dans peu de temps, les Ariens furent terrassés et confondus. En vain s'armèrent-ils de la calomnie et de l'imposture; l'empereur Théodose le Grand rendit justice au saint évêque, et se déclara pour la foi. Les prélats d'Orient, assemblés par ordre de ce prince, l'éluèrent évêque de Constantinople; mais voyant que son élection causoit du trouble, il s'en démit, et demanda son congé à l'empereur, en présence d'une foule qui l'entouroit. J'ai, seigneur, aussi bien que les autres, une grace à demander à votre majesté. Ce n'est ni de l'or, ni des présens pour les autels, ni des charges pour mes parens; c'est la permission de céder à l'envie. Je suis odieux à plusieurs, même de mes amis, parce que ne voyant que Dieu, je n'ai acception de personne. C'est vous qui avez, malgré moi, demandé mon élection; vous pouvez aussi faire consentir la ville à ma démission. Je vous supplie seulement d'employer votre autorité à établir la paix parmi les évêques, puisque la crainte de Dieu n'est pas assez puissante sur eux pour éteindre leurs haïnes. Ayant obtenu la permission qu'il demandoit, Grégoire retourna à Nazianze, gouverna encore cette église pendant quelque temps, y fit établir un évêque, et enfin retourna dans sa retraite, où il mourut le 9 mai 389, selon les uns; mais avec plus de vraisemblance, selon Laillet, en 391. L'abbé Duguet a fait un beau parallèle de St. Basile et de St. Grégoire de Nazianze. Mais ces deux Saints, si conformes par l'amitié, l'innocence, le goût de la solitude, la pénitence, l'amour des lettres, l'éloquence, l'attachement à la vérité, l'épiscopat, les travaux pour l'Église, ne l'ont pas été en tout. St. Basile avoit plus de capacité pour les affaires, et plus de douceur dans la société. « L'ardente passion de Grégoire de Nazianze pour la solitude, dit l'abbé Ladvocat, le rendoit d'une humeur triste, chagrine, et un peu satirique. » Son corps étoit courbé par les années, sa tête chauve, son visage desséché par les larmes. C'est lui-même qui se peint ainsi. Sa nourriture étoit très-frugale; c'étoit, comme il le dit, celle des bêtes et des oiseaux. Il n'avoit qu'un seul habit, ne portoit point de souliers, passoit l'hiver sans feu et ne conchoit que sur la paille. Il sortoit très-peu, et ne faisoit que les visites indispensables. Sa charité étoit vive. « Comme les oiseaux ne peuvent voler sans air, ni les poissons nager sans eau, ainsi l'homme ne peut faire un pas sans sans sans J. C. Sans lui, nous sommes des cadavres vivans. » C'est ce même esprit de charité qui lui faisoit redouter la tenue des conciles, où il avoit plus souvent l'esprit de dispute et de domination, comme il le dit lui-même, que l'envie de faire le bien et de parvenir à la paix. Il nous reste de lui beaucoup d'ouvrages, dont les principaux sont: I. 55 Sermons. II. Un grand nombre de Lettres. III. Des Poésies. Ces différentes productions ont été recueillies à Paris en 1609 et 1611, 2 vol. in-fol., avec des notes, et la version de l'abbé de Billy, très-versé dans la langue grecque. On trouve dans Tollii insignia Itinacarii Italici, à Utrecht, 1696, in-4°, des Poésies de St. Grégoire de Nazianze, qui n'avoient pas encore été imprimées. On est forcé, en lisant les écrits de ce Père, d'avouer qu'il a été l'un des premiers orateurs chrétiens de son siècle, par la pureté de sa diction, par la noblesse de ses expressions, par l'élégance du style, par la variété des figures, par la justesse des comparaisons, par la force des raisonnemens, par l'élévation des pensées: malgré cette élévation, il est coulant et agréable. Ses périodes sont pleines, et se soutiennent jusqu'à la fin. C'est l'Isocrate des Pères Grecs. Et sa sainteté ne l'empêchoit point d'être flatté du rang qu'on lui donnoit parmi les orateurs de son temps. On peut néanmoins lui reprocher qu'il affecte trop de se servir des antithèses, des allusions, des comparaisons, et de certains autres ornemens, qui, prodigués, rendent le style précieux et efféminé. Ses pensées et ses raisonnemens portent quelquefois à faux; mais ce défaut est couvert sous le brillant de ses expressions. Ses Sermons sont mêlés d'un grand nombre de pensées philosophiques, et semés de traits d'histoire et même de mythologie. Quoiqu'il enseigne la morale d'une manière qui est plus pour les gens d'esprit que pour le vulgaire, il est très-exact dans l'explication des mystères; qualité qui lui mérita le nom de Théologien par excellence. Ses Poésies furent, presque toutes, le fruit de sa retraite et de sa vieillesse; mais on ne laisse pas d'y trouver le feu et la vigueur d'un jeune poète. Hermant a écrit sa Vie, in-4°, avec exactitude et avec éloquence.
XVIII. GRÉGOIRE DE NYSSE, (Saint) évêque de cette ville, naquit en Cappadoce vers l'an 331. Frère puiné de St. Basile le Grand, il étoit digne de lui par ses talens et ses vertus. Il s'appliqua de bonne heure aux belles-lettres, et acquit une profonde érudition. Après avoir professé la rhétorique avec distinction, St. Grégoire de Nazianze l'engagea à quitter cet emploi, pour entrer dans le clergé. Il abandonna dès-lors la littérature profane, se donna tout entier à l'étude des saintes Écritures, et se fit autant estimer dans l'église qu'il l'avoit été dans le siècle. Ses succès le firent élever sur le trône épiscopal de Nysse en 372. Son zèle pour la foi lui attira la haine des hérétiques, qui vinrent à bout de le faire exiler, en 374, par l'empereur Valens. Du fond de sa retraite, il ne cessa de combattre les errans et d'instruire les orthodoxes. Il s'exposa à toutes sortes de dangers pour aller consoler son peuple. L'empereur Théodose ayant rappelé les exilés, O o à son avènement à l'empire, Grégoire retourna à Nysse en 378. L'année suivante, il assista au grand concile d'Antioche, qui le chargea de visiter les églises d'Arabie et de Palestine, déchirées par le schisme et infectées de l'Arianisme. Grégoire travailla en vain à procurer la paix et la vérité. Il alla ensuite à Jérusalem, et il reçut une grande consolation de voir les lieux qui avoient été honorés par la présence de J. C.; mais il fut très-scandalisé des mœurs des habitans. L'impression défavorable qu'il en rapporta, la dissipation, suite des grands voyages, dégoûtèrent Grégoire de cette pratique de dévotion, dès lors très-commune parmi les Chrétiens. Aussi un de ses amis ayant été consulté par quelques moines qui vouloient faire le pèlerinage de la Terre-sainte : Conseillez leur, lui répondit Grégoire, de sortir de leur corps pour s'élever à JÉSUS-CHRIST, plutôt que de sortir de leurs cellules pour aller à Jérusalem. L'église de cette ville étoit désolée par les ravages des Ariens ; St. Cyrille, son évêque, n'y étoit reconnu que par un très-petit nombre. St. Grégoire fit tout ce qu'il put pour ramener les schismatiques à l'unité ; mais il ne put réussir. Il eut plus de succès, en 381, au grand concile de Constantinople, qui est le second œcuménique. Il y prononça l'Oraison funèbre de St. Mélèze, évêque d'Antioche. Les Pères du concile lui donnèrent de grands éloges, et le chargèrent de commissions importantes. Cet illustre Saint mourut le 9 mars 396, dans un âge fort avancé, avec le surnom de Père des Pères. Ses Ouvrages ont été recueillis en 1605, à Paris, en 2 vol. in-fol., par Fronton du Duc. Claude Martel en fit une autre édition en 1615, et l'on y ajouta encore quelque chose en 1638. Cette dernière édition, en trois vol., n'est pas correcte, et l'on préfère celle de 1615. Ses principaux écrits sont : I. Des Oraisons funèbres. II. Des Sermons. III. Des Panégyriques des Saints. IV. Des Commentaires sur l'Écriture. V. Des Traités Dogmatiques (Voyez VII. DENYS). Quoique St. Grégoire eût enseigné l'éloquence, et que Photius loue les agrémens et la noblesse de son style, il n'approche ni de St. Basile, ni de St. Grégoire de Nazianze. Il parle plutôt en déclamateur qu'en orateur. Toujours enfoncé dans l'allégorie ou dans les raisonnemens abstraits, il mêle la philosophie avec la théologie, et se sert des principes des philosophes dans l'explication des mystères. Aussi ses ouvrages ressemblent plus aux traités de Platon et d'Aristote, qu'à ceux des autres Pères de l'église. Il a suivi et imité Origène dans l'allégorie. Dans son Discours sur la Mort, il paroît admettre cette purgation générale qu'on attribue aux Origénistes : ce qui l'a fait accuser d'avoir partagé leurs erreurs. Plusieurs auteurs l'ont lavé de cette imputation ; ils prétendent que ce qu'on trouve dans ses écrits de trop favorable à l'Origénisme, y a été ajouté par les hérétiques.
XIX. GRÉGOIRE DE TOURS. (St.) évêque de cette ville, d'une famille illustre d'Auvergne, naquit vers l'an 544. Gallus, évêque de Clermont, son oncle, le fit élever dans les sciences et dans la vertu. Devenu évêque de Tours en 573, il assista à plusieurs conciles, montra beau- coup de fermeté en diverses occasions, sur-tout contre *Chilperic* et *Frédegonde*, qu'il reprit souvent de leurs désordres. Cette princesse ayant été accusée, par le bruit public, d'adultère avec un évêque, *Grégoire de Tours* fut dénoncé comme répandant ce bruit. *Chilperic* le fit citer dans un concile, où il protesta qu'il n'étoit point l'auteur des propos contre la reine; mais qu'il les avoit entendus tenir. On lui ordonna de se purger par serment; il le fit, et fut absous. Sur la fin de ses jours, il se rendit à Rome, et il fut reçu, comme il le méritoit, par le pape *Grégoire*, qui lui accorda son amitié et son estime, et mourut le 27 novembre 595, à 51 ans. On a de lui: I. Une *Histoire Ecclésiastique et Profane*, depuis l'établissement du Christianisme dans les Gaules, par *St. Pothin*, évêque de Lyon, jusqu'en 595. *Grégoire de Tours* est le père de notre Histoire; mais il n'est pas le modèle des historiens. Simple, crédule, il n'a mis du choix ni dans les faits, ni dans le style: le sien est aussi rude et aussi grossier, que le siècle où il vivoit. Il ne se fait pas un scrupule de mettre dans son latin un *cas* pour un autre. Il ne marque les dates ni des jours, ni de l'année où sont arrivés les événements. Animé, en écrivant, du même zèle qu'inspiroient ses discours, il n'épargne pas ses ennemis, parce qu'il les croyoit en même temps ennemis de Dieu; et *Chilperic* n'est à ses yeux que « le *Néron* de son temps; et *Frédegonde*, qu'une femme abominable, ennemie de Dieu et des hommes. » Quelques critiques ont cru qu'il avoit un peu exagéré les vices de l'un et de l'autre. Quoi qu'il en soit, nous ne savons guères sur nos premiers rois que ce que cet historien nous en a appris. La meilleure édition de son ouvrage est celle de *Dom Ruinart*, en 1699, à Paris, in-fol. *Dom Bouquet* l'a insérée dans sa grande Collection des Historiens de France, après l'avoir revue sur des manuscrits inconnus à son confrère. L'abbé de *Marolles*, le plus infatigable et le plus maussade de nos traducteurs, en a donné une version, 1638, 2 vols. in-8°, qui est, comme toutes celles qui sont sorties de la même main, rampante, infidelle, etc. II. *Huit Livres sur les vertus et les miracles des Saints*: ils sont remplis de tant de prodiges si extraordinaires, qu'il est difficile qu'on y ait ajouté foi, même dans son siècle, quelque goût qu'on eût pour le merveilleux. *Grégoire de Tours* n'a pas sans doute voulu tromper; mais il a été quelquefois trompé par des récits indolles. La liberté que se sont donnée les copistes, d'ajouter ou de retrancher à ses écrits, a pu augmenter, dit le Père *Longueval*, le nombre des fantes qu'on lui reproche: la différence qui se trouve dans les manuscrits et dans les éditions de ses écrits, prouve effectivement, que quelques-uns ont été altérés. On peut consulter, sur cet historien, le tome 3° de l'*Histoire Littéraire de la France*, par *Dom Rivet*: on y trouvera une notice exacte de tous les ouvrages de *Grégoire de Tours*, et un détail circonstancié de toutes les éditions, tant générales que particulières qu'on en a faites, avec le jugement qu'on doit en porter.
XX. GRÉGOIRE d'*Arimlaï*, ou de *Rimlaï*, général des Au- O O 2 580 G R É gustins en 1357, surnommé le *Docteur authentique*, est auteur d'un *Commentaire* sur le Maître des Sentences, à Valence, 1560, in-folio; d'un *Traité de l'Usure*, et d'autres ouvrages peu estimés; Rimini, 1522, in-fol. Il combattit les théologiens qui soutenaient, que « Dieu peut permettre que deux propositions contradictoires sur un même sujet, soient vraies en même temps. »
XXI. GRÉGOIRE DE ST-VINCENT, né à Bruges en 1584, se fit Jésuite à Rome à l'âge de 20 ans. Disciple de *Clavius* pour les mathématiques, il les professa avec réputation, et fut appelé à Prague par l'empereur *Ferdinand II. Philippe IV*, roi d'Espagne, le voulut avoir pour enseigner cette science au jeune prince *Jean d'Autriche*, son fils. Le Père *Grégoire de St-Vincent* n'étoit pas moins recommandable par son zèle que par sa science. Il suivit l'armée de Flandre pendant une campagne, et y reçut plusieurs blessures en confessant les soldats blessés ou mourans. Il mourut d'apoplexie à Prague, le 27 janvier 1667, à 83 ans. On a de lui, en latin, trois savans ouvrages de mathématiques, dont le principal, et le plus connu, est intitulé : *Opus Geometricum quadraturæ circuli, et sectionum coni, decem Libris comprehensum*; Anvers, 1647, en 2 vol. in-fol. Quoiqu'il ne démontre pas dans cet ouvrage la *Quadrature du Cercle*, son livre contient un grand nombre de vérités et de découvertes importantes. Le Père *Léotaud*, Jésuite, a publié une Critique de cet ouvrage; Lyon, 1654, in-4.º II. *Theoremata Mathematica*; Louvain, 1624, in-4.º
III. *Opus Geometricum posthumum*; Gand, 1668, in-fol. Le P. *Grégoire* a enrichi la géométrie d'un grand nombre de vérités nouvelles, de vues profondes, de recherches étendues. *Leibnitz* l'élève au-dessus de *Galilée* et de *Cavalieri* du côté de l'invention. Auteur vaste, pénétrant, original, il a résolu la plupart des problèmes qui avoient arrêté les anciens géomètres; et ceux qu'il n'a pu résoudre, il en a porté la solution au point où les calculs modernes les laissent encore aujourd'hui. Le P. *Castel*, qui étoit un peu exagérateur, disoit qu'en possédant bien les ouvrages de *Grégoire de St-Vincent*, on savoit tout *Newton*, et que le Géomètre anglois s'étoit enrichi des dépouilles du géomètre flamand. Tout ce qu'on peut dire, c'est que le Jésuite ne fut pas inutile à *Newton*.
XXII. GRÉGOIRE, (Pierre) Toulousain, célèbre professeur en droit, mourut en 1597, à Pont-à-Mousson. On a de lui : I. *Syntagma Juris universi*, in-fol. II. *De Republica*, in-8°, et d'autres ouvrages pleins d'une éruption mal dirigée.
GREGORAS, *Voyez* NICÉ-PHORE, n° IX. I. GREGORY, (Jean) écrivain Anglois, mort en 1646, étoit habile dans les langues et dans la théologie. On a de lui : I. *Des Notes sur le Droit civil et canonique*. II. *Des Remarques* en anglois sur quelques passages de l'Écriture-sainte, Oxford, 1646, in-4°) et en latin, Londres, 1660, in-4.º Ces ouvrages sont très-médiocres.
II. GREGORY, (Jacques) Ecosseis, voyagea en divers pays, G R E 581 fut professeur de mathématiques à Saint-André en Ecosse, et mourut vers 1675. Il a publié : I. *Optica promota*. II. *Exercitationes Geometricae*, et un grand nombre d'autres écrits. Il en composa un pour prouver que la *Quadrature du Cercle est impossible*, et qu'on ne peut déterminer que par approximation le rapport du diamètre du cercle à la circonférence. C'étoit un homme de mérite dans son genre.
III. GREGORY, (David) d'Aberdeen, neveu du précédent, enseigna les mathématiques et l'astronomie à Edimbourg, puis à Oxford, où il mourut en 1708. On a de lui : I. *Astronomicae*, *Physicae et Geometricae elementa*; Oxford, 1702, in-fol. II. *Exercitatio Geometricae de dimensione figurarum*; et d'autres ouvrages estimés.
GRENADE, (Louis de) né l'an 1504, en Espagne, dans la ville de ce nom, prit l'habit de St-Dominique, et l'illustra par ses vertus et ses écrits. Les rois de Portugal et de Castille le considéraient beaucoup. La reine *Catherine*, sœur de *Charles-Quint*, voulut le placer sur le siège de Brague; mais il le refusa, et y fit nommer à sa place le pieux Dom *Barthélemi des Martyrs*. Ce saint religieux mourut le 31 décembre 1588, à 84 ans. Ses ouvrages seroient une des meilleures nourritures qu'on pût fournir aux ames pieuses, si l'on en retranchoit quelques visions et des légendes absurdes. Le pape *Grégoire XIII*, sous le pontificat duquel *Grenade* les composa, témoigna plusieurs fois « que cet écrivain faisoit plus de bien à l'Eglise, que s'il eût rendu la vie aux morts et la vue aux aveugles. » Les principaux fruits de sa plume sont : I. *Le Guide des Pêcheurs*, 1 vol. II. *Le Mémorial de la vie Chrétienne*, 3 vol. III. *Un Catéchisme*, 4 vol. 1709. IV. *Un Traité de l'Oraison*, 2 vol. : ces écrits sont en espagnol. V. *Un Traité du devoir des Évêques*; une *Instruction pour les Prédicateurs*. VI. *Des Sermons latins*, en 6 vol. in-8°; Anvers, 1604, etc. *Girard* a traduit, en françois, la plus grande partie des ouvrages de *Grenade*. Cette version, en 2 vol. in-fol. et en 10 in-8°, est enrichie de la vie de l'auteur, le modèle des religieux. Un journaliste nous a vivement reproché d'avoir prodigué des éloges à *Louis de Grenade*, quoique nous en eussions dit beaucoup moins que les historiens et les bibliographes ecclésiastiques, qui le peignent comme un excellent auteur ascétique. Ses écrits ont été célébrés par *St. Charles Borromée*, qui y puisoit les instructions qu'il faisoit à son peuple; et par *St. François de Sales*, qui ne se lassoit point de les étudier, et d'en conseiller la lecture. Il est vrai que, depuis *Grenade* on a mieux écrit; mais a-t-on mieux pensé?
GRENAILLE, (François) né à Uzerche dans le Limousin, fit jouer en 1636, *La mort de Crispe*, tragédie. Ce sujet a été aussi traité par *Tristan*.
GRENAN, (Bénigne) poète Latin, de Noyer en Bourgogne, professeur de rhétorique au collège d'Harcourt, mort à Paris le 13 mai 1723, à 42 ans, a laissé des *Harangues* et des *Poésies* latines. On remarque dans les unes et dans les autres un style pur et élégant, des pensées nobles et délicates, et une O o 3 582 GRE imagination vive et sage. Ses *Vers* sont en partie dans le *Selecta Carmina quorumdam in universitate Parisiensi Professorum*; et ses *Discours* se trouvent dans un Recueil de Harangues dans le goût du précédent. Comme poète et comme orateur, il fut le rival du célèbre *Coffin*. Ces deux professeurs, rivaux et amis, firent, à la gloire de leur patrie, l'un pour le vin de Bourgogne, l'autre pour le vin de Champagne, des pièces charmantes. Les vers de *Grenan* sont d'une expression excellente et d'un goût exquis. Parmi ses harangues latines, on remarque un *Discours* sur les causes de la corruption du goût, et sur les remèdes qu'on peut y apporter. Les sources du mal sont la dépravation des mœurs, la lecture des écrits frivoles, le mépris des anciens : les remèdes seroient une éducation sévère, l'amour et le goût du vrai, la connoissance et l'estime de l'antiquité. On a encore de lui une *l'araphrase* en vers latins des Lamentations de Jérémie. — Pierre GRENAN, frère aîné de *Bénigne*, mort en 1722, à 62 ans, provincial de la Doctrine Chrétienne, est connu par une *Satire* de 22 pages, sous le titre d'*Apologie de l'Equivoque*. C'est une continuation de celle de *Despréaux* sur le même sujet. Celle-ci n'étoit pas assez bonne pour demander une suite.
GRENET, (N...) musicien, a composé la musique du ballet intitulé : *le Triomphe de l'Harmonie*, qui fut donné avec succès en 1737. Il mourut quelque temps après.
GRESHAM, (Thomas) né à Londres en 1519, d'une famille noble, exerça le négoce, à l'exemple ple de plusieurs gentilshommes de son pays. Il fit un usage magnifique des richesses que son industrie lui avoit procurées; il fit bâtir, à ses dépens, la *Bourse* de Londres en 1565. Le feu la consuma cent ans après, et on l'a rebâtie depuis, mais aux dépens des deniers publics. On lui doit aussi la fondation de cinq *Hôpitaux* et d'un *Collège* qui porte son nom : la moitié des professeurs, qui tous doivent garder le célibat, est nommée par le lord maire et par les aldermans de Londres, et l'autre moitié par les marchands de soie. Il mourut en 1579.
GRESSET, (Jean-Baptiste-Louis) écuyer, chevalier de St-Michel, historiographe de l'ordre de Saint-Lazare, l'un des *Quarante* de l'académie Françoise, naquit à Amiens en 1709. Il se fit Jésuite à l'âge de seize ans, et il sortit de cet ordre à vingt-six, à cause de l'éclat que fit dans le monde son *Vert-Vert*. Annoncé à Paris par la voix de la renommée, il soutint la réputation qu'il s'étoit faite au fond du cloître, et fut reçu à l'académie Françoise en 1748. Il eut des succès au théâtre, auquel il renonça solennellement douze ans après, dans une *Lettre* où il montroit les dangers des spectacles. Les nouveaux philosophes prétendirent qu'il y avoit autant d'ostentation que d'hypocrisie dans cette démarche : mais sa constance à tenir sa résolution, sa conduite postérieure, ses dispositions chrétiennes à sa mort, prouvent qu'il parloit du fond du cœur. *Gresset* étoit alors retiré à Amiens, où il avoit un excellent emploi de finance, et où il avoit épousé une femme riche. Il y vécut aimé et considéré, loin des inquiétudes de la vanité littéraire, et des petitesses tracassières des sectes et des partis. La campagne, où il avoit presque toujours pris ses images, devint son séjour favori. Heureux, disoit-il, Heureux qui dans la paix secrète, D'une libre et sûre retraite, Vit ignorant, content de peu, Et qui ne se voit point sans cesse Jouer de l'aveugle déesse, On dupe de l'aveugle dieu! Il implora quelquefois les secours des grands pour soulager les malheureux; il les soulagea souvent lui-même. A la mort de Louis XV, il vint à Paris. Ce fut lui qui eut l'honneur de complimenter Louis XVI à son avènement au trône, au nom de l'académie. Son retour lui procura beaucoup de visites. La cour et la ville voulurent voir un homme qui les avoit si bien peintes. Mais il ne parut plus le même à ceux qui l'avoient connu, soit qu'il eût pris un ton plus grave que dans sa jeunesse, soit que l'âge eût diminué en lui l'esprit de saillies. Ce qui acheva d'affoiblir l'idée que ses premières productions avoient donnée de lui aux partisans de la philosophie moderne, ce fut son Discours en réponse à celui de Suard. Il y épancha sa bile sur les vices et les ridicules qui l'avoient révolté dans la capitale: les intéressés n'y virent plus le peintre du Méchant. Ses tableaux leur parurent des caricatures, et non des portraits. Ils l'insinuèrent même à l'auteur pour l'empêcher d'imprimer son Discours: mais ils ne purent persuader un homme, qui croyoit n'avoir dit que ce que tout le monde voyoit. De G R E 583 retour à Amiens, il le fit réimprimer avec une Lettre mêlée de prose et de vers, où il donne un cours encore plus libre à sa plume. Il survécut peu à son retour dans sa patrie. Il y mourut le 16 juin 1777, dans sa 68e année, sans laisser d'enfants de son mariage avec une demoiselle de cette ville. Labarpe a rapporté ces deux anecdotes sur ce poète célèbre. « Ce dernier, dit-il, étoit dans une société où l'on proposoit souvent des énigmes, l'un des grands travaux du bel esprit de province. Gresset qui en étoit las, apporta un jour la sienne qui n'avoit que ces deux vers: Je suis un ornement qu'on porte sur la tête, Je m'appelle Chapeau: devine, grosse bête. On se mit à rire; mais quelqu'un qui ne rioit pas, après avoir rêvé quelque temps très-sérieusement, se leva en s'écriant: Je l'ai trouvé; c'est une perruque. L'autre anecdote prouve tout le despotisme que Gresset exerçoit sur l'académie d'Amiens. L'abbé de Lille, alors fort jeune et professeur au collège de cette ville, avoit désiré d'être de cette académie, et avoit été élu en l'absence de Gresset. Celui-ci, piqué qu'on eût fait quelque chose sans lui, trouva moyen de faire casser l'élection, sous le prétexte d'un défaut de forme, et fit recevoir son chirurgien. Cependant les agrémens de son commerce, la solidité de ses principes, l'honnêteté de ses mœurs, lui firent des amis distingués, et lui avoient mérité les graces de la cour. Louis XVI lui accorda des lettres de noblesse en 1773. Le maire d'Amiens et le corps mu- O O 4 584 G R E nicipal assistèrent à ses obsèques. On fit ce distique sur la mort de cet homme illustre : Hune lepidique Sales lugent, Veneresque pudica ; Sed prohibent mores ingeniumque mori. Vert-Vert, son premier poème, justifie cet éloge. C'est un ouvrage plein de sel, de facilité et de graces, et dont le mérite parut d'autant plus grand, que le sujet offroit moins de ressources. « Ce poème, dit d'Alembert, n'eût été entre les mains d'un autre, qu'une plaisanterie insipide et monotone, destinée à mourir dans l'enceinte du cloître qui l'avoit enfantée. Gresset eut l'art de deviner dans sa retraite la juste mesure de badinage, qui pouvoit rendre piquant, pour les gens du monde, un ouvrage dont le sujet devoit leur paroître si futile. » On conte, au sujet de ce poème, une anecdote d'autant plus piquante qu'elle se passa dans un parloir de Visitandines. Une religieuse, fille d'esprit, le sollicitoit de lui lire Vert-Vert dans sa nouveauté; Gresset, après s'être fait longtemps prier, y consentit enfin, à condition qu'elle seroit seule au parloir. Il arrive et commence sa lecture. A un endroit plaisant on entend un éclat de rire. Tout-à-coup on tire un rideau, et le lecteur surpris apperçoit toutes les religieuses rangées en ceroll, et la prieure qui étoit à la tête de la communauté. Après s'être amusé de son étonnement, on le pria de continuer la lecture de son poème. Il l'avoit augmenté d'un nouveau chant, intitulé l'Ouvroir des Nones, où l'on retrouvoit, dit-on, des traces de son talent; mais il le brûla dans sa dernière maladie. Vert-Vert fut suivi de la Chartreuse. Cette Épître annonce un caractère original, une philosophie libre, mais exacte, qui apprécie tout sans rien braver; une harmonie douce, et une fécondité d'expressions qui dégénère quelquefois en luxe. L'Épître au Père, Bougeant, et les Ombres, qui lui sont fort inférieures, roulent sur le même fonds d'idées, trop souvent répétées en phrases longues et trainantes. Le jugement que nous en portons est celui des bons connoisseurs. « Gresset, dit Voltaire au roi de Prusse, a des vers heureux et faciles, il ne lui manque que de la force, un peu de variété, et sur-tout un style plus concis; car il dit d'ordinaire en dix vers ce qu'il ne faudroit dire qu'en deux. » L'Épître à sa Sœur sur sa convalescence, vaut beaucoup mieux. Le style en est plus fort, plus soigné, et il y règne une harmonie, dont le charme entraîne doucement l'oreille. L'auteur voulut s'élever de la poésie légère à la tragédie; mais son Édouard III, joué en 1740, n'a plus reparu sur le théâtre. L'intrigue en est froide, et le style plus froid encore. A quelques vers près, la diction est pénible, ampoulée et incorrecte. Sidnei, représenté en 1745, n'offre qu'une intrigue petite et un roman assez commun; mais cette comédie est écrite avec une élégance soutenue: il y a de très-beaux vers. Les gens sages trouvèrent que l'auteur avoit trop fait valoir certaines maximes de cette philosophie qu'on a placée par-tout, et qu'on n'étoit pas accoutumé d'entendre au théâtre. Les raisonnemens vigoureux dont le poète appuie sa défense du suicide, ne firent dans le temps qu'une impression médiocre: cette folie épidémique étoit alors moins commune ; mais la pièce paroîtroit aujourd'hui très-dangereuse. *Le Méchant*, joué avec grand succès en 1747, est une de nos meilleures comédies, par la facilité, la variété et les agrémens de la versification, par la vivacité et l'abondance des saillies, par la vérité des portraits. Si elle est en quelques endroits une copie du *Flatteur de Rousseau*, elle est très-supérieure à cette dernière pièce, par le style et les détails. C'est dommage que la force comique n'y soit pas portée au même degré, et ne couronne pas ces diverses qualités : tant il faut de parties pour constituer le souverain poète comique ! *Le Méchant*, qui est peut-être le plus beau titre littéraire de son auteur, fut sévèrement critiqué dans sa nouveauté. Un homme de goût dit à l'un de ses censeurs : *Vous serez peut-être vingt ans, sans avoir le pendant de cette pièce*, et cela s'est trouvé vrai. On a encore de *Gresset* des *Odes*, dont quelques-unes offrent de belles images ; une *Traduction* des *Églogues* de *Virgile*, en vers assez doux, assez harmonieux : on la lit avec quelque plaisir, quoiqu'elle ne respire pas ce bon goût d'antique, qu'offrent les deux *Églogues* imitées du poète latin par le lyrique *Rousseau* ; enfin, il y a un *Discours sur l'harmonie*, en prose, qui n'est qu'une déclamation de collège, pleine d'emphase et vide de choses. Ses *Œuvres* ont été plusieurs fois réimprimées en 2 vol. in-12. On espère qu'à la prochaine édition de ces *Œuvres*, on y ajoutera les deux petits poèmes, intitulés le *Gazetin* et le *Parrain magnifique*, qu'on a trouvés parmi ses papiers. Il a paru, en 1779, une *Vie de Gresset*, Paris, in-12, dans laquelle le biographe a inséré un petit *Voyage à la Flèche*, dans le goût de celui de *Chapelle*, auquel il est très-inférieur. On a souvent comparé ce poète, ainsi que *Chaulieu*, avec *Gresset* ; mais on auroit pu observer les différences qui sont entr'eux. *Chapelle*, né dans un temps où la liberté, dégénérée en licence, plaçoit la débauche à côté du plaisir, prend dans ses poésies le ton de ses contemporains. *Chaulieu* parut, lorsque les passions avoient encore quelque ressort, lorsque la cour polie de *Louis XIV* avoit rendu la gaieté françoise, légère avec grace, spirituelle sans recherche et sans pédanterie. *Gresset* arriva dans un temps où l'enjouement étoit remplacé par la philosophie ; où les passions avoient perdu leur force en se multipliant. Il y avoit moins de liberté, plus de conventions dans la société, plus de prétentions chez les hommes et chez les femmes. Il ne peut avoir ni la liberté franche de *Chapelle*, ni le ton passionné de *Chaulieu*. Il orna donc des charmes de la poésie les peintures de nos mœurs, les maximes de notre philosophie ; et sa muse, plus parée que celle de ses prédécesseurs, ayant un air de coquetterie, et cherchant à plaire par des ornemens quelquefois prodigués, se ressent de influence de l'âge qui la vit naître. *Voy. III. ROUSSEAU.*
GRETSER, (Jacques) Jésuite de Marckdorf en Allemagne, professa long-temps avec distinction dans l'université d'Ingolstadt, et mourut dans cette ville, le 29 janvier 1625, à 63 ans. Également versé dans les langues anciennes et modernes, dans l'histoire et dans la théologie, il a beaucoup compilé sur l'antiquité ecclésias- tique et profane. Il seroit au rang des savans du premier ordre, si le flambeau de la critique eût éclairé ses recherches, et s'il eût écarté de ses livres tant de pièces et d'histoires fabuleuses. Ce qu'on doit le plus estimer dans ses écrits, est la variété prodigieuse des matériaux qu'il a amassés pour ceux qui voudront travailler après lui sur les sujets qu'il a traités. Gretser étoit non-seulement re- commandable comme érudit, mais encore comme controver- siste. Richard Simon ne parle pas néanmoins trop favorable- ment de ses ouvrages de contro- verse. Il dit qu'il n'a pas toujours cette liaison de principes, dont on ne doit jamais s'écarter dans les disputes de religion; qu'il ne fait pas paroître assez de juge- ment; qu'à l'exemple de quelques autres controversistes, il s'est plus appliqué à répondre à ses adversaires, qu'à établir solide- ment la vérité, et qu'il n'a pas imité la méthode de Bellarmin, qui a accordé plusieurs choses aux Protestans, pour avoir lieu de les réfuter plus solidement. « Il eût été à souhaiter, dit Ni- ceron, qu'il eût su aussi retenir son impétuosité naturelle, et que son style fût moins aigre et moins violent. Quoiqu'il fût satirique la plume à la main, il étoit dans la société doux et modeste. Il ne souffroit qu'a- vec peine les louanges, et il ne voulut jamais accorder son portrait aux habitans de Marck- dorf, sa patrie. Il leur fit dire avec plus de naïveté que de po- litesse: Si vous voulez avoir mon portrait, vous n'avez qu'à faire peindre un âne. Les ouvrages qu'il a composés ou traduits, forment un Recueil de 17 vol. in-folio, imprimés à Ratisbonne en 1734, et années suivantes. Plusieurs sont contre les héré- tiques, d'autres pour les Jésuites, et quelques-uns sur des matières d'érudition. Le plus connu est un traité savant, mais diffus, De Cruce, 3 tom. in-4°, et un vol. in-folio. Dans cette collec- tion curieuse, il faut avouer qu'il y a plusieurs choses qui n'ont pas toujours un rapport direct avec son sujet.
GREVENBROECK, peintre Flamand, excelloit dans les Ma- rines. Il se signala sur-tout dans l'art de faire des figures en petit, en observant exactement la pers- pective et la gradation des dif- férens plans, les jours et les om- bres, et un mot, la vérité des objets. Il vivoit dans le dix- septième siècle.
GREVIL, (Foulques) né dans le comité de Warwick en 1554, étoit chevalier du bain et baron du royaume. Il ajouta à ces titres celui d'écrivain. Poli en prose et en vers, il contribua à la renais- sance du bon goût en Angleterre. Ses deux tragédies, Alaham et Mustapha, 1633, in-fol., faites sur le modèle des anciens, en sont une preuve, ainsi que son Histoire des quatorze premières années de Jacques Ier, 1651, in-4°. Un de ses domestiques l'assassina en 1628, à 74 ans, et se tua lui-même tout de suite.
GREVIN, (Jacques) poète françois et latin, naquit à Cler- mont en Beauvois, l'an 1538. Dès l'âge de treize ans, il mit au jour une tragédie, la Mort de César; deux comédies, la Trésorière et les Ébahis, et une Pastorale; imprimées en 1561, in-8°, par Robert Etienne, sous G R I 587 le titre de *Théâtre de Jacques Grevin*. On admira ces pièces, moins pour leur mérite, qu'à cause de la jeunesse de l'auteur. La bonté de son cœur ne servit pas peu à faire applaudir les talens de son esprit. *Marguerite de France*, duchesse de Savoie, qui l'avoit mené en Piémont avec elle, le fit son médecin et son conseiller. Il mourut à Turin, le 5 novembre 1570, n'ayant pas encore 31 ans. Les *Poésies* de *Grevîn* ont eu le sort de la plupart de nos ouvrages Gaulois; on ne les lit plus, parce qu'on a eu du bon en ce genre, et que les siennes sont mauvaises. Une grande partie se trouve dans le volume de ses *Amours*, qui a pour titre l'*Olympe*, et imprimé chez *Robert Étienne*, en 1561, in-8. Il étoit Calviniste, et il se joignit à la *Roche-Chandieu* et à *Florent Chrétien*, pour travailler à la pièce ingénieuse, intitulée *le Temple*; satire contre *Ronsard*, qui avoit fort maltraité les Calvinistes dans son *Discours* sur les misères du temps. *Grevîn* se méloit aussi de médecine; et un de ses ouvrages contre l'*Antimoine*, publié en 1566, in-4°, fit proscrire ce remède par la faculté. Cette défense fut confirmée par un arrêt du parlement. *Paulinier*, médecin de Paris, convaincu d'en avoir fait usage, fut chassé en 1609 de son corps, comme un homme qui ne savoit pas tuer les hommes à la manière usitée. On a encore de lui un *Traité des Venius*, in-4°, qu'on a traduit en latin; et une *Description du Beauvois*, Paris, 1558, in-8.
GREW, (Néhémie) médecin de Londres, mort subitement en 1711, est connu par plusieurs écrits: I. *Anatomie des Plantes*, en anglois, Londres, 1682, in-folio, traduite en françois, Paris, 1765, in-12. II. *Description du Cabinet de la Société royale de Londres*, en anglois, Londres, 1681, in-fol. figures. III. *Cosmologie sacrée*, Londres, 1701, in-folio. Il fait dans celui-ci de bonnes réflexions sur la Providence, sur le gouvernement divin du monde matériel, animal et raisonnable, et sur l'excellence de l'Écriture sainte. En qualité de médecin, il exerça son art avec autant d'intelligence que de bonheur.
GREY, (N.) célèbre physicien Anglois, s'occupa l'un des premiers des phénomènes de l'électricité, et publia en 1728, le résultat de ses expériences et de celles de son ami *Wheeler* sur ce sujet. Il démontra la communication de l'agent électrique d'un corps à l'autre, sans qu'il y eût même de contact immédiat. Il découvrit qu'en suspendant une baguette de fer avec des cordons de cheveux ou de soie, et mettant au-dessous d'elle un tube agité, on pouvoit retirer des étincelles des extrémités de cette baguette, et y apprécévoir de la lumière dans l'obscurité. *Grey* est mort au milieu du siècle qui vient de finir.
GRIBNER, (Michel-Henri) naquit à Leipzig en 1682. Il fut fait professeur en droit à Wittemberg, d'où il passa à Dresde, et enfin à Leipzig, où il avoit été appelé pour succéder au célèbre *Mencke*, son beau-père. Il mourut en 1734, à 46 ans. C'étoit un homme de bien, un savant charitable et laborieux, qui rendit de grands services à l'université. Outre plusieurs *Dis-* 588 GRI sertations académiques, on a de lui des Ouvrages de Jurisprudence, en latin. Il avoit travaillé au Journal de Leipzig.
GRIFFET, (Henri) Jésuite, prédicateur du roi, né à Moulins en Bourbonnois, le 9 octobre 1698, mourut d'une colique néphrétique, le 22 février 1775, à 77 ans, à Bruxelles, où il s'étoit retiré après la destruction de sa société en France. Il s'y fit des amis et des partisans, par un caractère officieux et honnête qui relevoit son mérite. Une mémoire heureuse, un esprit facile, joints à beaucoup d'amour pour le travail, lui avoient donné les moyens de se livrer avec succès à plusieurs genres de littérature. Nous avons de lui : I. Une nouvelle édition de l'Histoire de France du P. Daniel, Paris, 1756, 17 vol. in-4°, avec des Dissertations savantes et curieuses. Les tomes XIII, XIV et XV contiennent une Histoire du règne de Louis XIII, qui appartient entièrement à l'éditeur, et qui est écrite avec autant de sagesse que d'exactitude. II. Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'histoire, Liège, 1769, in-12 : livre sensé, judicieux, solide, sur les moyens de connoître la vérité, quand on écrit ou qu'on étudie l'histoire. III. Des Sermons, à Liège, 1767, 4 vol. in-8° et in-12. Ils offrent un plan bien présenté, de preuves solides, de la clarté et du naturel; mais l'éloquence du P. Griffet manque un peu de chaleur et de coloris, et il y a du vide et de la sécheresse dans certains discours. IV. Divers ouvrages de piété, parmi lesquels on distingue son Année Chré- tienne, en 18 vol. in-12. V. Des Poésies Latines, in-8°, qu'il auroit pu laisser dans les collèges pour lesquels il les avoit faites. Il avoit professé avec distinction au collège de Louis le Grand. VI. Une bonne édition des Mémoires du P. d'Avrigny, pour l'Histoire profane, 1757, 5 vol. in-12, avec des augmentations et des corrections utiles. VII. Insuffisance de la Religion naturelle, Liège, 2 vol. in-12. Sous ce titre, il a donné tout ce qu'il avoit dans son porte-feuille sur les matières de religion, et même sur celles qui n'y ont que peu de rapport. VIII. Une édition des Délices des Pays-Bas, avec des augmentations, Liège, 1769, 5 vol. in-12.
GRIFFIER, (Jean) peintre, connu sous le nom de Gentilhomme d'Utrecht, naquit à Amsterdam en 1658, et mourut à Londres. Il s'attacha particulièrement à représenter les plus belles Vues de la Tamise, et y réussit. Il excelloit dans le paysage. Robert GRIFFIER, son fils, soutint avec honneur la gloire de son père.
GRIFFITH, (Michel) connu aussi sous les noms d'Alford et de Jean Flood, naquit à Londres en 1587, étudia la philosophie à Séville, entra dans la société des Jésuites aux Pays-Bas, de là passa successivement à Naples et à Rome, retourna vers 1625 et Angleterre, où il exerça les fonctions de missionnaire pendant trente-trois ans, et mourut à Saint-Omer en 1652. Nous avons de lui : I. Annales Ecclesiæ Britannicæ, etc. Liège, 1663, 4 vol. in-folio. L'auteur a suivi la méthode de Baronins. Ces annales sont le fruit de bien des recherches ; elles ont beaucoup servi au P. *Serein Cressy*, bénédictin Anglois, pour son Histoire Ecclésiastique. II. *Britannia illustrata*, Anvers, 1641, in-4°, enrichie de dissertations sur la pique des Bretons, le mariage des Clercs, etc. — GRIGNAN, (Françoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de) fille de Henri, marquis de Sévigné, d'une très-ancienne maison de Bretagne, et de Marie de Rabutin, dame de Chantal et de Bourbilli, etc. naquit en 1646. Elle fut aussi connue par sa beauté, que distinguée par sa naissance et par les autres dons de la nature. Le bruit de ses charmes, de sa sagesse et de son esprit l'avoit déjà précédée à la cour, lorsque Mad. de Sévigné, sa mère, l'y mena en 1663 pour la première fois. La cour de Louis XIV étoit alors le centre des plaisirs. Mlle de Sévigné y plut, et représenta divers personnages dans plusieurs ballets qui furent donnés en présence du roi et par son ordre, en 1663, 64 et 65. Sa vertu autant que ses charmes la firent rechercher. Elle fut mariée le 27 janvier 1669, à François Adhemar de Monteil, comte de Grignan, chevalier des ordres du roi, lieutenant général au gouvernement de Provence et des armées de sa majesté. Peu de temps après, le service du roi appela son époux en Provence, où il commanda presque toujours en l'absence du duc de Vendôme, qui en étoit gouverneur. Mad. de Grignan fut obligée de l'y suivre et d'y faire de fréquents voyages, qui ont donné lieu en partie aux Lettres si spirituelles et si délicatement écrites, de son illustre mère. Mad. de Grignan mourut en 1705, avec la douleur d'avoir vu descendre au tombeau son fils un an auparavant. Elle avoit beaucoup d'esprit, mais un esprit moins naturel que celui de sa mère. Son mari mourut en 1714, à 85 ans : elle en avoit eu, outre son fils, deux filles, dont l'une, morte en 1737, avoit épousé M. de Simiane, marquis d'Esparon : c'est celle dont il est fait mention dans les Lettres de Mad. de Sévigné, sous le nom de Pauline. Elle se distingua par ses vertus, son esprit et ses lumières. La seconde fille de Mad. de Grignan se fit religieuse de la Visitation à Aix. Voyez SÉVIGNÉ.
GRILLOT, (Jean-Joseph) clerc tonsuré, mort à Chabli, sa patrie, en 1765, fut mis au carcan en 1731, pour avoir favorisé l'impression de quelques brochures satiriques contre les partisans de la bulle *Unigenitus*. Il se retira en Hollande, ou il publia les *Mémoires de Lancelot*, de Fontaine et de Dufossé; et les *Œuvres de Colbert*, évêque de Montpellier. Sa vie ne fut qu'une vicissitude continuelle de prisons et d'exils; mais il aimoit à souffrir pour ce qu'il appeloit la bonne cause.
GRIMALDI, (Jean-François) surnommé le *BOLOGNÈSE*, parce qu'il étoit de Bologne, naquit en 1606. Elève et parent des *Carache*, il s'acquit une réputation aussi étendue qu'à leur. Les papes *Innocent X*, *Alexandre VII*, et *Clément IX* l'honorèrent de leur protection et de leur familiarité. Le cardinal *Mazarin*, l'ayant fait venir en France, employa son pinceau à embellir le Louvre et son palais. De retour à Rome, 790 GRI il fut élu prince de l'académie de Saint-Luc. Ses manières nobles et son cœur bienfaisant lui avoient fait autant d'amis, que ses talons lui avoient donné d'admirateurs. Touché de l'état d'indigence d'un gentilhomme Sicilien, logé près de lui, il alla jeter plusieurs fois de l'argent dans sa chambre sans se laisser appercevoir. Le gentilhomme, ayant enfin surpris son bienfaiteur, tomba à ses pieds, pénétré d'admiration et de reconnoissance. Le Bolognese le prit alors dans sa maison, et en fit son meilleur ami. Cet homme célèbre excelloit dans le paysage; le feuillé en est admirable; ses sites sont très-heureusement choisis; son pinceau est moelleux, son coloris agréable. Ses Dessins, ainsi que ses Gravures, sont très-goûtés des artistes. Il mourut à Rome en 1680, à 74 ans.
GRIMANI, (Dominique) cardinal célèbre par son savoir et sur-tout par sa piété filiale, étoit né à Venise en 1463. Employé fort jeune par la république, il fut honoré de la pourpre par Alexandre VI, en 1493. Son père Antoine GRIMANI, procureur de Saint-Marc, et général de l'armée navale de la république, ayant été défait par les Turcs, et ayant perdu la ville de Lépante, fut mis en prison et traité avec beaucoup de rigueur. Son fils s'offrit pour être mis en sa place, et n'ayant pu obtenir cette grace des juges, il rendit tous les devoirs imaginables à son père; soutenant les chaînes pendant qu'il montoit en prison, et suppliant qu'on lui permit de le servir, quoiqu'il fût alors revêtu de la pourpre. Ce père infortuné ayant été bannif, se retira à Rome, où son fils le reçut et eut pour lui les soins les plus tendres, jusqu'à ce que la haine qu'on lui portoit dans Venise étant ralentie, il y retourna. Après la mort du doge Loredano, il fut choisi pour être son successeur, d'un commun consentement, étant âgé de près de 90 ans : il jouit de cette dignité pendant vingt mois. Le cardinal de Grimani, son fils, servit très-utilement la république de Venise, et mourut le 27e d'août 1523, dans la même année que son père, à l'âge de 63 ans.
GRIMAREST, (Léonor LE GALLOIS, sieur de) maître de langues à Paris, mort en 1720, dans un âge assez avancé, ne manquoit pas d'esprit; mais il avoit encore plus de vanité. Comme les Suédois, les Danois ou Allemands, qui venoient en France, s'adressoient ordinairement à lui pour apprendre à écrire des lettres en françois; il disoit sans façon de lui-même, qu'il avoit donné de l'esprit à tout le Nord. C'est Nemeitz, philologue Allemand, qui rapporte cette anecdote. Suivant lui, lorsqu'il paroissoit quelque livre nouveau, Grimarest avoit encore coutume de dire : Ce livre est assez bien écrit; ce n'est pourtant pas Grimarest qui l'a fait. Nous avons de lui : I. Les Campagnes de Charles XII, 4 vol. in-12, qu'on ne lit plus, quoiqu'elles soient de Grimarest. II. Une Vie de Molière, qu'on trouve à la tête des anciennes éditions de ce poète comique. Voltaire dit qu'elle est pleine de contes faux sur Molière et ses amis. Grimarest prétendoit ce- pendant qu'elle étoit très-vraie, et qu'il l'avoit écrite en partie sur les Mémoires du fameux comédien Baron. III. *Eclaircissemens sur la langue Françoise*, 1712, où l'on trouve quelques bonnes observations. IV. *Traité du Récitatif*, 1707, in-12.
GRIMAUD, (N. de) professeur de médecine dans l'université de Montpellier, mort en 1791, posséda la théorie et la pratique de son art. On a de lui un *Cours complet* ou *Traité des Fièvres*, Montpellier, 1791, 3 vol. in-8°, dans lequel il a fait entrer les meilleures observations d'Hippocrate, de Galien, de Sydenham, de Stahl, de Stoll, de Boerhaave, etc. sur cette importante matière. Ce livre n'a paru qu'après sa mort. L'auteur étoit déjà connu par deux excellens *Mémoires sur la Nutrition*.
GRIMAUDET, (François) avocat à Anvers sa patrie, puis conseiller au présidial de cette ville, mourut en 1580, a 60 ans. Ses *Œuvres* imprimées à Amiens, 1669, in-folio, sont consultées et citées par les jurisconsultes.
GRIMBERGHEN, *Voy. ALBERT* (Joseph d') n° XII.
GRIMOALD, fils de *Pepin* de *Landes* ou le *Vieux*, eut après lui la place de maire du palais d'Austrasie en 639; mais ayant voulu mettre son fils sur le trône en 656, le roi *Clovis II* le fit mourir, ou le condamna, suivant d'autres historiens, à une prison perpétuelle. — Il ne faut pas le confondre avec GRIMOALD, fils de *Pepin le Cros* ou de *Héristel*, et maire du palais du roi *Dagobert II*; il fut assassiné en 714... ni avec GRIMOALD, duc de Bénévent, et roi des Lombards, vers 663. *Godebert* et *Pertharite*, fils d'Aribert dernier roi de Lombardie, se disputoient la couronne; *Grimoald* profita de leurs divisions pour la leur enlever. Il se soutint sur le trône par son esprit, sa sagesse et son courage. Il mourut en 671.
GRIMOU, (Alexis) peintre-François, mort vers l'an 1740, excelloit dans le *Portrait*. Ennemi de la contrainte, il ne travaillait que par caprice; la nuit et le jour lui étoient indifférens. Il bornoit sa société à celle des personnes qui s'enivroient avec lui. Il devoit à tout le monde. Son boulanger ne pouvant être payé, exigea du moins qu'il fit son portrait; mais *Grimou* ne voulut jamais le peindre avec son habit des dimanches, et il lui fit prendre son bonnet et sa veste de travail. Il mourut comme il avoit vécu, c'est-à-dire d'un excès de boisson. On remarque de la finesse et de la légèreté dans son pinceau, de la force et de la beauté dans son coloris. Il mettoit des couleurs si épaisses à la plupart de ses tableaux, qu'il en résultoit presque des reliefs; et dans l'obscurité, on distinguoit, au toucher, le nez, les yeux, les oreilles. Il avoit la plus haute idée de la supériorité de ses talens; et lorsqu'il se retiroit à des heures indues, il se mettoit à crier au moindre bruit: *Je suis Grimou*, imaginant qu'un nom aussi connu que le sien seroit une sauvegarde.
GRIN, *Voyez GRAIN*.
GRINGONNEUR, (Jacquemin) Parisien, peintre du 14$^{e}$ siècle, inventa, dit-on, les 592 GRI Cartes à jouer, vers l'an 1392. Il imagina, ajoute-t-on, ces peintures pour distraire Charles VI de sa triste situation, et pour charmer ses chagrins dans les intervalles de sa démence : fournissant par-là une ressource au désœuvrement des oisifs, et un aliment funeste à la passion ruineuse des joueurs. Mais l'abbé Rive a prouvé dans une Dissertation savante et bien écrite, publiée en 1780, in-12, que l'invention des Cartes est antérieure à la frénésie de Charles VI. L'abbé de Longuerne parle d'un concile de Cologne, où elles sont défendues aux ecclésiastiques. Apparemment que Gringonneur perfectionna les peintures qui sont sur ces petits cartons, et on l'en aura dit l'inventeur. Voyez-en d'ailleurs une autre preuve à l'article du roi CHARLES V, dans l'anecdote de Saintré. On lit dans un compte de Charles Poupart, trésorier de l'épargne : « Donné à Jacquemin Gringonneur, peintre, pour trois jeux de cartes à or et à diverses couleurs, à porter devers ledit seigneur roi, pour son ébatement, cinquante-six sous parisis. »
GRINGORE, (Pierre) Héraut d'armes du duc de Lorraide, mort après 1544, est auteur de plusieurs Moralités en vers, qui ne sont pas communes. Les plus rares sont : I. La Chasse du Cerf des Cerfs, sans date, in-16, gothique; c'est une allégorie touchant les différens des papes et des souverains. II. Le Jeu du Prince des Sots, joué en 1511, in-16, gothique. III. Contredit de Songes Creux, 1530, in-8. IV. Les Menus propos de Mère Sotte, 1535, in-16. V. Les Fantaisies de Mère Sotte, dont la meilleure édition est de 1538, in-16. VI. Sottises, en rimes françoises, in-8°, gothique. VII. Le Nouveau Monde, in-8°, gothique. On ne peut guères soutenir la lecture d'aucune de ces platitudes poudreuses. Il y a cependant des curieux qui les recherchent, soit pour satisfaire la manie des choses rares, soit pour suivre les progrès de l'esprit humain dans la carrière du théâtre. On y trouve quelques détails passables; témoin celui-ci : Qui bien se mire, bien se voit; Qui bien se voit, bien se connôt; Qui bien se connôt, peu se prise; Et qui bien se prise, sage est. Voyez aussi l'article I. MOULIN, à la fin.
GRIS, (Jacques le) écuyer et favori de Pierre II, comté d'Alençon, devint amoureux de la femme de Jean de Carouge, officier du même prince. Le mari étant allé faire un voyage à la Terre-sainte, le Gris rendit visite à son épouse, qui le reçut comme un ami de son époux. Ce perfide tâcha d'abord de la séduire : mais n'ayant pu y réussir, il la força dans sa chambre. Cette dame, pour tirer vengeance de cet outrage, le déclara à son mari lorsqu'il fut de retour. Carouge cita le corrupteur au parlement de Paris, qui, faute de preuves convaincantes, ordonna que les deux parties videroient leur querelle dans un champ de bataille, seul à seul. Le roi et toute la cour furent présents à ce duel, qui se fit à Paris en 1387. La victoire que Jean de Carouge y remporta, persuada tout le monde de la justice de sa cause et de l'innocence de sa femme. Son adversaire fut livré mort au bourreau, bourreau, qui, après l'avoir traîné comme un scélérat, le pendit à Montfaucon. Voilà comme le plus grand nombre des historiens racontent cette aventure. Cependant *Juvenal des Ursins*, et le *Moine de St-Denys*, disent que le *Gris* étoit innocent. Le véritable coupable, étant prêt de périr, avoua son crime, et disculpa le *Gris*.
**GRIVE.** (Jean de la) géographe de la ville de Paris, né à Sédan, fut pendant quelque temps membre de la congrégation de Saint-Lazare. Il la quitta pour se livrer entièrement à la géométrie et aux mathématiques. Il mourut à Paris au mois d'avril 1757, à 68 ans, avant que d'avoir mis la dernière main à une *Topographie de Paris*, si bien circonstanciée, qu'on devoit avoir, par ce moyen, toutes les dimensions actuelles de ce petit univers. M. *Haguin*, digne élève de l'abbé de la *Grive*, a publié quelques *Feuilles* de ce vaste Plan. On a encore de ce célèbre géographe: I. Un *Plan de Paris*, 1728, bon, mais mal gravé. II. Les environs de Paris. III. Le *Plan de Versailles*. IV. Les *Jardins de Marly*. V. Le *Terrier du Domaine du Roi aux environs de Paris*. VI. Un *Manuel de Trigonométrie sphérique*, publié en 1754.
**GRIVEL.** (Jean) conseiller d'état des archiducs *Albert* et *Isabelle*, étoit né à Lons-le-Saunier en Franche-Comté, et mourut à Bruxelles en 1624, âgé d'environ 60 ans. Il donna des Décisions du parlement de Dôle, dont il avoit été conseiller, sous ce titre: *Decisiones Senatás Dolani*, in-folio, Dijon, 1731. L'édition que nous citons a été *Tome V.* dirigée par son petit-fils. Cet ouvrage est estimé pour le style, l'ordre et la clarté.
**GROCHOWSKI**, général Polonois, commença sa carrière militaire dans les troupes du roi de Prusse. De retour dans sa patrie, il fut employé, en 1792, contre les Russes, en qualité de lieutenant colonel d'infanterie. Dans la révolution des Polonois tendant à secouer le joug de la Russie, *Grochowski* les seconda de tous ses efforts, et fut élu général des troupes rassemblées dans les cantons de Lublin et de Chelm. Il remporta divers avantages en Volhinie, et se réunit au général en chef *Kosciuszko*, pour livrer aux Russes la bataille de *Syczeciciny*, le 6 juin 1794. Il y fut atteint d'une balle, et mourut le lendemain de sa blessure.
**GRODICIUS.** (Stanislas) Jésuite Polonois, recteur du collège de Cracovie, mourut en 1613, à 72 ans. Nous avons de lui 8 vol. de *Sermons Latins*, pour tous les dimanches et toutes les fêtes de l'année; et divers écrits polémiques et ascétiques en polonois. **I. GROLLIER.** (Jean) né à Lyon en 1479, devint le *Mécène* des hommes de lettres de son siècle. *François I*, dont il mérita la confiance, lui donna la charge d'intendant des finances, et l'envoya en ambassade auprès du pape *Clément VII*. Ce fut pendant cette mission, qu'il fit imprimer à Venise le livre de *Assa* de *Budé*. *Egnace* raconte que se trouvant à dîner avec *Aide Manuce* et divers savans chez *Grollier*, ce dernier leur fit dou, au dessert, d'une paire de gants remplis de pièces d'or. De retour à Paris, *Grollier* y ramassa une P p 594 GRO énorme collection de livres qu'il se faisoit un plaisir de prêter aux hommes de lettres, et qui portoit pour devise: *A. J. Grollier et à ses amis*. Il mourut en 1565 à 86 ans.
II. GROLLIER, (Antoine) de la même famille que le précédent, naquit à Lyon en 1545. Il se trouva à la marche des Suisses sous *Fiffer*, conduisant *Charles IX* à Paris, et à la bataille de St-Denys. Les Ligueurs le mirent en prison à Pierre-Scize; mais il s'évada par l'adresse de *Marie Camus* son épouse, qui lui porta des cordons de soie sous son *vertugadin*. Il contribua ensuite à faire rentrer Lyon sous l'obéissance de *Henri IV*; et ayant appris la mort de ce prince, il ne put surmonter le chagrin qu'il en conçut, et mourut peu de temps après à St-Germain-au-Mont-d'Or, près de Lyon.
III. GROLLIER DE SERVIÈRE, (Nicolas) de la même famille que les deux précédents, naquit à Lyon en 1593, et se distingua par son goût pour les mécaniques. Il perdit un œil au siège de Verceil, et il se retira dans sa patrie, où il forma un cabinet curieux de machines, que *Louis XIV* visita: sa gaieté et sa sobriété prolongèrent sa vie jusqu'à l'âge de 93 ans. Il s'étoit fait cette épitaphe: *Cy git qui a vécu long-temps, parce qu'il ne connut ni procès, ni médecin*. La Description de son cabinet, augmenté par les ouvrages de tour de son fils, parut à Lyon en 1719. In-4°, avec figures. *Grollier* mourut en 1689. I. GRONOVIUS, (Jean-Frédéric) né à Hambourg en 1611, professeur de belles-lettres à Deventer, puis à Leyde, mourut dans cette ville en 1672, à 61 ans. Il a donné des éditions estimées de plusieurs auteurs latins, de *Plaute*, de *Salluste*, de *Tite-Live*, de *Sénèque* le philosophe, de *Pliue*, de *Quintilien*, d'*Aulu-Gelle*, etc. Il a restitué quantité de passages, et en a corrigé d'autres avec beaucoup de succès. On a encore de lui un in-4°, Leyde, 1691, sous ce titre: *De sesterciis, seu subsecivorum pecuniæ veteris et romanæ, lib. 4*; et une édition du traité *De jure Belli et Pacis de Grotius*, avec des notes, Amsterdam, 1680, in-8°. Il n'étoit pas seulement savant dans les belles-lettres; il étoit aussi habile jurisconsulte.
II. GRONOVIUS, (Jacques) fils du précédent, aussi savant que son père, naquit à Deventer en 1645. Il voyagea en Angleterre et en Italie, et s'y fit des amis et des protecteurs. Le grand duc de Toscane lui donna une chaire à Pise, qu'il quitta en 1679, pour aller occuper celle de son père à Leyde. Il mourut dans cette ville le 21 octobre 1716, à 71 ans, avec le titre de géographe de la ville, et la réputation d'un homme savant, mais caustique. On ne pouvoit le contredire, même sur des points indifférens, sans être exposé à tout ce que la bile d'un pédant orgueilleux a de plus amer. Son caractère le fit plus haïr, que ses ouvrages ne le firent estimer. Les principaux sont: I. Le *Thesaurus Antiquitatum Graecorum*, compilation assez bonne, en 13 vol. in-fol. Toutes les pièces ne sont pas également curieuses, mais plusieurs sont estimables. On accompagne ordinairement ce recueil, des *Antiquités Romaines* de *Grævius*, 12 vol. in-fol.; de celles de *Sallengre*, 3 vol. in-fol.; du *Dictionnaire* de *Pitiscus*, 3 vol.; des *Supplémens* de *Polénus*, Venise, 1757, 5 volumes in-folio; des *Inscriptions* de *Gruter*, 4 vol. in-fol.; des *Antiquités d'Italie* de *Grævius* et de *Burmann*, 45 vol. II. Une version latine des *Pierres antiques* d'*Agostini*. III. Une infinité d'éditions d'auteurs Grecs et Latins, de *Macrobe*, de *Polybe*, de *Tacite*, de *Sénèque* le tragique, presque achevée par son père; de *Pomponius-Méla*, d'*Aulu-Gelle*, de *Cicéron*, d'*Ammien-Marcellin*, de *Quint-Curce*, de *Phèdre*, de *Manéthon*, etc. La meilleure de toutes est celle d'*Hérodote*, publiée en 1715, in-fol., avec des corrections et des notes. Il y a cependant des fautes grossières, selon *Nicéron*. D'ailleurs, il semble que *Gronovius* y ait répandu tout le fiel dont il étoit rempli. Il prodigue les injures les plus grossières aux savans les plus célèbres, tels que *Valla*, *Henri Etienne*, *Holsténius*, *Gale*, *Spanheim*, *Vossius*, *Saumaise*, le *Clerc*, *Bochart*, le *Fèvre*, *Grævius*, etc. etc. On lui a appliqué ces paroles de *Sénèque*: *Hre sibi indulgent, ex libidine judicat, et audire non vult, et eripi judicium suum, etiamsi pravum est, non sinit*. IV. *Geographi antiqui*, Leyde, 1694 et 1699, 2 vol. in-4°, recueil estimé. V. *Dissertations sur différens sujets*, chargées d'érudition. VI. *Plusieurs Ecrits polémiques*, monuments de sa bile autant que de son érudition.
GROPPER, (Jean) savant controversiste, né à Soest en Westphalie en 1502, fut suc- cessivement prévôt et official de Santen, prévôt de Soest, écolâtre de St-Géréon à Cologne, et enfin chanoine de la métropole. *Paul IV*, satisfait du zèle qu'il montroit contre les nouvelles sectes, voulut l'élever à la pourpre romaine; mais il eut l'humilité de la refuser. Il se rendit cependant à Rome, à la sollicitation de ce pontife, et y mourut le 14 mars 1559. *Paul IV* prononça lui-même son oraison funèbre. *Gropper* étoit savant dans l'histoire et la discipline de l'église, dans la théologie dogmatique, et dans la science de la tradition. Il fut l'âme des conciles provinciaux de Cologne, tenus l'an 1536 et 1549. On a de lui: I. *Enchiridion Christianæ religionis*, imprimé à la suite du concile de 1536. C'est un excellent abrégé de la théologie dogmatique. II. *De la présence véritable du corps et du sang de J. C.*, Cologne, 1546, in-fol. en allemand, *Surius* en a donné une bonne traduction en latin, Cologne, 1560, in-4°. Cet ouvrage, l'un des meilleurs que nous ayons sur la controverse, est le premier où la matière de l'Eucharistie soit traitée à fond. Son amour pour la pureté étoit extrême, et alloit jusqu'à des singularités ridicules; ayant trouvé une servante occupée à faire son lit, il la fit sortir promptement de sa chambre, et jeta le lit par la fenêtre. I. GROS, (Pierrele) sculpteur, né à Paris en 1656, envoyé à Rome par *Louvois*, mérita la protection de ce ministre par son assiduité au travail et par ses talons. De retour en France, il embelut Paris des fruits de son génie. Après avoir montré ce P p 2 196 GRO que pouvoit son ciseau, quand il travaillait d'imagination, il copia la Véaux de Bichelieu, et l'Antinoüs du Belvedère, et rendit avec une fidélité peu commune, expression pour expression. Ces morceaux devurent originaux, par les beautés qu'il sut y introduire. On a de lui plusieurs modèles et dessins, que les curieux conservent précieusement. Ce célèbre artiste retourna à Rome, et y mourut en 1719, à 35 ans.
II. GROS, (Nicolas le) docteur en théologie de l'université de Rheims, né dans cette ville en 1675, de parens obscurs, s'est fait un nom par le rôle qu'il a joué dans le parti des Anticonstitutionnaires. Après avoir brillé par sa mémoire et par sa pénétration en philosophie et en théologie, il lui chargé par l'archevêque de Rheims, le Tellier, du petit séminaire de St-Jacques. Il obtint ensuite un canonicat de la cathédrale; mais son opposition à la bulle Unigenitus ayant déplu à Mailli, successeur de le Tellier, ce prélat l'excommunia et obtint une lettre de cachet contre lui. Le chanoine, obligé de se cacher, parcourut différentes provinces de France, passa en Italie, en Hollande, en Angleterre, et enfin se fixa à Utrecht. L'archevêque lui confia la chaire de théologie de son séminaire d'Amersfort: emploi qu'il remplit avec autant de zèle que de lumières jusqu'à sa mort, arrivée à Rhinwik près d'Utrecht, le 4 décembre 1751, à 75 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, la plupart sur les affaires du temps, ou sur quelques disputes particulières, qui y avoient rapport. Les principaux sont: I. La sainte Bible traduite sur les textes originaux; avec les différences de la Vulgate, 1739, in-8. La même a été publiée par Rondet, en 6 petits vol. in-12; mais cette édition, dans laquelle on a fait quelques changements, est moins recherchée. II. Manuel du Chrétien, contenant l'ordinaire de la Messe, les Pseaumes, le Nouveau Testament et l'Imitation de J. C., traduits par le même. Ce recueil utile a été plusieurs fois imprimé in-18 et in-12. III. Méditations sur la concorde des Evangiles, 3 vol. in-12; Paris, 1730. Méditations sur l'Epitre aux Romains, 1735, 2 vol. in-12. Méditations sur les Epitres Canoniques. Ces trois ouvrages estimables sont le fruit des conférences que l'abbé le Gros faisoit au séminaire d'Amersfort. IV. Motifs invincibles d'attachement à l'Eglise Romaine pour les Catholiques, ou de réunion pour les Prétendus-Réformés. V. Discours sur les Nouvelles Ecclésiastiques, in-4. et in-12, 1735. VI. Les Entretiens du Prêtre Ensèbe et de l'avocat Théophile, sur la part que les Laïques doivent prendre à l'affaire de la Constitution, in-12. VII. Lettres Théologiques contre le traité des Prêts-de-commerce, et en général contre toute Usure, in-4. VIII. Dogma Ecclesiae circa Usuram expositum et vindicatum, avec divers autres Ecrits en latin sur la même matière, et des Observations touchant une Lettre attribuée à feu M. de Launoy, sur l'Usure, in-4. Le Gros fut un des principaux soutiens des Églises Jansénistes de Hollande; troupeau foible, qui dépérit tous les jours.
III. GROS, (N. le) prévôt de la collégiale de St-Thomas Au Louvre à Paris, fut député de cette ville aux États généraux de 1789, et mourut dès le commencement de la Session en 1789. On lui doit l'analyse et la critique de plusieurs écrits philosophiques. I. *Analyse* des ouvrages de J. J. Rousseau et de Court de Gabelin, par un Solitaire, 1785, in-8. II. *Analyse* et examen du système des philosophes économistes, 1787, in-8. III. *Analyse* et examen de l'Antiquité dévoilée, du Despotisme oriental et du Christianisme dévoilé, par Boulanger, 1788, in-8. En général, ces diverses analyses offrent le discernement d'un bon esprit et une érudition solide.
GROS-GUILLAUME, *Voy.* III. GUERIN.
GROSLEY, (Pierre-Jean) avocat, associé de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, né à Troyes le 19 novembre 1718, mort dans la même ville le 4 novembre 1785, à 67 ans, se destina d'abord au barreau. Mais un goût décidé pour la littérature et pour les recherches d'érudition, le tourna entièrement vers ces deux objets. Ce ne fut pas cependant un savant de cabinet, étranger au reste du monde. Il fit deux voyages en Italie, deux en Angleterre, un en Hollande. Il se montroit aussi presque toutes les années à Paris, et étoit reçu dans les premières sociétés de cette ville; mais il ne voulut jamais s'y fixer. Le séjour de la capitale convenoit peu à un homme d'une santé délicate et d'un caractère ferme, qui eimoit à vivre sans façon, et à parler sans contrainte. Sa fortune, qui étoit honnête, avoit été augmentée par une économie constante, mais modérée, et qui ne l'empêcha pas de faire des actes de générosité. Encore jeune, il remit volontairement à sa sœur un legs universel de 40 mille livres. Vers le même temps, sa patrie dut à ses libéralités les bustes en marbre des hommes illustres qu'elle a produits. Ses principaux ouvrages sont: I. *Recherches pour l'histoire du Droit français*, 1752, in-12, livre estimé, plein d'une érudition solide et d'une critique saine. II. *Vie des frères Pithou*, Paris, 1756, 2 vol. in-12. III. *Observations de deux gentilhommes Suédois sur l'Italie*, 1774, 4 vol. in-12. Ce voyage est estimé à cause des recherches originales et des traits piquants dont il est semé. Le style ressemble à celui de sa conversation souvent enjouée, quelquefois saillante, et presque toujours féconde en anecdotes. On desireroit seulement dans plusieurs morceaux plus de netteté, d'élégance et de coloris. IV. *Londres*, 1770, 3 vol. in-12. On peut appliquer à ce voyage d'Angleterre, ce que nous avons dit du voyage d'Italie. Les observations de l'auteur paroîtraient plus intéressantes, si ses fréquentes digressions ne dégénéroient en longueurs, et si les tirades de vers latins, dont l'auteur charge son livre, ne faisoient languir la narration. V. *Essais historiques sur la Champagne*. VI. *Éphémérides Troyennes*, continuées pendant plusieurs années, et remplies de mémoires instructifs sur la ville de Troyes. VII. Il eut part aux *Mémoires de l'Académie de Troyes*, et à la dernière Traduction de *Davila*. VIII. Un grand nombre de Lettres instructives, d'opuscules polémiques, d'éloges P p 3 598 GRO littéraires, publiés en partie dans le Journal Encyclopédique, depuis 1771 jusqu'en 1785. Il faut avouer que les derniers morceaux, que nous avons vus de lui, étoient écrits incorrectement; et qu'en vieillissant, son style, toujours plein et arrondi, étoit souvent louche, obscur, embarrassé, soit qu'il développât plus difficilement ses idées, soit qu'il eût gâté sa diction par la lecture de Rabelais, de Montaigne et des vieux auteurs françois, dont il aimoit beaucoup la naïveté et le franc-parler. Lorsqu'il écrivit son Discours sur l'influence des lois sur les mœurs, qui concourut avec celui du célèbre Rousseau de Genève, et obtint un accessit; il avoit une diction bien plus correcte et plus élégante que dans ses derniers jours. Il nous avoit fourni quelques remarques pour les premières éditions de ce Dictionnaire historique.
GROSSEN, (Chrétien) théologien Luthérien, né à Wittemberg en 1602, mort en 1673, fut fait professeur à Stettin en 1634, et surintendant général des Églises de la Poméranie, en 1663, à 61 ans. On a de lui, un Traité contre la primauté du Pape, et d'autres ouvrages de controverse qu'on ne lit plus.
GROSSE-TESTE, (Robert) Voyez ROBERT, n° xv.
GROSTESTE, (Marin) seigneur des Mahis, né à Paris en décembre 1646, fut élevé dans la religion prétendue Réformée: mais il en fit abjuration à Paris, l'an 1681, entre les mains de Coislin, évêque d'Orléans, depuis cardinal. Peu de temps après il alla à Orléans, où il eut le bonheur de convertir à la foi Catholique un grand nombre de personnes, entr'autres son père, sa mère, et un de ses frères. Des Mahis devint ensuite chanoine de la cathédrale d'Orléans. Il mourut dans cette ville le six octobre 1694, à 48 ans, n'étant que diacre, et n'ayant jamais voulu, par humilité, recevoir l'ordre de prêtrise. On a de lui: I. Considérations sur le Schisme des Protestans. II. Traité de la présence réelle du Corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Ces deux Traités parurent à Orléans en 1685. III. La vérité de la Religion Catholique prouvée par l'Écriture sainte; Paris, 1697, in-12. Cet ouvrage a été réimprimé à Paris en 1713, 3 vol. in-12, avec des augmentations considérables de l'abbé Geoffroy, mort à Paris en 1715. Des Mahis avoit un frère, Claude GROSTESTE, sieur de la Mothe, qui se retira à Londres, en 1685, après la révocation de l'édit de Nantes. Il y fut ministre de l'Église de la Savoie, et y mourut en 1713, à 66 ans, membre de la société de Berlin. Il étoit savant dans le cabinet, éloquent en chaire, d'une prudence rare, et d'une charité consommée. On a de lui: I. Un Traité de l'inspiration des Livres sacrés, Amsterdam, 1695. II. Plusieurs Sermons. III. D'autres ouvrages, qui eurent autant de succès dans les pays Protestans, que ceux de son frère dans les pays Catholiques.
GROTIUS, (Hugues) né à Delft, le 10 avril 1583, d'une famille illustre, eut une excellente éducation, et y répondit d'une manière distinguée. Dès l'âge de huit ans il faisoit des vers launs, qu'un vieux poète n'au- roit pas désavoués. A 15 ans, en 1597, il soutint des thèses sur la philosophie, les mathématiques et la jurisprudence, avec un applaudissement général. L'année d'après, il vint en France avec *Barneveldt*, ambassadeur de Hollande, et y mérita par son esprit et par sa conduite, les éloges de *Henri IV*. De retour dans sa patrie, il plaida sa première cause à 17 ans, et fut fait avocat général à 24. Rotterdam souhaitoit de jouir de ses talens: il s'y établit en 1613, et y fut fait syndic. Les impertinentes et funestes querelles des *Remontrans* et des *Contre-Remontrans* agitoient alors la Hollande. *Barneveldt* étoit le protecteur des premiers. *Grotius* s'étant déclaré pour le parti de ce grand homme, son ami, le soutint par ses écrits et par son crédit. Leurs ennemis se servirent de ce prétexte pour les perdre l'un et l'autre. *Barneveldt* eut la tête tranchée en 1619, et *Grotius* fut enfermé à vie dans le château de Louvestein. Sa femme ayant eu la permission de lui faire passer des livres, les lui envoya dans un grand coffre; l'illustre prisonnier se mit dans ce coffre, et échappa par cette ruse à ses persécuteurs. Après avoir roulé quelque temps dans les Pays-Bas Catholiques, il chercha un asile en France, et l'y trouva. On l'accusa alors dans son pays de vouloir se faire Catholique; mais il répondit à un de ses amis, que quelque avantage qu'il eût de passer d'un parti jcible qui l'avoit maltraité, à un parti fort qui le recevroit à bas ouverts, il n'étoit pas tenté de le faire... Et puisque j'ai eu, ajoutoit-il, assez de courage pour supporter la prison, je n'en manquerai point, j'espère, pour sou- sontenir l'exil et la pauvreté... Les protecteurs que *Grotius* trouva en France, le présentèrent à *Louis XIII*, qui lui donna une pension de mille écus. Les ambassadeurs de Hollande travaillèrent en vain pour donner au roi des impressions défavorables; ce prince ne voulut point les écouter. Il rendit même à *Grotius* un témoignage avantageux, parce qu'il le voyoit, avec un étonnement mêlé d'estime, conserver toujours de l'amour pour son ingrate patrie. Cependant ses ennemis redoubloient leurs efforts pour le perdre; et le cardinal de *Richelieu*, qu'il ne flattoit pas sur ses productions, l'obligea enfin à force de dégoût, de se retirer. Sa pension fut même supprimée en 1631. Cet illustre réfugié prit alors le parti de retourner en Hollande. Il espéroit beaucoup des bontés du prince d'Orange, *Frédéric-Henri*, qui lui avoit écrit une lettre consolante; mais ses ennemis représentèrent au prince, qu'il y auroit du danger à le rétablir, et le firent même condamner de nouveau à un bannissement perpétuel. Ce nouvel orage obligea *Grotius* de quitter une seconde fois sa patrie. On le desiroit en Suède. Il se rendit donc à Hambourg, pour s'informer de ce qu'il avoit à espérer de la cour de Stockholm. Pendant le séjour qu'il fit dans cette ville, plusieurs princes, tels que les rois de Danemarck, de Pologne, d'Espagne, firent des tentatives pour l'attirer dans leurs états; mais la protection que lui accordoit le chancelier d'*Oxenstiern*, et le goût que la reine *Christine* avoit pour les savans, le déterminèrent à s'attacher à cette princesse. Il partit donc en 1634 pour Stockholm, où on l'accueillit comme P p 4 600 GRO il le méritoit ; et peu de temps après son arrivée, il fut nommé conseiller d'état et ambassadeur en France. Ce choix déplut au cardinal de Richelieu, qui le voyoit avec peine revenir dans un royaume où on lui avoit refusé la subsistance, après l'avoir reçu avec la plus grande bonté. Oxenstier ne voulut pas nommer d'autre ministre ; et Grotius fit son entrée à Paris, au commencement de mars 1635. Du Maurier prétend que l'ambassadeur de Christine, pendant son séjour en France, ne vit point le cardinal de Richelieu, sous prétexte qu'il ne donnoit pas la main aux ambassadeurs ; mais dans la vérité, parce qu'il conservoit de l'animosité contre ce ministre. Ce fait, qui n'est qu'un onidire, paroît sans vraisemblance. Après un séjour d'onze mois à Paris, où il jouit des hommages des savans, il revint en Suède. Il passa par la Hollande. Les choses étoient bien changées. La plupart de ses ennemis étoient morts ; et l'on se repentoit d'avoir forcé de quitter sa patrie, un homme qui lui faisoit tant d'honneur. Aussi fut-il reçu à Amsterdam avec une grande distinction. Arrivé en Suède, il ne fut pas accueilli moins favorablement par Christine, à laquelle il demanda son congé ; mais il l'obtint avec peine. Grotius, en retournant dans sa patrie, mourut à Rostock, le 28 avril 1645, à 62 ans. Cet homme célèbre étoit d'une figure agréable ; il avoit des yeux vifs, un visage serein et riant. Son ambition étoit très-modérée. Il écrivoit à son père, tandis qu'il étoit ambassadeur : Je suisrassasié d'honneurs. J'aime la vie tranquille, et je serois fort aise de ne plus m'occuper que de Dieu et d'ouvrages utiles à la postérité. Il étoit à la fois bon ministre, excellent jurisconsulte, théologien, historien, poète et bel esprit. S'il s'est illustré par la gloire d'avoir été l'ami de Barneveldt et le défenseur de la liberté de son pays, il ne s'est pas fait moins d'honneur par ses ouvrages. Ça été, sans contredit, un des plus grands hommes de son temps, soit par son érudition profonde, soit pour la beauté de son esprit, soit pour la pureté de sa diction. Il possédoit parfaitement les langues, la fable et l'histoire, l'antiquité ecclésiastique et profane, et sur-tout la science du droit public. Ses écrits sont une source où tous les jurisconsultes ont puisé. Les principaux sont : I. Un excellent traité De jure Belli et Pacis, cum notis Variorum, 1712, in-8.º Il a été traduit en françois par Barbeyrac, 1729, 2 vol. in-4.º ; mais on le lit moins utilement dans la version que dans l'original latin, quoique le style en soit un peu dur. Cet ouvrage a passé autrefois pour un chef-d'œuvre ; et malgré la foule de livres publiés sur cette matière, il mérite encore aujourd'hui une place distinguée parmi les productions de ce genre. Il y a pourtant un trop grand étalage d'érudition ; les citations y étouffent les raisonnemens. La meilleure édition du texte est celle en 3 vol. in-fol., 1696, 1700 et 1714, avec des commentaires. La traduction est accompagnée de remarques ; elle passe pour fort exacte. II. Traité de la vérité de la Religion Chrétienne, traduit du latin en françois par l'abbé Goujet, in-12. Cet ouvrage, composé d'abord par Grotius, en vers flamands, pour fortifier dans le Christianisme les matelots qui font le voyage des Indes, a été traduit en grec, en arabe, en anglois, en persan, en allemand, en flamand. Saint-Évremond l'appelle le VADÉ MECUN des Chrétiens. Voltaire l'a fort déprimé, et l'on en sent assez les raisons. Il est vrai qu'il emploie des preuves, que quelques théologiens ont rejetées; mais le fonds de l'ouvrage est estimable. III. Des Œuvres Théologiques, qui renferment des Commentaires sur l'Écriture sainte; et d'autres Traités recueillis à Amsterdam en 1679, en 4 vol. in-fol. On a accusé l'auteur d'avoir donné quelquefois dans le pélagianisme et le socinianisme; d'avoir prodigué l'érudition profane dans des matières sacrées; d'avoir cherché dans le texte de l'Écriture, moins ce qui y est, que ce que le commentateur vouloit y voir, etc. La plupart de ces reproches sont fondés, et il faut avouer que plusieurs endroits de ses Commentaires paroissent favorables aux nouveaux Ariens. Il est vrai qu'il a combattu le sentiment de Socin, en soutenant la préexistence du Verbe; mais il se rapprochoit de lui dans plusieurs autres points. Grotius étoit un des plus modérés Protestans. S'il ne mourut pas Catholique, il avoit eu beaucoup de penchant à l'être; mais il est à craindre que cette modération ne vint plutôt d'une indifférence pour toutes les religions, que de la connoissance qu'il avoit des foibles fondemens du Protestantisme. On trouve dans la Bibliothèque Polonaise une de ses Lettres au fameux Socinien Crélius, qui donne de violens soupçons sur sa religion. Cependant il pourroit se faire, qu'ayant flotté d'er- reurs en erreurs, il eût désiré sur la fin de ses jours de fixer sa doctrine en se réunissant au centre de l'unité et de la vérité. On trouve dans le Menagiana, que « quand on sut à Paris que Grotius étoit mort à Rostock, le P. Petau, persuadé qu'il étoit Catholique dans l'âme, dit la messe pour lui. On diroit même en ce temps-là, que Grotius avoit voulu se déclarer Catholique, avant que d'aller en Suède rendre compte de son ambassade; mais qu'il avoit suivi le conseil du P. Petau, qui étoit de faire ce voyage de Suède, et de retourner à Paris pour s'y établir, et exécuter la résolution qu'il avoit prise. » Avant son départ, Grotius avoit, dit-on, donné la même parole à M. Bignon. « Il est sûr que, quand il mourut, dit le Père Oudin, il y avoit long-temps qu'il s'étoit séparé de la communion des prétendus Réformés. Dès l'an 1641, dans son livre De Antichristo, il leur avoit enlevé leur Palladium: c'est ainsi que Saumaise appeloit la folle idée où ils sont, ou du moins où ils font semblant d'être, que le pape est l'Antechrist. Pour justifier la bonne opinion du P. Petau, sur la religion de son ami, je transcrirai quelques lignes de la lettre 432 du docteur Arnaud, au sujet de Grotius. Il paroît clairement, dit-il, par ses derniers livres, qu'il étoit tout-à-fait entré, à la fin de sa vie, dans les sentimens de l'Église Catholique. Il établit très-fortement dans son Livre posthume, que les dogmes de la Foi se doivent décider par la tradition et l'autorité de l'Église, et non par la seule Écriture: ce qui renverse toutes les hérésies. » Voy. la Vie du P. Petau, par le 602 GRO P. Oudin, dans les Mémoires de Nicéron, tom. 37. C'est apparemment cette idée, que Grotius penchoit pour la véritable église, qui a fait dire au ministre Jurieu, dans l'Esprit d'Arnauld, « que Grotius étoit mort sans vouloir faire profession d'aucune religion et ne répondant à celui qui l'exhortoit à la mort que par un NON INTELLIGO. » Au reste, le Livre posthume indiqué par Arnauld, est intitulé : Rivetiani apologetici discussio. IV. Des Poésies, 1617 et 1622, in-8. Il y en a quelques-unes d'heureuses; mais sa vaste littérature éteint souvent son feu poétique. Les Hollandois on font un grand cas; mais le goût François est bien différent, ou pour mieux dire, le préjugé national ne ferme point les yeux en France sur leurs défauts. V. De imperio summarum Potestatum circa Sacra, la Haye, 1661, in-12; traduit en françois, en 1751, in-12, sous ce titre: Traité du pouvoir du magistrat politique sur les choses sacrées. VI. Annales et Historia de rebus Belgicis, ab obitu regis Philippi, usque ad inducias anni 1619. L'autent a parfaitement imité Tacite dans ses annales; il est comme lui énergique et concis; mais cette précision le rend quelquefois obscur : comme lui, il a développé toutes les intrigues, tous les ressorts, tous les motifs des événements dont il a été le témoin. Cet ouvrage est plein de maximes que la politique peut adopter; et les passions des différens acteurs y sont peintes avec autant de force que d'adresse. Il fait surtout bien connoître un peuple qui peut souffrir un maître, mais non pas un tyran, et qui secoue le joug avec autant d'habileté que de courage. VII. Historia Gotho- rum, in-8°, inférieure à la précédente pour le style, mais très-utile pour les recherches sur l'Histoire d'Espagne, et sur celle de la décadence de l'empire Romain. VIII. De antiquitate Reipublicæ Batavicæ, in-24; ouvrage plein d'érudition. IX. Des Tragédies peu théâtrales, et dont le sujet est mal choisi. Elles parurent sous le titre de Tragædiæ, etc. 1635, in-4. X. De origine gentium Americanarum, Dissertationes duæ, 1642 et 1643, 2 vol. in-8°. XI. Excerpta ex Tragædiis et Comædiis Græcis, Paris, 1626, in-4. XII. Philosophorum sententiæ de Fato, Paris, 1648, in-4. XIII. Des Lettres, publiées en 1687, infol. XIV. Une édition de CAPELLA, Voyez ce mot. XV. Un Commentaire sur les Annales de Hollande, par Douza. On peut consulter sur cet homme célèbre sa Vie, par M. de Burigny, en 2 vol. in-12, 1752. L'historien y entre dans de grands détails sur son héros et sur ses négociations. Le caractère de Grotius ressembloit à son style; c'est-à-dire qu'il étoit noble, ferme, et quelquefois dur. On voit dans l'Histoire métallique de la Hollande une médaille sur laquelle Grotius est appelé le Phénix de la patrie, l'Oracle de Delft, le grand esprit, la lumière qui éclaire la terre. Il laissa un fils, mort à 70 ans, qui se distingua dans les ambassades, et dans le ministère de sa religion.
GROUAIS, Voyez DES-GROUAIS.
GROUCHI, Gruchius, (Nicolas de) d'une famille noble de Rouen, fut le premier qui expliqua Aristote en grec. Il enseigna avec réputation, à Paris, à Bor- deaux et à Coimbre. De retour en France, il alla à la Rochelle, où l'on vouloit établir un collège. Il y mourut en 1572. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. Une Traduction de l'Histoire des Iudes, par F. L. de Castanedo, Paris, 1554, in-4.º II. Un traité De Comitiis Romanorum, et des Ecrits contre Sigonius, in-folio. Ce savant craignoit Grouch, et eut la lâcheté impardonnable de ne parler contre lui que lorsqu'il eut appris sa mort.
GROUMBACH, gentil-homme Saxon, classé de son pays pour quelques crimes, se retira en 1556 à Gotha, avec ses complices, auprès de Jean-Frédéric, fils de ce Jean-Frédéric, que l'empereur Charles-Quint avoit dépouillé de l'électorat de Saxe. Groumbach avoit principalement en vue de se venger du nouvel électeur Auguste, chargé de faire exécuter contre lui l'arrêt de sa proscription. Il s'étoit associé à plusieurs brigands : il forma avec eux une conspiration pour assassiner l'électeur. Un des conjurés, pris à Dresde, avoua le complot. L'électeur Auguste, ayant une commission de l'empereur, fait marcher ses troupes à Gotha. Groumbach, que le duc soutenoit, étoit dans la ville avec plusieurs soldats déterminés, attachés à sa fortune. Les troupes du duc et les bourgeois défendirent la ville; mais enfin il fallut se rendre. Le duc Jean-Frédéric, aussi malheureux que son père, fut arrêté et conduit à Vienne dans une charrette, avec un bonnet de paille attaché sur la tête : et ses états furent donnés à Jean-Guillaume, son frère. Groumbach et ses complices, pris en même temps, finirent leurs jours par le dernier supplice, en 1567. Voy. I. LANGUET.
GROZELLIER, (Nicolas) prêtre de l'Oratoire, né à Beaune le 29 août 1692, mort le 19 juin 1778, est auteur de quelques ouvrages, dont le plus connu est un Recueil de Fables, in-12, 1768.
GRUAU, (Louis) fut curé de Sauge dans le diocèse du Mans. Il publia en 1613, à Paris, chez Chevalier, un ouvrage sous ce titre : Nouvelle invention pour prendre et ôter les loups de la France, in-12, avec figures. Ce traité est dédié à Louis XIII, qui n'avoit alors que douze ans. On y trouve des anecdotes, qui prouvent un grand instinct dans le loup, de la prévoyance, une combinaison d'idées et du courage. La conclusion de l'auteur est digne du temps : c'est que plus nous approcherons de la fin du monde, plus les loups se multiplieront.
GRUDIUS, (Nicolas Everard, dit) trésorier du Brabant, et fils d'un président du conseil souverain de Hollande et de Zélande, mourut en 1571. On a de lui des Poésies profanes, Leyde, 1612, in-8º, en latin; et des Poésies sacrées, Anvers, 1566, in-8º. Il avoit pour frères, Jean Second et Adrien Marius, qui se distinguèrent aussi dans la versification. Voyez SECOND (Jean).
GRUE, (Thomas) littérateur François, mort vers la fin du 17e siècle, à qui nous devons des traductions de quelques ouvrages Anglois. Les principales sont : I. Les Religions du Monde, traduites de l'anglois de Ross, 604 G R U in-4.º II. La Porte ouverte pour parvenir à la connoissance du Paganisme, traduite aussi de l'anglois d'Abraham Roger, in-4.º On l'estime pour la connoissance qu'il donne des mœurs des Brames Asiatiques. — I. GRUET, (Jacques) Genevois, fameux libertin, débitoit ses impiétés vers le milieu du XVIe siècle; il étoit aussi opposé à Calvin et à ses partisans, qu'aux défenseurs de la véritable religion, parce qu'il n'en professoit aucune. Il ne manquoit d'ailleurs ni d'esprit ni d'érudition, et il souffroit impatiemment les hauteurs des Calvinistes et leur prétendue réforme. Il eut la hardiesse d'afficher en 1547 des placards, dans lesquels il accusoit les Réformés de cette ville d'être des esprits remuans, qui, après avoir renoncé à la vérité, et la plupart à leur premier état, vouloient dominer sur toutes les consciences. Sa témérité lui attira les affaires les plus fâcheuses. On saisit ses papiers : on y trouva des preuves d'irréligion, et on se servit de ce prétexte pour le condamner à perdre la tête. Cette sentence fut exécutée en 1549. Son plus grand crime, aux yeux des Genevois, étoit d'avoir dévoilé leur patriarche Jean Calvin, dont il avoit peint le caractère et la conduite sous ses véritables couleurs. — II. GRUET, (N.) jeune poète, fut ravi à la littérature à l'âge de 25 ans, par un accident trop ordinaire à ceux qui se servent imprudemment des armes à feu. Il étoit à la chasse, lorsqu'ayant appuyé la tête contre son fusil, son chien le fit partir et il mourut sous le coup. On lui doit : Les Adieux d'Hector et d'Andromaque, pièce couronnée à l'académie Françoise en 1776; une héroïde intitulée : Annibal au Sénat de Carthage; la traduction en vers du commencement de l'Iliade. Il avoit entrepris aussi de mettre Telémaque en vers. Ce poète possédoit les qualités du cœur : il n'avoit, ni l'envie qui veut flétrir l'homme supérieur dont la gloire éblouit, ni l'orgueil qui cherche à le mépriser. Il est mort en 1778.
GRUGET, (Claude) Parisien, vivoit au XVIe siècle. Il s'est fait connoître par des Traductions qu'il a données de l'italien et de l'espagnol; et par l'édition de l'Heptameron de la reine de Navarre, 1560, in-4.º
GRUTER, (Jean) né à Anvers en 1560, reçut au baptême le nom de Jean, qu'il changea, pour se conformer à la mode pédantesque de son temps, en celui de Janus. Dès l'âge de 7 ans, il passa en Angleterre avec son père et sa mère, qui étoit Angloise. Le Protestantisme les avoit fait chasser d'Anvers. La mère de Gruter, femme d'esprit et de savoir, fut le premier maître de son fils. Après avoir étudié dans plusieurs universités, il professa avec réputation à Wittemberg, où le duc de Saxe lui avoit donné une chaire d'histoire; et à Heidelberg, où il eut la direction de cette magnifique bibliothèque, transportée à Rome quelque temps après. Ce savant mourut le 20 septembre 1627, à 66 ans. Son nom est célèbre par plusieurs ouvrages utiles. Les principaux sont : I. Un Recueil d'Inscriptions, en un gros vol. in-fol. à Heidelberg, 1601. L'auteur avoit beaucoup fouillé dans les ruines de l'antiquité; cet ouvrage en est une preuve. Il le dédia à l'empereur Rodolphe, qui l'en remercia en lui accordant un privilège général pour tous ses livres, avec pouvoir d'accorder lui-même des privilèges aux autres auteurs. Ce monarque lui destinoit aussi la dignité de comte de l'empire; mais il mourut avant d'en avoir été revêtu. Gravius a considérablement augmenté le recueil de Gruter, et en a fait 4 gros vol. in-folio, imprimés à Amsterdam 1707. II. Lampas, seu Fux Artium liberalium: hoc est, Thesaurus criticus à bibliothecis erutus; Francfort, 1602, 6 vol. in-8.º Le but de l'auteur est d'indiquer les bons livres, en chaque partie, à ceux qui veulent s'appliquer à l'étude des lettres et des beaux arts. III. Deliciae Poëtarum Gallorum, 3 vol. in-12; Italorum, 2 vol.; Belgarum, 3 vol.; Germanorum, 6 vol.; Hungaricorum, 1 vol.; Scotorum, 2 vol.; Danorum, 2 vol. IV. Historiae Augustae Scriptores, in-fol. et cum notis Variorum, Leyde, 1671, 2 vol. in-8.º V. Chronicon Chronicorum, Francfort, 1614, 2 vol. in-8.º Cette Chronique commence à la naissance de J. C., et finit en 1613. Elle est pleine d'inexactitudes, d'inutilités, tandis que bien des choses remarquables sont omises. VI. M. T. Ciceronis opera cum notis, Hambourg, 3 vol. in-fol. Jean Albert Fabricius estimoit beaucoup cette édition. Gruter a encore donné des éditions avec des notes, d'Ovide, de Plaute, de Florus, de Sénèque le poète, de Sénèque le philosophe, de Tite-Live, de Velleius-Paterculus, de Salluste, et quantité d'autres ouvrages. Gruter étoit un homme fort laborieux, qui étudioit tout le jour et une grande partie de la nuit, et toujours debout. Son désintéressement étoit extrême, et outre d'abondantes aumônes, il exerçoit une autre espèce de charité: il prétoit de l'argent, sans s'informer si l'on étoit en état de le lui rendre. Ses ennemis l'accusèrent d'athéisme; mais son attachement au protestantisme ne s'accorde point avec l'imputation d'irréligion. Il fut marié quatre fois; et lorsqu'il perdoit ses femmes, il étoit bientôt consolé; soit qu'elles méritassent peu ses regrets; soit plutôt que son caractère, naturellement indifférent, ne lui permit pas des afflictions longues et vives. Il étoit plein de suffisance, et ne répondoit à ses critiques, que par un langage qui le déshonoroit, comme l'on peut s'en convaincre par ce qu'il a écrit contre Jean-Philippe Parcus. L'érudition dont il fit parade, ne lui appartenoit pas toute en propre; il fut aidé dans ses recherches par Marc Velser et d'autres savans.
GRUYER, Voy. I. DUPRÉ.
GRYLLUS, Voyez XÉNOPHON, n.º I.
GRYNÉE, (Simon) ami de Luther et de Mélanchthon, naquit en Souabe l'an 1493, et mourut à Basle en 1541, à 48 ans. C'est lui qui publia, le premier, l'Almageste de Ptolomee en grec, Basle, 1538, in-folio. — Il y a eu de la même famille Jean-Jacques GRYNÉE, professeur à Heidelberg, mort en 1617. On a de lui plusieurs savans Ecrits, principalement sur l'Écriture sainte. Voyez-en le catalogue dans le tome 37 des Mémoires du P. Nigeron. La néphétique, la mort 606 G R Y de ses enfans, et d'un de ses gen- dres qu'il aimoit comme son fils, éprouvèrent sa patience et ha- terent sa mort. I. GRYPHE, (Sébastien) de Reuthlingen en Souabe, vint s'é- tablir à Lyon, où il exerça l'art de l'imprimerie avec beaucoup de succès. C'est à son occasion que Jean Vouté de Rheims di- soit « que Robert Etienne cor- rigeoit parfaitement les livres, que Colines les imprimoit très- bien; mais que Gryphe réunis- soit le double talent de corriger et d'imprimer : » Inter est nûrunt libros qui eudere, tres suns Insignes; langues casera sur la fame. Castigar Stephanus, saulpsis Coli- næus; utrumque Gryphius edocæ mente manique facis. Gryphe méritoit cet éloge: il rechercha avec empressement les plus habiles correcteurs, veilla sur eux, et fut lui-même un ex- cellent correcteur. Il mourut le 7 septembre 1556, à 63 ans. Charles Fontaine lui fit cette épitaphe : Le grand Griffe, Qui rout griffe, A griffe Le corps de Gryphe. Parmi les belles éditions dont il a enrichi la littérature, on dis- tingue sa Bible latine de 1550, in-folio. Il y employa des carac- tères ronds et les plus gros qu'on eût vus jusqu'alors. C'est un chef-d'œuvre de typographie. (Voy. DOLET. n.º 1er de ses ouvrages.) On fait cas de toutes les Bibles hébraïques qu'il a pu- bliées; et en particulier de l'é- dition du Trésor de la Langue saînté de Pagnin. — Son frère, François, imprimeur de Lyon, et ensuite de Paris, substitua le caractère romain aux caractères italiques, dont Sébastien se ser- voit dans toutes ses éditions: ce qui en diminue le prix. — An- toine GRYPHE, fils de Sébastien, soutint dignement la réputation de son père. Sa seconde édi- tion du Trésor de la Langue latine, est un modèle d'impres- sion. Ils avoient pour enseigne un Gryphon, et c'est la marque or- dinaire de leurs livres, avec cette devise: Virtute duce, comite for- tunâ, que le commerce de Lyon a prise depuis pour la sienne.
II. GRYPHE, (André) né à Glogaw en 1616, mort en 1664, à 48 ans, devint syndic des états de Glogaw. Il s'acquit une si grande réputation par ses Pièces de Théâtre, qu'on peut l'appeler le Corneille des Allemands. Il tient le premier ou du moins l'un des premiers rangs dans le tra- gique parmi les poètes de sa na- tion. Il a aussi composé quelques petites Farces, et une Critique assez fine du ridicule des anciennes comédies allemandes.
III. GRYPHE, (Chrétien) fils du précédent, né à Fraustadt en 1649, devint professeur d'é- loque à Breslaw, puis prin- cipal du collège de la Magdeleine dans la même ville, et enfin bi- blorhécare. Il mourut le 6 mars 1706, à 57 ans, après s'être fait jouer, dans sa chambre, une Pièce de poésie de sa façon qu'il avoit fait mettre en musique; il y exorimoit les consolations que la mort du Sauveur fournit aux mourans. Ses ouvrages sont: I. L'Histoire des Ordres de Che- valerie, en allemand, 1709, in-8.º II. Poésies Allemandes, entraîtres des Pastorales, in-8.º G U A 607
III. La Langue Allemande formée peu à peu, ou Traité de l'origine et des progrès de cette Langue, in - 8°, en allemand. IV. Dissertatio de Scriptoribus Historiam seculi xvii illustrantibus, in - 8.° V. Il a aussi travaillé au Journal de Leipzig. C'étoit un homme d'une vaste littérature. Ses Poésies allemandes sont estimées, et sa langue doit beaucoup à ses ouvrages et à ses recherches. G U A DE MALVES, (Jean-Paul de) né en Languedoc en 1712, d'un père ruiné par le système de Law, embrassa l'état ecclésiastique, et vint à Paris, où il se livra avec passion à l'étude des mathématiques. Son profond savoir dans cette partie le fit recevoir au nombre des membres de l'académie des Sciences, et de la Société royale de Londres. Le premier, il eut l'idée de réunir dans un seul dépôt littéraire toutes les connaissances sur les sciences et sur les arts, possédées par les nations savantes; d'Alembert et Diderot exécutèrent l'Encyclopédie d'après ce plan; mais si l'abbé de Malves contribua peu à cet ouvrage immense, il eut du moins la gloire de le concevoir. En 1764, il présenta un projet d'exploitation des mines d'or du Languedoc, se chargea du premier essai qui ne réussit pas, tomba de cheval, et resta incommodé de cette châte, le reste de ses jours. Ils finirent à Paris en 1786. Ses ouvrages les plus connus, sont : I. Usage de l'Analyse de Descartes. On y trouve une savante théorie des courbes algébriques; l'auteur a pour but de prouver qu'on peut se passer du Calcul différentiel, pour n'employer que les méthodes de Descartes. II. Dialogues d'Hylas et Philonois, sur l'entendement humain, traduits de l'anglois. L'existence des corps y est ingénieusement mise en problème. Une gravure ingénieuse est l'emblème de ce sujet. Un philosophe rit d'un enfant qui, considérant son image dans un miroir, la prend pour un objet réel, et s'efforce de la saisir; on lit au bas, ces mots de Phèdre : Quid rides? mutato nomine de te fabula narratur. III. Nouveau Voyage autour du Monde, par G. Anson, 1749, in-4.° IV. Discours pour et contre la réduction de l'intérêt de l'argent, 1757, in-12. V. Essai sur les causes du déclin du Commerce étranger de la Grande-Bretagne, 1757, 2 vol. in-12. L'abbé de Gua étoit invariable dans ses opinions, et entêté de ses systèmes: mais il montra toujours une probité sévère, l'envie d'obliger, et le désir de contribuer au bien public.
GUADAGNOLI, (Philippe) né vers l'an 1596, à Magliano dans l'Abruzze ultérieure, occupa avec honneur une chaire de professeur en arabe et en chaldéen dans le collège de la Sapience. La congrégation de la Propagande l'employa à traduire l'Écriture sainte en arabe, sous le pontificat d'Urbain VIII. Il mourut à Rome, en 1656, âgé d'environ 60 ans, laissant une bonne Réponse aux objections d'Ahmed ben-Zin Ulabeden, docteur Mahmétan, 1631, in-4.° On a encore de lui une Grammaire Arabe, imprimée infolio, à Rome, 1642; et la Bible traduite en arabe, qui parut aussi à Rome, en 1671, trois vol. in-folio. 608 G U A
GUADET, (Marguerite-Élie) né à Saint-Emilion en Guyenne, remplissoit la profession d'avocat à Bordeaux, lorsqu'il fut député de cette ville, à la première Législature et à la Convention. De grands talens pour l'art oratoire, une éloquence persuasive, une logique serrée et pressante l'y firent bientôt distinguer, et le placèrent à la tête du parti de la Gironde. Toujours impétueux, trop souvent cruel, il embrassa avec ardeur toutes les idées révolutionnaires. On le vit défendre les massacreurs d'Avignon, et présenter leurs attentats comme des erreurs : il pressa la déclaration de guerre contre l'empereur ; il fit décréter que les prêtres qui refuseraient le serment, seroient déportés ; et que les émigrés, pris les armes à la main, seroient mis à mort dans les vingt-quatre heures. Ennemi particulier de Marat et de Robespierre, il les accusa plusieurs fois avec courage, et finit par succomber sous les coups de ce dernier. Mis hors de la loi, il se sauva d'abord à Évreux, déguisé en garçon tapissier, puis à Caen, enfin à Quimper au milieu des plus grands périls. Là, il s'embarqua pour la Guyenne, où il erra longtemps, sans ressources, sans asile, ne sortant que la nuit, et se cachant le jour dans des rochers. L'une de ses tantes lui ouvrit sa maison, et paya ensuite son hospitalité de sa vie. Découvert chez son père à Libourne, et traduit à Bordeaux, il y fut exécuté le 1er messidor de l'an 2, à l'âge de 35 ans. Sa perte entraîna celle de son père, de son frère adjudant général de l'armée de la Moselle, et de toute sa famille. Le capitaine même du navire qui l'avoit amené sans le connoître, de Brest à Bordeaux, nommé Granger, n'échappa pas à la mort.
GUAGNIN, (Alexandre) né en 1538, à Vérone, mort à 76 ans, à Cracovie, après avoir été naturalisé Polonois, est auteur d'un livre fort rare et fort estimé. Il est intitulé : *Sarmatiae Europae Descriptio*, à Spire, 1581, in-folio. On a encore du lui : *Rerum Polonicarum Scriptores*, 1584, 3 volumes in-8°; Francfort : et un *Compendium Chronicorum Poloniae*; cet abrégé forme le premier volume de l'ouvrage précédent.
GUAGUIN, Voy. GAGUIN.
GUALBERT, (Saint-Jean) naquit vers le commencement du XIe siècle, d'un gentilhomme Florentin, qui suivait la profession militaire. A l'exemple de son père, il embrassa d'abord le parti des armes. Son frère ayant été assassiné dans des temps de troubles par un de ses ennemis, il résolut de tenter l'impossible pour venger sa mort. L'occasion s'en présenta bientôt. Gualbert bien armé rencontra l'assassin dans un chemin, où l'un et l'autre ne pouvoient s'éviter. Ce dernier se voyant perdu, se prosterne les bras en croix, et conjure son ennemi, au nom de J. C. mourant sur la croix, et qu'il représentait en cette posture, de lui laisser la vie. Gualbert, touché de ce spectacle, lui pardonne, l'embrasse, et va faire sa prière devant un crucifix dans une église voisine. Dès ce moment, il quitta ses habits militaires, renonça au monde, se fit religieux, et fonda un ordre célèbre dans l'Église, sous le nom de congrégation de Vallombreuse. Indépendamment des moines, il reçut des laïques, qui menoient la même vie que ceux-là, et ne différouient que par l'habit : c'est le premier exemple que l'on trouve de *Frères lais ou convers*, distingués par état des *Moines de chœur*, qui, dès-lors, étoient clercs, ou propres à le devenir. *Gualbert* jeta les premiers fondemens de son institut à Camaldoli, et se retira ensuite à Vallombreuse. C'étoit une solitude dans l'Apennin, à sept lieues de Florence. C'est là qu'il bâtit un monastère, construit de bois et de terre ; et qu'il mourut le 12 juillet 1073, à 74 ans. Parmi les vertus qui le distinguèrent, on admira sur-tout son désintéressement. Le prieur d'un de ses monastères ayant fait faire, à un novice, la donation de tous ses biens en faveur de la communauté, *Gualbert* se fit donner le contrat et le déchira, en disant qu'il étoit indigne d'acquérir des biens, en dépouillant les légitimes héritiers.
GUALBES, *Voy. CALVO.*
GUALDO-PRIORATO, (Galeazzo) mort à Vicence sa patrie, en 1678, à 72 ans, historiographe de l'empereur, a laissé plusieurs ouvrages historiques, écrits en italien d'une manière assez agréable. Les principaux sont : I. *L'Histoire des guerres de Ferdinand II et de Ferdinand III*, depuis 1630 jusqu'en 1640, in-folio. II. *Celle des Troubles de la France*, depuis 1643 jusqu'en 1654, et continuée. III. *Celle du Ministère du cardinal Mazarin*, 1671, 3 vol. in-12. Elle a été traduite en françois. IV. *L'Histoire de l'empereur Léopold*, à Venise, 1670, 3 vol. in-folio, avec figures. Tous ces écrits sont en italien, et ce dernier est le plus recherché.
GUALTÉRIO, (Philippe-Antoine) cardinal, mort en 1727, eut une passion extrême pour les livres et le travail. Deux fois il perdit ses manuscrits, ses collections littéraires, et eut le courage et la patience de les recommencer ; mais il ne put réparer la perte de ses matériaux pour une Histoire universelle, qui remplissoient quinze caisses. A sa mort, il laissa encore trente-deux mille volumes, un riche cabinet de médailles et d'antiques, et plusieurs salles remplies d'objets d'histoire naturelle et d'arts.
GUALTHERUS, (Rodolphe) gendre de *Zuingle*, né à Zurich, en 1529, succéda à *Bullinger*, et mourut en 1586, à 67 ans. On a de lui, des *Commentaires* sur la Bible, et d'autres ouvrages. *Gerhard Meyer* assure dans *Placcius*, que *Gualtherus* est auteur de la *Version de la Bible* attribuée à *Vatable* ; mais rien de plus faux. L'ouvrage le plus connu et le plus rare de cet auteur, est une déclamation contre le pape, sous ce titre : *Anti-Christus*, id est, *Homilæ quibus probatur Pontificem Romanum verè esse Anti-Christum*, in-8°, *Tiguri*, 1546. Son fils, mort en 1577, étoit poète latin.
GUALTHER, ou GAUTHIER DE CHATILLON, natif de Lille en Flandres, vivoit au commencement du 13e siècle. Il est auteur d'un poème latin, intitulé *Alexandreida* ou *Histoire d'Alexandre* ; Ulm, 1559, in-12 ; Lyon, 1558, in-4°, en caractères italiques.
GUARIN, (Pierre) Bénédicatin de Saint-Maur, né dans le Q q 710 G U A diocèse de Rouen en 1678, et mort bibliothécaire de Saint-Germain-des-Prés à Paris, le 29 décembre 1729, à 51 ans, professa, avec distinction, les langues grecque et hébraïque dans son ordre. Il fit des élèves, auxquels il savait inspirer l'amour et le respect pour leur maître. On a de lui: I. Une Grammaire hébraïque, en latin, 2 vol. in-4°, 1724 et 1726. II. Un Lexicon Hébreu, publié en 1716, aussi en 2 vol. in-4°. L'auteur avait laissé cet ouvrage imparfait, il n'en a fait que jusqu'à la lettre M; mais il fut achevé par Dom Philippe Girardet son confrère, mort en 1754. Dom Guarin étoit un adversaire de Mascief; il attaqua, dans sa Grammaire, la méthode de ce novateur. L'abbé de la Blatterie, alors de l'Oratoire, disciple du célèbre hébraïsant, lui répondit, dans la nouvelle édition, de la Grammaire de son maître, publiée à Paris en 1730, 2 vol. in-12. I. GUARINI, étoit d'une illustre famille de Vérone. Ayant appris la langue latine, il fit le voyage de Constantinople pour prendre, sous Chrysoloras, des leçons de grec, qu'il revint enseigner à Venise, à Florence, à Vérone et à Ferrare. On prétend qu'à son départ de Constantinople, Guarini ayant acheté deux grandes caisses de manuscrits grecs, qui étoient uniques, les chargea sur deux vaisseaux. Il arriva heureusement avec l'une en Italie; mais l'autre périt dans la route. Cet accident lui donna tant de chagrin, que ses cheveux devinrent tout blancs dans une nuit. Il mourut en 1460, dans un âge fort avancé, laissant, outre un Compendium Grammatica Graeca ab Emm. Chrysolora digesta, Ferrare, 1509, in-8°, diverses Traductions et Notes sur les auteurs anciens. — L'un de ses fils, Baptiste GUARINI, professoit les belles-lettres à Ferrare depuis trente-trois ans, en 1494. Il a publié des Poésies latines à Modène, 1496, in-folio; De secta Epicuri; De ordine docendi et studendi; Iéne, 1704, in-8°. Il étoit grand-oncle du suivant.
II. GUARINI, (Jean-Baptiste) neveu du précédent, naquit à Ferrare en 1537. C'étoit alors les beaux jours de la littérature en Italie. Les Guarini, ses aïeux, avoient contribué à la faire renaître par leurs soins et par leurs écrits. Les talens du jeune Guarini lui frayèrent la voie de la fortune. Il fut secrétaire d'Alfonse II, duc de Ferrare, qui le chargea de plusieurs commissions dans les différentes cours de l'Europe. Après la mort de ce prince, il passa au service de Vincent de Gonzague, de Ferdinand de Médicis, grand duc de Toscane, et du duc d'Urbin. Les épines des cours, et la servitude du métier de courtisan, le dégoûtèrent plusieurs fois; mais trop peu philosophe, pour renoncer aux grands, il promena son inconstance d'esclavage en esclavage. Il n'avoit pas plutôt quitté un prince, qu'il revoioit en servir un autre. Il mourut à Venise en 1612, à 74 ans, très-estimé comme poète, mais peu regretté comme père, comme ami, comme citoyen. Ses productions poétiques sont en grand nombre. L'esprit, les graces, la délicatesse, les images, la douceur, la facilité, les caractérisent; mais elles manquent souvent de naturel et G U A 611 de décence. On peut sur-tout faire ce reproche à son *Pastor Fido*, Venise, 1602, in-4°; Amsterdam, *Elzevir*, 1678, in-24, figures de *le Clerc*; Vérone, 1735; et Amsterdam, 1736, in-4°; Glasgow, 1763, in-8°; Edimbourg, 1724, in-12; et Paris, 1768, in-12... Les beautés de cette Pastorale fermèrent les yeux de presque tous les lecteurs sur les défauts, sur les longueurs, les jeux de mots, les pensées fausses, les comparaisons outrées, les saillies froides, les peintures trop voluptueuses, dont elle est remplie. *Pecquet* en a donné une traduction, dont il a paru une jolie édition italienne et françoise, en 2 vol. in-12. On a encore de lui l'*Idropica*, *Comedia*, 1614, in-8°. *Hime*, à la suite de plusieurs éditions du *Pastor Fido*, et séparément. Ses *Œuvres* furent imprimées à Vérone, en 1737, 4 vol. in-4°. *Voy. NORÈS*.
III. GUARINI. (Guarino). Théatin, né à Modène en 1624, mort en 1683, à 59 ans, étoit architecte de *Charles-Emanuel*, duc de Savoie. Turin renferme plusieurs palais et églises, élevés sur ses dessins. C'est dans le genre des édifices sacrés qu'il a le plus exercé ses talons: on en voit à Modène sa patrie, à Vérone, à Vicence, et même hors de l'Italie, à Lisbonne, à Prague, à Paris. Quelque vogue qu'ait eu *Guarini*, il s'en faut bien cependant que son architecture recueille les suffrages des connoisseurs. Avec moins de génie que le *Borromini*, il a beaucoup renchéri sur tous les défauts qu'on lui reproche. Ses compositions sont pleines d'irrégularités, de caprices et de bizarreries, tant dans les plans que dans les élévations et les ornemens. Cet artiste, au reste, avoit étudié les meilleurs auteurs d'architecture, *Vitruve*, *Alberti*, *Palladio*, etc.: on peut s'en convaincre en lisant son *Architecture Civile*, ouvrage posthume publié à Turin, 1747, in-folio. Comment, avec tant de lumières sur son art, a-t-il pu prendre une route si opposée au bon goût?
GUARNERUS, *Voy. IRNÉRIUS*.
GUASCO, (Octavien de) chanoine de Tournai, de la société royale de Londres, de l'académie des Inscriptions de Paris, naquit à Turin d'une famille noble en 1712, et mourut à Vérone en 1781, dans un âge assez avancé. Il vint en France vers 1738. Il y plut, quoique privé d'un œil, par la vivacité de son esprit, par son langage moitié françois, moitié italien, soutenu d'une pantomime expressive, qui donnoit plus d'intérêt à son récit, et qui animoit les choses agréables et ilatteuses dont il n'étoit point avare. Lié avec le président de *Montesquieu*, il en parloit, long-temps après sa mort, avec tout l'attendrissement de l'amitié. Son cœur, susceptible d'impressions profondes, n'oublioit ni les bienfaits, ni les outrages. Avant eu à se plaindre de Mad. *Geoffrin*, il se vengea d'elle avec peu de délicatesse, en publiant une *Correspondance de Montesquieu*, où elle étoit peu ménagée. Plusieurs bonnes œuvres, faites longtemps avant sa mort, lui firent pardonner ce caractère vindicatif. La variété de ses connoissances paraît dans quelques ouvrages qu'il a donnés au public. Les plus estimés sont: I. Le *Traité* sur les asiles, tant sacrés que politiques. Q q 2 612 G U A
II. Des *Dissertations historiques et littéraires*, 1756, 2 vol. in-8.º III. *Essai historique sur l'usage des Statues chez les Anciens*, in-4°, 1769. On voit dans cet ouvrage une érudition choisie, une critique saine, et un style clair et net. Il publia encore des *Lettres familières de Montesquieu*, avec des notes, dont quelques-unes sont satiriques. Il avoit traduit en italien son *Esprit des Lois*, et en françois, l'*Economie de la Vie humaine*, 1755, in-8°, et les *Satires du Prince de Cantemir*, 1750, 2 vol. in-12.
GUASPRE DUCHET, élève et beau-frère du *Poussin*, naquit à Rome en 1613. Son goût et ses talens pour le paysage éclatèrent de bonne heure. Il loua quatre maisons dans les quartiers les plus élevés de Rome, pour y étudier la nature. La chasse, qu'il aimoit passionnément, lui fournit des *Sites* d'un effet piquant. Ses ouvrages sont recommandables par un air de liberté admirable, par la délicatesse de la touche, par la fraîcheur du coloris, par un art particulier à exprimer les vents, à donner de l'agitation aux feuilles des arbres, à représenter des orages et des bourasques. Il mourut à Rome, en 1676, à 62 ans, regretté par les artistes; et pleuré de ses amis. Son caractère liant, uni, enjoué, lui en avoit fait un grand nombre. Le fameux *Poussin* venoit souvent le voir, et s'amusoit quel-fois à peindre des figures dans ses paysages. Le *Guaspre* s'étoit fait une telle pratique, qu'il finissoit, en un jour, un grand tableau avec les figures. On distingue trois manières dans les ouvrages de ce peintre; la première est sèche; la seconde, qui est la meilleure, approche de celle du *Lorrain*; elle est simple, vraie et très-piquante: sa dernière manière est vague, sans être désagréable. G U A S T, (Du) *Voyez* II. AVALOS.
GUATIMOZIN, *Voy*. GATIMOZIN.
GUAY, (Pierre le) *Voyez* PRÉMONVAL.
GUAY-TROUIN, (Réné du) *Voyez* DUGUAY-TROUIN. I. GUAZZI, (Étienne) bel esprit Italien, et secrétaire de la duchesse de Mantoue, étoit de Casal, et mourut à Pavie en 1565. On a de lui: I. Des *Poésies*. II. Un *Traité* en italien, qui a pour titre: *La civile Conversazione*, Brescia, 1574, in-4.º III. *Dialoghe piacevoli*, Venetia, 1586, in-4.º Ces ouvrages eurent beaucoup de cours dans leur temps.
II. GUAZZI ou GUAZZO, (Marc) natif de Padoue, se signala dans les armes aussi bien que dans les lettres, et mourut en 1556. Ses ouvrages sont: I. Une *Histoire de Charles VIII*, Venise, 1547, in-12. II. Une *Histoire de son temps*, 1553, in-fol. III. Un *Abrégé de la Guerre des Turcs contre les Vénitiens*, in-8.º IV. Diverses *Poésies*, entr'autres, *Astolfo borioso*, in-4°, etc.
GUEAU, (Jacques-Étienne) né à Chartres d'une famille noble en 1706, se destina par goût à la profession d'avocat. Sa plus forte passion étant celle de s'y distinguer, il fut bientôt placé, soit dans le barreau, soit dans le conseil, au rang des plus célèbres orateurs et des plus grands jurisconsultes. Le duc d'Or- G U É 613 Dans l'honora d'une place de conseiller dans tous ses conseils. Il mourut en 1753, à 47 ans. Il reste de lui un grand nombre de Mémoires imprimés, qui mériteraient d'être recueillis. Cet avocat avoit une bibliothèque bien fournie, et il connoissoit tous les écrits de ce trésor littéraire. — I. GUÉBRIANT, (Jean-Baptiste Budes, comte de) maréchal de France, et gouverneur d'Auxone, naquit au château du Plessis-Budes en Bretagne, l'an 1602. Il fit ses premières armes en Hollande; et après s'être signalé en diverses occasions importantes, il fut créé maréchal de camp. Chargé de conduire l'armée de la Valteline dans la Franche-comté, pour l'unir à celle que le duc de Longueville y commandoit, il s'en acquitta avec gloire. Il fut ensuite envoyé en Allemagne auprès du duc de Weimar, et il contribua beaucoup à la victoire remportée sur les impériaux en 1638. Le duc de Weimar ayant été tué, la fortune sembla avoir abandonné les Suédois et les François, commandés par Bannier. Les hauteurs de ce général, à l'égard de Guébriant, rendirent le commencement de la campagne de 1641 si malheureux, qu'on fut obligé de se séparer quelque temps après. Le général François fit des marches forcées à travers des pays très-difficiles pour voler à son secours. A Dieu ne plaise, dit-il à ceux qui vouloient le détourner d'une résolution si généreuse, que je me venge d'un particulier aux dépens de la cause commune! Quand même il ne s'agirait que de sauver l'honneur que Bannier a si justement acquis, je serois prêt à tout entreprendre. L'indignation que m'a causée son saijuste procédé, sera pleinement satisfaite, si je puis lui donner une preuve convaincante de ma générosité. Bannier ne voulut pas céder à son ennemi en grandeur d'ame; en mourant, peu de mois après, il légua ses armes à Guébriant, qui avoit déjà reçu le même honneur du duc de Weimar. Cette même année 1641, le général François fut vainqueur à Wolfsembut et au combat de Clopenstal. L'année d'après, il gagna la bataille d'Ordingen, près de Cologne. Lamboi, général des Impériaux, y fut fait prisonnier avec Merci. Le comte de Guébriant cueillit de nouveaux lauriers à Ordingen, à Nuits, à Quimpen, qu'il assiégea et qu'il prit. Louis XIII récompensa ses exploits par le bâton de maréchal de France. Il continuoit de soutenir et d'étendre la gloire du nom François en Allemagne, lorsqu'il fut mortellement blessé au siège de Rotweil, petite ville de Suabe. Tandis qu'on le portoit de la tranchée dans sa tante, il dit aux soldats: Compagnons, ma blessure est peu de chose; mais j'appréhende qu'elle ne m'empêche de me trouver à l'assaut que vous allez livrer. Je ne doute pas que vous ne fassiez vaillamment, comme je vous ait toujours vu faire. Je me ferai rendre compte de ceux qui se seront distingués, et je reconnoitrai le service qu'ils auront rendu à la patrie dans cette occasion si brillante. Son capitaine des gardes, homme naturellement vif, se donnoit des mouvemens extraordinaires pour trouver un chirurgien. Guébriant l'appelle, et lui dit avec un sang froid admirable: Allez plus dou- Q 9 3 614 G U É cement, Gauville; il ne faut jamais effrayer le soldat. Les assiégés ne voulant pas s'exposer à être emportés de vive force, prirent le parti de se rendre. Ce héros, en mourant, se fit porter dans la place, et y expira tranquillement, au milieu des soins qu'il se donnoit pour son salut et pour la conservation de sa conquête. Ce fut le 7 novembre 1643, dans la 42e année de son âge. Guébriant, un des plus grands hommes de guerre de son temps, mourut sans postérité. Le roi le fit enterrer avec pompe à Notre-Dame. On peut consulter sa Vie par le Laboureur, mal écrite, mais assez exacte. — Son frère laissa des filles, dont l'une épousa le marquis de Rosmades, à condition que son fils prendroit le nom de Budes, comte de Guébriant.
II. GUÉBRIANT, (Rénée du Bec-Crespin, maréchale de) fille du marquis de Vardes, et femme du précédent, fut chargée de mener au roi de Pologne la princesse Marie de Goncague, qu'il avoit épousée à Paris par procuration. On la revêtit à cette occasion d'un caractère nouveau, de celui d'Ambassadrice. Elle le soutint avec beaucoup de dignité. C'étoit une femme intrigante, qui joignoit au talent de persuader, propre à son sexe, la fermeté d'un homme. Elle mourut à Périgueux en 1659, avec le titre de première femme d'honneur de la reine. Elle avoit d'abord été mariée à un homme sans mérite; mais elle trouva moyen de faire rompre ce mariage, pour épouser Guébriant, à qui la capacité tenoit lieu de fortune; et elle ne lui fut pas inutile. « Le titre de maréchal de France, dit l'historien du héros d'Ordingen, appartenoit autant à sa femme qu'à lui-même. »
GUEDIER DE ST-AUBIN, (Henri-Michel) docteur et bibliothécaire de Sorbonne, né à Gournay-en-Bray, diocèse de Rouen, l'an 1695, mort le 25 septembre 1742 à 47 ans, se distingua par ses vertus et par ses lumières. Il savoit le grec, l'hébreu, l'anglois, l'italien, et toutes les sciences qui ont du rapport à la théologie et à la morale. On lui doit : I. L'Histoire sainte des deux Alliances, 7 vol. in-12, 1741 : ouvrage inférieur au roman de Berruyer, pour le coloris, la douceur, le brillant du style; mais infiniment plus utile, et écrit d'une manière plus digne de la sublime simplicité des livres saints. C'est une espèce de concorde de l'ancien et du nouveau Testament, enrichie de réflexions sages et de dissertations savantes, et dirigée par l'intelligence des langues et par une critique judicieuse. II. Plusieurs Traités de Théologie, manuscrits. III. Un grand nombre de Décisions de Cas de Conscience. L'auteur les avoit résolus pendant 14 ans, avec cette sagesse qui sait tenir le milieu entre l'extrême sévérité et le relâchement.
GUELFES, (Les) V. BUONDELMONTE; X. BONIFACE; III. CONRAD; et IV. COLONNE.
GUENEBAUD, (Jean) médecin de Dijon, est connu par un livre singulier, intitulé : Le Réveil de Chindonax, Prince des Vacies, Druides, Celtiques, Dijon, 1621, in-4°; c'est l'explication d'un monument relatif à la religion des Gaulois. Guenebaud l'avoit trouvé dans son vignoble; il ne voulut s'en des- saisir qu'en faveur du cardinal de Richelieu, qui lui donna en échange la charge de bailli de l'abbaye de Citeaux. Cet écrivain mourut vers 1630.
GUENOIS, (Pierre) lieutenant particulier à Issoudun, dans le 16e siècle, a donné : I. Une Conférence des Ordonnances, 1578, en 3 vol. in-fol. II. Une Conférence des Coutumes, 1596, 2 tom. en 1 vol. in-fol. Il y en a des exemplaires, avec le titre de 1620; mais c'est la même édition. — GUÉRARD, (D. Robert) Bénédictin de St-Maur, né en 1641 à Rouen, relégué à Ambournay en Bugey, pour avoir eu part au livre intitulé l'Abbé Commendataire, sur mettre à profit son exil. Il rechercha avec soin les manuscrits anciens; il eut le bonheur de trouver l'ouvrage de St. Augustin contre Julien, intitulé : Opus imperfectum, dont on ne connoissoit alors que deux exemplaires dans l'Europe. Il l'envoya aux éditeurs des Œuvres de ce Père, avec lesquels il avoit travaillé avant son exil. D'Ambournay Dom Guérard fut envoyé à Fescamp, et ensuite à Rouen, où il mourut en 1715 à 54 ans. On a de lui un Abrégé de la Bible, en 2 vol. in-12, publié en 1707, et composé avec soin. Il est en forme de questions et de réponses familières; avec des éclaircissemens tirés des Saints Pères et des meilleurs interprètes. L'auteur avoit beaucoup de savoir et de piété.
GUERCHEVILLE, (Antoinette de Pons, marquise de) épousa en premières noces Henri de Silly, comte de la Roche-Guyon, et en secondes, en 1594. Charles du Plessis, seigneur de Lian- G U E 615 court; mais elle ne voulut jamais porter le nom de son mari, pour n'être pas confondue, disoit-elle, avec la maîtresse de Henri IV, Gabrielle d'Estrées, qui se nommoit alors Mad. de Liancourt. Ce prince, qui avoit voulu prendre quelques libertés avec elle, lorsqu'elle étoit encore fille, en fut hautement refusé. Si je ne suis pas d'assez bonne maison pour être votre femme, lui dit-elle, j'en suis de trop bonne pour être votre maîtresse. Henri n'oublia pas ce trait de vertu; et après son mariage avec Marie de Médicis, il nomma la marquise de Guercheville dame d'honneur de cette princesse. Puisque vous êtes dame d'honneur, lui dit-il, vous le serez de la reine ma femme. Cependant ce prince ne renonça pas au dessein de lui plaire. Sachant qu'elle étoit à la Roche-Guyon, il lui envoya un gentilhomme, pour la prévenir que la chasse l'ayant conduit dans ce canton, il lui demandoit à souper et à coucher. La marquise fit préparer un grand souper; et au moment de se mettre à table elle disparut. Le roi, étonné et affligé, lui fit demander la raison de cette prompte retraite; elle répondit : Un roi doit être maître dans tous les lieux où il se trouve; et moi je suis bien aise d'être libre dans ceux que j'habite. Ce fut la marquise de Guercheville qui introduisit l'abbé, depuis cardinal de Richelieu, auprès de Marie de Médicis; et elle commença la fortune de ce prélat, dont les sermons l'avoient charmée. Elle mourut à Paris en 1532. Elle avoit eu de son premier époux un fils mort sans postérité en 1594; et du second un autre fils, Roger du Plessis, duc de Liancourt. Foyez ce dernier mot. Q 9 4 616 GUE
GUERCHI, (Claude-Louis de Regnier, comte de) chevalier des ordres du roi, et lieutenant général de ses armées, d'une famille illustre et très-bien alliée, fit ses premières armes sous le marquis de Guerchi son père, en 1734. Il passa en Italie où étoit le théâtre de la guerre, en qualité de capitaine de cavalerie: il fut blessé à la bataille de Guastalle. Bientôt après, le roi lui donna le régiment de Royal-Vaisseaux qui étoit en Bohème: il s'empara d'Eims, y soutint un siège; et sur le point de voir donner le dernier assaut à la place, il s'ouvrit un passage à travers l'ennemi, bien supérieur en nombre, joignit l'armée et entra dans Lintz, qui fut bientôt assiégé. Après quelques jours de défense, ayant entendu parler de rendre cette place, le comte de Guerchi proposa des sorties qu'il fit, et gagna une barrière dont l'ennemi s'étoit emparé; enfin, on capitula malgré son avis, mais il refusa de signer la capitulation. Avant été ensuite employé en Flandre dans l'armée que commandoit le maréchal de Saxe, il donna trois fois, à la tête de son régiment, sur une formidable colonne, et trois fois il fut repoussé. Maurice, admirant sa conduite dans le fort de l'action, lui crie: courage, Guerchi! le Roi vous voit. Son habit fut criblé de balles, presque tous les officiers de son régiment périrent à cette journée. S'étant rendu après l'action au quartier du roi, ce prince lui dit, sans lui donner le temps de parler: Guerchi, vous venez me demander mon régiment, je vous le donne. Dans la guerre de 1756, tout le monde sait combien il contribua à la victoire d'Hastembec; com- meut il se conduisit à Corbach, où il commandoit la brigade de Navarre. On dit encore qu'à la malheureuse affaire de Minden, le comte de Guerchi, voyant les François céder le terrain, gagna la tête de l'armée, l'arrêta, jeta sa cuirasse, découvrit son sein, et dit aux soldats qu'il s'efforçoit de ramener: Amis, vous voyez que je ne suis pas plus en sureté que vous; allons, François! suivez-moi, venez combattre des gens que vous avez vaincus plus d'une fois. Peu de temps après la paix, il fut nommé ambassadeur à la cour de Londres; il y arriva dans le temps le plus orageux, où l'ancien ministère traversoit le nouveau, et dans un moment où la haine des Anglois contre les François étoit dans toute son effervescence. Les préliminaires de la paix étoient arrêtés; il fut chargé de mettre la dernière main au traité, et il eut cette gloire. Sa santé ayant beaucoup souffert de son séjour en Angleterre, il revint en France et mourut en 1768, honoré des regrets des deux cours.
GUERCHIN, (François Barberi de Cento, dit le) ainsi nommé parce qu'il étoit louche, naquit à Cento, près de Bologne en 1590. Il peignit dès l'âge de huit ans; il tira de son génie les premiers principes de son art, et il se perfectionna ensuite à l'école des Caraches. Une académie, qu'il établit en 1616, lui attira un grand nombre d'élèves de toutes les parties de l'Europe. La reine Christine de Suède l'honora d'une visite, et lui tendit la main, pour toucher, disoit-elle, celle qui avoit produit tant de chefs-d'œuvre. Le roi de France lui offrit la place de son premier peintre; mais il aima mieux accepter un appartement dans le palais du duc de Modène. Il ne sortoit jamais de son atelier, sans être accompagné de plusieurs peintres, qui le suivoient comme leur maître et le respectoient comme leur père. Le Guerchin les assistoit, dans le besoin, de ses conseils, de son crédit et de son argent. Doux, sincère, poli, charitable, pieux, il fut un modèle pour les chrétiens comme pour les peintres. Il mourut en 1667, à 77 ans, sans avoir été marié. Ses principaux ouvrages sont à Rome, à Bologne, à Parme, à Plaisance, à Modène, à Reggio, à Milan. Il rendoit certains objets avec beaucoup de vérité; mais la correction, la noblesse et l'expression, qui sont les fruits d'un travail réfléchi, lui ont manqué pour l'ordinaire. Cet artiste aima mieux se livrer à la nature, et donner plus de force et de fierté à ses tableaux, que de mettre son génie dans les entraves de l'imitation. Il s'éloigna sur-tout du Guide et de l'Albane, dont la manière lui parut foible. Personne n'a travaillé avec plus de facilité et de promptitude. Des religieux l'ayant prié, la veille de leur fête, de représenter un Père Eternel au maître-autel, le Guerchin le peignit aux flambeaux en une nuit. V. Srs. PÉTRONILLE. — GUERCHOIS, (N. d'Aguesseau, épouse de M. le) étoit sœur du célèbre chancelier d'Aguesseau, dont elle eut les vertus et une partie des talens. De sa plume aussi solide que chrétienne, sont sortis les livres suivans: I. Réflexions sur les livres historiques de l'ancien Testament, in-12. II. Trois Traités réunis en 1747, en 2 vol. petit in-12: Avis d'une mère à son fils; Instruction pour les Sacremens de Pénitence et d'Eucharistie; Pratique pour se disposer à la mort. Elle profita des leçons qu'elle donne dans ce dernier livre; elle mourut chrétiennement en 1740. Elle étoit née en 1679.
GUERET, Jés. Voy. CHATEL. I. GUERET, (Gabriel) né à Paris en 1641, fut reçu avocat en 1660. Il se distingua dans le barreau, moins par ses plaidoyers, que par ses consultations; et dans la république des lettres, par son érudition, la justesse de sa critique et les agrémens de son esprit. Il avoit fait beaucoup de Vers dans sa jeunesse; mais il fut assez sage pour ne pas les livrer à l'impression. Il mourut à Paris le 22 avril 1688, à 47 ans, laissant plusieurs ouvrages qui font honneur à sa mémoire: I. Le Parnasse réformé. II. La Guerre des Auteurs; c'est une suite de l'ouvrage précédent. L'un et l'autre renferment de très-bonnes plaisanteries, de l'enjouement, et une ironie communément assez fine. Cette gaieté étoit produite par une humeur toujours égale; les occupations du cabinet ne purent jamais l'altérer. III. Entretiens sur l'éloquence de la Chaire et du Barreau, semés de réflexions judicieuses et de leçons utiles. IV. La Carte de la Cour, 1663, in-12: c'est une allégorie ingénieuse, mais moins piquante que son Parnasse Réformé. V. La Promenade de Saint-Cloud, ou Dialogues sur les Auteurs; ils sont très-bien assaisonnés. VI. Le Journal du Palais, conjointement avec Blondeau. C'est un recueil bien digéré des Arrêts des parlements de France, 618 GUE publié d'abord en deux vol. in-4°, et ensuite en 3 vol. 1757, depuis en 2 vol. in-fol, 1755. VII. Une édition des *Arrêts notables du Parlement*, recueillis par le *Prêtre*, et réimprimés en 1679, augmentés de notes savantes et de pièces curieuses. *Voy. BLONDEAU.*
II. GUERET, (Louis-Gabriel) docteur de Sorbonne, ancien vicaire général de Rhodez, né à Paris, mort le 9 septembre 1759, âgé de 80 ans, étoit fils du précédent. Il s'est fait connoître par quelques *Brochures* sur les affaires du temps. I. *Lettres d'un Theologien sur l'exactitude des Certificats de Confession*, 1751, in-12. II. *Droits qu'ont les Curés de commettre leurs Vicaires et les Confesseurs dans leurs Païoisses*, 1759, in-12. III. Quelques *Livres* dans le même goût, qui sont dans l'oubli. Il avoit un frère, curé de Saint-Paul, qui mourut en 1773.
GUERIKE ou GUERICKE, (Othon de) conseiller de l'électeur de Brandbourg, et bourgumestre de Magdebourg, naquit en 1602, et mourut en 1686 à Hambourg, à 84 ans. C'étoit un des plus grands physiciens de son temps. Ce fut lui qui inventa la *Machine Puermétique*, dans le même temps que *Robert Boyle* en concevoir lui-même l'idée en Angleterre. Cette machine fit changer de face à la Physique expérimentale, et donna les connaissances les plus certaines sur la nature et les effets de l'air. Les animaux qui en sont privés lorsqu'ils sont placés sous le récipient, périssent; les plantes ne croissent plus; la lumière et les phosphores naturels s'y éteignent; et la fumée, quelque temps suspendue, tombe à la fin; le fusil qui frappe la pierre n'y donne point d'étincelles; la poudre à canon qu'on laisse tomber sur un fer ardent, s'y fond et ne s'enflamme pas, tandis qu'une demi-drachme de sel de nitre de *Glauber*, mêlé avec autant d'huile de carvi, fait explosion, et met en pièce la fiole qui contient le mélange; la pomme ridée y devient unie; l'œuf percé laisse échapper ce qu'il contient; enfin, les corps pesans ou légers, tombent sans différence de gravité au fond du récipient. *Papin, s'Gravesande et Hauxbée*, ont perfectionné la machine de *Guerike*. On doit encore à ce dernier les deux *Hémisphères de cuivre* appliqués l'un contre l'autre, que seize chevaux ne pouvoient séparer; le *Marmouset de verre*, qui descend dans un tuyau quand le temps est pluvieux, et en sort quand il doit être serein. Cette dernière machine disparut à la vue du baromètre, sur-tout depuis que *Huygheus* et *Amontons* eurent donné les leurs. *Guerike* se servoit de son Marmouset pour annoncer les orages; le peuple le croyoit sorcier. La foudre étant tombée un jour sur sa maison, et ayant pulvérisé plusieurs machines dont il se servoit pour ses expériences, on ne manqua pas de dire que c'étoit une punition du ciel irrité. Les Expériences de *Guerike* sur le vide ont été imprimées en 1672, in-fol., en latin, sous le titre d'*Experimenta Magdeburgica*. Ce fut le premier qui observa le pouvoir répulsif de l'électricité, la lumière et le bruit de son explosion. Il fut marié deux fois: il eut, de sa première femme, *Othon Guerike*, conseiller-privé du roi de Peusse, qui soutint la réputation de son père.
GUÉRILLOT, (N.) musicien-renommé, a excellé sur le violon, et a fait long-temps le charme des concerts de Paris. Il est mort en donnant une leçon de violon, au mois d'octobre 1802. I. GUÉRIN, (Guillaume) avocat général du parlement de Provence, fut revêtu de cette charge la même année que cette cour donna un arrêt terrible contre les Vaudois. Il se chargea de le faire exécuter, et il porta la cruauté aussi loin qu'il le put. Il fit tuer tout ce qu'il rencontra. Un jeune homme de Merindol tâchant de se sauver, et les soldats favorisant sa fuite, l'avocat général cria de toutes ses forces: *Tolle! Tolle!* et ce malheureux fut arquebussé. On compta vingt-caux bourgs détruits, ou mis en cendres. *Heuri II*, dont le père avoit toléré cette exécution, permit aux seigneurs ruinés de ces villages détruits et de ces peuples égorgés, de porter leurs plaintes au parlement de Paris. On chercha des crimes pour faire périr *Guérin*, et l'on n'eut pas de peine à lui en trouver. Il fut condamné à être pendu, non pour le massacre de Cabrières et Merindol, comme plusieurs historiens, et entr'autres *Voltaire*, l'ont avancé; mais pour plusieurs faussetés, calomnies, prévarications, abus et malversations ès deniers du Roi et d'autres particuliers, sous couleur et titre de son état de Procugeur du Roi: et la sentence fut exécutée à Paris, en 1554. Tous les bons citoyens se réjouirent de sa mort. « C'étoit, dit *Nostradamus*, un homme aussi noir de corps que d'ame: autant froid orateur que persé- auteur ardent et calomniateur effronté. »
GUÉ 619
II. GUÉRIN, dit FLECHELLES, (Hugue) acteur du théâtre du Marais, avoit épousé la fille de *Tabarin*, et réussissoit dans tous les rôles, même dans celui de *Gautier - Garguille*, qu'il jouoit sous le masque. Il mourut en 1633. La farce de la *Querelle de Gautier - Garguille et de Perrine sa femme*, est imprimée sans date à *Vaugirard*, chez *A, E, I, O, U*, à l'enseigne des *Trois Raves*. *Guérin* publia en 1631 un recueil de prologues et de chansons, où l'on trouve quelques traits heureux et plaisans.
III. GUÉRIN, (Robert) dit LA FLEUR, acteur du Marais, jouoit sans masque, contre l'usage de son temps, même les rôles de *Gros - Guillaume*. Son caractère étoit de mêler son jeu de sentences. Un jour s'étant avisé de contrefaire un homme de robe qui avoit une grimace d'habitude fort ridicule, le magistrat le fit mettre au cachot; *Guérin* en mourut de saisissement en 1634. Huit jours après, ses camarades *Turlupin* et *Gautier - Garguille* en moururent de douleur. — Un autre acteur de ce nom, épousa la veuve de *Molière*, et mourut en 1728, à 92 ans.
IV. GUÉRIN, (Nicolas-Armand Martial) fils de la veuve de *Molière*, naquit en 1678, et mourut en 1708, âgé de 30 ans, après avoir fait jouer la comédie de la *Psyché de Village* et la *Pastorale de Mélicerte*. V. GUÉRIN, (Gilles) sculpteur, mort en 1678, à 72 ans, est auteur de divers morceaux qui n'ont rien de séduisant; mais son ciseau taillit le marbre avec beaucoup d'intelligence; partie qu'on 620 GUÉ estimoit alors, parce qu'elle étoit peu connue.
VI. GUÉRIN, (François) professeur au collège de Beauvais à Paris, mort le 29 mai 1751, âgé de 70 ans, étoit de Lochs en Touraine. On a de lui : I. Les Annales de Tacite, traduites en françois, en 3 vol. in-12. Si Tacite s'est peint dans son histoire, on peut dire la même chose de Guérin. L'historien latin va quelquefois au-delà du sublime, et le traducteur tâche toujours de s'en éloigner. Le premier n'est pas assez naturel; le second est trop familier. L'un est trop court, trop serré; l'autre trop long, trop diffus. L'un ne peut dire d'une manière simple les choses communes; l'autre raconte trop simplement les grandes choses. On trouve trop d'art, trop d'esprit, trop de finesse dans Tacite, et trop peu dans son traducteur. II. Une Traduction de Tite-Live, plus exacte, plus fidèle et plus élégante que celle de Tacite, et qu'on a réimprimée, avec des corrections, chez Barbou, à Paris, en 10 volumes in-12.
VII. GUÉRIN, (Hippolyte-Louis) imprimeur de Paris, né en 1698, mort en 1765, se distingua par ses éditions. Son Cicéron de l'abbé d'Olivet; son Tacite de l'abbé Brotier, sont justement recherchés. Coignard fit la moitié de l'édition du premier; et Delatour, gendre de Guérin, acheva le second. Le Cicéron en grand papier se vend fort cher.
VIII. GUÉRIN, (Nicolas-François) recteur de l'université de Paris, né à Nanci, le 20 janvier 1711, mort à Paris le 23 avril 1782, fit d'excellentes études sous le Jésuite Porée, et se distingua par l'élégance de ses poésies latines. La plupart n'ont pas vu le jour. On a seulement publié de lui : I. Des Hymnes à l'usage de divers diocèses. II. L'Oraison funèbre du Dauphin. III. Un Discours sur l'émulation. IV. Un poème latin intitulé : l'erambulatio poetica. C'est la description des curiosités de Paris. V. Une autre pièce de vers sur l'éducation des Princes. L'université l'avoit choisi pour syndic en 1755, et il en fut deux fois recteur. Guérin étoit franc et ouvert; sa gaieté donnoit des charmes à sa conversation, animée d'ailleurs par tous les agrémens de l'esprit et du savoir.
GUÉRIN, Voy. TENCIN.
GUÉRINIÈRE, (François-Robichon de la) écuyer du roi, se distingua dans cette place par son assiduité et ses connaissances. Nous avons de lui deux ouvrages estimés : I. L'école de Cavalerie, plusieurs fois imprimée, et dont la plus belle édition est de 1733, in-foli, avec fig. Elle fut réimprimée en 1736, 2 vol. in-8°; mais les figures sont inférieures à celles de l'in-folio. II. Des Elcimens de Cavalerie, en 2 vol. in-12. Ces deux livres sont consultés tous les jours. L'auteur, honoré des bienfaits de la cour, mourut le 2 juillet 1751, dans un âge assez avancé.
GUERNIER, (Louis du) excellent peintre en émail, s'appliqua avec ardeur à la miniature dans le siècle dernier, et y réussit. Il trouva diverses teintes de carnations, inconnues avant lui; et il auroit porté cet art beaucoup plus loin, si la mort ne l'eût pas enlevé à la fleur de son âge.
GUEROAND, (Guillaume) vivoit au commencement du 16e siècle. Il étudia la Médecine à Caen, sous Jean Contif et Noël Etienne, maîtres ès-arts et en médecine. C'est dans cette ville qu'il publia un Commentaire peu savant sur l'ouvrage supposé d'Emilius Macer, orné de 77 planches en bois, très-mauvaises, sans date, in-8e et in-4e, pour l'instruction des jeunes médecins. Il s'appliqua dans la suite à pratiquer son art. L'auteur a vécu après 1501, temps des conquêtes de Louis XII en Italie, dont il parle comme d'une chose récente. La distinction qu'il fait du Mentagra et du Mal Vénérien, prouve assez qu'on ne se trompoit point sur la cause de cette dernière maladie.
GUERRE, Voy. JACQUET.
GUERRE, (Martin) né à Andaye, dans le pays des Basques, fameux par l'imposture d'Arnaud du Thil, son ami. Martin ayant épousé Bertrande de Rols, du bourg d'Artigat, au diocèse de Rieux en Languedoc, en janvier 1539, et ayant demeuré environ dix ans avec elle, passa en Espagne, où il prit les armes. Huit ans après, Arnaud du Thil, son ami, se présenta à Bertrande, et lui dit qu'il étoit son mari; il donna à cette femme tant d'indices, qu'elle le prit en effet pour son époux. Cet imposteur, peu content de la première séduction, voulut encore avoir les biens de Bertrande, et son avarice le découvrit. Pierre Guerre, oncle de Martin, qui avoit intérêt à ne point laisser passer ces biens dans une famille étrangère, et qui croyoit avoir des preuves assez fortes pour démontrer l'imposture de du Thil, l'appela en justice, et résolut de le poursuivre comme séducteur. Bertrande, qui avoit aussi de fortes présomptions depuis quelques temps, pour croire que du Thil n'étoit pas son mari, fortifia, par ses dépositions, les preuves de Pierre Guerre. Le juge de Rieux commença ce singulier procès, et condamna le fourbe à être pendu. Du Thil appela de cette sentence au parlement de Toulouse, qui étoit très-indécis, lorsque le vrai mari revint d'Espagne, où il avoit toujours demeuré. Quoiqu'il eût une jambe de bois, parce qu'il en avoit perdu une à la fameuse bataille de Saint-Quentin, on ne laissa pas de le reconnoître pour le véritable époux de Bertrande. Du Thil ayant été convaincu d'imposture, d'adultère et de sacrilège, fut condamné à être pendu et brûlé; ce qui fut exécuté à Artigat, devant la maison de Martin Guerre, au mois de septembre 1560. Ses biens furent donnés à une fille, qu'il avoit eue de Bertrande, pendant qu'elle avoit habité avec lui de bonne foi.
GUERRY, (N.) appelé communément le Capitaine GUERRY, a rendu son nom célèbre dans l'histoire par sa valeur intrépide et par son zèle pour son roi, dont il donna des preuves signalées dans la guerre de la religion, en 1567. Les Huguenots, irrités d'avoir perdu la bataille de Saint-Denys, vinrent attaquer un moulin de pierres de taille, environné de fossés profonds, et bien percé de toutes parts; ils l'investirent avec toute leur infanterie, commandée par leurs plus vaillans chefs: mais ils furent toujours repoussés par le brave 622 GUE *Guerry*, qui défendoit ce moulin avec peu de monde; et l'armée Protestante, après avoir perdu ses meilleurs soldats, fut obligée de regagner Saint-Denys, avec la honte d'avoir échoué devant un simple moulin. Ce théâtre de la gloire de notre illustre capitaine, fut depuis appelé *Moulin-Guerry*, du nom de son généreux défenseur; et le roi *Charles IX*, en récompense de cette belle action, l'éleva à de plus hauts emplois dans ses armées.
**GUERSANS** ou
**GUERSENS**, (*Jules* ou *Julien*) poète et jurisconsulte, né à Gisors en Normandie, l'an 1543, fut avocat, puis sénéchal de Rennes en Bretagne. Il mourut de la peste dans cette ville en 1583, âgé de 40 ans. Il a laissé la tragédie de *Panthée*, imprimée à Poitiers en 1571, et diverses *Poésies*, les unes en latin, les autres en françois. Les vers de *Guersans* sont mauvais; le ton, l'air, l'accent qu'il leur donnoit en les prononçant, leur prétoient un mérite qu'ils perdoient à la lecture.
**GUESCLIN**, (*Bertrand du*) connétable de France, né en Bretagne, l'an 1511, s'est immortalisé par une valeur héroïque, accompagnée d'une prudence consommée. Ses parens négligèrent extrêmement son éducation; il ne sut jamais ni lire, ni écrire, à l'exemple de presque tous les nobles de son temps. Dès sa plus tendre enfance, il ne respirait que les combats. Il n'y a pas de plus mauvais garçon au monde, disoit sa mère; il est toujours blessé, le visage déchiré, toujours battant ou battu. On l'a dépeint d'une taille fort épaisse, les épaules larges, les bras nerveux. Ses yeux étoient petits, vifs et pleins de feu. Sa physionomie n'avoit rien d'agréable. *Je suis fort laid*, disoit-il étant jeune: jamais je ne serai bien venu des dames; mais du moins je saurai me faire craindre des ennemis de mon roi. Il ne dut sa fortune qu'à son génie. Dès l'âge de 15 ans, il reçut le prix dans un tournoi donné à Rennes. Il y étoit allé inconnu, et contre la volonté de son père, après avoir emprunté le cheval d'un meunier. Depuis il ne cessa de porter les armes, et toujours avec succès. Après la funeste journée de Poitiers, en 1356, pendant la captivité du roi *Jean*, il vint au secours de *Charles*, fils aîné de ce prince, et régent du royaume: Melun se rendit, la rivière de Seine fut libre, plusieurs places se soumirent. *Charles V* ayant succédé à son père en 1364, récompensa ses services comme ils le méritaient, et n'en fut que mieux servi. Cette même année, du *Guesclin*, à qui *Charles* avoit confié le commandement de ses armées, remporta sur le roi de Navarre la bataille de Cocherel, près du village de ce nom. Le Capte de Buch, qui commandoit les troupes du Navarrois, fut fait prisonnier par du *Guesclin* même. Un moment avant la bataille, notre héros, courant de rang en rang, inspira à tous ses soldats le courage qui l'animoit. *Pour Dieu, amis*, disoit-il, souvenez-vous que nous avons un nouveau roi de France; que sa couronne soit aujourd'hui étremée par vous! Les victoires de du *Guesclin* accélérèrent la paix entre le roi de France et celui de Navarre. Il porta alors du secours à Henri, comte de Transtamare, qui avoit pris le titre de roi de Castille, contre Pierre le Cruel, son frère, pos- sesseur de ce royaume : il fit di- verses conquêtes sur ce prince, lui ravit la couronne, et l'assura à Henri. Ce monarque lui donna 100,000 écus d'or, avec le titre de connétable de Castille. Ber- trand retourna bientôt en France, pour défendre sa patrie contre l'Angleterre. Les Anglois, au- paravant victorieux dans tous les combats, Voy. CHANDOS, furent battus par-tout. Du Guesclin, devenu connétable de France, tomba dans le Maine et dans l'Anjou sur les quartiers des troupes Angloises, les défit tou- tes les unes après les autres, et prit de sa main leur général Grandson. Il rangea le Poitou et la Saintonge sous l'obéissance de la France. Il ne resta aux Anglois que Bordeaux, Calais, Cherbourg, Brest et Bayonne. Le Connétable mourut au milieu de ses triomphes devant Châtea- neuf-de-Rendon, le 13 juillet 1380, à 69 ans. Il fut enterré à Saint-Denys, auprès du tombeau que Charles V s'étoit fait pré- parer. Son corps fut porté avec les mêmes cérémonies que ceux des souverains. On a fait depuis le même honneur à Turenne. « Si, parmi cette foule de héros connus dans nos annales, dit Villaret, il étoit permis d'en choisir un pour le placer à côté de lui; le grand Turenne seroit peut-être celui qui paroîtroit le plus propre à être mis en pa- ralle avec le bon Connétable; (car c'est de ce nom que nos aïeux appeloient du Guesclin, long-temps après sa mort.) Tu- renne, aidé des connoissances d'un siècle plus éclairé, étoit sans doute plus habile capitaine que Bertrand. Mais on peut dire à la gloire de ce dernier, qu'il tira de son propre fonds tout ce qu'il fit voir de génie militaire, dans un temps où l'art de la guerre étoit encore dans son enfance. Il est peut-être le premier de nos généraux, qui ait découvert et mis en pratique l'avantage des campemens, des marches sa- vantes, des dispositions réfléchies, des manœuvres négligées par nos aïeux, et que même ils faisoient gloire d'ignorer. Avant et long- temps après lui, on ne savoit que fondre avec impétuosité sur l'en- nemi; on se battoit, sans pres- que observer aucun ordre : le sort décidoit de l'événement. Bra- voure, modestie, générosité, tout se trouve égal entre nos deux héros. Turenne fit distri- buer sa vaisselle d'argent à ses soldats; du Guesclin vendit ses terres pour payer son armée. La plus belle campagne de du Gues- clin et celle de Turenne se res- semblent. Ils aimèrent tous deux également, leur patrie et leur souverain; ils les servirent éga- lement, et furent illustres par les mêmes vertus. « Ils étoient l'un et l'autre, à certains égarés, le modèle des hommes et des guerriers. Il y a peu d'histoire plus remplie, que la leur, de traits de prudence, d'humanité, de générosité. En disant adieu aux vieux Capitaines qui l'avoient suivi depuis quarante ans, du Guesclin les pria de ne point ou- blier ce qu'il leur avoit dit mille fois, qu'en quelque pays qu'ils fissent la guerre, les gens d'Eglise, les femmes, les enfans et le pauvre peuple n'étoient point leurs enne- mis. Les étrangers ne le respec- toient pas moins que les François. Le gouverneur de Rendon avoit capitulé avec le Connétable; il devoit rendre la place le 12 juil- let, en cas qu'on ne lui apportât 624 GUE pas du secours. Le lendemain, jour de la mort de du Guesclin, on le somma de se rendre. Il ne fit aucune difficulté de lui tenir parole, même après sa mort. Il sortit avec les officiers les plus distingués de sa garnison, et vint mettre sur le cercueil du Connétable, les clefs de la ville, en lui rendant les mêmes respects que s'il eût été vivant. Les généraux qui avoient servi sous lui, refusèrent l'épée du Connétable, comme ne se sentant pas dignes de la porter après lui. On peut consulter sur cet illustre capitaine, Monstrelet, du Tillet, et sur-tout Châtelet, qui publia en 1666, in-fol., l'Histoire de ce grand homme, d'après Ménard, qui l'avoit écrite en 1337. Du Guesclin, quoique marié deux fois, n'eût point d'enfans légitimes; mais il laissa un fils naturel, nommé Michel du Guesclin. Le dernier male de cette maison mourut en 1783. Brigadier des armées du roi. Voyez l'Histoire de Bertrand du Guesclin, par Guyard de Berville, Paris, 1767, 2 vol. in-12: et encore les Mémoires de M. de la Curne, sur l'ancienne Chevalerie. Du Guesclin avoit mené avec lui en Espagne les troupes restées sans emploi après la paix faite avec la Bretagne et l'Angleterre. On les appelait les grandes Compagnies. C'étoient des espèces de brigands qui mettoient à contribution les pays qu'ils parcouroient. Les campagnes d'Avignon furent désolées par eux, et le pape qui siégeoit alors dans cette ville, excommunia les chefs et les soldats. Du Guesclin s'étant mis en chemin pour la Castille, pria le pontife de contribuer aux frais de la guerre; le pape au lieu d'argent lui offrit une abso- lution pour l'armée. Les troupes irritées, n'en furent que plus ardentes dans le pillage des terres d'Avignon. Un Légat vint solliciter auprès de du Guesclin la cessation de ces désordres. Je ne le puis, répondit le général, vous devez connaître mieux que moi la force des anathèmes de l'église. Depuis qu'on les a lancés contre nos soldats, ils sont devenus loups garoux. Ils ne nous écoutent plus. Je conseille au pape de lever l'excommunication, et de leur envoyer de l'argent. C'est le seul moyen de leur rendre la raison; autrement, ils deviendront pis que des Diables. Le pape fut forcé de lever l'anathème, et d'offrir cent mille francs qu'on avoit arrachés au peuple. Reportez votre argent, dit du Guesclin au légat, je ne veux rien du peuple. C'est au Pontife et à ses riches Cardinaux que j'en demande; c'est à eux de m'en donner. Les cent mille francs furent effectivement rendus au peuple, et les seuls gros bénéficiers furent obligés de payer. Cette exaction a fait dire à quelques historiens, que du Guesclin n'étoit guères plus scrupuleux dans ses expéditions militaires que les Condottieri d'Italie, qui rançonnoient les princes à la tête d'une troupe de brigands; mais une faute passagère ne doit pas faire condamner toute la vie d'un grand homme. I. GUESLE, (Jean de la) président au parlement de Paris, d'une bonne famille d'Auvergne, a été un des plus illustres magistrats du 16e siècle. Son esprit brillant et juste, son exacte probité, lui méritèrent les graces de la cour. La reine Catherine de Médicis lui donna la charge de premier président au parlement de de Bourgogne. Le roi Charles IX l'employa ensuite dans plusieurs négociations aussi importantes qu'épineuses. La Guesle s'en acquitta si bien, que ce monarque le nomma son procureur général au parlement de Paris, en 1570. Henri III, non moins content de ses services que Charles IX, le fit président à mortier en 1583. Ce bon magistrat, vivement affligé des troubles des guerres civiles, se déroba aux horreurs de ces querelles funestes. Il se retira dans sa maison de Laureau en Beauce, où il mourut en 1588, loin des orages qui bouleversaient le royaume. Il laissa de Mlle Poiret, dame de Laureau, son épouse, cinq fils, qui eurent tous du mérite.
II. GUESLE, (Jacques de la) fils du précédent, et procureur général comme lui, marcha sur les traces de son père. Il eut la douleur d'être, en quelque sorte, l'instrument de la mort de Henri III, en introduisant dans sa chambre Jacques Clément qui le poignarda. Le forfait de ce moine parricide lui troubla tellement l'esprit, qu'il le tua dans l'instant. La Guesle, quoique très-attaché à la religion Catholique, servit Henri IV avec beaucoup de zèle. Grand magistrat, bon citoyen, il mourut trop tôt pour l'honneur de sa patrie; ce fut le 3 janvier 1612. On a de lui : I. Des Remontrances, gros in-4.º II. Un Traité in-4.º sur le comté de Saint-Pol. III. Une Relation curieuse du procès fait au maréchal de Biron.
GUET, (du) Voyez DUGUET.
GUETTARD, (Jean-Étienne) médecin, né aux environs d'Étampes, le 22 septembre 1715, acquit de bonne heure, sous les yeux d'un aïeul très-instruit dans la botanique, les premiers principes des sciences naturelles. Il vint jeune à Paris, et s'y fit bientôt une réputation qui lui mérita une place dans l'académie des Sciences, et celles de médecin botaniste et de garde du cabinet d'histoire naturelle de M. le duc d'Orléans. De longues infirmités, fruit de ses études, le conduisirent au tombeau le 6 janvier 1786. Ses Mémoires sur différentes parties des Sciences et des Arts, 1768, 3 vol. in-4°, sont très-utiles aux progrès des unes et des autres, et rédigés d'ailleurs avec méthode et clarté. On a encore de lui, des Observations sur les Plantes, en 2 vol. in-12. Ce médecin étoit un homme d'une probité d'autant plus exacte, qu'elle étoit fondée sur la religion. Difficile à vivre avec ceux qui affirtoient de la supériorité, il étoit humain, même doux et facile, avec ses inférieurs. Les pauvres, les gens du peuple, ses domestiques le respectaient et le bénissaient. D'un caractère originellement irascible, il n'étoit pas toujours le maître de retenir sa colère et de mesurer ses expressions. Mais averti par sa bonté naturelle, et rappelé à lui-même par sa piété, il calmoit bientôt ses mouvemens. Élève tour-à-tour des Jésuites et de leurs ennemis, il s'étoit entièrement dévoué à ceux-ci. Cependant les préventions qu'il avoit comme homme de parti, et même comme médecin, ne l'écartoient point de la justice. Un de ses confrères le remerciait un jour de lui avoir donné sa voix, il lui répondit : Si vous ne la méritiez pas, vous ne l'auriez pas eue; car je ne vous aime pas. R r 626 GUÉ I. GUÉVARA, (Louis Velez de BUEGNAS et de ) dramatiste et romancier Espagnol au XVIIIe siècle, natif d'Icija en Andalousie, mort en 1646, avoit une imagination qui ne lui présentoit que des idées singulières. Il donnoit un caractère de gaieté aux sujets même les plus graves. On peut le nommer le *Scarron de l'Espagne*, en considérant ce dernier tel qu'il est non dans ses poésies burlesques, mais dans son *Roman comique*. *Guévara* a laissé plusieurs Comédies, imprimées en diverses villes d'Espagne; mais l'ouvrage qui a le plus contribué à répandre son nom, est une pièce facétieuse, intitulée : *El Diablo cojuelo*, *Novella de la otra vida... Baillet*, qui apparemment ne savoit pas l'espagnol, a étrangement défiguré ce titre dans ses *Jugemens*, en substituant aux trois premiers mots : *El Diablo cojuelo*; ce dernier terme répond en mauvais latin à *Testiculosus*, ou *Tertium immanitate laborans*. Cette balourdise a été relevée par la *Monnoie*, qui a restitué le titre comme l'avoit écrit *Guévara* et comme il doit être. *La Nouvelle de l'autre vie* a servi de canevas au célèbre *le Sage*, pour composer son *Diable Boiteux*, signifié par *el Diablo cojuelo*; mais l'écrivain François l'a tellement embellie, par des peintures satiriques et des caractères nouveaux, que *Guévara* ne se reconnoit qu'à peine dans cette copie, supérieure à l'original. L'auteur des *Lectures amusantes* a traduit de nouveau cet ouvrage, mais moins librement, et l'a inséré, dans sa première partie, à peu près tel qu'il se lit en espagnol.
II. GUÉVARA, (Antoine de ) évêque de Mondonedo, na- quit dans la petite province d'Alava, et fut élevé à la cour de la reine *Isabelle de Castille*. Après la mort de cette princesse, il entra dans l'ordre de Saint-François, et s'y distingua par sa piété et par ses talens. *Charles-Quint* le choisit pour son prédicateur ordinaire, et ensuite pour son historiographe; mais on peut assurer qu'il n'étoit guère digne de remplir ce dernier emploi. Quant à l'autre, on rapporte que *Guévara*, pour donner du relief à ses sermons, ne balançoit pas de les surcharger de citations de son propre fonds, qu'il débitoit avec emphase comme tirées des meilleurs auteurs, tant sacrés que profanes; et il abusoit ainsi de la crédulité pieuse de ses auditeurs, et trompoit de jeunes orateurs qui citoient d'après lui. *Guévara* mourut en 1544. On a de lui : I. *L'Horloge des Princes*, ou la *Vie de Marc-Aurèle et de Faustine sa femme*, in-8° : ouvrage romanesque, où l'on trouve quelques moralités utiles. II. *Des Epîtres dorées*, in-8°. III. *Vies des Empereurs Romains*. IV. *Le Mont du Calvaire*, 2 vol. in-8°. V. *Du mépris de la Cour*, in-8°; et plusieurs autres livres qui ont été traduits avec empressement, quoique la plupart ne méritassent pas de l'être. Il y altère impudemment les faits les plus connus, et les revêt des mauvaises couleurs de la rhétorique la plus ampoule. L'antithèse étoit sa figure favorite. C'est le *Maimbourg* de l'Espagne.
III. GUÉVARA, (Antoine de ) prieur de Saint-Miguel d'Escalada, et aumônier de *Philippe II*, roi d'Espagne, étoit neveu du précédent. Il abandonna la cour pour se livrer à l'étude. On a de lui des *Commentaires* latins sur *Habacuc* et sur les Pseau-mes, in-4° et in-folio, avec un *Traité de l'autorité de la Vulgate*.
**GUEUDEVILLE**, (Nicolas) fils d'un médecin de Rouen, Bénédictin de Saint-Maur en 1671, quitta sa religion, son ordre et la France, pour vivre indépendant en Hollande, où il se maria. Il enseigna d'abord le latin à Rotterdam, et tint des pensionnaires; mais ce double emploi assujettissant trop son génie bouillant et impétueux, il s'érigea en écrivain. Les principaux fruits de la plume de cet apostat, sont: I. *L'Esprit des Cours de l'Europe*, ouvrage périodique qui parut en 1699, et que le comte d'Avaux fit supprimer, parce que la France y étoit souvent outragée. Après le départ de ce ministre, le gazettier reprit son ouvrage, et le poussa jusqu'à 1710, sous le titre de *Nouvelles des Cours de l'Europe*, par un homme qui n'avoit jamais vu l'autichambre, ni le cabinet d'un ministre. II. *Critique générale du Télémaque*, in-12, en deux parties. La première est moins mauvaise que la seconde; mais l'une et l'autre ne méritent guère d'être lues, que par ceux qui aiment les écarts d'une imagination sans frein, et de l'emportement sans goût et sans correction. III. *L'Utopie de Morus*, in-12, traduite du latin, longuement et platement. IV. *La Traduction de l'Éloge de la Folie*, in-12, marquée au même coin que la précédente. V. Celle de la *Vanité des Sciences d'Agrippa*, en 3 vol. in-12. VI. Celle des *Comédies de Plaute*, avec des remarques, en 10 vol. in-12. Le style du traducteur est trai- G U E 627 nant, ampoulé, bas, hérissé de phrases de halle, obscène, et en tout sens digne de la plus vile populace. Les remarques ne valent pas mieux; le texte y est noyé dans un tas d'ordures sans esprit, de plaisanteries sans sel, et de réflexions sans justesse. Elles assomméroient le lecteur le plus aguerri aux lectures des platitudes et des infamies. VII. Un *Atlas historique*, en 7 volumes in-folio, compilé par la faim et la soif, avec autant d'inexactitude que de précipitation. Il mourut misérable à la Haye, vers 1720. C'étoit un crapuleux, qui, las du vin, s'enivroit d'eau de vie dans ses dernières années. Il s'étoit associé un autre religieux apostat, nommé *Garillon*, qui, comme lui, mourut, ainsi qu'il avoit vécu.
**GUEULLETTE**, (Thomas-Simon) avocat au parlement, et substitut du procureur du roi au Châtelet, naquit à Paris en 1683, et mourut doyen de la compagnie le 22 décembre 1766, dans sa 84e année. Son caractère étoit doux et gai, et sa société plaisoit à tous ses amis. Il avoir, d'ailleurs, des qualités excellentes. A la mort de sa femme, il fit remettre à ses héritiers tout le bien qu'elle avoit laissé, et dont il devoit jouir en propriété par leur contrat de mariage. I. Il est auteur des *Mille et un Quart d'heure*, en 3 vol. in-12; des *Sultanes de Guzarate*, 3 volumes in-12; des *Aventures merveilleuses du Mandarin* Fum-Ho-Hum, *Conte Chinois*, 2 vol. in-12; des *Mémoires de Mille de Bontons*. Tous ces romans lus dans leur nouveauté, prouvent plus son goût pour ce genre frivole que le talent de le rendre piquant et agréable. II. Il a donné plusieurs pièces au théâtre Italien : entr'autres, l'Amour Précepteur, l'Horoscope accompli, les Comédiens par hasard, Arlequin-Platon, et le Trésor supposé. La plupart ont été imprimées à Paris chez Briasson. III. Il a présidé à l'édition de l'Histoire et Chronique du Petit-Jehan de Saintré; à celle de l'Histoire de très-noble et très-valeureux Prince Gérard, Comte de Nevers; des Contes et Fables de Pilpay et de Lokman; des Œuvres de Rabelais.
GUGLIEMINI. (Dominique) naquit à Bologne en 1655. Ses talens pour les mathématiques furent reconnus dans son pays même. Le sénat de Bologne le fit premier professeur de mathématiques, et lui donna, en 1686, l'intendance générale des eaux de cet état. Cinq ans après, il publia un excellent ouvrage sur la Mesure des Eaux courantes. Ce Traité, fort net et fort méthodique, lui valut en 1694, une chaire de professeur en Hydrométrie. Le nom de cette chaire étoit nouveau; mais la science qui y avoit donné lieu, ne l'étoit pas moins en Italie. Guglielmini fit voir qu'il avoit porté cette science plus loin qu'elle n'avoit encore été, en mettant au jour son grand ouvrage de la Nature des Rivières, dans lequel il sut allier les idées les plus simples de la géométrie, avec la physique la plus compli- quée. L'académie des Sciences de Paris se l'étoit associé en 1669, avant la publication de cet écrit, qui passe pour son chef-d'œuvre. Cet homme célèbre termina sa vie en 1710, dans sa 55e année. Il avoit cet extérieur que le cabinet donne ordinairement, quelque chose d'un peu rude et d'un peu sauvage. Il méprisoit cette politesse superficielle dont le monde se contente, et s'en étoit fait une autre qui étoit toute dans son cœur. Il eut part aux bienfaits de Louis XIV. Il bâtit une maison de l'argent que ce monarque lui avoit fait passer, et mit le nom de son bienfaiteur sur le frontispice. On a de lui : I. Le Traité della Natura de Fiumi, dont nous venons de parler, et dont la meilleure édition est de Bologne, 1756, in-4°, avec les notes de Manfredi. On y trouve tout ce qui a rapport aux nouvelles communications des rivières, aux canaux que l'on tire pour arroser, aux écluses, au dessèchement des marais. II. De Cometarum naturæ et ortu, 1681, in-12. C'est un nouveau système sur les comètes, qui n'est ni vrai, ni vraisemblable. III. De Sanguinis naturæ et constitutione, in-12, 1701. L'auteur étoit aussi habile médecin, que bon mathématicien. IV. Deux Lettres Hydrostatiques, sur une dispute qu'il eut avec Papin, au sujet de son Hydrostatique. Tous ses Ouvrages furent imprimés à Genève en 1719, 2 vol. in-4.° Fla du Tome cinquième.
HISTOIRE ABRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres; *Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire.* Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Huitième Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Miki Galba, Otho, Vitellius, nec beneficio, nec injuriâ cogniti.
ALYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp. An XII — 1804. 21324 | 序号 | 名称 | 内容 | 备注 | | --- | --- | --- | --- | | 1 | | | | | 2 | | | | | 3 | | | | | 4 | | | | | 5 | | | | | 6 | | | | | 7 | | | | | 8 | | | | | 9 | | | | | 10 | | | | | 11 | | | | | 12 | | | | | 13 | | | | | 14 | | | | | 15 | | | | | 16 | | | | | 17 | | | | | 18 | | | | | 19 | | | | | 20 | | | | | 21 | | | | | 22 | | | | | 23 | | | | | 24 | | | | | 25 | | | | | 26 | | | | | 27 | | | | | 28 | | | | | 29 | | | | | 30 | | | | | 31 | | | | | 32 | | | | | 33 | | | | | 34 | | | | | 35 | | | | | 36 | | | | | 37 | | | | | 38 | | | | | 39 | | | | | 40 | | | | | 41 | | | | | 42 | | | | | 43 | | | | | 44 | | | | | 45 | | | | | 46 | | | | | 47 | | | | | 48 | | | | | 49 | | | | | 50 | | | | | 51 | | | | | 52 | | | | | 53 | | | | | 54 | | | | | 55 | | | | | 56 | | | | | 57 | | | | | 58 | | | | | 59 | | | | | 60 | | | | | 61 | | | | | 62 | | | | | 63 | | | | | 64 | | | | | 65 | | | | | 66 | | | | | 67 | | | | | 68 | | | | | 69 | | | | | 70 | | | | | 71 | | | | | 72 | | | | | 73 | | | | | 74 | | | | | 75 | | | | | 76 | | | | | 77 | | | | | 78 | | | | | 79 | | | | | 80 | | | | | 81 | | | | | 82 | | | | | 83 | | | | | 84 | | | | | 85 | | | | | 86 | | | | | 87 | | | | | 88 | | | | | 89 | | | | | 90 | | | | | 91 | | | | | 92 | | | | | 93 | | | | | 94 | | | | | 95 | | | | | 96 | | | | | 97 | | | | | 98 | | | | | 99 | | | | | 100 | | | | I. GUI, fils, non de Lambert, mais d'un autre Gui, duc de Spolette, se fit déclarer roi d'Italie en 889, et couronner empereur d'Allemagne en 891, après la mort de Charles III, dit le Gros. Bérenger, duc de Frionl, prenoit alors le même titre. Les deux compétiteurs s'accordèrent. Ils convinrent que Gui auroit la France, et Bérenger l'Italie : mais Gui ayant différé trop longtemps de se rendre en France, y trouva les affaires changées. Il ne tarda pas à se brouiller avec Bérenger, auquel il enleva Pavie, après avoir remporté en 490, deux victoires sanglantes. Cependant son règne ne fut pas heureux. Arnould, fils de Carloman, auquel on avoit décerné la couronne impériale, le chassa de la Lombardie en 893, et l'obligea de se retirer à Spolette. Gui travailloit à rassembler une armée, lorsqu'une hémorrhagie l'enleva à ses projets, en 894. Il montra quelques talens, mais encore plus d'ambition.
II. GUI DE CRÈME, cardinal, fut élu antipape l'an 1164, par la faction d'Octavien, auquel il Tome VI. succéda sous le nom de Pascal III. Appuyé de l'autorité de l'empereur Frédéric I, il continua le schisme contre le pape légitime Alexandre III : mais, après beaucoup de traverses, il mourut misérablement l'an 1168. Le schisme ne finit pas à sa mort.
III. GUI DE SIENNE, étoit un fameux peintre du 13e siècle, dont on a un excellent tableau de la Ste. Vierge tenant l'enfant Jésus entre ses mains. Ce tableau est de l'an 1221.
IV. GUI DE PERPIGNAN, fut ainsi nommé, parce qu'il étoit de cette ville. Il fut général des Carmes en 1318, évêque de Majorque en 1321, puis d'Eine vers 1330, et mourut à Avignon en 1342. Ses principaux ouvrages sont : I. De Concordia Evangelistarum, 1631, in-fol. II. Correctorium Decreti. III. Une Somme des Hérésies, avec leur réfutation; Paris, 1528. IV. Des Statuts Synodaux, publiés par Baluze à la fin du Marca Hispanica, etc. Ses mœurs le firent autant respecter que ses écrits.
GUI, Templier, Voy. MOLAY. A
GUI d'Arezzo, *Voy. I. ARE-TIN.*
GUI DE LUZIGNAN, *Voyez LUZIGNAN.*
GUI DE FOULQUES, *Voyez CLÉMENT IV.*
GUI, *Voy. MEAD*, à la fin.
GUI, fils du comte de *Leicester*, *Voyez LEICESTER*, vers la fin.
GUI-PAPE, né au château de la Pape près de Lyon, épousa la fille d'*Étienne Guillon*, jurisconsulte célèbre, né aussi près de Lyon, à Saint-Symphorien-d'Ozon, et qui devint président du parlement de Dauphiné. Dès son établissement, *Gui-Pape* son gendre, y fut reçu conseiller, et employé ensuite par *Louis XI* dans plusieurs négociations importantes auprès du pape *Nicolas V* et du roi son père. *Gui-Pape* sauva à Crest de la fureur du peuple, un Juif accusé de sortilège. Il soutint à Gap les droits du Dauphin, malgré les menaces des envoyés du roi *Réné*, et il reçut en récompense, de *Louis XI*, l'ordre de se démettre de sa charge. *Gui-Pape* se retira à la campagne, où il mourut en 1487, à l'âge de 83 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages. Le plus connu est intitulé : *Decisiones Gratianopolitanæ*. La meilleure édition de ce livre, estimé pour la justesse, la clarté et la méthode, est de Genève, en 1643, in-folio, avec les notes de plusieurs juri-consultes. *Chorier* en a donné un abrégé en françois, sous le titre de *Jurisprudence de Gui-Pape*, Lyon, 1692, in-4°. On a d'autres livres de Droit de cet écrivain; mais ils sont inférieurs à celui-ci. I. GUIARD, fanatique qui répandit ses rêveries sous *Philippe le Bel*. Il se disoit l'*Ange de Philadelphie*, dont il est parlé dans l'Apocalypse. Il fut pris, et répondit en extravagant. On le condamna au feu; il devint plus sage, abjura son fanatisme, et fut enfermé vers l'an 1310, dans une étroite prison, où l'on croit qu'il mourut.
II. GUIARD, (Antoine) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Saulieu, diocèse d'Autun, en 1692, mort en 1760, à 68 ans, étoit aussi pieux qu'éclaire. On a de lui : I. *Entretiens d'une Dame avec son Directeur, sur les Modes du siècle*, in-12. II. *Réflexions politiques sur la régie des Bénéfices*. III. *Dissertations sur l'Honoraire des Messes*, 1757, in-12, qui a paru sévère à ceux qui reçoivent cet honoraire.
GUIARD, *Voy. GUYARD.* I. GUIBERT, antipape, natif de Parme, chancelier de l'empereur *Henri IV*, parvint au trône archiépiscopal de Ravenne, ensuite au saint siège de Rome en 1080, quoiqu'il eût été excommunié pour avoir dépouillé son église. Il prit le nom de *Clément III*, et se rendit maître de Rome par les armes. Après une fortune diverse et une vie scandaleuse, il mourut misérablement en 1100. Cette mort n'éteignit pas le schisme; on éhit pape sur pape. Les os de l'antipape *Guibert* furent déterrés dès que la paix eût été rendue à l'Église, et furent jetés dans la rivière.
II. GUIBERT, abbé de Nogent-sous-Coucy, né d'une famille distinguée à Clermont en Beauvoisis, avoit embrassé la vie monastique à Saint-Germer, et mourut dans son abbaye en 1124. Sa vie avoit été entièrement consacrée à la piété et au travail. Dom Luc d'Achery a publié ses ouvrages en 1651, in-fol. Les principaux sont : I. Une Histoire des premières Croisades, connue sous le titre de Gesta Dei per Francos. On y trouve des faits curieux et vrais, mêlés avec d'autres minutieux ou fabuleux. II. Un Traité des Reliques des Saints, dans lequel il rejette une dent de J. C., conservée à Saint-Médard de Soissons, et qu'il a regardée comme une fausse relique. Il prétend que tous les restes qu'on peut avoir du Sauveur, sont contraires à la foi de la résurrection, qui nous apprend qu'il a pris son corps tout entier. III. Plusieurs autres Traités utiles et curieux, dont on peut voir une notice exacte dans le tome 10° de l'Histoire Littéraire de France. On voit, dans une lettre de Guibert à l'abbé Sigefroi, ce passage remarquable sur la présence réelle : « Si l'Eucharistie n'est qu'une ombre et qu'une figure, nous sommes tombés des ombres de l'ancienne loi en des ombres encore plus vides. » On trouve, dit le Père Longueval, plus d'esprit que de style dans les ouvrages de Guibert, et plus de piété que de discernement et de vraie critique. Du reste, c'est un auteur habile et sensé, mais quelquefois trop prévenu.
III. GUIBERT, (Apolline, comte de) fils d'un gouverneur des Invalides, naquit à Montauban le 12 novembre 1743, et servit avec distinction dans la guerre de 1756, et en Corse au combat de Ponte-Nuovo, qui assura la conquête de cette isle à la France. Devenu colopel du régiment de Neustrie, et inspecteur général d'infanterie, il chercha à réunir les lauriers des Muses à ceux de Mars. Avec beaucoup d'esprit, une imagination vive, il a souvent des idées plus brillantes que solides, et quelques défauts de goût. Il désira devenir député du Bourbonnois aux Etats généraux; mais ayant éprouvé une vive opposition à son souhait, il en ressentit un chagrin profond, dont il mourut un an après, le 16 mai 1790. Ses ouvrages sont : I. Le Connétable de Bourbon, tragédie jouée à Versailles, et qui auroit été mieux intitulée, la Mort de Bayard, puisque la pièce finit par les obsèques de ce chevalier François, tandis que le connétable va porter en Espagne les remords de sa rébellion. La pièce est mal conduite, hors des règles de l'art; mais de la magnificence dans une réception de chevalerie, un appareil militaire imposant, de la chaleur dans le style, quoique trop souvent décousu, et plusieurs tirades de beaux vers, lui donnèrent de la réputation dans la plupart des sociétés où elle fut lue. L'auteur fit des changemens à sa pièce, mais ceux-ci ne réussirent pas; et on ne se rappelle que le mot d'une femme qui répondit à ceux qui lui demandaient ce qu'elle en pensoit : Je la trouve d'un changement affreux. II. Eloge de Catinat. Après un long travail, Guibert concourut par cet écrit au prix d'éloquence de l'académie Françoise, et ne le remporta pas. On le trouva plus historique qu'oratoire, plus scrupuleusement attaché à l'ordre des faits qu'a l'art d'en offrir de brillans tableaux. On y découvre cependant. quelques pensées fortes, des élans de sensibilité, et en général beaucoup d'esprit. III. *Éloge de Frédéric*, roi de Prusse. On fut surpris de voir que l'auteur, disciple de la philosophie, y faisoit un pompeux éloge de la guerre, en la regardant comme la source de la gloire. IV. *Éloge de l'Hôpital*, chancelier de France. Cet ouvrage fut imprimé sans permission; il parut sans nom d'auteur, et portoit ces mots pour devise: *Ce n'est point aux esclaves à louer les grands Hommes*. De la hardiesse dans les idées, une attaque indirecte contre le ministère, une marche rapide, un morceau éloquent où il reproche à la France de souffrir un commissaire Anglois à Dunkerque, plusieurs traits énergiques et heureux, firent le succès de cet écrit. V. *Essai général de Tactique*, 1772, 2 vol. in-4°. C'est le meilleur ouvrage de *Guibert*. Il a été loué par les militaires, juges naturels des objets qui y sont traités; cependant ils y ont reconnu le danger de plusieurs projets proposés. Les gens de lettres y applaudirent le Discours préliminaire, plein d'enthousiasme national et de vues profondes. *Voltaire*, après l'avoir lu, adressa à l'auteur l'une de ses pièces fugitives les plus agréables. VI. *De l'Ordre mince et de l'Ordre profond*. « On trouve dans ce livre, dit *Laharpe*, une analyse très-bien défaillée de quelques-unes des plus belles opérations de *Turenne*, de *Luxembourg*, du roi de Prusse, qui viennent à l'appui de son système. La dernière partie roule sur l'importance dont il est pour la France d'augmenter son état militaire, de manière qu'il soit au niveau des puissances voisines, et en proportion de ses moyens. Cette question est très-bien traitée; et dans tout le cours de l'ouvrage, on rencontre des idées saines et justes qui font voir que l'esprit de l'auteur est ici de mesure avec son sujet, ce qui ne lui est pas toujours arrivé quand il a voulu être poète ou orateur. » VII. *Traité de la Force publique*, 1790, in-8°. L'auteur y offre les mêmes idées que dans le précédent. *Guibert*, né avec des connaissances, de l'esprit et du courage, y réunit trop d'envie d'occuper le public de lui. Il afficha, comme militaire, comme écrivain, des prétentions trop exclusives qui lui firent des ennemis. Son ambition le portant tout à la fois à être à la tête de l'armée, de la littérature, de l'administration, en fit un homme toujours inquiet, rarement heureux.
GUIBOURS, (Pierre) plus connu sous le nom de *Père ANSELME*, *Voyez ANSELME* et FOURNY. I. GUICHARD DEAGEANT, *Voy. DEAGEANT*.
II. GUICHARD, (Claude de) seigneur d'Arandas et de Tenay, vit le jour à Saint-Rambert en Bugey, où il s'illustra par la fondation du collège du Saint-Esprit. Ses talens l'ayant fait connoître au duc de Savoie, ce prince le nomma son historiographe, et l'éleva ensuite aux places de secrétaire d'état et de grand référendaire. Il mourut en 1607, après avoir publié une Traduction de *Tite-Live*, et un ouvrage curieux et recherché des antiquaires, malgré son style suranné; en voici le titre: *Funénérailles, et diverses manières des Anciens d'ensévelir*, in-4°, Lyon, de Tournès, 1581.
GUICHARD, (Éléonore) fille d'un receveur des tailles de Normandie, morte d'une maladie de poitrine en 1747, à 28 ans, joignoit aux attraits et aux agrémens de son sexe, des lumières et de l'esprit. C'est pour elle que fut faite la chanson qui commence par ces mots : Le connois-tu, ma chère Éléonore. Elle est auteur de plusieurs Chansons, non imprimées, et des Mémoires de Cécile, 1751, 4 vol. in-12 : roman dont de la Place n'a été que l'éditeur. I. GUICHARDIN, en italien GUICCHARDINI, (François) naquit à Florence le 6 mars 1482, d'une famille noble et ancienne. Après avoir professé le droit, il parut au barreau, et avec un tel éclat, qu'on l'envoya ambassadeur à la cour de Ferdinand, roi d'Aragon. Trois ans après, en 1515, Léon X le prit à son service, et lui donna le gouvernement de Modène et de Reggio. Parme ayant été assiégée, il la défendit avec beaucoup de valeur et de prudence. C'est ainsi du moins qu'il en parle dans son histoire; car, s'il en faut croire Angéli, auteur d'une Histoire de Parme, imprimée en 1591, personne ne montra pendant le siège moins de résolution que lui. Il tenoit toujours ses chevaux tout prêts pour s'enfuir; et il l'auroit fait, si les habitans ne s'étoient efforcés de le rassurer, et n'eussent repoussé vigoureusement l'ennemi. L'historien cité ajoute que lorsqu'il écrivoit, il existoit à Parme quantité de témoins oculaires qui pouvoient déposer de ce fait. Quoi qu'il en soit, après la mort de Léon X, et celle d'Adrien VI, son successeur, Gui- chardin devint gouverneur de Bologne, sous Clément VII. Le pape Paul III, trompé par les ennemis que son zèle pour l'exacte observation de la justice lui avoit faits, le priva de ce gouvernement. Guichardin, obligé de retourner dans sa patrie, y vécut en philosophe, en homme de lettres et en citoyen, après s'être signalé dans les armes et dans les négociations. Sa mémoire est chère aux gens de lettres, par une Histoire en italien des principaux événemens arrivés depuis 1494 jusqu'en 1532. Son premier dessein avoit été d'imiter César, et de composer les Mémoires de sa vie; mais Jacques Nardi lui conseilla d'étendre son plan; et le croyant incapable d'être intimidé par les censures, ou corrompu par l'espoir des récompenses, il lui proposa de faire l'histoire universelle de son temps. C'est ce que Guichardin exécuta, avec l'applaudissement de la plupart des littérateurs. Les seize premiers livres de son histoire sont d'une beauté achevée; mais les autres n'en approchent pas. Ses harangues, d'une longueur assommante, sont d'ailleurs écrites, comme l'histoire, d'un style pur et fleuri. On lui reproche d'être trop attentif à remarquer jusqu'aux minuties; de prêter trop facilement des motifs honteux et injustes; d'être trop prévenu pour son pays. La vérité ne conduit pas sa plume, lorsqu'il parle des François, contre lesquels il est trop passionné. Le style trop diffus de Guichardin donna occasion à une plaisanterie de Boccalini. Dans ses Raguagli del Parnasso, il feint qu'un citoyen de Lacédémone, ayant dit en trois mots ce qu'il pouvoit dire en deux (ce qui étoit un 6 G U I crime capital dans cette ville, où l'on épargné avec plus de soin les paroles, que les avares leur argent) fut condamné à lire une fois la Guerre de Pise, écrite par Guichardin. Le criminel lut, avec une sueur mortelle, quelques pages de cette histoire; mais la peine que lui causa la prolixité de ce récit, fut si grande, qu'il connut se jeter aux pieds des juges, et les pris de l'envoyer aux galères, plutôt que de l'obliger à la lecture fatigante de ces discours sans fin, de ces conseils si ennuyeux, et des froides harangues qu'on y fait pour des sujets fort minces, comme sur la prise d'un colombier. « Ces harangues diffuses, qui reviennent à tout moment, sont pour la plupart écrites, dit Nicéron, d'un style languissant, et n'ont pas toujours assez de rapport au sujet dont il s'agit dans l'Histoire. Il y en a cependant qui ont leur mérite, et l'on a remarqué que les meilleures sont celles que fit Gaston de Foix au camp de Ravennes, et celle que le duc d'Albe prononça devant Charles-Quint, pour l'empêcher de mettre en liberté François I... » Les éditions les plus belles qui aient été faites de l'histoire de Guichardin sur l'original, sont celles de Venise, 1758, en 2 vol. in-folio, et de Londres, 2 vol. in-4.º On en publia la même année une traduction à Paris, sous le titre de Londres, en 3 vol. in-4.º, par Farré, et revue avec soin par Georges, avocat au parlement, qui l'enrichit de beaucoup de notes, et d'une préface, dans laquelle il trace en abrégé les principaux traits de la vie et du caractère de Guichardin. L'édition originale de son Histoire, im- primée à Florence en 1561, infolio et en 2 vol. in-8º, est fort chère. En 1755, il a paru une nouvelle édition de cet ouvrage à l'ribourg en Brisgaw, en 4 vol. in-4º, faite sur le Manuscrit autographe de la bibliothèque Magliabeechi de Florence, qui répare les lacunes que les éditeurs ayoient été obligés de faire en cédant aux circonstances. Jean-Baptiste Adriani, ami de Guichardin, et son concitoyen, en a donné la Continnation, en deux vol. in-4.º Cet homme illustre mourut au mois de mai 1540, à 58 ans. Il aimoit si fort l'étude, qu'il passoit des jours entiers sans manger et sans dormir. Quoiqu'il fût naturellement emporté, il parloit avec beaucoup de circonspection, et il ne se permettoit jamais la plaisanterie, lorsqu'on traitoit devant lui de choses importantes. Il avoit un grand fonds de religion, de probité, de zèle pour le bien public. Charles-Quint lui donna des marques d'une estime particulière. Les officiers de sa cour s'étant plaints de ce qu'il leur refusoit audience, tandis qu'il entretenoit Guichardin pendant des heures entières: Dans un instant, leur répondit le prince, je puis créer cent Grands; mais dans vingt ans, je ne saurois faire un Guichardin... Jacques Corbinelli, Florentin, tira de l'Histoire de son compatriote des Avis et Conseils en matière d'Etat, 1525, Anvers, in-4º; traduits en françois, Paris, 1577, in-8.º Ce recueil plein de maximes de politique, prouve que Guichardin joignoit à l'expérience du gouvernement les connaissances historiques, qui suppléent quelquefois à cette expérience. — II. GUICHARDIN, (Louis) neveu du précédent, naquit à Florence vers 1523, et alla se fixer dans les Pays-Bas. Ayant conseillé au duc d'Albe d'abolir le carême, pour ramener plus facilement les Protestans, ce seigneur le fit mettre en prison, non à cause de cette opinion, mais parce qu'il l'avoit mise par écrit. C'est à Anvers que Guichardin mourut en 1589, à 66 ans. Nous avons de lui : I. Une Description des Pays-Bas, infolio, 1587, en italien, et traduite en françois par Belleforêt, avec un grand nombre de figures. Elle est savante et curieuse. L'auteur n'avoit rien oublié pour s'instruire ; il s'étoit transporté sur tous les lieux qu'il décrit. La version françoise fut publiée en 1612, in-fol. II Raccolta di Detti e Fatti notabili, 1581, in-8.º III. Hore di recreazione, 1600, in-12; ce dernier a été traduit en françois par Belleforêt, 1576, in-16, sous le titre d'Heures de récréation, et Après-Dinées de L. Guichardin. IV. Des Mémoires sur ce qui s'est passé en Europe, depuis 1530 jusqu'en 1560, Anvers, 1565, in-4.º Il y blâme les impositions du duc d'Albe. Il fut aiguillouné par la gloire qu'avoit acquise son oncle, et s'il n'eut pas ses talens, il l'égala par ses connoissances. — I. GUICHE, (Jean-François de la) comte de la Palice, seigneur de Saint-Géran, et maréchal de France, d'une famille noble et ancienne, se signala en diverses occasions sous les rois Henri IV et Louis XIII. Il eut beaucoup de part aux affaires de son temps, et mourut à la Palice en Bourbonnois en 1632, à 63 ans. Il étoit neveu de Philibert DE LA GUICHE, maître de l'artillerie sous Henri IV, qui, à la journée d'Ivri, fit faire quatre décharges, avant que les ennemis eussent pu tirer un coup de canon. Le maréchal de la Guiche obtint le bâton par le crédit du duc de Luynes. Il servit avec distinction aux sièges qui se firent en 1621 en 1622. Il passoit pour avoir plus de bravoure que de talent. — Le petit-fils de ce maréchal, Bernard de LA GUICHE, fut soustrait au moment de sa naissance, et eut un procès fameux à soutenir pour être réintégré dans son état, par arrêts de 1663 et 1666. Il mourut en 1696, ne laissant qu'une fille, religieuse. Il étoit lieutenant général, et avoit été chargé de plusieurs ambassades.
II. GUICHE, (Diene, dite CORISANDE D'ANDONINS, veuve de Philibert de Grammont, dit le comte de) étoit fille d'un gentilhomme, nommé d'Andonins, connu par sa bravoure. Ses charmes lui firent donner le nom de Belle Corisande. Elle étoit encore fort jeune, lorsqu'elle épouse, en 1567, le comte de Guiche, gouverneur de Bayonne, mort au siège de la Fère en 1580. Demeurée veuve à l'âge de 26 ans, et ayant toute sa beauté, elle plut à Henri, roi de Navarre, si connu depuis sous le nom de Henri IV, qui l'aima éperdument pendant quelques années. En 1586, il se déroba de son camp pour aller offrir à Corisande, en chevalier errant, quelques drapeaux pris devant Castels, dont le maréchal de Matignon fut obligé de lever le siège. La passion du roi de Navarre s'enflammant tous les jours, 8 . G U I il résolut d'épouser la comtesse de Guiche. Il demanda à d'Aubigné son sentiment sur ce mariage, en lui citant l'exemple de plusieurs princes, qui avoient donné la main à leurs sujettes. « SIRE, lui répondit d'Aubigné, les princes que vous citez, jouissoient tranquillement de leurs états, et vous combattez pour avoir le vôtre. Le duc d'Alençon est mort; vous n'avez plus qu'un pas pour monter sur le trône. Si vous devenez l'époux de votre maîtresse, vous vous le fermez pour jamais. Vous devez aux François de grandes vertus et de belles actions. Ce n'est qu'après avoir subjugué leur cœur et gagné leur estime, que vous pourrez former un hymen qui aujourd'hui ne feroit que vous avilir à leurs yeux. » Henri profita du conseil de ce fidelle et sincère serviteur, et se dégoûta peu à peu de sa maîtresse. Elle mourut en 162., laissant, du comte de Guiche, Antoine de Grammont, IIe du nom, et une fille, nommée Catherine, qui épousa le comte de Lauzun, François-Nompar de Caumont. Sa figure ne s'étoit pas soutenue; et Sully dit: « Qu'elle avoit honte qu'on dit que le roi l'avoit aimée, sur-tout depuis que sa lardeur éloignoit ceux qui auroient pu la consoler de l'inconstance de Henri. » On a plusieurs des lettres que Henri IV lui écrivoit, dans l'ouvrage intitulé: L'Esprit d'Henri IV, 1775, in-8. — GUICHENON, (Samuel) avocat à Bourg-en-Bresse, natif de Mâcon, mourut le 8 septembre 1664, à 57 ans, après avoir été marié trois fois. Sa première femme étoit une riche veuve, qui lui donna le moyen de cultiver la science qui lui plairoit le plus. Il s'attacha à l'histoire et aux recherches généalogiques, et il devint l'un des historiens les plus judicieux du XVIIe siècle. Le duc de Savoie lui donna le titre de son historiographe, avec une pension. On a de Guichenon: I. L'Histoire Généalogique de la Maison de Savoie, in-fol., 1660, Lyon 2 vol., savante et exacte. La duchesse de Savoie, Christine de France, à laquelle il présenta cet ouvrage, lui fit présent d'une croix et d'une bague, estimées chacune six mille livres. Elle récompensoit le travail de l'auteur, et non son stylo, qui est lourd et peu correct. II. L'Histoire de Bresse et de Bugey, in-fol.; Lyon, 1650. Cet ouvrage, devenu rare, mérite le même éloge que le précédent. Il y en avoit un exemplaire dans la bibliothèque des Augustins du faubourg de la Guillotière à Lyon, où l'on trouvoit, en manuscrit, des choses curieuses sur les familles. III. Bibliotheca Sebusiana, in-4°, 1660. C'est un recueil des actes et des titres les plus curieux de la province de Bresse et de Bugey.
GUIDALOTI, (Diomède) savant de Bologne, vivoit au milieu du 16e siècle. Il a publié d'assez bons commentaires sur plusieurs poètes latins, et entre autres sur les Éologues de Némésien. Bologne, 1554, in-fol. Ce commentaire a été réimprimé dans la collection des Poetæ latini rei venaticæ Scriptores.
GUIDE, (Le) ou GUIDE RENI, peintre Bolonois, né en 1575, étoit fils d'un joueur de flûte. Son père lui fit apprendre à toucher du clavecin; mais la musique avoit moins de charmes pour lui que le dessin. On le mit chez *Denys Calvert*, peintre Flamand : il passa ensuite sous la discipline des *Caraches*, et ne fut pas long-temps sans se distinguer par ses ouvrages. La jalousie que les meilleurs peintres conçurent contre lui, étoit une preuve de l'excellence de ses talens. *Le Caravage* s'oublia même au point de le frapper au visage. Si son pinceau lui fit des envieux, il lui procura aussi des protecteurs. Le pape *Paul V*, qui prenoit un plaisir singulier à le voir peindre, lui donna un carrosse avec une forte pension. Le prince *Jean-Charles* de *Toscane* lui fit présent d'une chaîne d'or, de sa médaille, et de 60 pistoles, pour une tête d'*Hercule* qu'il avoit peinte en moins de deux heures. Sa facilité étoit prodigieuse. Il auroit fini ses jours, comblé de biens et d'honneurs ; mais le jeu le détournoit du travail, et lui enlevoit dans un instant tous les fruits de son application. Réduit à l'indigence par cette folle et malheureuse passion, il ne peignit plus que pour vivre, et peignit mal, parce qu'il le fit avec trop de rapidité. Il eut la douleur de voir dans sa vieillesse ses tableaux négligés par les connoisseurs. Poursuivi par ses créanciers, et abandonné par ses prétendus amis, il mourut de chagrin à Bologne en 1641, à 67 ans. *Le Guide* étoit jaloux qu'on lui rendit beaucoup d'honneurs comme peintre ; en cette qualité, il étoit fier et superbe. Sur ce qu'on lui reprochoit qu'il ne faisoit pas sa cour au cardinal-Légat de Bologne, il répondit : *je ne troquerois pas mon pinceau contre sa barrette*. Il ne rendoit aucune visite aux grands. *Quand* *ils viennent me voir*, disoit-il, *ils recherchent mon art et non ma personne*. Il travaillait avec un certain cérémonial : il étoit pour lors habillé magnifique-ment ; ses élèves, rangés autour de lui en silence, préparaient sa palette, nettoyoient ses pinceaux, et le servoient. Il ne mettoit point de prix à ses tableaux ; c'étoit un *honoraire*, et non une récompense qu'il recevoit. Hors de son atelier, il étoit modeste, homme de société, ami tendre et généreux. Ennemi de la galanterie, quoiqu'il eût la physionomie la plus agréable, il ne restoit jamais seul avec les femmes qui lui servoient de modèle. Il aimoit à occuper des appartemens vastes, qu'il ne meubloit que des choses absolument nécessaires. *On vient voir chez moi*, disoit-il, *des tableaux et non des tapisseries*. Les dettes qu'il avoit contractées à Rome, l'ayant obligé de quitter cette ville, le cardinal-Légat de Bologne, le menaça de le faire arrêter, s'il n'y retournoit. Un gentilhomme témoin de cette menace, dit au Légat : *S'il faut des chaînes au Guide, elles doivent être d'or*. Il se rendit, et *Paul V* le comble de bontés. Ses principaux ouvrages sont en Italie ; il y en avoit plusieurs en France, dans le cabinet du roi, et au palais royal. On remarque dans tous un pinceau léger et coulant, une touche gracieuse et spirituelle, un dessin correct, des carnations si fraîches, qu'on semble y voir circuler le sang. Ses têtes surtout sont admirables. Ce peintre allia la douceur et la force. Ses dessins sont marqués au même coin que ses tableaux. On a beaucoup gravé d'après lui. 60 GUI I. GUIDI, (Charles-Alexandre) né à Pavie en 1650, mort à Frescati en 1712, à 63 ans, est regardé en Italie comme le restaurateur de la poésie lyrique. Le duc de Parme, le pape Clément XI, la reine Christine de Suède, applaudirent à ses talens et les employèrent. Cette princesse, voulant célébrer l'avènement de Jacques II au trône d'Angleterre, le chargea de composer la pièce qu'elle vouloit faire mettre en musique. Christine fournit l'idée de c. morceau, qui, sans être un chef-d'œuvre, offre des beautés, et y ajouta même quelques vers de sa façon, qui ne furent pas les plus applaudis. La nature n'avoit pas favorisé Guidi des avantages extérieurs de la figure; mais sa laideur étoit compensée par les qualités de son esprit et par les charmes de son caractère. Il étoit ennemi de la satire, et le jugement présidoit à ses discours. On a de lui: I. Les Homélies de Clément XI, son bienfaiteur, imitées en vers. Cette traduction est fort libre, et il falloit qu'elle le fût pour se faire lire. Elle parut en 1712. II. Plusieurs Poésies Lyriques; Rome, 1704, in-4°: très-estimées pour la douceur et la facilité de la versification. III. La pastorale d'Endymion, publiée en 1726, avec sa Vie par Crescimbeni, in-12. Ce fut la reine Christine qui donna le dessein de cette espèce de pastorale, et qui en fournit même quelques vers qu'on a distingués par des guillemets.
II. GUIDI. (Louis) prêtre savant et vertueux, mort le 7 janvier 1779, s'étoit consacré pendant 30 ans à l'instruction de la jeunesse dans la congrégation tion de l'Oratoire. Ayant quitté ce corps, il composa divers ouvrages dont les plus connus sont: I. Entretiens philosophiques sur la Religion, 3 vol. II. L'Ame des Bêtes, in-12, 1783. L'auteur y embrasse le système de Descartes. Ces deux ouvrages, qui sont en forme de dialogue, prouvent que l'auteur étoit né avec beaucoup d'esprit, et que l'étude lui avoit procuré des connaissances variées. Le style en est vif, pressé et naturel. III. Il traduisit de l'Italien le traité de la véritable Dévotion, de Muratori. IV. Lettres contenant le Journal d'un Voyage fait à Rome en 1773; Paris, 1783, 2 vol. in-12. Elles offrent quelques observations nouvelles, et l'auteur juge en général avec impartialité.
GUIDICCIONE, (Jean) né à Lucques, s'attacha au cardinal Farnèse, qui prit la tiare, sous le nom de Clément VII, en 1524. Guidiccione étoit déjà évêque de Fossombrone; mais le pape le fit gouverneur de Rome, nonce auprès de Charles V, et successivement gouverneur de la Romagne et de la Marche-d'Ancone. Il mourut au mois d'Août 1541, dans sa soixante-unième année. On a de lui: I. Orazione alla Repubblica di Lucca, in-8° Firenze, 1568. II. Rime; Bergame, 1753, in-8°; ces poésies sont estimées.
GUIDON, Voyez LEICESTER, vers la fin.
GUIDOTTI. (Paul) bon peintre, sculpteur passable, et médiocre architecte, né à Lucques en 1569, et mort en 1629, à 60 ans, avoit reçu de la nature un génie ardent et insatiable de connoissances. Tout étoit de son ressort, musique, poésie, mathématiques, astrologie, jurisprudence. Sa curiosité pour l'anatomie étoit plus raisonnable, puisque cette étude peut contribuer à la perfection du dessin; mais, extrême en tout, il la portoit à l'excès. Il alloit la nuit exhumer des cadavres, pour les transporter dans des lieux écartés, et étudier ce qui pouvoit lui être utile. Il se distingua par une singularité d'un autre genre, et qui mit le sceau à sa réputation d'homme extraordinaire en tout. Il imagina de se faire des ailes et de voler; ces ailes étoient fabriquées de baleine, recouvertes de plumes, et adaptées au corps par dessous les bras. Après quelques expériences secrètes, il voulut en faire l'essai public à Lucques. Il prit son vol d'un lieu élevé de la ville, et se soutint assez bien jusqu'à la distance d'un quart de mille, au bout de laquelle ses ailes le laissèrent tomber sur un toit qu'il enfonça, et de là dans une chambre, avec une cuisse cassée.
GUIELME ou GUILLELME, (Jean) jeune homme d'une profonde érudition, natif de Lubeck, mourut en 1584, à Bourges, où il étoit allé pour entendre Cujas. On a de lui: *Questiones Plautinae*, et d'autres ouvrages, dont *Juste-Lipse*, de Thou et les autres savans font de grands éloges.
GUIENNE, (Ducs de) *Voy. Louis X*, n° xv... et VI. GUILLAUME.
GUIET, *Voyez* GUYET.
GUIGNARD, (Jean) Jésuite, natif de Chartres, étoit bibliothécaire du collège de Clermont, lorsque *Jean Châtel*, élève des Jésuites, porta ses mains parricides sur *Henri IV*. Ce malheureux ayant avoué qu'il avoit souvent entendu dire chez ces religieux; qu'il étoit permis de tuer un prince hérétique, le parlement envoya des commissaires pour faire la visite de leurs papiers. On trouva dans un manuscrit de *Guignard* ces paroles, écrites de sa propre main: « *Ni Henri III, ni Henri IV, ni la Reine Elizabeth, ni le Roi de Suède, ni l'électeur de Saxe, ne sont de véritables Rois... Henri III est un Sardanapale, le Béarnois un Renard, Elizabeth une Louve, le Roi de Suède un Griffon, l'Electeur de Saxe un Porc... Jacques Clément a fait un acte héroïque, inspiré par le Saint-Esprit... Si on peut guerroyer le Béarnois, qu'on le guerroye; si on ne peut le guerroyer, qu'on le fasse mourir.* » Il est bien étrange que *Guignard* n'eût pas brûlé cet écrit, dans le moment qu'il apprit l'attentat de *Châtel*. Les troubles avoient enfanté des libelles et une curiosité indiscrète, ou un reste de fanatisme les conservoit. Quoi qu'il en soit, on arrêta *Guignard*; on travailla avec chaleur à son procès, et il fut condamné à être pendu et brûlé. Cette sentence fut exécutée le 7 janv. 1595. Quand il fit amende honorable, il ne voulut jamais convenir qu'il se fût rendu coupable envers le roi. « Comment auroit-il donc pu l'offenser davantage, dit un homme d'esprit, qu'en écrivant qu'il falloit le tuer, à moins qu'il ne l'eût tué lui-même? » *Guignard* s'excusoit, en disant que l'écrit pour lequel on l'avoit arrêté, étoit composé avant la réduction de Paris, et avant le pardon général accordé par le roi; que depuis ce pardon, il avoit toujours pensé qu'il falloit prier Dieu pour lui, et qu'il ne l'avoit jamais oublié au *Memento* de la Messe. Il est certain qu'en condamnant ce Jésuite au feu, on le traita avec toute la rigueur de la justice; mais cette rigueur étoit-elle nécessaire? Plusieurs écrivains ont pensé que oui; qu'il falloit un exemple pour intimider les fanatiques qui auroient pu abuser de la doctrine abominable du régicide, trop en vogue alors. Un écrivain, *Du Port du Tertre*, dit que les Jésuites n'étoient pas plus les auteurs de cette doctrine, que d'autres ecclésiastiques du royaume; et il a raison. Mais les Jésuites paroissioient plus dangereux que les autres, parce qu'ils étoient plus souples, plus savans, plus hommes d'esprit; parce qu'ils élevoient la jeunesse, et qu'ils dirigeoient les consciences. *Voy. VI. CHAPEL.*
GUIGNES, (Joseph de) né à Pontoise le 19 octobre 1721, mort à Paris en 1800, étudia sous le célèbre *Etienne Fourmont* les langues orientales. Il fut nommé interprète du roi en 1741, et membre de l'académie des Belles-Lettres en 1753. Il s'appliqua particulièrement à la connoissance des caractères chinois, et en les comparant avec les langues anciennes, il crut découvrir qu'ils n'étoient que des espèces de monogrammes formés de trois lettres égyptiennes, et il en conclut que la Chine avoit d'abord été peuplée par une colonie d'Égyptiens. Avant lui, *Huet*, *Kircher* et *Moiran* l'avoient pensé de même; cependant d'autres savans, tels que *Deshauterais*, de *Paw*, et les missionnaires de la Chine ont réfuté cette opinion. *De Guignes*, a travaillé pendant trente-cinq ans au *Journal des Savans*, et a enrichi cet ouvrage périodique, ainsi que les *Mémoires* de l'académie des Belles-Lettres, d'une foule d'articles et d'écrits remplis d'érudition, de vues neuves, et d'une critique judicieuse. Ce fut lui qui découvrit les poinçons et matrices de caractères orientaux, que *Savary de Brèves*, ambassadeur de *Henri IV* à Constantinople, avoit apportés en France. Ces poinçons s'étoient égarés et tellement embrouillés, qu'il n'y eût que *de Guignes* qui pût les remettre en ordre. Ces caractères offrent une suite arabe, turque, persane, syrienne, arménienne, hébraïque et chinoise; lui-même apprit aux ouvriers à s'en servir. Ce savant estimable, sans fortune comme sans ambition, passa sa vie au milieu des livres, des manuscrits, et des soins de l'amitié. La révolution le réduisit presque à l'indigence, à l'âge de 80 ans, mais il conserva sa tranquillité d'âme, son désintéressement et son indépendance, qui ne lui permit d'accepter aucun secours. *Grosley*, son confrère à l'académie, avec lequel il avoit peu de relation, lui fit cependant un legs dans son testament, en ces termes: « Édifié de la manière dont *M. de Guignes* cultive les lettres, sans forfanterie, sans intrigue, sans prétention à la fortune, je lègue à lui, ou à ses enfants s'il me prédécédoit, la somme de trois mille livres. » La liste de ses écrits est considérable. On lui doit: I. *Abrégé de la Vie d'Étienne Fourmont*, avec la notice de ses ouvrages, 1747, in-4.º II. *Histoire générale des Huns, des Turcs, des* Mogols, et des autres Tartares occidentaux, 1758, 5 vol. in-4.º Cet ouvrage coûta un travail prodigieux à son auteur; il en puisa les faits dans une foule de manuscrits dont il apprit la langue; on y trouve des éclaircissemens utiles sur l'histoire du Califat, et sur celle des Croisades; mais on lui reproche un peu de sécheresse, compagne ordinaire d'une trop grande érudition. III. Mémoire, dans lequel on prouve que les Chinois sont une colonie égyptienne, 1759, in-12. IV. Le Chou-King, 1770, in-4.º Le P. Gnabil a publié la traduction de ce livre sacré des Chinois; mais de Guignes l'a revue et l'a accompagnée de remarques et d'une notice de l'Yking. V. L'Art militaire des Chinois, in-4.º Cet ouvrage traduit du Chinois par le P. Amiot, a de même été corrigé par de Guignes. VI. Essai historique sur la typographie orientale et grecque, 1787, in-4.º Il est plein de recherches et d'anecdotes curieuses. VII. Principes de composition typographique, pour diriger un compositeur, dans l'usage des caractères orientaux, 1790, in-4.º VIII. Vingt-neuf Mémoires dans l'académie des Inscriptions. Ils ont pour objets la littérature, la philosophie et la navigation des Chinois, le monument de Sigenfou, le tombeau de Sardanapale, les croisades, le moyen de parvenir à la lecture et à l'intelligence des hiéroglyphes égyptiens, etc. IX. Notices d'ouvrages arabes. Elles sont insérées dans le recueil des manuscrits de la bibliothèque nationale, et sont aussi intéressantes que bien écrites.
GUIGNON, (Jean-Pierre) musicien, né à Turin en 1702, mort à Versailles en 1774, fut reçu en 1733 à la musique du roi, et devint l'émule du fameux le Clair pour le violon.
GUIGUE, cinquième général des Chartreux, naquit dans le 11e siècle, au château de Saint-Romain en Dauphiné, d'où il avoit pris son surnom. Il gouverna son ordre pendant près de trente ans, avec beaucoup d'attention et de vigilance. Il s'acquit dans cet emploi une autorité et une réputation supérieures, à celles de ses prédécesseurs. Elles étoient le prix d'une grande piété, jointe à la science des lettres, à une mémoire sûre, et une éloquence forte. Il écrivit la Vie de saint Hugue, évêque de Grenoble, son contemporain: ce n'est pas le plus célèbre de ses ouvrages. Il profita des lumières qu'il avoit puisées dans l'étude des Lettres divines, de l'autorité qu'il avoit acquise parmi ses religieux, et de la condescendance qu'il devoit à St. Hugue, pour rédiger les coutumes et les statuts de son ordre. Cet ouvrage, imprimé à Basle en 1510, in-folio, réimprimé en 1703, aussi in-folio, est extrêmement rare. Il y a cinq parties, dont la cinquième, qui renferme les privilèges de l'ordre, manque quelquefois. Il est intitulé: Statuta Ordinis Carthusiensis. On voit par cet ouvrage, que, quelque édifiante que soit encore aujourd'hui: la vie de ces pieux solitaires, elle étoit bien plus austère autrefois. Comme il prouve que les Chartreux n'étoient pas anciennement exempts de l'ordinaire, ils suppriment tous les exemplaires qui tombent sous leurs mains; c'est ce qui rend ce livre si cher et si peu commun. Guigue a encore composé des Méditations, Munich, 1685, in-12, et dans la Bibliothèque des Pères.
GUIJON, (Jacques) avocat au parlement de Dijon, né à Autun en 1542, mort dans la même ville en 1625, à 83 ans, cultiva avec succès la poésie latine. Ses Œuvres ont été recueillies avec celles de ses trois frères, André, Hugue et Jean, par de la Mare, conseiller au parlement de Dijon, 1658, in-4°. Son frère André étoit mort en 1631, Hugue en 1622, et Jean en 1605. On fait cas de sa Traduction en vers latins de l'ouvrage de Denys de Carax. (Voyez DENYS, n° XV.) Elle est aussi exacte qu'une version en vers peut l'être.
GUILBERT, (Pierre) clerc tonsuré, ancien précepteur des pages du roi, publia les Mémoires historiques et chronologiques de Port-Royal, troisième partie de 1668 à 1752, Utrecht, 1755, 7 vol. in-12; et la première partie du même, depuis l'origine jusqu'en 1632, 2 vol. 1758: la deuxième n'a pas été imprimée. C'est un ouvrage minutieux, dans lequel les choses intéressantes se trouvent noyées dans un amas de circonstances inutiles. Il y a pourtant quelques faits bien discutés. On a encore de lui: I. Jésus au Calvaire, 1731, in-16. II. La Traduction de l'Amour Pénitent, 3 vol. in-12. III. Une Description de Fontainebleau, 1731, 2 vol. in-12. Il mourut le 20 octobre 1759, à 62 ans. C'étoit un homme qui faisoit ses délices de la retraite, de la prière et de l'étude.
GUILLAIN, (Simon) sculpteur Parisien, mort dans sa pa- trie en 1658, à 77 ans, fut recteur de l'académie de peinture et de sculpture. Les bas-reliefs et les figures de bronze élevées à la mémoire de Louis XIII, dans l'angle du Pont-au-Change de Paris, les figures des niches du portail de la Sorbonne, et celles qui ornoient le maître-autel des Minimes de la Place-Royale, faisoient beaucoup d'honneur à son ciseau.
GUILLANDINO, (Melchior) médecin, né à Konisberg en Prusse, fit des voyages en Asie et en Afrique pour satisfaire sa curiosité, et se perfectionner dans la botanique. Il fut pris dans une de ses courses par des pirates, et mené à Alger, où il servit sur les galères. Ayant obtenu sa liberté par le crédit de Fallope, qui paya sa rangon, il se rendit à Padoue auprès de son bienfaiteur, et son habileté lui procura la place de démonstrateur des plantes. Il mourut dans cette ville en 1589, extrêmement âgé. On a de lui divers ouvrages: mais il est connu principalement par un in-4°, imprimé à Venise en 1572, et ensuite à Ambergen 1613, sous ce titre: Papyrus. C'est un commentaire, savant et plein de recherches, des trois chapitres de Pline sur cette plante d'Égypte, qui fournissoit la matière du papier des anciens. Kirchmayer, dans sa dissertation philosophique De Papyro veterum, imprimée à Wittemberg en 1665, n'a fait que donner un extrait de Guillandino. Son traité De stirpium aliquot nominibus velustis ac novis, Basle 1657, in-4°, est curieux.
GUILLARD, (Charlotte) épousa successivement Rembolt et *Chevalon*, tous les deux im- primeurs, qui lui apprirent l'art typographique. Etant restée veuve assez jeune, elle continua à di- riger l'imprimerie avec beaucoup d'intelligence. Les éditions qu'elle publia sont recherchées, sur-tout au *Bible latine*, avec les notes de *Jean Benedicti*, et un *St. Gré- goire*, en deux volumes, si cor- rect, que l'*errata* n'est que de trois fautes. I. GUILLAUME Ier, le *Con- quérant*, fils naturel de *Robert I*, duc de Normandie, et d'*Arlette*, fille d'un pelletier de Falaise, naquit dans cette ville en 1024. Il régnait paisiblement en Nor- mandie, après avoir disputé son héritage avec ses parens, lors- que *Edouard le Confesseur*, roi d'Angleterre, l'appela au trône par son testament. Il passa dans cette isle en 1066, avec une flotte nombreuse, pour prendre pos- session de son royaume. Lorsque toutes les troupes furent débar- quées, il fit brûler ses vaisseaux, et dit à son armée, en lui mon- trant l'Angleterre : *Voilà votre patrie*. Les Anglois avoient dé- féré la couronne à *Harold*, le plus grand seigneur du pays, qui tint tête à *Guillaume*. La bataille de Hastings décida du sort des deux concurrens. *Harold* y fut tué avec ses deux frères, et cin- quante mille Anglois. Le vain- queur fut couronné solennelle- ment à Londres, après quelques autres avantages qui lui mérite- rent le surnom de *Conquérant*. *Guillaume* sut gouverner comme il avoit su combattre. Plusieurs révoltes étouffées, les irruptions des Danois rendues inutiles, des lois rigoureuses durement exé- cutées, tels furent les événemens principaux de son règne. Anciens Bretons, Danois, Anglo-Saxons, tous furent confondus dans le même esclavage. Les révoltes con- tinuelles de ses sujets lui firent penser qu'il valoit mieux les gou- verner avec l'épée qu'avec le sceptre. Il anéantit leurs privi- lèges; il s'appropria leurs biens, pour lui, ou pour ceux qui avoient vaincu avec lui: il leur donna non-seulement d'autres lois, mais une autre langue. Il ordonna qu'on plaidât en Nor- mand; et depuis lui tous les actes furent expédiés en cette langue, jusqu'à *Edouard III*. C'étoit un idiome barbare, mêlé de Fran- çois et de Danois, qui n'avoit aucun avantage sur celui qu'on parloit en Angleterre. On pré- tend qu'il traita non-seulement la nation vaincue avec dureté, mais qu'il affectoit encore des ca- prices tyranniques. On en donne pour exemple la loi du *Couvre- feu*, par laquelle il falloit, au son de la cloche, éteindre le feu dans chaque maison, à huit heures du soir. Mais cette loi, bien loin d'être tyrannique, n'est qu'un ancien règlement de police, éta- bli dans toutes les villes du Nord; il a été long-temps en usage dans les cloîtres. Les maisons étoient bâties de bois et cou- vertes de chaume; et la crainte du feu étoit un objet des plus importans de la police générale. Il fit faire le dénombrement des biens de tous ses sujets. Toute l'Angleterre fut décrite sur deux livres, nommés le petit et le grand livre *du jour du jugement*. Ces registres furent placés dans la chambre du trésor royal, pour y être consultés dans les occa- sions où l'on pourroit en avoir besoin, c'est-à-dire, suivant l'expression de *Polydore Virgile*, lorsqu'on voudroit savoir com- bien de laine on pourroit encore ôter aux brebis Angloises. Il est constant que Guillaume fit la gloire et la sureté de l'Angleterre par ses armes et par ses lois. Des citadelles furent bâties dans dif- férens endroits ; la tour de Londres, commencée par son ordre, fut achevée en 1078. In- connus ou méprisés jusqu'alors dans l'Europe, les Anglois com- mencèrent à y jouer un grand rôle par leurs lumières, par leur puissance, par leur commerce et par leurs conquêtes. Guillaume, devenu valétudinaire, quitta l'An- gleterre pour aller faire diète en Normandie. Il étoit à Rouen, tâchant de diminuer par les re- mèdes et l'exercice, l'embon- point qui l'incommodoit, lors- qu'il apprit que Philippe I, roi de France, avoit demandé quand il releveroit de ses couches. Le Normand lui fit répondre : « que cela ne tarderoit pas, et qu'au jour de sa sortie, il iroit lui rendre visite avec dix mille lances en forme de chandelles. » En effet, dès qu'il put se tenir à cheval, il désola le Vexin Fran- çois, et brûla Mantes; vengeant ainsi, par des exécutions bar- bares, une mauvaise plaisanterie. Il vint jusqu'à Paris, ravageant tout sur son passage; mais étant tombé de cheval en sautant un fossé auprès de Mantes, il mou- rut à Rouen de cette chute, le 10 septembre 1087, à 63 ans, après avoir possédé la Normandie près de cinquante-deux ans, et l'Angleterre vingt-un, regardé comme un grand capitaine, un bon politique, un roi vigilant, mais trop sévère. Il ne travailla pas à se faire aimer, et c'est à quoi un conquérant ne réus- sit guères. « Guillaume, dit le P. Longueval, étoit d'une fort grande taille et fort gros. Il avoit le visage plein et rouge, le re- gard farouche et terrible, sur- tout lorsqu'il étoit en colère. Maître absolu de tout, excepté de ses passions, il ne pouvoit se contrefaire, et lorsqu'il étoit ir- rité contre quelqu'un, son visage étoit le fidelle interprète de son cœur. Quant à la religion, quoi- qu'il n'en suivit pas toujours les maximes, il l'honora et la pro- tégea toujours. Il étoit grand amateur de la justice, et il en faisoit exactement observer les règles. Il punissoit avec tant de sé- vérité les brigands, qu'il les ex- termina de ses états; mais il aimoit l'argent plus qu'il ne convenoit à un prince. » Il laissa de Ma- thilde, fille du comte de Flandre, trois fils : Robert, qui étoit l'aîné, eut le duché de Normandie avec le Maine ; Guillaume eut le royaume d'Angleterre; et Henri, le plus jeune, hérita de ses tré- sors, avec une pension consi- dérable; et il lui dit, pour le consoler de ce que son lot n'é- toit qu'en argent, qu'il auroit un jour les États de ses deux frères. Guillaume n'eut pas plu- tôt les yeux fermés, que tous les seigneurs de sa cour dispa- rurent. Ses officiers ne pensèrent qu'à piller son palais. Guillaume, archevêque de Rouen, et Hel- luin de Conteville, furent les seuls qui s'occupèrent des soins de sa sépulture. Son corps fut transporté à Caen, et inhumé dans l'église du monastère de Saint-Etienne qu'il avoit fondé : Voyez ce qui arriva lors de son inhumation, au mot ASSELIN, n° II. Avant sa conquête d'Angleterre, on le surnommoit Guillaume le Bâtard, à cause du défaut de sa naissance. L'abbé le Prévot et Baudot de Juilly ont unt donné chacun une Histoire de ses exploits.
IL GUILLAUME II, le Roux, fils de Guillaume le Conquérant, dur et fier comme lui, fut destiné par son père à régner en Angleterre, pour raffermir un trône chancelant, que la modération et la clémence auroient renversé. Il fut couronné, le 27 septembre 1687; il s'épuisa en belles promesses en recevant le sceptre, et il n'en tint aucune. La religion, qui adoucit si heureusement les mœurs les plus féroces, n'étoit pour lui qu'un fantôme. Il persécutait le clergé séculier et régulier; il exila le célèbre Lanfranc, archevêque de Cantorbery, pour avoir osé lui faire des remontrances; il ne traita pas mieux Anselme, son successeur. Les avantages qu'il eut à la guerre, le mirent en état d'appesantir le joug des Anglois. Il vainquit Malcolme, roi d'Écosse, et le tua avec son fils Edouard; il passa en France au secours du château du Mans, assiégé par le comte de la Flèche, et il le fit prisonnier en 1099. L'année d'après, Guillaume chassant dans une forêt de Normandie, y fut blessé d'un coup de flèche, tiré sans dessein par Gautier Tirel, l'un de ses courtisans. Il mourut de cette blessure, le 2 août 1100, à 44 ans, avec la réputation d'un tyran avare. Il n'avoit point été marié.
GUILLAUME DE NASSAU, fondateur des Provinces-Unies. Voyez NASSAU (Maurice de).
III. GUILLAUME III, DE NASSAU, prince d'Orange, roi d'Angleterre, naquit à la Haye le 14 novembre 1650, de Guillaume de NASSAU, prince d'O- range, et de Henriette-Marie, fille de Charles premier, roi d'Angleterre. Il étoit arrière-petit-fils de ce Guillaume, fondateur de la république des Provinces-Unies, assassiné par la perfide Gerard. Voyez ce mot. Élu Stathouder en Hollande, l'an 1672, il fut nommé général des troupes de la république, alors en guerre avec Louis XIV. Ce prince, dit un historien célèbre, nourrissoit, sous le flegme Hollandois, une ardeur d'ambition et de gloire, qui éclata toujours depuis dans sa conduite, sans s'échapper jamais dans ses discours. Son humeur étoit froide et sévère; son génie actif et perçant. Son courage, qui ne se rebutoit jamais, fit supporter à son corps foible et languissant, des fatigues au-dessus de ses forces. Il étoit valeureux sans ostentation, ambitieux, mais ennemi du faste; né avec une opiniâtreté flegmatique, faite pour combattre l'adversité; aimant les affaires et la guerre; ne connoissant ni les plaisirs attachés à la grandeur, ni ceux de l'humanité. Tel étoit le prince que les Hollandois opposèrent à Louis XIV. La république craignoit alors beaucoup pour sa liberté. Les armées Françoises étoient en Hollande. Guillaume offrit le revenu de ses charges et tquit son bien pour secourir l'état: il fit percer les digues, et couvrir d'eau les chemins par où les François pouvoient pénétrer dans le pays; résolu de ne pas survivre à la perte de sa patrie, et de mourir, disoit-il, dans le dernier retranchement. Quand le danger fut passé, il ligua une partie des puissances de l'Europe contre eux. Ses négociations préjugées et secrètes réveillèrent de leur assompissement l'Empire, le conseil d'Espagne, le gouverneur de Flandre, l'électeur de Brandebourg. La campagne de 1674 ne fut pas pourtant heureuse pour lui. Il fut battu à Sené par le prince de Condé, après avoir fait des prodiges de valeur et de prudence. En 1677, il fut obligé de lever le siège de Charleroi, qu'il avoit attaqué une première fois quelques années auparavant. C'est à cette occasion qu'un seigneur Anglois dit : Le Prince d'Orange peut se vanter d'une chose : c'est qu'aucun général à son âge n'a levé tant de sièges et perdu tant de batailles. Les succès divers de cette guerre amenèrent la paix de Nimègue. On venoit de signer le traité le 10 août 1678. Le prince d'Orange, sans y avoir égard, fond sur le maréchal de Luxembourg, tranquille dans son quartier, engage un combat sanglant, long et opiniâtre, qui le couvrit de honte, sans produire aucun fruit, que la mort de deux mille Hollandois et d'autant de François. Guillaume savoit certainement que la paix étoit signée, ou qu'elle alloit l'être : il savoit que cette paix étoit avantageuse à son pays : cependant il exposa sa vie, et prodigua celle de plusieurs milliers d'hommes, pour prémices d'une paix générale. Lorsqu'on lui reprocha cette infraction, il répondit froidement, qu'il n'avoit pu se refuser cette dernière leçon de son métier. Cette paix, entièrement conclue en 1678, fut suivie d'une guerre plus glorieuse, mais bien plus injuste. Le prince d'Orange avoit épousé Marie Stuart, fille de Jacques II. L'ardeur du zèle de ce monarque pour la religion Catholique, irrita ses sujets con- tre lui. Son gendre résolut de profiter de ce soulèvement : il passa en Angleterre en 1688, chassa son beau-père de son palais et de son trône, et s'y mit à sa place. Reconnu roi par toute l'Angleterre, sous le titre de Guillaume, il ligua une partie de l'Europe contre Louis XIV, pour qu'il ne pût pas secourir le roi détrôné. L'Irlande tenoit encore pour Jacques. Guillaume passa dans cette isle pour la soumettre. Le lendemain de son débarquement, son aumônier précha un sermon où il prit pour texte ces paroles de St. Paul : Perfidem vicerunt regna. Au sortir de l'église, Guillaume dit : Mon chapelain a fort bien ouvert la campagne. Comme on l'exhortoit à prendre quelque repos : Je ne suis pas venu en Irlande, répondit-il, pour laisser croître l'herbe sous mes pieds. Un royaume où le fourrage est aussi bon qu'en Flandre, mérite bien qu'on se batte pour le conquérir. Peu de temps après, il gagna la bataille de la Boine, en 1690, qui obligea Jacques II à quitter l'Irlande. Cette journée montra dans le vainqueur tout ce qu'il faut à la guerre, un cœur chaud et une tête froide. Dans la chaleur du combat, Henri Hubdar, l'un des officiers de Guillaume, entendant un boulet de canon siffler à ses oreilles, plia les épaules comme un homme qui craint. Le roi sourit, et donnant un petit coup sur l'épaule de ce gentilhomme : Courage, M. le Chevalier, lui dit-il, je vous crois à l'épreuve du canon. Les partisans de Jacques ayant remarqué, durant la bataille, l'endroit où étoit Guillaume, trainèrent vis-à-vis de lui deux pièces de campagne, et le blessèrent à l'épaule d'un boulet de six livres. Le coup effraya tous ceux qui entouroient le prince ; lui seul, conservant son sang froid, se fit panser à la tête de ses troupes, et demeura à cheval jusqu'à ce qu'il eût gagné la bataille. Après l'action, on demanda à quelques Irlandois qui avoient été faits prisonniers sous les drapeaux de Jacques, s'ils étoient encore tentés d'en venir aux mains : *Changeons de Roi*, répondirent-ils, nous vous livrons demain bataille, et nous sommes assurés de vous battre. Cela n'étoit pas si certain ; car dans les années suivantes Guillaume fut battu à Steinkergue et à Nerwinde, sans que ces défaites le décourageaient. On disoit de lui qu'avec de grandes armées, il faisoit admirablement la petite guerre, comme Turenne avoit fait supérieurement la grande, avec de petites armées. Il fit des retraites qui valoient des victoires, prit Namur en 1695, et tint toujours la campagne. *Voyez ATHLONE et I. BOUFLERS. Louis XIV* l'ayant reconnu roi d'Angleterre, la paix fut rendue à l'Europe. Le traité en fut signé à Ryswick en 1697. Le testament de *Charles II*, roi d'Espagne, en faveur des Bourbons, ralluma la guerre. Le roi Guillaume, plus agissant que jamais dans un corps sans force et presque sans vie, remuoit toute l'Europe pour donner de nouvelles peines à Louis XIV. Il devoit, au commencement de 1702, se mettre à la tête des armées. La mort le prévint dans ce dessein ; une chute de cheval, suivie d'une petite fièvre, l'emporta le 16 mars de la même année, à 52 ans. Guillaume, en usurpant le trône, conserva la place de Stathouder. Il se déplai- soit en Angleterre, où il essuyoit continuellement des dégoûts. On le força de renvoyer sa garde Hollandoise, et de congédier les régimens formés de réfugiés François, qu'il s'étoit attachés. Il passoit très-souvent à la Haye, pour se consoler des chagrins qu'on lui donnoit à Londres. On a dit, pour justifier ses fréquens voyages, qu'il n'étoit que *stathouder en Angleterre*, et qu'il étoit roi en Hollande. Les Anglois cessèrent de l'aimer, dès qu'ils l'eurent pris pour maître. Ses manières ne prévenoient pas en sa faveur : elles étoient fières, austères, rebutantes. Quoiqu'il sût toutes les langues de l'Europe, il parloit peu et sans agrément. Sa dissimulation tenoit trop de la défiance. Toujours sombre et rêveur, il avoit plus de jugement que d'imagination. Malheureux à la tête des armées, il le fut autant sur le trône. Il y montra une grande inapplication, beaucoup d'humeur et très-peu de capacité. Sa haine contre la France lui tint lieu de tous les talens. Elle le fit l'ame d'une puissante ligue, lui attacha tous les ennemis de Louis XIV, et lui donna tous les réfugiés pour panégyristes. Ses flatteurs, qui étoient presque tous des gens de lettres ou des gens qui croyoient l'être, le louèrent d'autant plus mal-à-propos pour eux, qu'il ne montra jamais de goût pour les beaux arts, ni d'estime pour ceux qui les cultivoient. Élevé dans le bruit des armes, son oreille ne fut sensible qu'à l'harmonie des tambours et des trompettes. N'étant encore que Stathouder, il se trouva, dit *Duclos*, à la représentation d'un opéra, dont le prologue étoit à sa louange. *Qu'on me chasse ce* coquin, dit-il : me prend-il pour le Roi de France ? en faisant allusion aux prologues où Quinault prodiguait l'encens à Louis XIV. Quoiqu'il n'aimât pas ce prince, il savoit en imposer à ceux qui en parloient indécemment en sa présence. Un jeune Milord lui disant un jour que ce qu'il avoit trouvé de plaisant à la cour de France, c'est que le Roi eût une vieille maîtresse et un jeune ministre (Barbezieux). — Cela doit vous apprendre, jeune homme, lui répondit Guillaume, qu'il ne fait usage ni de l'une ni de l'autre. Le roi d'Angleterre n'étoit point traité avec cette équité en France. La cour ne prit point le deuil à sa mort ; et Louis XIV défendit aux Bouillons et aux la Trémouille, alliés de la maison d'Orange, de le porter. Je ne sais où Duclos a pris que la haine de ce prince pour Guillaume, venoit de ce qu'il avoit refusé d'épouser une de ses filles et de la duchesse de la Vallière. Voyez un portrait détaillé de Guillaume, dans le tome IVe de l'Histoire d'Angleterre de Smollet, page 189, in-4°, à Londres, 1758.
IV. GUILLAUME, roi des Romains, comte de Hollande, deuxième de ce nom, étoit fils de Florent IV, comte de Hollande, et de Mathilde de Brabant. Le pape Innocent IV et les Romains, opposés à l'empereur Frédéric II, firent si bien, qu'après la mort de Henri de Thuringe, roi des Romains, le comte Guillaume lui fut subrogé, par l'élection des sept grands officiers de l'empire, à Veringen, près de Cologne, en 1247. L'année suivante, Guillaume assiégea Cologne, la prit après six mois de siège, et y fut couronné le jour de la Toussaint : il étoit alors âgé de vingt ans. Il choisit pour ses ministres, Othon, évêque d'Utrecht, et Henri duc de Brabant, son oncle. Après la mort de Frédéric, arrivée en 1250, Hugue, légat du saint Siège, le confirma dans la possession de l'empire, qu'on continua néanmoins de lui disputer. Il défit les Flamands, et fit la guerre aux Frisons Occidentaux, qui s'étoient révoltés contre lui ; mais cette guerre lui fut fatale. Il fut assommé en 1256, par des paysans cachés dans les roseaux d'un marais, où son cheval s'enfonça dans la glace. Guillaume étoit âgé de 28 ans. Ses grandes qualités l'avoient rendu digne du trône, et il s'y seroit maintenu avec gloire, s'il n'avoit régné dans un temps de troubles et de discordes suscitées avant lui. Outre les avantages de la figure, il avoit du courage, de l'application aux affaires, de la justice, de la générosité, et un véritable désir de rendre ses peuples heureux. Si une élection illégitime le fit parvenir à l'empire, ses vertus reconnues par les princes Allemands, lui assurèrent cette couronne, après la mort de Conrad. Il ne lui manqua que d'être élu dans des circonstances plus favorables ; mais il est probable qu'il ne l'auroit jamais été, si l'Allemagne eût joui d'une situation plus tranquille. Les Frisons le traitèrent beaucoup mieux après sa mort qu'ils ne l'avoient fait de son vivant ; car ils l'enterrèrent magnifiquement dans un ancien tombeau, élevé dans la Frise pour un empereur Romain. Il laissa un fils, appelé Florent, qui succéda à son oncle dans le comté de Hollande.
GUILLAUME DE NASSAU, prince d'Orange, *Voyez* GERARD et IMPYSE. V. GUILLAUME, (Saint) duc d'Aquitaine, étoit fils du comte *Thierri*. Il commanda les armées de *Charlemagne* contre les Sarasins, les chassa d'Orange, et remporta sur eux des victoires décisives. Il fit fleurir ensuite la justice et les lettres dans sa province, et finit ses jours dans le monastère de Gellon, diocèse de Lodève, en 812. Lorsqu'il voulut quitter le monde, il en fit part à l'empereur *Charlemagne*: « *Prince*, lui dit-il, *après avoir servi si long-temps sous vos étendards, permettez-moi de servir désormais sous ceux de J. C.* » Et après avoir fait un trophée de ses armes à St. Julien de Brioude, il prit l'habit monastique en 806, et mourut le 28 mai 812. Tandis qu'il avoit vécu dans le siècle, il avoit su soutenir son rang sans fierté; il sut encore mieux l'oublier dans le cloître. Il travaillait à la boulangerie, et faisoit la cuisine à son tour. On le vit souvent chassant son âne devant lui, ou monté dessus, portant du vin ou d'autres rafraîchissemens aux moines occupés à la moisson. Ces traits sont petits; mais s'ils peignent les vertus et les mœurs du temps, on ne doit pas les oublier.
VI. GUILLAUME IX, dernier des ducs de Guienne et des comtes de Poitou, fut dans sa jeunesse abandonné à tous les vices. Sa naissance, son pouvoir, ses richesses, son esprit, sa force corporelle, tout semblait lui promettre l'impunité. Lorsque l'antipape *Anaclet II* fut opposé, par un parti, au pape *Innocent II* en 1130, *Guillaume* se déclara contre le vrai pontife. *Innocent* n'ayant pu le gagner, lui envoya *St. Bernard*, qui se rendit auprès de lui à Parthenay en Poitou, et qui le trouva très-opiniâtre. Les moyens humains étant inutiles, le saint eut recours à Dieu. Un jour que le duc étoit à la porte d'une église où *Bernard* disoit la messe, le saint abbé vint à lui, les yeux enflammés de zèle, tenant en main le Corps de Jésus-CHRIST: *Voici*, dit-il à Guillaume, *votre Dieu et votre Juge, oscrez-vous le mépriser?* Le duc fut étonné et attendri: il reconnut *Innocent II*, fut réconcilié à l'église, et le schisme finit dans la Guienne. Il vécut depuis lors plus chrétiennement. Étant allé en pèlerinage à Saint-Jacques en Galice, il mourut à Compostelle en 1136. Il laissa, en mourant, ses états au roi *Louis le Gros*, en le priant de marier sa fille unique *Eleonore* suivant sa condition. Elle épousa *Louis VII*, dit la *Jeune. Voyez* ÉLÉONORE.
VII. GUILLAUME LONGUE-ÉPÈRE, fils et successeur de *Bolton*, premier duc de Normandie, ne fut ni moins ferme ni moins courageux que son père. Les Bretons n'ayant pas voulu reconnoître sa suzeraineté, il les contraignit, par la force des armes, à lui faire hommage. Il le fit peu de temps après lui-même au roi *Raoul*, qui ajouta à son duché la terre des Bretons, c'est-à-dire l'Avranchin et le Cotentin. *Rinife*, comte de Cotentin, ayant voulu imiter la révolte des Bretons, n'eut pas un meilleur succès. *Guillaume* aida *Louis d'Outremer*, l'an 936, à monter sur le trône à la place de *Raoul*. Il força ensuite *Arnoul*, comte de Flandre, à rendre à Helluin de Montreuil la forte-resse qu'il lui avoit enlevée. L'an 942, s'étant rendu, sous la foi du serment, à Pequigny-sur-Somme, pour une entrevue que ce comte lui avoit demandée, il fut assassiné par les gens de ce dernier. Comme on le déshabilloit pour visiter ses plaies, on trouva sur lui une petite clef d'argent, qu'on crut être celle de son trésor. Son chambellan dit que c'étoit « la clef d'une cassette où étoit l'habit de moine qu'il avoit résolu de prendre à Jumiège, après cette malheureuse conférence. »
VIII. GUILLAUME DE MALAVAL, (Saint) gentilhomme François, après avoir mené une vie licencieuse, se renferma ensuite dans l'hermitage de Malaval, au territoire de Sienne. Il y fonda les Guillemins ou Guillemites, et y mourut le 10 février 1157. On croit qu'il fut canonisé vers l'an 1202, par Innocent II. Pie II, en 1460, transféra sa principale fête au 1er de mai, sans cependant déroger à celle du 10 de février, que la saison d'hiver rendoit plus difficile à célébrer. Sa nouvelle famille s'étendit beaucoup en France, en Bohème et en Saxe. — Il ne faut pas le confondre avec St. GUILLAUME, né de parens nobles, à Verceil en Piémont, et fondateur de la congrégation du Mont-Vierge. Il institua cet ordre en 1119, sur une montagne du royaume de Naples, appelée le Mont-Virgile, à cause de Virgile, et qui fut nommée ensuite le Mont-Vierge, depuis qu'il y eut édifié une église en l'honneur de la Sainte Vierge. Les premiers compagnons de ses austérités l'ayant quitté, il se retira à Salerne, où il fonda un monastère. Se voyant près de la mort, il se retira dans le monastère qu'il avoit fait bâtir à Golète, petite ville vers l'Apennin. Il y termina sa sainte carrière le 25 juin 1142. Roger, roi de Sicile, l'avoit appelé à sa cour, et avoit favorisé son ordre naissant.
IX. GUILLAUME, (Saint) pieux et savant archevêque de Bourges en 1199, dans la maison des anciens comtes de Nevers, gouverna cette église en pasteur des premiers siècles du Christianisme. Il avoit été d'abord religieux de Grammont, ensuite de Citeaux, et il avoit gouverné diverses maisons comme prier ou comme abbé. Elevé sur le siège de Bourges, il tâcha de déraciner tous les abus. On obligeoit alors les excommuniés de payer une amende quand on leur donnoit l'absolution. Le motif de cette exaction étoit de les préserver des rechâtes, par une crainte pécuniaire. St. Guillaume exigeoit des excommuniés une caution de payer l'amende; et pour les retenir dans le devoir, il les menaçoit souvent de l'exiger, et ne l'exigeoit point. Jamais il ne voulut poursuivre par les armes les méchans que la crainte des censures de l'église ne pouvoit retenir, quoique ce fût l'usage de son siècle; il n'employoit que les voies de la douceur et de la persuasion, et il réussissoit. Il mourut le 10 janvier 1209, laissant une mémoire chère au clergé de France, dont il avoit été l'ornement, et aux pauvres dont il avoit été le père. Ses reliques furent brûlées par les Calvinistes en 1562, et ses cendres jetées au vent. X. GUILLAUME d'HIRSAUGE, (Saint) fut tiré en 1069 de l'64- baye de St. Emmeran de Ratis-bonne, pour être abbé d'His-sauge. Il fonda un grand nombre de monastères, fit fleurir dans son abbaye la piété, la science et les arts, et mourut en 1091. On a de lui quelques ouvrages de *Philosophie* et d'*Astronomie*; Basle, 1531, in-4°, dont le mérite est très-mince.
**XI. GUILLAUME DE TYR**, archevêque de cette ville, dressa les actes du concile de Latran; prononça l'oraison funèbre de l'empereur *Barberousse*, quand son fils *Frédéric* lui fit rendre les derniers honneurs, et vint à Rome, où il mourut vers 1194. On a de lui une *Histoire des Croisades*, en 32 livres, qui finit à l'an 1184. Son style est simple et naturel; l'auteur est prudent, judicieux, modeste, et savant pour le temps auquel il écrivoit. Cette *Histoire* a été publiée à Basle en 1549, in-fol. Elle se trouve dans *Gesta Dei per Fran-coz*, de *Bongars*. Il y en a une Continuation jusqu'en 1275, que l'on trouve dans l'*Amplissima Collectio de Martenne*. Jean Hé-rold en avoit fait une deuxième Continuation jusqu'en 1521, qui a été imprimée avec l'*Histoire*; Basle, 1564, in-fol. *Gabriel du Préau* l'a traduite en françois; Paris, 1573, in-fol. — Il ne faut pas le confondre avec un autre *GUILLAUME*, évêque de Tyr, mort en 1129, dont il nous reste des *Epitres* à *Bernard*, patriarche d'Antioche.
**XII. GUILLAUME**, surnom-né *Calculus*, moine de Jumiège, vivoit dans le 11e siècle, sous *Guillaume le Conquérant*. On a de lui une *Histoire de Norman-ble*, divisée en 8 livres, dans le recueil de *Camideau*, 1603, et dans celui de *du Chesne*; 1619, tous deux in-fol. Le style de cet auteur est passable pour le siècle où il vivoit; mais il manque de critique, défaut commun à pres-que tous les anciens écrivains.
**XIII. GUILLAUME LE BRE-TON**, ainsi nommé, parce qu'il étoit de Bretagne, naquit vers l'an 1170. Il fut chapelain de *Philippe-Auguste*, qu'il accom-pagna dans ses expéditions mili-taires, et dont il mérita l'estime. On a de lui: I. Une *Histoire* en prose de ce monarque, pour ser-vir de suite à celle de son méde-cin, nommé *Bigard*. II. Un poème intitulé *Philippide*, qui est une gazette longue et ram-pante. Ces deux ouvrages de *Guillaume le Breton* sont utiles pour l'histoire de son temps, et l'on y trouve des faits qu'on chercheroit vainement ailleurs. Ils ont été imprimés à Zwickau en 1657, in-4°, et dans la col-lection des Historiens de France.
**XIV. GUILLAUME D'AUXER-RE**, évêque de cette ville, trans-féré ensuite sur le siège de Paris, mourut en 1223. Il n'est point auteur, comme on le croit com-munément, d'une *Somme de Théologie*, in-fol. 1500, qui porte le nom de *Guillaume d'Auxerre*. Le *Guillaume*, auteur de cette *Somme* vivoit dans le même temps que lui. Il mourut en 1230, après avoir professé la théologie à Pa-ris avec beaucoup de succès. Il avoit été archidiacre de Beauvais. — Il y a eu un 3e *GUILLAUME d'Auxerre*, Dominicain, mort provincial de son ordre en 1294, que l'on dit avoir été également professeur à Paris, dont il reste parmi les manuscrits de Sor-bonne quelques *Sermons*. Voyez les Mémoires de littérature du P. des Molets, tom. 3, part. 2, pag. 317, etc.
XV. GUILLAUME D'AUVERGNE, évêque de Paris, gouverna sagement cette église, fonda des monastères, opéra des conversions par ses sermons, fit condamner la pluralité des Bénéfices par les plus habiles théologiens de son diocèse, et mourut en 1248. On a de lui des Sermons et des Traités sur divers points de discipline et de morale. Le Féron les a recueillis et publiés en 1674, 2 vol. in-fol: Les Dialogues des sept Sacremens, les Sermons durant l'année, et plusieurs autres Traités qu'on lui attribue dans cette édition, ne sont pas de lui. Le style de ce prélat, sans avoir rien d'élégant, ni de délicat, est simple, intelligible, naturel, et bien moins barbare que celui des scolastiques de son temps. Il traite beaucoup moins de questions métaphysiques qu'eux, et s'attache sur tout à la morale et à la discipline. Il réfute quelquefois Aristote; ce qui n'étoit pas une petite témérité dans son siècle. Il savoit très-bien l'Écriture sainte et les écrivains profanes; mais il avoit peu lu les Pères.
GUILLAUME DE ST-AMOUR. Voyez I. AMOUR (ST-).
XVI. GUILLAUME DE LINDWOODE, jurisconsulte Anglois, et évêque de Saint-David, dont on a un recueil des Constitutions de 14 archevêques de Cantorbery, sous ce titre: Provinciale, seu Constitutiones Angliæ; Oxford, 1633, in-folio; mais l'édition de Londres, 1679, in-folio, est plus ample. L'auteur mourut en 1446.
XVII. GUILLAUME DE MALMESBURY, Bénédictin Anglois, fut un célèbre historien du 12e siècle: Henri Savill, fit imprimer à Londres, en 1596, in-folio, les ouvrages de cet écrivain. Ils sont estimés, quoique le style soit sans ornemens.
XVIII. GUILLAUME DE VORILONG, fameux théologien scolastique du 15e siècle, de l'ordre des Frères Mineurs, mort en 1464, laissa un Commentaire sur le Maître des Sentences, et un Abrégé des Questions de Théologie, intitulé: VADE MECUM, in-fol.
XIX. GUILLAUME DE CHARTRES, religieux Dominicain, chapelain de St. Louis, mort vers le milieu du 13e siècle, a continué l'histoire de ce prince, commencée par Geofroy de Beaulieu. Il recueillit avec soin tout ce qui avoit pu échapper aux recherches de celui-ci, et l'ajouta à son ouvrage. Cette continuation, insérée dans le 5e tome de la Collection de du Chesne, contient plusieurs faits qui méritent d'être sus; mais elle est écrite d'un style guindé.
GUILLAUME DE NEUBRIDGE. Voyez LITLE.
XX. GUILLAUME DE NANGIS, Bénédictin de l'abbaye de Saint-Denys en France, mourut vers 1302. Il est auteur des Vies de St. Louis, de son fils Philippe le Hardi; et de deux Croniques, dont les historiens ecclésiastiques et profanes ont fait usage. La principale s'étend jusqu'en 1301, et elle est écrite avec clarté et d'un latin passable. On la trouve dans le 5e volume de la collection de du Chesne. Elle a eu deux continuateurs, qui l'ont poussée, l'un jusqu'en 1340, l'autre jusqu'en 1368. Le premier paroit homme d'esprit; l'autre est un moine agreste et grossier. Sans le secours de ces deux continuations, nous n'aurions presque rien de sûr touchant les événemens écoulés dans cet espace de temps. Voyez MELOT.
XXI. GUILLAUME, né à Conches en 1080, donna des leçons de grammaire et de philosophie à Paris, et mourut au milieu du 12e siècle. On a de lui un ouvrage intitulé : Philosophia de Naturis, 1474, 2 vol. in-fol., aussi rare qu'inutile. Son système est celui des atomes.
XXII. GUILLAUME DE PASTRINGO, Véronois, fut employé par les l'Escale, ses souverains. Il obtint de Benoit XII leur absolution pour avoir tué l'évêque de Vérone, et une autre fois la confirmation de la seigneurie de Parme. Il connut beaucoup Pétrarque, et lui communiquoit les livres de sa riche bibliothèque. Nous avons de lui un livre : De originibus rerum; Venise, 1547, in-fol., bien moins connu que le manuscrit intitulé : De Viris illustribus : c'est une espèce de Bibliothèque universelle, dans la 1re partie; et dans la 2e, un Dictionnaire géographique. Il étoit syndic de Vérone en 1337.
XXIII. GUILLAUME, (le Frère) Dominicain, mort à Cortone en 1537, à 62 ans, étoit un peintre sur verre, qui peignit à Rome les vitraux du Vatican et de Ste-Marie del Popolo.
XXIV. GUILLAUME, (Charles) mort à Paris le 8 décembre 1778, se fit libraire dans cette ville, et a publié quelques écrits peu renommés : I. La Mer des Histoires, 1733, in-12. II. Etrennes aux Dames, 1748. III. Al- manach Dauphin, ou Histoire abrégée des princes qui ont porté le nom de Dauphin, 1752, in-8.
XXV. GUILLAUME, (Jacquette) est auteur d'un livre intitulé : Les DAMES Illustres, où, par bonnes et fortes raisons, il se prouve que le sexe féminin surpasse, en toute sorte de genres, le sexe masculin, in-12, Paris, 1675, dédié à Mlle d'Alençon. C'est un fatras de raisonnemens en vers et en prose, mal dirigés et mal conçus. On y trouve cependant le portrait pseudonyme de quelques personnes illustres de son sexe; les Conférences catholiques de la reine Christine, pour répondre aux objections des ministres; et un Eloge de Mlle Schurman. Elle compte parmi les femmes célèbres, la duchesse d'Enghien, les marquises de Lanoncourt, d'Harancourt, de Rosay, la baronne de Changy, la vicomtesse d'Auchy, de Saint-Balmont, les demoiselles des Armoises, d'Orsagues, des Roches. Elle nous apprend que le libraire de Mlle Scuderi faisoit payer une demi-pistole pour lire une histoire de ses ouvrages. — Une autre femme, du même nom, Marie-Anne GUILLAUME, a publié, à Paris en 1668, un Discours sur la prééminence des femmes sur les hommes.
GUILLAUME DE RUREMONDE, Voyez RUREMONDE.
GUILLEBAUD, Voy. PIERRE DE SAINT-ROMUALD.
GUILLELME, Voyez GUIELME.
GUILLEMEAU, (Jacques) natif d'Orléans, chirurgien ordinaire des rois Charles IX et Henri IV, fut un des plus célè- bres disciples d'Ambroise Paré. Il porta dans l'étude de la chirurgie, un esprit cultivé par les belles-lettres. Les langues savantes lui étoient familières : elles lui ouvroient les ouvrages des anciens. Ces guides, aidés de celui de l'expérience, en firent un des plus habiles hommes de son temps. Ses ouvrages ont été recueillis à Rouen, en 1649, in-folio. Les principaux sont : I. La Chirurgie d'Ambroise Paré, traduite de françois en latin, avec autant de fidélité que d'élégance. II. Des Tables Anatomiques, avec figures. III. Un Traité des Opérations, écrit avec beaucoup de précision et de justesse. Il mourut à Paris en 1612, dans un âge avancé.
GUILLEMETTE, de Bohème, fanatique du 13e siècle, se fit des sectateurs par son hypocrisie. Elle sut si bien se contrefaire, que, malgré son fanatisme, elle mourut en odeur de sainteté l'an 1281. Ses fourberies ayant été dévoilées après sa mort, on déterra son corps et on le brûla. Ses disciples soutenaient qu'elle étoit le Saint-Esprit incarné sous le sexe féminin ; qu'elle n'étoit morte que selon la chair ; qu'elle ressusciteroit avant le jugement universel ; qu'elle monteroit au ciel à la vue de ses prosélytes ; enfin, qu'elle avoit laissé pour son vicaire sur la terre Maifreda, religieuse de l'ordre des Humiliés. Celle-ci devoit occuper, à Rome, le siège Pontifical, en chasser les cardanaux, et leur substituer quatre docteurs qui feroient quatre nouveaux Evangiles.
GUILLEMITES, Voy. GUILLAUME, 10e VIII.
GUILLERI, nom de trois frères d'une maison noble de Bretagne, qui, après s'être signalés dans les guerres de la Ligue, se firent voleurs de grand chemin, lorsque la paix eut été rendue à la France. Ils firent bâtir une forteresse sur le chemin de Bretagne en Poitou, pour leur servir de retraite. Ils faisoient des courses jusqu'en Normandie et à Lyon, affichant sur les arbres de leur route, ces mots en gros caractères : Paix aux Gentilhommes, la mort aux Presets et aux Archers, et la bourse aux Marchands. On envoya 5000 hommes pour assiéger la forteresse de ces brigands. On la foudroya à coups de canon, et les scélérats qui l'habitoient furent rompus en 1608.
GUILLERMIN, (Jean-Baptiste) sculpteur, né à Lyon, vint s'établir à Paris où il se distingua par la délicatesse de ses ouvrages en ivoire et en coco. Il fit un Crucifix très-admiré, pour le chœur du Val-de-Grace. Guillermin mourut en 1699.
GUILLET DE ST-GEORGES, (Georges) premier historiographe de l'académie de Peinture et de Sculpture à Paris, où il fut reçu en 1682, naquit à Thiers en Auvergne, vers 1625, et mourut à Paris le 6 avril 1705, à 80 ans. Il se fit connoître par plusieurs ouvrages, qu'il donna sous le nom de son frère Guillet de la Guilletière. I. Histoire de Mahomet II, 2 vol. in-12; il ne rend pas une exacte justice à ce héros. II. La Vie de Castracini, in-12, curieuse. III. Les Arts de l'Homme d'épée, 2 vol. in-12. IV. Lacedemone ancienne et moderne, in-12. V. Athènes ancienne et nouvelle, in-12. Cuilies out de grands démêlés avec *Spon*, sur les antiquités de cette ville. Son livre offre des recherches.
**GUILLEVILLE**, (Guillaume de) Bernardin de l'abbaye de Chalis, vivait encore en 1358, et avoit alors 63 ans. Il est auteur d'un roman en vers, intitulé: *Les trois Pèlerinages*, celui de la *Vie humaine*, celui de l'ame séparée du corps, et celui de *Jésus-Christ*, à Paris, in-4°, sans date; mais il est de la fin du 15$^{e}$ siècle.
**GUILLIAUD**, (Claude) docteur de la maison et société de Sorbonne, né à Villefranche en Beaujolais, enseigna l'Écriture sainte avec réputation, et devint chanoine et théologal d'Autun, vers le milieu du 16$^{e}$ siècle. On a de lui: I. Des *Commentaires* sur *St. Matthieu*, in-fol.; sur *St. Jean*, in-fol.; et sur les *Épîtres* de *St. Paul*, in-8°. Le Père *Berthier* dit que ce sont des chefs-d'œuvre en ce genre. Il est court, et, sans s'éloigner de la *Vulgate*, il marque les différences du texte grec. Il tâche de concilier les passages qui lui semblent opposés à d'autres. Il éclaircit ce qui a rapport aux dogmes de l'Église. Enfin, on voit par toute la méthode de cet auteur un savant interprète, un esprit judicieux, et un très-honnête homme. II. Des *Homélies* pour le Carême.
**GUILLIMAN**, ou
**WUILLEMAIN**, (François) du canton de Fribourg, mort vers 1575, est célèbre en Allemagne: I. Par son livre des *Antiquités de la Suisse*. II. Par son *Histoire des Evêques de Strasbourg*. III. Par une *Histoire des Comtes de Hapsbourg*. IV. Par des *Poésies Latines*. — *Voy. MARCILE*.
**GUILLOT - GORJU**, (Bertrand Harduin de St-Jacques) abandonna l'étude de la médecine, et remplaça *Gautier Garguille* sur le théâtre de la foire. Cette profession lui paroissant avilissante, il alla exercer la médecine à Melun; mais chassé par l'ennui, il vint mourir à Paris en 1648, à 50 ans.
**GUILLOTIN**, né à Saintes, le 29 mars 1738, alla étudier à Paris et s'y fit recevoir médecin. Il y vivait heureux et utile, lorsque la capitale s'occupant de l'organisation des États généraux, il fut chargé de rédiger l'écrit intitulé: *Pétition des six Corps*. Le style en étoit foible et les idées communes; mais la direction des esprits vers un nouvel ordre de choses, lui donna de la célébrité; et elle procura à son auteur, en 1789, la députation du tiers état de Paris. *Guillotin* parut à l'assemblée froid, réservé, plein de droiture et sur-tout de douceur. Chargé de faire un rapport sur le code pénal, il proposa comme un supplice moins cruel que la roue et la corde, alors en usage, celui de la machine fatale qui prit son nom et qui immola, bientôt après, tant d'innocentes victimes. L'horreur imprimée aux massacres judiciaires, opérés par cet instrument, a rejallli injustement sur la personne de *Guillotin*. Il est faux qu'il ait porté sa tête sur sa machine: il est mort dans son lit, et de chagrin, dit-on, de l'abus attrocé qu'on faisoit de son invention.
**GUIMENIUS**, *Voy. MOLA*.
**GUIMIER**, *Voy. GUYMIER*.
**GUIMOND** ou
**GUIMOND**, Bénédictin, étoit de Normandie. 28 GUI Il se fit religieux dans le monastère de la Croix de Saint-Leufroi. Pour se délivrer des ennemis que son mérite lui avoit faits, il demanda à son abbé la permission de se retirer en Italie. L'abbé qui avoit peu de lumières, et qui ne connoissoit point le trésor qu'il possédoit, le laissa partir. Guimond se fit bientôt connoître. Grégoire VII le fit cardinal, et Urbain II lui donna l'archevêché d'Averse. On lui doit un Traité de la vérité du Corps et du sang de Jésus-Christ, contre Béranger, qu'il publia vers l'an 1070, et qui fut imprimé avec d'autres ouvrages sur le même sujet, 1561, Louvain, in-8°, Trithème et Yves de Chartres font un grand éloge de son savoir et de sa piété. — GUINTIER, (Jean) né en 1487, à Andernach, fut d'abord médecin de François I. S'étant retiré à Strasbourg, pour se dérober aux troubles de religion, il y professa le grec qu'il avoit déjà enseigné à Louvain, et y exerça la médecine. Il fut obligé de renoncer à la chaire grecque, et mourut en 1574. C'est lui qui a donné le nom de Pancréas au corps glanduleux attaché au péritoine; qui a découvert l'union de la veine et de l'artère spermatique, des deux conduits qui répondent de la matrice aux mamelles. Il a traduit beaucoup d'écrits de Galien et d'autres auteurs. Il a aussi donné quelques Traités latins sur la Peste, in-8°; sur les Femmes grosses et les Enfans, in-8°, etc. Les traductions et les autres ouvrages de Guintier auroient été plus utiles, sans la dureté de son style, et le grand nombre d'expressions barbares qu'il emploie. L'empereur Ferdi- rand lui donna des lettres de noblesse, sans qu'il les eût demandées. Antoine-Prosper Hérissant, imprimeur à Paris, a publié, en 1765, in-12, l'Éloge historique de ce médecin, avec le Catalogue de ses ouvrages. Cet écrit intéressant obtint le prix de la faculté de médecine.
GUION, Voy. GUYON.
GUIOT DE PROVINS, moine Bénédictin dans le 12e siècle, composa un roman en vers, connu sous le nom de la Bible-Guiot. L'auteur annonce qu'il l'appelle Bible parce que son ouvrage ne renferme que des vérités. C'est une satire contre les mœurs de son temps, et sur-tout contre celles des seigneurs de fiefs et du clergé. La Bible-Guiot est restée manuscrite; mais on en trouve des copies dans plusieurs bibliothèques. Quelques écrivains croient que l'auteur a décrit dans ses vers l'usage de la boussole, long-temps avant la naissance de Gioja, à qui on en attribue plus généralement la découverte. Voy. GIOJA.
GUIRLANDAIO, (Dominique) Voy. GHIRLANDENI.
GUISAR, (Pierre) naquit à la Salle dans les Cévennes, d'un médecin Protestant. Le fils embrassa la profession de son père; mais ne pouvant enseigner dans les écoles publiques, à cause du Calvinisme, il l'abandonna pour la religion Catholique. Il vint à Paris en 1742, et s'y fit estimer: mais l'amour de la patrie le rappela à Montpellier. Il fit, dans cette ville, un cours gratuit et public de physique expérimentale, qui reçut beaucoup d'applaudissements. On a de lui plusieurs ouvrages, estimés des per- sonnes de l'art : I. *Pratique de Chirurgie*, ou *Histoire des Plaies*, réimprimée pour la troisième fois en 1747, en 2 vol. in-12, avec de nouvelles observations et un recueil de thèses de l'auteur. Cet ouvrage contient une méthode simple, courte et aisée pour se conduire sûrement dans les cas les plus difficiles. II. *Essai sur les Maladies Vénériennes*, in-8°, à Avignon, sous le titre de la Haye, en 1741. L'auteur proscrit les méthodes violentes, et en propose une beaucoup plus douce, plus simple, et infiniment plus assurée. Il mourut à Montpellier le 13 septembre 1746, à 46 ans. I. GUISCARD ou GUISCHARD, (Robert) duc de la Pouille et de la Calabre, étoit Normand, et fils de *Tancrède de Hauteville*, qui, chargé d'une nombreuse famille, envoya ses deux fils aînés en Italie, pour réparer les injustices de la fortune. Ces héros, ayant réussi, appelèrent leurs cadets, parmi lesquels *Robert Guischard* se signala. Devenu duc de la Pouille et de la Calabre, il passa en Sicile avec son frère *Roger*, et fit la conquête de cette isle sur les Grecs et sur les Arabes, qui la partageaient alors entre eux. Il falloit achever la conquête de tout ce qui compose aujourd'hui le royaume de Naples. Il restoit encore des princes de Salerne, descendans de ceux qui avoient les premiers attiré les Normands dans ce pays : *Robert* les chassa et leur prit Salerne. Ils se réfugièrent dans la Campagne de Rome, et se mirent sous la protection de *Grégoire VII*, qui excommunia le vainqueur. Le fruit de l'excommunication fut la conquête de tout le Bénéven- tin, que fit *Robert* après la mort du dernier duc de Bénévent de la race Lombarde. *Grégoire VII* donna alors l'absolution à *Robert*, et en reçut la ville de Bénévent, qui, depuis ce temps-là, est toujours demeurée au saint Siège. *Robert Guischard* maria ensuite sa fille à *Constantin*, fils de l'empereur de Constantinople, *Michel Ducas*. Ce mariage ne fut pas heureux. *Guischard* ayant sa fille et son gendre à venger, résolut d'aller détrôner l'empereur d'Orient, après avoir humilié celui d'Occident. La cour de Constantinople n'offroit en ce temps-là qu'un continuel orage. *Michel Ducas* avoit été chassé du trône par *Nicéphore*, surnommé *Botoniate*, et *Constantin*, gendre de *Robert*, avoit été fait eunuque; enfin, *Alexis Comnène* avoit pris le sceptre impérial. *Robert*, pendant ces révolutions, s'avançoit vers Constantinople. Pour avoir un prétexte de faire la guerre à l'empereur Grec, il prit un moine dans un couvent, l'engagea à se dire *Michel* déposé par *Nicéphore*. Il assiégea Durazzo, le 17 juin 1081. Les Vénitiens, engagés par les promesses et par les présens d'*Alexis*, secoururent cette place. La famine se mit dans l'armée de *Robert*, et si *Alexis* eût temporisé, elle auroit péri; mais il donna bataille le 18 octobre, fut vaincu, et *Robert Guischard* prit la ville. Le vainqueur fut obligé de passer en Occident l'année d'après, pour combattre *Henri IV*, empereur d'Allemagne, qui avoit porté la guerre dans ses états. Il laissa *Boëmond*, son fils, dans la Grèce; mais ce prince ayant été vaincu, son père repassa en Orient. Après des victoires et des échecs, il mourut en 1085, à 80 ans. *Guischard* avoit de grandes qualités : vaste dans ses projets, ferme dans ses résolutions, vif dans ses entreprises, il tenta beaucoup, et réussit presque toujours; mais il ternit l'éclat de ses exploits par une ambition effrénée, à laquelle il sacrifiroit tout.
II. GUISCARD, *Voyez* BOURLIE.
GUISCHARD, (Charles) colonel au service du roi de Prusse, manioit également bien l'épée et la plume. Cet officier, dont le nom militaire étoit *Quintus Icilius*, avoit servi avec distinction dans la dernière guerre. Il profita du loisir que la paix lui laissoit, pour mettre au net ses *Mémoires militaires sur les Grecs et les Romains*, dont la dernière édition est de Berlin, 1774, 4 vol. in-8°, ou 2 vol. in-4°. Quoiqu'il y ait quelques idées particulières dans cet ouvrage, et qu'il déprime trop le célèbre chevalier *Follard*, on ne peut qu'estimer la sagacité et l'érudition de l'auteur. I. GUISE, (Claude de LORRAINE, duc de) étoit cinquième fils de *Réné II*, duc de Lorraine, et de *Philippe de Gueldre*, sa seconde femme. Après avoir contesté inutilement la succession du duché de Lorraine à *Antoine de Vaudemont*, son frère aîné, il vint s'établir en France, et y épousa *Antoinette de Bourbon*, princesse du sang, le 18 avril 1513. Sa valeur, son génie hardi, ses grandes qualités, et la faveur du cardinal *Jean de Lorraine* son frère, cimentèrent sa puissance. Il fonda une maison qui fit trembler les successeurs légitimes de la couronne. C'est en sa faveur que le conté de Guise fut érigé en duché-pairie au mois de janvier 1527. Il mourut en 1550, après s'être signalé en plusieurs occasions, et sur-tout à la bataille de Marignan. Il n'étoit alors âgé que de 22 ans. Il y reçut plus de vingt blessures, et auroit péri très-certainement, si *Adam de Nuremberg*, son écuyer, ne lui eût sauvé la vie aux dépens de la sienne, en lui faisant un bouclier de son corps. *Claude de Guise* laissa six fils et quatre filles, dont l'aînée épousa *Jacques Stuart V*, roi d'Écosse. De ses six fils, l'un fut I. *François* : *Voy*. ci-dessous II. GUISE. — II. *Charles*, cardinal : *Voy*. LORRAINE, n° 1. — III. *Claude*, duc d'Aumale : *Voy*. AUMALE. — IV. *Louis*, cardinal : *Voy*. ci-après, au n° VI. — V. *François*, grand-prier et général des galères, mort en 1563. — VI. *Réné*, marquis d'Elbœuf : *Voy*. ELBŒUF. — *François de LORRAINE*, l'aîné de tous, eut trois fils : le second, *Charles*, fut duc de Mayenne : *Voy*. MAYENNE. Le troisième, *Louis* : *Voyez* ci-après n° VI. L'aîné étoit *Henri*, qui est l'objet de l'article III. GUISE... Parmi les fils d'*Henri*, deux méritent une place dans ce Dictionnaire. L'un fut cardinal : *Voy*. le n° VI. L'autre étoit *Charles* : *Voy*. le n° IV. GUISE. — Le fils aîné de *Charles* fut *Henri*, qui mourut sans laisser de postérité : *Voy*. v. GUISE. — Son frère puîné, nommé *Louis*, fut duc de Joyeuse, et mourut en 1654, avant son frère; mais il laissa de la fille du duc d'*Angoulême*, qu'il avoit épousée, *Louis-Joseph de Lorraine*, duc de Guise, mort en 1671 : son fils unique, *François-Joseph*, mourut au berceau à l'âge de 5 ans, en 1675. Cette famille subsiste encore dans les Branches collatérales des ducs d'Elbœuf : Voy. II. HARCOURT. — IL GUISE, (François de LORRAINE, duc de) et d'Aumale, fils aîné de Claude de Lorraine, duc de Guise, né au château de Bar, le 17 février 1519, fut appelé LE BALAFRE, à cause d'une blessure qu'il reçut au siège de Boulogne, en 1545. Frappé entre le nez et l'œil droit par une lance, tout le fer avec un tronçon de bois resta dans la plaie. Ambroise Paré, fameux chirurgien, fut obligé de prendre des tenailles de maréchal pour arracher ce tronçon, et de lui mettre le pied sur le visage. Tous les spectateurs frémissoient, Guise seul parut tranquille, et ces mots : Ah ! mon Dieu, furent les seuls qu'il laissa échapper pendant cette cruelle opération. Malgré l'heureux succès de Paré, les chirurgiens désespérèrent long-temps de la vie de Guise. Cependant il guérit si bien qu'il ne lui resta qu'une légère cicatrice. Son courage se montra bientôt d'une manière éclatante en 1553, à Metz, qu'il défendit vaillamment contre Charles-Quint. Les troupes de l'empereur, engourdies par le froid, laissèrent plusieurs soldats après elles. Le duc de Guise, loin de les faire assommer, comme faisoient quelques généraux de ces temps malheureux, les reçut avec humanité. Pendant le siège de Metz, un officier Espagnol lui écrivit pour lui demander un de ses esclaves, sauvé dans la ville avec un cheval de prix qu'il avoit dérobé. Guise renvoya le cheval, après l'avoir payé à celui chez qui il se trouvoit. Mais quant à l'esclave, il répondit qu'il ne contribuerait par à remettre dans les fers un homme devenu libre en mettant les pieds sur les terres de France. Ce seroit, ajouta-t-il, violer les privilèges de ce royaume, qui consistent à rendre la liberté à tous ceux qui la viennent chercher. Autant sa valeur avoit paru durant le siège, autant sa générosité éclata-t-elle après. Personne ne connoissoit mieux les règles de l'honneur, et ne savoit mieux réparer une offense. A la bataille de Renti, 13 août 1554, où il fit des prodiges de valeur, Saint-Fal, un de ses lieutenans, s'avançant avec trop de précipitation, il l'arrêta en lui donnant un coup d'épée sur le casque. On lui dit, après la bataille, que cet officier étoit blessé de ce traitement : Monsieur de Saint-Fal, lui dit le duc, en présence de tous les officiers, et dans la tente même du roi, Vous êtes offensé du coup que je vous ai donné, parce que vous avanciez trop, mais il vaut mieux que je vous l'aie donné pour vous arrêter, que pour vous faire avancer. Ce coup est plus glorieux qu'humiliant pour vous. Alors il prit pour juges tous les capitaines, qui convinrent qu'un coup reçu pour arrêter l'excès d'ardeur et de courage, faisoit plus d'honneur que de tort; et Saint-Fal fut satisfait... Plusieurs autres avantages en Flandre et en Italie, firent proposer à quelques-uns de faire le duc de Guise Vice-roi de la France; mais ce titre paroissant trop dangereux dans un sujet puissant et belliqueux, on se contenta de lui donner celui de Lieutenant général des armées du Roi, au dedans et au dehors. Les malheurs de la France cessèrent, dès qu'il fut à la tête des troupes. En huit jours, il prit Calais et tout son territoire, au milieu de l'hiver. Il chassa pour toujours de cette ville les Anglois, qui l'avoient possédée 210 ans. Cette conquête, suivie de celle de Thionville, prise sur les Espagnols, mit le duc de Guise au-dessus de tous les capitaines de son temps. Il prouva que le bonheur ou le malheur des états dépend souvent d'un seul homme. Maître de la France sous Henri II, dont il avoit épousé la sœur, il le fut plus encore sous François II. La conspiration d'Amboise, tramée en 1560 par les Protestans, pour le perdre, ne fit qu'augmenter son crédit. Le parlement lui donna le titre de Conservateur de la patrie. Son autorité étoit telle, qu'il recevoit assis et couvert, Antoine, roi de Navarre, qui se tenoit debout et tête nue. Le connétable de Montmorenci lui donnoit du Monseigneur et du Votre très-humble et très-obéissant serviteur, tandis que Guise lui écrivoit simplement, Monsieur le Connétable, et au bas, Votre bien bon ami. Après la mort de François II, cette autorité baissa, mais sans être entièrement abattue. Dès-lors se formèrent les factions des Condé et des Guise. Du côté de ceux-ci, étoient le connétable de Montmorenci et le maréchal de Saint-André; de l'autre, étoient les Protestans et les Coligni. Le duc de Guise, aussi zélé Catholique qu'ennemi des Protestans, avoit résolu de les poursuivre les armes à la main. Passant, le 1er mars 1562, auprès de Vassi, sur les frontières de la Champagne, il trouva des Calvinistes qui chantoient les Pseaumes de Marot, dans une grange. Ses domestiques les insultèrent. On en vint aux mains; et il y eut près de 60 de ces malheureux tués, et 200 de blessés. Cet événement imprévu, que les Protestans appellent le Massacre de Vassi, alluma la guerre civile dans tout le royaume. Le duc de Guise prit Rouen, Bourges, et gagna la bataille de Dreux, le 19 décembre 1562. Le soir de cette glorieuse journée, il s'enferme sans défiance dans la même tente avec le prince de Condé; il partage avec lui son lit, et dort d'un profond sommeil à côté de son rival, dans lequel il ne voyoit plus, après la victoire, qu'un parent et un ami. Le duc de Guise fut alors au comble de sa gloire. Vainqueur par-tout où il s'étoit trouvé, il étoit l'idole des Catholiques, et le maître de la cour; affable, généreux, et en tout sens, le premier homme de l'état. Il se préparoit à assiéger Orléans, le centre de la faction Protestante, et leur place d'armes, lorsqu'il fut tué d'un coup de pistolet, le 24 février 1563, par Poltrot de Méré, gentilhomme Huguenot. Les Calvinistes, qui, sous Henri II et François II, n'avoient su que prier et souffrir ce qu'ils appeloient le martyre, étoient devenus, dit un Historien, des enthousiastes furieux; ils ne lisoient plus l'Écriture, que pour y chercher des exemples d'assassinats. Poltrot se crut un Aod, envoyé de Dieu pour tuer un Chef Philistin. Le parti aussi fanatique que lui, fit des vers à son honneur; et il reste encore des estampes avec des inscriptions, qui élèvent son meurtre jusqu'au ciel, quoique ce ne fût que le crime d'un furieux, aussi lâche qu'imbécille... Valincourt a écrit sa Vie, in-12. Il parut en 1576 une satire sanglante, contre lui, le Cardinal son frère, et les autres autres autres Guise, sous le titre de Légende de Charles, Cardinal de Lorraine, etc., par François de l'Isle, in-8. On la trouve dans le tome VI des Mémoires de Condé, in-4. Le nom de l'auteur est supposé; on la croit de Régnier de la Planche. Aux traits flétrissans que renferme cette satire, nous substituerons ceux-ci; ils font trop d'honneur à ce héros, pour les laisser dans l'oubli. Un jour qu'il visitoit son camp, le baron de Lunebourg, un des principaux chefs des Reistres, trouva mauvais qu'il voulût examiner sa troupe, et s'emporta jusqu'à lui présenter le bout de son pistolet. Le duc de Guise tira froidement l'épée, éloigna le pistolet et le fit tomber. Montpezat, lieutenant des gardes de ce prince, choqué de l'insolence de l'officier Allemand, alloit lui ôter la vie, lorsque Guise lui crie: Arrêtez, Montpezat; vous ne savez pas mieux tuer un homme que moi. Et se tournant vers l'emporté Lunebourg: Je te pardonne, lui dit-il, l'injure que tu m'as faite; il n'a tenu qu'à moi de m'en venger. Mais pour celle que tu as faite au Roi, dont je représente ici la personne, c'est à lui d'en faire la justice qu'il lui plaira. Aussitôt il l'envoya en prison, et acheva de visiter le camp, sans que les Reistres osassent murmurer, quoiqu'ils fussent naturellement séditieux. — On avoit averti le duc de Guise, qu'un gentilhomme Huguenot étoit venu dans son camp, à dessein de le tuer; il le fit arrêter. Ce Protestant lui avoua sa résolution. Alors le duc lui demanda: Est-ce à cause de quelque déplaisir que tu aies reçu de moi? — Non, lui répondit le Protestant; c'est parce que vous êtes le plus grand ennemi de ma Religion. — Eh bien! répliqua Guise, si ta religion te porte à m'assassiner, la mienne veut que je te pardonne, et il le renvoya à réponse sublime, et dont l'auteur d'Alzire a fait un usage admirable dans la dernière scène de cette tragédie... Le duc de Guise avoit une intrépidité qui l'accompagnait même dans les accidens où sa personne étoit intéressée. On lui montra un jour un homme qui s'étoit vanté de le tuer; il le fit venir, le régarda entre les deux yeux, et lui trouvant un air embarrassé et timide: Cet homme-là, dit-il en levant les épaules, ne me tuera jamais; ce n'est pas la peine de l'arrêter... Henri II le créa duc d'Aumale, en 1547, et érigea en 1552, sa terre de Joinville en principauté... Voyez l'art. COLIGNY, n° 11, à la fin. Sa femme, Anne d'Est, petite fille de Louis XII, morte en 1607, se remaria au duc de Nemours.
III. GUISE, (Henri de LORRAINE, duc de) fils aîné du précédent, naquit le 31 décembre 1550. Son courage commença à se déployer à la bataille de Jarnac en 1569, et se soutint toujours avec le même éclat. Un coup de feu qu'il reçut à la joue, dans une rencontre près de Château-Thierri, le fit surnommer le BALLAN, ainsi que son père, François de Lorraine; mais cette blessure ne lui ôta rien des charmes de sa figure. Voyez IX MARGUERITE. Sa bonne mine, son air noble, ses mamères engageantes lui concilioient tous les cœurs. Idole du peuple et des soldats, il voulut se procurer les avantages que le suffrage public lui promettoit. Il se mit à la tête d'une armée, sous prétexte de défendre la foi Catholique contre les Protestans. Ce fut le commencement de la Ligue, confédération d'abord projetée par son oncle, le *Cardinal d' Lorraine*. La première proposition de cette association funeste fut faite à Paris. On fit courir, chez les bourgeois les plus zélés, un Projet d'*Union pour la défense de la Religion du Roi, et de la liberté de l'Etat*; c'est-à-dire pour opprimer à la fois le roi et l'état. Le duc de *Guise*, qui vouloit s'élever sur les ruines de la France, anime les factieux, remporte plusieurs victoires sur les Calvinistes, et se voit bientôt en état de prescrire des lois à son souverain. Il force *Henri III* à publier un édit qui anéantissoit tous les privilèges des Huguenots. Il demanda impérieusement la publication du concile de Trente, l'établissement de l'*Inquisition*, la cession de plusieurs places de sûreté, le changement des gouverneurs, et plusieurs autres choses qu'il savait que le roi ne pouvoit ni ne devoit accorder. *Henri III*, fatigué de ses insolences, lui défend de paroître à Paris: le duc y vient malgré sa défense, le 9 mai 1558. De là la journée des *Barricades*, qui lui donna un nouveau crédit, en faisant éclater sa puissance aux yeux des ligueurs et des partisans du roi. Son autorité étoit si grande, que les corps de garde de la capitale refusèrent de recevoir le mot du guet, que le prévôt des marchands vouloit leur donner de la part du roi, et ne voulurent recevoir l'ordre que du duc de *Guise*. *Henri III* fut forcé de quitter Paris, fuyant devant son sujet, et obligé de faire la paix avec lui. « Les en- entreprises contre l'autorité royale firent enfin résoudre le roi, dit l'abbé de *Choisi*, à se défaire du duc de *Guise*, qui les animoit toutes, même assez ouvertement. Il avoit été averti que la duchesse douairière de *Montpensier*, sœur du duc de *Guise*, avoit eu l'insolence de dire qu'elle espéroit qu'avec des ciseaux d'or qu'elle portoit toujours à son côté, elle lui couperait les cheveux pour le confiner dans un monastère. Il reçut en même temps un billet qui ne contenoit que ces mots: *La mort de CONRADIN et la vie de CHARLES*; faisant allusion à la conduite de *Charles d'Anjou*, frère de *St. Louis*, qui avoit fait mourir *Conradin* de Suabe, son compétiteur au royaume de Naples. Le roi, sur tant d'avis qu'on lui donnoit de prendre garde à lui, consulta le maréchal d'*Aumont*, *Rambouillet*, et *Beauvais-Nangis*, qui tous trois conclurent que, n'étant pas possible de faire le procès dans les formes au duc de *Guise*, convaincu de tant de crimes de lèse-majesté, il falloit se résoudre à l'assassinat; seule voie sûre et immanquable, par la confiance aveugle où étoit le duc. Les ordres furent donnés pour l'exécution. *Crillon*, mestre de camp des Gardes François, ne s'en voulut pas charger. *Je me battreai contre lui*, dit *Crillon*; il me tuera, je ne parerai point: mais en même temps je le tuerai. Quand on veut bien donner sa vie, on est maître de celle d'autrui... *Lognac*, premier gentilhomme de la chambre, et capitaine des 45 gentilhommes Gascons de la nouvelle garde du roi, en prit la commission: il en choisit neuf des plus déterminés, et les fit cacher dans un cabinet du roi. Le duc de *Guise* reçut plusieurs avis qu'on en vouloit à sa vie. La veille du jour de sa mort, il trouva en dinant, sous sa serviette, un billet qui lui marquait que son dernier mo- ment approchoit. Il dit seulement: *IL N'OSEBOIT!* et acheva de di- ner tranquillement. Néanmoins, l'après-diné, sur des avis réité- tés, il tint conseil avec le car- dinal de *Guise*, son frère, et l'archevêque de Lyon, sur le parti qu'il devoit prendre. Le cardinal fut d'avis qu'il s'en allât à Paris; mais l'archevêque lui ayant re- présenté, que s'il abandonnait les États de Blois où il étoit alors, tous ses amis perdraient cou- rage, et qu'il ne retrouveroit ja- mais une si belle occasion d'éta- blir son autorité, il se résolut à tout hasarder. Le lendemain, 23 décembre 1588, il alla chez le roi. Il fut un peu surpris de voir la garde renforcée, les Cent- Suisses rangés sur les degrés. Dès qu'il fut entré dans la première salle, on en ferma la porte. Il ne laissa pas de faire bonne mine, salua tous ceux du conseil avec ses graces ordinaires; et dans le temps qu'il vouloit entrer dans le cabinet, il fut percé de plusieurs coups de poignard, sans pouvoir mettre l'épée à la main, et expira en disant: *Mon Dieu, ayez pitié de moi!*... Dès qu'il fut mort, le roi des- cendit dans la chambre de la reine-mère, qui étoit malade, et lui dit ce qui venoit d'être fait. *Je ne sais*, lui dit-elle, si vous en avez bien prévu les suites. » Le duc de *Guise* avoit alors 38 ans. A la nouvelle de sa mort, le généreux *Henri* de Navarre, depuis si cher à la France sous le nom de *Henri IV*, dit: *Si* *Guise fût tombé entre mes mains*, *je l'aurois traité autrement. Pour-* *quoi*, ajouta-t-il, *ne s'est-il pas* *uni avec moi?* Ensemble nous eussions pu conquérir toute l'I- talie. Cet éloge est le plus beau qu'on ait fait d'*Henri de Guise*. Mais son ambition étoit si con- nue, que *Henri II* ayant de- mandé à *Marguerite de Valois*, sa fille, âgée alors de 7 ans seu- lement, lequel elle aimerait le mieux, du marquis de *Beau-* *préau*, ou du *Prince de Joinville*, (c'étoit ainsi qu'on nomma d'a- bord *Henri de Guise*), qui s'a- musoient avec elle: *Beaupréau*, répondit la princesse; *Joinville* *fait toujours du mal, et veut être* *le maître par-tout*... Le cardinal de *Guise*, son frère, fut mas- sacré le lendemain. *Voyez ci-* après, n°. V l. Leurs cadavres furent mis dans de la chaux vive, pour être promptement consu- més: les os furent brûlés dans une salle du château, et les cendres jetées au vent. On prit ces précautions, pour empêcher le peuple d'honorer leurs reliques. L'enthousiasme étoit si violent, que la Sorbonne, après avoir décidé « qu'on pouvoit ôter le gouvernement aux princes qu'on ne trouvoit pas tels qu'il falloit, comme l'administration au tuteur qu'on avoit pour suspect », dé- libéra, après la mort d'*Henri III*, de demander à Rome la canoni- sation de *Jacques Clément*. Le meurtre de ces deux frères n'é- teignit point les feux de la guerre civile: l'assassinat d'un héros et d'un prêtre rendirent *Henri III* exécrable aux yeux de tous les Catholiques, sans le rendre plus respectable. Les lois sont une chose si sainte, que si ce mo- narque en avoit seulement con- servé l'apparence; si, quand il eut en son pouvoir le *Duc* et le *Cardinal*, il eût mis dans sa ven- geance, comme il le pouvoit, quelque formalité de justice, sa gloire, et peut être sa vie, eussent été sauvées. Les hommes qu'il venoit de faire mourir étoient adorés, le Duc sur-tout. Anprés de lui, tous les autres princes paroissient peuple. On vantoit non-seulement la noblesse de sa figure, mais encore la générosité de son cœur, quoiqu'il n'en eût pas donné un grand exemple, quand il foula aux pieds, dans la rue Bétis, le corps de l'amiral de Coligni, jeté à ses yeux par les fenêtres. Mais il étoit magnifique et libéral; et ces deux qualités éblouissent toujours le peuple. Ayant gagné au jeu cent mille livres à d'O, surintendant des finances, ce ministre lui envoya le lendemain 70 mille livres en argent, et 10 mille écus en or, renfermés dans un sac. Le Duc croyant qu'il n'y avoit que de l'argent dans ce sac, le donna au commis qui lui apportout la somme. Cet homme ignoroit ce que ce sac pouvoit contenir; mais ayant vu par les espèces en or que Guise s'étoit mépris, il lui rapporta sur-le-champ le don que ce seigneur avoit voulu lui faire. Puisque la fortune, lui dit le Duc, vous a été aussi favorable, cherchez un autre que le duc de Guise pour vous envier votre bonheur. Ce n'est pas le seul trait de générosité qu'on pourroit rapporter. Cependant, l'ambition avoit corrompu toutes ses vertus, dit l'abbé de Choisi. Nous citons cet historien de préférence, parce que quelques ex-Jésuites, sous prétexte que les Guise étoient zélés pour la religion Catholique, nous ont fait un crime d'avoir dit dans un Dictionnaire Historique, ce qu'on trouve par-tout, et même dans l'Histoire Ecclésiastique. Comment peut-on louer le zèle d'un homme, lorsque ce prétendu zèle n'a été que l'instrument de l'ambition, et n'a abouti qu'à troubler son pays, et à lui faire manquer de fidélité à son souverain? Ce n'étoit point une terreur panique dans Henri III, dit le président Hénault, que la crainte des entreprises que Guise pouvoit former: il étoit dans des circonstances pareilles à celles dont Pepin profita pour s'approprier la couronne. Henri III ne ressembloit pas mal aux derniers rois de la première race; et le prétexte de la religion eût fort bien pu susciter quelque pape de l'humeur de Zacharie. Mais nous répéterons que l'assassinat étoit une voie aussi violente qu'odieuse. A l'occasion de cet étrange événement, on publia différens libelles. Les plus curieux sont: I. Les Signes merveilleux apparus sur la ville et château de Blois, en présence du Roi; Paris, 1589. Il seroit bien étonnant, dit M. Anquetil, que le meurtre des Guise se fût passé, sans que leurs partisans eussent vu dans le ciel des signes de cette catastrophe. Ils virent donc un flambeau tomber sur la ville de Blois, deux gendarmes blancs, tenant dans la main droite une épée sanglante, et enfin des armées entières qui combattoient tant sur Blois qu'ailleurs. II. Histoire au vrai du Martyre, etc. pour être considéré par les gens de bien; à laquelle il faut ajouter le Martyre des deux Frères. Le premier est un éloge, précède d'une estampe, assez mal faits l'un et l'autre. Le second est un libelle sanglant, dans lequel le nom de Hegy de Valois est changé en cette anagramme, vilain Herodes. L'auteur, dans sa fureur, ne sait à qui s'en prendre. Parce que ce meurtre a été commis à Blois, il tombe sur cette pauvre ville : il dit que *les trois quarts sont Hérétiques et Athéistes, et le reste Païen ; et que trois mois auparavant, on y a surpris et brûlé un vilain... et son dresse ;* que le roi a marché sur le visage du duc ; et qu'il lui a donné un coup d'épée, tout mort qu'il étoit, etc. Dans un moment de fermentation, tout sert, mensonges et vérités... Sa femme, *Catherine de Clèves*, ne mourut qu'en 1633, à 85 ans. *Voyez III. COLIGNY ; V. MATTHIEU, à la fin ; et MOLAC.*
IV. GUISE, (Charles de LORRAINE, duc de) fils aîné de Henri, duc de Guise, surnommé le *Balafré*, naquit le 20 août 1571. Il fut arrêté le jour de l'exécution de Blois, et renfermé au château de Tours, d'où il se sauva en 1591. Il fut reçu à Paris avec de grandes acclamations de joie. Les Ligueurs l'auroient élu roi, sans le duc de Mayenne, son oncle, jaloux de l'empire qu'il acquéroit sur les esprits et sur les cœurs. On prétend que la fameuse duchesse de *Montpensier*, sa tante, étoit amoureuse de lui. C'est ce jeune prince qui tua de sa main le brave *Saint-Pol*. Il se soumit à Henri IV en 1594, et obtint le gouvernement de Provence. *Voyez CRILLON*, à la fin. Il fut employé sous Louis XIII ; mais le cardinal de Richelieu, redoutant la puissance de cette maison, le contraignit de sortir de France. *Charles* se retira à Florence, et alla mourir à Cuna dans le Siennois, le 30 septembre 1640, à 69 ans. Il laissa plusieurs enfans de Henriette-Catherine de Joyeuse, son épouse, veuve du duc de Montpensier, et fille unique du maréchal de Joyeuse. Son fils aîné fut Henri, qui suit. V. GUISE, (Henri de LORRAINE, duc de) petit-fils du *Balafré*, naquit à Blois le 4 avril 1614. Après la mort de son frère aîné, il quitta le petit collet et l'archevêché de Rheims, auquel il avoit été nommé, pour épouser la princesse Anne de Mantou. Le cardinal de Richelieu s'étant opposé à ce mariage, il passa à Cologne, s'y fit suivre par sa maîtresse, et l'abandonna bientôt pour la comtesse de Bossut, qu'il épousa, et qu'il laissa peu de temps après pour revenir en France. Il auroit pu vivre tranquille ; mais son génie ardent et incapable de repos, l'envie de faire revivre la fortune de ses ancêtres dont il avoit le courage, le fit entrer dans la révolte du comte de Soissons, uni avec l'Espagne contre Richelieu et la France. Le parlement lui fit son procès, et il fut condamné par contumace en 1641. Après s'être ligué avec l'Espagne, il se ligua contre elle. Les Napolitains, révoltés en 1647 contre Philippe IV, l'élurent pour leur chef, et le déclarèrent généralissime des armées et défenseur de la liberté. L'Europe, l'Asie et l'Afrique retentissoient alors des cris de la révolte et de la sédition : les Anglois faisoient couper la tête de leur roi Charles I ; les François se révoltoient contre Louis XIV ; les Turcs massacroient leur sultan Ibrahim ; les Algériens leur Iley ; les Mogols déchiroient l'Indoustan par des guerres civiles ; les Chinois étoient conquis par les Tartares; enfin, on conspiroit contre les jours du roi d'Espagne. Le duc de *Guise* étoit à Rome, lorsque les Napolitains le pressèrent de venir se mettre à leur tête; il ne balança pas un moment. Il s'embarqua seul sur une felonque, passe à travers la flotte Espagnole, et descend sur le port de Naples, au milieu des cris de joie de la ville. Il fit des prodiges de valeur; mais les efforts de son courage, mal secondés par la France, ne produisirent rien: (*Voyez* ANIELLO et CERISANTES) favorisé par une partie du peuple et tâchant de ménager les esprits avec dextérité, il touchoit au moment de voir retirer les Espagnols, lorsqu'il fut trahi par ceux auxquels il avoit pris le plus de confiance. Don *Juan d'Autriche* gagna secrètement l'officier qui gardoit la porte d'Albe. Un jour que le duc sortoit de la ville pour une expédition militaire, cet officier rendit son poste; et les Espagnols entrèrent dans Naples par une porte tandis que le duc sortoit par l'autre. Leur premier soin fut de publier que *Guise* ayant fait sa paix avec l'Espagne, avoit abandonné la ville pour n'y plus revenir. Ce faux bruit abattait le courage des Napolitains, qui déposèrent leurs armes. Le duc de *Guise* ayant appris cette fâcheuse nouvelle, retourna sur ses pas pour repousser les Espagnols; mais en vain. Il fut obligé de fuir dans la campagne. Il donna dans une embuscade aux environs du château de Cazerte, fut fait prisonnier, et conduit en Espagne, où il demeura jusqu'en 1652. De retour à Paris, il se consola par les plaisirs du malheur d'avoir perdu une couronne. Il brilla beaucoup dans le fameux carrousel de 1658. On le mit à la tête du quadrille des Maures; le prince de *Condé* étoit chef des Turcs. Les courtisans disoient, en voyant ces deux hommes: *Voilà les Héros de l'Histoire et de la Fable*. Le duc de *Guise* ressembloit effectivement beaucoup à un héros de mythologie, ou à un aventurier des siècles de chevalerie. Ses duels, ses amours romanesques, ses profusions, ses aventures, le vendent singulier en tout. Il mourut à Paris le 2 juin 1664, à 50 ans. Ses *Mémoires* sur son entreprise de Naples ont été publiés en un vol. in-4° et in-12. Plusieurs personnes ont cru qu'ils étoient de son secrétaire *Saint-Yon*. Cette pensée a été combattue par plusieurs autres, et particulièrement par les Journalistes de Trévoux, au volume de décembre 1703.
VI. GUISE, (*Louis de LORRAINE*, cardinal de) avoit les inclinations plus militaires qu'ecclésiastiques. Il étoit fils de *Henri* de Lorraine, duc de *Guise*, tué à Blois; et comme son père, il ne respiroit que les armes. Quoi-qu'archevêque de Rheins et honoré de la pourpre Romaine, il suivit *Louis XIII* dans l'expédition du Poitou en 1621. A l'attaque d'un faubourg au siège de St-Jean-d'Angély, il se signala, comme les plus braves officiers. Il mourut quelques jours après à Saintes, le 21 juin 1621, n'étant que soudiacre. Il avoit eu un procès avec le duc de *Nevers* au sujet d'un bénéfice, et il auroit voulu le vider l'épée à la main. Il lui fit faire des excuses en mourant, et se repentit de sa vie dissipée et guerrière. Il laissa plusieurs enfans, entr'autres Achille de Lorraine, comte de Romorantin, qu'il avoit eu de Charlotte des Essarts, comtesse de Romorantin, à laquelle Moréri donne le nom de son amie, et qui fut une des maitresses de Henri IV. Charlotte Christine, fille d'Achille, et veuve du marquis d'Assy, intenta, en 1688, un procès pour avoir la succession de la maison de Guise. Elle prétendit que le cardinal de ce nom avoit éponné la comtesse de Romorantin son aïeule, le 4 février 1611, et elle produisit différens papiers pour appuyer ses prétentions. L'affaire ne fut point jugée. — Il ne faut pas le confondre avec deux autres cardinaux de ce nom. Le premier étoit frère de François de Lorraine, duc de Guise, et fils de Claude de Lorraine. Il naquit en 1527, et fut évêque de Troyes, ensuite d'Alby, puis de Sens, et enfin de Metz. Il eut beaucoup de part aux affaires de son temps, et mourut à Paris le 28 mars 1578, à 56 ans... Le second étoit neveu du précédent, et fils de François, duc de Guise, tué au siège d'Orléans par Poltrot. Il succéda au cardinal Charles de Lorraine son grand-oncle, dans l'archevêché de Rheims, et fut l'un des principaux partisans de la Ligne : mais Henri III le fit tuer à Blois, le 24 décembre 1588. Son frère, le duc de Guise, avoit été massacré la veille. (Voyci-dessus, n° III). On conduisit le cardinal dans une salle obscure, où quelques soldats le massacrèrent à coups de hallebarde. Ses cendres furent jetées au vent, de peur que les Ligueurs n'en fissent des reliques. Henri III n'avoit jamais pu pardonner à ce cardinal plusieurs traits de satire lancés contre lui. Il avoit surtout irrité le roi par une épigramme qu'il citoit à tout propos. Elle étoit faite sur la devise du roi, dont le corps étoit trois couronnes, avec ces mots : MANET ULTIMA CELO. « La troisième m'attend dans le Ciel. » Les deux premières représentoient celles de Pologne et de France. L'épigramme étoit renfermée dans ce distique : Qui dedera: binas, unam abstulle; altera natas; Terila tonsoris nunc facienda manu. « De ces trois couronnes, Dieu lui en a déjà ôté une, ( celle de Pologne ) ; l'autre, chancelle ; la troisième sera l'ouvrage d'un barbier. » Le cardinal de Guise ajoutoit, qu'il avoit beaucoup de joie de tenir la tête du roi, si on lui faisoit cette troisième couronne chez les Capucins... Voyez L. BOUCHER.
VII. GUISE, ( Dom Claude de ) fils naturel de Claude de Lorraine, duc de Guise, fut abbé de St-Nicaise et ensuite de Cluni, et mourut en 1612. On auroit de lui une idée bien désavantageuse, si on s'en rapportoit à une satire aussi grossière que maligne, intitulée : Légende de D. Claude de Guise, 1574, in-8.º Ce libelle étoit très-rare, avant que d'avoir été réimprimé dans le tome vi° des Mémoires de Condé. On l'attribue à Dagonneau, Calviniste, juge de Cluni ; ou à Gilbert Regnaut, juge mage de Cluni, aussi Calviniste. Le cardinal de Guise avoit voulu le déposer, à l'instigation de D. Claude ; mais il s'étoit fait maintenir par arrêt ; et le lendemain, après avoir tenu audience, il jeta ses provisions dans le parquet, et alla faire les fonctions d'avocat à Mâcon.
VIII. GUISE, *Voyez GUYSE.*
GUITMOND, *Voyez GUIMOND.*
GUITON, (Jean) se signala à la Rochelle, lorsque le cardinal de *Lichelieu* assiégé, en 1627, ce boulevard du Calvinisme. Les Rochelois, animés par la religion et par la liberté, voulurent avoir un chef aussi déterminé qu'eux. Ils élurent pour leur maître, leur capitaine et leur gouverneur, l'intrépide *Guiton*. Avant d'accepter une place qui lui donnait la magistrature et le commandement des armées, il prit un poignard, et dit, en présence de ses principaux compatriotes : *Je serai Maire, puisque vous le voulez, à condition qu'il me sera permis d'enfoncer ce poignard dans le sein du premier qui parlera de se rendre. Je consens qu'on en use de même envers moi, dès que je proposerai de capitalier ; et je demande que ce poignard demeure tout exprès sur la table de la chambre où nous nous assemblons dans la maison de ville... Guiton* soutint ce caractère jusqu'à la fin. Un jour qu'on de ses amis lui montra une personne de sa connoissance, tellement exténuée par la faim, qu'elle n'avoit plus qu'un souille de vie : *Etes-vous surpris de cela, lui dit-il ? Il faudra bien que nous en venions là, vous et moi, si nous ne sommes pas secourus.* — Un autre citoyen lui disant que la faim faisoit périr tout le monde, et que bientôt la mort achèveroit d'emporter tous les habitants : *Eh bien !* répondit froidement *Guiton, il suffit qu'il en reste un* *pour fermer les portes. Il déclara hautement que si l'on vouloit le tuer pour se nourrir de sa chair, il y consentiroit plutôt que de se rendre à l'ennemi. Son intrépidité fut enfin subjuguée par la famine en 1628 : il se vit forcé de céder à l'entreprise heureuse de *Metezeau*, et au génie de *Richelieu*.*
GUITTON D'AREZZO, un des premiers poètes Italiens, florissoit vers 1250. On trouve ses *Poésies* dans un *Recueil d'anciens Poètes Italiens*; Florence, 1527, in-8.$^{o}$
GULPHILAS, *Voyez ULPHILAS.*
GUNDLING, (Nicolas-Jerome) naquit près de Nuremberg, en 1671, d'un père ministre, auteur d'une *Dissertation* sur le concile de Gangres. Le fils devint successivement professeur en philosophie, en éloquence et en droit naturel, à Hall. Sa capacité étoit si connue à la cour de Berlin, qu'on l'y consultoit souvent sur les affaires publiques. Ses services lui valurent le titre de conseiller privé. Il mourut recteur de l'université de Hall, le 16 décembre 1729, à 59 ans, laissant un grand nombre de bons ouvrages de littérature, de jurisprudence, d'histoire et de politique. Il étoit laborieux : il avoit une excellente mémoire et de l'esprit ; mais on souhaiteroit dans ses écrits plus de modération. C'étoit cependant un savant d'un commerce agréable, parce qu'il avoit du feu, de l'imagination et des connoissances très-variées. Ses principaux ouvrages sont : I. *Nouveaux Entretiens*, in-8.$^{o}$ II. *Projet d'un Cours d'Histoire Litté-* ralre. III. *Historia Philosophiae moralis*, in-8.º IV. *OTIA*, ou *Recueil de Discours sur divers sujets de Physique, de Morale, de Politique et d'Histoire*, trois vol. in-8.º V. *De Jure oppignorati Territorii*, in-4.º VI. *Status naturalis Hobbesii, in corpore Juris civilis defensus et defendendus*, in-4.º VII. *De statu Reipublicæ Germanicæ, sub Conrado I*, in-4.º *Ludwig* a réfuté cet ouvrage dans sa *Germania princeps*. VIII. *Gundligiana*, en allemand. IX. *Commentatio de Henrico Aucafe*, in-4.º X. *Via ad veritatem*, ou *Cours de Philosophie*, 3 vol. in-8.º XI. Il a eu beaucoup de part aux *Observationes Hallenses*, excellent recueil en 11 vol. in-8.º XII. *Mémoire Historique sur le Comté de Neufchâtel*.