GUNIMOND, *Voyez ALBOIN*. I. GUNTHER, (Edmond) professeur d'astronomie au collège de Gresham en Angleterre, né en 1587, mourut en 1626, avec une grande réputation : ses leçons et ses écrits la lui avoient acquise. On a de lui *Canon triangulorum*, seu *Tabulae tangentium et secantium*, Londres, 1620, in-8º, etc. Toutes ses œuvres furent publiées en 1674, in-4º, par *Leybourn*.
II. GUNTHER, poète Allemand, né en Silésie, se distinguait de bonne heure. Ses talens firent son malheur. Un poète jaloux mêla dans la boisson de Gunther, des drogues qui l'enivrerent au moment qu'on devoit le présenter à *Auguste II*, roi de Pologne. Au milieu du compliment qu'il débita à ce monarque, il fit une chute honteuse. Cet accident lui causa un chagrin si amer, qu'il en mourut à l'âge de vingt-huit ans. Il laissa plusieurs morceaux de poésie, dans lesquels on remarque du génie naturel et des graces, mais peu de correction. Ce poète florissoit au commencement du siècle qui vient de finir. On a, entre autres ouvrages de sa façon, une *Ode* sur la victoire que le prince *Eugène* remporta sur les Turcs : victoire qui a aussi été célébrée par le grand *Rousseau*.
GUNTHER, *Voy*. GUNTHER.
GURTLER, (Nicolas), né à Basle en 1654, après avoir professé en différentes villes d'Allemagne, occupa la chaire de théologie de Franeker en 1707, et mourut en 1711, à 57 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. *Lexicon Linguæ Latinæ, Germanæ, Græcæ et Gallicæ*, 1702. II. *Historia Templariorum*, 1702, in-4.º III. *Origines Mundi*, in-4º, 1708 : ouvrage d'une prodigieuse érudition ; mais dans lequel l'auteur adopte beaucoup d'étymologies incertaines, et d'idées ridicules sur la mythologie. IV. *Institutiones Theologicæ*, in-4º, 1721. Les écrits de Gurtler sont estimés des théologiens Protestans.
GUSSANVILLAN, (Pierre) natif de Chartres, embrassa l'état ecclésiastique, et s'appliqua à la critique sacrée. Un des fruits de son étude est une bonne édition des *Œuvres de St. Grégoire le Grand*, Paris, 1675, 3 vol. infol. C'étoit la meilleure avant celle des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, donnée en 1705, 4 volumes. I. GUSTAVE Ier, roi de Suède, connu sous le nom de
GUSTAVE-WASA, étoit fils d'Eric-Wasa, duc de Grispholm. Christiern II, roi de Danemarck, s'étant emparé de la Suède en 1520, le fit enfermer dans les prisons de Copenhague. Gustave, échappé de la prison, erra longtemps dans les montagnes de la Dalécarlie, fut volé par son guide, et se vit réduit à travailler aux mines de cuivre. Après diverses aventures, il vint à bout de soulever les Dalécarliens, se mit à leur tête, chassa le barbare Christiern, reprit Stockholm, fut élu roi par les Suédois en 1523, et fit le premier connoître aux nations étrangères, de quel poids la Suède pouvoit être en Europe. Le Luthéranisme fut établi dans ses états sous son règne et par ses soins. Voyez IL ANDERSON. Il s'empara d'une partie des biens du clergé; mais pour que le peuple adoptât plus facilement ce changement, il lui laissa des évêques, en diminuant leurs revenus et leur pouvoir. Quelques mouvemens que firent les Dalécarliens, pour s'opposer à ces innovations, presque toujours dangereuses, ne furent pas heureux. Gustave étouffa adroitement leurs murmures. Il fit ensuite déclarer la couronne de Suède héréditaire, aux états de Westeras en 1544, et mourut en 1560, âgé de 70 ans. C'étoit, dit l'abbé Raynal, un homme supérieur, né pour l'honneur de sa nation et de son siècle, qui n'eut point de vices, peu de défauts, mais qui eut de grandes vertus, et encore de plus grands talens. La considération dont la Suède jouissoit en Europe sous le prince qui l'avoit délivrée de la tyrannie de Christiern II, diminua si fort sous ses successeurs, que Pibrac, chancelier de Henri IV, encore simple roi de Navarre, se plaignant des procédés de la cour de France, disoit « qu'elle n'avoit pas plus d'égard pour ce monarque, que pour un Roi de Suède ou de Chypre. » Gustave-Adolphe redonna à cette nation le lustre qu'elle avoit perdu. Il laissa trois fils, Eric, Jean et Charles, qui occupèrent successivement le trône de Suède. Voyez l'article suivant et les TABLES CHRONOLOGIQUES.
IL GUSTAVE-ADOLPHE II, dit le Grand, roi de Suède, né à Stockholm en 1594, succéda à son père Charles IX en 1611. Il fut nommé GUSTAVE, en mémoire de son aïeul paternel, Gustave-Wasa, et ADOLPHE, à cause de son aïeul maternel. On l'éleva d'une manière digne de sa naissance. Sa valeur éclata d'abord contre les rois de Danemarck, de Moscovie et de Pologne, qui l'avoient attaqué en même temps. Il fit la paix avec les deux premiers, et obligca le dernier à quitter la Livonie. Après avoir terminé heureusement cette guerre, il fit alliance avec les Protestans d'Allemagne contre l'empereur et la Ligue Catholique. La France accéda à ce traité en 1631. Les états Protestans, encouragés, présentent des requêtes à l'empereur, lèvent des troupes, tandis que Gustave avance en augmentant toujours son armée. Ses ministres voulurent le détourner de cette guerre, sous prétexte qu'il manquoit d'argent. Les gens du pape que je vais attaquer, leur répondit-il, sont riches et efféminés. Mes armées ont du courage et de l'intelligence; elles arboreront mon étendort chez l'ennemi, qui peyera mes troupes. Il commença ses conquêtes en Allemagne, par l'isle de Rugen et par la Poméranie, pour être assuré de ses derrières. Il défendit, sous les plus grièves peines, de faire le moindre tort aux habitans. Ce héros sensible distribua du pain aux pauvres. Sa maxime étoit, que pour se rendre maîtres des places, la clémence ne vaut pas moins que la force... Gustave parcourut, dans moins de deux ans et demi, les deux tiers de l'Allemagne, depuis la Vistule jusqu'au Danube et au Rhin. Tout se soumit à lui, toutes les places lui ouvrirent leurs portes. Il força, les armes à la main, l'électeur de Brandebourg à se joindre à lui : l'électeur de Saxe lui donna ses propres troupes à commander; l'électeur Palatin dépossédé vint combattre avec son protecteur. Ferdinand II lui écrivoit une lettre, dans laquelle il le menaçoit d'envoyer contre lui toutes les forces de l'empire, s'il persistoit dans ses desseins. Le monarque Suédois dit d'un ton railleur au gentilhomme qui la lui avoit portée : Je ne manquerai pas d'y répondre, dès que je serai guéri d'une blessure qu'un aigle m'a faite au bras. La réponse de Gustave fut celle d'un héros. Il remporta une victoire complète devant Leipzig, le 7 septembre 1631, sur Tilli, général de l'empereur. Les troupes de Saxe, nouvellement levées, prirent la fuite dans cette journée; mais la discipline Suédoise répara ce malheur. Le roi de Suède charge l'électeur de Saxe, qui a combattu avec lui, de porter la guerre dans la Silésie et dans la Bohème, et il entre lui-même dans la Franconie, dans le Palatinat, et dans l'évêché de Mayence. Son chancelier Oxenstiern, l'y joint, et il lui dit : SIRE, j'aurois été plus content de vous féliciter de vos conquêtes à Vienne qu'à Mayence. Le héros, qui sent très-bien la justice du reproche que ces mots renferment, ranime son ardeur. Il commençoit à faire de la guerre un art nouveau. Il avoit accoutumé son armée à un ordre et à des manœuvres qui n'étoient pas connues ailleurs. Tilli, vaincu devant Leipzig, le fut encore au passage du Lech. Gustave méditoit alors le siège d'Ingolstad. Il va reconnoître une fortification qu'il veut faire attaquer : les canonniers de la place tirèrent sur lui et si juste, qu'un boulet emporta la croupe de son cheval. Il tombe dessous, enséveli dans la boue, et couvert de sang; mais il se relève promptement, saute sur un autre cheval, et continue de donner ses ordres. Gassion fut un des premiers qui accoururent au roi, et cet empressement lui valut un régiment. Gustave, qui avoit le talent heureux de relever le prix de tous les grades qu'il donnoit, dit à Gassion : Ce sera un régiment de chevet; et on pourra dormir auprès dans une entière sécurité. L'année suivante, 16 novembre 1632, Gustave donna, dans la grande plaine de Lutzen, la fameuse bataille contre Walstein, autre général de l'empereur. Quelques-uns de ses régimens plièrent d'abord. Gustave leur dit : Si, après avoir traversé tant de fleuves, escaladé tant de murailles, et forcé tant de places, vous n'avez pas le courage de vous défendre; tenez ferme, au moins, pour me voir mourir! et ces mots ranimèrent leur courage. La victoire fut long-temps disputée. Les Suédois la remportèrent, mais ils perdirent *Gustave*, dont le corps fut trouvé parmi les morts, percé de deux balles et de deux coups d'épée. Il n'avoit que trente-huit ans. *Gustave* paroissoit avoir quelque pressentiment de son malheur, lorsque voyant, peu de jours auparavant, les peuples accourir en foule au-devant de lui avec de grandes démonstrations de joie, de respect et d'admiration, il dit qu'il craignoit bien que Dieu, offensé de leurs acclamations, ne leur apprit bientôt que celui qu'ils révertoient comme un Dieu, n'étoit qu'un homme mortel. On a dit de lui qu'il étoit mort l'épee à la main, le commandement à la bouche, et la victoire dans l'imagination... *Gustave* disoit ordinairement, qu'il n'y avoit point d'homme plus heureux que ceux qui mouroient en faisant leur métier : il eut cet avantage. Ce héros emporta dans le tombeau le nom de *Grand*, les regrets du Nord, et l'estime de ses ennemis. Il disoit qu'il n'y avoit de rang entre les rois, que celui que leur donnoit le mérite. Les vertus de *Gustave* répondoient à ses talens. Deux défauts, l'emportement et la témérité, le ternissoient un peu. Il se justifioit par deux maximes, moins vraies qu'il ne pensoit : *Puisque je supporte patiemment les travers de ceux auxquels je commande, ils doivent aussi excuser la promptitude et la vivacité de mon tempérament.* C'est ainsi qu'il répondoit au reproche qu'on lui faisoit du premier défaut. Voici comment il se justifioit sur le second : *Un roi se déclare indigne de la couronne qu'il porte, lorsque, dans un engagement, il fait difficile de se battre comme un simple soldat...* Revenant un jour d'une attaque, où il avoit été exposé cinq heures de suite à un feu terrible, *Cassion* lui dit que les François verroient avec déplaisir leur souverain courir d'aussi grands risques. *Les rois de France*, répondit *Gustave*, *sont de grands Mourgues*, et je suis un soldat de fortune... *Gustave*, qui donnoit des soins très-suivis aux exercices militaires, donna aussi de bonnes lois à son peuple, et les fit exécuter. Il corrigea beaucoup d'abus dans la forme du gouvernement. Il anima, il éclaira l'industrie de ses sujets. Le mérite et les talens utiles trouvèrent toujours près de lui un accueil distingué. Il cultiva l'étude de l'histoire, de la tactique, et des arts qui avoient rapport au grand art de la guerre. Il ne négligea point la politique. Le traité du *Droit de la guerre et de la paix*, de *Grotius*, étoit une de ses lectures favorites. Naturellement éloquent, il aimoit à haranguer, et le faisoit avec beaucoup de feu. Il parloit plusieurs langues, et il avoit encore plus étudié les hommes que les mots. Le caractère de ses ennemis, les projets de ses alliés, les ressources de ses amis, rien n'échappoint à son coup d'œil perçant. Sachant que la religion est le plus solide fondement des états, il montra beaucoup de zèle pour tout ce qui l'intéressoit. Il composa lui-même des prières, qu'on récitoit tous les jours dans son camp à des heures marquées. Ce prince avoit coutume de dire qu'un bon *Chrétien* ne pouvoit pas être un mauvais soldat. Sous sa tente, au milieu des armes, il donnoit quelque temps à la lecture de la parole de Dieu. *Je cherche à me fortifier contre les tentations, en méditant nos livres sacrés*, dit-il un jour à l'un de ses officiers qui le surprit dans ce pieux exercice ; les personnes de mon rang ne sont responsables de leurs actions qu'à Dieu seul ; et cette indépendance donne occasion à l'en-nemi de notre salut de nous tendre des pièges dangereux, contre lesquels nous ne pouvons être assez sur nos gardes... On n'a pas vu chez les Grecs, ni chez les Romains, d'armée mieux disciplinée que celle des Suédois, durant une guerre de trente ans. Tous les enfans qu'ils avoient ens depuis l'entrée de Gustave-Adolphe en Allemagne, étoient accoutumés aux coups de fusils, et portoient, dès l'âge de six ans, de quoi manger à leurs pères, qui étoient dans les tranchées, ou en faction. Gustave alloit porter la guerre au-delà du Danube, et peut-être détrôner l'empereur, lorsqu'il fut tué. Que n'a-t-on pas débité sur la mort de ce grand homme ? On accusa François Albert, duc de Lawembourg, un de ses généraux, gagné par Ferdinand II, de l'avoir assassiné. Puffendorff pense que ce fut le duc de Saxe, Lawembourg, qui le fit tuer à la sollicitation des Impériaux. D'autres disent que ce même duc vengeoit une injure personnelle ; c'est-à-dire un soufflet que lui avoit donné Gustave, irrité de la manière trop libre dont il vivoit avec la reine sa mère. Enfin, on imputa sa mort au cardinal de Bichelieu, qui avoit besoin de sa vie. N'est-il donc pas naturel qu'un roi qui s'exposoit en soldat, soit mort en soldat ? Ce nom lui plaisoit ; et se livrant au feu comme le dernier de ses soldats, il fut de bonne heure tout couvert de blessures. Ce héros avoit une physionomie majestueuse et maritale, de grands traits sans être durs, un air riant et familier. Il étoit d'une taille moyenne, mais d'une grosseur prodigieuse, qui ne l'empêchoit pas d'être très-vif et très-agile. Il aimoit à railler, et exerçoit trop souvent ce dangereux talent. On lui a encore reproché de s'être trop livré à son penchant pour les femmes, et d'avoir quelquefois sacrifié au vice de son temps et de son pays, où le goût du vin étoit une passion. Ce qui peut faire juger, à cet égard, de la flatterie des courtisans, c'est qu'on fit pour lui cette inscription : Mars sine venere, Alexander sine vino. Lorsque son corps fut ouvert, on lui trouva un cœur beaucoup plus grand qu'il ne devoit l'être suivant les lois de la nature. Puffendorff a écrit sa Vie en latin, in-folio. Il en a paru une nouvelle Histoire à Amsterdam, 1764, in-4°, ou 4 vol. in-12. Il laissa de Marie-Eléonore, fille de Sigismond, électeur de Brandebourg, une fille unique, qui lui succéda à l'âge de cinq ans : c'est cette savante couronnée, si connue sous le nom de CHRISTINE, Voyez ce mot, qui appela du haut de son trône les sciences et les arts, et qui en descendit pour les cultiver elle-même avec plus de liberté. Christine laissa la couronne à Charles-Gustave, prince Palatin, fils d'une sœur de Gustave-Adolphe. Charles XI, fils de ce prince, fut père de Charles XII et d'Ulrique Fléonore, en qui finit la postérité de Gustave-Wasa.
III. GUSTAVE III, né le 24 janvier 1746, succéda en 1771 à Frédéric-Adolphe, roi de Suède. Dès son avènement au trône, sentant l'oppression où la cour de Russie et le sénat de Stockholm retenoient les monarques Suédois, il chercha à secouer ce double joug. Le sénat voulant de son côté accroître son autorité, lui fit signer une formule de serment différente de celui de ses prédécesseurs, et s'arrogea jusqu'au droit de lui choisir un confesseur, et de fixer la quantité de vin qu'on devoit servir à sa table. *Gustave* confia son projet d'affranchissement au ministre de France *Vergennes*, au sénateur *Hermanon*, et aux comtes de *Scheffer* et de *Salza*; ils tracéent ensemble le plan de révolution, qui fut opéré bientôt après. Le sénat, environné des gardes du roi, céda sans résistance. Les troupes prétèrent serment de fidélité au monarque; tous ceux qui prirent en ce jour le parti de *Gustave*, nouèrent un mouchoir blanc autour de leur bras gauche; et ce signe de dévouement continua à distinguer les officiers Suédois pendant tout le règne du monarque; l'assassin qui lui ôta la vie, le portoit lui-même. Lorsque *Gustave* se fut emparé de tous les postes de la ville, il assembla les principaux membres de la diète, et après leur avoir reproché leur morgue, leurs usurpations, leur corruption, il lut son projet de constitution, qui fut approuvé sur-le-champ, sans qu'il s'élevât de contradicteurs. Les officiers furent alors avancés d'un grade, et les bourgeois de Stockholm obtinrent des médailles d'or ou d'argent, qu'ils eurent la permission de porter à leurs boutonnières. *Gustave*, craignant que l'impératrice de Russie ne continuât à fomenter les divisions qui troubloient depuis long-temps ses états, se rendit à Pétersbourg, sous le nom de comte de *Gothland*, pour conférer avec cette souveraine, sur les moyens de terminer tout différent. Dans leur entrevue, ils montrèrent l'un vis-à-vis de l'autre une cordialité également feinte, et la guerre s'alluma bientôt entre ces deux puissances. *Gustave*, irrité de ce que des émissaires Russes s'efforçoient de faire insurger la Finlande, prit les armes, et fit équiper une flotte formidable à Carlscrona. Un traité particulier attacha à ses intérêts la Prusse et les Turcs, qui lui firent passer des subsides; malgré ces secours, sa flotte fut battue le 17 juillet 1788, à Hogland, par l'amiral *Greig*, et quoiqu'il n'y eût que huit vaisseaux Russes qui combattissent avec courage, ils triomphèrent. Les Suédois se réfugièrent à Sweaborg, où ils restèrent bloqués très-long-temps. La défection de plusieurs officiers, vint assurer les succès de la Russie. Les Norwegiens, conduits par le prince de Danemark, se réunirent à cette dernière puissance, forcèrent à Quistrum le régiment de Westrogothie à capituler, s'emparèrent d'Oudewalla, et vinrent mettre le siège devant Gothenbourg, ville la plus considérable de la Suède, après Stockholm. *Gustave* alors envoya jusqu'à ses propres gardes au secours de cette place. Pour lui, courant dans les forêts de la Dalécarlie, il rassembla les sauvages habitans, se mit à leur tête, et marcha vers Gothenbourg. Craignant que cette ville ne se rendit avant que son armée ne fut arrivée, il se déguisa, partit avec un simple aide de camp, et parvint jusqu'aux portes, où on eut beaucoup de peine à le reconnoître. Bientôt la médiation de l'An- gleterre et de la Prusse, força le prince de Danemarck à lever le siège ; et le traité de paix de Varéla, signé le 14 août 1790, mit fin aux hostilités. *Gustave* s'engagea aussitôt à devenir le chef de la coalition du Nord, contre la France, et à contribuer à éteindre les principes d'une révolution effrayante pour tous les rois. *Catherine* donna ordre à son ministre *Stockelberg*, de promettre à ce prince douze mille soldats Russes, et un subside de trois cents mille roubles ; mais il n'eut pas le temps de commencer son entreprise. Les nobles Suédois, mécontents de son gouvernement, et de ce que leurs droits avoient été restreints, non-seulement par la révolution de 1772, mais par la diète que le roi avoit assemblée à Gèfle, au commencement de 1792, jurèrent sa perte. Trois conjurés tirèrent au sort le criminel emploi de l'assassiner. *Ankarstroom* l'obtint, et lui tira un coup de pistolet au milieu d'un bal, dans la nuit du 15 au 16 avril 1792. *Voyez* ANKARSTROOM. Le monarque expira le 29 du même mois, et on observa que ses obsèques furent célébrées le 29 mai 1792, jour anniversaire de son couronnement. A cette époque, le jugement contre le meurtrier et ses complices, avoit déjà été exécuté. *Gustave* fut le seul des rois de Suède, qui depuis *Charles XII*, parla parfaitement Suédois ; ce qui le rendit cher aux paysans et aux soldats. Hardi, impétueux, ayant l'esprit chevaleresque, il ne manqua ni de sang froid, ni de discrétion. Dans ses voyages, il montra par-tout un abord prévenant, un esprit aimable et des dehors séduisants, sous lesquels il cachoit son pen- chant au despotisme. Étant à Paris, il refusa d'y voir *Francklin*, « parce que, dit-il, il n'étoit pas prudent aux rois de voir et d'aimer de pareils hommes. » Il passa ensuite en Italie, séjourna avec plaisir à Rome, et y admira en connoisseur les chefs-d'œuvre des arts, encourageant les artistes, et leur donnant des conseils utiles. Il conserva, malgré les douleurs violentes que lui causoit sa blessure, la plus grande fermeté jusqu'à son dernier moment. Il consola ses amis, et pourvut à leur sort. La veille de sa mort, il écrivit de sa main un codicile, qui nomma régent son frère le duc de *Sudermanie*, et le pria de faire grace aux complices de son assassin ; il fit approcher *Gustave-Adolphe* son fils, âgé de quatorze ans, et l'exhorta dans un entretien noble et touchant à la modération, à l'amour de la paix, et sur-tout à se garantir du désir de toute expédition lointaine. Son corps fut ouvert : on y trouva une balle carrée, et deux pointes de clou entre les côtes. *Mallet Dupan* a tracé de ce prince le portrait suivant : « Nul souverain du XVIIIe siècle, si l'on en excepte *Frédéric le Grand*, n'occupera une place si honorable dans l'histoire. Réunissant les lumières à la capacité, le courage à l'adresse, l'application aux talens, *Gustave III* a effacé tous ces monarques endormis sur le trône, qui laissent errer les événements au gré de leurs ministres. En 1772, il vengea les droits de la nation ; il reprit les siens ; il rétablit les bases de l'ancienne constitution ; il replaça l'équilibre entre la liberté et la monarchie. Sous son administration vigoureuse, la vénalité disparut. Nul n'osa trafiquer de la patrie, en citant son patriotisme. La marine, l'armée, les forteresses, le commerce maritime, la considération extérieure, les arts, l'industrie, se ranimèrent pendant ce règne calomnie. N'ayant pu étouffer le germe des factions, Gustave III sut les contenir. Il punit très-rarement, pardonna à des ingrats, sachant qu'ils ne cesseroient pas de l'être. Nul souverain n'eut des amis plus zélés, des sujets plus affectionnés, des ennemis plus implacables. On lui a reproché sa dernière guerre; (contre la Russie) elle étoit juste autant qu'indispensable. Il s'agissoit de décider qui régneroit à Stockholm du roi de Suède, ou des émissaires de la Russie. Cette puissance indignée de la révolution de 1772, n'avoit cessé d'entretenir le germe de nouveaux troubles. Gustave III pénétra avec justesse, que son salut étoit attaché à celui de la porte Ottomane, et que les victoires de Catherine II, vers le Bosphore, riveroient les chaines de la Baltique. Au moment où il se déclara, trente-cinq mille Russes, répandus en Italie, ou près d'y arriver, alloient s'embarquer sur la flotte attendue de Cronstadt par le détroit de Gibraltar. Ces forces devoient tout de suite se porter à Sinope, et s'emparer de la Morée. La cour d'Espagne donna l'alarme; la Suède s'arma, et les vaisseaux Russes furent enfermés dans la Baltique. Ayant à lutter contre les traitres et les ennemis extérieurs, Gustave remplit son but, et maintint sa dignité avec les ressources les plus médiocres. L'Europe fut témoin de son activité, de sa bravoure, de son courage d'esprit qu'aucun revers ne déconcertoit. Infatiga- ble et présent par-tout, un jour il combattoit en Finlande: le lendemain il se rendoit à Stockholm, parcouroit ses provinces sans prendre de repos, raffermissoit par sa présence la Scanie menacée, et reparoissoit bientôt à la tête de ses armées. Peu de princes ont eu l'esprit aussi cultivé; il connoissoit en homme de lettres, et parloit correctement les principoles langues de l'Europe. Il écrivoit comme le chancelier d'Oxenstierna. Son style offroit le mérite de la concision, de la vigueur et de la clarté. La plupart des dépêches et des mémoires importans furent rédigés de sa main. Son genre de mort prématurée inspire à la fois l'horreur et la pitié. Avant d'expirer, il éprouva des souffrances cruelles. Les derniers jours, il ne pouvoit rester couché, et se tenoit assis dans son lit. Pendant la matinée où il rendit l'ame, il se lit approcher d'une croisée de son appartement, et se montra au peuple pour la dernière fois. Ses derniers momens furent donnés à la religion. Il communia des mains de son grand aumônier, et s'entretint assez long-temps avec ce prélat, qui a publié le rapport de cette conférence, où le roi montra autant de piété que de stoïcisme. » Dans une salle de l'université d'Upsal, on voit un grand coffre surmonté d'un autre plus petit, tous les deux fermés avec des verrous et des chaines. Ces deux coffres ont été légués à l'université par Gustave, avec ordre de ne les ouvrir que cinquante ans après la date de sa mort. Il écrivoit avec élégance, et avoit des connoissances très variées. On lui doit: I. Des pièces de théâtre, qui, sans être correctes, ne sont point sans intérêt. Ces Ces pièces sont : *Siri-Brahé*, drame, dont le sujet est historique, et date du règne de *Gustave-Adolphe*; *Helmfeld*, autre sujet historique du temps de *Charles XI*; *Natalie Narishin*, sujet russe; *l'Un pour l'Autre*, comédie. II. Des *Discours Académiques*. III. Un *Eloge de Torstenson*. Cet écrit, envoyé dans le plus grand secret à l'académie de Stockholm, y obtint le prix que *Gustave* lui-même y avoit fondé. IV. Des *Essais politiques*. V. Des *Lettres* à divers personnages remarquables, au cardinal de *Bernis*, à Mad. d'*Egmont*, et dont les plus intéressantes sont adressées au comte *Ulric Schaeffer*, son ambassadeur en France, pour lequel il avoit la plus tendre amitié. Le comte d'*Oxenstiern*, membre de l'académie Suédoise, s'occupe d'une édition complète des Œuvres de *Gustave III*, dont son successeur a promis de faire les frais. On doit y employer des caractères de *Didot*; et elle doit être ornée de neuf gravures, en y comprenant le portrait de *Gustave* et celui du roi actuel. —*Voy. CATHERINE II, ANKARSTROOM*, et les *Tables Chronologiques* à l'article de la SUÈDE.
GUTHIER, *Voyer* GOUTHIER.
GUTNER, (Jean-Gabriel) imprimeur, exerça son art avec distinction à Chemnitz en Mis-nie vers l'an 1660, et a écrit sur l'art de l'imprimerie. — GUTTEMBERG, (Jean) naquit à Mayence d'une famille noble, du nom de *Sorgenlock*, dont les différentes branches avoient des surnoms pris des enseignes qui distinguent les mai- *Tome VI.* sons qu'elles habitoient, tel que celui de *Guttemberg*, qui étoit le surnom de la sienne. C'est ce gentilhomme Allemand qui doit être regardé comme l'inventeur de l'imprimerie, ou du moins comme le premier qui ait conçu et exécuté l'idée d'imprimer un livre, d'abord avec des planches de bois gravées, et ensuite avec des caractères de bois sculptés et mobiles; car on ne conteste point à *Schaeffer* la gloire d'avoir imaginé les caractères de fonte. Il est constaté aujourd'hui par des documents authentiques, tirés des archives de la ville de Strasbourg, et publiés en 1760, par *Schaepflin*, dans un ouvrage intitulé *Vindiciæ Typographicae*, qu'avant 1440, *Guttemberg* avoit commencé dans cette ville ses premiers essais de typographie. Ces essais furent-ils faits avec des caractères de bois mobiles, comme prétend le prouver *Schaepflin*? Furent-ils faits avec des planches gravées, comme le veut *Fournier*, célèbre fondeur de caractères? Voilà le seul point sur lequel il reste des doutes. Ce ne fut qu'après 1444, qu'obéré par les dépenses que ces essais lui avoient coûtées, il vint s'associer à Mayence avec *Jean Fusté*, orfèvre, qui lui fournit des fonds pour continuer et perfectionner son entreprise. *Schaeffer*, écrivain, et homme industrieux, fut aussi admis dans cette société. Ils travaillèrent ensemble jusqu'en 1455, et il est très-probable qu'une *Bible sans date*, et sans aucune indication du nouvel art qui l'avoit produite, dont le deuxième volume seulement, imprimé sur vélin, existoit dans la bibliothèque *Mazarine*, et dont le caractère, sculpté en bois et mobile, atteste une antiquité plus reculée que la *Bible* connue que *Fusth* et *Schoffer* imprimèrent l'an 1462 en caractère de fonte; il est très-probable, dis-je, que cette Bible fut un des premiers fruits de leurs travaux. Il est encore assez vraisemblable que cette même Bible, dont tous les sommaires et les lettres initiales sont ajoutées à la main, est celle dont on a tant parlé, pour avoir été vendue à Paris par *Fusth*, comme manuscrite; plutôt que la Bible de 1462, annoncée dans la suscription, comme une production du nouvel art d'imprimer. Il faut pourtant convenir que cette raison, souvent alléguée par quelques-uns de ceux qui ont écrit sur l'origine de l'imprimerie, n'est pas aussi décisive qu'elle le paroît au premier coup d'œil; car la suscription n'est pas la même dans tous les exemplaires de cette Bible de 1462, sans qu'on soit d'accord sur la cause de cette variété. Il y en a deux différentes : l'une annonce clairement la nouvelle invention d'imprimer, *alsque calami exaratione* : l'autre porte simplement que l'ouvrage a été achevé par *Fusth* et *Schoffer*, tel jour en 1462, *industriæ finitum, completum et consummatum est*. Or, on ne voit pas ce qui auroit pu empêcher de vendre ces derniers exemplaires comme manuscrits... *Guttemberg* se sépara de ses associés vers 1455. Les dix années de sa vie qui s'écoulèrent entre cette époque et l'année 1465, sont remplies différemment par les auteurs qui ont parlé de lui. Les uns, prétendant qu'il s'étoit brouillé avec ses associés en 1456, le font revenir à Strasbourg; les autres le font rester à Mayence, ou il étoit au ser- vice de l'électeur *Adolphe de Nassau* en 1465. Mais, comme on ne peut citer aucun ouvrage imprimé qui porte son nom, il n'y a là-dessus que des conjectures plus ou moins arbitraires. Ce que les monumens du temps nous apprennent, c'est qu'en 1465 il fut reçu au nombre des gentilhommes d'*Adolphe de Nassau*, électeur de Mayence, avec des appointemens annuels; et qu'il mourut vers 1468, âgé de plus de 60 ans. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'étoit pas en vie le 24 février de cette année. Un plus long détail sur l'origine de l'imprimerie, deviendroit une dissertation, et excéderoit les bornes que la forme de cet ouvrage nous prescrit. Nous avons résumé le plus brièvement qu'il nous a été possible, ce qui nous a paru de plus constant et de moins hasardé dans les auteurs les plus accrédités parmi ceux qui ont traité cette matière; et nous croyons en avoir dit assez pour satisfaire le lecteur, qui d'ailleurs trouvera encore dans les articles *COSTER*, *FUSTH* et *MENTEL*, quelques éclaircissemens sur le même sujet. En 1801, M. Oberlin a publié un *Essai sur la Vie de Guttemberg*, plein d'érudition et d'intérêt. G U Y, Voyez MÉAD, à la fin de l'article. I. GUYARD, (Bernard) né à Craon dans l'Anjou en 1601, Dominicain, docteur en théologie, mourut à Paris le 19 juillet 1674, à 73 ans. Il est auteur, I. De la *Vie de St. Vincent-Ferrer*, 1634, in - 8.º II. *Discrimina inter doctrinam Thomisticam et Jansenianam*, 1655, in - 4.º III. *La Fatalité* de Saint-Cloud, in-folio, où il tâche de prouver que ce n'est pas un Dominicain qui a tué Henri III; il a été réfuté par La véritable Fatalité de Saint-Cloud, qui se trouve dans le Journal de Henri III, avec l'ouvrage du P. Guyard.
II. GUYARD, (Dom Antoine) Bénédictin de Saint-Maur, né à Saulieu dans le diocèse d'Autun, mort à Dijon en 1760, étoit pieux et savant. On a de lui quelques écrits, parmi lesquels on doit distinguer sa Dissertation sur l'honoraire des Messes, in-8°, 1748. Ce livre, plein de recherches, déplut à quelques journalistes, parce que l'auteur ramenoit tout à l'antiquité. Voyez l'Histoire de la Congrégation de Saint-Maur, pag. 730.
III. GUYARD DE BERVILLE, (N...) né à Paris en 1697, ne fut pas favorisé de la fortune, et il traîna une vie obscure, qu'il finit à 73 ans, en 1770, à Bicêtre, où la misère l'avoit forcé de se retirer. Nous avons de lui: I. Histoire de Bertrand Duguesclin, Paris 1767, in-12, 2 vol. Le sujet est intéressant, mais le style de l'historien ne l'est point: il est diffus, peu heureux dans le choix des détails, et encore moins dans celui des réflexions, qui sont la plupart très - communes. II. Histoire du Chevalier Bayard, Paris, 1760, in-12. On y trouve des faits curieux, mais la diction est plutôt celle d'un compilateur que d'un écrivain élégant.
GUYARD, Voyez GUIARD.
GUYAUX, (Jean-Joseph) né l'an 1684 à Wamfercée, village du Brabant Wallon, fut professeur de l'Écriture - Sainte en 1723, docteur en théol gie, et chanoine de Saint-Pierre en 1727; et enfin doyen et prévôt de cette église. Il ne dut tous ses emplois qu'à ses vertus et à sa science, rien n'étant plus éloigné de son caractère que l'ambition. Il mourut le 8 janvier 1774, à Louvain, après avoir fait des legs considérables aux pauvres. On a de lui: I. Commentarius in Apocalypsim, Louvain, 1781, in-8°, où il combat le système que Kerkherder établit dans sa Monarchia Romae paganae. Le style de cet ouvrage n'est ni pur ni agréable. II. Quæstio monastico-theologica de carnium esu, Louvain, 1749, in-4.° III. Prælectiones de S. Jesu-Christi Evangelio, deque Actis et Epistolis Apostolorum. M. Gerard, chanoine de l'église de Gand, et ci-devant professeur en philosophie à Louvain, a donné l'édition de cet ouvrage en sept volumes in-8.°
GUYET, (Charles) Jésuite à Tours, né en 1601, mort en 1664, à 63 ans. travailla sur les cérémonies de l'Église; le fruit de ses travaux fut un gros infolio, intitulé: Heortologia, sive De Festis propriis locorum. Ce livre, plein d'érudition, est curieux. Voyez GUILLET. - Il ne faut pas le confondre avec François GUYET, habile critique d'Angers, né en 1575, mort en 1655. Il avoit fait des Notes sur differens auteurs, dont Boecler et Gravius ont profité.
GUYMIER, (Côme) conseiller-clerc au parlement de Paris, sa patrie, et président aux enquêtes, étoit un magistrat plein d'intégrité et de lu- mières. Il composa vers l'an 1486, un *Commentaire* sur la *Pragmatique sanction de Charles VII* roi de France, plusieurs fois réimprimé. La meilleure édition est celle qu'en donna *Piasson*, avocat au parlement de Paris, en 1666, in-folio. Il orna cette édition d'une *Histoire*, aussi utile que curieuse, de la *Pragmatique-Sanction*, et de plusieurs pièces servant de preuves.
GUYMONT, *Voy. TOUCHE*, (Claude Guymont de la) — et GUIMOND. I. GUYON, (Symphorien) né à Orléans, entra dans l'Oratoire en 1625. Il fut envoyé quelque temps après avec le P. *Bourgoing* à Malines, pour y établir une maison de sa congrégation. Nommé curé de Saint-Victor d'Orléans, en 1638, il gouverna cette paroisse avec édification, et s'en démit en faveur de son frère, trois mois avant sa mort, arrivée en 1657. On a de lui : *L'Histoire de l'Eglise et Diocèse, Ville et Université d'Orléans*, 1647, in-folio. La seconde partie de cet ouvrage curieux, mais mal écrit, ne parut qu'en 1650, avec une préface de *Jacques GUYON*, son frère. Celui-ci est auteur d'un petit ouvrage, intitulé : *Entrée solennelle des Evêques d'Orléans*, 1666, in-8°, composé à l'occasion de l'entrée de *d'Elhène*. — Il y avoit en auparavant un autre GUYON, (Louis) dont les *Leçons diverses*, imprimées à Lyon, 1625, 3 vol. in-8°, sont au nombre des livres peu communs et curieux. — II. GUYON, (Jeanne-Marie Bouvières de la Mothe) née à Montargis en 1648, épousa, à l'âge de 18 ans, le fils de l'en- trepreneur du canal de Briare, appelé *Guyon*. Devenue veuve à 25 ans, avec de la beauté et du bien, de la naissance et un esprit fait pour le monde, elle s'entêta de cette espèce de spiritualité, qui est le délire de la dévotion, du *Quiétisme*. Un voyage qu'elle fit à Paris, lui donna le moyen de se lier avec *d'Aran-thon*, évêque de Genève, qui, touché de sa piété, l'appela dans son diocèse. Elle s'y rendit en 1681, et passa ensuite dans le pays de Gex. Il y avoit alors dans cette contrée un *la Combe*, Barnabite Savoyard, d'une physionomie sinistre, homme ardent pour les plaisirs dans sa jeunesse, et pour la dévotion dans l'âge mûr. Devenu le directeur de Mad. *Guyon*, le P. *la Combe* communiqua toutes ses rêveries à sa pénitente. Dieu m'a fait la grace de m'obombrer par le P. *la Combe*, disoit la mystique; et le Barnabite répondoit : *J'ai obombré Mad. Guyon*. Ces deux enthousiastes prêchèrent chez les Ursulines de Gex, le renoncement entier à soi-même, le silence de l'ame, l'anéantissement de toutes les puissances, une indifférence totale pour la vie ou la mort, pour le Paradis ou l'Enfer. Cette vie n'étoit, en suivant la nouvelle doctrine, qu'une anticipation de l'autre, qu'une extase sans réveil. L'évêque de Genève, instruit du progrès que faisoient ces deux apôtres d'un nouveau *Quiétisme*, cessa de les favoriser. Ils quittèrent Gex, et passèrent à Turin, de Turin à Grenoble, de Grenoble à Verceil, et enfin à Paris; et par-tout ils se firent des prosélytes. Les jeûnes, les courses, la persécution achevèrent d'aïoiblir leur cerveau. Mad. Guyon se donnoit des titres aussi pompeux qu'insensés : elle se qualifioit de Femme enceinte de l'Apocalypse, de Fondatrice d'une nouvelle Eglise. Elle prophétisa que tout l'Enfer se banderoit contre elle : que la Femme seroit enceinte de l'Esprit intérieur ; mais que le Dragon se tendroit debout devant elle. Sa prédiction ne tarda pas de s'accomplir. Elle fut enfermée en 1688, par ordre du roi, dans le couvent de la Visitation de la rue Saint-Antoine à Paris. Libre de cet esclavage, par le crédit de Mad. de Maintenon, elle parut à Versailles et à Saint-Cyr. Les duchesses de Charost, et Chevreuse, de Beauvilliers, de Mortemart, touchées de l'onction de son éloquence et de la chaleur de sa piété douce et tendre, la regardèrent comme une Sainte, faite pour amener le ciel sur la terre. L'abbé de Fénélon, alors précepteur des Enfans de France, se fit un plaisir de former avec elle un commerce d'amitié, de dévotion et de spiritualité, inspiré et conduit par la vertu, et si fatal depuis à tous les deux. Un rapport d'humeurs, une sympathie invincible, un je ne sais quoi de touchant et d'élevé dans le caractère de l'un et de l'autre, les lia bientôt étroitement. Mad. Guyon, sûre et fière de son illustre disciple, se servit de lui pour donner de la vogue à ses idées mystiques ; elle les répandit sur-tout dans la maison de Saint-Cyr. L'évêque de Chartres, Godet-Désmarets, s'éleva contre la nouvelle doctrine. Un orage se formoit ; Mad. Guyon crut le dissiper, en confiant tous ses écrits à Bossuet. Ce prélat, l'évêque de Chalons, depuis cardinal de Noailles, l'abbé Tronçon, supérieur de Saint-Sulpice, et Fénélon, assemblés à Issy, dressèrent trente-quatre articles. On vouloit, par ces articles, proscrire les maximes pernicieuses de la fausse spiritualité, et mettre à couvert les saines maximes de la vraie. Mad. Guyon, retirée à Meaux, les soncrivit, et promit de ne plus dogmatiser. Une femme enthousiaste pouvoit-elle tenir sa parole ? Deux jours après, elle chercha à faire de nouveaux disciples. La cour, fatiguée des plaintes qu'on portoit contre elle, la fit enfermer d'abord à Vincennes, puis à Vaugirard, et enfin à la Bastille. Libre au milieu de ses chaînes, elle composoit des cantiques, où elle se livroit aux transports que lui inspiroit l'amour pur. L'affaire de Mad. Guyon produisit la querelle du Quiétisme entre Fénélon et Bossuet. Cette dispute ayant été terminée par la condamnation du livre des Maximes des Saints, et par la soumission de l'illustre auteur de cet ouvrage, Mad. Guyon sortit de la Bastille en 1702 : elle mourut à Blois le 9 juin 1717, à 69 ans, dans les transports de la piété la plus affectueuse. « Tous les jours du dernier âge de sa vie ; dit un de ses panégyristes, se passèrent dans la consommation de son amour pour son Dieu. Ce n'étoit pas seulement plénitude ; elle en étoit enivrée. Ses tables, les lambris de sa chambre, tout ce qui tomboit sous sa main, lui servoit à y écrire les heureuses saillies d'un génie fécond et plein de son unique objet. » Après sa sortie de la Bastille, elle vécut dans un oubli entier, et mena la vie la plus retirée et la plus uniforme. L'illustre archevêque de Cambrai conserva pour elle la plus singulière vénération. Sur le point de mourir, elle fit son testament, à la tête duquel elle mit sa Profession de foi, sur laquelle, dit le P. d'Avrigni, je laisse au lecteur à faire ses réflexions. « Je proteste, dit-elle, que je meurs fille de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine: que je n'ai jamais voulu m'écarter de ses sentiments: que depuis que j'ai eu l'usage parfait de la raison, je n'ai pas été un moment sans être prête, au moins de volonté, à répandre pour elle jusqu'à la dernière goutte de mon sang, comme je l'ai toujours protesté en toute occasion; ayant toujours soumis, et en tout temps, les livres et écrits que j'ai faits, à la sainte Eglise ma mère, pour laquelle j'ai toujours eu et aurai, avec la grace de Dieu, un attachement inviolable et une obéissance aveugle; n'ayant point d'autres sentiments, ne voulant point admettre aucuns autres que les siens: condamnant, sans nulle restriction, tout ce qu'elle condamne, ainsi que je l'ai toujours fait. Je dois à la vérité, et pour ma justification, protester avec serment qu'on a rendu de faux témoignages contre moi, ajoutant à mes écrits, me faisant dire et penser ce à quoi je n'avais jamais pensé, et dont j'étois infiniment éloignée; qu'on a contrefait mon écriture diverses fois; qu'on a joint la calomnie à la fausseté, me faisant des interrogatoires captieux, ne voulant point écrire ce qui me justifiait, et ajoutant à mes réponses; mettant ce que je ne disois pas, supprimant les faits véritables. Je ne dis rien des autres choses, parce que je pardonne tout et de tout mon cœur. » Tout ce qu'on peut conclure de cette protestation, c'est que si les expressions dont se servit Mad. Guyon, dans ses livres, étoient mauvaises, son intention étoit bonne et son cœur droit; mais que la condamnation de ses erreurs lui avoit laissé des impressions injustes et défavorables contre ceux qui avoient contribué à les faire proscrire. L'abbé de la Bletterie a écrit trois Lettres estimées et rares, dans lesquelles il la justifie des impostures que ses ennemis avoient inventées pour noircir sa vertu. Malgré des lettres interceptées du Barnabite la Combe à son élève, et de l'élève à son maître, très-tendres et très-vives, les gens sensés regardèrent toujours la Combe et Mad. Guyon, comme deux personnes d'un esprit peu réglé, mais de mœurs pures. Les principaux ouvrages de cette femme célèbre sont: I. Les Torrens spirituels, où l'on trouve le Moyen court et très-facile de faire Oraison, et le Cantique des Cantiques expliqué, in-8.9 II. Sa Vie écrite par elle-même, en 3 vol. in-12, Cologne, 1720. De toutes les productions de Mad. Guyon, c'est la moins commune. « Comme elle se croyoit favorisée de toutes les graces qui ont si fort distingué Ste Thérèse, elle voulut bien, à l'exemple de cette Sainte, dit le P. d'Avrigni, écrire sa Vie: nouvelles révélations, ou plutôt nouvelles folies. Elle dit qu'elle voyoit clair dans le fond des ames, sur lesquelles elle recevait une autorité miraculeuse, aussi bien que sur les corps; que Dieu l'avoit choisie pour détruire la raison humaine, et rétablir la sagesse Divine. Ce que je livrai, ajouta-t-elle, sera lié; ce que je délierai, sera délié. Je suis cette pierre fichée par la Croix sainte, rejetée par les architectes. Elle étoit venue à un tel point de perfection, qu'elle ne pouvoit plus prier les Saints, ni même la sainte Vierge. La raison de cette impuissance, c'est que ce n'est pas à l'épouse, mais aux domestiques de prier les autres de prier pour eux... » III. Discours Chrétiens, 2 vol. IV. L'Ancien et le Nouveau-Testament, avec des explications et des réflexions, 20 vol. in-8.º « Dans son Explication de l'Apocalypse, dit le P. d'Avrigni, elle fait la prophétesse; elle raconte des visions; et il y en a qu'on ne pourroit rapporter sans salir l'imagination la plus pure, quoiqu'elle dise, après cela, qu'elle avoit l'esprit si net, qu'il ne lui restoit nulles pensées que celles que Notre-Seigneur lui donnoit. » V. Des Lettres spirituelles, en 4 vol. in-8.º VI. Des Cantiques spirituels et des Vers mystiques, dont plusieurs sont parodiés des Opéra, en 5 vol. On remarque dans tous ses écrits, de l'imagination, du feu, mais encore plus d'extravagances; un style emphatique, des applications indécentes de l'Écriture-Sainte, etc. Cependant je ne dirois point, comme Voltaire, « que Mad. GUYON faisoit des vers comme Cotin, et de la prose comme Polichinel; » cela est trop fort et trop dur. — III. GUYON, (N.) chirurgien de Marseille, s'offrit généreusement à disséquer le premier cadavre de pestiféré que les médecins examinèrent, lors de la fameuse peste de 1720. Guyon périt deux jours après.
IV. GUYON, (Claude-Marie) né à Lons-le-Saunier en Franche-Comté, entra dans la congrégation de l'Oratoire, qu'il quitta ensuite. Il vint à Paris, où sa plume s'exerça sur divers sujets. Il fit quelques extraits pour les feuilles de l'abbé des Fontaines, qui, en reconnoissance, retoucha le style de quelques-uns de ses écrits. Il mourut à Paris en 1771, âgé d'environ 70 ans. L'abbé Guyon étoit d'un caractère enjoué: il avoit des mœurs et des connoissances; mais son savoir lui donnoit un peu de morgue. Ses principaux ouvrages sont: I. La continuation de l'Histoire Romaine de Laurent Echard, depuis Constantin jusqu'à la prise de Constantinople, par Mahomet II, 10 vol. in-12. C'est une espèce d'Histoire du Bas-Empire, écrite, dit Voltaire, d'un style digne du titre. Cette saillie est doublement injuste: en ce que l'ouvrage de l'abbé Guyon n'est pas intitulé Histoire du Bas-Empire, et que le style est convenable au livre, et assez pur. Les faits ne sont pas toujours exacts, mais ils sont assez bien rapprochés; et en général, cet abrégé est estimable. II. Histoire des Empires et des Républiques, 12 vol. in-12, 1733, et années suiv. Quoique ce livre se soit moins vendu que celui de Rollin, parce qu'il est écrit avec moins de douceur et d'élégance, il a dû plus coûter à son auteur. L'abbé Guyon a travaillé sur les anciens, au lieu que Rollin a trop souvent copié les modernes. Il y a d'ailleurs plus d'ensemble, et moins de réflexions et de hors-d'œuvres. III. Histoire des Amazones, 2 vol. in-12, curieuse. IV. Histoire des Indes, 3 vol. in-12, telle qu'on pouvoit l'at- 56 GUY tendre d'un homme qui n'avoit voyagé que de son cabinet, et qui n'avoit pas toujours consulté les meilleurs auteurs. V. Oracle des nouveaux Philosophes, 2 vol. in-8. La fiction qui sert de cadre à ce livre, est mal-adroite et odieuse, le style pesant, les plaisanteries lourdes : mais il y a de la force dans les réfutations; et en rassemblant les principes épars de Voltaire, il le met souvent en contradiction avec lui-même. Cet incrédule se voyant démasqué, opposa à l'abbé Guyon, pour toute réponse, des injures, auxquelles celui-ci fut d'autant moins sensible, que son livre eut le plus grand succès. VI. Bibliothèque ecclésiastique en forme d'instructions sur toute la religion, 1772, 8 vol. in-12. C'est le dernier ouvrage de l'abbé Guyon, et ce n'est pas celui qui a le plus réussi. VII. Essai critique sur l'établissement de l'empire d'Occident, 1752, in-8°; assez bon, quoiqu'un peu superficiel. L'abbé Guyon avoit une pension du clergé de France. I. GUYOT, (Germain-Antoine) avocat au parlement de Paris, sa patrie, né en 1694, mort en 1750, à 56 ans, a laissé plusieurs ouvrages de droit. Le principal est un Traité ou Dissertation sur plusieurs matières Féodales, tant pour le pays de droit-écrit, que pour le pays coutumier, en 6 vol. in-4. Ce livre embrasse toute la matière des fiefs; elle y est traitée avec beaucoup d'étendue, mais avec assez peu d'ordre. On y a joint des Observations sur le droit des Patrons et des Seigneurs de Paroisse, aux honneurs dans l'Église, etc. in-4.
II. GUYOT, (Mlle) célèbre danseuse de l'opéra, y débuta en 1705, et fit les délices de ce spectacle jusqu'en 1723 qu'elle se retira. Elle joignoit, dit-on, dans sa danse beaucoup de noblesse à beaucoup de graces.
III. GUYOT DE MERVILLE, Voyez MERVILLE.
IV. GUYOT DES FONTAINES, Voy. FONTAINES, n° II.
GUYS, (Pierre-Augustin) né à Marseille, se livra avec succès à la profession du commerce; il l'honora par sa probité, la simplicité de ses mœurs, ses connaissances et ses écrits. Appelé, plusieurs fois à Constantinople, à Smyrne et dans la Grèce pour les affaires de son négoce, il conçut l'heureuse idée de comparer les Grecs anciens aux modernes, de rechercher parmi ces derniers les traces de grandeur, le genre d'esprit, les institutions de leurs ancêtres. Homère à la main, Guys parcourut plusieurs fois tout l'Archipel, et il y voyageoit encore pour perfectionner une nouvelle édition de son ouvrage, lorsqu'il est mort à Zante l'une des isles de la mer d'Ionie, en 1799, à 79 ans. Il avoit été nommé membre de l'Institut national. Ses ouvrages sont : I. Essai sur les antiquités de Marseille, 1786, in-8. II. Relation abrégée de voyages en Italie et dans le Nord, in-8. III. Eloge de Duguay-Trouin, 1761. Cet éloge fut envoyé au concours de l'académie Françoise, qui couronna l'écrit de Thomas. IV. Voyage littéraire de la Grèce. Il parut d'abord en 1771, en 2 vol. in-12, puis en 1783, en 4 vol. in-8°, avec figures. L'auteur a complété se dernier écrit par la traduction de quelques élégies de *Tibulle*, et des *Poésies fugitives*. Ce voyage est le véritable titre littéraire de *Guys*; il cite avec profusion, mais ses citations sont intéressantes puisqu'elles peignent les mœurs et les usages actuels des habitans de l'archipel de la Morée. Les Grecs modernes, flattés, de ses éloges et de ce qu'il les avoit peints dans cet ouvrage, comme spirituels et non avilis, lui décernèrent dans un diplôme le titre de citoyen d'Athènes. *Guys* en préparoit depuis douze ans une édition plus curieuse et plus complète; et l'on espère que son fils qui a rempli longtemps avec distinction la place de consul de la nation Françoise en Sardaigne et à Tripoli de Syrie, connu par de profondes connaissances en antiquité, partagera la gloire de son père en la publiant. I. GUYSE, (Jacques de) né à Mons, se fit Cordelier, et mourut en 1398. Il avoit travaillé sur l'*Histoire du Huinaut* en latin, dont on a donné un extrait en françois, sous ce titre: *Illustrations de la Gaule Belgique*, ou *Annales du Huinaut*, jusque en 1244; Paris, 1531, 3 vol. in-folio.
II. GUYSE ou GUISE, (Guillaume) théologien Anglois, né auprès de Glocester en 1653, d'une bonne famille, se rendit habile dans les langues orientales. Il mourut de la petite vérole en 1682, comme il préparoit une édition de la *Géographie d'Abulfeda*. On a de lui une *Traduction* latine du commencement de la *Mischne*, avec de savantes remarques; Oxford 1690, ju-4. I. GUZMAN, (Alphonse Perez de) fameux capitaine Espagnol vers l'an 1293, avoit servi long-temps en qualité de lieutenant général dans les armées des princes de Maroc. Après y avoir acquis beaucoup de réputation et de richesses, il passa en Espagne, où il donna commencement à la maison des ducs de *Medina-Sidonia*. Il étoit gouverneur de Tariffe, lorsque cette ville fut assiégée par *Juan* infant de *Castille*. Ce prince, qui avoit en sa puissance un des fils de *Guzman*, menaça le père de lui couper la gorge à ses yeux s'il ne rendoit la place qu'il défendoit. Mais *Guzman*, méprisant ses menaces, lui répondit, « que plutôt que de commettre une trahison, il lui donneroit lui-même de quoi égorger son fils; » et en même temps lui jetant son poignant par-dessus les murailles, il alla se mettre à table avec sa femme. Cette fermeté héroïque irrite la cruauté de l'enfant, qui fait couper la tête au jeune *Guzman*. Un spectacle si barbare fit jeter des cris aux soldats assiégés qui en étoient les témoins. *Guzman* qui les entendit, craignant qu'ils ne fassent causés par quelque assaut, quitta son dîner pour courir aux remparts; mais ayant appris de quoi il s'agissoit: *C'est peu de chose*, dit-il, *veillez seulement à la garde de la place*. Alors il retourna se mettre à table avec la même constance, sans marquer aucun trouble, et sans en rien témoigner à *Marie Coronel* sa femme. *Lopez de l'éga* a consacré, par de beaux vers, l'action généreuse de *Guzman*. Les descendans de ce héros ont pris pour cimier de leurs armes, une tour, en haut de laquelle paroît un cavalier armé qui jette un poignard, avec ces mots pour devise : *Mas pesa el rei que la sangre* ; « Je préfère l'intérêt du roi à celui du sang. »
II. GUZMAN, *Voyez OLIVARES*.
GYAC, *Voy. GIAC*.
GYÉ, (le Maréchal de) *Voy.* I. ROHAN.
GYGÉS, étoit officier et favori de *Candaule*, roi de Lydie, qui lui fit voir les charmes de sa femme toute nue. La reine apperçut *Gygès*, et soit amour, soit vengeance, elle ordonna à cet officier de tuer son mari, lui offrant à ce prix sa main et la couronne. *Gygès* devint roi de Lydie par ce meurtre, vers l'an 718 avant J. C. *Platon* raconte différemment cette usurpation : il dit que la terre s'étant entr'ouverte, *Gygès*, berger du roi, descendit dans cet abyme ; que là, il vit un grand cheval, dans les flancs duquel étoit un homme qui avoit, à son doigt, un anneau magique, donné de la vertu de rendre invisible ; qu'il le prit et s'en servit pour ôter, sans péril, la vie à *Candaule*, et pour monter sur son trône. Mais ce récit merveilleux n'est qu'une griffe de la fable, mal entée sur la souche historique. —*Voy.* AGLAÏS. La mythologie vante un géant de ce nom, qui avoit cent bras, comme *Briarée* son frère.
GYLIPPE, capitaine Lacédémonien, fut envoyé en Sicile, pour porter du secours aux Syracuseins contre les Athéniens. Après avoir été vaincu dans le premier combat, il remporta des victoires signalées sur *Nicias* et *Démosthènes*. Ces généraux se rendirent avec leurs troupes, à condition qu'on leur laisseroit la vie, et qu'on ne les retiendroit point dans une prison perpétuelle ; mais on ne leur tint pas parole. Ils furent mis à mort, et leurs soldats tourmentés avec une cruauté inouïe. *Gylippe* accompagna ensuite *Lysandre* à la prise d'Athènes, vers l'an 414 avant J. C. Ce général le chargea de porter à Sparte l'argent qu'il avoit recueilli dans ses glorieuses campagnes. Cet argent montoit à 1500 talens, sans compter les couronnes d'or dont les villes lui avoient fait présent. L'avarice de *Gylippe* lui fit commettre une lâcheté détestable : il ouvrit les sacs par-dessous, et après en avoir tiré trois cents talens, il les recousit fort adroitement, mais les borderaux renfermés dans chaque sac dévoilèrent sa friponnerie. Pour éviter le supplice, il se bannit lui-même de sa patrie, emportant par-tout la honte, dit *Bollin*, d'avoir terni, par cette bassesse, la gloire de ses belles actions.
GYMNOSOPHISTES, philosophes Indiens, étoient ainsi appelés, parce qu'ils se promenoient tout nus en regardant fixement le soleil pendant tout le jour. Ils supportoient, sans douleur, le plus grand froid et la plus grande chaleur, s'abstenant de tous les plaisirs, et se livrant, tout entiers, à la contemplation de la nature, sans se soucier ni d'habits, ni de mets délicats. Lorsqu'ils étoient las de la vie, ils se jetoient dans un brasier ardent. On leur attribue l'invention des caractères hiéroglyphiques. *Cicéron* rapporte qu'*Alexandre le Grand* étant aller les visiter, il leur fit offre de services en les invitant à lui demander ce qu'ils G Y M 59 jugeroient à propos. L'un d'eux prenant la parole, lui dit, de leur accorder l'immortalité qu'ils desiroient uniquement. Je suis mortel, leur répondit le Roi, je ne puis donner l'immortalité. —Pourquoi donc, répliqua le philosophe, puisque vous n'êtes qu'un mortel, ne restez-vous pas dans le royaume de vos pères, et venez-vous, comme l'ennemi du genre humain, ravager l'univers? Alexandre se retira confus et piqué de cette réponse.
HABACUC, le 8e des Douze petits Prophètes, commença à prophétiser, suivant l'opinion la plus commune, en même temps que Jérémie, quoiqu'il fût plus jeune que lui. Ce prophète sachant que Nabuchodonosor s'approchoit de Jérusalem, et prévoyant la prise de cette ville, se sauva dans l'Arabie, et y vécut quelque temps; mais il revint en Judée, lorsque les Chaldéens furent retournés dans leur pays, et il s'occupoit à cultiver ses champs. Un jour qu'il portoit à dîner à ses moissonneurs, l'Ange du Seigneur le transporta par les cheveux dans Babylone, et lui fit donner à Daniel, qui étoit enfermé dans la fosse aux lions, ce qu'il avoit préparé pour ses ouvriers. La même main le rapporta en Judée, où il mourut, et fut enterré deux ans avant la fin de la captivité; c'est le sentiment de S. Jérôme. Quelques autres attribuent cet événement à un autre Habacuc, différent du Prophète, qu'ils font aussi auteur des histoires de Suzanne, de Bel et du Dragon. Quoi qu'il en soit, les Prophètes d'Habacuc ne renferment que trois chapitres. Il prédit à sa nation la captivité, le renversement de l'empire des Chaldéens, la déli- vrance des Juifs par Cyrus, et celle du genre humain par J. C. Les Grecs font la fête d'Habacuc.
HABERKORN, (Pierre), né en 1604 à Butzbach en Wétéravie, fut surintendant et professeur en théologie à Giessen, où il mourut au mois d'avril 1676, à 72 ans. Il parut avec éclat à divers colloques tenus au sujet de la religion. Son principal ouvrage est intitulé: Heptas disputationum anti-Wallemburgicae. Ce livre, dans lequel il s'efforce de renverser les principes des de Wallembourg, est estimé des Luthériens; mais il l'est moins des Catholiques. I. HABERT, (François) poète — François du second âge de notre poésie, natif du Berry, vivoit dans le 16e siècle. Il fleurit depuis 1540 jusqu'après 1569. On fait encore un peu de cas de ses Trois nouvelles Déesses, petit poème imprimé à Paris en 1546, in-16, passablement bon pour son temps. La manie de cette vaine et folle philosophie qui veut faire de l'or, gagna cet auteur, et lui fit traduire quelques mauvais ouvrages sur cette matière. Il prit pour mot, suivant l'usage des rimailleurs de son temps, le *Banni de liesse*, et il rend raison lui-même de ce sobriquet : Puisque Fortune incessamment me blesse, Nommé je suis le *Banni de liesse*. On a encore de lui quelques *Fables*, dont plusieurs se trouvent dans le 5$^{e}$ volume des *Annales Poétiques*. La morale en est juste et ingénieuse; mais le style est froid, monotone, sans couleur, sans harmonie. — II. HABERT DE CÉRISI, (Germain) abbé de Saint-Vigor de Cérisi au diocèse de Bayeux, l'un des ornemens de l'académie Françoise dans sa naissance, étoit de Paris. Il mourut dans cette ville en 1655, avec la réputation d'un des plus beaux esprits de son temps. C'étoit un homme d'une société douce et d'un caractère modéré. Lorsque le cardinal de *Richelieu* voulut soumettre le *CJD de Corneille* à l'examen de l'académie, il dit à ceux qui critiquaient durement cette tragédie : *Je voudrois l'avoir faite*. On a de lui des *Poésies* galantes et chrétiennes. Sa *Métamorphose des Yeux de Phylis en Astres*, 1639, in-8$^{o}$, que quelques flatteurs mirent au-dessus de toutes les Métamorphoses d'*Ovide*, fut vantée par eux comme un chef-d'œuvre, et a cessé de le pa-contre, dès que le bon goût a commencé à luire en France. Ce n'est pas qu'il n'y ait quelques jolis vers dans ce poème; mais il y a encore plus de *concerti* et de mauvaises pointes. Cette pièce paroît délicate à l'abbé *Ludocat*, ou à son éditeur; de bons juges n'en ont pas pensé de même. Ce poème est d'ailleurs très-long. Qu'attendre d'un ouvrage de 700 vers sur les yeux de *Phylis* ? On a encore de ce poète une *Vie du cardinal de Bérulle*, qui n'est qu'un panégyrique boursouflé, in-4$^{o}$, Paris, 1646.
III. HABERT, (Philippe) — frère du précédent, Parisien et académicien comme lui, mourut en 1637, à 32 ans, au siège d'Emmerick, sous les ruines d'une muraille, qu'un tonneau de poudre fit sauter, par la négligence d'un soldat qui y laissa tomber sa mèche. Son poème intitulé le *Temple de la Mort*, offre quelques beaux vers et quelques belles juées; mais il ne se soutient pas. Cependant, les faiseurs de pointes dirent que ce *Temple de la mort* avoit été du goût de tous les vivans, et qu'il plut tant à la Mort même, qu'elle enleva l'auteur à la fleur de son âge, de peur qu'il n'élevât un aussi beau Temple à la Vie.
IV. HABERT, (Isaac) docteur de la société de Sorbonne, théologal de Paris, fut nommé évêque de Vabres, en 1645, et mourut le 11 janvier 1668. Il se fit un nom par ses *Sermons*, par son érudition, et sur-tout par la vivacité avec laquelle il s'éleva contre *Arnauld* et les autres disciples de *Jansénaïus*. C'étoit un homme aussi estimable par ses vertus que par ses connoissances. On a de lui : I. Une *Traduction latine du Pontifical des Grecs*, in-fol. Paris, 1643. Cet ouvrage est enrichi de savantes remarques, qui ont fait regarder son auteur comme un des théologiens qui aient le mieux connu les vrais principes de la liturgie et des cérémonies ecclésiastiques. II. Des *Vers latins*, et des *Hymnes* en la même langue pour la fête de St. Louis, dans le Breviaire de Paris. Les *Hues latines*. lui étoient favorables. III. De consigne Hierarchiae et Monarchiae, adversus Optatum Gallum; Paris, 1640, in-4.° IV. Plusieurs Kerits contre Jansénius et contre Annand. Quoiqu'il leur fût fort opposé, il ne l'étoit pas moins à leurs adversaires, à Molina, à Lessius, à Vasquez, etc. V. HABERT, (Henri-Louis) seigneur de MONTMORT, conseiller au parlement, depuis doyen des maîtres des requêtes, mort dans un âge avancé; le 21 janvier 1679, étoit membre de l'académie François. C'est lui qui donna en 1658, en 6 vol. in-fol., les Œuvres du philosophe Gassendi, dont il avoit été l'ami et le protecteur. Il orna cette édition d'une Préface latine, bien écrite. On a encore de Montmort trois ou quatre Epigrammes, (Vry. CHAPELAIN.) et quelques autres petites Pièces de Poésie, imprimées dans les Recueils de son temps. Huet, dans ses Mémoires latins, dit de Montmort, qu'il étoit Vir omnis doctrinae et sublimioris et humanioris amantissimus. C'est dans sa maison que mourut Gassendi, qu'il avoit retiré chez lui, depuis plusieurs années, et à qui il fit éprouver qu'un bon ami peut tenir lieu de tout. Ce magistrat érigea au philosophe un mousolée dans l'église de Saint-Nicolas-des-Champs à Paris.
VI. HABERT, (Louis) docteur de la société de Sorbonne, natif de Blois, fut successivement grand vicaire de Lucen, d'Auxerre, de Verdun et de Châlons-sur-Marne. Il se fit généralement estimer dans tous ces diocèses par sa vertu, par son savoir, et par son zèle à maintenir la discipline ecclésiastique. Il se retira ensuite en Sorbonne, où il passa le reste de ses jours à décider les cas de conscience. On a de lui : I. Un Corps complet de Théologie, en 7 vol. in-12. La partie dogmatique et la partie morale y sont traitées avec autant de solidité que de précision. II. La Pratique de la Pénitence, connue sous le nom de la Pratique de Verdun, Habert mourut en Sorbonne le 7 avril 1718, à 83 ans.
VII. HABERT, (Suzanne) tante d'Isaac Habert, évêque de Vabres, femme de Charles du Jardin, officier du roi Henri III, demeura veuve à l'âge de 24 ans. Elle savoit l'hébreu, le grec, le latin, l'italien, l'espagnol, la philosophie, et même la théologie. Elle mourut en 1633, dans le monastère de Notre-Dame-de-Grace à la Ville-l'Évêque, proche Paris, où elle s'étoit retirée depuis près de 20 ans. Elle laissa un grand nombre d'ouvrages manuscrits entre les mains du prélat, son neveu, qui n'en auroit pas sans doute privé le public, s'ils avoient mérité les éloges, que quelques auteurs leur ont donnés.
HABICOT, (Nicolas) chirurgien de Bonny en Gâtinois, fut employé à la suite des armées et à l'Hôtel-Dieu de Paris. Il mourut en 1624, laissant plusieurs ouvrages, monumens de son habileté. On estime sur-tout son Traité de la Peste. On trouva, en 1613, près le château Langon en Dauphiné, le corps du prétendu Teuthobocus, roi des Teuthons, d'une grandeur énorme. Cette découverte donna lieu à Habicot de composer sa Gigantoslégie, ou Discours des os d'un Géant, écrit de 60 pages, qu'il dédia la même année à Louis XIII. Ce livre fit naître 62 HAB une foule d'écrits pour et contre, remplis de vivacité, et qui n'ont laissé que des doutes sur cette question.
HABINGTON, (Guillaume) né à Hendip dans le comté de Worcester en 1605, fit ses études à Saint-Omer et à Paris, et retourna en sa patrie, où il s'appliqua à l'histoire. On a de lui celle d'*Edouard I*, roi d'Angleterre; Londres, 1640, in-fol., et d'*Edouard IV*, 1648: l'une et l'autre en anglois, et assez estimées. On a encore de lui des *Poésies*; Londres, 1635, in-8.º Il mourut en 1654, à 49 ans.
HACHETTE, (Jeanne) femme illustre de Beauvais en Picardie, se mit à la tête des autres femmes, en 1472, pour combattre les Bourguignons qui tenoient cette ville assiégée. Le jour de l'assaut, cette femme parut sur la brèche, arracha le drapeau qu'on y vouloit arborer, et jeta le soldat qui le portoit en bas de la muraille. Le nom de cette amazone est cher à Beauvais. Ses descendans étoient exempts de taille: et en mémoire de cette belle action, il s'est fait tous les ans, le 10 juillet, jusqu'à ces derniers temps, une procession où les femmes marchoient les premières. Les lettres-patentes données par *Louis XI*, en 1473, à cette occasion, prouvent que le véritable nom d'*Hachette* étoit *Jeanne Lainée*, dite *Fourquet*, épouse de *Colin Pilon*.
HACKEMBACH, *Voy*. HAGEMBACH.
HACKET ou HAGUET (Guillaume) fanatique Anglois, parut au 16e siècle. Après avoir été valet d'un gentilhomme nommé *Ussei*, et avoir vengé son maître par une action tout-à-fait brutale, en coupant le nez, avec ses dents, à une personne qui l'avoit offensé, il épousa une veuve riche, et mena une vie fort déréglée: on dit même qu'il vola sur les grands chemins. Mais, enfin, il s'érigea en prophète. Il prédit que l'Angleterre ressentiroit les fléaux de la faim, de la peste et de la guerre, si elle n'établissoit la discipline consistoriale. Le châtiment du fouet qu'il souffrit, ne l'empêcha pas de continuer de dogmatiser; il attira, dans son parti, deux personnes qui avoient quelque savoir, *Edmond Copinger* et *Henri Artington*. Ces deux fanatiques furent les hérauts de *Hacket*. Ils voulurent le faire passer pour un grand prophète, comparable à *Jésus-Christ*. Ils entreprirent même, le 16 juillet 1591, de le publier hautement dans les rues de la ville de Londres; ils furent arrêtés, et on leur fit leur procès. *Hacket* fut condamné à être pendu; *Copinger* se laissa mourir dans la prison, et *Artington* obtint sa grace. *Hacket* étant sur l'échafaud, demanda un miracle à Dieu pour le justifier; mais il n'en obtint point, et mourut convaincu de fanatisme et de rébellion.
HACKSPAN, (Théodore) théologien Luthérien, né à Weimar en 1607, se rendit habile dans les langues Orientales, et en fut le premier professeur à Altorf. Il obtint aussi la chaire de théologie, et mourut le 19 janvier 1659, à 52 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages sur la Bible, estimés en Allemagne. Les principaux sont: I. *Miscelanorum sacrorum Libri duo*. II. *Nota Philologica-Theologica* in rariora et difficiliora veteris et novi Testamenti loca, 3 volumes in-8.º. III. Observationes Arabico- Syriaca in quædam loca veteris et novi Testamenti, in-4.º IV. Spe- cimen Theologiæ Thalmudicæ. V. Sylloge disputationum Theo- logicarum et Philologicarum; Al- torf, 1663, in-4.º VI. Lucubra- tiones... in difficillima utriusque Testamenti loca; Altorf, 1685, in-8.º
HACMEON, prince Grec, fut tourmenté des Furies comme Oreste, pour avoir tué sa mère, qui avoit égorgé son mari à l'exemple de Clytemnestre,
HADRIEN, Voyez ADRIEN; cependant il faut observer que Hadrien est la véritable orto- graphe, ce mot étant écrit par une H dans les médailles.
HADDICK, (N. comte d') général Autrichien, servit avec courage l'empereur pendant la guerre de sept ans. Il fut nommé, en 1789, malgré son grand âge, général en chef de l'armée en- voyée contre les Turcs. Il mou- rut quelques temps après, le 12 mars 1790, à l'âge de 80 ans.
HÆMUS, Voyez HEMUS.
HAEN, (Antoine de) con- seiller-aufique et médecin de l'im- pératrice Marie-Thérèse, exerça son art avec succès, et écrivit sur l'art de guérir, avec proximité, mais avec sagesse. Ennemi de l'empirisme, il s'attachoit à l'ex- périence et aux principes reçus. Les Traités qu'il a successivement publiés sous le titre de Hatio me- dendi, forment 17 vol. in-8º, dont le dernier parut à Vienne en 1774. Dans quelques-uns, il paroit plutôt compiler les ob- servations des médecins ses pré- décesseurs, qu'observer lui-même; mais dans d'autres, il joint ses propres réflexions à celles des autres. On a encore de lui plu- sieurs autres Dissertations sur des sujets particuliers, tels que son traité De Magid; Venise, 1775, in-8º, où il soutient la possibilité et la réalité de la magie. L'auteur mourut l'année suivante, le 3 septembre 1776, dans un âge assez avancé, et jonis- sant d'une considération méritée, soit comme médecin, soit comme citoyen.
HAER, (Florent Vander) chanoine et trésorier de la collé- giale de Saint-Pierre à Lille, né à Louvain en 1547, mort en 1634, fit une étude particulière de l'histoire de son pays et des antiquités ecclésiastiques, et donna au public: I. De initiis tumultuum Belgicorum; Louvain, 1587, in-12. C'est l'histoire de ce qui est arrivé aux Pays-Bas du temps du duc d'Albe; elle est écrite avec élégance. II. Anti- quitatum Liturgicarum arcana; Douai, 1605, in-8º Il y donne deux explications de chaque messe de Tempore. La première, moitié littérale, moitié ascéti- que, renferme l'enchaînement des parties qui composent le texte. La seconde est une suite de recherches sur l'origine des cérémonies de la Messe. Quoi- qu'il y ait beaucoup d'érudition pour le temps où il vivait, ve- pendant il a été effacé par le cardinal Bona, par D. Martenne et par le P. le Brun. III. Les Chastelains de Lille, leur ancien estat, office et famille, des Com- tes anciens de Flandre, et une description de l'ancien Etat de la Ville de Lille, etc., Lille, 1611. Ouvrage écrit sur de bons 64 HAG mémoires, avec exactitude et discernement; il est d'une grande utilité pour l'histoire de la généalogie des princes de ce pays.
HAGANON, *Voyez CHARLES II*, n° III.
HAGEDORN, poète Allemand, a fleuri dans le 18$^{e}$ siècle. Ses vers sont recommandables par la pureté de l'expression et par la délicatesse des pensées. Il célèbre tour-à-tour l'amour et la vertu, le vin et la sagesse. Ce poète a imité plusieurs *Fabies* et plusieurs *Contes* du célèbre *la Fontaine*. Il en a composé lui-même qui sont estimés.
HAGEMBACH, (Pierre de) chevalier, conseiller et maître d'hôtel de *Charles*, duc de Bourgogne, fut nommé par ce prince, en 1469, gouverneur des comtés de Ferré, de Sundgaw, de Brisgaw et d'Alsace. Il se conduisit d'une manière si tyrannique dans ses gouvernements, que *Sigismond*, archiduc d'Autriche, fit une ligue avec les Suisses, le Palatinat, les villes de Strasbourg et de Basle, et même avec *Louis XI*, etc. pour chasser *Charles*, duc de Bourgogne. On voulut d'abord engager ce duc à se retirer, à rendre ce qu'on lui avait accordé: il ne le voulut point, et sur son refus, la guerre fut déclarée. On érigea aussi un tribunal, où *Pierre Hagembach* fut entendu, convaincu de concussions et de malversations, et condamné à perdre la tête. Cette sentence fut exécutée le 9 mai 1474, après avoir été dégradé de sa chevalerie. Cette exécution, loin de terminer la guerre, l'anima davantage, parce que le duc de Bourgogne voulut venger la mort de son favori. Cette querelle dura long-temps, et les peuples en furent les victimes, comme dans toutes les disputes des rois.
HAGENHUSEN, major de vaisseau au service de Suède, commandoit une galère dans le combat naval livré le 22 août 1789 par les Suédois à la flotte Russe, à la hauteur de Kotkasari. Au milieu de l'action, se voyant prêt à tomber entre les mains des ennemis, il préféra une mort glorieuse, et fit sauter son bâtiment, où il mit lui-même le feu.
HAGUENBOT, (Jean) ou CORNARIUS, médecin Allemand, de Zwickau, chercha avec grand soin les écrits des meilleurs médecins Grecs, et employa environ quinze ans à les traduire en latin. Il s'attaccha sur-tout à ceux d'*Hippocrate*, d'*Aëtius*, d'*Eginète*, et à une partie de ceux de *Galien*. Ces versions sont fort imparfaites. *Cornarius* étoit médiocrement versé dans la langue grecque, et il ignoroit les finesses de la langue latine. Ses travaux littéraires ne l'empêchèrent point de pratiquer la médecine avec réputation à Zwickau, à Francfort, à Marpurg, à Northausen et à lène, où il mourut d'apoplexie en 1558, à 48 ans. Son précepteur lui avoit fait changer son nom de *Haguenbot* en celui de *Cornarius*, sous lequel il est plus connu. Outre ses *Traductions*, on a de lui: I. Quelques *Traités de Médecine*. II. Des *Editions* de quelques *Poèmes* des anciens sur la médecine et sur la botanique. III. Des *Poésies latines*. IV. Des *Traductions* de quelques écrits des Pères de l'église, entrantes du *Sacerdoce de St. Chrysostome*, des Œuvres *Œuvres de St. Basile*, et d'une partie de celles de *St. Epiphane*. V. *Theologia vitis viniferae*, Heidelberg, 1614, in-8.º VI. *Præceptiones de re rustica*, Basle, 1538, in-8.º
HAGUENIER, (Jean) né en Bourgogne, mort en 1738, âgé de 60 ans, fut poète François. *Haguenier* étoit un de ces hommes de table, qui font l'amusement et les délices d'un repas, par leurs saillies et leur facilité à produire de ces petites chansons agréables, qui animent le convive le plus distrait, et le forcent de prendre part à la joie qui retentit autour de lui. On a plusieurs Chansons de ce poète, dont quelques-unes respirent l'enjouement; mais il faut moins le regarder comme un auteur, que comme un homme de bonne compagnie, qui versifioit le verre à la main. *Voltaire* qui l'avoit vu dans sa jeunesse, disoit pour exprimer la froideur de ses chansons, que c'étoient des *chansons à boire... de l'eau*. Celles qui commencent ainsi: *Nous autres bons villageois... Je n'ai pour toute maison qu'une pauvre et simple chaumière*, etc., ont encore de l'agrément et n'ont pas vieilli.
HAGUENOT, (Henri) savant médecin de Montpellier, mort en 1776, a publié: I. *Tractatus de morbis externis capitis*, 1750, in-12. II. *Otia Physiologica*, 1753. III. Plusieurs *Mémoires* adressés à l'académie des Sciences, parmi lesquels on doit distinguer celui qui a pour objet de démontrer le danger des inhumations dans les églises, 1748, in-8.º
HAHN, (Simon-Frédéric) fit, dès son enfance, des progrès *Tome VI.* si rapides, qu'on peut le mettre au nombre des savans précoces. A l'âge de dix ans, il savoit plusieurs langues vivantes. Il publia en 1708 la Continuation de la *Chronique de Bergen*, par *Meibomius*. Après avoir donné pendant quelques années, des leçons publiques à Hall, il devint à l'âge de 24 ans professeur d'histoire à Helmstadt. Son mérite fut ensuite récompensé, par les titres de conseiller, d'historiographe, et de bibliothécaire du roi de la Grande-Bretagne, à Hanovre. Ce savant mourut en 1729, à 37 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Les quatre premiers volumes d'une *Histoire de l'Empire*, exacte, mais pesamment écrite. II. *Collectio Monumentorum veterum et recentiorum, ineditorum*, 2 vol. in-8.º
HAILLAN, (Bernard de Girard, seigneur du) né à Bordeaux en 1535, commença par la poésie, et s'adonna ensuite entièrement à l'histoire. *Charles IX* l'honora du titre de son historiographe. Il étoit Calviniste; mais il se fit Catholique, quand il parut à la cour. *Henri III* le fit généalogiste de l'ordre du Saint-Esprit. Il mourut à Paris le 23 novembre 1610, dans sa 76e année. C'étoit un homme d'une imagination vive et d'un caractère bouillant. La manière dont il parle de lui-même dans quelques-uns de ses livres, prouve que la gloire et la fortune étoient deux divinités auxquelles il tenoit beaucoup. Il fait étalage de ses travaux, du succès de ses ouvrages, de leurs diverses éditions. Il témoigne trop visiblement qu'il voudroit être récompensé; et comme les censeurs empêchent quelquefois à un écrit, vain de recevoir le prix de ses peines, il traite les siens avec aigreur. Il écrivit au maréchal de Biron, que « Henri III ne l'avoit pas seulement remercié de l'hommage qu'il lui avoit fait de son Histoire de France, quoique ce fût le plus beau présent de livre qu'on lui eût jamais fait... Il lisoit et récompensoit, ajoute-t-il, bien de petites Œuvres, pleines de vilenies : il donnoit des abbayes à leurs auteurs, et ne fit cas de ce qui servoit à la gloire des siens et à la sienne. » On a de lui : I. Une Histoire de France, depuis Pharamond jusqu'à la mort de Charles VIII, en plusieurs vol. in-8°, et 1627, 2 vol. in-folio. C'est le premier corps d'Histoire de France, composé en françois : mais ce n'est pas le meilleur. L'auteur n'adopte pas, à la vérité, toutes les fables qui étoient en vogue de son temps. Il rejette même diverses traditions qu'un zèle indiscret pour la gloire de la France avoit répandues, et s'explique assez librement sur la Pucelle d'Orléans et sur d'autres objets. Mais il rapporte encore un assez bon nombre de faits incertains, pour devoir passer quelquefois pour crédule. Son style est celui de son pays, vif et fanfaron. Il a surchargé son Histoire de plusieurs harangues, ennuyeuses pour ceux qui ne cherchent que des faits, et mille fois plus insipides pour ceux qui aiment le style simple et naturel. Ces harangues sont presque traduites mot à mot de Paul Emile ; il l'a encore suivi dans plusieurs de ses narrations, en y ajoutant quelques remarques tirées d'ailleurs. Mais ce qu'il n'a copié nulle part, c'est le commencement de son Histoire, qui est entièrement de son invention. Il fait tenir un conseil entre Pharamond et ses plus fidèles conseillers, auxquels il donne des noms imaginaires. Il s'agit de savoir s'il doit réduire les François au gouvernement aristocratique ou au monarchique : chaque conseiller fait une harangue pour soutenir le pour ou le contre. Son ouvrage eut cependant un cours extraordinaire, malgré ces énormes défauts. Du Haillan, parlant sans ménagement du pape, des évêques et des maisons les plus illustres, plut infiniment à ceux qui ne cherchent dans la lecture que le plaisir de la satire. II. De l'état et succès des affaires de France, in-8°, 1613 : livre curieux qui offre des choses singulières, et quelques-unes de hasardées. Il contient, dit Lenglet, dans un détail assez exact, ce qui regarde l'état de la France. Le peut même servir pour commencer l'étude de notre Histoire. Dans la première édition in-4°, 1570, il y a un petit Abrégé de l'Histoire des comtes d'Anjou, qu'on ne trouve pas dans les éditions postérieures, qui sont meilleures à quelques égards. III. Regum Gallorum Icones versibus expressa, in-4°. IV. Histoire des Ducs d'Anjou, 1580, in-8°. V. Un Poème intitulé : Le Tombeau du Roi très-Chrétien Henri II, in-8°. VI. L'Union des Princes, autre poème in-8°. Du Haillan se croyoit un politique, et il avoit suivi l'évêque d'Acqs (Noailles) à l'ambassade d'Angleterre et de Venise.
HAIS, Voyez HAYS.
HAIWARD, Voyez. HAIWARD.
HAKEM-BAMRILAH, troisième calife de la race des Fati- fuites, commença à régner à l'âge de onze ans, sous la tutelle d'un gouverneur, l'an de J. C. 996. Son règne ne fut célèbre que par des extravagances. Il ordonna que, toutes les nuits, les maisons et boutiques du Caire fussent ouvertes et éclairées; que les femmes ne sortissent jamais de leur logis, et défendit aux ouvriers de faire aucune chaussure à leur usage. Il voulait passer pour Dieu, et fit faire un catalogue de seize mille personnes qui le reconnoissoient pour tel. Il fit brûler la moitié de la ville du Caire, et piller l'autre par ses soldats. Il obligea les juifs et les Chrétiens de porter sur leurs habits des marques qui les distinguassent des Musulmans: il en contraignit plusieurs à renoncer à la religion, puis il leur permit d'en faire une profession ouverte. Il fit démolir l'église de la Résurrection ou du Calvaire de Jérusalem, et la fit rebâtir ensuite. Il interdit le pèlerinage de la Mecque, supprima le jeûne du Ramadhan et les cinq prières par jour. Ses sujets s'imaginèrent qu'il avoit dessein d'abolir le Mahométisme, et de s'ériger en nouveau législateur: on conspira contre lui, et on le fit mourir. Il fut tué sur le mont Mocatam l'an 1021, par ordre de sa sœur, à ce que l'on croit.
HALBAUER, (Frédéric) théologien Luthérien, naquit à Alstad en Thuringe, l'an 1692. Il devint professeur d'éloquence et de poésie en 1713, puis de théologie dans la même académie en 1738. On a de lui des livres théologiques: un grand nombre de Dissertations académiques: des Lettres; des Recueils; de nouvelles éditions d'auteurs célèbres, etc. Ce savant n'étoit guère au-dessus d'un compilateur. Il mourut l'an 1750, à 58 ans.
HALDE, (du) Voyez Du HALDE.
HALE, (Matthieu) naquit à Aldermy, dans le comté de Gloctester, en 1609, d'un marchand drapier. Il exerça la charge de chef de justice du banc du roi, sous Charles II, avec autant d'intégrité que de lumières. Il étoit à la fois jurisconsulte, théologien et philosophe. Ses mœurs étoient encore plus estimables que ses connaissances. Sa vie étoit réglée. Il avoit été élevé dans la secte des Puritains; mais sa simplicité et sa douceur lui gagnèrent l'amitié et l'estime du parti opposé. On a de lui: I. La première origine des Hommes, 1677, in-foli. II. Contemplations morales et théologiques, 1679, in-8. III. Observations sur les Expériences de Toricelli. IV. Essai sur la gravitation des Corps fluides, 2 vol. in-8. V. Observations sur les principes des Mouvemens naturels, 1677. VI. Histoire des Ordonnances Royales, 1668. On peut consulter sur ce savant, sa Vie, par Burnet, évêque de Salisbury. Il mourut en 1676, à 67 ans.
HALES, (Jean) professeur en langue Grecque à Oxford, étoit né à Bath en Sommerset, l'an 1584, d'une famille honnête. Il accompagna en 1618, l'ambassadeur de Jacques I en Hollande, et s'y fit aimer et estimer des savans de ce pays. Les révolutions arrivées en Angleterre, sous Charles I, bouleversèrent la fortune de Hales, fidelle à son prince, et zélé pour l'Église Anglicane. N'ayant jamais voulu se soumettre au parti dominant, il fut privé de ses bénéfices, contraint de vendre sa bibliothèque pour avoir du pain, et de se retirer dans la maison d'une pauvre veuve, dont le mari avoit été autrefois son domestique. Il y mourut le 19 mai 1656, à 72 ans. On a de lui, des Sermons et des Opuscules théologiques, 1716, in-12. Le principal est son Traité du Schisme et des Schismatiques, dont les principes déplurent aux religions dominantes, autant qu'ils plurent aux personnes sages et modérées. Hales étoit, dans le commerce de la vie, un modèle de justice et de véracité, de douceur, d'humilité et de charité. Si le principal but de l'Évangile est de nous porter à la vertu et à la bienfaisance, peu de personnes l'ont aussi bien rempli que lui... Voyez HALLES.
HALÈS, Voyez ALÈS.
HALI-BACHA, gendre de Sélim II, et général de la flotte des Turcs en 1570 et 1571, après avoir ravagé plusieurs isles de la république de Venise, combattit dans le golfe de Lépante contre l'armée Chrétienne, qui venoit à pleines voiles sur sa flotte. Don Juan d'Autriche ayant vigoureusement attaqué la capitane, Hali tomba mort d'un coup de monsquet; et les Espagnols y montèrent aussitôt, en arrachèrent l'étendant, et s'en rendirent les maîtres. Don Juan fit en même temps crier Victoire! Les Chrétiens ayant gagné la bataille, firent prisonniers les deux fils de Hali, et les conduisirent à Rome, où l'un d'eux mourut, et l'autre fut renvoyé à la princesse sa mère, qui avoit fait de magnifiques présens à Don Juan, pour obtenir sa liberté.
HALI-BEG, premier dragoman ou interprète du grand seigneur, fut amené de Pologne à Constantinople par les Tartares qui l'avoient fait esclave. Il fut élevé dans le sérail. Il savoit dix-sept langues; le françois, l'anglois, l'allemand, lui étoient aussi familiers que sa langue maternelle. Son principal ouvrage est un Traité de la Liturgie des Turcs, de leurs Pèlerinages à la Mecque, de leur Circoncision, et de la manière dont ils visitent les malades. Ce traité curieux fut inséré par Smith, qui le traduisit en latin, dans les Appendix de l'Itinera mundi d'Abraham Peritsol, à Oxford, 1691, in-4. Hali-Beg pensoit sérieusement à quitter le Mahométisme pour le Christianisme, dans lequel il avoit été élevé, lorsqu'il mourut, en 1675. Voy. I. DAVID, à la fin.
HALITGARIUS, Voyez RABAN.
HALI, (Joseph) surnommé le Sénèque d'Angleterre, naquit à Ashby, dans le comté de Leicester, en 1574. Après avoir professé l'éloquence avec succès, il fut doyen de Worcester, ensuite évêque d'Excester, et enfin de Norwich. Il eut beaucoup à souffrir dans les orages des guerres civiles de Cromwell; il fut emprisonné, dépouillé de ses biens, et mourut la plume à la main en 1658, à 82 ans. C'étoit un philosophe, quant à la théorie et à la pratique. On remarque dans tous ses Ouvrages imprimés in-folio, à Londres, 1662, un style pur, simple et clair, et une modération qui venoit peut-être de son indifférence pour les différentes religions. On l'accusa de pencher vers le tolérantisme. Il auroit voulu réunir toutes les sectes divisées. « Nous sommes tous frères, dit-il un jour dans un de ses Sermons : pourquoi donc employons-nous les termes injurieux de Calvinistes et d'Arminiens ? Nous sommes tous Chrétiens, n'ayons donc qu'un même sentiment. » Il disoit que le livre le plus utile seroit, De paucitate credendorum... Fuller dit de lui dans ses opuscules, « qu'il ne traitoit pas mal la controverse : qu'il étoit plus heureux dans les Commentaires, supérieur dans ses Caractères, encore meilleur dans ses Sermons, et enfin parfait dans ses Méditations; » mais il ne faut pas prendre cette gradation antithétique à la lettre. Son livre Mundus alter et idem, in-12, est une peinture des mœurs de plusieurs nations. Quelques-uns des écrits de ce prélat ont été traduits en françois par Théodore Jacquemot, Genève, 1627, 10 vol. in-12. Urbain Chevreau a aussi traduit de Hall, l'ouvrage intitulé : Des Considérations fortuites; celui ayant pour titre : De la Tranquillité d'esprit, Lyon, 1660, in-12; enfin, l'École du Sage, ou caractères des vertus et des vices, Paris, 1664, in-12. — Il ne faut pas le confondre avec Jean HALL, né à Durham en 1627, mort en 1656, dont on a des Poésies angloises, en deux volumes, et une Traduction en anglois de Longin, 1652, in-8. I. HALLÉ, (Pierre) né à Bayeux en 1611, acheva ses études à Caen. Il s'y distingua tellement par ses Poésies, qu'il fut nommé professeur de rhétorique, et recteur de l'université de cette ville. Le chancelier Séguier étant allé à Caen pour appaiser les troubles de Normandie, conçut pour lui beaucoup d'estime, et l'amena à Paris : Hallé y devint régent de rhétorique au collège d'Harcourt, puis lecteur en grec au collège royal, et enfin professeur en droit canon. Il mourut à Paris le 27 décembre 1689, à 78 ans. C'étoit un homme exempt d'ambition, de mœurs exactes, et uniquement occupé des devoirs de son état. On a de lui : I. Des Poésies et des Harangues Latines, recueillies ensemble en 1655, in-8. II. Des Ouvrages de Jurisprudence. Il a bien écrit dans ces différens genres.
II. HALLÉ, (Antoine) professeur d'éloquence dans l'université de Caen, et l'un des meilleurs poètes Latins de son siècle, étoit de Bazanville près de Bayeux. Il mourut à Paris le 3 juin 1675, à l'âge de 83 ans. On a de lui, plusieurs Pièces de Poésie, in-8, et quelques Traités sur la Grammaire Latine. — Son frère Henri HALLÉ, mort en 1688, professeur de droit dans la même université, n'avoit point d'égal dans la manière aisée et pleine d'agrément avec laquelle il expliquoit les difficultés de la jurisprudence.
III. HALLÉ, (Claude-Guy) — peintre, né en 1651, mort en 1736, à Paris sa patrie, à 85 ans, dut sa supériorité dans son art, à l'étude constante de la nature. Il devint directeur de l'académie de Peinture, et se concilia l'estime des connoisseurs, par ses talens, et leur amitié par l'enjouement de son caractère. *Hallé* ne vit jamais l'Italie, et il peignit cependant dans le bon goût Italien, en étudiant très-assidûment les tableaux des grands maîtres qui sont dans les cabinets des amateurs à Paris. Ce peintre avoit une douceur de mœurs singulière. On le nomma un jour arbitre au sujet d'un tableau qu'on ne vouloit pas recevoir, parce que le jeune peintre à qui on l'avoit commandé s'en étoit fort mal acquitté, *Hallé* retoucha le tableau, et termina le différent au contentement de toutes les parties. Ce maître disposoit heureusement son sujet : ses compositions sont riches, ses têtes gracieuses ; son dessin est correct, son coloris agréable, sa touche facile, et le clair-obscur est ménagé dans ses ouvrages avec beaucoup d'intelligence. On voit de ses tableaux dans l'église de Notre-Dame, entr'autres une *Abonciation*, peinte avec tant d'agrément et de vérité, qu'elle semble sortir de l'école du *Guide* ; à Saint-Jacques de la boucherie ; à Saint-Germain-des-Prés ; dans la chapelle du collège des Jésuites ; dans l'église de la Charité ; à Saint-André-des-Arcs ; à Saint-Paul ; dans l'église et dans la chapelle du Séminaire de Saint-Sulpice ; aux Filles du Saint-Sacrement ; dans les salles de l'académie. On a gravé d'après lui. Il laissa un fils, *Noël*, (*Voyez* l'article suivant), et une fille mariée au fameux *Restout*. — IV. HALLÉ, (*Noël*) fils du précédent, naquit à Paris le 2 septembre 1711, et y mourut le 5 juin 1781. Consacré de bonne heure à la peinture comme son père et son grand-père, il alla perfectionner ses talens à Rome. De retour dans sa patrie, il parvint successivement à tous les grades de l'académie de Peinture, et fut nommé, en 1771, surintendant des tapisseries de la couronne. L'académie de Rome étoit dans un grand désordre : *Hallé* fut choisi pour y aller faire des réformes utiles, et il remplit si bien sa commission, qu'à son retour il obtint le cordon de Saint-Michel. Ses tableaux ornoient les églises de Paris et les maisons royales. Sa composition est grande, son expression heureuse et noble, sa perspective parfaite. Les morceaux d'architecture y sont traités avec autant d'exactitude que de supériorité. Parmi les tableaux qui servirent de modèles aux tapisseries des Gobelins, on cite la *Course d'Hippomène et d'Atalante* ; *Achille dans l'isle de Syros* ; *Silène et Égle*. On loue encore avec raison, le plafond de la chapelle des fonds baptismaux de Saint-Sulpice, et le tableau de la prédication de St. Vincent — de Paule, à Saint-Louis de Versailles.
HALLER, (*Albert*) célèbre — médecin de Berne sa patrie, mort dans cette ville le 13 décembre 1777, dans un âge avancé, devint membre du conseil souverain de cette république, et chevalier de l'Étoile polaire. Il fut, dès l'âge de neuf ans, un prodige de savoir. Son génie et son amour pour l'étude ne purent être étouffés par la dureté d'un pédant qu'on lui donna pour précepteur : le naturel heureux de l'élève eut encore plus de force que la sottise du pédagogue. Il commença par être poète. Il eut le courage de s'exposer au feu pour sauver ses vers, et l'année suivante, il eut le courage plus grand de jeter au feu ces mêmes productions qu'il en avoit tirées. Les spectacles touchans et magnifiques que la nature offre dans les Alpes, ranimèrent sa muse, et de temps en temps il donna des preuves de ses talens poétiques, en cultivant des sciences moins agréables, mais plus utiles. Sa réputation le fit appeler à Gottingue, où il fut fait président de l'académie. Celle des Sciences de Paris se l'agrégea en 1755, à l'imitation d'une partie des sociétés savantes de l'Europe. *Haller*, de retour dans sa patrie, qui le mit au nombre de ses magistrats, y fit, ainsi qu'à Gottingue, les établissements les plus avantageux aux sciences, et sur-tout à la médecine et à l'anatomie. Membre d'un état libre, il refusa le titre de *Baron de l'Empire*, qui auroit flatté sa vanité, sans ajouter à sa gloire. Il fut, jusqu'à ses derniers momens, homme de cabinet et homme d'état. Son activité et son ardeur pour le travail étoient si grandes, qu'ayant eu le bras droit cassé, il apprit en une nuit à écrire passablement de la main gauche. Il étoit sans cesse en action, et il y mettoit tout ce qui étoit autour de lui. Lorsqu'il sentit sa fin approcher, il observa ce spectacle avec tranquillité; se tâtant le pouls dans ses derniers instans, et disant à son médecin, au moment même où il expira: *Mon ami, l'artère ne bat plus*. Il avoit eu trois femmes, les avoit rendues heureuses, et avoit été heureux avec elles. Il avoit laissé un fils qui n'a guères survécu à son illustre père; il est mort en 1786, après avoir publié une *Biographie littéraire de la Suisse*, estimée; et s'être fait connoître comme botaniste et littérateur. La vie de *Haller* avoit été très-réglée. Entraîné dans sa jeunesse dans une partie de débauche, il conçut une telle horreur des excès dont il fut témoin, que dès ce moment il fut d'une sévérité extrême. L'impie *la Mettrie* voulut l'associer par des louanges insidieuses, à ses principes de matérialisme; mais il rejeta avec horreur les éloges de cet incrédule insensé. Il se montra toujours également ennemi de l'impiété et du fanatisme. Sa philosophie étoit douce et sage. Il avoit eu dans sa jeunesse le talent de la satire, et y avoit renoncé. Il disoit que la tranquillité vaut mieux que la gloire, et il se félicitoit d'être caché dans un coin du monde, et d'avoir peu de liaisons et peu d'influence. Sa charité active et tendre lui fit trouver des moyens et des ressources pour le soulagement des malheureux. *Bianzah*, dans ses *Lettres durant le cours de ses voyages*, fait le parallèle suivant de *Haller* et de *Voltaire*, qu'il avoit connus tous deux: «L'un est superficiel et l'autre solide; l'un fait des vers sur toutes sortes de sujets et verse sur tout les couleurs de ses fictions; l'autre, poète et philosophe, aime sur toutes choses la vérité et la vertu. L'un ne parle que de tolérance, et ne peut rien souffrir ni de Dieu ni des hommes; l'autre pratique la morale et l'évangile: l'un détruit, l'autre édifie.» *Haller*, ayant des principes si différens de *Voltaire*, estimoit médiocrement ses ouvrages, et ne suivoit en rien sa philosophie. Il est vrai que *Voltaire*, de son côté, faisoit nistes peu de cas de Haller, comme poète. Cependant les ou- vrages poétiques du médecin Suisse sont pleins d'imagination et de philosophie; mais on leur reproche une imitation, quelque- fois trop marquée, du style orien- tel, des détails peu piquants et des longueurs. La plupart de ses productions en ce genre, tra- duites en françois, parurent en 1775, in-8°. On distingue l'Ôle intitulée les Alpes, et une autre fort touchante que Haller fit sur la mort de son épouse. Ses ou- vrages sur la médecine et sur l'histoire naturelle, et ceux dont il a été l'éditeur, sont les sui- vans : La Formation du Poulet, traduite en françois, in-12; et l'irritabilité des uerfs, aussi tra- duite, 2 vol. in-12. Ce dernier livre est très-estimé. L'auteur a eu des vues nouvelles sur l'irri- tabilité, qu'il a le premier bien connue, et qui seule suffirait pour rendre son nom immortel, il a eu aussi des idées neuves sur la génération de l'homme, et sur la formation des os, consignée dans sa Physiologie. Ses autres écrits sont en latin : I. Stirpes Helvetiæ, Gottingue, 1742, in-fol. II. Opuscula minora, 3 vol. in-4°. III. Disputationes Anatoli- miæ, 8 vol. in-4°. IV. Dispu- tationes de Mortis, 7 vol. in-4°. V. Disputationes Chirurgicae, 5 vol. in-4°. VI. Bibliotheca Mediciæ theoricae et praesticae, 4 vol. in-4°. VII. Eumenia Physiologiae, 8 vol. in-4°, alvé- gés en notre langue par Taria, 1752, in-8°. Cet ouvrage est plein d'expériences curieuses et d'observations nouvelles. On y reconnaît un auteur qui ne se borrait pas à compiler sur la nature, mais qui savait l'inter- roger et la bien voir. VIII. Hip- pocratis Opera geminae, 1770; 4 vol. in-8°, etc. (Foy. MAC- QUART; et XXIV. ALEXANDRE Trallien.) Tous ses écrits ren- ferment des vérités bien déve- loppées, et quelques erreurs. Il avouoit lui-même qu'il s'étoit quelquefois trompé, et il avoit pris pour devise, à la tête d'un de ses ouvrages, une boussole avec ces mots : Fidem non abstulit error. IX. Des fictions ingé- nieuses, telles que Alfred, Fa- bias, Usong. Celle-ci a été tra- duite en françois, in-12. Ces romans moraux renferment des vérités utiles aux gouvernements. Haller, appelé à l'administration de sa patrie, y avoit déployé au- tant de sens que de modération, et de connoissance des droits de la justice. Il fut du petit nom- bre d'écrivains qui réunirent aux sciences exactes les lauriers des Muses.
HALLES, (Etienne) docteur en théologie, recteur de Thed- dingthon, chapelain du prince de Galles, et membre de la So- ciété royale de Londres, naquit en 1677. Il aspira de bonne heure à l'avantage d'être utile à sa pa- trie, et eut le bonheur de le trouver. Sa Statique des Ani- sains, fut traduite en françois par Sauvages, Genève, 1741, in-4°. Son ouvrage De la Sta- tique des Fegetaurs et de l'Ana- lyre de l'Air, le fut en 1735, in-4°, par Buffon. Il ré- pandit aussi en Angleterre l'u- sage du Ventilateur : machine dont d'autres physiciens avoient en l'idée, mais qu'il perfectionna. Il obtint en 1739, le prix fondé par le chevalier Copiey, et ce furent ses expériences sur la manière de dissoudre la pierre dans la vessie, qui le lui méri- tèrent. Nous avons encore de lui, l'Art de rendre l'Eau de la Mer potable, traduit en françois, in- 22; et plusieurs Dissertations sur l'eau de goudron; sur les injections utiles aux hydropiques; sur les tremblements de terre; sur l'électricité; sur la manière de faire passer de l'air à travers une liqueur qu'on distille; sur le moyen de conserver les approvisionnements dans les vaisseaux; sur les abus des liqueurs fortes, etc. Ces divers ouvrages pleins d'idées neuves et profondes, prouvent sa sagacité autant que son zèle pour le bien public. Ce naturaliste ingénieux est mort en 1761, à 84 ans, généralement regretté des gens de lettres et de ses concitoyens; qui viennent de lui élever un tombeau parmi ceux des rois d'Angleterre, dans l'abbaye de Westminster. Voyez HALES.
HALLERVORIT, (Jean), savant bibliographe de Konisberg, a publié une Bibliothèque curieuse des auteurs rares. Elle est en latin, et a été imprimée à Francfort en 1676, in-8.
HALLEY, (Edmond) né à Londres en 1656, s'adonna d'abord à la littérature et aux langues, et se consacra ensuite entièrement à l'astronomie, pour laquelle la nature l'avoit fait naître. Ayant résolu, dès l'âge de 19 ans, un problème très difficile, par lequel il détermina les aphélies et l'excentricité des planètes, le gouvernement l'envoya en 1675 à l'isle de Ste-Hélène. Ce voyage fut la source de plusieurs découvertes astronomiques. De retour dans sa patrie, il succéda à Wallis, en 1703, dans la place de professeur de géométrie à Oxford, et à Flamsteed, dans celle d'astronome du roi. La Société royale de Londres et l'académie des Sciences de Paris se l'associèrent: la première le fit son secrétaire, place qu'il remplit avec distinction. Cet habile homme mourut à l'observatoire de Greenwich, le 25 janvier 1742, à 86 ans, chargé d'années et de gloire. A un esprit vif et pénétrant, il joignit une imagination féconde et fleurie. Il s'amusa même quelquefois à la poésie. Il possédoit tous les talens nécessaires pour plaire aux princes qui veulent s'instruire, une grande étendue de connoissances, et beaucoup de présence d'esprit. Ses réponses étoient promptes, et cependant mesurées, judicieuses et toujours sincères. Lorsque le czar Pierre le Grand vint en Angleterre, il y vit Halley. Il l'interrogea sur la flotte qu'il avoit dessein de former, et sur les sciences et les arts qu'il vouloit introduire dans ses états. Sa curiosité ingénieuse fut tellement satisfaite de ses réponses et de son entretien, qu'il l'admit familièrement à sa table, et qu'il en fit son ami. Halley rassembloit encore plus de qualités essentielles pour se faire aimer de ses égaux. Il les aimoit; son esprit et son cœur se montroient animés, en leur présence, de la douce chaleur de l'amitié. Il étoit franc et décidé dans ses jugemens, égal et réglé dans ses mœurs, doux et affable, toujours prêt à se communiquer, et sur-tout d'un désintéressement extrême. Il s'ouvrit le chemin des richesses par ses travaux en faveur de la navigation; et il a ajouté à cette gloire, celle de n'avoir jamais rien fait dans la seule vue de s'enrichir. Il a vécu et il est mort dans cette médiocrité, dont le choix libre suppose tant de ressources dans l'âme et de lumières dans l'esprit. Quand le roi Guillaume ordonna le grand renouvellement des espèces d'Angleterre en 1699, et qu'il fit construire cinq monnoies hors de Londres, Halley fut nommé contrôleur de celle de Chester. C'est le seul emploi de cette nature qu'il ait jamais eu ou voulu avoir, et il ne le conserva que pendant les deux années que dura la refonte. Il étoit généreux, et sa générosité n'étoit point fastueuse. Ennemi de l'envie et des préjugés, il ignoroit ces préventions outrées en faveur d'une nation et injurieuses au reste du genre humain. Ami, compatriote et sectateur de Newton, il a parlé de Descartes avec respect; successeur de Wallis, il a su rendre justice à nos anciens géomètres. Des qualités si rares et si estimables étoient assassinées d'un fonds de gaieté admirable; ni ses recherches abstraites, ni la vieillesse, ni la paralysie dont il fut attaqué quelques années avant sa mort, ne purent jamais l'altérer. Les ouvrages qui font le plus d'honneur à sa mémoire, sont: I. Catalogus Stellarum australiorum; Londini, 1678, in-4.º Cet ouvrage fut donné la même année à Paris in-12, par Royer, avec la traduction françoise à côté, et un Planisphère céleste de l'hémisphère austral, pour faire une seconde partie à ses Cartes du Ciel et à son Catalogue des Etoiles. Celui de Halley avoit été dressé d'après les observations que l'auteur avoit faites en 1677 à l'isle de Ste-Hélène, pays le plus méridional que les Anglois eussent alors sous leur domination. II. Apollonii Pergæi de sectione rationis, Libri duo, ex Arabico manuscripto latinè versi, Oxonii, 1706, in-8°; et Apollonii Pergæi Conicorum Libri octo, et Sereni Antissensis, de sectione Cylindri et Coni, Libri duo, Oxonii, 1710, in-folio: éditions magnifiques, et qui sont le fruit d'un travail immense. Halley y a rétabli les textes originaux et les a traduits. III. Une autre édition des Sphériques de Menelaüs, Oxford, 1758, in-8.º IV. Tabulae Astronomicae, fort exactes, à Londres en 1549, in-4.º Elles ont été traduites en françois par l'abbé Chappe d'Auteroche, in-8°, 1754; et par de la Lande, 1759, in-8°: cette dernière traduction est la plus estimée. V. Abrégé de l'Astronomie des Comètes; c'est par une prédiction de Halley, qu'on a cru démontrer le cours des comètes; mais les astronomes ne sont pas encore d'accord sur l'apparition fixe et régulière de ces astres caudataires. VI. Théorie sur les variations de la Boussole, dans les Mémoires de la Société royale. Il dressa une carte pour ces variations, qui est d'un grand usage. On la trouve dans l'Essai de Physique de Musschenbroek, publié à Leyde en 1739. VII. Méthode directe et géométrique, pour trouver les aphélies et les excentracités des Planètes. VIII. Un Mémoire sur un Telescope de son invention, qui fit beaucoup de bruit dans le monde savant. IX. Plusieurs autres Mémoires sur différents points de physique et d'astronomie. X. Quelques Vers latins.
HALLIER, (François) né à Chartres, docteur et professeur de Sorbonné, fut successivement archidiacre de Dinan, théologal de Chartres, syndic de la faculté de théologie de Paris, et enfin évêque de Cavaillon en 1656. Il ne garda pas long-temps ce siège, étant mort en 1659, à 64 ans, d'une paralysie qui lui fit oublier tout ce qu'il avoit su, jusqu'à l'Oraison dominicale. *Hallier* fit plusieurs voyages dans la Grèce, en Angleterre, en Italie, et partout il fit admirer ses talens. *Urbain VIII* l'auroit fait cardinal, si une forte brigue et des raisons d'état n'avoient fait passer le chapeau qui lui étoit destiné sur la tête du commandeur de *Valencey*. Dans son second voyage de Rome, en 1652, il fit éclater beaucoup de zèle contre les cinq propositions de *Jansénius*, dont il sollicita et dont il obtint la condamnation. De là le bien et le mal que les deux partis ont dit de lui. En ne le considérant que comme savant, on reconnoit généralement dans ses ouvrages, de la force dans les raisonnemens, et de l'érudition dans les recherches. Les principaux sont: I. Un savant *Traité de la Hiérarchie*. II. Des *Commentaires sur les Réglements du Clergé de France touchant les Réguliers*, qui l'exposèrent à une grêle d'écrits de la part des *Jésuites Cellot*, *Bauni*, *Pintereau*, etc. III. Un *Traité des élections et des ordinations*, 1636, in-fol. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, comme le dit l'abbé *Ladvocat*, qui devoit se contenter de l'appeler le chef-d'œuvre de l'auteur. Cet ouvrage lui valut une pension de la part du clergé de France; il est bon et méthodique. IV. Des *Écrits Polémiques* contre les *Jansénistes* et contre les réguliers, sur-tout contre les Jésuites. Tous ces ouvrages sont en latin.
HALLIER, *Voyez* III. HOSPITAL.
HALLIFAX, (le Comte de) *Voy*. MONTAGUE.
HALLMANN, (Jean-Chrétien) renonça au Luthéranisme pour embrasser la religion Catholique, et mourut à Breslaw dans une extrême misère en 1704. Il a laissé diverses *Pièces de Théâtre*, en allemand.
HALLUIN, (le duc d') *Voy*. II. SCHOMBERG.
HALMA, (François) savant imprimeur Allemand, étoit tout à la fois Poëte, Grammairien et Historien. Les éditions qu'il a publiées sont correctes et recherchées. Il imprima d'abord à Utrecht en 1682; il transporta ensuite ses presses à Amsterdam en 1701, et à Leewarde en 1713.
HALS, (N.) peintre de Harlem, mort en 1666, à 67 ans, excelloit dans le portrait. Les siens sont pleins de force et de vie; mais ils manquent de moelleux. *Hals* n'avoit pas le temps de les retoucher; il étoit toujours pressé de retourner à la taverne, où il oublioit ses travaux, sa femme et ses enfans.
HALTAÜS, (N.) Allemand, très-versé dans la connoissance des Etymologies, a publié un *Glossaire* de sa langue dans le moyen âge. *Haltaüs* est mort à la fin du siècle qui vient de finir.
HALYATES, *Voyez*. ALYATES.
HAMAYDE, (Ignace-François) docteur et professeur en 76 HAM droit à Louvain, mort dans cette ville le 21 mars 1712, à 64 ans, fut l'oracle des Pays-Bas. On le consultoit de toutes parts et sur toutes les matières. Sa piété épa- loit son savoir. De tous ses écrits, le plus utile est le traité *De reconstitutionis Judicum*. On s'en sert souvent dans les tribunaux, et avec avantage.
HAMBERGER, (George-Albrecht) né à Beyerberg en Franconie, l'an 1622, mourut le 15 février 1726, à 63 ans, à l'ère, où il professoit la phy- sique et les mathématiques. On a de lui divers traités sur ces deux sciences, fort estimés. Les plus connus sont : I. *De Iride dilucis*. II. *De opticis oculorum viaris*. III. *De Hydraulici*, de *frigore*. IV. *De basi Computi ecclesiastici*, etc.
HAMDAM, (le Baron de) *Voyez CAPEL*.
HAMEL, (du) *Voy*. DUHAMEL.
HAMELMANN, (Herman) né à Osnabruck en 1525, com- mença à y prêcher la doctrine de *Luther*. Chassé de cette ville, il fut reçu à Bielefeld par les cha- noines, et il instruisit la jeunesse selon le catéchisme de son pa- triarche. Il fut nommé ensuite surintendant des églises du duché de Brunswick, pour les régler selon la confession d'Augsbourg. Enfin, il devint surintendant gé- néral du comté d'Oldenbourg en 1593, et mourut en 1595, à 70 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. *Commentarius in Penta- teucham*, 1593, in-fol. II. *Historia Westphalorum seculi* XVI. III. *Chronicum Oldenburgicum*, etc. On y trouve d's recherches, mais peu de méthode et d'a- grément.
HAMERSLEIN, *Voyès* BRUNER.
HAMID IV, (Abdul) dernier sulian des Turcs, succéda à son frère *Mustapha*, et continua la guerre que celui-ci avoit déclarée à la Russie : il n'obtint pas de grands succès contre cette puis- sance, et mourut au commen- cement de 1589. *Abdul Hamid* étoit un dévot rigoriste, très- attaché à toutes les pratiques prescrites par l'Alcoran. Son ne- Veu, *Selim III*, fils de *Musta- pha*, est son successeur. I. HAMILTON, (Antoine, + comte d') de l'ancienne maison de ce nom, en Ecosse, naquit en Irlande, et passa en France avec sa famille, qui avoit suivi *Charles II*, lorsqu'il vint y cher- cher un aille après la mort de son père. Ce prince ayant été rétabli sur le trône de ses an- cêtres, *Hamilton* le suivit en Angleterre. Ce fut alors que le comte de *Grammont* connut sa sœur, une des plus aimait les per- sonnes de son sexe. Il lui fit assi- dument sa cour, et lui promit de l'épouser. Mais, soit incons- tance, soit pour quelque autre raison, il partit de Londres sans remplir sa promesse. *Hamilton*, sensible à cet affront, court sur ses pas, résolu à lui proposer de se battre, s'il refuse de remplir ses engagements. Il atteint le comte de *Grammont* à quelques milles de Londres. Après les premiers com- plimens, il lui demanda froide- ment s'il n'avoit rien oublié dans cette capitale. *Oui*, dit le comte qui pénétra son dessein, j'ai oub- lié d'épouser votre sœur, et il retourna à Londres pour faire ce mariage. Le nouvel époux em- mena sa femme en France. Le comte d'*Hamilton* passoit sou- vent la mer pour la voir. Il fut obligé, enfin, de s'y fixer pour toujours, lorsque *Jacques II*, après la perte de ses états, vint s'y réfugier. Il mourut à Saint-Germain-en-Laye, le 6 août 1720, à 74 ans, après avoir fait les déliges des personnes du premier rang, par les agrémens de son caractère, et celles du public, par les charmes de ses vers et de sa prose. Il avoit l'esprit aisé et délicat, l'imagination vive et brillante, un jugement sûr et beaucoup de goût; et, ce qui est supérieur à tous les talens de l'esprit, il étoit doué des qualités du cœur les plus estimables. On ne lui reproche que son penchant pour la satire, que ni le grand monde, ni la philosophie, ne purent corriger. Ses ouvrages recueillis en 1749, en six petits vol. in-12, renfurment : I. Des *Poésies*. Le plus joli morceau dans ce genre, est son *Epitre* au comte de *Grammont*, mêlée de prose et de vers. *Chapelle* et *Chaulieu* n'ont rien de plus naïf, de plus élégant, de plus délicat. Les autres pièces de cet écrivain n'ont ni la même beauté, ni la même finesse, ni la même correction. La totalité du plus petit de ses ouvrages, dit l'abbé des *Fontaines*, est presque toujours assez mauvaise. Il en est peu cependant où l'on ne découvre cette légèreté de style, ce ton aisé d'un homme de qualité, plus courtisan que poète, II. Des *Contes* de féerie : 1. *Zénédée*; mélange monstrueux de faits historiques et d'aventures fabuleuses, ni instructives, ni agréables : 2. Les *Quatre Facardins*; enchaînement insipide d'histoires qui se croisent les unes les autres, sans qu'on voie la fin d'aucune : 3. Le *Bélier*; conte moins instructif qu'amu- sant, qui offre des saillies heureuses, des descriptions brillantes, des peintures de mœurs, finement enveloppées sous le déguisement ingénieux de la fable : 4. *Fleur d'épine*; conte plein de naturel, d'intérêt et de goût, mais inférieur au précédent pour le fond et pour la forme. III. Les *Mémoires du Comte de Grammont*, qui occupent 2 vol. de cette édition, et qu'on a imprimés séparément en un vol. in-12. Ces Mémoires sont, de tous les livres, celui où le fonds le plus mince est paré du style le plus gai, le plus vif et le plus agréable. C'est le modèle d'une conversation enjouée, plus que le modèle d'un livre. « Son héros n'a guère d'autre rôle, dit M. de *Voltaire*, que celui de friponner ses amis au jeu, d'être volé par son valet de chambre, et de dire quelques prétendus bons mots sur les aventures des autres. » Mais plus le badinage du héros et de l'historien est léger, plus le livre est immoral. Son succès fut un avis pour les gens du bel air, qu'ils seroient désormais dispensés d'avoir des mœurs et de la probité, s'ils avoient de l'audace et de la bravoure, de l'esprit et de l'enjouement. *Dorat* a mis sur la scène le chevalier de *Grammont*; mais d'un ouvrage piquant il n'a fait que des pièces froides et les plaisanteries d'*Hamilton*, transplantées, perdirent leur à-propos et leur gaieté. Une chose remarquable, c'est un *Hamilton*, qui est si gai dans les *Mémoires de Grammont*, étoit sérieux dans la société. On a publié, en 1776, un septième volume des *Œuvres d'Hamilton*, à Paris, chez *le Jai*, qui peut servir de supplément aux six autres.
II. HAMILTON, (William) chevalier Anglois, ambassadeur à Naples, a laissé un nom respectable dans les sciences, par son savant et bel ouvrage sur le Vésuve et les Volcans. Le luxe typographique et celui de la gravure se sont réunis au mérite des recherches et du savoir pour rendre cet écrit précieux. En 1802, M. Ordinaire a dédié son *Histoire naturelle des Volcans* aux mânes d'Hamilton, mort quelques années auparavant.
HAMMON, *Voyez* AMMON.
HAMMOND, (Henri) docteur en théologie d'Oxford, naquit à Chersey dans la province de Surrey, et mourut le 25 avril 1660, à 55 ans, chargé de la conduite du diocèse de Worcester, dont il devoit être évêque. Ses ouvrages ont été recueillis à Londres en 1684, en 4 vol. in-fol. Il y en a quelques-uns en latin; mais le plus grand nombre est en anglois. On distingue ceux-ci: I. Un *Catéchisme Pratique*; c'est un abrégé de la morale Chrétienne. II. Un *Commentaire sur le Nouveau-Testament*, traduit en latin par *Jean le Clerc*, 1698, 2 vol. in-fol. Cette traduction vaut mieux que l'original. Le style anglois d'Hammond est fort négligé, dur et embarrassé; le *Clerc* lui ôta ces défauts; et son travail fut fort estimé en Angleterre. Cependant, comme il critique son auteur en divers endroits, quoique avec beaucoup de retenue, quelques personnes, jalouses de l'honneur de leur compatriote, furent choquées de la liberté que le traducteur avoit prise. On vit même paroître deux petits livres contre lui à ce sujet; mais il les méprisa. Le *Clerc* se contenta de faire voir en peu de mots qu'il étoit facile de les réfuter, lorsqu'on réimprima à Francfort, en 1714, sa traduction en 2 vol. in-fol. Cette seconde édition est augmentée d'un grand nombre de notes tirées, pour la plupart, de celles de sa traduction française du Nouveau-Testament. III. Un *Commentaire sur les Pseumes*, etc.
II. HAMMOND, (Jacques) fils d'un poète Anglois, *Antoine-Hammond*, et poète lui-même, surpassa son père. Il naquit en 1710, et mourut en 1749. On a de lui des *Élégies*, qui respirent la douceur et la tendresse. Il avoit une pension de la cour, et avoit été député au parlement en 1741. Cazin a publié à Paris, in-12, quelques-unes de ses Poésies avec celles d'Hammond. I. HAMON, natif de Blois, écrivain de profession, montra à écrire à *Charles IX*, dont il devint ensuite secrétaire. Il entreprit de donner au public quelques essais des différentes manières d'écrire, dont on s'étoit servi dans les siècles précédens, et même dans les plus éloignés. Il réussit heureusement dans ce projet, qu'il exécuta vers l'an 1566, avec le secours des manuscrits de la bibliothèque du roi, et de ceux des abbayes de St-Denys et de St-Germain-des-Prés à Paris; mais il abusa de son talent; et ayant été convaincu d'avoir supposé des pièces fausses, il fut pendu à Paris le 7 mars 1569. Ce malheureux étoit hygienot, et l'histoire des prétendus martyrs du Calvinisme suppose qu'il fut exécuté pour cause de religion.
II. HAMON, (Jean) docteur en médecine de la faculté de Pa- ris, né à Cherbourg en Normandie, mourut à Port-Royal-des-Champs le 22 février 1687, à 69 ans. Il étoit depuis trente ans dans cette retraite, à laquelle il se consacra, après avoir donné son bien aux pauvres, et vendu sa bibliothèque. Sa vie fut une pénitence continuelle. Ce pieux solitaire mit au jour plusieurs ouvrages, écrits de ce style ferme, élégant, arrondi, qui étoit propre à tous les auteurs de Port-Royal. Les principaux sont : I. Des Soliloques en latin, traduits en françois par M. l'abbé Goujet, sous ce titre : Gémissemens d'un cœur Chrétien, exprimés dans les paroles du Pseumme cxxviii ; Paris, 1731, in-12. II. Un Recueil de divers Traités de piété, Paris, 1675, 2 vol. in-12, et deux autres Recueils en 1689, 2 vol. in-8. III. La Pratique de la Prière continuelle, ou Sentimens d'une Ame vivement touchée de Dieu, in-12, traduite par dom Duret. VI. Explication du Cantique des Cantiques, avec une longue préface de Nicole, Paris, 1703, 4 vol. in-12. V. Quelques autres ouvrages marqués de même au coin de Port-Royal, c'est-à-dire écrits avec autant de solidité que d'élégance. Boileau a fait ces vers en son honneur. Tout brillant de savoir, d'esprit et d'éloquence, Il courut au désert chercher l'obscurité ; Aux pauvres consacra son bien et sa science ; Et trente ans dans la jeune et dans l'austérité ; Fit son unique volupté Des travaux de la pénitence. — HAMSA, docteur Mahométan, vivoit vers l'an 1020, sous le calife Haken. Mécontent du gouvernement, il ne craignit pas d'oser entreprendre d'abolir le Mahométisme. Pour ôter à l'Alcoran toute la considération qu'on lui portoit, il jugea habilement qu'il falloit opposer un nouveau plan de religion à celui du faux prophète. Il composa un livre plus élégant et d'une aussi grande pureté de style que l'Alcoran, et il l'intitula : Le Livre des témoignages des Mystères de l'Unité. Les connoisseurs prétendent que cet ouvrage égale, pour le moins, l'Alcoran. Petit de la Croix, qui le traduisit de l'arabe en françois, par l'ordre de M. de Pontchartrain, dit qu'on peut l'appeler la crème de l'élégance Arabique. Mais, tout élégant qu'il étoit, il ne produisit rien ; et l'éloquence brute de l'Alcoran fit toujours la même impression sur les peuples qui professoient le Mahométisme.
HAN, (Du) Voyez DURAN.
HANBALITES, Voy. l'article ASCARI.
HANCKIUS, Voy. HANKIUS.
HANDEL, (George-Frédéric) — musicien célèbre, né à Hall en Saxe, l'an 1684, d'un valet de chambre du dernier archevêque de Magdebourg, Auguste duc de Saxe, composa dès l'âge de dix ans une suite de sonates à trois parties, qui se trouvent maintenant dans la collection britannique. Bientôt après il fit le voyage d'Italie pour cultiver ses talens. S'étant trouvé à Venise dans le temps du carnaval, sans se faire connoître, il joua de la harpe dans une mascarade. Dominique Scarlatti, le plus habile musicien sur cet instrument, l'entendit et s'écria : Il n'y a que le Saxon ou le Diable qui puis- sent jouer ainsi. Handel, arrivé à Hambourg dans l'été de 1703, s'engagea comme violon à l'orchestre de l'opéra, et paroissoit alors si tacturne qu'il auroit passé pour inopte, sans des Cantates qu'il publia, et dont l'harmonie fut trouvée excellente. Ses autres talons furent bientôt découverts. Le joueur de clavecin de l'opéra étant absent. Handel offrit de quitter son violon pour le remplacer : il se montra alors un maître très-habile, au grand étonnement des auditeurs, et excédoit aussi dans le hautbois. Une place d'organiste à Lübeck était venue à vaquer, il alla s'y faire entendre ; mais il ne concourait point pour la place, parce qu'une des conditions pour l'obtenir, était d'épouser une femme du pays. Il prit querelle à cette époque avec le musicien *Matthéron* ; ils se battirent devant l'entrée de l'opéra, le 5 décembre 1704. Heureusement l'épée de *Matthéron* se cessa contre un bouton de métal de l'habit d'*Handel*, ce qui mit fin au combat ; et bientôt après ils s'unirent de la plus étroite amitié. Handel ayant reçu, en 1710, des invitations très-pressantes d'aller en Angleterre, s'y rendit et s'y enrichit. Ses *Opéra* enchantèrent la ration Britannique, qui le combla de biens et d'honneurs pendant sa vie, et lui érigea un monument après sa mort, arrivée en 1759, à Londres, à 75 ans. Il laissa une succession de vingt mille livres sterlings. Ce musicien a composé des *Opéra*, des *Oratorio*, des *Sonates*. La musique de *Handel* est noble, expressive, pleine d'harmonie et d'images. L'estime qu'il avoit pour son art, et un sentiment trop profond de sa propre supériorité. lui inspiroient une sorte de fierté dont il ne sut pas réprimer les mouvemens ; mais cette fierté fut toujours franche et uniforme. Il n'étoit pas tour-à-tour tyran et esclave, frondeur dans un lieu et flatteur dans un autre. Sa vivacité contre les chanteurs étoit quelquefois extrême. La cantatrice *Cazzoni* ayant refusé un jour de chanter son air admirable, *falsa imagine*, dans l'opéra d'*Othon*, il s'approcha d'elle et lui dit, qu'il avoit appris qu'elle faisoit souvent le *Démon* ; mais que de son côté, il lui ferait connoître qu'il étoit *Béel-zobuth*, le prince des diables. Aussitôt la prenant par le milieu du corps, il jura que si elle n'obéissoit immédiatement à ses ordres, il la jetteroit par la fenêtre. *Handel*, sur la fin de ses jours, devint aveugle. Ce malheur n'altéra ni ses forces, ni ses facultés intellectuelles. Il continua d'exécuter des *Concerto*, et de composer des *Oratorio* et des *Chacuns*. Il étoit d'une taille élevée, corpulente et lourde dans ses mouvemens. Son air étoit majestueux ; ses manières et sa conversation brusques et décisives. Il avoit une humeur et une plaisanterie originales ; ses saillies étoient naturelles et pleines de feu. Il portoit une énorme perruque blanche : lorsque les choses alloient bien à l'*Oratorio*, elle prenoit un mouvement de vibration qui indiquoit le plaisir qu'il éprouvoit. Sans cela, les observateurs étoient certains qu'il étoit de mauvaise humeur. Aussi la princesse de Galles avoit-elle coutume de dire avec douceur, à ceux qui parloient un peu trop haut auprès d'elle : *Chat ! la perruque d'Handel est en colère*. Ce musicien célèbre n'assujettit jamais jamais ses talens aux caprices de ces protecteurs à la mode et de ces pédans du beau monde, qui croient qu'on achète le don de sentir les arts, et qui glacent le génie en prétendant régler son essor. Handel conserva sa liberté dans un temps où d'autres se seroient enorgueillis de la dépendance. Il fut généreux dans la pauvreté, et n'oublia pas ses anciens amis dans l'opulence. Voyez SCARLATTI.
HANGEST, ( Jérôme de ) docteur de la maison de Sorbonne, natif de Compiegne, d'une famille noble et ancienne, fut chanoine, écolâtre et grand vicaire de l'église du Mans, sous le cardinal de Bourbon, évêque de cette ville. Il y mourut le 8 septembre 1538. Ce savant se signala contre les Luthériens, et enfanta quantité d'ouvrages de morale et de controverse. Le plus connu dans ce dernier genre, est son Traité des Académies, contre Luther. Il défend les universités, et l'usage d'y prendre des degrés, et justifie la bonne théologie scolastique; mais celle de son temps n'étoit pas la meilleure, et cette science n'a repris son lustre que sous Louis XIV, avec toutes les autres. On a encore de lui: I. Un traité de controverse, intitulé: Lumière Evangélique sur la sainte Eucharistie. II. Un autre, De libero arbitrio, etc.
HANIFAH, Voyez HABOU-HANIFAH.
HANKIUS, ( Martin ) né à Breslaw, en 1633, fut nommé professeur en histoire, en politique et en éloquence, l'an 1661, bibliothécaire d'Elizabeth, dans la même ville en 1670, protecteur du collège de cette princesse en 1681, enfin recteur et inspecteur de toutes les écoles de la confession d'Augsbourg dans ce pays, en 1688. Il mourut à Breslaw en 1709, à 76 ans, dont il en avoit employé 50 à professer. Voici les meilleurs ouvrages de ce savant estimable: I. De Byzantinarum rerum Scriptoribus liber, in-4°, 1677; ouvrage recherché pour l'érudition, mais trop diffus, quoique méthodique. II. De Bomanarum rerum Scriptoribus, 1669 et 1675, 2 vol. in-4°. Dans l'ouvrage précédent, l'auteur rend compte des écrivains de l'histoire Byzantine; dans celui-ci, de ceux de l'histoire Romaine. Il compile les différens jugemens qu'on en a portés. III. Plusieurs ouvrages sur l'Histoire et les Antiquités de la Silésie, tels que Antiquitates Silesiacæ ad annum 1170, 2 vol. in-4°, 1707; et De Silesiis indigenis eruditis, depuis 1165 jusqu'en 1550, in-4°, 1702 et 1705. IV. Des Harangues, des Comédies et des Poésies. Ces divers écrits lui acquirent tant de réputation en Allemagne, que l'empereur Léopold l'appela pour ranger certaines parties de sa bibliothèque.
HANNEKEN, ( Mennon ) théologien Luthérien, né à Blaxen dans le pays d'Oldenbourg en 1595, devint professeur de morale, puis de théologie et des langues orientales à Marpurg, et enfin surintendant des églises de Lubeck, où il mourut le 17 février 1671, à 76 ans. Ses principaux ouvrages roulent sur la controverse. On a encore de lui: I. Une Grammaire Hébraïque. II. Expositio Epistola Pauli ad 82 HAN Iphestos, Marp. 1631, in-4. — Philippe-Louis HANNEMAN, son fils, mort professeur de théologie à Wittemberg en 1706, est aussi auteur de divers ouvrages peu connus, sur l'Écriture, in-4° et in-12.
HANNEMAN, (Adrien) peintre, élève de Vandich, imita si bien son maître, qu'on confond quelquefois leurs tableaux. Il étoit né à la Haye vers 1610.
HANNIBAL, Voyez ANNIBAL.
HANNIBALIEN, (Flavius Claudius Hannibalianus) né à Toulouse et élevé à Narbonne, étoit neveu de Constantin. Ce prince l'ayant formé à l'art militaire, le déclara roi de Pont, de Cappadoce et d'Arménie, et lui fit épouser en 335, Constantine sa fille aînée. Il ne régna pas long-temps. Les soldats, excités par Constance, son cousin, le poignardèrent en 338, sous prétexte qu'il ne devoit y avoir d'autres Augustes que les fils de Constantin. Hannibalien périt à la fleur de son âge, dans une ville de Bithynie où étoit la sépulture du fameux Annibal. Il aimoit le faste, et l'on prétend qu'à l'exemple des rois de Perse, il prenoit le titre de Roi des Rois. I. HANNON, étoit fils de Naas, roi des Ammonites. Ses courtisans lui ayant insinué que les Ambassadeurs envoyés par David pour le complimenter sur son avènement à la couronne, n'étoient que des espions, il leur fit raser la barbe et couper les habits jusqu'à la moitié. Cette cruauté lui coûta la vie et son royaume, David lui ayant ôté l'un et l'autre.
II. HANNON, l'un des plus puissans citoyens de Carthage, voulant se rendre maître de la république, avoit invité aux noces de sa fille les sénateurs, pour les faire empoisonner. Son projet fut découvert; mais le sénat, appréhendant le crédit du coupable, se contenta de le prévenir par un décret, qui défendoit en général la trop grande magnificence des noces. Hannon n'ayant point réussi par la ruse, eut recours à la force ouverte. Il se retira, à la tête de 20,000 esclaves armés, dans un château extrêmement fortifié, d'où il tâcha d'engager les Africains et le roi des Maures à se révolter; mais il fut pris et conduit à Carthage. On enveloppa sa famille dans son malheur; et quoiqu'elle n'eût point de part à sa conjuration, elle fut exterminée avec lui.
III. HANNON, général Carthaginois, fut chargé par sa république de faire le tour de l'Afrique, vers l'an 570 avant l'ère chrétienne. Il entra dans l'Océan par le détroit de Gibraltar, découvrit plusieurs pays, et ne fut arrêté dans ses courses que par le défaut de vivres. Quelques savans ont prétendu qu'il étoit parvenu jusqu'à l'extrémité de l'Arabie; mais ce sentiment n'est pas fondé. Pline et Plutarque rapportent à son sujet une anecdote, qui montre combien ses compatriotes étoient jaloux de leur liberté. Il avoit tellement adouci la férocité d'un lion, qu'il s'en servoit pour porter une partie de son bagage. Les Carthaginois s'imaginèrent que cet homme, après avoir apprivoisé un animal si farouche, viendroit à bout de tout ce qu'il entreprendroit, et qu'ainsi ils avoient lieu de craindre qu'il ne se rendit maître de leur état. C'est pourquoi ils l'exilèrent pour le reste de ses jours... On a, sous son nom, des *Voyages* qui ne sont pas de lui. *Henri Bekler* en donna une savante édition en grec et en latin, avec des notes utiles, à Leyde 1674, in-12. On les trouve aussi dans les *Petits Géographes*, de l'édition d'Oxford, 1698.
HANNSACKS, poète Allemand, natif de Nuremberg. Il se forma en Allemagne un corps de Poètes, sous le nom de *Meister Sanger*, ou *Maîtres Poètes*. C'étoient des gens de métier, qui imaginèrent d'assujettir le talent des Muses aux statuts de leur communauté. Cette confrérie d'artisans accordoit la permission de faire des vers, et pour rimer en paix il falloit se faire inscrire sur les registres du corps, qui étoit divisé en *Garçons Poètes*, *Compagnons Poètes*, et *Maîtres Poètes*. Les licences s'expédioient dans ce bureau des Muses, au nom des compagnons et des maîtres. *Hannsacks*, mauvais cordonnier, mais poète passable, en étoit le doyen. Il a laissé cinq gros volumes in-folio de fort mauvais vers, où l'on voit cependant briller quelques étincelles de génie, à travers cent bassesses et cent grossièretés.
HANRIOT, (François) né à Nanterre, simple commis aux barrières avant la révolution, devint commandant de la garde nationale Parisienne sous la tyrannie du comité de salut public, et parut digne de cette place, pour avoir dirigé le massacre des prêtres, dans la prison des Carmes, le 2 septembre 1792. Protégé H A R 83 par *Marat*, il tyrannisa la Convention, et après l'avoir environnée de troupes, il la força à décréter d'accusation le parti de la *Gironde*, en disant aux députés : « Le peuple ne s'est pas levé pour écouter vos phrases ; ce sont des victimes qu'il lui faut. » On a soutenu qu'il avoit été *foncté* et *marqué* pour vols faits dans sa jeunesse. Le 9 thermidor, en renversant *Robespierre*, mit fin aux brigandages d'*Hanriot*, exécuté le lendemain, 28 juillet 1794, à l'âge de 33 ans.
HANTEVILLE, *Voy*. HAUTEVILLE.
HARALD, *Voy*. HAROLD.
HARBARD, (Burchard) professeur de théologie à Leipzig, mort en 1614, à 68 ans, dut le jour à une famille noble et distinguée de Conitz en Prusse. Ses écrits, faits principalement pour la défense du Luthéranisme, attestent son érudition. I. *Doctrina de conjugio ; de Confessione : de Magistratu politico*. II. *Theses de Smalkaldina Confessionis articulis : de lege divind*, etc. On s'attend bien qu'ils doivent être imbus des préjugés de sa secte. I. HARCOURT, (Marie de) femme d'*Antoine de Lorraine*, comte de Vaudemont, eut part à presque toutes les expéditions de guerre qu'entreprit le prince son mari. On dit qu'un jour cette courageuse princesse étant nouvellement relevée de couches, monta à cheval, fit prendre les armes à plusieurs seigneurs, et par une valeur inouïe, contraignit les ennemis de lever le siège de Vaudemont. Cette héroïne mourut en 1476, dans sa 78$^{e}$ année. 84 HAR
IL MARCOURT, (Henri de LORRAINE, comte de) d'Armagnac et de Prionne, vicomte de Marsan, chevalier des ordres du roi, grand écuyer de France, étoit fils de Charles de Lorraine, duc d'Elhœuf. Après s'être signalé à la bataille de Prague, en 1620, il servit en qualité de volontaire dans les guerres contre les Huguenots. Il se distingua aux sièges de Saint-Jean d'Angély, de Montauban, de l'Isle de Rez, et de la Rochelle. En 1629, il se signala à l'attaque du Pas de Suze. Honoré par Louis XIII du collier de ses ordres en 1633, il le paya par des services importants. Un des plus considérables fut de reprendre, en 1637, les isles de Lérins, occupées depuis deux ans par les Espagnols, contre lesquels il commandoit une armée navale. Le combat de Quiers en Piémont, l'an 1639, le troisième secours de Casal, le siège de Turin en 1640, et la prise de Covi en 1641, ne lui acquoient pas moins de gloire. Dans la journée de Quiers, il battit, avec huit mille hommes, vingt mille Espagnols. Légis, général des ennemis, en lui demandant l'échange de quelques prisonniers, lui fit dire que s'il étoit Roi de France, il lui feroit couper le tête, pour avoir hasardé une bataille contre une armée beaucoup plus forte que la sienne. — Et moi, répondit Harcourt, si j'étois Roi d'Espagne, le marquis de Légis perdroit la tête, pour avoir cédé la victoire à une armée beaucoup plus faible que la sienne. Les particularités du siège de Turin ont été décrites avec complaisance par divers auteurs. Les assiégeans ayant affamé les assiégeas, le furent eux-mêmes. dans leurs retranchemens. Mais, quelque grande que fut la dilette, le comte de Harcourt ne se rebuta jamais. Il répondit à ceux qui lui parloient de quelque trêve: Que quand ses chevaux auroient mangé toute l'herbe qui étoit autour de Turin, et ses soldats tous les chevaux de l'armée, il lèveroit le siège. Ses domestiques lui ayant procuré quelques barils de vin pour sa table, il n'en voulut point faire usage, et les envoya aux malades et aux blessés. Enfin, la ville fut contrainte de capituler le 17 septembre. Le roi voulant récompenser les services du comte de Harcourt, lui donna le gouvernement de Guienne en 1642, et la charge de grand écuyer de France en 1643. Il alla la même année en qualité d'ambassadeur en Angleterre, pour y pacifier les troubles de cet état orageux. En 1645, il fut fait vice-roi de Catalogne, et défit à la bataille de Liorens les Espagnols. Peu de temps après il prit Balaguer, et remporta d'autres avantages. Mais le siège de Lérida, en 1646, fut moins heureux pour lui: il y perdit son canon et son bagage. En 1649, il fut envoyé dans les Pays-Bas, où il prit Cende, Maubeuge, le chateau de L'Écluse, etc. Il servit en un avec beaucoup de fidélité en Guienne, pendant la guerre civile qui désolait cette province en 1651 et 1652. Il se procura, sur la fin de ses jours, une retraite honorable dans l'Anjou, dont il obtint le gouvernement. Le comte de Harcourt moueut subitement dans l'abbaye de Royaumont. Le 25 juillet 1666, à 66 ans, asséda réputation d'un général brave, généreux, intrépide et toujours victorieux, excepté devant Lérida, dont il fut obligé de lever le siège. Il disoit que, s'il y a des malheurs imprévus à la guerre, il y a aussi des succès inattendus. Il étoit le père des soldats. Jean de Wert disoit, après la prise de Turin, qu'il aimeroit mieux être le Général de Harcourt, qu'Empereur. Ce général eut quelquefois le malheur d'être trop courtisan. Lorsque le prince de Condé fut transféré au Havre, le comte de Harcourt se chargea de le conduire. Tous les honnêtes gens trouvèrent cette action indigne d'un héros; et Condé fit dans son carrosse cette chanson, pendant qu'on le transféroit : Cet homme gros et court, Si connu dans l'Histoire; Ce grand comte d'Harcourt, Tout couronné de gloire, Qui secourut Casal, et qui reprit Turin, Est maintenant, Est maintenant, Recors de Jules Mazerin. Le comte d'Harcourt avoit d'autant plus de tort, que lors de sa défaite devant Lérida, le prince de Condé avoit répété plusieurs fois en plein conseil, que quelque habile et quelque heureux que soit un général, on ne doit pas s'attendre de le voir invincible. Sa postérité subsiste dans le prince de Lambesc, duc d'Ellœuf.
III. HARCOURT, (Henri duc de) né en 1654, d'une ancienne maison de Normandie, féconde en personnes illustres, porta les armes dès l'âge de dix-huit ans. Après s'être distingué dans plusieurs sièges et combats, il fut envoyé, en 1697, ambassadeur en Espagne. Il s'y conduisit avec tant d'esprit et de sagesse, qu'à son retour le roi érigea son marquisat de Thury en duché, sous le titre de Harcourt, en novembre 1700, puis en Paixie l'an 1709. Il méritoit cette récompense. Il fut le premier qui, par sa magnificence, par sa dextérité et par le grand art de plaire, fit changer en bienveillance cette antipathie que la nation Espagnole nourristoit contre la Françoise depuis Ferdinand le Catholique. Sa prudence prépara les temps où la France et l'Espagne ont renoué les anciens nœuds qui les avoient unies avant ce Ferdinand, de couronne à couronne, de peuple à peuple, et d'homme à homme. Il accoutuma la cour Espagnole à aimer la maison de France, ses ministres à ne plus s'effrayer des rénonciations de Marie-Thérèse et d'Anne d'Autriche, et Charles II lui-même à balancer entre sa propre maison et celle de Bourbon. Il mourut le 19 octobre 1718, à 64 ans, après avoir reçu le bâton de maréchal de France, en 1703, et le collier des ordres du roi, en 1705. L'abbé de Saint-Pierre dit qu'il étoit excellent officier, bon négociateur, pas courtisan et bon citoyen. Il eut entraîtres enfans, de Marie-Anne-Claude de Brulard, son épouse : I. François, duc de Harcourt, pair et maréchal de France, capitaine des Gardes du corps, mort en 1750, à 61 ans; II. Louis-Abraham, doyen honoraire de l'église de Paris, et abbé de Signy et de Preuilly, mort en 1750, à 56 ans; III. Henri-Claude, lieutenant général des armées du roi, mort en 1769, à 62 ans, à qui sa veure a fait élever, en 1776, un magnifique tombeau dans l'église de Notre-Dame à Paris; IV. et Anne-Pierre, mort maréchal de France en 1784, et gouverneur de la province de Normandie; il étoit de la promotion de 1775.
HARDION, (Jacques) né à Tours en 1686, vint à Paris en 1704, et se dévoua à l'étude des belles-lettres. Il fit un cours de langue grecque sous Boivin et Massieu, professeurs au collège royal. Admis, en 1711, à l'académie des Inscriptions en qualité d'élève, il fut associé en 1713, et pensionnaire en 1718. Il donna plusieurs Dissertations intéressantes, qui ont été recueillies, et que l'on peut consulter dans les mémoires de cette compagnie. En 1730, il fut élu de l'académie Françoise; et l'année suivante, il commença l'Histoire de l'origine et des progrès de la Rhétorique dans la Grèce. Il avoit publié, sur cette matière, douze Dissertations, lorsque le roi, ayant fait revenir de Fontevrault Mad. Victoire en 1748, le chargea de lui enseigner la fable, la géographie et l'histoire. Dans la même année, mesdames Henriette et Adelaide lui proposèrent de leur donner les mêmes instructions; et mesdames Sophie et Louise étant revêtus de Fontevrault, il eut aussi l'honneur de leur servir de maître. Ce fut pour l'usage de ses illustres élèves qu'il composa sa nouvelle Histoire Poétique, avec un Traité de la Poésie Françoise et de la Rhétorique, 3 vol. in-12; son Histoire Universelle, dont il a donné 18 vol. in-12, auxquels Linguet en a ajouté deux autres. Ces ouvrages sont recommandables par un style pur et élégant, sans avoir l'apprêt académique; par des recherches exactes, et par une littérature saine et puisée dans les meilleures sources. Cet académicien mourut à Paris au mois de septembre 1766. à 80 ans. Thomas, son successeur à l'académie, le peint comme un homme vertueux. A la cour, où l'homme de lettres est quelquefois si déplacé, il fut toujours ce qu'il dut être. Renfermé dans ses travaux, il vécut sans intrigue. Il se tint à une égale distance, et de la fierté qui peut nuire, et de la bassesse qui avilit.
HARDOIN DE LA REYNERIE, (Louis-Eugène) célèbre avocat au parlement de Paris, né à Joigny le 20 décembre 1748, fit de brillantes études dans la capitale, et se consacra ensuite au barreau, où il eut d'éclatans succès. Une physionomie ouverte, une taille aisée, un organe sonore, une diction claire et pure; l'art de prévoir les objections et de les combattre d'avance y contribuer. Le roi de Suède, devenu son admirateur après l'avoir entendu, lui fit don d'une médaille d'or. Hardoin est mort à la fleur de l'âge, le 27 février 1789, à 41 ans. Parmi un grand nombre de mémoires et d'écrits judiciaires qu'il a publiés, on distingue sa Consultation pour la Compagnie des Indes, où il détruit avec force une opinion jusqu'alors accréditée.
HARDOUIN, (Jean) né à Quimper, de Jean Hardouin, libraire de cette ville, entra fort jeune chez les Jésuites. Il s'y distingua beaucoup par une pénétration prompte, une mémoire heureuse, mais encore plus par le goût des paradoxes et des opinions singulières. Selon lui, tous les écrits anciens étoient supposés, à l'exception des ouvrages de Cicéron, de l'Histoire naturelle de Pline, des Satires et des Épitres d'Horace, et des Georgiques de Virgile. Son Enéide a été visiblement composée par un Bénédictin du 13e siècle, qui a voulu décrire allégoriquement le voyage de St. Pierre à Rome, lequel cependant, suivant le savant rêveur, n'y a jamais été. Il n'est pas moins clair que les Odes d'Horace, sont sorties de la même fabrique, et que la Lalage de ce poète n'est autre chose que la religion Chrétienne. « Je ne sais ce qui en est de ce système, disoit Boileau; mais quoique je n'aime pas les moines, je n'aurois pas été fâché de vivre avec frère Horace et Dom Virgile. » Selon le P. Hardouin, aucune médaille ancienne n'est authentique, ou du moins il y en a très-peu, et en expliquant celles-ci, il faut prendre chaque lettre pour un mot entier: par ce moyen on découvre un nouvel ordre de choses dans l'Histoire. Cette bizarre façon d'interpréter, lui attira une plaisanterie singulière. Un antiquaire, outré de tant d'extravagances, voulut les pousser encore plus loin. Non, mon Père, lui dit-il un jour, il n'y a pas une seule médaille ancienne qui n'ait été frappée par les Bénédictins. Je le prouve: Ces lettres CON. OB. qui se trouvent sur plusieurs médailles, et que les antiquaires ont la bêtise d'expliquer par CONSTANTINOPOLI OBSIGNATUM, signifient évidemment: CUSI OMNES NUMMI OFFICINA BENEDICTINA. Cette interprétation ironique ébranla le P. Hardouin, mais elle ne le changea pas. Il s'étoit fait une méthode singulière pour donner le change, à ce qu'il croyoit, aux Athées. Il calqueit les faits de l'histoire profane ou ecclésiastique sur l'histoire sainte, sur la vie de David, sur le Judaïsme charnel, ou bien sur les caractères de Jésus-Christ et de son Église. Ainsi, l'Enéide étoit une fable inventée d'après les événements qui avoient consommé le triomphe de la religion Chrétienne sur la synagogue. Troie en cendres étoit l'incendie de Jérusalem; Enée, portant ses dieux en Italie, représentoit l'Évangile annoncé aux Romains, etc. Quelque rapport de mots grecs ou latins lui suffisoit pour expliquer les faits anciens par des traits d'histoire moderne. Ainsi, la bataille de Bovines, où l'empereur, qui a l'aigle dans ses drapeaux, combattit le roi Philippe-Auguste, surnommé Dieu Donné, représentoit les trois traducteurs de la Bible, Aquila, Symmaque, Théodosiva. Il croyoit aussi que les divers officiers de la cour de Philippe-Auguste, ou de tout autre prince qui régnoit du temps des faussaires, donnoient la clef des noms des évêques, des papes, des saints dont il est parlé dans l'histoire. Ainsi, Januarius étoit le capitaine des gardes de la porte du roi, Cæcilianus son organiste, Trophinus sa nourrice, etc. On assure qu'un Jésuite son ami, lui représentant un jour que le public étoit fort choqué de ses paradoxes et de ses absurdités, le P. Hardouin lui répondit brusquement: Hé! croyez-vous donc que je me serai levé toute ma vie à quatre heures du matin, pour ne dire que ce que d'autres avoient déjà dit avant moi? Son ami lui répliqua: Mais, il arrive quelquefois qu'en se levant si matin, on compose sans être bien éveillé, et qu'on débite les rêveries d'une mauvaise nuit pour des vérités démontrées. Le savant Haet disoit: Le P. Hardouin a travaillé pendant quarante ans à ruiner sa réputation, sans en pouvoir venir à bout. L'abbé de la Chambre disoit à l'occasion du système du Jésuite : Nous croirons que Virgile et Cicéron étoient des moines de treizième siècle, lorsque le P. Hardouin nous aura prouvé que les Jésuites sont les auteurs des Proviarioles. Ses supérieurs l'obligèrent de donner une rétractation de ses délires ; il la donna, et n'y fut pas moins attaché. Ses sentiments mènent à un pyrrhonisme universel et à l'incrédulité ; cependant il étoit plein de vertus et de religion. Il disoit que Dieu lui avoit ôté la foi humaine, pour donner plus de force à la foi divine. Il mourut à Paris le 3 septembre 1729, à 83 ans, laissant quelques disciples dans sa société, entraînées le fameux P. Berenver. Ses autres confrères n'ayant pas adopté ses opinions, il en parloit avec trop peu d'estime. Il disoit : Dans cette raison, (le collège de Louis-le-Grand) je trouve à qui parler un a-t-il de la nature par une qui prenne. C'étoit assurément une grande injustice ; car cette maison étoit remplie alors de gens de premier mérite. Ses principaux ouvrages sont : I. Une édition de Flore le Naturaliste, à l'usage du Dauphin, en 1685, en 5 vol. in-4°, réimprimée en 1723, en 3 vol. in-folio. Les rênes sont augmentées dans cette dernière édition, et les paradiens sont un peu moins multiples. L'ouvrage est exécuté d'ailleurs avec beaucoup de sagréations d'exactitude. Hnet disoit à ce sujet que « le P. Hardouin a été fait dans cinq ans, ce qui cinq savans du premier ordre n'auraient pas fait dans cinquante. » II. La Chronologie rétablie par les Médailles, en 2 vol. in-4°, Paris, 1697, en latin. C'est dans ce livre, supprimé dès qu'il parut, que l'auteur débite son système insensé sur la supposition des écrits de l'antiquité. III. Une édition des Conciles ; travail auquel le clergé de France l'avoit engagé, et pour lequel il lui faisoit une pension. Il est d'autant plus singulier que l'auteur se fut chargé de cette entreprise, qu'il pensoit que tous les conciles tenus avant celui de Trente étoient tout autant de chimères. Si cela est, mon Père, dit un jour le P. le Brun de l'Oratoire au Jésuite, d'où vient que vous avez donné une édition des Conciles ? — Il n'y a que Dieu et moi qui le sachions, répondit Hardouin. Cette édition, imprimée au Louvre à grands frais en 12 vol. in-folio et dont on estime la Table, est une réimpression augmentée de l'édition précédente du Louvre, 1644, 57 vol. in-folio. Le débit en fut arrêté par le parlement, sur le rapport des docteurs Britasse, Pivot, Dupin, Bertin, Auquetil, le Merre, nommés pour l'examiner. Le résultat de cet examen fut, que cette computation renfermoit plusieurs navigues contraires à celles de l'Église Gallicane ; et que le complaisant avoit écarté plusieurs pièces essentielles et authentiques, pour mettre à leur place des pièces futiles et fausses. L'auteur fut obligé de faire beaucoup de changements, qui produisirent plusieurs cartons, qu'on ne trouve pas facilement. Cette collection est moins estimée que celle du P. Labbe, quoiqu'elle renferme plus de vingt-trois conciles qui n'avoient pas encore été imprimés. La raison est est que H A R 89 le P. Hardouin en a écarté beaucoup de pièces qui se trouvent dans celle du P. Labbe. IV. Un Commentaire sur le Nouveau-Testament, in-folio, publié à Amsterdam et à la Haye, en 1741 : ouvrage rempli de visions et d'érudition, comme tous ceux de l'auteur. Il y prétend que J. C. et les Apôtres prêchoient en latin. V. Une savante édition des Harangues de Themistius. VI. Opuscula selecta, imprimés en Hollande en 1709, in-fol. VII. Opuscula varia, plus recherchés que les précédens. Ils furent publiés après sa mort en 1733, in-fol., à Amsterdam, chez du Sauzet, par un littérateur très-connu, à qui le P. Hardouin, son ami, avoit confié plusieurs manuscrits. L'écrit le plus considérable de ce recueil, tant par sa singularité que par sa longueur, a pour titre : Athéi detecti : « Les Athées découverts. » Ces athées sont : Jansénius, Thomassin, Malebranche, Quesnel, Arnauld, Nicole, Pascal, Descartes, le Grand, Régis. Ses preuves sont sans réplique ; tous ces gens-là étoient Cartésiens : or, l'Athéisme et le Cartésianisme sont deux choses parfaitement les mêmes, et qui ne diffèrent que par le nom. D'ailleurs, ils ont osé dire, conformément à l'écriture, non-seulement que Dieu étoit la vérité, mais que la vérité étoit Dieu. VIII. Quelques autres ouvrages imprimés : Sur la dernière Pâque de J. C., 1693, in-4° : Contre la Validité des ordinations Anglicanes, par le Courayer, 2 vol. in-12 ; et plusieurs Manuscrits, déposés à la bibliothèque du roi par l'abbé d'Olivet, à qui l'auteur les avoit confiés. On y trouve des choses aussi extraordinaires que dans ses autres productions. En 1760, il a paru à Londres un volume in-8°, intitulé : J. Hardouini, ad censuram veterum Scriptorum, Prolegomena. Il fortifie dans cet ouvrage son système sur les Anciens, malgré la rétractation qu'il avoit été contraint d'en faire en 1707. On ne sauroit s'égarer plus ingénieusement, ni plus savamment. Toutes ces étranges idées lui ont mérité cette épitaphe, qui peint assez bien cet homme à la fois dévot et Pyrrhonien, adorateur et destructeur de l'antiquité, prodige d'érudition, en anéantissant tous les monumens des connoissances humaines : In expectatione Judicii, Hie jacet Hominum paradoxotates, Natione Gallus, Religione Romanus, Orbis litterati, portensum : Veneranda antiquitatis cultor et depre- dagor; Docte fabricirans, Somnia et inaudita commenta vigilans editis. Scepticum piè est, Credulitate puer, audacit juvenis, deliriis senex. Uno verbo dicapi : Hie jacet HARDUINUS. Cette pièce est de feu Vernet, professeur de théologie à Genève.
HARDUIN, (Alexandre-Xavier) avocat, né à Arras en 1718, devint secrétaire perpétuel de l'académie de sa patrie. Des talens pour la poésie le firent d'abord connoître ; mais c'est sur-tout comme grammairien, qu'il acquit plus de réputation ; il est mort en 1753. Ses ouvrages sont : I. Mémoires pour servir à l'histoire de la province d'Artois, 1763, in-12. II. Retraoques diverses sur la pronon- ciation et l'orthographe, 1757, in-12; on ne peut mettre plus de précision et de finesse dans une discussion dont le sujet est aussi aride. Il est traité avec la supériorité d'un écrivain qui a passé de longues années à l'approfondir. III. Dissertation sur les voyelles et les consonnes, 1760, in-12. IV. Lettres à l'auteur du traité des sons de la langue françoise, 1762, in-12. I. HARDY, (Alexandre) Parisien, mort en 1630, est l'auteur le plus fécond qui ait jamais travaillé en France pour le théâtre. Nous disons en France, car il n'a fait que 600 pièces, et les Espagnols le terrasseroient par les 2000 de Lopez de Vega. « Dès qu'on lit Hardy, dit Fontenelle, sa fécondité cesse d'être merveilleuse. Les vers ne lui ont pas beaucoup coûté, ni la disposition de ses pièces non plus. Tout sujet lui est bon. La mort d'Achille, et celle d'une bourgeoise que son mari surprend dans le crime, tout cela est également tragédie chez lui. Nul scrupule sur les moeurs, ni sur les bienséances. Tantôt on trouve une courtisane au lit, qui, par ses discours, soutient assez bien son caractère. Tantôt l'héroïne de la pièce est violée. Tantôt une femme mariée donne des rendez-vous à son galant : les premières caresses se font sur la scène, et de ce qui se passe entre les deux amans, on n'en fait perdre aux spectateurs que le moins qu'il se peut. » Hardy suivait une troupe errante de comédiens, qu'il fournissait de pièces. Quand il leur en falloit une nouvelle, elle étoit prête au bout de huit jours; et le fertile Hardy suffisoit à tous les besoins de ce théâtre ambu- lant. Ses ouvrages forment 6 gros volumes in-8.
II. HARDY, (Pierre le) médecin, né à Dinant, fut nommé député du Morbihan à la Convention nationale. Ses principes y parurent d'autant plus modérés que la tribune ne retentissoit alors que de motions effrayantes et sanguinaires. Dans le procès de Louis XVI, il reprocha à ses collègues de vouloir rester juges après s'être déclarés accusateurs; bientôt après, il s'opposa à la suppression de la maison de Saint-Cyr, et se plaignit avec douleur qu'on n'avoit encore cherché qu'à détruire, et jamais à réformer; il réclama l'arrestation de Beirut comme prédicateur du meurtre et du pillage, et s'écria une fois, que l'on avoit tellement prostitué les noms de royalistes et de contre-révolutionnaires, qu'ils étoient devenus synonymes de ceux d'amis de l'ordre et des lois. Le Hardy, enveloppé dans la proscription des Girondins, fut condamné à mort le 30 octobre 1793, et la subit avec courage, âgé de 35 ans.
HARÉE, ou VERHAER, (François) Hareus, né à Utrecht vers 1550, enseigna la rhétorique à Douay; puis voyagea en Allemagne, en Italie et en Moscovie, où il accompagna le Père Possevin, que le pape y envoyoit en qualité de nonce. A son retour, il fut chanoine de Bois-le-Duc, puis de Namur et de Louvain, où il mourut le 11 janvier 1632, âgé d'environ 75 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Biblia sacra expositionibus priscerum Patrum litteralibus et mysticis illustrata; à Anvers, 1630, 2 vol. in-folio, peu estimée. II. Catena aurea in qua- tuor Evangelia, 1625, in-8.º III. Annales Ducum Brabantiae, ac tumultuum Belgicorum; Anvers, 1623, 2 vol. in-fol. C'est la meilleure histoire du Brabant. IV. Un Abrégé des Vies des Saints, de Surius; in-fol., 1605. V. Une Chronologie, à Anvers, 1614, in-fol., publiée sous le titre de Concordia Historia Sacrae et Profanae, per Olimpiades et Fastos, depuis la fondation de Rome jusqu'à la mort de J. C. VI. D'autres ouvrages dans lesquels on découvre le savant, mais presque jamais l'écrivain élégant.
HARIOT, ou HARRIOT, (Thomas) mathématicien Anglois, né à Oxford en 1550, mort à Londres en 1621, à 70 ans, fit un voyage à la Virginie, en 1585. Outre la Relation de ce voyage, traduite de l'anglois en latin, avec figures, à Francfort, 1590, in-folio; on a de lui la Pratique de l'art analytique, pour réduire les Equations algébriques, publiée en latin, Londres, 1631. Cet ouvrage est plein de découvertes intéressantes. Il apprend à dégager les termes algébriques; il donne aux équations une forme plus commode pour les opérations; il montre combien une équation peut contenir de racines fausses et de racines véritables. C'est dans ce livre que les Anglois prétendent que Descartes a copié ce qu'il a écrit sur l'Algèbre. Ils donnent l'honneur de l'invention à leur compatriote; mais presque tous les étrangers la lui refusent. Cette dispute sur Hariot et sur Descartes, au sujet de l'Algèbre, est assez semblable à celle que nous avons vue de nos jours, entre Leibaitz et Newton, au sujet du calcul différentiel et H A R 91 intégral. On peut voir sur ce différend, les ouvrages de Wallis.
HARISCON, Voy. IV. AARON. I. HARLAY, (Achille de) — né à Paris en 1536, de Christophe de Harlay, président à mortier, fut conseiller au parlement à 22 ans, président à 36, et premier président après la mort de Christophe de Thou, son beau-père. Il montra, dans cette charge, l'intégrité et la fermeté des anciens magistrats Romains. La Ligue entraînait alors, dans ses fureurs, les grands et les petits; Harlay fut inébranlable. Il vit que la religion servoit de masque, dans ces querelles fatales, à l'ambition et à l'emportement. Il répondit courageusement au duc de Guise, chef de la révolte: C'est une honte, Monsieur, que le valet mette le maître hors de la maison. Au reste, mon ame est à Dieu, mon cœur au Roi; et quant à mon corps, je l'abandonne, s'il le faut, aux méchans qui désolent ce royaume. Bussi-le-Clerc, ce factieux insolent, le rebut quelque temps prisonnier à la Bastille. Voyez BRISSON. « Le premier jour de l'an 1589, Guinestre, curé de Saint-Gervais, prêchant dans l'église de Saint-Barthélemi à Paris, exigea de tous les auditeurs le serment d'employer tous leurs biens et de répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour venger la mort des deux Princes Lorrains Catholiques, massacrés aux Etats de Blois, et leur fit lever la main à tous comme un signe de leur consentement; ce qu'on fit. Le premier président Achille de Harlay, qui étoit à ce sermon, n'ayant pas levé la main, le prédicateur l'apostropha, et lui ordonna d'imiter l'exemple des autres. On dit que ce magistrat le fit aussitôt, pour ne pas s'ex- poser à l'insolence d'une populace irritée, qui le soupçonnent d'a- voir converti à la mort des deux Guise, que tout Paris regardait comme ses Dieux intélèbres... FABRE, Histoire Écclésiastique. Heuri le Grand ayant rendu la paix à son royaume, Harlay pro- fita de ces heureux moments pour rétablir la justice, et faire fleurir les lois. Il mourut le 23 octobre 1616, à 10 ans. Sa publicité mas- culine finit à son fils. Mais on de ses oncles forma une autre branche dont étant l'archevêque de Paris, n° III. H. HARLAY DE SANCY, (Ni- coüs de, né en 1716, fut sur- cessivement conseiller au parle- ment, maître des requêtes, am- bassadeur en Angleterre et en Allemagne, colonel-général des Cent-Années, premier maître d'hôtel et surintendant des fi- minces. Il réunit ainsi le minis- tère, le magistrature et les grades militaires. N'étant encore que maître des requêtes, il se trouva dans le conseil de Henri III. Lorsqu'on délibérera sur les moyens de soutenir la guerre contre la Ligue, il proposa de lever une armée de Suisses. Le conseil, qui savent que le roi n'a pas pu se nuire, se moqua de loin de la guerre, dit Sancy, puisque de l'ennemi ont reçu du Roi tout le jour, il ne s'en trouve pas un qu'il s'agit de l'ennemi, peu en de faire que ce soit moi qui lui est cette armée. On lui donna qu'il s'emmène la commis- sion et il n'y a pas d'argent, et il partit pour la Suisse. Jamais le po- latif, il n'y a pas d'argent, d'abord il peut être dans l'ennemi et aux Suisses le non, la guerre au duc de Savoie, conjointement avec la France; il leur promit de la ca- valerie, qu'il ne leur donna point. Il leur fit lever dix mille hommes d'infanterie, et les engagea, de plus, à donner cent mille écus. Quand il se vit à la tête de cette armée, il prit quelques places au duc de Savoie; ensuite il sut tellement gagner les Suisses, qu'il engagea l'armée à marcher au secours du roi. Ainsi, l'on vit, pour la première fois, les Suisses donner des hommes et de l'argent. Après l'assassinat de Henri III, Heuri IV étant reconnu roi par la plus grande partie des seigneurs de son royaume, manquait néan- moins d'argent. Ce fut Sancy, qui engagea de nouveau les Suisses à rester au service de ce mo- narque, au moyen d'un très- beau diamant, qu'il alla mettre en gage chez les Juifs de Metz. C'est ce même diamant qui, après avoir passé par différentes mains, fut enfin racheté par le duc d'Or- léons, régent, qui le joignit aux bijoux de la couronne, sous le nom du Sancy... Sancy se fit Ca- tholique quelque temps après Heuri IV, disant qu'il falloit être de la même religion que son prince. C'est sur ce changement que d'éligère composa l'ingé- rieuse et sanglante satire inti- tulée: La Confession Catholique de Sancy, qu'on trouve dans le Journal de Henri III, Galactile d'Estreau, qui ne l'aimait point, lui fit ôter la surintendance des finances, dont Sulli fut revêtu. Il mourut le 13 octobre 1629, à 24 ans. L'un de ses principaux mérites auprès de Henri IV, avait été selon la Bureille, les complet au 1er de l'ennemi pour les penchaux de Jupiter. On a de le, un 1er au 1er, l'ennemi de ses affres, et un 1er. On y voit bien des particularités sur les règnes de Henri III et Henri IV. Les Mémoires de Villeroi ren- ferment plusieurs de ses remon- trances à la reine Marie de Médicis. — III. HARLAY, (François de) archévêque de Rouen, puis de Paris, naquit dans cette ville en 1625, d'Achille de Harlay, mar- quis de Champvallon. Il se fit connoître par ses talens sous Anne d'Autriche. Vincent de Paule, qui savoit que ses mœurs ne répondoient pas à son état, ayant été consulté par la reine dans le conseil de conscience, l'avoit formellement exclus de la coadjutorerie de Rouen. Péréfixe prit le temps où une indisposi- tion éloignoit du conseil ce saint homme, pour la lui obtenir. Une physionomie heureuse, une po- litesse extrême, le talent de par- ler sur tout, et de parler bien, le goût des sciences et des belles- lettres, une mémoire prodigieuse, lui gagnoient les cœurs et les es- prits. On lui appliqua ce vers de Virgile : Formosi pecoris custos, formosior ipse. Son zèle pour la conversion des Protestans, ses succès, ses ser- mons, la prudence avec laquelle il gonverna l'archevêché de Rouen, lui valurent, en 1671, celui de Paris, après la mort de Péréfixe. Il n'édifia pas son diocèse; mais il l'instruisit. Il tint des confi- rences de morale, convoqua des synodes, donna des règlemens salutaires, publia des mandemens, et présida en chef à plus de dix assemblées du clergé. Personne ne parloit avec plus de grace, et n'avoit plus de présence d'es- prit. Louis XIV devant assister à la bénédiction des drapeaux à Notre-Dame, lui avoit défendu de le haranguer. Il se contenta de lui dire à la porte de l'église où il le reçut : SIRE, vous me fermez la bouche pendant que vous l'ouvrez à la joie publique. Ce prince lui préparoit un cha- peau de cardinal, lorsqu'il mou- rut d'apoplexie le 6 août 1695, à 70 ans. A l'occasion de la fa- veur qu'il alloit recevoir, le P. de la Rue, Jésuite, fit une devise qui avoit pour corps un bouton de rose vert, éclairé par un soleil, qui désignoit Louis XIV, et, pour ame, ces paroles : Le Soleil le fera rougir. Son éloge fut prononcé dans l'assemblée du clergé de cette année; mais son oraison funèbre parut, à bien des orateurs, un ouvrage plus embarrassant. « Deux choses, dit Mad. de Sévigné, le rendoient difficile, la vie et la mort. » Le P. Gaillard l'ayant entrepris, fut obligé de se jeter sur les lieux communs. Mascaron avoit re- fusé de faire cette oraison fu- nèbre, sous prétexte qu'il étoit incommodé. Monsieur, lui dit Clermont-Tonnerre, évêque de Noyon, vous ne dites pas tout; c'est que la matière est incom- made. L'abbé le Gendre a écrit sa Vie, in-4°, en latin. Voyez l'article de cet historien. Il avoit succédé, dans le siège de Rouen, à François de HARLAY, son oncle, qui mourut en 1653, et de qui on a des Observations sur l'Épître aux Romains, qu'il fit imprimer au château de Gaillon, en 1641, in-8°.
IV. HARLAY, (Achille de) Sils d'Achille de Harlay II du nom, procureur général au par- lement, fut comme lui, con- seiller, procureur général, puis il devint prennier président au parlement de Paris. Il exerça ces charges avec applaudissement. Il se démit de la dernière en 1707, et mourut le 23 juillet 1712, à 73 ans. C'étoit un magistrat attaché à ses devoirs; mais trop porté à cette raillerie, quelquefois innocente dans un particulier, mais toujours cruelle dans un homme en place. On cite encore aujourd'hui plusieurs de ses bons mots. Une vieille marquise qui avoit un procès important, craignant que le premier président ne lui fût pas favorable, ne l'appeloit que le *Vieux Singe*. Cependant elle gagna son procès, et vint remercier le magistrat, à qui l'on avoit répété son épithète offensante. *Harlay* se contenta de lui répondre: *Vous ne me devez point de remerciement; ce que j'ai fait pour vous, est très-naturel. Les vieux Singes aiment à obliger les Guenons...* Un jour que quelques conseillers parloient un peu trop haut à l'audience, il leur dit: *Si ces Messieurs qui causent ne faisoient pas plus de bruit que ces Messieurs qui dorment, cela accommoderoit fort les Messieurs qui écoutent.* Les Comédiens du roi étant venus lui demander une grace, se servirent en parlant d'eux-mêmes, du mot de *Compagnie*. Le premier président répondit à leur député: *Je délibérerai avec ma TROUPE, pour savoir ce que je dois faire pour votre COMPAGNIE.* Dans le temps qu'il fut nommé premier président, les procureurs en corps vinrent lui demander sa protection: *Ma protection?* leur dit-il: *Les fripons ne l'auront pas; les honnêtes gens n'en ont pas besoin.* Un fameux architecte, honoré de la faveur et des graces de Louis XIV, aspiroit, dit-on, à une place de président à mortier pour son fils. Il sonda là-dessus le premier président, qui lui répondit: *M. Mansard, ne veuillez pas mêler votre mortier avec le nôtre.* Des Jésuites s'étant trouvés à son audience avec des Oratoriens: *Mes Pères*, dit le caustique magistrat en s'adressant aux premiers, *il faut vivre avec vous*; et se tournent vers les Oratoriens, *et mourir avec vous*. L'évêque d'Autun. (*Roquette*) se plaignant que les consuls de sa ville épiscopale avoient quitté son sermon pour aller à la comédie; *ces gens-là sont de bien mauvais goût*, lui répondit *Harlay, de vous quitter ainsi pour des Comédiens de campagne.* Voyez ROQUETTE. Le caustique duc de Saint-Simon a fait un portrait de ce magistrat, dont les couleurs sont chargées, mais en général fidelles: « Il étoit savant en droit public; il possédoit fort le fonds de diverses jurisprudences; il égaloit les plus versés aux belles-lettres; il connoissoit bien l'histoire, et savoit gouverner sa compagnie avec une autorité que nul autre premier président n'atteignit jamais avant lui. Une austérité pharisaïque le rendeit redoutable, par le vigueur de ses répréhensions publiques, aux parties, aux avocats et aux magistrats. Toujours soutenu par la cour dont il étoit l'esclave, rusé politique, tous ses talons, il les tournoit uniquement à son ambition de dominer, de parvenir et de se faire une réputation de grand homme. D'ailleurs, sans honneur effectif, sans mœurs dans le secret, sans probité intérieure, sans humanité même; en un mot un hypocrite parfait; cruel mari, père barbare, frère tyran, ami uniquement de soi- même, méchant par nature, se plaisant à insulter, à outrager, à accabler. Ses traits étoient d'autant plus perçans, qu'il avoit infiniment d'esprit, et l'esprit naturellement porté à cela. Pour l'extérieur, c'étoit un petit homme vigoureux et maigre, un visage en losange, un nez grand et aquilin; les yeux beaux, parlans, perçans, qui ne regardoient qu'à la dérobée, mais qui, fixés sur un client ou sur un magistrat, étoient pour le faire entrer en terre. Il se tenoit et marchoit presque toujours courbé avec un faux air, plus humble que modeste. Il n'avançoit qu'à force de révérences respectueuses et comme honteuses à droite et à gauche. A Versailles, il tenoit au roi et à Mad. de Maintenon par l'endroit sensible. C'étoit lui qui, consulté sur la légitimation inouïe d'enfants, sans nommer la mère, avoit donné la planche du chevalier de Longueville, sur le succès duquel ceux du roi passèrent. Il eut alors parole d'être nommé chancelier, et toute la confiance du roi, de ses enfans et de leur toute-puissante gouvernante, etc. etc.
HARMOND, (Pierre) fut pendant 45 ans, fauconnier de la chambre sous Henri III et Henri IV. Il recueillit ses observations sur la chasse, dans un traité intitulé: Le Miroir de Fauconnerie, qu'il dédia à Charles d'Albret, duc de Laynes, qui étoit tout à la fois grand fauconnier, garde des sceaux et connétable de France. Cet ouvrage fut imprimé à Paris en 1620, 1635, 1640, in-4°, avec figures.
HARNONCOURT, (Pierre d') né en Bourgogne, mort à Paris en 1765, à 84 ans, fut fermier général. Nous avons de lui, des mélanges de Maximes, de Réflexions et de Caractères, 1763, in-8°, où l'on trouve quelques bonnes pensées, mais rarement exprimées avec vivacité et énergie.
HARO, (Don Louis de) héritier du célèbre comte duc d'Olivares, son oncle maternel, ministre d'état de Philippe IV, lui succéda dans le ministère, et gouverna l'Espagne sous le nom de ce monarque. Ce fut lui qui conclut la paix des Pays-Bas, et celle de France, en 1659, avec le cardinal Mazarin. Les deux ministres se rendirent à l'isle des Faisans, et y déployèrent l'un et l'autre toute leur politique. Celle du cardinal, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV, étoit la finesse; celle de Don Louis, la lenteur. Celui-ci ne donnoit presque jamais de paroles, et celui-là en donnoit toujours d'équivoques. Le génie du ministre italien étoit de vouloir surprendre; celui de l'Espagnol étoit d'empêcher qu'on ne le surprit. On prétend qu'il disoit du cardinal: Il a un grand défaut en politique, c'est qu'il veut toujours tromper. Pour la prix de la paix que Don Louis avoit conclue, le roi d'Espagne érigea, en 1660, son marquisat de Carpio en duché-grandesse de la première classe, et lui donna le surnom de la Paix. Ce ministre mourut le 17 novembre 1661, à 63 ans. C'étoit un homme d'un esprit conciliant, d'un caractère doux et sans ambition. Il parvint à la faveur de son maître par son seul mérite. Il avoit épousé Catherine de Cordoue, dont il eut, entr'autres enfans, Gaspard et Jean-Dominique de Haro. Celui-ci mourut sans postérité. Gaspard fut vice-roi de Naples, et mourut le 16 novembre 1684, laissant d'Antoinette de la Cerda une fille unique, nommée Catherine de Haro de Gasson, laquelle épouse, en 1698, François de Tullée, duc d'Albe. — On connoit encore, de la même famille, Thou Lopez de Haro, prince de Biscaye, qui bâtit, en 1300, la ville de Bilbao. I. HAROLD I. ou HAROLD, roi d'Angleterre, fils naturel de Caunt I, lui succéda en 1655, au préjudice de Caunt II, fils légitime de ce prince. Les Anglois voulurent mettre la couronne sur la tête de Caunt; mais Harold fut le plus fort, à l'emporta. L'année suivante, décrivit une lettre sous le nom de la reine Emme, pour inviter Alfred et Edouard, les fils de cette reine et d'Ethelred II, à venir en Angleterre pour recouvrer la couronne. Les deux jeunes princes donnèrent dans le piège: Alfred fut arrêté, on lui creva les yeux, et il mourut peu de temps après. Edouard repassa en Normandie, et la reine Emme se retira en Flandre, chez le comte Bandoin. Harold se fit détester par ses crimes, et mourut sans enfans en 1639.
II. HAROLD II, fils du comte Godwin, se fit élire roi après la mort de S. Edouard III, en 1668, au préjudice d'Edgard, à qui la couronne d'Angleterre appartenait par sa naissance. Toston, son frère, et Guillaume le Conquerant lui disputèrent la couronne; il vainquit le premier, et fut tué par le second à la céder du chastelle d'Hastings. On avoit vainement représenté à Harold qu'il a droit plus sagement en tirant la couronne longueur, que de lui aider une action décisive. Enorgueilli de quelques prospérités passées, et aiguillonné par son courage naturel, il voulut risquer tout, et il perdit tout. Deux de ses frères furent tués avec lui. A sa mort, finit la domination des Rois Anglo-Saxons, qui régnoient depuis plus de 600 ans sur la Grande-Bretagne.
HAROUL, Voy. ROLLON.
HARPAGES, seigneur Mède, l'un des principaux officiers d'Astyages, ayant reçu ordre de faire mourir Cyrus, le confia à un berger, lui apprit sa naissance, et le porta à détrôner Astyages; Voy. ce mot.
HARPALICE, (Myth.) la plus belle fille d'Argos, fut aimée éperdiment de Clyménus son père, qui assouvit sa flamme incestueuse, après avoir gagné sa nourrice. Il la maria avec beaucoup de peine, et fit ensuite mourir son gendre pour la reprendre; mais Harpalice, entrée de ce double crime, lui fit manger son propre fils, à l'exemple de Procun. Elle fut changée en oiseau, selon la fable. Clyménus se tua de désespoir. — Il y a deux autres Harpalices. La première aima avec passion Iphæus, et mourut de chagrin de s'en voir méprisée; c'est d'elle qu'un certain cantique fut appelé Harpalice. L'autre est l'objet de l'arte le suivant.
HARPALICUS, roi des Amymadens dans la Thrace, eut une fille nommée Harpalice, qu'il mourut de lait de vache et de jument, et qu'il accoutuma de bonne heure au maniement des armes, elle le secourut contre Néoptolène, fils d'Achille, qu'elle not en fuite. Harpalicus ayant été tué quelque temps après par ses sujets, Harpalice se retira dans dans les bois, d'où elle fondait sur les bestiaux du canton et les enlevait. Elle fut prise dans des rets qu'on lui avoit tendus; et après sa mort, les paysans se firent la guerre, pour avoir les troupeaux qu'elle avoit volés. C'est ce qui fit établir des assemblées et des tournois au tombeau de cette fille, pour expier sa mort. I. HARPALUS, célèbre astronome Grec, vers l'an 480 avant J. C., corrigea le Cycle de huit années, que Cléostrate avoit inventé. Il proposa celui de neuf ans; mais ce nouveau Cycle d'Harpalus eut besoin lui-même d'être corrigé par Metton. Voyez l'Histoire des Mathématiques, par de Montuchu.
II. HARPALUS, seigneur Macédonien, et l'un des lieutenans de l'armée d'Alexandre le Grand, s'attacha à ce prince durant ses démolés avec Philippe, qui l'exila; mais, dès que ce roi fut mort, Alexandre rappela Harpalus, et lui donna la charge de grand trésorier, ensuite le gouvernement de Babylone. Le conquérant Macédonien ayant entrepris son expédition des Indes, Harpalus, persuadé qu'il ne reviendroit plus, accabla le peuple de vexations inouies, et dissipa par ses prodigalités le trésor confié à ses soins. Voy. GLYCÈRE, n.º 1. Le héros revint; et le gouverneur, pour échapper à sa colère, ramassa 5000 talens, leva 6000 hommes, et se sauva dans l'Attique. Chassé d'Athènes, qui ne vouloit point attirer sur elle les armes d'Alexandre, il se retira, vers l'an 327 avant J. C., en Crète, où il fut tué en trahison par un de ses amis. Alexandre ajoutoit une foi si avougia à la probité d'Harpalus, qu'il fit mettre aux fers, comme des calomniateurs, ceux qui lui portèrent la première nouvelle de la fuite de ce perfide.
HARPE, (Jean-François de la) l'un des plus célèbres littérateurs François de notre siècle, membre de l'académie Françoise, naquit à Paris le 20 novembre 1739, d'un père originaire de Suisse, et qui servoit en France en qualité de capitaine d'artillerie. N'ayant à attendre aucune fortune, il dut à G. T. Asselin, principal du collège d'Harcourt, qui lui fit obtenir une place de boursier, les premiers soins de son éducation, et les premiers rayons de sa gloire. Le jeune la Harpe remporta les prix de l'université, et débuta dans sa carrière littéraire par quelques Héroïdes, imprimées en 1759, in-12, avec un Essai sur ce genre de pièces. Il en publia ensuite séparément plusieurs autres, telles que celles de Caton à César, d'Aunibal à Flaminius, de Montézuma à Cortez, d'Elizabeth de France à Dom Carlos. La Harpe n'avoit que 25 ans lorsqu'il donna, en 1764, sa tragédie de Warwick: elle obtint un grand succès et le méritoit. La noblesse du rôle principal, le caractère soutenu de la reine Marguerite, tout le quatrième acte qui étincelle de beautés, l'ont fait rester au théâtre. L'auteur s'est permis cependant de dénaturer l'histoire en faisant mourir Warwick combattant pour le duc d'Yorck, tandis qu'il fut tué, au contraire, en combattant contre ce prince. La jeunesse de la Harpe, lorsqu'il donna cette place, faisoit présumer que la 50e Françoise alloit compter un grand tragique de plus; mais les autres pièces qu'il fit représenter ensuite, ne répondirent pas à cette attente. Timoleon fut joué en 1764, Pharamoad en 1765, Gustave-Wasa en 1766, Menzikoff en 1776, les Burmecides en 1778, Jeanne de Naples en 1783, les Brâmes la même année, Coriolan en 1784, Virginie en 1793. Philoctète, traduit de Sophocle, est la seule tragédie qui, après Warwick, se soit constamment soutenue. Elle n'est qu'en trois actes, et fut représentée pour la première fois en 1781. Une singularité de cette pièce, c'est qu'elle n'a point de rôle de femme; mais, sans amour, elle intéresse par sa noble simplicité et en nous reportant aux beaux siècles de l'art tragique chez les Grecs. On sait que le sujet de cette pièce fait l'un des plus beaux épisodes du Télémaque. Un Drame de la Harpe, qui fit du bruit dans sa nouveauté, fut Mélanie qui parut en 1770. Le style en est très-soigné et d'une élégance remarquable. Voltaire voulut bien le comparer à celui de Racine. Cette pièce offre cependant de trop longues conversations, et un rôle trop révoltant en diminue l'intérêt. Des personnages religieux mis sur la scène, tels qu'un curé et une jeune novice, l'aspect de l'intérieur d'un couvent, avoient fait défendre pendant long-temps la représentation de ce Drame; et l'auteur a reconnu lui-même, sur la fin de sa vie, la justice de cette prohibition, en retirant Mélanie du théâtre, et en ordonnant, dans son testament, qu'elle ne fût plus jouée. La Harpe réunit, chaque année, à ses tragédies, un grand nombre de couronnes académiques qu'il remporta, soit par des pièces de poésie, soit par des discours ora- toires. Ces poésies sont intitulées: La délivrance de Salerne; le portrait du Sage; les talens dans leur rapport avec la société et le bonheur; le Poète; la Navigation; les avantages de la paix; le Philosophe des Alpes; Conseils à un jeune Poète; Brutus au Tusse; aux mânes de Voltaire. La première de ces pièces eut le prix de l'académie de Rouen, la seconde celui des jeux floraux de Toulouse, les autres ceux de l'académie Françoise. Cette dernière compagnie accorda de même la palme de l'éloquence à ses Éloges de Fenelou, de Racine, de Catinat, de Charles V, et le même jour où ce dernier Éloge fut couronné, l'auteur obtenoit encore le prix de poésie. Chargé long-temps de la rédaction de la partie littéraire du Mercure, il l'enrichit d'une foule d'extraits réfléchis et bien développés. Après avoir paru bon poète et bon orateur, il se montra critique exercé, littérateur profond, et ami des vrais principes du goût. Il les développa encore mieux, soit dans ses leçons au Lycée, soit dans son Cours complet de littérature, en 12 vol. in-8°. C'est sur cet ouvrage principalement que repose sa véritable gloire. Les auteurs y sont appréciés quelquefois avec trop de sévérité et d'humeur, mais ordinairement avec courage et d'excellentes vues pour les progrès des lettres. « Dans cet ouvrage, devenu beaucoup trop long, dit M. Paitssot, on trouve, comme dans tous les jugemens littéraires de l'auteur, la pureté ordinaire de son style, des principes de goût très-sains, quand il n'est animé par aucune passion, un talent remarquable pour la discussion, une dislectique serrée et pressante; mais, indépendamment de quelques erreurs un peu fortes dans lesquelles il est tombé sur la littérature ancienne, à commencer par *Hombre*, on lui reproche avec raison presque tout ce qu'il a traduit, soit en vers, soit en prose. La négligence avec laquelle il a rendu plusieurs morceaux des *Oraisons de Cicéron* contre *Verrès*, ou des *Catilinaires*, est plutôt d'un écolier que d'un professeur de goût. On lui reproche encore la longueur démesurée de quelques articles, de celui de *Sénéque*, par exemple, qu'il commence par une digression sur *Diderot*, d'environ deux cents pages, tandis qu'il donne à peine quelques lignes à des objets plus importants. L'auteur auroit pu s'asseoir avec dignité dans la chaire de *Quintilien*, s'il eût su se défendre de la violence de son caractère, et du ton décisif, impérieux et tranchant qu'il a porté envers plusieurs de ses contemporains qui lui sont supérieurs. C'est un homme d'une taille bien prise dans ses petites proportions, mais qui eut le ridicule de se croire un colosse. » *La Harpe*, au commencement de la révolution, en adopta les idées de réforme sans les outrer, mais lorsque le règne de la terreur lui eut appris qu'on pouvoit abuser de tout, lorsque les idées de liberté, d'égalité et de justice, furent devenues des cris de ralliement pour les factieux; lorsqu'il eut été renfermé comme suspect dans l'une des prisons de la capitale, il n'en sortit qu'outre d'indignation contre la tyrannie, et plein de zèle pour une religion qu'on cherchoit à détruire, en ridiculisant son culte et en proscrivant ses ministres. Il avoit été disciple et grand admirateur de *Voltaire*, qui l'avoit payé par des éloges de son dévouement au parti des philosophes modernes; il se déclara dès-lors leur ennemi, et attaqua leurs principes dans tous les écrits qui sont sortis de sa plume depuis cette époque jusqu'à la fin de sa carrière. Au dix-huit fructidor, il fut condamné à la déportation; mais il eut le bonheur de se réfugier dans un asile tranquille qui le garantit de la proscription. *La Harpe*, après une maladie de 25 jours, est mort le 22 pluviose de l'an 11 (1803), à l'âge de 64 ans. Il a terminé son testament par ces mots: « Je supplie la divine Providence d'exaucer les vœux que je forme pour le bonheur de mon pays. Puisse ma patrie jouir long-temps de la paix et de la tranquillité! Puis-sent les saintes maximes de l'Évangile être généralement suivies pour le bonheur de la société! » Son cercueil fut accompagné au cimetière de Vaugirard par les membres de l'Institut, et un grand nombre d'amis; *M. de Fontanes* lui consacra alors un court et brillant Eloge où nous puisons la citation suivante. « Les lettres et la France ont perdu dans *la Harpe* un poète, un orateur, un critique illustre. Son premier essai dramatique l'annonça comme le plus digne élève des grands maîtres de la scène françoise. Il loua les grands hommes des plus beaux siècles de l'éloquence et de la poésie; et leur esprit, comme leur langage, se retrouvent toujours dans les écrits d'un disciple qu'ils avoient formé. C'est en leur nom qu'il attaqua jusqu'au dernier moment les fausses doctrines littéraires; et, dans ce genre de combat, sa vie entière ne fut qu'un long dévouement au triomphe des vrais principes. Mais si ce dévouement courageux fit sa gloire, il n'a pas fait son bon- heur. Je ne puis dissimuler que la franchise de son caractère et la rigueur impartiale de ses censures éloignèrent trop souvent de son nom et de ses travaux, la bienveillance; il n'arrachoit que l'estime où tant d'autres auroient obtenu l'enthousiasme... Il expire dans un âge où la pensée n'a rien perdu de sa vigueur, et lorsque son talent s'étoit agrandi dans un autre ordre d'idées qu'il devoit aux spectacles extraordinaires dont le monde est témoin depuis douze ans. On sait qu'il avoit embrassé, avec toute l'énergie de son caractère, ces opinions utiles et consolantes sur lesquelles repose tout le système social; elles ont enrichi, non-seulement ses pensées et son style de beautés nouvelles, mais elles ont encore adouci les souffrances de ses derniers jours. Le Dieu qu'adoroient Fénélon et Racine, a consolé, sur le lit de mort, leur éloquent panégyriste et l'héritier de leurs leçons. « Outre les Héroïdes, les Tragédies et les ouvrages dont nous avons parlé, on doit encore à la Harpe: I. Mélanges littéraires, ou Epîtres et Pièces philosophiques, 1765, in-12. II. Traduction de la vie des douze Césars par Suétoue, avec des notes et des réflexions, 1770, 2 vol. in-8. L'auteur y réfute avec énergie les paradoxes de Linguet sur Néron et sur Titus. III. Éloge de Henri IV, roi de France, 1770, in-8. IV. Discours de réception à l'académie Françoise, 1776, in-4. V. Traduction de la Lusiade du Camoëns, avec des notes et la Vie de l'auteur, 1776, 2 vol. in-8. C'est le premier ouvrage publié par la Harpe, depuis son entrée à l'académie. VI. Tanga et Félime, poème en 4 chants, 1780, in-8. Il renferme des descriptions voluptueuses et d'autres plaisantes qui lui ont procuré des lecteurs. VII. Éloge de Voltaire, 1780, in-8. VIII. Abrégé de l'histoire générale des Voyages, 1730, 21 vol. in-8. Il est extrait du long et fastidieux recueil de l'abbé Prévôt. IX. De la guerre déclarée par nos derniers Tyrans à la raison, à la morale, aux lettres et aux arts, 1796, in-8. Ce Discours fut prononcé à Paris lors de l'ouverture du Lycée. X. Réfutation du livre de l'Esprit d'Helvetius, in-8. XI. Du Fanatisme de la langue révolutionnaire, in-8. XII. Correspondance littéraire, adressée à Paul I, 1801, 4 vol. in-8. C'est une sorte de Journal sur la littérature françoise, écrit avec grace et intérêt, mais que la malignité publique a lu avec d'autant plus d'avidité, qu'il renferme un grand nombre d'épigrammes et d'anecdotes mordantes contre des auteurs vivans. On a dit que l'auteur s'étoit repenti ensuite de la publication de cet ouvrage qui contrastoit avec ses principes de morale et de religion. XIII. Il a laissé en manuscrit, 1. une Traduction en vers de la Jérusalem délivrée, dont il a imprimé quelques fragments dans les journaux. 2. Un Poème sur la Religion, dont on espère la publication. On a recueilli quelques-uns des ouvrages de la Harpe, en 6 vol. in-8; mais cette édition, très-incomplète, en fait désirer une autre.
HARPIES. (Myth.) monstres, filles de Neptune et de la Terre, avoient un visage de femme, le corps d'un vautour, avec des ailes, des griffes aux pieds et aux mains, et des oreilles d'ours. Les prins- pales étoient *Aëllo*, *Ocypète* et *Celæno*. *Junon* envoya ces monstres pour infecter de leurs ordures et enlever les viandes de dessus la table de *Phinée*. *Zethès* et *Calais* les chassèrent; mais *Iris*, par l'ordre de *Junon*, les fit revenir dans la Thrace. Les Troyens de la suite d'*Enée*, ayant tué des troupeaux qui appartenoient aux *Harpies*, ils eurent une espèce de guerre à soutenir contre elles; et *Celæno*, dans sa fureur, fit à *Enée* les plus terribles prédictions.
**HARPOCRATE**, (*Mythol.*) Dieu du silence, étoit fils d'*Isis*. On le représentoit sous la figure d'un jeune homme demi-nu, avec un manteau parsemé d'yeux et d'oreilles, et une mitre Égyptienne sur la tête. Il avoit un doigt posé sur sa bouche, et tenoit une corne de l'autre main. Le pêcher lui étoit consacré, parce que la feuille de cet arbre a la forme d'une langue. On a imprimé à Lyon, en 1603, in-8°: *Harpocrates*, sive *De recta silendi ratione*.
**HARPOCRATION**, (*Valerius*) rhéteur d'Alexandrie, laissa un *Lexique* curieux sur dix *Orateurs de la Grèce*. Il s'y montre un auteur très-poli. On y trouve des détails utiles sur les magistrats, sur les plaidoyers, sur le barreau d'Athènes. *Philippe de Maussac* donna une édition grecque et latine de cet ouvrage, avec de savantes notes, à Paris, 1614, in-4°, *Valois* l'aîné a fait sur le même livre des observations importantes, insérées dans les éditions de Leyde, in-4°, 1683 et 1696. Ces éditions sont les meilleures. **I. HARRINGTON**, (*Jean*) poète Anglois, sous *Elizabeth* et H A R 101 *Jacques I*, s'est fait un nom par son livre d'*Epigrammes*, et par une bonne traduction en anglois du *Roland le furieux* de l'*Arioste*. Mais il a malheureusement imité les Italiens dans leurs stances, dont la prolixe uniformité endort dans un long ouvrage... On rapporte qu'étant à Bath dans une auberge, il remarqua qu'une fille le servoit à table avec plus d'attention que les autres, quoiqu'il fût au-dessous d'eux. *Harrington* lui en ayant demandé la raison, elle répondit: que le connoissant pour un homme d'esprit, elle tâchoit de ne pas lui déplaire, de peur qu'il ne fît contre elle quelque épigramme.
**II. HARRINGTON**, (*Jacques*) écrivain politique d'Angleterre, né en 1611, d'une ancienne famille de Rutland, voyagea en France, en Hollande, en Danemark, en Allemagne et en Italie. Il ne voulut point baiser les pieds du pape; le roi d'Angleterre lui en ayant demandé la raison, il répondit: *Qu'un homme qui avoit baisé la main de Sa Majesté, ne devoit baiser les pieds de qui que ce fût*. Cette réponse ingénieuse lui valut la charge de gentilhomme privé de la chambre, que *Charles I* lui donna. Ce fut en cette qualité qu'il accompagna ce prince dans sa première expédition d'Écosse. Après la mort déplorable de ce malheureux monarque, il s'enferma dans son cabinet, éloigné des hommes, et ne conversant qu'avec ses livres. Ses ennemis l'ayant peint comme un homme dangereux, il fut conduit, en 1661, à la tour de Londres, avec le comte de Bath, ensuite à l'isle de Saint-Nicolas, de là à Plimouth. Un médecin gagné, dit-on, par ses persévateurs, lui conseilla l'usage du gayac mêlé avec le café, il en prit une si forte dose, qu'il en perdit l'esprit. Le comte de L'Île, obtint sa liberté; mais l'Île, l'on n'étoit plus qu'une même, il mourut à Westmin- stock le 17 septembre 1677, à 68 ans. Ses Aphorismes poétiques ont été traduits en français, P- ris, tant jeune, ni-fat, ni-fil. Ses Ouvrages, rassemblés par Jean Toland, ont été magnifi- quement imprimés à Londres en 1700, in-fab, et réimprimés en 1735. Le principal est celui qui est intitulé: Occam. C'est un plan d'équipique, où l'on trouve du pénis, de l'invention et des pro- pôts chimériques. Son style n'est ni facile, ni coulant; mais la matière qu'il traite est impor- tante. Cet ouvrage ne plut ni à Crommel, ni à ses créatures. Une foule de critiques s'écrient; Harrington l'a interdit. On trouve ces réponses à la suite de son ouvrage. Montesquieu eût de ce politique, qu'il n'a cherché la liberté qu'après l'avoir méconnue, et qu'il a bâti Calcedoine ayant le rivage de Bysance devant les years. I. HARRIS. (Gauthier) An- glois, étoit médecin et membre du collège royal de Londres. Il exerçoit sa profession avec beau- coup de réparation vers l'an 1680, et vivoit encore en 1710. Il fut médecin de Guillaume, prince d'Orcage, depuis roi de la Grande-Bretagne. Nous avons de lu, un Traité fort estimé: De morlis multis Iermitum, 1705, in-12, qu'il mit au jour à la prière de Thomas Sydenham, l'un au médecin de Londres. Ce traité qu'il fut donner le nom de Médecin des Enfans, a été tra- duit en français par Devaux, 1735, in-12.
II. HARRIS. (Jacques) gen- tilhomme Anglois, né près de Salisbury en 1709, mort le 22 décembre 1780, a donné: I. trois Traité sur la Musique, la Poé- sie et la Peinture, 1745, in-8. II. Des Recherches philologi- ques sur la Grammaire univer- selle, 1752, 2 vols. in-8. III. Ar- raagement philosophiques, 1773, in-8. Il fut lord de l'amirauté, membre de la trésorerie, député de la chambre des communes. Il y parla rarement; mais lors- qu'il s'y fit entendre, il fixa l'attention moins par son élo- quence, que par la sagesse de ses idées, il étoit neveu du comte de Shaftsham. I. HARRISON, général des Parlementaires, et complice de la condamnation du roi d'Anglo- terre, Charles premier, fut peu- du publiquement l'an 1680. En- suite en lui arracha les entrailles, que l'on brûla, et on lui coupa la tête, qui fut exposée sur la tour de Londres. Son corps fut mis en quatre quartiers, que l'on exposa sur les portes des quatre principales villes du royaume.
II. HARRISON. (Jean) ha- bile mécanicien Anelois, né, en 1687, à l'ouilly dans le comté d'York, d'un charpentier qui se mêlait d'horlogerie, mourut à Londres le 24 mars 1758, dans sa 83 année. Il s'est rendu célèbre par l'invention et la fabrication du pendule à gril et par son Time-Keeper, montre marine, dont l'objet est de fray la lorci- tude en mer. Cette machine lui valut, en 1760, le 25 a que le parlement avait pour un an. teur. Kendal copia cette machine intéressante, et cette copie servit au capitaine Cook dans ses courses maritimes. Les efforts qu'Harrison avoit faits pour l'inventer ou pour la perfectionner, affoiblirent sa santé et même son esprit. Sa vie retirée, et les mortifications qu'il essuya en sollicitant le prix de ses travaux, disposèrent peu son caractère naturellement dur et mélancolique à la complaisance, à l'affabilité, à la sociabilité. Semblable à la plupart des mécaniciens, toujours confinés dans un atelier, il avoit peine à rendre ses idées par écrit, avec méthode et avec graces. Ce défaut de clarté et d'élégance est très-sensible dans sa Description du Mécanisme propre à donner une mesure précise du temps; Londres, in-8°, 1775. Harrison avoit été, dans sa jeunesse, à la tête d'une troupe de musiciens d'église, et il s'étoit distingué parmi eux par la justesse de son oreille.
HARSI, (Olivier de) célèbre imprimeur de Paris, mort en 1584, est connu par la beauté de ses éditions, parmi lesquelles on distingue son Corps de Droit avec les Commentaires d'Accurse, 5 vol. in-fol. Harsi avoit pris pour devise une herse, avec ces mots: Evertit et æquat. I. HARTMAN, (Jean-Adolphe) naquit à Munster en 1680, de parens Catholiques. Après avoir été Jésuite pendant plusieurs années, il se fit Calviniste à Castel en 1715, et devint, peu après, professeur de philosophie et de poésie. Il fut fait, en 1722, professeur d'histoire et d'éloquence à Marpurg, où il mourut en 1744, à 64 ans. Ses ouvrages les plus estimés sont: I. Historia Hassiaea, 3 volumes II. Vitæ Pontificum Romanorum Victoris III, Urbani II, Paschalis II, Gelasii II, Calisti II, Honorii II... III. Etat des Sciences dans la Hesse, en allemand. IV. Præcepta eloquentia rationalis, etc. On a aussi de lui, plus de quatre-vingts Harangues, ou Dissertations académiques.
II. HATMAN, (George) mathématicien Allemand, inventa, en 1540, le Bâton de l'artillerie, Baculus Bombardicus. Il est aussi auteur d'une Perspective, réimprimée à Paris en 1556, in-4°.
III. HARTMAN, (Wolfgang) composa, en 1596, les Annales d'Augsbourg: compilation plus savante qu'agréable.
HARTZHEIM, (Joseph) Jésuite, naquit à Cologne en 1694, d'une famille patricienne. Après avoir enseigné les belles-lettres, il passa à Milan pour y professer le grec et l'hébreu. Pendant le séjour qu'il fit à Rome, et en Italie, il se lia avec des savans célèbres, et particulièrement avec Muratori. De retour dans sa patrie, il dirigea, il prêcha, il enseigna la philosophie et la théologie, et fut dix ans interprète de l'Écriture. Schanual, savant ecclésiastique, auteur de l'Histoire de Worms, ayant formé le dessein de donner la Collection des Conciles de l'église d'Allemagne, amassa des matériaux, qui la conduisoient depuis le IVe siècle jusqu'au treizième. La mort l'ayant empêché de les mettre en œuvre, le P. Hartzheim, à la sollicitation de M. de Manderscheit, archevêque de Prague, se chargea de le mettre en état de paroître. Par ses connaissances et ses correspondances avec les savans d'Allemagne, il les augmenta du double. Il mit au jour les quatre premiers volumes, et avoit achevé le cinquième, lorsqu'il mourut d'apoplexie en 1765. Le P. Herman Scholl, son confrère, publia les cinq, six, sept et huitième volumes. Sa santé, qui étoit fort délicate, ne se soutint pas. Il tomba dans une langueur, qui l'enleva au tout de trois mois, en 1768. Le P. Gilles Neissen lui succéda, et a publié les neuf et dixième volumes de cette collection, qui finit en 1747. On voit, à la tête du premier volume, une carte de l'Allemagne, de la Pologne et de la Russie, divisées en provinces ecclésiastiques. L'édition, qui est in-folio, est de Cologne, en beau papier et beaux caractères. On trouve, au commencement du cinquième volume, la liste des ouvrages du Père Hartzheim. Les principaux sont : I. Summa historiae omnis ab exordio rerum ad annum à Christo nato 1718; Luxembourg, in-18. II. De initio Metropoles Coloniae, etc. disquisitio; Cologne, 1732, in-4°. III. Bibliotheca Scriptorum Columnium; Cologne, 1747, in-fol. IV. Dissertationes & historica-criticae in sacram Scriptorum, in-folio, estimées des savans.
HARTZOEKER, (Nicolas) né à Goude en Hollande, l'an 1656, d'un ministre l'emoutrant, s'appliquait aux belles-lettres, aux langues, et s'attacha sur-tout à la physique et aux mathématiques. La adminée des Sciences de Paris et celle de Berlin se l'associerait. Le cœur Pierre, passionné pour toutes les espèces de mœurs, voulut l'immuniser avec lui; mais Hart- zoeker préféra le séjour d'Amsterdam à celui de Moscow. Pour reconnoître cette préférence, on lui fit dresser, aux dépens du public, une espèce d'observatoire sur un des bastions de la ville. C'est là qu'il entreprit un grand miroir ardent, composé de pièces rapportées, pareil à celui dont on prétend qu'Archimède se servit. Jean-Guillaume, électeur Palatin, lui ayant donné les titres de son premier mathématicien, et de professeur honoraire en philosophie dans l'université d'Heidelberg, il quitta Amsterdam. Après la mort de ce prince, il se retira à Utrecht, où il mourut le 10 décembre 1725, à l'âge de 69 ans. Il étoit vif, enjoué, d'une bonté et d'une facilité, dont de faux amis, dit Fontenelle, abusèrent souvent. On sent néanmoins dans ses critiques, ajoute le même écrivain, plus de plaisir que de besoin de critiquer. Il aima mieux ramener les tourbillons de Descartes, que d'adopter le vide de Newton. On a de lui : L Un Cours de Physique, accompagné de plusieurs Pièces sur cette science, à la Haye, in-4°, 1730. II. Une foule d'Opuscules, parmi lesquels il y en a quelques-uns d'intéressans.
HARTUNG, (Jean) né à Miltenberg en 1505, mort en 1579, enseigna le grec à Fribourg dans le Brigaw, avec réputation. On a de lui de savantes Notes en latin sur les trois premiers livres de l'Odyssée; et une Person latine des Argonautiques d'Apollonius, qui est peu exacte. L HARVEY en HARVEL, (Guillaume) Hares, né à Pelham, dans le comté de Kerry en 1577, mort en 1657, à 84 H A R 105 ans, fut médecin de Jacques premier et de Charles premier; et professeur d'anatomie et de chirurgie dans le collège des médecins à Londres, sur lequel il répandit ses bienfaits. C'est à lui qu'on fait honneur de la découverte de la circulation du sang, quoiqu'on ait prétendu que Césalpin et le jésuite Fabrien avoient parlé avant lui. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Harvée est le premier qui l'enseigna publiquement dans ses leçons. Il la développa ensuite dans un ouvrage intitulé : Exercitatio Anatomica de motu Cordis et Sanguinis; Leyde, 1737, in-4.º Les médecins s'opposèrent vigoureusement à cette opinion, et traitèrent Harvée de visionnaire. Ils voulurent le perdre auprès des rois Jacques et Charles premier. Il se défendit, il répliqua, il répéta les expériences; et la vérité se fit jour. Mais on le persécuta d'une autre manière. Lorsqu'il eut communiqué son idée à ses confrères, ils dirent d'abord qu'elle étoit absurde et nouvelle; et lorsqu'ils ne purent s'empêcher d'applaudir et de la recevoir, ils prétendirent qu'elle étoit très-ancienne. Les envieux auroient dû avouer qu'elle étoit du moins enseignée avant lui d'une manière très-obscure; et on ne peut lui contester la gloire d'avoir été le premier qui l'a mise dans tout son jour, et qui l'a prouvée par des expériences incontestables. D'ailleurs, dit Hume, son Traité de la circulation du Sang est embelli par cette chaleur et cette noblesse qui accompagnent si naturellement le génie de l'invention. Charles honoré ce grand homme d'une faveur distinguée, et lui accorda la liberté de faire servir les daims des forêts royales, les, pour perfectionner ses découvertes sur la génération des animaux. On a de cet illustre médecin, d'autres ouvrages estimables. Les principaux sont, outre celui dont nous avons parlé : I. Le traité De circulation Sanguinis, à Rotterdam, 1649. II. Un autre De generatione Animalium, à Londres, 1651, in-4.º III. Un autre De Ova. IV. Un livre en anglois, intitulé : Nouveaux Principes de Philosophie, etc. Ces divers écrits ont été réunis à Londres, 1766, in-4.º
II. HARVÉE, (Gédéon) habile médecin Anglois, mort à Hempsted dans le comté d'Hertford en 1700, est connu principalement par deux Traités curieux, et qui ne sont pas communs : I. Ars curandi morbos expectatione : bonne idée, qui fournirait la matière d'un excellent livre; celui de Harvée, sans être mauvais, pourroit être meilleur. II. De vanitatibus, dolis et mendacis Medicorum, in-12, à Amsterdam, 1695. Ces deux ouvrages, fort recherchés, sont ordinairement joints ensemble.
HARWARD, (Jean) ministre Anglo-Américain, mort en 1638 à Charle's-Town, fondé par son testament l'université de Cambridge, à quatre milles de Boston dans la nouvelle Angleterre. La bibliothèque de cet établissement avoit en 1787 plus de douze mille volumes, et le cabinet de physique étoit le plus riche et le plus complet de tous ceux de l'Amérique. Il y avoit alors un professeur de mathématiques, un autre de philosophie naturelle, un de langues orientales, un d'anatomie et de chirurgie, un de médecine théorique et pratique, un autre enfin de chimie et de botanique, et quatre sous-professeurs. La bienfaisance de Jean Harward a créé l'instruction et les secours qui en dérivent pour plus de quatre mille élèves depuis l'origine de son institution.
HASAN ou HASSAN, l'un des califes successeurs de Mahomet, fut élu d'une voix unanime, pour occuper le trône, après la mort de son père Ali en 601. Mais né avec des inclinations douces, il se démit volontairement six mois après en faveur de Moavia, qui commença la dynastie des Oumiades. Pendant un règne trop court, Hasan se fit chérir par sa bonté et son humanité. Un jour qu'il étoit à dîner, une esclave qui le servoit, ayant laissé tomber sur lui un potage bouillant, se jeta à ses pieds : Seigneur, lui dit-elle, le paradis est pour ceux qui maîtrisent leur colère. —Je ne suis point fâché, répondit Hasan; —et pour ceux qui pardonnent, continua la femme; —je vous pardonne, répliqua le calife; —car Dieu, ajouta-t-elle, aime tous ceux qui font du bien. —Cela étant, reprit le prince, je vous donne la liberté et quatre cents pièces d'argent. De pareils traits sont les plus beaux ornemens de l'histoire. Ce Titus Musulman se retira à Médine, où il vécut heureux et mourut en 669.
HASE, (Théodore de) naquit à Brême en 1682. Après avoir reçu de son père une excellente éducation, il parcourut l'Allemagne et la Hollande, et devint professeur de belles-lettres à Hanau. L'année suivante, il fut rappelé à Brême, pour y être ministre et professeur d'hébreu. Il fut reçu, quoique absent, docteur en théologie à Francfort- sur-l'Oder en 1712, et membre de la société Royale de Berlin en 1718. Enfin, il devint, en 1723, professeur de théologie à Brême, où il mourut le 25 avril 1731, à 49 ans. On a de lui un vol. in-8° de Dissertations pleines d'érudition. Il travaillait avec Lampe à un Journal, commencé sous le titre de Bibliotheca Historico-Philologico - Theologica; et continué sous celui de Musæum Historico-Philologico-Theologicum.
HASENMULLER, Voy. LY-SERUS, n° 1.
HASSAN-SABAH, fonda, l'an 483 de l'hégire, la dynastie des Ismaéliens de Perse, et devint le chef des Bathaniens, jeunes inspirés, obéissant aveuglément à ses ordres, se précipitant à sa voix dans les combats, et allant assassiner les souverains qui n'étouent pas de ses amis. C'est lui que les historiens du moyen âge ont surnommé le Vicux de la montagne, parce que sa principale retraite étoit dans le fort château d'Almut dans l'Iraque Persique, province très-montueuse. Par les commandemens d'Hassan, Amerbillah sultan d'Égypte, Mastarsched calife de Bagdad et plusieurs autres souverains périrent sous les coups des Bathaniens. Un soudan de Damas lui fit dire par son ambassadeur que, s'il ne lui payoit tribut, il s'empareroit de son petit état. Pour toute réponse Hassan fit venir en sa présence deux de ses sujets : il commanda à l'un de se précipiter du haut d'une tour, à l'autre de se plonger un pSignard dans le cœur, et l'un et l'autre obéirent à l'instant. Alors Hassan s'adressant à l'ambassadeur, lui dit : « Rep- portez à votre maître ce que vous venez de voir, et assurez-le que j'ai soixante mille hommes aussi dévoués à mes ordres. » Depuis cet instant, le soudan de Damas ne forma plus aucune prétention.
HASTINGS, ( Guillaume ) chambellan d'Edouard IV, roi d'Angleterre, jouit d'une grande faveur auprès de ce prince, qui, dès la première année de son règne, le créa baron d'Hastings, et l'honora de l'ordre de la jarretière l'année suivante. Lorsqu'en 1470 Edouard fut obligé de chercher un asile en Hollande, Hastings le suivit par-tout, et contribua beaucoup au gain de la bataille qui se donna près de Barnet, et qui fit remonter le roi sur le trône. Il ne fut pas moins fidèle à son fils Edouard V. Il étoit d'abord entré dans les vues de Richard, duc de Gloucester, oncle paternel de ce prince, protecteur et régent du royaume: mais lorsqu'il s'aperçut que Richard cherchoit à enlever la couronne à son neveu, il lui fut très-contraire. Ce prince n'ayant pu séduire cet excellent citoyen, résolut de s'en délivrer par un crime. Il demanda en plein conseil, quel châtiment méritoient ceux qui avoient attenté sur la vie du Protecteur ? Hastings répondit, qu'ils devoient être punis comme des traitres. Eh bien ! ces traitres, réplique le Protecteur, sont la Reine, veuve de mon frère, coupable de magie, et ses complices. Voyez en quel état ils m'ont réduit par leurs sortilèges. En même temps, il découvre son bras tout desséché. Personne n'ignoroit que Richard, né aussi contrefait de corps que d'esprit, avoit cette infirmité dès l'enfance. Assurément, dit Hastings, ils ne peuvent être trop punis, s'ils sont coupables de ce crime. — Quoi, s'écrie le Protecteur, vous répondez par des si et par des mais ! Vous êtes le premier coupable, vous êtes un traître, et je jure par St. Paul de ne pas dîner, qu'on ne m'ait apporté votre tête. En achevant ces mots, il frappe sur la table. Des satellites entrent, on saisit Hastings, on l'entraîne et on lui tranche la tête une heure après, le 13 juin 1483. Richard, pour se justifier auprès du peuple, publia un manifeste où il accusoit l'infortuné Hastings d'avoir voulu lui ôter la vie et s'emparer du gouvernement. Il lui reprochoit, en même temps, d'avoir entretenu, après la mort d'Edouard IV, un commerce de galanterie avec Jeanne Shore, maîtresse de ce monarque. Cette dernière accusation étoit fondée; mais ce n'étoit pas une raison pour donner la mort à un sujet fidèle, qui, dans tous les temps, avoit bien servi sa patrie.
HATEMTAI, Arabe, fut célèbre par ses richesses et sa bienfaisance, dans le 13e siècle. On lui demanda s'il avoit connu quelqu'un qui eût le cœur plus noble que lui. Il répondit affirmativement. « Un jour, dit-il, je sortis dans la campagne, et j'y vis un homme qui avoit ramassé une charge d'épines sèches pour son feu. Je lui demandai pourquoi il n'alloit pas chez Hatemtai, qui distribuoit chaque jour du bois au peuple ? Qui peut vivre du travail de ses mains, me répondit le vieillard, ne peut consentir à avoir obligation à Hatemtai. Cet homme, ajouta ce dernier, a le cœur plus noble que moi. » 108 HAT
HATTÉ, (Jean-Baptiste) médecin d'Arras, né en 1727, mort en 1762, est auteur d'un assez bon Traité de la Verolette, 1759, in-12. I. HATTON ou HETTON, abbé de Richenou, puis évêque de Basle vers 801, fut envoyé en ambassade par Charlemagne, vers Le Chardonnay, empereur de Constantinople, l'an 811. Il publia une relation de ce Voyage, qu'il nomma Itinéraire. Hatton se démit de son évêche en 822, et se retira dans le monastère de Louvain, où il mourut saintement l'an 836. On a de lui un Connaître pour l'instruction de ses prêtres. Cet ouvrage curieux est inséré dans le Spicilège de don Luc d'Achert.
II. HATTON, Voy. VI. OTTON.
HAUDICQUER DE BLANCOURT. (François) s'occupe, dans le dernier siècle, de recherches généalogiques. Nous avons de lui : I. L'Art de la Tercerie, Paris, 1667, in-12. II. Recherches sur l'ordre du Saint-Esprit, 1695, ou 1710, in 2 vol. in-12. III. Le Nobiliaire de Picardie, 1693, et avec des frontispices de 1695, in-4. Ce livre est recherché des curieux à cause de sa rareté, mais non pas à cause de sa fidélité : l'auteur fut condamné aux galères, pour avoir supposé de faux titres contre l'honneur de quelques maisons. Il est assez difficile de le trouver complet ; car il y a ordinairement onze familles de supprimées entre celle de Fagnet, pag. 185, et celle de le Peron. Ce Nobiliaire a été effacé par celui que Lignon a fait dresser en 1717, en 427 feuilles, forme d'étoiles ; on en trouve plus ou moins, suivant le temps où elles ont été retriées, parce que plusieurs familles n'ont apporté leurs preuves qu'après sa confection.
HAUDICQUER, (Jean-Baptiste) bénédictin de Saint-Maur, né à Eu, mort en 1777, a été, avec son frère, un des éditeurs des tomes IX et X des Historiens des Gaules, publiés en 1757 et 1760. Il est mort le 11 février 1775.
HAVENSIUS, (Arnaud) savant Jésuite, né à Bois-le-Duc en 1540, enseigna la théologie avec applaudissement. Le désir d'une plus grande solitude, l'engagea a se faire Chartreux à 46 ans. Il fut prieur, visiteur, et mourut à Gand en 1611, à 71 ans. Il est auteur de divers ouvrages, dont les plus connus sont : I. De auctoritate SS. Patrum in decernendis Fidei dogmatibus, 1600, in-8. II. De erectione novorum Episcopatum in Belgio, Cologne, 1607, in-8. III. De erambitate moribusque prisorum ac recentiorum haretiorum, 1608, in-8; ouvrage écrit avec une sorte d'éloquence.
HAVERCAMP, (Sigebert) professeur en histoire, en éloquence et en langue grecque à Leyne, et membre de l'académie de Cortone en Italie, s'acquit une grande réputation par son savoir. Il possédoit supérieurement la science des médailles. Entr'autres fruits de sa laborieuse application, on a de lui plusieurs éditions d'auteurs Gres et Latins : d'Entrep., in-8, 1729; de Lucré, in-4, 2 vol., 1725; de Joseph, 1726, in-5, 2 vol. Amsterdam, avec des notes très-saturées, mais trop étendées : de L'apologis de Tétallica. On lui doit, à la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin de la de grand et moyen Bronze, du Cabinet de la reine Christine de Suède, en latin, 1740, à la Haye, in-fol. avec des Commentaires; et en françois, dans le même format. II. Les Médailles du duc de Croy, Amsterdam, 1738, in-4.º III. Un bon ouvrage intitulé: Sylloge Scriptorum qui de Græcæ linguæ rectâ pronuntiatione scripserunt, Leyde, 1736, 2 vol. in-4.º (Voy. v. MOREL, et II. PARUTA.) Il mourut à Leyde, le 25 avril 1742, à 58 ans.
HAVERMAN, (N...) fille d'un peintre, devint élève du célèbre Van-Huysum, et égale presque ce grand artiste dans la représentation des fleurs et des fruits. Ce dernier ne fut pas exempt de jalousie en voyant tant de talens; il se félicita de ce que la jeune Haverman fut forcée de quitter Amsterdam, victime de sa tendresse pour un ingrat qui l'abandonna. Elle resta long-temps à Paris, où ses tableaux furent recherchés, et où elle est morte dans les dernières années du siècle qui vient de finir.
HAVERMANS, (Macaire) Flamand, chanoine régulier de l'ordre des Prémontrés, étoit né avec un génie prématuré, vif, pénétrant; mais avec une santé extrêmement délicate, qu'il acheva de ruiner par son application continuelle à l'étude. Il mourut le 26 février 1680 à Angers, âgé seulement de 36 ans. Son principal ouvrage est intitulé: Tyro-cinium Theologiae moralis, en 2 vol. in-8.º II. La Défense de ce livre contre les Thèses des Jésuites, où le Tyro-cinium étoit attaqué. III. Lettre apologétique au pape Innocent X. IV. Disquisition Théologique sur l'amour du Prochain. V. Disquisition, où il examine, quel amour est nécessaire et suffisant, pour la justification dans le Sacrement de Pénitence. Tous ces ouvrages sont en latin. Sa doctrine fut approuvée par le pape Innocent XI. Il reçut, quelques heures avant sa mort, des Lettres d'approbation de ce pontife, principalement sur la nécessité d'aimer Dieu en tout temps.
HAVERS, (Clopton) médecin Anglois, qui publia en 1691 un Traité d'Ostéologie. L'année suivante, il fut traduit de l'anglois en latin. La dernière impression est celle de Leyde, en 1734, sous ce titre: Novæ quædam Observationes de Ossibus, in-8.º Havers a bien écrit sur les os; il a fait quelques découvertes sur le périoste et sur la moëlle. Il apperçut, le premier, dans cette articulation, des glandes particulières, d'où sort une substance mucilagineuse, dont il a constaté la nature par un grand nombre d'expériences.
HAVIEL, (Thomas) chevalier Anglois, forma un parti contre Marie d'Angleterre, en 1553. Il étoit fort attaché au Calvinisme, et ne pouvoit souffrir que la reine l'abolit dans son royaume. Comme il ne vouloit point paroître chef de la conspiration, il engagea dans son parti la princesse Elisabeth, sœur paternelle de la reine Marie, avec le prince de Courtenai, petit-fils d'Edouard IV. Il se mit à la tête de 1200 chevaux et de 8000 hommes de pied, s'approcha de la ville de Rochester, et la prit par intelligence au mois de janvier 1554. Il s'y empara en même temps de deux grands vaisseaux, destinés pour porter en Angle- terre le prince d'Espagne; puis il s'avança vers Londres. La reine lui fit dire, que si son alliance avec le prince d'Espagne déplaisoit aux Anglois, elle choisirait un autre mari, qui fût à leur gré, et lui promit des gratifications considérables, s'il mettait les armes bas. Havel, comptant d'être introduit dans Londres par les complices de sa révolte, refusa toutes ces offres; mais lorsqu'il pensait à se faire ouvrir une des portes de la ville, il fut investi par les troupes de la reine, et pris avec environ 200 des conjurés, qui l'accompagnèrent au supplice.
HAVINGE, Voyez PHILIPPE de Bonne-Espérance.
HAULTIN, (Jean-Baptiste) conseiller au Chatelet, préparait un Recueil de Médailles qui n'avoient pas encore été données par les antiquaires, lorsque la mort le surprit en 1640. On conservait à la bibliothèque du roi ce qu'il y en avait de gravé, en un vol. in-folio, composé de 157 feuillets destinés à recevoir des médailles. On ne saurait assez regretter qu'il n'ait pas eu le temps d'achever son Recueil, et de faire le commentaire qu'il se proposait de donner. On a de lui les Figures des Monnoies de France, 1619, in-4°; rare.
HAUTECOUR, (Joseph-Louis de) Jésuite, né en 1705, mort en 1776, est auteur des Amusemens physiques, sur le système Newtonien, 1760, in-12.
HAUTEFEUILLE, (Jean) habile mécanicien, né à Orléans en 1647 d'un boulanger, connut Mad. de Boudin dans cette ville, où elle était exilée, la suivit en Italie, en Angleterre, et obtint plusieurs bénéfices par son crédit, et une pension par son testament. L'abbé Hautefeuille avait un goût et un talent particuliers pour l'horlogerie. C'est lui qui trouva, dit-on, le secret de modérer les vibrations du balancier des montres, par le moyen d'un petit ressort d'acier, dont on a fait depuis usage. Voyez HOOK. L'académie des Sciences, à laquelle il fit part de cette découverte, la trouva très-propre à donner une grande justesse aux montres. Les montres dans lesquelles on a employé ce petit ressort, s'appellent par excellence Montres à pendule. Le célèbre Huyghens a depuis perfectionné cette heureuse invention. L'abbé Hautefeuille n'excelloit pas moins dans les autres parties de la mécanique. Il mourut à Orléans, le 18 octobre 1724, à 77 ans. C'était un homme exempt de toute ambition, et plus attentif à cultiver les sciences que la fortune. On a de lui un grand nombre de Brochures courtes, mais curieuses, et semées d'observations utiles, qui en sont un témoignage. Les principales roulent sur des constructions nouvelles de trois montres portatives; d'un mouvement en forme de croix, qui fait les oscillations des pendules très-petites; d'un Gnomon spéculaire, pour régler au soleil les pendules et les montres; et d'un instrument propre à faciliter les travaux des peintres.
HAUTEFORT, (Marie de) née en 1616, de Charles, marquis de Hautefort, fut élevée dans la maison de la reine Anne d'Autriche, dont elle devint dame d'atours. Sa vertu, ses graces et la douane de son caractère, lui acquittent de l'empire sur l'esprit dé cette princesse, et sa beauté fit impression sur Louis XIII; mais la sagesse de l'un et de l'autre ne se démentit jamais. Ce- pendant le cardinal de Richelieu en conçut de la jalousie, parce qu'elle étoit dans les intérêts de la reine, et ce ministre impé- rieux la fit renvoyer de la cour. Louis XIII qui ne l'aimoit que comme un prince dévot et peu voluptueux peut aimer, consen- tit à cet éloignement. Lorsque Anne d'Autriche fut déclarée ré- gente, elle la fit revenir avec les plus grandes démonstrations d'amitié; mais son opposition au cardinal Mazaria lui fit perdre les bonnes graces de sa maîtresse. Le maréchal de Schomberg étant devenu veuf, l'épousa en 1646. Elle n'en eut pas d'enfants, et elle mourut en 1691, à 75 ans. La maison de Hautefort, branche de celle de Gontaut-Eiron, sub- siste.
HAUTE-MER DE GRANCEY, (Guillaume de) seigneur de Fer- vaques, étoit le plus vieux guer- rier qu'il y eût du temps de Henri IV. Il s'étoit fait con- noître dès la bataille de Renti, en 1554, et depuis, il s'étoit trouvé à celles de Saint-Quentin, de Gravelines, de Dreux, de Saint-Denys, et de Moncontour. François de France, duc d'Alen- çon, le fit grand-maire de sa maison, premier gentilhomme de sa chambre, général de ses armées en Flandre, et chef de tous ses conseils. Fervaques n'en fut guères plus estimé. Le duc, ni ses favoris, ne passaient pas pour gens de bien; et d'ailleurs, il engagea ce prince dans des entreprises injustes, qui le for- cèrent à sortir de Flandre, nou- vert de confusion et méprisé de tout le monde. C'est Fervaques qui le détermina à tenter de sur- prendre et de piller Anvers, en 1583: journée qui fut aussi glo- rieuse aux habitans, que funeste aux François; ils y perdirent plus de 300 gentilshommes et 1200 soldats, massacrés par les bour- geois. Après la mort de son pro- tecteur, il se donna à Henri IV, qui le fit maréchal de France, en 1595, autant par amitié, que pour lui donner une juste ré- compense. Ce maréchal se si- gnala au siège d'Amiens en 1597, et mourut en 1613, âgé de 75 ans.
HAUTEROCHE, (Noël le Breton, sieur de) auteur et poète dramatique François, mort à Paris en 1707, à 90 ans, se distinguait sur le théâtre dans les rôles comiques, et se fit aimer par sa probité et par sa droiture. On a de lui un Recueil de Co- médics, imprimé à Paris, en 3 vol. in-12, 1736. Quelques-unes sont conduites avec art, vive- ment dialoguées, pleines de bon comique; mais il ne faut cher- cher chez lui ni peintures des mœurs, ni aucun des détails propres à les corriger. On joue encore le Deuil; Crispin Méde- cin; le Cocher supposé; le Sou- per mal-apprété; l'Esprit follet; les Apparences trompeuses, et les Bourgeoises de qualité. Hau- teroche écrivait facilement en prose et en vers. On a encore de lui plusieurs Historiettes, assez insipides à présent, mais qui furent bien reçues dans leur naissance par ceux qui perdent leur temps à la lecture de ces frivolités. Hauteroche aimoit tel- lement la profession d'acteur, 112 HAU qu'il jouoit la comédie à l'âge de 90 ans.
HAUTESERRE, (Antoine-Dadine de) professeur en droit à Toulouse, naquit dans le diocèse de Cahors, et mourut en 1682, à l'âge de 80 ans, regardé comme un des plus habiles jurisconsultes de France. On a de lui: I. Un Traité des Ascétiques, ou de l'origine de l'état Monastique. II. Des Notes, pleines d'érudition, sur les Vies des Papes par Anastase. III. Un Commentaire sur les Décrétales d'Innocent III, 1666, in-fol. IV. Un traité De Ducibus et Comitibus Galliæ Provincialibus, en 3 livres; réimprimé à Francfort, in-12, en 1731, avec une longue préface de l'éditeur. Jean-George ESTOR. V. Gesta Hegum et Ducum Aquitaniæ, 1648, 2 vol. in-4°. VI. Ecclesiasticae jurisdictionis Vindicæ, Orléans, 1702, in-4°. C'est une réfutation du Traité de l'Abus, par Féret. L'auteur l'entreprit à l'âge de 70 ans, par ordre du clergé; mais il traite la matière, plutôt en historien Ultramontain, qu'en l'urisconsulte françois. VII. Un Traité en latin des Origines des Fiefs, que Schilterians fit réimprimer dans son Commentaire sur le droit féodal d'Allemagne. Peu d'hommes ont passidé le droit canon, la discipline de l'église et les libertés Gallicanes plus à fond que lui, et peu ont enseigné avec autant de méthode. I. HAUTEVILLE, Voyez TANGRÈDE de Hauteville; et TENDE.
II. HAUTEVILLE, (Jean de) Normand, et moine de Saint-Albans en Angleterre, florissoit à Paris vers l'an 1180, sous le règne de Philippe-Auguste. Il a écrit un Poème moral contre les vices du genre humain, intitulé Architrenius, (le Pleureur) en neuf livres, Paris, 1517, in-4°. L'auteur prend lui-même le nom de son poème, Architrenius, comme qui diroit Archi-Jérémie, du nom Grec des Lamentations. Ce livre est très-rare.
HAUTIN, (Pierre) graveur et fondeur, fit en 1525 les premiers poinçons pour imprimer la musique. Les notes et les filets sont gravés sur le poinçon. On voit à la bibliothèque nationale à Paris, plusieurs de ces premières éditions; l'une de l'an 1530, est un recueil de chansons en 4 vol. in-8° oblong. Hautin imprimoit encore la musique en 1576, année où il publia des motets à cinq parties, composés par Roland Lassutio.
HAWKESWORTH, (Jean) presbytérien Anglois, né en 1715, mort en 1773, donna la collection du premier Voyage de Cook, Byron et Carteret, 4 vol. in-4°, ou in-8°. On a encore de lui l'Aventurier, feuille morale dans le goût, mais non dans le style du Spectateur d'Adisson; excèlent modèle qui a fourni de médiocres copies.
HAWKESBEE, (N.) célèbre physicien Anglois, analysa les phénomènes de l'électricité, et publia l'un des premiers, en 1709, des expériences et des observations importantes sur ce sujet. Il est mort au milieu du siècle passé.
HAXO, général de la république Française, fut employé dans la Vendée, et obtint divers avantages sur Cherette. Il s'emparé de l'isle de Noirmoutier et d'celle celle de Boin. Battu complètement le 26 avril 1794, et craignant de tomber entre les mains des vainqueurs, il se tua d'un coup de pistolet. La Convention décréta que son nom seroit inscrit sur une colonne.
HAY, Voyez CHERON (Elizabeth-Sophie), et CRATELEY. I. HAY, (Alexandre) Jésuite fanatique, fut banni à perpétuité par arrêt du 10 janvier 1595, pour avoir prêché la sédition en public et en secret. Plusieurs témoins déposèrent qu'il avoit dit souvent, depuis la réduction de Paris, qu'il desiroit, si Henri IV passoit devant leur Collège, tomber de la fenêtre sur lui, tête première, pour lui rompre le cou. Il lui fut enjoint de ne pas rentrer dans le royaume, sous peine d'être pendu.
II. HAY, (Jean) Jésuite Ecossois, enseigna la théologie, les mathématiques et la langue sainte, en Pologne, en France et dans les Pays-Bas. Il mourut chancelier de l'université de Pont-à-Mousson, en 1607, avec une réputation de piété et de savoir. On a de lui divers ouvrages, surtout plusieurs Livres de Controverse contre les Calvinistes. I. HAYE, (Jean de la) Cordelier Parisien, prédicateur ordinaire de la reine Anne d'Autriche, naquit en 1593, et mourut en 1661, à 68 ans. Il est fort connu par deux ouvrages, l'un intitulé : Biblia Magna, 1643, 5 vol. in-fol. Ce recueil contient les Commentaires de Ganaeus, d'Estius, de Tirin et de plusieurs autres. Cette compilation est utile et assez bien faite. L'autre, Biblia Maxima, 1660, 19 vol. in-folio, est un recueil informe et peu estimé. Les Prolégomènes de cet ouvrage renferment beaucoup d'érudition; mais elle est mal distribuée, et souvent mal choisie; ce livre est cependant peu commun. — Il ne faut pas le confondre avec Jean DE LA HAYE, Jésuite, mort en 1614, à 74 ans, dont on a une Harmonie Evangélique, en 2 vol. in-folio, et d'autres ouvrages; ni avec un autre Jean DE LA HAYE, valet de chambre de Marguerite de Valois, éditeur de ses Poésies. Voy. MARGUERITE, n° VII.
II. HAYE, (Jean de la) lieutenant général de la sénéchaussée de Poitiers, fut tué en 1575. On lui doit : Mémoires et Recherches sur la France et la Gaule Aquitanique, 1581, in-8. I. HAYER DUPERRON, (Pierre le) né à Alençon en 1603, du procureur du roi au présidial de cette ville, chargé dont il fut lui-même pourvu après la mort de son père, se fit en son temps quelque réputation par ses Poésies. Son ouvrage le plus considérable en ce genre, est intitulé : Les Palmes de Louis le Juste, Poème Historique divisé en IX livres; où, par l'ordre des années, sont contenues les immortelles actions du très-Chrétien et très-Victorieux Monarque Louis XIII, etc., à Paris, 1635, in-4. Ce poème présenté au roi par l'auteur, lorsque ce prince passa à Alençon pour aller en Bretagne, fut bien accueilli, et lui valut sur-tout la protection du cardinal dont les louanges n'y étoient pas oubliées. Les effets de cette protection qu'il ne tarda pas à ressentir, furent d'abord des lettres de réhabilitation, de noblesse pour son père, et d'en- 114 HAY noblissement, *entant que besoin seroit*. Il obtint ensuite le cordon de Saint-Michel, et enfin un brevet de conseiller d'état. *Le Hayer* fut un des premiers membres de l'académie naissante de Caen. Nous ignorons l'année de sa mort; mais nous savons qu'il rimoit encore en 1678. Outre le poème dont nous venons de parler, et quantité d'autres poésies fugitives, telles qu'*Epitres*, *Odes*, *Sonnets*, etc., il a traduit quelques ouvrages de l'espagnol, et entr'autres l'*Histoire de l'Empereur Charles-Quint*, par J. *Ant. de Vera*, Paris, 1662, in-4.
II. HAYER, (Jean-Nicolas-Hubert) Récollet, ancien professeur de philosophie et de théologie dans son ordre, né à Sare-Louis le 15 juin 1708, mourut à Paris le 16 juillet 1780, dans sa 73$^{e}$ année. Elève du célèbre Père *Chalippe*, il en imita les vertus et le zèle. Il fut un des athlètes sacrés, qui se mesurèrent le plus souvent avec les incrédules modernes. Il composa pendant quelques années, en société avec M. *Soret*, un ouvrage périodique intitulé : *La Religion vengée*. Ce journal leur procura à l'un et à l'autre, plus d'injures que d'argent; et le public inconstant, cessant de l'accueillir, malgré son utilité, les deux auteurs furent forcés de le discontinuer. On a encore du P. *Hayer* divers ouvrages en faveur de la religion. Les principaux sont : I. *La spiritualité et l'immortalité de l'Ame*, 1757, 3 vol. in-12, où cette importante matière est discutée avec solidité et appuyée de tout ce que la religion et la raison fournissent de plus lumineux. II. *La règle de foi vengée des calomnies des Protestans*, 1761, 3 vol. in-12. III. *L'Apostolicité du ministère de l'Eglise Romaine*, 1765, in-12. IV. *Traité de l'existence de Dieu*, in-12, 1769. V. *L'Utilité temporelle de la Religion Chrétienne*, 1774, in-12. VI. *La Charlatanerie des incrédules*, 1780, in-12. VII. *Pensées Evangéliques*, 1772, in-12. C'étoit un religieux très-attaché à son état, et qui puisoit dans son cœur tout ce qu'il disoit en faveur de la religion. Plus de force et plus de chaleur dans son style, auroient contribué à assurer un plus long succès à ses ouvrages. *Voyez BOULLIER*.
HAYM, (Nicolas-François) né à Rome, et mort à Londres en 1729, se rendit célèbre par sa vaste érudition. Il fit réimprimer la *Bibliothèque italienne de Fontanini*, et l'augmenta considérablement. On lui doit le *Thesaurus Britannicus*, Londres, 1720, où il décrit les médailles grecques et romaines, de tout métal, qui enrichissent le *Muséum* de Londres. Cet ouvrage devoit être plus étendu, mais la mort de *Haym* l'empêcha de le continuer.
HAYMON, géant né dans le Tyrol, dans le 15$^{e}$ siècle, avoit seize pieds de haut, et assez de force, dit-on, pour porter un bœuf d'une main. On montre son tombeau dans le château d'Umbras, à une lieue d'Inspruck. A côté du squelette d'*Haymon* est celui d'un nain qui fut cause de sa mort. Ce nain ayant délié le cordon du soulier du géant, celui-ci se baissa pour le renouer; le nain profita de ce moment pour lui donner un souillet. Cette scène se passa devant l'archiduc *Ferdinand* et sa cour; on en rit, ce qui fit tant de peine au géant que
HÉA 116 peu de jours après, il en mourut de chagrin. Le Tyro la produit souvent des hommes d'une taille extraordinaire. *Bernard Gilli*, ayant onze pieds de haut, étoit de cette contrée; il parcourut la France en 1764. A l'âge de 9 ans, sa taille n'excédoit point celle des autres enfans; mais dès ce moment, ses membres se développèrent et s'étendirent d'une manière surprenante.
HAYNEUVÉ, (Julien) Jésuite, né à Laval en 1588, mort à Paris en 1663, a publié des *Méditations pour tous les jours de l'année*, qui ont eu autrefois un grand cours. I. HAYS, (Jean de) poète François du 16e siècle, étoit conseiller et avocat du roi au bailliage et siège présidial de Rouen. Il a fait quelques *Pièces de Théâtre*, dont l'une intitulée *Cammate*, est en 7 actes. Ainsi *Crébillon*, qui vouloit faire sa tragédie de *Catilina* en sept actes, n'est pas l'inventeur de cette idée. Du reste, il fut un de ces rimailleurs obscurs, qui barbotent toute leur vie dans les marais du Parnasse. *Cammate* se trouve dans les premières *Pensées de Jean de Hays*, Rouen, 1598, in-12. On a encore de lui, *Amarylle*, Rouen 1595, in-12.
II. HAYS, sieur de *LA FOSSE*, (Gilles le) poète latin, natif du village d'Amayé, à deux lieues de Caen, fut professeur de rhétorique à Caen, et recteur de l'université de cette ville. Il vint ensuite à Paris, et il y enseigna la rhétorique avec beaucoup de réputation, dans les collèges du Plessis, du cardinal le *Moine* et de Beauvais, jusqu'en 1666, qu'il devint curé de Gentilly, où il mourut en 1679. Ses *Poésies latines* sont estimées, mais trop satiriques, par conséquent peu dignes d'être lues.
III. HAYS, (Jean-Baptiste des) *Voyez DESHAYS*, — et GENDRON.
HAYWARD, (Jean) historien Anglois, mort à Londres en 1627; écrivoit avec une liberté qui tenoit de la licence. On a de lui en anglois, les *Vies des trois Bois Normands*, in-4°, celle du roi Henri IV, in-4°; le *règne d'Edouard VI*, in-4°, etc. Ses écrits lui attirèrent des inquiétudes. *Voy*, VIII. ÉLIZABETH, à la fin.
HAZAEL, officier de *Bénadad II*, roi de Syrie, étouffa ce prince sous une couverture, et régna en sa place, vers l'an 889 avant J. C. Il tourna ensuite ses armes contre les Juifs, ravagea leur pays, et entreprit le siège de Jérusalem. *Joas*, voulant empêcher la ruine de cette ville, envoya à l'usurpateur tout l'or et tout l'argent du temple et de ses coffres, selon la prédiction du prophète *Elisée*. Il se retira et mourut, laissant la couronne à son fils *Bénadad III*.
HAZON, (Jacques-Albert) — médecin de la faculté de Paris, mort dans cette ville le 17 avril 1780, a publié : I. *Eloge historique de la Médecine*, 1771, in-4° II. Notice des hommes les plus célèbres de la faculté de médecine de Paris, depuis 1110 jusqu'en 1750; Paris, in-4°, 1778. On y trouve une foule de traits curieux et peu connus.
HEARNE, (Thomas) écrivain Anglois, distingué par ses ouvrages, et par les services qu'il 116 H E A a rendus à la bibliothèque Bed- léenne, dont il étoit sous-biblio- thécaire, mourut en 1735, à 57 ans. Il vouloit qu'on ne mit sur sa tombe que cette épitaphe : *Cigit Thomas HEARNE, qui passa sa vie à étudier et à conserver les antiquités*. On a de lui quelques écrits. Le principal est une *His- toire universelle*, 1704—1705, 2 vol. in-8.º *Voy. LILLE*.
HEAUVILLE, *Voy. BOUR- GEOIS*, (Louis le) n.º II.
HÉBÉ, (Mythol.) étoit fille de *Jupiter* et de *Junon*, et déesse de la jeunesse. Les poètes di- sent qu'*Apollon* invita *Junon* à un souper où il fit servir, en- tr'autres choses, une espèce de laitue sauvage; la déesse en ayant mangé avec appétit, de stérile qu'elle étoit auparavant, devint féconde et enfanta *Hébé*. D'au- tres disent que *Junon* piquée de ce que *Jupiter* avoit tiré *Minerve* de son cerveau, tira du sien la jeune *Hébé*. Quoi qu'il en soit, le maître des dieux prit la jeune déesse à cause de sa beauté, pour lui servir le nectar. Elle s'acquitta de cette fonction avec graces, jusqu'à ce qu'étant tombée un jour en lui présentant à boire, ce dieu lui défendit de le servir davantage, et mit *Ganymède* à sa place. *Hombre* dit qu'en pre- nant *Ganymède* pour échanson, il permit à *Hébé* de verser le nectar aux autres dieux. Cette déesse avoit aussi le soin d'atte- ler le char de *Junon*. Dans la suite, elle épousa *Hercule* lors- qu'il fut mis au rang des dieux, et rajeunit le vieux *Iolas*, co- cher de son nouvel époux. On l'appeloit aussi *Javenta*.
HÉBED-JÉSU, *Voyez* F BED.
HÉBENSTREIT, savant jurisconsulte de Leipzig, a publié un grand nombre d'ouvrages de droit, dont les plus remarqua- bles sont : Une *Histoire* de la juridiction ecclésiastique, et une *Dissertation* curieuse sur l'inter- rogatoire secret des témoins. Il est mort dans sa patrie en 1781.
HÉBER, fils de *Salé* et père de *Phaleg*, naquit l'an 1281 avant J. C., et mourut âgé de 464 ans. *Josèphe*, *Eusèbe*, *St. Jérôme*, le vénérable *Bède*, *St. Isidore*, et presque tous les interprètes as- surent que les Hébreux ont tiré leur nom de *Héber*, qui con- serva la véritable religion et la première langue, nommée de son nom *hébraïque*, depuis la confusion de ces mêmes languies. D'autres savans les contredisent. *Huct*, dans sa *Démonstration* *Évangélique*, a voulu démontrer que le nom Hébreu vient du mot *Héber*, c'est-à-dire *de-delà*, parce qu'ils étoient venus d'au- delà de l'Éuphrate. C'est en effet le sentiment le plus probable.
HÉBERT, *Voy. ÉBERTUS*. I. HÉBERT, (François) curé de Versailles, mérita l'estime de *Louis XIV* par ses vertus et par ses talens. Il devint, à la fin de l'année 1703, évêque d'Agen; et mourut à Paris, le 21 août en 1728, après avoir fait beaucoup de bien dans ce diocèse. Nous avons de lui : I. Des *Prènes* pour tous les *Dimonches de l'année*, à Paris, 1725, en 4 vol. in-12. On y voit les devoirs du Chris- tianisme tracés avec beaucoup d'exactitude : les principes de la morale sagement développés : l'É- criture et les Pères y paroissent cités à propos. Le style en est simple, comme il convient à ces sortes d'instructions, sans cependant être négligé. II. Des *Mémoires* manuscrits, sur les événements dont il avoit été témoin à la cour, tandis qu'il étoit curé de Versailles. *La Beaumelle*, qui en a profité pour composer ses *Mémoires de Maintenon*, dit qu'*Hébert* écrivit avec l'exactitude d'un homme qui avoit tout vu, et avec la liberté d'un homme qui n'écrivoit que pour lui-même. On dit dans ce dernier ouvrage, que *Mad. de Maintenon* ayant voulu engager *Hébert* d'assister à la représentation de l'*Esther de Racine*, cet homme, vraiment rempli de l'esprit de son état, l'en remercia par cette observation judicieuse : *Madame*, lui dit-il, l'*innocence des Vierges est un attrait plus dangereux que le libertinage des Prostituées : le vice profane tout*.
II. HÉBERT, (N.) chirurgien dentiste, membre de l'académie de Villefranche, fut pensionné de la ville de Lyon, où il fixa son séjour. Sa dextérité, ses connaissances lui acquirent de la réputation. Il y publia quelques écrits sur son art, entr'autres le *Citoyen Dentiste*, 1779, in-12. Il mourut en 1780.
III. HÉBERT, (Jacques-Réné) né à Alençon, vivoit à Paris dans un état obscur avant la révolution, et y avoit même, dit-on, dévalisé un médecin qui lui avoit donné l'hospitalité. Le commencement des troubles lui fournit un moyen d'exister et de se faire connoître par le journal intitulé, le *Père Duchesne*. La folie des idées de ce Journal, ses injures grossières, son cynisme effronté, ses mots orduriers, sans cesse mêlés à des jurimens, enchantèrent la populace. L'auteur devint membre de la municipalité qui organisa l'attaque du dix août, et contribua ensuite aux massacres exécutés dans les prisons. Devenu substitut du procureur de la commune, il insulta *Marie-Antoinette*, par d'horribles accusations, qui révoltèrent *Robespierre* même. Il reçut bientôt le prix de ses crimes. *Danton* et *Robespierre*, s'apercevant qu'*Hébert* et ses adhérents appelés *Hébertistes*, cherchoient à élever la puissance de la commune de Paris, au-dessus de celle de la Convention, se réunirent malgré leur haine mutuelle pour perdre ces ennemis communs. *Hébert* et ses partisans *Rousin*, *Momoro* et *Clootz*, furent subitement arrêtés, et condamnés à mort le 24 mars 1794. *Hébert* la subit avec lâcheté et en tombant plusieurs fois en défaillance avant d'arriver à l'échafaud. Il avoit épousé une religieuse qui fut guillotinée vingt jours après son mari. On a remarqué que le même cachot de la conciergerie reçut successivement *Hébert*, son ami *Chaumette*, et enfin ses adversaires *Danton* et *Robespierre*. *Hébert* fut le principal organisateur des orgies connues sous le nom de *Fêtes de la raison*, etc. « Ceux qui l'ont connu particulièrement, dit un écrivain, assurent que le journaliste et l'homme de société étoient deux êtres qui n'avoient aucune ressemblance : l'un étoit fougueux, forcené, atroce ; l'autre étoit doux, liant et même patelin. L'écrivain, sous le nom du *Père Duchène*, ne prêchoit que l'abstinence et les privations ; il déclamoit sans cesse contre les voleurs, les dilapidateurs, et il appeloit à grand cris la vengeance nationale sur la tête de tous les scélérats, tandis que le magis- 718 HÉB trat Hébert, logé magnifiquement, donnoit des repas somptueux, vivoit dans la mollesse avec des hommes intéressés dans les fournitures des armées, et souvent se réunissait le soir, avec des personnes qu'il avoit dénoncées le matin. A la commune, c'étoit le républicain le plus sévère; au club des Cordeliers, le provocateur le plus audacieux des mouvemens populaires. Dans l'intérieur de sa maison, c'étoit un homme facile, complaisant, qui s'occupoit de ses jouissances, et qui, loin de blâmer les plaisirs et les prodigalités, se livroit à tous les excès d'une vie molle et sensuelle. »
HÉBRON, chef de la famille des Hébronites, donna son nom à la ville d'Hébron, appelée aussi Atbée. Abraham avoit acheté une caverne dans cet endroit, pour en faire le sépulcre de Sara et le sien. Ce fut dans cette même ville qu'Absalon se fit sacrer roi, du vivant de David son père.
HÉCATE, (Mythol.) étoit fille de Jupiter et de Latone. C'est ainsi qu'on nommoit Diane dans les enfers. Elle tenoit au-delà du Styx, pendant cent ans, les ombres de ceux qui avoient été privés de la sépulture. Hécate étoit regardée comme la déesse de la nuit, des ombres, des enfers et des songes: elle présidoit aux enchantemens et à la magie. Elle s'appeloit Hécate, ou parce qu'on ne l'appaisoit que par des sacrifices de cent victimes, ou parce qu'elle faisoit errer cent ans sur les bords du Styx, les morts sans sépulture. Elle avoit encore les noms de Tergamina et de Triceps, parce qu'on la représentoit tantôt avec un seul corps à trois têtes et à quatre bras, telle- ment disposés, que, de quelque côté qu'on se tournât, chaque tête avoit ses deux bras; tantôt avec trois figures adossées les unes aux Autres. Dans une main, on lui mettoit un flambeau; dans les deux autres mains, on lui donnoit un fouet et un glaive, comme gardienne de l'enfer: dans la quatrième, on lui faisoit tenir un serpent, symbole de la santé, à laquelle elle présidoit, — HÉCATE est aussi le nom d'une magicienne de l'antiquité, qui, après en avoir empoisonné plusieurs qu'elle haïssoit, et même son père, chercha un asile chez Actés, son oncle, roi de Colchos, qu'elle épousa, et dont elle eut la fameuse Médée.
HECT, (Chrétien) natif de Hall, ministre d'Essen en Ost-prise, mort en 1748, âgé de 52 ans, a laissé des ouvrages qui lui ont fait un nom parmi les savans. Les principaux sont: I. Commentatio-philologico-critico-exegetica, de secta Scritarum. II. Antiquitas Harzorum inter Judæus in Poloniæ et Turcici imperii regionibus florentis Sectæ, adscrita et vindicata, III. Plusieurs Ecrits en allemand, etc. — Il est différent de Godefr. HECT, recteur de Lucæ en Basse-Lusace, auteur de savantes Dissertations latines, etc. en assez grand nombre: il mourut en 1721.
HECQUET, (Philippe) médecin, né à Abbeville en 1661, exerça d'abord son art dans sa patrie, ensuite à Port-Royal, et enfin à Paris, après avoir reçu le bonnet de docteur en 1697. Dès 1698, il ne pouvoit suffire à ceux qui demandaient ses soins. Malgré son goût pour la simplicité, il fut obligé de prendre un carrosse, qui lui tint lieu de cabinet. Il s'y livroit à l'étude avec autant d'application, que s'il eût été chez lui. Nommé doyen de la faculté de médecine en 1712, il fit travailler au nouveau Code de Pharmacie, publié dans la suite. Les infirmités que ses travaux lui causèrent, et l'esprit de pénitence dont il étoit animé, l'engagèrent à se retirer en 1727, chez les Carmélites du faubourg Saint-Jacques. Sa retraite ne cessa d'être ouverte aux pauvres dont il fut l'ami, le consolateur et le père. Il faisoit toujours maigre, et ne buvoit que de l'eau. Le Sage l'a peint dans Gilblas, sous le nom du docteur Sangrado. Ce pieux et habile médecin mourut le 11 avril 1737, à 76 ans. Il vouloit que la pratique de son art fût étayée d'une étude réfléchie, et d'une théorie profonde; et selon lui, un médecin qui voyoit beaucoup de maladies, voyoit peu de maladies. On raconte qu'en visitant ses maladies opulens, il alloit souvent dans la cuisine embrasser les cuisiniers et les chefs d'office. Mes amis, leur disoit-il, je vous dois de la reconnoissance, pour tous les bons services que vous nous rendez à nous autres médecins; sans vous, sans votre art empoisonneur, la faculté iroit bientôt à l'hôpital. Tous ses ouvrages prouvent une lecture immense et un savoir profond; mais un savoir quelquefois mal digéré. Outre les anciens médecins, dont il avoit fait des extraits étendus, accompagnés de ses réflexions, il avoit lu, avec la même application, tout ce que les médecins modernes ont pu écrire sur leur art, en latin ou en françois. Il ne paroissoit rien d'estimable en ce genre, qu'il n'en enrichit sa bibliothèque, et il donnoit au cabinet tout le temps qu'il pouvoit dérober à ses autres occupations. Il avoit toujours beaucoup pris sur son sommeil, pour faire de plus grands progrès dans ses études: on l'a vu passer jusqu'à vingt-quatre nuits de suite sans se coucher, pour approfondir des questions particulières qui devoient entrer dans ses ouvrages. On ne pouvoit lui parler d'aucun livre de médecine, qu'on ne le trouvât prêt d'en rendre un compte exact, et le jugement qu'il en portoit étoit presque toujours juste. Il avoit mis à profit toutes ses lectures. C'est dommage qu'il se trouve dans la plupart de ses ouvrages peu d'ordre et de méthode, et qu'il ait si fort négligé son style quand il a écrit en françois, et qu'il rejette presque tous les remèdes inconnus aux anciens médecins. Janséniste même en médecine, il parle avec beaucoup de dureté des inoculateurs et de l'inoculation, contraire, dit-il, aux vues du créateur, et ne ressemblant en rien à la médecine, mais plutôt à la magie. On lui a encore reproché d'avoir été trop vif dans ses écrits, et trop attaché à ses propres sentiments. Il avouoit quelquefois qu'il craignoit de donner à l'humeur, ce que la vérité seule est en droit d'exiger; mais ce qui peut l'excuser, c'est qu'il n'a jamais défendu un sentiment, ni soutenir un système, qu'il n'ait cru que c'étoit celui qu'il falloit défendre et soutenir. Il étoit toujours disposé à se rétracter, si on lui eût montré évidemment qu'il se trompoit; et c'est ce qu'il concevoit assez difficilement. Il n'étoit jamais consulté sur les maladies dont les symptômes paroissoient obscurs, qu'il n'eût recours à la prière avant de donner sa décision ou ses conjectures. Il ne cessoit d'exhorter ses confrères à se con- duire avec la même attention et la même vigilance, toutes les fois qu'ils visitoient un malade, et à donner les premiers en toute oc- casion l'exemple de la modestie et de l'amour pour la religion. Il voyoit avec peine que les dé- fauts contraires preneient le des- sus; et c'est ce qu'il déplore dans un manuscrit intitulé: LE TON- DEAU de la Médecine. On a de lui: I. De l'indécence aux hommes d'accoucher les femmes, et de l'obligation aux femmes de nour- rir leurs enfants, 1708, in-12. Ouvrage appuyé de raisons mo- rales et physiques. En général, cet auteur, élève de Port-Royal, a été toujours moraliste, et quel- quefois rigoureux dans ses déci- sions: ce qui n'empêche pas que l'indécence dont il parle ne soit très-réelle. II. Traité des dispenses de Carême, 2 vol. in-12, 1708 et 1715. Il auroit accordé d'au- tant plus difficilement ces dis- penses, qu'il croyoit les alimens maigres aussi bons que les gras. Il pensoit même qu'ils étoient plus favorables à la sensualité. III. De la digestion des Alimens, et des maladies de l'Estomac, 2 vol. in-12. Ouvrage savant sur un viscère trop peu connu. Mais, dans ses livres les plus utiles, l'auteur porte son esprit systé- matique, qui l'éloigne quelque- fois de la vérité. IV. Traité de la Peste, in-12. V. Noms Me- décine conspectus, 2 vol. in-12. VI. La Médecine Théologique, 2 vol. in-12. VII. La Médecine Naturelle, 2 vol. in-12. VIII. De purganchi Medicinal à curarum sordibus, in-12. IX. Observa- tions sur la saignée du pied, in-12. X. Vertus de l'Eau com- mane, 2 vol. in-12. Il en fait presque une médecine univer- selle. En général, il étoit grand partisan des délayons chauds et de la saignée; en quoi il ne s'ac- cordoit guères avec quelques mé- decins modernes. XI. Abus des Purgatifs, in-12. Hecquet étoit persuadé que beaucoup de maux se guérissent, sans qu'il faille continuellement tourmenter la nature. La médecine s'appeioit autrefois la science de peu de remèdes, PALLARUM HERRARUM SCIENTIS. Ces herbes même étoient plutôt des alimens que des remèdes; la meilleure mé- decine étoit de nourrir à propos, et d'assuettir à la diète quand on avoit trop nourri. Si Hecquet avoit pu rappeler ses confrères à cette simplicité primitive, il auroit été sans doute le premier des médecins. XII. Le Brigan- dage de la Médecine, etc. trois parties in-12. XIII. La Méde- cine, la Chirurgie et la Phar- macie des pauvres, 3 vol. in-12, dont la meilleure edition est de 1742, en 4 vol. XIV. Le Na- turalisme des Convulsions, 1733, trois parties, in-12. Il ne voyoit dans cette folie épidémique et éphémère, que les effets de la fourberie dans les uns, une ima- gination déréglée dans les autres, et dans quelques-uns les suites d'une maladie cachée. — Le Tèvre de Saint-Marc a écrit la Vie de ce savant médecin. Elle est aussi édifiante pour les Chrétiens, qu'instructive pour les gens de l'art.
HECTOR, (Mythol.) fils de Priam et d'Hécule, épousa An- droanque, (Voy. ce mot.) et en ent Astyanax. Il fut la terreur des Grecs, et fit de grands ra- vages dans leur armée. Sa force étoit prodigieuse ; il leva seul très-facilement une pierre, que deux hommes des plus robustes n'auroient soulevée de terre qu'avec peine, et la jeta contre le milieu de la porte du camp des Grecs, qu'il enfonça avec un fracas horrible. Suivant les oracles, tant que le redoutable Hector vivroit, l'empire de Priam ne pouvoit être détruit ; il porta le feu jusques dans les vaisseaux ennemis, et tua Patrocie, qui vouloit s'opposer à ses progrès. Il fut enfin vaincu, et mis à mort par Achille, qui exerça sur son corps une basse vengeance. Voy. ACHILLE.
HÉCUBE, (Mythol.) étoit fille de Dimas, roi de Thrace, et femme de Priam, roi de Troie. Après la prise de cette ville, elle échut en partage à Ulysse. Elle eut tant de douleur de voir immoler sa fille Polizène sur le tombeau d'Achille, et de trouver son fils Polydore tué par la trahison de Polymnestor, à qui elle l'avoit confié, qu'elle se creva les yeux : ensuite, vomissant mille imprécations contre les Grecs, elle fut métamorphosée en chienne.
HÉDELIN, (François) abbé d'Aubignac et de Meimac, d'abord avocat, ensuite ecclésiastique, naquit à Paris en 1604. Le cardinal de Richelieu lui confia l'éducation du duc de Fronsac, son neveu, et récompensa ses soins par deux abbayes. D'Aubignac se rendit si agréable à son élève que celui-ci étant mort dans l'âge de tester, lui légua une pension de 4000 livres. Le prince de Condé, héritier du jeune Fronsac, refusa de la payer. D'Aubignac écrivit une savante requête qu'il adressa au prince, en le laissant seul juge de la contestation. Condé, après l'avoir lue, ne voulant pas être vaincu en générosité, ordonna que la pension seroit continuée. La protection dont Richelieu honoroit d'Aubignac, et son propre mérite lui firent jouer un rôle dans le monde et dans la république des lettres. Il fut tour-à-tour grammairien, humaniste, poète, antiquaire, prédicateur et romancier. Dans l'une de ses dissertations, il entreprit de prouver qu'Homère n'avoit jamais existé, et que l'Odyssée et l'Iliade n'étoient qu'une compilation de plusieurs tragédies chantées anciennement sur les théâtres de la Grèce. Il avoit beaucoup de feu dans l'imagination, mais encore plus dans le caractère. Hautain, présomptueux, difficile, bizarre, il se brouilla avec une partie des gens de lettres. Ses querelles avec Corneille, Ménage, Mlle de Scudéri et Richelet, sont celles qui ont le plus éclaté. Il rompit avec le premier, parce qu'il n'avoit pas cité sa Pratique du Théâtre dans l'examen de ses Tragédies ; avec le second, parce qu'il n'estimoit pas assez Térence ; avec Mlle de Scudéri, parce qu'elle se plaignit que l'abbé, dans son Royaume de Coquetterie, n'avoit fait que copier et étendre les idées de sa Carte de tendre ; enfin, avec Richelet, parce qu'il n'avoit pas assez loué son insipide roman de Macarise. Celui-ci lui fit cette réponse : Ridella, c'est à tort que tu te plains de moi ; N'ai-je pas loué ton ouvrage ? Pouvoir-je plus faire pour toi, Que de rendre un faux témoignage ? Cependant, malgré sa causticité, l'abbé d'Aubignac avoit un fonds 122 H É D de philosophie, que la vie de la cour ne lui fit pas perdre. Il se renferma de bonne heure dans son cabinet, se bornant à la conversation de quelques amis, éloignés, comme lui, de toute ambition. Aussi dit-il dans sa quatrième Dissertation sur le poème dramatique: Que depuis 17 ans, il n'avoit pas ou seulement la porte du Louvre, et qu'il n'avoit jamais voulu demander des pensions au Cardinal de Richelieu. « Il me suffit, ajoute-t-il, d'un grand don que le roi me fait, et pour lequel je me sens fort obligé à ses bontés. Il me donne la liberté de vivre selon mon plaisir, de philosopher en repos, de jouir de la paix de mon cabinet, comme de celle du royaume, d'étudier les vertus, et d'écrire mes fantaisies pour me divertir... » Je ne suis pas propre, dit-il dans sa troisième Dissertation, à faire de grands voyages; et l'on ne peut me conter de la Chine ou de l'Amérique d'assez grandes merveilles, pour me donner envie de les aller voir. Ma mauvaise santé ne me permet pas de prendre aucun emploi laborieux; et ceux que j'avois pris autrefois volontairement dans la chaire et dans le barreau, avec un assez favorable succès, me sont maintenant, en 1663, interhits sans retour. La promenade est un divertissement trop proche de la lassitude, et pour moi trop pénible: l'application de la pensée aux ouvrages qui demandent une forte méditation, ne manque jamais à me rendre malade. Je n'aime pas le jeu, et quoique je le sache, je n'y trouve aucun charme capable de m'y faire perdre du temps; il y a trop de violence pour la faiblesse de mon corps, ou trop d'oisiveté pour l'activité de mon esprit... » L'abbé d'Aubignac mourut à Nemours le 25 juillet 1676, à 72 ans. On a de lui: I. Pratique du Théâtre, Amsterdam, 1717, 2 vol. in-8°, et Paris, in-4°, pleine d'érudition, mais qui ne donnera jamais le génie. II. Terence justifié; livre semé de recherches sur le théâtre ancien. Il se trouve dans l'édition de sa Pratique, faite en Hollande en 1715. III. Une mauvaise Apologie des Spectacles. IV. Zénobie, 1647, in-4°, tragédie en prose, composée suivant les règles prescrites dans sa Pratique du Théâtre; elle fut siifiée. Jamais pièce n'ennuya plus méthodiquement. Cette triste expérience, dit un auteur, dut apprendre à l'abbé d'Aubignac que le génie fait tout, que du moins sans lui les règles ne sont rien. Il dut voir qu'il n'étoit pas plus initié dans le grand art d'exciter fortement les passions, que ne l'est, dans les secrets de l'architecture, un manœuvre servile et sans talent. Le prince de Condé disoit: « Je sais bon gré à l'abbé d'Aubignac d'avoir si bien suivi les règles d'Aristote; mais je ne pardonne point aux règles d'Aristote d'avoir fait faire à l'abbé d'Aubignac une si méchante Tragédie. » Il a encore laissé les tragédies de la Pucelle d'Orléans, 1667, in-12; de Cyminde, 1642, in-12, en prose (d'autres l'attribuent à Colletet); et le Martyre de Ste Catherine, en vers, 1650, in-4°. Elles sont plus mauvaises, s'il se peut, que sa Zénobie. V. Macarise, ou la Reine des Isles Fortunes, Paris, 1666, 2 vol. in-8°. VI. Conseils d'Ariste à Célimène, in-12. VII. Histoire du temps, ou Relation du Royaume de Coquetterie, in-12. L'auteur du Dictionnaire Typographique, et le continuateur de *Ladvocat*, lui attribuent encore un *Traité* curieux et peu commun *Des Satyres, Brules, Monstres, etc.* Paris, 1627, in-8°; mais il n'est pas sûr qu'il soit de lui. L'auteur de ce livre singulier s'appeloit bien *HEDELIN*; mais on n'a aucune preuve qu'il fût le même que l'abbé d'*Aubignac*. Ce livre n'est point non plus de *Claude HEDELIN* son père, dont on a des *Poésies* latines et françoises, dans un recueil intitulé: *Les Muses Françoises*, et séparément, les *Héroïdes d'Ovide*.
**HEDERIC**, (Benjamin) est auteur d'un excellent *Lexicon manuale Græcum : Patrick et Guillaume Young* ont donné une bonne édition de cet ouvrage, à Londres, 1766, in-4°
**HEDIBIE**, *Voy. ALGASIE*.
**HEDINGER**, (Jean-Reinhard) né à Stugard en 1684, voyagea avec deux princes de *Wittemberg*, en qualité de leur chapelain, fut professeur de jurisprudence civile et canonique à Giessen, ensuite prédicateur de la cour, et conseiller consistorial. On a de lui des *Remarques* sur les *Pseumes* et sur le *Nouveau-Testament*. Il a donné aussi une *Edition* de la *Bible*, avec des changements qui ont été désapprouvés. Ce savant mourut en 1754.
**HEDLINGER**, (Jean-Charles) habile dessinateur Suisse, né à Schwerts en 1691, acquit un goût exquis de dessin, par une étude très-appliquée des chefs-d'œuvre de l'antique et du moderne. *Carle Maratti et Busceni*, furent ses guides et ses modèles. Les belles-lettres qu'il avoit étu- diées avec soin, ne lui servirent pas peu pour la composition des inscriptions et des revers de ses médailles. Les premières sont d'un style laconique; il en a renfermé toute la noblesse dans une pensée courte. Ses revers respirent l'inventeur de génie. Les amateurs des beaux arts courroient avec ardeur après ses médailles. Elles sont fort rares, et on estime des pièces séparées d'*Hedlinger*, plus que des suites entières de médaillistes communs. Ce graveur mourut dans sa patrie en 1771, à 81 ans. Chrétien de *Mechel*, célèbre graveur, a publié, en 1776 à Bâle, l'*Œuvre d'Hedlinger*, en taille-douce. *Hedlinger* étoit chevalier de l'ordre de Christ, et membre de différentes académies. M. *Fustin*, à qui on doit une *Histoire* curieuse des *Peintres Suisses*, et qui, après la mort d'*Hedlinger*, arrivée depuis quelques années, en a ramassé toute la collection, se propose et promet de la donner, dessinée par lui-même, et gravée par un artiste habile.
**HEDWIGE**, (Sainte) nommée aussi *Ste AVOIE*, fille du duc de Carinthie, épousa *Henri*, duc de Silésie et de Pologne, dont elle ont 3 fils et 5 filles. Elle se retira ensuite, du consentement de son mari, dans un monastère à Trebnitz, où elle mit des religieuses de l'ordre de Citeaux. Elle y finit saintement sa vie en 1243. La charité et la résignation à la volonté de Dieu étoient ses deux grandes vertus. Elle avoit autant de soin des pauvres que de ses propres enfans; et lorsqu'il lui arrivoit quelque affliction, et qu'on cherchoit à lui donner des consolations: « *C'en est une assez grande*, 124 HÉE répondoit elle, que de savoir que le Créateur fait tout ce qu'il veut de sa créature. » Clément IV la canonisa en 1266. — Il y a eu une autre HÉDRIGE, fille de Louis, roi de Hongrie, devenue, par élection, reine de Pologne en 1384, qui épousa Jugelon, grand-duc de Lithuanie, en 1386, à condition que ce prince recevroit le baptême. Elle mourut à Cracovie en 1399, regrettée des pauvres, dont elle étoit la mère, et admirée de ses sujets, qui lui donnèrent le nom de Sainte, qu'elle mérita par ses vertus, et sur-tout par une charité tendre et une modestie peu commune dans un si haut rang.
HÉEM, (Jean-David de) né à Utrecht en 1604, mort à Anvers en 1674, à 70 ans, consacra son pinceau aux fleurs, aux fruits, aux vases, aux instruments de musique, et aux tapis de Turquie. Il rendoit, dit la Combe, ces divers objets d'une manière si séduisante, que le premier mouvement étoit d'y porter la main. Son coloris est d'une fraîcheur agréable, sa touche d'une légèreté singulière. Les insectes paroissent être animés dans ses tableaux, il laissa un fils, Cara, de HEM, qui hérita d'une partie de ses talons. Voyez MANON.
HÉEMSKERK, (Martin de) surnommé, de son temps, le Raphaël de Hollande, naquit, en 1498, au village de Héemskerk dont il prit le nom, et mourut à Harlem en 1574, à 76 ans. Son dessin est correct; il a de la facilité et de la fécondité dans l'invention; mais il a trop négligé le clair obscur. Ses draperies manquent de légèreté, et ses têtes de noblesse. Ce peintre laissa beaucoup de biens. Il fit un testament, par lequel il légua une somme considérable, pour marier, chaque année, un certain nombre de filles: leur imposant, pour toute condition, de venir danser, à un jour marqué, autour de la Croix qui séroit mise sur son tombeau. On remarque que c'est la seule Croix qui ait été conservée par les Protestans dans le lieu de sa sépulture, pour servir de titre à sa fondation. Les principaux ouvrages de ce maître sont dans les Pays-Bas. On a gravé d'après lui.
HÉEREBOORD, (Adrien) professeur de philosophie à Leyde, adopta, des premiers, les principes du reformateur de cette science en Europe, de Descartes, et osa les enseigner. Ses principaux écrits en ce genre sont: I. Meltemata philosophica. II. Philosophia naturalis, moralis, et rationalis, etc. I. HÉGÉSILOQUE, l'un des souverains magistrats de l'isle de Rhodes, usa si insollement de son autorité, qu'il fut dégradé comme un infam. Les autres sénateurs, à son exemple, jouèrent des femmes au dez. Le perdant étoit obligé de se servir de toutes sortes d'artifices, et même de violence, pour amener la femme jouée à celui qui l'avoit gagnée. Hégésiloque fut celui qui signala le plus sa licence en ce genre. Il vivoit sous Philippe, roi de Macédoine, père d'Alexandre le Grand.
II. HÉGÉSILOQUE, autre magistrat Rhodien, l'an 171 avait Jésus-Christ, engagea ses concitoyens à équiper une flotte de quarante vaisseaux, pour se joindre aux Romains contre *Perrée*, dernier roi des Macédoniens. Ce secours leur servit beaucoup.
**HÉGÉSIPPE**, Juif, quitta la religion de ses pères pour embrasser le Christianisme, et mourut l'an 181. Il est le premier auteur, après les Apôtres, qui ait laissé un corps d'*Histoire Ecclésiastique*, depuis la mort de J. C. jusqu'à son temps. Il ne nous en reste que quelques fragments dans *Eusebe*. Cet ouvrage étoit écrit avec beaucoup de simplicité, « parce qu'il vouloit, dit *St Jérôme*, imiter le style de ceux dont il écrivait la vie. » Les cinq livres de la *Guerre des Juifs*, qu'on trouve dans la Bibliothèque des Pères, et séparément, Cologne, 1559, in-4°, ou Genève 1614, in-8°, en grec et en latin, lui ont été attribués mal-à-propos; ils sont d'un autre *Hégésippe*, qui vivait avant la chute de l'empire d'Occident, mais après le règne de *Constantin le Grand*.
**HEID**, (Anne-Marie) née à Dantzick en 1688, morte en 1753, passe ordinairement pour l'inventrice de la peinture en pastel.
**HEIDANUS**, (Abraham) professeur de théologie à Leyde, naquit à Frankenthal, dans le Palatinat, en 1597. Il s'acquit une grande réputation par ses écrits et par ses sermons. Il lia une étroite amitié avec *Descartes*, et mourut à Leyde en 1678, à 81 ans. On a de lui un *Corps de Théologie*, en 2 vol. in-4°, 1686; et l'*Examen du Catéchisme des Remontrans*, in-4°.
**HEIDEGGER**, (Jean-Henri) théologien Protestant, naquit à Ursivellon, village voisin de Zu- rich, en 1633. Il enseigna l'hébreu et la philosophie à Heidelberg, puis la théologie et l'histoire ecclésiastique à Steinfurt, et enfin la morale et la théologie à Zurich, où il mourut le 18 janvier 1698, à 65 ans. On a de lui plusieurs ouvrages; les principaux sont: I. *Historia sacra Patriarcharum*, 1729, 2 vol. in-4°. II. *De peregrinationibus religiosis*, 1670, in-8°. III. *Tumulus Concilii Tridentini*, Tiguri, 1690, 2 vol. in-4°. IV. Une *Théologie*, 1700, in-folio. — Il ne faut pas le confondre avec *Jean-Jacques HEIDEGGER*, fils d'un ministre de Zurich, mort en 1749, à 90 ans, à Londres, où il étoit directeur de l'opéra de Haymarket, sur lequel il fit jouer *Tomyris* en 1709.
**HEIDMAN**, (Christophe) Luthérien, natif d'Holmstadt, mort professeur d'éloquence en 1627, est auteur de divers ouvrages. Le plus connu est: *Palestina*, sive *Terra sancta*. Il y a de l'érudition.
**HEIN**, (Pierre) amiral de Hollande, d'une naissance obscure, s'éleva par sa valeur à cette dignité. Il fut d'abord vice-amiral de la flotte des Indes orientales, et trois ans après il eut le commandement de cette flotte. Il défit celle d'Espagne en 1626 sur les côtes du Brésil, prit plusieurs vaisseaux, et fit un butin considérable, qu'il emmena, l'an 1627, en Hollande, où il reçut de très-grands honneurs. L'année suivante il se rendit maître de la flotte d'Espagne, chargée d'argent, dont la valeur montoit à près de douze millions, outre le muse, l'ambre gris, le bézoar, et quantité de mar- chandises de soie très-précieuses. Pour récompenser de si grands exploits, on lui donna la charge de grand amiral de Hollande, l'an 1629; mais quelque temps après il fut tué sur mer, dans un combat contre deux vaisseaux de Dunkerque.
HEINECCIUS, (Jean-Got- lieb) né à Eisemberg, dans la principauté d'Altembourg, en 1681, devint professeur de phi- losophie à Hall, en 1710, puis professeur de droit en 1721, avec le titre de conseiller de cour. Sa réputation le fit appeler à Franeker en 1724, par les États de Frise. Trois ans après, le roi de Prusse le détermina à accepter une chaire de droit à Francfort sur l'Oder. Il la rem- plit avec distinction, jusqu'en 1733, que le roi de Prusse le força en quelque sorte, d'aller professer à Hall, où il mourut en 1741, à 60 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, dont la collection a été impri- mée à Genève, 1744, 8 vol. in-4.º Les principaux sont: I. Antiqui- tatum Romanarum Jurispruden- tium illustrationum syntagma. Cet excellent abrégé commença à lui donner de la réputation dans les pays étrangers. II. Elementa Juris Civilis secundem ordinem Institutionum et Pandectarum, en 2 vol. III. Fundamenta styli cultioris. Il y peu d'ouvrages aussi utiles pour former le style latin. IV. Elementa Philosophiæ ra- tionalis et moralis, quibus præ- missa est Historia Philosophica. C'est un bon abrégé de logique et de morale. V. Historia Juris civilis Romani ac Germanici. VI. Elementa Juris naturæ et Gentiæ. VII. Plusieurs Disser- tations Académiques sur divers sujets. Ces différens ouvrages font passer, avec raison Heineccius pour un des plus savans hommes du Nord.
HEINECKEN, (Chrétien- Henri) enfant célèbre par son génie prématuré, né à Lubeck en 1721, et mort en 1725, fut le prodige de son âge. A dix mois, il parloit: à un an, il savoit les principaux événemens du Penta- teuque; à treize mois, l'histoire de l'ancien Testament; et à qua- torze, celle du nouveau: à deux ans et demi, il répondoit aux principales questions de la géo- graphie, et de l'histoire ancienne et moderne. Bientôt il parla le latin et le françois avec assez de facilité. Avant le commencement de sa quatrième année, il con- noissoit les généalogies des prin- cipales maisons de l'Europe. Il alla en Danemarck, et fut présenté au roi et à toute sa cour, qui admirèrent tant d'éloquence et de jugement dans un âge si ten- dre. De retour de ce voyage, où il avoit recueilli de grands éloges, il se préparoit à com- mencer une carrière illustre, et apprenoit à écrire, quand il tomba malade. Cet enfant mer- veilleux, plus étonnant encore que Pic de la Mirandole, ne fut que montré au monde. Il étoit d'un tempérament délicat et in- firme, et haïssoit tout autre ali- ment que le lait de sa nourrice. Il ne fut sévré que peu de mois avant sa mort, occasionnée par une complication de maladies. Voyez la Dissertation de Mar- tini, publiée à Lubeck en 1730, où il tâche d'expliquer par des canses naturelles, la capacité éton- nante de ce grand-homme manqué. I. HEINSIUS, (Daniel) né à Gand en 1580, d'une famille distinguée, fut disciple de *Scaliger*, alors professeur d'histoire et de politique à Leyde. Il lui succéda dans sa chaire, après avoir rempli, dès l'âge de 18 ans, celle de la langue grecque; et mourut le 25 février 1655, à 75 ans. On a de lui : I. Des *Traductions* assez fidelles, en particulier de *Maxime* de Tyr; de la Poétique d'*Aristote*, à laquelle il a joint un *Traité* de la tragédie; d'*Hésiode*, auquel il a ajouté des *Notes*, Anvers, 1603, in-4°; de *Théocrite*, 1604, in-4°; de *Moschus*; de *Bion*... II. Des *Remarques* sur le Nouveau-Testament, 1639, in-4° III. *Laus Asini*, et *alia ejusdem generis*; Leyde, *Elzevir*, 1629, in-24. IV. Un recueil de ses *Harangues*, imprimé à Leyde en 1609, in-4° V. Des *Vers* grecs et latins, dans lesquels l'auteur a mis plus d'érudition que de poésie. Il avoit en effet beaucoup de savoir; et il ne paroissoit rien d'intéressant sur l'étude de l'antiquité, qu'il ne se hâtât d'en enrichir sa bibliothèque. La république de Venise le fit chevalier de Saint-Marc; *Gustave-Adolphe* et *Urbain VIII* lui donnèrent des marques d'estime.
II. HEINSIUS, (Nicolas) fils du précédent, aussi savant que son père, naquit à Leyde en 1620, et mourut à la Haye le 7 octobre 1681, à 61 ans. Il fut nommé résident à la cour de Suède, et y plut beaucoup à *Christine*, princesse passionnée pour l'érudition. Il avoit d'ailleurs un caractère doux et honnête, propre à lui faire des partisans. On a de lui plusieurs ouvrages : I. Des *Poésies latines*, imprimées plusieurs fois, la meilleure édition est celle d'Amsterdam en 1666, in-12. II. Des *Lettres*, assez curieuses et purement écrites, publiées par *Burman* dans sa collection en 5 vol. des *Lettres de Savans illustres*. III. Une bonne édition de *Virgile*. IV. De savantes *Notes* sur *Ovide*, *Valerius-Flaccus*, *Claudien* et *Prudence*. Il avoit une lecture immense; et, pour que sa mémoire, qui étoit d'ailleurs fidelle, ne le trompât point, il étoit dans l'usage de faire des extraits.
III. HEINSIUS, (N.) grand-pensionnaire de Hollande, mort à la Haye le 3 août 1720, à 87 ans, fut long-temps le premier mobile et comme le maître de toutes les délibérations importantes de la république. Créature et ensuite confident intime de *Guillaume*, prince d'Orange, il succéda non à ses charges, mais à son autorité. Ce prince l'avoit autrefois envoyé en France, pour y discuter ses droits sur la principauté d'Orange. Il parla si vivement à *Louvois* pour les intérêts de son maître et pour les Calvinistes d'Orange, que ce ministre le menaça de la Bastille. Un tel discours, tenu à un sujet eut été odieux; tenu à un négociateur étranger, «c'étoit un insolent outrage au droit des gens, dit *Voltaire*. On peut juger s'il avoit laissé de profondes racines dans le cœur d'un magistrat d'un peuple libre.» *Heinsius* montra sur-tout son ressentiment contre *Louis XIV*, dans la guerre de la succession d'Espagne. Entrainé par son grand objet d'humilier la France et son roi, flatté par la cour rampante que lui faisoient *Eugène* et *Marlborough*, qu'il faisoit attendre 128 HEI quelquefois deux heures dans son antichambre, il ne vouloit jamais la paix; et par cette obstination, il jeta la république dans des dettes immenses. Pendant trente ans qu'il fut grand pensionnaire, il fut aussi absolu qu'on le peut être dans un gouvernement dé- mocratique, tempérant seule- ment son autorité par des insi- nuations adroites et détournées. Pour que rien ne manquât à son pouvoir, il avoit aussi les sceaux. Mais les yeux s'ouvrirent enfin, lorsqu'après la conclusion de la paix, la république vit l'étendue des engagements, où la pension de Heinsius l'avoit entramée. Il perdit ses places; et les dégoûts qu'il éprouva, en- core plus que son grand âge, le conduisirent au tombeau. Sa tête, sa santé et ses sons se conservèrent jusque dans ses der- niers jours.
HEISS, (N...) est connu par une Histoire de l'Empire d'Al- lemagne, qu'il publia en 1684, en 2 vol. in-4°, et dont la meilleure édition est celle de Paris 1731, 10 vol. in-12. « Ce livre, dit l'abbé Lenglet, qui est peu estimé des gens habiles, est lu par les ignorans. Il seroit bon, si la première partie qui contient l'histoire de l'Empire, étoit plus exacte et plus étendue, si la deuxième contenoit un état plus juste et plus précis de l'Al- lemagne; et si la troisième, qui comprend les actes et les preuves, n'étoit pas aussi imparfaite. » La dernière édition qui a été fort augmentée, n'est point de l'abbé de Vertot, comme on l'avoit publié par une ruse typogra- phique, trop commune; elle est d'un écrivain lourd, et qui avoit une médiocre teinture des af- faires de l'Empire. Heiss ne va- loit pas mieux que son conti- nuateur, et il joignoit le mensonge à l'ignorance et à l'impudence. Il a farci son histoire d'une foule de particularités et d'anecdotes, qui lui ont fourni des épisodes agréables, mais qu'on ne trouve malheureusement que chez lui. (Voyez VI. HENRI le Jeune, à la fin, et OTHON VI.)
HEISTER, (Laurent) cé- lèbre médecin, né à Francfort- sur-le-Mein, en 1683, fut pro- fesseur à Altorf en 1710; il passa à Helmstadt en 1720, où il s'acquit une grande réputation par les leçons qu'il donna sur la chirurgie, l'anatomie, la théorie et la pratique de la mé- decine, et sur la botanique. Il y pratique avec le plus grand succès. Pierre I voulut l'attirer en Rus- sie, mais Heister ne put se ré- soudre à quitter l'Allemagne, où il avoit acquis l'estime de plu- sieurs souverains. Il mourut à Helmstadt en 1758, à 75 ans. Ses principales productions sont: I. Compendium Anatomicum, dont on a fait grand nombre d'éditions, et qui a été traduit en françois par Senac: il a paru aussi en anglois et en allemand. L'anatomie de Verheyen, qui étoit généralement adoptée dans les facultés de médecine, est tombée dans l'oubli depuis que Heister a publié la sienne. II. De Medicamentis Germaniæ indige- nis sufficientibus, Helmstadt, 1730, in-4°, publié ensuite en françois à Paris. III. Institutio- nes chirurgicae, Amsterdam, 1750, 2 vol. in-4°, avec figures. Il a été traduit en Espagnol, en anglois, en françois, par Paul, Paris, 1771, 2 vol. in-4°. IV. Compendium institutionum medicarium, medicarum, Amsterdam, 1764; in-3°; estimé. Il a donné un grand nombre de Dissertations sur des matières très-intéressantes; il en a fait plusieurs pour soutenir que le siège de la cataracte est dans le cristallin; c'est le premier médecin Allemand qui ait été de ce sentiment. — Son fils Elie Frédéric, né à Altorf en 1715, mort à Leyde en 1740, commençait à se distinguer par son savoir. On lui doit : I. Une Traduction en latin, du traité anglois de Douglass, sur le Péroloine. II. Apologia pro medicis atheismo accusatis, Amsterdam, 1736.
HELCIAS, grand-prêtre des Juifs, sous le règne de Josias, roi de Juda, trouva dans le temple quelques livres de Moïse, qu'on croit être le Deutéronome, écrits, dit-on, de la propre main de ce législateur du peuple de Dieu.
HELDING, (Michel) surnommé Sidonius, parce qu'il se fit sacrer évêque de Sidon pour être suffragant de l'archevêque de Mayence, travailla à l'Interim de Charles-Quint. Ce prince lui donna, en récompense, l'évêché de Mersbourg. Helding fut employé dans diverses négociations importantes par l'empereur Ferdinand. Il parut avec éclat au concile de Trente, et mourut en 1561, à 55 ans. On a de lui quelques ouvrages, entr'autres des Sermons, un Catéchisme, etc. C'étoit un prélat savant et studieux, qui donnoit à son cabinet le temps qu'il pouvoit justement enlever à ses fonctions pastorales.
HÈLE, (Thomas d') gentilhomme Anglois, du comté de Tome VI. Glocester, mort à Paris d'une maladie de poitrine le 27 décembre 1780, étoit né vers l'an 1740, dans le comté de Glocester, d'une famille distinguée. Il commença par servir dans les troupes Angloises, et fut envoyé à la Jamaïque, où il resta jusqu'à la fin de la dernière guerre. Curieux de connoître les nations les plus distinguées de l'Europe, il quitta bientôt sa famille et son pays, et se rendit en Italie. La beauté du climat, et la réunion des merveilles que tous les arts y ont rassemblées, ne pouvoient que captiver un homme qui vouloit s'instruire à la source du vrai beau : d'Hèle y resta plusieurs années. Enfin le désir de voir la France, le conduisit à Paris vers l'an 1770. Après avoir examiné nos arts avec beaucoup de curiosité, il fit une étude particulière de nos spectacles : la comédie italienne fixa ses regards; et il résolut de travailler pour elle. Le Jugement de Midas fut son premier ouvrage. Cette comédie, relative à la révolution que notre musique venoit d'éprouver, est pleine de gaieté, et se joue encore très-souvent. Le fond de la pièce est emprunté d'une comédie angloise. Clairval qui, dans la nouveauté de cet opéra, jonoit le rôle d'Apollon, contribua à son succès; l'Amant Jaloux, qui lui succéda, en eut davantage. Le contraste d'un Espagnol grave et jaloux, avec un amant François, léger et tendre, y produit des méprises plaisantes, et un assez vif intérêt. Les Evénemens imprévus essuyèrent quelques critiques. Docile et de bonne foi, d'Hèle retira cette pièce, répondit à ses censeurs en profitant de leurs avis, fit reparoitre son ouvrage, et eut le plaisir d'en être applaudi. En général, les Comédies de cet auteur sont fortement intriguées, et ont de l'originalité; l'action en est vive, et l'intérêt en est agréable. Ses vers sont un peu lâches: le style de sa prose n'est pas toujours pur; mais son dialogue est naturel, pressé, et d'une facilité étonnante pour un étranger.
HÉLÈNE, (Mythol.) fille de Jupiter et de Leda, femme de Tindare, roi de Laconie, surpassa en beauté toutes les femmes de son temps. Ayant été enlevée dès sa plus tendre jeunesse par Thésée, ses frères Castor et Pollux la lui arrachèrent, et la marièrent à Ménelas, roi de Sparte, dont elle eut Hermione. Paris, fils de Priam, roi de Troie, sur le bruit de la beauté d'Hélène, vint à la cour de Ménelas, qui le reçut avec de grands honneurs, et le logea dans son palais. Ce nouvel hôte ne tarda pas à inspirer à la reine une passion si violente pour lui, qu'elle consentit à le suivre à Troie, où elle l'épousa. Ménelas, outré de cette perfidie, envoya des ambassadeurs à Priam, pour le prier de lui rendre sa femme; mais ils ne furent point écoutés. Alors le roi de Mycène, indigné d'un tel procédé, sollicita vivement tous les princes de la Grèce à se joindre à lui, pour venger un outrage dont la honte rejallissoit sur toute la nation. La ligue s'étant formée, on s'assembla dans le port d'Etude en Béotie; et on mit à la voile avec une flotte de mille vaisseaux, pour se rendre devant Troie. Le siège dura dix ans, avec de grandes pertes de part et d'autre. Paris ayant été tué dans un combat singulier, Hélène épousa Déphobe, autre fils de Priam. Peu après ce nouveau mariage, la princesse voyant la ville sur le point d'être prise, songea à regagner les bonnes graces de son premier mari, en trahissant les Troyens. Elle fit allumer des torches pendant la nuit au haut de la citadelle, pour avertir les Grecs d'approcher, tandis que tout le monde étoit plongé dans le sommeil; et lorsqu'ils s'en furent rendu maîtres, elle introduisit Ménelas dans la chambre où dormoit profondément son nouvel époux, qui fut égorgé dans son lit.
II. HÉLÈNE, (Sainte) native du bourg de Drépane en Bithynie, d'une naissance obscure, se tira de son obscurité par les charmes de son esprit et de sa figure. Sa première condition, selon St. Ambroise, fut d'être hôtelière. Constance-Chlore l'épousa; mais ayant été associé à l'empire par Diocletien, il la répudia en 292, pour épouser la fille de Maxim-en-Hercule. L'histoire ne nous apprend pas ce qu'elle devint depuis ce temps, jusqu'à ce que Constantin son fils, ayant été couronné empereur, la rappela à la cour, lui donna le titre d'Auguste, et lui fit rendre tous les honneurs dus à la mère de l'empereur. Non content de la faire respecter dans sa cour et dans ses armées, il voulut qu'elle disposât, comme il lui plairoit, de l'argent de son épargne. Elle ne se servit de ce crédit, que pour le bien de l'Eglise et pour le soulagement des misérables. Vers l'an 326, elle visita les lieux saints, et y bâtit diverses églises. Ce fut vers ce temps que l'on trouva la vraie Croix. Elle en H E L 131 envoya une partie à Constantinople, et laissa l'autre à Jérusalem. St. Cyrille, évêque de cette dernière ville, dit qu'il s'y fit une si grande distribution de ce précieux trésor, que l'univers se trouva, en peu de temps, rempli de morceaux de la vraie Croix. Cependant cette partie de la Croix, par un miracle continuel, ne diminuoit point, selon St. Paul de Nole. Les Perses l'enlevèrent l'an 614. Héraclius la retire de leurs maïnes en 628, (Voyez I. HÉRACLIUS) et la transporta à Constantinople. Les empereurs en firent de nouvelles distributions. Le dernier morceau, porté à Venise, fut racheté par St. Louis, qui le mit, en 1241, avec la couronne d'épines dans la Sainte-Chapelle. (C'est dans Baillet que nous avons pris ces détails.) Peu après l'heureuse découverte de la Croix, Hélène mourut entre les bras de Constantin, auquel elle donna d'excellentes instructions, le 18 août 327 ou 328, âgée de 80 ans. « Cette princesse, dit Crevier, fut recommandable par sa prudence et par l'habileté de sa conduite : c'est ce qui parroit par l'autorité qu'elle conserva toujours sur son fils; et l'attention qu'elle eut à retenir les frères de Constantin, en est encore une preuve. Ils étoient trois, Jules, Constance et Hannibalien, et ils avoient, sur leur frère aîné, l'avantage de la noblesse du côté de leur mère, qui étoit belle-fille de Maximien-Hercule. D'ailleurs, il étoit sans exemple que des fils d'empereur fussent restés dans la condition privée. Ils n'avoient pourtant pas un droit acquis à l'empire, puisqu'il étoit électif; et le bas âge où leur père les laissa en mourant, l'inconvénient de partager le domaine de Constance-Chlore, qui ne faisoit déjà que la quatrième partie de l'empire Romain, étoient des raisons légitimes pour réunir toute la succession paternelle sur la tête du seul Constantin, qui se trouvoit en état de la défendre contre l'avidité et l'injustice de Galérius. Il ne paroit point qu'Hélène ait pu avoir aucune part à ce premier arrangement, puisqu'elle ne devoit point être à la cour de Constance-Chlore, qui l'avoit répudiée; mais elle sut le maintenir par des précautions de prudence. Craignant que les jeunes princes, ou par eux-mêmes, ou par de mauvais conseils, ne se portassent à des intrigues contraires à leur devoir, et à la tranquillité de l'état, elle les tint toujours éloignés de la cour et des emplois, tantôt à Toulouse, tantôt en quelque autre ville, et enfin à Corinthe, où elle fixa leur séjour. Julien l'Apostat, fils de Jules Constance, taxe cette conduite de ruse artificieuse d'une belle-mère. De Tillemont n'y voit qu'une sage politique, en supposant, comme il est vrai, que le droit d'hérédité dans les fils d'empereur, n'avoit de force, qu'autant qu'il étoit reconnu et appuyé des suffrages du sénat et des armées. »
III. HÉLÈNE, (Flavia Julia Helena) fille de l'empereur Constantin, qui la donna en mariage à Julien, à la sollicitation de l'impératrice Eusèbie. On ne sait rien de la vie ni des mœurs d'Hélène; elle mourut peu de temps après que l'armée des Gaules eut proclamé Julien Auguste. C'étoit à la fin de l'année 360, et la 5e de son mariage. Ses médailles la représentent avec des traits qui out de la dignité. Il y a apparence qu'elle fut d'une conduite régu- lière, puisqu'elle étoit la com- pagne d'un prince aussi réglé dans ses mœurs que Julien. Elle devint, un an après son mariage, mère d'un fils qui mourut en naissant, par la faute de la sage-femme, qui lui coupa de trop près le cordon orbilical, soit par inel- vertance, soit qu'elle eût été cor- rompue par Eusebie, femme de Constance, laquelle craignoit que Julien n'eût des successeurs.
HÉLÉNUS, (Mythol.) fameux devin, fils de Priam et d'Héle, outré de dépit de n'avoir pu ob- tenir Hélène en mariage, quita Troie, et fut fait prisonnier de guerre par les Grecs. Poursé par son ressentiment, il leur décon- vrit, dit-on, un moyen sûr pour surprendre cette ville. Il prédit depuis à Pyrrhus une navigation heureuse, et reçut de lui la Chaonie, où il bâtit beaucoup de villes. Le fils d'Achille lui céda aussi Andromaque, veuve d'He- tor, qu'il avoit épousée par vio- lence; et il en eut un fils nommé Molossus.
HÉLIADES, (Mythol.) étoient filles du Soleil et de Clymène, et sœurs de Phaëton, de la mort duquel elles furent si sensible- ment touchées, que les Hens les métamorphosèrent en perplexe, et leurs larmes en ambre. Leurs noms étoient Lampetuse, Lam- pétie et Phaëtuse.
HÉLICE, Voyez CAMISO.
HÉLINAND, Voyez ÉLI- NAND. I. HÉLIODORE, l'un des courtisans de Sézouen, Pélég- tor, roi de Syrie, eut ordre de ce prince d'entrer dans le temple de Jérusalem, l'an 176 avant J.C., pour en enlever les tré- sors. Pendant que les prêtres in- voquaient le secours du Seigneur contre ce sacrilège, Héliodore voulut pénétrer dans l'intérieur. Il en fut chassé par des Anges qui le frappèrent si rudement, qu'il tomba comme mort. Le grand prêtre Onias ayant ef- fert le sacrifice pour lui, Dieu lui rendit la santé, et lui fit dire par les mêmes Anges qui l'a- voient chatié, d'annoncer par- tout la puissance de Dieu. Hé- liodore obéit à cet ordre, et rendit témoignage à la vérité.
II. HÉLIODORE, bel esprit, d'Emise en Phénicie, composa dans sa jeunesse le roman des Anours de Théogène et de Cha- ricle, publié en grec et en la- tin, à Paris, 1619, in-8. Cet ouvrage, par la manière dont les passions y sont traitées, la va- ritité des épisodes et les agrémens du style, a mérité de servir de modèle aux productions de ce genre. Héliodore avoit publié cet écrit lorsqu'il fut évêque de Trica en Thessalie; et il est faux qu'on l'ait déposé, parce qu'il n'avoit voulu ni le supprimer, ni le désavouer. Socrate, Photius, ni les autres auteurs, à l'excep- tion du crédule Nicéphore, ne parlent point de cette prétendue déposition. Le roman d'Héli- odore est en grec; il a été traduit dans presque toutes les langues, et dans la nôtre par Aravot et par Montlyard. Ce prédit des- missoit sous Théolose le Grand. — Il ne faut pas le confondre avec St. Héliodore, évêque d'Aléna en Italie. Celui-ci n'eût pas de St. Héliodore qui dit le but, qu'il con- serait dans l'épice qui coûte l'an- ténité du chutre. Il saisit ce qu'il docteur dans son genre de vie, dans ses études et dans ses voyages, jusques dans le désert de Chalcide, d'où il revint en Dalmatie, son pays. Il fut élu évêque d'Altino, diocèse suffragant d'Aquilée, et y assista à un concile en 381.
III. HÉLIODORE DE LARISSE, mâthématicien Grec, a laissé deux livres d'Optique. Erasme Bartolin les fit imprimer en grec et en latin; Paris, 1657, in-4.
HÉLIOGABALE ou ÉLIOGABALE, empereur Romain, surnommé le Sardanapale de Rome, fils de Varius Marcellus et de Sæmias, naquit dans cette ville en 204. Il fut établi pontife du Soleil par les Phéniciens, et c'est de là que lui vint le nom d'Héliogabale. Après la mort de Macria, l'an 218, il fut élevé à l'empire. Le sénat, quoique mécontent de se voir soumis à un enfant de 14 ans, le reconnut empereur, et lui donna le titre d'Anguste. Mæsa son aïeule, et Sæmias sa mère, furent honorées du même titre. Héliogabale joignoit à l'humeur despotique d'un vieillard emporté, tous les caprices d'un jeune étourdi. Il voulut que son aïeule fût admise dans les assemblées du sénat; et qu'elle eût sa place auprès des consuls. Il établit sur le mont Quirinal un Sénat de femmes, où sa mère, monstre d'impudicité, bien digne d'un tel fils, donnoit des arrêts sur les habits et les modes. Le palais impérial ne fut plus qu'un lieu de prostitution, habité par tout ce qu'il y avoit de plus infame dans Rome, pour la naissance et pour les mœurs. Les cochers, les comédiens, compo-oient la cour de ce scélérat imbécille qu'on appeloit empe- reur. Il tua de sa propre main Gannys, son précepteur, qui lui reprochoit ses débauches. Une des folies d'Héliogabale étoit de faire adorer le dieu Elagabal, qu'il avoit apporté de Phénicie. Ce Dieu n'étoit autre chose qu'une grosse pierre noire, ronde par le bas, pointue par le haut, en forme de cône, avec des figures bizarres. Héliogabale fit bâtir un temple à cette ridicule divinité, et il le para des dépouilles de tous les autres temples. Il fit apporter de Carthage toutes les richesses du temple de la Lune, fit enlever la statue de cette déesse, et la placa dans le temple de son dieu qu'il maria avec elle. Leurs noces furent célébrées à Rome, et dans toute l'Italie. Il se fit circoncire en l'honneur des nouveaux époux, et leur sacrifia des enfans de la première distinction. Ceux qui ne voulurent pas leur rendre hommage, périrent par les derniers supplices... Voyez PAULA et III. FAUSTINE. Héliogabale épousa cinq femmes, pendant les quatre années qu'il régna. Une de ces femmes fut une Vestale; et comme c'étoit un sacrilège parmi les Romains, il répondoit à ceux qui le lui reprochoient. Rien ne convient mieux, que le mariage d'un Prêtre et d'une Vestale. Il lui prit bientôt une envie plus étrange: il déclara publiquement qu'il étoit femme. Il épousa, en cette qualité, un de ses officiers, ensuite un de ses esclaves. Une académie établie dans son palais, donnoit des décisions sur les raffinemens de la plus honteuse lubricité. On a dit de lui ce qu'on disoit de César avec moins de justice: qu'il étoit l'homme de toutes les femmes, et la femme de tous les hommes. « Son mari, dit Crevier, étoit un certain Hiéroclès, esclave Carien d'origine, et conducteur de chariots dans le cirque. Ce misérable acquit un pouvoir qui surpassoit celui de l'empereur même. Il vendoit toutes les graces : il promettoit aux uns, menaçoit les autres, et tiroit de l'argent de tous en les trompant. J'ai parlé de vous à l'empereur, disoit-il aux avides courtisans : vous obtiendrez telle charge ; ou au contraire, vous avez beaucoup à craindre. Souvent il n'étoit rien de tout cela ; et néanmoins Hiéroclès ne laissoit pas de se faire bien payer. Il vendoit de la fumée, pour me servir de l'expression usitée alors parmi les Romains ; il se faisoit un gros revenu de son crédit : artifice qui réussit, dit un historien, non-seulement auprès des mauvais princes, mais aussi auprès de ceux qui, ayant de bonnes intentions, négligent les affaires. Sa mère, qui étoit encore esclave à la naissance de sa faveur, fut amenée à Rome en pompe, avec un cortège de soldats, et mise au rang des dames dont les maris avoient été consuls. Héliogabale étoit tellement soumis à Hiéroclès, qu'il se laissoit battre par lui, et frapper au visage, jusqu'à en porter les marques, et il tiroit vanité de ces mauvais traitements, comme de témoignages d'un amour passionné. Il voulut en récompenser l'auteur en le faisant César ; et son attachement pour cette infamie fut une des principales causes de sa ruine. Hiéroclès craignoit pourtant un rival. Aurelius Zoticus, natif de Smyrne, fils d'un cuisinier, plut à Héliogabale. Mais son crédit fut de peu de durée. Hiéroclès le lui fit perdre par une voie que la pudeur ne permet point de rapporter. Zoticus fut chassé de Rome et de l'Italie, et sa disgrace lui fut avantageuse : elle lui sauva la vie, au lieu que Hiéroclès périt dans la révolution qui mit sur le trône Alexandre Sèvère... « Si Héliogabale égala en impudicité les empereurs les plus débordés, il les surpassa tous en profusion. C'est le premier Romain qui ait porté un habit tout de soie. Pour satisfaire à ses dépenses excessives, il accabla le peuple d'impôts : il le regardoit comme les enfans regardent un petit oiseau qui leur sert de jouet. Il se plaisoit à inviter à souper des gens de la lie du peuple ; il les faisoit asseoir sur de grands soufflets enflés de vent, qui, se vidant tout-à-coup, les renversoient par terre, pour être la pâture des ours et des bêtes féroces. Ces scènes sanglantes le divertissoient. Quelquefois il invitoit à manger 8 vieillards, 8 chauves, 8 borgnes, 8 boiteux. Ce monstre avoit lassé tout le monde par ses caprices et par ses cruautés ; ses soldats se soulevèrent ; il voulut les appaiser ; mais ne pouvant en venir à bout, il fut se cacher dans les latrines du camp. On le découvrit avec sa mère Sæmias, qui le tenoit embrassé, et on leur trancha la tête le 11 mars 222. Héliogabale avoit 18 ans, dont il en avoit régné 3, 9 mois et 4 jours. Il étoit d'une très-belle figure, et c'étoit tout son mérite, si c'en est un. En 1802, on a publié à Paris un ouvrage sous ce titre : HÉLIOGABALE, ou Esquisse Morale de la dissolution romaine sous cet empereur, 2 vol. in - 8. Il est fâcheux que des images trop obscènes et des portraits d'une hideuse prostitution, rendent dangereuse la lecture de cet écrit, qui auroit pu être utile à l'instruction de la jeunesse, et qui annonce du talent, soit par le style, soit par la disposition des faits.
**HÉLISENNE**, DE CRENNE, demoiselle de Picardie, dédia à *François premier* les quatre premiers livres de l'*Enéide* de *Virgile* qu'elle avoit traduits. On a imprimé d'elle les *Angoisses douloureuses qui procèdent d'amour*, ses *Épîtres et invectives*, Paris, 1560, in-16.
**HÉLIUS**, affranchi de l'empereur *Claude*, acquit un très-grand pouvoir sur l'esprit de *Néron*, son successeur. Ce prince, dans un voyage d'une année qu'il fit en Grèce, l'an de J. C. 67, le laissa à Rome comme régent de l'empire, avec autorité absolue sur toutes sortes de personnes, et la puissance de faire mourir les sénateurs, même sans lui en écrire. *Hélius* exerça les dernières violences, seconde de *Polyclète*, autre affranchi, aussi digne que lui de servir *Néron*. Mais comme leurs cruautés tyranniques sembloient préparer un soulèvement, il écrivit à l'empereur pour le presser de passer en Italie, et alla lui-même en Grèce pour hâter son retour. *Hélius* fut puni depuis par *Galba*.
**HELLANICUS**, de Mithylène, célèbre historien Grec, né 10 ans avant *Hérodote*, l'an 494 avant J. C., avoit écrit l'*Histoire des anciens Rois du monde et des premiers Fondateurs des Villes*. Elle n'est point parvenue jusqu'à nous.
**HELLÉ**, (Mythol.) fille d'*Athamas* roi de Thèbes, et de Nephelé, fuyant, avec son frère *Phryxus*, la fûreur et les embûches de sa marâtre, voulut traverser le détroit qui est entre la Propontide et la mer *Egée*, sur le dos d'un bélier à toison d'or, que son père lui avoit donné. Mais elle fut si effrayée quand elle se vit au milieu des flots, qu'elle s'y noya, et donna son nom à ce détroit qui fut appelé mer d'Hellé ou Hellespont. Les poètes ont placé le bélier au rang des signes du zodiaque.
**HELLEBIC**, (Agnès) vivoit à Paris sous *Philippe-Auguste*. Un désespoir d'amour la fit précipiter dans un puits, qui prit le nom de *Puits d'amour* et qui est situé sur la petite place qui termine les rues de la Truanderie et de Mondétour.
**HELLOT**, (Jean) mort à Paris le 15 février 1766, à 80 ans, se distingua dans la chimie. Il étoit de l'académie des Sciences de Paris, et de la société Royale de Londres. Il a retouché et enrichi de ses remarques la traduction, faite par ordre du ministère, du *Traité de la Fonte des Mines et des Fonderies*, écrit en allemand par *Schlutter*; elle a été imprimée à Paris en 1750 et 1751... en 2 vol. in-4. On a encore de lui : I. L'*Art de la Teinture des laines et étoffes de laine*, 1750, in-12. II. Des *Dissertations* recueillies dans les *Mémoires* de l'académie des Sciences. III. Quelques autres ouvrages, faits avec soin, ainsi que les précédents. *Hellot* avoit d'abord été destiné à l'état ecclésiastique; mais un livre de chimie, qu'il trouva par hasard, le décida entièrement pour cette étude. Son humeur gaie, et son caractère obligeant lui firent des amis tendres et sincères. Il travailla avec succès, 136 HEL depuis 1718 jusqu'en 1732, à la rédaction de la Gazette de France.
HELMBREKER, (Théodore) peintre, fils d'un musicien, naquit à Harlem en 1624, et mourut dans la même ville en 1694. Dans le voyage qu'il fit à Rome pour se perfectionner, les Médicis le reçurent dans leur palais. Ses mœurs, sa religion, et sa charité compatissante, relevaient beaucoup ses talens. Ce maître excéloit à peindre en petit des sujets de caprice.
HELMHARD, Voyez HOSERG.
HELMINGE, Voy. I. ROSEMONDE. I. HELMONT, (Jean-Baptiste Van-) gentilhomme de Bruxelles, naquit en 1577. Il porta si loin ses connaissances dans la physique, la médecine et l'histoire naturelle, qu'il fut soupçonné de les tirer de la magie. L'inquisition, adoptant cette idée ridicule, le fit renfermer dans ses prisons. Van-Helmont ayant eu le bonheur d'en sortir, alla chercher la liberté en Hollande, et y mourut en 1644, à 67 ans. Van - Helmont n'étoit guère au-dessus d'un empyrique. Son Remède universel étoit une chimère, qui ne put l'arracher à la mort. Il opéra pourtant des cures extraordinaires, en employant dans les maladies chroniques des remèdes violens, qui lui réussirent avec les hommes d'une constitution forte. Il avoit d'ailleurs la vanité d'un noble Allemand : croyant avoir dérogé en cultivant la médecine, il quitta sa patrie, et n'y reparut que dix ans après. Ses Ouvrages ont été recueillis in-folio, Leyde, 1667, et Francfort, 1707. Les productions de ce chimiste sont, pour la plupart, posthumes, et l'on n'estime guère celle-ci; mais on fait beaucoup de cas de celles qu'il publia lui-même. Ses écrits roulent tous sur la physique ou sur la médecine. Les principaux sont : I. De Magnetica corporum curatione. II. Febrium doctrina inaudita. III. Hortus Medicinae. IV. Paradoxa de Aquis Spadani, etc. On trouve dans ces divers écrits plusieurs idées bizarres et extravagantes.
II. HELMONT, (François-Mercure Van-) fils du précédent, né en 1618, fut moins célèbre que son père, quoi qu'en dise son épitaphe, parce que n'ayant qu'effleuré toutes les sciences, il ne put se faire un nom dans aucune. Né avec un caractère bouillant, il s'enrôla dans sa jeunesse avec une troupe de Bohémens, avec lesquels il avoit parcouru diverses provinces; mais lorsque l'âge l'eut mûri, il eut une conduite plus régulière. On le soupçonna d'avoir trouvé la Pierre Philosophale; ce soupçon vint de ce qu'avec peu de revenus, il faisoit beaucoup de dépense. Il a laissé des livres sur des matières théologiques : I. Alphabeti vers naturalis Hebraici delineatio. II. Cogitationes super quatuor priora capita Genesees, Amsterdam, 1697, in-8. III. De attributis Divinis. IV. De Inferno, etc. On voit par ces ouvrages que c'étoit un esprit singulier et paradoxal. Il croyait à la métempscosse. Il mourut à Cologne en 1699, à 81 ans. Le célèbre Leibniz lui fit cette épitaphe honorable : Fif. patre inferior, jacei his Helmonius alicer. Qui juxais varias mensis et arctis apres ? Par quem Pythagoras et Cabbala saera reviale, Eleanique, paras qui sua cuffera sibi. Leibnitz en parle ailleurs d'une manière avantageuse; il dit qu'il étoit plein de charité, et qu'à quelques chimères près, sa con- versation étoit très-instructive. — Il y a eu un baron de Van-HEL- MONT, qui étoit un vrai illu- miné. Celui-ci finit par se faire Quaker.