HÉLOISE, abbesse du Para- clet, célèbre par son esprit et par ses amours avec ABAILARD, (Voyez ce mot) se fit religieuse au prieuré d'Argenteuil, après la funeste aventure de son amant, et devint supérieure de ce mo- nastère. Sa vocation n'ayant été qu'un dépit amoureux, elle ne mena pas d'abord une vie fort régulière. Elle s'appliquoit plus à l'étude qu'au gouvernement de ses religieuses, qui vivoient dans le plus grand relâchement. La foiblesse qu'elle conservoit tou- jours pour Abailard, sembloit les autoriser, dit le P. Longue- val, dans le désordre qu'on leur reprochoit. Les scandales qu'elles donnèrent, les firent chasser d'Argenteuil en 1129, pour y mettre des moines à leur place. Ce fut alors qu'Abailard oprit à Héloïse l'oratoire du Paraclet, qu'il avoit fait bâtir près de Troyes. Elle s'y retira avec quel- ques-unes de ses religieuses, et elle y établit un nouveau monas- tère, qui fut bientôt doté par les seigneurs des environs. Héloïse y vécut plus régulièrement. Si nous en croyons Abailard, les Évé- ques l'aimient comme leur fille, les Abbés comme leur sœur, et les laïques comme leur Mère. Elle écrivit à Abailard pour lui de- mander une règle proportionnée à la foiblesse de son sexe. Elle lui marquoit que celle de St. Benoît n'ayant été faite que pour les hommes, renfermoit plusieurs choses, telles que le maigre et la privation du linge, trop dures pour des filles. La règle des cla- noines, qui portoient du linge, et qui mangeoient de la chair, lui paroissoit plus convenable. Abai- lard composa donc pour le Para- clet une règle tirée de divers statuts monastiques qui lui avoient paru les plus sages. Pour faire le portrait d'une parfaite religieuse, il avoit, disoit-il, « imité ZEN- XIS, qui, en peignant sa Vénus, avoit emprunté les traits des plus beilles femmes de la Grèce. » Abai- lard qui, dans l'état où l'avoient mis ses ennemis, croyoit n'avoir plus rien à craindre de la médi- sance, s'appliqua à faire observer cette règle à Héloïse et à ses re- ligieuses. Mais il se trompa. La malignité prétendit que la direc- tion de ce monastère lui survint de voile pour cacher son ancienne passion. Ces discours l'obligèrent, ainsi qu'Héloïse, à s'observer da- vantage. Cependant il eût le cré- dit de faire approuver le nou- vel établissement du Paraclet, par Innocent M. Héloïse surve- cut plus de vingt ans à Abailard. Elle ne mourut qu'en 1163. Elle fut inhumée à côté de son amant, et dans le même tombeau. La vie de l'un et de l'autre avoit été rem- plie d'événements extraordinaires: on voilut que le merveilleux fut de la partie jusqu'au bout: on suppossa qu'Abailard ouvrit les bras dans la tombe pour recevoir Héloïse. Il reste encore au Para- clet une habitation antique qu'en dit avoir été occupée par Abai- lard, lorsqu'il donnoit ses leçons 138 HEL de théologie. En 1791, le tombeau d'Abaillard fut enlevé du Paraclet et envoyé à Nogent. Il a été depuis transporté à Paris, au Muséum des Monuments Francois. Les auteurs du temps parlent avantageusement de l'esprit d'Héloïse : il étoit supérieur à sa beauté. Elle savait le latin, le grec, l'hébreu ; elle possédoit les auteurs anciens, la philosophie, et beaucoup plus de théologie qu'il ne lui étoit permis d'en savoir. Nous avons trois de ses Lettres, toutes de fen. pleines d'une et d'imagination, parmi celles d'Abaillard. On y voit un mélange bien singulier du langage et des sentiments de la tendresse, avec le langage et les sentiments de la vertu. Qu'elle consulte Abaillard en maître ou en directeur, dit le P. Fontenai, c'est toujours son époux, et un époux passionnément aimé qu'elle entretient. Les Epîtres de ces deux amans, publiées en 1616, in-4°, par d'Amboise, l'ont été de nouveau à Londres, in-8°, et à Paris, en latin et en francois, par dom Gervais, ancien abbé de la Trappe, en 2 vol. in-12. Elles ont été imitées par Pope, et par différens poètes Francois, qui se sont disputé à l'envi la gloire de leur donner en notre langue les charmes qu'elles ont en latin. Colardeau y a réussi.
HELSSAM, (Richard) professeur de médecine et de physique dans l'université de Dublin, est auteur d'un Cours de physique expérimentale, imprimé après sa mort. Cet ouvrage est estimé en Angleterre. I. HELVÉTIUS, (Adrien) médecin Hollandois, vint à Paris sans aucun dessein de s'y fixer, et seulement pour voir les curio- sités de cette ville immense, on plutôt pour débiter des poudres de la composition de son père. Ce remède n'ayant pas eu beaucoup de débit, un droguiste lui fit présent de cinq ou six livres de la racine du Brésil, qu'il lui donna comme un spécifique contre la dyssenterie. Le jeune Helvétius court à l'hôpital pour en faire l'essai, et bientôt après avoir éprouvé l'efficacité de son remède, il le fit afficher. Tous les malades attaqués de la dyssenterie s'adressaient à lui, et il les guérissait tous. Louis XIV lui ordonna de rendre public le remède qui produisait des effets si merveilleux : il déclara que c'était l'Ipecacuanha, et reçut mille loins d'or de gratification. Son mérite étant reconnu de plus en plus, il devait inspecteur général des hôpitaux de Flandre, et médecin du duc d'Orléans, régent du royaume. Il mourut le 20 février 1727, à soixante-cinq ans, laissant quelques ouvrages. Le plus estimé est son Traité des Maladies les plus fréquentes, et des Remèdes spécifiques pour les guérir, 1724, 2 vol. in-8°, dont il s'est fait plusieurs éditions. La théorie de cet ouvrage n'est pas toujours bonne ; mais on y voit un esprit net et méthodique, et on y trouve d'excellentes recettes.
II. HELVÉTIUS, (Jean-Claude Adrien) conseiller d'état, premier médecin de la reine, inspecteur général des hôpitaux militaires, membre des académies des Sciences de France, d'Angleterre, de Prusse, de Florence et de Bologne, naquit en 1685. Il fut recherché, comme son père, par la cour et par la ville. Il guérit Louis XV d'une maladie dangereuse, dont ce prince fut attaqué à l'âge de sept ans. Il mérita l'estime et la confiance de la reine son épouse, et fut à Versailles l'ami de toutes les maisons dont il étoit le médecin. Il mourut en 1755, à 70 ans. Ce médecin étoit aussi respectable par sa probité, que par son savoir. La douceur de ses mœurs et la tranquillité de son ame, étoient peintes sur son visage. Il sépandoit avec un plaisir égal, ses lumières et ses revenus. Il recevoit chez lui un grand nombre de pauvres, et alloit voir assidûment ceux que leurs infirmités retenoient chez eux. Il légua en mourant, a la faculté de médecine de Paris, tous les livres de sa bibliothèque, que cette compagnie n'avoit pas dans la sienne. Nous avons de lui : I. *Idée générale de l'Economie animale*, in-8°, à Paris, 1722. Cet ouvrage estimable est enrichi d'observations très-étendues sur le traitement de la petite vérole. II. *Principia Physico-Medica, in tyrannum Medicinae gratiam conscripta*, en 2 vol. in-8° : livre composé pour les élèves de la médecine, et qui ne seroit pas inutile aux maîtres.
III. HELVÉTIUS, (Claude-Adrien) né à Paris en 1715, étoit fils du précédent. Il fit ses études au collège de Louis le Grand, sous le fameux P. *Porée*, qui, trouvant dans les compositions de son jeune élève plus d'idées et d'images que dans celles de ses autres disciples, lui donna une éducation particulière. Lié de bonne heure avec les philosophes les plus célèbres de la France, et sur-tout avec *Voltaire*, qui lui inspira ses dangereux principes, il voulut mar- cher sur leurs traces. Il donna, en 1758, son livre de l'*Esprit*, qui fut proscrit par le parlement de Paris, comme bornant les facultés de l'homme à la sensibilité physique, et comme encourageant au vice, en donnant des motifs trop peu nobles à la vertu. L'auteur, depuis les désagréments qu'il essuya à l'occasion de cet ouvrage, fit un voyage en Angleterre en 1764, et un autre en Prusse en 1765. *Frédéric* voulut le loger dans son palais, et l'avoir toujours à sa table. Revenu en France, il passa la plus grande partie de l'année à sa terre de Voré. Bon mari, bon père, content de sa femme et de ses enfans, il y goûtoit tous les plaisirs de la vie domestique. Il s'y livroit sur-tout à son inclination dominante, à la bienfaisance. Il cherchoit par-tout le mérite pour l'aimer et le secourir : il faisoit une pension de deux mille livres à *Marivaux*, et une de trois mille livres à *Saurin* de l'académie Françoise. Il étoit dans ses terres trop jaloux de la chasse et de quelques autres droits féodaux; mais si ses vassaux ou ses fermiers essuyoient quelque perte, il leur faisoit des remises, et souvent leur donnoit de l'argent. Ce philosophe doux et humain prolongea son séjour à la campagne pendant les dernières années de sa vie. « Le spectacle d'une misère qu'il ne pouvoit soulager, dit l'auteur de son *Eloge*, lui rendoit triste le séjour de Paris. Il faisoit cependant de grands biens. Tous les jours on introduisoit chez lui, avec beaucoup de mystère, quelques nouveaux objets de sa générosité. Souvent, en leur présence, il disoit à son valet de chambre : *Chevalier, je vous défens de par-* ler de ce que vous voyez, même après ma mort. Il lui arrivait quelquefois d'étendre ses libé- ralités sur d'assez mauvais sujets, et on lui en faisoit des reproches. Si j'étois Heli, disoit-il, je les corrigerais; mais je ne sais que riche, et ils sont pauvres: je dois les secourir. Sa bonne constitu- tion et une santé assez rarement attérée, scabâloient lui promettre une longue vie. Cependant, de jour en jour, il sentoit qu'il per- toit de ses forces. Une attaque de goutte qui se portoit à la tête et à la poitrine, lui ôta d'abord la connoissance, et bientôt la vie. Le 26 décembre 1771, il fut enlevé à sa famille, à ses amis, aux infortunés et à la philoso- phie. Peu d'hommes ont été trai- rés par la nature aussi bien que M. Helvétius. Il en avoit reçu la beauté, la santé et le génie. Dans sa jeunesse, il étoit très-bien fait. Ses traits étoient nobles et réuniers. Ses yeux exprimaient ce qui dominoit dans son caractère, c'est-à-dire la douceur et la bienveillance. Il avoit l'aune con- rageuse, et naturellement révol- tée contre l'injustice et l'oppres- sion. Personne n'a eu être plus convaincu que lui, que, pour réussir, il ne faut que vouloir fortement. Il avoit été bon dan- seur, habile à l'écrire, tireur adroit, financier éclairé, bon poète, grand philosophe, dès qu'il avoit voulu l'être. Il avoit aimé beaucoup les femmes; mais sans passion, et entraîné par les sens. Il n'avoit pas dans l'amitié de préférence exclusive; il y por- toit plus de procédés que de ten- dresse. Ses amis, dans leurs pei- nes, le trouvoient sensible, parce qu'il étoit bon; dans le cours ordinaire de sa vie, ils lui étoient peu nécessaires. Sa conversation étoit souvent celle d'un homme rempli de ses idées, et il les por- toit quelquefois dans le monde. Il aimoit assez la dispute; il avan- goit des paradoxes pour les voir combattre. Il aimoit à faire pen- ser ceux qu'il en croyoit capa- bles; il disoit qu'il alloit avec eux à la chasse des idées. Il avoit les plus grands égards pour l'a- mour propre des autres; et il se paroit si peu de sa supériorité, que plusieurs hommes d'esprit qui le voyoient beaucoup, ont été long-temps sans le deviner. Il craignoit le commerce des Grands; il avoit d'abord avec eux l'air de l'embarras et de l'ennui. Il a aimé la gloire avec passion, et c'est la seule passion qu'il ait éprouvée. Ses Ouvrages sont: 1. De l'Es- prit, 1758, in-4.º et 3 volumes in-12. On dispute encore aujeur- d'hui sur le mérite littéraire de ce livre. Voltaire le trouvoit rempli de vérités triviales débi- tées avec emphase, dénué de méthode, et gâté par des contes indignes d'une production philo- sophique. Cette critique n'a pas été adoptée par tous les philo- sophes. L'Ouvrage d'Helvétius leur paroît écrit avec beaucoup de netteté, avec de la pureté et souvent de l'élégance, conçu et rédigé avec une méthode supé- rieure. Cependant ils sont forcés d'avouer qu'il manque de rapi- dité dans la marche, et d'élo- quence dans le style; qu'il pèche souvent par des figures re-her- chées, par une fausse chaleur et de froids ornements. Il y a peu de livres, on l'art de développer un vaste système d'idées abs- traites ait été porté plus loin. Mais ce système est dangereux en métaphysique, et par icieux en morale. En voulant prouver que l'esprit de l'homme s'ap- proche de celui des animaux, et que les hommes, dans les devoirs les plus sacrés et dans les sentimens les plus tendres, ne sont dirigés que par leur intérêt, il avilit la vertu et ébranle les fondemens sur lesquels reposent la religion, les mœurs, l'amour paternel et l'amitié. Son affectation à rappeler des coutumes scandaleuses, des usages vicieux dont il prétend expliquer les principes, peut encore être très-dangereuse, puisqu'elle tend à prouver que les idées de vice et de vertu dépendent du climat. L'auteur, qui paroît pénétré du désir du bonheur des hommes, auroit dû rechercher, avec plus de soin, les véritables moyens de le leur procurer. II. Le Bonheur, poème en six chants, in-12, 1772, avec des fragmens de quelques Epltres. La poésie d'Helvétius est plus emphatique que sa prose, et bien moins claire, bien moins coulante. Son poème du Bonheur offre quelques beaux vers; mais le fond de l'ouvrage est une déclamation, écrite d'un style quelquefois brillant, et plus souvent dur et forcé. L'esprit sytématique, qui dominoit l'auteur, ne l'a pas abandonné, même en rimant. Au lieu de placer le bonheur entre la vertu et l'amitié, il le fait consister exclusivement dans la culture des lettres et des arts. On a publié ce Poème avec un Eloge de l'auteur, dont nous avons profité dans cet article. III. De l'Homme, 2 vol. in-8°; ouvrage non moins hardi que le livre de l'Esprit. L'auteur veut peindre l'homme tel que la nature et la société l'ont fait dans tous les temps et dans tous les lieux. S'il ne saisit pas toujours bien son objet, on voit au moins qu'il l'a bien étudié. Le paradoxe, que les hommes naissent avec les mêmes talens, et qu'ils doivent tout leur esprit à l'éducation, y est présenté sous toutes les faces possibles. Les conséquences qu'on peut tirer de ce livre, seroient encore plus funestes que celles qui résultent du livre de l'Esprit, parce que l'auteur écrit d'une manière plus naturelle, et s'y explique avec encore moins de ménagement. Il y paroît d'ailleurs une aigreur et un emportement contre les ennemis de la philosophie, qui s'accordent peu avec la douceur qui caractérisoit Helvétius. Cet écrivain étoit maître d'hôtel de la reine, et il avoit été fermier général, place qu'il quitta pour cultiver, sans distraction, les lettres et la philosophie. On a recueilli ses Œuvres en 5 vol. in-8°. Dans cette édition le livre de l'Esprit a été corrigé sur un exemplaire non cartonné, et tel que l'auteur l'avoit composé. En 1792, la municipalité de Paris donna le nom d'Helvétius à la rue Sainte-Anne.
HELVICUS, (Christophe) né en 1581, mourut à la fleur de son âge. Il n'avoit que 35 ans lorsqu'il fut enlevé aux lettres, le 10 septembre 1616. Il remplit, avec honneur, une chaire de langues orientales dans l'académie de Giessen, et laissa quelques ouvrages. Les plus connus sont: I. Théâtre historique et chronologique, in-folio, Francfort, 1666. C'est un recueil de Tables de chronologie assez exactes, quoique non exemptes de fautes, et défigurées par un attachement peu réfléchi aux rêveries d'Amius de Viterbe et du faux Dérose. II. Synopsis Historia universalis ad annum 1612, in-4°, 1627.
HELVIDIUS, fameux Arien, disciple d'Auxence, proscrivoit la virginité de Marie, et soutenoit, qu'après la naissance de J. C., la Ste. Vierge avoit en des enfans de St. Joseph. C'étoit un enthousiaste. Il vivoit dans le 4e siècle. St. Jérôme l'a réfuté.
HELYOT. (Pierre) religieux Picpus, né à Paris en 1660, d'une bonne famille originaire d'Angleterre, fit deux voyages à Rome, et parcourut toute l'Italie. Ce fut là qu'il recueillit les principaux mémoires pour son HISTOIRE des Ordres Monastiques, Religieux et Militaires, et des Congrégations séculières de l'un et de l'autre sexe, qui ont été établies jusqu'à présent; contenant leur origine, fondation, progrès, évenemens considérables, leur décadence, suppression ou réforme, les Vies de leurs Fondateurs ou Réformateurs, avec des figures assez fidèles de leurs habillemens, en 8 volumes in-4.0. Cet ouvrage, fruit d'un travail de 25 ans, est plein de savantes recherches, et plus exact, quoiqu'il ne le soit pas toujours, que ceux des écrivains qui l'avoient précédé. Son style, sans être élégant, a du naturel et de la netteté. On imprimoit le 5e vol. de cette Histoire, lorsque l'auteur mourut à Picpus, près Paris, le 5 janvier 1716, à 36 ans, après avoir occupé différents emplois dans son ordre. Il a paru une espèce d'Abrégé de son ouvrage, Amsterdam, 1721, 4 volumes in-8, pour les Religieux, et autant pour les Militaires. Cet Abrégé est fort inexact, et n'est recherché que pour les figures. Le P. Helyot étoit aussi pieux que savant. On a de lui quelques livres de dévotion, dont le plus connu est Le Chrétien mourant, in-12... Voy. Eliot et Elyot.
HÉMELAR, (Jean) chanoine d'Anvers, publia divers ouvrages dans le siècle dernier, dont les principaux sont : I. Exposition numismatum Imperatorum Romanorum à Julio Cæsare ad Heraclium, à Musæo Arschotano; Amsterdam, 1638, in-4.0. Ce livre n'est pas commun. II. Poëmata multa sparsim edita: recueil de Poësies éparses çà et là, etc. Hémelar vivoit encore en 1639.
HÉMERÉ, (Claude) bibliothécaire de Sorbonne, laissa divers écrits. Les plus connus ont pour titre : I. De Academia Parisiensi, qualis primo fuit in Insula et Episcoporum scholis, 1637, in-4.0. II. De Scholis publicis, 1633, in-8.0. III. Augusta Veronanducrum; Paris, 1643, in-4.0. Il mourut à Saint-Quentin, dont il étoit chanoine, vers le milieu du 17e siècle.
HÉMITHÉE, Marseilloise, mariée à Marfidius, citoyen de la même ville, eut le malheur d'inspirer la plus violente passion à un jeune homme qui l'avoit vue dans une fête publique; il saisit le moment favorable où cette femme se trouvoit seule, et voulut satisfaire ses désirs criminels. Hémithée s'élança sur l'épée qu'il portoit, et expira en disant qu'elle aimoit mieux s'arracher à la vie que de manquer à la foi conjugale. Marfidius, arrivé sur ces entrefaites, et informé de cette horrible catastrophe, courut se percer de la même épée sur le corps sanglant de son épouse.
HEMMERLINUS, (Felix Malherius) chanoine et chantre à Zurich en 1720, p. 18, ses bénéfices, et fut mis en prison pour des satires contre sa patrie et le clergé séculier et régulier. Ses Opuscules, en deux parties, sont très-rares; l'une et l'autre in-fol., sans indication de lieu et d'année, en caractères gothiques. La 1re est plus rare que la 2e. Dans celle-là, on trouve: Dialogus de nobilitate et rusticitate, etc. Dans l'autre: Tractatus contra validos mendicantes, Beghardos et Beghinos, Monachos, etc. Ceux qui aiment les facéties, sans se soucier de la finesse de la plaisanterie, recherchent ces opuscules.
HEMMINGA, Voy. VII. SIXTE.
HEMMINGIUS, (Nicolas) naquit en 1513, dans l'isle de Laland, d'un forgeron. Après avoir étudié sous Mélanchthon, dont il acquit l'esprit et l'amitié, il fut fait ministre, puis professeur d'hébreu et de théologie à Copenhague, et ensuite chanoine de Roschild. Il essuya quelques disgraces de la part des Luthériens, qui le soupçonneient de pencher au Calvinisme, et devint aveugle quelques années avant sa mort, arrivée en 1600. On a de lui plusieurs ouvrages peu estimés, excepté ses Opuscules Théologiques, dont on fait cas chez les Calvinistes, et qui furent imprimés à Genève en 1564, in-fol.
HEMON, prince Thébain, aima tellement Antigone, fille d'Œdipe et de Jocaste, qu'il se tua lui-même sur le tombeau de cette princesse. I. HEMSTERHUIS, (Tibère) excellent critique, né à Groningue en 1685, professa la philosophie et les mathématiques, à Amsterdam, ensuite le grec et l'histoire à Franeker, puis à Leyde où il mourut le 7 avril 1766. David Runkhen son disciple, bibliothécaire de l'académie de Leyde, prononça en latin son Éloge qui a été imprimé à Harderwick, 1785, in-8.0. Hemsterhuis a publié diverses éditions estimées des auteurs grecs. Il a donné la meilleure de l'Onomasticon de Julius Pollux, Amsterdam, 1706, 2 vol. in-fol., et celle des œuvres de Lucien, Amsterdam, 1743, 3 vol. in-4°, à laquelle il faut réunir l'Index imprimé en 1746.
II. HEMSTERHUIS, (François) petit-fils du précédent, premier commis de la secrétatrie du conseil d'état des Provinces-Unies des Pays-Bas, mort en 1790, étoit fils d'un médecin de Groningue. Il se consacra comme son ayeul aux sciences, et particulièrement à la métaphysique. On a traduit en françois ses Œuvres Philosophiques, Paris, 1793, deux vol. in-8°. On y voit, qu'avec un esprit réfléchi, il avoit une imagination qui s'exaltoit facilement, et une dialectique quelquefois plus subtile que solide. Cependant, il combat les Matérialistes et les Athées avec avantage; et il paroit très-attaché au Christianisme. Son style a souvent une teinture poétique, et n'en est pas toujours plus clair. On distingua parmi eux une Lettre sur les désirs, une autre sur l'homme et ses rapports, 1772, in-8°. Aristée, ou de la Divinité, Paris, 1779, in-12.
HÉMUS, (Mythol.) roi de Thrace, fils de Borée et d'Orythie, avoit épousé Rhodope, fille du fleuve Strymon. Ils étoient l'un et l'autre si orgueilleux de leur origine, qu'ils voulurent se faire rendre les honneurs divins. Hénus sous le nom de Jupiter, et Rhodope sous celui de Juaon. Alors le père des Dieux, indigé de leur insolence, les changea en montagnes de leur nom. Hénus est la plus haute montagne de Thrace, il la divise, presque toute entière, en deux parties, d'orient en occident, et se prolonge jusqu'au Pont-Euxin ou Mer noire. Le Rhodope est aussi une montagne de Thrace, la plus haute après l'Hénus: elle s'étend vers l'occident jusqu'en Pannonie.
HENAO, (Gabriel de) Jésuite, docteur de Salamanque, enseigna en Espagne avec réputation, et mourut en 1704, à 93 ans. Ses ouvrages sont en 11 vol. in-fol., en latin. Les deux premiers traitent du Ciel empi-ree; le 3e de l'Encharistie; les trois suivans du Sacrifice de la Messe; les 7, 8 et 9e, de la Science moyenne; et les deux derniers, des antiquités de la Biscaie, sous ce titre: Biscaia illustrata. Celui-ci est le plus consulté. On a encore quelques autres petits ouvrages de ce Jésuite, qui étoit plutôt compilateur passable que bon écrivain. I. HENAULT, ou HENNAULT, (Jean) fils d'un boulanger de Paris, voyagea dans les Pays-Bas, en Hollande, en Angleterre. De retour dans sa patrie, il se fit connoître du surintendant l'ouquet, par ses Poésies. Son protecteur ayant été disgracié, et Colbert mis à sa place, le poète lança contre celui-ci le Sonnet suivant: Ministre avare et lâche, esclave malheureux, Qui gémis sous le poids des affaires publiques, Victime dévouée aux chagrins politiques, Fantôme révéré sous un titre onéreux: Vois combien des grandeurs le comble est dangereux; Contemple de Fouquet les funestes reliques; Et tandis qu'à sa perte en secret tu t'appliques, Crains qu'on ne te prépare un destin plus affreux. Sa châte quelque jour te peut être commune. Crains ton poste, ton rang, la cour et la fortune. Nul ne tombe innocent d'où l'on te voit monté. Cesse donc d'animer ton prince à son supplice; Et près d'avoir besoin de toute sa henté, Ne le fais pas user de toute sa justice. On sait ce que ce grand ministre dit à cette occasion. Voyez son article. Henault, ayant reconnu sa faute, chercha à supprimer tous les exemplaires de son Sonnet; mais la satire se répandoit trop facilement alors, comme aujourd'hui, pour qu'il pût en venir à bout. Henault est non seulement connu comme poète, il l'est encore comme Epicuriens. Il le fut: et en fit parade. On ne croit pas pourtant qu'il ait fait un voyage exprès en Hollande pour voir Spinoza, et encore moins que celui-ci l'ait ménoisé: les séchants en tout sens, augmentant trop les prosélytes. Henault, sans être Athée comme on l'a dit, étoit en homme de plaisir, qui cherchait à calmer les renoëls de racon, avec que les égarements de de l'esprit. Il passoit de l'irréligion à la dévotion; mais cette dévotion, née subitement, se dissipoit de même. Il mourut dans des dispositions très-chrétiennes, à Paris, en 1682. Il laissa une fille. Ses Poésies, recueillies en 1670, in-12, renferment: I. Plusieurs Sonnets, parmi lesquels on distingue celui de l'Avorton, composé à l'occasion de l'aventure arrivée à Mlle de Guerchi, fille d'honneur de Marie d'Autriche. Il fit beaucoup de bruit dans son temps, quoiqu'il ne soit ni régulier ni correct, et quoiqu'il n'ait d'autre mérite, que celui de renfermer deux ou trois antithèses assez bonnes. Le voici: Toi qui meurs avant que de naître; Assemblage confus de l'être et du néant, Triste Avorton, informe enfant; Rebut du néant et de l'être! Toi que l'amour fit par un crime, Et que l'amour défait par un crime à son tour; Funeste ouvrage de l'amour, De l'honneur funeste victime! Donne fin au remords par qui tu t'es vengé: Et du fond du néant où je t'ai replongé, N'entretiens point l'horreur dont ma faute est suivie. Deux Tyrans opposés ont décidé ton sort; L'amour, malgré l'honneur, t'a fait donner la vie; L'honneur, malgré l'amour, te fait donner la mort.
II. Des Lettres en vers et en prose Les vers ne sont pas toujours faciles, et la prose manque souvent de légèreté. III. Une Imitation en vers des actes 2° et 4° de la Troade de Sénèque: il avoit quelque talent pour ce genre de travail. IV. On a encore de lui, la Traduction en vers du commencement du poème de Lucrèce, qu'on trouve dans le Fureteriana, et ailleurs. Il avoit poussé cet ouvrage plus loin; mais son confesseur le lui fit brûler: action qui assura peut-être le salut de Hénault, mais qui le priva du plus beau rayon de sa gloire, sur-tout si la suite répondoit au commencement. Ce poète avoit du goût: ce fut lui qui donna les premières leçons de versification à Mad. des Hou-lières, qui fut plus loin que son maître, et à laquelle celui-ci adressa ces vers: On ne peut craindre trop d'être trop estimée, Rien ne nous asservit comme la renommée. On perd bien du repos pour faire un peu de bruit, Et ce bruit ne vaut pas la peine qui le suit: Pour moi, je ne suis point la dupe de la gloire, Et vous cède ma place au temple de mémoire. « Hénault, dit la Monnoie, étoit l'un des hommes de son temps qui tournoit le mieux un vers. Despréaux, si délicat là-dessus, ne le nioit pas; et quand on lui demandoit pourquoi, dans le troisième chant de son Lutrin, et dans sa neuvième Satire, il en avoit parlé avec mépris; il répondit qu'au lieu de Hénault, il avoit d'abord mis Boursault, ensuite Perrault, mais que s'étant réconcilié avec ces derniers, il leur avoit substitué Hénault qui, étant mort dès 1682, étoit hors d'état de former aucune plainte. » 446 HEN
IL HÉNAUT ou HÉNAULT, (Charles-Jean-François) de l'académie Françoise, de celle des Inscriptions, président honoraire aux enquêtes, et surintendant des finances de la maison de la reine, né à Paris en 1685, mourut dans cette ville le 24 novembre 1770, à 85 ans. Il étoit fils d'un fermier général. Il avoit été quelque temps de l'Oratoire; congrégation qui a donné plus d'un homme célèbre à la république des lettres. Le président Hénout y ayant cueilli les fleurs de la littérature, rentra dans le monde, et remporta le prix de l'académie Françoise en 1707, par son poème intitulé l'Homme inutile. Cette compagnie se l'associa en 1723, après la mort du cardinal du Bois. D'autres sociétés littéraires se firent un honneur de l'avoir pour membre. Ses talens et ses connoissances étoient soutenus et embellis par des qualités plus précieuses encore, la douceur des mœurs, la sûreté du commerce, la solidité de l'amitié. Il conserva, presque jusqu'au dernier âge, tout ce qui fait aimer, tout ce qui fait rechercher. A l'esprit de conciliation, il joignoit une pénétration vive et réfléchie, une éloquence douce et insinuante. Les femmes l'ont pris fort souvent Pour un ignorant agréable; Les gens en as pour un vivant; Et le Dieu joufu de la raide, Pour un connoisseur si gourmand, etc. (Voltaire.) A ce portrait, joignons celui qu'en trace le marquis d'Argenson, qui, dans la société, lui donnait la préférence sur Montesquieu et Fontenelle : « Il est moins vieux que celui-ci, dit-il, et moins gênant, parce qu'il exige bien moins de soins et de complaisance. Au contraire, il est très-complaisant lui-même, et de la manière la plus simple, et l'on peut dire la plus noble. Il sait nuancer les politesses; un jugement sain et un grand usage du monde, président à la distribution qu'il en fait. Son caractère sur-tout, quand il étoit jeune, paroissoit fait pour réussir auprès des dames; car il avoit de l'esprit, des graces, de la délicatesse, de la finesse, et cultivoit avec succès la musique, la poésie et la littérature légère. On m'a assuré qu'au palais il étoit bon juge, sans avoir une parfaite connoissance des lois, parce qu'il a l'esprit droit et le jugement bon. Il n'a jamais eu la morgue de la magistrature, ni le mauvais ton des robins. Il ne se pique ni de naissance, ni de titres illustres; mais il est assez riche pour n'avoir besoin de personne, et dans cette heureuse situation, n'affichant aucunes prétentions, il se place sagement au-dessous de l'insolence et au-dessus de la bassesse. Il y a d'assez grandes dames qui lui ont pardonné le défaut de noblesse, de beauté, et même de vigueur. Il s'est toujours conduit, dans ces occasions, avec modestie; ne prétendant qu'à ce qu'il pouvoit prétendre; ou n'a jamais exigé de lui que ce qu'il pouvoit aisément faire. A l'âge de 50 ans, il a déclaré qu'il se bornoit à être studieux et dévot; il a fait une confession générale; et c'est à cette occasion qu'il lacha ce trait plaisant : On n'est jamais si riche, que quand on déménage. Au reste, sa dévotion est aussi exempte de fanatisme, de persécution, d'aigreur et d'intrigue, que ses études de pédanterie. » La reine trouvoit, dans sa société, tous les agrémens d'un courtisan homme d'esprit, et ne négligeoit aucune occasion de lui donner des marques d'intérêt. Un jour qu'elle entra chez une duchesse, au moment où celle-ci écrivoit au président, elle mit au bas du billet : Devinez la main qui vous souhaite ce petit bon jour. Le président Hénaut ajouta à sa réponse ce quatrain : Ces mots tracés par une main divine, Ne m'ont causé que trouble et qu'embarras ; C'est trop oser, si mon cœur le devine ; C'est être ingrat, que ne deviner pas. On a de lui : I. Abrégé Chronologique de l'Histoire de France, 1768, 2 vol. in-4°, et 3 in-8°. C'est l'ouvrage le plus plein et le plus court que nous ayons sur notre Histoire. L'auteur a l'art d'approfondir bien des objets, en paroissant les effleurer. Cet abrégé a fait quelques bonnes copies, et beaucoup de mauvaises. « Ce livre cependant commence à décroître, dit M. Palissot, dans l'opinion publique, et parce qu'il a été trop loué du vivant de l'auteur, à qui sa brillante fortune procuroit les suffrages de tous ceux qui aspiroient à sa société ou à sa table, et parce qu'on y trouve beaucoup de fautes essentielles. » M. Palissot cite le règne de François II, qui n'a pas duré plus de dix-sept mois, mais qui a donné lieu à des événements trèsimportans, quelquefois mal présentés par l'historien. D'ailleurs, cette méthode des Abrégés chronologiques est plus facile pour l'auteur, qu'agréable pour les lecteurs; et vraisemblablement, le président Hénaut auroit été plus embarrassé de faire une Histoire suivie sur le modèle des Abrégés que les anciens nous ont laissés. Il faut avouer toutefois que le sien offre les portraits de plusieurs hommes célèbres, très-bien peints; des dissertations courtes, mais nettes, sur plusieurs points importants de notre histoire, et une foule de remarques curieuses, qu'on cherche-troit vainement ailleurs. II. François II, tragédie historique en prose. C'est un tableau de ce règne orageux, entièrement manqué, suivant les uns, et fait de main de maître, suivant d'autres. Ce qu'il y a de vrai, c'est que plusieurs caractères y sont bien rendus, et que cette pièce donne une idée vraie de ces temps funestes. On lui a reproché d'y avoir introduit des personnages inutiles, d'en avoir écarté d'essentiels, d'avoir commis des anachronismes; mais ces censures n'empêchent pas qu'on ne desirât d'avoir plusieurs scènes historiques, traitées ainsi, pour donner aux jeunes gens et aux femmes le goût de l'histoire. III. Le Réveil d'Épiménide, comédie non représentée, et digne de l'être, par l'agrément et la finesse qui y règnent. Elle est imprimée avec François II, et d'autres pièces, 1768, 2 vol. in-12. IV. Les Chimères, divertissement en un acte, dont la musique est du duc de Nivernois. Il fut représenté à l'hôtel de Belle-isle, où l'on faisoit toujours de grands projets; aussi l'abbé de Voisenon disoit que pour offrir le Palais des Chimères, Hénaut ne pouvoit mieux choisir le lieu de la scène. Voy. CAUX et FUZELIER. Le président Hénaut est connu encore par quelques Poésies fugitives, spiri- 148 HEN tuelles, douces et foibles, mais qui ne manquent pas de graces; il n'y en a que très-peu d'imprimées. Il a eu part à l'*Albergé Chronologique de l'Histoire d'Espagne*, par *Macquer*.
**HENICHIUS**, (Jean) professeur de théologie, à Rintel au pays de Hesse, naquit en 1616, et mourut le 25 juin 1671, à 55 ans. C'étoit un homme d'une candeur charmante, un théologien modéré. Il souhaita passionnément la réunion des Luthériens avec les Calvinistes; mais ses efforts pour cette réunion, aussi difficile que celle des Jansénistes et des Molinistes, ne lui attirèrent, de la part des fanatiques des deux partis, que des injures et de mauvais procédés. On a de lui, divers ouvrages de théologie et de controverse, in-4°, et in-8°, estimables pour la modération qu'ils respirent. Les principaux sont : I. *Compendium Sacrae Theologiae*, in-8°. II. *De veritate Religionis Christianiae*, in-12. III. *Institutiones Theologicae*, in-4°. IV. *Historia Ecclesiastica et Civilis*, in-4°.
**HENNINGES**, (Jérôme) laborieux historien Allemand du 16e siècle, a publié plusieurs ouvrages assez estimés, concernant les généalogies de quantité de maisons d'Allemagne. Le principal est *Theatrum Genealogicum*, 6 vol. in-fol., 1598, à Magdebourg. La 6e partie de cet ouvrage est la plus rare. Elle est intitulée : *Genealogiae aliquot Familiarum nobilium in Saxonia*, in-folio, à Hambourg, 1596. — Il est différent de *Jean HENNINGES*, mort en 1646, à 78 ans, auteur de 3 vol. de *Dissertations* sur divers passages des Livres saints, et d'une *Version* en vers latins du prophète *Jonas*. Il étoit pasteur et professeur de théologie à Helmstadt.
**HENNUYER**, (Jean) évêque de Lirieux, mort en 1577, avoit été confesseur de *Henri II*, et évêque de Lodève. Il s'immortalisa par son humanité dans le temps des fureurs de la *Saint-Barthélemi*. Lelieutenant de roi de sa province vint lui communer pour l'ordre qu'il avoit reçu, de massacrer tous les Huguenots de Liseux. L'illustre prélat s'y opposait, et donna acte de son opposition. Le roi, loin de le blamer, rendit à sa fermeté les éloges qu'elle méritoit; et sa clémence, plus efficace que ses sermons, les livres et les soldats, changea le cœur et l'esprit de tous les Calvinistes. Ils firent tous abjuration entre ses mains.
**HÉNOCH**, *Voyez ÉNOCH*. **I. HENRI** Ier, fut surnommé l'*Oiseleur*, parce que les députés qui lui annoncèrent son élection à l'empire, le trouvèrent occupé à la chasse des oiseaux. Il naquit en 876, d'*Othon*, duc de Saxe. Les trois états de la Germanie le confirmèrent empereur en 919, à 43 ans. Ce fut un des rois les plus dignes de porter la couronne. Sous lui les seigneurs de l'Allemagne, si divisés entre eux, furent réunis. Pour les entretenir dans le goût des armes, il institua les tournois, et en fut le premier inventeur. L'Allemagne et la Saxe manquoient de villes fortifiées; ni la noblesse, ni le peuple, n'aimient à s'enfermer; de là cette facilité qu'avoient les barbares de pousser leurs conquêtes jusqu'au Rhin. *Henri* fit construire des villes, et les fortifia; Il environner de murailles les gros bourgs de la Saxe et des provinces voisines. Pour peupler ces nouvelles forteresses, il obligea la neuvième partie des habitans de la campagne, à s'établir dans les villes. Il ordonna que les assemblées publiques et les fêtes ne pourroient être célébrées que dans les villes. Il donna aux nouveaux citoyens des privilèges et des prérogatives considérables, jusqu'à obliger ceux qui restèrent à la campagne, de les nourrir, et à transporter la troisième partie de leur récolte dans les magasins des villes. L'établissement des évêchés et l'érection des cathédrales servirent encore à appeler beaucoup de monde dans les villes. On s'accoutuma à y assembler des conciles, et à y tenir les cours de judicature, soit civiles, soit ecclésiastiques. Depuis Henri l'Oiseleur, on affranchit plusieurs esclaves, dont la plus grande partie s'établit dans les cités. On découvrit et l'on exploita plusieurs mines, dans différentes provinces: opération qui, ayant attiré un grand concours d'hommes, donna naissance à différentes villes, qui formèrent bientôt entre elles des associations contre les vexations des Barons. Telle fut l'origine des villes, des communautés et même des corps de métiers: de là les familles patriciennes issues des nobles, qui passèrent dans les villes. Les autres gentilshommes conçurent contre ceux-ci une haine qui règne encore, qui va jusqu'à leur disputer la noblesse, parce qu'ils avoient accepté les magistratures. On leur donna le sobriquet de Villani, Villains... Henri fut héros, ainsi que législateur. Il réprima Arnould le Mauvais, duc de Bavière; vainquit les Bché- miens, les Esclavons, les Danois. Il envahit le royaume de Lorraine sur Charles le Simple, et remporta une victoire signalée à Mersbourg sur les Hongrois, en 934. Ces peuples barbares lui avoient demandé le tribut ordinaire. Henri, résolu de l'abolis, fit présenter à leurs députés un chien galeux, auquel on avoit coupé la queue et les oreilles, en leur ordonnant de dire à leurs maîtres, que s'ils avoient un autre tribut à exiger de lui, ils vinssent le chercher eux-mêmes. Cet affront et cette réponse furent l'origine de la guerre. Les succès de Henri ne lui enflèrent point le cœur: modeste sous ses hauriers, il ne prit jamais le titre d'empereur dans ses diplômes, ni même celui de roi de Germanie. Il mourut à Quedlimbourg, le 2 juillet 936, à 60 ans. Othon, son fils aîné, lui succéda. Henri, duc de Bavière, et Brunon, archevêque de Cologne, étoient ses deux autres enfans. La bonté et la douceur de Henri, dit M. de Montigni, ne furent pas exemptes de l'emportement, de la colère, ni sa sagesse du goût pour le plaisir; mais ses grandes qualités couvrirent tous ses défauts. Voyez I. MATIULDE.
II. HENRI II, (Saint-) dit le Boiteux, arrière-petit-fils du précédent, et fils de Henri le jeune, duc de Bavière, naquit en 972, et fut élu empereur le 6 juin 1002. Il fonda l'évêché de Bamberg, battit Hezeson, duc de Bavière, rétablit le pape Benoit VIII sur son siège, fut couronné empereur par ce pontife, en 1014, à Rome, chassa les Grecs et les Sarasins de la Calabre et de la Pouille, calma les troubles de l'Italie, parcour- rut l'Allemagne, laissant par- tout des marques de générosité et de justice. Il mourut sainte- ment le 13 juillet 1624, à 47 ans. C'est peut-être de tous les princes, célui qui a fait aux églises les plus grandes largesses; aussi les annalistes ecclésiastiques ou ré- guliers l'ont comblé d'éloges. Il avait voulu se faire Bénédictin à Verdun, et ensuite chanoine à Strasbourg; sa libéralité en- vers les religieux, et les privi- lèges qu'il leur accorda, le firent surmonner le Père des Moines. Ce prince avait un fonds de tris- tesse et de mélancolie, qui ne contribuait pas peu à lui faire aimer la solitude des cloîtres. On prétend que son élévation lui avait été prédite par St. Volfand, évêque de Ratisbonne. Etant allé un jour, dit-on, prier à son tombeau, le Saint lui apparut, et lui dit: « Regardez attentive- ment ce qui est écrit sur la mu- raille. » Henri n'y put lire que ces deux mots: APRES SIX. Il s'imagina qu'il mourroit après six jours. Au bout de six jours, voyant qu'il se portoit bien, il crut devoir mourir après six ans; mais la septième année, ayant été élu roi, il comprit le sens de la prédiction. Lorsqu'il voulut se faire moine, il s'adressa à Richard, abbé de Saint-Vannes de Verdun, homme de bon sens, qui préféra le bien de l'état à la gloire de voir un empereur sou- mis à sa règle. Richard feignit d'entrer dans les vues de Henri: Voulez-vous, dit-il au prince, voulez-vous, suivant la Règle et à l'exemple de Jésus-Christ, être obéissant jusqu'à la mort? Il dit qu'On, et de tout son cœur. — Hé bien! dit l'abbé, je vous reçois pour Moine, et dès ce jour je me charge du soin de votre ame. C'est pourquoi je veux que vous fassiez tout ce que je vous ordon- nerais. — Henri le promit, et l'abbé Richard continua: Je veux donc que vous retourniez gouver- ner l'Empire que Dieu vous a confié, et que par votre fermeté à rendre la justice, vous procu- riez, selon votre pouvoir, le salut de tout l'Etat. On prétend que, dans son couronnement à Rome, on se servit, pour la première fois, du globe impérial. Le pape Benoît VIII, avant que de le couronner, lui demanda: Vou- lez-vous garder, à moi et à mes successeurs, la fidélité en toutes choses? C'étoit une espèce d'hom- mage, que l'adresse du pape ex- torquoit de la simplicité de Henri; et c'est le premier vestige de l'o- béissance que quelques empe- reurs ont promise aux papes. Voyez l'article de CUNÉGONDE, son épouse. Ils ont été canonisés l'un et l'autre.
III. HENRI III, le Noir, fils de l'empereur Conrad II, naquit en 1017, et succéda à son père en 1039, à l'âge de 22 ans. Les premières années de son règne furent marquées par des guerres contre la Pologne, la Bohème, la Hongrie; mais elles ne produisirent aucun grand évé- nement. La confusion régnoit à Rome comme dans toute l'Italie. L'empereur passa les monts pour y porter la paix. Il fit déposer, dans un concile, Benoît IX, Sylvestre III, Grégoire VI, et fit mettre à leur place, Clément II. Les Romains jurèrent à l'empé- reur de ne plus élire de pape sans son consentement. Henri et son épouse recurent ensuite la couronne impériale du nouveau pontife. Après quelques expédi- tions contre les rebelles d'Italie, de Hollande et de Frise, ce prince mourut à Botfeld en Saxe, le 5 octobre 1056, à 39 ans, et fut enterré à Spire. Quelque temps avant sa mort, il avoit eu une entrevue avec *Henri I*, roi de France. Celui-ci lui ayant fait des reproches de ce qu'il possédoit injustement plusieurs provinces démembrées de la couronne de France, l'empereur lui proposa de vider ce différent par un duel; mais le monarque François le refusa.
IV. HENRI IV, *le Vieil et le Grand*, fils de *Henri III*, eut la couronne impériale après lui, en 1056, à l'âge de six ans. *Agnès*, sa mère, femme habile et courageuse, gouverna l'empire pendant les premières années. Dès l'âge de treize ans, *Henri* régna par lui-même, et se montra digne du trône par sa valeur contre les princes rebelles de l'Allemagne, et sur-tout contre les Saxons. Tout étoit alors dans la plus horrible confusion. Qu'on en juge par le droit de *rançonner les Voyageurs*: droit que tous les seigneurs, depuis le Mein et le Weser jusqu'au pays des Sclaves, comptoient parmi leurs prérogatives féodales. L'empereur, quoique jeune, et livré à tous les plaisirs, parcourut l'Allemagne, pour y mettre quelque ordre; mais, tandis qu'il régloit l'Allemagne, il se formoit un orage en Italie. *Alexandre II* étant mort en 1073, les Romains élurent *Hildebrand*, qui prit le nom de *Grégoire VII*: homme de mœurs pures, mais d'un esprit vaste et zélé jusqu'à l'impétuosité. Le nouveau pape ne voulut pas être consacré, que l'empereur n'eût confirmé son élec- élection. *Henri IV* lui porta des plaintes contre les Saxons, toujours domptés et toujours rebelles. Ces barbares, persistant dans leur révolte, avoient fait menacer l'empereur de donner son sceptre impérial à un autre, s'il ne chassoit ses conseillers et ses maîtresses, s'il ne résidoit avec sa femme, et s'il ne quittoit de temps en temps la Saxe pour parcourir les autres provinces de son empire. *Henri IV*, pensant que les foudres du Vatican produiroient un effet plus prompt que ses armes, s'adressa à *Grégoire*. Les Saxons, de leur côté, accusèrent l'empereur de simonie et de plusieurs autres crimes. Ces accusations n'étoient pas sans fondement. Les empereurs jouissoient depuis long-temps en Allemagne du droit d'investiture, fondés sur ce qu'ils avoient doté les évêchés et les abbayes, ou en avoient augmenté les revenus par leurs libéralités. Mais *Henri IV* prétendit distribuer ces bénéfices à prix d'argent. « Les empereurs, dit *Voltaire*, nommoient aux évêchés, et *Henri IV* les vendait. *Grégoire* s'opposa à cet abus. » (*Annales de l'Empire*, tom. 1er, année 1076.) Pour y remédier plus efficacement, le pape assembla deux conciles à Rome, en 1078 et 1080, où il abolit la formule des investitures, qui paroissoit supposer dans l'empereur une puissance spirituelle. *Henri* fait aussitôt assembler une diète à Worms, en 1076; fait déposer le pape, en publiant contre lui un libelle rempli de forfaits imaginaires et ridicules; le fait saisir par un brigand, au moment où il célébroit la messe, et enfermer dans une tour, d'où le peuple Romain le retire. Ce fut alors que les querelles entre l'empire et le sacerdoce éclatèrent avec le plus de violence. Le pape lança contre Henri l'anathème dont il l'avoit déjà menacé, et délia ses sujets du serment de fidélité. Les princes d'Allemagne, excités par ses lettres aussi efficaces que ses bulles, pensaient à déposer Henri. Ce monarque, pour parer le coup, passa les Alpes, et alla trouver le souverain pontife à Canose, forteresse appartenante à la comtesse Mathilde. Henri, après une pénitence de trois jours dans la cour du château, et sous les fenêtres du pape, exposé en plein hiver aux injures de l'air, pieds nus et couvert d'un cilice, reçut enfin son absolution, mais sous les conditions les plus humiliantes. Les Lombards, indignés de ce qu'il avoit avili la dignité impériale, veulent élire à sa place son jeune fils Conrad. Henri, ranimé par la crainte de perdre ses états d'Italie, comme il avoit perdu ceux d'Allemagne, se prépara à tirer vengeance de Grégoire VII. Ce pape le fit déposer, en 1077, par les princes ses partirans, dans la diète de Forschéim, et fit donner son sceptre à Rodolphe, duc de Souabe. L'empereur déposé l'attit son compétiteur dans plusieurs rencontres, et enfin lui donna la mort à la journée de Volchheim. Henri fit déposer en même temps le pontife son ennemi, dans un synode de Brissen, et fit mettre à sa place, Guibert, archevêque de Ravennes, qu'il s'éternit sur le siège pontifical par ses armes. Il s'empara de Rome après un siège de deux ans, et se fit couronner empereur par son antipape. Peu de temps après, Grégoire meurt à Salerne; mais la guerre ne s'éteignit pas avec lui. Conrad, fils de Henri IV, couronné roi d'Italie, par Urbain II, se révolta contre son père. Henri, autre fils de l'empereur, excité par Pascal II, se fit donner la couronne impériale l'an 1106. Les seigneurs, ennemis de ce père infortuné, se joignirent au fils rebelle. On ménagea une entrevue entre Henri IV et son fils; elle devoit se passer à Mayence. L'empereur, après avoir congédié son armée, se mit en chemin pour se rendre à Mayence: mais le barbare et dénaturé Henri, soutenu par toutes les forces de son parti, le fit arrêter prisonnier à Ingelheim, et l'obligea, après l'avoir dépouillé avec violence de tous les ornemens impériaux, de renoncer à l'empire. Le malheureux Henri IV, réfugié à Cologne, et de là à Liège, assembla une armée; mais après quelques succès, ses troupes furent battues par celles de Henri V. Réduit aux dernières extrémités, pauvre, errant, sans secours, il supplia l'évêque de Spire, de lui accorder une prébende de laïque en son église, lui alléguant, qu'ayant étudié et sachant chanter, il y feroit l'office de lecteur, ou de sous-chautre; elle lui fut refusée. Quel siècle! où un empereur d'Allemagne, qui avoit si long-temps tenu les yeux de l'Europe ouverts sur ses victoires et sa magnificence, ne peut obtenir la dernière place d'un chapitre! Enfin, abandonné de tout le monde, il écrivit à son fils, pour le conjurer de souffrir que l'évêque de Liège lui demnât un asile. Laissez-moi, lui disoit-il dans cette lettre, rester à Liège, sinon en empereur, du moins en réfugié! Qu'il ne voit pas dit à ma honte, en plutôt à la vêtu, que je suis obligé de chercher de nouveaux asiles dans le temps de Paques. Il mourut dans cette ville le 7 août 1106, à 56 ans, dont il en avoit régné cinquante, après avoir envoyé à son fils son épée et son diadème. Il fut enterré à Liège, déterré par ordre du pape, et privé de la sépulture pendant cinq années entières, jusqu'à ce que Henri V son fils le fit inhu- mer à Spire, dans le tombeau des empereurs. Ce prince fit quel- ques lois pour maintenir la paix et la tranquillité de l'Allemagne, et se tint toujours prêt à la dé- fendre par son épée. Il se trouva en personne à soixante-six ba- tailles. Une confiance aveugle pour des ministres incapables, une passion extrême pour les plaisirs, l'abus intolérable de con- férer à prix d'argent les béné- fices à des sujets indignes, ter- nirent son règne, et furent en partie la source de ses malheurs. Quelques historiens le représen- tent comme un prince sage, mo- déré, affable, libéral, occupé du bien public. Selon d'autres écrivains, il étoit dur, injuste, cruel, habile à déguiser ses sen- timens sous le masque de l'ami- tié, jusqu'à pleurer ceux qu'il faisoit secrètement mourir. On peut prendre un milieu entre ces portraits contradictoires : mais on ne peut nier que Henri ne poussât la libéralité jusqu'à la profusion, et que, pour subvenir à ses dissipations, il ne fit un honteux trafic des biens ecclé- siastiques. Ceux qui louent sa fermeté et l'élévation de son ame, n'auroient pas dû oublier que, dans la crainte d'être renversé du trône, il se soumit aux traitements les plus humilians. Voyez GRÉGOIRE VII. V. HENRI V, le Jeune, né où 1081, déposa son père Henri le Vieil en 1106, et lui succéda à l'âge de trente-cinq ans. Son premier soin, dès qu'il fut cou- ronné, fut de maintenir ce même droit des investitures, contre lequel il s'étoit élevé pour dé- trôner son père. Il passa en Italie en 1110, se saisit du pape Pas- cal II, et le força à lui accorder le droit de nommer aux bénéfices. A peine ce nouvel empereur fut- il hors de l'Italie, que le pon- tife cassa dans un concile la concession qu'il avoit faite, re- nouvela les décrets contre les in- vestitures ecclésiastiques données par des laïques, et excommunia Henri. Ce prince alla s'emparer de Rome; et après la mort de Pascal II, il opposa bon suc- cesseur l'antipape Grégoire VIII. Frappé d'un nouvel anathème et craignant le sort de son père, il assembla une diète à Worms, pour se réconcilier avec le pape. L'empereur, du consentement des états, renonça à la nomi- nation des évêques et des abbés, et laissant aux chapitres la liberté des élections, il promit de ne plus investir les ecclésiastiques, de leur temporel, par la crosse et l'anneau; mais de substituer à ces symboles, le sceptre, lors- qu'il feroit la cérémonie de les investir. Les terres du saint Siège furent affranchies absolument de la suzeraineté de l'empire. Par ce concordat, il ne resta plus aux empereurs que le droit de décider en Allemagne dans le cas d'une élection douteuse, celui des premières prières, et le droit de main-morte, qu'Othon IV fut obligé d'abandonner. Après avoir signé ce traité, Henri V fut ab- sous de son excommunication par les légats. L'empereur ne surve- cut guères à cet événement; une maladie contagieuse désoloit l'Eu- rope : il en mourut à Utrecht, le 23 mai 1125, à 44 ans, sans postérité, avec la réputation d'un fils dénaturé, d'un hypocrite sans religion, d'un voisin inquiet, et d'un mauvais maître. C'est sous ce prince que les seigneurs des grands fiefs commencèrent à s'affirmer dans le droit de souveraineté. Cette indépendance qu'ils cherchoient à s'assurer, et que les empereurs vouloient empêcher, contribuant pour le moins autant que les prétentions des papes, aux troubles qui divisèrent l'empire. Les successeurs de Henri V réclamèrent contre les renonciations faites par ce prince dans la diète de Worms. Mais Nicolas V, prévint les nouvelles disputes que leurs plaintes pouvoient occasionner, par le concordat Germanique, qu'il fit en 1446, avec Frédéric. Il y avoit sous Henri V, des habitans de trois différentes classes dans les villes d'Allemagne : Les nobles, faïaïiæ; les citoyens ou hommes libres, lièeri; les artisans qui étoient esclaves, hommes proprii. Henri V affranchit les artisans esclaves qui habitoient dans les villes, et leur donna le rang de citoyens ou d'hommes libres. Cet affranchissement rendit leur condition beaucoup meilleure; et il ne doit pas être indifférent aux historiens philosophes.
VI. HENRI VI, le Sévère, fils de Frédéric Barbarousse, succéda à son père en 1190, âgé de vingt-cinq ans. Voyez CÉLÉTRIN III. Il avoit été élu et couronné roi des Romains dès l'âge de deux ans, en 1189. Il y avoit plus d'un siècle que la coutume étoit établie de donner le titre de Roi des Romains avant que de donner la couronne im- périale. La cause de la distinction de ces deux titres, pouvoit être le désir qu'avoient les empereurs de perpétuer l'empire dans leur maison; et comme sous le bas-empire les empereurs faisoient, dans cette vue, déclarer leur fils aîné César, de même les empereurs d'Occident, ne voulant point employer le mot de César qui étoit dans l'oubli, se servirent de celui de Roi des Romains; imitant peut-être en cela ce qui étoit en effet arrivé à Charlemagne, qui avoit été couronné roi d'Italie, avant que d'être nommé empereur. Ce qui est singulier, c'est qu'après que l'Italie leur eut échappé, ils conservèrent encore le nom de Roi des Romains : toujours dans le même esprit de rendre l'empire héréditaire, de désigner par un titre, qu'ils savoient n'avoir plus rien de réel, leurs enfans pour remplir leur place, et de préparer ainsi les peuples à les y voir succéder. Henri VI, déjà deux fois reconnu et couronné du vivant de son père, ne renouvela point cet appareil, et régua de plein droit. Après quelques expéditions en Allemagne, ce prince passa dans la Pouille, pour faire valoir les droits que Constance, son épouse, fille posthume de Roger, roi de Naples et de Sicile, avoit sur ces royaumes, dont Tancrède, bâtard de Roger, s'étoit rendu maître. Une des plus grandes lâchetés qu'un souverain puisse commettre, facilita cette conquête à l'empereur. L'intrépide roi d'Angleterre, Richard l'œur de Lion, en revenant de sa croisade, fit naufrage près de la Dalmatie. Il passe sur les terres de Léopold, duc d'Autriche; ce duc viole l'hospitalité, charge de fers le roi d'Angle- terre, le vend à l'empereur Henri VI, comme les Arabes vendent leurs esclaves. Henri en tire une grosse rançon, et avec cet argent, va conquérir les deux Siciles. Il fait exhumer le corps du roi Tancrède, et, par une barbarie aussi atroce qu'inutile, le bourreau coupa la tête au cadavre. On crève les yeux au jeune roi son fils, on le fait eunuque, on le confine dans une prison à Coire, chez les Grisons. On enferme ses sœurs en Alsace avec leur mère; et les partisans de cette famille infortunée, soit barons, soit évêques, périssent dans les supplices. Tous les trésors sont enlevés et transportés en Allemagne. Ces atrocités le firent surnommer le Sévère et le Cruel. Sa cruauté le perdit; sa propre femme Constance, dont il avoit exterminé la famille, conspira contre ce tyran, et enfin, dit-on, le fit empoisonner le 28 septembre 1197, à l'âge de 32 ans. Henri VI a été mis, avec raison au nombre des plus méchans princes: mais la nature lui avoit accordé les qualités extérieures. Il étoit, dit le plus grand nombre des écrivains, bien fait de sa personne, d'une taille bien proportionnée, quoique d'une médiocre hauteur, et d'une complexion très-délicate. L'agilité et la souplesse de ses membres le rendoient propre à toutes sortes d'exercices, à pied et à cheval. Il aimoit excessivement la chasse et la promenade; ce qui lui faisoit préférer le séjour de la campagne à celui de la ville, où il ne venoit le plus souvent que pour faire éclater une fastueuse magnificence dans les jeux publics, et pour s'y donner lui-même en spectacle. Son esprit étoit vif, pénétrant, cultivé par l'étude, et soutenu par une éloquence naturelle, par un jugement solide, et une grande hardiesse. Mais toutes ces qualités furent souillées par une avarice sordide, par son irréligion, par ses injustices et ses violences, par son humeur féroce et sanguinaire, par son insatiable désir de vengeance. Je ne connois que Heiss qui relève dans ce méchant prince les qualités du cœur. Il aimoit, selon lui, particulièrement la justice, et il donnoit des audiences publiques à ses sujets, pour entendre leurs plaintes. Un de ses favoris lui ayant représenté que ses audiences le fatiguioient trop, et dérangeoient les heures de ses repas: Un particulier, répondit-il, peut manger quand il veut; mais un Prince ne doit le faire, qu'après avoir donné ordre aux affaires publiques. Cela est-il croyable du prince le plus fourbe, le plus injuste, le plus cruel et le plus avare qui fût jamais? Je ne sais où Heiss prend toutes les fables qu'il a semées dans son livre; mais aucun historien ancien ne fait mention de la belle réponse d'Henri, qui, après tout, auroit pu, à l'exemple de Néron, dire quelquefois des choses qui marquoient une sagesse et une humanité étrangères à son cœur.
VII. HENRI RASPON, landgrave de Thuringe, élevé à la dignité d'empereur, n'en eut, à proprement parler, que le titre, et même fort peu de temps. Le pape Innocent IV ayant déposé Frédéric II, dans le concile général de Lyon, qui ne l'approuva pas, les archevêques de Mayence, de Cologne et de Trèves, avec quelques princes d'Allemagne, élurent à sa place, 156 HEN l'an 1246, le *Landgrave* de Thuringe; mais ce nouvel empereur, que l'on appela par dérision le *Roi des Frères*, mourut l'année d'après d'une blessure, on plutôt du déplaisir d'avoir perdu une bataille contre les troupes de *Frédéric*.
VIII. HENRI VII, fils aîné de *Henri*, comte de Luxembourg, fut élu empereur en 1308, et couronné en 1309 à 46 ans. Ce prince, est le premier qui fut nommé par six électeurs seulement, tous six grands officiers de la couronne : les archevêques de Mayence, de Treves et de Cologne, chanceliers; le comte Palatin, de la maison de Bavière d'aujourd'hui, grand-maître; le duc de Saxe, de la maison d'Ascanie, grand écuyer; le marquis de Brandebourg, de la même maison, grand chambellan. Ce fut le comte Palatin qui nomma, en vertu du pouvoir qui lui avoit été accordé par les autres électeurs, *HENRI* comte de Luxembourg, *Roi des Romains*, futur *Empereur*; protecteur de l'Église Romaine et universelle, et défenseur des veuves et des cephélins... *Henri VII* passe en Italie, après avoir créé vicaire en Allemagne son fils *Jean*, roi de Bohème. L'Italie étoit alors déchirée par les factions des *Guelfes* et des *Gibelius*. Il lui fallut assiéger une partie des villes, et Rome même. Elle étoit pareillement divisée en deux partis : les *Orsini*, soutenus par le roi de Naples, tenoient presque toute la ville; les *Colonnes*, qui étoient *Gibelius*, n'avoient pu conserver que le Capitole. *Henri VII* y fut couronné dans l'église de Latran, en 1312, après avoir fait de vains efforts pour se rendre maître de la ville entière. Il se préparoit à soumettre l'Italie, lorsqu'il mourut à Buonconvento près de Sienne, le 25 août 1313, à 51 ans, d'un apostème à la cuisse. Le bruit courut qu'un Dominicain, nommé *Bernard de Montepulciano*, lui avoit donné la mort, en le communiant avec du vin empoisonné, le jour de l'Assomption. Plusieurs auteurs ont soutenu cette opinion ; cependant, on sait que la maladie de l'empereur s'étoit formée peu à peu, et que son fils *Jean*, roi de Bohème, donna des lettres patentes à l'ordre de Saint-Dominique, par lesquelles il déclara le frère *Bernard*, innocent du crime dont on l'accusoit. La méchanceté des hommes avoit rendu ces lettres nécessaires. *Henri* emporta dans le tombeau les regrets de toute l'Allemagne, et même d'une partie de l'Italie. Il avoit su allier les vertus chrétiennes avec la prudence des plus habiles politiques, l'autorité d'un maître, et la valeur d'un conquérant. Ses sujets l'aimoient comme un père, et le respectoient comme le soutien des lois et de la justice. Son règne, quoique très-court, fut plus glorieux que celui des trois empereurs qui l'avoient précédé. *Jean de Luxembourg*, roi de Bohème, fut le seul fils de *Henri*. Il eut aussi trois filles, *Beatrix*, *Marie* et *Agnès*. *Beatrix* fut mariée à *Charobert*, roi de Hongrie; *Marie* épousa *Charles IV*, roi de France; et *Agnès* fut la 2$^{e}$ femme de *Rodolphe*, comte Palatin. On ne peut pas reprocher à *Henri* de ne s'être occupé qu'à agrandir sa maison. Il la laissa aussi pauvre qu'elle étoit avant son élévation au trône impérial, si l'on excepte la Bohème, qui y entra, par l'élec- tion libre des peuples de ce royaume, et non par voie d'usurpation. Dans les dernières années de son règne, les Chevaliers Teutoniques s'agrandissoient, et faisoient des conquêtes sur les idolâtres et les chrétiens des bords de la mer Baltique; ils se rendirent même maîtres de Dantzig, qu'ils aédèrent après. Ils achetèrent la contrée de la Prusse nommée Pomérelle, d'un margrave de Brandebourg, qui la possédoit. Pendant que les chevaliers Teutoniques devenoient des conquérans, les Templiers furent détruits en Allemagne comme ailleurs; et quoiqu'ils se soutinssent encore quelques années vers le Rhin, leur ordre fut entièrement aboli. Clément V, qui n'avoit osé s'élever contre Henri vivant, condamna sa mémoire après sa mort. Il déclara que le serment que cet empereur avoit fait à son couronnement dans Rome, étoit un serment de fidélité, et par conséquent d'un vassal qui rend hommage... Mussati, ministre de cet empereur, a donné son Histoire en latin.
IX. HENRI, prince de Prusse (Frédéric-Louis) fils de Frédéric-Guillaume roi de Prusse et de Sophie-Dorothée fille de George I, roi d'Angleterre, naquit le 18 janvier 1726. Dès sa jeunesse, il montra les plus heureuses dispositions pour tous les exercices du corps et de l'esprit. Les qualités brillantes de son frère le grand Frédéric n'éteignirent point les siennes, et il sut conserver sa propre célébrité près de ce monarque célèbre. Dès l'âge de seize ans, il fit ses premières armes dans la guerre de 1742, dont le théâtre se trouvoit en Moravie; et quelque temps après, il se distingua à la bataille de Cholaritz. Il commanda la seconde armée dans la fameuse guerre de sept ans contre Marie-Thérèse reine de Hongrie, et y développa autant de valeur que de prudence, autant d'art que de sang froid. Lors des hostilités pour la succession de la Bavière, il pénétra de la Saxe dans la Bohème. Le prince Henri, réunissant aux talens militaires ceux d'un homme d'état, servit son frère par ses conseils et ses négociations, pour la possession de la Silésie et de la Pologne. En 1776, il se rendit à Stockholm et ensuite à Pétersbourg, où il fut reçu par Catherine II avec une magnificence extraordinaire. Au milieu de cette pompe, il n'en conserva pas moins son caractère de simplicité et de modestie, et il détermina l'impératrice à exécuter le plan qu'il avoit conçu pour le partage de la Pologne. Le prince Henri voyagea ensuite en France comme un savant, curieux d'approfondir les secrets des arts, de visiter les littérateurs et les artistes, de mettre à profit leurs lumières et de les en récompenser par les égards de l'amitié. Après la mort de son frère en 1786, il se retira dans sa terre de Rheinsberg où il passa le reste de ses jours en philosophe, oubliant la grandeur, se rapprochant des hommes par la bienfaisance, s'y entourant de livres et d'amis. Il y vécut heureux et aimé. Sa maison n'y étoit composée que de François; il n'écrivit et ne parla jamais que leur langue. Grand amateur de musique, il eut toujours près de lui des musiciens célèbres et une excellente chapelle. Il avoit fait élever dans son jardin une pyramide 158 HEN consacrée à la mémoire des compagnons de ses victoires, des guerriers Prussiens péris sur le champ de bataille; au-dessous se trouve un caveau, où il a ordonné qu'on l'enséveit. Quinze jours avant sa mort, il étoit allé le visiter; il avoit même essayé la place où il vouloit être, en disant, en riant, à son conseiller des Bâtimens qui l'accompagnoit; « Ayez soin que l'on me mette la tête tournée du côté du château pour que l'ordre y règne, en croyant que je vois encore ce qui s'y passe. » Ses derniers mots à son aide de camp furent: « Vous direz au comte *Bruhl* qu'il ne me garde plus de rancune de mes plaisanteries sur la littérature allemande. » Quelques mois auparavant, il avoit écrit ses dernières dispositions. Le calme, la philosophie qui y régnet, en font un monument de l'histoire; nous n'en rapporterons qu'un court extrait: « L'épée que je portai, dit-il, pendant la guerre de sept ans, sera remise au comte de la *Roche-Aymond*; je le prie d'aller trouver le roi après mon enterrement pour l'assurer de mes derniers vœux pour lui, et de lui remettre cette épée, en le priant en mon nom de la faire conserver, comme un souvenir de la fidélité avec laquelle j'ai servi l'état... Lorsque ma mort sera bien constatée, on mettra mon corps sur un simple lit de camp, qu'on placera dans le salon vert orné de coquilles. Je ne veux point que mes domestiques soient incommodés, pour me faire une grande toilette: on me mettra le plus ancien de mes uniformes, puisque l'usage le veut ainsi; si mes jambes sont enflées, on coupera les bottes; il suffit qu'elles aillent comme il convient à un mort de les porter. A moins qu'il n'arrive que ceux qui prennent un véritable intérêt à ma perte, voulussent me voir, je ne veux point servir au spectacle hideux et dégoûtant d'être montré au public... Je ne veux autour de mon cercueil ni flambeaux ni lumières; un seul homme doit veiller le corps pour que les animaux ne l'entament pas: je ne veux pas qu'après ma mort on soit tourmenté en veillant un être inanimé... Le jour de mon enterrement fixé, il se fera de jour et sans bruit. Si-tôt que mon cercueil sera placé dans le caveau, la pierre de taille, où j'ai fait graver l'épitaphe que je me suis faite, sera affermie devant la porte; cela étant fait, tout est dit; je n'appartiens plus à l'empire des vivans. Tel est le dernier acte de ma vie: adieu à mes amis pour toujours. » Son épitaphe, faite quelques jours avant son décès, doit ici trouver sa place; Jeté par la naissance, Dans le tourbillon de vaine fumée Que le vulgaire appelle gloire et grandeur, Mais dont le sage connoît le néant; En proie à tous les maux de l'humanité; Tourmenté par les passions des autres, Agité par les siennes; Souvent exposé à la calomnie, En bure à l'injustice Et accablé encore par la perte De parens chéris, D'amis sûrs et fidèles, Mais aussi souvent consolé par l'amitié; Heureux dans le recueillement de ses pensées, Plus heureux, Quand ses services purent être utiles à sa patrie, Ou à l'humanité souffrante. Tel fut l'abrégé de la vie de *Frédéric - Henri - Louis.* Passant, Souviens - col que la perfection n'est point sur la terre. Si je n'ai pas été le meilleur des hommes, Je ne fus pas au nombre des méchants. L'éloge ou le blâme Ne touche pas celui Qui repose dans l'éternité; Mais la douce espérance Embellit les derniers moments De celui qui remplit ses devoirs; Elle m'accompagne en mourant. Le prince Henri est mort, le trois août 1802, à 76 ans et six mois, avec la réputation d'un général habile, d'un négociateur heu- reux, et d'un ami éclairé des arts. X. HENRI Ier, roi de France en 1031, étoit fils aîné du roi Robert et de Constance de Pro- vence. Monté sur le trône malgré sa mère, il eut une guerre civile à essuyer. Constance, appuyée par Eudes, comte de Cham- pagne, et par Baudouin, comte de Flandre, excita une révolte pour faire donner la couronne à Robert, son second fils. Robert le Magnifique, duc de Norman- die, lui aida à soumettre les re- belles. Les troupes de la reine furent battues, et le frère de Henri obligé de lui demander la paix. Il la lui accorda, et fit en sa faveur une cession du duché de Bourgogne, d'où est sortie la première race des ducs de Bourgogne, du sang royal. Le duc Robert étant mort, et la possession du duché de Nor- mandie étant disputée à Guil- laume, son fils naturel, Henri se joignit à lui pour l'aider à con- quérir son héritage. Tous deux réunis livrèrent bataille aux re- belles, dans le lieu appelé le Val des Dunes, près de Caen. Henri y fut abattu d'un coup de lance par un gentilhomme du Cotentin; mais il se releva sans blessure. Guillaume, depuis sur- nommé le Conquérant, vain- queur de ses ennemis dans cette journée, jouit paisiblement de son duché. Un nouveau prétend- ant, cousin de son père, s'étant présenté, Henri le soutint contre le même Guillaume, dont il com- mençoit d'être jaloux. Il tenta la conquête de la Normandie, mais sans succès; et mourut à Vitri en Brie, le 4 août 1060, à 55 ans, d'une médecine prise mal-à- propos. On a dit de lui : BELLI PACISQUE PERITUS. Que son bras se repose, ou lance le somerre, Il sait faire la paix aussi bien que la guerre. En effet, Henri, malgré quel- ques échecs, obtint la réputa- tion de grand capitaine, ainsi que celle de roi juste et pieux : Voyez I. BERENGER. Mais son équité ne s'étendoit point à des établissements utiles, à la réforme des abus; le siècle de Henri I ne se prétoit pas à ces sortes de changemens qui assurent le bon- heur public. Après la mort de sa première femme, Henri en en- voya chercher une seconde jus- qu'à Moscow, Anne, fille de Jaroslaw, duc de Russie. On prétend que la crainte d'essuyer des querelles ecclésiastiques, le détermina à ce mariage : on ne pouvoit alors épouser sa parente au 7e degré. La veuve de Henri se remaria au comte de Crépi; et après la mort de son second époux, elle alla mourir dans son pays. Elle avoit eu du roi, Philippe et Hugues. Henri, qui sans doute la connoissoit bien, ne l'avoit pas nommée tutrice de ses fils en bas-âge; ce fut son beau-frère, le comte de Flandre, qui eut la tutelle. Henri n'avoit point eu d'enfans de sa première femme, nommée Mathilde, fille de l'empereur Conrad II. Philippe, qu'il avoit fait proclamer roi avant sa mort, occupa le trône après lui. Voyez HENRI III, empereur, à la fin.
XI. HENRI II, roi de France, né à St-Germain-en-Laye le 31 mars 1518, de François I et de la reine Claude, succéda à son père en 1547. La France étoit alors en guerre avec l'Angleterre; Henri II, qui s'étoit signalé sous son père en Piémont et en Roussillon, la continua avec succès, et la finit en 1550, par une paix assez avantageuse. Les Anglois lui rendirent Boulogne, moyennant quatre cent mille écus, payables en deux termes. L'année suivante est célèbre par la Ligue, pour la défense de la liberté Germanique, entre Henri II, Maurice, électeur de Saxe, et Albert, marquis de Brandebourg, tous trois réunis contre l'empereur Charles-Quint. Il marcha contre les troupes Impériales, prit, en 1552, Metz, Toul et Verdun, qui sont toujours restés à la France pour prix de la liberté qu'elle avoit assurée à l'Allemagne. Charles-Quint ayant donné aux Luthériens entière sureté pour leur religion, et conclu la paix avec les princes Allemands ligués contre lui, Henri II resta seul de la Ligue contre l'empereur. Pour subvenir aux frais d'une guerre si ruineuse, il alléna une partie de son domaine, mit un impôt de 25 livres sur chaque clocher, et un autre sur l'argenterie des églises. Charles-Quint parut de- vant Metz, avec une armée de cent mille hommes. Le duc de Guise, secondé par toute la haute noblesse de France, défendit si vaillamment cette ville, que l'empereur, obligé de se retirer, détruisit par dépit Térouane de fond en comble. Le monarque François se venge de cette barbarie, en ravageant le Brabant, le Hainaut, le Cambresis. Il défait les Impériaux en 1554 à la bataille de Renti, dont cependant il fut obligé de lever le siège. Henri chetcha à cette journée l'occasion de combattre Charles-Quint de personne à personne; mais Charles l'évita. Les François furent moins heureux à la bataille de Marciano en Toscane, perdue la même année par Strozzi, commandant des troupes de France, et gagnée par le marquis de Marignan. L'épuisement des puissances belligérantes ralentit la guerre, et fit conclure une trêve de cinq ans à Vaucelles le 5 février 1556. Cet événement fut suivi de l'abdication de l'empire par Charles-Quint, et d'une nouvelle guerre. Philippe II, uni avec l'Angleterre, marcha avec 40 mille hommes en Picardie, ayant à leur tête Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, l'un des plus grands capitaines de son siècle. L'armée Françoise fut tellement défaite à la journée de Saint-Quentin, le 10 août 1557, qu'il ne resta rien de l'infanterie. Tout fut ou tué ou pris: les vainqueurs ne perdirent que 80 hommes; le connétable de Montmorenc et presque tous les officiers généraux furent prisonniers; le duc d'Enguien blessé à mort; la fleur de la noblesse détruite; la France dans le deuil et dans l'alarme. Le duc de Guise, rappelé d'Italie, rassemble une armée, armée, et rassure le royaume par la prise de Calais, qu'il en-leva aux Anglois, le 8 janvier 1558; ils la possédoient depuis 1347, qu'*Edouard III* l'avoit prise sur *Philippe de Valois*. Le duc de *Guise* prit encore Guines et Thionville. Le duc de *Nevers* prenoit en même temps Charlemont, le maréchal de *Thermes*, Dunkerque et Saint-Venox; et le maréchal de *Brissac*, ne pouvant vaincre en Piémont à cause du petit nombre de ses troupes, tâchoit de s'y soutenir sans être vaincu. Ces succès faisoient espérer une paix avantageuse: *Henri*, mal conseillé, en conclut une, le 3 avril 1559, qui fut nommée depuis la *Malheureuse Paix*. Il perdit par ce traité, ce que les armes Espagnoles n'auroient pu lui enlever, dit le président *Hénaut*, après 30 années de succès. Calais resta à la France; mais ce ne devoit être que pour huit ans: après ce temps, cette ville devoit retourner aux Anglois. On remit au duc de *Savoie* une partie de ses états. Tout fut rendu de part et d'autre, soit en Italie, soit en France, excepté les trois importantes villes de Metz, Toul et Verdun qui nous restèrent, mais que l'Empire avoit la liberté de redemander. Par la même paix, furent conclus les mariages d'*Elizabeth*, fille du roi, avec *Philippe II*, et de sa sœur *Marguerite* avec le duc de *Savoie*. Les fêtes qu'il donna à l'occasion de ce second mariage, furent funestes à la France. *Henri*, dans un tournoi qu'il avoit ordonné, fut blessé en joûtant dans la rue Saint-Antoine contre *Gabriel*, comte de *Montgommeri*, capitaine de la garde Ecosoise. Ce champion ayant rompu sa lance, oublia de jeter, suivant la cou- fume, le tronçon qui lui étoit demeuré dans la main, et le tint toujours baissé; de sorte qu'en courant, il rencontra la tête du roi, et lui donna dans la visière un si furieux coup, qu'il lui creva l'œil droit. On dit que, tournant vers la Bastille l'œil qui lui restoit, il se rappela quelques actes de tyrannie, et parut craindre d'y avoir fait enfermer des innocens; mais le cardinal de *Lorraine* qui se trouvoit près de lui, le rassura, et lui dit qu'une telle pensée vénoit de l'esprit malin. Le monarque mourut de sa blessure, le 10 juillet 1559, dans la 41$^{e}$ année de son âge, et la 13$^{e}$ de son règne. Les prédictions qu'on débita après coup sur cette malheureuse aventure, ont fait impression sur des écrivains d'ailleurs sensés: ce qui prouvé, dit le *P. Berthier*, que la crédulité ou la supposition surprennent quelquefois les meilleurs esprits. Le fanesté genre de sa mort fit dire à *Forcadet*, auteur d'une de ses épitaphes, « Que celui que *Mars* même n'eût pas vaincu, le fut par l'image de *Mars*. » Quem *Mars* non rapuit, *Martis* imagé rapis. (Voyez CHATEIGNERAYE). *Henri* auroit été sans défauts, si sa conduite eût répondu à sa bonne mine; mais sa riche taille, son visage doux et serein, son esprit agréable, son adresse dans toutes sortes d'exercices, son agilité et sa force corporelle ne furent pas accompagnés de la fermeté d'esprit, de l'application, de la prudence et du discernement nécessaires pour bien commander. Il étoit naturellement bon, et avoit les inclinations portées à la justice; mais n'osant ou ne 162 HEN pouvant rien faire de lui-même, il fut cause de tout le mal que com- mirent ceux qui le gouvernoient. Voyez I. Cossé (Charles de) Ils lui firent faire des dépenses si excessives, qu'il surchargea le royaume d'impôts. Charles IX, à son avènement à la couronne, trouva l'état endetté d'environ quarante-trois millions cinq cent mille livres. Il est vrai qu'on avoit augmenté un peu les dettes de l'état, sous le règne court, mais orageux de François II. Henri II avoit une merveilleuse facilité à s'exprimer en public et en par- ticulier. On auroit pu aussi le louer sur son amour pour les belles-lettres, et sur ses libéra- lités envers les savans, si la cor- ruption de sa cour, autorisée par son exemple, n'eût invité les plus beaux esprits de son temps à se signaler plutôt par des poésies lascives, que par des ouvrages de bonne littérature. La galanterie étoit l'emploi le plus ordinaire des courtisans; et la passion du prince pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, étoit le premier mobile de tout ce qui se passoit dans le gouver- nement. Les ministres et les fa- voris plioient également sous elle; et le connétable Anne de Montmorencé lui-même, tout aimé du prince, tout grave qu'il étoit, ne pouvoit se dispenser d'avoir recours à sa faveur. Ce prince, selon Bodin, fit de la polygamie un cas pendable, et commença à la soumettre au dernier supplice. Ce fut lui qui le premier, mit son portrait sur la monnoie. Il fit des ordonnances très-sévères contre les Calvi- nistes, quoique le fond de son caractère fût la bonté. Des quatre fils qu'il avoit eus de Catherine de Médicis, François, Charles et Henri lui succédèrent l'un après l'autre. Le dernier, François, duc d'Alençon, fut dans la suite créé duc de Brabant. Henri II eut aussi une fille, Marguerite, qui épousa Henri IV, et deux enfans naturels: le duc d'An- goulême, tué à Aix par Altoviti en 1586; et Diane, qui épousa en secondes noces François, duc de Montmorencé, et qui mourut sans postérité en 1619, à 80 ans. Il eut le premier de Mlle Levis- ton, Ecosoise, et la seconde de Mlle Philippe Duc, Piémon- toise. Voyez III. DIANE. Mlle de Lussan a donné les Annales de Henri II, 1749, 2 vol. in-12; et l'abbé Lambert, son Histoire, 1755, 2 vol. in-12, mal digérée et mal écrite; ainsi cette histoire est encore à faire.
XII. HENRI III, roi de Pologne, puis de France, troi- sième fils de Henri II et de Catherine de Médicis, naquit à Fontainebleau le 19 septembre 1551. Quelques historiens le font naître le jour de la Pentecôte; ils ajoutent, que ce fut aussi le jour de cette fête qu'il fut élu roi de Pologne, et qu'il succéda à la couronne de France. Il eut pour gouverneur François de Car- navalet, qui cultiva avec soin les germes de générosité, de valeur et d'esprit qu'il montroit alors. Catherine de Médicis fa- vorisa d'autant plus cette édu- cation, qu'elle le voyoit éloigné de la couronne, et qu'elle pré- vit que si Charles IX étoit con- traire à ses desseins, elle pour- roit lui opposer son frère. Henri porta le nom de duc d'Anjou, qu'il quitta pour prendre celui de roi de Pologne, lorsque cette couronne lui eut été déernée après la mort de Sigismond- Auguste en 1573. La réputation qu'il s'étoit acquise dès l'âge de 18 ans par les victoires de Jarnac et de Montcontour, remportées en 1569, (Voyez CHARLES IX) réputation qu'il perdit en montant sur le trône, avoit déterminé les Polonois à l'élire. Il fut couronné à Cracovie, au milieu des transports de l'alégresse publique. Un gentilhomme Polonois se pique la main en sa présence, et lui dit à la Sarmate : Malheur à quiconque de nous n'est pas prêt à verser tout son sang pour votre service ! Aussi ajouta-t-il : Je ne veux rien perdre du mien ; et il but le sang qui étoit sur sa main. (Voyez CRASOCKI, et L. FAUR). Henri avoit pris possession du trône de Pologne depuis trois mois lorsqu'il apprit la mort funeste de Charles IX, son frère ; il l'abandonna, pour venir régner en France au milieu des troubles et des factions. Un seigneur Polonois, le comte de Tenezin, qui n'approuvoit pas qu'il abandonnât un pays tranquille pour un royaume orageux, lui dit les larmes aux yeux : Ah ! SIRE, si c'est vraiment régner que de posséder le cœur de tous ses sujets ; où régnerait-vous jamais plus absolument qu'en Pologne ? N'espérez point trouver en France, dans la situation où sont les choses, ce que vous abandonnez parmi nous. Cette prophétie ne tarda pas long-temps à s'accomplir. Sacré et couronné à Rheims par Louis, cardinal de Guise, le 15 février 1575, Henri soutint d'abord la réputation de valeur qu'il s'étoit faite. Il ganga, la même année, la bataille de Dormans, et conclut la guerre contre les Huguenots, dans l'assemblée des états tenue à Blois en 1576 ; mais ce parti étant trop puissant, on lui accorda la paix à Nérac. Cette paix, la plus favorable qu'eussent obtenue les Calvinistes, fut suivie, l'an 1580, d'un édit de pacification, par lequel on leur permit l'exercice public de leur religion. On leur accorda des chambres mi-parties dans les huit parlements du royaume. On défendit d'inquiéter les prêtres ou les moines qui s'étoient mariés, et on déclara leurs enfans légitimes. Le royaume fut un peu plus tranquille : mais la licence, le luxe, la dissolution s'y introduisèrent avec la paix. Henri III, au lieu de travailler utilement pour l'état, pour la religion, pour lui-même, se livroit, avec ses favoris, à des débauches obscures. Quélus, Maugiron, Saint-Maigrin parurent les premiers sur les rangs ; Saint-Luc vint ensuite, Joyeuse le jeune, la Valette, connu sous le nom de duc d'Epernon, et quelques autres, qui, profitant de sa foiblesse, achevèrent d'énerver le peu de vigueur que son ame pouvoit avoir. (Voyez les menées de ces différens favoris, sous les articles JOYEUSE, nos II, III et IV... D'O... ESPINAY... QUÉLUS... et L. VALETTE). Henri III, loin de maîtriser ses favoris, souffroit qu'ils maîtrisassent ses ministres. Il méloit avec eux les pratiques extérieures de la religion à des plaisirs infames. Il faisoit avec eux des retraites, des pèlerinages ; il se donnoit la discipline. Il institua, en 1583, des confréries de Pénitens, et se donnoit en spectacle sous leur habit : on ne l'ap- 164 HEN peloit que Frère Henri. On fit contre lui cette épigramme : Après avoir pillé la France, Et tout le peuple dépouillé, N'est-ce pas belle pénirence, De se couvrir d'un sac mouillé ? Les momeries sacrilèges de Henri III, loin de masquer ses vices, ne faisoient que leur donner plus d'éclat. Il vivoit dans la mollesse et dans l'afféterie d'une femme coquette ; il couchoit avec des gants d'une peau particulière pour conserver ses belles mains ; il mettoit sur son visage une pâte préparée, et une espèce de masque par-dessus. C'est sous son règne qu'on vit paroître les premiers éventails. Il dépensa plus de cent mille écus d'or en singes et en perroquets, et une plus grande somme encore en achat de bichons ou petits chiens épanouels ; il en portoit lui-même plusieurs dans un panier rond suspendu en écharpe, et il donnoit de gros appointeurs à ceux qui en prenoient soin. Il s'amusoit beaucoup aussi à découper des miniatures qui se trouvoient alors dans les livres de prières, et qu'il colloit ensuite aux murailles de ses cabinets. Sous ce monarque frivole, le feu de la guerre civile couvoit toujours en France. L'édit de pacification avoit révolté les Catholiques. On craignoit que le Calvinisme ne devint la religion dominante ; on craignoit davantage, après la mort de François, duc d'Alençon, frère unique du roi, arrivée à Château-Thierri le 10 juin 1584 : par cette mort, le roi de Navarre, chef des Huguenots, devenoit l'héritier présomptif de la couronne. Les Catholiques ne vouloient point qu'il régnât. Il se forma trois partis dans l'état, que l'on appela la Guerre des trois Henris ; celui des Ligueurs, conduit par Henri, duc de Guise ; celui des Huguenots, dont Henri, roi de Navarre, qui régna depuis sous le nom de Henri IV, étoit le chef ; et celui du roi Henri III, qu'on appela le parti des Politiques, ou des Royalistes. C'est ainsi que le roi devint chef de parti, de père commun qu'il devoit être. Henri, duc de Guise, homme d'un génie aussi grand que dangereux, conçut dès lors le projet de s'unir aux Catholiques pour enlever la couronne à son souverain. Le zèle apparent de cet ambitieux étranger pour la religion Catholique, lui gagna le clergé ; ses libéralités, le peuple, et ses caresses, le parlement. Le nom de Sainte-Ligue, association qu'il avoit formée contre les Protestans pour la sureté du Catholicisme, fut le signal de la révolte. Les rebelles étoient appuyés par le pape et par le roi d'Espagne. Le roi le savoit. Intimidé par les secours qu'ils promettoient, et effrayé par les prompts succès du duc de Guise, qui venoit de prendre Toul et Verdun, il dévoila ses craintes et son découragement dans une Apologie, où il se reconnoissoit coupable, et où il conjuroit les factieux de mettre bas les armes. Il se mit lui-même à la tête de la Sainte-Ligue, dans l'espérance de s'en rendre maître. Il s'unit avec Guise, son sujet rebelle, contre le roi de Navarre, son successeur et son beau-frère, que la nature et la politique lui désignoient pour son allié. Tous les privilèges des Protestans furent révoqués par un édit donné en 1585. On accorda en même temps aux ligueurs tout ce que des rebelles peuvent desi- rer pour l'anéantissement de la puissance royale. Le cardinal de Bourbon, les princes de la maison de Guise obtinrent des gardes, des villes, de l'argent, et une approbation de toutes leurs séditieuses entreprises. Cette condescendance affligea tellement le roi de Navarre, que lorsqu'on lui en apprit la nouvelle, un côté de sa moustache, dit Matthieu, blanchit tout-à-coup. L'année suivante, 1586, se forma la faction des Seize, qui entreprit d'ôter au roi la couronne. Les Protestans reprennent les armes en Guienne et en Languedoc, sous la conduite du roi de Navarre et du prince de Condé. Sixte-Quint signaloit en même temps son exaltation au souverain pontificat, par une bulle terrible contre ces deux princes, et par la confirmation de la Ligue. Henri III envoyait contreux Joyeuse, son favori, avec la fleur de la noblesse Françoise, et une puissante armée. Henri de Navarre l'ayant défaite entièrement à Coutras le 10 octobre 1587, ne se servit de sa victoire, que pour offrir une paix sûre au royaume et son secours au roi; mais il fut refusé, tout vainqueur qu'il étoit. Le duc de Guise étoit plus à craindre et plus puissant que jamais : il venoit de battre, à Vimori et à Auneau, les Allemands et les Suisses qui alloient renforcer l'armée du Navarrois. De retour à Paris, il y fut reçu comme le sauveur de la nation. Henri III, sollicité de toutes parts, sortit, mais trop tard de sa profonde léthargie. Il avoit dit d'abord, que les entreprises contre son autorité étoient des Châteaux de cartes, élevés, avec bien de la peine, par des enfans; et qu'il ne fab- loit qu'un souffle pour renverser l'édifice. Mais ces châteaux de cartes avoient plus de consistance qu'il ne pensoit. Il essaya d'abattre la Ligue; il voulut s'assurer de quelques bourgeois les plus séditieux; il osa défendre à Guise l'entrée de Paris; mais il éprouva, à ses dépens, ce que c'est que de commander sans pouvoir. Guise, au mépris de ses ordres, vint à Paris. En vain Henri y fit entrer, le 12 mai 1588, des troupes pour se saisir des carrefours. Le peuple prit aussitôt l'alarme, se barricada, et chassa ces troupes. C'est ce qu'on appela la journée des Barricades. Elle rendit le duc de Guise maître de la capitale. Le roi fut obligé de se retirer à Chartres et de là à Rouen, où Catherine de Médicis, sa mère, lui fit signer l'édit de réunion, fait à la honte de la royauté. Rarement, dit un historien célèbre, les hommes sont assez bons ou assez méchans. Si Guise avoit entrepris, le jour des Barricades, sur la liberté ou sur la vie du roi, il auroit été le maître de la France; mais il le laissa échapper. Henri III se rendit à Blois, où il convoqua les états généraux du royaume en 1588. Guise, après avoir chassé son souverain de la capitale, osa venir le braver à Blois, en présence d'un corps qui représentoit la nation. Henri et lui se réconcilièrent solennellement; ils allèrent au même autel, ils y communièrent ensemble : l'un promit par serment d'oublier toutes les injures passées; l'autre, d'être obéissant et fidèle à l'avenir : mais dans le même temps le roi projetoit de faire mourir Guise; et Guise, de faire détrôner le roi. Henri le prévint : sur la fin de la même année 1588, 166 HEN il fit assassiner le duc de Guise, et le cardinal son frère, qui partageoit ses projets ambitieux. (Voyez GUISE). Le sang de ces deux chefs fortifia la Ligue, comme la mort de Coligni avoit fortifié les Protestans. Le fameux duc de Mayenne, cadet du duc assassiné, aussi ambitieux que lui et non moins remuant, fut déclaré en 1589, Lieutenant général de l'Etat royal et Couronne de France, par le conseil de l'Union. Les villes les plus importantes du royaume, Paris, Rouen, Dijon, Lyon, Toulouse, (Voyez DURANTI), soulevées comme de concert, se donnent à lui, et se révoltent ouvertement contre le roi. On ne le regardoit plus que comme un assassin et un parjure. Soixante et dix docteurs assemblés en Sorbonne, le déclarent déchu du trône, et ses sujets déliés du serment de fidélité. Les prêtres refusent l'absolution aux pénitens qui le reconnoissoient pour roi. Le pape l'excommunie; la bulle dans laquelle Sixte-Quint lançoit ses anathèmes, mit le comble à tous les maux. Henri III le sentit très-bien. Il y en a, disoit-il, qui se jouent des foudres du Vatican; mais pour moi je les ai toujours craints, et je les redoute encore plus que tous les canons de la Ligue. La faction des Seize, toujours plus audacieuse, emprisonne à la Bastille, les membres du parlement affectionnés à la monarchie. La veuve du duc de Guise vient demander justice du meurtre de son époux et de son beau-frère. Le parlement, à la requête du procureur général, nomme deux conseillers, Courtin et Michon, qui instruisent le procès criminel contre HENRI de VALOIS, ci-devant Roi de France et de Pologne. Ce roi s'étoit conduit avec tant d'aveuglement, qu'il n'avoit point encore d'armée: il envoyoit Sancy négocier des soldats chez les Suisses, et il avoit la bassesse d'écrire au duc de Mayenne, déjà chef de la Ligue, pour le prier d'oublier l'assassinat de son frère. Il envoyoit en même temps à Rome, demander l'absolution des censures qu'il croyoit avoir encourues par la mort du cardinal de Guise. Ne pouvant calmer ni le pontife Romain, ni les factieux de Paris, il a recours à Henri de Navarre, son vainqueur. Ce prince mena son armée à Henri III, et avant que ses troupes fussent arrivées, il eut la générosité de le venir trouver accompagné d'un seul page. L'armée Protestante le dégagea des mains du duc de Mayenne qui le tenoit assiégé dans Tours. Henri III donna dans cette ville des exemples de cette bravoure qui l'avoit autrefois distingué. Mayenne avoit dressé une attaque contre les faubourgs de Tours. Henri s'avança jusqu'aux gabions, qui formoient une partie de la barricade, et ayant poussé du pied et renversé un de ces gabions, il se mit devant, donnant ses ordres avec le plus grand sang froid au milieu d'une grêle de coups. Le roi de Navarre, ravi d'un tel spectacle, lui dit: Je ne m'étonne plus, après ce que je viens de voir, si nos gens perdirent les batailles de Jarnac et de Montcontour. — Mon frère, répondit HENRI, il faut faire par-tout ce qu'on est obligé de faire. Les Bois ne sont pas plus exposés que les autres, et les balles ne viennent pas plutôt les chercher qu'un simple soldat. Les deux rois ayant repoussé le duc de *Mayenne*, vinrent mettre le siège à Paris. La ville n'étoit point en état de se défendre; la Ligue touchoit à sa ruine, lorsqu'un Dominicain, nommé *Jacques Clément*, changea toute la face des affaires. Ce moine fanatique, encouragé par son prieur *Bourgoing*, par l'esprit de la Ligue, préparé à son parricide par des jeûnes et des prières, muni des sacremens, et croyant courir au martyre, alla à Saint-Cloud, où étoit le quartier du roi. Ayant été conduit devant *Henri*, sous prétexte de lui révéler un secret important, il lui remit une lettre, qu'il disoit être écrite par *Achille de Harlai*, premier président. Tandis que le roi lit, le malheureux le frappe dans le bas-ventre, et laisse son couteau dans la plaie. *Henri* le retire lui-même, et en donne un coup au front du meurtrier, en s'écriant: *Ah! misérable, que t'ai-je fait, pour m'assassiner ainsi?* Les courti-sans (*Voy. LOGNAC et II. GUESSLE*) tuèrent sur-le-champ l'assassin; et cette précipitation les fit soupçonner d'avoir été trop instruits de son dessein. On prétend que *Mad. de Montpensier*, sœur du duc de *Guise*, eut beaucoup de part à ce forfait, et qu'elle avoit persuadé au monstre imbécille, que le pape le feroit cardinal, pour récompense de son parricide; ou que s'il périssoit, il auroit une place honorable dans le martyrologe. *Henri III* mourut le lendemain 2 août 1589, à 39 ans, après en avoir régné 15. Il fit dire, le jour même de sa mort, la messe dans sa chambre; et pendant qu'on la célébroit, il dit à haute voix, et les larmes aux yeux: *Seigneur, mon Dieu, si tu connois que ma vie soit utile* à mon peuple, conserve-moi et prolonge mes jours; sinon, mon Dieu, prends mon corps et mon ame, et la mets en ton Paradis. Que ta volonté soit faite! (*Voyez* ce qui arriva le même jour, article I. MAROLLES...) C'est par le meurtre de *Henri III* que périt la branche de *Valois*, qui avoit régné 261 ans, pendant lesquels elle donna treize rois à la France. Il ne resta de mâle que *Charles* duc d'*Angoulême*, fils naturel de *Charles IX*. C'est sous les rois de cette race, que la France acquit le Dauphiné, la Bourgogne, la Provence et la Bretagne, et que les Anglois furent entièrement chassés de la France; c'est sous eux aussi, que les peuples ont commencé à être chargés d'impôts, que les domaines de la couronne ont été aliénés, les roturiers mis en possession des fiefs, l'élection canonique des bénéfices supprimée, la vénalité des charges introduite, les officiers de justice et de finance multipliés, l'ancienne milice du royaume changée, les femmes appelées à la cour: *Choses*, dit Mézerai, dont il faut laisser aux Sages le jugement, si elles sont utiles ou dommageables à l'Etat. Au cas que tous ces changements soient des maux, *Henri III* les augmenta. Le luxe et la passion du jeu furent, en particulier, portés à leur comble sous son règne. On employa, dans la fabrication des étoffes tant de matières d'or et d'argent, que les hotels des monnoies en manquèrent. Ce prince fut plus occupé à donner de pieuses comédies en public, qu'à soulager son peuple, et à se mettre au-dessus de toutes les factions qui déchiroient la France. « La Ligue, dont il fut la victime, est peut-être, dit le président Hénant, l'évé- nement le plus singulier qu'on ait jamais lu dans l'Histoire; et Henri III, le prince le plus mal habile, de n'avoir pas prévu qu'il se mettoit dans la dé- pendance de ce parti, en s'en rendant le chef. Les Protestans lui avoient fait la guerre, comme à l'ennemi de leur secte; et des ligueurs l'assassinèrent à cause de son union avec le roi de Na- varre, chef des Huguenots. Sus- pect aux Catholiques et aux Hu- guenots par sa légèreté, et de- venu méprisable à tous par une vie également superstitieuse et libertine, il parut digne de l'em- pire tant qu'il ne régna pas. Ca- ractère d'esprit incompréhensible, dit de Thou, en certaines choses au-dessus de sa dignité, en d'au- tres au-dessous même de l'en- fance... C'est sous son règne, en 1588, que le duc de Savoie s'empara du marquisat de Sa- luces, et qu'un ingénieur de Venlo inventa les bombes. Hen- ri III n'eut point d'enfants (Voy. I. JOUBERT et I. LOUISE.) de sa femme Louise de Lorraine, fille d'Antoine, comte de Vaudemont, princesse d'une rare beauté, que Henri III n'aima pas long-temps. Il avoit eu un amour passionné pour la princesse de Condé, morte en 1574. Pendant les deux jours qui suivirent cette mort, il éprou- va des défaillances continuelles. Il voulut même porter sur ses ha- bits des marques de sa douleur, en les garnissant de petites têtes de mort, au lieu de boutons. Il en mit jusqu'aux aiguillettes de ses souliers. Henri III avoit toutes les graces extérieures qui peuvent captiver les femmes; les traits du visage doux, la bouche agréable; les yeux vifs, de belles mains, une taille bien prise, beau- coup d'adresse dans tous les exer- cices du corps. Dans les occasions de représentation, il savoit parfai- tement faire le Roi. Il possédoit l'étiquette mieux qu'aucun cour- tisan, et c'étoit lui que l'on con- sultoit toujours sur le cérémonial. Il composa un Etat des Officers de la Couronne et de sa Maison, où il régla leurs habits, leurs fonctions, leurs services. C'est lui qui donna au chancelier séant au conseil, la longue robe de velours cranioisi. C'est encore à ce prince que l'ordre du Saint-Esprit doit son institution en 1578. On pré- tend qu'il en dressa les statuts sur ceux d'un ordre à peu près semblable, institué par Louis I, roi de Sicile, en 1352. Le collier de Saint-Michel étoit si avili, qu'on l'appeloit le Collier à toutes bêtes. Il falloit un nouvel ordre pour les princes et les grands. Henri l'institua à l'honneur du Saint-Esprit, parce que c'é- toit le jour de la Pentecôte qu'il avoit été élu roi de Pologne, et appelé à la couronne de France. Le nombre des chevaliers fut li- mité à cent, qui dévoient pos- séder chacun une abbaye en com- mende; mais le pape ne voulut pas consentir à ce dernier arran- gement. Cependant les chevaliers ont toujours conservé le titre de commandeurs. Duclos, dans son Mémorial, prétend que « le mo- tif public de Henri III, en ins- tituant l'ordre du Saint-Esprit, fut la défense de la Catholicité, par une association de seigneurs qui ambitionneroient d'y entrer. Le vœu secret fut d'en faire hom- mage à sa sœur Marguerite de Valois. Le Saint-Esprit est le symbole de l'amour. Les orne- mens du collier étoient les mono- grammes de Marguerite et de *Henri*, séparés alternativement par un autre monogramme symbolique, composé d'un *phi* et d'un *delta* joints ensemble, auquel on faisoit signifier *fidelta* pour *fedelta* en italien, et *fidélité* en françois. *Henri IV*, instruit du mystère, changea le collier, par délibération du 7 janvier 1597, et remplaça par deux trophées d'armes le *phi* et le monogramme de *Marguerite*. J'en ai vu, ajoute *Duclos*, les preuves non suspectes. » Il n'auroit peut-être pas été inutile de les rapporter. Car, quoiqu'on sache que *Henri III* allioit l'extérieur de la dévotion avec le débordement des mœurs, il paroît un peu extraordinaire qu'il ait fait entrer les secrets d'un amour qu'on peint comme suspect, dans l'institution d'un ordre qui devoit être le premier de son royaume. Cela ne se trouve dans aucun des nombreux libelles publiés contre ce prince. Parmi ces satires grossières, il y en a une qui est peu commune. Elle fut publiée sous ce titre : *Les Sorcelleries de Henri de Valois, et les Oblations qu'il faisoit au Diable dans le bois de Vincennes, avec la figure des Démons d'argent doré auxquels il faisoit offrande, et lesquels se voient encore dans cette ville* : Paris, *Didier Millet*, 1589, avec permission. Dans ce libelle, où la méchanceté la plus noire se trouve jointe à l'indécence et à la grossièreté, on lit, pag. 8 : « On a trouvé chez d'*Epernon* un coffre plein de papiers de sorcelleries, auxquels il y avoit divers mots hébreux, chaldaïques, latins, et plusieurs caractères incogneus, des rondeaux ou cernes, esquels alentour y avoit diverses écritures et figures, même des miroirs, onguens et drogues, avec des verges blanches, lesquelles sembloient être de coudre, que l'on a incontinent brûlées, pour l'horreur qu'on en avoit... Au bois de Vincennes, on a trouvé nouvellement deux Satyres d'argent doré, s'appuyant dessus une forte massue. Les politiques disent que c'étoient des chandeliers. Ces monstres diaboliques sont en cette ville, entre les mains d'un personnage d'honneur et bon catholique, qui les a fait voir à une infinité de personnes. » On voit par ces impostures comment on abusoit nos aïeux, et comment on nous abuseroit, dit M. *Anquetil*, si nous étions dans les mêmes circonstances.
XIII. HENRI IV. LE GRAND, — roi de France et de Navarre, naquit le 13 décembre 1553, dans le château de Pau, capitale du Béarn. *Antoine de Bourbon*, son père, prince foible, plutôt indolent que paisible, étoit chef de la branche de *Bourbon*, ainsi appelée d'un fief de ce nom, qui tomba dans leur maison par un mariage avec l'héritière de *Bourbon*. Il descendoit de *Robert* de France, comte de Clermont, cinquième fils de *St. Louis*, et seigneur de Bourbon. *Jeanne d'Albret*, mère de *Henri IV*, étoit fille de *Henri d'Albret*, roi de Navarre. Elle étoit prête à le mettre au monde, lorsque le roi son père, lui montrant une belle boîte d'or avec une chaîne pareille, lui dit, dans le langage simple et familier de son temps : *Ma fille, cette boîte, avec ce qu'elle renferme, est à toi, si en accouchant tu me chantes une chanson Gasconne*. Elle accoucha peu après, et dans les premières donleurs, elle chanta un couplet en langue Béarnoise. Le roi de Navarre mit aussitôt la chaîne au cou de sa fille, et lui donna ensuite la boîte, en lui disant: *Voilà qui est à vous, ma fille... Mais*, ajouta-t-il, en prenant l'enfant dans sa robe, ceci est à moi. Il l'emporta en effet dans sa chambre. *Henri* étoit venu au monde sans crier, et son premier mets fut une gousse d'ail, dont son aïeul lui frotta les lèvres; il y ajouta une goutte de vin qu'il lui fit avaler. La suite de son éducation répondit à ces commencements. Il fut élevé à la cour de France, sous la conduite d'un sage précepteur, nommé la *Gaucherie*, jusqu'en 1566. Des maximes qu'*Henri* apprit de lui, celle qui lui plaisoit le plus, étoit: *Il faut VAINCRE ou MOURIE*. Il aimoit beaucoup *Plutarque*, et en avoit, pour ainsi dire, exprimé toute la substance. *Je lui ai les plus grandes obligations*, avoua-t-il depuis sur le trône; *j'y ai puisé d'excellentes maximes pour ma conduite et pour le gouvernement*. Il étudia la politique à la cour des *Valois*, comme il apprit ensuite le grand art de la guerre sous le prince de *Condé* et sous l'amiral de *Coligni*. Il avoit accompagné *Charles IX* dans les voyages que ce roi fit, en 1564 et 1565, dans différentes provinces de France; *Sibien*, dit *Cayet*, qu'on ne pouvoit le vaincre d'honnêteté, ni l'emporter de bravade. Dans la fameuse entrevue de Bayonne, où l'on prétend que fut résolue la perte des Protestans, le duc de *Médina* ne put s'empêcher de dire: *Ce jeune prince a tout l'air d'un grand roi, ou d'un homme qui doit le devenir*. En 1565, *Jeanne d'Albret* sa mère, qui avoit embrassé ouvertement le Calvinisme, voulut l'avoir à Pau auprès d'elle, et lui donna pour précepteur *Florent Chrétien*. Cette princesse avoit tout ce qui fait un grand homme et un excellent politique. *Henri* apporta en naissant toutes les qualités de sa mère, et n'hérita de son père que d'une certaine facilité de caractère, qui, dans *Antoine*, dégénéra en incertitude et en foiblesse, mais qui, dans *Henri*, fut bienveillance et bon naturel. Il ne fut pas élevé dans la mollesse. Sa nourriture étoit grossière, et ses habits simples et unis. Il alloit toujours tête nue. On l'envoyoit à l'école avec des jeunes gens de même âge; il grimpoit avec eux sur les rochers et sur le sommet des montagnes voisines, suivant la coutume du pays et des temps. En 1568, la cour de France envoya la *Mothe-Fénélon* à *Jeanne d'Albret*, pour la détourner de prendre part à la troisième guerre civile. Le jeune *Henri*, qui n'avoit que 15 ans, paroissoit ne pas entrer dans les vues de l'ambassadeur, qui lui en marquoit sa surprise, en exagérant les malheurs dont le volcan de cette guerre alloit inonder le royaume. *Bon*, dit *Henri*, c'est un feu à éteindre avec un seau d'eau. — *Comment cela*, demanda *Fénélon*? — *En faisant boire*, répondit le prince, *ce seau d'eau au cardinal de Lorraine, vrai et principal boute-feu de la France*. Il lui dit en même temps, que les ennemis du prince de *Condé* son oncle, et des Protestans que ce prince soutenoit, ne l'accusoient de rébellion, que dans la vue d'exterminer toute la branche royale de *Bourbon*. *Mais nous voulons*, ajouta-t-il, *mourir tous ensemble, pour éviter les frais de deuil, qu'autrement nous aurions à porter* les uns des autres. Élevé dans le Calvinisme, il fut destiné à la défense de cette secte par sa mère : on l'en déclara le chef à la Rochelle, en 1569, et le prince de Condé fut son lieutenant. C'étoit sur cette côte de la Rochelle, que Bourbon, l'année précédente, avoit couru un grand danger. Se promenant un jour sur la mer, en jeune homme ardent et ennemi du repos, il tomba dans l'eau, et disparut, entraîné par le courant. L'état, affoibli par les guerres civiles, auroit infailliblement péri avec lui, lorsqu'un capitaine de marine, nommé Jacques Lardeau, plongeant à l'instant, fit le salut de la France, et le ramena. Henri se trouva, à seize ans, à la bataille de Jarnac, le 13 mars 1569. Les forces de l'ennemi sont supérieures, dit-il : combattre à présent, c'est exposer des hommes à crédit. J'avois bien vu que nous nous amusions trop à jouer des comédies à Niort, au lieu d'assembler nos troupes, tandis que l'ennemi assemblait les siennes. Ce que le jeune prince avoit prévu arriva. Les Protestans perdirent la bataille, et avec elle, le valeureux prince de Condé, qui fut tué de sang froid. Cette journée fut suivie de celle de Montcontour. La bataille fut perdue le 3 octobre de la même année, parce qu'on ne suivit point le conseil qu'il avoit donné, de seconder l'amiral de Coligné, qui avoit enfoncé l'avant-garde du duc d'Anjou. Après la paix de Saint-Germain, conclue le 11 août 1570, Henri fut attiré à la cour avec les plus puissans seigneurs de son parti. On le maria deux ans après, avec la princesse Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Ce fut au milieu des réjouissances de ces noces, qu'on prépara l'horrible massacre de la Saint-Barthélemi, l'opprobre du nom François. Henri, réduit à l'alternative de la mort ou de la religion, se fait Catholique, et reste près de trois ans prisonnier d'état. S'étant évadé en 1576, et s'étant retiré à Alençon, il se mit à la tête du parti Huguenot, exposé à toutes les fatigues et à tous les risques d'une guerre civile et d'une guerre de religion, manquant souvent du nécessaire, n'ayant jamais de repos, et se hasardant comme le dernier des soldats. On le vit souvent dans les camps se confondre parmi eux, se coucher sur la paille comme eux, fouir avec eux la terre et se nourrir du même pain. Lorsqu'il assiégeoit une place, il visitoit les travaux jour et nuit; il disposoit lui-même les batteries, il traçoit les tranchées, et souvent corrigeant les fautes de ses ingénieurs, il diminuoit les périls et abrégooit les travaux. Au siège de Cahors en 1580, il reçut plusieurs blessures. Ses principaux officiers s'étant assemblés autour de lui, le conjuroient de se retirer. Non, dit le roi avec un visage riant; il est écrit là-haut ce qui doit être fait de moi dans cette occasion. Souvenez-vous que ma retraite hors de cette ville, sans l'avoir assurée au parti, sera la retraite de ma vie hors de mon corps. Il y va trop de mon honneur. Ainsi, qu'on ne me parle plus que de combattre, de vaincre ou de mourir. Parmi les avantages qu'il remporte, on ne doit pas oublier la victoire de Coutras en 1587, due principalement à ses soins. Avant le commencement de l'action, le roi de Navarre se tourne vers le prince de Condé et le duc de Soissons, et leur dit, avec cette confiance qui précède la victoire : Souvenez-vous que vous êtes du sang de Bourbon ; et, vive Dieu ! je vous ferai voir que je suis votre aîné. — Et nous, lui répondent-ils, nous vous montrerons que vous avez de bons cadets... Henri s'appercevant, dans la chaleur de l'action, que quelques-uns des siens se mettent devant lui, à dessein de défendre et de couvrir sa personne, leur crie : A quartier, je vous prie ! ne m'offusquez pas, je veux paraître. Il enfonce les premiers rangs des Catholiques, et fait des prisonniers de sa main. Après la victoire, on lui présente les bijoux et les autres magnifiques bagatelles de Joyeuse, tué dans cette journée ; il les dédaigne, en disant : Il ne convient qu'à des Comédiens de tirer vanité des riches habits qu'ils portent. Le véritable ornement d'un Général, est le courage, la présence d'esprit dans une bataille, et la clémence après la victoire. On peut voir dans l'article précédent, comment il unit sa cause avec celle de Henri III. Il portoit le titre de Roi de Navarre, depuis la mort de sa mère, arrivée le 9 juin 1572. Celle de Henri III le fit Roi de France, en 1589. Ce prince, en mourant, le fit appeler auprès de son lit, et lui dit : Mon frère, vous voyez l'état auquel je suis ! Puisqu'il plaît à Dieu de m'appeler, je meurs content en vous voyant auprès de moi. Je vous laisse mon royaume dans un grand trouble. La couronne vous appartient : je prie Dieu qu'il vous fasse la grace d'en jouir plus paisiblement que moi. Plût à Dieu que je vous la remise aussi brillante qu'elle l'a été sur la tête de CHARLEMAGNE ! Les vœux de Henri III ne furent pas exaucés. La religion servit de prétexte à la moitié des chefs de l'armée pour abandonner Henri IV, et à la Ligue pour ne pas le reconnoître. Presque tous ses officiers l'auroient quitté, à l'un d'eux, aussi prudent que généreux, ne les avoit retenus en disant hautement à Henri : SIRE, vous êtes le Roi des braves, et vous ne serez abandonné que des poltrons. Les Ligueurs lui opposèrent un fantôme, le cardinal de Bourbon. Henri, avec peu d'amis, peu de places importantes, point d'argent, et une petite armée, supplée à tout par son activité et son courage. Il restoit moins au lit, que le duc de Mayenne, chef des rebelles, ne restoit à table. Il gagna plusieurs batailles sur ce duc : celle d'Arques, le 22 septembre 1589 ; et celle d'Ivri, le 14 mars 1590. Dans la première journée, Henri soupçonnant que les Ligueurs tourneroient leurs principaux efforts contre son artillerie, y plaça le régiment Suisse de Glaris, sur lequel il comptoit beaucoup, et leur colonel Galati, sur lequel il comptoit davantage. Ce qu'il avoit prévu, arriva. Henri vola, suivant son usage, où le danger étoit le plus grand. Mon compère, dit-il à Galati en arrivant, je viens mourir, ou acquérir de l'honneur avec vous. Quelques momens avant le combat, on amena au roi un prisonnier de distinction, qui, cherchant par-tout des yeux une armée, témoigna sa surprise au prince de voir si peu de soldats autour de lui. Vous ne les voyez pas tous, dit Henri IV avec gaieté ; car vous n'y comptez pas Dieu et le bon droit qui m'assistent. Il remporta la victoire à livri, comme il l'avoit remportée à Coutras, en se jetant dans les rangs ennemis au milieu d'une forêt de lances. Les François se souviendront éternellement des paroles qu'il dit à ses soldats dans ce jour mémorable : *Si vous perdez vos enseignes, ralliez-vous à mon panache blanc ; vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la gloire.* Et lorsque les vainqueurs s'acharnent sur les vaincus, *Sauvez les François*, leur crioit-il ! Le maréchal de Biron eut part à l'honneur de cette journée ; mais Henri en eut la principale gloire, par l'héroïsme avec lequel il combattit. Le maréchal rendit finement l'idée qu'il avoit de cette action, lorsqu'il fit ce compliment à son maître : *SIRÉ*, dit-il, *vous avez fait aujourd'hui le devoir du maréchal de Biron, et le maréchal de Biron a fait ce que devoit faire le roi.* Le soir, le maréchal d'Aumont s'étant présenté au souper du roi, ce bon prince se leva aussitôt, alla au-devant de lui, et le fit asseoir à sa table, avec ces paroles obligeantes, déjà rapportées dans son article : *Qu'il étoit bien raisonnable qu'il fût du festin, puisqu'il l'avoit si bien servi à ses noces...* Henri continua la guerre, et ses succès ne répondant pas toujours à son courage, il disoit quelquefois : *Je suis roi sans couronne, général sans soldats, et très-souvent sans argent, ainsi que mari sans femme.* Plus ses ennemis étoient acharnés, plus il redoubla de courage et d'activité. Au siège de Rouen, en 1592, il s'exposa comme un grenadier, fut renversé deux fois, et eut ses armes détachées et mises en pièces. *Sulli* lui porta le lendemain la plainte commune de toute l'armée. Henri IV l'interrompit par ces paroles : *Mon ami, je ne puis faire autrement ; car, puisque c'est pour ma gloire et pour ma couronne que je combats, ma vie et toutes choses ne me doivent rien sembler au prix.* Les mêmes sentimens de bravoure le suivirent au siège de Paris ; et ils devinrent plus touchans par la tendre humanité qui les accompagna. Il prit d'assaut tous les faubourgs dans un seul jour. Il est constant qu'il eût pris la ville par famine, s'il n'avoit permis lui-même, par une pitié héroïque, que les assiégeans nourrissent les assiégés. *Je suis*, disoit-il, *le vrai père de mon peuple. Je ressemble à la vraie mère qui se présenta devant Salomon. J'aimerais autant n'avoir point de Paris, que de l'avoir tout ruiné et tout désolé par la mort de tant de personnes.* On a dit que, pendant qu'il pressoit Paris, les moines faisoient une espèce de revue militaire, marchant en procession la robe retroussée, le casque en tête, la cuirasse sur le dos, le mousquet et le crucifix à la main ; mais on a pris trop à la lettre une plaisanterie des auteurs de la *Satire Ménippée*. Ce qu'il y a de vrai, c'est que plusieurs citoyens considérables faisoient serment sur l'Évangile, en présence du légat et de l'ambassadeur d'Espagne, de mourir plutôt de faim que de se rendre. Le duc de Parme, envoyé par Philippe II, venoit secourir Paris ; mais Henri le fit rentrer en Flandres. Cependant la disette dégéneroit en famine universelle. Le pain se vendoit un écu la livre ; on avoit été obligé d'en faire avec des os du charnier des saints Innocens : on l'appela le *pain de Mad. de Mont-* pensier, parce qu'elle en avoit loué l'invention. La chair humaine devint la nourriture des obstinés Parisiens. On alla à la chasse des enfans; il y en eut plusieurs de dévorés par les faméliques, et l'on vit des mères se nourrir des cadavres de leurs propres fils. Le duc de Mayeane voyant que ni l'Espagne, ni la Ligue ne lui donneroient jamais la couronne de France, résolut de faire reconnoître celui à qui elle appartenoit; il engagea les États à une conférence entre les Catholiques des deux partis. Cette conférence fut suivie de l'abjuration de Henri à Saint-Denis, le 25 juillet 1593, et de son sacre à Chartres. L'année d'après, et le 22 mars 1594, Paris lui ouvrit ses portes. Henri renvoya tous les étrangers qu'il pouvoit retenir prisonniers; il pardonna à tous les Ligueurs. Dès qu'il se vit au Louvre, il dit au chancelier: *Dois-je croire que je suis où je suis? Plus j'y pense, moins je le conçois. Il n'y a rien de l'homme dans tout ceci; c'est un ouvrage du ciel.* Comme il se mettoit à table pour souper à l'hôtel de ville, il dit en riant et en regardant ses pieds: *Je me suis bien crotté en venant à Paris, mais je n'ai pas perdu mes pas.* Cette gaieté franche, naïve et spirituelle ne l'abandonnoit jamais. Un de ses courtisans lui disant, « qu'on avoit rendu à César ce qui appartenoit à César, en lui ouvrant les portes de sa capitale. » *Ventre-saint-gris*, répondit le roi, *on ne m'a pas fait comme à César; on ne m'a pas rendu, mais vendu Paris.* Voyez I. LANGLOIS. Pour éloigner tout prétexte de révolte, Henri sollicitoit toujours son absolution à Rome. Les prétentions ultra- montaines, la politique espagnole avoient retardé cette absolution, qui fut enfin accordée par Clément VIII, en 1595. (Voyez son article.) *Duperron* et d'Ossat ambassadeurs de France, eurent besoin de toute leur habileté, pour mettre à couvert les droits de la couronne. Le pape qui avoit d'abord demandé des choses peu raisonnables, proposa, par leurs soins, des conditions moins onéreuses. Le roi s'obligeoit à faire publier et exécuter le concile de Trente, excepté dans les articles, s'il y en avoit de tels qui pourroient troubler la tranquillité publique en France. Il devoit, à moins qu'il n'y eût empêchement légitime, réciter le chapelet tous les jours; les litanies le mercredi; le rosaire le samedi; entendre tous les jours la messe; communier quatre fois l'année; bâtir un couvent dans chaque province. On ne pensa guères si ces pénitences étoient faciles à observer par le souverain d'un grand empire, et le roi les accepta. *Philippe II* n'en resta pas moins son ennemi; il fallut lui faire la guerre, cette même année 1595. Les Espagnols s'étant emparés de Cambrai et de Calais, Henri sollicita le secours d'Elizabeth. L'ambassadeur d'Angleterre promit, de la part de sa souveraine, des troupes pour sauver Calais, à condition qu'on remettroit la place aux Anglois jusqu'au payement des sommes que la reine avoit prêtées. *Henri IV* refusa noblement une telle proposition, en disant: *Si je dois être mordu, j'aime autant l'être par un lion que par une lionne.* L'année suivante, 1596, il convoqua à Rouen une espèce d'états généraux, sous le nom d'Assemblée Les Notables. Ce fut dans cette assemblée qu'il prononça ce discours célèbre, dont la mémoire subsistera autant que celle de Henri: « Je viens, dit-il, demander vos conseils, les croire et les suivre, me mettre en tutelle entre vos mains. C'est une envie qui ne prend guère aux rois, aux barbes grises et aux victorieux; mais mon amour pour mes sujets me fait trouver tout possible et tout honorable. » Après la séance, le roi demanda à la duchesse de Beaufort, sa maîtresse, qui avoit entendu son discours, cachée derrière une tapisserie, ce qu'elle en pensoit: Je n'ai jamais, dit-elle, oui mieux parler; j'ai seulement été surprise que Votre Majesté ait parlé de se mettre en tutelle. — Ventre-saint-gris, lui répondit le roi, il est vrai; mais je l'entends avec mon épée au côté. En effet, il ne quitta pas cette épée. Il avoit battu, en 1595, l'armée Espagnole à la rencontre de Fontaine-Françoise, où il affronta les plus grands périls, à la tête d'une poignée de combattans; il la chassa d'Amiens en 1597, à la vue de l'archiduc Albert, contraint de se retirer. Le duc de Mayenne avoit fait son accommodement en 1596; le duc de Mercœur se soumit en 1598, avec la Bretagne, dont il s'étoit emparé. Il ne restoit plus qu'à faire la paix avec l'Espagne; elle fut conclue le 2 mai de la même année, à Vervins. Depuis ce jour jusqu'à sa mort, le royaume fut exempt de guerres civiles et étrangères, si l'on en excepte l'expédition de 1600, contre le duc de Savoie, qui fut glorieuse à la France, et suivie d'un traité avantageux. Les convulsions du fanatisme étoient calmées; mais le levain n'étoit pas entièrement détruit. Il n'y eut presque point d'année où l'on n'attentât sur la vie de Henri. Un malheureux de la lie du peuple, nommé Pierre Barrière, ayant porté ses mains parricides sur le roi, fut arrêté et mis à mort en 1593. Jean Châtel, jeune homme né d'une honnête famille, le frappa d'un coup de couteau à la bouche, en 1595, sous prétexte qu'il n'étoit pas encore absous par le pape. Un chartreux, nommé Pierre Ouin, un vicaire de Saint-Nicolas-des-Champs, pendu en 1595, un tapissier en 1596, un malheureux qui étoit ou qui contrefaisoit l'insensé, méditèrent le même assassinat. Voyez aussi H. BIRON. Enfin, il fallut, pour le malheur de la France, qu'un monstre furieux et imbécille, nommé Ravaillac, l'exécutât le 14 mai 1610. Le carrosse de Henri IV ayant été arrêté par un embarras de charrettes, dans la rue de la Ferronnerie, en allant à l'Arsenal, ce malheureux profita de ce moment pour le poignarder. Ce grand homme mourut dans le milieu de la 57e année de son âge, dans la 22e de son règne, laissant trois fils et trois filles, de Marie de Médicis, sa seconde femme, ou plutôt son unique épouse, puisque son premier mariage avec Marguerite de Valois fut déclaré nul. Henri IV ne fut bien connu de la nation, que quand il eut été assassiné. La fausse idée qu'il tenoit encore au Calvinisme, souleva contre lui beaucoup de Catholiques; son changement nécessaire de religion aliéna une partie des Réformés, qui lui demandèrent des places de sureté, comme ils en avoient en sous Henri III. Je suis, leur répon- 176 HEN dit-il, la meilleure assurance de mes sujets. Henri III vous craignoit et ne vous aimoit point; mais moi je vous aime et ne vous crains guère. Cependant les Protestans auroient dû trouver un motif de reconnaissance dans le fameux Edit de Nantes, donné en avril 1598, dicté par une sage tolérance, et chérir le prince juste et bienfaisant qui portoit tous ses sujets dans son cœur. Sa seconde femme, qui ne l'aimoit pas, et qui ne s'en croyoit pas aimée, l'accabla de chagrins domestiques, et plus encore la première. Sa maîtresse même, la marquise d'Entragues, conspira contre lui. La plus cruelle Satire, qui attaqua ses mœurs et sa probité, fut l'ouvrage d'une princesse de Conti, sa proche parente. Cependant il avoit mis le royaume dans un état florissant; il l'avoit policé, après l'avoir conquis. Les troupes inutiles furent licenciées, et la profession des armes, ne fut plus, comme ci-devant, suffisante pour faire un gentilhomme. L'ordre dans les finances succéda au plus odieux brigandage; il paya, peu à peu, toutes les dettes de la couronne, sans fouler les peuples. Les paysans répètent encore aujourd'hui qu'il vouloit qu'ils eussent une POULE AU POT tous les Dimanches; expression triviale, mais sentiment paternel, qui a dicté à un jeune poète ce beau vers qui peint Henri IV: SEUL ROI DE QUI LE PEUPLE AIT GARDE LA L'EMOIRE! Pendant une maladie dangereuse qu'il eut après le traité de Vervins, il disoit souvent à Sully: Mon ami, je n'appréhende nullement la mort; vous me l'avez vu braver dans tant d'occasions périlleuses! Mais j'ai regret de sortir de cette vie, sans avoir té- moigné à mes peuples, en les gouvernant bien, et en les soulageant de tant de subides, que je les aime comme mes propres enfans. La justice fut réformée, et il sut, malgré son indulgence naturelle, maintenir les jugemens qu'elle prononçoit. Un courtisan lui demandant la grace de son neveu, coupable d'un meurtre: Il vous sied bien, lui dit le roi, de faire l'oncle en implorant ma clémence; à moi, de faire le roi en écoutant la justice. J'excuse votre demande, excusez mon refus. Il répondit à quelqu'un qui demandoit l'abolition de quelques excès commis contre des magistrats: Je n'ai que deux yeux, deux mains et deux pieds. En quoi différerais-je de mes autres sujets, si je n'avois la force de la justice en ma disposition? ... Je ne desire vivre, dit-il une autre fois, que pour aller comme Louis XII, une fois la semaine au Parlement et à la chambre des Comptes, pour abréger les procès et arranger, pour toujours, les finances. Ce devoient être ses dernières promenades, s'il avoit vécu plus longtemps. Il eut la consolation, avant que de mourir, de voir les deux religions vivre en paix, au moins en apparence. Il enrichit, lui seul, le domaine de la couronne (Voyez la Table de la réunion des grands Fiefs dans les TABLES CHRONOLOGIQUES...) de plus de terres, que n'avoient fait ensemble Philippe de Valois, Louis XII et François premier, parvenus, comme lui, au trône en ligne collatérale. L'agriculture, le premier des arts, fut chère à Henri IV, ainsi que ceux qui l'exerçoient. Il fit goûter, à un ambassadeur d'Espagne, du vin de ses vignes. Il lui dit: J'ai une vigne, des vaches et autres choses qui me sont propres; et je sais si bien le ménage de la campagne, que, comme homme particulier, je pourrois encore vivre commodément. Le commerce, la navigation furent en honneur. Les étoffes d'or et d'argent, proscrites d'abord par un édit somptuaire, qui ne les permettoit qu'aux filles de joie et aux filoux, dans le commencement d'un règne difficile, et dans un temps d'épuisement et de pauvreté, reparurent avec plus d'éclat, et enrichirent Lyon et la France. Il établit des manufactures de tapisseries de haute-lice, en laine et en soie, rehaussées d'or. On commença à faire de petites glaces dans le goût de celles de Venise. C'est à lui seul qu'on doit les vers à soie et les plantations de mûriers. Ce fut sous son règne que fut formé le projet du canal de Briare, par lequel la Seine et la Loire furent jointes : projet qui fut exécuté sous son successeur. On lui doit, en partie, le jardin royal des plantes de Montpellier, si utile aux médecins. Paris fut agrandi et embeili; il forma la place royale; il restaura tous les ponts. Le faubourg Saint-Germain ne tenoit point à la ville; il n'étoit point pavé : Henri se chargea de tout. Il fit achever le Pont-neuf, où le peuple regarda long-temps sa statue avec attendrissement. Lorsqu'on éleva cette statue, un poète fit ces quatre vers qu'on auroit pu mettre au bas : Ce bronze étant du Grand HENRI l'image, Qui fut sans pair en armes comme en lois, Reçoit ici de son peuple l'hommage, Et sert lui seul d'exemple à tous les Rois. Saint-Germain-en-Laie, Monceaux, Fontainebleau, et surtout le Louvre, furent augmentés par Henri IV, et presque entièrement bâtis. Il logeoit au Louvre, sous cette longue galerie, ouvrage des artistes en tout genre, qu'il encouragea souvent de ses regards, comme de ses récompenses. S'il ne fut point le fondateur de la bibliothèque royale, il contribua beaucoup à l'enrichir. Il étoit aussi savant qu'un roi doit l'être, c'est-à-dire, assez pour distinguer le vrai mérite. Il donna une chaine d'or et son portrait, et fit beaucoup d'autres libéralités à Grotius, qui lui présenta son traité De jure belli ac pacis. Le président de Thou, Jacques Bougars, du Perron, d'Ossat, Sponde, Joseph Scaliger, Isaac Casaubon, Malherbe, l'abbé d'Elbène, et beaucoup d'autres, reçurent de lui des marques de considération ou des bienfaits... Quand Don Pedro de Tolède fut envoyé, par Philippe III, en ambassade auprès de Henri, il ne reconnut plus cette ville, qu'il avoit vue autrefois si malheureuse et si languissante : C'est qu'alors le Père de famille n'y étoit pas, lui dit Henri; et aujourd'hui qu'il a soin de ses enfans, ils prospèrent. En faisant fleurir son état au-de-dans, il le faisoit respecter au-dehors. Le même Don l'edro faisant valoir avec trop de hauteur la puissance de son maître : Tout cela ne m'en impose pas, lui répondit Henri : Si le Roi votre maître continue ses attentats, je porterai le feu jusque dans l'Escurial, et on me verra bientôt à Madrid. —François premier y fut bien, répondit fièrement l'Espagnol. —C'est pour cela, répliqua le 178 HEN Roi, que j'y veux aller, venger son injure, celles de la France et les miennes... On lui attribue ce jeu de mots contre la puissance Espagnole : le mot *hombre* signifie homme en Espagne : Don *J'édro* lui annonçait qu'une armée de cent mille hommes allait s'avancer contre lui. Vous vous trompez, lui dit *Henri IV*, en France ce sont des hommes ; en Espagne ce sont des *ombres*. *Henri* fut médiateur entre le pape et la république de Venise. Il protégea les Hollandois contre les Espagnols, et ne servit pas peu à les faire reconnoître libres et indépendants. Il étoit sur le point de passer en Allemagne avec une puissante armée, lorsque le scélérat, qui lui donna la mort, l'enleva à la France et à l'Europe. Nous n'avons jamais eu de meilleur, ni de plus grand roi. Il fut, dit le président *Hénaut*, son général et son ministre. Il unit, à une extrême franchise, la plus adroite politique ; aux sentimens les plus élevés, une simplicité de mœurs charmante ; et au courage d'un soldat, un fond d'humanité inépuisable. *Je ne puis*, disoit-il après une victoire, *je ne puis me réjouir de voir mes sujets étendus morts sur la place ; je perds, lors même que je gagne*. Quelques troupes qu'il envoyaient en Allemagne, ayant fait du désordre en campagne, *Henri IV* dit aux capitaines qui étoient encore à Paris : *Partez en diligence ; donnez-y ordre ; vous m'en répondrez. Vive Dieu ! s'en prendre à mon peuple, c'est s'en prendre à moi...* Il employaient la patience, les bienfaits et l'adresse pour ramener les esprits que les factions avoient égarés. *Un roi sage*, disoit-il, *est comme un habile apothicaire*, qui des poisons les plus dangereux compose d'excellens antidotes, et fait de la thériaque avec des vipères... *Henri* rencontra ce qui forme et ce qui déclare les grands hommes, des obstacles à vaincre, des périls à essuyer, et sur-tout des adversaires dignes de lui. Enfin, comme l'a dit un de nos plus grands poètes,
IL FUT DE SES SUJETS LE VAINQUEUR ET LE PÈRE. L'activité étoit sa qualité dominante. Le duc de Parme disoit, que les autres Généraux faisoient la guerre en lions ou en sangliers, mais que *Henri* la faisoit en aigle. Sa devise étoit un *Hercule*, qui domptoit des monstres, avec ces mots : *INVIA VIRTUITI NULLA EST VIA* ; et il l'avoit prise à juste titre. Les grands mangeurs, disoit-il, et les grands buveurs, ensévelis dans la chair, ne sont capables de rien de grand... Si j'aime, ajoutoit-il, la table et la bonne chère, c'est uniquement pour m'égayer l'esprit. Ajoutons encore aux traits qui caractérisent ce grand prince, son discernement dans le choix des personnes qu'il employaient aux affaires de l'état : le chancelier *Silleri*, le président *Jeannin*, *Sully*, *Bellièvre*, *Villeroi*, sont autant de noms qui rappellent de grands talens et des vertus éminentes. Les grandes qualités de *Henri IV* furent obscurcies par quelques défauts. Il eut une passion extrême pour le jeu et pour les femmes. On ne peut guère excuser la première, parce qu'elle fit naître quantité de brelans dans Paris, et que d'ailleurs il étoit joueur âpre et impatient ; et encore moins la seconde, parce que ses amours furent si publiques et si universelles depuis sa jeunesse, jusqu'au dernier de ses jours, « qu'on ne sauroit même, dit *Mézerai*, leur donner le nom de galanteries. » Cette passion l'entraîna même à persécuter le prince de *Condé* son parent, dont il vouloit séduire la femme. Le nombre de ses enfans naturels surpassa de beaucoup celui des légitimes. Outre ceux qu'il ne put ou ne voulut pas avouer, il en reconnut huit, trois de *Gabrielle d'Estrées*; deux de *Henriette de Balzac-d'Entragues*; un de *Jacqueline de Beuil*; deux de *Charlotte des Essarts*. Ses maîtresses ne le dominoient pourtant pas toujours, et il leur répétoit souvent « qu'il aimerait mieux perdre dix amantes, qu'un *Sully*. » Il septoit que ses foiblesses faisoient tort à sa gloire; mais il n'étoit pas maître de son cœur. (*Voyez* I X. CATHERINE, II. GUICHE et PARTHENAY, X. MONTMORENCI.) Il dit un jour au nonce du pape, avec qui il regardoit danser les plus belles dames de la cour : *Monsieur le Nonce, je n'ai jamais vu de plus bel escadron, ni de plus périlleux*. « La timidité, le découragement, la bassesse, la jalousie, les fureurs, et même la fausseté et le mensonge : oui le mensonge et la fausseté ! *Henri*, par-tout ailleurs cet homme si droit, si vrai, si franc, les a connus dès qu'il s'est livré à l'amour, dit *Sully*. Je me suis souvent apperçu, ajoute-t-il, qu'il me trompoit par de fausses confidences, lorsque rien ne l'obligeoit de m'en faire de véritables; qu'il feignoit des retours à la raison et des résolutions que son cœur désavouoit; enfin, qu'il affectoit jusqu'à la honte même de sa chaîne, lorsque, intérieurement, il faisoit serment de ne jamais la rom- pre, et qu'il en serroit plus étroitement les nœuds... » Il disoit quelquefois : « qu'on devoit excuser sa licence en tels divertissemens qui n'apportoient nul dommage à ses peuples, par forme de compensation de tant d'amertumes qu'il avoit goûtées, de tant d'ennuis, déplaisirs, fatigues, périls et dangers, par lesquels il avoit passé depuis son enfance jusqu'à cinquante ans. » On lui a reproché encore des lois trop dures contre les braconniers; tant l'ardeur pour la chasse lui faisoit oublier ses propres principes; quelques traits d'ingratitude et de parcimonies envers ses anciens et braves serviteurs; enfin, on l'a blâmé d'avoir trop aimé à plaisanter. Il donnoit quelquefois dans les pointes qui n'ont qu'un jeu de mots pour mérite, telles que celle-ci : *Le meilleur canon que j'ai employé dans ma vie, est celui de la messe, il a servi à me faire Roi*. Il n'en faut pas conclure cependant, comme ont fait quelques historiens, qu'il n'étoit pas catholique au fond du cœur. Il le fut de très-bonne foi depuis la conférence de Fontainebleau en 1600, entre du *Perron* et *Mornay*, où celui-ci, convaincu d'avoir tronqué certains passages, fit penser au roi que sa cause étoit mauvaise, puisqu'il altéroit les pièces du procès. Quoique attaché à l'église, il ne se laissa pas dominer par les ecclésiastiques. Le clergé lui ayant fait des remontrances sur divers abus, spécialement dans la nomination des bénéfices, il répondit que ces abus étoient réels, qu'il les avoit trouvés établis, qu'il espéroit les réformer et remettre l'église dans un état florissant. *Mais*, ajouta-t-il, vous m'avez exhorté à mon 180 HEN devoir ; je vous exhorte au vôtre. Faites par vos bons exemples que le peuple soit aussi porté à bien faire, qu'il en a été ci-devant détourné. Comme il ne trouva pas toujours des ecclésiastiques qui soutinssent leurs discours par leurs vertus, il disoit quelquefois : Je voudrois bien faire ce qu'ils prêchent ; mais ils ne pensent pas que je sache ce qu'ils font. Cependant Henri IV étoit très-fâché du soupçon que répandoient les Protestans, qu'il n'avoit renié Dieu, c'est-à-dire dans leur langage fait abjuration, que des lèvres. Aussi, dit-il, à l'occasion de la mort de la reine Elizabeth : Il y a trois choses très-véritables, et que le monde ne veut pas croire : qu'Élizabeth soit morte vierge, que l'Archiduc soit un grand Capitaine, et le Roi de France un bon Catholique. — Un jour qu'il s'étoit mis à genoux devant un prêtre qui portoit le saint — Sacrement, Sully lui dit : Est-il possible, SIRE, que vous croyez à cela, après les choses que j'ai vues ? — Oui, lui répondit le roi, j'y crois, et il faut être fou pour ne pas y croire. Je voudrois qu'il m'en eût coûté un doigt de la main, et que vous y crussiez comme moi. Il fut très-offensé du propos d'un marchand qui ne le connoissoit point, et qui, parlant de sa conversion, dit : La caque sent toujours le hareng. — Oui, mon ami, dit Henri en se faisant connoître ; mais c'est à votre égard, et non au mien. Je suis, Dieu merci, bon Catholique, et vous gardez encore du vieux levain de la Ligue. ... Si quelques fanatiques le détestoient encore, tous les bons citoyens lui rendirent justice. Plusieurs tombèrent malades en apprenant sa mort ; quelques- uns même, tels que de Vic, gouverneur de Paris, en moururent de douleur. On prononça son oraison funèbre dans toutes les grandes villes, dans les petites même. « Il se brûla plus de cire, et l'on fit plus de prières, dit Flavin, pour l'ame de HENRI le Grand seul, que pour les cinq rois ses prédécesseurs. » Aussi Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, exhortoit son fils à vivre de façon qu'il fût autant regretté que son aïeul, et plus pleuré que Louis XIII, son père. On a demandé, plusieurs fois, comment Henri IV, avec des défauts et même des vices que n'eurent ni Charles V, ni Louis XII, est cependant aux yeux des François, le premier de nos rois ? Thomas a répondu à cette question, dans son Essai sur les Éloges : « C'est qu'il fut véritablement le héros de la France. Quand le mérite du grand-homme se concilie parfaitement avec les préjugés, le caractère et les penchans d'un peuple ; alors sa célébrité doit augmenter, parce que l'amour propre de chaque citoyen protège, pour ainsi dire, la réputation du prince ; et c'est ce qui est arrivé à Henri IV. Ses talens, ses vertus et jusqu'à ses défauts, tout, pour ainsi dire, nous appartient. Mornai et Sully purent blâmer l'excès de sa valeur ; mais la nation aimoit à s'y reconnoître. La politique même le justifioit. Pour rassurer ses amis, pour étonner ses ennemis, il falloit des prodiges ; il n'avoit presque que des vertus à opposer à des armées ; et ce grand-homme appuyoit le peu de forces qu'il avoit, des forces réelles de l'admiration et de l'enthousiasme. Sa gaieté au milieu des combats, ses bons mots dans la pauvreté et le malheur; toutes ces saillies d'une ame vive et d'un caractère généreux, cette foule de traits que l'on cite, et qui sont, à la fois, d'un homme d'esprit et d'un héros, sembloient peindre, en même temps, l'imagination Françoise et le genre d'esprit, ainsi que le caractère national. » Ses amours mêmes, qui l'entraînèrent dans de si grandes fautes, le rendirent plus intéressant aux yeux d'un peuple, dont le caractère fut, en tout temps, d'allier la valeur à la galanterie. Mais ce qui l'a réellement fait mettre au-dessus de tous les monarques François, c'est sa bonté. Cette vertu ne permit jamais à la haine d'entrer dans son cœur. C'est elle « qui fit que, sans politique et sans effort, ajoute Thomas, il pardonna toujours, et se seroit cru malheureux de punir; qui, avec ses amis, lui donnoit la familiarité la plus douce; envers ses peuples, la bienveillance la plus tendre; avec sa noblesse, la plus touchante égalité. Ce sentiment si précieux, qui, quelquefois dans des momens d'amertume et de malheur, lui faisoit verser les larmes d'un grand-homme au sein de l'amitié : ce sentiment qui aimoit à voir la cabane d'un paysan, à partager son pain, à sourire à une famille rustique qui l'entouroit, et ne craignoit jamais que les larmes et le désespoir secret de la misère vinssent lui reprocher des malheurs ou des fautes. » Voilà ce qui lui a concilié à jamais le cœur des François, et même des étrangers. L'abbé Lenglet du Fresnoy a publié cinquante-neuf Lettres de ce bon roi, dans le tome quatrième de sa nouvelle édition du Journal de Henri III. On y remarque du feu, de l'esprit, de l'imagination, et surtout cette éloquence du cœur qui plaît tant dans un monarque. Il a paru un recueil non moins intéressant et non moins agréable, des bons mots et des actions de clémence de ce héros sensible, sous le titre d'Esprit de Henri IV, in-12, Paris, 1769 : on y trouve celle-ci. On l'exhortoit à traiter avec rigueur quelques places de la Ligue qu'il avoit réduites par la force. La satisfaction qu'on tire de la vengeance ne dure qu'un moment, répondit ce prince généreux; mais celle qu'on tire de la clémence est éternelle. Voyez AUBIGNÉ. — On lui parloit d'un brave officier qui avoit été de la Ligue, et dont il n'étoit pas aimé : Je veux, dit-il, lui faire tant de bien, que je le forcerai de m'aimer malgré lui... Il est à souhaiter, dit un historien qui a chanté Henri, et qui nous a beaucoup servi à le peindre, il est à souhaiter, pour l'exemple des rois et pour la consolation des peuples, qu'on lise dans la grande Histoire de Mézerai, dans Pérefixe, et dans les Mémoires de Sully, ce qui concerne les temps de ce bon prince. Plus on connoitra Henri, plus on l'aimera, plus on l'admirera. Casaubon dit dans le recueil de ses Lettres, que Henri IV avoit traduit les Commentaires de César, et qu'il avoit commencé d'écrire ses Mémoires, avec dessein de les finir, si les soins de l'Etat lui permettoient de respirer. Il tenoit cette anecdote de la bouche même de ce prince. On prétend qu'il avoit engagé le président Jeannin à écrire l'histoire de son règne. J'entends, lui dit-il, laisser à la vérité toute sa franchise, et 182 HEN je vous donne la liberté de la dire sans artifice et sans fard. R o i s d'Angleterre.
XIV. HENRI Ier, roi d'Angleterre, et duc de Normandie, troisième fils de Guillaume le Conquérant, se fit couronner roi d'Angleterre l'an 1100, après la mort de son frère Guillaume le Roux, au préjudice de Robert Courte-Cuisse, son aîné, qui étoit pour lors en Italie, arrivé récemment de l'expédition de la Terre-Sainte. Cette usurpation donna lieu à Robert de passer en Angleterre pour réclamer son droit par les armes; mais il le lui abandonna pour une pension de trois mille marcs. Peu de temps après, une nouvelle brouillerie survint entre les deux frères, dont la fin fut funeste à Robert. Il fut battu et fait prisonnier à la bataille de Tinchebray en Normandie, l'an 1106. Henri eut quelques avantages sur le roi Louis le Gros, (Voy. Louis VI, n° XI.) et de grands démêlés avec St. Anselme, touchant les investitures. Il mourut d'une indigestion de lamproies, l'an 1135, à 68 ans, regardé comme un guerrier courageux, un politique habile, et un roi juste, à son usurpation près. Quoique jaloux de l'autorité absolue, il soulagea ses peuples, et réprima les abus du droit de pourvoyance, qui consistoit à fournir à la cour des provisions et des voitures, quand le roi voyageoit. Il sut à la fois ménager la cour de Rome, et soutenir les libertés de l'église nationale. Il protégea la littérature et les sciences, et fut aussi savant qu'un prince pouvoit l'être alors: c'est ce qui le fit surnommer Beau-Clerc. Il exerça sévèrement la justice, et cette sévérité étoit nécessaire dans un temps de brigandage. Le vol et la fausse monnoie furent punis de mort. Il abolit la loi du Couvre-feu; il fixa dans ses états les mêmes poids et les mêmes mesures; il signa tout sur une charte remplie de privilèges: c'est la première origine des libertés de l'Angleterre. Il promit, par cette charte, de ne point toucher aux revenus ecclésiastiques pendant la vacance des abbayes ou des évêchés; de renoncer au droit en vertu duquel la couronne jouissoit des biens des mineurs; de modérer les impôts; de décharger les débiteurs de la couronne; de faire jouir les arrière-vassaux des droits dont jouissoient les grands seigneurs; enfin, de maintenir les lois de St. Edouard, si chères à la nation. Voyez III. DOUVRES.
XV. HENRI II, roi d'Angleterre, fils de Geoffroi Plantagenet, comte d'Anjou, et de Mathilde, fille de Henri I, monta sur le trône le 20 décembre 1154, après la mort d'Etienne. Maître de l'Anjou, de la Touraine, du Poitou, de la Saintonge, de la Guienne, de la Gascogne, il ajouta à ses états la Bretagne, qu'il conquit sur Conan IV, et l'Irlande, dont il se rendit maître à la faveur d'une bulle d'Adrien IV, que ce prince ambitieux avoit sollicitée pour pallier son entreprise. Le commencement de son règne fut signalé par des réformes utiles. Les troupes mercenaires furent renvoyées, les vols et les violences réprimés, les lois remises en vigueur, les nouvelles forteresses démolies, l'altération des monnoies corrigée, et les mécontens soumis au devoir. Il porta en 1159 la guerre dans le comté de Toulouse, sur lequel il avoit des prétentions par son mariage avec *Eléonore de Guienne*. Déjà il assiégeoit la capitale; mais le roi de France étant venu au secours de cette ville, il leva le siège par respect pour le souverain. Parmi les abus que *Henri* vouloit réformer, celui du pouvoir excessif du clergé lui tenoit le plus au cœur. Les tentatives qu'il fit pour les réprimer, occasionnèrent le meurtre de *St. THOMAS de Cantorbery*, en 1170. *Voy.* son article. *Henri* eut de grandes guerres à soutenir au dedans et au dehors de ses états, et ses armes eurent d'heureux succès. Après avoir conquis l'Irlande, il força *Guillaume*, roi d'Écosse, à se reconnoître son vassal. Quoique bon père, il ne pouvoit contenir dans le devoir trois fils ingrats, toujours prêts à se révolter. *Louis le Jeune* s'étoit déclaré pour eux en 1173. *Henri* avoit levé une armée pour les sonmettre, et il avoit réussi après la mort de *Louis*: ils se révoltèrent de nouveau, favorisés par la politique de *Philippe-Auguste*. Il fallut qu'il subit l'humiliation d'un traité, tel que l'exigeoit le roi de France, en faveur du rebelle *Richard*, son fils aîné et son successeur. Il en mourut de chagrin à Chinon, le 6 juillet 1189, après 34 ans de règne. Son cadavre ayant jeté du sang, lorsque *Richard* vint lui rendre les derniers devoirs, le jeune prince en fut si frappé, qu'il s'accusa publiquement d'être le meurtrier de son père. Mais ces remords passagers ne le rendirent pas meilleur. Valeur, prudence, générosité, élévation de génie, étendue de connoissances, habi- leté pour le gouvernement, orgueil excessif, ambition démesurée, luxure sans bornes: telles furent les bonnes et les mauvaises qualités de *Henri II*. Son mariage avec *Eléonore de Guienne* fut un événement aussi heureux pour l'Angleterre, que fâcheux pour la France. *Voy. ÉLÉONORE*, et II. RUSEMONDE.
XVI. HENRI III, roi d'Angleterre, fils de *Jean Sans-Terre* et d'*Isabelle d'Angoulême*, monta sur le trône après son père, le 28 octobre 1216. Il fit de vaines tentatives pour recouvrer la Normandie. *St. Louis* le battit deux fois, et sur-tout à la journée de Taillebourg en Poitou, et l'obligea de signer un traité, par lequel il ne lui restoit que la partie de la Guienne, qui est au-delà de la Garonne. Il ne fut pas plus heureux au dedans qu'au dehors. Les barons d'Angleterre, révoltés contre lui, ayant à leur tête *Simon de Montfort*, fils d'un autre *Simon*, le fléau des Albigeois, se soulevèrent contre *Henri*, et gagnèrent sur lui la fameuse bataille de Lèwes en 1264. Il y fut fait prisonnier avec *Richard* son frère, et *Edouard* son fils, qui avoit d'abord battu les milices de Londres. Les barons dressèrent alors un nouveau plan de gouvernement, qu'ils firent signer au roi, et approuver au parlement. Telles sont proprement l'époque et l'origine des *Communes*, et de la puissance du parlement en Angleterre, si on le regarde comme une assemblée composée des trois corps du royaume. Cependant *Leicester*, maître du royaume, retenoit le roi, son bienfaiteur, prisonnier, disposoit des charges et des finances, et amassoit des trésors 184 HEN pour affermir sa domination. Le pouvoir souverain qu'il exerçoit à son gré, excita l'envie de quelques grands. L'année suivante, 1265, le comte de Glocester forma un parti contre lui, et fit évader le prince Edouard, qui se mit à la tête des partisans de son père. Les affaires changèrent aussitôt de face : Leicester, le Catilina Anglois, fut obligé de livrer bataille à l'armée royale à Evesham, dans le comté de Worcester, en 1265. Le rebelle apperçut d'abord la supériorité des royalistes. Ils ont appris cela de moi, dit-il en voyant leurs dispositions. Dieu ait pitié de nos ames; car je vois que nos corps sont à Edouard. Son armée, fort affoiblie par la disette de pain, fit peu de résistance; les Gallois prirent la fuite, et Leicester fut tué dans l'action. Voyez LEICESTER. Henri III et son fils Richard recouvrèrent la liberté, et les rebelles se soumirent entièrement en 1267. Henri mourut en paix à Londres, le 15 novembre 1272, à 65 ans, après en avoir régné 55 dans les orages. « C'étoit, dit du Tertre, un prince d'un petit génie, sans habileté pour le gouvernement, esclave de ses ministres, ruinant ses peuples pour enrichir ses favoris; ne sachant jamais prendre son parti selon les circonstances, montrant de la foiblesse, lorsqu'il falloit de la fermeté, et de la hauteur, lorsqu'il étoit nécessaire de plier et de s'accommoder au temps. » Il étoit d'ailleurs pieux, charitable, ennemi de la cruauté, irréprochable dans ses mœurs : en un mot, ce prince eut les vertus qu'on loue dans un particulier, et ne posséda presque aucune des qualités qu'on admire dans un souverain. On loue beaucoup sa dévotion, et l'on cite ces paroles qu'il dit un jour à St. Louis, en soutenant que les sermons ne valoient pas la messe : J'aime mieux m'entretenir une heure avec un ami, que d'entendre vingt discours bien travaillés à sa louange. Une usure énorme fut exercée sous son règne par des marchands chrétiens, mais surtout par les Juifs, qui se dédommagoient ainsi des exactions qu'ils essuyent. Henri III exigea deux 20 mille marcs en 1241, 30 mille d'un seul en 1250, 8 mille en 1255. Londres et la cour même regorgeoient de voleurs. Deux marchands de Londres se plaignirent au roi, en 1249, d'avoir été entièrement dépouillés par des brigands, qu'ils connoissoient bien, dirent-ils, parce qu'ils les voyoient journellement auprès de lui. Voyez I. EDMOND.
XVII. HENRI IV, roi d'Angleterre, fils de Jean de Gand, duc de Lancastre, 3e fils d'Edouard III, commença à régner le 20 décembre 1399, après que Richard II eut été déposé juridiquement. Voy. MAGDALEN et CHAUCER. La couronne appartenait, par les droits du sang, à Edmond de Mortimer, duc de Clarence, petit-fils d'Edouard III. L'Angleterre fut divisée dès-lors entre la maison d'Yorck et celle de Lancastre. C'est l'origine des querelles de la Rose blanche et de la Rose rouge. L'usurpateur mourut de la lèpre le 20 mars 1413, à 46 ans, après avoir soutenu une guerre civile et une étrangère contre les Écossois et contre la France. Il n'eut ni des vices éclatans, ni de grandes vertus. Pendant sa dernière maladie, qui dura plus de deux mois, il voulut toujours avoir sa couronne auprès du chevet de son lit, de crainte qu'on ne la lui enlevât.
XVIII. HENRI V, fils du précédent, et de Marie de Hereford, fut couronné en 1413. Il forma le projet de conquérir la France, et l'exécuta en partie. Il descendit en Normandie avec une armée de 50 mille hommes, prit et saccagea Marfleur, gagna la bataille d'Azincourt sur Charles VI en 1415, et retourna en Angleterre avec plusieurs princes et près de 1400 gentilshommes qu'il avoit fait prisonniers. Trois ans après, il repassa en France, prit Rouen en 1419, et se rendit maître de toute la Normandie. Les divisions de la cour de France servirent beaucoup à ses conquêtes. La maison d'Orléans et celle de Bourgogne remplissoient Paris de factions. La reine Isabelle de Bavière, mère dénaturée du dauphin, depuis Charles VII, prit le parti du monarque Anglois. La guerre finit par un traité honteux, conclu à Troye le 20 juin 1420. Les articles de ce traité portoient: que Henri V épouseroit Catherine de France, qu'il seroit roi après la mort de Charles VI, et que dès-lors il prendroit le titre de Régent et d'Héritier du Royaume. Le dauphin fut contraint de se retirer dans l'Anjou; et quoique le Dauphiné, le Languedoc, le Berri, l'Auvergne, la Touraine et le Poitou lui fournissent des troupes, il y a apparence qu'il auroit perdu son trone pour toujours, si une fistule n'eût emporté le roi d'Angleterre le 31 août 1422, à 36 ans. Il expira au château de Vincennes, et fut exposé à Saint-Denys comme un roi de France. A de grands talons pour le métier de la guerre, Henri V joignit des vertus. Il fut sobre, tempérant, amateur de la justice, et fort exact à remplir les devoirs de la religion. On auroit souhaité dans lui plus d'humanité, et moins d'avarice. Car on ne le justifiera jamais de l'ordre barbare qu'il donna d'égorger les prisonniers après la sanglante bataille d'Azincourt, ni des traitements qu'il fit éprouver aux bourgeois de plusieurs places dont il se rendit maître... Il avoit épousé en 1420 Catherine de France, la dernière des filles de Charles VI. Après la mort de son époux, Catherine se maria à un simple gentilhomme nommé Owen Tyder, que le duc de Glocester fit mourir pour avoir osé donner la main à une reine douairière. Elle en eut un fils, père de Henri VII. — Voy. GAME et III. CATHERINE.
XIX. HENRI VI, fils et successeur de Henri V à l'âge de 10 mois seulement, en 1422, n'eut ni son bonheur, ni son mérite. Il régna, comme son père, en France, sous la tutelle du duc de Bedford, et en Angleterre, sous celle du duc de Glocester. Il remporta même, par ses généraux, plusieurs victoires, à Crevant, à Vernieu, à Rouvroi. Voy. IV. LUXEMBOURG. Mais les victoires de la Pucelle d'Orléans, et les succès qui les suivirent, mirent fin aux triomphes de ce roi usurpateur, et le chassèrent presque entièrement de la France. Voyez JEANNE D'ARC et CHARLES VII. Les querelles qui s'élevèrent dans la Grande-Bretagne, finirent par lui faire perdre la couronne. Richard, duc d'Yorck, parent par sa mère, d'Edouard III. déclara la guerre à Henri VI, fils d'un prince qu'il ne regardoit pas comme possesseur légitime du trône, le vainquit et le fit prisonnier. Marguerite d'Anjou, femme du roi captif, et bien supérieure à son époux, défit et tua le duc d'Yorck, à la bataille de Vakéfeld en 1460, et délivra son mari. Edouard, fils du duc, vengea son père, défit les troupes de la reine, et la fit prisonnière à la bataille de Tewksburi, donnée en 1471. Henri avoit fui en France; de retour en Angleterre, il fut pris et enfermé à la tour de Londres, où il fut poignardé, cette même année, à 52 ans, par le duc de Glocester. C'étoit un prince foible, mais vertueux, ne sachant qu'obéir aux courtisans qui s'emparoient de son esprit, et ignorant l'art de commander; changeant continuellement de maîtres, et indifférent sur les partis qui dominoient, pourvu qu'on le traitât humainement. Sous son règne, le nombre des électeurs au parlement fut réduit à ceux qui posséderoient en terres la valeur de 40 schellings par an. La multiplicité d'électeurs avoit été jusqu'alors une source d'intrigues et de cabales.
XX. HENRI VII, étoit fils d'Edmond, comte de Richemont, et de Marguerite de la maison de Lancastre. Aidé par le duc de Bretagne et par Charles VIII, roi de France, il passa de Bretagne en Angleterre, défit et tua l'usurpateur Richard III, à Bosworth, le 2 août 1485, et se fit installer, le 30 septembre suivant, sur le trône de la Grande-Bretagne, qu'il prétendoit lui appartenir, comme à l'aîné de la maison de Lancastre. Il étoit en effet de cette maison, mais du côté maternel, et dans un degré bien éloigné. Cependant, malgré ses droits peu directs, ses ennemis firent jouer inutilement des ressorts pour le détrôner. Un garçon boulanger, appelé Lambert Simnel, et le fils d'un juif converti, nommé Perkin Vaërbeck, l'un neveu, à ce qu'il disoit, d'Edouard IV, l'autre son fils, lui disputèrent la couronne, après avoir appris à jouer le rôle de princes. Voyez EDOUARD Plantagenet, et MARGUERITE d'Yorck. Le premier finit sa vie dans la cuisine de Henri VII; et le second, un peu plus redoutable, sur un échafaud. Le monarque Anglois avoit su vaincre ses ennemis et dompter les rebelles; il sut gouverner. Son règne, qui fut de 24 ans, et presque toujours paisible, humanisa un peu les moeurs de la nation. Les parlements qu'il assembla et qu'il ménagea, firent de sages lois; la justice distributive rentra dans tous ses droits; le droit d'asile dans les églises, qui étoit la source de tant d'abus, fut restreint, à sa demande, par une bulle d'Innocent VIII; l'agriculture sur-tout fut protégée; et le commerce qui avoit commencé à fleurir sous le grand Edouard III, ruiné pendant les guerres civiles, se rétablit peu à peu sous Henri VII, qui fut surnommé le Salomon de l'Angleterre. Ce royaume en avoit besoin. On voit combien il étoit pauvre, par la difficulté extrême qu'eut Henri VII à tirer de la ville de Londres un prêt de 2000 livres sterlings, qui ne revenoit pas à 50 mille livres de notre monnaie d'aujourd'hui. Son goût et la nécessité le rendirent avare. Il eut été sage, s'il n'eût été qu'économe; mais une lésine honteuse et des rapines fiscales ternirent sa gloire. Il tenoit un registre secret de tout ce que lui valoient les confiscations. On rapporte un trait remarquable de sa rapacité en ce genre. Il avoit défendu aux seigneurs d'entretenir cette foule de partisans, qui s'engageoient à leur service, et qui prenoient leur livrée. Le comte d'Oxford, général et favori de Henri, devant le recevoir un jour dans son château, assembla tous ses chiens, pour rendre cette réception plus magnifique. Le roi les trouva rangés en baie. Il témoigna son étonnement, de voir cette multitude de gens au service du comte: celui-ci avoua que la plupart ne lui appartenoient que pour représenter dans les grandes occasions. « En vérité, Mylord, dit alors Henri, je vous remercie de votre bonne chère; mais je ne puis consentir que l'on enfreigne mes lois sous mes yeux. Mon Procureur général en conférera avec vous. » Oxford n'en fut pas quitte, dit-on, pour moins de quinze mille marcs d'argent. Voyez aussi I. STANLEY. Deux ministres animés des sentimens de Henri, Empson et Dudeley, devinrent les fléaux de la nation. Les jugemens arbitraires, les amendes, les compositions en argent, les taxes odieuses et inutiles grossirent tellement le trésor, qu'on le fait monter à 2 millions 750 mille livres sterlings. Aux approches de la mort, il tacha d'expier ses injustices par des aumones et des fondations. Il mourut le 22 avril 1506, à 52 ans, après un règne de 24. La protection qu'il accorda aux savans, lui mérita le titre d'Ami des lettres. Son activité, sa vigueur, sa prudence, son amour de la paix, son courage à la guerre, ont honoré sa mémoire. Il eut pour système d'abaisser les grands, et de les tenir dans une étroite sujétion. En accordant à la noblesse le pouvoir d'aliéner les terres, et de rompre les anciennes substitutions, il procura au peuple le moyen d'augmenter sa propriété, et de diminuer celle des barons. Ses ministres furent des gens de robe, qui tenant de lui toute leur fortune, furent esclaves de ses volontés. Il est le premier des rois d'Angleterre qui ait eu des gardes. Pour réunir les droits des deux maisons de Lancastre et d'Yorck, il avoit épousé, en 1486, Elizabeth d'Angleterre, fille et principale héritière d'Edouard IV, roi d'Angleterre, dont il eut plusieurs enfans. Nous ne citerons qu'Artus Tudor, prince de Galles, mort en 1502, sans postérité de son mariage avec Catherine, fille de Ferdinand le Catholique, roi d'Espagne; et Henri VIII, qui épousa la veuve de son frère et la répudia ensuite. Tous les malheurs qui, sous le règne de celui-ci, affligèrent l'Angleterre, tirent peut-être, dit un écrivain, leur source de la basse avarice dont Henri VII fut dévoré: la crainte de rendre la dot de Catherine, lui fit garder cette princesse, pour la faire épouser à son second fils. Sa Vie a été écrite par le chancelier Bacon, et par l'abbé Marsoilier.
XXI. HENRI VIII, fils et successeur de Henri VII, monta sur le trône en 1509. Les coffres de son père se trouvèrent remplis à sa mort de deux millions 750 livres sterlings: somme im- 188 HEN mense, qui eût été plus utile en circulant dans le commerce. Henri VIII s'en servit pour faire la guerre. L'empereur Maximilien et le pape Jules II, avoient fait une ligue contre Louis XII; le monarque Anglois y entra à la sollicitation de ce pontife. Voy. JULES II, et I. MAXIMILIEN. Il fit une irruption en France en 1513, remporta une victoire complète à la journée des Eperons, prit Térouanne et Tournai, et repassa en Angleterre avec plusieurs prisonniers François, parmi lesquels on comptoit le chevalier Bayard. Dans le même temps Jacques IV, roi d'Écosse, entroit en Angleterre; Henri le défit et le tua à la bataille de Floddenfield. La paix se conclut ensuite avec la France. Louis XII, alors veuf d'Anne de Bretagne, ne put l'avoir avec Henri, qu'en épousant sa sœur Marie; mais au lieu de recevoir une dot de sa femme, comme font les rois aussi bien que les particuliers, Louis XII en paya une: il lui en coûta un million d'écus, pour épouser la sœur de son vainqueur. Henri VIII ayant terminé heureusement cette guerre, entra bientôt après dans celles qui commençoient à diviser l'Église. Les erreurs de Luther venoient d'éclater. Le monarque, plein de St. Thomas et des autres scolastiques, et aidé par Wolsey, Gardiner, Morus et sur-tout Fischer, réfuta l'hérésiarque, dans un ouvrage qu'il présenta et qu'il dédia à Léon X. Ce pape l'honora, lui et ses successeurs, du titre de Défenseur de la Foi: titre qu'il sollicitoit depuis cinq ans, et à l'occasion duquel Path, le fou de la cour, lui dit: Ah! mon cher Henri, défendons-nous nous mêmes, et laissons la Foi se défendre toute seule. Il ne mérita pas long-temps ce beau titre. Il y avoit à la cour de Londres une fille pleine d'esprit et de graces, dont Henri devint éperdûment amoureux. Elle s'appe-loit Anne de Boulen. Il avoit déjà eu pour maîtresse Eliz BLOUNT, et de cet amour naquit un fils. Sanderus prétend qu'il avoit vécu avec la mère d'Anne de Boulen, et qu'il avoit ainsi épousé sa propre fille. Anne avoit une autre sœur, nommée Marie, dont Henri VIII avoit été aussi amoureux, selon le Moréri de Hollande, 1740. « On prétend que ce prince ayant un jour demandé à François Brian, chevalier de l'ordre, si c'étoit un grand crime d'entretenir la mère et la fille. C'est, répondit Brian, comme si l'on mangeoit la poule et le poulet. » Le roi ayant trouvé cette réponse plaisante, lui dit qu'il le prenoit pour son Vicaire infernal; et, depuis, il fut connu sous ce nom. Mais il est bon d'avertir que ces contes satiriques sont puisés dans des Historiens controversistes, qui croyoient faussement servir la religion en les rapportant: comme si une religion vraie et sainte avoit besoin de telles ressources. Anne de Boulen s'attacha à irriter les desirs du roi, et à lui ôter toute espérance de les satisfaire, tant qu'elle ne seroit pas sa femme. Voy. BARTON. Henri étoit marié depuis 18 ans à Catherine d'Aragon, fille de Ferdinand et d'Isabelle, et tante de Charles-Quint. Comment obtenir un divorce? Il faut savoir que Catherine avoit d'abord épousé le prince Artus Tudor, frère aîné de Henri VIII, qui lui avoit donné sa main ensuite, avec la dispense de Jules II. On ne pen- soit pas qu'un tel mariage pût être incestueux; mais dès que le monarque Anglois eut résolu d'épouser sa maîtresse, il le trouva nul; il sollicita le pape Clément VIII de le déclarer contraire aux lois divines et humaines. Le cardinal Wolsey, ce ministre si vain qu'il disoit ordinairement le Roi et Moi, entra dans les vues de Henri. On paya des théologiens, pour leur arracher des décisions conformes aux désirs du prince. Le pape, vivement sollicité de casser cette union, refusa de se prêter aux vues de Henri, qui fit décider l'affaire par Thomas Crammer, archevêque de Cantorbery, et épousa sa maîtresse en 1533. Clément ayant prononcé contre lui une sentence d'excommunication, cette bulle servit à Henri VIII de prétexte pour consommer un schisme, qui affligea toute l'église. Il se fit déclarer Protecteur et chef suprême de l'Eglise d'Angleterre. Le parlement lui confirma ce titre, abolit toute l'autorité du pontife Romain, les prémices, les décimes, les annates, le Denier de Saint-Pierre, les provisions des bénéfices. Son nom fut effacé de tous les livres; on ne l'appela plus que l'Évêque de Rome. Les peuples prêtèrent au roi un nouveau serment, qu'on appela le serment de suprématie. Voyez ARLE, et I. CROMWEL. Le cardinal Jean Fischer, Thomas Morus, et plusieurs autres personnages illustres, ennemis de ces nouveautés, perdirent la tête sur un échafaud. Henri ne se bornant pas à ces exécutions, ouvrit les maisons religieuses, s'appropria les biens monastiques, dont le revenu rendoit, suivant Salmon, 183,707 livres. Des dé- ponilles des couvens, il fonda six nouveaux évêchés : Westminster, Oxford, Peterborough, Bristol, Chester et Gloucester. On avoit déjà proposé dans les assemblées du clergé, de supprimer les petits monastères; mais l'évêque Fischer, (Voy. ce mot.) s'y étoit opposé, parce que, dit-il à ses confrères, c'est fournir un manche à la coignée du Roi, pour détruire ensuite tous les cèdres de notre Liban. La suppression des maisons religieuses déplut à beaucoup d'Anglois. Les grands et les gentilshommes «trouvèrent mauvais, dit Fluquet, qu'on eût donné au Roi les biens des monastères supprimés, dont la plupart avoient été fondés par leurs ancêtres. D'ailleurs, ils se voyoient privés de la commodité de se décharger de leurs enfans, quand ils en avoient un trop grand nombre, et d'aller en voyageant, loger dans ces maisons où ils étoient bien reçus. Les pauvres murmuroient encore plus fortement, parce que plusieurs d'entre eux vivoient des aumônes qui se distribuoient journellement dans ces maisons. Enfin beaucoup de Catholiques regardoient cette suppression, comme une atteinte portée à leur religion.» Quoique Henri VIII se déclarât contre cette religion à certains égards, il ne voulut être ni Luthérien, ni Calviniste. La trans-substantiation fut crue comme auparavant; la nécessité de la confession auriculaire et de la communion sous une seule espèce, confirmée. Le célibat des prêtres, et les vœux de chasteté furent déclarés irrévocables. L'invocation des Saints ne fut point abolie, mais restreinte. Les messes privés furent conservées. Il dé- clara qu'il ne prétendoit point s'éloigner des articles de foi reçus par l'Eglise catholique : c'étout bien s'en éloigner assez que de rompre l'unité. Son amour pour une femme produisit tous ces changemens ; mais cet amour ne dura pas. Touché de la beauté de Jeanne Seymour, il fit trancher la tête, en 1536, à Anne de Boulen, sur des soupçons d'infidélité, légers selon les uns, et graves selon d'autres ; et le lendemain du supplice de cette infortunée, dont le sang fumait encore, il épousa sa nouvelle maîtresse. Jeanne étant morte en couches, il la remplaça par Anne de Clèves. Il avoit été séduit par le portrait de cette princesse ; mais il le trouva si différent de l'original, qu'il la répudia au bout de six mois. A celle-ci succéda Catherine Howard, fille du duc de Norfolk, décapitée en 1542, sous prétexte qu'elle avoit eu des amans avant son mariage. C'est à cette occasion que le parlement d'Angleterre donna une loi aussi absurde que cruelle. Il déclara : « Que tout homme qui seroit instruit d'une galanterie de la reine, doit l'accuser, sous peine de haute trahison... Et : Que toute fille qui épouse un roi d'Angleterre, et qui n'est pas vierge, doit le déclarer, sous la même peine. » Catherine Parr, jeune veuve d'une beauté ravissante, épouse de Henri après Catherine Howard, fut prête à subir le même sort que cette infortunée, non pour ses galanteries, mais pour ses opinions conformes à celles de Luther : Voyez PARR. Les dernières années de Henri VIII furent remarquables par ses démêlés avec la France. Bizarre dans ses guerres comme dans ses amours, il s'étoit ligué avec Charles-Quint contre François Ier (Voy. II. BELLAY) ; ensuite avec François Ier contre Charles-Quint ; et enfin de rechef avec celui-ci contre le monarque François. Il prit Boulogne en 1544, et promit de le rendre par le traité de paix de 1546. Il mourut l'année suivante, le 28 ou 29 janvier, dans sa 57e année, après en avoir regné 38. On a dit que sur le point de mourir, il s'étoit écrié, en regardant ceux qui étoient autour de son lit : Mes amis, nous avons tout perdu, l'état, la renommée, la conscience et le ciel. Quelques critiques ont traité cette anecdote de fabuleuse ; mais s'il ne dit point ce qu'on lui prête, il est certain qu'il auroit pu le dire. Henri laissa trois enfans : MARIE, fille de Catherine d'Aragon ; ELIZABETH, fille d'Anne de Boulen ; et EDOUARD VI, fils de Jeanne Seymour. Il avoit réglé la succession de ses enfans à la couronne, selon le pouvoir que lui en avoit accordé le parlement. Il mit dans le premier rang Edouard VI, son fils, et toute sa postérité ; en second lieu, la princesse Marie, et en troisième, Elizabeth, à condition qu'elles se marieroient du consentement des exécuteurs de son testament. Après ses filles, il appeloit à la couronne Françoise Brandon, fille aînée de sa sœur et du duc de Suffolk, à l'exclusion des enfans de Marguerite, reine d'Écosse, sa sœur aînée. C'est depuis lui, que le pays de Galles a été réuni à l'Angleterre, que l'Irlande est devenue un royaume, et que les monarques Anglois ont pris le titre de MAJESTI. Tous ceux qui ont étudié Henri avec quelque soin, dit l'abbé Haynal, n'ont vu en lui qu'un ami foible, un allié inconstant, un amant grossier, un mari jaloux, un père barbare, un maître impérieux, un roi des- potique et cruel. Pour le peindre d'un seul trait, il suffit de répéter ce qu'il dit à sa mort, qu'il n'avoit jamais refusé la vie d'un homme à sa haine, ni l'honneur d'une femme à ses désirs. L'attachement à ses opinions, et l'opiniâtreté, puisées dans l'étude de la scolas- tique, le rendirent d'abord con- troversiste, et enfin tyran. Il per- dit dans les plaisirs, ou dans de vaines occupations, le temps qu'il auroit pu employer à approfondir les principes du gouvernement. Une confiance aveugle en ses ministres le réduisit à être, du- rant la moitié de son règne, le jouet de leurs passions, ou la victime de leurs intérêts; l'autre partie fut employée à troubler le repos du royaume, à l'inonder de sang et à l'appauvrir. Il le bou- leversa et le pressura, dit San- derus, au point qu'il ne restoit plus que de vendre l'air aux vi- vans et la sépulture aux morts. Fils d'un père avare, il ruina ses sujets par des profusions crimi- nelles et extravagantes, et ce fut encore le moindre des maux qu'il fit à l'Angleterre. En s'emparant d'une partie des biens du clergé, il n'en fut pas plus riche. Dans tous les besoins de l'état, l'Église avoit plus contribué que les laïques. Aussi Charles-Quint di- soit au sujet de la suppression des monastères, dont Henri pro- diguoit les revenus à ses cour- tisans; qu'il avoit tué la Poule qui lui donnoit des œufs d'or. Lorsqu'il avoit proposé quelque édit bursal au parlement, il falloit qu'il n'essuyât aucune difficulté. Ayant appris qu'un membre des communes, appelé Montagne, mettoit opposition à un de ses bills, il l'envoya chercher, et lui dit ces mots énergiques : Que mon bill passe demain matin, ou autrement votre tête sera coupée; et le bill passa. C'est sous le règne de ce prince, que la Suette, maladie dangereuse, in- festa toute l'Angleterre. L'his- toire de Henri VIII a été écrite par le lord Herbert, in-folio, ouvrage estimé des Anglois. L'abbé Raynal a publié en 1768 l'Histoire de son divorce, en un vol. in-12.
XXII. HENRI IV, dit l'Im- puissant et le Libéral, et qu'on devoit appeler plutôt le Prodigue, étoit fils de Jean III roi de Cas- tille, auquel il succéda en 1454, à l'âge de 30 ans. Son règne fut le triomphe du vice. Jeanne de Portugal, qu'il avoit épousée après la répudiation de Blanche de Navarre sa première femme, ne couvroit ses galanteries d'au- cun voile. Henri, qui vouloit avoir des enfans à quelque prix que ce fût, introduisit lui-même, dit-on, dans le lit de sa femme, Bertrand de la Cueva, jeune sei- gneur, dont le sort étoit d'être à la fois le mignon du roi et l'amant de la reine. De ce com- merce naquit une fille nommée Jeanne. Bertrand eut pour ré- compense les charges les plus im- portantes du royaume. Les grands murmurèrent et se révoltèrent. Les rebelles, devenus puissans, ayant un archevêque de Tolède et plusieurs autres évêques à leur tête, déposèrent leur roi en effi- gie l'an 1465. On dressa un vaste théâtre dans la plaine d'Avila. Une statue colossale, assise sur un trône couvert de longs voiles de deuil, avec tous les attributs de la Régence, fut élevée sur ce théâtre. La sentence de déposition fut prononcée à la statue. L'archevêque de Tolède lui ôta la couronne, un autre l'épée, un autre le sceptre; et un jeune frère de Henri, nommé Alphonse, fut déclaré roi sur ce même échafaud. Voy. PACHECO. Cette comédie fut accompagnée de toutes les horreurs des guerres civiles. La mort du jeune prince, à qui les conjurés avoient donné le royaume, ne mit pas fin à ces troubles. L'archevêque et son parti déclarèrent le roi impuissant, dans le temps qu'il étoit entouré de maîtresses; et par une procédure inouïe dans tous les états, ils prononcèrent que sa fille Jeanne étoit bâtardé et née d'adultère. Plusieurs grands prétendoient à la royauté; mais les rebelles résolurent de reconnoître Isabelle, sœur du roi, âgée de 17 ans, plutôt que de se soumettre à un de leurs égaux; aimant mieux déchirer l'état au nom d'une jeune princesse encore sans crédit, que de se donner un maître. L'archevêque ayant donc fait la guerre à son roi au nom de l'enfant, la continua au nom de l'infant. Le roi ne put enfin sortir de tant de troubles et demeurer sur le trône, que par un des plus honteux traités que jamais souverain ait signés. Il reconnut sa sœur Isabelle pour sa seule héritière légitime, au mépris des droits de la malheureuse Jeanne; et les révoltés lui laissèrent le nom de Roi à ce prix. En vain à sa mort, arrivée en 1474, il réclama contre ce traité; le trône resta à Isabelle. « La vie de ce prince, dit Ferré-ras, est un grand miroir où les souverains peuvent apprendre ce qu'ils doivent éviter pour régner glorieusement.
HENRI DE TRANSTAMARE, Voy. TRANSTAMARE.
HENRI DE LORRAINE, duc de Bar, Voyez IX. CATHERINE.
HENRI DE LORRAINE, duc de Guise, Voyez GUISE, n.º V.
HENRI DE LORRAINE, comte de Harcourt, Voy. III. HARCOURT.
XXIII. HENRI le Lion, duc de Bavière et de Saxe, étendit sa domination en Allemagne, depuis l'Elbe jusqu'au Rhin, et depuis la mer Belgique jusqu'aux frontières de l'Italie. Il fit construire des ponts sur le Danube, à Ratisbonne et à Luxembourg; détruisit presque entièrement les Hénètes; et déroba Frédéric Barberousse, son cousin germain, à la fureur du peuple de Rome qui s'étoit soulevé. Cependant cet empereur, jaloux de la puissance de Henri, le déclara criminel de lèse — majesté en 1180, et le dépouilla de ses états, sous divers prétextes. Henri fut contraint de s'enfuir vers le roi d'Angleterre, son beau-père, qui lui fit rendre Brunswick et Lunebourg. Il mourut en 1195, avec une grande réputation de bravoure.
XXIV. HENRI DE HUNTINGTON, historien Anglois du 12e siècle, fut chanoine de Lincoln, puis archidiacre de Huntington. On a de lui: I. Une Histoire d'Angleterre, qui finit à l'an 1154, et qui fut publiée par Savill en 1576, in-folio, dans les Rerum Anglicorum Scriptores. II. Un petit traité Du mépris du Monde, etc.: ces productions sont en latin, et assez maussalement écrites.
XXV. HENRI DE SUZE, sur-nommé dans son temps la Source et la splendeur du Droit, étoit cardinal et évêque d'Ostie, d'où lui est venu le nom d'Ostiensis. Il avoit été archevêque d'Embrun, et il mourut en 1271. On a de lui une Somme du Droit canonique et civil, connue sous le nom de Somme Dorée: elle est de fer pour le style; mais on ne cherche dans ces sortes d'ouvrages que des choses, et les canonistes y en trouvent. On en a trois éditions: à Rome, 1473, 2 tom. in-fol., en un seul vol.; à Basle, 1576, et Lyon, 1597. — Il ne faut pas le confondre avec HENRI Suzon, Dominicain du 14e siècle, dont nous avons divers Ouvrages Mystiques, traduits en françois en 2 volumes in-12. C'étoit un homme pieux, qui mourut l'an 1366.
XXVI. HENRI DE GAND, étoit de cette ville, et son nom de famille étoit Goethals. Il fut docteur et professeur de Sorbonne, puis archidiacre de Tournai, où il mourut en 1295, à 76 ans. On a de lui: I. Un Traité des hommes illustres, pour servir de suite à ceux de St. Jérôme et de Sigebert, et imprimé avec une Somme de Théologie, in-fol. II. Une Théologie quodlibétique, in-fol. Ce dernier ouvrage est assez bon, et l'emporte infiniment sur tous les ouvrages des théologiens du temps de Henri de Gand. Comme dans son siècle on étoit dans l'usage de donner des titres ou des sobriquets, on l'appeloit le Docteur solcanel.
XXVII. HENRI BOICH, jurisconsulte du 14e siècle, natif de Saint-Pol-de-Léon en Bretagne, est auteur d'un Commentaire sur les Décrétales, imprimé à Ve- nise en 1576, in-fol.; et très-peu consulté.
XXVIII. HENRI d'Urimaria, théologien du 14e siècle, natif de Thuringe, de l'ordre des Hermites de Saint-Augustin, laissa divers ouvrages de piété, dont les uns sont imprimés sans que personne en sache rien, et les autres manuscrits.
HENRI DE BRUYS, Voyez BRUYS, n.º II.
HENRI D'ÉCOSSE, Voy. SCRIMGER.
XXIX. HENRI HARPHIUS, pieux Cordelier, ainsi nommé, parce qu'il étoit de Herps, village de Brabant, fit paroître un zèle éminent dans la direction des ames, et mourut à Malines en 1478. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages de piété, écrits en flamand, et traduits en latin et en françois. Ils sont estimés, du moins dans son ordre. Sa Théologie Mystique a été traduite en françois par la Mothe-Roman-cour, Paris, 1617, in-4.º
XXX. HENRI DE GORKUM, Hollandois, vice-chancelier de Cologne dans le 15e siècle, a publié un Traité des Superstitions.
XXXI. HENRI, (François) patrice de Lyon et avocat au parlement de Paris, naquit dans la première ville en 1615, et mourut dans la dernière en 1686, à 71 ans. Ses connaissances mathématiques, astronomiques et physiques l'avoient lié avec le célèbre Gassendi. Nous lui devons l'édition des Ouvrages de ce philosophe, publiée à Lyon en 1658, en 6 vol. in-fol.
XXXII. HENRI DE SAINT-IGNACE, Carme de la ville d'Atla en Flandre, enseigna la théologie avec réputation, et passa par les charges les plus considérables de son ordre. Il fit un long séjour à Rome, au commencement du pontificat de Clément XI, qui l'estimoit beaucoup; et mourut à la Cavée, maison des Carmes, dans le diocèse de Liège, vers 1720, dans un âge très-avancé. Sa principale production est un corps complet de Théologie mo- rale, assez méthodique, sous le titre d'Ethica amoris, à Leyde, 1709, en 3 vol. in-fol. Cet ou- vrage devient rare. Il est défiguré par les sentimens ultramoniains que l'auteur soutient avec feu. On a encore de lui: I. Un autre livre de théologie aussi peu com- mun: Theologia vetus, funda- mentalis, ad mentem resoluti doc- toris J. de Bachone, Liège, 1677, in-fol. II. Molinismus profliga- tus, 2 vol. in-8°, Liège, 1715. III. Artes Jesuiticae in sustinendis novitatibus, laxitatibusque Socio- rum, Strasbourg, 1717. IV. Tuba magna mirum clangens sonum... De necessitate reformandi Socie- tatem Jesu, per Liberium Candi- dum. C'est un recueil de pièces, où l'esprit de charité brille moins que dans son Ethica amoris. La meilleure édition est de 1717, en 2 grosvol. in-12. Henri de Saint- Ignace, se déclara hautement dans ses écrits pour la cause et les sentimens d'Arnaud et du P. Quesnel.
XXXIII. HENRI, (Nicolas) né à Verdun en 1692, profes- seur d'hébreu au collège royal en 1723, mort à Paris de la chute d'un entablement, le 4 février 1752, à 60 ans, a donné une édition estimée de la Bible de Vatable, en 2 vol. in-fol. C'étoit un homme qui, à une profonde connoissance de la langue hé- braïque, joignoit le talent de la bien enseigner. Son savoir ne se bornoit pas aux langues; il pos- sédoit parfaitement l'Histoire de France. Ses écoliers le regretté- rent beaucoup; il leur prétoit des livres, leur donnoit des éclair- cissemens; et quoique avare de son temps, il ne regrettoit ja- mais celui qu'il passoit avec eux.
XXXIV. HENRI, (Dom Pierre) religieux Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, savant, profond et modeste, fut l'un des auteurs du Gallia Chris- tiana, continué par Tachereau et le Veaux. Il est mort à Paris en février 1782.
HÉNRICIENS, Voy. BRUYS, n° I. et II.
HENRIET, (Protais) savant Recollet François, mort en 1688, est auteur d'une Harmonie Evan- gétique, avec des Notes littérales et morales, et d'autres écrits peu connus. — Il y a eu un peintre du même nom, Israël HENRIET, mort à Paris en 1661. Il étoit de Châlons, et fut l'élève de Tem- peste. I. HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, reine d'Angleterre, fille de Henri IV et de Marie de Médicis, naquit en 1609, et fut mariée en 1625 à Char- les I, roi d'Angleterre. Elle n'a- voit pas encore 16 ans, et étoit douée de toutes les graces de la figure. Son caractère ressembloit beaucoup à celui de Henri IV son père. Son cœur étoit noble, ferme, tendre et compatissant; son esprit, vif, doux et agréable. Les premières années de son ma- riage furent fort heureuses; mais sa prospérité fut interrompue par les troubles de l'Écosse, et par la révolte des Anglois mêmes contre son époux. Les amertumes qui suivirent les premières douceurs de son état, furent si cuisantes, qu'elle se donna elle-même la qualité de *Reine malheureuse*. On rejeta sur elle le penchant qu'on attribuait à *Charles I* pour la religion Catholique, et on se déchaîna avec fureur; mais elle ne répondit à ces outrages que par des bienfaits. Quelques-uns de ses courtisans lui proposant de faire un exemple sur les plus furieux : *Il faut*, disoit-elle, que j'en serve aussi. *Peut-on mieux faire sentir son autorité, qu'en faisant du bien à ceux qui nous persécutent ?* Elle ne vouloit pas même qu'on lui nommât quelques personnes qui la rendoient odieuse aux principaux de la cour : *Je vous le défends*, disoit-elle. *S'ils me haïssent, leur haine ne durera peut-être pas toujours; et s'il leur reste quelque sentiment d'honneur, ils auront honte de tourmenter une femme qui prend si peu de précaution pour se défendre*. Cependant, le feu de la guerre civile embrasoit toute l'Angleterre. Le roi, toute la famille royale, avoient été obligés de quitter Londres. La reine passe en Hollande, vend ses meubles et ses pierreries, et achète des vivres et des munitions, dont elle chargea plusieurs vaisseaux. Après avoir étonné les Hollandois par son intrépidité et son activité, elle partit pour l'Angleterre. Une furieuse tempête vint l'assaillir, mais sans la décourager. Elle se tint, autant qu'elle put, sur le tillac du vaisseau, au milieu de l'orage, pour animer ses troupes, disant agréablement que les *Reines ne se noyoient pas*. Enfin, après avoir essuyé une foule de traverses et de périls, elle passa en France, l'an 1644. Le mauvais état des affaires de la reine *Anne d'Autriche* ne lui permit pas de donner à sa belle-sœur, dans les troubles de la Fronde, les secours qu'elle auroit accordés à ses infortunes; et la fille d'un roi de France, épouse d'un roi d'Angleterre se vit contrainte, comme elle le disoit elle-même, de demander une aumône au Parlement pour pouvoir subsister. La mort funeste de son mari, exécuté en 1649, fut un nouveau surcroît de douleur; mais elle eut la consolation avant sa mort de voir rétablir *Charles II*, son fils, sur le trône de ses pères. Cependant cet événement n'avoit pu la décider à se fixer à Londres. Elle aima mieux vivre et mourir en simple particulière dans sa patrie, que d'avoir continuellement sous les yeux la salle de Westminster, où le roi son époux avoit comparu comme un criminel, et la place de Whitehall, où sa tête avoit été tranchée par la main du bourreau. Elle avoit aimé ce prince, et en avoit été tendrement aimée, et à l'exception de quelques froideurs, produites par des brouillons de cour, au commencement de son mariage, leur union fut inaltérable. Peu de personnes de son rang ont eu plus de sujets de douleurs, et moins encore ont si bien su mettre à profit leurs afflictions. La religion vint à son secours; et l'on sait qu'elle console plus sûrement que la philosophie. Elle fit deux voyages en Angleterre; et après avoir demeuré quelques jours à la cour de France, elle se retira à la Visitation de Chaillot, où elle mourut subitement en 1669, à 60 ans. *Voy. sa Vie*, Paris, 1693, in-8. 196 HEN
II. HENRIETTE — ANNE D'ANGLETERRE, duchesse d'Orléans, étoit la dernière des enfans de Charles I et de Henriette de France. Elle naquit à Exce- ter en 1644, dans le temps que le roi son père étoit aux prises avec ses sujets ingrats et rebelles. La reine sa mère accoucha d'elle dans un camp, au milieu des en- nemis qui la poursuivoient. Obli- gée de foir, elle laissa sa fille, qui demeura prisonnière quinze jours après sa naissance. Au bout d'environ deux ans, elle fut heu- reusement délivrée de cette cap- tivité par l'adresse de sa gou- vernante. Élevée en France sous les yeux de sa mère, elle étonna bientôt, par les agrémens qu'on découvrit dans son esprit et dans ses manières. Philippe de France, duc d'Orléans, frère de Louis XIV, l'épousa en 1661; mais ce mariage ne fut pas heureux. Le roi, qui se plaisoit beaucoup avec elle, lia un commerce étroit d'amitié et de bel esprit. Il lui donnoit souvent des fêtes; il lui envoyoit des vers. « Elle lui ré- pondoit; et il arriva, dit Vol- taire, que le même homme fut à la fois le confident du roi et de Madame dans ce commerce ingénieux. C'étoit le marquis de Dangeau: le roi le chargeoit d'é- crire pour lui, et la princesse l'engageoit à répondre pour elle. Il les servit tous deux, sans lais- ser soupçonner à l'un qu'il fût employé par l'autre, et ce fut une des causes de sa fortune. Cette intelligence si intime jeta des alarmes dans la famille royale. Le roi se vit obligé de réduire l'éclat de ce commerce à un fonds d'estime et d'amitié, qui ne s'al- téra jamais. Louis XIV se servit depuis de Madame, pour faire un traité avec l'Angleterre contre la Hollande. La princesse, qui avoit sur Charles II son frère, le pouvoir que donnent l'esprit le plus insinuant et le cœur le plus tendre, s'embarqua à Dun- kerque, chargée du secret de l'état. Elle alla voir Charles à Cantorbery, et revint avec la gloire du succès. Elle en jouis- soit, lorsqu'une mort subite l'en- leva à l'âge de 26 ans, à Saint- Cloud, en 1670. La cour fut dans une douleur et une consternation que le genre de mort augmen- toit; car Henriette s'étoit crue empoisonnée. La division qui étoit depuis long-temps entr'elle et son mari, fortifioit ce soupçon, qui n'est pas encore détruit. Du- clos assure, dans son Mémorial, que ce fut le chevalier de Lor- raine, favori de Monsieur, qui la fit empoisonner dans un verre d'eau de chicorée. Voltaire pré- tend au contraire, que cette prin- cesse, qui étoit assez mal saine, mourut d'une colique bilieuse: ce qu'il y a de certain, c'est que Monsieur n'eut aucune part à ce crime, s'il fut réellement com- mis. « Madame avoit l'esprit so- lide et délicat, du bon sens, le tact des choses fines; l'ame grande et juste, éclairée sur ce qu'il falloit faire; mais quelquefois ne le faisant pas, ou par une paresse naturelle, ou par une certaine hauteur d'ame, qui se ressentoit de son origine, et qui lui faisoit envisager son devoir comme une bassesse. Elle méloit dans toute sa conversation une douceur, qu'on ne trouvoit point dans les autres princesses. Elle savoit gagner tous les cœurs par cette affabilité et cette ai- nable bienveillance qu'on aime à rencontrer dans les personnes de son rang. Les délicats conve- noient que chez les autres il étoit Aople; qu'il n'étoit original qu'en Madame: « C'est ainsi que l'a peinte Coznac, archevêque d'Aix, qui l'avoit beaucoup connue. Voy, ren Histoire par Mad. de la Fayette; in-12.—Voy. BOSSURT.
IL HENRIETTE-CATHÉ- RINE, duchesse de JOYEUSE, bile et héritière de Henri de Joyeuse, comte du Bouchage, maréchal de France, mort ca- pucin, sous le nom de P. Ange, et de Catherine de la Valette, avoit épousé en 1597, Henri de Bouzbon, duc de Montpensier, dernier prince de cette branche, mort le 27 février 1608. Tout ce que Henri IV, qui l'aimoit, put obtenir, fut d'engager cette princesse de venir à la cour, où il connut que la vertu de cette belle veuve étoit inébranlable. Elle épousa, après la mort du roi, Charles de Lorraine duc de Guise; et mourut en 1656, à l'âge de 71 ans.
HENRION, (Nicolas) mem- bre de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, naquit à Troyes en Champagne, l'an 1663, d'un marchand de cette ville. Il fut d'abord Doctrinaire; mais ayant quitté cette congrégation, où il n'étoit entré que par complai- sance pour un de ses oncles, qui en étoit membre, il se maria. Pour avoir un état qui lui assura une subsistance honnête, il choisit la profession d'avocat, et fit une espèce de commerce de médailles, qu'il connoissoit fort bien. Son savoir en ce genre le lia avec plusieurs savans de Paris, et lui ouvrit les portes de l'aca- démie des Belles-Lettres. Il tra- veilloit à un Traité des Poids et des Mesures des Anciens, lors- qu'il mourut en 1720, à 50 ans. Voulant donner à sa compagnie un avant-goût de l'ouvrage qu'il préparoit, il y avoit apporté, en 1718, une espèce de Table ou d'Echelle chronologique de la différence des tailles humaines, depuis la création du monde, jusqu'à la naissance de JESUS- CHRIST. Dans cette table, il as- signe à Adam cent trente-deux pieds neuf pouces de haut, et à Eve cent dix-huit pieds neuf pouces trois quarts; d'où il éta- blit une règle de proportion en- tre les tailles masculines et les tailles féminines, en raison de vingt-cinq à vingt-quatre. Mais il ôte bientôt à la nature cette gran- deur majestueuse: selon lui, Noé avoit déjà vingt pieds de moins qu'Adam; Abraham n'en avoit plus que vingt-sept à vingt- huit; Moïse fut réduit à treize, Hercule à dix, Alexandre le Grand n'en avoit guères que six, Jules-César n'en avoit pas cinq. La Géographie tient essentiellement à la taille des hommes; leurs pas ont toujours été et seront toujours la première mesure des espèces de longueurs qui se trouvent sous leurs pieds; c'est pour cela que Henrion joignit une nouvelle Ta- ble des dimensions géographiques des premiers arpenteurs de l'uni- vers, à celle des tailles humaines; et ces deux Tables, un peu ro- manesques, sont probablement tout ce qu'on verra jamais de 3 ou 4 vol. in-folio qu'il faisoit espérer.
HENRIQUEZ, (Henri) Jé- suite Portugais, quitta sa société pour se faire Dominicain, et re- prit ensuite l'habit de St-Ignace. Ayant fait un voyage à Rome, il mourut à Tivoli le 28 janvier 1608, à 72 ans, laissant: I. Une Somme de Théologie morale, en latin, Venise 1600, in-folio. 198 HEN
II. Un traité *De clavibus Ecclesiæ*; *De fine hominis*, dans lequel il paroît tantôt favorable, tantôt contraire à *Molina*.
HENRYS, (Claude) avocat du roi au bailliage de Forez, sa patrie, mort en 1662, dans un âge assez avancé, étoit très-versé dans le droit canon et civil, dans l'histoire, dans le droit public et les intérêts des princes. Il étoit souvent consulté sur les affaires d'état par plusieurs ministres, soit en France, soit des pays étrangers. Sa probité, sa politesse, sa prudence, son désintéressement, égaloient ses lumières. On a de lui: I. Un excellent *Recueil d'Arrets*, en deux vol. in-folio, 1708, avec les observations de *Bretonnier*. Henrys accompagna sa collection, de notes utiles et agréables. Dans les unes, il éclaircit les principes de droit; et dans les autres, il sème des traits de littérature et d'érudition. Le célèbre avocat *Matthieu Terrasson* a fait aussi des *Additions* et des *Notes* pour servir à une nouvelle édition de Henrys. Ces *Additions* et ces *Notes* ont été imprimées dans l'édition de 1738, en quatre vol. in-folio. II. *L'Homme-Dieu*, ou le parallèle des actions divines et humaines de J. C.
HENSCHENIUS, (Godefroi) Jésuite Flamand, florissoit à la fin du 17e siècle. Il travailla pendant long-temps, avec succès, à l'immense compilation des *Actes des Saints*, commencée par *Bollandus*; et ne servit pas peu à épurer les légendes des absurdités dont les moines des siècles d'ignorance les avoient remplies.
HENTEN, (Jean) de Na- tre-Sambre-Meuse, alla, étant encore enfant, en Portugal, où il se fit hiéronymite, et entra ensuite dans l'ordre de Saint-Dominique à Louvain, où il se distingua par ses travaux et par sa piété. Il fut fait docteur en théologie en 1551, puis prieur et préfet des études. La faculté de théologie le chargea, par ordre de *Charles-Quint*, de corriger la Bible, et de lui rendre la pureté de l'ancien texte. Il y travailla avec assiduité, et montra qu'il étoit digne de la confiance qu'on avoit en ses lumières. C'est principalement par ses soins que parut la première *Bible* nommée de Louvain, en 1547, Anvers, 1570, avec des figures. Voy. le P. le Long, tom. 1er, pag. 263. Henten mourut à Louvain, en 1566, à 67 ans. On a encore de lui: I. Les *Commentaires d'Euthymius*, sur les Évangiles. II. Ceux d'*Écuménius*, sur Saint Paul. III. — d'*Arctus*, sur l'*Apocalypse*, etc.
HÉPHESTION, Voyez EPHESTION.
HÉPHESTION, grammairien Grec d'Alexandrie, du temps de l'empereur *Vérus*, est auteur de *Enchiridion de Metris et Poemate*, grec et latin, donné par Paw, Utrecht, 1726, in-4.
HÉRACLAS, frère du martyr *Platarque*, se convertit avec lui durant la persécution de *Sévére*. Il fut catéchiste d'Alexandrie, conjointement avec *Origène*, et ensuite seul. Son mérite le fit élever sur le siège d'Alexandrie, sa patrie, en 231. Il mourut sur la fin de l'année 247, de la mort des justes.
HÉRACLEON, hérétique du troisième siècle, adopta le sy- tème de *Valentin*. Il y fit pourtant quelques changements, et se donna beaucoup de peine pour ajuster à ce système la doctrine de l'Évangile, dans des *Commentaires* très-étendus sur les *Évangiles* de St. Jean et de St. Luc. Ces Commentaires ne sont que des explications allégoriques, désituées de vraisemblance, toujours arbitraires et souvent ridicules. *Héracléon*, à la faveur de ces explications, fit recevoir par beaucoup de Chrétiens le système de *Valentin*, et forma la secte des Héracléonites. *Origène* a réfuté les Commentaires d'*Héracléon*, et c'est d'*Origène* que *Grabbe* a extrait les fragmens que nous avons des écrits de ce visionnaire.
HÉRACLÉONAS, quatrième fils de l'empereur *Héracléon* et de *Martine*, seconde femme de ce prince, naquit en 626. Son père le nomma, en 641, son successeur à l'empire, avec *Héracléon-Constantin*, son frère aîné. Ainsi il occupa, dès l'âge de quinze ans, la seconde place du trône de Constantinople. *Martine* ayant fait empoisonner, quatre mois après, *Héracléon-Constantin*, *Héracléonas* demeura seul empereur, sous l'autorité de sa mère. La haine que les forfaits de cette princesse avoient inspirée, devint funeste à l'un et à l'autre. Une cabale, formée par un courtisan habile, les contraignit d'associer à l'empire le prince *David*, surnommé *Tibère*, frère d'*Héracléonas*, et *Constant*, fils d'*Héracléon-Constantin*. On vit donc trois empereurs à Constantinople, à la tête desquels étoit une femme ambitieuse. Mais ce gouvernement monstrueux ne dura pas long-temps. Le sénat ayant fait arrêter *Héracléonas* et *Martine*, on coupa le nez au fils, et la langue à la mère, afin que la beauté de l'un et l'éloquence de l'autre ne fissent aucune impression sur le peuple. On les conduisit en exil, où ils finirent leurs jours. *Héracléonas* avoit régné environ six mois depuis le meurtre de son frère.
HÉRACLÉOTÈS, (Denis) philosophe d'*Héraclée*, d'abord Stoïcien, pensoit, comme *Zénon* son maître, que la douleur n'est point un mal. Mais une maladie cruelle, accompagnée de douleurs aiguës, le fit changer de sentiment, vers l'an 264 avant J. C. Il quitta les Stoïciens pour les Cyrénaïques, qui plaçoient le bonheur dans le plaisir. *Héracléotès* composa divers *Traités de Philosophie*, et quelques *Pièces* de poésie : *Diogène-Laërce* en cite une de lui, qui étoit attribuée à *Sophocle*.
HÉRACLIDE le *Pontique*, philosophe d'*Héraclée* dans le Pont, disciple de *Speusippe* et d'*Aristote*, est moins connu par ses ouvrages que par un trait de vanité. Il voulut faire accroire qu'au moment de sa mort il étoit monté au ciel. Il pria un de ses amis de mettre un *Serpent* dans son lit, à la place de son corps, afin que l'on crût que les dieux l'avoient enlevé. Le serpent n'attendit pas l'instant de sa mort; quelqu'un ayant fait du bruit, il sortit et découvrit ainsi la fourberie d'*Héraclide*. Il vivoit vers l'an 335 avant Jésus-Christ. On trouve quelque chose sous son nom dans l'*Esope* d'*Alde*, 1505, in-folio.
HÉRACLIEN, l'un des généraux de l'empereur *Honorius*. fit mourir *Stilicon* à Ravennes, l'an 408. Pour le récompenser de ce service, *Honorius* lui donna le gouvernement d'Afrique. Dans la révolte d'*Attalus*, il demeura fidelle à l'empereur, et défendit la province contre les troupes que le rebelle avoit envoyées; il tua même un certain *Constantin*, qui les conduisoit. Sa fidélité ne tarda pas à se démentir: élevé au consulat en 413, il s'abandonna aux conseils violens de *Subinus*, qui, de son domestique, étoit devenu son gendre, et qui lui persuada d'usurper l'empire. Pour exécuter son dessein, il retint la flotte qui avoit coutume de porter du blé en Italie, et en prit le chemin avec une armée navale, composée de trois mille sept cents navires. Le comte *Marin* s'opposa à son débarquement, et le mit en fuite. Alors *Héracien* monta sur un seul vaisseau qui lui restoit, et passa à Carthage, où il fut tué. I. HÉRACLITE, célèbre philosophe Grec, natif d'Éphèse, florissoit vers l'an 500 avant J. C. Il étoit mélancolique, et pleuroit sans cesse sur les sottises humaines, plus dignes quelquefois d'exciter le rire que la pitié. Cette triste habitude, jointe à son style énigmatique, le fit appeler le *Philosophe ténébreux* et le *Pleureur*. « Qu'est-ce que l'homme, disoit-il, qu'est-ce que tout l'homme? Son savoir n'est que ignorance; sa grandeur que bassesse; sa force qu'infirmité; ce qu'il appelle plaisir, que douleur. » Cependant il disoit quelquefois que la vie est un présent du ciel, qu'on doit conserver avec soin, et dont on ne doit pas disposer selon son caprice. Il faut attendre que les dieux nous demandent ce qu'ils ont bien voulu nous accorder. Il composa divers *Traités*, entr'autres un *sur la Nature*, dans lequel il enseignoit que tout est animé par un esprit; qu'il n'y a qu'un monde, qui est fini; qu'il a été formé par le feu; et qu'après divers changements, il retourneroit en feu. *Euripide* ayant envoyé une copie de cette production à *Socrate*, celui-ci, en la lui renvoyant, lui dit: « Que ce qu'il avoit compris de ce livre, lui avoit paru bon; et qu'il ne doutoit point que ce qu'il n'avoit pas pu entendre, ne fût de même. » *Darius*, roi de Perse, ayant vu cet ouvrage, écrivit une lettre fort obligeante à l'auteur, pour le prier de venir à sa cour, où sa vertu seroit plus considérée qu'en Grèce. Le philosophe le refusa brusquement, et répondit en rustre aux politesses prévenantes de ce monarque. On dit que la conversation des hommes ne faisant qu'irriter son humeur chagrine, il prit une si grande aversion pour eux, qu'il se retira sur une montagne, pour y vivre d'herbes avec une société digne de lui, avec les bêtes sauvages. Cette vie lui ayant causé une hydropizie, il descendit à la ville, et consulta, par énigmes, les médecins, leur demandant: *S'ils pouvoient rendre serein un temps pluvieux?* Les médecins n'entendant rien à ses demandes, il s'enferma dans du fumier, croyant dissiper, par cette chaleur empruntée, l'humeur qui étoit chez lui en trop grande abondance; mais comme ce remède ne le guérissoit point, il se laissa mourir, âgé de 60 ans. On rapporte de lui quelques bons mots et quelques sentences. Il répondit aux Éphésiens, qui s'étonnoient de le voir jouer aux osselets avec des enfens : « Qu'il aimoit encore mieux s'amuser ainsi, que de se mêler de leurs affaires. » Il avoit pour maximes, qu'il falloit étouffer les querelles dans leur naissance, comme on étouffe un incendie; et que les peuples doivent combattre pour leurs lois comme pour leurs murailles. Il croyoit que la nature de l'ame étoit une chose impénétrable... Il nous reste quelques fragmens de ce philosophe, que Henri-Etienne imprima avec ceux de Démocrite, de Timon, et de plusieurs autres, sous ce titre : Poesis Philosophica, 1573, in-8.
II. HÉRACLITE, Sicyonien. C'est sous son nom que Leo Al-latius a donné au public le livre De Incredibilibus. Il l'avoit tiré de la bibliothèque du Vatican. Cet ouvrage, imprimé à Rome, en 1641, l'a été depuis à Londres et à Amsterdam. La dernière édition est la plus belle. I. HÉRACLIUS, empereur Romain, né vers l'an 575 d'Héraclius, gouverneur d'Afrique, détrôna Phocas, qui tyr runisoit ses sujets, et se fit couronner à sa place en 610, après lui avoir fait trancher la tête. Quoi! lui dit-il, tu n'avois usurpé l'empire, que pour faire tant de maux au Peuple! — Phocas lui répondit : Gouverne-le mieux. Le nouvel empereur profita de cet avis. Il fit la revue des troupes, les disciplina, et mit un nouvel ordre dans l'état. Chosroès II, roi de Perse, étoit en guerre avec Phocas; Héraclius lui fit demander la paix, et ne put l'obtenir. Le monarque Persan envoya une armée formidable dans la Palestine en 614. Jérusalem fut prise, les églises brûlées, les clercs massacrés, les Chrétiens vendus aux Juifs, les vases sacrés, entre autres le bois de la vraie croix, enlevés. Le vainqueur jure « qu'il n'accordera la paix à l'empereur et à ses peuples, qu'à condition qu'ils renonceront à Jésus-Christ, et qu'ils adoreront le soleil, la divinité des Perses. » Héraclius, outré de ces insolences, marcha contre Chosroès, le défit en plusieurs rencontres, depuis 622 jusqu'en 627. Le roi barbare, poursuivi jusque dans ses états, y trouva Syroès son fils aîné, qu'il avoit voulu déshériter, les armes à la main. Syroès l'ayant fait enfermer dans une dure prison, fit la paix avec Héraclius, et lui rendit le bois de la vraie croix en 628. On célébra, comme un jour de fête, celui où cet instrument du salut avoit été remis à sa place. C'est l'origine de la fête de l'Exaltation de la Croix, célébrée par les Grecs et les Latins le 14 septembre. Les disputes théologiques qui avoient agité l'empire d'Orient, se renouvelèrent, quoique le Nestorianisme et l'Eutychéisme eussent été proscrits. On avoit établi, sous les règnes précédens, dans différentes assemblées ecclésiastiques, la réalité des deux natures en J. C. On chercha à expliquer, sous l'empire d'Héraclius, comment deux natures ne composoient qu'une personne, quoiqu'elles fussent distinguées. « On crut résoudre cette difficulté, dit l'abbé Pluquet, en supposant que la nature humaine étoit réellement distinguée de la nature divine; mais qu'elle lui étoit tellement unie, qu'elle n'avoit point d'action propre; que le Verbe étoit le seul principe actif dans Jésus-Christ; que la vo- 201 HER lonté humaine étoit absolument passive, comme un instrument dans les mains d'un artiste. » Cette explication parut lever les difficultés des Nestoriens et des Eutychéens. *Héraclus* la regarda comme un moyen d'éteindre les restes de ces hérétiques, qui avoient résisté aux anathèmes des conciles et à la puissance des empereurs. Epris de cette idée, il assembla un concile et donna un édit, qui faisoit du Monothéisme, ou de l'erreur qui ne suppose qu'une volonté dans *Jésus-Christ*, une règle de foi et une loi de l'empire. Cet édit, qu'on nomma l'*Écthèse*, c'est-à-dire exposition, comme si ce n'eût été qu'une simple exposition de foi, fut condamné à Rome l'année suivante 640, par le pape *Jean IV*, dans un concile. L'empereur sentit sa faute; il écrivit au souverain pontife: « Que cet édit n'étoit point de lui; que le patriarche *Sergius* l'avoit composé, et l'avoit engagé à le publier sous son nom; mais qu'il le désavouoit, puisqu'il causoit tant de troubles. » Pendant ces disputes, les Sarasins s'emparoient de l'Égypte, de la Syrie et de toutes les plus belles parties de l'empire. *Héraclus* étoit hors d'état de s'opposer à leurs conquêtes. Il fut attaqué d'une hydropisie, qui le mit au tombeau le 11 février 641, à 66 ans, après trente ans de règne... On ne sait, dit l'abbé *Guyon*, quel rang lui assigner parmi les princes. Sur la fin de son règne, il donna plutôt des marques de timidité que de courage. La sagesse, l'activité, la valeur qu'il avoit fait éclater pendant la guerre Persique, sont dignes d'admiration; mais dans les derniers temps, on ne trouve plus la vainqueur de *Chosroès*. C'est un controversiste, qui paroît bien moins touché des affaires de l'empire, qu'empressé de décider celles de la religion. Il abandonna les devoirs d'un monarque, pour faire les fonctions d'un évêque.
II. HÉRACLIUS-CONSTANTIN, fils d'*Héraclus* et de *Flavia Eudocia*, naquit à Constantinople en 612, et succéda à son père en 641. Il partagea le trône impérial avec *Héracléonas* son frère, fils de l'impératrice *Martine*, conformément aux dernières volontés d'*Héraclus*. *Constantia* aimoit son peuple, et en étoit aimé: il ne cherchait qu'à le soulager. Ayant appris que son père avoit déposé un trésor considérable chez *Pyrrhus*, patriarche de Constantinople, et qu'il devoit être remis à l'impératrice *Martine*, dans le cas de quelque disgrace, il fit enlever cet argent. *Martine* se vengea en l'empoisonnant; ce fut du moins le bruit général. Comme il se vit sur le point de mourir, il distribua le trésor de son père aux soldats, pour qu'ils fussent favorables à son fils *Constant*. Il expira le 25 mai 641, après avoir porté le sceptre trois mois et vingt-trois jours. Ses manières affables lui avoient gagné tous les cœurs. I. HÉRAULT ou HÉRAULD, (Didier) *Desiderius Heraldus*, avocat au parlement de Paris, célèbre par plusieurs ouvrages pleins d'érudition. Les principaux sont: I. Des *Notes* estimées sur l'*Apologétique* de *Tertullien*, sur *Minutius Félix*, sur *Arnobe*, sur *Martial*. II. Des *Adversaria*; Paris, 1699, in-8.º III. Plusieurs *Livres de Droit*. Ce savant mourut en 1649. L'étude des belles lettres occupa la plus grande partie de son temps; et ce fut aur-tout dans les écrits des anciens, qu'il puisa ce fonds de savoir qui le distinguoit. — HÉRAULT, son fils, fut ministre de l'église Wallone à Londres, puis chanoine de Cantorbery. On a de lui, le Pacifique Royal en deuil, contre la mort de Charles premier, roi d'Angleterre. C'est un recueil de Sermons, qui fut suivi, après le rétablissement de Charles II sur le trône, de vingt autres Sermons, publiés sous le titre de Pacifique Royal en joie.
IL HÉRAULT, (Magdeleine) fille d'un peintre de même nom, excelloit à copier les tableaux des grands maîtres, et réussissoit dans le portrait. Elle épousa, en 1660, Noël Coypel, dont elle eut le célèbre Antoine Coypel.
III. HÉRAULT, (René) né à Rouen en 1691, mort à Paris en 1740, fut d'abord avocat du roi au Châtelet, ensuite intendant de Tours, enfin lieutenant de police de Paris en 1725. Pendant son administration toujours ferme et quelquefois dure, il fit étiqueter les rues de la capitale, mit le guet sur un meilleur pied et multiplia les lanternes. Il quitta la police en 1739, et devint intendant de Paris.
HÉRAULT DE SECHELLES, (Marie-Jean) né à Paris, commença sa carrière dans le barreau en remplissant au Châtelet la place d'avocat du roi. Neveu de Mad. de Polignac, la reine l'y rencontra, et charmée de son entretien, elle promit de lui être utile. En effet, sur sa recommandation, Hérault obtint la première place d'avocat général qui vint à vacquer au parlement. Ayant embrassé avec chaleur les idées révolutionnaires, il fut nommé commissaire du gouvernement près du tribunal de cassation, et ensuite député à la première législature et à la convention. Il y présenta divers rapports pour demander la responsabilité des ministres, la mise en accusation de ceux qui avoient voulu défendre le château des Tuileries le 10 août, et contribua plus qu'aucun autre député à la constitution de 1793, qu'on a nommée le Code ridicule de l'anarchie. L'un des axiomes politiques de Hérault étoit que la force du Peuple et la raison étoient la même chose. Avec de pareils principes, il devint membre du comité de salut public d'où il fut précipité, comme complice de Danton, et envoyé à l'échafaud le 5 avril 1794, à l'âge de 34 ans. Hérault entendit sa condamnation avec calme, se promena pendant deux heures avec les autres détenus en attendant qu'on vint le chercher pour aller à la mort, et la subit avec courage. Il étoit grand, d'une figure très-intéressante, et s'énonçoit avec une extrême facilité. Réunissant une fortune considérable aux dons de la nature et de l'esprit, il devoit jouir d'un sort brillant et heureux sous un gouvernement paisible; mais il mit son bonheur à le troubler. On a de lui quelques ouvrages littéraires : I. Théorie de l'ambition, opuscule écrit en maximes qui annoncent un coup d'œil pénétrant. Le style en est énergique, quelquefois obscur. II. Voyage à Montbar, publié après la mort de l'auteur. Il n'est dépourvu ni d'élégance ni de force.
HERBELOT, ( Barthélemi d' ) né à Paris en 1625, montra, dès son enfance, beaucoup de goût et de talent pour les langues orientales. Il les fortifia dans plusieurs voyages à Rome, où étoient alors *Luc Holsteanius* et *Leo Allatius*, qui l'aimèrent et l'estimèrent. Le grand duc de Toscane, *Ferdinand II*, lui fit présent d'une bibliothèque de manuscrits orientaux, exposée en vente lorsqu'il passa à Florence. Le grand *Colbert* l'ayant invité de revenir dans sa patrie, il ne put partir de Florence qu'après avoir montré les ordres précis du ministre qui le rappelait. Quand il parut à la cour de France, le roi l'entretint plusieurs fois, et lui accorda une pension de 1500 livres. Le chancelier de *Pontchartrain* lui obtint ensuite la chaire de professeur royal en langue Syriaque. Il mourut à Paris le 10 décembre 1695, à 70 ans. C'étoit un homme d'une vaste littérature, et d'un caractère supérieur à toutes ses connaissances; sans hauteur, sans opiniâtreté, sans cette morgue qui est le partage du pédantisme. Il ne parloit jamais de science, qu'il n'y fût invité par ses amis. Sa probité égaloit son savoir, et elle fut d'autant plus sûre, qu'elle étoit étayée sur un grand fonds de religion. Les ouvrages qui font le plus d'honneur à sa mémoire, sont : I. *La Bibliothèque Orientale*; Paris, 1697, in-folio; composée d'abord en arabe, mise ensuite en françois pour la rendre d'un plus grand usage. C'est un livre nécessaire à ceux qui veulent connoître les langues, le génie, l'histoire et les coutumes des peuples de l'Orient. II. *Un Dictionnaire Turc*, et d'autres *Traités curieux* qui n'ont pas vu le jour. Sa *Bibliothèque Orientale* devenant tous les jours plus rare et plus chère, a été réimprimée à Maastricht, 1776, in-folio; et à Paris, 1782, six vol. in-8. Au reste, cette collection n'est qu'un amas de matériaux indigeste, et est souvent très-défectueuse.
HERBERAI DES ESSARTS, ( Nicolas de ) commissaire d'artillerie, mort vers 1552, sortoit d'une famille noble de Picardie. Il avoit pris pour sa devise deux mots espagnols, qui signifient *SOUVENIR* et *OURLI*. *La Croix-du-Maine* dit que c'étoit le gentilhomme de son temps, le plus estimé pour la pureté de la langue françoise et pour l'art oratoire. Mais *Duverdier* dit qu'on trouvoit de l'affectation dans son style, semé de mots nouveaux et étrangers, et d'expressions rudes et désagréables. *Herberai* est connu principalement par la traduction des huit premiers livres d'*Amadis de Gaulle*, qu'il avoit entreprise par ordre de *François premier*. Ce roman est en vingt-quatre livres, qui forment autant de volumes. Les 21 premiers sont in-16, et les trois derniers in-8. Il y a des volumes doubles, et qui sont sortis de la tête des prétendus traducteurs; ce sont les 7, 15, 16, 19 et 20. *Gabriel Chapuis* est celui qui a eu le plus de part à cet ouvrage. *Voyez CHAPUIS* et *LOBEIRA*. On trouve dans les Mémoires de *Nicéron*, tom. 39, art. *Herberai*, des détails sur les autres traducteurs. Les curieux qui rassemblent les *Amadis*, y joignent le *Trésor de tous les livres d'Amadis*, contenant les *Harangues*, *Lettres*, etc., Lyon, 1582, 2 vol. in-16. Le style de ces anciens écrivains est grossier et licencieux. Mlle de Lubart en a donné, de nos jours, un extrait épuré en 8 vol. in-12 ; mais le choix en est mieux fait, et présenté d'une manière plus intéressante, dans la traduction libre d'Amadis de Gaule, par le comte de Tressan, Amsterdam, Paris, 2 vol. in-12, 1779. Herberai a encore traduit le premier livre de la Chronique de Don Florès de Grèce, in-fol., Paris 1555 ; ou in-8°, 1573, etc. I. HERBERT, Voyez VERMANDOIS.
II. HERBERT, (Édouard) plus connu sous le nom de Lord Herbert de Cherbury, naquit au château de Montgommery dans le pays de Galles en 1581, et fut envoyé, par Jacques premier, en ambassade vers Louis XIII. Il réunit les qualités de ministre d'état, d'homme de guerre et de savant. Nous avons de lui : I. Une Histoire estimée de Henri VIII, in-fol. II. De religione Gentilium, errorumque apud eos causis ; Amsterdam, 1700, in-8° : ouvrage plein d'érudition, mais écrit avec hardiesse. III. De causis errorum ; ouvrage dangereux, qu'on trouve, ainsi que le suivant, dans l'édition du livre que nous indiquons, n° v... IV. De religione Laïci. V. De Veritate ; Londres 1645, in-4°. Cette édition est la plus recherchée, parce qu'on y trouve les deux traités précédens. L'auteur a répandu, dans différents écrits, des principes de Déisme et de Naturalisme. On prétend que c'est dans cette source empoisonnée que puisèrent Spinosa, Hobbes et Ch. Blount. Il avoit fait imprimer en 1639, H E R 205 in-4°, une Traduction de son Traité de la Vérité, sous ce titre : De la Vérité, en tant qu'elle est distincte de la révélation, du vraisemblable, du possible et du faux. VI. De expéditione in Rheum insulam, Londres 1658, in-8°. Le lord Herbert mourut 1648, à 67 ans, laissant deux fils et une fille. Un savant Allemand, nommé Kortholt, fit imprimer en 1680, in-4°, une Dissertation sur les trois imposteurs de son siècle : Spinosa, Hobbes et Herbert.
III. HERBERT, (Georges) poète Anglois, né en 1597, étoit frère du précédent. Il laissa des Poésies estimées. Elles ont pour titre : Le Temple et le Ministre de la Campagne ; Londres, 1635, in-12. Il mourut curé de Beimmerson, près Salisbury, en 1635.
IV. HERBERT, (Claude-Jacques) mort à Paris, sa patrie, en 1758, à 58 ans, s'est distingué parmi les économistes. Son Essai sur la Police des Grains, avec un Supplément, 1755 et 1757, 2 vol. in-12, est estimé. On lui doit encore un Discours sur les vignes, 1756, in-12.
HERBERT, (Thomas) Voy. I. WICQUEFORT, à la fin.
HERBINIUS, (Jean) né en 1633, à Bitschen, dans la Silésie, fut député en 1664 par les Eglises Polonoises de la confession d'Angsbourg, pour aller solliciter en leur faveur auprès des Eglises Luthériennes d'Allemagne, de Suisse et de Hollande. Il mit à profit ses voyages, et rechercha principalement ce qui pouvoit avoir rapport aux cataractes ou chutes des fleuves. Il a laissé un savant traité sur cette matière, publié à Copenhague, sous ce titre : Dissertationes de Paradiso, de admirandis mundi Cataractis supra et subterraneis, eorumque principio; à Amsterd. 1678, in-4.º Ce livre n'est pas commun et est recherché. On a de lui, d'autres ouvrages. Les principaux sont : I. Kiovia subterranea, 1675, in-8.º II. De statu Ecclesiarum Augustonæ confessionis in Polonia; Hafniae, 1670, in-4.º III. Terræ motus et quietis Examen, in-12. IV. Tragicomædia et Ludi innocui de Juliano Imperatore Apostata Ecclesiarum et scholarum eversore, in-4.º Julien n'y est pas flatté. Il mourut en 1676, à 44 ans.
HERBOUVILLE, (Claude) jésuite, né à Rouen en 1697 d'une famille distinguée dans la magistrature, fut pendant quelque temps professeur de rhétorique à Paris, et quitta sa chaire pour parcourir la Hollande, l'Allemagne et l'Angleterre. Il revint mourir dans sa patrie en 1787, à l'âge de 90 ans. Il réunissait de grandes vertus à une érudition très-profonde. On lui doit les éditions latines des Histoires moraux de Caton, 1735, in-8.º et de Cicéron, de Fœtus bonorum et malorum. Les ouvrages d'Herbouville sont : I. Bibliotheca Melhemiana, 1742, in-8.º II. Une Histoire de la bibliothèque de Wolfenbüttel, en latin, 1746, in-8.º
HERCULE, (Methol.) est le nom que les anciens ont donné à quelques hommes d'une force et d'une valeur extraordinaires. Diodore, Liv. IV, en compte trois, Cicéron en nomme six dans le quatrième livre de la na- ture des Dieux, et Varron quarante-trois, dont plusieurs, à la vérité, sont symboliques; car chaque pays vouloit avoir son Hercule. Mais le plus fameux de tous est le Thébain, c'est-à-dire celui que les Poètes font fils de Jupiter et d'Alcmène femme d'Amphitryon. Les auteurs Grecs, pour le rendre plus merveilleux, lui ont attribué les belles actions et les grands exploits de tous les autres; en quoi ils ont été suivis des Latins. Tous racontent que Junon, pour se venger des infidélités de Jupiter, et empêcher l'accomplissement des hautes destinées promises au jeune Hercule, le transporta d'un tel accès de fureur, qu'il en perdit la raison. Etant revenu à son bon sens, il alla consulter l'oracle, qui lui répondit que, pour guérir de cette maladie, il devoit se soumettre à son frère Euristhée, et faire tout ce qu'il lui ordonneroit. Alors Euristhée, qui vouloit régner seul et faire périr Hercule, lui commanda des choses qui paroissient impossibles à un mortel: c'est ce qu'on appelle les travaux d'Hercule. Il y en a douze que l'imagination des poètes a rassemblés sans doute sur un seul. Etant encore au berceau, il étouffa deux serpens, que Junon avoit envoyés contre lui. Il tua dans la forêt ou dans le marais de Lerne, une hydre épouvantable, qui avoit plusieurs têtes, lesquelles renaissoient à mesure qu'on les coupoit. Il prit et tua à la course une biche, qui avoit des cornes d'or et des pieds d'airain. Il étrangla dans la forêt de Némée un lion extraordinaire, dont il porta depuis la peau pour se couvrir. Il mit à mort Busiris roi d'Egypte, qui faisoit immoler tous les voyageurs. Il punit Dio- mède, roi de Thrace, qui nour- rissoit ses chevaux de chair hu- maine, en le faisant manger par ses propres chevaux. Il prit, sur la montagne d'Erimanthe en Ar- cadie, un sanglier qui désoloit toute la contrée, et qu'il mena à Euristhée. Il tua à coups de flèches tous les horribles oiseaux du lac de Stymphale; dompta un taureau furieux qui désoloit la Crète; vainquit le fleuve Ar- chelois, auquel il arracha une corne, qu'il lui rendit néanmoins en recevant celle de la chèvre Amalhée. Il combattit avec gloire Erix, les géans Albion et Ber- gion, et étouffa dans ses bras le géant Anthée. Il déroba les pom- mes d'or du jardin des Hespé- rides, après avoir tué le dragon qui les gardoit. Il soulagea Atlas, en soutenant fort long-temps le ciel sur son dos. Il massacra plu- sieurs monstres, comme Gérion, Cacus, Tyrrhène et d'autres. Il dompta les Centaures, et nettoya les étables d'Augias. Il tua un monstre marin, auquel Hésione, fille de Laomédon, étoit exposée; et pour punir Laomédon, qui lui refusa les chevaux qu'il lui avoit promis, il renversa les murailles de Troie, et donna Hésione à Télamon; il défit les Amazones, et donna leur reine Hippolyte à Thésée. Il descendit aux enfers, enchaîna le chien Cerbère, et en retira Alceste, qu'il rendit à son mari Admète. Il tua le vautour qui mangeoit le foie de Prométhée, attaché au mont Caucase. Il sépara les deux montagnes Calpé et Abyla, et joignit par ce moyen l'Océan à la Méditerranée. Croyant que c'étoit là le bout du monde, il y eleva deux colonnes, qu'on ap- pela depuis Colonnes d'Hercule, sur lesquelles on dit qu'il grava une inscription, dont le sens est: NON PLUS ULTRA. Ce héros avoit épousé Déjanire, qu'il avoit en- levée à Achélois; peu après il s'attacha si follement à la jeune Omphale, reine de Lydie, qu'il s'babilloit en femme pour lui plaire, et filoit avec elle. Il aima aussi Iole, fille d'Eurite; et oublia entièrement Déjanire. Cette dernière infidélité déter- mina sa femme à lui envoyer, par un esclave appelé Lychas, la tunique du centaure Nessus, comme un présent qu'elle lui faisoit. Hercule ne l'eut pas plutôt sur le corps, qu'il sentit ses en- trailles déchirées par un feu dévo- rant, qui le mit dans une fureur si épouvantable, qu'ayant saisi le malheureux Lychas, il le lança dans la mer. Enfin, ne pouvant soutenir plus long-temps les douleurs aiguës qui le dévoroient, il dressa promptement un bû- cher, sur lequel il s'étendit, en priant son ami Philociète d'y mettre le feu. Ainsi mourut ce héros. Les Dieux l'immortali- sèrent, et il fut reçu dans le ciel, où il épousa Hébé, déesse de la jeunesse. On le représente ordinairement sous la figure d'un homme fort et robuste, la mas- sue en main, et couvert de la peau du lion de Némée. Il a quelquefois l'arc et la tronsee, ou la corne d'abondance sous le bras; fort souvent on le trouve couronné de feuilles de peuplier blanc. Il passoit pour être l'in- venteur des jeux Olympiques, et de ceux du Cirque: on lui attri- buoit aussi les combats des Ath- lètes et des Gladiateurs. Il étoit invoqué par les voyageurs, parce qu'il avoit parcouru l'univers pour le purger de tous les bri- gands: c'est pour cela qu'on lui dressoit des autels sur les grands 208 HER chemins, et qu'on y faisoit des sacrifices. On donne à *Hercule* plusieurs femmes et plusieurs maîtresses : entr'autres, *Astdamie*, *Astioche*, *Augé*, *Epicaste*, *Mégare*, *Parthénope*, *Pyrène*, *Déjanire*, les 50 filles de *Therpins*, qu'il rendit mères dans une seule nuit, et d'autres que nous avons citées dans le courant de cet article. *Voyez DIAGORAS*. Le nom d'*HERCULE*, suivant *Bailly*, semble dériver de deux mots Suédois, *HER* et *CULL*, qui signifient un *Chef de soldats*.
HERDTRICH, (Chrétien) Jésuite Flamand, savant dans l'histoire et les coutumes de la Chine, publia, dans le siècle passé, conjointement avec plusieurs de ses confrères, et par ordre de *Louis XIV*, le livre intitulé : *Confucius Sinarum Philosophus*, seu *Scientia Siacensis*. Il fut imprimé à Paris, in-fol. en 1687. On accuse l'auteur et ses associés, de n'être pas tout-à-fait exacts, et de montrer *Confucius* et sa doctrine, sous un jour trop avantageux. L'ouvrage est cependant fort curieux, et rempli d'une érudition qui étonna les savans mêmes.
HERÉ, (Emmanuel) premier Architecte du roi *Stanislas*, à donné les dessins des châteaux de ce prince et de la place de *Louis XV* à Nanci. Il mourut à Luneville, sa patrie, en 1763.
HERENNIEN, fils aîné de l'empereur *Odenat* et de *Zénobie*, fut honoré du nom d'*Auguste*, l'an 264, lorsque *Gallien* donna le même rang à *Odenat* et à sa famille. *Zénobie* lui conserva cette qualité après la mort de son époux. Elle revêtit alors ses trois fils de la pourpre impériale, pour gouverner l'empire d'Orient sous leur nom. *Hérennien*, élevé dans les mœurs et les usages des Romains par le philosophe *Longin*, ne parloit que Latin en public et dans les conseils, afin d'imiter en tout les empereurs de Rome. Il régna ainsi en Orient avec ses frères pendant quelques années. On ignore quel fut leur sort, lorsque l'empereur *Aurélien* les eut fait prisonniers, après avoir détrôné *Zénobie* leur mère.
HERENTALS, (Pierre de) chanoine régulier de l'ordre des Prémontrés, ainsi nommé, parce qu'il étoit natif de Hérentals dans le Brabant, naquit vers 1320, et mourut le 13 janvier 1390. Il est auteur : I. Des *Vies des Papes* Jean XXII, Benoît XII, Clément VI, Innocent VI, Urbain V, Grégoire XI et Clément VII, qu'on trouve dans les *Vies des Papes* d'*Avignon*, par *Baluze*; Paris, 1693, in-4.º Ces *Vies* sont tirées d'un ouvrage manuscrit de *Hérentals*, intitulé *Chronica ab orbis initio*.
HERESBACH, (Conard) né à Heresbach, village du duché de Clèves, en 1509, fut gouverneur, puis conseiller du duc de *Juliers*, qui le chargea des affaires les plus importantes. Il lia une étroite amitié avec *Erasme*, *Sturmius* et *Melanchthon*, et mourut en 1576, à 67 ans. On a de lui : I. *L'Histoire de la prise de Munster*, par les *Anabaptistes*, jusqu'à leur supplice, en 1536; Amsterdam, 1650, in-8.º II. *Rei rustica libri quatuor*; à Spire, 1595, in-8.º III. Un écrit sur *l'Education des Princes*, qui renferment de bonnes vues. IV. Un traité *De Venatione*, *Aucupio* Mucupio et Piscatione, où, parmi beaucoup de connoissances en histoire naturelle, on trouve trop de crédulité. Cet auteur possédoit les langues mortes et vivantes; et sa probité rehaussoit son érudition.
HERI, (Thierri de) chirurgien de Paris, puisa les principes de son art dans les écoles de médecine et de chirurgie de sa patrie. Ses travaux anatomiques, et ses premiers succès dans la pratique, répandirent son nom. François I, instruit de son mérite, l'envoya en Italie, où il avoit alors des troupes. Heri s'y appliqua sur-tout aux maladies vénériennes qu'il avoit étudiées à fond. Devenu inutile dans cette armée, après la bataille de Pavie, il alla à Rome; il s'y enferma dans l'hôpital de St-Jacques le majeur, dans lequel il trouva beaucoup de personnes attaquées de la maladie qui avoit fait le principal objet de son attention. Il s'y servit de la méthode des frictions, qu'il a au moins perfectionnée. Revenu à Paris, il employa ses lumières et son expérience au soulagement de ses compatriotes, et se consacra à la guérison des maladies qu'il avoit traitées, avec succès, en Italie. Il mourut en 1599, dans un âge fort avancé. On a de lui, un Traité, intitulé: Méthode curatoire de la Maladie Vénérienne, vulgairement appelée Grosse-Vairole; imprimée à Paris d'abord en 1552, et ensuite en 1569, in-8°. Cet ouvrage fut estimé de son temps, et est encore recherché dans le nôtre. On assure que Heri gagna plus de 50,000 écus dans le traitement de cette maladie cruelle, la terreur de la débauche et la honte de l'humanité.
HÉRIBERT, clerc d'Orléans, hérétique Manichéen, fut entraîné dans l'erreur par une femme qui venoit d'Italie, et qui étoit imbue des rêveries de cette secte. Il se joignit à un de ses compagnons, nommé Lisoïus; et comme ils étoient tous deux des plus nobles et des plus savans du clergé, ils pervertirent un grand nombre d'autres personnes de diverses conditions. Le roi Robert assembla un concile en 1017, pour les faire rétracter; mais comme on ne put jamais les désabuser, on fit allumer dans un champ, près de la ville, un bûcher, où plusieurs furent brûlés.
HÉRIC D'HÉRY, savant du onzième siècle, fut en grande réputation, et mérita par l'étendue de ses connoissances l'honneur d'être en correspondance avec Charles le Chauve, sur des objets de littérature. Il étoit à la fois, poète latin, historien, théologien, et par conséquent, tout ce que pouvoit être, dans son siècle, un homme qui aspiroit à quelque renommée.
HÉRICOURT, (Louis de) né à Soissons en 1687, avocat au parlement de Paris en 1712, fut choisi, l'année d'après, pour travailler au Journal des Savans. Ses extraits, faits avec beaucoup d'ordre et de netteté, embellirent cet ouvrage périodique, et firent un nom à l'auteur. Ses Lois ecclésiastiques de France, mises dans leur ordre naturel, publiées, pour la première fois, en 1729, et réimprimées à Paris en 1771, in-fol., lui ont encore fait plus d'honneur, par la méthode et la clarté qui y règnent. On a encore de lui: I. Un Traité de la vente des Immeubles par décret, in-4°, 1727. II. Un *Abrégé de la discipline de l'Eglise*, du P. Thomassin, in-4.º III. Des *Œuvres posthumes*, 1759, 4 vol. in-4.º Cet habile homme mourut en 1753, à 66 ans, aussi regretté pour son savoir que pour sa probité. La droiture de son cœur et la bonté de son âme étoient égales à sa modestie. — *Julien de HENICOURT*, son grand-père, mort en 1704, occasionna l'établissement de l'académie de Soissons, par les conférences qu'il tenoit chez lui. Il a publié l'*Histoire* de cette société littéraire, en latin élégant, en 1668, à Montauban, in-8.º
HÉRILLE, philosophe de la ville de Calcédoine, fut disciple de *Zénon*. Ayant entendu *Aristote* et *Théophraste* donner souvent les plus grands éloges à l'étude des sciences et de la philosophie, il y fit consister le souverain bien.
HÉRIS, (Guillaume) auteur Liégeois, dont nul biographe n'a fait mention, naquit en 1657, et fit profession dans l'ordre des Carmes. Il a publié un volume de quatre cents pages, rempli des *Panégyriques* des Saints de son ordre, loués *cum extraordinarid methodo*. Cette manière est en effet extraordinaire. Tous les mots de chaque éloge commencent par la lettre initiale du nom du Saint que l'auteur y célèbre. On peut juger de son travail, par ce portrait du roi *Saint Louis : Ludovicus Lutetianorum legislator laudatissimus, Lutetiam liberalilumine Lugdunumque locupletavit, lepore laudabilis, litteraturâ laudabilior, liberalitate laudabilissimus*. Il décrit ainsi la prise de ce roi par les Sa- rasins : *Lacrymabilem luctum lugete; ligatur Ludovicus; lumbi, latera, lacerti, laqueis ligaminibusque ligantur; luxurantia lacerantur lilia; lacesantur legiones; languent Ludovisiani lauri; latinaque labara labefactantur*. On doit encore à *Héris* plusieurs pièces de vers, en l'honneur de *St. Joseph*, patron de la ville de Liège, réunies en 1691, in-4.º Chacune de ses pièces est de dix vers. L'auteur mourut quelque temps après la publication de ce dernier écrit.
HÉRISSAIE, *Voy. FAIL.* I. HÉRISSANT, (François-David) né à Rouen en 1724, fut docteur en médecine de la faculté de Paris, malgré ses parens qui vouloient le mettre dans la robe. Il devint membre de l'académie des Sciences, et mourut en 1773, à 51 ans. On trouve beaucoup de ses *Mémoires* dans ceux de l'académie.
II. HÉRISSANT, (Louis-Antoine-Prosper) naquit à Paris en 1745, de *Jean-Thomas Hérissant*, célèbre imprimeur. Il s'appliqua, avec succès, aux belles-lettres et à l'étude de la médecine, pour laquelle il avoit beaucoup de penchant. Il mourut le 10 août 1769, âgé de 24 ans, emportant avec lui les regrets de tous ceux qui l'avoient connu, et la satisfaction que donne un attachement sincère à la vertu. On a de lui : I. *L'Eloge de Gonthier d'Andernach*, couronné par la faculté de médecine. II. *L'Eloge de Ducange*, qui a eu l'accessit. III. *Poème sur l'Imprimerie*. IV. *Jardin des Curieux*, ou *Catalogue raisonné des Plantes les plus belles et les plus rares, soit indigènes, soit étrangères*, publié après sa mort en 1771, in-12. V. Bibliothèque Physique de la France, ou Liste de tous les ouvrages qui traitent de l'histoire naturelle de ce royaume, 1771, in-8. Elle a été achevée et publiée par un docteur-régent de la faculté de Paris. I. HÉRITIER, (Nicolas l') poète tragique, étoit allié du célèbre garde des sceaux du Vair, dont sa femme, Françoise Leclerc, étoit nièce. Il fut d'abord mousquetaire; mais, obligé de quitter le service à cause d'une blessure, il acheta une charge de trésorier du régiment des Gardes Françoises, et obtint un brevet d'Historiographe de France. Ses poèmes dramatiques sont: I. Hercule farieux. II. Clovis. Ces pièces sont foibles. Il a fait aussi quelques petites poésies fugitives, telles que le Portrait d'Amaranthe. Ce morceau, d'environ soixante et dix vers, est écrit avec assez de noblesse. III. Tableau historique des principaux événements de la Monarchie Françoise, ouvrage diffus, qui prouve qu'il étoit aussi mauvais historien que poète médiocre. IV. Traduction des Annales de Grotius. C'est le plus considérable de ses écrits. Il mourut à Paris, sa patrie, en 1680.
II. HÉRITIER DE VILLANDON, (Marie-Jeanne l') née à Paris en 1664, du précédent, hérita du goût de son père pour la poésie. L'académie des jeux Floraux se l'associa en 1696, et celle des Ricovrati de Padoue en 1697. Cette Muse illustra son sexe, autant par ses talens, que par la douceur de ses mœurs et par la noblesse de ses sentimens. Ses ouvrages sont la plupart mêlés de prose et de vers. On a d'elle: I. Une Traduction des Epîtres amoureuses d'Ovide, dont il y en a seize en vers. II. Le Tombeau de M. le Duc de Bourgogne. III. Le Triomphe de Mad. des Houlières, reçue dixième Muse au Parnasse, en vers. IV. La Pompe Dauphine, en prose et en vers. V. L'Avare puni, nouvelle en vers. VI. La Tour ténébreuse, conte Anglois, in-12. VII. Les Caprices du Destin, in-12. Le style des différens écrits de Mlle l'Héritier a de l'élégance, mais peu de coloris. Son portrait, gravé par Desrochers, est très-ressemblant. Elle mourut à Paris en 1734, à 60 ans. Elle auroit été presque réduite à l'indigence, sans une pension de quatre cents livres que lui faisoit le garde des sceaux Chauvelin. Desforges-Maillard fit ces vers pour son portrait: Les neuf Savantes immortelles La comblèrent de leurs faveurs, Mais, hélas ! ô dons infidelles, Dont la possession fit languir mille Auteurs ! Elle vécut, ô temps ! ô mœurs ! Docte, vierge et pauvre comme elles.
III. HÉRITIER DE BRUTELLE, (Charles-Louis l') né à Paris en 1745, fut d'abord procureur du roi à la maîtrise des eaux et forêts, et ensuite conseiller à la cour des aides. Tout ce qui tient à l'amélioration des bois, au choix des plants, à la connoissance des espèces, devint l'objet de ses études. La botanique surtout l'attacha particulièrement, et il y obtint assez de célébrité pour mériter en cette partie une place à l'institut. Lié d'amitié avec le naturaliste Domley, qui avoit apporté, en 1786, du Pérou et du Chili, une riche collection de plantes, il s'offrit de la faire dessiner et de la publier à ses frais; mais la cour d'Espagne ayant empêché cette publication en France, l'Héritier passa à Londres pour s'y occuper de cet ouvrage, qui n'a point paru, et qui devoit avoir pour titre: Flore du Pérou. De retour dans sa patrie, il fut employé pendant quelque temps dans les bureaux du ministère de la justice; mais ne pouvant s'empêcher de s'occuper de son objet favori, il examinoit en entrant ou sortant de l'hôtel, les mousses, les lichens et autres petites plantes des murs et des pierres; il en avoit décrit plus de cent espèces, dont il devoit publier le catalogue, sous le titre singulier de Flore de la place Vendôme. L'Héritier avoit recueilli la bibliothèque la plus riche en botanique qui existât à Paris. Il communiagoit avec empressement ses livres aux savans, et s'occupoit sans cesse à en accroître le nombre, lorsque, le 10 août 1801, sortant de l'institut à dix heures du soir, il fut assassiné à coups de sabre à quelques pas de sa maison, sans qu'on ait pu découvrir ses meurtriers. Ses ouvrages sont: I. Stirpes novæ, 1784, in-fol. Il n'a paru que sept cahiers de ce magnifique ouvrage, qui renferme quatre-vingt-seize planches; trois ans après, l'auteur en publia quatre-vingt-quatre autres, sans texte, et qui représentent des Géranium. II. Cornus sistens, 1789, in-folio. C'est l'histoire particulière des Cornouillers, suivie de six planches. III. Sertum Anglicum, 1689, in-fol. C'est la description de plusieurs plantes rares, observées par l'auteur dans les jardins des environs de Londres. Les figures en sont magnifiquement gravées. L'Héritier dédia cet ouvrage aux Anglois, et donna le nom de leurs botanistes les plus célèbres, aux nouveaux genres qui y sont décrits, pour leur témoigner sa reconnoissance de l'hospitalité qu'il en avoit reçue.
HERLICIUS, (David) médecin et astrologue, célèbre sous ces deux titres, naquit à Zeitz en Misnie l'an 1557, et mourut à Stutgard en 1636, à 79 ans, après avoir enseigné les mathématiques et la médecine dans diverses universités d'Allemagne. Il se mêloit de tirer des horoscopes; mais, connoissant l'incertitude de son art, il ne prononçoit ses oracles, qu'après avoir profondément réfléchi sur le caractère de ceux qui lui demandaient des prédictions. Il prédit néanmoins que l'empire des Turcs seroit bientôt détruit, dans son Anti-Turcicus miles; mais on attend encore l'effet de sa prédiction. On a de lui: I. Des Poésies. II. Des Harangues. Les unes et les autres sont dans la poussière, et ne méritent pas d'en être tirées. C'étoit un faiseur d'Almanachs, et ce genre d'ouvrage l'a occupé cinquante-deux ans. I. HERMAN, moine de Richenou en Souabe, surnommé Contractus, parce que, dès son enfance, il avoit eu les membres rétrécis, mourut à Aleshusen en 1054, avec la réputation d'un savant profond dans l'histoire et dans les langues. Outre une Chronique qu'il nous a laissée, on lui attribue le Salve Regina, l'Alma Redemptoris, la prose Veni Sancte Spiritus, et d'autres ouvrages mystiques, qui font honneur à sa piété. S'il n'y a pas une poésie sublime dans la prose que nous avons citée, on y trouve au moins de l'onction : et c'est ce qui manque à beaucoup de proses et d'hymnes modernes.
IL HERMAN DE RYSWICK, Hollandois, fut mis en prison l'an 1499, d'où il sortit après avoir fait abjuration ; mais ayant publié une seconde fois ses erreurs, il fut brûlé vif à la Haye en 1512. Il enseignoit que les anges n'ont point été créés par Dieu, et que l'ame n'est point immortelle : il n'oit qu'il y eût un enfer, et vouloit que la matière des élémens fût éternelle. A ces erreurs il en ajoutoit de plus criminelles, en rejetant, avec une pareille audace, l'Écriture-Sainte et la loi ancienne et nouvelle.
III. HERMAN, (Paul) célèbre botaniste du 17e siècle, natif de Hall en Saxe, exerça la médecine dans l'isle de Ceylan, et fut ensuite professeur en botanique à Leyde. Il mourut en 1695, laissant plusieurs ouvrages. I. Catalogue des Plantes du Jardin public de Leyde, 1687, in-8.0. II. Cynosura materia medicae, Argentinæ, 1726, 2 vol. in-4.0. Boecler donna une Continuation de cet ouvrage, publiée en 1729, in-4.0. III. Lugduno - Batava Flores, 1690, in-8.0. IV. Paradisus Batavus, 1705, in-4.0. V. Musæum Zeylanicum, 1717, in-8.0. Son savoir étoit généralement reconnu en Europe ; mais il n'empêcha pas qu'il ne fût assez malheureux.
IV. HERMAN, peintre, Voyez SUANÉFELD. I. HERMANN, (Jacques) professeur en droit naturel et en morale, à Basle, sa patrie, H E R 213 naquit en 1678. Il fut au nombre des académiciens étrangers de Berlin, et de l'académie des Sciences de Paris. Dès son enfance, il avoit montré beaucoup de goût pour les mathématiques. Ses voyages en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, en France, ne firent que l'augmenter. Le célèbre Leibnitz, son ami, lui fit donner une chaire de mathématiques dans l'université de Padoue. Il la garda six ans, quoique Luthérien, et emporta, en la quittant, les regrets aussi vifs que sincères des citoyens et des écoliers. Appelé à Pétersbourg, en 1724, par le czar Pierre I, pour y former une académie des Sciences, il y professa les mathématiques jusqu'en 1727, qu'il fut rappelé dans sa patrie pour professer la morale. Il y mourut le 11 juillet 1733, à 55 ans. On a de lui : I. Responsio ad Considerationes... circa principia Calculi differentialis, imprimée en 1700. C'est une défense des principes du calcul différentiel contre Nieuwentyt. II. De Phoronomiæ, in-4.0, 1724. L'auteur a donné sous ce titre un Traité des forces et des mouvemens des corps solides et fluides. Il avoit projeté de mettre à la fin de son ouvrage la Dinamique, ou les Pensées de Leibnitz, sur la Science des Forces ; mais la mort de cet illustre philosophe l'empêcha d'exécuter ce dessein. On a imprimé en 1743, in-4.0, à Paris, un Traité sur cette matière, par M. d'Alembert, qui, quoique âgé seulement de 25 ans, étoit dès-lors très-profond dans les mathématiques. Cet ouvrage est bien capable de calmer les regrets qu'on pourroit avoir sur la perte de celui d'Hermann. III. Un traité, De nova accelerationis 214 HER Lege, quà graviu versis Terram feruntur, suppositis motu Diurno Terrae, et vi gravitatis constanti. IV. Disquisitio de vibrationibus chordarum tensarum. V. Solutio proilematis de trajectoris Curvarum inveniendis. VI. Une Dissertation particulière sur les Lois de la nature, touchant les forces des Corps et leur vraie mesure, etc.
II. HERMANN, (Jean) né à Barr en Alsace en 1738, fournit divers articles au Journal de physique, et à la Cristallographie de Romé de Lille. Il a publié Coup d'œil sur le tableau de la nature, à l'usage des enfans, in-12. Cet écrit est précis et utile; aussi a-t-il eu plusieurs éditions. L'auteur est mort le 4 octobre 1800. I. HERMANT, (Godefroi) savant et pieux docteur de la maison et société de Sorbonne, né à Beauvais en 1617, obtint un canonicat dans sa patrie, fut recteur de l'université de Paris en 1646, et mourut le 11 juillet 1690, à 74 ans, après avoir été exclus de la Sorbonne et de son chapitre pour l'affaire du Formulaire. Ses vertus et son profond savoir auroit dû faire fermer les yeux sur ses opinions. Hermant avoit les qualités et les défauts qu'on contracte dans le silence du cabinet: une ardeur incroyable pour l'étude; une fermeté de caractère, qui plioit d'autant moins, qu'elle étoit inspirée par la vertu, la timidité d'un enfant, et une ignorance totale des usages du monde, qui n'étoient pas nécessaires à son bonheur. Sa façon de penser, sa piété, ses talens, le lièrent intimement avec Sainte-Beuve, Tillemont, et les autres solitaires de Port-Royal. Il prit leur style noble, majestueux, arrondi, et quelquefois un peu enflé. Ce défaut se remarque surtout dans les ouvrages d'Hermant. Les principaux sont: I. Les Vies de St. Athanase, 2 vol. in-4°; de St. Basile et de St. Grégoire de Nazianze, 2 vol. in-4°; de St. Chrysostôme, in-4°, sous le nom de Menart; de St. Ambroise, in-4°. Elles ne contiennent pas seulement ce qui regarde ces grands évêques, mais toute l'histoire ecclésiastique de leur temps. II. Une traduction en françois du Traité de la Providence, de St. Chrysostôme, in-12, 1658. III. Une autre des Ascétiques de St. Basile, in-8°, 1673. IV. Index universalis totius Juris ecclesiastici, in-fol., à Lille en 1693, avec des notes peu dignes de l'auteur. V. Divers Fcrits Polémiques contre les Jésuites. VI. Défense de la piété et de la foi de l'Eglise, contre les impiétés de Jean Labadie, apostat, par le sieur de Saint-Julien, docteur en Théologie; Paris, 1651, in-4°. Hermant emprunta un autre nom que le sien pour publier cet ouvrage, parce qu'on lui refusa le privilège du roi. Il y combat ce que Labadie avoit avancé, qu'ayant été bon disciple de Saint Augustin, sur-tout depuis qu'il étoit sorti des Jésuites, il n'avoit point changé de sentiment en se faisant Calviniste, comme s'il avoit trouvé tout St. Augustin dans Calvin. VII. Discours chrétien sur l'établissement du Bureau des Pauvres de Beauvais, Paris, 1653, in-8°; et Rouen, 1676, avec les titres de l'érection et autres pièces. Ces deux derniers ouvrages ne sont pas communs. Voyez sa Vie, in-12 par Baillet; et l'article MARCEL, n° VII, dans ce Dictionnaire.
IL HERMANT, (Jean) curé de Maltot, dans le diocèse de Bayeux, naquit à Caen en 1650, et mourut en 1725, à 75 ans. Il est principalement connu par cinq ouvrages très-médiocres : I. Histoire des Conciles, 4 vol. in-12. II. Histoire des Ordres Religieux, 2 vol. in-12. III. Histoire des Ordres militaires et des Ordres de Chevalerie, 2 vol. in-12. IV. Histoire des Hérésies, 4 vol. in-12. Ce dernier ouvrage souffrit quelque difficulté pour l'impression, parce que l'auteur n'y avoit pas parlé des opinions erronées de Jansénius et de Quesnel. V. Histoire du Diocèse de Bayeux, qui devoit avoir trois parties; mais il n'y a eu que la première d'imprimée à Caen, 1705, in-4° : elle traite des Evêques, et fourmille de fautes. Les erreurs et les inexactitudes ne sont pas le seul défaut des livres de l'abbé Hermant : il écrit d'un style incorrect et boursouflé.
HERMAPHRODITE, (Mythol.) étoit fils de Mercure et de Vénus, comme son nom le signifie; car les Grecs appeloient Mercure Ermes, et Vénus Aphrodite. Etant venu se baigner dans la fontaine de la nymphe Salmacis, elle le trouva si beau, qu'elle voulut l'engager à y demeurer avec elle; mais Hermaphrodite résista à toutes ses sollicitations. Alors la nymphe se jeta elle-même dans l'eau; et le tenant embrassé, elle demanda aux Dieux qu'ils demeurassent toujours unis, et ne fissent plus qu'un. On les appela depuis Androgyne, c'est-à-dire homme et femme... Voyez l'art. HILDEBERT.
HERMAPION, auteur ancien, avoit fait un ouvrage sur l'explication des hiéroglyphes. Cet écrit ne subsiste plus, mais Ammien Marcellin a donné, d'après cet auteur, l'explication de l'obélisque du grand cirque, et Montfaucon en a publié la traduction. Cet obélisque se voit aujourd'hui à Rome, à la porte del Popolo.
HERMAS, écrivain ecclésiastique du premier siècle, le même que St. Paul salue dans son Épître aux Romains, est auteur d'un ouvrage regardé par quelques anciens comme un livre canonique, mais rejeté par tous les modernes. Ceux-ci l'ont considéré seulement comme un ouvrage propre à l'édification des fidèles, quoiqu'il soit écrit avec plus de simplicité que de discernement. Ce livre, intitulé le Pasteur, parce que c'est un ange qui y parle sous la figure d'un pasteur, a été traduit en françois dans les livres apocryphes de la Bible de Sacy, 1742, 2 vol. in-12. Il est divisé en trois parties : I. Les Visions. II. Les Préceptes. III. Les Similitudes. On a perdu l'original grec, et il n'en reste qu'une version latine, imprimée dans la Bibliothèque des Pères.
HERMENFROI, roi de Thuringe, ayant fait assassiner un de ses frères, partagea le royaume avec l'autre. Almaberge, sa femme, princesse d'une ambition démesurée, ne pouvant souffrir ce partage, commanda qu'on ne couvrit la table du roi qu'à demi. Ce prince, surpris, en demanda la raison. Puisque vous n'avez que la moitié d'une couronne, répondit la reine, votre table ne doit être servie qu'à moitié... Hermenfroi, animé par ce reproche, fit la guerre à 216 HER Berthier, son frère, qui perdit la bataille et la vie. Mais l'usurpateur ne jouit pas long-temps de sa conquête, car Thierry, roi de Metz, le fit précipiter du haut des murailles de Tolbiac, l'an 540, et contraignit Alnaberge de se sauver auprès d'Athalaric, roi des Ostrogoths, où elle finit ses jours, réduite à la condition de personne privée et de sujette, elle qui n'avoit pas voulu connoître d'égal.
HERMENEGILDE ou HERMINIGILDE, prince Visigoth, Voy. LEUVIGILDE.
HERMÈS ou MERÇURE-TRISMÉGISTE, c'est-à-dire Trois fois Grand, philosophe Égyptien, réunit le sacerdoce et la royauté, selon les uns; et fut seulement conseiller d'Isis, femme du roi Osiris, selon d'autres. Il florisoit vers l'an 1900 avant Jésus-Christ. Le président d'Espagnet a donné le Traité de l'ouvrage secret de la philosophie d'Hermès, dans sa Philosophie naturelle, 1651, in-8.º On attribue à cet ancien philosophe, ou à son fils Thot, l'invention de l'écriture, des premières lois Égyptiennes, des sacrifices, de la musique, de la lutte, de la lyre et de la culture de l'olivier. Il découvrit, dit-on, les premiers principes de l'arithmétique et de la géométrie, et fit élever des colonnès sur lesquelles il fit graver en caractères hiéroglyphiques ses découvertes, pour en faire passer le souvenir à la postérité. Ce fut lui qui le premier divisa le jour en 12 heures, et la nuit de même, par l'observation d'un animal consacré à Sérapis, appelé Cynocéphole, qui jetoit son urine douze fois le jour, et autant la nuit, dans des inter- valles égaux. Mais il est difficile de croire que le même homme ait inventé tant de choses différentes. Au surplus, les Égyptiens reconnoissans donnèrent le nom d'Hermès au premier mois de leur année. Les deux dialogues intitulés Pimander et Asclépias, qui parurent à Trévise en 1471, in-fol., sous le nom d'Hermès, sont d'un auteur qui vivoit dans le deuxième siècle de l'Église. Il reconnoit un seul Dieu, créateur de toutes choses, et gémit sur l'aveuglement des Égyptiens, qui avoient inventé le culte des idoles. I. HERMIAS, Voyez l'article ARISTOTE, vers le commencement.
II. HERMIAS, étoit de Galatie, et vivoit dans le deuxième siècle. Il adopta l'erreur d'Hermogène sur l'éternité du monde, et crut que Dieu étoit matériel; mais qu'il étoit une matière animée, plus déliée que les élémens des corps. Le sentiment d'Hermias n'étoit que le système métaphysique des Stoïciens, avec lequel il tacha d'allier les dogmes du Christianisme. Hermias croyoit, comme les Stoïciens, que les ames humaines étoient composées de feu et d'esprit. Il rejetoit le baptême de l'Église, fondé sur ce que St. Jean dit que Jésus-Christ baptisa dans le feu et par l'esprit. Le monde étoit, selon Hermias, l'enfer, et la naissance continuelle des enfans étoit la résurrection. C'est ainsi qu'il prétendoit concilier les dogmes de la religion avec les principes du Stoïcisme. Hermias eut des disciples, qui prirent le nom d'Hermiteites. Ils étoient dans la Galatie, où ils avoient l'adresse de faire des prosélytes. Hermias avoit épousé Edésie, l'une des plus belles femmes d'Alexandrie, qui fût renommée pour sa piété et ses vertus. Celle-ci, après la mort de son époux, alla finir ses jours à Athènes.
III. HERMIAS, philosophe Chrétien, que l'on croit plus ancien que Tertullien, est auteur d'une Raillerie des Philosophes Payens : ouvrage utile à ceux qui défendent la religion Chrétienne. Guillaume Wort en a donné une bonne édition à Oxford, in-8°, en 1700. Elle est jointe à l'Oratio Tatiani ad Graecos.
HERMILLY, (N. Vaquette d') censeur royal, né à Amiens, en 1710, mort à Paris le 29 janvier 1778, à 71 ans, a traduit de l'espagnol : I. L'Histoire générale d'Espagne, de Ferreras, 1742 et années suivantes, 10 vol. in-4°. II. Le Théâtre Critique, 1745, 12 vol. in-12 : ce livre, composé par un bénédictin Espagnol, à peu près dans le goût du Spectateur Anglois, réussit plus à Madrid qu'à Paris. Il est plein de choses triviales, longuement exprimées. III. Les Nouvelles de Quèvedo. On a encore de lui : L'Histoire de Majorque et de Minorque, 1777, in-4°, qu'il composa pour servir de suite à l'histoire de Ferreras, et la Bibliographie Parisienne : catalogue des différens ouvrages imprimés en 1769, 1770, etc. en 5 vol. in-8°, qu'il rédigea avec Hurtaut, et qui n'est qu'une compilation d'éloges et de critiques.
HERMINIER, (Nicolas l') docteur de Sorbonne, théologal et archidiacre du Mans, né dans le Perche en 1657, mort à Paris le 6 mai 1735, à 77 ans, se fit respecter par ses vertus et ses lumières. Il est auteur d'une Théologie Scolastique en latin, en 7 vol. in-8°, 1709. Cette Théologie, qui est des plus superficielles, suivant le Lexicographe Janséniste, renferme, selon le même écrivain, un demi-Jansénisme. L'auteur l'avoit long-temps dictée en particulier avec beaucoup de fruit. Le Traité de la Grace fut censuré par quelques évêques. On a encore de lui 3 vol. in-12 sur les Sacremens.
HERMINIUS, fut un de ces braves Romains qui se joignirent à Horace, surnommé Coctès, pour faire tête aux Etruriens sur le pont de Rome, tandis qu'on le rompoit derrière eux, l'an 507 avant J. C. Quelques historiens confondent ce nom avec celui d'Arminius, qui soutint si vaillamment la gloire des Allemands contre les Romains; mais ce sentiment ne nous paroît pas fondésur de bonnes raisons. — C'est aussi le nom d'un capitaine Troyen redoutable par sa taille énorme, et qui combattoit sans casque et sans cuirasse. Catine le tua.
HERMIONE, fille de Ménélas, roi de Micène, et de la belle Hélène, que Tyndare, son aïeul maternel, promit à Oreste, en l'absence de son père, qui étoit alors au siège de Troie. Ménélas, qui ignoroit ce qu'avoit fait son beau-père, promit aussi sa fille à Pyrrhus, fils d'Achille, et la lui donna lorsqu'il fut de retour en Grèce. Oreste, outré de dépit de se voir enlever une princesse qu'il aimoit, alla chercher Pyrrhus; et l'ayant trouvé dans un temple d'Apollon, il le tua, et emmena Hermione. 218 HER
HERMITE, Voyes PIERRE L'HERMITE, et TRISTAN L'HERMITE. I. HERMOGÈNE, architecte, né à Alabanda, ville de Carie, bâtit un temple de Diane à Magnésie, et un autre de Bacchus à Théos. L'un et l'autre étoient d'ordre ionique; il supprima les colonnes sur les ailes, et offrit des portiques plus spacieux. Vitrave lui attribue tout ce qu'il y a de plus beau dans l'architecture. Il avoit composé, sur ce bel art, un Livre, qui n'est pas venu jusqu'à nous.
II. HERMOGÈNE, célèbre rhéteur, enseigna dès l'âge de 15 ans, et écrivit avec succès dans le deuxième siècle de l'Église. Nous avons de lui des Livres en grec sur la Rhétorique, avec les autres rhéteurs Grecs, à Venise, 1508 et 1509, 2 vol. in-fol., auxquels on joint les rhéteurs Latins, 1523, in-fol. On dit qu'à 24 ans il oublia tout ce qu'il savoit, et que son corps ayant été ouvert après sa mort, on lui trouva le cœur velu et d'une grandeur extraordinaire. Antiochus le Sophiste disoit de lui, qu'il avoit été vieillard dans sa jeunesse, et enfant dans sa vieillesse.
III. HERMOGÈNE, hérétique du 2e siècle, réfuté par Tertullien et Origène, répandit ses erreurs en Afrique. Il avoit quitté le Christianisme pour le Stoïcisme. Il prétendoit que la matière étoit coéternelle à Dieu, et que le Créateur en avoit tiré toutes les créatures. C'étoit à cette matière qu'il attribuoit toutes les perfections de cet univers. Tous les maux physiques, toutes les sensations qui nous affligent, toutes les passions qui nous tyrannisent, tous ces monstres sont des effets de l'indocilité de la matière, et de la résistance inflexible aux lois que l'Être Suprême a établies. « Si la matière n'est pas éternelle et incréée, disoit Hermogène, il faut que Dieu ait tiré le monde de sa propre substance; ce qui est absurde, parce qu'alors Dieu seroit divisible; ou qu'il l'ait tiré du néant; ou qu'il l'ait formé d'une matière coéternelle à lui. On ne peut dire que Dieu ait tiré le monde du néant; car Dieu étant essentiellement bon, il n'eût point tiré du néant un monde plein de malheurs et de désordres. Il eût pu les empêcher, s'il l'avoit tiré du néant; et sa bonté ne les eût pas soufferts dans le monde. Il faut donc que Dieu ait formé le monde avec une matière coéternelle à lui, et qu'il ne l'ait formé qu'en travaillant sur un fonds indépendant de lui. L'Écriture, selon Hermogène, ne disoit nulle part que Dieu eût fait la matière de rien: au contraire, disoit-il, elle nous représente Dieu formant le monde et tous les corps d'une matière préexistante, informe, invisible. Elle dit: Dieu fit le Ciel et la Terre dans leur principe, ou dans un principe: IN PRINCIPIO. Ce principe dans lequel Dieu forma le Ciel et la Terre, n'étoit que la matière préexistante, et éternelle comme Dieu. L'idée de la création de la matière n'est exprimée nulle part dans l'Écriture. Cette matière informe étoit agitée par un mouvement vague, sans dessein et sans objet; Dieu nous est représenté, dans l'Écriture, comme dirigeant ce mouvement, et le modifiant de la manière nécessaire pour produire les corps, les plantes et les animaux. La matière étant éternelle et incréée, et son mouvement étant une force aveugle, elle ne suit pas scrupuleusement les lois que Dieu lui prescrit; et sa résistance produit des désordres dans le monde. L'imagination d'Hermogène fut satisfaite de cette hypothèse; il crut que pour expliquer l'origine du mal, il falloit réunir les principes des Stoïciens sur la nature de la matière, et ceux des Chrétiens sur la puissance productrice du monde » (Plaquet, Dictionnaire des Hérésies.) Mais Tertullien, qui le réfuta, lui prouva les inconséquences et les absurdités de son système. On peut voir un précis des raisons de cet auteur célèbre dans l'ouvrage de Plaquet, déjà cité, art. HERMOGÈNE.
HERMOGÉNIEN, jurisconsulte du 4e siècle, auteur d'un Abrégé de Droit, en 6 livres, et d'un Recueil des Droits de l'Empire, sous Honorius et Théodose. Il rendit service, par ces deux ouvrages, à la jurisprudence, tombée dans la décadence comme tous les autres arts. I. HERMOLAUS, jeune Macédonien, l'un des pages d'Alexandre, conspira contre ce prince l'an 325 avant J. C. Un jour qu'il suivait ce conquérant à la chasse, il apperçut un sanglier qui venait à eux, lui lança son javelot et le tua. Alexandre, piqué d'avoir été prévenu, le fit fouetter. Hermolaus, voulant venger cet affront, complota, avec quelques-uns de ses camarades, de poignarder le roi de Macédoine. L'un d'eux agité par les remords que lui causoit ce crime, ayant révélé leur secret, Alexandre les fit arrêter, et leur demande quelle raison ils avoient eue de conspirer contre la vie de leur prince. Hermolaus lui dit : « qu'ils étoient las d'être traités comme des esclaves, et de la voir verser dans ses fureurs le sang de ses amis les plus chers et de ses serviteurs les plus fidelles. » Il lui reprocha en même temps la manie qu'il avoit de vouloir passer pour fils de Jupiter. Alexandre écouta patiemment ces différens reproches, le fit appliquer à la question et condamner à mort. Le philosophe Callisthènes, ami d'Hermolaus, fut arrêté dans le même temps. Voyez CALLISTHÈNES.
II. HERMOLAUS BARBARUS, Voy. BARBARO, no II.
HERMONDANVILLE, (Henri de) premier chirurgien de Philippe le Bel, professa son art à Montpellier et à Paris, et laissa en manuscrit un Cours de Chirurgie, composé de cinq Traités. Il y en a plusieurs exemplaires à la bibliothèque du roi, dans celle de Sorbonne, et dans d'autres bibliothèques, ainsi que de la Traduction Angloise qu'on en fit. C'est un monument précieux pour ceux qui cultivent cet art. On voit qu'il étoit alors bien loin de ce qu'il est aujourd'hui. Cet ouvrage, qui est de 1306, a pour titre : Chirurgia et Antidotarium.
HERNANDEZ, (François) né à Tolède, dessinateur et médecin de Philippe II, a publié une Histoire des Plantes, des Animaux et des Minéraux du Mexique, en latin, Rome, 1651, in-fol., estimée et rare. Il avoit été envoyé dans cette partie du monde par le roi d'Espagne, pour y faire des observations sur l'histoire naturelle. Fabio Colonné l'aida dans la composition de son ouvrage. On a de lui, un *Recueil* manuscrit en 15 vol. grand infollo, qui se voit dans la belle bibliothèque de l'Escurial, où l'auteur a dessiné un grand nombre de plantes et d'animaux d'Amérique. — Il y a eu du même nom l'*Philippe HERNANDEZ*, mort à Paris en 1782, qui travailla au *Journal Etranger*, depuis 1751 jusqu'en 1761, et donna quelques Traductions.
HERNÉ, guerrier François, célèbre par son courage, dans le 9$^{e}$ siècle, défendit Paris contre l'attaque des Normands. Ceux-ci étant venus l'assiéger en 886, douze Parisiens arrêtèrent l'effort de leur armée entière; renfermés dans le petit Châtelet qui étoit alors entouré d'eau, ils firent tête à 40 mille hommes. Les assiégeans furieux mirent le feu au fort; les douze braves furent alors forcés de sortir. Ils se réfugièrent sur un petit tertre en avant de la tour, et y renouvelèrent le combat. Mais forcés de céder au nombre, ils se rendirent prisonniers à condition qu'on leur accorderoit la vie. Les Normands le promirent. Mais à peine les douze Parisiens furent-ils désarmés, qu'on fit main basse sur eux. Un seul se sauva en se jetant dans la Seine et en la traversant à la nage. La valeur et la bonne mine d'*Herné* déterminèrent ses ennemis à lui faire grace; mais celui-ci ne voulant pas survivre à ses compagnons, saisit une épée, se précipita au milieu des agresseurs, et trouva la mort sous leurs coups, après en avoir puni plusieurs de leur trahison.
HERO. (Mythol.) fameuse prêtresse de *Vieux*, demeuroit près de l'Hellespont. *Léandre*, jeune homme d'Abydos, qui l'aimait, passoit tous les soirs, à la nage, le bras de cette mer, pour aller voir sa maîtresse, qui allumait au haut d'une tour un fanal, pour le diriger dans les ténèbres de la nuit; mais son amant s'étant noyé dans le trajet, *Héro* se jeta de désespoir dans la mer, et y périt. I. HÉRODE LE GRAND, ou l'*Ascalonite*, ainsi nommé, parce qu'il étoit d'Ascalon, ville de Judée; naquit l'an 68 avant l'ère Chrétienne, d'*Antipater*. Iduméen, prosélyte juif, qui eut du crédit auprès de *César*. Le jeune *Hérode* marqua de bonne heure de l'esprit et du penchant à la cruauté. Un Essénien, appelé *Manahem*, lui prédit, lorsqu'il étoit encore aux études, qu'il seroit un jour roi; mais que sa férocité et son impiété lui causeroient bien des malheurs. Son père obtint pour lui le gouvernement de Gablée, la 48$^{e}$ année avant J. C.; quoiqu'il n'eût alors qu'environ 20 ans, il montra de la dextérité et du courage. Cette province étoit infestée de brigands. *Hérode* la purgea de ce fléau. Ces malheureux s'étoient fortifiés dans des cavernes inaccessibles, facilement défendues du côté seul par où elles étoient praticables; *Hérode* fit faire des coffres remplis de soldats, qu'on fit descendre avec des machines du haut de la montagne, jusqu'à l'entrée de leurs retraites. On pénétra ainsi dans les cavernes des brigands, et on les massacra tous. Comme *Hérode* les avoit fait mourir de sa propre autorité, on s'en plaignit à *Hircan*, grand sacrificateur, qui lui ordonna de venir rendre compte de sa conduite. *Hérode*, soutenu par Sextus César, gouverneur de Syrie, comparut à Jérusalem devant le Sanhédrin, vêtu de pourpre et entouré de ses gardes, moins en coupable qui craignoit le jugement, qu'en homme qui bravoit ses juges; personne n'osa ouvrir la bouche, excepté Saméas, qui, s'étant élevé contre l'audace d'Hérode, prédit aux autres juges, que cet homme qu'ils épargnoient ne les épargneroit pas un jour. En effet, dès qu'il fut sorti de Jérusalem, il se rendit à Damas, où étoit Sextus César; et tant par sa souplesse que par ses présens, il obtint le gouvernement de la Cœle-Syrie. Après que Jules César eut été assassiné l'an 44 avant J. C., il suivit le parti de Brutus et de Cassius; mais après leur mort, il embrassa celui d'Antoine, qui le fit nommer tétrarque, et ensuite roi de la Judée. Antigone, son compétiteur, ayant été mis à mort trois ans après par ordre du sénat, il demeura paisible possesseur de son royaume. Voy. III. ANTIGONE. Ce fut alors qu'il épousa Mariamne, fille d'Alexandre, fils d'Aristobule. Un autre Aristobule, frère de cette princesse, obtint la grande sacrificature; mais Hérode, ayant conçu de la jalousie contre lui, le fit noyer, l'an 35 avant J. C. Cinq ans après, ce barbare fit mourir Hircan, aïeul de la reine, sans que son âge de 80 ans, sa naissance et sa dignité le pussent garantir. Après la bataille d'Actium, dans laquelle Antoine, son protecteur, fut défait, il alla trouver Auguste qui étoit alors à Rhodes. Il sut si bien lui faire la cour, que le prince le reçut au nombre de ses amis, et lui conserva le royaume des Juifs. A son retour en Judée, il fit mourir Sohème, pour avoir révélé à Mariamne qu'Hérode lui avoit donné ordre de la tuer, si Auguste l'eût condamné; (Voy. VI JOSEPH) et l'an 28, il fit mourir Mariamne même, qu'il avoit aimée avec une passion extrême. Après sa mort, il eut de violens remords de son crime. Il en devint comme frénétique; jusques-là, que souvent il commandoit à ses gens d'appeler la reine, comme si elle eût été encore en vie. Ce désespoir lui causa une longue maladie, et il ne recouvra la santé que pour faire mourir Alexandra, mère de Mariamne. Le mari de sa sœur Salomé, tous ceux de la race des Asmonéens, tous ses amis, tous les grands, dès qu'il lui donnoient quelque embrage, perdoient la vie sans aucune forme de justice. Ce tyran montra pourtant quelque humanité dans les horreurs de la peste et de la famine qui ravagèrent alors la Judée. Il fit fondre toute sa vaisselle d'argent; il vendit les meubles les plus rares et les plus précieux de son cabinet, pour soulager la misère publique. Il ajouta à ces belles actions, celle de faire rebâtir le temple, l'an 19 avant J. C.; mais il ternit la gloire de celle-ci, par la construction d'un théâtre et d'un amphithéâtre, où de 5 en 5 ans, il fit célébrer des combats en l'honneur d'Auguste. Cet empereur fut si sensible à ces hommages, que, dans son second voyage de Syrie, il lui donna la souveraineté de trois nouvelles provinces. La reconnaissance d'Hérode fut poussée alors jusqu'à l'impiété; il fit batir une ville et un temple à son bienfaiteur, comme à un Dieu. Auguste lui accorda tout; et quelque temps après, ayant accusé auprès de lui ses deux fils, Alexandre et Aristobule, (Voy. Jucumbus) il eut la permission de les punir, s'ils étoient coupables. Ce monstre, altéré du sang de ses propres enfans, les fit étrangler l'un et l'autre. C'est à cette occasion qu'Auguste dit, à ce qu'on prétend, qu'il valoit mieux-être le pourceau que le fils d'Hérode. Ce barbare signala sa cruauté par une exécution non moins horrible. Le Messie venoit de naître à Bethlehem; il envoya des soldats dans le territoire de cette ville et de ses confins, avec ordre de passer au fil de l'épée tous les enfans mâles qui seroient au-dessous de deux ans. La mesure étoit au comble: il fut affligé d'une maladie cruelle, que les gens de bien regardèrent comme un effet de la vengeance divine. Une chaleur intestine le consumoit: il éprouvoit une faim violente, qu'il ne pouvoit rassasier. Ses intestins, altérés et gargrenés, lui faisoient ressentir des coliques et des douleurs d'entrailles insupportables. Ses veines étoient enfiées et livides: des parties du corps, qu'on cache avec le plus de soin, sortoient une fourmilière de vers qui le rongeoient tout vivant. Ses nerfs étoient retirés. Il ne respiroit qu'avec peine, et son haleine étoit si mauvaise, que personne ne pouvoit la supporter. Il succomba à tant de maux, et mourut trois ans après la naissance de J. C., à 71 ans, dont il en avoit régné environ 37. Comme il savoit que le jour de sa mort devoit être une fête pour les Juifs, il ordonna qu'on enfermait dans le cirque les principaux de la nation, pour les faire mourir au moment qu'il expireroit, afin que chaque famille eût des lar- mes à verser; mais cet ordre, aussi affreux qu'ex. avagant, ne fut pas exécuté. Croiroit-on que ce scélérat eut des flatteurs et des enthousiastes? Sa grandeur éblouit tellement quelques imbéciles, qu'ils le prirent pour le Messie: c'est ce qui donna lieu à la secte des Hérodiens. Il est vrai que quelques savans doutent que ces sectaires aient tiré leur nom d'Hérode le Grand. Mais quand on pense que les dogmes qu'on leur attribue, se réduisant à ces deux chefs, qu'il falloit se soumettre à la domination des Hômoins, et qu'on pouvoit en conscience, dans les circonstances présentes, suivre plusieurs usages des Payens, il est visible qu'ils les avoient reçus d'Hérode le Grand, qui, pendant tout son règne, agit selon ces maximes, quoiqu'il fit profession de la religion des Juifs. Hérode fut le premier qui ébranla les fondemens de la république Judaïque. Il confondit à son gré la succession des pontifes, affoiblit le pontificat, qu'il rendit arbitraire, et enerva l'autorité du conseil de la nation, qui ne fut plus rien. Cependant, cette même nation eut de son temps un certain éclat, par le crédit qu'Hérode avoit auprès d'Auguste, par la magnificence de sa cour et des batimens qu'il éleva. Son histoire a fourni quelques sujets de dispute aux savans. Ils ont sur-tout cherché à déterminer de quelle nation il étoit. La plus commune opinion est fondée sur un grand nombre de Pères et d'auteurs anciens, et particulièrement sur l'autorité de Josèphe, qui le fait Iduméen et le nomme étranger. Plusieurs modernes soutiennent que, quoiqu'il fût originaire d'Idumée, il étoit Juif de naissance, parce que son père et son grand-père avoient embrassé la religion Judaïque. D'ailleurs, les Iduméens, plus d'un siècle avant le règne d'Hérode, avoient embrassé la même croyance. Comme souvent, par le nom de Juifs, on entendoit ceux seulement qui étoient nés dans la province de Judée, et que les autres étoient nommés étrangers, on peut croire que Josèphe parle par rapport à la première signification. Puisque les Hérodiens prenoient Hérode pour le Messie, on ne peut pas douter qu'il ne fût Juif de naissance, rien n'étant plus clair parmi cette nation, que l'extraction juive de leur libérateur. Cette question est amplement traitée dans Toraïel et dans Salian, qui sont de sentimens contraires. Le premier soutient que Hérode étoit Juif, et le second qu'il étoit étranger.
II. HÉRODE ANTIPAS, fils d'Hérode le Grand, fut tétrarque de Galilée après la mort de son père. Il avoit épousé la fille d'Arrêtas, roi des Arabes; mais étant devenu amoureux d'Hérodiade, femme de son frère, il la lui ravit, et répudia sa femme légitime. Arrêtas, pour venger cet affront, lui fit la guerre, et les troupes d'Hérode furent souvent battues. Les Juifs crurent que cette défaite étoit une punition du ciel, à cause de la mort de St. Jean-Baptiste. Voyez HÉRODIADE. Hérode, accusé d'avoir voulu exciter quelques révoltes en Judée, et ne pouvant se justifier auprès de Caligula, qui d'ailleurs ne l'aimoit pas, fut relégué à Lyon avec Hérodiade, où ils moururent tous deux misérablement. Cet Hérode est le même à qui J. C. fut envoyé par Pilate.
HÉRODE AGRIPPA, Voy. AGRIPPA, n° I.
HÉRODE ATTICUS, Voy. ATTICUS, n° II.
HÉRODIADE ou HÉRODIAS, fille d'Aristobule et de Bérénice, petite fille d'Hérode le Grand, épousa en première noces, Hérode Philippe, son oncle, dout elle eut Salomé. Quelque temps après, elle quitta son mari, pour s'attacher à Hérode Antipas, son beau-frère, tétrarque de Galilée, avec lequel elle vivoit publiquement. Jean-Baptiste, qui étoit alors à la cour de ce prince, ne cessant de crier contre ce mariage incestueux, Hérode le fit arrêter et mettre en prison. Hérodiade, ammée contre ce Saint, ne cherchoit que l'occasion de le faire périr. Elle se présenta un jour qu'Hérode donnoit un grand repas, à la fête de sa naissance. Salomé, fille d'Hérodiade et de Philippe, dansa avec tant de grace devant le roi, qu'il promit, avec serment, de lui accorder tout ce qu'elle lui demanderoit. La jeune fille, instruite par sa mère, demanda la tête de Jean-Baptiste, et le roi sacrifia à la fureur de sa maîtresse, le saint précurseur. Dieu vengea cette mort; car Hérodiade, souffrant impatiemment de voir son mari simple Tétrarque, pendant que son propre frère Agrippa étoit honoré du titre de Roi, entra dans ses projets ambitieux. Elle fut exilée à Lyon avec son époux, et y mourut vers l'an 40 de J. C. On prétend que l'empereur Caligula, ayant appris qu'elle étoit sœur d'Agrippa, lui fit offrir son rappel; et qu'elle répondit géné- reusement, que puisqu'elle avoit en part à la prospérité d'Hérode, elle ne vouloit pas l'abandonner dans son infortune. I. HÉRODIEN, étoit fils aîné d'Odenat, souverain de Palmyre. Son père ayant pris le titre de Roi en 260, lui donna le même titre, et l'empereur Gallien y ajouta celui d'Auguste. Hérodien étoit d'un caractère doux et hu- main, mais livré à la mollesse et à la volupté. Son père qui l'ai- moit passionnément, lui donna ce qu'il avoit trouvé de plus pré- cieux dans les trésors de Sapor, et plaça dans son sérail les plus belles femmes de ce roi de Perse. Zénobie, marâtre d'Hérodien, ne pouvant soutenir l'idée qu'il succéderoit à Odenat, au préju- dice des trois fils qu'elle avoit eus de ce prince, engagea, dit- on, Mœonius à assassiner le père et le fils. Hérodien avoit porté le titre de roi pendant quatre ans, et celui d'empereur pendant trois.
II. HÉRODIEN, historien Grec, passa la plus grande partie de sa vie à Rome, où il fut em- ployé à divers ministères de la cour et de la police. Il vécut de- puis le règne de Commode, jus- qu'à celui du IIIe Gordien. Nous avons de lui, une Histoire en finit livres, depuis la mort de Marc-Aurèle, jusqu'à celles de Maxime et de Balbin. Son style est élégant, mais il manque quelquefois d'exactitude dans les faits, et sur-tout dans ceux qui concernent la géographie. Il ne date point les événements; il ne fait point sentir la liaison qu'ils ont entreux. Nulle élévation dans la façon de penser, nulle connoissance des profondeurs du cœur humain. On l'accuse d'avoir été trop favorable à Maximin, et trop peu à Alexandre-Sévère J. Capitolin ne fait ordinaire- ment que copier son Histoire. Ange Politien fut le premier qui traduisit cet ouvrage en latin. L'abbé Mongault nous en a donné une version élégante en françois, publiée en 1700, et réimprimée en 1745, in-12. L'é- dition la plus estimée de cet au- teur est celle d'Oxford, 1699, 1704, in-8°; ou d'Édimbourg, 1724, in-12: elle est grecque et latine, et enrichie de notes. On a encore de lui, une espèce de grammaire De Numeris, que l'on trouve avec celle de Théo- dore, chez Alde, 1461, in-fol.
HÉRODOTE, Historien cé- lèbre, naquit à Halicarnasse, dans la Carie, l'an 484 avant J. C. Son pays étoit en proie à la tyrannie: il le quitta pour aller chercher la liberté dans l'isle de Samos, d'où il voyagea en Égypte, en Italie et dans toute la Grèce. Pour s'y faire connoître, il se présenta aux Jeux Olympiques, et y fut son Histoire. Elle fut si applaudie, qu'on donna le nom des neuf Muses aux IX livres qui la composent. Étant retourné dans sa patrie, il exhorta ses con- citoyens à chasser le tyran qui les opprimoit. Ses sollicitations eu- rent tout le succès possible; mais elles furent malheureuses pour lui, car il fut obligé de quitter une seconde fois son pays, et de se retirer à Thurium en Italie, qui étoit une colonie des Athé- niens, où il mourut peu après, dans un âge fort avancé. Comme Hérodote est le plus ancien des Historiens Gres, dont les écrits soient parvenus jusqu'à nous, Ci- céron l'appelle l'Père de l'Histoire. Cet ouvrage contient, outre l'His- toire des guerres des Perses contre les les Grecs, depuis le règne de Cyrus jusqu'à celui de Xercès, celle de la plupart des autres nations. On y trouve tout ce qui s'étoit passé de mémorable dans les trois parties du monde connu, pendant 240 ans. Hérodote l'acheva du temps de la guerre du Péloponèse, et l'écrivit en dialecte ionique. On a dit de lui, qu'il étoit entre les Historiens, ce qu'Homère est entre les Poètes et Démosthène entre les Orateurs. Comme Homère, dont il est le fidelle imitateur, il entrelaça les faits les uns dans les autres, de manière qu'ils ne fissent qu'un tout bien assorti. En variant sans cesse ses récits et en promenant ses lecteurs sur différents objets, il réveille continuellement leur attention. D'ailleurs, son style est plein de graces, de douceur et de noblesse; mais les faits ne sont pas toujours vrais. Il rapporte des fables ridicules, qu'il ne donne, à la vérité, que comme des oui-dire; mais qu'il auroit peut-être mieux fait de ne pas rapporter. Il est, aux yeux de certains philosophes, autant le père du mensonge que celui de l'histoire. Les meilleures éditions de la sienne ont été données par Jacques Gronovius, 1715, infolio; par Thomas Gale, Londres, 1679, in-fol.; par Wesselingius, Amsterdam, 1763, in-fol., et Glasgow, 1761, 9 vol. in-8. Du Byer l'a traduite en françois, 3 vol in-12. Le savant M. Larcher en a donné une traduction plus fidelle en 1786, 7 vol. in-8.
HÉROET ou HÉROUET, (Antoine) parent du chancelier Olivier, étoit né à Paris. Ses talens pour la poésie françoise le firent connoître de François I, qui lui H E R 219 donna l'évêché de Digne en 1544. Il mourut en 1568, non exempt du soupçon de Calvinisme. On a de lui: I. La traduction de l'Androgyne de Platon. II. La Parfaite Ame. III. Complainte d'une Dame nouvellement surprinse d'amour, Paris, 1542; et avec les Poésies de Borderie et autres; Lyon, 1647, in-8. La manière dont il y traite de l'amour, a donné lieu à Joachim du Bellay d'exercer sa verve épigrammatique. Cependant ce portrait de l'amour par Héroet est au-dessus de la plupart des Poésies de son temps: J'ai vu Amour pourrait en divers lieux, L'un le peint vieil, cruel et furieux; L'autre plus doux, aveugle, enfant et nu; Chacun le peint pour tel qu'il l'a connu, Par ses bienfaits ou par sa forfaiture; C'est que chacun varie en son cerveau, Un Dieu d'amour pour lui propre et nouveau; C'est qu'il y a dans les carendemens, Autant d'Amours que de sortes d'amans.
HÉROLD, (Jean) né à Hochsted en 1611, se maria à Basle, où il fut aux gages des libraires. Comme il se conduisit en homme sage, les magistrats lui donnèrent le titre de citoyen. Depuis, il prit le nom de Basilius. Il mourut après 1566. On a de lui: I. Hæresc logia, seu Collocio Theologorum ad confitatio nem Hærescon; Basle, 1556, in-fol. II. Une Continuation de l'Histoire de Guillaume de Tyr, imprimée à la suite. III. De Germania, dans Schardius. IV. Des Notes sur Eugippius. 216 HER
HÉRON, est le nom de deux mathématiciens Grecs : l'un surnommé l'Anciens, et l'autre le Jeune. Le premier florissait vers l'an 100 avant J.C., et étoit disciple de Césibius. Il ne se borna pas à la théorie des mécaniques : il en fit l'application dans la construction des machines. Il fit même des automates. Nous avons de lui, un livre traduit en latin, sous ce titre : Spiritualum Liber, 1575, in-4. HÉRON le Jeune est auteur d'un Traité de l'Art et des Machines Militaires, traduit en latin, en 1572, par Baraciss. On trouve ces ouvrages parmi les Anciens Mathématiciens, imprimés au Louvre, 1693, in-fol. Nous ignorons en quel temps il vivait. I. HÉROPHILE, célèbre médecin Grec, obtint la liberté de disséquer les corps, encore vivans, des criminels condamnés à mort. Dans une Dissertation imprimée à Florence en 1736, Cocchi a prétendu que le Médecin Grec n'avoit point en cette barbarie, et n'avoit disséqué que des corps morts. Hérophile est le premier qui ait traité avec un peu de profondeur l'étude du pouls, et il fit faire de grands progrès à la science de l'anatomie. Il vivait vers l'an 570 avant J. C. Cirebon, Pline et l'utarque parlent de lui avec éloge.
II. HÉROPHILE, maréchal ferrant, fut un important qui parut à Rome du temps de Jules César. Il se disoit petit-fils de C. Marius, et il sut si bien le persuader, que la plupart des communautés et des corps de la ville le reconnurent pour tel ; mais César le chassa de Rome. Il y revint, après la mort de cet empereur, et fut assez hardi pour entreprendre d'exterminer les sénateurs, qui le firent tuer dans la prison où on l'avoit enfermé.
HÉROS. Les anciens donnoient ce nom à des hommes illustres qui, après s'être signalés pendant leur vie par de belles actions et de grands exploits, étoient mis au rang des Dieux après leur mort. Tels ont été la plupart de ceux qui étoient fils d'un Dieu et d'une mortelle, comme Hercule, Thésée, et tant d'autres ; ou d'une Déesse et d'un mortel, qu'on a appelés demi-Dieux, tel qu'étoit Enée, fils de l'éuau et d'Anchise. Il y eut aussi des héroïnes, telles que Coronis, Alemène, Cassandre, Andromaque, et beaucoup d'autres dont nous avons parlé dans ce Dictionnaire. I. HERRERA TORDESILLAS, (Antoine) fut d'abord secrétaire de l'espasiens de Gonzague, vice-roi de Naples, puis grand historiographe des Indes, sous Philippe II, qui, en lui donnant ce titre, l'accompagna d'une forte pension. Herrera ne fut pas de ces historiographes qui sont pavés, et qui n'écrivent rien. Il publia, en 4 vol. in-fol., une Histoire générale des Indes, en Espagnol, depuis 1492 jusqu'en 1554. Cet ouvrage, très-détaillé et très-curieux, est assez vrai, à quelques endroits près, dans lesquels on sent que l'auteur aimoit le merveilleux et l'extraordinaire. Il flatte trop sa nation, et son style est boursouflé. Herrera mourut le 27 mars 1725, âgé d'environ 66 ans, après avoir obtenu de Philippe IV, le brevet de la première charge de secrétaire d'état qui viendroit à vaquer. L'édition espagnole de cette Histoire n'est pas bien commune en France. Nicolas de la Costa l'a traduite en françois, en 3 vol. in-4.º Herrera a fait aussi en espagnol une Histoire générale de son temps, depuis 1554 jusqu'en 1598. Elle est en 3 vol. in-fol. On l'estime moins que l'Histoire des Indes.
II. HERRERA, (Ferdinand de) poète de Séville, sut joindre l'élégance du style à la facilité de la versification dans ses Poésies Lyriques et Héroïques, publiées en 1582, et réimprimées en 1619, à Séville, in-4.º On a de lui, quelques ouvrages en prose : I. La Vie de Thomas Morus. II. Une Relation de la guerre de Chypre et de la bataille de Lé-pante. III. Des Notes sur Gar-cias Lasso de la Vega. — Il y a eu du même nom, deux peintres d'Histoire, père et fils, l'un et l'autre appelés François, le premier mort à Madrid en 1656, et le second en 1685, à 65 ans.
HERSAN, (Marc-Antoine) fut professeur des humanités et de rhétorique au collège du Plessis, et ensuite d'éloquence au collège royal. Après s'être distingué dans ces places par le talent de sentir les beaux endroits des auteurs et de les faire sentir aux autres, il se retira à Compiegne, sa patrie, où il fonda un collège, auquel il présidait souvent lui-même. Il y mourut en 1724, âgé de 72 ans. Sa mort ravit à la fois, à la patrie un citoyen, aux arts un ami, aux pauvres un père, aux maîtres un modèle, aux écoliers un guide, un consolateur et un rémunérateur. On a de lui : I. L'Oraison funèbre du Chancelier le Telliér, en beau latin, traduite en françois par l'abbé Bosquillon, de l'académie de Soissons. II. Des Pièces de poésie, dans lesquelles on remarque beau- coup de goût et une latinité pure. III. Des Pensées édifiantes sur la Mort. IV. Le Cantique de Moyse, après le passage de la Mer Rouge, expliqué selon les régies de la Rhétorique; inséré par Bôllia, un des meilleurs disciples de ce maître, dans son Traité des Etudes.
HERSÉ, (Mythol.) fille de Cécrops et sœur d'Aglaure, fut fort aimée de Mercure. Ce dieu fit présent à Aglaure d'une somme d'argent, pour lui faciliter par son moyen l'entrée chez sa sœur. Mais Pallas ayant ordonné à l'Envie de rendre Aglaure jalousie, elle refusa le porte au dieu lorsqu'il se présenta, et Mercure, pour la punir de sa peridie, la changea en pierre.
HERSENT, ou HERSAN, (Charles) Parisien, docteur de Sorbonne, d'abord prêtre de l'Oratoire, ensuite chancelier de l'église de Metz, est principalement connu par l'ouvrage fameux et peu commun, intitulé : Optatus Gallus de cavendo schismate, 1640, in-8.º Ce libelle sanglant contre le cardinal de Richelieu, adressé aux prélats de l'église Gallicane, fut condamné par eux et par le parlement. On avoit répandu le bruit que ce ministre vouloit créer un patriarche en France; ce furent ces bruits qui produisirent le livre d'Hersent. L'auteur y établissoit d'abord la nécessité d'être uni à un seul chef, qui est le souverain pontife. Il avançoit que tout se préparoit en France à s'en séparer; que l'affection des François pour le saint Siège, inaltérable dans les temps les plus difficiles, alloit être anéantie, si le clergé ne remédioit pas à un si grand mal; et que l'Eglise Gal- licane alloit bientôt ressembler à celle d'Angleterre. Cette crainte étoit fondée sur l'édition d'un livre qui parut alors, sur les Libertés Gallicanes; lequel, malgré la censure des prélats de France, se débitoit ouvertement; sur la proposition de quelques évêques, de modérer les annates; enfin sur la déclaration que le roi avoit donnée touchant les mariages, pour la validité desquels il exigeoit des conditions que l'Église ne demandoit point. Le cardinal de Richelieu, outré de ce qu'un écrivain inconnu, travailloit à répandre une terreur panique dans l'église de France, chargea quatre écrivains de le réfuter, avec ordre de soutenir que le roi pouvoit prendre des contributions du clergé. L'édition originale du livre d'Hersent est fort rare; on la distingue de la contrefaction, à la pag. 7, lig. 16 ou 17, où on lit superiore pour superiorum; et à l'arrêt du parlement qui a douze pages, et seulement onze dans la contrefaction. La vivacité avec laquelle il étoit écrit, étoit réellement capable d'ébranler les cerveaux foibles. Simon en trouve d'ailleurs le style fort mauvais. Parmi les écrits qu'on opposa à Hersent, le meilleur est celui d'Isaac HENRY: De consensus Hierarchiae et Monarchiae... Hersent passa à Rome, et son génie bouillant et emporté n'y plut pas davantage qu'à Paris. Ayant prêché le Panégyrique de St. Louis, et y ayant mêlé indiscrètement les questions de la grace, il fut décrété d'ajournement personnel par l'inquisition; et comme il refusa de comparoitre, il fut ex-communié. De retour en France, il mourut au château de Largone en Bretagne, en 1660. On a de lui des Graisons funèbres, des Sermons, quelques Libelles contre la congrégation qu'il avoit quittée; une Traduction françoise du Marcus Callicus de l'évêque d'Ypres, 1638, in-8°; un Traité de la souveraineté de Metz, Pays-Messin, et autres villes et pays circonvoisins, 1633, in-8.°
HERSILIE, (Mythol.) étoit fille de Tatius, roi des Sabins. Romulus la prit pour lui, lorsque les Romains enlevèrent les Sabines. Son père ayant déclaré la guerre à ce prince, elle fit en sorte que ces deux rois fissent la paix, et elle épousa Romulus. Celui-ci ayant disparu, elle crut qu'il étoit mort, et en eut une si grande douleur, que Junon, pour la consoler, la fit aussi monter au ciel, où cette princesse retrouva son mari. Les Romains leur dressèrent des autels sous les noms de Quirinus et d'Ora.
HERTHA, (Mythol.) déesse des anciens Germains, et sous le nom de laquelle ils adoroient la terre, avoit sa statue sur un chariot couvert, au milieu des sombres forêts. Un prêtre unique desservoit son culte, et marchoit devant le char attelé de deux génisses blanches, lorsqu'on promenoit la divinité. Pendant ce temps, le peuple dansoit et se livroit au repos et aux plaisirs. Tacite fait mention d'Hertha.
HERTIUS, (Jean-Nicolas) professeur en droit et chancelier de l'université de Giessen, naquit dans le voisinage de cette ville, et mourut en 1710, à 59 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, utiles pour l'histoire des premiers siècles de l'Allemagne. Les principaux sont: I. Notitia veteris Francorum regni, 1710, in-4.° C'est une notice des pre- miers temps du royaume de France, jusqu'à la mort de Louis le Pieux. II. Commentationes et Opuscula ad Historiam et Geographiam Germaniæ antiquæ spectantia, 1713, in-4°, etc. — HERTZBERG, (N., comte de) ministre de Frédéric II roi de Prusse, obtint la confiance la plus entière de son souverain. Un ouvrage de littérature qu'il publia dans sa jeunesse fut la source de sa réputation et de sa fortune; aussi ne fut-il point ingrat envers les lettres, et protégea-t-il sincèrement ceux qui les cultivèrent. Ses relations dans toutes les cours de l'Europe y firent estimer ses connoissances. Il est mort à Berlin en mai 1795, dans un âge très-avancé. On a de lui plusieurs Dissertations de métaphysique et de morale, insérées dans les Mémoires de l'académie de Berlin, et plusieurs Écrits sur des matières de politique. Les plus remarquables en ce dernier genre, sont: I. Traité de la meilleure forme de gouvernement, imprimé à Berlin en 1784, in-8°. II. De la Force relative, des Révolutions des États, et particulièrement de celles d'Allemagne. L'auteur fut le premier à l'académie de Berlin, en 1783, et le second l'année suivante. Celui-ci a été réimprimé en 1791. Suivant l'auteur, les révolutions des empires sont arrivées lorsque leur trop grande étendue n'a plus permis à un seul homme de les gouverner et de les défendre, lorsque le relâchement du caractère et la dégénération des mœurs des nations ont amené leur chute. III. Du Caractère national des Germains et des Prussiens, in-8°
HERTZIG, (François) jésuite, né en 1694 à Muglitz en Moravie, est auteur de plusieurs ouvrages contre divers sectaires opposés au Catholicisme. Il a aussi réfuté Corneille Jansénius, dans un écrit intitulé: Calvinus Cornelii Jansenii Iprensis Episcopi, sanctæ Scripturæ, pontificibus, Conciliis et SS. Patribus, à diametro oppositus, 1716, in-12. Hertzig mourut à Breslaw, en 1732.
HERVART, (Barthélemi) d'une famille noble d'Augsbourg en Allemagne, vint en France, et dut sa fortune au cardinal Mazarin, dont il étoit le banquier. Il fut employé dans les finances sous Louis XIV, et en devint intendant et contrôleur général, quoiqu'il fût Protestant. Il avança plusieurs fois au roi des sommes d'argent considérables, dans les nécessités pressantes de l'état, et dans des temps où ce prince n'étoit pas en état de lui en assurer le remboursement. Louis XIV, revenant de Bretagne, où il avoit fait arrêter Fouquet, surintendant des finances, et se trouvant sans argent: Je compte sur votre crédit, dit-il à Hervart, qui lui fournit incontinent deux millions. Hervart eût poussé sa fortune jusqu'à obtenir la surintendance, s'il eût été moins attaché à sa religion et moins passionné pour le jeu. Il perdoit souvent cent mille écus dans une séance. Cette profusion détourna Louis XIV de l'idée de lui donner la première place dans l'administration des revenus du royaume. Il mourut conseiller d'état ordinaire, l'an 1676, à Tours. Sa famille quitta le royaume après la révocation de l'édit de Nantes, et se retira à Genève, où elle porta des biens immenses. 230 HER
HERVART, Voyez HER- WART. I. HERVÉ, archevêque de Rheims au commencement du 10e siècle, se fit estimer par sa charité, par sa douceur, et par son zèle pour la discipline ecclé- siastique. Il tint divers conciles, dans l'un desquels il anathénétisa les as assis de Falcon, son pré- décesseur. Il présil la celui de Tros- ley près de Soissons, et il en a écrit les actes. La bibliothèque des Pères contient l'un de ses Ouvrages adressé à W'hou, ar- chevêque de Ronen, sur la pén- tence à imposer aux Relaps qui, après avoir reçu le baptême, sont retournés au culte des idoles. Hervé mourut le 2 juillet 922, en ordeur de sainteté.
II. HERVÉ, Bénédictin du Bourg-Dien, vers 1130, a laissé un Commentaire sur Isaié, dans le recueil du P. Pez; et un autre sur les Épitres de St. Paul, imprimé avec les Œuvres de St. Anselme, dans l'édition de Cologne. L'auteur se sent de la barbarie de son siècle.
III. HERVÉ le Breton, issu d'une famille noble, fut le qua- torzième général de l'ordre de St.-Hominique en 1318, et l'un des plus zélés défenseurs de la doctrine de St. Thomas. Il mou- rut à Narbonne, en 1323. Cé- toit un homme d'une vertu rare, et d'une prudence consommée. Il dit plusieurs statuts pour en- tretenir dans son ordre la paix, que quelques faux mystiques vou- loient troubler. Ses ouvrages sont en latin peu correct: mais ils étoient bons pour son temps. On a de lui: I. Un Traité de l'éter- nité du Monde. II. Des Com- mentaires sur le Maître des Sen- tences. III. Un Traité de la puis- sance du Pape. IV. Une Apologie pour les Frères Prêcheurs, etc.
HERVET, (Gentien) doc- teur de Sorbonne, né à Olivet, près Orléans, en 1499, fut ap- pelé à Rome par le cardinal Po- lys, pour travailler à la tradu- cion latine des auteurs Grecs. Son rare savoir, et la douceur de sa conversation, lui acquirent l'ami- tié de ce cardinal, et de tous les hommes illustres d'Italie. Après avoir paru avec éclat au concile de Trente, il revint en France, professa plusieurs années à Bor- deaux, fut fait grand vicaire de Noyon et d'Orléans, et en- suite nommé à un canonicat de Rheims. Il mourut dans cette ville, le 12 septembre 1584, à 85 ans. Hervet avoit plus d'ap- plication que de talent, et plus de savoir que de goût. On a de lui, une foule d'ouvrages, dont aucun ne peut orner une biblio- thèque bien choisie: I. Deux Discours prononcés au concile de Trente: l'un, sur le rétablis- sement de la discipline ecclésias- tique; l'autre, sur les mariages clandestins. II. Des Livres de con- troverse et des Traductions des Pères. III. Une mauvaise Tra- duction du Concile de Trente, qu'on recherche cependant, parce qu'on y trouve la conclusion de ce synode universel, telle qu'elle est dans la première édition du concile, Rome, 1564, in-folio. Les versions françoises d'Hervet ont vieilli; mais les latines peu- vent encore être utiles.
HERVEY, (James) fils d'un curé et curé lui-même dans la province de Northampton en Angleterre, mort en 1759, à l'âge de 45 ans, n'est pas moins connu en France, que dans sa patrie, par son Poëme des Tombeaux et ses Méditations, qui ont paru en 1771, in-12, traduits par Peyron et le Tourneur. Ces écrits moins fortement pensés et moins énergiques que les Nuits du docteur Young, dont il suit les traces, et même qu'il copie quelquefois, respirent aussi une mélancolie plus douce, et font aimer leur auteur et la vertu qui les lui a dictés. Ils ont eu un succès prodigieux en Angleterre, et les éditions s'en étoient multipliées au nombre de plus de quinze avant la traduction françoise. Hervey, chantre et ami de la bienfaisance, fut adoré de ses paroissiens, pour lesquels il se dépouilla de toute propriété. Il versa dans le sein des pauvres quatorze mille livres qu'il retira de ses Méditations, et même jusqu'aux revenus de ses bénéfices, qu'il avoit fui avec autant d'ardeur que d'autres en mettent à des briguer. Sa Vie, très-détaillée, est à la tête de la traduction citée. On a encore de lui, Theron et Aspasie, ou Dialogues et Lettres sur différens sujets, 1755, 3 vol. in-8. La meilleure édition angloise de ses Tombeaux est de 1746, in-8.
HERWART, (Jean-George) chancelier de Bavière, au commencement du 16e siècle, sortoit d'une famille patricienne d'Augsbourg; c'étoit un savant bizarre, qui adoptoit les systèmes les plus singuliers, et qui les soutenoit avec plus d'érudition que de raison. On a de lui : I. Chronologia nova et vera, 1622 et 1626, 2 part. in-4. II. Admiranda Ethnica Theologia mysteria propalata, 1626, in-4. Il y soutient que les vents, l'aiguille aimantée, etc. ont été les premiers dieux des Égyptiens, et qu'on les adoroit sous des noms mystérieux. III Une Apologie pour l'empereur Louis de Bavière, contre les faussetés de Bzovius.
HERY, Voy. HERL.
HESBURN, (Jacques) comte de Bothwel en Ecosse, eut part, suivant l'opinion la plus générale, au meurtre de Henri lord Darnley, qui avoit épousé Marie, reine d'Ecosse, et que les historiens Ecossois nomment le Roi HENRI. Bothwel jouissoit, auprès de cette princesse, du plus grand crédit. Sa faveur, dit l'abbé Millot, dans ses Elémens de l'Histoire d'Angleterre, passoit pour un effet de l'amour, et les événemens accréditèrent ces soupçons. Tout-à-coup Marie paroît se réconcilier avec son époux qui étoit tombé malade. Elle l'engagea à revenir auprès d'elle, lui donne un logement séparé de son palais, y passe même quelques nuits, et l'avertit un jour qu'elle ne viendra point la nuit suivante, parce qu'elle doit assister au mariage d'un de ses officiers. Le lendemain, on apperçoit que le roi a été assassiné, que sa maison a sauté en l'air par un effet de la poudre. Bothwel est généralement accusé de cet attentat. Quelques-uns étendent leurs soupçons jusques sur la reine. Le comte de Lenox, père de Darnley, implore sa justice contre les meurtriers, et nomme le favori avec sept autres personnes. Aucun d'eux n'est arrêté. On ne donne que quinze jours à l'examen d'une affaire si importante. En vain, Lenox demande du temps; les informations se précipitent, et l'accusateur ni les témoins ne paroissent. Bothwel est pleinement déchargé. Cet insigne scélérat se pr paroit à d'autres crimes. Il enlève la reine, qui étoit allée voir son fils, il l'entraîne à Dunbar, dans le dessein de l'épouser. Bientôt il reçoit le pardon, non-seulement de cette violence, mais de tout autre crime, par conséquent du régicide dont on l'accusait. Une telle grace fut regardée comme une preuve de connivence, d'autant plus certaine, que Marie demeuroit volontairement entre les mains du ravisseur, après avoir déclaré que Bothwel l'avoit enlevée de force. Celui-ci étoit marié depuis six mois avec une femme de mérite et d'une haute naissance. Il s'agissoit de faire annuller son mariage. L'affaire fut plaidée avec succès dans deux tribunaux, l'un Catholique, l'autre Protestant. Le premier décila sur la raison de parenté alléguée par Bothwel : l'autre, sur la raison d'adultère alléguée par sa femme; et l'on prolonge la sentence de divorce quatre jours après le commencement des procédures. La reine s'étant rendue à Edimbourg, le ministre Craig reçut ordre de publier les bans de son mariage : il s'aura courageusement de prêter son ministère à ce scandale. Un évêque Protestant consentit à faire la cérémonie. Très-peu de seigneurs y assistèrent, quoique plusieurs eussent, dans le commencement, proposé le mariage avec Bothwel. L'ambassadeur de France ne voulut point y paroître. Marie, qui avoit toujours en tant de déférence pour les conseils des Guises, s'étoit obstinée à ne les point suivre dans une affaire si critique où la passion l'aveugloit. Cet évé- nement la couvrit d'opprobre aux yeux de son peuple et de toute l'Europe. Les soupçons sur l'assassinat du roi acquirent de la vraisemblance. Une liaison intime avec celui que la voix publique accusoit, un emportement marqué à le faire absoudre, un mariage si contraire aux bienséances, menagé par des moyens si odieux : tout donnoit lieu de penser que Marie, esclave de sa passion pour Bothwel, avoit eu part à son crime. Sans lui imputer cette barbarie, on ne pouvoit s'empêcher de la croire coupable d'une honteuse foiblesse. Les Ecossols indignés levèrent des troupes, sous prétexte d'empêcher que le jeune prince, fils de Marie, depuis roi d'Angleterre, sous le nom de Jacques I, ne tombat entre les mains de Bothwel. La reine et son amant levèrent des troupes contre la noblesse, la déclarèrent rebelle et coupable de conspiration. Les armées étant sur pied, Bothwel offrit de terminer le différent par un combat singulier, qui fut accepté; mais la reine l'empêcha, lorsqu'on étoit sur le point d'en venir aux mains. Cette princesse comptant très-peu sur la fidélité des troupes, conseilla à son époux de se cacher, et se remit entre les mains de la noblesse. Bothwel, ainsi abandonné, s'enfuit en Danemark, où il fut découvert par quelques marchands Ecossols, et enfermé dans une étroite prison. Il y demeura dix ans, y perdit l'esprit, et mourut misérable en 1500. Bothwel, dit l'abbé de Coadillac, avec une grande naissance, étoit sans talens. Il n'avoit acquis de la considération qu'en se déclarant ouvertement pour les Catholiques. Sans mœurs, sans conduite, accablé de dettes, les entreprises désespérées étoient son unique ressource.
HESHUSIUS, (Tilemannus) théologien de la confession d'Augsbourg, plus connu sous le nom de Tilemannus, naquit à Wesel, au pays de Clèves, en 1526. Il enseigna la théologie dans un grand nombre de villes d'Allemagne, et se fit exiler presque de toutes pour son esprit inquiet, turbulent et séditieux. Il mourut en 1588, à 62 ans. On a de lui : I. Des Commentaires sur les Pseaumes, in-fol. II.-sur Isaïe, in-f. III.-sur toutes les Epières de St. Paul, in-8.º IV. Un Traité de la Cène et de la Justification, in-folio. V. Errores quos Romana Ecclesia farenter defendit. Ce traité d'un forcené ne se trouve pas facilement ; il fut imprimé à Francfort en 1577, in-8.º VI. D'autres ouvrages, dans lesquels on remarque peu d'ordre et de jugement.
HÉSICHIUS, Voyez HÉSICHIUS.
HÉSIODE, poète Grec, né à Cumes en Eolide, élevé à Ascra en Béotie, étoit contemporain d'Homère, suivant l'opinion commune. Velleius Paterculus le place cependant cent vingt ans après l'auteur de l'Iliade. Hésiode fut le premier qui écrivit en vers sur l'agriculture. Il intitula son Poème : Les Ouvrages et les Jours, parce que l'art et la culture de la terre demandent qu'on observe exactement les temps et les saisons. Hésiode, plus poète que philosophe, y marque, comme nos faiseurs d'almanachs, les jours heureux et malheureux. Il mêle aux préceptes de l'agriculture, des leçons pour la conduite de la vie. Ce poème a servi de modèle à Virgile pour composer ses Géorgiques, ainsi qu'il le témoigne lui-même. Les autres ouvrages d'Hésiode sont, la Théogonie ou la Généalogie des dieux ; et le Bouclier d'Hercule. La première de ces productions n'a rien de grand, que son sujet. C'est une espèce de Poème sans art, sans invention, et sans autre agrément, que celui qui peut convenir au genre d'écrire médiocre ; car, en ce genre-là, Hésiode tenoit le premier rang : Datur et palma in medio dicendi genere. (Quintil. lib. 1, cap. 5.) Cet ouvrage, joint a ceux d'Homère, doit être regardé comme les archives et le monument le plus sûr de la théologie des anciens, et de l'opinion qu'ils avoient de leurs Dieux. Les Grecs le faisoient apprendre par cœur à leurs enfans. Le second ouvrage du poète Grec est un morceau détaché d'un plus grand, où l'on prétend qu'Hésiode célébroit les héroïnes de l'antiquité. On l'a appelé le Bouclier d'Hercule, parce qu'il roule tout entier sur la description de ce bouclier, dont le poète rapporte une aventure particulière. Hésiode est moins élevé, moins sublime qu'Homère ; mais sa poésie est ornée dans les endroits susceptibles d'ornement. Les éditions d'Hésiode, Amsterdam, 1667, in-8°, et 1701, deux vol. in-8°, qui se joignent aux auteurs cum notis Variorum, sont estimables ; mais la meilleure est celle d'Oxford, 1737, in-4.º On trouve aussi ce poète dans les Poeta Graeci minores ; Cambridge, 1584, in-8.º Bergier en a donné, dans son Origine des Dieux, 1768, deux volumes in-12, une traduction fidelle. Celle que M. Gia a pu- Lesing bliée en 1784, mérite le même éloge.
HÉSIONE, (Myth.) étoit fille de Laomédon, roi de Troie. Hercule la délivra de la fureur d'un monstre marin, auquel elle étoit exposée par ordre de l'oracle. Mais Laomédon ayant refusé de lui donner les chevaux qu'il lui avoit promis pour récompense de ce service, le héros enleva Hésione, et la donna à son ami Palémon.
HESNAULT, Voy. HÉNAUT.
HESPER ou HESPÉRUS (Myth.) fils de Japhet et frère d'Atias, eut trois filles, qu'on nomme les Hesperides; et fut changé en une étoile, appelée Phosphorus, quand elle précède le lever du soleil, et Hesperus, quand elle paroît après son coucher.
HESPÉRIDES, (Mythol.) filles d'Hesper, étoient trois sœurs, et leur nom étoit Eglé, Arethuse et Hesperéthuse. Elles possédoient un beau jardin rempli de pommes d'or, et gardé par un dragon, qu'Hercule tua pour en aller cueillir. I. HESSE-CASSEL, (Amélie-Elizabeth de Hanan, veuve de Guillaume dit le Constant, landgrave de) se ligua avec la France contre la maison d'Autriche, fit rentrer Guillaume VI, son fils, dans les biens de ses ancêtres, et fut un modèle de vertu ainsi que de courage. Elle conduisit ses affaires avec tant de sagesse, que le landgrave lui ayant laissé en mourant l'état chargé de dettes, avec une guerre onéreuse, non-soulement elle les acquitta, mais elle augmenta encore les domaines de la Hesse. Cette femme illustre mourut en 1651. Elle étoit née, dit un auteur, pour la gloire et l'orac- ment de son sexe; et jamais il n'y eut un tel assemblage de vertus.
II. HESSE-CASSEL, Voyez FRÉDERIC, n° XII. I. HESSELS, (Jean) professeur de théologie dans l'université de Louvain, dont il fut l'ornement, né en 1522, mort d'apoplexie en 1556, à 44 ans, est célèbre, I. par un grand nombre d'Outrages de Controverse. II. Par des Commentaires sur St. Matthieu, in-8° : la 1re à Timothée, la 2e de St. Pierre, et les Épîtres canoniques de St. Jean, in-8° III. Par un excellent Catéchisme, Louvain 1695, in-4°, qui n'est pas une simple exposition succincte des dogmes catholiques; mais un corps de théologie dogmatique et morale, puisé avec beaucoup de discernement dans les Pères, et principalement dans St. Augustin. L'auteur ne brilloit pas par l'éloquence; mais son jugement étoit solide, et il étudioit avec soin les matières qu'il traitoit.
II. HESSELS, (Jacques) fut un des douze juges du conseil souverain établi en Flandre par le duc d'Alle, pour juger les criminels. Il dormoit toujours à l'audience, et quand on l'éveilloit pour donner son avis, il disoit tout endormi, et en se frottant les yeux : ad patibulum! ad patibulum! Il fut lui-même pendu à un arbre, sans aucune forme de procès, par Imbise et Richwe, alors gouverneurs du peuple de Gand, qu'il avoit souvent menacés de faire pendre, en jurant par sa barbe grise.
HESYCHIUS, grammairien Grec, est le même, suivant quelques auteurs, qu'ESYCHIUS, pa- triarche de Jérusalem, mort en 609. On a de lui un excellent *Dictionnaire Grec*, dont *Jean Alberti* a donné une bonne édition en 1749 et 1766, 2 volumes in-folio, dont le second a été dirigé par *Rueckenius*. C'est, au jugement de *Casaubou*, le plus savant et le plus utile de tous les ouvrages de l'antiquité en ce genre. — Il ne faut pas le confondre avec *HESTCHIVS* de Milet, dont on a une *Histoire de ceux qui se sont distingués par leur érudition*, en grec et en latin, Anvers, 1572, in-12; et de *Originibus Constantinopolitani*, publiée par *Meursius*, 1613.
HETZER, (Louis) fameux Socinien du 16$^{e}$ siècle, traduisit la Bible en allemand. Il s'aida dans ce travail, de *Jean Deneck*, Socinien comme lui. La suppression exacte qui fut faite de cette version, à cause des erreurs qu'elle contient, l'a rendue très-rare. Elle fut imprimée à Worms en 1529, in-folio.
HEUZET, (N.) célèbre professeur de belles-lettres au collège de Beauvais à Paris, mort vers 174... est connu par deux recueils, qui ont eu un grand succès dans tous les collèges de France. Le premier est *Selectæ et veteri Testamento historiæ*, in-12; le second plus ample, est intitulé: *Selectæ et profanis Scriptoribus historiæ*, in-12. Ce dernier a été traduit en français en 2 vol. in-12. Outre les histoires choisies dans les écrivains profanes, l'auteur y a fait entrer leurs plus belles maximes de morale. Il s'est sur-tout attaché au choix des matières, à la solidité des pensées, à la clarté des expressions; et sa collection est aussi utile pour les mœurs que pour l'intelligence de la langue latine.
HEVELKE, (Jean) *Hévélius*, échevin et sénateur de Dantzig, né dans cette ville en 1611, mort le 28 janvier 1688, à 67 ans, cultiva l'astronomie avec beaucoup de succès. Il découvrit, le premier, une espèce de libration dans le mouvement de la lune, et plusieurs étoiles fixes, qu'il nomma le *Firmament de Sobieski*, en l'honneur de *Jean III*, roi de Pologne. Son mérite fut connu dans l'Europe. *Gassendi*, *Bouillaud*, le Père *Mersenne*, *Vallis*, furent ses amis, et *Louis XIV* et *Colbert*, ses bienfaiteurs. Ce monarque lui fit passer une gratification considérable, et lui donna ensuite une pension. On a de cet illustre astronome : I. *Selenographia*, 1673, in-fol. C'est une description ingénieuse de la lune, où il a divisé cette planète en provinces. On admire dans cette espèce de carte d'un monde inconnu, l'exactitude de l'ouvrage et la sagacité de l'auteur. II. *Machina celestis*, in-folio, 1647. *Hevelke* a donné, sous ce titre, la description des instruments dont il se servit dans ses observations. La seconde partie de cet ouvrage, *Gedani*, 1679, in-fol., est rare. III. *Tractatus de Cometis*, 1668, in-folio. IV. *Uranographia*, 1690, in-fol. V. *De natura Saturni*, 1658. On a frappé des médailles à son honneur, et deux rois de Pologne, honorèrent son observatoire de leur présence. *Hevelke* voulait donner aux raches de la lune, les noms des philosophes les plus célèbres; mais craignant une guerre civile parmi les savans, qui auroient été oubliés, il se contenta d'y appliquer les noms de notre géographie. I. HEVIN, (Pierre) avocat au parlement de Bretagne, né à Rennes en 1621, mort en 1692, brilla dans le barreau et dans le cabinet. On a de lui, quelques ouvrages : I. Consultations et Observations sur la Contume de Bretagne, in-4°, à Rennes 1743, II. Questions et observations concernant les matières féodales, par rapport à la même coutume, etc.
II. HEVIN, (Prudent) chirurgien renommé, né à Paris le 10 janvier 1715, mort en 1789, professa avec distinction la thérapeutique aux écoles de chirurgie, et fut nommé membre de l'académie de Chirurgie et de celles de Lyon et de Stockholm. Avec un très-bel organe, une éloquence douce, un zèle infatigable, il a formé d'habiles élèves. On lui doit : I. Pathologie chirurgicale, 1784, 2 vol. in-8°, ouvrage estimé et plein d'observations de pratique. II. Mémoire sur les corps étrangers arrêtés dans l'œsophage ou la trachée-artère, avec les moyens de les enfoncer ou de les retirer. III. Recherches historiques et critiques sur la néphrotomie ou la taille du rein. IV. Autres sur la gastro-tomie dans le cas de calculus. Les gens de l'art peuvent y puiser des procédés utiles et une solide instruction.
HEURES, (Mythol.) Déesses, étoient trois sœurs, filles de Jupiter et de Themis. On les appelait Eunomie, Dice et Irène. Homère les fait naître au printemps, et leur donne la fonction d'ouvrir les portes du ciel; Ovide celle d'atteler les chevaux du so- leil. Ce sont elles qui couvrent le ciel de nuages, et le rendent serein comme il leur plaît: Théocrite leur donne des pieds délicats et une marche fort lente, et leur fait apporter toujours quelque chose de nouveau. Les peintres et les sculpteurs les représentent tenant des horloges et des cadrans.
HEURNIUS, (Jean) médecin célèbre, né à Utrecht en 1543, d'une famille pauvre, se tira de l'obscurité par ses talens. Après avoir puisé les connoissances de son art à Louvain, à Paris, à Padole, à Turin, il fut appelé à Leyde pour y professer. Il le fit avec le plus grand succès. Il est le premier qui ait démontré dans cette ville, l'anatomie sur les cadavres. Cet habile homme mourut le 11 août 1601, de la pierre, à 58 ans. Il a beaucoup écrit. Le meilleur de ses ouvrages est le Traité des maladies de la Tête, en latin, en 1602, in-4°. Il surpasse autant ses autres livres, que la tête est au-dessus des autres membres du corps. C'est du moins le jugement qu'en porte Jules Scaliger, très-souvent outré dans ses éloges, ainsi que dans ses critiques. Les autres productions de ce savant médecin, sont: I. Praxis Medicina nova, in-4°, à Leyde 1690. II. Des Institutions de Médecine, en latin, Leyde, 1603, in-12. III. Traités des Tièvres, in-4°, à Leyde, 1598. IV. Traité de la Peste, in-4°, Leyde, 1600. V. Commentaires sur Hippocrate, in-4°. VI. Dissertation sur l'épreuve de l'Eau, pour les soi-disans Sorciers, qui fit abolir cet usage par la cour de Hollande. Heurnius avoit lu si souvent Hippocrate, qu'il le saveit tout par toun. Il passoit pour un homme également savant et poli, qui joignoit à une connoissance exacte de la médecine, celle de la belle littérature. Le recueil de ses Ouvrages fut publié à Lyon en 1658, in-fol. — Son fils Othon, professeur de médecine à Leyde, né à Utrecht en 1577, a donné un assez mauvais ouvrage, intitulé : Philosophia barbarica, Leyde, 1600, in-12. C'est une compilation de suffrages relatifs à l'histoire de la philosophie ancienne. Ce médecin avoit pris pour devise : Ciro, Turo, Jucunde Mosei Curandi. Le tuto est encore beaucoup, dit un homme d'esprit.
HEUTERUS, (Pontus) historien, né à Delft en 1535, fut pourvu d'un canonicat de Gorcum. Il fut jeté par les hérétiques dans un cachot en 1572, avec la plupart des religieux et des ecclésiastiques de cette ville. Intérrogé sur sa religion, il parut chanceler, et il échappa par ce moyen à la fureur des ennemis de l'Eglise. Remis en liberté, il se déclara hautement catholique, et persévéra dans la foi de ses pères jusqu'à la fin de ses jours. Il fut ensuite chanoine de Deventer, puis curé de l'hôpital St-Jean, à Bruxelles, et enfin curé et chanoine de Saint-Trond, où il mourut le 6 août 1602. On a de lui : I. Rerum Burgundicarum, lib. VI, Anvers 1583, in-fol. La fidélité de cette histoire et son style aisé et coulant, la font estimer. L'auteur y a répandu beaucoup de jour sur les généalogies de la maison de Bourgogne, et de quelques autres. II. Rerum Belgicarum, lib. XV, Anvers, 1598, in-4. Cette histoire, où l'on trouve des recherches, commence à 1477, et finit à l'an 1564. Il a encore donné d'autres ouvrages, entre lesquels on distingue des traités sur la situation et les limites des colonies romaines dans les Pays-Bas; sur les monnoies des Hébreux, des Grecs et des Latins, sur les mesures itinéraires des mêmes peuples; et enfin une espèce d'apologie des bâtards, qui ne lui a pas fait honneur; sa naissance pourroit bien avoir été l'occasion de ce traité. La plupart de ses ouvrages ont été donnés au public, sous le titre de Opera Historica, etc. Louvain, 1651, in-folio.
HEWAGIUS, célèbre imprimeur de Basle, épousa la veuve de Froben, et chercha à surpasser les autres imprimeurs par la beauté de ses éditions. Il en donna une nouvelle de Démosthènes, qu'avoit déjà imprimé Alde-Manuce, et la rendit plus parfaite. Hewagius mourut dans le milieu du 16e siècle.
HEYDEN, Voyez VANDER-HEIDEN.
HEYLLEN, (Pierre) chanoine et sous-doyen de Westminster, né à Breford dans le comté d'Oxford, en 1600, d'une famille noble, se rendit habile dans la géographie, dans l'histoire et dans la théologie. Il devint chapelain ordinaire du roi, chanoine de Westminster et curé d'Alresford; mais il fut dépouillé de toutes ses charges durant les guerres civiles. Heyllen vécut néanmoins jusqu'au rétablissement de Charles II, et accompagna ce prince à son couronnement, comme sous-doyen de Westminster. Il mourut le 3 mai 238 HEY 1663, dans la 63e année de son âge. Il a laissé : I. Une Cosmographie, 1703, in-fol. II. Une Exposition historique du Symbole des Apôtres, 1654, in-fol. III. La Vie de l'Évêque Laud, in-fol. IV. La Réformation de l'Église d'Angleterre, 1674, in-fol. V. L'Histoire du Sabbat, in-4° VI. Celle des Presbytériens, in-fol. VII. L'Histoire des Limes, in-4°; et d'autres ouvrages en anglois. Le génie d'Heyllon étoit propre à l'histoire et à la géographie.
HEYWOOD, (Élise) fille d'un marchand de Londres, morte en 1758, à 63 ans, joua d'abord sur le théâtre de Dublin, et cessa d'être actrice pour devenir auteur. La nouvelle Spectatrice, 4 vol. in-12; la nouvelle Utopie, in-12; les Aventures de Betsy. Divers autres romans, et quelques autres ouvrages, prouvent que sa plume étoit féconde; mais on désirerait qu'elle eût moins écrit, et qu'elle l'eût fait avec plus de goût et de correction.
HHAFIZ, poète Persan, s'est rendu célèbre par ses Odes et ses autres poésies, dans tout l'Orient.
HHAMDOULLAH, ancien écrivain Persan, est auteur d'une excellente géographie de son pays, que d'Herbeloï cite souvent. Il vivait dans le 14e siècle.
HIACINTHE, Voyez HYAC... etc.
HIARBAS, (Mythol.) roi de Gétulie, étoit fils de Jupiter et de la nymphe Garamanthe. Ce prince, irrité du refus que Didon faisoit de l'épouser, déclara la guerre aux Carthaginois, qui, pour avoir la paix, obligèrent leur reine à consentir à ce mariage. Cette princesse, voyant qu'elle ne pouvoit se dispenser de satisfaire ses sujets, feignit de vouloir appaiser, par un sacrifice, les manes de Sichée, son premier mari; et après s'être enfoncé un poignard dans le sein, elle se jeta dans un bûcher qu'elle avoit allumé. Virgile, pour animer l'action de son poème, feint que ce fut Enée qui causa ce désespoir par sa fuite.
HICETAS, philosophe Syracusain, pensoit que le ciel, le soleil et les étoiles étoient en repos, et que c'étoit la terre qui étoit mobile, ainsi que nous l'apprenons de Cicéron. Copernic lui doit la première idée de son système.
HICKES, (George) savant Anglois, né en 1642 à Newsham dans le comté d'Yorck, fut tres-attaché au roi Jacques, et dépouillé du doyenne de Worcester par le roi Guillaume. Il mourut à Londres en 1715. Il est connu principalement par un livre estimé, sous ce titre : Linguarum veterum Septentrionalium Thesaurus. Il a été imprimé à Oxford, avec les Antiquités Saxones, de Fontaine; et dans le recueil intitulé : Antiquæ Litteraturæ Septentrionalis, libri duo, à Oxford, 1703 et 1705, 2 vol-in-fol., fort rares et fort chers. On a encore de Hickes : Grammatica Anglo-Saxonica, Oxford, 1689, in-4° Hickes pense que l'anglois, le flamand, le westphalien, l'idiome de la Saxe-inférieure, dérivent du moso-gothique et de l'anglosaxon; que les langues islandoise, norwegienne, suédoise et danoise, sont formées de l'ancien scano-gothique. Il donne le tableau des divers rapports qui existent entre la plupart des langues septentrionales avec le grec, le latin, et sur-tout le médo-persique. On trouve dans son savant ouvrage, l'alphabet des Huns, retrouvé dans une contrée de la Transylvanie, composé de trente-quatre lettres rangées de droite à gauche, et ne ressemblant à aucun des alphabets connus. Dans ces derniers temps, le savant *Pougens* a publié un excellent précis de l'ouvrage de *Hickes*, sous ce titre : *Essai sur l'étude des Antiquités Septentrionales, et des anciennes langues du Nord*.
HIDULPHE, (Saint) d'une maison noble de Bavière, fut évêque de Trèves. Il quitta cette église, pour se retirer dans les déserts du pays des Vosges en Lorraine. C'est là qu'il fonda le monastère de *Moyen-Moutier*, dont il fut le premier abbé. Il mourut vers 707. Sa *Vie*, par le pape *Léon IX*, se trouve dans le *Thesaurus* de *Martenne*. Ce Saint a donné son nom à une savante congrégation de Bénédictins, dont le chef-lieu est à Verdun. *Voyez* Cour.
HIEMÈRE, femme de Syracuse, étant fort âgée, se rendoit chaque jour au temple pour y prier les Dieux de conserver les jours de *Denys* le tyran, dont la mort étoit secrètement désirée de tous ses sujets. *Denys* apprit les vœux d'*Hiemère* et l'interrogea sur ses motifs. « Dans ma jeunesse, dit-elle, Syracuse gémissoit sous un tyran cruel ; je priai les Dieux de l'en délivrer ; ils m'exaucèrent ; mais ils nous en donnèrent un plus cruel encore. Je demandai aussi sa mort, et je l'obtins. Vous avez pris sa place, et vous êtes pire que lui. Je prie donc les Dieux de ménager vos jours, dans la crainte que votre successeur ne soit encore plus méchant que vous. »
HIERAT, (Antoine) célèbre imprimeur de Cologne, s'est acquis, dans le 16$^{e}$ siècle, beaucoup de gloire en réimprimant la plupart des ouvrages des Saints Pères, dont les premières éditions étoient devenues assez rares. *Mallinkrot* dit qu'il en a mis un si grand nombre au jour, qu'il est difficile de concevoir comment un homme seul peut avoir eu assez de résolution pour en venir à bout, et assez de fortune et de capacité pour n'avoir emprunté aucune somme, ni employé le secours de personne. Il succéda à l'imprimerie de *Jean Gymnique*, dont il avoit épousé la veuve. I. HIÉRAX, (Mythol.) étoit homme juste, que *Neptune* changea en épervier, pour le punir d'avoir envoyé du blé aux Troyens, contre qui il étoit irrité.
II. HIÉRAX, philosophe Égyptien, mis au nombre des hérétiques du 3$^{e}$ siècle, proscrivoit le mariage, l'usage du vin, les richesses. Il soutenoit que le Paradis n'étoit pas sensible, et que *Melchisedech* étoit le Saint-Esprit. Il distinguoit aussi la substance du Verbe et celle du Père, et les comparoit à une lampe à deux mèches, comme s'il y eût eu une nature mitoyenne d'où l'une et l'autre prissent leur clarté. Sa piété apparente lui fit beaucoup de sectateurs. I. HIÉROCLÈS, président de Bithynie, et gouverneur d'Alexandrie, persécuta les Chró- tiens, et écrivit contr'eux sous le règne de Dioclétien. Il osa mettre les prétendus miracles d'Aristée et d'Apollonius de Tyaue au-dessus de ceux de J. C.; mais Lactance et Eusèbe firent voir le ridicule de cette comparaison.
II. HIÉROCLÉS, célèbre philosophe Platonicien au 5e siècle, enseigna avec beaucoup de réputation à Alexandrie. Il composa sept livres sur la Providence et sur le Destin, dont Photius nous a conservé des extraits. On y voit que Hiéroclés pensoit que Dieu a tiré la matière du néant, et l'a créée de rien. Les extraits de son Livre du Destin, furent imprimés à Londres, 1673, 2 vol. in-8e, avec son Commentaire sur Pythagore; ce dernier a été publié séparément à Cambridge, 1709, et à Londres, 1742, in-8e.
III. HIÉROCLÉS, Voyez HÉLIOGABALE, vers le milieu de l'article.
HIÉROME, Voyez JÉROME. I. HIÉRON Ier, roi de Syracuse, monta sur le trône après son frère Gélon, l'an 478 avant J. C. Autant celui-ci s'étoit fait aimer par son équité et par sa modération, autant Hiéron se fit haïr par ses violences et par son avarice. Il voulut envoyer Polyxèle, son frère, au secours des Sybarites contre les Crotoniates, afin qu'il périt dans le combat. Mais Polyxèle, qui prévit ce dessein, n'accepta pas cet emploi; et voyant que ce refus irritoit son frère, il se retira auprès de Theron, roi d'Agrigente. Hiéron se prépara à faire la guerre à Theron. Les habitans de la ville d'Himère, dans laquelle commandoit Trasidée; fils de Theron, lui envoyèrent des députés pour se joindre à lui; mais Hiéron aima mieux faire sa paix avec Theron, qui reconcilia les deux frères. Après le mort de Theron, Trasidée entreprit la guerre contre les Syracuseins. Hiéron entra avec une forte armée dans le pays des Agrigentins, défit Trasidée, et lui ota sa couronne. Le poète Pindare a chanté les victoires d'Hiéron aux jeux Olympiques et aux jeux Pythiens. Il remporta trois fois le prix dans les premiers, deux fois à la course du cheval, et une fois à la course du chariot. Sur la fin de ses jours, son goût pour les arts, et ses entretiens avec Simonide, Pindare, Bacchylide, Epicharme et quelques autres savans qu'il avoit appelés à sa cour, adoucirent ses mœurs. (Voyez une belle parole de ce roi, article XÉNOPHANES). Il mourut l'an 461 avant J. C., et eut pour successeur son frère Thrasibule, qui montra tous ses défauts, et pas une de ses vertus.
II. HIÉRON II, roi de Syracuse, descendoit de Gélon, qui avoit autrefois régné dans cette ville. Comme sa mère étoit de condition servile, Hiéroclés son père le fit exposer, croyant que cet enfant déshonorerait sa famille. Mais, si l'on en croit Justia, des abeilles le nourrirent pendant plusieurs jours dans les bois. Hiéroclés, instruit de cet événement singulier, consulta l'ora le, qui répondit que s'étoit un préavis de la grandeur future de cet enfant. Alors il le fit apporter chez lui, et le fit élever avec soin. Hiéron profita de cette éducation pour se distinguer distinguer par son adresse dans tous les exercices militaires, et par sa valeur dans les combats. Ses talens touchèrent tellement ses compatriotes, qu'ils lui décernèrent de concert la couronne, et le nommèrent capitaine général contre les Carthaginois. Ce fut en cette qualité qu'il continua de faire la guerre aux Mamertins, et proposa de les faire abasser de la ville de Messine. Les Mamertins eurent recours aux Romains, auxquels ils livrèrent Messine, l'an 260 avant J. C. Les Carthaginois, appelés par le parti contraire, mirent le siège devant Messine, firent un traité d'alliance avec Hiéron, qui joignit ses troupes aux leurs. Le consul Romain, *Appius Claudius*, leur donna bataille, et attaqua premièrement les Syracuseins. Le combat fut rude : Hiéron y fit des prodiges de valeur ; cependant il fut battu, et obligé de retourner à Syracuse. Le sort des Carthaginois ne fut pas plus heureux ; ils furent aussi défaits par les Romains, et *Appius* vainqueur vint assiéger Syracuse. Hiéron, voyant les forces des Carthaginois affoiblies, fit sa paix avec les Romains, dont les conditions furent, qu'il rendroit tous les prisonniers, et qu'il payeroit cent talens d'argent. Il la conserva, avec une fidélité invioable, pendant cinquante années qu'il régna, ne cessant de leur donner des marques sensibles de son amitié, dans toutes les guerres qu'ils eurent avec Carthage. Ce grand roi mourut l'an 215 avant Jésus-Christ, âgé de plus de 94 ans. Ses sujets étoient ses enfans, et l'état étoit sa famille. Il fut pleuré comme un père. Ses vertus, son amour pour le bien public, son goût pour les sciences et les arts utiles, et l'attention qu'il eut d'employer les talens du fameux *Archimède*, son parent, le placent au rang des grands hommes. Il avoit composé des *Livres d'Agriculture*, que nous n'avons plus. Hiéron eut pour successeur son petit-fils *Hyéronyme*, fils de *Gélon* ; mais ce prince, à peine âgé de 15 ans quand il monta sur le trône, changea tout ce qu'avoit fait son prédécesseur, et rompit l'alliance et l'amitié que son aïeul avoit conservées toute sa vie avec les Romains, pour prendre celle des Carthaginois. D'ailleurs, ayant pris pour modèle *Denys le Tyran*, il se fit tellement haïr par son orgueil, sa cruauté et ses débauches, que des conjurés l'exterminèrent avec tous ceux de sa famille.
HIÉRONYME, *Voyez l'art*, précédent.
HIÉROPHILE, médecin Grec, est connu par les leçons qu'il donna à une fille nommée *Agnodice* : son élève se déguisa en homme pour exercer cet art à Athènes, parce que chez les Athéniens il étoit défendu aux enfans et aux femmes de s'y adonner. Elle se mêloit d'accoucher, contre l'usage d'Athènes, qui permettoit aux femmes seules d'exercer cette fonction. Elle fut citée par les médecins devant l'Aréopage. Les juges alloient la condamner, supposant qu'elle étoit homme ; mais elle découvrit son sexe, et obtint sa grace.
HIGDEN, (Raoul de) Bénédictin Anglois, mort en 1363, laissa un ouvrage souvent consulté par les historiens d'Angleterre. La meilleure édition est celle de Londres, 1642, in-fol sous ce titre : *Radulphi Hig* deni, polychronici, libri VII, ex anglico, in latinum conversi à Joanne Trevisa, et editi curd Guillelmi. Caxtoni... Cette Histoire n'est composée que de longs fragments; l'auteur n'a mis du sien que dans le dernier livre. Cependant cette compilation est faite avec tant de jugement et de bonne foi, qu'on la cite comme un ouvrage original. Les cinq premiers livres vont depuis Adam, jusqu'à l'irruption des Danois en Angleterre, et les deux autres s'étendent jusqu'en 1357.
HIGMORE, ( Nathanael ) babile anatomiste, né à Oxford dans le XVIIIe siècle, fit des découvertes dans l'anatomie. Quelques parties du corps humain portent son nom : On appelle Antre d'Igmore, le sinus maxillaire. On prétend néanmoins, qu'il ne fut pas le premier qui découvrit le sinus. Cet auteur étoit d'une application et d'une intelligence extraordinaires : Dans sa Disquisitio anatomica, in-fol., il a suivi la circulation du sang, jusque dans les plus petites parties du corps humain. — Il y a en un autre Iigmore, ( Joseph ) peintre, né à Londres en 1692, qui fut employé par l'heselden, pour ses planches anatomiques. Il mourut en 1780, après avoir publié divers ouvrages. Le plus connu est sa Pratique de la perspective d'après les principes de Taylor, 1763, in-4. Comme peintre, il excelloit dans le portrait; et il fit ceux de divers seigneurs Anglois, et de plusieurs grands de l'Europe, dans ses voyages. Il dessina aussi les figures des romans de Pamela, Clarisse et Grandisson. I. HILAIRE, ( Saint ) originaire de l'isle de Sardaigne, élu pape le 10 novembre 461, avoit été archidiacre de l'église Romaine sous St. Léon, qui l'employa dans les affaires les plus importantes. La joie que son élévation à la papauté causa à tous les évêques, prouve qu'il en étoit digne. Le zèle qu'il eut pour la foi, et le soin qu'il prit de faire observer la discipline ecclésiastique, réparèrent la perte que l'Église fit à la mort de St. Léon. Il mourut le 21 février 468, après avoir anathématisé Eutychès et Nestorius, confirmé les conciles généraux de Nicée, d'Éphèse et de Calcédoine, et tenu un concile à Rome en 465. On a de lui, onze Épîtres et quelques Décrets. C'est le premier pape qui défendit aux évêques de choisir leurs successeurs.
II. HILAIRE, ( Saint ) évêque de Poitiers, docteur de l'Église, étoit né dans cette ville d'une famille noble. Ses parens, qui étoient païens, ne négligèrent rien pour son éducation. Lorsqu'il eut fini ses études, il s'appliqua à la lecture, et voulut connoître tous les auteurs Juifs, Chrétiens et Païens : par-là il acquit une si grande érudition, qu'il étoit regardé, dans un âge peu avancé, comme un des plus savans hommes de son temps. En lisant les livres de Moïse, il fut frappé de l'idée que cet auteur donne de la Divinité. A son étonnement succéda l'envie de s'instruire, et de connoître cette puissance infinie, dont il avoit trouvé une si belle peinture dans l'écrivain sacré. Il lut les Evangiles, et fut saisi d'admiration, lorsqu'il y vit que Dieu s'étoit fait homme; qu'il étoit venu lui-même s'offrir pour victime ; qu'il avoit lavé dans son sang les péchés des hommes. Il commença à l'adorer, s'instruisit des mystères de la religion Chrétienne et de ses pratiques, se fit baptiser, et devint le plus zélé partisan de la Foi. Le peuple de Poitiers, touché de ses vertus, voulut l'avoir pour évêque, quoiqu'il fût laïque et même marié ; mais il paroissoit posséder d'avance les vertus du sacerdoce. Il fut un des plus grands défenseurs de la foi contre les Ariens, dans le concile de Milan en 355, dans celui de Beziers en 356, et dans d'autres assemblées. Saturnin d'Arles, Arien, qui redoutoit les effets de son zèle ardent et actif, le fit reléguer dans le fond de la Phrygie. Appelé au concile de Seleucie en 359, la quatrième année de son exil, il parla si éloquemment pour la doctrine Catholique, et dévoila si bien les artifices des hérétiques, qu'ils le firent renvoyer en France, pour se délivrer d'un si puissant adversaire. Les peuples des Gaules accoururent au-devant de leur pasteur et de leur père. Hilaire, rétabli sur son siège, profité de l'état des affaires de l'empire, pour remédier aux maux de l'église. Il fit assembler plusieurs conciles, où la plupart des évêques qui avoient souscrit au formulaire Arien dans le concile de Rimini, se rétractèrent. Il passa ensuite en Italie pour aller au secours de l'église de Milan, opprimée par Auxence, évêque Arien. Hilaire tâcha de le démasquer aux yeux de l'empereur Valentinien ; mais Auxence cacha ses erreurs avec tant d'artifice, que ce prince renvoya St. Hilaire dans son diocèse. Le saint prélat vit mourir avant lui, sa femme et sa fille, qui avoient marché l'une et l'autre dans les voies de la perfection. Il avoit vécu avec son épouse avant l'épiscopat, dit Baitlet, d'une manière irrépréhensible, et il gardoit dans sa famille une discipline si régulière qu'on l'auroit pris moins pour un homme marié, que pour un religieux. Enfin, après avoir fermé les plaies que son absence avoit faites à son troupeau, il finit une vie pure et agitée, par une mort sainte et tranquille, le 13 janvier 367 ou 368. Nous avons de ce Père : I. Douze livres de la Trinité, fruit de son séjour en Phrygie. Il y combat toutes les hérésies contre le Fils et le Saint-Esprit. II. Un Traité des Synodes, dans lequel il éclaircit les principales difficultés de la foi. III. Des Commentaires sur Saint Matthieu et sur une partie des Pseaumes. Il y a beaucoup profité des écrits d'Origène, et quelquefois il n'a fait que le traduire. IV. Trois Ecrits à l'empereur Constance, dans lesquels il ose lui donner des avis et blâmer sa conduite. Il regrette de n'avoir pas vécu sous Néros et sous Déce, pour combattre un ennemi déclaré, plutôt qu'un persécuteur artificieux et déguisé. Il le traite d'Antechrist, de Tyran, de loup couvert de la peau des brebis. Il lui dit qu'il baisse la tête pour recevoir la bénédiction des évêques, et qu'il foule aux pieds leur foi ; qu'il leur donne le baiser de Judas ; et qu'il les reçoit à sa table, comme ce dernier qui sortit de celle de J. C. pour trahir son maître. (Fleuri, Hist. Eccles. liv. 14, n° 26.) On voit combien son style étoit véhément et impétueux ; ce qui le faisoit appeler par Saint Jérôme, le Rhône de l'éloquence latine (Latinæ eloquentiæ Rhodanus). Il est aussi quelquefois un peu enflé et obscur. Pour bien l'entendre, il faut avoir beaucoup d'usage des termes théologiques des Grecs : il fut un des premiers qui les transporta dans la langue latine : et il fournit par-là, peut-être sans le vouloir, aux esprits contentieux de nouveaux prétextes pour disputer. Il se plaint dans son Liv. II. à Constance, de la diversité d'opinions que l'Homoousion causait : et il dit, des querelles de son temps : En nous déchirant avec une fureur réciproque, nous avons travaillé à notre ruine mutuelle. La meilleure édition de ses Œuvres, est celle de Dom Constant, en 1693, publiée de nouveau à Vérone en 1730, par le marquis Maffei, qui l'a enrichie de quelques fragments qu'on ne connoissoit pas, et de beaucoup de variantes. Le culte rendu à St. Hilaire, commença presque après sa mort. Son nom fut inséré dans le canon de la Messe avec celui des Apôtres et des Martyrs. La concurrence du jour de l'octave de l'Épiphanie fit remettre sa fête au 14 janvier, quoiqu'il fût mort le jour précédent. Les honneurs que l'église de France lui rendit de si bonne heure, augmentèrent par la victoire que Clovis remporta, en 507, sur Alarie, victoire dont il attribua le succès à l'intercession de St. Hilaire. Quant à ses reliques, on fait mention de diverses translations de ce trésor : mais l'église de Poitiers s'est toujours d'attelée de les avoir jusqu'à la dissipation qu'en firent les Calvinistes au XVIe siècle. On trouve une belle Lettre de ce St. Père sur la Divinité de J. C., avec trois Dissertations de l'abbé Tromvelli, dans la collection imprimée à Bologne en Italie, en 1751, sous le titre de : L'eterum Patrum latinorum opuscula nunquam antebac edita.
III. HILAIRE, (Saint) d'Arles, né en 401, de parens nobles et riches, fut élevé à Lérins par St. Honorat, abbé de ce monastère, son ami et son parent, qui l'avoit arraché aux prestiges du monde, pour lui faire goûter les douceurs de la solitude. Le saint abbé de Lérins ayant été élevé sur le siège d'Arles, emmena avec lui Hilaire, qui fut le coopérateur de ses travaux, son successeur et l'invitateur de ses vertus. Le troupeau ne crut pas avoir changé de pasteur. Hilaire assembla plusieurs conciles, et présida à celui d'Orange en 441, où Célidoine, évoque Gaulois, fut déposé. Cette déposition renouvela la dispute sur la préséance entre l'église d'Arles et celle de Vienne. Célidoine en ayant appelé au pape St. Léon, ce pontife assembla un concile à Rome, qui le jugea innocent de l'irrépolarité pour laquelle il avoit été condamné, et le rétablit dans son siège. Le concile alla plus loin : car, sur les accusations formées contre St. Hilaire lui-même, il le priva de l'autorité qu'il avoit sur la province de Vienne, lui défendit d'assister à aucune ordination, et le déclara retranché de la communion du saint Siège. On l'accusoit d'aller par les provinces, accompagné d'une troupe de gens armés, pour donner des évêques aux églises vacantes, et de troubler les droits des métropolitains. St. Léon, à qui certains évêques des Gaules avoient écrit pour se plaindre d'Hilaire, craignant que ce prélat ne se soumit point à sa décision, eut recours à l'autorité de l'empereur *Valentinien III*, qui donna une constitution en faveur du saint Siège. *St. Hilaire* prit des mesures pour regagner les bonnes graces de *St. Léon*, et mourut bientôt après en 449, épuisé par ses travaux apostoliques. Parmi les vertus qui brillèrent en lui, on doit remarquer sa fermeté et son zèle. S'il résista avec une espèce d'opiniâtreté aux décrets de *St. Léon*, c'est qu'il croyoit sa cause juste, et il ne s'agissoit nullement de la foi. Il y a d'ailleurs des fautes, dit le P. *Longueval*, où Dieu permet quelquefois que les saints tombent pour les humilier, et les rendre plus circonspects. Il prêchoit la vérité dans toute sa pureté, sans flatter les grands. Un des premiers officiers n'observoit pas la justice dans ses jugemens. *Hilaire*, qui l'avoit repris plusieurs fois en secret, le voyant un jour entrer dans l'église pendant qu'il prêchoit, cessa aussitôt de parler. Voyant tous ses auditeurs surpris de son silence : *Est-il juste*, leur dit-il, que celui qui a si souvent méprisé mes avertissemens, participe à la nourriture spirituelle que je vous distribue ? Le préfet n'osant rien répliquer, sortit de l'église, et laissa ce généreux évêque continuer son sermon. Il s'appliquoit sans cesse à la méditation de l'Écriture, à la prédication de la parole de Dieu, à la prière, aux veilles et aux jeûnes. Se contentant du simple nécessaire, se bornant à un seul habit en hiver comme en été, il travailloit des mains pour n'être à charge à personne, et pour avoir de quoi assister les pauvres plus abondamment. Il se disoit à lui-même et aux siens : *Semons, puisqu'il faut manger du pain; cultivons la vigne, puisqu'il faut boire du vin*. Il s'occupoit volontiers à faire des bas, parce qu'il le pouvoit faire en lisant. Il faisoit tous ses voyages à pied... On a de lui : I. Des *Homélies*, sons le nom d'*Ensèbe d'Emèse*, dans la Bibliothèque des Pères. II. La *Vie de St. Honorat*, son prédécesseur; à Paris, 1578, in-8°, et dans *Surius*. III. D'autres *Opuscules*, avec *Vincent de Lérins*; à Rome, 1731, in-4°, et dans le *St. Léon* du P. *Quesnel*. Son *Exposition du Symbole* et ses autres ouvrages, sont perdus, et on ne peut trop les regretter, si l'on juge de leur beauté par la *Vie de St. Honorat*. On y remarque du choix et de la vivacité dans les pensées, de la douceur et de l'élégance dans le style. On pouvoit lui reprocher des pointes et quelques métaphores un peu outrées; mais c'étoit moins son défaut, que celui de son siècle. Il avoit un talent particulier pour la chaire. Un poète de son temps, nommé *Livius*, l'ayant entendu, s'écria publiquement : *Si Augustin étoit venu après vous, on l'estimeroit moins que vous*.
IV. HILAIRE, diacre de l'église Romaine, souffrit beaucoup pour la foi vers l'an 354, par ordre de l'empereur *Constance*; mais, dans la suite, il s'engagea dans le schisme des Lucifériens, et tomba en diverses erreurs. On lui attribue les *Commentaires sur les Épîtres de St. Paul*, qui se trouvent dans les *Œuvres de St. Ambroise*; et les *Questions sur l'ancien et le nouveau Testament*, qui sont dans *St. Augustin*.—Il y a eu aussi un *HILAIRE*, disciple 246 H I L d'Abailard, dont on conserve une Elégie sur son départ du Paraclet. V. HILAIRE, (N. de Saint-) lieutenant général d'artillerie, servit avec distinction dans les armées de Louis XIV. Il mon- troit, en 1675, à Turenne, une batterie qu'il venoit de placer près du village de Saltebach, lorsqu'un boulet de canon lui emporta le bras, et tua Turenne. Le fils de Saint-Hilaire, voyant son père blessé, courut à lui, et se mit à faire un cri de douleur. « Taisez-vous, mon fils, lui dit-il, ce n'est pas moi qu'il faut pleurer, mais ce grand homme qui n'est plus. » Alors, il lui montra le corps de son général.
HILARET, Voy. HYLARET.
HILARION, (Saint) insti- tuteur de la vie monastique dans la Palestine, naquit vers 261, à Tabathe, près de Gaza, d'une famille Païenne. Il quitta les er- reurs de ses pères, et embrassa le Christianisme. Le nom de St. Antoine étoit venu jusqu'à lui: il alla le trouver en Egypte; et après avoir demeuré quelque temps auprès de cet illustre cé- nobite, il devint un parfait imi- tateur de sa vie pénitente et re- tirée. Il retourna en Palestine, et y fonda un grand nombre de monastères. Le bruit de ses vertus attirant auprès de lui une mul- titude d'admirateurs, il se retira dans l'isle de Chypre, où il ter- mina sa vie par une mort sainte, en 371, à 80 ans. Dieu avoit opéré, à son intercession, un grand nombre de guérisons. Lors- qu'on venoit lui faire quelque présent pour reconnoître les gra- ces qu'on avoit reçues, il le re- fusoit constamment, et conseil- loit de réserver le produit de ces dons pour les pauvres qui ne pouvoient pas travailler. Pressé un jour par un homme riche d'accepter ce qu'il lui présentoit, il lui dit: Gardez cela pour le donner vous-même aux indigènes; vous les connoissez mieux que moi, vous qui habitez les villes. Pourquoi désircrois-je le bien d'autrui, après avoir renoncé au mien? Il exhortoit sur-tout les infirmes qu'il soulageoit, à de- mander à Dieu la guérison des maladies de l'âme, bien plus dan- gereuses que celles du corps.
HILDAN, Voy. III. FABRICE.
HILDEBERT, de Lavardin dans le Vendomois, fut disciple de Béranger et ensuite de St. Hugue, abbé de Cluni. Il fut placé sur le siège du Mans en 1098, (Voyez II. BRUYS) et transféré à l'ar- chevêché de Tours en 1125. Le P. Beaugendre, bénédictin, a publié en 1708, in-folio, les Giu- vres de ce prélat, jointes à celles de Marbode. Elles renferment: I. Des Sermons, dont la morale est quelquefois touchante. II. Des Poésies, assez bonnes pour son temps. On connoit son Enigme sur un Hermaphrodite: Cùm mea me g'nitrix gravida gestaret in alvo, Quid pateret, fertur consuluisse Deus. - Mas est, Phœbus ait, — Mars, fæmina; — Juno-que, neu- trum. — Cùmque forem natus, Hermaphroditus eram. Quarenti lethum, Dra sic ait: — Oc- cidet armis; Mars, cruce: — Phœbus, aquis. — Sors rata qu'que fuit. Arbor obumbrat aquas: attendo. De cidis enis Quem euleram ; eatu labor et ipse super. Pes haste ramis ; caput inedit amne ; tulique Famina, vir, neurum, flumina, tela, crucem. Cette épigramme, qu'un Italien, nommé Pulci de Costozza voulut depuis s'attribuer, a été traduite en vers françois par plusieurs auteurs ; entr'autres, par Jean Doublet, de Dieppe, et par Mlle de Gournay. Voici la traduction de Ménage : Ma mère enceinte, et ne sachant de quoi, S'adresse aux Dieux : là-dessus grand bisbille. Apollon dit : « c'est un fils selon moi ; Et selon moi, dit Mars, c'est une fille, Point, dit Janon, ce n'est fille, ni fils. » Hermaphrodite ensuite je naquis. Quant à mon sort : « C'est, dit Mars, le naufrage ; Janon, le glaive ; Apollon, le gibet. » Qu'arrive-t-il ? Un jour sur le rivage, Je vois un arbre, et je grimpe au sommet : Mon pied se prend ; la tête en l'eau je tombe Sur mon épée. Ainsi, trop malheureux ! A l'onde, au glaive, au gibet je succombe, Fille et garçon, sans être l'un des deux.
III. Les Vies de Ste. Radegonde et de St. Hugue, abbé de Cluni, que le flambeau de la critique n'a pas toujours éclairées. IV. Un grand nombre de Lettres, écrites d'un style poli et élégant, et où l'on trouve de l'érudition, de l'esprit et du sentiment. Elles intéressent ceux qui veulent connoître la morale, la discipline et l'histoire du siècle d'Hildebert. V. On a encore de lui, deux Pièces que Baluze publia en 1715, dans le VIIe volume de ses Miscellanea. Hildebert mourut en 1131, âgé d'environ 80 ans, en odeur de sainteté. I. HILDEBRAND, Voy. GRÉGOIRE VII.
II. HILDEBRAND, (Jonchim) théologien Allemand, né à Walckenried en 1623, devint professeur en théologie et en antiquités ecclésiastiques, à Helmstadt, puis surintendant général à Zell, où il mourut le 25 octobre 1691. On a de lui, divers Écrits ecclésiastiques, peu connus et même ignorés en France. On y trouve plus de savoir, que de précision et de goût.
HILDEFONSE, Voy. ILDEFONSE.
HILDEGARDE, (Sainte) première abbesse du mont Saint-Hupert, près de Binghen sur le Rhin, morte en odeur de sainteté, l'an 1180, laissa : I. Des Lettres et d'autres ouvrages, dans la bibliothèque des PP. II. Libri quatuor Elementorum ; à Strasbourg, 1533, in-fol. III. Trois livres de Révélations ; à Cologne, 1566, in-4.º La réputation de ses vertus parvint aux papes, aux empereurs et aux princes, qui lui donnèrent des preuves de leur estime. Le pape Eugène III convoqua, en 1146, à Trèves, un concile, où il permit à cette pieuse abbesse de publier ses Révélations.
HILDEGONDE, (Sainte) vierge de l'ordre de Citeaux, au 248 H I L 12e siècle, naquit jumelle près de Nuitz, au diocèse de Cologne. Son père voulant l'emmener avec lui en Palestine, pour acquitter un vœu, et craignant pour sa pudeur, la fit travestir en garçon, et lui fit prendre le nom de Joseph. Ils s'embarquèrent en Provence avec les Croisés. Son père étant mort sur mer, Ste. Hilde-gonde continua son voyage sous son nom emprunté. Elle demeura quelque temps à Jérusalem, et revint ensuite dans son pays. Elle se retira dans l'abbaye de Schonau, de l'ordre de Citeaux, près d'Heidelberg, et fut reçue sous le même nom de Joseph. Elle ne laissa pas, dit Baillet, de souffrir de grandes tentations; mais elle en triompha. Elle y vécut d'une manière si sainte et si prudente, qu'on ne s'apporçut qu'à sa mort qu'elle étoit fille. Les Cisterciens l'honorent du titre de Sainte, quoique son culte ne paroisse autorisé par aucun décret du saint Siège. Son nom se trouve cependant dans plusieurs martyrologes, sous le 20 avril. On raconte sur Ste. Marine, quelque chose qui a du rapport à cette histoire. Voy. MARINE (Ste.)
HILDUIN, abbé de Saint-Denys en France, sous le règne de Louis le Debonnaire, est auteur d'une Vie de St. Denys, intitulée Areopagetica, (Paris, 1565, et dans Surius) dans laquelle il confond le saint évêque de Paris avec l'Aréopagite. On ne connoissait pas cette erreur avant lui; et elle n'a été détruite que dans le dernier siècle. Si Hilduin fit peu d'honneur à son esprit par cette identité fantastique et mal fondée, il en fit encore moins à son cœur par son attachement méprisable au rebelle Lothaire, sur-tout après avoir juré fidélité à l'empereur Louis son père, dont cet abbé prit, quitta, reprit le parti, à mesure que ce père infortuné se brouillait et se réconciliit avec ses enfans. Voyez I. HINCMAR. I. HILL, (Joseph) ministre Anglois, se remplit de bonne heure des trésors d'Athènes et de Rome. Il donna, en 1676, in-4°, une bonne édition du Dictionnaire Grec de Schrévélius, augmentée de huit mille mots, et purgé d'autant de fautes pour le moins.
II. HILL, (Aaron) poète Anglois, né en 1685, mort en 1749, voyagea à Constantinople, en Egypte, en Palestine, et parcourut une partie de l'Europe. On a de lui, une tragédie d'Atfred, un opéra de Renaud, diverses autres pièces dramatiques et des Poésies. Ses Œuvres furent recueillies en 4 vol. in-8°. On y trouve un poème intitulé: L'Étoile du Nord, qu'il dédia au czar Pierre I. L'auteur mêlait à l'éloge de ce souverain, des louanges pour la czarine Catherine. Cette princesse l'en remercia, et lui envoya une médaille d'or, du poids de quinze guinées.
III. HILL, (Jean) apothicaire Anglois, né en 1716, et mort en 1775, a publié plusieurs ouvrages, qui sont d'assez bonnes compilations. On a de lui, une Histoire Naturelle, en 3 vol. in-fol. et un Supplement au Dictionnaire de Chambers. I. HILLEL, l'Ancien, Juif natif de Babylone, d'une illustre famille, fut fait président du Sanhédén de Jérusalem, et sa postérité est cette dignité peu- H I N 249 dant dix générations. *Hillel* forma une école fameuse, et eut un grand nombre de disciples. Il soutint avec zèle les traditions orales des Juifs, contre *Schummai* son collègue, qui vouloit qu'on s'en tint littéralement au texte de l'Écriture sainte, sans s'embarrasser de ce qui n'étoit que transmis verbalement. Cette dispute fit un très-grand bruit, et fut, selon *St. Jérôme*, l'origine des *Scribes* et des *Pharisiens*. *Hillel* est un des docteurs de la *Mischne*. Il en peut même être regardé comme le premier auteur, puisque, selon les docteurs Juifs, il rangea, le premier, les Traditions Judaïques en vi *Sedarim* ou Traités. Il travailla beaucoup à donner une édition correcte du texte sacré; et on lui attribue une ancienne *Bible* manuscrite qui porte son nom, et qui est en partie avec les manuscrits de Sorbonne. *Hillel*, que *Josèphe* nomme *Pollion*, florissoit environ l'an 30 avant J. C., et mourut dans un âge très-avancé.
II. HILLEL, le *Nasi* ou le *Prince*, autre fameux Juif, arrière-petit-fils de *Judas Hakkadosh* ou le *Saint*, auteur de la *Mischne*, composa un Cycle vers l'an 360 de notre ère. Il fut un des principaux docteurs de la *Gémare*. Le plus grand nombre des écrivains Juifs lui attribue l'édition correcte du Texte hébreu, qui porte le nom d'*Hillel*, et dont nous avons déjà parlé dans l'article précédent.
HILPERT, (Jean) natif de Cobourg, professeur d'hébreu à Helmstadt, et surintendant de Hildesheim, mourut le 10 mai 1680, à 53 ans. On a de lui : *L Disquisitio de Præ-Adamitis*, contre la *Peyrère*, 1656, in-4.º II *Tractatus de Pœnitentiæ*; et d'autres ouvrages.
HILTZ, (Jean) architecte Allemand, succéda à *Erkivins* dans la construction de la cathédrale de Strasbourg. Il fit élever la tour de cet édifice qui fut achevée en 1449. Sa hauteur totale est de 574 pieds.
HIMÈRE ou HEMÈRE, fils de *Lacedemon*, fut si pénétré de douleur d'un inceste qu'il avoit commis sans le savoir, qu'il se jeta dans le Marathon, fleuve de la Laconie, auquel il donna son nom, et qui fut depuis appelé *Eurotas*.
HINCKELMAN, (Abraham) ministre Luthérien à Hambourg, né à Dobéin en Misiè, en 1652, mort en 1695, fut le premier qui fit imprimer le Texte arabe de l'Alcorm, sans traduction. Cet ouvrage parut à Hambourg, 1694, in-4.º I. HINCMAR, religieux de Saint-Denys en France, étoit d'une famille noble. Elevé, dès sa jeunesse, dans le monastère de Saint-Denys, il s'attacha à l'abbé *Hilduin*, qui le produisit à la cour. Il travailla avec lui à rétablir la discipline à Saint-Denys, et de peur qu'on ne lui reprochât d'imposer aux autres un fardeau qu'il ne vouloit pas porter, il embrassa lui-même la réforme. *Hilduin* ayant été exilé à la nouvelle Corbie, *Hincmar* l'y suivit et obtint son rappel. Après la mort de cet abbé, il plut à *Louis*, fils illégitime de la princesse *Rotrude*, qui, ayant été nommé abbé de Saint-Denys, lui fit donner deux abbayes considérables. *Hincmar* ne songeoit qu'à jouir de ces deux bénéfices, quand il fut élu archevêque de Rheims, l'an 845. Le nouveau prélat fut extrêmement zélé pour les droits de l'église Gallicane. On l'accuse néanmoins d'avoir agi avec trop d'emportement dans l'affaire du moine Cotescale, au synode de Quierz sur l'Oise. Voy. GOTESCALC et II. HINCMAR. Outre le Prédestinatianisme, il s'étoit élevé une dispute incidente entre Hincmar et Gotescale. Le premier soutenoit qu'il falloit proscrire d'une hymne de l'Eglise, ces mots : FR TRINA DEITAS : le second soutenoit que ces expressions étoient orthodoxes. Hincmar composa un gros ouvrage à ce sujet. Mais il me paroît, dit le P. Longueval, qu'on ne disputa là-dessus avec tant de chaleur, que parce qu'on ne vonloit pas s'entendre. La divinité n'est pas trine en essence, mais elle est trine en personnes : et l'expression réprouvée par l'archevêque de Rheims, fut depuis adoptée par St. Thomas d'Aquin. Les courses des Normands inquiétoient alors beaucoup plus que ces disputes. Hincmar s'étant retiré de sa ville, menacée par ces barbares, mourut à Eppernay l'an 882, accablé d'années et de douleur de voir la France livrée au pillage. Il laissa l'église Gallicane presque entièrement dépourvue de prélais qui entendissent ses droits, et qui eussent soin de sa discipline. Nous avons diverses éditions de ses Ouvrages : une de Mayence, de 1602 ; une autre de Paris, de 1615 ; et la dernière que nous devons au Père Sirmond, 1945, 2 vol. in-fol., est la meilleure. Ce que Hincmar à écrit de St. Rémi de Rheims et de St. Denys de Paris, se trouve dans Surine, et n'est pas dans cette édition. On trouve encore quelque chose d'Hincmar dans la collection du P. Labbe, et dans les Actes du concile de Douzi, 1658, in-4. Son style se ressent beaucoup du siècle où il vivoit ; il est dur, embarrasé, diffus, coupé par des citations mal amenées et par des parenthèses sans nombre. On voit pourtant, à travers la barbarie de son langage, qu'il possédoit l'Écriture, les Pères, le droit canon et civil, et surtout qu'il connoissoit la discipline de l'Eglise, dont il fut un des plus zélés défenseurs. Il fut consulté par les rois de France de son temps, et il composa des traités pour leur instruction. Il y en a trois adressés à Charles le Chauve. I. De Regis persona et Regio ministerio. II. De cavendis vitis et exercendis virtutibus. III. De diversa et multiplici animæ ratione. Ce dernier ouvrage n'est proprement qu'un traité physique de la nature de l'âme et de la manière dont elle se meut ; et il faut avouer qu'il ne traita pas ces questions en homme qui s'entend et qui veut se faire entendre. Voyez I. CHIFFLET.
II. HINCMAR, neveu par sa mère du précédent, fut fait évêque de Laon avant d'avoir l'âge prescrit par les canons. Sa conduite peu régulière, ses injustices, et ses violences contre son clergé, occasionnèrent le concile de Verberie, où Charles le Chauve le fit accuser. Un appel au pape fit suspendre les procédures. Il ne fut pas si heureux dans le concile de Houzi en 871. Il y étoit accusé de sédition, de calomnie, de désoléeissance au roi à main armée. Sa sentence de condamnation lui fut prononcée par son oncle. Il fut envoyé en exil, quelquefois mis aux fers, et aveuglé. Un autre évêque fut mis à sa place : il fut cependant réhabilité en 878, et mourut peu de temps après. Le pape lui avoit permis de dire la messe, tout aveugle qu'il étoit. On trouve ses défenses dans l'*Histoire* du concile de Douzi, 1658, in - 4°
HIPACIE, et autres mots semblables. *Voy. HYPACIE*, etc.
HIPATIUS, neveu de l'empereur *Anastase*, eut beaucoup de part au commandement, sous le règne de son oncle. Après la mort de *Justin*, il voulut se mettre sur le trône, et fut déclaré chef d'une faction redoutable; mais *Justinien* dompta ce parti, et fit mourir *Hipatius* avec ses cousins *Procope* et *Probus*, l'an 527 de J. C.
HIPPARCHIE, femme de *Cratès*, philosophe Cynique, née à Maroné, florissoit sous *Alexandre le Grand*. Charmée des discours de ce philosophe, elle voulut l'épouser à quel que prix que ce fût. Sa famille eut recours à *Cratès* pour la détourner de ce dessein. Le Cynique représenta sa pauvreté; lui montra sa bosse, son bâton, sa besace et son manteau, et lui dit : *Voilà l'homme que vous aurez, et les meubles que vous trouverez chez lui. Songez-y bien, vous ne pouvez pas devenir ma femme, sans mener la vie que notre Secte prescrit*. Tout fut inutile. Ce Cynique dégoûtant lui plaisoit; elle l'épousa, prit l'habit des Cyniques, et s'attacha tellement à lui, qu'elle le suivait par-tout; et n'avoit point de honte, si l'on en croit des auteurs, de faire publiquement les actions sur lesquelles la pudeur met un voile. *Hipparchie* avoit fait des *Livres*, qui ne sont pas venus jusqu'à nous. I. HIPPARQUE, fils de *Pisistrate* tyran d'Athènes, lui succéda avec son frère *Hippias* : on vit renaître en lui l'amour de son père pour les lettres. *Anacréon*, *Simonide* et plusieurs savans furent attirés à sa cour. Tandis que ceux-ci inspiroient dans Athènes le goût de la vertu et des sciences par leur exemple, *Hipparque* faisoit ériger, au milieu des campagnes et dans les chemins publics, des statues de pierre, appelées *Mercures*, où étoient inscrites des sentences et des maximes pour l'instruction des voyageurs. *Harmodius* et *Aristogiton*, deux citoyens d'Athènes, outrés d'un affront public qu'il avoit fait à la sœur du premier, conspirèrent contre *Hipparque* pour s'en venger. Ce prince, qui avoit conçu une passion honteuse pour *Harmodius*, n'en avoit reçu que des mépris. Il s'en étoit vengé en faisant retirer sa sœur d'une cérémonie où elle devoit porter une corbeille de fleurs. Il fut assassiné par les conjurés, l'an 513 avant J. C. *Voyez ARISTOGITON*.
II. HIPPARQUE, mathématicien et astronome de Nicée, florissoit l'an 159 avant Jésus-Christ, sous *Ptolomée Philométor*. Il laissa diverses *Observations* sur les astres, et un *Commentaire* sur *Aratus*, traduit en latin par le P. *Petau*, qui en a donné une excellente édition dans son *Uranologia*, Paris, 1650, in-folio. *Pline* parle souvent d'*Hipparque*, et presque toujours avec éloge. Il remarque qu'il fut le premier, après *Thales* et *Sulpicius Gallus*, qui trouva le moyen de prédire juste les éclipses, qu'il calcula. pour six cents ans. Il dit qu'il est aussi le premier qui a imaginé l'Astrolabe, et qu'il entreprit, en quelque sorte, sur les droits de la Divinité, en voulant faire connoître à la postérité le nombre des étoiles, et leur assigner à chacune un nom. Idemque, dit-il, *aussus rem etiam Deo improbam, conumuerare posteris stellas, ac sidera ad nomen expangere*. Il loue son exactitude. *Strabo* néanmoins accuse cet astronome d'avoir trop aimé à critiquer, et de s'être servi assez souvent d'une manière de censure, qui sentoit plus la chicane qu'un esprit exact. Ce défaut ne l'empêcha pas de faire des découvertes dans l'astronomie. Il détermina avec assez de précision les revolutions du Soleil : il calcula la durée de celle de la Lune, et fixa l'inclinaison de son orbite sur l'Écliptique ; il forma une *Période lunaire*, qui porte son nom. Il eut enfin la gloire de donner de la certitude à la géographie, en posant sa base sur les observations astronomiques. Quelques mots de lui à cet égard sont remarquables : « Il est impossible, dit-il, d'acquérir les connaissances nécessaires sur la forme et la position de la terre, sans observer les cieux et les éclipses. On ne peut déterminer, sans considérer les climats, si Alexandrie en Égypte est plus au nord ou au midi que Babylone, ou quelle en est la distance : de même, on ne peut savoir exactement, sans comparer les éclipses du soleil et de la lune, quels endroits sont vers l'Orient ou vers l'Occident. » On trouve ici l'origine de la *longitude* et la *latitude*, dont l'idée fut oubliée jusqu'au temps de l'Atolome. *Hippocrate* dressa les premières cartes géographiques d'après les apparences réelles, et mérita pour toutes ces découvertes un nom immortel.
HIPPOCRATE. le plus célèbre médecin de l'antiquité, exerça son art à titre de succession. *Nebras*, son trisaïeul, invité par les Amphictyons, qui assiégeaient la ville de Crissa, vint à leur camp infecté d'une maladie pestilentielle, et y porta la santé. Son arrière-petit-fils naquit dans l'île de Coos, l'une des Cyclades, vers l'an 460 avant J.C. *Albufarage* prétend qu'*Hippocrate* n'étoit point natif de Coos, mais de la ville d'Émesse en Syrie, qu'il résida souvent à Damas, d'où il se retirait de temps en temps dans la belle vallée de Birab. Ce qui avoit illustré son aïeul *Nebras*, fit connoître *Hippocrate*. Ce grand homme, instruit par des exemples domestiques, par l'étude de la nature, et surtout par celle du corps humain, délivra les Athéniens de l'affreuse peste qui les affligea au commencement de la guerre du Péloponèse. Le droit de bourgeoisie, une couronne d'or, l'initiation dans les grands mystères, furent la récompense de ce bienfait. Ses vertus, son désintéressement, sa modestie, égaloient son habileté. Il a conservé dans ses ouvrages, la mémoire d'une faute qu'il avoit commise en passant une blessure de tête : car on sait que, dans ces temps reculés, la médecine, la chirurgie et la pharmacie n'étoient point séparées. Il n'a pas rougi de confesser, aux dépens en quelque sorte de sa propre gloire, qu'il s'étoit trompé, de peur que d'autres après lui, et à son exemple, ne tombassent dans la même erreur. Il fait encore un autre aveu, qui marque en lui un grand caractère de candeur et d'ingé-nuité. De quarante-deux malades qu'il avoit traités, dont il décrit les maladies dans le premier et le troisième livres des *Maladies Epidémiques*, il avoue qu'il n'en guérit que dix-sept, et que tous les autres étoient morts entre ses mains. Dans le même livre, il dit, en parlant d'une certaine esquinancie qui étoit accompa-gnée de grands accidens, que tous en échappèrent. *S'ils étoient morts*, ajoute-t-il, *je le dirois de même*. Dans un autre endroit, il se plaint fort modestement de l'injustice de ceux qui décrient la médecine, sous prétexte que l'on meurt souvent entre les mains des médecins : *Comme si*, dit-il, *on ne pouvoit pas im-puter la mort du malade*, à la violence insurmontable de la ma-ladie, aussi bien qu'au médecin qui l'a traitée. Il déclare qu'un médecin ne doit pas avoir honte, dans certains cas difficiles, d'ap-peler d'autres médecins, afin de consulter avec eux sur la ma-nière de traiter le malade. On voit par-là que les consultations sont d'un ancien usage. On re-connoit dans l'ancien serment d'*Hippocrate*, qu'on trouve à la tête de ses ouvrages, le caractère d'un parfait honnête homme. Il prend les dieux qui président à la médecine, à té-moin du désir sincère qu'il a de remplir exactement tous les de-voirs de son état. Il fait paroître une vive et respectueuse recon-noissance pour celui qui lui a enseigné l'art de la médecine, et déclare qu'il le regardera toujours comme son père, et ses enfans comme ses frères. Aussi bon citoyen que grand médecin, il réserva ses talens pour ses com-patriotes. *Artaxerces Longue-maus* lui offrit des sommes con-sidérables, et les honneurs qu'on décerne aux princes, s'il vouloit se rendre à sa cour : le médecin répondit au monarque, qu'il dé-voit tout à sa Patrie, et rien aux *Etrangers*. Le roi, outré de ce refus, somma la ville de Coos, de lui livrer leur citoyen. La réponse hardie des habitans de cette ville lui fit connoître leur générosité, et le cas qu'ils fa-voient de leur compatriote. *Hippocrate* méritoit assurément ces attentions. Né dans les beaux jours de la Grèce, avec un génie supérieur pour la médecine, il prévoyait, sans se tromper, le cours et la conclusion des ma-ladies. Il avoit sur-tout un ta-lent rare pour discerner les symp-tômes du mal, la nature de l'air, le tempérament du malade. Tous les médecins admirent encore aujourd'hui sa pratique ; il y en a peu qui l'égalent. Le moyen qu'il employoit le plus souvent, soit pour la conservation de la santé, soit pour la guérison des maladies, étoit les frictions de la peau ; méthode si recomman-dée par les anciens, et si né-gligée par les modernes. *Hippocrate* diversifioit ce remède avec une sagesse admirable, selon les différens tempéramens. *Hippocrate*, dit-on, fut le premier qui enseigna la médecine aux étran-gers ; avant lui cet art étoit ren-fermé dans certaines familles qui l'exerçoient exclusivement. Une sentence de ce grand homme étoit : *Tout ce que j'ai acquis d'habileté par-dessus les autres, consiste en ce que j'ai long-temps considéré et étudié mon igno-rance*. Cet habile homme re-ouéillit les fruits de son savoir, et prolongée sa vie jusqu'à 109 ans. Il mourut à Larisse dans la Thessalie, après avoir vécu sain de corps et d'esprit. Voy. DEMO-CRIFE. Les Grecs lui défendent les mêmes honneurs qu'ils avoient rendus à Hercule. Sa mémoire est encore en vénération dans l'isle de Coos, et on y montre une petite maison où l'on dit qu'il a habité. Les médecins lui donnent le titre de Divin : il est pour eux ce qu'Euclide est pour les géomètres. Ses deux fils Thessalus et Dracon, et son gendre Polyle, se rendirent célèbres parmi les médecins de leur temps. Il nous reste plusieurs écrits de ce grand homme : I. Des Aphorismes, regardés comme des oracles : Gaza les a traduits en latin, et Laysinus les a mis en vers hexamètres. II. Des Pronostics. III. Un Traité des Vents, qu'on peut appeler son chef-d'œuvre. Les éditions les plus estimées de son ouvrage, sont celle de Foësius, en grec et en latin : Genève, 1657, 2 volum. in-folio : celle de Vandevliadna ; Leyde, 1655, 2 vol. in-8°, qui se joint à la collection des Auteurs cum notis Variorum ; et celle que Chartier a donnée avec le Galien, 1639, 13 tomes en 9 vol. in-folio. Voy. I. DURET. On imprima à Basle, en 1579, vingt-deux de ses Traités, avec la traduction de Cornarius, des tables et des notes, in-fol. Ce recueil est fort rare. Les savans ont publié une foule de commentaires et de traductions dans toutes les langues, des Œuvres du médecin Grec. On se contentera de citer la version françoise de Devaux, fameux chirurgien, et le commentaire latin d'Hecquet, habile médecin. Devaux a aussi traduit ce Commentaire. M. Le Fèvre de Villebrune a traduit en françois les Aphorismes, Paris, 1786, in-18. La plupart des ouvrages d'Hippocrate ont été traduits en arabe par Honaïa. Voy. VII. MORIN (Louis).
HIPPODAMIE, étoit fille d'Œnomais, roi d'Elide. Ce prince, ayant appris de l'Oracle que son gendre lui ôteroit le trône et la vie, ne la voulut donner en mariage qu'à celui qui le vaincroit à la course, parce qu'il étoit assuré que personne ne pouvoit le surpasser en cet exercice. Œnomais massacroit tous ceux qui en sortoient vaincos : il tua jusqu'à treize princes. Pour les vaincre plus facilement, il faisoit placer Hippodamie sur le char de ses amans, afin que sa beauté, qui les occupoit, les empêchât, en courant, d'être attentifs à leurs chevaux. Mais Pélops entra dans la lice, et le vainquit par adresse ; Voy. MYRTILE. Œnomais se tua de désespoir, laissant Hippodamie et son royaume à Pélops, qui donna son nom à tout le Péloponèse. — Il y a eu une autre HIPPODAMIE, que Platargue appelle Deidemie. Elle étoit femme de Pirithoüs. Les Centaures et les Lapithes ayant été invités à ses noces avec les princes de Thessalie, lorsqu'on se fut échauffé la tête à boire, les Centaures entreprirent d'enlever non seulement la jeune épouse à son mari, mais aussi toutes les femmes qui étoient du festin. Alors, il se livra un combat furieux, où les Centaures furent massacrés par Hercule, Thésée et Pirithoüs. Voyez les articles BRISSI, qui se nommoit aussi HIPPODAMIE, — I. CHRYSIPPE, — et PIRITHOUS. I. HIPPOLYTE, (Myth.) étoit fils de Thésée et d'Antipe, reine des Amazones. Phèdre, sa belle-mère, devint éperdument amoureuse de ce jeune prince, et elle osa lui déclarer la passion dont elle brûloit. Comme elle vit qu'elle ne lui inspiroit que de l'horreur, sa fureur jalouse la porta à l'accuser auprès de Thésée d'avoir voulu attenter à son honneur. Ce malheureux roi la crut, et dans un mouvement de colère, il pria Neptune de venger ce crime prétendu. Le dieu l'exança; et Hippolyte, se promenant dans un char sur les bords du rivage auprès de Trézène, rencontra un monstre affreux qui sortoit de la mer, et qui effraya tellement ses chevaux, qu'ils le traînèrent avec furie à travers les rochers. Esculape le ressuscita. Phèdre, déchirée par les remords, découvrit son crime à Thésée, et se donna la mort. On sait avec quelle supériorité de talens, Racine a fait de cet événement le sujet de l'une de ses plus belles tragédies. Dans le sallon de l'an dix, Guérin a exposé un superbe tableau, représentant Hippolyte, accusé par Phèdre. Les artistes de la capitale ont couvert ce tableau de lauriers.
II. HIPPOLYTE, (Saint) fut évêque et martyr. On ne sait point quelle église il gouvernoit, ni en quel temps il répandit son sang pour l'Évangile. Quelques savans prétendent cependant qu'il étoit évêque non de Rome, mais à Rome, pour soulager le pape dans ses fonctions, et qu'il exerçoit les siennes au port Romain et dans la partie de la ville qui est au-delà du Tibre. Mais ils ont confondu ce saint avec un autre Hippolyte dont parle Prudence. L'opinion la plus vraisemblable est que le martyr, objet de cet article, étoit évêque d'Aden en Arabie, appelée anciennement le Port Romain. On croit que ce fut vers 230, sous Alexandre Sevère. Il est principalement célèbre par son Cycle Pascal, dont nous avons encore la seconde partie. Elle roule sur un nouveau calcul, qu'il avoit inventé pour trouver le jour de Paques par le moyen d'un cycle de seize ans. C'est le plus ancien canon que nous ayons. Nous avons encore de cet illustre évêque : I. Une partie considérable d'une Homélie contre Noël, hérétique du 3e siècle, où il prouve clairement la distinction des personnes dans la Trinité, la divinité du Fils de Dieu, et la distinction des natures en J.C.II. Des fragments de ses Commentaires sur l'Écriture. III. Homélie sur la Théophanie, ou l'Épiphanie. IV. De l'Antechrist, découvert et publié en 1661; Eusèbe, saint Jérôme, Photius en font mention. Il est différent du livre intitulé, De la fin du Monde et de l'Antechrist, qu'on lui a faussement attribué, et qui est une production moderne peu estimable. Il avoit encore fait plusieurs autres ouvrages, dont on regrette la perte, et on lui en attribue un grand nombre qui ne sont pas de lui. Fabricius a recueilli les authentiques et les apocryphes, et en a donné une belle édition en grec et en latin, 2 vol. infolio; le premier, publié en 1716; et le second, en 1718. On reconnoit dans les écrits de saint Hippolyte la douceur qui formoit son caractère. Son style, noble et élégant, n'est pas toujours pur, ni ses interprétations de l'Écriture sainte toujours natu- 256 HIP relles, parce que son goût pour le sens mystique, l'éloigne souvent du sens littéral.
HIPPOMAQUE, fameux joueur de flûte, voyant un de ses élèves applaudi par le peuple, le frappa de son baton pour l'avertir qu'il jouoit mal, puisqu'il s'attiroit les applaudissemens de la multitude ignorante.
HIPPOMÈNE, (Mythol.) fils de Macarée et de Mérope, aimoit éperduement Atalante, fille de Schénée; mais cette jeune princesse ayant résolu de ne se point marier, avoit déclaré qu'elle ne donneroit sa main qu'à celui qui la vaincroit à la course, et qu'elle perceroit du trait qu'elle portoit, celui qui seroit vaincu. Plusieurs jeunes princes avoient déjà été punis de leur témérité, lorsqu'Hippomène se mit sur les rangs. Mais comme il se défoit de ses forces, il implora le secours de Vénus, qui lui donna trois pommes d'or, et lui apprit l'usage qu'il en devoit faire. Rassuré par ce stratagème, Hippomène entra dans la lice, et lorsqu'il vit Atalante prête à l'atteindre pour le percer, il jeta fort loin les pommes d'or à droite et à gauche. La jeune princesse éblouie de l'éclat de ces pommes, se détourna pour les ramasser; et tandis qu'elle en admiroit la beauté, elle donna la victoire à Hippomène. Ovide dit que dans la suite ils furent changés en lion et en lionne, pour avoir profané le temple de Cybèle.
HIPPONAX, poète Grec, né à Ephèse vers l'an 540 avant J. C., se fit chasser de sa patrie à cause de son humeur satirique. Il s'exerça dans le même genre de poésie qu'Archiloque, et ne se rendit pas moins redoutable que lui. Hippomène avoit le corps et la fig. re-diformes. Deux frères sculpteurs, nommés Hapalus et Sthrinis, s'égayerent à son sujet, en le représentant d'une manière rélicule. Mais le poète piqué de cette insulte, lui ça contre eux des traits de satire si mordans et si envenimés, qu'ils vouloient se pendre de dépit. Hipponax passe pour l'auteur du vers Sca-2, où le spordée, qui a pris la place de l'ambe, se trouve toujours au sixième pied du vers qui porte ce nom. I. HIRAM, roi de Tyr, fils d'Abbal, monta sur le tronc après lui, fit alliance avec David et avec Salomon son fils. Il fournit à celui-ci des cèdres, de l'or et de l'argent pour la construction du Temple de Jérusalem. Ces deux monarques s'écrivoient l'un et l'autre des lettres pleines de raison, de politesse et d'esprit. Hiram mourut vers l'an 1000 avant J. C., après un règne de 60 ans.
II. HIRAM, excellent ouvrier, que Dieu avoit doué du talent de faire toute sorte d'ouvrages de cuivre ou de bronze, étoit fils d'un Tyrien et d'une Juive, de la tribu de Nephali. Salomon se servoit de lui pour travailler aux Chérubins, et aux autres ornemens du Temple. Il fit, outre cela, les deux grosses colonnes de bronze, qui furent mises à l'entrée du vestibule du Temple, dont l'une s'appeloit Joachim, et l'autre B. os. Il fit encore le grand vaisseau, nommé la Mer, où l'on conservoit l'eau pour l'usage du Temple. I. HIRE, (La) fameux capitaine, I oy. [VIGNOLES Etienne de]. — II. HIRE, (Laurent de la) né à Paris en 1606, mort dans la même ville en 1656, à 50 ans, étoit peintre ordinaire du roi, et professeur de l'académie de Peinture. Il étoit parvenu à ces titres, et, ce qui est encore plus, à une grande réputation, sans avoir jamais eu d'autre maître que son père, peintre assez médiocre. Laurent fut le premier, dit la Combe, qui osa s'éloigner du goût de l'école de Vouet. Cette singularité, soutenue par de grands talens, frappa le public. Son coloris est d'une fraîcheur admirable; les teintes des fonds de ses tableaux sont noyées dans une sorte de vapeur qui semble envelopper tout l'ouvrage. Il avoit une touche légère et assez correcte. Son style est gracieux, et sa composition sage et bien entendue. Il finissoit extrêmement; mais on lui reproche de n'avoir point assez consulté la nature. Il étoit habile dans l'architecture et dans la perspective. Ce peintre a fait des paysages, des portraits, et beaucoup de tableaux de chevalet, qui sont précieux par le grand fini. On ne peut aussi voir rien de mieux terminé que ses dessins. Plusieurs églises de Paris, celles des Carmélites, des Capucins, des Minimes, du Sépulcre, offroient des tableaux qui donnent une idée avantageuse de cet artiste. Ses premières productions ne présentent ni caractères nobles, ni belles formes, ni proportions élégantes; mais il acquit dans la suite une noblesse de dessin, une force d'expression, une vigueur de coloris admirables. Tel est, entr'autres, son Tableau des Enfans de Bethel dévorés par des Ours, (Voyez I. ÉLISÉE.) chef-d'œuvre, qui se voyoit dans le cabinet de M. le marquis de Marigni.
III. HIRE, (Philippe de la) fils et élève du précédent, naquit à Paris le 18 mars 1640. Il quitta la peinture pour s'attacher à la géométrie et aux mathématiques. Son goût pour ces sciences se décida en Italie, quoiqu'il n'y eût été que pour se perfectionner dans la peinture. De retour à Paris, il fut envoyé, l'an 1669, par le grand Colbert, en Bretagne et en Guienne. Ce ministre avoit conçu le lessein d'une Carte générale du royaume, plus exacte que les précédentes. Il falloit des hommes pour chercher les matériaux de ce grand ouvrage, et il en trouva un dans la Hire. Ce géomètre satisfait tellement, qu'on l'envoya, un an après, déterminer la position de Calais et de Dunkerque. Il mesura ensuite la largeur du Pas-de-Calais, depuis la pointe du bastion de Risban jusqu'au château de Douvres en Angleterre. En 1693, il continua, du côté du Nord de Paris, la Méridienne commencée par Picard, en 1669, tandis que Cassini la poussoit du côté du Sud. Si ces différens travaux lui méritèrent l'estime des savans, ses vertus le firent aimer des citoyens. Il avoit, dit l'ingénieux secrétaire de l'académie, la politesse extérieure, la circonspection, la prudente timidité de ce pays qu'il aimoit tant (de l'Italie); et parlà, il pouvoit paroître à des yeux François un peu réservé, un peu retiré en lui-même. Il étoit équitable et désintéressé, non-seulement en vrai philosophe, mais en Chrétien. Sa raison, accoutumée à examiner tant d'objets différens, et à les discuter avec curiosité, s'arrêtoit à la vue de 258 HIR ceux de la religion; et une piété solide, exempte d'inégalités et de singularités, a régné sur tout le cours de sa vie. Les principaux ouvrages de la Hirc sont : I. Les nouveaux éléments des Sections coulques, volume in-12, qui renferme deux autres morceaux intéressants sur les Lieux géométriques et sur la Construction des Équations. II. Un grand Traité des Sections coulques, 1685, in-fol., en latin. III. Des Tables du Soleil et de la Lune, et des Méthodes plus faciles pour le calcul des Éclipses. IV. Des Tables Astronomiques, en latin, 1702, in-4. V. L'École des Arpenteurs, 1692, in-12. VI. Un Traité de Mécanique, 1665, in-12. VII. Un Traité de Gnomonique, 1694, in-12. VIII. Plusieurs ouvrages imprimés dans les Mémoires de l'académie des Sciences. IX. L'édition du Traité du Nivellement de Picard, avec des additions; et celle du Traité du Monument des Eaux, ouvrage posthume de Mariotte, qu'il mit au 1st. Dans tous ses ouvrages de mathématique, la Hirc, dit Fontenelle, ne s'est presque jamais servi que de la synthèse, ou de la manière de démontrer des anciens, par des lignes et des proportions de lignes, souvent distinctes à suivre, à cause de leur multitude et de leur complication. Ce n'est pas qu'il ne connaît l'analyse moderne, plus expéditive et moins embarrassée; mais il avoit pris un autre pli dès sa jeunesse. Il ne croyoit pas que, dans les matières de pure physique, le secret de la nature fut aisé à deviner. Dans ses explications, il s'arrêtoit au système qui lui paroissoit le plus vraisemblable. Son principe pose, tout le reste s'en déduisoit assez bien. Mais si on lui contesteit ce principe, il n'en prenoit point la défense; il se contentoit d'être un raisonneur conséquent, sans vouloir être un devin. Son estime pour la médecine, étoit médiocre: depuis qu'il avoit été guéri des infirmités de sa jeunesse et des palpitations de cœur qui l'avoient long-temps fatigué, par une fièvre quarte, il avoit plus de confiance à la nature qu'à l'art de guérir. Il avoit une grande connaissance du détail des arts et métiers, et on s'en appercevoit assez dans les leçons qu'il domoit comme professeur de l'académie d'Architecture. Il fut encore un des premiers qui cultivèrent la physique expérimentale, et qui firent sentir la nécessité de la cultiver. Il mourut à Paris le 28 avril 1718, à 78 ans.
IV. HIRE, (Philippe de la) fils du précédent, mort un an après son père en 1719, à 42 ans. Il exerça la profession de médecin avec succès, et fut membre, comme son père, de l'académie des Sciences. Son goût le portoit à la peinture; il en faisoit son amusement. Il peignoit à gounche des paysages et des figures, dans la manière de Vatteau.
HIRNHEYM, (Jérôme) cha-noine de l'ordre des Prémontrés et abbé de Stradow on Mont-de-Sion à Prague, mort le 27 août 1679, à 44 ans. Il avoit été viceingénéral de son ordre, et avoit travaillé à y faire fleurir la piété et la science. Il ne vouloit pas qu'on séparait ces deux objets. Pénétré des abus qu'on avoit fait de la raison, il prétendit que rien n'étoit vrai, que par l'autorité infaudible de l'Église. Il opposa partout la foi et la révélation aux axiomes de la philoso- phle, au témoignage des sens. Les apôtres mêmes ne sont sûrs d'avoir vu, entendu, touché J. C., que par la foi. On peut voir la preuve de ces assertions dans son traité, intitulé : De Typho gene- ris humani, sive scientiarum hu- manarum inani ac ventoso tumore, 1676, in-4°; où il y a d'ailleurs de bonnes leçons pour les gens de lettres, enflés d'une vaine science.
HIRRIUS, (Caius) édile, fut le premier qui inventa les viviers, ou réservoirs pour garder le pois- son. Il en fournissoit la table de César dans les festins; et quoi- qu'il n'eût qu'une fort petite mé- tairie, il en tira par cette inven- tion, un très-gros revenu.
HIRTIUS, (Aulus) ami et même disciple de Cicéron, étoit attaché au parti de Jules-César, sous lequel il servit avec courage. C'est de lui qu'est une Relation des guerres d'Egypte et d'Afrique, qui se trouve à la suite des Com- mentaires de ce grand homme. HIRTIUS fut élu consul avec Pansa, l'an 44 avant J. C., et fut tué en combattant vaillam- ment contre Antoine auprès de Modène.
HISCAM, xve calife de la race des Ommiades, et quatrième fils d'Abdalmaleck, succéda à son frère Jézid II. C'étoit un prince qui faisoit des dépenses prodi- gieuses, et qui s'emparoit du bien de ses sujets pour y fournir. Il avoit, dit-on, jusqu'à 700 garde- robes remplies des plus riches habillemens du monde. Quand il marchoit, il faisoit toujours suivre dans son équipage 600 cha- meaux chargés de ses habits et de son linge. Après sa mort, on trouva dans sa principale garde-robe, 12,000 chemises très-fines; mais Valid, son suc- cesseur, ne voulut pas permettre qu'on en tirât une seule, même un drap, pour l'ensévelir; de sorte qu'un valet de chambre en- veloppa cet homme si fastueux dans un méchant morceau de linge. Ce calife avoit vaincu Kha- cam, roi du Turquestan, Zéid proclamé calife dans la ville de Confad, et avoit fait la guerre aux empereurs Léon l'Isaurien et Constantin Copronyme. Il mou- rut après un règne de 19 ans, l'an 743. C'est lui que les histo- riens Grecs nomment Isam.
HOBBES, (Thomas) en la- tin Hobbesius et Hobbius, naquit à Malmesbury le 5 avril 1588, d'un père ministre, qui le fit élever avec soin. Il fut chargé, dès l'âge de 20 ans, de l'éduca- tion du jeune comte de Devon- shire. Après avoir voyagé avec son élève en France et en Italie, il se consacra entièrement aux belles-lettres et à l'antiquité. Un second voyage en France lui ayant inspiré du goût pour les mathé- matiques, et ce goût ayant pris de nouvelles forces en Italie, où il vit Galilée, il joignit cette science à celles qui l'occupoient déjà. Le feu de la guerre civile couvoit en Angleterre, lorsqu'il y retourna; il éclata en effet quelque temps après. Hobbes vint chercher la tranquillité à Paris, et ne l'y trouva point. Son traité De Cive, qu'il publia dans cette ville, et sur-tout les injures contre les Catholiques, dont il avoit rempli son Leviathan, ayant déplu aux gens sages, il se retira à Londres, où le soulèvement contre ses opinions étoit encore plus fort qu'à Paris. Contraint de se cacher chez son élève, il y travailla à plusieurs ouvrages jusqu'en 1660. Ce fut dans cette année que Charles II fut rétabli sur le trône de ses ancêtres. Il accueillit très-favorablement Hobbes, qui avoit été son maître de mathématiques à Paris, et lui donna une pension. Ce sophiste mourut le 4 décembre 1679, à 92 ans, à Hardwick, chez le comte de Devonshire, avec autant de pusillanimité qu'il avoit montré de hardiesse en attaquant les dogmes les plus sacrés. On a peint Hobbes comme un bon citoyen, un ami fidelle, un homme officieux, un philosophe humain; mais toutes ces qualités ne s'accordent guères avec la réputation d'Athéisme qu'il s'étoit faite, et la qualité d'impie qu'on ne peut lui refuser. Il vécut dans le célibat, et n'en aima pas moins le commerce des femmes. Sa conversation étoit agréable; mais, dès qu'il étoit contredit, elle devenoit caustique. Il lisoit très-peu sur la fin de ses jours, persuadé que, lorsque l'esprit est plein, il n'a plus qu'à digérer les choses dont il s'est rempli. Il n'aimoit pas les courtisans; mais il se ménageoit toujours un ami ou deux à la cour, parce que, di-oit-il, il étoit permis de se servir de mauvais instrument pour se faire du bien... Si l'on me jetoit, ajoutoit-il, dans un puits profond, et que le Diable me présentait son pied fourchu pour en sortir, je le saisirois à l'instant. Quant aux principes qu'il a consignés dans ses dangereux ouvrages, en voici l'analyse, telle que Formes, l'a faite dans son Histoire abrogée de la Philosophie. « Nos idées tirent toutes leur origine des sens, et les corps placés hors de nous, sont la cause de nos sensations. Les qua- lités sensibles ne consistent que dans la diversité des mouvements de la matière. Il n'y a aucune des actions humaines, qui soit l'effet d'une disposition naturelle ou essentielle. Tout ce que nous pouvons imaginer est fini; ainsi, le nom de Dieu ne répond à aucune de nos idées: c'est seulement un titre d'honneur, donné à l'Être que nous concevons au-dessus de tous les autres. Nos réflexions les plus approfondies ne sauroient franchir les bornes du fini et du lieu. Le vrai et le faux ne sont que des expressions, dont nous ne pouvons constater la réalité. La raison naît artificiellement en nous. Nous aimons ce que nous désirons, et notre volonté n'est autre chose que le dernier objet de notre appétit. L'acquisition des objets désirés produit le bonheur: pour la vertu, elle mérite des égards par son excellence; mais elle ne consiste que dans l'art de bien choisir entre les divers objets de nos désirs, lorsque nous les comparons entreux. La puissance est l'agrégat des moyens propres à acquérir les biens; et la plus grande puissance résulte du plus grand agrégat de semblables moyens qui se trouvent dépendre d'une seule et même personne. Les agitations et les inquiétudes viennent de l'ignorance des causes; et la Religion est l'effet de la crainte qu'on a pour des puissances invisibles. L'égalité naturelle des hommes sert de fondement à l'espérance d'obtenir les objets de nos désirs, fût-ce au préjudice des autres; et de la vient l'acquisition du domaine par la force. L'état naturel de l'homme est un état de guerre, qui ne peut cesser que par la puissance coercitive. Il n'y a aucune propriété légitime, ni rien de juste ou d'injuste naturellement. Le droit naturel n'est autre chose, que la liberté d'user de sa puissance à son gré, pour la conservation de sa nature. La liberté consiste dans l'absence des obstacles externes. Tous ont naturellement droit sur tout; mais les vrais intérêts de l'homme doivent le porter à rechercher la paix, et à établir des droits dont l'observation tend à la sureté et à la tranquillité publiques. » Les principaux ouvrages, dans lesquels ce profond et bizarre philosophe a établi ses systèmes, sont : *Elementa philosophica, seu politica, DE CIVE*, à Amsterdam, 1647, in-12. *Sorbière* le traduisit en françois, et fit imprimer cette traduction à Amsterdam en 1649, in-12. L'auteur y pousse trop loin l'autorité du monarque. Il en fait un despote, par ressentiment contre les parlementaires d'Angleterre, qui vouloient anéantir tout gouvernement, à l'exception du républicain. Il prétend que la volonté des souverains fait et la Religion, et tout ce qui est juste ou injuste. Il y suppose tous les hommes méchans. C'est les inviter à l'être, ainsi que l'a dit un homme d'esprit, d'après *Descartes*. *Voyez* I. CUMBERLAND. II. *Leviathan, sive de Republica*, à Amsterdam, chez *Blaeu*, en 1668; et dans ses Œuvres philosophiques, Amsterdam 1663, en 2 vol. in-4. III. Il a fait une traduction d'*Homère* en vers anglois, 1675 et 1677, in-8°; mais bien inférieure à celle du célèbre *Pope*. IV. Une autre de *Thucydide*, en anglois, 1676, Londres, in-fol. V. *Décaméron Philosophique*, ou *x Dialogues sur la Philosophie naturelle*, en anglois, 1678, in-12. Cet ou- vrage est une nouvelle preuve que l'auteur étoit plus grand sophiste que grand philosophe. On peut le regarder, à certains égards, comme le précurseur de *Spinosa*, et de quelques impies modernes. VI. Des *Vers Anglois et Latins*. VII. Plusieurs *Écrits de Physique*, etc. *Voyez* AUBREY.
HOBERG, (Wolfgang Helmbard, seigneur de) né en Autriche l'an 1612, mort à Ratisbonne en 1688, à 76 ans, s'est fait un nom par ses ouvrages, et sur-tout par ses *Georgica curiosa*.
HOC, (Louis-Pierre le) médecin, né à Rouen, mort à Paris en 1769, s'est fait connoître par son opposition au système de l'inoculation, contre lequel il a écrit diverses brochures.
HOCHE, (Lazare) né à Versailles en 1768, d'une famille pauvre, s'engagea dans les Gardes Françoises, et parvint du grade de caporal à celui de général en chef de la République. Il chassa de l'Alsace les Autrichiens en 1793, s'empara de Furnes, et pacifia la Vendée, en y apportant beaucoup de sang froid et assez de modération. Il rassura l'habitant des campagnes par ses proclamations, ménagea les prêtres, et jeta la défiance parmi les royalistes. Organisant alors avec art des colonnes mobiles, il dispersa ses ennemis, en employant contre eux leur manière de combattre et leur propre tactique. Il se montra plus cruel à Quiberon, où il fut vainqueur en 1795. Le 15 décembre de l'année suivante, il sortit de Brest à la tête d'une flotte destinée à exécuter une descente en Irlande; les vents séparèrent ses vaisseaux, et il ne rentra en France qu'après en avoir perdu plusieurs. Chargé dans la suite d'exécuter le passage du Rhin, il le fit avec autant de bravoure que d'intelligence. Il prit dans cette expédition un rhume opiniâtre, dont les suites l'emportèrent, en vendémiaire an 6. Hoche étoit un homme actif, courageux, entreprenant; un général à grands moyens. Comme il pouvoit être dangereux en prenant parti dans les affaires publiques, Bobespierre, qui craignoit tous les talens décidés, le fit mettre en réclusion; mais il obtint ensuite son élargissement. Hoche connoissoit son propre mérite, et ne rendoit pas toujours justice à celui des autres; il mettoit les talens militaires de quelques-uns de nos généraux au-dessous des siens. Il pouvoit avoir raison; mais il ne devoit pas le faire sentir. Au reste, cette vanité peut s'excuser dans un jeune guerrier, parvenu au généralat avant l'âge de 30 ans, et étoit rachetée d'ailleurs par d'excellentes qualités. Le Directoire lui accorda de magnifiques obsèques. Ce général étoit bel homme; il n'apprit à lire que tard, et parvint à force de travail à acquérir des connoissances, et à écrire même avec une sorte de facilité. Sa vie a été écrite par Rousselin, 2 vol. in-8.
HOCHSTETTER, (André-Adam) docteur Luthérien, né à Tubinge en 1668, devint successivement professeur d'éloquence, de morale et de théologie à Tubinge, pasteur, surintendant et recteur de l'académie de cette ville, où il mourut en avril 1717. Ses principaux ou- vrages sont: I. Collegium Pufendorfianum. II. De Festo expiationis et Hirto Azazel. III. De Conradino, ultimo ex Suevis Duce. IV. De rebus Elbingensibus. Ses écrits historiques ont leur utilité; il n'en est pas de même de ses autres livres, peu connus hors de son pays.
HOCHTRAT, (Jacques) ainsi nommé, parce qu'il étoit natif de Hoogstraten, village de Brabant, entre Anvers et Bergop-zoom, fut professeur de théologie à Cologne, prieur du couvent des Dominicains de cette ville, et inquisiteur dans les trois électorats ecclésiastiques. Il eut un grand démêlé avec Reuchlin, dans lequel il fit moins éclater son érudition que son caractère violent et impétueux. Erasme et tous les savans font un portrait très-désavantageux de son cœur. Il exhortoit le Pape, dit Maimbourg, à n'employer contre Luther, que le fer et le feu, pour en délivrer au plutôt le monde. Il mourut à Cologne en 1527. On a de lui un grand nombre d'ouvrages de controverse, fruits d'un zèle amer.
HOCQUINCOURT, Voyez MONCHY.
HOCWART, (Laurent) qu'on croit avoir pris sa naissance à Ratisbonne, ville peu féconde en savans, composa dans le 16e siècle une Chronique de l'Évêché de sa patrie. Cet ouvrage, qu'on regarde comme assez exact, avoit été oublié depuis sa naissance; mais M. Gfel, bibliothécaire éclairé et laborieux de l'électeur de Bavière, l'a publié en 1763, dans le premier tomo des Scriptores rerum Boicarum, en 2 vol. in-fol. H O F 263
**HODY**, (Humfrey) archi-diacre d'Oxford, et professeur royal en langue grecque dans l'université de cette ville, mourut en 1706, à 47 ans, avec la réputation d'un savant consommé. On a de lui : I. *De Græcis illustribus, linguae Græcæ Litterarumque humaniorum instauratoribus* : ouvrage curieux, publié de nouveau à Londres en 1742, in-8°, avec la vie de l'auteur. II. *De Bibliorum textibus originalibus*, in-fol. Oxford, 1705. III. Une *Dissertation* latine contre l'Histoire d'Aristote. IV. Une *Dissertation* latine, curieuse et savante, sur *Jean* d'Antioche, surnommé *Malada*. *Voyez* PHANZA. Elle est jointe à la *Chronique* de cet auteur, imprimée à Oxford, par les soins et avec les notes de *Chilméad*. **H O É**, (Matthias) né à Vienne en 1580, fut conseiller ecclésiastique, premier prédicateur et principal ministre de la cour de Saxe. C'étoit un esprit emporté, qui se déchaînait également contre les Catholiques et contre les Calvinistes. Il mourut en 1645. On a de lui, un *Commentaire* sur l'Apocalypse, Leipzig, 1671, in-fol., et d'autres ouvrages peu estimés.
**HØFEN**, *Voy. CURIIS* (Jean de).