**HOESCHELIUS**, (David) bibliothécaire d'Angsbourg sa patrie, mort dans cette ville le 10 octobre 1617, à 62 ans, enrichit la bibliothèque confiée à ses soins, de quantité de manuscrits grecs. Il en publia en 1606 le *Catalogue*, qui est justement estimé. Il fut réimprimé à Augsbourg, 1675, in-4°, avec des augmentations. Ce savant n'étoit pas moins recommandable, par les politesses dont il combloit les littérateurs, qui avoient besoin de ses livres ou de ses lumières. Il favorisoit sur-tout les jeunes gens, et il en forma plusieurs. Pour que les manuscrits de la bibliothèque qu'il dirigeoit, ne fussent pas un trésor enfoui pour le public, il faisoit imprimer les plus précieux. Outre son *Catalogue*, on a de lui des *Notes* sur *Origène*, sur *Photius*, sur *Procope*, dont il donna une version, sur *Philon*, etc.; une édition de *Margunio*, etc. **I. HOFFMANN**, (Frédéric) né à Hall, près de Magdebourg, en 1660, prit le bonnet de douteur en médecine l'an 1681. Nommé professeur de cette science dans l'université de Hall, fondée en 1694, il remplit cet emploi avec beaucoup de distinction jusqu'à sa mort, arrivée le 12 octobre 1742. Il étoit âgé de 83 ans. Ses Ouvrages ont été recueillis par les frères de *Tournes*, imprimeurs de Genève, en 1748, 6 tomes in-fol. Il y a un premier supplément, deuxième édition de 1754, en deux parties; un second en 3 vol.; le tout se relie en 6 ou 7 vol. On trouve de bonnes choses dans cette énorme compilation; mais le style de l'auteur est lâche et diffus. Il raconte longuement des choses triviales; il se répète sans cesse, et surtout dans ses Œuvres posthumes. Malgré ces défauts, *Hoffmann* mérite d'être mis au nombre des meilleurs auteurs de médecine. Il connoissoit cette science à fond, et il étoit d'ailleurs grand praticien. On doit lui savoir beaucoup de gré des aveux qu'il fait en faveur des remèdes simples et domestiques : « J'affirme avec serment, dit-il, qu'il a été un temps où je courois avec ardeur après les remèdes chimiques. Mais avec l'âge, j'ai été per- suadé que très-peu de remèdes, bien choisis, tirés même des choses les plus simples et les plus viles en apparence, soula- gent et plus promptement et plus éfficacement les maladies, que toutes les préparations chimiques les plus rares et les plus recher- chées. » Lorsqu'il étoit consulté par ces gens qui se constituent malades en pleine santé, et qui se médicamentent pour éviter des maladies, il leur disoit : Avez- vous votre santé à cœur ? Joyez les m'décins et les remèdes. Voyez BUTIER. — Il ne faut pas le confonctre avec Gaspard HOFF- MANN, autre professeur de mé- decine à Altdorff, mort en 1668, âgé de 77 ans, qui a laissé plu- sieurs ouvrages sur sa profession.
II. HOFFMANN, (Maurice) né à Furstemberg en 1622, pro- fesseur en médecine à Altdorff, mourut en 1698, à 76 ans. Ses ouvrages sont : I. Altdorff De- licia hortenses, 1677, in-4.° II. Appendix ad Catalogum Plan- tarum hortensium, 1691, in-4.° III. Delicia silvestres, 1677, in-4.° IV. Florilegium Altdorf- num, 1676, vol. in-4°, etc.
III. HOFFMANN, (Jean- Maurice) fils du précédent, mé- decine du marquis d'Auspach, et professeur en médecine à Alt- dorff, mourut à Auspach en 1727, à 74 ans. Il a continué les De- licia hortenses Altdorfina de son père, 1703, in-4.° Il a donné Acta laboratorii chimici Altdor- fini, 1719 in-4°; et De differen- tis alimentorum, 1677, in-4.° I. HOFMAN, (Daniel) ministre Luthérien, professeur de théologie à Helmstadt, chef d'une secte qui soutenoit qu'il y avoit des choses véritables en Théologie, qui sont fausses en Phil-sophie, débitoit ses délires vers la fin du 16e siècle. Il a écrit contre Bèze. — Il est dif- férent de Melchior HOFMAN, autre fanatique du 16e siècle, qui mourut en prison à Stras- bourg, après avoir fait beaucoup de bruit.
II. HOFMAN, (Jean-Jac- ques) professeur en langue grec- que à Basle, où il étoit né en 1635, et où il mourut en 1706, avoit une mémoire prodigieuse. Il ne s'y foit pourtant pas, et il étoit dans l'usage de confier au papier les faits curieux que ses lectures lui offroient. Il fit part aux savans de ses collec- tions, en publiant l'an 1668, un Dictionnaire Historique Uni- versel, en latin : réimprimé à Leyde en 1698, en 4 vol. in-fol. Il y a quelques articles curieux, sur-tout les articles d'érudition, mais ils sont écrits presque tous d'une manière peu agréable, et la plupart fourmillent de fautes. On a encore de lui, une Histoire des Papes, en latin, 1687, 2 vol.; peu modérée; et l'Historia Augusta, 1687, in-fol. Il y a eu plusieurs autres savans qui ont porté le nom de HOFMANN.
HOFMANSWALDAU, (Jean-Chrétien de) conseiller impérial, et président du conseil de la ville de Breslaw, où il étoit né en 1617, s'acquit une grande réputation par ses Poésies alle- mandes très-estimées. On a aussi de lui en vers allemands, le Pas- tor fido de Guérin, et le Sacrote mourut de Tschyphile. Il mou- rut en 1679, à 63 ans, aimé et considéré.
HOGARTH, (Guillaume) peintre Anglois, né à Londres en 1698, mourut en octobre 1764, à Leicesterfields, à 66 ans, sans laisser des enfans, quoiqu'il fût marié. Il fut nommé peintre du roi d'Angleterre en 1757. Ses compositions sont mal dessinées et foiblement coloriées; mais ce sont des tableaux parlans de diverses scènes comiques ou morales de la vie. Il avoit négligé le mécanisme de son art, c'est-à-dire les traits du pinceau, le rapport des parties entr'elles, l'effet du clair-obscur, l'harmonie du coloris, etc. pour s'élever jusqu'à la perfection de ce mécanisme, c'est-à-dire, au poétique et au moral de la peinture. Je reconnois, disoit-il, tout le monde pour juge compétent de mes Tableaux, excepté les connoisseurs de profession. Un seul exemple prouvera combien il réussit. Il avoit fait graver une estampe, dans laquelle il avoit exprimé, avec énergie, les différens tour-mens qu'on fait éprouver aux animaux. Un charretier fouettoit un jour ses chevaux avec beaucoup de dureté; un bon-homme, touché de pitié, lui dit: *Misérable! tu n'as donc pas vu l'Estampe de Hogarth?*. Il n'étoit pas seulement peintre, il fut écrivain. Il publia, à Londres, en 1753, un Traité en anglois, intitulé: *Analyse de la beauté*. L'auteur prétend que les formes arrondies constituent la beauté du corps: principe vrai à certains égards, faux à plusieurs autres. *Voyez* sur cet artiste, le deuxième volume du *Mercure de France*, janvier 1770.
HOHENLOHE-KIRCHBERG, (N... prince de) général d'artillerie au service de l'empereur, fut employé avec succès en Transilvanie dans la guerre faite aux Turcs en 1789. Le huit octobre de cette année, il défit complètement un corps d'armée sous les ordres de *Cara-Mustapha*. Dès l'ouverture de la campagne contre la France en 1792, il se porta en avant de Trèves, où il fut attaqué diverses fois par *Bournonville*; ces attaques et sa défense furent toutes à la fois les premières actions et les plus brillantes du commencement de la guerre. *Hohenlohe* signala son courage aux combats de Mont-Ansin, de Famarse et de Mormal; il couvrit avec avantage le siège du Quesnoy, et contribua aux succès du prince de Cobourg et du général de Molendorff. Il mourut au mois d'août 1796, comme il alloit commander une armée sur le Rhin. Sa perte fut vivement sentie, et les François eux-mêmes l'ont regardé comme un des généraux les plus redoutables qui leur aient été opposés dans cette guerre.
HOLBACH, (Paul-Thierri-baron d') né dans le Palatinat, mort à Paris le 21 janvier 1789, à 66 ans, étoit membre des académies de Pétersbourg, de Manheim et de Berlin. C'étoit un minéralogiste instruit, un amateur éclairé des arts, et un philosophe bienfaisant, enjoué et sociable. C'est ainsi que le peignent ceux qui ayant vécu avec lui pendant plusieurs années, ont dû le connoître mieux que *J. J. Rousseau*, qui le dénigre dans ses *Confessions*. On a de lui, divers ouvrages: I. *L'Art de la Verrerie de Néri*, 1752, in-4.º II. *Minéralogie de Wallérius*, 1753, 2 vol. in-8.º III. *Introduction à la Minéralogie*, 1756, 266 H O L 2 vol. in-12. IV. *Chimie métallurgique*, traduite de *Gellert*, 1758, 2 vol. in-12. V. *Œuvres métallurgiques*, traduites d'*Orschall*, 1760, in-12. VI. *Pyritologie ou Histoire naturelle de la Pyrite*, traduite de *Heneckel*, 1760, in-4.º VII. *Essai d'une Histoire naturelle des couches de la terre*, traduite de *Lehmann*, 1759, in-12. VIII. *L'Art des mines*, traduit du même, 1759, in-12. IX. *Œuvres de Heneckel*, traduites de l'allemand, 1760, 2 vol. in-4.º X. *Troites de Physique*, traduits de *Lehmann*, 1759, 3 vol. in-12. XI. *Breuil des Mémoires de Chimie et d'Histoire naturelle des académies d'Upsal et de Stockholm*, traduits de l'allemand, 1764, 2 vol. in-12. XII. *Les Plaisirs de l'imagination*, poème, traduit de l'anglais d'*Skenside*, 1759, in-8.º XIII. *Éléments de la morale universelle ou Catéchisme de la Nature*, 1790, in-12. Ce petit livre, remarquable par l'ordre, la clarté, la précision, est un ouvrage posthume. Peu de savans ont été plus communicatifs que le baron d'*Holbach*. Il prévoit facilement ses livres, et les donnoit même à ceux qui pouvoient s'en servir avec utilité. *Je suis riche*, disoit-il; mais je ne vois dans la fortune qu'un instrument de plus pour opérer le bien plus promptement et plus efficacement. Quoiqu'il trouvât dans son cœur la récompense d'une bonne action, il n'aimait pas les ingrats, et disoit encore: *Je ne cours pas après mon argent; mais un peu de reconnaissance me fait plaisir, quand ce ne seroit que pour trouver les autres tels que je les désire*. H O L B E N ou H O L B E N, (Jean) peintre, né à Basle en 1498, mort de la peste à Londres en 1554, à 56 ans, mania, avec une égale facilité, le burin et le pinceau. *Erasme*, son ami, l'envoya en Angleterre au chancelier *Morus*, qui le reçut très-bien, et qui le présenta à *Henri VIII*. *Morus* ayant un jour invité ce prince à un festin, exposa à ses yeux les chefs-d'œuvre du peintre, en le priant de les accepter. *Henri*, charmé des talens et de l'artiste, demanda s'il ne seroit pas possible d'avoir *Holben* à son service. *Morus* alors le fit appeler pour faire sa révérence au roi, qui, en le nommant son peintre, dit à *Morus*: *Je vous laisse avec plaisir les présens que vous vouliez me faire, puisque vous m'en cédez l'auteur*. Ce remarque, passionné pour la peinture, le fixa auprès de lui par sa protection et par ses bienfaits. *Holben* lui devint si cher, qu'ayant osé repousser rudement un comte qui vouloit entrer dans son cabinet contre l'ordre du roi, et le comte s'en plaignant, le roi lui répondit: *Qu'il seroit plus facile de faire sept Comtes de sept Paysans, qu'un seul Holben d'autant de Comtes*. Voyez DUREB. Ce maître avoit un bon goût de peinture, qui n'avoit rien des défauts du goût Allemand. On remarque beaucoup de vérité dans ses portraits, une imagination vive et élevée dans ses compositions, un beau fini dans l'exécution; son coloris est vigoureux, ses carnations sont vives, et ses figures ont un relief qui séduit agréablement les yeux. On lui reproche d'avoir fort mal jeté ses draperies. *Holben* travaillait, avec un égal succès, en miniature, à gouache, en détrempe et à l'huile. Il peignoit de la main gauche. Il atteignit H O L 267. presque la perfection de son art, dans les premiers ouvrages qu'il produisit. Il fit, à Basle, une *Danse de Paysans* dans le marché au poisson; et sur les murs du cimetière de Saint-Pierre de Basle, la *Danse de la Mort*, qui attaque toutes les conditions de la vie. *Rubens* faisoit un cas particulier de ce dernier morceau, traité avec une sorte d'enthousiasme. La description en a été publiée à Basle, 1744, in-4°, figures. On en a une première édition, Paris, 1486, in-folio. On vante ses portraits de l'empereur *Charles V*, de *Froben*, d'*Érasme*, et de *Holben* lui-même. Ses principaux ouvrages sont à Basle et à Londres. On peut en voir la liste dans l'édition de l'*Encomium Morice* d'*Érasme*, avec les commentaires de *Listrius*. On y trouve aussi sa Vie; c'est celle d'un prodigue et d'un débauché. —
**HOLBERG**, (Louis de) né en 1681 à Bergen en Norwège, d'une famille noble, mais pauvre, fut obligé de servir de précepteur. Il parcourut ensuite la Hollande, la France, l'Italie et l'Angleterre, et recueillit des connaissances en tout genre. De retour à Copenhague, il devint assesseur du consistoire. Cette place le mit en état de travailler suivant son goût. On le vit tour à tour poète satirique, comique, historien, moraliste. En 1722, il n'y avoit pas encore de théâtre en Danemarck; *Holberg* se présenta pour faire des pièces Danoises, et il en donna jusqu'à sept volumes. Un volume de ses *Comédies* a été traduit en françois, et n'a pas été lu avec beaucoup d'empressement, parce que les plaisanteries ne sont point assez fines, et que les sujets sont peu intéressants. Ce volume renferme quatre pièces, parmi lesquelles on peut citer *Henri* et *Pernille*, qui probablement a servi de modèle à *Marivaux* pour sa comédie des *Jeux de l'Amour et du Hasard*. Nous ne le considérerons ici que comme historien et moraliste. Son *Histoire de Danemarck*, en 3 vol. in-4°, est la meilleure qu'on ait donnée, quoique pleine de faits minutieux et dénuée d'agrément. Comme moraliste, il est connu par deux volumes, intitulés : *Pensées Morales*, où, parmi un grand nombre de paradoxes et de trivialités, on rencontre quelques réflexions justes, et rendues d'une manière neuve et piquante : « L'avarice est semblable à l'attraction générale découverte par *Newton* : l'or attire les avares en raison de sa masse. — On regarde le génie comme héréditaire : c'est un des travers qui étoient réservés à nos jours. » Elles ont été traduites en notre langue par *Desroches*, 1754, 2 vol. in-12. On lui attribue encore l'ouvrage intitulé : *Iter subterraneum*, in-8°, qui a paru sous le nom supposé de *Nicolas Clinius*. *Holberg* mourut à Copenhague le 27 janvier 1752, à 71 ans. Dans sa vieillesse, il ressemblait un peu à *Voltaire*, par sa figure, son accoutrement et sa gaieté originale. Comme lui, il laissa des richesses considérables, que ses livres, sa place d'assesseur, sa frugalité et son économie lui avoient procurées. Comme il devoit presque tout aux lettres, il voulut leur rendre la plus grande partie de son bien. Il donna soixante et dix mille écus à l'académie de Zélande, fondée pour l'éducation 268 H O L de la jeune noblesse, et ce don lui valut le titre de Baron. Il laissa aussi un fonds de seize mille écus pour les dots de quelques jeunes demoiselles, choisies dans les familles bourgeoises de Copenhague.
HOLCOLT ou HOLKOT, (Robert) Dominicain, natif de Northampton, mourut en 1349. On a de lui, un Commentaire sur le Maître des Sentences, 1497, in-folio.
HOLDA, femme de Sellum, prophétesse à Jérusalem, fut consultée par le roi Josias sur le Livre de la Loi, trouvé dans le trésor du Temple, en travaillant aux réparations de cet édifice. La prophétesse annonça aux envoyés du roi tous les maux que la colère de Dieu alloit faire fondre sur le peuple; mais elle ajouta que, puisque Josias s'étoit humilié devant le Seigneur, ses maux n'arriveroient point sous son règne.
HOLDEN, (Henri) théologien Anglois, vint recevoir le bonnet de docteur à Paris, et y mourut en 1662, aussi regretté pour son exacte probité, que pour sa profonde érudition. On lui doit : I. Analysis fidei, petit ouvrage réimprimé par Barbou en 1766. Il comprend toute l'économie de la religion, les principes et les motifs de la foi, et l'application de ces principes aux questions de controverse. Ce théologien raisonnoit plus qu'il ne compiloit. Ses définitions et ses divisions sont nettes, exactes, précises, et n'ont rien de la barbarie scolastique. II. Des Notes marginales, très-claires quoiqu'un peu courtes, sur le Nouveau-Testament. Il les publia en 1650, 2 vol. in-12, etc.
HOLKER, (Jean) d'abord manufacturier de Manchester, ensuite officier en France des troupes Irlandoises, obtint la croix de Saint-Louis, établit à Rouen des manufactures de coton et de laine dans le genre de celles de Manchester : service qui lui mérita la place d'inspecteur général des manufactures de France. Il mourut à Rouen en avril 1786.
HOLL, (François-Xavier) jésuite, né à Schwandorf, dans le Haut-Palatinat; après avoir enseigné les belles lettres, se consacra entièrement à l'étude du droit ecclésiastique de l'Allemagne, et fut professeur pendant vingt-six ans dans les plus célèbres universités de l'empire. Il mourut à Heidelberg, le 6 mars 1784, à l'âge de 64 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, entr'autres Statistica Ecclesiæ Germanicæ; Heidelberg, 1779, in-8°, plein de recherches, sur la discipline ancienne et moderne de l'Église, sur ses usages et ses lois, avec des observations utiles et intéressantes. Il étoit occupé à mettre en ordre les matériaux pour le second volume, lorsque la mort l'enleva.
HOLLARD, (Venceslas) graveur, né à Prague en 1607. L'œuvre de ce maître est des plus considérables : il excelloit particulièrement à graver des Paysages, des Animaux, des Insectes et des Fourrures. Lorsqu'il a voulu sortir de ce genre, il est devenu un graveur médiocre. Il dessinoit mal ses figures : les sujets de grande composition qu'il a exécutés, même d'après les meilleurs maîtres, manquent de goût, d'effet et d'intelligence. Nous ignorons l'année de sa mort.
**HOLLEBECK**, (Ewald) savant Hollandois, professeur de théologie à Leyde, a publié quelques écrits, et s'est fait connoître sur-tout par son zèle pour introduire dans son pays le genre de prédication usité en Angleterre. Il est mort à l'âge de 77 ans, le 24 octobre 1796.
**HOLLIER**, (N.) prêtre de Bordeaux, décapité à l'âge de 39 ans, le 15 janvier 1794, a publié quelques pièces de poésie, et entr'autres l'*Homme d'étude*, épître, et la mort du duc *Léopold de Brunswick*, poème.
**HOLLÉRIUS**, *Voyez*
**HOULLIER**.
**HOLLIS**, (Thomas) gentil-homme Anglois, né à Londres en 1720, mort en 1784, voyagea dans une partie de l'Europe. Sa passion pour la liberté étoit extrême. Il avoit sept portraits de *Milton*, et quelques-uns de ses meubles qu'il gardoit comme des reliques. Ce n'étoit pas au poète qu'il adressoit ses hommages, c'étoit à l'ennemi de l'infortuné *Charles I*. Il dépensa beaucoup pour les intérêts de la cause des Anglo-Américains. Quoique né avec une fortune médiocre, son économie lui donna le moyen de faire beaucoup de libéralités. On a de lui, des *Mémoires de sa vie*, curieux mais confus, imprimés à Londres 1780, 2 vol. in-4°, avec de belles gravures de *Bartolozzi*. On y trouve les portraits de plusieurs hommes obscurs, mais zélés défenseurs de la liberté. Au-dessous on voit toujours le bonnet de la liberté, et le plus souvent ce bonnet est entre deux poignards.
**HOLMES**, (George) *Voyez*
**RYMER**. H O L 269
**HOLOFERNE**, général des armées de *Nabuchodonosor*, roi d'Assyrie, marcha avec une armée de 120,000 hommes d'infanterie, et 12,000 de cavalerie, contre les Ismaélites, les Madiantes, et les autres peuples circonvoisins. Après les avoir réduits par la terreur de son nom et la force de ses armes, il se disposa à attaquer Béthulie, vers l'an 634 avant J. C. *Voy*.
**ACHIOR**. La situation avantageuse de cette ville ne lui permit pas d'en faire le siège. Il voulut l'obliger de se rendre, en coupant l'aqueduc qui fournissoit de l'eau à ses habitans. Les assiégés étoient réduits à la dernière extrémité, lorsque Dieu suscita une jeune veuve, très-riche et très-belle, pour les délivrer. Parée de ses plus beaux habits, elle passa dans le camp d'*Holoferne*, qui, charmé de sa beauté et de son esprit, la reçut avec transport, et lui permit de faire tout ce qu'elle voudroit. Quatre jours après, le général Assyrien fit un grand festin, et invita *Judith* à passer la nuit avec lui. Tous les officiers s'étant retirés, et la sainte veuve se trouvant seule avec *Holoferne*, profondément endormi par le vin qu'il avoit bu, elle lui coupa la tête, et vint la pendre aux murs de Béthulie. Les assiégés profitent de la frayeur que cet événement avoit jetée dans le camp des assiégeans, les poursuivent, les taillent en pièces, et s'enrichissent de leurs dépouilles. Le grand prêtre de Jérusalem vint pour voir *Judith*; il la bénit, et lui donna toute la dépouille d'*Holoferne*. Cette sainte veuve célébra sa victoire par un *Cantique*. *Voyez*
**JUDITH**. 270 H O L
HOLSTEIN, (N... comte de) ministre et secrétaire d'état en Danemark, réunit aux connoissances politiques et diplomatiques, l'amour des lettres et le désir de leur être utile. Il fonda en 1742 l'académie de Copenhague, qu'il présida jusqu'à sa mort, arrivée au commencement de 1765. Cette académie a publié plusieurs volumes de Mémoires. Elle est formée de 24 membres, en y comprenant le président et le secrétaire perpétuel.
HOLSTEIN - GOTTORP, Voyez IV. ADOLPHE.
HOLSTÉNIUS, (Luc) savant né à Hambourg, quitta la France où son érudition lui avoit fait un nom, pour se rendre à Rome auprès du cardinal Barberin. Il obtint, par le crédit de son protecteur, un canonicat de St-Pierre, et la place de garde de la bibliothèque du Vatican. On l'envoya, en 1655, au-devant de la reine Christine de Suède, dont il reçut la profession de foi à Insbruck. Un jugement solide, un savoir profond, une critique judicieuse, un style pur et net: voilà les qualités des écrits de ce savant, qui possédoit parfaitement la philosophie de Platon, et qui réunissoit beaucoup de modestie à un mérite reconnu. La plupart ne consistent qu'en Notes et en Dissertations, répandues dans les ouvrages de ses amis. Il mourut le 2 février 1661, à 65 ans. Le cardinal Barberin lui fit élever un tombeau. On a imprimé de lui, Codex Regularum Monasticarum et Canonicarum; Augsbourg, 1759, en 6 vol. in-fol. Richius trouva, dans les papiers de Holsténius, des notes et des corrections savantes et considérables sur la Géographie d'Etienne de Byzance. Il en orna l'édition qu'il donna de cet ancien géographe, en Hollande, in-folio, 1684. Holsténius traduisit aussi la Vie de Pythagore, écrite par Porphyre; Rome, 1630, grec et latin, in-80; l'orna de Notes et d'une Dissertation assez curieuse sur la vie et les écrits de ce dernier. Il publia, le premier, le Traité de la Chasse, de Xénophon, après l'avoir traduit du grec en latin. Ses Œuvres posthumes sont inférieures à celles qu'il publia de son vivant.
HOLYWOOD, Voy. SACROBOSCO.
HOMBERG, (Guillaume) fils d'un gentilhomme Saxon, retiré à Batavia, naquit dans cette ville en 1652. Après avoir étudié dans les principales universités d'Allemagne et d'Italie, il vint en France, passa en Angleterre, et retourna en France, où il fut arrêté par les offres avantageuses du grand Colbert. Il se fit Catholique en 1682, et fut déshérité par son père pour avoir changé de religion. Il entra alors en grande liaison avec l'abbé de Chalucet, depuis évêque de Toulon, fort curieux de chimie. Homberg étoit trop habile pour croire à la pierre philosophale, et trop sincère pour vouloir entêter personne de cette vaine idée. Mais un autre chimiste, avec qui il travailloit chez l'abbé de Chalucet, voulut tirer son associé de son incrédulité. Il donna en pur don à Homberg, un lingot d'or prétendu philosophique; mais réellement de bon or, qui valoit environ quatre cents francs. Cette tromperie, comme il l'avouoit depuis, lui vint fort à propos; mais il eut bientôt de plus grands secours. Ses Phosphores, son Pyrophore, une Machine Pneumatique de son invention, plus parfaite que celle de Guericke; ses Microscopes, très-simples, très-commodes, très-exacts; plusieurs découvertes en chimie lui ouvrirent les portes de l'académie des Sciences : il y fut reçu en 1691. Le duc d'Orléans, depuis régent du royaume, instruit de son mérite, le fit son premier médecin, et le prit auprès de lui en qualité de physicien. Ce prince, passionné pour la chimie, lui donna une pension, et un laboratoire très-bien fourni. Homberg mourut le 24 septembre 1715, à 63 ans, laissant plusieurs écrits dans les Mémoires de l'académie, mais sans avoir publié aucun corps d'ouvrage. « Son caractère d'esprit, dit Fontenelle, est marqué dans tout ce qu'on a de lui ; une attention ingénieuse sur tout, qui lui faisait naître des observations où les autres ne voient rien ; une adresse extrême pour démêler les routes qui mènent aux découvertes ; une exactitude qui, quoique scrupuleuse, savait écarter tout l'inutile : toujours un génie de nouveauté, pour qui les sujets les plus usés ne l'étoient point. Sa manière de s'expliquer étoit tout-à-fait simple, mais méthodique, précise, et sans superfluité... Jamais on n'a eu des mœurs plus douces ni plus sociables ; il étoit même homme de plaisir : car c'est un mérite de l'être, pourvu qu'on soit en même temps quelque chose d'opposé. Une philosophie saine et paisible le disposoit à recevoir, sans trouble, les différens évênemens de la vie, et le rendoit incapable de ces agitations, dont on a, quand on veut, tant de sujets. A cette tranquillité d'ame, tiennent nécessairement la probité et la droiture. » Il avoit épousé une fille du célèbre Dodart, son confrère. Quoiqu'il fût d'une complexion foible, il étoit fort laborieux ; et son activité lui tenoit lieu de force. Voyez le tome xiv$^{e}$ des Mémoires du P. Niceron, qui a donné une liste des différens morceaux de physique et de chimie, dont il orna les Journaux, et les Mémoires de l'académie.
HOME, (David) ministre Protestant, d'une famille distinguée d'Écosse, fut d'abord attaché à l'Église réformée de Duras dans la Basse-Guienne, puis à celle de Gergeau dans l'Orléanois. Jacques I, roi d'Angleterre, le chargea de pacifier les différends entre Tilenus et du Moulin, touchant la Justification ; et même, s'il étoit possible, de réunir tous les théologiens protestans de l'Europe, en une seule et même doctrine, et sous une unique confession de foi : mais ce projet étoit trop sage pour réussir. On a de Heme divers ouvrages. Le plus considérable est Davidis Humii apologia Basilica, seu Machiavelli ingenium examinatum, 1626, in-4$^{o}$. On lui attribue deux Satires contre les Jésuites : I. Le contr'Assassin, ou Réponse à l'Apologie des Jésuites ; Genève, 1612, in-8$^{o}$, de 391 pages. II. L'Assassinat du Roi, ou Maximes du Vieil de la Montagne Vaticane et de ses Assassins, pratiquées en la personne de défunt HENRI le Grand, 1617, in-8$^{o}$ de 82 pages. On a aussi de lui plusieurs Pièces de poésie latine, dans les Deliciae Poetarum Scotorum, d'Artus 272 HOM Jonston ; Amsterdam, 1637, 2 vol. in-12.
HOMEBON, (St.) marchand de Crémone en Lombardie, quitte le commerce pour s'appliquer uniquement aux bonnes œuvres. Un jour que, après avoir passé la nuit dans l'église, il assistoit à la messe, il se prosterna au Gloria in excelsis, les mains étendues en croix. Comme on vit qu'il ne se levoit point à l'évangile, on crut qu'il s'étoit endormi : il étoit mort. Ce fut le 13 novembre 1197.
HOMÉLIUS, (Jean) né à Memmingen l'an 1518, professa, avec succès, les mathématiques à Leipzig et dans plusieurs villes d'Allemagne. Il inventa un grand nombre d'instrumens de cette science, et s'acquit l'estime de Mélanchthon et de l'empereur Charles-Quint. Il mourut en 1562, à 44 ans, regretté des savans. Il n'eut pas le temps de faire imprimer ses ouvrages.
HOMÈRE, le père de la poésie grecque, florissoit vers l'an 300 après la prise de Troie, et 980 avant J. C. Il fut d'abord appelé Mélégisène, parce qu'il étoit né auprès du fleuve Mélès; mais on ne connoit pas le lieu de sa naissance. Sept villes se disputèrent l'honneur de lui avoir donné le jour : Smyrna, Rhodos, Colophon, Salamis, Chios, Argos, Athena, Orbis de parriâ cettat, HOMERE, tud. L'opinion la plus commune est que ce patriarche de la littérature erroit dans ces sept villes, récitant ses ouvrages, et trouvant, par ce moyen, celui de subsister. On l'a comparé aux Troubadours, poètes des siècles d'ignorance, et aux Chansonniers ambulans de nos jours. La sagacité avec laquelle il décrit tout ce qui concerne l'art de la guerre, les mœurs et les coutumes des peuples étrangers, les lois et la religion des différentes contrées de la Grèce, la situation des villes et des pays, prouve qu'il avoit beaucoup voyagé. Quelques savans prétendent que, sur la fin de ses jours, il leva une école à Chio, et qu'on voit encore à quatre milles de cette ville, les sièges des disciples et la chaire du maître, creusés dans le roc. Ils ajoutent qu'il s'y maria, et qu'il y composa son Odyssée. C'est un poème épique, dans lequel il chante les voyages et les aventures d'Ulysse après la prise de Troie. Il avoit enfanté auparavant l'Iliade, laquelle a pour objet la colère d'Achille, si pernicieuse aux Grecs, qui mirent le feu à cette ville. Ces deux Poèmes sont la première et la plus ancienne histoire des Grecs, et le tableau le plus vrai des mœurs antiques. La Grèce, reconnoissante envers le poète qui l'avoit immortalisée, lui éleva des statues et des temples, comme aux dieux et aux héros. Il en avoit un à Smyrne, un autre à Alexandrie. Les anciens croyoient avoir assez bien prouvé une chose, quand ils produisoient le moindre passage de cet auteur, pour appuyer leurs opinions, ou pour résoudre leurs doutes. Si Homère a eu des temples, dit un homme d'esprit, il s'est trouvé bien des infidelles qui se sont moqués de sa divinité. Zoile, il y a près de deux mille ans, n'oublia rien pour renverser l'idole. Pe rault, dans le 17e siècle, et la Mothe dans le 18e, l'un et l'autre ignorant le grec, firent des efforts aussi aussi vains et encore plus ridicules. Malgré leurs cris, *Homère* recueillera toujours d'immortels hommages, comme le premier et l'un des plus grands peintres de l'héroïsme et de la vertu : *Zoile* en vain de sa gloire murmure ; L'aigle sublime, insensible à l'injure, Brave dans l'air les cris du vil corbeau. Il plaît toujours, il sera toujours beau, Comme les cieux, les mers et la nature. Ses détracteurs ont bien peu de goût, s'ils ne sont animés par sa poésie vive, noble, pleine de force, d'harmonie, et embellie par le coloris le plus brillant. Mais ses plus zélés admirateurs auroient aussi sur les yeux un bandeau trop épais, s'ils ne voyoient dans l'*Iliade*, et surtout dans l'*Odyssée*, des harangues d'un sublime ennuyeux, des descriptions trop chargées, des épithètes mal placées, des comparaisons trop peu variées, des longueurs et des endroits foibles. Nous ne parlons point du reproche qu'on lui fait, de n'être pas assez noble dans ses peintures. Ses dieux, dit-on, sont extravagans, et ses héros grossiers jusqu'à la rusticité. C'est reprocher à un peintre d'avoir donné à ses figures les habillements de son temps. *Homère* a peint les dieux tels qu'on les croyait, et les hommes tels qu'ils étoient : ainsi, ceux qui le regardent comme une de ces médailles rouillées, qui ne peuvent être de commerce, montrent une délicatesse bien fausse et bien puérile. « Je ne suis plus maître de mon admiration, a dit un littérateur distingué, quand je vois *Homère* s'élever et planer pour *Tome VI.* ainsi dire sur l'univers ; lançant de toutes parts ses regards embrasés ; recueillant les feux et les couleurs dont les objets se décèlent à sa vue ; assistant au conseil des dieux, sondant les replis du cœur humain ; et bientôt riche de ses découvertes, ivre des beautés de la nature, ne pouvant plus supporter l'ardeur qui le dévore, la répandre avec profusion dans ses tableaux et dans ses expressions ; mettre aux prises le ciel avec la terre, les passions avec elles-mêmes ; nous éblouir par ces traits de lumière qui n'appartiennent qu'au génie ; nous entraîner par ces saillies de sentiment qui sont le vrai sublime ; et toujours laisser dans notre âme une impression profonde qui semble l'étendre et l'agrandir : car ce qui distingue sur tout *Homère*, c'est de tout animer, et de nous pénétrer sans cesse des mouvemens qui l'agitent ; c'est de tout subordonner à sa passion principale, de la suivre dans ses fougues, dans ses écarts, dans ses inconséquences ; de la porter jusqu'aux nues et de la faire tomber, quand il le faut, par la force des sentimens et de la vertu, comme la flamme de l'Étna, que le vent repousse au fond de l'abyme : c'est d'avoir saisi de grands caractères, d'avoir différencié la puissance, la bravoure et les autres qualités de ses personnages, non par des descriptions froides, fastidieuses, mais par des coups de pinceau rapides et vigoureux, et par des fictions neuves et semées presque au hasard dans ses ouvrages. » D'autres littérateurs, moins admirateurs, reconnaissent le mérite d'*Homère* ; mais ils lui préfèrent *Virgile*. On pourra juger s'ils ont raison, par 274 HOM ce parallèle ingénieux des deux poètes, donné par *Trublet* : « *Homère* est plus poète, *Virgile* est un poète plus parfait. Le premier possède, dans un degré plus éminent, quelques-unes des qualités que demande la poésie ; le second réunit un plus grand nombre de ces qualités, et elles se trouvent toutes chez lui dans la proportion la plus exacte. L'un cause un plaisir plus vif, l'autre un plaisir plus doux. Il est encore plus vrai, de la beauté de l'esprit, que de celle du visage, qu'une sorte d'irrégularité la rend plus piquante. L'homme de génie est plus frappé d'*Homère* ; l'homme de goût est plus touché de *Virgile*. On admire plus le premier, on estime plus le second. Il y a plus d'or dans *Homère* ; ce qu'il y en a dans *Virgile*, est plus pur et plus poli. Celui-ci a voulu être poète, et il l'a pu ; celui-là n'auroit pas pu ne le point être. Si *Virgile* ne s'étoit pas adonné à la poésie, on n'auroit peut-être point soupçonné qu'il étoit très-capable d'y réussir. Si, par impossible, *Homère*, méconnoissant son talent pour la poésie, eût d'abord travaillé dans un autre genre, la voix publique l'auroit bientôt averti de sa méprise, on peut-être seulement de sa modestie : on lui eût dit, qu'il étoit capable de quelque chose de plus. *Homère* est un des plus grands génies qui aient jamais été ; *Virgile* est un des plus accomplis. L'*Enéide* vaut mieux que l'*Iliade* ; mais *Homère* valoit mieux que *Virgile*. Une grande partie des défauts de l'*Iliade* sont ceux du siècle d'*Homère* ; les défauts de l'*Enéide* sont ceux de *Virgile*. Il y a plus de fautes dans l'*Iliade*, et plus de défauts dans l'*Enéide*. Écrivant aujourd'hui, *Homère* ne feroit pas les fautes qu'il a faites ; *Virgile* auroit peut-être encore ses défauts. On doit *Virgile* à *Homère*. On ignore si celui-ci a eu des modèles ; mais on sent qu'il pouvoit s'en passer. Il y a plus de talent et d'abondance dans *Homère*, plus d'art et de choix dans *Virgile*. L'un et l'autre sont peintres : ils peignent toute la nature, et le choix est admirable dans tous les deux ; mais il est plus gracieux dans *Virgile*, et plus vif dans *Homère*. *Homère* s'est plus attaché que *Virgile* à peindre les caractères, les mœurs des hommes ; il est plus moral : et c'est là, à mon gré, le principal avantage du poète Grec sur le poète Latin. La morale de *Virgile* est meilleure : c'est le mérite de son siècle, et l'effet des lumières acquises d'âge en âge ; mais *Homère* a plus de morale : c'est en lui un mérite propre et personnel, l'effet de son tour d'esprit particulier. *Virgile* a surpassé *Homère* dans le dessin et dans l'ordonnance. Il viendra plutôt un *Virgile* qu'un *Homère*. Nous ne devons point craindre que les fautes d'*Homère* se renouvellent, un écolier les éviterait ; mais qui nous rendra ses beautés ?... » *Alexandre* faisoit ses délices de la lecture du poète Grec. Il le mettoit ordinairement sous son chevet avec son épée. Il renferma l'*Iliade* dans la précieuse cassette de *Darius : afin*, dit ce prince à ses courtisans, que l'ouvrage le plus parfait de l'esprit humain, fût renfermé dans la cassette la plus précieuse du monde. Il appeloit *Homère*, ses provisions de l'art militaire. Voyant un jour le tombeau d'*Achille* dans le Sigée : *O fortune Heros*, s'écria-t-il, d'avoir eu un Homère pour chanter tes victoires !.. Outre l'Iliade et l'Odyssée, on a attribué encore à Homère, un poème burlesque, intitulé la Batracho-myomachie, que plusieurs de nos poètes, entr'autres Boivin, ont traduit en vers françois. Nous avons de belles éditions d'Homère en grec, avec des notes : I. celle de Florence, 1488, 2 vol. in-fol. II. celles de Rome, 1542 et 1550, avec les Commentaires d'Eustathe, 4 vol. in-fol. III. celle de Glasgow, 1756, 2 vol. in-fol. Les belles éditions grecques et latines, sont : I. celle de Schrévélius, 1656, deux vol. in-4°; II. celle de Barnès, 1712, 2 vol. in-4°; III. celle de Clarke, 1754, 4 vol. in-4°. Mad. Dacier en a donné une traduction françoise, 1711 et 1716, Paris, Iligaud, 6 vol. in-12. On les orne quelquefois des figures de Picart, qui ont été faites pour l'édition de Hollande. Il y en a une édition postérieure, de Paris, en huit vol. M. Bitaubé a donné une traduction en prose de l'Iliade, en 3 vol. in-8°, 1780. Il en a paru une nouvelle très - bien écrite par M. le Brun, en 1777, 3 vol. in-8° et in-12. M. de Rochefort a traduit en vers l'Iliade et l'Odyssée, 4 vol. in-8°, Paris, 1772. La version du premier poème a entièrement fait oublier l'ouvrage de la Mothe, dont nous parlerons ailleurs. Voyez HOU-DARD. M. Gia a donné une superbe Edition grecque et françoise des Œuvres d'Homère, traduction nouvelle, 1786, en huit vol. in-4° et 7 vol. in-8°, chez Didot. Enfin, on possède depuis quelques années deux versions en beaux vers latins, des deux poèmes d'Homère, et elles mériteraient d'entrer dans la collec- tion de Mr Barbou; en voici les titres : Homeri Ilias latinis versibus expressa, à Raimundo Cunichio Ragusino, Romæ, 1777, - Homeri Odyssea... à Bernardo Zamagnà, Ragusino; Senis, 1778. Quoiqu'il n'y ait rien de constant sur l'histoire d'Homère, nous croyons devoir ajouter à son article, quelques circonstances rapportées par divers savans. Ils lui donnent pour mère Crithéis, et pour maître, Phémius ou Pronapide, qui enseignoit à Smyrne les belles lettres et la musique. Phémius, charmé de la bonne conduite de Crithéis, l'épousa et adoptà son fils. Après la mort de Phémius et de Crithéis, Homère hérita de leurs biens et de l'école de son père. Un maître de vaisseau, nommé Mentès, qui étoit allé à Smyrne pour son trafic, enchanté d'Homère, lui proposa de quitter son école et de le suivre dans ses voyages. Homère, qui pensoit déjà à son Iliade, s'embarqua avec lui. Il paroît constant qu'il parcourut toute la Grèce, l'Asie mineure, la mer Méditerranée, l'Égypte et plusieurs autres pays. Après diverses courses, il se retira à Cumes, où il fut reçu avec transport. Il profita de cet enthousiasme, pour demander d'être nourri aux dépens du trésor public; mais ayant été refusé, il sortit pour aller à Phocée, en faisant cette imprécation : Qu'il ne naisse jamais à Cumes de Poëte pour la célébrer ! Il erra ensuite en divers lieux, et s'arrêta dans l'isle de Chio. Quelque temps après, ayant ajouté à ses Poèmes, beaucoup de vers à la louange des villes Grecques, sur-tout d'Athènes et d'Argos, il alla à Samos, où il passa l'hiver. De Samos, il ar- 176 HOM riva à Io, l'une des Sporades, dans le dessein de continuer sa route vers Athènes; mais il tomba malade, et y mourut vers l'an 920 avant J. C. dans l'indigence. On anroit pu mettre sur son tombeau cette épitaphe, qu'on peut appliquer à d'autres favoris des Muses : Ci glr un homme, dont la gloire Des siècles attendra la fin; Mais qui courant au temple de mémoire, Sur la route mourut de faim. Un officier Hollandois, au service de la Russie, découvrit en 1772, un tombeau prétendu d'Homère, à Nie (anciennement Io). C'est un sarcophage, de quatre pieds de large, sur sept de long. Voyez ARISTARQUE; V. APOLLONIUS; VI. ARCHÉLAUS; I. ALCINOUS et CALABER.
HOMMEY, (Jacques) religieux de l'ordre de Saint-Augustin, né à Sées, mort à Angers en 1713, âgé de 69 ans, étoit très-instruit dans les langues latine, grecque et hébraïque. On a de lui : I. *Milleloquium Sancti Gregorii*, Lyon, 1683, in-fol. II. *Supplementum Patrum*, Paris, 1684, in-8. Ces deux ouvrages furent bien reçus. III. *Diarium Europæum* : compilation d'après les gazettes, de ce qui s'est passé au commencement du 18e siècle, peu goûtée, et qui fit exiler son auteur. Ce religieux joignoit à un caractère obligeant, une grande régularité dans tous ses devoirs.
HOMMOND, (Charles-François I) né à Chaulnes près de Noyon en 1728, s'attacha à l'instruction publique. Après avoir été principal d'un collège de province, il eut la modestie de ve- ni à celui du cardinal *le Moine* à Paris pour y professer les basses classes, sans vouloir jamais monter aux supérieures. Tout son temps fut consacré dès-lors à l'éducation de l'enfance; et il ne goûta de plaisirs, de loisirs, qu'en s'occupant d'elle. L'assemblée du clergé lui accorda une gratification sans qu'il l'eût sollicitée. Cet homme simple et modeste mourut à Paris le 31 décembre 1794. Ses ouvrages sont divers *Abrégés* utiles, écrits avec clarté et goût. I. *De Viris illustribus urbis Romæ*. C'est un in-24 qui a eu un grand nombre d'éditions. II. *Élemeus* de la grammaire latine, in-12. III. *Élemeus* de la grammaire françoise, in-12. Ces deux ouvrages ont obtenu neuf éditions. IV. *Abrégé* de l'histoire de l'église, in-12. V. *Doctrinae chrétienne*, in-12. VI. *Épitome Historiæ sacrae*, in-12. VII. *Histoire abrégée* de la religion, 1791, in-12.
HOMODEI, (Signorello) fameux jurisconsulte du 14e siècle, natif de Milan, est auteur d'un ouvrage estimé dans son temps, intitulé : *Repetitiones Juris civilis*, Lugd. 1553, i-fol. —Deux cardinaux, *Louis HOMODEI*, mort en 1685, et un autre *Louis HOMODEI*, neveu de celui-ci, mort en 1706, ont illustré cette famille.
HOMTORST ou HONTORST, (Gérard) peintre, élève de *Bloemaert*, naquit à Utrecht en 1592, et mourut en 1660, à 68 ans, avec la réputation d'un excellent artiste et d'un honnête homme. Il excelloit à représenter des *Sujets de Nuit*, et il passe pour le premier de son art dans ce genre de peinture.
HONAM, Arabe, traduisit tous les ouvrages d'Aristote, par ordre d'Almamoun, septième calife Abbasside. Il obtint, dit-on, pour chaque livre de ce philosophe, autant d'or que l'ouvrage pesoit. Honam étoit Chrétien, et florissoit dans le 9e siècle.
HONDERKOOTER, (Melchior) peintre, né à Utrecht en 1636, mort dans la même ville en 1697, à 61 ans, excelloit à peindre les Animaux, et surtout les Oiseaux, dont il représentoit parfaitement la plume. Sa touche est ferme et large, son pinceau gras et onctueux. Ses tableaux sont peu connus en France, parce que les Hollandois en sont fort curieux, et qu'ils les vendent fort chèrement.
HONDIUS, (Josse) né à Wackerne, petit bourg de Flandres, en 1563, mort en 1611, à 48 ans, apprit sans maître à graver et à dessiner sur le cuivre et sur l'ivoire, et à fondre les caractères d'imprimerie. Il excelloit dans tous ces genres. Il s'adonna aussi à la géographie, et publia un ouvrage intitulé Descriptio geographica Orbis terrarum, 1607, in-folio.
HONE, (George-Paul) jurisconsulte, né à Nuremberg en 1662, fut conseiller du duc de Meinungen, et bailli de Cobourg, où il mourut en 1747, à 85 ans. On a de lui, divers ouvrages en latin, dont les plus connus, sont : I. Iter juridicum per Belgium, Angliam, Galliam, Italiam. II. Lexicon topographicum Franconiæ, etc. III. L'Histoire du duché de Saxe-Cobourg. IV. Des Pensées sur la suppression de la Mendicité, etc. Ces deux derniers écrits sont en allemand.
HONERT, (Jean Vanden) né en 1693, dans un village près de Dordrecht, étudioit régulièrement quatorze heures par jour. Il devint pasteur et professeur en théologie, en histoire ecclésiastique et en éloquence sacrée, à Leyde, où il mourut l'an 1758, à 65 ans. On a de lui un très-grand nombre d'ouvrages, la plupart Polémiques, par conséquent très-peu lus aujourd'hui.
HONESTIS, (Pierre DE) qu'il faut distinguer du cardinal Pierre Damien, étoit abbé de Sainte-Marie-du-Port, près de Ravennes. Il écrivit les Règles de cette abbaye, et mourut en 1119, regardé comme un homme aussi pieux que savant.
HONG-KILA, femme de Hupilay, cinquième empereur des Mogols, fut renommée pour ses vertus et sa modération. Son époux ayant conquis, en 1276, une grande partie de la Chine, envoya prisonniers à Changtu, capitale de La-Tartarie, l'empereur Kont-Song et toute sa famille. Hong-Kila leur prodigua tous les soins de l'humanité. Lorsqu'on étala les trésors conquis, toute sa cour les contemploit avec de grands transports de joie; l'impératrice au contraire répandit quelques larmes, et s'adressant à Hupilay: « Seigneur, lui dit-elle, les dynasties ne sont pas éternelles : jugez par la révolution qui précipite celle des Song, ce qui peut arriver à la vôtre. » Hong-Kila cessa de vivre en 1281.
HONGNANT, Voy. HOUTEVILLE.
HONGRE, (Étienne le) sculpteur Parisien, fut reçu à l'académie royale de Peinture et de Sculpture, en 1628, et mourut en 278 HON 1690, âgé de 62 ans. Ce maître, célèbre parmi les artistes du siècle de Louis XIV, embellit les jardins de Versailles de plusieurs ouvrages : tels sont une figure représentant l'Air ; Vertumne en therme ; Pomone, autre therme. C'est d'après son modèle que fut fondue la statue équestre de Louis XIV, érigée à Dijon. — On connoit un autre HONORE, (Jacques le) Dominicain et grand vicaire de Rouen, mort en cette ville en 1575, à 75 ans. Il prêcha avec succès, et laissa des Homélies qu'on ne lit plus. I. HONORAT, ou HONORÉ, (Saint) archevêque d'Arles, et fondateur du monastère de Lérins, étoit d'une famille illustre des Gaules, sans qu'on sache précisément de quel pays. Son père étoit païen : il voulut inspirer à son fils le goût du monde ; mais il ne put réussir. Honorat embrassa le Christianisme, et passa dans la Grèce, où il se consacra à la solitude et aux bonnes œuvres. St. Venance, son frère, le compagnon de son voyage et de sa retraite, étant mort à Métonne, Honorat retourna en France. Il choisit l'isle de Lérins, pour y vivre loin des créatures, et uniquement occupé du Créateur. Ses vertus ne purent rester long-temps cachées : une foule de personnes vinrent se mettre sous sa conduite. Il leur fit bâtir un monastère vers 410, les édifia, les instruisit, et les quitta malgré lui pour occuper le siège d'Arles. Il s'y distingua autant par ses vertus vraiment épiscopales, que par ses lumières ; et y mourut en 429. Le prêfer et d'autres personnes de distinction étant venus le visiter dans ses derniers moments, il leur dit : « Vous voyez combien la maison que nous habitons est fragile. À quelque rang que vous soyez montés, la mort vous en fera bientôt descendre. Vivez donc de façon que vous ne regardiez la dernière heure que comme un passage : elle n'est point une peine, lorsqu'elle ne conduit pas aux supplices. » Voy. HILAIRE d'Arles.
II. HONORAT, évêque de Marseille, vers 594, succéda à Sabinien, et se distingua par sa piété, sa prudence, son éloquence, et sa facilité à parler sur-le-champ sur les matières de la foi. Il composoit des discours en forme d'homélies, pour confondre les hérétiques, non-seulement dans sa ville épiscopale, mais dans plusieurs autres églises où il étoit appelé. Le pape Gelase rendit un témoignage avantageux à sa doctrine, et Gennade en fait un grand éloge. Nous avons de lui la Vie de St. Hilaire d'Arles, qui se trouve dans le St. Léon du P. Quesnel, et avec le St. Prosper, imprimé à Rome, 1732, in-8.
HONORATUS, Voy. ANTONIUS, et II. SERVIUS.
HONORÉ, (les Papes) Voy. HONORIUS I, et suivans. I. HONORÉ le Solitaire, ou d'Autun, parce qu'il étoit théologal de l'église d'Autun, se rendit célèbre par ses ouvrages, sous le règne de l'empereur Henri V, vers l'an 1120. Nous avons de lui : I. De Prædestinatione et Gratia, dont l'édition la plus exacte est de 1621. II. De Luminaribus Ecclesiæ. C'est un recueil d'écrivains ecclésiastiques. III. Un Traité de l'office et des cérémonies de la Messe, inti- tulé : *De Gemma animæ*. IV. Et d'autres Écrits. La plupart ont été imprimés séparément. Il s'en trouve quelques-uns dans la Bibliothèque des Pères.
II. HONORÉ, de Cannes, petite ville de Provence auprès d'Antibes, étoit un célèbre Capucin du 17$^{e}$ siècle. Il prêcha avec succès à la cour et à la ville. Son éloquence étoit celle d'un Apôtre, sans vains ornemens, et sans tout ce fard sous lequel quelques prédicateurs couvrent l'Évangile. Le P. Bourdaloue étoit un de ses admirateurs. Il disoit, que le Père Honoré faisoit rendre à ses sermons ce que l'on avoit volé aux siens.
III. HONORÉ DE SAINTE-MARIE, appelé dans le monde Pierre VAUZELLE, né à Limoges en 1651, prit l'habit de Carmédéchaussé en 1671, et mourut à Lille en 1729, à 78 ans, après avoir occupé toutes les places de son ordre. Ce religieux, aussi vertueux que savant, a publié divers écrits, dont les principaux sont : I. *Réflexions sur les règles et sur l'usage de la Critique, touchant l'Histoire de l'Église, les Ouvrages des Pères, les actes des anciens Martyrs, les Vies des Saints, etc. avec des notes historiques, chronologiques*; en 3 vol. in-4$^{o}$. Cet ouvrage est rempli de recherches et de dissertations curieuses, savantes, et la plupart sur des points importants; mais l'auteur manque quelquefois lui-même de critique, quoiqu'il donne de bonnes règles sur cela, principalement dans son premier volume, qui est le plus estimé. II. La *Tradition des Pères et des Auteurs ecclésiastiques sur la Contemplation*, avec un *Traité sur les motifs et la pratique de* l'amour divin; 3 vol. in-12 : ouvrage traduit en italien et en espagnol. III. Un *Traité des Indulgences du Jubilé*, in-12. IV. Des *Dissertations historiques et critiques des Ordres militaires*, 1718, in-4$^{o}$. V. Une *Dénonciation de l'Histoire Ecclésiastique de Fleury, au clergé de France*, qui n'y fit aucune attention. Ce livre, où l'on méconnaît les droits de l'histoire, et qui renferme une critique minutieuse, parut à Malines en 1727.
HONORIA, (Justa - Grata) fille de *Constance III* et de *Placidie*, naquit à Ravennes en 417 ou 418. Sa mère l'éleva avec beaucoup de soin. Elle reçut, à l'âge de seize ans, le titre d'Auguste; mais elle déshonora peu de temps après cette dignité, en s'abandonnant à *Eugène*, intendant de sa maison, dont elle devint enceinte. Chassée du palais impérial, elle fut envoyée à Constantinople, où on la garda très-étroitement jusqu'à la mort de *Théodose le Jeune*, arrivée en 450. *Marcien* lui ayant rendu le liberté, elle revint en Italie, et voulut partager l'empire d'Occident avec son frère *Valentinien*. Mais ce prince ne s'étant point prêté à ses vues, elle fit proposer à *Attila*, roi des Huns, de la demander en mariage, et pour sa dot la moitié de l'empire. On répondit aux ambassadeurs du prince Hun, qu'elle étoit mariée, et que quand même elle ne le seroit point, son sexe l'excluoit de toute prétention au gouvernement. La guerre funeste qui suivit ce refus ayant été terminée, *Honoria* passa le reste de ses jours en Italie, où elle mourut, on ne sait en quelle année. 280 HON I. HONORIUS, empereur d'Occident, naquit à Constantinople le 9 septembre 384, fils de l'empereur Théodose et de Flacille. Il étoit le second héritier de l'empire; il le partagea avec Arcadius, son frère, après la mort de leur père, en 395. Stilicon, à qui Théodose avoit confié la régence, forma le dessein de détrôner son pupille. Après avoir vaincu Radagaise, qui étoit entré en Italie avec quatre cents mille hommes, il résolut de se servir des Barbares, et sur-tout des Goths, conduits par Alaric, pour exécuter ce projet. L'empereur, informé des trahisons de Stilicon, le fit tuer par Héraclen, en 408. Dès la même année, Alaric, général des Goths, assiégea Rome, de devant laquelle il se retira, dans l'espérance d'un accommodement; mais cette négociation n'ayant pas eu le succès qu'on en attendoit, Alaric revint l'assiéger l'année suivante, et obligea les habitans de cette ville à recevoir Attale, préfet de Rome, pour empereur. Le peuple Romain fut réduit à une telle extrémité, que les prêtres des faux dieux profitant de la consternation générale, se vantèrent de chasser les assiégeans par le secours de leurs divinités. Il y avoit encore des magistrats dans le sénat, qui tenoient à l'ancienne religion. On permit donc de faire des sacrifices aux dieux des Gentils, soit dans la capitale, soit dans les endroits principaux de la ville. Mais ces divinités de marbre et de métal n'écoutèrent pas les prières de leurs prêtres. Cependant il falloit de l'argent pour renvoyer les Barbares. Les Goths demandaient dix mille mares d'or, et soixante mille mares d'argent. On fondit donc ce qui restoit d'idoles composées de ces deux métaux. Alaric ayant fait une troisième incursion, quelque temps après, Rome fut encore pillée, et les idoles entièrement détruites; et leur culte fut presque entièrement négligé. Tandis que l'empire étoit ainsi ravagé, Honorius restoit tranquille à Ravenne; et manquant, ou de courage, ou de force, pour s'opposer à ces Barbares, il languissoit dans une oisiveté déplorable. Ce malheur ne fut pas l'unique. Divers tyrans s'élevèrent dans l'empire; Honorius s'en défit par ses capitaines: car pour lui, il étoit incapable d'agir. Il mourut d'hydropisie à Ravenne, en 423, à 39 ans, sans avoir eu d'enfants, quoiqu'il eût été marié deux fois, à Marie et à Thermancie, filles de Stilicon... « Cet empereur, dit Richer, fut exempt de vices; mais il eut tous les défauts. Ce fut un prince timide, qui n'osa rien entreprendre: qui ne vit le danger qu'avec effroi, et l'évita toujours; qui se laissa conduire et tromper; qui ne commanda jamais au peuple que pour obéir à ses ministres. Il ne sut former aucun dessein, et n'en put comprendre ni exécuter aucun. L'empire enfin croula, parce que le chef ne put le soutenir. Les historiens Catholiques ont loué sa piété, sa foi, ses mœurs et sur-tout sa charité. Mais ces vertus ne suffisent pas dans un monarque chargé du bonheur de son peuple, et de la conservation de ses états.
II. HONORIUS Ier, ou HONORÉ Ier, pape après Boniface V, en 626, mort le 12 octobre 638, fit cesser le schisme des évêques d'Istrie, engagés à la défense des *Trois Chapitres*, depuis plus de soixante et dix ans. Il prit un soin particulier des églises d'Angleterre et d'Écosse, et gouverna l'Église universelle avec autant de zèle que de prudente. Sa gloire eût été sans tache, s'il ne s'étoit laissé surprendre par *Sergius*, patriarche de Constantinople, chef du Monothéisme. Cet hérétique lui écrivit une *Lettre* pleine de déguisement, dans laquelle il lui disoit qu'on étoit convenu de garder le silence sur la dispute des deux opérations en J. C. Il lui insinuoit en même temps, que quelques Pères avoient enseigné une seule opération. *Honorius*, ne se défiant pas de ces refus, lui écrivit une lettre dans laquelle il lui disoit : *Nous confessons une seule volonté en J. C.*, parce que la divinité a pris, non pas notre péché, mais notre nature, telle qu'elle a été créée avant que le péché l'eût corrompue. Et plus bas : *Nous devons rejeter ces mots nouveaux qui scandalisent les Églises, de peur que les simples, choqués de l'expression des deux opérations, ne nous croient Nestoriens, ou Eutychéens, si nous ne reconnoissons en J. C. qu'une seule opération.* Cette Lettre, qui favorisoit l'erreur et les vues artificieuses de *Sergius*, n'est point adressée à tous les fidèles, comme le sont la plupart des *Lettres* dogmatiques des papes, mais seulement à ce patriarche de Constantinople. On trouve de lui des *Lettres* dans les Conciles du P. *Labbe*, et une *Epigramme* dans la Bibliothèque des Pères.
III. HONORIUS II, appelé auparavant le *Cardinal Lambert*, évêque d'Ostie, ou de Véléri, fut créé pape le 21 décembre 1124, d'une manière assez extraordinaire. Après la mort de *Calixte II*, les cardinaux élurent *Thibauld*, cardinal du titre de Saint-Athanase, qui prit le nom de *Célestin* ; mais tandis qu'on chantoit le *Te Deum* en action de grace de cette élection, *Lambert* fut proclamé par le parti de *Robert Frangipani*, qui étoit extrêmement puissant. *Célestin*, pour épargner un schisme à l'Église, renonça volontairement au pontificat. *Honorius*, connoissant l'irrégularité de son élection, voulut en faire autant sept jours après ; mais les cardinaux et les prélats Romains la confirmèrent. Il confirma à son tour l'élection de *Lothaire* à l'empire, et condamna les abbés de Cluni et du mont Cassin, accusés de divers crimes. Il mourut le 14 février 1130. On a de lui quelques *Lettres*, qui ne contiennent rien de remarquable.
IV. HONORIUS III, (Censio Savelli) Romain, fut pape après *Innocent III*, le 17 juillet 1216. Il confirma l'Ordre de St-Dominique, et celui des *Carmes*. Ces derniers religieux tirèrent leur nom du *Mont-Carmel* en Syrie. Ils étoient originairement des espèces d'hermites, auxquels *Albert*, patriarche de Jérusalem, donna une Règle en 1209. Elle fut approuvée par *Honorius III* en 1224. *Honorius* fit prêcher inutilement des croisades pour le recouvrement de la Terresainte. Ce pape, mort le 18 mars 1227, étoit savant pour son siècle : il a laissé plusieurs ouvrages. C'est le premier pontife qui ait accordé des Indulgences dans la canonization des Saints. C'est lui aussi qui, vers 1220, défendit d'enseigner le droit civil à 282 HON Paris; défense qui subsista jusqu'en 1679, que l'on y établit une chaire pour cette faculté. On a publié, sous son nom, *Conjurationes adversas Principem tenebrarum et Angelos ejus*; à Rome, 1629, in-8°, peu commun. V. HONORIUS IV, (Jacques Savelli) Romain, monta sur le trône pontifical le 2 avril 1285, et mourut le 3 avril 1287, après avoir purgé l'Etat ecclésiastique des voleurs qui l'infestoient. Il se signala par son zèle pour les droits de l'Eglise Romaine et pour le recouvrement de la Terre-sainte. Il conçut l'idée de quelques établissements utiles pour accélérer le progrès des lettres, très-négligées dans son siècle. Il avoit fondé à Paris un collège, où l'on pût apprendre les langues Orientales; mais cette fondation n'eut pas lieu. Quoique très-incommodé de la goutte, il gouverna avec fermeté. Il disoit que, quoique ses membres fussent malades, son esprit se portoit bien... Voy. APON.
VI. HONORIUS, antipape, Voy. CADALOUS.
HONTAN, (N... Baron de la) gentilhomme Gascon, vivoit dans le XVIIe siècle. Il fut d'abord soldat en Canada, ensuite officier. Envoyé à Terre-Neuve en qualité de lieutenant de roi, il se brouilla avec le gouverneur, fut cassé, et se retira en Portugal, et de là en Danemark. Il est principalement connu par ses *Voyages dans l'Amérique Septentrionale*, dans lesquels il fait connoître les différens peuples qui y habitoient, leur gouvernement, leur commerce, leurs coutumes, leur religion, etc. Ils sont en 2 vol. in-12, imprimés à Amsterdam en 1705, et écrits d'un style embarrassé et barbare. Le vrai y est totalement confondu avec le faux, les noms propres estropiés, la plupart des faits défigurés. On y trouve des épisodes entiers qui sont de pures fictions: tel est la *Voyage sur la Rivière-Longue*, aussi fabuleuse que l'isle de *Barataria*, dont *Sancho Pança* fut fait gouverneur. L'auteur s'y montre d'ailleurs aussi mauvais François que mauvais Chrétien.
HONTHEIM, (N. DE) évêque *in partibus*, et suffragant de Trèves, est auteur d'un ouvrage de droit public et canonique, intitulé: *Justinus Febronius, de Statu Ecclesiae et legitimam potestate Romani Pontificis*. Il est mort le 2 septembre 1790, âgé de 90 ans.
HONTIVEROS, (Dom Bernard) bénédictin Espagnol, professeur de théologie dans l'université d'Oviédo, puis général de sa congrégation en Espagne, et enfin évêque de Calahorra, mourut en 1662. On a de lui, un livre intitulé: *Lacryma militantis Ecclesiae*. C'est un traité contre les casuistes relâchés; il est estimé.
HONTORST, (Gérard) Voyez HONTORST.
HOOFT, (Pierre-Corneille Van) regardé par les Flamands comme leur *Tacite* et leur *Hombre*, naquit à Amsterdam en 1581, et mourut à la Haye le 21 mai 1647, à 66 ans, après avoir été honoré par *Louis XIII* du cordon de l'ordre de Saint-Michel. On a de ce savant: I. Des *Comédies*, des *Epigrammes* et d'autres *Poésies*, H O O 283 moins lues que ses ouvrages historiques. II. Histoire des Pays-Bas, depuis l'abdication de Charles-Quint, jusqu'en 1598, dont on a donné une bonne édition en 1703, en 2 vol. in-folio. Cet ouvrage est intéressant, par un détail circonstancié des intrigues du cabinet et du mouvement des armées. III. Une Histoire d'Henri IV, roi de France, en latin, in-folio et in-4.º
HOOGUE, ( Romain de ) dessinateur et graveur Hollandois, florissoit à la fin du 17e siècle. Il avoit une imagination vive, qui l'a quelquefois égaré. Il faut être indulgent avec lui sur la correction du dessin et sur le choix de ses sujets, qui sont la plupart allégoriques, et d'une satire triviale et exagérée. Ses principales Estampes sont : I. Les figures de l'Histoire du vieux et du nouveau Testament de Basnage, 1704, in-fol. II. Celles de l'Académie de l'art de la Lutte, 1674, en hollandois; et 1712, in-4°, en françois. III. Celles de la Bible avec des explications hollandoises, 1721. IV. Celles des Hiéroglyphes des Egyptiens, Amsterdam 1735, petit in-fol. V. Celles des Contes de la Fontaine, 1685, 2 vol. in-8.º VI.—de Bocace, 1695, 2 vol. in-8.º VII.—de la Reine de Navarre, 1698, 2 vol. in-8.º VIII.—des Cent Nouvelles, 1701, 2 vol. in-8.º Quand les figures sont détachées de l'impression, elles sont plus recherchées. Huit estampes représentant les excès et les cruautés réelles ou supposées que les François commirent en Hollande en 1672. On les trouve dans un livre rare, intitulé : Avis fidelle aux véritables Hollandois, touchant ce qui s'est passé dans les villages de Bodegrave et Swamerdam, 1673, in-4.º
HOOGSTRATTEN, (David Van) né à Rotterdam en 1658, enseigna les humanités à Amsterdam, et y fut correcteur du collège. Il se noya le 13 novembre 1724 à 66 ans; ou plutot il mourut au bout de 8 jours, des suites d'une châte dans le canal du quai de Gueldre, où il tomba, aveuglé par un brouillard épais qui s'étoit élevé sur les six heures du soir. On a de lui : I. Des Poésies Latines, en 2 vol. in-8°, qui furent peu connues hors de son collège. II. Des Poésies Flamandes, en un vol. in-4.º III. Un Dictionnaire Flamand et Latin. IV. Des Notes sur Cornélius-Nepos et sur Térence. V. Une édition de Phèdre, Amsterdam 1701, in-4°, à l'usage du prince de Nassau, dans laquelle il a imité les ad usum Delphini. VI. Une bonne édition des Poésies de Janus Broukhusius, in-4°, Amsterdam, 1711.
HOOK ou HOOKE, (Robert) mathématicien Anglois, né dans l'isle de Wight en 1635, fut membre de la Société royale de Londres, et professeur de géométrie en cette ville. Il perfectionna les microscopes, inventa les montres de poche, et fit plusieurs autres découvertes dans la physique, l'histoire naturelle et les mathématiques. Il prétendit avoir eu la première idée du ressort spiral. L'abbé de Haute-Feuille en France, et Huygheus en Hollande, s'en attribuoient l'invention; mais il prouva que ce secret avoit été divulgué par Oldembourg, secrétaire de la Société royale, auquel il intenta un procès. Hook montra sans 284 HOO doute trop de chaleur dans cette querelle ; mais ayant prouvé qu'il avoit fait sa découverte en 1660, au lieu qu'*Huyghens* ne publia la sienne qu'en 1674, la présomption est entièrement pour lui. Cet habile homme présenta en 1666, à la Société royale, un plan sur la manière de rebâtir la ville de Londres, qui avoit été détruite par le feu ; il plut extrêmement à cette compagnie : le lord maire et les aldermans le préférèrent à celui des intendans de la ville, et c'est en grande partie sur ce plan que Londres fut rebâtie. *Robert Hook* fut ensuite l'un de ses intendans, par acte du parlement ; charge dans laquelle il amassa de grands biens. Il déclaroit de temps en temps qu'il avoit formé un projet capable de pousser l'histoire naturelle à une grande perfection, et qu'il y emploioit la plus grande partie de son bien ; mais il mourut, sans avoir rien effectué, le 3 mars 1703, à 68 ans. Il étoit aussi bon citoyen, qu'excellent mathématicien. On a de lui plusieurs ouvrages en anglois. Les principaux sont : I. *La Microscopie* ou *la Description des Corpuscules* observés avec le *Microscope*, in-fol. à Londres 1667. II. *Essais de Mécanique*, in-4°. On a imprimé après sa mort un volume in-fol., d'autres *Œuvres* de cet auteur. Sa Vie, qui est à la tête de ce recueil, est extrêmement intéressante, par le nombre presque infini de découvertes physiques et mathématiques, et par un pareil nombre de machines qu'il inventa. — Il faut le distinguer de Nathanaël *HOOKE*, auteur d'une très-bonne *Histoire Romaine* en anglois, 4 vol. in-4°, 1733 à 1771 ; et de bonnes *Observations sur le* *Sénat Romain*, 1758, in-8°. Le fils de ce dernier, docteur de la maison et société de Sorbonne, soutient avec honneur la réputation de son père ; il est auteur d'un traité de Théologie, dirigé particulièrement vers la défense des dogmes chrétiens contre les erreurs modernes : *Religionis naturalis et revelatæ principia in usum academicæ juventutis*; Paris 1774, 3 vol. in-8°.
HOOKER, (Richard) théologien Anglois, natif d'Excester, est auteur d'un ouvrage intitulé : *La Police Ecclésiastique*, dans lequel il défend les droits de l'église Anglicane. Il mourut en 1600, âgé de 46 ans. On a de lui, des *Sermons* et d'autres *Ecrits* estimés en Angleterre.
HOOPER, (George) écrivain Anglois, né à Grimley dans le comté de Worcester en 1640, se rendit également habile dans les mathématiques, dans les langues et les sciences Orientales. Il devint évêque de Bath et de Wells, et refusa l'évêché de Londres. Il étoit chapelain du roi *Charles II*, en 1685 ; et il mourut en 1727. Son *Traité du Carême*, en anglois, in-8°, est curieux. Celui des *Mesures des Anciens*, Londres, 1721, in-8°, ne l'est pas moins ; et l'un et l'autre sont remplis d'érudition. L'auteur avoit beaucoup lu, et avoit su mettre toutes ses lectures à profit.
HOORNEBEEK, (Jean) professeur de théologie dans les universités d'Utrecht et de Leyde, naquit à Harlem en 1617, et mourut en 1666, à 49 ans. Il a laissé plusieurs ouvrages de théologie, et des *Treites* contre les Sociniens, les Juifs et les Idola- tres; écrits en latin, d'un style obscur et diffus. Les principaux sont : I. Une Réfutation du Socinianisme, sous ce titre : Apparatus ad controversiam Socinianam, 1650 à 1664, en 3 vol. in-4. II. Un Traité de la conviction des Juifs, 1651, in-8°; et des Gentils, 1669, in-4. III. Une Théologie pratique; Leyde, 1663, 2 vol. in-4°: compilation de quelques auteurs Anglicans. C'étoit un homme encore plus recommandable par les qualités de son cœur, que par les lumières de son esprit; car on voit dans ses livres des préjugés de secte; et en attaquant les Sociniens, il tombe souvent très-mal-à-propos sur les Catholiques.
HOPHRA, (Pharaon) Voyez APRIÈS.
HOPITAL, Voy. HOSPITAL. I. HORACE, surnommé Coclès, parce qu'il avoit perdu un œil dans un combat, descendoit d'un de ces trois guerriers (Voyez les HORACES.) qui se battirent contre les Curiaces. Porsenna ayant mis le siège devant Rome l'an 507 avant J. C., chassa les Romains du Janicule, et les poursuivit jusqu'à un pont de bois dont la prise entrainoit celle de la ville même. Ce pont n'étoit défendu que par trois hommes : Horace Coclès, ou le Borgne, T. Herminius, Sp. Largius. Comme ils prévirent qu'ils seroient accablés par le nombre, Horace conseilla à ses compagnons de rompre le pont derrière lui, tandis qu'il en défendroit l'entrée. Ils suivirent son conseil, malgré le péril où ils l'exposoient. Horace, de son côté, exécuta ce qu'il avoit promis. Conservant la présence d'esprit dans le plus grand danger : dès qu'il sentit le pont rompu, il s'élança tout armé dans le fleuve. Un coup de pique qu'il avoit reçu à la cuisse en combattant, et le poids de ses armes, ne l'empêchèrent pas de gagner l'autre bord du Tibre. Publicola fit ériger à ce héros une statue dans le temple de Vulcain.
II. HORACE, (Q. Flaccus.) naquit à Venuse dans la Pouille, l'an 63 avant J. C., d'un affranchi. Son père lui connut des talens; et quoique sa fortune fût médiocre, il n'oublia rien pour les cultiver. Il l'envoya à Rome, où son esprit et ses succès le lièrent avec les jeunes gens de la première distinction. A l'âge de 22 ans, il alla étudier la philosophie à Athènes. Brutus, l'un des meurtriers de César, passant par cette ville, l'emmena avec lui, et lui donna une place de tribun des soldats dans son armée. Le jeune philosophe s'étant trouvé peu de temps après à la bataille de Phitippes, prit la fuite, jeta son bouclier, et promit de ne plus manier les armes. Les lettres depuis l'occupèrent tout entier. De retour à Rome, la misère fut son Apollon : ... Paupertas impulit audan Ut versus fsecrem. ... L'indigence est le Dieu qui m'inspira des vers. VOLT. Virgile et Varius, charmés des ouvrages de ce poète naissant, en montrèrent quelques-uns à Mécène. Ce protecteur, cet ami des gens de lettres, voulut voir Horace, le prit en affection, et le présenta à Auguste, qui le combla de bienfaits et de caresses. Le poète vécut depuis à la cour 286 HOR du ministre et à celle de l'empereur, comme dans sa propre maison. Content de cultiver quelques amis choisis, placés à la tête du gouvernement ou de la littérature, il dédaigna la populace des auteurs et les immola à la risée publique. Ni le démon des vers, ni celui de l'ambition, ne le possédèrent : il fuyoit, lorsqu'il le pouvoit, à ses campagnes. Là, exempt de tout souci, badinant avec les Muses et les Grâces, il se livroit à une voluptueuse indolence. Sa philosophie étoit celle d'*Epicure*; mais la doctrine de ce philosophe fut funeste à ses mœurs. Il eut des passions déréglées et des goûts dépravés, qu'il satisfût avec fureur, et il en fit vanité. Il aimoit le vin, et, pour nous servir de son expression, plus d'une fois ses pieds se refusèrent au poids de son corps chancelant. Quoiqu'il se moque des préceptes que donnoient sur l'art de la cuisine certains gourmets, quoiqu'il nous assure qu'il se nourrissait quelquefois avec des olives et de la chicorée, il n'en recherchoit pas moins la table somptueuse et délicate de *Mécène*. Au reste, il ne dissimuloit pas ses défauts, et souvent il tournoit sur lui-même les traits piquans de sa censure. « Les femmes qui ne t'appartiennent pas, irritent tes désirs. A Rome, tu ne cesses de vanter les agrémens de la campagne; à la campagne, tu portes jusques aux cieux les plaisirs de la ville. Inconstant que tu es! tu ne saurois vivre une heure entière avec toi-même; tu te crains, tu te fuis. Ton loisir t'embarrasse; vainement, pour te dérober à l'ennui, tu as recours, tantôt au vin et tantôt au sommeil : l'ennui te poursuit et t'ac- cable » Cependant la vie tranquille étoit plus de son goût que la vie tumultueuse. *Auguste* lui offrit la place de secrétaire du cabinet; mais *Horace* refusa un emploi qui l'auroit gêné, et l'empereur n'en fut point offensé. « *Septimius*, lui écrivit ce prince quelque temps après, vous dira de quelle manière j'ai parlé de vous; car, si vous avez été assez fier pour dédaigner mon amitié, ne croyez pas que je me pique de fierté à votre égard. » *Horace* étoit nécessaire à *Auguste*. « Dans ces temps de crises, où les gouvernemens changent, dit *Thomas*, l'homme d'état a besoin de l'homme d'esprit. *Horace*, par le genre du sien, étoit un instrument utile à *Octave*. Ses chansons voluptueuses adoucissoient des esprits rendus féroces par les guerres de liberté. Ses satires détournoient sur les ridicules, des regards qui auparavant se portoient sur le gouvernement et l'état. Sa philosophie tenant à un esprit moins ardent que sage, prenant le milieu de tout, calmoit l'impétuosité des caractères, et plaçoit la sagesse à côté du repos. » Si *Horace* redoutoit les assujettissemens des cours, il se plioit avec le plus grand plaisir à tous les devoirs de l'amitié. Lui échappoit-il un bon mot sur un ami, qui fit une impression un peu fâcheuse, il se mettoit à ses pieds et s'accusoit lui-même. Également éloigné de l'adulation et de l'arrogance, il ne loua jamais des sottises; jamais il n'insulta à l'ignorante simplicité. Ses traits ne tomboient que sur les demi-savans, qu'il regardoit avec raison comme la partie la plus ridicule et la plus incommode de la société. Il ne lisoit ses ouvrages qu'à ceux qui l'en prioient instamment. Personne ne sut mieux que lui badiner avec les grands, ni tirer un meilleur parti des plaisanteries qu'ils aiment souvent à faire. Il eut le sens aussi droit que l'esprit fin et pénétrant. La prudente adresse de sa conduite fut supérieure à celle qu'on attend ordinairement des poètes. Il n'ouvroit son cœur à qui que ce fût, qu'il ne l'eût connu à fond. Pour n'avoir jamais à répondre des fautes d'autrui, il ne recommandoit à ses amis que les personnes dont il avoit éprouvé le caractère. Quoiqu'il vécût avec des hommes d'état, il ne se mêla point des affaires d'état. Il savoit qu'il étoit toujours dangereux de vouloir pénétrer ou censurer les deuseins des hommes puissans, et d'écrire, comme disoit *Pollion*, contre ceux qui peuvent proscrire. Ces vers, traduits de *Pope*, caractérisent bien ce poète, l'oracle des hommes de goût : *Horace*, dans le cœur puisant tout ce qu'il pense, Par une gracieuse et douce négligence, Sans trop affecter l'art, nerveux, vif et pressant, Est par-tout instructif, par-tout intéressant. C'est un ami prudent, mais sans cesse agréable, Qui mène à la raison par une route aimable. Chez lui, le jugement aussi grand que l'esprit, Donne de la vigueur à tout ce qu'il écrit; Ses ouvrages divers renferment la pratique Des règles que prescrit sa brillante critique; Il juge de sang froid et compose avec feu. Ce poète courtisan, épicurien et philosophe, mourut l'an 7$^{e}$ avant J. C., à 57 ans, après avoir fait *Auguste* son héritier. *Horace* et *Virgile* mangeoient souvent à la table de cet empereur, placés à ses côtés : le premier avoit une fistule lacrymale, et l'autre, la respiration fort gênée. *Auguste*, en plaisantant là-dessus, disoit quelquefois : *Ego sum inter suspiria et lacrymas... Me voilà entre les soupirs et les larmes... Horace* fut enterré à l'extrémité des Esquilies, près du tombeau de *Mécène*, auquel il avoit souhaité de ne pas survivre. Il lui devoit ces tendres sentimens ; car on peut juger de la vive amitié de *Mécène* pour *Horace*, par ce peu de paroles qu'il écrivit à *Auguste* dans son testament : *Je vous conjure de vous souvenir d'Horace, comme de moi-même... Horace* étoit maigre et fort mince, quoique *Suétone* ait inféré de ces paroles : *Je suis un vrai pourceau du troupeau d'Épicure*, qu'il étoit gras. Ces expressions peignent plutôt ses mœurs que sa figure : celles d'*Horace* étoient telles que nous les avons peintes. Ses poésies sont pleines d'images qui blessent la pudeur, et qu'on n'a pu voiler qu'en les effaçant entièrement. Il est étrange qu'un homme qui devoit connoître le langage poli et réservé de la cour, se serve si souvent de celui des lieux consacrés à la débauche, et à la débauche grossière. Les ouvrages qui nous restent de lui, sont : I. Des *OPES*. *Horace* semble s'être fait un caractère particulier, composé de celui de *Pindare* et d'*Anacreon*. On ne peut nier qu'il n'égale, qu'il ne surpasse même ce dernier, par la volupté de son pinceau, par cette 288 HOR ingénieuse naïveté, par ces traits fins et délicats, par cette molle facilité que l'amour inspire. Mais il se reconcoit lui-même fort inférieur au premier. On peut dire néanmoins qu'il marche à côté de *Pindare*, dans cette même Ode où il se met au-dessous de lui. C'est là qu'il le compare à un torrent impétueux, qui, gonflé par les pluies, franchit ses bords, et précipite avec fureur ses eaux immenses et profondes; tandis que pour lui, il se regarde comme une abeille matinale, qui, avec beaucoup de peine, cueille le thim autour des bois et des humides rivages de Tibur. Il se rendoit en partie justice; et en général, il n'a pas cette pompe et cette magnificence qui distinguent le poète Grec. *Pindare* frappe l'imagination de ce qu'il y a de grand; *Horace* de ce qu'il y a de beau. *Pindare* est incomparable, lorsqu'il célèbre les dieux, les rois et les vainqueurs couverts d'une noble poussière dans les jeux de la Grèce: *Horace* ne fait jamais mieux éclater son génie, que lorsqu'il folâtre avec *Bacchus* et les Amours, qu'il dessine un agréable paysage, ou qu'il décrit les charmes de sa *Clycère*, et les agrémens de sa maison de Tivoli. Les idées de *Pindare* portent toujours une empreinte de sublime; celles d'*Horace* sont marquées au coin de la nature, et de la nature la plus aimable. II. Des *SATIRES* et des *EPITRES*. Elles n'ont rien au dehors qui frappe le lecteur: les vers en sont négligés, et dépouillés de tout l'éclat et de toute la douceur de l'harmonie poétique. On diroit que c'est de la prose; mais c'est une prose assaisonnée de cette finesse d'expression, de cette fleur de plai- santerie, de cette aimable négligence qui plait plus que tous les ornemens. Son style est, dans le latin, ce que le style de la *Fontaine* est dans le françois; c'est une simplicité qui charme, une familiarité piquante, plus difficile à saisir que la correction et l'élégance. *Horace* eût peut-être mieux fait de s'en tenir aux tableaux vrais et touchans, qu'il trace dans ses *Épitres*, de la vertu et de la justice, de l'amitié et de la modération, que de tourner ses traits contre cette foule de versificateurs qu'il ridiculise dans ses *Satires*. *Voy*. *JUVENAL*. Il auroit mérité avec plus de justice le titre de poète de la raison. Les leçons de sa philosophie sont d'autant plus utiles, qu'étant resserrées dans des vers énergiques, elles se gravent pour toujours dans la mémoire. Les penseurs se plaisent, comme l'a dit l'un de nos poètes, A lire ses Écrits pleins de grace et de sens, Comme on boit d'un vin vieux qui rajeunit les sens; Avec lui l'on apprend à souffrir l'indigence, A jouir sage-ment d'une honnête opulence, A sortir d'une vie ou triste ou fortunée, En rendant grace aux Dieux de nous l'avoir donnée. *Boileau* prétendoit que c'étoit lui, en grande partie, qui avoit fait, parmi nous, la fortune d'*Horace*. Avant moi, disoit-il, on ne parloit que de ses *Odes*. Je me mis à lire ses *Satires* et ses *Épitres*; j'y trouvai mille beautés, et je m'appliquai à écrire en ce genre. Tout le monde voulut relire son *Horace*; et voilà ce qui fit vendre celui de M. Dacier, qui n'a pu parvenir, malgré ses efforts, efforts, à gâter tout-à-fait l'original. On dut, en effet, admirer dans Horace le poète lyrique, avant d'y démêler l'homme de goût et le philosophe; avant de sentir qu'il réunissait la profondeur et les graces. Notre nation fut long-temps trop grossière pour connoître le prix et le charme de cette union. Ce mélange continuel de l'agréable et de l'utile, offre une lecture si délicieuse aux hommes de goût et aux philosophes, que si l'on étoit réduit à ne conserver qu'un seul poète ancien, « il faudroit, peut-être, dit d'Alembert, choisir Horace de préférence à tous les autres, parce qu'il est peut-être le seul où l'on trouve des beautés de tous les genres; enthousiasme, imagination, noblesse, harmonie, élégance, sensibilité, finesse, gaieté, goût exquis, philosophie tantôt légère, tantôt profonde, et toujours utile. » III. L'Ant Poétique. C'est l'école du goût. Horace fit pour les Romains, ce qu'Aristote avoit fait pour les Grecs. Il abrégça les préceptes de ce philosophe, et les mit à la portée des grands seigneurs de Rome qui se méloient alors de faire des vers. On trouve, dans son ouvrage, les principes fondamentaux de l'art d'écrire et de l'art de versifier. Il est fâcheux que l'ordre et la liaison des idées ne s'y fassent pas sentir davantage; il est absolument sans méthode. On doit le regarder plutôt comme une Épître légère, que comme un Poème didactique... Parmi la foule d'éditions qu'on a données des Œuvres de ce poète, on citera: I. Celle d'Elzevir, 1629, in-12. Il doit y avoir un titre gravé et un titre imprimé: les notes d'Heinsius avec un titre, et De Satyra Horatiana avec un faux titre. II. — De Bond, 1676; Elzevir, in-12. III. — Cum notis Variorum, 1670, in-8. IV. — Ad usum Delphini, 1693, in-4. V. Une édition gravée par de Pine, 1733 et 1737, 2 vol. in-8. VI. Celle du Louvre, 1642, in-fol.; et 1733, in-16, petit caractère, comme le Phèdre. VII. — De Sandby, Londres, 1749, 2 vol. in-8, fig. VIII. Les éditions de Barbou, 1746 et 1763, in-12, sont élégantes; de même que celles de Glasgow, 1760, et de Baskerville, 1770, in-4. Plusieurs auteurs, Marolles, Martignac, Dacier, Tarteron, Sanadon, se sont exercés à les traduire en françois, ainsi que l'abbé Batteux, dont la traduction est en 2 vol. in-12. Ceux qui seront curieux de connoître le mérite de leurs versions, peuvent consulter leurs articles dans ce Dictionnaire. Voyez aussi II. FONTAINES (l'abbé DES).
HORACES (Les): C'est le nom de trois frères Romains qui combattirent contre les trois Curiaces, Albains, sous le règne de Tullus Hostilius, l'an 669 avant J. C. Deux des Horaces furent tués: celui qui resta contre les trois Curiaces, joignant l'adresse à la valeur, assura l'avantage aux Romains. Comme les différentes blessures que les Curiaces avoient reçues, ne leur laissoient que des forces inégales, il se mit à fuir; les ayant séparés par cet artifice, il retomba sur eux, et les terrassa facilement l'un après l'autre. On trouve dans l'Histoire Gracque un événement si semblable à celui-ci, que l'on a soupçonné, avec raison, que les Romains ou les Grecs ont été ja- loux d'orner leur Histoire d'un trait qui appartenoit à celle d'un autre peuple. Quand les Romains n'auroient fait que l'adopter, il n'en prouvera pas moins jusqu'où ils portèrent le fanatisme de la gloire. Horace rentrant à Rome, tua sa sœur qui fui reprochoit le meurtre d'un des Curiaces, auquel elle avoit été fiancée. Il fut condamné à mort par les deux commissaires que Tullus avoit nommés pour le juger; il en appela au peuple: on commua sa peine. Il fut condamné à passer sous le joug; mais, en même temps, on lui érigea un trophée dans la place publique, et l'on y suspendit les dépouilles des trois Curiaces. Le joug étoit une porte, composée de deux fourches qui en soutenoient une troisième. On y faisoit passer, par ignominie, les prisonniers faits en guerre... Voyez CRITOLAUS.
HORAPOLLON, (Horus-Apollo) grammairien, professa les belles-lettres à Alexandrie et à Constantinople, sous Théodose le Grand; ou plutôt a servi de masque à un savant du 15e siècle, qui vouloit exercer la patiente sagacité des commentateurs. On a, sous son nom, une Explication des Hiéroglyphes, publiée en grec et en latin, 1727, in-4°, avec des Notes par Jean Corneille de Paw.
HORATI, (Charles) religieux observantin, missionnaire à la Chine, depuis 1693 jusqu'en 1733, a donné: I. Une Relation de ses Voyages, Rome, 1759, en italien, estimée. II. Grammaire et Dictionnaire de la langue Chinoise, avec une Relation des coutumes et des cérémonies Chinoises. III. Explication de la Phi- losophie et des Livres sacrés des Chinois; Rome, 1759. Ce dernier ouvrage offre beaucoup d'érudition; on peut même dire que l'auteur l'emploie quelquefois à expliquer des choses qui ne méritent pas tant de science. I. HORMISDAS, (Saint) né à Frusinone en Campanie, fut élu pape après Symmaque, en juillet 514. Il eut la consolation d'éteindre le schisme causé par les erreurs des Eutychéens, et tint un concile à Rome en 518. Il fut un modèle de modestie, de patience, de charité, et mourut en août 523. Ce pontife veilla avec une attention infatigable sur toutes les églises, instruisit le clergé sur les vertus propres à cet état et sur la psalmodie. Nous avons de lui plusieurs Lettres.
II. HORMISDAS Ier, fils de Sapor, roi des Perses, succéda à son père en 273. Il n'eut aucune guerre à soutenir avec les Romains, et ne voulut point entrer dans le complot que les Palmyréniens avoient fait pour enlever la couronne à l'empereur Aurélien. Sa générosité égaloit son amour pour la paix. Le gouverneur d'une de ses provinces lui proposoit de faire l'acquisition d'une quantité de beaux diamans, parce qu'il y avoit à gagner sur ce marché une somme considérable. Ah! lui répondit Hormisdas avec indignation, si je devenois Marchand, qui fera le métier de Roi? ou que deviendront les Négocians de mon Empire, si je me sers de mon or et de mon crédit pour calver les profits les plus avantageux et les plus légitimes? Malheureusement ce bon prince mourut un an et quelques mois après son avènement au trône.
III. HORMISDAS, IIIᵉ roi de Persè, monta sur le trône en 580, après la mort de Chosroès le Grand, son père. S'il hérita de son sceptre, il n'héritait point de ses talens. Il avoit cependant eu pour instituteur le sage Buzurge; ce dernier, s'appercevant que le prince passant la plus grande partie des nuits en fêtes, employoit toutes les matinées à dormir, prenoit souvent la liberté de l'éveiller, et de lui faire l'éloge de la diligence. Hormisdas, fatigué de ses remontrances, ordonna un jour à ses gardes d'aller attendre de grand matin Buzurge, et de le dévaliser. Cet ordre ayant été ponctuellement exécuté, le prince lui dit : « Si vous aviez été moins diligent, vous auriez évité cette mauvaise rencontre. » Buzurge lui répliqua : « Elle prouve, au contraire, que les voleurs ont été plus diligens que moi; et que pour arrêter leurs excès, vous devriez être plus diligens qu'eux. » Il perdit son armée, son bagage et ses éléphans, en combattant contre les Romains. Depuis l'an 581 jusqu'en 589, il n'eut que des échecs. Il mit alors une puissante armée sur pied, et en donna la conduite à Varanes, qui fut encore battu. Hormisdas, irrité et honteux, envoya à ce général malheureux un habit de femme; injure irréparable parmi les Perses. Varanes s'en vengea en excitant une révolte. Il se saisit d'Hormisdas, lui arracha les yeux, et fit massacrer sa femme en sa présence. Il mit ensuite Chosroès II, son fils, sur le trône impérial. Le nouveau roi fit assommer Hormisdas, son père, à coups de bâton : traitement horrible de la part d'un fils, mais qui eût été justifié de la part de H O R 291 tout autre, par les cruautés qu'il avoit exercées contre ses sujets. Ce fut l'an 590.
HORMOUZAN, général Persan, avoit combattu 70 fois contre les Arabes, lorsqu'enfin il fut fait prisonnier et conduit à Omar II, successeur de Mahomet. Celui-ci ordonna qu'on le fit mourir. Hormouzan demanda à boire; mais la frayeur l'empêchant de prendre la coupe, Omar lui dit d'être plus tranquille, et qu'il n'avoit rien à craindre qu'il n'eût bu. Hormouzan alors, pour prolonger ses jours, refusa de boire, et prétendit qu'Omar venoit de lui faire grace. En effet, le Musulman lui permit ensuite de boire et lui laissa la vie.
HORN, (le comte de) Voy. EGMONT.
HORNÉIUS, (Conrad) né à Brunswick en 1590, fut professeur de philosophie et de théologie à Helmstadt, et y mourut en 1649, à 59 ans. Son principal ouvrage est : Philosophiae moralis, sive civilis doctrinae de moribus, libri quatuor, in-8.⁹ C'est moins l'ouvrage d'un profond méditateur, que celui d'un compilateur laborieux.
HORNIUS, (George) né dans le Palatinat, professeur d'histoire, de politique et de géographie à Harderwick, ensuite professeur d'histoire à Leyde, mourut dans cette ville en 1670. C'étoit un homme d'une vaste lecture; mais il se reposoit trop, en écrivant, sur sa mémoire qui n'étoit pas toujours fidelle. Sur la fin de ses jours, son esprit avoit des accès de folie, et cet accident venoit, dit-on, d'une perte de 6000 florins qu'il fit à la Haye, avec un alchimiste. On 292 HOR a de ce savant : I. Une Histoire Ecclésiastique, en latin, jusqu'en 1666, traduite en françois à Rotterdam, 1639, in-12. Cet ouvrage est assez bien fait, et même fort impartial, excepté dans les endroits où il est question du Protestantisme. Elle a été continuée par Leydecker. II. L'Histoire d'Angleterre, sous les années 1645 et 1646, in-8°, à Leyde, 1648. III. De originibus Americanis, in-8°, 1652. IV. Geographia vetus et nova : ouvrage savant, mais confus. V. Orbis politicus, in-12. VI. Historia Philosophiae, en 7 livres, 1655, in-4°. VII. Une Edition de Sulpice-Sévère, avec des Notes, in-8°. VIII. Area Noë, ou Histoire des Monarchies. Cet ouvrage est plein de recherches curieuses sur l'origine de chaque monarchie, etc. Voy. GRAAF.
HORREBOW, (Pierre) célèbre astronome Danois mort en 1764, âgé de 85 ans. Il eut, dans le cours d'une si longue vie, vingt enfans et trente-quatre petits enfans. Il professa avec distinction, pendant plusieurs années, la philosophie, les mathématiques et l'astronomie. On a de lui un ouvrage, intitulé : Copernicus triumphans, où il montre beaucoup d'enthousiasme pour le système de Copernic.
HORROX, (Jérémie) habile astronome Anglois, né à Textel, près de Liverpoole, en 1619, mourut en 1641, à l'âge de 22 ans, après avoir achevé son traité, intitulé : Venus in Sole visa; Gedani, 1662, in-folio. Ses mœurs et ses talens exciterent des regrets universels. I. HORSTIUS, (Jacques) né à Torgaw en 1537, mort en 1600, à 63 ans, fut nommé médecin ordinaire de l'archiduc d'Autriche, en 1580, professeur de médecine à Helmstadt, et directeur de l'université en 1595. Il a laissé beaucoup d'écrits sur la science qu'il avait professée : I. Compendium Medicarum institutionum. II. Herbarium, 1630, in-8°. III. Un Commentaire sur le livre d'Hippocrate, De Corde. IV. De noctaminelouibus. V. De dente aureo pueri Silesii, in-8°. VI. Disputationes Catholicae de rebus secundam et præter naturam. VII. Epistolae Philosophicae et Medicinales, in-8°; et divers autres Traités où l'on trouve de bonnes choses.
II. HORSTIUS, (Grégoire) surnommé l'Esculape d'Allemagne, neveu du précédent, naquit à Torgaw en 1578, et mourut en 1636, à 68 ans, après avoir exercé et enseigné la médecine avec un succès égal. On a de lui plusieurs ouvrages sur cette science, recueillis par Grégoire Horstius, son fils, en 2 volumes in-4°, à Goude, 1661.
III. HORSTIUS, (Daniel) fils du précédent, né à Giessen, professeur de médecine à Marbourg, et médecin du landgrave de Hesse-d'Armstadt, mourut en 1685, à 68 ans. C'est lui qui procura l'édition de Zaechiae Questiones medico-legales, et celle de Riverii Opera medica. — GREGORIE, son frère, devint médecin et professeur de physique à Ulm sa patrie, et mourut en 1661. Il recueillit la plupart des ouvrages de médecine composés par Grégoire Horstius, son père, et les fit imprimer. Voyez n° II. Cette famille a produit plusieurs autres savans médecins.
IV. HORSTIUS, *Voyez* MERLON.
HORTA, (Garcie d') ou DU JARDIN, professeur de philosophie à Lisbonne en 1534, et premier médecin du comte de Redondo, vice-roi des Indes, publiades Dialogues en espagnol, sur les Simples que l'on trouve en Orient, 1574, in 8° et in-fol. Ils ont été traduits en latin par Charles Clusius, 1605, 36 fig.; et en françois par Antoine Colin, apothécaire de Lyon, 1619, in-8° L'original et les versions sont recherchés.
HORTEMEES, (Marie-Magdeleine) épouse de Charles Cochin père, émissoit les gravures de son mari. Elle mourut à Paris en 1767, à 81 ans. Elle étoit fille d'un libraire de la capitale, et avoit le goût de la littérature et des beaux-arts.
HORTENSIA, dame Romaine, fille du célèbre orateur Hortensius, et héritière des talens de son père, plaida, l'an 84 avant J. C., la cause des dames Romaines devant les Triumvirs, qui en avoient condamné 1400 à déclarer les biens qu'elles possédoient, afin de les taxer pour les frais de la guerre. Le discours d'Hortensia fut si touchant, que les Triumvirs n'obligèrent que 400 femmes à déclarer leurs biens. I. HORTENSIUS, (Quintus) orateur Romain, plaida dès l'âge de 19 ans, avec le succès qu'il auroit pu attendre à 40. Cicéron, son émule, parle de son éloquence avec éloge, et de sa mémoire comme d'un prodige. Son geste auroit été parfait, s'il ne l'eût gâté quelquefois par des mouvemens affectés. Ses ennemis lui donnoient, par dérision, le nom de Dionysia, célèbre danseuse de ce temps-là. Hortensius tint le premier rang dans le barreau, jusqu'à ce que Cicéron parût. Il le quitta pour prendre les armes, devint tribun militaire, préteur, et enfin consul l'an 70 avant J. C. Il mourut environ 21 ans après, avec la réputation d'un bon citoyen, d'un sage sénateur et d'un homme magnifique. Il avoit amassé de grands biens, dont il savoit se faire honneur. On dit qu'à sa mort on trouva dix mille muids de vin dans ses caves. Les Plaidoyers de cet homme illustre ne sont pas parvenus jusqu'à nous; ils ne soutenoient pas, au jugement de Quintilien, le nom qu'il s'étoit fait. On avoit encore de lui, des Poésies galantes et des Annales... Voyez I. ATTICUS.
II. HORTENSIUS, (Lambert) ainsi nommé, parce qu'il étoit fils d'un jardinier, fut préfet du collège du Naërden en Hollande. Il faillit périr dans la prise de cette ville en 1572, et vit égorger, sous ses yeux, son fils naturel. Il mourut en 1574, flottant entre le Luthéranisme et la religion Catholique. On a de lui, des Satires et des Epithalomes, et d'autres ouvrages en latin, dont les plus connus sont: I. Sept livres De bello Germanico, sous Charles-Quint, in-8°. II. De tumultu Anabaptistarum, in-fol. III. De secessionibus Ultrajectinis, in-fol. IV. Des Commentaires sur les six premiers livres de l'Encide de Virgile, et sur la Pharsale de Lucain. V. Des Notes sur quatre Comédies d'Aristophane.
HOSIER, *Voy*. HOZIER.
HOSIUS ou Osius, (Stanislas) cardinal, né à Cracovie en Pologne, et élevé en Italie, devint secrétaire du roi de Pologne, chanoine de Cracovie, évêque de Culm, et enfin évêque de Warne. Le pape Pie IV l'envoya vers l'empereur Ferdinand, qui fut si charmé de son esprit et de ses vertus, qu'il lui dit, en l'embrassant, qu'il ne pouvoit pas résister à un homme, dont la bouche étoit le temple, et la langue l'oracle du Saint-Esprit... Hosius étoit chargé d'engager ce prince à faire continuer le concile de Trente : il obtint tout ce qu'il voulut. Pie IV l'en récompensa en 1561, par le chapeau de cardinal, qu'il n'accepta que malgré lui. Ce pontife lui ordonna ensuite d'aller ouvrir le concile de Trente, comme son légat : commission qu'il remplit avec beaucoup de succès. Hosius passa en Pologne, d'où il fut rappelé par Grégoire XIII; qui le fit pénitencier de l'église Romaine. Il mourut de la mort des justes, à Capravolo, près de Rome, le 5 août 1579, à 76 ans. Les écrivains Catholiques lui donnèrent à l'envi les noms de Colonne de l'Eglise et d'Augustin de son temps. Les Protestans n'eurent point d'adversaire plus redoutable. Il écrivit plusieurs ouvrages contre eux; recueillis à Cologne, 1584, en 2 vol. in-fol., imprimés jusqu'à trente-deux fois du vivant de l'auteur, et traduits dans presque toutes les langues de l'Europe. Les principaux sont : I. Confessio Catholico fidei Christiane. II. De communione sub vitrique specie. III. De Sacerdotum confugio. IV. De Missi vulgari lingui celebrandi, etc. Rescus a écrit la Vie.
HOSPINIEN, (Rodolphe) ministre Zuinglien, né à Altorf, village de Suisse dans le canton de Zurich, en 1547, mort le 11 mars 1626, à 79 ans, étoit tombé en enfance depuis près de trois ans. Ses préventions contre les dogmes et la discipline de l'Eglise Catholique, lui firent enfanter plusieurs ouvrages, recueillis à Genève en 1681, en 7 volumes in-folio. Les principaux sont : I. De Templis, hoc est De origine, usu et abusu Templorum, 1603, in-fol. II. De Monachis, à Zurich, 1609, in-fol. III. De festis Judæorum et Ethnicorum, Zurich, 1611, in-fol. IV. Festa Christianorum, Zurich, 1612, in-fol. V. Historia Sacramentaria, Zurich, 1598, in-folio. — 2e partie, 1602, in-folio. VI. Historia Jesuitica, Zurich, 1619, in-fol. On y trouve rassemblé tout ce qu'on a dit sur les règles, les constitutions, les progrès et la politique de cet ordre célèbre. On ne peut disconvenir qu'Hospiniens n'ait fait plusieurs recherches curieuses, et que ses ouvrages n'aient leur utilité. Le grand nombre de passages qu'il y entasse les uns sur les autres, prouve son application à étudier certaines matières. Il auroit été à souhaiter qu'il eût eu plus de critique : car il cite souvent de fausses décrétales et des pièces supposées, comme des monumens véritables. Quoiqu'il y ait assez d'ordre dans les titres de ses chapitres, il n'y en a pas tant dans le corps du chapitre. Il cite assez confusément les anciens auteurs et les modernes, et fait des applications de leurs passages à contresens. Il est foible dans la controverse. Quand il réfute Bellarmis sur les faits, il réussit; mais quand c'est sur le dogme, il n'est pas, à beaucoup près, si fort. Personne n'a mieux démêlé ni détaillé, que lui, l'histoire des différends élevés entre les sectes séparées de l'Église Romaine; et en cela, sans y penser, il a rendu service à l'Église Catholique. *Hospinien* étoit outré Sacramentaire, et grand ennemi dès Luthériens et des Ubiquitaires, avec lesquels il croyoit que l'on ne devoit point avoir de société, ni de communion. Le style de cet auteur est simple, mais très-intelligible, et composé de termes ordinaires assez latins. C'est le jugement que *Dupin* porte de cet écrivain, et ce jugement est très juste. — I. HOSPITAL, (Michel de l') ou plutôt DE LOSPITAL, comme il signoit, chancelier de France, naquit en 1505, à Aigueperse en Auvergne, d'un médecin, fils, à ce que prétendoient ses ennemis, d'un Juif d'Avignon. Son père ayant quitté la médecine, s'attacha à *Charles de Bourbon*, connétable de France, dont il dirigea les affaires avec chaleur et intégrité. Le connétable récompensa son zèle en le faisant bailli de Montpensier, auditeur de ses comptes à Moulins, et en lui donnant la terre de la Bussière en Auvergne, et deux autres villages dans le comté de Montpensier. *Jean de l'Hospital* avoit un caractère noble, des mœurs sévères, une ame sensible et courageuse; il tâcha d'inspirer les mêmes vertus à son fils, qu'il fit élever avec beaucoup de soin. Il l'envoya étudier dans les plus célèbres universités de France et d'Italie. *Michel de l'Hospital* s'y distingua également par le double esprit de la littérature et H O S 295 des affaires. Sorti des écoles de la jurisprudence, il occupa des charges honorables. Il fut successivement auditeur de rote, à Rome, conseiller au parlement de Paris, ambassadeur au concile de Trente transféré à Bologne, enfin surintendant des finances en 1554. Le trésor royal se trouvoit épuisé par les prodigalités du roi, par l'avidité de ses favoris, de ses ministres, de sa maitresre; par les dépenses de la guerre, par les plaisirs fastueux de la cour, par les malversations des financiers. *L'Hospital* fit des exemples de sévérité qui effrayèrent les coupables; il refusa courageusement les sommes qu'on lui demandoit, et ne se laissa corrompre ni par les menaces, ni par les flatteries. « Je me rends désagréable, écrivoit-il à *Olivier*, par mon exactitude à veiller sur les deniers du roi. Les vols ne se font plus impunément; j'établis de l'ordre dans la recette et la dépense; je refuse de payer des dons trop légèrement accordés, ou j'en renvoie le paiement à des temps plus heureux; on voit tout cela avec un dépit amer... Dois-je préférer l'amitié déshonorante de certains courtisans, à ce que me prescrivent mes obligations envers mon roi, mon amour pour ma patrie? Eh bien donc! qu'ils engloutissent tour, et le soldat sans paye ravagera nos provinces pour subsister, et l'on foulera le peuple par de nouveaux impôts. » *L'Hospital*, en se faisant redouter des sangsues de l'état, leur donnoit l'exemple du plus noble désintéressement. Quoiqu'il eût été près de douze ans dans le parlement, cinq ou six dans la place de surintendant, sa fortune étoit si bornée, que le roi fut obligé de doter sa fille. 296 HOS Henri II étant mort en 1559, le cardinal de Lorraine, qui étoit à la tête du gouvernement, sous François II, fit entrer l'Hospital dans le conseil d'état. Il n'y fut pas long-temps. Marguerite de Valois, destinée au duc de Savoie, l'emmena avec elle pour être son chancelier. Mais à peine eut-il passé six mois auprès de sa bienfaitrice, qu'on le rappela en France, où l'on espérait de remédier aux maux qui désoloient ce royaume, en l'élevant à la place de chancelier. L'Hospital, devenu chef de la justice, au milieu des factions de la cour, et du bouleversement général du royaume, parut un philosophe intrépide, dans un temps d'enthousiasme et de fureur. « Tous les ordres étoient corrompus, selon ce qu'il dit lui-même, dans un discours au parlement de Paris. Le peuple est mal instruit; on ne lui parle que de dîmes et d'offrandes, et point de bonnes mœurs; chacun veut voir sa religion approuvée, celle des autres persécutée. C'est là toute la piété d'aujourd'hui. » Lorsque la malheureuse Conspiration d'Amboise éclata en 1560, il fut d'avis que, pour appaiser le soulèvement des esprits, on pardonnât à ceux que le faux zèle de la religion avoit égarés. Il donna, la même année de cette conjuration, l'Edit de Romorantin, pour empêcher l'établissement de l'inquisition en France. Il vit avec douleur le feu de la guerre civile s'allumer dans sa patrie. Il fit tous ses efforts pour l'éteindre avant l'embrasement général, estimant (ce sont ses propres termes) qu'il n'y avoit rien de plus dommageable en un pays qu'une guerre civile, ni plus profitable qu'une paix à quelque prix que ce fût; et lorsque tout le royaume étoit en feu, il tâcha d'adoucir le mal qu'il n'avoit pu guérir. C'est conformément à ces principes, dictés, selon les uns, par l'humanité et la sagesse; selon d'autres par son penchant au Calvinisme, qu'il parla aux états assemblés à Orléans, au commencement du règne Charles IX; à ceux de Saint-Germain-en-Laye, en 1561; au colloque de Poissi, tenu la même année; à l'assemblée de Moulins, en 1566. Après l'affaire de Vassi, voyant qu'on se préparoit, de part et d'autre, à prendre les armes, il s'y opposa de toutes ses forces; et le connétable de Montmorenc lui ayant dit, que ce n'étoit à gens de Robe longue d'opiner sur le fait de la guerre. — Bien que telles gens, lui répondit-il, ne sachet conduire les armes, si ne laissent-ils de connaître quand il en faut user. Il eut part à toutes les grandes affaires de ces temps malheureux, et se conduisit toujours de même. Son discours aux états assemblés à Orléans, est un monument de sa sagesse. « Il ne faut point, dit-il, écouter ceux qui prétendent qu'il n'est pas de la dignité d'un roi de convoquer des états; car qu'y a-t-il de plus digne d'un roi, que de donner à tous ses sujets la permission d'exposer leurs plaintes avec liberté, publiquement, et dans un lieu où l'imposture et l'artifice ne peuvent se glisser? Dans ces assemblées, les souverains sont instruits de leurs devoirs. On les engage à diminuer les anciennes impositions, et à n'en pas mettre de nouvelles; à retrancher les dépenses superflues, qui ruinent l'état; à ne plus vendre les charges; à n'élever à l'épiscopat et aux autres dignités de l'église, que des sujets capables de les remplir; devoirs aujourd'hui négligés, parce que les rois ne voient et n'entendent que par les oreilles d'autrui. » Ennemi des conseils violens, il en donna au roi de très-modérés, pour le porter à rétablir la paix dans son état. La reine Catherine de Médicis, qui avoit contribué à l'élévation du chancelier, trop emportée pour approuver des vues si pacifiques, le fit exclure du conseil de guerre. L'Hospital, voyant que sa présence étoit importune, se retira de lui-même en 1568, dans sa maison de campagne de Vignai, près d'Estampes. Quelques jours après, on lui fit demander les sceaux; il les rendit sans regret, disant que les affaires du monde étoient trop corrompues pour qu'il pût encore s'en mêler. L'Hospital goûta, dans sa retraite, un bonheur inespéré. Les amusemens de la campagne, la poésie latine, qui faisoit ses délices, la conversation de ses amis, succédoient aux soins qu'il donnoit à ses enfans. » J'ignorois, dit-il dans une de ses lettres, que la vie et les plaisirs champêtres eussent autant de charmes. J'ai vu blanchir mes cheveux, avant que de connoître l'état dans lequel je pouvois rencontrer le bonheur. En vain, la nature m'avoit fait aimer le repos et l'oisiveté; jamais je n'aurois pu me livrer à ce penchant si doux, si le ciel me regardant d'un œil de pitié, ne m'eût débarrassé des fers, que peut-être sans lui je n'aurois pu briser. Que si quelqu'un s'imagine que je me croyois heureux dans ce temps, où la fortune sembloit s'être fixée contre moi... et qu'à présent je me crois mal- heureux d'avoir perdu tous ces brillans avantages: ah! que cet homme ignore bien le fond de mon cœur! » L'illustre chancelier vit les beaux jours de sa retraite troublés par le massacre de la Saint-Barthélemi, en 1572. Il pensa sur cette funeste journée, comme nous pensons aujourd'hui, et disoit souvent EXCIDAT ILLA DIES! Ses amis craignant qu'il ne fût enveloppé dans cette horrible exécution, l'avertirent de prendre garde à lui. Rien, rien, répondit-il; ce sera ce qu'il plaira à Dieu, quand mon heure sera venue. Le lendemain, on vint lui dire, qu'on voyoit une troupe de cavaliers armés, qui s'avançoient vers sa maison. On lui demanda si l'on devoit fermer les portes, et tirer sur eux, en cas qu'ils voulussent les forcer. Non, non, répartit-il; mais si la petite ne suffit pas pour les faire entrer, que l'on ouvre la grande. C'étoient en effet des furieux, qui, sans ordre de la cour, venoient pour le tuer; mais avant que d'exécuter leur dessein, ils furent atteints par d'autres cavaliers, envoyés par le roi même, pour leur dire, que l'Hospital n'avoit pas été compris dans le nombre des proscrits, et que ceux qui en avoient fait la liste, lui pardonnoient les oppositions qu'il avoit toujours formées à l'exécution de leurs projets. J'ignorois, répondit-il froidement, et sans changer de visage, que j'eusse jamais mérité la mort ni le pardon. Sa devise étoit:
SI FRACTUS ILLABATUR ORBIS, IMPAVIDUM FERIENT RUINE. L'univers écroulé tomberois en éclats, Le choc de ses débris ne m'ébranle-roit pas. 298 HOS Il mourut le 13 mars 1573, âgé de 68 ans. On croyoit qu'il étoit Huguenot dans l'ame, quoiqu'il fût Catholique au dehors. De là ce proverbe, on plutôt cette raillerie qui étoit de son temps dans la bouche de tout le monde: Dieu nous garde de la Messe du Chancelier! parce qu'on étoit persuadé qu'il n'y croyoit pas trop. Quelques personnes jugeoient qu'avec sa mine austère, son visage de St. Jérôme, comme on l'appeloit à la cour, et sa morale extrêmement sévère, il n'étoit, à proprement parler, ni Huguenot, ni Catholique, ou que du moins il penchoit beaucoup plus pour le Calvinisme. Ceux qui soutiennent ce dernier sentiment, l'appuient sur plusieurs raisons. Nous rapporterons les principales, d'après une lettre qu'on trouve dans l'Année littéraire, 1777, n° 28. 1.° « L'épouse, la fille, le gendre de l'Hospital professoient publiquement la doctrine de Calvin. 2.° Dans son testament, le chancelier ne fait aucune mention, ni de Messe, ni de Purgatoire, ni de Prêtres. Ce silence est éloquent; mais ce n'est pas tout. Il dit qu'il ne règle rien sur ses funérailles, parce que les Chrétiens ne les ont pas en grande estime. Où avoit-il puisé ce langage? N'est-ce pas à l'école des sectaires? Car les Catholiques font le plus grand cas des funérailles, et des prières qu'on y fait pour les morts. 3.° Une autre déposition bien terrible contre la foi de l'Hospital, c'est la déclaration de MM. Hurault de l'Hospital, ses petits-fils, qui ont attesté qu'il les avoit élevés et instruits avec le plus grand soin dans la religion Protestante. 4.° Si l'on joint à toutes ces preuves, la fameuse harangue du colloque de Poissy, que tous les prélats Catholiques et le pape Pie IV jugèrent hérétique, et qui l'étoit en effet; si l'on joint encore le règlement fait par ses ordres dans l'assemblée de Saint-Germain, où le culte des images est proscrit, où l'on décide que les Images, surtout celles de la sainte Trinité, sont une innovation contraire à l'Écriture sainte, à l'autorité des Conciles et des saints Pères; si l'on se rappelle que, soit au concile de Trente, soit dans tout le cours de son ministère, l'Hospital ne cessa d'appuyer les demandes des Calvinistes, on sera porté à quelque mouvement d'indulgence envers ceux qui ont soupçonné la foi du chancelier...» Quelques historiens ajoutent que, s'il avoit été le maître de sa croyance, il auroit professé le Judaïsme, comme le Juif qu'on lui donnoit pour aïeul. Quoi qu'il en soit de cette imputation, formée sans doute par la haine, il eut les vertus que la religion inspire, ainsi que les qualités qui accompagnent le génie. Le sien eut le caractère de la véritable grandeur; il fut simple et élevé. S'il avoit vécu de nos jours, il auroit exécuté ses vues grandes et nobles; il auroit mis un ordre dans le labyrinthe de la jurisprudence; il auroit paru tout ce qu'il étoit, un homme. C'est lui qui est l'auteur de l'Edit de Mon-lis. Il brilla beaucoup dans l'assemblée tenue dans cette ville en 1566: il y proposa d'excellens règlements, pour que la justice fût rendue avec plus d'exactitude. Il vouloit réduire les chambres du parlement, donner des pages raisonnables aux juges, supprimer les épices et les présens. Il vouloit que les magistrats ne servissent que trois ans de suite dans chaque parlement, et qu'avant de quitter, ils rendissent compte de leur conduite devant des censeurs nommés par le roi : belles propositions, qui furent applaudies, et qui n'ont jamais été exécutées. C'est encore à ce chancelier qu'on est redevable de l'Édit qui ordonne qu'on suivroit le cours du soleil dans le dénombrement des mois; et que l'année civile commenceroit au 1er janvier. Il projeta aussi de réduire tous les religieux à quatre ordres et à quatre habits différens, et de les charger des hôpitaux et des collèges. On a remarqué que son portrait ressemble assez bien aux médailles que nous avons d'Aristote. Il nous reste encore du chancelier de l'Hospital : I. Des Poésies latines, Amsterdam, 1732, in-8°, qui ne sont pas sans mérite; mais que Chapelain a trop louées en les mettant immédiatement après celles d'Horace. L'Hospital n'a point ce style précis et serré, cette abondance d'idées, cette délicatesse énergique qui distinguent le poète Romain. Il est souvent diffus. Ses tableaux, quoique peints en grand, ne sont pas toujours bien ordonnés. Enfin, il est moins poète qu'Horace. Cependant il est poète. Son style est facile, mâle et plein de vie, sur-tout dans ses dernières compositions, lorsque l'atrocité des crimes commis sous ses yeux eut donné à son caractère un nouveau degré d'énergie. II. Des Harangues prononcées aux Etats d'Orléans, 1561, in-4° : écrites sans goût, et qui ne sont qu'un tissu de métaphores prises de la médecine. Le poète valait mieux en lui que l'orateur. III. Des Mémoires, contenant plusieurs Traités de Paix, Apanages, Mariages, Reconnoissances, Fois et Hommages, etc. depuis l'an 1228, jusqu'en 1557, 3 volum. in-12, Cologne, 1572. Ce petit ouvrage n'est proprement qu'un recueil de notes faites par un homme qui étudient l'histoire de France. Dans un Recueil de Pièces servant à l'Histoire, Paris, 1623, in-4°, on trouve de lui un Discours des raisons et persuasions de la paix en 1568, et son Testament qui est curieux. Cette dernière pièce se trouve aussi dans la Bibliothèque choisie de Colomiez, dans la Bibliothèque du Droit François de Bouchel, dans Castelnau, et dans Brantôme, article du connétable de Montmorency. Le chancelier de l'Hospital avoit projeté, dit-on, dans sa retraite, une Histoire de son temps en latin. Il s'étoit proposé Salluste, Plutarque, Tite-Live, pour modèles; mais la crainte d'être enlevé à tout moment par ses ennemis, l'empêcha d'exécuter cet ouvrage. En 1777, l'académie Françoise a conronné l'éloge de ce grand homme par l'abbé Remi; et la même année, Louis XVI lui fit ériger une statue en marbre blanc, par de Gois. On a publié sa Vie à Paris, sous le titre de Londres, in-12, 1764. L'Hospital ne laissa qu'une fille, qu'il maria à Robert Hurault; et la ligne masculine de cette maison de Hurault l'Hospital finit en 1706. Voyez l'article suivant.
II. HOSPITAL, sieur DU FAY, (Michel-Hurault de l') petit-fils et filleul du chancelier, qui l'avant fait élever sous ses yeux, lui avoit légué sa bibliothèque, et le regardoit comme celui de ses petits-fils qui promettoit le plus. Il ne trompa pas les espérances de son aïeul. Il fut suc- 300 HOS cessivement chancelier de *Henri*, roi de Navarre et ensuite de France ; son ambassadeur en Hollande et en Allemagne, où il lui ménagea des secours et des alliances ; maître des requêtes, et gouverneur de Quille-bœuf : car il réunissait, ainsi que la plupart des grands hommes de ce siècle, les qualités militaires aux lumières et aux vertus de la magistrature, à laquelle il tenoit, et par sa famille, et par celle de sa femme, fille de l'illustre *Pibrac*. Nous connoissons deux Discours de lui, faisant partie des quatre excellens *Discours sur l'état présent de la France*, imprimés en 1593. Ils offrent le tableau de la France, depuis 1585 jusqu'en 1591. Tout y est tracé de main de maître, avec la chaleur que l'indignation allumoit dans tous les cœurs François ; mais cette chaleur est contenue dans les bornes fixées par les maîtres de l'art. Ces discours offrent encore une lecture agréable et intéressante. L'auteur étoit mort en 1592. On a aussi de lui une *Réponse* en latin au Discours du pape *Sixto V*, sur la mort du roi *Henri III*, sous le titre de *Sixtus* et *Anti-Sixtus*, 1590, in-4.º et in-8.º. On lui donne aussi l'*Anti-Espagnol*, qui se trouve dans les Mémoires de la Ligue, et séparément, mais *Arnauld d'Andilly*, dans ses Mémoires, attribue ce livre à son père *Antoine Arnauld*.
III. HOSPITAL, (Nicolas et François de l') : *Louis de l'HOSPITAL* leur père, d'une famille illustre, différente de celle du chancelier, commandoit dans Meaux pour la Ligue. Il offrit, en 1591, au duc de *Mayenne*, d'arrêter les *Seize* qui avoient fait pendre le président *Brisson* et deux conseillers au parlement de Paris, et qui aspiroient à se défaire aussi du duc pour secouer tout frein et toute subordination. *Louis* fut le premier gouverneur qui reconnut *Henri IV*. C'est lui qui arrêta le maréchal de *Biron*, en 1602. Ses fils lui succédèrent dans la charge de capitaine aux Gardes du corps, et se distinguèrent l'un et l'autre par leur valeur. Ils furent tous deux honorés du collier des ordres, le 31 décembre 1619; et du bâton de maréchal de France, l'un le 4 avril 1617, l'autre le 13 avril 1643. Ils furent connus, dans leur temps, sous les noms de maréchaux de *Vitri* et de *l'Hospital*. Ils obtinrent l'un et l'autre, en 1641 et en août 1644, des brevets portant promesse d'ériger en duchés pairies les comtés de Château-Villain et de Rosnay en Champagne, qu'ils possédoient. En juin 1656, la promesse fut effectuée par rapport à la première de ces deux terres, qui fut érigée sous le nom de *Vitri*, en faveur de *François-Marie de l'Hospital*, fils de *Nicolas*, alors capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances, et mestre de camp lieutenant du régiment de la reine, infanterie, puis ambassadeur pour la paix de Nimègue en 1675, et le dernier de sa branche. Le maréchal de *Vitri* avoit gagné le bâton en arrêtant et faisant tuer le maréchal d'*Ancre*. Étant gouverneur de Provence, il eut une dispute vive avec *Sourdis*, archevêque de Bordeaux, nommé pour commander les troupes de mer qui devoient reprendre les isles d'Hières et de Lérins. L'emportement de *Vitri* aiii si loin, qu'il donna quelques coups de canne au prélat guerrier. Cette violente le fit enfermer à la Bastille, où il demeura prisonnier jusqu'en janvier 1644. Il mourut l'année d'après, le 28 septembre 1645, à 63 ans. Son petit-fils, Louis-Marie-Charles, tué à Paris en 1674, termina sa postérité masculine. — François de l'HOSPITAL, frère du même Vitri, servit long-temps et très-bien, sous le nom de DU HALLIER. Il commanda l'aile gauche à la bataille de Rocroi, et eut beaucoup de part à la victoire. Ayant négligé de faire sa cour au cardinal de Richelieu, il n'eut le bâton de maréchal qu'en 1643, après la mort de ce ministre impérieux. Peu de guerriers avoient autant travaillé pour le mériter. Le cardinal Mazaria, plus sensible à ses talens que Richelieu, eut avec lui les liaisons les plus étroites, et le nomma gouverneur de Paris en 1649. Il mourut le 20 avril 1660, âgé de 77 ans. Il avoit épousé en premières noces Charlotte des Essars. Voy. II. ESSARS.
IV. HOSPITAL, (Guillaume-François-Antoine de l') marquis de Sainte-Mesme, naquit en 1661. Il étoit de la même famille que ceux qui sont l'objet de l'article précédent, mais d'une autre branche. Toutes les deux avoient pour tige commune Adrien de l'HOSPITAL, chambellan de Charles VIII, capitaine de cent hommes d'armes, et lieutenant général en Bretagne, qui commanda l'avant-garde de l'armée royale à la bataille de Saint-Aubin, en 1488. Le marquis de l'Hospital, dont il est question dans cet article, eut, dès son enfance, une passion extrême pour les mathématiques; et cette passion devint d'autant plus forte, qu'elle étoit soutenue par beaucoup de talent. Il étonna les plus habiles géomètres de son temps, entr'autres, le grand Arnauld, par sa facilité à résoudre les problèmes les plus difficiles. Après avoir servi quelque temps en qualité de capitaine de cavalerie, il fut obligé de quitter le service, à cause de la foiblesse de sa vue, si courte, qu'il n'y voyoit pas à dix pas. Les mathématiques le possédèrent tout entier. L'académie des Sciences de Paris lui ouvrit ses portes en 1693, et il justifia ce choix par son livre de l'Analyse des infiniment-Petits, publié en 1696, in-4.º Cet ouvrage dans lequel il dévoile si bien tous les secrets de l'infini géométrique, et de l'infini de l'infini, le fit regarder comme un des premiers mathématiciens de son siècle. Ce livre est aussi bien fait que bon. « L'auteur a eu l'art, dit Fontenelle, de ne faire, d'une infinité de choses, qu'un assez petit vol.; il y a mis cette netteté et cette brièveté d'un homme qui ne veut que faire penser, et plus soigneux d'exciter les découvertes d'autrui, que jaloux d'étaler les siennes. » Le marquis de l'Hospital, ayant vu l'utilité de son ouvrage, s'engagea, dit son panégyriate, dans un travail aussi propre à faire de nouveaux géomètres. Il embrazoit les sections coniques, les lieux géométriques, la construction des équations, et une théorie des courbes mécaniques. C'étoit proprement le plan de la géométrie de Descartes; mais plus étendu et plus complet. Il mettoit la dernière main à cet ouvrage, lorsqu'il fut malheureusement emporté par une apoplexie, en 1704, âgé seulement de 43 ans. Quoique profondé- 301 HOS ment attaché aux sciences abstraites, il n'étoit nullement sombre ni rêveur; il étoit au contraire assez porté à la joie, et il sembloit n'avoir payé par rien ce grand génie mathématique. Il étoit dans le commerce du monde, et il y vivait, à peu près comme ceux dont cette occupation oisive est la seule occupation. Il n'étoit pas même ennemi des plaisirs; mais on sentoit dans les sociétés les plus frivoles et dans ses discours les plus ordinaires, la justesse, la solidité, en un mot, la géométrie de son esprit. Il étoit d'un commerce facile, et d'une probité parfaite; ouvert et sincère; convenant de ce qu'il étoit, parce qu'il l'étoit, et n'en tirant nul avantage; prompt à déclarer ce qu'il ignoroit, et à recevoir des instructions même en matière de géométrie, s'il lui eût été possible d'en recevoir. Depuis sa mort, on publia de lui, en 1707, un *Traité des Sections coniques*, in-4.º Il avoit épousé *Marie-Charlotte de Romilley de la Chesnelaye*, d'une ancienne noblesse de Bretagne, dont il eut de grands biens, et qui lui donna un fils et trois filles. Leur union fut si heureuse, qu'il lui fit partager tous ses goûts, jusqu'au génie pour les mathématiques.
HOSSCH, (Sidronius) jésuite, né à Merckhem, village voisin de Dixmude en Flandre, en 1596, mort à Tongres le 4 septembre 1653, à 57 ans, s'est illustré par ses *Poésies latines*, recueillies en 1656, in-8.º Elles ont été imprimées plus de trente fois depuis, entrantes chez *Barbou*, à Paris, 1723. Il a su allier deux choses qui ne vont guère ensemble, l'élévation et l'élégance du style, l'exactitude et la richesse de la poésie. Le pape *Alexandre VII*, qui cultivoit aussi les Muses latines, faisoit un grand cas des fruits de la verve d'*Hosscho Deslandes*, avocat au parlement de Paris, en a donné une Traduction libre en vers françois, imprimée avec le texte latin, à Paris, 1756. « C'est par nécessité, dit *Baillet*, plutôt que par bienséance, que j'ai cru devoir marquer le temps de la naissance et de la mort, aussi bien que la qualité et le pays de *Sidronius Hosschous*, de peur qu'on ne s'y trompât, en le croyant né aux siècles les plus heureux de Rome florissante, sous prétexte qu'il égale les premiers d'entre les anciens poètes latins qu'elle a produits; et que ses écrits semblent nous porter à le confondre avec eux. »
HOSTASIUS, de Ravenne en Italie, étoit un soldat de l'armée commandée par *Odet de Lautrec*, au siège de Pavie, que les François prirent l'an 1527. Il signala son courage en entrant le premier dans cette ville, et demanda pour récompense à son général, une *Statue* équestre de cuivre qui étoit élevée dans la place. On dit que c'étoit la statue de l'empereur *Antonin*, qui avoit été autrefois transportée de Ravenne à Pavie, pour la sauver du pillage des Lombards. Le général lui accorda sa demande; mais les bourgeois de Pavie refusèrent absolument de laisser enlever cette figure, et aimèrent mieux donner à ce soldat une *couronne d'or massif*. Il l'accepta, et la fit attacher dans l'Eglise de Ravenne, pour être à la postérité un témoignage de sa valeur. I. HOSTE ou L'HOSTE, (Jean) né à Nancy, enseigna le droit et les mathématiques à Pont-à-Mousson, sur la fin du XVIe siècle. Henri duc de Lorraine, charmé de son esprit vaste et pénétrant, le fit intendant des fortifications, et conseiller de guerre. Ses principaux ouvrages sont: I. Le Sommaire et l'usage de la sphère artificielle, in-4.º II. La Pratique de Géométrie, in-4.º III. Description et usage des principaux Instruments de Géométrie. IV. Du Cadran et du Carré. V. Rayon astronomique. VI. Bâton de Jacob. VII. Interprétation du grand Art de Raymond Lulle, etc. On désireroit, dans quelques-uns, plus d'ordre et de méthode; et depuis lui, on a mieux fait et mieux écrit. Il mourut en 1631.
II. HOSTE, (Paul l') Jésuite, né à Pont-de-Vesle dans la Bresse, 1652, mort professeur de mathématiques à Toulon, le 23 février 1700, à 49 ans, est principalement connu: I. Par un Traité des Evolutions navales, in-folio, 1697; réimprimé à Lyon, 1727, in-folio, avec des corrections et des augmentations. Cet ouvrage n'est pas moins historique que dogmatique, et contient ce qui s'est passé de plus considérable sur mer pendant les cinquante ans qui l'ont précédé. Le Père l'Hoste le présenta à Louis XIVe, qui le reçut avec bonté, et donna à l'auteur cent pistoles et une pension de six cents livres. On trouve à la suite de ce livre un Traité de la construction des Vaisseaux; fruit des conférences de l'auteur avec le maréchal de Tourville. II. Un recueil des Traités de Mathématiques les plus nécessaires à un officier, 3 vol. in-12.
III. HOSTE, (Nicolas l') fameux dans notre histoire par ses trahisons, étoit fils d'un domestique de Nicolas de Neufville de Villeroi, secrétaire d'état. Il avoit été élevé dans la maison de ce seigneur, qui l'aimoit beaucoup, et qui lui donna toute sa confiance; mais il en abusa, et le trahit, lui et la France. Lorsque Antoine de Silly partit pour l'ambassade d'Espagne, Villeroi l'envoya avec lui pour apprendre la langue du pays. Mais, au lieu d'y demeurer fidelle à sa patrie, il se vendit aux Espagnols pour une pension de 1200 écus. De retour en France, son maître l'employa souvent à écrire des lettres en chiffres. Le traître ne manqua pas de communiquer à l'ambassadeur de Philippe, roi d'Espagne, tout ce qu'il y avoit de secret. Sa trahison fut enfin découverte en 1604. L'Hoste ayant été averti que l'on devoit se saisir de lui, disparut tout-à-coup, prit la route de la Champagne avec un Flamand, et fut atteint à la Faye, dans l'endroit où l'on passe la Marne. Comme la nuit étoit fort obscure, et qu'il cherchoit un gué pour gagner l'autre bord; il tomba dans une fosse et s'y noya, le 24 avril. On prétend que ce fut son compagnon qui le noya, par ordre de ses complices, de peur qu'étant appliqué à la question, il ne les découvrit. Le corps fut tiré de l'eau et apporté à Paris, et après lui avoir fait son procès, il fut tiré à quatre chevaux.
HOSTUN, Voy. TALLARD.
HOSTUS, (Matthieu) antiquaire Allemand, né en 1509, fut professeur de la langue grecque, et mourut à Francfort sur l'Oder en 1587, à 79 ans. Ses 304 HOT ouvrages sont : I. *De numeratione emendata*, *veteribus Latinis et Graecia usitat*. II. *De re numeraria veterum Graecorum*, *Romanorum et Hebræorum*; Francfort, 1580, in-8°. III. *De monomachia Davidis et Goliæ*. IV. *De multiplici Assis usu*. V. *De sex Hydriarum capacitate*. VI. *Inquisitio in fabricam Arcæ Noë*, Londres, 1660, in-fol. I. HOTMAN, (François) *Hotmanus*, jurisconsulte célèbre, né à Paris en 1524, d'un conseiller au parlement, professa le droit avec distinction à Lausanne, à Valence et à Bourges. Ses écoliers le sauvèrent, dans cette dernière ville, du massacre de la *St-Barthélemi*, en 1572. Le risque que son goût pour le Calvinisme lui faisoit courir en France, l'obligea de se retirer à Genève, et de là à Basle, où il mourut le 12 février 1590, à 65 ans. *Teissier* attribue son changement de religion à l'impression que fit sur lui la constance avec laquelle les Protestans supportoient les plus cruels supplices. Il joignoit à une vaste littérature et à une profonde connoissance de toutes les parties du droit, des mœurs pures et austères. On l'accuse pourtant d'avoir été trop avide d'argent, et trop enclin à faire valoir sa prétendue indigence. C'est une charlatanerie qui lui a été commune avec quelques philosophes de notre siècle. Ses *Ouvrages* ont été recueillis en 1599, in-fol. en 3 vol. par *Jacques Lectius*, qui a orné ce recueil de la *Vie* de l'auteur, composée par *Nevelet*. Les écrits les plus connus de cette compilation, sont : I. *Brutum fulmen*, en faveur du roi de Navarre, excommunié à Rome. C'est une satire assez lourde, imprimée séparément en 1586, in-8°; et en françois 1585, in-8°. II. *Franco-Gallia*, 1573, in-8°, (en françois, 1574.) Dans cet ouvrage, réimprimé avec des augmentations, à Francfort, 1588, in-8°, il ose assurer que notre monarchie est élective, et non héréditaire. Les principes dangereux qu'il établit dans ce traité, composé tandis qu'il étoit en colère contre sa patrie, lui ont fait attribuer les *Vindiciæ contra Tyrannos*, de *Junius Brutus*. III. *De furoribus Gallicis et cæde Admiralis*, Edimbourg, 1573, in-4°. IV. *Consolationes sacra*, Lyon, 1593, in-8°. V. *Commentarius in IV Institut. juris civilis libros*, Lyon, 1588.
II. HOTMAN, (Antoine) frère du précédent, avocat général, au parlement de Paris, du temps de la Ligue, auteur de quelques livres de droit, fut le père de *Jean HOTMAN*, sieur de *Villiers*, connu par plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. *Un Traité du devoir de l'Ambassadeur*, Dusseldorp, 1603; et Paris, 1604, in-8°. II. *La Vie de Gaspard de Coligny, de Châtillon, Amiral de France*, tué en 1572; composée en latin, et imprimée en 1575, in-8°. Cette histoire, qui sent le panégyrique, fut traduite en françois. III. *Anti-Chopinus*. Voy. CHOPIN... *Hotman* fut connu, du temps du cardinal *Mazarin*, par ses liaisons avec *Blot et Marigni*, et par ses chansons contre le ministre. On imprima à Paris, chez *Guillemot*, en 1616, in-8°, des *Opuscules* en françois, de *François*, *Antoine* et *Jean HOTMAN*.
III. HOTMAN, Voy. ROCHE-BLOND. I. HOTTINGER, I. HOTTINGER, (Jean-Henri) naquit à Zurich en Suisse, l'an 1620. Il montra des dispositions si heureuses, qu'on l'envoya étudier dans les pays étrangers aux dépens du public : il alla d'abord à Genève, puis en France, en Hollande et en Angleterre. De retour dans sa patrie, il y professa l'histoire ecclésiastique, la théologie, et les langues orientales. L'électeur Palatin, voulant ranimer l'université d'Heidelberg, l'y appela en 1655. Hottinger en changea la face, y fit revivre toutes les études, et gagna l'amitié et l'estime de l'électeur. On le rappela à Zurich en 1661, et on le chargea des affaires les plus importantes. L'académie de Leyde le demanda en 1667, pour être professeur de théologie, et l'obtint enfin par la faveur des Etats de Hollande. Hottinger se préparoit à partir, lorsqu'il se noya malheureusement, avec une partie de sa famille, le 5 juin 1667, dans la rivière de Limmar, qui passe à Zurich. Il étoit dans sa 48e année. On a de lui : I. Historia Orientalis de Muhammetismo, Saracenismo, Chaldatismo, etc. 1660, in-4.º II. Bibliothecarius quadripartitus, in-4.º III. Dissertationes miscellanea, in-8.º IV. Historia Ecclesiastica, 9 parties, in-8.º Ce livre n'est pas dégagé, à beaucoup près, des préjugés de secte. V. Promptuarium, sive Bibliotheca Orientalis, in-4.º L'érudition ne manque pas dans ces ouvrages, mais quelquefois l'ordre et le goût. Le style en est obscur et embarrassé. Hottinger convenoit avec un libraire pour l'impression d'un livre, et travailloit à mesure qu'on imprimoit. Avec cette méthode, on fait beaucoup d'ouvrages ; mais il est difficile que tous soient bons.
II. HOTTINGER, (Jean-Jacques) fils du précédent, professeur de théologie à Zurich, sa patrie, exerça cet emploi avec autant de zèle que de succès. Il mourut en 1735, à 83 ans, regardé comme un savant infatigable. Les ouvrages que ce fécond écrivain a enfantés, ont de quoi étonner par leur multitude. On peut en voir la liste dans Moréri. Ils roulent presque tous sur l'Ecriture sainte, ou sur des matières de théologie et de controverse.
HOTZE, général Autrichien, né dans le canton de Zurich en Suisse, d'une famille bourgeoise, s'éleva par sa valeur, ses services et ses talens aux premiers grades militaires. Employé à l'armée commandée par Wurmser en 1793, il contribua à la prise des lignes de Weiss m'ourç ; mais il fut ensuite repoussé à Saverne et dans les lignes d'Haguenau. En 1796, il se montra avec courage dans les batailles de Neumarck et de Wurtzbourg, et reçut en récompense, de l'empereur, la grand'croix de l'ordre de Marie Thérèse. En 1799, il commandoit l'aile gauche de l'armée du prince Charles, et effectua, après divers combats, le passage du Rhin, au-dessus du lac de Constance. Il fut tué quelque temps après, près de Kaltenbrunn. Il laissa une réputation d'officier actif et expérimenté.
HOUARD, (David) avocat, de l'académie des Inscriptions, et associé de l'Institut, naquit à Dieppe le 26 février 1725 ; il réunit à la profession du barreau le goût des lettres et le mé- 306 H O U rite de l'érudition. Il appliqua celle-ci à débrouiller le chaos de nos anciennes lois. Aimé de ses confrères, doux, tranquille, il vécut 54 ans dans l'union la plus parfaite avec son épouse, dont il eut dix-sept enfants. Il est mort à Abbeville, au commencement de l'an XI. Ses ouvrages sont : I. *Anciennes Lois des François, conservées dans les coutumes angloises*, recueillies par *Littleton*, 1766, 2 vol. in-4. On les a réimprimées en 1779. Elles présentent des monumens d'histoire et de législation curieux, inconnus, et qui peignent les mœurs de nos ancêtres. II. *Traité sur les coutumes Anglo-Normandes*, publiées en Angleterre dans le 11e siècle, avec des remarques sur les principaux points de l'histoire et de la jurisprudence françoise, antérieurement aux *établissements de St. Louis*, 1781, 4 vol. in-4. Ce recueil est rempli de dissertations profondes et savantes, qui développent les motifs des usages anciens, et les principes du droit public chez nos aïeux.
HOUASSE, (Antoine René) peintre, élève de *le Brun*, né à Paris en 1645, mort dans cette ville en 1710, fut membre de l'académie de l'einture de Paris, et directeur de celle de Rome, en 1699. *Michel-Ange*, son fils, peintre de *Philippe V*, est mort en Espagne.
HOUBIGANT, (Charles-François) prêtre de l'Oratoire, également pieux et savant, naquit à Paris en 1686, et mourut dans cette ville le 31 octobre 1783, dans sa 98e année. Il avoit reçu de la nature un caractère bienfaisant, une ame ferme et un grand fonds de bonté, de po- litesse et d'aménité. Quoique sa fortune fût bornée et son âge avancé, il consacra une partie de son revenu à former une école près de Chantilly. Privé, par sa surdité, d'une partie des agrémens de la société, il ne vécut presque plus qu'avec ses livres; et son heureuse mémoire et son jugement épuré, lui donnèrent le moyen de travailler jusqu'à l'extrême vieillesse. Une chute ayant affoibli, dans ses dernières années, les organes de son cerveau, on calmoit ses inquiétudes passagères, en lui présentant un livre : la seule vue de ces fidelles consolateurs de sa surdité et de sa vieillesse, lui rendoit la paix et presque la raison. Nous avons de lui plusieurs ouvrages, dont quelques-uns sont estimés par les étrangers, autant que dans sa patrie. Les principaux sont : I. Une bonne édition de la *Bible Hébraïque*, avec des notes et une version latine, claire, élégante, énergique; Paris, 1753, 4 vol. in-fol. Ce livre, le plus important de ceux du P. *Houbigant*, offre le texte hébreu réformé, d'après la critique la plus saine, et la traduction latine de ce texte. Quant aux livres qui ne sont point dans le canon des Hébreux, il les a traduits d'après le Grec. Chaque livre de l'écriture est précédé d'une préface savante, et accompagné de notes concises et judicieuses. *Benoît XIV*, qui connoissoit tout le mérite et toute la difficulté de cet ouvrage, honora l'auteur d'un bref et d'une médaille. Le clergé de France lui accorda, peu de temps après, une pension, d'autant plus flatteuse, qu'elle ne fut pas demandée. II. Une *Traduction latine du Psecutier*, faite sur l'hébreu, 1746, in-12.
III. Celle de l'Ancien Testament, 1753, 8 vol. in-8.º IV. Racines Hébraïques, 1732, in-8.º C'est un Dictionnaire hébreu-françois. Dans cet ouvrage, l'auteur démontre, contre les partisans de la masore, l'inutilité des pointévoyelles. V. Examen du "creautier des Capucins", in-12. VI. Une Version françoise des Pensées de Forbes, écrivain Anglois, sur la Religion naturelle, in-8.º VII. Prolegomena in scripturam sacram, 1747, in-4.º Voy. LESLIE. Dans cet écrit l'auteur recherche les fautes du texte original. VIII. Traduction des Sermons de Sherlock, Anglois. IX. Traduction de Lesley, sur la méthode la plus courte de réfuter les Déistes et les Juifs. Le P. Houbigant a laissé, en manuscrit, un Traité des Etudes; une Traduction du Traité d'Origène contre Celse; une Vie du Cardinal de Bérulle; et une Traduction françoise de l'ancien et du nouveau Testament, faite d'après ses propres corrections. Quelques critiques ont prétendu qu'il poussoit quelquefois trop loin ses corrections, sur-tout par rapport au texte hébreu; qu'il ne montroit pas assez de respect pour les anciennes versions authentiques. Mais le suffrage de Benoît XIV et celui du clergé de France, prouvent que sa critique sacrée a été renfermée dans de justes bornes.
HOUBRAKEN, (Arnold) peintre et poète, né à Dorth en 1660, est connu par ses Vies des Peintres Flamands, dont la 2ᵉ édition est de la Haye, 1754, 3 vol. in-8.º Jacob, son fils, habile graveur, l'aida dans la composition de cet ouvrage, dont les recherches sont curieuses et les notices assez exactes.
HOUCHARD, (Jean-Nicolas), né à Forbach, département de la Moselle, parvint par ses discours et ses actions, de simple cavalier au grade de général, pendant les troubles de la révolution. Employé en 1792 dans l'armée de Castines, il montra la plus grande intrépidité devant Spire, défit près de Giessen un corps de Hessois, et repoussa diverses fois les Prussiens. Dénonciateur de son général en chef par l'envie d'obtenir sa place, il l'accusa d'avoir causé la perte de Mayence. Placé dès-lois à la tête de l'armée du Nord, il culbuta les alliés devant Dunkerque, vainquit les Anglois à Hondscoot, et se rendit maître de Furnes, de Menin, et d'autres places à l'entour. Au milieu de ces succès, il fut puni de sa conduite envers Castines, et après avoir donné l'exemple de la dénonciation, il devint victime de celle de Hoche. Accusé par celui-ci d'avoir agi avec mollesse, et morcelé son armée dans l'intention de la sacrifier, Houchard fut arrêté à Lille, conduit à Paris, et condamné à mort le 15 novembre 1793.
HOUDANCOURT, Voyez MOTHE-HOUDANCOURT.
HOUDARD DE LA MOTHE, (Antoine) né à Paris le 17 janvier 1672, d'un riche marchand chapelier, étudia d'abord en droit, et quitta ensuite le barreau pour la poésie. Une des raisons qui le dégoûtèrent de la jurisprudence, fut une réponse qu'un avocat fit, en sa présence, au premier président de Lamoignon. Ce magistrat lui demandant pourquoi il se chargeoit si souvent de causes équivoques: C'est, répondit l'avocat, que j'en ai trop perdu de 308 H O U bonnes et trop gagné de mauvaises. La Mothe étoit trop honnête pour se livrer ainsi à l'art du pour et du contre. D'ailleurs, son goût pour la déclamation et pour les spectacles, l'entraîné vers le théâtre. Dès sa première jeunesse, il s'étoit plu à représenter les comédies de Molière, avec d'autres personnes de son âge. Il joignoit dans le plus haut degré, à la plus heureuse mémoire, le talent de bien lire, ou plutôt de réciter par cœur ses ouvrages. Nous disons réciter, car, dès l'âge de 35 à 40 ans, il étoit presque aveugle. Il n'avoit encore que 21 ans, lorsqu'en 1693, on représenta sa première pièce au théâtre Italien. C'est une farce en trois actes, mêlée de prose et de vers, intitulée les Originaux ou l'Italien. La chute de cette pièce lui donna tant de chagrin, qu'il alla se cacher à la Trappe. Mais le célèbre abbé de Rancé, le trouvant trop jeune pour soutenir les austérités de la règle, lui refusa l'habit et le renvoya deux ou trois mois après. Revenu à Paris, il se livra de nouveau au théâtre, auquel il consacra une partie de sa vie, quoiqu'il pensât sur le danger de cet amusement comme la plupart des bons casuistes. Il travailla d'abord pour l'Opéra, et c'est peut-être en ce genre qu'il a le plus réussi. Il est du moins plus poète et meilleur versificateur dans ses ouvrages lyriques, que dans ses tragédies; sa poésie à plus d'images et de sentiment, sa versification plus de douceur et d'harmonie, et son pinceau est plus moelleux. De tous les ouvrages qu'il donna ensuite, sa traduction de l'Iliade d'Homère, publiée en 1714, fut celui qui enfanta le plus de cri- tiques. On ne conçoit pas comment un homme d'esprit, sans entendre un seul mot de grec, fit le projet de mettre ce poème épique en notre langue. L'Iliade est un corps plein d'embonpoint et de vie; la Motte n'en fit qu'un squelette aride et désagréable. Il énerve tout ce qu'il y a de grand et de sublime dans son original; il substitue les anti-thères aux grandes images, les tours délicats aux beautés de l'imagination, et la miniature au tableau. Le Discours dont il accompagna sa version, est écrit avec autant de finesse que d'élégance, et raisonné supérieurement; mais Homère y est bien petit. On y condamne le dessin de son poème, la multiplicité de ses Dieux et de ses héros si vains et si babillards, la bassesse de ses descriptions, la longueur et la monotonie de ses récits, etc. Ce Discours fit naître le traité de Mad. Dacier : Des causes de la corruption du Goût. Cet ouvrage, dicté par la pédanterie, la prévention et la haine, est semé, à chaque page, de grossièretés et d'injures. Quelle vengeance la Mothe en tira-t-il ? Pas d'autre, que celle de donner à sa savante adversaire l'exemple de la modération et de la politesse. Il lui répondit par ses Reflexions sur la Critique; ouvrage plein de sel et de raison, d'agrément et de philosophie. Cette réponse parut pour la première fois en 1715, et partagea tous les gens de lettres. La querelle s'échauffa tellement, et devint si plaisante, qu'on en joua les auteurs sur plusieurs théâtres de Paris. Vallincourt, ami des arts et des artistes, vit ceux qui étoient l'objet des plaisanteries, les rapprocha et leur fit signer la paix. L'opinion de la Mothe, que tous les geares d'écrire traités jusqu'alors en vers, et même la Tragédie, pouvoient l'être heureusement en prose, fut le signal d'une nouvelle guerre. Ce poète, après avoir passé toute sa vie à faire des vers, finit par les décrier; il traita la versification de folie, ingénieuse à la vérité, mais qui n'en étoit pas moins folie. Il compara les plus grands versificateurs « à des faiseurs d'Acrostiches, et à un Charlatan, qui fait passer des grains de millet par le trou d'une aiguille, sans avoir d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue. » Voy. III. FAYE. Pour familiariser le public avec ses idées, il fit un Œdipe en prose, qu'il fit contraster avec son Œdipe en vers; mais ses tentatives ne servirent qu'à faire naître des Epigrammes, et quelques bonnes raisons rassemblées dans ces six vers de Voltaire: La rime est nécessaire à nos jargons nouveaux, Enfans demi-polis des Normands et des Gorbs. Elle flatte l'oreille, et souvent la césure Plat, je ne sais comment, en rompant la mesure. Des beaux vers pleins de sens le lecteur est charmé; Cornéille, Despreaux et Racine ont aimé! La Mothe se consoloit des traits de satire que lui attiroient ses paradoxes, en philosophe, qui préfère la paix et l'amitié à la brillante fumée de la réputation. Il fut recherché jusqu'à la fin de ses jours, pour son esprit agréable et solide, pour sa conversation pleine d'enjouement et de graces, pour ses mœurs douces, et pour ce mérite de caractère qui influe souvent sur celui de nos écrits. On pourroit dire qu'il ne sortit de sa plume aucun ouvrage satirique ni malin, pas même une seule Epigramme, quelqu'on en ait fait plusieurs contre lui, si l'on ne connoissoit ces belles stances: On ne se choisit point son père, qu'il fit contre le poète Rousseau. La calomnie qui impute à la Mothe les affreux couplets attribués à ce célèbre lyrique, est une absurdité destituée de toute vraisemblance. Il opposoit son inaltérable douceur, non-seulement aux injures littéraires, mais aux plus cruels outrages: Un jeune homme à qui, par mégarde, il marcha sur le pied dans une foule, lui ayant donné un soufflet, Monsieur, lui dit-il, vous allez être bien fâché! je suis aveugle. Cet homme estimable mourut à Paris le 26 décembre 1731, à 59 ans, d'une fluxion de poitrine, après avoir livré à son curé une pièce de théâtre commencée. Ce ne fut pas cependant sans quelque regret, car il dit à son neveu: Admirez la différence des paroisses; le curé de Saint-André veut brûler ma pièce, et le curé de Saint-Sulpice ne l'auroit demandée pour la faire jouer au profit de sa petite communauté. Ce trait plaisant n'ôta rien à la résignation chrétienne avec laquelle il vit approcher la mort. Voy. LE FÈVRE, au no XIII. Nous ferons connoître ce que la Mothe étoit dans la société, en rapportant le parallèle que M. d'Alembert en a fait avec un autre Philosophe, avec Fontenelle, ami de la Mothe et son rival en agrémens. « Fontenelle et la Mothe, toujours mesurés, et par conséquent toujours nobles avec les grands, ne leur mon trant d'esprit que ce qu'il falloit pour leur plaire, et jamais pour gêner leur amour propre, se sauvoient, comme dit Montaigne, de subir de leur part la tyrannie effectuelle, par le soin qu'ils avoient de ne leur point faire éprouver la tyrannie parlière. Ils alloient quelquefois cependant, dans cette société, comme dans leur style, jusqu'à une espèce de familiarité; mais avec cette différence, que la familiarité de la Mothe étoit plus réservée et plus respectueuse, et celle de son ami plus aisée et plus libre, quoique toujours assez circonspecte, pour qu'on ne fût jamais tenté d'en abuser. Leur conduite avec les sois étoit encore plus raisonnée, plus sage, et d'autant plus attentive, qu'ils savoient très-bien que cette espèce d'hommes, intérieurement et profondément jalouse de l'éclat des talens qui les humilie, ne pardonne aux hommes supérieurs, qu'à proportion de l'indulgence qu'elle en éprouve, et du soin même qu'ils ont de leur cacher cette indulgence. Fontenelle et la Mothe, lorsqu'ils se trouvoient dans des sociétés peu faites pour eux, n'avoient ni la distraction ni le dédain que la conversation pouvoit mériter. Ils laissoient aux prétentions de la sottise en tout genre, la plus libre carrière, et la plus grande facilité de se montrer avec confiance, sans lui faire jamais craindre d'être réprimée, sans lui faire même soupçonner qu'ils la jugeassent. Mais Fontenelle, toujours peu pressé de parler, même avec ses pareils, se contentoit d'écouter ceux qui n'étoient pas dignes de l'entendre, et songeoit seulement à leur montrer une apparence d'appro- bation, qui les empêchoit de prendre son silence pour du mépris ou de l'ennui. La Mothe plus complaisant encore, ou même plus philosophe, se souvenant de ce proverbe Espagnol: Qu'il n'y a pas de sois de qui le Sage ne puisse apprendre quelque chose; s'appliquoit à chercher dans les hommes les plus dépourvus d'esprit, le côté favorable, par lequel il pouvoit les saisir, soit pour sa propre instruction, soit pour la consolation de leur vanité. Il les mettoit sur ce qu'ils avoient le mieux vu, sur ce qu'ils savoient le mieux, et leur procuroit sans affectation, le plaisir d'étaler au dehors le peu de bien qu'ils possédoient. Il en tiroit le double avantage, et de ne s'ennuyer jamais avec eux, et sur-tout de les rendre heureux au-delà de leurs espérances. S'ils sortoient contens d'avec Fontenelle, ils sortoient enchantés d'avec la Mothe: flattés que le premier leur eût trouvé de l'esprit, mais ravis de s'en être trouvé bien plus auprès du second. Voyez aussi le Parallèle littéraire de ces deux écrivains à l'art. FONTENELLE. Ses Œuvres ont été recueillies à Paris en 1754, en 11 vol. in-12. Les principaux ouvrages de cette collection sont: I. Quatre TRAGEDIES: les Macchabées, Romulus, Inès de Castro, et Œdipe. La 1re n'est, suivant un critique, qu'un recueil de pieux madrigaux, et de lieux communs de morale, rendus avec plus d'esprit que de force, d'élévation et de chaleur. On a dit de la 2e, que le principal personnage n'étoit qu'un héros d'Opéra, un Céladon insipide. La 3e, quoique écrite sans pureté et sans élégance, offre des situations touchantes, et des scènes qui firent couler bien des larmes. Voyez I. DUCLOS. Elle fut beaucoup critiquée, ... mais en pleurant, comme répondit l'auteur à l'un de ses censeurs : Allons, dit-il à un ami, en présence de quelques autres Zoïles qui la déprimoient, allons nous ennuyer à la cinquantième représentation de cette mauvaise pièce. II. Des COMÉDIES : (VOY. BOINDIN.) L'Amante difficile ; Minotolo ; le Calendrier des Vieillards ; le Talisman ; la Matrone d'Éphèse, et le Magnifique. Le grand succès que cette dernière pièce eut dans sa nouveauté, et qu'elle eut à l'esprit, à la vérité et aux graces qui la caractérisent, s'est toujours soutenu, et on la redonne assez souvent. III. Des OPÉRA : Ceux qu'on reprend encore avec succès, sont l'Europe Galante ; Issé ; l'Amadis de Grèce, Omphale ; le Carnaval et la Folie ; Alcyone, etc. Le seul reproche qu'on fasse à ces ouvrages, c'est d'avoir un air d'uniformité qui déplaît ; on trouve dans chacune deux rivaux et deux rivales : mais, malgré cette uniformité, il dureront autant que le théâtre Lyrique. « C'est, dit Fréron père, le plus beau fleuron de la couronne poétique de la Mothe. Depuis Quinault, personne n'a porté plus loin l'intelligence de ce spectacle. Il a dans ses vers cette noble élégance, cette douceur d'expression si essentielle à ce genre. Ces petites pensées fines, ces petits riens tournés en madrigaux, que nous aimons tant à l'Opéra, et qui nous déplaîroient ailleurs, sont répandus dans toutes ses scènes, sans trop de profusion. Si j'avois à donner la palme, elle seroit pour Issé ; cette pastorale n'est, d'un bout à l'autre, qu'un tissu de beautés en ce genre. » IV. Des ODES, imprimées pour la 1re fois en 1707. On les a trouvées plus philosophiques que poétiques. On a dit que ce n'étoit que de froides amplifications. Mais si l'on y trouve moins de feu dans le style, moins de choix dans les expressions, moins d'harmonie dans les vers ; enfin moins de génie que dans celles de Rousseau ; il y a plus de raison, plus de profondeur et de finesse. Elles offrent cent pensées dignes de Socrate et de Montaigne ; et ces pensées valent bien assurément, aux yeux d'un philosophe, les images poétiques. Parmi ses Odes galantes, beaucoup moins critiquées que ses Odes morales, il y en a quelques-unes que Catulle n'auroit pas désavouées. La nature s'y montre avec toutes les finesses de l'art. V. Vingt ÉGLOGUES ; la plupart avoient remporté le prix aux jeux floraux. Ses bergers sont un peu trop ingénieux, mais moins que ceux de Fontenelle ; et ils n'en valent que mieux. Les délices et l'innocence de la vie champêtre sont peintes avec plus de vérité et avec autant d'agrément. La quatrième Églogue, où deux pasteurs disputent le prix aux pieds de leur bergère, est, suivant Fréron, un chef-d'œuvre et un modèle dans le genre pastoral. VI. Des FABLES, imprimées in-4e avec de belles estampes, et in-12, en 1719. Elles ne l'égalent pas plus à l'imitable la Fontaine, que Romulus et Jaïs de Castro, à Corneille et à Racine. Elles furent écoutées avec transport aux assemblées de l'académie Françoise, parce que l'auteur étoit l'homme, de France qui lisoit le mieux : le mauvais paroissoit excellent dans 312 H O U sa bouche ; mais lorsqu'elles virent le grand jour, elles furent critiquées très-sévèrement. Cette naïveté sublime qui fait le charme de celles de la Fontaine, ne s'y trouve nulle part. On sent que celui-ci écrivoit dans son propre caractère ; la Mothe veut être simple et naïf comme lui, et il n'y réussit presque jamais. Ses Fables sont peuplées d'êtres métaphysiques, Dom Jugement, Dame Memoire, etc. Le style en général en est forcé, peu naturel, et semé d'expressions alambiquées, précieuses et ridicules. Le mérite de la Mothe est d'avoir tracé, avec autant d'esprit que de justesse, le fonds et le dessin de ses Fables. Il en avoit inventé une partie, et heureusement réformé celles qui n'étoient pas de son invention. Ses moralités sont en général bien amenées, et l'on pourroit en citer un grand nombre, qui décèlent un écrivain penseur et philosophe. VII. Plusieurs Discours en prose : sur la Poésie en général et sur l'Ode en particulier : sur l'Eglogue ; sur la Fable ; sur la Tragédie. On reconnoit dans tous le philosophe et l'homme d'esprit, quoique ces Discours ne soient qu'une apologie déguisée de ses différens ouvrages. Sa prose précieuse, épigrammatique, et quelquefois forcée, est cependant fort supérieure à ses vers. Elle est pleine de raison, de traits ingénieux, d'images agréables, d'idées délicates. VIII. Des Discours Académiques, et un Éloge funèbre de Louis le Grand, plus estimable pour la forme que pour le fond : premièrement, parce qu'un Panégirique trop flatteur est presque toujours un ouvrage futile, plus digne d'un rhéteur que d'un philosophe ; en second lieu, parce que la Mothe non - seulement loue trop Louis XIV, mais le loue sur des choses qui ne demandaient peut-être que le silence. IX. Plan des preuves de la Religieux, écrit excellent. La Mothe étoit très-capable de remplir ce plan ; il avoit beaucoup médité sur la religion, quoiqu'on l'accusât d'incrédulité. On connoit l'Épigramme qui finit par ces vers : Et priant Dieu tout comme un autre, Il y croyait sans doute ? - Oh non. Mais peut-on juger un homme sage sur la saillie d'un fou ? X. Un petit Roman intitulé : Salmell et Garaldi, nouvelle Orientale, en prose. Le sentiment et l'esprit caractérisent cette bagatelle. XI. Des Pseumes, des Hymnes, des Cantates et des Proses en vers. Il y a de l'esprit dans tous ces ouvrages, et beaucoup plus que leur genre n'en comporte. C'est en partie ce qui les rend inférieurs aux Cantiques sacrés des deux Racines, de Rousseau et de le Franc de Pompignan. XII. Des Requêtes, des Factums, des Mandemens d'évêques, que l'auteur avoit composés à la prière de ses amis, mais dont on n'a pas voulu charger la nouvelle édition de ses Œuvres. Tous ces différens ouvrages ne sont pas de la même force, et la postérité n'en mettra aucun parmi ces livres classiques, qui sont devenus la bibliothèque du genre humain. Il y a dans la foule, quelques beautés et des traits fort ingénieux ; mais on n'y remarque jamais cette chaleur, cette élégance, ce beau naturel qui caractérisent l'homme d'un vrai génie. Peu d'auteurs ont eu plus de partisans, et cela devoit être ; il louoit, ou le louoit. Les cris J'un ami intéressé à nous prôner, peuvent retarder le jugement du public ; mais l'arrêt vient tôt ou tard. Celui de la Mothe est prononcé : on ne le mettra point au dernier rang ; mais il ne sera point placé au premier. Il auroit pu l'obtenir, s'il n'eût point laissé corrompre son goût par une fausse métaphysique. Il se persuadait que l'harmonie, la peinture et le choix des mots étoient inutiles à la poésie, et que pourvu que l'on cousît ensemble quelques traits de morale ou quelques saillies ingénieuses, on étoit au niveau des plus grands poètes. La véritable philosophie auroit dû lui apprendre, au contraire, que chaque art a sa nature propre, et qu'on ne plaît au public, qu'autant qu'on a étudié celui auquel on s'attache. Nous avons profité, dans cet article, des différens écrits qui ont paru sur la Mothe, et sur-tont de son Eloge historique qu'on trouve à la suite des Mémoires pour servir à l'Histoire de M. de Fontenelle, in-12, à Amsterdam. Cet ouvrage a vu le jour en 1761. Il est de l'abbé Trublet, qui avoit d'autant mieux connu la Mothe, que cet écrivain pouvoit se livrer avec lui à toute la finesse de son esprit... Ceux qui, sans se charger de la volumineuse collection des Œuvres de la Mothe, voudront connoître son talent poétique, peuvent consulter l'Esprit de cet auteur, petit in-12, 1773... Voyez GACON et PONS.
HOUDRY, (Vincent) Jésuite, né à Tours le 22 janvier 1631, mort à Paris le 29 mars 1730, à 99 ans et 3 mois, avec la douleur de n'avoir pas accompli le siècle, étoit d'un tem- pérament excellent. Il passoit sa vie à lire et à écrire ; il n'eut cependant pas besoin de se servir de lunettes, même dans l'âge le plus avancé. Il avoit beaucoup de facilité pour la chaire, pour la composition et pour la poésie, quoiqu'il fût médiocre dans ces trois genres. Ses ouvrages les plus connus sont : I. La Bibliothèque des Prédicateurs, Lyon, 1733, 22 vol. in-4. La Morale a 8 vol. et le Supplément 2 ; les Panégyriques, 4 vol. et le Supplément 1 ; les Mystères, 3 vol. et le Supplément 1 ; les Tables, 1 vol. ; les Cérémonies de l'Eglise, 1 vol. ; l'Eloquence Chrétienne, 1 vol. Il y a dans cette vaste compilation, du bon, et encore plus de mauvais. L'auteur y cite les prédicateurs anciens et modernes ; mais il n'a pas fait usage des meilleurs. Il copie trop souvent des livres de dévotion, dont les uns sont estimés, mais trop répandus pour qu'il eût dû les dépêcer, et les autres ont vieilli. II. Ars Typographica, Carmen, et d'autres Poésies. III. Un Traité de la manière d'imiter les bons Prédicateurs, in-12. IV. Des Sermons en 20 vol., écrits d'un style lâche et languissant. I. HOULIÈRES, (Antoinette du Ligier de Lagarde, veuve de Guillaume de Lafon, seigneur DES) naquit à Paris en 1638. La nature avoit rassemblé en elle les talens de l'esprit et les graces de la figure. Le poète Hesnault lui donna les premières leçons de l'art des vers ; l'élève fit honneur à son maître. Des Houlières, son époux, lieutenant de roi à Dourlens en Picardie, vivement touché des charmes de sa femme, fut pour 314 H O U elle un tendre amant. Cette dame fut arrêtée prisonnière à Bruxelles, au mois de février 1657, et conduite en criminelle d'Etat au château de Wilvorden. Elle avoit tout à craindre, même pour sa vie, de la part des Es- pagnols; mais des Houlières ex- posant ses jours pour sauver son épouse, s'introduisit, sous un faux prétexte, dans sa prison, la délivra, et prit la route de France avec elle. Mad. des Hou- lières se fit une petite cour à Paris, qui ne fut pas toujours celle du bon goût. Elle protégea Pradon contre Racine. Lorsque la Phèdre de ce dernier parut, elle fit, au sortir de la première repré- sentation, le Sonnet si connu: Dans un fauteuil doré, Phèdre, trem- blante et blême, Dit des vers, où d'abord personne n'en- tend rien... Voy. NEVERS. On sait la vengeance que Ra- cine et Boileau tirèrent de ce Sonnet. « Cette douce et inté- ressante bergère, a-t-on dit, qui parloit si tendrement aux mou- tons, aux fleurs, aux oiseaux, changea en cette occasion sa houlette en serpent. » Mad. des Houlières mourut le 17 février 1694, à 56 ans. L'académie d'Arles, et celle des Ricourati, s'étoient fait une gloire de se l'associer. Elle joignoit à une beauté peu commune, des ma- nières nobles et prévenantes; et à un enjouement plein de viva- cité, cette mélancolie douce que quelques-uns de ses ouvrages res- pirent. Elle dansoit avec justesse, montoit bien à cheval, et ne faisoit rien qu'avec grace. Le grand Condé fut au nombre de ses adorateurs; mais elle résista à ce héros, comme à tous ceux qui lui adressèrent leurs hom- mages. Si elle rebuta les amens, elle tâcha de s'acquérir des pro- tecteurs. Elle prodigua trop sou- vent son encens à des divinités sourdes; une modique pension fut tout ce qu'elle put obtenir. Lorsqu'elle entra dans le monde, les Romans étoient regardés comme l'école de l'esprit et de la politesse. Elle s'y livra, pour suivre la mode; mais elle ne borna pas là son application. Avide de s'instruire, elle étudia le latin, l'italien et l'espagnol; les auteurs les plus estimés de ces trois langues lui devinrent aussi familiers que les écrivains François. L'étude qu'elle fit en même temps de la philosophie, ne fut point séparée de celle de la religion. Elle eut besoin d'é- prouver les consolations de l'une et de l'autre, dans les longues maladies qu'elle essuya sur la fin de ses jours. C'est à ce temps si triste pour elle, que nous sommes redevables de ses plus beaux ouvrages. Lorsqu'elle se sentoit un peu moins de pen- chant à la gaieté, elle compo- soit ses Idylles. Si ses maux la portoient à des impressions de tristesse, et à des pensées plus sérieuses, elle produisoit ses Ré- flexions morales. De tous les éloges qu'on lui a donnés, il n'en est aucun plus ingénieux que ces quatre vers qu'on voit au bas de son portrait: Si Cerises en beauté fut célèbre au- trefois; Si des vers de Findare elle effaça la gloire: Quel rang doivent tenir au temple de mémoire, Les vers que tu vas lire, et les traits que tu veis? Ses Poésies parurent d'abord en 1635, en un seul volume. Sa fille publia le second en 1695. Elles ont été depuis rassemblées en 2 vol. in-8°, en 1724; et réimprimées en 1747, en deux petits volumes in-12. On trouve dans ce Recueil : I. Des Idylles, les meilleures que nous ayons dans notre langue. Elles offrent des images champêtres, une poésie douce et facile, le ton de la nature, des badinages ingénieux, une morale utile, le style du cœur et toutes les graces de la naïveté. C'est dommage que l'auteur ne soit pas exempte du reproche de plagiat : l'Idylle des Moutons, par exemple, une de ses plus belles, est, pour ainsi dire, copiée mot pour mot d'un ancien poète; Mad. des Houlières s'est presque bornée à changer quelques mots et quelques tours surrannés. II. Des Eglogues, inférieures à ses Idylles. III. Des Odes, encore plus foibles que les Eglogues. IV. Genséric, tragédie, qui pêche par le plan, et par un style traînant, fade et incorrect. Mad. des Houlières dut voir qu'il étoit bien plus facile de cabaler contre Racine, que de l'égaler. V. Des Epigrammes, des Chansons, des Madrigaux. On voit par le compte que nous venons de rendre, qu'on pourroit réduire toutes les Poésies de Mad. des Houlières à cinquante pages; encore il ne faudroit pas être extrêmement difficile. Elle est pourtant de toutes les Dames qui ont cultivé les Muses, celle dont on a retenu le plus de vers. On cite tous les jours ses maximes; Sur le jeu :
ON COMMENCE PAR ÊTRE DUPE, ON FINIT PAR ÊTRE PRIPON... Sur l'amour propre :
NUL N'EST CONTENT DE SA FORTUNE, NI MÉCONTENT DE SON ESPRIT.
II. HOULIÈRES, (Antoinette-Thérèse DES) fille de la précédente, membre de l'académie d'Arles et de celle des Ricouvrati, remporta le prix à l'académie Françoise en 1687, et mourut en 1718, à 55 ans, d'une espèce de cancer sous le sein; maladie qui avoit emporté sa mère au même âge. On a d'elle quelques Poésies, à la suite de celles de Mad. des Houlières; mais un peu foibles, et en général au-dessus du médiocre. On peut voir dans l'édition de 1747, des Mémoires historiques sur la vie de l'une et de l'autre. Moreau de Meautour, de l'académie des Belles-Lettres, consacra à son souvenir une pièce de vers qui commence ainsi : Des Houlières n'est plus, cette digne héritière D'une illustre et savante mère; Un mal presque incurable en a borné le cours; Onze lustres au plus ont borné sa carrière. Autrefois dans mes vers ou tendres ou galans, Je chantois ses appas et ses rares talens; Mais sans avoir recours aux louanges profanes, Ce n'est qu'un encens pur que je dois à ses manes.
HOULIER, ou plutôt HOLLIER, (Jacques) médecin de Paris, natif d'Etampes, est auteur de plusieurs Ouvrages, Genève, 1635, in-4°, dont de Thou, son ami, fait l'éloge. C'est lui qui forma le célèbre Louis Duret. Il mourut en 1562, et est très-peu connu aujourd'hui.
HOUSSAIE, Voy. AMELOT.
HOUSTA, (Baudoin de) Augustin, né à Toubise, bourg 316 H O U du Hainaut, occupa les premiers emplois de son ordre, et mourut à Enguien en 1760. On a de lui, un ouvrage intitulé : Mauvaise foi de M. Fleury, prouvée par plusieurs passages des Saints Pères, des conciles et d'auteurs ecclésiastiques qu'il a omis, tronqués ou infidèlement traduits dans son histoire ; Malines, 1733, 1 vol. in-8. Ce livre, peu agréable pour la forme et la manière d'écrire, ne l'est guère davantage pour la justesse de la critique. A un petit nombre d'observations près, tout le reste a été dicté par un esprit étroit et minutieux. L'auteur chicane le célèbre historien sur sa véracité, et le peint comme un ennemi de l'église ; parce qu'avec les hommes les plus sages et les plus religieux, il a peint avec simplicité les abus dont elle a gémi, et qu'elle a voulu réformer.
HOUTEVILLE, (Claude-François) membre de l'académie Françoise, naquit à Paris en 1688, demeura environ dix-huit ans dans la congrégation de l'Oratoire, et fut ensuite secrétaire du cardinal Dubois, qui l'aima et l'estima. Il conserva auprès de ce ministre, qui passait pour peu religieux, l'amour des lettres et de la religion, dont il avait été rempli dès ses premières années. Son caractère étoit doux et sa conduite sage et mesurée. L'académie Françoise lui donna la place de son secrétaire perpétuel en 1742 ; mais il n'en jouit pas long-temps, étant mort le 8 novembre de la même année, âgé de 54 ans. Il étoit abbé de Saint-Vincent du Bourg-sur-mer. Son ouvrage le plus connu porte ce titre : La vérité de la Religion Chrétienne prouvée par les faits, précédée d'un Discours historique et critique sur la méthode des principaux Auteurs qui ont écrit pour et contre le Christianisme, depuis son origine, in-4°, 1722 ; et réimprimé en 3 vol in-4°, et en 4 vol in-12, en 1741. La première édition étoit très-inférieure aux suivantes ; on y voyoit par-tout l'écrivain ingénieux ; mais moins souvent le philosophe, le théologien et l'homme de goût. L'abbé Houteville, voulant paroître neuf dans un sujet usé, s'étoit paré du clinquant des précieuses ridicules de Paris, des expressions nouvelles, des chutes épigrammatiques du siècle. On crut au premier coup d'œil, que son ouvrage étoit plus propre à faire des incrédules, qu'à les convertir. L'abbé des Fontaines, ce redoutable critique, consigna les plaintes du public dans des Lettres de l'abbé de * à l'abbé Houteville, Paris, 1722, in-12. Le P. Claude René Hongnant, jésuite, mort en 1745, avoit fourni les matériaux de ces Lettres à l'abbé des Fontaines, qui se chargea de les arranger et de les polir. L'abbé Houteville crut qu'il devoit refondre son ouvrage : il le retoucha avec soin ; et quoiqu'il ait paru depuis sa dernière édition beaucoup de livres impies, il seroit difficile d'y trouver quelque objection importante, à laquelle il n'ait pas répondu. L'auteur avoit approfondi cette matière avec les plus célèbres incrédules de son temps ; et connoissant les livres et les hommes, il avoit eu plus de facilité qu'un autre à les ramener ou à les ébranler. Il faut avouer cependant que le style offre encore plusieurs expressions impropres ou recherchées, que l'abbé des Fontaines censura dans son Dictionnaire Néologique. L'abbé Houteville voulait se faire lire des gens du monde, et il croyoit employer leur langage. Mais il devoit sentir que plus le sujet qu'on traite est grand, plus le style doit avoir de simplicité, de pureté et de noblesse.
HOWARD, (John) Anglois, célèbre par sa bienfaisance, consacra sa vie entière à consoler l'humanité souffrante. John, s'étant apperçu des abus qui s'étoient introduits dans les prisons d'Angleterre, voulut les faire cesser; il étudia le régime des maisons de détention; il porta ses plaintes au parlement, et il parvint à améliorer le sort des prisonniers. Ce premier succès encouragea ses efforts, et ses vues philanthropiques s'agrandirent. Il visita les prisons de la Hollande, de l'Allemagne, de la Russie, de la Suède, du Danemarck, de la France et de l'Italie; il n'est pas un cachot dans lequel il n'ait porté le soulagement. M. Delille, dans son poème de la Pitié, a consacré à ce philanthrope ces beaux vers : Ton ame le connut ce noble et tendre zèle, Howard ! dont le nom seul console les prisons. Qu'on ne me vante plus les malheurs vagabonds De ce roi voyageur père de Télémaque, Cherchant pendant dix ans son invisible Iraque. Avec un but plus noble, un cœur plus courageux, Sur les monts escarpés, sur les flots orageux, Dans les sables brûlans, vers la zone laifconde, Où languit la nature aux limites du monde, Aux lieux où du Croissant, on adore les loix, Aux lieux où triompha l'étendard de la croix, Par-tour où l'on connoît le malheur et les larmes, Suivant d'un doux penchant les invincibles charmes, Le magnanime Howard parcourt trente climats. Est-ce la gloire ou l'or qui conduisent ses pas ? Hélas ! dans la prison, triste sœur de la tombe, Sa main vient soutenir le malheur qu'à succombe, Vient charmer ces cachots, dont l'aspect fait frémir, Dont les échos jamais n'ont appris qu'à gémir. Oubliant et le monde et ses riantes scènes, Il marche environné du bruit affreux des chaînes, De grilles, de vertroux, de barreaux sans pitié, Que jamais n'a franchis la voix de l'amitié; Par cent degrés tournans sous des voûtes horribles, Plonge jusques au fond de ces cachots terribles, Habités par la mort, et pavés d'ossemens, D'un funeste trépas funestes monumens; Y mène le pardon, quelquefois la justice, Et par un court trépas abrége un long supplice; Prête, en pleurant, l'oreille aux maux qu'ils ont soufferts: S'il ne peut les briser, il allège leurs fers. Tantôt, pour adoucir la loi trop rigoureuse, Porte au pouvoir l'accent de leur voix douloureuse; 318 HOW Et rompant leurs liens pour des liens plus doux, Dans les bras de l'épouse il remet son époux, Le père à son enfant, l'enfant à ce qu'il aime. Par lui l'homme s'élève au-dessus de lui-même. Les Séraphins surpris demandent dans le ciel Quel ange erre ici-bas sous les traits d'un mortel. Devant lui la mort fuit, la douleur se retire, Et l'ange affreux du mal le maudit et l'admire. Reviens, il en est temps, reviens, cœur généreux; Le bonheur appartient à qui fait des heureux. Reviens dans ta patrie, en une paix profonde, Goûter la liberté que tu donnois au monde: Ton œil chez aucun peuple, au palais d'aucun roi, N'a rien vu d'aussi rare et d'aussi grand que toi. De retour en Angleterre, *Howard* y publia le fruit de ses observations. Son ouvrage intitulé: *État des prisons de l'Europe*, fut accueilli par tous les gens éclairés, et traduit en françois en 1788. Suivant l'annotateur de M. *Delille*, cet écrit ne produisit point en France la sensation qu'il auroit dû y faire naître. On étoit peu touché alors du sort des prisonniers. Les peines de la prison ne se présentoient à l'esprit que comme un malheur qu'on ne devoit jamais éprouver; mais après une révolution, dans laquelle chaque François a perdu sa liberté, ou a été sur le point de la perdre, les efforts généreux d'*Howard* doivent être beaucoup mieux sentis; et tout le monde trouvera dans ses souvenirs, des motifs pour apprécier un des plus beaux monumens qu'on ait élevés à l'humanité. Dans ses courses utiles, *Howard* réunit la visite des Hôpitaux à celles des prisons. Par-tout il porta un œil d'intérêt sur le malheur; par-tout, au milieu d'un air infect, et bravant la contagion, il exposa sa vie pour rendre moins affreuse celle des autres. Ce philanthrope termina sa glorieuse et bienfaisante carrière, en 1790, à Cherson en Crimée, chez le banquier *Markus*. Il résulte des observations d'*Howard*, dit l'écrivain cité, que les prisons de Hollande sont si tranquilles et si propres, que celui qui les visite a peine à croire que ce soient des prisons. Elles sont chaque année blanchies avec l'eau de chaux: chacune d'elles a son médecin, son chirurgien en particulier. En général, les maladies y sont rares. Dans la plupart de celles destinées aux criminels, il y a une chambre pour chaque prisonnier, et il n'en sort jamais; chacun a un bois de lit, un garde-paille et une couverture. La Hollande est le pays de l'Europe où il se commet le moins de crimes, et la justice a rarement l'occasion d'y déployer toutes ses rigueurs. —Les prisons d'Allemagne sont moins propres que celles de Hollande; mais elles ont l'avantage d'être bâties sur le bord des rivières: telles sont celles de Hanovre, de Rull, de Hambourg, de Berlin, de Brémen, de Cologne, et de quelques autres villes. *John Howard* a remarqué que dans la plupart des prisons d'Allemagne, les prisonniers étoient en petit nombre, et la cause qu'il en donne, est la promptitude de l'examen et du jugement, après l'incercéra- tion. Ceux qui sont coupables de légers délits, sont condamnés rigoureusement au pain et à l'eau; mais on est moins sévère envers les criminels qui ont été jugés et doivent être condamnés; ils ont le choix de leur nourriture; on leur donne une chambre plus commode; leurs amis et leurs parens peuvent les voir et les consoler; un ministre les accompagne pendant tout le temps qu'il leur reste à vivre, il ne les quitte qu'à leur mort. En général, dans les prisons d'Allemagne, on exerce peu de rigueurs inutiles; rarement on met les prisonniers aux fers, et les cachots sont presque toujours inhabités. — Les prisonniers sont beaucoup plus sévèrement traités en Danemark, en Suède et en Russie; les prisons y sont pour la plupart très-mal propres et très-mal saines. Dans la prison d'état de Copenhague, les fers tiennent encore aux murs, dans les chambres où les comtes *Struensée* et *Brandt* ont été enfermés. Tel est le dégoût qu'inspire l'air méphitique de cette prison, que lorsque *Struensée* en fut tiré, après trois mois de détention, pour être conduit à une mort terrible, il s'écria: *Oquel bonheur de respirer un air frais*. — Il faut dire ici cependant que les cachots ne sont point connus en Russie; et c'est pour cette raison sans doute, qu'on n'y a jamais vu de traces de la maladie épulémique qu'on appelle la fièvre des prisons. — Celles de Suisse sont beaucoup plus propres que celles des royaumes du Nord. Dans les maisons d'arrêt, chaque criminel a une chambre, afin que l'on ne puisse être le précepteur de l'autre; ils n'ont point de fers, mais ils sont renfermés dans des cham- bres plus ou moins fortes, plus ou moins éclairées, selon la nature des crimes dont ils sont accusés. La plupart des prisonniers sont chauffés par des poêles; on leur alloue communément douze sous par jour. Dans les cantons Suisses, les prisons renferment rarement des criminels. » La principale raison, dit *Howard*, est le soin qu'on y prend d'inspirer aux enfens, même les plus pauvres, les principes de la religion et de la morale. Une autre raison encore, est qu'on y rend une prompte justice. *Howard* ne trouva point de prisonniers dans la prison de Lausanne; il n'en trouva que trois dans les prisons de Schaffhouse; les prisons de Berne sont souvent vides. — Quand *John Howard* passa à Venise, la principale prison de cette ville contenoit trois ou quatre cents personnes. A Naples, en 1781, on comptoit dans la prison appelée *Vicaria*, neuf cents quatre-vingts prisonniers. Dans la Toscane, dans l'état Romain et dans le Piémont, le nombre des prisonniers étoit beaucoup moins considérable. Dans la plupart des villes d'Italie, ils sont employés aux travaux publics. Les exécutions sont beaucoup plus fréquentes dans ce pays que partout ailleurs. Il y a quelques années, que l'usage de la torture, de la massole, etc. étoit encore connu à Rome, à Naples et dans quelques autres états. Il n'est point de pays où l'humanité, inspirée par la religion, prodigue autant de secours aux détenus et aux pauvres. Par-tout il s'est formé des institutions charitables; et dans la plupart des villes, des confréries pieuses sont uniquement occupées du soulagement des détenus. — Les prisonniers; dans la plupart des prisons de Portugal, ne subsistent que de la charité publique. La justice n'y est pas rigoureuse, mais elle y est lente; les coupables ou les accusés sont souvent détenus plusieurs années dans les prisons, avant qu'on les examine et qu'on les juge; et quelquefois, après qu'ils ont été jugés et condamnés à mort, il demeurent encore quelques années en prison, avant qu'on les exécute. Avant l'administration du marquis de Pombal, les geoliers laissoient souvent sortir les prisonniers sur parole. L'un d'eux, qui avoit obtenu cette faveur, en jouit pendant sept ans, quoiqu'il eût été condamné à mort. L'ordre d'exécuter la sentence arriva; sur la sommation du geolier, le coupable qui travailloit dans la province, revint, sans balancer un instant, se remettre dans la prison: ce respect pour sa promesse lui fit accorder sa grace. Plusieurs des coupables sont tirés des prisons, pour être envoyés dans les établissements Portugais, au Brésil; d'autres, enrôlés comme soldats, sont embarqués pour les Indes.—Le régime des prisons en Espagne est très-rigoureux; les prisonniers y sont souvent entassés les uns sur les autres; ils sont souvent mis aux fers, et plongés dans des cachots humides; un criminel condamné, obtient rarement sa grace du roi. Lorsqu'il est jugé, les autres prisonniers le conduisent dans la chapelle, où sa sentence lui est lue par un secrétaire, en présence de tous. Il est accompagné par un moine, qui ne l'abandonne plus jusqu'à la mort. On ne peut pénétrer dans les prisons de l'inquisition. John Howard a visité aussi les prisons de Paris et celles des différentes provinces de France. Il indique, dans leur régime, plusieurs abus à réformer; mais la voix de l'humanité fut étonnée par la révolution; les hommes les plus dévoués au soulagement des misères humaines, furent eux-mêmes chargés de fers.
HOWARD, V. II. ARUNDEL.—I. CROMWEL.—et HENRI VIII, n° XX.
HOWE, (N... Lord) amiral—Anglois, servit avec distinction sa patrie dans la guerre d'Amérique, et fut mis en 1793 à la tête de la flotte Britannique sur l'Océan. Le premier juin 1794, il remporta près d'Ouessant une victoire complète sur les François, auxquels il enleva sept vaisseaux de ligne. Son courage étoit calme, son éloquence persuasive. Il l'employa en 1797 pour appaiser la révolte qui s'étoit déclarée dans la flotte de Portsmouth, et il parvint à faire rentrer tous les équipages dans le devoir. Howe reçut en récompense l'ordre de la Jarretière, et mourut quelques temps après cet honneur, dans le courant de 1799.
HOWEL, (Jacques) laborieux écrivain Anglois, mort en 1666, à 72 ans, fut secrétaire d'ambassade et secrétaire du conseil pendant les guerres civiles. Ses dépenses excessives le firent enfermer dans une prison, où il fut obligé de travailler pour vivre. Ses ouvrages en anglois sont: I. L'Histoire de Louis XIII. II. La Forêt de Dodone, traduite en françois, Paris, 1652, in-4. III. De la prééminence des Rois de France, d'Espagne et d'Angleterre, traduite en latin, Londres, 1664, 1664, in-8°. IV. Des *Poésies*, 1663, in-8°, etc. Après avoir été zélé Royaliste, il embrassa le parti de Cromwell, et fut néanmoins *Historiographe du Roi* après son rétablissement sur le trône.
HOUZEAU, (Jacques) sculpteur de Bar-le-Duc, mort à Paris en 1691, à 67 ans, étoit de l'académie, et lui faisoit honneur par la vérité de son ciseau.
HOY, (André) *Hoyus*, professeur royal en grec à Douai, natif de Bruges, s'acquit une grande réputation par ses *Poésies* latines, 1587, in-8°, et par son *Ezéchiel Paraphrasi poetical illustratus*, 1598, in-4°. On a encore de lui: *De pronunciatione Graeca*, 1620, in-8°, et d'autres ouvrages. Il mourut au commencement du 17$^{e}$ siècle, âgé de plus de 80 ans. I. HOZIER, (Étienne d') gentilhomme Provençal, capitaine de la ville de Salon, né en 1547, est auteur de plusieurs *Pièces de Vers* imprimées, tant en françois qu'en provençal. Il travailla beaucoup sur les anciennes chartes. Ce goût a passé successivement à ses descendants. Il a composé des *Chroniques*, assez bien faites pour le temps où il vivait *César Nostradamus*, son cousin, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, le cite à la dernière page de son *Histoire de Provence*, imprimée à Lyon en 1614, comme un de ceux à qui il étoit redevable de différens mémoires qui lui avoient servi pour la composition de son ouvrage. Il mourut à Aix en 1611. On a de lui un *Journal* de sa vie en manuscrit, dans lequel il conte une chose singulière. Dans sa 45$^{e}$ année, sa barbe de noire devint blanche en moins de huit jours, de façon que ses amis le méconnoissoient.
II. HOZIER, (Pierre d') fils du précédent, chevalier, seigneur de la Garde en Provence, juge d'armes de la noblesse de France, chevalier de l'ordre du roi, et conseiller d'état d'épée, né à Marseille en 1592, servit, étant jeune, dans la compagnie des Chevaux-Légers du maréchal de Créqui. Ensuite s'étant livré tout entier à l'étude de l'histoire généalogique, il fut employé par beaucoup de gentilshommes qui cherchoient des alimens à leur vanité. Les lumières et la probité d'*Hozier*, lui méritèrent la confiance des rois *Louis XIII* et *Louis XIV*. Le premier voulant se l'attacher particulièrement, le fit, en 1620, l'un des cent gentilshommes de l'ancienne bande de sa maison; le décora, en 1628, de l'ordre de Saint-Michel; lui accorda, en 1629, une pension de douze cents livres, et le pourvut, en 1641, de la charge de juge d'armes de France, sur la démission du vicomte de Saint-Maurice, qui l'indique lui-même au roi pour son successeur. [Cette charge, qui avoit été créée à la sollicitation des états généraux, par édit du mois de juin 1615, fut conférée la même année à *François de Chéviers de Saint-Maurice*, seigneur de Salagny, d'une ancienne maison du Maconnois, chevalier de l'ordre du roi, et gentilhomme ordinaire de sa chambre.] La réputation d'*Hozier* augmentant chaque jour, le roi le fit, en 1642, l'un de ses maîtres d'hôtel, le commit, en 1643, pour lui certifier la noblesse des écuyers 322 HOZ et des pages de ses grande et petite écuries, et l'admit enfin dans son conseil d'état en 1654. C'est aux correspondances qu'il s'étoit établies, qu'on est particulièrement redevable de la Gazette de France, commencée en 1631. Comme il étoit intime ami de Théophraste Renandot, il lui communiquoit toutes ses nouvelles. A l'égard de ses ouvrages, il y en a eu beaucoup d'imprimés, indépendamment de ceux qui sont demeurés manuscrits. Il est auteur d'une Histoire de Bretagne, in-folio, et de plusieurs Généalogies. Il mourut à Paris le 1er décembre 1660, à 68 ans. On l'a peint comme un homme qui alloit les vertus morales avec les vertus chrétiennes, ami fidelle et officieux, d'une société douce et d'une conversation agréable. Boileau fit ces vers pour mettre au bas de son portrait : Des illustres Maisons il publia la gloire ; Ses talens surprendront tous les âges suivans : Il rendit tous les morts vivans dans la mémoire ; Il ne mourra jamais dans celle des vivans.
III. HOZIER, (Charles-René d') fils du précédent, juge d'armes de la noblesse de France à Paris, et chevalier de l'ordre de Saint-Maurice de Savoie, né en 1640, s'est aussi distingué par l'étendue de ses connaissances dans l'art héraldique, ainsi que par plusieurs ouvrages qu'il fit par ordre de Louis XIV. Il mourut à Paris le 13 février 1752. On a de lui, le Nobiliaire de Champagne, Châlons, 1673, in-folio, qu'il dressa sous la direction de Gannarlin. Il eut pour successeur dans sa charge de juge d'armes, Louis-Pierre d'HOZIER, son neveu, conseiller du roi en ses conseils, et chevalier-doyen de son ordre, mort à Paris au mois de septembre 1767, âgé de 82 ans. C'est pendant son exercice qu'ont paru les 10 vol. in-folio de l'Armorial, ou Registres de la Noblesse de France. —M. d'HOZIER de Sérigny, son fils, chevalier, grand-croix honoraire de l'ordre de Saint-Maurice, ci-devant juge d'armes, est auteur de la suite de cet ouvrage qu'il a discontinué, pour ne pas s'exposer à mortifier la vanité de certains nobles, ou à trahir la vérité.
HUART, (N.) n'est guère connu que par la Traduction françoise des Hypothèses de Sextus Empiricus, 1725, in-12. Il l'accompagna de notes, dans lesquelles il tâche de fortifier les sentimens de ce fameux Pyrhoniens.
HUARTE, (Jean) natif de Saint-Jean dans la Navarre Françoise, s'acquit au 17e siècle de la réputation, par un ouvrage espagnol, intitulé : L'Examen des Esprits. Ce livre a été traduit en latin et en françois. On estime l'édition de Cologne 1610, in-12. I. HUBER, (Samuel) étoit originaire de Berne, et professeur en théologie à Wittemberg, vers l'an 1591. Luther avoit enseigné que Dieu déterminoit les hommes au mal comme au bien. Ainsi, Dieu seul prédestinoit l'homme au salut ou à la damnation; et tandis qu'il produisoit la justice dans un petit nombre de fidèles, il déterminoit les autres au crime et à l'impénitence. Huber ne qui s'accommoder de ces principes ; il les trouva contraires à l'idée de la justice, de la bonté et de la miséricorde divine, et il donna dans un excès opposé. Il enseigna, non-seulement, que Dieu vouloit le salut de tous les hommes ; mais encore que Jésus-Christ les avoit en effet tous rachetés, et qu'il n'y en avoit pas un pour lequel Jésus-Christ n'eût satisfait réellement et de fait. De sorte que les hommes n'étoient damnés, que parce qu'ils tomboient de cet état de justice dans le péché, par leur propre volonté, et en abusant de leur liberté. Cette doctrine fit chasser Huber de son université. On a de lui : l'Explication des chapitres IX, X et XI de l'Epître aux Romains, in-8.º
II. HUBER, (Ulric) né à Dockum, en 1636, devint professeur en droit à Franeker, et mourut en 1694, après avoir eu de grands démêlés avec le célèbre Perizonius. On a de lui : I. Un traité De Jure civitatis, 1708, in-4.º II. Jurisprudentia Frizica. III. Specimen Philosophiae civilis. IV. Institutiones Historiae civilis, 1690, in-8º, et plusieurs autres ouvrages sur différens points de droit civil ; publies en différens temps, en 7 vol. in-4.º
III. HUBER, (Marie) née à Genève, morte à Lyon le 13 juin 1753, âgée d'environ 39 ans, est connue par quelques ouvrages qui ont eu quelque cours. Les principaux sont : I. Le Monde fou préféré au Monde sage, 1731-1744, in-12. II. Le Système des Théologiens anciens et modernes, sur l'état des ames séparées des corps, 1731-1739, in-12. III. Suite du même Ouvrage, servant de Réponse à M. Ruchat, 1733-1739, in-12. IV. Réduction du Spectateur Anglois ; cet abrégé, qui n'a pas réussi, parut en 1753, en six parties in-12. V. Lettres sur la religion essentielle à l'homme, 1739 et 1754, 6 parties in-12. Cet ouvrage, traduit en anglois et en allemand, a essuyé des contradictions et de justes censures. L'auteur se borne au pur déisme. Mlle Huber étoit Protestante. Elle avoit des connoissances et de l'esprit ; mais elle ne savoit pas toujours développer ses idées, et leur donner cet éclat lumineux qui dissipe l'obscurité de la métaphysique. Elle n'avoit jamais lu d'autre livre que la bible. I. HUBERT, (Saint) évêque de Maestricht, fut l'apôtre des Ardennes. Il étoit né dans l'Aquitaine, d'une famille noble, qui le plaça à la cour de Thierry III. « On ne peut douter, dit Baillet, qu'il ne se soit marié, et que Floribert n'ait été le fruit de son union avec Floribane, fille de la première qualité. Après avoir vécu dans le monde, il en conçut un dégoût, qui fut le commencement de sa conversion. On a voulu que l'apparition de Jésus-Christ en croix, sur la tête d'un cerf qu'il poursuivoit, en ait été l'occasion. De quelque instrument que Dieu se soit servi, il quitta tout pour se sanctifier sous la discipline de St. Lambert, évêque de Maestricht, dont il fut le successeur. Il imita ses vertus, et perfectionna ses ouvrages. Son corps fut transféré à l'abbaye d'Aindain, qui porte aujourd'hui son nom. C'est dans ce monastère que l'on mène ceux qui ont été mordus de chiens enragés. On leur fait une incision au front, dans laquelle on enferme un petit morceau de l'étole de ce saint prélat. Ses descendans prétendent guérir du même mal, en faisant quelques prières; mais l'église n'ayant pas encore décidé qu'ils eussent ce droit, on n'est pas plus obligé d'ajouter foi à ces guérisons, que de croire que ceux qui se disent de la race de *St. Martin* guérissent de l'épilepsie, que les descendans de *St. Roch* peuvent demeurer sans danger au milieu des pestiférés, et quelquefois même les guérir. *St. Hubert* mourut le 30 mai 727.
II. HUBERT, (Matthieu) prêtre de l'Oratoire, né à Châtillon dans le Maine, mort à Paris le 22 mars 1717, à 77 ans, remplit les chaires les plus brillantes des provinces, de la capitale et de la cour, avec beaucoup de succès. Le P. Bourdaloue l'entendoit lorsqu'il pouvoit; et le Jésuite mettoit l'Oratorien au nombre des premiers prédicateurs de son temps. Le P. Hubert méritoit encore son estime par sa tendre piété, et sur-tout par sa profonde humilité. Il disoit que « *Massillon*, son confrère, devoit prêcher aux maîtres, et lui aux domestiques. » Une personne de distinction lui ayant rappelé, dans une grande compagnie, qu'ils avoient fait leurs études ensemble: *Je n'ai garde de l'oublier*, lui répondit Hubert: *Vous aviez alors la bonté de me fournir des livres, et de me donner de vos habits.* — Ses Sermons, publiés à Paris en 1725, en 6 vol. in-12, ont satisfait les gens de goût et les personnes pieuses. « Sa manière de raisonner, dit le P. de Monteil, éditeur de ce recueil, n'avoit point cette sécheresse qui fait perdre quelquefois l'onction du discours; et sa façon de s'exprimer ne tenoit rien de cette élocution trop étudiée, qui l'affoiblit à force de la polir. » L'*Oraison funèbre* de la reine *Marie d'Autriche*, n'est pas la meilleure pièce de cette collection. Le Père *Hubert* étoit plus propre pour l'éloquence chrétienne, que pour l'éloquence académique. — Il y a eu du même nom *André Hubert*, mort en 1700, excellent comédien François pour les rôles des femmes.
III. HUBERT, (Jean) né à Lyon en 1646, y allia aux connaissances d'un grand négociant l'amour des lettres. Après avoir voyagé en Italie, en Angleterre et en Hollande, il revint dans sa patrie, où il fut l'oracle du négoce par ses avis et ses arbitrages. Échevin en 1705, il publia en 1716, en 1 vol. in-4°, les *Privilèges et Franchises du Franc-Lyonnois*. Il mourut en 1737, renversé par un cheval fougueux.
IV. HUBERT, (François) né en Suisse, perdit dès sa jeunesse l'usage de la vue. Il n'en prit pas moins pour l'étude de l'histoire naturelle une passion qu'il conserva toute sa vie. Aidé d'un domestique du pays de Vaud, nommé *François Burnens*, qui lui servoit de lecteur et d'observateur, il fit une foule de découvertes et d'observations curieuses. Ce fut sur-tout la connoissance des abeilles, de leurs mœurs, de leur fécondation, de leurs maladies, de leur produit, qui devint l'objet principal de ses recherches. On lui doit l'invention des ruches à feuillets. Deux sociétés savantes, instituées en Allemagne, sous le nom d'aca- démies des Abeilles, étudioient le mystère de leur fécondation. L'une établie à Bautzen dans la haute Lusace, soutenait que les femelles étoient fécondes sans le concours des mâles. L'autre, établie à Lautern, prétendait que les œufs étoient fécondés à l'extérieur par les faux-bourdons. Hubert prouva qu'elles se trompoient l'une et l'autre, et que les mères-abeilles étoient fécondées dans leur vol par les bourdons. Il est mort à la fin du 18e siècle. — HUBNER, (Jean) professeur de géographie à Leipzig, et recteur de l'école de Hambourg, mourut dans cette ville le 21 mai 1732, à 64 ans. On a de lui, une Géographie universelle, où l'on donne une idée abrégée des quatre Parties du Monde. C'est le titre de la traduction qu'on en a faite de l'allemand en françois, à Basle 1757, 6 vol. in-8. La méthode de l'auteur est, en général, claire et facile. L'ouvrage est assez exact pour la partie de l'Allemagne; mais il l'est beaucoup moins pour les autres pays. Trop attaché aux anciens géographes, il érige en villes une foule d'endroits, qui sont aujourd'hui de petits villages. Il se trompe souvent sur la position des villes, sur les distances et l'étendue des royaumes et des provinces. Il laisse ignorer de quelle espèce de lieues il entend parler, lorsqu'il marque cette étendue. Il y a tel endroit de son ouvrage, dit D. Vaissette, qui pourroit faire douter s'il connoit les premiers principes de la sphère. Il manque assez souvent de critique, donne dans la minutie, et adopte, quoique Protestant, des erreurs populaires.
HUBY, (Vincent) Jésuite, né à Hennebond en 1608, mort à Vannes en 1693, introduisit dans ce diocèse l'adoration perpétuelle, et opéra un grand nombre de conversions par ses sermons et ses ouvrages. On a de lui, une Retraite, Paris, 1755, in-12.
HUDDE, (Jean) Bourguemestre d'Amsterdam, grand politique, savant mathématicien, mort à Amsterdam en 1704, est auteur de quelques Opuscules estimés. François Schotten les a insérés dans son Commentaire sur la Géométrie de Descartes.
HUDEKIN, nom d'un esprit follet, que la tradition dit avoir paru autrefois au diocèse de Hildesheim, dans la Saxe. On en raconte des choses merveilleuses. Tantôt il paroissoit en habits de paysan et se plaisoit sur-tont dans la conversation des hommes; et tantôt il les entretenoit sans se faire voir. Il donnoit souvent des avis aux grands seigneurs sur ce qui leur devoit arriver, et rendoit service aux uns et aux autres. Sa retraite ordinaire étoit la cuisine de l'évêque, où il se familiarisoit avec les cuisiniers, et les aidoit en tout ce qui regardoit leur métier. Il ne nuisoit à personne, à moins qu'on ne l'attaquât; mais il pardonnoit rarement. C'est ce qu'éprouva un garçon de cuisine de l'évêque qui l'avoit accablé d'injures. Hudekin en avertit le chef de cuisine; et voyant qu'il ne lui faisoit point satisfaction, il étouffa son ennemi lorsqu'il dormoit, le coupa en morceaux, et le mit cuire sur le feu. Non content de cette vengeance, il s'attacha depuis à tourmenter les officiers de cuisine, et les seigneurs même de la cour de l'évêque, qui, par la force de ses exorcismes, le con- 326 HUD traignit de sortir de son diocèse. Voilà ce que rapporte *Trithème*; voilà ce qu'on croyait dans son siècle. Il est bon de rappeler ces faits au nôtre, pour détromper les imbéciles qui pourroient penser comme on pensait dans ces temps d'ignorance, de grossièreté et de mensonge. I. HUDSON, (Henri) fut pilote Anglois. Ses compatriotes ont donné son nom à un détroit et à une baie qui sont au Nord du Canada, pour prouver qu'ils ont les premiers découvert et possédé ce pays-là. Il est certain que *Hudson* fit quatre voyages dans les mers du Nord en 1607, 1608, 1609 et 1610. Mais il n'est pas moins vrai que s'il a donné son nom au détroit, il n'y a fait aucun établissement, n'a point été dans la baie, et n'a laissé aucune marque de prise de possession. Il périt dans sa dernière course par la trahison des siens. Des cartes angloises marquent un voyage dans la *Baie d'Hudson* en 1665; mais les François y avoient arboré les armes du roi de France dès l'année 1656.
II. HUDSON, (Jean) né à Wedhop dans la province de Cumberland vers l'an 1662, professa avec beaucoup d'applaudissement la philosophie et les belles-lettres à Oxford. Son mérite le fit choisir en 1701, pour succéder à *Thomas Hyde* dans la charge de bibliothécaire de la bibliothèque Bodleienne, et en 1712, pour occuper la place de principal du collège de la Ste Vierge à Oxford. Il remplit ces deux emplois avec distinction jusqu'à sa mort, arrivée le 27 novembre 1719, à 57 ans. Ses travaux multipliés abrégèrent ses jours. La république des lettres lui doit de savantes éditions de *Velléus-Paterculus*; de *Thuclide*; de *Denys d'Halicarnasse*; de *Longin*; d'*Esope*; de *Josèphe*; des *Petits Géographes Grecs*, Oxford 1698 à 1712, 4 vol. in-8. Toutes les autres éditions d'*Hudson* sont in-fol. et imprimées à Oxford en différentes années.
HUERGA, (Cyprien de la) religieux Espagnol de l'ordre de Citeaux, enseigna l'Écriture-Sainte dans l'université d'Alcala, et mourut en 1560. On a de lui des *Commentaires*, I. sur *Job*; II. sur les *Pseannes*; III. sur le *Cantique des Cantiques*, etc. Ils sont savans.
HUET, (Pierre-Daniel) né à Caen le 8 août 1630, fit ses études au collège des Jésuites, et se préparait à étudier en droit, lorsqu'il prit du goût pour la philosophie dans les *Principes de Descartes*, et pour l'érudition dans la *Géographie sacrée de Bochart*. Il accompagna ce dernier en Suède, où *Christine* lui fit le même accueil dont elle honorait les savans consommés. De retour dans sa patrie, il institua une académie de physique, dont il fut le chef, et à laquelle *Louis XIV* fit sentir les effets de sa libéralité. En 1670, le grand *Bossuet* ayant été nommé précepteur du Dauphin, *Huet* fut choisi pour sous-précepteur. C'est alors qu'il forma le plan des éditions *ad usum Delphini*; lesquelles il dirigea en partie. Pour rendre ces éditions plus utiles, *Huet* voulut qu'elles fussent accompagnées d'un index général de tous les mots que chaque auteur avoit employés, et de la citation des pages où ils se trouvoient placés. Il avoit, dit-on, conçu l'idée d'un ouvrage très-important qu'il eut le regret de ne pouvoir faire exécuter : c'étoit de former de ces index particuliers, un index général de tous les mots qui se trouvent dans les auteurs latins anciens. Il devoit être rédigé de manière qu'on pût voir tout d'un coup, la première époque de l'usage d'un mot, ses divers emplois, ses progrès, et le temps auquel il étoit tombé en désuétude. Ses services furent récompensés par l'abbaye d'Aunai en 1678, et en 1685 par l'évêché de Soissons, qu'il permuta avec *Brulart de Sillery*, nommé à celui d'Avranches. Les travaux de l'épiscopat ne purent ralentir ses travaux littéraires. Continuellement enfermé dans son cabinet et dans sa bibliothèque, il faisoit répondre à ceux qui venoient lui parler d'affaires, qu'il étudioit. *Eh ! pourquoi*, disoit-on, *le Roi ne nous a-t-il pas donné un Evêque qui ait fait ses études ?* Les fonctions du ministère absorbant une partie du temps qu'il vouloit donner au travail, il se démit de cet évêché, et obriant à la place l'abbaye de Fontenai près de Caen. C'est là qu'il s'étoit proposé de se fixer. Sa patrie lui avoit paru très-aimable, tant qu'il n'y avoit eu que des amis : mais du moment qu'il y posséda des terres, les procès l'assaillièrent de tous les côtés, et l'en chassèrent, quoiqu'il eût aussi, graces à son air natal, quelque ouverture pour le jargon de la chicane. Il se retira donc peu de temps après chez les Jésuites de la maison professe à Paris, auxquels il légua sa bibliothèque. Il partagea ses jours entre l'étude et la société des savans, jusqu'à sa mort, arrivée le 26 janvier 1721, à 31 ans. Il étoit de l'a- cadémie Françoise. L'érudition chez *Huct* n'étoit ni sauvage, ni rebutante. Humain, affable, prévenant, d'une humour égale, d'une conversation aisée et agréable, il instruisoit les savans, et savoit plaire aux ignorans même. Mais sa politesse tenoit plus de la douceur d'un littérateur indulgent, que des agrémens d'un courtisan poli. On trouve à la fin des *Mémoires de Mille de Montpensier*, un portrait de *Huct*, adressé à lui-même par une dame de ses amies. En voici les traits principaux : « Vous êtes commode, point critique, et si peu porté à juger mal, que je crois que votre bonté pourroit même quelquefois duper votre esprit. Vous estimez plus légèrement que vous ne méprisez. Vous êtes franc et sincère, et vous avez la franchise d'un vrai homme d'honneur, qui ne sent rien dans son ame qu'il ait intérêt de cacher, ni qu'il puisse avoir honte de dire. Ainsi vous parlez de vos sentimens fort franchement. Mais, autant que vous êtes franc sur ce qui ne regarde que vous, autant êtes-vous réservé sur le secret des autres : vous y êtes même un peu trop scrupuleux. Vous êtes incapable de vous venger, en rendant malice pour malice, et vous êtes si peu médisant, que même le ressentiment ne vous arracheroit pas une médisance de la bouche contre vos ennemis. Je trouve que vous ne les ménagez que trop selon le monde : je n'entends pas dire pourtant que vous manquiez de sensibilité pour la gloire et pour l'honneur : au contraire, vous y êtes délicat jusqu'à l'excès. Vous êtes sage, fidelle et sûr, autant qu'on le peut être. Vous avez beaucoup de modestie, et jusqu'à avoir 328 H U E honte et être déconcerté quand on vous loue. Je me souviens qu'un jour que vous m'aviez fachée; pour m'en venger, je vous fis rougir devant M. de Longueville, en vous reprochant votre doctrine. Mais votre modestie est plus dans les sentimens que vous avez de vous-même, que dans votre air; car vous êtes modeste sans être doux, et vous êtes docile, quoique vous ayez l'air rude. Vous êtes si prompt, et vous soutenez vos opinions avec une impétuosité si grande, qu'il semble qu'elles vous deviennent une passion. Votre humeur n'est ni trop enjouée, ni trop mélancolique. Vous n'êtes pas incivil; mais votre civilité manque un peu de politesse. Vous êtes pieux sans être dévot, et vous avez su vous servir de la science, qui gâte les autres, pour vous affermir dans la foi. » Ce prélat a beaucoup écrit, en vers et en prose, en latin et en françois. Ses principaux ouvrages sont: I. Demonstratio Evangelica, Paris 1679, in-fol.: c'est là l'époque de la 1re édition de cet ouvrage fameux. Elle renferme plusieurs passages particuliers, que Huet retrancha dans la seconde, donnée aussi à Paris en 1690, in-fol. Celle-ci est cependant plus ample malgré les retranchemens; et c'est pourquoi les curieux rassemblent les deux éditions pour avoir tout. Celle de Naples en 1731, en 2 vol. in-4°, a été faite sur celle de Paris 1690. Ce livre est chargé d'érudition, mais foible en raisonnement: ce qui fit dire à beaucoup de personnes, suivant Niceron, qu'il n'y avoit de démontré que la grande lecture de l'auteur. Il auroit fallu, pour un pareil ouvrage, le génie de Pascal ou de Bossuet; et l'an- leur ne l'avoit pas. En général, tout ce qui nous reste de lui, même ce qui regarde les matières philosophiques, est peu pensé. C'est ainsi qu'en jugeoit l'abbé Trublet, très-capable d'apprécier les écrivains penseurs. II. De claris Interpretibus, et de optimo genera interpretandi; la Haye 1683, in-8° III. Une édition des Commentaires d'Origène sur l'Écriture-Sainte; Rouen, 1668, 2 vol. in-fol. en grec et en latin; Cologne 1685, 5 vol. in-fol. Huet avoit rapporté de Stockholm, un manuscrit grec de cet auteur. IV. Un savant traité de l'Origine des Romans, in-12, à la tête de celui de Zaïde. V. Quæstiones Alnetanæ de concordid rationis et fidei; à Caen 1690, in-4° VI. Traité de la foiblesse de l'Esprit humain, Amsterdam 1723, in-12: traduit en latin; Amsterdam, 1738: et en Allemand, par Christian Gross; Francfort, 1724, avec des notes où le commentateur prétend réfuter le texte. Ce Traité est une traduction de la première partie de Quæst. Alnetanæ. Quelques savans ont cru y voir une espèce de plagiat des Hypothèses Pyrrhoniennes de Sextus Empyricus; mais les deux ouvrages sont très-différents. Voltaire, dans son Siècle de Louis XIV, dit que ce Traité a fait beaucoup de bruit, et a paru démentir sa Démonstration Évangélique; mais un critique moderne remarque qu'on trouve les mêmes principes dans les préliminaires de la Démonstration. Le dessein d'Huet est de montrer que le système des anciens sceptiques, réduit à de certaines hornos, n'est pas si déraisonnable qu'on le croit communément; qu'il n'est point opposé aux preuves de la religion, qui H U E 329 resteroient démontrées, quand même le doute se répandrait sur la plupart des sciences humaines. Le P. Castel a prétendu que cet ouvrage n'étoit pas de Huet; mais d'Olivet a prouvé le contraire. VII. De la situation du Paradis Terrestre; Amsterdam, 1701, in-12. Il prétend dans ce livre que le jardin de nos premiers parens étoit sur le canal que forment le Tigre et l'Euphrate, après leur jonction, entre l'espace où ils se joignent, et celui où ils se divisent de nouveau avant que d'entrer dans le Golfe Persique. Selon le texte de l'Écriture, il sortoit de ce lieu de volupté, un fleuve qui se partageoit en quatre têtes: ce sont les quatre canaux que les deux fleuves font, deux avant leur jonction, l'Euphrate et le Tigre, et deux lorsqu'ils se divisent; le Phison qui coule tout autour de la terre d'Hévilath, c'est le canal formé vers l'occident par le fleuve lorsqu'il sort du Paradis terrestre, et qu'il arrose le pays habité par Chivalath, fils de Chus; et le Gehon qui parcourt tout le pays de l'Éthiopie, c'est le bras oriental du fleuve qui se décharge dans le Golfe Persique. Cette opinion n'est pas sans difficulté, et il est à présumer que les savans ne feront jamais de découverte certaine sur un lieu si éloigné de nous. VIII. Histoire du Commerce et de la Navigation des Anciens, in-12; réimprimée à Lyon, chez Duplain, in-8°, en 1763. Ces deux derniers ouvrages renferment une érudition immense. Le premier satisfit les curieux, et le second les citoyens. IX. Commentarius de relus ad eum pertinentibus, 1718, in-12. Ce sont des Mémoires particuliers de sa vie. On y trouve un grand nombre d'anecdotes littéraires, relatives aux savans de son temps. X. Des Poésies latines et grecques, des Odes, des Éligies, des Églugues, des Idylles, des Pièces héroïques, et son Voyage en Suède, dont on a donné dernièrement une traduction dans le 6e vol. des Mélanges de littérature étrangère. Utrecht, 1700, in-12. Les vers de ce prélat respirent l'antiquité; la latinité en est aussi pure qu'élégante; mais l'imagination poétique y domine peu. XI. Censura Philosophiae Cartesianae, in-12: critique qui détruit quelques erreurs de Descartes; mais qui prouve, lorsqu'on la compare aux écrits de ce grand homme, combien Huet étoit au-dessous de lui. Quand Huet entreprit cette censure, il étoit piqué contre les Cartésiens. Il trouvait mauvais que ces philosophes préférassent ceux qui cultivent leur raison à ceux qui ne font que cultiver leur mémoire, et qu'ils exigeassent qu'on travaillât plutôt à se connoître, qu'à connoître ce qui s'étoit passé dans les siècles reculés. XII. Origines de Caen; Rouen, 1706, in-8°. XIII. Diane de Castro, 1728, in-12. XIV. Il orna de Notes le Manilius ad usum Delphini, donné par du Fay. L'abbé de Tilladet fit imprimer, après la mort de Huet, 2 vol. in-12 de Dissertations et de Lettres, presque toutes de ce prélat... Voyez son Éloge au-devant de l'Huetiana, in-12, recueil qui renferme des Pensées diverses et des Poésies: il a été publié par l'abbé d'Olivet, son ami, à qui le savant évêque l'avoit confié. Sa mémoire s'étoit fort affoiblie à la suite d'une maladie qu'il eut en 1712. Alors, n'étant plus capable d'au- 330 H U E cun ouvrage suivi, il jeta sur le papier des pensées détachées; et c'est ce qu'on a sous le titre d'*Hactiana*. Plusieurs articles de ce recueil ne donnent pas une grande idée, selon d'*Alembert*, de la philosophie, de la logique, ni même de la justesse de goût de son auteur. On y verra qu'il fait assez peu de cas de *Montaigne*, de la *Bochefoncauld*, de *Tacite*; mais en revanche, il estime beaucoup la *Pucelle* de *Chapelaine*. Il rejette le sublime qu'on a trouvé dans le *Fiat Lux* de la Genèse, parce que l'expression en est simple, comme si le vrai sublime n'étoit pas l'union de la grandeur de l'idée à la simplicité de l'expression. Un recueil de *Lettres manuscrites*, cité par d'*Alembert*, nous servira à ajouter quelques traits à son portrait. Il s'y plaint beaucoup de la noire médisance et de la lâche ingratitude de ses compatriotes de Caen, en prenant cependant beaucoup d'intérêt aux progrès qu'ils pourroient faire dans les lettres. Il paroît ne souffrir guère plus patiemment les attaques des censeurs de Paris, que les satires de ses compatriotes. S'il n'aimoit pas la critique, il avoit le même éloignement pour les éloges en face. Il se montre ami des Jésuites, mais seulement comme hommes de lettres. Il s'occupoit peu, et avec raison, de leurs querelles avec les Jansénistes. Cependant sa liaison avec la Société lui faisoit regarder d'un œil peu favorable ses ennemis. Enfin, quoiqu'il prit peu de part aux disputes théologiques, il en prenoit beaucoup aux intérêts et à l'honneur de l'église catholique. Nous avons dit qu'il avoit laissé sa bibliothèque aux Jésuites, et son motif fut: afin qu'elle ne fût pas dispersée. Le père qui en mourant laissa une pension à son fils Jésuite, en cas que la société fût détruite, se montra, dit d'*Alembert*, plus prévoyant dans l'avenir.
HUFNAGEL, (George) naquit à Anvers en 1545, et mourut dans cette ville en 1600, à 55 ans. Ses parens voulurent en faire un architecte; mais la nature en fit un peintre. L'empereur *Rodolphe* employa son pinceau à représenter toutes sortes d'animaux, genre dans lequel il excelloit. Cet artiste s'est encore acquis quelque réputation dans la Poésie allemande, ainsi que dans la latine. Il eut un fils, qui se distinguait comme lui dans la peinture.
HUGHES, (Jean) poète Anglois, né à Marlborough en 1677, fut d'un tempérament valétudinaire, qui l'obligea à ne s'occuper que des arts agréables, tels que le dessin, la poésie et la musique. Il termina sa vie en 1719, à 42 ans. Il est regardé par les Anglois, comme un de leurs plus agréables écrivains. Ses *Poésies* ont été publiées en 1735, 2 vol. in-12. On y trouve une *Ode* au créateur de l'univers, qui passe pour un des plus beaux morceaux lyriques Anglois; et le *Siège de Damas*, tragédie, pleine de génie, de détails touchans, et de situations intéressantes. Cet auteur, ami et compatriote d'*Addisson*, eut beaucoup de part au *Spectateur Anglois*, etc.—*Jabez HUGHES*, son frère, poète comme lui, mort le 17 janvier 1732 à 46 ans, a traduit en vers quelques morceaux de *Lucara* et de *Claudien*, et en prose *Sartone* 1717, et les nouvelles de *Cervantes* 1719. I. HUGO, Voy. HUGON.
II. HUGO, (Charles-Louis) chanoine Prémontré, docteur en théologie, abbé d'Étival, évêque de Ptolémaïde, mourut à Étival le 2 septembre 1739, à 74 ans. Ce prélat avoit de l'érudition; mais il se laissoit emporter quelquefois par sa vivacité en écrivant et en agissant. On a de lui: I. Les Annales des Prémontrés, en 2 vol. in-fol., en latin; elles sont pleines de recherches. On trouve la description et le plan des monastères, et l'histoire de l'ordre. Quelques inexactitudes font tort à cet ouvrage, dont les deux tomes se relient ordinairement en un seul volume. II. La Vie de St. Norbert, Fondateur des Prémontrés, in-4°, 1704. III. Sacré antiquitatis Monumenta historico-dogmatica, 1725, 2 vol. in-fol. IV. Traité historique et critique de la maison de Lorraine, in-8°, à Nanci, sous le titre de Berlin, 1711. Dom Hugo se cacha sous le nom de Balci-court, pour donner un plus libre cours à sa plume. Cet ouvrage est plein de traits hardis, qui déplurent à la France: il fut flétri par arrêt du parlement en 1712. L'année d'après, il fit imprimer un autre ouvrage sur la même matière, intitulé: Réflexions sur les deux Ouvrages concernant la Maison de Lorraine, in-8°. Ces deux ouvrages ne se trouvent pas communément rassemblés. On peut voir le Jugement de M. Hugo, Évêque de Ptolémaïde, en 1736, in-8°, par Dom Blanpin, un de ses confrères. Cet ouvrage est solidement écrit.
HUGOLIN, (Barthélemi) canoniste de Lombardie, mort en 1618, est auteur de plusieurs H U G 331 ouvrages en latin, qui sont estimés. Il présenta son Traité des Sacremens, Rimini, 1587, infolio, au pape Sixte V, qui le récompensa en pontife libéral.
HUGON, (Herman) Jésuite, né à Bruxelles, en 1588, mort de la peste à Rhineberg en 1629, à 41 ans, est auteur d'un traité savant et curieux: De militia equestri antiqua et nova, à Anvers, 1630, in-fol., avec des planches en taille-douce. Il s'est aussi distingué sur le Parnasse latin, par ses Pia desideria, Paris, 1658, in-32, à l'instar des Elseviers, avec des figures d'un goût singulier. Ce recueil, contenant 45 pièces, est divisé en 3 livres. Le 1er a pour titre: Gemitus animae penitentis; le 2°, Vota animae sanctae; le 3°, Suspiria animae amantis. Ce sont de longues paraphrases, en vers élégiaques, de passages choisis de l'Écriture-Sainte. Le but de l'auteur étoit de nourrir la piété chez les jeunes gens; il ne l'atteignit pas toujours, et il n'a guère d'autre mérite que d'avoir noyé dans une soixantaine de vers chacun des versets qu'il a pris pour texte. Il a substitué à l'onction et à la simplicité sublime de ses divins modèles, de froides amplifications: il versifie assez bien, il est même quelquefois poète; mais il n'est pas inspiré de la muse de David. On a encore de lui: I. Obsidio Bredana; Anvers, 1629, in-fol. Il avoit été présent à ce siège. Cet ouvrage a été traduit en Espagnol. II. De verá fide capessenda. III. De primá scribendi origine et universae rei litterariae antiquitate; Anvers, 1617, in-8°. I. HUGUES, (Saint) évêque de Grenoble en 1080, reçut 332 HUG St. Bruno et ses compagnons, et les conduisit lui-même à la Grande-Chartreuse. Il mourut le 1er avril 1132, avec la joie d'avoir donné à l'Église une pépinière de Saints. Au commencement de son épiscopat, St. Hugues avoit quitté son évêché pour se faire moine à la Chaise-Dieu. Le pape lui ordonna de reprendre la conduite de son troupeau. Il fit de nouvelles tentatives, quelque temps avant sa mort; mais Honorius II lui répondit: Que les bons évêques étant si rares, c'étoit une raison de plus pour l'exhorter à soutenir le fardeau de l'épiscopat. On a de lui, un Cartulaire, dont on trouve des fragmens dans les Œuvres posthumes de Mabillon; et dans les Mémoires du Dauphiné, d'Allard, 1711 et 1727, 2 vol. in-fol.
II. HUGUES, (Saint) DE CLUNI, étoit d'une maison distinguée, qui descendoit des anciens ducs de Bourgogne. Ayant rejeté les vues d'ambition que sa naissance pouvoit lui inspirer, il se consacra à Dieu dans l'ordre de Cluni. Son mérite et sa piété l'en firent élire abbé après la mort de St. Odillon. Il gouverna cette grande famille avec autant de zèle que de prudence. Il étendit la réforme de Cluni à un si grand nombre de monastères, qu'un ancien auteur a écrit qu'il avoit sous sa juridiction plus de dix mille moines. Une mort sainte vint terminer ses travaux en 1109, à 85 ans, après avoir gouverné près de 60 ans. Il fit bâtir, par les libéralités d'Alphonse IV, roi de Castille, l'Église qui subsiste encore à Cluni. On fut vingt ans à bâtir cet édifice immense. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'il n'y a aucune charpente, et les tuiles sont posées immédiatement sur la voûte. St. Hugues étoit un homme aussi modéré que pieux. Henri IV, empereur d'Allemagne, étoit son filleul, et il lui étoit fort attaché. Quoiqu'il fût excommunié, Hugues dit, à la messe du Vendredi saint, 1087, l'oraison qui est dans le missel pour l'empereur. L'archevêque de Lyon le trouva mauvais. L'abbé de Cluni répondit, qu'il avoit dit en général cette prière pour quelque empereur que ce fût. Mais cette réponse ne satisfit point le prélat, qui lui suscita d'autres querelles. Hugues se contenta de faire le bien, sans chercher, ce qui est impossible, à se concilier tous les suffrages. L'ordre de Cluni fut, de son temps, au plus haut point de sa splendeur; mais il commença à déchoir après sa mort. On trouve quelques ouvrages de lui dans la Bibliothèque de Cluni.
III. HUGUES-CAPET, chef de la 3e race des rois de France, étoit comte de Paris et d'Orléans. Voyez I. CHIFFLET... I. DANTE... I. WITIKIND. Son courage et ses autres qualités le firent proclamer roi de France à Noyon, en 987. Il fut sacré à Rheims par l'archevêque Adalberon, le 3 juillet de la même année. Charles I, duc de la Basse-Lorraine, fils de Louis d'Outre-Mer, qui avoit seul, par sa naissance, droit à la couronne, en fut exclu par plusieurs circonstances. Il voulut défendre son droit; mais il fut pris et enfermé à Orléans. Hugues s'étoit déjà associé son fils Robert, pour lui assurer la couronne. C'est au règne d'Hugues-Capet, qu'on fixe ordinairement le commencement de la pairie de France. Depuis l'usurpation des fiefs, la H U G 333 pairie, dit le président *Hemault*, devint plus ou moins considérable, suivant le plus ou moins de puissance du seigneur suzerain des pairs : en sorte que les pairs du roi de France étoient de plus grands seigneurs que les pairs du comte de Champagne; et que, par la même raison, la mouvance de la couronne caractérisoit les premiers pairs. Ainsi, le duc de Bretagne, qui, par sa naissance, pouvoit traiter d'égal à égal avec le duc de Normandie, lui étoit inférieur en dignité; parce qu'originairement celui-ci ne relevoit pas de la couronne, mais du roi seulement, comme duc de Normandie, et que la Normandie ayant été aliénée, il n'en fut plus que l'arrière-vassal. De là vient qu'encore aujourd'hui une seigneurie relevant d'un seigneur particulier, ou bien relevant du roi à cause de tel ou tel domaine spécial, est distraite de cette mouvance, pour ne plus relever que de la couronne, quand la même seigneurie est érigée en duché-pairie. Cette introduction d'une dignité nouvelle, valut la couronne à *Hugues-Capet*. Il y avoit alors sept pairs laïques de France, c'est-à-dire, sept seigneurs dont les seigneuries relevoient immédiatement du roi. Ils choisirent celui d'entre eux, qui pouvoit joindre le plus de provinces à la royauté. Ce prince mourut le 24 octobre 996, à 57 ans, après en avoir régné dix. Pour parvenir au trône, il falloit de la valeur et de la politique : *Hugues-Capet* avoit l'une et l'autre. Il prit presque toujours la voie de la douceur et des ménagemens. On l'avoit qualifié d'usurpateur; on s'étoit ligué contre lui; on lui avoit contesté sa descendance. *Hugues-* *Capet* ayant triomphé, déclara à ceux qui lui inspiroient des desseins de vengeance, que ce n'étoit pas au Roi de France à venger les inimitiés des Comtes de Paris et d'Anjou. Il subjugué, en partie, ses ennemis en les flattant, et regardoit comme ses amis, ceux qui ne se déclaroient point ouvertement contre lui. Ayant voulu, dit du *Radier*, réprimer les entreprises d'*Audebert*, comte de la Marche, fils de *Boson I*, qui assiégeoit Tours sans sa permission et à son insu, il députa vers le comte de la Marche, et lui fit demander, qui l'avoit fait Comte. — Ce sont, répondit *Audebert*, ceux-là même qui vous ont fait Roi, vous et votre fils *Robert*. Le procédé d'*Audebert* fut conforme à sa réponse; il continua le siège, et prit Tours malgré *Hugues-Capet*, qui aima mieux dissimuler que d'avoir à se venger par les armes. Le nom de *Capet* lui fut donné, selon les uns, à cause de la grosseur de sa tête; selon d'autres, à cause de sa prudence. On a dit de lui : Si je donne à la France une race nouvelle, Roi nouveau, je la rends plus brillante et plus belle. Cette troisième race, qui a produit trente-deux rois, a eu cinq branches différentes. La première, surnommée des *Capétiens*, qui a donné quatorze rois; la seconde, qui est la première des *Valois*, dont il y a en sept rois; la troisième, de la maison d'*Orléans*, qui ne produisit qu'un souverain; la quatrième, qui est la seconde des *Valois*, laquelle en donna cinq; enfin, la cinquième, de la maison de *Bourbon*, qui en a produit le même nombre, en y comprenant *Louis XVI*.
IV. HUGUES le Grand, comte de Paris, appelé aussi Hugues l'Abbé, ou Hugues le Blanc, prince plein de courage et de hardiesse, étoit fils de Robert, roi de France, et de Béatrix de Vermandois. Il fut surnommé le Grand, à cause de sa taille et de ses belles actions; le Blanc, à cause de son teint; et l'Abbé, parce qu'il s'étoit mis en possession des abbayes de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Prés, et de Saint-Martin de Tours. Il fit sacrer roi à Laon, Louis d'Outre-mer. (Voyez ce mot) en 936, prit Rheims, donna du secours à Richard I, duc de Normandie, contre ce même Louis IV; lui fit en son propre nom une guerre opiniâtre pour le comté de Laon, qu'il fallut enfin céder à ce roi, et fut créé par Lothaire, son successeur, duc de Bourgogne et d'Aquitaine. Il mourut le 16 juin 956. V. HUGUES DES PAÏENS, (De Paganis) de la maison des comtes de Champagne, uni avec Grefroi de Saint-Omer et sept autres gentilshommes, institua l'ordre des Templiers, le modèle de tous les ordres militaires, et en fut le premier grand-maître. Ces neuf chevaliers se consacrèrent au service de la religion, l'an 1118, entre les mains de Gormond, patriarche de Jérusalem, promettant de vivre dans la chasteté, l'obéissance et la pauvreté, à l'exemple des chanoines de leur siècle. Le premier devoir, qui leur fut imposé par les évêques, étoit de garder les chemins contre les voleurs, pour la sûreté des pèlerins. Comme cette nouvelle milice n'avoit ni église ni logement. Baudouin II, roi de Jérusalem, leur accorda un appartement dans le palais qu'il avoit auprès du temple; de là leur vint le nom de Templiers. On leur donna une règle en 1128, dans le concile de Troyes: elle leur prescrivoit la récitation de l'office divin, l'abstinence les lundis et mercredis, et presque toutes les observances monastiques. Mais cette règle fut si mal remplie dans la suite, que, deux siècles après leur fondation, ces chevaliers, qui faisoient vœu de combattre pour Jésus-Christ, furent accusés de le renier, d'adorer une tête de cuivre, et de n'avoir pour cérémonies secrètes de leur réception dans l'ordre, que les plus horribles débauches. Nous sommes bien éloignés de croire que ces imputations absurdes fussent fondées, mais elles prouvent du moins que l'ordre étoit tombé dans le relâchement. Il y a grande apparence que le libertinage de quelques jeunes chevaliers retomba sur tous les Templiers, qui furent abolis en 1312. Voyez MOLAY. Hugues des Païens mourut en 1136, regretté de tout ce qu'il y avoit de Chrétiens zélés dans la Palestine.
VI. HUGUES, né en 1065, abbé de Flavigni au commencement du 12e siècle, s'étant vu enlever sa crosse, par l'évêque d'Autun, qui la fit donner à un autre, supplanta, à son tour, à l'instigation de l'évêque de Verdun, St. Laurent, abbé du monastère de Saint-Vannes, dont il avoit été moine, et garda cette dignité jusqu'en 1116; depuis ce temps, son existence est ignorée. Il est auteur d'une Chronique en deux parties. La première est peu intéressante, et remplie de fautes: la seconde est très-importante pour l'histoire de l'église de France de son temps. Elle est connue sous ce nom : Chronique de Verdun. On la trouve dans la Bibliotheca Manuscriptorum du P. Labbe.
VII. HUGUES DE FLEURY, moine de cette abbaye, vers la fin du onzième siècle, a laissé : I. Deux livres de la puissance Royale, et de la dignité Sacerdotale, dans lesquels il s'élève au-dessus des préjugés de son temps. C'est un monument précieux de la véritable doctrine de l'Église, si obscurcie alors par les funestes démêlés des papes et des empereurs. On le trouve dans le tome IV des Miscellanea de Baluze. II. Une petite Chronique, depuis 996 jusqu'en 1109; publiée par Duchesne, à Munster, 1638, in-4.º Elle est courte, mais bien digérée, et contient en peu de mots beaucoup de choses. Ce moine est encore surnommé de Sainte-Marie, du nom d'un village dont son père étoit seigneur.
VIII. HUGUES D'AMIENS, archevêque de Rouen, un des plus grands et des plus savans prélats de son siècle, mourut en 1164. On a de lui, 3 Livres pour prémunir son clergé contre les erreurs de son temps, et quelques autres ouvrages. On trouve les premiers à la fin des Œuvres de Guibert de Nogent, publiées par Dom d'Achery, et les autres dans les collections de Dom Martenne et Durand.
IX. HUGUES, chanoine régulier de la maison de ce nom à Paris, mourut le 11 février 1142, à 44 ans. Il professa la théologie avec tant d'applaudissement, qu'on l'appela un second Augustin. Ce père fut le modèle qu'il H U G 339 suivit pour la forme et pour le fonds de ses ouvrages. Le plus considérable est un grand Traité des Sacremens. Les questions y sont traitées d'une manière fort claire, et dégagées des termes de l'école, de la méthode dialectique, et sur-tout de ces questions obscures et inutiles, qui font de la plus belle des sciences, la plus dégoûtante et la plus futile. Ses Ouvrages ont été recueillis à Rouen en 1648, en 3 vol. in-fol. C'est la bonne édition. On en trouve quelques-uns dans le Thesaurus de Martenne. X. HUGUES DE ST.-CHER, Dominicain du 13e siècle, docteur de Sorbonne, cardinal-prêtre du titre de Sainte-Sabine, reçut la pourpre des mains d'Innocent IV, 1244. Ce pape, et Alexandre IV, son successeur, le chargèrent des affaires les plus épineuses : ce fut pour lui une occasion de faire éclater sa sagesse, sa modération, son esprit, sa fermeté. Il mourut à Orviette, le 19 mars 1263. On lui fit une Epitaphe, dans laquelle on disoit, qu'à sa mort, la Sagesse avoit souffert une éclipse. On a de lui, plusieurs ouvrages de l'Écriture, qui ne sont guères que des compilations. Le plus important est une Concordance de la Bible, Cologne, 1684, in-8.º Hugues de St.-Cher a au moins la gloire d'avoir imaginé le premier ce genre de travail. On a encore de lui : I. Speculum Ecclesiæ, Paris, 1480, in-4.º II. Correctorium Bibliæ, non imprimé, et dans la bibliothèque de la Sorbonne : c'est un recueil de variantes des manuscrits hébreux, grecs. latins, de la Bible.
XI. HUGUES DE PRATO, d'une ville de ce nom en Tos- 336 HUG cane, se fit Dominicain en 1276, et mourut à Prato, le 4 décembre 1322. Il se fit une réputation par ses Sermons, imprimés en partie, à ce que l'on croit, à Louvain, en 1484, et partie à Heidelberg 1485, réimprimés à Anvers en 1614. Ils se ressentent de la grossièreté du siècle de l'auteur.
XII. HUGUES, (Herman) Jésuite, né à Bruxelles en 1588, publia quelques livres historiques et des poésies médiocres, sous le titre de *Pia desideria emblematicibus illustrata*, 1624, in-8°; et 1629, in-12. Les figures dont il accompagna ses vers, en font le principal mérite. Il mourut de la peste, à Rhineberg, le 10 septembre 1629, à 41 ans.
HUGUET, (François-Armand) plus connu sous le nom d'ARMAND, naquit à Richelieu, en 1699, d'une famille honnête du Poitou. Il eut l'honneur d'être tenu sur les fonds de baptême au nom de M. le maréchal de Richelieu, qui n'étoit alors guères plus âgé que son filleul. L'enfant fut élevé sous le nom d'Armand, qu'il a porté toute sa vie, par un sentiment de respect pour son parrain. L'abbé Nadal, Poitevin comme lui, le plaça chez un notaire à Paris; mais un penchant invincible pour les plaisirs et pour le théâtre, lui fit abandonner la chicane. Après diverses aventures, dignes de *Gilblas de Santillane*, il joua la comédie en Languedoc, et revint ensuite à Paris, où il débuta sur le théâtre de la comédie Françoise en 1723. La nature lui avoit donné le masque le plus propre à caractériser les talens d'un valet adroit et fourbe, et c'est principalement dans ce rôle qu'il excelloit. Il contredit si bien le *Pantalon* des Italiens, dans la comédie de la *Françoise italienne*, que celui-ci s'écria: *Si je ne me sentois au parterre, je me croirois sur le théâtre*. Ce comédien mourut à Paris le 25 décembre 1765, à 66 ans. Il voyoit tout gaiement; et dans les affaires les plus sérieuses, il ne pouvoit se refuser quelque plaisanterie. Il narroit d'une façon à faire distinguer les différens interlocuteurs qu'il mettoit en action dans ses récits; il imitoit leurs voix et moindres gestes. Ses amis étoient quelquefois les victimes de ses facéties. On eût dit que *Scarron* l'avoit deviné dans son personnage de la *Rancune*. Il fit en société avec *Deroze*, l'*Heureux événement*, divertissement, 1751. Il laissa un fils, auteur de quelques petites pièces pour le théâtre de Fontainebleau.
HUGUETAN, (Jean) célèbre libraire de Lyon, fut obligé de quitter le royaume, lors de la révocation de l'édit de Nantes, et passa en Hollande. Il offrit à Louis XIV un prêt considérable; si la cour vouloit lui rembourser une autre somme qui lui étoit due. Il toucha la somme et alla se cacher en Allemagne, jusqu'en 1720, pour ne pas effectuer sa promesse. *Huguétan* se retira ensuite en Danemarck, où il établit des compagnies de commerce, des manufactures de laine et de soie, une banque qui devint célèbre. « Augmentant, dit la *Baumelle*, son bien en marchand et le dépensant en seigneur. » *Frédéric IV* dirigea en sa faveur la terre de Suldoctéen en comté. *Huguétan* mourut à Copenhague en 1750, âgé de 104 ans.
HUILLIOT, (Claude) peintre en fleurs, né à Rheims, mort en 1702, à 77 ans, orna de ses tableaux le palais de Versailles.
HULDRIC, (Jean-Jacques) ministre Protestant, né à Zurich en 1683, mort en 1731, à 48 ans, étoit un homme très-savant. Il publia en 1705, in-80, à Leyde, un ouvrage recherché et peu commun : c'est l'Histoire de Jésus-Christ, telle que les Juifs la racontent. Huldric la tira d'un vieux manuscrit hébreu, la traduisit en latin, et l'enrichit de notes, qui prouvent la fausseté des contes inventés par la haine judaïque, touchant le divin fondateur du Christianisme.
HULOT, simple tourneur en bois, perfectionna l'art du tour; et se livrant à son goût pour la mécanique, et à son génie inventif, il exécuta diverses machines ingénieuses, utiles à divers arts, et sur-tout à l'horlogerie. On lui doit l'ouvrage, intitulé : L'art du Tourneur. Hulot mourut à Paris, au mois de juillet 1781, âgé de 65 ans.
HULSEMANN, (Jean) savant théologien Luthérien, naquit à Esens en Frise, l'an 1602. Après avoir voyagé en Allemagne, en France, en Hollande, il devint professeur de théologie, puis surintendant à Leipzig, et mourut en 1661, à 59 ans. Son principal ouvrage est une Relation en allemand du Colloque de Thorn, où il avoit été envoyé, en 1645, à la tête des Luthériens, et où il s'étoit distingué. On s'imagine bien qu'il donne la victoire à lui et aux siens. I. HULSIUS, (Antoine) théologien Protestant, naquit à Hilde, Tome VI. petit village du duché de Bergue, en 1615. Après avoir étudié avec succès à Wesel et à Deventer, où les langues Orientales furent l'objet de ses veilles, il voyagen en Angleterre, en France et en Hollande. Il fut ministre pendant 25 ans à Breda, jusqu'en 1676, qu'on lui donna une chaire de théologie et des langues, à Leyde, où il mourut en 1685, à 70 ans. Il est auteur d'un ouvrage savant, intitulé : Theologia Judaica, publié en 1653, in-40 — Son fils Henri HULSIUS, mort en 1723, a laissé aussi quelques productions, entr'autres une Somme latine de Théologie...
II. HULSIUS, (Levinus) natif de Gand, vivoit encore au commencement du 17e siècle. Il s'est rendu célèbre par ses connaissances dans la géographie, les mathématiques, et dans la science des médailles. On a de lui : I. XII Cæsarum ac LXIV ipsorum uxorum ac parentum effigies ex antiquis numismatibus; Francfort, 1596, in-40 II. Series Numismatum Imperatorum Romanorum à Julio Cæsare ad Rudolphum II, Francfort, 1603. Ces recueils sont rares. III. Transilvaniæ, Moldaviæ et Walachiæ descriptio. IV. Chronologia Hungariæ, etc. usque ad annum 1597. V. De usu quadrati et quadrantit geometrici, etc.
HUMBERT II, dauphin de Viennois, né en 1312, succéda en 1333, à Guigue VIII, son frère, et non Guigue VI, comme l'avance le Dictionnaire de Ladvocat. Il épousa, en 1332, Marie de Baux, alliée à la maison de France, dont il n'eut qu'un fils unique. On dit que, jouant avec cet enfant à Lyon, il le laisse tomber d'une fenêtre dans le Rhône, où il se noya. D'autres placent cette scène tragique ailleurs. Livré depuis à la douleur, et conservant un ressentiment vif des affronts qu'il avoit essuyés de la part de la maison de Savoie, il résolut de donner ses états à celle de France. Cette donation, faite, en 1343, au roi Philippe de Valois, fut confirmée en 1349, à condition que les fils aînés de nos rois porteroient le titre de Dauphin. C'est ainsi que le Dauphiné fut réuni à la couronne. Philippe donna à Humbert, en reconnoissance de ce bienfait, 40 mille écus d'or, et une pension de dix mille livres. Ce prince entra ensuite dans l'ordre des Dominicains. Le jour de Noël, 1351, il reçut tous les ordres sacrés successivement aux trois messes, des mains du pape Clément VI. Ce pontife le créa patriarche d'Alexandrie, et lui donna l'administration de l'archevêché de Rheims. Humbert passa le reste de ses jours dans le repos et dans les exercices de piété, et mourut à Clermont en Auvergne le 22 mars 1355, à 43 ans. Guerrier pusillauime et prince indolent, il fut bon religieux et bon évêque. S'il ne montra pas assez de vigueur dans le gouvernement de son état, il montra du moins de la bienfaisance : privilèges accordés aux villes et aux particuliers, fondations d'églises et de monastères, entreprises pour la défense de la chrétienté. Matthieu Villani dit que, dans sa jeunesse, il aima trop le plaisir; mais sa régularité dans le cloître, et ses travaux dans l'épiscopat, réparèrent bien les égaremens du premier âge.
HUMBERT DE ROMANS, cinquième général des Domini- cains, succéda, en 1254, au P. Jean le T'outonique, et mourut le 14 juillet 1277. On a de lui, une Lettre sur les vœux de religion, imprimée en Allemagne dès le 15e siècle, et à Haguenau l'an 1508. On lui attribue aussi De eruditionne religiosorum; mais ce traité est du P. Pérablus, dominicain. Possevin croit qu'il est l'auteur du Dies irae.
HUME. (David) né le 26 avril 1711, à Edimbourg en Ecosse, d'une famille noble, mais peu riche, fut d'abord destiné au barreau. Le talent de la parole ne lui ayant été accordé que dans un degré médiocre, il quitta la jurisprudence pour cultiver la littérature et la philosophie. Il ne négligea point la politique; et ses connoissances en ce genre lui valurent, en 1746, la place de secrétaire d'ambassade du général Saint-Clair, qu'il accompagna à Vienne et à Turin. Il fut attaché au lord Herford pendant son ambassade à la cour de France en 1765; et, sous le ministère du général Conwaï, il obtint, en 1767, l'emploi de sous-secrétaire. Enfin, il renonça entièrement aux affaires publiques, pour se livrer à une vie douce et tranquille. Il mourut le 25 août 1776, à l'âge de 65 ans. Ce philosophe étoit d'un caractère doux, d'une humeur gaie et sociable, capable d'amitié, peu susceptible de haine, et modéré dans ses passions. Il avoit l'air froid, et paroissoit avoir peu sacrifié aux graces. Le désir de la renommée littéraire, qui le dominoit, n'altéra point sa tranquillité. Sa probité étoit sûre; et, quelque naturellement économe, il fit des actions de générosité. Voy. ROUSSEAU, (Jean-Jacques) n° III. « Ma conversation, dit-il dans le Portrait qu'il a fait de lui-même, n'étoit désagréable ni aux jeunes gens, ni aux oisifs, ni aux hommes studieux et instruits; et comme je trouvois un plaisir particulier dans la société des femmes honnêtes, je n'ai pas eu lieu d'être mécontent de la manière dont j'en ai été traité. En un mot, quoiqu'il n'y ait guères eu d'homme distingué, en quelque genre que ce soit, qui n'ait eu à se plaindre de la calomnie, je n'ai jamais senti l'atteinte de sa dent envenimée; et quoique je me sois exposé assez légèrement à la rage des factions politiques et religieuses, elles ont paru se dépouiller, en ma faveur, de leur férocité ordinaire. Mes amis n'ont jamais eu besoin de justifier aucune circonstance de ma conduite, ni de mon caractère. Ce n'est pas que les fanatiques n'eussent été disposés, comme on peut bien le croire, à fabriquer et à répandre des fables à mon désavantage; mais ils n'ont jamais pu en inventer une seule qui eût quelque apparence de probabilité. » On a de lui: I. Des Recherches sur l'entendement humain; l'Histoire naturelle de la Religion; des Essais de morale et de politique; des Discours politiques. Ces différens ouvrages, traduits en François, Amsterdam, 1764, 6 vol. in-8°, qu'on peut relier en 3, sont pleins de réflexions profondes, mais quelquefois obscures, et peu favorables aux vérités fondamentales de la religion. Il creuse les fondemens de la métaphysique; mais souvent il va trop loin, et il n'a ni la clarté de Locke, ni l'agrément de Maltebranche. Ce sont cependant ces Essais qui lui procurèrent des prôneurs parmi les philosophes du jour. II. Une Histoire d'Angleterre, qui est remarquable, en général, par son impartialité et par la sagesse des réflexions; mais le style est dur, roide, et l'on y desire souvent cette éloquence douce, qui anime les ouvrages historiques des anciens, et qui entraine le lecteur sans l'égarer. Comme cette Histoire parut favorable aux Stuarts; comme Hume traitoit, avec une justice rigoureuse, les fanatiques de la liberté et du patriotisme, elle ne réussit pas d'abord dans un pays rempli de factions et de partis. « J'étois, dit-il, plein de confiance sur le succès de cet Ouvrage. Je croyois être le seul historien qui eût dédaigné à la fois le pouvoir, le crédit, la fortune et les clameurs des préjugés; et comme le sujet étoit à la portée de tout le monde, je comptois sur l'approbation universelle. Mais je fus inhumainement frustré dans ces espérances; il s'éleva contre moi un cri général de censure, d'approbation, et même de détestations: Anglois, Écossois et Irlandois; Wighs et Torys; Anglicans et Sectaires; Esprits forts, et Dévots; Patriotes et Courtisans, tous se réunirent dans leur fureur contre un homme qui avoit eu l'audace de répandre une larme généreuse sur le sort de Charles I, et sur celui du comte de Strafford. » Dans les premiers mouvemens de sa sensibilité, l'auteur prit la résolution de se retirer dans quelque ville de province en France, de changer de nom, et de renoncer, pour jamais, à la gloire littéraire: ses amis l'empêchèrent d'exécuter ce dessein. Son Histoire est divisée en trois périodes: des maisons de Planta- genet, de *Tudor* et de *Stuart*. Mad. *Benoit* a traduit, en françois, les deux premières périodes, et l'abbé *l'révôt* la dernière. Chaque période, 2 vol. in-4$^{o}$ et 6 vol. in-12. *Voyez PRÉVOT*. « *Hume* ayant commencé son ouvrage par la fin, dit *Mably*, et avant que d'avoir étudié et démêlé la chaîne qui lie tous les siècles et les événements d'une nation, il n'est point surprenant que le règne des *Stuart* laisse mille choses à désirer. Il a ensuite fait remonter son Histoire jusqu'aux anciens Bretons; mais on trouve un historien qui n'a lu que les chroniques: il a ignoré les lois des Normands; et tout ce qu'il dit sur la police des fiefs est inintelligible; ou du moins je n'y ai rien compris... *Hume* ne connoit point sa nation, et on ne découvre point l'influence du caractère national dans les événements qu'il rapporte. » Est-ce un éloge ou une critique qu'on doit faire de lui? Nous en laissons le jugement à nos lecteurs. *Hume* a laissé quelques ouvrages posthumes: tels sont des *Dialogues sur la nature des Dieux*; et sa *Vie*, composée par lui-même. Ce dernier livre est écrit du style de la conversation la plus familière; et l'on y découvre, malgré une forte teinte d'égoïsme, une âme honnête et vraie, la vanité naïve d'un enfant, l'indépendance d'un philosophe, et la fermeté d'un mourant qui aimoit la vie sans la regretter. « Au printemps de 1775, dit-il, je fus attaqué d'un mal d'entrailles qui d'abord ne me donna aucune inquiétude; mais qui depuis est devenu, à ce que je crois, mortel et incurable. Je compte maintenant sur une prochaine dissolution. Cette maladie a été ac- accompagnée de très-peu de douleur; et, ce qui est plus étrange, je n'ai jamais senti, malgré le dépérissement de toute ma personne, un seul instant l'abattement de l'âme: en sorte que s'il me falloit dire quel est le temps de ma vie où j'aimerais le mieux revenir, je serois tenté d'indiquer cette dernière période. Je n'ai jamais eu, en effet, plus d'ardeur pour l'étude, ni plus de gaieté en société. Je considère, d'ailleurs, qu'un homme de 65 ans ne fait, en mourant, que se dérober à quelques années d'infirmités; et quoique plusieurs circonstances puissent me faire espérer de voir ma réputation littéraire acquérir enfin un peu plus d'éclat, je sais que je n'aurais que peu d'années à en jouir. Il est difficile d'être plus détaché de la vie, que je le suis à présent. » Le docteur *Dundas* lui disoit un jour: *Je dirai à votre ami le Colonel Edmondstone, que je vous ai laissé beaucoup mieux, et en bon train de guérison.* — *Docteur*, lui répondit *Hume*, comme je crois que vous n'avez envie de dire que la vérité, vous feriez mieux de lui dire que je m'en vais aussi vite que mes ennemis, si j'en ai, peuvent l'attendre, et aussi doucement que mes meilleurs amis peuvent le désirer. On a imprimé une *Traduction* françoise de sa *Vie*, à Paris en 1777.
HUMIÈRES, (Louis de *Crévant* d') maréchal de France, d'une ancienne maison originaire de Tours, se distingua par sa valeur aux prises des villes d'Aire, du fort de Linck, de Saint-Guillain, de Courtrai, de Dixmude, et à la bataille de Cassel. Il fut fait lieutenant général en 1657, et maréchal de France en 1668. Il avoit épousé, en 1653, *Louise de la Chatre*, qui ne contribua pas peu à le faire parvenir à la dignité de maréchal de France. Le bâton lui fut accordé à la prière du vicomte de *Turenne*, qui ne put résister aux charmes et à l'esprit de la marquise d'*Humières*. C'est à cette occasion que *Louis XIV* ayant demandé au chevalier de *Grammont*, s'il savoit qui il venoit de faire maréchal de France. Celui-ci répondit : *Oui, SIRE ; c'est Madame d'Humières*. Il mourut à Versailles en 1694, ne laissant que des filles. Il avoit été nommé grand-maître de l'artillerie en 1685, et chevalier des ordres du Roi en 1688. Sa terre de Mouchi, érigée en duché sous le nom d'*Humières*, passa à *Anne-Louise-Julie*, sa fille, qui avoit épousé *Louis-François d'Aumont*, duc d'*HUMIÈRES* à cause de sa femme. — Il y avoit une ancienne maison d'*Humières*, dont le dernier mâle mourut sans enfans en 1595. Sa sœur *Jacqueline* fit passer tout le bien de sa famille dans celle de *Crevant*.
**HUMILIES**, *Voyez JEAN DE MÉDA*, n° xv ; et *PIE v.*
**HUMILITÉ**, (Sainte) née à Faenza en 1226, d'une bonne famille, ayant engagé son mari à vivre dans la continence, fonda, neuf ans après son mariage, les *Religieuses de Vallombreuse* ; et mourut le 31 décembre 1310, à 84 ans. Elle étoit parvenue à cet âge, malgré les austérités extraordinaires dont sa vie avoit été semée.
**HUMPHREY**, (Laurent) théologien Anglois, né dans le duché de Buckingham en 1519, mourut doyen de Winchester en 1590, à 71 ans. Il étoit fort versé dans les matières théologiques, et il seroit parvenu aux premières dignités par ses mœurs et par son savoir, si son attachement au Calvinisme ne l'en avoit fait éloigner. On a de ce savant plusieurs ouvrages de controverse et de littérature. On trouve dans les premiers bien des calomnies contre l'église Romaine ; dans les autres, il y a peu de goût et peu de philosophie. Les principaux sont : I. *Epistola de Graeis litteris*, et de *Homeri lectione et imitatione*, à la tête d'un livre d'*Adrien Junius*, *Copiacornus* ; Basilee, 1568, in-fol. II. *De Religionis conservatione et reformatione*, *deque primatu Regum* ; à Basle, 1559, in-8.º III. *De ratione interpretandi Auctores*, in-8.º IV. *Optimates*, sive *De nobilitate ejusque origine*, in-8.º V. *Jesuitismi pars prima et secunda*, in-8.º VI. *Pharissæismus vetus et novus*, in-8.º
**HUNAUD ou HUNALDE**, duc d'Aquitaine, fils d'*Eudes*, promit foi et hommage à *Pepin* ; mais dès que ce prince fut occupé contre les rebelles d'Allemagne, il se révolta en 743, entra sur les terres des François, et s'avança jusqu'à Chartres, qu'il prit et brûla. L'année suivante, il fut contraint de mettre bas les armes, et de donner des otages de sa fidélité. Alors, tournant sa fureur contre ses proches, il attira auprès de lui son frère *Hatton*, dont il étoit mécontent, et lui fit crever les yeux. Les remords de ce crime l'obligèrent de se faire moine dans le monastère de l'isle de Rhé. En 769, il voulut reprendre le gouvernement de ses états. *Charlemagne* marcha contre lui, et obligea le duc de Gascogne, auprès de qui *Hunaud* s'étoit retiré, de le lui livrer: mais il usa avec modération de la victoire, et permit à ce prince inconstant de se retirer à Rome. *Hunaud* ayant demeuré quelque temps dans cette ville, passa chez les Lombards, où il périt misérablement sous une grêle de pierres.
HUNGARIA, (Bernardin d') ainsi nommé, parce qu'il étoit du royaume de Hongrie, se fit capucin, et passa en qualité de missionnaire en Afrique. Il en remplit les fonctions avec beaucoup de zèle dans le royaume de Loango, et eut la satisfaction de baptiser le roi et la reine de cette vaste contrée. Ses missions ne se bornèrent pas à cette province, il pénétra fort avant dans l'intérieur de l'Afrique, pour gagner des ames à J. C. Revenu à Loango, il y mourut immédiatement après avoir célébré la messe, le 18 juin 1664. On a de cet homme apostolique, l'*Histoire* de son *Voyage* et de sa *Mission*, avec une relation des mœurs des habitans du Loango. L'abbé *Proyart* a donné une *Histoire* de ce pays, Paris, 1776, in-12.
HUNIADE, (Jean-Corvin) vaivode de Transylvanie, et général des armées de *Ladislas*, roi de Hongrie, fut un des plus grands capitaines de son siècle. Il combattit en héros contre les Turcs, et gagna des batailles importantes en 1442 et 1443, contre les généraux d'*Amurat*, qu'il obligea de se retirer de devant Belgrade, après un siège de sept mois. Il ne signala pas moins son courage l'année d'après à la bataille de Varnes, où *Ladislas* fut tué, et qui fut si fatale à la chrétienté. Nommé gouverneur de la Hongrie, il rendit son nom si redoutable aux Turcs, que les enfans mêmes de ces infidelles ne l'entendoient prononcer qu'avec frayeur, et qu'ils l'appeloient *Janius Laen*, c'est-à-dire *Jean le Seélerat*. Il fut néanmoins vaincu par les Turcs en 1448; mais il eut plus de bonheur dans la suite. Il empêcha *Mahomet II* de prendre Belgrade, que ce sultan avoit assiégé l'an 1456; et il mourut à Zeimplen, le 10 septembre de la même année. *Mahomet II* témoigna une douleur extrême de la perte de ce héros, qu'il appeloit le plus grand homme qui eût porté les armes. Il s'estimoit même malheureux, dit-on, « de ne trouver plus de tête assez illustre dans l'univers, contre laquelle il pût tourner ses armes, et venger l'affront qu'il avoit essuyé devant Belgrade. » Le pape *Caliste III* versa des larmes, lorsqu'il apprit la mort de ce général, et tous les Chrétiens en furent affligés.
HUNNERIC, roi des Vandales en Afrique, succéda à son père *Genseric*, en 477. Ce prince étoit infecté des erreurs de l'Arianisme. Il permit d'abord aux Catholiques le libre exercice de leur religion; mais il les persécuta dans la suite de la manière la plus emportée et la plus barbare. Il bannit 4966 ecclésiastiques, publia divers édits contre eux, et en fit mourir jusqu'à 40.000 par des tourniens inouis, à la persuasion des évêques Ariens. *Théodoric* son frère et ses enfans, le patriarche des Ariens, et tous ceux contre lesquels il avoit conçu quelques soupçons, furent les victimes de sa cruauté; il employoit indifféremment le fer et le feu pour la satisfaire. Ce furieux mourut la huitième année de son règne, l'an 448. Victor de Vite dit, qu'il fut mangé des vers qui sortoient de toutes les parties de son corps. Grégoire de Tours écrit, qu'étant entré en frénésie il se mangea les mains. Isidore ajoute, que ses entrailles sortoient de son corps, et qu'il eut la même fin qu'Arius, dont il avoit voulu établir la secte par tant de massacres. On ne peut nier que ce prince ne méritât de mourir d'une mort violente; mais il est difficile de concilier tant de récits différens, faits par des historiens dont le discernement est souvent en défaut.
HUNNIUS, (Gilles) ministre de Wittemberg, et théologien Luthérien, mort en 1603, à 53 ans, a beaucoup écrit contre les Calvinistes. On cite sur-tout son Calvinus Judaisans, Wittemberg, 1595, in-8.º Il y charge le réformateur de Genève, de toutes les hérésies possibles, et avec la violence la plus outrée. On a de lui d'autres Ouvrages de controverse, en 5 vol. in-folio, où il attaque également les Catholiques et les Calvinistes. Ils prouvent plus sa bile que ses lumières.
HUNNOLD, (François) né dans le pays de Nassau, entra chez les Jésuites, et se distingua par ses Sermons, qui sont peut-être les meilleurs parmi ceux qui ont été faits en Allemagne, vers le commencement du dernier siècle. Ils sont en 6 vol. in-folio, d'abord imprimés à Cologne et à Augsbourg. Les éditions en ont été multipliées dans différentes provinces d'Allemagne. On lui reproche de s'écarter quelquefois des plans qu'il annonce, et de ne choisir pas toujours bien les exemples qu'il apporte en preuve des vérités qu'il avance. Il mourut à Trèves en 1746.
HUNTER, (Guillaume) — célèbre médecin Anglois, né à Kilbride dans le comté de Lanerk en 1718, mort à Londres en 1783, fut président de la Société des médecins de cette ville, associé de celle de Paris, et de l'académie des Sciences. Il se distingua sur-tout comme professeur d'anatomie. Son Anatomie de l'Utérus, avec 34 planches, 1775, in-folio, est recherchée. On a encore de lui, divers Mémoires dans les Transactions Philosophiques. La Description de son cabinet de médailles, a paru en 1783, in-4.º Cette collection, à laquelle il sacrifia la moitié de sa fortune, est l'une des plus riches de l'Europe. Hunter ne fut pas moins bon chirurgien que sage médecin. Il observoit bien, et avoit le coup d'œil prompt et la tête froide. — Il ne faut pas le confondre avec Robert HUNTER, auteur d'une Lettre sur l'Enthousiasme, où l'on trouve des réflexions judicieuses. Celui-ci, après avoir rempli différens postes en Angleterre et en Amérique, mourut gouverneur de la Jamaïque en 1734. Voy. le Parallèle de Guillaume Hunter avec Desault à l'article de ce dernier.
HUNTINGTHON, Voyez HENRI, n° XXIII.
HUR, fils de Caleb, petit-fils d'Esron, étoit époux de Marie, sœur de Moïse, si l'on en croit Josèphe. Lorsque Moïse envoya Josué combattue contre les Amalécites, il monta sur la montagne avec Aaron et Hur. Pendant qu'il élevoit les mains en haut, priant le Seigneur, Aaron et Hur lui soutinrent les bras, afin qu'ils ne retombassent point, et que Dieu ne cessat d'être favorable aux Israélites.
HURAULT, Voy. II. HOSPITAL. I. HURAULT, (Philippe) comte de Chiverni, conseiller au parlement de Paris, ensuite maître des requêtes de l'hôtel, fit sa fortune en épousant une fille du président de l'hon. Ce magistrat lui céda la charge de chancelier du duc d'Anjou, qui, étant monté sur le trône de France sous le nom d'Henri III, le nomma garde des sceaux en 1578. Ses liaisons avec les Ligueurs le firent disgracier dix ans après; mais Henri IV le rappela. Ce ministre mourut le 30 juillet 1599, à 72 ans, avec la réputation d'un courtisan adroit et d'un homme vain. Le titre de comte le flattoit plus que celui de chancelier. Il a laissé des Mémoires, où l'on trouve bien peu de particularités curieuses. Ils sont connus sous le nom des Mémoires d'Etat de Chiverni. La meilleure édition est celle de 1636, in-4. On lit dans le même volume des Instructions politiques et morales, qui sont plus estimées que les Mémoires. Hurault ne laissa qu'un fils mort sans postérité en 1648. Mais il existe des branches collatérales de sa famille.
II. HURAULT, (Philippe) de la même famille que le précédent, devint évêque de Chartres, et acheta des héritiers de Brèves, ambassadeur à Constantinople, une riche bibliothèque, qui a passé à celle du roi, sous le règne de Louis XIII. Elle renfermoit quatre cent dix-huit volumes, et cent dix manuscrits syriaques, arabes, turcs et persans, avec les matrices des caractères de ces diverses langues.
HURÉ, (Charles) d'abord professeur d'humanités dans l'université de Paris, ensuite principal du collège de Boncourt, naquit à Champigny-sur-Yonne, d'un laboureur, en 1639, et mourut à Paris le 17 novembre 1717, à 78 ans, avec la réputation d'un bon humaniste et d'un ecclésiastique fervent. Il s'étoit proposé de ne rien ignorer de ce qui peut faire l'objet des connaissances théologiques, et il cultiva avec succès le champ aride des langues orientales. Il avoit puisé auprès des Solitaires de Port-Royal le goût de la piété et des lettres. Nous avons de lui: I. Un Dictionnaire de la Bible, en 2 vol. in-folio, 1715, beaucoup moins parfait et moins étendu que celui du savant Dom Calmet. II. Une édition latine du Nouveau-Testament, avec de courtes Notes estimées, en deux vol. in-12. III. La traduction françoise du Nouveau-Testament, et de ses Notes latines augmentées: Paris, 1702, quatre vol. in-12. Cette traduction est celle de Mons un peu retouchée. IV. Grammaire sacrée, on Règles pour entendre le sens littéral de l'Écriture sainte; Paris, 1707, in-12. Huré étoit un Quesnel un peu mitigé, suivant l'auteur du Dictionnaire des Livres Jansénistes: mais on sait quel cas on doit faire des jugemens d'un homme prévenu.
HURET, (Grégoire) graveur de Lyon, acquit de la réputation dans son art, et publia quelques *Ecrits* polémiques contre *Salto*, auteur du Journal des savans. Cet artiste est mort à la fin du dernier siècle. I. HURTADO, (Thomas) célèbre théologien de Tolède, enseigna à Rome, à Alcala, et à Salamanque, avec beaucoup de réputation, et mourut en 1659. On a delui, une *Philosophie* selon la doctrine de *St. Thomas*, production très-mauvais. On fait plus de cas de ses *Resolution* orthodoxo-morales, Coloniæ, 1653, in-fol. Il est encore auteur d'un traité *De unico Martyrio*, contre celui *De Martyrio per pestem*, du Jésuite *Théophile Raynaud*, qui lui répondit d'une manière victorieuse.
II. HURTADO, *Voyez* III. MENDOZA.
HURTRELLE, (Simon) sculpteur, né à Béthune, mort à Genevrellier près de Paris, en 1724, à 74 ans, orna les jardins de Versailles de ses ouvrages.
HUS, (Jean) naquit à Hus, petit bourg de Bohème, de parens de la lie du peuple. Ses talens le tirèrent de l'obscurité dans laquelle il étoit né; il devint recteur de l'université de Prague, et confesseur de *Sophie de Bavière*, épouse de *Venceslas*, roi de Bohème, sur laquelle il eut beaucoup d'ascendant. L'hérésiarque *Wiclef* avoit débité depuis peu ses erreurs; *Jean Hus* lut ses livres, et en prit tout le poison, en adoptant une partie des opinions du rêveur Anglois contre l'église Romaine. Il n'attaqua d'abord, ni le pouvoir que les prêtres ont d'absoudre, ni la nécessité du Sacrement de Pénitence, ni même le dogme des indulgences, pris en lui- même, mais il en condamna l'abus; il croyoit qu'on l'expliquoit mal aux Fidelles, et qu'ils comptoient trop sur ces indulgences; il croyoit, par exemple, qu'on ne pouvoit accorder des indulgences pour une contribution aux Croisades. Il prétendit qu'on n'abusoit pas moins du pouvoir de pardonner, et que le pape ex-communioit pour des causes trop légères, pour ses intérêts personnels. Il soutint qu'une pareille excommunication ne séparoit point les Fidelles du corps de l'église; et que puisque le pape pouvoit abuser de son pouvoir, lorsqu'il infligeoit des peines, c'étoit aux Fidelles à voir et à juger si l'excommunication étoit juste ou injuste, et que s'ils voyoient clairement qu'elle étoit injuste, ils ne devoient point la craindre. Ce principe portoit un coup mortel à l'autorité des papes et à celle du clergé; autorité que *Jean Hus* regardoit comme un obstacle invincible à la réforme qu'il souhaitoit qu'on établit. Il tourna donc tous ses efforts vers cet objet, et pour rassurer les consciences contre la crainte de l'excommunication, il entreprit de faire voir que l'excommunication injuste ne séparoit, en effet, personne de l'église. C'est ce qu'il se proposa d'établir dans son traité de l'Église. « La base de ce traité, c'est que l'Église est un corps mystique, dont JÉSUS—CHRIST est le chef, et dont les justes et les prédestinés sont les membres: comme aucun des prédestinés ne peut périr, aucun des membres de l'église n'en peut être séparé par aucune puissance; ainsi l'excommunication ne peut exclure du salut éternel. Les réprouvés n'appartiennent point à cette 346 H U S église ; ils n'en sont point de vrais membres ; ils sont dans le corps de l'église, parce qu'ils participent à son culte et à ses Sacremens ; mais ils ne sont pas pour cela du corps de l'église, comme les humeurs vicieuses sont dans le corps humain, et ne sont point des parties du corps humain. Le pape et les cardinaux composent donc le corps de l'église, et le pape n'en est point le chef. Cependant le pape et les évêques, qui sont les successeurs des apôtres dans le ministère, ont le pouvoir de lier et de délier ; mais ce pouvoir n'est, selon *Jean Hus*, qu'un pouvoir ministériel, qui ne lie point par lui-même : car le pouvoir de lier n'a point plus d'étendue que le pouvoir de délier ; et il est certain que le pouvoir de délier n'est dans les évêques et dans les prêtres, qu'un pouvoir ministériel, et que c'est J. C. qui délie en effet, puisque pour justifier un pécheur, il faut une puissance infinie qui n'appartient qu'à Dieu : de là *Jean Hus* conclut que la contrition suffit pour la rémission des péchés, et que l'absolution ne remet pas nos péchés, mais les déclare remis. Le pape et les évêques abusent, selon *Jean Hus*, de ce pouvoir purement ministériel ; et l'église ne subsisteroit pas moins quand il n'y aurait ni pape, ni cardinaux. Les Chrétiens ont dans l'Écriture un guide sûr pour se conduire : il ne faut pourtant pas croire que les évêques n'aient aucun droit à l'obéissance des Fidelles ; sans doute, les Fidelles doivent leur obéir : mais cette obéissance ne doit pas s'étendre jusqu'aux ordres manifestement injustes, et contraires à l'Écriture : car l'obéissance que les Fidelles doivent est une obéissance raisonnable. Tous ces sujets sont traités avec assez d'ordre et de méthode par *Jean Hus* : on y trouve des invectives grossières ; c'était le ton du siècle, et les livres de *Jean Hus* ont servi de répertoire aux réformateurs qui l'ont suivi. » (*Pluquet*, Dictionnaire des hérésies.) On dénonça ces opinions au pape *Jean XXIII*, et on cita l'auteur à conjurore vers l'an 1411. Il ne comparut point. On assembla cependant le concile de Constance. L'empereur *Sigismond*, frère de *Vencelas*, roi de Bohème, l'engagea à aller se défendre dans ce concile. L'hérésiarque Bohémien y vint en 1414, avec toute la confiance d'un homme qui n'aurait en rien à se reprocher. Dès qu'il fut arrivé, les Pères l'entendirent. Après lui avoir fait la lecture de vingt-six articles erronés tirés de son ouvrage sur l'Église, le cardinal de Cambrai lui dit : « Vous voyez de combien de crimes atroces vous êtes accusé ! c'est à vous de bien examiner ce que vous devez faire. Vous avez à choisir entre deux partis : ou de vous soumettre humblement à la sentence et au jugement du concile, ou de vous résoudre à subir la peine que mérite votre obstination. Répondez. — *Jean Hus* répondit : Je suis prêt à recevoir du concile toutes les lumières qu'il voudra bien me donner ; mais je vous conjure, au nom de Dieu, notre père commun, de ne pas me forcer à blesser ma conscience, et à mettre en danger mon salut éternel : je le ferois en abjurant les articles qu'on vient de me proposer. Si quelqu'un m'enseigne quelque chose de meilleur, je suis prêt à faire sincèrement ce qu'on exi- gera de moi. Quant aux articles qu'on m'impute, je ne dois ni ne puis les abjurer, sans donner à entendre que j'en suis l'auteur. — Mais, répliqua l'Empereur, quelle répugnance trouvez-vous à renoncer aux articles qui vous sont attribués? Pour moi, je suis dans la disposition d'abjurer toute sorte d'erreurs : s'ensuit — il, de là, que je les aie défendues? » Comme Jean Hus persistoit dans son opiniâtreté, on le reconduisit en prison. L'empereur, les princes, les prélats, eurent beau lui demander une rétractation : caresses, menaces, excommunication, châtimens, rien ne put l'engager à se soumettre. Il fut enfin condamné dans la 15e session à être dégradé, et ses livres à être brûlés. Après la cérémonie de la dégradation, on mit sur sa tête une mitre de papier, haute d'une coudée, en forme pyramidale, sur laquelle on avoit peint trois Diables, avec cette inscription : L'HERESTARQUE. Dès ce moment, l'Eglise se dessaisit de lui et le livra au bras séculier. Le magistrat de Constance, à qui l'empereur l'avoit remis, le condamna à expirer dans les flammes. Les valets de ville se saisirent aussitôt de lui ; et après l'avoir fait passer devant le palais épiscopal pour voir brûler ses livres, ils le conduisirent au lieu du supplice. Son obstination l'y suivit : il crioit au peuple que s'il étoit condamné, ce n'étoit pas pour ses erreurs, mais par l'injustice de ses ennemis. Enfin, après qu'on l'eut attaché au poteau, et qu'on eut préparé le bois, l'électeur Palatin et le maréchal de l'empire l'exhortoient encore à se rétracter : il persista ; et l'électeur s'étant retiré, on alluma le feu. Un gros tour- tour-billon de fumée, poussé par le vent contre son visage, l'étouffa dans l'instant, en 1415. Ses cendres furent soigneusement ramassées, et on les jeta dans le Rhin, de peur que les sectateurs de ce fou ne les recueillissent pour en faire des reliques. Æneas Sylvius dit que les Hussites raclèrent la terre dans l'endroit où leur maître avoit été brûlé, et qu'ils l'emportèrent précieusement à Prague. Cet auteur ajoute, que jamais les Sages de l'antiquité ne souffrirent la mort avec plus de constance. Jean Hus laissa des Commentaires sur divers morceaux de l'Écriture-Sainte, et plusieurs Traités dogmatiques et moraux, dont quelques-uns furent écrits pendant sa prison. La conduite du concile à l'égard de cet enthousiaste, muni d'un sauf-conduit de l'empereur, fit beaucoup murmurer dans le temps. Bien des gens en sont encore étonnés aujourd'hui; mais il faut faire attention. 1.º Que ce sauf-conduit ne lui avoit été donné que pour venir se justifier au concile : il n'y a donc point d'apparence, que l'intention de Sigismond ait été de prendre Jean Hus sous sa protection en cas qu'il fût condamné par le concile. 2.º Le sauf-conduit ne dit point que l'on ne pourra arrêter Jean Hus, quelque jugement que le concile porte sur sa doctrine et sur sa personne : il n'est donné que pour la route, depuis Prague jusqu'à Constance, dans laquelle il étoit difficile de voyager, surtout pour Jean Hus, qui avoit un grand nombre d'ennemis en Allemagne, depuis qu'il avoit fait ôter aux Allemands les privilèges dont ils jouissoient dans l'université de Prague, de laquelle tous les Allemands s'étoient retirés 348 H U S 3.º Jean Hus lui-même ne croyoit point que le sauf-conduit qu'il avoit demandé et obtenu, lui assurât l'impunité de sa résistance au concile, quel que fût le jugement du concile; on le voit par les lettres qu'il écrit avant que de partir pour Prague. Il dit dans une de ses lettres, qu'il s'attend à trouver dans le Concile plus d'ennemis que J. C. n'en trouva dans Jérusalem. Dans cette même lettre, Jean Hus demande à ses amis le secours de leurs prières, afin que s'il est condamné, il glorifie Dieu par une fin chrétienne. Il y parle de son retour comme d'une chose fort incertaine. Est-ce là le langage d'un homme qui croit avoir un sauf-conduit capable de le mettre à l'abri des suites du jugement du concile? On remarquera, avant de finir cet article, que le concile condamna les propositions de Jean Hus, sans les qualifier chacune en particulier. C'est la première et l'unique fois qu'un concile général ait suivi cette méthode; mais on crut devoir en user ainsi, parce qu'il s'agissoit de propositions révoltantes, et manifestement contraires à la doctrine catholique. Des cendres de cet hérésiarque, sortit une guerre civile. Ses sectateurs, au nombre de quarante mille, remplirent la Bohème de sang et de carnage. Tous les prêtres qu'ils rencontroient, payoient de leur tête la rigueur des magistrats de Constance. L'édition des Ouvrages de cet hérésiarque, faite à Nuremberg, en 2 vol. in-folio, 1558, redonnée en 1715, et qui comprend sa Vie et celle de Jérôme de Prague, est recherchée par ceux qui s'intéressent à la mémoire de ces deux hérétiques.
HUSSEIN, favori d'Ibrahim, empereur des Turcs, avoit été berger. Comme il faisoit paître son troupeau près de la prison de ce prince, il l'avoit diverti par ses chansons rustiques, et par les airs qu'il jouoit sur son flageolet. Ibrahim ne fut pas plutôt sorti de son cachot et élevé sur le trône, qu'il fit Hussein son confident. Ce favori abusa des faveurs de son prince, et fit même étrangler le grand visir Méhemet. Cette barbarie lui attira la haine du peuple, qui le mit en pièces l'an 1648. H U S Z T I, (André) fut long-temps professeur de belles-lettres à Coloswar ou Clausenbourg en Transylvanie; mais ayant été cité par le synode de la confession helvétique, à cause de sa mauvaise vie, et n'ayant point comparu, il fut privé de son emploi et excommunié par ce synode, l'an 1742. Il mena pendant quelque temps une vie errante, et embrassa enfin la religion Catholique, ce qui lui procura un emploi honorable à Alba-Julia, aujourd'hui Carlsbourg. La sainteté de cette religion ne réforma point ses mœurs; il continua à vivre dans la crapule: on le chassa, et il erra de nouveau jusqu'à sa mort, arrivée l'an 1755. On a de lui: I. Jurisprudentia Hungarico-Transylvanica, Hermanstadt, 1742, in-4°, très-estimé. II. Dacia vetus et nova. C'est une histoire de la Transylvanie, appuyée sur des monumens peu authentiques. III. Commentarii de rebus Hunnorum. Ces deux derniers ouvrages sont manuscrits. Le P. Pray, savant Jésuite, fait un grand éloge de ces Commentaires, et dit en avois beaucoup profité pour ses Annales Hunnorum.
HUTCHESON, (François) originaire d'Écosse, né en 1694 dans le nord de l'Irlande, fut appelé en 1729, à Glasgow pour y professer la philosophie. Il y remplit ce poste avec distinction, jusqu'en 1747, qu'il mourut à 53 ans. On a de lui: I. Un Système de Philosophie morale, publié après sa mort à Glasgow, en 1755, in-4°, par François Hutcheson, son fils, docteur en médecine; et traduit en françois par M. Eidous, à Lyon, 1770, 2 vol. in-12. II. Recherches sur les idées de la Beauté et de la Vertu, etc. Hutcheson établit dans cet ouvrage le sens moral, par lequel nous distinguons le bien du mal. III. Essai sur la nature et sur la conduite des Passions et des affections, avec des éclaircissements sur le sens moral, 1728. Cet ouvrage soutint la réputation de l'auteur qui avoit du talent pour la métaphysique. C'étoit un philosophe chrétien, qui joignoit à un génie plein de sagacité, les vertus que la religion inspire. Il donnoit, chaque dimanche, un Discours sur l'excellence et la vérité du Christianisme.
HUTCHINSON, (François) naturaliste Anglois, s'attacha particulièrement aux fossiles. Ses ouvrages forment 12 vol. in-8°, 1744 à 1748. Il mourut en 1737, à 63 ans.
HUTINOT, (Louis) sculpteur de Paris, mort en 1679, âgé de 50 ans. Cet artiste avoit du talent; mais il vint dans un siècle trop fécond en grands hommes, pour pouvoir primer. Il y a de lui, dans les jardins de Versailles, une figure représentant Cérès. I. HUTTEN, (Ulric de) poète Latin, né dans le château de Steckelberg, en 1488, servit en Italie dans l'armée de l'empereur Maximilien, qui lui conféra la couronne poétique. L'impétuosité de son caractère lui fit des ennemis presque par-tout. Il mourut d'une maladie honteuse, le 23 août 1523, à 36 ans, après avoir mené une vie inquiète et agitée. Il publia, le premier, en 1518, deux livres de Tite-Live, qui n'avoient point encore vu le jour. Il a aussi travaillé aux Epistolæ obscurorum Virorum. Voyez GRAHUS. On a encore de lui: I. De Guaiaci medicind, in-8°, réimprimé dans le recueil des Traités de la maladie Vénérienne, Leyde, 1728, 2 vol. in-folio. L'auteur, dans son Épître dédicatoire, avoue qu'il a eu longtemps à souffrir de cette maladie. II. Des Poésies qui parurent à Francfort, en 1538, in-12. III. Des Ecrits contre le duc de Wittemberg, très-rares, et imprimés à Steckelberg, 1519, in-4°. Ils roulent sur l'assassinat de son cousin Jean Hutten, grand maréchal de sa cour, dont la femme étoit aimée du duc. On a de lui, deux autres Pièces en vers sur cette mort, publiées dans les Vitæ summorum Virorum, à Cologne, 1735, in-4°. IV. Des Dialogues en latin sur le Luthéranisme, 1520, in-4°, qui sont au nombre des livres rares. Après avoir long-temps balancé, il se déclara entièrement pour cette secte. On peut voir sa Vie par Burchard, Wolfembutel, 1717, in-12; et dans le tome quinzième des Mémoires de *Nicoron*, un article curieux sur *Hutten*.
IL HUTTEN, (Jacob) enthousiaste Silésien du 18$^{e}$ siècle, disciple de *Storck*, fut après lui, l'un des chefs des Anabaptistes. Il acheta dans la Moravie un terrain assez étendu et dans un canton fertile, mais inculte; et après avoir rassemblé des frères, il leur proposa un symbole et des lois. Ce symbole portoit, dit l'abbé *Plaquet*, que nous suivons dans tout cet article : 1.º « Que DIEU, dans tous les siècles, s'étoit choisi une nation sainte, dépositaire du vrai culte : et ce peuple chéri étoit sans doute celui que *Hutten* avoit réuni en Moravie. 2.º Qu'il faut regarder comme impies toutes les sociétés qui ne mettent pas leurs biens en commun ; qu'on ne peut pas être riche en particulier, et chrétien tout ensemble. 3.º Que JÉSUS-CHRIST n'est pas Dieu, mais prophète. 4.º Que des Chrétiens ne doivent pas reconnoître d'autres magistrats que les pasteurs ecclésiastiques. 5.º Que toutes les marques extérieures de religion sont contraires à la pureté du christianisme, dont le culte doit être dans le cœur ; et qu'on ne doit pas conserver d'images, puisque Dieu l'a défendu. 6.º Que tous ceux qui ne sont pas rebaptisés, sont de véritables infidelles, et que les mariages contractés avant la nouvelle régénération, sont annullés par l'engagement que l'on prend avec Jésus-Christ. 7.º Que le Baptême n'effaçoit pas le péché originel, ni ne conféroit la grace, qu'il n'étoit qu'un signe par lequel tout Chrétien se livroit à l'Eglise. 8.º Que la Messe est une invention de *Satan*, le Pur- patoire une rêverie, et l'invocation des Saints une injure faite à Dieu ; que le corps de JÉSUS-CHRIST n'est pas réellement présent dans l'Eucharistie. » Les *Frères de Moravie*, car c'est ainsi qu'ils s'appeloient, n'accordoient le baptême qu'aux adultes. Ils recevoient la cène deux fois l'année. C'étoit presque leur seul exercice de religion. Ils s'assembloient cependant tous les mercredis et tous les dimanches dans des maisons particulières, pour entendre de mauvais sermons prêchés sans ordre et sans préparation. Ils habitoient toujours la campagne, et exploitoient les terres des gentilhommes, qui les prenoient de préférence pour leurs fermiers, parce qu'ils étoient remplis de probité, et excellens travailleurs. Lorsqu'une colonie s'étoit chargée de faire valoir un domaine, elle vivoit en commun ; ne souffrant parmi elle aucun homme oisif. Dès le matin, après une prière que chacun faisoit en secret, les uns se répandoient à la campagne pour la cultiver, d'autres exerçoient dans des ateliers les métiers qu'on leur avoit appris. Personne n'étoit exempt du travail ; ainsi lorsqu'un homme de condition s'étoit fait Frère, ou le réduisoit, selon l'arrêt du Seigneur, à manger son pain à la sueur de son front. Tous les travaux se faisoient en silence, c'étoit un crime de le rompre au réfectoire. Avant que de toucher aux viandes, chaque frère prioit en secret, et demeuroit près d'un quart-d'heure les mains jointes sur la bouche, dans une espèce d'extase. On ne sortoit point de table, qu'on n'eût prié en secret un quart d'heure. Après le repas, chacun reprenoit son travail. Le silence étoit observé vignoureusement aux écoles parmi les enfans. On les auroit pris pour des statues, qui avoient la même parure; car tous les frères et toutes les sœurs avoient des habits de la même étoffe, et taillés sur le même modèle. Les mariages n'étoient point l'ouvrage de la passion ou de l'intérêt. Le supérieur tenoit un registre des jeunes personnes des deux sexes qui étoient à marier : le plus âgé des garçons étoit donné à tour de rôle pour mari à la plus âgée des filles. Celle des deux parties qui refusoit de s'allier avec l'autre, passoit au dernier rang de ceux qui devoient être mariés; alors on attendoit que le hasard assortit ces personnes. Le jour des noces étoit célébré avec peu d'appareil, seulement l'économe commun augmentoit de quelques mets le repas des nouveaux époux, et ce seul jour-là étoit pour eux un jour de fête. On les exemptoit de travail. Alors on leur assignoit une hutte séparée dans l'enclos, à condition que la femme se trouveroit tous les jours à son poste dans la salle des travaux, et que le mari se transporteoit à l'ordinaire à la campagne ou dans son atelier, pour s'acquitter de ses emplois. Le vice n'avoit point corrompu ces sociétés; on n'y voyoit aucune trace des dérèglements qu'on reprochoit aux autres Anabaptistes. Cependant ils furent persécutés. L'empereur Ferdinand envoya des soldats pour les chasser de leur désert. Hatton donna lieu à cette persécution par ses déclamations contre les magistrats, et par la manie qu'il avoit d'établir une parfaite égalité parmi les hommes. On prétend qu'il fut brûlé à l'inspruce; mais ce fait est contesté. Quoi qu'il en soit, après sa mort le luxe s'introduisit parmi ses disciples, et y attira tous les vices.
HUTTERUS, (Élie) théologien Protestant, né à Ulm vers l'année 1554, et mort à Nuremberg vers 1602, à 48 ans, consacra ses jours à l'étude des langues. Il parvint à apprendre toutes celles de l'Occident et de l'Orient. Les fruits de cette étude furent les ouvrages suivants : I. Une édition de la Bible en hébreu, intitulée : Via Sancta, sive Biblia sacra Hebræa veteris testamenti, etc. in-fol. Elle est remarquable par le Pseanme 117, qui se trouve à la fin en trente langues différentes; elle l'est encore en ce que les lettres radicales sont imprimées en caractères noirs et pleins, les serviles en caractères creux et pleins, et les quiescentes et déficientes en petits caractères en-dessus de la ligne. Cette méthode fut approuvée des uns et blâmée des autres. II. Deux Polyglottes. La première, en quatre langues, parut à Hambourg en 1596, en 3 vol. in-fol. La deuxième parut à Nuremberg en 1599. Elle comprend l'hébreu, le chaldéen, le grec, le latin et l'allemand de la version de Luther. On y trouve encore ou le sclavon ou le françois, ou l'italien, ou le saxon, suivant que les exemplaires ont été destinés particulièrement à ces diverses nations; mais il n'y a d'imprimé en ces quatre dernières langues que le Fentateugus les livres de Josué, des Juges et de Ruth. Ces Polyglottes sont aujourd'hui presque oubliées. Les savans n'y ont pas trouvé assez de choix pour les versions, et l'éditeur a corrigé trop hardiment le travail des autres. III. Un 352 H U Y Nouveau-Testament, en douze langues, Nuremberg, 1599, 2 vol. in-fol. ou 4 vol. in-4.º — Il ne faut pas le confondre avec Léonard HUTTERUS, mort professeur de théologie à Wittemberg en 1616, dont on a : Ilias malorum Regis Pontifco-Romani, 1609, in-4.º I. HUYGHENS, (Chrétien) Hughenius, vit le jour à la Haye en 1629, de Constantin Huyghens, gentilhomme Hollandois, connu par de mauvaises Poésies latines, qu'il a très-bien intitulées : Momenta desultoria, 1655, in-12. Chrétien montra, dès son enfance, les plus heureuses dispositions pour les mathématiques, et fit de grandes découvertes dans cette science. Après avoir parcouru le Danemarck, l'Allemagne, l'Angleterre, la France, il fut fixé à Paris par une forte pension que Colbert lui fit donner, et par une place à l'académie des Sciences. Il avoit déjà été reçu de la Société royale de Londres, et il méritoit de l'être de toutes les Sociétés consacrées à la physique et aux mathématiques. Il découvrit, le premier, un Anneau et un quatrième Satellite autour de Saturne. On lui est redevable des horloges à pendule; mais c'est à tort qu'il prétendit avoir trouvé le premier la Cicloïde, inventée pour en rendre toutes les vibrations égales. Le Traité qu'il donna sur cette découverte, que l'abbé de Hautefeuille lui a disputée, vit le jour à Paris, en 1673, in-fol., sous le titre d'Horologium oscillatorium. Voy. HAUTEFEUILLE et HOOKE. On lui doit encore des Télescopes, plus parfaits que ceux qu'on avoit vus avant lui. Voyez DIVINI. Cet habile homme mourut à la Haye le 8 juin 1695, à 66 ans. Son caractère étoit aussi simple que son génie étoit supérieur. Quoi-que passionné pour le cabinet et pour la vie méditative, il n'avoit point cette humeur sauvage que les livres inspirent, lorsqu'on ne voit qu'eux. Il n'ambitionnoit qu'une vie paisible : passion d'un vrai philosophe, qui ne connoit de bien dans ce monde que la tranquillité d'esprit. Ses ouvrages ont été rassemblés dans deux recueils; le premier intitulé : Opera varia, 1724, 2 vol. in-4°, à Leyde; et le second : Opera reliqua, 1728, en 2 vol. in-4°, à Amsterdam. C'est le célèbre s'Gravesande qui dirigea l'édition de ces deux recueils; il y fit plusieurs additions tirées des manuscrits de l'auteur. C'est à tort que les Dictionnaires Historiques de Ladvocat et de Barral disent, que son Traité de la pluralité des Mondes a servi de canevas à l'ouvrage de Fontenelle sur le même sujet. Celui-ci avoit vu le jour en 1686, et le livre d'Huyghens ne parut qu'en 1698, c'est-à-dire douze ans après. Quoi-qu'il ne soit point écrit avec élégance, il fut traduit en françois par Dufour, ordinaire de la musique du roi, 1702, in-12. Voyez FONTENELLE.
II. HUYGHENS, (Gommare) né à Lier, dans le Brabant, en 1631, professa la philosophie avec distinction à Louvain, et mourut dans cette ville le 27 octobre 1702, à 71 ans, président du collège du pape Adrien VI. C'étoit un homme d'un zèle ardent, de mœurs très-pures, intimement lié avec Arnauld et Quesnel, dont il défendit la cause avec feu. Il refusa d'écrire J'écrire contre les quatre articles du Clergé de France; refus qui indispose contre lui la cour de Rome. On a de Huyghens: I. Methodus remittendi peccata, 1674 et 1686, in-12. Cet ouvrage a été traduit en françois, aussi in-12. Le Jansénisme y est répandu à pleines mains, à ce que dit l'auteur du Dictionnaire des Livres Jansénistes; d'autres ont pensé que ce n'étoit que l'Anti-Jésuitisme. II. Conferentiæ Theologicæ, 3 vol. in-12. III. Des Thèses sur la Grace, in-4.º IV. Un Cours de Théologie, publié sous le titre de Breves observationes: il est pourtant en 15 vol. in-12
HUYSUM, (Jean) Voyez VAN-HUYSUM. I. HYACINTHE, (Mythol.) fils d'Amiclès roi de Sparte, d'autres disent d'Ébalus, roi d'Amycle en Laconie, fut aimé d'Apollon et de Zéphire. Comme il montroit plus d'inclination pour le premier, l'autre en conçut de la jalousie; et pour s'en venger, un jour qu'Apollon jouoit au disque ou au palet avec Hyacinthe, il poussa violemment contre la tête de celui-ci le palet qu'Apollon venoit de lancer, et le tua. Le Dieu, inconsolable de la mort de son ami, changea son sang en une fleur qui porte son nom.
II. HYACINTHE, (Saint) religieux de l'ordre de Saint-Dominique, né à Sasse en Silésie, l'an 1183, de l'ancienne famille des Oldrovanski, prit l'habit des mains de ce saint fondateur à Rome, en 1218. De retour dans son pays, il y fonda divers monastères de son ordre; alla prêcher la foi dans le Nord, où il convertit un nombre infini d'infidèles et de schismatiques; et mourut le 15 août 1257, à 74 ans, à Cracovie, dont son oncle avoit été évêque. Clément VIII le canonisa en 1594.
III. HYACINTHE de l'Assomption. Voyez MONTARGON.
HYACINTHIDES. Les filles d'Erectée ou Érictée, roi d'Athènes, s'étant généreusement dévouées pour le salut de leur patrie, reçurent ce surnom, à cause du lieu où elles furent immolées; cet endroit étant appelé Hyacinthe.
HYAGNIS, (Mythol.) père de Marsias, vaincu par Apollon, inventa, selon Plutarque, la flûte et l'harmonie Phrygienne, environ 1500 ans avant J. C.
HYARBAS, Voy. HIARBAS.
HYAS, (Mythol.) fille d'Ethra, fut dévorée par un lion. Elle avoit sept sœurs, qui en moururent de douleur; mais Jupiter les changea en sept étoiles, qu'il plaça sur le front du tanreau, où elles continueront de pleurer. C'est pour cela qu'on les appela Hyades, d'un nom grec signifiant pleuvoir. Les Latins leur donnèrent le nom de Guenles. D'autres disent que les Hyades étoient les mournés, les Bacchus, et les mettent au nombre des Nymphes appelées Dodonides, de Dodone, ville d'Épire; ils ajoutent que Jupiter, pour les soustraire à la colère de Jason, les changea en étoiles. I. HYAS, (Edouard) comte de Clarendon, né en 1608 dans le Vignature, fut chancelier d'An- gleterre sous Charles II. La guerre ruineuse avec la Hollande, terminée en 1667 d'une manière peu avantageuse, avoit aigri l'humeur inquiète des Anglois. Charles, pour les calmer, leur sacriba Clarendon, dont la vertu lui étoit devenue importune. Dans une cour dissolue, ce ministre avoit conservé des moeurs austères. Il n'avoit aucune complaisance pour les maîtresses du roi: il génoit ses plaisirs, et s'opposoit à ses prodigalités. Le peuple cependant n'étoit pas favorable à ce chancelier, qui parloit souvent pour lui. Clarendon avoit même (ce qui arrive ordinairement aux gens en place) tous les partis contre lui. Les Presbytériens lui reprochoient la persécution, et ce reproche étoit fondé. Les Catholiques connoissant son zèle pour l'église nationale, et désespérant d'obtenir la tolérance, se plaignoient de son inflexibilité. Quoique la guerre de Hollande eût été entreprise contre son avis, on lui en attribuoit le peu de succès, parce qu'on vouloit le trouver coupable. Les sceaux lui furent donc ôtés, le 31 août 1667. Aussitôt un membre des communes se déclara son accusateur. L'accusation rouloit sur dix-sept articles, dont le plus grave étoit la vente de Dunkerque, conseillée à Charles II, ou plutôt non désapprouvée par le chancelier. La chambre haute, sachant qu'un conseil ou une approbation ne sont pas des crimes capitaux, refusa de faire arrêter Clarendon, qui aima mieux se retirer que de se défendre. Le parlement le bannit, et le roi donna son consentement au bill. Le chancelier passa en France et se fixa à Rouen, où il mourut le 10 décembre 1674, à 66 ans, avec la réputation d'un sage, d'un homme d'état et d'un illustre citoyen. Il avoit passé sa jeunesse dans l'étude des lois, et peu de jurisconsultes connoissoient aussi bien celles de sa patrie. Son père l'exhortoit souvent à ne point relever l'autorité royale aux dépens de la liberté publique, et il mourut d'apoplexie, un jour qu'il lui répétoit cette leçon. Un accident si terrible s'imprima profondément dans le cœur du fils. Son zèle pour son souverain fut toujours celui d'un Anglois attaché aux principes de la constitution nationale; et c'est peut-être cette façon de penser qui contribuait à sa disgrace auprès de Charles II. On a de lui: I. L'Histoire des guerres civiles d'Angleterre, depuis 1641 jusqu'en 1650, 3 vol. in-fol., à Oxford, 1704, en anglois; et à la Haye, en 6 vol. in-12, en françois. C'est un des meilleurs morceaux d'histoire que l'Angleterre ait produits. II. Divers Discours au Parlement, et d'autres ouvrages, dans lesquels il fait paroître les sentimens d'un honnête homme et d'un bon patriote. Il eut beaucoup de part à la Polyglotte d'Angleterre. Henri, son fils, né en 1638, mort en 1709, fut en faveur sous Jacques II, et persécuté sous Guillaume III. On a publié sa Correspondance pendant son gouvernement d'Irlande, depuis 1687, jusqu'en 1690, Oxford, 1763, 2 vol. in-4.
II. HYDE. (Thomas) né à Billingsley en Angleterre, l'an 1636, fut premier bibliothécaire de la bibliothèque Bodleienne, dont il donna le Catalogue in-fol., imprimé à Oxford en 1674. En 1691, il devint pro- festeur d'Arabe dans l'université de cette ville. Il s'est fait un nom par son *Traité de la Religion des anciens Perses*, in-4°, à Oxford, 1700. Cet ouvrage écrit en latin, renferme une érudition étonnante. Je ne voudrois pourtant pas dire qu'il n'y a point de Persan qui ait connu la religion de Zoroastre comme ce savant, ainsi que l'assure l'auteur du *Siècle de Louis XIV*. Son ouvrage est écrit d'ailleurs d'une manière confuse. Il est rare, de la première édition; mais on l'a réimprimé en 1760, in-4°. Hyde mourut le 18 février 1703, à 67 ans, chanoine d'Oxford. Il étoit extrêmement laborieux: la seule liste des ouvrages qu'il laissa en manuscrit, on qu'il compila sur d'autres livres, formeoit un catalogue considérable. Il possédoit le Chinois presqu'aussi bien que le Persan. On a encore de lui: I. *De ludis Orientalibus*, Oxonii, 1694, 2 vol. in-8°. II. La traduction latine de la *Cosmographie d'Abraham Périssol*, imprimé en hébreu et en latin, à Oxford, 1691, in-4°. III. *De herba CHA collectione, cum Epistola de mensuris Chinesium*, Oxonii, 1688, in-8°... *Grégoire Sharp* a donné le recueil de ses *Dissertations* avec sa *Vie*, Oxford, 1767, 2 volumes in-4°.
HYDULPHE, (Saint) *Voy*. HIDULPHE.
HYGIE, *Voy*. SALUS. I. HYGIN, (Saint) fut chargé du gouvernement de l'Église, après la mort du pape *St. Télesphore*, l'an 139, et mourut en 142. Ce fut de son temps que *Valentin* et *Cerdon* allèrent à Rome. Les deux *Décrétales* qu'on lui attribue sont supposées, et ce qu'on dit de son martyre n'est nullement certain.
II. HYGIN, (C. Jules) grammairien célèbre, affranchi d'*Auguste*, et ami d'*Ovide*, étoit d'Espagne, selon les uns, et, selon d'autres, d'Alexandrie, d'où *Jules César* l'avoit amené à Rome après la prise de cette ville. On lui attribue: I. *Des Fables, cum notis Variorum*, à Hambourg, 1674, in-8°; et dans les *Mythographi latini*, Amsterdam, 1681, 2 vol. in-8°, qui se joignent aux *Auteurs cum notis Variorum*, et qui ont été réimprimés à Leyde, 1742, en 2 vol. in-4°. II. *Astronomiæ Poeticæ libri IV*, à Venise, 1482, in-4°. Mais ces ouvrages sont de quelque écrivain du Bas-Empire: la barbarie du style en est la preuve.
HYLARET, (Maurice) né à Angoulême en 1539, prit l'habit de Cordelier en 1551, et se distingua comme théologien et comme prédicateur. Pendant les troubles qui agiterent la France, il se laissa entraîner par l'esprit de faction qui animoit alors la plupart des religieux. Il fut même un des plus ardens promoteurs de la Ligue, par ses sermons séditieux, et par les confréries du *Nom de Jésus*, et du *Cordon de St. François*. A sa mort, arrivée en 1591, à 52 ans, les Ligueurs en firent un autre *St. Paul*, et poussèrent la sottise et l'impété jusqu'à dire « qu'il faisoit, dans le Ciel, la *Seconde Trinité* avec les *Guises*. » On a de lui, des *Homélies* en latin, publiées en différens temps à Paris et à Lyon, en 5 vol. in-8°. Elles donnent une très-mauvaise idée du goût, du jugement et des lumières de l'auteur. Le fanatisme y perce à cha- 356 H Y L que page. On y trouve beaucoup de traits d'indécence et mille faibles ridicules.
**HYLAS**, (Mythol.) fils de *Théodamas*, roi de Mysie, fut enlevé par *Hercule*. Ce héros, s'étant enfui de *Calydon* avec *Déjanire* et son fils *Hyllus*, envoya demander, en passant, au roi *Théodamas*, de quoi donner à manger au jeune *Hillus*, qui avoit faim. Le roi l'ayant refusé, *Hercule* lui prit un de ses bœufs, l'égorgea et le fit cuire. *Théodamas*, irrité de cette violence, fit prendre les armes à ses sujets, et marcha contre *Hercule*. Le héros les mit en fuite, tua *Théodamas*, et emmena son fils *Hylas*, qu'il aima si tendrement, qu'il fut de tous ses voyages, et même de celui des Argonautes, pour la conquête de la Toison d'or. *Hercule* ayant cassé sa rame, sortit du vaisseau avec *Hylas*, pour en couper une dans les forêts de la Mysie. La chaleur étoit extrême, et le héros, tourmenté de la soif, envoya *Hylas* avec un vase, puiser de l'eau dans le fleuve Ascanius, qui étoit proche, mais dont les rives étoient escarpées. *Hylas*, en se baissant, tomba dans le fleuve et se noya. C'est ce qui a donné lieu aux poètes de dire que les Nymphes l'avoient enlevé. *Hercule* ne le voyant point revenir, fut si touché de l'avoir perdu, que laissant les Argonautes continuer leur route, il parcourut toute la Mysie pour le chercher.
**HYLÉE**, (Mythol.) nom d'un Centaure que *Pirithoüs* avoit invité à ses noces. On dit qu'étant échauffé par les fumées du vin, il voulut faire violence à une des Nymphes qui étoient du festin, et qu'il fut assommé par les Lapithes.
**HYLLUS**, (Mythol.) étoit fils d'*Hercule* et de *Déjanire*. Après la mort de son père, il épousa *Iole*; mais *Euristhée* le chassa, aussi bien que le reste des Héraclides. Il se sauva à Athènes, où il fit bâtir un temple à la Miséricorde, dans lequel les Athéniens voulurent que les criminels trouvassent un refuge assuré. **I. HYMENÉE ou HYMEN**, (Mythol.) Divinité qui présidait aux noces; il étoit fils de *Bacchus* et de *Vénus*. *Catulle* et d'autres disent, d'*Uranie*. Comme on croyoit qu'il avoit institué le mariage, on l'invoquoit dans ces circonstances, et on lui adressoit des prières dans les Épithalames, comme on le voit dans *Catulle* et ailleurs. Quelques auteurs ont écrit qu'*Hymen* étoit un jeune homme, qui fut écrasé le jour de ses noces, dans sa maison, et que pour expier ce malheur, les Grecs avoient établi qu'on l'invoqueroit dans ces sortes de cérémonies, comme on invoquoit *Thalassius* à Rome. Les peintres et les sculpteurs représentoient le dieu *Hymen* sous la figure d'un jeune homme couronné de roses, avec un flambeau à la main. On appeloit aussi de ce nom les vers qu'on chantoit pour les noces.
**II. HYMENÉE d'Éphèse**, converti aux premières prédications de *St. Paul*, embrassa depuis l'erreur de ceux qui nioient la résurrection de la chair, et fut excommunié par cet Apôtre, l'an 63 de J. C. On ne sait ce qu'il devint depuis.
**HYPACE ou HYPATIUS**, neveu d'*Anastase*, empereur d'Orient, eut beaucoup de part à l'administration de l'empire, sous le règne de son oncle. Après la mort de Justin, la faction des Blancs et des Verts excita une révolte à Constantinople. Un parti des factieux traîna Hypace à la place de Constantin, et le proclama empereur en 531, malgré les pleurs de sa femme, qui leur représentaient qu'au lieu de lui faire honneur, ils le conduisoient à la mort. Les séditieux n'ayant point de diadème, lui mirent un collier d'or sur la tête. La révolte ayant été appaisée, Justinien fit arrêter Hypace, et le condamna au dernier supplice. Cet infortuné, revêtu de la pourpre malgré lui, montra beaucoup de courage dans ses derniers momens. Il dit à ceux qui le plaignaient, qu'il étoit honteux de gemir et de pleurer, lorsqu'on souffroit la mort sans l'avoir méritée. Son corps fut jeté dans la mer; ses biens furent confisqués, mais Justinien les rendit à ses enfans.
HYPACIE, fille de Théon, philosophe et mathématicien célèbre d'Alexandrie, eut son père pour maître. Elle le surpassa dans la connoissance des mathématiques, et sur-tout dans la géométrie, dont elle avoit fait son étude principale. Pour se perfectionner dans les sciences, elle alla à Athènes, et y fit de si grands progrès, qu'on lui donna la chaire de professeur que le célèbre l'hotin avoit occupée à Alexandrie. Sa réputation se répandit partout, et on vint de toute part l'entendre. Elle étoit d'une rare beauté, et tous ceux qui la voyoient en étoient épris. Toujours tentée, elle fut toujours sage. Un de ses écoliers conçut pour elle un amour si violent, qu'il mit tout en usage pour avoir ses faveurs; mais elle ne répondit jamais aux instances de son amant, que par des raisonnemens philosophiques. Tous les préfets d'Égypte recherchèrent son amitié. Oreste sur-tout fut lié très-étroitement avec elle. Comme St. Cyrille et ce préfet étoient brouillés, et que celui-ci ne voulut pas se raccommoder avec le saint évêque, le peuple crut que c'étoit par le conseil d'Hypacie, qui étoit païenne comme lui. La populace conçut contre elle une haine implacable, qui s'aigrit de plus en plus. « Une troupe de gens emportés, dit Fleury, conduits par un lecteur nommé Pierre, la guettèrent, comme elle entroit chez elle, la tuèrent de sa chaise, et la tranèrent à l'église nommée Césarée. Ils la dépouillèrent, la tuèrent à coups de pots cassés, la mirent en pièces, et brûlèrent ses membres au lieu nommé Cinarion. Cette action, dit l'historien Socrate, attira un grand reproche à Cyrille et à l'Église d'Alexandrie: car ces violences sont tout-à-fait éloignées du Christianisme. Puis il ajoute: Cela se passa la quatrième année de Cyrille, sous le xᵉ consulat d'Honorius, et le viᵉ de Théodose, au mois de mars, pendant les jeûnes, c'est-à-dire le Carême de l'an 415. » Hypacie avoit commenté le mathématicien Diophante, et composé plusieurs ouvrages, qui ne sont pas venus jusqu'à nous. Voyez sa Vie, par l'abbé Goujet, dans le tome cinquième des Mémoires de littérature du P. Desmolets.
HYPARCHIE, Voyez HYPARCHIE.
HYPATIUS, Voyez HYPACE. 358 H Y P
HYPÉRIDE, Athénien, orateur, disciple de Platon et d'Isocrate, gouverna avec sagesse la république d'Athènes, et défendit avec courage la liberté de sa patrie. Des députés d'Antipater, admis à l'audience de l'Aréopage, parlèrent de ce prince comme du plus honnête homme du monde. Nous savons, répondit Hypéride, que votre Monarque est un honnête homme; mais nous savons aussi que nous ne voulons pas d'un Maître, quelque honnête homme qu'il soit. Après la malheureuse issue du combat de Cranon, il fut pris et mené à Antipater, qui le fit mourir. Cet éloquent républicain, que l'on compte parmi les dix célèbres orateurs Grecs, avoit composé un grand nombre de Harangues, qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous, à l'exception d'une seule, qui donne une idée avantageuse de la douceur et de l'élégance de son style.
HYPERION, (Mythol.) Titan, fils de Cælus. Il fut chargé, dit-on, de conduire le char du Soleil: ce qui l'a fait regarder par quelques-uns, comme père du Soleil, et par d'autres, comme le Soleil lui-même.
HYPERIUS, (Gérard-André) professeur de théologie à Marpurg, naquit à Ypres en 1511, et mourut en 1564, à 53 ans. C'étoit un homme qui joignoit le talent de la parole à des connaissances très-étendues; mais il se laissa surprendre par les nouvelles erreurs. Il avoit d'ailleurs les qualités sociales. Sa douceur dans la conversation égaloit sa modestie dans les festins. « Autant il haïssoit, dit le Moréri de Hollande, les verres énormes qu'on fait vider à nos convives, et les vaines plaisanteries de nos entretiens, autant se plaisoit-il dans les repas bien réglés et assaisonnés de railleries honnêtes et agréables. » On a de lui, deux Traités, in-8°, l'un De recté formando Théologiæ studio; l'autre, De formandis Concionibus sacris. Ils furent estimés dans leur temps. Il y a affecté de se taire sur les matières controversées par les hérétiques. Le P. Laurent de Villa-Vicentio, augustin espagnol, et docteur de Louvain, a donné une édition de ces ouvrages, corrigés. On a encore de lui, des Traités Théologiques, en 2 vol. in-8°, Basle, 1570 et 1571; et des Commentaires sur St. Paul, Zurich, 1582 et 1584, 3 vol. in-fol. remplis d'invectives contre l'église catholique.
HYPERMNESTRE, (Myth.) est celle des 50 filles de Danaüs, roi d'Argos, qui ne voulut point obéir à l'ordre cruel que Danaüs avoit donné à toutes ses filles, de tuer leurs maris la première nuit de leurs noces. Cette princesse sauva la vie à Lyncée son époux, après qu'elle lui eut fait promettre de ne point violer sa virginité. Voyez II. LINCÉE.
HYPSICRATÉE, femme de Mithridate, roi de Pont, célèbre par sa vertu et sa beauté, accoutuma son corps délicat aux plus rudes fatigues, à monter à cheval, à supporter le poids des armes, pour ne point quitter son époux, et pouvoir le suivre dans toutes ses expéditions guerrières.
HYPSIPILE, fille de Thoas, roi de Lemnos, sauva la vie à son père, lorsque les femmes de cette isle firent un massacre général de tous les hommes qui l'habitoient. Hypsipile cacha son père avec soin, et fit accroire qu'elle s'en étoit défait : alors les femmes l'élurent pour leur reine. Quelque temps après, les Argonautes abordèrent dans l'isle de Lemnos, où, trouvant toutes les femmes sans maris, ils eurent commercé avec elles. Hypsipile s'attacha à Jason leur chef, et en eut deux enfans jumeaux, dont l'un fut nommé Thoas, comme son grand-père, et l'autre Enneus, le même qui conduisit les troupes des Lemnens au siège de Troie. Jason l'abandonna avec ses enfans, et continua son voyage. Après son départ, les Lemniennes ayant découvert qu'elle avoit épargné son père Thoas, la chassèrent de l'isle, et elle se vetira dans le Péloponnèse. I. HYRCAN Ier, (Jean) souverain sacrificateur et prince des Juifs, succéda à son père Simon Macchabée, tué en trahison par Ptolomée son gendre. Ce traitre avoit été gagné par Antiochus Sidètes, roi de Syrie. Après avoir massacré son beau-père, il voulut faire égorger son beau-frère Jean Hyrcan; mais ce héros fit arrêter et punir de mort les assassins. Ce fut alors que le perfide Ptolomée appela Antiochus dans la Judée. Hyrcan, enfermé dans Jérusalem, y fut assiégé par le roi de Syrie. Après un siège long et opiniâtre, durant lequel Antiochus donna du secours aux assiégés que la famine tourmentoit, et fournit même des vases précieux, des parfums et des victimes pour la fête des tabernacles; la paix fut conclue. Les conditions furent, qu'il les Juifs lui remettroient leurs armes avec les tributs qu'ils recevoient de Joppé et des autres villes hors de la Judée. Après la mort d'Antiochus, Hyrcan profita des troubles de la Syrie pour venger son pays. Il prit plusieurs villes en Judée, subjugué les Iduméens, démolit le temple de Garizim, s'empara de Samarie, et mourut l'an 106 avant Jésus-Christ.
II. HYRCAN II, fils aîné d'Alexandre I, succéda à son père au pontificat chez les Juifs, l'an 78e avant J. C.; et selon le droit d'ainesse, il devoit lui succéder à la couronne. Son frère Aristobule la lui disputa après la mort d'Alexandra leur mère, qui avoit gouverné 9 ou 10 ans, et la lui ravit, les armes à la main. Par un traité qui suivit cette victoire, l'an 66 avant J. C., Hyrcan se contenta de la dignité de grand-prêtre; mais depuis il eut l'imprudence d'aller mendier le secours d'Arétas, roi des Arabes, qui assiégea Aristobule dans le temple, ce dernier ayant gagné Scaurus, lieutenant de Pompée, fit lever le siège, et défit Arétas et Hyrcan, à qui Pompée, Gabinius, et ensuite César, laissèrent la grande sacrificature. Hyrcan tomba ensuite entre les mains de son neveu Antigone, qui lui fit couper les oreilles. Enfin, s'étant laissé persuader par Alexandra, la fille, mère de Marianne, femme d'Hérode, de se retirer vers les Arabes; ce dernier prince le fit mourir à l'âge de 30 ans, l'an 30 avant J. C.
HYRÉE, (Mythol.) paysan de la Béotie en Grèce, eut l'honneur de loger dans sa cabane Jupiter, Neptune et Mercure. Ces Dieux voulant le récompenser du bon accueil qu'il leur avoit fait, lui donnèrent le choix de demander ce qu'il voudroit, avec assurance de l'obtenir. Il borna ses souhaits à 360 H Y S avoir un fils, sans néanmoins prendre de femme. Les Dieux, pour satisfaire à leur promesse, urinèrent sur la peau d'une genisse, son seul bien, qu'il avoit sacrifiée généreusement au repas de ses hôtes; et dix mois après, il en vint un enfant, qui fut nommé *Urion*, à cause de l'urine dont il étoit né. Dans la suite, la première lettre de son nom fut changée en *O*, et il fut appelé *Orion*.
HYSTASPES, fils d'*Arsame*, de la famille des Achéménides, fut père de *Darius*, qui régna dans la Perse, après avoir tué le mage *Smerdis*. Il étoit gouverneur de la Perse propre, quand son fils eut la couronne. *Ctésias* ajoute qu'il survécut peu après cet événement; et qu'ayant voulu qu'on le portât au tombeau que son fils s'étoit fait faire entre deux montagnes, les prêtres qui étoient chargés de l'y monter avec sa femme, laissèrent échapper les cordes qui le suspendoient, et qu'*Hystaspes* mourut de cette chute; mais ce récit a l'air d'un conte.
IA, fille d'Atlas, couvrit de laine Achille, étant à l'extrémité. La fable rapporte qu'elle fut changée en violette.
IACCHUS, (Myth.) étoit fille de Cérès. Cette déesse, en cherchant sa fille Proserpine, arriva à Eleusis chez la vieille Baubo, où Iacchus consola sa mère et lui fit oublier, pour un peu de temps, sa douleur, en lui faisant boire d'une liqueur appelée Circéon, qu'il avoit composée; et que c'est pour cela que dans les sacrifices qu'on faisoit à Eleusis, on invoquoit Iacchus avec Cérès et Proserpine. — C'est aussi un des noms de Bacchus. Les bacchantes prononçoient ce mot parmi les cris qu'elles poussoient en célébrant les orgies; ce qui a donné lieu aux poètes de l'attribuer à ce dieu.
IAMBE, (Mythol.) fille de Pan et d'Echo, fut servante de Mélanire, femme de Céléus, roi d'Eleusine. Personne ne pouvant consoler Cérès, affligée de la perte de sa fille Proserpine, elle sut la faire rire par ses bons mots, et adoucir sa douleur par des contes plaisans dont elle l'entretenoit. On lui attribue l'invention des Vers Iambiques.
IAPIX, fils de Dédale, conquit une partie de la Pouille ou Apulie; ce qui fit donner le nom d'Iapigie à cette contrée d'Italie.
IARBE, Voyez HIARBAS.
IASIUS, fils de Cérite, roi de Toscane ou Etrurie, disputa, après la mort de son père, avec son frère Dardanus, pour la succession du trône, et fut la victime de cette querelle ja- louse. — Le père d'Atalante, laquelle se signala à la chasse du sanglier de Calydon, s'appeloit aussi Iasius.
IBARRA, (Joachim) imprimeur de la chambre du roi d'Espagne, naquit à Saragosse, et mourut le 23 novembre 1785, à 60 ans. Il porta la perfection de son art à un point qui étoit inconnu en Espagne. Ses presses ont produit les belles éditions de la Bible, du Missel Mozarabe, de l'Histoire d'Espagne par Mariana, du Don Quichotte et du Salluste espagnol, 1772, in-fol. Cette traduction faite par l'enfant Don Gabriel est très-rare, parce que ce prince a pris toute l'édition pour en faire des présens. Ibarra étoit inventeur d'une encre, dont il augmentoit ou diminuoit à l'instant l'épaisseur. C'est lui qui, le premier, a fait connoître à ses compatriotes le moyen de lisser le papier imprimé pour en faire disparaître les plis et lui donner un coup d'œil plus agréable. Il dut presque tous ces secrets à lui-même; car il n'avoit pas voyagé hors de son pays.
IBAS, évêque d'Edesse, dans le cinquième siècle, fut d'abord Nestorien, et ensuite orthodoxe. Il écrivit, dans le temps qu'il 362 IBA étoit infecté par l'erreur, à un Persan nommé *Maris*, une *Lettre*, qui fut quelque temps après une source de disputes. Il blâmoit dans cette lettre *Rabulus*, son prédécesseur, d'avoir condamné injustement *Théodore de Mopsueste*, auquel il prodiguait les louanges. Dans le siècle suivant, *Théodore*, évêque de Césarée en Cappadoce, conseilla à *Justinien*, pour donner la paix à l'église, de condamner les écrits de *Théodore de Mopsueste*, les anathèmes que *Théodore de Cyr* avoit opposés aux anathèmes de *St. Cyrille*, et la lettre d'*Ibas*. Ce prince les fit condamner dans le cinquième concile général, tenu à Constantinople l'an 553. C'est ce qu'on appela l'*Affaire des trois Chapitres*, qui causa un schisme dans l'église pendant plus d'un siècle. *Ibas* avoit eu beaucoup à souffrir de la part de son clergé. On intenta contre lui plusieurs accusations; mais divers conciles le lavèrent, particulièrement le concile général de Chalcédoine, en 451, qui reconnut l'orthodoxie personnelle de cet auteur, et non celle de sa lettre.
IBATZÈS, *Voyez* DAPHNO-MÈLE. I. IBRAHIM, favori d'*Amurat III*, et gouverneur de la province de Romélie, causa des chagrins au sultan son maître. Le parvenu s'attira, par son trop grand crédit, l'envie et la haine de tous les ministres Ottomans, qui conjurèrent sa perte: car, outre le malheureux penchant qu'il avoit pour s'emparer du bien d'autrui, il avoit encore trouvé l'invention de rogner et d'altérer les monnoies; ce qui diminuoit considérablement la solde des troupes et les appointemens des officiers. Ses ennemis saisirent cette occasion pour soulever contre lui les Janissaires, qui s'attroupèrent au nombre de cinq mille, et vinrent investir le sérail le 22 avril 1590, demandant qu'on leur livrat *Ibrahim* pour en faire justice, et qu'on réformât la monnoie. *Amurat* parut pour tâcher de les appaiser; mais quoi qu'il pût leur dire, tous ses discours ne purent contenir cette soldatesque impérieuse et courroucée. Ils étoient même prêts d'en venir aux dernières extrémités, lorsque le sultan, par le conseil de ses ministres, se fit violence, et leur abandonna à regret son favori, qui eut aussitôt la tête tranchée en présence d'une foule innombrable de peuple; ce meurtre rétablit le calme.
II. IBRAHIM, empereur des Turcs, fut tiré de prison le huit février 1640, pour être mis sur le trône après la mort de son frère *Amurat IV*, dont il eut tous les vices, avec plus de foiblesse et nul courage. *Voy*. HUSSEIN. Ce fut cependant sous son règne que les Turcs conquirent Candie. Une aventure singulière attira les armes Ottomanes sur cette isle. Dix galères de Malte s'emparèrent d'un grand vaisseau Turc, et vinrent avec leur prise mouiller dans un petit port de l'isle nommée Calismène. On prétendit que le vaisseau Turc portoit un fils du grand seigneur; ce qui le fit croire, c'est que le Kislar-Aga, chef des eunuques noirs, avec plusieurs officiers du sérail, étoient dans le navire; et que cet enfant étoit élevé par lui avec des soins et des respects. Cet eunuque ayant été tué dans le combat, les officiers as- surèrent que l'enfant appartenait à *Ibrahim*, et que sa mère l'envoyoit en Egypte. Il fut longtemps traité à Malte comme fils de sultan, dans l'espoir d'une rançon proportionnée à sa naissance. Le sultan dédaigna de leur en faire proposer une. Ce prétendu prince, négligé enfin par les Maltois, se fit Dominicain. On l'a connu long-temps sous le nom de P. Ottoman; et les FF. Précheurs se sont toujours vantés d'avoir eu le fils d'un Sultan dans leur ordre. La Porte ne pouvant se venger sur Malte, qui de son rocher inaccessible brave la puissance Turque, fit tomber sa colère sur les Vénitiens. Elle leur reprochoit d'avoir, malgré les traités de paix, reçu dans leur port la prise faite par les galères de Malte. La flotte Turque aborda en Candie. On prit la Canée en 1645, et peu après toute l'isle. *Ibrahim*, livré à la mollesse et aux plaisirs du sérail, n'eut aucune part à cette conquête. Les Janissaires ne pouvant plus souffrir un maître si foible, le déposèrent, et le firent même étranger, à ce que prétendent nos historiens, le 17 août 1648.
III. IBRAHIM, *Voyez ABRAHAM*, n° II.
IV. IBRAHIM EFFENDI, Polonois d'origine, élevé par son courage et ses lumières aux premières dignités de l'empire Ottoman, établit la première imprimerie Turque en 1728. Le comte de Bonneval lui en fournit, dit-on, l'idée et les caractères. Le premier ouvrage qui en sortit fut un traité sur l'art militaire. Elle publia ensuite une relation de l'expédition contre les Aghuans, une histoire et une grammaire turques. Cet établissement utile I C A 363 disparut bientôt sous les attaques de la superstition. On prétendit dans le divan, suivant M. Peignot dans son savant dictionnaire de bibliologie, qu'en imprimant l'Alcoran, on pourroit trop aisément y glisser des fautes, et que d'ailleurs il seroit inouï de voir tracer le nom de Dieu avec une encre dans laquelle il entre du fiel de bœuf.
IBYCUS, poète lyrique Grec, florissoit vers l'an 540 avant J.C. On dit qu'il fut assassiné par des voleurs, et qu'en mourant, il prit à témoins une troupe de grues qu'il vit voler. Quelque temps après, un des voleurs ayant vu des grues, il dit à ses compagnons : *Voilà les témoins de la mort d'Ibicus*. Ces paroles ayant été rapportées aux magistrats, les voleurs furent mis à la question, avouèrent le fait et furent pendus; d'où vient le proverbe : *Ibyci Grues*. Ce poète avoit laissé des ouvrages, dont il ne nous reste que des fragmens, recueillis avec ceux d'Alcée par H. Etienne. I. ICARE, fils de *Dédale*, prit la fuite avec son père, de l'isle de Crète où *Minos* les persécutoit. On prétend que, pour se sauver plus promptement, ils inventèrent les voiles de vaisseau. Ce fait a donné lieu aux poètes de feindre que *Dédale* avoit ajusté des ailes de cire à *Icare* son fils. Les historiens ajoutent que ce jeune homme fit naufrage. Les poètes ont imaginé que le soleil avoit fondu ses ailes, et qu'il étoit tombé dans la mer, qui depuis fut nommée la *Mer d'Icare* ou *Icarienne*, pour éterniser son infortune. *Dédale* et *Icare* ont été représentés dans un tableau renommé de *Garnier*, pein- tre moderne. Chacun des deux personnages, a dit un connoisseur, a le caractère qui convient à son âge et aux pensées dont il est occupé. On lit sur la physionomie du père les conseils de la modération et de la prudence; dans les regards du fils, les projets ambitieux qu'il médite et dont il ne peut manquer d'être bientôt la victime. Ce tableau a reparu dans l'exposition du sallon de l'an 10.
II. ICARE, (Mythol.) fils d'Oebalus, et père d'Erigone. Ayant fait boire du vin à des paysans qui ne connoissoient pas cette liqueur, ils en furent enivrés jusqu'à perdre la raison. D'autres paysans les croyant empoisonnés, se jetèrent sur Icare, le tuèrent et le jetèrent dans un puits. Les femmes des assassins furent saisies aussitôt d'une fureur, qui durà jusqu'à ce que l'oracle eût ordonné des fêtes en l'honneur d'Icare; de là vinrent les Jeux Icaricus. Ces jeux consistoient à se balancer sur une corde attachée à deux arbres; ce que nous appelons l'Escarpolette. Lorsqu'Icare fut tué, il y avoit près de lui une chienne appelée Mira, qui retourna promptement à la maison trouver Erigone, fille d'Icare; et prenant le bas de sa robe avec les dents, elle la tira malgré elle jusqu'au puits où l'on avoit jeté le cadavre de son maître. Erigone à ce spectacle entra dans une telle fureur, qu'après avoir vomi mille imprécations contre les meurtriers de son père, elle se pendit de désespoir. La chienne demeura constamment auprès du puits, et y sécha de douleur et de regret. Jupiter, touché de compassion pour ses maîtres et pour elle, les transporta au ciel, et les mit au rang des constellations. Icare est le Bootés ou Bouvier; Erigone, le signe de la Vierge dans le zodiaque; et la chienne, la Canicule.
III. ICARE, autre roi de Laconie, fut père de Pénélope. Ne pouvant se résoudre à se séparer de sa fille, il conjura Ulysse de fixer sa demeure à Sparte; mais inutilement. Ulysse étant parti avec sa femme, Icare monta sur son char, et fit si grande diligence, qu'il revit sa chère fille, et redoubla ses instances auprès d'Ulysse pour l'engager à retourner à Sparte. Ulysse ayant alors laissé à sa femme le choix, ou de retourner chez son père, ou de le suivre à Ithaque, Pénélope ne répondit rien; mais baissant les yeux, elle se couvrit de son voile. Icare n'insista plus, il la laissa partir, et fit dresser en cet endroit un autel à la Pudeur.
ICASIE, née à Constantinople, se trouva au nombre des plus belles filles de sa patrie que l'empereur Théophile fit assembler pour faire choix d'une épouse parmi elles. Les charmes d'Icasie séduisirent l'empereur, et il alloit lui donner la préférence sur toutes ses rivales, lorsque l'esprit de celle-ci nuisit à son élévation et détruisit sa fortune. Une réponse trop fine, faite par Icasie à son amant, le fit réfléchir qu'avec autant d'esprit sa femme pourroit le subjuguier, et sur-le-champ il en choisit une autre moins spirituelle. Icasie se retira dans un monastère où elle composa divers ouvrages de piété.
ICTINUS, célèbre architecte Grec, l'an 430 avant J. C., battit plusieurs temples magnifiques, entrautres celui de *Minerve* à Athènes, et celui d'*Apollon* *secourable* dans le Péloponnèse. Ce dernier édifice passoit pour un des plus beaux de l'antiquité.
**IDACIUS**, évêque Espagnol dans le 5$^{e}$ siècle, laissa une *Chronique*, qui commence à la première année de l'empire de *Théodose*, et qui finit à la 11$^{e}$ de celui de *Léon*, en 467. On lui attribue encore des *Pastes Consulaires*, imprimés plusieurs fois. Le P. *Sirmond* a publié ces deux ouvrages en 1619, in-8$^{o}$, à Paris.
**IDATHYRSE** ou
**INDATHYRSE**, roi des Scythes Européens, succéda à son père *Saulie*, et refusa sa fille en mariage à *Darius*, fils d'*Hystaspes*, roi de Perse. Ce refus causa une guerre très-vive entre ces deux princes. *Darius* marcha contre *Idathyrse*, avec une armée de 700, 000 hommes; mais ses troupes ayant été défaites, il fut obligé de repasser dans la Perse. *Idathyrse* est nommé *Jancire* par *Justin*, L. II. c. 6.
**IDE**, (Sainte) comtesse de Boulogne en Picardie, née l'an 1040, de *Godefroi le Barbu*, duc de Lorraine, épousa *Eustache II*, comte de Boulogne. Elle en eut *Eustache III*, comte de cette ville; le fameux *Godefroi de Bouillon*, duc de Lorraine; et *Baudouin*, qui succéda à son frère au royaume de Jérusalem: outre plusieurs filles, dont l'une épousa l'empereur *Heuri IV*. Elle mourut saintement le 13 avril 1113.
**IDIOT**, ou le *SAVANT IDIOT*, auteur que l'on a souvent cité ainsi, avant que le P. *Théophile Raynaud* eût découvert que *Raymond Jordan*, prévôt d'Uzès en 1381, puis abbé de Celles au diocèse de Bourges, est le véritable auteur des ouvrages qui se trouvent dans la bibliothèque des Pères, sous le nom d'*Idiot*. Voy. *Théophile Raynaud*, Opuscul. *Tom. II*.
**IDIOTS**, *Voyez ACHÉUS* et
**II. ATTICUS**.
**IDMON**, (Mythol.) fameux devin parmi les Argonautes, étoit fils d'*Apollon* et d'*Astérie*. Il mourut dans son voyage, comme il l'avoit prédit.
**IDOMÉNÉE**, (Mythol.) roi de Crète, étoit fils de *Deucalion*, et petit-fils de *Minos*. Il se signala au siège de Troie. En retournant dans ses états, son vaisseau fut battu par une tempête violente. Il s'adressa aux Dieux pour la calmer, et fit vœu à *Neptune* de sacrifier la première chose qui se présenteroit à lui, s'il en échappoit. Ce prince se repentit bientôt d'avoir fait un tel vœu; car il rencontra son fils dès qu'il arriva à terre, et l'immola. Ce sacrifice fut cause d'une peste si cruelle, que ses sujets indignés le chassèrent. Il alla fonder un nouvel empire dans la Calabre, y bâtit la ville de Salente, et rendit son peuple heureux. L'aventure d'*Idoménée* a fourni le sujet d'une tragédie à *Crébillon*, et d'un bel épisode à *Fénélon*, dans son *Télémaque*.
**IDOTHÉE**, (Mythol.) fille de *Prothée*, enseigna à *Ménéjus* le moyen d'obliger son père de lui découvrir un expédient pour sortir de l'isle où il étoit retenu avec ses compagnons à son retour de Troie, et ce qui devoit lui arriver. — *IDOTHÉE* est aussi le nom d'une des nymphes qui prirent soin de l'enfance de *Jupiter*. 366 I G N I. IGNACE, (Saint) disciple de St. Pierre et de St. Jean, fut ordonné évêque d'Antioche, l'an 63, après St. Evode, successeur immédiat de St. Pierre en ce siège. Il gouverna son église avec le zèle qu'on devoit attendre d'un élève et d'un imitateur des Apetres. Rien n'égala l'ardeur de sa charité, la vivacité de sa foi, et la profondeur de son humilité. Toutes ces vertus parurent avec éclat dans la IIIe persécution qu'éprouva le Christianisme. Ignace parut, et parla devant Trajan, avec toute la grandeur d'une d'un héros Chrétien. Traduit d'Antioche à Rome, pour y être martyrisé, il vit St. Polycarpe à Smyrne, parcourut différentes églises, écrivit à celles qu'il ne put visiter, encourageant les forts, et fortifiant les foibles. Lorsqu'il fut arrivé à Rome, il s'opposa aux fidelles, qui vouloient l'arracher à la mort. Exposé à deux lions, il les vit venir sans trembler, leur servit de pâture, et rendit son ame à Dieu, le 10 décembre 107 de J. C. Les fidelles eurent soin de recueillir ses ossemens pour les porter à Antioche. Nous avons de lui sept Epîtres, qu'on regarde comme un des plus précieux monumens de la foi et de la discipline de la primitive église. Elles sont écrites avec beaucoup de chaleur, de force et d'élévation. Elles sont adressées aux Smyrnens, à Saint Polycarpe, aux Ephésiens, aux Magnésiens, aux Philadelphiens, aux Tralliens, et aux Romains. Les meilleures éditions que nous en ayons, sont : celle de Cotelier dans ses Patres Apostolici en grec et en latin, Amsterdam, in-folio, 1698, avec les Dissertations d'Usserius et de Pearson; et celle de 1724 donnée par le Clerc, et augmentée des remarques de ce savant. Outre ces sept Epîtres, il y en a quelques autres sous le nom de St. Ignace; mais elles sont supposées.