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03.0 Dictionnaire historique — II – CHRIST

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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II. IGNACE, (Saint) fils de l'empereur Michel Caropalate, monta sur la chaire patriarcale de Constantinople, en 846. Il y brilla par ses lumières et ses vertus. Le zèle avec lequel il reprenait les désordres de Bardas, tout-puissant à la cour d'Orient, irrita tellement ce courtisan, qu'il fit mettre à sa place Photius, ordonné contre toutes les lois en 857. Cet indigne successeur du saint patriarche, assembla un concile à Constantinople, en 861, pour le condamner. Il s'y trouva 318 évêques, parmi lesquels on comptoit 2 légats du pape, qui demandèrent qu'on fit venir Ignace. L'empereur Michel, dit l'Ivrogne, le Néron de l'empire d'Orient, le persécuteur de l'homme apostolique, et le protecteur de l'eunuque intrus, ne consentit qu'Ignace vint, qu'à condition qu'il paroîtroit en habit de moine. Il eut à y souffrir les insultes et les outrages les plus cruels, tant de la part du prince, que de celle des légats et du reste de l'assemblée, qui, n'ayant pu obtenir qu'il donnait sa démission, le dépouilla de ses habits, et le renvoya couvert de haillons. La cruauté de Michel ne fut pas satisfaite de cet affront public. Il le fit enfermer dans le tombeau de Copronyme, et le livra à trois hommes barbares pour le tourmenter. Après l'avoir défiguré à force de coups, ils le laissèrent long-temps couché, presque tout nu, sur le marbre, au plus fort de l'hiver. Pendant les quinze jours qu'il y fut, dont il passa la moitié sans manger, ils imaginèrent mille supplices différens pour vaincre sa constance. N'ayant pu y réussir, l'un d'eux lui prit la main de force, et lui fit faire une croix sur le papier, qu'il porta ensuite à Photius. Celui-ci y ajouta ces mots : IGNACE, indigne Patriarche de Constantinople, je confesse que je suis entré irrégulièrement dans le Siège Patriarcal, et que j'ai gouverné tyranniquement. L'empereur le fit relâcher sur ce prétendu aveu, et lui permit de se retirer au palais de Pose, que l'impératrice sa mère avoit fait bâtir. L'illustre persécuté en appela au pape, qui déclara nulle sa déposition et l'ordination de son persécuteur. Le saint évêque ne vécut pas moins dans l'exil. Mais lorsque Basile le Macédoun fut monté sur le trône impérial, il rappela Ignace et relégua Photius l'an 867. Le IVe concile général de Constantinople, assemblé deux ans après, à cette occasion, anathématisa celui-ci, et avec lui tous ceux qui ne voulurent pas abandonner sa cause. Ignace ne survécut pas longtemps à son triomphe. Cet illustre vieillard mourut le 23 octobre 877, à 78 ans. Trois jours après, Photius, qui avoit séduit Basile par une fausse généalogie, reprit possession de la chaire patriarcale.
III. IGNACE DE LOYOLA, (Saint) nommé Inigo en espagnol, né l'an 1491, d'un père seigneur d'Ognez et de Loyola, au château de ce dernier nom en Biscaïn, fut d'abord page de Ferdinand V. Il porta ensuite les armes sous le duc de Najara contre les François, qui voulurent en vain retirer la Navarre des mains des Espagnols. Le siège ayant été mis devant Pampelune en 1521, le chevalier Biscaïen, qui montra dans cette occasion plus de courage que de prudence, fut blessé d'un éclat de pierre à la jambe gauche et d'un boulet de canon à la droite. Une Vie des Saints qu'on lui donna pendant sa convalescence, lui fit naître le dessein de se consacrer à Dieu. La galanterie, et la galanterie romanesque l'avoit occupé jusqu'alors. Né avec une imagination vive et disposée à l'enthousiasme, il la porta dans la religion. Les mœurs de son pays et de son temps jetèrent, sur les commencements de sa dévotion, une apparente singularité. Quand il fut guéri, il se rendit à Notre-Dame de Montferrat, fit la veille des armes, s'arma chevalier de la Vierge, et voulut se battre avec un Maure qui avoit contesté la virginité perpétuelle de Marie. « Ignace étant parti de Montferrat le jour de l'Annonciation de la Vierge, en habit de pèlerin, poursuivit, dit le continuateur de Fleury, son chemin jusqu'à Manrése, à trois lieues de Montferrat. Il s'y retira dans l'hôpital, en attendant qu'il pût aller s'embarquer à Barcelone, pour faire son voyage de la Terre-Sainte : là, il eut tout le temps qu'il desiroit pour faire pénitence sans être connu. Il jeina toute la semaine au pain et à l'eau, excepté le Dimanche, qu'il mangeoit un peu d'herbes cuites. Il se serra les reins d'une chaine de fer; il prit un rude cilice sous son habit de toile; il châtioit son corps trois fois le jour, conchoit sur la terre, et dormoit peu. Outre cela, il alloit mendier son pain de porte en porte, affectant un air gros- sier, et toutes les manières d'un gueux. Son visage tout couvert de crasse, et ses cheveux sales et jamais peignés, sa barbe et ses ongles qu'il laissoit croître, rendirent sa figure affreuse et ridicule à tout le monde. Aussi, quand il paroissoit, les enfans le montroient au doigt, lui jetoient des pierres, et le suivoient par les rues avec de grandes huées. Cependant le bruit ayant couru dans Manrèse, qu'il pouvoit bien être un homme de qualité qui faisoit pénitence, il alla se cacher dans une caverne sous une montagne déserte, à un quart de lieue de Manrèse. Les mortifications excessives qu'il y pratiqua, affoiblirent extrêmement sa santé, et lui causèrent des foiblesses continuelles. Quelques personnes qui avoient découvert sa retraite, l'y trouvèrent évanoui, le firent revenir de sa défaillance, et le ramenèrent, malgré lui, à l'hôpital de Manrèse, où il fut attaqué de la tentation de quitter le genre de vie qu'il menoit, et de s'en retourner chez lui. Il se retira cependant chez les religieux Dominicains de Manrèse; mais, loin d'y trouver du soulagement, il se sentit encore plus tourmenté qu'à l'hôpital: il y tomba dans une noire mélancolie; et étant un jour dans sa cellule, il eut la pensée de se jeter par la fenêtre pour finir ses maux. Il revint néanmoins de cet état, en implorant la grace de celui en qui il avoit mis sa confiance. Mais, passant à une autre extrémité, il résolut de ne prendre aucune nourriture, qu'il n'eut rétabli la paix de son ame. Il jeûna sept jours entiers sans boire ni manger, et, qui plus est, sous rien relâcher de ses exercices ac- coutumés; et sans doute auroit-il été plus loin, si son confesseur ne lui eût ordonné de prendre quelque nourriture. Dieu récompensa cette obéissance, en lui rendant sa première tranquillité. » Dès que le calme eût été rétabli dans son esprit, il partit pour la Terre-Sainte, où il arriva en 1523. Le pieux pélerin, de retour en Europe, étudia, quoique âgé de 33 ans, dans les universités d'Espagne. Mais les traverses que son génie ardent lui occasionna, et la confusion que les études de la langue latine, de l'éloquence, de la métaphysique, de la physique et sur-tout de la théologie scolastique, jetèrent dans sa tête, le déterminèrent de passer à Paris en 1528. Il recommença ses humanités au collège de Montaigu, mendiant son pain de porte en porte pour subsister, et montrant un esprit plus singulier que solide et pénétrant. Il fit ensuite sa philosophie au collège de Ste-Barbe, et sa théologie aux Dominicains. Ce fut à Ste Barbe qu'il s'associa, pour l'établissement d'un nouvel ordre de religieux, François Xavier, Pierre le Fèvre, Jacques Loinez, Alfonse Salmeron, Nicolas Alfonse Bobadilla, Simon Rodriguez. Les premiers membres de la société se lièrent par des vœux en 1534, dans l'église de Montmartre. Ils passèrent ensuite à Rome, et de là à Venise, où ils furent ordonnés prêtres. Ils prêchoient dans la place publique. « Comme ils avoient la mine étrangère, dit le P. Fabre après le P. Bouhours, et qu'ils parloient mal italien, le peuple qui les prenoit pour des Talarins et des Saltimbanques venus des pays éloignés, s'assembloit en foule autour d'eux. Mais quelquefois ceux qui ne s'étoient arrêtés que pour rire, s'en retournoient en pleurant leurs péchés »... Ignace retourna à Rome en 1537, et présenta au pape Paul III le projet de son institut. Le fondateur en espéroit de si grands avantages pour l'Eglise, qu'il ne voulut jamais entrer dans l'ordre des Théatins, quelques instances que lui fit le cardinal Cajetan. Le pape fit d'abord quelques difficultés d'approuver son ordre; mais Ignace ayant ajouté aux trois vœux, de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, un quatrième vœu d'obéissance absolue au pontife Romain, Paul III confirma son institut en 1540, sous le titre de Compagnie de Jésus. Ignace avoit donné ce nom à sa nouvelle milice, pour marquer que son dessein étoit de combattre les Infidelles sous la bannière de J. C. Ses enfans prirent ensuite le nom de Jésuites, du nom de l'Eglise de Jésus qu'on leur donna à Rome. Ignace, élu le 22 avril 1541 général de la famille dont il étoit le père, eut la satisfaction de la voir se répandre, en Espagne, en Portugal, en Allemagne, dans les Pays-Bas, dans le Japon, dans la Chine, en Amérique. François Xavier et quelques autres missionnaires sortis de sa société, portèrent son nom jusqu'aux extrémités de la terre. Sa compagnie, qui n'avoit pas encore pu pénétrer en France, y eut un établissement en 1550, l'année même que Jules III donna une nouvelle bulle de confirmation. Le pape dit dans cette bulle, datée du 21 juillet: « Qu'ayant appris par Paul III son prédécesseur, le grand avantage qu'Ignace de Loyola et ses compagnons proueroient à l'Eglise, par leurs prédications, leur vie exemplaire, leur charité, et leur dévouement entier aux successeurs de saint Pierre, il confirme leur institut, et avertit que tous ceux qui voudront entrer dans cette compagnie, à laquelle il donne le nom de Société de Jésus, doivent y combattre sous l'étendard de la croix de J. C., obéir au souverain pontife son vicaire en terre, après les vœux solemnels de chasteté, de pauvreté et d'obéissance; se persuader qu'ils deviennent membres d'une société, qui n'est établie que pour la défense et la propagation de la Foi, pour l'avancement des ames dans la vie Chrétienne, pour prêcher et instruire en public, et remplir tous les exercices spirituels; pour enseigner les élémens de la Religion aux enfans et aux peuples; écouter les fidelles en confession, leur administrer les sacremens; consoler les affligés, réconcilier ceux qui sont divisés; visiter les prisonniers et les pauvres dans les hôpitaux; et exercer toutes les œuvres de charité, qui concourent à la gloire de Dieu et au bien public, en faisant tout gratuitement et sans recevoir aucune récompense. » Malgré ces éloges, le nouvel institut essuya en France de grandes traverses. Le parlement de Paris, la Sorbonne, l'université, alarmés de la singularité de ses privilèges et de ses Constitutions, s'élevèrent contre lui. La Sorbonne donna un décret en 1554, par lequel elle le jugea plutôt né pour la ruine que pour l'édification des fidelles. Ce décret ayant été envoyé à Rome, les principaux Jésuites voulurent répondre dans les formes, pour faire connoître aux docteurs qu'ils jugeoient mal de l'institut de la société. Ignace, A a plus prudent que ses confrères, crut que la meilleure réponse étoit un profond silence. « Dans certaines causes, disoit-il à ses pères, il vaut mieux se taire que de parler; et l'on n'a pas besoin de se venger ou de se défendre par la plume, quand la vérité se venge et se défend elle-même. Quelque grande que soit l'autorité des théologiens qui nous condamnent, elle ne doit point nous faire peur; Dieu est notre défense: mettons notre cause entre ses mains, et nous triompherons de la calomnie. » On ajoute qu'il les assura que, malgré tous ces obstacles, la société seroit reçue en France, et que le collège qu'elle auroit à Paris, seroit un des plus célèbres de l'Europe. Il fut prophète. La patience et la politique dissipèrent peu à peu ces orages. Le parlement de Paris consentit enfin à l'établissement des Jésuites en France, parce qu'ils lui parurent propres à combattre les Protestans. Le saint fondateur mourut content, le 31 juillet 1556, à 65 ans. Il étoit, suivant ses historiens, d'une taille moyenne, plus petite que grande. Il avoit le teint olivâtre, la tête chauve, les yeux enfoncés, mais pleins de feu, le front large, et le nez aquilin. Il étoit resté boiteux, de la blessure qu'il avoit reçue autrefois au siège de Pampelune; et quoiqu'il se fût fait recasser la jambe, pour en cacher la difformité, elle demeura plus courte que l'autre. Mais le soin qu'il prenoit de cacher ce défaut en marchant, faisoit qu'on ne s'en appercevoit presque point. Il avoit vu l'accomplissement des trois choses qu'il desiroit le plus: son livre des *Exercices spirituels*, approuvé par le saint Siège: la Société confirmée; et ses *Constitutions* rendues publiques. Sa compagnie avoit déjà douze provinces, qui avoient au moins cent collèges, sans les maisons professes. On comptoit au commencement du dernier siècle, environ vingt mille Jésuites, tous soumis à un général perpétuel et absolu; mais leur nombre diminue tous les jours, depuis qu'ils ont été supprimés par le pape *Clément XIV. Pie VII*, par sa bulle du 7 mars 1801, dérogeant à la constitution de ce pontife du 21 juillet 1773, a rétabli la compagnie de *Jésus* dans l'empire de la Russie supérieure, nommant pour général *François Kareu*, et lui enjoignant néanmoins de ne pas former d'établissements ailleurs. Il est probable que cette ligne de démarcation sera respectée. Ce fut dans le temps de la suppression des Jésuites, que *Pasquin* dit: *Et DIVITES D'INISIT INACES*. En effet, ces religieux avoient joui jusqu'alors de l'éclat le plus brillant, et des plus grandes richesses, ou du moins de la réputation d'être très-riches. On les a vus gouverner dans les cours de l'Europe, se faire un grand nom par leurs études et par l'éducation qu'ils ont donnée à la jeunesse: aller réformer les sciences à la Chine, rendre pour un temps le Japon chrétien, et donner des lois aux peuples du Paraguay. Le zèle a fait entreprendre à la société des choses étonnantes. Il est glorieux pour elle d'avoir été la première qui ait porté dans les contrées de l'Amérique, l'idée de la religion, jointe à celle de l'humanité. Il seroit à souhaiter que la reconnaissance que lui devoit le genre humain, pour avoir tiré des hommes sauvages des bois et les avoir civilisés, n'eût pas été affoiblie par la cupidité et la passion de dominer, qui animèrent quelques-uns de ses membres. Nous disons quelques-uns; car, selon le Père d'Avrigny, « dans toutes les compagnies, ce n'est pas la pluralité des suffrages qui l'emporte. Peu de ressorts remuent quelquefois ces grandes machines. D'ordinaire, cinq ou six hommes adroits ou ardens trouvent le secret de se mettre à la tête des affaires. Tout passe par leurs mains, et ils décident souverainement. La réputation du corps est en leur disposition; il leur est obligé, s'ils ne la ruinent pas. » Cet esprit d'intrigue et d'intérêt, qu'on reproche à quelques-uns des successeurs de saint Ignace, n'étoit point celui qui animoit ce fondateur. Si sa jeunesse eut des défauts et des singularités, sa vieillesse fut un modèle de toutes les vertus. On peut en voir le tableau plus détaillé, dans les Vies de cet illustre fondateur, par Maffei et par Bouhours, deux de ses enfants. Ils lui ont attribué à la vérité, trop de visions, d'extases, de miracles: mais il faut pardonner quelque chose à la tendresse filiale. Les louanges que Bouhours donne à son patriarche, Voyez BOUHOURS, sont très-modérées, en comparaison de celles qui lui furent prodiguées en Espagne dans le temps de sa béatification. Le Jésuite Sollier a donné la traduction de trois Discours prêchés, alors, dans lesquels on trouve: « 1.º Qu'Ignace, avec son nom écrit sur un billet, avoit opéré plus de miracles, que Moïse n'en avoit faits au nom de Dieu avec sa baguette. 2.º Que la sainteté d'Ignace étoit si relevée, même à l'égard des Bien- heureux et des Intelligences célestes, qu'il n'y avoit que les papes, comme St. Pierre, les impératrices, comme la Mère de Dieu, quelques monarques, comme Dieu le Père et son Fils, qui eussent l'avantage d'avoir la prééminence sur lui. 3.º Que les autres fondateurs religieux avoient été sans doute envoyés en faveur de l'Église; mais que Dieu nous a parlé en ces derniers temps par son fils Ignace, qu'il a établi héritier de toutes choses. 4.º Enfin, qu'Ignace affectionnoit particulièrement le pape de Rome, le regardant comme le légitime successeur de J. C. et son vicaire sur la terre. » Voyez aussi CAJETAN. Ignace laissa à ses disciples: I. Les Exercices spirituels, au Louvre, 1644, in-folio. Ils ont été traduits en françois par l'abbé Maupertuis, et dans presque toutes les langues de l'Europe. On prétend que cet ouvrage n'est qu'une copie de celui que le P. Cisneros, abbé du mont Serrat, mort en 1510, avoit publié, en 1500, pour les Céno-bites de cette montagne. Ceux qui ont vu le livre original, imprimé au mont Serrat même, ne doutent point de ce plagiat, fait sans doute à bonne intention. II. Des Constitutions. Plusieurs écrivains les attribuent, peut-être mal-à-propos, à Lainez, second général des Jésuites. Il y a, selon eux, trop de pénétration, de force d'esprit, de fine politique, pour qu'elles puissent être de St. Ignace, qui étoit, à la vérité, un grand Saint, mais qui, selon les mêmes auteurs, n'avoit pas autant d'étendue de génie que Lainez. Cela pourroit être, mais il est vraisemblable que St. Ignace, en rédigeant les Constitutions, consulta les pre- A a 2 372 I G N miers membres de la société; et il y avoit alors de bonnes têtes, pleines d'idées saines, et capables de diriger celles des autres. Quoi qu'il en soit, ces Constitutions parurent pour la première fois en 5 parties, à Rome, en 1558 et 1559, in-8°. La dernière édition est de Prague, 1757, deux vol. petit in-folio. Il y a sur le même objet : *Regulæ Societatis Jesu*, 1582, in-12; et le *Ratio studiorum*, 1586, in-8°, rare. Ce dernier a été imprimé avec des changemens, en 1591, in-8°. Le Bénédictin *Constantin Cajetan*, le même qui avoit revendiqué avec quelque raison, les *Exercices spirituels*, comme un ouvrage de *Garcias Cisneros* son confrère, prétend dans son *Vindex Benedictinorum*, que saint Ignace avoit pris sa règle sur celle de *St. Benoit*, et qu'elle avoit été composée au mont Cassin par quatre Bénédictins. Je ne crois pas qu'aucun enfant de *St. Benoit* s'avise aujourd'hui de réclamer ce bien, qui d'ailleurs ne leur a jamais appartenu. Il est clair que les intérêts des particuliers sont peu ménagés dans la règle du fondateur de la société, et que tout y est ramené à l'autorité d'un seul, et à l'avantage d'une puissance étrangère. — *Voy. I. LAINEZ.* — I. ESTAMPES, — et V. RICCI.
IGNACE, etc. DE GRAVESON, *Voy. GRAVESON.*
IGNACE-JOSEPH DE JÉSUS MARIA; *Voy. SANSON* (Jacques).
IGOR, souverain de Russie, succéda à son père *Rourik*, dans le gouvernement de ce vaste empire. Après avoir fait long-temps la guerre aux peuples voisins, il partit avec dix mille barques et quatre cent mille combattans, pour aller ravager l'Orient. Il inonda de sang le Pont, la Paphlagonie et la Bithynie. Les Grecs ne purent s'en délivrer qu'à l'aide du feu grégeois qu'ils lancèrent sur la flotte Russe. *Igor* mourut en 945, laissant le gouvernement de ses états à son épouse *Alga*, qui, dans sa vieillesse, embrassa le Christianisme.
IHRS, (N.) savant Allemand, connu par un Glossaire de sa langue dans le moyen âge. Il est mort au milieu du siècle qui vient de finir.
ILDEFONSE, ou HILDEPHONSE, disciple de *St. Isidore* de Séville, d'abord abbé d'Agali, ensuite archevêque de Tolède, fut l'ornement de cette église pendant neuf ans qu'il la gouverna. Il mourut le 23 février 667, à 82 ans, laissant plusieurs ouvrages, dont le seul qui nous reste, est un *Traité de la Virginité perpétuelle de Marie*.
ILDEGARDE, *Voy. HILDEGARDE.*
ILDERIC, roi des Vandales, étoit petit-fils du fameux *Genseric*. C'étoit un esprit doux, liant, protecteur des Orthodoxes et ennemi de la guerre. Son cousin *Gilimer* profita de ses dispositions pacifiques, pour lui enlever le trône en 532, et la vie en 533. *Voy. GILIMER.*
ILIA, *Voy. RHÉA-SYLVIA.*
ILLHARRART DE LA CHAMBRE, *Voy. III. CHAMBRE.*
ILLIERS, (Milon d') d'une famille distinguée qui descendoit en ligne directe des anciens comtes de Vendôme, fut évêque de Chartres depuis 1459 jusqu'en 1480. C'étoit un prélat ingénieux et qui avoit la répartie prompte. Louis XI l'ayant rencontré sur une mule magnifiquement enhar-nachée : Ce n'est pas en cet équipe, lui dit le prince, que marchoient les évêques des temps passés. — Cela est vrai, SIRE, répondit d'Illiers, mais c'étoit dans le temps que les Rois avoient la houlette, et gardoient les troupeaux... Le même prince reprochant à ce prélat sa passion pour les procès : Ah ! Sire, lui répondit-il, je vous supplie de m'en laisser vingt ou trente pour mes menus plaisirs. — Son neveu René D'ILLIERS lui succéda, en 1480, dans l'évêché de Chartres, et mourut en 1507.
ILLUS, Voy. LÉONCE.
ILLYRICUS, (Flaccus-) Voy. FRANCOWITZ.
ILLUS, (Mythol.) quatrième roi des Troyens, fils de Tros, et frère de Ganimède et d'Assaracus, aïeul d'Anchise, reçut ordre de l'Oracle de bâtir une ville au lieu où se coucheroit le bœuf dont lui avoit fait présent Bysis, roi de Phrygie. C'est la ville qui fut appelée Illum de son nom. Ilus continua, contre Polops, fils de Tantale, la guerre que Tros avoit déclarée à Tantale, et le chassa de ses états. Il régna 54 ans. I. IMBERT, (Jean) né à la Rochelle, avocat, puis lieutenant criminel à Fontenai-le-Comte, mourut à la fin du 16e siècle, avec la réparation d'un des plus habiles praticiens de son temps. On a de lui : I. Enchiridion Juris scripti Galliæ, traduit en françois par Thouvenau, 1559, in-4. II. Une Protique du Barreau, sous le titre de Institu-tiones Forenses, in-8. 1541. Guenou et L'Atome ont fait des remarques sur ces livres, qui ont été beaucoup consultés et cités autrefois.
II. IMBERT, (Joseph-Gabriel) peintre de Marseille, né en 1654, étudia quelque temps sous Vander-Meulen et sous le Brun. Dégoûté du monde, il entra dans l'ordre de Saint-Bruno, à trente-quatre ans, en qualité de frère. Ses supérieurs, sensibles à l'excellence de ses talens, lui permirent de les exercer, et lui en facilitèrent les moyens. Parmi plusieurs ouvrages considérables, qu'ils lui procurèrent pour la décoration de plusieurs Chartreuses, on met au premier rang les Tableaux qu'il a peints pour la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, où il avoit fait profession, et où il mourut en 1749. Son chef-d'œuvre est au maître autel des Chartreux de Marseille. C'est un tableau d'une grandeur au-dessus du commun, représentant le Spectacle du Calvaire. Le goût du dessin, le ton de couleur, les nuances du pathétique et du pittoresque, le contraste, la justesse des expressions, y sont ménagés avec beaucoup d'intelligence.
III. IMBERT, (Barthélemi) de l'académie de Nîmes sa patrio, naquit en 1747. Il cultiva la poésie et la littérature avec succès. Son poème du Jugement de Paris, plein de détails agréables, de tableaux peints avec fraîcheur et de vers heureux, fut bien accueilli, et l'auroit été encore mieux, si l'auteur avoit su resserrer l'action principale, abréger les longs discours, et soigner davantage son style. On a encore de lui, un volume de Fables, imaginées en général avec esprit, et contées avec élégance, mais A a 3. non avec cette naïveté et ce naturel de l'inimitable *la Fontaine*. *Imbert* voulut encore être son rival dans le genre des *Contes*; et il en publia un volume, où l'on rencontre des traits piquants, de la facilité dans quelques-uns, de la trivialité dans plusieurs autres, soit dans l'invention, soit dans le style. Les autres ouvrages d'*Imbert* sont des *Historiettes* en vers et en prose, 1781; les *Égaremens de l'Amour*, roman agréablement écrit, publié en 1770, et réimprimé en 1793; un *Choix d'anciens Fabliaux*, en 2 vol. in-12, où l'auteur a rajeuni le style de nos aïeux, sans rien faire perdre au naturel et à la simplicité de leurs contes; le *Lord Anglois*, comédie qui n'eut pas de succès. *Imbert* termina sa carrière littéraire par deux autres comédies, le *Jaloux sans le savoir*, et le *Jaloux malgré lui*; et par la tragédie de *Marie de Brabant*. L'auteur, forcé et foible dans le tragique, fut plus ingénieux que plaisant dans le comique. Ses pièces réussirent pourtant, parce qu'elles offroient quelques scènes bien filées, et des vers bons à retenir. Ce jeune écrivain étoit d'une société douce et agréable. Une forte constitution lui promettoit de longs jours, lorsqu'il fut emporté par une fièvre maligne, le 23 août 1790.
IMBYSE, (Jean d') est célèbre dans l'histoire de la conjuration des Flamands contre l'Espagne. C'étoit un homme fier, avare, ambitieux; mais comme Gand lui devoit ses fortifications et plusieurs établissements, il s'étoit attiré l'amour et l'estime du peuple Gantois. On le fit consul. Il profita de l'autorité que sa charge lui donnoit, pour faire révolter les Gantois contre les Catholiques, en 1579. Non contus d'avoir confisqué tous les biens du clergé, ils les firent vendre à l'encan, démolirent les monastères et les églises, et abolirent entièrement l'exercice de la Religion Romaine. Leur but étoit non-seulement de se soustraire à la domination Espagnole, mais même à celle des états. Ils engagèrent Bruges et Ypres dans leur parti, et y mirent des gouverneurs, aussi bien que dans la ville de Dermonde, d'Oudenarde, d'Alost, et dans toutes les autres petites places de Flandre. Ils rassemblèrent toutes les cloches des églises, et en y joignant du cuivre et de l'airain, fondirent un nombre de canons très-considérable. Mais le prince d'Orange s'étant rendu maître de Gand, en chassa le brouillon intrigant qui l'avoit fait révolter. Quelque temps après, *Imbyse* cabala pour les Espagnols, après avoir cabalé contr'eux: les partisans du prince d'Orange lui firent son procès, et il fut décapité en 1584.
IMHOFF, (Jean-Guillaume) fameux généalogiste, d'une famille noble d'Allemagne, mort en 1728 dans un âge avancé, avoit une profonde connaissance des intérêts des princes, des révolutions des états et de l'histoire des grandes familles de l'Europe. On a de lui divers ouvrages: I. *De notitid Procerum Germaniae*, à Tubinge, 1732—1734, 2 vol. in-folio. II. *Historia Genealogica Italiae et Hispaniae*, Nuremberg, 1701, in-folio. — *Familiarum Italiae*, Amsterdam, 1710, in-folio. — *Familiarum Hispaniae*, Leipzig, 1712, In-folio. — Galliæ, 1687, in-folio. — Portugaliæ, Amsterdam, 1708, in-folio. — Magnæ Britanniae, cum appendice, Nuremberg, 1690 — 1691, 2 parties in-folio. III. Recherches sur les Grands d'Espagne, Amsterdam, 1707, in-8°. Voyez les titres de ces différens ouvrages, plus détaillés dans les tomes x et xiv de la Méthode pour étudier l'Histoire, de Lenglet.
IMOLA, Voyez JEAN D'IMOLA, — et TARTAGNI. I. IMPÉRIALI, (Jean-Baptiste) né à Vicence en Italie, l'an 1568, mort en 1623, exerça la médecine dans sa patrie avec beaucoup de succès. La république de Venise, la ville de Messine et plusieurs autres, s'efforcèrent de l'enlever à Vicence; mais il préféra toujours ses concitoyens aux étrangers. Ce médecin cultiva aussi la poésie : il tâchoit d'imiter Catulle, et n'en approchoit que de fort loin. Nous avons de lui : Exoticarum exercitationum libri duo; Venise, 1603, in-4°
II. IMPÉRIALI, (Jean) fils du précédent, né en 1602, est plus connu dans les facultés de médecine que son père, et ne l'est pas moins dans la république des lettres. On a de lui : I. Musæum Historicum, in-4°, Venise, 1640. C'est un recueil d'Éloges historiques. II. Musæum Physicum, sivil De humano ingenio, imprimé avec le précédent.
III. IMPÉRIALI, (Joseph-René) cardinal, né à Gênes en 1651, mort à Rome en 1737, à 86 ans, fut employé par les papes dans diverses affaires, et les termina toujours avec succès. Dans le conclave de 1730, il ne lui manqua qu'une voix pour être pape. Sa mémoire est précieuse aux gens de lettres, par le présent qu'il fit au public, en mourant, de sa riche bibliothèque. C'est un des ornemens de Rome.
IMPRIMERIE, (les Inventeurs de l') Voyez FUSTH et GUT-TEMBERG, COSTER et MENTEL.
INA, roi de Westsex en Angleterre, se rendit célèbre par ses différentes expéditions contre la plupart de ses voisins qui troubloient sa tranquillité. En 726, après un règne glorieux de 37 ans, il alla à Rome en pèlerinage, y bâtit un Collège Anglois, et assigna, pour son entretien, un sou par année sur chaque maison de son royaume. Cette taxe, appelée Romescot, fut étendue depuis, par Offa, roi de Mercie, sur toutes les maisons de la Mercie et de l'Estanglie; et comme l'argent qu'elle produisait, se délivrait à Rome le jour même de St. Pierre, on nomma cette taxe, le Denier St-Pierre. Les papes prétendirent dans la suite, que c'était un tribut que les Anglois devoient payer à saint Pierre, et à ses successeurs. Voyez ETULPHE.
INACHUS, (Mythol.) premier roi des Argiens dans le Péloponnèse, vers l'an 1858 avant J. C., fut père de Phronée, qui lui succéda; et d'Io, qui fut aimée de Jupiter.
INCARNATION, (Marie de l') Voyez AURILLOT.
INCHOFER, (Melchior) Jésuite Allemand, né à Vienne en 1584, professa long-temps à Messine la philosophie, les mathématiques et la théologie. En 1630, il publia un livre infolio sous ce titre : Epistola A a 4 B. MARIÆ Virginis ad Messinenses Veritas vindicata. Cet ouvrage, réimprimé à Viterbe, in-fol., 1632, et dans lequel il croyoit avoir démontré que la sainte Vierge avoit écrit aux citoyens de Messine, lui attira quelques tracasseries. On trouva mauvais à Rome qu'il eût parlé si affirmativement d'un fait si douteux. La congrégation de l'Index l'obligea de comparoitre : il en fut quitte, en réformant le titre de son livre, et en y faisant quelques changemens peu considérables. Il passa quelques années à Rome. Mais les délais et les chicanes qu'il essuyoit de la part des examinateurs de ses livres, le dégoûtèrent de cette ville. Deux raisons y contribuèrent encore. Zacharie Pasqualigo, dans ses Décisions morales, avoit justifié l'usage d'avoir des musiciens à voix de femme, connus sous le nom de Castrati. Inchofer ayant réfuté son opinion, déplut à tous les amateurs de la musique ; et comme ils étoient en grand nombre, il avoit une partie de Rome contre lui. D'ailleurs, on l'avoit fait entrer dans les congrégations de l'Index et du St-Office. Il falloit qu'il donnât à la révision des ouvrages des autres, un temps qu'il vouloit employer à la perfection des siens. Il se retira donc à Macerata pour être plus tranquille, et ensuite à Milan, où la continuité du travail lui procura une fièvre dont il mourut le 28 septembre 1648, à 64 ans. On a de lui, diverses productions, entr'autres : I. Annalium Ecclesiasticorum regni Hungariæ Tomus primus, 1644, in-fol., ouvrage plein de recherches : il n'y a que ce tome premier. II. Historia trium Magorum, 1639, in-4. L'auteur n'y paroît guères meilleur critique, que dans son Traité sur la prétendue lettre de la sainte Vierge. III. De sacra Latinitate, 1635, in-4. IV. On lui attribue l'ouvrage traduit en françois et imprimé à Amsterdam en 1722, in-12, sous le titre de Monarchie des Solipses ; mais d'autres prétendent avec plus de raison, que ce livre est de Jules-Clément Scotti, ex-Jésuite. Quoi qu'il en soit, c'est un tableau satirique de l'esprit, de la politique et de la souplesse de cette société. L'abbé Bourgeois, qui étoit à Rome lorsque l'ouvrage parut pour la première fois, prétend qu'Inchofer, ayant été condamné à mort par le général et les assistans des Jésuites, fut enlevé la nuit et conduit assez loin au-delà du Tibre par des chevaux tout prêts ; mais que, ayant été ramené par ordre du pape Innocent X, on le vit le lendemain matin au collège des Allemands. On peut consulter sur cette anecdote, que le P. Oudin a tenté de réfuter, 1.º le tome xxxv des Mémoires de Nicéron, depuis la page 322 jusqu'à 346... 2.º la Relation de Bourgeois, page 89 jusqu'à 97... 3.º le 1er vol. des Mélanges de M. Michaut, depuis la page 349 jusqu'à 354... 4.º l'abbé Barral, dans son Dictionnaire historique, tome 3, page 883. Inchofer est le seul Jésuite que cet auteur ait loué de bon cœur. Il dit, avec sa douceur ordinaire : Que le P. Oudin se débat comme un énergumène, pour enlever l'ouvrage à Inchofer, et le donner à Scotti, un autre de ses confrères. Mais qu'importe, après tout, que cet ouvrage soit de l'un ou de l'autre ? est-ce bien la peine de dire des injures à un homme estimable, pour un livre médiocre? Au reste, ce livre fut réimprimé à Venise en 1652, avec le nom d'*Inchofer*... *Voyez SCOTTI*.
**INCORRUPTIBLES**, *Voy*.
**INDAGINE**, (Jean DE) *Voy*.
**INDATHYRSE**, *Voyez* IDA-THYRSE.
**INDIBILIS**, *Voyez* MAN-DONIUS.
**INÈS DE CASTRO**, dame d'honneur de la princesse *Constance*, première femme de Don *Pèdre*, ou *Pierre I*, roi de Portugal, inspira un amour violent à ce prince, qui n'étoit encore qu'infant. *Constance*, indignée d'avoir une telle rivale, succomba à la jalousie que lui donnât la passion de son époux. Sa mort ayant donné plus de liberté aux deux amans, l'infant Don *Pèdre* épousa *Inès* en secret, et en eut *Jean I*. *Alfonse IV*, son père, fut instruit de cette union; et comme il desiroit une alliance plus illustre, il prit le parti de sacrifier *Inès* à la politique. Il se rendit au palais qu'elle occupoit à Coimbre; mais, touché de sa beauté et de celle de ses enfans, il céda aux mouvemens de la nature, et se retira sans exécuter son dessein. *Alvarès*, *Gonzalès*, *Pacheco*, et *Coello*, trois courtisans qui l'avoient déjà irrité contre *Inès*, le firent enfin consentir à sa mort, et la poignardèrent en 1344, entre les bras de ses femmes. Don *Pèdre*, furieux, s'unit d'intérêt avec *Ferdinand* et *Alvarès de Castro*, frères de sa maîtresse. Il prend les armes contre son père, et met tout à feu et à sang dans les provinces où les assassins avoient leurs biens. *Alfonse* ne put le calmer qu'en les bannissant de son royaume. Dès que Don *Pèdre* fut sur le trône, il chercha à se venger des meurtriers de son épouse. Le roi de Castille, qui avoit besoin de lui, et qui avoit d'abord accordé un asile à ces malheureux, lui livra *Gonzalès* et *Coello*, Don *Pèdre* les fit mettre à la question, et eut la cruauté de les tourmenter lui-même. Ensuite, on les fit monter sur un écañafaud, où on leur arracha le cœur pendant qu'ils étoient encore vivans, à l'un par les épaules, et à l'autre par la poitrine. Ils furent ensuite brûlés, et leurs cendres jetées au vent. *Pacheco*, qui avoit prévu ce qui devoit arriver aux complices de son crime, s'étoit retiré en France, où il mourut. Don *Pèdre* ayant satisfait sa vengeance, fit exhumer le corps d'*Inès*. On le revêtit d'habits superbes, on lui mit une couronne sur la tête, et les principaux seigneurs du Portugal vinrent rendre hommage à ce cadavre, et reconnoître *Inès* pour leur souveraine. Après cette cérémonie, le corps fut transporté à Alcobace, et enfermé dans un tombeau de marbre blanc, que son époux lui avoit fait élever. La mort d'*Inès* a fourni à *Camoëns* un bel épisode, et à *la Mothe* un sujet de tragédie très-intéressant.
**INGELBERGE**, *Voyez* ENGELBERGE.
**INGELBURGE** ou ISEM-BURGE, fille de *Valdemar I*, roi de Danemarck, épousa *Philippe-Auguste*, roi de France en 1193. Ce prince conçut pour elle, dès le jour même de ses noces, une aversion invincible : ce qu'on attribua dans le temps à un sor-\ntilège; et sous prétexte de pa-\nrenté, il fit déclarer nul, dès le\nquatrième mois, son mariage,\ndans une assemblée d'évêques et\nde seigneurs, tenue à Compiègne.\nUn si prompt changement mar-\nquoit beaucoup de légèreté dans\nle mari, ou quelque défaut caché\ndans l'épouse. Le roi, sans s'ex-\npliquer, relégua la reine à\nÉtampes, où elle ne manquoit\nde rien, et étoit servie en reine,\nselon les courtisans; mais où\nelle fut traitée fort durement, si\nnous l'en croyons elle-même.\n« Sachez, dit-elle dans une lettre\nau pape, que je souffre des maux\ninsupportables sans la plus lé-\ngère consolation. Personne ne\nvient me visiter, si ce n'est quel-\nqu'ame religieuse. Je ne puis ni\nentendre la parole de Dieu, ni\nme confesser. Je n'assiste que\nrarement à la messe. On mé-\npargne la nourriture et les habits.\nOn m'ôte la liberté de me faire\nsaigner et de prendre le bain. Je\nn'entends que des choses désa-\ngréables, par des personnes qui\ncherchent à me rebuter. » En\neffet, Philippe vouloit la con-\ntraindre par cette dureté, à four-\nnir elle-même des prétextes au\ndivorce; car, trois ans après, il\nse remaria avec Agnès de Mé-\nranie. Ingelburge se plaignit au\npape; et après deux conciles,\nl'un tenu à Dijon en 1199, l'autre\nà Soissons en 1201, le roi crai-\ngnant l'excommunication, fut\nobligé de reconnoître sa femme.\nIl ne la reprit pourtant qu'au\nbout de 12 ans, et lui laissa\n10.000 livres par son testament.\nCette princesse mourut à Cor-\nbeil, en 1237, à 60 ans, avec\nles sentimens de piété qui l'a-\nvoient animée pendant sa vie.\nElle étoit aussi belle que ver- fueuse. Etienne, évêque de Tour\nnai, dit dans une lettre qui nous\nreste: « Qu'elle égaloit Sara en\nprudence, Rebecca en sagesse,\nRachel en graces, Anne en dé-\nvotion, Hélène en beauté, et\nque son port étoit aussi noble\nque celui de Polizène... Oui,\najoute-t-il, si notre Assaérus\nconnoissoit bien le mérite de son\nEsther, il lui rendroit ses bonnes\ngraces, son amour et son trône. »
INGENUUS, (Decimus La-\nlius) gouverneur de la Pannonie,\ndistingué par ses talens militaires,\nse lit déclarer Auguste par les\ntroupes de la Mœsie en 260. Les\npeuples le reconnurent, dans\nl'espérance que son courage les\ngarantiroit des incursions des\nbarmates. L'empereur Gallien\nayant appris la révolte d'Inge-\nnuus, marcha contre lui, et le\nvainquit près de Murse. Le vain-\nqueur fit passer au fil de l'épée\nla plus grande partie des peuples\net des soldats de la Mœsie; et il\nécrivit, à cette occasion, à un\nde ses officiers: Tuez, massacrez,\npourvu que cela ne paroisse pas\ntrop odieux; et que ma colère\nvous enflamme!... On ignore quel\nfut le sort d'Ingenuus; les uns\ndisent qu'il fut tué par ses sol-\ndats après la victoire de Gallien;\nd'autres assurent qu'il se donna\nlui-même la mort. Il n'avoit\nporté le dangereux titre d'em-\npereur que pendant quelques\nmois.
INGOBERGE, princesse ai-\nmable et vertueuse, devint femme\nde Cherebert, roi de France. Son\népoix s'étant rendu amoureux\nde deux filles de basse naissance,\nl'une appelée Mirafléda, l'autre\nMireonefse, et toutes deux filles\nd'un ouvrier en laine, la reine\nIngoberge fut indignée de l'in- fidélité de son mari, et de la bassesse de son choix. Pour la faire sentir plus vivement au roi son époux, elle fit venir le père de *Mirofède*, sans en avertir *Cherebert*, et lui ordonna de travailler à des ouvrages de son métier. Lorsqu'elle le vit occupé, elle engagea le roi à entrer dans l'appartement où cet artisan travailloit. *Vous allez voir*, lui dit-elle, *un spectacle nouveau*. *Cherebert*, sur le point d'entrer, et apprenant le père de *Mirofède*, recula quelques pas. *Eh! pourquoi*, lui dit Ingoberge, *ne pas vous donner le plaisir de voir l'adresse avec laquelle votre beau-père démêle sa laine?* Le reproche fut très-mal reçu, et plus encore la manière de le faire. Le roi, outré de colère contre *Ingoberge*, la répudia, et mit *Mirofède* à sa place. La princesse détrônée chercha sa consolation dans les œuvres de piété. Les crimes et les intrigues de ses rivales lui firent bénir sa disgrace. Elle vécut très-long-temps depuis sa retraite, et ne mourut qu'après *Cherebert* en 589, âgée de 70 ans.
INGONDE, fille du roi *Sigebert*, fut mariée à *Herminigilde*, prince Visigoth, et Arien. Elle entreprit la conversion de son époux, qui fut réconcilié à l'église, et condamné à la mort par son père *Leuvigilde*. *Voyez* ce dernier mot. *Ingoarde* eut part aux souffrances et à la couronne d'*Herminigilde*; et elle mourut quelque temps après en Afrique, comme les Grecs l'emmenaient prisonnière à Constantinople. Ce fut vers l'an 580.
INGOULT, (Nicolas-Louis) Jésuite, né à Gisors, mort en 1753, à 64 ans, cultiva le ta- tant de la chaire. Après avoir été applaudi dans la capitale, il prêcha le carême à la cour en 1735, et ne reçut pas moins d'éloges qu'à Paris. La précision, la justesse des plans, la connoissance des mœurs, caractérisoient ses *Sermons*; mais on trouvait un peu d'affectation dans son style et dans ses gestes. C'est lui qui a publié le tome VIII des *Nouveaux Mémoires des Missions de la Compagnie de Jésuit dans le Levant*, 1745, in-12. Il y a quelques-uns de ses discours dans le *Journal Chrétien*.
INGRASSIA, (Jean-Philippe) médecin de Palerme, délivra sa patrie, en 1575, du fléau de la peste. On a de lui divers livres sur son art. L'un des plus recherchés est sa *Veterinaria medicina*; Venise, 1568, in-4.º Il mourut en 1580, à 70 ans.
INGUIMBERTI, (Dominique-Joseph-Marie d') né à Carpentras le 16 août 1683, entra dans l'ordre de St. Dominique, et s'y rendit habile dans les sciences ecclésiastiques. Le désir d'une plus grande perfection, joint à quelques mécontentemens, l'engagea à prendre l'habit de Cléaux dans la maison de Buon-Solazzo, où son mérite le fit parvenir aux premières charges. Envoyé à Rome pour les affaires de son monastère, il s'acquit l'estime de *Clement XII*. Ce pontife le nomma archevêque de Théodosie *in partibus*, et évêque de Carpentras, le 25 mai 1733. Son discernement et ses lumières éclatèrent dans cette place, autant que sa charité. Il vécut en simple religieux; mais les richesses qu'il épargna, ne furent, ni pour lui, ni pour ses parens. Il institua les pauvres ses légataires universels; il fit bâtir un vaste et magnifique Hôpital; il recueillit la plus riche bibliothèque qui fût en province, et la rendit publique. Ce généreux bienfaiteur des lettres et de l'humanité, mourut à Carpentras en 1757, des suites d'une attaque d'apoplexie, dans la 75e année de son âge. Dès sa plus tendre jeunesse, on vit en lui les prémices d'une piété éminente, qui ne se démentit point. On lui reprocha quelques singularités; mais elles ne firent aucun tort à sa vertu, si elles en firent à son caractère. Piganiot de la Force, dans sa Description de la France, dit en parlant de Carpentras: « Qu'il n'a vu de remarquable dans cette ville, que l'Évêque, et la Bibliothèque que ce prélat y a fondée... » Inguimberti est connu dans la république des lettres par divers ouvrages. Les principaux sont: I. Genuinus character Rever. admodum in Christo Patris D. Armandi Joannis Butillierii Rancæi, in-4°, Romæ, 1718. II. Traduction en italien de la Théologie religieuse, ou Traité sur les devoirs de la vie monastique, à Rome, in-fol. 3 vol. 1731. III. Une autre traduction dans la même langue, du Traité du P. Petit-Didier, sur l'infaillibilité du pape à Rome, in-fol. 1732. IV. Une édition des Œuvres de Barthélemi des Martyrs, avec sa Vie, 2 vol. in-fol. V. La Vie séparée, 1727, 2 vol. in-4°, etc.
INGULFE, Anglois, d'abord moine de l'abbaye de Saint-Vandrille en Normandie, et ensuite abbé de Croiland en Angleterre, mort vers l'an 1109, avoit été secrétaire de Guillaume le Conquérant. Il a laissé une Histoire des Monastères d'Angleterre, depuis 626 jusqu'en 1091. Nous l'avons dans le recueil des Historiens de cette nation par Savil, Londres, 1696, in-fol.
INIGO. Voyez JONES.
INNOCENTS, (les Saints) On appelle de ce nom, dans l'église, les enfans qu'Hérode fit mourir à Bethléem et dans les environs, depuis l'âge de deux ans et au-dessous. Ce tyran espéroit envelopper dans ce massacre le nouveau Roi des Juifs, dont il avoit appris la naissance par les Mages. Le culte des Innocens est très-ancien dans l'église, qui les a toujours regardés comme les fleurs des martyrs. L'hymne qu'elle leur a consacrée, est pleine de graces naïves et touchantes, et feroit honneur aux poètes les plus célèbres dans le genre naturel et tendre. Salvete, flores martyrum, Quos vitæ ipso in limine Christi insecutor sustulis, Seu turbo nascentes rosas. Vos prima Christi victima, Grex immolatorum tener, Aram sub ipsam simplices Palmá et coronis luditis. Voltaire, qui n'a pas fait difficulté d'assurer qu'aucun ancien auteur n'avoit fait mention du massacre des Innocens, n'avoit qu'à ouvrir Macrobe; il en parle dans ses Saturnalia, liv. 2, ch. 4. I. INNOCENT Ier, (Saint) natif d'Albane, fut élu pape d'un consentement unanime en 402, après Anastase I. On ne sait rien de sa vie, sinon qu'il prit la défense de St. Jean Chrysostome; qu'il condamna les Novatiens et les Pélagiens, et qu'il éclaira le monde Chrétien par ses lumières, autant qu'il l'édifia par ses vertus. Il vit Rome en proie aux barbares, et le paganisme rouvrir ses temples. Ces malheureux hâtèrent sa mort, arrivée à Ravenne, le 14 février 417. Quelques mois auparavant, il avoit écrit à St. Jérôme, pour le consoler des horribles violences exercées par les Pélagiens contre les personnes pieuses dont il prenoit soin. Nous avons de ce saint pontife, plusieurs Lettres dans les Epières des Papes, de D. Coustant, in-fol. Elles sont écrites à différens évêques qui le consultoient sur la discipline ecclésiastique. On remarque qu'il relève beaucoup, et avec raison, la dignité du siège de Rome.
II. INNOCENT II, appelé auparavant Grégoire, de la maison des Papis ou Poperescis, chanoine régulier de Latran, cardinal-diacre de Saint-Ange, étoit Romain. Il monta sur la chaire pontificale le 17 février 1130, après Honorius II. Il ne fut élu que par une partie des cardinaux; l'autre partie donna la tiare au petit-fils d'un Juif nommé Pierre de Léon, qui se fit appeler Anaclet II. Celui-ci fut reconnu par les rois d'Écosse et de Sicile; mais Innocent II le fut par le reste de l'Europe. Ce pontife, opprimé à Rome par la faction d'Arnauld de Bresse, se réfugia en France, l'asile des papes et des rois persécutés. Il y tint plusieurs conciles à Clermont, à Rheims, au Puy, etc. De retour à Rome, après la mort de l'anti-pape Anaclet, et l'abdication de son successeur Victor IV, il célébra le second concile de Latran en 1139, composé d'environ mille évêques, et y couronna empereur le roi Lothaire. Voyez ce mot, n° II. Un auteur contemporain, rapportant la harangue que le pape prononça à l'ouverture de ce concile, lui fait dire, entr'autres choses: Vous savez que Rome est la capitale du monde; que l'on reçoit les dignités ecclésiastiques par la permission du Pontife Romain, comme par droit de fief, et qu'on ne peut les posséder légitimement sans sa permission. On n'avoit point encore vu cette comparaison des dignités ecclésiastiques avec les fiefs. Après le concile, le pape marcha contre Roger, roi de Sicile, qui venoit de subjuguer la meilleure partie de la Pouille. Il fut fait prisonnier par ce prince, et ne recouvra la liberté qu'en donnant à son vainqueur l'investiture de ce royaume. A cette guerre en succéda une autre que les Romains firent aux habitans de Tivoli. Elle avoit été terminée à des conditions raisonnables, lorsque les Romains, assemblés tumultueirement au Capitole, résolurent de rentrer en campagne. Le chagrin qu'en conçut le pape, lui causa une fièvre violente, dont il mourut le 24 septembre 1143. Ce fut un foible honneur pour lui que d'avoir, dit-on, après sa mort, la même conque de porphyre qui avoit servi à l'empereur Adrien. Un plus grand honneur fut d'avoir eu des mœurs pures et une partie des vertus de son état. Il se conduisit, pendant quelque temps, par les conseils de St. Bernard, mais il se refroidit ensuite à son égard, et cessa même de lui écrire. « Le pape, en général, dit le P. Fontenay, n'approuvoit pas toujours que St. Bernard entrât aussi avant et aussi ardemment qu'il le faisoit dans bien des affaires, où le poids de sa médiation ne le laissoit pas quelquefois entièrement maître 382 INN d'en user comme il auroit voulu. » Cependant, comme *St. Bernard* lui avoit rendu des services essentiels et donné des avis sages, *Innocent II* lui devoit de la reconnoissance. Ce pape veilla à Rome sur la justice. On rapporte un serment qu'il faisoit prêter aux avocats, par lequel il paroît qu'il y avoit alors dans cette ville des juges et des avocats gagés par le pape, pour y exercer leurs fonctions gratuitement. *Voyez* son *Histoire* par *D. de Lannes*; Paris, 1751, in-12.
III. INNOCENT III, appelé auparavant *Lothaire Conti*, natif d'Anagni, de la maison des comtes de *Segni*, étoit connu par son savoir, qui lui avoit mérité le chapeau de cardinal. Il fut élevé sur la chaire de *St. Pierre*, le 8 janvier 1148, à 37 ans, après *Celestia III*. Son premier soin fut d'unir les princes Chrétiens pour le recouvrement de la Terre-Sainte; et afin d'y réussir, il voulut commencer par détruire les hérétiques, et sur-tout les Albigeois, qui désoloient le Languedoc. Il ne ménagea pas plus les monarques que les hérétiques. *Philippe-Auguste* ayant fait divorce avec *Ingelberge*, il mit en interdit le royaume de France; il excommunia *Jean Sans-Terre*, roi d'Angleterre, qui ménageait peu les droits du clergé, déclara ses sujets absous du serment de fidélité, et le déposa du trône par une bulle. *Voy.* aussi I EDMOND. Il traita de même *Raimond*, comte de Toulouse. Sous lui, la puissance temporelle des papes fut bâtie sur des fondemens solides. La Romagne, l'Ombrie, la Marche d'Ancone, Orbitello, Viterbe, reconnurent le pape pour souverain. Il domina en effet d'une mer à l'autre. La république Romaine n'en avoit pas plus conquis dans ses quatre premiers siècles; et ces pays ne lui valurent pas ce qu'ils valoient au pape. *Innocent III* conquit même Rome; le nouveau Sénat plia sous lui; il fut le *Sénat du Pape*, et non des Romains. Le titre de consul fut aboli. *Innocent* donna au préfet de Rome l'investiture de sa charge, qu'il ne recevoit auparavant que de l'empereur. Les souverains pontifes commencèrent alors à être rois en effet, et la religion les rendoit, suivant les occurrences, les maîtres des rois. *Innocent III* se signala encore par la convocation du 4$^{e}$ concile de Latran, en 1215. Ce concile est compté pour le xii$^{e}$ œcuménique. Ses décrets sont fameux chez les canonistes, et ont servi de fondement à la discipline observée depuis. Le 3$^{e}$ canon défend d'établir de nouveaux *Ordres Religieux*, « de peur que la trop grande diversité d'habits et de règles n'apportât de la confusion dans l'Église. » Ce fut cependant sous le pontificat d'*Innocent III*, que l'Église vit naître les enfans de *St. Dominique* et de *St. François*, les Trinitaires et quelques autres. *Innocent* mourut à Pérouse, le 20 juillet 1216, avec la réputation d'un homme aussi vertueux que *Grégoire VII*, mais ardent et aussi peu modéré. « On ne pouvoit lui contester, dit le Père *Fontenay*, de grandes lumières, de grandes vues, un grand courage; mais on lui auroit désiré quelque chose de moins roide et de moins entier. » Dès sa jeunesse, il s'étoit fait admirer par ses talens; et aussitôt qu'il fut pape, il les employa à rétablier le bon ordre, et à faire régner la justice. Il la rendoit toujours par lui-même dans les consistoires publics dont il rétablit l'usage, et qui attirèrent à Rome bien des causes célèbres. Baluze a publié, en 1680, les Lettres de ce pape, en 2 vol. in-fol. Elles sont intéressantes pour la morale et pour la discipline : mais le style est marqué au coin de son siècle. Dans celle qu'il écrivit au roi Jean Sans-Terre, en lui envoyant quatre anneaux garnis de pierreries, il y a des allusions un peu singulières. Il l'invite à considérer la forme, le nombre, la matière et la couleur de ces anneaux. La forme, qui est ronde, représente l'éternité, et doit le détacher de toutes les choses temporelles, pour le faire aspirer aux éternelles. Le nombre, qui est quatre, désigne la fermeté d'une ame supérieure aux vicissitudes de la fortune, et fondée sur les quatre vertus cardinales. La matière, qui est l'or, le plus précieux des métaux, signifie la sagesse, que Salomon préféroit à tous les biens. La couleur n'est pas moins mystérieuse que le reste. Le vert de l'émeraude annonce la foi; le bleu du saphir, l'espérance; le rouge du rubis, la charité; et le brillant de la topaze, les bonnes œuvres. On a encore de lui trois livres, remplis de piété et d'onction : De contemptu mundi, sive De miseris humanae conditionis, dont on a plusieurs éditions, une entr'autres de Paris, 1645, in-8.º Voyez IX. ALEXIS. Ses Œuvres ont été imprimées à Cologne, 1575, in-fol., ou Venise, 1578. C'est de lui qu'est la Prose, Veni, sancte Spiritus, que des écrivains ont attribuée, sans fon- dement, à Robert I, roi de France. Innocent III a aussi passé pour auteur de l'Ave, mundi spes, Maria; et du Stabat Mater dolorosa, qui est de Jacopone da Todi.
IV. INNOCENT IV, (Sinibalde de Fiesque) Génois, fut d'abord chancelier de l'église Romaine. Grégoire IX l'honora de la pourpre en 1227. Il fut pape le 24 juin 1243, après la mort de Célestia IV. Il obtint le pontificat dans le temps des querelles de Frédéric II avec la cour de Rome. Cet empereur avoit été fort uni avec Innocent, lorsqu'il n'étoit que cardinal; ils se brouillèrent irréconciliablement, dès qu'il fut pape, parce que Frédéric ménageoit peu les droits de l'église, et qu'Innocent croyoit devoir les soutenir. Ce pontife, retiré en France, convoqua, en 1245, le concile général de Lyon, dans lequel il excommunia et déposa Frédéric. St. Louis, à qui l'empereur se plaignit, n'approuva point des démarches si peu modérées. Il entreprit de réconcilier Frédéric avec le pape, et l'on croit que ce fut le principal sujet de la conférence qu'il eut avec lui à Cluni, à la fin de l'année. Mais il ne put rien obtenir du pontife. Cependant, l'empereur menaçoit de venir à Lyon, à la tête d'une puissante armée; afin, disoit-il, de plaider lui-même sa cause devant le Pape... Innocent étoit comme prisonnier dans cette ville. On avoit déjà pris plusieurs particuliers, qui avoient voulu attenter à sa vie. Son palais étoit pour lui un cachot; il s'y faisoit garder nuit et jour. St. Louis, en passant par Lyon pour aller à la Terre-Sainte, représenta à Innocent que sa dureté envers Frédéric pou- 384 I N N voit attirer de fâcheuses affaires à la France, pendant qu'il seroit en Orient. Mais le pape répondit; *Tant que je vivrai, je défendrai la France contre le schismatique Fréderic, contre le roi d'Angleterre, mon vassal, et contre tous ses autres ennemis.* La croisade que ce pontife fit prêcher contre *Fréderic*, nuisit beaucoup à celle de la Terre-Sainte; parce que le pape accordoit la même indulgence, pour y exciter davantage. Cette croisade causa de grands mouvemens en Allemagne. Dans quelques villes, on se souleva ouvertement contre les exécuteurs des ordres du pape. *Marcellin*, évêque d'Arezzo, prélat guerrier, qu'*Innocent* avoit mis à la tête d'une armée contre l'empereur, fut pris et pendu par ordre de ce prince. La mort de *Fréderic*, arrivée en 1250, termina ce différent. Le pape quitta Lyon l'année suivante, après y avoir demeuré 6 ans et 4 mois. De retour en Italie, il fut appelé à Naples pour recouvrer ce royaume. Ses troupes furent battues par *Mainfroi*, et cette défaite hâta sa mort, arrivée le 13 décembre 1254, à Naples même. Ce pape étoit profond dans la jurisprudence; on l'appeloit le *Père du Droit*. Il a laissé *Apparatus super Decretales*, in-fol. souvent réimprimé. On prétend que c'est lui qui a donné le *Chapeau rouge* aux cardinaux. Quant au caractère de ce pontife, nous avons tâché de le peindre par les faits, dans cet article et dans celui de *Fréderic*. Il fut du nombre de ces papes qui, malgré leurs vertus, s'imaginèrent, suivant les expressions d'un écrivain ingénieux, « que Rome moderne pouvoit disposer aussi souverainement des couronnes avec des bulles, que l'ancienne Rome l'avoit fait avec des armées. » Une fausse jurisprudence canonique les trompa; mais leurs successeurs plus éclairés ont renoncé à une partie de leurs prétentions. V. INNOCENT V, (*Pierre de Tarantaise*) né dans cette province, entra dans l'ordre de Saint-Dominique, devint archevêque de Lyon, cardinal, et enfin pape, le 21 février 1276; il mourut le 22 juin de la même année, laissant des *Notes* sur les *Epitres* de *St. Paul*, sous le nom de *Nicolas de Goran*; Cologne, 1478, in-fol.; et des *Commentaires* sur le livre des Sentences, imprimés à Toulouse en 1652. Ses ennemis lui imputèrent des erreurs; mais *St. Thomas* d'Aquin, son confrère, le justifia.
VI. INNOCENT VI, (*Étienne d'Albert*) cardinal-évêque d'Ostie, puis grand pénitencier, naquit près de Pompadour, dans la paroisse de Beissac, au diocèse de Limoges. Sa famille étoit assez obscure; il l'honora par son savoir et ses vertus. Il fut d'abord professeur en droit à Toulouse, ensuite évêque de Noyon, puis de Clermont, enfin cardinal. Il parvint à la papauté, le 1$^{er}$ décembre 1352, après *Clément VI*. Il diminua beaucoup la dépense de la maison du pape, que son prédécesseur avoit portée trop haut. Il renvoya les bénédiciens dans leurs bénéfices; fit une constitution contre les commendes; fonda, quatre ans après son exaltation, la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon; travailla avec ardeur à réconcilier les rois de France et d'Angleterre, et mourut le 12 septembre 1362. Il eut, comme *Clément VI*, trop d'empressement à élever ses parens ; mais avec cette différence, que les siens lui firent honneur, et que ceux de Clément ne firent pas toujours honneur à ce pontife. Innocent VI eut d'ailleurs toutes les qualités d'un bon pape. Ami de la justice, il punit dans sa cour les scandales. Protecteur des gens de lettres, il en avança plusieurs, et fit du bien à d'autres. Zélé pour les intérêts de l'église, il en fit restituer les biens usurpés. Plein de charité, il montra tant d'amour pour les pauvres, que les mendiens se multiplièrent beaucoup sous son pontificat. Les malheurs de la France excitèrent vivement sa sensibilité. Il la cacha si peu, que les Anglois, après la bataille de Poitiers, en faisoient des plaisanteries. Le P. Berthier cite celle-ci, qui n'est, selon lui, ni spirituelle, ni décente. Le Pape, disoient-ils, est devenu François, mais Jésus-Christ est tout Anglois... On a quelques Lettres de lui dans le Thesaurus de Martenne.
VII. INNOCENT VII, (Côme de Meliorati) né à Sulmone dans l'Abruzze, fut élu pape, le 17 octobre 1404, par les cardinaux de l'obéissance de Boniface IX, dans le temps du schisme, après avoir fait le serment d'abdiquer le pontificat, si Pierre de Lune lui en donnoit l'exemple. Il oublia sa promesse, fut chassé de Rome par les armes de Ladislas, roi de Naples, fut rappelé ensuite, et mourut le 6 novembre 1406, regardé comme un savant jurisconsulte.
VIII. INNOCENT VIII, (Jean-Baptiste Cibo) noble Génois, Grec d'extraction, naquit en 1432, vécut long-temps à la cour de Naples. Ayant quitté cette ville, il s'attacha au cardinal de Bologne, frère du pape Nicolas V. Il s'éleva peu à peu. Il fut enfin cardinal, et évêque de Melfi. Il mérita et obtint la tiare, le 24 août 1484, par le succès avec lequel il avoit rempli plusieurs commissions importantes sous Sixte IV, dont il étoit dataire. Il parut fort zélé pour la réunion des princes Chrétiens contre les Turcs, et se fit remettre, par le grand maître de Malte, Zizime, frère de Bafazet II : action qui valut à Pierre d'Aubusson le chapeau de cardinal. Mais ce zèle prenoit, dit-on, sa source dans l'envie qu'il avoit d'amasser de l'argent, et d'enrichir ses enfans. Avant que d'être dans les ordres, il en avoit eu plusieurs, dont il ne négligea point la fortune durant son pontificat. A ce défaut près, Innocent VIII fut un modèle de douceur et de bienfaisance. On le vit toujours semblable à lui-même, savant sans faste, pontife sans orgueil, politique impénétrable, et grand pacificateur. Il eut cependant des différends avec les Vénitiens, qui assiégèrent inutilement Ferrare pendant cinq mois, et qui, malgré leurs pertes, obtinrent des princes d'Italie une paix avantageuse. Le chagrin que lui causa cette paix, faite sans sa participation, et qui lui étoit favorable, redoubla les accès de sa goutte, et le réduisit à l'extrémité. Il étoit tombé en apoplexie deux ans auparavant, et il refusa de mettre à exécution le conseil d'un médecin Juif, qui prétendoit le guérir en lui faisant boire le sang de trois enfans âgés de dix ans. Il mourut avec beaucoup de résignation, le vingt-huit juillet 1492, à 60 ans, après B b 386 INN huit ans de pontificat. Ce pape étoit savant pour son temps. Il donna quelques *Traités* sur le Sang de Jésus-Christ; sur la puissance de Dieu; sur l'immaculée Conception de la Sainte Vierge. Il ordonna que ce dogme seroit prêché pieusement par toute l'église, sans cependant qu'on pût accuser d'hérésie ceux qui soutiendroient en particulier l'opinion contraire. Il avoit entrepris de concilier la doctrine de *St. Thomas* et celle de *Scot*: *Ce qu'il eût eu*, dit l'abbé de Choisi, de la *peine à exécuter*. Il fit tout ce qu'il put pour assoupir la grande dispute sur les stigmates de *Ste Catherine de Sienne*. Les Jacobins les soutenoient réelles, et les Franciscains les nioient. *Innocent VIII* eut la sagesse de leur imposer un silence, qu'ils ne gardèrent point. Enfin ce procès fut jugé par *Urbain VIII*, qui, en réformant le bréviaire Romain, y fit insérer une légende, où la Sainte est honorée des stigmates, mais non visibles, comme celles de *St. François*... *Innocent VIII* confirma l'ordre des Minimes, la congrégation des Augustins déchaussés, et l'ordre de la conception de la Vierge, institué par *Béatrix de Silva*. Il condamna plusieurs propositions avancées par *Jean Pic de la Mirandole*, comme suspectes d'hérésie, ou du moins de témérité. Il aima la justice, et n'éleva à la pourpre Romaine, que des personnes de mérite.
IX. INNOCENT IX. (*Jean-Antoine Facchinetti*) né à Bologne, en 1519, se signala au concile de Trente. Il fut fait cardinal par *Grégoire XIII*, monta sur la chaire de *St. Pierre*, le 29 octobre 1591, et mourut deux mois après, sans avoir pu exécuter les grands projets qu'il avoit formés. Son dessein étoit, dit le *P. Fabre*, de faire nettoyer le port d'Ancone, pour faciliter la navigation; et de créuser un canal près du château Saint-Ange, pour mettre la ville de Rome à couvert des inondations fréquentes du Tibre. Il avoit aussi résolu de délivrer le peuple Romain des impôts dont on l'avoit chargé depuis peu, de travailler à la conversion des infidelles, d'extirper les hérésies, et de soulager, par ses libéralités, l'église du Japon affligée sous la tyrannie du prince qui y régnoit; mais la mort vint interrompre tous ces projets. Une fièvre l'emporta en huit jours, le 30 décembre de la même année, après avoir tenu le saint siège seulement pendant deux mois. Quelque temps avant sa mort, la chaleur naturelle l'avoit tellement abandonné, qu'il demeuroit presque toujours au lit, et étoit même obligé d'y donner ses audiences. X. INNOCENT X. (*Jean-Baptiste Pamphili*) Romain, successeur du pape *Urbain VIII*, le 4 septembre 1644, à l'âge de 72 ans, chassa de Rome les *Barberins*, auxquels il devoit son élévation. Il est principalement célèbre par sa bulle contre les cinq propositions de *Jansénius*. Elle fut publiée le 31 mai 1653. Les propositions y sont qualifiées chacune en particulier. Les trois premières sont déclarées hérétiques; la quatrième fausse et hérétique; et la cinquième sur la mort de Jésus-Christ, fausse, téméraire et scandaleuse. *Innocent X* mourut le 6 janvier 1655, à 81 ans. Il ascendant qu'il laissa prendre sur lui à Olympia Malachini, sa belle-sœur, et à la princesse de Rossano, sa nièce, lui fit fort dans l'esprit des Romains. Il avoit cependant d'excellentes qualités : sobre, vivant de peu, haïssant le luxe, économe dans les dépenses superflues, magnifique dans les nécessaires ; rendant exactement la justice à ses sujets, et jugeant des affaires avec esprit, célérité et discernement.
IL INNOCENT XI, (Benoit Odescalchi) naquit à Côme dans le Milanez en 1611. Après avoir passé par différentes dignités, il fut élu pape le 21 septembre 1676. Il avoit porté les armes avant de porter la tiare. Il ne lui resta, de son ancien métier, qu'une certaine fermeté, qui ne savoit pas s'accommoder au temps. Il se fit toujours un honneur de résister à Louis XIV, dans les disputes de la régale : il soutint fortement les évêques qui disputoient ce droit à ce monarque. La querelle fut si vive, qu'il refusa des bulles à tous les François nommés aux bénéfices, après les assemblées du clergé de 1681 et 1683, de façon, qu'à sa mort, il y avoit plus de trente églises qui manquoient de pasteurs. Il ne montra pas moins de fermeté, dans la dispute sur les franchises du quartier des ambassadeurs ; il excommunia ceux qui prétendoient les conserver. Il fit plus : en 1689, il s'unit, dit-on, avec les alliés contre Jacques II, parce que Louis XIV protégeoit ce prince. C'est alors qu'un plaisant dit, à ce que prétend un historien, que pour mettre fin aux troubles de l'Europe et de l'Eglise, il falloit que le roi Jacques se fit Huguenot, et le Pape Catholique. Ce pontife mourut le 12 août 1689, à 78 ans, après avoir condamné les erreurs de Molinos et des Quiétistes. Burnet dit qu'il entendoit très-bien l'économie ; et son exaltation fut fort utile à la chambre apostolique, épuisée par les prodigalités de ses prédécesseurs. Mais il lui refuse toute autre connoissance. Il prétend qu'il ne savoit pas plus de latin que de théologie. Si Innocent, ajoute-t-il, haïssoit les Jésuites, et paroissoit faire grand cas des Jansénistes, ce n'étoit point qu'il eût étudié leurs disputes théologiques : c'étoit uniquement parce que les premiers exaltoient Louis XIV, et que ce prince n'aimoit pas les autres. Mais je ne sais si l'on peut s'en rapporter entièrement au témoignage d'un homme tel que Burnet, dont la vue étoit souvent éblouie par ses préjugés contre l'Eglise Catholique et ses pontifes. Le P. d'Avigny peint ainsi Innocent XI. « Il étoit d'une taille excessivement haute ; et ce qui en est une suite assez ordinaire, il étoit sec et maigre. Il avoit le nez grand, les yeux vifs, l'air chagrin, les manières fières, le jugement bon, l'esprit pénétrant. Il savoit peu, parce qu'il avoit peu étudié. D'ailleurs, il étoit fort homme de bien, se réglant dans la pratique sur des maximes qui étoient austères jusqu'à la dureté ; mais opiniâtre dans ses sentimens, inflexible, ne revenant presque point de ses premières impressions, persuadé qu'elles étoient fondées sur la raison et la justice. » Le satirique Misson renchérit sur d'Avigny et sur Burnet, en parlant d'Innocent XI, dans son Voyage d'Italie. Il prétend qu'il alléguoit toujours quelque fluxion, pour s'excuser de remplir les fonctions publiques du souverain pontificat. Cette allégation est très-maligne. Innocent XI eut une vieillesse infirme. Est-il étonnant qu'un pape, accablé d'années et de maladies, se refuse à des fonctions, dont les longues cérémonies exigent sinon de la jeunesse, du moins de la santé; et qu'un vieillard, à qui la retraite étoit absolument nécessaire, ne voulût pas sortir de la sienne. Misson devoit-il en conclure qu'il falloit qu'il y eût quelque chose de particulier dans la religion d'Innocent XI? Quel homme seroit à l'abri de la calomnie, si l'on pouvoit attaquer sa religion sur de pareils soupçons? Les historiens les moins favorables aux pontifes Romains, Voltaire lui-même, avouent que celui-ci étoit un pape vertueux; et aucun n'a paru douter de son attachement au christianisme. Voyez NOSTRE et LOUIS XIV.
XII. INNOCENT XII, (Antoine Pignatelli) Napolitain d'une famille distinguée, né le 15 mars 1615, fut employé, par les papes, dans plusieurs affaires importantes, et élevé aux premières dignités de l'Eglise. Enfin, le 12 juillet 1691, il succéda dans le souverain pontificat, à Alexandre VIII. Ce qu'Innocent XI n'avoit pu faire pour l'abolition du Népotisme, celui-ci l'exécuta par sa bulle de 1692. Il avoit toujours joui d'une haute réputation, et son pontificat ne le démentit point. Son élection fut une fête pour les Romains, et sa mort un deuil public. Son amour pour les pauvres étoit si tendre, qu'il les ap- peloit ses Neveux. Il répandit sur eux tous les biens que la plupart de ses prédécesseurs prodiguent à leurs parens. Son pontificat fut marqué par la condamnation du livre des Maximes des Saints, de l'illustre Fénélon. Il mourut le 27 septembre 1700, à 85 ans, comblé de bénédictions. L'État de l'Eglise lui doit la fondation de plusieurs hôpitaux, et l'agrandissement des ports d'Anzio et de Nettuno.
XIII. INNOCENT XIII, (Michel-Ange Conti) Romain, le huitième pape de sa famille, naquit le 15 mai 1655. Il fut élu le 8 mai 1721, et mourut le 7 mars 1724, à 69 ans, sans avoir eu le temps de signaler son pontificat par des actions éclatantes. Les maladies dont il fut affligé depuis son exaltation, ne lui permirent pas de faire tout ce que son zèle lui inspiroit. A son avènement au trône pontifical, il fit présent au prince Stuart, fils de Jacques III, d'une pension de huit mille écus Romains. Comme on le pressoit, à l'heure de la mort, de remplir les places vacantes dans le sacré collège, il répondit: Je ne suis plus de ce monde. Duclos prétend que le chagrin d'avoir donné la poupre à Dubois, qu'il avoit promise, sous la condition que la faction de France lui procureroit la tiare, et les intrigues et les ruses dont se servit l'abbé de Teruin, pour avoir lui-même le chapeau, après l'avoir sollicité pour Dubois, conduisit Innocent XIII au tombeau. Cependant il est à croire que Conti auroit été pape, sans aucune manœuvre des négociateurs François, et qu'il auroit obtenu le pontificat par sa naissance et la considération dont il jouis- soit.
INO, (Mythol.) fille de Cadmus et d'Hermione, avoit épousé Athamas, roi de Thèbes, après que Néphélé, sa première femme, l'eut quitté pour suivre les Bacchantes dans les forêts. Ino traita en marâtre les enfans du premier lit, qui étoit Phryxus et Hellé; elle les obligea de s'enfuir et d'implorer la protection de Junon. La Déesse, pour punir Ino de ses mauvais traitements, rendit Athamas furieux, de façon que, dans ses accès, prenant Ino pour une lionne et les deux fils qu'il avoit eus d'elle pour des lionceaux, il les poursuivit pour les tuer. Il avoit déjà écrasé Léarque, l'aîné de ses fils, contre un rocher, et auroit traité de même le plus jeune, si sa mère ne l'eût pris entre ses bras, et, dans sa frayeur, ne se fût précipitée avec lui dans la mer. Les poètes disent que les Dieux, touchés de compassion, changèrent Ino en Nymphe, que les Grecs réverroient sous le nom de Leucothoé, et les Latins sous celui de Matuta, et que son fils Mélicerte fut appelé Palémon ou Portunus, dieu des ports. Voyez ALBUNÉE. Le romancier tragique la Grange a puisé, dans cette fable, le sujet d'une tragédie intéressante.
INSTITOR, (Henri) Dominicain Allemand, nommé par Innocent VIH, en 1484, inquisiteur général de Mayence, de Cologne, de Trèves, etc. composa, avec Jacques Springer son confrère, le Traité connu sous le titre de Malleus maleficiorum, à Lyon, 1484; et réimprimé plusieurs fois depuis, in-8° et in-4°. Cet ouvrage décèle un homme qui n'étoit pas au-dessus de son siècle. On a encore de lui, un Traité De Monarchia, et un autre Adversus errores circa Eucharistiam, Lipsiae, 1495, in-4°.
INTAPHERNES, fut l'un des sept principaux seigneurs de Perse qui conspirèrent ensemble, l'an 521 avant Jésus-Christ, pour détrôner le faux Smerdis qui avoit usurpé la couronne. Ce seigneur, fâché de n'avoir pas obtenu le sceptre, s'étant soulevé, Darius le condamna à la mort avec tous ses parens, complices de sa révolte. Avant l'exécution, la femme d'Intaphernes alloit tous les jours à la porte du palais de Darius, implorer sa miséricorde. Ce roi, touché de ses larmes, lui accorda la liberté de celui de ses parens qu'elle aimerait le mieux. Cette dame infortunée, ne pouvant obtenir tout ce qu'elle souhaitoit, demanda la vie de son frère: Darius, étonné, voulut savoir la raison de ce choix: Je puis trouver, lui dit-elle, un autre mari et d'autres enfans; mais, mon père et ma mère étant morts, je ne puis avoir d'autres frères. Le roi, admirant cette réponse, pardonna à son fils aîné et à son frère, qu'il fit mettre en liberté. Intaphernes et les autres complices périrent par le dernier supplice.
INTERIAN DE AYALA, (Jean) religieux de la Merci, mort à Madrid le 20 octobre 1730, à 74 ans, est principalement connu par un Traité sur les erreurs où tombent la plupart des peintres lorsqu'ils peignent des sujets pieux. Il leur donne des avis pour les éviter. Son ouvrage est intitulé: Pictor B b 3 Christianus eruditus, in-folio, Madrid, 1720. On a encore de lui, des Poésies et d'autres écrits. Sa versification est facile, naturelle, mais trop prosaïque.
INTEVILLE, (Les trois Frères d') Voyez I. MONTE-CUCULI.
INVÈGES, (Augustin) né à Siacca en Sicile, se fit Jésuite, et enseigna la philosophie et la théologie. Il quitta ensuite la société, et mourut à Palerme en 1677, à 82 ans. Il est auteur d'une Histoire de la ville de Palerme, 1649, — 50 et — 51, en 3 vol. in-folio, en italien, dont le troisième est rare; et de l'Historia Paradisi terrestris, 1651, in-4.º On a encore de cet écrivain, l'Histoire de la ville de Cacabe en Sicile, aujourd'hui Cacamo, sous le titre de : La Cartagine Siciliana, etc., imprimée à Palerme en 1661, in-4.º Il dit dans cet ouvrage : « Que les habitans de Cacamo et ceux de Palerme furent ceux qui chantèrent le premier motet des Vèpres Siciliennes, avec l'applaudissement général de tous les historiens. » Y Cacamosi coi Panormitani nel Vespro Siciliano cantaroni il primo motetto, con molto applauso di tutti gli Scrittori.
INVILLE, (Philippe d') né à Paris, entra chez les Jésuites, et y mourut vers l'an 1715 dans la maison professe. Il est connu par un poème agréable sur les Oiseaux, imprimé à Paris chez Lambia, en 1691, in-12.
IO ou Isis, (Mythol.) étoit fille d'Inachus et d'Ismène. Jupiter la métamorphosa en vache, pour la soustraire à la vigilance de Junon; mais cette Déesse la lui demanda, et la donna à garder à Argus. Mercure endormit cet Argus au son de sa flûte, et le tua par ordre de Jupiter. Junon envoya un taon qui piquoit continuellement Io, et qui la fit errer par-tout. En passant auprès de son père, elle écrivit son nom sur le sable avec son pied, ce qui la fit reconnoître. Mais dans le moment qu'Inachus alloit se saisir d'elle, le taon la piqua si vivement, qu'elle se jeta dans la mer. Elle passa à la nage toute la Méditerranée, et arriva en Egypte, où Jupiter lui rendit sa première forme, et eut d'elle Epaphus. Les Egyptiens dressèrent des autels à cette divinité vagabonde, sous le nom d'Isis. Jupiter lui donna l'immortalité, et lui fit épouser Osiris. On représente Isis portant sur sa tête, ou de grands feuillages bizarrement assemblés, ou une crèche, ou des tours, ou des créneaux de murailles, ou un globe, ou un croissant, ou enfin une coiffure très-basse. Assez souvent on la trouve dans les anciens monumens avec un enfant qu'elle tient sur ses genoux, ou à qui elle présente la mamelle. Dans d'autres figures, elle est toute couverte de mamelles; dans d'autres, elle est serrée d'une grande enveloppe, qui s'étend depuis les épaules jusqu'aux pieds, et qui est pleine de figures hiéroglyphiques. On la voit aussi portant à sa main droite, ou la lettre T suspendue à un anneau; ou un sistre, instrument de musique, qui a la forme d'un cerceau ovale; ou enfin une faucille, que quelques auteurs prennent pour une clef. On la confond souvent avec Cybèle. Son culte passa de Grèce à Rome, où on lui bâtit un temple dans le champ de Mars, qui étoit le rendez-vous de toutes les femmes galantes. Ses prêtres appelés Isiaci, avoient la tête rasée, parce qu'Isis, à la mort de son mari, s'étoit arraché les cheveux de désespoir. Les femmes seules avoient droit de célébrer les fêtes d'Isis auxquelles elles se préparaient par des sacrifices; le vin leur étoit défendu pendant le temps qu'elles duroient. Voyez I. PAULINE.
IODAMIE, (Mythol.) étoit prêtresse de Minerve. Etant entrée pendant la nuit dans le sanctuaire du Temple, la Déesse la pétrifia en lui montrant la tête de Méduse.
IOLAS ou IOLAUS, (Mythol.) fils d'Iphiclus et neveu d'Hercule, fut le compagnon des travaux de ce héros. On dit qu'il brûloit les têtes de l'Hydre, à mesure qu'Hercule les coupoit. Hébé, pour récompense de ce service, le rajeunit à la prière d'Hercule, qu'elle avoit épousé dans le ciel.
IOLE, (Mythol.) fille du second lit d'Euryte, roi d'Œchalie, fut aimée d'Hercule, qui la demanda en mariage. Iole lui ayant été refusée, il l'arracha à son père, qu'il tua, et emmena avec lui sa conquête, après avoir précipité du haut d'une tour son frère Iphite. Déjanire, femme d'Hercule fut si irritée de cette passion, qu'elle envoya à son volage époux la chemise empoisonnée de Nessus; don fatal qui fit périr le héros.
ION, fils de Xutus et de Créuse, fille d'Erecthée, épousa Hélicé, dont il eut plusieurs enfans, et régna dans l'Attique, qui fut assez long-temps appelée Ionie, de son nom. — On cite aussi un Ion, poète de Chio, dont les Tragédies se sont perdues.
IOXUS, petit-fils de Thésée, fut le père des Ioxides en Carie, qui observoient des pratiques singulières dans leurs sacrifices; entr'autres, de n'arracher ni de brûler jamais des asperges et des roseaux auxquels ils rendoient une espèce de culte.
IPHIANASSE, (Mythol.) fille de Prætus, roi d'Argos, accompagna ses sœurs Iphinoé et Lysippe, au temple de Junon, pour y insulter cette Déesse, en lui soutenant que le palais de leur père étoit plus riche et plus brillant que son temple; d'autres ajoutent qu'elles osèrent préférer leur beauté à la sienne. La Déesse, indignée de leur insolence, les changea toutes trois en vaches furieuses.
IPHICLUS, (Mythol.) fils de Philacus et de Périclimène et oncle de Jason, fut célèbre par sa grande agilité. Il fut un des Argonautes, et accompagna son neveu à la conquête de la Toison d'or. — Il y eut un autre Iphiclus, fils d'Amphitryon, et frère utérin d'Hercule. Il mourut d'une blessure qu'il reçut en combattant avec Hercule, contre les Éléens. — Un des princes Grecs qui allèrent au siège de Troie, avoit aussi ce nom: ce dernier fut père de Protésilas. — Voyez encore MELAMPUS.
IPHICRATE, général des Athéniens, fils d'un cordonnier, naquit avec toutes les qualités qui font les grands hommes. De simple soldat, il parvint au commandement général des armées. Il battit les Thraces, rétablit Seuthès, allié des Athéniens, et remporta des avantages sur les B b 4 Spartiates l'an 390 avant J. C. Il se rendit principalement recommandable par son zèle pour la discipline militaire. Il changea l'armure des soldats, rendit les boucliers plus étroits et plus légers, alongea les piques et les épées, et fit faire des cuirasses de lin, préparé de façon qu'il se durcissoit, et devenoit aussi difficile à pénétrer que le fer. La paix étoit pour lui l'école de la guerre : c'étoient tous les jours de nouvelles évolutions. Ses soldats, tenus en haleine par de fréquens exercices, étoient toujours prêts à combattre. Ce grand général épousa la fille de *Cotys*, roi de Thrace, et mourut l'an 380 avant J. C. Les auteurs anciens, qui ont fait des recueils de bons mots, en rapportent plusieurs d'*Iphicrate*. Un homme qui lui avoit intenté un procès, lui reprochant la bassesse de sa naissance, et faisant extrêmement valoir la noblesse de la sienne : *Je serai le premier de ma race*, lui répondit ce grand homme, et toi le dernier de la tienne. — Un jour, faisant fortifier son camp dans un endroit où il sembloit qu'on n'avoit rien à craindre, il répondit à ceux qui s'en étonnoient : *C'est une mauvaise chose pour un Général, que de dire : Je n'y pensois pas*. — Un orateur lui ayant demandé ce qu'il étoit, pour avoir tant de vanité : *Je suis*, répondit Iphicrate, celui qui commande aux autres.
IPHIGÉNIE ou IPHIANASSE, (Mythol.) étoit fille d'*Agamemnon* et de *Clytemnestre*. Son père ayant eu le malheur de tuer, en Aulide, un cerf consacré à *Diane*, la Déesse en fut si irritée, qu'elle fit souffler des vents contraires qui suspendirent long-temps le départ de la flotte des Grecs ; pour le siège de Troie. *Agamemnon*, au désespoir de ce retard, et ne sachant comment appaiser la colère des Dieux, fit vœu de leur immoler ce qu'il y avoit de plus beau dans son royaume. Le sort voulut que ce fût sa fille *Iphigénie*. On envoya donc *Ulysse* en Grèce, pour tirer la jeune princesse des bras de sa mère, qui, pour y parvenir, feignit que c'étoit pour la marier à *Achille*. Aussitôt qu'elle fut arrivée au camp, *Agamemnon* la livra au grand-prêtre pour l'immoler; mais, dans le moment qu'on alloit l'égorger, *Diane* enleva cette princesse, et fit paroître une biche en sa place. *Iphigénie* fut transportée dans la Tauride, où *Thoas*, roi de cette contrée, la fit prêtresse de *Diane*, à laquelle ce prince cruel faisoit immoler tous les étrangers qui abordoient dans ses états. *Oreste*, après le meurtre de sa mère, contraint, par les Furies qui l'agitoient, à errer de province en province, fut arrêté dans ce pays, et condamné à être sacrifié. Mais *Iphigénie*, sa sœur, le reconnut dans l'instant qu'elle alloit l'immoler, et le délivra, aussi bien que *Pylade*, qui vouloit mourir pour *Oreste*. Ils s'en furent tous trois, tuèrent *Thoas*, et emportèrent la statue de *Diane*. Les anciens sont partagés sur le sacrifice d'*Iphigénie*. *Lucrèce*, *Cicéron*, *Virgile* et *Properce* écrivent qu'elle fut réellement immolée; *Pausanias*, *Ovide*, *Hygin* et *Juvenal* soutiennent le contraire. *Voyez* I. CREBILLON et GRANGE, n° III.
IPHIMÉDIE, (Mythol.) femme d'*Alocus*, quitta son mari, et se jeta dans la mer pour épouser Neptune, dont elle eut deux fils, nommés Aloïdes. I. IPHIS, (Mythol.) jeune fille de l'isle de Crète. Lygde, son père, ayant été obligé de faire un voyage, laissa Téléthuse grosse d'Iphis, avec ordre d'exposer l'enfant, si c'étoit une fille. Aussitôt que Téléthuse fut accouchée, elle habilla Iphis en garçon. Lygde de retour, fit élever son prétendu fils, et voulut le marier avec une fille nommée Ianthé. Téléthuse, fort embarrassée, pria la déesse Isis de la secourir; et Isis métamorphosa Iphis en garçon. En reconnoissance d'un si grand bienfait, ses parens firent des offrandes à la Déesse, avec cette inscription: Iphis paya garçon, ce qu'Iphis promis fille. Vota puer solvît, qua femina voveras Iphis...
II. IPHIS, (Mythol.) jeune homme de l'isle de Chypre, se pendit de désespoir, de n'avoir pu toucher le cœur d'Anaxarette, qu'il amoit; et les Dieux, pour punir la dureté de cette fille, la changèrent en rocher.
IPHITUS, fils de Praxonides, et roi d'Elide dans le Péloponnèse, étoit contemporain du fameux législateur Lycurgue. Il rétablit les Jeux Olympiques 442 ans après leur institution par Hercule, vers l'an 884 avant Jésus-Christ. Voyez IOLE.
IRAIL, (Augustin-Simon) né au Puy en Vélay, le 16 juin 1719, embrassa la profession ecclésiastique et devint chanoine de Monistrol. Après avoir fait une tragédie en prose, intitulée Heuri IV, et la Marquise de Ver- neuil, ou le Triomphe de l'Héroïsme, il se livra à l'étude de l'histoire, et publia en ce genre deux ouvrages estimés; le premier a pour titre: Querelles Littéraires, ou Mémoires pour servir à l'histoire des révolutions de la République des Lettres, 1761, 4 vol. in-12. La légèreté du style et l'agrément de la narration, firent soupçonner que Voltaire avoit eu part à cet écrit; mais l'unité de ton l'a fait restituer à son véritable auteur. II. Le second est une Histoire de la réunion de la Bretagne à la France, 1764, 2 vol. in-12. Elle est écrite également d'une manière brillante et sage. Son auteur est mort au mois de Ventose au deux. I. IRÈNE, impératrice de Constantinople, célèbre par son esprit, sa beauté et ses forfaits, naquit à Athènes, et épousa l'empereur Léon IV en 769. Après la mort de son époux, Irène gagna la faveur des grands, et se fit proclamer Auguste avec son fils Constantin VI Porphyrogenète, âgé de neuf ans et quelques mois. Elle établit sa puissance par des meurtres. Les deux frères de son mari ayant formé des conjurations pour lui ôter le gouvernement, elle les fit mourir l'un et l'autre. L'empereur Charlemagne menaçoit alors l'empire d'Orient: Irène l'amusa par des promesses, et voulut ensuite s'opposer à ses progrès par les armes; mais ses troupes furent battues dans la Calabre en 788. L'année d'auparavant, elle avoit fait convoquer le deuxième Concile de Nicée, contre les Iconoclastes; presque tous ces hérétiques se rétractèrent, et le respect dû aux images fut rétabli. Cepen- dant Constantin, son fils, grandissoit; fâché de n'avoir que le nom d'empereur, il ôta le gouvernement à sa mère, qui le reprit bientôt après, et qui, pour régner plus sûrement, le fit mourir en 797. Ce fut la première femme qui gouverna seule l'empire. Son entrée à Constantinople sur un char brillant d'or et de pierreries, ses largesses au peuple, sur qui elle répandit l'or et l'argent, la liberté donnée à tous les prisonniers, ne la rassurèrent point sur les suites de son usurpation. Elle fit périr les oncles de son fils, et exila quelques ministres. On prétend, que pour mieux s'affermir en Orient et en Occident, elle forma le dessein d'épouser Charlemagne, et que cette alliance étoit sur le point de se conclure, lorsque Nicéphore, qui s'étoit fait déclarer empereur, la relégua dans l'isle de Lesbos, où elle mourut le 9 août 803. Le caractère de cette princesse est assez difficile à développer: chez elle, la vertu et le vice se succédoient; mais le vice dominoit, et sur-tout l'ambition. Elle avoit tout ce qui donne les moyens de la satisfaire: une belle figure, du génie, l'intelligence des affaires, le courage et l'esprit d'intrigue. (Voyez III. NICÉPHORE.) Son Histoire a été élégamment écrite par l'abbé Mignot, 1762, in-12. Voyez aussi l'Histoire du Bas-Empire, T. 14, L. 66.
II. IRÈNE, jeune princesse Byzantine, brutalement mise à mort par l'empereur Mahomet II, après avoir assouvi ses désirs: Voy. MAHOMET, n° III, vers le commencement. I. IRENÉE. (Saint) disciple de St. Polycarpe et de L'aptas, qui eux-mêmes avoient été disciples de St. Jean l'Evangéliste, naquit dans la Grèce vers l'an 130 de J. C. Quelque jeune qu'il fût lorsqu'on le mit auprès de St. Polycarpe, il remarquoit, avec soin, les actions et les paroles de ce saint vieillard, et les gravoit non sur des tablettes, mais dans le plus profond de son cœur. On croit qu'il fut envoyé par lui dans les Gaules l'an 157. Il fut d'abord prêtre dans l'église de Lyon, et succéda ensuite à Pothin, martyrisé sous l'empire de Marc-Aurèle, l'an 177. Devenu le chef des évêques des Gaules, il en fut la lumière et le modèle. La dispute qui s'éleva entre les évêques Asiatiques et le pape Victor Ier, donna occasion à Irenée de faire briller ses talens et son amour pour la paix: il n'oublia rien pour la rétablir. Le sujet de la dispute rouloit sur la célébration de la Pâque. Les évêques d'Asie prétendoient qu'on devoit toujours la célébrer le quatorzième jour de la lune de mars; Victor Ier et les évêques d'Occident soutenoient, au contraire, qu'elle ne devoit être célébrée que le Dimanche. Le pape lança les foudres ecclésiastiques contre les prélats qui ne pensaient pas comme lui. Irenée désapprouva l'amertume de son zèle, et exhorta, en même temps, les adversaires du pontife Romain à se conformer à la coutume de l'église Romaine. Les lettres qu'il écrivit à ce sujet, éteignirent cette guerre sacrée. La ville de Lyon devint, par ses soins, une de celles où le Christianisme florissoit le plus: aussi fut-elle distinguée des autres, lorsque la cinquième persécution s'éleva. Un très-grand nombre de Chrétiens, à la tête desquels fut Irenée, souffrirent le martyre. Le saint prélat scella de son sang la foi de J. C. l'an 202, sous l'empire de Sévère. Il nous reste de cet illustre martyr quelques ouvrages, d'un plus grand nombre, qu'il avoit écrits en grec, et dont nous n'avons qu'une mauvaise version latine. Son style, autant qu'on en peut juger, est serré, net, plein de force, mais sans élévation. Il dit lui-même, qu'on ne doit point rechercher dans ses ouvrages la politesse du discours, parce que, demeurant parmi les Celtes, il est impossible qu'il ne lui échappe plusieurs mots barbares. Son érudition étoit variée. Il possédoit les poètes et les philosophes, et étoit sur-tout versé dans l'histoire et dans la discipline de l'Eglise. Il avoit retenu une infinité de choses que les Apôtres avoient enseignées de vive voix, et que les Évangélistes ont omises. Disciple de Papias, il étoit millénaire comme lui. On croit qu'il adopta cette opinion, en combattant les explications allégoriques sur lesquelles les hérétiques s'appuyoient : il tomba dans l'excès contraire, et prit à la lettre quelques passages de l'Écriture qui décrivent, sous diverses figures, la gloire de l'Eglise et la félicité éternelle. On doit mettre aussi, parmi les fausses traditions qu'il reçut, l'opinion, que J. C. avoit vécu sur la terre plus de 40 ou même 50 ans. L'histoire de l'Évangile suffit pour prouver le contraire. Son principal ouvrage est, son Traité contre les Hérétiques, en 5 livres. C'est en même temps une histoire et une réfutation des différentes erreurs, depuis Simon le Magicien, jusqu'à Tatien. Il établit contre eux le principe qui a tant embarrassé les disputans : C'est que « Toute manière d'expliquer l'Écriture sainte, ne s'accorde point avec la doctrine constante de la Tradition, doit être rejetée. » Quoique l'Écriture, dit ce saint docteur, soit la règle immuable de notre foi, néanmoins elle ne renferme pas tout. Comme elle est obscure en plusieurs endroits, il est nécessaire de recourir à la Tradition, c'est-à-dire, à la doctrine que J. C. et ses Apôtres nous ont transmise de vive voix, et qui se conserve et s'enseigne dans les Eglises. En attaquant les hérétiques, Irenée parloit et écrivoit sans menagement. Notre charité, dit-il, leur paroit dure et sévère ; c'est qu'elle perce leurs plaies, pour en faire sortir le venin de l'orgueil qui les enfle. Peut-être auroit-il mieux valu adoucir les malades que de les traiter avec rudesse. Les éditions les plus recherchées des Ouvrages de St. Irenée, sont : I. Celle de Grabe, habile Protestant, qui la publia en 1702, avec des notes. Voyez GRABE. II. Celle du P. Massuet, Bénédictin de Saint-Maur, en 1710, in-folio ; avec des fragmens de St. Irenée, cités dans tous les auteurs anciens, de savantes dissertations, et des notes pour éclaircir les endroits difficiles. Depuis cette édition, Pfaff a donné, in-8°, à la Haye en 1715, IV Fragmens en grec et en latin, qui portent le nom de St. Irenée. On peut consulter sur ce Père de l'Eglise le tome II de l'Histoire des Auteurs Ecclésiastiques, de Dom Cellier ; et sa Vie par Dom Gervaise, deux vol. in-12.
II. IRENÉE : c'est le nom de deux saints Martyrs, différens du précédent. Le premier, diacre de 396 IRE Toscane, confessa, au prix de son sang, la foi de Jésus-Christ l'an 275, sous l'arrière d'Aurélien. — L'autre, éteinte de Sirmich dans la Pannonie, fut une des victimes de la cruelle persécution de Dioclétien et de Maximien. Il souffrit la mort le 25 mars 304, avec une constance héroïque : il eut la tête tranchée et son corps fut jeté dans la Save.
IRETON, gendre de Cromwel. Il commandoit l'aile gauche de la cavalerie dans la bataille de Nazeby, donnée le 14 juin 1645. Le prince Roberne qui lui étoit opposé, le battit. Ireton fut blessé et fait prisonnier : mais le roi ayant perdu cette bataille, et ayant été obligé de fuir et d'abandonner ses prisonniers, Ireton recouvra la liberté. Lorsque le parlement d'Angleterre rappela Cromwel d'Irlande en 1650, celui-ci laissa son gendre dans ce pays-là, avec la qualité de son lieutenant et de lord député. Ireton prit, après le départ de Cromwel, les villes de Waterford et de Limmerich. La prise de la dernière lui coûta la vie. Il y gagna une maladie pestilentielle, dont il mourut en 1651. Son corps fut transporté en Angleterre, et inhumé dans un magnifique mausolée, que sa patrie lui fit bâtir à Westminster, parmi les tombeaux des rois. Ireton, peu avant sa mort, ayant su que le parlement venoit de lui assigner une pension de 2000 liv. sterlings, la refusa en disant : Le Parlement feroit mieux de payer ses dettes, que de faire des présens. Je le remercie de celui qu'il me fait ; mais je ne veux point l'accepter, n'en ayant pas besoin. Je serai plus content de lui voir employer ses soins pour le soulagement de la Nation, que de lui voir faire des libéralités du bien public. La veuve d'Ireton se remaria avec Fledwood. En 1660, les cadavres d'Olivier Cromwel, d'Ireton, de Bradshaw, etc. furent tirés de leurs tombeaux, et traînés sur une claie au gibet de Tyburn, où ils furent pendus depuis dix heures du matin jusqu'au soleil couchant, et ensuite enterrés sous le gibet.
IRIS, (Mythol.) fille de Thaumas et d'Electre, et sœur des Harpies, fut messagère de Junon. Cette déesse la métamorphosa en arc, et la plaça au Ciel en récompense de ses services. C'est ce qu'on appelle l'Arc-en-Ciel. Junon l'aimoit beaucoup, parce qu'elle ne lui annonçoit jamais de mauvaises nouvelles.
IRMENSUL, (Mythol.) dieu des anciens Saxons habitant la Westphalie, étoit pour eux le dieu de la guerre. Charlemagne renversa son temple et son idolo sur la montagne d'Eresbourg.
IRNERIUS, WERNERUS ou GUARNERUS, célèbre jurisconsulte, Allemand, suivant les uns, et suivant d'autres, Milanois, après avoir étudié à Constantinople, enseigna à Ravenne, ensuite à Bologne l'an 1128. Il eut beaucoup de disciples, devint le père des Glossateurs, et fut appelé Lucerna juris, quoique les glossateurs aient répandu plus de ténèbres que de lumière sur le Droit. On le regarde comme le restaurateur du Droit Romain. Il eut beaucoup de crédit en Italie, auprès de la princesse Mathilde. Il engagea l'empereur Lothaire, dont il étoit chancelier, à ordonner que le Droit de Justinien reprit son ancienne autorité dans le barreau, et que le Code et le Digeste fussent lus dans les écoles. *Irnérius* fut le premier qui exerça en Italie cette profession. Il mourut avant l'an 1150, à Bologne. Ce jurisconsulte introduisit dans les écoles de droit, la cérémonie du doctorat. Cet usage passa dans le reste de l'Europe. Les écoles de théologie l'adoptèrent. On prétend que l'université de Paris s'en servit la première fois à l'égard de *Pierre Lombard*, qu'elle créa docteur en théologie.
IRUROSQUE, (Pierre) Dominicain du royaume de Navarre, docteur de Sorbonne en 1297, s'appliqua tellement à l'étude, qu'il en perdit la vue. Son principal ouvrage est une *Harmonie Évangélique*, imprimée en 1557, in-fol., sous ce titre: *Series Evangelii*. Elle n'est plus ni lue, ni consultée.
IRUS, (Mythol.) mendiant du pays d'Ithaque, faisoit les messages des amans de *Pénélope*. Ayant insulté *Ulysse* qui s'étoit présenté à la porte du palais sous la figure d'un mendiant, ce héros, indigné, lui porta un si grand coup de poing, qu'il lui brisa la mâchoire et les dents, dont il mourut. Sa pauvreté étoit passée en proverbe chez les anciens. I. ISAAC, fils d'*Abraham* et de *Sara*, naquit l'an 1896 avant J. C., sa mère étant âgée de 90 ans, et son père de 100. Il fut appelé *Isaac*, parce que *Sara* avoit ri lorsqu'un Ange lui annonça qu'elle auroit un fils. *Isaac* étoit tendrement aimé de son père et de sa mère; il étoit fils unique, et Dieu le leur avoit donné dans leur vieillesse. Le Seigneur voulut éprouver la foi d'*Abraham*, et lui commanda de l'immoler, l'an 1871 avant J. C. Le saint patriarche étoit sur le point d'égorger cet enfant chéri, lorsque Dieu, touché de la foi du père et de la soumission du fils, arrêta, par un Ange, la main d'*Abraham*. Quand *Isaac* eut atteint l'âge de 40 ans, *Abraham* songea à le marier. *Eliezer*, son intendant, envoyé dans la Mésopotamie, pour y chercher une femme de la famille de *Laban*, son beau-père, amena de ce pays *Rebecca*, qu'*Isaac* épousa l'an 1856 avant J. C. Il en eut deux jumeaux, *Esaü* et *Jacob*. Quelques années après, il survint dans le pays une grande famine, qui obligea *Isaac* de se retirer à Gérare, où régnoit *Abimelech*. Là, Dieu le bénit, et multiplia tellement ses troupeaux, que les habitans et le roi lui-même, jaloux de ses richesses, le prièrent de se retirer. *Isaac* se retira à Bersabée, où il fixa sa demeure. C'est là que le Seigneur lui renouvela les promesses qu'il avoit faites à *Abraham*. Comme il se vit fort vieux, il voulut bénir son fils *Esaü*; mais *Jacob*, par les conseils de *Rebecca*, surprit la bénédiction d'*Isaac*, qui étoit aveugle, et qui la confirma lorsqu'il en fut instruit. Ce saint patriarche, craignant que *Jacob* ne s'alliât, à l'exemple de son frère, avec une Chanancenne, l'envoya en Mésopotamie pour y prendre une femme de sa race. Il mourut peu de temps après, l'an 1716 avant J. C., à 180 ans.
II. ISAAC, (St.) solitaire de Constantinople au IV$^{e}$ siècle, avoit sa cellule auprès de cette ville, qu'il édifioit par ses vertus et qu'il étonnoit par ses prophéties. L'empereur *Valens*, prêt à porter les armes contre les Goths, ayant passé devant sa cellule, *Isaac* s'écria : « Ou allez-vous, Seigneur, vous qui avez fait la guerre contre Dieu ? ( *Il favorisait les Ariens.* ) C'est lui qui a soulevé les Barbares contre vous, parce que vous avez armé contre lui la langue des blasphémateurs, et que vous avez chassé des maisons religieuses ceux qui chantoient ses louanges. Cessez de lui faire la guerre, et il fera cesser celle qu'on vous fait. Si vous combattez avant de l'avoir appaisé, vous perdrez votre armée, et vous périrez. — Je vaincrai, lui dit *Valens* plein de colère ; et je te ferai mourir, comme tu le mérites, pour ta fausse prédiction. — Oui, lui dit le Saint, je consens que vous me condamniez à la mort, si ce que je vous annonce ne se trouve pas véritable. » Ce prince se vengea en effet de la prédiction, en faisant enfermer le prophète pour le faire mourir à son retour ; mais il fut tué dans une bataille en 378. *Isaac* sortit de prison, et rentra dans sa cellule ; il ne la quitta que pour se trouver au concile de Constantinople, en 381. L'empereur *Théodose* lui donna de grandes marques d'estime. Le saint solitaire rassembla tous ses disciples dans un monastère au bord de la mer, où il eut le bonheur et la gloire de guider leurs vertus. Il rendit son âme à Dieu, sur la fin du IVe siècle.
III. ISAAC COMNÈNE, empereur Grec, étoit fils de *Manuel*, préfet de l'Orient, d'une famille illustre, originaire de Rome, qui avoit passé à Constantinople avec *Constantin*. Il s'étoit consacré aux armes-dès sa jeunesse, et il servoit avec distinction en Asie, lorsqu'il fut proclamé empereur, le 8 juin 1057, par les officiers généraux de *Michel Stratiotique*, qu'ils chassèrent du trône. Simple particulier, il s'étoit signalé par plusieurs exploits guerriers ; monarque, il eut les vertus d'un grand prince. Il veilla sur ses ministres, réforma une partie des financiers, borna les moines au nécessaire, et réunit le superflu à son domaine. Cette action irrita le clergé contre lui ; et le mécontentement fut encore plus grand, lorsqu'il eut envoyé en exil le patriarche *Michel*. Frappé d'un éclair qui le fit tomber de cheval à la chasse, il se retira l'an 1059, dans le monastère de Stude, où il fit l'office de portier, après avoir cédé l'empire à *Constantin Ducas*, qu'il croyait le plus digne de gouverner. Il mourut deux ans après.
IV. ISAAC L'ANGE, Empereur Grec, eut pour père *Andronic*, fils de *Constantin l'Anges* et pour mère, *Théodora Comnène*, fille d'*Alexis I*. Né si près du trône, il fut mis à la place d'*Andronic Comnène*, le 12 septembre 1185, après avoir fait mourir cruellement son prédécesseur. Il sembla vouloir réparer les maux qu'il avoit faits ; il rappela les exilés, et les rétablit dans leurs biens. Mais cette lueur se dissipa bientôt : il déshonora le trône, et tout le monde conspira contre lui. *Alexis*, son frère, gagna l'esprit des officiers, et se fit proclamer empereur. *Isaac*, à cette nouvelle, se sauva : mais on l'arrêta, et on lui creva les yeux l'an 1195. Après la mort d'Alexis, il sortit de prison pour remonter sur le trône; il mourut peu de temps après, en 1204, âgé d'environ 50 ans. C'étoit un prince voluptueux, mou et indolent, pusillanime à la tête des armées, enfant dans le conseil, avare, sans foi, sans religion et sans honneur, si l'on excepte la dévotion qu'il avoit à la sainte Vierge. Il ne se faisoit pas scrupule de faire servir sur sa table les vases de l'église, de boire dans des coupes d'or qui avoient été consacrées à Dieu, ou suspendues sur le tombeau des empereurs. Il lavoit ses mains avant le repas, dans les bassins dont se servoient les ministres de l'autel, en célébrant le saint Sacrifice. Il dépouilloit les croix et les livres sacrés, des pierres précieuses dont ils étoient ornés, pour en faire des colliers et des brasselets. Incapable de gouverner, il abandonnoit tout le soin des affaires à des vieillards imbécilles, ou à des jeunes gens sans expérience. Maimbourg dit que ce prince donnoit sa confiance à quelque favori, « qui étoit tantôt un vieil eunuque, et tantôt un jeune garçon à peine sorti de l'école, par lequel il se laissoit conduire comme un aveugle. » L'abbé Guyga dit qu'un de ces jeunes garçons apprenoit encore à écrire, lorsqu'il fut fait, par Isaac, premier ministre. Il avoit été marié deux fois. Il eut de sa première femme Alexis IV et deux princesses. Il se maria avec Marguerite, fille de Bela, roi de Hongrie, dont il eut le prince Manuel, à qui Boniface, marquis de Montferrat, et 2e époux de Marguerite, fit prendre vainement le titre d'empereur. V. ISAAC LÉVITE, (Jean) savant Juif du XVIe siècle, se fit Chrétien et enseigna la langue hébraïque à Cologne. Il défendit avec force l'intégrité du texte hébreu, et prouva doctement contre Guillaume Lindanus, que les Juifs ne l'ont point altéré.
VI. ISAAC LE RABBIN, Voy. NATHAN, n° II.
ISABEAU, Voy. II. ISABELLE, et CREST. I. ISABELLE, fille de Philippe le Bel, roi de France, naquit l'an 1292. Elle fut mariée en 1308 à Edouard, prince de Galles, depuis roi d'Angleterre sous le nom d'Edouard II. C'étoit une femme voluptueuse, qui, après diverses aventures, fut enfermée par ordre de son fils Edouard III, dans le château de Rising, où elle mourut au bout de 28 ans de prison. Elle avoit les deux qualités les plus séduisantes de son sexe, la beauté et l'esprit; mais elle en avoit aussi les plus dangereuses, l'amour et l'ambition. La bizarrerie de l'époux, en attachement à ses mignots, contribuèrent beaucoup à rendre sa femme galante. Quelques historiens ont prétendu qu'Edouard III avoit avancé les jours de sa mère. Mais c'est une calomnie, puisqu'Isabelle ne mourut qu'à l'âge de 75 ans. D'ailleurs, son fils, en la laissant dans le château où il l'avoit confinée, lui rendit toujours une ou deux visites chaque année, et la fit servir en princesse. Voyez CHARLES IV, n° III. —EDOUARD II. —EDOUARD III et MORTIMER.
II. ISABELLE, ou ISABEAU DE BAVIÈRE, femme de Charles VI, roi de France, étoit fille d'Etienne. dit le *Jeune*, duc de Bavière, et fut mariée à Amiens le 17 juillet 1385. Les historiens François la peignent comme une marâtre, qui avoit étouffé tous les sentimens qu'elle devoit à ses enfans; et comme un flambeau fatal, qui alluma la guerre dans le royaume. Étroitement unie avec le duc d'*Orléans*, qui tiroit à lui toutes les finances du royaume, elle fut accusée d'en envoyer une partie en Allemagne, et d'employer l'autre à satisfaire son luxe et ses plaisirs; tandis que le roi, les princes, et les princesses ses enfans manquoient de tout. Le connétable d'*Armagnac* s'étant rendu maître du cœur du roi, inspira à ce prince de la jalousie contre la reine, qui fut envoyée prisonnière à Tours. On parloit publiquement de ses amours avec un jeune seigneur nommé *Louis de Bois-Bourdon*, lequel, sans avoir le rang du duc d'*Orléans*, avoit succédé à toute sa faveur. La dignité du trône et l'intérêt du dauphin exigeoient qu'on écartât un pareil scandale. Le roi étant allé un jour sur le chemin de Vincennes, où demeuroit la reine, remcontra, à son retour, *Bois-Bourdon*, qui alloit au château. Au lieu de s'arrêter, il se contenta de saluer le roi en passant, poussa son cheval et continua son chemin. Le roi, transporté de colère, commanda au prévôt de Paris, de courir après lui, et de le conduire au Châtelet. Il fut mis dans un cachot, les fers aux pieds, et on lui donna plusieurs fois la question, sans qu'il avouât rien. Il fut étranglé la nuit, et son corps jeté dans la rivière. C'est ce que les auteurs du temps appellent *Justice souveraine*. *ISA-BEAU*, captive à Tours, ne res- prant que la haine et la vengeance, vint à bout de briser ses fers, et s'unit avec le duc de *Bourgogne*. Paris fut pris, et les *Armagnac* furent, avec tous leurs partisans, exposés aux fureurs d'une milice sanguinaire, de la lie du peuple, que la reine autorisoit. Le connétable fut massacré le 12 juin 1418, et *Isabelle* en témoigna une joie insolente. Après la mort du roi, arrivée le 22 octobre 1422, cette indigne princesse vécut dans l'opprobre; justement haie des François, auxquels elle avoit causé tant de malheurs, et méprisée des Anglois qu'elle avoit basse-ment favorisés. Elle mourut à Paris dans l'hôtel de St-Paul, le 30 septembre 1435, âgée de 64 ans. *La Place* lui a fait cette Epitaphe : Reine, épouse coupable, et plus coupable mère, Après avoir livré le Royaume aux Anglois, Objet de leur mépris, exécrable aux François, Ci dit *Isabeau de Bavière*. On dit que, pour épargner les frais de ses funérailles, on l'envoya à Saint-Denys dans un petit bateau, où il n'y avoit que le confesseur et un valet qui l'accompagnoient, et deux bateliers pour ramer. Elle a cependant un tombeau et une statue de marbre dans l'église de Saint-Denys, près de son époux *Charles VI*. On prétend, dit le *P. Daniel*, que dans ce monument d'honneur, la figure de louve qu'on a mise à ses pieds, n'y est que comme un symbole de sa méchanceté. Bien des gens attribuèrent sa mort à un saisissement de cœur, que lui causèrent les sanglantes railleries des seigneurs Anglois : ils Ils lui disoient en face, « que le roi Charles VII n'étoit point fils de son mari; » injure dont ils ne puisoient le motif que dans le plaisir malin d'outrager cette princesse. Elle avoit été cependant fort galante. Le plus célèbre de ses amans fut son beau-frère Louis, duc d'Orléans. Son cœur étoit extrêmement vindicatif, et son esprit plein de travers pernicieux. Je ne sais pourquoi le P. Daniel lui donne néanmoins un grand esprit. Les traits qu'on voit d'elle dans toutes les Histoires, ne confirment pas cette idée. L'ambition ne suppose pas toujours le talent. Pour satisfaire cette passion, ainsi que celle de la vengeance, elle prit toujours de fausses mesures; et sa politique ne la conduisit qu'à dégrader sa famille, à ruiner l'état, et à se procurer une vieillesse honteuse. Cette mère dénaturée mit tout en œuvre pour exclure de la couronne le fils unique qui lui restoit, et pour la faire tomber à Henri V, roi d'Angleterre, qui avoit épousé Catherine, sa sixième fille. Voy. HENRI V.
III. ISABELLE DE CASTILLE, reine d'Espagne, fille de Jean II, naquit en 1451. Elle épousa, en 1469, Ferdinand V, roi d'Aragon, et hérita des états de Castille en 1474. Voyez HENRI IV l'Impuissant, n° XXII. On lui opposa sa nièce Jeanne, qui avoit des prétentions sur ce royaume; mais le courage d'Isabelle et les armes de son mari la maintinrent sur le trône, surtout après la bataille de Toro en 1476. Les états de Castille et d'Aragon étant unis, Ferdinand et Isabelle prirent ensemble le titre de roi d'Espagne. Voyez
FERDINAND V. « Aux graces et aux agrémens de son sexe, dit Desormeaux, Isabelle joignoit la grandeur d'ame d'un héros, la politique profonde et adroite d'un ministre, les vues d'un législateur, les qualités brillantes d'un conquérant, la probité d'un bon citoyen, l'exactitude du plus intègre magistrat. Elle se trouve toujours au conseil. Son époux ne régnoit point à sa place; elle régnoit avec son époux. Isabelle voulut toujours être nommée dans tous les actes publics. La conquête du royaume de Grenade sur les Maures, et la découverte de l'Amérique, furent dues à ses encouragements. On lui a reproché d'avoir été dure, fière, ambitieuse, et jalouse à l'excès de son autorité; mais ces défauts mêmes furent aussi utiles à sa patrie, que ses vertus et ses talens. Il falloit une telle princesse pour humilier les grands, sans révolter; pour conquérir Grenade, sans attirer toute l'Afrique en Espagne; pour détruire les vices et les scélérats de son royaume, sans exposer la vie et la fortune des gens de bien. » L'Espagne la perdit en 1504. Elle mourut d'hydropisie, à l'âge de 54 ans, ne laissant qu'une fille nommée Jeanne, mariée avec Philippe, archiduc d'Autriche, père de Charles-Quint. Isabelle étoit presque toujours à cheval, et cet exercice lui fut funeste. Avant que de mourir, elle fit jurer à Ferdinand, dont elle avoit toujours été extrêmement jalouse, qu'il ne passeroit pas à de secondes noces. Le pape Alexandre VI confirma aux deux époux, en 1492, pour eux et pour leurs successeurs, le titre de Rois Catholiques qu'Innocent VIII leur avoit donné. Ils méritoient ce titre par leur zèle pour la-religion Catholique, qui leur fit établir en Espagne, l'an 1480, l'*Inquisition*. Ce redoutable tribunal, accusé d'être sanguinaire dans une religion qui abhorre le sang, ne fut pas dans ses commencements exempt de ces reproches. Il condamna, comme hérétiques, dans une seule année, plus de 2000 personnes, qui, la plupart, périrent par le feu. La crainte d'être dénoncé, changea le caractère de la nation, devenue extrêmement silencieuse et grave, malgré la vivacité que donne un climat chaud et fertile. Le monarque qui règne aujourd'hui si heureusement et si glorieusement en Espagne, a remédié à ces tristes effets; et les inquisiteurs, la plupart plus sages et plus modérés qu'on ne les peint ordinairement, se sont prêtés à ses vues.
ISABELLE DE GONZAGUE, *Voy. GONZAGUE*, n° IV.
ISABELLE DE DOUVRES, *Voyez DOUVRES*, n° III.
ISABELLE DE HONGRIE, *Voyez GARA*.
ISABELLE D'ARMAGNAC, *Voy. JEAN*, comte d'*Armagnac*, n° LXXI.
ISABELLE, *Voyez ELIZABETH*, n° II et V.
ISAÏE, ou ESAÏE, le premier des *Quatre Grands Prophètes*, étoit fils d'*Amos*, de la famille royale de *David*. Il prophétisa sous les rois *Osias*, *Joatham*, *Achaz* et *Ezéchias*, depuis l'an 735 jusqu'à 781 avant J. C. Le Seigneur le choisit dès son enfance pour être la lumière d'*Israël*. Un Séraphin prit sur l'autel un charbon ardent, et en toucha ses lèvres pour le purifier. Dieu lui ordonna ensuite de se dépouiller du sac dont il étoit couvert, et de marcher un pendant trois ans et demi, pour représenter plus vivement l'état déplorable auquel *Nabuchodonosor* devoit réduire le peuple de Juda. *Ezéchias* étant dangereusement malade, *Isaïe* alla, de la part de Dieu, lui annoncer qu'il n'en relèveroit pas. Dieu, touché par les prières et les larmes de ce prince, lui renvoya le même prophète, qui fit en sa présence rétrograder de dix degrés l'ombre du soleil sur le cadran d'*Achaz*, pour gage de sa guérison miraculeuse. Le roi *Manassès*, successeur d'*Ezéchias*, eut moins de vénération pour *Isaïe*. Choqué des reproches que le saint prophète lui faisoit de ses impiétés, il le fit fendre par le milieu du corps avec une scie de bois, l'an 681 avant J. C. Il avoit pour lors environ 130 ans. *Isaïe* parle si clairement de J. C. et de l'Église, qu'il a toujours passé pour un evangéliste plutôt que pour un prophète. Sa prophétie contient 88 chapitres, dont le royaume de Juda et la ville de Jérusalem sont principalement l'objet. Il y paroît occupé de trois grands événements. Le premier est le projet que *l'hacée*, roi d'*Israël*, et *Razin*, roi de Syrie, formèrent, sous le règne d'*Achaz*, de détrôner la maison de *David*. Le second: la guerre que *Sennachérib*, roi d'*Assyrie*, porta dans la Judée au temps d'*Ezéchias*, et la défaite miraculeuse de son armée. Le troisième est la captivité de Babylone, et le retour des Juifs dans leur pays. *Isaïe* passe pour le plus éloquent des prophètes. Son style est grand et magnifique, ses expressions fortes et impétueuses, *St. Jérôme* dit que ses écrits sont comme l'abregé des saintes Écritures, et un précis des plus rares connoissances; qu'on y trouve la philosophie naturelle, la morale et la théologie. Parmi les commentateurs de ce prophète, on distingue *Vitringa*, qui a publié son *Commentaire* en 2 volumes in-folio. M. de Bonneville a mis en beaux vers françois plusieurs fragments d'*Isaïe*.
ISAM, *Voyez* HISCHAM.
ISAMBERT, (Nicolas) célèbre docteur et professeur de Sorbonne, natif d'Orléans, enseigna long-temps la théologie dans les écoles de Sorbonne, et mourut en 1642, à 77 ans. On a de lui, des *Traités de Théologie*, et un *Commentaire* sur la Somme de *St. Thomas*, en 6 vol. in-fol. qui prouvent autant de savoir que de patience.
ISAURE, (Clémence) fille aussi spirituelle que généreuse, institua dans le 14$^{e}$ siècle les *Jeux Floraux*, à Toulouse sa patrie. *Voyez* LOUBÈRE. On les célèbre tous les ans au mois de mai. On prononce son éloge, et on couronne de fleurs sa statue de marbre, qui est à l'hôtel de ville. Cette fille illustre laissa un prix pour ceux qui auroient le mieux réussi dans chaque genre de poésie: ces prix sont une *violette* d'or, une *églantine* d'argent, et un *souci* de même métal. *Catel* a prétendu que *Clémence* étoit un personnage imaginaire; mais il a été réfuté par le savant Dom *Vaissette*... *Voyez l'Histoire du Languedoc* de ce Bénédictin, tome IV, pag. 198; et sur-tout la note XIX à la fin du même volume page 565. On peut aussi consulter les *Annales de Toulouse*, par la *Faille*; et le *Mémoire* imprimé en 1776, au nom de cette société littéraire contre les entreprises du corps-de-ville, où il est solidement prouvé que l'illustre Toulousaine a non-seulement existé, mais qu'elle est l'institutrice des Jeux Floraux, et qu'elle en a assuré à perpétuité la célébration, en laissant de grands biens aux Capitouls ou officiers municipaux, à condition qu'ils en feroient l'emploi prescrit.
ISBOSETH, fils de *Saïl*, régna pendant deux ans assez paisiblement sur les dix tribus d'Israël, lorsque *David* régnoit à Hébron, sur celle de Juda. *Abner*, général de son armée, auquel il étoit redevable de la couronne, ayant eu des sujets de mécontentement, passa au service de *David*, et le fit reconnoître pour roi par les dix tribus, l'an 1048 avant J. C. Quelque temps après, deux Benjamites assassinèrent *Isboseth* dans son lit, et portèrent sa tête à *David*. Ces misérables croyoient faire leur fortune par ce présent; mais le généreux monarque fit tuer les deux meurtriers, et fit faire de magnifiques funérailles à *Isboseth*. Le règne de ce prince fut en tout de sept ans et demi.
ISBRAND, (Eberard) né à Gluckstad dans le Holstein, s'attacha au cœur *Pierre*, qui l'envoya ambassadeur à la Chine, en 1692. La relation de son voyage par *Adam Brand de Lubeck*, parut traduite en françois, à Amsterdam, 1699, in-12. *Isbrand* étoit de retour depuis quatre ans de la Chine, et vivait encore en 1700. C c 2
ISCARIOT ou ISCARIOTE; Voyez V. JUDAS.
ISDEGERDE Ier, roi de Perse, succéda à Sapor, son aïeul, dont il n'imita pas les vertus. Il fut débauché, cruel et avare. Il fit la guerre aux em- pereurs d'Orient, qui refusoient de lui payer le tribut que ses an- cêtres exigeoient d'eux. Théodose le Jeune traita de la paix avec ce prince. La religion Chrétienne fit de grands progrès en Perse sous son règne; mais le zèle in- discret d'un évêque nommé Ab- das, excita une persécution, qui commença en 414, et qui dura près de trente ans: Voy. ABDAS. Cette époque, célèbre dans les fastes de l'Église, est en partie ce qui nous a engagés à placer Isdegerde dans ce Dictionnaire. Sa mort arriva vers l'an 420. Il éprouva, suivant les historiens Persans, les effets de la ven- geance divine. Il fut tué, disent- ils, par un coup de pied d'un cheval, trouvé par hasard à la porte de son palais, et qui dis- parut dès qu'il eut rué contre le prince; mais c'est un conte que plusieurs écrivains ont rejeté. I. ISÉE, orateur célèbre, né à Chalcis dans l'isle d'Eubée, passa à Athènes vers l'an 344 avant J. C. et y fut disciple de Lysias et maître de Démosthène. Ce prince de l'éloquence grecque s'attacha à lui plutôt qu'à Iso- crate, parce qu'il mettoit de la force et de la véhémence, où l'autre ne mettoit que des fleurs. Un avantage qu'il eut encore sur Isocrate, c'est qu'il tourna l'art de la parole du côté de la poli- tique. Nous avons dix Haran- gues de lui, dans les anciens Ora- teurs Grecs d'Étienne, 1575, in-folio.
II. ISÉE, autre orateur Grec, vint à Rome à l'âge de 60 ans, vers l'an 97 de J. C. Il fut les délices et l'admiration de tous ceux qui avoient conservé le bon goût de l'éloquence. Pline le Jeune dit dans ses Lettres qu'il ne se préparoit jamais, et qu'il parloit toujours en homme pré- paré. Rien n'égaloit, selon le même écrivain, la facilité, la va- riété et l'élégance de ses expres- sions. D'après ces éloges, la perte de ses ouvrages est un malheur pour les lettres.
ISELIN, (Jacques-Christophe) Iselius, né à Basle en 1681, obtint la chaire d'histoire et d'antiquités de cette ville, en- suite celle de théologie. Il vint à Paris en 1717, et s'y acquit l'estime et l'amitié des savans. Il avoit dessein d'aller en An- gleterre et en Hollande; mais l'université de Basle l'ayant nom- mé recteur, il fut obligé de re- tourner dans sa patrie. Peu de temps après, l'académie des Ins- criptions et Belles-Lettres de Paris lui donna le titre d'Aca- démicien honoraire Etranger, à la place de Cuper. Iselin fut aussi bibliothécaire de Basle, et mou- rut le 14 avril 1737, à 56 ans. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages, dont les principaux sont: I. De Gallis Rhenum tran- seuntibus, Carmen heroicum; 1696, in-4.º II. De Historicis Latinis melioris ævi Dissertatio, 1697, in-4.º III. Un grand nombre de Dissertations et de Harangues, sur différens sujets. IV. Plusieurs ouvrages de con- troverse. L'auteur étoit en com- merce de lettres avec une partie des savans de l'Europe. Il les aidoit de ses conseils et de ses recherches. Il fournit beaucoup de pièces au célèbre *Lenfant*, pour son *Histoire du Concile de Basle*. La plus grande partie de son temps étoit emportée par ses correspondances; mais il ne le regrettoit pas, lorsqu'il pouvoit être utile.
ISEMBURGE, *Voyez INGELBURGE*. I. ISIDORE DE CHARAX, auteur Grec du temps de *Ptolomée-Lagus*, vers l'an 300 avans Jésus-Christ, a composé divers *Traités historiques*, et une *Description de la Parthie*, que *David Heschélius* a publiée. Elle peut être utile. On la trouve aussi dans les *Petits Géographes* d'Oxford, 1703, 4 vol. in-8.
II. ISIDORE D'ALEXANDRIE, (Saint) né en Égypte vers l'an 318, passa plusieurs années dans la solitude de la Thébaïde et du désert de Nitrie. *St. Athanase* l'ordonna prêtre, et le chargea de recevoir les pauvres et les étrangers. Cette fonction lui a fait donner le nom d'*Isidore* l'*Hospitalier*. Il joignit à une vie austère, un travail continuel. Il défendit avec zèle la mémoire et les écrits de *St. Athanase* contre les Ariens. *Isidore* se brouilla dans la suite avec *Théophile d'Alexandrie*, et ce patriarche le chassa du désert de Nitrie et de la Palestine, avec 30 autres solitaires. Il se réfugia à Constantinople l'an 400, et y mourut en 403, âgé de 85 ans.
III. ISIDORE DE CORDOUR, (Saint) évêque de cette ville, sous l'empire d'*Honorius* et de *Théodose le Jeune*, composa des *Commentaires sur les Livres des Rais*. Il dédia cet ouvrage vers 412 à *Paul Orose*, disciple de *St. Augustin*. On la nomme aussi *Isidore l'Ancien*, pour le distinguer d'*Isidore le Jeune*, plus connu sous le nom d'*Isidore de Séville*.
IV. ISIDORE DE PELUSE, (Saint) ainsi nommé parce qu'il s'enferma dans une solitude auprès de cette ville, florissoit du temps du concile général d'Éphèse, tenu en 431, et mourut le 4 février 440, avec une grande réputation de science et de vertu. *St. Chrisostôme* avoit été son maître, et il fut un de ses plus illustres disciples. *Isidore* en forma à son tour, et les conduisit avec prudence. Il reprenoit les uns avec douceur, les autres avec fermeté. *On ne gagne pas*, disoit-il, tout le monde par les mêmes moyens, comme les mêmes remèdes ne guérissent pas toutes les maladies. Le courage qu'il montra contre les méchans, lui attira des persécutions. *Mais, quelques calomnies*, disoit-il, qu'on publie contre la vertu, quelques louanges qu'on donne au vice, je n'abandonnerai jamais l'un pour suivre l'autre. J'aimerai toujours la vertu, quoique couverte d'opprobres; et je détesterai toujours le vice, fût-il couronné de gloire. Nous avons de lui, *Cinq Livres de Lettres* en grec, et quelques autres *Ouvrages*, dont la meilleure édition est celle de Paris, donnée par *André Schot*, en 1538, in-fol. en grec et en latin. Le style en est précis, élégant et assez pur. Plusieurs points de morale, de théologie et de discipline ecclésiastique y sont éclaircis, ainsi que plusieurs passages de l'écriture. On y trouve beaucoup de solidité et de précision. Ce Saint est connu aussi sous le nom d'*Isidore de Da-mi-4te*. C. c. 3. V. ISIDORE DE SÉVILLE, (Saint) fils d'un gouverneur de Carthagène en Espagne, fut élevé par son frère Léandre, évêque de Séville. Après la mort de ce saint prélat, il fut choisi pour son successeur en 601. Pendant près de 40 ans qu'il tint le baton pontifical, il fut le père des pauvres, la lumière des savans, le consolateur des malheureux et l'oracle de l'Espagne. Il mourut en Saint, comme il avait vécu, le 4 avril 636, dans un âge avancé. Le concile de Tolède, tenu en 653, l'appelle le Docteur de son siècle, et le nouvel ornement de l'Église... ISIDORE avait présidé à un grand nombre de conciles assemblées de son temps, et en avait fait faire les réglemens les plus utiles. On a de lui, plusieurs compilations qui décèlent beaucoup de savoir, mais peu de goût. Les principales sont : I. Vingt Livres des Origines ou Etymologies. Elles manquent quelquefois de justesse ; mais ce traité renferme beaucoup de recherches, la plupart puisées dans des livres qui n'existent plus ; et divers auteurs modernes en ont profité. II. Des Commentaires sur les livres historiques de l'ancien Testament ; ils ne sont pas assez littéraux. III. Un Traité, assez curieux, des Écrivains ecclésiastiques. IV. Un Traité des Offices Ecclésiastiques, intéressant pour les amateurs de l'antiquité et de l'ancienne discipline. Isidore y marque Sept Prières du Sacrifice, qui se trouvent encore, avec le même ordre, dans la Messe Mosarabique, qui est l'ancienne Liturgie d'Espagne, dont ce Saint est reconnu pour le principal auteur. L'édition du Missel, 1500, in-folio ; et celle du Bréviaire, 1502, in-folio, imprimées par ordre du cardinal Ximenès, sont fort rares. On a fait paraître à Rome, en 1740, in-folio, un Traité sur cette Liturgie. V. Une Règle qu'il donna au monastère d'Honori. Il y dit « qu'un Mome doit toujours travailler, suivant le précepte et l'exemple de saint Paul et des Patriarches... Il ajoute, que ceux qui veulent lire sans travailler, montrent qu'ils profitent mal de la lecture, qui leur ordonne le travail. » VI. Une Chronique depuis Adam jusqu'en 626, utile pour l'Histoire des Goths, des Vandales et des Suèves, quoique l'auteur montre peu de choix dans les faits et trop de crédulité. La meilleure édition de ces différens ouvrages est celle de Don du Breuil, bénédictin ; à Paris, in-folio, en 1601 ; et à Cologne, 1617.
VI. ISIDORE MERCATOR, ou PESCATOR, auteur d'une Collection de Canons, long-temps attribuée à Isidore de Séville, vivait, à ce qu'on croit, au huitième siècle. Ce recueil renferme les fausses Décrétales de plus de soixante Papes, depuis St. Clément jusqu'au pape Sirice ; et les Canons des Conciles convoqués jusqu'en 633. Riculfe, archevêque de Mayence, l'apporta d'Espagne, et en fit diverses copies, qu'il répandit en France vers l'an 790 ou 800. On y trouve plusieurs Lettres décrétales, attribuées aux papes Clément, Anaclet, Evariste, et aux autres jusqu'à St. Sylvestre ; mais elles contiennent des caractères visibles de fausseté. On y fait parler ces pontifes dans le mauvais style du 8e siècle ; les dates sont presque toutes fausses ; tout y est plein de fautes contre l'histoire, la géographie et la chronologie ; on y suppose d'anciens canons, qui ordonnent qu'on ne tiendra jamais un seul concile provincial sans la permission du pape, et que toutes les causes ressortiront à lui. Ce fut aussi depuis la publication de la compilation indigeste du faussaire Isidore, que les appella- tions à Rome se multiplièrent dans toute l'Église latine. Ce fut sur ces fausses décrétales, que s'éta- blit une nouvelle jurisprudence canonique; parce que l'ignorance et le défaut de critique les firent passer pour vraies. L'imposture qui les avoit fabriquées étoit grossière; mais c'étoient des hommes grossiers qu'on trom- poit. L'ouvrage d'Isidore abusa les hommes pendant huit siècles; et enfin, quand l'erreur a été reconnue, les usages et les chan- gemens qu'elle avoit introduits dans certains points de la disci- pline, ont subsisté dans une partie de l'Église: l'antiquité leur a tenu lieu de vérité. Les savans pourront consulter, sur les fausses décrétales, l'excellent ou- vrage de Blondel, intitulé: Pseu- do-Isidorius et Turrianus vapu- lantes, et sur-tout ce qu'a dit le judicieux Fleuri, dans ses Dis- cours III, IV et VII, sur l'His- toire Ecclésiastique. Outre les preuves de supposition des dé- crétales rapportées plus haut, il y en a une de décisive. Le fabri- cateur, dans toutes les citations des passages de l'Écriture, se sert de la Vulgate, version faite par St. Jérôme. Donc les pièces qu'il cite ne sont pas des anciens papes, et sont plus récentes que ce père de l'église. D'ailleurs, elles n'ont aucun rapport avec l'état de l'église, tel qu'il étoit dans les temps où on les suppose écrites.
VII. ISIDORE DE ISOLANIS, Dominicain Milanois, dans le 16e siècle, s'est rendu célèbre par ses opinions singulières et hardies, qui font rechercher ses ouvrages. Les principaux sont: I. De imperio militantis Ecclésia, ouvrage rare et curieux. II. Dis- putationum Catholicum libér. Il y traite de l'enfer, du purga- toire et des indulgences. Ce livre est encore plus recherché que le précédent. III. De Principis ins- titutione. Ces trois ouvrages fu- rent imprimés à Milan, en 1517, in-folio.
ISIDORE DE MILET, Voyez ANTHEMUS, no II.
ISINGRINIUS, (Michel) cé- lèbre imprimeur de Basle dans le 16e siècle, imprima en grec; tous les ouvrages d'Aristote, avec des caractères et un papier pré- férables à ceux d'Alde-Manuce. Il a publié, avec la même cor- rection, plusieurs ouvrages de médecine, entr'autres, l'His- toire des Plantes, de Fuchs.
ISIS, Voyez Io, qui, sui- vant les Grecs, étoit la même qu'Isis. Il est probable, cepen- dant, que le culte de cette di- vinité étoit né en Egypte, avant que d'être connu dans la Grèce.
ISLE - ADAM, (L') Voyez VILLIERS, nos I et II. I. ISMAËL, fils d'Abraham et d'Agar, naquit l'an 1910 avant J. C. Avant un jour maltraité son frère Isaac, Sara obligea Abra- ham de le chasser avec sa mère Agar. Ces deux infortunés se re- tirèrent dans un désert, où Is- maël étoit prêt à mourir de soif, lorsqu'un Ange du Seigneur ap- parut à Agar. Il lui montra un puits plein d'eau, dont ils burent. Ils continuèrent leur chemin, et s'arrêtèrent au désert de Pharan- C c 4 *Ismaël* épousa une Égyptienne, dont il eut douze fils, desquels sortirent les douze tribus des Arabes, qui subsistent encore aujourd'hui. Ses descendants habiterent le pays qui est depuis Hévila jusqu'à Sur. *Ismaël* se trouva à la mort d'*Abraham*, et le porta avec *Isaac* dans la caverne du champ d'*Éphron*. Enfin, il mourut en présence de tous ses frères, l'an 1773 avant Jésus-Christ. C'est de lui que sont descendus les Arabes et les Agareniens, les Israélites, les Sarrasins et quelques autres peuples. *Mahomet*, dans son Alcoran, se fait gloire d'être sorti de la famille d'*Ismaël*.
II. ISMAËL I$^{er}$, fut le premier sophi de Perse. Il étoit petit-fils, par sa mère, d'*Usum-Cassan*. Il rétablit l'empire Persan, l'an 1499, en se disant descendu d'*Ali*, gendre du faux prophète *Mahomet*; et en donnant une nouvelle explication à l'Alcoran. C'est ce qui a formé deux sectes parmi les Mahométans, qui se regardent mutuellement comme hérétiques. *Ismaël* commença son règne vers l'an 1505, et mourut en 1523, après avoir remporté diverses victoires sur ses ennemis. Pour établir plus solidement son trône, il sollicita les princes Chrétiens de joindre leurs armes aux siennes contre les Ottomans; mais le temps des Croisades étoit passé. Ses successeurs prirent, à son exemple, le titre de *Sorut*, non parce qu'il signifie *Sage*, en grec, mais parce que ce mot, en langue persienne, veut dire *laine*: c'est de cette matière que les princes Persans faisoient leurs turbans. Il laissa quatre fils.
III. ISMAËL II, ou SCHAR-ISMAËL, sophi de Perse, succéda à *Thamas*, en 1575. On le tira de sa prison pour le mettre sur le trône. Il s'y affermit par la mort de huit de ses frères, qu'il fit égorger; mais, après un règne de deux ans, il fut empoisonné par une de ses sœurs, parce qu'il paroissoit avoir trop d'inclination pour la religion des Turcs, que les Persans regardent comme des hérétiques. Il avoit plus de 50 ans. I. ISMÉNIAS, excellent musicien de Thèbes. On dit qu'ayant été fait prisonnier par *Athéas*, roi des Scythes, il joua de la flûte devant ce prince, qui, se moquant de l'admiration de ses courtisans, dit tout haut qu'il préféroit les hennissemens de son cheval, aux sons de la flûte d'*Isménias*.
II. ISMÉNIAS, chef des Béotiens, ayant été envoyé par ses concitoyens en ambassade à la cour de Perse, les servit utilement, après avoir évité adroitement une difficulté qui se présenta à son arrivée. Il fut averti qu'il ne pouvoit parler au grand Roi, s'il ne l'adoroit. Quoiqu'il eût résolu de ne pas déshonorer le nom Grec par cette bassesse, il se fit présenter, et en entrant dans la salle où le roi l'attendoit, il laissa tomber sa bague sur le carreau. L'inclination qu'il fit pour la ramasser, passa pour un acte d'adoration. Le roi, satisfait, écouta favorablement *Isménias*; et il crut ne devoir rien refuser à un homme qui lui avoit rendu, sans difficulté, un honneur que tous les autres Grecs s'opiniâtroient à lui refuser.
ISOCRATE, né à Athènes, l'an 436 avant J. C., étoit fils d'un artiste de cette ville, qui amassa assez de bien en faisant des instrumens de musique, peut-être en état de lui donner une excellente éducation. *Isocrate* répondit aux soins de son père; il devint, dans l'école de *Gorgias* et de *Prodicus*, un des plus grands maîtres d'éloquence; mais il ne put jamais parler en public dans les grandes affaires de l'état: sa timidité et la foiblesse de sa voix l'en empêchèrent. Ne pouvant le faire lui-même, il l'apprit aux autres. Il ouvrit à Athènes une école d'éloquence, qui fut une pépinière d'orateurs pour toutes les parties de la Grèce. « Il en sortit, dit *Cicéron*, comme du cheval de Troie, une foule de personnages illustres. Si ses leçons furent utiles aux disciples, elles ne furent pas moins lucratives pour le maître. *Isocrate* amassa plus d'argent qu'aucun sophiste de son siècle, quoiqu'il n'exigeât rien des citoyens d'Athènes. Le fils d'un roi lui donna soixante mille écus pour un discours, où il prouvoit très-bien qu'il faut obéir au Prince. Mais bientôt après il en composa un autre, où il prouvoit au Prince qu'il doit faire le bonheur de ses sujets. On venoit à lui de toutes parts. Également doué du talent de bien écrire et de celui de bien enseigner, il donnoit à la fois le précepte et l'exemple. Dans ce qui nous reste de lui, on voit un style doux, coulant, agréable, plein de graces naturelles, ni trop simple, ni trop orné. Ses pensées sont nobles, ses expressions fleuries et harmonieuses. Cependant *Aristote*, apparemment jaloux de ses succès, n'en parloit qu'avec mépris. Il est honteux de se taire, disoit-il, lorsqu'*Isocrate* parle. *Cicéron* n'en pensoit pas de même. *Isocrate* est le premier, suivant lui, qui ait introduit dans la langue grecque ce nombre, cette cadence, cette harmonie, qui en font la première des langues. *Isocrate* n'étoit pas moins bon citoyen qu'excellent rhéteur. La nouvelle de la défaite des Athéniens par *Philippe*, à la bataille de Chéronée, le pénétra d'une douleur si vive, qu'il ne voulut pas survivre au malheur de sa patrie. Il mourut du chagrin que lui causa cet événement funeste, l'an 338 avant J. C., à 98 ans, après avoir passé quatre jours sans manger. On lui érigea deux statues, et on éleva sur son mausolée, une colonne de quarante pieds, au haut de laquelle étoit placée une sirène, image et symbole de son éloquence. Ce sophiste désapprouva hautement la condamnation de *Socrate*. Le lendemain de sa mort, il parut en habit de deuil dans Athènes, aux yeux de ce même peuple, assassin d'un philosophe qui faisoit sa gloire. « Des hommes, qui parloient de vertus et de lois en les outrageant, dit *Thomas*, ne manquèrent pas de le traiter de séditieux, lorsqu'il n'étoit qu'humain et sensible. Nous avons de lui, trente-une *Harangues*, traduites du grec en latin par *Jérôme Wolfius*. Toutes les Œuvres d'*Isocrate* furent imprimées par *Henri Etienne*, infolio, 1593. Elles contiennent ses *Harangues* et ses *Lettres*. L'imprimeur y joignit la traduction de *Wolfius*, ses remarques propres, et quelques fragments de *Gorgias* et d'*Aristide*. On estime aussi l'édition des *Aldes*, 1513 et 1534, infolio; et celle de Londres, 1748, in-8.º On a donné à Cambridge, pour l'usage des classes de l'université, une excellente édition de qua- 410 ISO torze Harangues choiries d'Isocrate, in-8.º On y a joint des variantes et une nouvelle version, avec de savantes remarques. Les littérateurs pourront consulter les recherches de l'abbé Vary, sur les autres écrits qu'Isocrate avoit composés. On les trouve dans le tome 13° des Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres. L'abbé Auger a publié, en 1781, en 3 vol. in-8°, une Traduction estimée de toutes les Œuvres d'Isocrate. M. l'évêque de Lescar, prélat aussi éclairé qu'éloquent, qui connoit parfaitement la langue de l'orateur Grec, a été d'une grande ressource au traducteur, dont il a corrigé et embelli l'ouvrage.
ISOTTA NOGAROLE, Voy. I. NOGAROLA.
ISSACHAR, cinquième fils de Lia, et le neuvième des enfans de Jacob. Ses descendans sortirent d'Égypte, au nombre de 54,400 combattans. Sa tribu s'adonna à l'agriculture. Ce patriarche étoit né l'an 1749 avant J. C.; on ne sait pas la date de sa mort.
ITALUS, étoit, au rapport d'Hygi, fils de Telégou, et, selon d'autres, un roi de Sicile. Denis d'Halycarnasse le fait sortir d'Arcadie, pour venir s'établir dans cette partie de l'Italie qui étoit voisine de la Sicile, et qui s'appeloit Aeotrie; d'autres le font venir d'Afrique. Quoi qu'il en soit, c'est lui qui donna son nom à l'Italie.
ITHACE, évêque de Sossube en Espagne, poursuivit, sous l'empire de Gratien, les Priscillianistes avec un acharnement qui tenoit de la passion. Poursuivi lui-même par ces héréti- ques, il se retira dans les Gaules; mais sous Maxime, il montra encore plus d'acharnement gontrieux, et demanda leur mort. Voyez MARTIN, n° I. Après la mort de Maxime, il fut privé de la communion ecclésiastique, et envoyé en exil, où il mourut vers l'an 350. Ce prélat Espagnol n'avoit ni la sainteté, ni la gravité d'un évêque. Il étoit hardi jusqu'à l'impudence, grand parleur, fastueux; et son zèle inconsidéré traitoit de Priscillianistes tous ceux qu'il voyoit jeûner et s'appliquer à la lecture.
ITON, roi de Thessalie, étoit fils de Deucalion. On dit que c'est lui qui inventa l'art de fondre le cuivre, l'or et l'argent, pour en faire de la monnoie.
ITTE, ou ITUBERGE, femme de Pepin, maire du palais sous Dagobert, étoit sœur de saint Modon, évêque de Trèves. Après la mort de son époux, elle quitta la cour pour vivre dans la retraite. Elle fit bâtir le monastère de Nivelle, pour elle et pour sa fille Ste Gertrude; et elle y mourut en odeur de sainteté, l'an 552.
ITTIGIUS, (Thomas) savant professeur de théologie à Leipzig, travailla aux Journaux de cette ville avec succès, et mourut le 7 avril 1710, à 67 ans. Il avoit du savoir et des vertus, et il eut de la réputation dans son pays. On a de lui: I. Un Traité sur les incendies des Montagnes, Leipzig, 1671, in-8.º II. Une Dissertation sur les Hérédicques des temps Apostoliques, 1703, in-4°; elle est très-estimée. III. Une Histoire des Synodes nationaux, tenus en France par les prétendus Réfor- més, 1705, in-4.º IV. Une Histoire Ecclésiastique des deux premiers siècles de l'Église, 1709 et 1711, 2 vol. in-4.º V. Des Œuvres Théologiques. Tous ses ouvrages sont en latin; on les connoit peu en France.
ITTUANFIUS, (Nicolas) vice-palatin de Hongrie, a laissé l'Histoire de ce royaume, depuis 1490, jusqu'en 1612. Elle vit le jour à Cologne, in-folio, en 1622, quelques années après la mort de l'auteur. Cette Histoire est d'autant plus estimable, qu'Itthuanfus avoit été employé par Maximilien II et Rodolphe II dans les affaires les plus importantes.
ITYLE, (Mythol.) Itylus, étoit fils de Zethus et d'Adéone. Sa mère le tua la nuit par méprise, croyant que c'étoit Amiclée, fils d'Amphion, à qui elle portoit envie de ce qu'il avoit six fils, et qu'elle n'en avoit qu'un. Lorsqu'elle eut reconnu son erreur, elle en sécha de douleur et de regret. Les dieux qui en eurent pitié, la changèrent en oiseau.
ITYS, ou ITYLE, (Mythol.) fils de Térée, roi de Thrace, et de Progné, fille de Pandion, roi d'Athènes, fut massacré par sa propre mère, qui le fit manger à son mari, pour se venger de ce qu'il avoit violé sa sœur Philomèle. Térée ayant reconnu la tête de son fils, entra en fureur, et l'épée à la main, il poursuivoit sa femme pour la tuer, lorsqu'il fut changé en Hupe, Progné en Hirondelle, Philomèle en Rossignol, et Itys en Faisan.
IVAN, Voyez BASILOWITZ, IWAN et YVAN.
IVELLUS, Voy. JEWEL.
IVES, ou Yves de Chartres, (Saint) Ivo, né dans le territoire de Beauvais, d'une famille noble, fut disciple de Lanfranc, prieur de l'abbaye du Bec, et se distingua tellement par sa piété et par sa science, qu'il devint abbé, puis évêque de Chartres en 1092. Il s'éleva contre le roi Philippe I, qui avoit pris Bertrade de Montfort, femme de Foulques le Rechin, comte d'Anjou, après avoir quitté la sienne, Berthe de Hollande. Il gouverna son diocèse avec zèle, y fit fleurir la discipline ecclésiastique, et mourut le 21 décembre 1115, à 30 ans. On a de lui, quelques Sermons, une Chronique abrégée des rois de France, un Recueil de Décrets ecclésiastiques; un grand nombre d'Épitres, fort utiles pour connoître les mœurs de son temps. On voit par ces Lettres, « que ce prélat, dit M. du Radier, étoit plutôt un ministre adroit et opiniâtre de la politique de Rome, qu'un évêque François et ferme dans les principes immuables de l'Église Gallicane. Sa sincérité est souvent en défaut; il n'est pas toujours d'accord avec lui-même. De tous les auteurs ecclésiastiques, il n'y en a point qui ait un système moins suivi, soit sur les points de discipline, soit par rapport aux libertés de l'Église Gallicane et au pouvoir du pape: tantôt il les élève, tantôt il les abaisse. C'est un point de vue que n'a point saisi l'auteur de Esprit d'Ives de Chartres, qu'on croit être Varillas, qui ne l'avoit envisagé qu'à la hâte. Ce n'est pas par une, deux ou plusieurs Lettres, c'est par la réunion et le corps des Lettres, qu'il faut juger de ce prélat. (Anecdotes des Reines de France, tome 2, pag. 228 et 229.) » Ce jugement de M. du Radier ne s'accorde point avec celui que le P. de Longueval porte d'Ives de Chartres, qu'il peint comme défendant, avec courage, les droits de l'Église, sans donner atteinte à ceux des souverains. Mais ce Jésuite rapporte une Lettre de ce prélat au pape, où il lui donnait des avis secrets sur les démarches que le roi Philippe faisoit pour obtenir son absolution. « Prenez garde à vous et à nous, et tenez toujours ce prince sous les clefs et dans les chaînes de St. Pierre. » Cette Lettre prouve que si Ives ne donnait pas atteinte aux droits des souverains, il avoit du moins avec eux une conduite un peu équivoque. Il nous semble même qu'il leur montroit une fierté un peu déplacée, quoique le zèle pût la faire excuser. Louis le Gros lui ayant un jour écrit pour exiger de lui le présent de quelques pelleteries, Ives lui répondit par la Lettre suivante : « Il ne sied pas à la majesté royale de demander aux évêques des ornemens qui ne servent qu'à la vanité ; et il sied encore moins à un évêque de les donner à un roi. Je n'ai pu lire, sans rougir, la lettre par laquelle vous me demandez quatre peaux d'hermines ; j'ai eu peine à croire que vous ayez écrit cette lettre. Cependant je ne laisse pas d'y répondre, afin que vous ne demandiez jamais rien de semblable à un évêque, si vous voulez faire respecter la majesté royale. » Toutes ses Œuvres ont été imprimées à Paris en 1647, in-fol.
IVES, Voyez YVES et SAINT-YVES.
IVETEAUX, (Nicolas Vauquelin, seigneur des) poète François, né à la Fresnaye, château près de Falaise, d'abord lieutenant général de Caen, charge dans laquelle il avoit succédé à son père, (Voyez FRESNAYE) fut nommé précepteur du duc de Vendôme, fils de Gabrielle d'Estrées, et ensuite de Louis XIII, encore dauphin. Sa vie licencieuse le fit renvoyer de la cour avec des bénéfices, dont il se défit, sur les reproches que le cardinal de Richelieu lui fit de la corruption de ses mœurs. Soulagé du poids d'un état dont il n'avoit ni le goût, ni les vertus, il se retira dans une belle maison du faubourg Saint-Germain, où il vécut en Épicurien. Comme il s'imaginoit que la vie champêtre étoit la plus heureuse de toutes, il s'habilloit en berger ; et se promenant avec une joueuse de harpe, la maîtresse de son cœur et de sa bourse, la houlette à la main, la pannetière au côté, le chapeau de paille sur la tête, il conduisoit paisiblement, le long des allées de son jardin, ses troupeaux imaginaires, leur disoit des chansons et les gardoit du loup. Sa maîtresse, nommée Dupuys, jouoit de la harpe ; des rossignols dressés à ce manège sortoient de leur volière, et venoient se pâmer sur l'instrument. Ce poète voluptueux raffina tous les jours sur les plaisirs. Ce goût ne le quitta pas même à la mort : car, sur le point d'expirer, il se fit, dit-on, jouer une sarabande, afin que son ame passât plus doucement de ce monde à l'autre. D'autres disent, d'après Huet, qu'il mourut repentant. Ce fut en 1649, à l'âge de 90 ans, dans une maison de campagne près de Germigny, château des évêques de Meaux. On a de lui : L'Institution d'un Prince. en vers; ouvrage écrit avec jugement et avec énergie, et plein des plus belles leçons de la morale païenne et chrétienne, quoique composé par un Epicurien. On a dit que ce poète avoit dégoûté Mézerai de la poésie où il réussissoit mal, ainsi, en nous délivrant d'un mauvais poète, il nous a donné un meilleur historien. —II. Des Stances, des Sonnets et d'autres Poésies, dans les Délices de la Poésie Françoise, 1620, in-8°, qui ne sont pas celles des gens de goût.
IVON, Voyez YVON. — I. IWAN V, ou JEAN ALEXIOWITZ, czar de Russie, second fils de Michaëlowitz, né en 1661, fut disgracié de la nature. Il étoit presque privé de la vue et de la parole, et sujet à des convulsions. Il devoit succéder à la couronne après la mort de son frère Fædor Alexiowitz, arrivée en 1682; mais comme son esprit étoit aussi foible que ses yeux, on voulut l'enfermer dans un monastère, et donner le sceptre à Pierre son frère, né d'un second mariage. La princesse Sophie, leur sœur, espérant de régner sous le nom d'Iwan, excita une sédition pour lui conserver le trône. Après bien du sang répandu, on finit par proclamer souverains les deux princes Iwan et Pierre, en leur associant Sophie en qualité de co-régente. Ce gouvernement partagé ne dura que six ans. L'ambitieuse Sophie ayant projeté, en 1689, de sacrifier le czar Pierre à la soif de régner seule, la conspiration fut découverte, et la princesse enfermée dans un couvent. Dès ce moment, Pierre régna en maître: Iwan n'eut d'aure part au gouvernement, que celle de voir son nom dans les actes publics. Il mena une vie privée et tranquille, et mourut en 1696, à 35 ans. Ce prince laissa cinq filles, dont la quatrième, Anne, mariée, en 1710, au duc de Courlande, monta depuis sur le trône de Russie.
II. IWAN VI, de Brunswick-Bevern, fut déclaré czar après la mort de sa grand'tante Anne Iwanova, le 29 octobre 1740. Il descendoit de la sœur de cette princesse, fille comme elle du czar Iwan V, frère aîné de Pierre le Grand. Ernest, duc de Biren, favori d'Anne, devoit avoir la régence sous la minorité de ce jeune prince, qui n'avoit que trois mois; mais, quelques semaines après, le duc de Biren fut destitué, et la régence fut déférée à Anne de Mecklembourg, duchesse de Brunswick-Bevern, mère du jeune empereur. Le 6 décembre 1741, Iwan fut détrôné, et enfermé dans la forteresse de Schlussselbourg, comme un prince foible de corps et d'esprit. Il fut bientôt séparé de ses parens, transporté alternativement dans la forteresse de Riga, et à Oranienbourg dans la froide province de Woronetz. Un moine ayant eu accès dans la prison d'Iwan, l'enleva dans le dessein de le conduire en Allemagne, mais il fut arrêté à Smolensko, et enfermé de nouveau dans un monastère de la ville de Waldaï, située sur la route de Pétersbourg à Moscow. La princesse Elizabeth Pétrowna, fille de Pierre le Grand, qui fut déclarée impératrice, étant morte en 1762, et son neveu Pierre III ayant été déposé six mois après; la princesse Catherine d'Anhalt-Zerbst, son épouse, monta sur le trône. C'est sous le règne de cette princesse que le malheureux Iwan fut massacré, le 16 juillet 1764, par ses gardiens Oulousieff et Tchekin, porteurs d'un ordre qui leur enjoignoit de tuer ce prince, si on tentoit de le délivrer. Des soldats s'étant présentés pour tirer Iwan de sa prison pour le mettre à leur tête et opérer une révolution, hâtèrent sa mort. Voy. MIROWITSCK. « Le lendemain, dit Castera, on exposa le corps d'Iwan revêtu d'un simple habit de matelot devant la porte de l'église de Schlusselbourg. Il avoit six pieds de haut, une blonde et superbe chevelure, des traits réguliers et la peau d'une extrême blancheur; aussi, sa beauté, sa jeunesse faisoient encore mieux sentir le malheur de sa destinée. Son corps fut enveloppé d'une peau de mouton, mis dans un cercueil et enterré sans cérémonie. » Le père du prince Iwan, Antoine Ulric de Brunswick, finit sa carrière à Kolmougri en Russie en 1781, après 39 ans de captivité et dans la 67e année de son âge. Anne régente et mère d'Iwan étoit morte en couches dans la même ville en 1746. Ils laissèrent deux fils et deux filles, auxquels la czarine donna une pension.
IWANOVA, Voy. XL ANNE
IXION, (Mythol.) roi des Lapithes, étoit fils de Phlégias, ou de Léontée. Il refusa à Déionée les présens qu'il lui avoit promis pour épouser sa fille Dia: ce qui obligea ce dernier à lui enlever ses chevaux. Ixion dissimulant son ressentiment, attira chez lui Déionée, et le fit tomber par une trappe dans un fourneau ardent. Il eut de si grands remords de cette trahison, que Jupiter le fit mettre à sa table pour le consoler. Ses premières fautes ne le corrigèrent pas. Il osa aimer Junon, et tâcha de la corrompre; mais cette déesse en avertit son époux, qui, pour éprouver Ixion, forma une nuée bien ressemblante à Junon, et la fit paroître dans un lieu secret où Ixion la trouva. Il ne manqua pas alors de suivre les mouvemens de sa passion. Jupiter, trop convaincu de son dessein, foudroya ce téméraire, et le précipita dans les enfers, où les Euménides l'attachèrent avec des serpens à une roue qui tournoit sans cesse. Le crime étoit héréditaire dans cette malheureuse famille. Voyez PHLÉGION et PIRIPHOUS.
IZABEAU, Voyez IZABELLE.
JAAPHAR BEN TOPHAIL, ou plutôt JOAPHAR. Voy. ce mot.
JABEL, fils de Lamech et d'Ada, de la famille de Cain, fut le père des pasteurs qui habitoient la campagne sous des tentés; c'est-à-dire qu'il inventa la manière de faire paître les troupeaux en les conduisant de contrée en contrée, sans demeure fixe, et sans autre habitation que des tentes, comme depuis ont fait les Scythes, les Nomades, et les Arabes Sénites. Le nom de Père se prend souvent pour maître, chef, instituteur.
JABELLY, (Barthélemi) originaire de la Marche, avocat au parlement de Paris dans le XVIIe siècle, y suivit le barreau avec succès. On a de lui, les Coutumes de la Marche expliquées, etc. Cet ouvrage estimé a été réimprimé à Paris, en 1744, in-12.
JABIN, roi d'Azor, fit, avec trois rois ses voisins, une ligue contre Josué. Ce général, comptant sur la protection du Seigneur, alla au-devant de l'armée ennemie, la taille en pièces, fit couper les jarrêts aux chevaux, et brûler les chariots de guerre. Josué alla ensuite assiéger Jabin dans sa capitale. Elle fut prise, détruite, et le roi avec tout son peuple passé au fil de l'épée.—Un de ses descendants, nommé JABIN comme lui, le vengea deux cents ans après, l'an 1285 avant J. C., en assujettissant les Israélites. Mais Dieu suscita Barach et Débora pour délivrer son peuple de la servitude. Sisara lieutenant de Jabin, perdit la bataille et la vie. Jabin, voulant venger la mort de son général, subit le même sort. Sa ville capitale fut, pour la seconde fois, détruite et rasée entièrement. I. JABLONSKI, (Daniel-Ernest) théologien Protestant, né à Dantzig en 1660, exerça le ministère dans diverses villes d'Allemagne. Il devint ensuite conseiller ecclésiastique de Berlin, et président de la société des sciences de cette ville. Il mourut le 26 mai 1741, à 81 ans, après avoir travaillé long-temps, et sans succès, à la réunion des Calvinistes et des Luthériens. On a de lui, des Homélies, des Traités théologiques, l'édition d'une Bible, des Réflexions sur l'Écriture-Sainte, et des Versions latines d'auteurs Anglois, etc.—Voyez I. MASIUS.
II. JABLONSKI, (Paul-Ernest) professeur en théologie et pasteur de Francfort sur l'Oder, mort le 14 septembre 1752, à 64 ans, a éclairci divers articles de la langue et des antiquités Égyptiennes. Son ouvrage le plus connu en ce genre est intitulé: Pantheon Ægyptiacum. C'est un traité sur la religion des Égyptiens, publié en 1750, 3 vol. in-8°, à l'rancfort sur l'Oder. On a encore du même auteur: I. De Memnonne Graecorum; 416 JAC Francfort, 1753, in-4°, avec figures. II. *Institutiones Historiae Ecclesiasticae*, 2 vol. in-8°, etc.—Il ne faut pas le confondre avec *Charles-Gustave JARLONSKI*, membre de la société de Hali et auteur du *Système naturel des Insectes*. Celui-ci mourut en 1787.
JACCÉTIUS ou DIACÉTIUS, (François-Catanée) habile philosophe Platonicien, et orateur, né à Florence en 1466, fut disciple de *Marsile Ficia*. Il lui succéda dans sa chaire de philosophie, et mourut à Florence en 1522. On a de lui, un *Traité du Beau*; un autre de l'*Amour*; des *Épitres*, et plusieurs autres ouvrages imprimés à Basle en 1663, in-fol. Il laissa treize fils. L'un d'eux se mêla de poésie, et s'avisa d'entrer dans une conspiration contre le cardinal *Julien de Médicis*, qui lui fit trancher la tête. I. JACKSON, (Thomas) théologien Anglois, président du collège de Christ à Oxford, ensuite doyen de Péterborough, naquit en 1579, et mourut en 1640. On a recueilli ses Ouvrages en 1673, en trois vol. in-fol. On y trouve une *Explication du Symbole*, estimée des Puritains, qui, cependant, lui reprochoient de pencher vers l'Arminianisme.
II. JACKSON, Irlandois, ministre de la religion Anglicane, fut chargé, par les patriotes de son pays, de la correspondance avec les jacobins de France, et leur adressa l'état des forces de l'Angleterre. Arrêté à Dublin en 1794, il s'empoisonna, et expira devant le tribunal même qui alloit le condamner. I. JACOB, célèbre patriarche, fils d'Isaac et de Rebecca, naquit vers l'an 1836 avant J. C. Sa mère avoit plus d'inclination pour lui que pour *Esaü* son frère, à cause de la douceur de son caractère et de son attachement aux affaires domestiques. *Esaü* lui vendit son droit d'aimesse pour un plat de lentilles, et *Jacob* lui enleva ensuite la bénédiction que son père vouloit lui donner. Obligé de fuir la colère de son frère, il passa en Mésopotamie, auprès de *Laban* son oncle. Dans la route, s'étant arrêté en un lieu favorable pour se reposer, il vit en songe une échelle mystérieuse, dont le pied touchoit à la terre et le haut au ciel. Les Anges montoient, descendoient, et Dieu paroissoit au haut. Le patriarche étant arrivé chez *Laban*, s'engagea à servir sept années pour avoir *Rachel*, sa fille, en mariage. Il la lui promit: mais il lui donna *Lia* à sa place, (c'étoit l'aînée de ses filles); et pour avoir la cadette, *Jacob* s'obligea de servir encore sept autres années. Le Seigneur consola *Lia* de l'indifférence que son époux avoit pour elle, en la rendant féconde: elle eut quatre enfans, savoir: *Ruben*, *Siméon*, *Lévi* et *Juda*. *Rachel* étant stérile, et *Lia* ayant cessé de produire, elles donnèrent leurs servantes à *Jacob*, qui eut des enfans de chacune d'elles: savoir, de *Bala*, servante de *Rachel*, deux fils, l'un appelé *Dan*, et l'autre *Nephihali*; et de *Zelpho*, servante de *Lia*, deux autres fils, *Gad* et *Aser*. (*Lia* donna encore à *Jacob* deux fils, *Issachar* et *Zabalon*, et une fille, nommée *Iina*.) *Jacob* servoit, depuis près de vingt ans, *Laban* son beau-père. Cet homme injuste, après lui avoir promis des récompenses, récompenses, voulut lui enlever le bien acquis à la sueur de son front. Dieu rendit vaines toutes ces précautions, et bénit Jacob, qui devint très-riche. Il lui ordonna de retourner dans la terre de Chanaan : il le fit, et partit avec ses femmes, ses enfans, et tous ses troupeaux, sans en avertir Laban; celui-ci courut après lui, et l'atteignit sur les montagnes de Galaad. Après plusieurs plaintes réciproques, le gendre et le beau-père firent alliance entreux, et dressèrent un monceau de pierres sur les monts de Galaad pour en être un monument. Ils se séparèrent ensuite; et Jacob continuant son chemin vers la terre de Chanaan, arriva sur le torrent de Jaboc, où des Anges vinrent à sa rencontre. Le lendemain, il lutta toute la nuit avec un de ces esprits célestes, qui, voyant qu'il ne pouvoit le vaincre, lui toucha le nerf de la cuisse, le rendit boiteux, et changea son nom de Jacob en celui d'Israël. Cependant, Esaï, qui demeuroit dans les montagnes de Sèir, informé de la venue de Jacob, vint au-devant de lui, et les deux frères s'étant donné réciproquement des marques d'amitié, Jacob vint s'établir d'abord à Soroth, et ensuite près de Sichem. Pendant le séjour qu'il y fit, sa famille fut troublée par l'outrage fait à Dina, et la vengea à que ses frères en tirèrent. Dieu lui ordonna alors de se retirer à Béthel. En étant parti avec toute sa famille, et étant arrivé près d'Éphrata, appelée depuis Bethléem, Jacob perdit Rachel, qui l'avoit fait père de Joseph, et qui mourut en accouchant de Benjamin. Il en ressentit une douleur extrême, et cette douleur fut augmentée par la perte de Joseph, (le plus chéri de ses enfans) qu'il crut mort, et que ses frères avoient vendu à des marchands Madianites. Ayant appris ensuite que ce fils, si pleuré, étoit premier ministre en Égypte, il vint l'y trouver l'an 1706 avant J. C. Il y vécut 17 ans; et sentant approcher la fin de ses jours, il fit promettre à Joseph qu'il porteoit son corps dans le sépulcre de ses pères. Il adopta Manassès et Ephraïm, fils du même Joseph. Il donna aussi à ses enfans une bénédiction particulière; et, perçant dans l'obscurité des siècles futurs, il prédit à ses fils ce qui devoit leur arriver. Le saint vieillard mourut de la mort des justes, l'an 1689 avant J. C., âgé de 147 ans. Joseph fit embaumer le corps de son père, et obtint du roi la permission de le porter dans la terre de Chanaan, pour l'enterrer dans le tombeau de ses pères. On auroit tort de faire à Jacob et aux autres patriarches, le reproche d'incontinence, sur ce qu'ils eurent plusieurs femmes : St. Augustin remarque fort bien qu'ils étoient plus sages avec plusieurs épouses, que beaucoup de Chrétiens ne le sont avec une seule.
JACOB, chef de la Dynastie des Soffarides. Voy. LAITH.
II. JACOB, fanatique Hongrois, apostat de l'ordre de Cîteaux, excita, en 1212, sur une prétendue vision, une multitude d'enfans en Allemagne et en France, à se croiser pour la Terre-Sainte. Ils partirent tous avec l'empressement de leur âge; mais ils n'allèrent pas loin. La plupart s'égarèrent dans les forêts et dans les déserts, où ils périrent de chaud, de fuim et de D d 418 JAC soif. Jacob, l'instigateur de cette émigration, étoit alors fort jeune. Devenu vieux, il ne fut pas plus sage. St. Louis ayant été pris, en 1250, par les Sarrasins, Jacob se mit de nouveau à faire le prophète. Il cria dans tous les carrefours de Paris, « que la Sainte Vierge lui avoit commandé de prêcher la croisade aux bergers et aux paysans, et qu'elle lui avoit révélé que c'étoient eux qui devoient délivrer le roi. » Des pâtres et des laboureurs commencèrent à le suivre à grandes troupes. Il les croisa, et leur donna le nom de Pastoureaux. A ces premiers croisés, qui s'enrôlerent avec lui par simplicité et par fanatisme, se joignirent des vagabonds, des voleurs, des bannis, des excommuniés, et tous ceux qu'on appeloit alors Ribauds. La reine Bianche, chargée de la régence en l'absence de son fils, les toléra pendant quelque temps, dans l'espérance qu'ils pourroient délivrer le roi. Mais lorsqu'elle apprit qu'ils prêchoient contre le pape, contre le clergé, et même contre la foi, et qu'ils commettoient des meurtres et des pillages, elle prit la résolution de les dissiper. Elle y réussit plutôt qu'elle n'auroit osé espérer. Le bruit s'étant répandu que les Pastoureaux venoient d'être excommuniés, un boucher tua d'un coup de coignée Jacob, chef de cette multitude, comme il prêchoit un jour avec son impudence ordinaire. A son exemple, on les poursuivit par-tout, et on les assomma comme des bêtes féroces.
III. JACOB BEN-NEPHTHALL, rabbin du vᵉ siècle, inventa, dit-on, avec Ben-Asér, les points hébreux. Ils étoient l'un et l'autre l'ornement de l'école de Tibériade.
IV. JACOB AL-BARDAÏ, disciple de Sévère, patriarche de Constantinople, fut un des principaux apôtres de l'Eutychianisme dans la Mésopotamie et dans l'Arménie. C'est de lui, à ce qu'on prétend, que les Eutychènes prièrent le nom de Jacobites, quoique quelques savans croient que ce nom leur a été donné d'un autre Jacob, disciple de Dioscore et d'Entichès. V. JACOB BEN-HAÏM, rabbin du 16ᵉ siècle, publie la Massore dans toute sa pureté, en 1525, à Venise, 4 vol. in-folio. Il l'accompagna du texte de la Bible, des Paraphrases Chaldáïques, et des Commentaires de quelques rabbins sur l'Écriture.
VI. JACOB, (Louis) né à Châlons-sur-Saône en 1608, entra dans l'ordre des Carmes, fut bibliothécaire du cardinal de Betz, ensuite d'Achille de Harley, alors procureur général, et depuis premier président. Il mourut chez ce magistrat en 1670, après avoir publié plusieurs ouvrages, dans lesquels on trouve plus d'érudition que de critique. Comme il étoit naturellement bon et crédule, il se reposoit avec trop d'assurance sur la bonne foi d'autrui : c'est ce qui lui a fait souvent citer comme de belles bibliothèques, des cabinets très-médiocres. « Le P. Jacob étoit, dit Nicéron, un homme fort laborieux, et qu'une étude continuelle avoit mis assez au fait des livres et des auteurs. Il avoit formé, en ce genre, de grands desseins, dont on auroit pu voir l'exécution, si sa vie avoit été plus longue; mais il n'en a paru qu'une petite partie. Il lui man- quoit cependant plusieurs cho- ses, qui lui étoient nécessaires pour réussir dans ce travail. Il n'avoit point cette justesse de dis- ternement, et ce goût critique, sans lesquels on ne peut guères éviter des fautes. La connois- sance qu'il avoit des livres étoit superficielle, et se terminoit à ce qu'ils ont d'extérieur... On ne peut guères l'excuser d'avoir fait passer plusieurs Catholiques pour hérétiques, et d'avoir donné à des hérétiques quelques livres anonymes, qui appartiennent à des Catholiques. On a relevé une faute des plus ridicules, qu'il a faite, lorsqu'il a mis parmi ceux qui ont écrit contre le pape: Ar- ticulus Samacaldus, Germanus, Lutheranus, edidit de primatu et potestate Papae librum, faisant ainsi d'un écrit un homme. Ses fautes n'ont pas été moins gros- sières, lorsqu'il s'est avisé de citer des auteurs qui ont écrit en des langues étrangères. » Ses principaux écrits sont: I. Bibliotheca Pontificia, à Lyon, 1643, in-4°, réimprimée en 1647; com- pilation mal digérée et inexacte, sur les papes et les antipapes jusqu'à Urbain VIII, avec un Catalogne des écrits publiés pour ou contr'eux. C'est dans cet ou- vrage que se trouve la faute qu'on vient de relever. II. Traité des plus belles Bibliothèques, in-8°, Paris, 1644; aussi sa- vant, mais aussi inexact que le recueil précédent. III. Bibliotheca Parisina, in-4°, pour les années 1643, 1644, 45, 46 et 47. IV. De claris Scriptoribus Cabillonensi- bus, 1652. V. Gabrielis Naudæi Tumulus, in-4° VI. Bibliotheca Gallica universalis, pour les an- nées 1643 à 1651. Ces Catalognes sont moins inexacts que les au- tres ouvrages du P. Jacob. On prétend qu'ils ont donné la pre- mière idée des Journaux:
VII. JACOB-JEAN, Armé- nien, natif de Zulpha, étoit, en 1641, chef des menuisiers du roi de Perse. Il est auteur de plu- sieurs inventions de mécanique, et dans un voyage qu'il fit en Europe, il conçoit si bien tout ce qui regarde l'art de l'impri- merie, qu'il en dressa une à Is- pahan, et qu'il fit lui-même les matrices des caractères dont il s'est servi. On y imprima, en ar- ménien, les Epttres de St. Paul, les Sept Pseaumes Pénitentiaux, et on avoit dessein d'imprimer toute la Bible; mais on ne put trouver le moyen de bien com- poser l'encre. D'ailleurs, cette im- primerie étoit le pain à beaucoup d'écrivains, qui faisoient des plaintes continuelles pour empê- cher l'établissement de ce nouvel art qui détruisoit leur métier. La charge de Chef des Menuisiers ne peut être exercée que par un Ma- hométan, et ce fut par un privilège particulier que Jacob-Jean fut maintenu dans cet office, à cause de l'excellence de son génie. Le roi le sollicita souvent d'embras- ser la religion de Mahomet; mais cet habile homme ne voulut ja- mais renoncer au Christianisme, quelque promesse qu'on pût lui faire.
JACOB DE MONTFLEURI, Voy. MONTFLEURY.
JACOB-EUS, (Oliger) né à Arrhus, dans la presqu'isle du Jut- land, en 1650, voyagen dans une partie de l'Europe, fut nommé professeur de médecine et de phi- losophie à Copenhague, par le roi de Danemarck, et ensuite conseiller de justice. Il mourut en 420 JAC 1701, à 51 ans, regardé comme bon mari, bon maître, bon ami, mais d'une humeur mélancolique. On a de lui divers ouvrages de physique, de médecine et de poésie. Ceux du premier genre sont : I. Compendium Institutionum medicorum, in-8.° II. D: Ratis et Lacertis Dissertatio, in-8.° III. Musæum Regium, sive Catalogus rerum tam naturalium quem artificialium, quæ in Basilica Bibliothecae Christiani Quinti Hafniæ asservantur; Hafniæ 1696, in-fol.: livre curieux. Il avoit épousé une fille du célèbre Thomas Bartholin, dont il eut six enfans.
JACOBATIUS, (Dominique) évêque de Lucéra, fut employé, en diverses affaires importantes, par Siète IV, et par les papes suivans. Léon X le fit cardinal en 1517. Il mourut en 1527, à 84 ans. On a de lui, un Traité des Conciles en latin, fort cher, mais inexact, et qui n'est recherché que par les bibliomanes. C'est le dernier volume de la Collection des Conciles du P. Labbe. La première édition est de Rome, 1538, in-fol.; mais on n'estime que l'édition de Paris, faite pour le recueil qu'on vient de citer.
JACOBEL, hérétique du 15e siècle, natif de Mise en Bohème, curé de la paroisse Saint-Michel à Prague, et disciple de Jean Hus, prétendit que l'usage du calice étoit absolument nécessaire dans la communion. Il fut maître du fameux Boquesane.
JACOBINS, Voy. II. DOMINIQUE (St.).
JACOBITES, Voyez ZANZALE.
JACOBSEN, habile marin, né à Dunkerque, se mit au ser- vice d'Espagne, et commandoit en 1588, un vaisseau dans la fameuse armée navale de Philippe II, dite l'Ivincible; et ce fut à son courage et à son intelligence, que l'Espagne dut la conservation des débris de cette flotte malheureuse. En 1595, il commanda en chef une escadre Espagnole, qui prit tous les batimens Hollandois employés à la pêche. Nommé en 1632 amiral général, il fit entrer son escadre à Dunkerque, malgré un grand nombre de vaisseaux anglois et hollandois qui défendoient l'entrée du port. Il mourut quelques jours après. Il avoit passé cinquante ans au service du roi d'Espagne, et à faire triompher ses armes. Les Hollandois l'avoient surnommé le Renard de la mer. Il a été enterré à Séville, dans l'église où reposent les cendres de Christophe Colomb et de Fernand Cortez.
JACOBUS, (Nagdalius) nommé Jacobus Gondanus, parce qu'il étoit de Gonde, en Hollande, se fit dominicain, s'appliqua à l'étude des langues savantes, et mourut vers 1520. Ses principaux ouvrages sont : I. Acarina poeticum, Cologne, 1506, in-4.° II. Correctorium Bibliæ, cum difficilium dictionum interpretatione; et compendium Bibliæ, Cologne, 1508, in-4.° III. Flavii Josephi liber de imperatrice Ratione, è greco latine versus, Cologne, 1517, in-4.° La traduction qu'en fit le P. François Combes est préférée à celle-ci.
JACOPONE DE TODI, ancien poète Italien, ami et contemporain du Dante, naquit à Todi, d'une famille noble; son vrai nom étoit Jacopo de Be- nedetti. Après avoir vécu longtemps dans le monde; devenu vent, il distribua ses biens aux pauvres, et entra dans l'ordre des Frères Mineurs, où, par humilité, il voulut toujours rester frère convers. Il a composé des Cantiques sacrés, pleins de feu et d'onction, qui sont encore admirés aujourd'hui en Italie, malgré la bigarrure de son style, chargé de mots Calabrois, Siciliens et Napolitains. On a de lui, quelques autres Poésies du même genre, en latin; et il est auteur de la prose Stabat Mater, etc. Ce poète mourut fort vieux, en 1306, et la réputation de sainteté qu'il s'étoit acquise, pendant sa vie, lui mérita, après sa mort, le surnom de Bienheureux, que les Italiens lui donnent. L'édition la plus ample de ses Cantiques spirituels, est celle de Venise, 1617, in-4°, avec des notes. La première, Florence, 1490, in-4°, est recherchée des curieux, ainsi que celle de Rome, qui est belle, 1558, in-4°.
JACQUELOT, (Isaac) fils d'un ministre de Vassy, naquit en 1647. Il fut donné pour collègue à son père, dès l'âge de 21 ans. Après la révocation de l'édit de Nantes, il passa à Heidelberg, de là à la Haye. Le roi de Prusse s'étant rendu dans cette ville, et l'ayant entendu prêcher, l'appela à Berlin, pour être son ministre. Il accompagna ce titre d'une forte pension, dont Jacquelot jouit jusqu'à sa mort, arrivée le 15 octobre 1708, à 61 ans. On doit à ce vertueux et savant ministre plusieurs ouvrages bien raisonnés, mais qui manquent de méthode et de précision : I. Des Dissertations sur l'existence de Dieu, in-4°, Amsterdam 1697. L'auteur démontre cette vérité par l'histoire universelle, et par la réfutation d'Épicure et de Spinoza. Les caractères de divinité, marqués dans la religion des Juifs et dans l'établissement du Christianisme, viennent à l'appui de ces premières preuves. Il y a beaucoup de raison et de littérature dans cette production, mais peu d'ordre. II. Trois ouvrages contre le Dictionnaire de Bayle, avec lequel il eut des démêlés fort vifs, terminés par la mort du Lexicographe; le premier a pour titre : Conformité de la Foi avec la raison, in-8°; le second, Examen de la Théologie de M. Bayle, in-12; et le troisième, Réponse aux Entretiens composés par M. Bayle, in-12. III. Des Dissertations sur le Messie, in-8°, 1699. On y trouve de bonnes remarques; mais les citations y sont confuses et beaucoup trop multipliées. IV. Un Traité de l'inspiration des Livres sacrés, 1715, in-8°, en deux parties; la première est pleine de force. V. Avis sur le Tableau du Socinianisme : ouvrage de Juricu, lequel suscita une violente persécution contre son censeur. VI. Des Sermons, 2 vol. in-12. On y remarque, comme dans ses autres ouvrages, de l'esprit, de la pénétration, du savoir. Son extrême vivacité l'empêchoit d'y mettre toute la méthode nécessaire. Quoiqu'il n'eût pas la voix belle, il se fit entendre avec plaisir, parce qu'il soutenoit l'attention par la solidité des matières et par la force du raisonnement. VII. Des Lettres aux Evêques de France, pour les porter à user envers les Réformés, de la donneur qu'on doit attendre des D d 3 422 JAC hommes, des Chrétiens, et surtout des ministres d'un Dieu de paix. La plupart des prélats avoient prévenu sa demande par leur charité et leur modération. Cependant le ministre *Benott* trouva les lettres de *Jacquelot* trop foibles, et publia des *Avis sincères* à *MM. les Prélats de France*, où il y a encore plus de violence que de sincérité.
JACQUEMOT, *Voyez HALL*. I. JACQUES, (Saint) le *Majeur*, fils de *Zébédée* et de *Salomé*, fut appelé à l'apostolat avec son frère *Jean l'Evangéliste*, par J. C., tandis qu'ils racommodoient leurs filets à Bethsaïde, leur patrie. Ils furent témoins, avec *St. Pierre*, de la transfiguration du Sauveur sur le Mont Thabor. Après la résurrection de *Jésus-Christ*, les deux frères se retirèrent en Galilée, et revinrent à Jérusalem avant la Pentecôte, où ils reçurent le Saint-Esprit avec les Apôtres. On croit que *St. Jacques* sortit de la Judée avant les autres Apôtres, pour prêcher l'Evangile aux Juifs dispersés. Il revint en Judée, et y signala son zèle avec tant d'ardeur, que, des Juifs l'ayant dénoncé à *Hérode Agrippa*, ce prince le fit mourir par le glaive, l'an 44 de J. C. *St. Jacques* fut le premier Apôtre qui reçut la couronne du martyre. On voit à Jérusalem une église bâtie sous son nom, à trois cents pas de la porte de Sion. C'est une des plus belles et des plus grandes de la ville. A main gauche, en entrant dans la nef, il y a une petite chapelle, qui est le lieu où l'on croit que ce saint Apôtre eut la tête tranchée; parce que c'é- toit autrefois la place du marché public. Cette église appartient aux Arméniens schismatiques, qui y ont un monastère bien bâti, où il y a toujours un évêque et douze ou quinze religieux, qui y font le service ordinaire. On dit que l'église et les logements ont été bâtis par les rois d'Espagne, pour y recevoir les pèlerins de leur nation. Le corps de *St. Jacques* fut enterré à Jérusalem; mais les historiens Espagnols ont prétendu que peu de temps après, ses disciples le portèrent en Espagne, et le déposèrent à Iria Flavia, aujourd'hui El Padron, sur les frontières de Galice. On découvrit ces reliques sous le règne d'*Alphonse le Chaste*; on les transporta dans une ville voisine, qu'on nomma *Giacomo Postolo*, qu'on a abrégé en *Compostolo*. Le P. *Cuper* a rassemblé (*Acta Sanctorum*, tom. 6 julii), un grand nombre de témoignages, pour prouver la tradition de l'église d'Espagne. Les Apôtres n'ayant guères prêché que dans les lieux voisins de la Judée pendant les douze premières années du Christianisme, on conçoit difficilement comment *St. Jacques* auroit pu porter le flambeau de la foi en Espagne, ainsi que le prétendent quelques historiens, ni pourquoi ses disciples auroient transporté son corps si loin. Cependant il faut avouer que la tradition des Espagnols est ancienne. Elle a été soutenue dans une Dissertation, imprimée à Naples, en 1763, et qui a pour auteur l'Espagnol *Clemente de Arostegui*. Voy. I. MENARD.
II. JACQUES, (Saint) le *Mineur*, frère de *St. Simon* et *St. Jude*, fils de *Cleophas* et de J'A C' J'A C' Marie, sœur de la Ste Vierge, fut surnommé le Juste, à cause de ses vertus. Jésus-Christ ressuscité lui apparut en particulier. Quelques jours après l'Ascension, il fut choisi pour gouverner l'église de Jérusalem; et en qualité d'évêque, il parla le premier après St. Pierre, dans le concile tenu en cette ville l'an 40 ou 50. Saint Paul l'appelle une des colonnes de l'église. Sa vie parut si sainte, même aux ennemis du christianisme, que Josèphe croit que la ruine de Jérusalem arriva en punition de ce que les Juifs l'avoient fait mourir. Ananus II, grand sacrificateur des Juifs, le fit condamner, et le livra au peuple. Eusèbe, après Hégésippe, dit que les Juifs l'ayant pressé de désavouer publiquement la doctrine de Jésus-Christ, il l'avoit soutenue avec une merveilleuse constance, et que cette confession faite sur les degrés du Temple, mettant en fureur les Pharisiens, ses principaux ennemis, ils le précipitèrent en bas. Un foulon acheva de le tuer d'un coup de lévier, l'an 62 de J. C. Il nous reste de ce saint Apôtre une Epître, qui est la première entre les canoniques. Elle est adressée aux Tribus d'Israël dispersées, c'est-à-dire, aux fidelles d'entre les Juifs, qui étoient répandus en divers provinces. Il combat principalement l'abus que plusieurs personnes faisoient du principe de St. Paul, qui dit que «c'est la foi, et non les œuvres de la loi, qui nous rend justes devant Dieu.» St. Jacques y établit fortement la nécessité des bonnes œuvres. Sa manière d'écrire, dit l'éditeur de la Bible d'Avignon, est serrée et sententieuse. Il ne s'astreint point à suivre son sujet, et à lier ses sen- tences les unes aux autres. Il enseigne la morale comme Salomon dans les Proverbes, et comme font les Orientaux, c'est-à-dire par maximes séparées, et non pas par raisonnemens. On peut lui appliquer ce que St. Jérôme dit des Epîtres canoniques, qu'elles sont abrégées dans les paroles, mais longues dans le grand sens qu'elles renferment: Breves in verbis, longas in sententiis. Saint Jacques ne laisse pas d'appuyer ce qu'il dit sur l'Écriture, et de l'orner par des similitudes et des allusions aux paroles des Livres saints. Il cite quelques passages qui ne se trouvent pas en termes exprès dans l'Écriture; mais les auteurs sacrés du nouveau Testament, sur-tout lorsqu'ils parlent aux Hébreux, qui savoient les écritures, et qui sentoient tout d'un coup les allusions qu'on y faisoit, ne s'assujettissoient pas toujours à citer mot pour mot: ils se contentoient de rapporter le sens, et de suivre l'intention de l'écrivain sacré. On attribue encore à St. Jacques une Liturgie, mais qui n'est pas de lui, quoique très-ancienne. Elle fut traduite en latin par Léon Tuschus, qui y joignit celles de St. Basile et de St. Jean Chrysostôme, Claudes de Sainctes y ajouta des dissertations et des notes savantes. Ce recueil, rare et curieux, fut imprimé à Anvers en 1560, in 3. On trouve aussi la Liturgie de St. Jacques dans les Apocryphes de Fabricius. La Fête de Saint Jacques se célèbre avec celle de St. Philippe, le 1er mai. Le culte de ces deux apôtres, dit Baillet, ne fut point séparé pendant longtemps de celui qu'on rendoit à tous leurs coopérateurs, le 29 juin, à l'occasion de St. Pierre et de St. Paul. Ce qui a pu détermi- D d 4 ner à consacrer le premier jour de mai à St. Jacques et à St. Philippe, a été l'église bâtie par le pape l'éloge Ier dans Rome. On croyoit posséder leurs corps dans cette église, et l'on faisoit une fête annuelle de leur translation; fête qui semble n'avoir commencé au plutot que dans le 7e siècle. Quant aux reliques de St. Jacques que diverses églises se flattent de posséder, nous n'en avons pas de plus précieuse, ni de plus certaine de lui, dit Baillet, que son Epître canonique.
III. JACQUES, (Saint) évêque de Nisibe, sa patrie, se fit un nom immortel par la charité héroïque et le zèle éclairé qu'il fit éclater, lorsque les Perses assiégèrent cette ville en 308, 347 et 350. Ce saint prélat mourut peu de temps après. Il avoit assisté au concile de Nicée. Il reste de lui plusieurs Ouvrages; Rome, 1756, in-folio, en syriaque et en arménien.
JACQUES ZANZALE, Voy. ZANZALE.
IV. JACQUES, (Saint) hermite de Sancerre, ainsi appelé par les étrangers, quoique sa solitude fût à Saxiacum, fort éloignée de Sancerre, étoit Grec de naissance. Après divers voyages, il vint en France l'an 859, et mourut dans la solitude de Saxiacum vers 865. V. JACQUES, premier patriarche des Arméniens, s'est fait un nom principalement par une Version, en arménien, de la Bille. Elle fut imprimée en Hollande, in-4e, l'an 1666. Elle est recherchée.
VI. JACQUES Ier, roi d'Aragon, surnommé le Guerrier et le Belliqueux, monta sur le trône en 1213, après la mort de son père Pierre le Catholique. Plusieurs grands seigneurs avoient profité de sa minorité pour se soustraire à l'autorité royale; il les défit. Il conquit ensuite les royaumes de Majorque et Minorque, de Valence, et plusieurs autres terres sur les Maures qui les avoient usurpées. Peu de règnes ont été aussi glorieux et aussi agités que le sien. Il eut différens démêlés avec les papes, qui vouloient rendre son royaume tributaire de l'Église Romaine, et il mourut à Xativa le 27 juillet 1276, à 70 ans, après en avoir régné 63. Avant d'expirer, il céda la couronne à son successeur, et se revêtit de l'habit de l'ordre de Citeaux, faisant vœu de mourir dans le cloître, si sa santé se rétablissoit. Son excessive foiblesse pour le sexe lui causa de violens chagrins, de la honte et des remords, sans jamais le corriger.
VII. JACQUES II, roi d'Aragon, fils de Pierre III et petit-fils du précédent, succéda à son frère Alphonse III en 1291. Il soumit la Sicile, sur laquelle il avoit des prétentions par sa mère Constance de Sicile. Il fut moins heureux dans une guerre qu'il entreprit contre les Maures et contre les Navarrois. A une assemblée des états du royaume, il fit ordonner que l'Aragon, Valence et la Catalogne seroient irrévocablement unis à la couronne. Il mourut à Barcelonne le 3 novembre 1327, à 66 ans, après en avoir régné 36. Ce prince vivra dans la mémoire des hommes, par son courage, sa grandeur d'ame, son équité et sa modération. On rapporte que, dans une succession qui lui étoit échie et qu'on lui contestoit, au lieu d'employer l'autorité, il eut re- cours, comme un simple citoyen, au grand justicier du royaume.
JACQUES DE BOURBON, roi de Naples, Voy. VI. JEANNE.
JACQUES II, roi de Chypre: Voy. les Tables Chronologiques, article CHYPRE.
VIII. JACQUES Ier, roi d'E- cosse, fils de Robert III, fut pris, en passant en France, par les Anglois, qui le tinrent dix- huit ans en prison, et ne le mi- rent en liberté qu'en 1424, à condition qu'il épouseroit Jeanne, fille du comte de Sommerset. Il fit punir quelques-uns de ceux qui avoient gouverné le royaume du- rant sa prison; et fut assassiné dans son lit, en 1437, par les parens de ceux qu'il avoit fait punir: il fut percé de vingt-six coups d'épée. On assure que ce prince se déguisoit quelquefois en habit de marchand, pour ap- prendre par lui-même comment se gouvernoient ses officiers. Voy. II. STUART.
IX. JACQUES II, roi d'É- cosse, succéda à Jacques pre- mier, son père, à l'âge de sept ans. Il donna du secours au roi Charles VII contre les Anglois, punit rigoureusement les sai- gneurs qui s'étoient révoltés con- tre lui, et fut tué au siège de Roxburg, d'un éclat de canon, le 3 août 1460, à 29 ans, et le 23e de son règne. Marie de Guel- dre, femme courageuse, épouse de ce roi, vint au siège, et fit emporter la place. Jacques étoit un prince actif et courageux, ennemi implacable des Anglois, contre lesquels il ne cessa de faire des tentatives. X. JACQUES III, roi d'É- cosse, monta sur le trône après Jacques II, son père. Séduit par quelques astrologues, il fit arrê- ter ses deux frères Jean et Alexandre. Le premier fut massacré; et le second s'étant en lui, arma contre lui, le prit prisonnier, et le délivra ensuite. Mais ses cruautés ayant irrité ses sujets, ils se soulevèrent contre lui, et lui livrèrent bataille. Jacques la perdit, tomba de cheval mal- heureusement dans la déroute, et s'étant sauvé dans un moulin, il y fut pris et tué avec quelques- uns des siens le 11 juin 1488, dans sa 35e année. Les Écossois aussitôt après s'assemblèrent, et déclarèrent que le tyran avoit été mis à mort justement, et qu'on ne poursuivroit point ceux qui avoient pris les armes contre lui, ni leurs familles. Mais ils recon- nurent pour son successeur l'aîné de ses fils, jeune homme, de la part duquel l'exemple récent de son père ne leur laissoit guère d'appréhension.
XI. JACQUES IV, roi d'É- cosse, prince pieux et amateur de la justice, succéda à Jacques III, son père, à l'âge de seize ans; défit les grands du royaume qui s'étoient révoltés contre lui: prit le parti de Louis XII, roi de France, contre les Anglois; et fut tué à la bataille de l'odden- field en 1513. On dit que sa dé- votion l'avoit porté à s'entourer d'une chaîne, à laquelle il ajou- toit un anneau tous les ans. C'est un des plus grands rois qu'ait eus l'Écosse. Voyez l'art. PERKINS. On lui attribue l'institution de l'ordre de St.-André ou du Char- don: l'ancienne marque de cet ordre de chevalerie étoit un col- her d'or, formé de fleurs de 426 JAC chardon et de feuilles de rue, avec cette devise : *Nemo me impunè lacesset*.
XII. JACQUES V, roi d'Écosse, n'avoit qu'un an et demi, lorsque *Jacques IV*, son père, mourut. Sa mère, *Marguerite d'Angleterre*, eut part au gouvernement pendant sa minorité : ce qui causa des troubles, qui ne furent appaisés que quand le roi voulut gouverner par lui-même, à l'âge de dix-sept ans. *Jacques V*, ayant amené seize mille hommes au secours de François premier, contre *Charles-Quint*, le roi lui donna par reconnaissance *Magdeleine*, sa fille aînée, en mariage, en 1535. Cette princesse étant morte deux ans après, *Jacques V* épousa, en secondes noces *Marie de Lorraine*, fille de *Claude*, duc de *Guise*, et veuve de *Louis d'Orléans*, duc de *Longueville*. Il mourut le 13 décembre 1542, laissant *Marie Stuart* pour héritière, dont la reine étoit accouchée seulement huit jours auparavant. Ce prince, ami de la justice, de la paix et de la religion, défendit les autels contre les réformateurs qui vouloient les renverser. *Voy*. MURRAY.
XIII. JACQUES VI, roi d'Écosse, dit 1er depuis qu'il fut roi d'Angleterre et d'Irlande, étoit fils de *Henri Stuart* et de l'infortunée *Marie Stuart*. Cette reine étoit enceinte de cinq mois, lorsque son musicien *Bizza*, fut poignardé à ses yeux. La vue des épées nues et sanglantes fit sur elle une impression, qui passa jusqu'au fruit qu'elle portoit. *Jacques premier*, qui naquit quatre mois après cette funeste aventure, en 1566, trembla toute sa vie à la vue d'une épée nue, quelque effort que fit son esprit, pour surmonter cette disposition de ses organes. (*Voyez* DIGBY.—*Voyez* aussi à l'art. GAURIC, le danger éminent qu'il courut n'étant encore que roi d'Écosse.) Après la mort d'*Elizabeth* qui l'avoit nommé son successeur, il monta sur le trône en 1603, et régna sur l'Écosse, l'Angleterre et l'Irlande. A son avènement, un Écossois, entendant les acclamations extraordinaires du peuple, ne put s'empêcher de s'écrier : *Hé, juste Ciel ! je crois que ces imbécilles gâteront notre bon Roi !*.. L'événement fit voir qu'il avoit raison. Ce prince, nourri dans les chicanes de la controverse, signale son avènement à la couronne par un édit qui ordonnoit à tous les prêtres Catholiques, sous peine de mort, de sortir d'Angleterre. Quelques furieux résolurent, en 1605, de se soustraire à cette proscription, en exterminant d'un seul coup le roi, la famille royale et tous les pairs du royaume. Ils résolurent de mettre 36 tonneaux de poudre sous la chambre où le roi devoit haranguer le parlement. Tout étoit prêt ; on n'attendoit que le jour de l'assemblée pour exécuter ce forfait. C'en étoit fait des plus nobles et des plus sages têtes de l'État, si une *Lettre* anonyme qu'un des conjurés écrivit à un de ses amis pour le détourner de l'assemblée, n'eût fait soupçonner la conspiration. On visita tous les souterrains, et l'on trouva à l'entrée de la cave, qui étoit au-dessous de la chambre, un artificier habile, qui, peu d'heures après, devoit faire jouer la mine, et anéantir le parlement. La crainte arracha tout le secret de la conspiration à ce malheureux. Quelques-uns des conjurés furent tués en se défendant ; plusieurs sortirent du royaume ; huit furent pris et exécutés. Voyez les art. de GARNEL et D'OLDECORN. Jacques premier, pour s'assurer des Catholiques, fit dresser, en 1606, le fameux serment d'Allégeance, par lequel ils promettoient d'obéir fidèlement au roi, comme à leur légitime souverain ; et protestoient contre le pouvoir que quelques controversistes attribuoient alors aux papes, de déposer les monarques et de délier les sujets du serment de fidélité. Ceux qui signèrent cette formule, loin d'être persécutés, furent protégés comme les autres citoyens. Ce roi, théologien, censura vivement les Presbytériens, qui enseignoient alors que l'enfer étoit nécessairement le partage de tout Catholique Romain. Son règne fut une paix de vingt-deux années ; le commerce florissoit, la nation vivoit dans l'abondance. Ce règne fut pourtant méprisé au dehors et au dedans. Étant à la tête du parti Protestant en Europe, il ne le soutint pas contre les Catholiques, dans la grande crise de la guerre de Bohème. Jacques abandonna son gendre l'électeur Palatin ; négociant quand il falloit combattre ; trompé à la fois par la cour de Vienne et par celle de Madrid ; envoyant toujours de célèbres ambassades, et n'ayant jamais d'alliés. Son peu de crédit chez les nations étrangères contribua beaucoup à le priver de celui qu'il devoit avoir chez lui. Son autorité en Angleterre éprouva une grande diminution, par l'abus qu'il en fit lui-même, en voulant lui donner trop de poids et trop d'éclat. Il ne cessoit de dire à son parlement, que Dieu l'avoit fait maître absolu, que tous leurs privilèges n'étoient que des concessions de la bonté des Rois. Par-là, il excitoit les parlements à examiner les bornes de l'autorité royale et l'étendue des droits de la nation. Ce fut dans celui de 1621, que se formèrent les deux partis, si connus, l'un sous le nom de Torys, pour le roi ; l'autre sous le nom de Wighs, pour le peuple. L'éloquence pédantesque du roi ne servit qu'à lui attirer des critiques sévères. On ne rendit pas à son érudition toute la justice qu'il croyoit mériter. Henri IV ne l'appeloit jamais que Maître Jacques, et ses sujets ne lui donnoient guère des titres plus honorables. Aussi disoit-il à son parlement : Je vous ai joué de la flûte, et vous n'avez point dansé ; je vous ai chanté des lamentations, et vous n'avez point été attendris. Ce prince aimoit les calembourgs et les jeux de mots. Ses courtisans, ou, ce qui revient au même, ses flatteurs, lui donnoient le nom de SALON. Henri IV qui le méprisoit, et qui avoit adopté les bruits que le public malin avoit répandus sur Marie Stuart sa mère, disoit « qu'ils avoient raison, pouvant bien être, comme Salomon, le fils d'un joueur de harpe » : bon mot qu'on ne doit pas prendre à la lettre : Voyez II. RIZZO. Le même Henri IV, intéressé à le connoître à fond, parce qu'il étoit son allié et son voisin, le peint avec énergie dans une dépêche à Beaumont, son ambassadeur à Londres. « Je ne trouve, dit-il, dans le caractère de Jacques premier que des sujets de défiance. Je n'y vois ni bonne foi, ni solidité. La légèreté et l'inconstance en font la base. La mauvaise intrigue et l'artifice 428 JAC mal-adroit y paroissent à leur tour; mais avec l'envie de faire des dupes, Jacques premier finit par l'être toujours lui-même. De là je conclus qu'il n'y aura aucun fonds à faire ni sur les paroles ni sur les actions de ce foible prince. Il intrigue sans cesse à Rome, en Espagne, et par-tout ailleurs, comme il fait avec moi, sans s'attacher à aucun point fixe, selon qu'il est poussé, entraîné ou retenu. Les premières espérances l'élèvent, et l'excitent au gré de celui qui les lui donne. Il se laisse gouverner par tout ce qui l'entoure, sans aucun égard ni pour le mérite, ni pour la vérité. Ainsi je prévois qu'il se laissera tromper dans toutes les occasions. » Ce qui aliéna sur-tout le cœur de ses sujets, ce fut la confiance qu'il donna à ses favoris. Un Fossois nommé Carr le gouverna absolument; et depuis, il quitta ce favori pour George de Villiers, connu sous le nom de Duc de Buckingham, comme une femme abandonne un amant pour un autre. Il mourut le 8 avril 1625, à 59 ans, après 22 de règne, avec la réputation d'un prince plus indolent que pacifique, plus foible que bon, quoiqu'il eût réellement un grand fonds d'humanité, d'un roi pédant, et d'un politique mal-habile. On auroit dit qu'il n'étoit que passager dans le vaisseau dont il étoit, dit l'abbé Baynal, ou devoit être le pilote. La chasse fut une de ses passions. Les Anglois disoient de lui qu'il faisoit plus de cas d'un cerf que d'un vaisseau; qu'il aimoit mieux le son des cors que le bruit du canon. Il étoit libéral, mais prodigue. Un de ses favoris voyant passer une charge d'argent qu'on portoit au trésor, dit à son voisin: Que cet argent me rendroit heureux! Le roi demanda ce qu'il disoit; et sur-le-champ il lui donna toute la somme, qui montoit à trois mille livres sterlings. Vous vous croyez heureux de posseder une pareille somme; et je le suis plus que vous, ajouta-t-il, d'obliger un honnête homme que j'aime. Voyez ALFONSE V, n° VIII. Ses profusions le jetèrent dans une sorte d'indigence. Il fut arrêté un jour dans son carrosse au milieu de Londres, par les archers de la justice. Ses gardes vouloient écarter ces insolens; mais le roi les ayant écoutés paisiblement, apprit d'eux qu'ils n'avoient agi ainsi qu'à la prière du sellier de la cour, à qui l'on devoit, depuis quelques mois, environ 50 louis. Le roi le fit payer à l'instant, en disant: Celui qui fait les lois, doit les observer le premier. Les Anglois se prévalurent du besoin qu'il avoit d'argent, pour lui faire la loi. Ses revenus montoient, dit-on, en 1617, à quatre cent cinquante mille livres sterlings, et les secours extraordinaires qu'il tira du parlement pendant son règne, à trois millions seulement de livres sterlings. La somme de chaque subside étoit bien diminuée, même du temps d'Elizabeth, quoique la nation devint riche de jour en jour. C'est que la répartition se faisoit fort négligemment, parce qu'on taxoit les propriétaires sur l'ancienne estimation de leurs biens, dont les uns avoient augmenté et les autres diminué de prix. Des colonies Angloises s'établirent en Amérique, sous le règne de Jacques premier, d'une manière très avantageuse; mais toutes les tentatives ne réussirent pas. Voyez RAWLEG. Les progrès de l'agri- culture augmentèrent sensiblement, parce qu'*Elizabeth* avoit permis l'exportation des grains. Les beaux-arts, les plaisirs de la société attroient la noblesse à Londres. *Jacques* voyant avec peine l'accroissement de la capitale, invitait les gentilshommes à se retirer dans leurs provinces. *A Londres*, leur disoit-il, vous êtes comme des vaisseaux en mer qui ne paroissent rien; mais dans vos villages, vous êtes comme des vaisseaux sur une rivière, qui paroissent quelque chose de grand... *Jacques premier* est le premier qui a pris le titre de Roi de la Grande-Bretagne. On a de lui : I. Quelques ouvrages de controverse, intitulés bizarrement et écrits de même : *Le triple Coin pour le triple nœud*; *Tortura torti* : celui-ci est contre *Belarmin*, qui, dans un de ses ouvrages, avoit pris le titre de *Matthæus Tortus*. II. *La vraie Loi des Monarchies libres*. III. Des *Discours* au parlement. Ses ouvrages prouvent que son génie étoit un peu au-dessus du médiocre : sans être un auteur méprisable, ce n'étoit point un homme sublime. Il commenta aussi l'*Apocalypse*, et voulut prouver que le *Pape* est l'*ANTE-CHRIST*. Ses ennuyeuses productions furent recueillies à Londres en 1619 in-fol. *Voyez DOMINIS*. *Jacques premier* avoit épousé, en 1590, *Anne* de Danemarck, fille de *Frédéric II*, roi de Danemarck. Il en eut *Henri-Frédéric*, prince de Galles, et *Robert*, l'un et l'autre morts jeunes; *Charles premier*, qui lui succéda; et *Elizabeth*, mariée à *Frédéric V*, électeur Palatin, duc de Bavière, dont la postérité succéda depuis à la couronne d'Angleterre.
XIV. JACQUES II, roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, né à Londres le 14 octobre 1633, de l'infortuné *Charles premier*, et de *Henriette* de France, fut proclamé duc d'Yorck dès le moment de sa naissance; mais les cérémonies de la proclamation furent différées jusqu'en 1643. Les horreurs des guerres civiles l'obligèrent de se sauver en 1648, déguisé en fille. Il passa en Hollande, de là en France, où il se signala sous le vicomte de *Turrence*; et ensuite en Flandre, où sa valeur n'éclata pas moins sous Don *Juan* d'Autriche et la prince de *Condé-Charles II*, son frère aîné, ayant été rétabli sur le trône de ses pères, *Jacques* le suivit en Angleterre, et fut fait grand amiral du royaume. Il remporta, en 1665, une victoire signalée, après un combat très-opiniâtre, sur *Opdam*, amiral de Hollande, qui périt dans cette journée, avec quinze ou seize vaisseaux. Généralissime des deux armées navales de France et d'Angleterre en 1672, il fut vaincu par l'amiral *Buyter*; mais il montra beaucoup de courage dans sa défaite. *Jacques II* parut digne du trône, tant qu'il ne régna pas; mais dès qu'il y fut monté, après la mort de son frère en 1685, ce ne fut plus le même homme. *Voyez* I. COLOMBIÈRES. — KIRKE. — et MONMOUTH. Attaché à la religion Catholique depuis sa jeunesse, il joignit à cet attachement le désir de la répandre. Ce désir, très-louable en lui-même, fut funeste par les moyens dont on se servit. *Jacques* révoqua le serment du *Test*, par lequel on abjuroit la présence réelle de J. C. dans l'Eucharistie. Cette loi, qui exclut des charges et du 430 JAC parlement tous ceux qui refu- soient de s'y soumettre, avoit été portée contre les Catholiques sous le règne de Charles II. On prévit dès-lors ce qui arriva; que la chambre haute et la cham- bre basse, que les armées de terre, que les flottes alloient être remplies par des sujets de la re- ligion du monarque. « Cepen- dant, dit Burnet, il condamnott hautement les persécutions, qu'il disoit être aussi opposées aux lois de la religion qu'à celles de la politique. » Il donna des asiles aux Protestans chassés de France par la révocation de l'Edit de Nantes. Il fit faire des quêtes pour eux, et leur accorda des immunités. Il est très-probable, qu'il vouloit faire triompher la religion Catholique, mais non détruire la religion Anglicane. Jacques accorda donc la liberté de conscience à tous ses sujets, afin, disoit-on, que tous les Catholiques pussent en jouir sans jalousie. Le Jésuite Peters, son confesseur, intrigant, impé- tueux, dévoré, dit-on, de l'am- bition d'être cardinal et primat d'Angleterre, inspira au roi toutes ces démarches, que les ennemis du monarque et de l'église Ro- maine ne manquèrent pas d'en- venimer. L'ambassadeur d'Espa- gne lui avoit déjà insinué qu'il devoit moins écouter des hom- mes, qui ne devoient pas se mêler de l'administration. Quoi donc! lui répondit Jacques II, le roi d'Espagne ne consulte-t-il pas son confesseur? — Oui, répliqua l'ambassadeur Espagnol, et ses affaires n'en vont pas mieux. La nation Angloise, déjà alarmée, acheva de s'aigrir par le spectacle inutile d'en nonce qui fit son entrée publique à Londres. Guil- laume de Nassau, prince d'O- range, Stathouder de Hollande, et gendre de Jacques II, appelé par les Anglois pour régner à sa place, vint détrôner son beau- père en 1688. L'infortuné mo- narque alla chercher un asile en France, après s'être vu chassé de sa maison, arrêté prisonnier à Rochester, insulté par la po- pulece, et après avoir reçu les ordres du prince d'Orange dans son propre palais. Jacques II alla descendre à Paris chez les Jé- suites : il étoit, dit-on, Jésuite lui-même ; étant encore duc d'Yorck, il s'étoit fait associer à cet ordre par quatre Jésuites Anglois, à ce que prétend Bur- net, dont le témoignage peut être suspect. Louis XIV lui donna, en 1689, une flotte et une ar- mée pour aller conquérir son royaume. Il passa en Irlande, où mylord Tyrconnel maintenoit en- core l'autorité royale; mais l'u- surpateur Guillaume l'en chassa bientôt. Jacques II fut battu à la bataille de la Boyne, en 1690. Les François combattirent vail- lamment dans cette journée; les Irlandois prirent la fuite. Quoi- que Jacques eût toujours montré beaucoup de valeur, il ne parut dans l'engagement de la bataille, ni à la tête des François, ni à la tête des Irlandois, et se re- tira le premier. Le roi Guillaume, après sa victoire, fit publier un pardon général. Le roi Jacques, vaincu, en passant par une petite ville nommée Galloway, fit pen- dre quelques citoyens qui avoient voulu lui faire fermer les portes. De deux hommes qui se con- duisoient ainsi, dit un historien; il étoit bien aisé de voir qui de- voit l'emporter. Jacques, quoi- que bon homme, avoit traité plusieurs de ses sujets avec bar- barie, soit qu'il fût conseillé par le cruel *Jeffreys*, son chancelier ; soit qu'il crût agir par zèle pour la justice ; et sa cruauté avoit autant servi à indisposer ses sujets contre lui, que ses imprudences. Le monarque détrôné, désespérant de recouvrer son royaume, passa le reste de ses jours à Saint-Germain, touchant les écrouelles et conversant avec les Jésuites. Il y vécut des bienfaits de *Louis XIV*, et d'une pension de soixante et dix mille francs, que lui faisoit sa fille *Marie*, reine d'Angleterre, après lui avoir enlevé sa couronne. Il mourut le 16 septembre 1701, à 68 ans, détrompé de toutes les grandeurs humaines. Il dit à son fils, quelques heures avant de mourir : *Si jamais vous remontez sur le trône de vos ancêtres, pardonnez à tous mes ennemis ; aimez votre peuple ; conservez la Religion Catholique, et présérez toujours l'espérance d'un bonheur éternel à un royaume périssable... Jacques II* avoit peu de génie pour les affaires. On disoit de lui, en le comparant à son frère : « Charles pourroit tout voir s'il le vouloit, et Jacques voudroit tout voir s'il le pouvoit. » Il ne sut pas mieux choisir ses maîtresses, que ses ministres. *Charles II* disoit, qu'il semblait que son frère reçût ses maîtresses de la main de ses Confesseurs, qui les lui donnoient pour pénitence. Elles étoient toutes assez laides. *Voyez I. FITZ-JAMES*. Il expia ses foiblesses dans les dernières années de sa vie, par les exercices de la mortification. Quelques Jésuites Irlandois prétendirent qu'il se faisoit des miracles à son tombeau, et que ses reliques avoient guéri l'évêque d'Antun de la fistule. Nous ignorons si *Jacques II* opéra ou n'opéra point des pro- diges après sa mort ; mais il auroit été plus heureux pour ses descendans qu'il en eût fait pendant sa vie. Il avoit d'ailleurs de bonnes qualités : ouvert dans ses inimitiés, ferme dans ses alliances, plein d'honneur dans les affaires. Sa vie privée fut un spectacle des principales vertus de l'homme et du Chrétien. Dépourvu d'argent, se contentant d'une nourriture frugale, paroissant fort ingénu, il se fit beaucoup de partisans. Ce monarque laissa un fils, *Jacques III*, mort à Rome, le 2 janvier 1766 : prince chor à la religion et à l'humanité, par ses vertus et sa piété éclairée. A sa naissance, le 20 juin 1688, le parti qui préparoit de loin une révolution en Angleterre, répandit les bruits les plus absurdes. *Guillaume d'Orange* tâcha bientôt de les accréditer. Il se plaignit qu'on vouloit le frustrer de ses droits à la couronne de la Grande-Bretagne, par la supposition d'un prince de *Galles*. Il fallut que *Jacques II* convoquât un grand conseil, où il fit entendre tous les témoins de l'accouchement de la reine. Parmi ces témoins se trouvèrent la reine douaïrière, le chancelier, plusieurs grands seigneurs, des dames qualifiées. Malgré des preuves aussi authentiques, les partisans du prince d'*Orange*, entr'autres *Burnet*, tâchèrent d'appuyer la supposition. Leurs raisons étoient qu'on n'avoit pas appelé à l'accouchement l'archevêque de Cantorbery, qui étoit alors enfermé à la tour de Londres, et la princesse *Anne* qui prenoit les eaux à Bath : comme si l'on avoit pu prévoir le moment précis des couches de la reine, et l'indigne accusation qu'on devoit intenter contre cette 432 JAC princesse. « Si Jacques II n'avoit pas été Catholique, dit d'avi-gay ; s'il n'avoit pas fait baptiser son fils, selon le rit Roman, personne ne se seroit avisé de jeter le moindre doute contre la naissance d'un *Frince de Galles*. C'est le titre que porta d'abord Jacques III. Le prince Charles-Edouard-Louis-Chiappe Casimir, (LE PRÉTENDANT) né à Rome, le 31 décembre 1720, et mort à Florence, le 31 janvier 1788, et Henri-Benoit, cardinal d'Yorck, l'un et l'autre, fils de Jacques III, ont soutenu, par leur courage et leurs vertus, l'éclat de leurs noms. Le prince Edouard voulant remonter sur le trône de ses pères, aborda à la fin d'août 1745, en Écosse, et publia un manifeste qui exposoit ses droits au royaume d'Angleterre. Son nom et sa valeur rassemblèrent dix mille montagnards sous un morceau de taffetas apporté de France, qui servit de drapeau. Le prince, à la tête de cette troupe, s'empara d'Edimbourg et de plusieurs autres places. Quatre mille Anglois ayant voulu l'arrêter à Preston, furent taillés en pièces. Edouard, profitant de ses premiers succès, pénètre en Angleterre, arrive à Lancastre, et s'avance à quatorze lieues de Londres. Le duc de Cumberland vient le combattre avec une armée ; le Prétendant est forcé de se replier sur l'Écosse. La bataille de Falkirk, gagnée par Edouard, le 28 janvier 1746, releva beaucoup ses espérances : mais celle de Culloden les ruina entièrement. Abandonné de son armée, proscrit, fugitif, il erra de caverne en caverne, tantôt avec deux amis, compagnons de son infortune, tantôt avec un seul, et poursuivi sans relâche par ceux qui vont loient gagner le prix mis à sa tête. Un jour, ayant marché dix lieues à pied, pressé de la faim et prêt à succomber, il se hasarda d'entrer dans une maison, dont il savoit bien que le maître n'étoit pas de son parti. « Le fils de votre roi, lui dit-il en entrant, vient vous demander du pain et un habit. Je sais que vous êtes mon ennemi ; mais je vous connois assez d'honneur pour ne pas abuser de ma confiance, et de mon malheur. Prenez les lambeaux qui me couvrent, gardez-les ; vous pourrez me les rapporter un jour dans le palais des rois de la Grande-Bretagne. » Le gentilhomme fut touché comme il devoit l'être, et le secourut autant que sa pauvreté pouvoit le permettre dans un pays à demi-sauvage. Enfin, le prince Edouard, après avoir essuyé diverses aventures, s'embarqua sur un petit vaisseau qui le conduisit sur les côtes de Bretagne. Il vint à Paris, et y demeura jusqu'au traité d'Aix-la-Chapelle, en 1748, par lequel Louis XV fut obligé de le priver de cet asile. S'étant obstiné à rester malgré le traité et les instances du roi, il fut mené à Vincennes garroté, et renvoyé ensuite hors de France. Il se retira à Bouillon, et de là à Rome, où il se maria avec la princesse de Stolberg-Guenérn, dont il n'a point eu d'enfants. Il n'a laissé qu'une fille légitimée, connue sous le nom de *Princesse d'Albanie*. Ce prince étoit non-seulement recommandable par son courage, mais par sa générosité. Après sa défaite à Culloden, par le duc de Cumberland, sa tête avant été mise à prix, il défendit, par un contraste frappant, d'attenter l'attenter à la personne du roi George II.
XV. JACQUES III, duc de Courlande, vécut au commencement du 17e siècle. Il ne manqua qu'un plus grand théâtre à son empire, pour en faire un prince très-renommé. Malgré la petitesse de ses états, il n'acquit pas moins en Europe beaucoup de gloire et de considération. Il conclud des traités avantageux avec la France et l'Angleterre; il eut des finances bien réglées; et ses vaisseaux étendirent leur navigation aux Antilles, dans les ports de l'Islande et en Afrique.
XVI. JACQUES DE VORAIGNE, ainsi nommé du lieu de sa naissance dans l'état de Gênes, vit le jour vers 1230. Il se fit Dominicain, fut provincial et définiteur de son ordre, et ensuite archevêque de Gênes en 1292. Il édifia cette église par ses vertus, et tâcha de l'instruire par ses ouvrages. Le plus connu est intitulé: Légende dorée. On auroit mieux fait de l'intituler, suivant la pensée d'un homme d'esprit: Légende de fer. C'est le triomphe de l'imbécillité et de l'extravagance. Le peu de vérités qui se trouvent dans ce recueil, y est défiguré par des contes absurdes, et par une foule de miracles bizarres, qui y sont donnés comme fort édifians, et qui, n'étant pas authentiques, produisent un effet tout contraire. Jacques de Voragine n'a pas inventé les fables qu'il débite. On les voit dans Métaphrast, dans Vincent de Beauvais, etc. Mais il a ajouté à ces fables, des ornemens, des circonstances, des dialogues, qui prouvent de l'imagination et du talent pour le genre romanesque. Le P. Berenger de Landore, gé- néral des Dominicains, mort en 1330, désapprouva la Légende dorée, et chargea le P. Bernard Guidonis d'en publier une autre, fondée sur des actes plus fidèles. Jacques de Voragine, prélat, plus pieux qu'éclaire, mourut en 1298. La première édition en latin de sa Légende, est de Cologne 1470; la traduction italienne de Venise est de 1476; la première édition de la traduction françoise, par Jean Batallier, est de Lyon 1476. Ces trois éditions sont in-folio, et fort rares. On a encore de cet écrivain, une Chronique de Gênes, publiée dans le tome 26 du Recueil des Ecrivains d'Italie par Muratori; et un grand nombre de Sermons, 1589, 1602, deux vol. in-8.
XVII. JACQUES DE VITRI, naquit dans un petit bourg de co nom, près de Paris. Il fut curé d'Argenteuil, suivit les Croisés dans la Terre sainte, obtint l'évêché de Ptolémaïde, ensuite le chapeau de cardinal et l'évêché de Frescati. Employé dans diverses légations, il y montra beaucoup de talent et encore plus de hauteur. Il mourut à Rome en 1244, laissant trois livres de l'Histoire Orientale et Occidentale, en latin. Les deux premiers furent publiés dans les Gesta Dei per Francos, et dans le Recueil de Canisius. Le dernier a vu le jour dans le 3e vol. des Anecdotes de Dom Martenne.
JACQUES DE TERAMO, Voyez PALLADINO ou ANCHARANO.
JACQUES DE VALENCE, Voy. PARÈS.
JACQUES, (Frère) Voyes BAULOT. E a I. JACQUET DE LA GUERRE, (Elizabeth-Claude) musicienne Françoise, née à Paris en 1669, morte dans la même ville en 1729, à 60 ans, excelloit à toucher le clavecin. Elle réussissait sur-tout à toucher les fantaisies. Elle y mettait sur-le-champ des airs suivis, des accords, qui, par leur variété et leur beauté, ravissoient les auditeurs. Elle avait encore un très-beau génie pour la composition, et beaucoup d'art pour conduire sa voix qui étoit fort belle; enfin, peu de personnes de son sexe ont réuni autant de talens pour la musique. Elle a composé un Opéra qui a pour titre: *Céphole et Procris*; des *Cantates*; des *Sonates*, etc.
II. JACQUET, (Pierre) avocat au parlement de Paris, mort à Grenoble sa patrie, au mois d'avril 1766, se fit ordonner prêtre à l'âge de plus de 69 ans. Il donna des preuves de son savoir dans différents ouvrages, dont quelques-uns n'eurent qu'un succès médiocre. Nous avons de lui: I. Un *Commentaire* sur la Coutume de Touraine, 1761, deux vol. in-4°, auquel il substitua le titre de *Commentaire sur toutes les Coutumes*, 1764, 2 volum. in-8°. II. *Traité des Fiefs*, 1762, in-12. III. *Traité des Justices des Seigneurs et des droits en dépendans*, 1764, in-4°. IV. *La Clef du Paradis*, ou *Prières Chrétiennes*, 1764, in-12 et in-18.
III. JACQUET, (Jacques) Lyonnois, entra dans l'ordre des Carmes, et publia divers Écrits de controverse. Celui qui obtint le plus de succès, fut des *Dialogues* entre un Catholique et un Protestant, publiés en 1604. *Jacquet* mourut en 1628.
IV. JACQUET, (Louis) né à Lyon, le 6 mars 1752, embrassa l'état ecclésiastique, et devint chevalier de l'église Saint-Jean et membre de l'académie de sa patrie. Il défendit les opprimés dans la profession d'avocat, et le bon goût comme littérateur. De la force, de l'originalité dans les idées, un style net et précis distinguent ses ouvrages. On lui doit un *Parallèle* ingénieux des tragiques Grecs et François, 1760, in-12. Il remporta deux prix à l'académie de Besançon; le premier, sur cette question: *La candeur et la franchise ne sont-elles pas communément plus utiles dans le maniement des affaires, que la ruse et la dissimulation?* Le second, sur celle-ci: *Le désir de perpétuer son nom et ses actions dans la mémoire des hommes est-il conforme à la nature et à la raison?* Ces deux Discours couronnés, furent imprimés en 1761. En 1789, il publia une brochure, intitulée: *Idée des quatre Concours*, relativement au prix proposé par l'abbé *Raynal*, sur la découverte de l'Amérique. C'est un modèle de rapport littéraire et de concision. L'abbé *Jacquet*, admirateur de J. J. Rousseau, avait dans ses habitudes et la tournure piquante de ses conceptions, plusieurs traits de ressemblance avec cet écrivain célèbre. Il travaillait à un long ouvrage, sur l'origine du langage, des arts et de la société, lorsque la mort l'a frappé dans une campagne, près de Lyon, où il s'étoit réfugié pendant les jours de deuil de 1793. Sa perte fut ressentie par ses compatriotes, qui perdirent en lui un ami serviable, doué d'un cœur bienfaisant, d'un esprit étendu, et profondément observateur.
JACQUIER, (Maurice) mort en 1753, publia divers ouvrages sur les langues françoise et latine, qui n'eurent qu'un succès éphémère. Les plus connus sont: Sa Méthode d'enseigner le latin, 1752, 4 vol. in-3°, et son Coup d'œil des Dictionnaires françois, 1748, in-12.
JACQUIER, (le Père) Voyez SUEUR, (Thomas le) Minime.
JADDUS, ou JADDOA, souverain pontife des Juifs, dont le pontificat est célèbre par un événement singulier, rapporté par l'historien Josèphe, mais dont on ne trouve aucune trace dans la Bible, ni dans les historiens profanes; ce qui l'a fait révoquer en doute par quelques critiques. Alexandre le Grand, irrité contre les Juifs qui n'avoient pas voulu fournir des vivres à son armée pendant le siège de Tyr, vint à Jérusalem dans le dessein de se venger de leur refus. Jaddus eut recours à Dieu, qui lui ordonna d'aller au-devant d'Alexandre, revêtu de ses habits pontificaux, lui promettant d'adoucir le cœur du roi. En effet, Jaddus étant sorti à la tête de ses prêtres et de son peuple, Alexandre se jeta aux pieds du grand prêtre, et adora le nom de Dieu, écrit sur la lame d'or qu'il portoit au front. Parménion lui demanda la raison d'une telle conduite. Ce prince lui avoua que, lorsqu'il étoit encore en Macédoine, plein du projet de la guerre contre les Perses, ce même homme devant lequel il s'étoit prosterné, et revêtu des mêmes habits, lui avoit apparu en songe, et l'avoit exhorté à passer l'Hellespont, l'assurant que son Dieu lui feroit vaincre J A D 435 les Perses. Ensuite ce conquérant étant entré dans la ville, Jaddus lui montra les Prophéties de Daniel, qui prédisient la destruction de l'empire des Perses par un roi de Grèce. Alexandre partit de Jérusalem, après y avoir sacrifié, et avoir comblé les Juifs de ses bienfaits. Jaddus tenoit le pontificat vers l'an 333 avant Jésus-Christ.
JADELOT, (Nicolas) né à Nanci en 1736, suivit avec activité la profession de médecin dans cette ville, et y est mort le 26 juin 1793. On lui doit, outre des Dissertations sur les causes de la mort subite, sur les maladies produites par la suppression de la transpiration insensible, sur les lois de l'économie animale, sur un agneau sans tête, sur la cause de la pulsation des artères, sur les moyens de perfectionner l'enseignement de la médecine, divers ouvrages plus considérables. Tels sont: I. Tableau de l'Economie animale, 1769, in-8°. II. Cours complet d'Anatomie, 1772, infolio. On y trouve quinze grandes planches, gravées en couleur par Gauthier d'Agoty. III. Physica hominis sani, 2 volum. in-12. IV. Pharmacopée des pauvres, 1784, in-8°
JAEL, Voy. JAHEL
JÆGER, (Jean-Wolfgang) théologien Luthérien, né à Stutgard en 1647, d'un conseiller du duc de Wittemberg, eut la charge de son père, et passa par divers emplois jusqu'en 1702, qu'il fut nommé professeur de théologie, chancelier de l'université, et prévôt de l'église de Tubinge. Ce savant mourut en 1720, après avoir donné plusieurs ouvrages E e 2 436 JAF au public. Les plus connus sont : I. Une Histoire Ecclésiastique, comparée avec l'Histoire Profane, Hambourg, 1705, 2 vol. in-fol. II. Un Système et un Compendium de Théologie. III. Plusieurs Traités de Théologie mystique, où il réfute Poiret, Fénelon, etc. 2 vol. in-8°. IV. Des Observations sur Puffendorff, et sur le Traité du Droit de la Guerre et de la Paix de Grotius. V. Un Traité des Lois, in-8°. VI. Examen de la Vie et de la Doctrine de Spinoza. VII. Une Théologie morale. Tous ces ouvrages sont en latin, et pleins d'érudition.
JAFER EL SCADECK, étoit le vi° des Imans, ou descendans d'Ali, à qui les Persans prétendent que le califat appartenoit légitimement. Ce fut lui qui ordonna « que le Chrétien, le Juif, ou l'Idolâtre qui se feroit Mahométan, jouiroit, comme héritier universel, de tout le bien de sa famille, à l'exclusion de ses frères et de ses sœurs, et même qu'il lui seroit permis de faire telle part qu'il lui plairoit, à son père et à sa mère encore vivans. » Cette loi, qui subsiste encore aujourd'hui, est cause que plusieurs Arméniens, Géorgiens, et d'autres Chrétiens sujets du roi de l'erse, se font Mahométans, pour hériter de tout le bien de leur maison; et souvent les autres enfans, pour n'être pas privés de leur héritage, renient leur foi et embrassent la loi de Mahomet.
JAGELLON, roi de Pologne, Voyez LADISLAS V, n° VII.
JAHEL, héroïne Juive, épouse de Heber le Cinéca. Sisara, général de l'armée des Chananéens, ayant été défait par Barach, se cacha chez cette femme, qui le tua en lui enfonçant un clou dans la tête, l'an 1285 avant J. C.: action qu'on ne sauroit justifier, si le maître de la vie et de la mort ne l'avoit lui-même inspirée. La manière dont cette femme parla d'abord à Sisara, supposant qu'elle eût dès-lors envie de le tuer, ne seroit pas susceptible de justification, et il faudroit la regarder comme un mensonge dont elle seroit seule coupable; mais il se peut faire que Dieu ne lui inspira la pensée de tuer Sisara, que lorsque ce général fut endormi.
JAHIA, Voyez CASSEM.
JAI, Voyez JAY.
JAILOT, (Alexis-Hubert) — géographe ordinaire du roi, s'adonna d'abord à la sculpture; mais ayant épousé la fille d'un enluminieur de cartes, il prit du goût pour la géographie. Les Sansons lui cédèrent la plus grande partie de leurs dessins, qu'il fit graver avec autant de netteté que d'exactitude. Il ne cessa d'augmenter son recueil jusqu'à sa mort, arrivée en 1712. Les Cartes qui concernent la France entrent dans un grand détail, et sont la plupart exactes. Celle de Lorraine est la meilleure qui ait été faite jusqu'ici sur ce pays. Ses filles cédèrent leur fonds à Jean-Baptiste Renou, sieur de Chauvigné leur parent, qui prit le nom de Jailot, en épousant une de ces demoiselles. Il devint géographe ordinaire du roi, et mourut le 5 avril 1780. Ses Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris, avec le plan de chaque quartier, 5 vol. in-8°, 1772, sont un livre savant et curieux ; il s'étend depuis le commencement de cette capitale, jusqu'au temps présent.
JAIR, étoit juge des Hébreux, l'an 1209 avant J. C. Sous lui ce peuple fut réduit en servitude par les Philistins et les Ammonites, en punition de son idolâtrie. Jair jugea les Juifs pendant 22 années, en comprenant celles de leur esclavage, qui dura dix-huit ans.
JAMBLIQUE, nom de deux philosophes Platoniciens. Le premier, disciple d'Anatolius et de Porphyre, étoit de Chalcide et avoit du mérite. Le 2e, né à Apamée en Syrie, ne lui fut point inférieur. Julien l'Apostat lui écrivit plusieurs lettres, où il lui parle du ton le plus flatteur. « Je m'aperçois, lui dit-il, avec quelle discrétion vous reprenez. Vos lettres sont assaisonnées de louange et de critique, et par-là même doublement instructives. Soyez sûr que si j'avois manqué en la moindre chose à ce que je vous dois, je tâcherois de me justifier, ou je vous avoucrois sans détour que j'ai tort; car vous excusez facilement vos amis, quand ils ne font que se méprendre. » Il l'appelle dans la même lettre son Dieu tutélaire. Il est assez étrange que ceux qui ont travaillé sur Jamblique, confondent ensemble les deux philosophes de ce nom. Quoiqu'ils aient vécu à peu près dans le même pays, et qu'ils aient eu tous deux un Sopatre pour dirciple ou pour ami, il étoit néanmoins aisé de les distinguer par les temps : l'un étoit mort sous Constantin, et l'autre sous Valens. Nous avons une Histoire de la vie et de la secte de Pythagore, sous le nom de Jamblique; Amsterdam, 1707, in-4e; mais on ne sait qui en est l'auteur. On est dans le même embarras par rapport à l'écrit contre la Lettre de Porphyre, sur les Mystères des Egyptiens; Oxford, 1678, in-folio. Il avoit déjà été publié avec d'autres Traités Philosophiques, à Venise, 1407, in-folio. Cet ouvrage est un traité de théologie, dans lequel le Platonisme est ajusté sur le Christianisme : on y voit, à travers une foule d'absurdités, beaucoup d'esprit et de sagacité, et une morale sublime. Il n'en est pas de même des Rémarques sur l'Arithmétique et le Traité du Destin de Nicomaque, publiées en latin à Arnheim, 1668, in-8. Elles passent pour être du Chalcidien.
JAMBRI, dont la famille faisoit sa demeure à Medaba, assassina Jean, frère de Judas Macchabée et de Jonathas. Mais Jonathas en tira vengeance : lorsqu'il apprit que cette famille menoit en grande pompe la fille d'un des plus qualifiés des Arabes, qu'elle épousoit, il se cacha avec une troupe de soldats, et extermina toute cette famille. L JAMES, (Thomas) Jamesius, docteur de l'université d'Oxford, et premier bibliothécaire de la bibliothèque Bodleienne, né à Newport, en 1571, mort en 1629, à 58 ans, avec une grande réputation de savoir, étoit un homme atrabilaire et mélancolique. Il est principalement connu par le Catalogus Manuscriptorum academiae Oxoniensis, 1600, in-4e, qui passe pour exact : et par un Traité de l'Office de Juge chez les Hébreux et chez les autres Peuples, in-4. James a écrit contre l'Eglise Ro- E. e 3 maine et contre les Jésuites. Il a voulu prouver dans un écrit particulier, 1626, in-4° : « Qu'il y avoit beaucoup de falsifications dans le texte des saints Pères, donné par les Catholiques ; » mais ces prétendues preuves ont fait peu d'impression sur les gens sensés. C'est dans les mêmes vues qu'il composa, en 1600, in-4° le Beilum Papale, mais avec aussi peu de succès. Cette espèce de satire, qui fut imprimée à Londres, fut faite pour relever les différences qu'il y a entre l'édition de la Vulgate, donnée par Sixte V, et celle donnée par Clément VIII. Cette dissertation est assez curieuse. Voy. BLANCHINI, à la fin de l'art. L'écrit intitulé : Les Jésuites menacés de leur ruine par les Prêtres séculiers, pour leur mauvaise vie, leurs mœurs corrompues, leur doctrine hérétique et leur politique, qui l'emporte sur celle de Machiavel, (en anglois) Oxford, 1612, in-4°, ne prévient, ni en faveur de l'auteur, ni en faveur de l'ouvrage, qui est un tissu de calomnies. James traduisit en anglois une autre critique intitulée : Fiscus Papalis, seu Catalogus Indulgentiarum et Reliquiarum urbis Romæ; Londres, 1617, in-4°; plusieurs attribuent cette satire à Guillaume Crashaw, de Cambridge.
II. JAMES, (Robert) médecin Anglois, né à Kinverston en 1703, mort en 1776, est connu par une poudre fébrifuge et par un Dictionnaire de médecine, 3 vol. in-fol. : où l'on trouve plusieurs articles bien faits, et un grand nombre d'autres qui sont incomplets. Il a été traduit en françois, en 6 vol. in-fol. Voyez DIDEROT.
JAMET, (Pierre-Charles) né le 15 février 1701, dans le diocèse de Séez, fut un écrivain laborieux, qui a fourni des notes et des remarques au Dictionnaire de Trévoux, à celui de Droit, à la nouvelle édition de Rabelais, et qui a publié encore : I. Essais métaphysiques, 1732, in-12; II. Dissertation sur la Création, 1733, in-8°; III. Lettres sur le goût et la doctrine de Bayle, 1740, in-8°; IV. Lettre à Lancelot sur l'infini, 1740, in-8°; V. Danoche-Menkan, philosophe Mogol, 1740, in-12; VI. Lettres sur le lieu et l'espace, 1742, in-12; VII. Du Devoir des gens en place, 1753; VIII. Lettres sur les caractères distinctifs de la métaphysique et de la logique, in-12; IX. Autres sur des mémoires manuscrits, relatifs au commerce des Indes, 1754, in-fol. Jamet est mort à la fin du 18e siècle — Son frère, François-Louis JAMET, mort en 1778, étoit aussi un érudit qui a fourni des remarques au Manuel lexique, à l'Histoire des lanternes, aux Lois forestières de France, et plusieurs articles à l'Année littéraire.
JAMIN, (Nicolas) Bénédictin de Saint-Maur, né à Dinan, en Bretagne, mort à Paris, le 9 février 1782, étoit prieur de Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'il publia ses Pensées théologiques, relatives aux Erreurs du temps, in-12, où il a rédigé, avec ordre et précision, ce qu'on avoit dit de meilleur contre les incrédules; mais comme il associa les jansénistes aux philosophes, et que le gouvernement craignoit de renouveler des disputes assoupies, le livre fut supprimé, par un arrêt du conseil du 4 février 1769. On a encore de D. Jamin : I. Le Fruit de mes Lectures, in-12 : recueil des plus beaux passages des auteurs profanes, philosophes et poètes, sur les principaux points de la morale. II. Placide à Scholastique, sur la manière de se conduire dans le monde, in-12. III. Traité de la Lecture Chrétienne, in-12. IV. Traités des Scrupules, in-12. Les ouvrages de D. Jamin ne sont, proprement, que de bonnes compilations ; il n'y a de lui que la forme ; et quant au style des morceaux qu'il n'a pas copiés, il n'est pas assez distingué pour lui faire un nom.
JAMYN, (Amadis) poète François, contemporain et ami du poète Ronsard, né à Chaource en Champagne, mort dans la même ville vers l'an 1585, fut secrétaire et lecteur ordinaire du roi Charles IX. On trouve dans les ouvrages de ce poète de la facilité et du naturel. Quelques auteurs l'ont préféré même à Ronsard, quoique celui-ci ait une réputation bien plus étendue. Ses Œuvres Poétiques, imprimées en 1577 et 1584, 2 vol. in-12, consistent en pièces morales. On a encore de lui, une Traduction des trois premiers livres de l'Odyssée d'Homère, et des XIII derniers de l'Iliade ; celle des XI premiers est de Hugue de Sulef, 1580, in-8. Jamyn avoit beaucoup voyagé dans sa jeunesse, et avoit parcouru la Grèce, les isles de l'Archipel, l'Asie mineure, etc.
JANCIRE, Voy. IDATYRSE.
JANET, (François Clouet, dit) peintre François, florissoit sous les règnes de François II, Charles IX et Henri III. Son talent étoit la miniature. Il excelloit aussi à peindre le portrait. Ronsard en a fait l'éloge dans ses poésies.
JANIÇON, (François-Michel) né à Paris, le 24 décembre 1674, d'un avocat au conseil, qui étoit Protestant, fut envoyé en Hollande dès l'âge de neuf ans, pour y étudier. Il suspendit pendant quelque temps ses études, et servit en qualité d'enseigne et d'aide-major. La paix de Ryswick le rendit à lui-même. Il reprit ses travaux littéraires, et travailla long-temps aux Gazettes d'Amsterdam, de Rotterdam et d'Utrecht. Un style simple et historique, une attention singulière à suivre les intérêts des princes, à débrouiller le fil des événements, à choisir les faits, lui promettoient un succès durable. Mais son imprimerie ayant été supprimée à cause d'un écrit imprimé chez lui, auquel cependant il n'avoit aucune part, il se retira à la Haye, où il fut honoré du titre d'agent du landgrave de Hesse. Il y mourut le 18 août 1730, à 56 ans, d'une attaque d'apoplexie. Il s'étoit marié avec Mlle de Ville, protestante réfugiée, dont il eut deux filles. On a de lui : I. Ses Gazettes. Elles furent assez recherchées. L'auteur avoit le goût de l'histoire ; il écrivoit naturellement ; il savoit les langues, et n'ignoroit point la politique. II. La Bibliothèque des Dames, traduite de l'anglois, de Richard Steele, un des auteurs du Spectateur, en 2 vol. in-12, 1717-1719. Elle est instructive, et quelquefois agréable. C'est un recueil de règles générales pour la conduite des femmes dans les différens états de la vie. III. La Traduction d'une mau- E e 4 440 J A N vaise Satire contre les moines et les prêtres, publiée sous le titre burlesque de: *Passe-partout de l'Eglise Romaine*, ou *Histoire des tromperies des Prêtres et des Moines en Espagne*; à Londres, (*Amsterdam*) 1724, 4 vol. in-12. L'ouvrage original avoit été écrit en anglois par *Antoine GAIN*, prêtre Espagnol, qui se fit ministre Anglican. On voit que l'auteur a voulu, à quelque prix que ce fût, flatter le parti qu'il avoit embrassé, en déchirant celui qu'il avoit abandonné. Il met sur le compte des moines d'Espagne, toutes les historiettes qui se trouvent dans les Contes facétieux et galans. Ainsi, il raconte, comme une chose nouvellement arrivée, une historiette mise en vers par la *Fontaine* sous le titre de la *Confidente sans le savoir*. Un tel recueil étoit bien digne d'un moine apostat. IV. *Etat présent de la République des Provinces-Unies, et des Pays-Bas qui en dépendent*, etc. 1729—1730, 2 vol. in-12. C'est un des ouvrages les plus exacts que l'on ait eu jusqu'à présent sur cette matière. Il n'est cependant pas exempt de défauts, suivant *Nicéron*.
JANSEN, (*Corneille*) peintre d'Amsterdam, mort à Londres, où il peignit avec distinction sous *Jacques Ier* et *Charles Ier*, se fit remarquer par la beauté de ses draperies. I. JANSÉNIUS, (*Corneille*) né à Gulst en Flandre, l'an 1510, mourut évêque de Gand, le 10 avril 1576, à 66 ans. Il eut cet évêché à son retour du concile de Trente, où il avoit fait éclater son savoir et sa modestie. Il avoit été auparavant curé de St-Martin de Courtrai, et ensuite professeur seur de théologie à Louvain, et doyen de St-Jacques de la même ville. Nous avons de lui: I. Une excellente *Concorde des Evangélistes*, in-fol. II. Des *Commentaires* sur plusieurs livres de l'Écriture-Sainte. III. Une *Paraphrase* des Pseaumes. Tous ces ouvrages sont écrits en latin avec beaucoup de solidité et d'érudition. Ils sont entre les mains de tous les ecclésiastiques. Le nom des deux *Jansénius* étoit *JANSEN*; mais comme, pour paroître savant dans leur siècle, il falloit latiniser son nom, ils le latinisèrent.
II. JANSÉNIUS, (*Corneille*) né en 1585, dans le village d'Acroy près de Léerdam en Hollande, vint à Paris en 1604. L'abbé de *St-Cyran* le plaça chez un conseiller, pour être précepteur de ses enfans. La même façon de penser, la même piété, la même ardeur pour les matières théologiques, unirent étroitement ces deux hommes. *St-Cyran* appela *Jansénius* quelque temps après à Bayonne, où ils étudierent ensemble pendant plusieurs années, cherchant de bonne foi dans *St. Augustin* ce qui n'y étoit point, mais croyant l'y trouver. Le jeune théologien, revenu à Louvain en 1617, prit le bonnet de docteur en 1619, obtint la direction du collège de Sainte-Pulchérie, et une chaire d'Écriture-Sainte. L'université de Louvain le députa deux fois auprès du roi d'Espagne, pour faire révoquer la permission accordée aux Jésuites de professer les humanités et la philosophie dans cette ville; ou le lui accorda. Pour faire sa cour au monarque Espagnol, il publia un livre contre la France, une tulé : *Mars Gallicus*, 1637, in-12, traduit en françois par *Ch. Hersant*, 1638, in-8. Cet ouvrage, écrit avec chaleur, fut composé à l'occasion de l'alliance que les François avoient faite avec les puissances Protestantes. On prétend que ce livre, peu connu aujourd'hui, fut la première origine de la haine du cardinal de *Richelieu* contre *Jansénius* et ses disciples. Un an après la publication de cette satire, il fut nommé à l'évêché d'Ypres, par *Philippe IV*, et il gouverna cette église jusqu'au 8 mai 1638, qu'il mourut, à 53 ans, frappé de la peste, et victime de sa sollicitude pastorale. Il avoit été attaqué de cette maladie, en distribuant à ses diocésains, affligés de ce fléau, les secours spirituels et temporels. Ce prélat étoit retiré, sobre, pieux, charitable. Il prêchoit avec beaucoup de zèle, et quelquefois avec onction. Quoiqu'il n'estimât pas les scolastiques, parce que la plupart étoient opposés à *St. Augustin*, il ne laissoit pas de les étudier pour les mieux combattre. On lui reprochoit seulement d'être un peu vif, et il comparoit lui-même « ces mouvemens subits d'une colère passagère, au salpêtre qui s'allume à l'instant, et qui s'éteint le moment d'après, sans jeter ni odeur, ni fumée. » Ses ouvrages sont : I. Des *Commentaires* sur les Évangiles, in-4°; sur le *Pentateuque*, in-4°; sur les *Pseumes*, les *Proverbes*, l'*Ecclésiastique*, Anvers, 1614, in-fol. pleins d'érudition et écrits avec netteté. II. Quelques livres de *Controverse*. III. L'ouvrage si célèbre, et trop célèbre, qui porte pour titre : *Augustinus* Corn. JANSENH *Episcopi*, seu *Doctrina Sancti Augustin de ha-* *manæ naturæ sanctitate, agritudine, medicina, adversis Pelagianos et Massilienses*; à Louvain, 1640, et à Rouen, 1632, in-fol. Cette dernière édition est la meilleure, parce qu'on y trouve un *Écrit* où *Jansénius* fait le parallèle des sentimens et des maximes de quelques théologiens Jésuites, avec les erreurs et les faux principes des Semi-Pélagiens de Marseille. Il doit y avoir à la fin, le traité *De statu s'avulorum sine Baptismo decedentium*. L'auteur avoit travaillé 20 ans à ce livre, que le savant *Leibnitz* regardoit comme un ouvrage profond. La doctrine de la Grace prit entre les mains de *Jansénius* un ordre systématique. Il n'offrit son livre que comme le développement des vérités qu'il croyoit que *St. Augustin* avoient établies. Pour le composer, il avoit lu dix fois tous les ouvrages de ce grand docteur, et trente fois ses Traités contre les Pélagiens. Ce prélat, soit qu'il prévit l'orage que son ouvrage pouvoit former, soit qu'il voulût faire éclater sa soumission au saint-Siège, écrit, peu de jours avant sa mort, au pape *Urbain VIII*, qu'il soumettoit sincèrement à sa décision et à son autorité, l'*Augustinus* qu'il venoit d'achever; et que si le saint Père jugeoit qu'il y fallait faire quelques changemens, il y acquiesçoit avec une parfaite obéissance. « Je me trompe, assurément, disoit-il dans cette Lettre, si la plupart de ceux qui se sont appliqués à pénétrer les sentimens de *St. Augustin*, ne se sont étrangement mépris eux-mêmes. Si je parle selon la vérité, on si je me trompe dans mes conjectures, c'est ce que fera connoître cette pierre, l'unique qui doive nous servir de pierre-de- touche, contre laquelle se brise tout ce qui n'a qu'un vain éclat, sans avoir la solidité de la vérité. Quelle chaire consulterons-nous, sinon celle où la perfidie n'a point d'accès ? A quel juge, enfin, nous en rapporterons-nous, sinon au lieutenant de celui qui est la voie, la vérité et la vie, dont la conduite met à couvert de l'erreur, Dieu ne permettant jamais qu'on se trompe en suivant les pas de son vicaire en terre ?... Ainsi, tout ce que j'ai pensé, dit ou écrit dans ce labyrinthe hérissé de disputes, pour découvrir les véritables sentimens de ce maître très-profond dans ses écrits, et par les autres monumens de l'Église Romaine, je l'apporte aux pieds de votre Sainteté, approuvant, improuvant, avançant, rétractant, suivant ce qui me sera prescrit par cette voix de tonnerre qui sort de la nue du siège apostolique. » Cette lettre, quoiqu'écrite d'un style dur et singulier, étoit édifiante; mais elle fut supprimée par ses exécuteurs testamentaires, *Calénus* et *Fromond*. Selon toutes les apparences, on n'en auroit jamais eu aucune connoissance, si, après la réduction d'Ypres, elle n'étoit tombée entre les mains du grand *Condé*, qui la rendit publique. *Jansénius*, quelques heures avant de mourir, et dans son dernier testament, soumit encore, et sa personne et son livre, au jugement et aux décisions de l'Église Romaine. Voici les propres termes qu'il dicta une demi-heure avant d'expirer: *Sentiu aliquid difficulter mutari posse: si tamen Romana sedes aliquid mutari velit, sum obediens filius, et illius Ecclesiæ in qui semper vixi, usque ad hunc lectum mortis obediens sum. Ii postrema mea* *voluntas est. Actum sexti Maii 1638. Ainsi, ce savant évêque devint chef de parti sans le vouloir. Tout son système se réduit, suivant un auteur Jésuite, à ce point capital: « Que depuis la chute d'*Adam*, le plaisir est l'unique ressort qui remue le cœur de l'homme; que ce plaisir est inévitable quand il vient, et invincible quand il est venu. Si ce plaisir est céleste, il porte à la vertu: s'il est terrestre, il détermine au vice; et la volonté se trouve nécessairement entraînée par celui des deux qui est actuellement le plus fort. Ces deux délectations, dit l'auteur, sont comme les deux bassins d'une balance; l'un ne peut monter sans que l'autre ne descende. Ainsi, l'homme fait invinciblement, quoique volontairement, le bien ou le mal, selon qu'il est dominé par la grace ou la cupidité. De là il s'ensuit, qu'il y a certains commandemens impossibles, non-seulement aux infidelles, aux aveugles, aux endurcis, mais aux fidelles et aux justes, malgré leur volonté et leurs efforts, selon les forces qu'ils ont; et que la Grace, qui peut rendre ces commandemens possibles, leur manque. » Cette analyse n'a pas paru exacte aux partisans de *Jansénius*. Voyons donc celle qu'en donne l'abbé *Bacine*, dans son *Histoire Ecclesiastique*. L'*Augustinus* est divisé en trois parties. Dans la 1$^{re}$ on expose, avec un grand détail, les sentimens des Pélagiens et des Semi-Pélagiens... Dans la 2$^{e}$, après quelques questions préliminaires sur l'autorité de *Saint Augustin* dans les matières de prédestination, « il traite de la grace et du bonheur des Anges, et de l'homme avant sa chute, mettant dans un bel ordre tout ce que *St. Augustin* en a dit, et répondant à tout ce qu'on pou- voit y opposer. De là, il passe à l'état de l'homme criminel et misérable; expliquant, par *Saint Augustin*, la nature et les suites funestes du péché originel; et comment tous les hommes naissent criminels, demeurant sous la domination de la concupis- cence et dans les ténèbres de l'i- gnorance, jusqu'à ce que la grace du Sauveur les éclaire et les déli- vre de ces ténèbres et de cet es- clavage. Enfin, il parle de l'état que les théologiens appellent de *pure nature*; et il prouve évidemment que c'est renverser tous les principes de la doctrine que *St. Augustin* a soutenue jusqu'à sa mort contre les Pélagiens, et ruiner la nécessité de la Grace, que de re- connoître la possibilité de cet état; rien n'étant plus opposé, selon ce saint docteur, à la sagesse de Dieu, à sa bonté, à sa justice, que de donner l'être à une créa- ture raisonnable, en l'abandon- nant à elle-même, quoiqu'elle soit innocente; sans vouloir la faire jouir de sa gloire, sans lui donner aucun secours pour y ar- river; ou en lui faisant souffrir les misères de cette vie et la mort, qui ne peuvent être que la peine du péché... Dans la 3$^{e}$ partie, *Jansénius* traite de la guérison de l'homme, et de son rétablissement dans la liberté qu'il avoit perdue par le péché. C'est là qu'il rapporte, avec autant de netteté que d'exactitude, tout ce que *St. Augustin* a écrit sur cette ma- tière. « Quoi qu'il en soit de la justesse des deux analyses que nous avons données de l'*Augus- tinus*, dès que ce livre eut vu le jour, la guerre fut allumée dans l'université de Louvain. » *Jansé- nius*, dans le corps de son où- vrage, dit *Plaquet*, attaque sou- vent *Molina*, *Lessius*, et tous ceux qui pensaient comme eux. *Lessius* et *Molina* étoient mem- bres d'une société féconde en sa- vans, en théologiens profonds, qui avoient combattu avec gloire les erreurs des Protestans; *Les- sius* et *Molina* eurent dans leurs confrères des défenseurs; ils en trouvèrent même parmi les doc- teurs de Louvain et de Paris. On vit donc alors en France deux par- tis, dont l'un prétendoit défendre la doctrine de *St. Augustin*, et com- battre dans ses adversaires les er- reurs des Pélagiens et des Semi- Pélagiens, tandis que l'autre pré- tendoit défendre la liberté de l'homme et la bonté de Dieu contre les erreurs de *Luther* et de *Calvin*. » Les esprits s'échauff- fèrent, et chaque jour il parois- soit de petites brochures et de gros livres pour et contre. *Ur- bain VIII* crut mettre la paix, en défendant, l'an 1642, le livre de *Jansénius*, comme renouve- lant les propositions condamnées par ses prédécesseurs; mais la guerre, loin de cesser, passa de Flandre en France, et elle n'y fut pas moins vive. La Sorbonne censura cinq propositions extrai- tes de l'*Augustinus*. *Innocent X* les condamna peu après, en 1653. Les *Jansénistes* crurent éluder la Bulle, en distinguant entre le sens hérétique et le sens orthodoxe. Ils prétendirent que ces cinq Propositions n'étoient point dans l'ouvrage de l'évêque Flamand; ou que si elles y étoient, on leur donnoit un mauvais sens. Trente-huit évêques, assemblés à Paris, écrivirent à ce sujet une lettre au pape, le 28 mars 1654, dans laquelle ils marquaient « qu'un petit nombre d'éclé- siastiques rabaissoient honteuse- ment la majesté du Décret Apostolique, comme s'il n'avoit terminé que des controverses inventées à plaisir; qu'ils faisoient bien profession de condamner les cinq Propositions, mais en un autre sens que celui de *Jansénius*; qu'ils prétendoient, par cet artifice, se laisser un champ ouvert pour y rétablir les mêmes disputes: qu'afin de prévenir ces inconvénients, les évêques soussignés, assemblés à Paris, avoient déclaré, par une lettre circulaire, jointe à celle qu'ils écrivoient au pape, que ces cinq Propositions sont de *Jansénius*; que sa Sainteté les avoit condamnées en termes exprès et très-clairs au sens de *Jansénius*, et que l'on pourroit poursuivre comme hérétiques ceux qui les soutiendroient. — *Innocent X* répondit par un Bref du 29 septembre, dans lequel il déclara que dans les cinq Propositions de *Corncille Jansénius*, il avoit condamné la doctrine contenue dans son livre. *Alexandre VII* confirma la Décision d'*Innocent X*, par une Bulle du 16 octobre 1656. Il y déclare que les cinq Propositions sont tirées du livre de *Jansénius*, et qu'elles ont été condamnées dans le sens de cet auteur. Ce pape agissoit de concert avec le plus grand nombre des évêques de France. Ces évêques, non contens d'un formulaire qu'ils avoient déjà fait, en dressèrent un second. En voici les termes: *Je condamne, de cœur et de bouche, la doctrine des cinq Propositions contenues dans le livre de Corncille Jansénius; laquelle doctrine n'est point de St. Augustin, que Jansénius a mal expliqué*. Cette formule fit une foule de rebelles, et encore plus d'hypocrites. On en exigea la signature de tous ceux qui pré- tendoient aux ordres et aux bénéfices. Le mépris des gens sages, le ridicule répandu par les beaux esprits sur les fanatiques des deux partis, ont éteint ces tristes querelles, et il faut espérer qu'il n'en sera plus question en France. Un auteur moderne a cherché à prouver qu'elles avoient été l'une des causes de la révolution françoise. — *Leydecker* a écrit la *Vie de Jansénius* en latin, in-8°, Utrecht, 1695. *Voy.* aussi l'*Histoire Ecclésiastique du XVIIe siècle*, par *Dupin*; et l'*Histoire des cinq Propositions de Jansénius*, par *Dumas*.
JANSON ou JANSONIUS, (Jacques) né à Amsterdam, en 1547, docteur de Louvain, professeur en théologie, et doyen de l'église collégiale de Saint-Pierre, mourut le 20 juillet 1625, à 78 ans. On a de lui: I. Des Commentaires peu estimés sur les *Pseumes*, in-4°; sur le *Cantique des Cantiques*, in-8°; sur *Job*, in-fol.; sur l'*Évangile de Saint Jean*, in-8°; et sur le *Canon de la Messe*. II. *Institutio Catholici Ecclesiastæ*. III. *Enarratio Passionis*. IV. Quelques *Oraisons funèbres*, sans vérité et sans éloquence. — Il y a eu un peintre d'Anvers de ce nom, (Abraham) le contemporain de *Rubens*, dont il se croyoit le rival, et qu'il atteignit quelquefois d'assez près, mais plus souvent de bien loin.
JANSON, *Voyez* FORBIN et JENSON.
JANSON, *Voyez* BLAEU et ALMELOVEEN.
JANSSENS, (Herman) récolt, né à Anvers, l'an 1685, passa par toutes les charges de son ordre, et mourut pleinement à Anvers, le 5 avril 1762. On lui doit : I. Prodromus sacer; Anvers, 1731, in-4.º Il y donne des règles pour traduire l'Écriture-Sainte, et montre les défauts des traductions flamandes. III. Explanatio rubricarum Missalis Romani, etc.; Anvers, 1757, 2 vol. in-8.º Cet ouvrage est plus estimé que le précédent.
JANUA, (Jean DE) ou JAKUENSIS, ainsi nommé de Gênes sa patrie : Voyez BALBI. I. JANVIER, (Saint) Évêque de Bénévent, eut la tête tranchée à Pouzzol, sous l'empereur Dioclétien. Son corps fut transporté à Naples, où il a une magnifique chapelle dans la Cathédrale. Ce qui a servi à donner beaucoup déclat à son culte, est un miracle qui se renouvelle, dit-on, tous les ans, lorsqu'on approche de son chef une phiole pleine de son sang. On prétend que ce sang paroît alors liquide et même qu'il bouillonne, et qu'en tout autre temps il est dur comme du sang caillé, ou mêlé de terre. Plus d'un protestant, après avoir goûté les délices du séjour de Naples, s'est répandu en invectives contre le miracle du sang liquéfié. Addisson prétend qu'il n'a jamais vu en Angleterre de tour de charlatan plus grossier. « Tous ces auteurs pouvoient observer, dit Voltaire, que ces institutions ne nuisent point aux mœurs, qui doivent être le principal objet de la police civile et ecclésiastique; et que probablement les imaginations ardentes des climats chauds ont besoin de signes visibles qui les mettent continuellement sous la main de la divinité. » On attribue encore à St. Janvier, suivant Baillet, l'extinction d'un horrible embrasement du Vesuve. Sa fête se célèbre avec beaucoup de solennité, le 19 septembre et le premier dimanche de mai, jour de la translation de ses reliques de Pouzzol à Naples.
II. JANVIER, (Ambroise) Bénédictin, né à Ste-Susanne dans le Maine en 1614, se rendit habile dans la langue hébraïque. Après avoir professé pendant plusieurs années dans son ordre avec réputation, il mourut à Paris, dans l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, le 25 avril 1682, à 68 ans. On a de lui : I. Une Edition des Œuvres de Pierre de Celles. La Préface de cette édition est du père Mabillon. II. Une Traduction latine du Commentaire hébreu de David Kimchi sur les Pseaumes, 1669, in-4.º
JANUS, (Mythol.) roi d'Italie, commença d'y régner avant qu'Enée vint s'y établir. Il étoit fils d'Apollon et de Créuse, fille d'Erecthée, roi des Athéniens. Xiphus, mari de Créuse, l'adopta sans le connoître. Janus vint avec une puissante flotte aborder en Italie, en poliça les peuples, leur apprit la religion, et bâtit sur une montagne une ville qu'il appela de son nom Janicule. Dans le temps qu'il signaloit son règne parmi les peuples barbares, Saturne, chassé de l'Arcadie par Jupiter, aborda dans ses états, et y fut reçu en ami. Janus, après sa mort, fut adoré comme une divinité, et c'est la première de celle que ces peuples invoquaient. Romulus lui fit bâtir dans Rome un temple, dont les portes étoient ouvertes en temps de guerre, et fermées en temps de paix. Le temple avoit 12 portes, qui désignoient les 12 mois de l'année. Les Romains étoient dans l'usage de mettre sur les portes une petite statue de Janus, tenant une clef d'une main, et un bâton de l'autre. L'Histoire Romaine, depuis Romulus jusqu'à la bataille d'Actium, ne fait mention que de deux circonstances où le temple de Janus fut fermé; la première, sous le règne de Nama; et l'autre, après la seconde guerre Punique. On sait qu'il le fut trois fois sous le règne d'Auguste. Les anciens ne sont point d'accord sur la raison pour laquelle le temple de Janus étoit ouvert pendant la guerre, et fermé pendant la paix, et l'on ignore ce qui donna lieu à cet usage chez les Romains; car les Grecs ne connoissoient point Janus, comme le dit Ovide. Des médailles qui sont à la bibliothèque du roi, le représentent avec quatre visages, qui marquent les quatre saisons. On le peignoit communément avec deux visages, comme présidant au jour et à la nuit, et connoissant l'avenir et le passé. Il tenoit un bâton de la main droite, et une clef de la gauche.
JAPHET, fils de Noé, eut sept fils, Gomer, Magog, Madaï, Javan, Tubal, Mosoch et Tiras, dont la postérité penpla, suivant quelques savans, une partie de l'Asie et toute l'Europe. C'est de ce fils de Noé, que les poètes ont fait leur JAPET, fils du Ciel et de la Terre, et roi des Thessaliens, qui de la nymphe Asie eut Hesper, Atlas, Epiméthée Prométhée. C'est du moins le sentiment des auteurs du Moréri, et de quelques mythologistes; mais ce sentiment est rejeté par plusieurs savans éclairés.
JARCHAS, le plus savant des philosophes Indiens, appelés Brachmanes, et grand astronome, selon St. Jérôme, fut trouvé enseignant dans une chaire d'or, par Apollonius de Tyane, lorsque celui-ci alla aux Indes.
JARCHI, (Salomon) célèbre rabbin, connu aussi sous les noms de Baschi, de Jarki, d'Isaaki, vit le jour à Troyes en Champagne l'an 1104. Il voyagea en Europe, en Asie, en Afrique, et devint très-habile dans la médecine et dans l'astronomie, dans la Mischne et dans la Gémare. Il mourut à Troyes en 1180, à 75 ans. On a de lui, des Commentaires sur la Bible, sur la Mischne, sur la Gémare, sur la Pirke-Avoth, qui se trouvent dans la Bible Hébraïque d'Amsterdam 1660, en 4 vol. in-12. Sa nation les reçut avec applaudissement, et les estime encore beaucoup.
JARD, (François) prêtre Doctrinaire, né à Boulène près d'Avignon en 1675, mort à Auxerre le 10 avril 1768, à 93 ans, étoit très-attaché à la doctrine des solitaires de Port-Royal, dont il imitoit les vertus et étudioit les écrits. Sa piété et ses lumières paroissent sur-tout dans sa Religion Chrétienne méditée dans le véritable esprit de ses maximes, 6 vol. in-12; ouvrage fait avec le P. Débonnaire, qui a eu du succès. Ses Sermons, publiés en 1768, 5 vol. in-12, ont moins réussi, parce que le style en est froid, et que le fonds n'a rien de neuf.
JARDIN, (DU) Voyez DU-JARDIN. — HORTA. (Garcie d') —et SELLUS.
JARDINIER, (Claude Donat) graveur Parisien, étoit né en 1726, et mourut à l'âge de 43 ans. Sa plus belle estampe est Mlle Clairon dans le rôle de Médée, qui a paru sous le nom de MM. Beauvarlet et Cars qui la retouchèrent.
JARDINS, (Marie-Catherine DES) naquit à Alençon vers l'an 1640, d'un père qui étoit prévôt. Les passions et l'esprit furent précoces en elle. Une aventure qu'elle eut avec un de ses cousins, l'ayant obligée de quitter Alençon, elle vint à Paris, où elle cultiva le genre dramatique, et donna en même temps de petits Romans qui lui firent un nom. Elle eut bientôt des soupirans, parmi lesquels elle distingua un jeune capitaine d'infanterie, plein d'esprit et d'une figure aimable, nommé Villedieu. Il étoit marié depuis un an : elle lui persuada de faire casser son mariage. L'idée étoit extravagante ; mais elle ne cherchoit qu'à faire excuser son attachement pour un homme déjà engagé. Villedieu entreprit cependant de la réaliser ; mais il trouva des oppositions. Sa maîtresse ne le suivit pas moins à Cambrai, où son régiment étoit en garnison ; et lorsqu'ils revinrent à Paris, elle y parut sous le nom de Madame de Villedieu. Une telle union ne pouvoit être heureuse. Il y avoit déjà eu de grandes divisions entre les deux amans, lorsque Villedieu fut obligé de partir pour l'armée, où il perdit la vie. Sa prétendue veuve ne fut point une Artémise : partagée entre l'amour, les romans et le théâtre, elle vécut comme on peut vivre lorsqu'on a de tels amusemens. La mort subite d'une de ses amies lui ouvrit les yeux ; une maison religieuse fut son asile, et elle y vécut avec sagesse, jusqu'à ce que ses aventures ayant été connues de la communauté, elle fut congédiée. Mad. de Saint-Romain, sa sœur, reçut chez elle la nouvelle dévote, qui ne le fut pas longtemps. Elle trouva dans cette maison un monde choisi, qui lui fit reprendre bientôt son ton de galanterie. Ce fut là qu'elle connut le marquis de la Chasse, qu'elle épousa ensuite. Ce marquis étoit marié ; mais il avoit congédié sa femme. Quoique Mad. de Villedieu ne l'ignorât pas, elle ne fit pas de difficulté de lui donner sa main secrètement : le fruit de cette union fut un fils, qui ne vécut qu'un an. La Chasse le suivit d'assez près ; et sa veuve, inconsolable, épousa bientôt en troisièmes noces un de ses cousins, qui lui permit de prendre le nom de Villedieu. Après avoir passé encore quelques années dans le monde, elle se retira à Clinchémare, petit village dans le Maine, où elle mourut en 1683, à 43 ans. On prétend qu'elle abrégea ses jours par l'excès d'eau de vie qu'elle buvoit, même dans ses repas. Ses Œuvres, en vers et en prose, ont été recueillies, 1702, dix vol. in-12; 1721, douze vol. in-12, dont les deux derniers ne sont point de Mad. de Villedieu. On y trouve plusieurs romans ; les Désordres de l'Amour ; le Portrait des foiblesses humaines ; Cléonice ; Carmente ; les Galanteries Grenadines ; les Amours des Grands Hommes ; Lysandre ; les Mémoires du Sérail ; les Nouvelles Africaines ; les Exilés de la Cour d'Auguste ; les Annales galantes. Tout y est peint avec ce pinceau vif, rapide, animé d'une femme ; mais ce pinceau n'est pas toujours assez correct, ni assez réservé. Elle emploie quelquefois des couleurs 448 JAR trop romanesques ; et dans ses *Mémoires du Sérail*, il y a trop d'événements tragiques et peu vraisemblables. On ne voit que des foiblesses dans les romans de Mad. de *Villedieu*, et on voudroit y voir des portraits vrais du caractère et des mœurs des hommes. Ses historiettes ont fait perdre le goût des longs romans, j'en conviens ; mais elles n'ont pas donné, il faut l'avouer, le goût des bons ouvrages de ce genre. Cette gloire étoit réservée aux célèbres *Inclos*, *Marivaux*, *Prévost*. Quelle différence des bonnes productions de ceux-ci, à celles de Mad. de *Villedieu* ! Les unes plaisent également au philosophe et à l'homme sensible ; les autres ne peuvent plaire qu'aux amans fades et langoureux, ou aux libertins. Un autre reproche qu'on peut faire à Mad. de *Villedieu*, c'est qu'en prêtant ses intrigues galantes aux plus grands hommes de l'antiquité, elle a également gâté l'histoire et le roman. Ce mélange dangereux de la vérité et de la fable contribue à répandre de l'incertitude sur les faits les plus vrais, et à accréditer les anecdotes les plus fausses, sur-tout dans l'esprit des femmes et des jeunes gens. Les ouvrages poétiques de Mad. de *Villedieu* sont fort inférieurs à sa prose : sa versification est foible et languissante. Elle a donné deux tragédies, *Manlius Torquatus* et *Nitritis*, jouissés en 1663. Nous avons son portrait par elle-même, et ce petit écrit, dont nous ne donnons ici qu'un léger extrait, prouve qu'a certains égards, elle n'avoit pas prouité du précepte du philosophe : *Noscette ipsuess* : « J'ai, dit-elle, la physionomie heureuse et spirituelle ; les yeux noirs et petits, mais pleins de feu ; la bouche grande, mais les dents assez belles pour ne pas rendre son ouverture désagréable ; le teint aussi beau, que peut l'être un reste de petite vérole maligne ; le tour du visage ovale, les cheveux châtains. Mais j'ose dire que j'aurais bien plus d'avantage à montrer mon ame que mon corps, et mon esprit que mon visage ; car, sans vanité, je n'ai jamais eu d'inclination déréglée. Mon ame n'est agitée ni par l'ambition, ni par l'envie, et sa tranquillité n'est jamais troublée que par la tendresse que j'ai pour mes amis. J'ai plus de joie des biens qu'ils reçoivent, que s'ils m'étoient envoyés ; mais ma tendresse n'est pas aussi générale, qu'elle est forte : car je ne la donne qu'à peu de gens ; et, pour qu'un homme soit digne d'être mon ami, il faut que ses inclinations soient conformes aux miennes, et qu'il soit le plus discret homme de son siècle. Ce n'est pas que je donne grande matière de discrétion, car j'ai de la vertu, et de cette vertu qui est également éloignée du scrupule et de l'emportement, dont la simplicité fait la force, et la nudité le plus grand ornement. J'ai une fort grande fierté ; mais comme elle ne sied bien qu'aux belles, et que je ne suis pas de ce nombre, je tâche de mettre en sa place une douceur qui ne m'est pas si naturelle, mais qui m'est plus convenable. J'aime fort à railler, et ne me fâche jamais qu'on me raille, pourvu que je sois présente, etc. etc. »
JARED fils de *Malaléel*, fut père d'*Henoch*, qu'il engendra dans sa 162$^{e}$ année. Il mourut âgé de 962 ans, 2582 avant J. C.
JARNAC,
JARNAC, (Gui Chabot de) d'une famille illustre, originaire de Poitou, gentilhomme de la chambre du roi et maire de Bordeaux, est célèbre par l'avantage qu'il remporta, le 10 juillet 1547, sur la Châteignerye, et qui a donné lieu à ce proverbe : C'est un coup de Jarnac, pour signifier un coup imprévu, et que l'on ne songeoit pas à parer. On trouve le cartel de ces deux combattans dans les Essais sur Paris, tom. I. Le détail du combat est rapporté à l'article CHATEIGNERAYE (la) : Voyez ce mot. Mais un trait honorable à Jarnac, qui n'y est pas, c'est que le roi Henri II, vaincu par la modestie de ce seigneur, lui dit en l'embrassant : Vous avez combattu en César, et parlé en Cicéron... Ronsard fit une Ode à sa louange. Il avoit épousé, en 1540, Louise de Pisseleux, dont il eut des enfans.
JAROPOL, duc de Kiovie, ville de l'Ukraine, porta, par ses mauvais conseils, tous les teigneurs de Russie à conspirer contre Boleslas III, roi de Pologne, vers l'an 1126. Ceux-ci, sous prétexte d'amitié, envoyèrent une ambassade à ce roi, qui se trouva tout-à-coup investi de ses ennemis. Le Palatin de Cracovie, qui commandoit la plus grande partie de la cavalerie de Pologne, s'étant retiré au premier bruit de cette surprise, le roi Boleslas, non moins indigné de cette lâcheté que de la perfidie de ces traitres, lui envoya une peau de lièvre, une quenouille avec du lin, et une corde. C'étoit pour lui faire connoître par ces symboles, qu'il s'étoit rendu semblable à un lièvre par sa fuite : qu'il devoit plutôt manier les armes des femmes, que celles des hommes ; et qu'enfin, pour récompense de sa lâcheté, il méritoit le dernier supplice, que la corde lui signifioit. Ce Palatin, au désespoir de ces reproches, se pendit dans une église, aux cordes des cloches : et depuis ce temps-là, le châtelain de Cracovie a toujours précédé le Palatin, soit pour la dignité, soit pour l'autorité.
JAROSLAW, grand duc de Russie, dans le xᵉ siècle, fit ses délices de la lecture, appela des savans à sa cour, et fit traduire plusieurs livres grecs en langue russe, en 1019 ; il donna aux habitans de Novogorod, sous le titre de Sramota sondepuaja, une espèce de code de jurisprudence : ce sont les premières lois qui ont été rédigées par écrit en Russie. Ce souverain fonda une école publique, où il fit instruire à ses frais, 300 enfans. Il rendit sa cour la plus brillante du Nord, et l'asile des princes malheureux.
JARRIGE, (Pierre) Jésuite de Tulles en Limousin, assez bon prédicateur pour son temps, quitta son ordre en 1647, et se sauva en Hollande. Les États-généraux lui firent une pension. Cet apostat publia, peu de temps après, un livre exécrable, intitulé : Le Jésuite sur l'échafaud, in-12. C'est un des plus sanglans libelles que la vengeance ait enfantés. Le P. Ponthelier, confrère de ce misérable, étoit alors à la Haye, auprès d'un ambassadeur. Il se conduisit avec tant d'adresse et de prudence, qu'il engagea Jarrige à rentrer dans le sein de l'église Catholique. Retiré chez les Jésuites d'Anvers en 1650, il composa une ample rétractation de tout ce qu'il avoit F f avancé dans son *Jésuite sur l'é-chafaud*. Il le traita d'avorton, que sa mauvaise conscience avoit conçu, que la mélancolie avoit foriné, et que la vengeance avoit produit. Cette rétractation fut imprimée à Anvers en 1650, in-12, et l'on y fit deux réponses assez aigres. *Jarrige*, de retour en France, eut le choix de rentrer dans la Compagnie, ou de vivre en prêtre séculier. Il choisit ce dernier parti, et se retira à Tulles, où il resta jusqu'à sa mort, arrivée le 26 septembre 1670, à 65 ans. I. JARRY, (Laurent Juillard DU) né vers 1658, à Jarry, village près de Saintes, s'adonna de bonne heure à la chaire et à la poésie. Il prêcha avec applaudissement à Paris et en province; et quoique poète médiocre, il obtint deux couronnes de l'académie Françoise, en 1679 et en 1714. L'auteur de la *Henriade*, alors fort jeune, composa cette dernière année pour le prix, et fut vaincu par l'abbé du *Jarry*. Le poème couronné, au-dessous du médiocre du côté de la poésie, étoit encore gâté par une méprise qui supporoit dans le poète une ignorance grossière en matière de physique, et même de simple géographie : un de ses vers commençoit par *Pôles glacés*, *brûlans*, etc. Le vainqueur et même les juges, furent très-plaisantés dans le temps, surtout par le vaincu. L'abbé du *Jarry* avoit encore remporté le prix de l'académie en 1683, ou du moins il le partagea avec la *Monnoye*. Les deux pièces ayant eu un égal nombre de suffrages, l'académie fit frapper deux médailles, chacune valant la moitié du prix, et elles furent données aux deux auteurs. On a de du *Jarry*: I. Des *Sermons*, des *Panégyriques* et des *Oraisons funèbres*, en 4 vol. in-12, qui, sans être du premier mérite, ont des bénutés, entr'autres l'*Oraison funèbre* de *Fléchier*. II. Un *Recueil* de divers ouvrages de piété, Paris, 1688, in-12. III. Des *Poésies Chrétiennes*, *héroïques et morales*; Paris, 1715, in-12 : la versification en est foible, et le poète étoit en lui encore inférieur à l'orateur. IV. Le *Ministère Evangélique*, ou *Réflexions sur l'éloquence de la Chaire*, in-12, Paris, 1726 : l'auteur avoit étudié cette matière plutôt en orateur qu'en philosophe. *Voyez* BRETTEVILLE. Il mourut en 1730, dans son prieuré de N. D. du *Jarry*, au diocèse de Saintes, à l'âge d'environ 72 ans.
JARRY, (Nicolas) maître écrivain, renommé dans le 17$^{e}$ siècle, a produit au simple trait de plume, des chefs-d'œuvre d'ornement et de goût. La beauté de son écriture effaça tout ce qu'on connoissoit jusqu'à lui de supérieur en ce genre. M. *Peignot*, dans son *Dictionnaire de Bibliologie*, a cité les prix que les connoisseurs ont mis dans les ventes publiques à plusieurs ouvrages de *Jarry*. On peut citer, 1$^{o}$ *Heures de Notre-Dame*, écrites à la main, 1647, in-8$^{o}$; manuscrit de 120 feuillets sur vélin, en lettres rondes et bâtardes : ces œuvres se trouvoient dans la bibliothèque de la *Vallière*, et *Debure* les désigne ainsi : « Elles sont un chef-d'œuvre d'écriture. Le fameux *Jarry*, qui n'a pas eu encore son égal en l'art d'écrire, s'y est surpassé, et a prouvé que la régularité, la netteté et la précision des caractères du burin et de l'impression, pouvoient être imi- tées avec la plume, à un degré de perfection inconcevable. Ce beau manuscrit, orné de sept miniatures, a été vendu, en 1784, 1601 liv. » II. La Guirlande de Julie, pour Mlle de Rambouillet, 1647, in-fol. Ce manuscrit, sur vélin, appelé par Huet le chef- d'œuvre de la galanterie, a été décrit par l'abbé Bive. Il a trente miniatures peintes par Robert, et représentant des fleurs; et solxante-un madrigaux, tous écrits sur un feuillet séparé par Jarry. Il a été vendu, à la même époque, 14,310 liv. III. La Copie de ce même ouvrage, simple in-8° sur vélin, ne contenant en quarante feuillets, écrits en bâtarde, que les madrigaux sans peinture, s'est vendue 406 liv. Jarry étoit de Paris; on ignore l'année de sa mort. Le haut prix de ses pièces d'écritures rap- pelle que, dans le 10e siècle, un recueil d'homélies fut payé par une comtesse d'Anjou nom- mée Grécie, deux cents brebis, trois muids de grain, et cent peaux de martre. I. JARS, (Marie le) Voyez GOURNAL.
II. JARS, (Louis le) secré- taire de la chambre de Henri III, fit jouer, en 1576, la tragi-comé- die de Lucelle, imprimée à Pa- ris, la même année, chez le Maignier.
III. JARS, (François de Ro- chechouart, chevalier DE) mort l'an 1670, chevalier de Malte, commandeur de Lagny-le-Sec, et abbé de Saint-Satur, étoit un homme d'un génie hardi et d'un caractère ferme. Il fut mis à la Bastille, dans le temps de la dé- tention du garde des sceaux de Châteauneuf, en 1633. Il étoit accusé d'avoir voulu faire passer la Reine-Mère et Monsieur, en Angleterre. Il n'y avoit pas de preuve. On l'interrogea quatre- vingts fois avec toute la sévérité possible. Il se défendit toujours avec la même fermeté, sans ja- mais se couper, et sans rien dire qui pût embarrasser ses amis. Le cardinal de Richelieu, vou- lant absolument découvrir le fond de l'intrigue pour laquelle il l'a- voit fait arrêter, le fit, dit-on, con- damner à mort, en donnant parole aux juges qu'il auroit sa grace. Le chevalier de Jars fut condamné à être décapité. La sentence lui fut lue; il monta sur l'échafaud d'un air héroïque, et lorsqu'il fut en posture de recevoir le coup de la mort, on cria Grace! Comme il étoit prêt de descendre de l'échafaud, un des juges eut la bassesse de l'exhorter à recon- noître la clémence du roi, en découvrant les desseins de Châ- teauneuf; mais il lui répondit, que s'il y en avoit, rien ne seroit ca- pable de lui faire trahir ses amis. Ce fut Laffemas, qu'on appelait le Bourreau du cardinal de Ri- chelieu, qui fut chargé, avec le présidial de Troyez, de la commission de juger le cheval- ier de Jars. Jugé par un tel homme, il ne pouvoit qu'être condamné. Tout son crime, suivant les historiens les plus impartiaux, fut d'avoir entre- tenu une étroite correspondance avec les ennemis du premier ministre, et d'être instruit de toutes les intrigues qu'on for- moit à la cour contre lui. Le chevalier de Jars ayant obtenu sa liberté, passa en Italie, et revint en France après la mort de Louis XIII. F f 2
IV. JARS, (Gabriel) né à Lyon en 1732, d'un père intéressé dans les mines du Lyonnois, montra beaucoup de goût pour la métallurgie. M. *Trudaine*, qui en fut informé, le fit entrer dans les ponts et chaussées. Il y prit les connaissances propres à l'emploi auquel on le destinoit : c'étoit de perfectionner l'exploitation de nos mines par l'inspection de celles de l'étranger, et des différentes manières de les exploiter. En 1757, il visita avec *Duhamel*, les mines de la Saxe, de la Bohème, de l'Autriche, de la Hongrie; et termine en 1759, sa tournée par le Tirol, la Stirie, la Carinthie. En 1763, il fut seul chargé de visiter les mines de l'Angleterre et de l'Écosse. En 1766, son frère fut nommé pour l'accompagner dans l'électorat d'Hanovre, le du bé de Brunswick, la Hesse, la Norwège, la Suède, les pays de Liège et de Namur, et la Hollande. De retour de ses longues et pénibles courses, *Jars* fut reçu de l'académie des Sciences en 1768, et mourut l'année suivante, à 37 ans. Son frère a publié ses observations sous le titre de *Voyages Métallurgiques*, en 3 vol. in-4°, dont le premier a paru à Lyon en 1774. C'est une collection complète de minéralogie théorique et pratique. Elle est à la fois curieuse et méthodique. Les procédés prescrits y sont traités avec clarté, et on y trouve des dessins exacts des machines et des fourneaux nécessaires pour l'exploitation des mines.
JASINSKI, noble Polonois, se mit en 1794 à la tête des mécontents qui voulurent arracher leur patrie à l'envahissement des Russes. Il fit insurger Wilna, capitale de la Lithuanie, avec tant d'adresse, que ces derniers y furent surpris et faits prisonniers, sans qu'ils pussent faire la moindre défense. *Jasinski*, actif, entreprenant, plein d'esprit et de courage, parcourut rapidement toute la Lithuanie, et y créa une armée qu'il opposa plusieurs fois aux Russes avec succès. Il commandoit une division dans Varsovie, lorsqu'il y périt les armes à la main, en défendant, contre le général *Souvara*, le faubourg de Prague. I. JASON, (Mythol.) étoit fils d'*Eson* et d'*Alcimède*. *Eson*, en mourant, le laissa sous la tutelle de *Pélias*, son frère, qui le donna à élever au centaure *Chiron*. Ce prince étant devenu grand, gagna tellement l'affection des peuples, que *Pélias* chercha tous les moyens de le perdre, pour s'assurer le trône. Il persuada à *Jason* qu'il falloit entreprendre la conquête de la Toison d'or, espérant qu'il n'en reviendrait pas. Le bruit de cette expédition s'étant répandu partout, les princes Grecs voulurent y avoir part. Ils partirent sous ses drapeaux pour la Colchide, où cette toison étoit pendue à un arbre, et défendue par un dragon monstrueux. On les appela *Argonautes*, du nom de leur vaisseau, nommé *Argo*. Les auteurs sont partagés sur l'étymologie du nom d'*Argo*, donné à ce fameux vaisseau. Les uns veulent que ce soit celui du constructeur; les autres disent qu'il fut ainsi appelé, parce qu'il portoit des Argiens : c'est le sentiment de *Cicéron*. Il y en a qui tirent son nom de sa vitesse, et d'autres de sa pesanteur. Tous s'accordent à dire qu'il étoit fort long, et peut-être le premier de cette espèce qui parut sur les mers de la Grèce; car *Pline* assure que les Grecs ne se servoient que de vaisseaux ronds. Ce qu'il avoit de plus merveilleux, c'est qu'il étoit construit d'arbres de la forêt de Dodone, qui rendoient des oracles; c'est pour cela que les Poètes ont dit qu'il articuloit des sons. Quoi qu'il en soit, *Jason* aborda d'abord à l'isle de Lemnos, où il fut magnifiquement traité par la reine *Hypsipile*. De là, il se rendit chez le roi *Phinée*, dont il apprit comment il pourroit pénétrer sûrement à Colchos à travers les rochers Cyanées. Y étant heureusement descendu, *Médée*, fille du roi de Colchos, fut si éprise de la beauté de ce jeune prince, qu'elle lui prômit, s'il vouloit l'épouser, de lui donner les moyens de dompter les Tauroaux à pieds d'airain, et d'assoupir un monstrueux Dragon qui gardoit la Toison d'or. *Jason* y consentit, et après avoir triomphé de tous les obstacles, il enleva la Toison; mais son amour et son apparente reconnoissance ne survécurent guères au succès qui en étoit l'objet. S'étant retiré chez *Créon*, roi de Corinthe, il abandonna sa bienfaitrice pour épouser la fille de ce roi: *Voyez* II. CRÉUSE. *Médée*, irritée, après avoir conseillé aux filles de *Pélias* de tuer leur père, et de le faire bouillir dans une cuve d'airain, leur faisant espérer qu'elles le rajeuniroient, massacra elle-même ensuite les enfans qu'elle avoit eus de *Jason*, et les lui servit par morceaux dans un festin. Ayant de plus empoisonné toute la famille royale de *Créon*, excepté *Jason* qu'elle laissoit vivre pour lui susciter continuellement de nouvelles traverses, elle se sauva dans les airs sur un char traîné par des dragons ailés. Cependant *Jason* s'empara de Colchos, où il régna tranquillement le reste de ses jours.
II. JASON, le CRÉNÉEN, écrivit l'*Histoire des Macchabées*, en 5 livres... *Voy*. le Livre II des *Macchabées*, 2, 24.
III. JASON, frère d'*Onias*; grand-prêtre des Juifs, acheta d'*Antiochus Epiphanes*, la grande sacrificature, et en dépouilla son frère, l'an 175 avant J. C. Dès qu'il en fut revêtu, il tâcha d'abolir le culte du Seigneur dans Jérusalem; mais à peine eut-il exercé deux ans le souverain pontificat, que *Ménélus*, de la tribu de *Benjamin*, le supplanta à son tour, en gagnant *Antiochus* par une plus grande somme. *Jason*, forcé de céder, se retira chez les Ammonites. Il s'y tint caché, jusqu'à ce que le bruit de la mort d'*Epiphanes* s'étant répandu, il sortit de sa retraite, entra à main armée dans Jérusalem, d'où il chassa *Ménélus*, et exerça toutes sortes d'hostilités contre ses citoyens. Le bruit de la prétendue mort du roi s'étant dissipé, il fut contraint de sortir de la ville, et erra quelque temps chez les Arabes, d'où il passa en Égypte. Ne s'y croyant pas en sureté, il se retira à Lacédémone, comme dans une ville alliée; mais il y mourut misérablement, et dans un tel abandon, que personne ne voulut prendre soin de sa sépulture.
IV. JASON de *Thessalonique*, logea chez lui l'apôtre *St. Paul*. Les Juifs de la ville soulevèrent le peuple, et vinrent fondre sur la maison de *Jason*, dans le dessein d'enlever *Paul* et *Silas*. Ne les ayant pas trouvés, ils saisirent *Jason*, et le menèrent aux magistrats, qui le renvoyèrent, à condition de représenter les accusés. Il paroît, par l'Épître aux Romains, que *Jason* étoit parent de *St. Paul*. Les Grecs le font évêque de Thrace en Cilicie, et honorent sa mémoire le 23 avril.
JATRE, (Matthieu) religieux Grec du 15$^{e}$ siècle, dont on a deux ouvrages considérables en vers grecs, d'une mesure qui est plus propre pour la poésie que pour la musique. L'on roule sur les *Offices de l'Église de Constantinople*, et l'autre sur les *Officiers du Palais* de la même ville. Le P. *Goor* les fit imprimer en 1648, in-fol. en grec et en latin, avec des notes.
JAVAN, 4$^{e}$ fils de *Japhet*, fut père des Ioniens, ou des Grecs qui habitoient l'Asie mineure. Il eut pour fils *Flisa*, *Tharsis*, *Cethim*, et *Hodania* ou *Rhodania*, qui peuplèrent l'Élide, la Cilicie, la Macédoine, et le pays de Dodone ou de Rhodes.
JAUBERT, (Pierre) curé de Cestas, près Bordeaux, a traduit *Ausone*, et a publié un *Dictionnaire* des Arts et Métiers, qui a eu du succès. L'auteur avoit fait des recherches sur l'histoire de Bordeaux qu'il vouloit écrire, lorsqu'il est mort vers 1780.
JAUCOURT, (le Chevalier Louis DE) de la Société royale de Londres, des académies de Berlin et de Stockholm, mort à Compiègne le 3 février 1780, à 75 ans, se distingua autant par son désintéressement et ses vertus que par la noblesse de son origine. Il préféra la retraite, la vraie philosophie, un travail infatigable, à tous les avantages que pouvoit lui procurer sa naissance, dans un pays où, l'argent excepté, l'on préfère cet avantage à tout le reste. Il avoit approfondi de bonne heure tout ce qui regarde la médecine, les antiquités, les mœurs des peuples, la morale et la littérature. Les nombreux articles qu'il a fournis à l'*Encyclopedie* dans ces différens genres, sont traités d'une manière nette, méthodique, et écrits d'un style facile et agréable, ni trop, ni trop peu chargé d'ornemens. On regrette que certains écrivains, qui ont rempli ce vaste répertoire des sciences, d'une foule de lieux communs paraphrasés avec autant de longueur que d'emphase, ne l'aient pas pris pour modèle. Le chevalier de *Jaucourt* avoit travaillé à la *Bibliothèque raisonnée*, journal rempli de très-hons extraits, depuis son origine jusqu'en 1740. Il publia, conjointement avec les professeurs *Gaubius*, *Musschenbrock* et le docteur *Mussuet*, le *Museum Sebanum*, 4 vol. in-fol., 1734, et années suivantes : livre peu commun, curieux et recherché. Il avoit composé un *Lexicon Medicum universale*. Mais ce manuscrit important, prêt à être imprimé en 6 vol. in-folio, à Amsterdam, périt avec le vaisseau qui le portoit en Hollande. On a encore de lui, quelques autres ouvrages moins étendus, sur des objets de physique ou de médecine. Il fut pendant cinq ans le disciple du célèbre *Boerhaave*. Il me sollicita longtemps, dit-il, avant que je quitasse l'académie de Leyde, d'y prendre le degré de docteur en médecine ; et je ne crus pas devoir me refuser à ce désir, quoique résolu de ne tirer de cette démarche d'autre avantage, que celui de pouvoir secourir charitablement de pauvres malheureux. » Cependant Boerhaave, charmé de sa déférence et instruit de ses talens, le fit appeler par le Stathouder, aux conditions les plus flattenses, comme gentilhomme et comme médecin. Mais les promesses de cour ne pouvoient guères toucher un homme sans besoin, sans désir, sans ambition, sans intrigue, assez courageux pour présenter ses respects aux Grands, assez prudent pour ne les pas enuyer, et qui s'étoit bien promis d'assurer son repos par l'obscurité de sa vie studieuse. C'est ainsi que le chevalier de Jaucourt se peint lui-même.
JAVELLO, ( Chrysostôme ) savant Dominicain Italien, enseigna la philosophie et la théologie à Bologne avec beaucoup de succès, et mourut vers 1540. On a de lui : I. Une Philosophie. II. Une Politique. III. Une Economie Chrétienne. IV. Des Notes sur Pomponace. V. D'autres Ouvrages imprimés en 3 vol. in-folio ; Lyon, 1567, et in-8°, 1574. Toutes ces productions sont médiocrement bonnes, même pour leur temps.
JAUFFROY, ( Etienne ) prêtre de la Doctrine-Chrétienne, né à Ollioules, diocèse de Toulon, mort le 10 mai 1760, étoit plein de vertus et de lumières. On a de lui : I. Des Statuts Synodaux publiés dans le Synode général tenu à Mende en 1738 ; 1739, in-12. II. Conférence de Mende, 1761, in-12.
JAULT, ( Augustin - François ) né à Orgelet en Franche-Comté, se fit recevoir docteur en médecine et fut professeur en langue Syringue au collège royal. Il a traduit : I. Les Opérations de Chirurgie de Scharp, 1742, in-12. II. Recherche Critique sur la Chirurgie du même, 1751, in-12. III. Histoire des Sarasins, d'Ockley ; 1748, 2 vol. in-12. IV. Le Traité des Maladies Vénériennes, d'Astruc ; 1740, 4 vol. in-12. V. Le Traité des Maladies venteuses, de Combalusier ; 1754, 2 vol. in-12. VI. Le Traité de l'Asthme, de Floyer ; 1761, in-12. VII. Il a travaillé à la nouvelle édition du Dictionnaire Etymologique de Ménage. Ce savant avoit des connaissances très-variées, et ses traductions sont en général exactes. Il mourut en 1757, à 50 ans.
JAUREGNY, ( Jacques ) domestique d'Amiastro, marchand d'Anvers, tenta, à la persuasion de son maître, d'assassiner Guillaume prince d'Orange. Il lui tira un coup de pistolet le 18 mars 1582 ; mais la balle perça les deux joues sans produire aucun accident mortel. Jauregny fut tué à l'instant. Il avoit été poussé à son crime par un jésuite fanatique, qui lui avoit, dit le continuateur de Ladvocat, promis une place dans le ciel au-dessus de la sainte Vierge, s'il exécutoit son dessein.
JAUSSIN, ( Louis-Amand ) - apothicaire à la suite de l'armée de Corse, se fit connoître du public par des Mémoires Historiques sur les principaux événements arrivés dans cette isle, en 2 vol. in-12, 1759. Quoique F f 4 456 JAY cet ouvrage ne soit qu'une compilation mal digérée, il y a des recherches et des choses curieuses. On a encore de lui, un *Traité sur la perle de Cléopâtre*, in-8°, et un *Mémoire sur le Scorbut*, in-12. Il mourut à Paris en 1767. — I. JAY, (Gui-Michel le) savant avocat au parlement de Paris, étoit très-versé dans les langues. N'étant pas content des Polyglottes qui avoient paru jusqu'à son temps, il conçut le projet d'en former une nouvelle, et fit venir des Maronites de Rome, pour le syriaque et l'arabe. Sa Polyglotte fut imprimée en 1645, par *Vitré*, qui fit frapper les caractères par *le Bé* et *Jacques Sanleque*. Le papier fut aussi fabriqué exprès, et il mérita, par sa beauté, le nom de *Papier impérial*, qu'il conserve encore. Cet ouvrage, en acquérant de la gloire à *le Jay*, lui coûta plus de cent mille écus, et ruina sa fortune. Les Anglois, auxquels il voulut le vendre trop cher, chargèrent *Balton* de l'édition d'une Polyglotte, beaucoup plus commode que celle de Paris. *Le Jay* auroit pu gagner encore beaucoup, s'il avoit voulu laisser paroître la sienne sous le nom du cardinal de *Richelieu*, jaloux de la réputation que le cardinal *Ximenès* s'étoit faite par un ouvrage de ce genre. *Le Jay* devenu veuf et pauvre, embrassa l'état ecclésiastique, fut doyen de Vezelai, obtint un brevet de conseiller d'état, et mourut en 1676. La *Polyglotte* de Gui-Michel *le Jay* est en 10 volumes, très-grand in-fol. C'est un chef-d'œuvre de typographie; mais on se plaint, dit Dom *Caimet*, qu'il y a beaucoup de fautes. Elle est d'ailleurs incommode par la grandeur excessive du format et le poids des volumes. Elle est en sept langues, et a de plus que la Polyglotte de *Ximenès*, le syriaque et l'arabe. Mais le samaritain, le syriaque et l'arabe ne se trouvant point imprimés à côté des quatre autres langues, celui qui les veut comparer entre-lies, est forcé de parcourir plusieurs volumes. Il manque d'ailleurs à cette Bible un apparat, pour en faciliter la recherche et l'explication. Elle parut depuis 1628 jusqu'en 1645. — Il ne faut pas confondre *Louis Armand le Jay*, avec *Nicolas LE JAY*, baron de Tilly, garde des sceaux et premier président au parlement de Paris, mort en 1640, après avoir rendu des services signalés à *Henri IV* et à *Louis XIII*.
JAY, (Gabriel-François le) jésuite, né à Paris en 1662, régenta la rhétorique au collège de Louis-le-Grand pendant plus de trente ans, et s'acquit l'estime de ses élèves par sa science et sa piété. Il étoit collègue du P. *Jouvenci*, et mourut à Paris, l'an 1734, à 72 ans. On a de lui: I. Une *Traduction* en françois des *Antiquités Romaines* de Denis d'Halicarnasse. II. *Bibliotheca Bhetorica*, Paris, 1725, 2 vol. in-4°. C'est une collection de ses œuvres classiques, qui contient bien des choses peu analogues au titre. Elle est devenue rare. Elle renferme: 1.º *Ilhetorica*, divisée en cinq livres. 2.º *Orationes sacra*, d'une latinité pure; mais moins riches en choses et en idées qu'en paroles. 3.º *Orationes panegyricæ*; ce sont des harangues, dont la plupart sont à la louange de la nation Françoise. 4.º Des *Plaidoyers*, les uns en latin, les autres en françois. 5.º Epistolæ. 6.º Fabulæ. 7.º Poetica. 8.º Tragædiæ, dont quelques-unes sont traduites par l'auteur même, en vers françois. 9.º Des Comédies en latin. On a fait un grand nombre d'éditions de sa Rhétorique, qui a été long-temps un livre classique dans bien des collèges. I. JEAN, surnommé GADDIS, fils de Mathathias, et frère des Macchabées, fut tué en trahison par les enfans de Jambri, comme il conduisoit le bagage des Macchabées ses frères, chez les Nabuthéens leurs alliés.
IL JEAN-BAPTISTE, (Saint) précurseur de JÉSUS-CHRIST, fils de Zacharie et d'Elizabeth, naquit l'an du monde 4004, environ six mois avant la naissance du Sauveur. Un Ange l'annonça à Zacharie son père, qui, n'ajoutant pas assez de foi à ses paroles, parce qu'Elizabeth sa femme étoit avancée en âge et à elle, perdit dès le moment l'usage de la voix. Cependant Elizabeth devint enceinte. Lorsque la sainte Vierge alla la visiter, Jean-Baptiste tressaillit dans les entrailles de sa mère. Il se retira dans le désert, et y vécut d'une manière très-austère. Son habillement étoit fait de poil de chameau, et sa nourriture n'étoit composée que de sauterelles et de miel sauvage. L'an 29 de Jésus-Christ, il commença à prêcher la pénitence le long du Jourdain, et baptisa tous ceux qui vinrent à lui. La sainteté de sa vie fit croire aux Juifs qu'il étoit le Messie; mais il leur dit : « qu'il étoit la voix de celui qui crie dans le désert » JÉSUS-
CHRIST étant allé se faire baptiser, il le montra à tout le monde, en disant « que c'étoit l'Agneau de Dieu, la victime par excellence. » Son zèle fut la cause de sa mort. Ayant repris avec force Hérode-Antipas, qui avoit épousé Hérodias, femme de son frère, ce prince le fit mettre en prison au château de Macheronte. Quelque temps après, il eut la foiblesse de le sacrifier à la fureur de cette femme, qui sut profiter d'une promesse indiscretée qu'Antipas avoit faite à Salomé, fille d'Hérodias. Saint Jérôme dit qu'Hérodias lui perça la langue avec une aiguille de tête, pour se venger après sa mort, de la liberté de ses paroles. Les disciples de Jean ayant appris sa décollation, vinrent enlever son corps. L'Évangile ne marque pas où ils l'enterrèrent; mais il n'y a nulle apparence qu'ils l'aient enséveli à Sébaste, comme l'ont écrit quelques Légendaires, surtout lorsqu'on pense à l'opposition qui étoit entre les Juifs et les Samaritains. Quand il seroit vrai que le saint corps eût été transporté de Macheronte à Sébaste, les Païens, sous Julien l'Apostat, ouvrirent le tombeau qui étoit dans cette ville, et brûlèrent les os de St. Jean-Baptiste, vers l'an 362, avec ceux du prophète Elisée. Les historiens qui rapportent ce fait, n'ont point remarqué qu'ils en épargnassent aucune partie; au contraire, ces idolâtres, dans leur fureur autorisée par le prince apostat, brûlèrent avec ces saints corps des ossemens de divers animaux, et ayant mêlé toutes ces cendres, les jetèrent au vent. Il est vrai que Buffus dit que quelques moines, mêlés parmi les Païens qui ramassoient ce 458 JEA os pour les brûler, en sauvèrent quelques-uns, qu'ils portèrent à Jérusalem. « Mais c'est un garant peu sûr, que *Buffin*, dit le continuateur de *Henry*, lorsque les Grecs gardent un profond silence là-dessus. Si les reliques de ce saint n'ont pas été tirées de Sébaste avant *Julien* l'Apostat, ou si elles n'ont pas été prises à Alexandrie, elles ont dû être suspectes. » La fête de *St. Jean* est de la plus haute antiquité dans l'Église. Il a été un temps que l'on célébroit trois messes ce jour-là, comme à la fête de Noël. On faisoit aussi la fête de sa Conception, le 24 septembre. Comme *St. Jean-Baptiste* vécut dans la retraite et dans la mortification, *St. Jérôme* et *St. Augustin* l'appellent le *Maître des Solitaires*, et le premier des *Mèzes : MO-FAUBONN PRINCEPS*. Il laissa des disciples.