III. JEAN L'ÉVANGÉLISSE, (Saint) né à Bethzaïde, en Galilée, étoit fils de *Zébrée* et de *Salomé*, et frère cadet de *St. Jacques* le Majeur. Leur emploi étoit de gagner leur vie à la pêche. *Jean* n'avoit que 25 à 26 ans, lorsqu'il fut appelé à l'apostolat par le Sauveur, qui eut toujours pour lui une tendresse particulière; il se désigne lui-même ordinairement sous le nom de *Disciple* que Jésus aimoit. Il étoit vierge, et c'est pour cette raison, dit *St. Jérôme*, qu'il fut le bien-aimé du Sauveur, qu'à la Cène il reposa sur son sein; et que Jésus-Christ sur la Croix le troita comme un autre lui-même. Le Sauveur lui donna des marques singulières de son amour, en le rendant témoin de la plupart de ses miracles, et sur-tout de sa gloire au moment de la Trans- Transfiguration. Dans le jardin des Oliviers, il voulut l'avoir auprès de lui pendant le temps de son agonie. Ce disciple fut le seul qui l'accompagna jusqu'à la Croix, où Jésus-Christ lui laissa en mourant le soin de la Ste Vierge. Après la Résurrection du Sauveur, *Jean* le reconnut le premier, et fut un de ceux qui mangèrent avec lui. Il assista au concile de Jérusalem, où il parut comme une des colonnes de l'Église, selon le témoignage de *St. Paul*. Ce saint Apôtre alla prêcher l'Évangile dans l'Asie, et pénétra jusque chez les Parthes, auxquels il écrivit sa première *Éphèse*, qui portoit autrefois ce titre. Il fit sa résidence ordinaire à Éphèse, fonda et gouverna plusieurs églises. Dans la persécution de *Domitien*, vers l'an 95, il fut mené à Rome, et plongé dans de l'huile bouillante, sans en recevoir aucune incommodité. Il en sortit plus vigoureux, et fut relégué dans la petite isle de Pathmos, où il écrivit son *Apocalypse*. *Nerva*, à verseur de *Domitien*, ayant rappelé tous les exilés, *Jean* revint à Éphèse. Ce fut dans cette ville qu'il composa son *Évangile*, à la sollicitation des évêques d'Asie, pour réfuter les erreurs de *Cérinthe* et d'*Ébion*, qui sont nonient que Jésus-Christ n'étoit qu'un homme. Nous avons encore de lui trois *Éphères*, qui sont au nombre des livres canoniques: la première, citée autrefois sous le nom des Parthes; la deuxième, adressée à *Électe*, et la troisième à *Caius*. *Jean* vécut jusqu'à une extrême vieillesse; et ne pouvant plus faire de longs discours, il ne disoit aux fidèles que ces paroles: *Mes petits enfans, aimez-vous les uns les autres*. Ses dis- siples, étonnés d'entendre toujours la même chose, lui en parlèrent; et il leur répondit: *C'est le précepte du Seigneur; et si on le garde, il suffit pour être sauvé.* Enfin ce saint Apôtre mourut à Ephèse, d'une mort paisible, sous le règne de *Trajan*, la 100$^{e}$ année de Jésus-Christ; âgé d'environ 94 ans. On le surnomme *le Théologien*, à cause de la sublimité de ses connoissances et de ses révélations, et sur-tout du commencement de son Evangile; car les autres Evangélistes ont rapporté les actions de la vie mortelle de Jésus-Christ; mais *St. Jean* s'élève comme un aigle au-dessus des nues, et va découvrir, jusqu'au sens de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son quai, et de son l'achaisi et animé, est au-dessus de la philosophie et de la rhétorique. Il possède au souverain degré le talent de porter la lumière dans l'esprit et le feu dans le cœur. Il instruit, il convainc, il persuade sans l'aide de l'art et de l'éloquence... Ce qu'ont prétendu quelques nouveaux auteurs, qu'il avoit puisé dans *Platon*, ou dans *Philon* le Juif, ce qu'il a dit du *Verbe*, est une prétention chimérique et sans fondement. Il a pu apprendre de vive voix par ses disciples, ou par les philosophes mêmes, quelque chose du *Verbe* en général, et du principe dont parle *Platon*; et il y a même beaucoup d'apparence, qu'il les avoit principalement en vue, dans ce qu'il dit au commencement de son *Evangile*; mais c'étoit pour les réfuter; et dans son *Evangile*, le *Verbe* dont il parle est fort différent de celui des Platoniciens et de *Philon*. Il est aisé à quiconque a du goût et du discernement en matière de style et de philosophie, de reconnoître que *St. Jean* n'avoit aucune teinture ni de la philosophie, ni de l'éloquence des Grecs, ni de celle de *Platon* en particulier. On dépeint *St. Jean* avec un calice, d'où sort un serpent; parce que des hérétiques lui ayant présenté du poison dans un verre, il fit le signe de la croix sur le vase, et tout le venin se dissipa sous la fornie d'un serpent. Ce miracle, rapporté par le faux *Procore*, put être fondé sur une tradition plus ancienne que l'auteur qui a pris ce nom.
IV. JEAN, (Saint) surnommé MARC, disciple des Apôtres, étoit fils d'une femme nommée *Marie*, qui avoit une maison dans Jérusalem, où les fidelles et les Apô- tres s'assembloient ordinairement. *Jean-Marc* s'attacha à *St. Paul* et à *St. Barnabé*, et il les accompagna dans le cours de leurs prédications, jusqu'à ce qu'ils furent arrivés à Perges en Pamphylie, où il les quitta pour retourner à Jérusalem. Quelques années après, *Paul* et *Barnabé* se disposant à retourner en Asie, *Barnabé* voulut prendre avec lui *Jean-Marc*, qui étoit son parent. Mais *Paul* s'y opposant, ces deux Apôtres se séparèrent, et *Marc* suivit *Barnabé* dans l'isle de Chypre. On ignore ce que fit *Jean-Marc* depuis ce voyage, jusqu'au temps qu'il se trouva à Rome, en l'an 63, et qu'il rendit de grands services à *St. Paul* dans sa prison. On ne connoit ni le genre, ni l'année de la mort de ce disciple: mais il y a assez d'apparence qu'il mourut à Ephèse, où son tombeau fut depuis fort renommé. V. JEAN, (Saint) célèbre martyr de Nicomédie, fut rôti sur un gril pour la défense de la foi de J. C., durant la persécution de *Dioclétien*, le 24 février 303. On croit que c'est lui qui arracha l'édit des empereurs contre les Chrétiens. *Ensèbe* et *Lactance* ne disent point quel fut le Chrétien qui fit cette action. *Usuard* et *Adon* l'appellent *Jean*.
VI. JEAN CALYBE, (Saint) qui est probablement le même que *St. ALEXIS*, naquit d'*Entrope* et de *Theodora*, d'une illustre famille de Constantinople. Ils l'élevèrent de bonne heure à l'étude des sciences. A l'âge de douze ans, il se laissa enlever secrètement de la maison paternelle par un religieux *Acemète*, qui l'emmena dans son monastère. Six ans après, le désir de revoir ses parens le fit retourner à Constantinople. Comme il y revenoit, ayant rencontré un pauvre fort mal vêtu, il lui donna ses habits, et se revêtit des haillons dont ce mendiant étoit couvert. En cet état, il alla se coucher devant la maison de son père, et obtint des domestiques la permission de se faire une cabane sous la porte de la maison pour s'y retirer. Il y vécut ainsi, sans être reconnu de personne, exposé au mépris et au rebut de tout le monde. Cependant le père, touché de la patience avec laquelle ce malheureux supportoit sa pauvreté, lui envoyait tous les jours les choses nécessaires à la vie. Enfin, *St. Jean-Calybite* étant sur le point de mourir, se découvrit à son père et à sa mère, en leur disant: *Je suis ce fils que vous avez si longtemps cherché*. Il leur témoigna en même temps sa reconnaissance, et rendit l'esprit un instant après, vers l'an 450. On prétend avoir son corps, au moins en partie, à Rome, où son culte est devenu célèbre depuis qu'on lui a bâti une belle église dans l'isle du Tibre. Son chef fut porté de Constantinople à Besançon, après la prise de cette ville par les Latins, en 1204. Il fut surnommé *Calybite*, parce qu'il étoit demeuré long-temps inconnu dans la cabane qu'il s'étoit faite dans sa propre maison. *Voyez les Vies des Saints*, de *Baillet*, au 15 janvier.
VII. JEAN-CHRYSOSTÔME, (Saint) né à Antioche en 344, d'une des premières familles de la ville, y ajouta un nouveau lustre par ses vertus et son éloquence qu'il fit surnommer *Chrys*, lostôme, c'est-à-dire Bouche d'or. Après avoir fait ses études avec succès sous le fameux Libanius, il voulut suivre le barreau; mais la grace ayant parlé à son cœur, il quitta toutes les espérances que le monde lui donnoit, pour s'enfoncer dans un désert. Il choisit, pour le lieu de sa retraite, les montagnes voisines d'Antioche. Se trouvant encore trop près du monde, il s'enferma dans une grotte, où il passa deux ans dans les travaux de l'étude et les exercices de la pénitence. Ses maladies l'ayant obligé de revenir à Antioche, Melèce l'ordonna diacre, et Flavien, son successeur, l'éleva au sacerdoce en 383. Il fut bientôt chargé du soin de prêcher la parole de Dieu. Ce fut alors que, sa manière n'étant pas encore assez mûre, ni assez populaire, une pauvre femme lui dit au sortir d'un de ses sermons : Mon Père, nous autres pauvres d'esprit, nous ne te comprenons pas. Il profita de cet avis, se corrigea, et remplit son honorable fonction avec d'autant plus de fruit, qu'à une éloquence touchante et persuasive, il joignoit des mœurs austères. Aussi le peuple d'Antioche écoutoit ses sermons avec une ardeur et une admiration incroyables. On l'interrompoit souvent par des acclamations et des battemens de mains qui blessoient sa modestie; car il ne cherchoit point à plaire à ses auditeurs, mais à les convertir. De quoi me servent vos louanges, leur disoit-il, puisque je ne vois pas que vous fassiez aucun progrès dans la vertu? Je n'ai besoin ni de ces applaudissemens, ni de ce tumulte. L'unique chose que je désire, est qu'après m'avoir écouté paisiblement, et avoir fait connoître que vous comprenez ces vérités, vous les pratiquiez. Ce sont les seuls éloges que j'ambitionne. Ses talens et ses vertus le firent placer sur le siège de Constantinople, après la mort de Nectaire, en 398. Son premier soin fut de réformer le clergé. Il déracina l'abus qui s'étoit introduit parmi les Ecclésiastiques, de vivre avec des Vierges qu'ils traitoient de Sœurs adoptives, ou Sœurs Agapètes, c'est-à-dire Charitables. Ce bon pasteur donna l'exemple à son troupeau, et sur-tout pour les œuvres de charité. Il fonda plusieurs hôpitaux; il envoya des prêtres chez les Scythes, pour travailler à leur conversion. Ses missions et ses abondantes charités exigeoient ou de grands revenus, ou une grande économie. Le saint patriarche se réduisit à une vie pauvre. Il ne voulut avoir ni meubles précieux, ni habits de soie. Il usoit de viandes simples et légères, et ne buvoit point de vin, si ce n'est dans les grandes chaleurs. Il mangeoit presque toujours seul, à cause de ses fréquentes maladies, et pour éviter l'inconvénient des compagnies et les frais des grands repas. Ces retranchemens lui donnèrent le moyen de soulager tous ceux qui étoient dans l'indigence. Sa charité et son application infatigable à remplir ses devoirs, lui gagnèrent bientôt l'amour et la confiance de son peuple. Constantinople changea de face. Il vint à but de corriger plusieurs désordres. Il établit l'office de la nuit dans les églises, introduisit le chant des Pseaumes dans les maisons mêmes des particuliers, en détourna plusieurs de l'oisiveté et des spectacles, et les rappela à une vie sérieuse et oc- cupée. Cependant la véhémence avec laquelle il parloit contre l'orgueil, le luxe et la violence des grands; son zèle pour la réformation du clergé et pour la conversion des hérétiques, lui attitréent une foule d'ennemis: *Entrepè*, favori de l'emperèur; le tyran *Gaynas*, à qui il refusa une église pour les Ariens; *Théophile d'Alexandrie*, partisan des Origénistes; les sectateurs d'*Arius*, qu'il fit bannir de Constantinople, se réunirent tous contre le zèle archevêque. L'occasion de se venger de lui, se présenta bientôt. *Chrysostème* crut que son ministère l'obligeoit de s'élever contre les préventions de l'impératrice *Eudoxie* et de son parti. Il en parla indirectement dans un *Sermon* sur le luxe des femmes. Ses ennemis ne manquèrent pas d'envenimer ses paroles auprès de l'impératrice, qui, dès-lors, conçut une haine mortelle contre lui. Il suffit d'être lui des princes, pour l'être bientôt des courtisans. Quelques-uns de ceux-ci inventèrent des crimes, et présentèrent des mémoires. *Eudoxie* les appuya; elle fit tenir le fameux conciliabule du Chêne en 403. L'archevêque y fut condamné par *Théophile d'Alexandrie*, qui s'étoit rendu à Constantinople, avec un grand nombre d'évêques, qu'il avoit appelés des Indes même. *Chrysostème*, après sa condamnation, fut chassé de son siège; mais cet exil ne dura pas long-temps. La nuit qui suivit son départ, il arriva un tremblement de terre si violent, que le palais en fut ébranlé. *Eudoxie* effrayée, pria l'empereur de rappeler l'archevêque. *Chrysostème* revint donc dans son église. Il y fut reçu aux acclamations de tout le peuple, et reprit les fonctions de son ministère, malgré la sentence du conciliabule. *Voy*, l'article JOANNITES. A peine avoit-il été huit mois en repos depuis son retour, qu'on dressa, à Constantinople, une statue en l'honneur de l'impératrice. Elle fut élevée dans la place, entre le palais où se tenoit le sénat, et l'église Ste-Sophie. A la dédicace de cette statue, le préfet de la ville, Manichéen et demi-Païen, excita le peuple à des réjouissances extraordinaires, mêlées de supers-fitions. Il y eut des danses, des farceurs qui s'attiroient de grands applaudissemens, et des cris dont le service divin étoit troublé. Le pontife ne put souffrir ces réjouissances; il en parla avec sa liberté ordinaire, et blâma non-seulement ceux qui les faisoient, mais ceux qui les commandoient. *Eudoxie* offensée jura de nouveau sa perte. « Le zèle des plus grands Saints, dit le Beau, n'est pas toujours exempt d'amertume. Jean-Chrysostème monta en chaire, et loin de chercher à adoucir le colère d'*Eudoxie*, il commença un sermon par ces mots: *Voici encore Hérodiade en furie; elle danse encore; elle demande encore la tête de Jean...* *Eudoxie* ne fit pas entièrement le personnage que l'impétueux évêque lui attribuoit; mais elle résolut de faire assembler un nouveau concile contre lui. Plusieurs évêques, gagnés par les libéralités de la cour, furent ses accusateurs. *Arcade*, connoissant la sainteté du prélat, dit à l'un d'eux que cette affaire lui donnoit de grandes inquiétudes. L'évêque dévoué à *Eudoxie*, lui répondit: *Seigneur, nous prenons sur notre tête la déposition de JEAN*. Le Saint fut condamné, chassé de l'église le lundi 10e juin 404, et envoyé en Bithynie. Son exil fut suivi d'une persécution contre tous ceux qui défendaient son inno- cence. On imagina différens pré- textes pour verser le sang, comme on avoit fait sous les empereurs Palens. Jean-Chrysostôme souf- rit beaucoup dans son exil: toute sa consolation fut dans les let- tres que lui écrivoient le papé Innocent I, et les plus grands évêques d'Occident, qui pre- naient part à son infortune. L'em- pereur Honorius écrivit inutile- ment en sa faveur à son frère Arcade. Enfin, après une longue détention à Cincuse, lieu désert et dénué de toutes les choses né- cessaires à la vie, on le trans- féra à Arabysse en Arménie. Comme on lo menoit à Pythionte sur le Pont - Euxin, il fut si malfraité des soldats qui le con- duisoient, qu'il mourut en che- min, à Comane, le 14 septem- bre 407, âgé d'environ 60 ans, après 9 ans et 8 mois d'épisco- pat, dont plus de trois années d'exil. Ses ennemis, poursuivant sa mémoire même après sa mort, réfuserent long-temps de mettre son nom dans les dyptiques. Mais St. Cyrille d'Alexandrie, succes- seur de Théophile, imita en- fin l'exemple des patriarches, Alexandre d'Antioche et Attique de Constantinople, qui avoient marqué publiquement leur vé- nération pour Chrysostôme. Son culte prit chaque jour des ac- croissemens. Théodose le jeune ayant fait transporter son corps de Comane à Constantinople, il fut reçu en triomphe par le pa- triarche Proclès, et par toute la ville, le 27 janvier 438. C'est le jour de cette translation que l'Église a choisi pour faire sa fête. Quant à l'Église Grecque, elle érigea en fête la plupart des évé- nemens de sa vie, mais sur tout son retour à son église après son premier bannissement. Cette so- lennité se célébroit le 13 novem- bre. St. Jean-Chrysostôme mé- ritoit tous ces honneurs; il a été une des lumières de l'Orient. Ses principaux ouvrages sont: I. Un Traité du Sacerdoce, qu'il composa dans sa solitude. Cet ouvrage est d'autant meilleur, que l'auteur donna, durant tout le cours de sa vie, la leçon et l'exemple. II. Un Traité de la Providence, traduit en françois par Hermant. III. Un Traité de la Divinité de J. C. Il la prouve par les merveilles que sa grace opère. IV. Des Homélies sur l'E- criture sainte. St. Jean-Chrysos- tôme l'avoit étudiée depuis son enfance jusqu'aux derniers jours de son épiscopat. V. Un grand nombre d'autres Homélies sur différens sujets. On peut regar- der cet illustre Père comme le Cicéron de l'Église Grecque. Son éloquence ressemble beaucoup à celle de ce prince des orateurs Latins. C'est la même facilité, la même clarté, la même abon- dance, la même richesse d'expres- sions, la même hardiesse dans les figures, la même force dans les raisonnemens, la même élé- vation dans les pensées. Tout porte l'empreinte, chez l'un et chez l'autre, de ce génie heureux, né pour convaincre l'esprit et toucher le cœur. Quelque grand homme que soit St. Augustin, on n'a pas assez loué St. Chry- sostôme en le comparant à lui, du moins pour l'éloquence de la chaire. Celle du Père Latin est défigurée quelquefois par les pointes, les jeux de mots, les antithèses qui faisoient le goût dominant de son pays et de son 464 JEA siècle. Celle du Père Grec auroit pu être entendue à Athènes et à Rome, dans les plus beaux jours de ces deux républiques. « Il est vrai, dit Fleury, que St. Chrysostôme n'est pas si serré que Démosthène, et il montre son art : mais, dans le fond, sa conduite n'est pas moindre. Il sait juger quand il faut parler, ou se taire; de quoi il faut parler, et quels mouvemens il faut appaiser ou exciter. Voyez comme il agit dans l'affaire des Statues. Il demeure d'abord sept jours en silence pendant le premier mouvement de la sédition, et interrompt la suite de ses Homélies à l'arrivée des commissaires de l'empereur. Quand il commence à parler, il ne fait que compatir à la douleur de ce peuple affligé, et attend quelques jours pour reprendre l'explication ordinaire de l'Écriture. Voilà en quoi consiste le grand art de l'orateur, et non pas à faire une transition délicate, ou une prosopopée. » La morale de Jean-Chrysostôme est très-exacte, excepté lorsqu'il s'est laissé emporter par l'envie de justifier quelques personnages de l'ancien Testament, tels qu'Abraham qu'il excuse d'avoir exposé la vertu de Sara, pour que le roi d'Égypte n'attentât pas à sa vie. Mais un orateur, entraîné par une imagination vive, ne peut pas toujours mesurer ses expressions ou ses pensées. De toutes les éditions des Ouvrages de Jean-Chrysostôme, les plus exactes et les plus complètes, sont : Celle de Henri Seuil, en 1613, 8 tomes in-folio, tout grec; celle de Commelin et de Fronton du Duc, en grec et en latin, 10 vol. in-folio; et celle de Dom de Montfaucon, 1718 à 1734, en 13 vol. in-folio, en grec et en latin. Cette dernière édition est enrichie de la Vie du saint docteur, de Préfaces intéressantes, de notes, de variantes, etc. Quelques critiques ont trouvé cependant qu'elle n'étoit ni assez exacte, ni dans un ordre commode pour les lecteurs. Dom de Montfaucon a adopté la Traduction latine du Père Fronton du Duc, et n'a traduit que les ouvrages qui ne l'avoient point été par le Jésuite. On desireroit que ce qui est de lui, fût d'un style plus élégant, et approchât davantage de la beauté de l'original. Plusieurs des ouvrages du célèbre évêque de Constantinople, ont été traduits en françois. Fontaine a traduit ses Homélies sur la Genèse, deux vol. in-8°; (avec Sacy, celles sur St. Matthieu, 3 vol. in-4° ou in-8°;) celles sur St. Paul, 7 vol. in-8°. Le P. de Bonrecueil a traduit ses Lettres, 2 volum. in-8°. Maucroix a traduit ses Homélies au peuple d'Antioche, in-8°. Bellegarde a traduit ses Sermons choisis, 2 vol. in-8°; ceux sur les Actes des Apôtres, un vol.; et ses Opuscules, un vol. in-8°; en tout, 19 volum. in-8°. Nous avons deux excellentes Vies de ce Saint; la première, par Hermant, écrite d'un style un peu enflé, mais d'ailleurs très-estimable; la seconde, par Tillemont, écrite plus simplement et avec une exactitude que rien n'égale. Celle-ci se trouve dans le tome onzième de ses Mémoires.
VIII. JEAN le Naim, (Saint) abbé et solitaire, ainsi nommé à cause de la petitesse de sa taille, se consacre dans la solitude de Scté au travail, au jeûne, à la prière, aux exercices de piété. Un Un jour on lui demanda ce que c'étoit qu'un moine : C'est, ré- pondit-il, un homme de travail. — Un autre frère lui demandant à quoi servoient les veilles et les jeunes : Ils servent, répondit-il, à abattre et à humilier l'âme ; afin que Dieu, la voyant abattue et humiliée, en ait compassion et la secoure. St. Jean le Nain avoit aussi coutume de dire, que la su- reté du Moine est de garder sa cellule, de veiller sur soi, et d'a- voir toujours Dieu présent à l'es- prit. Il disoit que comme la pluie fait pousser les palmiers ; ainsi l'esprit de Dieu, en descendant dans les cœurs des Saints, les re- verdit et les renouvelle. Il mourut vers le commencement du cin- quième siècle.
IX. JEAN le Silencieux, (St.) ainsi nommé à cause de son amour pour la retraite et pour le silence, naquit à Nicople, ville d'Armé- nie, en 454, d'une famille il- lustre. Quand il fut maître de son bien, il bâtit un monastère, où il se retira avec dix autres per- sonnes. Il bannit d'abord de sa retraite l'oisiveté, comme la mère des vices et l'ennemie des vertus. Un travail utile occupoit les com- pagnons de sa solitude, sans les charger. Jean les exerça à la tem- pérance, et les gouverna avec une prudence et une douceur, qui engagèrent l'archevêque de Sébaste à l'ordonner évêque de Colonie. Cette dignité n'apporta aucun changement à sa façon de vivre. Il continua toujours de pra- tiquer la vie monastique. Neuf ans après, il quitta secrètement son évêché, et se retira dans le monastère de Saint-Sabas, dont il devint économe. Il mourut vers 558, âgé de cent quatre ans. X. JEAN CLIMAQUE, (Saint) surnommé aussi le Scolastique et le Sinaïte, naquit dans la Pa- lestine, vers 523. A l'âge de 16 ans, il se retira dans la soli- tude, et malgré sa résistance, il fut élu abbé du Mont-Sinaï. Dans cette place, il fit paroître tant de piété et de sagesse, qu'il fut aimé et admiré de tous les religieux ; mais il retourna dans sa cellule, quelque instance qu'on fit pour le retenir. Il mourut, le 30 mars 605, âgé de 80 ans. Nous avons de lui, un livre inti- tulé : Climax ou l'Échelle des Vertus. Il le composa pour la perfection des Solitaires, et il peut servir à celle des gens du monde. Cet ouvrage, plein d'ex- cellens principes de piété, ren- ferme quelques histoires édifi- antes, qui donnent de la force à ces principes. L'Échelle est com- posée de trente degrés, dont cha- cun comprend une vertu. Am- broise le Camaldule, l'abbé Jac- ques de Billi et le Père Rader l'ont traduit de grec en latin. Nous en avons une excellente version en françois, avec la Vie du Saint, par Arnauld d'Andilly, 1 vol. in-12. La meilleure édi- tion de l'original, est celle de Paris, en 1633, in-fol., avec la traduction latine de Rader.
XI. JEAN, (Saint) dit l'Au- mônier, à cause de ses charités extraordinaires, étoit de l'isle de Chypre, dont son père avoit été gouverneur. Il fut élevé, l'an 610, sur le siège patriarchal d'A- lexandrie, après Théodore. Les aumônes qu'il répandit étoient si considérables, que quelques gens mal-intentionnés en prirent occasion de dire au gouverneur Nicétas, qu'il falloit obliger le Patriarche d'employer, pour les G g 466 JEA besoins pressans de l'état, les sommes immenses qu'on lui ap- portoit de tous côtés. Nicétas l'alla donc trouver, et après lui avoir représenté les grandes guer- res que l'empire avoit à soutenir contre tant de peuples barbares, il le pressa de donner l'argent qu'il avoit, pour être mis dans le trésor public. Il ne m'est pas permis, lui dit le saint Patriar- che, de donner au Roi de la terre, ce qui a été offert au Roi du ciel; mais voilà le coffre où je mets l'argent de J. C.: faites ce que vous voudrez. Aussitôt le gouverneur ayant appelé ses gens, fit enlever cet argent, et ne laissa au Saint que cent écus. En descendant, il rencontra des gens qui montoient, portant plusieurs petites cruches pleines d'argent, qu'on envoyoit d'Afrique au Pa- triarche. Il eut la curiosité d'en lire les étiquettes. Il y avoit sur les unes: Miel excellent; sur les autres: Miel tiré sans feu. Comme il savoit que le Patriarche étoit incapable de ressentiment, il le pria de lui envoyer de ce miel. Le Saint, averti de ce qui étoit dans ces cruches, en envoya une à Nicétas, et lui fit dire que toutes les autres, aussi bien que celle-là, étoient pleines d'argent et non pas de miel. Il accom- pagna ce présent d'un petit billet conçu en ces termes: « Dieu, qui nous a promis de ne point nous abandonner, ne peut men- tir, et un homme mortel ne sau- roit lier les mains à celui qui donne à toutes choses la nour- riture et la vie. » Nicétas fut si touché, que, sur l'heure, il fit rapporter tout l'argent chez le Patriarche, en y ajoutant une somme considérable du sien... Sa tendresse compatissante pour les misérables éclata sur tout dans la famine qui désola son peuple en 615, et dans la mortalité qui la suivit. La crainte qu'il eut des malheurs qui menaçoient la ville d'Alexandrie et l'Égypte, les- quelles tombèrent peu après sous la domination des Perses, le fit résoudre à quitter sa ville épis- copale pour se retirer en Chypre. Il mourut à Limisso, que l'on appeloit alors Amathonte, lieu de sa naissance, le 11 novembre 616, à 57 ans. Son testament fut aussi édifiant que court; le voici: Je vous rends grace, mon Dieu, de ce que vous avez exaucé ma prière, et de ce qu'il ne me reste qu'un tiers de sou, quoiqu'à mon ordination j'aie trouvé, dans la maison épiscopale d'Alexan- drie, environ 4000 liv. d'or, outre les sommes innombrables que j'ai reçues des amis de J. C. C'est pour- quoi j'ordonne que ce peu qui reste soit donné à vos serviteurs. Ce testament nous fait voir quelles étoient les richesses de l'église d'Alexandrie, et rend plus vrai- semblable ce qu'on dit des au- mènes immenses du patriarche Jean. L'ordre dit de Saint-Jean de Jérusalem, tire son nom de ce Saint.
XII. JEAN DAMASCÈNE, (St.) ou de Damas, savant prêtre, naquit dans cette ville vers l'an 675, de parens riches, qui lui donnèrent une bonne éducation. Il fut instruit dans les sciences par un religieux Italien, nommé Côme, qui avoit été fait prison- nier par les Sarasins. Jean s'ac- quit de bonne heure l'estime du calife de Damas, quoiqu'il fût Chrétien, et qu'il ne se conten- tât pas de l'être de nom. Ce prince le fit son premier ministre, et lui confia toutes ses vues et tous ses projets. Mais Jean ayant senti que plusieurs le haïssioient à cause de sa religion, et craignant de succomber sous leurs calomnies, quitta les lieux où le turban insultoit à la Croix. Il se retira au monastère de Saint-Sabas à Jérusalem, et y pratiqua toutes sortes de vertus. Du fond de son monastère, il défendit avec zèle le culte des Images contre les hérétiques qui les attaquaient. Il mourut vers l'an 760, à 84 ans, après avoir édifié ses frères par ses actions et ses paroles. Un religieux de son monastère, ayant perdu un de ses parens, dont la mort le remplissait de douleur, demanda à Jean quelques vers pour sa consolation. Le saint Solitaire lui donna l'équivalent de ces vers françois : Ce que le temps détruit n'est rien que vanité. Nous avons de lui : I. Quatre Livres de la Foi orthodoxe, dans lesquels il a renfermé toute la théologie d'une manière scolastique et méthodique. On y voit qu'il croyoit que le Saint-Esprit procédoit du Père seulement, et non du Fils. II. Plusieurs Traités Théologiques. III. Des Hymnes. IV. Une Dialectique et une Physique. On lui attribue, mais sans fondement, Liber Barlaam et Josaphat, Indiæ regis, sans date ni lieu d'impression, mais imprimé vers 1470, in-fol., rare : il y en a plusieurs traductions françoises, anciennes et peu recherchées. Son zèle pour la foi étoit si grand, qu'il adoptoit quelquefois de pieuses fables pour appuyer des vérités. C'est le premier qui a rapporté la délivrance de Trajan, par le pape St. Grégoire le Grand. Jean de Jérusalem, qui vécut dans le 10e siècle, l'ôta des ouvrages de ce Saint. Jean Damascène écrivoit avec assez de méthode, de clarté et de force. Bellarmin dit que dans les matières théologiques, il a non-seulement surpassé ceux qui l'avoient précédé, mais qu'il a ouvert des routes nouvelles à ceux qui l'ont suivi. Arnauld ajoute que les Grecs le regardent avec le même respect que les Latins regardent St. Thomas, et que ses décisions sont suivies préférablement à celles des autres Pères de l'Eglise Orientale. Le ministre Claude est du même avis qu'Arnauld, et c'est peut-être la première fois que ces deux grands adversaires se sont rencontrés ensemble. La meilleure édition de ses Ouvrages est celle du P. le Quien, 1712, in-fol., 2 vol. grec et latin.
JEAN CAPISTRAN, Voy. CAPISTRAN (St. Jean de).
XIII. JEAN DE MATERA, (St.) né à Matera dans la Pouille, vers 1050, de parens illustres, s'illustra lui-même par ses prédications et par ses miracles. Il institua sur le Mont-Gargan, vers 1118, un ordre particulier qui ne subsiste plus, et qu'on a appelé l'Ordre de Pulsano. Il mourut le 20 juin 1139, à 89 ans, et fut canonisé par la voix du peuple.
XIV. JEAN DE MATHA, (St.) né en 1160, à Faucon, bourg de la vallée de Barcelonette en Provence, reçut le bonnet de docteur à Paris, où il avoit étudié avec succès. Sa piété l'unit avec le saint hermite Félix de Valois ; ils fondèrent, de concert, l'ordre de la Sainte-Trinité, pour la rédemption des captifs. Innocent III l'approuva, et leur donna solemnellement, en 1199. G g 2 un habit blanc, sur lequel étoit attachée une croix rouge. L'instituteur fit ensuite un voyage en Barbarie, d'où il ramena cent vingt captifs. Il mourut peu de temps après à Rome, le 22 décembre 1214, à 54 ans. Le pape *Innocent III*, en lui donnant l'habit de son ordre, avoit confirmé sa règle. Elle porte, en-t'autres choses, que les frères réserveront la troisième partie de leurs biens pour la rédemption des captifs. L'ordre des Trinitaires fit en peu de temps de grands progrès en France, en Lombardie, en Espagne, et même au-delà de la mer. Le moine *Albéric*, qui écrivoit quarante ans après, dit qu'ils avoient déjà jusqu'à six cents maisons, entre lesquelles étoit celle de *Saint-Mathurin*, nommée auparavant l'*Aumônerie de St. Benoît*, qui leur fut donnée par le chapitre de l'église de Paris. C'est de cette maison que leur est venu en France le nom de *Mathurins*... Voyez les *Annales* de cet ordre, publiées à Rome en 1683, in-fol.
XV. JEAN DE MÉDA, (Saint) né à Méda auprès de Côme en Italie, devint supérieur de l'ordre des *Humiliés*, qui n'étoit alors composé que de laïques, et introduisit des ecclésiastiques et des prêtres. Il mourut saintement le 26 septembre 1159. L'ordre des *Humiliés* ne subsiste plus. Voyez I. BORROMÉE.
XVI. JEAN COLOMBIN, (Saint) étoit noble Siennois, instituteur de la congrégation des *Jésuates*. Ce nom leur fut donné, parce qu'ils avoient toujours à la bouche le nom de *Jésus*. Ils s'occupoient à composer et à distribuer des médicamens pour les pauvres; et après leurs exercices de piété, ils alloient servir dans les hopitaux. Comme plusieurs d'en-tr'eux distribuoient et vendoient de l'eau de vie, quelques mauvais plaisans s'avisèrent de les appeler les *Pères de l'Eau de Vic*. Leur règle étoit austère, leurs jeûnes fréquens et pénibles, leurs cellules petites et basses. Cet ordre, approuvé par *Urbaia V* en 1367, fut supprimé en 1668, par *Clément IX*, qui en fit servir les biens à la guerre contre les Turcs. Le saint instituteur mourut en 1367. Son ordre s'appeloit aussi les *Jésuates de St. Jérôme*, parce qu'il avoit recommandé à ses disciples une dévotion particulière à ce Saint.
XVII. JEAN DE DIEU, (Saint) naquit, en 1495, à Monte-major-el-Novo, petite ville de Portugal, d'une famille si pauvre, qu'il fut obligé de servir de domestique pour pourvoir à sa subsistance. Un sermon du bienheureux *Jean d'Avila* le toucha tellement, qu'il résolut de consacrer le reste de sa vie au service de Dieu et des malades. Le zèle du saint homme suppléa à tout, et vainquit tous les obstacles qu'on lui opposa. Il acheta une maison à Grenade; et du sein de la pauvreté, on vit sortir cette magnifique maison d'hospitalité, qui subsiste encore aujourd'hui, et qui a servi de modèle à toutes les autres. C'est là que *Jean* jeta les premiers fondemens de son institut, approuvé par le pape *Pic V* en 1572, et répandu depuis dans toute l'Europe. Le saint homme s'occupoit le jour à secourir les malades, et le soir à faire la quête pour eux. Sa charité ne se bornoit pas là. Il visitoit aussi les pauvres honteux, et procuroit du travail à ceux qui n'en avoient pas. Il pre- J E A 469 soit un soin particulier des filles qui ne trouvoient point d'appui, et dont la pauvreté exposoit la vertu à de grands dangers. Il entreprit même d'aller dans les lieux de débauches, pour tâcher d'en retirer quelques malheureuses, et il réussit. Don Guerrero, archevêque de Grenade, favorisa tous les desseins de Jean, et lui donna des sommes considérables pour agrandir son bôpital. L'évêque de Thui, président de la chambre royale de Grenade, seconda aussi son établissement : il donna au fondateur le nom de JEAN de Dieu, et lui prescrivit une forme d'habit pour lui et pour ceux qui deviendroient ses compagnons. Il mourut le 8 mars 1550, âgé de 55 ans, le même jour qu'il étoit né. Urbain VIII le déclara bienheureux en 1630, et Alexandre VIII le canonisa en 1699. Il n'avoit point laissé d'autre règle à ses disciples, que son exemple : ce fut Pie V qui leur donna celle de St. Augustin. Ce pontife y ajouta quelques autres règlements, pour donner de la stabilité à cette congrégation, appelée l'Ordre de la Charité : congrégation qui secourt l'humanité et qui lui fait honneur. Voltaire dit que les Dominicains, Franciscains, Bernardins, Bénédictins, ne reconnoissent pas les Frères de la Charité ; qu'on ne parle pas seulement d'eux dans la continuation de l'Histoire Ecclésiastique de Fleury, etc. etc. Rien n'est plus faux que ces imputations calomnieuses ; c'est précisément dans la continuation de Fleury que nous avons pris l'article de JEAN de Dieu. Tout le monde peut y voir sa vie et son institut dans le livre 146, sous l'année 1550. Cet institut étant la charité, tous les autres religieux l'honorent autant qu'il mérite de l'être, et plusieurs partagent ses bonnes œuvres.
XVIII. JEAN D'YEPEZ, plus connu sous le nom de JEAN DE LA CROIX, (Saint) né d'une famille noble à Ontiveros, bourg de la vieille Castille, prit l'habit de Carme au couvent de Medinadel-Campo, et lia une étroite amitié avec Ste Thérèse, qui l'arracha au dessein qu'il avoit formé de se retirer dans la chartreuse de Ségovie. Il vint avec cette Sainte à Valladolid ; il y quitta l'habit qu'il portoit, pour prendre celui de Carme déchaussé. Après avoir travaillé à la réforme de plusieurs couvens avec un zèle ardent, il fut envoyé à Avila, pour être confesseur des Carmélites, et pour les porter à se réformer. Les religieux de cet ordre le firent enlever et mener à Tolède, où ils le renfermèrent dans un cachot. Il y demeura neuf mois, et en fut enfin tiré par le crédit de Ste Thérèse ; mais les supérieurs de la réforme, qui vouloient qu'on abandonnât la conduite des Carmélites, lui suscitèrent de nouvelles persécutions. Il mourut dans le couvent d'Ubeda le 14 décembre 1591, âgé de 49 ans, après s'être sanctifié par une suite non interrompue d'actions d'humilité, de patience et de mortification. Il a laissé des livres de spiritualité en espagnol, traduits en italien et en latin, intitulés : La Montée du Mont-Carmel ; la Nuit obscure de l'Ame ; la Flamme vive de l'Amour ; le Cantique du divin Amour. Ces ouvrages sont écrits d'un style un peu alambiqué, et l'auteur y suit les principes d'une mysticité incompréhensible à beaucoup de personnes, et qui G g 3 paru, dit le P. Faber, outrée à plusieurs. Le P. Maillard, Jésuite, les traduisit en françois, Paris, 1694, mais après y avoir fait divers retranchemens. Poiret, qui étoit fort versé dans la spiritualité, prétendoit avoir entendu parfaitement les sentimens de St. JEAN de la Croix; et jusqu'à sa Nuit obscure, tout lui paroissoit d'une clarté extrême. Le P. Honoré de Ste-Marie et le P. Dosithée de St-Alexis, religieux du même ordre, ont donné la Vie de ce Saint. Celle du P. Dosithée a été imprimée à Paris en 1727, deux vol. in-4.º Collet a écrit aussi la Vie de ce Saint; Paris, 1769, in-12.
XIX. JEAN de Bergame, (St.) fut placé sur le siège épiscopal de cette ville vers l'an 656, pour sa science et sa vertu consommées, et l'occupa très-fructueusement l'espace de 27 ans. Les Ariens déchiroient l'église : il s'éleva avec force contr'eux, et en toucha un grand nombre, qui, de persécuteurs, devinrent partisans de la vérité. Mais il fut la victime de son zèle : les chefs des Ariens, furieux et jaloux de voir diminuer leur nombre, firent assassiner ce saint homme en 683.
XX. JEAN Ier, Toscan, monta sur la chaire de St. Pierre après Hormisdas, en 523. Théodoric, voyant que l'empereur Justin persécutoit les Ariens, s'en venge sur les orthodoxes. Il fit enfermer Jean dans une dure prison à Ravenne, où il mourut en 526, regardé comme un martyr.
XXI. JEAN II, surnommé Mercure, Romain, fut pape après Boniface II, en janvier 533. Il approuva cette fameuse proposition, qui avoit fait tant de bruit sous Hormisdas : Un de la Trinité a souffert. Il y ajouta, a souffert dans sa chair, afin que cette proposition ne révoltât point les personnes peu instruites. Il mourut en mai 535.
XXII. JEAN III, surnommé Catelin, né à Rome, pape après Pélage I, le 18 juillet 560, montra beaucoup de zèle pour la décoration des églises, et mourut le 13 juillet 573.
XXIII. JEAN IV, de Salone en Dalmatie, tint un concile à Rome, où il condamna l'Ectèse d'Héraclins, qui ne tarda pas de se rétracter. (Voy. son article) : Jean fut élu pape en décembre 640; et mourut en octobre 642.
XXIV. JEAN V, Syrien, digne d'occuper le saint-Siège par son zèle, sa douceur et sa prudence, y monta en juillet 685, et mourut en août 687.
XXV. JEAN VI, Grec de nation, monta sur la chaire pontificale après Sergius, le 28 octobre 701, et mourut le 9 janvier 705.
XXVI. JEAN VII, Grec, pape après le précédent, le 1er mars 705, mort le 17 octobre 707, ternit son pontificat par sa complaisance pour l'empereur Justinien. Ce prince avoit toujours à cœur de faire confirmer par le pape, les canons du concile de Trullo, qui s'étoit assemblé par son ordre. Il en envoya les volumes à Rome, avec une lettre adressée au pape, par laquelle il le conjuroit d'assembler un concile, de confirmer ce qu'il approuvoroit dans ces volumes, et de rejeter le reste; mais le pape Jean VII, dit l'abbé Fleury, craignant de déplaire à l'empereur, lui envoya ces volumes sans avoir rien corrigé. Ce qu'il fit de mieux, fut le rétablissement de St. Wilfride, archevêque d'Yorck, dans son siège; et non pas Jean VI, comme le dit Ladvocat.
XXVII. JEAN VIII, Romain, pape après Adrien II, le 14 décembre 872, couronna empereur Charles le Chauve en 875. Il vint en France l'an 878. Il se rendit à Troyes, où il tint un concile, et où il reconnut solennellement Louis le Bègue, non comme empereur, mais comme roi. La nouvelle qu'il eut des ravages que les Sarasins faisoient en Italie, l'obligea de repasser les Alpes; il fut même contraint de lui payer un tribut annuel de 25,000 marcs d'argent. Dans le même temps, se laissant fléchir aux prières de Basile, empereur d'Orient, et surprendre aux artifices de Photius, il reçut ce patriarche intrus à la communion de l'église, et le rétablit sur le siège de Constantinople. Cette complaisance surprit tous les orthodoxes, et a fait dire au cardinal Baronius, que c'est ce qui a sans doute donné occasion au vulgaire de s'imaginer que Jean VIII étoit femme, et que c'est là le fondement de la fable de la papesse Jeanne. Photius, par une longue trame d'impostures et de fourberies, vint à bout de faire tenir un concile nombreux à Constantinople, en 879, dont il régla toutes les opérations selon ses vues. Il y présenta les lettres du pape, qui, quelque favorables qu'elles pussent lui être, ne l'étoient pas encore assez à ses yeux. Les lettres qu'il présenta, étoient altérées et bien différentes des originaux; les Grécs en conviennent eux-mêmes. (Voy. Beveridge, Pandecta, can. apost. et conc.) Le pape ayant ensuite envoyé Marin, en qualité de légat, à Constantinople, pour s'informer exactement de tout ce qui s'étoit passé au concile de Photius, apprit le mystère d'iniquité. Il déclara nul ce synode, où ses légats intimidés ou corrompus par Photius, avoient agi contre les ordres qu'ils avoient reçus dans leurs instructions, et excommunia en même temps Photius. Ce pontife mourut le 15 décembre 882, après avoir gouverné l'église pendant dix ans. Nous avons de lui, 320 Lettres, par lesquelles on voit qu'il prodiguoit tellement les excommunications, qu'elles passaient en formules. Il fit une brèche à l'ancienne discipline, en communant les pénitences en pèlerinages.
XXVIII. JEAN IX, natif de Tivoli, diacre et moine de l'ordre de Saint-Benoit, successeur du pape Théodore II, au mois de juillet 898, mourut en novembre 900.
XXIX. JEAN X, évêque de Bologne, puis archevêque de Ravenne sa patrie, succéda à Landon. Il monta sur le trône pontifical en 914, par le crédit de Théodora, femme puissante et sa maîtresse. Ce pontife étoit plus propre à manier les armes que la crosse. Il défit les Sarasins, qui désoloient depuis quelque temps l'Italie. Jean X fut enfermé dans un cachot par ordre de Marosic, fille de Théodora, et on l'étouffa le 2 juillet 928, en lui pressant un oreiller sur la bouche. Luiprand dénigre ce pape, qui ne dut son intronisation qu'à l'intrigue. Mais le pané- G g 4 472 J E A gyriste de l'empereur *Berenger*, le représente comme un pontife sage et attaché à ses devoirs. Entre ces deux témoignages contre-ictoires, il est difficile de se décider. xxx. JEAN XI, fils, non du pape *Sergius*, comme *Luitprand* l'avance sur des bruits populaires; mais d'*Alberic*, duc de Spolette, et de *Marosie* (la même qui fit périr *Jean X*), fut fait pape à 25 ans, par le crédit de sa mère, en mars 931. *Marosie*, monstre de lubricité et d'ambition, ayant épousé *Hague*, roi d'Italie, après la mort de *Gui*, duc de Toscane, son 2$^{e}$ mari; *Alberic*, son fils, la fit enfermer, avec le pape *Jean XI*, son frère utérin, dans le château Saint-Ange. *Jean XI* mourut dans cette prison en 936, victime de l'ambition de sa mère et de la cruauté de son frère. xxxI. JEAN XII, Romain, fils d'*Alberic*, patrice de Rome, succéda à la dignité et à l'autorité de son père, quoique clerc. Il se fit ordonner pape le 20 août 956, et prit le nom de *Jean XII*. C'est le premier pape qui ait changé de nom à son avènement au pontificat (il s'appeloit *Octavius*). Il n'avoit que 18 ans, lorsqu'il fut élu. *Berenger* s'étant alors fait couronner roi, tyrannisoit l'Italie. *Jean XII* implora le secours d'*Othon I*, qui passa les monts et vengea le pontife. *Jean* couronna l'empereur, et lui jura sur le corps de *St. Pierre*, une fidélité inviolable; mais cette fidélité ne fut pas de longue durée. Il s'unit avec le fils de *Berenger* contre son bienfaiteur. *Othon* revint à Rome, fit assembler un concile en 963. L'indigne pontife fut accusé de plusieurs crimes, entre autres : « d'avoir paru l'épée au côté, la cuirasse sur le dos, et le casque en tête; d'avoir bu à la santé du Diable; d'avoir donné à ses maîtresses le gouvernement de plusieurs villes, les croix et les calices de l'église de *St. Pierre*. » On le déposa et on mit à sa place *Léon VIII*. Le pape déposé rentra pourtant dans Rome après le départ de l'empereur : il se vengea en faisant mutiler les deux principaux moteurs de sa déposition, en leur faisant couper la langue, le nez et les doigts; il assembla ensuite un concile, pour casser les actes de celui qu'on avoit convoqué contre lui. Ses infortunes ne l'avoient pas corrigé : il fut assassiné peu de temps après, en 964, par un mari dont il avoit souillé le lit. *Luitprand* attribue sa mort à une autre cause. Il raconte sérieusement que « les Démons le frappèrent si rudement un soir qu'il étoit couché avec une femme, qu'il en mourut huit jours après. » Ces Démons-là entendoient bien mal leurs intérêts. xxxII. JEAN XIII, Romain, fut élu pape le 1$^{er}$ octobre 965, par l'autorité de l'empereur, contre le gré des Romains. *Pierre*, préfet de Rome, le fit chasser en 966. *Othon* fit prendre douze des principaux auteurs de la sédition, et livra *Pierre* au pape, qui le fit fouetter et promener par la ville, assis à rebours sur un âne, et l'envoya en exil. Pendant qu'*Othon* étoit à Rome, le démon s'empara, dit-on, d'un des seigneurs de sa suite. On eut recours à la *Chaine de St. Pierre*, qu'on lui mit autour du cou, et il fut guéri. *Thierri*, évêque de Metz, témoin du miracle, se saisit aussi- lôt de la chaîne, protestant qu'il se feroit plutôt couper la main que de lâcher sa prise. Le pape calma sa sainte frénésie, en lui en donnant un chaînon. Jean mourut le 6 septembre 972. Baronius se trompe en lui attribuant la cérémonie de la bénédiction des cloches, plus ancienne que lui de deux siècles. xxxiii. JEAN XIV, évêque de Pavie et chancelier de l'empereur Othon II, obtint la papauté après Benoît VII, en novembre 983. Il quitta le nom de Pierre qu'il avoit auparavant, par respect pour le prince des apôtres, dont aucun des successeurs n'a porté le nom. Il fut mis en prison au château Saint-Ange, par l'antipape Boniface VIII, (Voyez ce mot.) et y mourut de misère ou de poison le vingt août 984. xxxiv. JEAN XV, Romain, fils de Robert, fut élu pape après Jean XIV; mais, soit qu'il soit mort avant son ordination, ou pour d'autres raisons, on ne le compte parmi les papes que pour faire nombre. Il étoit savant, et avoit composé divers ouvrages. xxxv. JEAN XVI, Romain, fut mis sur le saint Siège après la mort de l'antipape Boniface VII, et celle de Jean XV, l'an 985. Il canonisa St. Udalric, évêque d'Augsbourg, le 3 février 993; et c'est le premier exemple de canonisation solennelle. Jean XVI eut beaucoup à souffrir du patrice Crescentius, qui s'étoit emparé de l'autorité dans Rome. Il n'oublia rien pour maintenir ou rétablir la paix entre les princes Chrétiens, et mourut d'une fièvre violente le 30 avril 996. xxxvi. JEAN XVII, nommé auparavant Siccon, Romain, d'une famille illustre, fut élu pape après la mort de Sylvestre II, le 13 juin 1003, et mourut le 7 décembre de la même année. —Il faut le distinguer de l'antipape JEAN XVII, nommé auparavant Philagathe, auquel les gens de l'empereur Othon III coupèrent les mains et les oreilles, et arrachèrent la langue, en 998. Voyez les art. OTHON III et GRÉGOIRE V. xxxvii. JEAN XVIII, Romain, successeur de Jean XVII, le 26 décembre 1003. On prétend que de son temps l'élection des papes fut ôtée au peuple pour être transportée au clergé. Sur la fin de sa vie, il abdiqua la papauté pour se retirer à l'abbaye de Saint-Paul de Rome, où il embrassa la vie monastique. Il mourut le 18 juillet 1009. xxxviii. JEAN XIX, fils de Grégoire, comte de Tusculum, et frère du pape Benoît VIII, lui succéda en 1024. Il couronna l'empereur Conrad II en 1027, et mourut en mai 1033. Sous son pontificat, les Grecs corrompirent la plupart des prélats de la cour Romaine, dans le dessein d'obtenir le titre d'Écuménique pour le patriarche de Constantinople. Platine l'a nommé Jean XX, parce qu'adoptant l'erreur de son temps, il a compté, parmi les pontifes Romains, la prétendue papesse Jeanne; mais ce pape est réellement Jean XIX. xxxix. JEAN XXI, Portugais, fils d'un médecin et médecin lui-même, devint archevêque de Brague, cardinal, et enfin pape le 13 septembre 1276. On devoit le nommer Jean XX, puis- que le dernier pape du même nom étoit *Jean XIX*; mais comme quelques-uns ont compté pour pape *Jean* fils de *Robert*, et qu'ils ont aussi inséré l'antipape *Philagathe*, on a nommé celui-ci *Jean XXXI*. Il envoya des légats à *Michel Paléologue*, pour l'exhorter à observer ce qui avoit été résolu au concile de Lyon, tenu sous *Grégoire X*, et révoqua la constitution de ce pape touchant l'élection du souverain pontife. Ce pape disoit à ses amis, qu'il se promettoit une longue vie; mais il fut écrasé, environ huit mois après son élection, par la chute d'un bâtiment qu'il faisoit construire à Viterbe. Il expira le 16 mai 1277. On a de lui, des *Ouvrages* de philosophie, de médecine et de théologie.
XL. JEAN XXII, naquit à Cahors, d'une bonne famille, et non d'un cordonnier, comme l'assurent presque tous les historiens. Son nom étoit *Jacques d'Euse*. Il avoit, sous un extérieur peu avantageux, beaucoup d'esprit, et il le perfectionna par l'étude. *Charles II*, roi de Naples, instruit de son mérite, le donna pour précepteur à son fils. De dignité en dignité, il parvint à la pourpre, dont *Clément V* le décora en 1312, et enfin à la papauté le 7 août 1316. Les cardinaux ne pouvant s'accorder après la mort de *Clément V*, résolurent, dit *Villani*, de s'en rapporter à lui pour le choix d'un nouveau pontife. Il se nomma lui-même, en disant : *Ego sum Papa*. Mais cette anecdote de *Villani*, paroît détruite par la lettre circulaire du nouveau pontife aux évêques et aux princes. Il y parle de l'unanimité des suffrages des cardinaux, et de l'é- tat d'incertitude où l'avoit laissé la crainte de s'imposer le pesant fardeau du pontificat. L'un des premiers soins de *Jean XXII*, fut d'ériger diverses abbayes en évêchés, et de former des métropoles de plusieurs villes épiscopales. Toulouse devint un archevêché; on lui donna pour suffragans, Montauban, Lavaur, Mirepoix, Saint-Papoul, Rieux, Lombez et Pamiers. Les évêchés de Saint-Flour, de Vabres, de Castres, de Tulle, de Condom, de Sarlat, de Luçon, de Maillezais, furent érigés. Le pontificat de *Jean XXII* fut troublé par plusieurs querelles. On détaillera la première dans l'article de l'empereur *Louis de Bavière*. *Voyez* aussi CORBIÈRE. La seconde ressembloit assez à la dispute de l'isle de Lilliput, sur la manière d'ouvrir un œuf. Ce fut vers l'an 1322 qu'elle éclata. Un *Béranger* enseigna, d'après je ne sais quel *Béguard*, mis à l'inquisition de Toulouse, que *Jesus-Christ ni les Apôtres n'avoient rien possédé, ni en commun, ni en particulier*. C'étoit, selon lui, un article de foi. Les Franciscains demandèrent à cette occasion, s'ils pouvoient dire que leur potage leur appartint lorsqu'ils le mangeoient. Les uns soutenoient l'affirmative, les autres la négative. L'affaire fut portée au pape, qui voulut bien perdre son temps à l'examiner. Les Cordeliers assemblés alors à Pérouse pour leur chapitre général, au lieu d'attendre la décision du pontife, se déclarèrent contre la non-propriété, et la firent enseigner par leurs docteurs. Une autre querelle, non moins intéressante, électrisoit depuis quelque temps les têtes des premiers hommes de l'ordre. Leur habit devoit-il être blanc, gris, noir, court ou long, de drap ou de serge? Le capuchon devoit-il être pointu ou rond, large ou étroit? Ces graves impertinences produisirent autant de chapitres, de congrégations, de bulles, de manifestes, de livres de satires, que s'il eût été question du bouleversement de l'Europe, ou de la destruction du Christianisme. Toutes ces questions qui heureusement n'intéressent en rien la religion, et dignes de mépris, selon Don Calmet, furent décidées, après de longs débats, par les docteurs du chapitre de Pérouse. Jean XXII, justement offensé de ce que les Frères Mineurs avoient prévenu son jugement, condamna leurs décisions par ses extravagantes, Câm inter, etc. Les Cordeliers, irrités de leur côté, embrassèrent le parti de l'empereur, brouillé alors avec le pape. Ils traitèrent celui-ci d'hérétique, et ne cessèrent de déclamer contre lui. Quelques-uns de ces fanatiques périrent dans le bûcher. Jean XXII résolut même d'abolir l'ordre entier, et il l'auroit fait, si la politique n'eût arrêté le bras de la vengeance... La troisième dispute qui agita son pontificat, fut celle de la Vision bénifique. Ce fut le jour de la Toussaint de l'année 1331, qu'il développa dans un sermon ses sentimens sur cette matière. « La récompense des Saints, dit-il, avant la venue de Jésus-Christ, étoit le sein d'Abraham; après son avènement, sa passion et son ascension, leur récompense jusqu'au jour du jugement est d'être sous l'autel de Dieu, c'est-à-dire sous la protection et la consolation de l'humanité de J.C.; mais après le jugement, ils seront sur l'autel, c'est-à-dire sur l'huma- nité de J. C. » Le pape répéta la même doctrine dans deux autres sermons qui firent beaucoup de bruit. Ses ennemis s'en prévalurent pour l'accuser d'hérésie; ses partisans prétendirent qu'il avoit plutôt voulu exposer qu'établir cette doctrine. En effet, dans sa dernière maladie, il donna, sur la question des ames saintes après la mort, une déclaration solennelle qui ne renfermoit rien que d'orthodoxe. La maladie qui le mit au tombeau, fut une défaillance de nature, qui ne devoit pas paroître surprenante dans un homme de plus de 90 ans. Il mourut, le 4 décembre 1334, après dix-huit ans et quelque mois de pontificat. Ce pontife avoit l'esprit pénétrant et capable des plus grandes affaires. L'amour de l'étude avoit nourri dans lui l'éloignement du faste, des vanités et des plaisirs. La frugalité de sa table répondoit à sa sobriété; on y servoit des mets plus grossiers que délicats. Il étoit naturellement très-économe. On trouva dans son trésor, suivant Villani, la valeur de vingt-cinq millions de florins d'or, dont 7 millions en vaisselle, bijoux, croix, vases d'église, et dix-huit millions en espèce, somme si exhorbitante qu'il y a apparence que cet historien a exagéré. Il est vrai que Jean XXII avoit employé toutes sortes de moyens pour amasser ce trésor, qu'il destinoit, dit-on, à la conquête de la Terre-sainte. Il s'étoit attribué la réserve de toutes les prébendes, de presque tous les évêchés, et le revenu de tous les bénéfices vacans. Il avoit trouvé par l'art des réserves, celui de prévenir presque toutes les élections, et de donner tous les bénéfices. Jamais il ne nommoit un évêque, qu'il n'en dé- 476 JEA plaçât sept ou huit; chaque promotion en attiroit d'autres, et toutes valoient de l'argent. Il se reprocha, sans doute, ces différentes manières de grossir son épargne; car, dans ses derniers momens; il abolit les réserves. C'est à lui qu'on attribue, selon le dictionnaire de *Ladvocat*, les *Taxes* de la chancellerie Romaine. La meilleure édition de ce livre est de 1564, in-8°, et la dernière est de 1744, in-12. On a de *Jean XXII* des lettres et des bulles bien écrites pour son temps, et plusieurs ouvrages, sur-tout sur la médecine, science qu'il connoissoit autant qu'on pouvoit la connoître dans un siècle dépourvu d'expériences et de lumières. I. *Thesaurus Pauperum*: c'est un traité de remèdes, imprimé à Lyon en 1525. II. *Un Traité des Maladies des Yeux*. III. *Un autre sur la formation du Fœtus*. IV. *Un autre de la Coutte*. V. *Des Conseils pour conserver la Santé*. VI. On lui attribue l'*Art transmutatoire des Métaux*, qui se trouve dans un recueil imprimé à Paris 1557, in-12; mais il y a grande apparence que ce livre n'est pas de lui.
XLI. JEAN XXIII, (Balthasar Cossa) Napoltain, avoit commencé par exercer le métier de corsaire. Il avoit été ensuite légat à Bologne, et s'y étoit conduit comme sur mer. L'argent qu'il sut répandre à propos, après la mort du pape *Alexandre V*, lui procura la tiare en 1410. Il promit de renoncer au pontificat, si *Grégoire XII* et *Pierre de Lune*, qui se faisoit appeler *Benoit XIII*, se désistoient de leurs prétentions. Il ratifia cette promesse le 2 mars 1415, dans une session du concile de Constance. L'empereur l'avoit forcé à cette démarche: il s'en repentit bientôt. Il n'étoit venu à Constance qu'à regret; et en regardant cette ville avant que d'arriver, il avoit dit à ses compagnons de voyage: *Je vois bien que c'est ici la fosse où l'on attrape les renards*. Il avoit fait une chute dans une montagne du Tirol; et comme on lui demandoit s'il n'étoit point blessé. *Non*, répondit-il; *mais je suis à bas, et je vois bien que j'aurais mieux fait de rester à Bologne*. Ayant résolu de s'évader de Constance, *Frédéric*, duc d'Autriche, donna un tournoi pour favoriser le dessein du pontife. *Jean XXIII* s'échappa dans la foule, déguisé en palefrenier. Il fut saisi à Fribourg, et transféré dans un château voisin. Le concile commença à instruire son procès. Selon les dépositions des témoins qu'on entendit, « *Jean XXIII* avoit été dès l'enfance sans docilité, sans pudeur, sans bonne foi, sans affection pour ses proches. Il s'étoit rendu habile dans toute espèce de simonie, pour faire son chemin dans l'état ecclésiastique. Durant ses légations, il avoit été le fléau des peuples qui dépendoient de lui. Pour arriver au pontificat, il avoit hâté la mort d'*Alexandre V* par une potion empoisonnée. Étant pape, il ne s'étoit appliqué à aucun de ses devoirs. Point d'offices, point de jeûnes, point d'abstinences. Si quelquefois il disoit la messe, c'étoit sans décece et sans gravité, plutôt en cavalier qu'en pontife, plutôt pour conserver son rang que par dévotion. Ce sont les termes de la procédure. Suivant les mêmes dépositions, *Jean XXIII* étoit l'oppresseur des pauvres, l'ennemi de la justice, l'appui des mé- chans, l'idole des Simoniaques, l'esclave des voluptés, la sentine des vices, le scandale de l'église. C'étoit un marchand public de prélatures, de bénéfices, de reliques et de sacremens. C'étoit un dissipateur des biens de l'Église Romaine, un empoisonneur, un homicide, un parjure, un fauteur du schisme. C'étoit un homme entièrement décrié pour les mœurs, qui n'avoit respecté ni la pudeur des vierges, ni la sainteté du mariage, ni la barrière des cloîtres, ni les lois de la nature, ni celles de la parenté. C'étoit un endurci, un incorrigible, un hérétique notoire et opiniâtre, un impie, qui avoit cru que l'ame n'est point immortelle, et qu'il n'y a point d'autre vie après celle-ci. Nous ne rapportons, dit le P. Berthier, que nous copions ici, que la moindre partie de cette effrayante procédure. » Il y a apparence que Jean XXIII n'étoit point coupable de tous les crimes dont on l'accusoit, ou que du moins les témoins les avoient un peu exagérés; mais il en avoit commis assez pour être déposé. Il le fut le 29 mai 1415, et la sentence fut suivie de la prison. Après y avoir été retenu pendant trois ans, il n'en sortit que pour reconnoître Martin V. Ce pape l'accueillit avec beaucoup de bonté, le fit doyen du sacré collège, et lui donna une place distinguée dans les assemblées publiques. Cossa ne jouit pas long-temps de ces honneurs. Il mourut à Florence, six mois après, le 22 novembre 1419, et fut enterré magnifiquement par les soins de Côme de Médicis, son ami. Quelques reproches qu'on ait faits à ce pontife, on ne peut lui refuser beau- coup de courage dans l'adversité. Loin de se prévaloir du grand nombre d'amis qui s'offroient à faire un parti pour lui dans les derniers jours de sa vie, il sacrifica sa fortune au repos de l'église, et mourut en philosophe, après avoir passé sa jeunesse en brigand. Il fit même des vers dans la prison où il avoit été enfermé: ils prouvent qu'il avoit de l'esprit et du goût pour les lettres; il s'y plaint de ses amis, qui, la plupart, le trahirent ou l'abandonnèrent : Qui modò summus eram, gaudens et nomine prasul, Tristis et abjectus nunc mea fata gemo. Excelsus solio nuper versabar in alto, Cunctaque gens pedibus oscula prona debat. Nunc ego panarum fundo devolvor in imo; Vultum deformem quemque videre piget. Omnibus in terris aurum mihi sponte ferebant, Sed nec gata juvat, nec quis amicus adest. Sic varians fortuna vices, adversa secundis Subdit, et ambiguo nomine ludis atrox.
EMPEREURS, ROIS ET PRINCES.
XLII. JEAN Ier, surnommé ZIMISCÈS, d'une famille illustre, étoit officier des légions d'Orient. Il dut son élévation à l'impératrice Théophanon, femme de Nicéphore Phocas. Cette princesse s'étoit lassée bientôt d'un époux, qui étoit l'homme le plus mal fait et le plus laid de tout l'empire, et qui d'ailleurs n'aimoit pas les femmes, il couchoit presque toujours seul, et sur la terre. Théophanon ayant mis 478 J E A dans ses intérêts *Jean Zimiscès*, ce général se fit descendre dans une corbeille avec quelques conjurés, vis-à-vis l'appartement de *Nicéphore*, et il y entra par une fenêtre. On le trouva profondément endormi, couché sur une peau d'ours étendue par terre. *Zimiscès* lui donna un coup de pied pour l'éveiller, afin qu'il sentit toute l'horreur de son sort. Les conjurés se jetèrent sur lui, le percèrent de plusieurs coups, et lui tranchèrent la tête. *Zimiscès* fut alors déclaré empereur; mais le patriarche de Constantinople refusa de le couronner, jusqu'à ce qu'il eût expié son crime par la pénitence. On exigea encore de lui que l'impératrice fût chassée du palais, et reléguée dans une isle, et que les meurtriers de l'empereur fussent bannis. *Zimiscès* consentit à tout. *Théophanon* fut envoyée dans un monastère d'Arménie; châtiment trop doux pour de si grands forfaits. *Zimiscès*, pour rendre son usurpation moins odieuse, s'associa *Basile* et *Constantin*, fils de *Romain le jeune* et de *Théophanon*. Il fut solennellement couronné le jour de Noël, en 969. Quoiqu'il fût monté sur le trône par un crime, il gouverna, non en usurpateur, mais en roi. Il remporta des victoires signalées sur les Russes, les Bulgares et les Sarasins. Il avoit pris plusieurs places sur ceux-ci, et se préparoit à se rendre maître de Damas, lorsqu'il fut prévenu par la mort. En passant par la Cilicie, il fut frappé d'étonnement à la vue de quantité de maisons magnifiques, et ayant appris qu'elles appartenoient à l'eunuque *Basile*, son grand chambellan, il poussa un profond soupir, et dit: *Il est bien* triste que les travaux des Grecs ne servent qu'à enrichir un Eunuque!... *Basile*, craignant que l'empereur n'en vint des plaintes aux effets, et ne lui fît rendre compte de sa conduite, engagea un échanson, à force de promesses, à mettre du poison dans le breuvage de l'empereur. Ce crime fut exécuté, et *Zimiscès* mourut le 10 janvier 976. Il fut enterré dans l'église du Sauveur qu'il avoit fait bâtir. C'est lui qui fit graver le premier sur la monnaie l'image de Jésus-Christ, avec cette inscription: *JESUS-CHRIST, Roi des Rois*.
LXIII. JEAN II, (COMNÈNE) empereur de Constantinople, surnommé *Calo-Jean*, à cause de sa beauté, monta sur le trône après *Alexis Comnène*, son père, en 1118, et épouse la princesse *Irène* de Hongrie. Il combattit les Mahométans, les Serviens, et plusieurs autres barbares, sur lesquels il remporta de grands avantages. Il voulut reprendre Antioche sur les François; mais il ne put y réussir. Ayant échoué devant cette ville, il vécut à Constantinople, en bon prince, répandant des bienfaits sur le peuple, pardonnant à ses sujets rebelles, même à ceux qui avoient attenté à sa vie; bannissant le luxe de sa cour, et se montrant en tout le modèle des rois et des hommes. Il mourut le 8 avril 1143, à 55 ans, d'une blessure qu'il s'étoit faite à la chasse par une flèche empoisonnée. Un médecin lui ayant fait espérer, dit-on, de conserver sa vie, s'il voulait se résoudre à se laisser couper la main: *Non, non, dit-il, je n'en ai pas trop de deux pour manier les rênes de mon vaste Empire*. Le maréchal *Fabert* et le comédien Baron, dans de pareilles occasions, ont fait des réponses à per près semblables.
XLIV. JEAN III, (DUCAS-VATACE) empereur à Nicée, tandis que les Latins occupaient le trône impérial de Constantinople, étoit né à Didimotèque en Thrace, et sortoit de la famille impériale des Ducas. Il avoit épousé Hélène, fille unique de Théodore Lascaris, qui l'avoit désigné pour son successeur, en 1222. Il régna en grand prince. Les Latins ne purent rien contre lui, et il fit tout contre eux. Il recula les bornes de son empire, et fit des progrès rapides dans les pays qui l'environnoient, principalement sur les Croisés, qu'il réduisit, sous le règne de Robert de Courtenai, au seul territoire de Constantinople. Ayant conclu et ensuite compu la paix avec cet empereur, il fit, sous Baudouin II, alliance avec Azan, roi des Bulgares; et ces deux guerriers vinrent à trois différentes reprises, mettre le siège devant Constantinople, d'où ils furent chaque fois repoussés. Après la levée du dernier de ces sièges, l'an 1240, Vatace fut défait par Baudouin, qui l'obligea à faire la paix. Il abandonna alors le projet de se rendre maître de Constantinople; et ayant tourné ses armes dans la Thessalie, contre Jean Comnène, successeur de Théodore, il le rendit son tributaire. Il conclut ensuite un traité d'alliance avec les Turcs, et alla porter la guerre dans la Bulgarie, possédée par Michel, fils du roi Azan. Ce royaume devint le théâtre de sa gloire: il y combattit plusieurs années, jusqu'à ce qu'il eût repris toutes les villes que les Bulgares avoient conquises sur leurs voisins. Le succès de cette entreprise l'engagea de nouveau à attaquer les Croisés, et il leur enleva des isles qu'ils possédoient sur les côtes maritimes de l'Asie. Ces conquêtes l'ayant rendu formidable, il borna ses soins à rendre son peuple heureux; et, pour mieux réussir, il vécut toujours avec frugalité. Ce prince sage disoit que les dépenses d'un Monarque étoient le sang de ses sujets; que son bien étoit le leur, et qu'il devoit l'employer pour eux. Il fut pleuré à sa mort, arrivée en 1255, à 62 ans. Son attachement pour une jeune Allemande, à laquelle il accorda les mêmes honneurs qu'à l'impératrice, et qui lui fit commettre bien des injustices, ternit l'éclat de ses grandes qualités.
XLV. JEAN IV, (LASCARIS) fils de Théodore le jeune, lui succéda dans le mois d'août 1259, à l'âge de six ans. Il fit son entrée, le 14 août 1261, dans Constantinople, qui avoit été reprise sur les Latins; mais le despote Michel Paléologue arracha le sceptre impérial à cet enfant empereur, et lui fit crever les yeux le jour de Noël de la même année. Il le fit conduire ensuite en Bithynie où il traîna une vie languissante jusqu'au temps d'Andronic II Paléologue, sous l'empire duquel il mourut.
XLVI. JEAN V, (CANTACUZÈNE) ministre et favori d'Andronic Paléologue le Jeune, se servit de son pouvoir pour usurper l'empire. Ce prince lui ayant recommandé, en mourant, Jean et Emmanuel, ses deux fils, le perfide Cantacuzène se fit déclarer empereur, en 1345, à la place de ses pupilles. Il entra à 480 J E A Constantinople, les armes à la main, et força le jeune Jean Paléologue à épouser sa fille, et à lui laisser le titre d'empereur. Cet arrangement rétablit la paix pour quelque temps. Les Génois, qui formoient depuis long-temps une république florissante, firent le siège de Constantinople, en 1349, et remportèrent de grands avantages sur la flotte impériale. Cantacuzène leur offrit la paix, qu'ils acceptèrent. Si ce prince avoit tenu seul le sceptre, il auroit rendu de grands services à l'état: mais, obligé de consulter son collègue, il ne pouvoit faire tout le bien qu'il auroit voulu. Les deux empereurs, pour comble d'adversité, se brouillèrent tout-à-fait, et prirent les armes, dans le dessein d'abattre chacun son rival. Cette guerre civile dura près de trois ans. Enfin la réunion se fit; mais Cantacuzène, craignant que la paix ne fût pas sincère, prit le parti de renoncer à la couronne. Il se fit apporter un habit de moine dans le palais même, et s'en revêtit en présence de toute la cour. Après avoir quitté les marques de la dignité impériale, il alla s'enfermer dans un monastère du mont Athos. Il s'y retira de bonne grace, en 1355, et y vécut en philosophe. Ses sujets le regrettèrent; il avoit été plutôt leur père que leur maître. A sa perfidie près, on ne peut que le louer. Il fut grand prince, bon politique, excellent général. Il joignoit à ces qualités beaucoup d'esprit. Il fit cependant une faute, en donnant une de ses filles à Orcan, sultan des Turcs: ce fut un prétexte pour ce prince, non seulement de se saisir de tout ce que les Grecs possédoient encore en Asie, mais même de prendre plusieurs places en Europe. Avant que d'abdiquer, il avoit fait proclamer empereur Matthieu, son fils, que Jean Paléologue dépouilla de la dignité impériale. On a de Cantacuzène, une Histoire de l'Empire d'Orient, depuis 1340, jusqu'en 1354. Elle est écrite avec beau coup d'élégance, mais peut-être avec trop peu de vérité, du moins dans les événements qui le regardent. Il y rappelle à tous propos ses services. Il fait parade d'éloquence, dans de longs discours qu'il s'attribue, ou qu'il met dans la bouche des autres. Quoiqu'un écrivain moderne l'ait accusé «de n'avoir été qu'un comédien en matière de religion», son ouvrage dépose par-tout contre cette accusation. Son Histoire a été imprimée au Louvre, en 1655, 3 vol. in-fol, et traduite quelque temps après par le président Cousin.
XLVII. JEAN VI, (PALÉOLOGUE) succéda à son père, Andronic le Jeune, en 1341, dans l'empire de Constantinople. Il n'eut d'abord que la qualité d'empereur, par l'usurpation de Jean Cantacuzène; mais l'usurpateur s'étant démis, il occupa seul le trône. Voyez II. MATTHIEU. Cantacuzène avoit su contenir ou réprimer les ennemis de l'état, tantôt par la force, tantôt par la douceur, par des ménagemens, ou par des alliances. Mais dès la première année de son abdication, en 1355, les Turcs se rendirent maîtres de la Chersonèse, et entrèrent dans la Thrace sans trouver aucune résistance. Paléologue fut obligé de faire un traité de paix avec Amurat, leur empereur: il en obtint une trêve de quelques années, pendant laquelle J E A 481 laquelle il alla à Rome, implorer le secours des princes d'Occident. Il passa par Venise, où plusieurs particuliers lui prêtèrent des sommes considérables. N'ayant pu rien obtenir des puissances de la Chrétienté; il revint à Venise, où on le retint pour ses dettes. Manuel, son fils, le racheta. De retour à Constantinople, il eut à combattre un fils rebelle. Andronic, à qui il avoit laissé le gouvernement de l'état pendant son absence. Andronic, plein d'ambition et de cruauté, mit son père et ses frères en prison; ils n'en sortirent que deux ans après. Paléologue, qui n'aimoit que son repos, le jeu, la table, les femmes et la chasse, essuya bientôt de nouvelles disgraces. Bajazet, successeur d'Amirout, fit de nouvelles conquêtes sur l'empire, qu'il mit sur le penchant de sa ruine. Paléologue songea à fortifier Constantinople, dans la crainte qu'elle ne fût assiégée. Sous prétexte d'embellir la ville, il fit élever deux tours de marbre blanc, destinées à la défendre. Bajazet, ayant pénétré ses vues, ordonna à Paléologue de les abattre, et le menaça de faire crever les yeux à Manuel son fils, qu'il avoit en otage. L'empereur se vit obligé de démolir les tours; et le chagrin que lui causa cet affront, lui donna la mort peu de temps après, dans la 60e année de son règne, l'an 1390. Je ne sais d'où un historien moderne a pu tirer, si ce n'est de son imagination, l'admirable portrait qu'il fait de ce prince. Rien n'est plus opposé à la vérité de l'histoire. L'empire, déjà très-affoibli, n'avoit pas alors plus d'étendue que le tiers de la France; encore, dans ce petit espace, les Turcs étoient Toms VI. maîtres des principales villes. Il auroit fallu un héros pour soutenir le trône chancelant des Césars. Paléologue fut un souverain aussi négligent que foible. Il ne s'occupa que de plaisirs, lorsqu'il auroit dû se dévouer entièrement à la défense de son empire. Il mourut ruiné de débauches, bravé par ses ennemis, et méprisé de ses sujets.
XLVIII. JEAN VII. (PALÉOLOGUE) empereur de Constantinople, monta sur le trône en 1425, après la mort de son père Emmanuel; et ne fut pas plus heureux que lui. Les Turcs augmentèrent leurs anciennes conquêtes par de nouvelles victoires. Ils prirent Tessalonique, l'an 1431, et Jean craignit avec raison que son empire ne fût bientôt leur proie. Il ne pouvoit espérer du secours que des Latins; c'est ce qui lui fit souhaiter l'union de l'église grecque avec la latine. Le pape Eugène IV le sut, et lui envoya des légats pour le maintenir dans ce dessein, et lui faire savoir qu'il avoit indiqué un concile à Ferrare. Jean y vint lui-même, l'an 1438, suivi de plusieurs prélats et princes Grecs, et y fut reçu avec une magnificence extraordinaire. Le concile ayant été transféré à Florence à cause de la peste, l'union des Grecs et des Latins y fut conclue, l'an 1439. En conséquence de cette union, le pape avoit promis à l'empereur, 1.º d'entretenir tous les ans trois cents soldats et deux galères pour la garde de la ville de Constantinople; 2.º que les galères qui porteroient les pèlerins jusqu'à Jérusalem, iroient à Constantinople; 3.º que quand l'empereur auroit besoin de vingt galères H h 482 J E A pour six mois, ou de dix pour un an, le pape les lui fourniroit; 4° que s'il avoit besoin de troupes de terre, le pape solliciteroit fortement les princes Chrétiens d'Occident de lui en fournir. Le décret d'union ne contenoit aucune erreur. Il ne changeoit rien dans la discipline des Grecs, il n'altéroit en rien la morale; on y reconnoissoit la primauté du pape, qu'aucune église n'avoit jamais contestée. L'union prou-roit d'ailleurs un secours de la plus grande importance pour l'empire de Constantinople. Cependant le clergé ne voulut, ni accéder au décret, ni admettre aux fonctions ecclésiastiques ceux qui l'avoient signé. Bientôt on vit, contre les partisans de l'union, une conspiration générale du clergé, du peuple, et sur-tout des moines, qui gouvernoient presque seuls les consciences, et qui soulevèrent tous les citoyens, et jusqu'à la plus vile populace. Ce soulèvement général engagea la plupart de ceux qui avoient été à Florence, à se rétracter. On attaqua le concile tenu dans cette ville, et tout l'Orient condamna l'union qui s'y étoit faite. L'empereur voulut soutenir son ouvrage: on le menaça de l'excommunier, s'il continuoit de protéger l'union, et de communiquer avec les Latins. Tel étoit l'état d'un successeur de Constantin le Grand. C'est au milieu de ces dissensions, que Jean retourna en Orient. Il mourut, le 31 octobre 1448, après un règne de 29 ans. Les chagrins que lui causèrent les agitations de son empire, hâtèrent sa mort. Ce prince n'eut aucune vertu militaire. La politique fut l'unique arme qu'il put opposer à ses ennemis, et il sut en faire usage. Voy. EUGÈNE IV.
XLIX. JEAN, dit le Bon, fils de Philippe de Valois, roi de France, succéda à son père, le 22 août 1350, à 40 ans. Il commença son règne par faire couper la tête, sans aucune forme de justice, au comte d'Eu, connétable. Cette violence, au commencement d'un règne, dit le président Hesnault, aliena tous les esprits, et fut cause en partie des malheurs du roi. Charles d'Espagne de la Cerda, qui avoit la charge du comte d'Eu, fut assassiné peu de temps après par le roi de Navarre, Charles le Mauvais. Ce prince étoit irrité de ce qu'on lui avoit donné le comté d'Angoulême, qu'il demandoit pour la dot de sa femme, fille du roi Jean. Ce dernier monarque s'en vengea, en faisant trancher la tête à quatre seigneurs, amis du Navarrois. Des exécutions aussi barbares ne pouvoient produire que des cabales, et ces cabales mirent le royaume sur le bord du précipice. Charles, Dauphin de France, ayant invité le roi de Navarre de venir à Rouen à la réception du duc de Normandie, le fit arrêter, le 5 avril 1356. Cette détention réunit contre la France les armes de Philippe, frère du roi de Navarre, et celles d'Edouard III, roi d'Angleterre. Edouard, prince de Galles, fils du monarque Anglois, connu sous le nom de Prince Noir, s'avança avec une armée redoutable, quoique petite, jusqu'à Poitiers, après avoir ravagé l'Anvergne, le Limousin et une partie du Poitou. Le roi Jean accourt à la tête d'un corps nombreux, l'atteint à Maupertuis à 2 lieues de Poitiers, dans des vignes, d'où il ne pouvoit se sauver, et lui livre bataille, le 19 septembre 1356, malgré les offres que faisoit *Edouard* de tendre tout, et de mettre bas les armes pour sept ans. Cette journée, connue sous le nom de *Bataille de Poitiers*, fut fatale au roi *Jean*. Il fut entièrement défait avec une armée de plus de 40 mille hommes, quoique les Anglois n'en eussent que 12 mille; mais la discipline l'emporta sur la bravoure et sur le nombre. Les principaux chevaliers de France périrent; le reste prit la fuite. Le roi, blessé au visage, fut fait prisonnier, avec *Philippe*, un de ses fils, par un de ses sujets qu'il avoit banni, et qui servoit chez les ennemis. Le *Prince Noir* donna à souper au roi *Jean*, qui ne parut point abattu par son malheur. *Je comptois*, dit-il à *Edouard*, vous donner à souper aujourd'hui; mais la fortune en a disposé autrement, et a voulu que ce fût vous qui m'en donnassiez... Quoique la journée, lui répondit le vainqueur, n'ait pas été heureuse pour vous, vous avez pourtant lieu de vous en applaudir, puisque vous y avez montré la plus grande valeur. On a dit du roi *Jean*: *VICT*, *QUANQUAM VICTUS*. Le *Prince Noir* mena ses deux prisonniers à Bordeaux et à Londres, où il les traita avec autant de politesse que de respect. Lorsque *Jean* arriva dans cette ville, *Edouard* avoit à sa cour les rois d'Écosse et de Chypre. Ce qui paroîtra aujourd'hui extraordinaire, c'est que le maire de Londres, simple marchand de vin, invita chez lui ces quatre princes, et les reçut avec une magnificence dont on n'a pas d'idée. Le roi de France fit paroître autant de courage que de résignation pendant sa prison. *Edouard* lui ayant offert sa liberté à condition qu'il feroit hommage du royaume de France, comme relevant de celui d'Angleterre, il lui fit une réponse aussi ferme que noble: *Les droits de ma couronne*, lui dit-il, sont inaliénables. *J'ai reçu de mes aïeux un royaume libre; je laisserai un royaume libre à mes descendans. Le sort des combats a pu disposer de ma personne, mais non des droits sacrés de la Royauté. La prison du roi fut dans Paris le signal de la guerre civile. Le Dauphin*, déclaré régent du royaume, le voit presque entièrement révolté contre lui. Il est obligé de rappeler ce même roi de Navarre, qu'il avoit fait emprisonner. C'étoit, dit un homme d'esprit, déchaîner son ennemi. Le Navarrois n'arrive à Paris que pour attiser le feu de la discorde. *Marcel*, prévôt des marchands, à la tête d'une faction de paysans, appelée *la Jacquerie*, fait massacrer *Robert de Clermont*, maréchal de Normandie, et *Jean de Conflans*, maréchal de Champagne, en présence et dans la chambre même du *Dauphin*. Les factieux s'attroupent de tous côtés; et, dans cette confusion, ils se jettent sur tous les gentilshommes qu'ils rencontrent. Ils portent leur fureur brutale jusqu'à faire rôtir un seigneur dans son château, et à contraindre sa fille et sa femme de manger la chair de leur époux et de leur père. *Marcel*, dans la crainte d'être puni de tous ses crimes par le régent qui avoit investi Paris, alloit y mettre le comble en livrant la ville aux Anglois, lorsqu'il fut assommé par *Jean Maillard* d'un coup de hâche, le 1er août 1358. On publie à l'instant la trahison et la mort du coupable; on égorge ses complices. Les Parisiens, touchés de repentir, en- H h 2 484 JEA voient une députation au régent, pour le prier d'entrer dans la ville, où il est reçu avec acclamation. Un bourgeois lui dit néanmoins avec impudence : *Fardieu, Sire, si l'on m'avoit cru, vous n'y seriez pas entré ; mais on y fera peu pour vous*. Cet insolent alloit être puni, lorsque le *Dauphin* arrêta le coup, en répondant froidement : *On ne vous auroit pas cru, beau Sire*. Une amnistie générale, dont les plus séditieux furent exceptés, affaiblit beaucoup l'esprit de révolte. Dans ces convulsions de l'état, *Charles de Navarre* aspiroit à la couronne. Le *Dauphin* et lui s'étoient fait une guerre sanglante, qui ne finit que par une paix simulée. Enfin, le roi *Jean* sortit de sa prison de Londres. La paix fut conclue à Brétigni en 1360 : *Edouard* exigea pour la rançon de son prisonnier environ trois millions d'écus d'or, le Poitou, la Saintonge, l'Age-nois, le Périgord, le Limousin, le Quercy, l'Angoumois et le Rouergue. La France s'épuisa. On fut obligé de rappeler les Juifs, et de leur vendre le droit de vivre et de commercer. Le roi *Jean* compta 600 mille écus d'or pour le premier payement ; mais n'ayant pas de quoi payer le reste de sa rançon, il retourna se mettre en étage à Londres, et y mourut le 8 avril 1364, à 54 ans, après en avoir régné 14. On dit malignement dans le temps, et on l'a répété depuis, que son amour pour la belle comtesse de *Salisbury* fut le principal motif de son retour en Angleterre. C'est ainsi qu'on terni, par des motifs ridicules, les actions les plus louables... La variation des monnoies sous ce règne, est la preuve la plus forte des malheurs qui le désolèrent. Le roi fut réduit à payer ce qu'il achetoit pour sa maison, avec une petite monnoie de cuir, qui avoit au milieu un petit clou d'argent. Cette variation étoit l'impôt le plus commun de ces temps funestes, et sans doute le plus fatal au commerce : aussi le peuple obtint-il, comme une grace, qu'il fût remplacé par les *Tailles*. Les états généraux lui accordèrent une *Aide*, et ce prince leur permit de nommer les officiers qui devaient faire cette levée. C'est à ces officiers, qui ne devaient subsister qu'autant que l'*Aide* devoit avoir cours, que l'on peut rapporter l'origine des *Cours des Aides*. Ce qui est étrange, c'est que le luxe ne fut jamais porté plus loin par les grands seigneurs : le roi leur en donnoit lui-même l'exemple. Une chose qu'on ne doit pas oublier, c'est que dans les états généraux de 1355, il signa presque les mêmes règlements, la même charte qui fait les fondemens de la liberté de l'Angleterre. Mais la charte des François ne fut qu'un règlement passager, au lieu que celle des Anglois fut une loi perpétuelle. *Jean* étoit certainement un preux chevalier, dit *St-Foix* ; mais d'ailleurs un prince sans génie, sans conduite, sans discernement ; n'ayant que des idées fausses ou chimériques, outrant la probité comme la bravoure ; d'une facilité étonnante avec un ennemi qui le flattoit, et d'un entêtement orgueilleux avec des ministres affectionnés qui osaient lui donner des conseils : impatient, fantasque, et ne parlant que trop souvent avec humeur au soldat. Un jour qu'on chantoit la chanson de *Roland*, comme c'étoit l'usage dans les marches : Il y a long temps ; dit-il, qu'on ne voit plus de Rolands parmi les François. — On y verroit encore des Rolands, lui répondit un vieux capitaine, s'ils avoient un Charlemagne à leur tête. Ses principales qualités furent la bravoure, la générosité et la franchise. Il disoit que si la foi et la vérité étoient bannies du reste du monde, elles devoient se retrouver dans la bouche des rois. Il institua en 1351, ou, selon d'autres, il rétablit l'ordre de l'Etoile, qui fut, dit-on, institué par le roi Robert. Cet ordre reçut pour devise ces mots : MONSTRANT REGIBUS ASTRA FIAM. Les Astres dirigent la course des Rois, (par allusion aux rois Mages...) Jean institua cette dignité chevaleresque, pour faire revenir à sa cour les seigneurs qu'il vouloit en décorer, et pour tâcher de regagner leur amitié. « La devise, dit un auteur, étoit d'autant plus flatteuse pour les nouveaux chevaliers, que le roi, en les présentant sous l'emblème des astres, sembloit leur promettre de les consulter désormais, et de les prendre pour guides. » Cet ordre fut éteint en 1460. Jean avoit épousé en premières noces Bonne de Luxembourg, morte en 1349 ; et en secondes Jeanne comtesse d'Auvergne, dont il n'eut point d'enfans, et qui mourut en 1361. Voyez CHARLES V. L. JEAN SANS-TERRE, roi d'Angleterre, 4e fils du roi Henri II, fut usurpateur de la couronne en 1199, sur Artus de Bretagne, son neveu, à qui elle appartenoit. Ce prince ayant voulu le chasser du trône dont il s'étoit emparé, fut pris dans un combat en 1202. Le vain- queur fit enfermer le vaincu dans la tour de Rouen, et le poignarda, dit-on, de sa main. L'Europe accusa avec raison le roi Jean d'avoir ôté la vie à son neveu. Constance, mère de ce jeune prince, demanda justice à Philippe-Auguste de ce meurtre, commis dans ses terres et sur la personne de son vassal. L'accusé, ajourné à la cour des pairs, ayant refusé de compa-roitre, fut condamné à mort, et toutes ses terres situées en France furent confisquées au profit du roi. Philippe se mit bientôt en devoir de profiter du crime du roi son vassal. Jean, endormi dans la mollesse et dans les plaisirs, se laissa prendre la Normandie, la Guienne, le Poitou, et se retira en Angleterre, où il étoit haï et méprisé. Son indolence fut si grande, que, sur le rapport qu'on lui fit des progrès du roi de France : Laissez-le faire, dit-il ; j'en reprendrai plus en un jour qu'il n'en prendra dans une campagne. Abandonné de tout le monde, il crut regagner le cœur de ses sujets, en signant deux actes, le fondement de la liberté, et la source des guerres civiles d'Angleterre. Le premier fut nommé la Grande Charte, et le second la Charte des Fords. Pour comble de malheur, ses prétentions sur le clergé de son royaume, et la manière dure dont il les faisoit valoir, le brouillèrent, en 1212, avec le pape Innocent III. Voyez ce mot. Ce pontife mit l'Angleterre en interdit, et défendit à tous les sujets de Jean de lui obéir. Il ne sortit de l'embavras où les foudres du Vatican l'avoient jeté, qu'en soumettant sa personne et sa couronne au saint siège. Un légat du pape reçut l'hommage H h 3 486 JEA qu'il lui en fit à genoux, en ces termes : « Moi JEAN, par la grace de Dieu, roi d'Angleterre, et seigneur d'Hibernie, pour l'expiation de mes péchés, de ma pure volonté, et de l'avis de mes barons, Je donne à l'église de Rome, au pape Innocent et à ses successeurs, les royaumes d'Angleterre et d'Irlande avec tous leurs droits, je les tiendrai comme vassal du pape : je serai fidelle à Dieu, à l'église Romaine, au pape mon seigneur, et à ses successeurs légitimement élus. Je m'oblige de lui payer une redevance de mille marcs d'argent par an, savoir 700 pour le royaume d'Angleterre, et 300 pour l'Hibernie. » Alors on mit de l'argent entre les mains du légat, comme premier payement de la redevance. On lui remit la couronne et le sceptre. Le ministre Italien foula l'argent aux pieds, et garda la couronne et le sceptre cinq jours ; il rendit ensuite ces ornemens au roi, comme un bienfait du pape, leur commun maître. Cette donation, en le faisant peu estimer de ses sujets, produisit bientôt des révoltes. Après que Jean eût été battu en plusieurs rencontres, et que le roi Philippe-Auguste eut gagné la bataille de Bouvines en 1214, les barons se soulevèrent. Le primat Langton se mit à la tête des factieux. On força le prince à signer la grande charte, regardée encore aujourd'hui comme le fondement de la liberté Angloise. Les articles principaux sont ceux-ci : « Le roi n'imposera aucune taxe sans le consentement d'une assemblée de la nation. On ne fera le procès à personne que d'une manière légale. Nul homme libre ne sera emprisonné, banni, que par le jugement de ses pairs. Tous les hommes libres peuvent sortir du royaume, et y rentrer. Londres et les autres villes et bourga conserveront leurs anciennes franchises. Tout homme libre disposera de ses biens à sa volonté, et ses héritiers naturels lui succéderont, s'il meurt sans testament. Les officiers de la couronne ne pourront prendre ni voiture, ni chevaux, ni bois, malgré les propriétaires. Les amendes seront proportionnées aux délits, et n'iront jamais jusqu'à la ruine entière du coupable. Un villain ou paysau, s'il est mis à l'amende, ne pourra être dépouillé de ses instruments de labourage, etc. » Le roi Jean se crut plus lézé, en laissant par cette charte à ses sujets les droits les plus naturels, qu'il ne s'étoit cru dégradé en se soumettant au pape. Il se plaignit de cette charte, comme du plus grand affront fait à la dignité royale. En parcourant ce titre important, on verra seulement que les droits du genre humain n'y ont pas été assez défendus. On s'apercevra que les communes qui portaient le plus grand fardeau, et qui rendoient les plus grands services, n'avoient nulle part à ce gouvernement qui ne pouvoit fleurir sans elles. Les barons ayant mis ce rempart contre le despotisme, s'emparèrent de l'autorité royale. Ils appelèrent Louis, fils du même Philippe, et le couronnèrent à Londres, le 20 mai 1216. Jean en conçut un si grand désespoir, que, si nous en voulons croire Matthieu Paris, il fut prêt à suivre Miramolin, roi des Sarasins, et à sa faire mahométan, s'il le délivroit de ses ennemis. Ce projet ne doit point surprendre dans un prince qui ne croyoit pas à l'immortalité de l'ame ; qui disoit, selon M. de Montigni, que depuis qu'il s'étoit réconcilié avec Dieu et avec le pape, il n'avoit essuyé que des disgraces, et qui se permettoit sur la religion, les plaisanteries les plus insultantes. Enfin, après avoir erré de ville en ville, il essuya un nouveau malheur, qui hâta sa mort. Au passage de l'Onash, près de Lyn, dans la province de Norfolk, ses joyaux et sa caisse militaire furent engloutis dans des gouffres. Il prit si fort à cœur cet accident, qu'une intempérance par un excès de péches, se joignant le soir même à son chagrin, il fut saisi d'une fièvre violente, qui l'emporta le 19 octobre 1216. Ce prince, que ses inquiétudes, ses crimes et ses malheurs ont rendu célèbre, manquoit également des vertus qui honorent le diadème et les conditions privées, et il réunissoit les vices de tous les états. Son règne est cependant une grande époque. Quoique la grande charte n'abolit point les anciennes cours, et qu'elle n'établit point une nouvelle forme dans l'administration de la justice, elle changea peu à peu la face du gouvernement. Les barons du royaume, en joignant l'intérêt du peuple à leurs propres intérêts, affermirent leur pouvoir et affoiblirent celui des monarques, qui, avec le titre de roi, ne furent plus que les premiers magistrats d'un peuple libre.
JEAN DE BRIENNE, Voyez II. BRIENNE.
JEAN SOBIESKI, Voyez SOBIESKI.
LI. JEAN III, roi de Suède, fils du fameux Gustave Wasa, succéda, en 1568, à Éric XIV, son frère aîné, que ses cruautés avoient fait chasser du trône. Les premiers soins qui l'occupèrent, furent le rétablissement de la tranquillité publique dans son état, et un traité de paix avec le Danemark. A la sollicitation de sa femme Catherine, fille de Sigismond, roi de Pologne, il travailla aussi à rétablir, dans la Suède, la religion Catholique, que son père avoit bannie ; les conseils des grands du royaume, son propre penchant, et la mort de la reine, le rengagèrent dans le Luthéranisme qu'il avoit abjuré ; et cet exemple du souverain acheva d'affermir ses sujets dans la nouvelle religion, qui avoit déjà jeté de profondes racines. Jean III mourut l'an 1592, après un règne de 25 ans. Voy. GARDIE.
LI. JEAN II, fils de Henri III, fut proclamé roi de Castille en 1406, à l'âge de deux ans. Il fut élevé auprès de sa mère, qui, par la mauvaise éducation qu'elle lui donna, le rendit lâche et efféminé. Étant parvenu à l'âge de majorité, il ne fut occupé que de ses plaisirs. Il se déchargea des soins de la royauté sur Alvarès de Luna, favori insolent qui aliéna tous les grands de Castille. Dès que Jean fut en état de porter les armes, il se vit obligé de les prendre contre les rois de Navarre et d'Aragon. Il mit ces princes dans la nécessité de lui demander la paix, qu'il leur accorda : mais il n'en jouit pas long-temps ; car il fut obligé de tourner ses armes contre les Maures de Grenade. Le roi de ces infidelles, qui lui devoit son rétablissement, l'attaqua bientôt par une ingratitude crainte. Jean l'en fit repentir, il lui tua 12,000 hommes en 1431, et ravagea les environs de Grenade. On dit qu'il auroit emporté cette ville, si le même *Alvarès*, connétable de Castille, corrompu par l'argent des Maures, n'eût détourné ce coup. Ce favori, qui excita pendant plusieurs années des troubles dans la Castille, eut depuis la tête coupée. Le roi *Jean* mourut en 1454, à 50 ans. On dit que sur la fin de ses jours, il regrettoit amèrement d'être roi, et qu'il auroit voulu être le fils du dernier des hommes. Il avoit bien raison, car il etoit plus fait pour la cabane que pour le trône. Il avoit tous les vices de la foiblesse. Ses favoris étoient des despotes sanguinaires et avides : ce ne fut qu'à leurs prières qu'il renonça au dessein de se faire moine.
LIII. JEAN II, roi de Navarre, succéda, l'an 1458, à son frère *Alphonse*, dans l'Aragon. Il soutint long-temps la guerre contre *Henri IV*, roi de Castille. Ce prince mourut à Barcelone en 1479, dans sa 82e année. Il avoit conservé, dans un âge si avancé, une partie de la vigueur et même des vices de la jeunesse : car on rapporte qu'il avoit encore une maîtresse. Habile guerrier, politique éclairé, il n'eut, avec ces qualités, que de foibles succès. Il étoit trop inquiet, trop vif, trop précipité dans ses démarches ambitieuses, pour donner à ses projets le temps de mûrir. Quoique ce prince fût porté à la galanterie, et même à la débauche, il poussa quelquefois la sévérité jusqu'à la barbarie. Il réunissoit sur sa tête les couronnes d'Aragon, de Navarre et de Sicile. Par son tes- tament, il laissa l'Aragon et la Sicile à *Ferdinand* et à ses descendans, soit mâles, soit filles, même du côté des femmes, en cas que ce prince mourut sans postérité masculine. A l'égard de la couronne de Navarre, elle étoit dévolue, par les anciennes conventions, à sa fille *Dona Léonore*, comtesse de Foix, qui n'en jouit pas long-temps. Elle mourut à Tudèle le 10 février 1479, après avoir fait un testament, par lequel elle institua pour son héritier *François Phœbus*, son petit-fils, âgé du onze ans, et mit le royaume de Navarre sous la protection de la France.
JEAN D'ALBREY, roi de Navarre, *Voy. CATHERINE*, n° IV, à la fin; et I. BORGIA.
LIV. JEAN, roi de Bohème, fils de l'empereur *Henri VII*, de la maison de Luxembourg, fut élu à l'âge de 14 ans, en 1309, au préjudice de *Henri*, duc de Carinthie, que ses tyrannies rendirent insupportable aux Bohémiens. Il épousa *Elisabeth*, fille du roi *Venceslas*, et fut couronné avec elle à Prague. Il soumit la Silésie, donna de grandes marques de son courage dans la Lombardie en 1330, 31 et 32. Il avoit été appelé auparavant en Pologne, par le grand maître des porte-croix de Prusse; et après avoir défait les Lithaniniens païens, il avoit pris le titre de roi de Pologne. *Jean* essuya des échecs, et perdit un œil dans cette expédition; dans la suite, il vint *incognito* à Montpellier, pour demander des remèdes aux docteurs de cette célèbre université, où un médecin Juif lui fit perdre l'autre. Cette perte ne l'empêcha pas d'aller à la guerre. On rapporte que Casimir, roi de Pologne, l'envoya défier de s'enfermer tous deux dans une chambre, et de décider leurs querelles le poignard à la main. Le roi Jean lui fit réponse : Qu'il devoit auparavant se faire aussi crever les yeux, afin qu'ils pussent combattre à armes égales... Jean mena du secours en France au roi Philippe de Valois, et se trouva à la bataille de Créci, que les François perdirent le 26 août 1346. Tout aveugle qu'il étoit, il combattit fort vaillamment, après avoir fait attacher son cheval par la bride à ceux de deux de ses plus braves chevaliers ; et il s'avança si fort dans la mêlée, qu'il y fut tué.
LV. JEAN Ier, roi de Portugal, surnommé le Père de la patrie, étoit fils naturel de Pierre, dit le Sévère, et d'Inès de Castro. Il fut élevé sur le trône l'an 1384, au préjudice de Béatrix, fille unique de Ferdinand I, son frère, Jean I, roi de Castille, qui avoit épousé cette princesse, lui disputa la couronne ; mais il fut obligé d'y renoncer après la perte de la bataille d'Alinbarota. Tranquille de ce côté-là, le roi de Portugal tourna ses armes contre les Maures d'Afrique, leur prit Ceuta et d'autres places. Il mourut le 14 août 1433, à 76 ans. C'est sous son règne que les Portugais commencèrent leurs découvertes maritimes. Ils lui doivent aussi une partie de leurs lois. Fernand Eryceyra a écrit son Histoire en portugais.
LVI. JEAN II, roi de Portugal, dit le Grand et le Parfait, né le 3 mai 1455, succéda à son père Alphonse V en 1481. Quel- ques seigneurs de son état lui donnèrent beaucoup de peine au commencement de son règne, mais il dissipa leurs desseins, et fit mourir les chefs, entr'autres Ferdinand, duc de Bragance, auquel il fit couper la tête. Il se trouva à la prise d'Arzile et de Tanger en 1471, et se signala à la bataille de Toro contre les Castillans en 1476. Ses actions éclatantes lui acquirent le nom de Grand ; et l'exactitude qu'il eut à faire observer la justice, lui fit donner celui de Parfait. Il dit un jour à un juge avide et indolent : Je sais que vous tenez vos mains ouvertes et vos portes fermées ; prenez garde à vous !... Les auteurs Espagnols l'ont ridiculement accusé de lâcheté, parce qu'il refusa d'entrer dans la ligue du pape et de leur roi, contre Charles VIII, roi de France, son allié. Jean II eut le malheur de perdre son fils unique, qu'il aimoit tendrement : Ce qui me console, disoit-il, c'est qu'il n'étoit pas propre à régner, et que Dieu, en me l'étant, a montré qu'il veut secourir mon peuple : parlant ainsi, dit un historien Portugais, parce que son fils aimoit beaucoup les femmes. Ce sage monarque favorisa de tout son pouvoir les colonies de Portugal en Afrique et dans les Indes, et mourut le 25 octobre 1495, d'une hydropisie, à 41 ans. C'est en parlant de lui, qu'un Anglois disoit à Henri VII : Ce que j'ai vu de plus rare en Portugal, c'est un prince qui commande à tous et à qui personne ne commande. En effet, il ne laissa prendre aucun ascendant sur lui, ni par ses ministres, ni par ses favoris. Il avoit une si grande affection pour ses sujets, que quand on lui propo- soit de mettre sur eux des impôts : Examinons d'abord, disoit-il, s'il est nécessaire de lever de l'argent. Et ce point étant éclairci : Voyons à présent, ajoutoit ce bon roi, quelles sont les dépenses superflues. Les gentils-hommes Portugais étoient presque toujours assurés d'obtenir des graces s'ils s'adressaient à lui directement, et non à ses ministres. Puisque vous avez des bras pour me servir, dit-il un jour à un officier timide, pourquoi manquez-vous de langue pour me demander les récompenses qui vous sont dues.
LVII. JEAN III, roi de Portugal, successeur d'Emmanuel son père, commença à régner en 1521. Cette année fut marquée par d'horribles tremblements de terre, dont Lisbonne et plusieurs autres villes voisines furent très-endommagées pendant le mois de février. Ces tremblements durèrent huit jours, et renversèrent beaucoup d'églises, de palais, et plus de quinze cents maisons dans la capitale. Trente mille personnes périrent sous les ruines. Sanctarin, Almerin, et d'autres villes, bourgs et villages s'aby-mèrent, avec leurs habitans, dans la terre entr'ouverte. Le roi, la reine, les infans furent obligés de camper en pleine campagne sous des tentes. Un débordement affreux des eaux du Tage inonda la moitié du Portugal, et mit le comble aux calamités de ce royaume. Jean tâcha de remédier à ces maux. Il découvrit le Japon par ses vaisseaux, en 1542, et envoya St. François Xavier dans les Indes. Il mourut d'apoplexie en 1557, à 55 ans, regardé comme un prince heureux et sage. Il rendit son nom respectable, par son amour pour la paix, et par la protection qu'il accorda aux sciences et aux savans. Il sut connoître les hommes et les employer. Économe pour lui-même, il étoit généreux dans les actions d'éclat. Son zèle pour la religion se manifesta par les réformes qu'il fit faire dans plusieurs ordres religieux, et par les fondations de divers évêchés dans ses colonies. « Il fonda, dit Macquer, des hôpitaux pour les pauvres, un asile pour les veuves des officiers et des soldats morts en combattant les l'Éfidelles d'Afrique, et une retraite honnête pour les filles de condition. Il publia des lois sages, dictées par l'équité. Attentif à éloigner les guerres du Portugal, il étoit toujours prêt à repousser la violence, et il embellit ses états de plusieurs monumens et édifices utiles. Il fortifia les principales villes de son royaume; il fit réparer les grands chemins, construire des aqseducs; ce fut lui qui rétablit l'université de Coimbre, et qui donna un nouveau lustre à l'ordre de Christ, en réunissant à la couronne les domaines de celui d'Avis et de Saint-Jacques. »
LVIII. JEAN IV, dit le Fortuné, fils de Théodore de Portugal, duc de Bragance, naquit le 19 mars 1604. Les Espagnols s'étoient rendus maîtres du Portugal, après la mort du roi Dom Sébastien et du cardinal Henri, en 1580, et l'avoient gardé sous les règnes de Philippe II, Philippe III et Philippe IV. Il se forma, sous ce dernier roi, une conspiration contre l'Espagne. Les Portugais, lassés d'une domination étrangère, donnèrent la couronne à Jean de Bragance. Il fut proclamé roi en 1630, sans le moindre tumulte : un fils ne succède pas plus paisiblement à son père. Un Castillan, témoin du triomphe de Bragance et des transports de Lisbonne, ne put s'empêcher de s'écrier en soupirant : Est-il possible qu'un si beau royaume ne coûte qu'un feu de joie à l'ennemi de mon maître ? Cet ennemi ne s'étoit prêté qu'en tremblant à la conjuration : il avoit eu besoin que son épouse, Louise de Guzman, lui inspirât toute sa fermeté et sa grandeur d'ame pour l'élever au-dessus de lui-même. Acceptez, Monsieur, acceptez, disoit-elle à son époux, la couronne qu'on vous offre : il est beau de mourir roi, quand on ne l'auroit été qu'un quart-d'heure. Il est constant que plusieurs Portugais, peu prévenus en faveur du courage et des talons de Bragance, proposèrent d'adopter chez eux le gouvernement républicain. Ce conseil fut rejeté par quelques-uns des principaux conjurés, qui déclarèrent qu'ils ne souffriraient point qu'on fit une pareille injustice à leur maître légitime. Bragance fut donc roi. Michel de Vasconcellos, ministre et secrétaire d'état d'Espagne, qui avoit long-temps abusé de son autorité, fut massacré dans sa chambre. Voyez VASCONCELLOS. Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue, vice-reine, fut arrêtée dans le palais. Elle vouloit haranguer les conjurés ; mais Norogaa ne lui en donna pas le temps, et la fit rentrer dans son appartement : Craignez, Madame, lui dit-il, que ce peuple ne vous perde le respect. — Hé ! que peut-on me faire, répliquant-elle ? — Jeter votre altesse par les fenêtres, lui répondit Norogaa. Elle rentra dans sa chambre, et fut quelque temps gardée à vue, et ensuite renvoyée à Madrid. Jean IV avoit des droits légitimes à la couronne, comme petit-fils de Catherine, fille de l'enfant Edouard, fils du roi Emmanuel ; au lieu que Philippe II, qui s'étoit emparé du royaume, descendoit d'Isabelle, sœur d'Edouard. Les Espagnols, contre leur politique ordinaire, avoient laissé les ducs de Bragance jouir en paix de leurs grandes terres et de leurs richesses. Jean, duc de Bragance, ne leur donna aucun ombrage, tant qu'il fut particulier ; mais dès qu'il fut sur le trône, l'Espagne l'attaqua par des conjurations et par des armées ; il échappa aux unes et aux autres, et mourut à Lisbonne le 6 novembre 1656, à 32 ans, d'une rétention d'urine. La France ne contribua pas peu à le maintenir sur le trône ; et ce qui n'y servit pas moins, ce furent sa douceur et son affabilité. Généreux, bienfaisant, juste, il eut des vertus paisibles ; et il fut plus politique que guerrier... Voy. FREIRE.
LIX. JEAN V, successeur de Pierre II, né en 1689, fut proclamé roi de Portugal l'an 1707. Il prit le parti des Alliés dans la guerre de la succession d'Espagne ; mais le sort ne favorisa pas les efforts de ses armes. Depuis la paix d'Utrecht en 1713, il ne s'occupa plus que des moyens de faire fleurir le commerce et les lettres dans son royaume. Son gouvernement sage et prudent, et ses vertus généreuses et patriotiques, firent le bonheur de ses sujets. Ils le perdirent en 1750, à l'âge de 61 ans. Joseph de Bragance, son fils, monté sur le trône après lui. 492 JEA
JEAN V et VI; czars de Russie, Voyeb IWAN.
LX. JEAN SANS-PEUR, comte de Nevers, puis duc de Bourgogne, né à Dijon en 1371, signala sa valeur à la bataille de Nicopolis en 1396, contre Bajazet, qui fut vainqueur en cette journée. Le comte de Nevers fut fait prisonnier avec plus de 600 gentilshommes, que le héros Mahométan fit tous massacrer en sa présence, à l'exception de quinze, pour lesquels il exigea 200,000 ducats de rançon. Le comte de Nevers ayant succédé, en 1404, aux états de Philippe le Hardi, son père, vint à la cour de France pour y exciter des troubles, et s'emparer du gouvernement. Le duc d'Orléans fut indigné de ses prétentions et de ses cabales. Jean Sans-Peur, né scélérat, le fit assassiner entre les sept et huit heures du soir, le 23 novembre 1497. Le lendemain, il assista à ses funérailles, le plaignit et le pleura; mais, voyant qu'on alloit faire des perquisitions exactes, il s'enfuit en Flandre. Revenu ensuite avec mille hommes, il osa faire trophée de son crime. Un cordelier, son orateur, nommé Jean Petit, soutint, dans une audience à laquelle le Dauphin présidait, que le duc d'Orléans s'étoit montré un impie et un tyran; qu'il étoit permis de tuer les tyrans; que par conséquent on n'avoit fait en le tuant qu'une action juste, et que le duc de Bourgogne, loin d'être puni, devoit être récompensé, comme l'archange Saint Michel l'avoit été d'avoir chassé Lucifer, et Phinées d'avoir tué Zambri. Voyez I. PETIT. Cette Apologie insolente et sacrilège n'empêcha pas que le duc de Bourgogne n'eût à soutenir pendant sept ans une guerre civile contre les frères et les amis du duc assassiné. Sa faction s'appe- loit des Bourguignons, et celle d'Orléans étoit nommée des Armagnacs, du nom du comte d'Armagnac, beau-père du duc d'Orléans. Celle des deux qui domi- noit, faisoit tour-à-tour con- duire au gibet, assassiner, brûler ceux de la faction contraire. Jean Sans-Peur, ayant surpris Paris en 1418, y fit un massacre hor- rible des Armagnacs: il s'empara de la personne du roi et de toute l'autorité. L'année d'après, il se réconcilia avec le dauphin, de- puis Charles VII, après s'être uni avec le roi d'Angleterre con- tre lui-même et le roi Charles VI son père. Cette réconciliation, ins- pirée par l'intérêt, eut des suites funestes. Le Dauphin, gouverné par Tannegui du Chastel, mé- nagea une entrevue avec le duc de Bourgogne sur le pont de Monte- reau-Faut-Yonne. Chacun d'eux s'y rendit avec dix chevaliers. Jean Sans-Peur y fut assassiné par Tannegui, aux yeux du Dauphin, le 10 septembre 1419. Ainsi, le meurtre du duc d'Orléans fut vengé par un autre meurtre en- core plus odieux, s'il est vrai qu'il fût médité. Quelques histo- riens doutent qu'il le fût. Le lec- teur peut voir ce point très-bien discuté dans le troisième volume des Essais sur Paris. On gardoit encore à Montereau l'épée du duc Jean, suspendue dans la principale Église.
LXI. JEAN DE FRANCE, duc de Berry, comte de Poitou, né l'an 1340, du roi Jean et de Bonne de Luxembourg, sa pre- mière femme, se signala à la ba- taille de Poitiers, à celle de Roscec, et en divers autres combats. Il eut part, pendant quelque temps, à l'administration des affaires, et essuya des revers qu'il soutient avec fermeté. Il se déclara, l'an 1410, pour la maison d'Orléans, contre celle de Bourgogne. Il mourut à Paris le 15 juin 1416, et fut enterré dans la sainte chapelle de Bourges, qu'il avoit fait bâtir. Voyez BETHISAC.
LXII. JEAN V, duc de Bretagne, surnommé le Vaillant et le Conquérant, reste paisible possesseur du duché de Bretagne après la bataille d'Aurai, en 1364. Charles V entreprit de le dépouiller; mais sa noblesse le défendit. Charles VI se réconcilia avec lui, et voulut ensuite lui faire la guerre, pour avoir donné retraite à Craon, assassin du connétable de Clisson; mais ce monarque tomba en démence en marchant vers la Bretagne. Jean V mourut à Nantes le 1er novembre 1399. Ce prince étoit extrême en tout; aimant jusqu'à la folie, haïssant jusqu'à la fureur, et ne revenant jamais de ses préventions. C'est lui qui institua l'ordre militaire de l'Hermine. Ce qu'il y avoit de particulier dans cet ordre, c'est que les dames pouvoient en être. La devise étoit: A MA VIE. Deux chaines formoient le collier, où pendoit une double couronne. Le duc vouloit marquer par la devise, qu'il avoit exposé sa vie pour conserver sa dignité; et par les deux couronnes, qu'il avoit conquis deux fois la Bretagne.
LXIII. JEAN VI, duc de Bretagne, pair de France, dit le Bon et le Sage, succéda à Jean V son père, à l'âge de dix ans. Il se fit tellement aimer de ses su- jets, que le comte de Penthièvre l'ayant fait prisonnier, toute la noblesse de Bretagne prit les armes, et lui fit rendre la liberté. Il servit bien Charles VII, roi de France, contre les Anglois; et mourut en 1446, avec la réputation d'un prince beau, bien fait, magnifique dans ses habits, dans ses meubles et dans sa dépense: honnête, juste et charitable, mais trop facile et trop bon, il fut le père de ses sujets. Il avoit épousé Jeanne, fille de Charles VI, roi de France. Peu avant sa mort, il fit supplicier le fameux Laval.
JEAN-FRÉDERIC I et II, électeurs de Saxe, Voyez FRÉDERIC, n.º XVI, au milieu.
LXIV. JEAN V, le dernier des comtes d'ARMAGNAC qui ait joui des droits régaliens, étoit fils de Jean IV et d'Isabelle de Navarre. Ayant conçu une passion violente pour sa sœur Isabelle, il vécut publiquement avec elle dans un commerce incestueux. Le papa l'excommunia, et la cour de France le menaça de seconder les foudres de Rome. Alors ayant recours à la ruse, il fit fabriquer un acte qu'il répandit dans le public, comme une dispense que le pontife Romain lui accordoit pour épouser Isabelle. Un de ses chapelains célébra, en 1455, le prétendu mariage avec les cérémonies ordinaires. Charles VII prit d'abord les voies de la douceur: il fit agir et parler les plus proches parens du comte, qui déterminèrent Isabelle à rompre une liaison si scandaleuse. Mais son frère, toujours passionné, la retenoit captive. Enfin, ayant voulu faire élire Jean de Lescun, son frère naturel, archevêque d'Auch, et l'ayant mis en posses- sion à main armée, *Charles VII* envoya une petite armée contre lui. *Jean V* n'eut d'autre ressource que dans la fuite, et sa sœur en profita pour se retirer à Barcelone où elle se fit religieuse. Le parlement de Paris l'ajourna, et il vint se rendre prisonnier. Mais s'étant sauvé ensuite de sa prison, il alla à Rome implorer la clémence du pape, qui lui imposa une pénitence. L'absolution du souverain pontife n'empêcha pas le parlement de proscrire le comte d'*Armagnac*, et de déclarer tous ses biens confisqués au profit du roi. *Jean V* fut donc réduit à errer hors du royaume tout le reste de la vie de *Charles VII*. *Louis XI*, qui prenoit à tâche de défaire tout ce que son père avoit fait, rétablit, en 1461, le comte d'*Armagnac* dans ses états, et lui donna même la dignité de maréchal de France. La bonne intelligence entre les deux princes ne dura pas longtemps. *Jean V* étant entré dans la ligue du *Bien public*, le roi, sous de vains prétextes, confisqua se domaines, et envoya contre lui le cardinal *Joffriau*, qui l'assiégea dans Lectoure. Pendant un pour-parler, la place fut prise d'assaut, et le comte tué dans son palais en 1473. Il ne laissa pas d'enfants de *Jeanne de Foix*, son épouse légitime. *Charles I*, frère de *Jean V*, fut amené prisonnier à Paris en 1483. Il fut rétabli dans ses droits, mais seulement pour l'utile, et fut privé de la souveraineté. *Charles* termina ses jours en 1497, sans enfants légitimes. Il institua son héritier le duc d'*Alençon*, qui mourut sans lignée en 1525; ses possessions furent réunies à la couronne. L'*Armagnac* passa cependant à *Henri d'Albret*, roi de Navarre, qui avoit épousé une sœur de *Jean V*. *Henri* étoit grand-père de *Henri IV*, roi de France, qui réunit l'*Armagnac* à la couronne.
JEAN d'*Orléans*, comte du Dunois. *Voy*. DUNOIS.
LXV. JEAN, premier secrétaire de l'empereur *Honorius*, s'empara de l'empire après sa mort, arrivée en 423. Secondé par *Castin*, général de la milice, il devint maître de l'Italie, des Gaules et de l'Espagne. *Théodose le Jeune*, à qui cette riche succession appartenoit, la céda à son cousin *Valentinien III*, qu'il envoya en Italie, avec *Placidie*, mère de ce jeune prince, à la tête d'une armée nombreuse. Mais *Jean* ayant eu le temps de former un corps de troupes, se défendit vigoureusement, et fit même prisonnier *Ardebure*, le plus illustre des généraux Romains. Il traita ce général avec bonté, et lui laissa une liberté dont il profita pour détacher de son parti ses principaux officiers. *Ardebure* chargea ensuite secrètement *Aspar*, son fils, de venir assiéger Ravennes, où *Jean* étoit enfermé. Le siège fut formé, et *Ardebure* livra Ravennes et se taisit de l'usurpateur. *Placidie* lui fit couper la main qui avoit porté le sceptre; et après l'avoir fait promener sur un âne, couvert de haillons et suivi de farceurs qui lui insultoient, il fut conduit à la place du Cirque, où on lui trancha la tête, à la vue d'une immense populace. Cette scène se passa vers le milieu de juillet 425. Le tyran avoit environ 45 ans.
LXV. JEAN, fils de *Mesua*, médecin Arabe sur la fin du 13$^{e}$ siècle, laissa des *Ouvrages* im- primés en latin à Venise; 1402, in-folio. — Il est différent de JEAN, fils de Serapion, autre médecin Arabe, qui vivoit vers 1470. Ses Œuvres ont paru à Venise, in-folio, 1497, et réimprimées en 1550.
JEAN-ANDRÉ, Voyez ANDRÉ, n° VII et VIII.
JEAN CORVIN, Voyez HUNIADE.
LXVII. JEAN D'ANANIE, ou D'ANAGNIE, archidiacre et professeur en droit-canon à Boulogne, dont on a des Commentaires sur les Décrétales, in-fol., et un vol. de Consultations, aussi in-folio; mourut avec de grands sentimens de piété, en 1455.
JEAN D'ANTIOCHE, ou MALALA, Voyez HUNIADE.
LXVIII. JEAN D'ANTIOCHE, patriarche de cette ville en 429, tint un conciliabule en 431, dans lequel il déposa St. Cyrille d'Alexandrie et Memnon d'Ephèse. Dieu lui ouvrit les yeux dans la suite. Il se réconcilia avec St. Cyrille, anathématisa l'hérésiarque Nestorius, et mourut en 442.
LXIX. JEAN DE BATEUX, évêque d'Avranche, puis archevêque de Rouen, laissa un livre des Offices Ecclésiastiques, publié en 1679, par le Brun des Marettes, in-8°, avec des notes et des pièces eurieuses. Ce prélat se démit de son archevêché, et mourut en 1079, dans une maison de campagne, où une attaque violente de paralysie l'avoit obligé de se retirer.
JEAN DE BRUGES, peintre, Voyez BRUGES.
LXX. JEAN DE CASTEL BOLOGNÈSE, célèbre graveur, tra- vaille pour le pape Clément VII et pour l'empereur Charles-Quint. Il grava, sur de petites pierres, l'Enlèvement des Sabines, des Bacchanales, des Combats sur mer, et d'autres grands sujets.
LXXI. JEAN DE CHELM, ainsi appelé, parce qu'il étoit évêque de Chelm en Pologne, remplissoit ce siège au commencement du 16e siècle. L'austérité de sa vie s'étoit répandue sur son caractère, et la sévérité de son zèle approchoit beaucoup de l'amertume. C'est pour cette raison qu'on lui attribue un traité singulier et peu commun, imprimé sous ce titre: Onus Ecclesiæ, seu Excerpta varia ex diversis auctoribus, potissimamque Scripturâ, de afflictione, statu perverso, et necessitate reformationis Ecclesiæ. C'est une déclamation pleine de chaleur contre les abus qui s'étoient glissés dans l'Église, et une espèce de satire contre les mœurs des ecclésiastiques: elle est recherchée par les curieux. Ce livre ayant paru en 1531 à Cologne, in-folio; et en 1620, in-4°, sous un titre un peu différent, quoique réellement le même, quelques bibliographes en ont fait deux ouvrages distingués, dont ils en ont attribué un à un certain JEAN, évêque de Chiemsée en Bavière, siège actuellement réuni à l'archevêché de Saltzbourg. Ce dernier Jean n'a peut-être jamais existé. Quoi qu'il en soit, les Protestans donnèrent à l'Onus Ecclesiæ une importance que cet ouvrage ne méritoit guères.
JEAN DE GARLANDE, Voyez GARLANDE, n° III.
LXXII. JEAN DE HAGEN, de Indagine, savant Chartreux, né 496 JEA à Hain, mourut en 1475, en odeur de sainteté. Il avoit pris l'habit à Erford à vingt-cinq ans, et il en passa environ trente-cinq dans son ordre. Ses Ouvrages roulent sur des sujets de piété. Ils sont en grand nombre et manuscrits.
LXXIII. JEAN DE HAUTE-SELVE, moine de l'abbaye de ce nom, est auteur d'un très-ancien roman, intitulé : Historia calumniæ novercalis quæ SEPTUM SAPIENTIUM dicitur; Antuerpia, 1490, in-4° : le même, traduit en françois; Genève, 1492, in-folio : l'un et l'autre rares. Bocace en a imité plusieurs contes, et le roman d'Erastus en a été tiré. Le président Fauchet croit que le poète Hébert l'a mis en vers françois, vers 1420. Il se trouvoit aussi dans la bibliothèque du roi, et dans celle d'Anet. On attribue au même moine, l'Abusé en Cour, en vers et en prose; Vienne, 1484, in-folio; rare : mais d'autres l'attribuent, avec plus de vraisemblance, à René, roi de Sicile.
LXXIV. JEAN D'IMOLA, disciple de Balde l'Ancien, enseigna le droit avec beaucoup de réputation, et mourut le 18 février 1426. On a de lui, des Commentaires sur les Décrétales et sur les Clémentines, in-folio, et d'autres Ouvrages autrefois estimés.
LXXV. JEAN DE JÉSUS-MARIE, Carme déchaussé, né à Calaruèga, au diocèse d'Osma en Espagne, l'an 1564, passa par toutes les charges de son ordre, et mourut le 28 mai 1615, avec la réputation d'un religieux plein de mérite et de vertus. St. François de Sales, Bellar- min, Bossuet en ont parlé avec éloge. On a de lui : Disciplina Claustralis; Cologne, 1650, 4 vol. in-folio. Ils renferment des commentaires sur l'Écriture sainte, et un grand nombre d'ouvrages ascétiques.
LXXVI. JEAN DE LA CONCEPTION, (le Père) réformateur des Trinitaires déchaussés d'Espagne, naquit à Almodovar, dans le diocèse de Tolède, en 1561; et mourut en odeur de sainteté à Cordou, le 14 février 1613, à 52 ans, après avoir fondé dix-huit couvens de sa réforme, et les avoir édifiés par ses vertus.
LXXVII. JEAN DE LEYDE, ainsi nommé du lieu de sa naissance, et dont le véritable nom étoit BÉCOLD, n'est connu que par son fanatisme. Il étoit tailleur. Il s'associa avec un boulanger, et devint chef des Anabaptistes. Le boulanger, appelé JEAN-MATTHIEU, ou Matison, (Voyez MENCER) changea son nom en celui de Moïse. Il envoya douze de ses disciples, qu'il appela ses Apôtres, se vantant d'être envoyé du Père Éternel pour établir une nouvelle Jérusalem. Ces fanatiques se rendirent maîtres de Munster en 1534, et y exercèrent des indignités et des cruautés incroyables. Les magistrats s'étant opposés à leur fureur, Jean-Mattieu fut tué dans une émente. Jean de Leyde étant devenu, par sa mort, chef des Anabaptistes, changea la forme du gouvernement. Il feignit une extase de trois jours, après laquelle il déclara que Dieu avoit commandé d'établir douze juges à la place de ceux qui composoient son conseil. Il nomma ceux qui lui étoient les plus attachés, et par-là il fut maître absolu absolu du gouvernement. Il établit bientôt la polygamie, après avoir fait décider par ses prétendus prophètes, qu'elle n'étoit pas défendue par la parole de Dieu. Mais le gouvernement des douze juges ne subsista pas longtemps. *Bécold* se fit déclarer roi au bout de deux mois, par celui qui passait pour le plus grand prophète de la secte. Il fut couronné le 24$^{e}$ jour de juin 1334. Il prit aussitôt les marques de la royauté, et fit battre monnoie. Il étoit vêtu magnifiquement, marchoit accompagné de gardes et d'officiers, et faisoit porter à son côté droit une couronne et une Bible, et à son côté gauche une épée. Ce roi, d'une nouvelle espèce, assis sur un trône au milieu de la place, y rendoit la justice à ses sujets. Il y avoit quelquefois des repas communs, où le roi et la reine, aidés des officiers de la couronne, servoient eux-mêmes le peuple. Le repas étoit suivi de danses, après lesquelles le monarque Anabaptiste montoit sur son trône, faisoit des prières, et terminoit les différens. C'étoit alors que les nouveaux prophètes débitoient leurs rêveries, que le peuple séduit écoutoit comme des oracles. Le 12$^{e}$ de juillet, *Jean Bécold* fit publier un édit, dont voici le préambule : « Nous faisons savoir à tous ceux qui aiment la vérité et la divine justice, quelle est la manière dont ils doivent combattre sous les étendards de Dieu, comme de vrais Israélites, dans le nouveau Temple et sous le nouveau règne. Depuis long-temps il avoit été prévu, ce règne, et annoncé par les prophètes. Aujourd'hui la révélation est accomplie dans la personne de *JEAN le Juste*, assis sur le trône de *David*. Que tous apprennent leurs devoirs, et observent nos lois en général et en particulier, pour la gloire de Dieu, et l'amplification de son royaume. Les transgresseurs seront punis sévèrement. Ainsi soit-il. » L'édit contient ensuite vingt-sept réglemens, qu'il est assez inutile de rapporter, et finit ainsi : « Tous ces articles ont été dictés par le Seigneur même, et déclarés par *Jean le Juste*, roi du nouveau temple, ministre du très-Haut, la vingt-sixième année de son âge, et la première de son règne. » Cet imposteur insensé, qui s'intituloit *Roi de Jérusalem et d'Israël*, avoit d'autres imposteurs à ses gages, qui annonçoient que, comme le Seigneur avoit autrefois établi *Saül sur Israël*, et après lui *David*, quoiqu'il ne fût qu'un simple berger ; de même il avoit établi *Jean de Leyde son prophète*, *Roi en Sion*. Il espéroit établir sa puissance sur les débris de celle des potentats de l'Europe ; mais l'évêque de Munster l'ayant pris avec les principaux ministres de sa frénésie, il les fit mourir par de rigoureux supplices en 1536, après les avoir promenés quelque temps dans les pays circonvoisins, pour instruire les sages par la vue de ces fous. *Jean de Leyde* ayant autorisé la polygamie, usa indiscrètement de la permission qu'il avoit donnée à ses sujets. Il épousa jusqu'à dix-sept femmes, toutes dépendantes de la veuve de *JEAN-MATTHIEU*, qui seule avoit le nom de reine. Il les trautoit avec le dernier despotisme. Pendant le siège de la ville de Munster, livrée à la plus cruelle famine, une de ses femmes ayant osé déploré le sort de tant de malheu- 498 JEA reux qui mouroient de faim, tandis que le roi d'Israël avoit d'abondantes provisions; Bécold la fait mettre à genoux, lui tran- che la tête, et force ses com- pagnons à chanter et à danser après cette exécution barbare.
JEAN DE MONTRÉAL, Voyez MULLER.
LXXVIII. JEAN DE PARIS, fameux Dominicain, docteur et professeur en théologie à Paris, et célèbre prédicateur, prit la défense du roi Philippe le Bel, contre le pape Boniface VIII, dans son traité De Regia potes- tate et Papali... Ayant avancé en chaire quelques propositions qui ne parurent pas exactes, sur le dogme de la présence réelle du corps de J. C. dans l'Eucharistie, il fut déféré à Guillaume, évé- que de Paris. Ce prélat lui dé- fendit de prêcher et d'enseigner. Il en appela au pape, et alla à Rome pour s'y défendre; mais il mourut peu de temps après, en 1304. On a de lui : I. De- terminatio de modo existendi cor- poris Christi in Sacramento al- taris; Londres, 1686, in-8.° II. Correctorium doctrinae Sancti Thomæ. Ces écrits sont peu es- timés.
LXXIX. JEAN DE RAGUSE, natif de Raguse, Dominicain, devint docteur de Sorbonne, pré- sident du concile de Basle, et fut chargé d'aller plusieurs fois à Constantinople, pour la réunion des Grecs avec les Latins. Il fut ensuite évêque d'Argos dans la Morée, et mourut vers 1450. On a de lui : I. Un Discours pro- noncé au concile de Basle, dans l'Histoire de ce concile. II. Les Actes de sa Légation à Constan- tinople, dans les Actes du con- cile de Basle. III. Une Relation de son voyage d'Orient, dans Leo Allatius.
JEAN DE RUREMONDE, l'un des héritiers du fanatisme de Jean de Leyde; Voyez RURE- MONDE.
JEAN DE SALISBURY, ou de SARISBURY; Voy. ce dernier mot.
LXXX. JEAN DE SPIRE, an- cien imprimeur de Venise, ima- gina, le premier, de numéroter les pages des livres qu'il publia. L'é- dition de Tacite qu'il fit dans cette ville, en 1469, offrit la première cette innovation. Ce livre offre aussi à la fin de cha- que feuille les premières réclames. Celles-ci ne furent employées en France que vers l'an 1520.
LXXXI. JEAN DE WEST- PHALIE, ou DE PADERBORN, fut le premier imprimeur de la Bel- gique, et vint s'établir à Lou- vain, en 1473. Il avoit appris son art à Mayence. On a de lui, depuis l'époque de son établis- sement jusqu'en 1496, environ cent vingt Éditions importantes, dont les caractères, plus romains que gothiques, sont remarqua- bles par leur netteté. On ignore l'année de sa mort.
JEAN DE VICENCE, Domi- nicain, Voyez EZZELIN.
LXXXII. JEAN D'UDINE, ville capitale du Frioul, naquit en 1494. Son goût pour la pén- ture se perfectionna sous le Gior- gion à Venise, et à Rome sous Raphaël. Il excelloit à peindre les animaux, les fruits, les fleurs et les ornemens : c'est aussi le genre dans lequel Raphaël l'em- ployoit. Il a très-bien réussi dans les ouvrages de Stuc : c'est à lui qu'on attribue la découverte de la véritable matière dont les anciens se servoient pour ce travail. Jean d'Udine fut beaucoup occupé à Rome, où il mourut l'an 1564, à 70 ans, en finissant de peindre une loge pour le pape Pie IV. Ses dessins sont très-recherchés par ceux qui aiment les ornemens d'un grand goût.
JEAN, (Jacob) Voy. JACOB, n.º VII.
LXXXIII. JEAN LE JEUNEUR, ainsi nommé à cause de ses grandes austérités, patriarche de Constantinople en 582, prit la qualité d'Évêque Œcuménique, ou universel, contre laquelle les papes Pélage et Grégoire le Grand s'élevèrent avec force. Ce patriarche mourut en 595, regardé comme un homme vertueux, mais aigre, hautain et opiniâtre. Il étoit d'une charité apostolique, et donnoit tout aux pauvres. Après sa mort, on ne lui trouva qu'une robe usée et un méchant lit de bois: l'empereur Maurice le prit, et ce prince couchoit dessus lorsqu'il vouloit faire pénitence. On trouve le Pénitenciel de Jean le Jeuneur, à la fin du traité De Pénitentia du P. Morin.
LXXXIV. JEAN LE MILANOIS, ou DE MEDIOLANO, composa, suivant la plus commune opinion, à la fin du XIe siècle, au nom des médecins du collège de Salerne, un Livre de Médecine, en vers latins. Il contenoit 1239 vers, dont il ne reste plus que 373, publiés d'abord par Arnaud de Villeneuve. Ce livre, tantôt intitulé, Medicina Salertina, tantôt Regimen sanitatis Salertina, tantôt Flos Medicinae, est connu aujourd'hui sous le nom d'Ecole de Salerne, ville qui obtint autrefois le surnom de Urbs Hip- pocratica, comme consacrée à l'étude d'Hippocrate. On trouve dans cet écrit plusieurs observations fausses, parmi un plus grand nombre de vraies: il a été publié plusieurs fois. Les médecins ont fait différentes remarques sur cet ouvrage. Dès qu'il p. rat, on le chargea de commentaires; et ceux qui se méloient anciennement de médecine, se firent un devoir de le connoître et de l'expliquer. Les médecins de Salerne le présentèrent, en 1100, à Robert, duc de Normandie, lorsqu'il passa à Salerne, en revenant de la Terre sainte. Les meilleures notes sur l'Ecole de Salerne sont celles de René Moreau; Paris, 1625, in-8.º Elle a été traduite en françois, en prose et en vers. Le docteur Anglois Ackerman, en a publié une nouvelle édition latine à Londres, en 1792, précédée d'une Notice intéressante sur le collège de médecine anciennement établi à Salerne.
LXXXV. JEAN LE TEUTONIQUE, Dominicain, natif de Wildeshusen dans la Westphalie, mort en 1252, fut pénitencier de Rome, puis évêque de Bosnie, et quatrième général de l'ordre de St-Dominique. On lui attribue une Somme de Prédicateurs et une Somme de Confesseurs; imprimées, la première à Reutlingen, 1487, in-folio; et la seconde à Lyon, 1515, aussi in-folio: mais le P. Eckard soutient que ces deux ouvrages sont de JEAN de Fribourg, appelé aussi le Teutonique, autre Dominicain, mort en 1313. L'un et l'autre eurent un nom dans leur siècle.
LXXXVI. JEAN PHILOPON, dit le Grammairien, d'Alexandrie, 500 J E A fut l'un des principaux chefs des Trithéites au 7$^{e}$ siècle. Il avoit obtenu par son crédit auprès d'*Amrou*, général du calife *Omar premier*, que la fameuse bibliothèque d'Alexandrie seroit sauvée du pillage; mais le barbare *Omar* rendit ses soins inutiles, et en fit la proie des flammes. *Philopon* étoit un auteur très-fécond. *Photius* dit qu'il est pur et élégant dans son style, mais impie dans sa doctrine. Il rejetoit la résurrection des corps. On a de lui : I. Un *Traité de la création du Monde*, publié à Vienne, par le Père *Cordier*, 1630, in-4.$^{o}$ II. Plusieurs autres *Ecrits*, grecs et latins, sur *Aristote*, recueillis à Venise, 1536, in-folio, en 15 tomes.
JEAN SCOT, *Voy. Scot.*
JEAN, etc. *Voyez* BROGNY... EUDEMON. — MAÎTRE — JEAN. — MANOZZI. — GISCALA. — NÉPOMUCÈNE. I. JEANNE, épouse de *Chusa*, intendant d'*Hérode Antipas*, tétrarque de Galilée, étoit une des femmes qui suivoient *Jésus-Christ* dans ses voyages, et qui l'aidoient de leurs biens. C'étoit un usage parmi les Juifs, que les femmes fournissoient la table et les vêtemens à ceux qu'ils regardoient comme leurs maîtres dans la religion et la piété. *Jeanne* suivit *Jésus-Christ* au Calvaire, et fut témoin de ce qui s'y passa. Elle assista aussi à sa sépulture, et fut une de celles qui allèrent au tombeau porter des aromates, et à qui Notre-Seigneur apparut comme elles en revenoient.
II. JEANNE, reine de France et de Navarre, femme de *Philippe le Bel*, fille unique et héritière de *Henri I*, roi de Na- Navarre, comte de Champagne, étoit une princesse aussi spirituelle que courageuse. Le comte de *Bar* étant venu fondre en Champagne l'an 1297, elle y courut à la tête d'une petite armée : ce qui épouvanta tellement le comte, qu'il se rendit sans coup férir. Il ne sortit de prison qu'à des conditions très-dures, entr'autres : de rendre à la reine, comme comtesse de Champagne, hommage pour le comte de *Bar*, qu'il croyoit indépendant. *Jeanne* aimoit l'éclat extérieur de la royauté, et poussoit le penchant à la magnificence jusqu'à la jalousie. Ayant accompagné, en 1299, *Philippe le Bel* à Bruges, elle vit, avec chagrin, que les bourgeoises de cette ville, la plupart femmes de marchands, parurent devant elle avec des habits et des ajustements si riches, qu'à peine les siens, à elle reine, en égaloient-ils l'éclat. Ce n'étoient qu'étoffes d'or et pierreries. *On ne voit*, dit-elle, que des *REINES* à Bruges. *Je croyois qu'il n'y avoit que MOI qui dût représenter cet état*. Pour punir la ville et les bourgeois de leur faste, elle engagea le roi son mari à les maltraiter, et il eut la foiblesse de se livrer à des idées qu'il étoit de la grandeur d'un roi de condamner. Cette princesse mourut à Vincennes le 2 avril 1305, à 33 ans. On accusa fort injustement *Guichard*, évêque de Troyes, de l'avoir fait périr par un maléfice : son innocence fut reconnue. Il n'y eut pas moins d'injustice dans les bruits désanvantageux qu'on répandit sur la conduite de la reine de Navarre. On l'accusa d'entretenir des liaisons également honteuses pour elle, et injurieuses à la personne du roi son époux. Ces calom- nies, répétées par quelques auteurs modernes, ont été démontrées fausses par des écrivains voisins des temps de Jeanne. Elle avoit fondé, quelque temps avant sa mort, le collège de Navarre, et cet acte de bienfaisance servit à accréditer les bruits semés par la malignité. On prétendit qu'elle se servoit des écoliers pour satisfaire ses penchans voluptueux. Mais les apologies qu'on a faites de cette princesse, doivent suffire aux bons esprits, autant que sa fondation doit les rendre reconnoissans. La maison de Navarre présenta, pendant plusieurs siècles, une suite d'élèves illustres : les Oresme, les d'Ailly, les Gerson, les Clémangis, les Budé, les d'Espence, les Danès, les Bossuet, etc.
JEANNE D'ARAGON, Voyez ARAGON.
III. JEANNE DE BOURGOGNE, reine de France, fille d'Othon IV, comte Palatin de Bourgogne, et femme de Philippe le Long, mourut à Roye en Picardie, le 22 janvier 1325, après avoir fondé à Paris le collège de Bourgogne, où est actuellement l'école de chirurgie. Elle fut accusée d'adultère en 1313, et condamnée, peu de temps après, à finir ses jours en prison, dans le château de Dourdan ; mais son époux la reprit un an après, persuadé de son innocence, ou feignant de l'être. Un écrivain moderne, dit du Radier, paroît accuser cette princesse des désordres qu'on avoit imputés à Jeanne de Navarre. Voyez l'article précédent : « Jeanne de Bourgogne, dit-il, demeura à l'hôtel de Nesle, après la mort de Philippe le Long. Cet hôtel est indiqué par-tout comme le théâtre des scènes de libertinage dont il s'agit. La princesse, jeune à la mort de Philippe, fut près de huit ans veuve. Mais on peut être veuve et femme honnête. Les autres historiens ne l'accusant point, il est prudent de ne pas condamner sa mémoire ; ou du moins, si l'on ne veut pas l'absoudre, il ne faut pas lui attribuer toutes les infamies dont l'historien, cité par du Radier, voudroit la charger. Quoi qu'il en soit, Jeanne eut de Philippe le Long un prince et quatre princesses. — Il ne faut pas la confondre avec JEANNE de Bourgogne, première femme de Philippe VI, morte à Paris en 1348, à 55 ans.
IV. JEANNE DE FRANCE, (la Bienheureuse) institutrice de l'ordre de l'Annonciade, fille du roi Louis XI, naquit en 1464. Avec les qualités du cœur et de l'esprit, elle n'eut aucun des charmes de la figure. Elle étoit petite, contrefaite, et un peu bossue. Louis XI, despotique dans sa famille comme dans son royaume, força Louis, duc d'Orléans, son cousin, connu depuis sous le nom de Louis XII, à l'épouser en 1476. Le jeune prince étoit aussi aimable, que son épouse l'étoit peu. Pendant la vie de Louis XI le duc d'Orléans n'osa déclarer trop ouvertement son aversion. Il étoit obligé de vivre avec elle en époux, et de donner à la crainte ce que l'amour n'auroit pas obtenu de lui. Cependant il ne put s'empêcher un jour de laisser transpirer son mécontentement. Parlant de Jeanne au roi lui-même, il fit de son mérite et même de sa beauté un éloge si ironique, que Louis XI, pour lui impo- ser silence, lui dit malignement qu'il en disoit beaucoup, mais qu'il ne disoit pas tout encore. Vous oubliez, ajouta le roi, de dire que la princesse est non-seulement vertueuse et sage; mais qu'elle est fille d'une mère dont la sagesse n'a jamais été soupçonnée. La réponse étoit un reproche que le roi faisoit à son gendre, dont la mère, Marie de Clèves, avoit contracté, depuis la mort de son mari, un mariage secret avec Rabondanges, son maître-d'hôtel. Ce mariage avoit déshonoré la duchesse d'Orléans, et il supposoit des liaisons fort équivoques pendant la vie de Charles, duc d'Orléans, son époux. Après la mort de Louis XI, le duc son gendre garda moins de mesure avec Jeanne; il n'osa néanmoins s'en séparer, par respect pour le roi Charles VIII, son beau-frère, et dans la crainte de trouver de sa part, et de celle de Mad. de Beaujeu et du duc de Bourbon, des obstacles qu'il n'eût pu vaincre. Mais il ne se contraignit plus dès qu'il fut sur le trône. Il fit dissoudre son mariage en 1498, par le pape Alexandre VI. Jeanne souffrit cette mortification sans se plaindre. Lorsqu'on l'interrogea sur les moyens de cassation qu'on devoit fournir, elle répondit avec la dignité d'une reine et la vérité d'une chrétienne. Elle dit qu'elle ignoroit la parenté spirituelle qu'on mettoit en avant; qu'elle n'avoit apperçu aucune violence, et qu'elle respectoit assez la mémoire du roi son père, pour penser qu'il n'avoit employé que des voies légitimes; et que quant au défaut de consommation, l'honnêteté ne lui permettoit pas de s'expliquer nettement; mais que sa conscience l'empêchoit d'en demeurer d'accord. Elle se retira à Bourges, où elle fonda l'ordre de l'Annonciation ou de l'Annonciade. La règle a été formée sur les dix vertus de la Ste Vierge: chasteté, prudence, humilité, vérité, dévotion, obéissance, pauvreté, patience, charité et coupassion. L'habit en est singulier: le voile est noir, le manteau blanc, le scapulaire rouge, la robe grise et la ceinture de corde. Il y en avoit plusieurs monastères en France et dans les Pays-Bas. Le pape Alexandre VI en 1501, et Leon X en 1517, confirmèrent, par leurs brefs, cet institut. Jeanne de France fonda aussi un collège dans l'université de Bourges, et mourut saintement dans cette ville le 4 février 1504, à 40 ans. « Il seroit difficile, dit le P. Berthier, d'imaginer une princesse plus illustre, plus malheureuse et plus sainte. Elle étoit née dans une cour pleine d'intrigues; et la simplicité, la candeur firent son caractère. Elle se trouva promise dès l'enfance au premier prince de la maison royale; et toutes ses inclinations la portoient à la retraite, à la fuite des honneurs. Elle fut liée à un époux qui ne l'aina jamais; et elle eut des attentions infinies pour lui. Ce prince fut emprisonné comme rebelle, et elle imagina toutes sortes de moyens pour procurer sa délivrance, qu'elle obtint enfin par ses larmes et ses prières. Voyez Louis XII. Elle monta ensuite sur le trône avec ce même époux qui lui avoit tant d'obligations; et ce fut pour être répudiée, avec un éclat dont il n'est guère d'autre exemple dans l'histoire. » Que les femmes qui se croient malheureuses pour quelques petites querelles de ménage, considèrent Jeanne, et elles appren- dront à se consoler. Quelques jours avant sa mort, elle avoit donné à son confesseur un écrit, qu'elle intitula *TESTAMENT*. C'est un tissu d'excellens avis. Elle lui conseille d'éviter les emplois à la cour, les soins pour former des mariages, les sollicitations pour offices ou bénéfices, les intrigues d'affaires séculières, l'ambition des prélatures, etc. etc. Elle lui recommande de mener ses filles de l'*Annonciade* par une route moins longue que celle qu'elle avoit prise; car *Jeanne* joignoit à ses autres vertus une humilité profonde. Le pape *Benoit XIV* l'a béatifiée en 1743. Le P. d'*Attichi* publia sa *Vie* en 1625, in-12, fort mal écrite, et qui en fait désirer une autre. Il s'étend trop sur des choses peu importantes, tandis qu'il en oublie d'essentielles. V. JEANNE I$^{re}$, reine de Jérusalem, de Naples et de Sicile, fille de *Charles de Sicile*, naquit vers 1326. Elle n'avoit que 19 ans, lorsqu'elle prit les rênes du gouvernement. Elle étoit mariée alors à *André de Hongrie*. La haine qu'elle avoit pour son époux étoit extrême. Ce prince ayant été assassiné, elle fut violemment soupçonnée d'être complice de ce meurtre. Devenue veuve par ce crime, elle épousa *Louis de Tarente*, qui en étoit en partie l'auteur. Cependant *Louis de Hongrie*, frère d'*André*, s'avançoit pour venger la mort de son frère sur *Jeanne*, qui avoit été jugée innocente dans un consistoire tenu à Avignon, auquel elle assista. Le roi de Hongrie appela de ce jugement, et ne répondit à la lettre que *Jeanne* lui écrivit pour se justifier, que ces mots dignes d'un Spartiate: « *Jeanne*, votre vie déréglée, l'autorité dans le royaume retenue, la vengeance négligée, un mariage précipité, et vos excuses, prouvent que vous êtes coupable. » Ce prince s'avançoit toujours, et *Jeanne* fut obligée de fuir avec son nouvel époux en Provence, dont elle étoit comtesse. Ce fut alors qu'elle vendit au pape *Clément VI* Avignon et son territoire, pour 80,000 florins d'or. De retour à Naples, elle perdit son second mari, et donna bientôt la main à un troisième, *Jacques* infant de Majorque, mort peu de temps après. Enfin, à l'âge de 46 ans, elle se remaria pour la quatrième fois à un cadet de la maison de Brunswick, nommé *Othon*. C'étoit choisir plutôt un mari qui pût lui plaire, qu'un prince qui pût la défendre. Comme elle n'avoit point d'enfants, elle adopta son parent, *Charles de Furas*. Elle l'avoit élevé avec beaucoup de soin, lui avoit fait épouser sa nièce, et le regardoit comme son fils. Cependant ce prince ingrat, soulevé par le roi de Hongrie, se révolta contre *Jeanne*. La reine de Naples, à la sollicitation de *Clément VII* qui tenoit le pontificat à Avignon, dans le temps qu'*Urban VIII* le tenoit à Rome, tranféra son adoption à *Louis de France*, duc d'Anjou, fils du roi *Jean*. Ce changement alluma la guerre. *Charles de Duras*, furieux, se rendit maître de Naples et de *Jeanne*, après avoir remporté une victoire signalée en 1381. Ce monstre fit enfermer sa bienfaitrice au château de Muro dans la Basilicate, où elle fut étouffée, peu de temps après, entre deux matelas. On lui fit cette épitaphe: *Incyta Parthenopes jacei hie Reginae* Prima, *prius felix*, *mox miseranda nimis*. Quam Carolo *genium mulatavis* Carolus *alter* Quâ morte illa virum *sustulis* *anti suum*. On prétend que dans sa jeunesse un diseur de bonne aventure lui dit, en regardant sa main : *maritaberis cum alio* ; et qu'on remarqua depuis que ce dernier mot est composé des quatre lettres initiales de ses maris, *André*, *Louis*, *Jacques* et *Othon*. Cette princesse fut regrettée par les savans et les gens de lettres ; sa cour étoit leur asile. Elle joignoit aux charmes de la figure, ceux de l'esprit, et presque toutes les qualités du cœur. La postérité, toujours juste quand elle est éclairée, la plaignit, dit *Voltaire*, parce que le meurtre de son premier mari fut plutôt l'effet de sa foiblesse que de sa méchanceté ; parce qu'elle n'avoit que 19 ans, quand elle consentit à ce crime ; et que depuis ce temps, on ne lui reprocha ni débauche, ni cruauté, ni injustice. En terminant cet article, nous croyons devoir rapporter un fait qui fera connoître les mœurs du temps, et le tribunal où l'affaire du meurtre d'*André* fut portée. Nous avons dit qu'elle fut jugée d'abord dans un consistoire, dont le roi de Hongrie appela. Trois ans après, le procès fut revu dans le même tribunal. Il falloit sauver une reine chargée de soupçons, et ménager un roi extrêmement prévenu. Voici le tempérament qu'on imagina. On suggéra à la reine de déclarer que l'antipathie pour son mari étoit l'effet de quelque maléfice, auquel la foiblesse de son sexe n'avoit pu résister. Elle le prouva par témoins : elle fut donc déclarée innocente de tous les effets qu'il avoit pu produire, parce que tout s'étoit passé malgré elle et contre sa volonté. *Voyez* son *Histoire* par l'abbé *Mignot*, 1764, in-12, qui en fait un portrait un peu flatté.
VI. JEANNE II, reine de Naples, sœur et héritière de *Ladislas*, vit le jour en 1371. Cette princesse sans mœurs, livrée d'abord à un favori, excita des murmures et un mécontentement général. *Jacques de BOURBON*, comte de la Marche, vint l'épouser en 1415, et il fut reconnu roi. Il fit exécuter le favori et enfermer la reine. Peut-être auroit-il régné tranquillement, s'il avoit ménagé l'esprit inquiet des Napolitains ; mais les ayant irrités en prodiguant les charges aux François, il se forma des cabales contre lui. *Jeanne* ne recouvra son autorité que pour en abuser de nouveau, et *Jacques*, qui l'avoit fait enfermer, fut enfermé à son tour. Les François furent chassés, tandis qu'un nouveau favori devenoit maître de la reine et du royaume. Le pape *Martin V.* obtint la liberté du roi, comme il avoit obtenu la restitution des places conquises par *Ladislas* sur le saint siège. *Jacques*, las de lutter contre des orages continuels, aima mieux se retirer en France, que de rester roi impuissant, et triste spectateur des scandales de sa femme. Il alla se faire cordelier à Besançon, où il termina ses jours... *Jacques Sforce*, connétable de Naples, indigné de la faveur de *Caraccioli*, *Voyez* CARAZZOLE, amant et ministre de *Jeanne*, excita *Louis III* d'Anjou à venir s'emparer d'un royaume dont ses pères n'avoient eu que le titre. Jeanne avoit besoin d'un défen- seur contre ce prince; elle adopta en 1420 Alfonse V, roi d'Ara- gon et de Sicile. Les deux com- pétiteurs arrivent et se font la guerre. Le monarque Aragonois s'appercevant que la reine chan- geoit de sentiment à son égard, fait empoisonner son favori, et se rend odieux à Jeanne. Sforce saisit cette occasion d'attaquer Alfonse, qu'il vainquit; et après s'être réconcilié avec Caraccioli, il engagea la reine à adopter Louis d'Anjou. Alfonse fut con- traint de se retirer. René d'An- jou, adopté après la mort de Louis son frère, jouit en France de titres pompeux, mais sans réalité. Jeanne, qui régnoit de- puis 1414 d'une manière si bi- zarre, mourut en 1435. Malgré sa vie licencieuse, elle s'occupa du soin de faire fleuvir les sciences et la justice. Elle réforma les coutumes; elle fonda l'univer- sité de droit et de médecine de Naples, et l'hôpital de l'Anno- ciade; elle réprima l'usure ex- cessive des Juifs, et les contrai- gnit à porter un T sur leur vé- tement, pour les distinguer de ses autres sujets. La première maison d'Anjou s'éteignit dans sa personne. Après sa mort, les deux prétendans à la couronne se la disputèrent. Leur guerre finit en 1442, par la conquête de Naples, que le roi d'Aragon emporta d'as- saut, et où il se fit recon- noître souverain. René retourna en France, où il se consola, dans le sein de la littérature et des arts, de la perte d'une couronne.
JEANNE DE BOHÈME, Voyez NÉPOMUCÈNE.
VII. JEANNE D'ALBREY, reine de Navarre, naquit en 1531. Fille de Henri II d'Al- bret, roi de Navarre, prince foible, elle eut encore un plus foible époux. Elle fut mariée à Moulins le 20 octobre 1548, à Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, prince indolent, in- quiet, toujours flottant entre les différens partis qui agitoient alors la France. Jeanne d'Albret étoit d'un caractère tout opposé: pleine de courage et de résolution, re- doutée de la cour de France, chérie des Protestans, estimée des deux partis, elle avoit toutes les qualités qui font les grands politiques; ignorant cependant les petits artifices de l'intrigue et de la cabale. « Elle n'avoit, dit d'Aubigné, de femme que le sexe, l'ame entière aux choses viriles, l'esprit puissant aux grandes affaires, et le cœur in- vincible aux grandes adversités. » Une chose remarquable, c'est qu'elle se fit Protestante dans le même temps que son époux de- vint catholique, et fut aussi cons- tamment attachée à la nouvelle religion, qu'Antoine étoit chan- celant dans la sienne. Jeanne em- brassa le parti des Huguenots par haine contre le pape, qui avoit enlevé à son père le royaume de Navarre, par une Bulle appuyée des armes de l'Espagne. Le pape Pie IV donna aussi une bulle en 1562, personnellement contre cette princesse; mais Charles IX la révoqua et la supprima si bien, qu'on ne la trouve point aujourd- d'hui dans le recueil des cons- titutions de ce pape. Elle se dis- tingua dans ce parti par une fer- meté à toute épreuve, et dans l'Europe par son goût pour les lettres. Elle mourut subitement deux mois avant l'horrible exé- 506 JEA cution de la *Saint-Barthélemi*, le 9 juin 1572, à 44 ans, après cinq jours d'une fièvre maligne. Quoique sa mort eût été naturelle, les massacres qui la suivirent, la crainte que son courage donnait à la cour, enfin sa maladie qui commença après avoir acheté des gants et des collets parfumés, tout cela fit croire fort mal à propos qu'elle étoit morte empoisonnée. *Voyez HENRI IV... MONTGOMMEY... et IL MOULIN, initio.* On a prétendu que *Jeanne d'Albert* épousa, après la mort d'*Antoine* de Navarre, un gentilhomme, nommé *Goyon*, et qu'elle en eut un fils qui fut ministre protestant à Bordeaux. C'est un fait rapporté par plusieurs historiens Calvinistes; je ne sais sur quoi ils l'appuient.
VIII. JEANNE, fille de Louis de Flandre, comte de Nevers, épousa *Jean VI de Monfort*, duc de Bretagne, mort en 1345. C'étoit une femme au-dessus de son sexe pour les talons militaires. Il n'y avoit point d'homme qui fut plus ferme à cheval, et qui frappât dans l'occasion de plus furieux coups que cette amazone. On raconte d'elle deux actions qui égalent celles des héros. Hennebond, place assiégée par les François, alloit être prise d'assaut, si cette femme forte, sautant par une poteine à la tête de trois cents gendarmes, ne se fut jetée à l'improviste sur un quartier des assiégeans; ce qui les obligea, quoiqu'ils fussent déjà sur la brèche, de quitter pour courir au secours. Poursuivie à son tour, elle s'enfuit par des défilés, marchant l'épée à la main, à la tête de sa petite troupe, afin d'être la première à repousser les ennemis, quand ils viendroient l'attaquer. Un si grand exploit ne lui coûta que deux hommes, qui ne furent faits prisonniers que pour apprendre aux assiégeans que c'étoit une femme qui venait de faire une si belle retraite. Quinze jours après, n'ayant que cinq cents chevaux, elle força une seconde fois les lignes des François, et entra comme en triomphe dans Hennebond, qui tenoit encore. La ville, rassurée par le retour de cette héroïne, reprit de nouvelles forces, et continua de se défendre avec tant de vigueur, que les Anglois eurent le temps de la secourir.
IX. JEANNE d'ESPAGNE, que les historiens Espagnols appellent la *Fouze*, étoit fille de Ferdinand et d'Isabelle, rois d'Espagne. Elle fut mariée en 1496 à *Philippe*, archiduc d'Autriche, dont elle eut l'empereur *Charles-Quint*. Son époux étant mort en 1506, d'un verre d'eau empoisonnée, qu'il but en jouant à la panne; le cerveau de *Jeanne*, déjà très-foiable, se dérangea entièrement, et l'on fut obligé de la tenir presque toujours enfermée. Quelque soin qu'on prit de cacher sa maladie, il semblait qu'elle s'appliquât à la faire éclater. Le jour de la Toussaint, elle voulut aller à la Chartrense de Miraflorès, où étoit le corps de son époux en dépôt. Après y avoir fait ses dévotions, il lui prit envie de faire ouvrir son tombeau, pour avoir la triste consolation de le voir. On lui remontera là-dessus tout ce qui étoit capable de l'en détourner; mais bien loin d'y avoir égard, elle s'emporta, et commanda avec menaces qu'on lui obéit. On ouvrit donc le tombeau, et en en tira le cercueil. Le nonce du pape, les ambassadeurs de l'empereur et du roi Catholique, et quelques évêques, y furent appelés, et quoique le corps n'eut presque plus la figure d'homme, la reine le regarda, le toucha plusieurs fois sans répandre une seule larme; après quoi on referma le cercueil, qu'elle fit couvrir d'une étoffe d'or et de soie. Pierre d'Angleria, qui étoit alors à la cour d'Espagne, dit qu'un Chartreux de Miraflorès lui avoit fait espérer que son mari ressusciteroit, comme il avoit vu d'un autre roi qui avoit eu ce privilège quinze ans après sa mort. La bonne reine le crut; mais elle attendit vainement ce miracle. Cette princesse mourut dans sa démence en 1555, à 73 ans. X. JEANNE D'ARC ou DU LYS, appelée ordinairement la PUCELLE d'Orléans, naquit vers l'an 1412, à Domremy, près de Vaucouleurs en Lorraine, d'un paysan appelé Jacques d'Arc. Elle étoit encore à la fleur de l'âge, quand elle s'imagina voir St. Michel, l'ange tutélaire de la France, qui lui ordonnoit d'aller lever le siège d'Orléans, de faire sacrer ensuite à Rheims le roi Charles VII. Ses visions engagèrent ses parens à la présenter à Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs. Ce gentilhomme se moqua d'abord de la Pucelle, et l'envoya ensuite au roi, après avoir cru reconnoître en elle quelque chose d'extraordinaire. « Le roi, dit l'abbé de Choisi, étoit alors à Chinon, assez embarrassé de ce qu'il avoit à faire, et presque désespérant de pouvoir secourir Orléans. Il avoit été averti de l'arrivée de la Pucelle. Il la fit entrer dans sa chambre, qui étoit toute pleine de jeunes seigneurs, dont la plupart avoient de plus beaux habits que lui. Elle s'adressa d'abord au roi, et le salua avec un air modeste et respectueux; il vouloit la tromper, et lui dit: Ce n'est pas moi; voilà le Roi, en lui montrant un de ses courtisans: mais elle l'assura qu'elle le connoissoit bien, quoiqu'elle ne l'eût jamais vu, et lui parla avec tant d'esprit, de hardiesse et de bonne grace, que toute la cour crut voir en elle quelque chose de divin. Elle promit hautement de secourir Orléans, et de faire sacrer le roi à Rheims; et pour se donner une entière croyance, elle lui dit, en présence de son confesseur, du duc d'Alençon, et de Christophe de Harcourt, des choses secrètes, qu'il n'avoit jamais dites à personne: Vous souvient-il, SIRE, lui dit-elle, que le jour de la Toussaint dernière, avant que de communier, vous demandâtes à Dieu deux graces; l'une de vous ôter le désir et le courage de faire la guerre, si vous n'étiez pas légitime héritier du royaume; et l'autre, de faire tomber toute sa colère sur vous, plutôt que sur votre peuple? Le roi fut étonné. » Il crut que, pour s'assurer de la vérité, il falloit d'abord savoir si elle étoit pucelle. La belle-mère du roi la fit examiner, en sa présence, par des sages-femmes, qui la trouvèrent vierge. Il fut même décidé qu'elle n'étoit pas encore sujette aux incommodités ordinaires de son sexe, quoiqu'elle eût passé l'âge où ces incommodités commencent. Après l'examen des sages-femmes, elle subit celui des docteurs. Tous conolurent que Dieu pouvoit bien 508 J E A confier à des filles les desseins qui ordinairement ne sont exécutés que par des hommes. Le parlement, à qui le roi renvoie, a notre inspirée, fut un peu plus difficile; il la traita de *folle*, et osa lui demander un miracle. *Jeanne* lui répondit qu'elle n'en avoit pas encore sous sa main; mais qu'à Orléans elle ne manqueroit pas d'en faire. Les Anglois assiégeoient alors cette ville, et étoient sur le point de la prendre. *Charles* qui, en la perdant, eût perdu sa dernière ressource, crut devoir profiter du courage d'une fille, qui paroissoit avoir l'enthousiasme d'une inspirée, et la valeur d'un héros. *Jeanne d'Arc*, vêtue en homme, armée en guerrier, conduite par des capitaines habiles, entreprit de secourir la place, parla à l'armée au nom de Dieu, et lui communiqua la confiance dont elle étoit remplie. Elle marcha ensuite du côté d'Orléans, y fit entrer des vivres, et y entra elle-même en triomphe. Un coup de flèche, qui lui perça l'épaule dans l'attaque d'un des forts, ne l'empêcha pas d'avancer. *Il m'en coûtera*, dit-elle, *un peu de sang*; mais ces malheureux n'échapperont pas à la main de Dieu! et tout de suite elle monta sur le retranchement des ennemis, et planta elle-même son étendard. Le siège d'Orléans fut bientôt levé; les Anglois furent battus dans la Beauce; la *Pucelle* se montra par-tout une héroïne. Le premier article de sa mission rempli, elle voulut accomplir le second. Elle marcha vers Rheims, y fit sacrer le roi le 17 juillet 1429, et assista à la cérémonie, son étendard à la main. *Charles*, sensible, comme il le devoit, aux services de cette fille guer- guerrière, ennoblit sa famille, lui donna le nom *du Lys*, et y ajouta des terres pour pouvoir soutenir ce nom. *Jeanne d'Arc* cessa bientôt d'être heureuse; elle fut blessée à l'attaque de Paris, et prise au siège de Compiègne, dans une sortie. Ce revers fit disparaître l'étonnement et la vénération dont elle avoit pénétré tout le monde, jusqu'à ses ennemis. On s'avisa de l'accuser, suivant l'esprit du siècle, d'être *sorcière*. Les prédicateurs le prêchèrent par-tout, et l'université de Paris, alors autant superstitieuse qu'elle fut éclairée depuis, le confirma. *Cauchon*, évêque de Beauvais, cinq autres prélats François, un évêque Anglois, un frère prêcheur, vieaire de l'inquisition, et une cinquantaine de docteurs, la jugèrent à Rouen. On lui fit bien des questions dignes de ce temps. On lui demanda si les saints qui lui apparoissoient avoient des cheveux: *A quoi cela est-il bon?* répondit-elle. Et comme on insistoit sur la chevelure de saint *Michel*, elle dit: *Pourquoi la lui auroit-on coupée?* — *Mais*, ajoutèrent ces hommes graves, *cet Archange étoit-il nu?*... *Croyez-vous*, dit-elle, *que Dieu n'ait pas de quoi lui donner un vêtement?*... *Cauchon*, vendu aux Anglois, cherchoit à la rendre coupable. Il supprima même, dans le procès-verbal, la demande que fit la *Pucelle*, d'être conduite au pape. Sur quoi *Jeanne* lui dit: *Vous ne voulez écrire que ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas faire mention de ce qui est pour moi*. Dès qu'on eut fini les interrogatoires, on mena la *Pucelle* au cimetière de St-Ouen de Rouen, à la vue du peuple. Un prêtre prêcha un mauvais sermon, dans lequel il insulta le roi Charles et son héroïne. Jeanne l'interrompit, et lui donna un démenti à haute voix. Cette force d'esprit dans un sexe foible, loin de désarmer ses juges, ne fit que les irriter davantage. On la condamna, l'an 1431, comme sorcière, devineresse, sacrilège, idolâtre, blasphémant le nom de Dieu et des Saints, désirant l'effusion du sang humain, ayant du tout dépouillé la pudeur de son sexe, séduisant les princes et les peuples, etc. Ce n'est pas ainsi qu'avoit été traitée la comtesse de Montfort, en Bretagne, qui maintint ses droits par ses armes; ni Marguerite d'Anjou en Angleterre, qui se mit à la tête des troupes pour conserver la couronne à Henri IV, son époux. Jeanne parut sur le bûcher le 30 mai, avec la même fermeté que sur les murs d'Orléans. On l'entendit seulement invoquer Jésus. Les Anglois eux-mêmes pleurèrent sa mort. Charles VII ne fit rien pour la venger; il fit seulement intervenir ses parens, dix ans après, pour demander au saint siège la révision du procès. Callixte III réhabilita sa mémoire, qui, sans cette formalité, n'en étoit pas moins respectable à la postérité: il la déclara martyre de sa religion, de sa patrie et de son roi. Ses juges déshonorèrent leur raison et leur équité par son supplice. Ils violèrent le droit des gens, en la condamnant, tandis qu'elle étoit prisonnière de guerre; et les règles du bon sens, en la brûlant comme magicienne. Elle n'étoit certainement pas sorcière; mais il ne faut pas non plus l'invoquer comme une sainte, suscitée par la Providence pour délivrer les François. « Une jeune fille se présente, dit un Savant; elle se croit inspirée: on profite de l'impression que son enthousiasme peut faire sur les soldats, et, sans rien mettre au hasard, les généraux qui la conduisent ont l'air de la suivre. Elle n'a point de commandement, et paroît ordonner de tout: son audace, que l'on cherche à entretenir, se communique à toute l'armée, et change la face des affaires. Il n'y a point d'histoire où l'on ait fait entrer plus de merveilleux que dans celle de Jeanne d'Arc. C'est une pauvre bergère, que le Ciel tire de l'obscurité, pour soutenir le trône de nos rois contre les usurpations des Anglois. St. Michel descend pour lui annoncer sa mission. Elle la prouve aux incrédules, en reconnoissant le roi confondu dans la foule des courtisans, et en devinant ses plus secrètes pensées. Cette fille de 17 ans fait des prodiges de valeur, dans l'âge où les hommes n'ont pas acquis toute leur force. Elle succombe ensuite et subit le plus cruel supplice; mais sa mort est aussi merveilleuse que sa vie. Tous ses juges meurent d'une mort vilaine, comme dit l'élégant Mezerai; et sur son bûcher, elle prédit aux Anglois les malheurs qui les accablèrent ensuite. Son cœur se trouve tout entier dans les cendres, et on voit s'envoler du milieu des flammes une colombe blanche, symbole de son innocence et de sa pureté. Ce n'est pas tout: on la fait revivre après sa mort, et on lui fait épouser un Seigneur Lorrain. Il ne manquoit plus que de la rendre immortelle, pour certifier à la postérité toutes ces merveilles étonnantes. Revenons 510. JEA à présent sur chacun de ces prodiges, ou du moins de ces contradictions. Ne parlons point de l'apparition de St. Michel; personne n'a vu cet archange parler à Jeanne. Elle dit avoir eu des conversations avec lui; il faut la croire sur sa parole. Mais on peut s'assurer du moins de l'âge qu'elle avoit, si on ne peut pas approfondir les preuves de sa mission. Les uns lui donnent 19 ans, les autres 29: *Rapin de Thoyras* est de ce dernier sentiment, et il peut être appuyé sur quelques conjectures. La *Pucelle* avoua dans son interrogatoire, qu'elle avoit eu un procès en Lorraine à l'officialité, à l'occasion d'un mariage. Est-on en état à cet âge de soutenir, dit un auteur, un tel procès en son nom? On répond que cela n'est point ordinaire; mais une jeune héroïne, qui a le courage d'affronter les dangers de la guerre, peut bien avoir celui de paroître devant un juge. Cette anecdote a inspiré à quelques esprits des soupçons sur cette fameuse virginité qui augmentoit sa gloire; mais ces soupçons nous paroissent injustes, ou du moins téméraires. On peut plaider contre un fourbe qui nous a fait une promesse de mariage; et on peut avoir conservé avec lui sa vertu. Comment d'ailleurs accorder les idées défavorables à l'honneur de la *Pucelle*, avec la déposition des sages-femmes? Dira-t-on que, comme il y eut des juges pavés pour la perdre et la flétrir, il y eut des femmes gagnées pour l'honorer? Cette idée est fine; mais est-elle aussi vraie? nous ne saurions le croire. On ne marche qu'à tatons dans presque toutes les Histoires, et surtout dans celle-ci, parce que les historiens n'ont rien oublié pour y répandre des ténèbres. Que n'a-t-on pas dit pour prouver que *Jeanne* avoit échappé au supplice du feu? Que ne dit-on pas encore? Cette partie de l'histoire de *Jeanne d'Arc*, est surtout singulière. On la condamne à être brûlée vive, pour satisfaire à l'animosité des Anglois; mais comme elle n'étoit pas assez coupable pour mériter le supplice, on lui substitue une malheureuse, qui avoit mérité une mort aussi infame. Voilà un récit bien arrangé; mais peut-il prévaloir contre les *Actes* du procès, rapportés par *du Haillan* et par d'autres historiens; contre le *Jugement* des commissaires délégués par le pape pour la justification de cette illustre héroïne; contre l'*Apologie* que le chancelier de l'université fit de sa mémoire en 1456? Tous ces gens-là auroient-ils ignoré cette aventure surprenante? Et s'ils l'avoient sue, à quoi bon tant de soins pour la laver de l'infamie du supplice?... Mais il y a quelques familles, dira-t-on, qui prétendent venir de la *Pucelle d'Orléans*. Mais n'y en a-t-il pas, dans toute l'Europe, qui ont la bêtise de se faire descendre des héros de la Fable? Les croit-on sur leur parole? Non sans doute. Autrement, il faudroit ajouter foi à la généalogie que fait *Gilles* sur le théâtre de la foire, lorsqu'en changeant deux lettres de son nom, il se fait descendre de *Jules César*. Qu'il y ait des familles qui appartiennent à la *Pucelle*, cela peut être en ligne collatérale; mais cela paroît évidemment faux, en ligne directe. Il est vrai que, quelques années après son supplice, il parut en Lorraine une avatature qui se disoit la *Pucelle d'Orléans*, et qui, à la faveur de ce beau nom, épousa un seigneur des *Armoises*. Mais n'a-t-on pas vu des faux *Démétrius* en Russie ? Le seigneur des *Armoises* aura épousé aussi la fausse *Jeanne*, qu'il prenoit pour la véritable. Il aura, sans doute, découvert le mensonge dans la suite ; mais son amour propre lui aura dit de garder le secret pour lui, et il aura toujours donné à sa femme aventurière le nom respectable de la vengeresse du nom François. Voilà l'origine de tous les Actes qu'on nous produit sous le nom des *Armoises* et de *Jeanne du Lys*. C'est la vanité qui les a écrits, et une vaine curiosité qui les déterre. A l'égard du cœur de la *Pucelle d'Orléans*, respecté par les flammes, supposé que le fait soit vrai, il peut n'être pas merveilleux. On a vu, dit-on, de semblables prodiges parmi les *Païens*, entr'autres dans la personne de *Germanicus*, adopté par l'empereur *Tibère*. Son corps fut brûlé selon la coutume des Romains, et son cœur parut, dit-on, tout entier au milieu du bûcher. Mais, sans chercher à expliquer des choses peu vraisemblables, par d'autres faits aussi difficiles à croire, il seroit plus court de rester dans le doute sur tout ce qui ne regarde point les matières sacrées. Mais tel est l'homme : il faut qu'il bâtisse des systèmes sur les évênemens passés et sur les présens ; sur les globes de lumière qui roulent sur nos têtes, et sur les insectes qui rampent à nos pieds... On a remarqué, avec raison, que *Jeanne d'Arc* étoit destinée à donner lieu à toutes les singularités. Ce n'est pas une chose à oublier, que le sort des denx poètes qui l'ont chantée parmi nous. L'un, *Chapelain*, s'occupe pendant trente années à la célébrer ; et lorsqu'après un si long travail il fait paroître son *Poëme*, il passe pour le dernier des versificateurs, après avoir été considéré comme l'un des chefs du Parnasse François. L'autre poète, *Voltaire*, ne perd pas, à la vérité, sa réputation de brillant versificateur ; mais il affoiblit sa réputation de philosophe, par des tableaux dont l'*Arétin* auroit rougi. Il lui impute des impuretés qui révoltent la nature, quoique dans les villes de garnison elle couchait toujours avec une femme d'une vertu reconnue ; que dans les camps elle gardait son armure la nuit, et qu'elle eût deux de ses frères à ses côtes, et que ses ennemis mêmes ne lui aient attribué aucune de ces foiblesses qui tiennent de si près à la nature humaine. Une médaille frappée à l'honneur de la *Pucelle*, après qu'elle eût fait sacrer *Charles VII* à Rheins, nous apprend qu'elle avoit pour devise une main portant une épée, avec ces mots : *Consilio firmata Dei*. Voy. l'*Histoire de Jeanne d'ARC*, *Vierge*, *Héroïne et Martyre d'État*, en 2 petits volumes in-12, publiée par l'abbé *Lenglet du Fresnoy*, en 1753, sur un manuscrit d'*Edmond Richer* ; et réimprimée en 1759, en 3 parties, sous ce titre : *Histoire de Jeanne d'ARC*, dite la *Pucelle d'Orléans*.
JEANNE, (la Papesse) Voy. BENOIT III, n° 6 ; JEAN VIII, n° 22 ; LÉON IV... Son *Histoire* fabuleuse a été écrite par *Jacques Lenfant* : Voyez ce mot.
JEANNE DE CASTRO, Voyez PADDILLA et PIERRE le Cruel. 512 JEA
JEANNE GRAY, *Voy. GRAY*, et de même SEYMOURS.
JEANNIN, (Pierre) simple avocat au parlement de Dijon, né en 1540, parvint, par ses talens et sa probité, aux premières charges de la robe. Les états de Bourgogne le chargèrent des affaires de la province, et eurent à se féliciter de ce choix. Quand on reçut à Dijon les ordres du massacre de la *Saint-Barthélemi*, il s'opposa de toutes ses forces à leur exécution, et quelques jours après, un courrier vint défendre les meurtres. Les places de conseiller, de président, et enfin de premier président au parlement de Dijon, furent la récompense de son mérite. *Jeannin*, ébloui par le zèle pour la religion et pour l'état, que les ligueurs affectoient, entra dans cette faction; mais il ne tarda pas d'en découvrir la perfidie et la méchanceté. Envoyé par le duc de *Mayenne* auprès de *Philippe II*, il reconnut que l'intérêt de l'église n'étoit qu'un prétexte, dont le monarque Espagnol se servoit pour enlever la France à son roi légitime. Le combat de Fontaine-Françoise ayant donné le dernier coup à la Ligue, *Henri IV* l'appela auprès de lui, et l'admit dans son conseil. Comme *Jeannin* faisoit quelques difficultés, ce bon prince lui dit: *Je suis bien assuré que celui qui a été fidelle à un Duc, le sera à un Roi*. Il lui donna en même temps la charge de premier président au parlement de Bourgogne, à condition qu'il en traiteroit avec un autre. Dès ce moment *Jeannin* fut le conseil, et, si on l'ose dire, l'ami de *Henri IV*, qui trouvoit en lui autant de fran- chise que de prudence. Il fut chargé de la négociation entre les Hollandois et le roi d'Espagne, une des plus difficiles qu'il y eut jamais. Il en vint à bout en 1609, et fut également estimé des deux partis. *Scaliger*, témoin de sa prudence, et *Barneveldt*, l'un des meilleurs esprits de ce temps-là, protestoient qu'ils sortoient toujours d'avec lui meilleurs et plus instruits. Le cardinal *Bentivoglio* dit, qu'il l'entendit parler un jour dans le conseil avec tant de vigueur et tant d'autorité, « qu'il lui sembla que toute la majesté du roi respiroit dans son visage. » *Henri IV* se plaignant un jour à ses ministres que l'un d'eux avoit révélé le secret, il ajouta ces paroles en prenant le président *Jeannin* par la main: *Je réponds pour le bon-homme; c'est à vous autres de vous examiner*. Le roi lui dit, peu de temps avant sa mort, « qu'il songeât à se pourvoir d'une bonne haque-née, pour le suivre dans toutes ses entreprises. » Ce prince rendit un jour à sa vertu un témoignage bien flatteur. L'ambassadeur d'Espagne lui demandant quel étoit le caractère de ses ministres, pour pouvoir traiter plus facilement avec eux; *Henri IV* lui dit: *je vais sur-le-champ vous les faire connoître*. Il fit appeller le chancelier de *Sillery*, et lui dit: *Je suis fort en peine, monsieur le Chancelier, de voir sur ma tête un plancher qui semble menacer ruine, Stie*, dit le chancelier, *il faut consulter des architectes, et faire les réparations, si elles sont nécessaires; mais il ne faut pas aller si vite*. Le roi ayant fait entrer *Villeroi*, lui tint le même discours; et le ministre, sans regarder regarder le plancher, lui répondit : *Sire, vous avez grande raison, cela fait peur.* Enfin, vint le président *Jeannin*, qui lui dit avec sa franchise ordinaire ; *Je ne sais pas, Sire, ce que vous voulez dire ; ce plancher est fort bon, ou j'ai la berlue. Allez, allez, Sire, dormez en repos ; il durera plus que vous.* Quand les trois ministres furent sortis, le roi dit à l'ambassadeur : Vous connoissez à présent mes ministres. *Le chancelier ne sait jamais ce qu'il veut faire ; Villeroi me donne toujours raison ; Jeannin pense toujours bien et ne me cache rien de ce qu'il pense, et me le dit sans me flatter.* La reine-mère, après le mort de *Henri IV*, se reposa sur lui des plus grandes affaires du royaume, et lui confia l'administration des finances : il les mania avec une fidélité, dont le peu de bien qu'il laissa à sa famille fut une bonne preuve. Le roi *Henri IV*, qui se reprochoit de ne lui avoir pas fait assez de bien, dit en plusieurs rencontres, qu'il *doroit quelques-uns de ses Sujets pour cacher leur malice ; mais que pour le président Jeannin, il en avoit toujours dit du bien sans lui en faire.* Dans le temps qu'il étoit simple avocat, il s'étoit signalé par une éloquence mâle et persuasive. Un riche particulier l'ayant entendu discourir dans les états de Bourgogne, fut si charmé de ses talens, qu'il résolut de l'avoir pour gendre. Il alla le trouver, et lui demanda en quoi consistoit son bien. L'avocat porta la main à sa tête, et lui montra ensuite quelques livres : *Voilà tout mon bien, lui dit-il, et toute ma fortune.* On dit qu'un prince, cherchant à l'embarrasser en lui rappelant sa naissance, lui demanda de qui il étoit fils. Il répondit : *De mes vertus.* Ce respectable ministre vit, dans l'espace de seize lustres, sept de nos rois occuper successivement le trône de France. Il mourut le 31 octobre 1622, à 82 ans. Nous avons de lui des *Mémoires* et des *Négociations*, publiés à Paris, infolio, en 1659 ; chez les *Elzevir*, même année, 2 vol. i-12 ; et en 1695, 4 vol. in-12. Ils sont estimés, et nécessaires à ceux qui veulent apprendre à traiter les affaires épineuses. Le cardinal de *Richelieu* en faisoit sa lecture ordinaire dans sa retraite d'Avignon, et trouvoit toujours à y apprendre.
JEAURAT, (M. Sebastien) — né à Paris le 14 septembre 1704, s'appliqua avec succès à l'étude de l'astronomie, et fonda l'observatoire de l'École Militaire. Membre de l'académie des Sciences et ensuite de l'Institut, il est mort au commencement de l'an XI. On lui doit les ouvrages suivans : I. *Traité* de perspective, 1750, in-4. Il fut adopté dans les écoles d'artillerie et de génie. II. *Nouvelles Tables* de Jupiter, 1766, in-4. III. *Observations* sur la comète de 1759. Elles ont été insérées dans le recueil des *Savans Etrangers*, vol. in-4. Cette comète avoit déjà été calculée en 1531, 1607 et 1682. IV. *Méthode graphique* de la trisection de l'angle, 1793. V. *Observations* de l'éclipse de soleil du 5 septembre 1793. VI. *Mémoire* sur les lunettes di-plantidiennes, an v. VII. Il a publié, en outre, plusieurs volumes de la *Connaissance des temps*, et divers mémoires qui se trouvent parmi ceux de l'académie des Sciences. K k 714 JEB
JEBB, (Samuel) docteur en médecine, né à Nottingham, mort dans le Derbyshire en 1772, eut des succès dans la pratique de son art. Il fut connu aussi comme savant littérateur. On a de lui : I. Une Vie de Marie, reine d'Écosse, 1725, in-8.º II. Une édition d'Aristide. Voy. ARISTIDE, N° IV. III. Baconis Opus majus, 1733, in-folio. IV. Humphredi Hodii libri duo de Græcis illustribus, 1742, in-8.º Les notes dont Jebb accompagne les auteurs dont il a donné des éditions, prouvent qu'il avoit lu avec fruit les anciens et les modernes.
JÉBUS, fils de Chanaan, fut père des Jébuséens, qui donnèrent leur nom à la ville de Jérusalem, d'où ils furent chassés par David.
JÉCHONIAS, fils de Joachim, roi de Juda, associé par son père à la couronne, régna seul vers l'an 599 avant J. C. Il ne jouit du trône que pendant peu de mois. Nabuchodonosor ayant pris Jérusalem, le mena en captivité à Babylone. Il demeura dans les fers jusqu'au règne d'Évilmerodac, qui l'en tira pour le mettre au rang des princes de sa cour. On ne sait ce qu'il devint depuis.
JEFFREYS, (Lord George) chancelier d'Angleterre, sous Jacques II, fut un magistrat dur et cruel, qui auroit été puni de ses jugemens rigoureux sous Guillaume III, s'il n'étoit mort le 18 avril 1689. Voyez MONMOUTH et SIDNEY.
JEGHER, (Christophe) graveur en bois, établi à Anvers, mort à la fin du XVIIe siècle, dont on cite une Ascomption, qui est parfaitement exécutée. Il travailla pour Rubens, dont il acquit les planches après sa mort. I. JÉHU, fils d'Hanani, fut envoyé vers Baasa, roi d'Israël, pour l'avertir de tous les maux qui arriveroient à sa maison. Ce prince, irrité de cette prédiction, le fit mourir l'an 930 avant J. C.
II. JÉHU, fils de Josaphat et Xe roi d'Israël, commença à régner environ l'an 885 avant J. C. Il tua Joram, roi d'Israël, d'un coup de flèche, et fit mourir Ochosias, roi de Juda. Jézabel, femme d'Achab, ayant insulté Jéhu, lorsqu'il entra dans la ville de Jézrahel, ce prince la fit jeter par la fenêtre. Il donna ordre ensuite qu'on fit mourir tous les fils et les parens d'Achab, et tous ceux qui avoient en quelque liaison avec ce prince. Ayant trouvé sur le chemin de Samarie quarante-deux frères d'Ochosias, il les fit massacrer. Il rassembla ensuite tous les prêtres de Baal dans le temple de cette fausse Divinité, les y fit tous égorger, brisa la statue, et détruisit le temple. Le Seigneur, satisfait de la vengeance que Jéhu avoit exercée contre la maison d'Achab, lui promit que ses enfans seroient assis sur le trône d'Israël jusqu'à la quatrième génération. Cette prédiction fut accomplie dans les personnes de Joachaz, Joas, Jéroboam et Zacharie. Ce prince, qui avoit paru si zélé à exécuter les ordres de Dieu, ne l'avoit fait que par des vues politiques. Dieu l'en punit en le livrant à Hazaël, roi de Syrie, qui désola son royaume, tailla en pièces tout ce qu'il trouva sur les frontières, et ruina tout le pays de Galaad, que possédolent les enfans de *Ruben*, de *Gad* et de *Manassès*. Il mourut l'an 856 avant J. C., après 28 ans de règne, qu'il sonilla par la cruauté et par l'idolâtrie.
JENEBELLI, (Frédéric) Mantouan, un des plus habiles ingénieurs et un des plus savans destructeurs d'hommes que son siècle ait produits, fut envoyé au secours d'Anvers par la reine *Elizabeth*, lorsque le prince de Parme mit le siège devant cette ville en 1585. Il inventa plusieurs machines pour détruire les travaux des assiégeans; mais les assiégés, réduits à l'extrémité, ne purent profiter des avantages que leur promettoit l'art de *Jenabelli*, et se rendirent.
JENISCHIUS, (Paul) d'Anvers, fut père de dix-neuf enfans, dont quatre seulement vécurent. Il donna le jour à un vingtième, qui lui procura plus de renom et plus de soins que tous les autres; c'est son livre intitulé : *Thesaurus animarum*, qui le fit bannir de son pays. *Jenischius* mourut à Sturgard, le 18 décembre 1647, à 89 ans, avec la réputation d'un homme également versé dans les langues et dans les sciences.
JENNENS, (Charles) gentilhomme Anglois de la province de Leicester, mort en novembre 1773, composa des *Oratorio*, qu'*Handel* mit en musique. On cite celui du Messie, comme l'un des meilleurs. Mais ce qui distingue sur-tout *Jennens*, fut sa fortune, et la magnificence de sa maison. Il vécut en grand seigneur, eut des parasites parmi les rimailleurs Anglois, et par conséquent de bas adulateurs.
JENSON, (Nicolas) célèbre imprimeur et graveur en carac- tères à Venise, dans le xv$^{e}$ siècle, étoit originairement graveur de la monnoie de Paris. Dans les premières années du règne de *Louis XI*, le bruit de la découverte de l'imprimerie inventée à Mayence, commençant à se répandre, il fut envoyé dans cette ville, par ordre du roi, pour s'instruire secrètement dans cet art. C'est ce qu'on lit dans un ancien manuscrit sur les monnoies de France, qui paroît avoir été composé et écrit dans ce temps même, et dont voici le passage original. « Ayant su qu'il y avoit à Mayence gens adroits à la taille des poinçons et caractères, au moyen desquels se pouvoient multiplier par impression les plus rares manuscrits; le roi, curieux de toutes telles choses et autres, manda aux généraux de ses monnoies y dépêcher personnes entendues à ladite taille, pour s'informer secrètement de l'art, et en enlever subtilement l'invention: et y fut envoyé *Nicolas Jenson*, garçon sage, et l'un des bons graveurs de la monnoie de Paris. » Dans un autre manuscrit à peu près semblable, que possédoit feu M. *Mariette*, il est dit en marge, dans une note qui se rapporte à l'année 1458: Que *Charles VII*, informé de ce qui se faisoit à Mayence, demanda aux généraux de ses monnoies une personne entendue pour aller s'en informer, et que ceux-ci lui indiquèrent *Nicolas Jenson*, maître de la monnoie de Tours, qui fut aussitôt dépêché à Mayence; mais qu'à son retour en France, ayant trouvé *Charles VII* mort, il étoit allé s'établir ailleurs... Voilà deux leçons différentes, dont la dernière semble mériter la préférence, en ce qu'elle expliqua au K k 1 516 JEN moins comment *Jenson*, après avoir été envoyé à Mayence aux frais du roi, s'en fut porter à Venise les fruits de son industrie, au lieu d'en enrichir sa patrie. Quoi qu'il en soit, *Jenson* se fit une grande réputation dans les trois parties de la typographie; c'est-à-dire la gravure des poinçons, la fonte des caractères, et l'impression; talens que peu d'artistes ont réunis. C'est lui qui le premier imagina et détermina la forme et les proportions du caractère *Romain*, tel qu'il existe aujourd'hui dans les imprimeries. Il forma les majuscules de capitales latines, et les minuscules de lettres espagnoles, lombardes et françoises, ou carolines; auxquelles il donna une figure plus simple. Malgré les progrès de l'art, on admire encore à présent l'élégance et la propreté de ses caractères, et ses éditions sont recherchées avec empressement de tous les amateurs d'éditions anciennes. La première, sortie des presses de *Jenson*, est celle du rare ouvrage intitulé: *Decor Puellarum*, in-4°, datée de 1461, mais par erreur, et qui est véritablement de 1471, parce qu'il y est question d'un autre livre italien, imprimé in-4° par le même, en 1471, avec ce titre: *Lucius Christianorum ex passione Christi...* *Jenson* imprima, la même année, un autre petit livre in-4° en italien, également intitulé: *Gloria Mulierum*, qui paroît une suite naturelle du *Decor Puellarum*. Plusieurs éditions d'auteurs Latins et autres suivirent celles-ci jusqu'en 1481, que l'on peut conjecturer être l'année de sa mort, puisqu'il paroît avoir cessé d'imprimer vers ce temps-là, *Voyez* JANSON.
JEPHTÉ, successeur de *Jair* dans la judicature des Hébreux, tourna ses armes contre les Ammonites, vers l'an 1187 avant J. C. Pour obtenir la victoire, il fit vœu de sacrifier la première tête qui se présenteroit à lui après le combat. Ce fut sa fille unique, que *Philon* nomme *Sella*: il l'immola deux mois après. Les saints Pères sont partagés sur le droit et sur le fait de ce vœu si extraordinaire de *Jephté*. Plusieurs l'ont condamné comme téméraire, et son exécution comme impie et cruelle; ils prétendent qu'il est contre la loi naturelle et contre la loi divine, d'immoler un homme comme une victime. Quelques-uns disent, pour justifier ce vœu, que le maître de la vie et de la mort, l'avoit inspiré à *Jephté*, et en avoit exigé l'accomplissement, sans qu'on puisse lui demander raison de sa conduite, ni en tirer aucune conséquence. D'autres enfin supposent que l'immolation de la fille de *Jephté* ne fut que spirituelle, que *Jephté* consacra la virginité de sa fille au Seigneur, et qu'il l'obligèa de passer le reste de ses jours dans la continence. Cette explication paroît conforme au texte sacré, qui dit: *Cumque abisset cum sociis ac sodalibus suis, fœbat virginitatem suam in montibus.* (Juges, XI.) *Jephté* mourut l'an 1181 avant J. C. *Voyez* IDOMENEE. I. JÉRÉMIE, prophète, fils du prêtre *Helcias*, natif d'Anathoth près de Jérusalem, commença à prophétiser sous le règne de *Josias* l'an 629 avant J. C. Les malheurs qu'il prédisoit aux Juifs, et la sainte liberté avec laquelle il reprenoit leurs désordres, les mirent si fort en colère contre le prophète, qu'ils le jetèrent dans une fosse pleine de boue, d'où un ministre du roi Sédécias le fit retirer. On eut bientôt occasion d'admirer l'esprit de Dieu qui l'animoit. Il avoit prédit la prise de Jérusalem : cette ville se rendit effectivement aux Babyloniens, l'an 606 avant J. C. Nabuzardan, général de l'armée de Nabuchodonosor, donna au prophète la liberté, ou d'aller à Babylone, pour y vivre en paix, ou de rester en Judée. Le prophète préféra le séjour de la dernière, pour conserver le peu de Juifs qui y étoient demeurés. Il donna de bons avis à Godolias, gouverneur de Judée ; mais cet homme imprudent les ayant négligés, fut tué avec ceux de sa suite. Les Juifs craignant la fureur du roi de Babylone, voulurent chercher leur sureté en Égypte. Jérémie fit tout ce qu'il pût pour s'opposer à ce dessein, et fut enfin contraint de les suivre avec son disciple Baruch. Là, il ne cessa de leur reprocher leurs crimes avec son zèle ordinaire ; il prophétisa contre eux et contre les Égyptiens. L'Écriture ne nous parle point de sa mort ; mais on croit que les Juifs, irrités de ses menaces continuelles, le lapidèrent à Taphné, l'an 590 avant J. C. Les Prophéties de Jérémie contiennent cinquante-un chapitres. Ce prophète, si nous en croyons St. Jérôme, est simple dans ses expressions, sublime dans ses pensées ; mais cette simplicité offre souvent des termes forts et énergiques. Il y a quelques visions symboliques faciles à expliquer. Le Seigneur montra en vision à Jérémie deux paniers placés devant le temple, dont l'un étoit plein de figues exquises, et l'autre de figues si mauvaises, qu'on n'en pouvoit manger. Le prophète reçut de Dieu même l'explication de cet emblème. Il apprit que les excellentes figues, que le Seigneur recevoit comme une offrande très-agréable, désignoient la partie du peuple de Juda captive à Babylone ; les mauvaises figues qu'il rejetoit avec horreur, comme un présent indigne de lui, étoient le roi Sédécias et les Juifs demeurés à Jérusalem, ou retirés en Égypte. M. d'Arnaud, avantageusement connu par des ouvrages pleins de chaleur et de sentiment, a donné les Lamentations de Jérémie, traduites en vers françois, 1757, in-8. Jérémie est honoré par les Grecs et par les Latins ; il n'y a point d'endroit dans l'Occident où sa fête soit célébrée avec plus de pompe qu'à Venise.
II. JÉRÉMIÉ, métropolitain de Larisse, fut élevé l'an 1572 sur la chaire patriarcale de Constantinople, à l'âge de 36 ans. Les Luthériens lui présentèrent la confession d'Augsbourg, dans l'espérance de la lui faire approuver ; mais il la combattit de vive voix et par écrit. Il ne paroissoit pas même éloigné de réunir l'Église Grecque à la Romaine, et avoit adopté la réformation du Calendrier de Grégoire XIII. Ses envieux en prirent occasion de l'accuser d'entretenir des relations avec le pape, et le firent chasser de son siège en 1579. On a imprimé sa Correspondance avec les Luthériens, en grec et en latin, à Wittemberg, 1584, in-fol. Un Catholique l'avoit déjà publiée en latin, en 1581. Ce prélat mourut après 1585. I. JÉROBOAM I, fils de Nabath, de la tribu d'Éphraïm, K k 3 518 JÉR plut tellement à *Salomon*, que ce prince lui donna l'intendance des tributs d'Éphraïm et de Manassès. Le prophète *Ahias* lui prédit qu'il régneroit sur dix tribus. *Salomon*, pour empêcher l'effet de cette prédiction, donna ordre de l'arrêter; mais il s'enfuit en Égypte, où *Sésach* lui donna un asile, et il y demeura jusqu'à la mort du roi, jaloux de sa grandeur future. *Roboam*, successeur de *Salomon*, fut le tyran de son peuple; dix tribus se séparèrent de la maison de *David*, et firent un royaume à part, à la tête duquel elles mirent *Jéroboam* vers l'an 972 avant J. C. Ce nouveau roi, craignant que si le peuple continuoit d'aller à Jérusalem pour y sacrifier, il ne rentrait peu à peu dans l'obéissance de *Roboam*, son prince légitime, fit faire deux *Veaux d'or*. Il plaça l'un à Béthel, l'autre à Dan, ordonna à ses sujets de les adorer, et leur fit défendre d'aller désormais à Jérusalem. Ce prince sacrilège éleva au sacerdoce les derniers du peuple, qui n'étoient pas de la tribu de *Lévi*, établit des fêtes solennelles à Béthel comme à Jérusalem, et réunit dans sa personne la dignité du sacerdoce à la majesté royale. Un jour qu'il faisoit brûler de l'encens sur l'autel de Béthel, un prophète vint lui annoncer que cet autel seroit détruit; qu'il naîtoit un fils de la race de *David*, nommé *Josias*, lequel égorgeroit sur cet autel tous les prêtres qui y offriroient de l'encens. Il ajouta que, pour preuve qu'il disoit la vérité, l'autel alloit le fendre en deux à l'heure même. *Jéroboam* ayant étendu la main pour faire arrêter le prophète, sa main se sécha, et l'autel se fendit aussitôt. Alors le roi pria l'homme de Dieu d'obtenir sa guérison, et sa main revint à son premier état. Ce prodige ne changea pas le cœur de *Jéroboam*. Il mourut dans son impiété, après 22 ans de règne, l'an 954 avant J. C. Sa maison fut détruite et exterminée par *Baasa*, selon la prédiction d'*Ahias* de Silo.
II. JÉROBOAM II, fils de *Joas* et roi d'Israël comme lui, rétablit le royaume d'Israël dans son ancienne splendeur. Il monta sur le trône l'an 836 avant J. C.; reconquit les pays que les rois de Syrie avoient usurpés et démembrés de ses États, et réduisit dans son obéissance toutes les terres de delà le Jourdain jusqu'à la mer-Morte. La mollesse, la somptuosité régnoient dans Israël avec l'idolâtrie. On adora non-seulement les *Veaux d'or* à Béthel, mais on fréquenta tous les *Hauts-Lieux* du royaume, et l'on y commit toutes sortes d'abominations. *Jéroboam* mourut l'an 795 avant J. C., après 41 ans de règne. I. JÉROME, (Saint) *Hieronymus*, naquit à Stridon sur les confins de la Dalmatie et de la Pannonie, vers l'an 340. *Eusèbe*, son père, y tenoit un rang distingué. Après avoir fait donner à son fils une excellente éducation, il l'envoya à Rome, où il fit des progrès rapides dans les lettres et dans l'éloquence. Ses écrits donnent lieu de penser que sa jeunesse fut bouleversée par les passions. Au retour d'un voyage dans les Gaules, il se fit baptiser à Rome; il fut dès comment un homme nouveau. Entièrement consacré à la prière et à l'étude de l'Écriture, il vécut en cénobite, au milieu du tumulte de cette ville immense, et en saint au milieu de la corruption et de la débauche. De Rome il passa à Aquilée, et d'Aquilée dans la Thrace, dans le Pont, la Bithynie, la Galatie et la Cappadoce. Après avoir parcouru et édifié ces différentes provinces, il s'enfonça dans les déserts brûlants de la Chalcide en Syrie. Les austérités qu'il y pratiqua paroîtioient incroyables, s'il ne les rapportoit lui-même; et malgré ces étonnantes mortifications, il éprouvoit des souvenirs qui troubloient son repos. « Combien de fois, dit-il, étant dans la plus profonde solitude, m'imaginois-je néanmoins être au spectacle des Romains ! Mes membres, secs et décharnés, étoient couverts d'un sac; mes jours se passaient en gémissemens; et si le sommeil m'accabloit quelquefois, malgré la terre dure sur laquelle je me conchois, c'étoit moins un repos pour moi qu'une espèce de tourment. Cependant je ne pouvois arrêter mon imagination volage. Mon visage étoit défiguré par le jeûne, et mon cœur brûloit malgré moi de mauvais désirs. Toute ma consolation étoit de me jeter aux pieds de J. C. sur la croix, et de les arroser de mes larmes. » Il avoit résolu de consommer ses jours dans cette affreuse solitude; mais les moines, qui habitoient le même désert, venant sans cesse le tourmenter pour lui demander compte de sa foi, et le traitant de Sabellien, parce qu'il se servoit du mot d'*Hypostase*, il passa à Jérusalem, et de là à Antioche. *Paulin*, évêque de cette ville, l'éleva au sacerdoce. *Jérôme* ne consentit à son ordination, qu'à condition qu'il ne seroit attaché à aucune église. Plusieurs légendaires ont dit qu'il n'offrit jamais le sacri- sacrifice de l'autel, par humilité. Mais pourquoi se seroit-il donc fait orconner ? Aussi *Ludvocat*, après de bons critiques, rejette ce fait, comme dénué de vraisemblance. Le désir d'entendre *St. Grégoire* de Nazianze, le conduisit à Constantinople en 381. Il se rendit l'année suivante à Rome, où le pape *Damase* le chargea de répondre en son nom aux consultations des évêques sur l'Écriture et sur la morale. Un grand nombre de dames Romaines, illustres par leur esprit et par leurs vertus, *Marcelle*, *Albine*, *Læta*, *Aselle*, *Paule*, *Blésille*, *Eustochie*, recevoient journellement de lui des leçons sur les saintes lettres. Ces liaisons éveillèrent l'envie, et l'envie excita bientôt l'imposture. On imputa au saint Solitaire un crime contre la pureté. Les accusateurs, étant mis à la question, avouèrent leur calomnie, et rendirent hommage à son innocence; mais le peuple, prévenu par les prêtres que *Jérôme* censuroit avec zèle, et peut-être avec trop peu de ménagement, le crut toujours coupable. Des amis hypocrites lui baisoient les mains, et employoient leurs langues de vipère à le déchirer. Voyant qu'il causoit du trouble et de la division à Rome, il se retira à Bethléem. Il s'y appliqua à conduire les monastères que *Ste Paule* y avoit fait bâtir, à traduire l'Écriture et à réfuter les hérétiques. Il écrivit, le premier, contre l'*élage*, et fondroya *Vigilance* et *Jovinien*. *Pélage* s'en vengea en excitant une persécution contre son vainqueur. Cet hérésiarque étoit soutenu par *Jean de Jérusalem*, ennemi de *St. Jérôme*, avec lequel il s'étoit brouillé au sujet des Origénistes. Ce Saint avoit rompu pour la même dispute avec *Rufin*. 310 JÉR autrefois son ami intime; Théophile d'Alexandrie les raccommoda, mais ce ne fut pas pour long-temps. Cette querelle, portée aux dernières extrémités, causa bien du scandale. St. Jérôme, malgré ses grandes vertus, avoit les défauts de l'humanité. Quiconque se déclaroit contre lui, ou contre ses ouvrages, étoit presque toujours le dernier des hommes. Il mit dans ses disputes, et sur-tout dans celle-ci, beaucoup d'aigreur; il traita Rufin avec hauteur, pour ne pas dire avec emportement. Quand on lit les injures dont il l'accabla, injures souvent empruntées des poètes satiriques, on est surpris que des invectives si fortes soient sorties d'une bouche si pure. Ce Saint n'en est pas moins illustre, pour avoir été homme. Il couvrit ses défauts par l'éminence de sa sainteté; et à sa mort, arrivée le 30 septembre 420, dans la 80e année de son âge, l'Eglise eut à pleurer un de ses plus beaux ornemens, et un de ses plus zélés défenseurs. Dans les derniers momens qui précédèrent sa mort, il regarda d'un œil serein ceux qui environnoient son lit. Mes amis, leur dit-il, prenez part à ma joie. Voici l'heureux instant où je vais être libre pour toujours. Que les hommes ont tort de peindre la mort si affreuse! elle ne l'est que pour les méchans. Depuis que Jésus-Christ l'a aimée, elle plaît même dans les tortures, parce qu'elle est toujours accompagnée de l'espérance d'un bonheur éternel. Voulez-vous éprouver combien il est doux de mourir, tâchez de bien vivre. Aucun écrivain ecclésiastique de son siècle ne le surpassa dans la connoissance de l'hébreu, et dans la variété de l'évolution. Son style, pur, vif, élevé, seroit plus agréable, s'il étoit moins inégal et moins bigarré. Sa morale a paru quelquefois trop sévère, et ses conseils peu indulgens. Attaché à la discipline du célibat, il parle trop désavantageusement des secondes noces. D'abord partisan d'Origène, il se montra ensuite contre les Origénistes, et il suggère aux empereurs des lois pour leur proscription. De toutes les éditions qu'on a faites des ouvrages de ce Père, la meilleure est celle de Dom Martianay, Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, en 5 vol. in-folio, publiée depuis 1693, jusqu'en 1706. Quoique cette édition ait quelques défauts, (Voy. l'article MARTIANAY) elle n'a pas été éclipsée par celle des Vallarsi, Vérone, 1734, onze vol. in-folio. Les principales productions renfermées dans cet excellent recueil, sont: I. Une Version latine de l'Écriture sur l'hébreu, que l'Eglise a depuis déclarée authentique sous le nom de Vulgate. La Version latine des Pseumes, telle que nous l'avons dans les Bréviaires, a été retenue, presque en entier, de l'ancienne version, qui est la plus respectable par son antiquité, mais qui n'est pas la plus claire. II. Une Version latine du Traité du Saint-Esprit, par Didyme. III. De savans Commentaires sur plusieurs livres de l'ancien et du nouveau Testament. Si St. Jérôme eût joui du loisir nécessaire pour revoir ses nombreux ouvrages, il auroit retranché diverses notes écrites avec trop de précipitation. Il avoue lui-même qu'il se bornoit souvent à dicter à son copiste, soit ses pensées, soit celles des autres, sans que ce copiste impatient lui donnait §21 le temps de choisir ce qu'il y avait de meilleur. IV. Des *Traités polémiques*, contre *Montan*, *Helvidius*, *Jovinien*, *Vigilance*, *Pélage*, *Rufin* et les partisans d'*Origène*. V. Un *Traité de la Vie et des Écrits des Auteurs Ecclésiastiques*, ouvrage qui a été d'un grand secours aux Bi- bliographes modernes. VI. Une *Suite de la Chronique d'Eusèbe*: elle va jusqu'à l'année 379, et a été continuée par *St. Marcellin*. VII. Des *Lettres* écrites avec chaleur et avec noblesse. Elles contiennent les vies de quelques saints Solitaires, des éloges, des instructions morales, des ré- flexions ou des discussions cri- tiques sur la Bible. VIII. *His- toire des Pères du Désert*, An- vers, 1628, in-folio. IX. Un *Martyrologe* qui lui est attribué, Lucques, 1668, in-fol. On a tra- duit ses *Lettres*, 3 vol. in-8°, 1713. On dit que *St. Jérôme* in- troduisit dans l'Écriture—Sainte la division par versets, d'où on a inféré que les manuscrits la- tins qui sont ainsi divisés, ne peuvent être réputés antérieurs à ce Père de l'Église. On ne par- lera point ici du prétendu car- dinalat de *St. Jérôme*; on sait qu'il faut mettre ce conte avec ceux de la *Légende dorée*... Voyez la *Vie* de ce Père de l'Église, à la tête de l'édition citée de *Dom Martianay*, et celle qu'a donnée le *P. Dolei*, Ancone, 1730. Celle- ci est extraite des écrits de *saint Jérôme*.
II. JÉRÔME DE PRAGUE, qui tiroit son nom de la ville capitale de Bohême, fut le plus fameux disciple de *Jean Hus*. Il devint bien supérieur à son maître, en esprit et en éloquence. Il avoit étudié à Paris, à Co- logne, à Heidelberg, et avoit été reçu maître-ès-arts dans ces trois universités. La subtilité de son génie lui fit embrasser les erreurs de *Jean Hus*. Cet héré- tique ayant été arrêté au concile de Constance, *Jérôme* vint pour l'y défendre, et fut emprisonné comme lui. La crainte du sup- plice l'obligea à se rétracter; mais ayant appris avec quelle fermeté son maître étoit mort, il eut honte de vivre. Dans une deuxième audience que le con- cile lui accorda, il désavoua sa rétractation, comme le plus grand crima qu'il eût jamais pu com- mettre; et déclara qu'il étoit ré- solu d'adhérer, jusqu'à son der- nier soupir, à la doctrine de *Wiclef* et de *Jean Hus*, excep- tant pourtant les opinions de l'hérésiarque Anglois sur l'Encha- ristie. Le concile ayant tenté vai- nement de le ramener à la vé- rité, condamna cet enthousiaste, et le livra au bras séculier. Par- fait imitateur de *Jean Hus*, *Jé- rome* alla au bûcher avec la même fermeté que lui. Il partit en chan- tant le *Symbole des Apôtres* et les *Litanies*, et se vit brûler avec une tranquillité d'ame digne d'une meilleure cause. Quand il fut au lieu du supplice, il quitta lui-même ses habits, et se je- tant à genoux, il baisa le poteau auquel il devoit être attaché. On le lia d'abord enchainé et tout nu avec des cordes mouillées. Ensuite on mit autour de lui de gros morceaux de bois, entre- mélés de paille. Le feu ayant pris, il se mit à chanter une Hymne, qu'il ne discontinua pas, malgré le feu et la fumée. Comme le bourreau approchoit le feu par derrière, de peur qu'il ne le vit, *Avancéz*, lui dit-il avec courage, et mettez le feu devant moi: si je l'avois craint, je ne serois point venu ici, pouvant l'éviter. Cette exécution se fit le 1er juin 1416. Le Pogge, Florentin, témoin de ce supplice, en a fait l'histoire dans une lettre à Léonard Arétin. Il dit, qu'à voir son intrépidité, on l'eût pris pour un autre Ca- ton. Mais il lui attribue aussi un défaut que ce Romain n'a- voit point, l'esprit de satire et de plaisanterie indécente. « Il pi- quoit souvent, dit-il, ses adver- saires par des railleries sanglan- tes, ou même il les forçoit de rire dans un sujet si triste, en donnant un tour ridicule à leurs objections. Quand on lui demanda quel étoit son sentiment sur le sacrement de l'Eucharistie : Na- turellement, répondit-il, c'est du pain ; pendant et après la consé- cration, c'est le vrai Corps de J. C. — Quelques-uns lui ayant reproché d'avoir dit, qu'après la consécration, le pain demeuroit du pain : Oui, dit-il, celui qui est demeuré chez le Boulanger. — Il dit à un Dominicain qui s'emportoit contre lui : Tais- tai, hypocrite ! et à un autre qui affirmoit avec serment ce qu'il avoit avancé contre lui : C'est là, dit-il, le meilleur moyen de tromper. Il ne traita jamais un de ses principaux an- tagonistes, que d'ASNE et de CHIEN. » (Voyez un extrait de l'écrit de Pogge, dans le Dictionnaire de Chaufepie.) De telles plaisanteries ne pouvoient guères calmer ses ennemis. Ses ouvrages ont été recueillis avec ceux de son maître. Voyez l'ar- ticle de HUS (Jean). — Il y a eu un autre JÉRÔME de Prague, pieux solitaire, qu'il ne faut pas confondre avec le disciple de Jean Hus, contre lequel il s'éleva, et dont il détestoit les erreurs.
III. JÉRÔME DE STE-FOI, Juif Espagnol, nommé auparavant Josué Lurchi, reconnut par la lecture des livres Hébreux, que JÉSUS-CHRIST est le vrai Messie, prédit par les prophètes. Il embrassa le Christianisme, et reçut à son baptême le nom de Jérôme de Ste-Foi. Il devint en- suite médecin de Pierre de Lune, qui prenoit le nom de Benoît XIII. Cet antipape étant dans le royaume d'Aragon en 1412, alors le seul lien de son obéissance, Jérôme lui inspira le dessein de signaler son zèle en attaquant les Juifs par une conférence publique in- diquée à Tortose en Catalogne. Elle commença le 7 février 1413, en présence du pape, de plusieurs cardinaux, d'un grand nombre d'évêques et de savans théolo- giens. Le Nasi, ou chef des sy- nagogues d'Aragon, y étoit pré- sent, avec les plus savans rab- bins de ce royaume. Jérôme de Ste-Foi leur prouva que le Messie étoit venu, et que JÉSUS-CHRIST en avoit rempli parfaitement les vingt-quatre caractères. La con- sérence ne finit que le 10 mai 1413. Jérôme de Ste-Foi présenta le 10 novembre de la même année, à l'antipape, son Traité sur les erreurs dangereuses qui sont dans le Talmud, contre la loi de Moyse, contre le Messie et contre les Chrétiens. Ce livre fit tant d'impression sur les Juifs, qu'il s'en convertit au Christia- nisme environ 5000. Voyez JO- SEPH ALBO) Le Traité de Jérôme de Ste-Foi a été imprimé à Francfort en 1602, et inséré dans la Bibliothèque des Pères.
JÉRÔME, (Dom) Voyez I. GEOFRIN.
JÉSABEL, JÉSID, Voy. JÉRABEL, JÉZID.
JÉSUA LÉVITE, rabbin Espagnol, auteur d'un livre utile pour l'intelligence du Talmud, intitulé: Halichoi Glam, c'est-à-dire: Les voies de l'Eternité, dont Bachuisen a donné une bonne édition à Hanovre en 1714, in-4°, en hébreu et en latin. Il florissoit au 15e siècle.
JÉSUATES. Voy. Jean COLOMBIN, n.° XVI.
JÉSUITES, Voy. IGNACE, n.° III; LAINEZ, n.° I; CLÉMENT XIV; V. RICCI; et I. ESTAMPHS.
JÉSUITESSES, Voyez MAGNY. I. JÉSUS, fils de Sirach, né à Jérusalem, auteur du livre de l'Ecclésiastique, qu'il composa vers l'an 234 avant J. C. Un autre Jésus, son petit-fils, le traduisir en grec, et cette version nous a fait perdre le texte hébreu.
II. JÉSUS, fils de Joïada, Voyez JONATHAS, n.° III.
JÉSUS-CHRIST, le Sauveur du monde, fils de Dieu, et Dieu lui-même. Conçu par l'opération du Saint-Esprit, dans le sein de la Vierge Marie, il naquit dans une étable à Beth-léem. La Vierge et Joseph son époux s'étoient rendus dans cette ville, pour se faire inscrire lors du dénombrement ordonné par Auguste, l'an du monde 4004, 3e avant notre ère vulgaire. Aussitôt après sa naissance, des Anges l'annoncèrent aux bergers et une étoile apparut en Orient, et amena des Mages qui vinrent adorer ce Dieu enfant. Voyez BALTHASAR. Il fut circoncis le 8e jour, et le 40e sa mère le porta au Temple. Hérode, soupçonneux et cruel, fit mourir tous les enfans de deux ans et au-dessous: il comptoit y envelopper celui que les Mages lui avoient annoncé comme le Roi des Juifs; mais Joseph, averti par un ange, s'étoit retiré avec la mère et l'enfant en Égypte, d'où il ne revint qu'après la mort du tyran. Ils demeuroient à Nazareth, d'où ils alloient tous les ans à Jérusalem pour célébrer la Pâque. Ils y menèrent Jésus, à l'âge de 12 ans; il y resta à leur insu, et s'en étant apperçus dans le chemin. Ils retournèrent à Jérusalem, où ils le trouvèrent dans le temple au milieu des Docteurs. C'est tout ce que l'Évangile nous apprend de Jésus-Christ, jusqu'au moment de sa manifestation. Il croisait en sagesse, en âge et en grace, étant soumis à son père et à sa mère. Comme ils étoient obligés, par leur pauvreté, de travailler en gagnant leur vie, on ne peut douter que J. C. ne leur ait témoigné son obéissance, en travaillant avec eux. C'étoit sans doute le métier de charpentier qu'il exerçoit, puisque les Juifs lui en donnent le nom. L'an 15e de Tibère, Jean-Baptiste, qui devoit lui préparer les voies, commença à prêcher la pénitence. Il baptisoit, et J. C. vint à lui pour être baptisé. Au sortir de l'eau, le Saint-Esprit descendit sur lui en forme de colombe; et on entendit une voix qui dit: Voici mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances. C'étoit l'an 30e de l'ère, et J. C. avoit environ 33 ans. Il fut conduit par le Saint-Esprit dans le désert, y passa 40 jours sans manger, et voulut bien y être tenté. Il commença alors à prêcher l'évangile. Accompagné des
XII Apôtres qu'il avoit appelés, il parcourut toute la Judée, et la remplit de ses bienfaits, confirmant les vérités qu'il enseignoit par des miracles. Les Démons et les maladies lui obéissent, les aveugles voient, les paralytiques marchent, les morts ressuscitent. En faisant du bien aux hommes, il leur apprend à se vaincre, à ne rien désirer sur la terre, et par conséquent à n'y avoir besoin de rien. Il ne prêche que la charité, que l'humanité, que la douceur. Il rassemble autour de lui des enfans, et nous propose pour modèle leur innocence. S'il permet que l'on soit prudent comme le serpent dans les occasions où l'on a des pièges à craindre, il veut que par-tout ailleurs on soit simple comme la colombe. Lorsque les prêtres et les docteurs de la loi veulent l'embarrasser par des sophismes, par des questions insidieuses, il les confond par des réponses aussi justes que sublimes. On lui demande si l'on doit payer le tribut à César? Il répond en demandant une pièce de monnoie. De qui est cette image, dit-il à ses ennemis?... De César, lui répondent-ils... Rendez donc, leur dit-il, à César ce qui est à César, et à DIEU ce qui est à DIEU.—Une autre fois, on lui amène une femme surprise en adultère : ses ennemis lui tendent un piège, en lui demandant son sentiment sur le châtiment qu'elle devoit subir. Que celui d'entre vous, répond JÉSUS, qui est sans péché, lui jette la première pierre.—Un jour qu'il prêchoit l'amour du prochain : Et qui est mon prochain, lui demanda un docteur qui feignoit de ne pas le savoir? Je vais vous l'apprendre, lui répondit notre divin Maître. « Un homme avoit été dépouillé et blessé par des voleurs. Deux prêtres passent par l'endroit où étoit cet infortuné, et ne lui donnent aucun secours, Deux Lévites y viennent ensuite, qui ne le regardent pas. Mais enfin un Samaritain l'ayant aperçu, l'emporte dans une hôtellerie voisine, panse ses plaies, lui fait donner tout ce qui lui est nécessaire, et donne de l'argent pour qu'il soit soigné. Lequel, du Prêtre, des Levites ou du Samaritain a été le prochain de ce pauvre abandonné, demanda JÉSUS? — C'est, répondit le docteur, celui qui a eu soin de lui. — Allez donc, reprit J. C., et faites de même. » Voilà de quelle manière le divin Maître instruisoit les simples, et fermoit la bouche aux docteurs. Il apprenoit aux premiers cette excellente prière, dans laquelle il nous dit de nous adresser à Dieu comme à notre père, et de lui parler comme ses enfans, pour lui demander tous nos besoins. Dans les huit Béatitudes qui sont le précis de toute sa morale, il annonce un bonheur que le monde connoit très-peu, et qu'il est bien peu digne de connoître. Heureux les pauvres d'esprit! Heureux les cœurs purs! etc. Il falloit que le CHRIST souffrit, et satisfit par ses souffrances à la justice de Dieu; mais pour précautionner ses apôtres contre le scandale apparent de la croix et de ses humiliations. Jésus-Christ parut dans un état glorieux sur une montagne où il avoit conduit Pierre, Jacques et Jean son frère. Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la neige. Les apôtres virent la gloire éclatante, dont le fils de Dieu étoit revêtu, et apperçurent Moyse et Elie, qui s'entretenoient avec lui de ses supplices, et de la mort qu'il devoit souffrir à Jérusalem. Alors Pierre prenant la parole, proposa à Jésus-Christ de dresser trois tentes dans cet endroit, une pour lui, une pour Moyse, et une pour Elie. Comme il parloit encore, une nuée lumineuse les couvrit, et il en sortit une voix qui proféra ces paroles : C'est ici mon fils bien aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le. Les disciples à ces mots furent frappés d'une grande crainte, et tombèrent le visage contre terre; mais Jésus s'approchant, les toucha, et les rassura. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Moyse et Elie parurent avec Jésus-Christ pour nous convaincre que la loi représentée par le premier, et les prophètes figurés par le second, n'avoient pour but que Jésus-Christ, ne regardoient que lui, et que c'est n'y rien entendre que d'y chercher autre chose que Jésus-Christ et son Église. Il est constant, suivant le texte sacré, que ces deux prophètes parurent en personne et non en figure, comme le prétendent quelques-uns. La jalousie des Pharisiens et des Docteurs de la loi, animée par les prodiges qu'opérait le Sauveur, le fit condamner à un supplice infame. Un de ses disciples le trahit, un autre le renia, tous l'abandonnèrent. Le pontife et le conseil condamnèrent Jésus-Christ parce qu'il s'étoit dit le Fils de Dieu. Il fut livré à Ponce-Pilate, président Romain; et condamné à mourir, attaché à la croix; il offrit le sacrifice qui devoit être l'expiation du genre humain. A sa mort, le ciel s'obscurcit, la terre trembla, le voile du temple se déchira, les tombeaux s'ouvrirent, les morts ressuscitèrent. L'Homme-Dieu mis en croix expira le soir du vendredi 3 avril, le 14 de Nisan, l'an 33e de l'ère, et le 36e de sa vie. Son corps fut mis dans le tombeau, où l'on posa des gardes. Le 3e jour, qui étoit le dimanche, Jésus-Christ sortit vivant du sépulcre. Il apparut d'abord à plusieurs saintes femmes, ensuite à ses disciples et à ses apôtres. Il resta avec eux pendant 40 jours, leur apparaissant souvent, buvant et mangeant, leur faisant voir par beaucoup de preuves, qu'il étoit vivant, et leur parlant du royaume de Dieu. Quarante jours après sa résurrection, il monta au ciel en leur présence, leur ordonnant de prêcher l'Évangile à toutes les nations, et leur promettant d'être avec eux jusqu'à la fin du monde. Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas d'exposer les preuves sur lesquelles la religion Chrétienne est fondée : Bossuet, Pascal, et plusieurs autres grands écrivains, ont épuisé cette matière. Il nous suffira de dire que, dans ce siècle où l'impiété triomphe, il s'est trouvé des philosophes qui n'ont pu s'empêcher de reconnoître la sublimité de la morale de l'Évangile. Voici ce que dit l'un d'entre eux : le passage est long; mais il est d'une beauté et d'une vérité frappantes. « La sainteté de l'Évangile parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe : qu'ils sont petits auprès de celui-là! Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime et si simple, soit l'ouvrage des hommes? Se peut-il que celui dont il fait l'histoire, ne soit qu'un homme lui-même? Est-ce là le ton d'un enthousiaste ou d'un ambitieux sectaire? Quelle dou- ceur, quelle pureté dans ses mœurs! Quelle grace touchante dans ses instructions! Quelle élévation dans ses maximes! Quelle profonde sagesse dans ses discours! Quelle présence d'esprit, quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses! Quel empire sur ses passions! Où est l'homme, où est le sage qui peut agir, souffrir et mourir sans foiblesse et sans ostentation? Quand *Platou* peint son Juste imaginaire, couvert de tout l'opprobre du crime, et digne de tous les prix de la vertu, il peint, trait pour trait, J. C.: la ressemblance est si frappante, que tous les Pères l'ont sentie, et qu'il n'est pas possible de s'y tromper... *Socrate* mourant sans douleur, sans ignominie, soutint aisément jusqu'au bout son personnage; et si cette facile mort n'eût honoré sa vie, on douteroit si *Socrate*, avec tout son esprit, fut autre chose qu'un sophiste. Il inventa, dit-on, la morale. D'autres avant lui l'avoient mise en pratique; il ne fit que dire ce qu'ils avoient fait; il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. *Aristide* avoit été juste avant que *Socrate* eût dit ce que c'étoit que justice; *Léonidas* étoit mort pour son pays, avant que *Socrate* eût fait un devoir d'aimer la patrie; Sparte étoit sobre, avant que *Socrate* eût loué la sobriété; avant qu'il eût défini la vertu, la Grèce abondoit en hommes vertueux. Mais où *Jésus* avoit-il pris chez les siens cette morale élevée et pure, dont lui seul a donné les leçons et l'exemple? La mort de *Socrate*, philosophant tranquillement avec ses amis, est la plus douce qu'on puisse désirer: celle de *Jésus* expirant dans les tour-mens, injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu'on puisse craindre. *Socrate*, prenant la coupe empoisonnée, bénit celui qui la lui présente, et qui pleure; *Jésus*, au milieu d'un supplice affreux, prie pour ses bourreaux. Oui, si la vie et la mort de *Socrate* sont d'un Sage, la vie et la mort de *Jésus* sont d'un Dieu. Dirons-nous que l'histoire de l'Évangile est inventée à plaisir? Non: ce n'est pas ainsi qu'on invente; et les faits de *Socrate*, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de *Jésus-Christ*. Au fond, c'est éluder la difficulté, sans la détruire. Il seroit plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs Juifs n'eussent trouvé ni ce ton, ni cette morale; et l'Évangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inventeur en seroit plus étonnant que le héros. » (EMILE de J. J. Rousseau.) Les nations infidelles, les Païens, les Mahométans, ont reconnu les miracles et la sagesse divine de *Jésus-Christ*. Un poète musulman a parlé de sa morale dans ces termes: «Le cœur de l'homme affligé tire toute sa consolation de vos paroles. —L'ame reprend sa vie et sa vigueur en entendant seulement prononcer votre nom. —Si jamais le cœur de l'homme peut s'élever à la contemplation des mystères de la Divinité; —C'est de vous qu'il tire ses lumières pour les connoître, et c'est vous qui lui donnez l'attrait dont il est pénétré. » Après la mort de leur divin maître, les Chrétiens se dispersèrent dans toute la Palestine et dans une partie de l'Orient. L'Évangile fut bientôt prêché par les apôtres à toutes les nations. On vit donc sur la terre une société d'hommes, qui attaquaient ouvertement le paganisme; qui annonçaient aux hommes qu'il n'y avoit qu'un Dieu, qui a créé le ciel et la terre, dont la sagesse gouverne le monde; que l'homme s'est corrompu par l'abus qu'il a fait de la liberté qu'il avoit reçue de son Créateur: que sa corruption s'est communiquée à sa postérité; que Dieu, touché du malheur des hommes, a envoyé son Fils sur la terre pour les racheter; que ce Fils étoit, en tout, égal à son Père; qu'il s'étoit fait homme; qu'il avoit promis un bonheur éternel à ceux qui croyaient sa Doctrine et qui pratiquaient sa Morale; qu'il avoit prouvé la vérité de ses promesses par des miracles, etc. Les apôtres annonçaient tout ce qu'ils avoient vu; ils mouraient plutôt que de méconnaître les vérités qu'ils étoient obligés d'enseigner. Si leur morale étoit sublime et simple, leurs mœurs étoient irréprochables. On avoit vu, dans le sein de l'idolâtrie, des philosophes attaquer le Polythéisme, mais avec précaution, et sans éclairer l'homme sur son origine, sur sa destination. Ils avoient découvert dans l'homme, au milieu de ses égaremens, des semences de sagesse; mais ils avoient cherché vainement un remède à la corruption, un frein aux vices, un motif d'encouragement à la vertu; et ceux d'entre eux qui s'étoient élevés au-dessus des passions, se soutenaient à ce degré de hauteur par le ressort de l'orgueil. Mais on n'avoit point vu encore une société entière d'hommes, grossiers et ignorans pour la plus part, expliquer ce que les philosophes avoient cherché inutilement sur l'origine du monde, sur la nature et sur la destination de l'homme; enseigner une morale, qui tend à produire sur la terre une bienveillance générale, une amitié constante, une paix perpétuelle; qui met l'homme sans cesse sous les yeux d'un Être suprême et tout-puissant, qui hait le crime, et qui aime la vertu; qui récompense, par un bonheur infini, le culte qu'on lui rend, le bien qu'on fait, la résignation dans les maux; et qui punit, par des supplices sans fin, l'impiété qui l'offense, le vice qui dégrade l'homme, et le crime qui nuit au bonheur général de la société humaine. Les premiers Chrétiens offrirent donc au monde un spectacle aussi nouveau qu'intéressant: spectacle dont le tableau raccourci ne doit pas paroître un hors d'œuvre dans l'article du divin auteur du Christianisme. Tout ce qui regarde ce Dieu sauveur est si précieux aux Chrétiens, que plusieurs églises se flattent d'avoir quelqu'une des choses qui lui ont appartenu, ou qui contribuèrent à ses souffrances. Toutes les reliques et les instrumens de la passion de Jésus-Christ peuvent se réduire à son sang, au bois de la croix, au roseau, à la colonne, aux cloux, à la lance, à la robe sans couture, aux linceuls ou suaires, au tombeau. Mais de tous ces précieux restes, les critiques ne conviennent que de la conservation de la croix, trouvée par l'impératrice Hélène, (Voyez ce mot) et de celle du saint sépulcre. La figure de la croix a été différente, suivant les temps et la diversité des nations. La plus ancienne n'étoit qu'un pal de bois 328 J É S tout droit, sur lequel on attachoit le criminel : les autres croix composées de deux pièces de bois, ont été de trois sortes de figures; l'une étoit comme un X, ou ce qu'on appelle sautoir, en terme de blason; c'est ce qu'on entend par croix de St. André : l'autre étoit faite en T, c'est-à-dire que l'une des deux pièces de bois étoit droite, et l'autre en travers, précisément au bout de celle-là : la troisième enfin étoit faite de telle manière, que la pièce de bois, qui étoit en travers, n'étoit pas sur le haut de la pièce droite, mais le bout du bois droit passoit un peu au-delà du bois en travers; et c'est de cette manière qu'étoit la croix où Jesus-Christ fut attaché, comme on peut le conjecturer par l'inscription que Pilate fit mettre au bout d'en haut. Quant au saint sépuière, ce tombeau étoit taille dans un roc sur la colline du Calvarie. C'est là que ce monument exposé à la vue des fidèles, a reçu leurs hommages dans tous les siècles, quelques oppositions que les princes païens ou hérétiques, ou Mahométans aient mises à la conservation du tombeau, ou à la vénération des peuples. Les Chrétiens s'y rendoient de toutes parts avant la paix rendue à l'église. Mais, sous Constantin, ce sépuière ayant été tiré de l'espèce d'humiliation où les païens, et sur-tout l'empereur Adrien, avoient voulu l'ensevelir, l'affluence fut bien plus grande. On renversa les temples de Jupiter et de Vénus, qu'on y avoit élevés, pour les profaner, et l'empereur y substitua une superbe basilique. Depuis cette restauration, les peuples, selon le témoignage de St. Augustin, y alloient en foule, et en apportoient de la poussière, préservative contre les maux de l'âme et du corps. Dans le 12e siècle, les Croisés tirèrent des mains des Sarasins ce saint lieu; mais le succès des Croisades entreprises pour en faire la conquête, ne se soutint point. Les Mahométans qui s'en rendirent encore les maîtres, en ont enfin laissé la garde aux religieux de St. François, dont ils exigent un tribu. Le grand Seigneur, à ce que dit Baillet, prend avec ostentation la qualité de protecteur du Saint Sepuère du Christ, avec celle d'Esclaue de Mahomet. Voyez l'excellente Vie de Jésus-Christ, par le P. Montreuil, Jésuite; Paris, 1741, 3 vol. in-12.
JÉTHRO, surnommé Raguel, sacrificateur des Madianites, reçut Moïse dans sa maison, le garda tout le temps qu'il fut obligé de se cacher, de crainte que Pharaon ne le fit mourir, et lui fit épouser sa fille Séphora. Lorsque Moïse eut délivré les Israélites, Jéthro alla au-devant de son gendre, vers l'an 1490 avant Jésus-Christ, et lui amenait sa femme et ses enfants. Il lui conseilla de choisir des personnes prudentes, capables de former un conseil sur lequel il pourroit se décharger d'une partie des affaires dont il étoit accablé. Il lui enseigna ensuite l'art de discipliner ceux qui étoient destinés à porter les armes. Artapan, dans Eusèbe, le nomme roi d'Arabie, sans doute parce que dans ce pays la royauté étoit jointe au sacerdoce. I. JEUNE, (Jean le) naquit à Poligny en Franche-Comté, l'an 1592, d'un père conseiller au parlement de Dole. Il renonça à un canonicat d'Arbois, pour enrer autre dans la congrégation naissante de l'Oratoire. Le cardinal de Berulle eut pour lui les bontés, qu'a un père pour un enfant de grande espérance. Le P. le Jeune se consacra aux missions, pendant soixante ans que durèrent ses travaux apostoliques. Il perdit la vue en prêchant le Carême à Rouen, à l'âge de 35 ans. Cette infirmité ne le contrista point, quoiqu'il fût naturellement vif et impétueux. Le P. le Jeune eut d'autres infortunes. Il fut deux fois taillé de la pierre, et on ne l'entendit jamais laisser échapper aucune parole d'impatience. Les plus grands prélats avoient tant d'estime pour sa vertu, que le cardinal Bichi le servit à table durant tout le cours d'une mission. La Fayette, évêque de Limoges, l'engagea, en 1651, à demeurer dans son diocèse. Le P. le Jeune y passa toute sa vie, et y établit des Dames de la Charité dans toutes les villes. Dans sa dernière maladie qui fut longue, il reçut souvent la visite des évêques de Limoges et de Lombez. On lui avoit permis de dire la messe, quoiqu'il fût aveugle; mais il ne voulut jamais user de cette permission, dans la crainte de commettre quelque irrévérence en célébrant les saints mystères. Il mourut à Limoges, le 17 août 1672, à 80 ans, en odeur de sainteté. Son humilité étoit admirable. Plusieurs seigneurs de la cour, étant venus à Rouen, où il prêchait le Carême, le prêchant de leur prêcher son plus beau Sermon; mais il se contenta de leur faire une instruction familière, touchant les devoirs des grands, et touchant l'obligation de veiller sur leurs familles et leurs domestiques. Les conversions que ce directeur, sagement sévère, opéroit, étoient solides et persévérantes. Sa réputation étoit si grande, qu'on venoit de fort loin pour se mettre sous sa conduite. On a de lui, des Sermons, en dix gros vol. in-8°, Toulouse, 1688. Ils furent traduits en latin, et imprimés à Mayence sous ce titre: *Johannis JUNII Deliciæ Pastorum*, sive *Conciones*, in-4°. Le célèbre *Massill* puisa dans l'étude de ce prédicateur, non cette facilité, cette onction, cette chaleur qui le caractérisent: (car ce sont des talens qu'on ne doit qu'à la nature;) mais il y trouva des matériaux pour plusieurs de ses discours. Ce *Sermonnaire*, disoit-il, est un excellent répertoire pour un *Prédicateur*, et j'en ai profité. Le P. le Jeune est simple, touchant, insinuant; on voit qu'il étoit né avec un génie heureux et une âme sensible. Si son style étoit moins suranné, j'oserais le mettre à côté de quelques orateurs de ce siècle. Le recueil de ses Sermons est devenu peu commun. On a encore de lui, une Traduction du *Traité de la vérité de la Religion*, volume in-12, imprimé en Hollande.
IL JEUNE, (Martin le) célèbre imprimeur de Paris dans le 16e siècle, succéda à Robert Etienne, et publia avec soin divers ouvrages en langues orientales. On estime sur-tout son *Ancien Testament*, en hébreu.
JEUNESSE, Voyez Jouvence.
JEWEL, (Jean) *Ivelius*, écrivain Anglois, se fit Protestant sur la fin du règne de *Heurth VIII*, et fut exclu du collège 530 J É Z d'Oxford, sous la reine *Marie*. Après la mort de cette princesse, il quitta l'Italie, où il s'étoit enfui, et retourna en Angleterre. Il fut alors gratiné de l'évêché de Salisbury. On assure qu'il avoit beaucoup de mémoire; mais ses variations ne prouvent pas qu'il eût autant de jugement. Il laissa quelques écrits; I. Une *Histoire de la réformation*. II. Celle des *règnes de Charles II et de Jacques II*.
JÉZABEL, étoit fille d'*Ithobal* roi de Sidon, et femme d'*Achab* roi d'Israël. Ce fut elle qui porta le roi son époux, à abolir entièrement dans ses états le culte du vrai Dieu, pour y substituer celui de *Baal*. *Elie*, le seul qui eût osé résister à cette reine impie, fut contraint de prendre la fuite, et de se retirer sur la montagne d'Horeb. Le même roi, ayant envie de posséder la vigne d'un nommé *Naboth*, qui la lui refusa; *Jézabel* suscita de faux témoins, et le fit condamner à être lapidé. *Achab* demeura en possession de la vigne; mais Dieu, pour punir *Jézabel*, éleva *Jéhu* sur le trône de Samarie. Ce prince la fit jeter du haut d'une fenêtre, et les chiens dévorèrent tellement son corps, qu'ils ne laissèrent que le crâne, les pieds, et l'extrémité des mains, l'an 884 avant J. C. — Il est parlé dans l'Apocalypse d'une *JÉZABEL*, qui faisoit la prophétesse, et sous ce faux titre prêchoit des erreurs. Elle y est menacée d'une maladie mortelle, si elle ne fait pénitence de ses péchés, comme tous ceux qui participeront à ses erreurs. Il est assez difficile de dire qui étoit cette *Jézabel*: c'étoit apparemment quelque princesse puissante qui protégeoit les *Nicolaites*.
JÉZID Ier, cinquième calife; ou successeur de *Mahomes*, et le second de la race des *Omniades*, régna après la mort de son père *Moncia*, l'an 680; mais il n'en imita pas le courage et les grands desseins. Son unique plaisir étoit de composer des vers d'amour. La seconde année de son règne, les Arabes de Cufa élurent pour calife *Hussein*, second fils d'*Ali*. *Jézid* leva une puissante armée, et fit tuer *Hussein* en trahison, comme ils étoient près de se donner bataille dans la plaine de Cazabella, aux environs de Cufa. *Jézid* persécuta ensuite toute la race d'*Ali*, et fit mourir une partie de la noblesse d'Arabie. Ces exécutions cruelles le rendirent odieux à tous les peuples. Après la mort de *Hussein*, *Abdallah*, fils de *Zo-bar*, qui étoit de la famille d'*Ali*, souleva toute la Perse contre *Jézid*, qu'il peignit comme un homme plus capable d'être poète que d'être roi. Le règne de ce lâche prince ne dura que trois ans et neuf mois; il mourut l'an 683 de J. C.
JOAB, fils de *Sarvia*, sœur de *David*, frère d'*Abisai* et d'*Azéel*, fut attaché au service de *David*, et commanda ses armées avec succès. La première occasion où il se signala, fut le combat de Gabaon, où il vainquit *Abner*, chef du parti d'*Isboseth*, qu'il tua ensuite en trahison. Il monta le premier sur les murs de Jérusalem, et mérita par sa valeur d'être conservé dans l'emploi général qu'il possédoit déjà. Il marcha contre les Syriens qui s'étoient révoltés contre *David*, les mit en fuite, et s'étant rendu maître d'un quartier de la ville de Rabbath sur les Ammonites.
JOA' 531 Il fit venir *David*, pour qu'il eût la gloire de cette conquête. *Joab* se signala dans toutes les guerres que ce monarque eut à soutenir; mais il se déshonora en assassinant *Abner* et *Amasa*. Il réconcilia *Absalon* avec *David*, et ne laissa pas de tuer ce prince rebelle dans une bataille, vers l'an 1023 avant J. C. *David*, en considération de ses services, et par la crainte de sa puissance, toléra ses attentats; mais en mourant il commanda à son fils *Salomon* de l'en punir. Ce jeune prince, ministre de la vengeance de son père, fit tuer le coupable qui avoit pris parti contre lui pour servir *Adonias*, au pied de l'autel où il s'étoit réfugié, croyant y trouver un asile, l'an 1014 avant J. C. I. JOACHAZ, roi d'Israël, succéda à son père *Jchu* l'an 856 avant J. C., et régna dix-sept ans. Le Seigneur, irrité de ce qu'il avoit adoré les Dieux étrangers, de livra à la fureur d'*Asaël* et de *Bénadad*, rois de Syrie, qui ravagèrent cruellement ses états. Ce prince, dans cette extrémité, eut recours à Dieu, qui l'écouta favorablement. *Joas*, son fils et son successeur, rétablit les affaires d'Israël, et remporta durant son règne plusieurs victoires sur les Syriens.
II. JOACHAZ, fils de *Josias*, roi de Juda, fut élu roi après la mort de son père, l'an 610 avant J. C. Il avoit vingt-trois ans lorsqu'il monta sur le trône. Il ne régna qu'environ trois mois à Jérusalem, et se signala par ses impiétés. *Néchao*, roi d'Égypte, au retour de son expédition contre les Babyloniens, rendit la Judée tributaire; et pour faire un acte de souveraineté, neté, sous prétexte que *Joachas* avoit osé se faire déclarer roi sans sa permission, au préjudice de son frère aîné, il donna le sceptre à celui-ci. Le roi détrôné mourut de chagrin en Égypte, où il avoit été emmené. I. JOACHIM, ou ÉLIACIM, fils de *Josias* et frère de *Joachaz*, fut mis sur le trône de Juda par *Néchao*, roi d'Égypte, l'an 610 avant J. C. Il déchira et brûla les livres de *Jérémie*, et traita avec cruauté le prophète *Urie*. Il fut détrôné par *Nabuchodonosor*, et mis à mort par les Chaldéens, qui jetèrent son corps hors de Jérusalem, et le laissèrent sans sépulture, vers l'an 600 avant J. C.
II. JOACHIM, fils du précédent, *Voy*. JÉCHONIAS: c'est le même.
III. JOACHIM, (Saint) fut, selon une pieuse tradition, époux de *Sté Anne*, et père de la *Sté Vierge*. On ne sait rien de sa vie, et l'Écriture-Sainte ne fait aucune mention de *St. Joachim*. Le seul livre ancien qui en parle, est traité d'apocryphe par saint *Augustin*. Le B. *Pierre Damien*, disoit que c'étoit une curiosité, vaine et superflue, de vouloir rechercher quel étoit le père, quelle étoit la mère de la *Sté Vierge*; « mais personne n'a contesté à son père l'avantage d'être descendu de *David*, puisqu'elle étoit du sang royal par elle-même, aussi bien que par *St. Joseph*, son époux. Il s'appeloit *Héli*, selon ceux qui prétendent que c'est la généalogie de la *Sté Vierge* que *St. Luc* a rapportée dans l'Évangile. *Saint Jérôme* s'étoit persuadé qu'il se nommoit *Cléophas*, parce que L 1 2 la sœur de la *Ste Vierge* est appelée *Marie de Cléophas*, comme étant sa fille, selon lui; au lieu que d'autres ont cru que *Cléophas* étoit le nom de son mari. Mais dès le temps de ce saint Docteur, on commençoit à recevoir une autre opinion, qui donnoit le nom de *Joachim* au père de la *Ste Vierge*, et celui d'*Anne* à sa mère, soit que cela fût venu de quelque tradition, comme semble l'insinuer *saint Epiphane*, soit que ces noms étant plutôt appellatifs que propres, leur eussent été donnés après coup par les Chrétiens, pour marquer la préparation du *Seigneur*, par celui de *Joachim*, et la *grace* par celui d'*Anne*. (*Baillet*, *Vie des Saints*, au 20 mars.) » L'église Grecque a fait la fête de *St. Joachim*, dès le 7$^{e}$ siècle; mais elle n'a été introduite que fort tard dans l'église Latine. On prétend que ce fut le pape *Jules II*, qui l'institua.
IV. JOACHIM, natif du bourg de Célico, près de Cosenza, voyagea dans la Terre sainte. De retour en Calabre, il prit l'habit de Citeaux dans le monastère de Corazzo, dont il fut prieur et abbé. *Joachim* quitta son abbaye avec la permission du pape *Luce III*, vers 1183, et alla demeurer à Flore, où il fonda une célèbre abbaye, dont il fut le premier abbé. Il eut sous sa dépendance un grand nombre de monastères, qu'il gouverna avec sagesse, et auxquels il donna des constitutions approuvées par le pape *Célestin III*. L'abbé *Joachim* fit fleurir dans son ordre la piété et la régularité, et mourut en 1202, à 72 ans, laissant un grand nombre d'*Ouvrages*, Venise, 1516, in-folio, dont quelques propositions furent condamnées dans la suite au concile général de Latran, en 1215, et au concile d'Arles, en 1260. Voici, suivant l'abbé *Pluquet*, quelles étoient ses erreurs. « *Pierre Lombard* avoit dit qu'il y a une chose immense, infiniée, souverainement parfaite, qui est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L'abbé *Joachim* prétendoit que cette chose souveraine, dans laquelle *Pierre Lombard* réunissoit les trois personnes de la Trinité, étoit un Être souverain et distingué des trois personnes, selon *Pierre Lombard*; et qu'ainsi il faudroit, selon les principes de ce théologien, admettre quatre Dieux. Pour éviter cette erreur, l'abbé *Joachim* reconnoissoit que le Père, le Fils, et le Saint-Esprit faisoient un seul Être, non parce qu'ils existoient dans une substance commune; mais parce qu'ils étoient tellement unis de consentement et de volonté, qu'ils l'étoient aussi étroitement que s'ils n'eussent été qu'un seul être. C'est ainsi qu'on dit que plusieurs hommes font un seul peuple. L'abbé *Joachim* tãchoit de prouver son sentiment par les passages dans lesquels Jésus-Christ dit: qu'il veut que ses disciples ne fassent qu'un, comme son Père et lui ne font qu'un; par le passage de *St. Jean*, qui réduit l'unité des personnes à l'unité du témoignage. L'abbé *Joachim* étoit donc Trithéité, et ne reconnoissoit que de bouche, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne faisoient qu'une essence et une substance... » L'abbé *Joachim* erroit non-seulement sur la Trinité; mais il étoit outré sur la pratique de la morale, et il trouva des disciples qui allèrent encore plus loin que leur maître. Ces enthousiastes, appelés JOACHIMITES, prétendoient qu'il ne falloit pas se borner aux préceptes de l'Évangile, parce que le nouveau Testament étoit imparfait. Ils assuroient que la loi de Jésus-Christ seroit suivie d'une meilleure loi, qui seroit celle de l'esprit et qui dureroit éternellement. Ces rêveries, fondées sur une interprétation mystérieuse de quelques passages de l'Écriture-Sainte, furent développées dans un livre, intitulé : L'Évangile éternel, attribué à un fanatique nommé JEAN de Rome, et condamné par le pape Alexandre IV. Les ouvrages les plus connus de l'abbé Joachim, sont les Commentaires sur Isaïe, sur Jérémie et sur l'Apocalypse. On encore de lui des Prophéties, qui, de son vivant, le firent admirer par les sots et mépriser par les gens sensés. On s'en tient aujourd'hui à ce dernier sentiment. L'abbé Joachim étoit, ou bien imbécille, ou bien présomptueux, de se flatter d'avoir la clef des choses dont Dieu s'est réservé la connoissance. Dom Gervaise a écrit sa Vie, 1745, 2 vol. in-12.
JOACHIM, Voyez GIOACRINO. V. JOACHIM II, électeur de Brandebourg, fils de Joachim I, né l'an 1505, succéda à son père en 1532. Il embrassa la doctrine de Luther en 1539. On ne sait pas les circonstances qui donnèrent lieu à ce changement : on sait seulement que ses courtisans et l'évêque de Brandebourg suivirent son exemple. L'électeur Joachim acquit par ce changement les évêchés de Brandebourg, de Havelberg et de Lébus, qu'il incorpora à la Marche. Il n'entra point dans l'union que les Protestans firent à Smalkalde; et il maintint la tranquillité dans son électorat, tandis que des guerres de religion désoloient la Saxe et les pays voisins. L'empereur Ferdinand II lui vendit le duché de Crossen dans la Silésie; et son beau-frère Sigismond-Auguste, roi de Pologne, lui accorda, en 1569, le droit de succéder à Albert-Fréderic de Brandebourg, duc de Prusse, au cas qu'il mourut sans héritiers. Le règne de Joachim fut doux et paisible. On l'accusa d'être libéral jusqu'à la prodigalité, et d'avoir le foible de l'astrologie. Il mourut en 1571 à 67 ans, du poison qu'un médecin Juif lui donna.
VI. JOACHIM, (George) fut surnommé Rhætius, parce qu'il étoit de la Valteline, appelée en latin Rhætius. Il enseigna les mathématiques et l'astronomie à Wittemberg. Dès qu'il fut instruit de la nouvelle hypothèse de Copernic, il l'alla voir, et embrassa son système. Ce fut lui, qui, après la mort de cet astronome, publia ses ouvrages. Il mourut en 1576, à 62 ans. On a de lui les Ephémérides, selon les principes de Copernic; et plusieurs autres ouvrages sur la physique, la géométrie et l'astronomie : ils ont eu du cours autrefois.
JOACHIMITES, Voy. JOACHIM, n.º IV.
JOAIDA, Voy. JOAS, n.º I.
JOANNITES, C'est ainsi qu'on appela les hommes généreux qui restèrent attachés à St. Jean-Chrysostôme, dans le temps qu'il étoit persécuté par l'impératrice Eudoxie, et qui le suivit L I 2 534 JOA rent dans son exil. Voyez l'article de ce Saint.
JOANNITZ, Voyez CALO-JEAN.
JOAPHAR ou ABOUGIAFAR, philosophe Arabe, contemporain d'Averroès, est le même, selon quelques-uns, qu'Avicennes. Il composa dans le XIIe siècle le roman philosophique de Hai fils de Jockdhan, dans lequel il règne une fiction ingénieuse. L'auteur y montre, dans la personne de son héros, par quels degrés on peut s'élever de la connaissance des choses naturelles à celle des surnaturelles. Edouard Pococke, le fils, a donné une bonne version latine de cet ouvrage, sous le titre de Philosophus autodidactus, ou le Philosophe sans études, Oxford 1671, in-4.º Cet auteur est appelé par quelques-uns Jaaphar ben Tophail. I. JOAS, fils d'Ochosias roi de Juda, échappa, par les soins de Josabeth sa tante, à la fureur d'Athalie sa grand-mère, qui avoit fait égorger tous les princes de la maison royale. Il fut élevé dans le temple sous les yeux du grand-prêtre Joïada, mari de Josabeth. Quand le jeune prince eut atteint sa 7e année, Joïada le fit reconnoître secrètement pour roi par les principaux officiers de la garde du temple. Athalie, qui avoit usurpé la couronne, fut mise à mort l'an 883 avant J. C. Joas, conduit par Joïada, gouverna avec sagesse; mais lorsque ce pontife fut mort, le jeune roi séduit par les flatteurs, adora les idoles. Zacharie, fils de Joïada, le reprit de ses impiétés; mais Joas, oubliant ce qu'il devoit à la mémoire de son bien- faiteur, fit lapider son fils dans le parvis du temple. Dieu, pour punir ce crime, rendit la suite de la vie de ce prince aussi triste que le commencement avoit été heureux. Il suscita contre lui les Syriens, qui, avec une petite poignée de gens, désirent son armée, et le traitèrent lui-même avec la dernière ignominie. Après être sorti de leurs mains, accablé de cruelles maladies, il n'eut pas même la consolation de mourir paisiblement; trois de ses serviteurs l'assassinèrent dans son lit: ainsi fut vengé le sang du fils de Joïada qu'il avoit répandu. Ce prince régna 40 ans, et périt l'an 843 avant J. C.
II. JOAS, fils de Joachaz roi d'Israël, succéda à son père dans le royaume qu'il avoit déjà gouverné deux ans avant lui. Il imita l'impiété de Jéroboam. Elisée étant tombé malade de la maladie dont il mourut, Joas vint le voir, et parut affligé de le perdre. L'homme de Dieu, pour le récompenser de ce bon office, lui dit de prendre des flèches et d'en frapper la terre. Comme il ne frappa que trois fois, le prophète lui dit que s'il fût allé jusqu'à la septième, il auroit entièrement ruiné la Syrie. Joas gagna contre Benadad trois batailles, comme Elisée l'avoit prédit, et réunit au royaume d'Israël les villes que les rois d'Assyrie en avoient démembrées. Amasias, (Voy. ce mot.) roi de Juda, lui ayant déclaré la guerre, Joas le battit, prit Jérusalem, et fit le roi lui-même prisonnier. Il le laissa libre, à condition qu'il lui payeroit un tribut; et il revint triomphant à Samarie, chargé d'un butin considérable. Il y mourut en paix, peu de temps après cette victoire, et après un règne de seize ans, l'an 826 avant J. C. I. JOATHAM, le plus jeune des fils de Gédéon, échappa au carnage qu'Abimélech, fils naturel de Gédéon, fit de ses autres frères. Du haut d'une montagne, il prédit aux Sichimites les maux qui les attendoient, pour avoir élu roi Abimélech l'an 1233 avant J. C. Il se servit, pour leur rendre leur ingratitude plus sensible, de l'ingénieux Apologie du figuier, de la vigne, de l'olivier et du buisson.
II. JOATHAM, fils et successeur d'Izias, autrement Azo-rias, 759 ans avant J. C., prit le maniement des affaires, à cause de la lèpre qui s'éprouait son père de la compagnie des autres hommes. Il ne voulut pas prendre le nom de roi, tant que son père vécut. Il fut fort aimé de ses sujets, pieux, magnifique, et bon guerrier. Il remporta plusieurs victoires, remit Jérusalem dans son ancien état, imposa un tribut aux Ammonites, et mourut l'an 742 avant J. C. après un règne de 16 ans.
JOB, célèbre patriarche, naquit dans le pays de Huz, entre l'Idumée et l'Arabie, vers l'an 1700 avant J. C. C'étoit un homme juste, qui élévoit ses enfans dans la vertu, et offroit des sacrifices à l'Être-suprême. Pour éprouver ce saint homme, Dieu permit que tous ses biens lui fussent enlevés, et que ses enfans fussent écrasés sous les ruines d'une maison, tandis qu'ils étoient à table. Tous ces fléaux arrivèrent dans le même moment, et Job en reçut la nouvelle avec une patience admirable. Dieu me l'a donné, Dieu me l'a ôté, dit-il; il n'est arrivé que ce qui lui a plu: que son saint nom soit béni! Le Démon, à qui Dieu avoit permis de tenter son serviteur, fut au désespoir de la constance que Job opposoit à sa malice. Il crut la vaincre, en l'affligeant d'une lèpre épouvantable qui lui couvroit tout le corps. Le saint homme se vit réduit à s'asseoir sur un fumier, et à racler avec des morceaux de pits cassés le pus qui sortoit de ses plaies. Le Démon ne lui laissa que sa femme, pour augmenter sa douleur et tendre un piège à sa vertu. Elle vint insulter à sa piété, et traiter sa patience d'imbécillité; mais son époux se contenta de lui répondre: Vous avez parlé comme une femme insensée; puisque nous avons reçu les biens de la main de Dieu, pourquoi n'en recevrions-nous pas aussi les maux? Trois de ses amis, Elphaz, Balétal et Sophaz, vinrent aussi le visiter, et furent pour Job des consolateurs importuns. Ne distinguant pas les maux que Dieu envoie à ses amis pour les éprouver, de ceux dont il punit les méchans, ils le soupçonnèrent de les avoir mérités. Job convaincu de son innocence, leur prouva que Dieu châtioit quelquefois les justes pour les perfectionner, ou pour quelqu'autre raison inconnue aux hommes. Le Seigneur prit enfin la défense de son fidelle serviteur, et rendit à Job ses enfans, une parfaite santé, et plus de biens et de richesses que Dieu ne lui en avoit ôté. Il mourut vers l'an 1500 avant J. C. à 211 ans. Quelques-uns ont douté de l'existence de Job, et ont prétendu que le livre qui porte son nom, étoit moins une histoire véritable, qu'une L 1 4 436 JOB parabole; mais ce sentiment est contraire, 1.º à *Ezéchiel* et à *Tobie*, qui parlent de ce saint homme comme d'un homme véritable: 2.º à *St-Jacques*, qui le propose aux Chrétiens comme un modèle de la patience avec laquelle ils doivent souffrir les maux: 3.º au torrent de toute la tradition des Juifs et des Chrétiens. D'ailleurs, le nom de *Job* est marqué dans cette histoire, comme le nom propre d'un homme. Sa qualité y est marquée; il est représenté comme le plus riche des Orientaux. Son pays y est désigné par son nom: *Il y avoit un homme dans le pays de Hus, appelé Job; cet homme étoit simple et craignant Dieu*. Le nombre de ses enfans et la quantité de ses biens y sont spécifiés. Les noms et la patrie de ses amis y sont rapportés; et quoique la plupart de ces noms puissent avoir des significations mystiques, cela n'empêche pas que ce ne soient des noms véritables et réels, puisqu'il en est de même de presque tous les noms hébreux. Il n'y a rien d'ailleurs dans toute son histoire, qui puisse prouver que *Job* soit un personnage romanesque. « Ce seroit donc, dit *Dupin*, une espèce de témérité, de s'éloigner du sentiment commun des Pères et des Chrétiens sur la vérité de cette histoire. Mais il faut aussi reconnoître de bonne foi, que ce n'est pas une simple narration d'un fait. La manière dont elle est contée, le style dont elle est écrite, les conversations de Dieu et du Démon, la longueur des discours des amis de *Job*, font voir clairement que c'est une narration que l'auteur a embellie, ornée et amplifiée, pour donner un exemple sensible et plus tou- chant d'une patience achevée, et des instructions plus fortes et plus étendues sur les sentiments que l'homme doit avoir dans la prospérité et dans l'adversité. » Quelques-uns attribuent le livre de *Job* à *Moyse*, d'autres à lui-même, d'autres à *Isaïe*, et il est difficile de décider cette question. Il est écrit en langue Hébraïque, mêlée de plusieurs expressions Arabes, ce qui le rend quelquefois obscur. Il est en vers, et l'antiquité ne nous offre point de poésie plus riche, plus relevée, plus touchante que celle-ci. On ne connoit pas quelle est la cadence des vers; mais l'on y remarque aisément le style poétique, et les expressions nobles et hardies, qui sont l'ame de la poésie d'*Homère* et de *Virgile*.
JOBERT, (Louis) Jésuite Parisien, littérateur et prédicateur, mort dans sa patrie le 30 octobre 1719, à 72 ans, est célèbre par sa *Science des Médailles*, réimprimée en 1739, en 2 vol. in-12, par les soins de la *Bastie*, mort en 1742, qui l'a enrichie d'un grand nombre d'observations. Le P. *Jolvert* a fait aussi quelques *Livres* de piété.
JOCABED, femme d'*Amran*, fut mère d'*Aaron*, de *Moyse* et de *Marie*.
JOCASTE, mère d'*Edipe* et femme de *Laius*, ayant épousé, sans le savoir, son fils *Edipe* après la mort de son mari; elle en eut deux fils, *Etéocle* et *Polynice*, qui se firent une guerre cruelle, dans laquelle ils s'égorgèrent mutuellement. *Jocaste* n'ayant pu soutenir le poids de ses malheurs, se tua de désespoir.
JOCONDE ou JUCONDE, Voy. GIOCONDO.
JODELET, Voyez JOFFRIN. — JODELLE, (Etienne) sieur de Limodin, né à Paris en 1532, fut l'un des poètes de la Pléiade, imaginée par Ronsard. Sa Cléo- patre est la première de toutes les tragédies Françoises. Elle est d'une simplicité fort convenable à son ancienneté. Point d'action, point de jeu; grands et mauvais discours par-tout. Il y a toujours sur le théâtre un chœur à l'an- tique, qui finit tous les actes, et qui est ordinairement fort em- brouillé. La Cléopâtre fut jouée à Paris devant Henri II, à l'hôtel de Rheims, et ensuite au collège de Boncour. « Toutes les fené- tres, dit Pasquier, étoient ta- pissées d'une infinité de per- sonnages d'honneur. Les entre- parleurs sur la scène étoient tous hommes de nom. Remi Belleau et Jean de la Péruse, jouèrent les principaux rôlets. » Il est un peu extraordinaire, selon Fonte- nelle, que des auteurs distin- gués dans leur temps, aient bien voulu servir à représenter et à faire valoir, aux yeux du roi et de tout Paris, l'ouvrage d'un autre. Quelle fable, par rapport à nos mœurs ! Si les tragédies, ajoute Fontenelle, étoient alors bien simples, les poètes l'étoient bien aussi... Didon suivit Cléo- patre et fut aussi applaudie, quoiqu'elle ne valût pas mieux. Il donna encore des Comédies, un peu moins mauvaises que ses Tragédies; mais aucune ne lui coûta plus de dix matinées de travail. Henri II l'honora de ses bienfaits; ce poète, qui faisoit consister la philosophie à vivre dans les plaisirs et à dédaigner la grandeur, négligée de faire sa cour, et mourut dans la mi- sère en Juillet 1573, à 41 ans. Le Recueil de ses Poésies fut im- primé à Paris en 1574, in-4°, et à Lyon en 1597, in-12. On y trouve: I. Deux tragédies, Cléo- patre et Didon. II. Eugène, co- médie. III. Des Sonnets, des Chansons, des Odes, des Elégies, etc. Quoique ces poésies Fran- çoises aient été estimées de son temps, il faut avoir aujourd'hui beaucoup de patience pour les lire. Nicolas Bourbon qui eut cette patience, d'après la répu- tation de Jodelle, mit ces mots à la tête: Minuit presentia famam. Il n'en est pas de même de ses poésies Latines. Le style en est pur, plus coulant, et de meil- leur goût. Jodelle s'étoit rendu habile dans les langues grecque et latine; il avoit du goût pour les arts, et l'on assure qu'il en- tendoit bien l'architecture, la peinture et la sculpture.
JODDIN, (Jean) horloger Genevois, mort en 1761, à St- Germain-en-Laye, est connu par un Traité des Echappemens, 1754, in-12.
JODOCE, Voy. II. Josse.
JOEL, fils de Phatuel, et le second des douze petits Pro- phètes, prophétisa, vers l'an 778 avant J. C. Sa Prophétie, écrite d'un style véhément, ex- pressif et figuré, roule sur la Captivité de Babylone, le Des- cente du Saint-Esprit sur les Apôtres, et le Jugement der- nier.
JOFFRIN, (Julien) acteur de la troupe du Marais, passa en 1634 à l'Hôtel de Bourgogne. Il mourut en 1660. C'est lui qui jouoit les rôles de Jodelet que Scarron a tant fait valoir. 338 JOH
JOHAN, (Claude-Joseph) vieillard remarquable par sa longévité, naquit au village de Pentoux, près de Saint-Claude, le 6 février 1684. Il jouit constamment d'une santé robuste et d'une grande gaieté. Il marchoit sans bâton, et conduisoit encore la charrue quelques mois avant sa mort arrivée au mois de février 1802, à l'âge de 118 ans. Dans la même contrée, Jean-Jacob, né en 1669, parvenu à l'âge de 120 ans, fit le voyage de Paris, et alla porter lui-même sa pétition à l'Assemblée constituante qui se leva, par respect, devant ce doyen du peuple Français. I. JOHNSON, (Benjamin) poète Anglois, fils d'un ecclésiastique, cultiva les Muses dès son enfance. Ses talens lui firent des protecteurs. Shakespeare, ayant eu occasion de le connoître, lui donna son amitié, et bientôt après toute son estime. Le jeune poète faisoit humblement sa cour aux comédiens, pour les engager à jouer une de ses pièces; la troupe orgueilleuse refusoit: Shakespeare voulut voir cet ouvrage; il en fut si content, et le vanta à tant de personnes, que non seulement il fut représenté, mais applaudi. C'est ainsi que Molière encouragea l'illustre Racine, en donnant au public ses Frères enneuis. Ben Johnson fut le premier poète comique de sa nation, qui mit un peu de régularité et de bienséance sur le théâtre. C'est principalement dans la comédie qu'il réussissoit. Il étoit forcé dans la tragédie, et celles qui nous restent de lui, sont assez peu de chose. Ses pièces manquent de goût, d'élégance, d'harmonie et de correction. Servile copiste des anciens, il traduisit en mauvais vers anglois, les beaux morceaux des auteurs Grecs et Latins. Son génie stérile ne savoit les accommoder, ni à la manière de son siècle, ni au goût de sa patrie. Ce poète mourut en 1637, à 65 ans, dans la pauvreté. Ayant fait demander quelques secours à Charles I, ce prince lui envoya une gratification modique. Je suis logé à l'étroit, dit-il à celui qui lui remit la somme; mais je vois, par l'étendue de cette faveur, que l'âme de Sa Majesté n'est pas logée plus au large. On ne mit que ces mots sur son tombeau: O rare Ben JOHNSON! Le recueil de ses ouvrages parut à Londres, 1716, en 6 vol. in-8°, et 1756, 7 vol. in-8° — Il faut le distinguer de Thomas JOHNSON, Anglois comme le premier. C'étoit un bon philosophe et un très-bon littérateur. Il a donné plusieurs ouvrages dans cette partie, entraîtres des Notes assez estimées sur quelques Tragédies de Sophocle. Il mourut vers l'an 1730.
II. JOHNSON, (Samuel) né dans le comté de Warwick en 1649, devint curé de Corringham. Ayant quitté sa cure pour se mêler de politique, il fut condamné à une amende de 500 mares, et à la prison jusqu'au payement de cette somme, pour avoir composé un libelle furieux contre le duc d'Yorck, sous le titre de JULIEN L'APOSTAT; mais le roi Guillaume cassa cette sentence, le fit élargir, et lui accorda de fortes pensions. Il faillit à être assassiné en 1692, et il n'échappa aux coups des assassins qu'à force de prières. Ses Ouvrages ont été recueillis, in-fol., à Londres 1713. Ils roulent sur la politique et sur la jurisprudence Angloise. Son Traité sur la grande Charte, qu'on trouve dans ce recueil, est curieux. — III. JOHNSON, (Samuel) célèbre littérateur Anglois, naquit à Lichtfield, en 1709, d'un libraire, et mourut en 1784. On lui doit une bonne édition de Shakespear; une Collection des meilleurs poètes Anglois; le l'aresseux et le Rôdeur, deux feuilles dans le goût du Spectateur, dont M. Boulard, notaire de Paris, a traduit des Morceaux choisis, in-12; un Voyage aux Hébrides; et un Dictionnaire estimé. Johnson ne se distingua pas moins par son savoir que par la délicatesse de son esprit et de son goût. — Il y eu a du même nom Martin JOHNSON, peintre et graveur sous Jacques II. Il excella dans ces deux arts.
IV. JOHNSON, (Anne) a été renommée en Angleterre pour sa longévité. Elle est morte le 26 octobre 1777 à Askew, à l'âge de 150 ans. A la fin de sa 115e année, il lui survint, pour toute infirmité, un peu de surdité.
JOHNSON, Voy. BEHN.
JOIADA, grand-prêtre des Juifs, fit mourir la reine Athalie, et donna le sceptre à Joas, l'an 883 avant J. C. Il fut inhumé, en considération de ses services, dans le sépulchre des rois de Jérusalem. Voy. I. JOAS, roi de Juda. — JOINVILLE, (Jean sire DE) sénéchal de Champagne, d'une des plus anciennes maisons de cette province, étoit fils de Simon, sire de Joinville et de Vaucouleurs; et de Béatrix de Bourgogne, fille d'Etienne III, comte de Bourgogne. Il fut un des prin- cipaux seigneurs de la cour de St. Louis, qui le suivirent dans toutes ses expéditions militaires. Comme il ne savoit pas moins se servir de la plume que de l'épée, il écrivit la Vie de ce monarque. Nous avons un grand nombre d'éditions de cet ouvrage, entrautres, une excellente par les soins de Charles Ducange, qui la publia en 1668. On y trouve le fidelle tableau des mœurs et usages de nos ancêtres, une simplicité touchante, une aimable naïveté. Là, respire toute entière la grande ame de Louis IX. Ses plus éloquens panégyristes ne parviendront jamais à s'élever au-dessus de Joinville, qui sut bien mieux le faire admirer et chérir. Les Notes et les Dissertations de Ducange, au nombre de vingt-sept, offrent tout ce qu'il est possible de connoître sur les mœurs et les coutumes de la seconde race de nos rois. Il faut consulter, à ce sujet, la Dissertation du baron de Binar de la Bastie, sur la Vie de saint Louis, écrite par Joinville, dans le tome xv des Mémoires de l'Académie des Inscriptions, pag. 692; et l'addition du même, à cette Dissertation, dans les mêmes Mémoires, pag. 736 et suiv. On a recouvré, depuis quelques années, un manuscrit de la Vie de St. Louis, par le sire de Joinville, plus authentique et plus exact que ceux qu'on a connus jusqu'ici. Ce manuscrit étoit à la bibliothèque du roi. L'abbé Sallier l'a fait connoître dans une curieuse Dissertation, qu'il lut à ce sujet à l'académie des Belles-Lettres, le 12 novembre 1748, et on l'a suivie dans l'édition de 1761. St. Louis se servoit du sire de Joinville pour rendre la justice à sa porte. Joinville en parle lui-même dans la Vie de ce monarque. « Il avoit de coutume, dit-il, de nous envoyer les sieurs de Nesle, de Soissons et moi, ouir les plaids de la porte; et puis il nous envoyoit querir et demandoit comme tout se portoit, et s'il y avoit aucune affaire qu'on pût dépêcher sans lui? et plusieurs fois, selon notre rapport, il envoyoit querir les plaidoyans, et les contenoit, les mettant en raison et droiture. » On voit, par ce passage tiré de l'ancienne édition, que le françois de l'Histoire de Joinville n'est pas le même que celui que parloit ce seigneur. On l'a sans altération dans la nouvelle édition de 1761, in-fol., de l'imprimerie royale, donnée par Mélot, garde de la bibliothèque du roi. Voltaire prétend que nous n'avons point la véritable Histoire de Joinville; que ce n'est qu'une traduction infidelle d'un écrit qu'on entendroit aujourd'hui très-difficilement; il est cependant certain que le vrai texte de l'Histoire de St. Louis se trouve dans cette édition. Joinville mourut vers 1318, âgé de près de 90 ans, avec la réputation d'un courtisan aimable, d'un militaire courageux, d'un seigneur vertueux. Il avoit l'esprit vif, l'humeur gaie, l'ame noble, les sentimens élevés. Il laissa un fils, maréchal de France, mort vers 1351, dont la petite-fille épousa Ferri de Lorraine. Le dernier mâle des branches collatérales de la famille de Joinville mourut vers 1410. Voy. SORBON.
JOLIVET, Voyez TOURNE-MINE. I. JOLY, (N...) né à Troyes en Champagne, se forma et tra- vaille long-temps sous l'illustre Girardon. La Statue équestre de Louis XIV qui décoroit la place du Peirou à Montpellier, est son ouvrage. Il s'étoit fixé en cette ville, où il jouissoit d'une pension de 3000 livres que lui faisoient les Etats du Languedoc. Il vivoit encore en 1740.
II. JOLY, (Claude) né à Paris en 1607, chanoine de la cathédrale en 1631, fit deux voyages, l'un à Munster et l'autre à Rome. De retour à Paris, il fut fait official et grand chantre. Il parvint jusqu'à l'âge de 93 ans, sans avoir éprouvé les infirmités de la vieillesse, lorsqu'il tomba dans un trou fait dans l'église de Notre-Dame pour la construction du grand-autel. Il mourut de cette chute le 15 janvier 1700, après avoir légué sa nombreuse bibliothèque à son chapitre. Les agrémens de son caractère, la candeur de ses mœurs, son exacte probité, et ses autres vertus, le firent long-temps regretter. Il dut sa longue vieillesse à un régime exact, et à son enjouement tempéré par la prudence. Ses principaux ouvrages sont: I. Traité des restitutions des Grands, 1680, in-12. Ce livre est très-instructif; et si quelques grands le trouvent trop sévère, les gens sages en adopteront la morale. II. Traité historique des Ecoles Episcopales, 1678, in-12. III. Voyage de Munster en Westphalie, 1670, in-12. IV. Recueil des Maximes véritables et importantes pour l'institution du Roi, contre la fausse et pernicieuse politique du Cardinal Mazarin, 1652, in-12. Cet ouvrage, qui fut réimprimé en 1663, avec deux Lettres apologétiques de l'ouvrage même, qui d'ailleurs est plein de mauvaise humeur, et écrit avec vivacité et avec hardiesse, fut brûlé par la main du bourreau en 1665. Il faut à la fin, la sentence du Châtelet et la réponse de Joly; elles se trouvent toujours dans l'édition de 1663. L'auteur fit imprimer un autre livre relatif à celui-ci; il est intitulé : Codicile d'or. C'est un recueil de maximes pour l'éducation d'un prince Chrétien, tirées d'Erasme et d'autres auteurs. V. De reformandis Horis Canoniciis, ac ritè constituendis Clericorum muneribus Consultatio; auct. Stella, 1644-1675, in-12. Joly, qui s'est caché dans cet ouvrage sous le nom de Stella, y recherche l'origine de l'usage de réciter l'office divin en particulier. Quoiqu'il n'eût jamais manqué à cette obligation secrète, et qu'il fût très-assidu à l'office public, dit Niceron, il ne semble pas faire un crime aux ecclésiastiques, qui, ayant d'autres occupations indispensables, omettroient de réciter leur bréviaire en particulier. VI. Traditio antiqua Ecclesiarum Francia circa Assumptionem MANIÆ; Senonis, 1672, in-12. VII. De verbis Usuardi Assumptionis B. M. Virginis, Senonis, 1669, in-12, avec une Lettre apologétique en latin, pour la défense de cet ouvrage, Rouen, 1670, in-12. Joly rapporte dans ces deux ouvrages tout ce que les anciens et les modernes ont écrit pour et contre l'Assomption corporelle de la Vierge. Presque tous les livres de ce pieux chanoine sont et curieux et peu communs. Il avoit principalement étudié les auteurs du moyen et du bas âge, sur-tout les historiens François. Il fait un mélange agréable de l'érudition ecclésiastique tique et de la profane, de l'histoire et de la théologie. Mais son style est un peu dur; et, s'il est sans affectation, il est aussi sans ornement.
III. JOLY, (Claude) né à Bury dans le diocèse de Verdun, d'abord curé de Saint-Nicolas-des-Champs à Paris, ensuite évêque de Saint-Paul-de-Léon, et enfin d'Agen, mourut en 1678, à 68 ans, après avoir occupé avec distinction les principales chaires des provinces et de la capitale. Les huit volumes in-8. de Prônes et de Sermons, qui nous restent de lui, furent rédigés après sa mort par Richard, avocat. Ils sont écrits avec plus de solidité que d'imagination. Le pieux évêque ne jetoit sur le papier que son exorde, son dessein et ses preuves, et s'abandonnoit, pour tout le reste, aux mouvemens de son cœur. On a encore de lui, les Devoirs du Chrétien, in-12, 1719. Ce fut lui qui obtint l'Arrêt célèbre du 14 Mars 1669, qui règle la discipline du royaume sur l'approbation des Réguliers pour l'administration du sacrement de Pénitence.
IV. JOLY, (Gui) conseiller du roi au Châtelet, fut nommé en 1652, syndic des rentiers de l'hôtel de ville de Paris. Il suivit long-temps le cardinal de Betz, et lui fut attaché dans sa faveur et dans ses disgraces; mais l'humeur bizarre, soupçonneuse et inconstante de ce fameux intrigant, l'obligea de le quitter. Il laissa des Mémoires depuis 1648, jusqu'en 1665, qui sont à ceux du cardinal, ce que le domestique est au maître, pour nous servir de l'expression de l'auteur du Siècle de Louis XIV. 742 JOL Si l'on en excepte la fin, ils ne sont proprement qu'un abrégé de ceux de son maître, qu'il peint avec assez de vérité. Joly y paroit plus sage dans ses discours, plus prudent dans sa conduite, plus fixe dans ses principes, plus constant dans ses résolutions. Ses Mémoires, qui forment 2 vol. in-12, ont été réunis avec ceux du cardinal de Retz. On a encore de lui : I. Quelques Traités, composés par ordre de la cour, pour la défense des droits de la Reine, contre Pierre Stockmans, célèbre jurisconsulte. II. Les intrigues de la Paix, et les Négociations faites à la cour par les amis de M. le Prince, depuis sa retraite en Guienne; in-fol., 1652. III. Une Suite de ces mêmes Intrigues, 1652, in-4°, etc. etc. V. JOLY, (Guillaume) lieutenant général de la cométablie et maréchaussée de France, mort en 1613, est auteur : I. D'un Traité de la Justice militaire de France, in-8°. II. De la Vie de Guy Coquille, célèbre jurisconsulte.
VI. JOLY, (François-Antoine) censeur royal, né à Paris en 1672, mort dans cette ville en 1753 à 81 ans, débuta par quelques pièces de théâtre pour les comédiens Italiens et pour les François. La plus estimée est l'École des Amours. On lui doit encore, l'opéra de Méliagre, qui n'obtint pas un grand succès. Il se fit connoître ensuite plus avantageusement par des éditions : de Molière, in-4°; de Corneille, in-12; de Racine, in-12; et de Montfleury, in-12. Il a laissé un ouvrage manuscrit considérable, intitulé : Le nouveau et grand Cérémonial de France, gros in-fol. déposé à la bibliothèque du roi. Joly étoit d'un caractère doux, modeste et officieux.
VII. JOLY DE FLEURY, (Guillaume-François) né à Paris en 1675, d'une ancienne famille de robe, fut reçu avocat au parlement en 1695, devint avocat général de la cour des aides en 1700, et avocat général au parlement de Paris en 1705. Il fit briller dans ces différentes places les qualités du cœur et de l'esprit. Ses plaidoyers, ses harangues, ses autres discours publics, respiroient part-tout une éloquence à la fois brillante et naturelle. L'illustre Daguesseau ayant été fait chancelier de France en 1717, Joly de Fleury le remplaça dans sa charge de procureur général. Il falloit un tel homme pour calmer les regrets des bons citoyens. Le nouveau procureur général remplit tous les devoirs de sa place avec une activité d'autant plus louable, que sa santé étoit très-délicate. Son zèle pour le bien public le porta à faire mettre en ordre les Registres du Parlement. Il tira de l'obscurité plusieurs de ces registres, ensévelis dans la poussière des greffes. Il sut y découvrir mille choses curieuses et utiles, propres à l'éclaircissement de notre Droit, de la pratique judiciaire, et de divers points d'histoire. C'est à lui pareillement que l'on doit le travail qui est commencé, dans le même goût, sur les rouleaux du parlement : pièce dont, avant lui, l'on n'avoit proprement aucune connoissance. Il en a fait faire, sous ses yeux, des extraits et des dépouillements. Il a aussi dirigé jusqu'à sa mort les inventaires et les extraits que l'on faisoit des pièces renfermées dans le trésor de Chartres. Ses infirmités l'obligèrent, en 1746, de se démettre de sa charge de procureur général, en faveur de son aîné, digne fils d'un tel père. Son cabinet devint alors comme un tribunal où se rendoient le pauvre comme le riche, la veuve et l'orphelin. La France le perdit le 22 mars 1756, dans sa 81e année, laissant trois fils : l'un procureur général, l'autre président à mortier, et le troisième conseiller d'Etat. Il avoit été employé, en 1752, à calmer les différends qui déchiroient alors l'Eglise de France. Il reste de lui plusieurs manuscrits, monumens de ses connoissances, de la sagacité de son génie, de la précision et de l'élégante simplicité de son style. On trouve dans ces manuscrits : I. Des Mémoires qui sont tout autant de Traités sur les matières qu'ils embrassent. II. Des Observations, des Remarques et des Notes sur les différentes parties de notre Droit public. III. Les tomes VIe et VIIe du Journal des Audiences, offrent quelques extraits de ses Plaidoyers. L'homme privé ne fut pas moins estimable dans ce célèbre magistrat, que l'homme public. Son caractère étoit doux et bienfaisant, son abord ouvert, ses mœurs pures. La vivacité de ses yeux annonçoit celle de son esprit, sans donner de mauvaises impressions sur les qualités de son cœur.
VII. JOLY, Voyez CHOIN, nos I et II.
VIII. JOLY, (Jean-Pierre de) avocat au parlement de Paris, et doyen du conseil du duc d'Orléans, naquit à Milhau en Rouergne l'an 1697, et mourut subitement à Paris en 1774, à 77 ans. Citoyen vertueux, jurisconsulte éclairé, philosophe vrai, mais sans affiche, et savant sans jamais s'en donner l'air, il a laissé une mémoire chère et respectable. Nous avons de lui, une traduction françoise in-8° des Pensées de l'Empereur Marc-Aurelie et une édition très-exacte du texte grec de ses Pensées.
JOMBERT, (Charles-Antoine) libraire, né à Paris en 1712, mort à Saint-Germain-en-Laye, en 1784, s'appliqua particulièrement à publier les ouvrages ornés de cartes, de planches et d'estampes. C'est à lui que l'on doit les catalogues raisonnés des œuvres de Cochin, de Leclerc et de Labelle. Il a fait les Tables de l'art de la guerre par Puységur, des œuvres anatomiques de Duverney, du Traité de l'attaque des places par le Blond. Jombert ajouta à ce dernier ouvrage le petit dictionnaire, intitulé : Manuel de l'ingénieur et de l'artilleur.
JOMELLI, (N...) musicien Italien, mort à Naples, en 1774, travailla pour les théâtres d'opéra, et se fit des admirateurs par son Olympiade.
JON, (Du) Voyez II. JUNIUS.
JONADAD, fils de Rechab, descendant de Jethro, beau-père de Moïse, se rendit recommandable par la sainteté et l'austérité de sa vie. Il prescrivit à ses descendants un genre de vie très-dur, et des privations pénibles auxquelles la loi n'obligeoit personne, mais qui tendoient d'elles-mêmes à une plus exacte et plus parfaite observation de la loi. Il leur défendit l'usage du vin, des maisons, de l'agriculture, et la propriété d'aucun fonds; et il leur ordonna d'habiter sous des tentes. Les disciples de *Jonadab* s'appellèrent *Réchabites*, du nom de son père. Ils pratiquèrent la règle qu'il leur avoit donnée, durant plus de trois cents ans. La dernière année du règne de *Joakim*, roi de Juda, *Nabuchodonosor* étant venu assiéger Jérusalem, les *Réchabites* furent obligés de quitter la campagne et de se retirer dans la ville, sans toutefois abandonner leur coutume de loger sous des tentes. Pendant le siège, *Jérémie* reçut ordre d'aller chercher les disciples de *Réchab*, de les faire entrer dans le temple, et de leur présenter du vin à boire. L'homme de Dieu exécuta cet ordre, et leur ayant offert à boire, ils répondirent qu'ils ne buvoient point de vin, parce que leur père *Jonadab* le leur avoit défendu. Le prophète prit de là occasion de faire aux Juifs de vifs reproches sur leur endurcissement. Il opposa leur facilité à violer la loi de Dieu, à l'exactitude rigoureuse avec laquelle les *Réchabites* observaient les ordonnances des hommes. Les *Réchabites* furent emmenés captifs après la prise de Jérusalem par les Chaldéens, et l'on croit qu'après le retour de la captivité, ils furent employés au service du temple; qu'ils y exercèrent les fonctions de portiers, et même de chantres, sous les Lévites. L JONAS, fils d'*Amathi*, 5$^{e}$ des petits Prophètes, natif de Géthepher dans la tribu de Zabulon, vivoit sous *Jous*, *Jéroboam II*, rois d'Israël, et du temps d'*Osias*, roi de Juda. Dieu ordonna à ce prophète d'aller à Ninive, capitale de l'empire des Assyriens, pour prédire à cette grande ville que Dieu l'aïeut dé- détruire. *Jonas*, au lieu d'obéir, s'enfuit, et s'embarqua à Joppé pour aller à Tharse en Cilicie. Le Seigneur ayant excité une grande tempête, les mariniers tirèrent au sort pour savoir celui qui étoit cause de ce malheur, et le sort tomba sur *Jonas*. On le jeta dans la mer, afin que sa mort procurât le salut aux autres; et aussitôt l'orage s'appaisa. Dieu prépara en même temps un grand poisson pour recevoir *Jonas*, qui demeura trois jours et trois nuits dans le ventre de l'animal. Le poisson le jeta alors sur le bord de la mer, et le prophète ayant reçu un nouvel ordre d'aller à Ninive, il obéit. Les habitans, effrayés de ses menaces, firent pénitence, ordonnèrent un jeûne public, et le Seigneur leur pardonna. *Jonas* se retira à l'orient de la ville, à couvert d'un feuillage qu'il se fit, pour voir ce qui arriverait. Voyant que Dieu avoit révoqué sa sentence touchant la destruction de Ninive, il appréhenda de passer pour un faux prophète, et se plaignit au Seigneur, qui lui demanda s'il croyoit que sa colère fût bien juste? Pour le défendre encore plus contre l'ardeur du soleil, il fit croître dans l'espace d'une seule nuit un lierre, ou plutôt ce qu'on nomme *Palma Christi*, qui lui donna beaucoup d'ombre. Mais dès le lendemain, le Seigneur envoya un ver qui pique la racine de cette plante, la fit sécher, et laissa *Jonas* exposé, comme auparavant, à la violence du soleil. Cet événement fut fort sensible au prophète, qui, dans l'excès de sa douleur, souhaita de mourir. Alors Dieu, pour l'instruire, lui dit: que « puisqu'il étoit fâché de la perte d'un lierre, qui ne lui avoit rien coûté, il ne devoit pas être surpris de voir fléchir sa colère envers une grande ville, dans laquelle il y avoit plus de 120,000 personnes qui ne savoient pas distinguer entre le bien et le mal. » Jonas revint de Ninive dans la Judée, et St. Epiphane raconte qu'il se retira avec sa mère près de la ville de Sur, où il demeura jusqu'à sa mort, arrivée vers l'an 761 avant J. C. Les Prophéties de Jonas sont en hébreu, et contiennent quatre chapitres. Il y a des Mythologistes qui prétendent que la fable d'Andromède a été inventée sur l'histoire de Jonas; mais les gens sensés n'adoptent pas des idées si bizarres. Les savans ont beaucoup disputé sur le poisson qui engloutit Jonas. Ce n'étoit point une Baleine; car il n'y a point de baleine dans la mer Méditerranée où ce prophète fut jeté. D'ailleurs, le gosier des baleines est trop étroit pour qu'un homme y puisse passer. Les savans croient que le poisson dont il s'agit étoit une espèce de Requin ou de Lamie. Jonas prêchant aux Ninivites, est le sujet d'un superbe tableau de Salvator Rosa, qui se voit dans la collection du roi de Danemarck. C'est l'un de ses chefs-d'œuvre.
II. JONAS, évêque d'Orléans, mort en 841, laissa deux ouvrages estimés. Le premier, intitulé : Instruction des Laïcs, fut traduit en françois par Don Mège, 1582, in-12. Le second a pour titre : Instruction du Roi CURÉTIEN, traduit en françois par Desmarêts, 1661, in-8. L'un et l'autre se trouvent en latin dans le Spicilège de d'Acheri. Il y a encore de Jonas, un Traité des Miracles dans la Bibliothèque des Pères, et imprimé séparément, 1645, in-16. Ce prélat fut la terreur des hérétiques de son temps, le modèle des évêques et l'ornement de plusieurs conciles.
III. JONAS, (Juste) théologien Luthérien, né dans la Thuringe en 1493, mort le 9 octobre 1555, à 62 ans, doyen de l'université de Wittemberg, laissa : I. Un Traité en faveur du Mariage des Prêtres, à Helmstadt, 1631, in-fol. II. Un de la Messe privée. III. Des Notes sur les Actes des Apôtres, et d'autres ouvrages, in-8. Il fut un des plus ardens disciples de Luther.
IV. JONAS, (Arnagrimus) astronome Islandois, disciple de Tycho-Brahé, et coadjuteur de l'évêque de Hole en Islande, mourut en 1649, à 95 ans, après avoir publié un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. L'Histoire et la Description de l'Islande, Amsterdam 1643, in-4°, avec la Défense de cet ouvrage, estimable pour l'érudition et les recherches. Cette Histoire est en latin. II. Iden veri Magistratus, Hafniæ, 1689, in-8. III. Reum Islandicarum libis tres, Hambourg, 1630, in-4°. IV. La Vie de Gundebrand de Thorlac, en latin, in-4°, etc. Il prétend que l'Islande n'a été habitée que vers l'an 874 de J. C., et que par conséquent elle n'est point l'ancienne Thulé. Ce prélat se maria, à l'âge de 91 ans, à une jeune fille. I. JONATHAS, fils de Saül, est célèbre par sa valeur, et par l'amitié constante qu'il eut pour David contre les intérêts de sa maison. Il délit deux fois les Philistins, et eût été mis à mort par Saül, pour avoir mangé d'un rayon de miel, (contre l'édit de M m 546 JON son père, qu'il ignoroit, par lequel il étoit défendu, sous peine de la vie, de manger avant le soleil couché, ) si le peuple ne s'y fût opposé. La guerre s'étant de nouveau allumée quelque temps après entre les Hébreux et les Philistins, Saül et Jonathas se campèrent sur le mont Gelboé, avec l'armée d'Israël. Ils y furent forcés, leurs troupes taillées en pièces, et Jonathas tué l'an 1055 avant J. C. La nouvelle en ayant été portée à David, il composa un Cantique funèbre, où il fait éclater toute sa tendresse pour son ami. Il l'aima au-delà du tombeau, dans la personne de son fils, que souvent il faisoit asseoir à sa table, quoique peu propre à y figurer, étant tout contrefait. Jonathas est un modèle admirable de la générosité et de l'amitié chrétienne. La gloire de David effaçoit la sienne, et il n'en est point jaloux. Quoique héritier présomptif de la couronne, il prend, aux dépens de ses propres intérêts, ceux de l'innocent persécuté.
II. JONATHAS, fils de Samaa, neveu de David, eut la gloire de tuer un géant de 9 pieds de haut, qui avoit six doigts à chaque main et à chaque pied.
III. JONATHAS, (qu'on nomme aussi JONATHAN ou JOHANNAN) fils de Joïada, et petit-fils d'Eliasib, succéda à son père dans la charge de grand sacrificateur des Juifs, qu'il occupa pendant environ quarante ans. Ce pontife déshonora sa dignité par une action barbare et sacrilège. Il avoit un frère nommé Jests, qui prétendoit parvenir à la souveraine sacrificatrice par la protection de Bogose, général d'Artaxercès. Jonathas en conçut de la jalousie. Un jour que les deux frères se rencontrèrent dans le temple, la dispute s'échauffa si fort, que Jonathas tua Jésus dans le lieu saint.
IV. JONATHAS, surnommé Apphus, l'un des plus grands généraux qu'aient eu les Juifs, étoit fils de Matathias et frère de Judas Macchabée. Il força Bachide, général des Syriens, qui faisoit la guerre aux Juifs, d'accepter la paix, l'an du monde 161 avant J. C. La réputation de Jonathas fit rechercher son alliance par Alexandre Balas, et par Démétrius Soter, qui se disputoient le royaume de Syrie. Il embrassa les intérêts du premier, et prit possession de la souveraine sacrificatrice, en conséquence de la lettre reçue de ce prince, qui lui donnoit cette dignité. Deux ans après, Alexandre Balas ayant célébré à Ptolémaïde son mariage avec la fille du roi d'Egypte, Jonathas y fut invité, et parut avec une magnificence royale. Démétrius, qui succéda à Balas, le confirma dans la grande sacrificatrice; mais sa bonne volonté ne dura pas longtemps. Jonathas lui ayant aidé à soumettre ceux d'Antioche soulevés contre lui, Démétrius n'eut pas la reconnaissance qu'il devoit pour un si grand service: il le prit en aversion, et lui fit tout le mal qu'il put. Diodote Tryphon, ayant résolu d'enlever la couronne au jeune Antiochus, fils de Balas, songea d'abord à se défaire de Jonathas. Il l'attira à Ptolémaïde, le prit par trahison, et le fit charger de chaînes: ensuite, après avoir tiré de Simon une somme considérable pour la rançon de son frère, ce perfide le fit mourir l'an 144 avant J. C. V. JONATHAS, Juif d'une naissance obscure, se distingua par sa bravoure au siège de Jérusalem. Il sortit un jour de la ville pour défier les Romains et en appeler quelqu'un en duel. Un nommé Pudeas courut à lui pour éprouver ses forces; mais comme il s'avançoit précipitamment, il tomba. Jonathas, profitant de sa chute, le tua sans lui donner le temps de se relever, et le foula aux pieds, l'insultant avec une cruauté impudente. Un autre Romain nommé Priscus, outré de cette insolence, lui décocha une flèche dont il le tua. Jonathas tomba mort sur le corps de son ennemi.
VI. JONATHAS, tisserand du bourg de Cyrène. Après la ruine de Jérusalem par Titus, fils de l'empereur Vespasien, il gagna un grand nombre de Juifs et les mena sur une montagne, leur promettant des miracles, s'ils le choisissaient pour chef; mais il fut arrêté par Catulle, gouverneur de Lydie. Ce séducteur dit qu'on l'avoit engagé à cette révolte, et nomma Flavius Josèphe l'historien entre ses complices. Mais comme celui-ci étoit innocent, on ne s'arrêta point aux accusations du calomniateur, qui fut condamné à être brûlé vif.
JONCOUX, (Françoise-Marguerite de) naquit en 1660 d'un gentilhomme Auvergnat, et mourut en 1715, après s'être distinguée par sa piété, ses talens, et son attachement aux religieuses de Port-royal. On lui doit la Traduction des Notes de Nicole, (caché sous le nom de Wendrock) sur les Provinciales. Cette version a été imprimée en 4 vol. in-12. Mlle de Joncoux avoit appris le latin, pour pouvoir assister avec plus de goût aux offices de l'église. Voyez LOUAR. I. JONES, (Ignace) né à Londres en 1572, mort en 1652, à 80 ans, excella dans l'architecture, et fut le Palladio de l'Angleterre, où le vrai goût et les règles de l'art étoient presqu'inconnus avant lui. Il fut successivement architecte des rois Jacques I et Charles I. C'est sur ses dessins, gravés en 1770, in-folio, qu'ont été construits la plupart des beaux édifices qu'on voit en Angleterre. On a de lui, des Notes curieuses sur l'ARCHITECTURE de Palladio, insérées dans une traduction Angloise qui en a été publiée en 1742.
II. JONES, (Henri) poète dramatique Anglois, dont on a un Comte d'Essex, qui fut applaudi, naquit à Drogheda en Irlande, et mourut en 1770. — Il ne faut pas le confondre avec Guillaume JONES, contemporain de Newton, et mort à 70 ans, dont on a une Introduction aux Mathématiques.
JONGH, (Du) Voyez JUNIUS.
JONIN, (Gilbert) Jésuite, né en 1596, mort en 1638 à 42 ans, se distingua par son talent pour la poésie grecque et latine, et excella sur-tout dans le lyrique. On remarque dans ses poésies, de la vivacité, de l'élégance, de la facilité, et quelquefois de la négligence. On a de lui: I. Des Odes et des Epodes, Lyon, 1630, in-16. II. Des Élégies, Lyon, 1634, in-12. III. D'autres Poésies en grec et en latin, 6 vol. in-8° et in-16, 1634 à 1637. 548 JON
JONSIUS, (Jean) né à Flensburg dans le duché de Sleswick, étoit sous-recteur des écoles à Francfort, lorsqu'il mourut à la fleur de son âge en 1659. Il est auteur d'un *Traité* estimé, *des Ecrivains de l'histoire de la Philosophie*, en latin. *Dornius*, qui en donna une bonne édition en 1716, in-4°, lène, a continué cet ouvrage jusqu'à son temps.
JONSON, *Voyez* JOHNSON.
JONSTON, (Jean) naturaliste, né à Sambter dans la grande Pologne en 1603, parcourut tous les pays de l'Europe, et mourut dans sa terre de Ziebendorf en Silésie le 8 juin 1675, à 72 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue ses *Histoires des Poissons*, des *Oiseaux*, des *Insectes*, des *Quadrupèdes*, des *Arbres*, etc. en 5 vol. in-fol. 1650, 1653 et 1662. Cette édition, qui est la première, est aussi rare que recherchée. Ce livre est en latin. On a encore de lui, un traité *De Arboribus et Fructibus*, à Francfort sur le Mein, 1662, in-fol. C'est, de toutes les productions de cet infatigable naturaliste, la meilleure et la moins commune. Tous ses Ouvrages ont été réimprimés en dix tomes in-folio, 1755 à 1768. — Il ne faut pas le confondre avec *Guillaume JONSTON*, Ecossois, mort en 1609, dont on a un *Abrégé de l'Histoire de Sleidan*. I. JORAM, roi d'Israël, après son frère *Ochosias*, l'an 896 avant Jésus-Christ, étoit fils d'*Achab*. Il vainquit les Moabites, selon la prédiction du prophète *Elisée*, et fut dans la suite assiégé dans Samarie par *Benadad*, roi de Syrie. Ce siège réduisit cette ville à une si grande famine, que la tête d'un âne s'y vendait quatre vingts sicles. C'est alors qu'arriva une histoire tragique, dont il y a peu d'exemples. Une femme, étant convenue avec une autre de manger leurs enfans, et ayant d'abord fourni le sien, vint demander justice à *Joram* contre l'autre mère qui refusait de donner son enfant. Ce prince, désespéré d'un accident si barbare, tourna sa fureur contre *Elisée*, et envoya des gens pour lui couper la tête. Mais, se repentant bientôt d'un ordre aussi injuste, il courut lui-même pour en empêcher l'exécution; et le prophète l'assura que le lendemain, à la même heure, la farine et l'orge se donneraient presque pour rien. Cette prédiction s'accomplit en effet. Les Syriens ayant été frappés d'une frayeur divine, prirent la fuite en tumulte, et laissèrent un très-riche butin dans le camp. Tant de merveilles ne convertirent point *Joram*, il continua d'adorer les Dieux étrangers. Enfin, ayant été blessé dans une bataille contre *Azraël*, successeur de *Benadad*, il se fit conduire à *Jezraël*. Il y fut percé de flèches dans le champ de *Naboth*, par *Jéhu*, général de son armée, qui fit jeter son corps aux chiens dans ce même champ, l'an 884 avant J. C., selon la prédiction du prophète *Elie*.
II. JORAM, roi de Juda, succéda à son père *Josaphat* l'an 889 avant J. C. Loin d'imiter sa piété, il ne se signala que par des actions d'idolâtrie et de fureur. Il épousa *Athalie* fille d'*Achab*, qui causa tous les malheurs dont son règne fut affligé. A peine fut-il sur le trône, qu'il se souilla par le meurtre de ses propres frères, et des principaux de son royaume, que *Josaphat* avoit le plus aimés. Il imita toutes les abominations des rois d'Israël : il éleva des autels aux idoles dans toutes les villes de Judée, et excita ses sujets à leur sacrifier. Dieu, irrité de ses impiétés, souleva contre lui les Iduméens, qui, depuis les victoires de *Judas*, avoient toujours été assujettis aux rois de Juda. La ville de Lobna se retira de son obéissance, et ne voulut plus le reconnoître pour souverain. Les Philistins et les Arabes firent une irruption dans la Judée, où ils mirent tout à feu et à sang. *Joram* fut lui-même attaqué d'une horrible maladie, qui lui causa pendant deux ans des tourmens incroyables, et qui le fit mourir l'an 885 avant J. C., comme le prophète *Elie* l'avoit prédit.
JORDAN, général des Dominicains, né à Borrentrick dans le diocèse de Paderborn, gouverna son Ordre avec sagesse, et y fit fleurir la science et la piété. Il périt en mer, auprès de Satalie, en revenant de la Terre-sainte, l'an 1237. C'est lui qui introduisit l'usage de chanter le *Salve Regina* après Complies. On a de lui une *Histoire de l'origine de son Ordre*, que le P. *Echard* a insérée dans son *Histoire des Ecrivains Dominicains*. Elle est telle qu'on devoit l'attendre d'un homme zélé pour la gloire de son corps.
JORDAN, (Raimond) *Voyez Idiot*.
JORDAN, (Charles-Etienne) né à Berlin en 1700, d'une famille originaire du Dauphiné, montra de bonne heure beaucoup de goût pour les lettres et pour l'étude. Après avoir exercé le ministère, il fut conseiller privé du grand directoire François, curateur des universités, et vice-président de l'académie des Sciences de Berlin, où il mourut en 1745, à 45 ans. Le roi de Prusse, qui l'estimoit et qui l'aimoit, lui fit ériger un mausolée de marbre, sur lequel on lit : *Ci glt JORDAN, l'ami des muses et du roi*. Ce prince, dans un éloge académique qu'il lui consacra, en fait un portrait très-avantageux. « *Jordan*, dit-il, étoit né avec un esprit vif, pénétrant, et en même temps capable d'application : sa mémoire étoit vaste, et contenoit, comme dans un dépôt, le choix de ce que les bons écrivains dans tous les siècles ont produit de plus exquis. Son jugement étoit sûr, et son imagination brillante, elle étoit toujours arrêtée par le frein de la raison, sans écart dans ses saillies, sans sécheresse dans sa morale : retenu dans ses opinions, ouvert dans ses discours, plein d'urbanité et de bienfaisance, chérissant la vérité et ne la déguisant jamais : humain, généreux, serviable, bon citoyen, fidelle à ses amis, à son maître et à sa patrie. » On ne peut qu'avoir une grande idée du cœur de *Jordan*, en lisant ce portrait; mais on en a une assez médiocre de son esprit en lisant ses ouvrages. Les principaux sont : I. *L'Histoire d'un Voyage littéraire* en France, en Angleterre et en Hollande, semée d'anecdotes satiriques, in-12. II. *Un Recueil de Littérature, de Philosophie et d'Histoire*, in-12, où l'on trouve quelques remarques savantes et plusieurs minutes. III. *Une Vie de la Croze* : *Voyez son article*. M m 3 550 JOR I. JORDANS, (Jacques) né à Anvers en 1594, disciple de Rubens, causa de la jalousie à son maître, par sa manière forte, vraie et suave. On dit que Rubens, craignant qu'il ne le surpassât, l'occupa long-temps à faire en détrempe des cartons de tapisserie, et qu'il affoiblit ainsi son pinceau fier et vigoureux. Jordans excella dans les grands sujets et dans les sujets plaisans. Il embrassoit tous les genres de peinture, et réussissoit dans presque tous. On remarque dans ses ouvrages une parfaite intelligence du clair obscur, beaucoup d'expression et de vérité; ils manquent quelquefois d'élévation et de noblesse. Ses principaux Tableaux sont à Anvers et dans quelques autres villes de Flandre. Il mourut en 1678, à 84 ans. Il étoit gendre du célèbre Van-Oort.
II. JORDANS, (Luc) peintre, surnommé FA-PRESTO, à cause de la célérité avec laquelle il travailloit, naquit à Naples en 1632. Paul Véronèse fut le modèle auquel il s'attacha le plus. Le roi d'Espagne Charles II l'appela auprès de lui, pour embellir l'Escurial. Le roi et la reine prenoient plaisir à le voir peindre, et le firent toujours couvrir en leur présence. Jordans avoit une humeur gaie, et des saillies qui amusoient la cour. L'aisance et la grace avec laquelle il manioit le pinceau, se faisoient remarquer de tout le monde. La reine lui parla un jour de sa femme, et témoigna avoir envie de la connoître. Le peintre aussitôt la représenta dans le tableau qui étoit devant lui, et fit voir son portrait à sa majesté, qui fut d'autant plus étonnée, qu'elle ne se dou- toit point de son intention. Cette princesse détacha dans l'instant son collier de perles, et le donna à Jordans pour son épouse. Le roi lui montra un jour un tableau du Bassan, dont il étoit fâché de n'avoir pas le pendant : Luc peu de jours après fit présent d'un à sa majesté, qu'on crut être de la main du Bassan; et l'on ne fut désabusé, que quand il fit voir que le tableau étoit de lui-même. Tel étoit le talent de Jordans; il imitoit à son gré tous les peintres célèbres. Le roi s'attachant de plus en plus à ce savant artiste, le nomma chevalier. Après la mort de Charles II, il revint dans sa patrie, où il mourut en 1705. Ses principaux ouvrages sont à l'Escurial, à Madrid, à Florence et à Rome. Ses Tableaux sont en trop grand nombre, pour que la plupart ne soient pas incorrects; mais il en a laissé quelques-uns de très-finis et très-gracieux, et dans tous on admire une grande célérité de pinceau.
JORDI, Voyez MESSEN.
JORNANDÈS, Goth d'origine, fut secrétaire des rois Goths en Italie, sous l'empire de Justinien; ainsi il vivoit en 552: voilà tout ce qu'on sait de sa vie. On a de lui deux ouvrages, dont l'un porte pour titre : De rebus Gothicis, dans la Bibliothèque des Pères. Il a été traduit par l'abbé de Maupertuy. Il est si conformé à l'Histoire des Goths par Cassiodore, qu'on croit que ce n'en est qu'un Abrégé. L'autre est intitulé : De origine Mundi, de rerum et temporum successione, 1617, in-8°, et dans la Bibliothèque des Pères. On trouve qu'en cet ouvrage Jornandès a beaucoup pris de Flo- rus sans le citer. Cet auteur est d'ailleurs trop partial, sur-tout dans les endroits où il parle des Goths.
JORRY, (Faur de SAINT-) Voyez FAUR, n° II.
JORTIN, (Jean) prédicateur et littérateur de Londres, né dans cette ville en 1698, y mourut en 1770. On a de lui des Vers latins, des Sermons et une Vie d'Erasme, 1758, in-4.°
JOSABETH, femme du grand-prêtre Joïada, sauva Joas du massacre que faisoit Athalie des princes du sang de David: Voyez I. JOAS.
JOSAPHAT, fils et successeur d'Asa roi de Juda, l'an 914 avant J. C., fut un des plus pieux souverains de ce royaume. Il détruisit le culte des idoles, et envoya des Lévites et des docteurs dans toutes les provinces de son obéissance, pour instruire le peuple de ce qui concernoit la religion. La seule chose que l'Écriture reproche à ce prince pieux, c'est d'avoir fait épouser à son fils Joram, Athalie, qui fut la ruine de sa maison, et d'avoir entrepris la guerre contre les Syriens avec ce même prince. Cette guerre fut malheureuse; le roi d'Israël y fut tué. Josaphat, reconnoissant la faute qu'il avoit faite en secourant cet impie, la répara par de nouvelles actions de piété. Les Ammonites, les Moabites et les Arabes l'étant venu attaquer, il s'adressa au Seigneur, qui lui accorda la victoire sur ces peuples d'une manière miraculeuse. Les chantres du temple se mirent à la tête de ses troupes, et commencèrent à chanter les louanges du Seigneur. Leur voix ayant répandu la ter- reur parmi les infidelles, ils s'entre-tuèrent, et ne laissèrent à Jasaphat que la peine de recueillir leurs dépouilles. Ce prince continua le reste de sa vie à marcher dans les voies du Seigneur, sans s'en détourner, et il mourut l'an 889 avant J. C. après 25 ans de règne. Ce prince avoit 1160,000 hommes propres à porter les armes dans ses états, selon le témoignage de l'Écriture. I. JOSEPH, étoit fils de Jacob et de Rachel, frère utérin de Benjamin. Ses autres frères, envieux de la prédilection que son père avoit pour lui, et de la supériorité que lui promettoient quelques songes, méditèrent sa perte. Un jour qu'il étoit allé, de la part de son père, visiter ses frères, occupés au loin dans la campagne à faire paître les troupeaux, ils résolurent de le tuer. Mais, sur les remontrances de Ruben, ils le jetèrent dans une vieille citerne sans eau, à dessein de l'y laisser mourir de faim. A peine fut-il dans la citerne, que Judas, voyant passer des marchands Madianites et Ismaélites, persuada à ses frères de le vendre à ces étrangers. Ils le leur livrèrent pour vingt pièces d'argent, et ayant trempé ses habits dans le sang d'un chevreau, ils les envoyèrent tout déchirés et ensanglantés à leur père, en lui faisant dire qu'une bête féroce l'avoit dévoré. Les marchands qui avoient acheté Joseph, le menèrent en Egypte, et le vendirent au général des armées de Pharaon, nommé Putiphar. Bientôt il gagna la confiance de son maître, qui le fit intendant de ses autres domestiques. La femme de Putiphar conçut pour lui une passion violente. Cette femme 552 JOS voluptueuse l'ayant un jour voulu retenir auprès d'elle dans son appartement, le jeune Israélite prit le parti de se sauver en lui abandonnant son manteau par lequel elle l'arrêtoit. Outre du mépris de *Joseph*, elle rapporta à son mari que l'Hébreu avoit voulu lui faire violence, et que, dans la résistance qu'elle avoit faite, son manteau lui étoit resté entre les mains. *Putiphar* indigné fit mettre *Joseph* en prison. Le jeune Israélite y expliqua les songes de deux prisonniers illustres, qui étoient avec lui. *Pharaon*, instruit de ce fait, dans un temps où il avoit eu un songe effrayant, que les devins et les sages d'Égypte ne pouvoient expliquer, fit sortir *Joseph* de prison. Cet illustre opprimé, alors âgé de 30 ans, lui prédit une famine de sept ans, précédée d'une abondance de sept autres années. Le roi, plein d'admiration pour *Joseph*, lui donna l'administration de son royaume, et le fit traverser la ville sur un chariot précédé d'un héraut, criant que tout le monde eût à fléchir le genou devant ce ministre. La famine ayant amené ses frères en Égypte, pour demander du blé, *Joseph* feignit de les prendre pour des espions. Il les renvoya ensuite, avec ordre de lui amener *Benjamin*, et retint *Siméon* pour ôtage. *Jacob* refusa d'abord de laisser aller *Benjamin*; mais, la famine croissant, il fut contraint d'y consentir. *Joseph* ayant reconnu son jeune frère, fils de *Rachel* comme lui, ne put retenir ses larmes. Il fit préparer un grand festin pour tous ses frères, qu'il fit placer selon leur âge, et eut des attentions particulières pour *Benjamin*. *Joseph* se fit enfin connoître à ses frères, leur pardonna, et les renvoya, avec ordre d'amener promptement leur père en Égypte. *Jacob* eut la consolation de finir ses jours auprès de son fils, dans la terre de Gessen, que le roi lui donna. *Joseph*, après avoir vécu 110 ans, et avoir vu ses petits-fils jusqu'à la troisième génération, tomba malade. Il fit venir ses frères, leur prédit que Dieu les feroit entrer dans la *Terrepromise*, et leur fit jurer qu'ils y transporteroient ses os. C'est ce qu'exécuta *Moyse*, lorsqu'il tira les Israélites de l'Égypte; et ce corps fut donné en garde à la tribu d'Éphraïm, qui l'enterra près de Sichem, dans le champ que *Jacob* avoit donné en propre à *Joseph* peu avant sa mort. Ce patriarche mourut l'an 1633 avant Jésus-Christ, après avoir gouverné l'Égypte pendant quatre-vingts ans. Il laissa deux fils, *Manassès* et *Éphraïm*, de sa femme *Aseneth*, fille de *Putiphar* grand-prêtre d'Héliopolis. Tout le monde connoît son *Histoire* intéressante, en prose poétique, par *Bitaubé*.
II. JOSEPH, fils de *Jacob*, petit-fils de *Mathau*, époux de la *Ste Vierge*, et père putatif de J. C., étoit de la tribu de Juda et de la famille de *David*. On ne sait point quel fut le lieu de sa naissance; mais on ne peut douter qu'il ne fût établi à Nazareth, petite ville de Galilée dans la tribu de Zabulon. Il est constant par l'Évangile même, qu'il étoit artisan, puisque les Juifs parlant de Jésus-Christ, disent qu'il étoit *Fabri filius*. Il étoit fiancé à la *Vierge Marie*. Le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu ne fut pas d'abord révélé à *Joseph*. Ce saint homme, ayant remar- qué la grossesse de son épouse, voulut la renvoyer secrètement; mais l'Ange du Seigneur lui apparut, et lui révéla le mystère. Joseph n'eut jamais de commerce conjugal avec la Ste Vierge. Il l'accompagna à Bethléem, lorsqu'elle mit au monde le Fils de Dieu. Il s'enfuit ensuite en Égypte avec Jésus et Marie, et ne retourna à Nazareth qu'après la mort d'Hérode. L'Écriture dit que Joseph alloit tous les ans à Jérusalem avec la Ste Vierge pour y célébrer la fête de Pâques, et qu'il y mena Jésus-Christ à l'âge de 12 ans. Elle ne rapporte rien de plus de sa vie, ni de sa mort. On croit néanmoins qu'il mourut avant J. C.; car, s'il eût été vivant au temps de la Passion, on pense que le Fils de Dieu, expirant sur la Croix, lui eût recommandé la Ste Vierge sa mère, et non pas à St. Jean. On a été long-temps dans l'Église sans rendre un culte religieux à St. Joseph. Sa fête étoit établie en Orient long-temps avant que de l'être en Occident. On dit que les Carmes sont les premiers qui l'ont célébrée en Europe. Sixte IV l'institua pour Rome, et plusieurs Églises ont depuis suivi cet exemple.
JOSEPH-BARSABAS, surnommé le Juste, Voyez BARSABAS.
III. JOSEPH ou JOSUÉ, fils de Marie et de Cléophas, étoit frère de St. Jacques le Mineur, de St. Simon et de St. Jude, et proche parent de J. C. selon la chair. L'Écriture ne nous apprend rien de plus à ce sujet.
IV. JOSEPH d'ARIMATHIE, prit ce nom d'une petite ville de Judée, située sur le Mont- Éphraïm, dans laquelle il naquit. Il vint demeurer à Jérusalem, où il acheta des maisons, St. Matthieu l'appelle Riche; et St. Marc un noble Décusion, c'est-à-dire conseiller ou sénateur. Cet office lui donnait entrée dans les plus célèbres assemblées de la ville; et c'est en cette qualité qu'il se trouva chez le grand-prêtre Caïphe, lorsque J. C. y fut mené: mais il ne voulut point consentir à sa condamnation. L'Évangile nous apprend que c'étoit un homme juste et vertueux, du nombre de ceux qui attendoient le royaume de Dieu. Il étoit même disciple de J. C.; mais il n'osoit se déclarer ouvertement, par la crainte des Juifs. Après la mort du Sauveur, il alla hardiment trouver Pilato, et lui demanda le corps de Jésus-Christ pour l'ensévelir; il l'obtint, et le mit dans un sépulcre neuf qu'il avoit fait creuser dans le roc d'une grotte de son jardin. L'Écriture ne dit plus rien de Joseph d'Arimathie; mais on croit qu'il se joignit aux Disciples, et qu'après avoir passé le reste de sa vie dans la ferveur des premiers Chrétiens, il mourut à Jérusalem. V. JOSEPH, beau-frère d'Hérode le Grand, par Salomé sa sœur qu'il avoit épousée. Ce roi, en partant pour aller se justifier auprès d'Antoine, sur la mort d'Aristobule, grand sacrificateur, le chargea du gouvernement de ses états pendant son absence. Il lui ordonna en même temps, sous le sceau du secret, de faire mourir Mariamne sa femme, s'il ne pouvoit se disculper. L'imprudent Joseph découvrit son secret à Mariamne. Celle-ci le reprocha à Hérode, qui de dépit fit mourir *Joseph*, sans écouter ses justifications.
VI. JOSEPH, ou plutôt JOSEPHE, (*Flavius*) né à Jérusalem l'an 37 de J. C., de parens de la race sacerdotale, montra de bonne heure beaucoup d'esprit et de pénétration. Dès l'âge de quatorze ans, les pontifes le consultoient. Il fut l'ornement de la secte des Pharisiens dans laquelle il entra. Un voyage qu'il fit à Rome, perfectionna ses talens et augmenta son crédit. Un comédien Juif, que *Néron* aimoit, le servit beaucoup à la cour de ce prince. Cet acteur lui fit connoître l'impératrice *Poppée*, dont la protection lui fut très-utile. De retour dans la Judée, il eut le commandement des troupes, et se signalà au siège de Jotapat, qu'il soutint pendant sept semaines contre *Vespasien* et *Titus*. *Vespasien* ayant résolu d'employer le bélier pour battre la place, dit D. *Calmet*, *Josèphe*, pour diminuer l'effet de cette machine, fit suspendre quantité de sacs pleins de paille, et les fit tomber par des cordes à l'endroit où le bélier devoit frapper. Mais les Romains avec des faux coupèrent ces cordes, et rendirent inutile la précaution de *Josèphe*. Au point du jour, il y eut une brèche considérable; mais les assiégés réparèrent le mur avec une diligence incroyable, avant que les Romains eussent dressé un pont, pour aller de leurs machines sur les murs de la place. Le jour même, *Vespasien* fit donner un assaut général par trois endroits, et fit envelopper tout le tour de la place, afin que nul des assiégés ne pût échapper. *Josèphe* s'attacha principalement à la défense de la brèche, qui étoit l'endroit le plus dangereux; et après avoir soutenu avec beaucoup de vigueur les efforts des ennemis, voyant qu'il alloit succomber à la multitude des assiégeans, il fit jeter sur eux plusieurs chaudières d'huile bouillante, ce qui les obligea de se séparer et de se retirer. Cependant *Vespasien* fut averti par un Juif transfuge, que les assiégés étoient accablés de fatigue, et que l'heure la plus propre pour livrer l'assaut seroit vers le point du jour, lorsque épuisés par la veille et les travaux de la nuit, ils prendroient un peu de repos. *Vespasien* profita de cet avis, et sans faire de bruit, il fit avancer le tribun *Domitius Sabinus*, et quelques soldats choisis, qui tuèrent les sentinelles, et entrèrent dans la ville sans trouver la moindre résistance; ils furent suivis par leurs camarades, et la ville étoit prise long-temps avant que les assiégés fussent éveillés. On tua tout ce qu'on rencontra, sans distinction. La place fut emportée le premier de juillet de l'an 69 de J. C. après quarante-sept jours de siège. On y compta 40 mille Juifs de tués, sans parler de 1200 prisonniers. *Josèphe* s'étoit sauvé dans une caverne creusée à côté d'un puits fort profond, où il trouva quarante des siens, qui avoient des provisions pour plusieurs jours. Il y demeuroit caché tout le jour; mais la nuit il sortoit, pour voir s'il pouvoit trouver quelque moyen de se sauver. Le troisième jour une femme le découvrit à *Vespasien*, qui lui fit proposer de se rendre; mais *Josèphe* en fut empêché par ses compagnons, qui le menacèrent de le tuer s'il y consentoit. Ces fureux, pour ne pas tomber entre les mains de leurs ennemis, prposèrent de se donner la mort; et *Josèphe* ne réussit qu'avec peine à leur persuader de ne pas tremper leurs mains dans leur propre sang, mais de recevoir la mort par la main d'un autre. Ils tirèrent donc au sort, pour savoir qui seroit tué le premier par celui qui le suivoit. *Josèphe* eut le bonheur de rester avec un autre, à qui il persuada de se rendre aux Romains. *Vespasien* vouloit garder son prisonnier pour l'envoyer à l'empereur *Néron*; *Josèphe* l'ayant su, demanda une audience particulière, qui lui fut accordée. *Vespasien* étant seul avec *Titus* et deux de ses intimes amis, *Josèphe* lui prédit qu'il seroit élevé à l'empire après *Néron* et après quelques autres. Pour le convaincre de la vérité de cette prédiction, il assura qu'il avoit annoncé aux habitans de Jotapat le jour précis auquel cette place devoit être prise: prédiction qui avoit été suivie de l'effet, selon le témoignage des prisonniers Juifs. Quoique *Vespasien* ne fit pas alors grand fond sur les promesses de *Josèphe*, l'événement les justifia. Quelque temps après, il tint une assemblée à Béryte, où, après avoir loué publiquement le courage de son captif, il fit briser les chaînes dont il avoit été lié jusqu'alors, et lui rendit l'honneur et la liberté. *Josèphe* ayant accompagné *Titus* au siège de Jérusalem, essaya plusieurs fois de faire rentrer ses compatriotes en eux-mêmes, et les engagea à recourir à la clémence des Romains. Les Juifs ne répondirent à ses sages remontrances que par des injures et des malédictions. Un jour même, comme il leur parloit assez près des murailles, il reçut un coup de pierre qui le fit tomber évanoui. Il seroit tombé entre les mains de ces furieux, si les Romains n'étoient accourus pour l'emporter et le panser. Le péril qu'il avoit couru augmenta l'estime et l'affection du général Romain. Après la prise de Jérusalem, il obtint la liberté de plusieurs de ses compatriotes, et *Titus* lui donna les livres sacrés qu'il lui avoit demandés. *Titus* retournant en triomphateur à Rome, mena *Josèphe* avec lui, l'an 71 de J. C. *Vespasien*, alors empereur, le logea dans la maison qu'il occupoit avant qu'il fût parvenu à l'empire. Il le fit citoyen Romain, lui assigna une pension, et lui donna des terres en Judée. *Titus* ne lui marqua pas moins de bonté; et ce fut en reconnaissance des faveurs dont ces princes l'avoient honoré, qu'il prit le nom de *Flavius*, qui étoit celui de la famille de *Vespasien*. Dans le loisir où *Josèphe* se trouva à Rome, il composa ou continua la plupart des ouvrages qui nous restent de lui. I. *L'Histoire de la guerre des Juifs*, en sept livres. L'auteur l'écrivit d'abord en syriaque, et la traduisit en grec. Cette histoire plut tant à *Titus*, qu'il la signa de sa main, et la fit déposer dans une Bibliothèque publique. On ne peut nier que *Josèphe* n'ait l'imagination belle, le style animé, l'expression noble; il sait peindre à l'esprit et remuer le cœur. C'est celui de tous les historiens Grecs, qui approche le plus de *Tite-Live*; aussi St. Jérôme l'appelloit-il le *Tite-Live de la Grèce*. Mais, s'il a les beautés de l'historien Latin, il en a aussi les défauts. Il est long dans ses harangues, et exagérateur dans ses récits. II. *Les Antiquités* 556 JOS Judaïques, en vingt livres : ouvrage écrit avec autant de noblesse que le précédent, mais dans lequel l'auteur a déguisé, affoibli ou anéanti les miracles attestés par l'Écriture. Il corrompt par-tout ce qui pouvoit blesser les Gentils. Il paroît que Josèphe étoit encore meilleur politique que bon Israélite. L'intérêt le dirigea dans ses écrits comme dans sa conduite. Il ne craignit pas d'appliquer les prophéties sur le Messie, à l'empereur Vespasien, tout païen qu'il étoit. III. Deux Livres contre Apion, grammairien Alexandrin, un des plus grands adversaires des Juifs. Cet ouvrage est précieux, par divers fragments d'anciens historiens que l'auteur nous a conservés. IV. Un Discours sur le martyre des Macchabées, qui est un chef-d'œuvre d'éloquence : Josèphe eût pu être un des plus grands orateurs, comme il est un des plus grands historiens. V. Un Traité de sa Vie. La meilleure édition de ses ouvrages est celle d'Amsterdam, 1726, en deux vol. in-fol. en grec et en latin, par les soins du savant Havercamp. Il y en a une autre par Hudson, Oxford, 1720, deux vol. in-fol. moins estimée. Nous en avons deux traductions en notre langue : la 1re par Arnauld d'Audilly, la 2e par le P. Gillet : celle-ci est faite avec plus d'exactitude, l'autre est écrite avec plus de force (Voyez leurs articles). — Il ne faut pas le confondre avec un autre Juif Josèphe de Palestine, dit le comte Josèph, chef de sa nation sous Constantin. Sa sévérité à maintenir les bonnes mœurs et la discipline lui ayant fait beaucoup d'ennemis, et Dieu l'ayant touché par le bon exemple des Chré- tiens et par des avertissemens intérieurs, il reçut le baptême. L'empereur Constantin le fit comte, et lui donna la permission de bâtir des Églises à Tibériade, à Diocésarée et dans d'autres villes de la Palestine. Sa demeure étoit à Scythopole, où les Juifs et les Syriens se réunirent pour troubler son repos. Il retira chez lui St. Eusèbe de Verceil, qui fut visité par St. Epiphane, auquel le comte Josèphe raconta toute l'histoire de sa conservation : il avoit alors 70 ans. On présume qu'il mourut vers l'an 360. On lui donne le titre de Saint dans plusieurs martyrologes.
VII. JOSEPH BEN-GORION, ou GORIONIDES (c'est-à-dire fils de Gorion), fameux historien Juif, que les rabbins confondent mal à propos avec le célèbre historien Josèphe, vivoit vers la fin du IXe siècle, ou au commencement du x. Il nous reste de lui une Histoire des Juifs, que Gagnier a traduite en latin, Oxford, 1760, in-4. Il y en a une édition hébraïque et latine, de Gotha, 1707, in-4. On voit par ce livre même, que l'auteur étoit, selon toutes les apparences, un Juif du Languedoc. Le premier écrivain qui a cité cet ouvrage, est Saadias-Gaon, rabbin célèbre, qui vivoit au milieu du xe siècle.
VIII. JOSEPH Ier, 15e empereur de la maison d'AUTRICHE, fils aîné de l'empereur Léopold, naquit à Vienne le 28 juillet 1678. Couronné roi héréditaire de Hongrie en 1687, il fut élu roi des Romains en 1690, et monta sur le trône impérial après la mort de son père, le 5 mai 1705. L'esprit du fils étoit vif et plus entreprenant, plus éloigné des finesses et de la politique Italienne, plus propre à brusquer les événements qu'à les attendre, consultant ses ministres et agissant par lui-même. Ce prince soutint le système que son père avoit embrassé. Il engagea le duc de Savoie, les Anglois et les Hollandois dans ses intérêts contre la France, et voulut faire reconnoître l'archiduc, roi d'Espagne. Il força Clément XI à lui donner ce titre, en déclarant dépendans de l'empire beaucoup de fiefs qui relevoient jusqu'alors des papes. Voyez BARRE, n° V. Après avoir rançonné le pape, il fit mettre, en 1706, les électeurs de Bavière et de Cologne au ban de l'Empire, pour les punir d'avoir pris le parti de la France. Il les dépouilla de leurs électorats; il en donna les fiefs à ses parens et à ses créatures; il retint les enfans du Bavarois, et leur ôta jusqu'à leur nom. Le duc de la Mirandole lui ayant donné quelque léger mécontentement, il le dépouilla comme les électeurs de Bavière et de Cologne. Par ses armes ou par ses intrigues, il devint maître paisible en Italie. La conquête du royaume de Naples et de Sicile lui fut assurée. Tout ce qu'on avoit regardé en Italie comme feudataire, fut traité comme sujet. Il taxa la Toscane à 150,000 pistoles; Mantoue à 40,000; Parme, Modène, Lucques, Gênes, malgré leur liberté, furent comprises dans ses impositions. Joseph fut heureux par-tout. Sa fortune le fit encore triompher des mécontents de Hongrie. La France avoit suscité contre lui le prince Bagotzki, armé pour soutenir les privilèges de son pays: il fut battu, ses villes prises, son parti ruiné, et lui obligé de se retirer en Turquie. Au milieu de ses succès, Joseph fut attaqué de la petite vérole, et en mourut le 17 avril 1711, à 33 ans. Sa mort fut le salut de la France, et rendit la paix à l'Europe. Plusieurs historiens ont peint ce prince comme altier et orgueilleux. « Cependant sa conduite lente et généreuse à l'égard des Hongrois, dit M. de Montigny; les témoignages de bonté dont il combla les Bohémiens, lors de leur soulèvement; l'affection qu'il marqua toujours pour le corps Germanique, son empressement à combler de faveurs les talens utiles ou le mérite distingué; l'accueil qu'il faisoit aux simples soldats qui s'étoient signalés par leur bravoure; enfin, son peu d'attachement pour le vain cérémonial de la cour: tout cela prouve au moins que sa fierté étoit plutôt un effet de sa vivacité naturelle, qu'un trait caractéristique de son cœur... On lui a reproché d'avoir gouverné l'Allemagne avec un pouvoir absolu, et d'avoir disposé à son gré des lois et des fiefs de l'Empire. » Ce reproche, fait à presque tous les empereurs Autrichiens, auroit été mérité vraisemblablement par tout autre prince qui auroit été à leur place. Il est difficile d'avoir des occasions de s'agrandir, et de ne pas en profiter. D'ailleurs, en maintenant l'équilibre dans les états de l'Empire, et en bornant l'ambition et l'autorité de certains princes, ils ont peut-être rendu service à l'humanité, autant qu'en maintenant les lois, l'ordre et la subordination. Joseph laissa l'Empire dans l'état le plus florissant. Il avoit épousé Guillemine-Amélie, fille de Jean Frédérie, duc de Bruns- 558 JOS wick-Lunebourg, dont il eut, en 1699. *Marie-Josèphe*, mariée au prince électoral en 1719; *Léopold-Joseph*, qui ne vécut que 13 mois; *Marie-Amèlie*, épouse de l'électeur de Bavière, connu depuis sous le nom d'empereur *Charles VII*.
IX. JOSEPH II, né le 13 mars 1741, fut élu roi des Romains, le 27 mars 1764, couronné empereur à Francfort l'année suivante, roi de Hongrie et de Bohème, et souverain des États héréditaires, à la mort de *Marie-Thérèse*, le 29 novembre 1788. Le commencement de son règne fut marqué par un acte de clémence. Un employé au bureau de St-Polsen, avoit soustrait 600 florins à sa caisse, et fut condamné à la mort. L'empereur, connoissant la modicité des appointemens de sa place et les besoins de sa nombreuse famille, lui pardonna, et doubla ses appointemens. En 1766, il parcourut une partie de ses États, visitant tout par lui-même, s'informant de l'état des troupes, des fortifications, du commerce et de l'agriculture. En Transylvanie, il s'occupa des moyens d'y arrêter la disette qui s'y faisoit sentir; s'étant convaincu que des monopoleurs s'étoient concertés pour faire augmenter le prix de la viande, il les condamna à conduire eux-mêmes les bestiaux dans les villes qui en avoient besoin. En Croatie, il concur l'idée d'un grand chemin, pour faciliter le commerce de la Hongrie, depuis Zing jusqu'à Carlstadt. A Venise, il y régla, avec le sénat, les limites de l'Antriche et de la République: il visita le champ de bataille où le général *Schwerin* avoit perdu la vie en remportant la victoire, et il ordonna qu'on élevât à ce guerrier un monument qui rappelât son triomphe et sa mort. En Bohème, il appaisa la famine que les troubles de la Pologne y avoient fait naître. Pendant tout son séjour à Prague, il ne se permit pas d'aller une seule fois au spectacle, et répondoit à ceux qui l'y engageoient: « Les besoins du peuple sont trop pressans, et j'ai trop d'affaires pour songer à mes plaisirs. » Dans ce voyage, il ordonna que tous les impôts sur les denrées seroient mis en régie, mais il en exclut les Juifs, dont les monopoles étoient l'une des principales causes des malheurs publics. *Joseph II* vint à Rome en 1769, et y séjourna assez long-temps pour y visiter les monumens et les chefs-d'œuvre que renferme cette ville immense. « J'ai voyagé assez utilement, disoit-il, parce que je n'ai pas voyagé seul. En Italie, nous étions quatre. Chacun avec son département, son objet différent d'observations. Le soir, chacun étant retiré écrivoit ses réflexions: je les ai ensuite réunies et rédigées. En Bohème et en Hongrie, j'avois avec moi des hommes très-savans dans l'art militaire. Nous nous arrêtons dans tous les lieux propres à quelque observation; et par ce moyen, j'ai eu le plaisir de faire des campagnes sans qu'il en ait rien coûté à l'humanité. » Peu de souverains ont voyagé avec cette méthode et ces avantages. A Livourne, l'empereur monta à bord de deux frégates angloises qui se trouvoient dans le port, et il en examina avec soin la construction. A Milan, il diminua de 200,000 florins les impôts annuels. Ayant visité en personne les couvens de filles, et s'étant fait rendre compte des occupations peu utiles des religieuses, il leur envoya une grande quantité de pièces de toile, pour en faire des chemises aux soldats. A l'exemple de l'empereur de la Chine, *Joseph II*, au mois d'avril 1769, voulut honorer et encourager l'agriculture, en labourant lui-même solennellement un champ dans le territoire de Posovitz; et le prince de *Lichtenstein* a fait élever un monument sur ce champ, pour consacrer cette action. *Joseph* ayant pris de bonne heure le roi de Prusse pour modèle, chercha à avoir une entrevue avec ce monarque: elle eut lieu à Neiss en Silésie. Les deux souverains y traitèrent du partage de la Pologne, mais l'empereur, par égard pour le prince de *Kaunitz*, son principal ministre, ne voulut s'engager à rien sans avoir pris ses conseils; *Kaunitz* ayant approuvé le projet d'envahissement, *Joseph II* se rapprocha une seconde fois de *Frédéric* à Neustadt en Autriche; et alors ils arrêtèrent le démembrement de l'ancien royaume des Sarmates. L'empereur acquit toute la rive gauche de la Vistule, depuis les Salines jusqu'à l'embouchure du Wiroz, le Palatinat de Belz, la Russie rouge, et la plus grande partie de la Volhinie. Ce pays renferme deux millions et demi d'habitans. *Joseph*, sous le nom du comte de *Falkenstein*, vint, en 1781, de Bruxelles en France. Il en parloit la langue de préférence à toute autre: il commença à visiter le canal de Picardie, dirigé par *Laurent*; et en parcourant son immense cavité souterraine, il s'écria: «Je suis fier d'être homme, en voyant un homme imaginer et exécuter un ouvrage aussi vaste et aussi hardi. » Il s'étendit ensuite avec complaisance sur l'utilité de cette entreprise pour faciliter le commerce et les communications de la France avec les Pays-Bas Autrichiens; il alla observer les manufactures de Lyon, et parut envieux de la splendeur de cette cité: il fut reçu à Paris avec autant d'accueil que de pompe, mais rien ne put lui faire quitter sa vie frugale et son austère simplicité. De retour dans ses états, il s'y montra souverain éclairé et homme sensible. On peut s'en convaincre par plusieurs traits de sa vie. Ayant rencontré un enfant de neuf ans, qui mendioit, il l'interrogea, et sachant qu'il ne quétoit de l'argent que pour avoir un médecin pour sa mère malade, il se fit passer pour médecin, il visita l'infortunée, prit une écriture pour donner son ordonnance qui fut une assignation de 50 ducats sur sa caisse particulière. — Une jeune personne, allant vendre des hardes pour subvenir aux besoins de sa famille, se confia à lui sans le connoître. Elle se plaignit de l'empereur qui avoit laissé son père, vieux officier, mourir sans récompense, et sa mère dans la détresse. Après avoir payé le prix des hardes, il se chargea de faire parler à l'empereur de cet abandon, et la pria de se rendre, deux jours après, au palais. Pendant ce temps, l'empereur s'instruisit des faits, et les ayant reconnus vrais, il ordonna qu'on fit parvenir jusqu'à lui la mère et la fille. En leur remettant le brevet d'une pension égale aux appointeurs du père, il leur dit: «Pardonnez moi le retard qui vous a mis dans l'embarras. Vous 560 JOS voyez qu'il étoit involontaire. Do-rénavant, si on disoit quelque mal de moi, je vous demande de me défendre. » Depuis ce temps, il fixa un jour par semaine, où tout citoyen pouvoit l'aborder, lui présenter ses placets, et lui faire entendre sa plainte. — Des seigneurs se recriant de ce qu'ils ne pouvoient jouir à leur aise de la promenade, lui demandèrent de faire fermer le *Prater*, et d'ordonner que l'entrée n'en fût permise qu'aux personnes d'un certain rang; l'empereur leur répondit: « Si je ne voulois voir que mes égaux, il faudroit alier m'enfermier dans les caveaux des Capucins où reposent mes ancêtres. Vous ne connoissez donc pas le grand plaisir d'être l'égal de tous, et d'égaler tout le monde à soi. » — Ce qu'on a justement reproché à ce souverain, importuné de la gloire de *Frédéric II* et de *Catherine*, c'est d'avoir trop cherché à les imiter et à les suivre dans leurs projets un peu gigantesques. Comme cette dernière, il conçut l'idée d'expulser le Turc de l'Europe, et de le confiner en Asie; et il eut sur ce sujet diverses conférences avec elle à Mohilow en Pologne. L'impératrice l'ayant invité à venir en Russie, ce monarque, avide de voyages et d'instructions, partit pour Moscow en 1780. Il y visita les hospices, le Khitaigorod où se fait le commerce des pelleteries, les archives de l'histoire du Nord, mises en ordre par le savant *Muller*, la manufacture d'acier de Toula; il examina de même le port de Crons-tadt, l'arsenal, les chantiers, et tout ce que Pétersbourg offre à l'attention des voyageurs. Lorsqu'il parut à l'académie des Scien- ces de cette ville, on lui présentait un volume de cartes géographiques parmi lesquelles celle de son voyage de Vienne à Pétersbourg se trouvoit déjà gravée. A l'académie des Arts, il vit un recueil d'estampes où étoit son portrait avec ces vers d'*Horace*, relatifs à son goût pour les voyages : *E: mores hominum inspexit.* En 1784, *Joseph II* voulut rendre libre la navigation de l'Escaut; sa réclamation à cet égard étoit d'autant plus juste, que ce fleuve baignoit diverses parties de son territoire. Cependant, les Hollandois se fondant sur des traités anciens et une jouissance non-interrompue, craignant pour la sureté de leurs frontières, s'y opposèrent d'abord; mais d'après la médiation de *Louis XVI*, et dans la crainte que *Catherine II*, qui soutenoit les droits de l'empereur, ne leur fermât l'entrée de la Baltique, ils consentirent du moins à éteindre les prétentions de celui-ci en lui donnant de l'argent. *Joseph* se rendit dans la Crimée pour y voir l'impératrice de Russie qui y voyageoit alors avec une magnificence extraordinaire. Il la joignit à Kaïdak, et l'accompagna à Cherson. Là, il reçut les premières nouvelles de l'insurrection du Brabant, qu'il parut d'abord peu redouter, et il n'en seconda pas moins de tout son pouvoir *Catherine*, dans son expédition contre les Ottomans. L'empereur envoya le prince de Saxe — Cobourg à la tête de 30 mille Autrichiens, s'unir à *Potenkin*, qui commandoit en chef les armées Russes. Le Bannat, la Transylvanie furent dès- lors lers livrés aux dévastations. Malgré leur bravoure, les Autrichiens furent obligés de reculer jusqués sous Témeswar, et les Turcs eurent tout l'avantage de la première campagne. La suivante, dirigée par le général *Laudhon* et le prince de *Cobourg*, fut plus heureuse. On prit Belgrade et Orsova; mais *Joseph*, qui dépérissoit depuis deux ans, touchoit à sa fin; et, en effet, il mourut le 20 février 1790, avec le regret de n'avoir pas terminé la guerre. Quoiqu'on ait représenté sa politique extérieure comme excessivement remuante, il fut constant dans ses alliances, fidelle à ses auxiliaires, et plus porté à obtenir ce qu'il desiroit par des négociations, que par des conquêtes. Après avoir envahi la Bavière, en 1777, il se prêta aux conditions de paix. Il montra, dans cette courte guerre, et la valeur d'un héros et l'esprit de conciliation d'un politique. Très-peu de souverains ont réuni au même degré l'amour de l'ordre et de la justice; le désir du bien public, la haine des abus, l'activité et l'étendue des connoissances. Il entroit dans tous les détails. L'armée Autrichienne fut soumise à une discipline, qui la mit au rang des meilleures troupes de l'Europe. L'administration des finances fut exempte d'avarice et de dissipation; mais la guerre exigeant des impôts extraordinaires, on ne put fixer l'économie du trésor impérial à des mesures permanentes. Cependant, on y mit de l'ordre, de la vigilance; on simplifia la comptabilité, et on continua régulièrement le paiement des dettes. Dans les autres branches d'économie politique, *Joseph II*, trop plein d'idées nou- Tom: VI. velles et de l'esprit de réforme, multiplia les ordonnances à l'excès. Mais on ne put qu'être étonné de l'immensité des détails qu'il embrassoit, et des abus qu'il attaquoit. L'édit de tolérance maintenu avec fermeté, la loi sur les mariages, la réforme du code criminel, l'égalité de protection accordée aux différentes classes de sujets, l'excès des privilèges féodaux combattus sans relâche, l'amélioration des études, la louable et uniforme sévérité dans l'exécution des lois civiles et criminelles, d'heureux efforts pour extirper la mendicité, doivent distinguer ce règne de dix ans si court et si rempli. La réforme du clergé fut l'effet d'un plan général, prémédité depuis longtemps, et mis en exécution avec trop de promptitude et de despotisme. Se permettre de grandes innovations sans y avoir préparé l'opinion publique, étoit déjà une faute. C'en fut une plus grande de vouloir anéantir, dans un seul jour, des intérêts, des établissements, des droits, peut-être abusifs, mais que le temps sembloit avoir consacrés. L'empereur auroit en plus de succès dans ses opérations ecclésiastiques, s'il avoit détruit les abus sans immoler les personnes; supprimé les monastères sans les envahir; aboli les ordres religieux, en respectant davantage le sort de ceux qui s'y étoient engagés sous la foi publique. L'esprit de spoliation parut trop guider ses conseils; et cette spoliation lui coûta, en partie, les Pays-Bas soulevés contre lui. Les biens monastiques servirent, à la vérité, à former des hôpitaux, des écoles, des établissements utiles dans plus d'un genre; car, dans le nombre des nouveautés N n 562 JOS qu'il tenta, il y en eut quelques-unes d'heureuses. Mais comme ses continuelles ordonnances ren-doient tous les états sans stabi-lité, il excita plus de murmures que de reconnaissance : c'est ce qu'il avoua lui-même au lit de la mort. *Je ne regrette pas le trône*, dit-il à l'un de ses ministres; *je suis tranquille; un seul souvenir pèse sur mon cœur, c'est qu'après toutes les peines que je me suis données, j'ai fait peu d'heureux et beaucoup d'ingrats*. Divers ré-glemens de commerce doivent être exceptés des ses nombreux rescrits, aussitôt modifiés ou ré-voqués que rendus, et qui fai-soient accuser ce prince d'incons-tance et d'étourderie. Toujours pressé de commander ou d'agir, avant d'avoir calculé l'inconvé-nient ou l'obstacle imprévus, il s'arrêtoit malgré lui, quand il rencontroit l'un ou l'autre. Ce ne fut que dans ses provinces Bel-giques qu'il s'obstina à des ré-formes minutieuses, plus dignes d'un recteur d'université que d'un souverain. Toutes les tentatives violentes qu'il fit pour y sou-mettre les esprits, furent mal-heureuses; et cette opiniâtreté parut d'autant plus extraordi-naire, que dans d'autres circons-tances, il se montra facile à écou-ter les réclamations. Si de sa car-rière publique on passe à ses mœurs personnelles, on doit faire remarquer sa simplicité popu-laire, sans être affectueuse, sa bienfaisance étendue et compa-tissante, son mépris pour l'os-tentation, son éloignement pour les hommages publics, son atten-tion à chercher le mérite et à le recompenser par des dons ou une familiarité noble, son atta-chement à ceux qu'il aimoit, cette vie frugale et laborieuse à laquelle il s'étoit soumis, enfin, cette infatigable ardeur à tout voir, à tout entendre, à tout poursuivre par lui-même. Il avoit été marié deux fois : 1.º à l'in-fante *Isabelle* de Parme, morte en 1763; 2.º à la princesse *Marie-Joséphine-Antoinette* de Ba-vière, qu'il perdit en 1767. Il n'a pas laissé d'enfant de ces deux épouses. X. JOSEPH Ier, roi de Por-tugal, de la famille de BRAGANCE, né en 1714, monta sur le trône en 1750, et mourut le 24 février en 1777, à 62 ans et 8 mois. Le tremblement de terre de 1755, qui engloutit une partie de Lis-bonne, la funeste conspiration de 1758, où ce prince fut atta-qué près d'une de ses maisons de plaisance, et sauvé par le cou-rage de son cocher : (*Voy. AVEI-RO.*) l'exécution qui en fut la suite; l'expulsion des Jésuites et la confiscation de leurs biens; (*Voy. MALAGRIDA.*) les disputes avec la cour de Rome, qui sui-virent cet événement mémorable; enfin, la guerre avec l'Espagne en 1761, sont les événements les plus remarquables de ce règne, dont les Portugais se souvien-dront long-temps. (*Voy. et POM-BAL.*) Quelque temps avant sa mort, il avoit remis le gouver-nement à *Marie-Anne-Victoire* d'Espagne son épouse, et il au-roit dû le faire beaucoup plu-tôt, parce que son caractère étoit facile à se laisser entraîner par la colère et les insinuations étrangères.
XI. JOSEPH ALBO, savant Juif Espagnol du 15e siècle, na-tif de Soria, se trouva, en 1412, à la fameuse conférence qui se tint entre Jérôme de Sainte-Foix et les Juifs. Il mourut en 1430. On a de lui, un livre célèbre, intitulé en hébreu: *Sépher Ikkarim*, c'est-à-dire le *Livre des fondemens de la Foi*; Venise, 1618, in-fol. Plusieurs savans ont entrepris de le traduire en latin; mais il n'en a encore paru aucune version. *Joseph* y prétend que la croyance de la venue du *Messie* n'est point nécessaire au salut, ni un dogme essentiel. Il avança, dit-on, cette proposition pour raffermir la foi des Juifs, que *Jérôme de Sainte-Foi* avoit ébranlée, en prouvant que le *Messie* étoit venu.
XII. JOSEPH MEIR, savant rabbin, naquit l'an 1496 à Avignon, d'un de ces Juifs chassés d'Espagne, 4 ans auparavant, par le roi *Ferdinand*. Il fut emmené depuis par son père en Italie, et mourut près de Gênes en 1554. On a de lui, un ouvrage très-rare en hébreu, intitulé: *Annales des Rois de France et de la Maison Ottomane*, Venise, 1554, in-8.º Il est divisé en deux parties: dans la 1re, il rapporte les guerres que les François ont soutenues, pour la conquête de la Terre-sainte, contre les Ottomans. Il prend de là occasion de faire l'histoire de ces deux peuples. Il commence celle des François par *Marcomir*, *Summon* et *Génébalde*. Avant de parler des Ottomans, il donne une idée de *Mahomet*, d'*Abubeker* et d'*Omar*. Cette première partie finit à l'an 1520. Dans la deuxième, l'Histoire des Ottomans est précédée de celle de *Saladin*, de *Tamerlan*, d'*Ismaël Sophi*, et de plusieurs autres Orientaux. Il parle, en passant, des princes de l'Europe, et termine cette partie à l'an 1565. Son style, dit-on, est simple et convenable à l'histoire.
XII. JOSEPH DE PARIS, célèbre Capucin, plus connu sous le nom de *Père JOSEPH*, naquit à Paris, le 4 novembre 1577, de *Jean le Clerc*, seigneur du Tremblai, président aux requêtes du palais. Le jeune du *Tremblai* voyagea en Allemagne et en Italie, et fit une campagne sous le nom du *Baron de Mastèce*. Au milieu des espérances que ses talens donnoient à sa famille, il quitta le monde pour se faire Capucin en 1599. Après son cours de théologie, il fit des missions, entra en lice avec les hérétiques, en convertit quelques-uns, et obtint les premiers emplois de son ordre. Le cardinal de *Richelieu*, instruit de la souplesse de son génie, lui donna toute sa confiance, et le chargea des affaires les plus épineuses. Renfermé dans sa cellule, il pouvoit méditer plus profondément sur les projets qu'ils formoient tous deux. Ce fut surtout lorsque le cardinal fit arrêter la reine *Marie de Médecis*, que le Capucin fut utile au ministre. Il le lui fut encore plus en 1636, lorsque les Espagnols entrèrent par les Pays-Bas dans la Picardie. *Richelieu*, en butte aux murmures des Parisiens, fut sur le point de quitter le ministère. Le P. *Joseph* le rassura, et lui conseilla de se montrer sans gardes dans les principales rues de Paris, pour calmer le peuple par cet air de confiance, ou pour lui en imposer par son courage. L'événement justifia ce conseil. *Hé bien!* lui dit le Capucin à son retour, ne vous avoit-je pas bien dit, que vous étiez une poule mouillée, et qu'avec un peu de N n 2 564 JOS fermeté, vous rétabliriez les affaires. « Ce religieux, dit un historien, étoit aussi singulier en son genre que Richelieu même; enthousiaste et artificieux à la fois, dévot et politique, voulant établir une croisade contre les Turcs, fonder des religieuses, faire des vers, négocier dans toutes les cours, et s'élever à la pourpre et au ministère. Voyez WEIMAR, et * I. RICHER. » Ce Capucin, admis dans un conseil secret, ne craignit point de remonter au roi, qu'il pouvoit et qu'il devoit, sans scrupule, mettre sa mère hors d'état de s'opposer à son ministre. Le Père Joseph ne se fit pas plus d'honneur dans l'affaire du docteur * Richer, duquel il extorqua une rétractation, en partie par intrigue, en partie par violence. Le rusé Capucin envoyoit en même temps des missions en Angleterre, au Canada, en Turquie, réformoit l'ordre de Fontevrault, et établissoit celui des religieuses Bénédictines du Calvaire : Voyez ANTOINETTE. Louis XIII le récompensa de ses services par le chapeau de cardinal; mais il mourut à Ruel, d'une seconde attaque Capoplexie, le 18 décembre 1638, à 61 ans, avant que de l'avoir reçu. Le pape avoit refusé pendant long-temps de le nommer, sous prétexte qu'il ne vouloit pas remplir de Franciscains, le sacré collège où il y en avoit déjà trois : mais réellement parce qu'il n'aimoit ni Richelieu, ni ses partisans, ni ses créatures. « Quoique le Père Joseph affectât une grande modestie, dit M. de Buri, il ne regardoit pas le chapeau avec indifférence, puisque Chavigny mandoit au maréchal d'Estrees, ambassadeur de France à Rome : Ne manquez pas de mettre dans vos dépêches, que vous pressez la promotion; cela est nécessaire pour satisfaire le Père Joseph. » Il désignoit ce Capucin dans ses lettres, tantôt par le nom de Patelin qui marqoit sa douceur apparente, et tantôt par celui de Nero pour caractériser sa rigueur inflexible. Nero, écrit-il au cardinal de la Valette, m'assure tous les jours qu'il est votre serviteur; mais je ne sais si c'est avec autant de vérité que moi... Ecrivez à Patelin, lui dit-il dans une autre lettre, avec grande amitié. Les ministres étoient forcés de faire des caresses à ce Capucin, qu'on appeloit l'Emirance grise, s'ils vouloient ne pas déplaire à Richelieu, qui dit en versant des larmes, lorsqu'on lui apprit sa mort : Je perds ma consolation, mon unique secours, mon confident et mon ami... Je ne connois, disoit quelquefois le cardinal, aucun ministre, en Europe, capable de faire la barbe à ce Capucin, quoiqu'il y ait belle prise. Il se rendit auprès de lui lorsqu'il agonisoit; et tout ce qu'il put faire pour le rappeler à la vie, fut de lui crier à pleine tête : Courage ! Père JOSEPH, courage ! Brisach est à nous; mais ni les nouvelles politiques, ni les prières des courtisans, ne purent ranimer un instant le moribond. Le Parlement en corps assista à ses obsèques, et un évêque prononça son oraison funèbre. L'abbé Richard a publié deux Vies de cet homme singulier; l'une sous le titre de Vie du Père JOSEPH, 2 vol. in-12; l'autre plus fidèle, intitulée : Le véritable P. JOSEPH, 1704, in-12. Dans la première il le peint comme un Saint, et dans la seconde comme un homme de cour. Il étoit l'un et l'autre, ou du moins il tâchoit de l'être, alliant toutes les finesses d'un politique avec les austérités d'un religieux. Les courtisans trouvoient ce mélange singulier; mais les personnes qui ont l'expérience du monde, n'ignorent pas que tout s'allie dans certaines têtes. C'est la réflexion d'Anquetil, qui a peint le P. Joseph dans son Intrigue du Cabinet sous Henri IV et Louis XIII, précisément comme nous l'avions peint. Voyez encore ce que nous disons de ce Capucin d'après le P. d'Avrigny, dans l'article de l'abbé Richard.
XIV. JOSEPH, (Pierre de SAINT-) Feuillant, né en 1594, dans le diocèse d'Auch, d'une famille appelée Comogère, mort en 1662, à 68 ans, publia plusieurs ouvrages de théologie, contre les partisans de Jansénius; mais il est plus célèbre par la quantité des volumes qu'il a fait paraître, que par leur solidité.
JOSEPH, (Ange de SAINT-) Carme déchaussé, Voy. ANGE, n.º III.
XV. JOSEPH, (le Père) moine apostat, se mit, vers 1678, dans le temps de la révolte de Hongrie, à la tête de six mille bandits. Il prit en main la cause des Hongrois, qu'il appeloit le Peuple de Dieu; et sous le nom de Josué, il entra dans les pays héréditaires de la maison d'Autriche. Il avoit du courage, de l'habileté, et sur-tout une haine implacable contre la religion Catholique. Son fanatisme passa à sa troupe, qui exerça les plus horribles brigandages. Semblables à ces fameux scélérats qui désolèrent l'Alic- magne et la Bohème sous le règne de Wenceslas; ses soldats pilloient, brûloient, massacroient, violoient. Les églises furent démolies, les prêtres passés au fil de l'épée. Le chef de ces malheureux, voulant, dans un accès de fureur, faire un sacrifice à Luther, égorgea, dit-on, de sa main deux religieuses, après les avoir abandonnées à la brutalité du soldat. Il se vantoit de détruire bientôt la folie Romaine en Allemagne; mais le Dieu qu'il avoit abandonné, le frappa de mort subite. Les complices de ses crimes se voyant sans chef, retournèrent dans leur pays, où la plupart périrent malheureusement.
JOSEPH DE CUPERTIN, (Saint) ainsi nommé du lieu de sa naissance, petite ville du diocèse de Nardo, dans le royaume de Naples, naquit en 1603 de parens pauvres. Il entra dans l'ordre des Franciscains conventuels, fut élevé aux ordres sacrés, et se sanctifia par la pratique de toutes les vertus propres à son état. Le procès de sa canonisation fait mention d'un grand nombre de faveurs extraordinaires qu'il reçut de Dieu. Il mourut en 1663, à Osimo, et fut canonisé en 1767. Pastrovicchi, religieux de son ordre, a écrit sa Vie en 1753; il y a peu de goût et de critique.
JOSEPH DE LA MÈRE DE DIEU, Voy. CASALANZIO.
JOSEPH, Voyez ABOU-JOSEPH.
JOSEPIN ou JOSEPHIN, Voy. ARPINO.
JOSIAS, roi de Juda, succéda à son père Ammon, l'an 64e N n 3 566 JOS avant J. C., à l'âge de huit ans. Il renversa les autels consacrés aux idoles, établit de vertueux magistrats pour rendre la justice, et fit réparer le Temple. Ce fut alors que le Livre de la loi de Moyse fut trouvé par le grand prêtre Helcias. Sur la fin de son règne, Nechao, roi d'Égypte, allant faire la guerre aux Mèdes et aux Babyloniens, s'avança jusqu'après de la ville de Magedo, qui étoit au royaume de Juda. Josias s'opposa à son passage, et lui livra bataille au pied du mont Carmel : il y fut blessé dangereusement, et mourut de ses blessures l'an 610 avant J. C. Le peuple donna à sa mort les marques de la plus vive douleur. Jérémie composa un Cantique lugubre à sa louange. Ce deuil étoit devenu si célèbre, que le prophète Zacharie le comparo à celui que l'on devoit faire à la mort du Messie.
JOSLIN DE VIERZY, évêque de Soissons, mort en 1152, étoit un des principaux ministres de Louis VII, et un modèle de vertu. Il ne se fit pas moins aimer de ce monarque par ses lumières. Il laissa une Exposition du Symbole et de l'Oraison Dominicale, qu'on trouve dans la Collectio maxima de Dom Martenac. Il fonda des abbayes, entr'autres, Longpont, assista au concile de Troyes en 1127, et y mérita l'estime du pape Eugène III, et de toute la France. Il avoit assisté au concile de Paris tenu contre Gilbert de la Porée, en 1142. I. JOSSE, (Saint) illustre solitaire, étoit fils de Juthaël, qui reprit le titre de roi de Bretagne. Son frère Judicaël, résolu de quitter le trône pour se donner à Dieu, pria Josse de se charger du gouvernement de ses armées et de l'éducation de ses enfans; mais celui-ci, également détaché des grandeurs mondaines, sortit, déguisé en pèlerin, de la Bretagne, et alla se cacher dans le Ponthieu, où il fit bâtir un monastère, en un lieu appelé à présent Ray. Il y mourut saintement en 668. Il y a à Paris une paroisse qui porte son nom, en mémoire du séjour que ce Saint y avoit fait.
II. JOSSE ou JODOCE DE LUXEMBOURG, marquis de Moravie, fut déclaré empereur après la mort de Robert, en 1410; mais son règne fut si court, que les historiens n'en parlent presque pas. Les uns prétendent qu'il fut empoisonné; d'autres, qu'il mourut de vieillesse. Quoi qu'il en soit, on n'a laissé de ce prince qu'une idée très-désavantageuse, soit pour les qualités de l'esprit, soit pour celles de l'âme. Il est à présumer que l'empire ne perdit rien à sa mort, arrivée à Brin en Moravie, le 8 janvier 1411, trois mois huit jours après son élection. Il étoit âgé de 60 ans, et ne laissa point de postérité. Il étoit cousin de Sigismond, roi de Hongrie, qui, dans la même diète où Josse fut choisi, avoit eu le suffrage de trois électeurs. Dès qu'il eut appris l'élection du marquis de Moravie, il lui écrivit pour savoir s'il accepteroit l'empire, et s'il comptoit aller à Francfort? Josse lui répondit que c'étoit son intention. Et moi, répliqua Sigismond, je vais en Moravie. En effet, il alloit entrer en armes dans cette province, lorsqu'il apprit la mort de son rival, auquel il succéda.
JOSSELIN, *Voy. NORADIN.*
JOSSELIN, évêque de Soissons, *Voyez JOSLIN DE VIERZY.* I. JOSSELIN DESPREZ, d'abord enfant de chœur à Saint-Quentin en Picardie, devint ensuite maître de musique de la chapelle de *François premier*. Les anciens recueils de musique, et entr'autres, ceux de *Ballard*, renferment plusieurs de ses airs. On dit que désirant obtenir du roi un canonicat, que ce monarque lui avoit promis plusieurs fois sans le lui donner, il fit un Motet sur ses mots d'un pseaume : *Memento, domine, verbi tui*, et le fit exécuter continuellement. Le roi, ennuyé d'entendre toujours les mêmes paroles et le même air, en demanda la raison. *Desprez* répondit qu'on le changeroit, lorsque le roi en anroit bien compris le sens. Aussitôt le canonicat fut accordé, et le lendemain le musicien fit exécuter un autre Motet, sur ses paroles : *Fecisti, Domine, secundum verbum tuum.* « Vous avez, Seigneur, exécuté votre promesse. »
II. JOSSELIN, médecin Anglois dans le 17$^{e}$ siècle sous le règne de *Charles II*, laissa une *Histoire naturelle des possessions Angloises* en Amérique. Il rapporte ce qu'il y a de plus rare, avec les remèdes dont se servent les habitans du pays, pour guérir les maladies, les plaies et les ulcères. I. JOSUÉ, étoit fils de *Nun*, de la tribu d'Éphraïm. Dieu le choisit, du vivant même de *Moyse*, pour gouverner les Israélites, et il vainquit sous lui les Amalécites : *Voy. I. MOISE, Josué* succéda à ce divin législateur, l'an 1451 avant J. C. Il envoya d'abord des espions pour examiner la ville de Jéricho. Dès qu'ils lui eurent fait le rapport, il passa le Jourdain avec toute son armée. Dieu suspendit le cours des eaux, et le fleuve demeura à sec dans une étendue d'environ deux lieues. Peu de jours après ce miracle, *Josué* fit circoncire tous les mâles qui étoient nés pendant les marches du désert. Il fit ensuite célébrer la Pâque, et vint assiéger Jéricho. Suivant l'ordre de Dieu, il fit faire six fois le tour de la ville par l'armée, en six jours différens; les prêtres portant l'arche et sonnant de la trompette. Les murailles tombèrent d'elles-mêmes au septième jour. Haï fut prise et saccagée, et les Gabaonites craignant le même sort pour leur ville, se servirent d'un stratagème pour faire alliance avec *Josué. Adonibésech*, roi de Jérusalem, irrité de cette alliance, s'étant ligué avec quatre autres rois, alla attaquer Gabaon. *Josué* fondit sur les cinq rois, qu'il mit en déroute. Comme les ennemis fuyoient dans la descente de Bethoron, le Seigneur fit pleuvoir sur eux une grêle de grosses pierres, qui en tua un grand nombre. Alors *Josué* commanda au soleil de s'arrêter, et cet astre, soumis à sa voix, prolongea sa demeure sur l'horizon douze heures entières, *Josué* poursuivant ses victoires, prit presque toutes les villes des Chancéens en six ans. Il distribua les terres aux vainqueurs, conformément à l'ordre de Dieu; et après avoir placé l'arche d'alliance dans la ville de Silo, il mourut à 110 ans, l'an 1424 avant J. C. Il gouverna le peu- ple d'Israël pendant vingt-sept ans. Nous avons, sous son nom, un Livre Canonique, écrit en hébreu. Plusieurs savans le lui attribuent, mais sans en avoir aucune preuve.
II. JOSUË, Voyez les articles JOSEPH, n.º III et XIV.
JOTAPIEN, tyran, qui s'étant soulevé dans la Syrie, sur la fin du règne de l'empereur Philippe, fut défait sous celui de Dèce, vers l'an 249. Sa tête fut portée à Rome. I. JOUBERT, (Laurent) savant médecin, professeur royal et chancelier de l'université de Montpellier, naquit à Valence en Dauphiné l'an 1529, et mourut de la dyssenterie à Lombez, le 29 octobre 1582, à 53 ans, médecin ordinaire du roi de France et du roi de Navarre. Henri III, qui désiroit passionnément d'avoir des enfants, l'avoit fait venir à la cour, espérant qu'il lèveroit tous les obstacles qui rendoient son mariage stérile; mais les soins du médecin furent inutiles au monarque. Il laissa un Traité contre les erreurs populaires, 1578, in-8.º Il fit beaucoup de bruit, parce que Joubert eut la hardiesse de dédier à Marguerite, reine de Navarre, femme de Henri IV, ce Traité, où il découvroit, avec une liberté licencieuse, les secrets de la nature et les parties du corps humain les plus cachées. Il sentit lui-même l'indécence de sa dédicace; et dans la seconde édition de 1579, in-8º, il dédia son Livre à Pibrac. Un Louis Bertracan, docteur en médecine, orna cette édition d'une Épître, où il tâche de justifier Joubert le mieux qu'il peut. Barthélemi Cabrol, chirurgien de Montpellier, donna une seconde partie des Erreurs Populaires, qui fut corrigée par Joubert, Paris, 1580, in-8º; et Gaspard Bachot en ajouta une troisième, touchant la Médecine et régime de santé, Lyon, in-8º, 1626. Ce livre, dont l'idée étoit bonne, pouvoit être mieux exécuté, et par Joubert et par ses continuateurs. II. Un Traité du Ris, 1579, in-8º, trois parties, avec la cause morale du Ris de Démocrite, expliquée par Hippocrate. Il y a des choses curieuses dans ce Traité; mais les raisonnemens de l'auteur ne sont pas toujours concluans, ni fondés sur la bonne physique. III. Un Dialogue sur la Cacographie française, à la suite du précédent. L'auteur y relève les défauts de l'orthographe ordinaire. IV. De Balneis antiquorum. V. De Gymnasiis et generibus exercitationum apud antiquos celebrium, etc. La plupart de ses écrits latins ont été recueillis en 2 vol. in-folio, à Lyon, 1582. Ils roulent, presque tous sur la médecine. On en trouve la liste dans les Notes de Tessier sur les Éloges de de Thou, et dans le tome 35 de Nicéron. — Laurent Joubert laissa un fils, nommé Isaac JOUBERT, qui a fait une Apologie de l'Orthographe Française, et qui a traduit quelques ouvrages de son père.
II. JOUBERT, (Joseph)—Jésuite de Lyon, connu seulement par un Dictionnaire François-Latin, in-4.º Il n'a guère été en usage que dans les collèges de provinces, où ses confrères l'avoient mis en vogue. Il n'est pourtant pas mauvais pour des écoliers; mais il ne vaut pas celui du P. le Brun. L'auteur mourut vers 1724. — III. JOUBERT, (François) prêtre de Montpellier, né en 1689, mort le 23 décembre 1763, à 74 ans, unit à des connois- sances étendues, la simplicité et la modestie. Il étoit fils du syn- dic des États de Languedoc, et avoit lui-même exercé cette charge avant que d'être élevé au sacerdoce. Son attachement aux disciples de Jansénius, le fit ren- fermer à la Bastille pendant six semaines. Il est auteur d'un bon Commentaire sur l'Apocalypse, imprimé en 1762, en 2 volum. in-12, sous le titre d'Avignon. On a encore de lui divers autres ouvrages, dont quelques-uns roulent sur les affaires du temps. Les principaux sont : I. De la connoissance des temps par rap- port à la Religion, in-12. II. Lettre sur l'interprétation des Écritures, in-12. III. Explica- tion de l'Histoire de Joseph, in-12. IV. Eclaircissement sur le Discours de Job, in-12. V. Traité du caractère essentiel à tous les Prophètes, in-12. VI. Expli- cation des Prophéties de Jéré- mie, Ezéchiel, Daniel, 5 vol. in-12. VII. Commentaires sur les douze petits Prophètes, 6 vol. in-12. VIII. Dissertations sur les effets physiques des Convul- sions, in-12.
IV. JOUBERT, (Barthé- lemi-Catherine) né à Pont- de-Vaux, département de l'Ain, le 14 avril 1769, fut d'abord destiné au barreau, qu'il quitta, en 1789, pour entrer dans la carrière militaire. Il commença par être grenadier, et s'éleva de grade en grade jusqu'à celui de général en chef. Il seconda Bo- naparte dans la conquête d'Italie, et signala sa bravoure et son intelligence à Millésimo, à Céva, à Montebaldo, à Rivoli, et sur- tout dans le Tirol, où il se sou- tint contre les efforts belliqueux d'un peuple aguerri, et combat- tant dans un pays montueux et difficile : il pénétra même jusques dans les gorges d'Inspruck. Jou- bert fut ensuite opposé au gé- néral Russe Souwarow ; mais il fut tué au commencement de la bataille de Novi, le 28 ther- midor, an 7. On trouvoit dans ce guerrier, la justesse du coup d'œil, unie à la rapidité de l'exé- cution ; une tête froide avec une ame ardente. Bonaparte, partant pour l'Égypte, dit au Directoire : Je vous laisse Joubert. La valeur de celui-ci étoit encore relevée par la simplicité de ses mœurs, et son désintéressement. Après l'expédition du Piémont, le roi de Sardaigne lui offrit deux ta- bleaux précieux. Nous serions tous deux blâmables, répondit-il à ce prince avec dignité ; vous, en me les donnant ; moi, en les acceptant. Son caractère obligeant et son air bon et ouvert lui at- tachèrent le cœur des soldats et des officiers ; et sa mort préma- turée excita de justes regrets.
JOVE, (Paul) historien cé- lèbre, né à Côme en Lombar- die, l'an 1483, d'abord médecin, fut ensuite élevé sur le siège épis- copal de Nocéra. Il desira en vain d'être transféré à Côme ; Paul III lui refusa constamment cet évê- ché. François premier le traita avec plus de distinction. Il lui écrivit des lettres flatteuses, et lui accorda une pension consi- dérable. Cette pension fut re- tranchée par le connétable de Montmorenci, sous le règne de 370 J O V Henri II. Paul Jove s'en vengea, en déchirant le connétable dans le trente-unième livre de son histoire. La haine ou l'intérêt conduisoit toujours sa plume. Il ne faisoit pas difficulté d'avoner « qu'il en avoit deux, l'une d'or et l'autre de fer, pour traiter les princes suivant les faveurs ou les disgraces qu'il en recevait. » Il paroît par ses Lettres qu'il avoit l'ame extrêmement intéressée. On n'a jamais qu'été avec autant d'effronterie et de lâcheté : il demande à l'un des chevaux, à l'autre des confitures. Cet historien mercenaire mourut à Florence, le 11 décembre 1552, à 69 ans, conseiller de *Côme de Médicis*. Considéré comme évêque, il ne brilla guère par les vertus ecclésiastiques, et quelques auteurs ont décriés ses mœurs. On peut voir ce qu'en dit *Cardan* dans le tome 25$^{e}$ des Mémoires de *Nicéron*... On a de lui : I. Une *Histoire* en quarante-cinq livres, qui commence à l'an 1494, et qui finit en 1544 : Florence, 1550 et 1552, 2 volum. in-folio. Il y en a une vieille Traduction françoise, par *Denys de Sauvage*, Lyon, 1552, in-folio. La variété et l'abondance des matières le font lire avec plaisir. La scène est tour-à-tour en Europe, en Asie, en Afrique. Les principaux événements de cinquante années, décrits avec beaucoup d'ordre et de clarté, mais quelquefois avec emphase, forment un corps d'histoire qui pourroit être très-utile, si la fidélité de l'historien égaloit la beauté de la matière. Pensionnaire de *Charles-Quint*, et protégé par les *Médicis*, il ne parle de ces princes qu'avec la plus basse flatterie. *Paul Jove*, dit *Bodin*, n'a pas voulu dire la vérité lorsqu'il l'a pu, sur les événements passés en Italie; et il ne l'a pas pu dire lorsqu'il l'a voulu, quand il parle des affaires étrangères. Quoique l'Histoire de *Paul Jove* renferme quarante-cinq livres, il y a une lacune considérable depuis le 19$^{e}$ jusqu'au 24$^{e}$ inclusivement. Ces six livres dont nous n'avons plus que les sommaires, s'étendoient depuis la mort de *Léon X*, jusqu'à la prise de Rome, en 1527. *Jove* perdit, au sac de cette ville, ce qu'il avoit composé sur cette partie de l'Histoire; et il ne voulut pas la refaire, par deux raisons : 1.$^{o}$ Il craignoit le ressentiment de ceux que la fidélité historique blesse : 2.$^{o}$ Il ne vouloit pas exercer sa plume sur une matière injurieuse à l'Italie. *Paul Jove*, à l'imitation de quelques anciens, a fait entrer diverses harangues dans son Histoire; mais il y a dans ses discours peu de précision, et plus de brillant que de naturel, du moins dans quelques-uns. II. *Les Vies des Hommes illustres*. III. *Les Éloges des grands Hommes*. On reproche à ces deux ouvrages, ainsi qu'à sa grande *Histoire*, un style trop oratoire, un ton trop enflé; mais ils sont utiles pour la connoissance des faits et dits des hommes célèbres. IV. *Vies des douze VISCONTI*, souverains de Milan. V. Plusieurs autres *Ouvrages*, dans lesquels on remarque de l'esprit, mais peu de goût et peu de justesse. On a recueilli toutes ses Œuvres à Basle, en 6 vol. in-fol., reliés ordinairement en trois. C'est l'édition la plus complète : elle est de l'an 1578. — Son frère, *Benoît JOVE*, composa plusieurs ouvrages, entr'autres, une *Histoire des Suisses*; et son petit- neveu, Paul J O U E, mort en 1582, cultiva avec succès la poésie italienne.
JOUE, (Jacques de la) peintre, dont on a une belle perspective qui forme le fonds de la bibliothèque de Sainte-Geneviève, mourut en 1762.
JOUENNES, (François) né à Gonneville, diocèse de Coutances, alla de bonne heure à Paris pour tenter une fortune qu'il ne trouvoit pas dans le sein de sa famille. Il s'appliqua à la librairie, et se rendit fort habile dans cette partie. C'est à lui qu'on doit l'invention des Etrennes mignonnes, qui parurent pour la première fois en 1724. Il a travaillé aussi plusieurs années à la bibliothèque du roi, et est mort en 1741. — JOUFFROI, JOFFREDI, ou GÉOFFROI (Jean) naquit à Luxeuil, dans la Franche-Comté, d'une famille si obscure qu'il ne la connoissoit pas lui-même. Il prit l'habit de religieux dans l'abbaye de Saint-Pierre de Luxeuil, et en devint abbé. Cette place ne fit qu'irriter son ambition. Il passa au service de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et il avoit 60 ans qu'il n'étoit qu'au-mônier du commun chez ce prince. Lorsque le duc institua la Toison d'or, il l'envoya à Rome pour solliciter l'approbation de cet ordre de chevalerie. Il n'y trouva aucune difficulté, le pape étant bien aise qu'on s'adressât à lui dans les affaires mêmes où l'on pouvoit s'en passat. Jouffroi eut à son retour l'évêché d'Arras, et fut employé dans diverses négociations. Le duc le fit son premier secrétaire; mais ce prélat n'étant pas encore satisfait de sa fortune, s'attacha au dauphin pendant qu'il étoit en Brabant. Ce prince, devenu roi sous le nom de Louis XI, lui donna toute sa confiance, et sollicita pour lui un chapeau de cardinal. Pie II le promit, à condition que le prélat engageroit le roi à supprimer la Pragmatique-Sanction. Jouffroi, soupirant après la pourpre, obtint de ce monarque, à force d'intrigues et de faux exposés, une déclaration telle que le pape la souhaitoit. Il avoit fait au roi les plus belles promesses; mais il les oublia dès qu'il eut le chapeau tant désiré. Louis XI, reconnoissant qu'il avoit été trompé, disgracia l'évêque d'Arras. Pour remédier aux maux que sa déclaration pouvoit occasionner en France, il fit de nouvelles ordonnances touchant les réserves et les expectatives, qui étoient presque le seul avantage que l'abolition de la Pragmatique avoit procuré au souverain pontife; et jusqu'au temps du Concordat, la cour de Rome ne put avoir la satisfaction qu'elle desiroit. Cependant Jouffroi recueillit le fruit de ses artifices. Le pape ajouta au chapeau de cardinal, l'évêché d'Albi; mais il n'en jouit pas long-temps, étant mort au prieuré de Rulli, diocèse de Bourges, en 1473.
JOVIEN, (Flavius-Claudius JORIANUS) fils du comte Varronien, né à Singidon, ville de la Pannonie, l'an 331, fut élu empereur par les soldats de l'armée Romaine, après la mort de Julien l'Apostat, en 363. Il refusa d'abord la couronne impériale, témoignant qu'il ne vonloit point commander à des soldats idolâtres; mais tous lui ayant protesté qu'ils étoient Chrétiens, il reçut la 572 JOV pourpre. Les affaires étoient en très-manvais état; il tâcha d'y mettre ordre, et commença par faire la paix avec les Perses. Quelques auteurs ont blâmé, peut-être inconsidérément, cette démarche; puisque, sans ce traité de paix, il ne pouvoit retirer ses troupes du pays où *Julien* les avoit engagées. Il est vrai qu'il parut sacrifier son intérêt particulier à l'intérêt de l'état. Il craignoit un concurrent dans *Procope*, général d'une armée de 40 mille hommes. Cette crainte étoit fondée, puisqu'il se révolta deux ans après. Dès que l'élection de *Jovien* eut été confirmée par le sénat, il commanda de fermer les temples des Idoles, et défendit leurs sacrifices. Il eut surtout un soin extrême de rappeler les prélats exilés, et de témoigner aux hérétiques qu'il ne vouloit point souffrir de discorde. Cependant il ne jouit pas longtemps de l'autorité dont il se servoit si dignement. Il mourut à l'âge de 33 ans, dans un lieu appelé Dadastane, entre la Galatie et la Bithynie, en 364, n'ayant tenu l'empire que sept mois et 20 jours. On le trouva étouffé dans son lit, par la vapeur du charbon qu'on avoit allumé dans sa chambre pour la sécher. *Jovien* avoit été capitaine de la garde Prétorienne, du temps de *Julien*; et ce fut dans ce temps que ce prince voulut le faire renoncer à la foi, ce qu'il refusa généreusement. Son règne fut trop court, pour qu'on puisse connoître s'il auroit été glorieux; mais l'on ne peut douter que *Jovien*, étant bon Chrétien, n'eût été bon prince. Il avoit épousé *Carlton*, qui lui survécut plusieurs années, avec son fils le jeune *Varronien*, qui, n'ayant point été créé César, n'avoit aucun droit à l'empire. Il devint suspect au gouvernement, et par une barbarie politique, on lui fit crever un œil. Il vivoit encore en 380. L'abbé de la *Bletterie* a écrit la *Vie de Jovien*, en 2 volumes in-12.
JOUI, *Voy. Jour.*
JOUIN, (Nicolas) né à Chartres, fut banquier à Paris, et y mourut le 22 février 1757, à 73 ans. On a de lui: I. Les *Procès contre les Jésuites*, Ambroise *Guys*, etc., 1750, in-12. II. Les *Sarcelades*, Satires en vers, en faveur des disciples de *Jansénius*, dont les premières ont un peu plus de sel que les suivantes, et dont les unes et les autres sont assez grossières. III. Le *Portefeuille du Diable*, suite du *Philotanus*; le tout recueilli en 1764, 2 vol. in-12. IV. *Procès contre les Jésuites*, ou suite des causes célèbres, in-12. Les éditeurs du 4$^{e}$ volume de la *France Littéraire*, prétendent qu'il est auteur du *Philotanus* attribué à l'abbé de *Grécourt*.
JOVIN, noble Gaulois, et capitaine plein de bravoure, fut déclaré empereur à Mayence l'an 411, dans le temps qu'on assiégeoit le tyran *Constantin* à Arles. Il dut ce dangereux honneur à la brigue de *Goar*, Alain, et de *Guindicaire*, chef des Bourguignons. Il associa à cette dignité son frère *Sébastien*; mais ils ne jouirent pas long-temps de la pourpre. L'an 413, *Ataulphe*, roi des Visigoths, qui suivoit le parti de *Jovin*, l'ayant délaissé, cet usurpateur fut tué dans le temps qu'on le conduisoit à l'empereur *Honorius*, qui étoit alors à Ravenne, et qui reçut aussi la tête de Sébastien. Jovin avoit porté le nom d'Auguste près de deux ans. Né avec un esprit léger et un caractère inconstant, il abandonna la vie tranquille et agréable que ses richesses et sa naissance pouvoient lui faire mener, pour prendre la pourpre; et il n'éprouva depuis que des chagrins et des malheurs.
JOVINIEN, moine de Milan, infecta plusieurs monastères de ses erreurs, après être sorti du sien, où il avoit vécu très-austèrement, ne mangeant qu'un peu de pain, buvant de l'eau, marchant nu-pieds, portant un habit noir et travaillant de ses mains. Il passa de Milan à Rome, et porta plusieurs vierges à se marier, en leur insinuant que l'état du mariage étoit aussi parfait que celui de la virginité, et qu'elles ne valoient pas mieux que Sara, Suzanne, et les autres femmes de l'antiquité sacrée. Les erreurs qu'il soutint encore, furent: Que la Vierge Marie n'étoit pas demeurée vierge après l'enfantement: que la chair du Sauveur n'étoit pas véritable, mais fantastique; que les jeûnes et les autres œuvres de pénitence n'étoient d'aucun mérite; qu'on peut faire bonne chère et manger de toutes sortes de viandes, pourvu qu'on en usût avec actions de graces. Ce moine se conduisoit suivant ces principes. St. Augustin et St. Jérôme, qui combattirent ses impiétés et ses relâchemens, lui reprochent son luxe, sa mollesse, et son goût pour le faste et les plaisirs. Jovinien fut condamné à Rome par le pape Syrice, et à Milan, par St. Ambroise, dans un concile tenu en 390. Les empereurs Théodose et Honorius l'exilèrent; le premier dans un désert, et l'autre dans une isle, où il mourut comme il avoit vécu, vers l'an 412.
JOVITA RAPICIUS, né dans le Bressan, est auteur d'un ouvrage divisé en cinq livres sur le nombre oratoire. Il parut à Venise, l'an 1554, dédié au cardinal Polus, de l'imprimerie de Paul Manuce, fils d'Alde. Quelques gens d'esprit et de lettres regardoient le nombre oratoire comme une chimère, dont l'objet n'a rien de fixe, et varie au gré de nos caprices. Rapicius montre qu'il y a un rhythme, une cadence propre à la prose comme aux vers; il donne d'excellentes leçons sur la manière de l'introduire dans le discours.
JOURDAN, Voyez GIORDANI. I. JOURDAN, (Raimond) vicomte de Saint-Antoine, dans le Quercy, parut à la cour de Raimond Béranger, comte de Provence, et s'y signala par ses talens. Il fit plusieurs pièces de vers pour Mabille de Riez, dont il étoit devenu amoureux. Cette illustre et vertueuse dame, paroissant insensible à ses feux, il prit le parti de s'éloigner, et se croisa contre Raimond, comte de Toulouse. Le bruit ayant couru qu'il avoit été tué dans cette expédition, Mabille en fut si touchée, qu'elle en mourut de douleur. Le vicomte, de retour, lui fit dresser une statue colossale de marbre dans l'abbaye de Mont-Majour à Arles. Il prit ensuite l'habit de religieux, renonça à la poésie, et mourut vers 1206. Avant sa retraite, il avoit fait un traité de Lou Fontaumary de las Donnas. Son entrée dans le cloître parut d'autant plus méritoire, qu'il avoit dans le monde la réputation d'un homme qui savoit unir les lauriers de *Mars* à ceux d'*Apollon*.
II. JOURDAN (Maur) religieux Bénédictin de Saint-Germain-des-Prés, mort le 20 juillet 1782, a publié : I. Un *Mémoire* sur les voies Romaines, couronné par l'académie de Besançon. II. Des *Éclaircissemens* sur plusieurs points de l'histoire ancienne de France et de Bourgogne, 1774, in-8.º L'érudition de l'auteur est sage, et plait.
III. JOURDAN, (Jean-Baptiste) né à Marseille, a donné au théâtre Italien, *l'École des Prades*, comédie en trois actes, jouée en 1753.
IV. JOURDAN, (Matthieu) acélérat affamé de sang, mérite d'être placé à la tête des plus cruels assassins. Né à Saint-Just, près le Puy, en 1749, il fut successivement boucher, contrebandier sur les frontières de Savoie, soldat au régiment d'Auvergne, enfin marchand de vin à Paris. *Mercier* dit qu'ayant été longtemps esclave à Maroc, il s'y étoit nourri de tous les spectacles de cruautés, et y avoit appris à couper les têtes. Les troubles de la révolution lui ouvrirent bientôt une affreuse carrière de crimes; il la parcourut avec audace, et en se glorifiant de l'horrible surnom de *Jourdan-Coupe-tête*. Il figura dans les premiers massacres de 1789, et il étoit à Versailles le 6 octobre, pour y exercer son fatal ministère sur les deux gardes du corps *Desbuttes* et *Varicourt*, qui lui furent livrés par la fureur populaire. A son retour à Paris, il se plaignit hautement d'avoir trouvé si peu d'occasions d'exercer sa rage. « Ce n'étoit pas la peine, disoit-il, de me déranger pour deux têtes. » Il s'en dédommagea en arrachant le cœur à l'intendant *Berthier*, et à son beau-père *Foulon*, autres victimes des fureurs du temps. Le comtat d'Avignon devint, bientôt après, le théâtre de ses expéditions sanglantes. On y avoit formé un rassemblement sous le nom d'*armée de Vaucluse*, destiné à combattre ceux qui s'opposeroient à la réunion de ce petit état à la France, et à immoler tous ceux que leur fortune, leurs opinions, ou l'estime dont ils jouissoient dans la société, pouvoient faire suspecter de modération et d'amour de l'ordre. Ce corps, composé d'hommes avides de meurtres, après avoir incendié Sérian et Monteux, venoit de fusiller *Patrix*, son propre général, accusé de mollesse, et d'avoir facilité la fuite de quelques prisonniers qui devoient périr; *Jourdan* étoit digne de le remplacer, et fut nommé généralissime. Aussitôt, il ordonna le siège de Carpentras, mais il en fut vigoureusement repoussé. Outré de cette résistance, il courut à Avignon. Le peuple de cette dernière ville avoit immolé l'un des agens des terroristes, nommé *Lescuyer*. *Jourdan*, pour le venger, rassemble dans le palais appelé *la Glacière*, soixante-une personnes, parmi lesquelles se trouvoient treize femmes, et les fait assommer à coups de barre de fer. Cet attentat ne fut que le prélude de ses fureurs. Amnistié en 1792, il reparut à Avignon aussitôt après, et y fit périr tous ceux qui avoient déposé contre lui, ou qu'il soupçonna de ne pas applaudir à sa barbarie. Enfin, le comité de salut public, dont la maxime fut toujours d'immoler les bourreaux après leurs victimes, traduisit *Jourdan* devant le tribunal révolutionnaire, qui, le 27 mai 1794, l'envoya subir la mort qu'il avoit donnée à tant d'autres. Il y fut condamné comme fédéraliste, comme ayant usurpé à vil prix, et par la terreur, des biens nationaux, et avoir méconnu toutes les autorités publiques. *Jourdan* se plut dans le commencement de la révolution, à porter une longue barbe, qu'il gardoit teinte de sang; et lorsqu'il pleuvoit, il la cachoit sous un manteau, crainte qu'elle ne fût décolorée.
JOURNET, (Françoise) née à Mâcon, se maria à un jeune homme qui avoit déjà une femme; apprenant cet événement, elle le quitta, se rendit à Paris, et entra à l'Opéra où elle débuta en 1705; elle y devint une actrice renommée dans les premiers rôles. Le système de *Law* lui avoit procuré une fortune immense; cette fortune s'étant évanouie avec le papier monnoie, elle en mourut de chagrin, en 1722. Cette actrice a été peinte en *Iphigénie* par le célèbre *Ranoux*; et ce fut le chef-d'œuvre de ce peintre. — JOUSSE, (Daniel) conseiller au présidial d'Orléans, sa patrie, né en 1704, mort en 1781, à 77 ans, fut un des plus célèbres jurisconsultes de France. Peu d'auteurs ont été plus cités de leur vivant, sur-tout dans les matières criminelles. Digne émule et contemporain de *Pothier*; aussi simple dans ses mœurs, bon parent, ami fidelle, chrétien éclairé, magistrat intègre; ils ont fait tous deux l'honneur de leur patrie. Les principaux ouvrages de *Jousse*, sont: I. *Coutume d'Orléans*, par *Fornier*, avec les Notes de *Pothier* et de *Jousse*, 2 vol. in-12. II. *Commentaire sur l'Ordonnance criminelle*, in-4°, et 2 vol. in-12. III. *Commentaire sur l'Ordonnance civile*, in-4°, et 2 vol. in-12. IV. *Commentaire sur l'Edit du mois d'Avril 1695*, concernant la juridiction ecclésiastique, in-4°, et 2 vol. in-12. V. *Traité de la Juridiction des Présidiaux*, in-12. VI. *Commentaire sur l'Ordonnance du commerce*, in-12. VII. *Traité des fonctions et des droits des Commissaires*, in-12. VIII. *Traité du Gouvernement spirituel et temporel des Paroisses*, in-12. IX. *Traité de la Juridiction des Officiaux*, in-12. X. *Traité de la Justice criminelle de France*, 4 vol. in-4°. XI. *Traité de l'Administration de la Justice*, 2 vol. in-4°. XII. *Commentaire sur l'Ordonnance des Eaux et Forêts du mois d'Août 1669*, in-12. XIII. *De la Juridiction des Trésoriers de France*, 2 vol. in-12. XIV. *Détails historiques sur la ville d'Orléans*. XV. *Lettres à M. Linguet*, in-8°. XVI. *Nouveau Traité de la Sphère*, 1758, in-12.
JOUVENCE, (Mythol.) Déesse qui présidait à la jeunesse, et que les Latins nommaient *Juventa* ou *Juventas*. Les poètes et les romanciers ont imaginé la fontaine de Jouvence, dont l'eau, suivant eux, rajeunissoit ceux qui en faisoient usage.
JOUVENCY, (Joseph) Jésuite Parisien, naquit en 1643. Il professa les humanités à Caen, à la Flèche et à Paris, avec un succès peu commun. Il mourut le 29 janvier 1719, à 76 ans, à 176 JOU Rome, où ses supérieurs l'avoient appelé pour y continuer l'Histoire de la Société. L'historien, oubliant qu'il étoit François, l'écrivit en Jésuite Italien. Il eut la témérité de faire l'apologie de son confrère Guignard, pendu sous Henri IV, à l'occasion de l'attentat de Jean Chitel. Jouvency regardoit l'arrêt du parlement qui condamna ce Jésuite, comme un jugement inique. Il loue sur-tout ce Martyr de la vérité, ce Héros Chrétien, cet Imitateur de la charité de J. C., de n'avoir jamais voulu demander pardon au roi et à la justice, lorsqu'il fit amende honorable. Les juges qui le condamnèrent sont à ses yeux des persécuteurs, et il ne craint pas de comparer le premier président de Harlay, à Pilate, et le parlement aux Juifs. L'ouvrage du P. Jouvency forme la 5e partie de l'Histoire des Jésuites, depuis 1591, jusqu'en 1616, in-fol. imprimé à Rome en 1710. Il fut condamné par deux Arrêts du parlement de Paris, l'un du 22 Février, et l'autre du 24 Mars 1713. Ce dernier arrêt supprime l'ouvrage, et contient la déclaration des sentimens des Jésuites François, touchant la souveraineté du roi. Toutes ces raisons font rechercher ce livre, qui par-là est devenu peu commun et cher. L'ouvrage du P. Jouvency méritoit certainement cette flétrissure, quoique estimable à plusieurs égards. Il est écrit avec autant de pureté que d'élégance. Le ton en est trop oratoire, et il y a trop peu de circonspection dans le choix des miracles. Ses récits ont pu persuader quelques Jésuites crédules, mais ils ont fait rire ceux qui ne l'étoient pas. En 1713, on imprima à Liège un Recueil, in-12, de Prêchs touchant cette Histoire. Ce recueil n'est pas commun. Voyez l'article MAIGROT. On a encore du P. Jouvency: I. Des Harangues latines, prononcées en diverses occasions, en 2 vol. in-12. II. Un traité De Arte discendi et docendi, bon, mais superficiel; réimprimé in-12, 1778, à Paris, chez Barbou. III. Appendix de Diis et Heroïbus poeticis. C'est un excellent abrégé de Mythologie. IV. Des Notes pleines de clarté et de précision, sur Térence, Horace, les Métamorphoses d'Ovide, Peïse, Juvénal, Martial, et sur quelques ouvrages de Cicéron. V. Une version latine de la première Philippine, de Démosthènes, que l'abbé d'Olivet a insérée dans sa traduction françoise des Philippines et des Cailinaires; Paris, Barbou, 1771, in-12. On reconnoit dans tous ces écrits un homme qui s'est nourri des bonnes productions des anciens. La pureté, l'élégance, la facilité de son style, la richesse de ses expressions, l'égalent presque aux meilleurs écrivains de l'antiquité. Il seroit à souhaiter qu'en faisant attention aux mots, il en eût fait un peu plus aux choses; ses ouvrages renfermeroient plus de pensées, et ils plairoient aux philosophes, autant qu'ils plaisent aux littérateurs.
JOUVENET, (Jean) peintre, né à Rouen en 1644, mort à Paris le 5 avril 1717, à 73 ans, reçut le pinceau de la main de ses pères. Le tableau du Mai, qu'il fit à l'âge de 19 ans, et dont le sujet est la Guérison du Paralytique, annonça l'excellence de ses talons. Le Brun présenta ce maître à l'académie, où il fut reçu reçu en 1675. On le nomma depuis directeur et recteur perpétuel. On connoit les quatre morceaux qu'il composa pour l'église de Saint-Martin-des-Champs. Le roi voulut les voir, et en fut si satisfait, qu'il ordonna à Jouvenet de les recommencer, pour être exécutés en tapisserie. Jouvenet peignit donc les mêmes sujets; mais en homme de génie, sans s'attacher servilement à ses premières idées. Il se surpassa lui-même dans ces derniers tableaux, qui sont aux Gobelins. Le czar Pierre I, ayant vu les tapisseries qui étoient exécutées d'après lui, en fut frappé, et les choisit pour la tentare que le roi lui avoit offerte. Louis XIV connoissoit le rare mérite de Jouvenet; il le chargea de peindre à fresque les douze Apôtres, au-dessous de la coupole de l'église des Invalides; et l'illustre artiste l'exécuta de la plus grande manière. Son pinceau fut aussi employé dans la chapelle de Versailles. Un travail excessif altéra sa santé; il eut une attaque d'apoplexie, et demeura paralytique du côté droit. Cependant il dessinoit encore de la main droite, mais avec beaucoup de difficulté. Enfin, il s'habitua à se servir de la main gauche. On voit plusieurs magnifiques ouvrages qu'il a exécutés de cette main, entr'autres, le tableau appelé le Magnificat, dans le cœur de Notre-Dame de Paris. Ce peintre avoit une imagination vive, beaucoup d'enjouement dans l'esprit, de franchise et de droiture dans le caractère. Sa mémoire étoit des plus heureuses. Il peignit un jour sur le parquet, avec de la craie blanche, un de ses amis, absent depuis quelque temps; la ressemblance étoit frappante : on fit enlever la feuille du parquet, qui devint un tableau d'autant plus précieux, que l'amitié l'avoit tracé. Jean Jouvenet avoit encore l'esprit vif et le caractère enjoué. Un peintre médiocre ayant placé un de ses tableaux à côté d'un de ceux de Jouvenet, alléguoit pour excuser la foiblesse de sa composition, que Jouvenet avoit retouché son ouvrage, depuis qu'il avoit vu la production de celui qui croyoit être son rival. Non, répondit Jouvenet, c'est bien plutôt lui qui a retouché mon tableau, en mettant le sien tout auprès. Ce peintre ne vit point l'Italie, ayant été arrêté par une maladie, lorsqu'il étoit sur le point de partir. Cependant il se forma, par la seule étude de la nature, un goût de dessin, fier, nerveux, correct et savant. Il donnoit du relief et du mouvement à ses figures; ses expressions sont vives, ses attitudes vraies, ses draperies bien jetées, ses figures heureusement contrastées. Il réussissoit sur-tout dans les grandes machines; il traitoit avec beaucoup de succès l'Histoire, la Fable, l'Allégorie et l'Episode. Il a fait encore des Portraits fort estimés. Son pinceau ferme et vigoureux, la richesse de sa composition, sa grande manière, charment et étonnent le spectateur, sans le séduire par le coloris, qu'il a peut-être un peu trop négligé. Lorsqu'il se trouvoit de l'architecture dans ses tableaux, il la faisoit peindre par d'autres mains. On doit mettre au rang de ses chefs-d'œuvre, la Descente de Croix, qui est dans une des salles de l'académie de peinture à Paris : ce tableau réunit les plus belles parties de l'art. Voyez DUCHANGE. O o 578 JOU
JOUY, (Louis-François de) avocat au parlement et du clergé de France, né à Paris le 2 mai 1714, mort dans la même ville le 6 Février 1771, à 57 ans, se livra particulièrement aux matières ecclésiastiques. Il fut chargé des affaires du clergé, et s'en acquitta avec honneur. On a de lui: I. *Principes sur les droits et obligations des Gradués*, in-12. II. *Supplément aux Lois Civiles*, dans leur ordre naturel, in-fol. III. *Arrêts de Réglemens recueillis et mis en ordre*, 1752, in-4.º IV. *Conférences des Ordonnances Ecclésiastiques*, 1753, in-4.º V. Après sa mort on trouva chez lui, manuscrits: *Principes et usages concernant les Dimes*, 1776, in-12, et la *Coutume de Meaux*, ouvrage qu'il avoit déjà mis au jour, et dont il avoit préparé une nouvelle édition, qu'on s'étoit proposé de donner au public, et qui n'a pas eu lieu. I. JOYEUSE, (Guillaume vicomte de) étoit fils puiné de *Jean de Joyeuse*, gouverneur de Narbonne, d'une famille illustre. On le destina à l'Eglise, et il eut même l'évêché d'Aleth du vivant de *Jean-Paul*, son frère amé; mais comme il n'étoit pas lié par les ordres sacrés, il embrassa depuis la profession des armes, et succéda à son frère. Il servit utilement le roi *Charles IX* dans le Languedoc, durant les guerres civiles de la Religion, et fut fait maréchal de France par le roi *Henri III*. Il mourut fort âgé en 1592.
II. JOYEUSE, (Anne de) fils du précédent, duc et pair, et amiral de France, premier gentilhomme de la chambre, et gouverneur de Normandie, fut un des principaux favoris du roi *Henri III*, qui lui fit éponser *Marguerite de Lorraine*, sœur puinée de la reine *Louise* son épouse (*Voyez BALTHAZARINI*). Ses noces coûtèrent au roi plus de douze cent mille écus. Quelques courtisans, trouvant cette dépense excessive, prirent la liberté de le dire à ce prince, qui répondit: *Je scrai sage et bon ménager, quand j'aurai marié mes trois enfans*. C'étoient le duc de *Joyeuse*, le duc d'*Epernon*, et le marquis d'*O. Joyeuse* commanda en 1586 une armée dans la Guienne contre les Huguenots. Il y remporta quelques avantages, et ne voulut faire aucun quartier à un détachement qu'il surprit au Mont Saint-Eloi. Cette barbarie fut punie bientôt après par une autre barbarie; car ayant été vaincu à Coutras le 20 octobre 1587, les Huguenots le tuèrent de sang froid, en criant le *Mont Saint-Eloi* l'quoique il offrit cent mille écus pour racheter sa vie. L'amiral de *Joyeuse*, si cruel les armes à la main, étoit doux et généreux dans la société. Un jour ayant fait attendre trop long-temps les deux secrétaires d'état dans l'antichambre du roi, il leur en fit ses excuses, en leur abandonnant un don de cent mille écus que le roi venoit de lui faire. Il étala même dans les camps une grande magnificence. On comparoit son armée à celle de *Darius*, et l'armée de *Henri IV* à celle d'*Alexandre*. Ayant été envoyé en ambassade à Rome, quelque temps après son mariage, il fut traité comme s'il avoit été frère du roi. On prétend que, quelque temps avant sa mort, sa faveur à la cour avoit bien diminué. *Davila* rapporte que le duc d'*Epernon*, qui aspiroit à posséder seul les bonnes graces de Henri III, le desservit auprès de ce prince, qui, dans un moment d'humeur lui dit, qu'il ne passoit à la cour que pour un poltron, et qu'il feroit bien de se laver de cette tache. Mais cette anecdote, que quelques historiens contestent, prouve seulement que le rôle de favori a ses épines comme les autres professions.
III. JOYEUSE, (François de) cardinal, frère du précédent, né en 1562, fut successivement archevêque de Narbonne, de Toulouse et de Rouen. Il fut chargé des affaires les plus difficiles et les plus importantes, par les rois Henri III, Henri IV et Louis XIII. Il s'acquit tous les fuffrages, par sa prudence, par sa sagesse, et par sa capacité dans les affaires. Il mourut à Avignon, doyen des cardinaux, le 27 août 1615, à 53 ans, après s'être illustré par plusieurs fondations : I. D'un Séminaire à Rouen. II. D'une Maison pour les Jésuites à Pontoise. III. D'une autre à Dieppe pour les PP. de l'Oratoire. — Il y a eu un troisième JOYEUSE de Saint-Dizier, (George) frère des deux précédents, favori de Henri III, qui ayant assisté nu-pieds la nuit du vendredi au samedi-saint, à une procession des Flagellans avec le roi, y contracta une maladie dont il mourut en 1583.