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03.0 Dictionnaire historique — IV – LACLOS

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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IV. JOYEUSE du BOUCHAGE, (Henri de) né en 1567 de Guillaume vicomte de Joyeuse, porta d'abord les armes avec distinction, jusqu'en 1587. La perte de sa femme, et une vision qu'il eût avoir, le déterminèrent à faire profession chez les Capucins, sous le nom de Frère ANGE. L'année d'après, les Parisiens ayant résolu de députer à Henri III, pour le prier de revenir habiter la capitale, Frère Ange se chargea de la commission. Il partit processionnellement à la tête des députés, qui chantoient des Pseaumes et des Litanies; et, pour représenter Notre-Seigneur montant au Calvaire, il se mit sur la tête une Couronne d'épines et une grosse Croix de bois sur les épaules, et se fit accompagner de tous les personnages qu'on employoit en ce temps-là pour représenter la Passion du Sauveur. Tous les autres députés étoient en habits de pénitens. Le roi étoit à vêpres, lorsque cette singulière députation arriva. Il fut touché de compassion en voyant entrer dans l'Eglise le Frère Ange, nu jusqu'à la ceinture, que deux Capucins frappoient à grands coups de discipline. Cette pieuse farce ne produisit que de mauvaises plaisanteries... Frère Ange resta dans son ordre jusqu'en 1592. Le grand-prieur de Toulouse, son frère, s'étant noyé dans le Tarn vers ce temps-là, les Ligueurs du Languedoc l'obligèrent de sortir de son cloître pour se mettre à leur tête. (Voyez II. CHAT.) Le guerrier Capucin combattit vaillamment pour le parti de la Ligue jusqu'en 1596, qu'il fit son accommodement avec le roi Henri IV. Ce prince l'honora du bâton de maréchal de France; mais quelque temps après, s'étant trouvé avec lui à un balcon au-dessous duquel beaucoup de peuple regardoit, il lui dit : Mon cousin, ces gens-ci me paroissent fort aises de voir ensemble un roi apostat et un moine décoltée. Cette plaisanterie le fit rentrer en lui-même, et il reprit tout de 980 JOY suite son ancien habit. Le cloître ne fut plus pour lui qu'un tombeau. Livré aux jeunes, aux veilles, et à la plus rigoureuse pénitence, il ne pensa plus au rôle qu'il avoit joué sur le théâtre brillant et fragile du monde, que pour répandre des larmes amères. Il mourut à Rivoli près de Turin, le 27 septembre 1608, à 41 ans. Il avoit épousé la sœur du duc d'Epernon, qui ne lui donna qu'une fille, Henriette-Catherine, laquelle épousa en 1599 le duc de Montpensier, et en 1611 le duc de Guise. Elle mourut en 1656, à 71 ans. M. de Callières a écrit la Vie de Frère ANGE de Joyeuse : elle est édifiante, à quelques petitesses près. V. JOYEUSE, (Jean-Armand, marquis de) maréchal de France, étoit le second fils d'Antoine-François de Joyeuse, comte de Grandpré. Il se distingua par sa bravoure en divers sièges et combats, depuis 1648 jusqu'en 1697. Il commanda l'aile gauche à la bataille de Nerwinde, où il fut blessé. Sa valeur fut récompensée par le gouvernement de Metz, Toul et Verdun, en 1710. Il mourut à Paris le 1er juillet 1713, à 79 ans, sans postérité.
JOYRE, (René Gros de St.) gentilhomme de Lyon, recueillit en 1614, les ouvrages du poète Guichard, sous le nom de Fleur de poésie morale. Il présenta ce volume à Louis XIII, écrit en lettres d'or. Ce sont des quatrains sur les vanités du monde et sur le caractère des empereurs Romains.
JOZABAD, fils de Somer, se ligua avec quelques autres pour se défaire de Jons, roi de Juda; et ils assassinèrent ce prince l'an 845 avant J. C.
JOZABETH, Voyez JOZABETH. I. JUAN D'AUTRICHE, (Don) fils naturel de l'empereur Charles-Quint, qui déclara ce secret en mourant à Philippe II son fils, naquit à Ratisbonne en 1547. Sa mère fut long-temps inconnue : mais c'est témérairement qu'on a assuré que Charles l'avoit eu de sa propre sœur Marie d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas. Il l'eut d'une demoiselle Allemandne nommée Barbe Blomberg, dans le temps qu'il étoit veuf. Le jeune prince fut élevé secrètement à la campagne par la femme de Louis Quixada, grand-maître de la maison de l'empereur. Après la mort de Charles-Quint, Philippe II l'appela à Valladolid où il étoit alors. Don Juan se mit à genoux devant ce prince, lorsqu'il lui fut présenté par Quixada... Savez-vous bien, lui dit Philippe en le faisant relever et en souriant, quel est votre père ! Vous êtes fils d'un homme illustre. Charles-Quint est votre père et le mien. Il le fit ensuite élever à sa cour, où il se distingua de bonne heure par sa politesse et sa grandeur d'ame. Philippe II l'envoya en 1570 contre les Maures de Grenade, qu'il réduisit. La haute réputation qu'il acquit dans cette guerre, le fit choisir pour généralissime d'une flotte de près de trois cents voiles, que l'Espagne et l'Italie avoient préparée contre les Turcs, vers le golphe de Lé-panthe, proche de ces mêmes lieux où Antoine et Auguste combattirent autrefois pour l'empire du monde. (Voyez MAUROLICO.) Les Chrétiens et les Musulmans en vinrent aux mains le 7 octobre 1571, avec un acharnement sans J·U·A J U A 181 exemple. Don Juan par sa valeur farça la victoire à se déclarer pour lui; il s'empara de la capi- tane ennemie, et obligea les Turcs à prendre la fuite. Les vainqueurs prirent 130 galères, en brûlerent ou coulèrent à fond 55, tuèrent 25,000 Turcs, par- mi lesquels étoit Hali-Bacha, leur général, (Voyez ce mot) firent 10,000 prisonniers, et dé- livrèrent 15,000 esclaves Chré- tiens. Cette victoire insigne, qui lui fit appliquer ce mot heureux: FUIT HOMO MISSUS A DEO, CUI NOMEN ERAT JOANNES, dont on avoit déjà honoré un empereur d'Orient, coûta 10,000 hommes aux Espagnols. Don Juan donna le combat malgré Don Louis de Requesens, qu'on avoit chargé de modérer l'ardeur de ce prince intrépide. Il vouloit aller droit à Constantinople: c'étoit le seul parti qu'il avoit à prendre; son conseil s'y opposa. Dans la cons- ternation où étoient les Musul- mans, on pouvoit non-seule- ment se rendre maître de la ca- pitale de leur empire, mais en- core chasser de la Thrace et de la Grèce ces fiers ennemis des Chrétiens. Don Juan d'Autriche se fit tout d'un coup la plus grande réputation dont jamais capitaine ait joui. Chaque nation moderne, dit un historien, ne compte que ses héros, et néglige ceux des an- tres peuples: Don Juan, comme vengeur de la Chrétienté, étoit le héros de toutes les nations. On le comparoit à l'empereur Char- les-Quint son père, dont il avoit la figure, la valeur, l'a tivité et le génie, et par-dessus lui l'hu- manité, la générosité, qui sou- vent achèvent et assurent les con- quêtes. Il mérita sur-tout d'être l'idole des peuples, lorsque deux ans après il prit Tunis, comme Charles-Quint, et fit comme lui un roi Africain tributaire d'Es- pagne. Don Juan se couvrit d'une nouvelle gloire en 1576, lors- qu'il eut été nommé gouverneur des Pays-Bas révoltés; il se rendit maître de Namur, de di- verses places, et défit entière- ment les rebelles dans les plaines de Gemblours en 1578. Les en- nemis perdirent 6000 hommes dans cette journée, qui, au rap- port de Ferreras, ne coûta la vie qu'à deux soldats Espagnols. Leur général Goignès fut pris, avec l'artillerie, les bagages et les drapeaux; le vainqueur pro- fita de la victoire, en soumettant rapidement Louvain, Dieste, Nivelle, Philippeville, Lim- bourg, Harlem. Une mort pré- maturée enleva ce héros au mi- lieu de ses conquêtes. Il expira le 7 octobre de la même année, (jour marqué par son triomphe de l'année précédente) à 32 ans, dans les convulsions qu'excita en lui, suivant les uns, la douleur d'avoir perdu son ministre Es- covedo, lâchement assassiné; et suivant les autres, un poison lent que lui fit donner Philippe II, jaloux de sa gloire, et dans la crainte qu'il n'épousât Elizabeth, reine d'Angleterre. Ce sont du moins les motifs que lui ont at- tribués divers historiens. Mais on sait combien le peuple croit fa- cilement les crimes, et combien les autres aiment à répéter et à faire valoir les bruits populaires, sur-tout lorsque par leur atro- cité ils peuvent exciter quelque intérêt. Don Juan laissa deux filles naturelles, qui moururent presque toutes les deux dans le même jour en février 1630.
II. JUAN D'AUTRICHE, (Don) fils naturel de Philippe IV, et 382 J U A de Marie Calderona comédienne, né en 1629, fut grand prieur de Castille, et commanda en 1647 les armées du roi d'Espagne en Italie, où il réduisit la ville de Naples. Il se rendit encore maître de Barcelone en 1652. Don Juan commanda ensuite en Flandre, et devint généralissime des armées de terre et de mer contre les Portugais. Cette dernière expédition ne fut pas heureuse. Don Juan se flattoit qu'il n'auroit qu'à se présenter, et que le Portugal se soumettroit. Il se croyoit si assuré de le subjuguer, qu'il fit afficher dans Madrid l'état des troupes, de l'artillerie, des munitions de toute espèce qu'il avoit préparées pour cette conquête. Il trouva en 1663 la punition de sa vanité présomptueuse à Estremeros, où il fut entièrement défait. Don Juan eut la principale administration des affaires à la cour du roi Charles II, et mourut à Madrid en 1679, à 50 ans. Marie Calderona, sa mère, avoit d'abord été maîtresse du duc de Medina, et ne cessa point de voir secrètement son premier amant. Philippe ayant été instruit de leurs entrevues, exila le duc, et envoya la Calderona dans un couvent. Elle y prit le voile des mains du nonce apostolique, qui fut depuis pape sous le nom d'Innocent X. Quoique cette femme ne fût pas belle, elle plaisoit infiniment, par ses graces, son esprit et sa voix. Quelques auteurs prétendent que sa retraite dans un monastère fut volontaire, et qu'elle n'eut jamais d'autre inclination que celle que lui inspira Philippe. —Voyez la Vie de cette favorite, Genève, 1686.
III. JUAN, (D. George) Espagnol, chevalier de Malte, com- mandeur d'Aliaga, mort à Madrid en 1773, se distingua par ses connoissances dans les mathématiques. Choisi avec D. Antonio de Ulloa, capitaine de frégate, pour accompagner les académiciens François, envoyés l'an 1735 au Pérou pour déterminer la figure de la Terre; il publia en espagnol à son retour ses Observations astronomiques sur l'objet de ce voyage, dans un grand ouvrage, dont la partie historique, rédigée par D. Antonio de Ulloa, a paru traduite en françois, à Amsterdam, 1752, en 2 vol. in-4.º Il fut agrégé à l'académie des Sciences de Paris, où il vint en 1745, et à celle de Berlin en 1750. On a de lui, divers traités en espagnol sur la marine. Ils ont été traduits en françois, 1787, 2 vol. in-8.º
JUANES, (Jean-Baptiste) peintre Espagnol, que ses compatriotes comparont à Raphaël, mourut à Valence sa patrie en 1596, à 56 ans. I. JUBA Ier, roi de Mauritanie et de Numidie, succéda à son père Hiempsal, et suivit le parti de Pompée contre Jules César. Après la mort de Pompée, il fut défait par César. Ce roi vaincu, si fier avant la bataille, se vit réduit à demander la vie à ses sujets. Il les pria de le sauver; mais aucune ville ne voulant le recevoir, il se fit donner la mort à la fin d'un repas, par Pétréus, compagnon de son malheur, l'an 42 avant J. C.
II. JUBA II, fils du précédent, fut mené à Rome, et servit à orner le triomphe de César. Il fut élevé à la cour d'Auguste, qui lui fit épouser Cléopâtre la jeune, fille d'Antoine et de la fameuse Cléopâtre, et lui donna, l'an 30 avant J. C., le royaume des deux Mauritanies et d'une partie de la Gétalie. Il se signala par les agrémens de son caractère et les connoissances de son esprit. Cet avantage le rendit plus illustre, que celui que la couronne lui donnoit. Juba, par la douceur de son règne, gagna le cœur de tous ses sujets. Sensibles à ses bienfaits, ils le mirent au nombre de leurs Dieux. Pausanias parle d'une statue que les Athéniens lui avoient érigée. Il étoit bien juste qu'une ville, de tout temps consacrée aux Muses, donnât des marques publiques de son estime à un roi qui tenoit un rang illustre parmi les savans. Suidas attribue à ce prince plusieurs ouvrages, dont aujourd'hui il ne nous reste que des fragmens. Il avoit écrit sur l'histoire d'Arabie, sur les antiquités d'Assyrie, sur les antiquités Romaines, sur l'histoire des Théâtres, sur celle de la peinture et des Peintres, sur la nature et les propriétés de différens Animaux, sur la Grammaire et sur d'autres matières semblables.
JUBAL, fils de Lamech et d'Ada, et frère de Jabel, inventa les instrumens de musique. Génèse, c. IV, v. 21.
JUBÉ, (Jacques) né à Vanvres près de Paris en 1674, cultiva avec succès les langues savantes, et se fit estimer par son érudition. Son attachement aux Anti-Constitutionnaires remplit sa vie de soins et d'amertumes. Il voyagea dans une partie de l'Europe, et mourut à Paris en 1745, à 71 ans. On a de l'abbé Jubé, les Journaux de ses Voyages en manuscrit. L'auteur s'y attache sur-tout à marquer l'état de la religion dans les différences contrées qu'il a parcourues.
JUCUNDUS et TYRANNUS, étoient deux gardes d'Hérode le Grand. Ce roi de Judée les affectionnoit particulièrement à cause de leur haute stature et de leur force extraordinaire. Mais en ayant reçu quelque mécontentement, il les éloigna. Alexandre, fils d'Hérode, les reçut dans la compagnie de ses gardes, et parce que c'étoient de très-braves gens, il tacha de se les attacher. Hérode en étant informé, en conçut du soupçon, et leur fit donner la question. Ils la souffrirent d'abord assez constamment; mais enfin succombant à la violence de la douleur, ils déposèrent qu'Alexandre les avoit sollicités à tuer le roi, lorsqu'il iroit à la chasse, quoiqu'il n'y eût rien de plus faux. Cette déposition fut, en partie, la cause de la mort d'Alexandre; et nous avons cru que cet exemple célèbre des injustices que la torture a occasionnées, méritoit d'être cité. L JUDA, 4e fils de Jacob et de Lia, naquit l'an 1755 avant J. C. Lorsque les fils de Jacob voulurent mettre à mort Joseph leur frère, il leur conseilla plutôt de s'en défaire en le vendant; et cet avis lui sauva la vie. Juda épousa la fille d'un Chananeen, nommé Sué, et il en eut trois fils, Her, Onan et Séla. Il eut aussi de Thamar, (Voy. ce mot.) femme de l'aîné de ses fils, dont il jouit sans la connoître, Pharès et Zara. Lorsque Jacob bénit ses enfans, il dit à Juda : « Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le Législateur de sa postérité, jusqu'à la venue de CELUI qui doit 0 0 4 584 JUD être envoyé, et à qui les peuples obéiront. » Cette prédiction s'accomplit en la personne de JÉSUS-CHRIST. Juda mourut l'an 1636 avant l'ère vulgaire, âgé de 119 ans. Sa tribu tenoit le premier rang parmi les autres; elle a été la plus puissante et la plus nombreuse. Au sortir de l'Égypte, elle étoit composée de 74,600 hommes, capables de porter les armes. Cette tribu occupoit toute la partie méridionale de la Palestine. La royauté passa de la tribu de Benjamin, dont étoient Saül et Isboseth, dans la tribu de Juda, qui étoit celle de David et des rois ses successeurs. Les dix tribus s'étant séparées, celle de Juda et celle de Benjamin demeurèrent attachées à la maison de David, et formèrent un royaume qui se soutiut avec éclat contre la puissance des rois d'Israël. Après la dispersion et la destruction de ce dernier royaume, celui de Juda subsista, et se maintint même dans la captivité de Babylone. Au retour, cette tribu vécut selon ses lois, ayant ses chefs; les restes des autres tribus se rangèrent sous ses étendards, et ne firent plus qu'un peuple que l'on nomma Juif. Les temps où devoit s'accomplir la promesse du Messie étant arrivés, la puissance Romaine, à qui rien ne résistoit, assujettit ce peuple, lui ôta le droit de se choisir un chef, et lui donna pour roi Hérode, étranger et Iduméen. Ainsi cette tribu, après avoir conservé le dépôt de la vraie religion, et l'exercice public du sacerdoce et des cérémonies de la loi dans le temple de Jérusalem, et avoir donné naissance au Messie, fut réduite au même état que les autres tribus, dispersée et démembrée comme elles.
II. JUDA-HAKKADOSCH; c'est-à-dire le Saint, rabbin célèbre par sa science, par ses richesses et par ses talens, fut, selon les Juifs, ami et précepteur de l'empereur Antonin. Il recueillit vers le milieu du 2e siècle, les constitutions et les traditions des magistats et des docteurs Juifs qui l'avoient précédé. Il en composa un livre, qu'il nomma Mischna, et qu'il divisa en six parties. La 1re traite de l'agriculture et des semences; la 2e, des jours de fête; la 3e, des mariages, et de ce qui concerne les femmes; la 4e, des dommages, intérêts, et de toutes sortes d'affaires civiles; la 5e, des sacrifices; et la 6e, des purétés et impuretés légales. Surenhusius a donné une bonne édition de ce livre en hébreu et en latin avec des Notes, 1698, 3 vol. in-fol. Il seroit à souhaiter que le Talmud, qui est un commentaire de la Mischna, et que l'on appelle la Gémare, fût aussi traduit en latin.
III. JUDA-CHIUG, célèbre rabbin, natif de Fez, et surnommé le Prince des Grammariens Juifs, vivoit au 11e siècle. On a de lui divers ouvrages manuscrits en arabe, qui sont très-estimés: entr'autres, un Dictionnaire Arabe, qui pourroit être fort utile pour l'intelligence de l'Écriture-Sainte, s'il étoit imprimé.
IV. JUDA, (Léon) fils de Jean Juda, prêtre de Germoren en Alsace, et d'une concubine, entra dans l'ordre ecclésiastique, et embrassa depuis les erreurs de Zuingle. Erasme lui ayant reproché son lâche reniement, s'attira une réponse très-aigre de la part de cet apostat. Juda s'ac- quit une grande réputation dans son parti, et mourut à Zurich en 1542, à 60 ans. Sa Version latine de la Bible, est celle qui est jointe aux Notes de Vatable. On a de lui d'autres ouvrages, qui prouvent son érudition.
JUDA, Voy. XXVI. LÉON de...
JUDACILIUS, citoyen d'Ascoli, se distingua par une belle action, tandis que Pompée assiégeoit sa patrie. Il étoit à la tête d'une troupe de rebelles : il résolut de s'en servir pour donner du secours à la ville assiégée. Dans ce dessein, il avertit ses compatriotes, que dès qu'ils le verroient aux prises avec les Romains, ils fissent une sortie pour le soutenir. Quelques bourgeois d'Ascoli détournèrent les autres de seconder Judacilius, et lorsqu'il se présenta devant la ville, aucun des assiégés ne remua. Il ne laissa pas de se faire jour l'épée à la main, et d'arriver à la porte de la ville, qui lui fut ouverte. Dès qu'il fut entré dans Ascoli, il fit égorger ceux qui avoient empêché qu'on ne se joignit à lui. Puis ayant invité ses amis à un grand repas; quand la bonne chère et le vin l'eurent un peu échauffé, il se fit apporter une coupe pleine de poison et l'avala, pour n'être pas témoin de la profanation des temples de sa patrie et de la captivité de ses compatriotes. Il se fit porter ensuite dans un temple, où il avoit fait préparer son bûcher funèbre : il y mourut au milieu de ses amis, et son corps fut réduit en cendres. Bientôt après Ascoli se rendit à Pompée. I. JUDAS, dit MACCHARÉE, fils de Mathathias, de la famille des Asmoncens, succéda à son père, dans la dignité de général des Juifs l'an 167 avant J. C. Mathathias le préféra à ses autres enfans, et le chargea de combattre pour la défense d'Israël. Judas ne trompa point ses espérances : secondé de ses frères, il marcha contre Apollonius, général des troupes du roi de Syrie, le défit et le tua. Il tourna ses armes contre Séron, autre capitaine, qui avoit une nombreuse armée, qu'il battit également, quoique avec des troupes fort inférieures en nombre. Antiochus ayant appris ces deux victoires, envoya contre Judas trois généraux de réputation, Ptolomée, Nicanor et Gorgias. L'armée prodigieuse qu'ils firent marcher en Judée, épouvanta d'abord ceux qui accompagnoient Judas; mais son courage ayant ranimé celui de ses gens, il tomba sur cette multitude, et la dissipa. Lysias, régent du royaume, pendant l'absence d'Antiochus, désespéré de ce que les ordres de son prince étoient si mal exécutés, crut qu'il feroit mieux par lui-même. Il vint donc en Judée avec une armée nombreuse : mais il ne fit qu'augmenter le triomphe de Judas, qui l'obligea de retourner en Syrie. Le vainqueur profita de cet intervalle pour rétablir Jérusalem; il donna ses premiers soins à la réparation du temple, détruisit l'autel que les idolâtres avoient profané, en bâtit un autre, fit faire de nouveaux vases, et l'an 165 avant J. C., trois ans après que ce temple eut été profané par Antiochus, il en fit célébrer la dédicace. Peu de temps après cette cérémonie, Judas défit encore Timothée et Bacchides, deux capitaines Syriens, battit les Iduméens, les Ammonites, tailla en pièces les nations 386 JUD qui assiégeoient ceux de Galaad, et revint chargé de riches dépouilles. *ti chus Eupator*, qui avoit succédé à *Epiphanes*, irrité des mauvais succès de ses généraux, vint lui-même en Judée, et assiégea Bethsure. *Judas* marcha au secours de ses frères. Du premier choc, il tua six cents hommes des ennemis; et ce fut alors que son frère *Eléazar* fut accablé sous le poids d'un éléphant, qu'il tua croyant faire périr le roi. La petite armée de *Judas* ne pouvant tenir tête aux troupes innombrables du roi, ce général se retira à Jérusalem. *Eupator* l'y vint assiéger; mais, averti de quelques mouvemens qui se tramoient dans ses états, il fit la paix avec le général Hébreu, qu'il déclara chef et prince du pays. Il retourna ensuite en Syrie, où il fut tué par *Démétrius* qui régna en sa place. Le nouveau roi envoya *Bacchides* et *Alcime*, avec la meilleure partie des troupes. Les deux généraux marchèrent contre *Judas*, qui étoit à Bethel avec 3000 hommes. Cette petite armée fut saisie de frayeur à la vue des troupes ennemies; elle se débanda, et il ne resta que huit cents hommes au camp. *Judas*, sans perdre le cœur, exhorta ce petit nombre à mourir courageusement, fondit sur l'aile droite, et fut tué dans la mêlée l'an 161 avant Jésus-Christ. *Simon* et *Jonathas*, ses frères, enlevèrent son corps et le firent porter à Modin, où il fut enterré avec magnificence dans le sépulcre de ses pères. Les Juifs eurent à pleurer dans lui un héros et un libérateur.
II. JUDAS ESSÉEN, se mêloit de prophétiser. Il prédit qu'*Antigone*, premier prince des As- monéens, périroit dans la *Tour de Straton*. Cependant, le jour même qu'il avoit assuré que le roi mourroit, il parut douter du succès de sa prédiction, parce qu'il savoit que ce prince étoit à Jérusalem, éloigné de la *Tour de Straton* d'environ 25 lieues. Il fut surpris, peu de temps après, d'apprendre que le roi venoit d'être tué dans une chambre du palais, qu'on appeloit la *Tour de Straton*: endroit qu'il avoit nommé sans le connoître, trompé par la ressemblance des noms. C'étoit un saint homme. Quelques savans pensent que ce *Judas* est le même que l'auteur du *II$^{e}$ Livre des Macchabées*.
III. JUDAS, fils de *Sarriphée*, s'étant joint à *Matthias* fils de *Margalotte*, docteur de la Loi, persuada à ses disciples et à quelques autres Juifs, d'abattre l'aigle d'or qu'*Hérode le Grand* avoit fait poser sur le plus haut du Temple en l'honneur d'*Auguste*. Ce prince cruel le condamna à être brûlé vif. Après la mort d'*Hérode*, le peuple qui aimoit *Judas*, demanda à son successeur *Archélaïis* la punition des auteurs d'un supplice si inhumain; et sur le refus qui en fut fait, il s'alluma une sédition, qu'on ne put éteindre que par le sang de 3000 hommes.
IV. JUDAS, chef de voleurs, après la mort d'*Hérode le Grand*, assembla une troupe de déterminés avec lesquels il pilla les trésors du roi, et se rendit assez redoutable pour pouvoir aspirer à la couronne. (*Josèphe*, Antiq. l. 17. c. 12.) V. JUDAS ISCARIOTE, ainsi appelé parce qu'il étoit d'une ville de ce nom dans la tribu d'Ephraïm, fut choisi par Jésus-Christ pour être l'un des douze Apôtres; mais il répondit mal au choix et aux bontés de l'Homme-Dieu. Son avarice lui fit censurer l'action de la Magdeleine, qui répandoit des aromates précieux sur les pieds du Sauveur, et lui fit livrer aux Juifs le Fils de Dieu pour 30 deniers. Il reconnut ensuite l'horreur de sa trahison, rendit aux prêtres l'argent qu'il avoit reçu d'eux, et se pendit de désespoir. Les savans ne sont pas d'accord entre eux sur la valeur des trente deniers que reçut Judas. Les hérétiques Corinthiens l'honoroient d'une manière particulière, et se servoient d'un Evangile qui portoit le nom de cet Apôtre infidelle.
VI. JUDAS DE GAULAN, chef d'une secte parmi les Juifs, s'opposa au dénombrement que fit Cyrinus dans la Judée, et excita une révolte. Il prétendoit que les Juifs étant libres, ils ne devoient reconnoître aucune autre domination que celle de Dieu. Ses sectateurs aimoient mieux souffrir toutes sortes de supplices, que de donner le nom de Maître ou de Seigneur à quelque homme que ce fût. Le même Judas est nommé le Galiléen dans les Actes des Apôtres, parce qu'il étoit de la ville de Gamala dans la Gaulanite, petit pays de Galilée.
JUDAS ou JUDE, surnommé Barsabas : Voyez ce dernier mot.
JUDDE, (N.) Jésuite, né à Rouen en 1661, mort à Paris en 1735, à 74 ans, fut un grand maître de la vie spirituelle. Il dirigea et il écrivit avec un égal succès. La collection de ses Œuvres Spirituelles a été publiée en 1781, 2 vol. in-12, par M. l'abbé du Parc.
JUDE, (Saint) Apôtre, nommé aussi Lebbée, Thadée, ou le Zélé, frère de St. Jacques le Mineur, et parent de J. C. selon la chair, fut appelé à l'apostolat par le Sauveur du monde. Dans la dernière Cène, il lui dit : Seigneur, pourquoi vous manifesterez-vous à nous, et non pas au monde ? Jésus lui répondit : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole ; et mon Père l'aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. Après avoir reçu le Saint-Esprit avec les autres Apôtres, Jude alla prêcher l'Évangile dans la Mésopotamie, l'Arabie, la Syrie, l'Idumée et la Lybie. On prétend qu'il reçut la couronne du martyre dans la ville de Béryte, vers l'an 80 de J. C. Nous avons de lui, une Épître, qui est la dernière des sept Épîtres catholiques. Il l'écrivit après la prise de Jérusalem, principalement pour les Juifs convertis au Christianisme. Il y attaque les Nicolaïtes, les Simoniens, les Gnostiques, et les autres hérétiques, qui combattoient la nécessité des bonnes œuvres. On avoit d'abord fait quelque difficulté de mettre cette Épître dans le canon des Écritures, à cause de la citation du livre apocryphe d'Enoch ; mais elle y est reçue communément, dès avant la fin du IVe siècle. St. Jude a pu citer un livre célèbre et estimé de son temps, pour faire impression sur les esprits, et donner plus d'horreur des hérétiques contre lesquels il écrivoit. Le saint Apôtre dépeint ces imposteurs avec des traits fort vifs. C'est avec 588 JUD raison qu'Origène dit de cette Lettre, « qu'elle ne contient que très-peu de paroles, mais qu'elles sont pleines de la force et de la grace du Ciel. »
JUDEX, (Matthieu) l'un des principaux écrivains des Centuries de Magdebourg, [publiées à Bâle, 1552 à 1574, 8 vol. infol.] naquit à Tippolswalde en Misnie l'an 1528. Il enseigna la théologie avec réputation dans son parti, et ne laissa pas d'essuyer beaucoup de chagrin dans son ministère. Il mourut à Rostock le 15 Mai 1564. C'étoit un homme de probité, laborieux et savant. On a de lui plusieurs ouvrages, dont on peut voir le catalogue dans le Dictionnaire de Bayle. I. JUDITH, Voyez HOLOPHERNE. Nous nous contenterons de dire qu'il est difficile de fixer le temps auquel cette histoire est arrivée, et il est presque impossible, quelque parti qu'on prenne, de satisfaire à toutes les objections. L'incertitude du temps ne doit pas faire recourir à la supposition gratuite de Scaliger et de Grotias, qui prétendent que le livre de Judith n'est qu'une parabole, composée pour consoler les Juifs dans le temps qu'Antochus Epiphanes vint en Judée. L'authenticité du livre de Judith a été fort contestée; mais tous les doutes doivent être fixés par l'autorité du concile de Trente, qui l'a confirmé dans la possession où il étoit de passer pour inspiré. St. Jérôme nous assure qu'il a été reconnu comme tel par le concile de Nicée. L'auteur, qui est tout-à-fait inconnu, a écrit son ouvrage en hébreu, et il fut traduit en grec par les LXX. Quelques-uns veulent que ce soit Judith elle-même : d'autres, le grand-prêtre Eliacim, dont il est parlé dans ce livre; mais tout cela est sans aucune preuve. Nous n'avons plus l'original de ce livre, mais seulement une version latine faite par St. Jérôme, sur le chaldaïque. Ce Père dit dans sa préface, qu'il avoit rendu le sens sans s'attacher à la lettre; qu'il avoit retranché les variétés vicieuses des divers exemplaires, et qu'il n'avoit mis dans sa traduction que ce qui lui avoit paru le vrai sens de l'original. Outre sa version, on en a deux autres, l'une grecque, l'autre syriaque. Ces traductions contiennent des circonstances qu'on ne lit point dans celle de St. Jérôme, et dont quelques-unes semblent être les différentes leçons rejetées par ce Père.
II. JUDITH, fille de Charles le Chauve, avoit d'abord été mariée à Etulphe, et ensuite à Ethelède I, rois Anglois. Celui-ci, las de la tyrannie qu'elle vouloit exercer sur lui, la chassa de son lit et de son trône. Revenue en France, elle se fit enlever par Baudoia Bras de Fer, comte, ou selon d'autres, grand Forestier de Flandre, qu'elle épousa. Charles le Chauve fit son gendre comte de Flandre vers l'an 870, et ce fut la souche de tous les autres princes de ce nom. Judith étoit galante et impérieuse; ses époux ne furent que ses premiers esclaves.
III. JUDITH DE BAVIÈRE, aïeule de la précédente, fut seconde femme de l'empereur Louis le Debonnaire, dont elle eut Charles le Chauve : Ce mariage ne fut pas heureux pour ce prince. Louis, dit Montesquieu, mêlant toutes les complaisances d'un vieux mari avec toutes les foiblesses d'un vieux roi, mit un désordre dans sa famille qui entraîna la chute de la monarchie. *Judith* princesse ambitieuse et tendre, aima *Bernard*, comte de Barcelone, qu'elle éleva aux premiers emplois, tandis qu'elle indisposait *Louis* contre ses enfans du premier lit. Ces princes se révolterent et la firent enfermer pour quelque temps dans un monastère. Elle fut rendue à son époux en 833, et mourut à Tours le 18 avril 843.
JUENIN, (Gaspard) prêtre de l'Oratoire, né à Varenbon en Bresse, mort à Paris en 1713, à 63 ans, professa long-temps la théologie dans plusieurs maisons de sa congrégation, et surtout au séminaire de Saint-Magloire. Sa piété et son érudition le firent estimer. On a de lui : I. *Institutiones Theologicae ad usum Seminariorum*, en 7 vol. in-12. On n'avoit pas encore vu de meilleure Théologie scolastique; mais l'auteur y ayant glissé avec beaucoup d'art quelques erreurs nouvellement condamnées, son ouvrage fut proscrit à Rome et par quelques évêques de France. II. *Commentarius historicus et dogmaticus de Sacramentis*, à Lyon, 1696, en 2 vol. in-fol., dont l'auteur tira 3 vol. in-12, sous le titre de *Théorie pratique des Sacremens*, III. Un *Abrégé* de ses *Institutions*, à l'usage de ceux qui se préparent aux examens qui précèdent les ordinations; un vol. in-12, en latin. IV. *Théologie Morale*, 6 vol. in-12. V. *Cas de conscience sur la vertu de justice et d'équité*, 4 vol. in-12. Ces deux derniers ouvrages sont pleins de décisions appuyées sur l'Écriture et sur les Pères, et écrits avec clarté et avec méthode. On ne l'accusera pas d'être au nombre des casuistes relâchés, et on pourroit quelquefois lui reprocher un peu trop de sévérité.
JUGURTHA, fils de *Manastabal* roi de Numidie, né avec les graces de l'esprit et de la figure, fut élevé à la cour de *Micipsa* son oncle. Celui-ci ayant démêlé dans son neveu beaucoup d'ambition, lui donna le commandement d'un détachement qu'il envoyoit à *Scipion*, qui faisoit alors le siège de Numance. *Micipsa* espéroit qu'il ne reviendroit pas de cette expédition; mais il fut trompé. *Jugurtha*, courageux sans être téméraire, fit éclater sa valeur, et échappa à la mort. Son oncle l'adopta dans son testament, et le nomma héritier avec ses deux fils, *Adherbal* et *Hiempsal*: espérant que les bienfaits du père l'attache-rioient aux enfans. Il se trompa encore. Qu'étoit-ce que le tiers d'un royaume pour un ambitieux tel que son neveu ? L'ingrat, le perfide *Jugurtha* fit mourir *Hiempsal*, livra la guerre à *Adherbal*, l'obligea à s'enfermer dans Cirthe sa capitale, l'y réduisit par la famine à se rendre à composition, et le fit périr dans les plus cruels tourmens, contre la foi du traité. *Adherbal* avoit eu recours aux Romains: il étoit venu lui-même se plaindre au sénat; mais l'or de *Jugurtha* lui en avoit fermé toutes les avenues. Ce prince corrompit les sénateurs et les généraux qu'on envoya contre lui; ce qui lui fit dire: que Rome n'attendoit pour se vendre qu'un acheteur, et qu'elle périroit bientôt, s'il s'en trouvoit 590 JUI un... *Cæcilius Métellus*, plus généreux, ne se laissa gagner ni par les promesses, ni par les présens. Il vainquit *Jugurtha*, et le réduisit à quitter ses états pour aller mendier du secours chez les Gérules et les Maures. *Marius* et *Sylla*, qui continuèrent la guerre après *Métellus*, la firent avec le même succès. *Bocchus*, roi de Mauritanie, beau-père de *Jugurtha*, le livra à *Sylla* l'an 106 avant J. C. Le monarque captif, après avoir été donné en spectacle au peuple Romain, depuis la porte triomphale jusqu'au Capitole, attaché au char de triomphe de *Marius*, fut jeté dans un cachot, où il mourut, au bout de six jours, de faim et de maladie.
JUIGNÉ BROISSINIÈRE, (D. de, sieur de *Molière*) gentilhomme Angevin et avocat en parlement, est auteur d'un *Dictionnaire Théologique, Historique, Poétique, Cosmographique et Chronologique*; Paris, 1644, in-4°, Rouen, 1668, etc. L'auteur a beaucoup profité d'un ouvrage du même genre de *Charles Etienne*; mais il y a ajouté un grand nombre d'articles nouveaux. « Presque toutes les additions, faites selon les connaissances qu'il pouvoit avoir, sont tirées des ouvrages de *Magin* et de *Sebastien Munster*, qui sont des auteurs peu estimés pour avoir trop donné dans les fables. Ainsi ce nouveau Dictionnaire est peu utile pour les jeunes gens qui ne savent pas faire la différence de ce qui est véritable d'avec ce qui ne l'est pas. » C'est la censure que fit de ce livre *Moréri*, dans la préface de son Dictionnaire: censure qui lui a été rendue au centuple, et souvent avec raison. Malgré les fautes qu'on trouva dans le livre de *Juigné*, on nelaissa pas d'en voir paroître, en moins de trente ans, une douzaine d'éditions. Le défaut de critique, les erreurs sans nombre, l'incorrection et la lâcheté du style, n'arrêtoient pas les lecteurs auxquels une pareille compilation manquoit.
JULES-CÉSAR, *Voyez* I. CÉSAR. I. JULES-CONSTANCE, père de l'empereur *Julien*, et fils de l'empereur *Constance-Chlore*, et de *Théodora* sa seconde femme, étoit un prince doux et modéré, qui vit sans jalousie le diadème sur la tête de son frère *Constantin*. Il fut le particulier de son siècle le plus illustre, par sa naissance, par ses richesses, par son crédit, et l'un des premiers sénateurs de Rome, qui firent profession publique du Christianisme. Il avoit été engagé dans le parti du tyran *Maxence*; mais *Constantin* victorieux respecta, dans ce grand homme, des talens supérieurs, et une vertu encore supérieure aux talens. Il le fit consul, préfet, etc. *Jules-Constance* périt l'an 337, dans le massacre que les fils de *Constantin* firent de leur famille après la mort de leur père.
II. JULES, (Saint) soldat Romain, servit long-temps avec valeur dans les armées des empereurs, et eut la tête tranchée vers l'an 302, par ordre de *Maxime*, gouverneur de la basse Mœsie.
III. JULES Ier, (Saint) Romain, successeur du pape *saint Marc*, le 6 février 337, soutint avec zèle la cause de *St. Athan* base, envoya ses légats au concile de Sardique en 347, et mourut le 11 avril 352. On a de lui deux Lettres dans les Œuvres de St. Athanase, et dans les Épitres des Papes de Don Constant, qui sont, au jugement de Tillemont, deux des plus beaux monumens de l'antiquité ecclésiastique. Les autres ouvrages que l'on attribue à St. Jules, sont supposés.
IV. JULES II, (Julien de la Rovere) né au bourg d'Albizale près Savone, fut élevé successivement sur les sièges de Carpentras, d'Albano, d'Ostie, de Boulogne, d'Avignon. Le pape Sixte IV, son oncle, l'honora de la pourpre en 1471, et lui confia la conduite des troupes ecclésiastiques contre les peuples révoltés en Ombrie. Le cardinal de la Rovere, né avec un génie guerrier, dompta les rebelles. Ses exploits et ses entreprises lui acquirent beaucoup de pouvoir dans Rome. Après la mort d'Alexandre VI, il empêcha que le cardinal d'Amboise ne fût placé sur le trône pontifical, et y fit monter Pie III, qui mourut au bout de 22 jours, et auquel il succéda le 1er novembre 1503. L'argent, répandu à propos, lui avoit assuré la tiare, même avant qu'on fût entré dans le conclave. Il fit mentir le proverbe : que celui qui entre pape au conclave en sort cardinal. Le nouveau pontife se fit appeler Jules. Comme il avoit les inclinations guerrières, ses ennemis répandirent qu'il avoit pris ce nom en mémoire de Jules César. Son premier soin fut de faire rendre par le duc César de Borgia les places qu'il avoit usurpées. Ayant ensuite conçu le dessein de faire construire l'Eglise de St. Pierre, il en posa la première pierre en 1506. Cet édifice, un des plus beaux que les hommes aient élevés à la Divinité, fut bâti sur le Vatican, à la place de l'Eglise construite par Constantin. Des idées plus vastes l'occupèrent bientôt. Jules II, qui, comme ses prédécesseurs, auroit voulu chasser tous les étrangers de l'Italie, cherchoit à renvoyer les François au-delà des Alpes; mais il vouloit auparavant que les Vénitiens lui remissent les villes qu'Alexandre VI avoit prises sur eux, et dont ils s'étoient ressaisis après la mort de ce pontife. Ces républicains voulurent garder leurs conquêtes ; Jules II s'en vengea, en liguant toute l'Europe contre Venise. Cette ligue, connue sous le nom de Ligue de Cambrai, fut signée en 1508, entre le pape, l'empereur Maximilien, (Voy. ce mot), le roi de France Louis XII, et le roi d'Aragon Ferdinand le Catholique. Les Vénitiens, réduits à l'extrémité, excommuniés par le pontife Romain, et battus par les autres puissances, demandèrent grace, et l'obtinrent à des conditions assez dures. Jules II leur donna l'absolution le 25 février 1510 ; absolution qui leur coûta une partie de la Romagne. Ce pontife n'ayant plus besoin des François, qu'il n'aimoit pas d'ailleurs, parce qu'ils avoient traversé son élection au pontificat, se ligua contre eux la même année, avec les Suisses, avec le roi d'Aragon, et avec Henri VIII, roi d'Angleterre. Il n'étoit pas de l'intérêt des Anglois de faire la guerre à la France ; ils y furent entraînés par une galéasse chargée de vins grecs, de fromages et de jambons, que le pape envoya à Londres précisément à l'ouverture du parlement. Le roi 392 JUL et les membres des communes et de la chambre haute, à qui l'on distribua ces présens, furent si charmés de l'attention généreuse de Jules II, qu'ils s'empressèrent tous de servir son ressentiment. Ce trait est une nouvelle preuve, que les motifs les plus petits produisent souvent les plus grands événements. Le pape, ne trouvant aucun prétexte de rupture ouverte avec Louis XII, fit demander à ce prince quelques villes sur lesquelles le saint-Siège prétendoit avoir des droits : Louis les refusa, et fut excommunié. La guerre commença vers Bologne et vers le Ferrarois. Le pape assiégea la Mirandole en personne, pour donner de l'émulation à ses troupes. On vit ce pontife septuagénaire, le casque en tête et la cuirasse sur le dos, visiter les ouvrages, presser les travaux, et entrer en vainqueur par la brèche le 20 janvier 1511. Sa fortune changea tout-à-coup. Trivulce, général des troupes Françoises, s'empara de Bologne. L'armée papale et celle des Vénitiens furent mises en déroute. Jules II, obligé de se retirer à Rome, eut le chagrin de voir en passant à Rimini les placards affichés pour intimer l'indiction du concile général de Pise. Louis XII, excommunié, en avoit appelé à cette assemblée, qui inquiéta beaucoup le pape. Après diverses citations, il fut déclaré suspens par contumace, dans la 8e session tenue le 21 avril 1512. Ce fut alors que Jules, ne gardant plus aucune mesure, mit le royaume de France en interdit, et délia les sujets du ser- ment de fidélité. Louis XII irrité, fit excommunier à son tour Jules II, et fit battre des pièces de monnoie qui portoient au revers : PERDAM BABYLONIS NOMEN ; je détruirai jusqu'au nom de Babylone : démarche qu'on ne sauroit louer, parce que le roi confondoit témérairement l'Église et le pontife. Il falloit mortifier le pape, mais respecter Rome et le saint-Siège. Jules oppose au concile de Pise celui de Latran, dont l'ouverture se fit le 3 mai 1512 ; mais il n'en vit pas la fin. Une fièvre lente, occasionnée, dit-on, par le dépit de n'avoir pas pu porter les Vénitiens à s'accommoder avec l'empereur, jointe au chagrin que lui causa son neveu le duc d'Urbia (*), l'emporta le 21 février 1513 ; à 70 ans. Il pardonna en mourant aux cardinaux du concile de Pise, avec cette restriction, qu'ils ne pourroient assister à l'élection de son successeur. Comme Julien de la Rivière, dit-il, je pardonne aux cardinaux schismatiques ; mais comme pape, je juge qu'il faut que la justice se fasse... JULES II avoit dans le caractère, dit l'abbé Raynal, un fonds d'inquiétude qui ne lui permettoit pas d'être sans projets, et une certaine audace qui lui faisoit préférer les plus hardis. S'il eut l'enthousiasme propre à communiquer ses passions à d'autres puissances, il manqua de cette probité qui rend les alliances sincères, et de l'esprit de conciliation qui les rend durables. Il étoit très-peu esclave de sa parole, encore moins des traités. Il dit un jour aux ambassadeurs de (*) Il avoit assassiné, en pleine rue, l'an 1511, François Aledosi, cardinal de Pavic. Madrid Madrid et de Venise, que leurs maitres ne devoient point être alarmés de la paix qu'il avoit faite avec la France. Mon but, ajouta-t-il, est d'endormir cette couronne, afin de la prendre au dépourvu. Sans la majesté de son siège, et les dissentions qui de son temps partageoient l'Europe, son ambition et sa mauvaise foi l'auroient précipité dans les plus grands malheues. Le sublime de sa place lui échappa; il ne vit pas ce que voient si bien aujourd'hui ses sages successeurs : que le pontife Romain est le Père commun, et qu'il doit être l'arbitre de la paix, et non le flambeau de la guerre. Tout entier aux armes et à la politique, il ne chercha dans la puissance spirituelle, que le moyen d'accroître la temporelle. Il n'est pas vrai pourtant qu'il jeta un jour dans le Tibre les clefs de St. Pierre, pour ne se servir que de l'épée de St. Paul, comme tant d'historiens Protestans et Catholiques l'assurent, d'après les témoignages d'un mauvais poète satirique. Ce qui a pu donner lieu à cette anecdote, est un trait historique rapporté dans la Vie de Michel-Ange. Le pape l'avoit chargé de jeter en fonte sa statue. L'artiste la modela en terre. Ne sachant que mettre dans la main gauche du pontife, il lui dit : Voulez-vous, saint Père, que je vous fasse tenir un livre? — Non, répondit le pape, une épée : je la sais mieux manier. Les papes n'ont pas conservé tout ce que Jules II leur avoit donné. Parme et Plaisance détachés du Milanez, furent joints par ce pape au domaine de Rome, du consentement de l'empereur, et ont été séparés depuis. Si son pontificat eût été moins agité, et si les plaisirs de la table et de la chasse l'eussent moins occupé, il auroit été favorable aux savans. Les Lettres, disoit-il, sont de l'argent pour les roturiers, de l'or pour les nobles, et des diamans pour les princes. Il encouragea la peinture, la sculpture, l'architecture; et de son temps on vit enfin rehaître les beaux arts. Le pape Jules II fut le premier qui laissa croître sa barbe, pour inspirer par cette singularité, un nouveau respect aux peuples. François I, Charles-Quint, et tous les autres rois suivirent cet exemple, adopté à l'instant par les courtisans, et ensuite par le peuple. V. JULES III, (Jean-Marie du Mont) né dans le diocèse d'Arezzo, se fit estimer de bonne heure par ses connoissances en littérature et en jurisprudence. Il eut successivement l'administration de plusieurs évêchés, l'archevêché de Siponte, le chapeau de cardinal en 1536, et la tiare le 8 février 1550. Il avoit présidé au concile de Trente sous Paul III : il le fit rétablir dès qu'il fut souverain pontife, et le suspendit ensuite par une Bulle. Il prit les armes avec l'empereur contre Octave Farnèse, duc de Parme, et ne fut pas heureux dans cette courte guerre. Ce pontife avoit dû en partie la chaire pontulicale au cardinal Farnèse. Ce fut pour lui marquer sa reconnoissance qu'il avoit mis Octave, neveu de ce cardinal, en possession du duché de Parme, en répondant à ceux qui lui reprochoient l'aliénation de ce petit État : qu'il aimerait mieux être un pape pauvre avec la réputation d'un gentilhomme, qu'un pape riche avec la réputation d'avoir P p oublié les bienfaits reçus et les promesses faites. Mais d'autres intérêts le firent changer de façon de penser. Jules III établit, en 1553, une nombreuse Congrégation de cardinaux et de prélats, pour travailler à la réforme de l'Eglise; mais cette congrégation n'eut aucun succès. Il mourut le 23 mars 1556, dans sa 68e année. Les médecins lui ayant fait changer son régime de vie, pour le soulager dans la goutte qui le tourmentoit beaucoup, la fièvre le saisit et le conduisit au tombeau. « D'autres disent, qu'étant pressé par son frère Baudouin, de lui céder la ville de Camérino, à quoi les cardinaux ne vouloient pas consentir, il feignit d'être malade pour ne pas tenir le consistoire, et d'user de régime comme s'il l'eût été réellement; ce qui rendit sa maladie sérieuse, et lui causa la mort. Trois choses, entr'autres, ont pu ternir son pontificat : la malheureuse expédition de Parme, la dissolution du concile de Trente, et le traité de Passaw. Panvini prétend qu'avant son élévation, il avoit agi avec tant de sévérité dans toutes les affaires, que les cardinaux ne le mirent qu'avec peine sur le trône de St. Pierre, et qu'on le vit depuis changer de conduite et s'abandonner au luxe et aux plaisirs. Ce jugement est contredit par d'autres auteurs, qui prétendent, au contraire, qu'autant il avoit été ami des plaisirs, autant parut-il modéré, modeste et appliqué au gouvernement, quand il fut devenu pape : ce qui fit dire à Charles-Quint, qu'il s'étoit également trompé dans ce qu'il avoit prédit au sujet de deux papes : Qu'il croyoit Clément VII un pontife d'un esprit paisible, ferme et constant, et qu'il s'est trouvé d'un esprit inquiet, brouillon et variable : au contraire, qu'il s'étoit imaginé que Jules III négligerait toutes les affaires pour ne penser qu'à se divertir; et que cependant on n'avoit jamais vu de pape plus diligent, n'ayant autres plaisirs que ceux qu'il trouvoit dans les affaires. » (FABRE, Histoire Ecclésiastique, livre 150, n.º 88.) Cependant il fut peu respecté de sa cour, dit le P. Bertier, parce qu'il n'avoit pas assez de gravité dans les manières; peu regretté de ses sujets, parce qu'il les accabla d'impôts. L'ambassadeur de France à Rome marquait au connétable de Montmorency : Le Pape a été pleuré par le peuple, tout ainsi qu'il est accoutumé de faire à Caréme-prenant. Ce fut du reste, ajoute le P. Bertier, un pontife zélé pour l'Eglise, un prince qui ne manquoit ni de talens, ni de vues. Trop d'affection pour sa famille, trop peu de dignité dans sa conduite, firent douter si les défauts ne l'emportoient pas dans lui sur les vertus. Quelques historieux lui ont reproché d'avoir élevé au cardinalat un jeune aventurier, son domestique, qui n'avoit d'autre talent que celui de divertir le singe du pape; ce qui le fit appeler par les malins le Cardinal Simia. Quand les autres cardinaux se plaignirent au pontife de la promotion de cet homme de néant, Jules répondit : Je ne sais pas aussi moi-même quel mérite vous m'aviez trouvé, pour me faire chef de l'Eglise. Mais la vie déréglée de Simia dut faire repentir Jules d'avoir élevé un tel homme.
JULES-PAUL, (Julius Paulus) jurisconsulte célèbre, qui Mortisoit vers l'an 193 de J. C., sut conseiller d'état avec Ulpien et Papinien. Les Padouans, vou- dant honorer le fameux médecin Apon, firent choix de Julius- Paulus avec Tite-Live pour ac- compagner le buste de leur con- citoyen sur la porte du sénat : ce qui suppose une grande estime pour ce jurisconsulte. On a de lui quelques ouvrages de Droit, entre autres, les Receptae Senten- ties, dont Sichard a donné une bonne édition.
JULES-POLLUX, grammai- rien, de Naucrate en Egypte, vers l'an 180 de J. C., devint pro- fesseur de rhétorique à Athènes. On a de lui, un Onomasticon, ou Dictionnaire Grec, Venise, 1502, et Florence, 1520, in-fol. La meilleure édition est celle d'Amsterdam, 1706, in-folio, deux vol. en grec et en latin, avec des notes de Jungerman et de divers autres savans.
JULES, Voyez les JULIUS.
JULES AFRICAIN, Voyez AFRICAIN.
JULES - ROMAIN, Voyez ROMAIN, n.º VII.
JULIA DOMNA, Voyez VI. JULIE.
JULIARD, (Guillaume, prévôt de la cathédrale de Tou- louse, neveu de la célèbre Mad. de Mondonville, institutrice des FILLES de l'Enfance, défendit la mémoire de sa tante contre Re- boulet, auteur d'une Histoire satirique de cette congrégation. Il publia deux brochures à ce sujet : I. L'Innocence justifiée. II. Le Mensonge confondu. L'abbé Juliard mourut en 1737, à 70 ans, après avoir fait condam- ner au feu, par le parlement de Toulouse, l'ouvrage de son adversaire. Voyez MONDONVILLE (Jeanne de). I. JULIE, (Sainte) vierge et martyre, de Carthage. Cette ville ayant été prise et saccagée en 439 par Genseric, roi des Van- dales, Julie fut vendue à un marchand Païen, et menée en Syrie. Quelques années après, ce marchand s'étant embarqué avec elle pour transporter des marchandises en Provence, le vaisseau s'arrêta au Cap-Corse, pour y célébrer une fête en l'hon- neur des fausses divinités. Julie, qui n'y prenoit aucune part, fut citée devant le gouverneur Félix, comme Chrétienne, et elle reçut la couronne du martyre.
II. JULIE, fille de César et de Cornélie, passoit pour la plus belle et la plus vertueuse femme de Rome. Son père la maria d'a- bord avec Cornélius Cæpion ; mais il l'engagea ensuite à faire divorce, pour lui faire épouser Pompée. César vouloit se l'atta- cher par ce lien. Julie fut le nœud de l'amitié de ces deux grands hommes; mais étant morte en couches l'an 53 avant J. C., on vit bientôt naître ces que- relles funestes qui finirent par la ruine de la république. Pompée avoit aimé tendrement Julie. Tout entier à son arnoun, il oublia, tant qu'elle vécut les armes et les affaires, pour les chastes plaisirs de l'hymne. —Il ne faut pas la confondre avec JULIE, épouse de Marc-Antoine le Crétique, et mère de Marc- Antoine le Triumvir. Celle-ci montra, pendant les sanglantes exécutions du triumvirat, autant de noblesse d'âme, que son fils fit paroître de bassesse et de cruauté. Marc-Antoine avoit P p 2 laissé mettre sur la liste des proscrits *Lucius César*, son oncle. *Julie*, sœur du proscrit, le cacha dans sa maison. Un centurion ayant des soldats à sa tête veut en forcer l'entrée. *Julie* se présente à la porte, et étendant ses bras pour empêcher les assassins d'entrer : *Vous ne tuerez point*, leur dit-elle, *l'oncle de votre général*, que vous n'ayez tué auparavant celle qui lui a donné la vie. Ces mots arrêtèrent ces furieux. Alors *Julie* se rendit à la place où *Marc-Antoine*, son fils, étoit assis sur son tribunal avec ses deux collègues. *Je viens*, lui dit-elle, *me dénoncer comme recélant Lucius César*. *Ordonnez qu'on me fasse mourir*, puisque *la peine de mort est aussi prononcée contre ceux qui sauvent les proscrits*. Ces paroles ayant désarmé *Antoine*, *L. César* jouit d'une entière sûreté. Nous ignorons l'année de la mort de cette femme généreuse.
III. JULIE, fille unique d'*Auguste*, reçut une éducation digne de sa naissance. Son père ne détournoit les yeux des affaires du gouvernement, que pour les fixer sur sa fille. Elle le méritoit, par sa beauté, par ses graces, par la légèreté et la délicatesse de son esprit. Elle épousa *Marcellus*. Son rang lui fit des courtisans, et sa figure des adorateurs. Loin de les dédaigner, elle s'abandonna avec eux aux plaisirs de la débauche la plus effrénée. Elle entra un jour dans l'appartement de son père avec une parure indécente, qu'*Auguste* lui reprocha. Le lendemain, elle en prit une plus modeste. *Hier*, dit-elle à ce prince, *j'étois parée pour mon époux*, aujourd'hui je le suis pour mon père. Devenue veuve, elle épousa *Agrippa*, et ne fut pas plus sage. Son mari étoit vieux; elle s'en indemnisa, en se livrant à tous les jeunes gens de Rome. *Voyez* II. GRACCHUS et OVIDE. « C'étoit assez, suivant ce monstre d'impudicité, qu'elle fût fidèle à son époux tant qu'elle n'étoit pas enceinte, et qu'elle ne lui donnât point d'enfant étranger... » Après la mort d'*Agrippa*, *Auguste* la fit depuis épouser à *Tibère*, qui ne voulant être ni témoin, ni dénonciateur des débauches de sa femme, quitta la cour. Sa lubricité augmenta tous les jours; elle poussa l'impudence jusqu'à faire mettre sur la statue de *Mars* autant de couronnes qu'elle s'étoit prostituée de fois en une nuit. *Auguste*, instruit de ses excès, l'exila dans l'isle Pandataire sur la côte de Campanie, après avoir fait défense à tout homme libre ou esclave d'aller la voir sans une permission expresse. *Tibère*, devenu empereur, l'y laissa mourir de faim, l'an 14$^{e}$ de J. C. (et non pas 41 ans avant J. C., ainsi que le disent les deux petits *Dictionnaires Historiques*.) *JULIE* sa fille, femme de *Lépidus*, fut aussi exilée pour ses débauches.
IV. JULIE, fille de l'empereur *Titus*, fut mariée à *Sabinus* son cousin germain. Sa beauté étoit parfaite, son cœur tendre, et son tempérament voluptueux. *Domitien*, son frère, en devint amoureux, et elle répondit à sa passion. Ce prince étant parvenu à l'empire, fit assassiner *Sabinus*, pour jouir de son épouse avec moins de contrainte, et répudia en même temps sa femme *Domitia*. *Julie* s'étant retirée dans le palais impérial, devint publiquement se concubine. Mais ayant voulu se faire avorter, pour cacher le fruit de ses amours, le breuvage que *Domitien* lui fit donner, agit d'une manière si violente, qu'elle en mourut l'an 80 de J. C., quoiqu'elle fût, dit-on, accoutumée à ce crime. *Domitien* la plaça au rang des Divinités; il en falloit de telles à ce tyran... *Voyez SABINE*. V. JULIE, surnommée *LIVILLE*, (*Julia-Junior*) troisième fille de *Germanicus* et d'*Agrippine*, née dans l'isle de Lesbos l'an 17 de J. C., fut mariée à l'âge de seize ans au sénateur *Marcus-Vinutius*. Elle jouit d'abord d'une grande faveur sous l'empereur *Caligula* son frère, qui ayant été, dit-on, son premier corrupteur, l'avoit livrée ensuite aux compagnons de ses débauches. Mais ce prince s'étant imaginé qu'elle étoit entrée dans une conspiration contre lui, l'exila dans l'isle de Ponce. Rappelée à Rome par *Claude* son oncle, l'an 41, elle ne jouit pas long-temps des délices de cette capitale. *Messaline*, jalouse de son crédit et de sa beauté, la fit exiler de nouveau, sous prétexte d'adultère, et massacrer peu de temps après par un de ses satellites. Elle n'avoit pas encore 24 ans. Ses mœurs étoient très-corrompues; et l'on prétend que le philosophe *Sénèque* fut un de ses nombreux amans, et qu'il fut relégué dans l'isle de Corse pour l'avoir séduite. Celui-ci se vengea de son exil sur la mémoire de *Claude*, en prétendant dans son *Apocalocinthose*, que l'ame de cet empereur, n'ayant pas été trouvée digne d'habiter le ciel ou les enfers, avoit été changée en citrouille.
VI. JULIE DOMNE, femme de l'empereur *Septime Sévère*, naquit à Emesse dans la Phénicie. Son père étoit prêtre du Soleil. La nature lui accorda la beauté, l'esprit, l'imagination, le discernement. Elle augmenta ces rares avantages par l'étude des belles-lettres, de l'histoire, de la philosophie, de la géométrie, et de quelques sciences qu'elle cultiva pendant toute sa vie. Ses lumières la rendirent extrêmement chère aux savans. *Julie* vint à Rome pour parvenir à la fortune; elle la trouva, en épousant *Septime Sévère*, vingt ans avant son élévation à l'empire. Les conseils qu'elle donnoit à son époux, et qu'il suivoit presque toujours, contribuèrent à lui mériter la haute réputation qu'il avoit parmi les troupes, quand l'armée d'Illyrie le proclama empereur l'an 193. *Julie*, qui s'étoit livrée depuis son mariage à la galanterie, continua, après être montée sur le trône, à suivre son penchant à la volupté; elle se plongea même dans les plus grands désordres, sans que *Sévère* osât l'en reprendre, quoiqu'il fût d'un caractère farouche et violent, et qu'il condamnât, par des édits rigoureux, les crimes qu'il toléroit dans sa femme. On prétend que cette princesse, après avoir déshonoré publiquement son époux, ajouta la barbarie aux affronts dont elle l'avoit couvert, et qu'elle entra dans une conjuration formée contre lui. Quoi qu'il en soit de ce fait, *Julie* parut rentrer en elle-même; et, pour effacer en quelque façon les taches de sa vie, elle s'attacha plus que jamais aux sciences. Elle ne paroissoit plus dans tous les lieux qu'elle fréquentoit, qu'environnée de savans, qui ne la regardoient qu'avec admiration. La postérité lui doit la Vie P p 3 598 JUL d'Apollonius de Tyone, qu'elle fit écrire par Philostrate. Après la mort de Septime Sévère, cette impératrice employait tous ses soins à maintenir en bonne intelligence ses deux fils Caracalla et Geta, qui régnolent ensemble; mais elle ne put y réussir, et elle vit assassiner dans ses bras Geta qu'elle aimait tendrement. Caracalla, son meurtrier, la blessa même à la main, comme elle embrassait Geta pour tâcher de lui sauver la vie. Quelque touchée qu'elle fût de cette mort, le désir de gouverner lui fit prendre le parti de la dissimulation; et elle ne pleura point son fils. Caracalla lui laissa une ombre d'autorité, quoiqu'il ne la consultât guère sur l'administration. Après la mort de ce prince, elle aspirait à s'emparer de l'empire; mais Macria, qui connoissait son ambition, la fit sortir d'Antioche. Son désespoir fut extrême. Elle avait un cancer, qu'elle irrita, et se laissa périr de faim l'an 217. Ses déréglemens lui attirèrent une répartie bien vive de la part d'une dame Bretonne, qu'elle raillait sur le peu de pudeur des femmes de son pays. Vous autres Romaines, lui dit cette Dame, vous n'avez rien à nous reprocher à cet égard: Nous recevons sans doute la compagnie d'hommes estimables par leur courage, afin d'avoir des enfans qui leur ressemblent; mais, vous, c'est furtivement que vous vous laissez corrompre par les plus lâches et les plus méprisables des hommes!... Quelques historiens ont prétendu que Julie n'était que belle-mère de Caracalla; et, d'après cette idée qui est fausse, ils ont adopté le conte de son mariage incestueux avec ce prince. Sparten, qui le rapporte, dit que Caracalla ayant vu Julie toute découverte, dit: Je le voudrois bien, si cela m'était permis, qu'elle répondit: Cela vous est permis, si vous le voulez, et que Caracalla l'épousa bientôt après. Mais ce fait est faux, parce que Dion et Hérodien, qui n'ont point épargné Caracalla, n'auraient pas manqué de lui reprocher ce crime.
JULIE, Voy. DRUSILE, n.º II. — GONZAGUE, n.º V. — et SOÉMIAS. I. JULIEN, (Saint) premier évêque du Mans et l'Apôtre du Maine sur la fin du 3e siècle, doit être distingué de St. JULIEN, martyrisé, dit — on, à Brionde en Auvergne, sous Dioclétien. Quoiqu'on ne puisse contester à St. Julien la gloire d'avoir prêché l'évangile dans le Maine, on n'a aucun monument, ni du temps auquel il a vécu, ni des actions qui signalèrent son épiscopat.
II. JULIEN, (Saint) illustre archevêque de Tolède, mort en 690, laissa: I. Un Traité contre les Juifs, dans le livre intitulé: Testamentum XII Prophetarum, Hagenom, 1532, in-8.º II. Pronostica futuri seculi, dans la Bibliothèque des Pères. III. Historia Wambæ, dans les Historiens de France de Duchesne. IV. D'autres Écrits savans et solides. Il avait l'esprit aisé, fécond, agréable, et les mœurs douces et pures.
JULIEN, (Didius Severus Julianus) Voyez DIDIER-JULIEN.
JULIEN, (Aurelius Julianus) Voyez I. MAXIME, au commencement.
III. JULIEN, dit l'Apostar, fameux empereur Romain, fils de Jules Constance, [ frère du Grand Constantin ] et de Basiline sa deuxième femme, naquit à Constantinople le 6 novembre 331. Il pensa périr avec son frère Gallus, dans l'horrible massacre que les fils de Constantin firent de sa famille : massacré dans lequel son père et ses plus proches parens furent enveloppés. Eusèbe de Nicomédie, chargé de l'éducation de Julien et de Gallus, leur donna un gouverneur nommé Mardonius, qui leur inspira de la gravité, de la modestie et du mépris pour les plaisirs des sens. Ces deux jeunes princes entrèrent dans le clergé, et firent l'office de lecteurs, mais avec des sentimens bien différens sur la religion. Gallus avoit beaucoup de piété, et Julien avoit en secret du penchant pour le culte des faux Dieux. Ses dispositions éclatèrent, lorsqu'il fut envoyé à Athènes à l'âge de 24 ans. Il s'y appliqua à l'astrologie, à la magie, et à toutes les vaines illusions du paganisme. Il s'attacha sur-tout au philosophe Maxime, qui flattoit son ambition en lui promettant l'empire. C'est principalement à cette curiosité sacrilège de connoître l'avenir, et au désir de dominer, que l'on doit attribuer l'apostasie de ce prince. Constance le fit César l'an 355. Il eut le commandement général des troupes dans les Gaules, et se signala dans cet emploi par sa prudence et son courage. Il remporta une victoire sur sept rois Allemands auprès de Strasbourg, vainquit plusieurs fois les Barbares, et les chassa des Gaules en très-peu de temps. Constance, auquel il étoit devenu suspect par tant de suc- cès, lui envoya demander, pour l'affoiblir, une partie considérable de ses troupes, sous prétexte de la guerre contre les Perses. Voyez URSULE. Mais les soldats de Julien se mutinèrent, et le déclarèrent empereur malgré sa résistance. Il étoit alors à Paris, où il avoit fait bâtir un palais, dont on voit encore les restes. L'empereur Constance, indigné contre lui, songeoit aux moyens de le soumettre, lorsqu'il mourut le 3 de novembre 361. Julien alla aussitôt en Orient, où il fut reconnu empereur, comme il l'avoit été en Occident. Le luxe, la mollesse, une foule de maux désoloient l'empire; Julien y remédia avec zèle. Sa maison fut réformée, et les courtisans devinrent modestes. Un jour que l'empereur avoit demandé un barbier, il s'en présenta un superbement vêtu. Le prince le renvoya, en lui disant : C'est un barbier que je demande, et non un Sénateur. Son prédécesseur avoit près de mille de ces baigneurs; Julien n'en garda qu'un : C'est encore trop, disoit-il, pour un homme qui laisse croître sa barbe. Le palais renfermoit autant de cuisiniers que de barbiers. Un jour qu'il en vit passer un magnifiquement habillé, ayant fait paroître le sien vêtu suivant son état, il demanda à ceux de sa suite : Qui des deux étoit officier de cuisine ? — C'est le vôtre, répondirent les courtisans. Alors Julien congédia le cuisinier fastueux et tous ses camarades, on leur disant : Vous perdriez tous vos talens à mon service. Il chasse aussi les ennuques, dont il déclara n'avoir aucun besoin, puisqu'il n'avoit plus de femme. Il avoit perdu son épouse Hélène, sœur de Constance, ayant que P p 4 600 JUL d'être proclamé empereur, et fidèle à la mémoire d'une épouse qu'il aimoit, il ne voulut pas se rémarier. Les Curiosi, oluciers qui, sous prétexte d'informer l'empereur de choses utiles, étoient des espions dangereux et le fléau de la société, furent supprimés. Ce retranchement de tant de charges inutiles tourna au profit du peuple : il lui remit la cinquième partie des impôts. Il ne regardoit le souverain pouvoir que comme un moyen de plus, de faire du bien aux hommes. Voici ce qu'il écrivoit étant empereur. « Qu'on me montre un homme qui se soit appauvri par ses aumônes; les miennes m'ont toujours enrichi, malgré mon peu d'économie. J'en ai fait souvent l'épreuve, lorsque j'étois particulier. Donnons donc à tout le monde, plus libéralement aux gens de bien; mais sans refuser le nécessaire à personne, pas même à notre ennemi : car ce n'est pas aux mœurs ni au caractère, c'est à l'homme que nous donnons... » Ceux qui s'étoient déclarés contre lui, quand il étoit simple particulier, n'eurent qu'à se louer de son indulgence, lorsqu'il fut ceint du diadème impérial. Julien avoit témoigné publiquement son mécontentement à un magistrat nommé Thalassius. Différens particuliers qui plaidoient contre ce magistrat, profitèrent de la conjoncture. Ils abordèrent l'empereur en lui disant : Thalassius, l'ennemi de votre piété, nous a enlevé vos biens; il a commis mille violences. L'empereur, craignant qu'on ne voulût abuser de la disgrace d'un malheureux, répondit aux accusateurs : J'avoue que votre ennemi est aussi le mien; mais c'est précisément ce qui doit suspendre vos poursuites contre lui, jusqu'à ce qu'il m'ait satisfait : je mérite bien la préférence. En même temps, il défendit au préfet de les écouter, jusqu'à ce qu'il eût rendu ses bonnes graces à l'accusé; et il les lui rendit bientôt après. — Pendant son séjour à Antioche, étant sorti de son palais pour aller sacrifier à Jupiter sur le Mont-Cassius, un homme vint lui embrasser les genoux, et le supplier humblement de lui accorder la vie. Il demanda qui c'étoit ? C'est, lui répondit-on, Théodote, ci-devant chef du conseil d'Hiéraple; et quelqu'un ajouta méchamment : En reconduisant Constance, qui se préparoit à vous attaquer, il le complimentoit par avance sur la victoire, et le conjuroit, avec des gémissemens et des larmes, d'envoyer promptement à Hiéraple la tête de ce rebelle, de cet ingrat : c'est ainsi qu'il vous appeloit. — Je savois tout cela il y a longtemps, dit l'empereur; puis adressant la parole à Théodote qui n'attendoit que son arrêt de mort : Retournez chez vous sans rien craindre. Vous vivez sans un Prince qui, suivant la maxime d'un grand Philosophe, cherche de tout son cœur à diminuer le nombre de ses ennemis, et à augmenter celui de ses amis. — Julien méprisa toujours les délateurs, comme des ames viles, qui couvroient leurs inimitiés personnelles du prétexte du bien général. Un de ces misérables étant venu lui dénoncer un de ses concitoyens comme prétendant à l'empire, il ne fit pas attention à cette accusation ridicule. Le délateur continuant de se présenter à son audience, pour intenter les mêmes accusations, l'empereur lui demanda : *Quelle est la condition du coupable que vous dénoncez ?* — *C'est*, dit-il, un riche bourgeois. — *Quelle preuve avez-vous contre lui ?* ajouta le prince en souriant. — *Il se fait faire un habit de soie couleur de pourpre...* *Julien* n'en voulut pas écouter davantage ; et comme le délateur insistoit, il dit au grand trésorier : *Faites donner à ce dangereux babillard une chaussure couleur de pourpre, afin qu'il la porte à celui qu'il accuse, pour assortir son habit...* Les philosophes, au lieu de perfectionner un naturel si heureux, le corrompirent. Ils lui persuadèrent d'anéantir le Christianisme, et de faire revivre l'idolâtrie. *Julien*, trop superstitieux ou trop facile, ordonna par un *Edit* général d'ouvrir les temples du Paganisme. Il fit lui-même les fonctions de souverain pontife, avec toutes les cérémonies Païennes, s'efforçant d'effacer le caractère de son baptême avec le sang des sacrifices. Sachant que le peuple se gagne par les images extérieures, il rétablit toutes les idoles détruites. Il fit peindre à côté de lui, dans tous ses portraits, *Jupiter* qui lui donnoit la couronne et la pourpre, *Mars* et *Mercure* qui l'honoroient du don de la valeur et de l'éloquence. En mêlant ainsi son image avec celles des faux dieux, il savait que le peuple obligé d'honorer l'une, (et les Chrétiens même ne pouvoient s'en dispenser) rendoit des hommages aux autres. Il assigna des revenus aux prêtres des idoles, dépouilla les églises de tous leurs biens, pour en faire des largesses aux soldats, ou les réunir à son domaine ; révoqua tous les privilèges que les empereurs Chrétiens avoient accordés à l'Eglise, et ôta les pensions que *Constantia* avoit données pour nourrir les clercs, les veuves et les vierges. Plus adroit que ses prédécesseurs, il ne crut pas d'abord devoir employer la violence pour abolir le Christianisme : il savoit qu'elle avoit donné à l'Eglise une plus grande fécondité. Il affecta même beaucoup de douceur envers les Chrétiens, et rappela tous ceux qui avoient été exilés sous *Constance* à cause de la religion. Son but étoit de les pervertir par les caresses, les avantages temporels, et les vexations colorées de quelque prétexte étranger. S'il en levoit les richesses des églises, c'étoit, disoit-il, pour faire pratiquer aux Chrétiens la pauvreté *Évangélique* : il leur défendit de plaider, de se défendre en justice, et d'exercer les charges publiques. Il fit plus, il ne voulut pas qu'ils enseignassent les belles lettres, sachant les grands avantages qu'ils tiroient des livres profanes pour combattre le paganisme et l'irréligion. Quoiqu'il témoignât en toutes occasions un mépris souverain pour les Chrétiens, qu'il appelait toujours *Galilées*, cependant il sentoit l'avantage que leur donnoient la pureté de leurs mœurs et l'éclat de leurs vertus ; il ne cessoit de proposer leurs exemples aux prêtres des Païens. Tel fut le caractère de la persécution de *Julien* ; la douceur apparente, et la dérision de l'Évangile. Il en vint néanmoins à tolérer ouvertement les moyens violens, quand il vit que les autres étoient inutiles. Il donna les charges publiques aux plus cruels ennemis des Chrétiens, et les villes furent remplies de troubles et de séditions. Il y eut un grand nombre de martyrs 602 JUL dans la plupart des provinces. On dit même qu'il fit mourir, à Chalcéloine, les deux ambassadeurs de Perse, Manuel et Ismaël, parce qu'ils étoient Chrétiens. Mâris, évêque de cette ville, qui étoit aveugle, lui ayant reproché publiquement ses impétés, Julien lui répondit en souriant, « que son Galiléen ne le guériroit pas de la perte de sa vue. » — Je loue le Seigneur, répondit Mâris, d'être aveugle, pour n'avoir pas les yeux souillés par la vue d'un Apostat tel que toi... Julien ne répliqua point, et affecta un air de clémence et de modération. [ Voy. IL BONOSE. — I. CESAIRE. — DELPHIDIUS et l'article suivant. ] Il voulut convaincre de faux la prédiction de Notre-Seigneur sur le Temple de Jérusalem, et entreprit de le faire rebâtir par les Juifs, environ 300 ans après sa démolition par Titus; mais tous leurs efforts ne servirent qu'à vérifier la parole de JÉSUS-CHRIST. Les Juifs, qui s'étoient rassemblés de tous côtés à Jérusalem, en ayant creusé les fondemens, il en sortit des tourbillons de flammes, qui consumèrent les ouvriers et l'ouvrage commencé. Les maçons s'opiniâtrèrent, à diverses reprises, à construire les fondemens du Temple; mais tous ceux qui osèrent y travailler périrent par les flammes. Ce fait est constaté par Ammieu Marcellin, auteur Païen très-estimé, et par un grand nombre de témoins authentiques. Le même historien se moque de sa superstition, qui lui fit dépeupler le monde de bœufs, par le grand nombre de sacrifices qu'il offrit; et Entrope, qui le compare à Marc-Aurélie, dit pourtant qu'il étoit nimias Religionis Christianæ insectator... L'empereur Julien, résolu d'éteindre le Christianisme, vouloit auparavant terminer la guerre contre les Perses. Ce prince ne respiroit que la gloire de venger l'empire Romain des pertes que ces peuples lui faisoient souffrir depuis 60 ans. Ses premières armes furent heureuses. Il prit plusieurs villes aux ennemis, et s'avança jusqu'à Ctesiphon. Il fit passer le Tigre à son armée au-dessus de cette ville, et, par une extravagance que le succès même ne pourroit excuser, il fit brûler sa flotte et toutes ses provisions. Il voulut pénétrer dans le cœur de l'Assyrie; mais, au bout de quelques jours de marche, ne trouvant ni grains ni fourrages, parce que les Perses avoient fait par-tout le plus grand dégât, il fut contraint de revenir sur ses pas et de se rapprocher du Tigre. Dans l'impossibilité de le repasser, faute de bateaux, il prit pour modèle de sa retraite celle des Dix-mille, et résolut de gagner, comme eux, le pays des Carduques, appelé, de son temps, la Carduenne. Supérieur dans tous les petits combats aux lieutenans de Sapor, roi de Perse, il avançoit toujours, lorsque, le 26 Juin 363, il fut blessé dangereusement. Comme il levoit les bras pour animer ses troupes, en criant : TOUT A NOUS ! il fut frappé d'un dard. Théodoret dit, qu'il prit alors dans sa main du sang de sa blessure, et qu'il s'écria, en le jetant contre le Ciel : TU AS FAINCU, GALILÉEN ! Quoi qu'il en soit de ce bruit populaire et assez peu vraisemblable, Julien parut regretter peu la vie. Je me soumets, dit-il, avec joie aux décrets éternels, convaincu que celui qui est attaché à la vie, quand Il faut mourir, est plus lâche que celui qui voudroit mourir quand il faut vivre. Ma vie a été courte, mais mes jours ont été pleins. La mort, qui est un mal pour les méchans, est un bien pour l'homme vertueux; c'est une dette qu'un Sage doit payer sans murmure. J'ai été Particulier et Empereur; et dans ma vie privée et sur le trône, je n'ai rien fait, je pense, dont j'aie lieu de me repentir. Il employa ses derniers momens à s'entretenir de la noblesse des ames avec le philosophe Maxime, et expira la nuit suivante, à 32 ans. On lui fit cette Epitaphe: « Ci-dit JULIEN, qui perdit la vie sur le bord du Tigre; il fut un excellent Roi et un vaillant Guerrier. » Ayant toujours su se défendre de l'amorce des plaisirs, il disoit souvent, après un poète Grec, que la Chasteté est en fait des mœurs, ce que la tête est dans une belle Statue, et que l'incontinence suffit pour déparer la plus belle vie. Dans la guerre qu'il fit contre les Perses, il s'abstint, à l'exemple d'Alexandre le Grand, de voir des vierges captives dont on lui avoit vanté les charmes. Dans cette même expédition, ayant apperçu à la suite de l'armée, plusieurs chameaux chargés de vins exquis, il défendit aux chameliers de passer outre. Emportez, leur dit-il, ces sources empoisonnées de volupté et de débauche: un soldat ne doit pas boire de vin s'il ne l'a pris sur l'ennemi, et moi-même je veux vivre en soldat. Il n'y a guère de princes dont les auteurs aient parlé plus diversement, parce qu'ils l'ont regardé sous différens points de vue, et qu'il étoit lui-même un amas de contradictions. Il y avoit en lui, dit Fleury, un tel mélange de bonnes et de mauvaises qualités, qu'il étoit facile de le louer ou de le blâmer, sans alterer la vérité. D'un côté, savant, libéral, tempérant, sobre, vigilant, juste, clément, humain. D'un autre côté, léger, inconstant, bizarre, donnant dans le fanatisme et les superstitions les plus extravagantes, courant après la gloire, voulant être tout à la fois Platon, Marc-Aurèle et Alexandre, estimant, par un goût faux, ce qui pouvoit le singulariser, débitant des calomnias contre la famille du Constantin, et refusant souvent aux Chrétiens de répondre à leurs requêtes. On peut dire qu'il étoit plutôt singulier que grand, et qu'il avoit tout le ridicule des philosophes, sans avoir toutes les qualités qui font les grands princes. Julien avoit une taille médiocre, le corps bien formé, agile et vigoureux; des épaules larges, qui se haussouent et se baissouent tour-à-tour; la tête toujours en mouvement; la démarche peu assurée; les sourcils et les yeux parfaitement beaux; le regard plein de feu, mais qui marquoit de l'inquiétude et de la légèreté; l'air railleur; une barbe hérissée en pointe. Il parloit et rioit avec excès. Il nous reste de lui, plusieurs Discours ou Harangues, des Lettres, une Satire des Césars; un Traité intitulé: Misopogon, qui est une Satire des habitans d'Antioche, et quelques autres pièces qui ont été publiées en grec et en latin par le P. Petau, en 1630, in-4. Ezechiel Spanheim en donna, en 1696, une belle édition, in-fol. L'abbé de la Blatterie en a traduit une partie avec autant de fidélité que d'élégance, dans sa Vie de Jovien, en 2 vol. in-12. Il n'y 604 JUL a personne qui ne connoisse et qui n'admire la Satire des Césars, à quelques plaisanteries près, qui sont un peu froides. Un jugement critique de ceux qui ont été assis sur le premier trône du monde, par un philosophe austère qui y a été assis lui-même, a de quoi plaire; mais cette censure est-elle digne d'un sage? Non, sans doute. Son Misopogon est plein d'esprit et de vanité. Il déprime étrangement les habitans d'Antioche, et ne s'épargne pas les louanges. Les connoisseurs ont jugé, par les différens ouvrages qui nous restent de Julien, que cet empereur avoit un beau génie, un esprit vif, aisé, fécond; mais ils lui reprochent de s'être trop abandonné au goût de son siècle, où la déclamation tenoit lieu d'éloquence, les antithèses de pensées, et les jeux de mots de plaisanteries. Voy. LIBANICS. Nous devons une partie de cet article à l'excellente Histoire de Julien par l'abbé de la Bletterie. Cette Histoire, réimprimée à Paris en 1746, in-12, est la seule dans laquelle on puisse apprendre ce qui regarde la conduite, le caractère et les écrits de cet empereur. Ajoutez-y ce qu'en dit Thomas, dans le vingtième chapitre de son Essai sur les Eloges. En rendant justice à sa bonté, à son courage, à son économie, à son amour pour ses peuples, il ne dissimule pas ses défauts. « Nous savons, dit-il, par l'histoire, quels furent son caractère et ses goûts. Passionné pour les Grecs, nourri nuit et jour de la lecture de leurs écrivains, enthousiaste d'Homère, fanatique de Platon, avide et insatiable de connoissances, né avec ce genre d'imagination qui s'enflamme pour tout ce qui est extraordinaire, ayant de plus une ame ardente et cette force qui sait plus se précipiter en avant que s'arrêter; d'ailleurs, accoutumé, dès son enfance, à voir dans un empereur Chrétien le meurtrier de sa famille, et dans le fond de son cœur rendant peut-être la religion complice des crimes qu'elle condamne; placé entre l'ambition et la crainte; inquiet sur le présent, incertain sur l'avenir; ses goûts, son imagination, son ame, les malheurs de sa famille, les siens, tout sembla le préparer d'avance au changement qu'il voulut opérer dans la religion. On ne peut douter, en le lisant, qu'il ne fût séduit par cette espèce de théologie platonique qui régnoit alors, et dont il parle dans tous ses écrits avec enthousiasme. On ne peut presque pas douter non plus qu'il n'ait cru aux génies. Deux fois il crut voir celui de l'empire; l'une en songe dans les Gaules, lorsqu'il délibéroit s'il accepteroit le trône; l'autre, dans la l'erse, et peu de temps avant sa mort, lorsque, pendant la nuit, il méditoit sous sa tente. Enfin, quand on le voudroit, il seroit également impossible de douter qu'il n'eût un penchant profond à la superstition. Oracles, présages, sacrifices, mystères, divinations, cérémonies théurgiques, il embrassoit tout; il se livroit à tout. L'idée que la divinité pouvoit se communiquer à l'homme, tourmentoit et agitoit son esprit. On a beau dire; je ne puis croire que sa politique seule fit sa superstition. La politique a moins de zèle et n'a point sur-tout cette activité inquiète et curieuse. L'intérêt qui veut traîner le peuple aux autels, peut bien se mêler aux sacrifices dans les fêtes et les cérémonies publiques; mais l'intérêt ne joue pas l'enthousiasme religieux, tous les jours, tous les instans et dans tous les détails de la vie. Que penser donc de *Julien* ? Qu'il fut beaucoup plus philosophe dans son gouvernement et sa conduite, que dans ses idées; que son imagination fut extrême, et que cette imagination égarait souvent ses lumières; qu'ayant renoncé à croire une révélation générale et unique, il cherchoit à chaque instant une foule de petites révélations de détail; que, fixé sur la morale par ses principes, il avoit sûr tout le reste l'inquiétude d'un homme qui manque d'un point d'appui; qu'il porta, sans y penser, dans le Paganisme même, une teinte de l'austérité Chrétienne où il avoit été élevé; qu'il fut Chrétien par les mœurs, Platonicien par les idées, superstitieux par l'imagination, Païen par le culte, grand sur le trône et à la tête des armées, foible et petit dans ses temples et ses mystères. Qu'il eut, en un mot, le courage d'agir, de penser, de gouverner et de combattre; mais qu'il lui manqua le courage d'ignorer. Que malgré ses défauts, (car il en eut plusieurs) les Païens durent l'admirer, et que les Chrétiens durent le plaindre.
IV. JULIEN, oncle maternel de l'empereur *Julien*, comte d'Orient, haïssoit les Chrétiens autant que son neveu; mais il cachoit beaucoup moins sa haine. Altéré de leur sang, il saisissoit toutes les occasions de leur faire subir le dernier supplice. Il fit fermer toutes les églises d'Antioche. N'ayant jamais pu obliger le prêtre *Théodoret*, économe d'une église Catholique, à renier J. C., il le condamna à perdre la tête. Le même jour, il se rendit à l'église principale, profana les vases sacrés, et donna un soufflet à un évêque qui vouloit l'en empêcher. *Qu'on croie maintenant*, dit ce sacrilège, que DIEU se mêle des affaires des Chrétiens ! L'empereur ayant appris la mort du prêtre *Théodoret*, la lui reprocha avec chaleur. *Est-ce ainsi*, lui dit-il, que vous cutrez dans mes vues ? Tandis que je travaille à ramener les Galilènes par la raison, vous faites des Martyrs sous mon règne, et sous mes yeux ! Ils vont me flétrir comme ils ont flétri leurs plus odieux persécuteurs. Je vous défends d'ôter la vie à personne pour cause de Religion, et vous charge de faire savoir aux autres ma volonté. Ces reproches furent un coup de foudre pour le comte, qui mourut peu de temps après, dans une affreuse alternative de fureur contre les Chrétiens, et de ces remords infructueux produits par la crainte et le désespoir. V. JULIEN, gouverneur de la province de Vénétie en Italie, prit le titre d'empereur après la mort de *Numérien* en 284. Comme il avoit de la bravoure, il se maintint pendant quelque temps en Italie contre les troupes de l'empereur *Carin*. Mais les deux concurrens à l'empire s'étant rencontrés dans les plaines de Vérone, *Julien* fut vaincu. Les uns disent qu'il périt dans la bataille; d'autres, qu'il se tua lui-même après. Il n'avoit porte la pourpre impériale qu'environ cinq à six mois.
VI. JULIEN, (le comte) gouverneur de l'Andalousie, fut si 606 JUL outré de l'affront fait à sa fille, Florinde, déshonorée par le roi Rodrigue, qu'il entreprit de faire passer les Maures d'Afrique en Espagne, vers l'an 710, pour enlever le trône à ce prince. Il n'y réussit que trop bien. Rodrigue perdit bientôt la couronne et la vie; et l'Espagne fut subjuguée. Julien ne survécut guères à sa vengeance. On prétend qu'il périt ensuite misérablement avec toute sa famille.
VII. JULIEN D'ÉCLANE, évêque de cette ville, étoit fils de Mémorius, évêque de Capone. Il se distingua par son éloquence, et par les graces de son esprit et de son style. Ses talents lui gagnèrent le cœur de St. Augustin; mais ils se brouillèrent, lorsqu'il refusa de souscrire aux anathèmes lancés, en 418, contre les Pélagiens, dans le concile général d'Afrique. Julien se joignit à dix-sept autres évêques de sa secte, pour faire une confession de foi, dans laquelle ils prétendoient se justifier. Le pape, sans y avoir égard, le condamna avec ses complices. Ces fanatiques en appelèrent à un concile général; mais St. Augustin, un des plus ardens adversaires du Pélagianisme, démontra que cet appel étoit illusoire. Julien mourut en 450, après avoir été chassé de son église, anathématisé par les papes, et proscrit par les empereurs. On a de lui, quelques Guérages, 1668, in-8.
JULIEN, (Sr.) Voy. Sr. JULIEN.
JULIENNE, prieur du monastère du Mont-Cornillon, près de Liège, naquit en 1193, et mourut en 1258, à 65 ans, en odeur de sainteté. Une vision qu'elle eut, donna lieu à l'institution de la Fête du St. Sacrement, qui, célébrée d'abord dans quelques églises particulières, le fut ensuite dans l'église universelle. Voy. URBAIN IV.
JULIUS CANUS, illustre Romain, a rendu son nom célèbre par sa constance. L'empereur Caligula, irrité sans sujet contre lui, l'avertit de se préparer à la mort. Je vous suis bien obligé, César I répondit cet homme intrépide, sans paroître ému. On le conduisit en prison, et lorsqu'on vint le prendre pour le mener au supplice, on le trouva jouant aux échecs. Son jeu étoit plus beau que celui de son compagnon; et afin que celui-ci ne se glorifiât pas après sa mort de l'avoir gagné, il pria le centurion d'être témoin de l'avantage qu'il avoit sur lui. Il se leva ensuite, et suivit l'exécuteur avec une fermeté qui surprit et toucha tous les spectateurs. Voyez Sénèque. De tranquillitate animi, cap. 14.
JULIUS, etc. Voyez BARCOCHEBAS. — I. CELSE. — CAPITOLIN. — FIRMICUS. — GRÉCINUS. — les derniers JULES. — OESSQUENS. — AFRICAIN. — II. SABINUS.
JULLIÉRON, (Guichard) célèbre imprimeur de Lyon, attaché au parti de Henri IV, empêcha les Suisses, qui n'étoient plus payés, de quitter le service du roi. Il vendit deux maisons, et leur en distribua le prix. Henri IV, voulant ensuite lui rembourser ses cinquante mille livres, il les refusa, et ne lui demanda que le titre d'imprimeur du roi à Lyon; ce qui lui fut accordé en 1594.
JUNCKER, (Christian) né à Dresde en 1668, se rendit habile dans la science des médailles. Il fut successivement recteur à Schleusingen, à Eysenach et à Altembourg, où il mourut le 19 juin 1714, à 46 ans, avec le titre d'historiographe de la maison de SAXE-ERNEST, et de membre de la société royale de Berlin. La mort subite de sa femme, qu'il chérissoit tendrement, accéléra la sienne. C'étoit un savant, ennemi de la pédanterie et du charlatanisme. Il a fait un grand nombre de Traductions allemandes d'Auteurs anciens, et plusieurs Editions d'Auteurs classiques, avec des notes, dans le goût des éditions de Minellius. On a encore de lui: I. Schediasma de Diariis eruditorum. II. Centuria Feminarum eruditione et scriptis illustrium. III. Theatrum Latinitatis universæ Rchero - Junckerianum. IV. Lineæ eruditionis universæ et Historiæ Philosophicæ. V. Vita Lutheri ex nummis. VI. Vita Ludolphi, etc. Sa pauvreté l'obligeoit de travailler un peu à la hâte, et ses ouvrages se sentent de cette précipitation.
JUNCTES, (Les) Voyez JUNTES.
JUNCTIN, qu'on appeloit Giuntino en italien, mathématicien Florentiu, avoit été d'abord Carme, il apostasia ensuite. Après avoir mené une vie errante, licencieuse et inquiète, il passa en France, où il abjura la religion Catholique. S'étant établi à Lyon, il y fut longtemps correcteur d'imprimerie chez les Juntes. Il donna ensuite dans la Banque, fit le commerce du papier, et prêta à intérêt. Il amassa, par ce moyen, soixante mille écus, dont on ne trouva cependant rien après sa mort. Il avoit fait un legs de mille écus aux Juntes; mais cette marque d'amitié ne leur servit de rien, par l'enlèvement furtif de tout ce qu'il avoit amassé. On prétend qu'il fut accablé, en 1590, sous les ruines de sa bibliothèque, quoiqu'il eût lu dans les astres qu'il mourroit d'un autre genre de mort. Il avoit environ 68 ans. On a de lui: I. Des Commentaires latins sur la Sphère de Sacrobosco, 1527 et 1578, 2 vol. in-4.º II. Speculum Astrologiæ, Lugduni, 1581, 2 vol. in-fol. III. Un Traité en françois sur la Comète qui parut en 1577, in-8.º IV. Un autre sur la réformation du Calendrier par Grégoire XIII, en latin, in-8.º Il étoit rentré dans l'Eglise Catholique, sans être plus réglé. Ses mœurs furent très-corrompues, et son esprit se ressentit de cette corruption. I. JUNGERMAN, (Godefroi) fils d'un professeur en droit de Leipzig, est connu par une Edition de Pollux; par une autre, fort recherchée, d'une ancienne version grecque des sept livres De la Guerre des Gaules de J. César, Francfort, 1606, 2 vol. in-4º; et par une traduction latine des Pastorales de Longus, avec des notes, Hanoviæ, 1605, in-8.º On a aussi de lui, des Lettres imprimées. Il mourut à Hanau, le 16 août 1610.
II. JUNGERMAN, (Louis) frère du précédent, cultiva avec succès l'histoire naturelle, et s'appliqua particulièrement à la botanique. Il mourut à Altorf, en 1653. C'est à lui qu'on attribue Hortus Eystettensis. (Voy. BESLER.) Catalogus plantarum 608 JUN quæ circa *Altorfinum nascuntur*, Altorf, 1646, in-8.º *Cornucopia Floræ Giessensis*, Giesse, 1623, in-4.º
JUNIE, (*Junia Calvina*) différente de *JUNIA Silana*, autre dame Romaine, fameuse par ses galanteries, descendoit de l'empereur *Auguste* en droite ligne. Elle joignoit à l'éclat de sa naissance, une rare beauté, mais qui n'étoit pas relevée par la sagesse. Son intimité avec *Silanus* son frère, où il entroit peut-être plus d'indiscrétion que de crime, l'exposa à des soupçons odieux. Que l'inceste fût vrai ou supposé, l'empereur *Claude* exila *Junie* de Rome; elle fut rappelée par *Néron*, et vécut jusqu'au règne de *Vespasien*... *Racine*, dans sa tragédie de *Britannicus*, l'a peinte bien autrement que les écrivains anciens. Comme *Britannicus* étoit un prince vertueux, le poète a supposé que son amante avoit les mêmes qualités, et a fait de *Junie* une vestale digne du cœur de son héros.
JUNIEN, (*Saint*) célèbre solitaire, natif de Briou en Poitou, fonda un monastère à Mairé, dont il fut le premier abbé. Il mourut le 13 août 587, le même jour que *Ste Badegonde*, avec laquelle il avoit été en commerce de lettres et de mysticité. En 1569, la crainte qu'inspiroient les Calvinistes, fit enfouir ses reliques avec des vases sacrés dans un lieu qu'on n'a pu encore découvrir. *Voyez les Vies* *des Saints de Baillet*, 13 août.
JUNILIUS, évêque d'Afrique au 6ᵉ siècle. On a de lui, deux livres *De la Loi divine*, en forme de dialogues, dans la bibliothèque des Pères. C'est une espèce d'introduction à l'étude de l'Écriture sainte. I. JUNIUS, (*Adrien*) DU JONCH, né à Horn en Hollande, le 1er juillet 1511, s'appliqua de bonne heure à la littérature et à la médecine, et parcourut l'Allemagne et l'Angleterre pour se perfectionner. Appelé en Danemark pour être précepteur du prince royal, il ne put s'accommoder, ni du climat, ni du génie de la nation. Il revint en Hollande en 1564, et mourut à Armuiden près de Middelbourg, le 16 juin 1575, de regret d'avoir vu piller sa bibliothèque par les Espagnols. Il laissa : I. Des *Commentaires* peu connus sur divers auteurs Latins. II. Un *Poème* en vers prosaïques, intitulé : *La Philippide*, Londres, 1554, in-4º, sur le mariage de *Philippe II*, roi d'Espagne. III. Quelques *Traductions* d'ouvrages grecs; mais elles sont peu fidèles; et dans la seule version d'*Eunapius* il a fait plus de six cents fautes. IV. Six livres d'*Animadversorum*, que *Gruter* a insérés dans son *TRESOR critique*. Ils roulent sur divers points de critique. « L'auteur y fait paroître, dit *Nicéron*, une connoissance profonde de l'antiquité Grecque et Romaine, une critique également fine et judicieuse, de la politesse dans le style, jointe à toute la candeur et à toute la modestie d'un écrivain qui travaille sincèrement à découvrir la vérité. » Ces six livres, imprimés séparément à Rotterdam, en 1708, in-8º, sont suivis d'un *Traité* *de Coma*, curieux et rempli d'érudition. *Thiers* en a fait usage dans son *Histoire des Perruques*. V. *Phalli ex fungorum genere* *Descriptio*, Descriptio, Leyde, 1601, in-4°; Dordrecht, 1652, in-8°. On trouve dans cette édition des Lettres de Junius, mais il n'y a pas de figures. VI. Nomenclator omnium rerum; 1567, in-8°. Cet ouvrage est curieux et recherché. Il a beaucoup servi à l'abbé Dinouart pour la nouvelle édition de l'Indiculus universalis du Père Pomey. Le choix des termes en huit langues, n'y est pas moins une preuve d'érudition de l'auteur, que de sa patience infatigable. Ce n'est pas qu'on n'y trouve des fautes, et même des fautes grossières; mais c'est un sort inévitable dans des ouvrages si étendus et si variés. Colomiez rapporte, au sujet de ce livre, une anecdote, qui est apparemment un conte. Il dit que J. Sambuc étant allé en Hollande exprès pour voir Junius, apprit chez lui qu'il buvoit avec des charretiers; à cette nouvelle, il conçoit tant de mépris pour lui, qu'il s'en retourna sans le voir. Junius l'ayant appris, s'excusa sur ce qu'il ne s'étoit trouvé avec ces sortes de gens, que pour apprendre d'eux quelques termes de leur métier, qu'il vouloit mettre dans son Nomenclator. (Voy. le tome 16° des Mémoires de Niceron, qui donne un catalogue détaillé de ses nombreux écrits.) On ne peut nier qu'il n'eût un grand fonds de littérature.
II. JUNIUS, ou DU JON, (François) né à Bourges, en 1545, se rendit habile dans le droit, dans les langues et dans la théologie, et fut ministre dans les Pays-Bas. Il fut choisi, en 1597, pour enseigner la théologie à Leyde, où il mourut le 13 octobre, en 1602, à 57 ans. Il avoit naturellement une mé- moire fort étendue, à laquelle il avoit confié beaucoup de choses. On a de lui : I. Une Version latine du texte hébreu de la Bible, qu'il fit avec Emmanuel Tremelius. Elle a souvent été imprimée en différentes formes : celle qui a plus de notes, est d'Herborn, 1643, en 4 vol. in-folio. II. Des Commentaires sur une grande partie de l'Écriture sainte, etc., publiés à Genève, 1607, en 2 vol. in-folio. Ce savant n'avoit d'autres plaisirs que ceux du travail. « Il peut passer, dit Dupin, pour un bon grammairien et un médiocre théologien. » Il n'étoit pas Calviniste rigide. Quoiqu'il crût, suivant le préjugé vulgaire de sa secte, que l'Église Romaine étoit Meretrix Babylonica, il prétendoit, dit Niceron, « qu'on pouvoit s'y sauver; que c'étoit un corps vivant, mais plein d'ulcères; que c'étoit une prostituée, mais qui ne laissoit pas d'être l'épouse de Jésus-Christ, parce qu'il ne l'avoit pas répudiée. » Ce sentiment, quoique exprimé d'une manière offensante pour la véritable Église, déplut aux théologiens de Genève.
III. JUNIUS, (François) fils du précédent, né à Heidelberg en 1589, prit d'abord le parti des armes; mais, après la trêve conclue en 1609, il se livra tout entier à l'étude. Il passa en Angleterre en 1610, et demeura pendant trente ans chez le comte d'Arundel. Il mourut à Windsor, chez Isaac Vossius son neveu, en 1678, à 88 ans, laissant ses manuscrits à l'université d'Oxford. Il se fit extrêmement estimer, non-seulement par sa profonde érudition, mais encore par la pureté de ses mœurs. Ainsi Q q 610 JUN que son père, il n'avoit aucune passion que celle de l'étude; et, ce qui est bien peu commun, cette passion n'altéra pas sa santé. Il ne songeoit ni aux biens, ni aux dignités de la terre. On mit dans son Epitaphe: *Sine querela aut injuria, Musis tantum et sibi vacavit*. Sa philosophie servit à conserver son enjouement, qui l'accompagna jusqu'à sa dernière vieillesse: et il reçut toujours avec affabilité ceux qui le visitoient, quoiqu'il craignit d'être détourné de son travail. Il aimoit tellement les langues septentrionales, qu'ayant su qu'il y avoit en Frise quelques villages où l'ancienne langue des Saxons s'étoit conservée, il y alla demeurer deux ans. On a de lui: I. Un Traité *De Pictura Veterum*. Il y a peu de choses dans les auteurs Grecs et Latins, sur la peinture et sur les peintres, qui aient échappé aux recherches laborieuses de l'auteur. La meilleure édition est de Rotterdam, en 1694, in-folio. II. L'*Explication de l'ancienne Paraphrase Gothique des quatre Evangiles*, corrigée sur de bons manuscrits, et éclaircie par des notes de *Thomas Maréchal*, 1665, in-4.º III. Un *Commentaire* sur la *Concorde des quatre Evangiles*, par *Tatican*, manuscrit. IV. Un *Glossaire* en cinq langues, dans lequel il explique l'origine des langues septentrionales. Ce dernier ouvrage a été donné au public à Oxford, en 1645, in-folio, par *Edouard Lye*, savant Anglois. *Junius* étoit aussi très-versé dans les langues orientales, ainsi que dans toutes les connoissances qui constituent le profond érudit.
JUNON, (Mythol.) sœur et femme de *Jupiter*, et la Déesse des royaumes et des richesses, étoit fille de *Saturne* et de *Rhée*. Elle échappa à la cruauté de *Saturne*, qui vouloit dévorer tous ses enfans. Elle épousa ensuite *Jupiter*, et en cut *Iithye*, *Mena* et *Hébe*. Elle devint si jalouse, qu'elle l'épioit continuellement, ne cessant de persécuter ses concubines, et même les enfans qu'il en avoit eus. Elle suscita une infinité de traverses à *Europe*, *Sémélé*, *Io*, *Latone*, et aux autres amantes de *Jupiter*. Après la défaite des Dieux, auxquels elle s'étoit jointe dans leur révolte, *Jupiter* la suspendit en l'air; et par le moyen d'une paire de mules d'aimant, que *Vulcain* inventa pour se venger de ce qu'elle l'avoit mis au monde tout contrefait, il lui attacha sous les pieds deux enclumes, après lui avoir lié les mains derrière le dos avec une chaîne d'or. Les Dieux ne purent jamais la délier, et sollicitèrent *Vulcain* de le faire, avec promesse de lui donner *Vénus* en mariage. *Junon* joignoit à sa jalousie, un orgueil insupportable. Elle ne put jamais pardonner à *Paris* de ne lui avoir pas adjugé la pomme d'or sur le mont Ida, lorsqu'elle disputa de la beauté avec *Vénus* et *Pallas*: elle se déclara, dès ce moment, l'ennemie irréconciliable du nom Troyen. *Junon*, toujours attentive aux démarches de *Jupiter*, ayant appris qu'il avoit mis au monde *Pallas* sans sa participation, et qu'il l'avoit fait sortir de son cerveau, donna, toute seule aussi, la naissance à *Mars*. Cette Déesse présidoit aux mariages et aux accouchemens. Quand les dames Romaines ne pouvoient avoir d'enfans, elles alloient dans son temple, où s'étant dépouillées de leurs vêt- mens et couchées contre terre, elles recevoir plusieurs coups de fouet, avec des lanières de peau de bouc, par un prêtre Lu- percal : aussi reprérente-t-on Junon tenant un fouet d'une main, et de l'autre un sceptre, avec cette inscription, JUNONI LU- CINA. Les poètes lui ont donné diverses épith'tes dans leurs ou- vrages. Ils l'appellent Lucina, Opigena, Juga, Domiduca, Cinxia, Unxia, Fluonia. Elle fut nommée LUCINA, (à Luce) de la lumière, parce qu'elle ai- doit les femmes à mettre les en- fans au monde, et à leur faire voir la lumière. On la nommoit, pour la même raison, OPIGENA et OBSTETRIX, parce qu'elle sou- lageoit les femmes dans leurs couches : Voy. GALANTHIS. Elle étoit appelée JUGA, parce qu'elle présidoit au joug du mariage, et par conséquent à l'union du mari et de la femme. Elle avoit, sous cette qualité, un autel dans une des rues de Rome, qui fut nommée vicus Jugarius, la rue des Jougs. On la nommoit Do- MIDUCA, parce qu'elle conduisoit la mariée dans la maison de son époux : UNXIA, à cause de l'onc- tion que faisoit la nouvelle ma- riée au jambage de la porte de son mari en y entrant : CINXIA, parce qu'elle aidoit au mari à dé- lier la ceinture que la mariée portoit. Enfin, on la nommoit FLUONIA, parce qu'elle arrétoit les pertes de sang aux femmes dans leurs accouchemens. En un mot, Junon servoit aux femmes comme d'Ange gardien, de même que le dieu Génius aux hommes; car les anciens croyoient que les génies des hommes étoient mâles, et ceux des femmes, femelles. Aussi les femmes inroient par Junon, et les hommes par Ju- piter. JUNON étoit honorée d'un culte particulier à Argos, à Car- thage, etc. Les poètes la repré- sentent sur un char traîné par des paons, avec un de ces oi- scaux auprès d'elle.
JUNTES, célèbres impri- meurs d'Italie dans les 15e et 16e siècles, commencèrent à s'é- tablir à Lyon, où ils imprimè- rent les Lettres de Léon X, par le Bombe, et les Œuvres du Ja- cobin Sanctés-Paganus. De là, ils s'établirent à Genève à Ve- nise et à Florence. Philippe, om- mença à imprimer à Gênes, en 1497, et mourut vers 1519. Il eut pour frère, ou cousin, Ber- nard, qui exerça la même pro- fession avec autant de célébrité. Les éditions grecques de Phili- lippe Junte, sont très-estimées. On distingue l'Hronogène, l'Op- pien, l'Aristophane, le Xéno- phon, la Grammaire de Théo- dore de Gaze, les Œuvres de St. Denys l'Aréopagite, les Vies de Plutarque, les Discours d'A- ristide, les Figures de Philos- trate, et les Œuvres de Sophocle. Les Œuvres d'Homère, in-8°, 1519, sont le dernier livre qu'il imprima. Le Hordezium aiver- sorum Epigrammatum, in-8°, fut imprimé par ses héritiers. — Il y eut aussi des JONZES à Florence. Les uns et les autres se servoient de caractères itali- ques : ce qui déprécia un peu leurs éditions. Voy. JUNCTIN.
JUPITER, (Mythol.) le plus grand des Dieux du Paga- nisme, étoit fils de Satan et de Rhée. Cette déesse s'étant apper- çue que son mari de oroit ses enfans à mesure qu'elle les met- toit au monde, et raignant pour Jupiter et pour Junon, elle leur substitua un caillou, que Sa- Q q 2 612 JUP turne dévora. Jupiter fut élevé au son des instrumens des Corybantes, et nourri secrètement du lait de la chèvre *Amalithe*, laquelle, en récompense de ce service, fut changée en constellation. Jupiter donna de bonne heure des marques de sa puissance; il attaqua Titan, délivra son père, et le remit sur le trône. Saturne ayant appris du *Destin* que Jupiter étoit né pour commander à tout l'univers, chercha tous les moyens pour perdre son fils, qui le chassa du ciel, et le contraignit d'aller se cacher dans le Letium. Jupiter s'étant emparé du trône de son père, se vit maître en peu de temps du ciel et de la terre. Ce fut alors qu'il épousa Junon sa sœur, et qu'il partagea la succession de son père avec ses frères. Il se réserva le ciel, donna l'empire des eaux à Neptune, et celui des enfers à Pluton. Junon, Pallas et les autres Dieux, voulurent, bientôt après, se soustraire à sa domination; mais il les défit, et les contraignit de se sauver en Égypte, où ils prirent diverses formes. Il les poursuivit sous la figure d'un bélier, et fit enfin la paix avec eux. Lorsqu'il se croyoit tranquille, les Géans, enfans de Titan, voulant rentrer dans leurs droits, entassèrent plusieurs montagnes les unes sur les autres, pour escalader le ciel et pour l'en chasser. Jupiter qui s'étoit déjà rendu maître du tonnerre, les foudroie, et les écrase sous ces mêmes montagnes. Après cette victoire, il ne songea plus qu'à s'abandonner à ses plaisirs; il eut une infinité de concubines. Il se métamorphosoit de toutes les manières pour les tromper. Il se cacha sous la forme d'une pluie d'or, pour surprendre Danac enfermée dans une tour d'airain. Amoureux d'Europe, fille d'Augénor, il se métamorphosa en taureau; et cette princesse s'étant mise sur son dos, il prit la fuite, passa la mer à la nage et l'enleva. Il prit la figure d'un cygne pour tromper Léda, femme de Tyndare, qui accoucha de deux œufs, d'où sortirent Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre. Enfin, il se transforma en aigle pour enlever Ganymède, fils de Tros, et le porta au ciel, où il se fit verser le nectar par lui à la place d'Hébé. Voilà les idées que les Païens avoient de la divinité principale qu'ils adoroient. Ils regardoient Jupiter comme le maître absolu de tout, et le représentaient toujours la foudre à la main, porté sur un aigle, oiseau qu'il prenoit sous sa protection. Le chêne lui étoit consacré, parce qu'à l'exemple de Saturne, il apprit aux hommes à se nourrir de glands. On lui éleva des temples superbes par tout l'univers; et on lui donna des surnoms, suivant les lieux où il avoit des autels. Voici ceux qu'on trouve le plus communément dans les auteurs Latins. Jupiter Capitolinus, à cause du temple que Tarquin le Superbe lui fit bâtir sur la montagne de ce nom. Jupiter Feretrius; Romulus lui donna ce nom en reconnaissance des forces qu'il lui avoit inspirées pour tuer Acron roi des Céciniens, dont il lui consacra les dépouilles appelées Opines, dans un temple qu'il érigea en son honneur. Jupiter Stator, parce que Romulus, dans une bataille où les Sabins avoient le dessus, promit de lui dédier un temple, s'il arrétoit la déroute de ses troupes qui fuyoient. Jupiter Hospitalis, parce qu'il étoit le protecteur des droits sacrés de l'hospitalité. Jupiter Li- Balis, parce qu'il étoit adoré sous ce nom par les peuples du Latium, parmi lesquels les Romains tenoient le premier rang. Jupiter Lapis, parce que ceux qui faisoient serment par Jupiter, tenoient une pierre à la main. Jupiter Tonans, parce qu'il étoit maître du tonnerre. Les Egyptiens le nommoient Jupiter-Simmon, (Voyez AMMON) et l'adoroient sous la figure d'un belier; mais son principal surnom étoit Olympien, parce qu'il demeuroit, dit-on, avec toute sa cour, sur le sommet du mont Olympe. (Voy. PHIDIAS.) On prétend que Varron avoit compté jusqu'à trois cents Jupiters, dont les auteurs de l'antiquité, et sur-tout les poètes, ont réuni tous les traits pour n'en faire qu'un seul, auquel on a attribué, comme à Hercule, les actions de tous les autres. En style familier ou burlesque, les poètes François le nomment souvent Jupin.
JURAIN, (Claude) avocat et maire d'Auxonne, publia en 1611, l'Histoire des antiquités de cette ville, in-8.°
JURET, (François) natif de Dijon, chanoine de Langres, mort le 21 décembre 1626, à 73 ans, cultiva l'étude et les belles-lettres avec beaucoup d'assiduité. On a de lui : I. Quelques pièces de Poésie qu'on trouve dans les Deliciae Poetarum Gellorum. II. Des Notes sur Symmaque, Paris, 1604, in-4°; et sur Yves de Chartres, 1610, in-8.° Elles sont remplies d'érudition.
JURIEU, (Pierre) fils d'un ministre de Mer, dans le diocèse de Blois, et neveu des fameux Livet et Dumoulin, naquit le 24 décembre 1637, et succéda à son père dans son ministère. Sa réputation le fit choisir pour professer la théologie et l'hébreu à Sédan. L'académie de cette ville ayant été ôtée aux Calvinistes en 1681, il se retira à Rouen, et de là à Rotterdam, où il obtint une chaire de théologie. Jurieu, homme d'un zèle ardent et emporté, s'y signala par ses extravagances. Il se mêla de présages, de miracles, de prophéties. La révocation de l'Édit de Nantes avoit affoibli le Calvinisme en France. Les restes de ce parti, dispersés dans les différentes provinces, et obligés de se cacher, ne voyoient aucune ressource humaine qui pût les remettre en état de forcer Louis XIV à leur accorder les privilèges et la liberté de conscience dont ils avoient joui sous ses prédécesseurs. Il falloit, dit l'abbé Fluquet, pour soutenir la foi de ces restes dispersés, des secours extraordinaires, des prodiges : ils éclatèrent de toutes parts parmi les réformés, pendant les quatre premières années qui suivirent la révocation de l'édit de Nantes. On entendit dans les airs, aux environs des lieux où il y avoit eu autrefois des temples, des voix si parfaitement semblables aux chants des pseaumes, tels que les Protestans les chantent, qu'on ne put les prendre pour autre chose. Cette théologie étoit céleste, et ces voix angéliques chantoient les pseaumes selon la version de Clément Marot et de Theodore de Bèc. Ces voix furent entendues dans le Béarn, dans les Cévennes, à Vassy, etc. Des ministres fugitifs furent escortés par cette divine psalmodie, et même la trompette ne les abandonna qu'après avoir franchi les frontières du royaume, 614 JUR et être arrivés en pays de sureté. *Jurieu* rassembla avec soin les témoignages de ces merveilles, et en conclut que *Dieu s'étout fait des bouches au milieu des airs*, c'est un reproche indirect que la Providence fait aux Protestans de France, de s'être tû trop facilement. Il osa prédire (dans son *Accomplissement des Prophesmes*, 1686, 2 vol. in-12.) qu'en 1689, le Calvinisme seroit rétabli en France. Il se déchaina contre toutes les puissances de l'Europe opposées au protestantisme, et fit frapper des médailles qui éternisent sa démence et sa haine contre Rome et contre sa patrie. « Nous irons bientôt porter, droit-il, la vérité jusque sur le tronc du mensonge, et le relèvement de ce que l'on vient d'abattre se fera d'une manière si glorieuse, que ce sera l'étonnement de toute la terre. » Ce rétablissement glorieux des réformés, devoit, selon *Jurieu*, se faire sans effusion de sang, ou avec peu de sang répandu: ce ne devoit pas même être, ni par la force des armes, ni par des ministres répandus dans la France, mais par l'effusion de l'esprit de Dieu. Des ministres Protestans adoptèrent les idées de *Jurieu*, les portèrent dans les Cévennes, où elles produisirent, quelque temps après, une guerre civile. C'est avec ce fougueux insensé, que *Bayle*, qui avoit été d'abord lié avec lui, eut de grands démêlés auxquels on assigne diverses causes. La véritable fut, sans doute, la jalousie qu'inspira à *Jurieu* le succès de la critique de l'*Histoire du Calvinisme de Maubourg*, qu'il avoit censurée en même temps que *Bayle*. L'abbé d'*Olivet* a prétendu trouver le principe de la haine de *Jurieu*, dans les liaisons de *Bayle* avec Mad. *Jurieu*. Cette femme, de beaucoup d'esprit et de mérite, connut, dit-il, *Bayle* à Sédan, et l'aima. Son amant vouloit se fixer en France: mais lorsque *Jurieu* passa en Hollande, l'amour l'emporta sur la patrie, et il alla joindre sa maîtresse. Ils y continuèrent leurs liaisons, sans même en faire trop de mystère. Tout Rotterdam s'en entretent; *Jurieu* seul n'en savoit rien. On étoit étonné qu'un homme qui voyoit tant de choses dans l'apocalypse, ne vit pas ce qui se passoit chez lui. Il ouvrit enfin les yeux. Un cavalier, en pareil cas, dit le même académicien, tire l'épée, un homme de robe intente un procès, un poète fait une satire, *Jurieu* fit des livres. Ce procès occupa long-temps la Hollande. Mais ce qu'il y a de sur, c'est que Mad. *Jurieu* n'étoit point une femme galante, et que ce roman, imaginé par quelque faiseur d'anécdotes, n'auroit pas dû être adopté par un homme d'esprit tel que l'abbé d'*Olivet*. L'ayez *BAYLE*. La contention et la chaleur avec laquelle *Jurieu* écrivit jusqu'à la fin de ses jours, épuisèrent son esprit. Il s'imaginait que les coliques dont il étoit tourmenté, venoient des combats que se livraient des cavaliers qu'il croyoit avoir dans le ventre. Il tomba dans l'enfance, et il est fort douteux si ce qu'il faisoit dans cet état de langueur, ne valoit pas autant que ce qu'il avoit fait dans la force de l'âge. Il mourut à Rotterdam, le 11 janvier 1713, à 76 ans. Les Catholiques et les Protestans, du moins ceux qui sont capables d'équité, se réunissent aujourd'hui dans le jugement qu'on doit porter de ses écrits et de sa personne. Ils conviennent qu'il avoit beaucoup de feu et de véhémence, qu'il étoit capable d'en imposer aux foibles par son imagination; mais ils avouent en même temps que son zèle alloit jusqu'à la fureur et au délice, et qu'il étoit plus digne de prêcher à des frénétiques qu'a des hommes raisonnables. Ses principaux ouvrages sont: I. Un *Traité de la Dévotion*. II. Un Écrit sur la nécessité du Baptême. III. Une *Apologie de la Morale des Prétendus-lieformés*, contre le livre de M. Arnauld, intitulé: *Le Renversement de la Morale par les Calvinistes*; la Haye, 1685, deux vol. in-8.º IV. *Préservatif contre le changement de Religion*, in-12, opposé au livre de l'*Exposition de la Foi Catholique de Bossuet*. V. Des *Lettres* contre l'*Histoire du Calvinisme de Mainsbourg*, 4 vol. in-12, et 2 vol. in-4.º VI. D'autres *Lettres* de controverse, entre autres celles qui sont intitulées: *Les derniers efforts de l'Innocence allégée*. VII. *Traité de la puissance de l'Église*, Quevilly, 1677, in-12. —*Le vrai système de l'Église*, 1686, in-8.º —*Unité de l'Église*, 1688, in-8.º Il y prétend qu'elle est composée de toutes les sociétés Chrétiennes qui ont retenu les fondemens de la foi; on y trouve une *Rép304* à *Nicole*, qui avoit réfuté cet ouvrage. VIII. Une *Histoire des Logmes et des Cultes de la Religion des Juifs*, Amsterdam, 1704, in-12, livre médiocre. IX. L'*Esprit de M. Arnauld*, 1684, 2 vol. in-12, ouvrage rempli d'invectives et de calomnies, et qui souleva tous les honnêtes gens, même en Hollande et dans les pays Protestans. X. *Traité historique d'un Protestant sur la* *Théologie mystique*, à l'occasion des démêlés de *Vénélon* avec *Bossuet*, etc., 1699, in-8.º, peu commun. XI. *Janua cælorum res-rata*, 1692, in-4.º XII. *La Religion du Latitudinaire*, Rotterdam, 1686, in-8.º XIII. *La politique du Clerge de France*, 1681, deux vol. in-12. *Voyez l'art. OATÈS*. XIV. *Préjugés légitimes contre le Papisme*, 1685, in-4.º XV. Des *Lettres Pastorales*, 3 vol. in-12, où il souffloit le feu de la discorde entre les nouveaux Catholiques et les Protestans, etc. etc. *Voyez JACQUELOT*.
JURIN, (Jacques) secrétaire de la Société royale de Londres, et président des médecins de cette ville, mort en 1750 dans un âge assez avancé, cultiva avec un succès égal la médecine et les mathématiques. Il contribua beaucoup à rendre les observations météorologiques plus exactes et plus communes; et servit infiniment à répandre l'excellente méthode de l'inoculation, par les écrits qu'il publia sur cette matière. Il eut de violentes disputes avec *Michelloti*, sur le mouvement des eaux courantes; avec *Robius*, sur la vision distincte; avec *Keill* et *Senac*, sur le mouvement du cœur; et avec les partisans de *Leibnitz*, sur les forces vives. *Jurin* étoit très-zélé pour la philosophie de *Newton*, la seule qui reste, tandis que tous les autres systèmes philosophiques ont passé comme les modes. I. JUSSIEU, (Antoine de) secrétaire du roi, docteur des facultés de médecine de Paris et de Montpellier, professeur de botanique au Jardin-royal, naquit à Lyon en 1686. La passion Q 9 4 616 JUS d'herboriser fut très-vive en lui dès sa jeunesse, et lui mérita une place à l'académie des Sciences en 1712. Il parcourut une partie des provinces de France, les isles d'Hières, la vallée de Nice, les montagnes d'Espagne, et il rapporta de ses savantes courses une nombreuse collection de plantes. Devenu sédentaire à Paris, il enrichit les volumes de l'académie, d'un grand nombre de *Mémoires* : sur le *Café* ; sur le *Kali* d'Alicante ; sur le *Cachou* ; sur le *Macer* des anciens, ou *Simarouba* des modernes ; sur l'altération de l'eau de la Seine, arrivée en 1731 ; sur les *Mines de Mercure* d'Almaden ; sur le magnifique *Recueil de Plantes et d'Animaux*, peints sur vélin, qu'on conservoit à la bibliothèque du roi ; sur une *Fille* qui n'avoit point de langue et qui parloit cependant très-bien : sur les *Cornés d'Ammon* ; sur les *Petrifications animales* ; sur les pierres appelées *Pierres de Tonnerre*. C'est lui qui a fait l'*Appendix de Tournefort*, et qui a rédigé l'ouvrage du P. *Barrelier* sur les *Plantes* qui croissent en France, en Espagne et en Italie, 1714, in-folio. On a imprimé son *Discours sur le progrès de la Botanique*, 1718, in-4. A ses occupations littéraires, il joignoit la pratique de la médecine, et il voyoit sur-tout les pauvres de préférence. Il y en avoit tous les jours chez lui un nombre considérable ; il les aidoit non-seulement de ses soins, mais de son argent : car il avoit acquis une fortune considérable, dont son frère *Bernard* fut le seul héritier. *Antoine* mourut d'une espèce d'apoglexie, le 22 avril 1758, âgé de 72 ans.
II. JUSSIEU, (Bernard de) frère du précédent, né à Lyon, le 17 Aout 1699, se distingua, comme lui, dans la pratique de la médecine, et par ses connaissances dans la botanique. Ses talens lui procurèrent la chaire de démonstrateur des plantes au Jardin du roi, et une place à l'académie des Sciences de Paris : il fut aussi membre de plusieurs autres célèbres sociétés de l'Europe littéraire. On a dit qu'il avoit peu écrit, mais qu'il avoit parlé, et que d'autres avoient écrit d'après lui. On lui doit l'édition de l'*Histoire des Plantes* qui naissent aux environs de Paris, par *Tournefort*, 1725, 2 vol. in-12, et l'*Ami de l'humanité*, ou *Conseils d'un bon citoyen à sa nation*, in-8°, imprimé après sa mort. *Jussieu* fut appelé par *Louis XV*, pour former l'arrangement d'un jardin des plantes à Trianon. Il eut de fréquens entretiens avec le monarque, qui goûtoit également son savoir, sa simplicité et sa candeur ; mais il ne demanda rien, et on ne lui donna rien, pas même le remboursement des dépenses que ses fréquens voyages lui avoient causées. Cependant le roi ne l'avoit pas oublié. Il cessa, au bout de quelques années, de le mander à Trianon, où sa présence n'étoit plus utile ; mais il parloit souvent de lui avec intérêt. La modestie de *Jussieu* étoit extrême ; souvent il répondit aux questions qu'on lui proposoit, *Je ne sais pas* ; et cette réponse embarrassoit quelquefois les consultants, honteux alors de s'être crus plus savans que lui. Il haïssoit la charlatanerie, et pardonnoit aux charlatans. Une gaieté douce, et des plaisanteries sans foi que sa bonhomme rendoit piquantes, assaisonnoient les conversations qu'il avoit sur ce sujet avec ses amis; c'étoit alors qu'il faisoit à certaines opinions une guerre innocente, et où jamais le nom de leurs auteurs n'étoit prononcé. Le cèdre du Liban manquoit au Jardin du roi; *Jussieu* eut le plaisir de voir les deux pieds de cet arbre qu'il avoit apportés d'Angleterre, dans son chapeau, croître sous ses yeux, et élever leurs cimes au-dessus des plus grands arbres. Le célèbre *Linné* étant venu en France, assista à une de ses herborisations. Les élèves de *Jussieu* voulant éprouver la sagacité de leur maître, lui présentoient souvent des plantes qu'ils avoient mutilées exprès, pour déguiser leurs caractères, et *Jussieu* ne manquoit jamais de reconnoître l'artifice, nommoit la plante, le lieu où elle croissoit naturellement, les caractères qu'on avoit ou effacés ou déguisés. Cette fois les élèves de *Jussieu* voulurent tenter la même plaisanterie avec *Linné*. « Il n'y a qu'un DIEU, ou votre maître, dit-il, qui puisse vous répondre : *Aut Deus, aut Dominus* DE JUSSIEU. » Cet excellent botaniste fut enlevé à l'académie et à ses élèves, le 6 novembre 1777, dans sa 79e année. — III. JUSSIEU, (Joseph de) frère du précédent, et membre de l'académie des Sciences, accompagna, en 1735, la *Cordamine*, au Pérou. Il n'en revint qu'en 1771, après avoir bravé beaucoup de dangers pour faire des découvertes en botanique, et y avoir exercé la médecine avec distinction. Doué d'une grande variété de talens, il fut encore employé par les Peruviens comme ingénieur. Il construisit un pont et dirigea des chemins, tandis qu'il guérissoit des malades. Il devoit publier le *Journal de ses Voyages*, lorsqu'il tomba dans l'enfance. La perte absolue de sa mémoire fut suivie d'un assoupissement qui termina sa laborieuse carrière le 11 avril 1779. Quoique dans ses dernières années, il n'eut conservé aucune de ses idées, il lui resta un air caressant et doux, qui semblait exprimer sa reconnaissance pour les soins de ses neveux qui soulagèrent son état de foiblesse et d'imbécillité.
JUSSIEU-MONTLUEL, *Voyez* MONTLUEL. I. JUSTE, ou JUST, (Saint) né de parens nobles du Vivarais, pieux et savant évêque de Lyon, quitta ce siège à l'occasion d'un frénétique qui fut mis en pièces par le peuple. Ce malheur lui fut si sensible, qu'il se retira dans les déserts de l'Égypte, où il vécut en Saint jusqu'à sa mort, arrivée vers la fin du 4e siècle. Il avoit assisté, étant évêque, à deux Couciles, l'un tenu à Valence en 374, et l'autre à Aquilée, en 381. Ami de St. Ambroise, St. Juste fut, comme lui, un pasteur fidelle, le soutien de la vérité contre l'hérésie Arienne, et l'exact observateur de la discipline. — Il y a eu d'autres Saints de ce nom : St. JUSTE de Beauvais, dont la fête se célèbre le 18 octobre; St. JUSTE de Cantorbery, honoré le 10 novembre; et une martyre célèbre du 4e siècle, placée dans le martyrologe au 19 juillet. Elle scella l'Évangile de son sang, à Séville en Espagne, avec *Ste Rufine*. L'une et l'autre vendouent de la vaisselle de terre, et le refus qu'elles en firent pour les sacrifices, fut cause de leur mort. 618 JUS
II. JUSTE, Évêque d'Urgel, mort en 540, est auteur d'un petit Commentaire sur le Cantique des Cantiques, inséré dans la Bibliothèque des Pères. — Il y a eu du même nom, un archevêque de Tolède, dans le 7e siècle, célèbre par son savoir et sa piété.
JUSTE-LIPSE, Voy. LIPSE.
JUSTEL, (Christophe) Parisien, conseiller et secrétaire du roi, né en 1580, mort dans sa patrie, en 1649, étoit l'homme de son temps le plus versé dans l'histoire du moyen âge. Il possédoit parfaitement celle de l'église et des conciles. C'est sur les recueils de ce savant homme, que Henri Justel, son fils, non moins savant que son père, mort à Londres en 1693, bibliothécaire du roi, et Guillaume Voël, publièrent la Bibliotheca Juris canonici veteris, en 2 vol. in-fol. Paris, 1661. C'est une collection, très-bien faite, de pièces fort rares sur le droit canon ancien. On y trouve plusieurs canons grecs et latins, tirés de manuscrits inconnus jusques à lui. Justel étoit en commerce de lettres avec tout ce que l'Europe avoit de plus savant, et il en étoit respecté. On a de lui: I. Le Code des canons de l'église universelle, 1628; ouvrage justement estimé. II. L'Histoire généalogique de la Maison d'uvrigne, in-folio, pleine de recherches. On y trouve diverses pièces curieuses, très-utiles pour la connoissance de l'Histoire de France.
JUSTI, (N. de) minéralogiste Allemand, né sans fortune, étudioit à l'ene, en 1720, revêtu du manteau bleu, marque à laquelle on reconnoit en Allemagne les écoliers privés des secours de leurs parens. Le célèbre Zink, qui professoit l'économie politique, distingua Justi, et prit soin de régler son imagination, et de développer son génie. En sortant de ses études, il s'engagea au service du roi de Prusse, et épousa, en 1749, une simple paysanne, qu'il abandonna ensuite. Un ouvrage qu'il publia sur l'économie politique, le fit connoître à Vienne, où il fut appelé pour remplir une chaire dans cette partie; mais lorsqu'il y fut arrivé, elle ne lui fut point donnée. Un séjour assez long que Justi avoit fait en Saxe, l'avoit mis dans le cas d'acquérir quelques connoissances en minéralogie; il se livra avec ardeur à cette étude, et fut nommé membre du conseil des Mines. Il parcourut celles de Schemnitz, en Hongrie, et de Hanneberg, en basse Autriche, et se retira à Gottingue, où il fut admis à l'académie de cette ville, et où il professa l'économie politique et l'histoire naturelle. Justi est mort quelque temps après, comme il se proposoit de traduire l'Encyclopédie, ou plutôt d'en former une en allemand, d'après la françoise. Il a été le rédacteur principal de la Traduction des Arts et Métiers, de l'académie des Sciences de Paris, publiée par les libraires de Leipzig; on lui doit en entier celle de l'art des Forges, par Duhamel et Bouchu. Ses autres écrits sont: I. Diverses Critiques et Pamphlets contre ses nombreux adversaires. II. Plusieurs Extraits fournis au journal de Gottingue, écrits avec clarté, mais souvent avec trop d'amertume. III. Traité de Minéralogie, 1757, ouvrage imparfait, offrant des détails heureux et des descriptions bien faites. Il attaque dans la préface Linnée, Vallierus, Voltessdorff; il promet de rectifier leurs erreurs, ne le fait pas, et en publie beaucoup qui lui sont particulières. En effet, il présente comme espèces, de simples variétés; il trouve de l'argent dans le bismuth; il prétend que le spath pesant est un métal, et que le mica jaune, qu'on appelle or de chat, donne un régule. Ses opinions, qu'il soutenoit avec aigreur, lui procurèrent de justes critiques et des ennemis. IV. Traité sur les Bionnoies. C'est le meilleur ouvrage sorti de la plume de cet écrivain. Il y démontre que les princes, en diminuant la valeur réelle du numéraire, et la maintenant néanmoins sur un pied plus haut qu'elle ne le comporte, se trompent eux-mêmes, puisque les espèces rentrent dans leurs tristes. Le roi de Prusse et le duc de Wittemberg changeoient alors leurs monnoies et en augmentoient l'alliage. Indignés de la manière hardie avec laquelle Justi les blâmoit, ils le firent arrêter et enfermer dans la citadelle de Breslaw. Il y éprouva d'abord toutes les rigueurs de la captivité; on lui accorda ensuite un traitement beaucoup plus doux. V. Mélanges de chimie et de minéralogie, 2 vol. in-4. Ils renferment un grand nombre d'observations sur des sujets ordinairement frivoles et peu importants. En général, ce savant a été chimiste médiocre, minéralogiste méthodique, économiste habile; il fut caustique dans ses écrits, inconséquent dans sa conduite, courageux dans l'infortune, jamais à charge à personne, désintéressé et bienfaisant. Plus de stabilité dans ses projets, plus de douceur dans le caractère, lui auroient assuré un sort heureux. L JUSTIN, (Saint) philosophe Platonicien, de Naplouse en Palestine, fut converti à la foi de Jésus-Christ, par les persécutions qu'il voyoit souffrir aux Chrétiens. Quoiqu'il eût embrassé le Christianisme, il garda l'habit de philosophe, nommé en latin Pallium. C'étoit une espèce de manteau. Tertullien remarque, que non-seulement les philosophes portoient cet habit, mais tous les gens de lettres. Plusieurs Chrétiens le prirent, non comme philosophes, mais comme faisant profession d'une vie plus austère. La persécution s'étant allumée sous Antonin, successeur d'Adrien, Justia composa une Apologie pour les Chrétiens. Il en présenta dans la suite une autre à l'empereur Marc-Aurélie, dans laquelle il soutint l'innocence et la sainteté de la religion Chrétienne, contre Crescent, philosophe Cynique, et contre quelques autres calomniateurs. Il fit honneur au Christianisme par sa science, par l'intégrité de ses mœurs, et confirma sa doctrine par sa constance, et par la pureté de sa foi. Il fut martyrisé l'an 187. Ce philosophe Chrétien est mis avec raison au rang des docteurs de l'Église, à laquelle il soumit sa raison et consacra sa plume. Il étoit extrêmement versé dans les différentes erreurs de la philosophie païenne, et dans les vérités de la Chrétienne. Il combattoit l'une par l'autre. Il réfutoit les partisans de l'idolâtrie par les écrits des philosophes, et les Juifs par ceux des prophètes. Content d'exposer le vrai, il ne le para point du fard de 610 JUS l'éloquence. Son style est simple, dénué d'ornemens, et chargé de citations. La méthode qu'il emploie dans sa première *Apologie*, est excellent. Il y prouve la religion Chrétienne par les mœurs de ceux qui la professoient, par l'accomplissement tout récent des prophéties, et par l'exposition simple et naïve de ce qui se passait dans les assemblées des premiers Chrétiens. Il dit que « le Christianisme a existé même avant Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ est le Verbe de Dieu, et la raison souveraine dont tout le genre humain participe; et que ceux qui ont vécu suivant la raison, sont Chrétiens. » Ainsi, selon lui, le philosophe *Socrate* l'étoit. Il y a d'autres idées qui paroîtroient peu exactes aujourd'hui; mais qu'on pardonne aisément à un païen converti, qui n'avoit pas secoué tous les préjugés de l'ancienne philosophie. Outre ces deux *Apologies*, il nous reste de lui : I. Un *Dialogue avec le Juif Tryphon*. II. Deux *Traités* adressés aux Gentils. III. Un *Traité de la Monarchie*, ou de l'*Unité de Dieu*. On lui attribue encore d'autres ouvrages. Les meilleures éditions de *St. Justin*, sont : celles de *Robert-Etienne*, en 1551 et 1571, en grec ; celle de *Commelia*, 1593, en grec et en latin ; celle de *Morel*, en 1656 ; et enfin celle de *Dom Prudent Marand*, savant Bénédictin, en 1742, in-fol. La *Lettre à Diognète*, qu'on trouve parmi les œuvres de *saint Justin*, n'est pas de lui, mais d'un auteur plus ancien. C'est un morceau précieux.
II. JUSTIN Ier, empereur d'Orient, naquit en 450, à Bédériane, dans les campagnes de la Thrace. Son père étoit un pauvre laboureur. Le fils manquant de pain, s'enrôla dans la milice, et quoiqu'il ne sût ni lire ni écrire, il parvint de grade en grade, par sa valeur et par sa prudence, jusqu'au trône impérial. Il y monta l'an 518, et en parut digne. Son premier soin fut d'examiner les lois. Il confirma celles qui lui parurent justes, annulla les autres, accorda au peuple plusieurs immunités, retrancha beaucoup d'impôts, fit des heureux, et sut l'être. Il se déclara pour le concile de Chalcédoine, rappela tous ceux qui avoient été exilés pour la foi, demanda un *Formulaire* au pape *Hormisdas*, et le fit signer dans un concile tenu à Constantinople; mais le zèle de cet empereur devint funeste à l'Eglise, dans le temps même qu'il vouloit la faire triompher : car, en persécutant les Ariens avec trop de chaleur, pour réprimer leur audace, il aigrit par cette conduite, *Théodoric*, roi des Ostrogoths, contre les Catholiques d'Occident. Il mourut, le 1er août 527, à 77 ans, après avoir nommé *Justinien*, fils de sa sœur, pour lui succéder. L'année précédente, sa vieillesse avoit été affligée par un horrible tremblement de terre, qui engloutit presque toute la ville d'Antioche. Cette calamité fut si sensible à l'empereur, qu'il se revêtit d'un sac par esprit de pénitence, et s'enferma dans son palais, pour ne s'occuper qu'à gémir, et à fléchir celui qui élève et renverse à son gré les villes et les empires.
III. JUSTIN II, le *Jeune*, neveu et successeur de *Justinien* en 565, étoit fils de *Vigilantia*, sœur de cet empereur. La 2e au- née de son règne fut marquée par un forfait; il fit étrangler Justin son parent, petit-neveu du dernier empereur, et qui pouvoit avoir quelque droit à l'empire. Il eut la basse cruauté de se faire apporter sa tête, et de la fouler aux pieds. Incapable de porter le sceptre, esprit foible, d'un tempérament voluptueux, lâche et cruel, prince sans politique et sans valeur, il se laissa gouverner par Sophie son épouse. Cette princesse ayant raillé sans ménagement l'eunuque Narzès, gouverneur en Italie, celui-ci appela les Lombards, qui dès-lors commencèrent à y régner. Les Perses, d'un autre côté, ravagèrent l'Asie, et Justin n'opposa à leurs conquêtes que de vaines bravades. Il mourut le 5 octobre 578, après avoir régné près de 13 ans. Il étoit sujet, depuis quatre ans, à des accès de frénésie, qui ne lui laissoient que peu d'intervalles de raison.
IV. JUSTIN, historien Latin du 2e siècle, selon l'opinion la plus probable, abrégea la grande Histoire de Trogue-Pompée, et par cet Abrégé, fit perdre, dit-on, l'original. Son ouvrage, instructif et curieux, est écrit avec agrément, et même avec pureté, à quelques mots près, qui se ressentent de la décadence de la langue Latine. On lui a reproché un peu de monotonie. Sa narration, d'ailleurs, est nette; ses réflexions sages, quoique communes; ses peintures quelquefois très-vives. On trouve chez lui plusieurs morceaux de la plus grande beauté, des parallèles ingénieux, des descriptions bien faites, des barangues éloquentes; seulement il aime un peu trop l'antithèse. On le blâme aussi de rapporter quelques traits minutieux, et quelques faits absurdes; mais c'est le défaut d'un grand nombre d'historiens de l'antiquité. Certains maîtres hésitent de le mettre entre les mains des enfans, tout estimable qu'il est, parce que ses expressions ne sont pas toujours modestes. Les meilleures éditions de Justin, sont: celle de Paris, en 1677, in-4°, par le P. Cantel, Jésuite; celle de Jacques Bongars, d'Oxford, en 1705, in-8°, par Thomas Hearn; de Leyde, 1719 et 1760, in-8°; et de Paris, chez Barbou, 1770, in-12, sur plusieurs manuscrits de la bibliothèque du roi. Il y en a une d'Elzévir, 1640, in-12. La première est de 1470, in-fol. L'abbé Paul, qui s'est exercé avec succès sur Paterculus, a publié, en 1774, une bonne traduction de Justin, en 2 vol. in-12, qui a éclipsé celle de Favier.
JUSTINE. (Flavia JUSTINA) née dans la Sicile, de Juste, gouverneur de la Marche d'Ancone, fut mariée au tyran Magnence, mort l'an 355. Su beauté et son esprit charmèrent Valentinien I, qui l'épousa en 368. Elle fut mère de quatre enfans, Valentinien II, Justa, Galla et Grata. Son fils fut élevé à l'empire en 375, quoiqu'il n'eût que 5 ans. L'empereur Gratin confirma cette élection, et après la mort de ce prince, elle eut, en 383, la régence des états de son fils, c'est-à-dire d'une partie de l'empire d'Occident. Son penchant pour l'Arianisme la rendit ennemie des évêques orthodoxes. Elle se préparoit à chasser St. Ambroise de Milan, lorsque le tyran Maxime la chassa elle-même de 612 JUS cette ville en 389. Obligée d'abandonner l'Italie, elle se retira à Thessalonique, où elle mourut l'année suivante, dans le temps que Théodose, son gendre, vainqueur de Maxime, alloit rétablir Valentinien dans l'empire d'Occident. I. JUSTINIANI, (St. Laurent) né à Venise en 1381, premier général des chanoines de St-George en Alga, en 1424, donne à cette congrégation d'excellens réglemens. Le pape Eugène II le nomma évêque et premier patriarche de Venise, en 1441. St. Laurent Justiniani mourut le 8 janvier 1455, à 74 ans, après avoir gouverné son diocèse avec sagesse. Il fut le modèle des évêques; il ne voulut ni tapisserie, ni vaisselle d'argent. Quand on lui représentaient qu'il pouvoit accorder quelque chose de plus à sa dignité et à sa naissance, il répondait qu'il avoit dans les pauvres une famille nombreuse à nourrir. Un de ses pauvres l'ayant prié de contribuer à la dot de sa fille, il lui répondit: Si je vous donne peu, ce ne sera pas assez pour vous. Si je vous donne beaucoup, il faudra que, pour enrichir un seul, je prive une foule d'indigens de leur nécessaire. Il mourut pénitent, comme il avoit vécu. Il révisa dans sa dernière maladie, tout autre lit que la paillasse sur laquelle il couchoit ordinairement; et comme il vit qu'on lui préparoit un lit de plume, il dit: C'est sur un bois dur, et non sur un lit de plume, que Jésus-Christ a été couché sur la croix. — Fou qu'il pleurez-vous? dit-il à ceux qui l'entouroient. C'est aujourd'hui un jour de joie, et non de larmes. On a de lui, plusieurs Ouvrages de piété, recueillis à Bresse, 1506, 2 vol. in-fol., et à Venise, 1755, infolio. — La famille Justiniani en Italie, qu'on écrit aussi, et même plus exactement, C'ustiani, a produit grand nombre de personnes illustres.
II. JUSTINIANI. (Bernard) neveu du précédent, né à Venise en 1408, mort en 1489, à 81 ans, fut élevé aux charges les plus importantes de sa patrie. Il cultiva les lettres avec succès, et laissa divers écrits. Le plus considérable, est une Histoire de Venise, depuis son origine jusqu'en 809, in-fol., à Venise, 1492 et 1504; elle est en italien. Il écrivit dans la même langue en 1475, in-4°, la Vie de son oncle, St. Laurent; c'est un panégyrique, mais c'est celui d'un Saint.
III. JUSTINIANI, (Augustin) évêque de Nebbio en Corse, naquit à Gênes en 1470, d'une maison illustre, se fit domini-cain à Paris, en 1488, et s'y acquit un nom par son habileté dans les langues Orientales. Il fut nommé, en 1514, évêque de Nebbio, par le pape Léon X. Il assista au 5e concile de Latran, fit fleurir la science et la piété dans son diocèse, et périt dans la mer en passant de Gênes à Nebbio, l'an 1536, à 66 ans, avec le vaisseau qui le portoit. Son principal ouvrage est un Pseautier en hébreu, en grec, en arabe et en chaldéen, avec des Versions latines, et de courtes Notes; à Gênes, 1516, in-fol. Avec les gloses et les scholes il présente huit colonnes; l'hébreu est imprimé avec des poins ortographiques et musicaux; les caractères grecs et romains sont J U S 629 de la plus grande beauté. C'est le premier Pseautier qui ait paru en diverses langues. L'auteur le fit imprimer à ses dépens. On en tira 2000 exemplaires sur du papier, et 50 sur du parchemin ou du vélin, pour les princes. Il espéroit en retirer une somme considérable pour le soulagement des pauvres; mais peu de personnes achetèrent ce livre, quoique tous les savans en parlassent avec éloge. Le titre de cet ouvrage estimable, est: *Psalterium Hebræum, Græcum, Arabicum et Chaldæum, cum tribus Latinis interpretationibus et glossis*. On a encore de lui, des *Annales de Gênes*, en italien, ouvrage posthume, publié in-folio, 1537. Il revit le traité de *Porchetti*, intitulé: *Victoria adversas impios Judæos*, qui fut imprimé à Paris, in-fol., en 1520, sur papier et sur vélin. Cette dernière édition est recherchée des curieux, et peu commune.
IV. JUSTINIANI, (Fabio) né à Gênes, en 1578, de *Léonard Taranchetti*, qui fut adopté dans la famille *Justiniani*, pour n'avoir pas voulu tremper dans la conjuration de *Tiesque*, entra dans la congrégation de l'Oratoire de Rome en 1597. Il fut, en 1616, nommé évêque d'Ajaccio, où il mourut le 3 janvier 1627, à 49 ans. On a de lui: I. *Index universalis materiaeum Biblicarum*, Rome, 1612, in-fol. II. *Tobias explanatus*, 1620, in-fol. V. JUSTINIANI, (le Marquis Vincent) de la famille illustre de *St. Laurent Justiniani*, fit graver par *Bloeméert, Mellan* et autres, sa *GAFFRE*, Rome, 1642, 2 vol. in-fol. Il en a été tiré, depuis 1750, des épreuves, qui sont bien inférieures aux anciennes.
VI. JUSTINIANI, (l'Abbé Bernard) de la famille du précédent, donna en italien l'*Origine des Ordres Militaires*, Venise, 1692, 2 vol in-fol., dont a été extraite l'*Histoire des Ordres Militaires*, Amsterdam, 1721, 4 vol in-8°, à laquelle on joint ordinairement l'*Histoire des Ordres Religieux*, Amsterdam, 1716, 4 vol. in-8°. Ces deux ouvrages manquent de critique et d'exactitude à plusieurs égards, et sont assez mal écrits. Les figures en font presque tout le prix. I. JUSTINIEN I$^{er}$, neveu de *Justin l'Ancien*, naquit à Taurésium, petit village de la Dardanie, en 483, de *Sabbathius* et de *Biglenisse*, sœur de *Justin*. Il fut élevé par *Théophile*, qui lui donna le goût des sciences. L'élévation de son encle produisit la sienne. Il lui succéda le 1$^{er}$ août 527. L'histoire lui reproche de s'être ouvert le chemin au trône par l'assassinat infame de *Vitalien*, favori de *Justin*, et qui auroit pu être son successeur. L'empire Grec, foible reste de la puissance Romaine, ne faisoit que languir. *Justinien* le soutint, en étendit les bornes, et lui rendit quelque chose de son ancien éclat. Il mit à la tête de ses troupes le vaillant *Bélisaire* (*Voyez* son article), qui releva le courage des légions, et fit rendre compte aux Barbares de ce qu'ils avoient enlevé aux Romains. Les Perses furent vaincus en 528, 542 et 543, les Vandales exterminés, et leur roi *Gilimes* fait prisonnier, l'Afrique reconquise. La conquête de la Sicile et des autres isles de l'I- 624 J U S talie, suivit celle de l'Afrique. L'Italie fut attaquée à son tour par les troupes de *Justinien*, et devint le théâtre d'une guerre longue et cruelle. Rome fut prise et reprise plusieurs fois. Mais, malgré la valeur des trois derniers rois des Ostrogoths, qui périrent les armes à la main, en se défendant contre *Bélissaire* et *Narsès*, l'Italie et Rome passèrent sous la puissance de *Justinien*. Ce prince s'occupa en même temps d'étouffer les dissensions intestines qui déchiroient l'empire. Les *Bleus* et les *Verts*, deux factions puissantes, furent réprimés. *Voyez* HYPACE. Après avoir rétabli la tranquillité au dedans et au dehors, il mit de l'ordre dans les lois qui étoient depuis long-temps dans une confusion extrême. Il chargea dix *Jurisconsultes*, choisis parmi les plus habiles de l'empire, de faire un nouveau *Code*, tiré de ses constitutions, et de celles de ses prédécesseurs. Ce *Code* fut divisé en douze livres, et les matières séparées les unes des autres, sous les titres qui leur étoient propres. *Terrasson*, auteur de l'*Histoire de la Jurisprudence Romaine*, remarque que *Tribonien*, le chef des jurisconsultes rédacteurs de cet ouvrage, suivit un mauvais ordre dans la distribution des matières. Il détaille, par exemple, les formalités de la procédure, avant que d'avoir parlé des actions et des autres choses qui doivent les précéder. Ce *Code* fut suivi : I. du *Digeste* ou les *Pandectes*; recueil d'anciennes décisions répandues dans plus de 2000 livres. Il fut imprimé à Florence en 1553, in-fol. qui se partage en 2 ou 3 vol. Il faut qu'il y ait à la fin 8 feuillets non chiffrés, cotés *cece*. On a encore l'édition que *Pothier* en a donnée à Paris, 1748, 3 vol in-fol., qui est estimée. II. Des *Institutes*, qui comprennent en quatre livres, d'une manière claire et précise, le germe de toutes les lois et les élémens de la jurisprudence. III. Du *Code des Novelles*, dans lequel on recueillit les lois faites depuis la publication de ses différentes collections. Les meilleures éditions de ces ouvrages, réunis sous le titre de *Corpus Juris Civilis*, sont : 1.º Celle d'*Elzévir*, 1664, 2 vol. in-8°, plus belle que la réimpression de 1681 ; 2.º Celle avec les grandes Gloses et l'*Index de Daoys*, Lyon, 1627, 6 vol. in-folio ; 3.º Celle avec les notes de *Codefroy*, Paris, *Vitrè*, 1628, 2 vol. in-fol. ; 4.º d'Amsterdam, *Elzévir*, 1663, 2 vol. in-fol... *Justinien* attentif à tout, fortifia les places, embellit les villes, en bâtit de nouvelles, et rétablit la paix dans l'église. Il éleva aussi un grand nombre de basiliques, et sur-tout celle de *Sainte-Sophie* à Constantinople, qui passe pour un chef-d'œuvre d'architecture. L'autel fut fait d'or et d'argent fondu, avec une quantité prodigieuse de différentes pierres précieuses. *Justinien*, contemplant cette magnifique église, le jour de la dédicace, s'écria : « *Gloire à Dieu ! Je vous ai vaincu* », Salomon. Mais son malheur, comme celui du roi de Judée, fut de vieillir sur le tronc. Sur la fin de ses jours, ce ne fut plus le même homme. Il devint avare, méfiant, cruel : il accabla le peuple d'impôts, ajouta foi à toutes les accusations, voulut connoître de l'affaire des *Trois Chapitres*, persécuta les papes *Anaclet*, *Silvère* Sibère et Vigile, et mourut d'apoplexie le 14 novembre 565, à 84 ans, après en avoir régné 38. Il ne fut pleuré de personne, pas même des courtisans. Sa femme Théodora, qu'il avoit prise sur le théâtre, où elle s'étoit longtemps prostituée, et qui conserva sous la pourpre tous les vices d'une courtisane, le gouverna jusqu'à sa mort.
IL JUSTINIEN II, le Jeune, surnommé Rhinotmète ou le Nezcoupé, étoit fils aîné de Constantin Pogonat et d'Anastasie. Déclaré Auguste, à douze ans, il monta sur le trône après son père, en 685, à seize ans. Il reprit quelques provinces sur les Sarasins, et conclut avec eux une paix assez avantageuse. Ses exactions, ses cruautés et ses débauches, ternirent la gloire de ses armes. Il ordonna à l'eunuque Etienne, qu'il avoit fait gouverneur de Constantinople, de faire massacrer, dans une seule nuit, tout le peuple de la ville, à commencer par le patriarche. Cet ordre barbare ayant transpiré, le patrice Léonce souleva le peuple, et fit détrôner ce nouveau Néron. On lui coupa le nez, et on l'envoya en exil dans la Chersonèse, en 695. Léonce fut aussitôt déclaré empereur; mais Tibère-Absimare le chassa en 698. Comme Justinien ne parloit que du rétablissement de son trône, le peuple de la Chersonèse craignant qu'il ne leur causât la guerre, résolurent de le faire périr. Informé de leur dessein, il se retira chez le cham des Chazares, qui lui fit épouser sa sœur ou sa fille Théodora. Mais Justinien ayant craint dans la suite que ce prince ne le livrât à Tibère, se réfugia chez le roi de Bul- garie, qui arma une flotte en 705, pour le reconduire à Constantinople. Un de ses officiers lui dit, pour appaiser une tempête qui étoit survenue: Faites vœu que si vous échappez au péril et si vous remontez sur le trône impérial, vous pardonnerez à tous vos ennemis. — Je veux, lui répondit Justinien, que Dieu me fasse périr si je pardonne à un seul. Il tint sa parole. Léonce et Tibère-Absimare furent mis à mort, le patriarche Callinique aveuglé, etc. etc. Justinien, peu reconnoissant à l'égard de ses libérateurs, rompit bientôt la paix avec les Bulgares qui, après lui avoir tué beaucoup de monde, l'obligèrent de s'enfuir honteusement à Constantinople. L'adversité adoucit le caractère; elle le rendit plus cruel. Ayant envoyé une flotte contre la Chersonèse, il ordonna de ruiner le pays et de massacrer les habitans, qui avoient, dans le temps de ses malheurs, tâché de le faire périr. Cette flotte ayant été dispersée par les tempêtes, il en arma une autre, avec ordre d'égorger, sans distinction d'âge ni de sexe, tous les habitans de Chersonèse, capitale du pays. L'histoire ajoute, en parlant de cette cruelle expédition, que Justinien ne se mouchoit jamais qu'il n'envoyât au supplice quelqu'un des partisans de Léonce. Le sang de tant de victimes cria vengeance. Philippique Bardanes fut proclamé empereur par les Chazares. Justinien se mit en marche pour le combattre; mais le nouveau souverain étoit déjà en possession de Constantinople. Bardanes fit partir aussitôt le général Elie, dont Justinien avoit fait tuer les enfans, pour aller à la poursuite de ce prince. R r 616 JUT Elie le joignit dans les plaines de Damatris, et après avoir déterminé ses soldats à l'abandonner, il lui fit trancher la tête au milieu de son camp, en décembre 711. Sa tête fut envoyée à Constantinople pour y être exposée. Ce prince étoit alors âgé de 41 ans, dont il avoit régné 16; c'est-à-dire dix avant son bannissement, et six depuis son retour. En lui fut éteinte la famille d'*Héraclus*. Justinien fut le fléau de ses sujets et l'horreur du genre humain. Le peuple, sous son règne, fut accablé d'impôts, et livré à des ministres lâches et avares, qui ne songeoient qu'à inventer des calomnies contre les particuliers, pour les faire périr, et envahir leur patrimoine.
JUTURNE, (Mythol.) étoit fille de *Daunus*, et sœur de *Turnus*, roi des Rutiles en Italie. Jupiter, dont elle fut aimée, lui accorda l'immortalité, et la fit nymphe du fleuve *Numicus*. Elle rendit de grands services à son frère dans la guerre qu'il fit à *Enée* son rival; mais voyant qu'il étoit sur le point de périr, elle alla se cacher pour toujours dans les eaux du fleuve.
JUVARA, (Philippe) célèbre architecte, né à Messine en 1685, fut l'élève du chevalier *Fontana*. Le roi de Sardaigne, qui fut quelque temps roi de Sicile, l'appela à Turin *Juvara* orna cette ville et ses environs, d'un grand nombre de monumens de son habileté. On cite l'église vouée par *Victor Amédée* pour la levée du siège de Turin, et la superbe chapelle de la Vénerie. En 1734, le vieux Palais-royal de Madrid fut incendié, par je ne sais quel accident. Le roi *Philippe V* vou- vant en avoir un autre, et ayant ouï dire que *Juvara* passoit pour le meilleur architecte de son siècle, le demanda au roi de Sardaigne. *Juvara* donna le plan d'un édifice magnifique; mais l'exécution étoit si coûteuse, qu'elle fut renvoyée de jour en jour. *Juvara* ne jouit pas du plaisir de la voir. Il en mourut, les uns disent de chagrin, les autres d'une fièvre, en 1735. Quelque temps après sa mort, le roi qui pensoit sérieusement à faire construire un palais, s'informa si cet artiste n'avoit pas laissé après lui quelqu'un de ses disciples, capable de profiter des idées de son maître, et de les exécuter? Il s'en trouvoit deux à la cour du roi de Sardaigne. *Sacchetti*, qui passoit pour le plus habile, fut envoyé en Espagne, où il fit le modèle du palais actuellement existant. *Juvara* avoit le titre de premier architecte du roi de Sardaigne, qui lui donna l'abbaye de Selve et une pension de 3500 liv. Il avoit aussi travaillé pour la cour de Portugal, et avoit rapporté de Lisbonne l'ordre de Christ et une pension de 15,000 livres.
JUVENAL, (*Decius Junius*) poète Latin, d'Aquin en Italie, passa à Rome, où il commença par faire des déclamations, et finit par des satires. Il s'éleva contre la passion de *Néron* pour les spectacles, et sur-tout contre un acteur nommé *Páris*, bouffon et favori de cet empereur. Le déclamateur satirique resta impuni sous le règne de *Néron*; mais sous celui de *Domitien*, *Páris* eut le crédit de le faire exiler; il fut envoyé, à l'âge de quatre-vingts ans, dans la Pentapole, sur les frontières de l'Île. gypte et de la Lybie. On prétexta qu'on y avoit besoin de lui pour commander la cavalerie. Le poète guerrier eut beaucoup à souffrir de l'emploi dont on l'avoit revêtu par dérision; mais, quoique octogénaire, il survécut à son persécuteur. Il revint à Rome après sa mort, et il y vivoit encore sous Nerva et sous Trajan. Il mourut, à ce qu'on croit, l'an 128 de J. C. Nous avons de lui XVI Satires. Ce sont des harangues emportées. Juvenal, misanthrope furieux, médisoit sans ménagement de tous ceux qui avoient le malheur de lui déplaire: eh! qui ne lui déplaisoit pas? Le dépit, comme il le dit lui-même, lui tint lieu de génie: Facit indignatio versum. Son style est fort, âpre, véhément; mais il manque d'élégance, de pureté, de naturel, et sur-tout de décence. Il s'emporte contre le vice, et il met les vicieux tout nus, pour leur faire mieux sentir le fouet de la satire. Quelques savans, chargés de grec et de latin, mais entièrement dénués de goût, l'ont mis à côté d'Horace; mais quelle différence entre l'emportement du Genseur impitoyable du siècle de Domitica, et la délicatesse, l'enjouement, la finesse du Satirique de la cour d'Auguste! « Juvenal, dit l'auteur de l'Année littéraire, année 1779, n.º IX, n'a qu'un ton et qu'une manière; il ne connoit ni la variété, ni la grace. Toujours guindé, toujours emphatique et déclamateur, il fatigue par ses hyperboles continuelles et son étalage de rhéteur. Son style rapide, harmonieux, plein de chaleur et de force, est d'une monotonie assommante. Il est presque toujours recherché et outré dans ses expressions, et ses pensées J U V 627 sont souvent étranglées par une précision dure qui dégénère en obscurité. Horace, au contraire, est toujours aisé, naturel, agréable; et pour plaire, il se replie en cent façons différentes: il sait D'une voix légère Passer du grave au doux, du plaisant au sévère. Son style pur, élégant, facile, n'offre aucune trace d'affectation et de recherche. Ses Satires ne sont pas des déclamations éloquentes; ce sont des dialogues ingénieux, des scènes charmantes, où chaque interlocuteur est peint avec une finesse et une variété admirables. Ce n'est point un pédant triste et farouche, élevé dans les cris de l'école; un sombre misanthrope, qui rebute par une morale chagrine et sauvage, et fait haïr la vertu, même en la prêchant: c'est un philosophe aimable, un courtisan poli, qui sait embellir la raison, et adoucir l'austérité de la sagesse. Juvenal est un maître dur et sévère, qui gourmande ses lecteurs; Horace est un ami tendre, indulgent et facile, qui converse familièrement avec les siens. Les invectives amères, les reproches sanglans de Juvenal, irritent les vicieux sans les réformer; les traits plaisans, les peintures comiques d'Horace, corrigent les hommes en les amusant. » Les meilleures éditions de Juvenal sont: I. du Louvre, 1644, in-fol. II. Cum notis Variorum, Amsterdam, 1684, in-8.º III. Ad uum Delphini, 1684, in-4.º IV. De Casaubon, Leyde, 1695, in-4º, estimée. V. De Paris, 1747, in-12, fort belle. VI. De Baskerville, 1761, in-4º, magnifique. Enfin, celle de Sandby, R r 2 628 JUV 1763, in-8°, fig., dont les exemplaires en grand papier sont préférés. La traduction de ce poète par le Père *Tarteron* étoit la meilleure, avant celle qu'en a publiée *Dussaux*, à Paris, 1770, in-8°.
JUVENCUS, (*Caius Veccius Aquilinus*) l'un des premiers poètes Chrétiens, naquit en Espagne, d'une famille illustre. Il mit en vers latins *la Vie de JESUS-CHRIST*, en 4 livres, vers 329. Ce poème est estimable, moins par la beauté des vers et la pureté du latin, que par l'exactitude scrupuleuse avec laquelle il a suivi le texte des Évangélistes. On le trouve dans la Bibliothèque des Pères, et dans le *Corpus Poetarum* de *Maittaire*.
JUVENEL DES URSINS, *Voy. URSINS*, nos I et II.
JUVENEL DE CARLENCAS, (*Félix de*) naquit à Pézenas, au mois de septembre 1669. Après avoir fait ses études chez les Oratoriens de cette ville, il fit un voyage à Paris, où il demeura une année; il revint chez lui, et s'y maria. L'hymen l'ayant fixé à Pézenas, il ne s'y occupa qu'à remplir les devoirs de bon citoyen et de père de famille, et à suivre son attrait pour l'étude de l'Histoire. Il n'avoit d'abord d'autre vue que sa propre instruction; il pensa ensuite à celle de son fils. Il écrivit en sa faveur les *Principes de l'Histoire*. C'est un volume in-12, donné au public en 1733, à Paris, chez *Barthélemy Alix... Carlencas* fit ensuite des *Essais sur l'Histoire des Sciences, des Belles-Lettres et des Arts*; il y en a eu quatre éditions à Lyon; chez les frères *Duplain*. La 1re est de l'année 1740, en un vol. in-12; la 2e en 1744, 2 vol.; la 3e en 1749, 4 vol.; et la 4e en 1757, 4 vol. in-8°. Cet ouvrage, catalogue assez imparfait des richesses littéraires des différens siècles, a eu beaucoup de succès. Il a été traduit en allemand et en anglois. Il auroit vraisemblablement été suivi de plusieurs autres, si de grandes infirmités, jointes à un âge fort avancé, n'y avoient été un obstacle. L'auteur mourut à Pézenas, le 12 avril 1760, âgé de 80 ans. Il étoit de l'académie des Belles-Lettres de Marseille. La modestie, la douceur, la politesse, la complaisance, une probité à toute épreuve, un parfait désintéressement, une sincère application à remplir tous ses devoirs, formoient son caractère. K A I 619
**KABEL**, *Voyez VANDER-KABEL*.
**KABBETÉ**, (Jean) peintre Hollandois, dont le véritable nom étoit *ASSELEYN*, parcourut la France et l'Italie pour y étudier son art, et se fit élève de *Bamboche*. Il traita avec un égal succès les sujets d'histoire et les paysages. Sa touche est douce, légère et brillante. A son retour d'Italie, où il laissa un grand nombre de ses tableaux, surtout à Venise et à Rome, il s'arrêta à Lyon, y épousa la fille d'un marchand d'Anvers, qu'il amena à Amsterdam, où il mourut en 1660. *Perelle* a gravé d'après ce maître, des ruines et vingt-quatre paysages. Ce qui est remarquable, c'est qu'*Asseleyn* peignoit avec une main torse et des doigts crochus, ce qui le fit surnommer *Kabbeté*; cependant sa manière est aussi fraîche que gracieuse; et rien n'y annonce la gêne, ni une main estropiée.
**KAHLER**, (Wigand ou Jean) théologien Luthérien, né à Wolmar dans le Landgraviat de Hesse-Cassel, en 1649, fut professeur en poésie, en mathématiques et en théologie, à Rinteln, et membre de la société de Gottingen. Il mourut en 1729. On a de lui un grand nombre de *Dissertations* sur des matières de théologie et de philosophie, réunies en 2 vol. in-12, Rinteln, 1710 et 1711.
**KAIE**, (Jean de) Anglois, né à Nordwick en 1510, se livra à la profession de la médecine, et alla à Padoue prendre des leçons du célèbre *Montanus*. De retour dans son pays, son mérite le fit choisir pour médecin d'*Edouard VI*, de la reine *Marie* et de la reine *Elizabeth*. Il a publié divers ouvrages, entr'autres : I. *Des Recherches historiques sur les Universités de Cambridge et d'Oxford*. II. *De Variorum animalium et stirpium historid*. III. *De prononciatione graeca et latina linguæ libellus*. Le docteur Anglois *Jebb* a publié une édition complète de toutes les œuvres de *Kaie*.
**KAIN**, (Henri-Louis le) célèbre acteur de la comédie Françoise, né à Paris le 14 avril 1728, a été faussement appelé le *Serrurier*; car il ne l'a jamais été. Son premier métier étoit de travailler en acier les instruments propres aux opérations de chirurgie. Un tapissier le fit connoître à *Voltaire*, qui ayant démêlé ses talens pour la scène tragique, à travers une figure peu agréable et un organe peu sonore, le tira de sa boutique, le prit chez lui, et après lui avoir donné des leçons fréquentes, le fit recevoir à la comédie Françoise. « *Baron*, disoit-il, étoit plein de noblesse, de grace et de finesse; *Beaubourg* étoit un énergumène; *du Fresne* n'avoit qu'une belle voix et un beau vi- R r 3 630 K A I sage; le Kain seul a été véritablement tragique.» Ce poète ne vit pourtant jamais sur le théâtre François, celui qu'il appeloit son grand acteur, son Garrick, son enfant chéri. Le Kain ne put y monter que quelques jours après le départ de l'auteur de la Henriade, pour la Prusse, et, au moment où Voltaire, âgé de 84 ans, rentroit à Paris, après une absence de 27 ans, on lui annonça que le Kain venoit de descendre au tombeau... Cet acteur débuta le 4 septembre 1750, par le rôle de Bruus. Son début, qui dura dix-sept mois, fut aussi pénible que brillant. On ne l'appeloit que le Convulsionnaire. Tout le monde disoit du mal du nouvel acteur, et tout le monde couroit le voir. Ce ne fut qu'après avoir joué à la cour le rôle d'Orosmane, qu'il put obtenir son ordre de réception: il en fut redevable aux suffrages de Louis XV. On avoit tâché de prévenir ce prince contre lui; mais, après la représentation, il parut étonné qu'on parlât si mal d'un acteur qui l'avoit ému. Il m'a fait pleurer, dit le roi, moi qui ne pleure guère; et il fut reçu sur ce mot. Le Kain avoit en effet de grands talens. Le feu sombre et terrible de ses regards, le grand caractère imprimé sur son front, la contraction de tous ses muscles, le tremblement de ses lèvres, le renversement de tous ses traits; tout en lui servoit à peindre les différens accens du désespoir, de la douleur, de la sensibilité, et à marquer les différentes attitudes de la grandeur, de la menace, de la fierté. Des études constantes et réfléchies l'avoient conduit à la perfection de son art, auquel il consacroit son temps, ses soins, ses dépenses. Il est le premier qui ait eu de véritables habits de costume, et il les dessinoit lui-même avec l'exactitude d'un homme qui connoissoit l'histoire et les mœurs des peuples. Cet acteur ne contribua pas peu, par son jeu pathétique, au grand succès des Tragédies du grand homme qui l'avoit formé, et sur tout à celui d'Adélaïde du Guesclin, qu'il remit au théâtre en 1750. Le Kain portoit dans la société beaucoup de simplicité. Sa conversation étoit sage, et nourrie de discussions utiles, même sur des objets étrangers à la scène tragique. Un sens droit caractérisoit son esprit. Il avoit quelquefois de la gaieté: mais on apercevoit plus souvent en lui cette mélancolie, principe et aliment des passions qu'il éprouvoit comme il savoit les peindre. Quelques critiques lui ont cependant reproché de s'être fait une manière trop péniblement énergique, d'avoir circonscrit le nombre de ses rôles dans un cercle trop étroit, de n'être pas toujours entré dans l'esprit de ses personnages: on sait, par exemple, qu'il rendoit tout le rôle de Ni-comède avec une ironie continue, qui n'étoit rien moins que théâtrale, etc. etc. Il mourut à Paris d'une fièvre inflammatoire, le 8 février 1778. Voltaire connoissant l'avilissement où étoit parmi nous l'état de comédien, lui avoit d'abord conseillé de jouer la comédie pour son plaisir, mais de n'en jamais faire son état. Le Kain se repentit plus d'une fois de n'avoir pas profité de ce conseil. Indépendamment des tracasseries que la jalousie suscite au talent, il essuya des choses désagréables dans la société. Un officier s'exhala un jour devant lui en reproches insultans, sur la fortune et le luxe des comédiens, tandis que les militaires se retiroient avec une chétive pension. Eh ! comptez-vous pour rien, lui dit le Kain, le droit que vous croyez avoir de me dire en face tout ce que je viens d'entendre ? Il parut, peu de jours après sa mort, une petite brochure in-8°, intitulée : La reconnaissance de le Kain envers M. de Voltaire son bien-faiteur. C'est un morceau de tapisserie, dont il n'y a de bon que le canevas. Le Kain laissa deux fils. La Harpe a publié son Eloge. Mercier, dans son Tableau de Paris, l'a jugé plus sévèrement que ce célèbre critique. « Le Kain, dit-il, uniquement voué aux productions de M. de Voltaire, avoit fait le vœu secret d'étouffer tout ouvrage qui n'arriveroit pas de Fernex. Je l'ai vu effrontément se dire malade, lorsqu'il avoit joué sept à huit fois dans un hiver. Il abandonnait le théâtre de la capitale, montoit en chaise de poste, et alloit essayer s'il se porteroit mieux en province, en représentant deux fois par jour. Alors il bravoit les plus grandes chaleurs de l'été. S'il daignoit encore jouer à Paris, c'étoit seulement pour ne pas perdre la mémoire de huit ou dix rôles à peu près semblables, qu'il promenoit ensuite de tous côtés, dès que les beaux jours étoient venus. On le payoit à Paris, tandis qu'il déclamoit à Bruxelles. Avec trois habits et un turban, cet acteur emportoit avec lui toute la tragédie françoise. Il ne lui en falloit pas davantage pour vêtir sa Melpomène; il ne lui connoissoit qu'un visage et qu'une attitude. De là K A L 63r son jeu circonscrit; car il n'appercevoit rien au-delà des vêtements que renfermoit son coffre. Cet acteur trop vanté n'a jamais joué passablement dans une pièce nouvelle, parce que le premier élan de l'ame lui manquoit. Il avoit besoin d'un travail long et opiniâtre pour produire un grand effet. Aussi son jeu, enfant de la réflexion, n'a-t-il pu embrasser que très-peu de rôles, dont les nuances encore ne fussent jamais opposées. O sublime Garrick, que tes moyens beaucoup plus étendus, étoient d'une toute autre vérité ! » Son fils à publié ses Mémoires, Paris, an 9.
KAISERSBERG, (Jean Geiler de) né à Schaffhouse en 1445, docteur en théologie et prédicateur à Strasbourg, mourut en 1510. On a de lui, les ouvrages suivans. I. Miroir de consolation. II. Des Sermons, en allemand, sur les Évangiles. III. Des Sermons, sur le vaisseau des fous, de Brand, que Jacques Olther traduisit en latin, et qui ont été imprimés en allemand, sous le titre de Miroir du Monde, Basle, 1574.
KALIL, Voyez PATRONA.
KALTEYSEN, (Henri) Dominicain, né dans un château près de Coblentz, au diocèse de Trèves, de parens nobles, parut avec éclat au concile de Basle. Il y réfuta avec force les hérétiques de Bohème, en 1433. Il devint ensuite archevêque de Drontheim en Norwège, et de Césarée. Ce prélat se retira sur la fin de ses jours, dans le couvent des Frères Prêcheurs à Coblentz, où il mourut le 2 octobre 1465. Il nous reste de lui, un Discours qu'il prononça au con- R r 4 632 KAM cile de Basle, sur la manière de prêcher la parole de Dieu. C'é- toit un des hommes les plus la- borieux de son ordre.
KAM-HI, empereur de la Chine, petit-fils du prince Tar- tare qui la conquit en 1644, monta sur le trône en 1661, et mourut en 1722, à 71 ans. Son goût pour les arts et les sciences des Européens, l'engagea à souf- frir les missionnaires dans ses états. Ce prince avoit tout l'or- gueil et tout le faste des Asia- tiques. Sa vanité alloit, dit-on, jusqu'à ne pouvoir souffrir que, dans les Cartes géographiques, on ne mit pas son empire au centre du monde. La plupart de celles qu'on a dressées sous son règne, au moins depuis qu'il eut fait connoître son ambition sur ce point, sont conformes à ses desirs. Le P. Matthieu Ricci, jésuite, fut obligé de s'y con- former comme les autres, et de renverser l'ordre qu'il devoit suivre, pour plaire à cet em- pereur, dans la Carte Chinoise du monde qu'il dressa à Pékin. La curiosité de Kam-Hi n'avoit point de bornes : il vouloit sa- voir jusqu'aux choses qu'il lui convenoit d'ignorer. Un jour il voulut s'enivrer, pour connoître par lui-même l'effet du vin.
KANDLER, (Jean-Joachim) commissaire de la chambre de la cour électorale de Saxe, né en 1706 à Selingstadt en Saxe, mort en 1776, fut le maître des modèles de la fabrique de porcelaine de Meissen. Il excella dans ce genre. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages exé- cutés par lui ou sur ses dessins, et on ne peut rien trouver de plus élégant et de plus moelleux. Tels sont l'Apôtre St. Paul, de grandeur naturelle; St. Xavier mourant; la Flagellation du Sau- veur; les douze Apôtres; un Carillon tout de porcelaine; di- vers Crucifix, etc. Il fit en 1750 un chef-d'œuvre: c'étoit un Cadre avec des guirlandes de fleurs, et diverses autres figures historiées, en relief, pour entourer un tru- meau de glace de la manufacture de Dresde, avec la Table à con- sole qui devoit être placée dessous. Le roi Auguste avoit destiné ce présent à Louis XV. L'artiste en fut le porteur, et il reçut les éloges et les récompenses qu'il méritoit. A l'exception de ce petit voyage en France, Kandler n'é- toit jamais sorti de son pays. Il n'avoit point vu ces fameuses galeries de statues, dont l'Italie se glorifie. Son maître fut un Allemand. Il atteignit cependant à la perfection de son art; il dut tout à son génie.
KANOLD, (Jean) médecin de Breslaw, mort en 1729, à 49 ans, laissa des Mémoires en allemand, sur la Nature et sur les Arts; très-curieux.
KAPEL, Voyez CAPEL.
KAPNION, Voy REUKLIN. I. KARA-MEHEMET, — bacha Turc, signala son cou- rage aux sièges de Candie, de Kaminieck et de Vienne, et se distingua au combat donné à Choczin. Après avoir été pourvu du gouvernement de Bude en 1684, il y fit une vigoureuse ré- sistance contre les Impériaux; mais il mourut pendant le siège, d'un éclat de canon, qu'il reçut en donnant des ordres sur les remparts. Il avoit, peu de temps auparavant, fait tuer quarante esclaves Chrétiens, en présence d'un officier, qui l'étoit allé son- mer de se rendre de la part du prince Charles de Lorraine : action horrible, qui ternit toute sa gloire. — IL KARA — MUSTAPHA, neveu du grand-visir Coprogli. Son oncle le fit élever parmi les Icoglans, ou jeunes gens du sérail. Il se fit aimer des eunuques, et, en moins de dix ans, il fut mis au nombre des officiers de la chambre du trésor. Un jour la sultane Validé y étant allée avec l'empereur Mahomet IV, fut charmée de l'air et de la bonne mine du jeune Mustapha, en fit son amant et lui accorda ses bonnes graces. Ce fut par la protection de cette princesse qu'il fut élevé, de dignités en dignités, jusqu'à la place de grand-vizir. Le sultan ajouta à ces honneurs, celui de lui faire épouser sa fille. Son ministère auroit été aussi heureux que brillant, s'il fût moins entré dans les intrigues du sérail. Amoureux de la princesse Basch-Cari, sœur de Mahomet, il mit tout en œuvre pour la posséder ; mais inutilement. La sultane Validé, indignée des mépris de Mustapha, qu'elle seule avoit élevé, fit avorter tous les desseins de ce ministre. Mustapha, pour se venger, fit ôter à la sultane Validé la part qu'elle avoit au gouvernement de l'empire. Il n'en fallut pas davantage pour l'exposer à l'indignation de cette princesse. Elle appuya auprès du grand-Seigneur les murmures qu'excitoient et sa mauvaise conduite dans la guerre de Hongrie, et sa lâcheté au siège de Vienne, qu'il leva honteusement en 1683, après y avoir fait périr les meilleures troupes de l'empire Ottoman. Elle se servit enfin de la perte de Gran ou Strigonie, pour animer les Janissaires à la révolte, et pour obliger par ce moyen le grand-Seigneur de le sacrifier à la haine publique. Mahomet eut d'abord de la peine à y consentir ; mais se voyant contraint, il lui envoya son arrêt de mort par deux agas des Janissaires, qui l'étranglèrent à Belgrade le 25 décembre 1683. Voyez FROMAGET.
KARIB-SCHAH, descendoit des anciens rois des Kileks, peuple de la province de Kilan, dans le royaume de Perse. Né avec de l'ambition et du courage, il voulut ôter la possession de cette province à Schah-Sophi, roi de Perse, successeur de Schah-Abbas, qui l'avoit conquise en 1600. Il leva une armée de quatorze mille hommes, et prit d'abord la ville de Bescht. Il occupa ensuite toutes les avenues de Kilan : mais le roi de Perse envoya contre lui une armée de quarante mille hommes, qui défirent entièrement la sienne, et se saisirent de sa personne : il fut mené à Casbin, où étoit le Sophi, lequel ordonna qu'on lui fît une entrée magnifique par dérision, et qu'il fut accompagné de cinq cents courtisanes, qui lui firent essuyer mille indignités dans cette ridicule cérémonie. Lorsqu'il eut été condamné à mort, on commença son exécution par un supplice assez extraordinaire. Il fut ferré aux pieds et aux mains comme un cheval ; et après qu'on l'eut laissé languir ainsi pendant trois jours, il fut attaché au haut d'une perche dans le Meidan au grand marché, et tué à coups de flèches. Le roi tira le premier coup.
KARMATIENS, Voyez ABUDHABEN. 634 KAT
KATEB, poète Persan, né à Bust, se distingua à la cour des sultans de la race des Samanides. Il a composé un poème, qui commence par cette maxime: Ce que l'homme a de suralondant dans ses biens, en devient d'ordinaire une diminution, et le gain qui n'est pas légitime, consume le bien acquis justement. Voici quelques autres sentences de ce poète: «Celui qui se corrige de ses fautes, fait mourir de dépit ses envieux. — Quand on suit les mouvemens de sa colère, on perd entièrement la vertu. — Les présens sont les cordes et les machines qui donnent le plus grand mouvement à toutes les affaires. — Celui qui s'habille plus richement que sa condition ne l'exige, est semblable à l'homme qui met du vermillon sur ses jones, pendant qu'il a un chancre qui le dévore. — L'acquiesement à la volonté de Dieu doit être la règle de notre conduite.»
KAUNITZ - RITTBERG, (le prince de) mort à Vienne le 27 juin 1794, âgé de 84 ans, fut pendant 40, le chancelier et le principal ministre d'Autriche. Il avoit commencé sa carrière politique par l'ambassade de France, et de retour dans sa patrie, il y obtint la confiance successive de Marie-Thérèse, de Joseph II et de Léopold II. Il fut heureux dans ses desseins, parce qu'il mit de la sagesse dans leurs plans, et de la justice dans leur exécution. Sous son administration, le cabinet de Vienne acquit une grande influence sur les autres cours. On ne lui a reproché que d'avoir secondé de tout son pouvoir, les innovations exécutées par l'empereur dans les Pays-Bas.
KAUT, fameux hérétique Anabaptiste, qui s'éleva à Worms, vers l'an 1530, et qui pensa plonger le Palatinat dans de nouvelles guerres civiles. Il prêcha avec le même esprit que le fanatique Muncer. Il annonça qu'il falloit exterminer les princes, et qu'il avoit reçu pour cela l'inspiration infaillible du Très-Haut. L'électeur le fit avertir de contenir son zèle. Kaut n'en devint que plus insolent. Il osa même déclarer au prince, qu'il opposeroit à ses armes le glaive de la parole. La ville de Worms étoit tellement attachée alors à ce faux prophète, que le prince crut plus prudent de ne pas le traiter à la rigueur. On le fit observer, et l'on garda les avenues de la ville, pour empêcher les Anabaptistes étrangers de s'y introduire. Enfin, pour dernière précaution, on opposa au fanatique deux prédicateurs Luthériens. La faction naissante étant devenue la plus foible à Worms, ne fut plus en état de défendre son pasteur; mais elle le suivit dans son exil. On vit une troupe de personnes des deux sexes courir à la campagne après l'apôtre de la sédition. La prison seule et les supplices délivrerent le Palatinat d'une peste qui recommençoit à l'infecter.
KAYE, Voyez CAIUS, n.º III.
KEATING, (Géoffroi) docteur et prêtre Irlandois, natif de Tipperari, mort vers 1650, est auteur d'une Histoire des Poètes de sa nation, traduite d'Irlandois en anglois, et imprimée magnifiquement à Londres en 1738, in-fol., avec les Généalogies des principales familles d'Irlande.
KECKERMANN, (Barthélemi) professeur d'hébreu à Heidelberg, et de philosophie à Dantzig sa patrie, mourut dans cette ville en 1609, à 36 ans. On a de lui, plusieurs ouvrages recueillis à Genève 1614, 2 vol. in-fol., qui ne sont que des compilations. Les plus connus sont deux Traités sur la rhétorique; le premier, publié d'abord en 1600, sous le titre de Rhetorica Ecclesiastica libri duo; et le second en 1606, sous le titre de Systema Rhetorica. Ces deux productions sont assez méthodiques; mais les réflexions qu'elles renferment ne sont ni neuves, ni profondes.
KEILL, (Jean) professeur d'astronomie à Oxford, membre de la Société royale de Londres, et déchiffreur sous la reine Anne, naquit en Ecosse, et mourut en 1721, à 50 ans. C'étoit un philosophe modéré, ami de la retraite et de la paix. Cet habile homme laissa plusieurs ouvrages d'astronomie, de physique et de médecine, tous également estimés des connoisseurs. Le plus connu est son Introduction à la Physique et à l'Astronomie, en latin, Leyde, 1739, in-4.º Le Monier le fils, célèbre astronome, a traduit en françois la partie astronomique de cet ouvrage estimable, Paris, 1746, in-4.º — Jacques KEILL, son frère, excellent médecin, mort à Northampton en 1719, à 46 ans, est auteur de plusieurs Ecrits sur son art, qui ont été recherchés. On estime son Anatomie, dont la sixième édition est de 1718. Voyez JURIN et LEIBNITZ. I. KEITH, (George) fameux Quaker, né en Ecosse d'une K E I 635 famille obscure, nioit l'éternité des peines de l'enfer et enseignoit la métempsycose, et plusieurs autres opinions extravagantes. Celle des deux Christs, (l'un terrestre et corporel, fils de Marie, né dans le temps; l'autre spirituel, céleste et éternel, résidant dans tous les hommes depuis la constitution du monde,) lui causa de longues et fâcheuses affaires. Il parcourut l'Allemagne, la Hollande, l'Amérique, semant par-tout ses rêveries, qu'il méloit avec les vérités les plus augustes. Cet insensé fut plusieurs fois condamné, sans vouloir se soumettre. De retour en Europe, en 1694, il parut au synode général de la secte des Trembleurs, tenu à Londres la même année, et y fut condamné malgré son enthousiasme et son babil; mais comme l'opiniâtreté est le propre de l'hérésie, et sur-tout du fanatisme, il mourut dans ses erreurs.
II. KEITH, (Jacques) feld-maréchal des armées du roi de Prusse, étoit fils cadet de George Keith, comte-maréchal d'Ecosse, et de Marie Drummond, fille du lord Perth, grand-chancelier d'Ecosse sous le règne de Jacques II. Il naquit en 1698, à Freterressa, dans le Sherifsdon de Kincardin. Ayant pris parti pour le prétendant avec son frère aîné, et les entreprises de ce prince, n'ayant pas été heureuses en 1715, il passa avec son frère en Espagne. Il y fut officier dans les brigades Irlandoises, pendant dix ans. Il alla ensuite en Moscovie, où la Czarine le fit brigadier général, et peu de temps après lieutenant général. Il signala son courage dans toutes les batailles qui se donnèrent entre les Turcs et les Russos sous le règne de 636 K E I cette princesse ; et à la prise d'Ockzackow, il fut le premier qui monta à la brèche, et fut blessé au talon. Dans la guerre entre les Russes et les Suédois, il servit en Finlande en qualité de lieutenant général. Ce fut lui qui décida le gain de la bataille de Wilmanstrand, et qui chassa les Suédois des isles d'Aland, dans la mer Baltique. A la paix conclue à Abo en 1743, il fut envoyé, par l'impératrice, ambassadeur à la cour de Stockholm, où il se distingua par sa magnificence. De retour à Pétersbourg, l'impératrice l'honora du bâton de maréchal ; mais ses appointeurs étant trop modiques, il se rendit auprès du roi de Prusse, jaloux de fixer les talens auprès de lui. Ce prince lui assura une forte pension, et le mit dans sa confiance la plus intime. Il parcourut avec lui la plus grande partie de l'Allemagne, de la Pologne, de la Hongrie. La guerre s'étant déclarée en 1756, Keith entra en Saxe en qualité de feld-maréchal de l'armée Prussienne. Ce fut lui qui assura la belle retraite de cette armée après la levée du siège d'Olmutz en 1758. Il fut tué cette même année, lorsque le comte de Daun surprit et attaqua le camp des Prussiens à Hockirchem. Le général Keith étoit homme de tête et homme de main. Il avoit médité beaucoup sur l'art militaire. Il possédoit d'ailleurs d'autres qualités, qui lui méritèrent l'estime des honnêtes gens. Mylord Maréchal, son frère, écrivit à Mad. Geoffrin : « Mon frère m'a laissé un bel héritage ! Il venoit de mettre à contribution toute la Bohême, à la tête d'une grande armée ; et je lui ai trouvé 70 ducats. » I. KELLER, (Jacques) Cellarius, Jésuite Allemand, né à Seckinghen en 1568, mort à Munich le 23 février 1631, à 63 ans, professa avec distinction les belles-lettres, la philosophie, la théologie ; fut confesseur du prince et de la princesse de Bavière, et se signala dans les conférences de controverses. On a de lui, divers ouvrages contre les Luthériens et contre les puissances ennemies de l'Allemagne. Il s'y déguise souvent sous les noms de Fabius Hercinianus, d'Aurimontius, de Didacus Tamias, etc. Son ouvrage contre la France, intitulé : Mysteria politica, 1625, in-4°, fut brûlé par sentence du Châtelet, censuré en Sorbonne, et condamné par le clergé de France. On attribue à Keller le Canea Turturis, pour répondre au Chant de la Tourterelle, de Gravina. Voyez I. ESTAMPES.
II. KELLER, (Jean-Balthasar) excellent ouvrier dans l'art de fondre en bronze, natif de Zurich, jeta en fonte la Statue équestre de Louis XIV, que l'on voyoit à Paris dans la place de Louis le Grand. Cette statue, haute de 20 pieds, et d'un seul jet, fut terminée le 1er décembre 1692. Il fut fait inspecteur de la fonderie de l'arsenal, et mourut en 1702. — Jean-Jacques KELLER, son frère, mort à Colmar en 1700, à 65 ans, étoit aussi très-habile dans le même art.
KELLEY, (Edouard) Alchimiste Anglois, né à Worcester en 1555, mort en 1595, croyoit faire de l'or, et le fit accroire à l'empereur Rodolphe II, qui fut sa dupe. On trouve de lui, deux poèmes sur la chimie et la pierre philosophiale dans Lupis philo- rophorum, Hambourg, 1676, in-8.
KELLY, (Hugues) Irlandois, commis d'un riche négociant de Londres, mourut en 1777, à 38 ans. On a de lui quelques comédies, dont la première, la Fausse délicatesse, eut un succès qui le détermina à cultiver le genre dramatique.
KEMPHER, (Gérard) vice-recteur de l'université d'Alcmaër, fut l'un des meilleurs poètes latins d'Allemagne. On lui doit d'excellentes observations sur les Églogues de Calpurnius, imprimées à la suite de l'Hieracoso-phium de Rigault. Paris, Morel, 2612, in-4.
KEMNITIUS, Voyez CHEM-NITZ. — KEMPIS, (Thomas A) né au village de ce nom, diocèse de Cologne, en 1380, entra en 1399, dans le monastère des chanoines réguliers du Mont Sainte-Agnès près de Zwol, où son frère étoit prieur. Ses actions et ses paroles portoient à la vertu. Doux avec ses confrères, humble et soumis avec ses supérieurs, charitable et compatissant envers tous, il fut le modèle de cette piété aimable qui change en paradis l'enfer de ce monde. Son occupation principale étoit de copier des ouvrages de piété et d'en composer. Ceux que nous avons de lui, respirent une onction, une simplicité, qu'il est plus facile de sentir que de peindre. Les meilleures éditions que nous en ayons, sont celles de Sommalius, Jésuite; à Anvers, 1600 et 1615, trois vol in-8. La plus grande partie de ces excellentes productions, a été traduite en françois par l'abbé de Bellegarde, sous le titre de Suite de l'Imitation de J. C., in-24; par le P. Valette, Doctrinaire; sous celui d'Élévation à J. C. sur sa vie et ses mystères, in-12. Thomas A Kempis mourut saintement le 25 juillet 1471, à 91 ans. On lui attribue assez généralement le livre de l'IMITATION de J. C.; et cet ouvrage qui ne prêche que la douceur et la concorde, a été un sujet de querelle entre les Bénédictins de Saint-Maur et les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève. Voyez les articles NAUDÉ, (Gabriel) et D. QUATREMAIRE. L'auteur de ce chef-d'œuvre d'onction et de piété, prit autant de soin de se cacher, que les autres écrivains s'en donnent pour être connus. Il pratiqua lui-même le conseil qu'il donne à tous les vrais Chrétiens: AMA NESCIERI. D'ailleurs, qu'importe le nom de l'auteur, pourvu qu'on pratique ce qu'il conseille? Cet ouvrage, admirable malgré la négligence du style, touche beaucoup plus que les réflexions pétillantes de Sénèque, et les froides consolations de Boèce. Il charme à la fois le chrétien et le philosophe. Il a été traduit dans toutes les langues, et par-tout il a été infiniment goûté. On rapporte qu'un roi de Maroc l'avoit dans sa bibliothèque, et qu'il le lisoit avec complaisance. La première édition latine est de 1492, in-12, gothique. Il en existoit alors une vieille traduction françoise sous le titre de l'Internelle consolation, dont le françois paroît aussi ancien que Thomas A Kempis: c'est ce qui a fait douter si ce livre avoit d'abord été composé en latin, ou en françois. L'abbé Lenglet a tiré, de cette ancienne traduction, un chapitre qui n'étoit pas dans les versions 638 KEN latines. Ce livre de l'*Internelle consolation* a été imprimé plusieurs fois dans le XVIe siècle, in-8°. L'abbé *Vallart* publia une jolie édition de l'*Imitation chez Barbou*, en 1758, in-12, purgée d'un grand nombre de fautes. Celle d'*Elzevir*, in-12, à Leyde, sans date, avec deux figures au frontispice, est encore plus recherchée et beaucoup plus chère. Il y en a eu aussi une édition au Louvre, in-fol. 1640, en gros caractère, dont l'impression est très-belle; mais elle n'est pas d'un usage commode, et elle ne peut servir que pour les grandes bibliothèques. L'abbé *Desbillons*, en a donné une édition exacte à Manheim, 1780, in-8°; mais l'éditeur a négligé de diviser les chapitres par versets; ce qui en diminue beaucoup le mérite. Une des plus belles éditions, parmi les différentes versions françaises qu'on en a faites, est celle de la traduction de *de Beuil*, (Sacy) in-8°, 1663, avec figures. Ceux qui désireront une histoire détaillée des contestations survenues, au sujet de l'*Imitation*, entre les Bénédictins et les Génovéfains, peuvent consulter la relation curieuse que Dom *Vincent Thuillier* en a donnée, à la tête du tome premier des Œuvres posthumes des PP. *Mabillon et Ruinart... Voyez* GONNELIEU, CORNEILLE, (Pierre) et FRONTEAU.
KEN, (Thomas) évêque de Bath en Angleterre, instruisit son clergé, fonda des écoles, secourut les pauvres, et laissa plusieurs ouvrages de piété estimés par les Anglicans. Il étoit né à Barktamsted dans la province de Hertford en 1637, et il mourut à Longe-Léate le 29 mars 1711, âgé de 74 ans. Quelqu'un l'ayant accusé auprès du roi sur certaines propositions d'un sermon qu'il avoit prêché à Whitehall, ce prince l'envoya chercher pour se laver de ce reproche; l'évêque de Bath lui dit, sans s'ébranler: *Si votre majesté n'avoit pas négligé son devoir, et qu'elle eût assisté au sermon, mes ennemis n'auroient pas eu occasion de m'accuser*. Il justifia ensuite ce qu'il avoit dit dans son sermon, et le roi ne s'offensa point de sa liberté. On rapporte que ce prélat avoit un goût très-vif pour la musique et la poésie, qu'il dormoit peu, et qu'il chantait tous les jours une hymne aux accords de son luth, avant de s'habiller. On a imprimé ses œuvres en vers et en prose, 1721, 4 volumes. I. KENNET, (White) évêque de Péterborough, né à Douvres en 1660, fonda une bibliothèque d'antiquités et d'histoire dans sa ville épiscopale, prêcha et écrivit avec succès. Les ouvrages qui restent de lui, presque tous en anglois, décèlent un homme savant et un bon littérateur. Ce prélat mourut en 1728.
II. KENNET, (Basile) frère du précédent, autant distingué par sa science que par la pureté de ses mœurs, naquit en 1674 à Postling dans le comté de Kent. Il embrassa l'état ecclésiastique et devint chapelain du comptoir Anglois à Livourne. Poursuivi par l'inquisition pour ses écrits théologiques, menacé d'être emprisonné à Pise, il revint en Angleterre et fut élu président du collège d'Oxford en 1714. Il ne jouit pas long-temps de cette place, et mourut l'année suivante âgé de 41 ans. Ses principaux en- K E P 639 vrages sont : I. *Romæ antiquæ notitia*, 1696, 2 vol. in-8°. C'est un ouvrage élémentaire sur les antiquités Romaines, précis et instructif. Il est précédé de deux opuscules sur la littérature des Romains et sur leur éducation. Ce traité d'antiquités paroît avoir été destiné à l'instruction du duc de *Glocester*; il en a été fait plus de dix éditions. II. *Vita antiquorum Poetarum Graecorum*, 1697, in-8°. L'ouvrage de *Tannegui le Fèvre* sur le même sujet, a sans doute donné à *Kennet* l'idée du rien, qui est beaucoup plus étendu. III. *De creatione Apostolorum*, 1705. IV. On lui doit encore, des *Sermons*, en 5 vol. in-8°, 1715, une *Paraphrase* des Pseaumes, et une version du *Traité des Lois* de *Puffendorff*. On a inséré dans le tome 2d des *Mélanges de Littérature étrangère*, la traduction du petit essai historique de *Ken- net* sur la littérature Romaine.
KENNICOT, (Benjamin) chanoine de l'église de Christ, et ministre de l'église de Culham dans le comté d'Oxford, mort à Oxford en 1783, publia dans cette dernière ville une *Bible Hébraïque* en deux vol. in-fol. Il employa tous ses soins pour épurer le texte, et fut secondé par les plus habiles Hébraïsans de l'Europe.
KEPPEL, *Voy. ALBEMAZLE*. I. KEPPLER, (Jean) célèbre astronome, naquit à Weil le 27 décembre 1571, d'une famille illustre, qui essuya bien des infortunes. Ces infortunes retardèrent ses études : mais dès qu'il put les continuer sans interruption, il alla au-leur de ce qu'on auroit dû espérer d'un jeune homme. Dès l'âge de 20 ans, il professa la philosophie ; et s'étant attaché ensuite à la théologie, il fit quelques discours au peuple, qui annonçoient les plus grands talens pour le ministère. Sa passion pour l'astronomie le dégoûta de toute autre occupation. Il se vit bientôt en état de remplir la chaire des mathématiques à Gratz. Un Calendrier qu'il fit pour les grands de Stirie, auxquels il devoit sa chaire, lui fit un nom distingué. *Tycho- Brahé* l'appela auprès de lui en Bohème l'an 1600 ; et, pour qu'il se rendit plus vite à son invitation, il le fit nommer mathématicien de l'empereur. Depuis, ces deux grands hommes ne se quittèrent plus. Si *Tycho- Brahé* fut d'un grand secours par ses lumières à *Keppler*, celui-ci ne lui fut pas moins utile par les siennes. La mort lui ayant enlevé cet illustre ami, ce généreux bienfaiteur, en 1601, *Keppler* consacra ses regrets dans une élégie touchante. L'empereur *Rodolphe II*, qui se piquoit d'être astronome, et même astrologue, suppléa très - foiblement à ce que la mort de *Tycho-Brahé* lui faisoit perdre : « Je suis obligé, dit *Keppler* dans une de ses lettres, pour ne pas déhonorer sa sacrée majesté impériale, de faire et de vendre à sa cour des almanachs à prédiction, les seuls ouvrages qu'on y achète et qu'on y liée. » Les empereurs *Matthias* et *Ferdinand II* le traitèrent avec plus de générosité. Ils lui continuèrent le titre de *Mathématicien Impérial*, et lui accordèrent différentes gratifications. Il obtint en 1629 une chaire de mathématiques dans l'université de Rostock : mais il n'eut pas le temps de l'occuper. S'étant renau l'année suivante à la diète 640 K E P de l'athibonne pour se faire payer d'une somme que l'empereur lui avoit promise, il tomba malade dans cette ville, et y mourut le 15 novembre 1630, à 59 ans. Il avoit été marié deux fois, et il laissa des enfans de ses deux épouses. Les études profondes qu'il avoit faites, ne l'avoient rendu ni dur, ni indifférent. Il pleura amèrement sa première femme, et fut tendrement attaché à la seconde. Comme tous les hommes sensibles, il eut des chagrins dont il fut très-touché. Sa mère lui en donna, en 1620, de fort cuisans. Cette femme acariâtre et caustique avoit insulté gravement une amie, à laquelle elle avoit reproché des débauches réelles, mais cachées. Elle fut attaquée en justice comme calomniatrice. Ce procès, aussi dispendieux que désagréable, ne finissoit point. La mère de Keppler, se livrant à l'emportement de son caractère, reprocha, en termes injurieux, au juge de son affaire, sa lenteur à la finir. Ces outrages avancèrent le procès; car ce magistrat la fit arrêter. On produisit de nouvelles accusations. Mad. Keppler fut non-seulement accusée d'avoir insulté, mais encore d'avoir ensorcelé son amie. Il n'y avoit, ni ne pouvoit y avoir de témoins d'un tel crime. Le juge ne trouva rien de mieux que de la condamner à la question, et elle n'échappa à la torture que par les instances de son fils, qui épuisa son crédit pour la faire décharger de cette accusation ridicule. Sa mère fut déclarée innocente; mais ce ne fut qu'après que Keppler se fut donné des mouvemens, qui troublèrent la tranquillité de sa vie et interrompirent ses études. Ce savant, considéré comme mathématicien, mérite une place distinguée dans l'histoire des sciences; il fut le premier maître de Descartes en optique, et le précurseur de Newton en physique. On le regarde avec raison comme un législateur en astronomie. Il a eu la première idée des tourbillons célestes. Il devina par la seule force de son génie, les lois mathématiques des astres. C'est à lui qu'on doit la découverte de cette règle admirable, connue sous le nom de Règle de Keppler, selon laquelle les planètes se meuvent; mais en trouvant cette loi, il n'en trouva point la raison. Moins bon philosophe qu'astronome admirable, il dit que le Soleil a une ame; non pas une ame intelligente, animum; mais une ame végétante, agissante, animam: qu'en retournant sur lui-même, il attire à soi les planètes; mais qu'elles ne tombent pas dans le soleil, parce qu'elles font aussi une révolution sur leur axe. En faisant cette révolution, dit-il, elles présentent au soleil, tantôt un côté ami, tantôt un côté ennemi; le côté ami est attiré, et le côté ennemi est repoussé, ce qui produit le cours annuel des planètes dans les éclipses. Il faut avouer, pour l'humiliation de la philosophie, que c'est de ce raisonnement si peu philosophique qu'il avoit conclu que le soleil devoit tourner sur son axe. L'erreur le conduisit par hasard à la vérité. Il devina la rotation du soleil sur lui-même, plus de 15 ans avant que les yeux de Galilée le reconnussent à l'aide des télescopes. C'est à lui encore qu'on est redevable de la découverte de la vraie cause de la pesanteur des corps, et de cette loi de la nature dont elle dépend, que les corps mus mus en rond s'efforcent de s'éloigner du centre par la tangente. L'antiquité n'avoit point fait de plus grands efforts, et la Grèce n'avoit pas été illustrée par de plus belles découvertes. Keppler n'étoit donc pas trop vain, lorsqu'il disoit qu'il préféroit la gloire de ses inventions, à l'électorat de Saxe. Ceux qui voudront les connoître plus en détail, peuvent consulter les nombreux ouvrages sortis de sa plume. Les principaux sont : I. Prodromus dissertationum cosmographicarum, Tubingæ, 1596, in-4.º Il donna aussi à ce livre le titre de Mysterium Cosmographicum. II. Paralipomena quibus Astronomiæ pars Optica traditur, 1604, in-4.º III. De stellâ novâ in pede Serpentarii, Praguæ, 1606, in-4.º IV. De Cometis libri tres, Augustæ - Vindelicorum, 1611, in-4.º V. Eclogæ Chronicæ, Francofurti, 1515. VI. Ephemerides novæ, Lincii, 1616, in-4.º VII. Tabulæ Rodolphinæ, Ulmæ, 1627, in-fol. : ouvrage qui lui coûta vingt ans de travail. VIII. Epitome Astronomiæ Copernicanæ, 1635, deux vol. in-8.º IX. Astronomiâ nova, 1609, in-fol. X. Chilias Logarithmorum, etc. in-4.º XI. Nova Stereometria doliorum vinariorum, etc. 1615, in-fol. XII. Une Dioptrique, in-4.º XIII. De vero natali anno CHRISTI, in-4.º Keppler ordonna qu'on mit sur son tombeau cette épitaphe : Mensus eram cælos, nunc terra metior umbras : Mcos cælescis erat, corporis umbra jacet. Voyez sa VIE à la tête de ses Lettres, imprimées en latin à Leipzig en 1718, in-folio.
II. KEPPLER, (Louis) fils du précédent, médecin à Konisberg en Prusse, publia l'ouvrage de son père, intitulé : Somnium, seu De Astronomiâ Lunari, Francfort, 1634, in-4.º C'est dans cette production qu'il débite les rêveries dont nous avons parlé plus haut. Louis naquit à Prague en 1607, et mourut à Konisberg en 1663. On a de lui, quelques Ecrits, entr'autres Ideæ pestis, Lubeck, 1657, in-fol.
KERCADO, Voyez MOLAC et SÉNÉCHAL.
KERCKRING, (Thomas) célèbre médecin d'Amsterdam, membre de la Société royale de Londres, mourut en 1693 à Hambourg, où il avoit passé la plus grande partie de sa vie, avec le titre de résident du duc de Toscane, se fit un nom par ses découvertes et par ses ouvrages. C'est lui qui trouva le secret d'amollir l'ambre jaune, sans lui ôter sa transparence. Ses principales productions гонlent sur l'anatomie : I. Spicilegium Anatomicum, à Amsterdam, 1670, in-4.º II. Anthropogeniæ Ichnographia, Amsterdam, 1670, in-4.º, où il soutient que l'on trouve dans le corps de toutes les femmes des œufs, dont, selon lui, les hommes sont engendrés. On lui attribue encore une Anatomie, imprimée en 1671, in-fol.
KERGUELIN - TREMA-REC, (Yves-Joseph DE) Breton, contre-amiral, se distingua dans la marine françoise par ses connoissances mathématiques, et dans la littérature par ses écrits. Il est auteur : I. D'un Voyage dans la mer du Nord aux côtes d'Islande, des Orcadés, de Norwège, de Groenland. Ce voyage S s 642 KER fait en 1767 n'a été imprimé qu'en 1772, Amsterdam, in-4.º II. D'une Relation des évênemens de la guerre maritime de 1778, entre la France et l'Angleterre, 1796, in-8.º Cette Relation est terminée par un précis des causes de la destruction de la marine, et des moyens de la rétablir. Kerguelin est mort en mars 1797.
KÉRI, (François-Borgia) né dans le comté de Zemplin en Hongrie, se fit Jésuite, se distingua dans cette société par la variété de ses connoissances et par sa piété. Il mourut à Bude l'an 1769. On a de lui: I. Une Histoire des empereurs d'Orient, depuis Constantin le Grand, jusqu'à la prise de Constantinople. Tyrnau, 1744, in-fol. en latin, ornée de figures et de médailles. II. Histoire des Empereurs Ottomans, depuis la prise de Constantinople, Tyrnau, 1749, 9 petits vol. Le P. Nicolas Schmith, Jésuite, a continué cette Histoire, et en a publié deux vol. in-fol. en 1760 et 1761. III. Dissertations sur le vide, sur le mouvement des corps et sur les causes du mouvement, Tyrnau, in-8.º Il contribua beaucoup à perfectionner le télescope, et se fit un nom célèbre par ses observations astronomiques.
KERKHERDÈRE, (Jean-Gérard) né vers 1678 à Fanquemont, petite ville d'Outre-Meuse, Hollandois, à 2 lieues de Maestricht, étudia la philosophie et la théologie à Louvain, enseigna les belles-lettres pendant plusieurs années, donna des leçons d'histoire au collège des Trois-Langues, fut fait historiographe de l'empereur Joseph I, en 1708, et mourut le 16 mars 1738. Il s'étoit marié en 1719, et n'a point laissé d'enfants. On a de lui: I. Systema apocalypticum, Louvain, 1708, in-12; c'étoit comme un essai d'un ouvrage plus considérable qu'il intitula: De monarchia Romae paganae secundam concordiam inter SS. Prophetas Danielem et Joannem: consequens historia à monarchiæ conditoribus, usque ad urbis et imperii ruinam. Accessit series historiæ apocalypticæ, Louvain, 1727, in-12. II. Prodromus Danielicus, sive Novi Conatus historici, critici, in celeberrimas difficultates historiæ Veteris Testamenti, monarchiarum Asiae, etc., ac præcipuè in Danielem prophetam, Louvain, 1711, in-12. L'érudition est répandue à pleines mains dans ces deux ouvrages; les hypothèses qu'on y propose ont de grandes vraisemblances, et jettent beaucoup de jour sur les difficultés historiques, chronologiques et géographiques de l'Écriture-sainte. III. De Situ Paradisi terrestris, Louvain, 1731, in-12. Il place le paradis terrestre un peu au-dessus de la Babylonie, prend pour le Phison le bras occidental de l'Euphrate jusqu'à son embouchure, et pour le Gehon le bras oriental du même fleuve, depuis la ville de Cippara, où il se mêle à un bras du Tigre, jusqu'à l'embouchure du même Tigre, près de la ville et l'isle de Charax: ce système, différent de celui de Huet, est peut-être aussi probable. Kerkherdère a fait précéder ce traité, du Conatus novus de Cepha reprehensio, où il soutient que ce Cephas est différent de St. Pierre. On trouve encore dans ce volume une Dissertation sur le nombre des années que le Sauveur a instruit le peuple; et une autre intitulée: De Cepha ter correpto. IV. Grammatica latina, Louvain, 1706, in-12, de 117 pages, où il y a plus d'érudition que dans la plupart des grammaires, même volumineuses. V. Un grand nombre de Poésies latines.
KERSAINT, (Armand-Gui-Simon, comte de) né à Paris, capitaine de vaisseau, embrassa d'abord avec chaleur les opinions révolutionnaires de 1789, et fut nommé député de Paris à la première Législature. Attaché au parti de la Gironde, il s'y mortera constamment l'ennemi des terroristes et des provocateurs des mesures sanguinaires. Élu de nouveau, membre de la Convention, il y devint encore plus modéré; et la veille de la condamnation de Louis XVI, il écrivit au président, « que s'il avoit été réduit à être le collègue des panégyristes et des promoteurs des massacres de septembre, il vouloit du moins défendre sa mémoire du reproche d'avoir été leur complice; qu'il ne lui restoit plus qu'un moment, que demain il ne seroit plus temps, et qu'il donnoit sa démission. » Dénoncé aussitôt, sur cette lettre, comme ennemi de la République, il fut mandé à la Barre, y parut avec sang froid, s'y défendit avec noblesse, et refusa aussitôt de rentrer dans le sein de la Convention, et même de profiter des honneurs de la séance qu'on avoit proposé de lui accorder. Ce courage lui devint fatal; en vain Kersaint se retirait-il, immédiatement après cette comparution, dans une profonde retraite, il fut découvert par les agens du comité de salut public, arrêté, et condamné à mort le 5 décembre 1793, à l'âge de 52 ans.
KERVER, (Jacques) célèbre imprimeur de Paris, mort en 1583, faisoit un commerce très-étendu en France et dans l'étranger. On estime ses éditions Grecques. Il fut le premier à qui les papes Vie V et Grégoire XIII accordèrent le privilège d'imprimer l'Office de l'Église, suivant la réforme du concile de Trente. Le roi Charles IX confirma ce privilège.
KERVILLARS, (Jean-Marin DE) Jésuite, né à Vannes en 1668, mort en 1745, à Paris, à 77 ans, où il professoit la philosophie, avoit du goût et de la littérature. Nous avons de lui, une assez bonne traduction des Fastes et Élégies d'Ovide, 3 vol. in-12, 1724, 1726, 1742. Il avoit travaillé quelque temps aux Mémoires de Trévoux. I. KESLER, (Nicolas) l'un des premiers imprimeurs du 15e siècle, contemporain de Faust, a publié, à Basle, depuis 1486 jusqu'en 1494, année où il mourut, six éditions, parmi lesquelles on distingue une Bible. L'ouvrage intitulé Liber deflorationum ne porte point le nom de Kesler; mais la ressemblance des caractères de ce livre avec ceux employés par cet imprimeur, le lui a fait attribuer.
II. KESLER, (André) théologien Luthérien, pensionné par Jean Casimir duc de Saxe, naquit à Cobourg en 1595, et mourut en 1643, avec la réputation d'un bon prédicateur, et d'un assez bon controversiste. Il laissa une Philosophie en 3 vol. in-8°, dont on ne parle plus, et des Commentaires sur la Bible, in-4°
KESSEL, (Jean Van) et Ferdinand son fils, sont deux pein- S 5 2 644 KET tres Flamands, estimés pour le fini de leur tableaux. Le premier naquit à Anvers en 1620, et le second en 1660.
KETT, (Guillaume) chef d'une rebellion, sous *Édouard VI*, roi d'Angleterre, étoit fils d'un tanneur, et tanneur lui-même. Son esprit s'éleva au-dessus de sa naissance; il étoit délié, souple, rusé, plein de hardiesse et de courage. S'étant mis à la tête du peuple de Norfolck, il s'empara de la ville de Norwich; mais le duc de *Warwick*, ayant eu ordre de marcher contre lui, le prit et le fit pendre à un chêne, avec dix des principaux complices de cette révolte.
KETTLER, (Gothard) grand-maître des chevaliers Porte-glaive, devint, en 1561, duc souverain de Courlande, dont le roi de Pologne, *Sigismond-Auguste*, lui donna l'investiture. Ses descendants ont conservé ce duché jusqu'en 1737. *Ferdinand*, le dernier d'entre eux, le perdit, pour avoir commandé l'armée Saxonne, contre le czar *Pierre I*; et l'impératrice *Anne*, qui succéda à ce dernier, força les Courlandois à élire pour duc son favori *Biren*. *Voyez BIREN*.
KETTLEWELL, (Jean) théologien Anglican, né dans la province d'Yorck, mort de consomption en 1695, est connu dans son pays par plusieurs ouvrages, dont le plus célèbre est intitulé: *Les Mesures de l'obéissance Chrétienne*. Les Anglois, républicains, ne trouvent pas ces mesures tout-à-fait exactes. L'auteur étoit zélé royaliste. Il avoit dédié son livre à *Compton*, évêque de Londres, partisan de l'autorité royale comme lui; mais ce prêlat ayant changé de sentiment; et s'étant mis à la tête d'un régiment de gentilshommes contre leur prince, *Kettlewell* fit ôter la dédicace.
KEULEN, *Voyez VAN-KEULEN*.
KEYSLER, (Jean-George) né à Thornau en 1689, voyagea en France, en Angleterre, en Suisse, en Italie, en Hollande, en Allemagne, en Hongrie, et se fit estimer par son érudition. Il fut trouvé mort dans son lit en 1743, à 54 ans, dans une terre appartenante à M. de *Bornstorff*, premier ministre du roi d'Angleterre, dans l'électorat d'Hanovre. Il avoit accompagné les petits-fils de ce seigneur dans leurs voyages. La Société de Londres se l'associa en 1718. Son principal ouvrage fut publié en 1720, à Hanovre, sous le titre d'*Antiquitates selectæ Septentrionales et Celticæ*, in-8.º On y voit une profonde connoissance des antiquités.
KHONDEMYR, auteur Persan, a écrit un Abrégé de l'*Histoire de Perse de Mirk-hond*.
KHUNRAT, *Voyez KUN-RART*.
KIDDER, (Richard) né à Suffolck, en 1649, d'abord ministre à Londres, doyen de Péterborough, ensuite évêque de Bath et de Wels, fut écrasé dans son lit avec sa femme, par la chute d'une cheminée qu'une grande tempête renversa le 26 novembre 1703. Ce prélat étoit profondément versé dans la littérature hébraïque et rabbinique. On lui doit: I. Un savant *Commentaire* sur le Pentatenque, avec quel- ques Lettres contre Jean le Clere, en 2 vol. in-8.º II. Une Démonstration de la venue du Messie, en 3 vol. in-8.º III. Des Ouvrages de Controverse. IV. Des Livres de Morale. V. Des Sermons.
KIEN, Voyez LANUZA.
KIENLONG, savant empereur Chinois, mort dans le siècle qui vient de finir, favorisa les missionnaires François, et a publié, dans sa langue, divers écrits. On connoit, dans la nôtre, son Éloge de la ville de Moukden, traduit par le P. Amiot, et publié par Degnignes, à la suite de l'Art militaire des Chinois.
KII, simple batelier Russe, dont quelques historiens ont fait un prince, traversoit les passagers d'une rive du Niéper à l'autre. Il employa ses richesses, vers l'an 430 de l'ère chrétienne, à bâtir Kiæff, qui fut pendant long-temps la seule ville connue sur l'immense région de l'empire Russe. I. KILIAN, (Corneille) né dans le Brabant, mort dans un âge avancé en 1607, fut, pendant 50 ans, correcteur de l'imprimerie de Plantin, qui dut une partie de sa gloire à son attention scrupuleuse. Nous avons de lui: I. Une Apologie des Correcteurs d'imprimerie, contre les Auteurs. II. Etymologicon linguae Teutonicae, Antuerpiæ, 1599, in-8.º III. Quelques Vers latins.
II. KILIAN, (Luc) graveur Allemand, florissoit vers la fin du 16e siècle. Il mania le burin avec beaucoup d'intelligence, mais quelquefois avec roideur, et réussit principalement dans les Portraits. Sa famille a produit plusieurs personnes également habiles dans la même profession. Le plus célèbre est Philippe-André, mort à Augsbourg, en 1774.
KILLODOR-BAHANDER-KHAM, l'un des principaux généraux Marates au service de Tippo-Saïb, fut renommé par sa bravoure, et s'éleva, par des actions d'éclat, au commandement de l'armée. Il fut tué, le 21 mars 1791, sur les remparts de Bangalore, place prise d'assaut par les Anglois. Lord Cornwallis fit offrir à Tippo-Saïb le corps de Killodor, pour lui rendre les honneurs funèbres; mais le sultan le refusa, en disant, « que le plus beau lieu d'inhumation pour un guerrier, étoit celui où il avoit péri les armes à la main pour la défense de son pays. »
KIMCHI, (David) rabbin Espagnol, mort vers 1240, fut nommé, en 1232, arbitre de la querelle survenue entre les Synagogues d'Espagne et de France au sujet des livres de Maimonides. C'est celui de tous les grammairiens Juifs, qui, avec Juda Chiug, a été le plus suivi, même parmi les Chrétiens, lesquels n'ont presque composé leurs Dictionnaires et leurs versions de la Bible, que sur les livres de ce savant rabbin. On estime particulièrement sa méthode, la netteté et l'énergie de son style: les Juifs modernes le préfèrent aussi à tous les grammairiens. Il s'est illustré par divers ouvrages. I. Une Grammaire hébraïque, intitulée Michlol, c'est-à-dire Perfection, Venise, 1545, in-8.º: Leyde, 1631, in-12. C'est cette Grammaire qui a servi de modèle à toutes les Grammaires hébraïques. II. Un livre des Ra- 646 KIN cines hébraïques, 1555, in-8° ou in-fol. sans date. III. Dictionarium Talmudicum, Venise, 1506, in-fol. IV. Des Commentaires sur les Pseaumes, sur les Prophètes, et sur la plupart des autres livres de l'ancien Testament, imprimés, au moins la plus considérable partie, dans les grandes Bibles de Venise et de Basle. L'on n'y a pourtant point mis ses Commentaires sur les Pseaumes, qui se trouvent imprimés séparément en Allemagne. Dom Janvier, Bénédictin de Saint-Maur, en a donné une version latine en 1669, in-4°. Ces Commentaires, ainsi que tous les autres de cet illustre rabbin, sont ce que les Juifs ont produit de meilleur et de plus raisonnable sur l'Écriture. Génébrard a traduit ses Argumens contre les Chrétiens, 1566, in-8°.
KING, Voy. CHING. I. KING, (Jean) né à Warnhall en Angleterre, devint chapelain de la reine Elizabeth, prédicateur du roi Jacques, doyen de l'église de Christ à Oxford, enfin évêque de Londres. Il mourut en 1621, universellement regretté pour son savoir, son zèle et sa charité. On a de lui plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue ses Commentaires sur Jonas, Oxford, 1599, in-4°, et ses Sermons.
II. KING, (Henri) fils du précédent, mort le 1er octobre 1669, évêque de Chichester, laissa différens ouvrages en anglois et en latin, en prose et en vers. Les meilleurs sont des Sermons; une Explication de l'Oraison Dominicale; et une Traduction des Pseaumes, en vers, propres au chant, 1651, in-12.
III. KING, (Guillaume) né à Antraim, en 1650, d'une ancienne famille d'Écosse, prit des leçons de philosophie et d'histoire sous le fameux Dodwel. Parker, archevêque de Toam, (siège qui a été transféré à Gallowai) instruit de son savoir et de la pureté de ses mœurs, lui procura divers emplois, et enfin le doyenné de Dublin en 1688. King, peu favorable au parti du roi Jacques, manifesta trop ouvertement son attachement aux intérêts de Guillaume. Il fut mis en prison; mais quand le gendre eut détrôné le beau-père, il fut nommé à l'évêché de Derby, et ensuite à l'archevêché de Dublin. Il ne manqua à ce prélat que d'être Catholique. Quoique engagé dans les erreurs du Protestantisme, il eut toutes les vertus que notre religion inspire, la charité, la bienfaisance, la douceur, la modération, le désintéressement. Il mourut en 1729, à 79 ans, sans avoir jamais voulu se marier. Ses ouvrages sont: I. L'État des Protestans d'Irlande sous le règne du roi Jacques: ouvrage vanté par le fameux G. Burnet, mais dont Leslie a fait la réfutation. II. Discours sur les inventions des Hommes dans le culte de Dieu, souvent réimprimé. III. Un traité de l'Origine du mal, en latin, traduit en anglois par Edmond Law, 1731, in-4°, et 1732, 2 vol. in-8°. Le traducteur a chargé sa version de longues notes, dans lesquelles il prétend réfuter les objections que Bayle et Leibnitz avoient faites contre ce traité. IV. Des Écrits Polémiques. V. Des Sermons, etc.
IV. KING, (Guillaume) jurisconsulte Anglois, étoit d'une K I R 647 illustre famille. La reine Anne le fit son secrétaire, et il accompagna le comte de Pembrock en Irlande. Il auroit pu s'enrichir par les emplois importants qu'il exerça dans ce pays; mais il aima mieux retourner en Angleterre, pour cultiver les sciences et la littérature. L'étude n'affoiblit point sa gaieté naturelle. Il aimoit à dire et à entendre de bons mots, et passoit pour un excellent juge et pour un homme très-pieux. Il mourut le 25 décembre 1712, et fut enterré à l'abbaye de Westminster. On a de lui, un grand nombre d'Ecrits en anglois, remplis de saillies. Ses Réflexions sur le livre de Molesworth, touchant le Danemarck, furent fort goûtées : elles ont été traduites en françois. V. KING, (Pierre) né à Excester, dans le Devonshire l'an 1659, fut le disciple et l'ami du célèbre Locke, qui lui laissa la moitié de sa bibliothèque. Ses progrès dans l'étude des lois, et son mérite, l'élevèrent à plusieurs dignités, et enfin à celle de grand chancelier d'Angleterre. Il mourut paralytique en 1734, à 77 ans, à Ockam, après avoir publié deux ouvrages estimés dans son pays : I. Recherches sur la constitution, la discipline et l'unité du culte de la primitive Eglise pendant les trois premiers siècles, 1691, in-8.º II. Histoire du Symbole des Apôtres, avec des Réflexions critiques sur ses différens articles, 1702, in-8.º
KIPPING, (Henri) Kippingius, littérateur Luthérien, né à Rostock, mourut en 1678, sous-recteur du collège de Bremen. Il est connu par plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Un Supplément à l'Histoire de Jean Pappus. II. Un Traité des Antiquités Romaines, Leyde, 1713, in-8°, en latin. III. Un autre sur les ouvrages de la Création, Francfort, 1676, in-4.º IV. Plusieurs Dissertations ou Exercitations sur l'ancien et le nouveau Testament, etc.
KIRCH, Voyez KIRKE. I. KIRCH, (Christ-Fried) astronome de la Société royale des sciences de Berlin, correspondant de l'académie de Paris, acquit de la réputation aux observatoires de Dantzig et de Berlin, et mourut dans cette dernière ville le 9 Mars 1740, à 48 ans. — Godefroi KIRCH, son père, s'étoit fait un nom par ses observations astronomiques, et correspondoit avec les astronomes de toutes les parties de l'Europe. Les ouvrages qui nous restent de lui sont très-estimables.
II. KIRCH, (Marie-Marguerite) mère de Christian Kirch, née à Panitzh le 25 février 1670, morte le 29 décembre 1720, à l'âge de 50 ans, étudia avec succès l'astronomie et fit des découvertes dans cette science. Leibnitz, bon appréciateur de son mérite, la présenta à la cour du roi de Prusse où elle fut reçue avec une grande distinction. I. KIRCHER, (Athanase) Jésuite de Fulde, bon mathématicien et profond érudit, professoit à Wirtzbourg dans la Franconie, lorsque les Suédois troublèrent par leurs armes le repos dont il jouissoit. Il se retira en France, y eut des démêlés avec le P. Maignan : (Voyez ce mot.) passa à Avignon, et de là à Rome, S s 4 où il mourut en 1680, à 79 ans. Il ne cessa d'écrire, qu'en cessant de vivre. Les principaux fruits de sa plume laborieuse et féconde, sont : I. Prælasiones magneticæ, Romæ, 1654, in-fol. II. Ars magna lucis et umbræ, in-folio, Romæ, 1646, 2 vol. III. Pri- mitiæ Gnomonicæ Catoptricæ, in-4.º IV. Musurgia universalis, 1650, in-fol. 2 vol. V. Obeliscus Pamphilius, 1650, in-folio, VI. Obeliscus Ægyptiacus, in- folio. VII. Œdipus Egyptiacus, à Rome, 1652 et 1653, 4 vol. in-fol. C'est une explication d'un grand nombre d'hiéroglyphes; mais explication telle qu'on peut l'attendre d'un savant, qui avoit une façon de voir toute particu- lière. Ce livre est rare. VIII. Iter extaticum cœlæste, sive Mundi opificium, quo Cœli siderumque natura, vires et structura expo- nuntur, à Rome, 1656, in-4.º Il donna, l'année d'après, Iter extaticum terrestre, in-4°, dans lequel il décrit la structure du globe terrestre. IX. Mundus sub- terraneus, 1678, in-folio, 2 vol. X. China illustrata, à Ams- terdam, 1667, in-fol. STRUPTUS en porte ce jugement : Kircheri China est vera auctoris phantasia; fic autem judicatur, eo quod Patres. Jésuitæ, super reduces, facta pleraque in illo libro improbent. Ce livre a été traduit en fran- çois par d'Alquié, 1670, in- folio, sous ce titre : La Chine d'Athau. Kircher, illustrée de plusieurs monumens tant sacrés que profanes, et de quantité de recherches de la nature et de l'art, avec un Dictionnaire Chi- nois et François. XI. Arca Noë, in-fol. XII. Turris Babel, in- folio, Amsterdam 1679. Cette production, peu commune et vraiment singulière, traite de la construction de la Tour de Babel et de la dispersion des peuples. XIII. Phonurgia nova, de pro- digiosis sonorum effectibus, et sermocinatione per machinas sono animatas, 1673, in-fol. XIV. Ars magna sciendi, 1669, in-folio, ouvrage plus subtil qu'utile, plein de combinaisons pénibles et de spéculations techniques, moins propres à faire des sa- vans qu'à dégoûter des sciences. XV. Polygraphia, seu Artificum linguarum, quo cum omnibus totius mundi populis poterit quis correspondere, 1663, in-folio. XVI. Scrutinium Physico-Me- dicum contagiosæ luis, Leipzig, 1671, avec une Préface de Lan- gius. C'est un traité sur la peste, fort utile et bien écrit. XVII. Mun- dus magnes, in-4°, où l'on voit l'idée de l'attraction universelle. XVIII. Magia Catoptrica, où l'on trouve les miroirs d'Archi- mède et de Buffon. Ce n'est point la seule idée qu'il ait fournie aux physiciens modernes; et il a mis sur la voie de beaucoup d'expé- riences faites depuis lui. Son malheur étoit de mêler à des opinions vraies les préjugés de son siècle, ou des sentimens sin- guliers que son imagination lui suggéroit XIX. LATIUM, id est Nova et parallela Latii, tum ve- teris, tum novi, Descriptio, 1671, in-fol. : ouvrage savant, et qui a coûté beaucoup de recherches, mais plus curieux qu'exact. Tous les livres du Père Kircher, pleins d'une érudition profonde, sont remarquables par les singularités qu'il y entasse. Il étoit un peu visionnaire, et Rich. Simon le compare à Postel. Il étoit con- tent, pourvu qu'il trouvât des choses qu'on n'avoit pas remar- quées avant lui. Peu lui impor- toit qu'elles ne fussent pas tou- jours d'une utilité marquée, ni relatives à son sujet. Tout ce qui portoit l'empreinte de l'antiquité, étoit divin à ses yeux. Cette manie l'exposa à quelques tours plaisans. On dit que des jeunes gens ayant dessein de se divertir à ses dépens, firent graver sur une pierre informe plusieurs sujets de fantaisie, et enterrèrent cette pierre dans un endroit où ils savoient qu'on devoit bâtir dans peu. On fouilla effectivement dans ce lieu quelque temps après, et on trouva la pierre, qu'on porta au Père Kircher, comme une chose merveilleuse. L'érudit, ravi de joie, travailla alors avec ardeur à l'explication des caractères qu'elle contenoit, et parvint enfin, après bien de l'application, à leur donner le plus beau sens du monde. — Mencken raconte du même Jésuite une histoire qui n'est pas moins amusante. Un des amis de ce Père lui présenta une feuille de papier de la Chine, sur lequel il avoit inscrit des caractères, qui parurent d'abord tout-à-fait inconnus au P. Kircher. Après bien des veilles inutiles et des peines perdues, un jour ce même ami vint faire l'aveu de son imposture au bon Père; et ayant aussitôt présenté ce papier mysterieux au miroir, le savant Jésuite y reconnut facilement des caractères Lombards, qui ne l'avoient si fort embarrassé, que parce qu'ils étoient écrits à l'envers... Il laissa un riche cabinet de machines et d'antiquités, décrit par le Père Philippe Bonnani, Rome, 1709, in-folio. Battara a donné en 1774 une nouvelle description des pièces relatives à l'histoire Naturelle.
II. KIRCHER, (Jean) théologien, publia en 1646, en latin, K I R 649 les Motifs de sa conversion du Luthéranisme à la religion Catholique. Les Luthériens ont fait diverses reponses à cet ouvrage de J. Kircher.
III. KIRCHER, (Conrad) théologien Luthérien d'Augsbourg, s'est rendu célèbre par sa Concordance Grecque de l'ancien Testament qu'il fit imprimer à Francfort en 1607, en 2 vol. in-4. Cet ouvrage peut servir de Dictionnaire Hébreu. L'auteur met d'abord les noms hébreux, et ensuite l'interprétation que les Septante leur ont donnée, et cite les endroits de l'Écriture où ils se trouvent différemment interprétés. Le principal défaut de cette Concordance, suivant Ladvocat, est d'y avoir suivi l'édition de Alcala de Henarès, au lieu de suivre celle de Rome qui est la meilleure. La Concordance de Trommius n'a pas fait oublier celle de Kircher. I. KIRCHMAN, (Jean) recteur de l'université de Lubeck sa patrie, exerça cet emploi avec beaucoup de distinction jusqu'à sa mort arrivée le 20 mars 1643, à 68 ans. Ses principaux écrits sont: I. De funeribus Romanorum, Leyde, 1672, in-12: traité savant, qui lui acquit une grande réputation, et lui procura un riche mariage. II. De annulis liber singularis, à Lubeck, 1623, in-8°, et Leyde 1672, in-12: ouvrage plus curieux qu'utile.
II. KIRCHMAN, (N.) professeur de physique à Pétersbourg, est devenu célèbre par ses expériences sur la matière électrique, et par le genre de mort qui termina ses jours le 6 août 1753. Il avoit dressé un 650 KIR conducteur pour soutirer la fondre; un globe de feu en sortit au moment qu'il en approcha et lui brûla la tête. Depuis cette époque, quelques physiciens ont pensé que les conducteurs n'étoient pas toujours un préservatif contre le feu du ciel. Un poète latin a fait à *Kirchman* cette épitaphe, imitée de *Virgile*, au 6$^{e}$ livre de l'Enéide. *Vidi et credules dansem Salmonea pa-* *Dàm flammes Jovis et sonitus non* *Demens, qui nimbos ac irritabile* *Igniferts filis ferroque Iacessit acuto.* *At Pater omnipotens densa inter nubila* *Contorsit (non ille leves de culmine* *Scintillas) raptumque immani curbine* *volvit.*
KIRCHMAYER, (George-Gaspard) professeur à Wittemberg, et membre des Sociétés royales de Londres et de Vienne, naquit à Uffeinheim en Franconie, l'an 1635, et mourut en 1700, à 65 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages d'érudition et de physique. Les principaux sont : I. *Des Commentaires sur Cornelius Nepos, Tacite*, et d'autres livres classiques. II. *Des Oraisons et des Pièces de Poésie*. III. *De corallo, balsamo et saccharo*, 1651, in-4.$^{o}$ IV. *De tribulis*, 1692, in-4.$^{o}$ V. *Six Dissertations sous le titre de Hexas disputationum Zoologicarum*. Elles roulent sur le basilic, la licorne, le phénix, le béemoth et l'araignée. VI. *Pathologia vetus et nova*. VII. *Philosophia metallica*. VIII. *Iustituioues metallicæ*, etc.
KIRCHMAYER, *Voyez* NAOGEORGE.
KIRCHMEYER, (Jean-Sigismond) théologien Protestant, né à Allendorf en Hesse l'an 1674, professeur de philosophie et de théologie à Marburg, mourut en 1749, à 75 ans. On a de lui : I. *Plusieurs Dissertations Académiques*. II. *Un Traité en latin contre les Enthousiases*, pour prouver que l'unique principe de la Foi est la parole de Dieu. Les Protestans en font cas; mais ses principes pourroient servir à justifier les Sociniens, et presque tous les hérétiques.
KIRKE, colonel d'un régiment Anglois, se signala, sous le règne de *Jacques II*, par des cruautés sans exemple. Il fut employé à poursuivre les rebelles qui avoient pris part en 1685 à la conjuration du duc de *Monmouth*; et il s'en acquitta avec la barbarie d'un soldat de fortune, qui avoit vécu long-temps chez les Maures. En entrant dans une ville, il fit conduire au gibet 19 habitans. Ensuite, se faisant un jeu de sa cruauté, il en fit exécuter plusieurs autres, pendant qu'il buvoit avec ses compagnons à la santé du roi et de la reine. Il observa que dans leurs agonies leurs paroles étoient tremblantes; et s'écriant aussitôt qu'il falloit de la musique pour leur danse, il donna ordre en effet, que les tambours et les trompettes se fissent entendre. Il lui tomba dans l'esprit de faire pendre trois fois un même homme, pour s'instruire, disoit-il, par cette bizarre expérience; et chaque fois il lui demanda s'il ne se repentoit pas de son crime? Mais ce misé- rable s'obstinant à protester que, malgré ce qu'il avoit souffert, il étoit toujours disposé à s'engager dans la même cause, *Kirke* le fit étrangler... On conte de lui, un trait plus horrible encore. Une jeune fille demanda la vie de son frère, en se jetant aux pieds de *Kirke*, armée de toutes les graces de la beauté et de l'incidence en pleurs. Le tyran, sentant enflammer ses désirs, promit ce qu'elle demandoit; mais il y mit des conditions bien dures. Cette tendre sœur se rendit à la nécessité cruelle qu'on lui imposoit. Le tigre, après avoir passé la nuit avec elle, lui fit voir le lendemain par une fenêtre son frère, le cher objet pour qui sa vertu avoit été sacrifiée, pendant à un gibet qu'il avoit fait dresser secrètement. La rage et le désespoir s'emparèrent d'elle à l'instant, et la privèrent pour jamais de ses sens. On ne sait en quelle année ce monstre termina sa détestable vie... *Voyez* DAIN. I. KIRSTENIUS, (Pierre) médecin, né à Breslaw en 1577, eut la direction des collèges de cette ville, après avoir acquis de vastes connoissances par l'étude des langues savantes et par des voyages dans toutes les parties de l'Europe. Son emploi lui dérobant trop de temps, il se dévoua entièrement à la médecine, et se retira en Prusse avec sa famille. Le chancelier *Oxenstiera* l'y ayant connu, l'emmena en Suède, et lui procura la chaire de professeur en médecine dans l'université d'Upsal. Il y mourut le 5 Avril 1640, à 63 ans. Son application avoit accéléré la vieillesse, et il étoit déjà fort cassé quand il se rendit en Suède. Son *Épitaphe* porte qu'IL SAVOIT 26 K I S 691
LANGUES : cela peut être; mais il ne les connoissoit pas certainement comme sa langue maternelle. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages : I. *Traité de l'usage et de l'abus de la Médecine*, en latin, Francfort, 1610, in-8.º II. *Les IV Évangélistes tirés d'un ancien manuscrit Arabe*, Francfort, 1609, in-fol. III. *Notes sur l'Évangile de St. Matthieu, confronté sur les textes arabe, s, riaque, égyptien, grec et latin*, Breslaw, 1612, in-fol.
II. KIRSTENIUS, (George) habile médecin et savant naturaliste, né à Stetin en 1613, fit long-temps et avec applaudissement des exercices publics sur la physique, la médecine, la botanique, l'anatomie, etc. On fait cas de ses *Exercitationes Phytophilologicae*, à Stetin, 1651, in-4.º Il mourut en 1660, à 47 ans.
KISKA DE CIECHANOWIECK, (Jean) chevalier Polonois, à ce qu'on croit, ou plutôt de Lithuanie, fut disciple du fameux *Castalion*, à la mémoire duquel il fit dresser un monument après sa mort. Parvenu à l'âge de figurer dans l'administration, il fut président général dans la Samogitie, châtelain ou capitaine dans Wilna, et gouverneur de Bressici. Il devint si riche et si puissant, dit *Sandius*, qu'on le fait seigneur de 70 villes ou bourgs et de 400 villages. Avec ses richesses et l'autorité que lui donnoient ses emplois, il protégea les Sociniens en toute occasion et contre tous leurs ennemis; il leur bârit et fonda plusieurs Eglises, et mourut sans enfans en 1592, laissant le prince de *Radzivil* héritier de tous ses biens et de son affection pour la secte 652 KLA Socinienne. Quelque zélé qu'il fût pour elle, la crainte qu'on ne le fît passer après sa mort pour Socinien, l'engagea à faire une profession de foi contraire, qu'il signa peu de temps avant de mourir. On a quelques *Lettres* de ce seigneur, adressées aux Eglises Sociniennes, dans lesquelles il les invite à tenir un synode pour régler les différends qui étoient entre elles au sujet de l'élection des magistrats et de l'usage des armes. *Voy. ZISKA.*
KLAUSWITZ, (Benoît-Gothlieb) né à Leipzig en 1692, professeur de théologie à Hall, mourut en 1749, à 57 ans. Il a donné : I. Plusieurs *Dissertations Académiques*. II. Des *Explications* de divers passages de la Bible. III. Un *Traité* en allemand, estimé, sur la *Raison* et l'*Écriture-Sainte*, et sur l'usage que nous devons faire de ces deux grandes lumières.
KLÉBER, (J. B.) né à Strasbourg en 1750, perdit son père dès sa plus tendre enfance. Destiné à l'architecture, il en étudia avec succès les principes, et fut envoyé à Paris, pour y puiser dans les leçons du célèbre *Chalgrin*, le goût et la perfection de son art. Se trouvant dans un café où des étrangers étoient insultés, il prit leur défense et acquit leur amitié. Ceux-ci l'engagèrent à les suivre à Munich, où le jeune *Kaunitz*, fils du ministre de l'empereur, lui fit donner une lieutenance dans son régiment, sans passer par le grade d'enseigne, qui est celui par lequel commencent tous les officiers Autrichiens. Après huit ans de service, *Kléber* revint dans sa patrie; et l'intendant la *Galaisière* le nomma inspecteur des bâtimens publics de la Haute-Alsace. Fixé par cette place à Béfort, *Kléber* y cultiva pendant six ans son art sans distraction, et enrichit son esprit de plusieurs connaissances utiles. Il se montra bientôt zélé partisan de la révolution Françoise, qui venoit de naître, et il obtint du général *Wimpfen*, qui commandoit à Brisach, une place d'adjudant major dans un bataillon qui rejoignit l'armée de *Custines* à Mayence. Le siège de cette ville fournit l'occasion à *Kléber* de montrer sa bravoure, et de profiter de ses études. Les généraux le recherchèrent dès-lors comme l'un des officiers les plus instruits des armées Françoises. Mayence, malgré la défense la plus vigoureuse, fut forcée de se rendre; et *Kléber*, venu à Paris, y obtint le titre de général de brigade. *Custines* alloit y succomber sous le poids d'injustes accusations. On cherchoit de tous côtés des témoins contre lui; *Kléber* fut cité, mais loin d'inculper l'accusé, il eut le courage de le louer sur son zèle et son intrépide valeur. Envoyé dans la Vendée, il y dirigea l'expédition contre l'isle de Noirmoutier; mais fatigué des scènes d'horreur dont cette malheureuse terre étoit le continuel théâtre, il demanda son rappel, et fut employé dans l'armée du Nord. Dès son arrivée, il battit les Autrichiens à Merber-le-Château, et leur fit douze cents prisonniers. Il les défit encore à Marchiennes, s'empara de Mons, et chassa l'ennemi de Louvain, après l'avoir débusqué du poste redoutable qu'il occupoit sur la montagne de Fer. Quelque temps après, *Kléber* mit le siège devant Maestricht, dont il se rendit maître en onze K L É 655 jours, et ouvrit, par cette conquête, les portes de la Hollande, dont les François ne tardèrent pas à s'emparer. Il contribua ensuite à la prise de Dusseldorf, à celle de Francfort, et au gain de la bataille de Butzbach. Mécontent du Directoire, il quitta l'armée, se retira à Paris, et y vécut quelque temps dans la retraite. Après avoir acheté une maison de campagne dans les environs, il s'y occupait à rédiger des mémoires sur ses campagnes, lorsque Bonaparte, vainqueur en Italie, nommé général de l'armée d'Égypte, chercha à s'entourer des hommes les plus propres à faire réussir son expédition. Kléber fut du nombre, et s'embarqua le 30 floréal de l'an v. Arrivé devant Alexandrie, il y fut atteint d'une balle à la tête comme il escaladait les murs de cette ville, avec l'intrépidité qui lui étoit ordinaire; mais il ne succomba pas à cette blessure. Bonaparte se dirigeant ensuite vers le Caire, laissa à Kléber le commandement d'Alexandrie. Celui-cien sortit bientôt avec sa division pour s'embarquer à Damiette, et aller former le blocus d'El-Arich. Après la prise de ce fort, il combattit l'ennemi à Sed-Jarra, au mont Thabor et à Aboukir. Bonaparte, avant de quitter l'Égypte, où il avoit nommé Kléber général en chef, avoit commencé une négociation pour la paix. Ce dernier la continua. L'armée Ottomane se portoit alors à 80 mille hommes ayant soixante et dix canons, et Kléber n'avoit à lui opposer que 8,500 hommes; il fut arrêté, par le traité d'El-Arich, signé le 4 pluviose an 8, que l'armée Françoise se retireroit avec armes et bagages sur Alexandrie, Rexette et Aboukir, pour être embarquée et transportée en France; que la ville du Caire seroit évacuée; que tous les François, détenus dans les villes de la domination Turque, seroient remis en liberté, et que jusqu'à l'entière exécution de la convention, il y auroit une armistice. Déjà les Turcs avoient pris possession des forts de Katich, de Salahié, de Lesbech et de la ville de Damiette; déjà Kléber se préparoit à évacuer le Caire, lorsqu'une lettre de Sidney Smith, ministre d'Angleterre, près de la Porte, lui annonça que son gouvernement n'approuvoit pas le traité d'El-Arich, et que le commandant de la flotte Angloise, sur la Méditerranée, avoit reçu l'ordre de s'opposer à son exécution. Le général François, forcé de combattre, arrêta les départs, rappela ses troupes dispersées, expédia des dromadaires pour faire approcher celles de la Haute-Egypte, pourvut à de nouvelles munitions, et montra autant de calme et de sang froid dans cette circonstance orageuse, qu'il en avoit dans les batailles. Une nouvelle dépêche de Keit, amiral Anglois, ne lui offrit capitulation qu'à condition que l'armée d'Égypte mettroit bas les armes, se rendroit prisonnière de guerre, abandonneroit tous ses vaisseaux, ses places et ses munitions: Kléber fit imprimer cette lettre pour lui servir de manifeste, et se contenta d'y ajouter ces mots: « Soldats! on ne répond à de pareilles propositions que par des victoires; je suis sûr de vous. » Les François indignés combattirent alors avec autant de courage que de succès. A Matharich, Nasif pacha, à la tête de 6,000 janissaires d'élite et d'un 654 KLÉ corps de cavalerie, fut défait; près de l'Obélisque d'Héliopolis, le grand-visir *Couzef*, dix fois supérieur en force, fut obligé de reculer; à El-Hanka, son camp fut pris, et on y trouva une grande quantité de cottes de maille et de casques de fer; le fort Belbeys fut emporté; le grand-visir enfin, obligé de prendre la fuite à travers le désert au moment même où un vent du Midi soufflant avec violence empêchoit de respirer par son excessive chaleur, laissa à Salahié tous ses bagages et un butin immense. L'insurrection avoit éclaté dans la ville de Boulac et au Caire; on y avoit égorgé des Cophtes, des Grecs, des Chrétiens de Syrie qui étoient favorables aux François. Les crieurs publics proclamoient au haut des Mosquées des imprécations contre ces derniers; les insurgés avoient établi des fabriques de poudre et forgé des boulets; ils avoient fondu des mortiers et même des canons; *Kléber* les attaqua sur tous les points, les força de retranchemens en retranchemens, de rues en rues, et parvint à en triompher. Après la prise du Caire et la soumission entière de l'Égypte, il s'occupoit à faire acquitter la solde de l'armée, à resserrer l'alliance qu'il avoit faite avec *Mourad* bey, à régler le plan de fortifications des places et des côtes, lorsque se promenant dans son jardin, il fut assassiné le 25 prairial de l'an 8, par le Turc *Soleyman*, qui lui porta quatre coups de poignard. Les François firent à leur chef de pompeuses funérailles, et punirent, par le supplice le plus terrible, son meurtrier. *Voyez* SOLEYMAN. *Kléber* étoit l'un des plus beaux hommes de l'armée. Sa taille bien proportionnée avoit six pieds; ses regards étoient doux, ses yeux expressifs. Sa voix agréable en société, prenoit, dit-on, l'éclat du tonnerre lorsqu'il commandoit. Son caractère, ordinairement juste, se laissoit trop aisément entraîner à la colère; mais sa franchise fut sans ménagement, et la fierté de son ame sans foiblesse. On a imprimé, à Paris, en l'an 10, une *Notice* sur sa Vie, et celle du général *Desaix*. *Voy*. OSSIAN.
KLEIST, (Ewald-Chrétien de) né à Zeblin en Poméranie, l'an 1715, servoit dans les armées du roi de Prusse, en qualité de major du régiment de Haussen, lorsqu'il mourut des blessures qu'il avoit reçues à la sanglante bataille de Kunersdorf, entre les Russes et les Prussiens, au mois d'août 1759, à 44 ans. Ce poète guerrier étoit bien fait et de haute taille; il avoit l'air martial, mais sans rudesse. Bon, humain, compatissant, généreux, on le vit, dans la direction qu'il eut de l'hôpital de Leipzig, s'occuper avec ardeur du plus petit besoin du dernier des malheureux entassés par milliers dans cet asile de la misère humaine. Il cultiva l'amitié au milieu des occupations militaires et du tumulte des camps. Ami du célèbre *Gessner*, poète Allemand, il marcha sur les mêmes traces. Il a donné aux acteurs de ses *Idylles*, les mêmes sentimens de vertu et de bienfaisance qui distinguent les bergers de *Gessner*; mais il ne s'est pas borné à des bercers; il a introduit, dans l'Égogue, des jardiniers et des pêcheurs, à l'exemple de *Sannazar*, de *Grotius* et de *Théocrite* lui-même. *Kleist* avoit aussi composé des Traités de morale, qui n'ont pas encore été publiés. De ses réflexions sur l'art de la guerre il forma un Roman militaire, intitulé : Cissides, et imprimé au commencement de 1759. Quand le guerrier parle dans cet ouvrage, c'est avec une simplicité héroïque; mais quand le poète prend la parole, il vous transporte au milieu des combats. Il joignoit à une connoissance profonde de son métier, des notions de toutes les sciences, et il parloit avec facilité l'allemand, le latin, le françois, le polonois et le danois.
KLING, Voy. CLING.
KLINGSTET, peintre, natif de Riga en Livonie, mourut à Paris le 26 février 1734, âgé de 77 ans. Il s'étoit destiné à la profession des armes, sans négliger les talens qu'il avoit pour la peinture; son goût et sa bravoure furent également connus. Ce peintre a donné dans des sujets extrêmement libres. On ne peut point dire qu'il vit en, dans un haut degré, la correction du dessin et le génie de l'invention; cependant on voit plusieurs morceaux de sa composition assez estimables. Ses ouvrages sont, pour l'ordinaire, à l'encre de la Chine. Il a excellé dans la Miniature : il donnoit beaucoup de relief et de caractère à ses figures.
KLOPPENBURG, (Jean) Voy. CLOPPENBURG.
KLOTZIUS, (Étienne) théologien Luthérien, né à Lippstadt en 1606, gouverna, en qualité de surintendant général, les Eglises des duchés de Sleswick et de Holstein, et eut beaucoup de crédit auprès de Frédéric III, roi de Danemarck. Il mourut à Flensburg en 1668, à 62 ans. On a de lui, plusieurs ouvrages de théologie et de métaphysique, peu connus.
KNELLER, (Godefroi) excellent peintre dans le Portrait, naquit à Lubeck en 1648. Après s'être appliqué quelque temps aux tableaux d'histoire, il se livra tout entier au portrait, et passa en Angleterre, où il fut comblé de biens et d'honneurs. Il y devint premier peintre de Charles II, fut créé chevalier par le roi Guillaume III, et enfin nommé baronnet. Il mourut à Londres vers 1717, âgé d'environ 69 ans. Sa touche est ferme, sans être dure. On a gravé d'après ce maître.
KNORRI A RUSENROTH, (Christian) savant Allemand du 17e siècle, connu principalement par un ouvrage qu'on lui attribue, et qui a pour titre : Kabala denudata. L'auteur a approfondi, et l'on peut dire, épuisé la matière qu'il traite. Parmi les rêveries, les folies et les chimères qu'il discute, on y trouve d'excellentes recherches sur la philosophie des Hébreux, et surtout des Rabbins. Cet ouvrage est en trois vol. in-4e. Les deux premiers furent imprimés à Sulzbach en 1677; le troisième à Francfort en 1684 : ce dernier volume est peu commun. Knorri mourut en 1689, à 53 ans. — Il y a du même nom, George-Wolfgang, graveur célèbre, né en 1705, et mort en 1761. Nuremberg étoit sa patrie.
KNOT, (Édouard) Jésuite Anglois, natif de Northumberland, auteur d'un livre sur la Hierarchie, censuré par le clergé 656 KNO de France et par la Sorbonne. Ce livre, intitulé : Modestes et courtes discussions de quelques propositions du Docteur Kellisson, par Nicolas Smith, in-12, Anvers, 1631, fit du bruit parmi les théologiens, et est aujourd'hui parfaitement ignoré. Knot mourut le 14 janvier 1656, dans un âge assez avancé. On a de lui, quelques Ecrits de Controverse.
KNOX ou CNOX, (Jean) fameux ministre Ecossois, fut un des apôtres du Calvinisme et du Presbyterianisme en Ecosse. Il avoit étudié d'abord à Paris, sous Jean Major, docteur de Sorbonne, et ensuite à Genève sous Calvin. De retour en Angleterre, le roi Edouard VI voulut lui donner un évêché; mais il le refusa, en disant que l'Épiscopat étoit contraire à l'Évangile. Il passa en Ecosse, l'an 1559, et y répandit ses erreurs par le fer et par le feu. La reine Marie Stuart ayant voulu s'opposer à ses fureurs, il souleva ses disciples confr'elle, et prêcha le Régicide. Il mourut en 1572, à 57 ans. Sponde, Thevet, et la plupart des écrivains Catholiques, ont dépeint Knox comme un fanatique emporté; mais Bayle et Burnet n'en parlent pas de même, et Bèze sur-tout l'a fort exalté. Cette diversité de sentimens sur Knox, fait juger que s'il avoit de grands défauts, il possédoit aussi des qualités. On a de lui, des Ouvrages de Controverse, marqués au coin de l'enthousiasme, et une Histoire de la Réformation de l'Église d'Ecosse, Londres, 1644, in-folio. Ses écrits sont très-rares. I. KNUTZEN, (Matthias) étoit né à Oldensworth dans le Ducheswich. Après avoir fait ses études à Königsberg en Prusse, il s'avisa de courir le monde et de s'ériger en nouvel apôtre de l'Athéisme. En 1674, il répandit dans divers endroits de l'Allemagne, et sur-tout à l'ène en Saxe et à Altdorff, une Lettre latine, et deux Dialogues allemands, qui contenoient les principes d'une nouvelle secte qu'il vouloit établir, sous le nom de la secte des Consciencieux; c'est-à-dire des gens qui ne feroient profession de suivre en toutes choses que les lois de la conscience et de la raison. Ce chef des Consciencieux nioit l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, et par conséquent l'autorité de l'Écriture-Sainte: comme si, ces vérités étant ôtées, il pouvoit rester dans l'homme quelque conscience et quelque principe de vertu! Cet Athée se vante d'avoir fait un grand nombre de disciples. Il en avoit, dit-il, sept cents, tant bourgeois qu'étudiants, dans la seule ville d'Iène. Jean Musæus, savant professeur en théologie dans l'université de cette ville, réfuta cette calomnie dans un livre allemand, publié en 1675, contre cet insensé et contre sa prétendue secte, qui ne subsistoit que dans son imagination. Ses Dialogues, imprimés en allemand, sont pleins de blasphèmes et d'impertinences. On peut voir sa Lettre toute entière, en francois et en latin, dans les Entretiens sur divers sujets d'histoire, de littérature, de religion et de critique, par la Croze, in-12. Il la date de Rome, quoiqu'il soit sûr qu'il ne sortit jamais d'Allemagne. Les historiens ne nous apprennent pas quelle fut la fin de ce fanatique.
II. KNUTZEN, H. KNUTZEN, (Martin) né à Konigsberg en 1713, y fut professeur en philosophie, et bibliothécaire. Il mourut en 1751, à 38 ans. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages. Les uns sont en allemand, et les autres en latin. Les principaux de ceux-ci, sont : I. *Systéma cunsorum efficientium*. II. *Elementa Philosophiae rationalis, methodo mathematical demonstrata*. III. *Theoremata de parabolis infinitis*, etc. Celui de ses livres allemands, qui lui a fait le plus d'honneur, est une *Défense de la Religion Chrétienne*, in-4.
KOBAD, Voy. CABADE.
KOBURGER, (Antoine) célèbre imprimeur de Nuremberg, mort en 1513, avoit, dit-on, vingt-quatre presses, et employoit cent ouvriers par jour; cependant il n'a donné que trente-sept Editions, parmi lesquelles il y en a douze de la Bible. L'une d'elles est ornée de très-belles figures en bois. Cet imprimeur avoit des magasins à Paris, à Nuremberg, à Lyon; et il avoit attaché à son imprimerie, en qualité de correcteur, le savant *Frédéric Pistorius*.
KODDE, (Jean, Adrien et Gilbert Vander-) trois frères, de Leyde, qui donnèrent naissance à la secte des *Prophètes*, en 1619, lorsqu'il fut défendu aux Remontrans d'avoir des ministres. Les *Koddes* s'imaginèrent qu'en effet on pouvoit bien s'en passer. Ils déclamèrent contre les Pasteurs, travaillèrent à se faire des adhérents, et formèrent des assemblées dans une maison particulière, après s'être séparés des Remontrans. Ces assemblées furent bientôt honorées du don des miracles. Un des chefs de ces fanatiques, *Jean Kodde*, se vanta d'avoir vu le Saint-Esprit comme les Apôtres, et il ajoutoit, pour faire croire ce prodige, que, quand il descendit sur lui, la maison trembla. Les assemblées de ces enthousiastes étoient curieuses à voir. Un d'entre eux lisoit quelques chapitres du nouveau Testament; après quoi, le lecteur ou quelqu'autre faisoit la prière. On demandoit ensuite si quelqu'un avoit quelque chose à dire pour l'édification du peuple? Alors un des assistants se levoit, lisoit un texte de la Bible, sur lequel on avoit médité auparavant; et prenant le ton de Prophète, faisoit sur ce texte un discours qui duroit quelquefois plus d'une heure. On laissoit ainsi parler un second, un troisième, et même un quatrième Prophète, s'il s'en présentoit autant qui voulussent parler. Les séances duroient quelquefois depuis le soir jusqu'au lever du soleil. Après la mort des *Kodde*, un boulanger de Rinsbrug gouverna cette milice de fous. Ils rejetèrent toutes les confessions de foi, introduisirent le baptême par immersion, et soutinrent qu'aucun Chrétien ne devoit être magistrat, ni faire la guerre.
KOEBERGER, (Wenceslas) peintre Flamand, disciple de *Martin de Vos*, perfectionna en Italie ses talens pour la peinture et l'architecture. Il embellit plusieurs églises d'Anvers par ses tableaux, et dirigea le bâtiment de l'église de Notre-Dame de Montaigu, sur le modèle de celle de Saint-Pierre de Rome. Bon physicien comme bon architecte, il trouva le moyen de dessécher plusieurs marais du côté 658 KOE de Dunkerque, et d'en former des terres propres au labourage et au paturage. Cet habile homme mourut à 70 ans, vers le milieu du 17$^{e}$ siècle.
KOEC, *Voy. Coech.*
KOELLIN, ou COLLIN, (Conrad) religieux Dominicain, né à Ulm, combattit avec force *Luther*. On estime sur-tout les deux *Traités* qu'il publia contre le mariage de ce dernier. Il mourut en 1536.
KOEMPFER, ou COEMPSER, (Engelbert) médecin et voyageur célèbre, né le 15 septembre 1651, à Lemgow en Westphalie, d'un ministre, passa en Suède, après s'être adonné pendant quelques années à l'étude de la médecine, de la physique et de l'histoire naturelle. On le sollicita vivement de s'arrêter dans ce royaume; mais sa passion extrême pour les voyages lui fit préférer à tous les emplois qu'on lui offrit, la place de secrétaire d'ambassade, à la suite de *Fabrice*, que la cour de Suède envoyaient au roi de Perse. Il partit de Stockholm, l'an 1683, s'arrêta deux mois à Moskow, et passa deux ans à Ispahan, capitale de la Perse. *Fabrice* voulut l'engager à revenir avec lui en Europe; mais son goût pour les voyages augmentant avec les connaissances qu'il acquérait, il se mit sur la flotte de la compagnie Hollandeise des Indes orientales, en qualité de chirurgien en chef. *Koempfer* fut à portée de satisfaire sa curiosité; il poussa ses courses jusqu'au royaume de Siam et au Japon. Ce pays, fermé aux étrangers, n'étoit connu qu'imparfaitement; l'habile voyageur remarqua tout, et, graces à ses soins, l'on vit disparaitre dans la géographie un vide qu'on désespérait de pouvoir jamais remplir. De retour en Europe en 1693, il se fit recevoir docteur de la faculté de Leyde, et revint dans sa patrie. La composition de divers ouvrages, la pratique de la médecine, et l'emploi particulier de médecin du comte de la *Lippe*, son souverain, l'occuperait jusqu'à sa mort, arrivée le 2 novembre 1716, à 66 ans. Parmi les ouvrages dont ce savant observateur a enrichi la littérature, on distingue: I. *Amænitates exoticae*, in-4$^{o}$, 1712, avec un grand nombre de figures. Cet ouvrage entre dans un détail curieux et satisfaisant sur l'histoire civile et naturelle de la Perse, et des autres pays Orientaux que l'auteur avoit parcourus et examinés avec toute l'attention d'un voyageur philosophe. II. *Herbarium ultra-Gangeticum*. III. *Histoire naturelle, ecclésiastique et civile de l'empire du Japon*, en allemand, traduite en anglais par *Scheuchzer*; et en français sur cette version, en 1729, en 2 vol. in-folio avec quantité de figures, et en 3 vol. in-12 avec les cartes seulement. *Koempfer* voit en savant, il écrit de même: il est un peu sec, et quelquefois minutieux; mais il est si estimable à tant d'autres égards, il entre dans des détails si curieux, il les rend avec tant d'exactitude et de vérité, qu'il mérite bien qu'on lui pardonne quelque chose. IV. Le *Recueil* de tous ses autres *Voyages*, à Londres, 1736, en 2 vol. in-folio avec figures. On y trouve des descriptions plus exactes que toutes celles qui avoient parti avant lui de la cour et de l'empire de Perse, et des autres contrées orientales. I. KOËNIG, (Daniel) fils d'un théologien de Berne en Suisse, mourut à Rotterdam en 1727, à 22 ans, des coups qu'il reçut à Franeker. La populace l'entendant parler François, le prit pour un espion de la France, et l'eût mis en pièces, si le sénat académique ne l'avoit arraché à cette tourbe mutinée : les blessures qu'il reçut, le mirent au tombeau quelques mois après. On lui doit la Traduction latine des Tables que le docteur Arbuchoot mit au jour sur les Monnoies des anciens, 1727, in-4°. Cet ouvrage ne fut publié qu'en 1756, in-4°, par Reitz, professeur à Utrecht, qui l'orna d'une préface curieuse et utile.
II. KOËNIG, (Samuel) frère du précédent, se fit connoître de bonne heure par ses talens pour les mathématiques. Il demeura deux ans au château de Cirey, avec l'illustre marquise du Châtelet, qui eut beaucoup à se loiter de ses leçons. Il obtint ensuite une chaire de philosophie et de droit naturel à Franeker, d'où il passa à la Haye pour être bibliothécaire du prince Stathouder, et de Mad. la princesse d'Orange. L'académie de Berlin se l'associa, et le rejeta ensuite de son sein. On sait à quelle occasion : Koënig disputa à Maupertuis la découverte du Principe universel de la moindre action. Il écrivit contre lui, et cita, en le réfutant, un fragment d'une Lettre de Leibnitz, dans laquelle ce philosophe disoit avoir remarqué que, dans les modifications du mouvement, l'action devient ordinairement un maximum, ou un minimum. Maupertuis fit somnier son adversaire par l'académie de Berlin, de produire l'original de
KOË 659 cette Lettre; l'original ne se trouvant plus, le philosophe Suisse fut condamné par l'académie. Toute l'Europe a été instruite des sujets de cette querelle. Koënig en appela au public; et son Appel, écrit avec cette chaleur de style que donne le ressentiment, mit plusieurs personnes de son côté. On a de lui, d'autres ouvrages. Il mourut en 1757, regardé comme un des meilleurs mathématiciens de ce siècle. Voici comme le caractérise Voltaire dans une Lettre à Helvétius : « Koënig n'a de l'imagination en aucun sens, mais il est ce qu'on appelle grand métaphysicien. Il sait à point nommé de quoi la matière est composée, et il livre, d'après Leibnitz, qu'il est démontré que l'étendue est composée de monades non-étendues, et la matière impénétrable composée de petites monades pénétrables. Il croit que chaque monade est un miroir de son univers. Quand on croit tout cela, on mérite de croire aux miracles de St. Périz. D'ailleurs, il est très-bon géométré, et, ce qui vaut mieux, très-bon garçon. »
KOËRTHEN, (Jeanne) femme d'Henri Bloich, née à Amsterdam en 1650, morte en 1715, à 65 ans, donna, dès ses premières années, des marques sensibles de son goût pour les beaux-arts. Elle réussissoit à feter en cire des statues et des fruits, à écrire, à chanter, à graver sur le verre, à peindre en détrempe; mais elle excelloit principalement dans la Découpure. Tout ce que le graveur exprime avec le burin, elle le rendoit avec ses ciseaux. Elle exécutoit des paysages, des marines, des T 1 2 660 KOL animaux, des fleurs et des portraits d'une ressemblance parfaite. Ses ouvrages sont d'un goût de dessin très-correct ; on ne peut mieux les comparer qu'à la manière de graver de *Mellum*. En les collant sur du papier noir, le vide de la coupe représentaient les traits comme du burin ou de la plume. C'est peut-être là l'origine de ces portraits grossièrement découpés, dont la folie a succédé parmi nous à celle des *Pantins*. Les talens de Mad. *Koerthen* lui acquirent un nom dans l'Europe ; plusieurs têtes couronnées employèrent son art, et lui firent ou des présens ou des visites. *Pierre le Grand* se fit un plaisir de l'aller voir, et de payer à ses ouvrages le tribut de louanges qu'ils méritoient. I. KONIG, (George-Matthias) né à Altorf en 1616, mort dans cette ville le 29 août 1699, à 84 ans, fut professeur en poésie et en langues latine et grecque, et bibliothécaire de l'université de sa patrie. La plupart des savans ne le connoissent guère que par sa *Bibliotheca velus et nova*, gros in-fol. publié en 1678. Cet ouvrage méritait d'être plus soigné. Ce qu'il dit des auteurs, est ou superficiel ou inexact, et a été relevé en grande partie par le savant *Jean Mollerus*. Il y a une négligence extrême dans les dates, ainsi que dans tout le reste. Il attribue aux écrivains des ouvrages qu'ils n'ont pas faits, et ne parle pas de ceux qu'ils ont faits.—Son père *George Konig*, natif d'Ambert, mort en 1654, à 64 ans, fut professeur de théologie à Altorf, et a laissé un *Traité des cas de Conscience*, in-4°, 1675, et d'autres livres théologiques.
II. KONIG, (Emmanuel) célèbre médecin, professeur de physique et de médecine à Basle sa patrie, mourut dans cette ville en 1731, à 73 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages sur son art, qui décèlent une vaste lecture. Le plus connu est son *Regnum minerale, generale et speciale*, à Basle 1703, in-4°, qui fut suivi du *Regnum vegetabile*, Basle, 1708, in-4°.
KOOREE, *Voy. LOL-KOOR*. KOORNHERT, *Voy. CORNEHERT*.
KOPHTUS, ou CHEOSPES, ou CHEMMI, roi d'Égypte, fit bâtir, suivant la plus commune opinion, les fameuses *Pyramides d'Égypte*, qui ont passé pour l'une des merveilles du monde. Il y occupa, dit-on, 360,000 ouvriers, qui travaillèrent pendant vingt-trois années. *Pline* dit qu'il y fut dépensé 1800 talens, seulement en raves et en oignons, les Égyptiens étant grands mangeurs de ces légumes. Ces pyramides sont au nombre de trois, une grande, et deux un peu inférieures. Elles sont à deux milles du grand Caire, et distantes de deux cents pas l'une de l'autre. On dit que les deux moindres furent bâties par l'un des *Pharaons*, pour déposer les corps de la reine son épouse et de la princesse sa fille. Au reste, ce sont des conjectures que nous donnons d'après mille autres écrivains : l'histoire n'a pas la vue assez perçante pour plonger dans les ténèbres épaissies de plus de trente siècles accumulés.
KORNMANN, (Henri) jurisconsulte Allemand, publia divers livres au commencement du 17e siècle : I. *Templum naturæ*, Ou De miraculis quatuor Elementorum, Darmstadt, 1611, in-8.° II. De miraculis vivorum, Kirchkeim, 1614, in-8.° III. De miraculis mortuorum, 1610, in-8.° Ces trois ouvrages, sur-tout les deux derniers, sont curieux et difficiles à trouver. IV. De Virginitatis jure, 1617, in-8.° V. Linea amoris, 1610, in-8.° Quoi-que ce livre et le précédent soient superficiels, il y a des choses recherchées. I. KORTHOLT, (Christian) né en 1633 à Burg dans l'isle de Femeren, professeur de grec à Rostock en 1662, devint vice-chancelier perpétuel et professeur de théologie dans l'université nouvellement fondée à Kiell. Il remplit ces deux emplois avec autant d'habileté que d'application. Ce savant mourut en 1694, à 61 ans, avec la réputation d'un homme aussi bon citoyen qu'érudit profond. On a de lui: I. Tractatus de calumniis Paganorum in veteres Christianos, à Kiell 1698, in-4°: ouvrage curieux et intéressant pour ceux qui aiment la religion. II. Tractatus de origine et naturâ Christianisui ex mente Gentilium, Kiell, 1672, in-4°: livre non moins curieux que le précédent. III. Tractatus de persecutionibus Ecclesiæ primitivæ, veterumque Martyrum cruciatibus, Kiell 1689, in-4.° IV. Tractatus de Religione Ethnicâ, Mahummedanâ et Judaicâ, in-4°, Kiell, 1665. V. De Christo crucifixo, Judaeis scandalo, Gentilibus stultitâ, Kiell, 1678, in-4.° VI. De tribus Impostoribus magnis liber, Edoardo Herbert; Thomæ Hobbes et Benedicto Spinosæ oppositus, dont la meilleure édition est celle de 1701, in-4°, par les soins de Sé- bastien, fils de l'auteur. VII. Plusieurs Traités de controverse, où les invectives contre le pape ne sont pas épargnées. Les titres seuls prouvent l'extrême politesse de l'auteur. Le Papième plus noir que le charbon; le Beelzebub Romain; le Pape Schismatique: tel est le frontispice de quelques-uns de ses livres. Kortholt est moins estimable dans les ouvrages de raisonnement, que dans ceux d'érudition.
II. KORTHOLT, (Christian) petit-fils du précédent, travailla avec succès au Journal de Leipzig, jusqu'en 1736, et mourut à la fleur de son âge, en 1751, professeur de théologie à Gottingue. Il étoit aussi savant que son grand-père. On lui doit: I. Une édition des Lettres latines de Leibnitz, en 4 vol., des Lettres françoises du même, en un seul volume, et un Recueil de diverses Pièces philosophiques, mathématiques et historiques de ce philosophe. II. De Ecclesiis suburbicariis. III. De enthusiasm Mo Muhammedis. IV. De savantes Dissertations. V. Des Sermons, etc.
KOTLUK-TURKHAM, sœur du conquérant Timur, plus connu sous le nom de Tamerlan, l'aïda de ses conseils dans l'administration de ses vastes états, le rendit clément à l'égard des vaincus, et fortifia son âme dans les revers. En 1381, Timur désespéré de la perte de sa fille unique, restoit insensible aux défaites de ses généraux, et laissoit l'ennemi pénétrer dans l'empire. Kotluk lui reprocha sa foiblesse, son désespoir, et le força à assurer le repos de ses sujets par de nouvelles victoires. 662 KOT
KOTTER, (Christophe) cor- royeur de Sprotaw en Silésie, fameux dans le parti Protestant par ses visions chimériques et ab- surdes. Ce fut vers l'an 1620, qu'il les mit au jour. En 1625 Comenius ayant fait connoissance avec ce fou, se rendit promulgué sur de ses prophéties. Comme elles an- nonçoient de grands malheurs à la maison d'Auriche, et de grands avantages à ses ennemis, on le mit au pilori à Breslaw en 1627, et on le bannit ensuite des états de l'empereur. Cette petite cor- rection ne le corrige pas; un fanatique peut-il change ? Il passa dans la Lusace, et y prophétisa jusqu'à sa mort, arrivée en 1647, à 62 ans. Comenius publia les dé- lires de ce visionnaire, et ceux de Dravius et de Christine Po- niatovia, deux autres fanatiques comme lui, sous le titre imper- tinent de Lux in tenebris, à Ams- terdam, 1665. L'édition de 1657 est beaucoup moins ample.
KOUC, (Pierre) Voy. KOECK.
KOULI-KAN, (Thamas) roi de Perse, appelé aussi Schah- NADIR, naquit à Calot, dans la province de Khorasan, une des plus orientales de la Perse, et sujette aux incursions des Tar- tares Usbecks. Le père de Nadir, chef d'une branche de la tribu des Afschards, étoit gouverneur de la forteresse que les Afschards avoient bâtie contre les Tartares. Depuis bien des années, ce gou- vernement avoit été héréditaire dans cette famille. Cette dignité revenoit donc à Nadir, après la mort de son père, qui le laissa mineur. Son oncle s'empara du gouvernement, sous le prétexte spéciaux d'en prendre soin jusqu'à la majorité de son neveu. Nadir, né avec une ame élevée et un esprit indépendant, ne voulut pas vivre sous un oncle si injuste; il s'expatria. Etant allé en péle- rinage à Muschade dans le Kho- rasan, le Beglerbeg le prit à son service pour sous-maître des cé- rémonies. Le gouverneur fut si satisfait de sa conduite, qu'il lui donna une compagnie de cava- lerie. Sa bravoure et son habileté l'élevèrent en peu d'années à un grade supérieur; il fut fait Min- Baschi, ou commandant de mille chevaux. Il demeura dans ce poste jusqu'à l'âge de 32 ans, se fai- sant aimer de tous ceux avec qui il se familiarisait, et cachant avec son l'ambition, sa passion dominante. Il ne put s'empêcher de la laisser transpirer en 1720. Les Tartares Usbecks firent une irruption dans le Khorasan, avec un corps de dix mille hommes. Le Beglerbeg n'avoit sur pied qu'environ quatre mille chevaux et deux mille fantassins. Dans un conseil de guerre, où tous les officiers faisoient sentir au gou- verneur qu'il y auroit de l'im- prudence de se risquer avec des forces si inégales, Nadir s'offrit pour cette expédition, en ré- pondant du succès. Le gouver- neur, charmé de cette proposi- tion, le fit général des troupes Nadir part, rencontre l'ennemi, le bat, et tue de sa main le gé- néral des Tartares. Cette victoire donna un grand lustre à la gloire de Nadir. Le gouverneur le re- çut comme un homme distingué, et l'assura qu'il avoit écrit en cour pour lui obtenir la liente- nance générale du Khorasan. Mais le foible Hussein se laissa prévenir contre Nadir, par des officiers jaloux de ses succès; et l'emploi fut donné à un autre, parent du gouverneur. Nadir, piqué, fit des reproches au Be- Bérég : et il pousse l'insolence à l'oin, que ce seigneur, quoique naturellement doux, se vit obligé de le casser, après lui avoir fait donner la bastonnade sous la plante des pieds, jusqu'à ce que les ongles des orteils lui fussent tombés. Cet affront obligea Nadir à prendre la fuite; il se joignit à deux voleurs de grand chemin, enrôla des bandits, et se vit dans peu à la tête de 500 hommes bien montés. Avec ce corps, il ravagea tout le pays, et brûla les maisons de tous ceux qui refusoient de contribuer. Les Aghwans s'étoient rendus maîtres d'Ispahan, sous la conduite de Maghmud ou Maghmoud, qui venoit d'envahir la Perse. Les Turcs et les Moscovites s'étoient, d'un autre côté, jetés sur divers états de la Perse; de sorte que Schah-Thomas, légitime successeur de Hussein, n'avoit plus que deux ou trois provinces. Un des généraux de son armée, dont il étoit mécontent, se retira secrètement auprès de Nadir avec 1500 hommes. L'oncle de Nadir, appréhendant alors qu'il ne vint le dépouiller du gouvernement à main armée, lui écrivit qu'il obtiendroit, s'il vouloit, le pardon de tout ce qu'il avoit fait, et qu'il pourroit entrer au service du roi. Il accepta cette offre, et partit, sans différer, pour Calot, avec le général fugitif, et cent hommes d'élite. Il fut bien reçu; mais la nuit suivante il fit investir la place par cinq cents hommes, et étant monté dans la chambre de son oncle, il le tua, en 1727. Schah-Thomas, ayant besoin de monde, fit dire à Nadir qu'il hui pardonneroit encore cette faute, s'il venoit le joindre, et qu'il le feroit Min-Baschi. Nadir, ravi de cette proposition, se rendit auprès du monarque, s'excusa, et promit beaucoup de fidélité. Après s'être signalé en diverses rencontres contre les Turcs, il fut fait lieutenant général. Il sut même si bien s'insinuer dans l'esprit du roi, et rendre suspect le général de ses troupes, que, ce dernier ayant eu la tête tranchée, Nadir fut fait général au commencement de l'an 1729. Alors il déploya toute l'étendue de ses talens. Le roi se reposa sur lui de toutes les affaires militaires. Dans le mois d'août de cette année, Thomas apprit qu'Aschruff, successeur de Maghmud, s'avançoit avec trente mille hommes vers le Khorasan; Nadir marcha contre lui: la bataille se donna, et Aschruff y ayant perdu douze mille hommes, se retira à Ispahan avec environ le tiers de son armée. Ce fut alors que Thomas fit à son général le plus grand honneur qu'un roi de Perse puisse faire. Il lui ordonna de porter son nom, de sorte qu'il fut nommé THAMAS-KULI ou KOULI, l'Esclave de Thomas, en y ajoutant le mot KAN, qui signifie Seigneur. L'esclave voulut bientôt être le maître; Kouli-Kan excita une révolte contre Thomas, le fit enfermer dans une prison obscure; et ayant tiré du sérail un fils de ce prince qui étoit encore au berceau, il le plaça sur le trône. Kouli-Kan fut le premier qui lui prêta serment de fidélité, et tous les autres officiers suivirent son exemple. Quand on eut remis ce roi enfant dans le berceau, il fit trois ou quatre cris. Kouli-Kan joua alors une plaisante comédie. Il demanda aux assistans s'ils entendoient ce que vouloit le nouveau roi? et quelques-uns d'entre eux ne sachant 664 K O U que répondre, il leur dit : *Je vais vous l'apprendre. J'ai reçu de Dieu le don d'entendre le langage des enfans. Le Prince nous redemande les provinces que les Turcs ont envahies... Oui, mon Prince, ajouta-t-il, en touchant la tête de l'enfant, nous irons bientôt tirer raison du Sultan Mahmoud, et, s'il plaît à Dieu, nous vous ferons manger des raisins de Scutari, et peut-être de Constantinople...* *Kouli-Kan*, déclaré régent pendant la minorité du jeune prince, alla faire la guerre aux ennemis de l'empire. Il gagna plusieurs batailles, dont la plus mémorable fut celle d'Erivan, livrée le 28 mai 1735. Les Turcs perdirent, dans cette journée, plus de 50,000 hommes, et le général qui les commandoit. La conquête de plusieurs provinces fut le fruit de tant de succès. La couronne de Perse fut alors déferée au vainqueur par tous les grands de l'empire. Il partit au mois de décembre, avec une armée de plus de 80,000 hommes, ayant laissé son fils, *Beza-Kuli-Mirla*, pour commander dans Ispahan, pendant son absence, et il prit Candahar après un siège de 18 mois. Quelques ministres de *Mahommed-Schah*, empereur du Mogol ou de l'Indostan, écrivirent à *Kouli-Kan*, pour l'inviter à s'emparer d'un empire, dont le monarque indolent et voluptueux n'étoit pas digne. Dès que le roi de Perse eut pris ses suretés, il ne se refusa pas à cette conquête, si conforme à son inclination. Après avoir pris les villes de Ghorbundet et de Choznaw, il tira droit à Cabul, capitale de la province du même nom, et frontière de l'Indostan; *Kouli-Kan* la prit, et il y trouva d'immenses richesses. Il écrivit au grand-Mogol : « que tout ce qu'il venoit de faire, étoit pour le soutien de la religion de l'empereur. » *Mahommed* ne répondit à cette lettre qu'en levant des troupes. *Kouli-Kan* envoya un second ambassadeur pour demander environ 100 millions de notre monnoie, avec quatre provinces. L'empereur trop nonchalant, et trahi par ses ministres, ne fit aucune diligence. Pendant ces tergiversations, le Persan se rendoit devant Pishor, dont il s'empara, après avoir défait un corps de 7000 hommes campés devant cette place, au mois de novembre 1738. Le 19 janvier suivant, il se vit maître de Lahor. Enfin, l'armée du grand-Mogol s'ébranla, et le monarque partit de Delhi le 18 janvier. *Kouli-Kan* alla au devant de lui. Son armée étoit d'environ 16,000 hommes à cheval. Il alla camper à une petite distance de l'armée ennemie. Le combat se donna, et le Persan remporta une victoire complète, quoiqu'il n'eût fait agir qu'une partie de ses troupes. La consternation et la terreur se répandirent dans le camp de l'empereur. On tint un conseil, et on fit faire des propositions d'accommodement à *Kouli-Kan*, qui exigea qu'avant toutes choses, le grand-Mogol vint s'entretenir avec lui dans son camp. L'empereur fit ce qu'on demandoit de lui; et après que le roi de Perse l'eut fait asseoir à côté de lui dans le même siège, il lui parla en maître et le traita en sujet. Il ordonna ensuite à un détachement de cavalerie de s'emparer de toute l'artillerie du grand-Mogol, et d'enlever tous les trésors, les joyaux, et toutes les armes et les munitions de l'empereur et des émirs. Les deux monarques se rendirent ensuite K O U 669 A Delhi, capitale de l'empire, et ils y arrivèrent avec leurs troupes, le 7 mars 1739. Le vainqueur enferma le vaincu dans une prison honorable, et se fit proclamer empereur des Indes. Tout se passa d'abord avec beaucoup de tranquillité; mais une taxe que l'on mit sur le blé, causa un grand tumulte, et quelques-uns des gens du roi de Perse furent tués. Le lendemain, 11, le tumulte fut plus grand encore. *Kouli-Kan* monta à cheval, et envoya un gros détachement de ses troupes pour appaiser le tumulte, avec permission de faire main-basse sur les séditieux, après avoir employé la douceur et les menaces. Le roi de Perse s'étant rendu dans une mosquée, y fut attaqué à coups de pierres; on tira même sur lui. Ce prince, se livrant alors à toute sa fureur, ordonna un massacre général. Il le fit cesser enfin: mais ayant duré depuis huit heures du matin jusqu'à trois heures après midi, il y eût un si grand carnage, que l'on compte qu'il y périt au moins 120,000 habitans. Pour se délivrer d'un hôte si formidable, il s'agissoit de lui payer les sommes qui lui avoient été promises: *Kouli-Kan* eut, pour sa part, des richesses immenses en bijoux, en diamans. Il emporta beaucoup plus de trésors de Delhi, que les Espagnols n'en prirent à la conquête du Mexique. Ces trésors amassés par un brigandage de plusieurs siècles, furent enlevés par un autre brigandage. Le palais seul de l'empereur renfermoit des trésors inestimables. La salle du trône étoit revêtue de lames d'or; des diamans en ornoient le plafond. Douze colonnes d'or massif, garnies de perles et de pierres précieuses, formoient trois côtés du trône, dont le dais sur-tout étoit digne d'attention; il représentoit la figure d'un paon qui, étendant sa queue et ses ailes, couvroit le monarque de son ombre. Les diamans, les rubis, les émeraudes, toutes les pierreries dont ce prodige de l'art étoient composé, représentoient au naturel les couleurs de cet oiseau brillant. On fait monter le dommage que causa cette irruption des Perses, à 125 millions de livres sterlings. Un Dervis, touché des malheurs de sa patrie, osa présenter à *Kouli-Kan* la requête suivante: « *Si tu es Dieu, agis en Dieu; si tu es Prophète, conduis-nous dans la voie du salut; si tu es Roi, rends les peuples heureux, et ne les détruis pas...* Kouli-Kan répondit: *Je ne suis pas Dieu, pour agir en Dieu; ni Prophète, pour montrer le chemin du salut; ni Roi, pour rendre les peuples heureux. Je suis CELUI que Dieu envoie contre les Nations sur lesquelles il veut faire tomber sa vengeance.* » Le monarque Persan, qui étoit en droit de tout exiger de *Mahommed*, finit par lui demander en mariage une princesse de son sang pour son fils, avec la cession de toutes les provinces situées au-delà de la rivière d'Ateck et de celle de l'Indus, du côté de la Perse. *Mahommed* consentit à ce démembrement, par un acte signé de sa main. *Kouli-Kan* se contenta de la cession de ces belles provinces qui étoient contiguës à son royaume de Perse, et les préféra sagement à des conquêtes plus vastes, qu'il eût conservées difficilement. Il laissa le nom d'empereur à *Mahommed*; mais il donna le gouvernement à un vice-roi. Comblé de gloire et de richesses, il ne songea plus qu'à retourner en Perse. Il y arriva 866 K O U après une marche pénible, qui fut traversée par plusieurs obstacles que sa valeur et sa fortune surmontrèrent. Ses autres exploits sont peu connus. Il fut massacré le 8 juin 1747, par Saleh-Beg, colonel de la garde Aghuane, et Mahommed, gouverneur de Tawus, de concert avec Ali Kouli-Kan, neveu de Thamas, qui se fit proclamer roi de Perse. Le premier pénétra la nuit dans la tente où Thamas étoit couché avec la fille du grand-Mogol, qu'il avoit épousée, après avoir détrôné le père. « Les assassins, dit un historien Persan, firent une balle de paume de cette tête que l'univers, peu de temps auparavant, n'étoit pas capable de contenir. » Ses trois fils et seize autres princes du sang royal, furent égorgés le même jour. Ainsi mourut ce prince, aussi brave qu'Alexandre, aussi ambitieux, mais bien moins généreux et bien moins humain. (Voy. BOUGAINVILLE) Ses conquêtes ne furent marquées que par des ravages. Point de villes réparées ou bâties: point de grands établissements. Il ne fut enfin qu'un illustre scélérat. Il aimoit à l'excès les femmes, sans négliger les affaires. Pendant la guerre, il vivoit comme un simple soldat; dans la paix il n'étoit pas moins frugal. Sa taille étoit de six pieds, sa constitution fort robuste; et sa voix extrêmement forte. Quant à sa religion, il n'en eut aucune. Son premier acte d'autorité, en montant sur le trône, fut de s'emparer de la plus grande partie des biens des ministres de la religion. Il demanda peu de temps après, une traduction en langue persane, de la Bible et de l'Alcoran. Les missionnaires Européens, les Rabbins et les Mollas, travellèrent à ces ouvrages. Lorsqu'ils furent achevés, les traducteurs lui en firent la lecture d'une partie. Il plaisanta sur les mystères de la religion Chrétienne, se moqua de celle des Juifs, tourna Mahomet et Ali en ridicule. Ensuite, il fit enfermer les traductions des livres sacrés des Chrétiens et des Musulmans dans une cassette, disant qu'il donneroit bientôt aux hommes une religion beaucoup meilleure. Mais les affaires de Perse ne permirent pas heureusement à ce despote d'exécuter un projet qui auroit été une source de cruautés et d'erreurs nouvelles. Ce prophète guerrier, ennemi de la contradiction, auroit sans doute fait recevoir ses rêveries à coups de sabre. Un des chefs des ministres de la religion de Perse, lui ayant voulu représenter qu'il n'appartenoit pas au prince d'innover en matière de dogme, Kouli-Kan ne lui répondit qu'en le faisant étrangler. La crainte qu'il inspiroit étoit telle, qu'à son retour des Indes, au milieu même de la marche, il osa commander à ses soldats de remettre dans son trésor tout ce qu'ils avoient pillé dans cette expédition; et ses soldats obéirent. Il se contenta de faire distribuer à chacun d'eux, cinq cents roupies, et une somme un peu plus forte aux officiers, qui reçurent sans se plaindre cette foible récompense de leurs travaux et de leurs fatigues. Voy. l'extrait historique qui est à la fin de Nadir, tragédie par M. Dubuisson, représentée en 1780. On a une Histoire de Thamas Kouli-Kan, traduite d'un manuscrit Persan, par Williams-Jones, membre du collège d'Oxford, 1770.
KRACHENINNIKOW, (Étienne) né en 1713, fut du nombre des jeunes élèves attachés aux professeurs de l'académie de St-Pétersbourg. Cette compagnie ayant envoyé quelques-uns de ses membres au Kamtschatka, par ordre de l'impératrice, en 1733, pour donner une relation de ce pays, le jeune Krachenin- nikow suivit le professeur d'his- toire naturelle. Il en revint en 1743, avec un grand nombre d'observations. L'académie le nomma adjoint en 1745, et pro- fesseur de botanique et d'histoire naturelle en 1753. Il mourut en 1755; il avoit été chargé par sa compagnie de dresser la Relation des découvertes des académiciens, et de la combiner avec celle de Steller, qui étoit mort en 1745. C'est cet ouvrage, écrit avec beaucoup de sincérité et d'exac- titude, dont la traduction forme le 2e volume du Voyage de Si- bérie, de l'abbé Chappe d'Au- teroche, à Paris, 1768, 2 tomes en 3 volumes in-4°, avec figures, magnifiquement exécuté. Il avoit été publié à part en 1764. Il est divisé en quatre parties. La pre- mière comprend la description géographique des lieux; la se- conde, l'histoire naturelle; la troisième traite des mœurs, des usages et des habitans; la qua- trième, de la découverte et de la conquête du Kamtschatka par les Russes, et des établissemens qu'ils y ont formés.
KRANS. Voyez CRUSIUS.
KRANTZ, Voyez FISCHET.
KRANTZ ou CRANTS, (Al- bert) doyen de l'église de Ham- bourg, sa patrie, fut employé dans diverses négociations, et s'en acquitta avec autant d'in- telligence que de zèle. Il étoit l'arbitre des différends, la res- K R A 669 source des pauvres, et l'exemple de son chapitre. Cet homme es- timable, parvenu à la vieillesse, mourut le 7 décembre 1517, laissant plusieurs ouvrages. Les plus connus sont: I. Chronica regnorum Aquiloniorum Daniae, Succiae, Norwegiae; Argentorari, 1546, in-folio, réimprimée à Francfort dans le même format, par les soins de Jean Wolff. II. Saxonia, sive De Saxonica gentis vetustá origine; à Franc- fort, in-fol., en 1575, 1580, 1581. III. Wandalia, sive His- toria de Vandulorum origine; Cologne, 1600, in fol., réimpri- mée avec plus de soin, en 1619, à Francfort, in-fol., par Wechel. IV. Metropolis, sive Historia Ecclesiastica de Saxonid, 1575, 1590 et 1627, à Francfort, in-fol. Elle ne regarde que l'his- toire de Westphalie et de Jut- land. Tous les ouvrages de cet auteur offrent beaucoup de re- cherches; mais il se perd dans les origines des peuples, ainsi que ceux qui avant lui s'étoient mêlés de débrouiller ce chaos. Krantz, plus savant que critique, a beaucoup de penchant pour les fables, et pour les fables les moins vraisemblables. Il est d'ailleurs accusé de plagiat. On dit dans son Epitaphe qu'il étoit très - éloquent; cela ne paroît guères par ses livres. Voyez-en la liste détaillée dans le 38e vol. des Mémoires du P. Niceron.
KRAUSE, (Chrétien-Gott- fried) compositeur allemand, né à Sorau, en 1719, mort à Berlin en 1771, a publié un ouvrage estimable sur la poésie musicale, plus profond, mais écrit d'une manière moins séduisante que les traités d'Algarotti sur le même sujet. 668 KRA
KRAUSEN, (Ulric) habile graveur Allemand, dont nous avons l'ancien et le nouveau Testament très-élégamment exécutés en taille-douce. La délicatesse des figures fait rechercher le recueil qu'on en fit à Augsbourg, en 2 vol. in-fol., 1705. Les Epîtres et Evangiles sont gravées séparément, un vol. in-fol., 1706. L'explication étant en allemand, cet ouvrage ne peut être recherché d'un François qu'à cause de la beauté des gravures.
KRETZCHMER, (Pierre) né dans le Brandebourg, vers 1700, conseiller des domaines du roi de Prusse, mort en 1764, à 65 ans, se distingua par sa patience laborieuse et sa sagacité en fait d'économie et d'agriculture. Il fit un grand nombre d'expériences sur ces matières; une des plus curieuses, est celle qu'il développa dans un Mémoire, au sujet de la multiplication extraordinaire d'un grain d'orge. Ce fut en marcottant les tiges d'une touffe d'herbe produite par ce grain semé au printemps, et transplantées ailleurs, qu'elles produisirent d'autres touffes; et ainsi le suite, par le même procédé, ce grain d'orge produisit jusqu'à 15000 épis. Cette culture demande trop de bras pour être d'une utilité générale. Ce même auteur avoit tenté d'introduire en Prusse le labourage à deux charrues; il le proposa dans un autre Mémoire. L'idée n'étoit pas neuve: Olivier de Sérés en parle dans son THEATRE d'Agriculture; mais cette idée est une de celles qui sont plus avantageuses dans la théorie que dans la pratique.
KREUZ, (Frédéric-Charles-Casimir, baron de) poète Alle- mand, qui peut être surnommé l'Young de son pays, mourut en 1770, âgé de 45 ans. De grandes beautés, nulle méthode, des images sublimes et beaucoup d'obscurité, sont les principaux caractères de son poème des Tombeaux, le plus étendu, comme le meilleur de ses ouvrages, imprimé à Francfort sur le Mein, en 1769.
KRODO ou CRODUS, (Mythol.) divinité des anciens Saxons, étoit représenté sous la forme d'un vieillard, portant une roue et un panier plein de fruits, ayant la tête nue et les pieds appuyés sur une perche. Heineccius croit que ce Dieu est l'emblème du soleil. I. KROMAYER, (Jean) né en 1576, à Dolhen en Misnie, fut ministre à Eisleben, prédicateur de la duchesse douairière de Saxe, et enfin surintendant à Weimar, où il mourut en 1643, à 67 ans. On a de lui: I. Harmonia Evangelistarum. II. Historiae Ecclesiasticae compendium. III. Une Paraphrase estimée sur Jérémie et sur les Lamentations: elle se trouve dans la Bible de Weimar.
II. KROMAYER, (Jérôme) neveu du précédent, né à Zeitz en 1610, mort en 1670, à 60 ans, Leipzig, où il étoit professeur en histoire, en éloquence et en théologie, eut une plume laborieuse et féconde. Entre ses nombreux ouvrages, nous citerons seulement: I. Theologia Positivo-Polemica. II. Historia Ecclesiastica. III. Polymathia Theologica, etc.
KROUST, (Jean-Marie) Jésuite, fut professeur de théologie plusieurs années à Strasbourg, puis confesseur de Mes- James de France, et travailla quelque temps aux *Journaux de Trévoux*. On a de lui, un ouvrage en latin, en quatre vol. in-8°, intitulé *Institutio Clericorum*, Augsbourg, 1767. Ce sont des méditations pour tous les jours de l'année, très-propres à former les prêtres à la sainteté de leur état, et au ministère de la chaire. Il a encore donné un vol. in-8° contenant une *Retraite* de huit jours, à l'usage des ecclésiastiques; réimprimée à Fribourg en Brisgau, 1765. On trouve dans ces livres le langage onctueux de l'Écriture et des Pères. Il ne faut pas juger de ce Jésuite par ce qu'en dit *Voltaire* qui avoit eu à se plaindre de lui, ou plutôt, qui étoit mécontent du zèle qu'il montra contre ses opinions erronées. — KRUGER, (Jean-Chrétien) né à Berlin de parens pauvres, mort à Hambourg, en 1750, âgé de 28 ans, s'est distingué sur la scène comme acteur et comme poète. Il est à présumer qu'il auroit contribué à illustrer le théâtre Allemand, si les travaux qu'exigeoient de lui sa qualité d'acteur et son état de médiocrité, ne l'eussent obligé à entreprendre des traductions, et si la mort ne l'eût surpris à la fleur de son âge, ainsi que *Schlegel* et *Croneck*, autres auteurs dramatiques du même pays. Outre la *Traduction* allemande du *Théâtre de Marivaux*, on lui doit un recueil de *Poésies*, imprimé à Leipzig en 1763. Les ouvrages qu'il contient, sont des Poésies diverses, des Prologues, et surtout des Comédies, dont les principales sont : *l'Epoux aveugle*, *les Candidats*, et le *Duc Michel*. — KUHLMAN, (Quirinus) naquit à Breslaw en Silésie avec un esprit sage et pénétrant. Une maladie dérangea ses organes à l'âge de 18 ans, et il fut un des plus grands visionnaires de son siècle. Il se crut inspiré de Dieu; il s'imagina être dans un globe de lumière qui ne le quittoit jamais; il ne voulut recevoir aucune leçon, parce que, disoit-il, le *Saint-Esprit étoit son maître*. Cet infortuné, qu'il auroit fallu enfermer, fut brûlé l'an 1689, en Moscovie pour quelques prédictions séditieuses. Il avoit parcouru auparavant l'Angleterre, la France, l'Allemagne, l'Orient; et malgré la facilité de l'esprit humain à adopter toutes les extravagances, il ne fit pas beaucoup de prosélytes. On a de ce visionnaire quelques écrits pleins des rêveries les plus absurdes. Il en préparoit un, qu'il devoit intituler : *La Clef de l'Éternité et du Temps*; c'étoit la suite d'un ouvrage qu'il avoit publié en 1674 à Leyde, sous le titre de *Prodromus Quinquennii mirabilis*. — KUHNIUS, (Joachim) professeur de grec et d'hébreu dans l'université de Strasbourg, né à Gripswald, mort en 1697 à 50 ans, laissa des notes sur *Pollux*, *Pausanias*, *Elien*, *Diogène-Laërce*, et d'autres écrits, dans lesquels on remarque un grand fonds d'érudition. Le plus connu est intitulé : *Quæstiones Philosophica ex sacris Veteris et Novi Testamenti aliisque Scriptoribus*, trois vol. in-4°, Strasbourg, 1698. — KULCZINSKI, (Ignace) abbé de Grodno, né à Wlodimirs en Pologne l'an 1707, entra de bonne heure dans l'ordre de *Saint-Basile*, et fut envoyé à Rome en 670 KUL qualité de procureur général de cet ordre. Il mourut dans son abbaye de Grodno en 1747, à 40 ans, après s'être acquis une grande réputation par son *Specimen Ecclesiae Rumenica*. On a encore de lui, en manuscrit : *Opus de vitis Sanctorum oralis Div. Basilii magni*, deux vol. in-folio.
KULPISUS, (Jean-George) professeur en droit à Gieslen, puis à Strasbourg, assista au Congrès de l'Iswick, en qualité d'envoyé du duc de Wittemberg, et mourut en 1658. Le plus estimé de ses ouvrages, est un *Commentaire*, in-4° sur *Grotius*, sous le titre de *Collegium Grotianum* : il est savant.
KUNADUS, (André) théologien Luthérien, né à Dobelen en Misne l'an 1602, fut professeur de théologie à Wittemberg, et ministre général à Grima. Il mourut en 1662, à 60 ans. On a de lui : I. Une *Explication* de l'Épître aux Galates. II. Un *Abrégé des lieux communs* de théologie. III. Des *Dissertations sur la tentation au Désert*; — Sur la *Confession de St.-Pierre*; — Sur ceux qui ressuscitèrent au temps de la *Passion*, in-4°, etc.
KUNCKEL, (Jean) né dans le duché de Sleswick en 1630, fut chimiste de l'électeur de Saxe, de celui de Brandebourg, et de *Charles XI*, roi de Suède. Ce monarque récompense son mérite, par des lettres de noblesse, et par le titre de conseiller métallique. *Kunkel* mourut en 1702, à 68 ans, après avoir fait plusieurs découvertes, entr'autres celle du *Phosphore d'urine*. On lui doit encore plusieurs nouvelles opérations sur l'art de la verrerie; une manière de mouler des figures en bois; une petite curiosité chimique, qui consiste à marbrer un globe de verre de différentes couleurs; et un procédé ingénieux pour faire une plante de métal. Parmi le grand nombre d'ouvrages qu'il a publiés en allemand et en latin, on distingue ses *Observationes Chymica*, Londres, 1678, in-12; et son *Art de la Verrerie*, traduit en français par M. le baron d'Olbach, et imprimé à Paris en 1752, in-4°. Les chimistes qui l'avoient précédé, avoient cultivé la chimie pour augmenter les lumières de la médecine : *Kunkel* et fit usage pour perfectionner les arts. C'étoit un artiste qui avoit peu de théorie, mais qui portoit dans la pratique une sagacité et une intelligence qui lui ténoient lieu de savoir. Il s'attacha surtout à suivre le travail de *Néri* sur la vitrification; et ses découvertes donnèrent beaucoup d'étendue à cette partie importante de la chimie. Une de ses expériences paroît démontrer contre le célèbre *Bullon*, que l'on n'est pas vitrifiable; *Kunkel* en a tenu dans un feu de verrerie pendant plus d'un mois, sans qu'il ait diminué d'un grain, ni reçu la moindre altération. Au reste, ses ouvrages brillent plus par le détail de ses expériences, que par le style. Il écrit comme un artiste grossier, sans art et sans méthode.
KUNBATH, (Henri) chimiste de la secte de *Paracelse*, fit beaucoup parler de lui au commencement du XVIIe siècle, et fut, dit-on, professeur en médecine à Leipzig. *Mollerus* prétend que *Kunkel* étoit un adepte qui possédoit la pierre philosophale. Il nous apprend lui-même, « qu'il avoit obtenu de Dieu le don de discerner le bien et le mal dans la chimie. » Il mourut à Dresde en 1607. On a de lui, plusieurs ouvrages d'une obscurité impénétrable, qui ne servent qu'à montrer le fanatisme ou la charlatanerie de leur auteur; et que s'il avoit obtenu de Dieu le don du discernement, il n'avoit pas reçu celui de la raison et du bon sens. Les curieux recherchent son *Amphitheatrum Sapientiae æternæ, Christiano-cabalisticum, Divino-magicum*; Hanoviæ, 1609, in-folio. On y mit un nouveau titre en 1653. Ce livre fut censuré par la faculté de théologie de Paris.
KUS, ou Chus, surnommé *Dent d'Éléphant* par les Orientaux, parce qu'il régna en Éthiopie, pays d'où l'on tire l'ivoire, étendit ses conquêtes dans le Zanguebar et la Cafèrie. On le croit fils de *Chanaan* et petit-fils de *Noé*.
KUSTER, (Ludolphe) né à Blomberg dans le comté de Lippe en 1670, du premier magistrat de cette ville, se distingua de bonne heure par l'étendue de sa mémoire. Après avoir achevé l'éducation des enfans du comte de *Schwerin*, premier ministre du roi de Prusse, il voyagea en Angleterre et en France. De retour à Berlin, le monarque Prussien le fit son bibliothécaire; mais le séjour de cette ville lui étant désagréable, il se retira en Hollande. Réduit à une extrême misère, il se rendit à Paris, où l'abbé *Bignon*, son ancien ami, l'invitoit de venir. Les sollicitations de son protecteur, jointes aux réflexions qu'il avoit faites sur la nécessité de reconnaître une Église dont l'autorité infail- lible mit fin aux controverses; l'engagement à se faire Catholique. La cérémonie de son abjuration se fit le 25 juillet 1713. *Kuster* jouit alors de la faveur et des distinctions que pouvoit espérer un savant et un nouveau converti. L'abbé *Bignon* le présenta à *Louis XIV*, qui le gratifia d'une pension de 2000 livres. L'académie des belles-lettres lui ouvrit ses portes, en qualité d'associé surnuméraire; distinction qu'elle n'avoit faite à personne avant lui. Ce savant mourut peu de temps après, le 12 octobre 1716, à 46 ans. On ne peut nier que *Kuster* ne fût un abyme d'érudition; mais son mérite se bornoit là. Il étoit de ces érudits enthousiastes pour le genre qu'ils ont embrassé, et qui traitent toutes les autres sciences de vaines ou de frivoles. Un livre de philosophie le faisoit fuir; et il croyoit bonnement qu'un homme qui compiloit, étoit fort au-dessus d'un homme qui pensoit. Ayant trouvé un *Traité* philosophique dans la boutique d'un libraire, il le rejeta en disant: « Ce n'est qu'un livre de raisonnement: *Non sic itur ad astra*. » Il étoit d'ailleurs d'un naturel doux et paisible; mais comme il n'avoit pas lu dans le grand livre du monde, ses manières étoient un peu rebutantes. Ses ouvrages les plus estimés sont: I. une *Edition de Suidas*, à Cambridge, en grec et en latin, en 1705, formant trois vol. in-fol. Cet ouvrage demandoit une prodigieuse lecture: l'auteur n'épargna rien pour le rendre parfait en son genre. C'est aussi la meilleure édition que nous ayons du Lexicographe Grec. L'université de Cambridge récompensa l'éditeur, en le mettant au nombre 672 KUT de ses membres. La littérature grecque étoit ce que Kuster possédoit le mieux. Il regardoit l'Histoire et la Chronologie des mots grecs, (c'étoient ses expressions ordinaires), comme tout ce qu'il y avoit de plus solide pour un savant. II. Bibliotheca novorum Librorum, cinq vol. in-8°: Journal assez médiocre, du moins aux yeux de nos littérateurs François. Il commença en avril 1697, et finit avec l'année 1699. L'auteur s'étoit associé, pour ce travail, Henri Sihe. III. Historia critica Homeri, 1696, in-8°, curieuse. Il se cacha, dans ce livre et dans le précédent, sous le nom de Neocorous, qui signifie en grec, Sacristain. Kuster a la même signification en allemand. IV. Jamblicus, de vita Pithagora, à Amsterdam, en 1707, in-4° V. Novum Testamentum, en grec, 1710, Amsterdam, in-fol. avec les variantes de Mill, augmentées et rangées dans un ordre méthodique. VI. Une belle édition d'Aristophane en grec et en latin, imprimé d'abord à Oxford en 1708, et ensuite à Amsterdam en 1710, in-fol. Voyez I. ARISTOPHANE.
KUTCHU, (Mythol.) principal Dieu des habitans du Kamtschatka qui lui reprochent sans cesse d'avoir fait les montagnes trop escarpées et les torrenstrop rapides, de faire tomber trop de pluie et d'exciter les tempêtes : dans tous les accidens qui leur arrivent, ils ne manquent pas de le mandire et de blasphémer contre sa puissance. Cependant, comme ils le croient méchant, il faut bien se le rendre favorable; ils élèvent donc dans une grande plaine une colonne qu'ils enveloppent de haillons; toutes les fois qu'ils passent devant cette colonne, ils y jettent un morceau de poisson ou quelqu'autre aliment, et ont soin de ne point cueillir de fruits et de ne tuer aucun animal dans le voisinage; ils croient par ces petites attentions, prolonger leur vie. Au reste, ils n'offrent jamais à leur divinité que ce qui ne leur est bon à rien, les nageoires, par exemple, et la queue des poissons, ou quelqu'autre chose qui ne pourroit servir à leur nourriture.
KYRLE, (Jean) homme bienfaisant d'Angleterre, dont le nom mérite de passer à la postérité. Il étoit né à Ross, petit bourg de la province d'Héreford, et il mourut en 1724, à 90 ans. Avec un revenu de 500 guinées seulement il fit plus que beaucoup de princes : il défricha des terres, pratiqua des chemins favorables au commerce, bâtit un Temple, nourrit les pauvres de son canton, entretint une maison de charité, dota des filles, mit des orphelins en apprentissage, soulagea et guérit des malades, et appaissa les différends de ses voisins. C'est le célèbre Pope qui a fait connoître ses vertus dans son Eptre morale sur l'emploi des richesses.
HISTOIRE ABRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours ; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres ; Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire. Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Humaine Edition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mini Galba, Comp. Vitellius, nec beneficio, nec injuriâ cognit. TACIT. Hist. lib. I. § 1.
ALYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp. An XII — 1804. | 序号 | 名称 | 内容 | 备注 | | --- | --- | --- | --- | | 1 | | | | | 2 | | | | | 3 | | | | | 4 | | | | | 5 | | | | | 6 | | | | | 7 | | | | | 8 | | | | | 9 | | | | | 10 | | | | | 11 | | | | | 12 | | | | | 13 | | | | | 14 | | | | | 15 | | | | | 16 | | | | | 17 | | | | | 18 | | | | | 19 | | | | | 20 | | | | | 21 | | | | | 22 | | | | | 23 | | | | | 24 | | | | | 25 | | | | | 26 | | | | | 27 | | | | | 28 | | | | | 29 | | | | | 30 | | | | | 31 | | | | | 32 | | | | | 33 | | | | | 34 | | | | | 35 | | | | | 36 | | | | | 37 | | | | | 38 | | | | | 39 | | | | | 40 | | | | | 41 | | | | | 42 | | | | | 43 | | | | | 44 | | | | | 45 | | | | | 46 | | | | | 47 | | | | | 48 | | | | | 49 | | | | | 50 | | | | | 51 | | | | | 52 | | | | | 53 | | | | | 54 | | | | | 55 | | | | | 56 | | | | | 57 | | | | | 58 | | | | | 59 | | | | | 60 | | | | | 61 | | | | | 62 | | | | | 63 | | | | | 64 | | | | | 65 | | | | | 66 | | | | | 67 | | | | | 68 | | | | | 69 | | | | | 70 | | | | | 71 | | | | | 72 | | | | | 73 | | | | | 74 | | | | | 75 | | | | | 76 | | | | | 77 | | | | | 78 | | | | | 79 | | | | | 80 | | | | | 81 | | | | | 82 | | | | | 83 | | | | | 84 | | | | | 85 | | | | | 86 | | | | | 87 | | | | | 88 | | | | | 89 | | | | | 90 | | | | | 91 | | | | | 92 | | | | | 93 | | | | | 94 | | | | | 95 | | | | | 96 | | | | | 97 | | | | | 98 | | | | | 99 | | | | | 100 | | | |
LAAR, Voyez LAER.
LABADIE, (Jean) fils d'un soldat de la citadelle de Bourg en Guienne, naquit en 1610. Les jésuites de Bordeaux, trompés par sa piété apparente et charmés de son esprit, le revétirent de leur habit, qu'il garda pendant quinze ans. Quoique dès lors son esprit donnât dans les rêveries de la plus folle mysticité, il sut si bien se déguiser, que, lorsqu'il voulut quitter la société, les supérieurs et les inférieurs mirent tout en usage pour le retenir. Labadie ne tarda pas de se faire connoître. Quelques mois avant de sortir des jésuites, il s'avisa de vouloir mener la vie de St. Jean-Baptiste, dont il croyoit avoir l'esprit. Il ne voulut plus manger que des herbes, et ce régime ne servit qu'à lui affoiblir la tête. Après avoir parcouru plusieurs villes de Guienne, il fut employé dans le diocèse d'Amiens. On le croyoit un Saint; mais un commerce criminel avec une dévote, et des liaisons plus que suspectes avec des Bernardines, découvrirent en lui un scélérat hypocrite. Caumartin, évêque d'Amiens, alloit le faire arrêter, lorsqu'il prit la fuite. Il demeura quelque temps ensuite à Bazas, il passa de là à Toulouse, et par tout il se fit connoître comme un homme qui se servoit de la religion pour satisfaire ses penchans. Nommé directeur d'un couvent de religieuses, il y introduisit le dérèglement avec la fausse spiritualité. Tout ce que l'on a reproché de plus horrible aux disciples du Quétiste Molinos, il le faisoit pratiquer à ces bonnes filles, les excitant lui-même par ses actions et par ses paroles. L'archevêque de Toulouse, informé de ces désordres, dispersa les religieuses corrompues, et poursuivit le corrupteur; mais ce fourbe alla se cacher dans un hermitage de Carmes près de Bazas, s'y fit appeler Jean de Jésus-Christ, parla en prophète, et y sema son enthousiasme et ses détestables pratiques. Ses principales erreurs étoient les suivantes: « 1.º Dieu peut et veut tromper les hommes, et les induit effectivement en erreur. 2.º L'Écriture-Sainte n'est point nécessaire pour conduire les hommes dans la voie du salut. 3.º Le Baptême ne doit être conféré qu'à un certain âge, parce que ce sacrement marque qu'on est mort au monde et ressuscité à Dieu. 4.º La nouvelle Alliance n'admet que des hommes spirituels, et nous met dans une liberté si parfaite, que nous n'avons plus besoin ni de la loi, ni de ses cérémonies. 5.º Il est indifférent d'observer, ou non, le jour du repos; il suffit que ce jour-là on travaille dévotement. 6.º Il existe deux Eglises: l'une où le Christianisme a dégénéré, et l'autre composée des régénérés qui ont renoncé au monde. 7.º Jésus-Christ n'est point réellement présent dans l'Encharistie. 8.º La vie contemplative est un état de grace, une union divine pendant cette vie, et le comble de la perfection. » *Labadie*, contraint de prendre la fuite, se fit Calviniste à Montauban en 1650, et y exerça le ministère pendant huit ans. Quoiqu'il choquât dans ce poste les personnes sages par ses sermons satiriques, il ne laissa pas de se soutenir par le crédit des dévotes qu'il avoit enchantées, les unes par l'esprit, les autres par la chair. Leurs pieuses cabales n'empêchèrent pourtant pas qu'il ne fût chassé quelque temps après. Il passa à Genève, d'où il fut encore expulsé, et de là à Middelbourg. *Labadie* s'acquit beaucoup d'autorité dans cette ville, à la faveur du ton mystique qu'il prenoit, et de la sévérité de mœurs qu'il affectoit. « On regardoit, dit *Nivéron*, comme autant de *Mondains vendus au siècle présent*, ceux qui le taxoient d'hypocrisie, et comme autant de Saintes celles qui le quivoient. M$^{lle}$ *Schurman*, cette fille si fameuse dans la république des lettres, crut *choisir la meilleure part* en se rangeant sous sa direction. Elle devint un des chefs les plus ardens de la secte. Ce fut elle qui entraîna la princesse Palatine *Elizabeth*, qui reçut les disciples errans et fugitifs de *Labadie*. Cette princesse regardoit comme un grand honneur de recueillir ce qu'elle appeloit la véritable *Eglise*, et se trouvoit heureuse de s'être détrompée d'un *Christianisme* masqué qu'elle avoit suivi jusque là... Le nombre des sectateurs de *Labadie* augmenta considérablement, et seroit devenu très-grand sans la désertion de quelques-uns de ses disciples, qui, publiant l'*Histoire de sa vie privée et de sa manière d'enseigner*, n'oublièrent pas d'instruire le public des familiarités qu'il prenoit avec ses dévotes, sous prétexte de les unir plus particulièrement à Dieu. Il envoyoit, de sa retraite, des Apôtres dans les grandes villes de Hollande, mais le succès ne fut pas assez grand pour le dispenser de chercher un lieu où il pût vivre sans craindre la famine. Il passa à Erfort, d'où la guerre le chassa, et l'obligea de se retirer à Altona dans le Holstein. Ce fut en ce lieu qu'attaqué d'une colique violente, il mourut en 1674, entre les bras de M$^{lle}$ *Schurman*, qui comme une compagne fidelle, l'avoit suivi par-tout. Il étoit alors âgé de 64 ans. » Il avoit été déposé, peu de temps auparavant, dans le synode de Dordrecht. Les ouvrages de ce fanatique sont en assez grand nombre; mais nous avons fait assez connoître ses rêveries, pour nous dispenser d'en donner une longue liste, aussi fatigante pour le lecteur qu'hu- miliante pour l'esprit humain. Les curieux peuvent la voir dans le dix-huitième volume des Mémoires du P. Nicéron. Il intituloit ses livres singulièrement : Le Hérault du grand Roi Jésus, Amsterdam, 1667, in-12 : Le véritable Exorcisme, ou l'Unique moyen de chasser le Diable du monde Chrétien, Amsterdam, 1667, in-12 : Le Chant Royal du Roi Jésus-Christ, Amsterdam, 1670, in-12 : Les Saintes Décades, Amsterdam, 1671, in-8° : L'Empire du Saint-Esprit, Amsterdam, 1671, in-12 : Traité du Soi, ou le Renoncement à Soi-même, etc. etc. Il avoit composé à Montauban, 1656, in-24, La Pratique des deux Oraisons mentale et vocale. Il vouloit introduire cette pratique parmi les Protestans; mais son entreprise téméraire sur Mlle de Calonges, dont il osa toucher le sein, tandis qu'il croyoit l'avoir plongée dans la plus profonde méditation, renversa ses projets. Les disciples de ce dévot libertin s'appelèrent LABARISTES. On assure qu'il y en a encore dans le pays de Clèves, mais qu'ils y diminuent tous les jours.
LABAN, fils de Bathuel et petit-fils de Nachor; fut père de Lia et de Rachel, qu'il donna l'une et l'autre en mariage à Jacob, pour le récompenser de quatorze ans de services qu'il lui avoit rendus. Comme Laban vit que ses biens fructifioient sous les mains de Jacob, il voulut le garder encore plus long-temps par avarice; mais Jacob quitta son beau-père sans lui rien dire. Celui-ci courut après lui durant sept jours, dans le dessein de le maltraiter, et de ramener ensuite ses biens, ses fils et ses filles. Mais Dieu lui apparut en songe, et lui défendit de faire aucun mal à Jacob. L'ayant atteint sur la montagne de Galand, ils offrirent ensemble des sacrifices et se réconcilièrent. Laban redemanda seulement à son genre les idoles qu'il l'accusa de lui avoir dérobées. Jacob, qui n'avoit aucune connoissance de ce vol, lui permit de fouiller tout son bagage. Rachel, assise dessus, s'excusa de se lever, feignant d'être incommodée. Ils se séparèrent, content les uns des autres, l'an 1739 avant J. C.
LABARDE, Voyez BARDE.
LABARRE, LABAUME, Voy. à la lettre B.
LABARRE, (N.) général de la république Françoise, fut employé en 1793 contre Toulon, et se distingua le 17 novembre à l'attaque du fort Pharon. Il servit ensuite avec courage contre les Espagnols dans les batailles de Boulon et de Collioure, et mourut le 17 juin 1794, d'une blessure reçue au combat livré entre Rose et Figuières.
LABAT, (Jean-Baptiste) Dominicain Parisien, d'abord professeur de philosophie à Nanci, fut envoyé en Amérique l'an 1693. Il y gouverna sagement la cure de Macouba, revint en Europe en 1705, et parcourut le Portugal et l'Espagne. Après avoir demeuré plusieurs années en Italie, il mourut à Paris le 6 janvier 1738, à 75 ans. On a de lui : I. Nouveau Voyage aux Isles de l'Amérique, contenant l'Histoire naturelle de ce pays, l'origine, les mœurs, la religion et le gouvernement des habitants anciens et modernes; les Guerres et les événemens singuliers qui y sont arrivés pendant le long séjour que l'Auteur y a fait ; le commerce, les manufactures qui y sont établies, et le moyen de les augmenter : avec une Description exacte et curieuse de toutes ces Isles, ornée de figures ; Paris, 1741, 8 vol. in-12. « Ce livre agréable et instructif est écrit, dit l'abbé des Fontaines, avec une liberté qui réjouit le lecteur. On y trouve des choses utiles, semées de traits historiques assez plaisants. Ce n'est peut-être pas un bon livre de Voyage ; mais c'est un bon livre de Colonie. Tout ce qui concerne les nôtres, y est traité avec étendue. On y souhaiterait seulement un peu plus d'exactitude dans certains endroits. » II. Voyages en Espagne et en Italie, 8 vol. in-12, écrits avec autant de gaieté que le précédent ; mais nous avons sur l'Italie des ouvrages beaucoup meilleurs. Ses plaisanteries ne sont pas toujours de bon aloi. Il censure le ton satirique de Misson, et il limite quelquefois. III. Nouvelle Relation de l'Afrique Occidentale, 5 vol. in-12 ; composée sur les Mémoires qu'on lui avoit fournis, et par conséquent moins certaine que la Relation de son voyage en Amérique. IV. Voyages du Chevalier des Marchais en Guinée, Isles voisines, et à Cayenne, avec des Cartes et des figures, 4 vol. in-12. On y donne une idée très-étendue du commerce de ces pays. V. Relation historique de l'Éthiopie Occidentale, 5 vol. in-12. Cette Relation, traduite de l'italien du Capucin Cavazzi, est augmentée de plusieurs Relations Portugaises des meilleurs auteurs, et enrichie de notes, de cartes géographiques et de figures. VII. Mé- moires du Chevalier d'Arvieux ; Envoyé du Roi de France à la Porte, 5 vol. in-12, 1735. Le P. LABAE a recueilli et mis en ordre les Mémoires de ce voyageur sur l'Asie, la Syrie, la Palestine, l'Égypte, la Barbarie. Le style de tous les ouvrages de ce Dominicain est en général assez coulant ; mais un peu diffus.
LABBE, (Philippe) jésuite, né à Bourges en 1607, professa les humanités, la philosophie et la théologie avec beaucoup de réputation. Il mourut à Paris, le 25 mars 1667 ; à 60 ans, avec la réputation d'un savant profond, et d'un homme doux et poli. Le P. Comaire lui fit cette Épityphe : Labbeus hic situs est : vitam, moresque requiris ? Vita Libros illi scribere, morsque fuit. O nianum felix ! qui Patrum Antiqua retractans Concilia, accessit conciliis Superam. Il avoit une mémoire prodigieuse, une érudition fort variée, et une ardeur infatigable pour le travail. Toutes les années de sa vie furent marquées par des ouvrages, ou plutôt par des recueils de ce qu'il avoit ramassé dans les livres des autres, ou de ce qu'il avoit déterré dans les bibliothèques. « Le P. Labbe, dit Vigneul-Marville, étoit un fort bon homme. Quoique assez inférieur aux écrivains de son temps, il ne laissoit pas de bien servir en second. On a vu un grand nombre d'ouvrages, je ne dirai pas, tout-à-fait de lui, mais de toutes sortes de personnes sous son nom. Les autres enfantoient, et lui, comme parrain, nommoit l'enfant, et lui donnoit un béguin et des langes. Aussi a-t-il été accusé d'être un peu pirate; mais il faut de ces gens- là dans la république des lettres, aussi bien que sur la mer. Ce n'étoit pas par nécessité que le P. Labbe détruisoit les savans, mais par amusement; comme, à peu près St. Augustin, étant écolier, déroboit les poires de ses voisins, seulement pour se donner le plaisir de dérober chez autrui ce qu'il n'auroit pas voulu ramasser dans sa maison. » Il est vrai que la plupart des ouvrages que le P. Labbe a donnés au pu- blic, ne lui ont coûté que la peine de rassembler les maté- riaux et de les mettre en corps. Cependant ses recherches ont été quelquefois utiles, en ce qu'elles ont fourni le moyen de faire mieux, et ont abrégé le travail de ceux qui sont venus après lui, Ses principales compilations sont: I. De Byzantine Historie Scrip- toribus, 1648, in-folio; notice assez exacte et fort sèche des écrivains de l'Histoire Byzantine. II. Nova Bibliotheca manuscrip- torum, 1657, 2 vol. in-fol.: compila- tion de plusieurs morceaux cu- rieux qui n'avoient pas encore été imprimés, et de quelques autres qui ne devoient jamais l'être. III. Bibliotheca Bibliothe- carum, 1664, 1672 et 1686, in-folio, et à Genève, 1680, in-4°, avec la Bibliotheca num- maria, et un Auctuarium, im- primé en 1705. IV. Concordia Chronologica, 1670, en 5 vol. in-folio. Les quatre premiers volumes de cet ouvrage, fort embrouillé, peu utile, mais bien imprimé, sont du P. Labbe: et le cinquième est du P. Briet. Ce- pendant il y a des choses qu'on chercheroit inutilement ailleurs: telle est l'Ariadne Chronologica, qui est au premier volume. Cet ouvrage ne s'étant pas vendu, Cramaisi en envoya une partie à la beurrière, c'est ce qui le rend rare aujourd'hui. V. Le Chrono- logue François, en 6 vol. in-12, 1666, assez exact, mais écrit avec peu d'agrément. VI. Abrégé Royal de l'Alliance Chronolo- gique de l'Histoire sacrée et pro- fane, avec le lignage d'Outre- mer, 2 vol. in-4°, 1651. Cet Abrégé Royal est fort confus; mais on y trouve des extraits et des pièces qu'on ne pourroit dé- couvrir ailleurs. VII. Concordia sacrée et profanée Chronologie, ab orbe condito ad annum Christi, 1638, in-12. VIII. Méthode aisée pour apprendre la Chronologie sacrée et profane, in - 12, en vers artificiels, si mal construits, que cette méthode aisée de- viendroit fort difficile pour un homme qui auroit l'ombre du goût. IX. Plusieurs Écrits sur l'Histoire de France, la plupart ensévelis dans la poussière: La Clef d'or de l'Histoire de France... Les Mélanges curieux... Les Éloges historiques, etc. X. Pha- rus Galliæ antiquæ, 1668, in-12. L'auteur, sous ce titre empha- tique, avoit cru cacher les lar- cins qu'il avoit faits dans les écrits du savant Nicolas Sanson, qu'il censuroit vivement après l'avoir volé. Le Géographe répondit avec la même vivacité au Jésuite, dé- voila ses plagiats, et montra, dans les deux seules premières lettres de l'Alphabeth, un mil- lier de fautes. XI. Plusieurs autres ouvrages sur la Géographie, aussi inexacts que le précédent. Voyez CLUVIER. XII. Beaucoup d'Écrits sur la Grammaire et la Poésie grecque. Le plus célèbre est connu sous le titre d'Ilymologie de plus- sieurs mots François, 1661, in-12. Ce livre est contre le Jardin des Racines grecques de MM. de Port-Royal. L'auteur avoit cueillir les plus belles fleurs de ce parterre, et après se les être appropriées assez mal-adroi- tement, il investit contre les écrivains qu'il avoit détroussés. Lancelot, dans une deuxième édition, découvrit les plagiats, et vengea son ouvrage. Le jé- suite Labbe n'avoit volé les Jan- sénistes, que parce qu'il avoit vu le poison des cinq proposi- tions dans les Racines Grecques. C'étoit un crime que la charité lui avoit fait commettre. Il vou- loit que le public jouit de ce qu'il y avoit de bon dans le livre de ses adversaires, sans courir le risque de se laisser corrompre par ce qu'il y avoit de mauvais. XIII. Bibliotheca anti-Janse- niana, in-4°; et plusieurs autres écrits contre MM. de Port-Royal. C'étoit un nain qui combattoit contre des géans, du moins par rapport au style et à l'éloquence. Un auteur Janséniste prétend que ce jésuite, tout ennemi qu'il étoit de ces illustres Solitaires, avouoit « qu'avant eux, les théo- logiens perdoient leur temps à se forger des espaces vagues sur des riens, au lieu de remonter aux sources... » Mais il est peu vraisemblable qu'il ait fait un tel aveu. XIV. Notitia dignita- tum omnum Imperii Romani, 1651, in-12, ouvrage utile. XV. De Scriptoribus Ecclesias- ticis dissertatio, en 2 vol. in-8.° C'est une petite bibliothèque des écrivains ecclésiastiques, trop abrégée, et qui manque d'exac- titude. XVI. Une Édition de Glycas, grecque et latine, au Louvre, 1660. XVII. Concilio- rum Collectio maxima, 17 vol. in-fol., 1672, avec des notes. Les quinze premiers volumes de cette collection, sont du P. Labbe, les deux autres du P. Cossart. On y a joint un dix-huitième volume, c'est le plus rare. Il est sous le titre de Apparatus alter, parce que le dix-septième tome est aussi un Apparat; cependant ce dix-huitième volume n'est autre chose que le Traité des Conciles de Jacobatius. La diversité de génie de Labbe et de Cossart n'a pas peu contribué à laisser glis- ser dans cette édition le grand nombre de fautes dont elle four- mille. Elle est d'ailleurs recher- chée, parce qu'il n'y en a pas de meilleure. Le jésuite Hardouin s'étoit chargé d'en donner une nouvelle; mais on peut voir dans son article comment il l'exécuta. Nicolas Coletti en a donné une plus ample, Venise, 1728-1732, 23 vol. in-fol., auxquels on joint le supplément par Mansi; Luc- ques, 1748, in-fol. XVIII. En- fin ce savant et infatigable com- pilateur publia, en 1659, un Tableau des Jésuites illustres dans la République des Lettres, sui- vant l'ordre chronologique de leur mort: ouvrage sec, et qui ne peut avoir d'utilité que par rapport aux dates. En 1662, il mit encore au jour une Biblio- graphie des ouvrages que les sa- vans de la Société avoient pu- bliés en France dans le courant de 1661, et au commencement de 1662. Cette Gazette littéraire est exécutée sur le modèle de la Bibliographie périodique que le P. Louis Jacob, Carme, enfan- toit tous les ans à Paris. Le style du P. Labbe, sur-tout en fran- çois, est fort maussade. I. LABBÉ, (Louise CHARLY, dite) surnommée la Belle Cor- lière, parce qu'elle avoit épousé, à Lyon sa patrie, un riche né- gociant en câbles et en cordes. Son époux, *Ennemond Perrin*, étant mort en 1565, sans en- fans, la fit son héritière uni- verselle. Sa première passion fut celle des armes. Vêtue en homme, elle combattit vaillamment, à l'âge de 16 ans, au siège de Per- pignan, et s'y rendit redoutable sous le nom de capitaine *Loys*. Son goût pour les lettres et pour ceux qui les cultivoient, devint extrême. Son cabinet étoit rempli de livres italiens, françois et es- pagnols. Elle faisoit des vers dans ces trois langues. D'ailleurs, elle savoit chanter et jouer du luth, et manioit fort bien un cheval; ce qui prouve qu'elle avoit eu de l'éducation. « Mais toutes les belles qualités, dit *Nicoron*, que l'on admiroit en elle, étoient gâtées par un libertinage qui, quoique plus raffiné que celui des *Laïs* et des *Phryné*, n'en étoit pas moins condamnable. Elle fai- soit le métier de courtisane, quoique elle ne ressemblât pas en tout à ces malheureuses victimes de l'impudicité. Si d'un côté elle étoit de leur humeur, en ce qu'elle vouloit être payée des faveurs qu'elle accordoit, elle avoit, d'un autre, des égards pour les gens de lettres, qu'elle recevoit quelque- fois gratis. *Démosthènes* eût été bien aise que la courtisane *Laïs* eût ressemblé à celle-ci; il n'auroit pas fait le voyage de Corinthe inu- tilement. » Au reste, *Louise* s'ex- cusoit, comme toutes les femmes galantes, en disant que l'amour étoit son seul défaut. Voici comme elle s'en explique dans une *Elégie* adressée aux Dames de Lyon : Quand vous verrez, & Dames Lyon- noises, Ces miens écrits pleins d'amoureuses noises, . . . . . . . . . . . Ne veuillez point condamner ma sim- plesse, Et jeune erreur de ma folle jeunesse, Si c'est erreur. Mais qui, dessous les cieux, Se peut vanter de n'être vicieux ? L'un n'est content de sa sorte de vie, Et toujours porte à ses voisins envie. L'un, forcenant de voir la paix en terre, Par tous moyens, tâche y mettre la guerre. L'autre, croyant pauvreté être vice, A autre Dieu qu'On ne fait sacrifice. L'autre sa foi parjure ; il emploira A décevoir quelqu'un qui le croira. L'un, en mentant, de sa langue lé- zardé Mille brocards sur l'un et l'autre darde. Je ne suis point sous ces Planères née, Qui m'eussent pu tant faire inforter. Oncques ne fut mon œil marri de voir Chez mon voisin mieux que chez moi pleuvoir. Onc ne mis noise ou discord entre amis, A faire gain jamais ne me soumis. Mentir, tromper et abuser autrui, Tant m'a dépla, que médire de lui. Mais si en moi rien y a d'imparfait, Qu'on blâme amour ; c'est lui seul qui l'a fait. Ses *Œuvres* furent imprimées à Lyon, sa patrie, en 1555; et réimprimées dans la même ville en 1762, in-12, avec la *Vie* de cette Muse si aimable. La meil- leure pièce de ce recueil est in- titulée : *Débats de Folie et d'A- mour*, dialogue en prose. Ces deux divinités, qui devroient être fort unies, se disputent le pas à la porte du palais de *Jupiter*, qui avoit invité tout les Dieux à un festin. Telle est la fiction de *Louise Labbé*. Ses ouvrages sont pleins de feu, d'esprit et de dé- licatesse pour le temps auquel elle écrivoit. Elle étoit née en 1526 ou 1527, et elle mourut en 1566.
II. LABBÉ, (Marin) né au village de Luc, près de Caen, fut destiné, en 1678, à la mission de la Cochinchine. Rappelé en 1697, il fut nommé évêque de Tilopolis par le pape Innocent XII. Il remplit pendant 15 ans les devoirs de vicaire apostolique dans la Cochinchine où il étoit retourné, et où il eut beaucoup à souffrir de la part des Gentils et des Chrétiens schismatiques. Il mourut en 1723. On a de lui, une excellente Lettre au pape Clément XI, sur le culte des Chinois; et un Mémoire sur une persécution, etc.
III. LABBÉ, (Pierre-Paul) Bénédictin de Saint-Maur, né à Roissy, au Diocèse de Paris, mort le 14 mai 1778, âgé d'environ 50 ans, composa, pour l'Ecole Militaire, un vol. in-12, intitulé: L'Héroïsme, ou l'Histoire militaire des plus illustres Capitaines, Paris, 1765.
LABDA, fille d'un certain Amphion de Corinthe, de la famille des Bactriades, se voyant méprisée de ses compagnes, parce qu'elle étoit boiteuse, épousa Cation dont elle eut un fils qui, dans la suite, fut appelé Cypsèle. Les Corinthiens, avertis, par deux oracles différens, qu'un fils de Labda régneroit un jour dans leur ville, firent un décret par lequel on envoya dix députés pour enlever le petit Cypsèle, et le faire mourir. Lorsque la mère, baignée de larmes, eut mis son fils entre les mains du chef de la députation, l'enfant sourit si agréablement à son meurtrier, que n'ayant pas le courage de le tuer, il le donna à celui qui le suivoit, celui-ci au troisième, et enfin, il passa dans les mains de tous l'un après l'autre, jusqu'au dixième, qui le rendit à la mère. Les députés, sortis de la maison, se reprochèrent leur foiblesse, et accusèrent, sur-tout, leur chef, de n'avoir point exécuté sa commission. Labda qui entendit les reproches qu'ils se faisoient mutuellement, craignant qu'ils ne rentrassent, cacha son fils sous un vase à mesurer le blé, que les Grecs appellent Cypsèle, d'où il avoit tiré son nom.
LABDACE, fils de Phénice, vint à Thèbes dans un âge déjà avancé, et y régna quelques années. Son fils Laïus, père d'Oreste, lui succéda. C'est de ce Labdace, que les Thébains ont été appelés Labdacides.
LABELLE, Voy. BELLE.
LABELLE, (Pierre-François) prêtre de la congrégation de l'Oratoire, mort le 14 janvier 1760, âgé de 64 ans, est auteur du Nécrologe des Appelans et Opposans à la Bulle UNIGENTRUS, en 2 vol. in-12. Le titre de cet ouvrage suffit pour faire connoître ses sentimens et le caractère de son zèle. I. LABÉON, (Q. Fabius Labco,) consul Romain, l'an 183 avant J. C., fut homme de guerre et homme de lettres. Il remporta une victoire navale sur les Candiots, et aida, dit-on, Térence dans ses Comédies. Il fut plus illustre pour son courage que pour sa bonne foi. Antiochus et les Nolitains eurent à s'en plaindre.
**II. LABÉON**, (*Caius Antistius Labeo*) tribun du peuple, l'an 148 avant J. C., voulut se venger du censeur *Métellus* qui l'avoit rayé de la liste des sénateurs. Il le condamna, sans forme de procès, à être précipité de la roche Tarpéienne; et il auroit fait exécuter son arrêt sur-le-champ, sans un autre tribun qui survint et forma son opposition, à la prière des parens de *Métellus*. C'est une chose inconcevable, que ce pouvoir despotique des tribuns, au milieu d'une ville si jalouse de sa liberté; l'abus qu'ils en firent peut être regardé comme une des principales causes des troubles, et enfin, de la ruine totale de la république. Non seulement *Labéon* demeura impuni, mais il reprit sa place au sénat, en vertu d'une nouvelle loi, par laquelle il fit statuer « que les tribuns auroient voix délibérative dans cette compagnie »; et pour que son triomphe n'eût rien à désirer, il prononça la confiscation des biens de *Métellus*, et les fit vendre en plein marché à son de trompe.
**III. LABÉON**, (*Antistius Labeo*) savant jurisconsulte, refusa le consulat qu'*Auguste* lui offrit. Il passoit six mois de l'année à converser avec les savans, et les six autres mois à composer. Il laissa plusieurs ouvrages qui sont perdus. *Horace* le traite avec mépris, sans doute, pour faire sa cour à *Auguste* qui ne l'atmoit point, parce que *Labéon* parloit avec tant de hardiesse et d'opiniâtreté, que souvent il résistoit en face à l'empereur. Son père avoit été un des complices de l'assassinat de *Jules-César*, et s'étoit fait donner la mort après la perte de la bataille de Philippes, trente-un ans avant Jésus-Christ.
**LABÉRIUS**, (*Decimus*) chevalier Romain, excella dans les *Mimes*. C'étoient de petites comédies satiriques, pour lesquelles son humeur caustique lui donnoit beaucoup de talent. A Rome, un homme de naissance qui composoit des poésies pour le théâtre, ne se dégradoit point; mais il ne pouvoit les représenter lui-même sans se déshonorer. Malgré cette opinion établie depuis long-temps, *Jules-César* pressa vivement *Labérius* de monter sur le théâtre pour y jouer une de ses pièces. Le poète s'en défendit en vain, il fallut céder. Dans le prologue de cette pièce, *Labérius* exhala sa douleur d'une manière fort respectueuse pour *César*, et en même temps fort touchante; c'est un des plus beaux morceaux de l'antiquité, suivant *Rollin*. Mais dans le cours de sa pièce, il lança contre lui divers traits satiriques, tels que celui-ci: *Necesse est multos timent, quem multi timent... César* l'en punit, en donnant la préférence à *Publius Syrus*, rival de *Labérius*. Cependant, lorsque la pièce fut finie, il lui donna un anneau, comme pour le rétablir dans la noblesse qu'il avoit perdue, et lui permit de descendre du théâtre. *Labérius* alla chercher une place au quartier des chevaliers; mais chacun jugeant qu'il s'étoit rendu indigne de ce rang, ils firent en sorte qu'il n'y en trouvât plus aucune. *Cicéron* le voyant dans l'embarras, le railla, en disant: *Recepissem te, nisi angustè sederem.* — *Labérius* lui répondit: *Mirum si angustè sedes, qui soles duabus scillis sederem.* Il lui reprochoit ainsi de n'avoir été ami ni de César ni de Pompée, quoiqu'il affectât de le paroître de tous les deux. Labérius mourut à Pouzzol, dix mois après Jules-César, 44 ans avant J. C. Il avoit coutume de dire : Beneficium dando accepit, qui digno dedit. On trouve quelques fragmens de lui, dans le Corpus Poetarum de Maittaire.
LA BERTHONIE, (Hyacinthe) Dominicain, mort en 1774, fut également célèbre, comme directeur, et comme prédicateur. Ses Sermons parurent sous le titre de Défense de la religion Chrétienne, contre les Incrédules, imprimés en 1777, en 3 vol. in-12. Les preuves de la religion y sont exposées avec lumière et solidité : cependant l'auteur eut moins de lecteurs que l'orateur n'avoit eu d'auditeurs. On a encore de lui, La Relation de la maladie et de la mort de M. Bouguer de l'Académie, in-12, 1786. Les difficultés et les doutes des incrédules sont très-bien discutés dans cette brochure, qui peut servir de supplément à l'ouvrage précédent.
LABIGNE, Voy. BIGNE.
LABOTTIÈRE, (Jacques) libraire de Bordeaux, où il est mort en 1798, à l'âge de 82 ans, a publié l'Almanach des Laboureurs, et celui de Bordeaux, fait à l'imitation de l'Almanach de Lyon. Il réunissoit du savoir et de l'esprit aux connoissances bibliographiques. I. LABOUREUR, (Jean le) né à Montmorency près de Paris, en 1623, fit gémir la presse dès l'âge de 19 ans. Il étoit à la cour en 1644, en qualité de gentilhomme servant, lorsqu'il fut choisi pour accompagner le ma- réchal de Guébriant dans son ambassade en Pologne. De retour en France, il embrassa l'état ecclésiastique, obtint le prieuré de Juvigné, la place d'aumônier du roi, et fut fait commandeur de l'ordre de Saint-Michel. Ce savant, mort en 1675, à 53 ans, est connu par plusieurs ouvrages. I. Histoire du Maréchal de Guébriant, 1656, in-fol., plus exacte qu'élégante. II. Histoire et Relation d'un Voyage de la Reine de Pologne, 1648, in-4°, curieuse, quoique diffuse. III. Une bonne édition des Mémoires de Michel de Castelnau, Bruxelles, 1731, 3 vol. in-fol., avec des Commentaires historiques, très-utiles pour l'intelligence de plusieurs points de notre Histoire. « Ces Mémoires, dit Anquetil, sont écrits avec la simplicité que demandent les ouvrages de ce genre. Castelnau, gentilhomme d'un mérite distingué, bon officier, bon négociateur, dit tout ce qui s'est passé sous ses yeux pendant l'espace de dix ans, depuis la mort d'Henri II, en juillet 1559, jusqu'en août 1570. Ils ont été commentés et considérablement enrichis de Lettres, Instructions, Actes, Mémoires, etc. par Jean le Laboureur, historiographe de France. Le Laboureur étoit un homme très-laborieux et très-savant. Son travail sur Castelnau, est devenu moins précieux pour la partie des anecdotes, parce que, depuis sa mort, arrivée en 1675, on a imprimé beaucoup de Mémoires originaux qu'il avoit insérés dans ses notes, en tout ou en partie; mais il sera toujours recherché avec avidité, et lu avec fruit par ceux qui aiment la justesse et la vérité. Le Laboureur pense librement; il dit tout ce qu'il sait, sans ménagement ; il saisit et marque tous les traits caractéristiques des personnes qu'il veut peindre. Sa manière est fière, mais sans rudesse ; son style est mâle et nerveux ; enfin, il attache jusque dans les dissertations et les généalogies. » Nous souscrivons aux éloges que *Anquetil* donne à le *Laboureur* ; mais quant à son style, il est souvent lourd et embarrassé. IV. *Histoire du Roi Charles VI*, traduite du latin en françois sur un manuscrit tiré de la bibliothèque du président de *Thou*, en 2 vol. in-fol. 1663 ; elle est estimée des savans. V. *Traité de l'origine des Armoiries*, 1684, in-4.º On y trouve des choses curieuses et recherchées. VI. *Histoire de la Pairie*, en manuscrit, qui étoit dans la bibliothèque du roi. Il laissa d'autres manuscrits : *Clérambault*, qu'il avoit initié dans les recherches généalogiques, hérita d'une partie de ses dépouilles littéraires. Le plat Poème de *Charlemagne*, in-8.º, 1664, n'est point de lui, mais de son frère *Louis*, mort en 1679, qui inonda le Parnasse, dans le dix-septième siècle, de ses productions insipides. Il faut pourtant en distinguer cette douce et simple élégie : Que fais-tu dans les bois, plaindre tourterelle ? —Je gémis, j'ai perdu ma compagne fidelle. —Ne crains-tu pas que l'oiseleur Ne te fasse mourir comme elle ? —Si ce n'est lui, ce sera ma douleur.
II. LABOUREUR, (D. Claude le) oncle des précédens, mort en 1675, à 53 ans, étoit prévôt de l'abbaye de l'Isle-Barbe. Il fut obligé de résigner ce bénéfice, pour se soustraire au ressenti- ment du chapitre de Lyon, dont il avoit parlé d'une manière peu mesurée, en présentant à l'archevêque ses *Notes* et ses corrections sur le *Bréviaire* de ce diocèse, 1643, in-8.º On a dû lui, *Les Masures de l'Isle-Barbe*, 2 vol. in-4.º, 1681 ; ouvrage plein d'érudition et recherché.
LABOURLIE, *Voyez* BOURLIE.
LABOURLOTTE, (Claude)—l'un des plus braves capitaines de son siècle, ne fut redevable de sa fortune qu'à son courage ; car il étoit de si basse condition, qu'on dispute encore s'il étoit Lorrain ou Franc-Comtois. On dit qu'il avoit été barbier du comte *Charles de Mansfeld*, et qu'il lui rendit un service signalé en le délivrant d'une mauvaise femme. L'historien de l'archiduc *Albert* le nie ; mais *Grotius* le dit positivement. Il passa par tous les degrés de la milice, jusqu'à celui de commandant des troupes Vallones au service du roi d'Espagne. Ce héros avoit plus de bonheur que de conduite ; jamais il ne s'engageoit plus volontiers à une entreprise, que lorsqu'elle étoit fort périlleuse. Il fut blessé en diverses occasions, et enfin tué d'un coup de mousquet le 24 juillet 1600, pendant qu'il faisoit travailler à un retranchement entre Bruges et le fort Isabelle. Il avoit eu beaucoup de part aux actions barbares que les troupes de l'amirante de Castille commirent sur les terres de l'Empire en 1598.
LABRE, (Benoit-Joseph) né à Saint-Sulpice d'Amette, village du diocèse de Boulogne— eur-mer, le 26 mars 1748, mon- tra, dès sa première jeunesse, la piété la plus tendre. Il se pré- senta deux fois chez les Char- treux; mais la règle ne lui pa- roissant pas assez austère, il voulut entrer à la Trappe. Sa foible santé lui fit refuser l'ha- lit. On le lui accorda à Sept- Fonts; mais la délicatesse de son tempérament l'obligea, en 1770, de sortir de ce monastère, après l'avoir édifié pendant dix mois. Entrainé par son goût pour les pèlerinages de dévotion, il quitta entièrement la France, et alla visiter Lorette et Rome. S'étant fixé dans cette capitale du monde chrétien, en 1776, il l'édifia par sa modestie, par son détache- ment des faux biens, et par son assiduité dans les Eglises. Il vé- cut en pauvre, ne demandant rien, prenant ce qu'on lui don- noit, et distribuant aux autres nécessiteux tout ce qui étoit au- delà du plus étroit nécessaire. Ainsi, on ne doit pas le con- fondre avec ce tas de mendians, dont Rome abonde, et que les aumônes journalières des car- dinaux et des couvens ne font qu'entretenir dans la fainéantise et dans les vices. Après sa mort, arrivée le 16 avril 1783, son tombeau attira un concours infini d'étrangers et de Romains, té- moins de ses vertus. *Labre* fai- soit sa lecture favorite des *Œu- vres* du P. de Grenade, Espa- gnol, et du P. *Lejeune*. Il les savoit presqu'entièrement par cœur. *Pie VI* l'a béatifié par un décret du 13 mars 1792, non comme le *Patron des gueux*, ainsi que l'on dit quelques ga- zetiers, mais comme le modèle des indigens. Sa Vie a été écrite en italien par *Marconi*, et tra- quite en françois par l'abbé Rou- *baud*, Paris, 1785, in-12. Le P. *Mayeul*, l'a peint dans les vers suivans, qui présentent en peu de mots toute la vie de ce célèbre pénitent: Tout occupé de Dieu, ce mortel vertueux Méprisa les faux biens, les vains hon- neurs du monde: Humble, pauvre, inconnu, dans une paix profonde, En châtiant son corps, il sut ravir les cieux. Un homme de lettres a fait ces quatre autres vers pour mettre au bas du portrait de *Fabre*. Dans un siècle pervers Dieu fit naître ce Juste; Ses vils haillons cachoient un *Alexis* nouveau. Les princes et le peuple honorent son tombeau, Et le jour de sa mort fut un triompho auguste.
LACARRY, (Gilles) Jésuite, né au diocèse de Castres en 1605, professa avec succès les huma- nités, la philosophie, la théo- logie morale, l'Écriture-Sainte, fit des missions, obtint les em- plois de sa société, et mourut à Clermont en Auvergne, l'an 1684, à 79 ans. Malgré la mul- titude et la variété de ses occu- pations, il trouva le temps de composer un grand nombre d'ou- vrages très-utiles, sur-tout pour ceux qui s'appliquent à notre his- toire. Les principaux sont: I. *His- toria Galliarum sub Praefectis prætorii Galliarum*, in-4°: mor- ceau assez bien fait et plein d'é- rudition. II. *Historia Colonia- rum à Gallis in exteras nationes missarum*, 1677, in-4°: ou- vrage estimé, écrit avec autant de savoir que de discernement. III. *Epitome historiae Regius*. Franciæ, 1672, in-4° : petit abrégé de notre Histoire, tiré du Doctrina temporum de P. 7.IV. De Regibus Franciæ et lege Salici, in-4° V. Cornelii Taciti liber de Germaniæ, in-4°, 1649, avec de savantes notes, que Dithmar a suivies dans l'édition qu'il a donnée du même ouvrage en 1726, in-8°, à Francfort sur l'Oder. VI. Historia Romana, depuis César jusqu'à Constantin, appuyée sur les médailles et les autres monumens de l'antiquité. Cet ouvrage, publié en 1671, in-4°, contient des instructions utiles en faveur des personnes peu versées dans la connoissance des médailles, et offre de savantes discussions sur plusieurs faits. VII. Une bonne édition de Velleius Paterculus, avec des notes. VIII. Historia Christiana Imperatorum, Consulum et Praefectorum; Notitia Magistratum et Provinciarum Imperii utriusque, cum notis, in-4°, 1655. On voit dans tous ces ouvrages un homme profondément versé dans les matières les plus épineuses et les plus recherchées de l'histoire, et un savant dans qui l'érudition n'a pas éteint le goût.
LACASE, dont le nom de famille étoit le Vacher, naquit à la Rochelle, fut employé de la compagnie des Indes, et envoyé par celle-ci chez les peuples de Madagascar où sa mémoire est encore célèbre. A son arrivée au port Dauphin qui, brûlé, en 1655, venoit d'être rétabli en 1663, les François n'avoient auprès des insulaires aucune considération. Lacase entreprit de leur en donner. Il y réussit par de nombreuses victoires; ce qui lui fit donner par les Madécases le nom de Dian-pouffe, qui appartient à l'un de leurs guerriers qui avoit fait la conquête de l'isle, et dont ils ont gardé un respectueux souvenir. Les François furent les seuls qui ne rendirent pas justice à Lacase; mais le souverain d'Amboule, profitant de son mécontentement, l'attira près de lui et lui fit épouser sa fille Dian-nong. Lacase est mort dans cette contrée sauvage vers l'an 1680.
LACERDA, Voy. CERDA.
LACHANIUS, seigneur Gaulois, père de Rutilius Numatianus, s'acquit beaucoup de gloire dans les charges de questeur, de préfet du prétoire et de gouverneur de Toscane. Il étoit né à Toulouse, ou, selon D. Rivet, à Poitiers. Les peuples, charmés de sa bonté, de son équité, et sur-tout de son attention à les soulager, lui firent ériger plusieurs statues en différens endroits de l'empire. Il mourut vers la fin du 4e siècle.
LACHESIS, Voy. PARQUES.
LACLOS, (Pierre-Ambroise-François Choderloz de) capitaine d'artillerie, né à Amiens en 1741, est connu par le roman des Liaisons dangereuses, 1782, 4 parties in-12. C'est un tableau de la galanterie moderne, et ce tableau qu'on auroit dû cacher aux jeunes gens et aux ames honnêtes, ne fait pas honneur au siècle : en blâmant le peintre, il faut avouer qu'il peint quelquefois avec feu et avec vérité.