LACOLONIE, (Jean-Martin de) maréchal des camps des armées de l'empereur, né en Périgord, est mort à Bordeaux le 26 novembre 1759, âgé de 85 ans. Après avoir passé sa jeunesse au service du duc de Bavière où il se distingua honorablement, il publia la relation de ses campagnes, dans des mémoires qui portent son nom. Il y en a une édition publiée à Francfort en 1730, et une autre à Bruxelles en 1737, avec des corrections, toutes les deux en 2 vol. in-12. Cet ouvrage peut servir à faire connoître certaines circonstances des guerres d'Allemagne et de Turquie. On y désirerait moins de prolixité dans la narration des faits et plus de correction dans le style. *Lacolonie* étoit comme son compatriote *Montluc* plus soigneux de bien faire que de bien dire. On a encore de lui, une *Histoire curieuse et remarquable de Bordeaux*, Bruxelles, 1760, 3 vol. in-12. Le style de ce livre est très-négligé; les grands événements de l'histoire générale de France sont confondus avec les faits particuliers qui concernent Bordeaux. Cette ville n'avoit alors aucun annaliste, et l'on doit savoir gré à *Lacolonie* de l'exactitude et de l'abondance de ses recherches.
LACOMBE, *Voyez COMBE* et II. GUYON. — LACOMBE, (Jean-Baptiste) maître d'école à Bordeaux, y devint l'effroi de ses compatriotes au moment de la terreur produite par le régime révolutionnaire. Il présida la commission militaire qui envoya dans cette ville tant de victimes à l'échafaud. L'accusé n'y avoit pas la faculté de se défendre; *Lacombe* l'interrompoit, en disant : *Le tribunal est fixé sur ton compte*; alors il regardoit les autres juges qui ne disoient mot, et il se hâtoit de prononcer l'arrêt de mort. *Lacombe* s'étoit enrichi par les présens et le pillage de ses victimes. Après la chute du parti de la Montagne, le tribunal de Bordeaux l'envoya à son tour au supplice le 15 août 1794, et ce scélérat y fut accompagné par un peuple immense qui l'accabla de malédictions. Après avoir entendu sa condamnation, il s'écria : « Bordeaux m'a les plus grandes obligations; si j'avois suivi les ordres que j'avois reçus, j'aurois fait périr deux fois autant d'accusés, et plusieurs de ceux qui m'écoutent, n'existeroient plus. »
LA COUR, (le P.) *Voyez* COUR.
LA CROIX, *Voyez* CROIX-DU-MAINE.—NICOLE.—PÉTIS.—et BUSEMBAUM.
LACTANCE. (*Lucius Cælius Firmianus*) orateur et défenseur de l'église. On ne connoit ni son pays, ni sa famille. Les uns le disent né en Afrique, les autres à Fermo dans la Marche d'Ancone. Son eloquence lui acquit une si grande réputation, que *L'icelétien* le fit venir à Nicomédie où il tenoit son siège, et l'engagea à y enseigner la rhétorique latine; mais il eût peu de disciples, parce qu'on y parloit plus grec que latin. La, il vit commencer, l'an 303 de J.C., cette terrible persécution contre les Chrétiens; et s'il n'étoit pas lui-même Chrétien alors, (ce qu'on ne peut décider, parce qu'on n'a rien de certain sur sa conversion) son humanité, du moins, le rendit sensible aux maux qu'il voyoit souffrir aux Chrétiens. Sa vertu et son mérite le rendirent si célèbre, que *Constantin* lui confia l'éducation de son fils *Crispe*. *Lactance* n'en fut que plus modeste. Il vécut dans la pauvreté et dans la solitude, au milieu de l'abondance et du tumulte de la cour. Il ne reçut les présens de l'empereur, que pour les distribuer aux pauvres. Cet homme célèbre mourut en 325. Le style de Cicéron avoit été le modèle du sien; même pureté, même clarté, même noblesse, même élégance: c'est ce qui le fit appeler le Cicéron Chrétien; mais il a un ton déclamateur que Cicéron n'avoit point. Parmi les ouvrages dont il a enrichi la postérité, les plus célèbres sont: I. Les Institutions Divines, en 7 livres. L'auteur y élève le Christianisme sur les ruines de l'idolâtrie; mais il réfute beaucoup plus heureusement les chimières du paganisme, qu'il n'établit les verités de la religion chrétienne. Il traite la théologie d'une manière trop philosophique; il n'approfondit pas assez les mystères, et il s'égare dès qu'il veut en chercher les raisons. En général, son ouvrage, dont l'abbé Maupertuis a traduit en françois le premier livre, est plutôt celui d'un rhéteur, que celui d'un théologien. Erat, dit Bull, in rhetorica melius, qu'am in theologia versatus. On l'accuse d'avoir en des opinions outrées en morale, et de condamner la défense de soi-même contre tout agresseur. II. Un Traité de la mort des Persécuteurs, publié pour la première fois par Baluze, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Colbert, et réimprimé à Utrecht, in-8°, en 1693. Voyez I. FOUCAULT. Le but de l'auteur est de prouver que les empereurs qui ont persécuté les Chrétiens, ont tous péri misérablement. On a contesté quelques-uns des faits qu'il cite, et on lui reproche des exagérations et de l'emphase. III. Un livre de l'Ouvrage de Dieu, où il prouve la providence par l'excellence de son principal ouvrage, par l'harmonie qui est dans toutes les parties du corps de l'homme, et par les sublimes qualités de son ame. IV. Un livre de la colère de Dieu. —L'édition la plus correcte de toutes ces différentes productions, est celle de Desmarettes, Paris, 1748, en 2 vol. in-4°, par les soins de l'abbé Lenglet. Les meilleures, après celles-là, sont celles de Leipzig, par Warchius, en 1715, in-4°; des Variorum, Leyde, 1660, in-8°. La première édition de Lactance se fit au monastère de Sublac, 1465, in-fol.
LACYDE, philosophe Grec, natif de Cyrène, disciple d'Arcésilaüs, et son successeur dans l'académie, fut aimé et estimé d'Attalus roi de Pergame, qui lui donna un jardin où il philosophoit. Ce prince auroit voulu le posséder à sa cour; mais le philosophe lui répondit toujours, que le portrait des rois ne devoit être regardé que de loin. Les principes de Lacyde étoient: « Qu'il falloit toujours suspendre son jugement, et ne hasarder jamais aucune décision. » Lorsque ses domestiques l'avoient volé et qu'il s'en plaignoit, ils ne manquoient pas à lui dire: Ne décidez rien, suspendez votre jugement. Fatigué de se voir battre sans cesse avec ses propres armes, il leur répliqua un jour: Mes enfans, nous parlons d'une façon dans l'école, et nous vivons d'une autre manière à la maison... Lacyde suivoit ce principe à la lettre. Tout philosophe qu'il étoit, il fit de magnifiques funérailles à une oie qu'il avoit beaucoup chérie; enfin, il mourut d'un excès de vin, l'an 212 avant J. C.
LADAS, coureur d'Alexandre, qui étoit d'une si grande légèreté, qu'on n'appercevoit point l'empreinte de ses pieds sur le sable. Il mérita qu'on lui érigéat une statue dans le temple Vénus à Argos. I. LADISLAS Ier, roi de Hongrie après Geisa, en 1077, étoit né en Pologne, où son père Bela premier s'étoit retiré pour éviter les violences du roi Pierre. Après diverses révolutions, il monta sur le trône, et y fit éclater le courage dont il avoit donné de bonne heure des preuves. Il soumit les Bohémiens, battit les Huns, les chassa de la Hongrie, vainquit les Russes, les Bulgares, les Tartares, agrandit son royaume des conquêtes faites sur eux, et y ajouta la Dalmatie et la Croatie, où il avoit été appelé, pour délivrer sa sœur des maltraitemens de Zuonimir son cruel époux. Ce héros avoit toutes les vertus d'un Saint. Après sa mort, arrivée le 30 juillet 1095, Célestin III le canonisa.
II. LADISLAS IV, grand duc de Lithuanie, appelé au trône de Hongrie en 1440, après la mort d'Albert d'Autriche, possédoit déjà celui de Pologne depuis l'espace de six ans, sous le nom de Ladislas VI. Amurat II porta ses armes en Hongrie; mais ayant été battu par Huniade, général de Ladislas, et se voyant pressé de retourner en Asie, il conclut la paix la plus solennelle que les Chrétiens et les Musulmans eussent jamais contractée. Le prince Turc et le roi Ladislas la jurèrent tous deux, l'un sur l'Alcoran, et l'autre sur l'évangile. A peine étoit-elle signée, que le cardinal Julien Césarini, légat en Allemagne, en- gagea Ladislas à la rompre. Ce prince foible et imprudent, cédant à ses sollicitations, livra bataille à Amurat, près de Varnes, le 11 novembre 1444; il fut battu et percé de coups. Sa tête, coupée par un janissaire, fut portée en triomphe de rang en rang, dans l'armée Turque. Amurat vainqueur fit enterrer le roi vaincu sur le champ de bataille, avec une pompe militaire. On dit qu'il éleva une colonne sur son tombeau, et que, loin d'insulter à sa mémoire, il louoit son courage et déploroit son infortune. Cet échec causa en partie la ruine de la Hongrie et celle de l'empire Grec, en ouvrant une nouvelle porte aux conquérans Ottomans. —Voy. OLESNIKI.
III. LADISLAS ou LANCELOT, roi de Naples, surnommé le Victorieux et le Libéral, fut l'un et l'autre; mais ces belles qualités furent ternies par une ambition sans bornes et par une cruauté inouïe. Il se disoit comte de Provence et roi de Hongrie. Il se fit donner cette dernière couronne à Javarin, en 1403, durant la prison du roi Sigismond, qui bientôt après le contraignit de retourner à Naples. Il avoit succédé à son père Charles de Duras dans le royaume de Naples, en 1386; mais les Napolitains ayant appelé Louis II, duc d'Anjou, ces diverses prétentions causèrent des guerres sanglantes. Le pape Jean XXIII étoit pour le prince d'Anjou, à qui il avoit donné l'investiture de Naples. Il fit prêcher une croisade contre Lancelot, qui fut battu à Roquesèche sur les bords du Gariglian, le 19 mai 1411. Après cette défaite, dont le vainqueur ne sut pas profiter, Jean XXIII reconnut Lancelot, son son ennemi, pour roi, (au préjudice de *Louis d'Aujou*, son vengeur,) à condition qu'on lui livrerait le Vénitien *Corario*, son concurrent au saint Siège. *Lancelot*, après avoir tout promis, laissa échapper *Corario*, s'empara de Rome, et combattit contre le pape son bienfaiteur, et contre les Florentins, qu'il força d'acheter la paix, en 1413. Ses armes victorieuses lui promettaient de plus grands succès, lorsqu'il mourut à Naples, le 16 août 1414, à l'âge de 38 ans, dans les douleurs les plus aiguës. La fille d'un médecin, dont il étoit passionnément amoureux, l'empoisonna avec une composition que son père lui avoit préparée, soit pour plaire aux Florentins, soit pour se venger de ce qu'il avoit séduit sa fille. *Ladislas* avoit épousé, en première des noces, la fille de *Manfredi* comte de *Modica* en Sicile; en secondes noces, *Marie* fille du roi de Chypre; et enfin la princesse de Tarente. Il n'eut aucun enfant de ces trois femmes. On lui reprocha d'avoir multiplié les titres de baron et de duc dans le royaume de Naples, et d'y avoir prodigué la noblesse; ce qui tendit à l'avilir.
IV. LADISLAS Ier, roi de Pologne, surnommé *Herman*, fils de *Casimir premier*, fut élu l'an 1081, après *Boleslas II*, dit le *Cruel* et le *Hardi*, son frère. Il se contenta du nom de prince et d'héritier de Pologne, et mérita des éloges par son amour pour la paix. Il fut pourtant obligé de prendre les armes contre les habitants de Prusse et de Poméranie, qu'il défit en trois batailles. Ce fut de son temps que les Russes secouèrent le joug de la Pologne. Il mourut le 26 juillet 1102, après vingt ans d'un règne aussi tranquille qu'il auroit été glorieux, s'il avoit eu le courage de faire par lui-même le bien de ses états, et s'il n'avoit pas confié son pouvoir à un favori qui en abusa. V. LADISLAS II, roi de Pologne, succéda à son père *Boleslas III*, en 1139. Il fit la guerre à ses frères sous de vains prétextes, et fut chassé de ses états, après avoir été vaincu dans plusieurs batailles. *Boleslas IV*, le *Frisé*, monta sur le trône à sa place en 1146, et lui donna la *Silésie* à la prière de *Frédéric-Barberousse*. *Ladislas* mourut à Oldembourg en 1159.
VI. LADISLAS III, roi de Pologne en 1295, surnommé *Loketek*, c'est-à-dire d'une *zou-dée*, à cause de la petitesse de sa taille, pilla ses peuples, et s'empara des biens du clergé. Ces violences tyranniques portèrent ses sujets à lui oter la couronne, et à la donner à *Wenceslas* roi de Bohème. Après la mort de ce prince, *Ladislas*, retiré à Rome, fit solliciter puissamment par ses partisans secrets, et obtint de nouveau le sceptre. Ses malheurs en avoient fait, d'un tyran, un bon prince. Il gouverna avec autant de douceur que de sagesse; il étendit les bornes de ses états, et se fit craindre et respecter par ses ennemis. La Poméranie s'étant révoltée, *Ladislas* la réduisit par ses armes, jointes à celles des chevaliers Teutoniques. Ces religieux guerriers demandèrent et prirent Dantzig pour leur récompense, et firent d'autres entreprises sur la Pologne. *Ladislas* marcha contre eux, et en défit vingt mille dans une sanglant; bataille. Il mourut peu de temps après, le 10 mars 1333, avec une grande réputation de bravoure et de prudence. Il ne regretta, au lit de la mort, que d'avoir ménagé les chevaliers Teutoniques, ces oppresseurs domestiques qui déchiroient son royaume. Il recommanda à son fils de ne pas les épargner. Il laissa d'Hedwige son épouse, Casimir le Grand, et Elizabeth, mariée à Charles, roi de Hongrie. Il avoit institué en 1325 l'ordre de chevalerie de l'Aigle blanc, lors du mariage de son fils Casimir avec Anne, fille du grand duc de Lithuanie.
VII. LADISLAS V, dit Jagellon, grand duc de Lithuanie, obtint la couronne de Pologne en 1386, par son mariage avec Hedwige, fille de Louis roi de Hongrie. Cette princesse avoit été élue reine de Pologne, à condition qu'elle prendroit pour époux, celui que les états du royaume lui choisiroient. Ladislas étoit païen; mais il se fit baptiser pour épouser la reine. Il unit la Lithuanie à la Pologne, battit en diverses occasions les chevaliers Teutoniques, et refusa le trône de Bohème que les Hussites lui offrirent. Ce roi sage mourut le 31 mai 1434, à 80 ans, après un règne de 48. La probité, la candeur, la modération, la bienfaisance étoient, selon M. la Combe, les principales qualités qui caractérisoient ce prince. Il ne faisoit la guerre que pour avoir la paix; il préféroit la voie des négociations à la force des armes. Cependant il eût pu se faire un grand nom dans les combats, où son courage et son habileté le rendoient redoutable. Il accucilloit et ré- compensoit avec noblesse les talens; il prévenoit le mérite. Il consacroit presque tout son temps à rendre la justice, le premier devoir des rois. On l'accusa d'être dissimulé, de manquer de constance, et d'apporter trop de lenteur dans ses entreprises; mais ses foiblesses ne dégénérèrent jamais en vices. Il contribua beaucoup à la conversion des Samogites, peuple qui habite une province de la Lithuanie. Voyez OLESNIKI.
VIII. LADISLAS VI, roi de Pologne, fils du précédent, est le même que Ladislas IV, grand duc de Lithuanie et roi de Hongrie: Voyez son article ci-devant, n.º II.
IX. LADISLAS—SIGISMOND VII, roi de Pologne et de Suède, monta sur le trône après Sigismond III son père, en 1632. Avant son avènement à la couronne, il s'étoit signalé contre Osman, sultan des Turcs, auquel il avoit tué plus de cent cinquante mille hommes en diverses rencontres. Le monarque soutint la réputation que le général s'étoit acquise. Il défit les Russes, les contraignit à faire la paix à Viasima, repoussa les Turcs, et mourut sans postérité en 1648, à 52 ans. Il étoit naturellement brave, bienfaisant et généreux; mais il ne fut pas assez politique pour préférer le bien général de la nation aux intérêts particuliers de la noblesse Polonaise. Son injustice contre les Cosaques souleva ce peuple, la plus ferme barrière de l'état, et l'engagea dans une guerre qu'il ne vit point finir. X. LADISLAS, fils aîné d'Etienne Dragutin, épousa, un peu avant la mort de son père, la fille de *Ladislas*, vaivode de Transilvanie; et à cause de cette alliance, faite avec une princesse schismatique, fut excommunié par le cardinal de *Montefiore*, légat du saint Siège. *Ladislas* étoit l'héritier présomptif de la couronne de Servie; son père, en y renonçant, avoit réservé le droit des enfans. *Milutin*, son oncle, voulant posséder ce trône, fit enfermer *Ladislas* après la mort de son père, et le tint en prison jusqu'à la sienne, arrivée en 1421. *Ladislas*, devenu alors roi de Servie, refusa l'apanage à *Constantin* son frère, qui, n'ayant pu l'obtenir de gré, le lui demanda à la tête d'une armée. Il fut vaincu et fait prisonnier: *Ladislas* poussa la cruauté jusqu'à le faire pendre, et ensuite écarteler. Cette barbarie, à laquelle on ne peut penser sans horreur, lui attira la haine des peuples, qui offrirent la couronne à *Etienne*, fils naturel de *Milutin*, banni alors à Constantinople. *Ladislas*, abandonné de tout le monde, fut pris à Sirmick, et jeté dans une prison d'où il ne sortit plus. I. LADVOCAT, (Louis François) né à Paris en 1644, mourut dans la même ville doyen de la chambre des comptes, le 8 février 1735, à 91 ans. Son principal ouvrage est intitulé: *Entretiens sur un nouveau Système de Morale et de Physique*, ou *La recherche de la Vie heureuse selon les lumières naturelles*, in-12. *Dupin* dit, « que cet ouvrage est bien écrit, les réflexions en sont solides, et les raisonnemens justes et bien suivis. » Il n'en est pas moins ignoré, parce que cette matière a été traitée depuis avec plus de profondeur.
II. LADVOCAT, (Jean-Baptiste) né en 1709, du subdélégué de Vaucouleurs dans le diocèse de Toul, fut docteur, bibliothécaire et professeur de la chaire d'Orléans en Sorbonne. Après avoir fait ses études de philosophie chez les Jésuites de Pont-à-Mousson, qui voulurent en vain l'attacher à leur société, il alla étudier en Sorbonne. Il fut admis, en 1734, à l'hospitalité, et à la société en 1736, étant déjà en licence. Rappelé dans son diocèse, il occupa la cure de Domremy, lieu célèbre par la naissance de la *Pucelle d'Orléans*. Mais la Sorbonne l'enviant à la province, le nomma, en 1740, à une de ses chaires royales, et lui donna le titre de bibliothécaire, en 1742. Le duc d'Orléans, prince aussi religieux que savant, ayant fondé en Sorbonne une chaire pour l'hébreu, en 1751, en confia l'exercice à l'abbé *Ladvocat*, qui remplit cet emploi avec succès jusqu'à sa mort, arrivée à Paris, le 29 décembre 1765, dans la 57$^{e}$ année de son âge. Ce savant avoit un cœur digne de son esprit; une noble franchise animoit tous ses sentimens. Il n'ornot ni ce qu'il écrivoit, ni ce qu'il disoit; mais on sentoit dans toutes ses actions cette humanité et cette douceur, qui sont la vraie source de la politesse. Nous avons de lui: I. *Dictionnaire Géographique portatif*, in-8°, plusieurs fois réimprimé. Cet ouvrage, publié sous le nom de *Vosgien*, et donné comme une traduction de l'anglois, est un assez bon abrégé du *Dictionnaire Géographique de la Martinière*. Nous avons sous les yeux l'original anglois, avec lequel il n'a presque aucun rapport; mais *Ladvocat* voulut accréditer son ouvrage, en le présentant au public comme une production de l'Angleterre. Un homme de lettres prépare un *Dictionnaire Géographique*, en 4 vol. in-8°, et nous conseillons d'avance au libraire qui vend celui de *Ladvocat*, de dire et même d'écrire que l'ouvrage annoncé n'est que la copie du sien. Cela ne laissera pas de faire quelque effet auprès de ceux qui ne compareront pas les deux livres. Mais ceux qui voudront bien faire ce parallèle, verront qu'on peut être à peu près aussi exact que l'abbé *Ladvocat*, et cependant donner des détails plus instructifs, plus variés et plus agréables.
II. *Dictionnaire Historique portatif*, en 2 vol. in-8°, dont il y a eu aussi plusieurs éditions et diverses : ontrefaçons. L'auteur s'étoit servi des *Dictionnaires* antérieurs au sien : et ce dernier nous a été quelquefois utile. *Ladvocat* se défend assez mal-à-propos d'être l'abréviateur de *Moréri*. Il n'y a qu'à comparer sa première édition avec ce gros *Dictionnaire*, pour voir qu'il n'a pas puisé dans d'autres sources. On y trouve, à la vérité, quelques articles ajoutés; mais ces additions n'empêchent point que le total de l'ouvrage ne soit un abrégé négligé et partial. Nous ne faisons que répéter ce que pensoit de ce Lexique feu l'abbé *Goujet*, et ce qu'il nous avoit écrit. *Dreux du Radier*, et plusieurs autres savans très-versés dans l'histoire politique et littéraire, en ont pensé et parlé comme l'abbé *Goujet*. Le dernier volume, de l'édition de 1760, est fait avec plus de soin que le premier, parce que l'auteur profita, pour ce dernier volume, du *Dictionnaire historique et critique* de *Barral*, qui venoit de paroître. S'il avoit pu refondre tout l'ouvrage, et rendre les faits plus intéressants par le mélange des anecdotes, par les jugemens critiques, par l'élégance de la diction, son livre se feroit lire avec plus de plaisir. Rarement caractérise-t-il les grands écrivains. Ses éloges sont peu réfléchis et trop vagues. Sa littérature, dit un critique, est très-superficielle; si l'on entend, par ce mot, la connoissance raisonnée des chefs-d'œuvre d'Athènes et de Rome, de Paris et de Londres. Au reste, il avoit des connoissances profondes, à d'autres égards. Cet homme de lettres, doux et honnête, a eu des continuateurs de son *Dictionnaire* assez emportés et un peu mal-honnêtes. Ils ont publié, en 1777, une nouvelle édition en 3 vol. in-8°, augmentée d'un grand nombre d'articles fautifs, séchement et plattement écrits, et surchargée d'injures grossières contre ceux qui ont fait, depuis *Ladvocat*, des *Dictionnaires historiques*. Le principal éditeur, qui est très-reconnoissant, ne s'est permis à la vérité ces critiques que par excès de zèle pour la mémoire de son auteur : c'est du moins ce qu'il a dit. Mais les personnes justes et éclairées n'ont vu dans ses satires que la rage impuissante et intéressée d'un homme qui, depuis l'apparition du *Nouveau Dictionnaire historique*, n'a pas assez vendu son livre. Il a beau, dans des Supplémens annuels, renouveler périodiquement ses censures et ses complaintes : cela ne fera pas revivre sa sèche nomenclature. On a pensé très-justement que ces Supplémens, offerts *grâce* au public, étoient les mutes requêtes d'un mourant à un médecin qui l'a abandonné... III. *Grammaire Hébraïque*, in 8$^{e}$, 1755. L'auteur l'avoit composée pour ses élèves; elle réunit la clarté et la méthode nécessaires. IV. *Tractatus de Conciliis in genere*, Caen, 1769, in-12. V. *Dissertation sur le Pseumne soixante-sept*, Exurgat Deus. VI. *Lettre sur l'autorité des Textes originaux de l'Écriture-Sainte*, Caen, 1766, in-8$^{o}$. VII. *Jugement sur quelques nouvelles Traductions de l'Écriture-Sainte, d'après le Texte Hébreu*. Ces quatre derniers ouvrages sont posthumes, et sont opposés au système de l'abbé de *Villefroy*.
LÆLIEN, (*Ulpius Cornelius Lælianus*) est un de ces généraux qui prirent le titre d'empereur dans les Gaules sur la fin du règne de *Gallien*. Il fut proclamé Auguste par ses soldats à Mayence, l'an 266. Il étoit d'un âge avancé; mais il avoit de la valeur et de la politique. *Lælien* ne régna que pendant quelques mois. *Posthume le Jeune* ayant aspiré comme lui au trône des *Césars*, rassembla ses légions, le vainquit près de Mayence, au commencement de l'an 267; et l'usurpateur perdit dans la même journée l'empire et la vie. On l'a confondu mal-à-propos avec le tyran *Lollien*, qui prit la pourpre après lui; et avec *L'omponius Ælianus*, qui se révolta sous *Dioclétien*.
LÆLIUS, (*Caius*) consul Romain, l'an 140 avant J. C., étoit l'intime ami de *Scipion* l'Africain *le Jeune*. Il signala sa valeur en Espagne, dans la guerre contre *Viriathus* général des Espagnols. Il ne se distingua pas moins par son goût pour l'éloquence et pour la poésie, et par la protection qu'il accorda à ceux qui les cultivoient. On croit qu'il eut part aux *Comédies de Terence*, le poète le plus châtié qu'ait eu le théâtre de l'ancienne Rome. Son éloquence éclata plusieurs fois dans le sénat pour la veuve et pour l'orphelin. Ce grand homme étoit modeste. N'ayant pas pu venir à bout de gagner une cause, il conseilla à ses parties d'avoir recours à *Galba*, son émule, et il fut le premier à le féliciter, lorsqu'il sut qu'il l'avoit gagnée. *Scipion* et lui se retiroient à la campagne, où, loin du tumulte et des folies de la ville, ils s'amusoient comme des enfans à amasser des coquillages et de petits cailloux, et se livroient à mille jeux innocens. — Il y a eu un autre LÆLIUS, consul Romain, 190 avant J. C. Il accompagna, le premier. *Scipion l'Africain* en Espagne et en Afrique, et eut part aux victoires remportées sur *Asdrubal* et sur *Syphax*.
LAER ou LAAR, (Pierre de) surnommé BAMBOCHE, peintre né en 1613 à Laar, village proche de Naarden en Hollande, mourut à Harlem, l'an 1675, à 62 ans. Le surnom de *Bamboche* lui fut donné, à cause de la singulière conformation de sa figure. Cet artiste étoit né peintre; dans sa plus tendre enfance, on le trouvoit continuellement occupé à dessiner ce qu'il voyoit. Sa mémoire lui représentoit fidèlement les objets qu'il n'avoit vus qu'une seule fois et depuis long-temps. Il étoit d'une grande gaieté, rempli de saillies, et tiroit parti de sa difformité pour réjouir ses amis, le Poussin, Claude le Lorrain, Sandrart, etc. C'étoit un vrai farceur; mais étant parvenu à l'âge de 60 ans, sa santé s'affoiblit, et de la joie la plus vive, il passa à la mélancolie la plus noire. Ce peintre fut surpris avec quatre autres, mangeant de la viande en Carême, par un ecclésiastique, qui les réprimanda plusieurs fois et les menaça de l'Inquisition. Enfin, cet homme zélé les outra; et Bamboche, aidé des autres qui étoient avec lui, noya le prêtre. Les remords que ce crime lui causa, joints à quelques petites disgraces qu'il eut à essuyer, hâtèrent sa mort; mais il n'est pas vrai qu'il se précipita dans un puits. Ce peintre ne s'est exercé que sur de petits sujets. Ce sont des Foires, des Jeux d'enfants, des Chasses, des Paysages; mais il y a dans ses tableaux beaucoup de force, d'esprit et de grace. Le roi et le duc d'Orléans en possédoient plusieurs.
LAERCE, Voyez DIOGÈNE-LAERCE, n.º IV. I. LAËT, (Jean de) directeur de la Compagnie des Indes, savant dans l'histoire et dans la géographie, naquit à Anvers, et y mourut en 1649. On a de lui : I. Novus Orbis, à Leyde, in-folio, 1633. C'est une description du nouveau Monde en dix-huit livres. Quoiqu'elle soit quelquefois inexacte, elle a beaucoup servi aux géographes. Laët traduisit lui-même cet ouvrage en françois. Cette version fidelle, mais plate, parut en 1640, in-folio, à Leyde, sous le titre d'Histoire du Nouveau-Monde. II. Respublica Belgarum, in-24, assez exacte. III. Gullia, in-24, moins estimée que la précédente. IV. De Regis Hispaniæ regnis et opibus, in-8.º V. Historia naturalis Brasilia G. Pisonis, in-folio avec figures, à Leyde, 1648. VI. Turcici Imperii status, in-24. VII. Persia, seu Regni Persici status, in-24 Tous ces petits ouvrages, imprimés chez Elzevir, contiennent une description succincte des différens pays dont le royaume que le géographe parcourt est composé. On y parle des qualités du climat, des productions du terroir; du génie, de la religion, des mœurs des peuples; du gouvernement civil et politique; de la puissance et des richesses de l'état. Ce plan, qui est assez bon, a été mieux exécuté par les géographes qui sont venus après Laët. Mais, quoique ces petits livres ne soient guère au-dessus du médiocre, on les recherche comme s'ils étoient excellens, en faveur du nom et de la réputation de l'imprimeur. Un ouvrage plus considérable, imprimé aussi chez Elzevir, en 1649, in-folio, l'occupa sur la fin de ses jours; c'est l'édition de Vitruve, avec les notes de Philandre, de Barbaro, de Saumais, accompagnée de plusieurs Traités de divers auteurs sur la même matière. Ce recueil est estimé.
II. LAËT, Voyez ROLLWINCH.
LÆTA, dame Romaine, fille d'Albin grand pontife, épousa, sur la fin du 4e siècle, Torax fils de Ste Paule. Albin fut si touché de la vertu de son gendre et de la sagesse de sa fille, qu'il renonça au Paganisme et embrassa la religion Chrétienne. Læta fut mère d'une fille, nommée Paule, comme son aïeule; c'est à cette occasion que saint Jérôme lui adressa une Eptre qui commence ainsi : Apostolus Paulus scribens ad Corinthios, etc., dans laquelle il lui donne des instructions pour l'éducation de cette enfant.
LÆTUS, capitaine de la garde prétorienne de l'empereur Commode, dans le second siècle, empêcha que ce prince barbare ne fit brûler la ville de Rome, comme il l'avoit résolu. Commode ayant voulu le faire mourir avec quelques autres, celui-ci le prévint, et de concert avec eux, il lui fit donner du poison l'an 193. Lactus éleva à l'empire Pertinax; et trois mois après il le fit massacrer, parce qu'il rétablissoit trop sévèrement la discipline militaire, et que, par l'innocence et la droiture de ses mœurs, il lui reprochoit tacitement sa dissolution. Didier-Julien le punit de mort peu de temps après.
LÆTUS POMPONIUS, Voyez POMPONIUS, n.º III.
LÆVINUS TORRENTIUS, Voy. TORRENTIUS.
LÆVIUS, ancien poète Latin, dont il ne nous reste seulement que deux vers dans Aulu-Gelle, et six dans Apulée. On croit qu'il vivoit avant Cicéron.
LAFARE, (Charles-Auguste, marquis de) né au château de Valgorge dans le Vivarais, en 1644, fut capitaine des gardes de Monsieur, et de son fils, depuis régent du royaume. Il plut à ce prince, par l'enjouement de son imagination, la délicatesse de son esprit, et les agrémens de son caractère. Son talent pour la poésie ne se développa, sui- vant l'auteur du Siècle de Louis XIV, qu'a l'âge de près de 60 ans. Ce fut pour Mad. de Caylus qu'il fit ses premiers vers, et peut-être les plus délicats qu'on ait de lui : M'abandonnant un jour à la tristesse, Sans espérance et même sans désirs, Je regrettris les sensibles plaisirs Dont la douceur enchantée ma jeunesse, etc. Ses autres Poésies respirent cette liberté, cette négligence aimable, cet air riant et facile, cette finesse d'un courtisan ingénieux et délicat, que l'art tenteroit en vain d'imiter. Mais elles ont aussi les défauts de la nature livrée à elle-même; le style en est incorrect et sans précision. C'est l'Amour, c'est Bacchus, plutôt qu'Apollon, qui inspiroient le marquis de Lafare. Les fruits de sa muse se trouvent à la suite des Poésies de l'abbé de Chaulieu, son ami (édition de Saint-Marc). Ces deux hommes étoient faits l'un pour l'autre; mêmes inclinations, même ardeur pour les plaisirs, même façon de penser, même génie. Il y avoit une parfaite sympathie dans tous leurs goûts et même dans leurs défauts. Le marquis de Lafare mourut en 1712, à 68 ans. « Lafare n'est plus, écrivait l'abbé de Chaulieu à Mad. de Bouillon. J'ai vu mettre le comble aux amertannes de ma vie, par la mort du plus tendre et du plus fidèle ami qui fût jamais. Pendant quarante ans la raison n'a cessé d'approuver et de cimenter une union qu'un penchant aveugle avoit commencée. » Outre ses Poésies, on a de lui, des Mémoires et des Réflexions sur les principaux événements du règne de Louis XIV, in-12. Ils sont écrits avec beau- coup de sincérité et de liberté ; mais cette liberté est quelquefois poussée trop loin. Le marquis de *Lafare*, qui, dans le commerce de la vie étoit de la plus grande indulgence, n'a presque fait qu'une satire. Il étoit mécontent du gouvernement ; il passoit sa vie dans une société qui se faisoit un mérite de condamner la cour : « Cette société, dit l'auteur déjà cité, fit, d'un homme très-aimable, un historien quelquefois très-injuste. » A ce jugement, joignons celui qu'*Atterbury*, évêque de Rochester, portoit des *Mémoires de Lafare*. « Le tour en est aisé et naturel, et il y a un air de vérité dans tout ce que l'auteur dit. Mais, ce n'est pas pourtant, selon moi, une main de maître. Il narre, non en homme qui possède les règles de la bonne composition, mais en agréable convive. Je dis de son style, ce qu'il dit lui-même de sa figure : *Ma figure n'est pas fort déplaisante, quoique je ne sois pas du nombre des gens bien faits*. Quoiqu'il ne soit pas un écrivain du premier, ni même du second ordre, il est pourtant amusant... J'ai de la peine à lui passer ce qu'il dit des belles jambes du chevalier de *Rohan*. On auroit plutôt attendu une pareille remarque de la part d'une dame galante ; et cela fait voir que le marquis étoit trop attentif à de pareilles bagatelles. Il le sent lui-même, car il s'excuse dans ce qui suit : mais cette excuse prouve seulement combien son penchant à cet égard étoit puissant en lui, puisqu'il avoit assez de lumières pour appercevoir la faute, et que malgré cela il ne laissoit pas de la commettre. » On a encore de lui, les paroles d'un opéra intitulé, *Pan-* *thée*, que le duc d'*Orléans* mit en partie en musique.
LAFFICHARD, (Thomas) né à Ponfon, en 1698, diocèse de Saint-Paul-de-Léon, et mort à Paris le 10 août 1753, à 55 ans, a donné un grand nombre de pièces aux François, aux Italiens et à l'Opéra comique ; soit seul, soit en société avec *Pannard* et *Vallois d'Orville*. Celles qui sont imprimées, sont recueillies en un volume in-8. Elles eurent un succès passager. Voy. la *France littéraire*, 1669, tome 2.
LAFFREY, (Arnoux) né à Cap, en 1735, embrassa l'état ecclésiastique, alla jeune à Paris, et y publia : I. *Vie privée de Louis XV*, 1781, in-12. II. *Siècle de Louis XV*, 1776, 2 vol. in-8. Ces deux ouvrages offrent peu d'intérêt, soit pour le style, soit pour l'art de présenter les faits. *Laffrey* est mort dans la capitale, le 19 septembre 1794. I. LAFITAU, (Joseph-François) né à Bordeaux, entra de bonne heure dans la Compagnie de Jésus, où son goût pour les belles-lettres et pour l'histoire le tiru de la foule. Quoiqu'il n'ait pas fait une fortune telle que celle de l'évêque de Sisteron, son frère, il avoit autant d'esprit que lui, plus de jugement et de savoir. Sa conversation étoit gaie, agréable et instructive. Il se fit connoître dans la république des lettres par quelques ouvrages : I. *Les Mœurs des Sauvages Américains, comparées aux mœurs des premiers temps*, imprimées, à Paris en 1725, en 2 volum. in-4°, et 4 vol. in-12. C'est un livre très-estimable. L'auteur avoit été missionnaire parmi les Iroquois; aussi n'avons-nous rien d'aussi exact sur ce sujet. Son *Parallèle* des anciens peuples avec les Américains, est fort ingénieux, et suppose une grande connoissance de l'antiquité. II. *Histoire des découvertes des Portugais dans le Nouveau-Monde*, 1733, deux vol. in-4°, et 1734, 4 vol. in-12 : exacte et assez bien écrite. III. *Remarques sur le Ginseng*, Paris, 1728, in-12. L'auteur mourut en 1755.
II. LAFITAU, (Pierre-François) frère du précédent, naquit à Bordeaux en 1685, d'un courtier de vin. Il dut sa fortune à son esprit. Admis fort jeune chez les Jésuites, il s'y distingua par son talent pour la chaire. Ayant été envoyé à Rome pour entrer dans les négociations au sujet des querelles suscitées en France pour la bulle *Unigenitus*, il plut par ses bons mots à *Clément XI*, qui ne pouvoit se passer de lui. Sa conversation vive et aisée, son esprit fécond en saillies, amusoient ce pontife, et *Lafitau* en profita pour obtenir quelque dignité. Il sortit de son ordre, et fut nommé à l'évêché de Sisteron, à la prière de l'abbé *Dubois*, qui, lui ayant fait part du désir qu'il avoit d'être cardinal, dit *Duclos*, le payoit à Rome pour en préparer les voies. Le Jésuite qui avoit les mêmes vues, prenoit l'argent et s'en servoit pour lui-même. L'abbé s'en apperçut, et n'étant pas encore assez puissant pour en prendre une vengeance, qui eût dévoilé ses desseins, il résolut de s'en débarrasser, sous prétexte de récompenser ses services. *Lafitau*, si différent des anciens évêques, le fut, comme eux, malgré lui. Également éloigné de Rome et de la cour, il se vit honnêtement relégué à Sisteron. » Les commencements de son épiscopat lui firent moins d'honneur que la fin; s'étant peu à peu détaché du monde, il fut l'exemple de son clergé: il donna des missions, il assembla un synode, il fonda un séminaire. Après avoir passé les dernières années de sa vie dans l'exercice des vertus épiscopales, il mourut au château de Lurs, le 5 avril 1764, dans sa 79$^{e}$ année. L'évêque de Sisteron s'étoit toujours montré ennemi ardent du Jansénisme; mais la vieillesse le ramena à une façon de penser plus douce et plus pacifique. On a de lui, plusieurs ouvrages: I. *Histoire de la Constitution UNIGENITUS*, en 2 vol. in-12, dans laquelle il y a plus de légèreté dans le style, que de modération dans les portraits qu'il trace des ennemis de cette Constitution. II. *Histoire de Clément XI*, en 2 vol. in-12. Il fait faire à son héros des miracles. Voy. DUPIN. III. *Des Sermons*, en 4 volum. in-12, qui ne répondirent point à l'attente du public. Ce prélat avoit plus de geste et de représentation, que d'éloquence. Il cite rarement l'Écriture et les Pères; il manque de preuves, et il bâtit toutes nos grandes vérités sur des toiles d'araignée. Les discours qui ne demandent pas une connoissance profonde des mystères, sont les meilleurs: tel est, par exemple, son *Sermon sur le Jeu*; mais lorsqu'il prononçoit les autres, il étoit difficile de n'être pas touché par les graces de sa figure, de sa voix et de son action. IV. *Retraite de quelques jours*, in-12. V. *Avis de direction*, in-12. VI. *Conférences pour les Missions*, in-12. VII. *Lettres* *Spirituelles*, in-12. Tous ces ouvrages sont fort superficiels; on n'y trouve ordinairement que de petites phrases sans pensées. VIII. *La Vie et les Mystères de la Ste Vierge*, 2 volum. in-12 : ouvrage dicté par une dévotion peu éclairée et plein de fausses traditions. *Lafitau* avoit le génie porté aux petites pratiques, et il mettoit souvent du ridicule dans celles qu'il introduisoit dans son diocèse. Il fonda un ordre de religieuses, qu'il fit appeler la *Parentèle*. Il parut quelquefois avoir un goût de dévotion, qui tenoit plus d'un moine Portugais, que d'un évêque François; c'est ainsi du moins que l'a peint l'auteur des *Nouvelles Ecclésiastiques*, et son témoignage n'est détruit, ni par les productions de ce prélat, ni par ceux qui l'ont vu dans les derniers temps de sa vie. L'auteur de cet article est de ce nombre; et quoiqu'il eût plus à se louer de lui, qu'à s'en plaindre, il a dû le peindre tel qu'il étoit, parce qu'on ne doit aux morts que la justice et la vérité : un article historique n'est point une oraison funèbre. Au reste, ceux qui ont lu le *Journal* de l'abbé *Dorsane* et les *Mémoires* de *Duclos*, verront que nous en avons bien moins dit que ces deux auteurs. Le dernier donne au P. *Lafitau* le caractère d'un vrai valet de comédie : et appuie ce qu'il dit sur les Lettres de l'abbé de *Tencin*.
LAFONT, LAFOSSE, *Voy. à la lettre F.*
LAFOREST, (N\*\*) curé-custorie de Ste-croix de Lyon, sa patrie, se distingua par ses prédications, son zèle pour le bien, sa charité pour les pauvres. On lui doit : I. Une *Instruction* pour ramener les Réformés à l'église Romaine, in-12. Cet écrit est sage, sans fanatisme, et digne d'un prêtre ami des hommes. II. Un traité de l'*Usure*, in-12.
LAFOSSE, (Étienne-Guillaume) maréchal des écuries du Boi, mourut en 1765, après avoir publié quelques brochures sur différentes maladies des chevaux. Il laissa un fils, maréchal comme lui, et héritier de son habileté; nous avons de ce dernier : I. *Le Guide du Maréchal*, 1756, in-4.º II. Un *Cours d'Hippiatrique*, 1774, in-fol. remarquable pour la beauté des figures et de l'impression. III. Un *Dictionnaire d'Hippiatrique*, 1775, 4 vol. in-8.º
LAGALLA, (Jules-César) naquit en 1576 d'un père jurisconsulte, à Padulla, petite ville de la Basilicate au royaume de Naples. Après avoir fait ses premières études dans sa patrie, il fut envoyé à Naples à l'âge de 11 ans, pour y étudier la philosophie. Son cours étant achevé, il s'appliqua à la médecine, et fit tant de progrès dans cette science, qu'après avoir été reçu docteur gratuitement, par une distinction que le collège des médecins de Naples voulut lui accorder, il fut nommé à l'âge de 18 ans médecin des galères du pape. A 19 il se fit recevoir docteur en philosophie et en médecine dans l'université de Rome; et à 21 ans, il fut jugé digne, par *Clément VIII*, de la chaire de logique du collège Romain, qu'il occupa avec une grande réputation jusqu'à sa mort, arrivée en 1623, à 47 ans. Les travaux de cette place lui laissoient peu de temps pour pratiquer la mé- decine ; aussi est-il plus connu comme philosophe, que comme médecin. Il paroît cependant qu'on n'avoit pas une mince opinion de ses talens dans l'art de guérir, puisque Sigismond III, roi de Pologne et de Suède, voulut l'avoir auprès de lui en qualité de médecin ; ce que sa mauvaise santé ne lui permit pas d'accepter. Ce savant étoit doué d'une mémoire admirable ; et ce don de la nature lui fut plus utile qu'à tout autre, son écriture étant indéchiffrable, et vu qu'il n'écrivoit qu'avec la plus grande répugnance. Aussi est-il resté peu d'ouvrages de lui. Leo Al-latius, qui a donné sa Vie, y cite un Traité intitulé : Disputatio de Caelo animato, Heidelberg, 1722.
LAGARDIE, Voyez GAR-DIE.
LAGEDAMON, (Jean) prêtre Sulpicien, est auteur d'un traité de Matrimonio, 1745, in-8°, et de Poésies lyriques ou Cantiques spirituels, 1750, 3 vol. in-12. Il naquit en Bretagne en 1700, et mourut à Paris en 1755.
LAGERLOOF ou LAGER-LOEF, (Pierre) Laurifolius, habile Suédois, né dans la province de Vermeland, le 4 Novembre 1648, devint professeur d'éloquence à Upsal, et fut choisi par le roi de Suède pour écrire l'histoire ancienne et moderne des royaumes du Nord. Il mourut le 7 Janvier 1699, à 51 ans. On a de lui : I. De Orthographia Suecand. II. De commerciis Romanorum. III. De Druidibus. IV. De Gothica Gentis sedibus, Upsal, 1691, in-8°. V. Des Discours et des Harangues, etc. Son latin étoit très-goûté dans le Nord.
LAGIUS, (Matthieu) savant Hollandois, a publié une édition des Poètes qui ont traité de la Chasse. Elle fut publiée à Leipzig, en 1659, in 4.° avec des notes et des remarques, dans lesquelles il venge son compatriote Barthius des attaques de Vilius.
LAGNEAU, (N...) connu seulement par sa manie pour la pierre philosophale, qui lui fit perdre le jugement et sa fortune, et qui l'engagea à traduire et à augmenter le livre insensé de Basile Valentin, intitulé : Les douze Clefs de la Philosophie. La traduction de Lagneau fut imprimée à Paris en 1660, in-8.° Les fous comme lui la recherchent. Cet auteur mourut sur la fin du XVIIe siècle.
LAGNY, (Thomas Fantet, sieur de) célèbre mathématicien, né à Lyon en 1660, fut destiné par ses parens au barreau ; mais la physique et la géométrie l'emportèrent sur la jurisprudence. Connu de bonne heure à Paris, il fut chargé de l'éducation du duc de Noailles. L'académie des sciences lui ouvrit ses portes en 1695, et quelque temps après Louis XIV lui donna la chaire d'hydrographie à Rochefort. Son mérite le fit rappeler à Paris 16 ans après, et lui obtint une place de pensionnaire de l'académie, celle de sous-bibliothécaire du roi pour les livres de philosophie et de mathématiques, et une pension de 2000 liv. dont le duc d'Orléans le gratifia. Il mourut le 12 Avril 1734, à 64 ans, regretté des gens de lettres dont il étoit l'ami et l'appui, et des pauvres dont il étoit le père. Dans les derniers momens, où il ne connoissoit plus aucun de ceux qui étoient autour de son lit, un mathématicien s'avisa de lui demander : *Quel étoit le quarré de douze ?* il répondit dans l'instant, et apparemment sans savoir ce qu'il répondoit : *Cent quarante-quatre*. Ce géomètre n'avoit point cette humeur sérieuse ou sombre qui fait aimer l'étude, et que l'étude elle-même produit. Malgré son grand travail, il avoit toujours assez de gaieté ; mais cette gaieté étoit celle d'un homme de cabinet. La tranquillité de sa vie fut indépendante, non seulement d'une plus grande ou moindre fortune, mais encore des événements littéraires, si sensibles à ceux qui n'ont point d'autres événements qui occupent. Les ouvrages les plus connus de cet illustre mathématicien sont : I. *Méthodes nouvelles et abrégées pour l'extraction et l'approximation des racines*, Paris, 1692 et 1697, in-4.º II. *Éléments d'Arithmétique et d'Algèbre*, Paris, 1697, in-12. On les lit peu, parce que d'autres plus parfaits ont pris leur place. III. *La Cubature de la Sphère*, 1702, la Rochelle, in-12. IV. *Analyse générale* ou *Méthode pour résoudre les Problèmes*, publiée à Paris par *Richer* en 1733, in-4.º V. Plusieurs écrits importants, dans les *Mémoires* de l'académie des Sciences. Ils décelent tous un grand géomètre. — LAGUILLE, (Louis) Jésuite, né à Autun en 1658, mort à Pont-à-Mousson en 1742, à 84 ans, se fit estimer par ses vertus et ses talens. Il s'étoit trouvé au *Congrès de Bade* en 1714 ; et le zèle pour la paix, qu'il avoit fait paroître dans cette assemblée, lui valut une pension. On a de lui plusieurs ouvrages. Le principal est une *Histoire d'Alsace ancienne et moderne*, depuis César, jusqu'en 1725, à Strasbourg, en 2 vol. in-fol. et en 8 vol. in-8°, 1727. Cette histoire commence par une notice utile de l'ancienne Alsace, et finit par plusieurs titres qui lui servent de preuves, et desquels on peut tirer de grandes lumières.
LAGUNA, (André) médecin, né à l'égovie en 1499, passa une grande partie de sa vie à la cour de l'empereur Charles-Quint, qui avoit une grande confiance en lui. Il se rendit à Metz, en 1540, prodigna tous ses soins à ses habitans durant une épidémie pestilentielle, et s'acquit par-là leur estime et leur reconnaissance, dont il profita adroitement, pour resserrer les nœuds qui les attachoient à l'église romaine et à leur souverain. Il se rendit de là à Rome où Léon X lui donna des marques d'une grande estime ; il parcourut ensuite l'Allemagne, les Pays-Bas, et alla enfin finir ses jours dans sa patrie en 1560, à 61 ans. Ce médecin étoit aussi un bon critique. On a de lui : I. *Anatomica methodus*, Paris, 1635, in-8.º II. *Epitome Galeni operum, adjectis vitti Galeni et libello de ponderibus et mensuris*, Lyon, 1643, in-fol. III. *Annotationes in Dioscoridem*, Lyon, 1554, in-12. IV. Une *Version* espagnole des ouvrages de Dioscoride, Valence, 1636, in-fol. etc.
LAGUS, (Daniel) Luthérien, professeur de théologie à Gripswald, mourut en 1678. On a de lui : I. *Theoria meteorologica*. II. *Astrosophia mathematico-physica*. III. *Stichologia... Psychologia... Archologia* : ce sont trois traités différens. IV. *Examen trium Confessionum reformatarum, Marchiaca, Lipsiensis et Thorunensis*. V. Des *Commentaires* sur les Epitres aux *Galates*, aux *Ephésiens* et aux *Philippiens*: ils sont plus savans que méthodiques. — LAHARPE DES UTINS, (N.) né dans le pays de Vaux, servit en France et en Hollande dans les régimens Suisses. Retiré dans sa patrie dès 1789, il y embrassa les principes de la révolution Françoise, et chercha à les propager. Banni de Suisse en 1792, il revint en France, où il fut fait général de division. On le vit, bientôt après, se distinguer dans l'armée d'Italie, aux combats de Vado, de Final et du Champ du Prêtre. A la bataille de Montenotte, livrée le 11 avril 1795, il contribua à la victoire des François; mais, quelques jours après, il fut atteint d'une balle, et perit près de Fombio. *Bonaparte* écrivit alors: « Dans *Laharpe*, l'état perd un bon citoyen, l'armée un de ses meilleurs généraux, et tous les soldats, un camarade aussi intrépide que sévère pour la discipline. »
LAHARPE, *Voyez* HARPE. — LAHAYE, (Guillaume-Nicolas de) né en 1725, d'un père graveur en géographie, eut pour parrain le célèbre géographe *Delisle*. Sous leur inspection, il devint le plus célèbre artiste François pour la gravure de la topographie et de la géographie. Son burin étoit pur, son ordonnance nette et précise. Il a gravé plus de 1200 cartes ou plans, parmi lesquels on doit distinguer en géographie les œuvres de d'*Anville*, et de *Robert de Vaugondy*, l'Atlas de d'Après de *Mannevillette*; en topographie, les campagnes de *Maillebois* en Italie, la Carte des Alpes de *Bourcet*, celles des limites de France et de Piémont, du diocèse de Cambray, du Pays de Vaux et du territoire de Genève par *Mallet*, celles enfin des forêts de Fontainebleau et de Saint-Hubert. *Lahaye* est mort dans ces derniers temps.
LAHIRE, *Voyez* HIRE.
LAIMAN, ou LAYMAN, (Paul) Jésuite, natif de Deux-Ponts, enseigna la philosophie, le droit canon et la théologie en divers collèges d'Allemagne, et mourut à Constance le 13 novembre 1635, à 60 ans. On a de lui, une *Théologie morale* en latin, in-fol., dont toutes les décisions ne sont pas exactes; et d'autres ouvrages, ensévelis en France dans les grandes bibliothèques, mais dont les théologiens et canonistes Espagnols et Italiens font encore usage, ou du moins qu'ils le consultent quelquefois.
LAINÉ, *Voyez* LAINÉ. I. LAINEZ, (Jacques) Espagnol, l'un des premiers compagnons de *St. Ignace*, contribua beaucoup à l'établissement de sa Société, et lui succéda dans le généralat en 1558. Il assista au concile de Trente, comme théologien de *Paul III*, de *Jules III*, de *Pie IV*. Il s'y signala par son savoir, par son esprit, et surtout par son zèle pour les prétentions ultramontaines. Dans la xxiii$^{e}$ session tenue le 15 Juillet 1563, il soutint: *Que la Hiérarchie étoit renfermée dans la personne du Pape; que les Evêques n'avoient de juridiction et de pouvoir, qu'autant qu'ils les trènoient de lui; que J. C. n'avoit* donné sa mission qu'à St. Pierre, de qui les autres Apôtr. s'avoient reçu la leur ; que le tribunal du Pape sur la terre est le même que celui de J. C. dans le Ciel, et qu'il a la même étendue, etc. Lainez vint en France à la suite du cardinal de Ferrare, légat de Pie IV, et y joua un personnage singulier. Il parut au colloque de Poissy pour disputer contre Bèze. Ses premiers traits s'adressèrent à la reine Catherine de Médicis. Il eut la hardiesse de lui dire, que ce n'étoit pas à une femme d'ordonner des conférences de religion, et qu'elle usurpoit le droit du pape. Il disputa pourtant dans une assemblée qu'il réprouvoit ; et parmi beaucoup de bonnes choses, il laissa échapper bien des puérilités. De retour à Rome, il refusa la pourpre, et mourut le 19 Janvier 1565, à 53 ans. Quelques auteurs ont prétendu qu'on avoit jeté les yeux sur lui dans le conclave de 1559, pour remplir le trône pontifical. On a de lui, quelques ouvrages de théologie et de morale. Théophile Raynaud le fait auteur des Déclarations sur les Constitutions des Jésuites ; et plusieurs écrivains lui attribuent, peut-être sans autres prenues que des soupçons, les Constitutions mêmes : ces Constitutions qui n'ont pas été écrites par une industrie humaine, mais qui ont été, ce semble, inspirées par la Divinité ; c'est le jugement qu'en porte le Père Alégambe, en bon Jésuite. Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de donner une analyse détaillée de ces Constitutions, si long-temps ensévelies dans l'oubli, et aujourd'hui trop fameuses. On se contentera de dire que St. Ignace, nourri dans l'opinion du pouvoir absolu du pape sur le spirituel et le tempéré, crut qu'il falloit ériger la Société en monarchie. Ses vues étoient pures ; mais celles de Lainez l'étoient beaucoup moins. On doit le regarder comme le vrai fondateur, et peut-être comme le destructeur de la Société. Sa première démarche fut de faire déclarer le Généralat perpétuel, quoique Paul IV sentit la dangereuse conséquence de cette perpétuité. La seconde fut de faire accorder au général, 1.º Les droits de passer toutes sortes de contrats sans délibération commune. 2.º De donner l'autorité et l'authenticité aux commentaires et aux déclarations sur les Constitutions. 3.º Le pouvoir d'en faire de nouvelles, de changer et d'interpréter les anciennes. 4.º Celui d'avoir des prisons. Enfin Lainez se fit presque tout déférer, dans la première congrégation qui fut tenue après la mort d'Ignace. Ainsi fut substituée à la droiture et à la simplicité évangélique, une politique qui parut plus humaine que chrétienne. On sait combien les Jésuites surmontèrent d'obstacles pour s'établir en France. Chassés de ce royaume en 1594, ils y rentrèrent dix ans après, malgré les remontrances du Parlement de Paris. Henri IV répondit lui-même à ces représentations, avec cette éloquence vive, franche et naïve, qu'on n'a fait que délayer dans les longues apologies des Jésuites. « J'ai observé, dit ce monarque aux députés du parlement, j'ai observé, que, quand j'ai commencé à parler de rétablir les Jésuites, deux sortes de personnes s'y sont opposées ; ceux de la religion prétendue, et les ecclésiastiques mal vivans. On leur reproche qu'ils attirent à eux les beaux esprits, et c'est de quoi je les estime. Quand je fais des troupes, je veux qu'on choisisse les meilleurs soldats, et desirerois de tout mon cœur que nul n'entrât dans vos compagnies, qui n'en fût bien digne; que par-tout la vertu fût la marque et la distinction des honneurs. Ils entrent, dit-on, comme ils peuvent dans les villes; et suis moi-même entré dans mon royaume comme j'ai pu. *Châtel* ne les a point accusés (1); et quand même un Jésuite auroit fait ce coup, duquel je ne veux plus me souvenir, faudroit-il que tous les Jésuites en pâtissent, et que tous les Apôtres fussent chassés pour un *Judas* ? Il ne faut plus leur reprocher la Ligue : c'étoit l'injure du temps; ils croyoient bien faire, et ils ont été trompés comme plusieurs autres. On dit que le roi d'Espagne s'en sert; je dis aussi que je veux m'en servir. La France n'est pas de pire condition que l'Espagne. Puisque tout le monde les juge utiles, je les tiens utiles à mon état; et s'ils y ont été par tolérance, je veux qu'ils y soient par arrêt. « Tout ce que dit *Henri IV* en faveur des Jésuites, étoit vrai; mais le parlement leur faisoit des reproches dont ce prince ne parle point. Il les accusait d'avoir des amis ardens dans toutes les cours; d'y dominer par leurs confesseurs; d'y être quelquefois les espions d'une cour étrangère. Comme c'est par l'or qu'on gouverne les hommes, dès-lors quelques membres de la société joignirent dans leurs missions lointaines, d'abord inspirées par le zèle, le commerce à l'apostolat. Ils acquirent des richesses considérables et un crédit (2) non moins singulier, et abusèrent quelquefois de l'un et de l'autre. Ils voulurent maîtriser les esprits; et persécutant ceux qui ne pensaient pas comme eux, ils se firent des ennemis implacables, qui finirent par les rendre odieux ou suspects à tous les princes. *Pascal*, *Arnauld*, *Nicole*, tachèrent de les couvrir de ridicule et d'ignominie. *Louis XIV*, en leur prodiguant sa confiance et quelquefois son autorité, ne fit qu'aigrir leurs ennemis. (*Voy. les art. II. CHAISE*; III. *TELLIER*; I. *MONDONVILLE*.) Sous *Louis XV*, ils se firent beaucoup de mal à eux-mêmes en voulant en faire aux autres. Ayant perpétué des disputes que la sagesse du gouvernement vouloit éteindre, et la suite de ces querelles ayant fait exiler beaucoup de particuliers, et troublé la tranquillité des corps, on saisit la première occasion qui se présenta pour anéantir un ordre toujours prêt, à la vérité, à combattre les hétérodoxes; mais confondant quelquefois la doctrine (1) L'Auteur de l'*Histoire de Paris*, cité par l'abbé *Racine*, rapporte qu'à l'occasion de l'attentat de *Châtel*, *Henri IV* dit: *Fallois-il donc que les Jésuites fussent convaincus par ma bouche ?* propos qui ne s'accorde point avec ce qu'il dit actuellement; soit que dans le premier mouvement il ait parlé sur les Jésuites, comme pensait alors la plus grande partie du public; soit qu'il eût oublié, dix ans après, ce qu'il avoit d'abord été porté de croire, d'après le cri général de Paris et de presque tous les magistrats du parlement. (2) Le P. d'*Avrigni* dit, sous l'année 1677, que si les Jésuites étoient par-tout comme ils étoient à Venise, c'est-à-dire sans crédit, ils n'en seroient pas plus mal. *Avec son crédit, la Société verrait tomber ses cavités, et bientôt elle n'aura plus d'ennemie.* catholique avec ses opinions particulières, trop jaloux de son crédit pour qu'il ne cherchât point à nuire à ceux qui le lui envoient. Le roi de Portugal *Joseph I*, soupçonnant que ceux qu'il accusoit d'avoir attenté à sa vie, avoient fait part de leur dessein aux Jésuites, les chassa de ses états en 1759. (*Voyez MALAGRIDA.*) Cette disgrace fut l'époque d'une foule d'Écrits, que leurs adversaires publièrent en France. Les magistrats ne tardèrent pas d'examiner le régime de cette singulière Société, à l'occasion d'un événement qui parut d'abord de peu d'importance, mais dont les suites furent très-considérables, *Le P. la Valette*, préfet des missions de la Martinique, avoit tiré une lettre de change sur le P. de Sacy, Jésuite de la maison professe, son correspondant à Paris. La lettre fut protestée, et Sacy assigné pardevant les consuls, qui le condamnèrent à l'acquitter. Il en appela au parlement. Les porteurs, qui étoient de riches marchands de Marseille, publièrent alors des Mémoires bien raisonnés et bien écrits, dans lesquels ils tâchèrent de prouver que les Jésuites n'étant que les *Agens du Général*, qui étoit maître de toutes leurs possessions, la Société entière répondoit de leur dette. Il fallut donc examiner les *Constitutions* des Jésuites. Le parlement les trouva incompatibles avec ce qu'un François doit à son roi, et un citoyen à sa patrie. Il prononça la dissolution de la Société dans son ressort, et fut bientôt imité par les autres parlements. *Louis XV*, cédant aux remontrances de ces compagnies et au désir d'un grand nombre de ses sujets, supprima les Jésuites, en 1763, dans tout son royaume. Anéantis en France, ils le furent bientôt dans les autres parties du monde Chrétien. Le roi d'Espagne les chassa en 1767, avec toutes les marques d'une indignation dont il cachoit les motifs. Le roi de Naples, le duc de Parme, et le grand-maître de Malte, imitèrent cet exemple en 1768. Enfin, le pape *Clément XIV*, rendant justice aux talens et aux vertus de plusieurs membres; mais sentant combien ce corps étoit dangereux, par l'influence que quelques-uns de ses membres cherchoient à avoir dans les cours, par le commerce qu'ils faisoient, par les querelles théologiques qu'ils excitoient ou qu'ils entretenoient, le supprima entièrement en 1773, et porta le dernier coup à ce colosse. (*Voy. les art. ALBENTON; BUSEMBAUM; JOUVENCY; OLDECORN; INCHOFFER; II. NORBERT; et II. TOURNON.*)
II. LAINEZ, (*Alexandre*) de la même famille que le précédent, né à Chimay dans le Hainaut, en 1650, se distingua de bonne heure par ses talens pour la poésie et par son goût pour les plaisirs. Après avoir parcouru la Grèce, l'Asie-mineure, l'Égypte, la Sicile, l'Italie, la Suisse, il revint dans sa patrie dépourvu de tout. Il y avoit environ deux ans qu'il y menoit une vie obscure, mais gaie, lorsque l'abbé *Fautrier*, intendant du Hainaut, fut chargé par *Louvois*, ministre de la guerre, de faire la recherche de quelques auteurs de libelles qui passaient sur les frontières de Flandre. *Lainez* fut soupçonné d'être un de ces auteurs, et l'abbé *Fautrier* descendit chez lui, accompagné de 50 hommes, pour visiter ses papiers; mais, au lieu de de libelles, il ne trouva que des vers aimables et des relations de ses voyages. L'intendant, charmé de ce qu'il vit, embrassa Lainez et l'invita de le suivre; mais ce poète voulut s'en défendre, disant « qu'il n'avoit que la robe de chambre qu'il portoit. » Tau-trier insista, et Lainez le suivit. Ce poète Epicurien avoit un esprit plein d'enjouement. Il faisoit les délices des meilleures tables, où il étoit tous les jours retenu, pour ses propos ingénieux, ses saillies, et ses vers qu'il faisoit souvent sur-le-champ. Il étoit gros mangeur, et il se remettoit quelquefois à table après avoir bien diné, en disant que son estomac n'avoit pas de mémoire. On le vit toujours très-attentif à conserver sa liberté. Personne ne savoit où il logeoit; il refusa même de très-bonnes places, pour n'être point gêné. Content d'être applandi à table, le verre à la main, il ne voulut jamais confier à personne les fruits de sa muse. La plupart des petites pièces qui nous restent de lui, recueillies en 1753, in-8°, ne sont presque que des impromptu. On y remarque une imagination vive, libre, riante, singulière; le sel de la saillie se fait sentir dans quelques-unes; le pinceau de la volupté a crayonné les autres; mais elles manquent, presque toutes, de liaison dans les idées et de correction dans le style. Les seuls vers délicats qu'on ait de Lainez, sont ceux qu'il fit pour Mad. de Martel: Le tendre Apelle un jour, dans ces jeux si vantés, etc. encore ne soutiendroient-ils pas l'œil d'une critique sévère. Ce n'est pas que nous pensions qu'ils ont été puisés dans l'Arioste, comme on l'a dit: le poète Ita- lien n'a pas plus fourni la pensée qui les termine, que vingt autres écrivains qui l'ont eue après lui. Il est naturel que deux hommes qui ont à peu près le même génie et qui travaillent sur le même sujet, se rencontrent dans leurs idées. Si Juvenal fût venu après Boileau, le satirique Latin auroit enfanté plusieurs des saillies du satirique François Lainez mourut à Paris, le 18 avril 1710, à 60 ans. Il paroit pour déiste. On assure, qu'après avoir reçu les sacremens dans sa dernière maladie, son confesseur fit emporter la cassette de ses papiers pendant la nuit. Le moribond s'étant réveillé, cria au voleur, fit venir un commissaire, dressa sa plainte, fit rapporter la cassette par le prêtre même, à qui il parla avec vivacité, et à l'instant se fit transporter dans une chaise sur la paroisse de Saint-Roch, où il mourut le lendemain. Il avoit imaginé follement de se faire mener dans la plaine de Montmartre, et d'y mourir, pour voir encore une fois lever le soleil. Sa vie voluptueuse l'avoit conduit à ces sentimens. Tous ses écrits n'en sont qu'un fidelle et souvent trop dangereux tableau. Le choix qu'il avoit fait de Pétrone pour le traduire en prose et en vers, marque aussi son penchant: cette traduction n'a point été imprimée. Il savoit, au reste, le grec, le latin, l'italien et l'espagnol, et possédoit tous les bons auteurs qui ont écrit en ces langues. C'étoit aussi un excellent géographe; et il est une preuve que l'on peut être en même temps homme d'érudition et homme de plaisir; et, pour nous servir d'une de ses pensées, partager sa vie entre Bacchus et Apollon: Cuv Phœd. *Barchus dividit imperium*. Il se piquoit aussi de philosophie, et le seul plaisir de voir *Bayle*, lui fit faire le voyage de Hollande. *Voyez MONNOIE*.
LAIRE. (François Xavier) né à Vadans près de Gray, en 1739, mort en 1800 à Sens, où il étoit bibliothécaire, voyagea long-temps en Italie. Le pape *Pue VI* l'accueillit et lui fit d'un superbe anneau. Ce savant fut renommé pour ses connoissances en bibliographie, et désigné à Paris pour en ouvrir un cours. Il avoit imaginé un nouveau système de classification. L'homme, selon lui, étant seul la cause et le but de toutes les productions littéraires, celles-ci doivent toutes se rapporter à ses facultés et à ses besoins. En conséquence, tous les ouvrages doivent être placés dans ces cinq grandes divisions; 1.º La raison a créé ceux relatifs à la philosophie; 2.º l'imagination a produit la poésie et les arts d'agrément; 3.º La mémoire a fait naître l'histoire; 4.º Les besoins physiques de l'homme ont fait inventer les arts et métiers, l'agriculture, la médecine, les sciences mathématiques; 5.º Les besoins moraux ont créé l'art de la parole, la logique, et tout ce qui tient aux lois de l'ordre social. *Laire* a publié divers ouvrages: I. *Mémoires pour servir à l'histoire de quelques grands Hommes du 15$^{e}$ siècle, avec un supplément aux Annales Typographiques de Malitaire*; Naples, 1776, in-4°, en latin. II. *Specimen historicum Typographiae Romanæ, cum indice liberorum*; Rome 1778, in-8°. III. *Epistola ad ablatem Ugolini*; imprimé à Pavie avec la fausse indication di *Argentorati*, in-8°. IV. *De l'Origine et des progrès de l'Imprimerie en Franche-Comté*, avec un *Catalogue* des livres qui y furent imprimés; Dole, 1784, in-12. V. *Serie delle edizioni Aldine*; Pise, 1790, in-12, réimprimé à Venise en 1792, in-12. VI. *Index liberorum ab inventa Typographia ad annum* 1500; Sens, 1792, 2 vol. in-8°. Il a fourni encore plusieurs articles de Bibliographie au *Magasin encyclopedique*. Son érudition est étendue, mais sèche et sans fleurs.
LAIRESSE. (Gérard de) peintre et graveur, né à Liège en 1640, mourut à Amsterdam en 1711, à 71 ans. Il avoit l'esprit cultivé; la poésie et la musique firent tour-à-tour son amusement, et la peinture son occupation. Son père fut son maître dans le dessin: *Lairesse* réussissait, dès l'âge de quinze ans, à peindre le portrait. Il gagnait de l'argent avec beaucoup de facilité, et le dépensoit de même. L'amour fit les plaisirs et les tourmens de sa jeunesse; il pensa être tué par une de ses maîtresses, qu'il avoit abandonnée. Pour ne plus être le jouet de l'inconstance, il se maria. Étant devenu aveugle en 1690, il dicta un Livre sur les Peintres, traduit par M. Jansen, Paris, 1787, 2 vol. in-4°. Ce peintre entendoit parfaitement le *poétique* de la peinture; ses idées sont belles et élevées; il inventoit facilement, et excelloit dans les grandes compositions; ses *tableaux* sont, la plupart, ornés de belles fabriques. On lui reproche d'avoir fait des figures trop courtes et peu gracieuses. Il a laissé beaucoup d'estampes gravées à l'eau forte. On a gravé d'après ce maître. *Lairesse* fut père de trois fils, dont deux furent ses élèves dans son art. Il avoit aussi trois frères peintres : *Ernest* et *Jean*, qui s'attachèrent à peindre des animaux, et *Jacques* qui représentoit fort bien les fleurs. Ce dernier a composé, en flamand, un ouvrage sur la *Peinture pratique*.
LAIRVELS. (Servais) né à Soignies en Hainaut, l'an 1560, général et réformateur de l'ordre de Prémontré, fit approuver sa réforme par *Louis XIII*, qui lui permit de l'introduire dans les moustères de son royaume, et par les papes *Paul V* et *Regoire XV*. Ce saint homme mourut à l'abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois, le 18 octobre 1631, à 71 ans, après avoir publié quelques ouvrages de piété, écrits d'une manière diffuse. I. *Statuts de la Réforme* de l'ordre de Prémontré. II. *Catéchisme des novices*. III. *L'optique des réguliers* de l'ordre des Augustins, etc. Il étoit docteur de Sorbonne.
LAIS, fameuse courtisane, née à Hyccara, ville de Sicile, fut transportée dans la Grèce, lorsque *Nicias*, général des Athéniens, ravagea sa patrie. Corinthe fut le premier théâtre de sa lubricité. Princes, grands orateurs, philosophes, tout courut à elle, ou pour admirer ses charmes, ou pour en jouir. Le célèbre *Démosthène* fit exprès le voyage de Corinthe; mais *Lais* lui ayant demandé environ 4000 livres de notre monnoie, il s'en retourna, en disant : *Je n'achète pas si cher un repentir*. Comme elle mettoit ses faveurs à un très-hant prix, peu de gens pouvoient y prétendre : c'est ce qui donna lieu au proverbe rapporté par *Horace*: *Non licet omnibus adire Corinthum*. Il n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe. Les attraits de cette courtisane n'eurent aucun pouvoir sur le cœur du philosophe *Vénérate*. N'ayant pu l'attirer chez elle, cette beauté alla chez lui; mais la philosophie l'emporta sur la conjoncture, *mais* avoit un goût décidé pour les philosophes. Le dégoûtant cynique *Diogène* ne lui déplut point, et en obtint tout ce qu'il voulut. *Aristippe*, autre philosophe, mais beaucoup plus amable que le cynique, dépense avec elle une partie de son patrimoine, et en fut moins aimé que *Lacène*. Comme on l'en railloit, il répondit : *Je ne pense pas que le vin et les poissons m'aiment ; cependant je m'en nourris avec beaucoup de plaisir*. Cette réponse vaut moins que celle qu'il fit à un autre de ses amis, qui lui reprochoit ce commerce : *Je possède Lais, mais elle ne me possède pas*. Cette femme badinoit quelquefois sur la foiblesse de ces gens qui prenoient le nom de sages : *Je ne sais ce qu'on entend*, disoit-elle, *par l'austérité des philosophes ; mais avec ce beau nom, ils ne sont pas moins souvent à ma porte que les autres Athéniens*. Capricieuse dans ses goûts, *Lais* ne sacrifia pas toujours à un vil intérêt. Le sculpteur *Myron* s'étant présenté chez elle, et en ayant été mal accueilli, crut qu'il devoit s'en prendre à ses cheveux blancs : il les teignit en brun, et ne fut pas mieux reçu. *Imbécille que vous êtes*, lui dit la courtisane, *vous venez me demander une chose qu'hier je refusai à votre père !* Après avoir corrompu une partie de la jeunesse de Corinthe, *Lais* passa en Thessalie pour y voir un jeune homme dont elle étoit amoureuse. On prétend que quelques femmes, jalouses de sa beauté, l'assassinèrent dans un temple de *Venus*, vers l'an 340 avant l'ère chrétienne. La Grèce lui éleva des monumens. — Il y eut encore une autre *LAL*, aussi fameuse que la précédente, que *Pausanias* dit être fille de *Damasandre*.
LAISNÉ, *Voyez* LAINEZ.
LAISNÉ ou LAINAS, (*Vincent*) prêtre de l'Oratoire de France, né à Lucques en 1633, professa avec distinction, et fit des *Conférences* sur l'Écriture-sainte, à Avignon, à Paris et à Aix. Elles furent si applaudies, que dans cette dernière ville on fut obligé de dresser des échafaudés dans l'église. Sa santé avoit toujours été fort délicate; on l'avoit envoyé à Aix pour la rétablir. Il y mourut le 28 mars 1677, à 45 ans. On a de lui: I. *Les Oraisons funèbres* du chancelier *Séguier* et du maréchal de *Choiseul*. Les louanges y sont mesurées, et les endroits délicats maniés avec adresse. Son éloquence est à la fois fleurie et chrétienne. Le père *Laisne* anroit été mis à côté des plus célèbres orateurs de sa congrégation, si ses infirmités ne l'avoient obligé de quitter la carrière brillante et pénible de la chaire. II. *Des Conférences sur le Concile de Trente*, imprimées à Lyon. III. *Des Conférences* manuscrites, en 4 vol. in-folio, sur l'Écriture-sainte. Un magistrat d'Aix les conserve dans sa bibliothèque.
LAITH ou LEITH, étoit un chaudronnier, qui éleva trois en- enfans, nommés *Jacob*, *Amrou* et *Ali*. Le père et les enfans, s'ennuyant de leur métier, voulurent porter les armes. *Leith* se mit donc en campagne avec ses trois enfans, et ayant ramassé quelques gens de fortune, dont il se fit le chef, il devint *capitaine de voleurs*. Il voleit pourtant en galant homme, car il ne dépouilloit jamais entièrement ceux qui tomboient entre ses mains, se contentant de partager avec eux ce qu'ils avoient. Il fut connu et estimé pour sa bravoure et pour celle de ses enfans, par *Darhan*, qui régnoit alors dans le Ségestan. Ce prince l'attira à sa cour, et découvrant tous les jours en lui d'excellentes qualités, il l'avança jusqu'aux premières charges de l'état: de sorte que *Laith*, finissant glorieusement sa vie, laissa en mourant à son fils *Jacob* l'espérance et les moyens de parvenir à quelque chose de plus grand. En effet, ce fut ce même *Jacob* qui fonda la dynastie des *Soffarides*.
LAIUS, fils de *Labdacus*, roi de Thèbes, et époux de *Jocaste*: *Voy*. CEDIPE.
LALA, native de la ville de Cysique dans l'Asie mineure, vint résider à Rome vers les derniers temps de la république, et s'y rendit célèbre par son adresse à sculpter l'ivoire et par les graces de son pinceau. Elle excelloit sur-tout à peindre les femmes, et surpassa *Sopyle* et *Denys*, deux peintres renommés qui furent ses contemporains. On croit qu'une statue de la galerie *Justiniani*, à Rome, la représente. I. LALANDE, (*Jacques de*) conseiller et professeur en droit à Orléans, naquit dans cette ville en 1622, et y mourut le 5 février 1703, à 81 ans. Il fut aussi regretté pour son savoir, que pour son zèle et son inclination bienfaisante, qui lui méritèrent le titre de père du peuple. Lorsque Philippe V passa par Orléans, pour aller prendre possession de la couronne d'Espagne, Lalande le complimenta à la tête de l'Université. L'orateur n'avoit aucun de ces dehors capables d'en imposer. Il étoit d'une petite taille, et d'une figure fort commune. On ne voyoit rien de noble et d'élevé dans son air, ni dans ses manières; et, pour surcroît de malheur, en récitant son discours, sa mémoire fut infidelle. Cependant, au travers de ces apparences rebutantes, son nom parla pour lui. On engagea le roi d'Espagne, fort jeune alors, à lui envoyer un gentilhomme, pour le prier de le venir voir, et de lui apporter ses ouvrages. Le vieillard tenoit sa Coutume sous son manteau. Le roi la feuilleta, lui dit bien des choses obligeantes, lui parla d'un autre ouvrage auquel il travailloit, et lui fit promettre qu'aussitot qu'il seroit imprimé, il lui en enverroit par la poste un exemplaire à Madrid. On a de lui : I. Un excellent Commentaire sur la Coutume d'Orléans, in-fol. 1677, et réimprimé en 1704, en 2 vol. La 1re édition est la meilleure. II. Traité du Ban et de l'arrière-Ban, in-4, 1674. III. Plusieurs autres Ouvrages de Droit, en latin.
II. LALANDE, (Michel Richard de) musicien François, né à Paris en 1657, mourut à Versailles le 8 janvier 1726, à 68 ans. Lalande fut placé enfant de chœur à St-Germain-l'Auxer- rois, par son père et sa mère dont il étoit le 15e enfant. Dès sa plus tendre jeunesse, il marqua sa passion pour la musique; il y passoit même les nuits. Sa voix étoit très-belle; il s'étoit appris à jouer de plusieurs sortes d'instrumens, dont il saisissoit tout d'un coup l'intelligence. A l'âge de puberté, ayant perdu, comme il arrive souvent, la voix, il s'appliqua au violon, et alla se présenter à Lulli pour jouer à l'opéra; mais Lulli l'ayant refusé, le jeune Lalande, de retour chez lui, bria son instrument, et y renonça pour toujours. Depuis il s'attacha à l'orgue et au clavecin, et se fit bientôt désirer dans plusieurs paroisses. Enfin, le duc de Noailles le choisit pour enseigner la musique à Mlle de Noailles, sa fille. Ce seigneur, qui ne laissa jamais échapper l'occasion de rendre témoignage au mérite, ayant trouvé le moment favorable de parler des talens de Lalande à Louis XIV, le fit avec tant de zèle, que le roi choisit ce musicien pour montrer à jouer du clavecin aux deux jeunes princesses ses filles, Mlles de Blois et de Nantes. Lalande eut, de plus, l'avantage de composer de petites musiques François par l'ordre, et quelquefois même en présence de sa majesté. Ce célèbre musicien plut si fort à Louis XIV, qu'il fut comblé de ses bienfaits. Il obtint, successivement, les deux charges de maître de musique de la Chambre, les deux de compositeur, celle de surintendant de la musique, et les quatre charges de maître de la Chapelle. Les motets qu'il a fait exécuter devant Louis XIV et Louis XV, toujours avec beaucoup de succès. et d'applaudissement, ont été recueillis en 2 vol. in-fol. On admire sur-tout le Cantate, le Dixit, le Miserere. Il est auteur de la musique de l'opéra de Mélicerie, et du ballet des Elmens. I. LALANE, (Pierre) Parisien, fils d'un garde-rolé du conseil privé, n'est d'autre passion que la littérature et la poésie. On ne connaît guère cependant de lui que trois poésies en vers français, la 1$^{re}$, en stances champêtres à son ami Ménage, est la meilleure : les deux autres, qui sont des Stances et une espèce d'Églogue, roulent sur la mort de sa femme Marie Glatille des Roches, qui étoit très-belle, et qui mourut après cinq ans de mariage. Elles se trouvent toutes trois dans le tome 4 du Recueil des plus belles Pièces des Poésies François, par Mlle d'Aunoi. L'amour a souvent inspiré des poètes, et leur a dicté des vers fort passionnés pour leurs maîtresses; mais on n'en a guère vus faire de leurs femmes le sujet de leurs poésies, et pleurer leur mort en vers. Ceux de Lalane marquent plutôt un homme sensible, qu'un bon poète. Il mourut vers 1661. Ses poésies ont été recueillies en 1759, in-12, avec celles de Montplaisir. Ménage lui fit cette épitaphe; Conjugis erepta tristi qui tristior Orpheo Fiebilibus cecinis funera acerba modis ; Proh dolor ! ille tener tenerorum serip- tor amorum , Conditus hoc tumulo marmore Lalanius. Plus qu'Orphée adorant une épouse plus belle, Plus qu'Orphée accablé de sa perte cruelle, Celui qui sur un luth inondé de ses pleurs, Modula ses vives douleurs, Le chantre fortuné des amours les plus tendres, Sous ce marbre où ma main a gravé ses malheurs, Lalane, hélas ! n'est plus qu'un peu de cendres.
II. LALANE, (Noël de) fameux docteur de Sorbonne, du collège de Navarre, et abbé de Notre-Dame-de-Valcroissant, naquit à Paris de parens nobles. Il fut le chef des députés à Rome pour l'affaire de Jansénius, à la défense duquel il travailla toute sa vie. On lui attribue plus de quarante ouvrages différens sur ces matières, dont on a parlé trop long-temps. Les principaux sont : I. *De initio piæ voluntatis*, 1650, in-12. II. *La Grace victorieuse*, in-4$^{o}$, sous le nom de Beaulieu : la plus ample édition est de 1666. III. *Conformité de Jansénius avec les Thomistes, sur le sujet des Cinq Propositions*. IV. *Vindiciæ sancti Thomæ circa Gratiam sufficientem*, contre le P. Nicolai, Cordelier, avec Arnauld et Nicole... Lalane mourut en 1673, à 55 ans, avec la réputation d'un homme pieux et savant.
LALAURE, (Claude-Nicolas) avocat au parlement de Paris sa patrie, né le 22 janvier 1722, mort le 10 septembre 1781, exerça sa profession avec autant d'honnêteté que d'intégrité. Nous avons de lui : I. *Traité des servitudes réelles à l'usage de tous les parlements du royaume*, 1761, in-4$^{o}$. Ce n'est que la première partie d'un ouvrage, dont la seconde est en manuscrit entre les mains de sa famille. II. Nouvelle édition du Recueil d'Arrets de Bardet, 1773, 2 vol. in-fol. avec des notes savantes et instructives. I. LALLEMANT, (Louis) Jésuite, né à Châlons-sur-Marne, mort recteur à Bourges le 5 avril 1635, est auteur d'un Recueil de Maximes, qu'on trouve à la fin de sa Vie, publiée en 1694, in-12, par le P. Champion.
II. LALLEMANT, (Jacques-Philippe) Jésuite, né à Saint-Valery-sur-Somme, mourut à Paris en 1748, dans un âge avancé. Il étoit un des plus zélés défenseurs de la Constitution Unigenitas, et il se donna, pour cette dispute sacrée, tous les mouvemens qu'on se donne dans une querelle profane. Il étoit du conseil du P. Tellier, et membre de ce que les Jansénistes appeloient la Cabale des Normands. On a de lui : I. Le véritable Esprit des disciples de St. Augustin, 1705 et 1707, 4 vol. in-12 : tableau vrai, à certains égards, quoique peint par la passion. II. Une Paraphrase des Pseumes, en prose, à Paris, 1710, in-12, et qui met dans un assez beau jour ces sublimes cantiques. « Elle est, dit Fléchier, non-seulement pure dans les expressions, mais encore exacte et fidelle dans le sens, et dans l'application du texte. L'auteur, pour la rendre plus utile, a cru qu'il devoit la rendre plus intelligible. Il a cherché un milieu entre la paraphrase trop libre et la version trop resserrée : il lie ce qui sembloit être détaché, il éclaircit ce qui paroît obscur, il donne quelque goût à ce qui eût été trop sec. Ces additions, courtes et judicieuses ne défigurent et n'altèrent rien. Il exprime le sens et les sentimens ; il joint l'esprit à la lettre, l'onction à l'intelligence. Ce qu'il ajoute à l'origi- nal, ne change rien à ce qu'il y trouve ; et ce qu'il y met du sien, il semble qu'il l'ait pris dans l'esprit et dans le cœur du Roi-Prophète. » III. Un Nouveau Testament, 12 vol. in-12, qu'il opposa à celui de Quesnel, et qui eut moins de succès. Ce n'est pas que sa diction ne soit correcte et élégante ; mais Quesnel a plus d'énergie et un ton plus pénétrant. Les notes que le Père Lallemant a mises à la fin de chaque chapitre, sont très-utiles pour l'intelligence du sens littéral. IV. Plusieurs Ouvrages sur les querelles du temps. Nous nous dispensons d'en donner la liste : tout ce qui respire l'esprit de parti, ne mérite que l'oubli.
III. LALLEMANT, (Pierre) chanoine régulier de Sainte-Geneviève, natif de Rheims, n'embrassa cet état qu'à l'âge de 33 ans. La chaire, la direction et les œuvres de piété remplirent le cours de sa vie. Il la termina par une mort sainte, le 18 février 1673, à 51 ans, après avoir été chancelier de l'université. Nous avons de lui : I. Le Testament spirituel, in-12. II. Les saints desies de la Mort, in-12. III. La mort des Justes, in-12. Ces trois ouvrages sont entre les mains de toutes les personnes pieuses. IV. Abrégé de la vie de Ste Geneviève, in-8° : elle manque de critique. V. Eloge funèbre de Pompone de Bellièvre, in-4°
IV. LALLEMANT, (Richard) juge-consul et imprimeur à Rouen, honora sa profession par ses connaissances. On lui doit : I. Une Bibliothèque, instructive et curieuse des Theuraticographes, ou des auteurs qui ont écrit sur la chasse. Elle est imprimée à la tête de l'Ecole de la Chasse, par Verrier de la Conterie; Rouen, 1763, in-8°, avec figures. II. Le petit Apparat, 1760, in-8°. III. Dictionarium universale latine-gallicum, 1775, 1788, in-8°. Ces deux Dictionnaires classiques ont été adoptés dans la plupart des maisons d'éducation. Lallemant est mort dans ces derniers temps. I. LALLI, (Jean-Baptiste) Lallius, fut employé par le duc de Parme et par le pape au gouvernement de différentes villes, et mourut à Norsia dans l'Ombrie, sa patrie, en 1637, à 64 ans. On a de lui, plusieurs poèmes Italiens. I. Domiziano moschida, in-12. II. Il mal Francese, in-12. III. La Gierusalemme desolata, in-12. IV. L'Eneide travestita, in-12. V. Un volume de Poésies diverses, 1638, in-12. Lalli étoit jurisconsulte et politique: comme il ne fit des vers que pour se distraire de ses occupations, il cultiva la poésie burlesque. Sa parodie de l'Eneide vaut mieux que celle de Scarron. En général, les plaisanteries y sont bien amenées, et la versification en est coulante. Le style est à la vérité très-négligé; mais l'auteur ne mit que peu de temps et peu de soins à cet ouvrage. Dans ses autres poésies légères, s'il a la même négligence; il a aussi la même gaieté et le même naturel. Son poème sur la destruction de Jérusalem, est d'une diction plus élevée, et prouve que Lalli auroit pu être un poète au-dessus du médiocre, si des travaux plus importants lui avoient permis de se consacrer tout entier aux Muses.
II. LALLI, (Thomas-Arthur comte de) lieutenant général des armées, grand-croix de l'ordre militaire de Saint-Louis, étoit un gentilhomme Irlandais, dont les ancêtres suivirent la fortune de Jacques II, roi d'Angleterre, lorsqu'il chercha un asile en France. Il se distingua de bonne heure par des actions de valeur. Il se signala sur-tout à la bataille de Fontenoi, sous les yeux de Louis XV, qui le fit brigadier sur le champ de bataille. L'année suivante, 1746, Lalli donna un plan de descente en Angleterre; et si le prince Edouard n'eût point été battu à Culloden, on devoit lui confier, sous le commandement du maréchal de Richelieu, une partie de l'armée de débarquement. Lorsque les Anglois eurent allumé la guerre en 1755, sa bravoure fit juger qu'il seroit propre à rétablir nos affaires dans les Indes orientales. Il fut nommé, en décembre 1756, gouverneur des possessions Françoises, dans cette partie du monde, quoiqu'il ne joignit pas à son courage la prudence, la modération et le désintéressement, nécessaires dans des pays éloignés et dans des temps difficiles. Il partit du port de l'Orient, le 2 mai, et arriva à Pondichery, le 28 avril 1758. Il s'empara d'abord de Gondelour et de Saint-David; mais il échoua devant Madrass, et, après la perte d'une bataille, il fut obligé de se retirer sous Pondichery, que les Anglois bloquèrent et prirent, le 16 janvier 1761. Sa garnison fut faite prisonnière de guerre, et la place rasée. Alors tout se réunit contre le gouverneur de Pondichery: les habitans de la ville, les officiers de ses troupes, les employés de la compagnie des Indes. Il avoit indisposé tous les esprits par son humeur violente et hautaine, et par les propos les plus outra- geans. On l'accusa même hautement d'avoir, par des fausses mesures et par des manœuvres secrètes, exposé Pondichery à être plutôt livré aux ennemis de la France. Mais il est probable que s'il eût été d'intelligence avec les Anglois, il seroit resté parmi eux. Les Anglois, d'ailleurs, dit *Voltaire*, ne sont pas absurdes; et c'eût été l'être, que d'acheter une place affamée, qu'ils étoient sûrs de prendre, étant maîtres de la terre et de la mer. On peut ajouter que *Lalli* étant Jacobite, étoit pénétré de la haine la plus forte pour la nation Angloise; et qu'il avoit écrit, en arrivant dans l'Inde, à M. de Bussi: « Ma politique est dans ces cinq mots: *Plus d'Anglois dans la péninsule.* » Quoi qu'il en soit, les vainqueurs le firent conduire à Madrass, le 18 Janvier, pour le soustraire à la colère des officiers François. Arrivé en Angleterre, le 23 septembre suivant, il obtint, le 21 octobre, la permission de revenir en France. Le consul de Pondichery, et le cri général, l'accusoient de concussion, et d'avoir abusé du pouvoir que le roi lui avoit confié: il fut renfermé à la Bastille, en novembre 1762. Lui-même avoit offert de s'y rendre. Il avoit écrit au duc de *Choiseul*: *J'apporte ici ma tête et mon innocence; j'attends vos ordres.* Le parlement fut chargé de lui faire son procès, et il fut condamné, le 6 mai 1766, à être décapité, comme *duement atteint d'avoir trahi les intérêts du Roi, de l'État et de la compagnie des Indes, d'abus d'autorité, vexations et exactions.* L'avocat général *Séguier* n'avoit pas été, dit-on, de l'avis du rapporteur *Pasquier*, magistrat sévère et dur. Il étoit si persuadé de l'innocence du comte, qu'il s'en expliquoit hautement devant les juges et dans les sociétés de Paris. *Pellot*, juge appliqué et d'un grand sens, pensoit que si *Lalli* ne devoit pas être absous de toutes les accusations intentées contre lui, du moins il ne méritoit pas une peine capitale. Quoi qu'il en soit de l'opinion de quelques magistrats, l'arrêt fut exécuté, et ce lieutenant général finit sa vie sur un échafaud, à l'âge de 68 ans, victime de son ambition, qui lui fit désirer d'aller aux Indes, pour mériter le bâton de maréchal de France, et qui ne lui procura qu'une mort malheureuse. Mais, en vertu d'un arrêt du conseil du 21 avril 1777, obtenu par M. le comte de *Lalli* fils, le conseil, sur le rapport de M. *Lambert*, maître des requêtes, et conseiller d'état, et après 32 séances des commissaires, a cassé, le 25 mai 1778, l'arrêt du parlement, prononcé contre le comte de *Lalli* père. Le fond de l'affaire avoit été renvoyé au parlement de Dijon qui, au lieu de réhabiliter la mémoire du comte de *Lalli*, a confirmé, le 23 août 1783, le jugement du parlement de Paris. Cependant, ce général a été mieux défendu après sa mort qu'il ne s'étoit défendu lui-même. Dans sa prison, il n'avoit eu d'autres secours que sa plume. On lui avoit permis d'écrire, et il s'étoit servi de cette permission pour son malheur. Ses *Mémoires* irritèrent ses anciens ennemis, et lui en firent de nouveaux. Se rendant à lui-même le témoignage qu'il avoit toujours fait rigoureusement son devoir, il se livra par écrit aux mêmes emportemens qu'il avoit eus souvent dans ses discours. Il étoit difficile que, parmi la multitude d'adversaires qu'il avoit, tous fussent assez généreux pour oublier ses fautes et pour ne se souvenir que de ses malheurs. « L'homme qui a juge le plus rigoureusement Lalli, dit l'auteur de la Vie privée de Louis XV, est celui qui a osé le défendre le premier par écrit; c'est ce Voltaire, dont on cite avec complaisance ce mot: Lalli est un homme, disoit-il, sur lequel tout le monde avoit le droit de mettre la main, excepté le barreau. M. l'abbé Duvernet a nié que Voltaire ait jamais tenu un pareil propos. Il y a pourtant quelque chose d'approchant dans ses fragments sur quelques revolutions dans l'Inde, article 19. » Trois jours après la mort de Lalli, un homme très-respectable ayant demandé à un des principaux juges sur quel délit avoit porté l'arrêt: Il n'y a point de délit particulier, répondit ce juge, c'est sur l'ensemble de sa conduite qu'on a assis le jugement. « Cela étoit vrai, ajoute Voltaire; mais cent incongruités dans la conduite d'un homme en place, cent défauts dans le caractère, cent traits de mauvaise humeur, ne composent pas un crime digne du dernier supplice. S'il étoit permis de se battre contre son général, il méritoit peut-être de mourir de la main des officiers outragés par lui, mais non du glaive de la justice. » I. LALLOUETTE, (Ambroise) chanoine de Sainte-Opportune à Paris, sa patrie, mort dans cette ville, le 9 mai 1724, à 71 ans, s'appliqua avec succès à la direction et aux missions; pour la réunion des Protestans à l'Église Romaine. On lui doit: I. des Traités sur la Présence réelle, sur la Communion sous une espèce, réunis en un volume in-12. II. L'Histoire des Traductions Françoises de l'Écriture-sainte, 1692, in-12. L'auteur parle des changements que les Protestans y ont faits en différens temps, et entre dans des détails curieux, mais quelquefois inexacts. III. La Vie d'Antoinette de GOND, supérieure générale du Calvaire, in-12. IV. La Vie du Cardinal LE CAMUS, Evêque de Grenoble, in-12. V. L'Histoire et l'Abrégé des Ouvrages Latins, Italiens et François, pour et contre la Comédie et l'Opéra, in-12. Il n'est pas sûr que ce recueil curieux soit de lui; mais on le lui attribue assez communément.
II. LALLOUETTE, (Jean-François) musicien François, disciple de Lalli, mort à Paris en 1728, à 75 ans, obtint successivement la place de maître de musique de l'église de Saint-Germain-l'Aixerrois, et de celle de Notre-Dame. Il a composé plusieurs Motets à grand chœur, qui ont été fort applaudis; mais on n'a gravé de ses ouvrages que quelques Motets pour les principales fêtes de l'année, à une, deux et trois voix, avec la basse continue. Son Miserère, surtout, est très-estimé.
LAMARE, Voy. MARE.
LAMBALLE, (Marie-Thérèse-Louise de SAVOIE CARIGNAN, princesse de) naquit à Turin, le 8 septembre 1749, et fut mariée au duc de Bourbon-Penthièvre, dont elle resta veuve dans la fleur de la jeunesse et de la beauté. Nommée surintendant de la maison de la reine de France, elle s'unit à *Marie - Autoinette* par la plus intime amitié. Avertie par cette dernière, de sa fuite à Varennes, *Mad. de Lamballe* gagna promptement Dieppe, d'où elle passa en Angleterre. Elle y eût vécu considérée et heureuse, si le désir de revoir la reine et de partager son sort, ne l'eût rappelée près d'elle. *Mad. de Lamballe* suivit son amie dans sa prison au Temple, et y fut renfermée jusqu'à ce que la commune de Paris, irritée de son attachement, la fit arracher de ce triste lieu, pour la transférer à la Force. Le 3 septembre 1792, on la fit lever de grand matin pour la conduire à la porte de cette prison, où elle trouva des bourreaux. Ceux-ci lui ayant fait quelques questions sur la reine, elle leur dit : « Je n'ai rien à répondre; mourir plutôt ou plus tard m'est devenu indifférent, et je suis toute préparée. » Aussitôt, trainée dans les cours, au milieu de plusieurs cadavres, elle fut égorgée. « Le sincère attachement de *Mad. de Lamballe* pour la reine, dit l'auteur du *Nouveau Tableau de Paris*, fut son seul crime. Au milieu de nos agitations, elle n'avoit joué aucun rôle; rien ne pouvoit la rendre suspecte aux yeux du peuple dont elle n'étoit connue que par des actes multipliés de bienfaisance. Les écrivains les plus féroces, les déclamateurs les plus fougueux, ne l'avoient jamais attaquée dans leurs feuilles. Le 3 septembre, on l'appelle au greffe de la Force; elle comparoit devant le sanglant tribunal. A l'aspect des bourreaux, couverts de sang, il falloit un courage surnaturel pour ne pas succomber; plusieurs voix s'étevent de la foule et demandent sa grace. Un instant indécis, les assassins s'arrêtent; mais, bientôt frappée de plusieurs coups de sabre, elle tombe baignée dans son sang, et elle expire. Aussitôt on lui coupe la tête, les mamelles; son corps est ouvert; on en arrache le cœur; sa tête est ensuite portée au haut d'une pique; à quelque distance on traînait son corps. Les tigres qui venoient de la déchirer, se donnèrent le barbare plaisir d'aller montrer sa tête et son cœur à *Louis XVI*, à la reine et à sa famille. « *Mad. de Lamballe*, belle, douce, obligeante, modérée au sein de la faveur, ne demanda jamais rien pour elle-même. Son nom est resté sans tache; les libelles révolutionnaires le respectèrent. On osa l'assassiner; on n'osa pas flétrir sa mémoire.
LAMBÉCIUS, (Pierre) né à Hambourg en 1628, fit des progrès si rapides dans la littérature, qu'à l'âge de 19 ans, il publia ses savantes *Remarques* sur *Aulu-Gelle*. Des voyages dans les différentes contrées de l'Europe, répandirent son nom, et augmentèrent ses connaissances. De retour à Hambourg, il fut nommé, en 1652, professeur d'histoire, et, en 1664, recteur du collège. Deux ans après, il épousa une femme riche, mais vieille, acacuitée et avare. Ne pouvant plus vivre avec cette furie, il passa à Rome, et y fut bien accueilli. Le pape *Alexandre VII* et la reine *Christine*, lui firent un sort heureux. Il oublia aisément sa patrie, où l'envie, après avoir critiqué ses études et ses ouvrages, l'avoit accusé d'être hérétique et même athée. « L'accueil de *Christine*, dit d'*Allembert*, consola *Lambé*, cius des persécutions qu'il avoit essuyées de la part des théologiens Protestans. Ces persécutions étoient allées au point qu'il s'étoit fait Catholique pour se justifier de l'athéisme dont on l'accusoit, c'est-à-dire qu'il changea de religion pour prouver qu'il en avoit une. » *Lamecius* devint ensuite bibliothécaire de l'empereur, et mourut dans ce poste à Vienne en 1680, à 52 ans. Les ouvrages qui honorent sa mémoire, sont: I. *Origines Hamburgenses ab anno 808, ad annum 1292, 2 vol. in-4°, 1652 et 1661; et 2 vol. in-fol. 1706 et 1710: ouvrage chargé d'érudition. Il y a de la fidélité et de l'exactitude, à l'exception de quelques endroits où son amour pour sa patrie l'a induit en erreur.* II. *Animadversiones ad Godini Origines Constantinopolitanas, trer-savantes; Paris, 1655, in-fol. III. Commentariorum de Bibliotheca Cæsarea-Vindobonensi libri VIII, en 8 vol. in-fol. L'auteur n'est pas toujours exact dans cet ouvrage, plein de beaucoup de choses inutiles, et d'autres qui sont curieuses et singulières. Il faut joindre à cet ouvrage, le supplément de *Daniel Nesselus, 1690, 2 vol. in-fol. IV. Prodromus Historiæ litterariæ, et Iter Cellense: ouvrage posthume, publié à Leipzig en 1710, in-fol. par le savant Jean-Albert Fabricius. L'ambécius veuvoit donner une histoire littéraire complète; mais ce qu'il en a fait, est la partie la plus stérile. Il ne s'étend que depuis Adam, jusqu'au 13e siècle avant J. C.: il s'est contenté de donner le projet du reste de l'ouvrage. Struce contoit que *Lambécius* fût en état de composer une bonne histoire littéraire, quoiqu'il fût sa- vant et laborieux; mais son style étoit diffus: il accabloit son lecteur par ses digressions, et il avoit plus d'esprit que de jugement et de goût. Quant à son *Iter Cellense*, qu'on avoit imprimé séparément, et qu'on a joint dans cette édition; c'est un journal du pèlerinage que l'empereur *Leopold* fit, en 1665, au monastère de Marien-Kell, dans la haute Stirie. Le rédacteur y a rassemblé des observations propres à enrichir l'histoire littéraire. I. LAMBERT, empereur ou roi d'Italie, étoit fils de *Gui* duc de Spolète, auquel il succéda en 894. Deux ans après, il s'accommoda avec *Bérenger*, son compétiteur, et mourut peu de temps après d'une chute de cheval qu'il fit à la chasse. D'autres historiens disent qu'il fut tué à la chasse, par *Hugues* comte de Milan. Mais nous préférons avec *Hardion*, le premier récit. Ce prince avoit donné de belles espérances.
II. LAMBERT, (Saint) évêque de Maestricht sa patrie, fut chassé de son siège après la mort de *Childerie*, par le barbare *Ebroin*, qui mourut sept ans après. *Lambert* rétabli sur le trône épiscopal, convertit un grand nombre d'infidelles, adoucit leur férocité, et fut tué le 17 septembre 709, selon les Bollandistes, par *Dodon*, qui se vengea sur lui d'un meurtre commis par deux neveux du saint évêque. Son martyre arriva à Liège, qui n'étoit qu'un petit village, et qui devint par cet événement une ville considérable, la dévotion des fidelles y ayant attiré beaucoup de peuples. — Il y a eu deux autres saints de ce Rôm, l'un archevêque de Lyon, mort en 688; l'autre, évêque de Vence en 1114.
III. LAMBERT DE SCHAWEMBOURG, ou, selon d'autres, d'Aschaffembourg, célèbre Bénédicte de l'abbaye d'Hirchfelden en 1058, entreprit le voyage de Jérusalem. De retour en Europe, il composa une Chronique depuis Adam jusqu'en 1077. Cette Chronique n'est qu'un mauvais abrégé jusqu'à l'an 1050; mais depuis 1050 jusqu'en 1077, c'est une histoire d'Allemagne, d'une juste étendue. Ce monument fut imprimé à Basle, en 1669, in-folio, avec celui de Conrad de Liechtman, et dans le premier volume des Ecrivains d'Allemagne de Pistorius. Un moine d'Erfurt en a donné une Continuation jusqu'à l'an 1472, assez bonne, mais confuse. Cette Continuation se trouve aussi dans le Recueil de Pistorius.
IV. LAMBERT, évêque d'Arras, né à Guines, se distingua tellement par la prédication pendant qu'il étoit chanoine de Lille, que les Artésiens désirant séparer leur église de celle de Cambrai, à laquelle elle étoit unie depuis cinq cents ans, l'éluant pour évêque en 1092. Urbain II confirma cette élection; et sacra le nouvel évêque à Rome, malgré les oppositions des Cambraisiens. Lambert assista à quelques conciles, et mourut en 1115. Il fut enterré dans sa cathédrale, où on lui mit une Epitaphe, qui annonce: «Que la Ste Vierge étoit apparue à Lambert et à deux jongleurs, et qu'elle avoit donné à l'évêque un cierge qui avoit la vertu de guérir du mal des Ardens, si fort commun en France.» On a dans le Miscellanea de Belize un Recueil de chartes et de lettres qui concernent l'évêché d'Arras, attribuées à Lambert. V. LAMBERT, (François) Cordelier d'Avignon sa patrie, né en 1487, quitta son couvent pour prêcher le lutheranisme, et sur-tout pour avoir une femme. Luther en fit son apôtre dans la Suisse et en Allemagne, et lui procura la place de premier professeur de théologie à Marburg. Il y mourut de la peste en 1538, à 21 ans, avec la réputation d'un homme zélé pour la secte qu'il avoit embrassée. Il affectoit un air devot, et decrioit impitoyablement les catholiques, pour se faire valoir auprès des Inthériens. On a de lui: I. Deux Ecris, l'un pour justifier son apostasie, et l'autre pour décrier son ordre; 1523, in-8.º Le premier a été reimprimé avec plusieurs de ses Lettres, et de ses Questions théologiques, dans les Aménitates litterariae de Schelhorn. II. Des Commentaires sur St. Luc, sur le Mariage, sur le Cantique des Cantiques, sur les petits Trophées, et sur l'Apocalypse, in-8.º III. Un Traité de la vocation, in-8.º IV. Un autre Traité renfermant plusieurs discussions théologiques, sous le titre assez juste de Farragh, in-8.º Ce moine apostat se déguisa long-temps sous le nom de Johannes Serranus, Jean de Serres. Ses écrits sont aussi remplis d'emportement que vides de raison.
VI. LAMBERT, surnommé le Bègue à cause de la difficulté de sa prononciation, mourut l'an 1177, à son retour de Rome, où Raoul évêque de Liège l'avoit envoyé. Ce fut lui qui ins- titua les *Béguines* des Pays-Bas; établissement qui étoit fort répandu dans ces provinces, et qui étoit de la plus grande utilité à la religion et à la société. Il assura des moyens de vertu et de subsistance à une multitude de filles, sans leur ôter la liberté de rentrer dans le siècle. Plusieurs auteurs attribuent l'institution des *Béguines* à *Sainte-Pézie*, mais ce sentiment est moins fondé.
VII. LAMBERT, (N°) poète dramatique, a donné au théâtre françois; les *Sœurs Jolouses*, la *Magie sans Magie*; le *Bien perdu et recouvré*; les *Rumours*, comédies qui furent représentées en 1658 et 1660, et eurent quelques succès dans leur nouveauté.
VIII. LAMBERT, (Anne-Thérèse de *Marguerite de Courcelles*, marquise de) naquit à Paris d'un maître des comptes. Elle perdit son père à l'âge de trois ans. Sa mère épousa en secondes noces le facile et ingénieux *Bachamont*, qui se fit un devoir et un amusement de cultiver les heureuses dispositions qu'il découvrit dans sa belle-fille. Cette aimable enfant s'accoutuma dès-lors à faire de petits extraits de ses lectures. Elle forma peu à peu un trésor littéraire, propre à assaisonner ses plaisirs et à la consoler dans ses peines. Après la mort de son mari, *Henri Lambert*, marquis de Saint-Bris, qu'elle avoit épousé en 1666, et qu'elle perdit en 1688: elle essuya de longs et cruels procès, où il s'agissoit de toute sa fortune. Elle les conduisit et les termina avec toute la capacité d'une personne qui n'auroit point en d'autre talent. Libre enfin et maîtresse d'un bien considérable qu'elle avoit presque conquis, elle établit dans Paris une maison où il étoit honorable d'être reçu: c'étoit la seule, à un petit nombre d'exceptions près, qui se fût préservée de la maladie épidémique du jeu, et où l'on se rassemblât pour parler raisonnablement. Aussi les gens frivoles lançoient, quand ils pouvoient, quelques traits malins contre la maison de *Mad. de Lambert*, qui, très-déli até sur les discours et sur l'opinion du public, craignoit quelquefois de donner trop à son goût. Elle avoit le soin de se rassurer, en faisant réflexion que dans cette même maison, si accusée d'esprit, elle y faisoit une dépense très-noble, et y recevoit beaucoup plus de gens du monde et de condition, que de gens illustres dans les lettres. Les qualités de l'âme surpassoient encore en elle les qualités de l'esprit. Elle étoit née courageuse, peu susceptible d'aucune crainte, si ce n'étoit sur la gloire; incapable d'être arrêtée par les obstacles dans une entreprise nécessaire ou vertueuse. « Elle n'étoit pas seulement ardente, dit *Fontenelle*, à servir ses amis, sans attendre leurs prières, ni l'exposition humiliante de leurs besoins; mais une bonne action à faire, même en faveur des personnes indifférentes, la tentoit toujours vivement, et il falloit que les circonstances fussent bien contraires, si elle n'y succomboit pas. Quelques mauvais succès de ses générosités ne l'avoient point corrigée, et elle étoit toujours également prête à hasarder de faire le bien. Elle fut fort infirme pendant tout le cours de sa vie. Ses dernières années furent accablées de souffrances, pour lesquelles son courage naturel n'eût pas suffi sans le secours de toute sa religion. » Cette dame illustre mourut le 12 juillet 1733, à 86 ans. Ses ouvrages ont été réunis en deux vol. in-12. Elle les avoit lus à quelques amis, quoiqu'elle ne les destinât pas à voir le grand jour; mais en croyant n'écrire que pour soi, dit Fon- tenelle, on écrit aussi un peu pour les autres sans s'en douter. Les productions de Mad. de Lam- bert se répandirent en manuscrit, et devinrent bientôt publiques. Les principales sont : I. Les Avis d'une mère à son fils, et d'une mère à sa fille. Ce ne sont point des leçons sèches, qui sentent l'autorité d'une mère; ce sont des préceptes donnés par une amie, et qui partent du cœur. C'est une philosophie aimable, qui sème de fleurs la route dans laquelle elle veut faire marcher ses disciples; qui s'attache moins aux frivoles définitions des ver- tus, qu'à les inspirer en les fai- sant connoître par leurs agré- mens. Tout ce qu'elle prescrit, porte l'empreinte d'une ame noble et délicate, qui possède sans faste et sans effort les qualités qu'elle exige dans les autres. On sent par-tout cette chaleur du cœur, qui seule donne le prix aux pro- ductions de l'esprit. II. Nouvelles Réflexions sur les femmes, ou Métaphysique d'amour: elles sont pleines d'imagination, de finesse et d'agrément. III. Traité de l'A- mitié. L'ingénieuse auteur peint les avantages, les charmes, les devoirs de ce sentiment, avec autant de vérité que de délica- tesse, et montre qu'elle étoit digne de le ressentir. IV. Traité de la Vieillesse, non moins es- timé que celui de l'Amitié. V. La Femme hermite, petit roman ex- trêmement touchant. VI. Des morceaux détachés de Morale ou de Littérature. C'est par-tout le même esprit, le même goût, la même nuance. Il y a quelque- fois, mais rarement, du pré- cieux; il est difficile de n'y pas tomber, quand on a de la fi- nesse dans l'esprit, de la déli- catesse dans le cœur, et qu'on affecte de pousser loin ces qua- lités.
IX. LAMBERT, Hollandois, capitaine de vaisseau, s'est rendu célèbre dans le 17e siècle par une action des plus hardies qui se soient passées sur mer. En 1624, les états de Hollande ayant armé six vaisseaux contre les Al- gériens, en donnèrent le com- mandement à ce brave homme, qui s'empara d'abord de deux vais- seaux corsaires, et mit cent vingt- cinq pirates à la chaîne. Après cette première expédition, il alla mouiller devant Alger avec son escadre de six vaisseaux; et étant à portée du canon de cette ville, il fit arborer l'étendard rouge en signe de guerre. Cette hardiesse surprit ceux d'Alger; mais le ca- pitaine Lambert voyant qu'on dif- feroit trop long-temps à lui ren- dre les esclaves qu'il avoit deman- dés, fit lier dos à dos une partie des Turcs et des Maures qu'il avoit dans ses vaisseaux, les fit jeter à la mer, et fit pendre les autres aux antennes, à la vue des Algériens, qui regardoient en frémissant cette sanglante exé- cution. Il fit faire ensuite une décharge contre la ville; et ayant levé l'ancre, fit voile pour s'en retourner. Sur la route il eut une seconde rencontre de deux vais- seaux d'Alger; s'en étant encore rendu maître, il revint avec sa proie devant cette ville, et con- traignit enfin ces corsaires de rendre tous les esclaves Hollandois qu'ils avoient en leur puissance, en échange de ceux qu'il tenoit dans ses vaisseaux. Comblé de gloire, et accompagné de ses compatriotes qu'il avoit tirés d'esclavage, il aborda heureusement en Hollande, où sa valeur reçut les applaudissemens qui lui étoient dus. X. LAMBERT, (Joseph) fils d'un maître des comptes, naquit à Paris en 1654, prit le bonnet de docteur de Sorbonne, et obtint le prieuré de Palaiseau près Paris. L'église de Saint-André-des-Arcs, sa paroisse, retentit long-temps de sa voix douce et éloquente. Il eut le bonheur de convertir plusieurs Calvinistes et plusieurs pécheurs endurcis. Sa charité pour les pauvres alloit jusqu'à l'héroïsme. Ils perdirent le plus tendre des pères, le plus sage consolateur et le plus généreux protecteur, lorsque la mort le leur enleva le 31 janvier 1722, à 68 ans. Ce fut à la requisition de ce saint homme, que la Sorbonne fit une déclaration qui rend nulles les thèses de ceux qui s'y seroient nommés titulaires de plusieurs bénéfices. On a de lui : I. L'Année Evangélique, ou Homélies, en 7 vol. in-12. Son éloquence est véritablement chrétienne, simple et touchante. Tous ses ouvrages sont marqués au même coin, et l'on ne peut trop les recommander à ceux qui sont obligés par état à instruire le peuple. Si le style en est négligé, on doit faire attention qu'il écrivoit pour l'instruction des gens de la campagne, et non pour les courti-sans. II. Des Conférences en deux vol. in-12, sous le titre de Die- cours sur la vie Ecclésiastique. III. Epîtres et Evangiles de l'année, avec des réflexions, chez Muguet, en 1713, in-12. IV. Les Ordinations des Saints, in-12. V. La Manière de bien instruire les pauvres, in-12. VI. Histoires choisies de l'ancien et du nouveau Testament : recueil utile aux Catéchistes, chez Lottin, in-12. VII. Le Chrétien instruit des Mystères de la Religion et des vérités de la Morale. VIII. Instructions courtes et familières pour tous les Dimanches et principales Fêtes de l'année, en faveur des Pauvres, et particulièrement des gens de la Campagne, in-12. IX. Deux Lettres sur la pluralité des Bénéfices, contre l'abbé Boileau. X. Instructions sur les Commandemens de Dieu, en faveur des pauvres et des gens de la Campagne, en 2 vol. in-12. XI. Instructions sur le Symbole, 2 vol. in-12.
XI. LAMBERT, (Michel) musicien François, né en 1610 à Vivone, petite ville du Poitou, mort à Paris en 1666, à 86 ans, excelloit à jouer du luth, et marieit, avec beaucoup d'art et de goût, les accens de sa voix aux sons de l'instrument. Il fut pourvu d'une charge de maître de musique de la chambre du roi. Les personnes de la première distinction apprenoient de lui le bon goût du chant, et s'assembloient même dans sa maison, où ce musicien tenoit, en quelque sorte, une académie. Lambert est regardé comme le premier en France, qui ait fait sentir les vraies beautés de la musique vocale, les graces et la justesse de l'expression. Il sut aussi faire valoir la légèreté de la voix, et les agrémens d'un organe organe flexible, en doublant la plupart de ses airs, et les ornant de passages vifs et brillans. Lambert a fait quelques petits Motets, et a mis en musique des Legons de Ténèbres. On a encore de lui, un Recueil contenant plusieurs Airs à une, deux, trois et quatre parties, avec la basse continue. Un de ces airs qui a régné long-temps, étoit sur ces paroles admirées alors, et qu'on trouveroit maintenant très-ridicules : Rochers vous êtes sourds, vous n'avez rien de tendre, Et sans vous ébranler, vous m'écoutez ici : L'ingrate que j'adore est un rocher aussi, Mais hélas ! elle fuit, et sans vouloir m'entendre.
XII. LAMBERT, (Jean) général des troupes d'Angleterre sous la tyrannie de Cromwel, signala sa valeur dans différentes occasions. Il n'eut pas précisément les vertus qui font un grand homme; il eut les qualités moins honorables, mais plus rares, d'un chef de parti. Son esprit, sans être fort étendu, étoit propre à former et à entretenir des factions; son cœur, sans être droit, étoit généreux; il eut l'ambition d'aspirer à tout. Cromwel ayant cessé le Parlement, l'an 1653, établit un Conseil dont Lambert fut le chef. Lorsqu'il fut déclaré Protecteur de la République, Lambert empêcha qu'il ne fût déclaré Roi. Cromwel le regarda dès-lors comme son rival, et lui ôta le généralat. Après la mort du Protecteur, arrivée en 1658, Lambert, qui ne pouvoit trouver son élévation que dans les malheurs, se ligua avec le chevalier Vane contre le nouveau Protec- teur, Richard Cromwel, fils d'Olivier. Il s'opposa ensuite de toute sa force au rétablissement de la Monarchie; ses intrigues furent inutiles. Son armée ayant été défaite, il fut pris par le général Monck, qui le fit mettre dans la tour de Londres avec Vane son complice. Convaincu d'avoir appuyé les pernicieux desseins d'Olivier Cromwel, et de s'être opposé au rétablissement du roi Charles II, il fut condamné à mort l'an 1662. L'arrêt ne fut point exécuté, parce que le roi, par une bonté peu commune, en modéra la rigueur, et se contenta de reléguer Lambert dans l'isle de Jersey, où il passa le reste de sa vie.
XIII. LAMBERT, (Claude-François) né à Dole, eut la cure de Saineau, dans le diocèse de Rouen, qu'il abdiqua ensuite. Il vint à Paris et s'y mit aux gages des libraires, pour lesquels il compila divers ouvrages qui lui coûtoient peu, et qui ne valoient pas ce qu'ils lui coûtoient. Les principaux sont : I. Le Nouveau Télémaque, ou Mémoires et Aventures du Comte de *** et de son fils, 3 vol. in-12. II. La Nouvelle Marianne, 3 vol. in-12. III. Mémoires et Aventures d'une Femme de Qualité, 3 vol. in-12. On voit que dans ces divers romans, il a cherché à persuader qu'il copioit de bons modèles; mais cela ne paroît que dans le titre, et c'est à ce titre qu'ils ont dû tout leur succès. Ils sont dénués d'imagination et d'élégance. IV. L'infortunée Sicilienne, in-12. V. Recueil d'Observations sur tous les Peuples du Monde, 4 vol. in-12. VI. Histoire générale de tous les Peuples du Monde, 14 vol. in-12, qui se relient en 15. Il a réuni dans ce livre ce qui se trouve répandu dans les différens voyageurs ; mais il manque d'exactitude dans les faits, et de grace dans la narration. VII. *Histoire Littéraire de Louis XIV*, 3 vol. in-4°, qui lui valut une pension : c'étoit l'obtenir à bon marché ; car ce n'est qu'une compilation indigeste et mal écrite, des *Mémoires de Nicéron*, des *Eloges des différentes académies*, des *Jugemens des Journalistes*. L'auteur l'a ornée cependant de Discours préliminaires sur les progrès de chaque science sous le règne illustre de *Louis le Grand* ; mais ces discours, vides de philosophie, ne sont pleins que de phrases emphatiques. On voit un homme sans idées et sans style, qui n'a su ni connoître, ni rendre les choses dont il parle. VIII. *Histoire de Henri II*, 2 vol. in-12. IX. *Bibliothèque de Physique*, 7 vol. in-12. X. *Mémoires de Pascarilla*, in-12, mauvais roman, etc. L'abbé *Lambert* mourut à Paris, le 14 avril 1765. Il eut le malheur de survivre à ses livres.
XIV. LAMBERT, (N...) l'un des plus habiles mathématiciens du 18$^{e}$ siècle, naquit à Nulhausen, en Alsace, vers l'an 1728, et mourut à Berlin, de consomption, le 25 septembre 1777, à 49 ans, pensionnaire de l'académie de cette ville, et conseiller supérieur au département des bâtiments. Sa physionomie étoit naïve, douce, et déceloit un esprit pénétrant. Le sien étoit caractérisé par l'universalité, la clarté et l'originalité des idées. Cette originalité se remarquoit dans sa conduite et dans son extérieur, qu'il négligeoit beau- coup. Il étoit sujet à des préventions dont il revenoit difficilement. Outre les excellentes pièces qu'il inséra dans les *Mémoires de Berlin*, de Basle, de Munich, on a de lui un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. *Un Traité sur les propriétés les plus remarquables de la route de la Lumière*, la Haye, 1759. II. *Une Perspective*, Zurich, 1758. III. *Une Photométrie*, Augsbourg, 1760. IV. *Un Traité sur les Orbites des Comètes*, Augsbourg, 1761. V. *Des Opuscules mathématiques*, etc.
LAMBERTINI, *Voyez BENOIT XIV*.
LAMBIN, (Denys) célèbre commentateur, né à Montreuil-sur-Mer, en Picardie, voyagea en Italie avec le cardinal de *Tournon*, et obtint par son crédit la place de professeur en langue grecque, au Collège royal de Paris. Il l'occupa avec distinction jusqu'à sa mort, occasionnée en 1572 par la nouvelle du meurtre de son ami *Ramus*, égorgé pendant le massacre de la *Saint-Barthélemy*. Il avoit alors 56 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, dans lesquels on trouve une érudition vaste, mais quelqu'fois accablante. Le soin qu'il a de rapporter les diverses leçons avec la plus scrupuleuse exactitude, ennuya bien des savans, et fit naître le mot de *LAMBINER*. *Lambin* a donné des *Commentaires* sur *Lucrèce*, 1563, in-4° ; sur *Cicéron*, 1685, 2 volumes ; sur *Plaute*, 1588 ; et sur *Horace*, 1605 ; tous trois in-folio. Son travail sur *Horace* a été applaudi ; mais il a été moins heureux dans les corrections qu'il a faites aux Œuvres de l'Orateur latin. Il change le texte de *Cicéron* à son gré, sans être autorisé par les anciens manuscrits. Il ôte les mots des éditions qui se trouvent entre les mains de tout le monde, pour en substituer de nouveaux, qu'il n'a pris que dans sa bizarre imagination. Toutes les fois qu'il ajoute ces mots : *Invitis et repugnantibus omnibus libris*, on peut assurer qu'il se trompe. *Lambin*, au mérite de l'érudition, joignoit la bonté du caractère. Il avoit été très-lié avec *Muret*, auquel il avoit fait part de ses interprétations de plusieurs passages difficiles d'*Horace*. *Muret* les employa dans ses diverses leçons, sans en faire honneur à son ami. Ce procédé les brouilla; mais ils se réconcilièrent ensuite. *Lambin* parla toujours avec honneur de *Muret*, tandis que celui-ci, naturellement bilieux et vindicatif, se répandit en injures, même après leur réconciliation. Le fils de *Lambin*, qui ne dégénéra point du savoir de son père, fut précepteur d'*Arnauld d'Andilly*. —
**LAMBRUN**, (*Marguerite*) mérite autant par son courage d'occuper une place dans l'histoire du 16$^{e}$ siècle, que plusieurs dames Romaines dans celle des premiers temps de la république. C'étoit une Écosoise de la suite de *Marie Stuart*. Après la mort tragique de cette princesse infortunée, le mari de *Marguerite Lambrun* ne put survivre à la perte de sa maîtresse. Il en mourut de douleur, et sa femme prit aussitôt la résolution de venger la mort de l'un et de l'autre. Pour exécuter plus facilement son projet, elle s'habilla en homme, prit le nom d'*Antoine Sparch*, et se rendit à la cour de la reine *Elizabeth*. Elle portoit toujours sur elle deux pistolets, l'un pour tuer cette princesse, l'autre pour se tuer elle-même. Un jour qu'elle perçoit la foule à dessein de s'approcher de la reine qui se promenoit dans ses jardins, elle laissa tomber un de ses pistolets. Les gardes qui s'en appercurrent, se saisirent d'elle: on aïloit la traîner en prison; mais la reine qui la prenoit pour un homme, voulut l'interroger elle-même, et lui demanda son nom, sa patrie et sa qualité. *Madame*, lui répondit-elle avec intrépidité, je suis femme, quoique je porte cet habit: je m'appelle Marguerite Lambrun. J'ai été plusieurs années au service de la Reine Marie ma maîtresse, que vous avez si injustement fait mourir; et par sa mort, vous avez été cause de celle de mon mari, qui n'a pu survivre à cette princesse. Également attachée à l'une et à l'autre, j'avois résolu, au péril de ma vie, de venger leur mort par la vôtre. Il est vrai que j'ai été fort combattue, et j'ai fait tous les efforts possibles sur moi-même pour me détourner d'un si pernicieux dessein; mais je ne l'ai pu. Quoique la reine eût grand sujet d'être émue d'un tel discours, elle ne laissa pas de l'écouter froidement, et de lui répondre tranquillement: *Vous avez donc cru faire votre devoir; et rendre à l'amour que vous avez pour votre maîtresse et pour votre mari, ce qu'il demandoit? Mais quel pensez-vous que doit être aujourd'hui mon devoir envers vous?* Marguerite répliqua avec fermeté: *Je dirai franchement à votre Majesté mon sentiment, pourvu qu'elle ait la bonté de me dire auparavant si elle demande cela en qualité de Reine, ou en qualité de Juge... Elizabeth* lui répondit que c'étoit en qualité de Reine. *Votre Majesté doit* donc m'accorder ma grace, lui répliqua cette femme. Quelle assurance me donnerez-vous, lui dit la reine, que vous n'en abuseriez pas, et que vous n'entreprendrez pas une seconde fois une action semblable dans quelqu'autre occasion? — Madame, répartit Marguerite Lambrun, la grace que l'on veut donner avec tant de précaution, n'est plus une grace; et ainsi Votre Majesté peut agir contre moi comme Juge. La Reine s'étant tournée vers quelques personnes de son conseil qui étoient présentes, leur dit : Il y a trente ans que je suis Reine; mais je ne me souviens pas d'avoir trouvé une personne qui m'ait donné une pareille leçon. Ainsi elle voulut lui donner la grace entière et sans condition, quoique le président de son conseil dit tout ce qu'il put pour la porter à faire punir cette femme. Elle pria la reine d'avoir la générosité de la faire conduire sûrement hors du royaume, et on la transporta sur les côtes de France. I. LAMECH, de la race de Cain, fils de Mathusalaël, père de Jabel, de Jubal, de Tubalcaïn et de Ivoëma, est célèbre dans l'Écriture par la polygamie, dont on croit qu'il usa le premier dans le monde. Il épousa Ada et Sella. Un jour Lamech dit à ses femmes: Écoutez-moi, femmes de Lamech! j'ai tué un homme pour ma blessure, et un jeune homme pour ma meurtrissure. On tirera vengeance sept fois du meurtre de Cain, et soixante-dix fois du meurtre de Lamech... Ces paroles renferment une obscurité impénétrable. On a fait de vains efforts pour les expliquer; mais on n'a donné que des conjectures, auxquelles nous préférons un silence respectueux.
II. LAMECH, fils de Mathusalem, père de Noé, qu'il eut à l'âge de 182 ans; après la naissance de son fils, il en vécut encore 575. Ainsi tout le temps de sa vie fut de 777 ans. Il mourut la 5e année avant le Déluge, 2453 ans avant J. C.
LAMET, Voyez DELAMET.
LAMETRIE, Voyez METTRIE. I. LAMI, (Bernard) prêtre de l'Oratoire, né au Mans en 1645, d'une famille noble, professa les humanités et la philosophie dans divers collèges de la congrégation, et dans tous avec succès. Son zèle pour les opinions de Descartes souleva contre lui de ridicules partisans des rêves d'Aristote. On le persécuta à Saumur et à Angers, où il enseigna successivement la philosophie. La frénésie des sectateurs de l'ancienne vint au point, qu'ils demandèrent une lettre de cachet contre lui. Le savant Oratorien fut privé de sa chaire et relégué à Saint-Martin-de-Miséré, diocèse de Grenoble. Le cardinal le Camus, évêque de cette ville, l'associa au gouvernement de son diocèse, et lui confia la place de professeur en théologie dans son séminaire. Lami joignit l'Écriture-Sainte à la théologie, et dès-lors, il prépara les matériaux des ouvrages qu'il a publiés sur cette matière. Celui qui a fait le plus de bruit, est sa Concorde des Evangelistes, dans laquelle il avança trois sentimens singuliers, qui l'engagèrent dans de longues contestations. Il y soutenoit: Premièrement, que St. Jean-Baptiste avoit été mis deux fois en prison, la première fois par l'ordre des Prêtres et des Pharisiens; la deuxième, par celui d'*Herode*. Secondement, il prétendoit que JÉSUS-CHRIST ne mangea pas l'*Agneau Pascal* dans la dernière Cène, et que le véritable *Agneau Pascal* fut mis en croix pendant que les Juifs immoloient le *Typique* ou le figuratif. Troisièmement, les deux *Maries* et la *Pécheresse*, étoient, selon lui, la même personne. *Bulteau*, *Tillemont*, *Mauduit*, *Witasse*, *Daniel*, *Piedau*, attaquèrent ces opinions, sur-tout celle de la *Pâque*; et *Lami* perdit beaucoup de temps et de papier à leur répondre. Que tout cela soit ou ne soit pas, en faut-il moins regarder les dogmes et les préceptes évangéliques comme le plus bel ouvrage de la Divinité ? Que de momens perdus, qu'on pourroit mieux employer ! Après avoir, pendant plusieurs années, contribué à l'instruction et à l'édification du diocèse de Grenoble, il alla demeurer à Rouen, où il mourut le 29 janvier 1715, âgé de 75 ans. Il avoit toujours joui d'une bonne santé, malgré ses travaux et ses fatigues. Mais un chagrin vif et juste causa sa dernière maladie. Un jeune homme, que la lecture de ses livres avoit arraché à l'hérésie, s'étoit mis sous sa direction, et avoit, en suivant ses avis, déjà fait des progrès supérieurs dans la piété et dans les sciences. Il espéroit, des heureuses dispositions de ce prosélyte, les plus grandes choses, lorsqu'il apprit que l'infidèle s'étoit replongé dans ses premières erreurs. Cette nouvelle lui causa une tristesse profonde; sa santé en fut violemment dérangée, et un vomissement de sang qui survint, l'em- ports. Le P. *Lami* avoit des mœurs pures et austères : mais la vivacité de son esprit le jetoit quelquefois dans des singularités, et dans l'opiniâtreté qui en est la suite. C'étoit, d'ailleurs, un homme très-estimable, ami de la retraite, simple, modeste, qui parloit aisément, et sur toutes sortes de matières. On lui doit : I. *Éléments de Géométrie et de Mathématiques*, 2 vol. in-12. II. *Traité de Perspective*, 1700, in-8. III. *Traité de l'Équilibre*, 1687, in-12. IV. *Traité de la Grandeur en général*, in-12, Paris, 1715. Il le composa dans un voyage qu'il fit à pied de Grenoble à Paris. Tous ces différents Traités furent bien reçus dans le temps, pour l'ordre, la clarté et la netteté qui y règnent; mais à présent, ils ne sont presque d'aucun usage. V. *Entretiens sur les Sciences, et sur la manière d'étudier*, 1706, in-12 : ouvrage utile, dans lequel l'auteur indique les écrivains qu'on peut consulter; mais il en cite un trop grand nombre, et ce ne sont pas toujours les meilleurs. Il faudroit que quelque habile bibliographe revit ce livre, et y ajoutât la liste des bonnes productions qui ont paru depuis la mort de l'auteur. « Ses réflexions sont quelquefois assez superficielles, selon *Bayle*; mais c'est, dit-il, une marque du jugement de l'auteur : car il ne faut pas qu'un livre qui doit servir à tous ceux qui étudient, soit rempli de profondeurs et d'abstractions. Ce qu'il y a de louable, c'est qu'il ne perd point de vue la fin principale de nos actions, qui est de rapporter tout à Dieu, et que son dessein est de former des savans qui aient de la piété, et qui ne se proposent dans leurs études que la gloire de Dieu et l'utilité de l'Église. » VI. *Démonstration de la sainteté et de la vérité de la Morale Chrétienne*, en cinq vol. in-12, 1706 à 1716. Cet ouvrage diffus est chargé d'inutilités. La force des preuves est diminuée par l'abondance des paroles. Le P. *Lami* avoit reconnu lui-même ce défaut, et il travaillait à rendre son livre plus court, et par conséquent plus fort, lorsque la mort le surprit. VII. *Introduction à l'Écriture-Sainte*, in-4°, Lyon, 1709, traduite de l'*Apparatus Biblicus*, qu'il avoit déjà donnée en 1695, *ibid.*, in-8°. Il y en a un *Abrégé* in-12. L'abbé de *Bellegarde* traduisit cet ouvrage sous le titre d'*Apparat de la Bible*, in-8°. Mais cette version ne plut point au P. *Lami*, et il adopta celle de l'abbé *Boyer*, chanoine de Montbrison; c'est celle que nous avons indiquée. Ce livre remplit son titre, et l'on gagne beaucoup à le lire avant que d'étudier les Livres saints. Les dernières éditions de cet ouvrage, ainsi que de tous ceux du P. *Lami*, sont les meilleures, parce que sa vivacité ou son inconstance naturelle, le dégoûtant d'une trop longue application à la même chose, ne lui permettait pas de limer ses productions. VIII. *De Tabernaculo faderis, de sancta Civitate Jerusalem et de Templo ejus*, in-fol., ouvrage savant. IX. *Harmonia sive Concordia Evangelica*, Lyon, 1699, 2 vol. in-4°; nous en avons déjà parlé. X. *L'Arr de parler*, avec des *Féflexions sur l'Art Poétique*, 1715, in-12: ce n'est pas la meilleure production du P. *Lami*, ni la meilleure Rhétorique que nous ayons. Elle est divisée en 2 parties; l'une en 4 livres, re- rgarde l'*Art de parler* ou la *Grammaire*, dans laquelle il fait entrer beaucoup de choses étrangères à son sujet; l'autre roule sur l'*Art de persuader*, qu'il traite d'une manière assez superficielle. Dans ses *Réflexions sur la Poétique*, les matières sont peu approfondies; et l'on y sent plus le raisonneur arié que l'homme de goût. Lorsque l'auteur présenta l'*Art de parler* au cardinal le *Camus*, ce prélat lui dit: *Voilà sans doute un excellent Art; mais qui nous donnera l'ART DE SE TARE?* Le style de cet écrivain est assez net et assez facile; mais il n'est pas toujours pur.
II. LAMI, (Dom-François) — né à Montyreau, village du diocèse de Chartres, de parens nobles, porta d'abord les armes, qu'il quitta ensuite pour entrer dans la congrégation de Saint-Maur. Il y fit profession en 1659, à 23 ans, et mourut à St-Denys le 4 avril 1711, à 75. Il fut infiniment regretté, tant pour les lumières de son esprit, que pour la bonté de son cœur, la candeur de son caractère, et la pureté de ses mœurs. Il étoit surtout animé d'une charité compa-tissante, qui versoît dans les cœurs des infortunés les senti-mens les plus tendres de conso-lation. Son amitié sincère et gé-néreuse l'attachoit encore plus intimement à ses amis, lorsqu'ils étoient abandonnés: il s'exposoit à tout pour prendre leurs inté-rêts, et les secourir de ses con-seils et de son argent. Mad. la comtesse de *Durcet*, sa sœur, secondoit son caractère bienfai-sant par ses libéralités. Il donna en faveur des pauvres jusqu'à ses beaux instrumens de physique, avec lesquels il avoit fait d'utiles expériences. Ce philosophe Chrétien étoit parfaitement détaché de la terre. On l'a vu traverser des appartemens magnifiques dans les palais des princes, sans faire la moindre attention aux objets brillans qui les embellissoient. Lorsqu'on lui témoignoit sa surprise d'une telle indifférence, il disoit que « toutes ces belles choses qui nous éblouissent, n'étoient tout au plus que des modifications différentes de la matière, qui ne méritent pas de fixer nos esprits. » Les ouvrages dont il a enrichi le public portent l'empreinte de ses différentes qualités. Les principaux sont : I. Un Traité, estimé, *De la connoissance de Soi-même*, six volumes in-12, dont la plus ample édition est celle de 1700. II. *Nouvel Athéisme renversé*, in-12, contre *Spinosa*. Les argumens de cet impie, dit M. *Michault*, y sont rapportés avec beaucoup de méthode, et d'une manière capable d'éblouir ceux même qui se flattent de justesse d'esprit; au lieu que les réponses sont vagues, et ne consistent la plupart qu'en des exclamations, des railleries, qui ne peuvent tout au plus faire impression que sur des génies superficiels. Ainsi, le contre-poison n'étant pas assez puissant, cet ouvrage doit être mis au nombre des livres dangereux, quoique inspiré par l'amour de la vérité. Nous parlons de la première édition, Paris 1696, in-12. Dans la seconde, faite à Bruxelles, 1711, in-12, on a ajouté une réfutation de *Spinosa* par *Fénélon* et *Boulainvilliers*, qui a été réimprimée en 1731. III. *L'Incrédule amené à la Religion par la Raison*; ou *Entretiens sur l'accord de la Raison et de la Foi*; à Paris, 1710, in-12; livre estimé et peu commun. Il est écrit avec force et solidité, et l'auteur a l'art de rendre sensibles à l'esprit, des matières très-abstraites. IV. *De la connoissance et de l'amour de Dieu*, in-12: ouvrage posthume. V. *Lettres philosophiques sur divers sujets*, in-12. VI. *Lettres théologiques et morales sur quelques sujets importants*, Paris, 1708, in-12. VII. *Les gémissements de l'âme sous la tyrannie du Corps*, in-12. VIII. *Les premiers Elémens*, ou *Entrée aux connoissances solides*, suivies d'un *Essai* de Logique en forme de dialogue: Paris, 1706, in-12. L'auteur de cet ouvrage, qui est clair et précis, rejette l'art des syllogismes comme inutile. Il suit ordinairement dans cet ouvrage, les idées de *Descartes* et de *Mallebranche*, et il les développe avec ordre et netteté. IX. *Réputation du Système de la Grace universelle de Nicole*. X. Un petit Traité de Physique fort curieux, sous ce titre: *Conjectures sur divers effets du Tannerre*, 1689, in-12. XI. *La Rhétorique de College trahie par son Apologiste*, in-12, contre le fameux *Gibert*. Ce titre annonce un ouvrage assez vif. Le P. *Lami* ne mesuroit pas toujours ses expressions. Le sujet de la querelle étoit de savoir si la connoissance du mouvement des esprits animaux dans chaque passion, est d'un grand poids à l'orateur pour exciter celles qu'il veut dans le discours. Le professeur *Pourchot* avoit soutenu l'affirmative; le Bénédictin la soutint avec lui contre le professeur de rhétorique. On disputa longtemps et vivement; après bien de l'encre répandue, on vit que rien n'étoit éclairci, et que personne n'étoit entendu. Chacun se flatta d'avoir pour soi la vérité, et demeura dans son opinion. Celle du P. Lami paroissoit pourtant la plus raisonnable. C. t auteur avoit beaucoup médité sur le cœur humain; il connoissoit assez bien quelques parties de cet abyme; mais il ne put en sonder toutes les profondeurs. Il est, de tous les Bénédictins de Saint-Maur, celui qui a le mieux écrit en françois; ce n'étoit pas cependant un *cervain sublime*, comme dit *Moréci*; et son style, quelquefois foible et souvent diffus, n'est pas exempt d'affectation. L'un des talens du P. Lami étoit de briller dans la dispute. Il avoit le rare avantage de parler avec facilité et avec abondance. Mad. la princesse de *Guise*, duchesse d'Alençon, le mena à la Trappe, où elle le mit aux prises avec le fameux réformateur de cette abbaye, au sujet des études monastiques. Malgré son attachement et son estime pour l'abbé de *Rancé*, elle ne put s'empêcher de donner le prix de la victoire au P. Lami... Voyez MAISTRE, n° III.
III. LAMI, (Jean) théologien du grand duc de Tescane, professeur d'histoire ecclésiastique dans l'université de Florence, et garde de la bibliothèque *Ricardi*, mourut à Florence le 6 janvier 1774, à 74 ans. Il est connu dans le monde savant par différens ouvrages, dont quelques-uns firent naître des épines sous ses pas. I. *De recta Christianorum circa Trinitatem Sententii*; Florence, 1737, in-4°: ce Traité fournit aux Jésuites, qu'il n'aimait ni ne flattoit, l'occasion de former contre l'auteur des accusations qu'il repoussa dans l'ouvrage suivant. II. *De erudition Apostolo-* *rum*, vol. in-8°, 1758. III. C'est *Lami* qui présida à l'édition des *Œuvres de Meursius*; Florence, 1741, douze vol. in-folio. IV. Il travailla aussi pendant plusieurs années au journal, connu sous le nom de *Nouvelles Littéraires de Florence*. Ce savant étoit propre à ces sortes d'ouvrages: sa mémoire étoit meublée d'anécdotes piquantes, et son porte-feuille enrichi d'écrits rares, dont il publia même une *Collection* particulière. Ce fut lui qui, montrant à des gentilshommes Suédois l'ancien palais de *Médicis*, qu'une rue sépare du collège de la société, leur dit: *Voici le berceau des Lettres*; puis se tournant vers le collège: *Et en voici*, ajouta-t-il, le *tombeau*... *LAMI* avoit dans sa conversation et dans ses écrits un ton de singularité, qui s'étendoit jusque sur son genre de vie.
LAMIA, nom d'une illustre famille Romaine, de laquelle descendait *Ailius Lamia*, qui est loué dans *Horace*. — Il y a eu un autre *Lucius Ailius LAMIA*, qui fut exilé pour avoir embrassé avec trop de chaleur le parti de *Cicéron* contre *Pison*. Il fut édile, puis prêteur après la mort de *Cesar*. On croit que c'est lui qui ayant passé pour mort, fut mis sur le bûcher, et recouvra le sentiment par l'action du feu. I. LAMIE, (Myth.) fille de *Neptune*, née en Afrique, étoit d'une beauté ravissante. *Jupiter* en fit sa maîtresse la plus chérie; *Junon*, irritée et jalousie, fit périr tous ses enfans. C'est malheur rendit *Lamie* si furieuse, qu'elle dévoreoit tous ceux qu'elle rencontre, et elle fut changée en chienne. C'est sans doute cette fable qui a donné lieu à celle des *Lamies*.
II. LAMIE, fameuse courtisane, fille d'un Athénien, de joueuse de flûte, devint maîtresse de *Ptolomée I*, roi d'Égypte. Elle fut prise dans la bataille navale que *Démétrus Poliocerte* gagna sur ce prince, auprès de l'isle de Chypre. Le vainqueur l'aima autant que le vaincu; quoiqu'elle fût déjà d'un âge assez avancé. *Lamie* étoit féconde en bons mots et en réparties agréables, et joignoit les graces de l'esprit à celles de la figure. Les Athéniens et les Thébains lui élevèrent un temple sous le nom de *VÉNUS LAMIE*. Voyez *Plutarque* sur *Démétrus*. I. LAMOIGNON, (Charles de) d'une ancienne famille du Nivernois, qui remonte jusqu'au XIIIe siècle, mourut en 1573, maître des requêtes. Il fut visité plusieurs fois dans sa dernière maladie par le roi : sa sagesse et son intégrité lui avoient mérité cette distinction. Son fils *Pierre de LAMOIGNON*, mort en 1584 conseiller d'état, étoit un bon poète latin. *Chrétien*, son autre fils, fut père du suivant.
II. LAMOIGNON, (Guillaume de) marquis de *Basville*, étoit petit-fils du précédent. Il fut reçu conseiller au parlement de Paris en 1635, maître des requêtes en 1644, et se distingua dans ces deux places par ses lumières et par sa probité. Son mérite lui procura la charge de premier président du parlement de Paris, en 1658. Le cardinal *Mazarin* lui dit, quelques mois avant de le faire nommer : *Si le roi avoit connu un plus homme de bien et un plus digne sujet, il ne vous auroit pas choisi* : paroles que *Louis XIV* répéta depuis au cardinal de *Noailles*, en lui donnant l'archevêché de Paris. On avoit offert au roi une somme considérable pour cette place; mais quelque besoin qu'on ait le roi, dit *Mazarin*, il vaudroit mieux qu'il donnait cet argent pour avoir un bon premier président, que de le recevoir. Le président de *Lamoignon* méritoit qu'on eût de lui les idées qu'en avoit le cardinal. Il remplit tous les devoirs de sa place avec autant de sagesse que de zèle; il soutint les droits de sa compagnie; il éleva sa voix pour le peuple; il désarma la chicane par ses arrêts; enfin il crut que sa santé et sa vie étoient au public, et non pas à lui : c'étoient les expressions dont il se servoit... On sait la part qu'il eut à la malheureuse affaire du surintendant *Fouquet*. Il fut mis d'abord à la tête d'une chambre de justice pour faire le procès à ce ministre, contre lequel *Louis XIV* étoit extrêmement irrité. Plus le roi mettoit de chaleur dans cette affaire, plus *Lamoignon* sentit qu'il devoit y mettre de modération. Il fit donner à *Fouquet* un conseil, et un conseil libre, c'est-à-dire qui n'étoit gêné par l'assistance d'aucun témoin. *Colbert*, le plus ardent persécuteur de *Fouquet*, voulut sonder les dispositions du premier président, à l'égard de ce ministre. *Un juge*, répondit *Lamoignon*, ne dit son avis qu'une fois, et que sur les fleurs de lis. Il n'en fallut pas davantage pour rendre *Colbert* ennemi du premier président. Il engagea *Louis XIV* à donner à *Lamoignon* des marques de mécontentement, auxquelles ce magistrat fut sensible comme il le devoit. Il rapporta au roi les provisions de sa charge, et profita de la conjoncture pour lui dire de ces vérités, dont la force est si grande dans la bouche d'un homme vertueux qui se sacrifie. Le roi n'accepta pas ce sacrifice : il répara, par ces mots obligeans qu'il savoit si bien dire de lui-même, les termes d'animadversion qu'on lui avoit suggérés; et le jour même, il envoya le Tellier dire au premier président qu'il ferait plaisir au roi de bien vivre avec Colbert, et d'oublier ce qui s'étoit passé entre eux. Fouquet apprenant que Lamoignon, auquel il avoit donné des sujets de plainte dans le temps de sa faveur, étoit président de la chambre de justice, jugea, en courtisan et en ministre, du motif qu'avoient eu des courtisans et des ministres pour faire ce choix; mais il jugea aussi qu'ils s'étoient trompés, en croyant un vrai magistrat capable de ressentiment; il le fit prier d'oublier ses torts. La réponse de Lamoignon fut : Je me souviens seulement qu'il fut mon ami, et que je suis son juge. Cependant il se déchargea insensiblement de la commission de juger un homme qu'il croyoit au moins coupable de péculat, mais contre lequel on montroit un acharnement, qui pouvoit rendre son jugement suspect au public. Il se retira sans éclat, sans faire de sa retraite un événement, alléguant seulement l'incompatibilité des heures du palais et de la chambre de justice. Ce n'est point moi, disoit-il, qui quitte la chambre, c'est la chambre qui me quitte. Il n'en fut que plus attaché aux devoirs de sa place; et il fut parmi les premiers présidents, ce que d'Aguesseau fut ensuite parmi les chanceliers. Ses harangues, ses réponses, ses arrêtés, étoient tout autant d'écrits solides et lumineux. Son ame éga- loit son génie. Simple dans ses mœurs, austère dans sa conduite, il étoit le plus doux des hommes, quand la veuve et l'orphelin étoient à ses pieds. N'ajoutons pas, disoit-il, en parlant des plaideurs, au malheur qu'ils ont d'avoir des procès, celui d'être mal reçus de leurs juges : Nous sommes établis pour examiner leurs droits, et non pas pour éprouver leur patience. Il savoit cependant faire respecter sa personne, et le corps dont il étoit le chef. Saintot, maître des cérémonies, ayant, dans un lit de justice, salue les prélats avant le parlement, Lamoignon lui dit : Saintot, la cour ne reçoit point vos civilités. Le roi répondit au premier président : Je l'appelle MONSIEUR SAINTOT, — SIRE, répliqua le magistrat, votre bonté vous dispense quelquefois de parler en maître; mais votre parlement doit toujours vous faire parler en roi. Semblable à Cicéron, et aux grands magistrats de l'ancienne Rome, il se délassoit par les charmes de la littérature, des travaux de sa place. Les Boileau, les Racine, les Bourdaloue composoient sa petite cour. La France, les lettres et les gens de bien le perdirent le 10 décembre 1677, à 60 ans. Ses Arrêtés, réimprimés en 1781, in-4°, sur plusieurs matières importantes du Droit François, parurent pour la première fois à Paris, en 1702, in-4°. Il laissa deux fils, le président de Lamoignon, qui suit; l'intendant de Languedoc (Basville), le meilleur modèle des intendans, s'il n'avoit été un peu dur et despotique. Le fils de ce dernier, Lamoignon de Courson, intendant de Guienne, se permit tant d'actes d'autorité arbitraire, qu'il fut obligé de renoncer à l'ad- ministration de cette province. (Voyez des traits de son despotisme, dans les Mémoires de Duclos). La branche de Lamoignon-Basville est éteinte depuis quelques années par la mort de M. de Moutrevault.
III. LAMOIGNON, (Chrétien-François de) fils aîné du précédent, naquit à Paris en 1644. Il reçut du ciel, avec un esprit grand, étendu, facile, solide, propre à tout, un air noble, une voix forte et agréable; une éloquence naturelle, à laquelle l'art eut peu de chose à ajouter; une mémoire prodigieuse, un cœur juste, et un caractère ferme. Son père cultiva ses heureuses dispositions. Reçu conseiller en 1666, sa compagnie le chargea des commissions les plus importantes. Il devint ensuite maître des requêtes, et enfin avocat général: place qu'il remplit pendant vingt-cinq ans, et dans laquelle il parut tout ce qu'il étoit. Aux ouvertures du parlement, et dans les occasions où il s'agissoit de venger l'honnêteté publique, il se montroit ce que Cicéron étoit à Rome, parlant pour Ligarius, ou contre Catilina. On proposa à la cour de récompenser son mérite par une pension de six mille livres; on fut ensuite six mois sans en parler. Louis XIV s'en souvint, et dit un jour à Lamoignon: Vous ne me parlez pas de votre pension? — Sinn, répondit l'avocat général, j'attends que je l'aie méritée. — A ce compte, répliqua le roi, je vous dois des arrérages; et la pension fut accordée sur-le-champ, avec les intérêts, à compter du jour où elle avoit été proposée. Au commencement de 1690, le roi lui donna l'agrément d'une charge de président à mortier; mais l'amour du travail le retint encore huit ans entiers dans le parquet, et il ne profita de la grace du prince, que lorsque sa santé et les instances de sa famille ne lui permirent plus de fuir un repos honorable. Les lettres y gagnèrent. L'académie des Inscriptions lui ouvrit ses portes en 1704, et le roi le nomma président de cette compagnie, l'année d'après. Ce savant magistrat discutoit une difficulté littéraire, avec presque autant de facilité qu'un point de jurisprudence. Il mourut le 7 août 1709, à 62 ans. C'est lui qui fit abolir l'épreuve, aussi ridicule qu'infame, du Congrès. Louis XIV respectoit sa vertu; et il lui en donna des preuves dans plusieurs occasions. Des personnes considérables lui confièrent un dépôt important de papiers. La Cour en fut instruite. Un secrétaire d'état ombrageux, écrivit à Lamoignon que le roi vouloit savoir ce que contenoit le dépôt. Le généreux magistrat répondit: Je n'ai pas de dépôt; et si j'en avois un, l'honneur exigeroit que ma réponse fût la même. Lamoignon mandé à la cour, parut devant Louis XIV en présence du secrétaire d'état; il supplia le roi de vouloir bien l'entendre en particulier. Il lui avoua pour lors qu'il avoit un dépôt de papiers, et l'assura qu'il ne s'en seroit jamais chargé, si ces papiers eussent contenu quelque chose de contraire à son service et au bien de l'état. « Votre Majesté, ajouta-t-il, me refuseroit son estime, si j'étois capable d'en dire davantage. » Aussi, dit le roi, vous voyez que je n'en demande pas davantage, je suis content. Lo secrétaire d'état rentra dans ce moment, et dit au roi : « SIRR, je ne doute pas que M. de Lamoignon n'ait rendu compte à Votre Majesté des papiers qui sont entre ses mains. » Vous me faites là, dit le roi, une telle proposition, d'obliger un homme d'honneur de manquer à sa parole ? ... Puis se tournant vers Lamoignon : Monsieur, dit-il, ne vous dessaisissez de ces papiers que par la loi qui vous a été imposée par le dépôt. On n'a imprimé qu'un de ses ouvrages, tel qu'il est sorti de sa plume : c'est une Lettre sur la mort du P. Bourdaloue, Jésuite, qu'on trouve à la fin du tome 3e du Carême de ce grand orateur. Il donna le jour au chancelier de Lamoignon, père de Lamoignon de Malesherbes. Voy. l'art. suivant.
IV. LAMOIGNON-MALESHERBES, (Chrétien-Guillaume) naquit à Paris le 16 décembre 1721, de Guillaume de Lamoignon, chancelier de France. Après de bonnes études et une éducation soignée par la tendresse paternelle, il entra dans la carrière du barreau, et exerça d'abord la place de substitut du procureur général, puis celle de conseiller au parlement ; enfin de premier président à la cour des Aides, en 1750. Pendant vingt-cinq ans qu'il remplit cette dernière place, il s'opposa avec vigueur à la création des impôts désastreux et à l'avidité des financiers. Une déclaration de 1756, ordonnoit la perception d'un vingtième sur l'industrie des ouvriers et des commerçans, Malesherbes remontra combien on devoit ménager une classe d'hommes, dont le travail continu reçoit les richesses nationales et la force de l'état. Il ne s'éleva pas avec moins d'énergie, soit contre l'établissement des tribunaux d'exception pour fait de contrebande, toujours plus favorable aux traitans qu'à des accusés obscurs et privés de leurs juges naturels, soit contre la perception d'une subvention générale, dont le comte de Clermont, assisté du maréchal de Berchiny, vint faire enregistrer l'édit avec tout l'appareil de la force militaire, soit enfin contre les lettres de cachet dont abusoit la vengeance personnelle des gens en place ; « car personne, dit hardiment Malesherbes au roi, n'est assez grand pour se mettre à l'abri de la haine d'un ministre, ni assez petit pour n'être pas digne de celle d'un commis... Les lettres de cachet sont la punition ordinaire des discours indiscrets ; et on n'a de preuve de ceux-ci que par la délation, preuve toujours incertaine, puisqu'un délateur est toujours un témoin suspect. » Lors de la suppression de la cour des Aides, au mois d'avril 1771, Malesherbes se retira dans sa terre, où il anima par son exemple au travail, où il créa l'abondance dans toutes les familles, où il récompensa, par des prix d'encouragement, l'agriculture, où il se fit chérir de tous les habitans comme un père. A peine Louis XVI étoit-il parvenu au trône, qu'il chercha à s'entourer des hommes les plus recommandables par leur probité ; et Malesherbes fut nommé ministre d'état en 1775, pour la partie de l'intérieur. Sous son administration, les prisons, visitées par lui, laissèrent échapper un grand nombre de détenus par le pouvoir arbitraire, et ne renfermé- sent bientôt que des criminels. Il fit construire, pour ceux qui étoient condamnés à la réclusion, des chambres plus vastes et plus saines, où des filatures de coton et des métiers faciles leur donnèrent moyen d'acquérir plus d'aisance par leur travail. Sur sa demande, la Chalotais, président du parlement de Bretagne, qui, pendant sa proscription et ses malheurs avoit perdu toute sa fortune, reçut du roi une indemnité de cent mille livres, et une pension de huit mille. Une descendante du grand Corneille manquoit du nécessaire, Malesherbes alla la visiter, lui prodigua les marques du plus tendre intérêt, et lui fit assurer des secours. En 1776, le renvoi de son ami Turgot du ministère, le détermina à le quitter aussi. La retraite de ces deux ministres philosophes, fit éclore un rondeau, dont nous ne citerons que le commencement et la fin. Deux gens de bien se voyoient à Versaille, Deux à la fois ! c'étoit une trouvaille ! Sots et fripons, ça faites bien ripaille, La cour sera votre champ de bataille ; Car grace à vous, il n'est plus à Versaille Deux gens de bien. Retiré au milieu des champs, Malesherbes y conçut l'idée de voyager d'une manière simple et sans appareil; et il l'exécuta. Sous le nom de M. Guillaume, il parcouçut successivement les diverses provinces de la France, de la Suisse et de la Hollande. Partout, il visita les manufactures, les bibliothèques, les divers objets des arts. Le costume simple du voyageur n'en imposoit à personne, et lui-même vit les hommes tels qu'ils sont. Il eut sou- vent le plaisir de s'entendre louer sans qu'on le reconnût, et de voir qu'on regrettoit sa retraite de l'administration publique. Un jour, qu'il s'étoit égaré, il apperçut un village, et se rendit chez le curé pour lui demander l'hospitalité : celui-ci refusa de le recevoir sous son toit, et ne voulût lui donner asile que dans sa grange; Malesherbes s'y coucha sur de la paille fraîche, et dit que de sa vie il n'avoit passé une si bonne nuit. Rendu le matin dans la ville prochaine, il écrivit ainsi au curé : « L'amoignon-Malesherbes prie M. le curé de recevoir ses vifs remercimens, pour l'asile qu'il a eu la bonté de lui accorder. Il n'oubliera jamais ses vertus hospitalières. Pour lui en témoigner sa reconnaissance, il vient de demander pour lui, au ministre qui a la feuille des bénéfices, le premier canonicat vacant. » Il tint parole, et le curé fut nommé. De retour dans ses foyers, dès l'origine de la révolution, il partagea comme tous les François, l'espérance qu'elle avoit fait concevoir; mais son illusion fut bientôt détruite. Lorsque la Convention mit en jugement Louis XVI, il écrivit à son président pour lui annoncer que si on donnoit un conseil à l'accusé, et dans le cas où ce dernier le choisiroit pour cette fonction, il étoit prêt à s'y dévouer. « Je ne vous demande pas de faire part à la Convention de mon offre, ajoutoit-il, car je suis bien éloigné de me croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi; mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui que vous allez juger, dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le monde; je lui dois le même service, lorsque bien des gens trouvent cette fonction dangereuse. » A peine Louis XVI fut-il mis en jugement, qu'il s'arracha à sa douce solitude, pour venir le défendre. Cet acte héroïque de la part d'un ministre qui s'offroit pour défenseur du roi qui l'avoit disgracié, fut admiré de tous les peuples qui ne sont pas barbares. Malesherbes étoit alors septuagénaire, et tous les cœurs, à cette époque, étoient glacés d'effroi. Ce fut le 14 décembre 1792, qu'il fut introduit, pour la première fois, au Temple : Louis XVI conrut à sa rencontre, et le serra tendrement dans ses bras. Ce vieillard vénérable, contribua de tout son zèle, de toute l'effusion de son cœur, à sa défense. Elle fut inutile : il eut alors le courage d'annoncer, le premier, le décret de mort à celui qui devoit le subir. « Je m'y suis toujours attendu, lui dit Louis avec calme : au nom de Dieu, mon cher Malesherbes, ne pleuriez pas ; nous nous reverrons dans un monde plus heureux. » L'un et l'autre y furent réunis. La fille de Malesherbes, épouse du président de Bosambo, fut arrachée de ses bras pour être traduite en prison ; son père demanda comme une grace de partager son sort ; on le lui promit. En effet, le lendemain il fut arrêté, conduit aux Mademonettes, et ensuite dans la maison d'arrêt de Port-Libre. En y arrivant, il reconnut un père de famille qui avoit occupé une place dans ses bureaux. « Eh quoi ! lui dit celui-ci, vous ici, Monsieur ! — Oui, mon cher, répondit le vieillard, je deviens mauvais sujet sur la fin de mes jours ; et je me suis fait mettre en prison. » Traduit au tribunal révolutionnaire naire avec sa fille et sa petite fille, tous les trois furent condamnés à mort. C'est dans ce moment que Mad. de Bosambo, rencontrant Mlle de Sombreuil, qui avoit arraché son père aux bourreaux, lui dit en l'embrassant : Mademoiselle, vous avez eu la gloire de sauver votre père ; j'ai du moins la consolation de mourir avec le mien. Malesherbes traversant la cour de la conciergerie pour arriver à la charrette qui devoit le conduire à l'échafaud, heurta rudement une pierre, et dit en souriant : Oh ! oh ! voilà ce qui s'appelle un mauvais présage : un Romain à ma place seroit rentré. Il périt à l'âge de 72 ans et 4 mois, le 22 avril 1793. Il montra, dans ce dernier moment, la sérénité de Socrate, et la fermeté de Caton. M. de Ségur, décrit ainsi cette condamnation : Quel est donc ce vieillard ? . . . et par quelle injustice. . . Malesherbes, c'est toi que l'on traîne au supplice ! Ta fille y marche aussi ; son époux, ses enfans, Sont frappés à la fois, l'un sur l'autre expirars ! Trois générations s'éteignent comme une ombre ! Homme pur ! calme-toi dans ta demeure sombre : Qui connut tes vertus, pour toujours est en deuil ; La tendre humanité gémit sur ton cercueil. Tes bourreaux sont fiétris ; ta mémoire est chérie ! L'honneur de ton supplice a couronné ta vie. « Ennemi inflexible du pouvoir arbitraire, dit un historien, défenseur ardent des opprimés, Malesherbes passa sa vie à essuyer des pleurs, et il n'en fit jamais verser. Savant modeste, protecteur éclairé des belles-lettres, il ne se contenta pas de prêcher la vertu dans ses écrits, il en donna toujours l'exemple. » Sa mort fut l'un des attentats qui inspira le plus d'horreur pour la tyrannie dont il fut la victime. Appelé à l'académie des Sciences en 1750, et à celle des Belles-Lettres et Inscriptions en 1759; nommé directeur de la librairie, il fit jouir la presse de toute la liberté qu'elle pouvoit obtenir sous un gouvernement sage, ami de l'ordre et des mœurs. » M. de Malesherbes, écrivait l'ollaire en 1773, a rendu service à l'esprit humain, en donnant à l'imprimerie moins de contrainte; sous lui, nous étions déjà à moitié chemin des Anglois. » C'est pendant sa direction que parurent les premiers volumes de l'Encyclopédie. Lorsque le chancelier Mauprou lui ota cette place, J. J. Rousseau qui n'étoit pas flatteur, écrivit à Malesherbes: « En apprenant votre retraite, j'ai plaint les gens de lettres, mais je vous ai félicité; en cessant d'être à leur tête par votre place, vous y serez toujours par vos talens. Par eux, vous embellissez votre ame et votre asile; occupé des charmes de la littérature, vous n'êtes plus forcé d'en voir les calamités; vous philosophez plus à votre aise, et votre cœur a moins à souffrir. » Ce magistrat avoit cultivé toutes les branches de l'érudition; mais il aimoit sur-tout l'histoire naturelle et l'agriculture, et s'en occupoit avec fruit. On a de lui: I. Des Observations sur les pins, les orchis, le melèze et le bois de Sainte-Lucie. II. Deux Mémoires sur l'état civil des Protestans. Ils sont remplis de justice, et d'une saine philosophie; ils respirent l'amour des hommes et la tolérance. III. Mémoire sur les moyens d'accélérer les progrès de l'économie rurale en France. L'auteur a pour but de faire distribuer des secours utiles aux cultivateurs, de favoriser leurs expériences, d'améliorer les sociétés d'agriculture, et de les rendre les gardiennes des procédés et des observations qui ont besoin, pour être adoptés, d'une longue suite d'épreuves, dont la durée excède la vie ordinaire de l'homme. Tedes sont d'ordinaire toutes les expériences à faire sur les plantations. IV. On a publié, en l'an 10: Les l'ensées et Maximes de Malesherbes, Paris, in-12. Celui-ci, étoit aussi simple dans sa manière de vivre, que dans ses discours. Ennemi du faste, il ne se permettoit aucune dépense personnelle, mais il étoit prodigue par bienfaisance. Sa fortune en fut plus d'une fois altérée; et on lui conseilla de prier son intendant de ne lui donner par mois qu'une somme fixe, pour la distribuer aux malheureux. Un jour qu'il venoit de la recevoir, il la donne en entier à une famille indigente, et retourne vers l'intendant en demander une semblable. Celui-ci se permit quelques représentations, qui cessèrent lorsque son maître lui répondit avec sa douceur ordinaire: Que vouliez-vous que je fisse? ils étoient si malheureux. Ardent au travail, il s'y appliquoit dès l'aurore; et dans les dernières années de sa vie, il se conchoit à moitié habillé pour perdre moins de temps, et en consacrer davantage à l'étude. Sa conversation étoit enjouée et semée d'anecdotes. Il savoit pas cœur ses auteurs classiques, et sur-tout Horace, la Fontaine, Corneille et Racine. Le gouvernement François a ordonné que le buste de Malesherbes seroit placé au Museum national; le Cit. Dubois, préfet du Gard, digne d'apprécier les hommes utiles, a consacré une Notice intéressante à la mémoire de Malesherbes. En 1802, on a publié sa Vie, in-12. Cet écrit n'est qu'une copie de l'ouvrage précédent, un peu plus étendue; et le Lycée de Nîmes n'a pas cru pouvoir offrir un plus beau champ à l'éloquence, que de lui proposer pour sujet de son prix, l'Éloge de ce magistrat éclairé et vertueux. Voyez Louis XVI.
LAMONCE, Voy. MONCE.
LAMOUR, (Jean) l'un des plus habiles serruriers de ce siècle, reçoit à Nanci en 1695, et mourut en 1777... Il termina ses plus beaux ouvrages sous les yeux du roi Stanislas. Il se fit sur-tout connoître par des grilles en fer qui décorent différents édifices à Nanci, dont il fit graver les dessins dans un ouvrage de format grand atlas.
LAMOURETTE, (Adrien) né à Strévent près de Calais, embrassa l'état ecclésiastique, et devint-vicaire général de l'évêque d'Arras. Quelques écrits, où il chercha à associer les idées philosophiques aux idées religieuses, le firent connoître de Mirabeau, qui en fit son théologien, et à qui il fournit les discours qu'il prononça sur le culte et la constitution du clergé, à l'assemblée Constituante. Nommé en 1791, évêque de Lyon, il passa aussitôt à l'assemblée Législative. Il s'y montra plus modéré qu'on ne s'y attendoit, et sur-tout plus ennemi que tout autre des moyens extrêmes. Partisan de la monarchie, il conjura ses collègues, le 7 juillet 1792, d'abjurer toute haine, de ne former plus qu'un parti, et de vouer, sans restriction, un attachement sincère au monarque. Ce discours plein de chaleur émuit l'assemblée, qui, dans un moment d'enthousiasme, prêta un nouveau serment de fidélité, qu'elle ne tarda pas à oublier. Arrêté à Lyon, après le siège de cette ville, il fut traduit à Paris, et condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, le 11 janvier 1794, à l'âge de 52 ans. Après avoir entendu son jugement, il fit le signe de la croix, et ne parut point regretter la vie. Dans la prison, il avoit montré le même courage. Il étoit à table lorsqu'il reçut son acte d'accusation; il n'en soutint pas moins presque seul la conversation avec calme, avec éloquence. Elle avoit pour sujet l'immortalité de l'âme. Lamourette exhorta ses compagnons d'infortune à ne plaindre ni son sort, ni le leur. « L'aut-il s'étonner de mourir, leur dit-il; la mort n'est-elle pas un accident de l'existence? au moyen de la guillotine, elle n'est plus qu'une chiquenande sur le cou. » Les écrits de Lamourette, ont pour titre: I. Considérations sur l'esprit et les devoirs de la vie religieuse, in-12. Elles ont été publiées en 1795, après la mort de l'auteur. II. Pensées sur l'Incrédulité, 1786, in-8.º III. Pensées sur la philosophie de la Foi, 1789, in-8.º IV. Les Délices de la Religion, 1788, in-12. Cet ouvrage est dédié à Mad. de Gentis. V. Désastre de la maison de Saint-Lazare, 1789, in-8.º VI. Lettre pastorale, pastorale, 1790, in-8.º VII. Prônes civiques, 1790, in-8.º Sans adopter les opinions de cet écrivain, on doit rendre justice à son style qui est clair et élégant, et à son érudition choisie et bien présentée.
LAMPE, (Frédéric-Adolphe) recteur, ministre et professeur de théologie à Brême, mort d'une hémorragie dans cette ville, le 3 décembre 1729, à 46 ans, laissa plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue son traité De Cymbalis veterum, Utrecht, 1703, in-12. Son Histoire sacrée et Ecclésiastique, in-4°, Utrecht, 1721; et son Commentaire sur l'Évangile de St. Jean, en trois gros vol. in-4°, plein de savantes minuties, sont d'un mérite fort inférieur. On a encore de lui, un Abrégé de la Théologie naturelle, in-8.º Il travailla avec Théodore de Hase à un Journal, intitulé : Bibliotheca Historico - Philologico-Theologica; et donna une édition de Historia Ecclesiæ reformatæ in Hungariæ et Transilvanid, de Paul Ember, avec des supplémens, Utrecht, 1728, in-8.º
LAMPÉTIE ou LAMPÉTUSE, (Mythol.) fille d'Apollon et de Neæra. Son père l'avoit chargée du soin des troupeaux qu'il avoit en Sicile. Les compagnons d'Ulysses en ayant tué quelques bœufs, Apollon porta ses plaintes à Jupiter, qui les fit tous périr. —Il y eut une autre LAMPETIE, sœur de Phaëton, laquelle fut métamorphosée en peuplier. I. LAMPRIDÉ, (Actius Lampridius) historien latin du 4e siècle, avoit composé les Vies de plusieurs empereurs; mais il ne nous reste que celles de Com- mode, de Diadumène fils de Macria, d'Héliogabale, et d'Alexandre-Sévère. On les trouve dans les Historiae Augustae Scriptores, Leyde, 1671, 2 vol. in-8.º Cet auteur offre des choses curieuses; mais son style est mauvais; il ne sait ni choisir les faits, ni les arranger.
II. LAMPRIDE, (Benoit) célèbre poète, natif de Crémone, enseigna les langues grecque et latine avec réputation à Rome, où Léon X le protégea. Après la mort de ce pontife, il se retira à Padoue, et fut ensuite précepteur du fils de Frédéric de Gonzague, duc de Mantoue. On a de lui, des Epigrammes, des Odes, et d'autres Pièces de vers, en latin, à Venise, 1550, in-8.º Il mourut en 1540. Lampride tâcha d'imiter l'indare dans ses Odes; mais il n'eut pas assez de force pour suivre le vol de ce poète.
LAMPUGNANI, (Jean-André) domestique de Galens Sforce duc de Milan, fut l'un des trois conjurés qui assassinèrent ce prince dans l'église de Saint-Étienne, le 26 décembre 1476. Il ne se porta à cette perfidie que par un mécontentement qu'il prétendoit avoir reçu du duc, qui avoit refusé de lui rendre justice au sujet d'un bénéfice dont l'évêque de Côme l'avoit dépouillé. Lampugnani, assisté de ses deux complices, Charles Visconti et Jérôme Olgiati, porta les deux premiers coups au duc, feignant d'avoir des lettres à lui présenter, et fut aussitôt percé lui-même de plusieurs coups. Il ne laissa pas de fuir; mais étant tombé de l'éblesse dans l'endroit de l'église où les femmes étoient assemblées, il y fut achevé par un Maure. Ses complices furent pris et punis par les plus cruels supplices. On admira la fermeté d'Olgiati ; car, voyant que le bourreau détournoit la tête en le tourmentant : Prends courage, lui dit-il, et ne crains point de me regarder ; les peines que tu crois me faire souffrir font toute ma consolation, quand je me rappelle que, si je les endure, c'est pour avoir tué le Tyran et rendu la liberté à ma patrie. C'est le bien public que j'ai eu en vue : le Tyran est mort ; je ne me soucie plus de vivre moi-même. Il montra jusqu'au dernier soupir le même courage.
LAMY, Voyez LAMI et AMI.
LANA, (François de) Jésuite, né à Bresce en 1637, mort en 16..., enseigna avec succès la philosophie et les mathématiques. On trouve des choses relatives à la navigation aérienne, dans son Recueil de nouvelles inventions, publié à Bresce en 1670, in-fol., sous le titre de Prodromo all'arte maestra : ouvrage qui reparut dans la même ville en 1684, sous le titre de Magisterium naturæ et artis, 3 vol. in-fol., avec fig. I. LANCELOT, (Jean-Paul) jurisconsulte célèbre de Pérouse, mort dans sa patrie en 1591, à 80 ans, composa divers ouvrages, entr'autres celui des Institutes du Droit Canon en latin, à l'imitation de celles que l'empereur Justinien avoit fait dresser pour servir d'introduction au Droit Civil. Il dit dans la préface de cet ouvrage, qu'il y avoit travaillé par ordre du pape Paul IV, et que ces Institutes furent approuvées par des commissaires députés pour les examiner. Nous en avons diverses éditions, avec des notes. La meilleure, est celle de Doujat, Paris, 1685, 2 vol. in-12. Durand de Maillane, sa- vant canoniste, en a donné une traduction françoise avec des remarques intéressantes, en 10 vol. in-12, 1770, à Lyon chez Bruyset. On a encore de Lancelot du Corps du Droit Canon, in-4.
II. LANCELOT, (Dom Claude) né à Paris en 1616, montra de bonne heure les qualités du cœur et les talens de l'esprit, qui forment l'homme de mérite. Il fut employé, par les Solitaires de Port-Royal, dans une école qu'ils avoient établie à Paris. Il y enseigna les humanités et les mathématiques avec beaucoup de succès. Il fut ensuite chargé de l'éducation des princes de Conti. Cette éducation lui ayant été ôtée après la mort de la princesse leur mère, il prit l'habit de St. Benoit dans l'abbaye de Saint-Cyran. Quelques troubles s'étant élevés dans ce monastère, il en fut une des victimes : on l'exila à Quimperlay en Basse-Bretagne, où il mourut le 15 avril 1712, à 97 ans, consumé par le travail et les austérités. Nous avons puisé cet article dans les différens Mémoires sur Port-Royal. Le détail dans lequel on y entre sur ses vertus, ne s'accorde guère avec ce qu'en disoit le comte de Brieune en 1685, dans un ouvrage plus satirique que vrai. Claude LANCELOT, né en 1616, est bien le plus entêté Janséniste et le plus pédant que j'aie jamais vu. Son père étoit mouleur de bois à Paris. Il fut précepteur de Messrigneurs les Princes de Conti, d'auprès desquels le Roi le chassa lui-même, après la mort de la princesse leur mère ; ce qui l'obligea de se retirer dans l'abbaye de Saint-Cyran, où il avoit déjà reçu le sous-diaconat. Depuis son retour dans cette abbaye, il y faisoit la cui- tine, et très-mal; ce qu'il continua jusqu'à la mort du dernier abbé de Saint-Cyran... Ses principaux ouvrages sont : I. Nouvelle Méthode pour apprendre la Langue Latine, in-8°, chez Vitré, 1664, et réimprimée depuis chez le Petit en 1667, in-8°, avec des corrections et des augmentations, et en 1761, in-8°. Lancelot est le premier qui se soit affranchi de la coutume, aussi ridicule que peu judicieuse, de donner à des enfans les règles du latin en latin même. On peut regarder son ouvrage comme un excellent extrait de ce que Valle, Scaliger, Scioppius, et sur-tout Sanctius, ont écrit sur la langue latine. On y trouve des remarques aussi savantes que curieuses sur les noms Romains, sur les Sesterces, sur la manière de prononcer et d'écrire des anciens, etc. II. Nouvelle Méthode pour apprendre la Langue Grecque, aussi estimable que sa méthode latine, et plus estimée par certains critiques. Elle vit le jour en 1656, in-8°, chez Vitré, et a été réimprimée en 1754. III. Des Abrégés de ces deux excellens ouvrages. On prétend que Louis XIV se servit de la Méthode Latine. Si l'on compare ces livres à ceux des autres grammairiens qui l'avoient précédé, il faut avouer que personne n'avoit trouvé avant Lancelot, l'art de semer des fleurs dans les champs arides de la grammaire. Les vers françois de ces deux ouvrages sont de Sacy, qui les faisoit en se promenant après les travaux de la direction. IV. Le Jardin des Racines Grecques, in-8°, 1657. Voy. LABBE. Tout n'est pas également juste dans cet excellent ouvrage, surtout dans la partie des mots françois qui ont quelque rapport avec ceux de la langue grecque. Mais il ne dit rien de lui-même, et il ne se rend pas toujours garant de ce que disent les autres. V. Une Grammaire Italienne, in-12. VI. Une Grammaire Espagnole, in-12. Elles sont moins étendues et moins estimées que ses grammaires grecque et latine. VII. Grammaire générale et raisonnée, in-12, réimprimée en 1756, par les soins de Duclos, secrétaire de l'académie Françoise. Cet ouvrage, fait sur le plan et sur les idées du docteur Arnauld, est digne de cet homme célèbre. Il a été traduit en plusieurs langues, preuve de l'estime qu'en font les étrangers. On y sent autant le philosophe que le grammairien. Voyez l'article d'ARNAUD, n° IV. VIII. Delectus Epigrammatum, 1659, en 2 vol. in-12, avec une préface par Nicole. IX. Mémoires pour servir à la Vie de St. Cyran, en deux parties in-12, pleins de partialité et de préjugés, suivant Ladvocat; vrais et sans partialité, suivant l'abbé Barral; ce qu'il y a de sûr, c'est que Lancelot étoit l'enthousiaste de son héros, et que le propre de l'enthousiasme est d'exagérer. X. Dissertation sur l'hémine de vin et la livre de pain de St. Benoit, in-12. Cette question, trop embarassée pour être pleinement éclaircie, fut examinée par le savant Mabillon, qui réfuta modestement l'opinion de l'auteur. Il vouloit réduire les Bénédictins à douze onces de vin par jour; Mabillon leur en donnoit jusqu'à dix-huit. D. de Vert et Pelletier de Rouen, entrèrent ensuite dans cette discussion. Vov. l'article de ce dernier. Bien des personnes, dit Nicéron, trouveront que cette question, fort inutile en elle même, ne méritoit pas que tant de savans employassent leur érudition à la discuter. XI. Les *Dissertations*, les *Observations* et la *Chronologie sacrée*, qui enrichissent la *BIBLE* de *Vitrè*, *Paris*, 1662, in-fol. Sa *Chronologie*, courte et exacte, contient un abrégé très-clair de l'Histoire sainte. Il l'a tirée en partie des Annales d'*Ussérins*. Ses *Tables* des monnoies et des mesures des anciens, sont un autre ornement de la *Bible* de *Vitrè*, qui n'est pas à négliger. Cet imprimeur donna une autre *Bible* in-4°, en 1666, où l'on trouve des tables chronologiques sacrées, qui sont l'abrégé de celles qui accompagnent l'édition in-fol.
LANCELOT, *Voy*. III. LADISLAS et POPELINIÈRE.
LANCJEAN, (Rémi) peintre, natif de Bruxelles, mort en 1671, fut le meilleur des élèves de *Vandyck*. Il forma sa manière sur celle de son maître, et il a assez bien saisi son coloris; mais il n'a pu atteindre à la même finesse de dessin. On voit peu de tableaux de chevalet de *Lancjean*. Ses principaux ouvrages sont des sujets de dévotion, peints en grand.
LANCISI, (Jean-Marie) né à Rome en 1654, mourut dans cette ville le 21 janvier 1720, à 65 ans, professeur d'anatomie au collège de la Sapience, médecin et camérier secret d'*Innocent XI* et de *Clément XI*. Il exerça ces emplois avec beaucoup de succès. Il étoit bon observateur, et il ne se pressoit point d'accabler ses malades de remèdes, lorsque la nature lui paroissait devoir agir. Il laissa une nombreuse bibliothèque, qu'il donna à l'hôpital du Saint-Esprit, à condition qu'elle seroit publique. La plupart de ses ouvrages ont été imprimés à Genève en 1718, 2 vol. in-4°, réimprimés en latin en 1739, in-folio. On y trouve différens *Traités curieux*: sur les morts subites, sur les mauvais effets des vapeurs de marais, sur le versolitaire, sur les maladies épidémiques des bestiaux, sur la manière dont les médecins doivent étudier. On a encore de lui, une édition de la *Metallotheca Vaticana* de *Michel Mercati*, Rome, 1717, avec un *Appendix* de 1719, qui manque à plusieurs exemplaires.
LANÇON, (Nicolas-François) né à Metz, le 17 mars 1694, d'un conseiller au bailliage, se distingua par ses lumières, sa probité et son dévouement à l'intérêt public. Il devint conseiller au parlement de Metz en 1722, et premier échevin de sa patrie en 1758. Il réforma les hôpitaux, fit d'autres établissements utiles, et mourut d'apoplexie le 6 mars 1767. On lui doit : I. *La Réforme des Coutumes de Toul et Verdun*. II. *Mémoire sur l'Etat de Metz et les droits de ses Évêques avant sa réunion à la Couronne*. Il s'y montra un courageux défenseur des droits du souverain contre les entreprises ultramontaines. III. *Table chronologique des Edits enregistrés au Parlement de Metz*, 1740.
LANCRE, (Pierre de) est auteur du *Tableau de l'inconstance des mauvais Anges et Démons*, à Paris, 1713, in-4°. Il y faut une figure du sabbat pour qu'un bibliomane achète cher cette rapsodie.
LANCRET, (Nicolas) peintre Parisien, né en 1690, mou- rut en 1743, dans sa 54e année, aimé et estimé. Il eut Watteau pour maître; mais il ne saisit ni la finesse de son pinceau, ni la délicatesse de son dessin. Lancret est à Watteau, ce que Bicher est à la Fontaine. Il a fait pourtant plusieurs choses agréables et d'une composition riante. On a gravé plus de 80 sujets d'après ses tableaux.
LANCRINCK, (Prosper-Henri) Anglois, peintre estimé de paysages et de fleurs, mourut en 1692.
LANDA, (Catherine) dame de Plaisance, écrivit en 1526 une Lettre latine à Bembo, qui se trouve avec celles de cet habile homme. Elle étoit sœur du comte Augustin Lando, et femme du comte Jean Fermo Trivaleio. Elle fut célèbre par sa beauté aussi bien que par sa science.
LANDAIS, (Pierre) fils d'un tailleur d'habits de Vitré en Bretagne, entra en qualité de garçon, l'an 1475, au service du tailleur de François II, duc de Bretagne. Ce fut par ce moyen qu'il eut entrée dans la chambre du duc, et qu'il se fit aimer de ce prince, qui lui fit confidence de ses plus grands secrets. Ainsi Landais, après avoir passé par les charges de valet et de maître de la garde-robe du duc, parvint à celle de grand trésorier, qui étoit la première charge de Bretagne. Mais s'étant laissé avengler par sa bonne fortune, il abusa de son pouvoir, opprima les innocens, persécuta les barons, trahit l'état, et s'enrichit par mille vexations. Ses crimes irritèrent tellement les barons et le peuple, que le duc, pour avoir la paix, fut contraint de livrer Landais au chancelier Christian, qui le condamna à être pendu; et il le fut en 1485.
LANDE, Voy. LALANDE.
LANDEAU, Voyez ELSHAMMER.
LANDES, Voy. DESLANDES.
LANDINI, (Christophe) littérateur Vénitien, assez habile pour son temps, vivoit au 15e siècle. Ses ouvrages sont cependant plus recherchés pour le temps auquel ils ont été imprimés, que pour leur bonté réelle. Il a traduit l'Histoire naturelle de Pline. Sa Version, qui n'est pas toujours exacte, fut imprimée par Jenson à Venise en 1476, in-fol. En 1482, on imprima à Florence, in-folio, ses Commentaires latins sur Horace. Ils ont été réimprimés plusieurs fois depuis; mais la première édition est la plus recherchée. On lui doit aussi, des Notes sur le Dante, qui ont été jointes à celles de Vellutello sur le même auteur par Sansovino, etc.
LANDO, (Ortenzio) médecin Milanois du XVIe siècle, auteur de plusieurs ouvrages, se plaisoit à les publier sous des noms supposés. On a de lui : I. Un Dialogue intitulé : Fortianæ Questiones, où il examine les mœurs et l'esprit des divers peuples d'Italie, et où il prend le nom de Philalethes Polithopiensis; Lovanii, 1550, in-8.° II. Deux autres Dialogues, l'un intitulé Cicero relegatus, et l'autre Cicero revocatus, qui ont été faussement attribués au cardinal Alexandre. Ils parurent à Lyon, où Lando étoit alors, en 1534, in-8.° III. Plusieurs de ses Opuscules ont été réimprimés à Ve- nise, en 1554, sous ce titre : *Varii componimenti d'Ortensio Lando, cioè dialoghi, novelle, favole ; c'est un vol. in-8.*
LANDON, pape après *Anastase III* en 914, mourut à Rome après six mois de pontificat, le 26 avril 915. Soumis aveuglément aux volontés de la fameuse *Theodora*, mère de *Marosie*, il ordonna archevêque de Ravenne le diacre *Jean*, un des favoris de cette femme impérieuse. La mort enleva ce fantôme de pontife peu de temps après, et lui épargna le spectacle des mépris qu'il méritait pour cette ville action ; mais elle ne le mit pas à couvert de ceux de la postérité. I. LANDRI, maire du palais de *Clotaire*, sut le défendre pendant sa jeunesse contre *Childebert*. Les armées étoient en présence : *Landri* fit avancer vers le camp de *Childebert* quelques troupes, avec des ramées qu'elles plantèrent, de sorte que les gens de *Childebert* s'imaginoient être auprès d'un bois taillis. Mais, au point du jour, les soldats de *Landri* sortirent de ces feuillages, et attaquèrent si brusquement ceux de *Childebert*, qu'ils les mirent en fuite l'an 593. *Landri* passait pour l'amant de *Frédegende*, mère de *Clotaire* ; mais si son courage fit pardonner ses galanteries, il ne lui fit point pardonner l'assassinat de *Chilperic*, dont il fut accusé. *Voyez* FRÉDEGONDE.
II. LANDRI, (Saint) évêque de Paris, signala sa charité durant la grande famine qui assiégea cette ville l'an 651. Ce fut lui qui fonda vers le même temps l'hôpital qui, dans la suite, a pris le nom d'*Hôtel-Dieu*. Après sa mort, sa précieuse déponille fut déposée dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui alors étoit sous l'invocation de saint Vincent. I. LANFRANC, fils d'un conseiller du sénat de Pavie, passa en France après s'être distingué par son esprit en Italie. Il professa d'abord à Avranches avec distinction ; mais ayant été pris par des voleurs qui le laissèrent attaché à un arbre, en allant d'Avranches à Rouen, il quitta le monde, et se consacra à Dieu dans le monastère du Bec, dont il devint prieur. Il est célèbre par le zèle avec lequel il combattit les erreurs de *Berenger* au concile de Rome, en 1059, et dans plusieurs autres conciles. *Guillaume*, duc de Normandie, le tira de son monastère, pour le mettre à la tête de l'abbaye de Saint-Etienne de Caen, qu'il venait de fonder. Ce prince étant monté ensuite sur le trône d'Angleterre, appela *Lanfranc*, et lui donna l'archevêché de Cantorbery en 1070. Il mourut le 8 mai 1089, illustré par ses vertus, et par son zèle pour le maintien de la discipline, des droits de son église et des immunités ecclésiastiques. Il fut regardé à la fois comme un homme d'état habile, et comme un prélat savant. Ses ouvrages ont été recueillis par Dom d'*Acheri*, en 1648, in-folio. On y trouve : I. Son fameux *Traité du corps et du sang de Notre-Seigneur*, contre *Béranger*. II. Des *Commentaires sur St. Paul*. III. Des *Notes sur Cassien*. IV. Des *Lettres*.
II. LANFRANC, médecin de Milan, professa en cette ville la médecine et la chirurgie. Cepon- dant il y essuya de grandes persécutions, dont il ne dit point le sujet : il fut même arrêté et mis en prison ; mais le vicomte *Matthieu* lui permit de se transporter où il jugeroit à propos ; et ayant choisi la France, le vicomte l'y fit conduire. Il fut appelé en divers lieux du royaume, et demeura quelque temps à Lyon. L'an 1295, il fut appelé à Paris par plusieurs seigneurs et maîtres en médecine ; mais particulièrement par maître *Jean de Passavant* et par les bacheliers en médecine, pour lire publiquement la chirurgie et démontrer les opérations de cet art. La chirurgie étoit entièrement abandonnée aux barbiers. Il fit naître une classe mitoyenne entre les médecins et les barbiers, qui joignaient la pratique des opérations manuelles à la science médicale, comme faisoit *Lanfranc* : c'est ce qui a donné lieu au *Collège des Chirurgiens de Saint-Côme* à Paris, qui a commencé du temps de *St. Louis*. On a de *Lanfranc* : *Chirurgia magna et parva*, Venise, 1490, in-fol. imprimée plusieurs fois depuis ; dans l'édition de Lyon, 1553, on y trouve *Gui de Chauliac*, et autres anciens chirurgiens.
III. LANFRANC, (Jean) peintre, né à Parme en 1581, mort à Rome en 1647, à 66 ans, fut d'abord page du comte *Scotti* ; mais étant né avec beaucoup de dispositions et de goût pour le dessin, il en faisoit son amusement. Le comte s'en apperçut, et le mena lui-même dans l'école d'*Augustin Carrache*, et depuis dans celle d'*Annibal Carrache*. Les progrès rapides que *Lanfranc* faisoit dans la peinture, lui acquièrent bientôt un grand nom, et lui méritèrent la dignité de chevalier. Ce peintre avoit une imagination vaste, qui exigeoit de grands sujets. Il ne réussissoit que médiocrement aux tableaux de chevalet.
LANG, (Jean-Michel) né à Ezelvangen dans le duché de Sultzbach en 1664, obtint la chaire de théologie à Altorf. Mais s'y étant attiré des ennemis, il quitta cette place et alla demeurer à Prentzlow, où il mourut le 20 juin 1731, à 67 ans. On a de lui : I. *Philologia Barbaro-Gracea*, Norimbergæ, 1708, in-4.º II. *Dissertationes Botanico-Theologicae*, Altorfiæ, 1705, in-4.º III. Plusieurs Traités latins sur le Malométisme et l'Alcoran : *De fabulis Mohammedicis*, 1697, in-4.º Ces livres sont peu connus en France ; ceux qui les connoissent, en font cas.
LANGALERIE, (Philippe de Gentils, marquis de) premier baron de Saintonge, d'une famille distinguée de cette province, se consacra aux armes dès sa jeunesse, fit trente-deux campagnes au service de France, donna dans chacune de grandes preuves de valeur, et parvint au grade de lieutenant général en 1704. Des mécontentemens, occasionnés par les persécutions du ministre *Chamillart*, son ennemi, l'obligèrent de passer au service de l'empereur en 1706. Il obtint l'emploi de général de la cavalerie ; mais il ne le garda pas long-temps. Soit inconstance, soit mécontentement, il quitta l'empereur, passa en Pologne, où il fut fait général de la cavalerie Lithuanienne, et ne fut pas plus tranquille. Il se retira à Francfort, laissant un pays où le roi Auguste n'étoit pas assez absolu pour tenir tout ce qu'il lui avoit promis. Après diverses courses, à Francfort, à Berlin, à Hambourg, à Brême, etc., il trouva une espèce d'établissement à Cassel, par la protection du prince héréditaire de Hesse. Le Landgrave étant mort, Langalerie partit pour la Hollande, où il se lia très-étroitement avec l'Aga Turc, ambassadeur à la Haye, qui conclut un traité avec lui, au nom du grand-seigneur. On n'en a jamais bien su les articles; mais en général on croit qu'il s'agissoit d'une descente en Italie, dont le marquis devoit commander les troupes. Il passoit à Hambourg pour faire préparer des vaisseaux, lorsque l'empereur le fit arrêter à Stade en 1716. On le conduisit à Vienne, où il mourut de chagrin le 20 juin 1717, à 61 ans. Voici comme le peignoit le duc, depuis maréchal de Noailles, dans une lettre à Louvois, du 8 juillet 1690: «C'est un homme enivré de lui-même, qui veut le commandement en chef. Il n'est pas permis de n'être pas de son avis, sans s'exposer à ses emportemens. Il se croit engagé à se justifier à tout le monde, des mauvaises démarches que je fais, parce qu'il prétend que tout roule sur lui, et que je ne dois rien faire que ce qu'il me propose, et il le dit ainsi. » Cette jalousie du pouvoir, jointe à son esprit bizarre et inconsidéré, furent la source de toutes ses fautes. Il a paru en 1753 des Mémoires du marquis de Langalerie, Histoire écrite par lui-même dans sa prison à Vienne, in-12, à la Haye. Cette prétendue histoire est un roman qu'on a voulu débiter à la faveur d'un nom connu: les noms, les faits, les dates, tout en démontre la fausseté. On prétend que le marquis de Langalerie avoit fait le projet impie de rassembler dans les isles de l'Archipel, les restes infortunés de la nation Hébraïque.
LANGBAINE, (Gérard) né à Barton-Kirke en Angleterre, mort le 10 février 1658, à 50 ans, fut garde des archives de l'université d'Oxford. On a de lui, plusieurs écrits, dans lesquels l'érudition est semée à pleines mains. Les plus connus sont: I. Une Edition de Longin en grec et en latin, avec des notes. II. Fœderis Scotici examen; en anglois, 1644, in-4.º III. Une Traduction angloise de l'Examen du Concile de Trente, par Cheminitz. — Son fils est auteur de l'Histoire des Dramatiques Anglois, 1692, in-8.º Il mourut l'année d'après à 36 ans. I. LANGE, (Joseph) Langius, professeur en grec à Fribourg dans le Brisgaw, vers 1610, fut d'abord Protestant, ensuite Catholique, et il publia au commencement du siècle dernier la compilation intitulée: Polyanthea, 1659, deux vol. in-fol. Ce recueil a été long-temps le masque dont des auteurs, ou des prédicateurs peu instruits se sont servis pour cacher leur ignorance. On y trouve des passages sur toutes sortes de matières. On a encore de lui: Florilegium, in-8°, et Elementale Mathematicum, in-8.º
II. LANGE, (Paul) Bénédicte Allemand, natif de Zwickau en Mienie, parcourut en 1515 tous les couvens d'Allemagne, afin de rechercher des monumens. Il est auteur d'une Chronique des Évêques de Zeitz en Saxe, depuis 968 jusqu'en 1515, imprimée dans le 1er tome des Écrivains d'Allemagne. Il y loue Luther, Carlostad et Melanchthon, et y déclame contre le clergé : c'est ce qui l'a rendue si précieuse aux Protestans. Ils l'ont citée et la citent encore avec beaucoup de complaisance : comme si les vices des ministres d'une religion pouvoient retomber sur la religion même !
III. LANGE, (Jean) né à Leewenberg en Silésie l'an 1485, mort à Heidelberg en 1565, à 80 ans, exerça la médecine en cette ville avec distinction, et fut médecin de quatre électeurs Palatins. On a de lui : Epistolarum Medicinalium opus miscellaneum, 1589, in-8° : recueil rempli d'une rare érudition, et dont la lecture est utile à tous ceux qui veulent apprendre l'histoire de la Nature. Il est différent de Christophe-Jean LANGE, autre médecin, dont les ouvrages ont paru à Leipzig, 1704, en trois tomes in-folio, et qui n'en est pas plus connu, malgré la grosseur de ses volumes.
IV. LANGE, (Charles Nicolas) habile naturaliste Suisse, a donné en latin : I. Historia lapidum figuratorum Helvetiæ, Venetiis, 1708, in-4° II. Origo eorumdem, Lucernæ, 1706, in-4° III. Methodus testacea marina distribuendi, Lucernæ, 1722, in-4° Ces ouvrages, et surtout le premier, sont recherchés par les naturalistes. V. LANGE, (Rodolphe) gentilhomme de Westphalie et prévôt de la cathédrale de Munster, fut envoyé par son évêque et par son chapitre vers le pape Sixte IV, pour une affaire im- portante, et s'acquitta très-bien de sa commission. A son retour, il fit établir un collège à Munster. Lange fut, par cet établissement et par ses écrits, le principal restaurateur des lettres en Allemagne. On a de lui, plusieurs Poèmes latins, (sur le dernier siège de Jérusalem, sur la sainte Vierge, sur saint Paul), que l'on ne croit pas avoir été imprimés. Maittaire en indique cependant une édition de Munster, 1486, en-4° Lange mourut en 1519, à 81 ans, pleuré de ses concitoyens, dont il avoit été le bienfaiteur et la lumière.
VI. LANGE, (François) avocat au parlement de Paris, natif de Rheims, mort à Paris le 11 novembre 1684, à 74 ans, s'est fait un nom par le livre intitulé : Le Praticien François, deux vol. in-4°, 1755.
VII. LANGE, (Samuel Gotthold) poète lyrique Allemand, le premier de son pays qui ait secoué le joug de la rime, et a traduit les Odes d'Horace, et en a fait d'autres à son imitation. Il a aussi imité les Pseaumes de David ; mais le plus intéressant de ses ouvrages, est un recueil de lettres, imprimé à Halm en 1769 et 1770. On y trouve des renseignements précieux sur l'histoire de la littérature allemande.
LANGEAC, (Jean de) né d'une ancienne maison à Langeac, ville de la basse Auvergne, acheva ses études à Paris, et embrassa l'état ecclésiastique. La quantité de bénéfices qu'il posséda est étonnante : on le voit successivement précenteur de l'Hôtel-Dieu de Langeac, curé de Coutange, comte de Brioude, doyen du chapitre de Langeac, arcladiacre de Retz, chevecier de l'église du Puy, comte de Lyon, prévôt de Brioude, abbé de Saint-Gildas-des-Bois, de Saint-Lo, de Charli, d'Eu, de Pébrac; et enfin évêque d'Avranches, et ensuite de Limoges. Dans l'état, on le voit paroître sous les qualités de protonotaire du saint-Siège, de conseiller au grand conseil: François premier, qui l'aimoit, le fit son aumônier en 1516, maître des requêtes en 1518, ambassadeur en Portugal, en Pologne, en Hongrie, en Suisse, en Écosse, à Venise, à Ferrare, en Angleterre, et enfin à Rome. Cette multitude d'emplois, accumulés sur la même tête, indique un homme important et d'un talent peu commun. Ce fut à sa recommandation que Robert Cénalis lui succéda en l'évêché d'Avranches. Dans tous les lieux où il se trouva, il ne fut occupé que du bien public. Sa mémoire subsiste encore à Limoges, où on l'appelle le bon Evêque. Il soutint vigoureusement les droits du roi dans tous les pays où il fut envoyé, et défendit avec la même force à Rome les libertés de l'Église Gallicane. Il aimoit et protégeoit les lettres. Etienne Dolet lui dédia son Traité De Legatis, imprimé à Lyon en 1541, in-8. Ce digne prélat mourut la même année à Paris, très-regretté.
LANGEAY, (Réné de Cordouan, marquis de) fut déclaré impuissant en 1659, par arrêt du parlement de Paris, à la poursuite de Marie de Courtomer de Saint-Simon, qui se remaria au duc de la Force en 1678. Langeay prit une seconde femme, Diane de Montaut de Navailles, et en eut plusieurs enfans qui lui servirent pour revenir contre l'arrêt de 1659. Ce parlement l'annule en 1677, et abolit la honteuse épreuve du congrès. Il est donc faux, comme le dit Voltaire, sans doute en plaisantant, que Langeay qui devoit gagner ces deux procès, les perdit tous les deux.
LANGES, (Nicolas de) né à Lyon, étudia d'abord dans les universités de Bologne et de Padoue et revint dans sa patrie exercer successivement les places de conseiller au parlement de Dombes et de lieutenant général de la sénéchaussée de Lyon. Ce fut le seul qui s'opposa avec courage au massacre de la Saint-Barthélemy. Chargé d'une négociation auprès des Suisses en 1682, il la remplit avec succès. Ami des gens de lettres, il les rassembloit chez lui, et y fut le fondateur d'une académie qui a existé longtemps. Il avoit meublé sa maison de médailles, d'inscriptions, de cippes, de monumens: aussi mit-on, autour de son portrait, gravé dans la France métallique, cette devise tirée de Virgile: VETERUM FOLTIT MONUMENTA FIBORUM. De Langes mourut, le 6 avril 1606, à 81 ans.
LANGEVIN, (Éléonor) docteur de Sorbonne, natif de Carentan, mort en 1707, est auteur d'un livre intitulé: L'Infaillibilité de l'Église touchant la foi et les mœurs, contre Masius, professeur de Copenhague; Paris, 1701, deux vol. in-12. Peut-être étoit-il de la famille de Raoul LANGEVIN, chanoine de Bayeux, qui composa, en 1269, le fameux Cartulaire de cette Église, si connu sous le nom de son auteur. C'est une compilation des statuts, usages et cérémonies qui se pratiquaient de son temps dans cette cathédrale, à qui elle sert encore de loi. Ce manuscrit précieux fut préservé, par le plus grand bonheur, des horribles ravages des Protestans en 1562.
LANGEY, Voyez II. BELLAY.
LANGIUS, ou LANCHE, (Charles) né, selon quelques-uns, à Gand, et selon d'autres, à Bruxelles, fut chanoine de l'église de Liège, où il mourut dans un âge peu avancé, le 29 juillet 1575. Il fut étroitement lié avec Juste-Lipse et plusieurs autres savans de son temps. Langius étoit très-versé dans le grec et le latin, bon poète, et l'un des plus judicieux critiques de son siècle; tous ceux qui en ont parlé, conviennent qu'il réunis-soit en lui une érudition extraordinaire et une piété très-exemplaire. Nous avons de lui, des Commentaires sur les Offices de Cicéron, sur les Comédies de Plaute, et plusieurs Pièces de vers.
LANGIUS, Voyez LANGE.
LANGLADE, Voyez II. SERRE. I. LANGLE, (Jean-Maximilien de) ministre Protestant, né à Évreux, mourut en 1674, âgé de 84 ans. Il a laissé deux vols. de Sermons, et une Dissertation pour la défense de Charles I, roi d'Angleterre.
II. LANGLE, (Pierre de) né à Évreux en 1644, docteur de Sorbonne en 1670, fut choisi, à la sollicitation du grand Bossuet son ami, pour précepteur du comte de Toulouse. Louis XIV le récompensa en 1698 de ses soins auprès de son élève, par l'évêché de Boulogne. Ce diocèse prit sous lui une face nouvelle; il y fit fleurir la science et la vertu, et l'instruisit par ses leçons et ses exemples. Le Mandement qu'il publia en 1717, au sujet de son appel de la Bulle Unigenitus, causa sa disgrace à la cour, et excita des troubles dans son diocèse. Les habitans de Calais se soulevèrent; ceux de Quernes en Artois le reçurent, dans une visite, à coups de pierres et à coups de bâton. Ce prélat fut inflexible; il s'opposa, avec Colbert, évêque de Montpellier, à l'accommodement de 1720. Cette démarche irrita le régent, qui l'exila dans son diocèse. Il y mourut le 12 avril 1724, à 80 ans. Dom Mopinot, Bénédictin de la congrégation de Saint Maur, fit les quatre vers suivans en l'honneur de ce fameux évêque de Boulogne: Si pietas, si Religio, si regula viri Non peris, acernum vives, venerande Sacerdos: Hos cineres, hac ossa sibi Deus, in- timus hospes, Consecrat, et Christi servat jungenda triumpho. I. LANGLOIS, (Martin) - Bourgeois de Paris, mérite une place dans l'histoire, par sa fidélité à son roi pendant le siège de Paris que faisoit Henri IV. Il réunissoit l'office municipal, d'échevin de la ville et celui de prévôt des marchands. Il employa tout son crédit pour faire triompher la cause du souverain légitime, sans craindre de blesser le parti opposé, en qui résidait le pouvoir. On en voit une preuve non équivoque dans l'entretien très-orageux qu'il eut avec un des fanatiques de ce temps-là. Écoutons Pierre de l'Etoile... «Le mercredi 19 janvier 1594, le cardinal Pellevé ayant rencontré au Louvre le prévôt Lan- glois, lui dit : On ne vous voit pas souvent à la Messe des Etats, et vous y devez venir. — Je vais, répondit Langlois, à la messe de ma paroisse. — Vous ne faites pas votre charge, répliqua le cardinal. — Je pense, repartit Langlois, faire ma charge aussi bien et mieux que ne faites la vôtre. — Ne me reconnoissez-vous donc pas pour être votre archevêque, lui demanda le cardinal transporté de colère? — Mais que vous ayez, répondit Langlois, fait élection de l'un des deux archevêchés de Sens ou de Rheims, alors je vous reconnoîtrai pour tel, et non plutôt. — Il vous faut déposer, reprit le cardinal : aussi bien vous connoit-on trop, et chacun sait le lieu d'où vous venez. — On me connoit bien, voirement pour homme de bien, dit Langlois; et pour le regard du lieu, je veux bien que sachiez que je suis d'aussi bonne maison et meilleure que vous n'êtes. Quant à me déposer, il n'est pas en votre puissance, ni d'homme qui vive; il n'y a que le peuple qui m'a élu qui me puisse déposer. Au reste, je n'ai que faire de vous, et ne vous connois et respecte, que pour la couronne que vous avez sur la tête. Je sais que vous avez force évêchés; mais on ne voit pas que vous vous en acquittiez comme il faut... Et ainsi se départirent. » Deux mois après, Langlois redoubla de zèle et d'efforts pour faire entrer Henri IV dans Paris. Ce fut par les mesures qu'il prit avec Brissac, gouverneur de cette capitale, et quelques autres bons citoyens, que ce prince fit son entrée dans Paris, la nuit du 21 au 22 mars 1594, sans presque répandre de sang. Il n'y eut qu'un corps de garde Espagnol et trois bourgeois de tués; ce qui affligea beaucoup le roi. Il répéta souvent depuis, qu'il eût voulu racheter pour beaucoup la vie de ces trois citoyens, pour avoir la satisfaction de faire dire à la postérité qu'il avoit pris Paris sans verser une goutte de sang... Henri récompensa dans la suite le brave et fidelle Langlois par une charge de maître des requêtes; et son nom parviendra à la postérité, uni à celui de Brissac.
II. LANGLOIS, (Denis) d'abord médecin, se fit imprimeur pour publier ses ouvrages, et prit pour devise un pélican. Ses éditions sont correctes et recherchées : on distingue celles des écrits d'Edmond Richer, de Ecclesiastical potestate; et de Jean Dartis, de suburbicariis regionibus et ecclesiis. Ce dernier ouvrage est très-rare.
III. LANGLOIS, (Jean-Baptiste, ou, selon d'autres, Etienne) Jésuite, né à Nevers en 1663, et mort en 1706, à 43 ans, publia divers écrits, oubliés aujourd'hui, contre l'édition de Saint-Augustin, donnée par les Bénédictins de Saint-Maur... (Voyez MASSER). Nous avons de lui un ouvrage plus estimable par les recherches que par le style. C'est son Histoire des Croisades contre les Albigeois, à Paris, 1703, in-12. Peut-être exagère-t-il un peu trop, lorsqu'il parle des vices et des erreurs des Albigeois. I. LANGUET, (Hubert) né à Vitteaux en Bourgogne l'an 1518, étudia en Italie, et passa de là en Allemagne pour voir Melanchthon. Cet homme célèbre lui inspira les erreurs de *Luther*. Après la mort de *Melanchthon*, *Languet* se retira auprès d'*Auguste*, électeur de Saxe, qui lui confia les négociations les plus importantes. Envoyé en France en 1570, il fit une harangue éloquente et hardie à *Charles IX*, au nom des princes protestans d'Allemagne; elle se trouve dans les Mémoires de *Charles IX*; et le jour du massacre horrible de la *Saint-Barthélemy*, il ne craignit pas d'exposer sa vie, pour sauver celles de *Duplessis-Mornai* et d'*André Wechel*, ses amis. Les différends survenus en Saxe entre les Luthériens et les Zuingliens sur l'Eucharistie, l'obligèrent de demander son congé au duc de Saxe, dont il étoit un des premiers ministres. Il mourut à Anvers, le 30 septembre 1581, à 63 ans, au service du prince d'*Orange*, qui faisoit de lui un grand cas. « *Languet* fut, suivant la pensée de *Duplessis-Mornai*, ce que bien des gens tâchent de paroître; et il vécut de la façon que les gens de bien veulent mourir. » Ses voyages lui avoient appris à connoître le monde et à le mépriser. Il le quitta sans regret, *parce que*, dit-il dans ses derniers momens, *loin de devenir meilleur, il empiroit toujours*. Comme il n'ambitionna jamais les richesses, il ne laissa à ses héritiers qu'environ mille livrés avec quelque vaisselle d'argent, des médailles et sa bibliothèque. Il n'avoit jamais voulu se marier, de peur qu'une femme ne troublât les plaisirs du cabinet; il étoit cependant bien fait pour la rendre heureuse. Sa douceur lui gagnait tous les cœurs. Sa conversation étoit très-agréable, et il l'assaisonnoit du sel d'une raillerie fine et délicate. Mais il étoit si ennemi du mensonge, qu'il l'évitoit même en badinant. Quand il parloit sur les intérêts des princes et sur l'histoire des hommes illustres, on voyoit bien que c'étoient des matières qu'il avoit étudiées à fond. Sa mémoire ne bronchoit jamais, ni sur les faits, ni sur les noms, ni sur les dates. L'étude qu'il avoit faite des hommes dans le monde et dans l'histoire, lui donnoit beaucoup de facilité pour pénétrer leurs desseins et pour prévoir les événements. On a de lui plusieurs ouvrages; les principaux sont: I. Des *Recueils de Lettres* en latin, à l'électeur de Saxe, publiées à Hall, in-4°, en 1699; à *Camérarius*, père et fils, imprimées en 1685, à Francfort, in-12; au chevalier *Ph. Sidnei*, mises sous presse en 1646, in-12. II. *Vindicæ contra Tyrannos*, publiées sous le nom de *Stephanus Junius Brutus*, 1579, in-8°; traduites en françois, 1581, in-8°. C'est la production d'un républicain qui pense sur les monarques, à peu près comme on parloit dans le sénat de Rome après l'expulsion des *Tarquins*. Cet écrit a contribué dans ces derniers temps à former des caractères revêches et des têtes chaudes. En traitant du pouvoir du prince sur le peuple et du peuple sur le prince, il faut toujours prévaloir celui du peuple. III. Une *Relation* de l'expédition de l'électeur *Auguste*, contre *Guillaume Grumbach* et autres révoltés de Saxe, avec l'*Histoire* de ce que fit l'empereur contre ce prince; 1562, in-4°. IV. On lui attribue l'*Apologie du prince d'Orange contre le roi d'Espagne*, 1581, in-4°... Sa *VIE* a été écrite par la *Mare*, conseiller au Parlement de Dijon, Hall, 1700, m-12. — II. LANGUET, (Jean-Baptiste-Joseph) arrière-petit-neveu du précédent, naquit à Dijon en 1675, du procureur général au parlement de cette ville. Il prit le bonnet de docteur de Sorbonne en 1703, et obtint la cure de Saint-Sulpice en 1714. L'église de sa paroisse n'étoit guère digne de la capitale : on vouloit la rétablir, et on avoit déjà construit le chœur ; mais le reste étoit imparfait. L'abbé *Languet* conclut le vaste dessein d'élever un Temple capable de contenir ses nombreux paroissiens. Il entreprit ce grand ouvrage, n'ayant d'autres fonds qu'une somme de 100 écus. Il employa cet argent à acheter des pierres, qu'il étala dans les rues pour annoncer son dessein au public. Les secours lui vinrent aussitôt de toutes parts ; et le duc d'*Orléans*, régent du royaume, lui accorda une loterie. Ce prince posa la première pierre du portail l'an 1718 ; et le curé de Saint-Sulpice n'épargna, pendant toute sa vie, ni soins ni dépenses, pour rendre son église l'une des plus magnifiques de France en architecture et en décorations. La consécration s'en fit en 1745. Un autre ouvrage qui ne fait pas moins d'honneur à l'abbé *Languet*, est l'établissement de la maison de l'*Enfant Jésus*. Cet établissement, précieux à la société, est peut-être ce qui caractérise davantage le mérite et les talens de ce célèbre curé. Il étoit composé de 30 à 35 *Demoiselles* pauvres, faisant preuve de noblesse depuis 1535 jusqu'à leur entrée, avec la qualité de chevalier dans le premier père dont elles descendoient. On préféroit celles dont les parens avoient été au service du roi. On donnoit à ces demoiselles un entretien et une éducation conformes à leur naissance. On les occupoit en même temps, tour-à-tour, aux différens soins que demandent la boulangerie, les basses-cours, les laiteries, le blanchissage, le jardin, l'apothicairerie, la lingerie, les fileries, et les autres objets du ménage. Un autre but de cet établissement étoit de servir de retraite et de ressource à plus de huit cents pauvres femmes et filles, qui alloient y chercher de quoi vivre, soit qu'elles fussent de la ville, ou de la campagne, ou des provinces. On les y nourrissoit, et on leur faisoit gagner leur vie par le travail, en les employant sur-tout à filer du coton et du lin. Il y avoit à l'*Enfant Jésus*, en 1741, plus de 1400 femmes et filles de cette espèce, et le curé de St-Sulpice employoit tous les moyens convenables pour les établir. L'abbé *Languet* ne cessa de soutenir cette maison jusqu'à sa mort, arrivée le 11 octobre 1750, à 75 ans, dans son abbaye de Bernay. Il a été assez bien caractérisé dans ces vers : Il répandoit en Roi, travailloit en Apôtre : Zélé pour son troupeau, zélé pour le Seigneur, Il fut de l'un le bon Pasteur, Jamais homme ne fut plus habile et plus industrieux que lui, à se procurer d'abondantes amônes et des legs considérables. On sait de bonne part qu'il distribuoit environ un *million* chaque année. Il préféroit toujours les familles nobles réduites à la pauvreté; et l'on a appris de personnes dignes de foi, qu'il y avoit dans sa paroisse quelques familles de distinction, à chacune desquelles il donnoit jusqu'à trente mille livres par an. Généreux par caractère, il donnoit grandement et savoit prevenir les besoins. Dans le temps de la cherté du pain, en 1725, il vendit, pour soulager les pauvres, ses meubles, ses tableaux et d'autres effets rares et curieux qu'il avoit amassés avec beaucoup de peine. Il n'eut depuis ce temps-là que trois couverts d'argent, point de tapisserie; et un simple lit de serge, que Mad. de Cavois ne fit que lui prêter, ayant vendu auparavant pour les pauvres, tous ceux qu'elle lui avoit donnés en différens temps. Bien loin d'enrichir sa famille, il distribua jusqu'à son patrimoine. Sa charité ne se bornoit point à sa paroisse. Dans le temps de la peste de Marseille, il envoya des sommes considérables en Provence, pour soulager ceux qui étoient affligés de ce fléau. Il s'intéressa sans cesse et avec zèle à l'avancement et au progrès des arts, au soulagement du peuple, et à la gloire de la nation. L'abbé Languet refusa constamment l'évêché de Couserans, celui de Poitiers, et plusieurs autres qui lui furent offerts par Louis XIV, et par Louis XV, sous les ministères du duc de Bourbon et du cardinal de Fleury. Sa piété et son application continuelle aux œuvres de charité, ne l'empêchoient point d'être gai et agréable dans la conversation. Il y faisoit paroître beaucoup d'esprit, et avoit souvent des reparties fines et délicates. Cet article n'est qu'un abrégé de celui que l'abbé Ladvocat a inséré dans son Dictionnaire, sur les Mémoires de l'archevêque de Sens, frère du curé de Saint-Sulpice. Son adversaire, l'auteur du Dictionnaire Critique, n'a pas jugé à propos d'accorder un article séparé à l'abbé Languet: il ne dit que deux mots de ce bienfaiteur de l'humanité, et ces deux mots sont satiriques! Le curé de Saint-Sulpice n'étoit pas convulsionnaire, et n'aimoit pas les convulsionnaires. Il mêla quelques petitesses au zèle qu'il montra contre leurs partisans; aux yeux de ceux-ci c'est un crime, que toutes les vertus ne sauroient effacer. Cependant, malgré ce zèle, il prit quelquefois la résistance des Jansénistes avec la modération d'un homme d'esprit. Une dévote qu'il administroit au lit de la mort, crut devoir l'assurer, sans qu'il l'interrogeât, qu'elle ne recevait point la bulle Unigenitus: Madame, répondit le curé, elle s'en passera.
III. LANGUET, (Jean-Joseph) frère du précédent, né à Dijon comme lui, le 25 août 1677, embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique, et entra, à la sollicitation du grand Bossuet, son ami et son compatriote, dans la maison de Navarre, dont il devint supérieur. Il prit ensuite le bonnet de docteur de Sorbonne, et fut nommé évêque de Soissons en 1715. Son zèle pour la constitution Unigenitus contribua, autant que ses vertus et ses talens, à lui procurer la mitre, et ce zèle ne diminua point lorsqu'il l'eut obtenue. Il signala chaque année de son épiscopat par des Mandemeus et par des Écrits contre les anticonstitutionnaires, les appelans, les réappelans, les convulsionnaires et les dévots au diacre *Paris*. Ses adversaires prétendirent que *Tournely* avoit eu la plus grande part à ses différens ouvrages contre eux; et après la mort de ce docteur, l'évêque ayant mis au jour la *Vie* de *Marie Alacoque*, un mauvais plaisant du parti dit : *Que Tournely avoit emporté l'esprit de l'évêque de Soissons, et qu'il ne lui avoit laissé que la coque*. Cette plaisanterie n'étoit pas plus fondée que cette autre antithèse, enfantée par je ne sais qui, lorsqu'il eut été admis à l'académie Françoise et au conseil d'état : *L'évêque de Soissons a traité la Théologie, sans en être instruit ; il est Académicien, sans en avoir les talens ; et Conseiller d'Etat, sans connoître les affaires*. La plupart de ces traits portent à faux. *Languet* n'étoit ni un *Fenélon*, ni un *Bossuet*, ou le sait très-bien ; mais il savoit écrire, sinon avec précision, du moins avec pureté et élégance. Ses ennemis devroient l'avouer, et l'avoueroient, si le bandeau de l'esprit de parti ne cachoit toute vérité. On convient qu'il a trop donné à son zèle ou à sa bile dans ses ouvrages polémiques ; qu'il n'a pas assez distingué le dogme de l'opinion, qu'il n'a pas toujours vu ni voulu voir peut-être le mérite de ses adversaires : mais il n'est pas moins vrai que quelques morceaux de ses productions font honneur à son savoir et à son esprit. Ce prélat passa, en 1731, de l'évêché de Soissons à l'archevêché de Sens. Il gouverna très-bien ces deux diocèses, et mourut le 3 mai 1753, dans sa 76$^{e}$ année, regardé comme un prélat pieux et charitable. Ses Ouvrages po- polémiques ont été traduits en latin, imprimés à Sens en 1753, en 2 vol. in-fol., et supprimés par un arrêt du conseil. On a encore de lui : I. *La Vie de Marie Alacoque*, 1729, in-4$^{o}$; ouvrage ridicule, où l'on trouve d'indécentes puérilités. JÉSUS-CHRIST y converse avec cette religieuse, dans le style de *Berruyer*; et ce qui met le comble à l'absurdité, il fait des vers pour elle. Si l'archevêque de Sens est le véritable auteur de ce pieux roman, que faut-il penser de lui ? et s'il ne l'est pas, et qu'il l'ait adopté sans en sentir l'extrava-gance, qu'en faudroit-il penser aussi, si l'on ne savoit que l'esprit le plus sage se laisse séduire quelquefois par l'enthousiasme d'une dévotion trop ardente ? ce qui pourroit faire croire que la vie de *Marie Alacoque* n'est point de *Languet*, c'est que la préface qui est de lui, renferme des principes sages sur les révélations et les miracles. II. *Une Traduction des Picaumes*, in-12. III. *Une Réfutation*, in-12, peu solide et peu judicieuse, de l'excellent Traité de *Claude de Vert*, trésorier de Cluny, sur les cérémonies de l'Eglise. IV. *Des Livres de Piété*, qui n'ont pas assez d'onction. V. *Des Remarques* sur le fameux Traité du *Jésuite Pichon*, touchant la fréquente Communion. VI. *Plusieurs Discours*, dans les recueils de l'académie Françoise. Ils prouvent qu'il étoit très-capable de composer lui-même ses ouvrages. Son style est diffus et un peu traînant : mais clair, naturel, élégant et assez noble. Il se montra encore digne du titre d'académicien, par son zèle pour sa compagnie, par ses procédés honnêtes à l'égard de ses confrères, et par son assiduité.
LANNOY,
LANNOY, (Charles de) d'une des plus illustres maisons de Flandre, fut chevalier de la Toison-d'or en 1516, gouverneur de Tournai en 1521, et vice-roi de Naples pour l'empereur Charles-Quint, en 1522. Il eut le commandement général des armées de ce prince, après la mort de Prosper Colonne, en 1523. Il s'immortalisa à la journée de Pavie, en 1525 : journée à jamais célèbre par les malheurs de François I. On sait que ce prince, après avoir fait tout ce qu'on pouvoit attendre de l'homme du monde le plus intrépide, fut forcé de se rendre ; mais il ne voulut se rendre qu'au vice-roi. Monsieur de Lannoy, lui dit-il en italien, voilà l'épée d'un Roi, qui mérite d'être loué, puisqu'avant que de la rendre, il s'en est servi pour répandre le sang de plusieurs des vôtres, et qu'il n'est pas prisonnier par lâcheté, mais par un revers de fortune... Lannoy se mit à genoux, reçut avec respect les armes du prince, lui baisa la main, et lui présentant une autre épée : Je prie, dit-il, Votre Majesté d'agréer que je lui donne la mienne, qui a épargné le sang de plusieurs des vôtres. Il ne convient pas qu'un Officier de l'Empereur voie un Roi désarmé, quoique prisonnier. Le généreux Lannoy traita toujours François I en roi. Craignant que ses troupes n'entreprissent de se saisir de la personne de ce prince pour s'assurer de leur payement, il le fit mener dans le château de Pizzighitone. Ensuite, pour l'engager à passer en Espagne, il le flatta de l'espérance qu'il pourroit s'aboucher avec l'empereur, et qu'ils s'adoroient facilement ensemble ; lui promettant qu'au cas qu'ils ne pussent convenir, il le ramèneroit en Italie. Le traité ayant été fait entre Charles-Quint et François I, ce fut Lannoy qui conduisit le roi près de Fontarable, sur le bord de la rivière de Bidassoa, qui sépare la France de l'Espagne. L'empereur Charles-Quint lui donna la principauté de Sulmone, le comté d'Ast, et celui de la Roche en Ardennes. Il mourut à Gayette en 1527, d'une fièvre ardente qui l'emporta en quatre jours. Lannoy étoit un général réfléchi, mesuré, capable de décider la victoire par ses talens militaires autant que par son courage. Propre au cabinet comme à un champ de bataille, il savoit traiter une négociation et ménager une affaire. — On connoit encore de cette famille distinguée Raoul de Lannoy, qui servit avec distinction sous Louis XI. Ce brave guerrier étoit monté à l'assaut, à travers le fer et la flamme, au siège du Quesnoy. Louis XI, qui fut témoin de son ardeur, lui passa au cou une chaîne d'or de cinq cents écus, en lui disant : Par la Paque-Dieu, mon ami, vous êtes trop furieux en combats ; il faut vous enchaîner : car je ne veux point vous perdre, et je désire de me servir de vous plus d'une fois. Les descendants de Lannoy ont porté long-temps une chaîne autour de leurs armes, en mémoire de cette action. Cette maison remonte au XIVe siècle.
LANOUE, Voyez Noce.
LANSAC, (Louis de Saint-Gelais de) ambassadeur à Rome en 1554, et au concile de Trente, qu'il vit terminer. Quoiqu'il eût écrit que le Saint-Esprit étoit apporté de Rome toutes les semaines dans la valise du courrier, (Lettre du 19 mai 1562.) il fut favorable aux états de Blois, à la réception de ce concile. Il mourut en 1589. — *Urbaia*, évêque de Comminges, son fils naudel, liqueur forcené, causa l'émeinte de Toulouse, qui fut suivie de la mort de *Duranti*. *Voy*, ce mot.
LANSBERG. (Jean) natif d'une ville de ce nom, en Bavière, se fit Chartreux à Cologne, mourut en 1539, avec le surnom de *Juste*, et laissa un grand nombre d'ouvrages ascétiques, qui respirent une piété tendre. Ils ont été recueillis à Cologne en 1693, en 5 volumes in-4°. Ses *Entretiens de Jésus-Christ avec l'âme fidelle*, ont été traduits en frangois. L'auteur étoit un homme zélé, qui travailla avec ardeur à faire rentrer dans le sein de l'église, ceux que les erreurs de *Luther* en avoient fait sortir.
LANSBERGHE ou LANDSBERGHE (Philippe) mathématicien, né à Gand en 1561, fut pendant quelque temps ministre à Anvers. Cette ville étant rentrée sous l'obéissance de *Philippe II*, le 17 août 1585, il se vit obligé de chercher un asile dans les Provinces-Unies. Il y fut ministre à Ter-Goës, en Zélande, et se retira, sur la fin de ses jours, à Middelbourg, où il mourut en 1632, à 71 ans. On a de lui: I. Une *Chronologie sacrée*, Middelbourg, 1645, in-4°. II. *Progymnasmata Astronomica restituta*, 1629, in-4°. III. *Commutarius in motum terrae*, dans le précédent. Il s'y déclare pour le système de *Copernic*. IV. *Tabulae motuum Coriestium perpetua*, Middelbourg, 1633, in-fol. On dit qu'il travailla quarante ans à ces Tables. V. *Introductio in quadrantem tim astronomicum tim geometricum*, etc.; Middelbourg, 1633, in-folio. VI. *Hologiographia nova*, etc. Tous ces ouvrages ont été réunis à Middelbourg, 1633, in-folio. — Son fils, *Jacques LANDSBERGHE*, s'appliqua aux mathématiques, et publia une *Apologie* des ouvrages de son père, Middelbourg, 1633, in-4°; et mourut en Hollande en 1657. — Il ne faut pas le confondre avec un autre *Jacques LANDSBERGHE*, connu par une *Description de la ville de Hulst*, La Haye, 1637, in-8°; ni avec N. LANDSBERGHE, habile ingénieur Hollandois, qui publia *La nouvelle manière de fortifier les places*, La Haye, 1712, in-4°. Cet ouvrage est oufieux par la nouveauté du système que l'auteur y propose, et par la critique qu'il y fait des places qui paroissent les mieux fortifiées...
LANSDOWNE, (George Granville, lord) secrétaire d'état en Angleterre, contrôleur de la maison de la reine, et membre du conseil privé, mort en février 1735, descendait, dit-on, de *Bolton*, premier duc de Normandie. Il cultiva la poésie dramatique. Son *Juif de Venise*, retouché d'après *Shakespeare*, comédie, et son *Amour héroïque*, tragédie, eurent quelque succès. On a imprimé ses Œuvres à Londres, in-4° et in-12; et à Paris, chez *Cazia*, in-12.
LANSIUS, (Thomas) jurisconsulte Allemand, né en 1577, à Bergen dans la Haute-Autriche, voyagea beaucoup, acquit une grande connoissance des mœurs et des lois des différentes nations, et devint professeur de jurisprudence à Tubinge. On a de lui : *Orationes seu Consultatio de principatu inter Provincias Europae*, Amsterdam, 1636, in-8.º *Lansius* mourut octogénaire en 1657.
LANSPERGE, (Jean) *Voy*. LANSBERG.
LANTURA, (Simon-Mathurin) peintre de Paris, s'est distingué dans le paysage. Avec de grands talens, il avoit les mœurs, l'insouciance et la simplicité d'un enfant. On en profita souvent pour avoir ses tableaux à vil prix; aussi *Lantura* mourut-il dans l'indigence et à l'hôpital de la Charité de Paris, vers le milieu du siècle passé.
LANUZA, (Jérôme-Baptiste de Sellan de) surnommé le *Dominique de son siècle*, naquit à Ixar, dans le diocèse de Saragosse, en 1553, se fit Dominicain, et devint provincial de son ordre. Il exerçoit cet emploi avec beaucoup de distinction, lorsqu'il présenta une requête à *Philippe III*, contre le silence que les papes avoient sagement imposé sur les matières de la Grace. Cette requête peut faire honneur au zèle de l'auteur pour la doctrine de *St. Thomas*; mais elle n'en fait pas à sa modération. Les pontifes avoient ordonné le silence, comme on tire le bois du feu qu'on veut éteindre. Si ce silence n'étoit pas observé, il falloit faire punir les rebelles; mais il ne falloit pas s'en prendre à ceux qui l'avoit imposé. Ce pieux Dominicain fut élevé, en 1616, sur le siège de Balbastro, et en 1622, sur celui d'Albarazin. Il mourut dans cette dernière ville, le 15 décembre 1625, à 72 ans, après une vie remplie par les devoirs d'un évêque et par les exercices d'un religieux. *Philippe III* faisoit tant de cas de sa vertu, qu'il le fit prier, à son avènement au trône, de lui indiquer les ecclésiastiques et les religieux qu'il jugeroit dignes des premières dignités de l'église. On a de lui : I. Des *Traités exangéliques*, écrits simplement et solidement. II. Des *Homelies*, en 3 vol., traduites de l'espagnol en latin, assez fidèlement, par *Onésime de Kin*, à Mayence, 1649, 4 vol. in-4°, et en françois, par *Louis Amartion*, avec peu d'exactitude.
LANZONI, (Joseph) médecin et professeur à Ferrare, membre de l'académie des *Curieux de la Nature*, naquit à Ferrare en 1663, et montra, dès l'enfance, un attrait vif pour l'étude. La réputation qu'il acquit dans l'exercice de la médecine, lui merita la confiance de plusieurs personnes illustres. Tout le temps que sa profession n'absorboit point, il l'employoit à la littérature, ou à l'étude de l'antiquité. S'il s'agitait en Italie quelque question difficile sur des matières de philosophie et de médecine, c'étoit presque toujours lui qui en étoit l'arbitre. Plusieurs académies d'Italie et étrangères se l'associerent. Il a été le restaurateur et le secrétaire de celle de Ferrare. Il avoit du goût et de l'inclination pour la poésie, et l'on assure qu'il réussisse à manier les langues de *Virgile* et du *Tasse*. Il mourut en 1730, dans la 67e année de son âge. En 1738, on a donné, à Lausanne, le *Recueil* de ses ouvrages manuscrits et imprimés, 3 volumes in-4°, en latin.
LAOCOON, (Mythol.) fils de Priam et d'Hécube, et grand-pretre d'Apollon, s'opposa aux Troyens, lorsqu'ils voulurent faire entrer le Cheval de bois dans la ville; mais ils s'obstinèrent à ne pas le croire. Il osa, alors, pour les convaincre de la réalité de ses frayeurs, décocher une flèche dans les flancs de cette vaste machine, qui rendit à l'instant un son terrible, comme d'armes et de soldats renfermés; mais les Dieux, irrités contre Troie, bouchèrent les oreilles de ses concitoyens à ses instances, et le punirent même de sa témérité. Il sortit à l'instant de la mer deux énormes serpens, qui vinrent attaquer ses enfans au pied d'un autel; il courut à leur secours, et fut étouffé comme eux dans les nœuds que ces monstres faisoient avec leur corps. Cet événement est le sujet du beau groupe trouvé en 1566 à Rome, sur le mont Esquilin, dans les ruines du palais de Titus. Pline nous a conservé les noms des trois sculpteurs qui y travaillèrent; ce furent Agésander, Polydore et Athénodore. Ce chef-d'œuvre précieux de la sculpture ancienne a été transporté à Paris dans ces derniers temps, et placé dans le Museum du Louvre.
LAODAMIE, (Mythol.) fille de Bellérophon, fut aimée de Jupiter, et en eut Sarpedon. D'une la tua à coups de flèches, parce qu'elle avoit mis sa beauté au-dessus de celle de la Déesse. — Il y eut une autre LAODAMIE, fille d'Acaste, et femme de Protésilas. Celle-ci aima si tendrement son mari, qu'ayant appris qu'il avoit été tué au siège de Troie, et ne pouvant lui survivre, demanda aux Dieux, pour toute grace, de voir au moins l'ombre de son cher Protésilas. Ce qui lui ayant été accordé, elle expira en l'embrassant. I. LAODICE, (Mythol.) fille de Priam et d'Hécube, et femme d'Hélicaan. Elle est connue par sa passion effrénée pour Acamas, compagnon de Diomède au siège de Troie. — Il y eut trois autres LAODICES; l'une femme de Phronée; une autre, fille de Cynère; la troisième, fille d'Agamemnon et de Clytemnestre, qu'on offrit en mariage à Achille.
II. LAODICE, sœur et femme de Mithridate, roi de Pont, et mère de Dripetine, s'imaginant que ce prince étoit mort, s'abandonna aux plaisirs et lui devint infidelle. Il avoit quitté secrètement sa cour, pour reconnoître les lieux où il devoit un jour faire la guerre, et n'avoit donné aucune de ses nouvelles depuis son départ. A son retour, Laonice, craignant ses reproches, voulut l'empoisonner; mais son dessein ayant été découvert, Mithridate la fit mourir. Elle avoit épousé en premières noces Ariarathe, roi de Cappadoce. Voyez ce mot, n.º VI et VII. — I. BÉRÉNICE, et MITHRIDATE.
LAODICÉE, Voyez ANTIOCHUS, n.º II.
LAODOCUS, (Mythol.) fils d'Antenor, étoit un jeune Troyen d'une grande valeur. Pallas, cachée sous sa figure, engagea Pandarus à tirer une flèche à Ménelas, pour rompre les conventions faites avec les Grecs. — Il y eut un autre LAODOCUS, fils d'Apollon.
LAOMÉDON, (Mythol.) roi de Phrygie, fils d'Illus et père de *Priam*, ayant formé le projet de bâtir les murailles de Troie, *Neptune* et *Apollon* déguisés en maçons, vinrent s'offrir pour cette entreprise moyennant une somme d'argent dont ils convinrent avec lui. L'ouvrage étant fini, il ne voulut plus tenir sa parole. Pour l'en punir, *Apollon* affligea le pays d'une grande peste, et *Neptune* envoya un monstre après une inondation terrible. Les Troyens consultèrent l'oracle, qui répondit que, pour être délivrés de leurs maux, il falloit réparer l'injure faite aux Dieux, en exposant au monstre, *Hésione*, fille de *Laumédon*. *Hercule* vint délivrer cette infortunée, à condition qu'il l'épouseroit; mais ce prince, sans honneur et sans foi, refusa encore de lui donner sa fille, comme il l'avoit promis. *Hercule*, indigné, ruina sa ville, le tua, et donna *Hésione* à *Telamon*, qui l'emmena dans la Thrace.
LAON, (le cardinal de) *Voy*. III. MONTAIGU.
LAPARELLI, (François) naquit à Cortone, le 5 avril 1521. Son application aux sciences militaires et mécaniques le fit estimer de *Côme I*, grand duc de Toscane. Il obtint, sous *Pie IV*, une compagnie de 200 hommes, avec laquelle il fut chargé de garder Civita-Vecchia, dont il fortifia les murs et le port. *Michel-Ange Buonarroti* lui confia ensuite l'exécution de ses dessins pour l'église de Saint-Pierre. *Soliman II*, en 1565, ayant résolu de chasser de Malte, avec 240 voiles, les chevaliers de Jérusalem, le pape y envoya *François Laparelli*. Il donna le projet d'une nouvelle ville, laquelle porta le nom de *la Vallette*, parce que *Jean Parisot de la Valette* étoit alors grand-maître de Malte. Dans la suite, les Turcs ayant formé des entreprises sur l'isle de Chypre, *Laparelli* offrit ses services aux Vénitiens; et étant arrivé à Candie, où toute la flotte Chrétienne s'étoit réunie, il y mourut de la peste, le 26 octobre 1570, à 50 ans.
LAPEYROUSE, célèbre navigateur François, d'une famille noble de Toulouse, entra de bonne heure dans le corps de la marine. Il se distingua dans la guerre d'Amérique, où il détruisit les établissements Anglois de la baie d'Hudson. En août 1786, il partit avec les vaisseaux *l'Astrolabe* et *la Boussole*, pour faire des découvertes, ou plutôt pour continuer celles du fameux capitaine *Cook*. *Louis XVI*, a qui l'on avoit proposé ce voyage maritime, comme une expédition qui illustrerait son règne, en traça lui-même le plan. Après avoir visité l'isle de Pâques et la côte N. O. de l'Amérique, *Lapeyrouse* débouqua le détroit de *Beering*, et s'avança vers les latitudes septentrionales, où il fut arrêté par les glaces. Le 1$^{er}$ octobre 1787, il appareilla du port d'Awatska, pour reconnoître les isles du Japon et les détreits qui les séparent, soit du continent de l'Asie, soit d'elles-mêmes: c'étoit une opération que n'avoient pu faire ni *Cook* ni *King*. Notre habile Navigateur, redescendu au midi, visita la terre des Arsacides et celle de Courville. A l'isle des Navigateurs, il perdit quatorze hommes, qui furent mangés par les peuples barbares de ce pays. Au mois de février de l'année suivante, *Lapeyrouse* arriva à Botany-Bay, où les An glois venoient de former une colonie qui commence à fleurir. Depuis cette époque, on n'a reçu aucune nouvelle de ce hardi argonaute; il est probable qu'il a péri par un naufrage, ou sous les coups de quelques hordes barbares. En 1791, l'Assemblée constituante ordonna que deux vaisseaux seroient envoyés à sa recherche: d'Entrecasteaux, et après lui M. du Petit-Thomas, furent chargés de cette expédition dont on n'a recueilli aucun fruit. Le commodore Billings, dans ses voyages de la mer Glaciale, fut étonné de trouver sur ces bords lointains et déserts, la tombe d'un capitaine Anglois, avec cette inscription: Monument érigé, en 1787, par Lapeyrouse. Un littérateur distingué s'écrie en rapportant ce fait: « Illustre et trop malheureux Navigateur, qui rendra le même devoir à ta cendre? Quelle isle, quelle terre inconnue la recèle? Une épitaphe ne sera-t-elle pas au moins le prix de ton courage? Qu'il seroit doux pour les marins d'honorer ta froide dépouille à trois ou quatre mille lieues de leur patrie, et de verser des larmes d'attendrissement sur la destinée d'un homme qui s'arracha des bras d'une tendre épouse, pour aller tenter de nouvelles découvertes, et se perdre au milieu des nations sauvages! » On doit consacrer ici les noms des infortunés navigateurs qui ont péri avec lui, victimes de leur zèle pour le progrès des sciences. On voyoit sur la frégate la Boussole, MM. de Clonard et de l'Escars, lieutenans de vaisseau; Botia et Pierreverd, enseignes; Colinet, lieutenant; Céran et d'Arbaut, gardes de la marine; Broudac, volontaire; Monneron, capitaine au corps du génie; Beravet, ingénieur-geographe; d'Agiles de l'académie des Sciences, astronome; de Lamon, physicien-naturaliste; Monges, l'un des auteurs du journal de Physique; Baulin, chirurgien major; Lecor, adjudant; Duché de Venoy et Prévôt, peintres; Colimon, botaniste; et 89 hommes d'équipage. Sur l'Astrolabe se trouvoient MM. de Langle, capitaine; de Monty, lieutenant; de la Borde-Marchainville, de Vaugeois, d'Zigremont, enseignes; Blondel, lieutenant de frégate; de la Borde, de Bouterviller, de Flaman, de Lauriston, gardes de la marine; Monge, astronome; de la Martialère, botaniste; Receveur et Dufresne, naturalistes; Lesseps, vice-consul à Crons-tadt, interprète; Lavau, chirurgien; et 94 hommes d'équipage.
LAPIERRE, Voyez MALLE-ROT, et XVI. PIERRE, (Corneille de la).
LAPO, (Arnolphe di) architecte fameux, naquit à Florence l'an 1232. C'est le premier qui retira l'architecture de l'état de barbarie où elle étoit plongée, et qui commença à en faire disparaître les faux ornemens et le mauvais goût. Lapo, réunit dans ses constructions l'élégance à la solidité: il a bâti la Cathédrale de Florence; et après lui, Brunelleschi a élevé sur cet édifice la coupole hardie qui fait l'admiration des architectes. On doit à Lapo les Murailles de Florence, flanquées de tours, la place des Prieurs, celle de Saint-Michel, l'abbaye et l'église de Sainte-Croix, dans laquelle on voit le portrait du constructeur. par le Giotto. Lapo mourut en 1300.
LAPORTE, Voyez PORTE.
LAPORTE, (Arnaud de) intendant de la marine à Toulon, devint, en 1790, intendant de la liste civile. Il remplit cette place délicate et dangereuse avec autant de probité que d'attachement à Louis XVI. Le 21 juin 1791, il remit à l'assemblée Nationale la déclaration que celui-ci avoit écrite avant de partir pour Varennes. Arrêté en 1792, il fut condamné à mort le 28 août de la même année, à l'âge de 49 ans. Il entendit sa condamnation sans trouble, et monta sur l'échafaud avec tranquillité. Se tournant vers le peuple assemblé, il lui dit avec douceur : « Citoyens, soyez sûrs que je meurs innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon roi : puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur, et rendre la paix à ma patrie. »
LAPPO, Voyez GIOTTINO.
LARA, (Mythol.) Naïade du fleuve Almon. Jupiter n'ayant pu séduire Jaturne, sœur de Turnus, parce que Lara le traversoit toujours, ordonna à Mercure de la conduire dans les enfers. Celui-ci en fut épris, et elle accoucha de deux jumeaux, qui furent les dieux Lares. (Voyez ce mot.) C'est la même que Larande.
LARAZE, Voy. L. PONCE.
LARCHANT, (Nicolas de Grimouville de) principal du collège de Bayeux, sa patrie, mort en 1736, cultivoit avec succès la poésie latine. On a de lui, en vers latins, la Traduc- tion du fameux poème, intitulé Philolanus.
LARDEAU, (Jacques) marin François, qui a bien mérité de sa patrie : Voyez HENRI IV, n.º XII, vers le commencement.
LARDNER, (N...) célèbre théologien Anglois, nequit à Hawkurst, dans le comté de Kent, l'an 1724, et mourut pauvre, le 24 juillet 1768, à 44 ans. Sa vie offre un exemple de plus, de l'indigence où se trouvent souvent les gens de lettres. Nous avons de lui, des ouvrages bons dans leur genre. Le premier est intitulé : La crédibilité de l'Histoire de l'Évangile, en 8 volumes in-12, publiée en 1755, 1756, 1757. Le second a pour titre : Le témoignage des anciens Juifs et Puïens en faveur de la Religion Chrétienne. Il est en 4 volumes, qui ont paru en 1763, 1765, 1766 et 1767. Outre ces deux ouvrages, il a encore donné au public l'Essai sur le récit de Moyse, concernant la création et la chute de l'homme, publié en 1753 : ouvrage systématique, où l'on ne trouve rien ou presque rien qui explique les véritables difficultés de la Genèse.
LARES, (Mythol.) Dieux domestiques, fils de Mercure et de la nymphe Lara ou Muta : quelques auteurs disent de la déesse Monie. Les anciens regardent les dieux Lares comme les gardiens et les protecteurs des familles et des maisons : c'est pour cela qu'ils étoient héréditaires. Les poètes les prennent souvent pour les maisons mêmes, et les confondent avec les dieux Pénates. On distinguoit plusieurs sortes de Lares. On appeloit *Lares familiares*, ceux qui protégeaient les familles : *Lares præstites*, ceux dont la vigilance s'étendoit à mettre en sureté tout ce qu'il y avoit dans la maison ; c'étoient ceux-ci que l'on conronnoit de fleurs, et que l'on ceuxvoit de la peau d'un chien ; souvent aussi on mettoit près d'eux un petit chien, pour signifier qu'ils étoient les fidelles gardiens de la maison : *Lares parci*, ceux qui habitoient la campagne et en protégeaient les habitans : *Lares publici*, étoient ceux qui veilloient à la conservation des villes et de l'état dont ils étoient les protecteurs. Comme les dieux *Lares* passaient aussi pour être fils de la déesse *Manie*, les fous s'adressaient particulièrement à eux pour être guéris. On faisoit des sacrifices aux *Lares*, dans les maisons, dans les carrefours et dans les places publiques. On leur offroit les prémices des fleurs, des fruits, et on leur immoloit ordinairement un cochon.
LARGE, (le) *Voyez* LIGNAC.
LARGENTIER, médecin, *Voy*. ARGENTIER.
LARGILLIÈRE. (Nicolas de) excellent peintre dans le Portrait, naquit à Paris en 1656. Il passa en Angleterre, où l'on employa son pinceau. Le roi prenoit plaisir à le voir travailler, étonné de son habileté qui étoit au-dessus de sa jeunesse. Enfin, l'amour de la patrie sollicita *Largillière* de revenir en France, au sein de sa famille. Le célèbre *le Brun* lui accorda son estime et son amitié, et le fixa en France, malgré les instances de la cour d'Angleterre, qui lui offroit des places non moins ho- honorables qu'avantagenses. L'académie le regit comme peintre d'Histoire ; il réussissoit en effet très-bien dans ce genre : mais l'occasion le fit travailler principalement au portrait. A l'avènement de *Jacques II* à la couronne d'Angleterre, *Largillière* fut mandé nommément pour faire les portraits du roi et de la reine ; il se surpassa lui-même. La fortune vint se présenter alors dans son éclat au peintre, pour le retenir à la cour Angloise ; mais il ne se laissa point tenter, et revint encore en France. Il mourut à Paris en 1746, à 90 ans, laissant de grands biens. Ce maître peignoit, pour l'ordinaire, de pratique ; cependant son dessin est correct, et la nature parfaitement saisie. Sa touche est libre, savante et légère ; son pinceau moelleux ; sa composition riche et ingénieuse. Il donnoit une ressemblance parfaite à ses têtes ; ses mains sont admirables, et ses draperies d'un grand goût. Rival du fameux *Rigaud*, dans la partie qu'il avoit embrassée, il fut toujours son ami. Aux talens de l'illustre artiste, il joignoit les vertus de l'honnête homme et les qualités du bon citoyen. — Un de ses fils, conseiller au Châtelet de Paris, puis commissaire des guerres, mort en 1742, a laissé au théâtre de l'opéra comique, *L'Amante retrouvée* ; *Aly et Zémire*, et quelques autres petites pièces.
LARMESSIN, (Nicolas de) célèbre graveur, né à Paris en 1653, mort dans cette ville, le 28 février 1755, grava plusieurs portraits, différens morceaux pour le recueil de *Crozat*, et une suite de figures pour les contes de la *Fontaine*.
LAROCHEFOUCAULD, Voy. ROCHEFOUCAULD.
LAROQUE, Voyez ROQUE. — LARREY, (Isaac de) né à Lintot près Bolbec, dans le pays de Caux, de parens Calvinistes, en 1638, exerça pendant quelque temps avec succès la profession d'avocat dans sa patrie. Les rigueurs qu'on faisoit éprouver en France à ceux de sa religion, l'obligèrent de passer en Hollande, où son mérite fut récompensé par le titre d'historiographe des États généraux. L'électeur de Brandebourg l'appela ensuite à Berlin, et l'y fixa par une pension. Il y mourut le 17 mars 1719, à 80 ans, ayant joui d'une santé plus vigoureuse que ne le promettoit son extérieur. C'étoit un homme d'une probité exacte, zélé pour sa religion; mais la vivacité de son esprit rendoit son humeur un peu inégale, et le portoit quelquefois aux extrémités opposées. Ami des gens de bien, il se déclaroit ouvertement contre ceux qu'il ne croyoit pas tels. Aidé d'une mémoire excellente, il s'y foit trop, et ne faisoit pas d'extraits de ses lectures; de là les inexactitudes qui fourmillent dans quelques-uns de ses écrits. Les plus connus sont : I. Une Histoire d'Angleterre, Rotterdam, en 4 volum. in-folio, 1697 à 1713, éclipsée par celle de Rapin-Toyres, qui l'a été à son tour par celle de Hume. Cet ouvrage, qu'on ne lit plus aujourd'hui, eut un grand succès dans sa naissance. La modération avec laquelle l'auteur parle des querelles de religion, modération qu'une se soutint point dans le dernier volume, et la beauté des portraits, servirent à faire rechercher ce livre. D'ail- leurs, on n'avoit rien en françois d'aussi complet sur l'Histoire d'Angleterre. On a reconnu depuis, que Larrey avoit manqué de secours, et qu'il n'avoit pas assez soigné son style. Nous avons dit que Larrey fut bien moins modéré dans le dernier volume de son Histoire que dans les premiers. En effet, son quatrième volume n'est qu'un amas de déclamations et d'invectives, où tout ce qui porte le nom de Catholique est décrié sans pudeur, et où tous les Protestans sont loués sans mesure; il adopte contre les premiers, toutes les calomnies semées par la plus vile populace. Il rejette sur eux le soupçon de l'incendie de Londres en 1666. C'est ainsi que les Païens en usèrent à l'égard des Chrétiens sous Néron : car le bas peuple a toujours été le même et dans tous les pays et dans tous les siècles. Mais quel intérêt pouvoient avoir les Catholiques d'Angleterre à en détruire la capitale, et avec elle leurs propres maisons et celles de leurs amis ? Pouvoient-ils se flatter, dit d'Avri-guy, de trouver dans cet horrible embrasement, l'abrogation des lois portées contre eux ? On ne se détermine point à de grands crimes sans de grandes espérances; et ici il ne pouvoit y en avoir aucune pour les Catholiques, que celle d'être encore plus persécutés, qu'ils ne l'avoient été jusqu'alors. Il est bien triste qu'un homme éclairé, tel que l'étoit Larrey, ait été trop souvent l'écho d'un vulgaire furieux et stupide. Mais l'esprit de parti dénature les meilleurs esprits. II. Histoire de Louis XIV, 1718, 3 vol. in-4° et 9 vol. in-12 : mauvaise compilation de Gazettes infidelles, sans agrément dans le style, et sans exactitude dans les faits, les dates et les noms propres. Les trois derniers volumes sont de la *Martinière*. En voulant rendre cette Histoire agréable à la France, il déplut aux Anglois et aux Hollandois, qui le traitèrent de panégyristie de *Louis XIV* et de prévaricateur dans sa religion. Il fut modéré, et on le trouva partial, parce que dans ses autres ouvrages il avoit pris le ton d'un réfugié naécontent. On remarqua des différences essentielles entre *Larrey* écrivant la vie de *Louis XIV*, et *Larrey* écrivant les vies de *Charles II*, *Jacques I* et *Guillaume III*. La plume des historiens, au moins du plus grand nombre, est presque toujours à vendre, comme la muse de certains poètes. III. *Histoire d'At-gestre*, in-8°, 1690, le premier ouvrage historique de *Larrey*, et un des plus recherchés. Il est écrit d'un style ferme et avec vérité. Comme les faits qu'il rapporte étoient fort connus, et par la moins piquans, il les a entremêlés de réflexions politiques, et de descriptions des spectacles et des mœurs de l'ancienne Rome. Ces ornemens rendent son livre plus instructif et plus agréable. Il a été réimprimé avec l'excellente *Histoire des Triumvirats*, par *Citri de la Guette*. IV. *L'Héritière de Guienne*, ou *Histoire d'Éléonore*, fille de *Guillaume* dernier *Inc de Guienne*, femme de *Louis VII*, roi de France, in-12, 1692: morceau d'histoire curieux, rempli d'incidens qui amusent le lecteur, et écrit d'un style vif et un peu romanesque. L'on y voit que cette princesse répudiée épousa un prince du sang d'Angleterre, depuis *Henri II*, et que ce fut par ce ma- riage que les monarques Anglois devinrent maîtres de la Guienne. V. *Histoire des Sept Sages*, en 2 vol. in-8°, 1713. C'est un ouvrage composé uniquement pour amuser les oisifs, et qui ne parvient pas toujours à son but, quoique écrit passablement. Il y a peu de finesse dans la manière dont les événements sont amenés et liés; et il faut être en garde contre le mélange que l'auteur y fait du vrai et du vraisemblable, pour rendre son livre plus intéressant. *Larrey* parut aussi sur la scène en qualité de controversiste. Il donna, en 1709, une mauvaise *Réponse* à l'*Avis aux Réfugiés*, réimprimée à Rouen, in-12, 1714 et 1715. I. LABROQUE, (Matthieu de) né à Leiraç près d'Agen en 1619, de parens Calvinistes, prêcha à Charenton avec applaudissement. La duchesse de la *Trémouille* l'ayant entendu, le choisit pour son ministre à Vitré en Bretagne. Après avoir servi cette église pendant vingt-sept ans, il alla exercer le ministère à Rouen, et mourut le 31 janvier 1684, à 65 ans. C'étoit un grand et rigide observateur de la morale. Il ne se contentoit pas de la pratiquer; il tonnoit en chaire contre ceux qui s'en éloignoient. Tous les accidens de la vie le trouvèrent ferme et inébranlable. Ses principaux ouvrages sont: I. *Une Histoire de l'Eucharistie*, *Elzevir*, 1669, in-4°, et 1671, in-8°: pleine de recherches curieuses; mais c'est, d'ailleurs, l'un des écrits les plus foibles que les Protestans aient publiés contre ce mystère. II. *Réponse au livre de M. de Meaux, de la Communion sous les deux espèces*, 1683, in-12. III. Un Traité sur la Régale. IV. Deux savantes Dissertations latines sur Photin et Libère. V. Plusieurs autres Ecrits de Controverse estimés dans son parti.
II. LARROQUE, (Daniel de) fils du précédent, né à Vitre, aussi savant que son père, mais écrivain moins solide, quitta la France après la révocation de l'édit de Nantes, passa à Londres, de là à Copenhague, ensuite à Amsterdam, et enfin revint à Paris pour embrasser la religion Catholique. Un Ecrit satirique contre Louis XIV, à l'occasion de la famine de 1693, auquel il avoit eu part, le fit enfermer au Châtelet, d'où il fut transféré au château de Saumur. Etant sorti cinq ans après de sa prison, il obtint un poste dans le bureau des affaires étrangères; et une pension de quatre mille livres dans le temps de la Régence. Il mourut le 5 septembre 1731, à 70 ans, regardé comme un homme poli et un écrivain assez médiocre. On a de lui: I. Vie de l'imposteur Mahomet, traduite de l'anglois du savant Prideaux, in-12 II. Deux mauvais Romans satiriques: l'un sous le titre de Véritables motifs de la conversion de Rancé, abbé de la Trappe, 1685, in-12; l'autre, sous celui de Vie de Mézerai l'Historien, in-12. L'auteur étoit jeune, dit l'abbé d'Olivet, lorsqu'il fit ce dernier ouvrage: mais l'étoit-il lorsqu'il le publia en 1726? III. Traduction de l'Histoire Romaine d'Echard, retouchée et publiée par l'abbé des FONTAINES: Voyez ce mot. IV. Avis aux Réfugiés, in-12, 1690. On crut dans toute la Hollande que Bayle étoit l'auteur de ce livre, quelque ce fut Larroque, suivant l'abbé d'Olivet. Il fit, dit-on, cet ouvrage pour engager ses frères persécutés, à garder le silence contre les persécuteurs, et une pas mettre d'obstacles par leurs déclamations à leur retour en France. Cet avis, judicieux à plusieurs égards, déplut aux deux partis. V. Il travailla aux Nouvelles de la République des Lettres, pendant une maladie de Bayle. I. LASCARIS. (Théodore) — d'une ancienne famille Grecque, passa dans la Natolie, après la prise de Constantinople par les Latins, et s'y fit reconnoître des- pote. L'empire Grec étoit déchiré de toutes parts; il profita de l'état de foiblesse où il étoit, pour se faire déclarer empereur à Nicée en 1206. Il soutint une guerre opiniâtre contre l'empereur Henri, et combattit avec avantage les Francois établis dans l'Orient. Mais ayant épousé Marie, fille de Robert de Courtenay, il vécut pendant quelque temps en paix. Il avoit aussi tourné ses armes contre le Sultan d'Icoue, qui étoit venu assiéner Antioche sur le Méandre; il attaqua son armée, et lui ôta la victoire et la vie. Après avoir donné diverses preuves de valeur, il mourut en 1222 dans sa 46e année. C'étoit un grand prince, qui retarda par son courage et sa prudence la chute de l'empire d'Orient. — Jean Ducus Vatae, son successeur et son gendre, eut un fils, nommé aussi Théodore Lascaris. Ce dernier régna à Nicée depuis 1235 jusqu'en 1259. Ce prince combattit avec succès le roi des Bulgares, et se fit craindre des peuples qui l'environnoient. Des accès fré- quens d'épilepsie le jetèrent dans une maladie de langueur. Comme ses derniers momens approchoient, il se revêtit, suivant l'usage du temps, d'un habit de moine, et mourut âgé de 36 ans. Ses talens militaires, sa générosité, la protection qu'il accorda aux savans, furent balancés par l'impétuosité de son caractère. Il devint soupçonneux et cruel, sur-tout envers les seigneurs de sa cour. Il avoit épousé Hélène, fille d'Azan roi de Bulgarie, laquelle lui donna un fils nommé Jean LASCARIS; Voyez JEAN, n.º III.
II. LASCARIS, (André-Jean) dit Rhyndacène, de la même famille que le précédent, passa en Italie l'an 1453, après la prise de Constantinople. La Grèce étoit devenue la proie des Ottomans et le séjour de la barbarie. La maison de Laurent de Médicis, l'asile des gens de lettres, fut celui de Lascaris. Ce seigneur Florentin, occupé alors à former sa vaste bibliothèque, l'envoya deux fois à Constantinople pour chercher des manuscrits Grecs. A son retour, Louis XII l'appela à Paris, et l'envoya à Venise comme ambassadeur; fonction à laquelle il étoit moins propre, qu'à celle de bibliothécaire. Quelque temps après, le cardinal de Médicis ayant été élevé au pontificat sous le nom de Léon X; Lascaris, son ancien ami, passa à Rome, et obtint de ce pontife la direction d'un collège des Grecs. Il mourut de la goutte en 1535, âgé d'environ 90 ans. On imprima à Basle en 1537, et à Paris, 1544, in-4°, quelques Epigrammes de Lascaris en grec et en latin: car il possédoit parfaitement ces deux langues. Son style a de la vivacite et de l'harmonie. Une des grandes obligations qu'on lui a, c'est d'avoir apporté en Europe la plupart des beaux manuscrits grecs que nous y voyons. C'est par son conseil et celui de Budé, que la bibliothèque de François premier fut dressée.
III. LASCARIS, (Constantin) quitta Constantinople sa patrie en 1453, lorsque les Turcs s'en furent rendus maîtres, et se réfugia en Italie, où ses talens reçurent l'accueil qu'ils méritoient. Il enseigna les belles-lettres à Milan, ensuite à Naples, et enfin à Messine. De son école sortirent Bembo et d'autres hommes illustres. Il laissa sa bibliothèque au sénat de Messine, qui l'avoit honoré du droit de bourgeoisie en 1465, et qui lui fit élever un tombeau de marbre. On a de lui, une Grammaire Grecque, en grec seulement, Milan, 1476, in-4°. C'est la première production grecque de l'imprimerie; elle a été réimprimée avec quelques autres Traités de Grammaire, à Venise, 1537, in-4°.
LAS-CASAS, (Barthélemi de) Voyez CASAS.
LASCÈNE ou LASENA, (Pierre) avocat de Naples, originaire de Normandie, habile dans les belles-lettres et dans la jurisprudence, mourut à Rome le 20 août 1636, à 46 ans. On a de lui: I. Nepechtes Homeri, seu De abolendo luctu, Lugduni, 1624, in-8°. II. Cleombrotus, sive De iis qui in aquis pereunt, Rome, 1637, in-8°. III. Dell'antico Ginnasio Napoletano, Napoli, 1688, in-4°.
LASCUS ou LASCO, (Jean) ministre Protestant d'une famille Illustre de Pologne, travailla d'abord en Angleterre. Banni de ce pays par la reine *Marie*, il se réfugia à Francfort sur le Mein, où il mourut en 1560, après avoir essuyé beaucoup de persécutions de la part des Luthériens. Ses principaux ouvrages sont : I. *Tractatus de Sacramentis*, Londini, 1552, in-8.º II. *Forma Ministerii in peregrinorum Ecclesia institutā Londini anno 1550, per Edwardum VI*, in-8.º
LASERRE, *Voyez SERRE*.
LASIUS, *Voyez LAZIUS*.
LASNE, (Michel) dessinateur et graveur, natif de Caen, mort en 1667, âgé de 72 ans, a donné quelques planches au burin, d'après *Raphaël*, Paul *Véronèse*, *Josephin*, *Rubens*, *Annibal Carrache*, *Vouet*, *le Brun*, et d'autres. Il a aussi fait beaucoup de morceaux de génie, dans lesquels on admire son talent pour exprimer les passions. Ce maître avoit un caractère gai, qui lui fit couler, au sein de l'amitié et de la joie, une vie douce et agréable. C'étoit le vin qui échauffoit pour l'ordinaire sa veine.
LASOURCE, (Marie-David-Albin) né à l'Anglos près de Montpellier, exerça d'abord les fonctions de ministre Protestant, et fut nommé ensuite député du département du Tarn, à la Législature et à la Convention. Il y montra des sentimens de liberté très-exagérés, et y poursuivit le gouverneur de Saint-Domingue *Blanchelande*, le commandant *la Fayette*, et le ministre *Montmorin*. Lorsque la proscription exercée par *Robespierre* s'étendit sur les *Girondins*, *Lasource* osa l'attaquer et l'accuser de tyrannie. Bientôt après, il fut décrété d'accusation et condamné à mort le 30 octobre 1793, à l'âge de 31 ans. Après avoir entendu sa condamnation, il dit aux juges : « Je meurs dans le moment où le peuple a perdu sa raison ; pour vous, vous mourrez le jour où il la recouvrera. »
LASSENIUS, (Jean) né l'an 1636 à Waldan en Poméranie, voyagea, avec un jeune seigneur de Dantzig, en Hollande, en France, en Angleterre, en Ecosse et en Irlande. Ces voyages ne furent pas infructueux. Il visita les bibliothèques, et les savans les plus distingués de ces pays, avec lesquels il forma des liaisons. Etant à Nuremberg, il se fit des ennemis, en publiant un ouvrage intitulé : *Classicum belli Turcici* contre deux Jésuites, les Pères *Otton* d'Augsbourg et *Neuhausen* de Ratisbonne, et contre le docteur *Jäger*. On l'enleva secrètement, et on l'enferma dans une prison en Hongrie, où il eut beaucoup à souffrir. Ayant obtenu sa liberté, il fut nommé pasteur de diverses églises Luthériennes en Allemagne, puis professeur de théologie à Copenhague, où il mourut en 1692, à 56 ans. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages en allemand. I. LASSUS ou LASUS, poète Dithyrambique, né à Hermione dans le Péloponnèse l'an 500 avant Jésus-Christ, l'un des sept Sages de la Grece après la mort de *Périandre*, fut fort applaudi de son temps. On a conservé le souvenir de sa réponse à un homme qui lui demandait : *Ce qui étoit le plus capable de rendre la vie sage ?... L'expérience. Lasus fut le premier, dit-on, qui nota la musique ; il remporta le prix pour ses vers bachiques, et fit* un hymne en l'honneur de Cérès, où il n'employa jamais la lettre S.
IL LASSUS, (Orland) célèbre musicien du XVIe siècle, né à Bergue en 1520, et mort à Munich en 1594, à 74 ans, étoit le premier homme de son art, dans un temps où la musique n'étoit pas ce qu'elle est aujourd'hui. Il fit briller ses talens dans les cours de France, d'Angleterre, de Bavière, etc. On a de lui, un grand nombre de pièces de musique sur des sujets sacrés et profanes : Theatrum musicum; Patrocinium Musarum; Motetorum et Magiagalium libri; Liber Missarum, etc. L'un de ses motets les plus célèbres, est sur ces paroles : Deus qui bonum vinum fecit • Et ex eodem multa copita dolera creati, Da nobis, quasumus, intellectum Ut saltam possimus invenire lectum. Ses contemporains le vantèrent comme la merveille de son siècle, et le mirent au-dessus d'Orphée et d'Amphion. Un mauvais poète dit de lui :
HIC ILLE ORLANDUS, LASSUM QUI RECHEAT ORBEN. Un autre rimeur lui fit cette singulière Epitaphe : Etant enfant, j'ai chanté le dessus; Adolescent, j'ai fait la contre-taille; Homme parfait, j'ai résonné la taille; Mais maintenant je suis mis au bas-sus. Prie, Passant, que l'esprit soit là-sus.
LASTIC, (Jean de) grand-maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, étoit grand-prieur d'Auvergne, lorsqu'il fut élu à Rhodes, quoique absent. Ce fut le 6 Novembre 1437. On donne le nom de Grand-Maître à tous ses prédécesseurs; mais il est cons- tant que ce fut Lastic qui porta le premier, ce titre dans l'ordre. Il étoit d'une famille distinguée d'Auvergne, et il s'étoit signalé de bonne heure par sa valeur et sa prudence. Le Soudan d'Égypte se disposoit à faire le siège de Rhodes, lorsqu'il fut élevé au magistère. Lastic, craignant l'exécution de ce projet, fit une ligue avec l'empereur de Constantinople contre les Infidèles, et fortifia toutes les places de l'isle. Au commencement d'Août 1444, le Soudan parut à la vue de Rhodes, avec une flotte composée de dix-huit mille combattants. Mais après plusieurs assauts soutenus courageusement par le grand-maître et ses chevaliers, les Barbares furent contraints de lever le siège. Quelque temps après, Lastic fit avec Amurat un traité de paix, qu'il renouvela en 1450 avec Mahomet II. Ce dernier prince feignit d'abord de vouloir bien vivre avec les Latins et les Grecs; mais comme la conquête de Constantinople étoit le grand objet de son ambition, il assiégea cette capitale de l'empire en 1453, et s'en rendit maître. Sept mois après la prise de cette ville, Mahomet envoya une ambassade à Rhodes, pour demander à l'ordre un tribut annuel de deux mille écus. Le grand-maître, indigné d'une telle demande, répondit, qu'il ne souffriroit jamais que ses Chevaliers fussent tributaires d'un Empereur Turc. Le Sultan ayant menacé, si l'on refusoit ce qu'il demandoit, de porter ses armes victorieuses dans Rhodes, Lastic travailla avec ardeur à mettre cette isle en état de défense. Il implora le secours des princes Chrétiens, et sur-tout de Charles VII, roi de France. Mais, tandis qu'il s'oc- unpoit avec tant de zèle à faire triompher son ordre, il fut attaqué d'une maladie qui termina ses jours en 1454. Il mourut accablé d'années, après avoir tenu le gouvernail, dit l'abbé de Vertot, dans des temps difficiles et orageux, avec autant de sagesse que de fermeté. — De la même famille étoit Louis de Lastic, grand-prieur d'Auvergne, qui acquit beaucoup de gloire en France dans les guerres contre les Calvinistes. Lorsque Malte fut assiégée par les Turcs en 1555, sous le magistère de Jean de la Valette, il fut député au vice-roi de Sicile, pour solliciter des troupes. Ce gouverneur, homme fier et hautain, se plaignit de ce que les chevaliers ne le traitaient pas d'Excellence. Lastic lui répondit: Pourvu que nous arrivions à Malte assez à temps pour secourir la Religion, je vous traiterai avec plaisir d'Excellence, d'Altesse, et même, si vous voulez, de Majesté... Le vice-roi sourit à cette réponse; et après bien des obstacles et des irrésolutions, que Lastic vainquit, il amena un secours considérable. — La maison de Lastic, l'une des plus distinguées parmi la première noblesse d'Auvergne, a produit d'autres personnes illustres, qui ont fait honneur à l'église et à la patrie, soit dans le clergé, soit dans l'état militaire.
LATAILLE, Voyez TAILLE.
LATERANUS, (Plautius) fut désigné consul l'an 65 de J. C. Avant de prendre possession de son consulat, il fut tué par ordre de Néron, pour être entré dans la conjuration de Pison contre ce prince. Epaphrodite, affranchi de Néron, tâcha vainement de tirer de Lateranus quelques cir- circonstances sur la conjuration. Ce sénateur ne révéla rien, et se contenta de dire à cet esclave: Si j'ai quelque chose à dire, je le dirai à votre Maître. On le conduisit au supplice, sans lui avoir donné le temps d'embrasser ses enfans; et ce fut en ces derniers mounens que sa constance parut dans toute son étendue. Quoique le tribun qui alloit lui trancher la tête fut lui-même de sa conspiration, il ne daigna pas lui faire le moindre reproche; et le premier coup qu'il en reçut n'ayant fait que le blesser, il secoua seulement la tête, et la tendit ensuite avec autant de fermeté qu'amparavant. C'est de Plautius Lateranus, que le célèbre palais de Latrun a tiré son nom; car c'étoit autrefois la maison qu'habitoient ceux de cette famille. Les auteurs contemporains la mettoient au nombre des plus magnifiques de Rome.
LATHBER, (Jean) Cordelier Anglois, vivoit dans le 15e siècle. On a de lui, des Commentaires estimés sur les Pseaumes, sur Jérémie, et sur les Actes des Apôtres.
LATIMER, (Hugues) Évêque de Worcester sous Henri VIII naquit vers 1470. Il seconda d'abord ce prince dans sa révolte contre l'église Romaine; mais voulant aller plus loin et le décider pour le pur calvinisme, il fut obligé de se demettre de son évêché. Enfin, sous la reine Marie, il fut brûlé le 16 octobre 1555; peine certainement trop dure et qui ne sert qu'à multiplier ceux qui s'égarent, en leur montrant des martyrs dans leurs sectateurs. L LATINUS, roi des Laurentins Aborigènes dans l'ancien Latium, étoit fils de Faune et de Marica, et commença à régner vers l'an 1239 avant J. C. Il eut d'Amato sœur de Daunus roi des Ruttules, une fille appelée Lavinie, que l'oracle lui ordonna de marier à un prince étranger. Il la donna en effet à Enée, qui étoit sorti de Troie pour s'établir en Italie. Ternus roi des Ruttules, à qui la princesse avoit été promise, en fut si irrité, qu'il déclara la guerre au prince Troyen et au roi Latinus. Cette guerre fait le sujet des six derniers livres de l'Enéale. La victoire s'étant déclarée pour Enée, il bâtit une ville du nom de Lavinie fille de Latinus. Strabon ajoute que le roi des Aborigènes ayant été tué dans une seconde bataille contre les Ruttules, Enée les vainquit à son tour, et les subjugués entièrement. Lorsqu'il fut paisible possesseur du royaume, il changea le nom des Aborigènes en celui de Latins. Denys d'Halycarnasse rapporte la même chose sur l'origine de ces peuples, excepté qu'il dit, que le roi de la nation donna le nom de Latins aux Aborigènes.
II. LATINUS PAGATUS DRE-PANIUS, orateur Latin, né à Drépane dans l'Aquitaine, dont nous avons un Panégyrique de Théodose le Grand, prononcé devant ce prince en 389, après la défaite du tyran Maxime. Il y en a une édition de 1651, in-8°; et on le trouve dans les Panegyrici veteres, 1677, in-4°. Cet orateur n'étoit pas sans mérite. « S'il n'a point, dit Thomas, cet agrément que donnent le goût et la pureté du style; il a souvent de l'imagination et de la force. Son éloquence, en général, ne manque ni de précision, ni de rapidité. Au reste, dans sa manière d'écrire il ressemble plus à Sénèque et à Pline, qu'à Ciceron. Quelquefois même il a des tours et un peu de la manière de Tacite. Ses expressions ont alors quelque chose de hardi, de vague et de profond qui ne déplaît pas. »
III. LATINUS-LATINIUS, ou LATINO-LATINI, comme l'appelle le P. Niceron, vit le jour à Viterbe en 1513. Il fut employé à la correction du Décret de Gratien, et mourut à Rome en 1593, après avoir publié des remarques et des corrections sur Tertullien et sur plusieurs autres écrivains, et une savante compilation sous le titre de Bibliotheca sacra et profana. Ce recueil d'observations, de corrections, de variantes, de conjectures, fut imprimé à Rome en 1667, par les soins de Dominique Macri, qui l'enrichit de la Vie de l'Auteur. On a accusé celui-ci, sans trop de raison, d'avoir supprimé les pièces des anciens qui ne s'accordoient pas avec ses sentimens. Certains auteurs Protestans qui le traitent de Corrupteur de l'antiquité, avoient leurs raisons pour lui donner ce titre. Latinus avoit été secrétaire de plusieurs cardinaux. Juste-Lipse l'appelle, Probissimus senex, et omni litterarum genere instructissimus. Quoiqu'il eût une santé très-délicate, il la ménagea de telle sorte, qu'il poussa sa carrière fort loin. Il étoit très-attaché aux intérêts de la cour de Rome. Il mourut dans cette ville le 21 Janvier 1593, à 80 ans. I. LATOMUS, (Jacques) savant théologien scolastique, né à Cambron dans le Hainaut, étoit docteur de Louvain et chanoine de de Saint-Pierre de la même ville. Il écrivit contre Luther, et fut l'un des meilleurs controversistes de son temps. Il mourut en 1544. Tous ses Ouvrages furent recueillis et donnés au public en 1550, in-fol.
II. LATOMUS, (Barthélemi) professeur en langue et en éloquence latine, natif d'Arlon, dans le duché de Luxembourg; professa l'éloquence au collège royal de Paris, et mourut à Coblentz vers 1566, à 80 ans. On a de lui, des Notes sur Cicéron, sur Térence, etc... (dans l'édition de Jean Oporin, Basle, 1553; in-fol.) et quelques Traités de Controverse contre les Protestants, in-4°
LATONE, étoit fille de Cœus et de Phœbé. Comme Jupiter l'aimoit, Junon par jalousie la fit poursuivre par le serpent Python; et pendant toute sa grossesse, cette infortunée erra de côté et d'autre. Des paysans lui ayant refusé de l'eau pour étancher sa soif, et l'ayant accablée d'injures, ils furent métamorphosés en grenouilles. Enfin, Neptune par pitié fit paroître l'isle de Délos au milieu des eaux, où elle alla se réfugier, et accoucha d'Apollon et de Diane.
LATOUCHE, Voyez TOUCHE.
LATOUR, Voyez TOUR.
LATTAIGNANT, (Gabriel-Charles de) chanoine de Rheims, étoit d'une famille de robe de Paris. Il cultiva la littérature, dont il ne prit que la fleur, et s'attacha à la poésie légère. Il faisoit les délices d'un repas, par la facilité à composer et à chanter des couplets, quelquefois Tome VII, jolis, d'autres fois très-médiocres; mais toujours agréables pour les personnes qui en étoient l'occasion ou le sujet. Il eut, pendant trente ans, la réputation du plus aimable chansonnier de Paris; mais, dès qu'il voulut avoir celle d'auteur, il perdit presque entièrement la première. On recueillit ses Poésies en 4 vol. in-12, et on a donné, après sa mort, ses Chansons et ses autres Œuvres posthumes. Si l'on excepte une vingtaine de Madrigaux ou de Chansons, les opuscules poétiques de l'abbé Lattaignant, sont en général; lâches et foibles; quelques-uns même sont aviliés par une bizarre bigarrure de termes nobles et bas, et par une familiarité souvent triviale: mais on ne peut lui reprocher, comme à tant d'autres versificateurs de nos jours, l'affèterie du style, le néologisme, et le jargon précieux et maniéré. L'abbé de Lattaignant, touchant à la vieillesse; se retira du monde de bonne grace. Il mourut le 10 Janvier 1779, chez les Pères de la Doctrine Chrétienne, avec de grands sentiments de religion.
LAU, (Théodore-Louis) fameux Spinosiste du XVIIIe siècle, conseiller du duc de Curlande; s'est malheureusement fait connoître par un Traité imprimé à Francfort en 1717; sous ce titre: Meditationes Philosophicae de Deo; mundo, homine. Ce livre fut proscrit; ce qui l'a rendu fort rare. LAU y dit (paragraphe IV): Deus est materia simplex: Ego materia modificata... Deus oceanus: Ego fluvius... Deus terra: Ego gleba... Il a fait aussi quelques Traités de politique, qui ne valent pas mieux que ses Traités théologiques. Voy. LAU
LAVAGNE, Voy. FIESQUE. I. LAVAL, (Gilles de) seigneur de Retz, maréchal de France, étoit de la même famille qu'André qui suit, mais d'une branche collatérale. Il se signala par son courage sous Charles VI et sous Charles VII, et contribua beaucoup à chasser les Anglois de la France. Les services qu'il rendit à sa patrie l'auroient immortalisé, s'il ne les avoit pas ternis par des meurtres, des impiétés et des débauches effrénées. S'étant rendu coupable envers Jean VI, duc de Bretagne, il fut condamné, le 23 Décembre 1440, après une longue procédure, à être brûlé vif dans la prairie de Nantes. Un Italien, complice de ses abominations, subit le même châtiment. Le duc, témoin de cette exécution, permit qu'on étranglat Laval auparavant, et qu'on ensevelit son corps. Le maréchal, qui s'étoit armé d'abord d'une fermeté audacieuse, changea de ton, donna les marques du repentir le plus touchant, et finit en chrétien résigné, déclarant sur le bûcher, que sa mauvaise éducation avoit été la source de ses débordemens. C'étoit un homme d'une prodigalité extrême : il consuma en folles dépenses 200.000 écus d'or comptant, dont il hérita à vingt ans; et plus de 30.000 liv. de rente, qui en valoient dans ce temps-là 300.000 de celui-ci. Quelque part qu'il allât, il avoit à sa suite un serail, des comédiens, une musique, des instruments, des devins, des magiciens, une compagnie de cuisiniers, des meutes de chiens de toutes espèces, et plus de deux cents chevaux de main. Mézerai dit qu'il entretenoit des sorciers et des enchanteurs pour trouver des trésors, et corrompoit de jeunes garçons et de jeunes filles, qu'il tnoit après, pour en avoir le sang, afin de faire ses charmes. De telles abominations seroient bien peu croyables, si on ne savoit dans quels excès jette la perversité du cœur humain. On peut assurer cependant que le secret de trouver de l'argent par le moyen des sorciers, a toujours été une foible ressource.
II. LAVAL, (André de) seigneur de Lohéac et de Retz, étoit second fils de Jean de Montfort, seigneur de Kergolay, et d'Anne de Laval, dont il prit le nom et les armes. Cette famille de Laval est une ancienne maison de Bretagne, dont l'héritière épousa Matthieu de Montmorency. Le fils puîné de Matthieu en prit le nom, et ses descendans le portèrent jusqu'à Gui XII, mort sans enfans en 1413. Anne sa sœur, mère d'André, dont il est question dans cet article, fut l'héritière de sa maison. André, son fils, rendit des services signalés au roi Charles VII, qui le fit amiral, puis maréchal de France. Il fut suspendu de sa charge au commencement du règne de Louis XI; mais ce prince le rétablit peu de temps après, et lui donna le collier de l'ordre de Saint-Michel, en 1469. Il mourut en 1486, à 75 ans, sans laisser de postérité, et plus riche en réputation qu'en biens. Envoyé en 1455, contre Jean, comte d'Armagnac, qui étoit excommunié pour avoir épousé publiquement sa propre sœur, il l'avoit poussé si vivement, qu'en une seule campagne il l'eût dépouillé de ses états. — Une branche de Montmorency-LAVAL, des- éendante de *Gui VII*, fit revivre le titre de *Laval*, et le transmit à sa postérité.
III. LAVAL, (Urbain de) marquis de Sablé et de Bois-Dauphin, maréchal de France, et gouverneur d'Anjou, étoit de la même famille qu'*André*, mais d'une branche collatérale. Il se signala en divers sièges et combats. Il suivit le parti de la Ligue, fut blessé et fait prisonnier à la bataille d'Ivri, en 1590. Il fit ensuite son accommodement avec *Henri IV*. Ce prince lui donna le bâton de maréchal de France, et le fit chevalier de ses ordres et gouverneur d'Anjou. Son crédit augmenta sous le règne suivant. Lorsque le prince de *Condé* et beaucoup d'autres mécontents se furent unis pour empêcher le mariage de *Louis XIII* avec l'infante d'Espagne, la reine *Marie de Médicis*, et le marquis d'*Ancre* son confident, firent commander à *Bois-Dauphin* l'armée qu'ils mirent sur pied pour combattre celle des mutins. Celle-ci étoit foible; elle manquait de provisions; il y avoit dix à douze chefs. Celle du roi étoit nombreuse; elle avoit tout en abondance; *Bois-Dauphin* en étoit le seul général. Ces avantages ne firent qu'augmenter sa honte: car les mécontents prirent des places sous ses yeux, et passèrent l'Oise, l'Aisne, la Marne, la Seine, l'Yonne et la Loire, sans qu'il les en empêchât. Il eut beau dire « qu'il avoit un ordre secret de ne rien hasarder; » il fut blâmé de tout le monde, et accusé même à la cour, par les uns de timidité, et par les autres d'intelligence avec les rebelles. Depuis, il ne commanda plus. Dans la suite, n'ayant pu acquérir l'estime et la confiance, ni du connétable de *Luynes*, ni du cardinal de *Richelieu*, qui gouvernèrent l'un après l'autre, il se retira dans une terre, où il mourut tranquillement le 27 mars 1629, dans un âge assez avancé.
IV. LAVAL - MONTIGNY, (François de) premier évêque de Quebec, étoit fils de *Hugues de Laval*, seigneur de Montigny. Il fut d'abord archidiacre d'Evreux, et ensuite nommé au siège nouvellement érigé à Quebec, qu'il alla remplir en 1673. Il y fonda un séminaire, s'y fit estimer de tout le monde par sa vertu et par son éminente piété, et y mourut le 6 mai 1708, à 86 ans, après s'être démis de son évêché. L'abbé de *la Tour*, doyen du chapitre de Montauban, a écrit sa *Vie*, in-12. V. LAVAL, (Antoine de) sieur de *Bélair*, maître des eaux et forêts du Bourbonnois, puis capitaine des châteaux de Beaumanoir-lès-Moulins, étoit savant dans les langues, l'histoire et la théologie. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages. Le plus considérable est: *Dessins de Professions nobles et publiques*, contenant entre autres, l'*Histoire de la Maison de Bourbon*, Paris, 1605, in-4. Il mourut en 1631, à 80 ans. Il étoit très-lié avec la famille de *Betz*, qui lui donna des preuves de son estime et de sa bienveillance. Plusieurs gens de lettres se faisoient honneur de son amitié et de sa société.
VI. LAVAL, (Antoine) Jésuite, né à Lyon, devint professeur d'hydrographie auprès des gardes marines de Toulon. On a de lui, un *Voyage à la Louisiane*, Paris, *Mariette*, 1728. Il mourut la même année, après avoir travaillé long-temps avec son compatriote de *Chazelles*, à dresser les cartes marines des côtes de Provence.
LAVARDIN, *Voy. BEAUMANDIR*; COTA; HILDEMER; et MASCARON. I. LAVATER, (Louis) controversiste, Protestant, né à Kibourg dans le canton de Zurich, en 1527, mort chanoine et pasteur de cette dernière ville, le 17 juillet 1588, à 59 ans, a laissé une *Histoire Sacramentaire*, des *Commentaires* et des *Homélies*. Ces divers ouvrages sont lus par les gens de son parti. Mais son Traité curieux *De Spectris*, (Genève, 1580, in-8°, et Leyde, 1587, in-12) est recherché de tout le monde. *Teissier* donne de grands éloges à cet auteur. On voyait en lui, dit-il, une gravité et une sévérité mêlée d'une douceur et d'une gaieté qui lui gagnaient les cœurs. Il étoit bon ami, officieux, généreux, sincère et doux, quoique ministre et controversiste. —Son petit-fils, *Jean-Rodolphe*, chanoine de Zurich, mort en 1625, à 46 ans, est auteur d'un Traité peu commun, *De Variis prodigiis*, anno 1608, *visis*.
II. LAVATER, (Jean-Gaspard-Christian) né à Zurich en 1741, et mort dans cette ville le 12 janvier 1801, devint ministre du culte Protestant, et s'acquit de la réputation par ses discours éloquens, où régnait une douce sensibilité. Si ses idées eussent continué à se porter vers les objets religieux, il eût été l'un des plus célèbres ascétiques : et sa devise, comme sa pensée favorite, fut, que tout étoit possible en croyant. Ses écrits sont nombreux, pleins d'onction, de vues neuves et quelquefois singulières. On lui doit : I. *Œuvres* en prose, in-8°. II. *Journal de l'observateur de soi-même*. Le pasteur *Zollikoff*, de Leipzig, en a donné une édition, 1778. III. *Salomon*, 1785, in-8°. IV. *Poèmes*, 1785, in-8°. V. *Nathanaël*, in-8°. VI. *Jésus Messie*, ou *Évangiles et Actes des Apôtres*, mis en cantiques, 1786, 4 volumes. VII. *Lettres fraternelles*, 1787, in-8°. VIII. *Traité sur les Physionomies*. C'est l'écrit le plus considérable de *Lavater*, et qui lui a procuré le plus de célébrité. Le fond n'en est pas neuf ; et un Lyonnois, l'abbé *Perneti*, avoit publié déjà un vol. in-12, très bien écrit sur le même sujet ; mais les détails, les descriptions, les rapprochemens singuliers et ingénieux de l'auteur Allemand ont rendu son ouvrage remarquable et original. Il a été traduit en françois, en trois petits vol. in-folio, ornés de planches.
LAVAU, *Voy. FLONCEL*.
LAVAUR, (Guillaume de) avocat au parlement de Paris, mort âgé de 76 ans, le 8 avril 1730, à Saint-Céré, dans le Quercy, sa patrie, fut l'oracle de son pays par ses connoissances. Il joignoit à un cœur bon et généreux, une mémoire prodigieuse et une vaste littérature. On a de lui : I. *L'Histoire secrète de Néron*, ou le *Festin de Trimalcion*, traduit avec des remarques historiques, in-12, 1726. II. *Conférence de la Fable avec l'Histoire sainte*, 1730, deux vol. in-12. L'auteur prétend prouver que les grandes fables, le culte et les mystères du Paganisme, ne sont que des altérations des usages, histoires et des traditions des anciens Hébreux : système qui n'a pas été adopté par tous les savans. Il y a de l'érudition dans ce livre ; mais les conjectures n'y sont pas toujours heureuses. *Huct* avoit eu la même idée avant l'auteur ; il n'est pas difficile de s'appercevoir qu'il a profité de sa *Démonstration Évangélique*.
LAUBADERMONT, dont le vrai nom étoit *Jacques Martin*, conseiller d'état, obtint ce titre par sa lâche déférence aux volontés du cardinal de *Bichelieu*. Il présida aux jugemens de *Grandier* et de *Cinq-Mars*, et fut rapporteur de l'affaire de *de Thou*. *Voyez* ces différens articles. Le fils de *Laubadermont*, fut tué en 1651, parmi une troupe de voleurs, dans laquelle il s'étoit enrôlé ; le père mourut dans son lit, quoiqu'il eût mérité de finir autrement. — LAUBANIE, (Yrier de Magonthier de) né en 1641, dans le Limousin, parvint par ses services au grade de lieutenant général, et s'en rendit digne par les preuves de courage qu'il donna dans quantité d'occasions. Etant sorti de Brisach, à la tête de 2,000 hommes, il surprit la ville et le château de Neubourg, y fit quatre cents prisonniers, força les ennemis de décamper, et occasionna la bataille de Fredelingen, où ils furent battus. Nommé gouverneur de Landau, en 1704, il y fut assiégé par deux armées, commandées par le prince *Louis de Bade* et le prince *Eugène* ; soutenues par l'armée d'observation de milord *Marleborough* : il défendit la place durant soixante-neuf jours avec une valeur opi- opiniâtre. Les généraux ennemis envoyèrent un trompette pour le sommer de se rendre. *Il est si glorieux*, répondit Laubanie, de résister à des princes qui ont tant de valeur et de capacité, que je désire d'avoir encore quelque temps cette gloire. Je veux mériter la même estime qu'à obtenue d'eux M. de Melac dans le temps du premier siège. — Il y a vraiment de la gloire à vaincre de pareils ennemis, dit l'un des généraux, en apprenant cette réponse. *Laubanie*, quoique devenu aveugle le 11 octobre par l'éclat d'une bombe qui creva à ses pieds, ne se rendit que le 25 novembre, et obtint la plus honorable capitulation. Il fut fait grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, et se retira à Paris. Le duc de *Bourgogne* avoit beaucoup d'estime pour ce brave officier. Il le présenta un jour à *Louis XIV*, le tenant par la main ; et il adressa ces paroles au roi : *SIRÉ*, voilà un pauvre aveugle qui auroit besoin d'un bâton. — *Louis XIV* ne répondit rien. *Laubanie* fut si saisi de ce silence, qu'il tomba malade, et mourut peu de temps après, en 1706, à 65 ans.
LAUBESPINE, *Voyez* AUBESPINE.
LAUBRUSSEL, (Ignace de) Jésuite, né à Verdun en 1663, professa avec distinction dans son ordre, fut provincial de la province de Champagne, et ensuite préfet des études du prince *Louis des Asturies* ; et lorsque ce prince se fut marié, il devint confesseur de la princesse. Il mourut au Port-Sainte-Marie en Espagne, le 9 octobre 1730, à 67 ans, après avoir publié quelques ouvrages. Les plus connus sont : *La Vie du Père Charles de* Lorraine, Jésuite, 1733, in-12. II. Traité des abus de la Critique en matière de Religion, 1710, 2 vol. in-12. Son but étoit de venger la religion, des coups impuissans que lui portent les incrédules et les hérétiques. L'en- treprise étoit très-double; mais elle auroit pu être exécutée plus heureusement. L'auteur a com- pilé dans son livre, ce qui a été dit de plus impie, de plus scan- daleux et de plus indécent sur nos mystères, sans y répondre le plus souvent que par des ex- clamations ou de foibles raisons. Il falloit un Bossuet, un Pascal pour un pareil ouvrage; et Lau- brussel n'avoit ni leurs talens, ni leur logique.
LAUD, (Guillaume de) fils d'un bourgeois de Reading en Angleterre, naquit en 1573. Il fut illustre par ses talens et par sa constance dans ses malheurs. Il prit le bonnet de docteur à Ox- ford, et parvint par son mérite, après avoir rempli divers sièges, à l'archevêché de Cantorbery. Son attachement à Charles I, si glorieux pour sa mémoire, lui fut funeste. Les ennemis de ce prince firent mettre l'archevêque à la Tour de Londres. Il fut ac- cusé par le parlement d'avoir voulu introduire la religion Ca- tholique, d'avoir entrepris de réunir l'église Romaine avec l'An- glicane. Laud démontsa la faus- seté de toutes ces imputations; mais Charles ayant été entiè- rement défait, et les séditieux n'ayant plus rien à craindre, on fit couper la tête à cet illustre prélat, le 10 janvier 1645; il avoit alors 72 ans. Il souffrit la mort avec l'intrépidité d'un mar- tyr. Il fit sur l'échafaud un long discours, où il insinua qu'il mou- roit pour n'avoir pas voulu aban- donner le temple de Dieu et ado- rer les veaux de Jéoboum; il faisoit allusion au schisme des Presbytériens. Laud avoit beau- coup d'esprit, et il l'avoit per- fectionné par l'étude. Egalement propre aux affaires et au cabi- net, il passa pour bon théolo- gien; mais il ne soutint pas sa réputation de bon politique. « Son désintéressement, ses mœurs aus- tères, dit l'abbé Millot, méri- toient sans doute des éloges; mais ses préjugés superstitieux, son zèle opiniâtre, son courage en- treprenant, et sa fermeté inflexi- ble devoient produire de grands maux par son opposition à l'es- prit national. Laud avoit à cœur d'exalter les droits du Sacerdoce, et de multiplier les cérémonies dans le culte. Il en introduisit plusieurs peu différentes de celles de l'église Romaine. Les Puritains virent avec horreur ce qu'ils ap- peloient d'abominables supersti- tions. La table de communion, entourée d'une balustrade, les mi- nistres revêtus d'une chape pour administrer le sacrement, les communians obligés de le rece- voir à genoux; des crucifix et d'autres images placés dans les temples, furent à leurs yeux des scandales qui annonçoient l'An- tchrist. On cria que l'évêque de Londres travaillait à rappeler le papisme. Une dame s'étant faite Catholique, comme Laud lui en demandoit la raison. C'est sur-tout, répondit-elle, parce que je crains de voyager dans la foule; je vois que vous et quantité d'autres vous vouliez prendre le chemin de Rome; pour n'être pas pressée dans la foule, j'ai pris le parti de vous devancer. Il s'expliqua souvent sur ses ennemis d'une manière aïe- re et dure. La droiture de son cœur et la pureté de ses intentions lui persuadèrent qu'il pouvoit parler impunément contre le vice triomphant : il se trompa, et fournit aux parlementaires, qui n'étoient pas d'humeur de pardonner à leurs ennemis, un moyen de le perdre. Il eut même beaucoup de peine à obtenir qu'on se contentât de lui trancher la tête. On vouloit le soumettre à un supplice plus infame. Cependant, après sa mort, on permit à quelques-uns de ses amis de prendre son corps pour l'enterrer à leur gré. On a de cet infortuné prélat, une *Apologie de l'Eglise Anglicane* contre *Fischer*, Londres, 1639, in-folio. *Warton* publia, en 1695, in-folio, la *VIE* de cet archevêque. Elle est curieuse et recherchée. On y trouve l'histoire du procès de *Laud*, composée par lui-même dans la Tour de Londres avec beaucoup de vérité. *Voy. LAU.*
LAUDENOT, (Louise) fille d'un médecin du roi, se consacra à la vie religieuse dans l'abbaye de Montmartre, et y mourut le 27 mai 1636. On lui doit plusieurs ouvrages pieux : I. *Exercice pour la sainte Communion*. II. *Catéchisme des vices et des vertus*. III. *Recueil des Œuvres de Ste Gertrude*. IV. *Méditations sur les vies des Saints*, pour toutes les fêtes de l'année. Ces écrits ont du naturel et de l'onction.
LAUDER, *Voy. MILTON.*
LAUDHON, (Gédéon, baron de) maréchal, grand-croix de l'ordre de *Marie-Thérèse*, né en Livonie en 1716, servit avec distinction sous les empereurs *François I* et *Joseph II*, contre la Prusse et la Turquie. Il mourut au lit d'honneur à 74 ans, en juillet 1790, au quartier général de Neutischein. Il étoit né pauvre, et fut long-temps dans les troupes légères, où il se forma par la vie la plus dure au métier de la guerre. Sa valeur et son intelligence le firent distinguer, et il fut bientôt à la tête des généraux de l'empereur. La confiance et l'amour que sa bonté et sa simplicité au milieu de l'appareil du commandement, avoient inspirés aux soldats, servirent beaucoup à ses victoires. Il se fit dresser un mausolée de son vivant, avec cette inscription : *COMMEMORATIUM MORTIS, OPTIMA PHILOSOPHIA*. Quoiqu'il eût servi long-temps, il ne laissa pas une grande fortune : et l'empereur dédommagea sa veuve de ce désintéressement, en lui assurant une partie des pensions de son illustre époux. *Frédéric le Grand* faisoit beaucoup de cas des talens militaires de *Laudhon*.
LAUDUN, *Voyez DE-LAUDUN.*
LAVERDY, *Voy. AVERDY.*
LAVERDY, (Clément-François) professeur en droit-canon, et avocat au parlement de Paris sa patrie, né en 1695, et mort en 1754, publia différens Mémoires estimés. On cite celui sur le *Droit de succession de la Maison de Ligneville*, au duché de Lorraine, 1739 et 1740, in-4.
LAUGIER, (Marc-Antoine) né à Manosque en Provence, le 25 juillet 1713, entra de bonne heure chez les Jésuites. Il se consacra à la chaire, et précha à la cour avec applaudissement. Ayant quitté la Compagnie de Jésus pour quelques mécontentemens qu'on lui donna, il se tourna du côté des beaux arts. Son *Essai sur l'Architecture*, 1755, in-8°, dont il y a eu deux éditions, prouva qu'il étoit né pour eux. Il y a sans doute quelques réflexions hasardées dans cet ouvrage; mais on y trouve encore plus de vues justes et d'idées saines. Il est d'ailleurs bien écrit. Son *Histoire de la République de Venise*, qu'il publia ensuite en 12 vol. in-12, 1758 et années suivantes; et celle de la *Paix de Belgrade*, en 2 volum. in-12, 1763, lui assurent un rang parmi nos historiens. Il réunit dans l'une et dans l'autre, à quelques endroits près, le caractère de la vérité au mérite de l'exactitude. Le style auroit pu être plus soigné dans certains morceaux, moins oratoire dans d'autres; mais en général il a de l'élégance et de la clarté; son *Histoire de Venise* a été traduite en italien, et accompagnée de nombreuses notes où les étrangers apprendront beaucoup mieux à connoître le singulier gouvernement de Venise, que dans l'Histoire inexacte d'*Amelot de la Houssaie*. On a encore de lui : I. *Paraphrase du Miserere*, traduite de *Segneri*, in-12. II. *Voyage à la Mer du Sud*, traduit de l'anglois, 1756, in-4° et in-12. III. *Apologie de la Musique Françoise*, 1754, in-8°. L'abbé *Laugier* mourut le 7 avril 1769, dans sa 51$^{e}$ année, d'une fluxion de poitrine. Ses mœurs étoient douces, et son commerce agréable. Il avoit des connaissances; et ses ouvrages lui coïtoient peu de travail.
LAVIGNE, *Voy. VIGNE*,
LAVINIE, fille de *Latinus*, roi du Latin, étoit promise à *Turnus*, roi des *Rutules*; mais elle épousa *Enée*, et en eut un fils posthume, nommé *Sylvius*; parce qu'elle l'enfanta dans un bois, où elle s'étoit retirée par la crainte qu'elle avoit d'*Ascaigne*, fils d'*Enée*.
LAVIROTTE, (Louis-Anne) médecin, né à Nolay, diocèse d'Autun, mort le 3 mars 1759, dans la 34$^{e}$ année de son âge, étoit bon physicien et observateur habile. Il a traduit de l'anglois : I. *Observations sur les Crises par le pouls*, de *Nihill*, in-12. II. *Dissertation sur la Transpiration*, in-12. III. —*Sur la Chaleur*, in-12. IV. *Découvertes philosophiques de Newton*, par *Maclaurin*, 1749, in-4°. V. *Méthode pour pomper le mauvais air des vaisseaux*, 1740, in-8°. VI. *Observations microscopiques de Néedham*, 1750, in-8°. VII. Il a donné, de son propre fonds, des *Observations sur une Hydrophobie spontanée*, suivie de la rage, in-12. I. LAUNAY, (Pierre de) écrivain de la religion Prétendue réformée, né à Blois en 1573, quitta une charge des finances, le titre de secrétaire du roi, et toutes les prétentions de fortune, pour se livrer à l'étude des livres sacrés. Les Protestans de France avoient en lui une confiance extrême. Il fut député à tous les synodes de sa province, et à presque tous les synodes nationaux qui se tinrent de son temps, et mourut en 1662, à 89 ans, très-regretté de ceux de sa communion. On a de lui : I. *Des Paraphrases sur toutes les Epières de St. Paul*; sur *Daniel*, l'*Ecclésiaste*, les *Proverbes* et l'*Apocalypse*. II. *Des Remarques sur la Bible*, ou *Explication des mots*, des phrases et des figures difficiles de la sainte *Écriture*; Genève, 1667, in-4. Ces deux ouvrages sont estimés des Calvinistes.
II. LAUNAY, (François de) né à Angers en 1612, reçu avocat à Paris en 1638, suivit le barreau, plaida, écrivit et consulta avec un succès égal, jusqu'en 1680. Il obtint, cette année, la chaire de droit François : chaire qu'il remplit, le premier. Il fit l'ouverture de ses leçons par un *Discours*, dans lequel il prouva « que le Droit Romain n'est pas le Droit commun de France. » *Ducange, Bigot, Coteillier, Ménage* et plusieurs autres savans, se faisoient un plaisir de converser avec lui. Ils trouvoient dans ses entretiens un fonds inépuisable des maximes les plus certaines de la jurisprudence ancienne et moderne. Ses mœurs relevoient beaucoup son savoir ; elles étoient douces et pures, sa piété solide, sa charité bienfaisante. Il ne savait rien refuser ; mais en secourant les misérables, sur-tout ceux qui mendioient plutôt par paresse que par besoin, il leur disoit : *Vous pourriez bien travailler pour gagner votre vie ; je me lève à cinq heures du matin pour gagner la mienne*. Cet homme estimable mourut le 9 juillet 1693, à 81 ans. On a de lui : I. Un savant *Commentaire sur les institutes coutumières d'Antoine Loysel*, 1688, in-8. II. Un traité du *Droit de Chasse*, 1681, in-12, dont le Dictionnaire de Trévoux a fait le plus grand usage. III. *Des Remarques sur l'institution du Droit Romain et du Droit François*, in-4°, 1686.
III. LAUNAY, (Pipouain de) est auteur d'une *Méthode* estimée pour apprendre le latin, 1756, 4 vol. in-8°, qui avoient été précédés d'une *Méthode pour apprendre à lire*. Cet habile grammairien mourut en 1767.
IV. LAUNAY, (N°) mort en 1751, a donné au théâtre François le *Paresseux*, comédie en trois actes, représentée en 1733; et aux Italiens, la *Vérité fabuliste*. V. LAUNAY, (N... de) gouverneur de la Bastille, au commencement de la révolution Française, fut attaqué le 14 juillet 1789 par le peuple de Paris. Il n'avoit pour garnison que quelques invalides ; cependant il eût pu, par la force de sa situation, opposer une longue résistance, s'il n'eût préféré parlementer. Il ordonna de baisser un pont-levis pour recevoir des députés ; aussitôt la foule se précipita dans la première cour du château, et força bientôt les autres. *De Launay*, saisi par la multitude, chercha à se tuer avec une canne à dard ; on l'en empêcha pour le massacrer un instant après ; et sa tête fut promenée dans tout Paris, au haut d'une pique.
LAUNAY, (Mlle de) *Voyes* STAAL. I. LAUNOY, (Matthieu de) prêtre de la l'erte-Alais, au diocèse de Sens, se fit protestant en 1560, et exerça le ministère à Sédan, où il se maria. Une scène scandaleuse qu'il donna dans cette ville, l'obligea de fuir. Il redevint catholique, et fut pourvu d'un canonicat à Soissons. C'étoit un homme ardent, toujours emporté, ou par les plaisirs, ou par la fureur de cabaler. De protestant fanatique, il devint ligueur furieux. Il se mit à la tête de la faction des *Seize*, et fut le promoteur de la mort de l'illustre président Brisson. Le duc de Mayenne ayant fait poursuivre les meurtriers de ce magistrat, Launoy passa en Flandre, et y finit, à ce qu'on croit, son abominable vie. On a de lui, de mauvais Ecrits justificatifs et de controverse, dans lesquels il calomnie les ministres Calvinistes, comme il avoit calomnié les prêtres Catholiques dans le temps qu'il étoit Protestant. — II. LAUNOY, (Jean de) né à Valdésie à deux lieues de Valogne, le 21 décembre 1603, vint de bonne heure à Paris; et y prit le bonnet de docteur en théologie en 1636. Un voyage qu'il fit à Rome augmenta son érudition, et lui procura l'amitié et l'estime d'Holstenius et d'Allatius. De retour à Paris, il se renferma dans son cabinet, recueillant les passages des Pères et des auteurs sacrés et profanes sur toutes sortes de matières. Les Conférences qu'il tint chez lui tous les lundis, furent une espèce d'école académique, où les savans mêmes trouvoient à s'instruire. Elles rouloient sur la discipline de l'église, et sur les droits de celle de France. On y attaquoit avec force les prétentions ultramontaines; on y discutoit les fables des légendes. L'apostolat de St. Denis l'Aréopagite en France; le voyage de Lazare et de la Magdeleine en Provence; la résurrection du chanoine qui produisit la conversion de St. Bruno; l'origine des Carmes, et la vision de Simon Stock au sujet du scapulaire, et une foule d'autres traditions, furent proscrites à ce tribunal. C'est ce qui fit surnommer Launoy le DÉNICHEUR DE SAINT. Aussi le curé de Saint- Roch disoit: Je lui fais toujours de profondes révérences, de peur qu'il ne m'ôte mon St. Roch. Le président de Lamoignon le pria un jour de ne pas faire de mal à St. Yon, patron d'un de ses villages. Comment lui ferois-je du mal, répondit le docteur? Je n'ai pas l'honneur de le connoître.—Il disoit qu'il ne chassoit point du paradis les Saints que Dieu y avoit placés, mais bien ceux que l'ignorance superstitieuse des peuples y avoit fait glisser. Il avoit rayé de son calendrier Ste CAHIERINE, martyre; et, le jour de sa fête, il affectoit de dire une messe de requiem. Rien ne pouvoit corrompre l'austère critique de ce sage docteur. Non-seulement il ne rechercha pas les bénéfices, mais il refusa même ceux qu'on lui offrit. Je me trouverois bien de l'Eglise, mais l'Eglise ne se trouveroit pas bien de moi, disoit-il à ceux qui vouloient lui inspirer de l'ambition. Il vécut toujours pauvrement et simplement, ennemi de ce commerce de fourberies qu'on appelle cérémonial, attaché au vrai, et se plaisant à le dire. Il aima mieux se faire exclure de la Sorbonne, que de souscrire à la censure du docteur Arnauld, quoiqu'il ne pensât pas comme lui sur les matières de la grace. Il fit plus: il écrivit contre le formulaire de l'assemblée du clergé de 1656. La république des lettres lui est redevable de plusieurs ouvrages. L'abbé Granet en a donné une bonne édition en 1631, en 10 vol. in-folio, enrichie de la Vie de l'auteur, et de plusieurs de ses écrits qui n'avoient point encore vu le jour. Cet habile critique n'écrit ni avec pureté, ni avec élégance; son style est dur et forcé. Il s'exprime d'une manière toute particulière, et donne des tours singuliers à des choses très-communes. Ses citations sont fréquentes, ex- traordinairement longues, et d'autant plus accablantes, qu'il ne craint pas de les répéter. Ses raisonnemens ne sont pas tou- jours justes, et il semble quel- quefois avoir eu d'autres vues que celles qu'il se propose dans son ouvrage. Il avoit l'humeur un peu caustique, et sa physio- nomie qui étoit mauvaise, l'an- nonçoit assez. Ménage lui ayant reproché d'avoir choqué les Ja- cobins qui l'attaquaient vivement dans leurs écrits, Launoy lui ré- pondit malicieusement : Je crains plus leur canif que leur plume. Les religieux lui avoient été ce- pendant utiles, et il avoit beau- coup profité des entretiens du savant Jésuite Sirmond. Gui Patin prétend même qu'un des amis de Launoy lui avoit dit, « qu'il avoit été long-temps pen- sionnaire des Jésuites, qui se servoient de lui pour approuver leurs livres; mais qu'enfin ils l'a- voient cassé aux gages, pour n'a- voir point voulu donner quelque approbation à une nouvelle doc- trine qu'ils vouloient publier. » Bayle doute avec raison que Lau- noy ait été pensionnaire des Jé- suites. Ce critique éprouva, sur ses vieux jours, qu'il avoit des ennemis redoutables. On lui dé- fendit de tenir des assemblées dans sa chambre. Quoiqu'on ne s'y entretint que de sciences, on lui fit dire que le roi souhaitoit que ces assemblées cessassent. Il mourut le 10 mars 1678, âgé de 74 ans, dans l'hôtel du cardinal d'Estrées, qui se faisoit un plai- sir de le loger. Il commença son testament par ces mots : J'aurai bientôt fait, car je n'ai pas beau- coup de bien, etc. Il fut enterré aux Minimes de la Place-royale. Le Camus, premier président de la cour des Aides, lui fit faire l'épitaphe suivante : Hic jacet Joannes Launoius, Constantensis, Parisiensis Theologus; Qui veritatis assertor perpetuus, Jurium Ecclesiae et Regis acerrimus vindex, Vitam innoxiam exegit; Opus neglectit, Et quantulumcunque et relictus satis ha- buit. Multa scripsit nullis spe, nullo timore; Optimam famam maximamque venerationem Apud probos adeptus, etc. Les Minimes craignant que l'é- loge de Veritatis assertor perpe- tuus, ne choquât ceux dont Lau- noy avoit attaqué les fausses tra- ditions, s'excusèrent de la faire graver sur son tombeau; et, pour colorer cette excuse, ils prétendirent avoir reçu des dé- fenses de leur général et de la cour... Ses principaux ouvrages sont : I. De variâ Aristotelis for- tunâ in Academiâ Parisinâ. Voy. ARISTOTE. II. De duobus Diony- sis. III. Historia Gymnasii Na- varræ, pleine de savantes recher- ches. IV. Inquisitio in Chartam immunitatis Sancti Germani à Pratis : ouvrage très-abondant en citations. V. De commentitio Lazari, Magdalenæ, Marthæ et Maximini in Provinciam op- pulsu : pièce victorieuse, qui plut à tous les bons critiques, excepté aux Dominicains et aux Provençaux. Le P. Guesnay Jé- suite, tâcha de réfuter Launoy dans son livre, intitulé : Magda- lena Massiliensis advena, Lyon, 1643; mais il règne dans cette réponse, dit Niceron, plus de prévention que de bonne criti- que. Launoy répliqua par sa Dis- quisitio Disquisitionis de Magdalen Massienssi advenâ, où il terrassa son adversaire. VI. De auctoritate negantis argumenti : Launoy s'y montre en plusieurs endroits bon logicien ; mais il donne peut-être trop d'autorité à cet argument. VII. De veteri- bus Parisiensium Basilicis : sa- vant et curieux. VIII. Judicium de auctore librorum DE IMITA- TIONE CHRISTI. IX. Defrequenti Confessionis et Eucharistiae usu. X. De curâ Ecclesiæ pro Sanctis et Sanctorum reliquiis : ouvrage judicieux. XI. De curâ Ecclesiæ pro miseris et pauperibus ; se- conde édition, 1663, in-8.º « Launoy, dit Niceron, en pu- bliant en 1649 sa Dissertation De veteri ciborum delectu, ajouta à la fin un petit écrit de six pages, où il montre que, suivant la doc- trine des Pères, il est mieux de donner aux pauvres qu'aux égli- ses. Il augmenta depuis cet écrit, et le mit dans l'état où il est dans cette édition. Thiers, dans sa réponse à de Launoy sur l'argu- ment négatif, a prétendu qu'il avoit pillé l'ouvrage intitulé : L'Aumône Chrétienne, Paris, 1651, in-12, 2 vol.; mais tout ce pillage se réduit à dix passages des Pères et des Conciles, dont Launoy s'est servi. » XII. De ve- teri ciborum delectu in jejuniis : qui mérite le même éloge que le précédent. L'auteur y montre qu'on pourroit, absolument par- lant, jeûner avec de la viande; il le fit au sujet du siège de Paris. XIII. De scholis celebrioribus à Carolo Magno extractis : on y trouve des choses recherchées. XIV. De Sacramento Unctionis Extremæ. XV. Romanæ Eccle- siæ Traditio circa Simoniam ; la matière y est épuisée. XVI. De vero auctore fidei Professionis quæ Pelagio, Augustino et Hie- ronymo tribui solet. XVII. Des Lettres, imprimées séparément à Cambridge, 1689, in-folio. XVIII. Plusieurs écrits sur la véritable Tradition de l'Eglise touchant la Grace, et sur divers points de critique historique, etc. On prétend dans le Longueruana, qu'il n'étoit pas partisan de la théologie scholastique. On ajoute qu'il avoit composé un Écrit, où il vouloit prouver qu'elle avoit apporté des changemens dans la théologie. Cet écrit, qui auroit peut-être fait tort à sa mémoire, fut brûlé après sa mort. Reste à savoir si cette anecdote est vraie. —Voy. DIOCRE; et I. GRANET, à la fin.
III. LAUNOY, orfèvre, Voy. BALLIN.
LAVOISIER, (Antoine-Laur- rent) l'un des plus grands chi- mistes modernes, né à Paris le 26 août 1743, fut successive- ment fermier général, régisseur des poudres et salpètres, et com- missaire de la trésorerie natio- nale. Dès l'âge de 23 ans, il pré- senta à l'académie des Sciences un mémoire sur la meilleure ma- nière d'éclairer les rues pendant la nuit, et cette Compagnie lui décerna pour prix de ce travail une médaille d'or ; deux ans après il en devint membre, et l'un de ses plus célèbres colla- borateurs. Plus de quarante mé- moires sur toutes les branches de la chimie, des ouvrages consi- dérables sur l'économie politique assurèrent sa réputation. Il con- firma les expériences de Black et Cavendish sur l'existence d'un fluide élastique répandu dans quelques substances, et il en ajouta un grand nombre de nou- velles ; il perfectionna la fabri- nation des poudres ; il porta sur les finances publiques un jour salutaire quoique effrayant ; et il mit dans la comptabilité nationale un ordre exact et sévère, par lequel on pouvoit vérifier chaque soir l'état de toutes les caisses. Tant de savoir et de services méritoient un sort heureux ; sa récompense fut la mort. Traduit au tribunal révolutionnaire, il demanda à ses juges de différer de quinze jours l'exécution de son jugement pour qu'il pût terminer des expériences utiles. « Je ne regretterai point alors la vie, s'écria-t-il, et j'en ferai avec joie le sacrifice à ma patrie. » Le tigre qui présidait, lui répondit que la république n'avoit besoin ni de savant ni de chimiste. *Lavoisier* se résigna, et marcha avec sérénité vers l'échafaud. Le 6 avril 1794 la hache fit tomber cette tête qui ne conçut que de grandes idées, qui ne medita que l'accroissement des lumières et du bonheur des hommes. Ses écrits sont : I. *Opuscules* chimiques et physiques, 1773, 2 vol. in-8.º II. *Nouvelles recherches* sur l'existence d'un fluide élastique, 1775. Cet ouvrage est le principal titre à la gloire de son auteur. III. *Rapport* des commissaires chargés de l'examen du magnétisme animal, in-8.º IV. *Méthode* de nomenclature chimique. V. *Traité* élémentaire de chimie, 1789, 2 vol. in-8.º VI. *Instructions* sur les nitrières et sur la fabrication du salpêtre, 1777 et 1794, in-8.º VII. De la *Reproduction* et de la *Consommation* comparées à la *Population*, in-8.º Cet écrit est un excellent traité d'arithmétique politique. VIII. Il s'occupoit d'un grand travail sur la richesse territoriale de la France, dont il publia un extrait en 1791, lorsqu'on termina ses jours. M. de *Fourcroy* a prononcé un éloge éloquent de *Lavoisier*, dans une séance publique du Lycée des Arts ; et M. de *Lalande* a publié une Notice sur la vie de ce savant illustre, modeste, et qui réunit toutes les qualités bienfaisantes du cœur à toutes les richesses de l'esprit.
LAURATI, ( Piétro ) peintre, natif de Sienne, disciple de *Giotto*, florissoit dans le xiv$^{e}$ siècle. Cet artiste a travaillé à Sienne, et à Arezzo ; il réussissoit principalement dans le jet des draperies, et à faire sentir sous l'étoffe le nu de ses figures. Il a aussi excellé dans les parties qui regardent la perspective. I. LAURE, ( La BELLE ) dame, et non demoiselle, comme le disent tous les dictionnaires, d'après *Nicéron*, est plus connue sous ce nom, que sous celui de *Laure de Noyes*, qui étoit celui de sa famille. Elle naquit à Avignon, ou dans un village circonvoisin, en 1308, d'*Audifret de Noyes* ; et fut mariée à *Hugues de Sade*, seigneur de Saumane. Son esprit, sa vertu, sa beauté et ses graces lui soumettent tous les cœurs. Ses traits étoient fins et réguliers, ses yeux brillants, son regard tendre, sa physionomie douce, son maintien modeste, sa démarche noble, sa voix touchante. Les figures qui nous restent d'elle ne sont pas si belles que ce portrait ; mais nous la peignons d'après *Pétrarque*. Ce poète, retiré à Avignon, la vit pour la première fois en 1327. Il conçut une si violente passion pour elle, qu'il l'aima vingt ans pendant sa vie, et conserva son amour dix ans après sa mort. Ce poète lui consacra sa muse, et fit à sa louange 318 *Sonnels* et 88 *Chansons*, auxquels elle doit son immortalité. La plupart respirent la poésie la plus aimable et les sentimens les plus tenûres. *Laure* étoit, dit-on, du nombre des dames qui composoient la *Cour d'Amour*. Cette cour étoit une assemblée de femmes de la première qualité, qui ne traitoient que de matières de galanterie, et qui décidoient gravement sur ces bagatelles. *Laure* mourut de la peste à Avignon en 1348, à 40 ans, et fut enterrée aux Cordeliers. On a débité beaucoup de fables sur cette dame vertueuse. *Lleury*, dans son Histoire ecclésiastique, raconte que le pape Benoît XII voulut persuader à l'étrarque d'épouser *Laure*, lui promettant dispense pour garder ses bénéfices. Le poète l'ayant refusé sous le frivole prétexte qu'il ne pourroit plus la chanter, *Laure* se maria à un autre. *Villaret*, continuateur de l'Histoire de France, qui a adopté ce conte, fait dire à *Pétrarque* qu'il ne vouloit point de ce mariage, de peur que l'hymne n'éteignit son ardeur poétique. Ces fables et beaucoup d'autres ont été puisées dans des auteurs Italiens, qui n'ont jamais bien connu *Laure*. Cette dame illustre étoit aussi vertueuse que belle. Quelques légers soupirs, quelques regards gracieux et quelques paroles honnêtes, furent les seuls aiguillons dont elle se servit pour ranimer la verve du poète, quand elle la voyoit se ralentir. Nous avons dit que *Pétrarque* conserva longtemps son souvenir. On le prouve par la note que l'on trouve dans son *Virgile*, où, après avoir parlé de l'origine de son amour et de la mort de son amante, il ajoute: « J'aime à croire que son âme, comme *Sénèque* le dit de *Scipion* l'Africain, est retournée au ciel d'où elle étoit descendue. Je goûte une douceur mêlée d'amertume à me rappeler toutes ces circonstances; et je les écris sur le livre que j'ai le plus souvent sous les yeux, pour me pénétrer de cette vérité, que rien ne doit plus m'être cher dans cette courte vie, et qu'il est temps de m'arracher à Babylone, puisque la mort a rompu le nœud le plus puissant de ceux qui me captivoient encore. Avec le secours du Tout-Puissant, il me sera facile d'agir en conséquence de cette réflexion, si mon esprit, désormais plus mâle et plus courageux, arrête fortement sa pensée sur les vains soucis, les espérances frivoles, et les accidens imprévus dont il fut si longtemps le foible jouet...» *François premier*, passant à Avignon, ordonna de rétablir le tombeau de *Laure*; mais cet ordre ne fut pas exécuté. Ce prince l'honora d'une épitaphe en vers françois. Elle ne vaut pas celle que lui fit son amant en vers italiens : Qui riposam quel caste e felici ossè Di quell' alma genelle e sola in terra Aspro e dur Sasso ! hor bon seco hat settera El' vero honor, la fama e belia scossa Morte ha del verde Lauro svelta, e smossa Fresca radice, e il premio di mia guerra, Di quattro lustri e più; (s'ancor non erra Mio pensier tristo) el' chiude in poca fossa Felice pianta in borgo d'Avignone. Nacque e mori : e qui con ella giace La peuna, el' stil, l'inchiostro e la ra- gione. Ch'ancor mi cuoggi e straggi ! in ginose chione Ciascum preghi il Signor t'acerui in pace. Nous avons consulté, pour cet article, les savans *Mémoires de Pétrarque*, publiés à Avignon par M. l'abbé de *Sade*, en trois vol. in-4°, 1764, et années suivantes. « Il est assez vraisemblable, dit *Voltaire*, que *Laure* étoit ce que *Boileau* appelle une *Iris* en l'air. » Cela n'est ni vrai, ni vraisemblable. L'existence de *Laure* est démontrée par divers monumens par le témoignage des contemporains, par la généalogie de la maison de *Sade*, et par les *Mémoires* ci-dessus cités. *Voyez* aussi l'article de PÉTRARQUE.
IL LAURE, (César) Lyonnois, après avoir acquis de grandes richesses dans l'art des teintures, consacra toute sa fortune à des établissements de bienfaisance. Ayant vu des chiens se disputer le cadavre d'un homme condamné à mort et le dévorer, il fonda une compagnie de pénitens, dite de la *Miséricorde*, destinée à donner la sépulture aux pauvres et aux suppliciés, à soulager la misère des prisonniers, à arranger leurs affaires et à payer leurs dettes. *Laure* mourut en 1636.
LAUREA, *Voyez* LAURIA. I. LAURENS, (André du) natif d'Arles, disciple de *Louis Duret*, devint professeur de médecine à Montpellier, et premier médecin du roi *Henri IV*. On a de lui, entr'autres, un bon *Traité d'Anatomie*, en latin, in-folio, qui a été traduit en françois par *Héliot*... *Du Laurens* mourut en 1609, et eut le bonheur de n'être pas témoin du forfait horrible de l'année suivante.
II. LAURENS, (Honoré du) frère du précédent, et avocat général au parlement de Pro- vence, se distingua dans le parti de la Ligue. Devenu veuf, il embrassa l'état ecclésiastique, et *Henri IV* lui donna l'archevêché d'Embrun. Il gouverna son diocèse avec sagesse, et mourut à Paris en 1612. On a de lui à I. Un *Traité* sur l'*Henoticon*, ou *Édit de Henri III* pour réunir les Protestans à l'église Catholique, 1588, in-8°. L'auteur y raisonne savamment sur la nécessité d'une seule religion. II. *La Conférence de Surène*, entre les députés des états-généraux, et ceux du roi de Navarre, 1593, in-8°. Cette relation est peu fidèle, et se sent des préjugés de l'auteur.
LAURENS, *Voyez* LORENS et LAURENT. I. LAURENT, (Saint) diacre de l'église Romaine sous le pape *Sixte II*, administre en cette qualité les biens de l'église. L'empereur *Valérien* ayant allumé le feu de la persécution par un édit cruel, *Sixte* fut mis en croix, et du haut de son gibet il promit à *Laurent*, impatient de le suivre, qu'il recevroit dans trois jours la couronne du martyre. On l'arrêta bientôt après, et le préfet de Rome lui demanda, au nom de l'empereur, les trésors qui lui avoient été confiés. *Laurent* ayant obtenu un délai de trois jours, pendant lequel il rassembla tous les pauvres Chrétiens, il les présenta au préfet : *Voilà*, lui dit-il, *les Trésors de l'Église*. Ce barbare, outré de dépit, le fit étendre sur un gril ardent, après l'avoir fait déchirer à coups de fouet. Le héros Chrétien, tranquille sur les flammes, dit à son tyran : *J'ai été assez long-temps sur ce côté ; faites-moi retourner sur l'autre, afin* 112 L A U que je sois rôti sur tous les deux. Le préfet, d'autant plus furieux que Laurent étoit plus intrépide, le fit retourner : Maagez hardiment, dit le généreux martyr à cet homme de sang, et voyez si la chair des Chrétiens est meilleure rôtie que crue. Il pria ensuite pour ses persécuteurs, pour ses bourreaux, pour la ville de Rome, et expira le 10 août 258. Sa mort fit beaucoup de Chrétiens. Plusieurs Païens, touchés de sa constance, ne tardèrent pas d'embrasser la religion qu'il leur avoit inspirée.
II. LAURENT, évêque de Novare dans le VIe siècle, s'illustra par ses vertus et par son zèle. On trouve quelques-unes de ses Homélies dans la Bibliothèque des Pères.
III. LAURENT, (Saint) moine et prêtre de Rome, envoyé par St. Grégoire le Grand, avec St. Augustin, pour convertir les Anglois, en baptisa un grand nombre. Il succéda à St. Augustin dans l'achevêché de Cantorbery, et termina ses travaux apostoliques en 619. — Il ne faut pas le confondre avec St. LAURENT, issu du sang royal d'Irlande, qui fut abbé de Glin-dale, puis archevêque de Dublin : il mourut dans la ville d'Eu en Normandie, l'an 1181.
IV. LAURENT de la RÉSURRECTION, (le Frère) convers de l'ordre des Carmes déchaussés, né à Hérémini en Lorraine, mourut à Paris en 1691, à 80 ans. Fénelon, archevêque de Cambrai, qui avoit été fort lié avec lui, le peint comme un homme grossier par nature et délicat par grace, gai dans ses plus grandes maladies, et en tout et par-tout un homme de Dieu. On a publié sa Vie à Châlons en 1694, sous le titre de Mœurs et Entretiens du Frère Laurent. V. LAURENT, (Jacques) fils d'un trésorier de l'extraordinaire des guerres, porta long-temps l'habit ecclésiastique, qu'il quitta dans un âge assez avancé. Il fut secrétaire du duc de Richelieu, père du célèbre maréchal vainqueur de Malion. Laurent eûtit-voit la poésie; mais il est moins connu par ses vers qui sont très-médiocres, que par la traduction de l'Histoire de l'empire Ottoman de Sagredo, en six vol. in-12, à Paris, 1724. Le traducteur, après avoir poussé sa carrière jusqu'à 85 ans, fut brûlé dans l'incendie de sa maison, arrivé le 6 mars 1726.
VI. LAURENT, ou plutôt LAURENS, (Pierre-Joseph) habile mécanicien, né en Flandre en 1715, mort en 1773, avec les honneurs de chevalier de l'ordre du Roi, se signala par des prodiges de mécanique, et par toutes les vertus de l'excellent citoyen. Le cardinal de Polignac ayant vu une petite machine qu'il fit, âgé seulement de huit ans, prédit que cet enfant seroit un jour un grand homme dans cette branche importante de la physique, et il ne se trompa point. Laurent fit exécuter, à 21 ans, dans les provinces de Flandre et de Hainault, des desséchemens jusqu'alors reconnus impraticables. Chargé de la direction des canaux des généralités de Valenciennes et de Lille, il travailla à faciliter la navigation de la Scarpe, et construisit sur les autres rivières des écluses plus commodes. Valenciennes lui est redevable d'une machine ingénieuse pour pour lever la grille qui ferme l'Escaut, par laquelle un homme fait, en quelques minutes, ce qui exigeoit auparavant 50 hommes et 24 heures. Le chariot qui amena de Paris en 1757, avec la plus grande facilité, la statue de Louis XV, fut encore un des fruits de son industrie. Il inventa aussi la machine, connue sous le nom de grand Puits, dont on se servit en Bretagne pour purger à la fois les mines de toutes leurs eaux incommodes, et en extraire les métaux. La jonction de l'Escaut et de la Somme présentoit des difficultés insurmontables : Laurent conçut le projet de les vaincre, en formant un canal souterrain de trois lieues d'étendue, dont le niveau devoit rejoindre l'Escaut à quarante cinq pieds au-dessus de sa source, et la Somme à quinze pieds au-dessous de son lit. On travaille actuellement à l'exécution de ce grand ouvrage, que Voltaire, écrivant à son inventeur, appeloit avec raison un Chef-d'œuvre inouï. On ne doit pas oublier le bras que cet habile mécanicien fit à un soldat, à l'aide duquel il put écrire en présence du roi, et lui présenter un placet, quoiqu'il ne fût resté que 4 à 5 pouces du bras gauche, et rien du droit. Les divers phénomènes de mécanique, qu'a opérés cet excellent artiste, ont été célébrés dans une belle Épître en vers par M. Delille, de l'académie françoise; elle se trouve dans le Trésor du Parnasse, Tome III, page 50.
VII. LAURENT. (André) graveur Anglois, élève de Le Bas, mourut à Paris vers 1750. Son estampe de la Pythonisse, d'après Salvator Rose, est estimée,
LAURENT DE MÉDICIS, Voyez ALEXANDRE, n.º XX.
LAURENT JUSTINIEN, (St.) Voyez JUSTINIANI, n.º I.
LAURENT D'UPSAL, Voyez l'article GOTH.
LAURENT ÉCHARD, Voyez II. ÉCHARD.
LAURENT DE BRINDES, (le bienheureux) général des Capucins, né à Brindes, dans le royaume de Naples, le 22 juillet 1559, mort à Lisbonne le 22 juillet 1619, à 60 ans, s'illustra par ses vertus et par son zèle. Les papes, l'empereur, le roi d'Espagne l'employèrent dans diverses négociations; et il les remplit avec beaucoup d'intelligence et de sagesse. Il convertit en Italie un grand nombre de Juifs, en Allemagne plusieurs hérétiques, et fut regardé comme un nouveau St. Bernard. Pie VI l'a habilité en 1783. Sa Vie, publiée à Paris en 1787, est écrire avec fidélité, avec élégance, et nourrie de réflexions intéressantes propres à faire aimer la Religion.
LAURENTIA, Voyez ACCA.
LAURENTIEN. (Laurent) professeur en médecine à Florence et à Pise dans le xve siècle, traduisit en latin le Traité de Gallien sur les fièvres, et commenta les Pronovies d'Épipèrerate, Lyon 1550, 1512. Ses bonnes qualités étoient obscurcies par une noire mélancolie, qui le rendoit insupportable à lui-même. Un jour, il eut envie d'avoir une maison en propre, il en acheta une, et donna la troisième partie du prix, à condition que si dans six mois il ne payoit le reste, l'argent qu'il avoit avancé resteroit au premier 114 LAU possesseur de la maison. Faute d'avoir bien pris ses mesures, il ne put trouver la somme promise à la fin des six mois; ce qui le rendit si chagrin, que, manquant de confiance pour ses amis qui lui auroient fourni cet argent, il se précipita dans un puits.
LAURENTIO, (Nicolas Gabrino, dit) Voy. GABRINO.