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03.0 Dictionnaire historique — LAURÉS – LIGARIUS

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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LAURÉS, (Antoine de) né à Gignac dans le diocèse de Montpellier, en 1707, mort à Paris le 13 janvier 1779, cultiva la poésie de bonne heure, et remporta quatre prix à l'académie des Jeux Floraux, et trois à l'académie Françoise. Son Ode sur le Jeu, restera comme un ouvrage bien pensé et bien écrit, et l'on en sait par cœur quelques stances versifiées avec autant de noblesse que de précision et d'énergie. On a encore de lui, une traduction ou plutôt une imitation en vers de la Pharsale de Lucain, 1773, in-8°, dans laquelle il a tâché de faire disparaître les taches, et de rapprocher les vraies beautés de ce poème; mais, en voulant le décharger de son embonpoint, il l'a un peu desséché: et il est souvent difficile de reconnoître l'original dans le traducteur. Il y a cependant des morceaux bien versifiés, et quelques-uns de son invention qui ne déparent point le poème latin. Le chevalier de Laurés avoit de la littérature et même de la philosophie, mais sans prétention; et il n'employa ni le manège, ni l'intrigue pour faire valoir ses talens et décrier ceux de ses rivaux. Nous n'avons pas parlé de quelques tragédies lyriques et de deux comédies de cet auteur. La poésie dramatique n'étoit pas sa partie brillante.
LAURI, (Philippe) peintre; né à Rome en 1623, mort dans cette ville en 1694, à 71 ans, a excellé à peindre en petit des sujets de Métamorphoses, des Bacchanales, et des morceaux d'Histoire. Sa touche est légère, ses compositions gracieuses, son dessein correct; mais son coloris, rarement dans le ton convenable, est tantôt foible, et tantôt ontré. Il a fait quelques Paysages, où l'on remarque beaucoup de fraîcheur et de goût. Lauri avoit plus d'une sorte de talent; il étoit savant dans la perspective, dans la fable, dans l'histoire, et s'amusoit quelquefois avec les Muses. Un caractère gai, une imagination pétillante, un esprit de saillie et de liberté, rendoient sa conversation très-amusante... Voyez GELÉE.
LAURIA, (François-Laurent de) tiroit ce nom de la ville de Lauria dans le royaume de Naples, où il étoit né: car son nom de famille étoit Brancati. Il se fit Cordelier, et de dignités en dignités, il parvint à la pourpre Romaine en 1687, sous Innocent XI. L'illustre Franciscain auroit pu se flatter d'avoir la tiare, si les Espagnols, avec lesquels il étoit brouillé, ne lui eussent fait donner l'exclusion dans le conclave où Alexandre VIII fut élu: il eut quinze voix dans un scrutin. Ce savant cardinal mourut à Rome le 30 novembre 1693, à 82 ans, laissant plusieurs ouvrages de théologie. Le plus estimé de tous, est son Traité en latin de la Prédestination et de la Réprobation, in-4°, publié à Rome en 1688, et à Rouen en 1705. St. Augustin est son guide dans ce traité; il ne parle que d'après lui, et n'en parle que mieux.
LAURIÈRE, (Ensèbe-Jacob de) avocat au parlement de Paris, sa patrie, naquit en 1659. Il suivit le barreau pendant quelque temps; mais son goût pour les travaux du cabinet, l'obligea de l'abandonner. Il fouilla toutes les parties de la jurisprudence ancienne et moderne; il débrouilla le chaos de l'ancienne procédure; il porta la lumière dans la nuit obscure des Coutumes particulières de diverses provinces de la France; et, par des recherches épineuses, il se rendit l'oracle de la jurisprudence. On avoit recours à lui comme à une ressource assurée, et quelquefois unique pour les questions qui ne sont pas renfermées dans le cercle des affaires courantes. Les savans les plus distingués de son temps se firent un honneur et un plaisir d'être liés avec lui. Laurière fut associé aux études du jeune Daguesseau, depuis chancelier de France. Cet habile homme mourut à Paris le 9 janvier 1728, à 69 ans. Ses travaux continuels avoient beaucoup affoibli son tempérament. Vingt ans avant sa mort, il lui survint une grosse loupe, qui adhéroit à la gencive du côté droit. Dans les dix dernières années de sa vie, elle grossit si considérablement, qu'à peine pouvoit-il prendre des aliments solides. Elle lui attiroit des fluxions presque continuelles; et, après avoir rempli sa vie de douleurs, elle fut la cause de sa mort. On a de lui: I. De l'origine du droit d'Amortissement, 1692, in-12; l'auteur y traite aussi du Droit des Francs-Fiefs, qui est fondé sur les mêmes principes, et il veut prouver que les rentes constituées sont sujettes au droit d'amortissement. II. Texte des Coutumes de la Prévôté de Paris, réimprimé avec beaucoup de notes nouvelles, Paris, 1777, trois volumes in-12. III. Bibliothèque des Coutumes, in-4°, avec Berroyer. Cet ouvrage, qui n'est proprement que le plan d'un bâtiment immense, que ces deux savans architectes n'ont pas fini, renferme la Préface d'un nouveau Coutumier général, et une Dissertation profonde sur l'origine du Droit François. IV. Glossaire du Droit François, in-4°, 1704. Ce Dictionnaire de tous les vieux mots des ordonnances de nos rois et des autres titres anciens, avoit été donné d'abord par Bauman; Laurière le mit dans un meilleur ordre. Il étoit d'autant plus capable de ce genre de travail, qu'il étoit fort versé dans la lecture de nos poètes et de nos vieux romanciers. V. Institutes Coutumières de Lois et, avec de savantes notes, 1710, deux volum. in-12. VI. Le 1er et le 2e tomes du Recueil curieux et immense des Ordonnances de nos Rois, qui forme aujourd'hui onze volum. in-folio. (Voyez SECOUSSE). VII. Table Chronologique des Ordonnances, in-4°, avec deux de ses confrères. VIII. Une édition des Ordonnances compilées par Néron et Girard, 1720, deux volumes in-folio.
LAURIERS, (N... des) comédien célèbre de l'hôtel de Bourgogne, se fit connoître sous le nom de Bruscambille, et publia une foule de Prologues, de Parodies, de Facéties, recueillis à Paris en 1519, in-8°. Les pensées et bons mots de cet acteur ont été imprimés à Cologne chez Savoret, en 1745, in-12.
LAURIFOLIUS, Voyez LAGERLOOF. 116 LAU I. LAURO, (Vincent) né à Tropéa en Calabre, cultiva de bonne heure la médecine, et joignit à cette science une grande capacité pour les affaires. *Pie V*, qui connoissait tout le mérite de ce savant, lui conféra l'évêché de Mondovi en Piémont. Sous le pontificat de *Grégoire XIII*, *Lauro* fut envoyé nonce en Pologne. Il remplit cette nonciature successivement auprès de *Sigismond-Auguste*, de *Henri de Valois*, duc d'Anjou, et d'*Étienne Batori*. A sa persuasion, *Jean III*, roi de Suède, reçut dans sa cour le *Jésuite Antoine Possevin*, qui ramena *Sigismond*, fils de ce prince, à la religion Catholique. *Grégoire XIII*, en reconnaissance des services de *Lauro*, le décora de la pourpre Romaine en 1583. Dans cinq conclaves consécutifs, *Lauro* eut un grand nombre de voix pour être placé sur la chaire de *saint Pierre*. Il mourut en 1592, à 70 ans, avec la gloire de n'avoir dû son élévation qu'à son mérite.
II. LAURO, (Jean-Baptiste) né à Pérouse en 1581, devint camérier d'*Urbain VIII*, chanoine de Sainte-Marie, secrétaire du consistoire, etc., et mourut âgé de 48 ans, en 1629. On a de lui : I. *Epistolae*, 1624, in-8.º II. *Poemata*, 1623, in-12.
LAUTREC, *Voyez FOIX*, n.º III.
LAW, (Jean) Écossois, naquit le 16 avril 1671, à Edimbourg, d'un coutelier, ou, selon d'autres, d'un orfèvre. Il se donnoit cependant pour gentilhomme. Il étoit grand, bien fait, d'une figure agréable et noble, de beaucoup d'esprit, d'une po- litesse distinguée. L'arithmétique, la géographie et l'algèbre furent les études auxquelles il se livra de préférence dans sa jeunesse. Soigneux de sa personne, et recherché dans sa toilette, il excelloit dans toutes sortes de jeux d'adresse et de combinaison. On le citoit comme un des meilleurs joueurs de paume de l'Écosse, quoique de son temps ce genre d'exercice fût très en vogue dans ce pays. Avant séduit à Londres la fille d'un lord, il tua le frère de sa maîtresse, et fut condamné à être pendu. Obligé de fuir de la Grande-Bretagne, il passa en Hollande, et de là en Italie. *Law* repassa en Écosse, vers l'an 1700; il y devint l'ami intime du duc d'*Argyle*. Il proposa, en 1705, au parlement d'Angleterre, un plan dans lequel il indiquoit les moyens de faire face à l'embarras où se trouvoit l'Écosse, par l'effet de la rareté du numéraire, et de l'insolvabilité de la banque. Avant de mettre cet ouvrage au jour, il avoit publié un autre écrit, où il proposoit une autre émission de papier monnoie, auquel on affectoit pour hypothèque des propriétés foncières. Le parlement rejeta ce plan, et ce fut cette dernière circonstance qui détermina *Law* à abandonner sa patrie, pour aller tenter fortune dans les pays étrangers. Il se rendit d'abord à Bruxelles, à Venise et ensuite à Gênes. Le jeu fut, dans toutes les villes où il s'arrêta, le principal objet de ses spéculations; et en peu de temps, il eut réalisé l'énorme somme de 110,000 livres sterlings. Il avoit, comme on vient de le dire, depuis long-temps rédigé le plan d'une compagnie, qui payeroit en billets les dettes d'un état, et qui se rembourse-roit par les profits. Ce système étoit une imitation de la banque d'Angleterre, et de sa compagnie des Indes. Il proposa cet établissement au duc de Savoie, depuis premier roi de Sardaigne, (*Victor-Amédée*) qui répondit qu'il n'étoit pas assez puissant pour se ruiner. Il le vint proposer à des Marêts, contrôleur général de France, en 1709 ou 1710, dans le temps d'une guerre malheureuse, où toute la confiance étoit perdue; et la base de ce système devoit être la confiance. Enfin, il trouva tout favorable sous la régence du duc d'Orléans: deux milliards de dettes à éteindre, un prince et un peuple amoureux des nouveautés. Il établit d'abord une banque en son propre nom, l'an 1716: elle devint bientôt le bureau général des recettes du royaume. On y joignit une compagnie du Mississippi: compagnie dont on faisoit espérer de grands avantages. Le public, séduit par l'appat du gain, s'empressa d'acheter avec fureur des actions de cette compagnie et de cette banque réunies. Les richesses, auparavant resserrées par la défiance, circulèrent avec profusion: les billets doubloient, quadruploient ces richesses. La banque fut déclarée banque du roi, en 1718; elle se chargea du commerce du Sénégal, des fermes générales du royaume, et acquit l'ancien privilège de la compagnie des Indes. Cette banque étant établie sur de si vastes fondemens, ses actions augmentèrent vingt fois au-delà de leur première valeur. En 1719, elles valoient 80 fois tout l'argent qui pouvoit circuler dans le royaume. Le gouvernement rembourse en papier presque tous les rentiers de l'état; tous les débiteurs payèrent ainsi leurs créanciers, et l'on ne tarda pas à voir la subversion des fortunes établies. Ce fut alors, en 1720, qu'on donna la place de contrôleur des finances à Law. On le vit en peu de temps d'Écossois devenir François par la naturalisation; de Protestant, Catholique; d'aventurier, seigneur des plus belles terres; et de banquier, ministre d'état. Il étoit si enivré de son système, que de toutes les grandes terres qu'il acheta en France, il n'en paya aucune en argent. Il ne donna que des à-compte en billets de banque. Avant été nommé marguillier d'honneur à la paroisse de Saint-Roch, il donna cent mille écus à la fabrique, mais ce ne fut qu'en papier. Pour avilir les espèces, on les avoit refondues; on avoit porté le marc de l'or et de l'argent à un prix exorbitant; et ensuite on y fit des diminutions successives. Le public craignant ces diminutions sur l'argent, qui varoit sans cesse, et croyant sur la foi du charlatan Écossois, que les billets auroient un prix immuable, s'empressoit de porter en foule son argent, comptant sur la banque. *Messieurs, ne soyez pas en peine*, disaient les plaisans aux citoyens ignorans et trompés, *on vous le prendra tout*. La France se crut riche. Le luxe fut proportionné à cette confiance, et tous les vices marchèrent à sa suite. Tout amour de la gloire fit place au désir des richesses; plus de mœurs, plus de décence, plus de patriotisme. Les gros financiers ayant épuisé la banque, qui ne pouvoit plus payer ses billets, Law fit rendre un arrêt du conseil, portant « défense de garder dans sa maison plus de cinq cents livres en espèces, sous peine de confiscation. » Cet arrêt n'ayant remédié à rien, on réduisit les billets de banque à la moitié de leur valeur. Ce dernier coup d'une tyrannie absurde, ne servit qu'à faire connoître à tout le monde l'état déplorable de la nation. Chaque intéressé se voyant sans argent, perdant la moitié de ses billets et craignant pour l'autre moitié, se vit ruiné pour toujours. Le gouvernement étonné, incertain, entassa arrêts sur arrêts, révoqua la malheureuse défense de garder de l'argent, permit d'en faire venir de l'étranger, et ne put empêcher une défiance et une confusion extrêmes. Le peuple manquoit de pain et de monnoie. Il se précipitoit en tumulte aux bureaux de la banque pour échanger des billets de dix livres, et avoir ainsi quelque argent. La presse étoit si grande, qu'il y eut trois hommes étouffés; et la populace porta leurs cadavres dans la cour du Palais-royal, en criant au régent : Voilà le fruit de votre système. Le parlement de Paris s'opposa, autant qu'il le put, aux innovations, et il fut exilé à Pontoise. Enfin, Law chargé de l'exécration publique, fut obligé de quitter le pays qu'il avoit voulu enrichir, et qu'il avoit bouleversé. Il se retira d'abord dans une de ses terres en Brie : mais, ne s'y trouvant pas en sureté, il parcourut une partie de l'Allemagne, et descendit en Italie par le Tirol. Après avoir entrepris quelques autres courses en Hollande, en Angleterre, en Danemark, il se fixa enfin à Venise, où il mourut l'an 1729, l'esprit plein de projets imaginaires et de calculs im- menses. Un anonyme lui a fait cette épitaphe : Ci est cet Écossois célèbre, Ce calculateur sans égal, Qui par les règles de l'algèbre A mis la France à l'hôpital. Le jeu avoit commencé sa fortune, cette passion servit à la détruire. Quoique son état ne fût guère au-dessus de l'indigence, il joua jusqu'à sa mort. Lorsque le président de Montesquieu passa à Venise, il n'oublia pas de voir ce trop célèbre Ecossois. Un jour, la conversation roula sur son fameux système. Pourquoi, lui demanda Montesquieu, n'avez-vous pas essayé de corrompre le Parlement de Paris, comme le ministère Anglois fait à l'égard du Parlement de Londres ? — Quelle différence, répondit Law ! Le Sénat Anglois ne fait consister la liberté qu'à faire tout ce qu'il veut ; le François ne met la sienne qu'à faire tout ce qu'il doit. Ainsi l'intérêt peut engager l'un à vouloir ce qu'il ne doit pas faire ; il est rare qu'il porte l'autre à faire ce qu'il ne doit pas vouloir. Il eut un enfant de sa femme, ou plutôt de sa maîtresse : elle étoit aussi hautaine que belle. Elle avoit obtenu une pension qui fut supprimée après la mort du régent : et cette femme qui, dans le temps de son élévation, disoit qu'il n'y avoit point d'animal plus ennuyeux qu'une Duchesse, rentra dans la misère et dans la boue d'où elle avoit été tirée. Pendant l'administration de Law « des femmes titrées se montroient courageusement, dit Duclos, sur le devant du carrosse de sa femme et de sa fille, et des hommes du plus haut rang assiégeoient son antichambre. Ils croyoient se disculper de leur bassesse, en la tournant en plaisanterie. Mais le ton plaisant, déjà usé, est en cette matière le dernier symptôme de l'incurabilité. Cette noblesse, qui sacrifie si gaiement sa vie à son honneur, immoloit sans scrupule, son honneur à la fortune. Nous verrons dans la suite la gangrène de la cupidité gagner la classe de la société dévouée par état à l'honneur (le militaire). Si la régence est une des époques de la dépravation des mœurs, le système en est une encore plus marquée de l'avilissement des ames. » *Voyez les Mémoires de Duclos*, second vol.; *l'Histoire du Système des Finances*, par du Haut-Champs, la Haye, 1734, 6 vol. in-12; et les *Mémoires de la Régence*, 5 volum. in-12, 1749.
LAW, (Edmond) *Voyez KING*, n.º III, à la fin.
LAUZUN, (Antoine-Nompar de Caumont, duc de) né en 1634, sut s'attirer de bonnes graces de Louis XIV, et celles de Mlle de Montpensier. (*Voyez* ce dernier article.) *Lauzun*, sorti de Pignerol, passa, l'an 1689, en Angleterre, pour aider le roi Jacques II à reconquérir son royaume. Ce prince obtint pour lui le titre de duc de *Lauzun*, en 1692. Il mourut au couvent des Petits-Augustins à Paris, en 1723, âgé de 91 ans, avec la réputation d'un homme avantageux et brave; mais qui avoit moins de mérite, que l'art de faire valoir le peu qu'il en avoit. Il ne laissa point de postérité de la fille du maréchal de *Lorges*, qu'il avoit épousée après la mort de Mlle de Montpensier. La branche des *Caumont-Lauzun* étoit séparée de celle des ducs de la *Force* depuis le 13$^{e}$ siècle.
LAYOLLE, (Allemand) né à Lyon, se fit connoître dans le 15$^{e}$ siècle pour un bon organiste, et par des Chansons qui eurent beaucoup de cours. I. LAZARE, frère de *Marie* et de *Martha*, demeuront à Béthanie; *Jésus* qui l'aimoit, alloit quelquefois loger chez lui. Le Sauveur vint en cette ville quatre jours après la mort de *Lazare*, se fit conduire à son tombeau, et en ayant fait ôter la pierre, il lui rendit la vie. Ce miracle éclatant, opéré aux portes de Jérusalem, ayant été rapporté aux princes des Prêtres et aux Pharisiens, ces ennemis de la vérité prirent la résolution de faire mourir et *Jésus-Christ* et *Lazare*. Ils exécutèrent leur mauvais dessein envers le Sauveur; mais à l'égard de *Lazare*, l'Histoire sainte ne nous apprend pas ce qu'il devint. Les Grecs disent qu'il mourut dans l'isle de Chypre, où il étoit évêque, et que ses reliques ont été transportées à Constantinople sous l'empereur *Léon le Sage*. Les anciens martyrologes d'Occident confirment cette tradition. Ce n'est que vers le 13$^{e}$ siècle de l'église, que l'on a parlé de son voyage en Provence avec *Marie-Magdeleine* et *Martha*, ses sœurs, et qu'on l'a supposé mort évêque de Marseille. *Voy*. II. LAUNOI.
II. LAZARE, pauvre, véritable ou symbolique, que le Fils de Dieu nous représente, dans l'évangile, tout couvert d'ulcères, couché devant la porte d'un riche, où il ne desiroit que les miettes qui tomboient de sa table, sans que personne les lui donnât. Dieu, pour récompenser la patience de *Lazare*, le retira du monde ; et son ame fut portée dans le sein d'*Abraham*. Le riche mourut aussi, et eut l'enfer pour sé-pulture. Lorsqu'il étoit dans les tourmens, il vit de loin *Lazare*, et lui demanda quelques rafrai-chissemens ; mais *Abraham* lui répondit, *qu'ayant été dans les délices pendant que Lazare souffroit, il étoit juste qu'il fût dans les tourmens, pendant que celui-ci étoit dans la joie*. Quelques interprètes ont cru, que ce que le Fils de Dieu rapporte ici de *Lazare* et du mauvais riche, est une histoire réelle ; d'autres prê-tendent que ce n'est qu'une pa-rabole ; et enfin quelques-uns, tenant le milieu, veulent que ce soit un fonds historique, embellir par le Sauveur de quelques cir-constances paraboliques.
III. LAZARE religieux Grec, qui avoit le talent de la peinture, consacra son pinceau à des sujets de prêté. L'empereur *Théophile*, Iconoclaste, furieux, fit déchirer le peintre à coups de fouet, et lui fit appliquer aux mains des lames ardentes. *Lazare*, guéri de ses plaies, continua de peindre *Jesus-Christ*, la *Ste Vierge* et les Saints. Il mourut en 867 à Rome, où l'empereur *Michel* l'a-voit envoyé.
LAZARELLI, (Jean-François) poète Italien, né à Gubio, d'abord auditeur de rote à Ma-cérata, ensuite prévôt de la Gi-randole, mourut en 1694, âgé de plus de 80 ans. On a de lui, un poème singulier, intitulé : *La Ciccide legitima*. La seconde édition, qui est augmentée, est de Paris, sans date, in-12, et a été réimprimée une troisième fois. C'est un recueil de sonnets et de vers mordans contre un nommé *Arrighini*, son collègue à la rote de Macérata. Il le prend au berceau, et ne le quitte qu'au cercueil. Il pousse la bassesse jusqu'à plaisanter sur sa mort et sur son enterrement. La versifi-cation de ce satirique est cou-lante, aisée, naturelle, les saillies vives, les plaisanteries piquantes ; mais il y règne trop d'amertume et de grossièreté ; et ceux qui en ont loué la finesse, ne l'ont pas lu, ou sont bien peu délicats. La préface de cette satire ren-ferme des excuses qui ne l'excu-sent pas. Au reste, la satire de la *Ciccide*, contenant diffé-rentes allusions, ne peut être bien goûtée que de ceux qui en-tendent parfaitement l'Italien.
LAZERME, (Jacques) pro-fesseur de médecine en l'univer-sité de Montpellier, mort au mois de juin 1756, âgé de plus de 80 ans, est auteur d'un ou-vrage, intitulé : *Tractatus de morbis internis capitis*, 1748, 2 vol. in-12 : ouvrage qui n'a été mis au jour que par le désir d'être utile aux jeunes médecins. *Didier-des-Marits* l'a traduit en françois. Il a été imprimé à Paris en 1754, sous ce titre : *Treité des maladies internes et externes de la tête*, 2 vol. in-12. On a de lui : I. *Curationes mor-borum*, 1751, 2 volum. in-12, mises en françois sous ce titre : *Méthode pour guérir les mala-dies*, traduites du latin de *La-zerme*; Paris, 1753, in-12. Cet ouvrage est un peu superficiel. II. *De suppurationis eventibus*, 1724, in-8. III. *De febre ter-tiand intermittente*, 1731, in-8.
LAZIUS, (Wolfgang) pro-fesseur de belles-lettres et de médecine à Vienne en Autriche,
LÉA 121 sa patrie, nequit en 1514, et mourut en 1565, à 50 ans, avec le titre d'historiographe de l'empereur *Verdinand I*, et avec la réputation d'un homme fort laborieux, mais mauvais critique. On a de lui : I. Un savant traité de *Gentium migrationibus*, 1752, in-folio. Il roule principalement sur les émigrations des peuples du Nord. II. *Commentariorum Republicæ Romanæ in exteris provinciis bello acquisitis constitutae, libri XII*, 1598, in-folio, pleins de recherches et d'inexactitudes. III. *De rebus Viennesibus*, 1546, in-folio : savant, mais rempli de fautes. Les états de Vienne jugèrent cependant son travail digne d'une récompense honorable. IV. *Geographia Pannoniae*, dans *Ortelius*. V. *In Genealogiam Austriacam Commentarii*, 1564, in-folio, etc. La plupart des ouvrages de *Lazius* ont été recueillis à Francfort, 1698, en 2 vol. in-folio. *Voyez* III. ABDIAS. ● LAZOWSKI, Polonois chassé de sa patrie, vint en France au moment de la révolution, et y parut un Jacobin aussi audacieux que féroce. Nommé capitaine de son quartier, il dirigea, le dix août 1792, l'artillerie qui fondroya le château des Tuileries. Après avoir figuré au milieu des massacreurs des prisons de Paris, au mois de septembre, il prîtit pour Versailles, à la tête d'une horde d'assassins, et leur ordonna d'immoler tous les prisonniers qui venoient d'y être amenés d'Orléans. Au milieu de ces affreux exploits, qui avoient rendu son bras cher et respectable aux terroristes, il mourut d'une fièvre inflammatoire ; et ce qui pourra faire juger à nos neveux de toutes les fureurs de notre temps, c'est que *liobespierre* prononça l'oraison funèbre de ce meurtrier au sein de la Convention ; que celui-ci fut enterré avec une pompe solennelle sur la place du Carrousel, au pied de l'arbre de la liberté ; que la section du Finistère demanda son cœur pour en faire un objet de culte, et que la commune de Paris adopta sa fille.
LEADE, (Jeanne) naquit à Norfolk en Angleterre, vers l'an 1635, fut saisie tout-à-coup, au milieu d'une danse, d'un accès de mélancolie qu'elle prit pour une inspiration divine, et se mit à prophétiser. Bientôt, elle devint chef d'une secte, prétendant ramener le Christianisme à sa pureté et à sa simplicité primitive. Elle mourut à 81 ans, parlant sans cesse de visions et de révélations. Son gendre, *François Lée*, médecin, a écrit une longue Vie de cette visionnaire, pleine de rêveries et de sottises. I. LÉANDRE, jeune homme de la ville d'Abydos, sur la côte de l'Hellespont du côté de l'Asie, qui se noya en traversant ce détroit à la nage dans une nuit orageuse. *Virgile* a décrit cette aventure. *Géorgiques*, 1. 3. *Voyez* HÉRO.
II. LÉANDRE, (Saint) fils d'un gouverneur de Carthagène, embrassa d'abord la vie monastique, et fut ensuite évêque de Séville, où il célébra un concile. Il mourut en 601. Quelques-uns lui attribuent le *Rite Mosarabique*. St. Grégoire le Grand lui dédia ses *Morales* sur *Job*, qu'il avoit entreprises à sa persuasion. On a de St. Léandre une *Lettre* à Florentine sa sœur, qui ren- ferme des avis fort utiles pour des religieuses. On la trouve dans la Bibliothèque des Pères; ainsi que son Discours sur la conversion des Goths Ariens, inséré aussi à la fin des Actes du 3e concile de Tolède.
III. LÉANDRE, (le Père) Capucin, mort à Dijon sa patrie, en 1667, composa plusieurs ouvrages, qui lui firent un nom dans son ordre. Les plus accueillis sont : Les vérités de l'Evangile, 1661 et 1662, Paris, deux vol. in-folio; et un Commentaire sur les Épîtres de St. Paul, 1663, deux vol. in-folio.
LÉANDRE, Voyez I. ALBERTI.
LÉARQUE, étoit fils d'Athamas et d'Ino, que son père, dans un accès de fureur, écrasa contre un rocher, croyant que c'étoit un jeune lionceau. Voyez INO et ATHAMAS.
LEAU, (Corneille) Jésuite, né à Lyon en 1659, fut un missionnaire très-zélé. Il traduisit en françois : I. Les Axiomes de philosophie Chrétienne de Mannis. II. Plusieurs Œuvres du Père Segneri, Jésuite Italien, sept vol. in-12.
LEBAS, (Jacques Philippe) premier graveur du cabinet du roi, membre de l'académie de Peinture de Paris et de celle de Rouen, né à Paris le 8 juillet 1707, mort le 14 avril 1783, se distingua par la délicatesse et la fécondité de son burin.
LEBBÉE, Voy JUDE (Saint).
LEBEUF, Voyez BEUF.
LEBID, le plus ancien des poètes Arabes qui ont vécu depuis l'origine du Mahométisme, embrassa cette religion après avoir lu un chapitre de l'Alcoran. Mahomet se félicita d'une telle conquête, et employa sa muse à répondre aux chansons et aux satires que les poètes Arabes langoient contre lui. Ce prophète disoit, que la plus belle sentence qui fût sortie de la bouche des Arabes, étoit celle-ci de Lebid : Toer ce qui n'est pas Dieu, n'est rien. Le versificateur Arabe mourut, âgé, dit-on, de 140 ans.
LEBLANC, Voyez I. BEAULIEU.— BLANC, (le) nos II et III.— CARDAN.— I. COULON.
LEBLANC, (Marcel) Jésuite, né à Dijon en 1653, fut un des quatorze mathématiciens envoyés par Louis XIV au roi de Siam. Il travailla à la conversion des Talapoins, et s'embarqua pour la Chine; mais le vaisseau sur lequel il étoit, ayant été pris par les Anglois, il resta prisonnier jusqu'en 1690. Il accompagnoit le P. Couplet, lorsque, dans une tempête, il reçut un coup à la tête, dont il mourut en 1693, à 40 ans, au Mozambique. On a delui, l'Histoire de la Révolution de Siam en 1688, à Lyon, 1692, en deux volumes in-12, avec un détail de l'état présent des Indes. Cette Relation est assez exacte; le deuxième volume offre plusieurs remarques utiles aux navigateurs.
LEBLOND, LEBOSU, Voyez à la lettre B.
LE BON, (Joseph) né à Arras, entra dans la congrégation de l'Oratoire, et annonça de bonne heure le goût de cette extrême indépendance, qui amène à sa suite l'oubli des devoirs et la corruption des mœurs. La révolution Françoise lui fournit l'occasion de manifester les sentimens les plus exagérés ; et ceux-ci le firent nommer maire d'Arras, administrateur du Pas-de-Calais, et enfin député à la Convention. Envoyé en mission dans sa patrie, il la couvrit de sang et de proscriptions. Alors il fit parade tout à la fois d'apostasie, de libertinage, de cruautés, et se vanta d'avoir acquis une réputation incomparable de scélératesse parmi les commissaires de la Convention. Ce fut l'un des plus avides de sang. Chaque jour, après son diné, il assistait au supplice de ses victimes, et il le suspendit une fois pour leur lire la gazette. Il fit placer un orchestre près de la guillotine, et ordonna au tribunal qu'il dirigeoit, de juger à mort tous ceux qui s'étoient distingués par leurs richesses ou leurs talens. On le vit assister aux jugemens, annoncer d'avance la mort de ceux qu'il vouloit qu'on condamnât, et destituer les jurés qui se permettoient de montrer la moindre pitié. Dans la salle du spectacle, il employoit les entr'actes à mettre le sabre à la main et à prêcher la loi agraire. — « Sans-culottes, dit-il un jour, dénoncez hardiment, si vous voulez quitter vos chaumières : c'est pour vous qu'on guillotine. Vous êtes pauvres ; n'y a-t-il pas près de vous, quelque noble, quelque riche, quelque marchand ? Dénoncez donc, et vous aurez sa maison. » L'une de ses proclamations portoit que le village d'Achicoirt seroit rasé, si les femmes, les bandets et les provisions de cette commune cessoient un seul jour d'arriver à Arras. Plusieurs jeunes filles passèrent de ses bras à l'échafaud ; son amusement étoit d'intimider les femmes en tirant à leurs oreilles des coups de pis- tolet ; et il recommandoit aux unes et aux autres, de ne point écouter leurs maris ou leurs mères, et de suivre en toutes occasions leurs desirs. Entouré de jeunes enfans, il leur apprit à écouter ce que disoient leurs pères, et à venir les lui dénoncer. Il avoit dérobé plus de cinq cent mille livres sous les scellés qu'il avoit fait mettre sur les effets des détenus, lorsque la Convention mit un terme à ses crimes, en le décrétant d'accusation, et en le faisant juger par le tribunal criminel du département de la Somme. Il y fut condamné le 5 octobre 1795, et subit la mort à l'âge de trente ans. Il étoit ivre d'eau de vie, lorsqu'on le conduisit au supplice ; cependant il eut encore assez de présence d'esprit pour s'écrier, lorsqu'on le revêtit de la chemise rouge : « Ce n'est pas moi qui dois l'endosser, il faut l'envoyer à la Convention dont je n'ai fait que suivre les ordres. »
LEBRIXA, Voyez ANTOINE Nebrissensis, n.º XI.
LEBRUN, Voyez BRUN.
LÈCHE, (N...) mort en 1764, membre de l'académie des Sciences de Stockholm, professeur d'histoire naturelle à Abo, a été le rédacteur d'un ouvrage entrepris par l'ordre du roi de Suède, et qui a paru après la mort de l'auteur, sous ce titre : Instruction sur la plantation des Arbres et arbrisseaux sauvages, etc. C'est un extrait des ouvrages de Linnæus et de plusieurs autres savans Naturalistes, relatifs à cette matière.
LECLAIR, (Jean-Marie) né à Lyon en 1697, d'un père musicien, obtint la place de symphoniste de Louis XIV, qui l'honora de ses bontés. Après un voyage en Hollande, il se fixa à Paris, où le duc de Grammont, dont il avoit été maître, lui donna une pension. Leclair jouissoit en paix de sa réputation et de l'estime des honnêtes gens, lorsqu'il fut assassiné la nuit du 22 au 23 octobre 1764, dans sa 68e année. Ce célèbre musicien avoit dans ses mœurs une simplicité noble. Sérieux et penseur, il n'aimoit point le grand monde; mais il connoissoit l'amitié, et savoit l'inspirer. Comme musicien, il débrouilla, le premier, l'art du violon, il en décomposa les difficultés et les beautés, et on peut le regarder comme le créateur de cette exécution brillante qui distingue nos orchestres. Ses ouvrages sont: I. Quatre livres de Sonates, dont le premier parut en 1720. Leur difficulté, capable de rebuter les musiciens les plus courageux, empêcha de les goûter d'abord, mais on les a regardées ensuite comme ce qu'il y a de plus parfait en ce genre. II. Deux livres de Duo. III. Deux de Trio. IV. Deux de Concerto. V. Deux Divertissements sous le titre de Récréations. VI. L'Opéra de Scylla et Glaucus, où l'on a trouvé des morceaux d'harmonie du premier genre.
LECLERC, Voy. CLERC (le) — LESSEVILLE — le P. JOSEPH, n.º XII. — LECLERC, (Charles-Émanuel) général François, mérita, dès sa première jeunesse, les distinctions de son état. Intrépide dans l'action, il étoit judicieux dans le conseil. Employé comme adjudant général dans l'armée qui fit le siège de Toulon, il contribua à recouvrer cette ville sur les Anglois; nommé général aux armées du Nord et du Rhin, il y accrut sa réputation de bravoure et d'intelligence. La campagne d'Italie lui fit cueillir de nouveaux lauriers. Son succès sembloit dépendre de l'attaque du Mont-Cenis, et Leclerc la fit réussir. On le vit dans toutes les batailles qui décidèrent du sort de cette contrée et par lesquelles Bonaparte, toujours vainqueur, obligea l'ennemi à signer l'armistice de Léoben. Leclerc fut chargé ensuite de la conduite de l'armée qui traversa l'Espagne pour forcer le Portugal à la paix. Celle-ci étant devenue générale en Europe, on confia à Leclerc le soin de rattacher au gouvernement la plus belle de nos colonies, celle de Saint-Domingue, livrée depuis long-temps aux horreurs de l'anarchie. Après des combats et des négociations difficiles, il venoit de la conquérir sur les rebelles et de la rendre aux légitimes propriétaires, lorsqu'attaqué par une fièvre épidémique, qui faisoit les plus grands ravages, il succomba, victime de cette contagion, dans le cours de l'an II. Son corps apporté en France reçut partout les honneurs funèbres. A Aix, M. de Cicé, archevêque; à Lyon, M. de Bonnevie, chanoine de la métropole, prononcèrent son oraison funèbre. On devoit cette honorable distinction moins au général courageux et au citoyen utile, qu'à celui dont Bonaparte avoit assez estimé les talens et le caractère, pour l'unir à sa sœur; aussi cet hymen fut-il pour Leclerc le principal titre de sa gloire.
LECOQ, Voyez Coq (le) — NANQUIER.
LECTIUS, (Jacques) fut quatre fois syndic de Genève, et jouit d'une grande considération dans sa petite république. On a de lui : I. Des Poésies, 1609, in-8.º II. Des Discours, 1615, in-8.º III. Il a donné une édition des Poëtæ Græci veteres Heroïci, Genevæ, 1606, in-folio. Les Tragiques parurent en 1614, in-fol., Lectius mourut en 1611, à 53 ans.
LECZINSKA, (Marie) Voy. XVII. MARIE.
LECZINSKI, Voyez STANIS-LAS, n.º II.
LEDA, (Myth.) fille de Thyeste et femme de Tindare, fut aimée de Jupiter. Ce Dieu étant amoureux d'elle, ne pouvant la surprendre, se métamorphosa en cygne, et la trompa en jouant avec elle sur les bords du fleuve Eurotas, où elle se baignoit. Elle conçut deux œufs, de l'un desquels sortirent Helène et Clytemnestre, et de l'autre, Castor et Pollux. I. LEDESMA, (Pierre) Dominicain, natif de Salamanque, mort en 1616, enseigna à Ségovie, à Avila et à Salamanque. On a de lui, un Traité du Mariage, une Somme des Sacremens et divers autres ouvrages. — Il ne faut pas le confondre avec Diego de LEDESMA, Jésuite Espagnol, natif de Cuellar, qui s'acquit l'estime du pape Grégoire XIII, et qui mourut à Rome en 1575; on a de lui divers écrits. — Il y a eu deux autres Dominicans de ce nom, tous les deux théologiens scolastiques : le premier, Barthélemi, né à Niéva près de Salamanque, mourut évêque d'Oxaca en 1604; le second, Martiu, finit ses jours en 1584; l'un et l'autre laissèrent des ouvrages. L E D 125
II. LEDESMA, (Alphonse) né à Ségovie, appelé par les Espagnols le Poëte Divin, est une divinité peu connue par les étrangers. Il mourut en 1623, âgé de 71 ans. On a de lui, diverses Poësies sur des sujets sacrés et profanes. On y trouve de la force et de la noblesse; mais l'auteur s'est trop abandonné à son imagination, et n'a pas assez consulté son goût. Au reste, le nom de Divin lui fut moins donné à cause de la sublimité de son génie, que parce qu'il s'appliqua à traiter en vers des sujets tirés de l'Écriture-sainte.
LEDRAN, (Henri-François) — chirurgien fameux, sur-tout pour la lithotomie, mort à Paris le 17 octobre 1770, à 85 ans, brilla également par la dextérité de la main et par l'étendue des lumières. On a de lui : I. Parallèle des différentes manières de tirer la pierre de la vessie, Paris, 1730. Il a donné une suite à cet ouvrage en 1756. II. Observations de Chirurgie, Paris 1751, deux volumes in-12. III. Traité des Operations de Chirurgie, Paris, 1742, in-8.º IV. Réflexions sur les plaies d'armes à feu, Paris, 1759, in-12. V. Consultations sur la plupart des maladies qui sont du ressort de la Chirurgie, Paris, 1765, in-8.º VI. Traité économique de l'anatomie du corps humain, 1768 : ouvrage moins estimé que les autres productions de cet habile homme, qui ont mérité les suffrages, non-seulement des François, mais aussi des étrangers : la plupart ont été traduits en allemand et en anglois. — Son père Henri LEDRAN, fut un des plus grands opérateurs de son siècle : il s'acquit sur-tout cette réputation 126 LED dans les armées et à la cour. Il mourut l'an 1720.
LEDROU, (Pierre-Lambert) natif d'Hui, religieux Augustin, docteur de Louvain, professa la théologie dans l'université de cette ville avec beaucoup de réputation. Innocent XI, instruit de son mérite, le fit venir à Rome, et lui donna la préfecture du collège de la Propagande. Les papes Alexandre VIII, Innocent XII et Clément XI, n'eurent pas moins d'estime pour lui. Innocent le nomma à l'évêché in partibus de Porphyre, et même, dit-on, l'eût décoré de la pourpre, si sa modestie avoit voulu se prêter à cette offre, séduisante pour tant d'autres. Ayant eu quelque désagrément à l'occasion de l'affaire du P. Quesnel, dans laquelle il avoit été nommé consulteur, il se retira à Liège avec la qualité de vicaire général de ce diocèse. Il y mourut le 6 mai 1721, à 81 ans. On a de lui, 1er Dissertations sur la Contrition et l'Attrition, Rome, 1707, et Munich, 1708.
LÉDYARD, (N**) Américain, a été le plus intrépide marcheur connu. Après avoir fait le tour du monde avec le capitaine Cook, il résolut de traverser à pied toute l'Europe septentrionale, de parvenir chez les Tschoutkis, de passer avec eux le détroit de Behring, pour gagner de là les établissements Anglois de la baie d'Hudson. Il exécuta cette course immense, seul et sans armes. Ledyard, se rendit ensuite en Égypte dans l'intention de traverser à pied toute l'Afrique; mais il a péri au Caire en 1786, en ne laissant aucune note sur ses découvertes.
LÉE, (Nathanaël) poète dramatique Anglois, élevé dans l'é- cole de Westminster, puis au collège de la Trinité à Cambridge, mort en 1690, a laissé onze Pièces représentées avec succès sur le théâtre Anglois; mais on doute qu'elles eussent les mêmes applaudissemens sur le théâtre François. Les sujets n'en sont pas toujours bien choisis, ni les intrigues bien conduits. Ceux qui s'attachent moins à la régularité et à la conduite du plan, qu'à la versification, y trouveront quelques vers heureux. Ce poète, mort insensé, a été loué par Addisson.
LEEUWEN, (Simon Van) jurisconsulte Hollandois, né à Leyde en 1625, exerça longtemps la profession d'avocat avec beaucoup de réputation dans sa ville natale, et mourut à la Haye le 13 janvier 1682. Il étoit versé dans le droit Romain; mais encore mieux dans celui de son pays. Ses ouvrages seroient estimés plus qu'ils ne le sont, s'il avoit mieux possédé les belles lettres. Il a donné: I. Pratique à l'usage des Notaires, en flamand, etc., Rotterdam, 1741, deux volumes in-8.º II. Censura forensis, Leyde, 1741, deux volumes in-folio. III. Une Edition du Corps de Droit Civil, grec et latin, avec les notes d'un grand nombre de savans; Leyde, 1663, in-folio, belle édition. IV. De origine et progressu Juris Civilis Romani, 1672, in-8.º
LEEW, ou LEU, (Gérard) imprimeur ancien, s'établit d'abord à Goude en 1477; il porta ensuite ses presses à Anvers où il exerça, le premier, son art en 1484. Il vivoit encore en 1497. On lui doit un grand nombre d'éditions de livres latins, hollandois, flamands et gaulois, dont plusieurs sont ornés de gravures.
LEEW, *Voyez* LÉONIN.
LEFÈVRE, *Voyez* FÈVRE.
LEFORT, *Voyez* FORT et MORINIÈRE.
LEFRANC, *Voyez* POMPIGNAN.
LEGARÈ, (Gilles) orfèvre du roi, né à Chaumont en Bassigni, excelloit dans son art et dans la peinture sur l'émail. Il vivait dans le 17$^{e}$ siècle.
LEGENDRE, *Voy*. GENDRE. I. LEGER, (Saint) évêque d'Autun, fut ministre d'état sous la minorité de *Clotaire III*, et, suivant quelques auteurs, maire du palais sous *Childerie II*. Il ne s'occupa qu'à faire régner ces princes avec justice et humanité. Les courtisans l'ayant rendu suspect à *Childerie*, il se retira à Luxeuil; mais sa retraite ne le mit pas à l'abri de la persécution. *Ebroin*, maire du palais, lui fit crever les yeux; enfin il fut décapité l'an 680, dans la forêt de Lucheu en Picardie, diocèse d'Arras. Il nous reste de lui, des *Statuts Synodaux*, dans les *Conciles du P. Labbe*: et une *Lettre de consolation à Sigrade*, dans la Bibliothèque des Manuscrits de *Labbe*... *Voyez* ÉBROIN.
II. LEGER, (Antoine) théologien protestant, né à Ville-Seiche, dans la vallée de Saint-Martin en Piémont, l'an 1594, alla en qualité de chapelain de l'ambassadeur des états généraux à Constantinople. Il y lia une étroite amitié avec *Cyrille Lucar*, dont il obtint une *Confession de Foi* des Eglises Grecque et Orientale, qui a été contredite par les théologiens Catholiques. De retour dans les Vallées, il y exerça le ministère; mais le duo de Savoie l'ayant fait condamner à mort comme fanatique et séditieux, il se retira à Genève, où il obtint une chaire de théologie: il y mourut en 1661, à 67 ans. On a de lui, une *Edition du Nouveau Testament*, en grec original et en grec vulgaire, en deux volumes in-4$^{e}$ — *Antoine LEGER*, son fils, né à Genève en 1652, fut un célèbre prédicateur, et mourut dans cette ville en 1680. On a de lui, cinq volumes de *Sermons*, imprimés après sa mort.
III. LEGER, (Jean) docteur protestant, né en 1615, neveu d'*Antoine Leger* le père, fut ministre de l'église de Saint-Jean, après l'avoir été de quelques autres. Il échappa heureusement au massacre que le marquis de *Pianesse* fit faire des Vaudois en 1655. Ayant été député en 1661 auprès de plusieurs puissances protestantes, la cour de Turin, déjà fort irritée contre l'oncle, fit raser à Saint-Jean la maison du neveu, et le fit déclarer criminel de l'ère-majesté. Il devint ensuite pasteur de l'église Wallone à Leyde, et il remplissait encore cette place en 1665: on croit qu'il mourut peu de temps après. Il a laissé l'*Histoire des églises Évangéliques des Vallées de Piémont*, in-folio, écrite avec un peu de passion, mais en général avec vérité.
IV. LÉGER, (Claude) né à Attichi, petite ville du diocèse de Soissons, en 1699, embrassa l'état ecclésiastique, et en eut toutes les vertus. Devenu curé de Saint-André-des-Arcs à Paris, il gagna l'estime et le respect de tous les gens de bien par sa charité, son zèle et son désintéressement. Il mourut à Paris en 1774, regretté sur-tout d'un grand nombre de prélats, qui avoient été ses élèves dans les sciences du saint ministère. A l'occasion du monument qui lui fut érigé en 1781, M. de Beauvais, évêque de Senez, prononça son *Éloge funèbre*. V. LÉGER, (Julien) né à Buré près Alençon, mort en 1780, a publié un ouvrage de jurisprudence, sur les *Lècrets d'immeubles en Normandie*.
LÉGET, (Antoine) né dans le diocèse de Frejus, fut supérieur du séminaire d'Aix sous le cardinal de Grimaldi. On a de lui: I. Une *Retraite de dix jours*, in-12. II. La *Conduite des Confesseurs dans le Tribunal de la Penitence*, in-12. III. Les *Véritables Maximes des Saints sur l'Amour de Dieu*. Il mourut en 1728, à 71 ans, directeur de la maison de Sainte-Pélagie.
LEGIONENSIS, *Voyez* LÉON, n° XXII.
LÉGOUVÉ, (N...) né à Montbrison en Forez, avocat au parlement de Paris, mort en 1782, se chargea de bonne heure des affaires qui fixoient l'attention publique. Telle fut, en 1762, celle des frères *Lionel* contre les Jésuites. En développant, le premier, l'esprit des constitutions de cette célèbre Société, il fut l'une des causes de sa destruction en France. Depuis cette époque, *Légouvé* fut un des oracles du barreau de Paris. Comme il unisait au talent de plaider celui de mieux écrire encore, il a fait beaucoup de *Mémoires* justement estimés. Embrassant tout dans ses sujets et les traitant avec précision et clarté, il se distingua sur-tout dans les questions abstraites. C'est là qu'il déploya deux qualités importantes dans un écrivain, et sur-tout dans un avocat: la sagacité et la méthode. La plupart de ses Mémoires et de ses Consultations sont des modèles de discussions bien faites et bien écrites, sans autres ornements que ceux qui naissoient de son sujet même. Ses vertus égaloient ses talens. Content d'une médiocrité honorable, il se refusoit aux moyens de s'avancer, qui, quoique légitimes, répugnèrent à sa délicatesse. Ce qui conviendrait à un autre homme, disait-il, ne conviendrait pas à un avocat. La sérénité de son âme et de son visage l'accompagna jusque dans les bras de la mort. Ses dernières paroles furent celles qu'il adressa à son fils: *Je vous souhaite une vie aussi pure et une mort aussi douce que la mienne*. Dans sa jeunesse, il fit une tragédie Chrétienne, *Aurelie*, qui n'a été représentée que sur des théâtres particuliers.
LÉGRAND, LÉGROS et autres, *Voyez la lettre G.*
LEHARDI, (Pierre) *Voyez* HARDY.
LEIBNITZ, (Guillaume-Godefroi baron de) naquit à Leipzig en Saxe, le 23 juin 1646, de *Frédéric Leibnitz* professeur de morale et greffier de l'université de cette ville. Il fut un de ces enfants privilégiés de la nature, qui embrassent tout et qui réussissent dans tout. Après avoir fait ses premières études, il s'enferma dans la nombreuse bibliothèque que son père lui avoit laissée. Poètes, orateurs, historiens, historiens, jurisconsultes, théologiens, philosophes, mathématiciens; il ne donna l'exclusion à aucun genre de littérature, et devint un homme universel. Les princes de *Brunswick*, instruits de ses talens pour l'histoire, lui confèrent celle de leur maison. Il parcourut toute l'Allemagne, pour ramasser les matériaux de ce grand édifice, et passa de là en Italie, où les marquis de *Toscane*, de *Ligurie* et d'*Est*, sortis de la même souche que les princes de *Brunswick*, avoient leurs principautés. Comme il alloit par mer de Venise à Mesola dans le Ferrarois; il fut surpris par une tempête. Les matelots, le croyant Allemand et hérétique, alloient le jeter dans la mer pour désarmer la Divinité, lorsqu'ils virent qu'il tiroit un chapelet de sa poche, et cet expédient le sauva. De retour de ce voyage en 1690, il commença à faire part au public de la récolte abondante qu'il avoit faite dans ses savantes courses. Son mérite, connu bientôt dans toute l'Europe, lui procura des pensions et des charges honorables. L'électeur *Ernest-Auguste*, le fit, en 1696, son conseiller privé de justice; il l'étoit déjà de l'électeur de Mayence, et du duc de *Brunswick-Lunebourg*. En 1699 il fut mis à la tête des associés étrangers de l'académie des Sciences de Paris; il n'avoit tenu qu'à lui d'y avoir place beaucoup plutôt, et avec le titre de pensionnaire. Dans un voyage qu'il fit en France, on voulut l'y fixer fort avantageusement, pourvu qu'il quitta le Luthéranisme; mais tout tolérant ou plutôt tout indifférent qu'il étoit pour toutes les religions, il rejeta absolument cette condition. L'Allemagne en profita : il inspira à l'électeur de Brandebourg le dessein d'établir une académie des Sciences à Berlin. Il en fut fait président, et il n'y eut point de jaloux; car qui auroit pu l'être alors en Prusse ? Un champ non moins vaste et non moins glorieux s'ouvrit à lui en 1711. Le *Czar* le vit à Torgaw, et ce législateur de Barbares traita *Leibnitz* avec la considération qu'un sage couronné a pour un sage qui mériteroit la couronne. Il lui fit un magnifique présent, lui donna le titre de son conseiller privé de justice, avec une pension considérable. L'empereur d'Allemagne ne le récompensa pas moins généreusement que celui de Russie : il lui donna le titre de conseiller aulique, avec une forte pension, et lui fit des offres considérables pour le fixer dans sa cour. La vie de *Leibnitz* ne fut marquée que par des événements flatteurs, si l'on en excepte la dispute de la découverte du *Calcul différentiel*. Cette querelle convoit sous la cendre depuis 1699; elle éclata en 1711. Les admirateurs de *Newton* accusèrent le philosophe Allemand d'avoir dérobé à celui-ci l'invention de ce calcul. La chose n'étoit pas aisée à prouver; *Keill* l'en accusa pourtant à la face de l'Europe. *Leibnitz* commença par réfuter cette imputation avec beaucoup d'impétuosité dans les *Journaux de Leipzig*, et finit par se plaindre à la Société royale de Londres, en la demandant pour juge. L'examen des commissaires nommés pour discuter les pièces de ce grand procès, ne lui fut point favorable. La Société royale donna à son concitoyen l'honneur de la découverte, et, pour ju- tifier son jugement, elle le fit imprimer avec toutes les pièces qui pouvoient servir à appuyer l'arrêt. Les autres tribunaux de l'Europe savante jugèrent *Leib- nitz* avec moins de sévérité, et peut-être avec plus de justice. Les sages pensèrent assez généra- lement que le philosophe Anglois et le philosophe Allemand avoient saisi chacun la même lumière et la même vérité, par la seule conformité de la pénétration de leur génie. Ce qui les confirma dans leur opinion, c'est qu'ils ne se rencontrèrent que dans le fond des choses; ce que l'un ap- peloit *Fluxions*, l'autre le nom- moit *Différences*. L'infiniment petit étoit marqué, dans *Leib- nitz*, par un caractère plus com- mode et d'un plus grand usage, que le caractère employé par *Newton*. « En général, dit *Fon- tenelle*, il faut des preuves d'une extrême évidence pour convaincre un homme tel que M. *Leibnitz* d'être plagiaire... Les gens riches ne dérobent pas, et combien M. *Leibnitz* l'étoit - il ? Il a blâmé *Descartes* de n'avoir fait honneur ni à *Kepler* de la cause de la pesanteur tirée des forces centrifuges, ni à *Snellins* du rap- port constant du sinus des angles d'incidence et de réfraction : *petits artifices qui lui ont fait perdre beaucoup de véritable gloire*. Au- roit-il négligé cette gloire qu'il connoissoit si bien ? D'ailleurs, on ne sent aucune jalousie dans M. *Leibnitz*. Il excite tout le monde à travailler; il se fait des concurrens, s'il peut; il ne donne point de ces louanges bassement circonspectes qui craignent d'en trop dire; il se plaît au mérite d'autrui : tout cela n'est pas d'un plagiaire. Il n'a jamais été soup- onné de l'être dans aucune autre occasion; il se seroit donc dé- menti cette seule fois, et auroit ressemblé au héros de *Machiavel*, qui est exactement vertueux jus- qu'à ce qu'il s'agisse d'une cou- ronne. » Quoi qu'il en soit, *Leibnitz* n'apprit qu'avec un cha- grin mortel la perte de son pro- cès, qui entrainoit la perte du plus beau rayon de sa gloire; il lui en restoit cependant encore assez, puisque le vol dont on l'accusoit, supposoit le plus grand génie. Ce chagrin le con- suma peu à peu, et hâta, dit- on, sa mort, arrivée le 14 no- vembre 1716, à 70 ans, à Hanovre, comme il raisonnoit sur la chimie. La cause de sa mort, suivant quelques biogra- phes, fut moins le chagrin que son impatience contre la goutte. Pour s'en délivrer, il prit un remède qu'un jésuite lui avoit donné à Vienne. La goutte re- monta du pied dans l'estomac, et le malade fut suffoqué tout- à-coup. Quoi qu'il en soit, il mourrit de mort subite. Ce phi- losophe ne s'étoit point marié, et la vie qu'il menoit ne lui permettoit guère de l'être. Il ne régloit point ses repas à de cer- taines heures, mais selon ses études; il n'avoit pas de mé- nage, et étoit peu propre à en avoir. Il étoit toujours d'une hu- meur gaie; mais il se mettoit aisément en colère : il est vrai qu'il en revenoit aussitôt. Il s'en- tretenoit volontiers avec toutes sortes de personnes; gens de cour, artisans, laboureurs, soldats. Il conversoit même souvent avec les dames, et ne comptoit point, dit *Fontenelle*, pour perdu le temps qu'il donnoit à les entre- tenir. Il se dépouilloit parfaite- ment avec elles du caractère de savant et de philosophe, qu'il est si difficile de quitter entièrement. On l'a accusé d'avoir aimé beaucoup l'argent. Avec un revenu très-considérable, il vécut toujours assez grossièrement. Mais, quoiqu'il n'eût point de faste, il dépense beaucoup en négligence, parce qu'il abandonnait tout le détail de sa maison à ses domestiques. Il avoit pensé à se marier, à l'âge de 50 ans. La demoiselle qu'on lui avoit proposée, demanda à faire quelques réflexions; Leibnitz, dans cet intervalle, en fit lui-même, et conclut que le mariage est bon, mais que l'homme sage doit y songer toute sa vie... Ses talens ont dû fermer les yeux sur ses défauts. Sa mémoire étoit admirable; toujours prêt à répondre sur toutes sortes de matières, il mérita que le roi d'Angleterre l'appelât son Dictionnaire vivant. C'étoit le savant le plus universel de l'Europe; historien infatigable dans ses recherches; jurisconsulte profond, éclairant l'étude du droit par la philosophie; métaphysicien assez délié pour vouloir réconcilier la métaphysique avec la théologie; et enfin assez grand mathématicien, pour disputer l'invention du calcul de l'infini, au plus beau génie qu'ait eu l'Angleterre. Nous avons de lui, des ouvrages dans tous ces genres. I. Scriptores rerum Brunswicarum, en 3 vol. in-folio, 1707: recueil utile pour l'Histoire générale de l'Empire et pour l'Histoire particulière d'Allemagne. II. Codex Juris gentium diplomaticus, avec le Supplément, publié sous le titre de Mantissa codicis Juris, etc., Hanovre, 1693, à vol. in-fol. C'est une compilation de différents traités pour servir au droit public, précédés d'excellentes préfaces. Il y remonte aux premiers principes du droit naturel et du droit des gens. Le point de vue où il se plaçoit, dit Fontenelle, étoit toujours fort élevé, et de là il découvroit un grand pays dont il voéoit le détail d'un coup d'œil. III. De jure super-matás ac legationis Principum Germaniæ, 1687, sous le nom supposé de César Furstener: ouvrage plein de savantes recherches, composé pour faire accorder aux ambassadeurs des princes de l'Empire, non électeurs, les mêmes prérogatives qu'aux princes d'Italie. IV. Le premier volume des Mémoires de l'Académie de Berlin, en latin, in-4°, sous le titre de Miscellanea Berolinensia. V. Notitia Opticæ promotæ, dans les ouvrages posthumes de Spinosa. VI. De Arte combinatorid, 1690, in-4°. VII. Une foule de Questions de Physique et de mathématiques, résolues ou proposées dans les Journaux de France, d'Angleterre, de Hollande, et sur-tout de Leipzig. Ce fut dans ce dernier Journal qu'il inséra, en 1684, les Règles du Calcul différentiel. VIII. Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'Homme; Amsterdam, 1747, 2 vol. in-12. La Théodicée, dit Fontenelle, suffiroit seule pour représenter Leibnitz: une lecture immense, des anecdotes curieuses sur les livres ou sur les personnes, des vues sublimes et lumineuses, un style où la force domine, et où cependant sont admis les agrémens d'une imagination heureuse. En souscrivant à cet éloge, nous ajouterons, pour être vrais en tout, que le style, si louable à certains égards, manque souvent de clarté, de précision et de méthode. Voici le fond du système établi dans ce livre. « Dieu voit une infinité de mondes ou univers possibles, qui tous prétendent à l'existence. Celui en qui la combinaison du bien métaphysique, physique et moral avec les maux opposés, fait un meilleur, semblable aux plus grands géométriques, est préféré. De là, le mal quelconque est permis, et non pas voulu. Dans cet univers qui a mérité la préférence, sont comprises les douleurs et les mauvaises actions des hommes, mais dans le moindre nombre et avec les suites les plus avantageuses qu'il soit possible. » C'est la reine de Prusse qui avoit engagé Leibnitz à répondre aux difficultés de Bayle sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du bien et du mal. Il entreprit la Théodicée dans ce dessein, du moins en apparence; car Pfaff assure, dit Nicéron, que Leibnitz étoit du sentiment de Bayle, quoiqu'il voulut paroître l'attaquer, et que ce savant le lui avoit avoué lui-même dans une de ses lettres. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il commence par mettre dans le ciel ce Bayle, dont il vouloit détruire les dangereux raisonnemens. Il lui applique ces vers de Virgile: Candidus insuet miratur limen Olympi, Sub pedibusque videt nutes et sidera Dachnis. Comme Bayle, il ne faisoit presque aucun exercice de religion. Étant près de mourir, dit Nicéron, son domestique favori lui proposa de faire venir un ministre: il répondit qu'il n'en avoit pas besoin. Ses pasteurs lui avoient fait, au sujet de sa façon de penser, des réprimandes publiques et inutiles: de la sa haine contre les ecclésiastiques. IX. Différens Ecrits de métaphysique, sur l'espace, sur le temps, sur le vide, sur les atomes, et sur plusieurs questions non moins épineuses. Ils ont presque tous été réunis dans un Recueil publié à Amsterdam en 1720, en 2 vol. in-12, par Desmaiseaux. Comme Descartes, il semble avoir reconnu l'insuffisance de toutes les solutions qui avoient été données jusqu'à lui, des questions les plus élevées, sur l'union du corps et de l'âme, sur la providence, et sur la nature de la matière: mais il n'a pas été plus heureux que lui à les résoudre. L'un et l'autre étoient trop livrés à l'esprit systématique. Ils cherchoient dans de vaines idées philosophiques l'éclaircissement de leurs dontes, et ne l'y trouvoient point; et ils ne le cherchoient point dans la religion, où ils l'auroient trouvé. Le principe de Leibnitz de la Raison suffisante, vrai en lui-même, ne paroît pas devoir être fort utile à des êtres aussi peu éclairés que nous le sommes sur les raisons premières de toutes choses. Aussi quelques philosophes peu favorables à cette idée, l'ont appelée la Raison insuffisante. « Si par Raison suffisante d'une chose, dit l'un d'eux, l'on entend ce qui fait que telle chose est ainsi plutôt qu'autrement, j'avoue que je ne vois pas ce que Leibnitz a découvert. Si par Raison suffisante, Leibnitz a entendu que nous devons rendre une raison suffisante de tout, il me semble qu'il a exigé un peu trop de la nature humaine. Il me paroît que le principe de la Raison suffisante n'est autre chose que celui des premiers hommes: Il n'y a rien sans cause. Reste à savoir si Leibnitz a connu des causes suffisantes qu'on avoit ignorées avant lui. » Quant à ses Monades, elles prouvent, tout au plus, qu'il a vu mieux que personne, que les philosophes ne peuvent se former une idée nette de la matière : mais elles ne paroissent pas faites pour la donner. Son Harmonie préétablie semble n'ajouter qu'une difficulté de plus à l'opinion de Descartes sur l'union du corps et de l'ame. Enfin son système de l'Optimisme est dangereux, par le prétendu avantage qu'il a d'expliquer tout. Il prétend par exemple dans sa Théodicée, que le crime de Tarquin qui viola Lacrèce, étoit accessoire à la beauté et à la perfection de ce monde moral, parce que ce crime a produit la liberté de Rome, et par conséquent toutes les vertus de la république Romaine. Mais pourquoi les vertus de la république Romaine avoient - elles besoin d'être précédées d'un crime ? Voilà ce qu'il ne dit pas, et ce qu'il auroit été très-embarrassé de nous dire. « Et puis, comment accorder cet Optimisme avec la liberté de Dieu. Autre question non moins embarrassante. Comment tant d'hommes s'égorgent-ils dans le meilleur des mondes possibles ! Et si c'est là le meilleur des mondes possibles, pourquoi Dieu l'a-t-il créé ? La réponse à toutes ces questions, dit d'Alembert, est en deux mots : O altiudo ! Et il faut avouer que toute cette métaphysique de l'Optimisme est bien creuse. » Les idées politiques de Leibnitz peuvent être mises à côté de ses idées métaphysiques. Il vouloit réduire l'Europe sous une seule puissance quant au temporel, et sous un chef unique quant au spirituel. L'Empereur et le Pape auroient été les chefs de ces deux gouvernemens, l'un du premier, et l'autre du second. Il ajoutoit à ce projet chimérique, celui d'une Langue universelle philosophique pour tous les peuples du monde. Des savans, persuadés de la possibilité d'une telle langue, en ont souhaité la réalité. D'autres savans plus sages qu'eux, ont jugé, d'après des réflexions très-judicieuses, que l'on trouveroit cette langue, lorsqu'on auroit trouvé la quadrature du cercle et la pierre philosophale. D'ailleurs, après avoir formé cette langue, il auroit fallu découvrir l'art de persuader aux différentes nations de s'en servir ; et ce n'eût pas été la moindre difficulté ; car elles ne s'accordent guère qu'à ne point entendre, dit Fontenelle, leurs intérêts communs. [Voyez cette matière discutée dans la Dissertation de M. Michaelis, des Opinions sur le langage, et du langage sur les opinions, à Brême, in-8°, 1762.] X. Theoria motus abstracti et motus concreti, contre Descartes. XI. Accessiones Historicae 2 vol. in-4° : recueil d'anciennes pièces. XII. De origine Francorum disquisitio ; refutée par le P. de Tournemine, jésuite, et par Dom. Vaissette, Bénédictin. XIII. Sacrosancta Trinitas, per nova inventa logica, defensa; contre Missocatius, neveu de Socin : il y a de très-bonnes idées. XIV. Des Lettres à Pélisson sur la tolérance civile des Religions, à Paris, 1692, in-12 : avec les réponses de Pélisson. Il règne dans les unes et dans les autres une politesse exemplaire. Le caractère naturel de Leibnitz le portoit, dit Fontenelle, à cette tolérance que les esprits doux souhaiteroient d'établir, mais dont a, rés cela ils auroient assez de peine à marquer les bornes et à prévenir les mauvais effets. On voit dans les Ouvrages posthumes de Bossuet, que Leibnitz étoit en correspondance avec ce prélat pour travailler à la réunion des Protestans; mais il paroît qu'il apportoit dans cette affaire le même esprit de système qui l'ins- piroit dans les autres. Il recon- noissoit, du reste, tous les avan- tages de l'église Romaine sur les diverses branches du Protestan- tisme. « Voilà, dit-il dans une de ses lettres, la Chine ouverte aux jésuites, le pape y envoie nombre de missionnaires. Notre peu d'union ne nous permet pas d'entreprendre ces grandes con- versions. » V. BOSSUET. XV. Plu- sieurs volumes de Lettres, re- cueillies par KORTHOLT: Voyez cet article. XVI. Des Poésies latines et françaises. On trouve une de ses Épitres dans le Recueil intitulé: Poetarum ex Academi Gallica, qui latinè est greccè scrip- serunt, carmina. Ce fut moins le génie poétique, que l'ambition d'être un homme universel, qui l'engagea à joindre à ses autres titres de gloire celui de poète. Il fit un poème sur la conquête de la Terre-Sainte, qui ne ser- vit qu'à prouver la difficulté d'al- lier une grande étude de la géo- métrie avec les richesses de l'i- magination. — l'abbé CONTI, célèbre mathématicien, rapporte diverses particularités sur notre philosophe. Comme elles sont cufieuses, nous les transcrirons: mais nous les garantirons d'au- tant moins, qu'elles viennent d'un zélé disciple de Newton. « Leibnitz mourut pour avoir voulu se délivrer trop promp- tement d'un accès de goutte: il prit un remède qu'un jésuite lui avoit donné à Vienne; la goutte remonta du pied dans l'es- tomac, et le malade fut tout-à- coup suffoqué. Il étoit alors assis sur son lit, ayant à côté de lui son écritoire et l'Argenis de Bar- clay. On prétend qu'il lisoit con- tinuellement ce livre; le style lui en plaisoit beaucoup, et c'est ainsi qu'il vouloit écrire son His- toire. Il lisoit, sans exception, tous les livres; plus les titres en étoient bizarres, plus il en recherchoit la lecture. Il trouva chez M. Eccard un roman écrit en langue allemande; ce roman contenoit l'histoire d'un père, qui, ayant consulté un astrologue sur ce qui devoit arriver à son fils, apprit que, pour le pré- server de la mort, il n'y avoit d'autre moyen que de faire croire que son fils étoit fils du bourreau: Leibnitz trouva ce roman admi- rable, et le lut d'un bout à l'autre tout d'une haleine. La pre- mière fois qu'il vint à Hanovre, il ne sortoit point de son ca- binet. Il ne parloit des Livres saints qu'avec respect. Ils sont remplis, disoit-il, d'une morale nécessaire aux hommes. Il ne vouloit point qu'on disputât sur les matières de religion; mais quand on l'attaquoit sur la sienne, il se défendoit avec la plus grande chaleur. Il aimoit les mœurs orientales; il faisoit grand cas des langues chinoise et arabe, et, sans sa grande vieillesse, il auroit fait un voyage à la Chine. Il ne communiquoit ses manus- crits à personne, et ne vouloit être contredit sur rien; mais, comme l'a observé milord Stan- hope, il n'entroit véritablement en colère que lorsqu'il s'agissoit de politique: matière sur laquelle Il avoit des opinions aussi bizarres que sur tout le reste. Il voulut surpasser les mathématiciens les plus célèbres. Il n'est presque point d'objets dans la vie civile, pour lesquels il n'eût inventé quelque machine ; mais aucune ne réussit... » Nous finirons par quelques mots sur la figure de *Leibnitz*. Il étoit d'une taille médiocre, plutôt maigre que gras. Il avoit l'air appliqué, la physionomie douce, la vue très-courte, mais infatigable, et elle se soutint jusqu'à la fin de sa vie. — M. *Dutens* a publié le recueil des *Œuvres Mathématiques de Leibnitz*, en 6 vol. in-4°, 1767 et 1768 ; et peu de temps après, on a imprimé son *ESPRIT*, à Lyon, en 2 vol. in-12. Ces deux recueils sont intéressans. *Feller* a donné *Miscellanea Leibnitziana*, Leipzig, 1718, in-8° — LEICESTER, (Simon de MONTFORT, comte de) fils cadet du fameux *Simon de Montfort*, le héros de la croisade des Albigeois, s'établit de bonne heure en Angleterre, où sa famille possédoit de grands biens. *Henri III*, dont il sut gagner les bonnes graces, lui donna sa sœur en mariage et le nomma son lieutenant dans les provinces qu'il avoit en France. Il gouverna pendant quelque temps ces provinces avec une sévérité qui irrita les grands; et ayant déplu à *Blanche*, veuve de *Louis VIII*, et régente de France, il retourna en Angleterre. Sa faveur ne s'y soutint point : l'inconstance de *Henri*, et le caractère hautain de *Leicester*, ne pouvoient manquer de produire entreux des brouilleries. Un jour le comte donna un démenti au roi qui l'avoit appelé *traltre*, et ajouta que s'il n'étoit pas son *Souverain*, il se repentit de cette insulte. Son adresse, ses intrigues, ses déclamations contre le gouvernement et même contre les étrangers, quoiqu'il en fût du nombre, son extérieur dévot, son zèle apparent pour les libertés nationales, lui concilièrent l'amitié du peuple et la confiance de la noblesse. Se voyant en état de tout entreprendre, il fit entrer les barons dans le projet de réformer le gouvernement, ou plutôt de s'emparer de l'autorité. Dans une assemblée parlementaire où ces seigneurs parurent en armes, le roi ayant demandé des subsides, on ne les lui promit, qu'à condition qu'il remédierait aux désordres en confiant le pouvoir à des hommes capables de les corriger. *Henri* se soumit à tout ; il convoqua un parlement à Oxford, où furent arrêtés les plans de réforme. Mais il sentit bientôt le joug auquel il s'étoit assujetti. Non-seulement les subsides qu'il espéroit, n'arrivèrent point : mais ses quatre frères utérins, enfans du comte de la *Marche* et de la reine *Isabelle*, furent bannis du royaume, comme auteurs des maux de la nation. *Henri* voulut reprendre son pouvoir : ce fut alors que *Leicester* se mit à la tête des mécontents et combattit son souverain. Nous avons raconté, dans l'article de *HENRI III*, les suites de cette entreprise. *Leicester* ayant été tué dans une bataille donnée en 1264, son corps fut haché en mille morceaux : Un ecclésiastique les rassembla, pour les exposer à la vénération du peuple, qui les révéla comme celles d'un martyr mort pour le maintien de la liberté. Il laissa cinq fils. Le plus célèbre est *Gui* ou *Guldon*, qui n'ayant pu obtenir de *St. Louis* des secours contre le roi d'Angleterre, suivit *Charles d'Anjou* en Sicile. On croit qu'il mourut dans cette isle. On dit que, pour venger la mort de son père, il assassina dans une église de Viterbe. *Henri* fils d'un des meurtriers de *Leicester*, pendant qu'il entendait la messe, et qu'en sortant de l'église il s'écria : *J'ai assouvi ma vengeance !* Un de ses gentilshommes lui ayant dit que le cadavre de son père avoit été traîné ignominieusement, il rentre aussitôt dans l'église, suivit le corps de *Henri* par les cheveux et le traîne dehors jusqu'au milieu de la rue, sans que *Charles* pensât à empêcher ou à venger ce crime.
LEIGH, (Jean-Henri) professeur d'humanités et d'éloquence à Leipzig, où il étoit né en 1720, travailla au *Journal* et aux *Nouvelles Littéraires* de cette ville, et y mourut en 1750, à 30 ans. Son ouvrage le plus curieux est intitulé : *Le origine et incrementis Typographiae Lipsicus*. Il n'avoit que 20 ans lorsqu'il le composa. Ses autres productions sont : I. Une édition du *Trésor* de *Fabri*. II. *De vita et rebus gestis Constantini Porphyrog*. III. *De Diptycis veterum*, et de *Liptyco emin. Card.* Quirini. IV. *Diatribe in Photii Bibliothecam*, etc.
LEIDRADE, archevêque de Lyon, bibliothécaire de Charlemagne, mort en 816, dans le monastère de Saint-Médard de Soissons, après s'être démis de son archevêché, eut une grande réputation de savoir et de piété. Il étoit originaire du Norique. Avant son épiscopat, il avoit été nommé commissaire avec *Théo-* *dulphe* d'Orléans, pour informer de la part du roi, des abus qui se commettoient dans la Provence et dans la Gaule Narbonnoise touchant les abus de la justice. Il fut élu archevêque de Lyon en 797; et il montra un grand zèle pour le rétablissement de la discipline dans le clergé séculier et régulier. Il nous reste de lui, un *Traité sur le Baptême*, quelques *Lettres* qu'on trouve dans la Bibliothèque des Pères, et divers *Opuscules* dans les *Analectes* de D. *Mabillon*. *Eulaze* a donné une édition de ses *Œuvres* avec celles d'*Agobard*. I. LEIGH, (Edouard) chevalier Anglois, né dans le comté de Leicester, s'est fait un nom par plusieurs ouvrages, dans lesquels règne un profond savoir, la connoissance des langues et une critique sage. Les principaux sont : I. Des *Réflexions*, en Anglois, sur les cinq livres poétiques de l'ancien Testament, *Job*, les *Pseames*, les *Proverbes*, l'*Ecclésiaste* et le *Cantique des Cantiques*; à Londres, 1650, in-fol. II. Un *Commentaire* sur le nouveau Testament, in-folio, 1657. III. Un *Dictionnaire Hebreu*, et un *Dictionnaire Grec*, qui se joignent ensemble sous le titre de *Critica sacra*, in-fol. à Amsterdam, 1696. Le 1er a paru en françois en 1703, par les soins de *Wolzogne*, sous ce titre : *Dictionnaire de la Langue Sainte*, contenant ses origines, avec des observations. IV. Un *Traité de la liaison qu'il y a entre la Religion et la Littérature*. Ce savant mourut en 1671.
II. LEIGH, (Charles) né à Grange dans le duché de Lancastre, pratiqua, avec beaucoup de succès, la médecine en Au- gleterre, et particulièrement à Londres, où il fut fait membre de la Société royale. Il parcourut presque toute l'Angleterre en habile naturaliste, étendit ses observations jusqu'en Amérique, et mourut au commencement du 18e siècle. Le fruit de ses recherches sont : I. Histoire naturelle des Provinces de Lancastre, de Chester et de Derby, avec le détail des antiquités qu'on trouve dans ces Provinces, Oxford, 1630, in-fol. Londres, 1700, avec figures, en anglois. II. Histoire de la Virginie, Londres, 1705, in-12. Ouvrage superficiel. III. Exercitationes de aquis mineralibus, Londres, 1697, in-8.
LEIRUELS, Voy. LAIRUELS.
LEISKE, minéralogiste Allemand, a professé long-temps l'histoire naturelle à Leipzig. Retiré à Magdebourg, il y fit une châte dont il mourut en 1787. Il est principalement connu par un Voyage en Saxe.
LELAND, (Jean) né à Londres, obtint du roi Henri VIII le titre d'antiquaire et une forte pension. Il parcourut toute l'Angleterre, et y fit une ample moisson; mais il ne put pas profiter des matériaux qu'il avoit amassés. Sa pension ne lui étant point payée, le chagrin lui fit perdre l'esprit; il mourut fou à Londres, le 18 Avril 1552. On conserve ses Manuscrits dans la bibliothèque Bodléienne. Le plus estimé de ses ouvrages imprimés, est un savant Traité des Ecrivains de la Grande-Bretagne, en latin, Oxford, 1709, 2 vol. in-8. Il passe pour exact. On accuse Cambden d'en avoir fort profité, sans en rien dire. Jean Balée y a aussi beaucoup puisé. On a encore de lui : I. L'Itinéraire d'Angleterre, en anglois, Oxford, 1710, in-8°, 9 tomes. II. De rebus Britannicis collectanea, Oxonii, 1615, six vol. in-8.
LELIO, Voy. CAPILUPI et RICCOBONI.
LELIUS, Voy. LÉLIUS.
LELLIS, (St. Camille de) né à Pucchianico dans l'Abruzze en 1550, entra, après une vie fort déréglée et très-vagabonde, dans l'hopital de Saint-Jacques des Incurables à Rome. Devenu économe de cette maison, il se proposa de prendre des moyens plus efficaces pour soulager les malades, que ceux qu'on avoit employés jusqu'alors. Son état de laïque lui faisant craindre de grands obstacles pour son projet, il se mit au Ludiment à 32 ans, et parvint dans peu de temps au sacerdoce. C'est alors qu'il jeta les fondemens d'une Congrégation de CLERKS réguliers, ministres des Infirmes. Les papes Sixte V, Grégoire XIV et Clement VIII, approuvèrent ce nouvel ordre, digne en effet de tous les suffrages et de tous les encouragements qu'on a vu prodigués à des associations moins utiles. Le cardinal de Mondavi lui laissa tous ses biens à sa mort, arrivée en 1592, après l'avoir protégé pendant sa vie. Lellis, voyant son ouvrage affermi et sa congrégation répandue dans plusieurs villes, se démit de la supériorité en 1607, et mourut saintement le 14 Juillet 1614, à 64 ans.
LÉLY, (Pierre) peintre, né en 1613 à Soest en Westphalie, mourut à Londres en 1680, à 67 ans. Il s'appliqua d'abord au paysage; mais le talent de faire des portraits le fixa. Lely passa en Angleterre, à la suite de *Guillaume II* de Nassau, prince d'Orange, et peignit toute la famille royale. L'audience des personnes qui vouloient exercer son pinceau étoit si grande, qu'un de ses domestiques étoit chargé d'inscrire les seigneurs et les dames qui avoient pris jour pour être représentés par *Lely*. Si quelqu'un manquoit au temps fixé, il étoit remis au bas de la liste; enfin, sans aucun égard ni à la condition, ni au sexe, on étoit peint suivant son rang. Ce peintre faisoit une grande dépense. Il avoit un domestique nombreux, tenoit table ouverte, et ses repas étoient ordinairement accompagnés d'une symphonie choisie.
LEMERY, *Voyez* EMERY. I. LEMERY, (*Nicolas*) né à Rouen le 17 Novembre 1645, d'un procureur au parlement, aima mieux se consacrer à l'étude de la nature, qu'à celle des chicanes interminables des hommes. Il cultiva de bonne heure la chimie, et parcourut toute la France pour s'y perfectionner. Cette science étoit alors une espèce de chaos, où le faux étoit entièrement mêlé avec le vrai. *Lemery* les sépara; il réduisit la chimie à des idées plus nettes et plus simples, abolit la barbarie inutile de son langage, semblable à la langue sacrée de l'ancienne théologie d'Égypte, et aussi vide de sens; il ouvrit des cours publics de cette science, d'où sortirent presque tous les chimistes François qui y excellèrent. Obligé de passer en Angleterre à cause de son attachement au Calvinisme, et ne pouvant oublier la France et sa famille, il y retourna, et se fit Catholique. L'académie des Sciences se l'associa en 1699, et lui donna ensuite une place de pensionnaire. Elle le perdit le 13 Juin 1715, à 6 ans. C'étoit un homme infatigable, bon ami, d'une exacte probité, et d'une simplicité de mœurs assez rare. Il ne connoissoit que la chambre de ses malades, son cabinet, son laboratoire, et l'académie. Il fut une preuve, que qui ne perd point de temps, en a beaucoup. Quoiqu'il dût être naturellement prévenu en faveur des remèdes chimiques, il ne les employoit qu'avec beaucoup de circonspection. Il croyoit que, par rapport à la médecine, la chimie, à force de réduire les mixtes à leurs principes, les réduisoit souvent à rien. On a de lui: I. Un *Cours de Chimie*, dont la meilleure édition est celle de *Baron*, en 1756, in-4°, avec de savantes notes. La 1re édition de ce livre, traduit dans toutes les langues de l'Europe, eut le débit le plus rapide. Il se vendit comme un ouvrage de galanterie ou de satire. II. Une *Pharmacopée universelle*, 1764, in-4°. C'est un recueil exact de toutes les compositions des remèdes décrits dans les meilleurs livres de pharmacie. Il en a retranché un grand nombre qui lui paroissoient moins bons; mais il en a encore trop conservé. M. *Baumé* s'est renfermé, avec raison, dans les préparations essentielles. Quoi qu'il en soit, le livre de *Lemery* a été pendant longtemps le meilleur recueil de remèdes. L'auteur fait des remarques qui en apprennent les vertus, qui rendent raison de la préparation, et qui le plus souvent la facilitent, en retranchant les ingrédients inutiles. III. Un *Traité universel des Drogues simples*, 1759, in-4°: ouvrage qui est la base du précédent, et qui est aussi estimé. Ce recueil, dit Fontenelle, est une bonne partie de l'Histoire naturelle. Un des mérites de l'auteur, c'est qu'il écrit avec clarté et avec méthode. IV. Un Traité de l'Antimoine, in-8.º Lemery s'étoit beaucoup enrichi par le débit du blanc d'Espagne, que long-temps il posséda seul.
II. LEMERY, (Louis) fils du précédent, et digne de lui par ses connoissances en chimie et en médecine, naquit à Paris le 25 Janvier 1677, fut pendant trente-trois ans médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris, acheta une charge de médecin du roi, et obtint une place à l'académie des Sciences. Il mourut le 9 Juin 1743, à 66 ans, aimé et estimé. On a de lui: I. Un Traité des Alimens, 1702, in-12: ouvrage clair et méthodique, réimprimé en deux volumes. L'auteur explique le choix qu'on doit faire de chaque aliment; les bons et les mauvais effets qu'ils peuvent produire; le temps, l'âge et les tempéramens auxquels ils conviennent. Ce livre est très-utile à ceux qui sont attentifs à leur santé. Ses observations sur les usages des alimens sont justes, parce qu'elles sont fondées sur l'expérience; mais les raisonnemens qu'il fait sur leurs principes et sur la manière dont ils opèrent, ne sont pas toujours appuyés sur une bonne théorie. II. Un grand nombre d'excellens Mémoires sur la chimie, insérés dans ceux de l'académie des Sciences. III. Trois Lettres contre le Traité de la génération des Vers dans le corps de l'Homme, par Audry, 1704, in-12.
LEMIERRE, (Antoine-Marie) de l'académie Françoise, mort à Paris, sa patrie, en juillet 1793, à 72 ans, étoit doux en société, quoiqu'il fût dur en poésie. Après avoir remporté des prix dans les académies de province et à l'académie Françoise, par des poèmes sur la Sincérité, l'Empire de la Mode, la Commerce, l'utilité des découvertes faites sous le règne de Louis XV, il chaussa le cotharne, et obtint des succès. On a de lui, les tragédies suivantes: Hypermnestre jouée en 1758, Térée en 1761, Idoménée en 1764, Artaxerce en 1766, Guillaume Tell en 1769, et remis au théâtre en 1790; la Veuve du Malabar en 1770, Barneveldt en 1788. L'auteur dégoûté des obstacles apportés à la représentation de cette dernière pièce, dont le sujet avoit paru trop moderne, le reproduisit dans Céramis, dont le lieu de l'action fut placé à Memphis dans l'antique Egypte. Le troisième acte offre une scène du plus grand effet. En général, ces tragédies réussirent peu; mais Hypermnestre et la Veuve du Malabar eurent un grand nombre de représentations; quoique la dernière soit fort au-dessous de Guillaume Tell, le public applaudit à quelques vers heureux, à de beaux détails, à des scènes qui donnoient lieu à un spectable imposant; et n'examina pas s'il y avoit de l'ensemble dans le plan, si les personnages étoient tous intéressans, si les sujets étoient d'un bon choix, et traités avec art; s'il n'y avoit pas trop peu d'action et trop de discours, trop peu de sentiment, et trop de vers sentencieux. Le style parut en général dur et roide, et plus digne de Chapelain que de Racine. Le même défaut domine dans son poème de la Peinture, 1769, in-8°; Ce poème, qui n'apprend pas grand'chose aux jeunes peintres, et qui n'est qu'une déclamation en vers, manque souvent de variété, d'é- légance et d'harmonie. Plusieurs beaux morceaux animés de l'esprit, poétique, tels que l'invocation au soleil, le morceau sur la chimie, font désirer qu'il en eût fini un plus grand nombre d'au- tres qu'il n'a fait qu'ébaucher. • Lemierre, dit M. de la Harpe, trouve le moyen, en s'appuyant fort adroitement sur un poète latin moderne, qui lui fournis- soit les idées et les images, de faire un poème sur la peinture, dont la versification est généra- lement beaucoup plus passable que celle de ses tragédies, et de temps en temps beaucoup meil- leure qu'à lui n'appartient. Il étoit difficile de profiter davan- tage de son modèle: sa marche est exactement la même que celle de l'abbé de Marsy; il traite comme lui, du dessin, ensuite des couleurs, puis de l'invention, et de ce qu'on appelle la poésie d'un tableau; il donne les mêmes préceptes et cite les mêmes exemples: les pensées, les tran- sitions, les images sont presque par-tout celles du poète latin; enfin la version est souvent lit- térale dans des morceaux de 40 à 50 vers. » Ce qu'on vient de dire du poème de la Peinture, peut s'appliquer avec plus de raison des l'astes et des usages de l'année, en seize chants 1797, in-8°. Quelques beautés de dé- tail, semées çà et là, entr'autres la description du Clair de lune, n'empêchent pas que l'oreille ne soit cruellement blessée par le ton général de la versification de l'auteur. Personne, ce semble, ne devoit avoir moins le style des pièces fugitives que Lemierre il en a donné cependant un re- cueil en 1782. Si l'on n'y remar- que pas la facilité et les graces du genre, on y trouve de la va- riété, des images, des pensées et quelquefois un ton original, et un emploi heureux de la fable. Cet auteur étoit marié, et il se fit chérir d'une épouse aimable. Il avoit, dans sa jeunesse, donné l'exemple de la piété filiale, en se bornant au plus étroit nécessaire, pour porter chaque mois, à pied, à sa mère demeurant à Villiers- le-Bel, la modique rétribution qu'il obtenoit de ses pièces de théâtre. Ses mœurs douces et simples, l'éloignèrent toujours des intrigues et des cabales. Ex- clusivement occupé de ses vers en bon et franc métromane, il fut étranger à tout le reste. Cet homme de beaucoup d'esprit étoit presque tombé dans l'enfance quelques mois avant sa mort.
LEMNE, (Lavinius LEMNIUS) né à Ziriczée en Zélande l'an 1505, exerça la médecine avec réputation. Après la mort de sa femme, il fut élevé au sacerdoce, et devint chanoine de Ziriczée, où il mourut en 1568, à 63 ans. On a de lui: I. De occultis Natura vuiraculis, in-8.° II. De Astro- logia, in-8.° III. De Plantis bi- blicis, Francofurti, 1591, in-12. Lemnius est le premier qui ait traité des plantes dont il est fait mention dans l'Écriture, mais il en parle d'un manière assez superficielle et inexacte; Scheu- chzer a mieux fait dans sa Physica sacra. On a donné un Recueil des ouvrages de Lemnius, Francfort, 1628, auquel on a ajouté le traité De Gemmis de Rucus. —Guillaume LEMNE, son fils, fut premier médecin d'Éric, roi de Suède. On le fit mourir lorsque ce prince fut détrôné.—Il y a eu un poète de ce nom, Simon LEMNIUS, qui vivait en 1550, et dont on a de mauvaises Epigrammes, in-8.
LEMOS, (Thomas) Dominicain, né à Rivadavia en Galice, vers l'an 1550, de parens nobles, est célèbre par le zèle avec lequel il combattit pour St. Thomas contre Molina. Le chapitre général de son ordre, convoqué à Naples en 1600, le chargea d'aller à Rome pour défendre la doctrine des écoles Dominicaines. On étoit à examiner le livre de Molina, De la Concorde du Libre-Arbitre et de la Grace; le P. Lemos excita les juges de cet ouvrage, d'envie voix et par écrit. Il parut avec éclat dans les congrégations de Auxiliis; les papes Clément VIII et Paul V, qui les avoient convoquées, applaudirent plusieurs fois à son eloquence et à son savoir. Le Jésuite Valentia, terrassé par cet habile homme, si l'on en croit les Dominicains, cita dans une séance un passage de St. Augustin, qui n'étoit pas de ce Père. Lemos le lui ayant reproché, le Jésuite fut si sévèrement réprimandé par le pape, qu'il en mourut, dit-on, peu de temps après, consumé par le chagrin. Pierre Arrubal, son confrère, le remplaça; mais il ne put tenir contre le Dominicain. Outre que la nature l'avait fait naître avec une poitrine de fer, il étoit environné d'une gloire en manière de couronne, qui éblouissoit ses adversaires, les Cardinaux même. C'est le R. P. Choquet, Dominicain, qui nous atteste ce prodige, dans son curieux livre des Entrailles maternelles de la Ste. Vierge pour l'Ordre des Frères Précheurs. Ces disputes, dans lesquelles les Jésuites ne manquèrent pas aussi de se donner l'avantage, furent terminées par une permission donnée aux deux partis de défendre leurs sentimens. Lemos combattit très-bien le Molinisme; mais son succès fut moins grand, lorsqu'on attaqua le Thomisme et la promotion physique. Il se jeta dans la distinction du Sens composé et du Sens divisé. Il convint que Calvin avoit soutenu, comme lui, une grace efficace par elle-même; mais il nia que ce sectaire fût hérétique en cela, il prétendit qu'il ne l'avoit été que dans cette conséquence, faussement tirée d'un principe très-vrai, que le consentement de la volonté s'ensuivoit nécessairement, par une nécessité de conséquence: au lieu que les Dominicains sontenoient que le consentement de la volonté n'étoit nécessaire que d'une nécessité de conséquence. LEMOS s'immortalisa dans son ordre, et se fit un nom dans l'Europe. Le roi d'Espagne lui offrit un évêché, qu'il refusa. Il se contenta d'une pension, dont il jouit jusqu'à sa mort, arrivée le 23 Août 1629, à 84 ans. Il étoit depuis long-temps consulteur général. On a de lui: I. Panoplia gratiæ, 2 vol. in-folio, 1676, à Beziers, sous le nom de Liège. Il y traite à fond des matières de la grace et de la prédestination; mais, après avoir lu tout ce qu'il en dit, on finit par où les théologiens devroient commencer, par cette exclamation si sage de l'Apôtre des Gentils: O altitudo divitiarum! etc. II. Un Journal de la congrégation de Auxiliis, Rheims, 1702, in-fol., sous le nom de Louvain. III. Un grand nombre d'autres Ecrits sur les questions de la Grace, qu'on ne demande pas assez, et sur laquelle on dispute trop.
LEMPEREUR, Voyez EMPEREUR. ✠ LENCLOS, (Anne, dite NINON DE) naquit à Paris en 1615, de parens nobles. Sa mère vouloit en faire une dévote: son père (*), homme d'esprit et de plaisir, réussit beaucoup mieux à en faire une Epicurienne. Ninon perdit l'un et l'autre à l'âge de 15 ans. Maîtresse de sa destinée dans une grande jeunesse, elle se forma toute seule. Son esprit s'étoit développé par la lecture des ouvrages de Montaigne et de Charron, qu'elle avoit médités dès l'âge de dix ans. Elle étoit déjà connue dans Paris par son esprit, ses bons mots et sa philosophie. Etant malade, et voyant beaucoup de gens autour de son lit, qui la plaignoient de mourir si jeune; Hélas, dit-elle, je ne laisse que des mourans! Revenue de cette maladie, elle s'appliqua de plus en plus à perfectionner ses talens et à embellir son esprit. Elle savoit parfaitement la musique, jouoit très-bien du clavecin et de plusieurs autres instrumens, chantoit avec tout le goût possible, et dansoit avec beaucoup de grace. La beauté sans les graces étoit, selon elle, un hameçon sans appât. Avec de tels agrémens, elle dut ne manquer ni d'amans ni d'époux. Un goût décidé pour la liberté, l'em- pécha de se prêter à aucun engagement solide. Une femme sensée, disoit-elle, ne doit jamais prendre de mari sans le consentement de sa raison, et d'amans sans l'aveu de son cœur. Mais préférant la licence de l'amour à la gêne de l'hymen, elle mit son bien à fonds perdu, tint elle-même son ménage, et vécut à la fois avec économie et avec noblesse. Elle jouissoit de huit à dix mille livres de rente viagère, et avoit toujours une année de revenu devant elle, pour secourir ses amis dans le besoin. Le plan de vie qu'elle se traça, n'avoit point eu d'exemple. Elle ne voulut pas faire un trafic bonteux de ses charmes; mais elle résolut de se livrer à tous ceux qui lui plairoient, et d'être eux tant que le prestige dureroit. Volage dans ses amours, constante en amitié, scrupuleuse en matière de probité, d'une humeur égale, d'un commerce charmant, d'un caractère vrai, propre à former les jeunes gens et à les séduire, spirituelle sans être précieuse, belle jusqu'à la caducité de l'âge, il ne lui manqua que ce qu'on appelle la vertu dans les femmes, et ce qui en mérite si bien le nom; mais elle agit avec autant de dignité que si elle l'avoit eue. Jamais elle n'accepta de présens de l'amour. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que cette passion, qu'elle préféroit à tout, lui paroissoit une sensation plutôt qu'un sen- (*) - Ménage rapporte dans ses Observations sur Malherbe, que M. Ninon rue en duel, près les Minimes de la Place-royale, en 1610, le baron de Chabans, auquel Malherbe avoit adressé plusieurs de ses poésies sous le nom de M. du Maine: c'étoit un soldat de fortune, d'abord ingénieur, aide-de-camp au service de France, qui étoit passé à celui de Venise en qualité de lieutenant d'artillerie. - Nous doutons que ce Ninon fût le père de Mlle. de Lenclos, dont le nom de Ninon étoit tiré vraisemblablement de celui d'Anne qu'elle avoit reçu au baptême. timent; un goût aveugle, purement sensuel; une illusion passagère, qui ne suppose aucun mérite dans celui qui le prend, ni dans celui qui le donne. Elle pensoit comme Epicure, et agissoit comme Laïs. Les Coligni, les Villarceaux, les Sévigné, le grand Condé, le duc de la Rochefoucault, le maréchal d'Albret, le maréchal d'Estrée, Miossen, Palluan, d'Effiat, Gourville, Jean Bannier, la Châtre, furent successivement ses amans, et ses amans heureux; mais tous reconnurent que Ninon cherchoit moins à satisfaire sa vanité que son goût. Le dernier l'éprouva sur-tout d'une façon singulière. Obligé de rejoindre l'armée, incrédule aux sermens les plus tendres, Ninon le rassura par un billet signé de sa main, dans lequel elle lui donnoit sa parole d'honneur, que malgré son absence, elle n'aimeroit que lui. A peine eut-il disparu, qu'elle se trouva dans les bras d'un nouvel amant, et s'écria: Eh! le bon billet qu'a la Châtre! Le grand prieur de Vendôme, indigné de ses refus, mit sur sa toilette ce quatrain: Indigne de mes feux, indigne de mes larmes, Je renonce sans peine à tes foibles appas: Mon amour te prévoit des charmes, Ingrate, que tu n'avois pas. Ninon y répondit par celui-ci: Insensible à tes feux, insensible à tes larmes, Je te vois renoncer à mes foibles appas; Mais si l'amour prête des charmes, Pourquoi n'en empruntois-tu pas? Cette réputation d'inconstance et de galanterie ne l'empêcha point d'avoir d'illustres amis. Les femmes les plus aimables et les plus respectables de son temps, la recherchèrent. On citera mes-dames de la Fayette, de la Sablière et de Maintenon. Elle comparoit la première à une riche campagne fertile en fruits; la seconde, à un joli parterre émaillé de fleurs. La troisième voulut, dit-on, l'engager à se faire dévote, et à venir la consoler à Versailles de l'ennui de la grandeur et de la vieillesse. Ninon préféra son obscurité voluptueuse à l'esclavage brillant de la cour. En vain des directeurs sages voulurent la ramener à la religion: elle n'en fit que plaisanter. Vous savez, dit-elle à Fontenelle, le parti que j'aurois pu tirer de mon corps; je pourrois encore mieux vendre mon ame: les Jansénistes et les Molinistes se la disputent. Ninon n'aimoit pourtant point que l'on fit parade d'irréligion. Un de ses amis refusant de voir son curé, dans une maladie, elle lui mena ce prêtre, en lui disant: Monsieur, faites votre devoir; je vous assure que, quoiqu'il raisonne, il n'en sait pas plus que vous et moi. Personne ne possédoit mieux qu'elle la théorie de cette décence, si nécessaire dans le monde. Sa maison fut le rendez-vous de ce que la cour et la ville avoient de plus poli, et de ce que la république des lettres avoit de plus illustre. Scarron la consultoit sur ses romans, St. Evremont sur ses vers, Molière sur ses comédies, Fontenelle sur ses dialogues, la Rochefoucault sur ses maximes. La reine Christine, venue à Paris, alla visiter Ninon, et se rappella toujours sa définition des prudes, qu'elle appeloit les Jansénistes de l'Amour. On a ridiculement prétendu que le dernier amant de Mlle de Lenclos fut un homme de lettres ; (Voy. GEDOYN.) *Ninon* avoit alors 80 ans accomplis, et à cet âge elle n'étoit guères propre à inspirer des passions. *Voltaire*, qui la vit dans sa vieillesse, dit qu'elle étoit sèche comme une momie. Elle se plaignoit elle-même des changemens que produit la décrépitude. Elle disoit que si elle avoit assisté au conseil des Dieux au moment de la création, elle auroit opiné pour qu'ils plaçassent les rides des femmes où ils avoient mis le foible d'Achille. Elle mourut le 17 octobre 1706, suivant les uns, comme elle avoit vécu ; suivant d'autres, dans des sentimens plus chrétiens. Elle avoit alors 90 ans. « Quoique parvenue, dit St. Evremont, à l'âge de la décrépitude, elle n'en eut jamais le dégoût, ni la laideur ; elle conserva même toutes ses dents et presque tout le feu de ses yeux, au point qu'on disoit d'elle, dans les dernières années de sa vie, qu'on pouvoit encore y lire toute son histoire. » Les approches de la mort n'altérèrent pas, dit-on, la sérénité de son ame. Elle conserva jusqu'au dernier moment les agrémens et la liberté de son esprit. Si l'on pouvoit croire, disoit-elle quelquefois, comme *Mad.* de Chevreuse, qu'en mourant on va causer avec tous ses amis dans l'autre monde, il seroit doux de penser à la mort. La dernière nuit de sa vie, elle fit ces quatre vers : Qu'on vain espoir ne vienne point s'offrir, Qui puisse ébranler mon courage : Je suis en âge de mourir, Que ferois-je ici davantage ? Elle légua au jeune *Voltaire*, dont elle présagea la célébrité, une somme pour acheter des lèvres. Le portrait que nous venons de tracer de cette Epicurienne, est d'après tous les mémoires qui ont paru sur elle. Quelques moralistes dontent pourtant, avec raison, que ce portrait soit ressemblant dans tous les points. Écoutons là-dessus *J. J. Rousseau*. « Dans le mépris des vertus de son sexe, *Ninon de Lenclos* avoit, dit-on, conservé celles du nôtre. On vante sa franchise, sa droiture, la sureté de son commerce, sa fidélité dans l'amitié. Enfin, pour achever le tableau de sa gloire, on dit qu'elle s'étoit faite homme. A la bonne heure. Mais, avec toute sa haute réputation, je n'aurons pas plus voulu de cet homme là pour mon ami, que pour ma maîtresse... Les femmes qui perdent toute pudeur, sont plus fausses mille fois que les autres. On n'arrive à ce point de dépravation qu'à force de vices, qu'on garde tous, et qui ne règnent qu'à la faveur de l'intrigue et du mensonge. Au contraire ; celles qui ont encore de la honte, qui ne s'enorgueillissent point de leurs fautes, qui savent cacher leurs désirs à ceux même qui les inspirent ; celles dont ils arrachent les aveux avec le plus de peine, sont d'ailleurs les plus vraies, les plus sincères, les plus constantes dans tous leurs engagemens, et celles sur la foi desquelles on peut généralement le plus compter... Le plus grand frein de leur sexe ôté, que reste-t-il aux femmes qui les retienne ? et de quel honneur feront-elles cas, après avoir renoncé à celui qui leur est propre ? Ayant mis une fois leurs passions à l'aise, elles n'ont plus aucun intérêt d'y résister. » Ces réflexions d'un auteur auteur qui, au milieu de beaucoup d'erreurs, a développé les plus grandes vérités, peuvent servir à contre-balancer les éloges qu'on a donnés à Ninon, et diriger le lecteur dans le jugement qu'il doit en porter. Cette célèbre courtisane, — Foible et friponne tour-à-tour, — Eur trop d'amans pour connoître l'amour. Elle laissa quelques fruits de son libertinage; l'un de ses fils, nommé la Boissière, mourut en 1732, à 75 ans, à Toulon, où il étoit officier de marine: c'étoit un homme singulier et très-passionné pour la musique, quoiqu'il ne connût pas une note. Avant qu'il vint au monde, un militaire et un ecclésiastique se disputèrent le criminel honneur de la paternité. La chose étoit douteuse; le sort en décida: on prit des dés, et l'abbé perdit cette funeste gloire. L'autre fils de Ninon finit ses jours d'une manière bien tragique. Il devint amoureux de sa mère, à qui il ne croyoit pas appartenir de si près; mais, dès qu'il eut découvert le secret de sa naissance, il se poignarda de désespoir. Le Sage a employé cette cruelle avanture dans son roman de Gil-Blas, en y mêlant quelques traits comiques. Un événement si tragique n'ayant pas fait changer Ninon de façon de vivre, ne peut que laisser de son cœur des impressions défavorables. On prétend cependant qu'elle ne fut pas sans regret sur les erreurs de sa jeunesse. Dans une lettre à Saint-Evremont, elle lui parle ainsi: « Tout le monde me dit que j'ai moins à me plaindre du temps qu'une autre. De quelque façon que cela soit, si l'on m'avoit proposé une telle vie, je me serois pendue. » Elle rendoit graces à Dieu, tous les soirs, de son esprit, et le prioit, tous les matins, de la préserver des sottises de son cœur. Deux auteurs nous ont donné la Vie de cette héroïne en galanterie: M. Bret, en 1751, in-12: et M. Damours; à la tête des Lettres qu'il a supposé écrites par Ninon au marquis de Sévigné, 1764, 2 vols. in-12, dans lesquelles il y a beaucoup d'esprit et de métaphysique de sentiment. Les vraies Lettres de Ninon étoient moins recherchées et plus délicates. On en trouve quelques-unes dans le recueil des Œuvres de St-Evremont, qui en juge ainsi: « Quoique le tour en soit singulier, qu'elles soient remplies de morale et brillantes d'esprit, elles n'ont rien de recherché. Comme la morale y est toujours assassinée par l'enjouement, et que l'esprit ne s'y montre que sous les apparences d'une imagination libre et naturelle, elles ne diffèrent en rien de sa conversation. » Le même auteur plaça ce quatrain au bas du portrait de cette femme célèbre: L'indulgente et sage nature A formé l'ame de Ninon, De la volupté d'Épicure Et de la vertu de Platon. Voyez IV. ORLÉANS.
LENET, (Pierre de) fils et petit-fils de deux présidens du parlement de Dijon, a été lui-même conseiller dans ce corps, ensuite procureur général en 1641, et enfin conseiller d'état. Il fut, pendant le siège de Paris, l'un des intendans de justice, de police et de finances: place que le prince de *Condé* lui avait procurée. Attaché à ce prince, il le suivit à Bordeaux, et ne put empêcher la soumission de cette ville au roi, en 1653. *Condé* le nomma son agent à la conférence des Pyrénées. Quand la paix fut faite, il revint à Paris, et fut envoyé résident en Suisse, où il montra son talent pour les négociations. On a imprimé ses *Mémoires*, *contenant l'Histoire des Guerres civiles des années 1649 et suivantes*, principalement de celles de *Guienne*. Ils ont paru en deux vol. in-12, en 1729, sans nom de ville ni d'imprimeur. Ces Mémoires ne sont pas bien écrits, mais ils contiennent quelques faits intéressants. L'auteur n'y dit presque que ce qu'il a vu, et il a eu part à la plus grande partie des choses qu'il raconte. Il mourut en 1671. I. LENFANT, (David) Dominicain Parisien, mort dans sa patrie le 31 mai 1688, à 85 ans, publia plusieurs compilations : monument de sa patience plutôt que de son génie. Les principales sont : I. *Biblia Bernardiana*; *Biblia Augustiniana*; *Biblia Thomae Aquinatis*, en 3 vol. in-4.⁰ Ces ouvrages renferment tous les passages de l'Écriture, expliqués par ces Pères. Les personnes judiciaires n'approuèrent guère cette méthode. On aurait beaucoup mieux aimé un commentaire, dans lequel on eût trouvé recueilli ce que les différens Pères de l'Église avaient de meilleur sur les Livres saints. II. Un gros recueil des Sentences de *St. Augustin*, sous le titre de *Concordantia Augustiniana*, 2 volum. in-fol. III. Une *Histoire générale*, superficielle et mal écrite, en 6 vol. in-12, 1684. Une singularité de cet ouvrage, c'est que l'auteur observe ce qui s'est passé de particulier dans l'univers, chaque jour de l'année, depuis la naissance de J. C., de façon qu'il aurait pu intituler son livre *Calendrier Historique*.
II. LENFANT, (Jacques) né à Bazoche, en Beauce, l'an 1661, d'un père ministre, se distingua à Saumur et à Genève, où il fit ses études. C'est dans cette dernière ville qu'il traduisit la *Recherche de la vérité* du P. *Malebranche*. Cette version ne fut imprimée qu'en 1691, in-4⁰, sous le titre : *De inquirenda veritate*. Le traducteur avait passé en 1682 à Heidelberg, où il obtint les places de ministre ordinaire de l'église Françoise, et de chapelain de l'électrice douairière Palatine. L'invasion des François dans le Palatinat, en 1688. l'ayant obligé de se retirer à Berlin, il y fut prédicateur de la reine de Prusse, et chapelain du roi son fils, conseiller du consistoire supérieur, membre de l'académie des Sciences de cette ville, et agrégé à la société de la *Propugation de la Foi*, établie en Angleterre. Il mourut d'une paralysie, le 7 août 1728, à 67 ans, sans laisser d'enfants. C'étoit un homme d'une physionomie fine, avec un air simple et un extérieur négligé. Il parloit peu, mais bien, et d'un ton insinuant. Il prêcha avec applaudissement. Ami de la société et du travail, il se partageoit tour-à-tour entre ses amis et son cabinet. Né avec un caractère doux et un esprit modéré, il vivait bien avec tout le monde, même avec ceux dont il avait eu à se plaindre. Ses meilleurs ouvrages L E N. 147 cont : I. Histoire du Concile de Constance, 2 vol. in-4°, 1727; celle du Concile de Pise, 2 vol. in-4°, 1724; celle du Concile de Basle, 1731, même format et même nombre de volumes. Les deux premières de ces Histoires sont bien faites, bien écrites, traitées avec impartialité, et semées de faits curieux et recherchés, à quelques endroits près, où l'esprit de secte le domine. Celle du concile de Basle est au ton du Poggiana, c'est-à-dire, aussi mal digérée, aussi décousue que négligée dans le style. « J'ai su de Berlin, dit M. Grosley, que la manière dont le concile de Basle a été traité par Lenfant, tient au genre de vie auquel il s'étoit abandonné dans ses dernières années. » Ces trois Histoires ont été réunies en 1731, en 6 vol. in-4°. L'édition de 1727, de l'Histoire du concile de Constance, est préférable aux autres. II. Nouveau Testament, traduit en françois sur l'original grec, avec des notes littérales, conjointement avec Beausobre, en 2 vol. in-4°. Les notes éclaircissent le texte, et la version est estimée par les Protestans; quoique Dartis, ministre de Berlin, ait accusé les traducteurs, avec assez peu de fondement, d'avoir affoibli les preuves de la divinité de Jésus-Christ. III. L'Histoire de la Papesse Jeanne, 1694, in-12. Lenfant revint dans la suite de ses préjugés au sujet de cette fable si ridiculement inventée; mais Alphonse Vignoles donna une nouvelle édition de son ouvrage, en 1720, en 2 vol. in-12, avec des augmentations considérables, dans lesquelles il fit de vains efforts pour appuyer ce roman. IV. Poggiana, en 2 vol. in-12 : ouvrage aussi inexact que presque toutes les productions de ce genre. C'est une vie du Pogge, avec un recueil de ses bons mots, et quelques-uns de ses ouvrages. V. Des Sermons, 2 vol. in-12. VI. Des Écrits de Controverse. Le plus connu est intitulé : Préservatif contre la réunion avec le Siège de Rome, 1725, en 5 vol. in-8°. VII. Plusieurs pièces dans la Bibliothèque choisie, et dans la Bibliothèque Germanique, à laquelle il eut beaucoup de part. Lenfant fut un des pasteurs François qui contribuèrent le plus à répandre la netteté et la force de notre langue aux extrémités de l'Allemagne.
III. LENFANT, (A. C. N.) — abbé, d'abord jésuite, devint prédicateur du roi de Pologne, Stanislas, et ensuite de l'empereur Joseph II, qui conserva pour lui la plus grande estime. De retour en France, il y trouva la persécution et la mort. Renfermé en 1792, dans la prison de l'abbaye, il y fut massacré, le 3 septembre, à l'âge de 70 ans. M. de Saint-Méard décrit ainsi cette scène affreuse, dans l'opuscule qu'il a intitulé : Mon Agonie. « Le lundi 3, à 10 heures du matin, l'abbé Lenfant et l'abbé de Rastignac parurent dans la tribune de la chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncèrent que notre dernière heure approchoit, et nous invitèrent à nous recueillir pour recevoir leur bénédiction. Un moment électrique, impossible à définir, nous précipita tous à genoux; et, les mains jointes, nous la reçûmes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que nous ayons éprouvés. A la veille de paroître devant 148 LEN l'Etre suprême, agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un spectacle indéfinissable. L'âge avancé de ces deux vieillards, l'abbé *L'enfant* avoit 70 ans, leur position au-dessus de nous, la mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts; tout répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre; elle nous rapprochoit de la divinité; elle nous rendoit le courage: tout raisonnement étoit suspendu; et le plus froid, le plus incrédule, en reçut autant d'impression, que le plus ardent et le plus sensible. Une demi-heure après, ces deux prêtres furent massacrés, et nous entendîmes leurs cris. » I. LENGLET, (Pierre) na-tif de Beauvais, professeur royal d'éloquence, fut recteur de l'université de Paris en 1660, et mourut le 28 octobre 1707, à 47 ans. On a de lui, an Recueil de poésies héroïques, intitulé: *Petri Lenglet Cormina*, 1692, in-8.º Elles sont écrites avec plus de pureté que d'imagination; et l'auteur ressemble à tant de poètes latins modernes, qui reproduisent trop souvent, dans leurs vers postiches, les images et même les vers qu'ils ont puisés dans les poètes anciens.
II. LENGLET DU FRESNOY, (Nicolas) naquit à Beauvais, le 5 octobre 1674. Après le cours de ses premières études, qu'il fit à Paris, la théologie fut le principal objet de ses travaux; il la quitta ensuite pour la politique. En 1705, le marquis de *Torcy*, ministre des affaires étrangères, l'envoya à Lille, où étoit la cour de l'électeur de Cologne, *Joseph-Clément de Basière*. Il y fut admis en qualité de premier secrétaire pour les langues latine et françoise. Il fut chargé en même temps de la correspondance étrangère de Bruxelles et de Hollande. Cette correspondance le mit à portée d'être informé des trames secrètes de plusieurs traîtres que les ennemis avoient su gagner en France. La découverte la plus importante qu'il fit dans ce genre, fut celle d'un capitaine des portes de Mons, qui devoit livrer aux ennemis, moyennant cent mille piastres, non-seulement la ville, mais encore les électeurs de Cologne et de Bavière qui s'y étoient retirés. Le traître fut convaincu: il subit la peine de son crime, et fut rompu vif. L'abbé *Lenglet* se signala encore dans le même genre en 1718, lorsque la conspiration du prince de *Cellamare*, tramée par le cardinal *Alberoni*, fut découverte. Plusieurs seigneurs furent arrêtés, mais on ignoroit le nombre et le dessein des conjurés. Notre auteur fut choisi par le ministère pour pénétrer cette intrigue. Il ne voulut s'en charger, que sur la promesse qu'aucun de ceux qu'il découvrirait, ne seroit condamné à mort. Il rendit de grands services à cet égard; et non-seulement on lui tint parole par rapport à la condition qu'il avoit exigée, mais encore le roi le gratifia dès-lors d'une pension dont il a joui toute sa vie. L'abbé *Lenglet* avoit en occasion de connoître le prince *Engène* après la prise de Lille, en 1708. Dans un voyage qu'il fit à Vienne en 1721, il vit de nouveau ce prince, qui le nomma son bibliothécaire: place qu'il perdit bientôt après, parce qu'il conserva peu fidèlement le dépôt qui lui avoit été confié. L'abbé *Lenglet* ne sut ja- mais profiter des circonstances heureuses que la fortune lui offrit, et des protecteurs puissans que son mérite et ses services lui acquirent. Son amour pour l'indépendance, ce sentiment si naturel et souvent si nuisible, étouffa dans son cœur la voix de l'ambition : il voulut écrire, penser, agir et vivre librement. Il ne dépendit que de lui, de s'attacher au cardinal *Passionnel*, qui auroit voulu l'attirer à Rome ; ou à *le Blanc*, ministre de la guerre : il refusa tous les partis qui lui furent proposés. • *Liberté*, *liberté* : telle étoit sa devise. Dans ses dernières années même, où son grand âge sollicitoit pour lui un loisir doux et tranquille, il aima mieux travailler et rester seul dans un logement obscur, que d'aller demeurer avec une sœur opulente qui l'aimoit, et qui lui offroit chez elle, à Paris, un appartement, sa table, et des domestiques pour le servir. Il eût été plus à son aise, et sans doute moins heureux. Accoutumé à faire ce qu'il vouloit, tout l'auroit gêné : l'heure fixe du repas, eût été pour lui un esclavage. Cet éloignement pour la servitude s'étendoit jusque sur son extérieur. Il étoit ordinairement assez mal vêtu, mais il ne croyoit pas l'être. Malgré cela, on le recevoit avec plaisir dans plusieurs maisons, parce qu'il avoit beaucoup de feu et d'agrément dans l'esprit, et sur-tout une mémoire admirable. Ce don de la nature lui inspira le goût des ouvrages d'érudition. Toutes ses études étoient tournées du côté des siècles passés ; il en affectoit jusqu'au langage gothique. Il vouloit, disoit-il, être *Franc-Gaulois* dans son style comme dans ses actions. Aussi seroit-on tenté de le prendre, dans quelques-uns de ses ouvrages, pour un savant du 16$^{e}$ siècle, plutôt que pour un littérateur du 18$^{e}$. Malgré son prodigieux savoir, il ne seroit pas étonnant qu'il se fût trompé aussi souvent qu'il se trompoit : il ne se faisoit aucun scrupule d'écrire le contraire de sa pensée, et de la vérité qu'il connoissoit parfaitement, lorsqu'il étoit poussé par quelque motif particulier. Il a, dans ses notes et dans ses jugemens, la mordante causticité de *Guy Patin*. Il écrivoit avec une hardiesse et une liberté qu'il poussoit quelquefois jusqu'à l'excès. C'est ce qui lui occasionna tant de querelles avec les Censeurs de ses manuscrits. Il ne pouvoit souffrir qu'on lui retranchât une seule phrase ; et, s'il arrivoit que l'on rayât quelque endroit auquel il fût attaché, il le rétablissoit toujours à l'impression. L'abbé *Lenglet* aimoit mieux perdre sa liberté, qu'une remarque, qu'une seule ligne. Il a été mis à la Bastille dix ou douze fois dans le cours de sa vie : il en avoit pris en quelque sorte l'habitude. Depuis plusieurs années, il s'appliquoit à la chimie, et l'on prétend même qu'il cherchoit la *Pierre Philosophale*. Parvenu à l'âge de 81 ans, il périt d'une manière funeste, le 16 janvier 1755. Il rentra chez lui sur les six heures du soir, et s'étant mis à lire un livre nouveau, il s'endormit et tomba dans le feu. Ses voisins accoururent trop tard pour le secourir : il avoit la tête presque toute brûlée, lorsqu'on le tira du feu. Les principaux fruits de sa plume vive, féconde et incorrecte, sont : I. Un *Nouveau Testament en latin*, enfin. chi de notes historiques et critiques, ni trop longues, ni trop courtes, et assez claires; à Paris, 1703, 2 vol. in-16; réimprimé en 1735, même format. II. Le *Rationarium Temporum* du savant *Petau*, continué depuis 1631 jusqu'en 1701, 2 vol. in-12, à Paris 1700. Cette édition est incorrecte, et ce que l'abbé *Lenglet* y a ajouté, est d'une latinité assez médiocre. III. *Commentaire de Dupuis* sur le *Traité des Libertés de l'Eglise Gallicane de Pierre Pithou*, 1715, 2 volumes in-4°: édition belle et correcte. Cet ouvrage essuya de grandes contradictions. IV. *L'Imitation de Jésus-Christ*, traduite et revue sur l'ancien original français, d'où l'on a tiré un chapitre qui manque dans les autres éditions; Amsterdam, 1731, in-12. V. *Aresta Amorum*, cum commentariis Benedicti Curtii, 1731, en 2 vol. in-12. Cette édition, devenue rare, est d'une grande beauté; la Préface offre des endroits curieux et piquans. VI. *Réputation des erreurs de Spinosa*, (*Voyez* ce mot) par *Féaclon*, *Lami* et *Boulainvilliers*, 1731, in-12. VII. *Œuvres de Clément*, *Jean* et *Michel MAROT*, la Haye, 1729, en 4 vol. in-4°: édition plus magnifique qu'utile, sur le plus beau papier, chaque page encadrée... et en 6 vol. in-12; édition très-inférieure à la précédente: l'une et l'autre pleines de fautes. Des différentes pièces qui grossissent ce recueil, les unes offrent des observations curieuses et fort justes, les autres des plaisanteries du plus mauvais ton, des obscénités dignes de la plus vile canaille, des déclamations satiriques qui méritaient un châtiment exemplaire. L'abbé *Lenglet* se cacha sous le nom de *Gordon de Percel*. VIII. Les *Satires et autres Œuvres de Régnier*, 1733, grand in-4°: édition qui plaît autant aux yeux, qu'elle déplaît au cœur et à l'esprit. L'abbé *Lenglet* éclaircit un texte licencieux, par des notes plus licencieuses encore. Il avoit du goût pour tout ce qui avoit rapport à la sale lubricité. On lui a attribué, et ce n'est pas tout-à-fait sans fondement, des éditions de l'*Aloysia Sigea*, du *Cabinet Satirique*, et de plusieurs autres infamies. IX. *Le Roman de la Rose*, avec d'autres ouvrages de *Jean de Mehun*, 1735, Paris, (Rouen) 3 vol. in-12. On y trouve une Préface curieuse, et des notes dont beaucoup sont communes, et par conséquent inutiles, quelques-unes ridicules, d'autres obscènes, et un Glossaire très-abrogé et très-superficiel. X. Une édition de *Catulle*, *Properce* et *Tibulle*, comparable à celle des *Elzevir* pour la beauté et la correction, à Leyde, (Paris) chez *Coustellier*, 1743, in-12. XI. Le 6$^{e}$ volume des *Mémoires de Condé*, 1743, in-4°, Londres, (Paris) belle édition, mais pleine de traits si vifs et de réflexions si bardies, que l'éditeur en fut puni par un assez long séjour à la Bastille. XII. *Journal de Henri III*, 1744, en 5 vol. in-8°, Paris, (sous le nom de Cologne) avec un grand nombre de pièces curieuses sur la Ligue. XIII. *Mémoires de Comines*, 4 vol. in-4°, 1747. *Voy. COMINES*. XIV. Une édition de *Lactance*, *Voyez LACTANCE*. XV. *Mémoires de la Régence de M. le duc d'Orléans*, 1749, en 5 vol. in-12. L'abbé *Lenglet* n'a été que le réviseur de cet ouvrage, qui est de M. *Piossens*. Il a ajouté des pièces essentielles, sur-tout L E N 151 la conspiration du prince de *Cellamare*, et l'abrégé du fameux Système. XVI. *Métallargie d'Alphonse Barba*, traduite de l'espagnol en françois, 1751, 2 vol. in-12; le 2$^{e}$ vol. est de *Lenglet*. XVII. *Cours de Chimie de Nicolas le Fèvre*, 1751, 5 vol. in-12, dont les deux derniers sont de l'éditeur. XVIII. *Méthode pour étudier l'Histoire, avec un Catalogue des principaux Historiens*, en 12 vol. in-12, et en 7 vol. in-4$^{o}$: le meilleur ouvrage que nous ayons en ce genre. L'auteur y établit les principes et l'ordre qu'on doit tenir pour lire l'Histoire utilement; il discute plusieurs points historiques intéressants; il fait connoître les meilleurs historiens, et accompagne le titre de leurs ouvrages de notes historiques, littéraires, critiques, et le plus souvent satiriques. Ce livre seroit encore plus estimé, si l'auteur s'arrêtoit moins sur l'origine de certains peuples, qui sera toujours très-obscure; s'il écrivoit avec plus de soin, de profondeur et de méthode; s'il ne grossissoit pas son Catalogue de tant d'historiens inconnus; et s'il s'étoit attaché à faire un ouvrage de goût plutôt qu'une compilation. La première édition, qui n'avoit que 2 volumes, étoit, à quelques égards, plus régulière que les suivantes. La 5$^{e}$ de 1729, attira l'attention du ministère, qui y fit mettre un grand nombre de cartons. Le Recueil de ces morceaux supprimés, forme un in-4$^{o}$ assez épais, et qui se vendit séparément et sous le manteau, à un prix considérable. Les Anglois et les Italiens ont traduit cet ouvrage, qui a été réimprimé en 1772, en 15 vol. in-12, avec des additions et des cor- corrections fournies par M. *Drouet*. XIX. *Méthode pour étudier la géographie*. Elle est assez recherchée, malgré quelques inexactitudes. On y trouve un Catalogue des meilleures cartes, et un jugement sur les différens géographes. Le fond de cette Méthode appartient à *Martineau du Plessis*. La dernière édition est de 1767, 10 vol. in-12, avec les augmentations et les corrections nécessaires. On auroit dû plutôt augmenter le corps de l'ouvrage, que le Catalogue qui n'étoit déjà que trop long. XX. *De l'usage des Romans, où l'on fait voir leur utilité et leurs différens caractères, avec une Bibliothèque des Romans*, 1734, 2 vol. in-12: ouvrage proscrit par tous les gens sages, comme un livre scandaleux. XXI. *L'Histoire justifiée contre les Romans*, 1735, in-12. C'est le contre-poison du livre précédent, que l'auteur n'avoit pas intérêt qu'on lui attribuât; mais l'antidote est plus foible que le venin. *L'Usage des Romans*, amuse par la singularité des pensées, la liberté, l'enjouement du style; *l'Histoire justifiée* ennuie par des lieux communs, mille fois répétés, sur l'utilité de l'Histoire. XXII. *Plan de l'Histoire générale et particulière de la Monarchie Française*. Il n'en a donné que 3 volumes, et il a fort bien fait de ne pas continuer, car ce livre est mal fait et mal écrit. XXIII. *Lettre d'un Pair de la Grande-Bretagne sur les affaires présentes de l'Europe*, 1745, in-12: elle est curieuse. XXIV. *L'Europe pacifiée par l'équité de la Reine de Hongrie...* par M. *Albert Von-Heussen*, etc. à Bruxelles, 1754, in-12: ouvrage recherché à cause des traits hardis qu'il renferme. XXV. Ca- lendrier historique, où l'on trouve la Généalogie de tous les Princes de l'Europe, 1750, in-24. Ce petit ouvrage le fit mettre à la Bastille. XXVI. Diurnal Romain, latin et françois, 2 vol. in-12, 1705. Il fit cette version à la sollicitation de Mad. la princesse de Condé, qui disoit tous les jours son bréviaire. XXVII. Géographie des enfans, in-12, très-répandue. XXVIII. Principes de l'Histoire, 1736, et années suivantes, 6 vol. in-12 : ouvrage foible, écrit incorrectement, et dont les faits ne sont pas toujours bien choisis. L'auteur l'avoit composé pour servir à l'éducation de la jeunesse. Pour que ce livre pût lui être utile, il faut droit le refondre presque entièrement. XXIX. Histoire de la Philosophie Hermitique, 3 vol. in-12, Paris, 1742. On ne connoit rien à ce livre. Si l'auteur est partisan de la philosophie hermitique, il n'en dit pas assez; et si la méprise, son mépris n'est pas assez marqué. XXX. Tablettes Chronologiques, publiées pour la première fois en 1744, en 2 vol. in-8°, et de nouveau en 1778, avec les corrections et les augmentations dont cet ouvrage très-instructif avoit besoin. On n'a pas tout corrigé, à la vérité; mais comment le pourroit-on dans des livres si chargés de noms et de dates? XXXI. Traité historique et dogmatique sur les apparitions, les visions, etc. 1751, 2 vol. in-12 : curieux, mais pas toujours judicieux. XXXII. Recueil de Dissertations anciennes et nouvelles sur les apparitions, les visions et les songes, etc. 4 vol. in-12, 1752 : collection plus ample que bien choisie. XXXIII. Histoire de Jeanne d'Arc, 1753, in-12, en 3 par- tles, composée sur un manuscrit d'Edmond Richer. On l'a lue avec plaisir. Le style est, comme celui de ses autres productions, vif, familier et incorrect. Il écrivoit comme il parloit, avec beaucoup de rapidité et par cette raison, il paroisoit mieux parler qu'il n'écrivoit. XXXIV. Traité historique et dogmatique du secret inviolable de la Confession, Paris, 1713, in-12 : livre utile, et l'un des meilleurs de ce fécond écrivain... M. Michaud a publié, en 1761, des Mémoires curieux pour servir à l'Histoire de la Vie et des ouvrages de l'abbé Lenglet. Ce savant préparoit un Langletiana. L'abbé Lenglet dit à un de nos amis, quelques mois avant sa mort, qu'il travailloit aux Mémoires de sa vie; nous ignorons s'il a eu le temps de finir cet ouvrage. I. LENONCOURT, (Robert DE) d'une des plus anciennes maisons de Lorraine, connue dans le 13e siècle sous le nom de Nancy, et dans le siècle suivant sous celui de Lenoncourt, actuellement éteinte, fut archevêque de Rheims. Il se distingua par son éminente piété, et sa charité fut telle, qu'il s'acquit le titre de Père des Pauvres. Il sacra le roi François I, et mourut en odeur de sainteté, le 25 septembre 1531.
II. LENONCOURT, (Robert DE) neveu du précédent, fut évêque de Châlons en Champagne, puis de Metz. Il contribua beaucoup à remettre cette ville aux François en 1552. L'année suivante, il racheta le coin de la monnoie, que les évêques ses prédécesseurs avoient engagé, et l'on trouve encore de la mon- hole marquée à son coin, avec cette légende : *IN LABORE RE-QUIES*. « Je trouve mon repos dans le travail. » Il fit achever dans l'église de Saint-Remi de Rheims, le *Tombéau de St. Remi*, qui est un des plus beaux monumens du royaume. Le gouvernement de ce prélat fut si plein de bonté, de douceur, de modestie et de sagesse, qu'on l'appeloit communément le bon *ROBERT. Paul III* l'avoit fait cardinal en 1538, et en cette qualité il assista à quatre conclaves; à ceux où furent élus les papes *Jules III*, *Marcel II*, *Paul IV* et *Pie IV*. Il fut aussi archevêque d'Embrun, d'Arles, etc. Il mourut à la Charité-sur-Loire, le 4 février 1561. Les Huguenots, ayant pris cette ville l'année suivante, portèrent la fureur jusqu'au point d'ouvrir son tombeau et d'en tirer son corps.
III. LENONCOURT, (Philippe DE) neveu du précédent, cardinal et archevêque de Rheims, s'acquit l'estime et la confiance des rois *Henri III*, *Henri IV*, et du pape *Sixte V*. Il mourut à Rheims le 13 décembre 1591, à 65 ans. Il avoit autant d'esprit que de piété.
LENOSTRE, *Voy*, NOSTRE. I. LENS ou LENSEI, (Arnoul DE) *Lensæus*, naquit au village de Bailleul, près d'Ath, dans le Hainault. Après avoir fait un voyage dans les Pays-Bas, il passa en Moscovie, devint médecin du *Czar*, et périt à Moscow, lorsque cette ville fut brûlée, l'an 1575, par les Tartares. Nous avons de lui, une introduction aux *Éléments de Géométrie d'Euclide*, imprimée à Anvers, *Isagoge in geometrica Elementa Euclidis*.
II. LENS, (Jean DE) frère du précédent, chanoine de Tournai, et professeur de théologie à Louvain, mourut dans cette dernière ville, en 1593. « On trouvoit en lui, dit le *P. Fabre*, la profondeur de doctrine de *St. Augustin*, et le style élégant de *Lactance*. » Il a laissé plusieurs bons Ouvrages de controverse. Il fut un de ceux qui composèrent, en 1588, la *Censure* de l'université de Louvain, contre *Lessius*, sur la doctrine de la Grace. I. LENTULUS-GETULICUS, (*Cæius*) d'une famille consulaire, illustre et ancienne, fut élevé au consulat l'an 26 de J. C. Il étoit proconsul dans la Germanie, lorsque *Séjan* fut tué à Rome. Il fut accusé d'avoir eu dessein de donner sa fille en mariage au fils de ce ministre. *Lentulus* s'en défendit par une lettre si éloquente, qu'il fit exiler son délateur, et qu'il échappa au danger qui le menaçoit; mais l'affection des soldats pour *Lentulus*, ayant donné ensuite de la jalousie à *Tibère*, ce prince le fit mourir. *Suétone* parle, dans la Vie de *Caligula*, d'une *Histoire* écrite par ce consul. *Martial* dit aussi, dans la préface du premier livre de ses *Épigrammes*, qu'il étoit poète. — Il ne faut pas le confondre avec *LENTULUS* sénateur, qui fut mis à mort en prison, pour avoir trempé dans la conjuration de *Catilina*, sous le consulat de *Cicéron*. Il s'étoit attribué certains vers de la Sibylle, qui promettaient l'empire à ceux de sa maison. C'étoit celui des conjurés qui étoit resté à Rome pour y mettre le feu. Le nom de *Lentulus* fut donné à cette famille, parce que quel- qu'un de ses membres s'appliquoit à cultiver des lentilles. Ainsi *Lentulus* vient de *lente*, comme *Cicero* de *cicere*, et *Fabius* de *faba*.
II. LENTULUS, (Scipion) Napolitain, se retira dans le pays des Grisons, où il embrassa le Calvinisme, et exerça le ministère à Chiavenne. Il est connu par son *Apologie* d'un édit des Ligues-Grises contre des sectaires Ariens, in-8°, 1570; et par une *Grammaire Italienne*, publiée à Genève en 1568. *Bayle* remarque, à l'occasion de son *Apologie*, « que les apostats affichent un grand zèle pour la religion qu'ils ont embrassée; et que quoiqu'ils aient grand besoin de tolérance, ils sont ordinairement très-intolérants. »
III. LENTULUS, (Robert-Scipion de) fils d'un Suisse, maréchal de camp au service de l'empereur *Charles VI*, naquit en 1713. Il servit de bonne heure, et il étoit major de son régiment, lorsque le roi de Prusse prit Prague, en 1744. Indigné de la capitulation de la garnison, qui lui parut déshonorante, il cassa son épée, et invita les officiers de son régiment à l'imiter. *Frédéric*, charmé de ce trait de colère militaire, se l'attacha bientôt en qualité de major général de la cavalerie, le maria en 1748, avec la fille du comte de *Schwerin*, ministre d'état, et le fit lieutenant général en 1752. Les services importans rendus à ce monarque, pendant la guerre de sept ans, terminée en 1763, lui méritèrent de nouvelles graces, et il fut un des généraux que le roi admettoit dans sa société intime. En 1773, il fut chargé de faire exécuter le partage de la Pologne; et il fut employé de nouveau, en 1778, dans la courte guerre de la succession de la Bavière. Les infirmités lui faisant désirer une vieillesse tranquille, il se retira à Berne, et y mourut le 26 décembre 1786, laissant deux fils officiers en Prusse. Son courage, ses connoissances, son zèle pour le maintien de la discipline, ses vues dans la paix et dans la guerre, lui ont donné une place distinguée parmi les généraux dignes de seconder *Frédéric le Grand*. Ce prince lui avoit donné la baronie du Colombier, dans le comté de Neufchâtel. I. LÉON Ier, (Saint) surnommé *le Grand*, vit le jour à Rome, suivant les uns, et en Toscane, suivant d'autres. On ne sait rien de particulier sur ses premières années. Les papes *St. Célestin I* et *Sixte III*, l'employèrent dans des affaires importantes et épineuses, lors même qu'il n'étoit que diacre. Après la mort de ce dernier pontife, en 440, il fut élevé sur le saint Siège par le clergé de Rome, le 1er septembre de la même année. Le peuple apprit son élection avec joie, et le vit sur le trône pontifical avec satisfaction. Léon réprima, par sa fermeté, les progrès des hérétiques, et en ramena plusieurs à la foi par ses exhortations. Ayant découvert à Rome un nombre infini de Manichéens, il fit contre eux une information juridique et publique, mit au grand jour les infamies ténébreuses de leurs mystères, et livra les plus opiniâtres au bras séculier. Conduite contraire à l'esprit de douceur de l'évangile, autant qu'à la saine politique. Il employa les mêmes armes contre les Pélagiens et les
LÉO 155 Priscillianistes, et extermina entièrement les restes de ces hérétiques en Italie. Son zèle, non moins ardent contre les Eutychéens, le porta à protester par ses légats contre les actes du Brigandage d'Ephèse, où l'erreur avoit été canonisée en 449. L'empereur Marcien ayant assemblé un concile œcuménique à Chalcédoine, en 451, St. Léon y envoya quatre légats pour y présider. La seconde session fut employée à lire une lettre du pape à Flavien, patriarche de Constantinople, dans laquelle il développoit la doctrine de l'Église Catholique sur l'Incarnation. Le concile lui donna tous les éloges qu'elle méritoit. L'erreur fut proscrite, et la vérité prit sa place. Dans le temps qu'on tenoit ce concile en Orient, Attila ravageoit l'Occident, et s'avançoit vers Rome pour la réduire en cendres. L'empereur Valentinien choisit St. Léon pour arrêter ce guerrier terrible, et pour faire des propositions de paix. Le pontife lui parla avec tant de noblesse, de douceur et d'éloquence, qu'il amollit son caractère féroce. Ce conquérant sortit de l'Italie et repassa le Danube, emportant dans son cœur, de l'amitié et du respect pour le pontife Romain. Genseric fit ce qu'Attila n'avoit pas fait. Il surprit Rome en 455, et l'abandonna au pillage; ses troupes saccagèrent la ville pendant quatorze jours avec une furcure inouïe. Tout ce que put obtenir St. Léon, fut qu'on ne commettoit ni mourres, ni incendies, et qu'on ne toucheroit point aux trois principales basiliques de Rome, enrichies par Constantin de présens magnifiques. L'illustre pontife, en veillant aux biens spirituels, ne né- gligea point les temporels, et mourut le 3 novembre 461, avec la réputation d'un saint et d'un pontife éclairé. C'est le premier pape dont nous ayons un corps d'Ouvrages. Il nous reste de lui, quatre-vingt-seize Sermons, et cent quarante-une Lettres. Plusieurs savans lui attribuent aussi les livres de la vocation des Gentils, et l'Épître à Demetriade: mais le pape Gélase, qui vivoit à la fin de ce siècle, cite ces livres comme étant d'un docteur de l'Église, sans les attribuer à St. Léon. Le style de ce Père est poli, et paroît quelquefois affecté. Toutes ses périodes ont une certaine cadence mesurée, qui surprend sans déplaire. Il est semé d'épithètes bien choisies, et d'antithèses très-heureuses, mais un peu trop fréquentes. L'édition de ses Ouvrages, par le P. Quesnel, fut imprimée d'abord à Paris, en 1675, en 2 vol. in-4°, ensuite à Lyon, 1700, in-folio. Le Père Longueval dit que cet Oratorien semble n'avoir entrepris son édition que pour faire le procès à ce grand pape, qu'il accuse faussement d'avoir agi par prévention contre St. Hilaire d'Arles. Il est certain que le P. Quesnel est plus favorable à celui-ci qu'à St. Léon, et cela est un peu extraordinaire dans un éditeur. Les Œuvres de ce pape ont été publiées de nouveau à Rome, par le P. Cacciari Carme, et à Venise, par M.M. Ballerini, l'une et l'autre en trois vol. in-folio. Le P. Maimbourg a écrit l'Histoire de son pontificat, in-4°, ou 2 vol. in-12; et il a employé un style moins romanesque que dans ses autres ouvrages. L'abbé de Bellegarde a traduit ses Sermons, Paris, 1701. Voyez aussi 756 LÉO les Exercitationes in opera sancti Leonis, par le P. Cacciari, 1751, il-folio.
II. LÉON II, Sicilien, successeur du pape Agathon, le 17 août 682, envoya l'année suivante, le sous-diacre Constantin, régionaux du saint Siège, à Constantinople, en qualité de légat. Il le chargea d'une lettre pour l'empereur, dans laquelle il confirmoit, par l'autorité de St. Pierre, la définition du sixième concile, et disoit anathème à Théodore de Pharan, à Cyrus d'Alexandrie, à Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de Constantinople, au pape Honorius, à Macaire, Etienne et Polychrone. Il mourut le 3 juillet 683, après avoir tenu le bâton pastoral avec autant de fermeté que de sagesse. Il institua le Baiser de paix à la messe, et l'Aspersion de l'eau bénite sur le peuple. On lui attribue quatre Épîtres, que Baronios croit supposées, parce qu'il y anathématise Honorius, l'un de ses prédécesseurs.
III. LÉON III, Romain, monta sur la chaire de saint Pierre après Adrien I, le 26 décembre 795. Une de ses premières démarches fut d'envoyer à Charlemagne des légats chargés de lui présenter les chefs de la basilique de St.-Pierre, et l'étendard de la ville de Rome, en le priant de députer un seigneur pour recevoir le serment de fidélité des Romains. Il se forma, peu de temps après, une conjuration contre Léon. Elle éclata en 799, le jour de St. Marc. Le pape fut assailli par une troupe d'assassins, au moment qu'il sortoit du palais pour se rendre à la procession de la grande Litanie. Le primicier Paschal, et Campule sacellaire, tous deux neveux du dernier pape, à qui ils n'avoient pas pu succéder, étoient à leur tête. Après l'avoir chargé de coups, ils voulurent lui arracher la langue et les yeux; mais ils n'en purent venir à bout. On l'enferma ensuite dans un monastère, d'où il se sauva en France auprès de Charlemagne. Ce monarque le renvoya en Italie avec une escorte. Il rentra à Rome, comme en triomphe, au milieu de tous les ordres de la ville, qui vinrent devant lui avec des bannières. Charlemagne passa en Italie l'an 800. Le pape, après l'avoir sacré empereur, se prosterna devant lui comme devant son souverain. Les ennemis de Léon ayant de nouveau conspiré contre lui après la mort de Charlemagne, il en fit périr plusieurs par le dernier supplice, en 815. Il mourut l'année d'après, le 11 juin 816, regardé comme un pontife qui avoit des mœurs édifiantes, du courage, du zèle, de l'éloquence, du savoir, et une sage politique. On a de lui, treize Épîtres, imprimées à Helmstadt, 1655, in-4. On lui attribue, mal-à-propos, l'Enchiridion Leonis Papae, petit livre de prières, contenant les sept Pseaumes, et diverses Orai-sons énigmatiques dont les alchimistes font cas, et que les curieux recherchent par cette raison. Il a été imprimé à Lyon, en 1601 et 1607, in-24, et à Mayence, 1633. Mais l'édition la plus recherchée est celle de Rome, en 1525, in-24; et la meilleure, après celle-là, est celle de Lyon, en 1584, aussi in-24.
IV. LÉON IV, Romain, pape le 12 avril 847, après Sergius II, mourut saintement le 17 juillet
LÉO 157 655. Il illustra le pontificat par son courage et par ses vertus. Il eut la douleur de voir les Sarasins aux portes de Rome, prêts à faire une bourgade Mahométane de la capitale du Christianisme. Les empereurs d'Orient et ceux d'Occident sembloient l'avoir abandonnée. *Léon IV*, plus grand homme qu'eux, prit dans ce danger l'autorité d'un souverain, d'un père qui défend ses enfans. Il employa les richesses de l'Eglise à réparer les murailles, à élever des tours, à tendre des chaînes sur le Tibre. Il arma les milices à ses dépens; il engagea les habitans de Naples et de Gayette à venir défendre les côtes et le port d'Ostie; il visita lui-même tous les postes, et reçut les Sarasins à leur descente, non pas en équipage de guerrier, mais comme un pontife qui exhortoit un peuple Chrétien, et comme un roi qui veillit à la sureté de ses sujets. Il étoit né Romain. « Le courage des premiers âges de la république, dit l'auteur de l'*Histoire Générale*, revivoit en lui dans un temps de lacheté et de corruption; tel qu'un des plus beaux monumens de l'ancienne Rome, qu'on trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle. Son courage et ses soins furent secondés. On reçut les Sarasins courageusement à leur descente; et la tempête ayant dissipé la moitié de leurs vaisseaux, une partie de ces conquérans, échappés au naufrage, fut mise à la chaîne. Le pape rendit sa victoire utile, en faisant travailler aux fortifications de Rome et à ses embellissemens, les mêmes mains qui devoient la détruire. Il bâtit à quelques milles de Rome une ville, à laquelle il donna son nom, *Léopolis*, Cinq jours après sa mort, *Benoit III* fut élu pape; ce qui détruit l'opinion fabuleuse de ceux qui ont placé le prétendu pontificat de la papesse *JEANNE* entre ces deux pontifes. V. LÉON V, natif d'Andrea, succéda au pape *Benoit IV*, en 903. Il fut chassé et mis en prison environ un mois après par *Christophe*, et il y mourut de chagrin.
VI. LÉON VI, Romain, succéda au pape *Jean X*, sur la fin de juin 928, et mourut au commencement de février 929. Quelques-uns prétendent que c'étoit un *intrus*, placé sur le saint Siège par les ennemis de *Jean X*.
VII. LÉON VII, Romain, fut élu pape après la mort de *Jean XI*, en 936, et n'accepta cette dignité que malgré lui. Il fut paroître beaucoup de zèle et de piété dans sa conduite, et mourut le 23 avril 939. Il est appelé *Léon VI* dans plusieurs catalogues. Il eut *Etrane VIII* pour successeur.
VIII. LÉON VIII, fut élu pape après la déposition de *Jean XII*, le 6 décembre 963, par l'autorité de l'empereur *Othon*. *Fleury* en parle comme d'un pape légitime; mais *Baronius* et le *P. Pagi* le traitent d'*intrus* et d'antipape. Au reste, ce fut la grande probité de *Léon*, qui détermina les suffrages en sa faveur. Il mourut au mois d'avril 965. *Benoit V*, qui avoit été élu pour succéder à *Jean XII*, lui disputa le pontificat, le 5 juillet 965. *Jean XIII* fut élu pape, après la mort de ces deux pontifes.
IX. LÉON IX, (Saint) appelé auparavant *Brunon*, fils du comte d'*Egesheim*, passa du siège de Toul à celui de Rome, en 1048, par le crédit de l'empereur *Henri III*, son cousin. Elevé au pontificat malgré lui, il partit pour Rome en habit de pèlerin, et ne prit celui de souverain pontife que lorsque les acclamations de joie du peuple Romain l'eurent déterminé à accepter la tiare. Il fut intronisé, le 13 février 1049. Le nouveau pontife assembla des conciles en Italie, en France, en Allemagne, soit pour remédier à des maux, soit pour introduire des biens. La simonie et le concubinage étoient alors les deux plus cruels fléaux de l'Église. *Léon IX* porta un *Décret*, dans un concile tenu à Rome en 1051, où il étoit dit que les femmes, qui dans l'enceinte des murs de Rome, se seroient abandonnées à des Prêtres, seroient à l'avenir adjugées au Palais de Latran comme esclaves. C'est sous ce pontificat que le schisme des Grecs, dont *Photius* avoit jeté les premiers fondemens, éclata par les écrits de *Michel Cœrularius*, patriarche de Constantinople : *Voyez* xv. MICHEL. Ces écrits furent solidement réfutés par ordre de *Léon IX*, qui envoya trois légats à Constantinople. Ces prélats n'ayant pu vaincre l'opiniâtreté du patriarche, l'excommunièrent, et firent mettre la sentence d'excommunication sur l'autel principal de *Ste-Sophie*. En 1053, *Léon IX* marcha en Allemagne pour obtenir du secours contre les Normands ; il en obtint : ayant armé contre ces guerriers, il fut battu et pris dans une petite ville près de Bénévent. Après un an de prison, il fut conduit à Rome par ses vainqueurs, et mourut le 19 avril 1054. Il avoit passé le temps de sa captivité dans les exercices de la pénitence, et lorsqu'il se sentit près de sa fin, il se fit porter à l'Église de Saint-Pierre dans l'endroit qu'il avoit désigné pour sa sépulture. *Voyez, mes Frères*, dit-il à la vue de son tombeau, combien vile et petite est la demeure qui m'attend, après tant d'honneurs. Voilà tout ce qui m'en reste sur la terre ! On fit ces deux vers à l'occasion de sa mort : *Victrix ROMA, dole, Nono vi- *En multis salem vix habitura parem.* *Léon* fut en effet un pontife d'un zèle vif et ardent, d'une piété tendre et solide. Il fut le fléau des hérétiques, et la terreur des mauvais prélats, dont il déposa un grand nombre. Il sut connoître et s'attacher plusieurs personnes de mérite, tels que le cardinal *Humbert*, *Hildebrand* et *Pierre Damien*. Il étoit actif et laborieux. A l'âge de plus de 50 ans, il commença d'apprendre la langue grecque, pour mieux entendre l'Écriture, et pour pouvoir réfuter les écrits des Grecs schismatiques. C'est le premier pape qui se soit servi de l'ère chrétienne dans la date de ses bulles, mais cet usage ne fut constamment établi que depuis *Eugène IV*. L'archidiacre *Wibert* a écrit la *Vie de Léon IX* en latin, que le *P. Sirmond* a mise au jour, Paris 1615, in-8. On a de ce saint pontife des *Sermons*, dans les Œuvres de *St. Léon* ; des *Épître Décrétales*, dans les Conciles du *P. Labbe* ; et une *Vie de St. Hidalphe*, dans le *Thesaurus Anecdot.* de Dom *Martenne*. X. LÉON X, (*Jean*, et non *Julien de Médicis*) étoit fils de *Laurent de Médicis*, et de *Clarice des Ursins*. Créé cardinal à quatorze ans par *Innocent VIII*, il devint dans la suite légat de *Jules II*. Il exerçoit cette dignité à la bataille de Ravenne, gagnée par les François en 1512, et il y fut fait prisonnier. Les soldats qui l'avoient pris, charmés de sa bonne mine et de son éloquence, lui demandèrent humblement pardon d'avoir osé l'arrêter. Il se sauva dans une conjoncture très-favorable. A la mort de *Jules II*, il sut si bien profiter du caprice des jeunes cardinaux, et de la crédulité des anciens, qu'il se fit donner la tiare le 5 de mars 1513. *Léon X* fit son entrée à Rome le 11 avril, le même jour qu'il avoit été fait prisonnier l'année précédente, et étant monté sur le même cheval. Ce pontife avoit reçu l'éducation la plus brillante : *Ange Politien* et *Démétrus Chalcondyle* avoient été ses maîtres ; ils en firent un élève digne d'eux. Sa famille étoit celle des beaux-arts ; elle recueillit les débris des lettres chassées de Constantinople par la barbarie Turque ; elle mérita que ce siècle s'appelât le *Siècle des Médicis*. *Léon X* sur-tout joignoit au goût le plus fin, la magnificence la plus recherchée. Son entrée à Rome eut un éclat prodigieux ; son couronnement coûta cent mille écus d'or. Le nouveau pontife partageant son temps entre les plaisirs, la littérature et les affaires, vécut en prince voluptueux. Sa table étoit délicieuse, non-seulement par le choix des mets, mais par la délicatesse et l'enjouement dont il les assaisonnoit. Au milieu des délices auxquelles il se livroit, *Léon X* n'oublia pas les intérêts du pontificat. Il termina les différends que *Jules II* avoit eus avec *Louis XII*, et conclut en 1517 le concile de Latran. Il choisit ses secrétaires parmi les plus beaux esprits de l'Italie. Le style barbare de la daterie fut aboli, et fit place à l'éloquence douce et pure des cardinaux *Bembo* et *Sadolet*. Il fit fouiller dans les bibliothèques, déterra les anciens manuscrits, et procura des éditions exactes des meilleurs auteurs de l'antiquité. Les poètes étoient sur-tout l'objet de sa complaisance ; il aimoit les vers, et en faisoit de très-jolis. Dans le temps qu'il préparoit de nouveaux plaisirs aux hommes, en faisant renaître les beaux-arts, il se forma une conspiration contre sa vie. Les cardinaux *Petruci* et *Sauli* irrités de ce que ce pape avoit ôté le duché d'Urbîn à un neveu de *Jules II*, corrompirent un chirurgien qui devoit panser un ulcère secret du pape ; et la mort de *Léon X* devoit être le signal d'une révolution dans beaucoup de villes de l'état ecclésiastique. La conspiration fut découverte ; il en coûta la vie à plus d'un coupable. Les deux cardinaux furent appliqués à la question, et condamnés à la mort. On pendit le cardinal *Petruci* dans la prison en 1517 ; l'autre racheta sa vie par ses trésors. *Léon X*, pour faire oublier le supplice d'un cardinal mort par la corde, en créa 31 nouveaux. Il méditoit, depuis quelque temps, deux grands projets. L'un étoit d'armer les princes Chrétiens contre les Turcs, devenus plus formidables que jamais sous le sultan *Sélim II* ; l'autre, d'embellir Rome, et d'achever la basilique de *Saint-Pierre*, commencée par *Jules II*, un des plus beaux monumens qu'aient jamais élevé les hommes. Il fit publier en 1518 des indulgences plénières dans toute la Chrétienté, pour contribuer à l'exécution de ces deux projets. Il s'éleva, à cette occasion, une vive querelle en Allemagne, entre les Dominicains et les Augustins. Ceux-ci avoient toujours été en possession de la prédication des indulgences : piqués de ce qu'on leur avoit préféré les Dominicains, ils excitèrent *Martin Luther*, leur confrère, à s'élever contre eux. C'étoit un moine ardent, infecté des erreurs de *Jean Hus. Voyez LUTHER*. Ses prédications et ses livres enlevèrent des peuples entiers à l'église Romaine. *Léon X* tenta vainement de ramener l'hérésiarque par la douceur ; il fut enfin forcé de l'anathématiser par deux bulles consécutives, l'une du 15 juin 1520, l'autre du 5 janvier 1521. Le feu de la guerre s'alluma vers le même temps dans toute l'Europe. *François premier* et *Charles-Quint* recherchant l'alliance de *Léon X*, ce pontife flotta long-temps entre ces deux princes : il fit, presque à la fois, un traité avec l'un et avec l'autre ; en 1520, avec *François premier*, auquel il promit le royaume de Naples, en se réservant Gayette ; et en 1521, avec *Charles-Quint*, pour chasser les François de l'Italie, et pour donner le Milanez à *François Sforce*, fils puné de *Louis le Maure*, et sur-tout pour donner au saint Siège Ferrare, qu'on vouloit toujours ôter à la maison d'*Est*. On prétend que les malheurs de la France dans cette guerre lui causèrent tant de plaisir, qu'il fut saisi d'une petite fièvre dont il mourut le 1$^{er}$ décembre 1521, à 44 ans. Quelques historiens attribuent sa mort à une cause plus cachée ; mais comme ils ne sont que les échos des auteurs Protestans ; on ne doit pas s'en rapporter à leur témoignage. Ce pontife n'avoit pas certainement à se plaindre de la France : il obtint de *François premier* ce que ses prédécesseurs n'avoient pu obtenir d'aucun roi de France, l'abolition entière de la Pragmatique. Son talent étoit de manier les esprits ; il s'empara si bien de celui de *François premier*, dans une entrevue qu'ils eurent à Boulogne en 1515, que ce prince lui accorda tout ce qu'il voulut. *Léon X* et le chancelier *Duprat* conclurent un concordat, par lequel il fut convenu que le roi nommeroit aux grands bénéfices de France et du Dauphiné, et que le pape recevroit les annates des bénéfices sur le pied du revenu courant. Cette dernière clause n'étoit pas exprimée dans le concordat ; mais elle n'en étoit pas moins une des conditions essentielles, et elle a toujours été exécutée. La sincérité Françoise fut, en cette occasion, la dupe des artifices Italiens. *Léon X* avoit une partie des ruses qu'on attribue à sa nation. Ses défauts, son ambition, le goût du luxe et des plaisirs, goût plus convenable à un prince voluptueux qu'à un pontife, les moyens qu'il employa pour élever sa famille, son humeur vindicative, ternirent l'éclat que les beaux-arts avoient répandu sur son pontificat. «*Léon dix*, dit *Geoffroy*, eût été bien plus grand, s'il eût donné plus d'attention à l'église Latine qu'au théâtre Grec : Ce grand *Léon X*, qui fit remettre le théâtre Athénien en Italie, vit périr la religion Romaine dans le Nord. Pendant qu'il se divertissoit à Rome à voir des comédies, on le dépouilloit en Allemagne d'une partie de ses états... Ce pontife, beaucoup trop prôné, fut un homme aimable, un protecteur des lettres; mais un fort mauvais pape. Il nuisit beaucoup à l'église par son luxe et ses goûts frivoles. Il étoit jeune et sans expérience: il ne faut sur la chaire de St. Pierre qu'un vieillard sans passions, bianchi dans les affaires et dans la connoissance des hommes, qui ne connoisse d'autre plaisir que son devoir. Cette poëti-se, cette aménité, très-recommandable dans un particulier, n'est qu'imprudence et folie dans un homme d'état. Il ne faut pas croire cependant tous les bruits répandus sur Léon dix par les Protestans, qui l'ont peint comme un athée, qui se moquoit de Dieu et des hommes: ces bruits scandaleux ne sont fondés que sur de prétendues anecdotes, dont la vérité n'est certainement pas constatée, et sur des propos qu'il est impossible qu'il ait tenus. « Paul Jove, dit que depuis sa jeunesse jusqu'au pontificat, il vécut dans une parfaite continence. Cet historien ajoute que depuis qu'il fut pape, son naturel, plus facile et plus complaisant que corrompu, le fit tomber dans bien des désordres. » ( Fabre, Hist. Eccles. ) Mais il ne dit pas un mot des étranges discours que certains historiens Protestans lui attribuent. Voltaire le fait mourir sans confession, parce qu'il étoit si occupé des affaires temporelles qu'il n'eut pas le temps de songer aux spirituelles. Cette antithèse seroit bonne si Léon X avoit fait une longue maladie; mais il fut surpris par une mort subite et si imprévue qu'on le crut empoisonné. Il faisoit d'ailleurs, dans les derniers temps de son pontificat, des actes de religion et même de mortification. L'abbé de Choisi dit qu'il jeûnoit régulièrement deux fois la semaine. Accablé des affaires du monde chrétien, Léon X se délassoit avec les gens de lettres, et les traitoit comme s'il avoit été l'un d'eux. On peut même lui reprocher, avec le Père Fabre, d'avoir fait plus de cas des beaux esprits nourris des imaginations riantes des auteurs profanes, que des théologiens et des casuistes. Il favorisoit principalement les poètes, et il ne garda pas toujours avec eux la gravité pontificale. Il aimoit le Querno, agréable parasite, qui avoit été couronné Archipoëte par des jeunes gens, dans un festin. Léon dix lui faisoit souvent porter des viandes, qu'on desservoit de sa table; mais il étoit obligé de payer sur-le-champ, d'un distique, chaque plat qu'on lui offroit. Un jour qu'il étoit tourmenté par la goutte, il fit ce vers: Archipoëta facit versus pro mille poëtis... Comme il hésitoit à composer le second, le pape ajouta plaisamment: Et pro mille aliis Archipoëta bibit. Alors le Querno, voulant réparer sa faute, composa ce troisième vers: Porrige, quod faciant mihi carmina docta, Falernum... Le pape lui répliqua à l'instant par celui-ci: Hoc vinum enervat debilitatque pedas. Au reste, cet archipoëte ayant quitté Rome, se retira à Na- ples, où il mourut à l'hôpital. Il disoit, en regrettant le généreux Léon X, « qu'il avoit trouvé mille Loups, après avoir perdu un Lion. »
XI. LÉON XI, (Alexandre-Octavien) de la maison de Médicis, cardinal de Florence, fut élu pape le 1er avril 1605, et mourut le 27 du même mois, à 70 ans, infiniment regretté. Ses vertus et ses lumières présageoient aux Romains et à l'église un règne glorieux.
LÉON, (Pierre de) Voyez ANACLEI, n.º II.
XII. LÉON Ier ou l'Ancien, empereur d'Orient, monta sur le trône après Marcien, le 7 février 457. On ne sait rien de sa famille; tout ce qu'on connoit de sa patrie, c'est qu'il étoit de Thrace. Il signala les commencements de son règne par la confirmation du concile de Chalcédoine contre les Eutychéens, et par la paix qu'il rendit à l'empire, après avoir remporté de grands avantages sur les Barbares. La guerre avec les Vandales s'étant rallumée, Léon marcha contre eux; mais il ne fut pas heureux, par la trahison du général Aspar. Cet homme ambitieux l'avoit placé sur le trône, dans l'espérance de régner sous son nom. Il fut trompé, et dès-lors il ne cessa de susciter des ennemis à l'empereur. Léon fit mourir ce perfide, avec toute sa famille, en 471. Les Goths, pour venger la mort d'Aspar, leur plus fort appui dans l'empire, ravagèrent pendant près de deux ans les environs de Constantinople, et firent la paix après des succès divers. Léon mourut le 26 janvier 474, loué par les uns, blâmé par les autres. Son zèle pour la foi, la régularité de ses mœurs, lui méritèrent des éloges. L'avarice obscurcit ses vertus; il ruina les provinces par des impôts onéreux, écouta les délateurs, et punit souvent les innocens.
XIII. LÉON II, ou le Jeune, fils de Zénon dit l'Isaurien, et d'Ariadne fille de Léon premier, succéda à son aïeul en 474. Mais Zénon régna d'abord sous le nom de son fils, et se fit ensuite déclarer empereur au mois de février de la même année. Le jeune Léon mourut au mois de novembre suivant; et Zénon demeura seul maître de l'empire. Léon avoit environ seize ans, et non pas six, comme dit Ladvocat; il avoit ruiné sa santé par des débarbés qui hâtèrent sa mort.
XIV. LÉON III, l'Isaurien, empereur d'Orient, étoit originaire d'Isaurie. Ses parens vivoient du travail de leurs mains et étoient cordonniers. Léon s'enrôla dans la milice. Justinien II l'incorpora ensuite dans ses gardes, et Anastase II lui donna la place de général des armées d'Orient, après diverses preuves de valeur: c'étoit le poste qu'il occupoit, lorsqu'il parvint à l'empire le 25 Mars 717. Les Sarasins, profitant des troubles de l'Orient, vinrent ravager la Thrace, et assiéger Constantinople avec une flotte de 80 voiles. Léon défendit vaillamment cette ville, et brûla une partie des vaisseaux ennemis par le moyen du feu grégeois. Ses succès l'enorgueillirent; il tyrannisa ses sujets, et voulut les forcer à briser les Images; il chassa du siège de Constantinople le patriarche Germain, et mit à sa place Anastase. qui donna tout pouvoir au prince sur l'Église. Léon ayant en vain répandu le sang pour faire outrager les tableaux des Saints, tâcha d'entrainer dans son parti les gens de lettres, chargés du soin de la bibliothèque. N'ayant pu les gagner ni par promesses, ni par menaces, il les fit enfermer dans la bibliothèque, entourée de bois sec et de toutes sortes de matières combustibles, et y fit mettre le feu. Des médailles, des tableaux sans nombre, et plus de 30.000 volumes, périrent dans cet incendie. Le barbare fut excommunié par Grégoire II et Grégoire III. Il équipa une flotte pour se venger du pape; mais elle fit naufrage dans la mer Adriatique, et le tyran mourut, peu de temps après, le 18 juin 741, regardé comme un fléau de la religion et de l'humanité. Son règne fut de 24 ans.
XV. LÉON IV, surnommé Chazare, fils de Constantin Copronyme, naquit en 750, et succéda à son père en 775. C'étoit un temps où les disputes des Iconoclastes agitoient tout l'Orient. Léon feignit d'abord de protéger les Catholiques; mais ensuite il se moqua également des adorateurs et des destructeurs des Images. Son règne ne fut que de cinq ans, pendant lesquels il eut le bonheur de repousser les Sarasins en Asie. Il mourut l'an 780, d'une maladie pestilentielle, dont il fut frappé, disent les historiens Grecs, pour avoir osé porter une couronne ornée de pierreries, qu'il avoit enlevée à la grande église de Constantinople. Il avoit épousé la fameuse IRENE : Voyez ce mot.
XVI. LÉON V, l'Arménien, ainsi appelé, parce qu'il étoit originaire d'Arménie, devint par son courage général des troupes; mais ayant été accusé de trahison sous Nicephore, il fut battu de verges, exilé, et obligé de prendre l'habit monastique. Michel Rhangabe l'ayant rappelé, lui donna le commandement de l'armée. Les troupes le proclamèrent empereur en 813, après avoir destitué Michel. Il remporta, l'année d'après, une victoire signalée sur les Bulgares, et fit, en 817, une trêve de 30 ans avec eux. Ce qu'il y eut de singulier dans ce traité, c'est que l'empereur Chrétien jura par les faux dieux de l'observer; et le roi Bulgarien, qui étoit Païen, appela en témoignage de son serment, ce que le Christianisme a de plus sacré. La cruauté de Léon envers ses parens et les défenseurs du culte des Images, ternit sa gloire et avança sa mort. Il fut massacré la nuit de Noël, en 820, comme il entonnoit une antienne. Voy. TRÉODORE Studite.
XVII. LÉON VI, le Sage et le Philosophe, fils de Basile le Macedonien, monta après lui sur le trône, le 1er mars 886. L'empire étoit ouvert à tous les Barbares : Léon voulut dompter les Hongrois, les Bulgares, les Sarasins; mais il ne réussit contre aucun de ces peuples. Les Turcs, appelés à son secours, passèrent en Bulgarie, mirent tout à feu et à sang, enlevèrent des richesses immenses, et firent un nombre prodigieux de prisonniers qu'ils vendirent à Léon. En se servant des armes des Turcs, Léon leur ouvrit le chemin de Constantinople; et après en avoir été les soutiens, ils en furent les destructeurs. Il se montra meilleur politique en chassant de son siège le patriarche *Phetius*. Un des successeurs de cet homme célèbre, le patriarche *Nicolas*, excommunia l'empereur, parce qu'il s'étoit marié pour la 4$^{e}$ fois : ce que la discipline de l'Église Grecque défendoit. Il termina cette affaire en faisant déposer le patriarche. *Léon* mourut de la dysenterie, le 9 juin 911. Il fut appelé le *Sage* et le *Philosophe*, non pour ses mœurs qui étoient très-corrompues, mais pour la protection qu'il accorda aux lettres. Il les cultiva avec succès. La philosophie de *Léon* ne l'empêcha pas de se laisser dominer par d'indignes favoris. Il fut surtout gouverné pendant assez long-temps par un certain *Samonas*. C'étoit un Sarasin réagié à sa cour, qui de simple valet de chambre devint patrice, grand chambellan, et le plus intime confident de l'empereur. Ayant amassé d'immenses richesses, il résolut de retourner dans sa patrie avec tous ses trésors, et prit le prétexte d'un pèlerinage sur le bord du fleuve Damastris ; car, tout Mahométan qu'il étoit dans le cœur, il feignoit d'être Chrétien. Malgré la précaution qu'il avoit prise de faire couper les jarrets à tous les chevaux de poste qui étoient sur sa route, il fut arrêté par un officier qui avoit découvert son dessein, et ramené à Constantinople. Le sénat voulut lui faire son procès ; mais l'empereur eut la foiblesse de le justifier, de le rétablir, et de punir l'officier qui l'avoit arrêté. *Samonas*, fier de ce nouveau crédit, calomnia auprès de l'empereur tous ceux qui excitoient sa jalousie. Il eut même la témérité d'accuser l'impératrice d'un com- commerce secret avec un jeune seigneur ; et comme *Léon* méprisa cette calomnie, il publia un libelle diffamatoire contre lui. Tant d'excès et de perfidies firent enfin ouvrir les yeux au prince, qui fit raser *Samonas* et le confina dans un monastère. *Léon* sentit alors la vérité de cet avis, que *Basile* son père lui avoit donné : *La pourpre ne met pas à l'abri de la prévention ; le Monarque est sujet aux foiblesses de l'humanité ; et son trône ne l'élève au-dessus des autres hommes, que pour lui apprendre combien il doit être vigilant...* *Léon* aimoit à parler en public. Il se plaisoit à composer des *Sermons*, au lieu de s'occuper de la défense de l'empire. Nous en avons 33 pour différentes fêtes, dans la Bibliothèque des Pères. *Gretser*, *Combéfis* et *Maffei* en ont publié quelques-uns. L'éloquence de ce prince tenoit beaucoup de la déclamation. Ce sont des discours de sophiste, qui marquent moins de piété que de vanité. Il nous reste encore de lui : I. *Opus Basilicon*, dans lequel on a refondu les lois répandues dans les différens ouvrages de droit, composés par ordre de *Justinien*. C'est ce Code que les Grecs suivirent jusqu'à la conquête de Constantinople par les Turcs. *Voyez FABROT*. II. *Novellae Constitutiones*, pour corriger plusieurs nouveautés que *Justinien* avoit introduites. *Leunclavius* les a données à la fin de son abrégé du *Basilicon*, Basle, 1575. III. Un *Traité de Tactique*, publié par *Meursius*, Leyde, 1612. C'est le plus intéressant de ses ouvrages. On y voit l'ordre des batailles de son temps, et la manière de combattre des Hongrois et des Sarasins. Ce livre, important pour la connoissance du Bas-Empire, a été traduit en françois par M. de Maizeroi, 1771, 2 vol. in-8. On a encore de cet empereur, un *Cantique sur le Jugement dernier*, traduit en latin par Jacques Pontarus; une *Lettre à Omar*, pour prouver la vérité de la religion Chrétienne et l'impiété de celle des Sarasins; on la trouve dans les nouvelles éditions de la Bibliothèque des Pères; et XVII *Prédictions sur le sort de Constantinople*, publiées par George Codinus dans son ouvrage *De Imperatoribus Constantinopolitanis*, Paris, 1655; car il ainoit à lire dans l'avenir, et il croyoit, comme les autres Grecs de son temps, aux prédictions des devins et des astrologues. Quoiqu'il eut quatre femmes, il ne laissa qu'un fils, *Constantin PORPHYROGENEIE*. Voyez SANTABARÈNE.
XVIII. LÉON le *Grammairien*, qui vivoit dans le XIIe siècle, composa une *Chronique de Constantinople*, depuis Léon l'Arménien, jusqu'à Constantin VII. Elle est jointe à la Chronique de St. Théophane, imprimée au Louvre en 1655, in-fol. et fait partie de la *Byzantine*.
XIX. LÉON DE BYZANCE, natif de cette ville, se forma dans l'école de *Platon*. Ses talens pour la politique et pour les affaires, le firent choisir par ses compatriotes dans toutes les occasions importantes. Ils l'envoyèrent souvent vers les Athéniens, et vers *Philippe*, roi de Macédoine, en qualité d'ambassadeur. Ce monarque ambitieux, désespérant de se rendre maître de Byzance, tant que Léon seroit à la tête du gouvernement, fit parvenir aux Byzantins une lettre supposée, par laquelle ce philosophe promettoit de lui livrer sa patrie. Le peuple, sans examiner, court furieux à la maison de Léon, qui s'étrangle pour échapper à la frénésie de la populace. Cet illustre infortuné laissa plusieurs *Écrits* d'histoire et de physique; mais ils ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Il florissoit vers l'an 350 avant Jésus-Christ.
XX. LÉON, (St.) évêque de Bayonne, et apôtre des Basques, étoit de Carentan en basse-Normandie. Il fut chargé d'une mission apostolique par le pape *Étienne V*, pour le pays des Basques, tant en deçà qu'au-delà des Pyrénées; mais pendant qu'il exerçoit son ministère, il fut martyrisé vers l'an 900 par les idolâtres du pays.
XXI. LÉON D'ORVIETTE, (*Leo Urbevetanus*) natif de cette ville, Dominicain suivant les uns, et Franciscain suivant d'autres, laissa deux *Chroniques*: l'une des *Papes*, qui finit en 1314; et l'autre, des *Empereurs*, qu'il a terminée à l'an 1308. *Jean Lami* les publia toutes deux en 1737, en 2 vol. in-8. Le style de Léon se sent de la barbarie de son siècle. Il adopte bonnement des fables que la lumière de la critique a dissipées. A ces défauts près, son ouvrage est utile pour l'histoire de son temps.
XXII. LÉON, (Jean) habile-géographe, natif de Grenade, se retira en Afrique après la prise de cette ville, en 1492, ce qui lui fit donner le nom d'*Africain*. Après avoir longtemps voyagé en Europe, en Asie et en Afrique, il fut pris sur mer par des pirates. Il a- jura le Mahométisme sous le pape Léon X, qui lui donna des marques singulières de son estime. Il mourut vers 1526. Nous avons de Jean Léon les Vies des Philosophes Arabes, que Hottinger fit imprimer en latin à Zurich en 1664, dans son bibliothecarius quadripartitus. On les a insérées aussi dans le tome XIII de la bibliothèque de Fabricius, sur une copie que Cavalcanti avoit envoyée de Florence. Il composa, en arabe, la Description de l'Afrique, qu'il traduisit ensuite en italien. Elle est assez curieuse et assez estimée, quoique nous ayons des ouvrages plus étendus et plus détaillés sur cette partie du monde. Jean Temporal la traduisit en françois, et la fit imprimer à Lyon en 1556, en 2 vol. in-fol. Il y en a une mauvaise traduction latine par Florian. Marmol, sans jamais citer Léon, l'a copié presque par-tout.
XXIII. LÉON DE MODÈNE, célèbre rabbin de Venise au dix-septième siècle, est auteur d'une excellente Histoire des Bits et Coutumes des Juifs, en italien. La meilleure édition de cet ouvrage, est celle de Venise, en 1638. Richard Simond a donné une traduction françoise (Paris, 1674, in-12,) de ce livre qui instruit en peu de mots des coutumes des Juifs, et sur-tout des anciennes, auxquelles l'auteur s'attache plus qu'aux modernes. Le traducteur a enrichi sa version de deux morceaux curieux, l'un sur la secte des Caraïtes, l'autre sur celle des Samaritains d'aujourd'hui. On a encore de Léon un Dictionnaire Hébreu et Italien, Venise, 1612, in-4°; seconde édition augmentée, Padoue, 1640.
XXIV. LÉON, (Louis de) Aloysius Legionensis, religieux Augustin, professeur de théologie à Salamanque, se rendit très-habée dans le grec et l'hébreu. Il fut mis à l'inquisition, pour avoir commenté le Cantique des Cantiques. Il y donna des exemples héroïques de patience et de grandeur d'ame, et sortit de son cachot au bout de deux ans. On le rétablit dans sa chaire et dans ses emplois. Il mourut le 23 août 1591, à 64 ans. Il avoit le génie de la poésie Espagnole, et ses vers offroient de la force et de la douceur; mais il est plus connu par ses livres théologiques. Son principal ouvrage, est un savant Traité en latin, intitulé: De utriusque Agni, typici et veri, immolutio-nis legitimo tempore. Le P. Daniel a donné ce livre en françois, 1695, in-12, avec des réflexions. L'original et la version sont également curieux. Son Commentaire sur le Cantique des Cantiques parut à Venise en 1604, in-8°, en latin.
XXV. LÉON, (Pierre Ciegan) voyageur Espagnol, passa en Amérique à l'âge de 13 ans, et s'y appliqua, pendant 17 ans, à étudier les mœurs des habitans du pays. Il composa l'Histoire du Pérou, et l'acheva à Lima en 1550. La première partie de cet ouvrage fut imprimée à Séville l'an 1553, in-fol. en espagnol; et à Venise en italien, in-8°, 1557: elle est estimée des Espagnols, et elle mérite assez de l'être.
XXVI. LÉON HÉBREU, ou de JUDA, fils ami d'Isaac Abarbanel, célèbre rabbin Portugais, suivit son père, réfugié à Venise après l'expulsion des Juifs par *Ferdinand le Catholique.* On a de lui, un *Dialogue sur l'Amour*, traduit de l'italien en françois par *Denys Sauvage* et *Pontus de Thiard*: il a été souvent imprimé in-8° et in-12 dans le 16$^{e}$ siècle.
XXVII. LÉON DE SAINT-JEAN, Carmé, né à Rennes l'an 1600, étoit appelé, avant son entrée en religion, *Jean Macé*: il fut élevé successivement presque à toutes les charges de son ordre, et s'acquit l'estime de *Léon XI*, d'*Alexandre VII* et de plusieurs cardinaux. Il prêcha devant *Louis XIII* et *Louis XIV* avec applaudissement. Ami du cardinal de *Richelieu*, il recueillit les derniers soupirs de ce ministre. Il mourut le 30 décembre 1671, à Paris, après avoir publié un très-grand nombre d'ouvrages : les principaux sont : I. *Studium sapientiae universalis*, 3 vol. in-fol. Le premier parut à Paris en 1657; il comprend les sciences profanes : les deux autres ont été imprimés à Lyon en 1664; ils ont pour but la science de la religion : on estime principalement ce qui regarde la théologie dogmatique. Le style de cet ouvrage est pur et conlant. II. *Vie de Ste Magdelaine de Pazzi*, Paris, 1636, in-8°. III. *Vie de Françoise d'Amboise*, Paris, 1634, IV. *Journal de ce qui s'est passé à la maladie et à la mort du cardinal de Richelieu*, Paris, 1642, in-4°. V. Plusieurs ouvrages ascétiques, et quelques-uns pour soutenir la prétendue antiquité de son ordre. VI. *Histoire de la Province des Carmes de Tours*, en latin, Paris, 1640, in-4°. VII. *La Somme des Sermons Parénétiques*, et *Panégyriques*, 4 vol. in-fol. Paris, 1671, 1675.
LÉO 167
LÉON JUDA, *Voy. IV. JUDA.*
LEON ALAZZI, *Voyez ALLATIUS* (Leo).
LÉON, *Voy. LEONTIUS.* — PAJ DOUAN. — PONCE, n.$^{os}$ IV et V.
LÉON DE CASTRO, *Voyez CASTRO* n.$^{o}$ II. I. LÉONARD, (St.) solitaire du Limousin, mort vers le milieu du 6$^{e}$ siècle, a donné son nom à la petite ville de *Saint-Léonard-le-Noblet*, à 5 lieues de Limoges. On prétend qu'il fut baptisé par *St. Iémi*, qui le chargea du soin d'instruire les peuples. Il s'en acquitta avec un zèle apostolique qui le fit connoître à la cour. Le roi lui offrit un évêché qu'il refusa; il pria seulement ce prince de lui permettre de visiter les prisonniers, et de délivrer ceux qui mériteraient quelque grace. Il se retira ensuite dans une solitude où il eût des disciples. Sa réputation s'étendit jusques en Angleterre, où son nom se lit encore aujourd'hui dans le calendrier réformé de la nouvelle lithurgie. L'*Histoire de sa vie*, écrite par un anonyme, est pleine de faussetés et de fables absurdes. Nous n'avons choisi que les circonstances qui nous ont paru les plus vraisemblables. Voyez la *Vie des Saints de Baillet*, au 6$^{e}$ novembre : c'est le jour où l'on célèbre sa fête.
II. LÉONARD MATTHEI D'HUDINE, Dominicain du 15$^{e}$ siècle, ainsi nommé du lieu de sa naissance, enseigna la théologie avec réputation, et fut l'un des plus célèbres prédicateurs de son temps. On a de lui, un grand nombre de *Sermons* latins, dont le mérite est très-médiocre; 168 LÉO mais, comme les éditions en sont anciennes, quelques savans les recherchent. Les principaux sont : I. Ceux de Sanctis, Paris, 1473; ceux du Carême, 1478, in-fol. II. Il a laissé aussi un traité de sanguine Christi, 1473, in-fol.
III. LÉONARD DE PISE, (Leonardo Pisano) est le premier qui fit connoître en Italie, au commencement du 15e siècle, les Chiffres arabes et l'Algèbre, et qui y enseigna la manière d'en faire usage. On conserve à Florence, dans la bibliothèque de Magliabecchi, un traité d'Arithmétique en latin, intitulé : Liber Abaci, compositus à Leonardo filio Bonacci, l'Isao, in anno 1202. L'auteur y dit dans la préface, qu'étant à Bugie, ville d'Afrique, où son père étoit facteur pour des marchands Pisans, il avoit été initié dans la manière de compter des Arabes; et que l'ayant trouvée plus commode et de beaucoup préférable à celle qui étoit en usage en Europe, il a entrepris ce Traité pour la faire connoître en Italie. C'est de là que les chiffres arabes et l'algèbre se répandirent ensuite dans les autres pays de l'Europe, à l'égard de laquelle Leonard de Pise peut presque passer pour inventeur, ayant enseigné, le premier, les règles de cette science, et l'ayant même perfectionnée. Il est encore auteur d'un Traité d'Arpentage, que l'on conserve dans la même bibliothèque.
IV. LÉONARD, (Frédéric) imprimeur de Paris en 1653, a publié le plus grand nombre des éditions ad usum Delphini.
LÉONARD, Voy. VINCI et MALESPEINES.
LEONARDI, (Jean) instituteur des clercs-réguliers de la Mère de Dieu de Lucques, né à Decimo en 1541, érigea sa congrégation en 1583. Le but de cet institut est de consacrer une vie pauvre et laborieuse à un des ouvrages les plus importants de la société civile, à l'instruction de la jeunesse. Le pieux instituteur essuya des contradictions à Lucques; mais il en fut dédommagé par l'estime du pape Clement VIII, et du grand duc de Toscane. Il mourut à Rome le 8 octobre 1609, à 69 ans. On a de lui, quelques ouvrages peu connus, et il est plus recommandable comme fondateur que comme écrivain. Sa Vie a été donnée en italien par Maracci, prêtre de sa congrégation, Venise, in-fol. 1617.
LÉONAT, fut un des lieutenants d'Alexandre, qui étoit son parent, et avoit été élevé avec lui. Dans le partage que ses officiers firent de ses conquêtes après sa mort, la petite Egypte écoutait à Léonat. L. LÉONCE, philosophe Athénien, est principalement célèbre, parce qu'il donna le jour à Athénaïs, qui devint impératrice d'Orient. Voy. EUDOXIE, femme de Théodose II.
II. LÉONCE, (Saint) évêque de Fréjus en 361, mort vers 450, se fit un nom par son savoir et sa piété. Cassien lui dédia les dix premiers livres de ses Conférences.
III. LÉONCE, le Scolastique, prêtre de Constantinople dans le 6e siècle, laissa plusieurs livres d'Histoire et de Théologie, entre autres un Traité du Concile de Chalcedoine, qu'on trouve dans la Bibliothèque des Pères, et dans le quatrième volume des anciennes leçons de *Canisius*, in-4.$^{o}$
IV. LÉONCE, patrice d'Orient, et gouverneur de Syrie, s'en fit couronner roi en 482, sous l'empire de *Zénon*. *Vérine*, femme de *Léon* l'Ancien, qui favorisoit son usurpation, le fit proclamer dans la ville de Tarse en Cilicie où elle avoit été reléguée. *Zénon* envoya contre *Léonce* le général *Illus* à la tête d'une armée nombreuse. Mais *Vérine*, étant venue au-devant de lui, le séduisit en lui représentant l'ingratitude de *Zénon*, et en l'éblouissant par les plus grandes espérances. Il employa donc à soutenir *Léonce* sur le trône, les mêmes troupes que *Zénon* lui avoit confiées pour le détrôner. L'empereur trouva un général plus fidèle dans *Théodoric Rumal*, qui marcha contre les deux rebelles. Après quatre années de guerre, il remporta une victoire signalée. Avant poursuivi *Léonce* et *Illus* qui s'étoient réfugiés dans un château, nommé *Papirus*, il les fit prisonniers, et envoya leurs têtes à Constantinople en 485. *Vérine* fut arrêtée comme eux, et exilée en Thrace, où elle mourut peu de temps après. V. LÉONCE, patrice d'Orient, donna des preuves de son courage sous *Justinien II*. Cet empereur, prévenu contre lui par ses envieux, le tint trois ans dans une dure prison. *Léonce*, ayant eu sa liberté, déposséda *Justinien*, et se mit sur son trône en 695. Il gouverna l'empire jusqu'en 698, que *Tibère-Libère* lui fit couper le nez et les oreilles, et le confina dans un monastère. *Justinien*, rétabli par le secours des Bulgares, condamna *Léonce* à perdre la tête: ce qui fut exécuté en 705. Le soin que cet usurpateur avoit eu de conserver la vie à *Justinien*, dans un temps de barbarie, où les monarques ne cimentoient leur troue que par le sang de leurs rivaux, donne une idée avantageuse de son humanité, et eût dû inspirer à celui qu'il avoit épargné, des sentimens qui y eussent répondu.
LÉONI, (Christophe) orfèvre, graveur de médailles, et sculpteur, fit la statue de *Charles-Quint*, qui l'en récompensa magnifiquement. Il étoit d'Arrezzo en Toscane, et mourut à Milan, ainsi que son fils *Pompée*, héritier de ses talens.
LEONICENUS, (Nicolas) célèbre médecin, né à Lunigo dans le Vicentin, en 1428, professa pendant plus de 60 ans la médecine à Ferrare, avec beaucoup de succès. C'est à lui qu'on doit la première traduction latine des Œuvres de *Galien*. Il parvint à un âge fort avancé, par la tranquillité d'esprit, par des mœurs pures et une vie sobre. Il conserva jusqu'à la fin une mémoire sûre, des sens entiers, un corps droit et une santé vigoureuse. Il mourut en 1524, dans sa 96$^{e}$ année, emportant les regrets des savans et du peuple. Il ne s'attacha que très-peu à la pratique de la médecine. « Je rends, disoit-il, plus de services au public, que si je visitois les malades, puisque j'enseigne ceux qui les guérissent. » On a de lui plusieurs ouvrages. Les principaux sont: I. Une *Grammaire Latine*, 1473, in-4.$^{o}$ II. Une *Traduction* latine des Aphoris- mes d'Hippocrate. III. Celle de plusieurs Traités de Galien. IV. Un Traité curieux: De Plini et plurium aliorum Medicorum in medicinal erroribus; à Bude, 1532, in-fol.: ouvrage rare. V. Des Versions italiennes de l'histoire de Dion, et de celle de Procope. VI. Une autre des Dialogues de Lucien. VII. Trois livres d'Histoires diverses, in-fol. en latin. On les traduisit en italien, et cette version parut à Venise, in-8°, en 1544. VIII. De morbo Gallico liber, Basle, 1536, in-4°. On voit, par ces différentes productions, que Leoniceus, en cultivant la médecine, n'avoit pas négligé la littérature et l'étude de l'antiquité. Ses Ouvrages furent recueillis à Basle, en 1533, in-fol.
LÉONICUS THOMÆUS, (Nicolas) savant philosophie Vénitien et originaire d'Albanie, étudia le grec à Florence, sous Demetrius Chalcondyle. Il rétablit le goût des belles-lettres à Padoue, où il expliqua le texte grec d'Aristote. Il mourut en 1531, à 75 ans. La philosophie avoit dirigé ses mœurs et réglé son esprit. On a de lui, une Traduction du Commentaire de Proclus sur le Timée de Platon, et d'autres Versions italiennes et latines, qu'on ne consulte plus guère. Son vrai nom étoit Thomæus. Leonicus n'étoit qu'une espèce d'anagramme de son nom de baptême. I. LÉONIDAS Ier, roi des Lacédémoniens, de la famille des Agides, ayant été chargé de s'opposer à l'invasion que Xercès, roi de Perse, menaçoit de faire en Grèce, comprit bientôt qu'il lui seroit impossible de résister en rase campagne à l'armée in- nombrable de l'ennemi; il résolut de l'attendre au défilé des Thermopyles, que Xercès étoit obligé de franchir pour entrer en Grèce. Alors, considérant qu'il n'avoit pas besoin d'une nombreuse armée pour garder ce passage, il renvoya tous les alliés, et ne garda que trois cents Lacédémoniens, déterminés, comme lui, à vaincre ou à mourir. D'ailleurs, ayant appris de l'oracle qu'il falloit que Lacédémone fût détruite ou que son roi périt, il n'hésita pas de se sacrifier pour le salut de sa patrie. Le lendemain matin, après avoir exhorté sa petite troupe à prendre de la nourriture, dans l'espérance de souper tous ensemble chez Pluton, il les mena à l'ennemi avec un courage intrépide, l'an 480 avant J. C. Le choc fut rude et sanglant. Léonidas tomba des premiers, et tous, imitant son exemple, demeurèrent sur le champ de bataille, excepté un seul qui se sauva à Lacédémone, où il fut reçu comme un traitre à sa patrie. Xercès, outré de dépit de ce que Léonidas avoit osé lui tenir tête avec une poignée de soldats, le fit chercher parmi les morts et attacher à une potence. Mais, au lieu de déshonorer son ennemi, il se couvrit lui-même d'une honte éternelle. On dit que quand ce héros partit pour cette expédition, il ne recommanda à sa femme autre chose, sinon de se remarier après sa mort à quelque brave homme, qui fit des enfans dignes de son premier époux. Xercès lui ayant mandé, qu'en s'accommodant avec lui, il lui donneroit l'empire de la Grèce: J'aime mieux mourir pour ma patrie, lui répondit-il, que d'y régner in- justement... Ce même prince lui osant demander ses armes, il ne lui répondit que ces mots, bien dignes d'un Lacédémonien : Viens les prendre... Comme quelqu'un lui rapporta que l'armée ennemie étoit si nombreuse, que le soleil seroit obscurci de la grêle de leurs traits : Tant mieux, dit Léonidas, nous combattrons à l'ombre... On vouloit savoir pourquoi les braves gens préféroient la mort à la vie : Parce qu'ils tiennent, dit-il, celle-ci de la fortune, et l'autre de la vertu.
II. LÉONIDAS II. roi de Sparte vers l'an 256 avant J. C., fut chassé par Cléombrotte son gendre, et rétabli ensuite. Il étoit petit-fils de Cléomène II, et fut successeur d'Arée II.
LÉONIN, ou LEEW, (Elbert ou Engelbert) de l'isle de Bommel dans la Gueldre, enseigna le droit à Louvain avec un succès extraordinaire. Il eut la confiance la plus intime du prince d'Orange, qui l'employa beaucoup dans l'établissement des Provinces-Unies. Léonin fut chancelier de Gueldre, après le départ de l'archiduc Matthias, en 1581, et l'un des ambassadeurs que les États envoyèrent à Henri III, roi de France. Cet habile politique mourut à Arnheim le 4 décembre 1598, à 79 ans. Il ne fut point Protestant, et ne voulut jamais entrer dans les disputes sur la religion. On a de lui, plusieurs ouvrages, entr'autres : I. Centuria Conciliorum, Anvers, 1584, in-fol. II. Emendationum septem Libri, Arnheim, 1610, in-4.º Les jurisconsultes se sont beaucoup servis autrefois de ces deux productions.
LÉONIUS, poète Latin de Paris, fut célèbre dans le douzième siècle par l'art de faire rimer l'hémistiche de chaque vers avec la fin. Damon languebat, monachus tunc esse voicbat ; Ast ubi convaiuit, mansit ut anti fuit. Beelzebub languissoit triste et blême : Lors vers le froc il tourna tous ses vœux ; Mais, revenu de cet état piteux, Le fin matois resta toujours le même. Il mit en vers de ce genre presque tout l'ancien Testament. Ces vers barbares, que Virgile n'eût certainement pas avoués, furent appelés Léonius : non parce que Léonius fut l'inventeur de cette ineptie, fort en vogue avant lui; mais parce qu'il y réussit mieux que les autres. Le savant abbé le Bœuf a donné une Dissertation pour détruire l'opinion commune qui fait Léonius chanoine de Saint-Benoit de Paris; il prétend qu'il étoit chanoine de Notre-Dame. Sa plus forte preuve est que Léonius, dans une de ses pièces, invite un de ses amis à venir à la fête des Fous, (pieuse farce, qui ne se faisoit alors que dans l'église de Paris,) pour y déposer l'office du Bâtonnier, et le transmettre à un autre avec la nouvelle année. Il parle de cet ami comme d'un de ses confrères, et par conséquent ils étoient l'un et l'autre chanoines de Notre-Dame. Comme cette discussion n'est pas bien importante, et que d'ailleurs les preuves du savant dissertateur ne sont que des conjectures, on ne s'y arrêtera pas davantage.
LÉONOR, évêque régionnaire en Bretagne, au 6e siècle, étoit du pays de Cailes. Ses tra- 172 LÉO vaux apostoliques et ses vertus l'ont fait mettre au nombre des Saints.
LÉONORE, Voyez ÉLÉONORE.
LEONTIUM, courtisane Athénienne, philosopha et se prostitua toute sa vie. Epicure fut son maître, et les disciples de ce philosophe ses galans. Metrodore fut celui qui eut le plus de part à ses faveurs; elle en eut un fils, qu'Epicure recommanda en mourant à ses exécuteurs testamentaires. Leontium soutint avec chaleur les dogmes de son maître, qui, suivant quelques-uns, avoit été aussi son amant. Elle écrivit contre Théophraste, avec plus d'élégance que de solidité. Son style, suivant Ciceron, (Le nat. Deor. L. I.) étoit pur et attique. Leontium eut aussi une fille, nommé DANIE, héritière de la lubricité de sa mère. Cette fille fut aimée de Sophron, préfet d'Éphèse, et ayant favorisé l'évasion de son amant condamné à mort, elle fut précipitée d'un rocher. Elle fit éclater dans ses derniers momens des sentimens hardis et impies, tels qu'on devoit les attendre d'une prostituée.
LEONTIUS - PILATUS ou LEON, disciple de Barlaam moine de Calabre, est regardé comme le premier de ces savans Grecs à qui l'on est redevable de la renaissance des lettres et du bon goût en Europe. C'est lui aussi qui enseigna, le premier, le grec en Italie vers le milieu du 14e siècle: Pétrarque et Bocace furent au rang de ses disciples. Il passa dans la Grèce pour en rapporter des manuscrits; mais il fut tué d'un coup de tonnerre sur la mer Adriatique, en s'en retournant en Italie. Ce moine, très-versé dans la littérature grecque, ne connoissoit que médiocrement la latine. C'étoit un savant sans politesse et sans urbanité, mal-propre, dégoûtant, toujours rêveur, mélancolique et inquiet. Voyez sa Vie dans l'ouvrage de Humfroi Hody, De Graecia illustribus, in-3°, Londres, 1742.
LÉOPARD, (Paul) humaniste d'Isemberg près de Furnes, aima mieux passer sa vie dans un petit collège à Bergues-Saint-Vinor, que d'accepter une chaire de professeur royal en grec, qu'on lui effrit à Paris. Il mourut le 3 juin 1567, à 57 ans. On a de lui, en latin, des Remarques critiques, divisées en vingt livres. Les dix premiers ont été imprimés à Anvers, 1568, in-4°. Les dix derniers ont paru pour la première fois en 1604, dans le troisième volume du Fax Artium de Crater. On convient généralement que ces Remarques sont pleines de savoir, de bon sens et de bon goût. Il a donné encore une Traduction assez fidèle de quelques Vies de Plutarque. Casaubon parle de lui comme d'un homme aussi savant que judicieux, et dont les recherches ont été utiles aux gens de lettres. — Il y a eu encore de ce nom, Jérôme LEOPARD, poète Florentin, peu connu. I. LÉOPOLD, (Saint) fils de Léopold le Bel, marquis d'Autriche, succéda à son père en 1096. Sa vertu lui mérita le titre de Pieux, il fit le bonheur de ses sujets, diminua les impôts, traita avec une égale bonté le pauvre et le riche, et fit rendre à tous une justice très-exacte. Sa valeur, égale à sa piété, éclata sous l'empereur *Henri IV*, et se soutint sous *Henri V*, dont il embrassa le parti. Ce prince lui donna en 1106, *Agnès* sa sœur en mariage, et après sa mort il eut plusieurs voix pour lui succéder à l'empire; mais *Lothaire* l'ayant emporté, *Léopold* se fit un devoir de le reconnoître. Ce prince mourut saintement en 1139, après avoir fondé plusieurs monastères. *Innocent VIII* le canonisa en 1485. Il avoit eu d'*Agnès* dix-huit enfans, huit garçons et dix filles, qui se montrèrent dignes de leurs illustres parens.
LÉOPOLD D'AUTRICHE, *Voyez MELCTAL*. — IL LÉOPOLD Ier, second fils de l'empereur *Ferdinand III*, et de *Marie-Anne d'Espagne*, né le 9 juin 1640, roi de Hongrie en 1655, roi de Bohème en 1659, élu empereur en 1658, succéda à son père à l'âge de dix-huit ans. Un article de la capitulation qu'on lui fit signer en lui remettant le bâton impérial, fut qu'il ne donneroit aucun secours à l'Espagne contre la France. Les Turcs menaçaient alors l'empire. Ils battirent les troupes Impériales près de Barcan, et ravagèrent la Moravie, parce que l'empereur continuoit de soutenir le prince de Transylvanie, qui avoit cessé depuis six ans d'envoyer un tribut annuel de deux cent mille florins, que ses prédécesseurs avoient promis de payer à l'empire Ottoman. *Montecuculi*, général de *Léopold*, soutenu par un corps de six mille François choisis, sous les ordres de *Coligni* et de la *Feuillade*, les défit entièrement à Saint-Gothard en 1664. Loin de profiter d'une victoire aussi complète, les vainqueurs se hâtèrent de faire la paix avec les vaincus : ils souffrirent que le prince de Transylvanie, *Ragotzki*, fût leur tributaire. L'Allemagne et la Hongrie désapprouvèrent ce traité; mais le ministère Impérial avoit ses vues; les finances étoient en mauvais état : on songeoit à assujettir absolument les Hongrois; et l'on voyoit avec peine la gloire que les François s'étoient acquise dans cette guerre. La paix ou plutôt la trêve fut conclue pour vingt années. (*Voyez LEMBE-CIUS, à la fin.*) La Hongrie occupa bientôt après les armes de l'empereur. Les seigneurs de ce royaume vouloient à la fois défendre leurs privilèges et recouvrer leur liberté; ils songèrent à se donner un roi de leur nation. Ces complots coûtèrent la tête à *Serin*, à *Frangipani*, à *Nadasti* et à plusieurs autres; mais ces exécutions ne calmèrent pas les troubles. *Tekeli* se mit à la tête des mécontents, et fut fait prince de Hongrie par les Turcs, moyennant un tribut de quarante mille sequins. Cet usurpateur appela les Ottomans dans l'Empire. Ils fondirent sur l'Autriche avec une armée de deux cent quarante mille hommes; ils s'emparèrent de l'isle de Schurt, et mirent le siège devant Vienne en 1683. Cette place étoit sur le point d'être prise, lorsque *Jean Sobieski* vola à son secours, tandis que l'empereur se sauvoit à Passau. Il attaqua les Turcs dans leurs retranchemens et y pénétra. Une terreur panique saisit le grand-visir *Mustapha*, qui prit la fuite et abandonna son camp aux vainqueurs. Après cette défaite, les Turcs furent presque toujours vaincus, et les Impériaux reprirent toutes les villes dont ils s'étoient emparés. Léopold regardant les rebelles de Hongrie comme la cause d'une partie des maux qui avoient menacé l'empire, ordonna qu'ils fussent punis avec rigueur. On éleva dans la place publique d'Éperies, en 1687, un échafaud, où l'on immola les victimes dont la mort étoit la plus nécessaire à la paix. Le massacre fut long et terrible; il finit par une convocation des principaux nobles Hongrois, qui déclarèrent, au nom de la nation, que la couronne étoit héréditaire. Léopold eut d'autres guerres à soutenir. Ce prince, qui ne combattoit jamais que de son cabinet, ne cessa d'attaquer Louis XIV: premièrement en 1671, d'abord après l'invasion de la Hollande, qu'il secourut contre le monarque François; ensuite quelques années après la paix de Nimègue, en 1686, lorsqu'il fit cette fameuse ligue d'Augsbourg, doit l'objet étoit d'accabler la France et de chasser Jacques II du trône d'Angleterre; enfin, en 1701, à l'avènement étonnant du petit-fils de Louis XIV à la couronne d'Espagne. Léopold sut, dans toutes ces guerres, intéresser le corps de l'Allemagne, et les faire déclarer ce qu'on appelle guerres de l'Empire. La première fut assez malheureuse, et l'empereur reçut la loi à la paix de Nimègue, en 1678. L'intérieur de l'Allemagne ne fut pas saccagé; mais les frontières du côté du Rhin furent maltraitées. La fortune fut moins inégale dans la seconde guerre, produite par la Ligne d'Augsbourg. La troisième fut encore plus heureuse pour Léopold. La mémorable bataille d'Hochstet changea tout, et ce prince mou- rut l'année suivante, le 5 mai 1705, à 65 ans, avec l'idée que la France seroit bientôt accablée, et que l'Alsace seroit réunie à l'Allemagne. Ce qui servit le mieux Léopold dans toutes ces guerres, ce fut la grandeur de Louis XIV, qui s'étant produite avec trop de faste, irrita tous les Souverains. L'empereur Allemand, plus doux et plus modeste, fut moins craint, mais plus aimé. Il avoit été destiné dans son enfance à l'état ecclésiastique. Son éducation avoit été conforme à cette vocation prématurée; on lui avoit donné de la piété et du savoir; mais on négligea de lui apprendre le grand art de régner. Ses ministres le gouvernèrent, et il ne vit plus que par leurs yeux. Leur rôle étoit néanmoins difficile à soutenir; dès que le prince s'appercevoit de sa sujétion, une prompte disgrace le vengeoit d'un ministre impérieux; mais il se livroit à un autre avec aussi peu de réserve. Cependant presque tous ses choix furent heureux, et si le ministère de Vienne commit des fautes pendant un règne de quarante-six ans, il faut avouer qu'avec une lenteur prudente, il sut faire presque tout ce qu'il voulut. Louis XIV fut l'Anguste et le Scipion de la France, et Léopold le Fabius de l'Allemagne. « Tout l'empire, dit Montigny, fut dans sa dépendance. On le vit créer un nouvel électeur, menacer les princes du ban de l'empire, faire un roi en vertu de sa toute-puissance, comme il s'exprimoit lui-même, sans le consentement, et même contre l'avis de tous les états... Rien de si foible que l'autorité impériale après la mort de Ferdinand III. La paix de West- phalie la subordonnoit, pour ainsi dire, au caprice des états. Léopold rompit les bornes qui la resserroient, et la rétablit dans son ancienne vigueur. C'est ce qu'on appela dans le temps le retour de CHARLES—QUINT et de la Tyrannie.» Léopold aimoit passionnément la musique et même en composoit d'agréable, telle que le Menuet parodié, Quel caprice, etc. « Étant prêt à mourir, dit Duclos, après avoir fait ses dernières prières avec son confesseur, il fit venir sa musique et expira au milieu du concert. » Ce prince s'étoit marié trois fois. Ses femmes furent : 1.º Marguerite—Thérèse, seconde fille de Philippe IV, roi d'Espagne, qu'il épousa en 1666. 2.º Claude-Félicité d'Autriche—Iaspruck, qui mourut en 1676. 3.º La princesse Palatine de Neubourg, Éléonore—Magdeleine—Thérèse, princesse célèbre par ses vertus, dont on a la Vie in—8.º Léopold en eut trois princes : Joseph, en 1678, qui lui succéda ; Léopold—Joseph, en 1682, mort âgé de deux ans ; et Charles, archiduc d'Autriche, qui fut aussi empereur. — III. LÉOPOLD II, (Pierre-Joseph) empereur en 1790, après la mort de Joseph II son frère, étoit fils de François I, et de Marie—Thérèse. Ce prince né le 5 mai, 1747, fut d'abord grand duc de Toscane, et gouverna pendant vingt-cinq ans ses états avec sagesse et avec gloire. Quoiqu'au milieu de ses innombrables ordonnances, on découvrit un amour excessif du régime réglementaire, trop d'attention pour de petits détails, un penchant aux innovations ; l'administration fut améliorée par des réformes nécessaires, et par des lois utiles. Quand il arriva en Toscane, l'état étoit obéré. Les revenus publics envoyés à Vienne chaque année, alloient se perdre dans le trésor impérial. Le peuple étoit épuisé : les lois étoient ou mauvaises ou méconnues ; les désordres publics et particuliers étoient au comble ; les pauvres innombrables ou mal secourus. Léopold commença à diminuer les impôts, et mit de l'ordre dans les finances. De bonnes lois, une police exacte, des hôpitaux nombreux et bien entretenus, de sages réglemens, signalèrent les premières années de son règne. Les lois civiles étoient obscures et compliquées, il les simplifia, et adoucit en même temps les lois criminelles, barbares en Toscane comme dans une partie de l'Europe. Pendant dix ans le sang n'y coula pas une seule fois sur l'échafeud. Léopold étendit sur les prisons ses vues d'humanité ; et il ne manqua plus aux prisonniers, traités avec douceur, que la liberté. Cet adoucissement des peines adoucit les mœurs publiques ; les grands crimes devinrent plus rares. Dans les hôpitaux, ce n'étoit pas seulement des secours que trouvoient les malades ; ils y trouvoient aussi des soins délicats, de la propreté, de l'ordre, et tout ce qui contribue au prompt rétablissement de la santé. Le grand Duc alloit souvent les visiter, et recueillir les bénédictions qui suivent les bienfaits. Attentif à tout ce qui pouvoit soulager le peuple, il multiplia les jours de travail, et par conséquent les salaires, en retranchant un grand nombre de fêtes. L'industrie fut délivrée de toutes les entraves. Chacun put 176 LÉO exercer l'art, le métier auquel il étoit propre. Il établit des manufactures, et fit ouvrir à ses frais, de grands chemins, pour faciliter les communications des denrées et du commerce. L'académie de Florence, d'où sortirent tant de peintres, de sculpteurs et d'architectes fameux, sous le règne de *Médicis*, avoit perdu tout son éclat; il s'efforça de le lui rendre, en ordonnant en 1767, que l'exposition publique des ouvrages, qui n'avoit pas eu lieu depuis trente ans, seroit renouvelée. *L'Impola* auroit voulu extorper la rendicité; mais l'avarice des Florentins, qui aimout un ou donner à leur gré quelques secours aux mondans, que de payer des solisides fixes pour les éloigner, rendirent cette réforme trop difficile. Le prince ne put qu'adoucir un mal, que le peuple même pour qui il travaillait, l'empêchait de guérir. Toujours accessible à ce peuple, toujours affable, il admettait dans son palais le pauvre comme le riche; il destina même aux malheureux trois jours de la semaine. Pour que le commerce eût tous ses avantages, il lui donna une liberté indéfini. *Il en est du commerce*, disoit-il, comme du cours des rivières; quand on le gêne, il y a toujours des stagnations ou des débordemens. Cette liberté accrut et fit propérer en Toscane l'agriculture et l'industrie. Les laboureurs étoient riches et les artisans à leur aise. Les juridictions seigneuriales et d'autres restes de la féodalité, furent abolies. A la noblesse près, qu'il ne crut pas devoir détruire, il ne laissa rien qui pût opprimer les sujets ou gêner son autorité; mais il ôta en même temps au peuple tout moyen de reprendre une existence politique. *Léopold* vouloit qu'il fût heureux, mais qu'il fût soumis. Il supprima jusqu'aux confréries, qui étoient quelquefois des centres de rassemblements dangereux. Par un excès de vigilance sur les actions des citoyens, il établit parmi le peuple, comme parmi les nobles, un espionnage qui lui rendoit présentes et les actions et les paroles. Quand on lui reprochoit d'avoir tant d'espions, il répondoit: *Je n'ai pas de troupes*, car il haïssoit la guerre; mais il falloit aussi haïr cette sollicitude minutieuse, qui se porte jusque sur les choses indifférentes. Quelques-unes des innovations qu'il tenta, n'eurent pas de succès, parce qu'elles offensioient non-seulement les préjugés du peuple, mais encore les sentimens: telle, par exemple, qu'une ordonnance, bientôt retirée, pour les sépultures communes. Parvenu au trône impérial, *Léopold* donna au gouvernement Autrichien un éclat que peu de règnes ont offert, s'unit à l'Angleterre pour borner les conquêtes de *Catherine II*, impératrice de Russie, et accelera la paix entre elle et le grand Turc, et cette paix fut signée à Reichenbach, le 27 juillet 1790. Les Pays-Bas reconvités, les diverses branches de la monarchie Autrichienne raffermies, l'alliance avec la Prusse conduite à sa fin; furent l'ouvrage de deux années. Entraîné par des mouvemens étrangers, ce prince pacifique se préparoit à faire la guerre à la France, lorsque la mort l'enleva dans la force de l'âge et de l'expérience, le 1er mars 1792, à 44 ans. Quatre jours auparavant il avoit donné une audience publique à l'ambassadeur Turc. Sa maladie fut si prompte et si courte, qu'elle donna lieu à d'étranges conjectures. Mais si l'on fait attention qu'il étoit attaqué, depuis plusieurs mois, d'une diarrhée opiniâtre; qu'il faisoit un usage presque habituel des *diavolini*, et d'autres aromates irritans : que son tempérament pouvoit être usé, par les travaux et même par les plaisirs, sa mort ne sera point attribuée à des causes extraordinaires. L'ouverture du corps montra la gangrène dans les intestins. Il avoit épousé *Marie-Louise*, infante d'Espagne, dont il a eu *François II*, né le 12 février 1768, qui lui a succédé, et plusieurs autres enfans. — IV. LÉOPOLD, duc de Lorraine, fils de *Charles cinq* et d'*Éléonore d'Autriche*, naquit à Anspruch le 11 septembre 1679. Il porta les armes dès sa plus tendre jeunesse, et se signala, en 1695, à la journée de Témeswar. Le duc *Charles cinq* son père ayant pris parti contre la France, avoit vu la Lorraine envahie, et elle étoit encore au pouvoir de la France à sa mort, arrivée en 1690. *Léopold* fut rétabli dans ses états par la paix de Ryswick en 1697, mais à des conditions auxquelles son père n'avoit jamais voulu souscrire : il ne lui étoit pas seulement permis d'avoir des *remparts à sa capitale*. Quelque mortification que dût lui donner la perte d'une partie des droits régaliens, il crut pouvoir être utile à son peuple, et il ne s'occupa dès lors que de son bonheur. Il trouva la Lorraine désolée et déserte : il la repeupla et l'enrichit. Aussi grand politique que son père étoit brave guerrier, il sut conserver la paix, tandis que le reste de l'Europe étoit ravagé par la guerre. Sa noblesse, réduite à la dernière misère, fut mise dans l'opulence par ses bienfaits. Il faisoit rebâtir les maisons des gentilhommes pauvres, il payoit leurs dettes, il maloit leurs filles. *Stanislas Leczinski*, depuis duc de Lorraine, ayant passé par Lunéville en 1714, fut obligé de faire vendre secrètement des bijoux de grand prix : *Léopold* le sut par le marquis de *Beauvau*, et lui renvoya les bijoux avec leur valeur en argent. Un de ses ministres représentoit à *Léopold* que ses sujets le ruinoient. *Tant mieux*, répondit-il, je n'en serai que plus riche, puisqu'ils seront heureux. Un gentilhomme pauvre jouoit avec lui, et gagnait beaucoup : *Vous jouez bien malheureusement*, dit-il au prince... *Non*, répartit *Léopold*, jamais la fortune ne m'a mieux servi. Protecteur des arts et des sciences, il établit une université à Lunéville, et alla chercher les talons jusque dans les boutiques et dans les forêts, (*Voyez V. DEVALL*) pour les mettre au jour et les encourager. *Je quitterais*, disoit-il, demain ma souveraineté, si je ne pouvois faire du bien. Administrer la justice, étoit pour lui un devoir sacré. Il assistoit toujours au conseil, et signoit non-seulement ses édits, mais même les décrets sur requête. Afin de se décider plus sûrement dans les affaires importantes, il avoit à Paris un conseil, composé des avocats les plus célèbres de la capitale. Il avoit formé le projet de liquider les dettes de l'état en dix années; mais la mort l'empêcha de l'exécuter. Il fut enlevé à ses sujets le 27 mars 1729, à Lunéville, à 50 ans. Il laissa son exemple à suivre à François I son fils, depuis empereur, et jamais exemple n'a été mieux imité. L'empereur Joseph-Benoit petit-fils de Léopold, étoit en tout l'image de son grand-père. Léopold avoit épousé Elizabeth, fille du duc d'Orléans, morte en 1744, qui avoit porté à Lunéville toute la politesse de la cour de Versailles.
LÉOPOLD-GUILLAUME, archiduc d'Autriche, évêque de Passau, de Strasbourg, etc., grand-maître de l'ordre Teutonique et gouverneur des Pays-Bas, fils de l'empereur Ferdinand II, commanda les armées Autrichiennes contre les Suédois et les François, durant la guerre de trente ans, que sa maison soutint pour le maintien de la religion catholique en Allemagne. Il eut de grands succès et de grands revers. C'étoit un prince sage, doux et pieux : il ne manquoit ni de courage, ni de talens militaires ; mais il n'étoit pas le maître de ses opérations, et ceux dont il dépendoit, le secondoient mal. Il mourut à Vienne en 1662.
LÉOTAUD, (Vincent) Jésuite François, habile mathématicien, mort le 13 juin 1672, a publié un ouvrage savant, où il montre que l'on travaille vainement à la démonstration de la quadrature du cercle. Il a pour titre : Examen circuli quadraturæ, Lyon, 1654, in-4.
LEOTYCHIDE, roi de Sparte, et fils de Menaris, défit les Perses dans un grand combat naval près de Mycale, l'an 479 avant J. C. Dans la suite, ayant été accusé d'un crime capital par les Épho- res, il se réfugia à Tégée dans un temple de Minerve, où il mourut. Archidame, son petit-fils, lui succéda.
LEOVIGILDE, Voyez LEUVIGILDE.
LEOWICZ, (Cyprien) astronome Bohémien, se mêla de faire des prédictions astrologiques, qui ne réussirent qu'à le rendre ridicule. Il prédit, en 1565, comme une chose assurée, que l'empereur Maximilien seroit monarque de toute l'Europe, pour punir la tyrannie des autres princes, ce qui n'arriva point ; mais il ne prédit pas ce qui arriva un an après sa prophétie, que le sultan Soliman II prendroit Sigeth, la plus forte place de Hongrie, à la vue de l'empereur et de l'armée Impériale, sans aucun empêchement. Cet extravagant annonça la fin du monde pour l'an 1584. Cette fameuse alarme porta le peuple, craintif, à faire des legs aux monastères et aux églises. Leowitz eut, en 1569, une conférence sur l'astronomie avec Tycho-Drahé, qui fit un voyage exprès pour le voir. Il finit ses jours à Lawingen en 1574. On a de lui : I. Une Description des Éclipses, in-folio. II. Des Éphémérides, in-folio. III. Prédictions depuis 1564 jusqu'en 1607, in-8°, 1565. IV. De judiciis Nativitatum, in-4° ; et plusieurs autres ouvrages en latin. Voyez-en la liste dans Teissier.
LÉPAUTE, (Jean-André) célèbre horloger de Paris, mort au commencement de l'an 10, dans un âge assez avancé, porta la plus grande perfection dans ses ouvrages. Quels que soient les climats et les saisons, ils n'influent point sur eux. On lui doit les horloges du palais du gouvernement, du tribunat, du sénat conservateur. La plus considérable et du plus parfait travail qui ait été exécuté en horlogerie, est celle qui a été placée par lui à l'hotel de ville, en 1781. On lui doit quelques écrits sur son art, la *Description* d'une nouvelle pendule, celle d'un nouvel échappement; et un *Traité* d'horlogerie, publié en 1755, et réimprimé en 1768, in-4°
LÉPAUTRE, LEPAYS, et autres, *Voyez* à la lettre P. I. LÉPICIÉ, (Bernard) graveur, mort à Paris en janvier 1755, âgé d'environ 59 ans, manioit parfaitement le burin. Ses gravures sont d'un beau fini, et traitées avec beaucoup de soin et d'intelligence. Il a gravé des *Portraits* et plusieurs *Sujets d'Histoire* d'après les meilleurs peintres François. *Lépicié* avoit aussi du talent pour les lettres. Il fut nommé secrétaire perpétuel et historiographe de l'académie royale de peinture, et professeur des élèves protégés par le roi, pour l'histoire, la fable et la géographie. On a de cet estimable artiste, un *Catalogue raisonné des Tableaux du Roi*, deux vol. in-4° : ouvrage curieux et instructif pour les peintres et les amateurs.
II. LÉPICIÉ, (Nicolas Bernard) professeur de l'académie de peinture et de sculpture de Paris sa patrie, naquit en 1735, et mourut en 1784, à 49 ans. Son père étoit graveur. (*Voyez* l'article précédent.) Le fils ne pouvant, à cause de la foiblesse de sa vue, cultiver cet art, se consacra entièrement à la peinture sous les yeux du célèbre *Carle Vanloo*. Il députa par un grand tableau de *Guillaume le Conquérant*, qu'il fit pour l'abbaye de Saint-Étienne-de-Caen, remarquable par la fécondité et la hardiesse de son pinceau. Histoire, portraits, scènes familières et domestiques, il embrassa presque tous les genres. Fécond dans ses compositions, il brilla particulièrement par l'effet et le fort dessin, et cop'a fidèlement la nature dans les tableaux où il put la consulter de plus près. La *Douane*, la *Halle*, le *Repos d'un Vieillard*, le *Braconnier*, seront toujours cités avec éloge. Il peignoit les animaux avec la plus grande vérité. Le souvenir de ses vertus sociales ne se conservera pas moins que celui de ses ouvrages. Tout ce qui intéressoit ses parents, ses amis, ses élèves, touchoit sensiblement son cœur. Infatigable dans le travail, il se livra souvent à une application excessive, pour avoir le moyen de multiplier ses charités.
LEPIDUS, (*M. Æmilius*) d'une des plus anciennes et des plus illustres familles de Rome, parvint aux premiers emplois de la république. Il fut grand pontife, général mestre de la cavalerie, et obtint deux fois le consulat les années 46 et 42 avant Jésus-Christ. Pendant les troubles de la guerre civile, excitée par les héritiers et les amis de *Jules-César*, *Lepidus* se mit à la tête d'une armée et se distingua par son courage. *Marc-Antoine* et *Auguste* s'unirent avec lui. Ils partagèrent entre eux l'univers. *Lepidus* eut l'Afrique. Ce fut alors que se forma cette Ligue funeste, appelée TRIUM-VIRAT. *Lepidus* fit périr tous ses ennemis, et livra son propre frère à la fureur des tyrans avec lesquels il s'étoit associé. Il eut part ensuite à la victoire qu'*Auguste* remporta sur le jeune *Pompée* en Sicile. Comme il étoit accouru du fond de l'Afrique pour cette expédition, il prétendit en recueillir seul tout le fruit, et se disposa à soutenir ses prétentions par les armes. *Auguste* le méprisoit, parce qu'il savoit qu'il étoit méprisé de ses troupes. Il ne daigna pas tirer l'épée contre lui. Il passa dans son camp, lui enleva son armée, le destitua de tous ses emplois, à l'exception de celui de grand pontife, et le relégua à Circeïes, petite ville d'Italie, l'an 46 avant Jésus-Christ. Il y mourut obscur et indifférent à l'univers, dont il avoit fixé quelque temps les regards; moins affecté, dit l'histoire, de la ruine de ses affaires, que de la douleur que lui causa une lettre par laquelle il connut que sa femme avoit violé la fidélité conjugale. (*Voyez III. JULIE*, à la fin.) *Lepidus* étoit d'un caractère à pouvoir supporter l'exil. Plus ami du repos qu'avide de puissance, il n'eut jamais cette activité opiniâtre, qui peut seule conduire aux grands succès et les soutenir. Il ne se prêta qu'avec une sorte de nonchalance aux circonstances les plus favorables à son agrandissement; et, pour nous servir des expressions de *Patercule*, il ne mérita point les caresses dont la fortune le combla long-temps. Ce n'est pas qu'il n'eût quelque talent pour la guerre; mais il n'eut ni les vertus ni les vices qui rendent les hommes célèbres.
LEPRINCE, (Jean le) né à Metz en 1733, étoit un excel- lendent peintre et un musicien très agréable. Il jouoit supérieurement du violon. Ces deux talens le firent connoître à Paris. Devenu élève de *Boucher*, il commença sa carrière en gravant des paysages, et se maria; mais son caractère généreux ne s'accordant point avec l'humeur tenace de sa femme, il la quitta, et alla s'embarquer en Hollande pour Pétersbourg, où il avoit deux frères établis. Son vaisseau fut pris par un corsaire Anglois. Les vainqueurs se livrèrent au pillage et se partageoient déjà les effets du peintre-musicien. Alors, il prend son violon et se met à préluder avec beaucoup de sang froid. Les corsaires étonnés de son flugme, suspendent le pillage, écoutent le nouvel *Arion*, et lui rendent tout ce qu'ils lui avoient pris. Il fut employé en Russie à peindre les plafonds du palais impérial. Lors de la révolution qui mit *Catherine II* sur le trône, il revint en France, et fut reçu de l'académie. Il mourut d'une maladie de langueur à St-Denys-du-Port près de Lagny, en 1781, à 48 ans. La plupart de ses tableaux sont dans le genre de ceux de *Teniers* et de *Vouwermans*, et peuvent leur être comparés. Mad. LEPRINCE de Beaumont étoit sa sœur, *Voyez BEAUMONT*, n.º VI.
LEQUESNE et autres, *Voy.* à la lettre Q.
LERAC, *Voyez CAREL.*
LERAMBERT, (Louis) sculpteur, natif de Paris, reçu à l'académie de peinture et de sculpture en 1663, s'est acquis un grand nom par ses ouvrages. Ceux qu'on voit de lui dans le pare de Versailles, sont : Le L E R 181 groupe d'une *Bacchante* avec un *Enfant* qui joue des castagnettes, deux *Satyres*, une *Danseuse*, des *Enfans* et des *Sphynx*. Il mourut à Paris en 1670, à 56 ans.
LÉRI, (Jean DE) ministre Protestant, né à la Margelle, village de Bourgogne, fit en 1556 le voyage du Brésil avec deux ministres et quelques autres Protestans, que *Charles Durand de Villegagnon*, chevalier de Malte, et vice-amiral de Bretagne, avoit appelés pour y former une colonie de Réformés sous la protection de l'amiral de *Coligny*. Cet établissement n'ayant pas réussi, *Léri* revint en France. Il essuya, dans son retour, tous les dangers du naufrage et toutes les horreurs de la famine. Il se vit réduit avec ses compagnons, à manger les rats et les souris, et jusqu'aux cuirs des malles. On a de lui, une *Relation* de ce voyage, imprimé in-8° en 1578, et plusieurs fois depuis. Elle est louée par de *Thou*. *Léri* se trouva dans Sancerre, lorsque cette ville fut assiégée par l'armée Catholique en 1573, et il publia, l'année suivante, in-8°, un *Journal* curieux de ce siège et de la cruelle famine que les assiégés y endurèrent. Il mourut à Berne en 1611, emportant les regrets de tous ceux qui l'avoient connu. — LERIDANT, (Pierre) avocat au parlement de Paris, mort le 28 novembre 1768, étoit Breton et avoit l'énergie et la vivacité de sa province. Son *Anti-Financier*, 1764, in-12, lui fit essuyer des contradictions; mais il fut dédommagé par les éloges que les bons citoyens donnèrent à cette brochure patriotique et bien écrite. On a encore de lui, le *Code matrimonial*, in-4°, et des *Institutiones philosophicae*, 1761, trois vol. in-12.
LERIGET, *Voyez FAYE*, nos II et III.
LERME, (François de Roxas de Sandoval, duc DE) premier ministre de *Philippe III*, roi d'Espagne, fut le plus chéri de ses favoris. Il étoit d'un caractère plutôt indolent que pacifique: aussi se hâta-t-il de conclure une trêve avec les Provinces-Unies. Il semble qu'un gouvernement ami de la paix, sans tributs, sans impôts odieux, auroit dû le faire aimer des peuples; mais le maître étoit foible, livré à ses favoris; et le ministre étant également incapable, également gouverné par des commis insolens et avides, il devint l'objet de l'horreur et du mépris. Les moyens de le décrier manquèrent; on eut recours à la calomnie. Il fut accusé d'avoir fait empoisonner la reine *Marguerite* par *Rodrigue Calderon*, sa créature et son confident intime. Quelque éloignée que fût cette action, de son caractère, le roi ne put tenir contre la haine des courtisans. Il fut disgracié en 1618. Il étoit entré dans l'état ecclésiastique après la mort de sa femme; et *Paul V* voulant établir l'Inquisition dans le royaume de Naples, et cherchant à rendre le ministre Espagnol favorable à ce dessein, l'avoit honoré de la pourpre, et l'avoit employé pour concilier les deux partis, acharnés l'un contre l'autre, des Jésuites et des Dominicains, au sujet de l'opinion de *Molina*. Le roi, par respect pour sa dignité, ne voulut point qu'on approfondit les accusations formées contre lui. Cependant son fidelle agent, *Calderon*, qu'il avoit élevé de la poussière à des dignités et à des titres distingués, étant accusé de plusieurs crimes et malversations, eut la tête tranchée en 1621. Le cardinal de Lerme mourut quatre ans après, en 1625, dépouillé de la plus grande partie de ses biens, par Philippe IV. (Voy. NIDHARD.) Le duc d'Uzeda, son fils, s'étoit montré son plus cruel ennemi, et lui avoit succédé dans son ministère; mais sa faveur finit avec Philippe III, en 1621. Le cardinal de Lerme étoit trois fois Grand d'Espagne, par son duché, par son marquisat de Denia, et par le comté de Santa-Gadea. Il avoit épousé Félicité Henríquez de Cabrera, fille de l'amirante de Castille, dont il eut, outre le duc d'Uzeda, une fille (Marie-Anne de Sandoval), qui porta les biens et les grandesses de sa maison, ainsi que la charge de grand sénéchal de Castille, dans la maison de Cardonne par son mariage avec Louis-Baim. Flock, duc de Cardonne.
LERNUTIUS, (Jean) poète, né à Bruges en 1545, après avoir achevé ses études, voulut connoître les principales universités de France, d'Italie et d'Allemagne; il entreprit ce voyage avec Juste-Lipse. De retour dans son pays, et malgré les embarras de quelques charges dont il y fut honoré, il n'abandonna point les muses dont il faisoit ses délices. Il mourut le 29 septembre 1619. On a recueilli ses poésies, sous ce titre: Jani Lernutii Basia, Ocelli, et alia poëmata, Leyde, Elzevir, 1612. Elles lui assurent un rang parmi les poètes Latins modernes.
LEROUX, (P. J.) François réfugié à Amsterdam, publia dans cette ville, en 1718, in-8°. Le Dictionnaire comique, satirique, burlesque, libre et proverbial, « avec une explication très-fidelle de toutes les manières de parler burlesques, comiques, libres, satiriques, critiques et proverbiales, qui peuvent se rencontrer dans les meilleurs auteurs, tant anciens que modernes; le tout pour faciliter aux étrangers et aux François l'intelligence de toutes sortes de livres. » Ce Dictionnaire, dont on a donné une nouvelle édition en deux vol. in-8°, soi-disant à Pampelune, est un amas d'ordures qui se ressentent des lieux que fréquentoit l'auteur. Le style est très-incorrect et l'ouvrage très-mal fait. Le compilateur explique les proverbes que tout le monde connoit; et il abandonne à la pénétration du lecteur d'autres maximes anciennes dont l'intelligence est plus difficile. Son livre purgé de toutes les expressions licencieuses dont il est farci, seroit utile à ceux qui regrettent plusieurs termes énergiques de l'ancien langage françois, sur-tout en y ajoutant des remarques sur les mots qu'on pourroit adopter et sur ceux qu'il faudroit rejeter. Mais il seroit nécessaire de le refaire presque en entier; et alors il vaudroit encore mieux faire un ouvrage entièrement neuf, qui servit à entendre les vieux écrivains, et qui expliquât non-seulement les termes, mais les usages de ces temps anciens. Les Dictionnaires qu'on a donnés jusqu'ici dans ce genre, sont très-imparfaits, du moins les lexiques françois; car nous ne parlons pas du Glossaire de Ducange, et de son continuateur, lesquels fourniroient une abondante moisson, à ceux qui youdroient entreprendre l'ouvrage que nous proposons.
LEROY, *Voyez* ROY.
LÉRUELZ, *Voyez* LAIRUELS.
LESBONAX, philosophe de Mitylène, an premier siècle de l'ère Chrétienne, enseigna la philosophie dans cette ville avec beaucoup d'applaudissement. Il avoit été disciple de *Timocrate*; mais il corrigea ce qu'il pouvoit y avoir de trop austère dans les mœurs et dans les leçons de son maître. Sa patrie fit tant de cas de lui, qu'elle fit frapper, sous son nom, une médaille, qui avoit échappé jusqu'à nos jours aux recherches des antiquaires. Cary, membre de l'académie de Marseille, ayant eu le bonheur de la recouvrer, la fit connoître dans une Dissertation curieuse, publiée en 1744, in-12, à Paris, chez *Barrois*. Lesbonax avoit mis au jour plusieurs ouvrages; mais ils ne sont pas parvenus jusqu'à nous. On lui attribue néanmoins: I. Deux *Harangues*, que nous avons dans le Recueil des *Anciens Orateurs d'Alde*, 1613, 3 tom. in-fol. II. *De figuris Grammaticis*, avec *Ammonius*, Leyde, 1739, deux parties, in-4.º *Potamon*, son fils, fut un des plus grands orateurs de Mytilène. I. LESCAILLE, (Jacques) poète et imprimeur Hollandois, natif de Genève, fit des vers heureux, et donna des éditions très-nettes et très-exactes. L'empereur Léopold l'honora en 1663, de la couronne poétique. Il mourut en 1677, âgé de 67 ans
II. LESCAILLE, (Catherine) surnommée la *Sapho Hollandoise* et la *Dixième Muse*, étoit fille du précédent. Elle surpassa son père dans l'art des vers. Le libraire *Ranck*, son beau-frère, recueillit ses *Poésies* en 1728. On trouve dans cette collection plusieurs *Tragédies*, dont voici les titres: *Ariadne*; *Cassandre*; *Hérode et Marianne*; *Genseric*; *Nicomède*; *Hercule et Déjanire*; *Wenceslas*, etc. On ne doit pas les juger à la rigueur. Les règles y sont souvent violées; mais on y apperçoit de temps en temps des étincelles de génie. Cette fille illustre mourut en 1711, à 62 ans.
LESCALOPIER DE NOURAR, (Charles-Armand) maître des requêtes, né à Paris le 24 juillet 1709, mort le 7 mars 1779, dans sa 70e année, cultiva la littérature jusqu'à la fin de ses jours. Nous avons de lui: I. *L'Amiante du Tasse*, traduite en François, 1735, in-12. II. *Traité du Pouvoir du Magistrat politique sur les choses sacrées*, traduit du latin de *Grotius*, 1751, in-12. III. *Histoire des Capitulaires des Rois François*, traduites de Baluze, 1755, in-12. IV. *Traité du Gouvernement ou de la République de Bodin*, 1756, in-12. V. *Les Ecueils du Sentiment*, 1756, in-12. VI. *Le Ministère du Négociateur*, 1763, in-3.º
LESCARBOL, (Marc) avocat au parlement de Paris, natif de Vervins, alla dans la Nouvelle-France ou Canada, et y séjourna quelque temps. A son retour, il publia une *Histoire* de cette vaste partie de l'Amérique, dont la meilleure édition est celle de Paris, en 1612, in-8.º Cette histoire étoit assez bonne pour son temps; mais celles qu'on a eues depuis lui, font entièrement fait oublier. *Lescarbot* aimoit à voyager; il suivit en Suisse l'ambassadeur de France, et il publia le Tableau des treize Cantons, en 1618, in-4°, en vers fort plats et fort ennuyeux.
LESCHASSIER, (Jacques) avocat et substitut du procureur général au parlement de Paris, sa patrie, né en 1550, eut des commissions importantes, et lia amitié avec Pibrac, Fithou, Loisel, et d'autres savans hommes de son siècle. Pendant les fureurs de la Ligue, il sortit de Paris pour suivre son roi légitime Henri IV, qui aima en lui un sujet fidelle et un magistrat estimable. La plus ample édition de ses Œuvres est celle de Paris, en 1652, in-4°. On y trouve des choses curieuses et intéressantes, sur différentes matières de droit naturel et civil, et même sur des sujets d'érudition. Son petit Traité de la liberté ancienne et canonique de l'Eglise Gallicane, aussi précis que solide, jette un grand jour sur notre Histoire. Sa Consultation d'un Parisien en faveur de la république de Venise, lors de ses différends avec le pape Paul V, 1606, in-4°, lui valut une chaîne d'or d'un grand prix. On voit dans tous ses écrits un jurisconsulte profond et lumineux : c'est à lui qu'on doit l'abrogation de la clause de la renonciation au Vellien. Il mourut à Paris, le 28 avril 1625, à 75 ans.
LESCOT, (Pierre DE) seigneur de Clagny et de Clermont, d'une famille distinguée dans la robe, étoit conseiller au parlement et chanoine de Paris. On l'appelloit communément l'Abbé de Clagny, et non de Clagny, comme le dit Ladvocat. Il se rendit célèbre dans l'architecture, qu'il cultiva sous les règnes de François I et de Henri II. C'est à lui qu'on attribue l'architecture de la Fontaine des Saints Innocens, rue Saint-Denys, admirée des connoisseurs pour sa belle forme, son élégante simplicité, ses ornemens sages et délicats, et ses bas-reliefs, dont le fameux Goujon a été le sculpteur. L'un et l'autre ont aussi travaillé de concert au Louvre. Il étoit né en 1510, et il mourut à Paris, en 1578, à 68 ans.
LESCUN, Voyez FOIX, (Thomas DE) n.º IV.
LESCURE, Voy. ESCURE. I. LESDIGUIÈRES, (François de Bonne, duc DE) né à Saint-Bonnet de Champsaur, dans le haut-Dauphiné, le 1er avril 1543, d'une famille ancienne, porta les armes de fort bonne heure, et avec beaucoup de valeur. Ses grandes qualités pour la guerre le firent choisir par les Calvinistes, après la mort de Montbrun, pour être leur chef. Il fit triompher leur parti dans le Dauphiné, et conquit plusieurs places. Il remporta, en 1568, une victoire complète sur de Vins, gentilhomme Catholique de Provence, et écrivit du champ de bataille à sa femme ce billet digne d'un Spartiate : Ma mie, j'arrivai hier ici : j'en pars aujourd'hui. Les Provençaux sont défaits... Adieu... En 1590, Grenoble craignoit avec raison d'être assiégé et pris par Lesdiguières. Le parlement lui envoya un gentilhomme du pays, nommé Moidieu, pour traiter avec lui. C'étoit un liqueur passionné, qui outrepassa sa mission, et qui, au lieu de parler avec modération, n'employa que des expressions fières et menaçantes. Lesdiguières, qui avoit la fermeté que le grand courage inspire, se contenta de lui répondre en souriant : *Que diriez-vous donc, Monsieur, si vous teniez comme moi la campagne ?... HENRI IV*, qui faisoit un très-grand cas de lui, lorsqu'il n'étoit encore que roi de Navarre, lui donna toute sa confiance, lorsqu'il fut monté sur le trône de France. Il le fit lieutenant général de ses armées de Piémont, de Savoie et de Dauphiné. *Lesdiguières* remporta de grands avantages sur le duc de Savoie, qu'il défit au combat d'Esparron en 1591, de Vigort en 1592, de Gresilane en 1597. Le Duc construisit un fort considérable à Barreaux, sur les terres de France, à la vue de l'armée Françoise. *Lesdiguières* fut presque unanimement blâmé dans son camp, de souffrir une telle audace. La cour qui adopta cette façon de penser, lui en fit un crime. *Votre Majesté*, répondit froidement au roi ce grand capitaine, *a besoin d'une bonne forteresse pour tenir en bride celle de Montmélian. Puisque le duc de Savoie en veut faire la dépense, il faut le laisser faire; dès que la place sera suffisamment pourvue de canons et de munitions, je me charge de la prendre... Henri* sentit toute la justesse de ses vues. *Lesdiguières* tint ses promesses, et conquit la Savoie entière. Ses services lui méritèrent le bâton de maréchal de France en 1608. Sa terre de *Lesdiguières* fut érigée en duché-pairie. Quiconque temps après la mort de Henri IV, il servit utilement Louis XIII. En 1620, les Calvinistes lui offrirent le commandement de leurs troupes avec cent mille écus par mois; mais il conserva un attachement inébranlable au parti de son roi, qui le fit généralissime de ses ar- armées. Il assiégea, en 1621, Saint-Jean-d'Angéli et Montamban. Ce grand général s'y exposa en soldat. Ses amis le blamant de cette témérité : *Il y a soixante ans*, leur dit-il, *que les mousquetades et moi nous nous connoissons*. L'année d'après, il abjura le Calvinisme à Grenoble, et reçut à la fin de la cérémonie les lettres de connétable, *pour avoir toujours été vainqueur, et n'avoir jamais été vaincu*. En 1625, il prit quelques places sur les Génois : il se signala à la bataille de Bretagne, et fit lever le siège de Verne aux Espagnols. Les Huguenots du Vivarais, avoient profité de son absence pour prendre les armes ; *Lesdiguières* parut, et ils tremblèrent. Étant venu à Valence, il y fut attaqué de la maladie dont il mourut, le 28 septembre 1626, à 84 ans. Ce héros étoit aussi estimable par l'activité, la fermeté et le courage, que par les qualités du cœur, l'humanité et la clémence. *Guillaume Avanson*, archevêque d'Embrun, féroce par une religion mal entendue, corrompit le domestique de confiance de *Lesdiguières*, alors chef du parti Calviniste, et le détermina à assassiner son maître. *Platel*, (c'étoit le nom de ce domestique) en trouva plusieurs fois l'occasion, sans oser la saisir. *Lesdiguières* averti du complot, vit son domestique et lui ordonna de s'armer; il s'armé à son tour : *Puisque tu as promis de me tuer*, dit-il à ce malheureux, *essaye maintenant de le faire; ne perds pas par une lâcheté la réputation de valeur que tu t'es acquise... Platel*, confondu de tant de magnanimité, se jette aux pieds de son maître, qui lui pardonne et continue de s'en servir. On le blâma de cette conduite, et il se contenta de répondre : *Puisque ce valet a été retenu par l'horreur du crime, il le sera encore plus par la grandeur du bienfait.* Sa réputation étoit si grande en Europe, que la reine *Elizabeth* disoit, que *s'il y avoit deux* Lesdiguières en France, elle en demanderoit un à Henri IV. Les lecteurs qui voudront connoître plus particulièrement ce grand homme, peuvent consulter sa VIE par *Louis Videl*, son secrétaire, in-folio, 1638. Cet ouvrage curieux et intéressant, quoique écrit d'une manière ampoulée, nous a fourni les particularités dont nous avons orné cet article. L'auteur ne dissimule point les vices de son héros, comme son avidité pour les richesses, ses débauches publiques avec la femme d'un marchand, les mariages incestueux qu'il fit faire dans sa famille pour y conserver ses terres, etc. etc.
LESDIGUIÈRES, *Voy. CRÉQUI*, n.º I.
LESLEY, (on prononce LÉLIE) *Leslœus*, [Jean] évêque de Ross en Écosse, fut ambassadeur en 1571, de la reine *Marie Stuart*, à la cour d'Angleterre, et y souffrit de grandes persécutions. Il rendit des services importants à cette princesse, et négocia pour sa liberté à Rome, à Vienne et dans plusieurs autres cours. Il mourut à Bruxelles en 1591. On a de lui, une *Histoire d'Écosse* en latin, sous ce titre : *De origine, moribus et rebus gestis Scotorum*, à Rome, 1578, 2 vol. in-4°, et quelques *Écrits* en faveur du droit de la reine *Marie* et de son fils à la couronne d'Angleterre. Les Protestans ont accusé son Histoire de partialité, mais les partisans des *Stuarts* la trouvent très-fidèle.
LESLIE, (Charles) théologien Anglois, fils d'un évêque Anglican, fut constamment attaché au roi *Jacques II*, quoiqu'il désapprouvât plusieurs de ses démarches contre les lois de son pays. Il écrivit pour défendre sa cause, et composa divers *Ouvrages* contre les *Désistes*, les *Sociniens* et les *Juifs*. Ses *Œuvres* sont en 2 vol. in-folio. Le Père *Houbigant* a tiré un vol. in-8°, en 1770, en françois, où il a rassemblé ce que *Leslie* dit de plus essentiel en faveur de la religion, sous le titre de *Méthode contre les Désistes et les Juifs*. *Leslie* mourut dans le comté de Monaghan, sa patrie, en 1722.
LESMAN, (Gaspard) habile graveur en pierres fines, vivoit à la fin du 16$^{e}$ siècle, sous l'empereur *Rodolphe II*, dont il étoit valet de chambre. On lui doit la découverte d'un nouveau genre d'opérer, au moyen duquel la matière se trouve susceptible d'une infinité de travaux qu'on n'auroit osé tenter auparavant. C'est à cette pratique, conservée dans les fabriques de Bohème, qu'on doit ces ouvrages de verre, dont la délicatesse et le grand fini étonnent même les connoisseurs.
LESPARRE, *Voyez FOIX*, n.º III.
LESPINE, *Voy. GRAINVILLE*.
LESPONGOLA, (François) sculpteur, mort en 1705, étoit né à Joinville. On a de lui, diverses Statues où il y a du feu, mais peu de correction.
LESSART, (N. Valdec de) né dans la Guyenne, fut héritier du président de *Gasq*, magistrat renommé du parlement de Bordeaux, dont on le crut fils. Devenu maître des requêtes, il se fit le bras droit de M. *Necker*, et le soutint dans toutes ses opérations. En 1791, on le vit au ministère de l'intérieur, puis à celui des affaires étrangères après la retraite de M. *Montmorin*. Son attachement à *Louis XVI*, lui mérita bientôt une foule de dénonciations qu'il repoussa avec courage; mais sous lesquelles il fut enfin forcé de succomber. Décrété d'accusation, il fut conduit à Orléans pour y être jugé; puis, ramené à Versailles, il y fut assassiné avec les autres prisonniers, le 9 septembre 1792. *De Lessart* avoit des lumières; son accueil étoit doux, obligeant, et témoignoit le plus grand zèle à rendre service.
LESSEVILLE, (Eustache le Clerc de) de Paris, d'une famille noble, se signala tellement dans ses études, qu'il fut recteur de l'université de cette ville avant l'âge de vingt ans. Il devint docteur de la maison et société de Sorbonne, l'un des aumôniers ordinaires du roi *Louis XIII*, conseiller au parlement, et enfin évêque de Coutances. Il s'acquit l'estime et l'amitié de ses diocésains, et fut l'arbitre des affaires les plus importantes de la province. Une connoissance profonde de la théologie et de la jurisprudence, le rendit particulièrement recommandable. Cet illustre prélat mourut à Paris, le 4 décembre 1665, pendant l'assemblée du clergé, à laquelle il étoit député. C'est lui qui, le premier, fit aller l'université en terrosse; auparavant elle n'alloit qu'à pied, quand elle étoit obligée de marcher en corps.
LESSIUS, (Léonard) né à Bréchtan, village près d'Anvers, en 1554, prit l'habit de Jésuite en 1572, et professa avec distinction la philosophie à Douai, et la théologie à Louvain. La doctrine de *St. Thomas* sur la Grace, avoit été recommandée par *St. Ignace* à ses enfans: *Lessius* ne la goûtoit pas, et malgré les conseils de son fondateur, il fit soutenir, de concert avec *Hamélius* son confrère, en 1586, des *Thèses* qui étoient entièrement opposées aux sentimens de l'ANGE de l'École. La faculté de théologie de Louvain alarmée censura trente-quatre *Propositions* tirées des *Thèses de Lessius*. Elle crut voir que le Jésuite, en combattant le *Balanisme*, s'étoit jeté dans le *Semi-Pélagianisme*. L'université de Douai se joignit à celle de Louvain; et une partie des Pays-Bas s'éleva contre la nouvelle doctrine. Cette dispute fut portée à Rome sous *Sixte V*, qui ne trouva pas les propositions de *Lessius* dignes de censure. Ce Jésuite fit déclarer pour lui les universités de Mayence, de Trèves et d'Ingolstadt; et mourut à Louvain, le 15 janvier 1623, à 69 ans, regardé dans sa compagnie comme le vainqueur des Thomistes. On a prétendu que ses confrères firent enchâsser dans un reliquaire le doigt avec lequel il avoit écrit ses ouvrages sur la Grace. On ajoute même qu'ils voulurent s'en servir pour chasser le Diable du corps d'une possédée; et que ce doigt, qui avoit fait trembler les Jacobins, ne put rien sur les Démons. Nous ne savons pas si *Lessius* fit des miracles ; mais il méritoit d'en faire par sa piété et ses vertus qui égalèrent ses lumières. Ce Jésuite savoit la théologie, le droit, les mathématiques, la médecine et l'histoire : ses ouvrages en sont un témoignage. Les principaux sont : I. *De Justitiâ et Jure*, libri IV, in-folio ; ouvrage proscrit par les parlements à cause de quelques propositions qui choquent les idées reçues en France. II. *De potestate summi Pontificis*, condamné comme le précédent, quoique bien écrit, parce qu'il pousse trop loin l'autorité du pontife sur les puissances temporelles. L'auteur fait du pape le roi des rois, qu'il peut, dit-il, déposer à son gré. III. Plusieurs *Traités*, recueillis en deux vol. in-folio, écrits avec clarté et élégance. L'abbé *Maupertuy* a traduit celui sur le choix d'une *Religion*... Voy. CORNARO. Il avoit adopté les principes de ce noble Vénitien, sur la sobriété ; et il composa un ouvrage dans lequel il prouve tous les avantages de la vie sobre. Ce livre parut à Anvers en 1563, sous ce titre : *Hygiasticon*, *seu Vera ratio valetudinis bona vita*, *unâ cum sensuum*, et *judicii et memoria integritate ad extremam senectutem conservandâ* ; avec le traité de *Louis Cornaro* sur la même matière, traduit de l'italien par *Lessius* : Cambridge, 1634, in-8°. Ces deux *Traités* ont été traduits en françois par *Sébastien Hardi*, Paris, 1646, et enrichis de notes par *de la Bonnedière*, Paris, 1701. La Vie de *Lessius* parut en latin, Paris, 1644, in-12.
LESTANG, (François et Christophe de) deux frères, dont le premier fut président à mortier au parlement de Toulouse ; et le second évêque de Lodève, puis d'Alet et de Carcassone. Ils furent l'un et l'autre entraînés dans les fureurs de la Ligue ; mais lorsque la paix eut été rendue à la France, ils servirent utilement *Henri IV* et *Louis XIII*. François mourut le 9 décembre 1617, à 79 ans, laissant quelques ouvrages de piété et de littérature, rongés des vers ; et *Christophe*, en 1621. Celui-ci avoit été pourvu de la commission peu épiscopale de directeur des finances. On dit qu'il voulut mourir debout, en s'appliquant ces paroles figurées de l'empereur *Vespasien* : *DECET IMPERATOREM STANTEM MORI*. Il substitua le mot d'*Episcopum* à celui d'*Imperatorem*... Voyez II. MAROLLES à la fin.
LESTONAC, (Jeanne de) fondatrice de l'ordre des *Religieuses BENÉDICTINES de la compagnie de Notre-Dame*, naquit à Bordeaux en 1556. Elle étoit fille de *Richard de Lestonac*, conseiller au parlement de cette ville, et nièce du célèbre *Michel de Montaigne*. Après la mort de *Gaston de Montferrand*, son mari, dont elle eut sept enfans, elle institua son ordre pour l'instruction des jeunes filles, et le fit approuver par le pape *Paul V* en 1609, et confirmer par *Henri IV* la même année. Quand le pape eut donné sa bulle, il dit au général des Jésuites : *Je viens de vous unir à de vertueuses Filles, qui rendront aux personnes de leur sexe les pieux services que vos Pères rendent aux hommes dans toute la Chrétienté*. Mad. de *Lestonac*, en se consacrant à la vie religieuse, avoit sacrifié tous les agrémens de la figure et les avantages de la naissance. Sa congrégation se répandit en France. A la mort de la fondatrice, arrivée le 10 de février 1640, à 84 ans, elle comptoit déjà vingt-six maisons. Ce nombre a augmenté depuis. Voyez l'Histoire des Religieuses de Notre-Dame, par Jean Bouzonie; et la Vie de Mad. de LESTONAC, par le P. Beaufils, Jésuite, à Toulouse, 1742, in-12.—Voy. TENDE.
LÉTI, (Grégoire) né à Milan le 29 mai 1630, d'une famille Bolonoise, montra de bonne heure beaucoup d'esprit et peu de vertu. Après avoir fait ses études chez les Jésuites, il se mit à voyager et se fit connoître pour un homme d'un esprit vif et d'un caractère ardent. L'évêque d'Aquapendente, son oncle, qu'il alla voir en passant, fut si choqué de la hardiesse de ses propos sur la religion, qu'il le chassa, en lui prédisant qu'il se laisseroit infecter du poison de l'hérésie. Ses craintes n'étoient pas sans fondement. Léti vit à Gênes un Calviniste, qui le catéchisa. Le jeune homme, porté naturellement à l'incrédulité, lui avoua que s'il avoit à changer de religion, il prendroit celle qui seroit la plus conforme à l'ordre de la nature. De Gênes, il passa à Lausanne, où il fit profession de la nouvelle religion. Un médecin de cette ville, charmé de la vivacité de son esprit, lui fit épouser sa fille. De Lausanne il alla à Genève, et y obtint le droit de bourgeoisie gratis : faveur qui n'avoit été accordée à personne avant lui. Son humeur querelleuse l'ayant obligé de sortir de cette ville, après y avoir demeuré environ vingt ans, il se réfugia à Londres. Charles II, ami des lettres, le reçut avec bonté, lui promit la charge d'Historiographe, et lui accorda une pension de mille écus. Ce bienfait n'empêcha pas qu'il n'écrivit l'Histoire d'Angleterre avec une licence qui lui fit donner son congé. Amsterdam fut son dernier asile : c'est là que se forma sa liaison avec le fameux le Clerc, qui épousa sa fille. Il y monrut le 9 juin en 1701, à 71 ans, avec le titre d'historiographe de la ville. Léti étoit un historien famélique, qui en écrivant consultoit plus les besoins de son estomac que la vérité. Il offrit ses services à tous les potentats de l'Europe. Il leur promettoit de les faire vivre dans la postérité ; mais c'étoit à condition qu'ils ne le laisseroient pas mourir de faim dans ce monde. Sa plume est toujours, ou flatteuse, ou passionnée. Il est regardé assez généralement comme le Varillas de l'Italie. Plus soigneux d'écrire des faits extraordinaires que des choses vraies, il a rempli ses ouvrages de mensonges, d'imepties et d'inexactitudes. C'est un ramas confus de tout ce qu'il a lu ou entendu, sans se piquer de mettre au creuset de la critique ce qu'il lisoit ou ce qu'on lui disoit. Son style est assez vif, mais diffus, mordant, hérissé de réflexions pédantesques et quelquefois dangereuses, et de digressions accablantes. Il étoit infatigable. « J'ai toujours, dit-il, trois ouvrages en même temps sur le métier. Je travaille à un ouvrage deux jours de suite ; et j'emploie le troisième à deux autres productions. Lorsque je manque de mémoire pour un ouvrage, je trouve dans les autres de quoi m'occuper en attendant. Ainsi je n'ai point de peine à choisir le livre que je veux faire paroître le premier; et quand je m'y suis déterminé, je mets deux mois de suite à l'achever avant que de le livrer à l'imprimer. » Il employoit à écrire 12 heures pendant trois jours de la semaine, et les autres jours six heures pour le moins. Ainsi l'on ne doit pas être étonné s'il a enfanté un si grand nombre de livres. On parlera d'abord de ceux qui ont été traduits d'italien en françois. Les principaux sont : I. La Monarchie universelle du Roi Louis XIV, 1689, 2 vol. in-12. Léti écrivoit tantôt des panégyriques, tantôt des satires contre le monarque François. Mais comme il le représente, dans cet ouvrage, beaucoup plus puissant que les autres princes de l'Europe, qu'il suppose menacés d'une ruine prochaine, il y eut une réponse à cet ouvrage, sous le titre de : L'Europe ressuscitée du tombeau de M. Léti, à Utrecht, 1690. II. Le Népotisme de Rome, in-12, 2 vol. 1667. III. La Vie du pape SIXTE-QUINT, traduite en françois, en 2 vol. in-12, 1694, et plusieurs fois réimprimée depuis. L'auteur répondit à Mad. la Dauphine, femme du Grand-Lauphin, laquelle lui demandait, « si tout ce qu'il avoit écrit dans ce livre étoit vrai ? » Une chose bien imaginée fait plus de plaisir que la vérité destituée d'ornemens. (C'est Léti qui rapporte lui-même cette anecdote dans une de ses lettres.) On y trouve des faits curieux, et quelques-uns de hasardés. Le traducteur y fit des retranchemens. IV. La Vie de PHILIPPE II, Roi d'Espagne. (Elle a été traduite en 1734, en 6 vol. in-12.) L'auteur ne s'y montre ni Catholique, ni Protestant. Si, pour être bon historien, il suffisait de n'avoir ni religion, ni amour pour sa patrie. Léti l'auroit été à coup sûr. V. La Vie de CHARLES-QUINT, traduite en françois, en 4 vol. in-12, par les filles de l'auteur: compilation ennuyeuse. VI. La Vie d'ELIZABETH, Reine d'Angleterre, 1694 et 1741, in-12, 2 vol. Le roman y est mêlé quelquefois avec l'histoire. VII. L'Histoire de CHOMWEL, 1694 et 1703, in-12, 2 volumes: vraie rapsodie sans ordre et sans arrangement, comme la plupart de ses ouvrages. Sa narration est trop interrompue par les pièces et par les actes publics. VIII. La Vie de Pierre GIRON, Duc d'Ossone, 1700, Paris, 3 volumes in-12: assez intéressante, mais trop longue. IX. Le Syndicat d'ALEXANDRE VII, avec son Voyage en l'autre monde, 1669, in-12, satire emportée, telle qu'on devoit l'attendre d'un apostat. Ce n'est pas la seule qu'il ait publiée contre Rome, les papes et les cardinaux; mais de telles horreurs ne doivent pas même être citées. X. Critique historique, politique, morale, économique et comique sur les Loteries anciennes et nouvelles, en 2 vol. in-12. C'est un fatras satirique, où il maltraite beaucoup de personnes. L'auteur devoit se borner à l'épithète de Comique, que méritait son ouvrage. Ricotier en fit une critique sanglante, à laquelle il fit mettre le portrait de Léti habillé en moine... Parmi ses ouvrages italiens, on distingue : I. Son Istoria Genevina, Amsterdam, 1686, cinq vol. in-12, dans laquelle on trouve bien des choses qu'on chercheroit vainement ailleurs. L'auteur n'y ménage pas Genève, et il y prend un ton très-mordant. II. Son *Teatro Britannico*, *ò verò Istoria della Grande-Britannia*, Amsterdam, 1684, cinq vol. in-12. Ce livre fut d'abord imprimé à Londres, en 2 vol. in-4°. L'auteur le présenta au roi d'Angleterre qui l'accueillit très-bien : mais le conseil y ayant trouvé plusieurs traits hardis, fit saisir l'ouvrage et chassa l'auteur. C'est à cette occasion qu'un seigneur Anglois lui dit : *Lèti*, vous avez fait une Histoire pour les autres, et non pour vous ; ils falloit au contraire la faire pour vous, sans vous embarrasser des autres. III. Le *Teatro Gallico*, 7 vol. in-4° ; mauvais ouvrage historique, qui s'étend depuis 1572 jusqu'en 1697. IV. Le *Teatro Belgico*, 2 vol. in-4° ; aussi mauvais que le précédent. V. *L'Italia Regnante*, 4 vol. in-12. VI. *L'Histoire de l'Empire Romain en Germanie*, 4 vol. in-4°. VII. *Le Cardinalisme de la sainte Église*, 3 vol. in-12 : c'est une satire violente. VIII. *La juste Balance, dans laquelle on pèse toutes les maximes de Rome et les actions des Cardinaux vivans*, 4 vol. in-12. IX. *Le Cérémonial historique*, 6 vol. in-12. X. *Dialogues politiques, sur les moyens dont se servent les Républiques d'Italie pour se conserver*, 2 vol. in-12. XI. *Abrégé des vertus patriotiques*, 2 vol. in-8°. XII. *La Renommée jalouse de la Fortune*. XIII. *Panégyrique de Louis XIV*, in-4°. XIV. *Eloge de la Chasse*, in-12. XV. *Des Lettres*, 1 vol. in-12. XVI. *L'Itinéraire de la Cour de Rome*, 3 vol. in-8°. XVII. *Histoire de la maison de Saxe*, 4 vol. in-4°. XVIII. —*de celle de Brandebourg*, 4 vol. in-4°. XIX. *Le Carnage des Réformés innocens*, in-4°. XX. *Les précipices du Siège Apostolique*, 1672, in-12, etc. XXI. de *R bandita* ; c'est un discours sans aucune n, présenté à l'académie des Humoristes de Rome. *Lèti* se mêlait aussi de poésie : mais, quoique son imagination le servit beaucoup dans ses histoires, elle brillait peu dans ses vers.
LEU, ( Saint ) appelé aussi *St. Loup*, évêque de Sens, qui succéda à *St. Artem*, l'an 609, étoit né à Orléans de parens alliés à la famille royale. Parvenu à l'épiscopat, il se fit estimer du roi *Clotaire II*, et aimer de son peuple. Il mourut, le 1er septembre 623, après l'avoir édifié par ses vertus. La mort le surprit dans la terre de Brinon, qu'il avoit eue de son patrimoine, et il fut enterré sous les gouttières de l'église de Sainte-Colombe, parce qu'il l'avoit ordonné ainsi par humilité. Ses vertus et ses miracles lui firent donner une sépulture plus honorable dans l'église même.
II. LEU, ( Jean-Jacques ) bourguemestre de Zurich sa patrie, né en 1689, mort en 1768, est auteur d'une énorme compilation publiée sous le titre de *Dictionnaire historique de la Suisse*, en allemand, Zurich, 20 vol. in-4°, 1747 à 1765.
LEVAU, architecte, *Voyes* VAU.
LEUCIPPE, célèbre philosophe Grec, disciple de *Zénon*, étoit d'Abdère, suivant la plus commune opinion. Il trouva, le premier, le fameux système des atomes, et du vide, développé ensuite par *Démocrite* et par *Epicure*. L'hypothèse des tours billons, perfectionnée par Descartes, est aussi de l'invention de Leucippe, comme le savant Huet l'a prouvé. On trouve encore dans le système de Leucippe, le germe de ce grand principe de mécanique, que Descartes emploie si efficacement : Les corps qui tournent, s'éloignent du centre autant qu'il est possible ; car le philosophe Grec enseigne, que les atomes les plus subtils tendent vers l'espace vide comme en s'élançant. Ainsi, Kepler et ensuite Descartes ont suivi Leucippe à l'égard des tourbillons et des causes de la pesanteur. Ce célèbre philosophe vivait vers l'an 328 avant J. C. On peut voir tout le détail de son système dans Diogène Laërce, tome second de la traduction françoise, Amsterdam, 1761, en 3 vol. in-12.
LEUCOTHOÉ, (Mythol.) fille d'Orchame roi d'Achéménie, et d'Eurynomé. Apollon qui l'aimait, prit la figure de sa mère pour s'insinuer auprès d'elle, et en abusa par cet artifice. Orchame, irrité du déshonneur de sa fille, dont il fut instruit par Clytie sa rivale, fit enterrer Leucothoé toute vive; mais Apollon la changea en arbre qui porte l'encens.
LÈVE, (Antoine de) Navarrois, né dans l'obscurité et d'abord simple soldat, parvint au commandement par d'utiles découvertes, et par une suite d'actions la plupart heureuses et toutes hardies. Un extérieur ignoble ne lui ôtoit rien de l'autorité qu'il devoit avoir, parce qu'il joignoit au talent de la parole une audace noble à laquelle les hommes ne résistent pas. Il se signala d'abord dans le royaume de Naples, sous Gonsalve de Cor- douce : et ensuite dans le Milanez, d'où il chassa l'amiral Bonnivet en 1523. La bataille de Rebec s'étant donnée en 1524, il y servit avec beaucoup de valeur. Il défendit Pavie, l'année suivante, contre François premier qui y fut pris. Ses succès dans le Milanez lui procurèrent des distinctions flatteuses. Charles-Quint s'étant rendu en Italie, le fit asseoir à côté de lui, et le voyant obstiné à ne pas se couvrir, il lui mit lui-même le chapeau sur la tête, en disant, qu'un Capitaine qui avoit fait soixante campagnes toutes glorieuses, méritoit bien d'être assis et couvert devant un Empereur de trente ans. Ce grand général soutint sa réputation en Autriche, où il fut envoyé en 1529, contre Soliman qui assiégeoit Vienne ; et en Afrique, où il suivit l'empereur en 1535. L'année d'après, l'expédition de Provence fut résolue. Elle eut une origine singulière ; mais cette origine n'étonnera point les lecteurs versés dans l'étude des hommes et des temps. Un astrologue avoit assuré de Lève, encore enfant, qu'il mourroit en France et qu'il seroit enterré à Saint-Denys. Sur cette idée il engagea Charles-Quint à faire une irruption en Provence ; elle fut malheureuse : l'empereur s'en prit à son général, qui en mourut de douleur en 1536, à 58 ans. Antoine de Lève avoit, sur un champ de bataille, autant de génie que d'activité ; mais dans la société il étoit inquiet et grossier jusqu'à la rusticité. Il ne connoissoit de la religion et de la probité que les apparences : sa fortune, et les intérêts du prince, étoient sa seule loi. Entretenant un jour l'empereur des affaires d'Italie, il osa lui proposer de de se défaire, par des assassinats, de tous les princes qui avoient des possessions dans ce pays. *Eh ! que deviendroit mon ame ?* lui dit Charles-Quint. — *Avez-vous une ame*, repartit de Lève ? *abandonnez l'empire*. I. LÉVESQUE DE LA RAVALIÈRE, (Louis-Alexandre) de l'académie des Inscriptions, né à Troyes en 1697, mort en 1762, donna une édition curieuse des *Poésies du roi de Navarre*, 1742, 2 vol. in-8°. On lui doit encore un ouvrage sur les *Révolutions de la langue Françoise*. Il avoit fait beaucoup de recherches sur nos anciennes chansons, et il a prétendu que la Normandie avoit été le berceau de la poésie française, long-temps avant les jeux des Troubadours Provençaux. Il cite des poètes du nord de la France, écrivant vers l'an 1100, ce qui seroit une antériorité de plus d'un demi-siècle, à l'époque des Troubadours que *Jean de Notre-Dame* n'a fixée qu'à l'an 1162, et que d'autres reculent encore davantage. *Lévesque* étoit un savant estimable, et nourri d'anecdotes recherchées.
II. LÉVESQUE DE POUILLI, (Louis) né à Rheims en 1692, d'une famille ancienne, montra de bonne heure beaucoup de goût et de dispositions pour les lettres. L'académie des Inscriptions, instruite de son mérite, lui donna une place parmi ses membres. Il ne se borna pas à des études littéraires, il sut être citoyen. Élu lieutenant des habitants de la ville de Rheims en 1746, il fit venir dans cette ville (*Voyez GODINOT.*) des eaux de fontaine, plus salutaires que celles de puits qui les incommo- *Tome VII.* doient beaucoup. Il établit, en 1749, des écoles publiques de mathématiques et de dessin, et il embellit les promenades. Il avoit formé le projet de bâtir des casernes et des magasins de blé, lorsqu'il mourut le 4 mai 1750, âgé de 59 ans. *Pouilli* étoit d'un caractère aimable, doux, facile, comme s'il n'avoit pas été savant. Son esprit, orné des fleurs de la littérature, n'avoit aucune des épines de l'érudition. Sa *Théorie des Sentimens agréables*, petit ouvrage imprime pour la quatrième fois en 1774, in-8°, est la production d'un esprit net et délicat, qui sait analyser jusqu'aux plus petites nuances du sentiment. Il est plein d'une saine philosophie, et semé d'un grand nombre d'idées neuves. Celles même qui ne le sont pas, prennent un air de nouveauté par la manière dont l'auteur les rapproche et les présente à son lecteur. On désirerait peut-être plus de liaison, plus d'enchaînement et d'ensemble entre les différentes parties qui composent sa *Théorie*. Il y a aussi quelques propositions auxquelles on pourroit donner un mauvais sens; mais un lecteur sage doit toujours choisir le meilleur. — M. de BUNIGNI, frère de *Pouilli*, connu avantageusement dans la république des lettres, a hérité de ses manuscrits, qui forment un *Recueil* de 12 vol. in-fol. *Voy. ÉLOY.*
III. LÉVESQUE DE GRAVELLE, (Michel-Philippe) conseiller au parlement de Paris, mort en 1752, avoit le goût des beaux arts. On lui doit un *Recueil de Pierres gravées antiques*, 1732 et 1737, 2 vol. in-4°, curieux et recherché.
LEUFROI, (Saint) premier abbé de Madrie dans le diocèse d'Evreux, où il étoit né d'une famille noble, mourut le 21 juin 738, après avoir donné à ses religieux le précepte et l'exemple. Ce monastère, nommé anciennement en latin *Madriacense*, du nom du village où il étoit situé, s'appela dans la suite la *Croix Saint-Ouen*, puis la *Croix Saint-Leufroi*. Sa mense conventuelle fut unie au petit séminaire d'Evreux, par décret de l'ordinaire, au mois de mars 1741, confirmé par lettres-patentes du mois d'avril suivant. I. LÉVI, troisième fils de Jacob et de Lia, naquit en Mésopotamie l'an 1748 avant J. C. C'est lui qui, voulant venger avec son frère Simeon, l'injure faite à Dina, leur sœur, passa au fil de l'épée tous les habitans de Sichem : (*Voyez* SICHEM.) Jacob en témoigna un déplaisir extrême; et prédit, au lit de la mort, qu'en punition de cette cruauté, la famille de Lévi seroit divisée, et n'auroit point de portion fixe au partage de la Terre promise. En effet, elle fut dispersée dans Israël, et n'eut en partage que quelques villes qui lui furent assignées dans le lot des autres tribus. Lévi descendit en Égypte avec son père, ayant déjà ses trois fils, Gerson, Gaath et Mérari, dont le 2e eut pour fils Amram, de qui naquirent Moyse, Aaron et Marie. Il y mourut l'an 1612 avant Jésus-Christ, à 137 ans. Sa famille fut toute consacrée au service de Dieu, et c'est de lui que les Prêtres et les Lévites tirèrent leur origine. Ceux de sa tribu s'alloient souvent à la maison royale, ainsi que le prouve la généalogie des parens de Jésus-Christ selon la chair... *Voyez* I. MATTHIEU.
II. LÉVI BEN GERSON, rabbin, a composé les *Guerres du Seigneur* en hébreu, *Rive* 1560, in-fol.; et des *Commentaires* imprimés séparément et dans les grandes Bibles. C'étoit un esprit singulier, qui a rempli tous ses livres de vaines subtilités métaphysiques. On ignore le temps où il a vécu.
LÉVI, *Voyez* PHILIPPE DE... n.º XXIX.
LEVILAPIS ou LICHTENSTEIN, (Herman) imprimeur du 15e siècle, naquit à Cologne. L'inconstance de son caractère lui fit quitter sa patrie pour se rendre en Italie, où il ne se fixa en aucune ville. C'est le premier qui a fait connoître l'imprimerie à Vicence. Il s'établit aussi à Venise et à Trévise. La plus remarquable de ses éditions, fut celle des *Histoires* de Paul Orose, in-fol., sans date, sans nom de lieu ni d'imprimeur. Elle fut faite à Vicence, et corrigée par *Aneas Vulpes*.
LÉVIS, *Voyez* CAYLUS et QUÉLUS. I. LÉVIS ou LÉVI, (Guy DE) d'une maison illustre de France, fut le chef de toutes les branches que l'on en connoit aujourd'hui. Il se croisa contre les Albigeois, et fut élu maréchal des Croisés. C'est en mémoire de cette charge, que sa postérité a toujours conservé le titre de *Maréchal de la Foi*. Il se signala dans cette guerre sacrée, et eut la terre de Mirepoix et plusieurs autres situées en Languedoc, de la dépouille des Albigeois. Il mourut, l'an 1230, et avoit fondé, en 1190, l'abbaye de la Roche. Ses successeurs avoient joint au nom de Lévis, celui de seigneurs de Mirepoix.
II. LÉVIS, (Guy DE) troisième du nom, seigneur de Mirepoix, maréchal de la Foi, petit-fils du précédent, suivit en Italie Charles, roi de Sicile et de Naples, et se trouva au combat donné le 26 février 1266, dans une plaine près de Bénévent, entre ce prince et Mainfroi son rival, qui périt dans la mêlée. Le seigneur de Mirepoix, de retour en France, fut maintenu, par arrêt de l'an 1269, dans la possession de connoître et de juger du fait d'hérésie dans toutes ses terres du Languedoc. Il vivoit encore en 1286. Voy. CARTIER et LOGNAC.
III. LÉVIS, (Louis-Pierre DE) marquis de Mirepoix, ambassadeur à Vienne en 1737; maréchal de camp en 1738, chevalier des ordres du roi en 1741; lieutenant général en 1744, ambassadeur à Londres en 1749, créé duc par brevet en 1751, maréchal de France en 1757, mort à Montpellier la même année, est compté parmi les rejetons de Guy de Lévis, qui se sont le plus distingués par les qualités du cœur. C'étoit un homme plein d'honneur et de courage, un vrai chevalier de guerre et de tournois, digne des temps de François I. Mais son caractère de franchise, joint à un esprit borné, ne servit, dans son ambassade à Londres, qu'à favoriser l'artifice avec lequel le ministère Anglois nous persuada qu'il ne vouloit pas la guerre, tandis qu'il prenoit toutes les mesures pour la faire. Le mér- quis de Mirepoix avoit été marié deux fois, et il n'eut point d'enfants de ses deux mariages. La maison de Lévis tire son origine de la terre de Lévis près Chevreuse. L'opinion fabuleuse, qui la fait descendre de la tribu de Lévi, est aujourd'hui généralement rejetée, même par le peuple.
LEUNCLAVIUS, (Jean) natif d'Amelbrun en Westphalie, d'une famille noble, voyagée dans presque toutes les cours de l'Europe. Pendant le séjour qu'il fit en Turquie, il ramassa de très-bons matériaux pour composer l'Histoire Ottomane; et c'est à lui que le public est redevable de la meilleure connoissance qu'on en ait. Il joignit à l'intelligence des langues savantes, celle de la jurisprudence. Cet érudit mourut à Vienne en Autriche, en juin 1593, à 60 ans. Ses mœurs n'étoient pas trop pures. Scaliger dit du moins: Habebat scorta secum; mais cet écrivain satirique peut l'avoir calomnié. On a de lui: I. L'Histoire Musulmane, 1591, in-fol. II. Les Annales des Sultans Ottomanides, in-fol., Francfort, 1596, qu'il traduisit en latin, sur la version que Jean Gaudier, (autrement Spiegel,) en avoit faite de turc en allemand. III. La Suite de ces Annales, qu'il continua jusqu'en 1588, sous le titre de Pandectæ Turcicæ: on trouve ces deux ouvrages à la fin du Chalcondyle du Louvre. On peut profiter de ses recherches, mais en les rectifiant. IV. Des Versions latines de Xénophon, de Zozime, de Constantia Manassès, de Michel Glycas; de l'Abrégé des Basiliques: celle-ci parut en 1596, 2 vol. in-folio. « Personne, dit Huet, ne s'étoit exercé avec tant de capacité dans l'art de traduire. » V. Commentatio de Moscorum bellis adversis finitimos gestis, dans le Recueil des historiens Polonois de Pistorius, Basle, 1581, 3 vol. in-fol. VI. De jure Graeco-Romano, Francfort, 1596. VII. Un abrégé du Basileon de l'empereur Léon VI. Voyez ce mot : voyez aussi BLAS-TARES.
LEUPOLD, (Jacques) conseiller et commissaire des Mines du roi de Pologne, membre de la société royale de Berlin, et de diverses autres, fut un des plus habiles hommes de l'Europe pour les instrumens mathématiques. Il mourut à Leipzig en 1727, après s'être rendu célèbre par son grand ouvrage, intitulé : Theatrum Machinarum, Leipzig, 1724, 3 volum. in-fol. Cette compilation est utile et recherchée.
LEVRET, (André) chirurgien accoucheur de Paris sa patrie, distingué dans son art, naquit en 1703, et mourut le 22 janvier 1780. Samuel Bernard, qu'il avoit soigné dans différentes maladies, lui donna cent mille livres des billets des Fermes, et lui laissa trois cents livres de pension. Nous avons de lui, de bonnes Observations sur la Cure des Polypes, 1771, in-8°; sur les Accouchemens laborieux, 1770, in-8°; et l'Art des accouchemens, 1766, in-8°.
LEUSDEN, (Jean) naquit à Utrecht en 1624; fut professeur d'hébreu dans sa patrie, et s'y acquit, avec justice, une grande réputation. Il mourut en 1699, à 75 ans. Quoique cet écrivain n'ait point fait de nouvelles découvertes dans la critique grammaticale, il la connoissoit bien; et il enseignoit avec autant de clarté que de méthode. On a de lui, plusieurs ouvrages estimés. I. Onomasticon Sacrum, à Utrecht, 1584, in-8°. II. Clavis Hebraica et philologica veteris Testamenti, 1683, in-4°. III. Novi Test. Clavis Graeca, cum annotationibus philologicis, 1672, in-3°. IV. Compendium Biblicum veteris Testamenti, 1638, in-8°. V. Compendium Graecum novi Testamenti, dont la plus ample édition est celle de Londres, 1688, in-12. VI. Philologus Hebraeus, 1695, in-4°. VII. Philologus Hebraeo-Graecus, 1695, in-4°. VIII. Philologus Hebraeomixtus, 1699, in-4°. IX. Des Notes sur Jonas, Joël et Ozée, etc. X. C'est à lui qu'on est redevable des éditions correctes de Bochart, de Lightfoot, et de la Synopse des Critiques de Pole. XI. On lui doit aussi la meilleure édition de la Bible d'Athias, imprimée à Amsterdam en 2 vol. in-8°, 1705; et du Nouveau Testament Syrieque, 1708, 2 vol. in-4°. — Rodolphe LEUSDEN, son fils, a donné une édition du Nouveau Testament Grec.
LEUTARD, paysan fanatique du bourg de Vertus, dans le diocèse de Châlons — sur — Marne, vers la fin du 10e siècle, brisoit les croix et les images, prêchoit qu'il ne falloit pas payer les dixmes, et sontenoit que les prophètes n'avoient pas toujours dit de bonnes choses. Il se faisoit suivre par une multitude innombrable de personnes qui le croyoient inspiré de Dieu. Gibuin, évêque de Châlons, désabusa et convainquit ces pauvres gens; et le malheureux *Leutard*, désespéré de se voir abandonné, se précipite dans un puits.
LEUTINGER, (Nicolas) né dans le Brandebourg, professeur de belles-lettres et ministre Luthérien, mourut à Vittemberg en 1612, à 64 ans. Une inclination invincible pour les voyages, ne lui permit pas d'être tranquille et sédentaire: quelque emploi ambulant l'eût mieux accommodé. Il parcourut l'Italie, la France, l'Espagne, l'Angleterre, les Pays-Bas, la Norwège, le Danemark, la Suède, la Prusse, la Livonie, la Pologne, la Bohème, etc., sans vouloir se fixer nulle part. Son tempérament étoit robuste, et s'il avoit eu un caractère moins inquiet, il auroit vraisemblablement joui d'un sort assez heureux. Il ne manquoit, dans ses écrits, ni d'érudition, ni de jugement; il se montroit fort supérieur aux chroniqueurs de son temps. Il le sentoit lui-même; et une vanité excessive perce dans tout ce qu'il dit de lui. Mais son amour propre ne l'empêchoit pas de demander continuellement de l'argent ou des secours. Cet esprit de mendicité littéraire lui dicta un grand nombre d'Épitres dédicatoires. Il y en a plus de cinquante dans son *Histoire de Brandebourg*. Chaque livre de cette Histoire est dédié à un *Mécène*, et souvent à plusieurs. Elle s'étend depuis 1499 jusqu'en 1594. Elle parut avec ses autres ouvrages et sa *Vie*, à Francfort, en 1729, 2 vol. in-4°, par les soins de *Kuster*.
LEUVIGILDE, roi des Goths en Espagne, fils d'*Athanagilde*, monta sur le trône après son frère *Liuva*, qui lui céda le sceptre en 568. Il avoit de la valeur; et il le prouva en se rendant maître, en 572, de Cordoue et de quelques autres villes considérables. Ce prince avoit eu deux fils de sa première épouse: *Hermenégilde* et *Recarède*, qu'il associa au gouvernement de ses états, après la mort de *Liuva* en 573. Tous ces princes étoient Ariens. *Hermenégilde*, qui avoit épousé *Ingonde*, fille de *Nigelert* roi de France, embrassa, à sa persuasion, la foi Catholique. Ce changement irrita *Leuvigilde*: il le menaça de toute son indignation, s'il ne revenoit à la doctrine Arienne. *Hermenégilde* lui répondit: «Je suis prêt de vous rendre le sceptre que vous m'avez donné. Je suis disposé même à perdre la vie, plutôt que d'abandonner la vérité. Je conserverai jusqu'au dernier soupir le respect que je vous dois; mais il n'est pas plus juste qu'un père ait plus de pouvoir sur son fils, que Dieu et sa conscience.» Cette réponse mit en fureur *Leuvigilde*, qui attaqua son fils dans une place forte où il s'étoit retiré. C'étoit Ossète, ville bien fortifiée, dont les habitans étoient très-attachés à *Hermenégilde*. La place fut prise et brûlée. *Leuvigilde* fit mettre son fils dans une dure prison, après l'avoir dépouillé des marques de la royauté; et, le 4 avril 586, il envoya un bourreau pour lui couper la tête. Comme les orthodoxes avoient montré de l'attachement à ce prince infortuné, il les persécuta cruellement. La mort de *Leuvigilde* termina les fureurs de ce prince fanatique. *Hermenégilde* a été mis au nombre des martyrs, et l'Église honore sa mémoire le 13 avril. 198 LEW
LEW, (Barbe de Haze) fille d'un professeur du droit civil en l'université de Louvain, épousa elle-même Lew, savant professeur de la même université, auteur de divers ouvrages de jurisprudence, et l'un des ambassadeurs que les Provinces-Unies envoyèrent à Henri III, roi de France. Barbe aida son mari dans la composition de ses écrits, et montra autant de savoir que de vertus. Elle vécut 102 ans, et mourut à Bruxelles en 1634.
LEUVILLE, Voy. III. OLIVIER.
LEUWENHOECK, (Antoine DE) célèbre physicien, né à Delft en 1632, excelloit à faire des verres pour des miscros-copes et pour des lunettes. Ses découvertes lui ont fait un nom distingué; plusieurs sont utiles et réelles, mais d'autres sont parfaitement chimériques. Son système des vers spermatiques, dont il faisoit le principe de la génération, n'a eu d'autre vogue que celle de la nouveauté, Leuwenhoeck s'imaginant pouvoir détruire l'ovisme, il lui substitua une hypothèse beaucoup plus défectueuse. Le goût sûr qui décide de la solidité d'une observation, lui manquoit absolument, aussi bien que la littérature qui porte la lumière dans toutes les sciences. On doit cependant lui savoir gré d'avoir contribué à la découverte des germes, qui, suivant un philosophe de ce siècle, suffit seule pour anéantir l'athéisme. Il mourut en 1723, à 91 ans; on lui a élevé un beau mausoléo à Delft, dans la Vieille-Eglise, avec une épitaphe emphatique. Il a publié différens ouvrages en hollandois, qui ont été traduits en latin, et ont paru sous le titre d'Arcana naturæ detecta, Delft, 1695 à 1719, 4 vol. in-4°, Leyde, 1722. On a imprimé en 1722, in-4°, ses Lettres à la Société royale de Londres, dont il étoit membre, et à divers savans.
LEYRE, Voyez DELEYRE.
LEYDE, (Philippe DE) né d'une famille noble de cette ville, fut conseiller de Guillaume de Bavière, comte de Hollande, puis grand vicaire et chanoine d'Utrecht, où il mourut en 1380, avec une grande réputation de science et de piété. On a de lui, quatre petits Traités, écrits d'un style barbare, sur l'Art de bien gouverner un Etat et une famille, Leyde, 1616, et Amsterdam, 1701, in-4°. Philippe connoissoit moins la politique générale que la particulière. Ce qu'il a écrit sur le gouvernement civil, ne vaut pas ce qu'il dit du domestique. Il avoit professé le droit à Orléans et à Paris, et il a laissé d'autres ouvrages oubliés aujourd'hui.
LEYDE, Voyez LUCAS de Leyde.
LEYDECKER, (Melchior) — théologien Calviniste, né à Middelbourg en 1652, professeur de théologie à Utrecht, en 1678, mort le 6 Janvier 1721, à 69 ans, étoit un homme dur et passionné, qui ne savoit réprimer ni sa langue, ni sa plume. On a de lui, plusieurs ouvrages pleins d'érudition, mais dénués de critique. Les principaux sont: I. Traité de la République des Hébreux, 2 vol. in-fol. Amsterdam, 1714 et 1716: recueil curieux, semé d'anecdotes, sur le Judaïsme moderne. Il y a joint une réfutation de l'Archéologie de Burnet. II. Un Commentaire latin sur le Caté- L E Z 199 hisme d'Heidelberg. III. Une Dissertation contre le Monde enchanté de Becker. IV. Une Analyse de l'Écriture, avec la Méthode de prêcher. V. Une Histoire du Jansénisme, Trajecti, 1695, in-8.º Le P. Guesnel a réfuté dans son livre de la Souveraineté des Rois défendue, Paris, 1704, in-12, ce que Leydecker a dit dans cet ouvrage contre la souveraineté des Rois. VI. Fax veritatis, Lugd. Batavorum, 1677, in-8.º VII. La Continuation de l'Histoire Ecclésiastique de Hornius, Francfort, 1704, in-8.º VIII. Histoire de l'Église d'Afrique, in-4.º, curieuse et pleine de recherches. IX. Synopsis controversiarum de fœdere. Tous ces ouvrages sont écrits en latin, et d'un style dur.
LEYDEN, (Jean DE) Voyez JEAN, n.º LXXXI.
LEYDEN, (Jean Gerbrand DE) ainsi nommé, parce qu'il étoit de la ville de ce nom, se fit Carme, s'appliqua avec une grande assiduité à toutes les fonctions de la vie apostolique, et consacra ses momens de loisir à l'étude de l'histoire de son pays. Il mourut l'an 1504. On a de lui: I. Chronicon Hollandiae comitum et episcoporum Ultrajectensium, à S. Willebrodo ad annum 1417, Francfort, 1620, in-folio. II. Chronicon Egmondanum, sive Annales Abbatum Egmondensium, publié par Antoine Mathieu, à Leyde, 1698, in-4.º On lui attribue une Histoire de l'ordre des Carmes: ce n'est qu'une répétition de celle d'Arnold Bostius.
LEYDRADE, Voyez LEIDRADE.
LEYRIT, (N. Duval DE) étoit gouverneur de Pondichery, lorsque Lally commandant dans l'Inde, rendit cette place aux Anglois, en capitulant. Il voulut faire retomber cette faute sur le conseil supérieur de la ville et sur Leyrit qui en étoit chef. Mais l'arrêt qui le condamna en 1766, supprima ses Mémoires, comme renfermant des calomnies contre le gouverneur de Pondichery. Leyrit étoit mort en 1764, avec la réputation d'un brave homme. M. d'Epremenil, son neveu, a vengé sa mémoire contre M. de Lally Tollendal, fils du commandant des Indes. Un arrêt du parlement de Dijon, en 1784, a confirmé celui de Paris, dans ce qui regarde Leyrit.
LEZANA, (Jean-Baptiste de) Carme, naquit à Madrid le 23 Novembre 1586. Il enseigna avec réputation à Tolède, à Alcala et à Rome; et les papes Urbain VIII, Innocent X et Alexandre VIII l'employèrent dans des affaires importantes. Il mourut à Rome le 29 Mars 1659, à 73 ans. On a de lui: I. Summa questionum regularium, Lyon, 1655, 4 vol. in-fol. C'est une théologie qui a pour objet principal les devoirs des religieux. II. Summa Theologia sacra, Rome, 1654, 3 vol. in-folio. III. Annales sacri, prophetici et Eliani ordinis, etc. Rome, 1651—56, 4 vol. in-fol., pleines de fables ridicules sur l'origine de cet ordre. IV. De Regularium reformatione, Rome 1646, in-4.º
LEZIN, (Saint) LIGINIUS, évêque d'Angers en 586, mort le 1er Novembre 605. Le pape St. Grégoire lui écrivit la Lettre 52 du livre IX. L'HO L'HOMMOND, *Voy. HOMMONT.* L'HOSTE, *Voy. HOSTE.* L'HUILLIER, *Voy. LUILLIER.*
LIA, fille ainée de *Laban*, fut mariée avec *Jacob* par la supercherie de son père, qui, ne sachant comment la marier, parce qu'elle étoit chassieuse, la substitua à *Hachel* que *Jacob* devoit épouser. Elle eut du patriarche six fils et une fille, *Huben*, *Siméon*, *Lévi*, *Juda*, *Issachar*, *Zabulon* et *Dina*.
LIANCOURT, (Jeanne de Schomberg, duchesse DE) étoit fille du maréchal *Henri de Schomberg* et femme de *Roger du Plessis* duc de *Liancourt*, fils de *Mad. de Guercheville*, (*Vöyez ce mot*) connu par les deux lettres que lui écrivit le célèbre docteur *Antoine Arnauld*. (*Voy. ce mot*, n° IV.) Elle détacha du monde son mari par ses leçons et par ses exemples. Les deux époux, uniquement occupés de l'éternité, se lièrent étroitement avec les célèbres Solitaires de Port-Royal, et leur donnèrent un asile contre leurs persécuteurs. Après avoir vécu saintement, ils moururent de même en 1674. Le duc ne survécut que deux mois à son épouse. On a d'elle, un ouvrage édifiant et plein d'excellentes maximes, sur l'éducation des enfants de l'un et de l'autre sexe. L'abbé *Boileau* le publia en 1698, sous ce titre: *Règlement donné par un homme de haute qualité à sa petite-fille, pour sa conduite et pour celle de sa maison*, in-12. L'éditeur joignit à cet ouvrage un Règlement que la duchesse de *Liancourt* avoit fait pour elle-même, avec un tableau des principales vertus de cette illustre dame. *Voy. ROCHE-FOUCAULD* n° III, à la fin.
LIBANIUS, fameux sophiste d'Antioche, élevé à Athènes, professa la rhétorique à Constantinople et dans sa patrie. *St. Basile* et *St. Jean Chrysostome* furent les disciples de cet illustre maître, qui, quoique Païen, faisoit beaucoup de cas des talens et des vertus de ses deux élèves. On prétend qu'il auroit choisi *Chrysostome* pour son successeur, si le Christianisme ne le lui avoit enlevé. L'empereur *Julien* n'oublia rien pour engager *Libanius* à venir à sa cour; mais il ne put y réussir, même en lui offrant la qualité de préfet du prétoire. Le philosophe répondit constamment à ceux qui le sollicitoient, que la qualité de sophiste étoit fort au-dessus de toutes les dignités qu'on lui offroit. Son caractère étoit fier et noble. *Julien*, irrité contre les magistrats d'Antioche, avoit fait mettre en prison le sénat de cette ville. *Libanius* vint parler à l'empereur pour ses concitoyens, avec une liberté courageuse. Un homme, pour qui ce ton ferme étoit apparemment nouveau, lui dit: *Orateur, tu es bien près du fleuve Oronte, pour parler si hardiment.* — *Libanius* le regarda avec dédain, et lui dit: *Courtisan, la menace que tu me fais, ne peut que déshonorer le maître que tu veux me faire craindre*; et il continua. On ignore le temps de sa mort; quelques-uns la placent à la fin du IVe siècle. *Libanius* avoit le grand talent de s'attacher ses élèves. Dans toutes les lettres que lui écrit *St. Basile*, on voit une estime singulière pour ses ouvrages, et un tendre attachement à sa personne. Il lui adressoit tous les jeunes gens de Cappadoce, qui vouloient cultiver l'éloquence, comme au plus habile maître de son siècle, et ils en étoient reçus avec une distinction particulière. A l'occasion de l'un de ces jeunes gens, mal partagé de la fortune, *Libanius* dit : « Qu'il ne considérait point dans ses disciples les richesses, mais la bonne volonté. Il ajoute que : S'il trouvoit un jeune homme pauvre, qui montrât un grand désir d'apprendre, il le préférerait sans hésiter, aux plus riches, et qu'il étoit fort content, lorsque ceux qui ne pouvoient rien donner, étoient avides de recevoir. » Il écrit à *Themistius*, célèbre sophiste, que ses talens et sa sagesse élevèrent aux premières charges de l'état, d'une manière qui montre que *Libanius* avoit des sentimens nobles, et qu'il étoit touché de l'amour du bien public. « Je ne vous félicite point, lui dit-il, sur ce que le gouvernement de la ville vous a été donné; mais je félicite la ville sur le choix qu'elle a fait de votre personne pour cette importante place. Vous n'avez pas besoin de nouvelles dignités, mais elle a grand besoin d'un gouverneur comme vous. » Il seroit à souhaiter que *Libanius* eût été aussi irrépréhensible pour les mœurs, qu'il étoit estimable pour son caractère d'esprit et pour son éloquence. On lui a reproché aussi d'être trop plein d'estime pour lui-même, et trop grand admirateur de ses propres ouvrages dont il ne voyoit pas les défauts. Il avoit beaucoup de goût lorsqu'il jugeoit des productions des autres, quoiqu'il en manque quelquefois dans les siennes. *Julien* soumettoit à son jugement ses actions et ses écrits; et le sophiste, plus attaché à la personne qu'à la fortune de ce prince, le traitoit moins en courtisan qu'en juge sévère. La plupart des *Harangues* de ce rhéteur ont été perdues, et ce n'est pas peut-être un grand mal: sans parler des citations multipliées d'*Homère*, de la fureur d'exagérer, d'un luxe d'érudition très-déplacé, il gâte tout par l'affectation et l'obscurité de son style, qui ne manque d'ailleurs ni de force, ni d'éclat. On estime davantage ses *Lettres*, dont on a donné une excellente édition à Amsterdam en 1738, in-fol. Ce recueil offre plus de 1680 *Epitres*, dont la plupart ne renferment que des complimens. On en lit plusieurs autres curieuses et intéressantes, qui peuvent donner des lumières sur l'histoire civile, ecclésiastique, littéraire, de ces temps-là. *Antoine Bongiovani* a publié à Venise, en 1755, *XVII Harangues de Libanius*, en un vol. in-fol., tirées de la bibliothèque de Saint-Marc. Il faut joindre ce recueil à l'édition de ses *Œuvres*, Paris, 1606 et 1627, 2 vol. in-fol.
LIBAVIIUS, (André) docteur en médecine, né à Hall en Saxe, mourut à Cobourg en Franconie l'an 1616, après avoir publié un grand nombre d'ouvrages sur la chimie, et cherché toutes les occasions de réfuter les rêveries de *Paracelse* et de ses sectateurs. Ses principaux ouvrages sont : I. *Syntagma selectorum Alchemiae arcanorum*, Francfort, 1613, 2 tom. in-fol. en 1 vol. II. *Appendix syntagmatis arcanorum*, 1615, in-fol. III. *Epistolarum Chymicarum libri tres*, 1595. La chimie a fait tant de progrès depuis *Libavius*, que ces ouvrages ne sont plus recherchés. Il est le premier qui ait parlé de la transfusion du sang d'un animal dans un autre. On prétend qu'il l'imagina d'après la fable de *Médée*. « Ayez, dit-il, un homme sain et vigoureux, et un autre homme sec et décharné, à qui il reste à peine un souffle de vie. Préparez deux tuyaux d'argent ; ouvrez l'artère de l'homme qui jouit d'une parfaite santé ; introduisez un tuyau dans cette artère. Ouvrez de même une artère de l'homme malade ; insinuez l'autre tuyau dans ce vaisseau, et abouchez si exactement les deux tubes, que le sang de l'homme sain s'introduise dans le corps malade ; il y portera la source de la vie ; toute infirmité disparaîtra. » Une expérience annoncée avec tant d'assurance, ne pouvoit manquer de séduire. Un bénédictin nommé *Desgabetz*, (*Voyez* ce mot) la tenta. *Lower*, anatomiste Anglois, perfectionna cette opération ; et *Denys*, médecin François, marcha sur ses traces. On regarda la transfusion comme une ressource contre les maladies, comme l'assurance de l'immortalité. On imagina qu'on pourroit rajeunir les vieillards ; mais croyoit-on de renouveler en eux les solides, en leur transfusant les liquides ? La décrépitude et la mort sont amenées par différentes causes ; et la transfusion pouvoit-elle les éloigner ou les détruire ? c'est ce qu'il est difficile de penser.
**LIBERALIS**, *Voyez* ANTONIUS.
**LIBERALIS**, philosophe, ami de *Sénèque*, étoit de Lyon. Il mérita, par ses qualités personnelles, le titre glorieux du *meilleur des Hommes*. Capitaine des gardes de *Tite*, il fit tous ses efforts pour empêcher l'incendie du temple de Jérusalem. *Juste-Lipse* croit que c'est à lui que *Sénèque* dédia son Traité des bienfaits. **I. LIBERAT**, (*Saint*) abbé du monastère de Capse en Afrique, souffrit le martyre le 2 Juillet 434, pendant la persécution d'Humeric.
**II. LIBERAT**, médecin en Afrique, y souffrit le martyre pour la foi catholique, dans le cinquième siècle, aussi sous le roi *Humeric*. Les Ariens enlevoient alors les enfans des Catholiques pour les baptiser. Les deux fils de *Liberat* furent du nombre, et leur père fut mis en prison avec sa femme : on ne sait pas s'ils y moururent, ou s'ils furent bannis ; mais ils sont mis au rang des martyrs avec leurs enfans, au 23 de Mars.
**III. LIBERAT**, diacre de l'église de Carthage au VI$^{e}$ siècle, l'un des plus zélés défenseurs des *Trois Chapitres*, fut employé en diverses affaires importantes. On a de lui, un livre intitulé : *Breviarium de Causá Nestorii et Eutychetis*, que le P. Garnier publia en 1675, in-8$^{o}$
**LIBÈRE**, Romain, fut élevé sur la chaire de St. Pierre, le 24 Mai 352, après le pape *Jules I*. Il la mérita par sa piété et par son zèle pour la foi ; mais, lorsqu'il y fut parvenu, il ne tarda pas de s'en rendre indigne. L'empereur *Constance*, ayant tenté vainement de le faire souscrire à la condamnation de l'illustre *Athanase*, le relégua à Bérée dans la Thrace. La rigueur avec laquelle on le traita dans son exil, et la douleur de voir son siège occupé par l'antipape *Felix*, ébranlèrent sa constance. Il consentit enfin à la condamnation d'Athanase, et signa la Formule de Sirmium : non pas celle du dernier concile, qui étoit visiblement hérétique ; mais celle du second, dressée avec beaucoup d'art par les Ariens, et qui pouvoit à la rigueur être défendue, comme elle le fut par St. Hilaire. Par cette foiblesse, il rentra dans la communion des Orientaux. On lui fit approuver dans le concile d'Ancyre, en 358, un Ecrit qui rejetoit le mot Consubstantiel ; mais il protesta en même temps qu'il anathématisoit ceux qui disoient que le Fils n'étoit pas semblable au Père en substance et en toutes choses. L'empereur lui permit alors de retourner à Rome, où le peuple le reçut assez froidement. Le courage et la foiblesse se succédoient en lui tour-à-tour. Cet accueil le fit rentrer en lui-même : il reconnut sa faute, la pleura, fit des excuses à Athanase, rejeta la confession de foi du concile de Rimini en 359, et mourut saintement le 24 Septembre 366. Malgré sa chute, presque tous les saints Pères, touchés de son repentir, le qualifient de Bienheureux, et son nom se trouve dans les plus anciens Martyrologes latins. Ses Epîtres sont parmi celles des Papes par D. Constant.
LIBERIUS A JESU, Carme, natif de Novare, enseigna la controverse pendant 38 ans à Rome, et fut préfet de la Propagande. Il mourut l'an 1719, après avoir publié : Controversiae dogmaticae, Rome, 1701, in-fol. Cette édition fut défendue, parce que l'auteur y étoit favorable au Jansénisme ; mais l'ayant corrigée et s'étant rétracté, on permit l'édition, qui fut faite l'an 1610. Liberius qui avoit promis 3 vol. in-fol. quand il en publia le premier, l'augmenta tellement qu'on l'a imprimé à Milan en 11 vol. in-fol. l'an 1742.
LIBERGE, (Martin) né au Mans, professeur de droit à Poitiers, mérita d'être élu échevin perpétuel de cette ville, pour avoir appaisé par sa sagesse deux séditions du peuple, au commencement de la Ligue. Il harangua Henri IV, lorsqu'il passa par Angers en 1595, et ce bon prince fut si charmé de son discours, qu'il l'embrassa. Liberge mourut en 1599. Nous avons de lui, la Relation du siège de Poitiers, où il étoit présent, 1625, in-12; et quelques Traités de droit.
LIBERTÉ, (Mythol.) Divinité adorée des Romains, qui lui bâtirent un temple sur le mont Aventin. On la représentoit sous la figure d'une femme vêtue de blanc, tenant un sceptre d'une main, un casque de l'autre, et ayant auprès d'elle un faisceau d'armes et un joug rompu : le chat lui étoit consacré. Cette Déesse étoit toujours accompagnée de deux autres qui s'appeloient Adéone et Abéone, parce que la liberté consiste à pouvoir aller et venir où l'on veut.
LIBITINE, (Mythol.) Déesse qui avoit un temple à Rome, dans lequel se vendoient les choses nécessaires pour les funérailles. C'étoit la même que Proserpine, reine des enfers, que les Romains croyoient présider aux cérémonies lugubres. On tenoit aussi dans son temple un registre exact de tous les morts, et on y recevoit une pièce d'argent pour chacun. Plutarque dit que Libitine étoit Vénus, et veut que cette Déesse qui présidait à la naissance des hommes, présidait aussi à leur mort. On trouve le mot *Libitina*, pour la mort, et pour la bière dans laquelle on enfermoit les morts.
**LIBOIS**, (Etienne) né dans le diocèse de Chartres, mort en 1776, s'entêta de la philosophie hermétique, et crut la trouver dans l'ancienne Mythologie. C'est ce qui produisit son *Encyclopédie des Dieux et des Héros*, 1773, 2 vol. in-8°, livre plein de recherches savantes et d'idées chimériques.
**LIBON**, célèbre architecte Grec, vivait 450 ans avant J. C. C'est lui qui bâtit le fameux temple de *Jupiter*, auprès de Pise, ou *Olympie*, si renommée par les Jeux Olympiques qu'on y célébrait tous les 4 ans.
**LIBUSSA**, reine de Bohème en 482, succéda à son père *Cracus II*, et rendit ses peuples heureux. Pressée par ses sujets de prendre un époux, elle s'en rapporta au sort pour ce choix. Après avoir mis son cheval à l'abandon dans une plaine, elle annonça qu'elle épouserait celui chez lequel cet animal se retirérait; il entra dans la maison d'un paysan nommé *Prêzimilas*, que *Libussa* épousa, et qu'elle fit ainsi roi de Pologne. Elle mourut vers l'an 506.
**LICETI** ou
**LICETO**, *Licetus*, (Fortunius) fils d'un célèbre médecin, et médecin lui-même, naquit à Rapallo, dans l'état de Gênes, en 1577, avant le 7$^{e}$ mois de la grossesse de sa mère. Son père le fit mettre dans une boîte de coton, et l'éleva avec tant de soin, qu'il jouit d'une santé aussi parfaite que s'il ne fût pas venu au monde avant le temps. Il professa la philosophie à Pise, et ensuite la médecine à Padoue, avec beaucoup d'applaudissement. Il y mourut en 1656, à 77 ans. On a de lui, un très-grand nombre de Traités. Les principaux sont: I. *De Monstris*, Amsterdam, 1665, in-4°. On y trouve des contes populaires; mais il y a quelques bonnes vues. II. *De Cometerum attributis*, in-4°. III. *De his qui vivant sine alimentis*, in-folio. IV. *Mundi et hominis Analogia*, in-4°. V. *De Annulis antiquis*, in-4°. VI. *De novis Astris et Cometis*, Venise, 1622, in-4°. VII. *De ortu spontaneo viventium*, Vicentiæ, 1618, in-fol. VIII. *De animorum rationalium immortalitate*, Patavii, 1629, in-fol. IX. *De Fulminum naturâ*, in-4°. X. *De ortu Animæ humanæ*, Genève, 1619, in-4°. XI. *Hydrologia, sive De Maris tranquillitate et ortu Fulminum*, Utini, 1655, in-4°. XII. *De Lucernis antiquis*, ibid. 1653, in-fol. etc. Dans ce dernier traité, il soutient que les anciens avoient des lampes sépulcrales qui ne s'éteignoient point; mais tous les savans conviennent aujourd'hui que ces prétendues *Lampes éternelles* n'étoient que des *Phosphores*, qui s'allumouent pour quelques instans après avoir été exposés à l'air. C'est le sentiment de *Ferrari*, dans sa savante dissertation *De Veterum lucernis sepulcralibus*, qu'il publia en 1685, in-4°, dans son livre *De re vestiarid*. — Joseph *LICETI*, père de *Fortunius*, est auteur d'un livre intitulé: *Nobilità de principali membri dell'Uomo*, 1599, in-8°.
**LICHTENSTEIN**, (Joseph-Wenceslas, prince de) duc de L I C 20 Troppau et de Jagerndorf en Si- lésie, chevalier de la Toison d'or, feld-maréchal au service de l'im- pératrice reine, directeur géné- ral de l'artillerie, entra au ser- vice de la maison d'Autriche en 1716, fut fait colonel d'un ré- giment de dragons en 1723. Charles VI l'envoya en 1738, en qualité d'ambassadeur à la cour de Versailles; emploi qu'il rem- plit pendant trois ans avec dis- tinction. Il commanda en chef les armées en Italie, en 1746, et gagna le 16 juin la bataille de Plaisance, qui mit les affaires de sa souveraine dans un état très- avantageux en Italie. En 1760, il fut nommé ambassadeur ex- traordinaire à la cour de Parme, pour épouser par procuration l'infante Isabelle, au nom de l'archiduc Joseph, depuis empe- reur. Quatre ans après, il remplit à Francfort, la dignité de com- missaire impérial pour l'élection du roi des Romains. Il mourut à Vienne, le 10 février 1772, âgé de 75 ans, considéré comme un fidelle ministre et un zélé su- jet de Marie-Thérèse, et comme le restaurateur de l'artillerie au- trichienne. Cette princesse le re- garda comme un des soutiens de son trône, dans les circonstances où il s'ébranloit de toute part, et lui fit élever un monument en bronze dans l'arsenal de Vienne. Les artistes perdirent en lui un protecteur, les infortunés un appui, et les pauvres un père.
LICINIA, Vestale, fut punie de mort avec deux autres, Emilie et Marcia, à cause de leurs dé- bauches, vers l'an 112 avant Jésus-Christ. I. LICINUS, (Caius) tribun du peuple, d'une famille des plus considérables de Rome entre les plébéiennes, fut choisi par le dictateur Manlius, pour gé- néral de la cavalerie, l'an 365 avant J. C. Licinius fut le pre- mier plébéien honoré de cette charge. On le surnomma Stolo; c'est-à-dire Rejecton inutile, à cause de la loi qu'il publia avec Sextius pendant son tribunal, par laquelle il défendoit à tout citoyen Romain de posséder plus de 500 arpens de terre, sous pré- texte que ceux qui en avoient davantage, ne pouvoient cultiver leur bien avec soin. Ces deux tribuns ordonnèrent encore, que les intérêts qui avoient été payés par les débiteurs, demeurassent imputés sur le principal des dettes; et que le surplus seroit acquitté en trois diverses années; enfin, que l'on ne créeroit plus de Con- suls à l'avenir, que l'un d'eux ne fût de famille Plébéienne. Ces deux tribuns furent consuls en conséquence de cette dernière loi; Sextius, l'an 362 avant Jésus- Christ, et Licinius deux ans après. Ce sont les deux premiers consuls de famille plébéienne. Licinius Stolo porta cette loi, à l'instigation de son épouse, femme fière et ambitieuse, qui ayant une sœur mariée au consul Sul- pitius, ne pouvoit souffrir que son mari fût d'un rang infé- rieur.
II. LICINIUS TEGULA (Publius) célèbre poète comique latin, vers l'an 200 avant J. C. Licatius, cité par Aulu-Gelle, lui donne le 4e rang parmi les poètes comiques. Mais, comme il ne nous reste de lui que des frag- mens dans le Corpus Portarum de Maittaire, il est difficile de dire s'il méritoit le rang qu'on lui assigne.
III. LICINIUS-CALVUS, (*Caius*) orateur et poète célèbre, contemporain de *Cicéron*, réussissait si bien en poésie, que les anciens n'ont pas fait difficulté de l'égaler à *Catulle*. On trouve des vers de lui dans le *Corpus Poëtarum*. Moins éloquent, et plus sec que *Cicéron*, il s'exprimoit cependant avec tant de force, qu'un jour *Vatinius*, contre lequel il plaidoit, craignant d'être condamné, l'interrompit avant la fin de son plaidoyer, en disant aux juges : *Eh quoi ! serai-je condamné comme coupable, parce que mon accusateur est éloquent ? Licinius* mourut à l'âge de trente ans, après avoir donné de grandes espérances. Il ne nous reste aucune harangue de cet orateur ; *Quintilien* les loue beaucoup. On croit qu'il étoit auteur des *Annales* citées par *Denys d'Halicarnasse*, et que nous n'avons plus. *Licinius* introduisit l'usage de la lettre *q* dans la langue latine, d'où il a passé dans la nôtre. Il vivait 65 ans avant J. C.
LICINIUS-CRASSUS, *Voy. CRASSUS*, nos I, II, III.
IV. LICINIUS ou LICINIANUS, (*C. Flavius-Valerianus*) empereur Romain, fils d'un paysan de Dacie, se faisoit descendre de l'empereur *Philippe*; supposition qui ajoutoit à la bassesse de son origine et à ses mœurs grossières, le ridicule de la vanité. Il parvint du rang de simple soldat aux premiers emplois militaires. *Galère-Maximien*, qui avoit été soldat avec lui, et auquel il avoit rendu des services importans dans la guerre contre les Perses, l'associa à l'empire en 307, et lui donna pour département la Pannonie et la Rhétie. *Constantin* voyant son crédit augmenter chaque jour, s'unit étroitement avec *Licinius*; et, pour resserrer les nœuds de leur amitié, il lui fit épouser *Constantia*, sa sœur, en 313. Cette année fut célèbre par les victoires de *Licinius* sur *Maximin-Daïa*. Il le battit le 30 avril entre Héraclée et Andrinople, le poursuivit jusqu'au Mont-Taurus, le força à s'empoisonner, et massacra toute sa famille. Enorgueilli par ses succès, et jaloux de la gloire de *Constantin*, il persécuta les Chrétiens, pour avoir un prétexte de lui faire la guerre. Il n'en falloit pas davantage pour se brouiller avec lui. Les deux empereurs marchèrent l'un contre l'autre, à la tête de leurs armées. Ils se rencontrent auprès de Cibales, en Pannonie, combattent tous les deux avec valeur, et *Licinius* est enfin obligé de céder. Il répara bientôt cette perte, et en vint une seconde fois aux mains auprès d'Andrinople. Son armée, quoique vaincue de nouveau, pilla le camp de *Constantin*. Les deux princes, las de cette guerre ruineuse et si peu décisive, résolurent de faire la paix : *Licinius* l'acheta par la cession de l'Illyrie et de la Grèce. *Constantin* ayant passé sur ses terres en 323, son rival irrité viola le traité de paix. On arma des deux côtés, et le voisinage d'Andrinople devint encore le théâtre de leurs combats. L'armée de *Licinius* y fut taillée en pièces; il prit la fuite du côté de Chalcedoine, où le vainqueur le poursuivit. Craignant d'être obligé de donner bataille, et n'ayant que très-peu de troupes, il demanda la paix à *Constantin*, qui la lui accorda; mais, dès qu'il eut reçu du secours, il rompit le traité. Il y eût une nouvelle bataille près de Chalcédoine, où Licinius, toujours malheureux, quoique toujours brave, fut encore vaincu et contraint de fuir. Constantia le suivit de si près, qu'il l'obligea de s'enfermer dans Nicomédie. Licinius, dans cette extrémité, se rendit à la clémence de son vainqueur. Constantia, sa femme, employa les larmes et les prières pour toucher son frère; Licinius se joignit à elle, et se dépouilla de la pourpre impériale. Constantia, après lui avoir accordé son pardon, et l'avoir fait manger à sa table, le relégua à Thessalonique, où il le fit étrangler, l'an 324. « Zozime et Eutrope, dit CREVIER, l'accusent en ce point de perfidie; et St. Jérôme, dans sa Chronique, n'a pas fait difficulté de copier les termes de ce dernier. Socrate nous fournit un moyen de défense en faveur de Constantia. Il rapporte que Licinius, dans son exil, tramoit des intelligences avec les Barbares, pour remonter sur le trône. La chose en soi n'a rien que de vraisemblable; et l'autorité de Socrate peut bien contrebalancer celle de Zozime et d'Eutrope. Il est néanmoins une circonstance fâcheuse pour la réputation de Constantin: car nous instruisons le procès à charge et à décharge. On se persuadera aisément qu'en ordonnant la mort de Licinius, il suivit les impressions d'une politique ombrageuse et cruelle, si l'on considère qu'après le père, il tua le fils, qui étoit son neveu; jeune prince sur qu'il histoire ne jette aucun soupçon, et que son âge même justifie pleinement, puisqu'il n'avoit encore qu'onze ans lorsqu'il fut mis à mort. Licinius le jeune périt l'an de J. C. 326, et dé- livra ainsi la maison de Constantia du seul rival qui lui restât. (Voyez l'article suivant.) La funeste catastrophe de Licinius est un exemple que Lactance auroit ajouté au catalogue qu'il a dressé des morts tragiques des persécuteurs du Christianisme, s'il avoit poussé son ouvrage jusqu'à ce temps. Le désastre de ce malheureux prince ne finit pas même entièrement à sa mort, et sa mémoire fut flétrie par une loi de Constantin, qui le traite de Tyran, et qui casse ses ordonnances. Le vainqueur auroit sans doute pu montrer plus de générosité envers un ennemi qui avoit été son collègue et son beau-frère. Mais enfin c'étoit un ennemi, de la part duquel il devoit attendre le mémetraitement, s'il eût eu le malheur d'être vaincu. « Licinius s'étoit distingué par son courage; mais cette vertu étoit balancée par beaucoup de vices. Il étoit dur, cruel, impudique; il persécutait les Chrétiens, pilla ses sujets, et leur enleva leurs femmes. Il haïssoit les savans, comme des témoins importuns de son ignorance, de ses mœurs féroces et de son éducation barbare. La philosophie n'étoit à ses yeux qu'une peste publique. Quelques philosophes, sans autre crime que leur profession, furent condamnés par lui aux supplices réservés aux esclaves; mais comme il s'étoit exercé, durant son enfance aux travaux de la campagne, il favorisa les agriculteurs, autant qu'il dédaigna les gens de lettres. V. LICINIUS, (Flavius-Kalerius LICINIANUS) surnommé le Jeune, étoit fils du précédent et de Constantia, sœur de Constantin. Il naquit en 315, et fut déclaré César en 317, ayant à peine 20 mois. Constantin le fit élever sous ses yeux à Constantinople. Son esprit étoit vif, pénétrant et porté aux grandes choses; mais sa jeunesse ne lui permettant pas de cacher les saillies de son imagination, il lui échappoint des traits qui pouvoient n'être que les sentimens d'une ame noble, et qu'on prit pour des désirs ambitieux. Fausta, femme de Constantin, jeta des défiances dans l'esprit de ce prince, qui le fit mourir, en 326, lorsqu'il étoit à peine dans sa 12e année. Le mérite, la figure et la fin tragique de ce prince, le firent regretter de tout l'empire.
LICINIUS, Voyez LEZIN.
LIÉBAULT, (Jean) médecin, né à Dijon, mort à Paris, le 21 juin 1596, dans un âge assez avancé, laissa divers Traités de médecine, et eut part à la Maison Rustique : ouvrage dont Charles Etienne, son beau-père, est le premier et le principal auteur. Ce livre, qui ne formoit d'abord qu'un volume, est à présent en deux, in-4.º On l'a grossi, sans l'épurer entièrement. Trop de recettes fausses ou mal détaillées, ont fait tort à ce livre utile. On a encore de Liébault : I. Des Traités sur les Maladies, l'Ornement et la Beauté des Femmes, 1582, 3 vol. in-8.º II. Thesaurus sanitatis, 1578, in-8.º III. De præcavendis curandisque venenis Commentarius. IV. Des Scholies sur Jacques Hollerius, en latin, 1579, in-8º, etc.
LIÈBE, (Chrétien-Sigismond) savant antiquaire Allemand, mort à Gotha en 1736, dans un âge avancé, s'est principalement fait connoître par son ouvrage, intitulé : Gotha Nummaria, Amsterdam, 1730, infolio.
LIEBKNECHT, (Jean-George) célèbre professeur de Giessen, natif de Wassungen, devint membre de la Société royale de Londres, de l'académie des Sciences de Berlin, et de la société des Curieux de la Nature. Il mourut à Giessen, en 1749. On a de lui, un grand nombre de Dissertations Théologiques, Philosophiques et Littéraires, estimées, et divers autres ouvrages.
LIÈBLE, (Philippe-Louis) né à Paris en 1734, se fit Bénédictin dans la Congrégation de Saint-Maur, et devint bibliothécaire de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. Une érudition variée accompagnoit dans lui les vertus de l'ame et la douceur du caractère. Il a publié : I. Observations sur la réforme des Réguliers. II. Mémoire sur les limites de l'empire de Charlemagne, 1764, in-12; et il obtint, la même année, le prix de l'académie des Belles-Lettres. III. Notice des Gaules dans le moyen âge. Le célèbre Danville, son oncle, lui avoit fourni les premiers matériaux de cet ouvrage. IV. On lui doit, de concert avec Frebonius, l'édition d'Alexis précepteur de Charlemagne, et la dernière des Capitulaires de Baluze. V. Il a travaillé enfin à la Collection des chartres et diplômes de France, dont il a paru trois vol. in-folio en 1789. Après l'incendie de la riche bibliothèque, dont il fut long-temps dépositaire, incendie produit en 1793, par une raffinerie de salpêtre calpêtre qu'on y avoit adossée, *Lièble* conçut un tel chagrin de cette perte et de celle de plusieurs de ses manuscrits, que sa santé dé-clipa depuis cet instant, et qu'il mourut d'épuisement et presque aveugle, quelque temps après. I. LIEUTAUD, (Jacques) fils d'un armurier d'Arles, mourut à Paris en 1733, dans un âge assez avancé, membre de l'académie des Sciences, à laquelle il avoit été associé en qualité d'astronome. On a de lui, vingt-sept volumes de la *connaissance des Temps*, depuis 1703 jusqu'en 1729. *Fontenelle* ne fit pas son Éloge, on ne sait pourquoi.
II. LIEUTAUD, (Joseph) né à Aix en Provence en 1703, étoit le plus jeune de douze frères. Formé par les conseils de son oncle *Gardel*, célèbre botaniste Provençal, il se fit une réputation en province, avant que de se produire à la capitale. Appelé à Versailles, en 1749, pour y remplir la place de médecin de l'infirmerie royale, il fut reçu à l'académie des Sciences de Paris, en 1752. Ayant été nommé à la place de médecin des Enfans de France en 1755, il devint premier médecin du roi à l'avènement de *Louis XVI* au trône. Ses ouvrages sont : I. *Essais anatomiques*, dont la meilleure édition est celle de M. *Portal*, avec des notes et des observations, Paris, 1777, 2 vol. in-8. On y trouve l'histoire exacte des parties du corps humain, avec la manière de les disséquer. II. *Elementa Physiologica*, 1749, in-8. L'auteur y a recueilli les expériences et les observations nouvelles des meilleurs physiciens et des anatomistes les plus exercés. III. *Précis de la Médecine Pra-* *Tome VII.* tique, 1776, 2 vol. in-8. Cet abrégé, qui est bien fait, contient l'histoire des maladies dans un ordre tiré de leur siège, avec des observations critiques sur les points les plus intéressants. Ce n'est presque qu'une traduction du premier volume de l'ouvrage suivant. IV. *Synopsis universa Praxeos Medicae*, 1765 et 1770, 2 vol. in-4. Cet ouvrage, exact et complet, est remarquable encore par l'ordre et la clarté qui y règnent. V. *Précis de la Matière Médicale*, 1770, 2 vol. in-8. Ce Précis, qui est une traduction du second volume de la *Synopsis*, peut suffire aux médecins qui veulent se borner à des idées succinctes, mais claires et justes, sur l'histoire, la nature, les vertus et les doses des médicaments. VI. *Historia Anatomico-Medica*, 1767, 2 vol. in-4. VII. Un grand nombre de *Dissertations* séparées, imprimées à Aix, et des *Mémoires* sur le cœur, la vessie, parmi ceux de l'académie des Sciences. Ce célèbre médecin mourut à Versailles, le 6 décembre 1780, dans sa 78$^{e}$ année, avec la fermeté d'un homme de bien et d'un bon esprit. Des médecins rassemblés autour de son lit, lui proposaient différens remèdes... *Ah!* leur dit-il, *je mourrai bien sans tout cela! Molière* n'eût pas dit autrement. Cependant le mourant croyoit à la médecine; mais il ne croyoit pas qu'elle fit des miracles. Sage et prudent, il ne se passionnait pour aucun système; et il savait attendre, quoique son coup d'œil fut aussi pénétrant que juste. Plus attaché à l'observation de la nature, qu'à celle des livres, il n'aimait pas à chercher dans les ouvrages des autres ce que l'inspection du corps humain pouvoit lui apprendre. Aussi s'étoit-il préparé à l'étude de la médecine par celle de l'anatomie : science qu'il avoit approfondie. Il trouva des amis zélés dans ceux même dont il n'adopta pas les idées, ou même dont il critiqua les opinions : tels que *Sénac* et *Winslow* ; et c'est une preuve que la bonté de son caractère égaloit ses lumières.
LIGARIUS, (Quintus) lieutenant de *Caius Confidius*, proconsul d'Afrique, se fit tendrement aimer des Africains. Ils le demandèrent et l'obtinrent pour leur proconsul, lorsque *Confidius* fut rappelé. Il continua de se faire aimer dans son gouvernement, et ses peuples voulurent l'avoir à leur tête, lorsqu'ils prièrent les armes, au commencement de la guerre civile de *César* et de *Pompée* ; mais il aima mieux retourner à Rome. Il embrassa les intérêts de *Pompée*, et se trouva en Afrique dans le temps de la défaite de *Scipion* et des autres chefs qui avoient renouvelé la guerre. Cependant *César* lui accorda la vie, mais avec défense de retourner à Rome. *Ligarius* se vit contraint de se tenir caché hors de l'Italie. Ses frères, ses amis, et sur-tout *Cicéron*, mettoient tout en œuvre pour lui obtenir la permission de rentrer dans Rome, lorsque *Tuberon* se déclara dans les formes l'accusateur de *Ligarius*. Ce fut alors que *Cicéron* prononça pour l'accusé cette harangue admirable, qui passe avec raison pour un chef-d'œuvre, et par laquelle il obtint de *César* l'absolution de *Ligarius*, quoique ce prince n'eût pas dessein de l'absoudre. *Tuberon* fut si fâché de l'issue de sa cause, qu'il renonça au barreau. *Ligarius* reconnut mal la clémence et la générosité de *César* ; car il devint dans la suite un des complices de la conjuration où ce héros fut assassiné.