LOUVILLE, (Eugène d'A- lonville, chevalier de) né au château de ce nom, en Beauce, l'an 1671, d'une famille noble et ancienne, servit d'abord sur mer, ensuite sur terre. Il fut brigadier des armées de Ihi- lippe V, et colonel d'un régi- ment de dragons. La paix d'U- trecht l'ayant rendu à lui-même, il se consacra aux mathématiques, et principalement à l'astronomie. Il alla à Marseille en 1713 ou 1714, dans la seule vue d'y pren- dre exactement la hauteur du pôle, qui lui étoit nécessaire pour lier avec plus de sur-té ses ob- servations à celles de Pythéas, anciennes de près de 2000 ans. En 1715, il fit le voyage de Lon- dres, exprès pour y voir l'éclipse totale du Soleil, qui fut plus sensible sur cette partie de notre hémisphère. L'académie des Sciences de Paris l'avoit reçu au nombre de ses membres; la So- ciété royale de Londres lui fit le même honneur quelque temps après. Le chevalier de Louville, revenu en France, fixa son sé- jour dans une petite maison de campagne, à un quart de lieue d'Orléans, et s'y livra entière- ment aux observations astrono- miques. Les curieux qui le visi- toient ne pouvoient le voir qu'à table, et le repas fini, il rentroit 384 LOU dans son cabinet. Il avoit l'air d'un parfait Stoïcien, renfermé en lui-même, et ne tenant à rien d'extérieur : bon ami cependant, officieux, libéral : mais sans ces aimables dehors, qui souvent, dit Fontenelle, suppléent à l'essentiel, ou du moins le font extrêmement valoir. On prétend, ajoute Fontenelle, que ce Stoïcien si austère et si dur, ne laissoit pas d'avoir sur sa table, sur ses habillemens, certaines délicatesses, certaines attentions raffinées, qui le rapprochoient un peu des philosophes du parti opposé. Au commencement de septembre 1732, il eut deux accès de fièvre léthargique, qui ne l'étonnèrent point. Il regardoit ces maladies comme des phénomènes de physique, auxquels il ne s'intéressoit que pour en chercher l'explication. Il continuoit sa vie ordinaire, lorsque la même fièvre revint, et l'emporta au bout de 40 heures, pendant lesquelles il fut absolument sans connoissance. Il avoit 61 ans. On a de lui, plusieurs Dissertations curieuses, sur des matières de physique et d'astronomie, imprimées dans les Mémoires de l'Académie des Sciences ; et quelques autres dans le Mercure, depuis 1720, contre le P. Castel, jésuite. Le chevalier de Lowille faisoit de ses propres mains, tout ce qu'il y avoit de plus difficile et de plus fin dans ses instrumens astronomiques.
LOUVOIS, (le Marquis de) Voyez TELLIER, n.º II.
LOWEN, (Jean-Frédéric) poète allemand, né en 1729, à Klansthal, mourut à Rostock en 1773. On a de lui : I. Un recueil de Poésies, dont il n'y a qu'un petit nombre d'estimées ; Ham- bourg, 1765, 4 parties. II. Des Romances, Leipzig, 1774. Ce dernier ouvrage a réputation ; il étoit vraiment né pour ce genre aimable et naïf.
LOWITZ, savant astronome Russe, membre de l'académie de Pétersbourg, fut envoyé à Demitreff, pour y prendre des niveaux nécessaires à l'ouverture d'un canal projeté entre le Don et le Wolga. Il travailloit paisiblement, lorsque la ville fut livrée par trahison au rebelle Pugatscheff. Celui-ci commanda qu'on l'élevât sur des piques, pour qu'il fût, dit-il, plus près des étoiles, et le fit massacrer par ses Cosaques, en 1774.
LOWTH, (Robert) évêque de Londres, mort en 1788, est auteur d'une Dissertation de Poësi Hæbræorum, Cambridge, 1753, in-4°, réimprimée en Allemagne, in-6°, avec de savantes additions de Michaelis. Sa Grammaire Angloise, traduite en François par M. le chevalier de Sausseuil, Paris, 1783, in-12, est estimée.
LOYER, (Pierre le) Loërius, conseiller au présidial d'Angers, et l'un des plus savans hommes de son siècle dans les langues orientales, naquit au village d'Huillé dans l'Anjou en 1550, et mourut à Angers en 1634, à 84 ans. On a de lui : I. Un Traité des Spectres, publié sous ce titre : Discours et Histoire des Spectres, et apparitions des Esprits, Anges, Demons, et ames séparées des corps, se montrant visibles aux hommes ; Paris, 1605, in-4°. Cet ouvrage est encore recherché aujourd'hui, à cause de sa singularité. On y trouve une foule d'histoires merveilleuses, que que l'auteur croyoit et qu'il veut faire croire ; mais s'il trompe son siècle, il ne faut pas attendre qu'il puisse tromper le nôtre. Ces sottises pouvaient être bonnes, il y a cent ans ; mais elles ne valent plus rien aujourd'hui, du moins pour tous ceux qui ne sont pas peuple. Toute la noblesse vivoit alors dans ses chateaux ; les soirées d'hiver sont longues : on seroit mort d'ennui, sans les contes de Sorciers et de Fées. II. Edom, ou les Colonies Idumiennes en Europe et en Asie, avec les Phoeniciennes ; Paris, 1620, in-8. On remarque dans cet ouvrage une érudition et une lecture immenses, mais point de goût, point de discernement, des idées bizarres, et un entêtement ridicule pour les étymologies tirées de l'hébreu et des autres langues. Le Loyer prétendoit trouver dans Homère le village d'Huillé, lieu de sa naissance, son nom de famille et celui de sa province. Lorsqu'on lui reprochoit de se vanter de savoir ce qu'il ne pouvoit pas connoître, il répondoit que c'étoit la grace de Dieu qui opéroit ces effets merveilleux. Le bon homme ne savoit pas que le premier effet de la grace doit être le bon sens, et il ne l'eut jamais. III. Des Œuvres et Mélanges Poétiques, Paris, 1579, in-12. Quelque mauvais poète qu'il fût, il avoit remporté le prix de l'Eglantine à Toulouse. Colletet dit du bien de ses Idylles ; mais il faudroit être un bien mauvais juge en poésie, pour approuver le fatras d'érudition que le Loyer a répandu dans ses vers, suivant le goût de son temps. Sa comédie de la Néphélococugie, ou la Nuée des Cocus, est sans distinction d'actes, et semble faite en dépit du bon sens. Quoiqu'il y ait en quelques endroits de l'esprit et du sel, dit Nicoron, ce qu'il y a de plus remarquable, sont les grossièretés et les ordures. Son autre comédie du Mact insensé, en cinq actes, est en vers de huit syllabes.
LOYNE. (Antoinette de) Parisienne, vivoit dans le 16e siècle, et épousa un gentilhomme Provençal. On lui doit quelques petits poèmes, insérés dans le recueil intitulé : Tombeau de la Reine de Navarre. — Une demoiselle du même nom, fille d'un président du parlement de Metz, faisoit aussi des vers, et l'on connoit d'elle deux sommets, l'un à la louange de Louis XIV ; l'autre à celle du duc de Saint-Aignan. I. LOYSEAU, (Charles) avocat au parlement de Paris, et habile jurisconsulte, issu d'une famille originaire de la Baume, fut lieutenant particulier à Sens sa patrie, puis bailli de Château-Dun, et enfin avocat consultant à Paris, où il mourut le 27 octobre 1627, à 63 ans. On a de lui, plusieurs ouvrages estimés, Lyon, 1701, in-fol. Son Traité du Dézuerpissement passe pour son chef-d'œuvre, à cause du mélange judicieux qu'il y a fait du droit Romain avec le nôtre.
II. LOYSEAU DE MAULÉON, (Alexandre-Jérôme) maître en la chambre-des-comptes de Lorraine, ancien avocat au parlement de Paris, mort le 19 octobre 1771, marqua sa carrière au barreau, dit M. de la Crételle, par des succès et des écarts. « M. Loyseau de Mauléon vouloit porter les talens de l'homme de lettres dans les travaux de l'avocat. Rien de mieux conçu que B b 386 LOY cette réunion, si naturelle et si simple, qu'elle n'auroit dû jamais étonner. Mais il manquait de ce qu'il faut dans ces deux caractères; un esprit fort et étendu, et un style éloquent. Il étoit borné dans ses connoissances et ses vues, foible dans sa logique, bel esprit dans sa manière d'écrire. Il se contentoit de plaire dans les ouvrages où il faut éclairer et échanger, et où rien n'est beau que ce qui est en même temps solide et vrai. Aussi, en voulant attacher dans les écrits du barreau, il n'a guère su qu'y porter les graces frivoles et l'afféter des mauvais romans. Son genre a eu du succès dans sa nouveauté, parce qu'il étoit soutenu par du bon esprit et du talent; il est devenu insupportable dans ses imitateurs. Indépendamment de ce que ses *Mémoires* ont long-temps gâté le goût des jeunes avocats, ils ont encore produit un grand mal, celui de faire croire à beaucoup d'esprits estimables, mais qui ne se donnent pas la peine de bien examiner la question, que les ouvrages de notre barreau n'admettent ni les grandes vues de la philosophie, ni les grandes beautés de l'éloquence. Les défauts de cet écrivain ne sont pas l'unique chose que j'aie à relever en lui. Il a plusieurs *Mémoires* où il est au-dessus de son genre, et ceux-là ont de la dignité et de l'intérêt. Il s'est même élevé quelquefois à la véritable éloquence, sur-tout dans quelques morceaux de son *Mémoire pour les Calas*. Il est mort jeune, et généralement estimé et regrettable.
LOYSEL, *Voy. Loisel.*
LUBERT, (*Mlle de*) fille d'un président au parlement, et née au commencement du 18$^{e}$ siècle, préféra sa liberté aux engagements du mariage. Aimant la campagne et la solitude, elle profita de ses loisirs pour publier divers petits ouvrages de féerie, et rajeunir d'anciens romans. Les premiers sont: la *Tyrannie des Fées détruite*, *Blancherose*, le *Prince glacé*, *Mourat et Turquia*, la *Princesse couleur de rose*, le *Revenant*, *Lionette et Coquerico*, la *Princesse sensible* et le *Prince Typhon*. Les romans de chevalerie qu'elle a renouvelés, sont: l'*Amadis de Gaule*, réduit à 4 vol., et les *Hauts faits d'Esplundian*, mis en deux. *Mlle de Lubert* est encore auteur d'un roman ou nouvelle, qui ne manque point d'intérêt; il est intitulé: *Leonelle*, 2 vol. in-12. La fiction en est agréable, et on y peut recueillir ces maximes: Jamais on ne se reproche ses fautes avec tant d'amertume, que lorsqu'on en sent la peine. — Les hommes veulent toujours qu'on leur soit fidèles au-delà même de ce qu'ils le sont eux-mêmes. — Le vrai moyen de ramener quelqu'un de son égarement, est de paraître d'abord se conformer à ses idées. — L'amour propre est encore plus aveugle que l'amour. *Mlle de Lubert* est morte plus que sexagénaire vers 1780.
LUBBERT, (*Sibrand*) savant docteur Protestant dans l'université d'Heidelberg, né à Langoword dans la Frise, vers 1556, devint professeur à Franeker, où il mourut en 1625, à 69 ans. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages contre *Bellarmin*, *Gretser*, *Socin*, *Grotus*, *Arminus*, etc. *Scaliger*, qui trouvoit en lui un autre lui-même, du moins pour le ton caustique, le regardoit comme un savant homme; et Jacques I, roi d'Angleterre, en faisoit cas. Son traité De Papa Romano, 1594, in-8°, est rechetché des Protestans, quoique le style en soit peu modéré.
LUBIENIETSKI, (Stanislas) Lubienicius, gentilhomme Polonois, né à Cracovie en 1623, fut un des soutiens du Socinianisme. Il n'oublia rien auprès des princes d'Allemagne pour le faire autoriser ou du moins tolérer dans leurs états; mais il n'y put réussir. Il mourut empoisonné, le 16 mai 1675, à 52 ans, après avoir vu périr de même deux de ses filles, et fut enterré à Altena, malgré l'opposition des ministres Luthériens. On a de lui: I. Theatrum Cometicum, Amsterdam, 1668, 2 vol. in-fol. On y trouve l'histoire des Comètes, depuis le Déluge jusqu'en 1667. II. Une Histoire de la Réformation de Pologne, Freistadt, 1685, in-8°. L'auteur n'avoit pas mis la dernière main à son ouvrage lorsqu'il mourut, et on s'en apperçoit bien en le lisant. I. LUBIN, (St.) né à Poitiers, de parens pauvres, devint abbé du monastère de Brou, puis évêque de Chartres en 544. Il mourut en 556, après avoir passe sa vie dans les exercices de la pénitence et dans la pratique des vertus.
II. LUBIN, (Eilhard) né à Wersterstede, dans le comté d'Oldenbourg, en 1565, se rendit très-habile dans les langues grecque et latine; et fut poète, orateur, mathématicien et théologien. Il devint professeur de poésie à Rostock, en 1595, et on lui donna une chaire de théologie dans la même ville, dix ans après. Il mourut le 2 juin 1621, à 56 ans, avec la réputation d'un bon humaniste et d'un mauvais théologien. On a de lui: I. Des Notes sur Anacréon, Juvenal, Perse, Horace. II. Antiquarius, in-12 et in-8°; c'est une interprétation assez claire et assez courte, par ordre alphabétique, des mots vieux ou peu usités. III. Un Traité sur la nature et l'origine du mal, intitulé: Phosphorus de causa prima, et natural mali, à Rostock, in-8° et in-12, 1596. L'auteur y soutient qu'il faut admettre deux principes coéternels; savoir, Dieu, et le Néant; Dieu, en qualité de bon principe; et le Néant, en qualité de mauvais principe. Il prétend que le mal n'est autre chose que la tendance vers ce néant, auquel il applique tout ce qu'Aristote a dit de la matière première. Grawerus et d'autres savans ont réfuté cette extravagance. IV. Une Apologie du livre précédent, intitulée: De causa peccati, Rostock, 1602, in-4°. V. Des Vers latins, dans le tome 3° du recueil Deliciae Poetarum Germanorum... Voy. NONNIUS.
III. LUBIN, (Augustin) fameux religieux Augustin, naquit à Paris en 1624. Il devint géographe du roi, et fut provincial de la province de France, puis assistant général des Augustins François à Rome. Il mourut dans le couvent des Augustins du faubourg Saint-Germain à Paris, le 7 mars 1695, à 72 ans. L'esprit de retraite et l'amour de l'étude, lui donnèrent le moyen d'enrichir la république des lettres de divers ouvrages. On a de lui: I. Le Mercure Géographique, ou le B b 2 Guide des Curieux, in-12, Paris, 1678. Ce livre, qui fut recherché dans le temps, ne peut guère servir aujourd'hui. II. Des Notes sur les lieux dont il est parlé dans le Martyrologe Romain, 1661, Paris, in-4.º III. Le Pouillé des Abbayes de France, in-12. IV. La Notice des Abbayes d'Italie, in-4.º, en latin. V. Orbis Augustinianus, ou la Notice de toutes les Maisons de son ordre, avec quantité de Cartes qu'il avoit autrefois gravées lui-même; Paris, in-12, 1672. VI. Tabula sacra Geographica, in-8º, Paris, 1670. C'est un Dictionnaire de tous les lieux de la Bible, qui est souvent joint avec la Bible, comme sous le nom de Léonard. VII. Une traduction de l'Histoire de la Laponie, par Scheffer, 1678, in-4.º VIII. Index Geographicus sive In Annales Usscrianos Tabula et observationes Geographica, publiées à la tête de l'édition d'Usserius, faite à Paris en 1673, in-fol. Tous ces ouvrages sont des témoignages de l'érudition du P. Lubin. Il étoit versé dans la géographie ancienne et moderne, et dans l'histoire sacrée et profane. Ses livres ne sont pas écrits avec agrément, mais les recherches en sont utiles. I. LUC, (St.) Évangéliste, étoit d'Antioche, métropole de Syrie, et avoit été médecin. On ne sait s'il étoit Juif ou Païen de naissance. Il fut compagnon des voyages et de la prédication de St. Paul, et commença à le suivre l'an 51, quand cet Apôtre passa de Troade en Macédoine. On croit qu'il prêcha l'Évangile dans la Dalmatie, les Gaules, l'Italie et la Macédoine, et qu'il mourut en Achaie; mais on ne sait rien de certain ni sur le temps, ni sur le lieu de sa mort. Outre son Évangile, qu'il écrivit sur les Mémoires des Apôtres, et dont le caractère est d'être plus historique, et de rapporter plus de faits que de préceptes qui regardent la morale; on a de lui, les Actes des Apôtres. C'est l'histoire de leurs principales actions à Jérusalem et dans la Judée, depuis l'Ascension de J. C. jusqu'à leur dispersion. Il y rapporte les voyages, la prédication et les actions de St. Paul, jusqu'à la fin des deux années que cet Apôtre demeura à Rome, c'est-à-dire jusqu'à l'an 63 de J. C.: ce qui donne lieu de croire que ce livre fut composé à Rome. C'est un tableau fidelle des merveilleux accroissemens de l'Église, et de l'union qui régnoit parmi les premiers Chrétiens. Il contient l'histoire de trente ans, et St. Luc l'écrivit sur ce qu'il avoit vu lui-même. (Voy. l'art. I. PIERRE, à la fin.) Toute l'Église l'a toujours reconnu pour un livre canonique. Il est écrit en grec avec élégance; la narration en est noble, et les discours qu'on y trouve sont remplis d'une douce chaleur. St. Jérôme dit que « cet ouvrage, composé par un homme qui étoit médecin de profession, est un remède pour une ame malade: Animæ haugueritis medicinam »... St. Luc est celui de tous les auteurs inspirés du Nouveau Testament, dont les ouvrages sont le mieux écrits en grec. La manière dont il écrit l'histoire de J. C., de ses actions et de sa doctrine, a ce caractère frappant de vérité, ce ton de persuasion et de conviction, qui subjugue l'entendement et confond la philosophie. Ce n'est pas ainsi qu'on invente, dit J. J. Rousseau. On pense que c'est l'Évangile de St. Luc que St. Paul appelle son Évangile, dans l'Épître aux Romains. L'Église célèbre la fête de cet Évangile le 18 octobre. St. Jérôme prétend qu'il demeura dans le célibat, et qu'il vécut jusqu'à 84 ans. Dans les tableaux où St. Luc est représenté, on voit à côté de lui un Bœuf, l'un des quatre animaux emblématiques de la vision d'Ézéchiel, parce qu'il s'est attaché à parler du sacerdoce de J. C., et que le Bœuf étoit le plus souvent immolé dans les sacrifices de l'ancienne loi.
II. LUC, (Géoffroi du) gentilhomme Provençal, savant en grec et en latin, mort l'an 1340, établit une espèce d'académie, où les beaux esprits de la province s'entretenoient sur les belles-lettres et médisoient des femmes. Du Luc étoit vivement irrité contre elles, depuis que Flandrine de Flassans, son élève en poésie, et la maîtresse de son cœur, avoit dédaigné son amour. Ce poète laissa quelques ouvrages en vers provençaux.
LUC, Voyez LUCAS, nos II et III.
LUC, (St.) Voy. ESPINAY:
LUCA, (Jean-Baptiste) savant cardinal, natif de Venozza dans la Basilicate, mort en 1683, à 66 ans, s'éleva à la pourpre par son mérite; car il étoit d'une naissance très-obscure. On lui doit: I. Des Notes sur le concile de Trente. II. Une Relation curieuse de la Cour de Rome, 1680, in-4°. III. Une compilation étendue sur le Droit Feclé-siastique, en 12 vol. in-fol. Elle est intitulée: Theatrum justitiæ et veritatis. La meilleure édition est celle de Rome.
LUCA, Voy. SIGNORELLI.
LUCAIN, (Marcus Annæus LUCANUS) naquit à Cordone en Espagne, vers l'an 39 de J. C., d'Anæus Melia, frère de Senéque le philosophe. Il vint à Rome de bonne heure, et s'y fit connoître par ses déclamations en grec et en latin. Néron, charmé de son génie, et plus encore des basses flatteries qu'il lui prodigua à la tête de sa Pharsale, le fit élever avant l'âge aux charges d'augure et de questeur. Cet empereur vouloit avoir sur le Parnasse, le même rang qu'il occupoit dans le monde; Lucain eut la noble imprudence de disputer avec lui le prix de la poésie, et le dangereux honneur de le remporter. Les sujets qu'ils traitèrent l'un et l'autre, étoient Orphée et Niobé. Lucain s'exerça sur le premier, et Néron sur le second. Cet empereur eut la douleur de voir son rival couronné sur le théâtre de Pompée. Il chercha toutes les occasions de mortifier le vainqueur, en attendant celle de le perdre. Elle se présenta bientôt. Lucain, irrité contre son persécuteur, entra dans la conjuration de Pison, et fut condamné à mort. Toute la grace que lui fit le tyran, fut de lui donner le choix du supplice. Il se fit ouvrir les veines dans un bain chaud, et prononça, dans ses derniers momens, les vers qu'il avoit faits sur un soldat qui étoit mort de la sorte. Il expira l'an 65 de J. C., avec la fermeté d'un philosophe. Ses ennemis prétendirent que, pour échapper au supplice, il chargea sa mère, et rejeta sur elle tous les complots. Il est difficile de concilier cette lâcheté, avec les sentimens élevés que ses ouvrages respirent. De tous ceux qu'il avoit composés, il ne nous reste que sa *J'HARSALE*, ou la *Guerre de César et de Pompée*. *Lucain* n'a osé s'écarter de l'histoire dans ce Poème, et par-là il l'a rendu sec et aride. En vain veut-il suppléer au défaut d'invention, par la grandeur des sentimens; il est presque toujours tombé dans l'enfure, dans le faux sublime et dans le gigantesque. *César et Pompée* y sont quelquefois petits à force d'être grands. Le poète Espagnol n'emploie ni la poésie brillante d'*Homère*, ni l'harmonie de *Virgile*. Mais s'il n'a pas inité les beautés du poète *Groc* et du *Latin*, il a aussi des traits qu'on chercheroit vainement dans l'*Hinde* et dans l'*Eneille*. Au milieu de ses déclarations ampoulées, il offre des pensées males et hardies, de ces maximes politiques dont *Corneille* est rempli. *Marmontel* dans son Épître aux Poètes, dit de *Lucain* : Le seul *Lucain* cherchant une autre gloire, Sans le secours des enfers et des cieux, D'un feu divin sait animer l'Histoire, Et son génie en fait le merveilleux. Il est un beau que l'artifice énerve : Ce beau l'inspire et lui donne le ton. Qu'a-t-il besoin de *Mars* et de *Minerve* ? Il a *César* et *Pompée* et *Caton* ; Les passions de *César* et de Rome Lui tiennent lieu d'*Hécate* et d'*Alcecon*. Le ciel, l'enfer sont dans le cœur de l'homme. Quelques-uns de ses discours ont la majesté de ceux de *Tite-Live* et la force de *Tacite* ; il peint comme *Salluste* : une seule ligne est un tableau. Mais, lorsqu'il narre, il est bien moins heureux; ce n'est presque plus qu'un gazetier boursouflé. Parmi les choses qui me blessent dans *Lucain*, dit *Saint-Evremond*, pour être trop poussées, ou qui m'ennuient pour être trop étendues, je ne laisserai pas de me plaire à considérer la juste et véritable grandeur de ses héros; je m'attacherai à goûter mot à mot toute l'expression des secrets mouvemens de *César*, quand on lui découvre la tête de *Pompée*, et rien ne m'échappera de cet inimitable discours de *Labiénus* et de *Caton*, quand il s'agit de consulter ou de ne pas consulter l'oracle de *Jupiter Ammon*, sur la destinée de la république... Tout y est poétique, tout y est sensé; non pas poétique par le ridicule d'une fiction, ou par l'extravagance d'une hyperbole, mais par la noblesse hardie du langage, et par la belle élévation du discours. C'est ainsi que la poésie est le langage des Dieux, et que les poètes sont sages. Merveille assez grande, et plus grande de ne l'avoir pu trouver dans *Homère*, ni dans *Virgile*, pour la rencontrer dans *Lucain*. La première édition de *Lucain* est de Rome, 1469, in-fol; l'édition *cum notis Variorum*, est de Leyde, 1669, in-8° : celle de Leyde, 1728, en 2 vol. in-4°, est plus estimée que celle de 1740; mais toutes le cèdent à l'édition de *Strawberry*, Hill, 1760, in-4°, grand papier. Il y en a une jolie édition de Paris, *Barbou*, 1768, in-12. *Brébeuf* a traduit la *Pharsale* en vers françois, et il ne falloit pas moins que l'imagination vive et fougueuse de ce poète, pour rendre les beautés et les défauts de l'original. Mrs Marmontel et Masson en ont donné plus récemment deux versions en prose, l'une en 1768, 2 vol. in-8°; et l'autre en 1766, 2 vol. in-12. Le chevalier de Laurès a publié une imitation de Lucain en vers françois, in-8°. M. de la Harpe a aussi mis en vers les meilleurs morceaux de son Poème.
LUCANUS OCELLUS, Voy. OCELLUS.
LUCAR, Voyez CYRILLE LUCAR.
LUCAS, Voyez LUCO. I. LUCAS DE LEYDE, peintre et graveur, né en 1494, apporta en naissant un goût décidé pour la peinture, et il le perfectionna par une grande application. A 12 ans, il fit un tableau estimé des connoisseurs. Il aimoit les plaisirs et la magnificence: mais cet amour ne lui fit jamais perdre un moment du temps destiné à son travail. Ses talens lui acquièrent l'estime de plusieurs célèbres artistes, et particulièrement d'Albert Durer, qui vint exprès en Hollande pour le voir. S'étant imaginé, au retour d'un voyage de Flandre, qu'on l'avoit empoisonné, il passa ses six dernières années dans un état languissant, et presque toujours couché. Il ne cessa pas pour cela de peindre et de graver: Le veux, disoit-il, que mon lit me soit un lit d'honneur. Il mourut en 1533, à 39 ans. Ses figures ont beaucoup d'expression, ses attitudes sont naturelles, et il y a un bon ton dans le choix de ses couleurs; mais il n'a pas jeté assez de variété dans ses têtes; ses draperies ne sont pas bien entendues, son dessin est incorrect, et son pinceau n'est pas assez moelleux.
II. LUCAS TUDENSIS, ou Luc de Tuy, écrivain du 13e siècle, ainsi nommé, parce qu'il étoit diacre, puis évêque de Tuy en Galice, fit divers voyages en Orient et ailleurs, pour s'informer de la religion et des cérémonies des différentes nations. Il composa, à son retour: I. Un excellent Ouvrage contre les Albigeois, imprimé à Ingolstadt en 1612, qui se trouve dans la Bibliothèque des Pères. II. Une Histoire d'Espagne, depuis Adam jusqu'en 1236. III. La Vie de St. Isidore de Séville, composée l'an 1236, insérée dans Mabillon. Sec. 2. Bencil. Il seroit à souhaiter que l'auteur y eût été aussi exact et aussi judicieux qu'il l'est dans ses livres contre les Albigeois.
III. LUCAS BRUGENSIS, (François) ou Luc de Bruges, docteur de Louvain, et doyen de l'église de Saint-Omer, mourut en 1619, à 67 ans. Il possédoit les langues grecque, hébraïque, syriaque et chaldaïque. On a de lui: I. 1.° L'itinéraire de J. C. tiré des quatre Évangélistes. 2.° Commentaire sur les Évangiles, dont R. Simon loue le dessein et la méthode. 3.° Usage de la Paraphrase Chaldaïque de la Bible. 4.° Remarques sur les corrections les plus notables des Bibles latines. 5.° Notes critiques sur les Exemplaires des Bibles latines et les Variantes. 6.° Sur les Variantes des Évangiles, tant du texte grecque du latin. Tous ces ouvrages imprimés plusieurs fois séparément, ont été recueillis avec ordre, à Leyde, 1712, 5 vol. in-fol. II. Des Concordances de la Bible, selon la vulgate de B b 4 Sixte V. Hubert Phalcisius, Bénédictin de l'abbaye d'Alingen dans le Brabant, mort l'an 1638, en donna une édition plus ample et plus correcte, à Anvers. Jan 1642, in fol. Hugues de Saint-Hier est l'inventeur de cet ouvrage si utile pour trouver sans peine tel passage de l'Écriture que l'on souhaite. III. Instructions pour les Confesseurs. IV. Des Sermons et Oraiens funèbres de trois évêques de Saint-Omer, Anvers, in-8.
IV. LUCAS, (Paul) né à Rouen en 1664, d'un marchand de cette ville, eut dès sa jeunesse, une inclination extrême pour les voyages, et dès qu'il put, il la satisfit. Il parcourut plusieurs fois le Levant, l'Égypte, la Turquie et différens autres pays. Il en rapporta un grand nombre de médailles et d'autres curiosités pour le cabinet du roi, qui le nomma son antiquaire en 1714, et lui ordonna d'écrire l'Histoire de ses voyages. Louis XV le fit partir de nouveau pour le Levant en 1723. Lucas revint avec une abondante moisson de choses rares, parmi lesquelles on distingua quarante manuscrits pour la bibliothèque du roi, et deux Médailles d'or très-curieuses. Sa passion pour les voyages s'étant réveillée en 1736, il partit pour l'Espagne, et mourut à Madrid l'année suivante, le 12 mai 1737, à 73 ans, après huit mois de maladie. Les relations de ce célèbre voyageur sont en sept vol. Son premier Voyage, en 1699, Paris, 1704, est en 2 tomes in-12, qui se relient en un. Son second Voyage, en 1704, parut à Paris, 1712, 2 volum. in-12. Son troisième Voyage, fait en 1714, fut publié à Rouen, 1724, en 3 vol. in-12. On assure que ses Voyages ont été mis en ordre par différentes personnes: le premier, par Baudelot de Baïval; le second, par Fourmont l'aîné; et le troisième, par l'abbé Banier. Ils sont passablement écrits et assez amusants. L'auteur ne dit pas toujours la vérité: il se vante d'avoir vu le démon Asmodee dans la haute Égypte; mais on lui passe ces contes en faveur des instructions qu'il nous donne sur ce pays. V. LUCAS, (Richard) théoricien Anglois et docteur d'Oxford, né au comté de Radnor, en 1648, mourut en 1715, âgé de 67 ans, prébénédier de Westminster. On a de lui: I. Des Sermons, et une Morale sur l'Évangile, qu'on a traduits en François. II. Des Pensées Chrétiennes. III. Le Guide des Cieux, et d'autres ouvrages en Anglois, dans lesquels on a remarqué beaucoup de solidité.
LUCCHESINI, (Laure-Guidicioni) née à Sienne, lut avec transport Pétrarque, et chercha à l'imiter dans ses chansons et ses sonnets. On lui dut trois pastorales, mises en musique, et dont les deux premières furent représentées avec succès devant le grand duc, en 1590. Elles sont intitulées: La Satire, et le Désespoir de Philène. La troisième, appelée le Jeu de l'aveugle, ne parut qu'en 1595. L'auteur mourut vers la même époque.
LUCCHI, (Michel-Ange) cardinal, naquit à Brescia, le 20 août 1744. Des talens précoces annoncèrent qu'il seroit célèbre. Les Bénédictins de la congrégation du Mont-Cassin n'en- rent qu'à se féliciter de le voir embrasser leur institut. Le jeune religieux devint professeur de théologie et de philosophie, et forma de ses jeunes confrères, des élèves dignes de lui. Se li- vrant ensuite à son goût domi- nant pour le genre d'étude cul- tivé avec tant de succès et de gloire, par *Mabillon* et *Mont- faucon*, célèbres Bénédictins François, il fit admirer, comme eux, l'étendue de son érudition, dans les éclaircissemens qu'il a donnés sur différents monumens antiques, relatifs à l'histoire pro- fane et ecclésiastique. Par la connoissance profonde des lan- gues savantes, il a su mettre dans toutes ses productions, de l'exactitude dans les faits, et de l'intérêt dans la manière de les présenter. Plus ami des livres que des dignités, il n'accepta qu'avec répugnance celle de la congrégation. *Fie VII*, son ami et son ancien confrère, sans consulter sa modestie, et son goût dominant pour la solitude et la retraite, l'appela de Flo- rence à Rome, et le créa car- dinal, le 23 février 1801. Une mort prématurée fit évanouir les espérances du pontife, et de tous les amis de la religion. *Luechi* mourut à Sublac, abbaye célèbre par la retraite de *St. Benoît*, le 29 septembre 1802, tandis qu'il en faisait la visite en sa qualité d'abbé. Il a donné quel- ques éditions intéressantes, et les a enrichies de plusieurs *Ap- pendix*, et d'un grand nombre de notes. Les principales sont : I. *Venantii-Honorii-Clementiani* *Fortunati opera omnia recens ad Mss codices Vaticanos*, nec non ad veteres editiones collata, Romæ, 1786 et 1787. II. *Ap- piani Alexandriini et Herodiani selecta, græcè et latinè*; Romæ, 1783. III. Plusieurs *Dialogues* grecs, imprimés à Florence. Il a laissé grand nombre d'ouvrages manuscrits, qui forment plu- sieurs volumes in-folio. Par son testament, il les a légués au pape; et par l'ordre de celui- ci, ils ont été déposés dans la bibliothèque du Vatican, en at- tendant que quelque éditeur in- telligent et laborieux, reçoive du St. Père l'honorable mission de les publier.
LUCE, (le Pape) *Voyez* LUCUS. I. LUCENA, (Jean de) né dans le Portugal, jésuite l'an 1565, mort en 1600, à 35 ans; se rendit célèbre par ses Sermons. Il a laissé l'*Histoire des Missions* de ceux de sa Société dans les Indes, avec la *Vie de St. Fran- gois-Xavier*. Cet ouvrage a été traduit du portugais en latin et en espagnol.
II. LUCENA, (Louis de) né à Guadalaxara dans la nou- velle Castille, docteur en méde- cine, florissoit dans le 16e siècle. Il employa plusieurs années à faire de longs voyages pour étu- dier la nature. Après diverses courses, il se rendit à Toulouse, où il exerça la médecine. Ce fut certainement dans cette ville qu'il écrivit son traité *De tuendi, præ- sertim à peste, integrd valetu- dine, deque hujus morbi remediis*; et il y fut imprimé en 1523, in-4e. L'auteur mourut à Rome en 1552.
LUCIDUS, (Jean) surnommé *Samotheus* ou *Samosathenus*, se distingua dans le 15e siècle par ses progrès dans les mathéma- tiques. On a de lui, plusieurs ouvrages de chronologie en latin : I. *De emendatione Temporum*. II. *Epitome emendationis Kalendarii Romani*, etc.
LUCIE ou LUCE. (Sainte) vierge célèbre dans l'histoire de l'église de Sicile, souffrit le martyre à Syracuse, vers l'an 304. *Sigebert de Gembloux* dit que l'empereur *Othon Ier* fit porter son corps à Metz, où il étoit honoré dans l'église de Saint-Vincent. Les savans ne sont pas fort disposés à reconnaître les actes de cette Sainte pour authentiques, quoiqu'ils soient anciens, puisque *St. Adhémé* qui vivait dans le 7$^{e}$ siècle, les a cités. (Voyez les *Acta sincera Stæ Lucie* V. M. Palerme, 1661, in-4$^{o}$ : ouvrage de *Tauromeni-tani*, chanoine de Palerme.) Ce qu'il y a de vrai, c'est que le culte de *Stæ Lucie*, l'idée générale de sa foi et de ses vertus, ont des fondemens très-solides; puisque son nom se trouve dans le canon de la messe, pièce de la plus haute antiquité, avec ceux des Saints les plus illustres des premiers siècles. I. LUCIEN, né à Samosate, sous l'empire de *Trojan*, d'un père de condition médiocre, fut mis entre les mains d'un de ses oucles, habile sculpteur. Il eut cela de commun avec *Socrate*. Le jeune homme ne sentait aucune inclination pour l'art de son parent, cassa la première pierre qu'on lui mit entre les mains. Dégouté de la sculpture, il eut un songe, dans lequel il crut voir la Littérature qui l'appeut à elle, et l'arrachoit à son premier métier. «Je t'apprendrai lui dit-elle, tout ce que l'Univers a de plus beau et de plus rare, et l'antiquité de remarquable. J'ornerai ton âme des vertus les plus estimables : la modestie, la justice, la piété, la douceur, l'équité, la prudence, la patience et l'amour de l'honnête; car ce sont là les véritables ornemens de l'âme... Je ferai marcher la Renommée devant toi. Par-tout on viendra te consulter comme un oracle; tu seras respecté de tout le monde. Je te donnerai même l'immortalité tout vantée, et te ferai vivre à jamais dans la mémoire des hommes. Considère ce qu'*Eschine* et *Démosthène*, l'admiration de tous les siècles, sont devenus par mon moyen. *Socrate*, qui avoit suivi d'abord la Sculpture ma rivale, ne m'eut pas plutôt connue, qu'il l'abandonna pour moi. A-t-il eu sujet de s'en repentir ? Quitteras-tu tant d'honneurs, de richesses, de crédit, pour suivre une pauvre inconnue, qui, le marteau et le ciseau à la main, n'a que ces vils instrumentés à t'offrir ? qui est contrainte de travailler de ses mains pour vivre, et de songer plutôt à polir un marbre qu'à se polir soi-même ? ... *Lucien*, déterminé par ce songe à se livrer entièrement aux belles-lettres, embrassa d'abord la profession d'avocat; mais, aussi peu propre à la chicane qu'à la sculpture, il se consacra à la philosophie et à l'éloquence. Il les professa à Antioche et dans l'Ionie, dans la Grèce, dans les Gaules et l'Italie. Athènes fut le théâtre où il brilla le plus long-temps. Alors la rhétorique étoit un art très-lucratif. On croyait pouvoir apprendre l'éloquence comme la danse et la musique. *Marc-Auréle*, instruit du mérite de *Lucien*, le nomma greffier du préfet d'Égypte. On croit qu'il mourut sous l'empereur *Commode*, dans un âge fort avancé. Quelques écrivains ont pensé qu'il avoit été Chrétien ; mais le Dialogue intitulé *Philopatris*, sur lequel ils fondent son prétendu christianisme, est l'ouvrage de quelque Païen plus ancien, qui avoit vu *St. Paul* : avantage que *Lucien*, né sous *Trajan*, ne peut avoir eu... Nous avons de lui, divers écrits, dont le style est naturel, vif, plein d'esprit et d'agrément ; il fait éprouver ces sensations vives et agréables, que produisent la simplicité fine et l'enjouement naïf de la plaisanterie attique. *Lucien* est principalement connu par ses *Dialogues des Morts*. Il y peut avec autant de finesse que d'agrément, les travers, les ridicules et la sotte vanité de l'espèce humaine. Il ridiculise sur-tout le faste des philosophes, qui affectent de mépriser la mort en souhaitant la vie. Quoiqu'il fasse parler une infinité de personnages, d'âges, de sexes et d'états différens, il conserve à chacun son caractère, et ses *Dialogues* sont très-dramatiques. Ses ouvrages sont le tableau le plus vrai des hommes de son siècle, et même de ceux du notre. On conclut, après l'avoir lu, que de tout temps l'espèce humaine a été à peu près la même, et qu'un portrait du monde, tracé depuis dix-sept siècles, est, à quelques petites différences près, celui du monde actuel. *Lucien*, quoique peintre habile et intéressant, n'est pas sans défauts. Quelquefois sa plaisanterie est trop marquée ; son style est diffus, il se répète souvent. Ses *Dialogues* roulent presque toujours sur un même fonds d'idées et de plaisan- terie. Ses satires contre les dieux et les sophistes, ne diffèrent guère que par les titres. Lorsqu'il a rencontré une idée heureuse, il ne la quitte que lorsqu'il l'a ressassée de toutes les manières. *Rollin* lui reproche, avec raison, de blesser la pudeur dans ses ouvrages, et d'y faire paroître une irrégion trop marquée. Il fut le *Voltaire* des Grecs, et pour la hardiesse, et pour le tour d'esprit. *Lucien* se moque également des vérités de la religion Chrétienne, et des superstitions du Paganisme. Il faut avouer cependant qu'il n'a jamais combattu formellement l'existence de Dieu dans ses écrits, et qu'il y donne quelquefois de bonnes leçons de morale. Les sujets qui fournissent le plus à ses réflexions et à ses railleries, sont les prétentions de l'hypocrisie ; la fausse modestie et la vaine sagesse ; l'inutilité du pouvoir, des honneurs et des richesses pour rendre heureux. *Je suis*, dit-il lui-même, *l'ennemi déclare de l'orgueil et de l'imposture, de la fausseté, de l'ostentation ; et l'ami de la vérité, de l'honneur, de la bonté, de la simplicité, de tout ce qui est aimable et bon...* *Suidas* prétend qu'il mourut déchiré par les chiens, en punition de ce qu'il avoit plaisanté sur *Jésus-Christ* ; mais cette fable est réfutée par le silence de tous les auteurs contemporains. *D'Abiancourt* a traduit tous les ouvrages de *Lucien*, à Amsterdam, 2 vol. in-80, 1709 ; mais quiconque ne les connoit que par cette version lâche, infidelle et tronquée, ne peut en avoir qu'une très-fausse idée. Un homme de lettres connu, *M. Massieu*, en a donné une nouvelle. Paris, 1781, 6 vol. in-12 ; plus élé- 396 LUC gante ; et il en a paru une troisième, plus exacte encore, Paris, 1793, 3 vol. in-8. Les meilleures éditions des ouvrages de *Lucien* sont : Celle de Paris, in-fol., 1615, en grec et en latin, par *Bourdélot*; d'Amsterdam, 1687, 2 vol. in-8°: *cum notis l'ariorum*, de la même ville, 1743, 3 vol. in-4°, auxquels il faut joindre un *Index*, Utrecht, 1746, in-4°.
II. LUCIEN, (Saint) prêtre d'Antioche et martyr, avoit d'abord évité la fureur de la persécution de *Dioclética* ; mais, ayant été dénoncé par un prêtre Sabellien, il fut conduit devant *Maximien Galère*. Au lieu de l'asphemer la religion Chrétienne, comme on vouloit le lui persuader, il composa pour sa défense une *Apologie* éloquente. *Maximien* le fit tourmenter de plusieurs manières ; mais n'ayant pu ébranler sa foi, il le fit jeter dans la mer avec une pierre au cou, en 312. L'illustre martyr emporta au tombeau, une grande réputation de savoir et de sainteté. Il avoit ouvert à Antioche une école pour développer les principes de la religion et pour aplanir les difficultés de l'Écriture. Il ne nous reste aucun des ouvrages qu'il avoit composés. *St. Jérôme* dit qu'il avoit revu, avec beaucoup de soin, la Version des *Septante*. Toutes les Églises qui étoient entre Antioche et Constantinople, se servoient de cette version. On l'accusa d'avoir eu du penchant pour l'Arianisme. Il est certain que les principaux chefs des Ariens avoient été disciples du saint martyr ; mais ils s'éloignèrent des vérités que leur maître leur avoit enseignées, et se servirent de son nom pour ré- rémandre leurs erreurs. *St. Athanase* l'a justifié de façon à dissiper tous les nuages répandus sur sa foi. *St. Lucien* avoit été très-lié avec *Paul de Samosate* ; mais on peut, suivant *Tillemont*, excuser l'attachement qu'il eut pour cet hérétique. « *St. Lucien*, dit-il, étoit du même pays que *Paul de Samosate*. Il pouvoit avoir encore avec lui d'autres liaisons ; avoir même été élevé par lui au sacerdoce. Ainsi, il ne sera point étonnant qu'il ne soit point aisément convaincu des fautes et des erreurs d'un homme qu'il honoroit comme son père et comme son évêque, et qui convoit si bien ses erreurs, qu'on eut de la peine à l'en convaincre. Que s'il y en a qui censurent trop durement les fautes que le respect et l'amitié font faire, au lieu d'en avoir de la compassion, ils en font peut-être une plus grande, en oubliant qu'ils sont hommes et capables de tomber comme les autres. » — Il y a eu deux autres *LUCIENS*, l'un martyrisé sous *Déce* ; et l'autre, premier évêque de l'Église de Beauvais. I. LUCIFER, c'est-à-dire, *Porte-Lumière*, étoit fils de *Jupiter* et de *L'Aurore*, selon les poètes ; suivant les astronomes, c'est la planète brillante de *Venus*. Lorsqu'elle paroît le matin, elle se nomme *Lucifer* ; mais on l'appelle *Hesperus*, c'est-à-dire *L'Étoile du soir*, lorsqu'on la voit après le coucher du Soleil. — *LUCIFER*, dans l'Écriture-sainte, est le nom du premier Ange rebelle, précipité du ciel aux enfers. *Voy. MICHEL*, n° 1. et OPHIONÉE.
II. LUCIFER, fameux évêque de Cagliari, métropole de la Sardaigne, soutint la cause de St. Athanase avec tant de véhémence et d'intrépidité, au concile de Milan, en 324, que l'empereur Constance, irrité de son zèle, l'exil. Son esprit fougueux et inquiet, excitant des querelles dans tous les endroits où on l'envoyait, on fut obligé de changer quatre fois le lieu de son exil. Lucifer, rappelé sous Julien en 361, alla à Antioche, y trouva l'Eglise divisée, et ne fit qu'augmenter le schisme en ordonnant Paulin. Cette ordination déplut à Eusèbe de Verceil, que le concile d'Alexandrie avoit envoyé pour terminer cette querelle. Lucifer, inflexible dans ses sentimens, se sépara de sa communion, et se retira en Sardaigne, où il mourut dans le schisme, en 370. Il nous reste de lui, cinq Livres très-véhémens contre l'empereur Constance, et d'autres Ouvrages imprimés à Paris en 1568, par les soins de du Tillet évêque de Meaux; et à Venise, en 1779, par les frères Coletti, imprimeurs. Ses disciples furent appelés Lucifériens, et continuèrent le schisme. Peu d'évêques embrassèrent ce parti; mais on y comptoit beaucoup de prêtres et de diacres, qui se firent de nombreux sectateurs à Rome, en Orient, en Egypte, en Afrique, et sur-tout en Espagne et en Sardaigne. Lucifer étoit recommandable par des mœurs pures, par son savoir, par son zèle; mais ce zèle étoit peu réglé. Il avoit un fonds d'aigreur dans l'esprit et une roideur dans le caractère, qui firent beaucoup de tort à sa piété. On fait sa fête à Cagliari le 20 mai. Les curieux peuvent consulter un livre imprimé dans cette ville en 1639, sous ce titre : Defensio sanctitatis B. Luciferii.
LUCILIO, Voyez VANINI.
LUCILIUS, (Caïus) chevalier Romain, né à Suessa l'an 147 avant Jésus-Christ, étoit grand-oncle maternel du Grand Pompée. Il porta d'abord les armes, suivant quelques écrivains, sous Scipion l'African à la guerre de Numance, et fut intimement lié avec ce général, qu'il délassoit par ses bons mots des fatigues des armes. On regarde Lucilius comme l'inventeur de la satire parmi les Latins, parce qu'il lui donna sa dernière forme, telle qu'Horace, Perse et Juvenal, l'imitèrent depuis. Ennius et Pacuvius avoient, à la vérité, travaillé dans ce genre; mais leurs essais étoient trop grossiers, pour qu'on leur connaît l'honneur de l'invention. Lucilius leur fut supérieur, et il fut surpassé à son tour par ceux qui vinrent après lui. Horace le compare à un fleuve qui roule un sable précieux parmi beaucoup de boue. De trente Satires qu'il avoit composées, il ne nous reste que quelques fragmens, imprimés dans le Corps des Poètes Latins de Maittaire. François Douza les a publiés séparément, et la meilleure édition est celle d'Amsterdam, 1661, in - 4°, avec de savantes remarques. Lucilius mourut à Naples, âgé seulement de 46 ans, vers l'an 103 avant Jésus-Christ. Ce poète pensoit très-philosophiquement. Il disoit qu'il ne vouloit ni des Lecteurs trop savans, ni des Lecteurs trop ignorans, parce que les uns en entendroient peut-être plus qu'il n'en disoit, et que les autres ne l'entendroient pas. Ses talens firent des enthousiastes, qui, le fouet à la main, châ- tioient ceux qui osoient dire du mal de ses vers. Leur admira- tion étoit déraisonnable à plu- sieurs égards. *Lucilius* versifioit durement; et quoiqu'il travaillât avec précipitation, ses ouvrages avoient un air forcé.
**LUCILLE**, fille de *Marc- Aurèle* et de *Faustine*, fut éle- vée avec le plus grand soin. Son père lui inspira des sentimens nobles et du goût pour la vertu. Ce prince la fit partir, à l'âge de 17 ans, pour aller dans la Syrie épouser *Verus*, qui faisoit la guerre aux Arméniens et aux Parthes. Cet empereur vint à Éphèse, où ses noces furent cé- lèbrées avec magnificence. *Lu- cille* belle, bien faite et très-spiri- tuelle, étoit digne de s'attacher le cœur d'un mari moins cor- rompu que *Verus*: mais ayant trouvé ce prince plongé dans les débauches les plus infames, elle s'en dégoûta. Le dépit qu'elle conçut de se voir méprisée, l'ayant rendue infidelle à son tour, elle se déshonora par ses pros- titutions. De retour de la Syrie à Rome, *Lucille* vit avec indi- gnation l'amour incestueux que son époux conçut pour sa sœur *Fabia*; et le commerce détes- table qu'il entretenoit avec *Faus- tine*. Elle en fit les reproches les plus vifs à sa mère; et ces deux femmes, que le crime gui- doit dans toutes leurs actions, s'étant réconciliées, firent, à ce que l'on prétendit, empoisonner *Verus*. *Marc-Aurèle* remaria *Lucille*, au bout d'un an, à *Claude Pompeïen*, sénateur d'un grand mérite, mais d'un âge fort avancé. Comme elle l'avoit épousé malgré elle et pour obéir à son père, elle se livra à une foule d'amans, qui l'entraînèrent dans les désordres les plus odieux. Elle mit le comble à ses crimes, en s'abandonnant à la passion que *Commode* son frère prit pour elle; mais le goût de ce prince ne fut que passager. *Lucille*, pour s'en venger, ainsi que des hauteurs que *Crispine* sa belle- sœur affectoit d'avoir envers elle, forma, l'an 183, une conspira- tion contre *Commode*, dans la- quelle elle fit entrer son amant *Quadratus* et d'autres sénateurs. Ce complot ayant été découvert par l'imprudence des conjurés, *Commode* les fit punir de mort, et exila *Lucille* dans l'isle de Ca- prée, où il la fit mourir quel- que temps après, à l'âge d'en- viron 38 ans.
**LUCINE**, (Mythol.) Divinité qui présidait aux accouchemens chez les Romains, étoit la même, selon quelques-uns, que *Junon*, et selon d'autres, que *Diane*. On lui donna le nom de *Lucine*, du mot *Lux*, parce qu'on croyoit qu'elle soulageoit les femmes en travail dans leurs douleurs, et qu'elle les faisoit promptement mettre au jour leur fruit. *Quæ laborantes utero puellas* *Ter vocata audis, etc. Horace.*
**LUCINIUS**, *Voy. l'article* **I. PLINE**, *vers la fin.*
**LUCIUS-CESAR**, *Voyez*
**II. JULIE**, épouse de *Marc- Antoni.*
**LUCIUS-VERUS**, *empe- reur*, *Voy. VERUS* (*Lucius*).
**LUCIUS Ier**, ou
**LUCE**, (Saint) monta sur la chaire de *St. Pierre* après *St. Corneille*, au mois de septembre de l'an 253, et fut exilé aussitôt après son élection. Il reçut la couronne du martyre, le 4 ou le 5 de mars 254, n'ayant gouverné l'Église que cinq mois seulement et quelques jours. Il ne reste rien de lui. St. Cyprien lui écrivit une Lettre sur sa promotion et sur son bannissement qui ne fut pas long. Entre autres Décrets qu'on lui attribue, il y en a un qui ordonne que l'Évêque sera toujours accompagné de deux Prêtres et de trois Diacres, afin qu'il ait des témoins de sa conduite.
II. LUCIUS II, (Gérard de Caccianemici) natif de Bologne, bibliothécaire et chancelier de l'Église de Rome, puis cardinal, employé en diverses légations, succéda au pape Célestin II, le 12 mars 1144. Il eut beaucoup à souffrir des partisans d'Arnaud de Bresse, et mourut à Rome, le 25 février 1145, d'un coup de pierre qu'il reçut dans une émente populaire. On a de lui, dix Épîtres, qu'on trouve dans les Annales de Baronius, et dans la bibliothèque de Cluni.
III. LUCIUS III, (Hambaldo Allincigoli) natif de Lucques, succéda au pape Alexandre III, le 29 août 1181. Le peuple de Rome s'étant soulevé contre lui, il se retira à Vérone; mais peu après il rentra dans sa capitale, et soumit les rebelles avec le secours des princes d'Italie. Il mourut à Vérone, le 25 novembre 1185. On a de lui, trois Épîtres. Ce pape fit, de concert avec l'empereur Frédéric, une longue Constitution, dans laquelle on voit le concours des deux puissances pour l'extirpation des hérésies. On y entrevoit aussi l'origine de l'Inquisition contre les hérétiques, en ce que cette Constitution ordonne aux évêques de s'informer par eux-mêmes ou par des commissaires, des personnes suspectes d'hérésie. On y voit encore, qu'après que l'Église avoit employé contre les coupables les peines spirituelles, elle les abandonnait au bras séculier, pour exercer contreux les peines temporelles.
IV. LUCIUS, (Saint) évêque d'Andrinople, vers le milieu du 4e siècle, célèbre dans l'Église par ses exils, et par le zèle qu'il fit paroître pour la foi Catholique contre les Ariens, étoit né dans les Gaules. On croit qu'il assista au concile de Sardique, en 347, et qu'il mourut en exil. V. LUCIUS, fameux Ariens, fut chassé du siège d'Alexandrie, en 362, et mourut ensuite misérablement. Il avoit usurpé le siège d'Alexandrie sur St. Athanase.
VI. LUCIUS, (Jean) né à Traw en Dalmatie, d'une famille noble et ancienne, fit ses études à Rome avec succès, et s'y acquit l'estime des savans, sur-tout d'Ugheli, qui lui conseilla d'écrire l'histoire de sa patrie. Il suivit ce conseil, retourna en Dalmatie pour y faire les recherches nécessaires, visita les archives, les bibliothèques des monastères. Le fruit de ses travaux fut sa Dalmatia illustrata seu Commentaria rerum Dalmatia et Croatia, 1666, in-folio; Vienne, 1758, in-folio, et dans les Scriptores rerum Hungaricarum. Ce livre, plein d'érudition et d'une bonne critique, est estimé des savans.
LUCIUS, Voyez I. ÉLEUTHÈRE.
LUCIUS BELLANTIUS, Voyez I. P16 de la Mirandole, à la fin.
LUCKNER, (Nicolas) né à Campen en Bavière, devint baron de l'Empire, et passa au service du roi de Prusse, qui l'employa dans la guerre de sept ans, en qualité de chef de troupes légères. Au moment de la paix, il passa en France, où il obtint le grade de lieutenant général. La révolution vint lui offrir le bâton de maréchal de France, qui lui fut remis à Metz, le 31 décembre 1791. Il vint alors à Paris faire ses remercimens à l'assemblée. Après avoir commandé l'armée de Flandre et celle de la Mozelle, s'être plaint plusieurs fois de l'insubordination de ses troupes et de la grande publicité que l'on donnoit à sa correspondance; après avoir témoigné quelque mécontentement du traitement fait au roi le 20 juin, il fut suspendu de ses fonctions, et relégué à Châlons. Peut-être y eût-il été oublié, s'il n'eût réclamé le payement de sa pension. Pour libérer l'état à son égard, la Convention le fit arrêter, et le tribunal révolutionnaire l'envoya à l'échaud, le 5 janvier 1793, à l'âge de 72 ans. « Il avoit déployé dans sa jeunesse, dit un biographe estimable, la bravoure et l'activité d'un partisan, et il y joignoit les intentions droites d'un homme de bien; mais il manquoit d'instructions, de moyens, et de cette fermeté, qui vaut mieux que le courage et les lumières dans les momens de révolution. »
LUCO ou LUCAS, de Grimaud en Provence, aima une demoiselle de la maison de Villeneuve, et en fut tendrement aimé. Sa maîtresse craignant de le perdre, et ne consultant que sa passion, lui donna un breuvage pour aug- menter son amour. A peine Luco l'eut-il pris, que sa tendresse se changea en frénésie: il s'alluma dans son sang un feu si cruel, que, dans un de ses accès, il se donna la mort, en 1408, âgé seulement de 35 ans. On trouva, dans ses papiers, beaucoup de chansons sur sa trop tendre et malheureuse maîtresse, et plusieurs pièces satiriques contre le pape Boniface VIII. I. LUCRÈCE, (Lucretia) dame Romaine, fille de Lucretius Tricipitinus, préfet de Rome, épousa Collatia, parent de Tarquin roi de Rome. Un jour que son époux étoit à table avec les fils de ce monarque, il peignit la beauté de sa femme avec des couleurs si brillantes, que Sextus, fils ami de Tarquin, prit du goût pour elle. Collatia l'ayant mené chez lui le même jour, il vit que le portrait n'étoit pas fiatté, et son amour naissant devint une passion violente. Impétueux dans ses désirs, il se déroba quelques jours après, du camp d'Ardée, pour voir l'objet de ses vœux. Il se glisse pendant la nuit dans sa chambre, l'épée à la main et le feu dans les yeux. Lucrèce, indélébile à ses prières, ne fit qu'enflammer davantage son ardeur. Sextus menaça de la tuer, et avec elle l'esclave qui le suivoit, afin que le cadavre de ce malheureux, placé auprès d'elle dans un même lit, fit croire que la mort de l'un et de l'autre avoit été le châtiment de leur crime. Lucrèce succombe à cette crainte; et Sextus, après avoir satisfait ses désirs, la laisse dans l'amertume de la plus vive douleur. Elle fait appeler à l'instant son père, son mari et ses parens, leur fait promettre de venger son outrage, ouvrage, et s'enfonce un poignard dans le cœur, l'an 509 avant J. C., sans que son père et son époux puissent la rappeler à la vie. Le fer sanglant dont elle s'étoit percée, fut le signal de la liberté Romaine. On convoque le sénat, on expose à ses yeux le corps de *Lucrèce*, et les *Tarquins* sont proscrits à jamais. Le tableau que fait *Ovide* de cette triste catastrophe, au second livre de ses *Fastes*, est touchant et tracé de main de maître : cette infortunée ayant commencé le récit de sa funeste aventure devant ses parens assemblés ; lorsqu'elle en fut venue à l'attentat qui consomma sa honte : *Restabant ultima*, dit le poète... *Flevit*. Ce dernier trait est d'une vérité et d'une simplicité sublimes. On a dit de *LUCRÈCE*, comparée à *SUSANNE* : *Casta Suzanna placet ; Lucretia, cede Suzanna :* *Tu post, illa mori maluit ante seclus.* On a traduit ainsi ces vers : Des fureurs de *Tarquin* malheureuse victime, *Lucrèce*, vante moins ton généreux effort. Le crime a précédé ta mort ; Ta mort est prévenu le crime. Ajoutons qu'il est plus facile de faire une Epigramme sur *Lucrèce*, que de se tirer de la situation où elle se trouva.
*LUCRÈCE*, *Voy. OBIZZI.*
II. *LUCRÈCE*, (*Titus LUCRÉTIUS Carus*) poète et philosophe, naquit à Rome d'une ancienne famille, environ un siècle avant J. C. Il fit ses études à Athènes avec beaucoup de succès : c'est dans cette ville qu'il *Tome VII.* puisa les principes de la philosophie d'*Epicure*. Il fut le premier qui fit paroître dans Rome la physique ornée des fleurs de la poésie. Le poète philosophe adopta l'Infini d'*Anaximandre* et les Atomes de *Démocrite*. Il tâcha de concilier les principes de ces deux philosophes avec ceux d'*Epicure*, dans son poème *De rerum naturâ*, en six livres. Cet ouvrage est moins un poème héroïque, qu'une suite de raisonnemens, quelquefois très-bons, et plus souvent moins concluant que captieux. Jamais homme né nia plus hardiment la Providence, et ne parla avec plus de témérité de l'Être suprême : il semble que son but n'ait été que de détruire l'empire de la Divinité, et d'enlever à l'homme les consolations de la religion. Aucune considération ne le retient, aucune peur ne l'arrête. Il ose se féliciter d'avoir été le premier à Rome qui ait secondé le joug de la religion. C'est la seule récompense, ajoute-t-il, que je me promette de mon travail. Quelle funeste récompense ! Selon lui, rien n'existe que le vide et les atomes. Le vide est quelque chose de passif : toute l'activité réside dans les atomes. Au moyen de leurs mouvemens, de leurs masses, de leurs figures, s'exécute l'ouvrage immense et laborieux de la nature. Cet univers, éternel sujet d'admiration, ne renferme que des corps dont toutes les proportions et toutes les richesses dépendent du hasard qui seul forme leurs assemblages, et cause ensuite leurs dérangemens. *Lucrèce*, en niant la Providence qui dirige ce bel ouvrage, admet une certaine force dans la nature qui remplit sa place. C'est elle qui se joue de nos projets et de nos désirs, qui élève, qui abaisse, qui forme les grandeurs humaines et qui les anéantit. Son système est contradictoire comme celui de presque tous les sophistes anciens et modernes. Mais, si nous mettons à l'écart le philosophe pour considérer le poète, on ne peut nier que le génie poétique, avec lequel il étoit né, n'éclate dans plusieurs endroits de son ouvrage. On ne peut qu'être frappé de sa hardiesse à peindre des objets avec lesquels le pinceau de la poésie n'étoit point familiarisé. Son prologue est beau; la description de la peste, vive et animée; l'exorde du second livre, a beaucoup d'élévation. Malgré la fatigante uniformité de son style, la sécheresse de sa versification et la roideur de son pinceau, il est quelquefois emporté par une espèce d'enthousiasme, sur-tout dans cette prosopopée où la Nature reproche aux hommes la foiblesse qu'ils ont de craindre la mort. Cependant il seroit ridicule de le préférer, comme poète, à *Virgile*, ainsi que l'ont fait quelques philosophes Épicuriens. Il est bien sensible à quiconque a le goût de la poésie latine, que toute comparaison entre les deux poètes est insoutenable. Quoique né avant *Auguste*, on le prendroit souvent pour un écrivain postérieur de trois siècles à *Virgile*, tant son style est quelquefois dur, sa versification négligée, sa marche pénible et embarrassée. On a beau dire que le pinceau de la poésie n'est pas fait pour les objets qu'il avoit à peindre; cette excuse, imaginée par quelques-uns de ses partisans, est suffisamment réfutée par les *Géorgiques*, dont la nature est aussi didactique que celle du poème de *Lucrèce*. Cet auteur mourrit à la fleur de son âge, à 42 ans, le 52$^{e}$ avant J. C., dans une frénésie causée par un philtre que lui donna sa femme ou sa maîtresse. Ce philtre avoit dérangé sa tête depuis long-temps, autant que le désespérant système du matérialisme. Son esprit n'avoit que quelques moments, dont il profitoit pour mettre en ordre son poème. La première édition de cet ouvrage, faite à Vérone en 1486, est recherchée. On a encore celle *ad usum Delphini*, 1680, in-4$^{o}$. Celle de *Chréech*, Oxford, 1695, in-8$^{o}$, est plus belle que la réimpression de 1717. Il en a paru une édition magnifique à Londres, 1712, in-fol. ou in-4$^{o}$. Mais on préfère à toutes ces éditions, celle de *Sigismond Havercamp*, à Leyde, in-4$^{o}$, 2 vol., 1725. Celle que donna *Coustelier*, en 1744, sous la direction de M. *Philippe*, en un vol. in-12, mérite la préférence pour sa commodité; elle est enrichie de bonnes variantes et de jolies estampes. La savante édition de *Chréech* a guidé l'auteur de celle-ci, qui fut encore réimprimée en 1754, sous le même format in-12. Il y a eu depuis, deux autres éditions, de Glasgow, 1759, et de *Baskerville*, 1772, in-4$^{o}$. Le baron des *Coutures* en publia une traduction francoise en 1692, avec des notes. Cette version, qui n'est pas toujours exacte, et qui pourroit être mieux écrite, a été éclipsée par celle qu'a donnée M. *la Grange*, avec de savantes notes. Paris, 1767, 2 vol. in-8$^{o}$ et in-12. Voyez H. MAROLLES. — I. HENAULT. — POLIGNAC, — et MARCHETTI.
LUCTATIUS, *Voy. LUCTATIUS*.
LUCULLUS, Voyez Vo- LUMNIUS.
LUCULLUS, (Lucius- Licinius) de famille consulaire, naquit vers l'an 115 avant Jésus- Christ. Il montra de bonne heure des dispositions pour la philo- soplie et pour l'éloquence. Après avoir paru avec éclat dans le barreau, il fut fait questeur en Asie, et prêteur en Afrique : il gouverna ces deux provinces avec beaucoup de justice et d'huma- nité. Ses premiers exploits mili- taires furent contre Amilcar, sur lequel il remporta deux victoires navales. Elevé au consulat et chargé de faire la guerre à Mi- thridate, (Voy. I. CETHEGUS) il dégagea son collègue Cotta, que l'ennemi avoit enfermé dans Chal- cédoine, et remporta une vic- toire sur les bords du Granique, l'an 74 avant J. C. L'année d'a- près, il reprit toute la Bithynie, à l'exception de la ville de Nico- médie, où Mithridate s'étoit ren- fermé. Il détruisit, dans deux journées, une flotte que ce prince envoyoit en Italie. Le vaincu, désespéré de la perte de ses forces maritimes, se retira dans son royaume, où le vainqueur le pour- suivit. Les progrès de Lucullus furent d'abord assez lents ; mais la fortune le seconda ensuite au- delà de ses espérances, et le dé- dommagea bien du danger qu'il avoit couru d'être assassiné par un transfuge vendu à Mithridate. Les troupes de ce prince ayant attaqué, dans un lieu désavantageux, un convoi escorté par quel- ques milliers de Romains, elles furent entièrement défaites et dissipées. L'alarme fut si vive dans le camp de Mithridate, qu'il prit la fuite sur-le-champ, et se ré- fugia chez Tigrane son beau- père, roi d'Arménie, l'an 71 avant J. C. Lucullus passa l'Eu- phrate et vint fondre sur Ti- grane, qui l'attendoit avec une armée formidable. Ce lâche mo- narque fut des premiers à tour- ner le dos, dès qu'il vit le gé- néral Romain s'avancer fièrement à pied, et l'épée à la main. En fuyant il perdit son diadème, qui tomba entre les mains de Lu- cullus ; ce consul avec une poi- gnée d'hommes, lui tua ou lui prit cent mille fantassins et pres- que toute sa cavalerie, l'an 71 avant J. C. La prise de Tigra- nocerte, capitale du royaume, suivit de près cette victoire. Le roi d'Arménie avoit transporté une partie de ses richesses dans cette ville ; elles devinrent la proie du vainqueur. (Voy. l'art. MI- THRIDATE.) Ces succès ne se sou- tinrent pas : il n'essuya person- nellement aucune défaite ; mais Triarius, son lieutenant, fut vaincu par Mithridate, l'an 67 de J. C. Lucullus lui-même ayant aliéné l'esprit de ses soldats par trop de sévérité et de hauteur, fut obligé de se retirer, et de céder à Pompée le bâton de com- mandement. Les deux généraux eurent une entrevue dans une bourgade de la Galatie, et se firent l'un à l'autre des reproches très-amers et très-vrais. Pompée reprocha à Lucullus son avidité pour les richesses, et Lucullus reprocha à Pompée son envie et son ambition. Ils avoient tous deux raison. Le vainqueur de Ti- grane, de retour à Rome, ob- tint les honneurs du triomphe ; mais ce triomphe fut de dernier jour de sa gloire. Sa vie fut de- puis moins brillante, mais plus douce et plus tranquille. Il re- connut, et il le dit souvent à ses amis, que la fortune avoit des C c 2 bornes, qu'un homme d'esprit devoit connoître. Livré à l'étude et au commerce des hommes les plus ingénieux et les plus polis de son siècle, il passoit avec eux les jours entiers dans une riche bibliothèque, qu'il avoit remplie de livres précieux, et destinés à l'usage de tous les savans. Il surpassa en magnificence et en luxe les plus grands rois de l'Asie, qu'il avoit su vaincre. Les ouvrages de Lucullus sur les côtes de la mer de Campanie et aux environs de Naples, surpassoient tout ce que l'imagination, naturellement prodigue, peut se figurer de plus somptueux. Il creusa des routes sous des collines, qui demeuroient ainsi en quelque façon suspendues. Il conduisit des canaux autour de ses édifices, pour y recevoir l'eau de la mer et y nourrir du poisson, qu'il y rassembla en une si prodigieuse quantité, qu'après sa mort il en fut vendu pour quatre millions de sesterces (environ 500 mille livres). Il bâtit enfin des cabinets de plaisance au milieu de la mer même. Il avoit près de Tusculum, une maison de campagne heureusement située, ornée de grandes galeries et de salons ouverts de tous côtés pour recevoir le jour et l'air, avec des promenades très-étendues. Pompée l'y étant venu voir, ne trouva qu'un défaut dans cette maison : c'est qu'elle étoit très-commode pour l'été, mais inhabitable pour l'hiver. — Lucullus se mit à rire : Pensez-vous donc, lui répondit-il, que j'aie moins d'esprit que les Grues et les Cigognes, et que je ne sache pas changer de demeure selon les saisons ? ... Un préteur, flatté de donner au peuple des spectacles magnifiques, qu'a Lucullus de lui prêter quel- ques manteaux de pourpre pour habiller ses personnages. Lucullus lui répondit qu'il feroit visiter sa garde-robe, et que s'il en avoit, il les lui prêteroit très-volontiers. Le préteur n'en avoit besoin que de cent ; mais il s'en trouva cinq mille chez Lucullus, qui les lui envoya aussitôt. « C'est ainsi, ajoute Horace avec sa gaieté ordinaire, qu'il faut être riche... Des Grecs étant venus à Rome, furent reçus splendidement par Lucullus, mais sans qu'il ajoutât rien à son ordinaire. Ces provinciaux, honteux de se voir si bien traités, et craignant bonnement d'être à charge à leur hôte, le prièrent de les dispenser de manger dorénavant chez lui, de peur, disoient-ils, de lui occasionner trop de dépense. Lucullus leur répondit en souriant : Il y a bien quelque chose, de tout ceci, qui se fait pour vous ; mais la plus grande partie est pour Lucullus. Il avoit plusieurs salons, à chacun desquels il donna le nom d'une Divinité ; et ce nom étoit, pour son maître d'hôtel, le signal de la dépense qu'il vouloit faire. Pompée et Cicéron l'ayant surpris un jour, il dit seulement qu'il sonperoit dans le salon d'Apollon ; et on leur servit un repas qui coûta vingt-cinq mille livres. Il se fâcha un jour très-sérieusement contre son maître d'hôtel, qui, sachant qu'il devoit souper seul, avoit fait préparer un repas moins somptueux qu'à l'ordinaire. Ne savois-tu pas, lui dit-il, qu'aujourd'hui Lucullus devoit souper chez Lucullus ? Ce fut lui qui apporta du royaume de Pont les premiers cérisiers que l'on ait vus en Europe ; et d'Apollonie, ville d'Asie, à Rome, une statue colossale d'Apollon, qui avoit trente coudées de hauteur. Cet homme célèbre tomba en démence dans ses derniers jours. Il mourut à l'âge de 67 ou 68 ans, avec la réputation d'un homme qui égaloit *Sylla* pour le mérite militaire, et le surpassoit pour les vertus civiles. Il fut fils tendre, bon frère, père indulgent, ami sincère, maître généreux, excellent citoyen, magistrat incorruptible, général habile. Ennemi des brigues et des partis, exempt d'ambition, il auroit pu, s'il avoit été plus téméraire ou plus hardi, balancer l'autorité de *Pompée* et de *César*. Il se piquoit de la plus grande droiture; et, malgré ses profusions, il eût été difficile de trouver dans l'ancienne Rome un homme d'une probité plus exacte et plus sévère. *Voy. l'Histoire de Lucullus*, dans le 1$^{er}$ volume des *Mélanges historiques et critiques* de M. le président d'*Orbessant*.
LUCUMON, *Voyez* DEMARATE, n.º II.
LUDE, (Jean *Daillon* du) le premier de cette famille qui ait eu quelque célébrité, fut élevé avec *Louis XI*, qui le fit son chambellan, capitaine de sa porte et de cent hommes d'armes, et successivement gouverneur du Danphiné et d'Artois. *Commines* dit « qu'il aimoit son profit particulier; mais qu'il n'aimoit à abuser ni tromper personne. » Il mourut en 1480. — De la même famille étoit *François Daillon*, comte *du Lude*, gouverneur de *Gaston* duc d'*Orléans*, duquel on cite le bon mot suivant: voyant la dame d'atours de *Marie de Médicis*, s'empresser à aller chercher son voile: *Il n'en faut pas*, dit-il, pour un *Navire qui est à l'ancre*; faisant allusion à la fa- faveur du maréchal d'*Ancre*. Sa postérité masculine finit par *Henri* comte, puis duc *du Lude*, grand-maître de l'artillerie en 1669, mort en 1685, sans enfans, quoiqu'il eût été marié deux fois. Il fut pourvu de cette place sur la démission du duc *Mazarin*, et en partie par le crédit de son épouse, qui eut part, dit-on, aux bonnes graces de *Louis XIV*.
LUDEWIG, (Jean-Pierre) conseiller intime du roi de Prusse, chancelier du duché de Magdebourg, professeur en droit, mort le 7 Septembre 1743, à 73 ans, a beaucoup écrit en latin et en allemand. On a de lui: I. *Scriptorum rerum Germanicarum*, l'ranfort et Leipzig, 1718, deux vol. II. *Manuscripta omnis avi*, diplomata ac monumenta inedita, 1720-1740, 12 vol. in-8.º III. *La Vie de Justinien et de Tribonien*, 1731. IV. *Œuvres diverses*, 1720, 2 vol.
LUDLOW, (Edmond) partisan de *Cromwell*, servit dans l'armée du parlement, et fut un des juges de l'infortuné *Charles I*. A la mort du protecteur, il voulut rétablir la république, mais en vain. *Charles II* étant remonté sur le trône de ses pères, le factieux *Ludlow* se retira à Vevay en Suisse, où il mourut en 1693, à 73 ans. On a de lui, des *Mémoi cs*, Londres, 1751, in-fol. Ils furent traduits en françois et imprimés à Vevay, 1698 et 1699, 3 vol. in-12.
LUDMILLA, épouse de *Borzivoie* duc de Bohème, lui fit embrasser la religion Chrétienne vers l'an 900. Le duc ayant abdiqué le souverain pouvoir, elle le suivit dans sa retraite, et s'y consacra à l'exercice de toutes C c 3 406 LUD les vertus. Après la mort de Borzivoie, son fils Wratislas monta sur le trône, et lui confia l'éducation de Venceslas, et à sa mort la régence de Bohême, de préférence à Drahomira son épouse. Celle-ci, furieuse, fit assassiner Ludmilla, par des émissaires, et quelque temps après, son fils Venceslas lui même, par les mains de son autre fils Boleslas surnommé le Cruel.
LUDOLPHE VAN CEULEN, Voyez VAN CEULEN. I. LUDOLPHE DE SAXE, d'abord Dominicain, puis Chartreux, étoit prieur de Strasbourg en 1330; c'est tout ce qu'on sait sur son compte. Outre une Traduction du livre de l'Imitation qu'il passe pour avoir faite, on lui doit une Vie de JESUS-CERLET, in-folio, en latin, imprimée, à ce qu'on croit, en 1474, dans son monastère: elle a été réimprimée chez Verard avec une version françoise, en 2 vol. in-folio. Ces deux éditions sont peu communes.
II. LUDOLPHE, ou LUDOLF, (Job) né en 1624, à Erfort, capitale de la Thuringe, d'une famille ancienne, s'appliqua à l'étude des langues avec un travail infatigable. Ludolphe voyagea beaucoup, visita les bibliothèques de différens pays, en rechercha les curiosités naturelles et les antiquités, et forma des liaisons avec les savans. Il fut conseiller à Erfort pendant près de 18 ans, et se retira ensuite à Francfort avec sa famille. L'électeur Palatin le mit alors à la tête de ses affaires, et lui confia le soin de ses revenus. Ludolphe étoit aussi propre aux affaires tumultueuses de l'état, qu'aux recherches pénibles des sciences; également bon pour le conseil et pour l'exécution. Ses mœurs ne le firent pas moins estimer que ses taïens: il savoit beaucoup, et n'étoit point avare de sa science. Son ardeur pour le travail étoit si vive, que, dans ses repas même, il avoit toujours un livre devant les yeux. On dit qu'il savoit 25 langues: il s'étoit particulièrement appliqué à celle des Ethiopiens. Il mourut à Francfort, le 8 Avril 1704, à 80 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Historia Ethiopica, à Francfort, en 1681, in-fol. On en publia, en 1684, un Abrégé en françois. II. Un Commentaire sur cette Histoire, in-fol. 1691, en latin. III. Un Appendix pour le même ouvrage, 1693, in-4°, en latin. L'histoire des Ethiopiens, leur religion, leurs coutumes sont développées dans ces différens écrits avec autant de savoir que d'exactitude. L'abbé Renoudot en a relevé quelques endroits dans son Histoire des Patriarches d'Alexandrie, et dans sa Collection des Liturgies Orientales; mais sa critique n'a pas diminué le mérite de Ludolphe dans l'esprit de quelques savans de son pays. Ludolphe est, selon eux, en Allemagne, ce que les Montfaucon, les Ducange sont en France; idée un peu exagérée. IV. Une Grammaire et un Dictionnaire Abyssin, 1698, in-fol. V. Dissertatio de Locustis, à Francfort, 1694, in fol. VI. Fasta Ecclesiae Alexandrina, ibid. 1691, in-fol. VII. De bello Turcico feliciter conficiendo, ibid. 1686, in-4°. Ludolphe, fort ardent à desirer la ruine des Turcs, fournit dans cet ouvrage des moyens efficaces pour la procurer; mais, malheureusement, ces moyens sont impraticables. C'est ce que tacha de lui prouver Chrétien Thomasius, auquel Ludolphe répondit dans un écrit allemand, intitulé: Remarques sur les pensées enjouées et sérieuses, sottes et déraisonnables d'une nouvelle et rare société de poltrons, Leipzig, 1589, in-8.º VIII. Un grand nombre d'autres Ouvrages, dont on peut voir la liste dans la Vie de Ludolphe par Junker, qui le loue un peu trop. —Henri-Guillaume LUDOLPHE, neveu de Job, né à Erfort en 1655, mort à Londres en 1710, publia à Oxford, en 1696, une Grammaire Russe, voyagea dans le Levant, travailla à établir un collège à Jérusalem pour les Protestans, et donna une édition du Nouveau-Testament en grec vulgaire.
LUDOVIC SFORCE, Voyez IV. SFORCE.
LUGO, (Jean de) né à Madrid en 1583, se disoit néanmoins de Séville, parce que son père y faisoit sa résidence. Il se fit Jésuite en 1603, et après la mort de son père, il partagea sa succession, qui étoit fort considérable, entre les Jésuites de Séville et ceux de Salamanque. Après avoir enseigné la philosophie et la théologie en divers Collèges, il fut envoyé à Rome pour y professer cette dernière science; ce qu'il fit avec applaudissement. Le Pape Urbain VIII le nomma cardinal en 1643, et se servit de lui en plusieurs occasions. Lugo mourut à Rome le 20 août 1660, à 77 ans. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages en latin, qu'on a recueillis en 7 gros vol. in-fol. Ils roulent tous sur la théologie scolastique et morale, et furent imprimés successivement à Lyon, depuis 1633 jusqu'en 1660. Le volume qui a été le plus lu par les théologiens, est le 3e : De virtute et Sacramento Pœnitentiæ, publié à Lyon en 1638, et réimprimé en 1644 et 1651. Le cardinal de Lugo étoit fort charitable. Ce fut lui qui donna, le premier, beaucoup de vogue au Quinquina, qu'on appela la Poudre de Lugo. Il la donnoit gratuitement aux pauvres, et la vendoit chèrement aux riches. Les ennemis des Jésuites l'ont accusé à tort, d'être l'auteur du Paché Philosophique, découverte un peu moins utile que celle du Quinquina. Lugo avoit, dit-on, toute la politique qu'on a attribuée à sa Société. On trouve dans le tome 1er de la Morale pratique, une de ses Lettres, dans laquelle il conseille à un Jésuite de Madrid « de réveiller les disputes sur l'immaculée Conception, afin de faire diversion contre les Dominicains, qui pressoient vivement en Italie les Jésuites sur les matières de la Grace. » Les ouvrages de Lugo sont aujourd'hui confondus avec la foule trop nombreuse des scolastiques de son siècle; et, à l'exception de son Traité de la Pénitence et de quelques autres en petit nombre, ils ne sont plus bons qu'à servir d'enveloppe à la poudre qu'il débitoit. —Son frère aîné, Franc. DE LUGO, Jésuite comme lui, mort en 1652, à 72 ans, est auteur d'un Commentaire sur St. Thomas, en 2 volumes infolio; d'un Traité des Sacremens, et de plusieurs Traités de théologie, 3 vol. in-4.º I. LUILLIER, (Jean) d'une famille ancienne de Paris, seigneur d'Orville et maître des comptes, fut élu prévôt des marchands en 1592. Il rendit de grands services à Henri IV, pendant les troubles de la religion. Il facilita, au péril de sa vie, l'entrée de ce C c 4 prince dans Paris, et obtint pour récompense une charge de président à la chambre des comptes, que le roi créa en sa faveur. — De la même famille étoit Jean LUILLIER, fils de l'avocat général du parlement de Paris, qui fut recteur de l'université en 1447, docteur et professeur en théologie quelque temps après, puis évêque de Meaux en 1483. Il fut aussi confesseur de Louis XI, et ne contribua pas peu à terminer la guerre du Bien Public. Il mourut le 11 Septembre 1500, âgé d'environ 75 ans.
II. LUILLIER, (Magdeleine) fille du président Jean Lullier, fut mariée à Claude le Roux de Sainte-Beuve, conseiller au parlement de Paris. Dieu l'ayant privée de son époux, elle oublia les vains délices du siècle, dont les suites sont si amères, et s'attacha à un bien plus solide et indépendant des événements humains. Après avoir fondé à Paris le monastère des Religieuses Ursulines du faubourg Saint-Jacques, elle les édifia par ses vertus, et y mourut en odeur de sainteté, l'an 1628.
LUINES, Voy. ALBERT (D'), nos I, II et III; et l'art. CONCINI.
LUISINO, LUISINI, ou LUIT-SINO, (François) célèbre humaniste d'Udine dans le Frioul, recommandable par son amour pour la littérature, et par l'intégrité de sa vie, enseigna quelque temps les lettres grecques et latines à Reggio, et devint ensuite secrétaire du duc de Parme. Il mourut en 1568, à 45 ans. On a de lui: I. Parergon Libri tres, in quibus, tam in Graecia quam in Latinis Scriptoribus multa obscura loca declarantur. Cet ouvrage est inséré dans le tome 3e du recueil de Jean Gruter, intitulé: Lampas seu Fax Artium, hoc est, Thesaurus criticus. II. Un Commentaire latin sur l'Art Poétique d'Horace, Venise, 1554, in-4.º III. Un Traité, De componendis animi affectibus, Basle, 1562, in-8.º On peut remarquer, à l'occasion de cet humaniste, que de son temps vivoit Al-ysius LUISINUS, qui mit en vers hexamètres, les Aphorismes d'Hippocrate, Venise, 1552, in-8º; et qui a donné un excellent traité De compescendis animi affectibus, Basle, 1562, in-8º; et Strasbourg, 1713; et le Recueil des Auteurs qui ont traité de la maladie Vénérienne, Venise, 2 vol. infolio; le 1er en 1567, et le 2e en 1599, dont Boerhaave a donné une nouvelle édition, Leyde, 1728, in-fol. I. LUITPRAND, roi des Lombards, échappa à la vengeance d'Aribert, qui avoit égorgé presque toute sa famille. (Voyez ARIBERT.) Il se retira en Bavière avec Ansprand, son père, auquel il succéda en 712. Il fut toujours lié d'amitié avec Charles Martel, sonnait Thrasimond, duc de Spolette, enleva aux Gres une partie de ce qu'ils possédoient en Italie, priva les papes des Alpes Cottiennes, et s'empara du patrimoine qu'ils avoient dans la Sabine et en Sicile. Les empereurs d'Orient et les pontifes Romains tâchèrent de s'opposer à ses entreprises; mais sa valeur et son habileté le firent toujours triompher de ses ennemis. Enfin, le pape Zacharie obtint par la douceur les restitutions que ses prédécesseurs attendoient de la force. Luitprand mourut en 744, après avoir régné 31 ans. Il avoit signalé le commencement de son règne par de nouvelles lois, au nombre de 152, toutes conformes au génie de sa nation, et propres à la rendre heureuse. C'étoit un prince sage, pieux, juste, prudent, valeureux, cependant ami de la paix, prompt à soulager les misérables, naturellement porté à la clémence. A peine fut-il sur le trône, que *Rotaris* son parent forma dans Pavie même un complot pour lui ôter le sceptre et la vie. Il devoit l'inviter à un repas, et apostor des scélérats qui devoient exécuter son dessein. *Luitprand* fit appeler ce perfide, auquel il auroit pardonné; et comme il vouloit le fouiller, parce qu'on lui avoit dit qu'il auroit une cuirasse sous sa robe, *Rotaris* tira son épée pour le percer. *Luitprand* se mit en défense, et ses gardes qui accoururent, massacrèrent le malheureux qui vouloit le tuer. Quatre de ses enfans furent aussi mis à mort.
II. LUITPRAND, LIUT-PHRAND ou LITOBRAND, sous-diacre de Tolède, diacre de Pavie et évêque de Crémone, fit deux voyages à Constantinople en qualité d'ambassadeur, l'un en 948, au nom de *Béranger II*, roi d'Italie, avec qui il se brouilla à son retour; l'autre en 968, au nom de l'empereur *Othon*. *Nicéphore Phocas*, empereur d'Orient, faisoit un crime à *Othon* d'avoir pris le titre d'empereur Romain: *Luitprand*, chargé de le justifier, éprouva les traitements les plus indignes. Il ne se déconcerta point, et défendit avec zèle les intérêts de son maître. *Nicéphore* piqué lui parla avec mépris des troupes Françoises, en les accusant de lâcheté, de mollesse et de dissolution. L'ambassadeur répondit, que les guerres qui suivroient, selon toute apparence, lui feroient connoître qu'elles avoient hérité de la valeur des Romains. « Je sais, dit *Nicéphore*, que vous voulez en prendre le nom; mais c'est en vain que vous vous en flatteriez. Vous êtes Lombards; votre sang est corrompu depuis que vous l'avez mêlé avec celui de ces peuples féroces. » *Luitprand* lui répliqua: « S'il falloit remonter jusqu'à l'origine des nations, vous verriez qu'il n'en est point dont la source soit moins pure que celle des Romains. *Romulus*, votre fondateur, étoit le fruit d'un adultère; le meurtre de son frère fut le premier degré par lequel il s'éleva. Il bâtit une ville sur un terrain usurpé; il la peupla de fugitifs, d'esclaves, de meurtriers, qui fuyoient la mort ou les poursuites de leurs créanciers. Voila, puisque vous me forcez de le dire, d'où sont venus vos premiers empereurs, et ceux de qui ils se faisoient gloire de descendre. Les Lombards, les Saxons, les François, les Suèves, les Bourguignons le savent, et ils disent en proverbe, que les vices de *Romulus* sont passés à leurs descendans. » *Nicéphore* fut ontré de ce reproche sanglant, qui le regardoit moins qu'une nation étrangère, avec laquelle il n'avoit plus rien de commun que le nom de son empire. Il se leva brusquement, et envoya l'ambassadeur en prison, où il le fit traiter avec toutes sortes de rigueurs. Il ne lui accorda la permission de retourner en Italie qu'à la fin de l'année. La meilleure édition des Œuvres de *Luitprand*, est celle d'Anvers, 1640, in-fol. Le style en est dur, serré et très-véhément. Il affecte de faire parade de grec, et de mêler des vers à sa prose. On y trouve une *Relation* en vi livres, de ce qui s'étoit passé en Europe de son temps. Ses récits ne sont pas toujours fidèles; il est ou flatteur ou satirique. Le livre des *Vies des Papes* et les *Chroniques des Goths*, qu'on lui attribue, ne sont point de lui. *Voy. JEAN XII*, n° 31. I. LULLE, (Raimond) surnommé le *Docteur illuminé*, né dans l'isle Majorque en 1236, fut disciple du célèbre *Arnaud de Villeneuve*. L'amour le rendit chimiste. Il étoit passionnément amoureux d'une jolie fille, appelée *Eléonor*, qui refusait de l'écouter. *Lulle* lui ayant demandé les raisons de son dédain, *Eléonor* lui découvrit son sein dévoré par un cancer. *Lulle*, en amant tendre et généreux, chercha dans la chimie quelque remède au mal de sa maîtresse, et eut le bonheur de le trouver. Dès-lors, il s'appliqua, avec un travail infatigable, à l'étude de la philosophie des Arabes, de la chimie, de la médecine et de la théologie. Il alla ensuite annoncer les vérités de l'Évangile en Afrique, et fut assommé à coups de pierres en Mauritanie, le 29 mars 1315, à 80 ans. Il est honoré comme martyr à Majorque, où son corps fut transporté. Il nous reste de lui, un grand nombre de *Traités* sur toutes les sciences, dans lesquels on remarque beaucoup d'étude et de subtilité, mais peu de solidité et de jugement. Le style est digne de la barbarie de son siècle. *Lulle* étoit aussi obscur dans ses expressions que dans ses idées. Il avoit composé une *Logique*, qui étoit un vrai délire. Cependant, les docteurs Espagnols disoient: « qu'il ne l'avoit inventée, qu'afin qu'on pût se défendre de l'*Antechrist* dans les derniers jours, et rétorquer contre lui les mêmes argumens. » On a donné à Mayence, en 1714, le catalogue des ouvrages de cet auteur, in-8°. On y trouve des *Traités* sur la *Théologie*, la *Morale*, la *Médecine*, la *Chimie*, la *Physique*, le *Droit*, etc.: car les docteurs de ces siècles embrassoient toutes les sciences, quoiqu'ils n'en possédassent parfaitement aucune. Il n'est cependant pas certain que tous les ouvrages énoncés dans ce catalogue soient de lui; on peut croire, que plusieurs auteurs, pour donner de la vogue à leurs ouvrages, les ont décorés de ce nom, célèbre alors. On a, en françois, deux *Vies de Raymond Lulle*: l'une de *Perroquet*, Vendôme, 1667, in-8°; l'autre, du *P. Jean-Marie de Vernon*, Paris, 1663, in-12. *Jordanus Branus* a donné deux ouvrages qui ont rapport à l'histoire de *Lulle*: I. *Liver de Lampade combinatorici B. Lullii*, Prague, 1588, in-8°. II. *De compendiosa architectura et complemento artis Lullii*, Paris, 1582, in-16. Les critiques les plus accrédités regardent *Raimond Lulle*, comme un homme presque indéfinissable; d'abord dissipé et même libertin, ensuite Frère très-fervent du Tiers Ordre de Saint-François, amateur de la solitude et solliciteur assidu des princes, qu'il vit tous et pressa jusqu'à l'importunité, pour les faire entrer dans les plans de son zèle; négociateur d'une activité unique, auteur de plus de volumes, qu'un homme n'en pourroit transcrire et presque lire durant la mesure ordinaire de la vie; accusé d'hérésie, et martyrisé chez les Mahométans d'Afrique; homme, en un mot, si différent de lui-même et chargé de tant de contrariétés inconciliables, que si l'on n'étoit assuré qu'il a existé, on seroit tenté de le prendre pour un personnage romanesque.
II. LULLE DE TERRACA, (Raimond) surnommé le *Néophyte*, de Juif se fit Dominicain, et retourna ensuite au Judaïsme. Il soutint des erreurs monstrueuses, condamnées par le pape *Grégoire XI*, en 1376.
LULLI, (Jean-Baptiste) musicien François, né à Florence en 1633, quitta sa patrie de bonne heure. Ce fut le chevalier de *Guise* qui engagea *Lulli* à venir en France, à l'âge de douze ans. A peine fut-il arrivé, qu'il se fit rechercher pour le goût avec lequel il jouoit du violon. Mlle de *Montpensier* l'attacha à son service; et *Louis XIV* lui marqua bientôt après, le cas qu'il faisoit de son mérite, en lui donnant l'inspection sur ses violons. On en créa même une nouvelle bande en sa faveur, qu'on nomma les *Petits Violons*, par opposition à la bande des *Vingt-quatre*, la plus célèbre alors de toute l'Europe. Les soins de *Lulli*, et la musique qu'il fournit à ses élèves, mirent en peu de temps les *Petits Violons* dans la plus haute réputation. *Lulli* a fait plusieurs innovations dans la musique, qui lui ont toutes réussi. Avant lui, la basse et les parties du milieu n'étoient qu'un simple accompagnement, et l'on ne considéroit que le chant du dessus dans les pièces de violon; mais *Lulli* a fait chanter les parties aussi agréablement que le dessus. Il y a introduit des fugues admirables; il a étendu l'empire de l'harmonie; il a trouvé des mouvemens nouveaux, et jusques-là inconnus à tous les maîtres. Il a fait entrer dans les concerts jusqu'aux tambours et aux tymbales. Des faux accords et des dissonances, écueil ordinaire où les plus habiles échouoient, *Lulli* a su composer les plus beaux endroits de ses ouvrages, par l'art qu'il a eu de les placer et de les sauver. Enfin, il falloit *Lulli* pour donner en France la perfection aux Opéra, le plus grand effort et le chef-d'œuvre de la musique. L'abbé *Perrin* céda à ce célèbre musicien, au mois de novembre 1672, le privilège qu'il avoit obtenu du roi pour ce spectacle. Le caractère de la musique de cet artiste, est la variété et une mélodie savante. Ses chants sont si naturels, qu'on les retient, pour peu qu'on ait de goût et de disposition pour la musique. Il faut avouer cependant qu'il dut en partie ses grands succès à la nouveauté de l'harmonie italienne, que l'on ne connoissoit point encore en France; aussi, *Bouleau* lui disoit, avec beaucoup de finesse: *Non seulement vous êtes le premier des Musiciens, mais vous êtes le seul*. Les étrangers rendoient à *Lulli* le même hommage d'estime. Le cardinal d'*Estrées* se trouvant à Rome, où il louoit *Corelli* sur la belle composition de ses Sonates: « Monseigneur, lui répondit ce musicien, c'est que j'ai bien étudié *Lulli*. » Ce dernier mourut à Paris en mars 1687, à 54 ans, pour s'être frappé rudement le bout du pied en battant la mesure avec sa canne. Le mauvais germe que la débauche avoit mis dans son sang, fit empirer le mal. Au premier danger, *Lulli* consentit à livrer à son confesseur un Opéra nouveau, *Achille et Polixène*. Le confesseur le brûla. Quelques jours après, *Lulli* se portant mieux, un de nos princes, qui aimoit ce musicien et ses ouvrages, fut le voir: *Eh quoi ! Baptiste*, lui dit-il, *tu as jeté ton Opéra au feu ? Tu étois bien fou, de croire un Janséniste qui révoit, et de brûler une si belle musique ?* — *Paix, paix, Monseigneur*, lui répondit *Lulli* à l'oreille, *je savais bien ce que je faisais, j'en avais une seconde copie*. Une rechute le fit bientôt rentrer en lui-même. Déchiré des plus violens remords, il se fit mettre sur la cendre, la corde au cou, fit amende honorable, et chanta, les larmes aux yeux: *Il faut mourir, pécheur !* etc. On trouva dans sa cassette sept mille louis d'or, et vingt mille écus en argent. Aussi, *Seneçai*, qui lui fit une épitaphe, dans laquelle il le comparoit à *Arion*, à *Orphée* et à *Amphion*, ajouta: *Plus habile qu'Amphion, qui n'assembloit que des pierres par ses accords, il a fait par les siens un riche amas des plus précieux métaux. Lulli fut enterré à Paris, dans l'église des Petits-Pères, où sa veuve lui fit élever un magnifique mausolée. La mort y paroit tenant un flambeau renversé d'une main, et soulevant de l'autre un rideau placé au-dessus du buste de Lulli. Ce grand artiste formoit lui-même ses musiciens et ses acteurs. Son oreille étoit si fine, que, d'un bout de théâtre à l'autre, il distinguoit le violon qui jouoit faux. Dans son premier mouvement de colère, il brisoit l'instrument sur le dos du musicien: la répétition faite, il l'appeloit, lui payoit son instrument plus qu'il ne valoit, et l'emmenoit dîner avec lui. Lulli avoit l'enthousiasme du talent, sans lequel on réussit toujours* foiblement. Il savoit ce qu'il valoit, et se faisoit peut-être trop sentir aux autres. Malgré une ardeur continuelle de caractère, personne n'apportoit dans la société plus de gaieté que lui; mais c'étoit une gaieté qui dégénéroit quelquefois en poligonnerie. *Molière* le regardoit comme un excellent pantomime, et lui disoit assez souvent: *Lulli, fais-nous rire*. Il conserva cette gaieté jusqu'à ses derniers instans. Le chevalier de *Lorraine* étant venu le voir, *Mad. Lulli* lui fit des reproches d'avoir déterminé la maladie de son mari en l'enivrant. « Tais-toi, lui dit le malade, si M. le Chevalier m'a enivré le dernier, je veux, si j'en échappe, que ce soit lui qui m'enivre le premier. » Ayant été anobli par *Louis XIV*, qui l'aimoit beaucoup, il obtint encore de ce prince, d'être reçu secrétaire à la chancellerie, malgré l'opposition de tous les membres de cette compagnie. Comme *Louvois* reprochoit à *Lulli* sa témérité, de briguer une place dans un corps auquel ce ministre étoit associé, lui qui n'avoit d'autre recommandation que celle de faire rire. *Eh ! tételleu*, répondit *Lulli, vous en feriez autant si vous le pouviez*. Il parloit presque toujours avec la même franchise. — Un seigneur de la cour lui reprochant de n'être pas prêt à commencer l'opéra, quoique le roi fût arrivé: *Le Roi*, dit-il, *est le maître, il peut attendre*. — Un auteur lui avoit donné un Prologue d'opéra à examiner; *Il n'y a*, dit-il, *dans cet ouvrage, qu'une lettre de trop; au lieu de fin du prologue, il devroit y avoir*. Fi du prologue. On attribue le même bon mot à *Piron*, qui, quoique riche en saillies, s'est souvent approprié les plaisanteries des autres. — *Lulli* avoit fait un air de prédilection pour un opéra, on le lui prit pour un *Oratorio* qu'on devoit chanter à une messe. Lorsqu'il l'entendit, il s'écria; *Ah! mon Dieu, je vous demande pardon; mais je ne l'avois pas fait pour vous. SENEGAI*, dont nous avons quelques Poésies, a tracé ce portrait de *Lulli*, dans une Lettre qu'il suppose écrite des Champs Élysées, peu de temps après la mort de ce musicien. « Sur une espèce de brancard, composé grossièrement de plusieurs branches de laurier, parut, porté par douze Satyres, un petit homme d'assez mauvaise mine et d'un extérieur fort négligé. De petits yeux bordés de rouge, qu'on voyoit à peine, et qui avoient peine à voir, brilloient en lui d'un feu sombre, qui marquait tout ensemble beaucoup d'esprit et beaucoup de malignité. Un caractère de plaisanterie étoit répandu sur son visage, et certain air d'inquiétude régnouit dans toute sa personne. Enfin, sa figure entière respiroit la bizarrerie; et quand nous n'aurions pas été suffisamment instruits de ce qu'il étoit, sur la foi de sa physionomie, nous l'aurions pris sans peine pour un musicien. » Il eut des toits avec le bon *la Fontaine*, qui s'étoit laissé engager à faire un *Opéra*, que *Lulli* devoit mettre en musique. Le poète de la nature se voyant joué, céda, en enfant piqué, au premier mouvement de son ressentiment, et dans cet accès passager, il enfanta une *Satire* contre le musicien Florentin, la seule qui soit échappée à sa plume sans fiel, et où perce toujours ce ton de bonhomie qu'on forçoit à devenir aigre. On a de *LULLI*, en grands *Opéra*: *Cadmus, Alceste, Thésée, Atys, *Psyché, Bellérophon, Proserpine, Persée, Phaëton, Amadis, Roland, Armide, Isis*; tragédies en cinq actes. Ce fut après avoir entendu ce dernier ouvrage, que *Louis XIV*, enchanté, fit rendre un arrêt du conseil, par lequel il fut permis à tout gentilhomme de chanter à l'*Opéra*, sans déroger. Le parlement enregistra cet arrêt sans opposition. L'opéra d'*Armide* ne réussit pas à la première représentation: *Lulli* le fit jouer pour lui seul; le roi, apprenant cette singularité, jugea que l'ouvrage devoit avoir du mérite: il en ordonna une seconde représentation, qui fut extrêmement applaudie de la cour et du public. On doit encore à *Lulli*, les *Fêtes de l'Amour et de Bacchus, Acis et Galathée*, Pastorales en trois actes; le *Carnaval*, Mascarade et Entrées; le *Triomphe de l'Amour*, Ballet en vingt entrées; l'*Idylle de la Paix*, et l'*Eglogue de Versailles*, Divertissements; le *Temple de la Paix*, Ballet en six entrées. Outre ces pièces, *Lulli* a fait encore la musique d'environ vingt Ballets pour le roi: comme celle des *Muses*, de l'*Amour déguisé*, de la *Princesse d'Elide*, etc. C'est encore de lui qu'est la musique de l'*Amour Médecin*, de *Pourceaugnac*, du *Bourgeois Gentilhomme*, etc. On a aussi de ce musicien, des suites de *Symphonie*, des *Trio* de violon, et plusieurs *Motets* à grand chœur. *Lulli* épousa la fille de *Lambert*, célèbre musicien François. Il en eut plusieurs fils qui marchèrent de loin sur ses traces.
LULLIN. (Amédée) ministre Protestant de Genève sa patrie, et professeur d'histoire ecclésiastique, né en 1695, mort en 1756, avoit voyagé en France et en Angleterre. Ses lumières, son éloquence, sa charité, ses vertus, et la douceur de ses mœurs, ont laissé à Genève un souvenir précieux. Il fit présent à la bibliothèque publique de tous ses manuscrits, et lui légua tous ses livres, qui étoient nombreux et bien choisis. On a imprimé, après sa mort, 2 vol. in-8°, des Sermons sur divers textes de l'Écriture. Les discours des pasteurs Protestans sont ordinairement secs et froids; ceux-ci joignent l'onction à la solidité.
LUMINA, Voyez POULLIN. I. LUNA, (Alvarez de) gentilhomme Espagnol, fils naturel de D. Alvarez de Luna, s'empara de l'esprit de Jean II, roi de Castille, dont il obtint l'épée de connétable, et qu'il gouvernoit non en favori, mais en maître despotique. Il abusa de son pouvoir, alluma la guerre dans le royaume, persécuta les grands, s'enrichit du bien d'autrui, et reçut de l'argent des Maures pour empêcher la prise de la ville de Grenade. Convaincu de ces crimes, il fut condamné à Valladolid, à avoir la tête coupée. La sentence fut exécutée, le 5 juillet 1453. Il avoit alors environ 65 ans. Sa tête fut exposée pendant plusieurs jours avec un bassin, pour trouver de quoi faire enterrer son corps. Sa hauteur insolente avec la reine, fut la principale cause de sa ruine. Cette princesse, pleine de la fermeté opiniâtre que donne le ressentiment, ne quitta pas un seul moment son foible époux, jusqu'à ce qu'elle eût appris la mort de son favori. On assure que Luna, ayant voulu savoir d'un astrologue quelle seroit sa fin, celui-ci lui répondit qu'il mourroit à Cadahalso. C'étoit le nom d'une de ses terres, et ce terme signifie aussi Fichafoud en espagnol. Le hasard rendit la prédiction de l'astrologue véritable.
II. LUNA, (Michel de) interprète du roi Philippe III, pour la langue arabe, a traduit, de cet idiome en espagnol, l'Histoire du roi Rodrigue, composée par Abuleacim-Tarif-Abenta-rique. La version de Luna fut imprimée pour la quatrième fois à Valence, en 1646.
LUNDBERG, peintre Suédois, renommé pour la beauté de ses portraits, obtint la place d'intendant de la cour, et mourut à Stockholm, en 1787, à l'âge de 91 ans.
LUNDORPIUS, (Michel-Gaspard) écrivain Allemand, a continué l'Histoire de Sleidan, mais d'une manière fort inférieure; cette Continuation, qui est en 3 vol., va jusqu'à l'an 1609. On a encore de lui: I. Acta publica. II. Des Notes sur Petrone, sous le nom supposé de George Erhard; elles sont peu recherchées.
LUNE, (Pierre de) Voyez BENOIR, antipape, n.º XVIII.
LUNE, (la) étoit la même que Diane, Proserpine et Hécate. Les Païens la mettoient au rang des Dieux du ciel. Quand elle s'éclipsoit, ils croyoient que c'étoit l'effet de quelque enchantement magique; c'est pourquoi ils faisoient un grand bruit en frappant sur des bassins d'airain, afin qu'elle ne pût entendre ces enchantements. Elle avoit deux temples à Rome, l'un sur le mont Palatin, et l'autre sur le mont Aventin, où elle étoit honorée sous le nom de *Noc-tiluca*.
LUNEAU DE BOISJERMAIN, (Pierre-Joseph-François) a publié un grand nombre d'écrits sur la littérature et l'étude des diverses langues. Ceux-ci sont estimés, clairs et utiles. Telle en est la nomenclature : I. *Discours* sur une nouvelle manière d'apprendre la géographie, 1759, in-12. II. *Cours d'histoire et de géographie*, 1760, 2 vol. in-12. III. *Élite des poésies fugitives*, 1764, 3 vol. in-12. Ce recueil a eu quelque succès. IV. *Mémoires* sur l'Encyclopédie, 1772, in-4°. V. *Les vrais Principes de la lecture et de l'orthographe*. Cet ouvrage, commencé par *Viard*, a obtenu un grand nombre d'éditions. La plus complète est celle de 1783, 4 vol. in-8°. VI. *Almanach musical. Luneau* l'a publié pendant trois ans, 1781, 1782 et 1783. VII. *Cours de langue italienne*, 1783, in-8°. VIII. *Autre* de langue angloise, 1787, 2 vol. in-8°. IX. *Autre* de langue latine, 1787, in-8°. X. *Observations* sur l'amélioration dans le service des postes, 1793, in-8°. XI. On lui doit encore une édition de *Racine*, qui a paru avec des Commentaires en 1769, 7 vol. in-8°. Ce laborieux écrivain est mort subitement le 24 nivôse an X.
LUPI, (Antoine-Marie) Jésuite Florentin, mort à Paierme en 1737, a donné divers *Mémoires* sur les antiquités sacrées et profanes, dont le P. *Zaccaria*, son confrère, a publié un recueil, Faenza, 1785, 2 vol. in-4°, avec des notes savantes.
LUPICINA, (*Flavia-Tilia-Martia-Euphemia*) fut achetée par l'empereur *Justin*, qui en fit bientôt son épouse. Née dans la condition la plus obscure, elle ne parut point indigne du rang où elle fut appelée, par sa douceur unie à beaucoup de fermeté. Elle mourut avant *Justin*; mais tant qu'elle vécut, *Justinien*, neveu de ce dernier, et qui lui succéda à l'empire, n'osa point s'unir à *Théodora*, dont les mœurs dépravées et le caractère ambitieux avoient excité la haine publique.
LUPUS, *Voy. Loup* (St.)
LUPUS, (Chrétien) ainsi nommé, parce que son nom de famille *Wolf*, signifie Loup, naquit à Ypres, en 1612, et entra dans l'ordre des Augustins. Il enseigna la philosophie à Cologne, puis la théologie à Louvain, avec un succès distingué. Il exerça ensuite les premières charges de son ordre dans sa province. Le pape *Clément IX* voulut lui donner un évêché, avec l'intendance de sa sacristie; mais le P. *Lupus*, préférant l'étude et le repos à l'esclavage brillant des dignités, refusa constamment l'un et l'autre. *Innocent XI* et le grand duc de Toscane lui donnèrent aussi des marques publiques de leur estime. Il mourut à Louvain en 1681, à 70 ans. Il s'étoit fait lui-même une Épitaphe, dans laquelle il disoit modestement qu'il étoit *dignus nomine reque Lupus... Indignus non re, sed solo nomine doctor*. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages en latin. Les principaux sont : I. *De savans Commentaires sur l'Histoire et sur les Canons des Conciés*, 1665-1673, en cinq vol. 416 LUS in-4°. II. Un *Traité des Appellations au Saint-Siège*, in-4°, contre *Quesnel*; et où l'auteur adopte quelques opinions des Ultramontains. III. Un *Traité sur la Contrition*, in-4°, Louvain, 1666, aussi savant que solide. IV. *Recueil de Lettres et de Monumens concernant les Conciles d'Éphèse et de Chalcédoine*, 2 vol. in-4°, Louvain, 1682. V. Un recueil des *Lettres de St. Thomas* de Cantorbery, précédées de sa *Vie*, Bruxelles, 1682, in-4°. VI. Un *Commentaire* sur les *Rescriptions de Tertullien*. VII. Un grand nombre de *Dissertations*, etc. Tous ces ouvrages sont en latin et pleins d'érudition. Ils ont été réunis, à Venise, en 4 vol. in-fol., 1724, par les soins du P. *Thomas Philippino* de Ravenne, Augustin.
LUSCINIUS, (Othmar) chanoine de Strasbourg sa patrie, laissa plusieurs écrits, entr'autres : I. Des Traductions latines des *Symposiaques de Plutarque*, et des *Harangues d'Isocrate à Demonicus* et à *Nicocles*; d'Épigrammes grecques, etc. Elles sont plus fidelles qu'élégantes. II. Des *Commentaires sur l'Écriture-Sainte*. Il mourut en 1535.
LUSIGNAN, *Voyez LUZIGNAN*. I. LUSSAN, (François d'Esparbez de) vicomte d'Aubeterre, d'une famille connue à la fin du quatorzième siècle, et qui subsiste, servit sous *Henri IV* et sous *Louis XIII*, et se distingua dans différentes occasions. Il fut pourvu par le premier, l'an 1590, du gouvernement de Blaye, sur la démission de son père; et par le second, l'an 1620, de la di- gnité de maréchal de France, après avoir remis son gouvernement de Blaye à *Brantes*, frère du connétable de *Luynes*. Il se déclara pour la reine en 1620, fit le siège de Nérac et de Caumont en 1621, sous le duc de *Mayenne*, et se retira ensuite à Aubeterre, où il mourut en 1628. Son père, *Jean Paul d'Esparbez*, s'étoit maintenu dans Blaye malgré le maréchal de *Matignon*, qui l'y assiégea pour l'en déposséder. Il avoit commencé à servir en Italie sous *Montluc*, qui parle avec éloge de sa bravoure naissante, au siège de Sienne en 1554.
II. LUSSAN, (Marguerite de) fille d'un cocher et de la *Fleury*, célèbre diseuse de bonne aventure, naquit à Paris vers 1682. Quoique sa naissance ne fût pas trop brillante, elle reçut une éducation assez noble. Le savant *Huet* ayant eu l'occasion de la connoître, goûta son esprit, et l'exhorta, dit-on, à composer des romans. L'*Histoire de la Comtesse de Gondès*, en 2 vol. in-12, qui fut le premier, justifia le conseil de ce prélat. Il est vrai que si elle trouva un évêque pour démêler son imagination, elle rencontra un galant homme pour l'aider. Ce fut *Ignace-Louis de la SERRE*, sieur de *Langlade*, auteur de neuf ou dix Opéra, entr'autres de celui de *Pyrame et Thisbé*. Il dirigea le premier ouvrage de Mlle de *Lussan*, et ajusta la charpente qu'il n'auroit pu imaginer. Il vécut toujours dans la plus grande intimité avec son associée. Elle commença par avoir pour lui des sentimens qui passaient les bornes de la reconnaissance. Elle fit croire ensuite, par la continuité de ses attentions, qu'il étoit son mari; on se se trompoit. Mlle de Lussan, enchantée du caractère de la Serre, avoit fait son ami de son amant. Jusqu'a l'âge de près de cent ans que cet homme de lettres prolonga sa vie, il fut pour elle ce qu'un père respectable est pour sa fille la plus tendre. La Serre étoit un bon gentilhomme de Cahors; il avoit une belle ame et des mœurs très-douces. Il étoit né avec vingt-cinq mille livres de rente qu'il perdit au jeu. Il voulut devenir poète; il joua toujours de malheur. Heureusement pour Mlle de Lussan, c'étoit un excellent critique, et réellement un homme de goût et de bonne compagnie. Son peu de talent a écarté le soupçon qu'il étoit l'auteur des romans de son amie; mais la gloire qu'elle en a retirée, n'a pas toujours été pure et sans mélange. On attribue à l'abbé de Boismorand les Anecdotes de la Cour de Philippe-Auguste, en 6 vol. in-12, qui virent le jour en 1733, et qui ont été souvent réimprimées depuis. C'est sans contredit le meilleur ouvrage qui ait paru sous le nom de Mlle de Lussan. La figure de cette agréable romancière n'annonçoit point ce qu'elle devoit à la nature. Elle étoit louche et brune à l'excès. Sa voix, son air n'appartenoient point à son sexe; mais elle en avoit l'ame. Elle étoit sensible, compatissante, pleine d'humanite, généreuse, capable de suite dans l'amitié; sujette à la colère, jamais à la haine. Elle eut des foiblesses; mais sa passion principale fut de faire de bonnes actions. Elle étoit vive, gaie, et malheureusement fort gourmande. Cet excès dans le manger lui causa une indigestion, dont elle mourut à Paris le 31 mai 1758, âgée de 75 ans. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, on a d'elle: I. Les Veillées de Thessalie, 4 volum. in-12. C'est un recueil de contes agréables et de fictions ingénieuses. II. Memoires secrets et intrigues de la Cour de France sous Charles VIII, 1741, in-12. III. Anecdotes de la Cour de François I, 1748, 3 vol. in-12. IV. Marie d'Angleterre, 1749, in-12. V. Annales de la Cour de Henri II, 1749, 2 vol. in-12. VI. On a vu paroître aussi, sous son nom, l'Histoire de la vie et du règne de Charles VI, roi de France, 1753, 9 vol. in-12, l'Histoire du règne de Louis XI, 1755, 6 vol. in-12; et l'Histoire de la dernière révolution de Naples, 1756, 4 vol. in-12. Mais ces trois derniers ouvrages sont de Baudot de Juilly, le même qui, en 1696, donna l'Histoire de Charles VII, 2 vol. in-12, réimprimée en 1755. Mlle de Lussan lui rendoit la moitié du profit qu'elle retiroit des livres qu'elle adoptoit, et lui faisoit cent pistoles de pension, des deux cents qu'elle avoit obtenues sur le Mercure. VII. La Vie du brave Crillon, 1757, en 2 vol. in-12: ouvrage prolixe et mal écrit. Le défaut de précision est celui de presque tous les écrits de Mlle de Lussan. Il y a de la chaleur dans ses romans; les événemens y sont préparés et entremêlés avec art, les situations vivement rendues, les passions bien maniées; mais la nécessité où elle étoit d'entasser volumes sur volumes pour vivre, l'obligeoit d'étendre ses récits, et par conséquent de les rendre foibles et languissans. I. LUTATIUS - CATULUS, (Caius) consul Romain, l'an 242 D d avant Jésus-Christ, commandoit la flotte de la république, dans le combat livré aux Carthaginois entre Drépani et les isles Aigates. Il leur coula à fond 50 navires, et en prit 70. Cette victoire obligea les vaincus à demander la paix, et mit fin à la première guerre Punique.
II. LUTATIUS - CATULUS, (Quintus) consul Romain, l'an 102 avant Jésus-Christ, vainquit les Gimbres de concert avec Marius son collègue. Dans la suite, Marius s'étant rendu maître de Rome par ses dissensions avec Sylla, il le mit au nombre des proscrits, sans que la considération de ses services et les prières des principaux citoyens eussent pu le fléchir. Il fut donc enfermé dans une chambre où l'on avoit allumé un grand brasier, et étouffé par la vapeur du charbon. Peu après, Sylla vengea sa mort par celle du jeune Marius. Ce magistrat fut du nombre des orateurs illustres. Il avoit fait de belles Harangues et l'Histoire de son Consulat; mais ces ouvrages ne sont point parvenus jusqu'à nous.
III. LUTATIUS - CATULUS, (Quintus) fils du précédent, fit mourir Lepidus, qui vouloit, après la mort de Sylla, renouveler la guerre civile. Il fit rebâtir le Capitole qui avoit été brûlé. C'étoit un homme qui avoit autant de probité que de sagesse, et qui jouissoit d'une grande autorité dans Rome.
LUTHER, (Martin) né à Islehe dans le comte de Mansfield, le 10 novembre 1483, de Jean Luther ou Lanther, qui travaillait aux mines, il ses études avec beaucoup de succès. La foudre tua un de ses compagnons, tandis qu'il se promenait avec lui. Cette mort le frappa tellement, qu'il embrassa la vie monastique chez les Hermites de Saint-Augustin à Erford. Ses talens engagèrent ses supérieurs à l'envoyer professer dans la nouvelle université de Wittemberg, fondée depuis peu par Frédéric, électeur de Saxo. Il donna successivement des leçons de philosophie et de théologie avec beaucoup de succès; on remarqua seulement en lui un penchant extrême pour les nouveautés. Luther étoit un de ces hommes ardeus et impétueux, qui, lorsqu'ils sont vivement saisis par un objet, s'y livrent tout entiers, n'examinent plus rien, et deviennent en quelque manière absolument incapables d'écouter la sagesse et la raison. Une imagination forte, secondée par l'esprit et nourrie par l'étude, le rendoit naturellement éloquent, et lui assurait les suffrages de ceux qui l'entendoient tonner et déclamer. Il sentoit bien sa supériorité; et ses succès, en flattant son orgueil, le rendoient toujours plus hardi et plus entreprenant. Lorsqu'il donnait dans quelque écart, les remontrances, les objections n'étoient pas capables de le faire rentrer en lui-même; elles ne servoient qu'à l'irriter. Un homme d'un tel caractère devoit nécessairement enfanter des erreurs. Le moine Augustin, s'étant rempli des livres de l'hérissier que Jean Hus, conçut une haine violente contre les pratiques de l'Eglise Romaine, et servitait contre les théologiens scolastiques. Dès l'an 1516, il fit soutenir des Thèses publiques, dans lesquelles les gens éclairés virent le germe des erreurs qu'il enseigna depuis. Ainsi il est faux que Luther ait commencé à dogmatiser à l'occasion des disputes survenues entre les Dominicains et les Augustins pour la distribution des indulgences plénières, qui ne furent accordées par Léon X qu'en 1517. Sechendorf, et depuis lui MM. L'enfant et Chais ont démontré que longtemps avant l'éclat des indulgences, Luther avoit commencé à combattre divers points de doctrine de l'église Romaine. Il est vrai que les abus que commettoient les quêteurs des aumôres que l'on donnoit pour les indulgences, et les propositions outrées que les prédicateurs débitoient sur leur pouvoir, lui fournirent une occasion de répandre avec plus de liberté sa bile et son poison. Le Luthéranisme n'étoit qu'une étincelle en 1517; mais en 1518 ce fut un incendie. Frederic, électeur de Saxe, et l'université de Wittemberg, se déclarèrent protecteurs de Luther. (Voyez XVII. FRÉDERIC.) Cet hérésiarque s'ouvroit peu à peu. D'abord il n'attaqua que l'abus des indulgences; ensuite il attaqua les indulgences mêmes; enfin il examina le pouvoir de celui qui les donnoit. De la matière des indulgences il passa à celle de la justification et de l'efficace des Sacramens, et avança des propositions toutes plus erronées les unes que les autres. Le pape Léon dix l'ayant vainement fait citer à Rome, consentit que cette querelle fût terminée en Allemagne par le cardinal Caferan, son légat. Caferan avait ordre de faire rétracter l'hérésiarque, ou de s'assurer de sa personne : il ne put exécuter ni l'une ni l'autre de ces commissions. Luther lui tint tête dans deux conférences fort vives; et craignant le sort de Jean-Has, il prit secrètement la fuite, après avoir fait afficher un acte d'appel du Pape mal informe au Pape mieux informé. Du fond de sa retraite, il donna carrière à toutes ses idées. Il écrivit contre le Pargatoire, le Libre-Arbiter, les Indulgences, la Confession auriculaire, la Primitat du Pape, les Vœux monastiques, la Communion sous une seule espèce, les Pèlerinages, etc. Il menaçait encore d'écrire; mais le pape, pour opposer une digue à ses erreurs, anathématisa tous ses écrits dans une bulle du 20 Juin 1520. Luther en appela au futur concile; et pour toute réponse à la bulle de Léon X, il la fit brûler publiquement à Wittemberg, avec les Décrétales des autres papes ses prédécesseurs. Ce fut alors qu'il publia son livre de la Capacité de Babylone. Après avoir déclaré qu'il se répontoit d'avoir été si modéré, il expie cette faute par de nouvelles déclamations. Il y exhorte les princes à secouer le joug de la papauté, qui stoir, selon lui, le royaume de Babylone. Il supprime tout d'un coup quatre Sacramens, ne reconnaissant plus que le Baptême, la Pénitence et le Pain. C'est l'Encharistie qu'il désigne sous le nom de Pain. Il met à la place de la Transsubstantialité, qui s'opère dans cet adorable sacrement, une Consubstantialité. Le pain et le vin demeurent dans l'Encharistie; mais le vrai Corps et le vrai Sang y sont aussi comme le feu se mêle dans un fer chaud avec le métal, ou comme le vin est dans et sous le tonneau... Léon X oppusa une nouvelle bulle à l'hérésiarque; elle fut lancée le 3 janvier 1521. L'empereur Charles-Quint convoqua en même temps une diète à Worms, où D d a *Luther* se rendit sous un sauf-conduit, et refusa de se rétracter. A son retour, il se fit enlever par *Frédéric de Saxe*, son protecteur, qui le fit enfermer dans un château désert, pour qu'il eût un prétexte de ne plus obéir. Cependant la faculté de Théologie de Paris se joint au pape, et anathémitise le nouvel hérétique. *Luther* fut d'autant plus sensible à ce coup, qu'il avoit toujours témoigné une grande estime pour cette faculté, jusqu'à la prendre pour juge. *Henri VIII*, roi d'Angleterre, publia dans le même temps contre lui, un écrit, qu'il dédia au pape *Léon X*. L'hérésiarque furieux eut recours à sa réponse ordinaire, aux injures. «Je ne sais si la folie elle-même, disoit-il à ce monarque, peut être aussi insensée qu'est la tête du pauvre *Henri*. Où ! que je voudrois bien couvrir cette majesté Angloise de boue et d'ordure ! J'en ai bien le droit... Venez, disoit-il encore, monsieur *Henri*, je vous apprendrai : » *Veniatis, domine Henrice, ego docelo vos*. Sur quoi *Erasme* n'a pu s'empêcher d'observer que *Luther* auroit au moins dû parler latin, puisque le roi d'Angleterre lui en donnoit l'exemple, et ne pas joindre des solécismes aux grossièretés : *Quid invitabat Lutherum ut diceret : Veniatis, domine Henrice, ego docelo vos ? Saltem regis liber latine loquebatur*. Ce singulier apôtre appelait le château où il étoit enfermé, son isle de *Pathmos*. Sans doute que, pour mieux ressembler à l'évangéliste *St. Jean*, dit M. *Macquer*, il crut ne pouvoir se dispenser d'avoir des révélations dans son isle. Il eut une conférence avec le Diable, qui lui révéla que s'il vouloit pourvoir à son salut, il falloit qu'il s'abstin, de célébrer des messes privées. *Luther* suivit exactement ce conseil de l'Ange des ténèbres. Il fit plus ; il écrivit contre les messes basses, et les fit abolir à Wittemberg. *Luther* étoit trop resserré dans son isle de *Pathmos*, pour qu'il voulût y rester longtemps. Il se répandit dans l'Allemagne ; et, pour avoir plus de sectateurs, il soulagea les prêtres et les religieux de la vertu pénible de la continence, dans un ouvrage où la pudeur est offensée en mille endroits. Ce fut cette même année, 1523, qu'il écrivit son *Traité du Fisc-Commun*. Il le nommoit ainsi, parce qu'il y donnoit l'idée d'un *fisc* ou trésor public, dans lequel on foit entrer les revenus de tous les monastères rentés, des évêchés, des abbayes, et en général de tous les bénéfices qu'il vouloit enlever à l'église. L'espérance de recueillir les dépouilles des Ecclésiastiques engagea beaucoup de princes dans sa secte, et lui fit plus de prosélytes que tous ses livres. Il ne faut pas croire, dit un écrivain ingénieux, que *Jean Hus*, *Luther* et *Calvin* fussent des génics supérieurs. Il en est des chefs de secte, comme des ambassadeurs ; souvent les esprit médiocres y réussissent le mieux, pourvu que les conditions qu'ils offrent soient avantageuses. Si en effet on veut réduire les causes des progrès de la réforme à des principes simples, on verra qu'en Allemagne ce fut l'ouvrage de l'intérêt, en Angleterre celui de l'amour, et en France celui de la nouveauté. L'amorce des biens ecclésiastiques fut donc le principal apôtre du *Luthéranisme*. Cependant *Luther* lui-même eut le temps de voir que ces biens n'avoient point enrichi les princes qui s'en étoient emparés. Il trouva même que l'électeur de Saxe et ses favoris qui avoient partagé cette dépouille, n'en étoient pas devenus plus riches. L'expérience, disoit-il, nous apprend que ceux qui s'approprient les biens ecclésiastiques, n'y trouvent qu'une source d'indigence et de détresse : Comprobat experientia, cos qui ecclesiastica bona ad se traxerunt, ob ea tandem depauperari et mendicos fieri. Il rapporte à cette occasion les paroles de Jean Hund, conseiller de l'électeur de Saxe, auquel il paroissoit que les biens de l'église, envahis par les nobles, avoient dévoré leur patrimoine : Nos nobles cœnobiorum opes ad nos traximus. Opes nostras equestres illæ comederunt, et consumpserunt hæ cœnobiales, ut neque cœnobiales neque equestres amplius habramus. Il finit par l'apologue d'un aigle, qui, emportant de l'autel de Jupiter des viandes qui lui étoient offertes, emporta en même temps un charbon qui mit le feu à son nid. (Symposiac. cap. 4.) L'observation n'étoit que trop vraie. Des courtisans avides, des administrateurs infidelles ont dévoré les monastères, les abbayes, les hôpitaux; eux et le prince dont ils servoient la passion, semblables aux harpies de la fable, paroissoient par leurs déprédations augmenter leurs besoins; tout s'évanouissoit dans ces mains voraces. (Voyez HENRI VIII.) Cependant le parti de Luther se fortifioit de jour en jour. Luther faisoit tout dans l'église; il prêchoit, il visitoit, il corrigeoit, il retranchoit des cérémonies, il en établissoit d'autres, il instituoit et destituoit; il établit même un évêque à Nuremberg. Son imagination très-véhémente écnauffa les esprits; il communiqua son enthousiasme, il devint l'apôtre et l'oracle de la Saxe et d'une grande partie de l'Allemagne: étonné de la rapidité de ses progrès, il se crut en effet un homme extraordinaire: « Je n'ai pas encore mis la main à la moindre pierre pour la renverser, disoit-il; je n'ai fait mettre le feu à aucun monastère, mais presque tous les monastères sont ravagés par ma plume et par ma bouche; et on publie que sans violence, j'ai moi seul fait plus de mal au pape, que n'auroit pu faire aucun roi avec toutes les forces de son royaume. » Luther prétendit que ces succès étoient l'effet d'une force surnaturelle que Dieu donnoit à ses écrits et à ses prédications: il le publioit, et le peuple le croyoit. Attentif au progrès de son empire sur les esprits, dit l'abbé Pluquet, il prit le ton des prophètes contre ceux qui s'opposoient à sa doctrine. Après les avoir exhortés à l'embrasser, il les menaçoit de crier contre eux s'ils refusoient de s'y soumettre: « Mes prières, dit-il à un prince de la maison de Saxe, ne seront pas un foudre de Salmonée, ni un vain murmure dans l'air; on n'arrête pas ainsi la voix de Luther, et je souhaite que votre altesse ne l'éprouve pas à son dam: ma prière est un rempart invincible, plus puissant que le Diable même; sans elle il y a long-temps qu'on ne parleroit plus de Luther, et on ne s'étonnera pas d'un si grand miracle! » Lorsqu'il menaçoit quelqu'un des jugemens de Dieu, vous eussiez dit qu'il lisoit dans les décrets éternels; sur sa parole, on tenoit pour assuré dans son parti qu'il y avoit deux *Autechrists* clairement marqués dans l'écriture, le *Pape* et le *Pure*, dont *Luther* annonçoit la ruine prochaine. Ce n'étoit pas seulement le peuple qui crovoit que *Luther* étoit un prophète; les savans, les théologiens, les hommes de lettres de son parti, le regardoit et le donnoient pour tel, tant l'empire de l'imagination et de l'enthousiasme est étendu. De la haute Saxe le Luthéranisme s'étoit répandu dans les provinces Septentrionales. Il acheva de s'établir dans les duché de Lunebourg, de Brunswick, de Meckelbourg et de Poméranie; dans les archevêchés de Magdebourg et de Brémen; dans les villes de Wismard et de Rostock, et tout le long de la mer Éaltique. Il passa même dans la Livonie et dans la Prusse, où le grand maître de l'ordre Tectonique se fit Luthérien. Le fondateur du nouvel évangile quitta vers ce temps-là le froc d'Augustin pour prendre l'habit de docteur. Il renonça à la qualité de *Iévérend l'ère*, qu'on lui avoit donnée jusqu'alors, et n'en voulut point d'autre que celle de *Docteur Martin LUTHER*. L'année d'après, le 11 juin 1525, il épousa *Catherine de Bore*, jeune religieuse d'une assez grande beauté, qu'il avoit fait sortir de son couvent deux ans auparavant pour la catéchiser et la séduire. Le réformateur *Luther* avoit déclaré, dit-on, dans un de ses sermons, qu'il lui étoit aussi impossible de vivre sans femme, que de vivre sans manger. Mais il n'avoit pas osé en prendre une pendant la vie de l'électeur *Frédéric* son protecteur, qui blâmoit ces allimées. Dès qu'il fut mort, il vou- lui profiter d'une commodité que sa doctrine accordoit à tout le monde, et dont il prétendoit avoir plus de besoin que personne. Quelques années après, il donna au monde Chrétien un spectacle encore plus étrange. *Philippe*, landgrave de Hesse, le second protecteur du Luthéranisme, voulut, du vivant de sa femme *Christine de Saxe*, épouser sa maîtresse. Il crut pouvoir être dispensé de la loi de l'avoir qu'une femme, loi formelle de l'évangile, et sur laquelle est fondé le repos des états et des familles. Il s'adressa pour cela à *Luther*. Le patriarche de la réforme assemble des docteurs à Wittenberg en 1539, et lui donna une permission pour épouser deux femmes. Rien de plus ridicule que le long discours que les docteurs Luthériens adressèrent au landgrave à cette occasion. Après avoir avoué que le Fils de Dieu a aboli la polygamie, ils prétendent que *la loi qui permettoit aux Juifs la pluralité des femmes à cause de la dureté de leur cœur, n'a pas été expressément révoquée*. Ils se croient donc autorisés à user de la même indulgence envers le landgrave, qui avoit besoin d'une femme de moindre qualité que sa première épouse, afin de le pouvoir mener avec lui aux diètes de l'Empire, où la bonne chère lui rendoit la continence impossible. L'empereur *Charles-Quint*, touche de ces scènes scandaleuses, avoit tâché dès le commencement d'arrêter les progrès de l'hérésie. Il convoqua plusieurs diètes : à Spire, en 1529, où les Luthériens acquittent le nom de *Protestans*, pour avoir protesté contre le décret qui ordonnoit de suivre la religion de l'église Ito- maine : à Augsbourg en 1530, où les Protestans présentèrent leur Confession de Foi, et dans laquelle il fut ordonné, par un édit de l'empereur, de suivre la croyance Catholique. Ces différens décrets produisirent la Ligue offensive et défensive de Smalkade entre les princes Protestans. Ils écrivirent ensuite à tous les princes Chrétiens pour leur faire connoître les motifs qui les avoient déterminés à embrasser la nouvelle doctrine, en attendant qu'un concile prononçat sur les matières de religion qui troubloient l'Allemagne. Luther, qui jusqu'alors avoit cru que la réforme ne devoit s'établir que par la persuasion, et qu'elle ne devoit se défendre que par la patience, autorisa la Ligue de Smalkade. Il comparoit le pape à un loup enragé, contre lequel tout le monde s'arme au premier signal, sans attendre l'ordre du magistrat. « Que si, renfermé dans une enceinte, le magistrat le livre, on peut continuer à poursuivre cette bête féroce, et attaquer impunément ceux qui auront empêché qu'on s'en défit. Si l'on est tué dans cette attaque, avant d'avoir donné à la bête le coup mortel, il n'y a qu'un seul sujet de se repentir; c'est de ne lui avoir pas enfoncé le couteau dans le sein. Voilà comme il faut traiter le pape: tous ceux qui le défendent, doivent aussi être traités comme les soldats d'un chef de brigands, fussent-ils des rois et des Césars... » Les Protestans reçurent donc l'édit de l'empereur avec mépris, et on se vit à la veille d'une guerre également dangereuse aux deux partis, et funeste à l'Allemagne. Les gens sages avoient prévu cette guerre. « Les réformateurs du quinzième siècle, dit Voltaire, ayant déchiré tous les liens par lesquels l'église Romaine tenoit les hommes, ayant traité d'idolâtrie ce qu'elle avoit de plus sacré, ayant ouvert les portes de ses cloutres, et remis ses trésors dans les mains des séculiers, il falloit qu'un des deux partis périt par l'autre. Il n'y a point de pays en effet où la religion de Calvin et de Luther ait paru sans faire couler le sang. » (Siècle de Louis XIV, chapitre 33.) Charles-Quint, hors d'état de résister à la fois aux princes confédérés et aux armes Ottomanes, accorda aux Protestans la liberté de conscience à Nuremberg en 1532, jusqu'à la convocation d'un concile général. Luther se voyant à la tête d'un parti redoutable, n'en fut que plus fier et plus emporté. C'étoit, chaque année, quelque nouvel écrit contre le souverain pontife, ou contre les princes et les théologiens Catholiques. Rome n'étoit plus, selon lui, que la Racaille de Sodome, la Prostitue de Babylone. Le pape n'étoit qu'un scélérat qui crachoit des Diables; les cardinaux, des malheureux qu'il falloit exterminer. « Si j'étois le maître de l'empire, écrivoit-il, je ferois un même paquet du pape et des cardinaux, pour les jeter tous ensemble dans la mer: ce bain les guériroit, j'en donne ma parole, j'en donne Jésus-Christ pour garant. » L'impétueuse ardeur de son imagination éclata sur-tout dans le dernier ouvrage qu'il publie en 1545, contre les théologiens de Louvain et contre le pape. Il y prétend que la Papauté Romaine a été établie par Satan; et faute d'autres preuves, il mit à la tête de son livre une estampe où le pontife de Rome étoit représenté entraîné en enfer par une legion de Diables. Quant aux théologiens de Louvain, il leur parle avec la même douceur : ses épithètes ordinaires sont, *b'he*, *pourceau*, *Epicurien*, *Athée*, etc. etc. Il est vrai que quelques-uns de ses adversaires ne le traitoient pas avec plus de modération : mais ceux-ci avoient l'Église pour eux, et *Luther* n'avoit que des sectaires sous sa bannière. Cet homme trop fameux mourut à Islebe, le 18 février 1546, à 6 ans, avec l'air tranquille d'un homme de bien, qui va jouir de la vue de Dieu. Sa secte se divisa de son vivant, et après sa mort, en plusieurs branches. Il y eut les *Luthéro-Papistes*, c'est-à-dire ceux qui se servoient d'excommunication contre les Sacramentaires ; les *Luthéro-Zuingliens*, les *Luthéro-Calvinistes*, les *Luthéro-Osiandriens*, c'est-à-dire ceux qui mêlerent les dogmes de *Luther* avec ceux de *Calvin*, de *Zuingle*, ou d'*Osiander*. Rien ne prouve mieux le prix de l'autorité de l'Église catholique, que la formation de cette fourmilière de sectes nées les unes des autres, du moment qu'on eut contesté les droits de ce grand et antique tribunal. Les sectaires enfantés par le Luthéransme, différouent tous entre eux par quelque endroit, et ne s'accordoient qu'en ce point, de combattre l'Église et de rejeter tout ce qui vient du Pape. C'est cette haine qui leur fit prendre, durant les guerres de la religion du 16$^{e}$ siècle, cette devise si peu chrétienne : PLUTÔT TURC QUE PAPISTE... *Luther* laissa un grand nombre d'Outrages à ses disciples, imprimés à Iène en 1556, 4 vol. in-folio ; et à Wittemberg, en 7 vol. in-folio, 1572. Sa traduction de la Bible en allemand, est, dit-on, pleine de naturel et d'énergie. On préfère les éditions de ses Œuvres publiées de son vivant, parce que, dans celles qui ont vu le jour après sa mort, ses sectateurs ont fait des changemens très-considérables. On voit par ses écrits, que *Luther* avoit du savoir et beaucoup de feu dans l'imagination ; mais il n'avoit ni douceur dans le caractère, ni goût dans la manière de penser et d'écrire. Il donnoit souvent dans les grossièretés et dans les bouffonneries. *Henri-Pierre Rebeustoc*, ministre d'Eischerheim, et disciple zélé de *Luther*, publia en 1571, in-8$^{o}$, les Discours que cet hérésiarque tenoit à table, sous ce titre : *Sermones Mensales*, ou *Colloquia Mensalia*. C'est une espèce d'*Ana*, dont la lecture prouvera la vérité du portrait que nous avons tracé du réformateur de l'Allemagne. Ceux qui voudront le connoître plus particulièrement, pourront consulter les ouvrages de *Cochlaus*, *Melanchthon*, *Seckendorf*, *Mullerus*, *Christian*, *Juncker*, *Bossuet*, *Sanderus*, *Genebrard*, etc. Mais il faut rejeter les calomnies que *Garasse* et quelques autres Controversistes trop outrés ont débitées contre lui. On a osé imprimer, qu'il étoit né du commerce de sa mère avec un Démon incube. On falsifia le jour de sa naissance, que *Cardan* plaça le 22$^{e}$ du mois d'octobre 1483, et *Gauric* en 1484, pour avoir lieu de lui dresser un horoscope désavantageux. On l'accusoit d'avoir avoué, qu'ayant combattu dix ans contre sa conscience, il étoit enfin venu bout de ne point en avoir du tout, et d'être tombé dans l'athlème. On ajoutoit qu'il disoit souvent qu'il renonceroit au Paradis, pourvu que Dieu lui donnât en ce monde cent ans de vie agréable. On lui imputoit encore d'avoir nié l'immortalité de l'âme; d'avoir eu des idées basses et charnelles du Paradis; d'avoir composé des hymnes en l'honneur de l'ivrognerie, vice auquel on le disoit fort enclin; d'avoir vomi mille blasphèmes contre l'Écriture-Sainte, et en particulier contre *Moyse*; d'avoir souvent dit qu'il ne croyoit rien de ce qu'il prêchoit. Nous rapportons ces calomnies, non pour y donner du poids, mais pour prouver que dans tous les temps on a substitué les injures aux raisons, et rendu méchancetés pour méchancetés. Cependant il est à croire qu'en considérant l'incendie qu'il avoit allumé, *Luther* eut souvent des remords. L'abbé de *Choisi* dit qu'il en éprouva, sur-tout dans une maladie assez longue qu'il eut vers l'an 1529. « En voyant l'hérésie des Sacramentaires et celle des Anabaptistes déchirer l'Église, il s'accusoit d'en être cause, par la publication de son nouvel Évangile, qui, en renversant l'autorité des conciles, celle des papes, et la tradition Apostolique, abandonnait l'homme à sa propre imagination. *Jonas* et *Pomeran*, ses fidèles disciples, rapportent en divers écrits, qu'il s'écrooit souvent: *Qui t'a ordonné, ô Lurum, d'enseigner un nouvel Évangile, inconnu à tous les siècles précédens? Qui t'en a donné la mission? Et si tant d'ames ont été perverties par tes prédications, que peux-tu attendre, que la* *damnation éternelle?* Ils ajoutent que le Diable, qu'il se vantoit de consulter souvent, lui envoyoit ces pensées pour le jeter dans le désespoir. *Luther* étoit dans ces agitations de conscience, lorsqu'il eut une espèce d'apoplexie, quelques jours après la fête de la Visitation de la Sainte-Vierge. Il crut alors que sa dernière heure étoit arrivée; toutes les horreurs qui accompagnent la mort des grands pécheurs, se présentèrent à lui; les abymes lui parurent ouverts pour l'engloutir. Il fit appeler *Pomeran*, se confessa à lui, et le conjura de lui administrer la sainte Eucharistie, et de prier Dieu pour lui. Sa maladie dura quatre mois; mais quand la santé lui fut revenue, il noya ses remords dans le vin, ne songea qu'à se réjouir, à faire bonne chère, et à se procurer un sommeil qui lui fit tout oublier. » Il est certain qu'il aimoit beaucoup les plaisirs de la table. On conserve dans la bibliothèque du Vatican un exemplaire de la Bible, à la fin duquel on voit une prière en vers allemands, écrite de la main de *Luther*, dont le sens est: « Mon Dieu, par votre bonté, pourvoyez-nous d'habits, de chapeaux, de capotes et de manteaux; de veaux bien gras, de cabris, de bœufs, de moutons et de génisses; de beaucoup de femmes et de peu d'enfants. Bien boire et bien manger est le vrai moyen de ne point s'ennuyer. » Cette prière est très certainement de la main de *Luther*. En vain *Misson* a-t-il voulu en faire douter; *Christian Junker*, son historien, en convient et la rapporte mot à mot, *Vita Lutheri*, page 225. *Luther* étoit musicien, et se plaisoit à avoir des concerts chez lui. On dit que le 426 LUT célèbre *Handel* étoit convenu d'avoir étudié les compositions musicales de *Luther*, et d'en avoir beaucoup profité. Le célèbre *Mothieu* a peint *Luther* et sa femme. Ces portraits qu'on allait voir à la Bibliothèque de Turin, ont été transportés en 1799, à Paris. *Voyez* les articles de CALVIN, de CARLSTAD, de CLÉMENT VII, de BENNON, GORDON, et STORCK, dans ce Dictionnaire.
LUTTI, (Benoit) peintre, né à Florence en 1666, mort à Rome en 1726, à 60 ans, s'attacha sur-tout au coloris. Il a fait un grand nombre de tableaux de chevalet, qui l'ont fait connoître dans presque toutes les cours de l'Europe. L'empereur le fit chevalier, et l'électeur de Mayence accompagna ses lettres-patentes d'une croix enrichie de diamans. Le pinceau de *Lutti* est frais et vigoureux; il mettait beaucoup d'harmonie dans ses couleurs, et donnait une belle expression à ses figures. On lui reproche de n'être pas toujours correct. Le *Miracle de St. Pierre*, qu'il a peint dans le palais *Albeni* à Rome, passe pour son chef-d'œuvre.
LUTWIN, (Saint) né de parens illustres, fond de ses biens l'abbaye de Mottloch, où il fit profession de la vie monastique dès que la mort de sa femme lui permit de renoncer au siècle. Le siège archiepiscopal de Trèves étant devenu vacant par la retraite de St. Babin, oncle de St. Lutwin, celui-ci fut tiré de sa solitude, oncle remplie. Il déploya, pendant 18 ans, qu'il gouverna cette illustre Église, toutes les qualités d'un grand évêque. L'abbaye de Mottloch, où il fut enterré, possède ses reliques.
LUX, (Adam) député de la ville de Mayence à la Convention en 1793, y devint l'ennemi le plus énergique des Jacobins et de leurs excès. Après avoir fait placardier plusieurs affiches contre eux, il devint, dit-on, amoureux de *Charlotte Corday*; du moins eut-il la hardiesse d'en faire l'apologie. La mort fut le prix de son audace. Emprisonné par ordre du comité de Salut public, il s'écria en lisant son acte d'accusation: «Je suis étranger à leurs lois comme à leurs crimes; et si j'ai mérité de périr, ce n'est pas au milieu des François que je devrois subir ce sort.» Condamné par le tribunal révolutionnaire, il remercia ses juges, et leur dit: «Enfin, je vais donc devenir libre.» Il n'avoit que 28 ans lorsqu'il monta avec courage sur l'échafaud, le 5 novembre 1793.
LUXEMBOURG, nom d'une des plus anciennes et des plus illustres maisons de l'Europe. Elle a produit cinq empereurs, dont trois ont été rois de Bohème. Elle a possédé les premières charges en France, et a donné naissance à six reines et à plusieurs princesses, dont l'alliance a relevé l'éclat des familles les plus distinguées. La branche aînée de la maison de *Luxembourg* fut fondue dans celle d'*Autriche* par le mariage d'*Elizabeth*, fille de l'empereur *Sigismund*, morte en 1447, avec *Albert I*, archi-due d'Autriche et empereur. La branche cadette de *Luxembourg-Lugay*, quoique moins illustrée que la première, n'a pas été moins distinguée par les talens et les vertus. Voici ceux que Moréri et d'autres historiens nous font connoître : I. LUXEMBOURG, (Valeran de) comte de Saint-Pol, fut nommé gouverneur de Gênes, en 1396, et grand-maître des eaux et forêts de France, en 1402. Il fit la guerre aux Anglois, et fut deux fois battu. Le duc de Bourgogne le fit pourvoir à la charge de grand bouillier de France, l'an 1410, du gouvernement de Paris et de l'épée de connétable, en 1411. Il mourut en 1415, à 60 ans, au château d'Ivoi.
II. LUXEMBOURG (Pierre de) frère du précédent, fut évêque de Metz, et mourut en 1387, à 18 ans. Quoiqu'il eût le gouvernement de son diocèse, il n'étoit point prêtre. Il avoit été fait cardinal l'année précédente, et il fut béatifié en 1517. — De la même famille étoit Louis de LUXEMBOURG, comte de Saint-Pol : (Voyez l'article IV.) Sa postérité masculine finit à Henri, mort en 1616. Sa fille Marguerite-Charlotte, morte en 1680, eut du comte Charles-Henri de Clermont-Tonnerre, mort en 1674, Magdeleine, femme de François-Henri de Montmorency, duc de Luxembourg, dont la postérité subsiste avec honneur.
III. LUXEMBOURG, (Louis de) de l'illustre famille de Luxembourg-Ligny, fut élu évêque de Téronane en 1414. Henri VI, roi d'Angleterre, qui prenoit le titre de roi de France, le fit chancelier en 1425, et archavêque de Rouen, en 1436. Il s'étoit tellement dévoué aux intérêts de ce prince, qu'il conduisoit lui-même du secours aux places assiégées, et ne négligeoit rien pour rétablir ce parti chancelant. Il se jeta dans la Bastille, lorsque Paris se soumit à Charles VII, en 1436; mais il fut obligé d'en sortir par composition, et se retira en Angleterre, où il fut évêque d'Ely et cardinal en 1436. Il mourut en 1443.
IV. LUXEMBOURG, (Louis de) comte de Saint-Pol; neveu du précédent, avoit servi Charles VII avec succès dans divers sièges. Après sa mort, il s'attacha au duc de Bourgogne, qui lui donna le commandement de l'avant-garde de son armée à la bataille de Montlhéri. Louis XI, voulant l'attirer à son service, lui donna l'épée de connétable; mais, pour se maintenir dans la ville de Saint-Quentin, dont il s'étoit emparé, il trahit successivement et le roi et le duc de Bourgogne. Ses perfidies furent découvertes. Craignant la sévérité de Louis XI, il se retira, sur la foi d'un sauf-conduit, auprès du duc de Bourgogne, qui le trahit à son tour, et le rendit au roi. Son procès lui fut fait, et il eut la tête tranchée à Paris le 19 décembre 1475 : Voyez Louis XI. L'Histoire des Comtes de Saint-Pol a été publiée in-47, par Ferri de Loeres, Douai, 1613. V. LUXEMBOURG, (François-Henri de Montmorency, duc de) maréchal de France, né posthume, le 8 janvier 1628, étoit fils du fameux Boutteville, qui eut la tête tranchée sous Louis XIII, pour s'être battu en duel. (Voyez BOUTTEVILLE.) Il se trouva à la bataille de Rocroi, en 1643, sous le Grand Condé, dont il fut l'élève, et qu'il suivit dans sa bonne et sa mauvaise fortune. Le jeune guerrier avoit dans le caractère plusieurs traits du héros qu'il avoit pris pour modèle : un génie ardent, une exécution prompte, un coup d'œil juste, un esprit avide de connoissances. On vit briller en lui ces différentes qualités à la conquête de la Franche-Comté, en 1868, où il servit en qualité de lieutenant général. La guerre ayant recommencé en 1672, il commanda en chef pendant la fameuse campagne de Hollande, prit Grool, Deventer, Coëworden, Zwol, Campen, etc. et défit les armées des Etats près de Bodegrave et de Woerden. Les historiens Hollandois prétendent que Luxembourg partant pour cette dernière expédition, avoit dit à ses troupes : Allez, mes enfans, pillez, tuez, violez; et s'il y a quelque chose de plus effrayant, ne manquez pas de le faire; afin que je vois que je ne me suis pas trompé, en vous choisissant comme les plus braves des hommes, et les plus propres à pousser les ennemis avec vigueur. On ne sauroit croire que le général François ait tenu un discours si barbare; mais ce qu'il y a de sûr, c'est que les soldats mirent le feu à Bodegrave, et se livrèrent, à la lueur des flammes, à la débauche et à la cruauté. Ce fut alors que Luxembourg fit cette belle retraite, si vantée par les ennemis mêmes. Il passa au travers de l'armée ennemie, composée de 70,000 hommes, quoiqu'il n'en eût que 20,000. Louis XIV ayant fait une nouvelle expédition dans la Franche-Comté, Luxembourg l'y suivit. Il se trouva ensuite à la bataille de Senef, obligea le prince d'Orange de lever le siège de Charleroi, se signala dans les campagnes suivantes, et obtint le baton de maréchal de France, en 1675. Il commanda une partie de l'armée Françoise après la mort de Turenne, et ne fit pas d'abord des choses dignes de sa réputation. Le Grand Condé ne put s'empêcher de dire, quoique son ami : Luxembourg fait mieux l'éloge de Turenne, que Mascarou et Fléchier. Il laissa prendre Philipsbourg à sa vue, par le duc de Lorraine, et essaya en vain de la secourir avec une armée de 50,000 hommes. Il fut plus heureux en combattant Guillaume d'Orange. Ce prince ayant attaqué le général François, qui ne s'y attendoit point, à Saint-Denis, près de Mons, cette surprise n'empêcha pas le maréchal de Luxembourg de disputer la victoire avec beaucoup de valeur. Dans la seconde guerre que Louis XIV soutint contre les Puissances de l'Europe réunies en 1690, Luxembourg, nommé général de l'armée de Flandre, gagna la fameuse bataille de Fleurus; et la victoire fut d'autant plus glorieuse pour lui, que de l'aveu de tous les officiers, elle fut due à la supériorité de génie que le général François avoit sur le prince de Valdeck, alors général de l'armée des alliés. Cette victoire fut suivie de celle de Leuse, remportée l'année suivante, 1691; la bataille fut longtemps disputée, et la victoire ne se décida pleinement qu'à six heures du soir. Luxembourg, étonné du courage et des actions de vigueur des deux armées, dit : Je me souviendrai de l'infanterie Hollandoise; mais le prince de Valdeck ne doit pas oublier la cavalerie Françoise. La bataille de Steinkergue donnée la même année sera long-temps célèbre, par le mélange d'artifice et de valeur qui la distingua des autres grands combats. Le maréchal de Luxembourg avoit un espion auprès du roi Guillaume : on le découvre, et on l'oblige à donner un faux avis au général François. Sur cet avis, Luxembourg prend des mesures qui devoient le faire battre. Son armée endormie est attaquée à la pointe du jour : une brigade est déjà mise en fuite, et le général le sait à peine ; mais, dès qu'il l'apprend, il répare tout par des manœuvres aussi hardies que savantes. Ses envieux cherchèrent à diminuer la gloire de cette journée auprès de Louis XIV, en répétant à tout propos qu'il s'étoit laissé tromper : Et qu'auroit-il fait de plus, répliqua ce monarque, s'il n'avoit pas été surpris?... Luxembourg, avec les mêmes troupes surprises et victorieuses à Steinkergue, battit le roi Guillaume à Nerwinde, en 1693. Peu de journées furent plus meurtrières et plus glorieuses. Il y eut environ 20,000 morts, 12,000 des alliés et 8000 des François. C'est à cette occasion qu'on dit, qu'il falloit chanter plus de De profundis que de Te Deum. La cathédrale de Paris fut remplie de drapeaux ennemis. Luxembourg s'y étant rendu peu de temps après avec le prince de Conti, pour une cérémonie, ce prince dit en écartant la foule qui embarrassoit la porte : Messieurs, laissez passer le Tapissier de Notre-Dame. Le début de la journée de Nerwinde, ne promettoit pas la victoire aux François ; Berwick fut fait prisonnier dès le commencement, et conduit à Guillaume. Je crois, lui dit ce prince avec l'air de satisfaction que donne la cer- titude de vaincre, Je crois que Luxembourg n'est pas à se repentir de m'être venu attaquer. Encore quelques heures, Monsieur, repartit Berwick, et vous vous repentirez de l'avoir attendu ; et Berwick ne se trompa point. Luxembourg écrivit du champ de bataille à Louis XIV, sur un chiffon de papier, pour lui annoncer sa victoire : Artaignon quit a bien vu l'action, en rendra compte à votre majesté. Vos ennemis y ont fait des merveilles ; vos troupes encore mieux. Pour moi, Sire, je n'ai d'autre mérite que d'avoir exécuté vos ordres. Vous m'avez dit de prendre une ville et de donner bataille ; je l'ai prise et je l'ai gagnée. Lorsque le roi fut instruit des détails de cette importante journée, il dit : Luxembourg a attaqué en prince de Condé ; et le prince d'Orange a fait sa retraite en Turenne. Le maréchal de Luxembourg termina sa glorieuse carrière par la longue marche, qu'il fit en présence des ennemis, depuis Vignamont jusqu'à l'Escaut, près de Tournai. Il mourut l'année d'après, le 4 janvier 1695, à 67 ans, regretté comme le plus grand général qu'eût alors la France. Le regret d'avoir mieux servi le roi que Dieu, lui fit dire dans ce moment où toutes les illusions finissent : Je préférerais aujourd'hui, à l'éclat de tant de victoires inutiles au tribunal du juge des rois et des guerriers, le mérite d'un verre d'eau donné aux pauvres pour l'amour de lui. Il laissa de Magdeleine-Charlotte-Bonne-Thérèse de Clermont, duchesse de Luxembourg, plusieurs enfans. Sa mort fut le terme des victoires de Louis XIV ; et les soldats, dont il étoit le père, et qui se croyoient invincibles sous lui, n'eurent plus, ce semble, le même courage. Le maréchal de Luxembourg avoit plus les qualités d'un héros que d'un sage : plongé dans les intrigues des femmes, toujours amoureux, et même souvent aimé, quoique contrefait et d'un visage peu agréable. Le prince d'Orange disoit : *Ne battrei-je jamais ce bossu-lit !* — Comment le sait-il, dit Luxembourg, lorsqu'on lui rapporta ce mot ? il ne m'a jamais vu par derrière. Les liaisons d'un de ses gens d'affaires, nommé *Bonnard*, avec certaines femmes, le firent accuser d'avoir trempé, en 1680, dans l'horrible affaire des poisons. Il se rendit à la Bastille, par les conseils du marquis de *Cavoye*. Dès qu'il fut dans cette prison royale, la jalousie de *Louvois* le poursuivit avec fureur; et la *Sainte*, lieutenant de police de Paris, servit trop bien, dit le président *Hérault*, la passion du ministre. *Luxembourg* fut enfermé dans une espèce de cachot de six pas et demi de long, où il tomba très-maiade. On l'interrogea le second jour, et on le laissa ensuite cinq semaines entières sans continuer son procès : injustice cruelle envers tout particulier, et plus condamnable encore envers un pair du royaume ! Il fut enfin interrogé. Les imputations étoient aussi ridicules qu'atroces. Parmi les questions qu'on lui fit, on lui demanda s'il n'a pas fait un pacte avec le Diable, pour pouvoir marier son fils à la fille du marquis de *Louvois* ? L'accusé répondit : *Quand Matthieu de Montmorency épousa une Reine de France, il ne s'adressa point au Diable, mais aux états généraux, qui déclarèrent que, pour acquérir au Roi mineur l'appui* des Montmorency, il falloit faire ce mariage. Il sortit enfin de la Bastille, après une détention de 14 mois, sans qu'il y eût de jugement prononcé ni pour ni contre lui. Il continua de faire à la cour les fonctions de capitaine des gardes, sans voir *Louvois*, son persécuteur, et sans que le roi lui parlât de l'étrange procès qu'il venoit d'essuyer. Il ne tarda pas de répondre à ses ennemis par des victoires. On imprima à Cologne, en 1695, in-12, une Satire contre la France et contre lui, intitulée : *Le Maréchal de Luxembourg au lit de la mort*, tragi-comédie, en 5 actes et en prose. On connoiera mieux ce héros, en lisant l'Histoire de la Maison de Montmorency, par M. Desormieux.
LUXEMBOURG, (Sébastien de) *Voyez PISSELEU*, à la fin.
LUYKEN, (Jean) graveur Hollandois. On remarque dans ses ouvrages un feu, une imagination et une facilité admirables. Son œuvre est considérable et fort estimé. Il étoit né à Amsterdam en 1649, et il mourut en 1712. On estime sa *Bible en fesses*, imprimée dans cette ville en 1732, in-fol.; et son *Théâtre des Martyrs*, en 115 planches.
LUYNES, *Voy. ALBERT (D')*, nos I, II et III, et CONCINI.
LUYTS, (Jean) philosophe et astronome, né dans la Nord-Hollande en 1655, fut presseur de physique et de mathématiques à Utrecht, depuis 1677 jusqu'à sa mort, arrivée le 12 mars 1721. Il a donné : *L'Astronomica Institutio*, Utrecht, 1689, in-4°. Il y rejette le système de *Copernica*. On y voit un grand nombre d'observations astronomiques, curieuses et utiles, expliquées d'une manière laconique, alliée à beaucoup de clarté. II. *Introductio ad geographiam novum et veterum*, avec beaucoup de cartes, 1692, in-4°, estimée.
LUZARDO, (Baptiste) noble Génois, entra dans la conspiration ourdie contre les François en 1401. Le maréchal de *Boucicaut* le condamna à périr sur l'échafaud avec *Baptiste Boccanera*. Pendant que les exécuteurs attachoient ce dernier, *Luzardo* voyant qu'on ne prenoit point garde à lui, s'élança lié et garrotté dans la place. Le peuple étonné de sa dextérité, favorisa son évasion. Réfugié dans un couvent où on coupa ses liens, il prit un habit de moine et sortit de la ville. *Luzardo*, devenu l'ennemi irréconciliable des François, contribua beaucoup à leur faire perdre Gênes, et mourut gouverneur d'une colonie dans le Levant, où il rendit de grands services à sa patrie. On dit que *Boucicaut*, furieux de la fuite de *Luzardo*, fit décapiter sur-le-champ, au lieu de celui-ci, l'officier Génois qui commandoit la garde autour de l'échafaud.
LUZERNE, (N. marquis de la) commença, en 1775 sa carrière diplomatique, comme envoyé plénipotentiaire de la France auprès de l'électeur de Bavière. Ce dernier étant mort subitement, sa succession donna lieu à une foule d'intrigues et de négociations, au milieu desquelles la *Luzerne* montra beaucoup de circonspection et de prudence. Envoyé à l'huladelphie à l'instant où la France venait de s'allier aux États-Unis, son poste fut d'autant plus difficile à remplir que, résidant chez un peuple nouveau, que l'on comptoit à peine au nombre des Puissances, il lui fallut, pendant cinq ans, et au milieu des vicissitudes d'une guerre qui ne fut pas toujours heureuse, régler sa conduite d'après son propre jugement, et non sur des instructions que le trop grand éloignement ne lui permettait ni de demander, ni d'attendre. En quittant l'Amérique, le congrès lui accorda le témoignage suivant: « La sagesse et la vigueur de vos conseils, l'efficacité et le bon emploi des secours que vous nous avez procurés, ont beaucoup contribué à nous faire jouir d'une paix glorieuse. » *Antoine Benesse*, au nom des Quakers, vint lui dire cet adieu: « Ta mémoire nous sera toujours chère; tu n'as jamais cessé d'être un ministre de paix parmi nous; tu n'as rien épargné pour adoucir ce que la guerre a d'inhumain, et pour affranchir de ses calamités ceux qui n'exercent point la profession des armes. » Long-temps après qu'il eut quitté la Pensylvanie, et lorsque les citoyens de cette république ne devoient plus le revoir, ils donnèrent par un acte de la législature le nom de la *Luzerne* à un des onze comtés de leur état. La *Luzerne* de retour en France, en repartit pour l'ambassade d'Angleterre. Il y mourut le 14 septembre 1792, regretté des François, des étrangers et de *Washington*, dont il fut l'ami.
LUZIGNAN, (Guy de) fils de *Hugues de Luzignan*, mort vers 1184, étoit d'une des plus anciennes maisons de France, connue dès le dixième siècle. et qui subsiste dans la branche dite de *Lezay*. Il fit le voyage d'outre-mer. Il épousa *Sybille*, fille aînée d'*Amauri*, roi de Jérusalem. Par ce mariage, il acquit le royaume en son nom, et le reperdit en 1187, lorsque la ville se rendit à *Saladin* : (*Voyez* ce mot.) *Luzignan* ne conserva que le titre de roi de Jérusalem, qu'il vendit bientôt à *Richard*, roi d'Angleterre, pour l'isle de Chypre. Il y prit la qualité de roi, et y mourut en 1194. Sa maison conserva cette isle jusqu'en 1473. *Amauri de Luzignan*, son frère, lui succéda. (*Voyez* AMAURI.) Cette famille tire son nom de la petite ville de Luzignan en Poitou, dont le château passait autrefois pour imprenable, parce que le vulgaire croyoit qu'il avait été bâti par une idée, moitié femme et moitié serpent.
LYBAS. (*Mythol.*) Grec, de l'armée d'*Ulysse*. La flotte de ce prince ayant été jetée par une tempête sur les cotes d'Italie, *Lybas* insulta une jeune fille de Témesse, que les habitans de cette ville vengèrent en tuant le Grec; mais bientôt les Témessiens furent affligés d'une foule de manx. Ils pensaient à abandonner entièrement leur ville, quand l'oracle d'*Apollon* leur conseilla d'appaiser les mânes de *Lybas*, en lui faisant bâtir un temple, et en lui immolant tous les ans une jeune fille. Ils obéirent à l'oracle, et Témesse n'éprouva plus de calamités. Quelques années après, un brave athlète nommé *Euthyme*, s'étant trouvé à Témesse dans le temps qu'on alloit faire le sacrifice annuel, il entreprit de combattre le génie de *Lybas*, et d'arracher à la mort la vic- time qui y étoit dévouée. Le spectre parut, en vint aux mains avec l'athlète, fut vaincu, et de rage il alla se précipiter dans la mer. Les Témessiens, délivrés de ce fléau, rendirent de grands honneurs à *Euthyme*, lequel épousa la jeune fille qui lui devait la vie.
LYCAMBE, *Voyez* ARCHI-LOQUE.
LYCAON, roi d'Arcadie. *Ovide* raconte que Jupiter, voyageant sur la terre, étoit descendu chez *Lycaon*, où les peuples alloient le reconnaître comme Dieu. Mais le prince Arcadien, se moquant de leur crédulité, leur dit qu'il sauroit bientôt s'il avoit reçu chez lui un Dieu où un homme. Il tenta d'abord de tuer *Jupiter* pendant qu'il dormoit; mais n'ayant pu exécuter son attentat, il fit égorger un des otages que les Molosses lui avoient envoyés; et ayant donné ordre qu'on en fit bouillir les membres et rôtir le reste, il le présenta à *Jupiter* sur sa table. Le père des Dieux, irrité d'une telle barbarie, fit descendre la foudre sur le palais du tyran, et le réduisit en cendres. *Lycaon* effrayé s'enfuit dans les bois, où il fut changé en leup. (*Voy.* ARCAS.) — Il y a eu plusieurs autres *LYCAON*; un, frère de *Nestor*, qui fut tué par *Hercule*; un autre, fils de *Priam*, tué par *Achille*, etc.
LYCHAS, est le nom de l'esclave qui présenta à *Hercule*, de la part de *Déjanire*, la robe du Centaure *Nessus*. A peine le héros l'eût-il sur son corps, qu'il sentit le poison s'insinuer dans ses veines. Alors, devenu furieux, il saisit *Lychas* et le lança lança dans la mer, où il périt; mais les Dieux en eurent compassion, et le changèrent en rocher, que les matelots montroient dans la mer d'Eubée.
LYCOMÈDE, *Voyez* ACHILLE. I. LYCOPHRON, fils de *Périandre*, roi de Corinthe, vers l'an 623 avant J. C., n'avoit que dix-sept ans lorsque son père tua *Melise* sa mère. *Proclus*, son aïeul maternel, roi d'Epidaure, le fit venir à sa cour avec son frère nommé *Cypsèle*, âgé de 18 ans, et les renvoyà, quelque temps, après, à leur père, en leur disant : *Souvenez-vous qui a tué votre mère !* Cette parole fit une telle impression sur *Lycophron*, qu'étant de retour à Corinthe, il s'obstina à ne point vouloir parler à son père. *Périandre* indigné, l'envoya à Corcyre (aujourd'hui Corfon), et l'y laissa sans songer à lui. Dans la suite, se sentant accablé des infirmités de la vieillesse, et voyant son autre fils incapable de régner, il envoya offrir à *Lycophron* son sceptre et sa couronne; mais le jeune prince dédaigna même de parler au messager. Sa sœur, qui se rendit ensuite auprès de lui pour tâcher de le gagner, n'en obtint pas davantage. Enfin, on lui envoya proposer de venir régner à Corinthe, et que son père iroit régner à Corfon. Il accepta ces conditions; mais les Corcyriens le tuèrent, pour prévenir cet échangé qui ne leur plaisoit pas.
II. LYCOPHRON, fameux poète et grammairien Grec, natif de Chalcide dans l'isle d'Eubée, vivoit vers l'an 304 avant J. C., et fut tué d'un coup de flèche, *Tome VII.* selon *Ovide*. *Suidas* a conservé les titres de vingt tragédies de ce poète. Il ne nous reste de lui qu'un poème intitulé *Cassandre*; mais il est si obscur, qu'il fit donner à son auteur le nom de *Ténébreux*. C'est une suite des prédictions qu'il suppose avoir été faites par *Cassandre*, fille de *Priam*. La plupart ne méritent pas la peine que les savans ont prise pour l'expliquer. On a donné une édition de ce Poème, avec une version et des notes, à Oxford, en 1697; et elle a été réimprimée en 1702, in-folio. *Lycophron* étoit un des poètes de la Pléiade, imaginée sous *Ptolomee Philadelphie*, par allusion à la constellation de ce nom composée de sept étoiles. Ces poètes étoient *Théocrite*, *Aratus*, *Nicandre*, *Apollonius*, *Philicus*, *Homère* le jeune, et *Lycophron*.
LYCORIS, célèbre courtisane du temps d'*Auguste*, est ainsi nommée par *Virgile*, dans sa dixième Églogue. Le poète y console son ami *Cornelius Gallus*, de ce qu'elle lui préféroit *Marc-Antoine*. Cette courtisane suivoit ce général dans un équipage magnifique, et ne le quittoit jamais, même au milieu des armées. L'ascendant qu'elle avoit pris sur son esprit et sur son cœur, étoit extrême; mais ses charmes ne purent tenir devant ceux de *Cléopâtre*. *Lycoris* perdit le cœur d'*Antoine*, et, avec son cœur, la foule des adorateurs que sa faveur lui procuroit. *Lycoris* avoit d'abord été comédienne. Son véritable nom étoit *Cytheris*; mais elle le changea en celui de *Volumnia*, après qu'elle eut été affranchie par *Volumnias* qui l'avoit aimée.
LYCOSTHÈNES, en allemand WOIEHART, (Conrad) né l'an 1518 à Ruffack, dans la haute Alsace, se rendit habile dans les langues et dans les sciences. Il fut ministre et professeur de logique et des langues à Basle, où il mourut en 1561. Il fut paralytique les sept dernières années de sa vie. On a de lui : I. *Chronicon Prodigiorum*, Basle, 1557, in-fol. II. *De Mulierum præclarè dictis et factis*. III. *Compendium Bibliothecae Gesneri*, 1557, in-4.º IV. Des *Commentaires* sur *Pline* le jeune. V. *Apophtegmata*, 1614, in-8.º Ce fut lui qui commença le *Theatrum vitæ humanæ*, achevé et publié par *Theod. Zwinger*, son gendre. Cette compilation forme 8 vol. in-fol. de l'édition de Lyon, 1656. I. LYCURGUE, roi de Thrace. Ses sujets s'abandonnant à l'ivrognerie : il fit arracher toutes les vignes de ses états ; ce qui a donné lieu aux Poètes de dire qu'il avoit déclaré la guerre à *Bacchus*, et l'avoit forcé de passer la mer et de se réfugier dans l'isle de Naxie ; mais que ce Dieu, irrité de son impiété, l'avoit transporté d'une telle fureur, qu'il s'étoit cassé les jambes.
II. LYCURGUE, législateur des Lacédémoniens, étoit fils d'*Eunome* roi de Sparte, et frère de *Polidecte*, qui régna après son père. Après la mort de son frère, sa veuve offrit la couronne à *Lycurgue*, s'engageant de faire avorter l'enfant dont elle étoit grosse, pourvu qu'il voulût l'épouser ; mais *Lycurgue* refusa constamment ces offres avantageuses. Content de la qualité de tuteur de son neveu *Cha-* *rilatis*, il lui remit le gouvernement lorsqu'il eut atteint l'âge de majorité, l'an 870 avant J. C. Malgré une conduite si régulière et si généreuse, on l'accusa de vouloir usurper la souveraineté. L'intégrité de ses mœurs lui avoit fait des ennemis ; il ne chercha à s'en venger, qu'en se mettant en état d'être plus utile à sa patrie. Il la quitte, pour étudier les mœurs et les usages des peuples. Il passe en Crète, célèbre par ses lois dures et austères ; il voit la magnificence de l'Asie, sans en être ni ébloui, ni cornempa ; enfin il se rend en Egypte, l'école des sciences et des arts. De retour de ses voyages, *Lycurgue* donna aux Lacédémoniens des lois sévères. Tout étoit en confusion depuis long-temps à Sparte. Aucun frein ne retenoit l'audace du peuple. Les rois vouloient y régner despotiquement, et les sujets ne vouloient pas obéir. Le législateur philosophe prit la résolution de réformer entièrement le gouvernement ; mais, avant que d'exécuter un dessein si hardi, il eut beaucoup d'obstacles à surmonter. *Alcandre*, jeune Spartiate, creva un œil à *Lycurgue* en le poursuivant dans une sédition élevée contre lui. *Lycurgue* non-seulement lui pardonna ; mais il le retint auprès de lui, et le traita comme son fils. Cependant le législateur de Lacédémone méditant des changemens, dont les suites pouvoient être dangereuses, se rendit avec les principaux Spartiates au temple de Delphes, pour consulter *Apollon*. Quand il eut offert son sacrifice, il reçut cette réponse : *Allez, ami des Dieux, ou Dieu plutôt qu'homme : Apollon a examiné votre prière, et* vous allez jeter les fondemens de la plus florissante République qui ait jamais été... Lycurgue commença dès ce moment les grands changemens qu'il avoit médités. Il établit : 1.º Un Conseil composé de 28 sénateurs, qui, en tempérant la puissance des rois par une autorité égale à la leur, fut comme un contrepoids, qui maintint l'état dans un parfait équilibre. 2.º Il mit une exacte égalité entre les citoyens, par un nouveau partage des terres. 3.º Il déracina la cupidité, en défendant l'usage de la monnoie d'or et d'argent. 4.º Il institua les repas publics, pour bannir la mollesse, et il voulut que tous les citoyens mangeassent ensemble des mêmes viandes réglées par la loi... Parmi des réglemens si sages, il y en eut quelques-uns de bizarres. On l'a blâmé, avec raison, d'avoir voulu que les filles portassent des robes fendues des deux côtés, à droite et à gauche, jusqu'aux talons ; et d'avoir ordonné qu'elles fissent les mêmes exercices que les jeunes garçons, qu'elles dansassent nues comme eux, et dans les mêmes lieux, à certaines fêtes solennelles, en chantant des chansons. Le règlement barbare qu'il fit contre les enfans qui ne sembloient pas promettre, en venant au monde, devoir être un jour bien faits et vigoureux, n'est pas moins blâmable. Mais, à l'exception de ces deux décrets et d'un petit nombre d'autres, il faut avouer que les Lois de Lycurgue étoient très-sages et très-belles. Leur principal objet étoit d'exercer le corps et de l'endurcir aux travaux de la guerre. De là l'éducation dure et sévère qu'on donnoit aux enfans. Il voulut qu'on les accoutumât à braver tout, à n'avoir peur de rien, à coucher sur la dure, à marcher nu-pieds. On les élevoit tous ensemble, sous des maîtres d'une vertu reconnue. On tâchoit de les rendre souples, obéissans, adroits, infatigables et patiens dans les travaux. On leur ordonnoit même de dérober, pourvu que ce fût avec tant d'adresse qu'on ne s'en aperçût pas ; car s'ils étoient découverts, ils étoient punis. Un jeune Spartiate ayant pris un renard, le cacha sous sa robe, et plutôt de laisser découvrir son vol, il souffrit, jusqu'à en mourir, que l'animal lui déchirât le ventre. Dans une fête qu'on célébroit tous les ans en l'honneur de Diane, on assembloit tous les enfans, et on les fonettoit près de l'autel de la Déesse, jusqu'à les faire expirer sous les coups, sans qu'on leur entendît faire la moindre plainte. Les parens eux-mêmes alloient les exhorter à souffrir ces cruelles épreuves. Une telle éducation fit des Lacédémoniens d'excellens hommes de guerre. Leurs maximes étoient de ne point fuir devant l'ennemi, quelque supérieur qu'il fût en nombre ; de ne jamais abandonner leur poste, ni leurs armes, de vaincre ou de mourir. Ceux qui étoient tués sur le champ de bataille étoient rapportés sur leurs boucliers qui tenoient lieu de brancards. Une mère, en disant adieu à son fils qui partoit pour la guerre, lui recommanda expressément de revenir avec son bouclier ou sur son bouclier. Une autre mère, en apprenant que son fils étoit mort dans un combat pour le service de sa patrie, dit froidement : Je ne l'avois mis au monde que pour cela. Comme la m E e 2 sique et la poésie sont capables d'exciter l'imagination, *Lycurgue* tâcha d'en inspirer le goût aux Spartiates. Mais il voulut une poésie et une musique mâles, nobles, propres à élever l'âme et à la porter aux actions de vertu et de courage. De là vint la coutume des rois de Sparte, de faire un sacrifice aux Muses avant que de livrer bataille. La marche des troupes étoit une espèce de danse, pendant laquelle on chantait des cantiques militaires, en l'honneur des braves guerriers morts pour la patrie. *Lycurgue* voulant engager les Lacédémoniens à observer inviolablement les lois qu'il avoit faites pour leur prospérité, leur fit, dit-on, promettre avec serment de *n'y rien changer jusqu'à son retour*. Il s'en alla ensuite, ajoute-t-on, dans l'isle de Crète, où il se donna la mort, après avoir ordonné que l'on jetât ses cendres dans la mer. Il craignoit que, si on rapporteit son corps à Sparte, les Lacédémoniens ne crussent être absous de leur serment. L'abbé de *Condillac* a fait un parallèle de *LYCURGE* et de *SOLON*, qui mérite bien de terminer cet article. Le premier, dit-il, donna dans les Spartiates un modèle subsistant de talens militaires et de vertus guerrières; le second développa dans les Athéniens, le germe de toutes les vertus sociales et des talens de toute espèce. Ce fut l'époque où la Grèce commença à produire de grands hommes en tout genre. Comme les mœurs assurent, seules, la durée d'un gouvernement, tous deux donnèrent leurs soins à l'éducation des citoyens, quoique avec des vues différentes. A Lacédémone, les enfans élevés par l'état, ne prenoient que des habitudes utiles à la patrie. La république veillait sur leurs exercices, sur leurs actions, sur leurs discours. Rien n'étoit indifférent, tout étoit réglé par la loi; et les citoyens s'accoutumment, dès l'enfance, à la même façon de penser comme à la même façon d'agir. Une parfaite égalité pouvoit seule maintenir une discipline si sévère; il falloit par conséquent que tous les biens fussent en commun. Il falloit ôter aux citoyens tout moyen de s'enrichir, bannir les arts, le commerce, l'or et l'argent. Il falloit, en un mot, pour fermer Sparte à la corruption, la fermer aux richesses. Ce fut donc la monnaie de fer qui donna toute la consistance au gouvernement des Spartiates, et la pauvreté pouvoit seule conserver les mœurs à cette république. *Solon* ne pouvoit pas assurer à son gouvernement la même durée, et il ne se le promettoit pas dans une république où tous les citoyens n'étoient pas pauvres. Les pauvres anroient été dangereux dans un pareil état. Il falloit que l'éducation fit à tous un besoin de s'occuper, et ce fut là le principal objet du Législateur. Mais il lui suffisoit aussi qu'on s'occupât; car en gênant la liberté, il eût étouffé l'industrie, et dégoûté de tout travail. Il étoit donc nécessaire que tous les arts fussent estimés; que la considération qui leur étoit attachée, fit un besoin d'avoir des talens et de les cultiver dans les autres. Or voilà l'esprit qui distinguoit les Athéniens. Les grands hommes parmi eux se firent un honneur de former des élèves... On a dit que *Lycurgue* avoit donné aux Spartiates des mœurs conformes à ses lois, et que *Solon* avoit donné aux Athéniens des lois conformes à leurs mœurs. L'entreprise du premier demandeit plus de courage, et celle du second plus d'art. Peut-être la différence de leur caractère eut-elle beaucoup de part à la différence des plans qu'ils se firent. *Lycurgue* étoit dur et austère : *Solon* étoit doux et même voluptueux. Quoi qu'il en soit, tous deux réussirent. *Lycurgue* vouloit faire des soldats, et il en fit. *Solon* voulut réunir les talens aux vertus militaires, et il fit des hommes dans tous les genres... Lacédémone conserva plus long-temps ses mœurs et ses lois; mais Athènes survécut même à la perte de sa liberté. Toute la Grèce fut assujettie, et les Athéniens triomphèrent de leurs vainqueurs par la supériorité des talens. Tous ces talens auroient été perdus, si *Solon* avoit fait à Athènes ce que *Lycurgue* fit à Sparte. Admirons le courage de celui-ci, et chérissons la mémoire de l'autre ». *Voyez* la *VIE de Lycurgue* dans *Plutarque*; et dans le VII$^{e}$ volume des *Mémoires de l'Académie des Inscriptions*, par la Barre.
III. LYCURGUE, orateur Athénien, contemporain de *Démosthène*, eut l'intendance du trésor public, fut chargé du soin de la police, et l'exerça avec beaucoup de sévérité. Il chassa de la ville tous les malfaiteurs, et tint un registre exact de tout ce qu'il fit pendant son administration. Lorsqu'il fut hors de charge, il fit attacher ce registre à une colonne, afin que chacun eût la liberté d'en faire la censure. Dans sa dernière maladie, il se fit porter au sénat pour rendre compte de ses actions, et après y avoir confondu le seul accusateur qui se présenta, il se fit rapporter chez lui, où il expira bientôt après, vers l'an 356 avant Jésus-Christ. *Lycurgue* étoit du nombre des trente Orateurs que les Athéniens refusèrent de donner à *Alexandre*. Ce fut lui qui, voyant le philosophe *Xénocrate* conduit en prison pour n'avoir pas payé le tribut qu'on exigeoit des étrangers, le délivra, et fit mettre à sa place le fermier qui avoit fait traiter si durement un homme de lettres. Les *Aldes* imprimèrent à Venise, 1513, en 2 vol. in-folio, un recueil de *Harangues* de plusieurs anciens Orateurs Grecs, parmi lesquelles se trouvent celles de *Lycurgue*. I. LYCUS, roi de Béotie, avoit d'abord épousé *Antiope*, fille du roi *Nictée*, qu'il répudia, lorsqu'il fut instruit de ses amours avec *Jupiter*, changé en Satyre, et se maria avec *Dirce*. Celle-ci craignant que son mari ne reprit sa première femme, la fit enfermer dans une étroite prison. Mais *Jupiter*, touché de compassion, la mit en liberté. Alors elle se réfugia sur le mont Cithéron, où elle accoucha d'*Amphion* et de *Zethus*, qui furent élevés par un berger du voisinage. Dans la suite, ayant été instruits de leur naissance, ils tuèrent *Lycus* et *Dirce*. *Voyez* AMPHION et DIRCE.
II. LYCUS, citoyen banni de Thèbes, voulant profiter du temps qu'*Hercule* étoit descendu aux enfers, pour exécuter ses desseins ambitieux, avoit déjà fait mourir le roi *Créon*, et s'étoit emparé de la royauté. Il étoit E e 3 438 L Y C même sur le point de faire violence a *Mégare* femme d'*Hercule*, lorsque ce Héros arriva heureusement pour tuer le tyran. Mais *Janon*, qui protégeoit *Lycus* et haïssoit *Hercule*, irritée de ce qu'il l'avoit fait mourir, lui inspira un si grand accès de fureur, qu'ayant perdu le sens, il massacra *Mégare* et ses enfans.
III. LYCUS, l'un des généraux de *Lysimachus*, célèbre parmi les successeurs d'*Alexandre le Grand*, se rendit maître d'Éphèse par le moyen d'*Andron*, chef de corsaires, qu'il gagna à force d'argent. *Andron* introduisit dans la ville quelques soldats de *Lycus*, comme s'ils eussent été des prisonniers, mais avec des armes cachées. Dès qu'ils furent entrés dans la place, ils tuèrent ceux qui faisoient la garde aux portes, et donnèrent en même temps le signal aux troupes de *Lycus*, lesquelles s'emparèrent de la place, et firent prisonnier *Éuète* qui en étoit gouverneur. *Frontin* a placé cette histoire dans ses *Stratagèmes*.
LYDE, femme du poète *Antimaque*, et poète elle-même, aima son mari si tendrement, que, pour se consoler de sa mort, elle composa une Elie de son nom, qui fut regardée comme un chef-d'œuvre en ce genre.
LYDIAT, (Thomas) mathématicien Anglois, né à Okerton dans le comté d'Oxford en 1572, devint curé de sa patrie, et mourut en 1646, à 74 ans. Il eut le sort de plusieurs savans, et traîna dans l'indigence une vie laborieuse. Il fut long-temps en prison pour dettes, occasionnées par l'impression de ses li- livres, et par sa facilité à servir de caution à des amis prodigues ou imprudens. Lorsqu'il eut obtenu, sur la fin de ses jours, un petit bénéfice, il fut persécuté par les parlementaires, parce qu'il étoit attaché au parti du roi. Il a laissé plusieurs ouvrages en latin sur des matières de chronologie, de physique et d'histoire. Les principaux sont: I. *De variis annorum formis*, Londres, 1605, in-8°, contre *Clavius* et *Scaliger*. Ce dernier ayant répondu avec beaucoup d'emportement, *Lydiat* fit une *Apologie* de son ouvrage, imprimée en 1607. II. *De l'origine des Fontaines et des autres corps souterrains*, 1605, in-8°. III. Plusieurs *Traités Astronomiques et Physiques*, sur la nature du Ciel et des Elémeus, sur le mouvement des Astres, sur le flux et le reflux, etc.
LYDIUS, (Jacques) fils de *Balthasar* ministre à Dordrecht, et auteur de quelques mauvais ouvrages de controverse, succéda à son père dans le ministère, et se fit connoître au 17$^{e}$ siècle dans la république des lettres par plusieurs livres pleins de recherches curieuses. I. *Sermonum connubialium libri duo*, in-4°, 1643. C'est un traité des différens usages des nations dans la manière de se marier. II. *De re Militari*, in-4°, 1698 : ouvrage posthume, publié par *Van-Thil* qui l'enrichit de plusieurs remarques. III. *Agonostica sacra*, Rotterdam, 1657, in-12. IV. *Belgium gloriosum*, Dordrecht, 1668, in-12. I. LYNCÉE, un des Argonautes qui accompagnèrent *Jason* à la conquête de la Toison d'or, étoit fils d'*Aphorée*. Il avoit la vue si perçante, selon la Fable, qu'il voyoit au travers des murs, et découvroit même ce qui se passoit dans les cieux et dans les enfers. L'origine de cette fable vient apparemment de ce que *Lyncée* enseigna le moyen de trouver les mines d'or et d'argent, et qu'il fit des observations nouvelles sur l'astronomie.
II. LYNCÉE, l'un des cinquante fils d'*Egyptus*, épousa *Hypermnestre*, l'une des cinquante filles de *Denaus* roi d'Argos; cette princesse ne voulut pas l'égorger la nuit de ses noces, à l'imitation de ses autres sœurs, et aima mieux désobéir à son père, que d'être cruelle envers son mari. *Horace* met dans la bouche de cette femme un discours touchant: « Lève-toi, dit-elle à *Lyncée*, de peur que tu ne trouves la mort dans les bras de la volupté. Je veux te soustraire à la barbarie de mon père et de mes sœurs. Dans ce moment même, ces lionnes déchirent les innocentes brebis, qui, trompées par l'amour, sont venues se livrer à leur rage. Moi, je ne suis ni cruelle, ni perfide, et je t'aime: je veux te sauver. Que mon père m'en punisse par les plus rudes châtimens; il n'en est aucun dont on ne puisse se consoler par le plaisir d'avoir fait du bien. Adieu, fuis! je t'en conjure par notre mutuelle tendresse. Que la nuit te prête ses sombres voiles, et te procure un heureux asile. Puissions-nous un jour être réunis! Puissent nos cendres être déposées dans la même urne! Puisse notre amour servir de modèle à la postérité! » *Lyncée*, échappé au danger, arracha le trône et la vie à son cruel beau-père.
LYNCUS ou LYNX, (Myth.) roi de Scythie, prince barbare et cruel, donna l'hospitalité à *Triptolème* que *Cérès* avoit envoyé par tout l'univers pour apprendre aux hommes à cultiver les terres, à les ensemencer, et à faire usage des fruits. Lorsqu'il eut appris le nom de son hôte, sa patrie et le sujet de ses voyages, il forma le dessein de le tuer pour s'attribuer la gloire d'une si belle invention. Mais, dans le moment qu'il alloit exécuter son crime, *Cérès* le changea en lynx, bête féroce de son nom.
LYND, (Humphrey) chevalier Anglois, né à Londres en 1578, mort l'an 1636, à 58 ans, publia deux *Traités* de controverse, estimés, dit-on, de ses compatriotes, et traduits en françois par *Jean de la Montagne*. L'un traite de la *Voie sûre*, et l'autre de la *Voie égarée*.
LYNDWOOD, (Guillaume de) *Voyez* GUILLAUME, n.º XVI.
LYON, (le Cardinal de) *Voyez* IV. PLESSIS.
LYONNET, (Pierre) né à Maestricht le 22 juillet 1707, d'un pasteur de l'église Françoise, dont la famille avoit été expulsée de Lorraine par les persécutions religieuses, acquit, dès son enfance, une constitution robuste, beaucoup de souplesse et d'agilité dans tous les exercices du corps. L'étude des langues eut pour lui un attrait particulier, et il en posséda bientôt neuf, c'est-à-dire, le latin, le grec, l'hébreu, le françois, l'italien, l'espagnol, l'allemand, l'anglois et le hollandois. Elle ne lui fit point oublier la culture des sciences exactes, ni celle E e 4 des arts, où il fit même de grands progrès. On le vit musicien, peintre, graveur et sculpteur. On a conservé de lui, comme un chef-d'œuvre, un bas-relief en huis, représentant Apollon et les Muses. Lyonnet avoit été destiné à la carrière ecclésiastique; mais il la quitta pour entrer dans celle de la jurisprudence. Après avoir suivi le barreau quelque temps à la Haye, il fut nommé l'un des secrétaires des Etats de Hollande, et leur traducteur juré pour le françois et le latin. Ce fut à cette époque, que le goût de l'histoire naturelle, et particulièrement l'histoire des insectes, devint en lui une sorte de passion. Il résolut de décrire ceux qui se trouvent dans les environs de la Haye. Bientôt après, il forma une collection de coquilles, qui devint la plus riche de l'Europe. Ses travaux lui ouvrirent l'entrée de la Société de Londres, et des académies de Harlem, Rouen, Berlin, Vienne et Petersbourg. Tous les amis des sciences et des arts eurent des droits à son amitié, et étoient sûrs d'être bien reçus chez lui. Dans tous les âges de sa vie, ses mœurs furent irréprochables. Scrupuleux observateur de ses devoirs, la vertu, la religion et sa patrie, eurent également à le regretter. Il mourut à la Haye, le 10 janvier 1789, à 81 ans. On lui doit : I. Des notes savantes, et deux planches gravées d'après ses dessins, dans la traduction françoise de l'ouvrage de Lesser, qui parut en 1742, sous le titre de Théologie des insectes. Ces notes, bien plus que le texte, engagèrent Réaumur à le faire réimprimer à Paris. II. Observations sur l'histoire des Insectes. III. Traité anatomique de la Chenille qui rouge le Saule, 1764. Cette production est aussi étonnante par son originalité que magnifique dans son impression. IV. Il aida Tremblay dans son Histoire des Polypes d'eau douce; et celui-ci, dans sa préface, s'est élu à rendre justice à son collaborateur. Wandelaar, artiste distingué, avoit gravé les cinq premières planches; mais la lenteur qu'éprouvoit ce travail, ayant épuisé la patience de Lyonnet, celui-ci osa, pour la première fois, saisir le burin. Il ne prit de Wandelaar qu'une leçon d'une heure; mais l'ardeur qu'il mit à son entreprise devint le gage de son succès. En effet, les huit dernières planches de sa main, ne sont point inférieures aux cinq premières de Wandelaar.
LYONS, (Israël) juif d'Angleterre, mort en 1773, cultiva la botanique et l'hébreu. On a de lui : Fasciculus plantarum circa Cantabrigium nascentium, in-8°; et une Grammaire hébraïque, 1757, in-8°.
LYONS, Voyez DES LYONS.
LYRE, (Nicolas de) Voyez NICOLAS de Lyre, n.º XIV.
LYS, (Jeanne du) Voyez JEANNE D'ARC, n.º X.
LYSANDRE, amiral des Lacédémoniens dans la guerre contre Athènes, détacha Ephèse du parti des Athéniens, et fit alliance avec Cyrus le Jeune, roi de Perse. Fort du secours de ce prince, il livra un combat naval aux Athéniens, l'an 405 avant Jésus-Christ, défit leur flotte, tua trois mille hommes, emporta diverses villes, et alla attaquer Athènes. Cette ville pressée par terre et par mer, se vit contrainte de se rendre l'année suivante. La paix ne lui fut accordée qu'à condition qu'on démoliroit les fortifications du Pyrée; qu'on livrerait toutes les galères, à la réserve de douze; que les villes qui lui payoient tribut, seroient affranchies; que les bannis seroient rappelés, et qu'elle ne feroit plus la guerre que sous les ordres de Lacédémone. Athènes, pour comble de douleur, vit son gouvernement changé par Lysandre. La démocratie fut détruite et toute l'autorité remise entre les mains de trente Archontes. C'est ainsi que finit la guerre du Péloponnèse, après avoir duré vingt-sept ans. Le vainqueur alla soumettre ensuite l'isle de Samos, alliée d'Athènes; et retourna triomphant à Sparte avec des richesses immenses, fruit de ses conquêtes. Son ambition n'étoit pas satisfaite: il chercha à s'emparer de la couronne, mais moins en tyran qu'en politique. Il décria la coutume d'hériter du trône, comme un usage barbare, insinuant dans les esprits qu'il étoit plus avantageux de ne déférer la royauté qu'au mérite. Après avoir tenté en vain de faire parler en sa faveur les oracles de Delphes, de Dodone et de Jupiter Ammon, il fut obligé de renoncer à ses prétentions. La guerre s'étant rallumée entre les Athéniens et les Lacédémoniens, Lysandre fut un des chefs qu'on leur opposa. Il fut tué dans une bataille, l'an 366 avant Jésus-Christ. Les Spartiates furent délivrés par sa mort d'un ambitieux, pour qui l'amour de la patrie, la religion du serment, les traités, l'honneur n'étoient que de vains noms. Comme on lui reprochoit qu'il faisoit des choses indignes d'Hercule, de qui les Lacédémoniens se flattoient de descendre: Il faut, dit-il, coudre la peau du Renard où manque celle du Lion; faisant allusion au Lion d'Hercule. Il disoit qu'on amuse les enfans avec des osselets, et les hommes avec des paroles... La vérité, ajoutoit-il, vaut assurément mieux que le mensonge; mais il faut se servir de l'un et de l'autre dans l'occasion. Le droit du plus fort étoit, à ses yeux, le meilleur titre. Dans une occasion où les Spartiates et les Argiens se disputoient sur leurs limites, il dit, en montrant son épée: Voilà le moyen d'avoir raison... Lysandre fut toujours pauvre, après avoir introduit à Sparte les richesses. Quand on sut l'état de ses affaires, deux citoyens considérables qui devoient épouser ses filles, refusèrent de remplir leurs engagements. Cette bassesse les rendit infames, et les fit condamner à une amende. I. LYSERUS, (Polycarpe) naquit à Winendeen, dans le pays de Wittemberg, en 1552. Le duc de Saxe, qui l'avoit fait élever à ses dépens dans le collège de Tubinge, l'appela, en 1577, pour être ministre de l'Eglise de Wittemberg. Lyserus signa, l'un des premiers, le livre de la Concorde, et fut député, avec Jacques André, pour le faire signer aux théologiens et aux ministres de l'électorat de Saxe. Il mourut à Dresde, où il étoit ministre, le 14 février 1601, à 50 ans. Beaucoup de querelles qu'il eut à soutenir, et ses grandes occupations, ne l'empêchèrent pas de composer un nombre considérable d'ouvrages en latin et en allemand. Les principaux sont : I. *Expositio in Genesim*, en six parties, in-4°, depuis 1604, jusqu'en 1609. II. *Schola Babylonica*, 1609, in-4°. III. *Colossus Babylonicus*, 1608, in-4°. L'auteur y donne, sous ces deux titres bizarres, un Commentaire sur les deux premiers chapitres de *Daniel*. IV. Un *Commentaire* sur les douze petits Prophètes, publié à Leipzig en 1609, in-4°, par *Polycarpe Lyserus*, son petit-fils. V. Une foule de *Livres* de théologie et de controverse, dont les théologiens ne font presque plus aucun usage. Il y est, ainsi que dans ses Commentaires, savant, mais diffus. VI. L'édition de l'*Histoire des Jesuites*, de l'ex-jésuite *Hasenmuller*, qu'il publia après la mort de celui-ci, sous ce titre : *Historia Ordinis Jesuitici*, de *Societatis Jesu auctore, nomine, gradibus, incrementis, ab Elia Hasenmuliero, cum duplici præfatione Polycarpi Lyseri*, à Francfort, 1594 et 1606, in-4°. Le Jésuite *Gretser* attaqua cette Histoire composée par un homme qui avoit abandonné son ordre et la foi de ses pères. *Lyserus* la défendit dans son *Strena ad Gretserum pro honorario ejus*, in-8°, 1607. Les deux auteurs ne s'épargnent point les injures. C'étoit le style ordinaire entre les savans de ce temps-là, et il n'est pas entièrement hors de mode.
IL LYSERUS, (Jean) docteur de la confession d'Augsbourg, de la même famille que le précédent, naquit en Saxe. Il fut l'*Apôtre de la polygamie* dans le XVIIe siècle. Sa manie pour cette erreur alla si loin, qu'il consuma ses biens et sa vie pour prouver que non-seulement la pluralité des femmes est permise, mais qu'elle est même commandée en certains cas. Il voyagea avec assez d'incommodité en Allemagne, en Danemarck, en Suède, en Angleterre, en Italie et en France, pour rechercher dans les bibliothèques de quoi appuyer son système, et pour tâcher de l'introduire dans quelques pays. Déguisé tantôt sous un nom, tantôt sous un autre, il publia plusieurs écrits pour prouver son opinion; mais elle n'eut pas de partisans, du moins ouvertement. Son entêtement sur la pluralité des femmes surprenait d'autant plus, qu'une seule l'auroit fort embarrassé, suivant *Boyle*. C'étoit un petit homme, un peu bossu, maigre, pale, rêveur et inquiet. Après bien des courses inutiles, il crat pouvoir se fixer en France, et alla demeurer chez le docteur *Masius*, ministre de l'envoyé de Danemarck. Il se flatta ensuite de rendre sa fortune meilleure à la cour, par le jeu des échecs qu'il entendait parfaitement, et s'établit à Versailles; mais n'y trouvant point les secours qu'il avoit espérés, et y étant tombé malade, il voulut revenir à pied à Paris. Cette fatigue augmenta tellement son mal, qu'il mourut dans une maison sur la route, en 1684. On a de lui, sous des noms empruntés, un grand nombre de livres en faveur de la polygamie. Le plus considérable est intitulé : *Polygamia Triumphatrix*, id est, *Discursus politicus de Polygamia*, auctore *Theophilo Alethæo*, cum notis *Athanasii Vincentii*, in-4°, 1682, à Amsterdam. (*Brunsmanus*, ministre à Copenhague, a réfuté cet ouvrage par un livre inti- tulé : *Polygamia Triumphata*, 1689, in-8.º On a du même auteur, un autre livre contre *Lyserus*, intitulé : *Monogamia Victrix*, 1689, in-8.º) On trouva dans les manuscrits de *Lyserus* une liste curieuse de tous les polygames de son siècle. Il est à croire que cette liste auroit été plus longue, si l'auteur y avoit fait entrer tous ceux qui, n'ayant qu'une femme, vivent avec plusieurs. Au reste, *Théophile*, *Alethée* et *Athanase Vincent*, sont des noms controuvés sous lesquels *Lyserus* s'étoit caché.
LYSIAS, très-célèbre orateur Grec, naquit à Syracuse, l'an 459 avant J. C., et fut mené à Athènes par *Céphales* son père, qui l'y fit élever avec soin. *Lysias* s'acquit une réputation extraordinaire par ses harangues. Il forma des disciples dans le bel art de l'éloquence, par ses leçons et par ses écrits. Il parut à Athènes après *Périclès*, et retint une partie de la force de cet orateur, sans s'attacher à la précision qui le caractérisoit. Il joignoit à une exposition de son sujet, simple, claire, développée, une élocution pure et choisie, une noble simplicité, un beau naturel, une exacte peinture des mœurs et des caractères. On peut juger de l'éloquence de *Lysias*, par le premier discours de la première partie du *Phédon* de *Platon*. *Quintilien* la comparoit à un ruisseau pur et clair, plutôt qu'à un fleuve majestueux. En effet, il instruit ses juges : quelquefois même il est insinuant avec adresse : mais il emploie rarement ces mouvemens qui ébranlent et qui entraînent. On rapporte qu'un jour *Lysias* ayant donné son plaidoyer à lire à son adversaire dans l'Aréopage, cet homme lui dit : « La première fois que je l'ai lu, je l'ai trouvé bon ; la seconde, médiocre ; la troisième, mauvais. » *Hébien*, répliqua *Lysias*, il est donc bon, car on ne le récite qu'une fois. Il mourut dans un âge fort avancé, l'an 374 avant J. C. Il composa, depuis la 67e année de son âge jusqu'à la 80e, deux cents Discours, dont il ne nous reste que trente-quatre, traduits en françois par l'abbé *Auger*, à Paris, 1783, in-8.º La meilleure édition de l'original, est celle de *Taylor*, in-4º, 1740, à Cambridge. On les trouve aussi dans le Recueil des orateurs Grecs d'*Alde*, in-folio, 1513, et de *Henri-Etienne*, in-folio, 1575. *Voyez* l'article I. SOCRATE, vers le milieu.
II. LYSIAS, (Claude) tribun des troupes Romaines qui faisoient garde au temple de Jérusalem. Il arracha *St. Paul* des mains des Juifs, qui vouloient le faire mourir ; et pour connoître le sujet de leur animosité contre lui, il fut sur le point de l'appliquer à la question, en le faisant frapper de verges. Mais *St. Paul* ayant dit qu'il étoit citoyen Romain, ce tribun n'osa passer outre, et il l'envoya dans la tour *Antonia*, d'où il le fit conduire, sous une bonne escorte, à Césarée, d'après les avis qu'il reçut que plus de quarante Juifs avoient conspiré contre cet apôtre.
LYSICRATE, riche citoyen d'Athènes, fit élever à ses frais le monument Grec connu sous le nom de lanterne de *Diogène*, pour placer à son sommet, le trépied de bronze que la tribu Acasmantide, dont il étoit, ve- noit de remporter pour prix du chant dans les fêtes de Bacchus, célébrées l'an 335 avant l'ère vulgaire. Ce monument est en marbre, et l'un des mieux conservés de ceux qu'on voit encore à Athènes. M. Fauvel, peintre correspondant de l'Institut, l'a fidellement moulé en plâtre sur ces lieux, et il a été ensuite exécuté en terre cuite à Paris, dans toutes ses dimensions, et déposé en 1802, au milieu de la cour du Louvre. I. LYSIMAQUE, disciple de Callisthènes, (Voyez ce mot) fut l'un des meilleurs capitaines d'Alexandre le Grand. Il se rendit maître d'une partie de la Thrace, après la mort de ce conquérant, et y bâtit une ville de son nom, l'an 309 avant J. C. Il suivit le parti de Casandre et de Séleucus contre Antigone et Démétrus, et se trouva à la célèbre bataille d'Ipsus, l'an 301 avant J. C. Lysimaque s'empara de la Macédoine, et y régna dix ans; mais ayant fait mourir son fils Agathocle, et commis des cruantes inouïes, les principaux de ses sujets l'abandonnèrent. Il passa alors en Asie, pour faire la guerre à Séleucus, qui leur avoit donné retraite, et fut tué dans un combat contre ce prince, l'an 282 avant J. C., à 74 ans. On ne reconnut son corps sur le champ de bataille, que par le moyen d'un petit chien qui ne l'avoit point abandonné. Il ne faut pas le confondre avec un autre LYSIMAQUE d'Acarnanie, et un des anciens maîtres d'Alexandre, qui n'avoit aucune sorte de délicatesse d'esprit. C'étoit un fade adulateur, dont tout le mérite consistoit à répéter sans cesse que Philippe étoit Pélée; Alexandre, Achille; et lui, Phénix.
II. LYSIMAQUE, Juif, parvint au souverain pontificat de sa nation, l'an 204 avant J. C., après avoir supplanté son frère Menelaüs, en payant une somme d'argent que celui-ci n'avoit pu fournir au roi Antiochus Epiphanes. Les violences, les injustices et les sacrilèges sans nombre qu'il commit pendant son gouvernement, forcèrent les Juifs, qui ne pouvoient plus le souffrir, à s'en défaire dès l'année suivante.
III. LYSIMAQUE, frère d'Apollodore, ennemi déclaré des Juifs, eut le gouvernement de Gaza. La grande jalousie qu'il conçut contre son frère, que le peuple et les soldats aimoient et considéroient plus que lui, le porta à le tuer en trahison, et à livrer cette ville à Alexandre-Jannée qui l'assiégeoit.
LYSIPPE, très-célèbre sculpteur Grec, natif de Sicyone, exerça en premier lieu le métier de serrurier. Il s'adonna ensuite à la peinture, et la quitta pour se livrer tout entier à la sculpture. Il avoit eu d'abord pour maître le Doriphore de Potictète; mais ayant demandé à Eupompe lequel de ceux qui l'avoient précédé dans son art, il devoit se proposer pour modèle? Nul homme en particulier, lui répondit-il, mais la nature même. Il l'étudia donc uniquement, et la rendit avec tous ses charmes, et surtout, avec beaucoup de vérité. Il étoit contemporain d'Alexandre le Grand. C'étoit à lui et à Apelle seulement, que ce conquérant permit de le représenter. Lysippe a fait plusieurs Statues d'Alexandre, suivant ses différens âges. Une, entr'autres, étoit d'une beauté frappante. l'empereur Néron en faisoit grand cas ; mais, comme elle n'étoit que de bronze, ce prince crut que l'or, en l'enrichissant, la rendroit plus belle. Cette nouvelle parure gâta la statue, au lieu de l'orner ; on fut obligé de l'ôter, ce qui dégrada sans doute beaucoup ce chef-d'œuvre. Lysippe est celui de tous les sculpteurs anciens, qui laissa le plus d'ouvrages. On en comptoit près de six cents de son ciseau. Les plus connus sont, un Chien se léchant une plaie, l'Apollon de Tarente, de quarante coudées de haut ; la Statue de Socrate ; celle d'un homme sortant du bain, que le consul Agrippa mit à Rome devant ses thermes ; Alexandre encore enfant ; et les vingt-cinq Cavaliers qui avoient perdu la vie au passage du Granique. On dit que Lysippe exprima mieux les cheveux que tous ceux qui l'avoient précédé : cela seul suffiroit pour le tirer de la foule des artistes ordinaires. Il fut le premier sculpteur qui fit les têtes plus petites et les corps moins gros, pour faire paroître les statues plus hautes. Mes prédécesseurs, disoit-il à ce sujet, ont représenté les hommes tels qu'ils étoient faits ; mais pour moi, je les représente tels qu'ils paroissent. Il florissoit vers l'an 350 avant J. C.
LYSIPPE, Voy. PRÉLIDES.
LYSIS, philosophe Pythagoricien, précepteur d'Epaminondas, est auteur, suivant la plus commune opinion, des Vers dorés que l'on attribue ordinairement à Pythagore. Nous avons, sous le nom de Lysis, une Lettre à Hipparque, dans laquelle il lui reproche de divulguer les secrets de Pythagore, leur maître commun. Cette Lettre est dans les Opuscula Mythologica et Philosophica de Thomas Gale. On croit que Lysis vivoit vers l'an 388 avant J. C.
LYSISTRATE, frère du statuaire Lysippe, fut le premier qui inventa la manière de faire des statues d'argile et de cire. **M**A, (Mythol.) étoit une des femmes qui suivoient *Rhée*. Jupiter la chargea de l'éducation de *Bacchus*. Les Lydiens adoroient *Rhée* elle-même sous le nom de *M.A.* **M**A A C H A, roi de Geth, donna du secours à *Hannon*, roi des Ammonites, contre *David*. Mais *Joab*, général des troupes de *David*, tailla en pièces les deux armées. **M**A A N, (Jean) docteur de Sorbonne, natif du Mans, chanoine et précepteur de l'église de Tours, se fit connoître dans le 17$^{e}$ siècle par un ouvrage, intitulé : *Sancta et Metropolitana Ecclesia Turonensis, sacrorum Pontificum suorum ornata virtutibus, et sanctissimis Conciliorum institutis decorata* ; qui fut imprimé dans la maison même de l'auteur, à Tours en 1667, in-folio. Il est estimé pour les recherches, et s'étend depuis l'année de J. C. 251, jusqu'en 1655. Cette Histoire a acquis beaucoup d'éloges à ce docteur. *Réné Robichon*, conseiller à Tours, lui a consacré ces deux vers : *Unus erat quondam Turonum gloriâ magnus, **M**A A S, (Nicolas) peintre Hollandois, très-bon coloriste, naquit à Dort en 1632, et mourut à Amsterdam en 1693. On a de lui, plus de portraits que de tableaux de cabinet. **M**A B I L L E, *Voyez* JOUR-DAN. **M**A B I L L O N, (Jean) né le 23 novembre 1632, à St-Pierre-Mont, village près de Mouzon dans le diocèse de Rheims, prit l'habit de Bénédictin de Saint-Maur à Saint-Rémi de cette ville, en 1653. Ses supérieurs l'envoyèrent, en 1663, à Saint-Denis, pour montrer aux étrangers le trésor et les monumens antiques de cette abbaye ; mais ayant, heureusement pour lui et pour les lettres, cassé un miroir qu'on prétendoit avoir appartenu à *Virgile*, il en prit occasion de quitter cet emploi, qui demandait un homme moins vrai que lui. C'est une anecdote que l'auteur de l'*Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur*, traite de *conte fait à plaisir*, en citant notre Dictionnaire ; comme si nous étions les seuls écrivains qui l'eussions racontée ! Si ce savant estimable avoit pris la peine d'ouvrir les *Mémoires* de *Nicéron*, il y auroit vu cette anecdote, et *Nicéron* ne la rapporte pas comme un oui-dire. Quoi qu'il en soit, Dom d'*Achéri* le demanda pour travailler à son *Spicilège*, et eut beaucoup à se louer de ses soins et de ses recherches. Le nom du jeune *Mabilon* commença à être connu. La congrégation de Saint-Maur, l'asile de la véritable érudition, ayant projeté de publier de nouvelles éditions des Pères, il fut chargé de celle de *St. Bernard*, et s'acquitta de ce travail avec autant de diligence que de succès. — *Voyez* II. BERNARD (St.) Le grand *Colbert*, instruit de son mérite, voulut lui faire donner une pension de deux mille livres, qu'il refusa, se bornant à demander la protection de la cour pour sa congrégation. *Que penseroit-on*, disoit-il quelquefois, si, étant pauvre et né de parens pauvres, je recherchois dans la *Religion* ce que je n'aurois pas obtenu dans le siècle? Le ministre fut touché de son désintéressement, et n'en eut qu'une plus grande idée de son mérite. Il l'envoya en Allemagne, l'an 1683, pour chercher dans cette partie de l'Europe, tout ce qui pourroit servir à l'Histoire de France, et à la gloire de la nation et de la maison royale. Dom *Mabillon* déterra plusieurs pièces curieuses, et les fit connoître dans un *Journal* de son voyage. Cette savante course ayant été beaucoup applaudie, le roi l'envoya encore en Italie deux ans après. Il fut reçu à Rome avec toute la distinction qu'il méritoit. On l'honora d'une place dans la congrégation de l'*Index*; on lui ouvrit toutes les archives, toutes les bibliothèques, et il en tira quantité de pièces nouvelles. De tous les objets qui excitèrent sa curiosité, aucun ne la piqua plus que les Catacombes de Rome. Il y fit des visites fréquentes, et y porta à la fois l'esprit de religion et celui de critique. Attaché fortement à la foi, mais en garde contre l'erreur, il vit des abus dans l'exposition de quelques corps saints, et les dévoila dans une Lettre latine, sous le nom d'*Eusèbe Romain*, à *Théophile François*, touchant le culte des *Saints inconnus*. Cette brochure seuleva contre lui quelques sa- savants superstitieux de Rome. Il y eut plusieurs écrits pour et contre. On déféra, à la congrégation de l'*Index*, la Lettre d'*Eusèbe*, et elle alloit être proscrite par le tribunal, si ce savant vertueux et docile n'en avoit donné une nouvelle édition. Il y affoiblit quelques endroits trop vifs; et rejetant sur les officiers subalternes les abus qui se commettoient au sujet des corps qu'on tiroit des Catacombes, il contenta des juges qui l'estimoient, et qui ne l'auroient condamné qu'à regret. Une autre dispute occupa le sage *Mabillon*. Dom *Rancé*, abbé de la Trappe, attaqua les études des Moines, et prétendit qu'elles leur étoient plus nuisibles qu'utiles. Pour appuyer l'idée qu'ils ne devoient ni faire ni lire des livres, il en composa un lui-même. Il l'intitula: *De la sainteté des devoirs de l'état Monastique*. Cet ouvrage étoit à la fois la justification de l'ignorance de beaucoup de moines, et la censure de ceux qui faisoient profession de savoir. La congrégation de Saint — Maur, alors entièrement consacrée aux recherches profondes et à l'étude de l'antiquité, crut devoir réfuter l'ennemi des études des cloîtres. Elle choisit le doux *Mabillon*, pour entrer en lice avec l'austère abbé de la Trappe. Il n'avoit ni l'imagination, ni l'éloquence de ce réformateur; mais son esprit étoit plus orné et plus méthodique; et sa diction claire, simple, et presque entièrement dénuée d'ornemens, ne manquoit pas d'une certaine force. Il opposa principes à principes, inductions à inductions. Dans son *Traité des Etudes Monastiques*, publié en 1697, in-12, il s'attacha à prouver que les moines peuvent non-seulement, mais doivent étudier. Il marqua le genre d'études qui leur convient, les livres qui leur sont nécessaires, les vues qu'ils ont à se proposer en s'appliquant aux sciences. L'exemple des Solitaires de la Thébaïde, uniquement occupés du travail des mains, ne l'embarrassa point. Nos moines ne leur ressemblent guère. Leur vie est moins une vie monastique, qu'une vie cléricale. Ils comptent mener celle d'un prêtre et d'un homme d'étude en entrant dans le cloître, et non celle d'un laboureur. L'abbé de la Trappe, fâché de voir contredire ses idées, fit une Réponse vive au livre des *Études Monastiques*. Dom *Mabillon* y opposa des *Réflexions* sages et modérées. Elles amenèrent une Réplique sous le nom de *Frère Côme*. L'abbé de la Trappe en étoit l'auteur : mais son ouvrage ne sortit point de son cloître. *Mabillon*, né avec un génie pacifique, laissa faire la guerre à quelques écrivains qui se mêlèrent de cette querelle. Le savant abbé de *Longuerue* mit à la tête du livre de *Hancé*, contre les Études monastiques, ces paroles de *St. Jérôme : Incongrum est toto latere corpore, et lingua totum per orbem vagari*. L'abbé de la Trappe le sut, et ne fut pas content de cette épigramme. Quant à *Mabillon*, il ne voulut plus entrer dans aucune dispute. Il s'occupa à perfectionner son savant ouvrage de la *Diplomatique*, qu'il avoit publié en 1681. Cette science lui devoit tout son lustre. Le docte Bénédictin avoit beaucoup de sagacité, pour démêler ce qu'il y a de plus confus dans la nuit des temps, et pour approfondir ce que l'histoire offre de plus diffi- cille. Il fut le premier qui réunit les règles de la diplomatique sous un seul point de vue. Il donna des principes pour l'examen des diplômes de tous les âges et de tous les pays. Il n'avoit encore rien paru de plus lumineux en ce genre, que son ouvrage ; mais comme il est impossible d'être parfait, et qu'il l'est encore plus d'être généralement goûté, ses règles trouvèrent des contradicteurs. On prétendit qu'il n'étoit pas aisé de porter un jugement fixe et certain sur tout ce qui s'appelle titres et manuscrits, parce qu'en ce genre la faussa monnoie a souvent la plus exacte ressemblance avec la véritable. Deux manuscrits paroîtront du même âge, tandis que celui qui porte cinq cents ans sur le front, n'est peut-être né que depuis quelques années. Les yeux et la connoissance de l'histoire sont les seuls juges en cette matière, et ce sont des juges auxquels un faussaire habile peut aisément en imposer. (Voy. GERMON.) On examina les pièces que Dom *Mabillon* donne comme la pierre de touche des bons titres, et le Père *Germon* Jésuite, prétendit trouver, dans quelques-uns, des marques de fausseré. *Mabillon*, au lieu de répondre *ex professo*, se contenta de joindre à son livre un *Supplément*, qui vit le jour en 1704, et qui satisfit presque tous les critiques. Il étoit l'homme du monde, dit d'*Avrigay*, qui avoit le plus examiné le parchemin, et cependant il fut trompé par le fameux titre produit en faveur de la maison de *Bouillon*, qu'une seule lettre différente des autres, et tournée à la moderne, rendit suspect à d'autres antiquaires. La main lassée avoit trahi le faussaire. L'aveu que que ce dernier fit avant d'expirer, sous la main du bourreau, jus- tifia le jugement porté contre la pièce. » L'amour de la paix, la candeur, et sur-tout la mo- destie, formoient le caractère de Mabillon. Présenté à Louis XIV par le Tellier, archevêque de Rheims, comme le Religieux le plus savant du Royaume, il mé- rita d'entendre ce mot de la bou- che du grand Bossuet : Ajoutez, et le plus humble. — Un étranger ayant été consulter le savant du Cange, celui-ci l'envoya à Ma- billon, son ami et son rival en érudition. On vous trompe quand on vous adresse à moi, répondit humblement le Bénédictin; allez voir M. du Cange. — C'est lui- même qui m'adresse à vous, dit l'étranger. — Il est mon maître, répliqua Mabillon. Si cependant vous m'honorez de vos visites, je vous communiquerai le peu que je sais. Ce savant, si célèbre et si modeste, mourut à Paris, dans l'abbaye de Saint-Germain-des- Près, le 27 décembre 1707, à 75 ans, d'une rétention d'urine. Clément XI, en apprenant sa mort, fit écrire à Dom Hui- nard, qu'on lui feroit plaisir d'inhumer un homme qui avoit si bien mérité des Lettres et de l'Eglise, dans le lieu le plus dis- tingué, « puisque tous les savans qui iront à Paris ne manqueront pas de vous demander où vous l'avez mis? Ubi posuistis cum? » Le pape vouloit qu'on recueillit ses cendres sous le marbre, avec une inscription qui convint à des restes si précieux. L'intention du pontife ne fut pas suivie à cet égard; mais Dom Roussel fit un éloge en style lapidaire, qui va- loit bien un monument. Nous n'en rapporterons que le morceau suivant : Omnium hominum sibi conciliavit animos Hominum mitissimus. In ipsis etiam litterariis disceptationibus Nemini asper, Neminem lasis, etiam lasus. Scribentem incitabat veritas, Certantem moderabatur lenitas, Vincentem coronabat veritas, Coronatum ornabat humilias. Hic singulari morum suavitate Devinciabat animos, leniebat invidos... Cateris testibus nemo major, Se ipso judice nemo minor; Eò clarior, quò sibi vilior. Celestis gloria cupidus, mundanam sprevita Respuit hominum plausus, mercedem quam dare solent homines, Vani vanam. Nullum in claustro tenuit dignitatis gradum, omnes meruit. Cum virtutum studii studia litterarum conjuncti, Ut alterno federe Scientia pictatem, pictas scientiam adja- varet. L'académie des Inscriptions s'é- toit fait un honneur de se l'asso- cier, et de Boze, secrétaire de cette compagnie, en fit l'éloge comme il le méritoit. Ses prin- cipaux ouvrages sont : I. Lera Sanctorum ordinis Sancti Bene- dicti, à Paris, en 9 vol. in-fol. Le premier volume de ce recueil, commencé par Dom d'Acheri, parut en 1668, et les autres, les années suivantes. L'ouvrage est aussi estimé pour les monu- mens qu'il renferme, que pour les savantes préfaces dont l'au- teur l'a orné. Les mœurs et les usages des siècles d'ignorance, y sont recherchés avec soin, et cent questions importantes dis- cutées avec une critique exacte et solide. On peut faire le même éloge des notes, dans lesquelles l'auteur rétablit la chronologie F f et l'histoire, et éclaircit des points de discipline assez obscurs. Les *Préfaces* ont été imprimées séparément, in-4°, 1732. II. *ANALECTA*; ce sont des pièces recueillies dans diverses bibliothèques, en 4 vol. in-8°, dont le premier parut en 1675. Les savantes Dissertations qui enrichissent ce recueil, ne sont pas ce qu'il y a de moins précieux. On en a donné une édition in-fol. à Paris, en 1723 : c'est la plus estimée. III. *De re Diplomaticæ*, 2 vol. in-fol. La meilleure édition est celle de 1709; par les soins de Dom *Buinart*, qui l'augmenta de nouveaux titres. IV. La *Liturgie Gallicane*, in-4°, 1685, et 1729. V. Une *Dissertation sur l'usage du Pain* *azymæ* dans l'Eucharistie, in-8°. VI. Une *Lettre* sous le nom d'*Eusèbe Romain*, touchant le *Culte des Saints inconnus*, 1698, in-4°, et 1705, in-12. VII. *Musæum Italicum*, 2 vol. in-4°, 1724, en société avec Dom *Germain*. VIII. Les *Annales des Bénédictins*, Paris, 1703 et années suivantes, dont il a donné 4 vol. in-folio, qui contiennent l'Histoire de l'ordre des Bénédictins, depuis son origine jusqu'en 1055. Le 5° volume a été donné par Dom *Buinart* et Dom *Vincent Thuillier*. Le 6° ne parut qu'en 1739, par les soins de Dom *Martenne*. IX. *L'Épître* dédicatoire qui est à la tête de l'*Édition de St. Augustin*. X. *Sancti BERNARDI Opera*, 2 vol. in-fol., Paris, 1690 : c'est la meilleure édition; elle a été réimprimée en 1719. Tous les ouvrages précédens sont en latin. Ceux que le P. *Mabilon* a donnés en françois, sont: I. Un *Factum*, avec une *Réplique* sur l'*Antiquité des Chanoines réguliers et des Moines*, pour maintenir les droits de son ordre, contre les Chanoines réguliers de la province de Bourgogne. II. *Traité des Etudes Monastiques*, 2 vol. in-4° ou in-12. III. Une *Traduction de la Règle de St. Benoit*, in-18, 1697. (Voyez LANCELOT, vers la fin.) IV. Une *Lettre* sur la vérité de la *sainte Larme* de Vendôme. *Mabilon*, par-tout ailleurs excellent critique, paroît dans cet ouvrage, trop crédule et peu judicieux... Dom *Thuillier* publia, en 1724, les Œuvres posthumes de Dom *Mabilon*, et y joignit celles de Dom *Buinart*; ce recueil est en 3 vol. in-4°. Parmi les pièces intéressantes qu'il renferme, on trouve des *Réflexions sur les Prisons monastiques*, qui semblent avoir été dictées par la charité et la miséricorde. Il fait voir les inconvénients d'une conduite trop sévère, et enfin il propose l'espèce de châtiment qui lui paroît le plus propre à intimider les foibles et à ramener les coupables. Les différents ouvrages de Dom *Mabilon*, très-bien accueillis en France et dans les pays étrangers, lui valurent les marques d'estime les plus honorables. Le P. *Noris*, Augustin, depuis cardinal, lui dédia un de ses ouvrages; le P. *Tomasi* lui fit la même honneur. Le pape *Alexandre VIII*, voulut qu'il lui écrivit toutes les semaines. A sa mort, la *Monnoye*, *Hersan*, *Boivin*, le *Roy*, de *Villiers*, *Bosquillon*, *Courdan*, *Grenant*, et plusieurs autres, répandirent des fleurs sur son tombeau. Les savans d'Allemagne lui donnent ordinairement le nom de *Grand : MAGNUS MABILONIUS*. Voyez l'Histoire littéraire de la *Congrégation de Saint-Maur*. Dom *Rui-* part écrivit sa *VIE*, in-12, 1708 : c'est un modèle pour les savans et pour les chrétiens.
MABLY, (l'abbé Bonnot de) né à Grenoble, en mars 1709, et mort le 23 avril 1785, à 76 ans, étoit frère aîné de l'abbé de *Condillac*. Il fit ses premières études chez les Jésuites, à Lyon, et fut attaché dans sa jeunesse au cardinal de *Tenein*, son parent : il n'eut d'Ordres dans l'Église que le sous-diaconat. Livré tout entier aux Lettres, il ne fit jamais un pas vers la fortune, ni vers les honneurs, même littéraires. Il se disoit plus jaloux de mériter l'estime générale que de l'obtenir. Il s'est contenté long-temps de mille écus de rente ; il avoit de plus une pension viagère qui lui étoit échue dans les partages de sa famille ; mais à la mort de son frère aîné, il l'abandonna à ses parens. La cour le dédommagea de cette privation généreuse, par une pension de 2800 livres, demandée et obtenue à son insu par un de ses amis. Sa santé, devenue mauvaise dans les dernières années de sa vie, exigeoit plus de soins et une augmentation de dépense. Mais, voyant que ses économies annuelles, dont il formoit un fonds destiné pour un domestique attaché à lui depuis long-temps, et pour lequel il avoit déjà placé mille écus, ne pouvoient pas suffire à remplir ses vues, et se sentant dépérir, il s'étoit retranché sur la fin de ses jours le secours d'une chaise à porteurs. Il a laissé, en mourant, à ce domestique, une somme de 4000 livres, le montant à peu près de sa succession. Ses ouvrages, qui ont fait la fortune des libraires, n'ont, en aucune manière, contribué à augmenter la sienne ; il se contentoit, pour toute rétribution, d'un petit nombre d'exemplaires qu'il distribuoit à ses amis. Le bruit avoit couru qu'on lui proposeroit l'éducation de l'héritier d'une grande monarchie ; il dit hautement que la base de ses leçons, seroit celle-ci : *Les Rois sont faits pour les Peuples, et non les Peuples pour les Rois*. Il aimoit à répéter cet adage de *Leibniz* : *Le temps présent est gros de l'avenir*. Il connoissoit si bien l'un, qu'il devina souvent l'autre. La liberté des colonies Angloises, les changemens arrivés à Genève et en Hollande, furent prédits par lui, tant il connoissoit les états et les hommes. Cette expérience morale et politique lui donnoit quelquefois de l'humeur ; ses amis lui en faisoient des reproches, et l'appeloient quelquefois, *Prophète de malheur*. — *Il est vrai*, répondoit-il, que je connois assez les hommes, pour ne pas espérer facilement le bien. Il annonça, dans l'un de ses derniers ouvrages, que le déficit des finances en France, amèneroit des impôts désastreux ; que pour les établir, les parlemens demanderoient les états généraux, et qu'alors naitroit une révolution dans le gouvernement. On sait combien cette prédiction a été justifiée. Ses principaux ouvrages sont : I. *Parallèle des Romains et des François*, 1740, 2 vol. in-12. II. *Le Droit public de l'Europe* 1774, 3 vol. in-12. III. *Observations sur les Grecs*, in-12. IV. *Observations sur les Romains*, 2 vol. in-2. Les unes et les autres sont profondément pensées, bien liées, remplies de vues fines et de conjectures hau- F f 2 reuses. (Voy. GRACCHUS.) V. Des Principes des négociations, 1757, in-12. VI. Entretiens de Phocion sur le rapport de la Morale avec la Politique, in-12. La Société économique de Berne, a qui cet ouvrage excellent parut le code des États libres, lui adjugea le prix qu'elle distribue annuellement. L'auteur y donne avec précision, et même avec agrément, des idées saines et lumineuses de la vertu patriotique et des devoirs qui attachent l'état aux citoyens, et les citoyens à l'état. Ce livre rendit l'abbé de Mably si recommandable, que les Polonois et les Américains eurent recours à ses lumières; et les Hollandois mêmes reçurent de lui des conseils trop judicieux pour être écoutés dans des temps de trouble. Les Américains cependant ne conservèrent pas toujours leurs sentiments de déférence pour cet écrivain philosophe : voici ce qu'on lit dans le Mercure de France de janvier 1785 : « Le dernier ouvrage de M. l'abbé de Mably, sur les Constitutions des États-Unis de l'Amérique, a révolté les Américains contre cet estimable écrivain. Dans plusieurs États, on l'a pendu en éligie, comme ennemi de la liberté et de la tolérance, et son livre a été traîné dans la bône. Ce traitement qui pourra paroître plus honteux encore pour ceux qui l'ont infligé, que pour celui qui en est l'objet, prouve du moins que les Américains n'aiment pas qu'on leur donne des avis. » VII. Observations sur l'Histoire de France, 1765, 2 vol. in-12. VIII. Observations sur l'Histoire de la Grèce, 1766, in-12. IX. Entretiens sur l'Histoire, in-12. On y trouve des réflexions judi- cienses, des observations bien faites, une grande connoissance des historiens anciens et modernes. Mais il déprime peut-être trop ceux-ci, et exalte trop les autres. Il pensoit que les peuples d'aujourd'hui pouvoient se gouverner par les principes des républiques Grecque et Humaine. Mais étranger aux États libres par sa patrie, par son état, par son éducation, il est tombé peut-être dans les défauts où tombéroit un républicain assez hardi pour dicter la constitution des royaumes. On ne doit cependant pas le confondre avec ces déclamateurs ignorans, qui n'écrivent sur la liberté qu'avec le transport au cerveau, et qui prennent pour de l'éloquence, les effervescences d'une tête exaltée. Le style de l'abbé de Mably est clair, correct, quelquefois élégant, mais un peu froid. Il fut accusé d'avoir adopté le système des Philosophes du siècle, et cette opinion s'accrut dans quelques esprits, par la censure que fit la Sorbonne, d'un de ses Livres. La manière dont il termina sa vie, en recevant tous les sacremens, et sa haine pour Voltaire, semblent prouver qu'il ne pensoit pas en tout comme les sages modernes. L'abbé Brizard a publié un éloge très-bien écrit de ce publiciste, qui se lit en tête d'une collection des œuvres de celui-ci, faite à Paris en 1794, 12 vol. in-8. son portrait a été gravé en 1792, par Alix.
MABOUL, (Jacques) né à Paris, d'une famille distinguée dans la robe, se consacra à la chaire, et prêcha avec distinction à Paris et en province. Il fut long-temps grand viceire de Poitiers, et devint évêque d'A- leth, en 1708. Il mourut dans cette ville, le 21 mai 1723, lais- sant une mémoire respectée. Dans ses Oraisons funèbres, qui ont été recueillies en 1749, en un volume in-12, on trouve par- tout cette douceur de style, cette noblesse de sentimens, cette élé- vation, cette onction, cette sim- plicité touchante, qui font le caractère d'une belle ame et d'un vrai bel esprit. L'évêque d'Aleth n'a pas, en général, la mâle vigueur de Bossuet; mais il est plus châtié et plus poli. Moins étudié et moins brillant que Flé- chier, il est aussi plus touchant et plus affectueux. S'il fait des antithèses, elles sont de choses et non de mots. Plus égal que Mascaron, il a le goût, les graces, la facilité et le ton in- téressant du P. la Rue. On a en- core de lui, deux Mémoires pour la conciliation des affaires de la Constitution, in-4°, 1749.
MARUSE, (Jean) peintre, natif d'un village de ce nom, en Hongrie, mort en 1562, fit le voyage d'Italie avec fruit. Il peignoit très-bien un sujet d'his- toire. On voit plusieurs de ses ouvrages à Amsterdam, entre autres une Décollation de saint Jean, faite de blanc et de noir, avec une certaine eau, ou un suc qu'il inventa, pour se passer de couleur et d'impression : en sorte qu'on peut plier et replier la toile de ses tableaux, sans gâter la peinture. Le roi d'An- gleterre exerça long-temps son pinceau. Mabuse fut fort sobre dans sa jeunesse; mais dans un âge plus avancé, il s'adonna au vin, et cette passion lui faisoit faire de temps en temps quelques friponneries. Le marquis de Ve- rens, au service duquel il étoit, devant loger chez lui l'empereur Charles-Quint, habilla ses do- mestiques en damas blanc. Ma- buse vendit son damas, et en but l'argent au cabaret. Il le rem- plaça par une robe de papier blanc, qu'il peignit en damas à grandes fleurs. L'éclat des cou- leurs fit remarquer l'habit du peintre. L'empereur, surpris du brillant de ce damas, le fit ap- procher et découvrit sa ruse. On en rit beaucoup, et Mabuse, qui avoit fait rougir son maître, en fut quitte pour quelques mois de prison. I. MACAIRE, (Saint) l'An- cien, célèbre Solitaire du qua- trième siècle, contemporain de St. Ephrem, et non disciple de St. Antoine, comme le dit Poiret, naquit à Alexandrie, vers l'an 301, de parens pauvres. Il exerça, jusqu'à l'âge de trente ans, le métier de boulanger. Ayant alors reçu le baptême, il se retira dans la solitude. Il passa 60 ans dans un monastère de la montagne de Scété, partageant son temps entre la prière et le travail des mains. Il mourut vers l'an 391, à 90 ans. On lui attribue 50 Ho- melies, en grec, Paris, 1526, in-fol., avec St. Grégoire Thau- metarge; et séparément, Leipzig, 1698 et 1699, 2 vol. in-8°. Les mystiques en font beaucoup de cas. On y trouve toute la subs- tance de la théologie ascétique. Quoique St. Macaire fût un homme sans études, il étoit puissant en paroles et en œuvres. Il montra de si bonne heure une sagesse consommée, qu'on l'ap- peloit, à l'âge de 30 ans, le jeune vivillard.
II. MACAIRE, (Saint) le Jeune, autre célèbre Solitaire, F f 3 ami du précédent, et originaire d'Alexandrie comme lui, eut près de 5000 moines sous sa direction. La sainteté de sa vie et la pureté de sa foi l'exposèrent à la persécution des Ariens. Il fut exilé dans une isle où il n'y avoit pas un seul Chrétien; mais il en convertit presque tous les habitans par ses miracles. *Macaire* mourut en 394 ou 395. *Baillet* ne le fait mourir qu'en 405, après avoir vécu près de cent ans. Comme il avoit été dès l'enfance d'une complexion plus délicate que *Macaire* d'Égypte, il étoit devenu sec comme une momie. Ses austérités lui avoient fait tomber le poil du menton, dit *Baillet*, et il étoit tellement desséché qu'il ne cracha pas une seule fois pendant les 60 dernières années de sa vie. C'est à lui qu'on attribue les *Règles des Moines*, que nous avons en 30 chapitres dans le *Codex Regniarum*, Rome, 1661, 2 vol. in-4°, *Jacques Toilias*, a publié, dans ses *Insignia itinerarii Italici*, un *Discours de St. Macaire* sur la mort des Justes.
MACARÉE, *Voyez* CANA-CÉE.
MACARIE, fille d'Hercule. Après la mort de ce héros, *Euristhée* persécuta ses enfans et chercha les moyens de les faire périr. Ils se réfugièrent à Athènes, près de l'autel de la Miséricorde; les Athéniens ne voulurent pas les livrer à *Euristhée*, qui, piqué de ce refus, leur déclara la guerre. L'oracle consulté, répondit que si quelqu'un des Héraclides vouloit se dévouer aux Dieux des enfers, les Athéniens remporteraient la victoire sur leur ennemi. *Macarie* ayant appris la réponse de l'oracle, se dévoua à la mort pour le salut de la république. Les Athéniens, par reconnaissance, lui élevèrent un tombeau qu'ils ornèrent de fleurs et de couronnes.
MACCIO, (Sébastien) natif d'Urbana, dans le duché d'Urbina, mourut, âgé seulement de 37 ans, au commencement du 17$^{e}$ siècle. C'étoit un écrivain si laborieux, qu'il se forma, dit-on, un creux aux doigts dont il tenoit la plume. Ses ouvrages sont: I. *De Historia scribenda* peu estimé. II. *De bello Asdrubalis*, Venise, 1613, in-4°, III. *De Historia Liviana*, IV. *Un Poème sur la Vie de J. C.*, Rome, 1605, in-4°; et d'autres *Poésies* qui ne sont connues que des savans de profession.
MACCOVIUS ou MAKOUSCHIK (Jean) gentilhomme Polonois, né à Lobzenie en 1588, d'une famille noble, devint professeur de théologie à Franeker en 1616. Il remplit cet emploi jusqu'à sa mort, arrivée en 1644. Il eut de grandes disputes avec les Sociniens, les Jésuites, les Anabaptistes, les Arminiens, etc. On a de lui, des *Opuscules Philosophiques, Théologiques, Amsterdam*, 3 vol. in-4°. Il y enseigne les propositions les plus dures du Calvinisme sur la prédestination.
MACÉ, *Voyez* MASSÉ. I. MACÉ, (Robert) imprimeur de Caen, mort vers 1491, est le premier, en Normandie, qui se servit, dans l'imprimerie, des caractères de fonte. Il eut pour apprenti le célèbre *Christophe Plantin*. — Gilles MACÉ, son arrière-petit fils, né à Caen, avocat et bon mathématicien. s'attacha particulièrement à l'astronomie, et publia un ouvrage estimé sur la Comète de 1618. On a aussi de lui, des Vers qui ne sont pas méprisables. Il mourut à Paris en 1637. — II. MACÉ, (François) bachelier de Sorbonne, chanoine chévecier, et curé de Sainte-Opportune à Paris, sa patrie, se fit estimer par son savoir et ses vertus. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages, dont les plus estimés sont: I. Un Abrégé chronologique, historique et moral de l'Ancien et du Nouveau Testament, 1704, 2 vol. in-4. Cet ouvrage est assez bien fait, et peut servir à ceux qui ne sont point en état d'entrer dans la discussion des auteurs originaux. II. Une Histoire morale, intitulée: Mélanie ou la Veuve charitable; production posthume, qu'on attribua à l'abbé de Choisi, et qui eut beaucoup de cours. III. L'Histoire des quatre Cicérons, 1714, in-12: morceau curieux et intéressant, attribué d'abord au P. Hardouin, jésuite. L'auteur y prouve, par les historiens Grecs et Latins, que le fils de Cicéron étoit aussi illustre que son père. IV. Une traduction de quelques ouvrages de piété du P. Busée, et de l'Imitation de J. C... V. Esprit de St. Augustin, ou Analyse de tous les Ouvrages de ce Père. Cet ouvrage est manuscrit: il mériteroit, dit-on, les honneurs de la presse. L'abbé Macé mourut à Paris, le 5 février 1721, après s'être exercé avec succès dans le cabinet et dans la chaire. I. MACÉDO, (François) jésuite, né à Coimbre, en 1596, quitta l'habit de la Société, pour prendre celui de Cordelier. Il fut l'un des plus ardens défenseurs du duc de Bragance, élevé sur le tronc de Portugal. Macedo, dans un voyage à Rome, plut tellement à Alexandre VII, que ce pape le fit maître de controverse au collège de la Propagande, professeur d'histoire ecclésiastique à la Supience, et consulteur de l'Inquisition. Le Cordelier, né avec une humeur bouillante, impétueuse et fière, ne sut pas conserver sa faveur; il déplut au saint Père, et passa à Venise, où il soutint; en arrivant, des thèses de omni scibili. Ce spectacle fut suivi d'un second. L'infatigable Macedo donna, pendant huit jours, les fameuses conclusions qu'il intitula: Les Rigs-semens littéraires du Lion de St. Marc. Ses succès lui valurent une chaire de philosophie morale à Padoue. Il fut d'abord en grande considération à Venise; mais s'étant mêlé de quelque affaire du gouvernement, il fut mis en prison, et y mourut en 1681, à 85 ans. La Bibliothèque Portugaise, compte jusqu'à 109 ouvrages de cet inépuisable auteur, imprimés en différens endroits de l'Europe, et 30 manuscrits. Le P. Macédo dit lui-même dans son Myrothecium Morale, qu'il avoit prononcé en public 53 Panégyriques, 60 Discours latins, 32 Orcisons funèbres; et qu'il avoit fait 48 Poèmes épiques, 123 Élégies, 115 Épitaphes, 212 Épîtres dédicatoires, 700 Lettres familières, 2600 Poèmes héroïques, 110 Odes, 3000 Épigrammes, 4 Comédies latines, et qu'il avoit écrit ou prononcé plus de 150,000 vers sur le champ. Quelle étonnante fécondité! on plutot quelle stérile abondance! De tout ce fatras, nous ne citerons que, I. ba F f 4 Clavis Augustiniana liberi arbitrii, contre le P. Noris, depuis cardinal. Il y avoit en une querelle vive entre ces deux savans, au sujet du monachisme de saint Augustin. On imposa silence aux parties. Le P. Macedo quitta la plume, mais pour ne pas paroître vaincu, il envoya à son adversaire un cartel de défi. Il y exposoit, selon les lois de l'ancienne chevalerie, le sujet de leur démêlé, et provoquoit Noris au combat, en champ clos ou ouvert, à Bologne, où lui-même promettoit de se rendre. Cette pièce singulière se trouve dans le Journal étranger, juin, 1757. Il y eut une nouvelle défense de combattre, et le cartel ne fut point accepté. II. Schema Sanctæ Congregationis, 1676, in-4°, C'est une dissertation sur l'inquisition, où l'érudition est les impertinences sont semées à pleines mains. L'auteur fait remonter l'origine de ce tribunal au paradis terrestre. Il prétend que Dieu y commença de faire la fonction d'inquisiteur, et qu'il l'exerça ensuite sur Caïn, et sur les ouvriers de la Tour de Babel. III. Encyclopedia in agonem litteratorum, 1677, in-fol. IV. L'Éloge des François, Aix, 1641, in-4°, en latin. Macedo se déclara d'abord pour la doctrine de Jansénius dans Corsica Sancti Augustini de prædestinatione, in-4°; mais le pape Innocent X ayant condamné les cinq fameuses Propositions, Macedo soutint que Jansénius les avoit enseignées dans le sens condamné par le pape, et publia, pour le prouver, un livre intitulé: Mens divinitis inspirata Innocentio X, in-4° V. Myrothecium Morale, in-4°, où il fait un pompeux ételage de ses Écrits, de ses Ma- rangues, de ses Vers, etc. Macedo avoit une lecture prodigieuse, une mémoire surprenante, beaucoup de facilité à parler et à écrire; il lui auroit fallu plus de jugement et de goût.
II. MACEDO, (Antoine) Jésuite Portugais, frère du précédent, né en 1612, fut envoyé missionnaire en Afrique; et à son retour, il accompagna l'ambassadeur de Portugal en Suède. Ce fut à lui que la reine Christine fit les premières ouvertures du dessein qu'elle avoit d'abandonner le Luthéranisme. Macedo fut ensuite pénitencier de l'église du Vatican à Rome, depuis l'an 1651 jusqu'en 1671. Il retourna alors en Portugal, où il eut divers emplois. On a de lui: Lusitania infulata et purpurata, à Paris, 1673, in-4°, etc.
MACÉDONIA, (Camille) dame de Sicile, sauva par son courage la vie à son frère investi par des assassins. Elle fondit sur eux avec une demi-pique et les mit en fuite. Elle ne se distingua pas moins par son esprit; les poètes de sa patrie la célébrèrent dans leurs chants, et ont consacré son souvenir.
MACÉDONIUS, patriarche de Constantinople en 341, et fameux hérésiarque, soutenoit que le Saint-Esprit n'étoit pas Dieu. Il causa de grands désordres dans sa ville, et s'attica la disgrace de l'empereur Constance. Acace et Eudoxe le firent déposer dans un concile de Constantinople en 360. Il mourut ensuite misérablement. « Avec des mœurs irréprochables, dit l'abbé Pluquet, Macédonius étoit un ambitieux, un tyran, qui vouloit tout sub- ligner ; un orgueilleux, qui, pour soutenir une première démarche dans les plus petites choses, auroit sacrifié l'empire ; un barbare, qui persécutait de sang froid tout ce qui ne pensoit pas comme lui, ou qui osoit lui résister ; enfin, un préson ptueux, qui, pour satisfaire sa vengeance et sa passion pour la célébrité, fit une hérésie, et nia la Divinité du Saint-Esprit. » Les sectateurs de Macédonius s'appeloient MACÉDONIENS. Leurs mœurs étoient pures et austères, leur extérieur grave, leur vie aussi dure que celle des moines. Cette apparence de piété trompa les foibles, un certain Marathon, autrefois trésorier, embrassa cette secte, et son or fit plus d'hérétiques que tous les argumens. Les sectateurs des Macédoniens très-accrédités à Constantinople, et répandus dans un grand nombre de monastères d'hommes et de filles, dominèrent principalement dans la Thrace, dans l'Hellespont et dans la Bithynie. Après la mort de Julien, Jovien son successeur, très-attaché à la foi de Nicée, voulut la rétablir. Il rappela les exilés. « Cependant, dit Pluquet, comme il aimoit mieux agir par douceur que par autorité, il laissoit une grande liberté à tout le monde pour la religion. Tous les chefs de sectes s'imaginèrent pouvoir l'engager dans leur parti. Les Macédoniens formèrent les premiers ce projet : ils présentèrent une requête, pour obtenir que toutes les églises leur fussent données ; mais Jovien rejeta leur requête. Dans la suite, les Macédoniens se réunirent aux Catholiques, parce qu'ils étoient persécutés par les Ariens. Ils signèrent le Symbole de Nicée, se séparèrent ensuite, et furent con- damnés par le concile de Constantinople. Theodose avoit appelé à ce concile les évêques Macédoniens, dans l'espérance de les réunir à l'Église ; mais ils persévérèrent dans leurs erreurs. L'empereur employa, mais inutilement, tous les moyens propres à les engager à se réunir avec les Catholiques ; et les chassa de Constantinople : il leur défendit de s'assembler, et confisqua à l'Épargne les maisons où ils s'assembloient. Les erreurs des Macédoniens sur le Saint-Esprit, ont été renouvelées par les Sociniens, et adoptées par Clarke, Whiston, etc. » I. MACER, (Emilius) poète Latin natif de Vérone, composa un Poème sur les Serpens, les Plantes et les Oiseaux ; et un autre sur la ruine de Troye, pour servir de supplément à l'Iliade d'Homère. Mais ces deux Poèmes sont perdus ; car celui des Plantes que nous avons sous le nom de Macer, est d'un auteur plus récent, puisqu'on y cite Pline, et que l'auteur est aussi mauvais botaniste que plat versificateur. L'édition la plus estimée est celle de Naples, 1477, in-fol. Il y en a une traduction françoise par Guillaume Gueroult, Rouen, 1538, in-8.º Macer florissoit sous Auguste. Voy. GUEROAND.
II. MACER, (Lucius Claudius) propréteur d'Afrique sous le règne de Néron, se fit déclarer empereur l'an 68e de Jésus-Christ dans la partie qu'il commandoit. Ayant levé de nouvelles troupes, il les joignit à celles qui étoient sous ses ordres, et s'en servit pour conserver le titre qu'il avoit usurpé. Il fit plus : il se saisit de la flotte qui transportoit le blé à Rome, et causa la famine dans cette capitale du monde. L'usurpateur avoit plus de courage que de politique. Il irrita les Africains par des vexations et des cruautés, et se joua également de leur sang et de leurs biens. Ces peuples irrités eurent recours à *Galba*, qui avoit d'être revêtu de la pourpre impériale. L'empereur donna ordre d'arrêter les brigandages de cette Côte féroce. *Trebonius Garucianus* intendant d'Afrique, et le centurion *Papirius*, chargés des ordres du prince, firent périr *Macer* dans la même année qu'il avoit pris le titre de César. Il avoit été engagé à la révolte par une femme nommée *Cornelia Crispinilla*, intendant des débauches de *Néron*, laquelle étoit passée en Afrique pour se venger des mécontentemens que cet empereur lui avoit donnés. I. MACHABÉES, sept frères Juifs qui souffrirent le martyre à Antioche dans la persécution d'*Antiochus Epiphanes*, avec leur mère et le saint vieillard *Eleazar*, l'an 168 avant J. C. Ce prince ayant fait arrêter ces généreux confesseurs, n'oublia rien pour les porter à manger de la chair de porc. Les sept frères souffrirent en présence de leur mère, l'un après l'autre, qu'on leur coupât les pieds et les mains, sans marquer la moindre foiblesse au milieu des tourmens qu'on leur faisoit endurer. La mère de ces martyrs, après avoir assisté au triomphe de ses enfans, fut couronnée à son tour, et mourut avec la constance qu'elle leur avoit inspirée.
II. MACHABÉES, (les Princes) ou Asmonéens: *Voy. JUDAS-MACHABEE*, MATHATIAS... Nous avons sous le nom des *Machabées* 4 Livres, dont les deux premiers sont canoniques, et les deux autres apocryphes. Le 1$^{er}$ fut, à ce qu'en croit, composé sous *Jean Hyrcan*, le dernier de la race des Asmonéens, et contient l'histoire de 40 ans, depuis le règne d'*Antiochus Epiphanes*, jusqu'à la mort du grand-prêtre *Simon*. Le second est l'abrége d'un grand ouvrage, qui avoit été composé par un nommé *Jason*, et qui comprenot l'histoire des persécutions d'*Epiphanes* et d'*Eupator* contre les Juifs. Ce 2$^{e}$ Livre, tel que nous l'avons, contient l'histoire d'environ quinze ans, depuis l'entreprise d'*Heliodore*, envoyé par *Sélennus* pour enlever les trésors du Temple, jusqu'à la victoire de *Judas* contre *Nicanor*. Le 3$^{e}$ Livre, appelé fort mal-à-propos des *Machabées*, puisqu'il n'y est pas dit un mot de ces vaillans défenseurs de la Loi de Dieu, contient l'histoire de la persécution que *Ptolomée Philopator*, roi d'Égypte, fit aux Juifs de son royaume; et ce livre est rejeté comme apocryphe, ainsi que le 4$^{e}$. Ce dernier est une espèce de résumé des deux premiers livres, et contient ce qui s'est passé chez les Juifs dans un espace d'environ deux cents ans.
MACHÆTA, vieille femme de Macédoine, demandoit justice à *Philippe* père d'*Alexandre*. Ce prince sortoit d'un festin splendide, et s'endormit en l'écoutant. A son reveil, il n'en condamna pas moins *Machæta*. Celle-ci, sans s'étonner, lui annonça qu'elle appeloit du jugement. *A qui donc*, reprit le monarque. — *J'en appelle dit-elle, de Philippe ivre et endormi, à Philippe à jeun et éveillé. Le roi, loin de s'offenser* de sa hardiesse, s'empressa de lui accorder sa demande.
MACHAM, (Robert) né sous le règne d'*Edouard III*, roi d'Angleterre, conçut une vive passion pour *Anne Dorset*; mais n'ayant pu l'obtenir de ses parens, il l'enleva, et gagna un vaisseau qui l'attendoit. L'ancre fut levée aussitôt, et l'amant ordonna de faire voile vers les côtes de France; une tempête horrible étant survenue, le vaisseau se perdit sur l'immensité de l'Océan. Il vogua treize jours sans trouver de rivage; enfin, le quatorzième au matin il aborda à une isle déserte, mais agréable, où la beauté du ciel, la douceur du climat, l'abondance des fruits, l'invitèrent à fixer son séjour avec sa compagne. Tel fut l'événement auquel on dut la découverte de l'isle de *Madère*. Quelques-uns des compagnons de *Macham*, s'étant embarqués de nouveau, échouèrent sur le rivage de Maroc, et furent faits prisonniers. Ils racontèrent leur aventure à un Espagnol de Séville nommé *Jean de Moralès*. Celui-ci, de retour dans sa patrie, instruit de la situation de l'isle et des signes qui devoient la faire reconnoître, proposa à quelques-uns de ses compatriotes de l'aller chercher, et la trouva. *Macham* et son épouse n'existoient plus, et ils avoient été inhumés dans la même fosse au pied d'un grand arbre.
MACHAON, célèbre médecin, fils d'*Escalape* et frère de *Podalire*, accompagna les Grecs au siège de Troye, et y fut tué par *Euripile*, suivant *Q. Calaber*.
MACHARTI, (N...) mort vers 1740, a laissé au théâtre italien, *Arlequin Phaëton*, représenté en 1725. I. MACHAULT, (Jean de) Jésuite Parisien, professa la rhétorique dans sa Société, devint recteur du collège des Jésuites à Rouen, puis du collège de Clermont à Paris; et mourut le 15 mars 1619, à 58 ans. On a de lui, des *Notes* en latin contre l'*Histoire* du président de *Thou*, sous le nom supposé de *Gallus*, c'est-à-dire le *Coq*, qui étoit le nom de sa mère. Ce livre est intitulé : *Jo. GALLI Juriscons. Notationes in Historiam Thuani*, Ingolstadt, 1614, in-4.º Il est rare, et a été condamné à être brûlé par la main du bourreau, comme *pernicieux*, *séditieux*, *plein d'impostures et de calomnies...* *Machault* étoit un de ces hommes ardens et zélés, qui sont toujours prêts à prendre les armes, lorsqu'on attaque ce qu'ils croient être la gloire de leur corps. Il a traduit de l'italien l'*Histoire* de ce qui s'est passé à la Chine et au Japon, tirée de *Lattree* écrites en 1621 et 1622, Paris, 1627, in-8.º
II. MACHAULT, (Jean-Baptiste de) autre Jésuite, natif de Paris, mort le 22 Mai 1640, à 29 ans, après avoir été recteur des collèges de Nevers et de Rouen, a composé : *Gesta à Societate Jésu in regno Sinensi*, *Athiopico et Tibetano*, et quelques autres outrages qu'il est inutile de faire connoître.
III. MACHAULT, (Jacques de) aussi Jésuite, né à Paris en 1600, fut recteur à Alençon, à Orléans et à Caen, et mourut à Paris en 1680, à 80 ans. On a de lui : *L'Île Missionibus Paraguariae et aliis in America meridionalis*
II. De rebus Japonicis. III. De Proviacis Goana, Malabarica et aliis. IV. De Regno Cochanciniensi. V. De Missione Religiosorum Societatis Jesu in Perside. VI. De Regno Madurensi, Tangorensi, etc. Ces ouvrages offrent quelques détails curieux sur les Missions et la Géographie ; mais nous avons eu, depuis lui, des Relations plus exactes.
IV. MACHAULT, (N... de) fut nommé controleur général en 1745, et parut vouloir mettre de l'ordre dans les finances. Pour y parvenir, il voulut faire taxer plus fortement le clergé, et ordonna qu'il donneroit un état de ses biens, afin que le roi pût voir ce que ce corps possédoit, et ce qu'il pouvoit fournir au gouvernement. Cette entreprise déplut au clergé, qui refusa ce qu'on lui demandoit, et le ministre fut obligé de l'abandonner. Machault passa, en 1754, du ministère des finances à celui de la marine, et quoiqu'il fût naturellement fier et d'un abord glacial, il parut avoir changé de caractère. Il accueillit les officiers avec bonté, et montra du zèle et de bonnes vues pour le rétablissement de nos escadres. Ses services n'empêchèrent point sa disgrace. Il fut exilé par des intrigues de cœur le 2 février 1757, et mourut quelque temps après.
MACHET, (Gorard) né à Blois en 1380 d'une famille ancienne, fut successivement principal du collège de Navarre, conseiller d'état et confesseur de Charles VII, enfin évêque de Castres. Il parut avec éclat au concile de Paris, tenu contre les erreurs de Jean Petit ; hazangua, à la tête de l'université, l'empereur Sigismond ; fonda plusieurs hôpitaux et couvents, gouverna saintement son diocèse, et mourut à Tours en 1448, à 68 ans. On a de lui, quelques Lettres manuscrites. Il fut l'un des commissaires nommés par la cour pour revoir le procès de la Pucelle d'Orléans, et se déclara en faveur de cette héroïne.
MACHIAVEL, (Nicolas) fameux politique, naquit à Florence en mai 1469, d'une famille noble et patricienne, honorée des premières dignités de la république. Il se distingua de bonne heure dans la carrière des lettres, et réussit assez dans le genre comique : le pape Léon X, protecteur de tous les talens, fit représenter ses pièces sur le théâtre de Rome. Machiavel étoit d'un caractère inquiet et remuant : il fut accusé d'avoir en part à la conjuration de Soderini contre les Médicis : on le mit à la question, mais il n'avoia rien. Les éloges qu'il prodignoit à Brutus et à Cassius, le firent soupçonner d'avoir trempé dans une autre conspiration contre Jules de Médicis, depuis pape sous le nom de Clément VII ; mais comme ces soupçons étoient destitués de preuves, on le laissa tranquille. Il n'aimoit pas la puissance pontificale. Le cardinal de Rouen ayant dit devant lui, que les Italiens n'entendoient rien au métier de la guerre ; les François, lui répondit Machiavel, n'entendoient pas davantage aux affaires d'état, puisqu'ils laissent tant s'accroître la puissance du pape. La république de Florence, instruite de ses connaissances en histoire et en politique, le choisit pour son secrétaire et pour son historio- graphe. Après s'être retiré des affaires, il mourut dans une honorable pauvreté. L'opium que les médecins lui avoient prescrit, mais dont il prit une trop forte dose, termina ses jours. Binet dit, qu'avant de rendre l'esprit, il fit part d'une vision qu'il avoit eue. Il avoit vu d'un côté un tas de pauvres gens, déchirés, affamés, contrefaits; et on lui dit que c'étoient les habitans du Paradis. Il entrevit, de l'autre, Platon, Sénèque, Plutarque, Tacite, et d'autres écrivains de ce genre; et on lui dit que c'étoient les damnés. Il répondit: « Qu'il aimoit mieux être en enfer avec ces grands esprits, pour traiter avec eux d'affaires d'état, que d'être avec les bienheureux qu'on lui avoit fait voir. » Peu de temps après il rendit l'ame. Mais ce conte est un roman, fait pour donner une idée de la façon de penser de Machiavel, ou du moins de ce qu'on croyoit être sa façon de penser. Il mourut presque à la veille de la grande révolte des Florentins contre Clément VI, heureux de n'avoir pas été témoin des maux cruels de sa patrie, dont il auroit eu une bonne part, comme attaché aux Médicis. S'il avoit des partisans à Florence, il avoit encore plus d'ennemis, parce qu'il ne cachoit pas assez la supériorité de son esprit, et ne modéroit point la causticité de son caractère. Il exerçoit sa censure sur les grandes et les petites choses; il ne vouloit rien devoir à la religion, et la proscrivoit même. On a de lui, plusieurs ouvrages en vers et en prose. Ceux du premier genre doivent être regardés, pour la plupart, comme des fruits empoisonnés d'une jeunesse peu réglée. L'auteur ne manque ni d'imagination, ni de facilité, ni d'agrément; mais il ne respecte pas assez la pudeur. Les principaux sont: I. L'Ane d'or, à l'imitation de Lucien et d'Apulée. II. Belphegor, que la Fontaine a imité et surpassé. III. Quelques petits Poèmes, les uns moraux, les autres historiques. Ses productions en prose sont: I. Deux Comédies: la première, intitulée la Mandragore, est une des meilleures qui aient été faites de son temps. J. B. Rousseau, dans sa jeunesse, la trouva si piquante, qu'il en fit une traduction libre, imprimée à Londres, en 1723, dans le Supplément de ses Œuvres. On doute que le théâtre françois pût s'accommoder de l'original et de la copie. L'autre Comédie de Machiavel (Clitia), est imitée de la Casina de Plaute, et est inférieure à son modèle. Les deux pièces de Machiavel réussirent, non pour le plan qui est assez irrégulier, mais pour l'estyle qui est pur et élégant, et surtout parce que, dans un temps de libertinage, la Mandragore, qui est un sujet licencieux, ne pouvoit manquer de plaire beaucoup. Machiavel joignoit au talent de faire des pièces de théâtre, celui de les jouer. Il réussissoit, suivant Varillas, à rendre les gestes, la démarche et le son de voix de ceux qu'il voyoit. II. Des Discours sur la première Décade de Tite-Live. Il y développe la politique du gouvernement populaire, et en s'y montrant un zélé partisan de ce qu'il appelle la liberté, il débite des maximes perverses dont un tyran pourroit abuser. Il met à contribution, sans beaucoup d'ordre ni de choix, l'histoire des peuples et des républiques anciennes et moderne. nes. A travers cette multitude de faits, se trouvent quelques principes applicables aux différents gouvernements, mais sur-tout à l'administration républicaine. Il Son *Traité du Prince*, qu'il composa dans sa vieillesse, pour servir de suite à l'ouvrage précédent. C'est un des ouvrages les plus dangereux qui se soient répandus dans le monde : c'est le bréviaire des ambitieux, des fourbes et des scélérats. *Machiavel* professe le crime dans ce livre abominable, et y donne des leçons d'assassinat et d'empoisonnement. Ceux qui excusent *Machiavel*, disent que c'est à la situation particulière de l'Italie telle qu'elle étoit de son temps, plus qu'à la trempe de son esprit et de son caractère que nous devons les maximes exécrables qu'il débite. Quoi qu'il en soit, *César Borgia*, batard du pape *Alexandre VI*, monstre qui se souilla de tous les crimes pour se rendre maître de quelques petits états, est le prince que *Machiavel* préfère à tous les souverains de son temps, et le modèle sur lequel il veut que les potentats se forment. *Amelot de la Houssaye*, traducteur de cet ouvrage, a voulu le justifier par d'assez mauvaises raisons : il n'a persuadé personne « Loin de nous, dit *Saurin* dans son beau sermon sur l'accord de la religion et de la politique, loin de nous les abominables maximes de ce pernicieux Florentin, qui a donné aux politiques ces leçons funestes : qu'un prince qui veut se maintenir doit apprendre à n'être pas vertueux, quand les besoins des affaires le demandent : qu'il doit ménager son bien particulier, et n'être libéral que du bien public ; qu'il ne doit tenir sa parole que quand il le peut sans s'apporter du dommage ; qu'il ne doit pas tant aspirer à avoir toutes les vertus qu'à paroître les posséder ; qu'il doit paroître clément, fidelle, intègre, religieux, mais savoir être l'opposé ; qu'il ne peut observer tout ce qui fait passer pour bons les autres hommes, parce que les besoins de l'état l'obligent souvent à agir contre la charité, contre l'humanité, contre la religion ; qu'il doit manier son esprit selon que soufflent les vents de la fortune, sans s'écarter du bien tant qu'il le peut ; mais aussi sans se faire un scrupule de commettre le mal lorsqu'il le faut, etc., etc. » *Frédéric II*, roi de Prusse, a donné, dans son *Anti-Machiavel*, in-8°, un antidote contre le poison de l'auteur Italien. Sa réfutation est beaucoup mieux faite et mieux écrite que l'ouvrage réfuté ; et c'est un bonheur pour le genre humain, dit l'éditeur de cette critique, que la vertu ait été mieux ornée que le crime. *Vozez* FRÉDERIC II. Le meilleur ouvrage de *Gaspard Scioppius*, est une apologie de *Machiavel*. IV. *L'Histoire de Florence*, depuis 1205, jusqu'en 1494. L'édition des *Juntes*, en 1532, in-4°, à Florence, est fort rare. Le commencement de cette Histoire est un tableau très bien peint de l'origine des différentes souverainetés qui s'étoient élevées autrefois en Italie. L'historien y traite quelquefois favorablement sa patrie, et avec trop peu de ménagement les étrangers. Il prodigue les réflexions ; et ces réflexions, souvent trop recherchées, ont plus d'éclat que de solidité, et tiennent plus du style d'un déclamateur que de celui d'un sage politique. Ces dé- M A C 463 fants sont un peu couverts par l'exactitude et par les recherches de l'auteur. V. La Vie de Castricio Castracani, souverain de Lucques, traduite en françois par M. Dreux du Radier, et imprimée à Paris en 1753. Elle est peu estimée par les politiques judicieux, et ne l'est guère plus par les gens de goût. L'auteur a été plus soigneux d'embellir son sujet que de rechercher la vérité. VI. Un Traité de l'Art Militaire, dans lequel il a très-mal travesti Végèce. VII. Un Traité des émigrations des peuples Septentrionaux. Tous ces différens ouvrages sont en italien. Ils ont été recueillis en deux vol. in-4°, en 1550, sans nom de ville. On en a fait de nouvelles éditions : 1.° à Amsterdam, en 1725, 4 vol. in-12, assez bien exécutée, mais fort incorrecte; 2.° à Londres, 1747, en 2 vol. in-9°, et 1772, 3 vol. in-4°; 3.° à Paris, 1768, 6 vol. in-12. Ils ont été traduits en françois, avec assez peu d'élégance, par Tilard, Calviniste réfugié, 1723, en 6 vol. in-12. On n'y trouve pas la version des comédies, ni des contes. On en a donné une autre édition, augmentée de l'Anti-Machiavel du roi de Prusse ; à la Haye, 1743, 6 vol. in-12. On a publié à Florence, en 1767, la correspondance de Machiavel, pendant le cours de ses négociations. On y voit, dit M. Landi, le ministre sage, adroit, habile ; mais point du tout le politique scélérat, tel qu'il paroît dans quelques-uns de ses livres. Ses enfans l'aimoient avec la plus vive tendresse. Warchi, quoique son ennemi, avoue qu'il étoit d'un caractère obligeant, et que toutes les personnes remarquables de Florence l'estimoient et s'assembloient dans les jardins de Cosmo Ruccelai, pour jouir des agrémens de sa conversation, de sa familiarité et de ses lumières.
MACKENSIE, (George) savant Ecossois, né à Dundée en 1656, mort à Londres en 1691, s'occupe toute sa vie de la philosophie et des lois. Ses études lui firent enfanter des ouvrages relatifs à ces matières ; tels sont : I. Le vertueux ou le Stoïque, in-8°, traité de morale, dans lequel l'auteur s'est peint lui-même. C'étoit un homme très-versé dans la connoissance des meilleurs Auteurs anciens et modernes, d'une application infatigable, d'une intégrité parfaite, réglé dans ses mœurs, bon ami, et bon sujet ; mais un peu fanatique. Il quitta ses emplois, pour ne pas se prêter à l'abolition des lois pénales contre les Catholiques. II. Paradoxe moral, qu'il est plus aisé d'être vertueux que vicieux, in-8.° III. De humane mentis imbecillitate, à Utrecht, 1690, in-8.° IV. Lois et Coutumes d'Ecosse, vol. infolio, qui renferme beaucoup de recherches. On trouve un assez long détail sur cet auteur dans les Mémoires du P. Niveron... — Il faut le distinguer de George MACKENSIE, médecin d'Edimbourg, qui a donné, en 1708 et 1711, 2 vol. de Vies des Ecrivains Ecossois.
MACKI, (Jean) fameux intrigant, d'une famille noble d'Angleterre, joua un rôle dans les guerres qui suivirent la révolution qui précipita Jacques II du trône. Lorsque ce monarque se réfugia en France, Macki le suivit à Paris et à Saint-Germain, épiant toutes ses démarches et en informant la cour de Lon- dres. Ce fut lui qui donna les premiers avis de la descente que le roi détrôné devoit faire en Angleterre, et qui fut cause par-là de l'heureux succès de la bataille de la Hogue en 1692. Ce service, et d'autres du même genre, dont un honnête homme ne voudroit pas charger son histoire, lui valurent une inspection sur les côtes. En 1706, il fit manquer la fameuse entreprise du Prétendant (*Jacques III*) sur l'Écosse, par sa promptitude à en informer la cour de Londres. Ses découvertes ne furent pas toujours heureuses pour lui. Lorsque *Prior* et l'abbé *Gauthier* arrivèrent en Angleterre, il donna avis de ce secret au duc de *Marleborough*, quoiqu'on lui eût ordonné de n'en parler qu'au secrétaire d'état. La cour irritée révoqua sa commission, et l'abandonna à ses créanciers. Il fut mis en prison, et ne recouvra sa liberté qu'à l'avènement de *George premier* au trône. Cet aventurier obtint, sur la fin de ses jours, un emploi dans les pays étrangers, et mourut à Rotterdam en 1726, avec la réputation d'un génie actif, mais inquiet et turbulent. On a de lui : I. *Tableau de la Cour de Saint-Germain*, 1691, en anglois, in-12, dont on vendit en Angleterre jusqu'à trente mille exemplaires. Le roi *Jacques II* y est traité avec une indécence que les haines et les guerres les plus vives ne sauroient jamais autoriser. II. *Mémoires de la Cour d'Angleterre sous Guillaume III et Anne*, traduits en français à la Haye en 1733, in-12. Ils offrent plusieurs anecdotes curieuses, quelques faits intéressants : mais l'auteur s'est trop livré à la flatterie dans plusieurs endroits, et à la satire dans d'autres. Voy. MARIN.
MACLAURIN, (Colin) célèbre professeur de mathématiques à Edimbourg, né à Kilmoddan en Écosse, d'une famille noble, en 1698, mort en 1746, dans sa 49$^{e}$ année, montra, dès 12 ans, son goût pour les mathématiques. Ayant trouvé, à cet âge, les *Éléments d'Euclide* chez un de ses amis, il en comprit parfaitement en peu de jours les six premiers livres. Il n'avoit encore que seize ans, lorsqu'il découvrit les principes d'une *Géométrie organique*, c'est-à-dire d'une géométrie qui a pour objet la description des courbes par un mouvement continu. On a de lui : I. Un *Traité d'Algèbre*, fort estimé. II. Une *Exposition* des découvertes philosophiques de *Newton*, traduite par la *Virotte*, Paris, 1749, in-4$^{o}$; ce n'est pas son meilleur ouvrage. III. Un excellent *Traité des Fluxions*, traduit par le P. *Pezens*; Paris, 1749, 2 vol. in-4$^{o}$ *Voyez PEZENS*.
MACLOT, (Edmond) chanoine Prénontré, mort dans son abbaye de Lefange, en 1711, âgé de 74 ans, est auteur d'une *Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament*, en deux vol. in-12, dans laquelle il mêle quantité d'observations et de remarques théologiques, morales et historiques. Cet auteur avoit beaucoup lu, mais avec peu de discernement. Il ignoroit totalement les premiers principes de la bonne physique. Le religieux étoit plus estimable en lue qui l'écrivain ; ceux qui l'ont connu, louent également sa piété, sa modestie et sa politesse.
MACLOU Saint) *Voyez* MAO.
MAC-NEVEN,
MAC-NEVEN OKESSI, savant médecin de Bohème, est mort à Prague, en 1787. Ses qualités morales lui avoient acquis un grand nombre d'amis; et ses profondes connoissances dans la médecine, une célébrité qu'il a conservée toute sa vie.
MAÇON, Voyez MASSON.
MAÇON, (Antoine le) né en Dauphiné, devint secrétaire particulier de Marguerite de Valois, reine de Navarre. Pour plaire à cette princesse, qui aimoit beaucoup les lettres et les romans, il entreprit une traduction du Décaméron de Bocace. Le style est beaucoup plus gothique que celui d'Amiot, quoique ce dernier écrivit dans le même temps que le Maçon. La traduction de celui-ci est la première qu'on ait publiée en France des Contes de Bocace. Elle étoit oubliée, lorsqu'en 1757 on en a donné une nouvelle édition, recherchée pour ses belles gravures. C'est lui qui a pris soin de l'édition des Œuvres de Jean le Maire, in-folio, et de celles de Clément Marot. Il est encore auteur des Amours de Phydie et de Gélasine, Lyon, 1550, in-8.
MACPHERSON, (Jacques) Écossois, né en 1738, et mort en 1796, a publié une Traduction de l'Iliade; une Introduction à l'Histoire de la Grande-Bretagne, et une Histoire d'Angleterre, depuis 1660 jusqu'à l'avènement de la maison d'Hanovre au trône. L'écrit qui lui a fait le plus de réputation, est sa Traduction des Poésies d'Ossian, où l'on a reconnu de grandes beautés, et qui ont aussi été traduites en françois. Johnson et plusieurs autres écrivains, ont cru ces poésies supposées, et qu'Ossian n'exista jamais; Macpherson en soutint l'authenticité, et eut le docteur Blair pour défenseur.
MACQUART, (Jacques) Henri, médecin de la faculté de Paris, et censeur royal, naquit à Rheims, en 1726. Après avoir fait de bonnes études dans sa patrie, il vint à Paris, et obtint par son mérite, la place de médecin de la Charité. Il la remplit avec l'exactitude d'un homme sensible aux maux de l'humanité, et instruit de leurs causes et de leurs remèdes. Il rendit à la médecine un service important, en rédigeant en notre langue la collection des Poésies Médico-Chirurgicales, que le célèbre Haller avoit publiées en latin en 5 vol. in-4. Ce recueil ne forme que 5 vol. in-12 en françois. Il parut en 1757, et fut accueilli comme le mérite tout ouvrage où l'on sait être laconique sans être obscur. Le magistrat qui présidait au Journal des Savains, choisit cet auteur pour la partie de la médecine. Ses extraits donnèrent une idée très-avantageuse de ses talens. Il mourut en 1768, à 46 ans, et il fut regretté par tous ceux qui le connoissoient. I. MACQUER, (Philippe) avocat au parlement de Paris, sa patrie, naquit en 1720, d'une famille honnête, originaire d'Écosse et qui avoit abandonné son pays par attachement aux Stuart et à la religion Catholique. La foiblesse de sa poitrine ne lui ayant pas permis de se consacrer aux exercices pénibles de la plaidoirie, il se voua à la littérature. Ses ouvrages sont: I. L'Abrégé Chronologique de l'Histoire Eo G g clésiastique, en 3 volum. in-8°, composé dans le goût de l'Histoire de France du président Hénault; mais écrit plus sèchement et avec moins de finesse. II. Les Annales Homenines, 1756, in-8°: autre Abrégé chronologique, mieux nourri que le précédent; l'auteur y a fait entrer tout ce que Saint-Evremont, l'abbé de Saint-Réal, le président de Montesquieu, l'abbé de Mally, etc. ont écrit de mieux sur les Romains. Mais la différence des styles se fait trop sentir dans cette compilation, qui d'ailleurs est assez bien faite. III. Abrégé Chronologique de l'Histoire d'Espagne et de Portugal, 1759-1765, vol. in-8°. Ce livre, commencé par le président Hénault, est digne de cet écrivain, du moins pour l'exactitude; car on n'y trouve d'ailleurs ni portraits bien frappés, ni recherches profondes. L'auteur fut aidé par M. Lacombe, dont les talens pour les Abrégés chronologiques sont assez connus. La république des lettres perdit Macquer le 27 janvier 1770, à 50 ans. C'étoit un homme laborieux, doux, modeste, vrai, ennemi de la sotte vanité et du charlatanisme. Il avoit la tête froide, mais le goût sûr. Son esprit, avide de connoissances en tout genre, n'avoit négligé aucune de celles qui sont utiles. Il eut part au Dictionnaire des Arts et Métiers, en 2 vol. in-8°, et à la traduction du Syphilis de Fracastor, donnée par M. Lacombe. — II. MACQUER, (Pierre-Joseph) frère du précédent, naquit à Paris le 9 octobre 1718. Il étoit membre de l'académie des Sciences et ancien professeur de pharmacie. Le gouvernement qui avoit beaucoup de confiance dans ses lumières, le chargea de l'examen de différens remèdes nouveaux, et il le fit toujours sans enthousiasme et sans prévention. Il travailloit au Journal des Savans, pour la partie de médecine et de chimie. Il étoit très-versé dans cette dernière science. Il eut part à la Pharmacopœa Parisiensis, 1758, in-4°. Ses autres ouvrages sont : I. Elémens de Chimie théorique, Paris, 1749, 1753, in-12. Ils ont été traduits en anglois et en allemand. II. Elémens de Chimie pratique, 1751, 2 vol. in-12; ces deux ouvrages ensemble, 1756, 3 vol. in-12. III. Plan d'un cours de Chimie expérimentale et raisonnée, 1757, in-12, composé en société avec Baumé. IV. Formulæ medicamentorum magistralium, 1763. V. L'Art de la Teinture en Soie, 1763. VI. Dictionnaire de Chimie, contenant la théorie et la pratique de cet art, 1766, 2 vol. in-8°; en allemand, 1768, 3 vol. avec des notes: ouvrage excellent, d'une grande utilité aux médecins, et à ceux qui s'appliquent à la physique pratique. Il en a donné une nouvelle édition en 4 vol. in-8° et deux in-4°. Macquer a beaucoup contribué à rendre utile un art, qui autrefois n'étoit que celui de ruiner la santé par des remèdes exotiques, ou de se réduire à la mendicité en cherchant à faire de l'or. Il mourut à Paris le 16 février 1784. Long-temps avant sa mort, il en avoit annoncé l'instant. Il chercha à consoler sa famille de sa perte, et ordonna que son corps seroit ouvert pour être utile à l'étude de l'anatomie.
MACRET, (Charles-François-Adrien) célèbre graveur, M A C 467 né à Abbeville en 1750, mort en décembre 1783, d'une fièvre lente occasionnée par la douleur de la perte de sa femme. Ses gravures sont en grand nombre, et estimées.
MACRIEN, (*Titus-Fulvius-Julius MACRIANUS*) né en Égypte d'une famille obscure, s'éleva du dernier grade de la milice aux premiers emplois. Il accompagna *Valérien* dans sa guerre contre les Perses, en 258; mais ce prince ayant été fait prisonnier, il se fit donner la pour-pre impériale. *Macrien* étoit alors sur le déclin de sa vie, et estropié d'une jambe. Il distribua une partie de ses richesses aux légions, et les engagea par ses largesses à donner le titre d'Auguste à ses deux fils *Macrien* et *Quiétus*. *Baliste*, préfet du prétoire, ayant secondé son usurpation, il le déclara son premier général, et combattit avec lui les Perses. La victoire suivit ses pas, et il se maintint avec gloire dans l'Orient pendant une année. Il passa ensuite en Occident pour détrôner *Gallien*. Mais il rencontra en Illyrie *Domitien*, général de cet empereur, qui lui livra bataille et le vainquit. *Macrien* se croyant trahi, conjura les soldats qui l'environnoient de le délivrer de la vie, ainsi que son fils *Macrien*; ce qui fut exécuté sur-le-champ vers le 8 mars de l'an 262. *Macrien* étoit un général habile, mais cruel. Ce fut lui qui inspira à *Valérien* l'idée de persécuter les Chrétiens, lesquels eurent beaucoup à souffrir pendant trois ans. Ses deux fils se distinguèrent par leur habileté dans les évolutions militaires, et par leur bravoure dans les dangers. I. MACRIN, (*Marcus-Opi-linus-Severus MACRINUS*) né à Alger dans l'obscurité, d'abord gladiateur, chasseur de bêtes sauvages, notaire, intendant, avocat du fisc, enfin préfet du prétoire, fut élu empereur en 217, après *Caracalla* qu'il avoit fait assassiner. Son caractère doux et complaisant, son amour pour la justice, joints à une taille avantageuse et à une physionomie agréable, lui concilièrent d'abord l'amitié du peuple. Ses premiers soins furent d'abolir les impôts. Il accorda au sénat la permission de punir tous les délateurs apostés par le dernier empereur. Les gens de marque qui se trouvèrent coupables de ce crime, furent exilés, et les esclaves mis en croix. *Macrin* ne soutint pas l'idée que donnèrent de lui de si heureux commencements. *Artaban*, roi des Parthes, lui ayant déclaré la guerre, il eut la bassesse d'acheter très-chèrement une paix ignominieuse. Uniquement occupé de ses plaisirs, il se conduisit comme s'il n'eût eu qu'à jouir de sa fortune. Il affectoit d'imiter *Marc-Aurèle*, mais c'étoit dans des choses extérieures et aisées à copier: une démarche grave, l'attention à ne point précipiter ses réponses, un ton si bas, lorsqu'il parloit, qu'on avoit peine à l'entendre. Il s'en falloit beaucoup qu'il eût les vertus de ce sage empereur; son activité et sa persévérance dans le travail, son zèle pour le bien public, sa noble simplicité, son austère tempérance: au contraire, il négligeoit les affaires; il se livroit aux spectacles, à la musique: il donnoit dans le luxe, et paroissoit vêtu magnifiquement, et ceint d'un bandeau enrichi d'or et de pierreries. Il tenta G g 2 cependant, malgré la mollesse de ses mœurs, d'introduire la réforme dans ses armées, et il faut convenir qu'il prit à cet égard un tempérament assez sage. Il assura aux gens de guerre qui étoient alors dans le service, la jouissance des droits que *Caracalla* leur avoit accordés; mais il déclara que ceux qui s'enrôleraient à l'avenir n'auraient que les privilèges dont on jouissoit sous *Sévère*. Si à cet arrangement il eût ajouté la précaution de séparer son armée, de renvoyer ses légions chacune dans leur quartier, et de revenir promptement lui-même à Rome, où il étoit désiré et appelé par le peuple à grands cris; peut-être auroit-il prévenu sa funeste catastrophe. Mais il laissa, sans aucune nécessité, au milieu de la paix, ses troupes rassemblées dans la Syrie et aux environs, et il leur donna ainsi moyen de devenir plus audacieuses par la vue de leurs forces réunies. D'ailleurs, ces vieux soldats, persuadés que la ratification des avantages qu'ils tenoient de *Caracalla* étoit extorquée par la politique, ne doutèrent point que, dès qu'on les auroit affoiblis, en les dispersant, on ne les réduisit à la condition des nouveaux. Enfin, des exemples de justice que fit *Macrin* sur quelques-uns d'entre eux, qui avoient commis des violences et des excès dans la Mésopotamie, ou qui s'étoient rendus coupables de sédition, achevèrent d'aigrir les esprits. *Capitolin* l'accuse d'avoir poussé la sévérité, dans ces occasions, jusqu'à la cruauté. Mais cet écrivain se déchaîne tellement contre *Macrin*, qu'il est peu croyable sur le mal qu'il en dit. Il paroît qu'il a travaillé d'après les bruits ca- camomnieux que fit répandre *Heliogabale*, pour rendre odieuse la mémoire de son prédécesseur. Quoi qu'il en soit, une armée, ainsi disposée, ne pouvoit manquer d'embrasser et de saisir avidement la première occasion de révolte qui se présenteroit : c'est ce qui arriva. Elle proclama empereur *Heliogabale*, en 218, à Emese. *Macrin* crut appaiser la révolte, en envoyant contre les rebelles, *Julien*, préfet du prétoire; mais ce général fut battu et mis à mort. Un des conjurés eut la hardiesse de porter sa tête à *Macrin*, dans un paquet cacheté avec le cachet de *Julien*, lui disant que c'étoit celle d'*Heliogabale*. Il se sauva pendant qu'on ouvroit le paquet. *Macrin*, abandonné par ses sujets et par ses troupes, prit le parti de fuir déguisé; mais il fut atteint à Archelaïde dans la Cappadoce par quelques soldats, qui lui compèrent la tête et la portèrent au nouvel empereur. L'infortumé *Diadoménien*, son fils, subit le même sort. *Macrin* ne régna qu'un ou deux mois et trois jours, et ne régna encore que trop pour sa gloire.
II. MACRIN, (Jean) poète Latin, disciple de *le Fèvre*, d'Étaples, et précepteur de *Claude de Savoie* comte de Tende, et d'*Honoré* son frère, naquit à Loudun, et y mourut en 1557, à 67 ans. Son véritable nom étoit *SALMON*. Il fut surnommé *Macrinus* à cause de sa maigreur, et l'*Horace François* par rapport à son talent pour la poésie. Il a sur-tout réussi dans le genre lyrique. Il réveilla le goût pour la poésie latine. Il a fait des *Hymnes*; un Poème estimé sur *Golonis* ou plutôt *Gillone Boursault* sa femme ; un Recueil intitulé : *Næviæ*. Ces différens ouvrages parurent depuis 1522 jusqu'en 1550, en plusieurs vol. in-8.$^{o}$ *Varillas* rapporte que *Macrin*, ayant été menacé par le roi qui le sonponnoit d'être infecté des nouvelles erreurs, en fut si effrayé, que de désespoir il se précipita dans un puits ; mais c'est un conte fait à plaisir, comme la plupart des anecdotes de cet historien romanesque.
III. MACRIN, (Charles) fils du précédent, l'égal de son père pour la poésie, le surpassa dans la connoissance de la langue grecque. Il fut précepteur de *Catherine de Navarre*, sœur de *Henri le Grand*, et périt enveloppé dans le massacre de la Saint-Barthélemi, en 1572.
MACRINE, (Sainte) sœur de *St. Basile* et de *St. Grégoire de Nysse*, après la mort de son père et l'établissement de ses frères et sœurs, se retira, avec sa mère *Emmelle*, dans un monastère qu'elles fondèrent dans le Pont, près du fleuve d'Iris. Elle y mourut saintement, en 379, *St. Grégoire*, son frère, a écrit sa *Vic*. On la trouve avec celles des Pères du Désert.
MACROBE, (*Aurelius Macronius*) étoit un des chambellans ou grands maîtres de la garde-robe de l'empereur *Théodore*. Les citoyens de Parme assurent qu'il étoit de leur ville ; mais il dit qu'il n'étoit pas né dans un pays où l'on parlât latin : ce qui ne s'accorde guère avec les prétentions des Parmesans. On a de lui : I. *Les Saturnales*. Ce sont des Entretiens qu'il intitula ainsi, parce qu'il y rassemble les hommes les plus considérables et les plus savans de l'ome durant les vacations des *Saturnales*. Ces Entretiens offrent un mélange curieux de critique et d'antiquités. L'auteur écrit en savant, c'est-à-dire d'une manière pesante et incorrecte. Il ne faut ordinairement que copier, et lorsqu'il parle de lui-même, on voit un Grec (*Macrobe* l'étoit) qui n'est pas exercé à écrire en latin. Son recueil est précieux, par plusieurs singularités agréables, et par des observations utiles sur *Homère* et sur *Virgile*. II. Un *Commentaire* sur le Traité de *Cicéron*, intitulé : *Le Songe de Scipion*. La latinité n'en est pas pure ; mais les remarques en sont savantes. La meilleure édition de *Macrobe* est celle de Leyde, 1670, in-8$^{o}$, avec les remarques des commentateurs connus sous le nom de *Variorum*. On estime aussi celle de Londres, 1694, in-8$^{o}$. Celle de Venise, 1472, in-fol. est d'une rareté extrême.
MACRON, (*Nævius-Sertorius*) favori de l'empereur *Tibère*, l'instrument de la perte de *Séjan*, lui succéda dans la charge de capitaine des gardes. Il ne se servit de son crédit, que pour immoler à son ressentiment et à la cruauté de son maître les plus grands hommes et les personnes les plus vertueuses de l'empire. Lorsque *Tibère* approcha de sa fin, *Macron* fit sa cour à *Caligula*, qu'il prévoyait devoir succéder à l'empire. Il se l'attacha par les charmes de sa femme *Eunia*, que ce prince aima éperdument. Dans la suite, ayant appris d'un médecin que *Tibère* n'avoit plus que deux jours à vivre, il engagea *Caligula* à prendre possession du gouvernement ; G B 3. mais, voyant que *Tibère* commençoit à se porter mieux, il le fit étouffer sous un tas de couvertures. *Macron* continua d'être en faveur auprès du nouvel empereur; mais son crédit ne fut pas de longue durée. *Caligula* l'obligea, lui et sa femme, à se donner la mort : ainsi le crime fut puni par le crime.
**MACROPÉDIUS**, (George) savant littérateur, né à Gemert, près de Grave, vers l'an 1475, entra dans l'ordre des Hiéronimites, enseigna les belles-lettres avec une réputation brillante à Bois-le-Duc, à Liège, à Utrecht. Il fut très-suivi; presque tous ceux qui se distinguèrent dans les belles-lettres en Hollande, vers la fin du 16$^{e}$ siècle, étoient sortis de son école. Il possédoit les langues savantes, et les mathématiques; à ces connoissances il joignoit une piété exemplaire et une grande pureté de mœurs. On a de lui : I. *Computus Ecclesiasticus*, Basle, 1591. II. *Calendarium Chrometricum*, Basle, 1553. III. Des Notes sur l'Office Divin, pour en faciliter l'intelligence ; Bois-le-Duc, 1599, in-4$^{o}$. IV. *Grammaire Grecque et Latine*, et plusieurs autres ouvrages classiques.
**MADAN**, (Martin) ministre Anglois, mort en 1790, a publié une *Traduction de Juvenal*, en anglois; estimée: mais il est sur-tout connu par son livre intitulé *Théliptora*, ou *Traité* de la séduction des femmes. Il y soutient l'utilité et la légitimité de la polygamie.
**MADELEINE**, *Voyez*
**MAGDELEINE**.
**MADELENET**, (Gabriel) né à Saint-Martin-du-Puy, sur les confins de la Bourgogne, mort à Auxerre en 1661, âgé d'environ 74 ans, fut avocat au parlement de Paris, et interprète latin du cardinal de *Richelieu*, qui lui donna une pension de 700 livres, et lui en obtint une de 1500 du roi. Il avoit du talent pour la versification. Il a mieux réussi dans les vers latins que dans les françois. Ce poète avoit plus d'étude et d'art, que de génie. Ses poésies latines sont beaucoup travaillées et assez châtiées; mais elles manquent de chaleur et d'enthousiasme. On remarque qu'il a autant respecté la pureté des mœurs, que celle du style; il ne s'est même jamais permis rien de mordant, ni de satirique. Ses *Poésies* parurent à Paris en 1662, en un fort petit vol. in-12. Elles ont été imprimées depuis, en 1575, in-12, avec celles de *Sautel*.
**MADERNO**, (Carlo) né en 1556 à Bissonne, au diocèse de Côme en Lombardie, étoit neveu du célèbre architecte *Dominique Fontana*. Sa première profession fut celle de stucateur. Étant venu à Rome, il s'adonna à l'architecture, et eut son oncle pour maître. Il s'acquit de la réputation dans cet art, et parvint à se faire nommer principal architecte de l'église de Saint-Pierre, dont il ne restoit plus à faire que la partie antérieure de la croix grecque, qu'elle devoit former, suivant le dessin de *Michel-Auge Buonarroti*, avec la façade. *Maderno*, pour donner plus de grandeur à ce superbe temple, au lieu de terminer la croix grecque, imagina de la changer en croix latine : d'où sont résultés quelques défauts de proportion et de pers- M A F 471 pective, qui n'auroient point eu lieu en suivant le premier plan. On blâme aussi beaucoup l'architecture de la façade, quoiqu'elle présente de grandes beautés. Il est à croire que *Madonna* fut jugé moins sévèrement par ses contemporains. Non-seulement il fut plus employé à Rome qu'aucun autre architecte : mais on voulut avoir de ses dessins dans la plupart des grandes villes d'Italie, et même en France et en Espagne. Cet artiste mourut à Rome, le 30 janvier 1619, dans sa 74e année.
MADERUS, (Joachim-Jean) savant Allemand, vivait encore en 1678. Son goût pour les recherches historiques, lui fit visiter beaucoup de bibliothèques. On lui doit : I. Des *Editions* de divers ouvrages anciens, relatifs à l'histoire d'Allemagne. II. *Scriptores Lipsienses, Wittembergenses et Francofordienses*, 1660, in-4. III. *De Bibliothecis*, joint au traité de Lomeier, Helmstadt 1702 et 1705, 2 tom. in-4°, etc.
MADOX, (Thomas) historiographe royal sous *George premier*, roi d'Angleterre, dédia à ce prince son *Histoire des Villes et Bourgs* de cette isle; mais il est principalement connu par une savante *Histoire de l'Échiquier*, 1711, in-fol., réimprimée en 1769, in-4. Ses recherches sur les antiquités d'Angleterre, sont en manuscrit dans le *Muséum* de Londres, et forment 94 vol. in-fol. et in-4.
MADRISI, (François) né à Udine vers la fin du 17e siècle, mort en 1750, entra de bonne heure dans la congrégation Oratorienne d'Italie, et se livra aux devoirs et aux études de son état. Nous devons à ses soins une bonne édition des Œuvres de *St. Paulin* d'Aquilée, imprimée à Venise, in-fol., 1737.
MÆNIUS, consul Romain qui, ayant remporté une victoire sur les Antiates dans un combat naval, et pris plusieurs de leurs vaisseaux, en lit attacher les becs des proues qui étoient d'airain, autour de la tribune aux harangues, qui depuis s'appela *Rostra*, les Rostres. I. MAFFEE VEGIO, chanoine de Saint-Jean-de-Latran, né à Lodi dans le Milanez, mort en 1458, unit les charmes de la littérature à la gravité de la jurisprudence. Il se livra à la première par goût, et à la seconde par déférence pour ses parents. Il professa le droit dans l'université de Pavie, d'où il fut appelé à Rome par *Eugène IV*, qui le nomma dataire; place importante qu'il remplit avec zèle. Il illustra sa plume par plusieurs ouvrages écrits élégamment en latin. Les principaux sont : I. Un traité *De educatione liberorum*, à Paris, 1511, in-4°, qui passait pour un des meilleurs livres que nous eussions en ce genre, avant les écrits publiés dans ce siècle sur cette matière. La morale en est sage et chrétienne; mais il y a trop de lieux communs, et l'auteur écrit avec plus de pureté que de profondeur. II. Six livres *De la Persévérance dans la Religion*. III. *Discours des quatre fins de l'Homme*. IV. *Dialogue de la vérité exilée*. V. Les Vies de *St. Bernardin de Sienne*, de *St. Pierre Célestin*, de *St. Augustin*, de *Ste. Monique*, à laquelle il avait fait élever une magnifique chapelle dans l'église de Saint-An- G g 4 gustin à Rome. Ces vies, ainsi que les traités ascétiques, dont nous avons donné le titre, sont en latin, et se trouvent dans le volume 26 de la Bibliothèque des Pères, édition de Lyon. VI. Plusieurs *Pièces de Poésie*, Milan, 1597, in-folio, et 1589, in-12. Celle qui lui fit le plus de réputation, fut son 13$^{e}$ livre de l'*Éneide*, quoique l'idée d'être le continuateur d'un poète tel que *Virgile*, fût aussi téméraire que ridicule. On trouve ce supplément dans les éditions de *Virgile* faites à Paris, 1597, in-fol.; à Lyon, 1597, in-fol., etc. C'est sans fondement que *Végio* s'est imaginé qu'il manquait quelque chose à l'*Éneide* de *Virgile*. Tout ce qu'il a prétendu y ajouter dans ce 13$^{e}$ livre, est renfermé dans l'ouvrage même par anticipation. Ce supplément lui a fait cependant honneur, et *Borrichius* assure qu'il est estimable, quoique *Végio* y soit fort éloigné de son modèle. Il a été traduit en vers françois par *Pierre de Monchault*; et cette traduction se trouve avec le texte latin à la suite des *Œuvres de Virgile traduites en vers françois par Robert et Antoine le Chevalier d'AENFAUX*, *frères*, de *Vire en Normandie*, Paris, 1607, in-folio. On a encore de lui, un *Poème sur les friponneries des Paysans*. Ses poésies, selon M. *Landi*, ont de la facilité, de l'harmonie et de l'invention.
II. MAFFÉE, (Bernardin) célèbre et savant cardinal, sous le pape *Paul III*, naquit à Rome en 1514, et mourut en 1553, à 40 ans. La mort, à cette époque, lui fut avantageuse: elle lui épargna la douleur de voir un de ses parens tuer, deux ans après, son frère, sa bellesœur et ses neveux; du moins, si l'on en croit de *Thou*. Les monumens de son goût pour les lettres, sont: Des *Commentaires* sur les *Épitres de Cicéron*, et un *Traité d'Inscriptions et de Médailles*.
MAFFÉE, (Raphaël) *Voy*. MAPHÉE.
III. MAFFÉE ou MAFFEI, (Jean-Pierre) célèbre Jésuite, né à Bergame en 1536, enseigna la rhétorique à Gênes, avant que d'être de la Compagnie de Jésus. *Philippe II*, roi d'Espagne, auquel il communiqua le dessein d'écrire l'histoire des Indes, l'encouragea à l'exécuter; et pour le récompenser d'avance, il nomma son frère secrétaire du Sénat de Milan; et *Grégoire XIII* eut pour lui une estime particulière. *Scioppius*, cité par *Nicéron*, dit qu'il étoit tellement jaloux de la belle latinité, que, «de peur de l'altérer, il demanda au pape la permission de dire son bréviaire en grec;» mais c'est une fable. Le cardinal *Bentivoglio*, ami de ce Jésuite, en fait un portrait avantageux dans le chapitre VIII du premier livre de ses Mémoires. L'extérieur du P. *Maffei* n'avoit rien qui annonçait son mérite; sa conversation même étoit sans agrément. Il étoit d'un tempérament délicat, et veilloit exactement sur sa santé. Les mets ordinaires qu'on servoit à la communauté, ne lui suffisoient pas; il lui falloit quelque chose de plus fin, parce qu'il étoit persuadé qu'une nourriture grossière ne pouvoit faire naître des pensées spirituelles. Il aimoit à voyager et à changer souvent de demeure. Il étoit comme *Horace*, prompt à s'enflammer; mais il rentroit en lui-même, et demandoit pardon à ceux que sa colère avoit offensés ou scandalisés. Il étoit d'une lenteur extraordinaire à composer; rien ne pouvoit le satisfaire, et il passoit des heures entières à limer une phrase. Son travail de chaque jour se bornoit à 12 ou 15 lignes. Quand on lui paroissoit surpris de cette lenteur, il répondoit: « que les lecteurs ne s'informoient pas du temps, mais des beautés qu'on avoit mises en composant un ouvrage. » Il mourut à Tivoli, le 20 octobre 1603, à 77 ans. On a de lui: I. *De vitá et moribus Sancti Ignatii*, in-8°, à Venise, 1585: on sent que c'est un enfant qui peint son père. II. *Historiarum Indicarum libri XVI*, plusieurs fois réimprimés in-fol. et in-8°; et à Bergame, 1747, 2 volum. in-4°. Il y a dans cette histoire bien du merveilleux, qui pourroit faire tort à ce qu'il y a de vrai. On la lit plus pour le style, très-pur et très-élégant, quoique boursouflé dans certains endroits, que pour les faits. Le cardinal *Beativoglio* dit que l'auteur parle bien latin, et assez mal des affaires de la guerre et du cabinet, et que ses harangues n'ont rien que de foible et de languissant. Il mit dix ans à la composer. L'abbé de *Pure* l'a assez mal traduite en françois, à Paris, 1665, in-4°. Elle va jusqu'en 1558. On y trouve à la fin la traduction des *Lettres* écrites des Indes par les Missionnaires. *Grégoire XIII* chargea *Maffei* d'écrire l'histoire de son pontificat. Cet ouvrage, qu'il laissa manuscrit, n'a été publié qu'en 1742, à Rome, en 2 vol. in-4°. V. MAFFÉE ou MAFFEI, — (François-Scipion) né à Vérone en 1675, d'une famille illustre, fut associé fort jeune à l'académie des Arcades de Rome. A 27 ans, il soutint publiquement, dans l'université de Vérone, une *Thèse*, qui respiroit la gaieté de la jeunesse et pleine de poésie, quoique en prose. Elle roulait toute sur l'Amour, et contenoit cent conclusions; l'assemblée fut nombreuse et brillante. Les dames de Vérone y tenoient la place de docteurs: l'ouverture fut une *Pièce de Poésie*; trois académiciens argumentèrent en forme. Le marquis, passionné pour tous les genres de gloire, voulut goûter celle des armes. Il se trouva, en 1704, à la bataille de Donawert, en qualité de volontaire. L'amour des lettres le rappela bientôt en Italie. Il eut alors à soutenir une autre espèce de guerre: il combattit le préjugé odieux et ridicule du duel, à l'occasion d'une querelle où son frère aîné étoit engagé. Il fit un livre plein de savantes recherches, sur les usages des anciens, pour terminer les différends des particuliers: il y fit voir aux duellistes, que ce prétendu point d'honneur et le duel en lui-même sont opposés à la religion, au bon sens, et à l'intérêt de la vie civile. Le marquis *Maffei* s'attacha ensuite à réformer le théâtre de sa nation. Il publia sa *Mérope*; jamais tragédie n'eut un succès si brillant ni si soutenu. C'étoit le seul genre dans lequel il n'eût pas encore essayé ses forces. Il y a, dans la sixième scène du second acte, un mot aussi tendre que sublime. L'auteur le puisa dans la nature, ayant été témoin de ce fait: la femme d'un noble Vénitien, ayant perdu son fils unique, s'abandonnoit au désespoir, un Religieux tâ- choit de la consoler: « Souvenez- vous, lui disoit-il, d'Abraham, à qui Dieu commanda de plonger lui-même le poignard dans le sein de son fils, et qui obéit sans murmure. « Ah! mon Père, ré- pondit-elle avec impétuosité, Dieu n'auroit jamais commandé ce sacrifice à une mère. Le mar- quis voulut aussi épurer la Co- médie; il en fit une, sous le titre de la Ceremonie, qui fut applaudie. Sa réputation étoit répandue dans toute l'Europe, lorsqu'il vint en France en 1732. Son séjour à Paris fut de plus de quatre années. On vit en lui un génie étendu, un esprit vif, pénétrant, avide de découvertes, et très-propre à en faire; une humeur enjouée, un cœur natu- rellement bon, sincère, désin- téressé, ouvert à l'amitié, plein de zèle pour la religion et fidèle à en remplir les devoirs. A peine voulut-on s'apercevoir qu'il se prévenoit aisément de ses propres idées, qu'il étoit délicat sur le point d'honneur littéraire, souf- frant impatiemment la contra- diction, trop absolu dans la dis- pute, et qu'il sembloit vouloir faire régner ses opinions comme par droit de conquête. De France, le marquis Maffei passa en An- gleterre; de là en Hollande, et ensuite à Vienne, où il reçut de l'empereur Charles VI des éloges plus flatteurs pour lui que les titres les plus honora- bles. De retour en Italie, il par- courut toute la sphère des con- noissances humaines. Cet homme célèbre mourut en 1755, à 80 ans. Les Véronois l'avoient chéri avec une espèce d'idolatrie. Pendant sa dernière maladie, on fit des prières publiques, et le conseil lui décerna, après sa mort, des obsèques solennelles. On pro- nonça, dans la cathédrale de Vérone, son oraison funèbre. Personne n'ignore cette inscrip- tion énergique: AU MARQUIS SCIPION MAFFEI, ENCORE VI- VANT, mise au bas de son buste, qu'il trouva à son retour a Vé- rone, placé à l'entrée d'une des salles de l'académie. Le catalogue de ses ouvrages semble être celui d'une bibliothèque. Les princi- paux sont: I. Rime e Prose, à Venise, 1719, in-4.º II. La Scienza Cavalleresca, à Rome, 1710, in-4.º Ce livre contre l'usage barbare des duels, passe pour excellent. Il en a paru six éditions: la dernière a été com- mentée par le P. Paoli, membre de l'académie des Arcades, sous le nom de Tedalgo. III. La Mé- rope, tragédie. Il y en a eu plus de cinquante éditions. La troi- sième, en 1714, in-8°, à Mo- dène, est ornée d'un Discours du marquis Orsi. La huitième, à Londres, 1721, in-8°, est avec un Discours et des notes du Père Sebastien Paoli de Lucques, qui s'est caché sous le nom de Te- dalgo Pastore. L'une des plus belles, est celle faite à Vérone en 1745. Cette tragédie a été traduite deux fois en prose fran- çoise: la première traduction est attribuée à Fréret, secrétaire de l'académie des Inscriptions et Belles-lettres: elle parut avec le texte italien en 1718, in-12, à Paris. La deuxième a été im- primée dans la même ville en 1743, in-8°, sans le texte. On sait que Voltaire a fait un grand usage de la Mérope italienne, dans sa tragédie du même nom; aussi, a-t-il adressé à Maffei une Épître, brillante d'esprit et de grace. IV. Traduttori Italiani, o sia notizia di volgarizzamenti d'antichi Scrittori Latini e Greci, à Venise, 1720, in-8.º V. Teatro italiano, o sia scelta di Tragedie per uso della scena, en 3 vol. in-8.º VI. Cassiodori complexiones in Epistolas et Acta Apostolorum et Apocalypsim, ex vetustissimis membranis erutæ, à Florence, 1721; et à Rotterdam, 1738. VII. Istoria diplomatica, che serve d'introduzione all'artecritico in tal'materia, 1727, in-4.º C'est une histoire de la science diplomatique, qui peut servir d'introduction à ceux qui veulent s'y appliquer. VIII. De gli Anfiteatri, e singolarmente de Veronese, à Vérone, 1728. IX. Supplementum Acaciarum, monumenta nunquam edita continens, à Venise, 1728. X. Musæum Veronense, 1729, in-folio: c'est un recueil d'inscriptions relatives à sa patrie. XI. Verona illustrata, in-fol., à Vérone, 1732, en 4 vol. in-8.º La république de Venise, à qui l'auteur dédia cet ouvrage, le décora d'un titre qui ne se donne qu'à la première noblesse, avec des revenus, des immunités et des privilèges. XII. Il primo canto dell'Iliade d'Omero, tradutto in versi Italiani, à Londres, 1737, en vers non rimés. XIII. La Religione de Gentili nel morire, ricavata da un basso-revelo antico, che si conserva in Parigi, à Paris, 1736, in-4.º XIV. Osservazioni litterarie, che possono servire di continuazione al Giornale de Letterati d'Italia. On a encore de lui, un ouvrage sur la Grace. C'est une Histoire théologique de la doctrine et des opinions qui ont eu cours dans les cinq premiers siècles de l'Eglise, au sujet de la Grace, du Libre arbitre et de la Prédestination: elle est en italien, et fut imprimée à Trente en 1742. Maffei y a joint quelques écrits théologiques qu'il avoit déjà composés. XVI. Des Éditions estimées de quelques Pères. — Il ne faut pas le confondre avec Siguello Scipion MAFFEI, de Tortone, auteur d'une bonne Histoire de la ville de Mantone, en italien.
MAGAHAH, Voy. ACHADI.
MAGALHAENS, Voy. MAGELLAN.
MAGALLIAN, (Côme) Jésuite Portugais, dont on a des Commentaires sur Josué, les Juges, les Épitres à Tite et à Timothée, et d'autres écrits, occupa une chaire de théologie à Coimbre, où il mourut en 1624, dans sa 73e année.
MAGALOTTI, (Laurent) né — à Florence en 1637, fut employé dans plusieurs négociations importantes. Il alla dans diverses cours de l'Europe, en qualité d'envoyé du grand duc, qui l'honora de la charge de conseiller d'état. Il devint membre de la Société royale de Londres, de l'académie de la Grusca, et de celle des Arcades de Rome. Il mourut le 2 mars 1711, à 74 ans. Magalotti étoit très-difficile sur ses écrits; rien ne pouvoit contenter sa délicatesse scrupuleuse. Son exactitude s'étendoit même sur ses discours les plus familiers, qui paroissient aussi étudiés que ses écrits. On frappa à son honneur une médaille, dont le revers est un Apollon rayonnant, et la légende: OMNIA LUSTBAT. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont: I. Le Recueil des Expériences faites par l'académie del Cimento, dont il étoit secrétaire, à Flo- rence, 1667 et 1691, in-fol. L'exactitude des expériences et la justesse des réflexions ne sont pas le seul mérite de ce livre. Il est écrit avec une élégance recherchée, peu ordinaire à ces sortes d'ouvrages. II. *Lettres familières contre les Athées*, en italien, 1641, in-12. III. *Des Relations de la Chine*, etc. IV. *Lettere scientifiche*, 1721, in-4°, 2 vol. V. *Canzonette anacroniche di Lindoro Elateo*, 1723, in-8°. VI. *Opere*, 1762, in-8°.
MAGATTI. (Pierre-Antoine) habile peintre d'histoire, naquit à Vacallo dans le bailliage de Mendriz, en 1687, et mourut à Varèse en 1768.
MAGATUS. (César) né en 1579, à Scandiano, fut fait docteur en médecine à Bologne, l'an 1597, et professeur à Ferrare en 1613. Il s'attacha particulièrement à montrer les défauts de la méthode de panser les plaies, qui étoit alors en usage, et y substitua une pratique appuyée d'une expérience suivie et réfléchie. Il donna à ce sujet un bon traité, intitulé: *De rari medicatione vulnerum*, Venise, 1616, in-fol.; Leipzig, 1733, 2 vol. in-4°. Sur la fin de ses jours, il se fit Capucin, et mourut en 1647. — Son frère JEAN-BAPTISTE, se distingua aussi dans la médecine: on a de lui, *Considerationes medicae*, Bologne, 1637, in-4°.
MAGDALEN, prêtre Anglois, étoit chapelain de Richard II. Comme il ressemblait beaucoup au roi, par les traits du visage et par la taille, quelques seigneurs révoltés le revêtirent, en 1599, d'habits royaux, après l'assassinat de Richard, et le firent reconnoître par un grand nombre d'Anglois. Mais le nouveau roi Henri IV, ayant pris quelques-uns des principaux du parti, toute cette troupe se dissipa. *Magdalen*, et un autre chapelain du roi, tâchèrent de se sauver en Ecosse: on les prit et on les enferma dans la tour de Londres. Ils furent tous deux penaux et écartelés en 1400. I. MAGDELEINE, (Ste MARIE) ainsi nommée du bourg de Magdala, situé dans la Galilée près la mer de Tibériade, fut guérie par Jésus, qui chassa sept démons de son corps. Elle s'attacha à lui, et l'accompagna dans tous ses voyages. Elle le suivit au Calvaire; et après l'avoir vu mettre dans le tombeau, elle retourna à Jérusalem préparer des parfums pour l'embaumer. Le surlendemain, elle alla de grand matin au sépulcre avec les autres femmes; et n'ayant point trouvé le corps, elle courut en porter la nouvelle aux Apôtres, et revint au tombeau. S'étant tournée, elle vit Jésus debout, sans savoir que ce fût lui. Il lui demande ce qu'elle cherchoit? *Magdeleine*, pensant que c'étoit un jardinier, lui répondit: *Si vous l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai*. Jésus lui dit: *Marie...* et aussitôt le connoissant à sa voix, elle se jeta à ses pieds pour les baiser. Mais Jésus lui défendit de le toucher: et tempérant aussitôt ce triste refus par l'aveu qu'il resteroit encore quelque temps avec elle avant que d'aller à son Père, il lui ordonna d'aller annoncer cette nouvelle consolante à ses frères. On ne sait plus rien de certain de la vie de *Magdeleine*, que quelques-uns ont confondue avec la pécheresse dont on ignore le nom, et avec *Marie*, sœur de *Lazare*. *St. Gregoire* a été du nombre de ces derniers. L'Histoire de son voyage en Provence, inconnue à toute l'antiquité, n'a plus besoin d'être réfutée. On crut avoir découvert ses Reliques dans la même province, vers l'an 1279. L'historien romanesque de cette découverte prétend qu'on trouva dans le tombeau qui les renfermoit, un écriteau très-ancien, sur du bois incorruptible, contenant ces paroles : *L'an sept cent de la nativité de Notre-Seigneur, le seizième jour de Décembre, régnant Odouin, roi de France, du temps de l'incursion des Sarasins, le corps de Sainte Marie-Magdeleine, fut transféré la nuit très-secrètement de son sépulcre d'obétre en celui de marbre, par la crainte des Infidèles*. « Or, il est à observer, dit *Fleury*, qu'il n'y eut jamais de roi de France du nom d'Odouin ou Odoïc, et que l'an sept cent régnait *Childebert III*, à qui succéda *Dagobert II* jusqu'en 716. Mais celui qui fabriqua l'écriteau, ni ceux qui le découvrirent, n'en savoient pas tant. Vous avez vu d'ailleurs que douze ans auparavant, en 1267, le roi *St. Louis*, accompagné du légat *Simon de Brie*, alla à Vézelai, et y assista à la translation des Reliques de sainte *Marie-Magdeleine*, d'une chasse à l'autre. En remontant plus haut, vous trouverez que dès l'an 1146 on croyoit avoir ce Corps à Vézelai; et qu'en 898 l'empereur *Léon* le Philosophe l'avoit fait apporter à Constantinople; et d'Éphèse, selon *Cedrenus*. Tous ses faits ne sont pas faciles à accorder avec la découverte de Provence, dont l'histoire, suivant le même écrivain, est un tissu de *Fables mal inventées par des ignorans*. » *Voy*. II. LAUNOL.
II. MAGDELEINE DE PAZZI, (Sainte) Carmélite de Florence, morte le 27 mai, 1607, à 41 ans, fut béatifiée par *Urbain VIII* en 1626, et canonisée par *Alexandre VII* en 1669. Elle fut tourmentée par diverses tentations, et exerça sur elle-même beaucoup d'austérités. Sa *Vie* a été écrite en italien par *Vincent Puchini*, et traduite en français par *Brochand*, et en latin par *Papebrock*. On en trouve un abrégé dans les *Vies des Saints* de *Baillet*, au mois de mai.
III. MAGDELEINE, dite DU ST-SACREMONT, née à Saint-Sever, petite ville de Gascogne, le 6 avril 1617, fit profession religieuse à Bordeaux, dans le couvent des Carmélites qu'elle édifia par ses austérités et l'exercice de toutes les vertus. Elle a écrit deux Opuscules, l'un sur la prière, l'autre sur les vertus théologales. Ils sont imprimés à la suite de sa *Vie*, par D. *Martianay*. *Magdeleine* mourut à l'âge de 80 ans.
IV. MAGDELEINE DE FRANCE, reine de Navarre, fille de *Charles VII*, et de *Marie d'Anjou*, naquit le 1er décembre 1443. Fiancée à *Ladislas*, roi de Hongrie, son mariage ne fut point consommé avec ce prince, qui mourut subitement empoisonné. Elle épousa ensuite *Gaston de Foix*, qui mourut en 1470. Neuf ans après, elle devint régente du royaume de Navarre, et soutint avec vigueur son gouvernement contre les en- treprises de Ferdinand, roi d'Aragon, et les querelles particulières de Beaumont et des Grammont, qui avoient long-temps désolé le pays. Magdeleine, après avoir fait couronner Catherine, sa fille, reine de Navarre, et lui avoir fait épouser Jean d'Albert, mourut en 1495, et fut inhumée dans la cathédrale de Pampelune. V. MAGDELEINE DE FRANCE, fille du roi François I, et femme de Jacques V, roi d'Écosse, naquit à Saint-Germain-en-Laye, le 10 août 1520. Ce prince, prévenu favorablement par les bruits publics pour l'esprit et la beauté de cette princesse, résolut de la mériter en secourant François I, dans le temps qu'on appréhendait que l'empereur n'envahit la Provence et le Dauphiné. Mais, malheureusement, une tempête épouvantable dispersa la flotte Écosse, sur laquelle il y avoit 16,000 hommes de débarquement. Jacques ne laissa pas d'aborder à Dieppe, et de prendre la poste pour aller demander à François Ier sa fille en mariage. Ce monarque généreux, sollicité par un prince aussi généreux que lui, ne put lui refuser l'objet de sa demande. Magdeleine fut mariée à Paris, le 1er janvier 1536, et mourut de la fièvre en Écosse, dès le 7 juillet suivant. Le poète Ronsard s'écrie : La belle Magdeleine, honneur de chasteré, Une grace en beauté, Junon en majesté, A peine de l'Écosse avoit rouché le bord, Quand au lieu d'un royaume, elle y trouva la mort. Ni larmes du mari, ni beauté ni jeunesse, Ni vœu ni oraison ne fléchit la rudesse De la parque qu'on dit la fille de la nuit, Que cette belle Reine avant que porter fruit Ne mourut en sa fleur...
MAGDELENET, Voy. MAGDELENET.
MAGELLAN, (Ferdinand) autrement Fernando de MAGALHAENS, capitaine Portugais, s'est immortalisé par ses découvertes. Il commença ses expédition par la conquête de Malaca, faite en 1510, et dans laquelle il combattit sous le grand Albuquerque, appelé le Mars Portugais. Il se distingua bientôt, tant par sa bravoure que par son intelligence dans l'art de la navigation, et par une connoissance exacte des côtes des Indes Orientales. A son retour en Portugal, il se crut en droit de demander une récompense au roi Emmanuel. N'ayant pu l'obtenir, il renonça pour jamais à sa patrie, et alla offrir ses services à Charles-Quint, pour la conquête des isles Moluques. L'empereur n'hésita point à lui confier une flotte de cinq vaisseaux, et Magellan partit de Séville, le 10 août 1519. Lorsqu'on fut à la hauteur de Rio-Janeiro, la chaleur de ce nouveau climat causa tant de maladies dans la flotte, que tout l'équipage découragé jugea qu'il étoit impossible de poursuivre cette entreprise. Le tumulte alla si loin, que Magellan fut obligé de punir de mort les principaux chefs de la révolte, qui étoient Mandocé et Quexada, Castillans distingués. Il fit hiverner sa flotte dans un cap situé au 52e degré, où l'on apprerait des hommes d'une taille gigantesque, et il l'appela le Cap des Vierges, parce qu'il avoit été découvert le jour de Ste Ursule. A 12 heures de ce cap, il entra, le 21 octobre 1520, dans un détroit auquel il donna son nom, dont la bouche avoit une lieue de largeur, et qui étoit bordé de montagnes fort escarpées. Il y pénétra environ jusqu'à 50 lieues, et rencontra un autre détroit plus grand, qui débouchoit dans la mer Occidentale, qu'il nomma l'Océan Pacifique; il donna à ce détroit le nom de Jason Portugais. Enfin, après une navigation de 1500 lieues depuis ce cap, et n'ayant plus que trois vaisseaux, il arriva aux isles des Larrons, et se rendit de là aux isles Philippines, dont il prit possession au nom du roi d'Espagne. Ce fut dans ces isles que, combattant pour un roi devenu son allié, il fut tué d'un coup de lance, le 26 avril 1521. Un vaisseau et 18 hommes d'équipage furent les seuls restes de cette expédition périlleuse. Ils rentrèrent au port de San-Lucar, le 7 septembre 1522. Le bibliographe Espagnol, Nicolas Antonio, assure que le Routier des navigations de Magellan étoit manuscrit, entre les mains d'Antonio Moreno, cosmographe de la Contractation de Séville. On en trouve une Description abrégée dans le Recueil de Hamusio.
MAGEOGHEGAN, (Jacques) prêtre Irlandois, habitué à la paroisse de Saint-Merry, à Paris, mourut en 1764, à 63 ans. C'étoit un homme laborieux, et aussi attaché à sa patrie, que les Juifs de la capti- vité l'étoient à Jérusalem. Il est auteur d'une Histoire d'Irlande, Paris, 1758, 3 vol. in-4e Cette Histoire, remplie de recherches que l'on ne trouve pas ailleurs, est la seule que nous ayons de ce pays. L'auteur, comme Irlandois et comme Catholique, n'est pas favorable aux Anglois. Son style pourroit être plus élégant. I. MAGGI. (Jérôme) Magigius, d'Anghiari dans la Toscane, eut du goût pour tous les arts et pour toutes les sciences, et les cultiva avec succès. Quoiqu'il eût cultivé la jurisprudence, il s'adonna particulièrement à la partie des mathématiques qui regarde l'architecture militaire. Ses talens déterminèrent les Vénitiens à lui donner la charge de juge de l'amirauté dans l'isle de Chypre. Famagouste, assiégée par les Turcs, trouva dans lui toutes les ressources qu'elle auroit pu attendre du plus habile ingénieur. Il désespéra les assiégeans, par les machines qu'il inventa pour détruire leurs travaux; mais ils eurent leur revanche. La ville ayant été prise en 1571, ils pillèrent la bibliothèque de Maggi, l'emmenèrent chargé de chaines à Constantinople, et le traitèrent de la manière la plus barbare. Il se consola néanmoins, à l'exemple d'Esope, de Menippe, d'Epic-tête, et de divers autres sages qui avoient été esclaves comme lui. Après avoir travaillé tout le jour à des ouvrages bas et méprisables, il passoit la nuit à écrire. Il composa, à l'aide de sa seule mémoire, des Traités remplis d'érudition, qu'il dédia aux ambassadeurs de France et de l'empereur. Ces deux ministres, touchés de compassion, voulurent le racheter ; mais , tandis qu'ils traînent de sa rançon, Maggi trouva le moyen de s'évader et de se sauver chez l'ambassadeur de l'empereur. Le grand visir, irrité de cette évasion, l'envoya reprendre, et le fit étrangler dans sa prison, le 27 mars 1572. C'étoit un homme d'une profonde érudition, laborieux, bon citoyen, ami sincère, et digne d'une meilleure fortune. Ses principaux ouvrages sont : I. Un traité *De Tintinnabulis*, à Hanau, in-8°, 1608. Ce traité des Cloches est très-savant ; et, ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que l'auteur le fit de mémoire. II. Un autre *De Equulo*, Hanau, in-8°, 1609. III. *De Mundi exitio per combustionem, libri r*, Basle, 1562, in-fol. IV. Des *Commentaires* sur les Vies des Hommes illustres d'*Emilius Probus*, in-fol. V. Des *Commentaires sur les Institutes de Justinien*, in-8°. VI. Des *Mélanges*, ou diverses Leçons, 1564, in-8°. Tous ces ouvrages, écrits assez élégamment en latin, sont remplis de recherches. *Maggi* produisoit peu de lui-même, et se contentoit de recueillir les pensées des autres. On a encore de lui, un *Traité des Fortifications*, en italien, 1589, in-fol. Il y propose diverses machines de guerre fort curieuses, et dont quelques-unes étoient de son invention. Un livre, *De la situation de l'Ancienne Toscane*.
II. MAGGI, (Barthélemi) médecin, frère du précédent, naquit en 1477, et mourut à Bologne sa patrie, en 1552, à 75 ans. Nous avons de lui, un *Traité* sur la guérison des plaies faites par les armes à feu, 1552, in-4°, Bologne, en latin. — Il ne faut pas le confondre avec François-Marie Maggi, qui a publié *Syntagmata linguarum Georgiæ*, Romie, 1670, in-fol.; ni avec Charles-Marie Maggi, professeur de belles-lettres à l'université de Milan, sa patrie, mort en 1699, et dont nous avons des *Poésies*, Milan, 1700, 4 vol. in-12.
MAGHEM, nourrice d'*Akbar*, troisième empereur des Mogols, donna à ce prince de bons conseils pour régner avec gloire, et l'affranchit de la tutelle tyrannique où le retenoit *Beyram*, son gouverneur. Elle le fit couronner solennellement à Dehli, et lui menagea l'estime et la fidélité des grands. *Beyram* se retira dans le Guzarate, où l'un de ses esclaves l'assassina en 1356... *Maghem*, honorée par les Orientaux, mourut dans un âge très-avancé. I. MAGINI, (Jacques) *Maginus*, Augustin, mort vers 1422 fort âgé, est auteur d'un livre de théologie assez rare, intitulé : *Sophologium*, Paris, 1477, in-4°. Il y en a une édition plus ancienne, sans date.
II. MAGINI, (Jean-Antoine) célèbre astronome et mathématicien, natif de Padoue, enseigna en Pologne avec réputation. Ce savant étoit infecté des erreurs, trop communes alors, de l'astrologie. Il se méloit aussi de tirer des horoscopes, et il a écrit sur cette matière aussi obscure que ridicule. Il mourut à Bologne le 11 février 1617, à 62 ans. On a de lui : I. Des *Ephémérides*. II. *Nova eolestium orbium theoria*. Quoiqu'il penchât pour le système de *Copernic*, il soutient M A G 481 soutient dans cet ouvrage celui de *Ptolomée*, qu'il tâche de corriger et d'expliquer. Ce n'est pas qu'il le crût meilleur que l'autre; mais vraisemblablement il redoutoit l'inquisition qui regardoit les Coperniciens de mauvais œil. III. Des *Commentaires* sur la Géographie de *Ptolomée*. IV. Une description de l'Italie en 60 tables. V. Un *Traité du Miroir concave sphérique*, traduit en françois, 1620, in-4.º Il composoit lui-même de grands miroirs concaves de cinq pieds de diamètre, et il fit en optique les progrès qu'on pouvoit y faire alors; et un grand nombre d'autres ouvrages, peu recherchés aujourd'hui.
MAGIO, (François-Marie) chanoine régulier, né en 1612, mort l'an 1636 à Palerme, fut envoyé dans les missions de l'Orient l'an 1636, par la congrégation de la Propagande. Il parcourut la Syrie, l'Arabie, l'Arménie, et y fit beaucoup de fruit. Par-tout il montra qu'il savoit allier un grand zèle à beaucoup de prudence. On a de lui : I. *Syntagmata linguarum Orientalium*; Rome, 1570, in-fol. II. *De sacris Ceremoniis*. III. *De Pauli IV inculpatti vita disquisitiones historicae*. IV. Plusieurs ouvrages sur le *Rituel*, et des écrits ascétiques. — MAGISTRIS, (Simon de) Patrice Romain, né à Serra, en 1728, et mort à Rome le 6 octobre 1802, âgé de 75 ans, se rendit célèbre par la connoissance profonde des langues savantes; il parloit l'hébreu, le grec et le latin, avec autant de facilité que l'italien. *Pie VI*, qui l'employoit fréquemment à des recherches relatives à l'antiquité ecclésiastique, récompensa ce savant qui étoit de la congrégation gation de l'Oratoire de *St. Philippe de Néri*, en le nommant évêque de Cyrène, et secrétaire perpétuel de la congrégation établie à Rome pour la correction des livres de l'Église d'Orient. Il fit admirer dans cet emploi, la vaste étendue de son érudition et de sa critique. *Magistris* a sur-tout bien mérité de la religion par la belle édition grecque de *Daniel*, d'après la version des Septante, Rom. 1772, in-fol. On en croyoit le texte perdu, mais il fut retrouvé dans un manuscrit de la bibliothèque du prince *Chigi*; on y a joint l'interprétation grecque de *St. Hippolyte*, martyr, la confrontation de la version de *Théodotion*, avec une partie du livre d'*Esther* en chaldaïque, et cinq dissertations apologétiques sur cette version des Septante. *Magistris* a été encore l'éditeur des deux ouvrages suivans : I. *Acta Martyrum ad ostia Tiberina*, ex mss. *Codice Regia bibliothecae Taurinensis*; Rome, 1795. II. *Sancti Iyonius Alexandrin Episcopi cagoamento Magni, quæ supersunt*; Rome, 1796, en grec et latin, in-fol. Cette belle édition est précédée de la vie de *St. Denis* d'Alexandrie, et d'une savante Préface sur l'authenticité de l'ouvrage. III. On a encore de ce savant prélat, *Gli attidi cinque Martiri nella corca, coll'origine della Fede in quel Regno*; Rom. 1801, in-8.º Ennemi déclaré de l'incrédulité moderne, *Magistris* consacra ses veilles à confondre l'antiquité et à soutenir courageusement les intérêts du Christianisme. Sa vie édifiante prouva, encore mieux que sa plume, qu'il fut profondément pénétré de l'excellence et de la vérité de la religion. H h 482 MAG
MAGLIABECCHI, (Antoine) né à Florence en 1633, fut d'abord destiné à l'orféverie; mais on lui laissa suivre ensuite son goût pour les belles-lettres, et il devint bibliothécaire de Cosme II, grand duc de Toscane. Il mourut à Florence le 14 juillet 1714, à 81 ans, laissant sa nombreuse bibliothèque au public avec un fonds pour l'entretenir. Il étoit consulté par tous les savans de l'Europe, et adoré par ceux de Florence. Conseils, livres, manuscrits, rien n'étoit refusé à ceux dans qui il voyoit le germe de l'esprit. Le cardinal Noris lui écrivit, qu'il lui étoit plus redevable de l'avoir dirigé dans ses études, qu'au Pape de l'avoir honoré de la Pourpre. Sa vaste mémoire embrassoit tout. Il portoit son avidité pour les livres, jusqu'à lire ceux qui n'étoient pas tout-à-fait mauvais; et il trouvoit que son temps n'étoit pas toujours perdu. On a imprimé à Florence, en 1745, un recueil des différentes Lettres que des savans lui avoient écrites, in-80; mais ce recueil est incomplet, parce que Maglia-Becchi, indifférent pour tout, excepté pour l'étude, négligeoit de mettre en ordre ses papiers. On a encore de lui, des éditions de quelques ouvrages.
MAGLOIRE, (St.) natif du pays de Galles dans la Grande-Bretagne, cousin germain de St. Samson, et de St. Malo, embrassa la vie monastique, vint en France, fut abbé de Dol, puis évêque régionnaire en Bretagne. Il établit dans la suite un monastère dans l'isle de Jersey, où il mourut le 14 octobre 575, âgé d'environ 80 ans. Ses reliques furent transférées au faubourg Saint-Jacques, dans un monastère de Bénédictins, cédé aux Pères de l'Oratoire en 1628. Ce fut dans la suite le Séminaire Saint-Magloire, célèbre par les savans qu'il a produits. On s'est trompé lorsqu'on a attribué à ce saint, l'Hymne qu'on chante à la Toussaint: Cælo quos eadem gloria consecrat, etc. On aura vu en tête de cette Hymne, S. Maglorianus; ce qui signifie Santeuil de St. Magloire. Cette hymne et toutes celles de la fête de Toussaint sont du poète Victorin, et marquées dans le bréviaire de Paris, édition de 1736, S. V., et non S. Magl.
MAGNAN, Voy. MAGNAN.
MAGNENCE, Germain d'origine, parvint du grade de simple soldat aux premiers emplois de l'empire. L'empereur Constant l'honora d'une amitié particulière, et dans une révolte, le délivra de la fureur des soldats, en le couvrant de sa robe. Magnence paya son bienfaiteur de la plus noire ingratitude; il le fit mourir en 350, après s'être fait proclamer empereur. Ce crime le rendit maître des Gaules, des Isles Britanniques, de l'Espagne, de l'Afrique, de l'Italie et de l'Illyrie. Constance se disposa à venger la mort de son frère; il marcha contre Magnence, et lui livra bataille en 351, près de Mursie en Pannonie. L'usurpateur, après une vigoureuse résistance, fut obligé de prendre la fuite, et son armée fut taillée en pièces. Il perdit peu à peu tous les pays qui l'avoient reconnu. Il ne lui resta plus que les Gaules, où il se réfugia. La perte d'une bataille, entre Die et Gap, acheva de le jeter dans le désespoir. Il se sauva à Lyon, où, après avoir fait mourir tous ses parens, entr'autres sa mère et son frère, il se donna la mort en 353, à 50 ans. Ce tyran aimoit les belles-lettres, et avoit une certaine éloquence guerrière qui plaisoit beaucoup. Son air étoit noble, sa taille avantageuse, son esprit vif et agréable; mais il étoit cruel, fourbe, dissimulé, et il se décourageoit aisément. Sa tête fut portée par tout l'empire. *Magnance* fut le premier des Chrétiens qui osa tremper ses mains dans le sang de son légitime monarque.
MAGNET, (Louis) Jésuite, né l'an 1575, mort en 1657, à 82 ans, fut le rival du célèbre *Buchanan* en poésie sacrée. Il s'est fait un nom par sa Paraphrase en vers latins des *Fscau-mes* et des *Cantiques* de l'Écriture sainte. Cet auteur est assez bien entré dans l'esprit des écrivains sacrés, et n'affoiblit que rarement la force de leurs expressions.
MAGNI, (Valérien) *Magnus*, célèbre Capucin, né à Milan en 1587, d'une famille illustre, fut élevé aux emplois les plus importants de son ordre. Le pape *Urbain VIII*, instruit de son mérite, le fit chef des missions du Nord, emploi dont il s'acquitta avec autant de succès que de zèle. Ce fut par son conseil que ce pontife abolit l'ordre des Jésuitesses en 1631. *Ladislas-Sigismond*, roi de Pologne, demanda un chapeau de cardinal pour lui; mais les Jésuites, avec lesquels il étoit brouillé, empêchèrent qu'on ne l'honorât de la pourpre. L'occasion de ses querelles avec cet ordre redoutable, n'est pas bien connue; ce qu'il y a de sûr, c'est que le Père *Magni* avoit essayé sa plume contre la morale corruptrice de plusieurs théologiens de la Société. Ses ennemis lui firent défendre d'écrire par le pape *Alexandre VII*. Le Capucin ne crut pas devoir obéir à cette défense, et il publia quelque temps après son *Apologie*. Les Jésuites irrités le déferèrent comme hérétique, et prirent pour prétexte de leur accusation, qu'il avoit avancé que la primauté et l'ia-faillibilité du Pape n'étoient pas fondées sur l'Écriture. On le mit en prison à Vienne, et il n'obtint sa liberté que par la faveur de *Ferdinand III*. Il se retira, sur la fin de ses jours, à Saltzbourg, et y mourut de la mort des justes en 1661, à 73 ans, après en avoir passé 60 dans son ordre. On a de lui, quelques ouvrages en latin. On trouve dans le tome 2$^{d}$ du Recueil, intitulé *Tuba magna*, une *Lettre* écrite en sa prison même: il y répond aux accusations intentées contre lui, et le fait avec la vivacité qu'inspire un caractère fougueux joint à la persécution. Ce Capucin, zélé défenseur de la philosophie de *Lescartes*, se déclara ouvertement contre les vieilles erreurs d'*Aristote*, qu'il combattit dans différents ouvrages. On lui doit encore quelques *Livres de controverse* contre les Protestans, qu'il haïssoit presque autant que les Jésuites. On convoit sa réponse favorite: *Mentor impudentissimè*. Elle est une preuve que sa franchise tenoit un peu de la grossièreté et de l'impolitesse. La vérité auroit sans doute moins déplu dans sa bouche, s'il avoit su lui donner le ton de douceur qu'elle doit avoir. H h 2 484 MAG
MAGNIER, (Philippe) habile sculpteur, mort à Paris en décembre 1715, à 68 ans, orna de ses statues les parcs de Versailles et de Marly.
MAGNIÈRE, (Laurent) sculpteur de Paris, mort en 1700, âgé de 82 ans, avoit été reçu, en 1667, de l'académie royale de Peinture. Ses talens l'ont placé au rang des plus célèbres artistes du siècle de Louis XIV. Il a fait pour les jardins de Versailles, plusieurs Thermes, représentant Circé, Ulysse, le Printemps, etc.
MAGNIEZ, (Nicolas) ecclésiastique savant et laborieux, mort en 1749 dans un âge avancé, est connu par son excellent Dictionnaire latin, intitulé NOFITIUS, Paris, 1721, in-4°, 2 vol. Cet ouvrage, si utile aux maîtres, et qui jouit d'une estime méritée, n'a eu que cette édition; celle qui porte 1733, n'a de différence que le frontispice. On y trouve, outre les mots des auteurs classiques, tous ceux de la Bible, du Bréviaire, et des Auteurs ecclésiastiques, les termes des sciences, les noms des grands hommes, des dieux de la fable, des évêchés, des conciles, des hérésies, etc. Enfin, plus de six mille mots qui ne sont pas dans les dictionnaires ordinaires.
MAGNIN, (Antoine) poète François, originaire de Bourg-en-Bresse, et subdélégué de l'intendant de Bourgogne, mourut en 1708, à 70 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, dans lesquels on remarque du goût, mais encore plus de négligence. L'auteur étoit un de ces rumeurs subalternes, qui barbotent toute leur vie dans les marais du Parnasse. Il ne connut point cet enthousiasme qui est l'âme de la belle poésie. Cet auteur avoit de l'érudition, et il a laissé plusieurs ouvrages manuscrits. I. MAGNOL, (Pierre) professeur en médecine, et directeur du jardin des plantes de Montpellier, mort en 1715, à 77 ans, a donné: I. Botanicon Monspeliense, 1686, in-8°, fig. II. Hortus Regius Monspeliensis, 1697, in-8°, fig. III. Novus Caracter Plantarum, 1720, in-4°
II. MAGNOL, (Antoine) fils du précédent, né à Montpellier en 1676, succéda dans la chaire de son père, et mourut en 1759, après avoir publié: I. Novus Caracter Plantarum, Montbéliard, 1725, ouvrage de son père. II. Dissertatio de respiratione. III. De naturæ et causis fluiditatis sanguinis; et plusieurs autres dissertations.
MAGNON, appelé quelquefois MAGNIEN, (Jean) poète François, né à Tournus dans le Mâconnois, exerça pendant quelque temps la profession d'avocat à Lyon. On a de lui, plusieurs pièces de théâtre, dont la moins mauvaise est Artaxerces, tragédie jouée en 1645. Il y a de la conduite, de beaux sentimans, et quelques caractères passablement soutenus. Ses autres pièces sont: Josaphat, 1646; Séjan, 1646; Orcondate et Statira, 1647; Tamerlan et Bajazet, 1647; Jeanne de Naples, 1654; Zénobie, reine de Palmyre, 1659. Elles ont toutes été imprimées séparément. Ce poète quitta le genre dramatique, et conçut le dessein de produire, Un dix volumes, chacun de vingt mille vers, une *Encyclopédie*. Il n'eut pas le temps d'exécuter ce projet ridicule, ayant été assassiné de nuit par des voleurs à Paris, en 1662. Une partie de son ouvrage parut en 1663, in-4°, sous le titre emphatique de *Science universelle*, et avec une préface encore plus emphatique. *Les Bibliothèques*, dit-il au Lecteur, *ne te serviront plus que d'un ornement inutile*. Quelqu'un lui ayant demandé si son ouvrage seroit bientôt fait? *Bientôt*, répondit-il, *je n'ai plus que cent mille vers à faire*. On ne doit pas s'étonner de la merveilleuse facilité de *Magnon*: ses vers sont peut-être ce que nous avons de plus lâche, de plus incorrect, de plus obscur et de plus rampant dans la poésie Françoise. L'auteur avoit pourtant été ami de *Molière*, et avoit joué la comédie avec lui; mais il profita peu des conseils de cet excellent comique. I. MAGNUS, (Jean) archevêque d'Upsal en Suède, né à Lincoping, en 1488, s'éleva avec force contre le Luthéranisme, et travailla en vain à empêcher le roi *Gastave* de l'introduire dans ses états: ce monarque répondit à ses remontrances par des persécutions. *Magnus* se retira à Rome, y reçut beaucoup de témoignages d'estime, et y mourut en 1544, à 56 ans, après avoir publié: I. Une Histoire de Suède en vingt-quatre livres, intitulée *Gothorum Suecorumque historia ex probatis antiquorum monumentis collecta*, 1554, in-folio; Basle, 1558, in-8°: ouvrage publié avec des additions par *Olaïs Magnus* son frère. II. Celle des archevêques d'Upsal, sous le titre *Historia Metropolitanæ Ecclesiæ Upsalensis*, in regnis Sueciæ et Gothiæ, à Joanne *Magna Gotho*, sedis apostoliæ legato, et ejusdem ecclesiæ archiepiscopo, collecta, opera *Olaïi Magni Gothi ejus fratris in lucem vidita*: Rome, 1560, un volume in-folio. On trouve dans ce livre de quoi rétablir la vérité des faits, et détruire les calomnies des Luthériens contre cet illustre archevêque, homme d'un zèle ferme et d'une droiture inflexible.
II. MAGNUS, (Olaïs) frère du précédent, auquel il succéda l'an 1544, dans l'archevêché d'Upsal, parut avec éclat au concile de Trente, en 1546, et souffrit beaucoup dans son pays pour la religion Catholique. On a de lui: L'Histoire des mœurs, des coutumes et des guerres des peuples du Septentrion, sous le titre: *Historia Gentium Septentrionalium*, Rome, 1555, in-folio. Cet ouvrage renferme des choses curieuses, mais quelques-unes semblent être le fruit de la crédulité. L'auteur y montre un grand attachement à la foi catholique, et un zèle ardent contre les Protestans. Il mourut à Rome vers 1560.
MAGNUS, Voy. MAGNI.
MAGOG, chef des anciens Scythes, auquel on attribue la civilisation de plusieurs peuples du Nord: il introduisit parmi eux la connoissance de plusieurs arts. *Schroderus* dans son *Lexique Scandinave*, le fait inventeur des *Runes*, espèce d'héroglyphes ou caractères dont se sont servis les peuples Septentrionaux, et dont l'usage a précédé en Europe celui des lettres grecques. *Ludæus* fait remonter l'usage des *Runes* au H h 3 3e siècle, après le déluge. Il n'en compte que seize primitives; et, pour démontrer qu'elles n'ont aucun rapport avec les lettres connues, il a inséré, dans son Atlantique, une Table comparative de ces caractères, avec les lettres gothiques, hébraïques, phéniciennes, grecques et latines. Voyez VERELIUS. I. MAGON BARCÉE, général Carthaginois, envoyé en Sicile, l'an 394 avant Jésus-Christ, contre Denis le Tyran, fut défait dans le premier combat; mais ayant remis une puissante armée sur pied l'année suivante, il battit le tyran, et lui accorda la paix. La guerre s'étant rallumée, les Carthaginois firent une nouvelle tentative sur la Sicile. Magon étoit à la tête: il livra bataille aux ennemis, et fut tué l'an 389 avant J. C. — MAGON BARCÉE son fils, lui succéda dans le commandement, et fut encore moins heureux. Éponvanté par l'arrivée de Timoléon, général des Corinthiens, il quitta précipitamment la Sicile. On lui fit son procès. Il prévint le supplice par une mort volontaire, l'an 343 avant Jésus-Christ. Les Carthaginois firent attacher son cadavre à une croix, pour éterniser sa lacheté et son infamie.
II. MAGON, frère d'Annihal, se signala avec lui à la bataille de Cannes, et porta la nouvelle de cette victoire à Carthage. Pour donner une idée sensible de cette action, il fit répandre au milieu du sénat trois boisseaux d'anneaux d'or, tirés des doigts des chevaliers Romains, tués dans le combat, l'an 216 avant J. C. Magon fut envoyé ensuite contre Scipion, en Espagne; mais il fut battu près de Carthagène, et poursuivi sur le bord de la mer. Il se retira dans les isles Baléares, connues aujourd'hui sous les noms de Majorque, et de Minorque. Les habitans de ces isles passaient pour les plus habiles frondeurs de l'univers: dès que les Carthaginois approchèrent de la première, les Baléariens firent pleuvoir sur eux une si effroyable grêle de pierres, qu'ils furent obligés de regagner la mer. Ils abordèrent plus heureusement à Minorque; et le Port-Mahon, Portus-Magonis, retint le nom du général qui l'avoit conquis. Le héros Carthaginois passa ensuite en Italie, se rendit maître de Gênes, fut battu et blessé dans un combat contre Quintilius-Varus, et mourut de ses blessures l'an 203 avant J. C. — Il y a eu encore un autre MAGON, qui laissa vingt-huit livres sur l'Agriculture. Celui-ci florissait vers l'an 140 avant J. C. De toutes les richesses que Scipion trouva au siège de Carthage, il ne conserva que l'ouvrage de Magon: il le porta au sénat, qui dans la suite le consulta souvent, et lui rendit même plus d'honneurs qu'aux Lières Silyllins.
MAGONTHIER, Voy. LAUBANIE.
MAGRI, (Dominique) né dans l'isle de Malte, prêtre de l'Oratoire et chanoine de Viterbe, mort en 1672, à 68 ans, avoit une érudition peu commune, embellie par les vertus sacerdotales. Il laissa deux ouvrages utiles: I. Hicrolexicon, 1677, in-folio, à Rome, composé avec son frère Charles; c'est un Dictionnaire qui peut beaucoup servir pour l'intelligence de l'Écriture-Sainte. II. Un Traité en latin des contradictions apparentes de l'Écriture, dont la meilleure édition est celle de 1685, in-12, à Paris, par l'abbé le Fèvre, qui l'augmenta considérablement, et qui pourtant n'a pas épuisé la matière. III. Dom. Magri, a composé la Vie de Latinus Latinius, qui est à la tête de la Biblioteca sacra et profana de cet auteur, dont Charles Magri a donné l'édition, Rome, 1677, in-folio. IV. Virtu del Cafe, Roma, 1671, in-4.º V. Viaggio al Monte Libano, 1664, in-4.º On préfère celui de Dandini. — MAHADI, troisième calife de la race des Abassides, fils et successeur d'Abou-Giafar Almanzor, se fit un nom par son courage et par sa sagesse. Après avoir remporté plusieurs victoires sur les Grecs, il conclut la paix avec l'impératrice Irène, à condition qu'elle lui payeroit, tous les ans, soixante et dix mille écus d'or de tribut. Ce prince voulut, à l'imitation de son père, faire le pèlerinage de la Mecque; et ce voyage, dans lequel il étala tout le luxe du faste Asiatique, lui coûta six cent soixante-six millions d'écus d'or. Une infinité de chameaux furent employés à porter de la neige, pour le rafraîchir au milieu des sables brûlans de l'Arabie. Mahadi, arrivé à la Mecque, fit embellir la mosquée où Mahomet a son tombeau. Un dévot lui avoit fait présent d'une pantoufle de cet imposteur; il la reçut avec respect, et donna dix mille drachmes à celui qui la lui présenta. Mahomet, dit-il à ses courtisans, n'a jamais vu cette chaussure; mais le peuple est persuadé qu'elle est de lui, et si je l'avois refusée, il auroit pensé que je la méprisois... Mahadi tenoit fréquemment son lit de justice, pour réparer les violences que les puissans exerçoient contre les foibles. Il ne prononçoit aucune sentence, qu'après avoir consulté les plus habiles jurisconsultes. Un jour, ayant dit à un officier: Jusqu'à quand retomberez-vous dans les mêmes fautes? — Cet officier lui répondit sagement: Tant que Dieu vous conservera la vie pour notre bien, ce sera à nous de faire des fautes, et à vous de les pardonner. Ayant demandé dans le temple de la Mecque à un homme de sa suite, « s'il ne vouloit point avoir part aux largesses qu'il répandoit alors dans la Mosquée! » Je mourrois de honte, lui répondit cet homme, de demander dans la maison de Dieu à un autre qu'à lui, et autre chose que lui-même. Ce bon prince mourut à la chasse, poursuivant une bête fauve qui s'étoit jetée dans une masure. Son cheval l'ayant engagé dans une porte qui étoit trop basse, il se cassa les reins et expira sur l'heure, l'an 785 de J. C., après un règne de dix ans et un mois.
MAHARBAL, capitaine Carthaginois, commanda la cavalerie à la bataille de Cannes, l'an 316 avant J. C. Aussi propre à donner un conseil qu'à faire un coup de main, il vouloit qu'après cette action mémorable, Annibal allât droit à Rome, lui promettant de le faire souper dans cinq jours au Capitole; mais comme ce général demandoit du temps pour se consulter sur cette proposition: Je vois bien, dit Maharbal, que les Dieux n'ont pas donné au même homme tous les talens à la fois; vous savez vaincre, Annibal, mais vous ne savez pas profiter de la victoire. H h 4.
MAHAUT, *Voyez* I. MA-THILDE.
MAHÉ, *Voy*. BOURDONNAYE.
MAHIS, *Voy*. DESMAHIS et GRÖSTESTE. — MAHMED, (Aga) issu de l'une des premières familles du Khorasan en Perse, étoit au berceau, lorsque *Thamas-Kouli-Kan* fit égorger, en 1738, son père et ses frères. Ce vainqueur barbare, se contenta de prendre contre *Mahmed*, une précaution qui empêcha celui-ci de perpétuer sa race. Il n'en devint pas moins, comme l'eunuque *Narsès*, un homme d'état et un grand guerrier. Après la mort de *Thamas*, la mère de *Mahmed* se remaria, et eut plusieurs autres enfans qui furent les plus grands ennemis de leur frère. *Mour-touza*, l'un d'eux, implora le secours de la Russie, mais *Aga-Mahmed* ne se rendit pas moins le maître du Guilan, du Mazanderan, du Schirvan, et de plusieurs autres provinces. L'amiral *Woino-Witsch* ayant établi un comptoir sur la côte d'Astérabath, avec le commencement d'une forteresse, où il plaça dix-huit canous, *Mahmed* vint la voir, feignit d'en admirer la construction, et engagea l'amiral à venir lui rendre visite avec ses principaux officiers, dans une maison de plaisance, qu'il avoit dans les montagnes; ils s'y rendirent le lendemain; mais ils ne furent pas plutôt arrivés qu'on les chargea de fers, en les menaçant de leur trancher la tête, si la forteresse n'étoit sur-le-champ démolie. Il fallut obéir: les murs furent rasés, les canons embarqués, et les officiers Russes chassés de la côte. *Ghedahed*, l'un des rivaux de *Mahmed*, avoit fait sur lui quelques conquêtes. Mais ce dernier, ayant gagné ses principaux agens, *Ghedahed* fut livré par eux à son ennemi, qui lui fit trancher la tête, à la fin de 1786. Rien n'arrêta plus les conquêtes de *Mahmed*, qui subjugua la Perse entière. Héritier des desseins de *Schah-Nadir*, il vouloit s'emparer d'Astrakan, et fermer la mer Caspienne aux Russes, lorsque la mort vint mettre fin à tous ses projets.
MAHMOUD, *Voy*, VI. MAHOMET. I. MAHOMET, naquit à la Mecque, l'an 569 ou 570. Sa naissance fut accompagnée, suivant les dévots Musulmans, de différens prodiges qui se firent sentir jusques dans le palais de *Cosroès*. *Eminach*, sa mère, étoit veuve depuis dix mois, lorsqu'elle mit au monde cet enfant, destiné à être l'auteur d'une religion qui s'est étendue depuis le détroit de Gibraltar, jusqu'aux Indes, et le fondateur d'un empire, dont les débris ont formé trois monarchies puissantes. A l'âge de vingt ans, le jeune *Mahomet* s'engagea dans les caravanes qui négocioient de la Mecque à Damas. Ces voyages n'augmentèrent pas sa fortune, mais ils augmentèrent ses lumières. De retour à la Mecque, une femme riche, veuve d'un marchand, le prit pour conduire son négoce, et l'épousa trois ans après. *Mahomet* étoit alors à la fleur de son âge; et quoique sa taille n'eût rien d'extraordinaire, sa physionomie spirituelle, le feu de ses yeux, un air d'autorité et d'insinuation, le désintéressement et la modestie qui accompagnoient ses démarches, lui M A H 489 gagnèrent le cœur de son épouse. *Chadyse*, (c'est le nom de cette riche veuve) lui fit une donation de tous ses biens. *Mahomet*, parvenu à un état dont il n'auroit jamais osé se flatter, résolut de devenir le chef de sa nation : il jugea qu'il n'y avoit point de voie plus sûre pour parvenir à son but, que celle de la religion. Comme il avoit remarqué, dans ses voyages en Egypte, en Palestine, en Syrie et ailleurs, une infinité de sectes qui se déchiroient mutuellement, il crut pouvoir les réunir, en inventant une nouvelle religion, qui eût quelque chose de commun avec toutes celles qu'il prétendoit détruire. On croit qu'il fut aidé dans son projet par *Batyras* Jacobite, par *Sergius* moine Nestorien, et par quelques Juifs. A l'âge de quarante ans, cet imposteur commença à se donner pour prophète. Il feignit des révélations, il parla en inspiré; il persuada d'abord sa femme et huit autres personnes. Ses disciples en firent d'autres; et en moins de trois ans, il en eut près de cinquante, disposés à mourir pour sa doctrine. Il lui falloit des miracles, vrais ou faux. Le nouveau prophète trouva dans les attaques fréquentes d'épilepsie, à laquelle il étoit sujet, de quoi confirmer l'opinion de son commerce avec le Ciel. Il fit passer le temps de ses accès, pour celui que l'Être suprême destinoit à l'instruire, et ses convulsions, pour l'effet des vives impressions de la gloire du ministre que la Divinité lui envoyait. A l'entendre, l'ange *Gabriel* l'avoit conduit, sur un âne, de la Mecque à Jérusalem, où, après lui avoir montré tous les saints et tous les patriarches depuis *Adam*, il l'avoit ramené la même nuit à la Mecque. Malgré l'impression que faisoient ses rêves, il se forma une conjuration contre le visionnaire. Le nouvel apôtre fut contraint de quitter le lieu de sa naissance, pour se sauver à Médine. Cette retraite fut l'époque de sa gloire, et de la fondation de son empire et de sa religion. C'est ce que l'on nomma *Hégire*, c'est-à-dire fuite ou persécution, dont le premier jour répond au 16 juillet de l'an 622 de J. C. Le prophète fugitif devint conquérant. Il défendit à ses disciples de disputer sur sa doctrine avec les étrangers, et leur ordonna de ne répondre aux objections des contradicteurs que par le glaive. Il disoit, que chaque Prophète avoit son caractère; que celui de J. C. avoit été la douceur, et que le sien étoit la force. Pour agir suivant ses principes, il leva des troupes qui appuyèrent sa mission. Les Juifs Arabes, plus opiniâtres que les autres, furent un des principaux objets de sa fureur. Son courage et sa bonne fortune le rendirent maître de leur place forte. Après les avoir subjugués, il en fit mourir plusieurs, vendit les autres comme des esclaves, et distribua leurs biens à ses soldats. *Foyze* L. ABBAS et L. ABDALLA. La victoire qu'il remporta, en 627, fut suivie d'un traité qui lui procura un libre accès à la Mecque. Ce fut la ville qu'il choisit pour le lieu où ses sectateurs feroient dans la suite leur pèlerinage. Ce pèlerinage faisoit déjà une partie de l'ancien culte des Arabes Païens, qui y alloient une fois tous les ans adorer leurs divinités, dans un temple aussi renommé parmi eux, que celui de Delphes l'étoit chez les Grecs. *Mahomet*, fier de ses premiers succès, se fit déclarer roi, sans renoncer au caractère de chef de religion. Cet Apôtre sanguinaire ayant augmenté ses forces, oubliant la trêve qu'il avoit faite deux ans auparavant avec les habitans de la Mecque, met le siège devant cette ville, l'emporte de force; et, le fer et la flamme à la main, il donne aux vaincus le choix de sa religion, ou de la mort. On passe au fil de l'épée tous ceux qui résistent au prophète guerrier et barbare. Le vainqueur, maître de l'Arabie, et redoutable à tous ses voisins, se crut assez fort pour étendre ses conquêtes et sa religion chez les Grecs et chez les Perses. Il commença par attaquer la Syrie, soumise alors à l'empereur *Héraclus*; il lui prit quelques villes, et rendit tributaires les princes de Dauma et de Deyla. Ce fut par ces exploits qu'il termina toutes les guerres où il avoit commandé en personne, et où il avoit montré l'intrépidité d'*Alexandre*. Ses généraux, aussi heureux que lui, accrurent encore ses conquêtes, et lui soumirent tout le pays à quatre cents lieues de Médine, tant au Levant qu'au Midi. C'est ainsi que *Mahomet*, de simple marchand de chameaux, devint un des plus puissans monarques de l'Asie. Il ne jouit pas long-temps du fruit de ses crimes. Il s'étoit toujours ressenti d'un poison qu'il avoit pris autrefois. Une Juive, voulant éprouver s'il étoit vraiment prophète, empoisonna une épaule de mouton qu'on devoit lui servir. Le fondateur du Mahométisme ne s'aperçut que la viande étoit empoisonnée, qu'après en avoir mangé un morceau. Les impressions du poison le minèrent peu à peu. Il fut attaqué d'une fièvre violente, qui l'emporta en la 62$^{e}$ année de son âge, la 23$^{e}$ depuis qu'il avoit usurpé la qualité de prophète, l'onzième année de l'Hégire, et la 632$^{e}$ de J. C. Sa moit fut l'occasion d'une grave dispute entre ses disciples. *Omar*, qui de son persécuteur étoit devenu son apôtre, déclara, le sabre à la main, que le *Prophète de Dieu ne pouvoit pas mourir*. Il soutint qu'il étoit disparu comme *Moyse* et *Elie*, et jura qu'il mettoit en pièces quiconque oseroit soutenir le contraire. Il fallut qu'*Abubeker* lui prouvât par le fait, que leur maître étoit mort; et par plusieurs passages de l'Alcoran, qu'il devoit mourir. L'imposteur fut enterré dans la chambre d'une de ses femmes, et sous le lit où il étoit mort. C'est une erreur populaire, de croire qu'il est suspendu dans un coffre de fer, qu'une ou plusieurs pierres d'aimant tiennent élevé au haut de la grande Mosquée de Médine, et non de la Mecque, comme le disent plusieurs auteurs, entr'autres le savant *Pagi*, correcteur de *Baronias*. Son tombeau se voit encore aujourd'hui à l'un des angles de ce temple: c'est un cône de pierre placé dans une chapelle, dont l'entrée est défendue aux profanes par de gros barreaux de fer... Le livre qui contient les dogmes et les préceptes du Mahométisme, s'appelle l'*ALCORAN*. (*Voy. CAAB et HAMZA.*) C'est une rapsodie de 6000 vers, sans ordre, sans liaison, sans art. Les contradictions, les absurdités, les anachronismes y sont répandus à pleines mains. Le style, quoiqu'ampoule et entièrement dans le goût Oriental, offre de temps en temps quel- ques morceaux touchans et sublimes. Il est divisé en quatre parties, et chaque partie en plusieurs chapitres distingués par des titres singuliers, tels que celui de la *Mouche*, de l'*Araignée*, de la *Vache*, etc. Toute la théologie du législateur des Arabes se réduit à trois points principaux. Le 1$^{er}$ est d'admettre l'existence et l'unité de Dieu, à l'exclusion de toute autre puissance, qui puisse partager ou modifier son pouvoir. Le 2$^{e}$ est de croire que Dieu, créateur universel et tout-puissant, connoit toutes choses, punit le vice et récompense la vertu, non-seulement dans cette vie, mais encore après la mort. Le 3$^{e}$ est de croire que Dieu regardant d'un œil de miséricorde les hommes plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie, a suscité son prophète *Mahomet* pour leur apprendre les moyens de parvenir à la récompense des bons, et d'éviter les supplices des méchans. Cet illustre imposteur adopta, comme l'on voit, une grande partie des vérités fondamentales du Christianisme : l'unité de Dieu, la nécessité de l'aimer, la résurrection des morts, le jugement dernier, les récompenses et les châtimens. Il prétendoit que la religion qu'il enseignoit, n'étoit pas nouvelle ; mais qu'elle étoit celle d'*Abraham* et d'*Ismaël*, plus ancienne, disoit-il, que celle des Juifs et des Chrétiens. Outre les Prophètes de l'Ancien Testament, il reconnoissoit *Jesus*, fils de *Marie*, né d'elle quoique vierge, Messie, Verbe et Esprit de Dieu, mais non pas son Fils. C'étoit, selon ce sublime charlatan, méconnoître la simplicité de l'Être divin, que de donner au Père un Fils et un Esprit autres que lui-même. Quoiqu'il eût beaucoup puisé dans la religion des Juifs et des Chrétiens, il haïssoit cependant les uns et les autres : les Juifs, parce qu'ils se croyoient le premier peuple du monde, parce qu'ils méprisoient les autres nations, et qu'ils exerçoient contre elles des usures énormes : les Chrétiens, parce qu'ils étoient sans cesse divisés entre eux, quoique leur divin Législateur leur eût recommandé la paix et l'union. Il imputoit aux uns et aux autres la prétendue corruption des écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament. La circoncision, les oblations, la prière cinq fois par jour, l'abstinence du vin, des liqueurs, du sang, de la chair de porc, le jeûne du mois Ramadan, et la sanctification du vendredi, furent les pratiques extérieures de sa religion. Il proposa pour récompense à ceux qui la suivroient ; un lieu de délices, où l'âme seroit enivrée de tous les plaisirs spirituels, et où le corps ressuscité avec ses sens, goûteroit par ses sens mêmes, toutes les voluptés qui lui sont propres. Un homme qui proposoit pour Paradis un sérail, ne pouvoit que se faire des prosélytes, sur-tout dans un pays où le climat inspire la volupté. Il n'y a point de religion, ni de gouvernement, qui soit moins favorable au sexe que le Mahométisme. L'auteur de ce culte anti-Chrétien accorde aux hommes la permission d'avoir plusieurs femmes, de les battre quand elles ne voudront pas obéir, et de les répudier si elles viennent à déplaire ; mais il ne permet pas aux femmes de quitter des maris fâcheux, à moins qu'ils n'y consentent. Il ordonne qu'une femme répudiée ne pourra se remarier que deux fois; et si elle est répudiée de son troisième mari, et que le premier ne la veuille point reprendre, elle doit renoncer au mariage pour toute sa vie. Il veut que les femmes soient toujours voilées, et qu'on ne leur voie pas même le cou ni les pieds. En un mot, toutes les lois, à l'égard de cette moitié du genre humain, qui dans nos pays gouverne l'autre, sont dures, injustes, ou très-incommodes. L'Alcoran est si respecté des Mahométans, qu'un Juif ou un Chrétien qui y porteroit la main, n'éviteroit la mort qu'en embrassant leur croyance; et qu'un Musulman même, (nom qui signifie le vrai-croyant) seroit puni avec la même rigueur s'il y touchoit sans s'être lavé les mains. Peu de temps après la mort de Mahomet, on publia plus de deux cents Commentaires sur ce livre, Mahovia, calife de Babylone, fit une assemblée à Damas, pour concilier tant d'opinions différentes; mais n'y pouvant réussir, il choisit dans l'assemblée six des plus habiles Mahométans, qu'il chargea d'écrire ce qu'ils jugeroient de plus raisonnable. Leurs six ouvrages furent compilés avec soin, et tous les autres ayant été détruits par l'eau et par le feu, on défendit, sous de rigoureuses peines, d'écrire contre l'autorité de cette compilation. La meilleure édition de l'Alcoran, est celle de Maracci, en arabe et en latin, 2 vol. in-folio, à Padoue, 1698, avec des notes. Il y en a une bonne traduction angloise, in 4°, par M. Sale, avec une introduction curieuse, dont on a en- richi notre langue, et des notes critiques où il corrige quelquefois Maracci, et où il se trompe quelquefois lui-même. (Voyez SALE.) Du Hyer en a donné une version françoise, à la Haye, 1683, in-12. M. Savari a publié une version plus récente, (Paris, 1783, 2 volum. in-8°) sous ce titre: Le CORAN traduit de l'Arabe. On avoit réimprimé à Amsterdam, 1770, 2 vol. in-12, la traduction de l'Alcoran par du Hyer, et on y a joint la traduction françoise de l'introduction de M. Sale, 1783. A la tête de la traduction de Savari, il y a une Vie de Mahomet, où cet imposteur est un peu trop flatté; on y fait un grand éloge de son courage et de sa prétendue politique, et on glisse sur ses fourberies et ses superstitions, sur son fanatisme violent et sanguinaire. « Sale, dit Voltaire, veut faire regarder Mahomet comme un Numa et comme un Thésée. J'avoue qu'il faudroit le respecter, si, né prince légitime, ou appelé au gouvernement par le suffrage des siens, il avoit donné des lois paisibles comme Numa, ou défendu ses compatriotes comme on le dit de Thésée; mais qu'un marchand de chameaux excite une sédition dans sa bourgade, qu'associé à quelques malheureux Coracites, il leur persuade qu'il s'entretient avec l'Ange Galriel, qu'il se vante d'avoir été ravi au ciel, et d'y avoir reçu une partie de ce livre inintelligible, qui fait frémir le sens commun à chaque page; que pour faire respecter ce livre, il porte dans sa patrie le fer et la flamme; qu'il égorge les pères, qu'il ravisse les filles; qu'il donne aux vaincus le choix de sa religion ou de la mort; c'est assu- tément ce que nul homme ne peut excuser, à moins qu'il ne soit né Turc, et que la superstition n'étouffe en lui toute lumière naturelle. » Il y a aussi une version de l'Alcoran en italien, estimée, qu'on attribue à André Arrivabene, 1547, in-4°. Elle est plus exacte que la traduction de du Ryer, qui est pleine de contre-sens. D'ailleurs, comme il a inséré dans le texte les rêveries et les fables des dévots et des commentateurs mystiques du Mahométisme, on ne peut distinguer par cette traduction, ce qui est de Mahomet, d'avec les additions et les imaginations de ses sectateurs zélés. On fait encore Mahomet auteur d'un Traité conclu à Médine avec les Chrétiens, intitulé: Testamentum et Pactiones initæ inter Muhammedum et Christianæ fidei cultores, imprimé à Paris, en latin et en arabe, en 1630; mais cet ouvrage paroît supposé. Hottinger, dans son Histoire Orientale, page 248, a renfermé dans quarante aphorismes ou sentences, touté la morale de l'Alcoran. Albert Widmanstadius a expliqué la théologie de cet imposteur, dans un Dialogue latin, curieux et peu commun, imprimé l'an 1540, in-4°. Voyez la VIE de Mahomet, par Prideaux et par Gagnier; et une dernière publiée en 1780, par M. Turpin, 3 vol. in-12... Pour sa doctrine, Voyez RELAND, De Religione Muhammedica.
II. MAHOMET Ier, empereur des Turcs, fils de Bajazet I, succéda à son frère Moyse, qu'il fit mourir en 1413. Il se rendit recommandable par ses victoires, par sa justice et par sa fidélité à garder inviolable- ment sa parole. Il fit lever le siège de Bagdad au prince de Caramanie, qui fut fait prisonnier. Ce prince craignoit d'expier par le dernier supplice ses fréquentes révoltes: Mahomet le rassura, en lui disant: Je suis ton vainqueur, tu es vaincu et injuste; je veux que tu vives. Ce seroit ternir ma gloire, que de punir un infame comme toi. Toi ame perfide t'a porté à violer la foi que tu m'avois donnée: la micune m'inspire des sentiment plus magnanimes et plus conformes à la majesté de mon nom... Mahomet rétablit la gloire de l'empire Ottoman, ébranlé par les ravages de Tamerlan et par les guerres civiles. Il remit le Pont et la Cappadoce sous son obéissance, subjugué la Servie, avec une partie de l'Esclavonie et de la Macédoine, et rendit les Valaques tributaires. Mais il vécut en paix avec l'empereur Manuel Peléologue, et lui rendit les places du Pont-Euxin, de la Propontide et de la Thessalie, que ses prédécesseurs lui avoient enlevées. Il établit le siège de son empire à Andrinople, et mourut d'un flux de sang, en 1421, à 47 ans.
III. MAHOMET II, ou MEHEMET, empereur des Turcs, surnommé Bojuc, c'est-à-dire le Grand, naquit à Andrinople, le 24 mars 1430, et succéda à son père Amurat II, en 1451. Il pensa aussitôt à faire la guerre aux Grecs, et assiégea Constantinople. Dès les premiers jours du mois d'avril 1453, la campagne fut couverte de soldats qui pressèrent la ville par terre, tandis qu'une flotte de 300 galères et de 200 petits vaisseaux la serroient par mer. Ces navires 494 M A H ne pouvoient entrer dans le port, fermé par les plus fortes chaînes de fer, et défendu avec avantage. Mahomet fait couvrir deux lieues de chemin, de planches de sapin enduites de suif et de graisse, disposées comme la crèche d'un vaisseau. Il fait tirer, à force de machines et de bras. 80 galères et 70 allèges du détroit, qu'il fait glisser sur ces planches. Tout ce grand travail s'exécute en peu de jours. Les assiégés furent aussi surpris qu'affligés, de voir une flotte entière descendre de la terre dans le port. Un pont de bateaux fut construit à leur vue, et servit à l'établissement d'une batterie de canons. Les Grecs ne laissèrent pas de se défendre avec courage; mais leur empereur (Constantin-Dragasès) ayant été tué dans une attaque, il n'y eut plus de résistance dans la ville, qui fut en un instant remplie de Turcs. Les soldats effrénés pillent, violent, massacrent. Durant les horreurs du sac, un bacha conduisit à Mahomet une jeune princesse nommée Inène, que ses graces innocentes avoient sauvée du carnage. A la vue du destructeur de sa patrie, ses yeux se mouillèrent de pleurs; elle chancela devant lui. Sa tendre jeunesse, ses sanglots, ses larmes, relevoient sa beauté. Mahomet, immobile et saisi, la contempla; et bientôt, impatient de satisfaire sa brutalité, il s'en empara sans respect pour sa vertu, et pendant trois jours entiers le sultan se livra à tout l'emportement de l'amour. Quelques Janissaires, indignés de sa passion, en murmurèrent; un visir osa même la lui reprocher. Mahomet aussitôt fit venir sa captive devant les officiers de sa garde, et la sai- sissant par les cheveux, il lui trancha la tête, en disant ces paroles: C'est ainsi que Mahomet en use avec l'amour. Le vainqueur, écoutant enfin la voix de la nature, arrêta le carnage, rendit la liberté aux prisonniers, et fit faire les obsèques de l'empereur avec une pompe digne de son rang; mais son caractère cruel reprit bientôt le dessus. (Voyez-en les détails dans l'Histoire de la Décadence de l'Empire Romain, par Gilbon, tome 18.) Trois jours après, il fit une entrée triomphante dans la ville, distribua des largesses et aux vainqueurs et aux vaincus, accorda le libre exercice de la religion à tout le monde, installa lui-même un patriarche, et fit de Constantinople la capitale de son empire. Cette ville fut, sous son règne, une des plus florissantes du monde; mais après lui, la Grèce, cette patrie des Miltiade, des Léonida, des Alexandre, des Sophocle et des Platon, devint le centre de la barbarie. Mahomet, possesseur de Constantinople, envoya son armée victorieuse contre Scanderberg, roi d'Albanie, qui la défit en plusieurs rencontres. Une autre armée, sous ses ordres, pénétra jusqu'au Danube, et vint mettre le siège devant Belgrade; mais le célèbre Huniade l'obligea de le lever. La mort de ce grand homme ranima son courage. Il s'empara de Corinthe en 1458, rendit le Péloponèse tributaire, et marcha de conquêtes en conquêtes. En 1467, il acheva d'étendre son empire, par la prise de Sinople et de Trébizonde, et de la partie de la Cappadoce qui dépendoit des empereurs Grecs. Trébizonde étoit, depuis l'an 1204, le siège d'un empire fondé par les *Comnène*. (Voy. x. DAVID.) Le conquérant Turc vint ensuite sur la mer Noire se saisir de Caffa, autrefois Théodosie... Les Vénitiens eurent le courage de défier ses armes. Le sultan irrité fit le vœu impie d'exterminer tous les Chrétiens; et entendant parler de la cérémonie dans laquelle le doge de Venise épouse la mer Adriatique, il dit qu'il l'enverroit bientôt au fond de cette Mer consommer son mariage. Pour exécuter son dessein, il attaqua d'abord, en 1470, l'isle de Négrepont, s'empara de Chalcis sa capitale, la livra au pillage, et fit scier par le milieu du corps le gouverneur Paul Erizzo, contre sa promesse. Dix ans après, il envoya une grande flotte pour s'emparer de l'isle de Rhodes. La vigoureuse résistance des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, jointe à la valeur de Pierre d'Aubusson, leur grand-maître, obligea les Infidelles à se retirer, après avoir perdu près de 10,000 hommes et une grande quantité de vaisseaux et de galères. Les Turcs se vengèrent de leur défaite sur la ville d'Otrante, en Calabre, qu'ils prirent après dix-sept jours de siège. Le gouverneur et l'évêque furent mis à mort d'une manière cruelle, et 12 mille habitans furent passés au fil de l'épée. Toute l'Italie trembloit. Mahomet préparoit une nouvelle armée contre elle, tandis qu'il portoit d'un autre côté ses armes contre les sultans Mammelues. L'Europe et l'Asie étoient en alarme; elle cessa bientôt. Une colique délivra le monde de l'Alexandre Mahométan, le 3 mai 1481, à 52 ans, après en avoir régné 31, pendant lesquels il avoit renversé deux empiros, conquis douze royaumes, pris plus de 200 villes sur les Chrétiens. Si d'heureuses qualités, une ambition vaste, un courage mesuré, des succès brillans font le grand prince; et si une cruauté inhumaine, une perfidie atroce, le mépris constant de toutes les lois font le méchant homme, il faut avouer que Mahomet II a été l'un et l'autre. Il parloit le grec, l'arabe, le persan; il entendoit le latin; il dessinoit; il savoit ce qu'on pouvoit savoir alors de géographie et de mathématiques; il avoit étudié l'histoire des plus grands hommes de l'antiquité. La peinture étoit un art qui ne lui étoit pas inconnu: il fit venir de Venise le peintre Belliat, et le comble de bienfaits et de caresses. En un mot, Mahomet seroit comparable aux plus illustres héros, si ses débauches, son libertinage et ses cruautés n'avoient terni sa gloire. Il se moquoit de toutes les religions, et n'appeloit, dit-on, le fondateur de la sicne qu'un Chef de bandits. La politique arrêta quelquefois l'impétuosité de son naturel et la barbarie de son caractère; mais il s'y livra le plus souvent. Outre les cruautés dont on a parlé, il fit massacrer David Comnène et ses trois enfans après la prise de Trébizonde, malgré la foi donnée. Il en usa de même envers les princes de Bosnie et envers ceux de Mételin. Il fit périr toute la famille de Notares, parce que ce seigneur avoit refusé d'accorder une de ses filles à sa brutale volupté. Quand même il n'auroit pas fait éventrer quatorze de ses esclaves pour savoir lequel avoit mangé un melon qu'on lui avoit dérobé; quand même il n'auroit pas coupé 498 MAH la tête à *Irène* pour faire cesser le murmure de ses soldats : ( faits que plusieurs historiens rapportent, et que *Voltaire* a niés ) ; il reste assez de preuves avérées de sa cruauté, pour pouvoir assurer que ce héros étoit naturellement violent et inhumain ; et, pour le peindre en deux mots, un monstre et un grand homme. ( *Voy. II. GEORGE ; ANTOINE, n.º XIV ; BELLIN ; et VIII. DEMETRIUS.* )
IV. MAHOMET III, empereur des Turcs, monta sur le trône après son père *Amurat III*, le 18 janvier 1595. Il commença son règne par faire étrangler dix-neuf de ses frères, et noyer dix femmes de son père qu'on croyoit enceintes. Ce barbare avoit du courage ; il protégea la Transilvanie contre l'empereur *Rodolphe II*. Il vint en personne dans la Hongrie, à la tête de deux cent mille hommes, assiégea Agria, qui se rendit à composition, et dont la garnison fut massacrée en sortant de la ville. *Mahomet*, tout cruel qu'il étoit, fut indigné de cette perfidie, et fit trancher la tête à l'aga des Janissaires qui l'avoit permise. L'archidue *Maximilien*, frère de l'empereur *Rodolphe*, marcha contre lui, prit son artillerie, lui tailla en pièces douze mille hommes, et auroit remporté une victoire complète, si *Mahomet*, averti par un apostat Italien que les vainqueurs s'amusoient au pillage, ne fût revenu à la charge, et ne leur eût enlevé la victoire, le 26 octobre 1596. Les années suivantes furent moins heureuses pour lui. Ses armées furent chassées de la haute-Hongrie, de la Moldavie, de la Valachie et de la Transilvanie. *Ma-* *homet* demanda la paix aux princes Chrétiens, qui la lui refusèrent, il se consola dans son sérail, et s'y plongea dans la débauche, sans que les guerres domestiques, ni les étrangères, pussent l'en tirer. Son indolence fit murmurer les Janissaires. Pour les appaiser, il livra ses plus chers amis à leur rage, et il exila sa mère qu'on croyoit être la cause de tous les malheurs de l'état. Ce scélérat mourut de la peste, le 20 décembre 1603, à 39 ans, après avoir fait étrangler l'aîné de ses fils, et noyer la sultane qui en étoit la mère. V. MAHOMET IV, né en 1642, fut reconnu empereur des Turcs, le 17 août 1649, après la mort tragique d'*Ibrahim I*, son père, étranglé par les Janissaires. Les Turcs étoient en guerre avec les Vénitiens, lorsqu'il monta sur le trône. Le commencement de son règne fut brillant. Le grand visir *Coprogli*, battu d'abord à Raab par *Montécucelli*, mit toute sa gloire et celle de l'empire Ottoman à prendre l'isle de Candie. Les troubles du sérail, les irruptions des Turcs en Hongrie, firent languir cette entreprise pendant quelques années ; mais jamais elle ne fut interrompue. *Coprogli* assiégea enfin, en 1667, avec beaucoup de vivacité, Candie, fortement défendue par *Morosini*, capitaine général des troupes de mer de Venise, et par *Montbrun*, officier François, commandant des troupes de terre. Les assiégés, secourus par *Louis XIV*, qui leur envoya six à sept mille hommes, sous le commandement des ducs de *Beaufort* et de *Navallies*, soutinrent pendant près de deux années les efforts efforts des assiégeans; mais enfin il fallut se rendre, le 27 sep- tembre 1669. Le duc de Beau- fort périt dans une sortie: (Voyez son article)... Coprogli entra, par capitulation, dans Candie réduite en cendres. Le vainqueur acquit une gloire immortelle; mais il perdit deux cent mille de ses soldats. Les Turcs dans ce siège, dit l'auteur du Siè- cle de Louis XIV, se mon- trèrent supérieurs aux Chrétiens mêmes, dans la connoissance de l'art militaire. Les plus gros canons qu'on ait vus encore en Europe, furent fondus dans leur camp. Ils firent, pour la pre- mière fois, des lignes parallèles dans les tranchées: usage que nous avons pris d'eux, et qu'ils tenoient d'un ingénieur Italien... Le torrent de la puissance Otto- mane ne se répandoit pas seu- lement en Candie, il pénétroit en Pologne. Mahomet IV mar- cha en personne, l'an 1672, contre les Polonois, leur enleva l'Ukraine, la Podolie, la Vo- lhinie, la ville de Kaminieck, et ne leur donna la paix qu'en leur imposant un tribut annuel de vingt mille écus. Sobieski ne voulut point ratifier un traité si honteux, et vengea sa nation, l'année suivante, par la défaite entière de l'armée ennemie, aux environs de Choczim. Les O- tomans, battus à diverses re- prises par ce grand homme, fu- rent contraints de lui accorder, en 1676, une paix moins désa- vantageuse que la première. Le comte Tékéli ayant soulevé la Hongrie contre l'empereur d'Al- lemagne, quelques années après, le sultan favorisa sa révolte. Il leva une armée de plus de cent quarante mille hommes de trou- pes réglées, dont il donna le commandement au grand visir Kara Mustapha: ce général vint mettre le siège devant Vienne en 1683, et il l'auroit empor- tée, s'il l'eût pressée plus vi- vement. Sobieski eut le temps d'accourir à son secours; il fon- dit sur le camp de Mustapha, défit ses troupes, l'obligea de tout abandonner, et de se sauver avec les débris de son armée. Cette défaite coûta la vie au grand visir, étranglé par l'ordre de son maître, et fut l'époque de la décadence des affaires des Turcs. Les Cosaques, joints aux Polonois, déferent, peu de temps après, une de leurs armées de quarante mille hommes. L'an- née 1684 commença par une ligue offensive et défensive contre les Ottomans, entre l'empereur, le roi de Pologne et les Véni- tiens. Le prince Charles de Lor- raine, général des armées im- périales, les défit entièrement à Mohatz, en 1687; tandis que Morosini, général des Vénitiens, prenoit le Péloponnèse qui va- loit mieux que Candie. Les Ja- nissaires, qui attribuoient tant de malheurs à l'indolence du sul- tan, le déposèrent, le 8 octobre de la même année. Son frère, Soliman III, élevé sur le trône à sa place, fit enfermer cet in- fortuné empereur dans la même prison d'où l'on venoit de le tirer pour lui donner le sceptre. Ma- homet, accoutumé aux exercices violens de la chasse, étant ré- duit tout-à-coup à une inaction perpétuelle, tomba dans une lan- gueur qui le conduisit au tom- beau, le 22 du mois de juin 1691. Ce prince ne manquoit ni de cou- rage ni d'esprit; mais il étoit d'un caractère inégal. Il fut moins abandonné à ses plaisirs que ses prédécesseurs. La chasse fut sa principale passion. Sa ti-midité naturelle lui faisoit craindre sans cesse de funestes évé-nemens, sans que ces appréhens-sions le rendissent cruel, comme le sont ordinairement les princes ombrageux.
VI. MAHOMET V., ou plutôt MAHMOUD, fils de *Mustapha II*, empereur des Turcs, né en 1696, fut placé en 1730 sur le trône, vacant par la dé-position d'*Achmet III* son oncle. Les Janissaires, qui lui avoient donné la couronne, exigeoient qu'il reprit les provinces conquises par les Impériaux sous les règnes précédens. Mais la guerre que l'empire Ottoman avoit avec la Perse, empêcha *Mahomet* de porter ses vues du côté de l'Eu-rope. Il avoit d'ailleurs le caractère très-pacifique, et il gouverna ses peuples avec douceur jusqu'à sa mort, arrivée en 1754. *Thomas-Kouli-Kan* lui enleva la Géorgie et l'Arménie.
MAHOMET GALADIN, *Voy.* ee dernier mot.
MAHOUT, *Voyez* MALO.
MAHUDEL, (Nicolas) né à Langres en 1673, entra chez les Jésuites, en sortit; demeura onze mois à la Trappe, et en sortit encore; se fit médecin, et se fixa à Paris, où il mena une vie laborieuse. Il fut pendant quelque temps de l'académie des Inscriptions, et pendant quelque temps aussi détenu à la Bastille. Il mourut à Paris, en 1747, à 74 ans, dans de grands sentimens de piété. Il a composé: I. *Dissertation Historique sur les Monnoies antiques d'Espagne*, Paris, in -4°, 1725. II. *Lettre sur une Médaille de la ville de Carthage*, in -8°, 1741.
MAHY, (Bernard) Jésuite, né à Namur en 1684, prêcha avec réputation pendant vingt-sept ans dans différentes villes des Pays-Bas. Il prêchoit à la cathédrale de Liège lorsqu'une mort subite l'enleva, le 8 avril 1744. Il a donné au public l'*Histoire du Peuple Hébreu jusqu'à la ruine de la Synagogue*, Liège, 1742, 3 v.1. in-12. Le style en est trop oratoire.
MAI, *Voyez* MAY et MEY.
MAIA, (Mythol.) étoit fille d'*Atlas* et de *Pléione*; elle fut aimée de *Jupiter*, et en eut *Mercure*. Ce Dieu lui donna à nourrir *Arcus* qu'il avoit eu de la nymphe *Calypso*. *Junou*, déjà irritée contre *Maia* lui auroit fait sentir sa colère, si *Jupiter* ne l'eût soustraite à sa vengeance, en la plaçant au ciel à la tête des sept *Ménades*, dont elle étoit la plus brillante. Il y a des auteurs qui disent que le mois de mai a pris son nom de cette Déesse, parce que tous les marchands offroient en ce mois des sacrifices à *Maia* et à *Mercure*. D'autres prétendent que la *Maia* à qui le mois de mai est consacré, est la même que la déesse *Tellus* ou la *Terre*.
MAJANO, *Voy.* GIULANO.
MAIDSTON, (Richard) Anglois, fut ainsi nommé du lieu de sa naissance. Il mourut, le 1er juin 1396, dans le couvent d'Arlesford, de l'ordre des Carnes, où il avoit pris l'habit. C'étoit un homme versé dans la théologie, la philosophie et les mathématiques. Il a laissé plusieurs ouvrages. Les plus curieux et les plus rares, sont ses *Sermones breves*, intitulati: *Donner secues*, Lyon, 1491, in-4°. I. MAYER, (Jean) Carme, natif du Brabant, mort en 1577, laissa des Commentaires sur les Epières de St. Paul, et d'autres livres.
II. MAYER, (Michel) alchimiste de Francfort dans le dernier siècle, livra sa raison, sa fortune et son temps à la manie ruineuse de vouloir faire de l'or. Parmi les ouvrages qu'il a donnés au public sur cette matière, les adeptes distinguent et recherchent son *Atalanta jugiens*, 1618, in-4°, et sa *Septimana Philosophica*, 1620, in-4°, ouvrage où il a consigné ses délires. On a encore de lui : I. *Silentium post clamores*, seu *Tractatus revelationum Fratrum Roseæ Crucis*, 1617, in-8°. II. *De fraternitate Roseæ Crucis*, 1618, in-8°. III. *Jocus severus*, 1617, in-4°. IV. *De Rosed Cruce*, 1618, in-4°. V. *Apologeticus revelationum Fratrum Roseæ Crucis*, 1617, in-8°. VI. *Cantilenae intellectuales*, Rome, 1622, in-16; Rostoch, 1623, in-8°. VII. *Musæum Chymicum*, 1708, in-4°. VIII. *De Circulo Physico quadrato*, 1616, in-4°.
III. MAYER, (Christophe) savant controversiste, natif d'Augsbourg, mort en 1626, dont on a quelques ouvrages écrits avec assez de chaleur.
MAYER, Voyez DOPPEL et MAYER. — MAIGNAN ou MAGNAN, (Emmanuel) religieux Minime, né à Toulouse en 1601, apprit les mathématiques sans maître, et les professa à Rome, où il y a toujours eu depuis, en cette science, un professeur Minime, François. *Kircher* lui disputa la gloire de quelques-unes de ses découvertes en mathématiques et en physique; mais les plus illustres philosophes virent dans les reproches du Jésuite, plus de jalousie que de vérité. Revenu à Toulouse, le P. Maignan fut honoré d'une visite de Louis XIV, lorsqu'il passa par cette ville, en 1660. Ce monarque, frappé des talens et de l'humble candeur du savant religieux, voulut l'attirer dans la capitale; mais le P. Maignan s'en défendit avec autant de douceur que de modestie. Il mourut à Toulouse, le 29 octobre 1676, dans sa 75 année, après avoir passé par les charges de son ordre. L'innocence de sa vie, la simplicité de ses mœurs, jointes à l'élévation de son esprit et à la profondeur de ses connaissances, excitèrent de vifs regrets. Sa patrie plaça son buste, avec une inscription honorable, dans la galerie des hommes illustres. Le P. Maignan enrichit le public des ouvrages suivans : I. *Perspectiva horaria*, 1648, in-folio, à Rome. C'est un traité de catoptrique, dans lequel l'auteur donne de bonnes règles sur cette partie de la perspective. On y trouve aussi la méthode de polir les crystaux pour les lunettes d'approche. Celles que le P. Maignan fit, conformément à ses règles, étoient les plus longues qu'on eût encore vues. II. Un *Cours de Philosophie* en latin, in-folio, Lyon, 1673, et Toulouse, 1703, 4 tomes in-4°. Il n'est plus d'aucun usage dans les écoles. L'auteur y attribuo à la différente combinaison des atomes, tous les effets de la nature, que *Descartes* fait naître de ses trois sortes de matières, et *Gassendi* de ses atomes. Il faut cependant observer qu'il s'éloignoit infiniment d'*Epicure*, en supposant, pour l'existence et la combinaison des atomes, un être puissant et sage. III. *De usu licito pecuniæ*, 1673, in-12. Le P. *Maignan* s'écarte, dans ce traité sur l'usure, de l'opinion des théologiens scolastiques, qu'il ne suivoit pas en aveugle. Aussi subtil philosophe que profond théologien, il fit bien des efforts pour concilier les différentes opinions de l'école, entr'autres celle des *Thomistes* sur la grace, avec celle des sectateurs de *Molina*; mais ses efforts ne servirent qu'à montrer combien son esprit étoit délié, et cette matière obscure et impénétrable... *Voyez* sa *Vie* par le P. *Saguens*, son élève. Elle parut en 1697, in-4°, sous ce titre: *De vitá, moribus et scriptis Emman. Magnani*, Tolosae.