MAIGRET, *Voy. MEIGRET.*
MAIGROT, (Charles) docteur de la maison de Sorbonne, vivoit en retraite dans le séminaire des Missions étrangères, lorsqu'il fut choisi pour porter la lumière de l'Évangile dans la Chine. A peine eut-il rempli quelque temps ses fonctions, qu'il fut gratifié de l'évêché de Conon, et du titre de vicaire apostolique. L'abbé *Maigrot* étoit un homme d'une conscience timorée et d'un zèle ardent. Il désapprouva la conduite des Jésuites. Il condamna la mémoire de leur plus célèbre missionnaire (le P. *Matthieu Ricci*); il déclara les rites observés pour la sépulture, absolument superstitieux et idolâtres. Dans les Lettres, il ne vit que des athées et des matérialistes. Le mandement pu- publié en 1693, dans lequel il prononçoit ses anathèmes, lui attira la haine des Jésuites, qui approuvoient une partie de ce qu'il proscrivoit. L'empereur qui aimoit ces Pères, en fut fort irrité. M. de *Tournon*, patriarche d'Antioche, légat apostolique à la Chine, tâcha d'adoucir ce prince, et lona beaucoup dans l'audience publique qu'il eut de l'empereur en 1706, la science de M. de *Conon* dans la langue et les affaires chinoises. Le monarque le fit venir, l'interrogea, et fut fort surpris de ce que ses réponses ne répondoient pas à l'idée que lui en avoit donnée M. de *Tournon*. Il en témoigna sa surprise, dans un décret qu'il lui adressa le second jour d'août de la même année; peu après il l'exila, soit qu'il eût été prévenu contre lui, soit qu'il ne voulût pas autant d'ouvriers évangéliques dans ses états. Les ennemis des Jésuites leur attribuèrent ce bannissement, parce qu'ils avoient beaucoup de crédit à la cour de Pékin; mais ils s'en défendirent. Quoi qu'il en soit, *Maigrot* finit sa carrière à Rome, avec la réputation d'un homme versé dans les lettres et les livres des Chinois. On a de lui, des *Observations* latines sur le livre dix-neuf de l'*Histoire des Jésuites de Jouvenci*. Cet ouvrage, mortifiant pour la Société, a été traduit en françois sous ce titre: *Examen des Cultes Chinois*.
MAILHOL, (N\*\*) né à Carcassone, mort vers 1760, est auteur de quelques pièces de théâtre. I. *Paros*, tragédie, représentée en 1754. II. *Les Femmes*, comédie, 1754. III. *Lycurgue ou les Lacédémouennes*, comédie en trois actes, et en vers libres. — MAILLA, (Joseph-Anne-Marie de Moyriac de) savant Jésuite, né au château de Maillac dans le Bugey, fut nommé missionnaire de la Chine, où il passa en 1703. Dès l'âge de vingt-huit ans, il étoit si versé dans les caractères, les arts, les sciences, la mythologie et les anciens livres des Chinois, qu'il étonnoit les Lettrés mêmes. L'empereur Kam-Hi, mort en 1722, l'aimoit et l'estimoit. Ce prince le chargea, avec d'autres missionnaires, de lever la Carte de la Chine et de la Tartarie Chinoise, qui fut gravée en France l'an 1732. Il leva encore des Cartes particulières de quelques provinces de ce vaste empire. L'empereur en fut si satisfait, qu'il fixa l'auteur en sa cour. Le P. de Mailla traduisit aussi les grandes Annales de la Chine en françois, et fit passer son manuscrit en France l'an 1737. Cet ouvrage, publié en 12 vol. in-4°, par les soins de l'abbé Grosier, est la première Histoire complète de ce vaste empire. L'éditeur en a retouché le style boursouflé et hyperbolique, et a supprimé les harangues, trop longues et trop monotones. En général, le pinceau des historiens Chinois ne ressemble point à celui de Tacite, ni de nos bons historiens; mais on trouve quelquefois, dans leurs Annales, le bon sens de Plutarque, et des anecdotes qui peignent les hommes, les temps et les mœurs. Quant aux faits des premiers temps, M. Goguet dit, dans son Origine des lois, tom. 3, dissertation 3° : « On peut assurer hardiment, que jusqu'à l'an 206 avant Jésus-Christ, leur histoire ne mérite aucune croyance. C'est un tissu perpétuel de fables et de contradictions; c'est un cahos monstrueux dont on ne sauroit extraire rien de suivi et de raisonnable. » Le P. de Mailla mourut à Pékin, le 28 juin 1748, dans sa 79e année, après un séjour de 45 ans à la Chine. L'empereur Kien-Lung, qui y régnouit alors, fit les frais de ses funérailles. Ce Jésuite étoit un homme d'un caractère vif et doux, capable d'un travail opiniâtre et d'une activité que rien ne refroidissoit.
MAILLARD, (Olivier) fameux prédicateur Cordelier, natif de Paris, docteur en théologie de la faculté de cette ville, fut chargé d'emplois honorables par le pape Innocent VIII, par Charles VIII roi de France, par Ferdinand roi d'Aragon, etc. Il servit ce dernier prince en trahissant son maître, dit le P. Fabre, lors de la reddition de la Cerdagne et du Roussillon, qu'il lui conseilla fortement, supposant des ordres exprès de Louis XI au lit de mort. Maillard mourut à Toulouse le treize juin 1502. Il laissa des Sermons, remplis de plates bouffonneries et de passages ridicules et indécens. C'étoit ainsi qu'on préchoit alors. Le P. Maillard envoie à tout moment ses auditeurs à tous les diables. Invito vos ad omnes diabolos... Ad omnes diabolos talis modus agendi. Il falloit, dit Niceron, que la corruption fut bien publique de son temps, puisque sa morale roule le plus souvent sur l'impureté; qu'il se sert dans cette matière des expressions les plus crues; et que, lorsqu'il en parie Il s'adresse presque toujours aux Ecclésiastiques. Ce Cordelier, ayant glissé dans ses sermons des traits qu'on pouvoit appliquer à Louis XI, le monarque irrité fit dire au prédicateur qu'il le feroit jeter à la rivière. Le Roi est le maître, répondit-il, mais dites-lui que je serai plutôt en Paradis par eau, qu'il n'y arrivera avec ses chevaux de poste. (On sait que c'est Louis XI qui établit la poste jusqu'alors inconnue en France, et qui, le premier, a fait disposer des relais de distance en distance.) Apparemment que cette réponse, ferme et piquante, fit son effet sur le roi; car il laissa Maillard prêcher tant qu'il voulut et tout ce qu'il voulut. Ses Sermons latus furent imprimés à Paris depuis 1511 jusqu'en 1530, en sept parties, qui forment 3 vol. in-8. La pièce la plus originale de ce prédicateur, est son Sermon prêché à Bruges le cinquième dimanche de Carême, en 1500, imprimé sans date, in-4°, où sont marqués en marge, par des hem ! hem ! les endroits, où, selon l'usage d'alors, le prédicateur s'étoit arrêté pour tousser. On a encore de lui, la Confession générale, Lyon, 1526, in-8.
MAILLARD, Voy. VI JEAN — DESFORGES — MAILLARD. — II. TOURNON.
MAILLE, (N.) Oratorien, né à Brignoles en 1707, mort à Marseille en 1762, a donné en 3 vol. in-12. Le P. Bercuyer convaincu d'Arianisme et de Pégagianisme. I. MAILLÉ DE BREZÉ. (Simon de) d'une famille qui remonte au XIe siècle, et qui subsiste, d'abord religieux de Cîteaux et alibi de Loroux, devint évêque de Viviers, puis archevêque de Tours en 1534. Il accompagna le cardinal de Lorraine au concile de Trente, et tint un concile provincial à Tours en 1583. Il traduisit de grec en latin quelques Homélies de St. Basile, et mourut en 1597, à 82 ans, avec une grande réputation de savoir et de sainteté. La maison de Maillé étoit très-florissante dès le XIIe siècle. Jacquelin de MAILLÉ, chevalier de l'ordre des Templiers, combattit avec tant de valeur contre les Infidèles, qu'ils crurent qu'il y avoit en lui quelque chose de divin. Ils le prirent pour le St. George des Chrétiens. Ayant été accablé sous la multitude de traits qu'on lança contre lui, on prétend que les Barbares ramassèrent avec une espèce de superstition la poussière arrosée de son sang, pour s'en frotter le corps.
II. MAILLÉ, (Urbain de) marquis de Brezé, maréchal de France, gouverneur d'Anjou, de la même famille que les précédens, se signala de bonne heure par son courage. Il commanda l'armée d'Allemagne en 1634, et gagna la bataille d'Avein le 2 Mai 1635. Il fut envoyé ambassadeur en Suède et en Hollande, et élevé à divers honneurs par la faveur du cardinal de Richelieu, dont il avoit épousé la sœur (Nicole du Plessis.) Il mourut le 13 février 1650, à 53 ans.
III. MAILLÉ DE BREZÉ, (Armand de) duc de Fronzac et de Caumont, marquis de Graville et de Brezé, fils du précédent, commença à se distinguer en Flandre en 1638. L'année suivante, il commanda les galères du roi, puis l'armée navale, et défit la flotte d'Espagne, à la vue de Cadix, le 22 juillet 1640. Il fut envoyé ambassadeur en Portugal en 1641, et remporta, les années suivantes, de grands avantages sur mer contre les Espagnols; mais il échoua devant Tarragone. Ses services lui méritèrent la charge de surintendant général de la navigation et du commerce. Il fut tué sur mer d'un coup de canon, le 14 juin 1646, à 27 ans, tandis qu'on faisoit le siège d'Orbitello. Il avoit plus de vertu qu'on n'en a ordinairement à son âge. Ayant fait gagner, par sa protection, un procès à une dame de condition du Poitou, qui n'avoit pour elle que son nom, et une fille jeune et belle; Monsieur, lui dit-elle en lui présentant cette demoiselle, vos services sont au-dessus de ce que je pourrois faire pour les reconnoître; il n'y a que ma fille qui puisse m'acquitter auprès de vous. Maillé fut révolté d'un pareil discours; et ayant reconnu dans la demoiselle autant de vertu que de beauté, il lui donna huit mille livres pour prendre l'habit religieux dans un monastère. Voy. I. FOUCAULT.
IV. MAILLÉ, (François) natif de Pontevez en Provence, mourut en 1709, à 119 ans. Il se maria à Châteauneuf, et y vécut jusqu'à la fin de sa longue vie. A 100 ans, il eut une galanterie avec une fille de village, et en eut un enfant. A 110 ans, étant à la chasse, il tomba d'une muraille, se cassa la jambe, guérit, et vécut encore 9 ans après cet accident, frais et vigoureux, et jouissant de son bon sens et de sa mémoire. Enfin, sans jamais avoir été malade, il ne mourut que parce qu'il faut casser de vivre. M A I 503 I. MAILLEBOIS, (Jean-Baptiste Desmarêts, marquis de) né en 1681, fils de Nicolas Desmarêts, contrôleur général des finances sous la fin du règne de Louis XIV, (Voyez son article) se signala d'abord dans la guerre de la succession d'Espagne. Les campagnes d'Italie, en 1723 et 1734, où il donna diverses preuves de ses talens militaires, furent le principal fondement de sa réputation. Il fut ensuite envoyé en Corse, qui étoit toujours en guerre avec les Génois: il soumit cette isle, qui se révolta aussitôt après son départ; mais ce n'est qu'en suivant ses plans, que le roi de France la soumit de nouveau en 1769. Son expédition de Corse lui valut le bâton de maréchal. C'est en cette qualité qu'il commanda en Allemagne et en Italie, dans la guerre de 1741, où il cueillit de nouveaux lauriers. Il prit la ville d'Acqui au Montferrat, dont il fit raser les fortifications. Moins heureux en 1746, il fut battu par le fameux comte de Brown, à la bataille de Plaisance. Il finit sa carrière le 7 février 1762, dans sa 80e année, laissant des enfans, et après avoir vécu en citoyen, en chrétien, en bon père de famille. Le marquis de Pezai a donné ses Campagnes d'Italie, imprimées au Louvre, 1775, en 3 volumes in-4°, avec un de Cartes, forme d'Atlas. Ce recueil, très-instructif pour les militaires, montre dans le maréchal de Maillebois, un homme qui avoit des vues profondes sur la guerre, et qui ne se décidoit qu'après avoir médité. La préface de cet ouvrage, est un morceau plein d'énergie.
II. MAILLEBOIS, (N. comte de) lieutenant général des ar- I i 4 mées de France, commanda avec succès un corps de troupes, dans les guerres d'Allemagne, et fut envoyé en 1784, en Hollande, pour y soutenir le parti qui s'y élevoit contre la Prusse. Sorti de France pendant la révolution, il mourut à Maëstricht, en 1792. — MAILLET, (Benoit de) né en Lorraine, en 1659, d'une famille noble, fut nommé, à l'âge de 33 ans, consul général de l'Égypte : emploi qu'il exerça pendant seize ans avec beaucoup d'intelligence. Il soutint l'autorité du roi contre les Janissaires, et étendit le commerce de la France dans cette partie de l'Afrique. Le roi récompensa ses services, en lui conférant le consulat de Livourne, le premier et le plus considérable de nos consulats. Enfin ayant été nommé, en 1715, pour faire la visite des Echelles du Levant et de la Barbarie, il remplit cette commission avec tant de succès, qu'il obtint la permission de se retirer avec une pension considérable. Il se fixa à Marseille, où il mourut en 1738, à 79 ans. C'étoit un homme d'une imagination vive, de mœurs douces, d'une société aimable, d'une probité exacte. Il aimoit beaucoup la louange, et la gloire de l'esprit le touchoit infiniment. Il avoit fait, toute sa vie, une étude particulière de l'Histoire naturelle. Son but principal étoit de connoître l'origine de notre globe. Il laissa, sur ce sujet important, des observations curieuses, qu'on a données au public sous le titre de Telliamed, in-8° : c'est le nom de Maillet, renversé. L'abbé le Mascrier, (Voyez ce mot) éditeur de cet ouvrage. J'a mis en forme d'Entretiens. C'est un philosophe Indien, qui expose à un missionnaire François son sentiment sur la nature du globe et sur l'origine de l'homme. Croiroit-on qu'il le faisoit sortir des eaux, et qu'il donne pour lieu de la naissance de notre premier Père, un séjour qu'aucun homme ne pourroit habiter ? L'objet principal est de prouver, que tous les terrains dont est composé notre globe, jusqu'aux plus hautes de nos montagnes, sont sortis du sein des eaux; qu'ils sont tous l'ouvrage de la mer, qui se retire sans cesse pour les laisser paroître successivement. Telliamed fait les honneurs de son livre à l'illustre CYRANO DE BERGERAC, auteur des Voyages imaginaires dans le Soleil et dans la Lune. Dans l'Épître badine qu'il lui adresse, le philosophe Indien ne nous annonce ces Entretiens, que comme un tissu de rêveries et de visions. On ne peut pas dire tout-à-fait qu'il ait manqué de parole; mais on pourroit lui reprocher de ne les avoir pas écrits dans le même goût que son Épître à Cyrano, et de n'y avoir pas répandu assez de gaieté et de badinage. Il traite de la manière la plus grave, le sujet le plus extravagant; il expose son sentiment ridicule, avec tout le sérieux d'un philosophe. De six Entretiens dont l'ouvrage est composé, les quatre premiers offrent diverses observations curieuses, vraiment philosophiques et de conséquence. Dans les deux autres, on ne trouve que des conjectures, des rêveries, des fables quelquefois amusantes, mais toujours absurdes. On a encore de Maillet, une Description de l'Égypte, dressée sur ses Mémoires par l'éditeur de Telliamed, 1743, in-4°, ou en 2 vol. in-12. I. MAILLY, l'une des plus anciennes maisons de la France, tire son nom de la terre de Mailly, près d'Amiens; elle est illustre par ses alliances et par les grands hommes qu'elle a produits. Celui dont le nom doit être le plus cher aux bons citoyens, est François DE MAILLY, IIe du nom, seigneur d'Haucourt, et fils de François Ier du nom, mort en 1580. Le père avoit été attaché inviolablement au roi; le fils ne le fut pas moins. Loin d'entrer dans cette détestable confédération qu'on appeloit la Sainte-Ligue, il fit les derniers efforts pour ramener les rebelles à leur souverain : son zèle et sa valeur furent récompensés par le collier de l'ordre. Il mourut en 1621. —Un chevalier de cette famille donna, en 1742, une Histoire de Gênes, assez estimée, imprimée à Paris en 4 vol. in-12. Elle commence à la fondation de cette république, et finit en 1693. —Un autre, filleul de Louis XIV et d'Anne d'Autriche, leur présenta un éloge de la Chasse, qui a été imprimé à Paris, en 1723, in-12. — II. MAILLY, ( Louise-Julie de ) fille de Louis III, marquis de Nesle, née en 1710, épousa, en 1726, son cousin le comte de Mailly, qui mourut en 1747. Cette dame avoit toutes les graces de l'esprit qui rendent la société aimable. A la mort du comte de Toulouse, en 1737, Louis XV, qui goûtoit avec lui les plaisirs de l'amitié, choisit Mad. de Mailly pour répandre de l'agrément dans ses amusemens. Son attachement se changea bientôt en amour. Mais sa plus jeune sœur, Marie-Anne, veuve en 1740, du marquis de la Tournelle, avec autant d'esprit que sa sœur, et plus de beauté et de jeunesse, s'empara du cœur et de l'esprit du prince. Mad. de Mailly se retira de la cour, et vécut chrétiennement jusqu'à sa mort en 1751. Très-assidue aux églises, elle ne s'y faisoit distinguer que par son recueillement, sa modestie, et quelquefois par sa patience à supporter les injures d'une canaille insolente, qui la regardoit à tort comme l'auteur des calamités publiques. Pour Mad. de la Tournelle, le roi lui donna le duché de Châteauroux, et la fit dame du palais de la reine. Ce prince l'avoit nommée surintendant de la maison de Mad. la Dauphine, lorsqu'elle fut éloignée pendant la maladie de ce prince à Metz. Elle avoit permission de revenir; mais une maladie violente, causée par la joie de son retour, et, selon quelques-uns, par le poison, l'emporta le 8 Décembre 1744, à 27 ans. Ceux qui l'ont connue, lui donnent un caractère noble et élevé. Elle vouloit faire de Louis XV, non un simple amant, mais un homme et un roi. Elle vouloit qu'il sortit de l'indolence où l'avoit tenu le cardinal de Fleuri, qu'il gouvernât par lui même, qu'il se mit à la tête de ses armées : conseil que ce monarque suivit en partie. Aussi Maurepas et d'autres ministres furent jaloux du crédit de cette favorite.
MAIMBÇAI, ( N. ) né à Londres, vint très-jeune en France, et s'attacha au spectacle de la Foire-Saint-Germain à Paris, où il s'occupa de la composition de Ballets et de Pantomimes, qui eurent du succès. Les plus remarquables furent, Les Dupes, la Fête Angloise, l'Heureux désespoir, à Trompeur trompeur et demi, le Diable boiteux, Chacun son tour. Dans la Fête Angloise, jouée en 1740, on vit une décoration du Temple de l'Hymen qui fut admirée, et commença à donner l'idée de ce genre de beauté, et de la véritable perspective théâtrale. I. MAIMBOURG, (Louis) célèbre Jésuite, né à l'anci en 1610, de par les nobles, se fit un nom par ses prédications. Elles furent long-temps célèbres par les saillies barlesques dont il les assaisonnait; et lorsqu'on reprocha à *Mothère* d'avoir osé composer une pièce aussi morale que le *Tastuffe*: *Est-il étonnant*, dit-il, *que je mette des Sermons sur le théâtre, puisque le P. Maimbourg fait des Comédies en chaire?* Obligé de sortir de la Compagnie de Jésus, par ordre du pape *Ianocent XI*, en 1682, pour avoir écrit contre la cour de Rome, en faveur du clergé de France, il fut gratifié d'une pension du roi, qui sollicita en vain ses supérieurs de ne pas l'exclure de la Société. Les Jansénistes eurent en lui un ennemi ardent. Il se signala contre eux en chaire et dans le cabinet, sur-tout par ses déclamations contre le *Nouveau Testament de Mons*. L'écrivain ex-Jésuite choisit une retraite à l'abbaye de Saint-Victor de Paris, où il mourut d'apoplexie le 13 août 1686, à 77 ans. *Maimbourg* étoit d'un caractère plein de hardiesse et de vivacité, et un peu inquiet. On prétend qu'il ne prenait jamais la plume sans avoir échauffé son imagination par le vin. Lorsqu'il avoit à décrire une bataille, il en buvoit deux bouteilles au lieu d'une, de peur, disoit-il, *que l'image des combats ne le fit tomber en foiblesse*. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages historiques, qui forment 14 vol. in-4°, et 26 vol. in-12. On y trouve du feu, de la rapidité; mais peu de solidité, de discernement et d'exactitude: son coloris est trop romanesque. Rien de plus fade que les portraits qu'il trace de quelques-uns de ses héros: il donne presque à tous de grands yeux à fleur de tête, des nez aquilins, une bouche admirablement conformée, un génie perçant, un courage inébranlable. Il plut d'abord; mais on revint bientôt de ce mauvais goût, et la plupart de ses ouvrages moururent avant lui. Son style ampoulé, hérissé d'anti-thèses et de phrases qui ne finissent point, le fit moins mépriser, que sa manière de recueillir des choses extraordinaires plutôt que des choses vraies, et de rechercher, dans les personnages des siècles passés, de quoi se venger de ceux de son siècle. Il est certain qu'il fit des portraits de quelques hérétiques anciens qu'on appliqua à des personnages modernes, tels qu'*Arnauld*, etc. Mais le public malin lui prêta quelquefois des vues qu'il n'avoit pas eues. On a imprimé, dans différens recueils d'anecdotes, que l'*Exposition de la Foi par Bossuet*, si admirée aujourd'hui, ne fut pas d'abord du goût de quelques Catholiques peu éclairés, qui se plaignirent de ce que le savant prélat ne faisoit pas de toutes leurs opinions des articles de foi. *Maimbourg* fut, dit-on, de ce nombre. On a prétendu qu'il fit dans l'*Histoire du Luthéranisme*, le portrait de Bossuet, et la critique de son livre, sous le nom du cardinal *Contarini*; et qu'il dit que ni l'un ni l'autre parti n'en avoient été satisfaits. Cette anecdote, rapportée par quelques Protestans, est dé- mentie par l'ouvrage même qu'ils citent. Quoi qu'il en soit, plusieurs traits historiques, ou mal rendus, ou exagères en bien et en mal, lui firent donner par divers critiques, le titre de *Romancier*. Un savant François ayant demandé à un Italien qui étoit à Paris, ce qu'on disoit dans son pays, de *Maimbourg* ? *On dit de lui*, répondit-il, qu'il est entre les *Historiens*, ce que *Momus est entre les Dieux*. Dans le torrent d'ouvrages dont il inonda le public, il en est quelques-uns qu'on lira encore avec plaisir. I. *L'Histoire des Croisades*, 2 vol. in-4°, ou 4 vol. in-12, écrite avec agrément, mais pleine de mensonges. II. *L'Histoire de la décadence de l'Empire après Charlemagne*, 2 vol. in-12. L'auteur y discute assez bien les querelles de l'Empire et du Sacerdoce. III. *L'Histoire de la Ligue*, in-4°, ou en 2 vol. in-12. On y trouve des choses assez curieuses, entr'autres, la pièce fondamentale de la Ligue, qui est l'acte de l'association de la Noblesse Françoise. IV. *Les Histoires du pontificat de St. Grégoire le Grand*, et de celui de St. Léon, toutes deux assez estimées, 2 vol. in-4°, ou 4 vol. in-12. V. *Traité historique des prérogatives de l'Église de Rome*, dans lequel il défend avec force l'autorité de l'Église contre les Protestans, les libertés de l'Église Gallicane contre les Ultramontains, et la vérité des Actes du concile de Constance contre *Schéclstrate*. VI. Plusieurs autres ouvrages de controverse, moins mauvais que les Histoires de l'*Arianisme*, des *Iconoclastes*, du *Luthéranisme*, du *Calvinisme*, du *Schisme des Grecs*, du *Grand Schisme d'Occident*, ouvrages oubliés. VII. *Des Sermons contre le Nouveau Testament de Mons*, 2 vol. in-12, réfutés avec beaucoup de chaleur par *Arnauld* et *Nicole*. On a remarqué que les Sermons de *Maimbourg*, d'une froideur insupportable, furent le fruit de sa jeunesse, et que ses histoires, ou respire tant de vivacité, furent composées dans un âge mûr. Il est vraisemblable qu'il n'avoit pas d'abord connu ses véritables dispositions. Les Jansénistes ne furent pas les seuls avec lesquels il eut des démêlés : il combattit avec plusieurs autres, avec des Jésuites même ; entr'autres, le célèbre P. *Bouhours*, qui avoit critiqué, non sans raison, plusieurs de ses expressions.
II. MAIMBOURG, (Théodore) cousin du précédent, se fit Calviniste, rentra ensuite dans l'Église Catholique, puis retourna de nouveau à la religion prétendue Réformée, et mourut Socinien à Londres vers 1693. On a de lui, une *Réponse* à l'*Exposition de la Foi Catholique* de M. *Bossuet*, qui n'eut pas plus de succès, que la critique du même chef-d'œuvre par son parent l'ex-Jésuite : et d'autres ouvrages au-dessous du médiocre.
MAIMONIDE ou BEN MAIMON, (Moyse) célèbre rabbin, naquit à Cerdoua en 1139. Son père et six de ses aïeux avoient été juges. Il étudia sous les plus habiles maîtres, et en particulier sous *Averroès*. Après avoir fait de grands progrès dans les langues et dans les sciences, il alla en Egypte, et devint premier médecin du sultan. *Maimonide* eut un grand crédit auprès de ce prince, et mourut comblé de gloire, d'honneurs et de ri- chesses, en 1209, à 70 ans. On a de lui: I. Un excellent *Commen-tuire* en arabe sur la *Mischne*, qui a été traduit en hébreu et en latin, et imprimé avec la *Mischne*, à Amsterdam, 1698, 6 vol. in-folio. II. Un *Abrégé du Talmud*, en 4 parties, sous le titre de *Iad Chazakha*, c'est-à-dire *Main-forte*, à Venise, 1550, 4 vol. in-folio. Cet abrégé est écrit très-élégamment en hébreu, et passe chez les Juifs, pour un excellent ouvrage. Il comprend toute la jurisprudence civile et canonique des Juifs, distribuée par ordre, et expliquée clairement en pur hébreu. III. Un Traité, intitulé: *More Nebochim* ou *Nevochim*, c'est-à-dire le *Guide de ceux qui chancellent... Maimonide* l'avoit composé en arabe; mais un Juif le traduisit en hébreu, du vivant même de l'auteur: il parut à Venise en 1551, in-folio; *Duxtorf* en a donné une bonne traduction latine, 1529, in-4.º Ce livre contient en abrégé la théologie des Juifs, appuyée sur des raisonnemens philosophiques, qui déplurent d'abord et firent grand bruit, mais qui furent dans la suite adoptés presque généralement. IV. Un ouvrage intitulé: *Sepher Hammisoth*, c'est-à-dire le *Livre des Préceptes*, hébreu-latin, à Amsterdam, 1640, in-4.º C'est une explication des 613 préceptes affirmatifs et négatifs de la Loi. V. Un traité *De Idololatrâ*, traduit par *Vossius*, Amsterdam, 1642, 2 vol. in-4.º VI. *De rebus Christi*, traduit par *Genebrard*, 1573, in-8.º VII. *Aphorismi secundum doctrinam Galeni*, Bologne, 1489, in-4.º VIII. *Tractatus de regimine Sanitatis*, Lyon, 1535, in-fol. IX. *Liber de cibis vetitis*; ouvrage curieux, traduit en latin par *Marc Woeldicke*, et publié à Copenhague en 1734, in-4.º On a encore de *Maimonide*, plusieurs *Epitres* et d'autres ouvrages, qui lui ont acquis une grande réputation. Les Juifs l'appellent l'*Aigle des Docteurs*, et le regardent comme le plus beau génie qui ait paru depuis *Moyse* le Législateur. *Maimonide* est souvent cité sous les noms de *Moses Ægyptius*, à cause de son séjour en Égypte; de *Moses Cordubensis*, parce qu'il étoit de Cordoue. On l'appelle aussi le *Docteur*. Il est souvent désigné par le nom de *Rembam*, composé des lettres initiales, R. M. B. M. par lesquelles ils désignent son nom entier, c'est-à-dire *Rabbi*, *Moyse*, *Ben* (fils de), *Maimon*: les Juifs ont coutume de désigner ainsi les noms de leurs fameux rabbins par des lettres initiales.
MAINARD, *Voyez* MAYNARD.
MAINBOURG, *Voy.* MAIMBOURG.
MAINE, *Voyez* II. BOURG. — CROIX-DU-MAINE. — MAINUS. — MAYNE. — LENCLOS, au commencement.
MAINE, (Anne-Louise-Bénédictine DE BOURBON, duchesse du) petite-fille du *Grand Condé*, eut l'esprit et l'élévation de sentimens de son grand-père. Elle naquit en 1676, et donna, dès son enfance, les espérances les plus heureuses. Elle fut mariée en 1692, à *Louis-Auguste DE BOURBON*, duc du *Maine*, fils de *Louis XIV* et de *Mad. de Montespan*, né en 1670. Ce prince montra de bonne heure beaucoup d'esprit. *Mad. de Main-* tenon, chargée de veiller à son éducation, fit imprimer, en 1677, le recueil de ses thèmes, sous ce titre : *Œuvres d'un jeune Enfant qui n'a pas encore sept ans* ; et *Louis XIV* les vit avec le plus grand plaisir. Tout ce qui concernoit cet enfant, l'intéressoit extrêmement ; aussi le comblat-il de bienfaits. Il fut colonel général des Suisses et Grisons, fit plusieurs campagnes, et fut pourvu de la charge de grand maître de l'artillerie, en 1688. Mad. la duchesse du *Maine*, devenue son épouse, sut gagner son cœur, quoiqu'elle ne fût ni jolie, ni bien faite, le gouverner sans lui déplaire, et le faire entrer dans toutes ses dépenses, qui furent quelquefois excessives. Elle employa son esprit et son crédit à procurer au duc du *Maine* et à ses enfans, un rang égal au sien. De degrés en degrés, ils parvinrent à tous les honneurs des princes du sang, et obtinrent, en 1714, de *Louis le Grand*, un édit qui les appeloit, eux et leur postérité, à la succession à la couronne. Cet édit fut en partie l'ouvrage de Mad. du *Maine*, qui eut la douleur de voir son édifice ébranlé du temps de la minorité de *Louis XV*. Tandis que le duc d'Orléans mettoit tout en œuvre pour se ménager la régence, malgré les dispositions du testament de *Louis XIV*, le duc du *Maine*, plus occupé de littérature que de politique, s'amusoit à traduire l'*Anti-Lucrèce*. La duchesse qui savoit qu'il auroit pu faire valoir les prétentions que lui donnoit ce testament, lui disoit : *Vous trouverez un beau matin, en vous éveillant, que vous êtes de l'académie, et que M. d'Orléans a la régence*. C'est ce qui arriva. Le duc du *Maine* fut seulement confirmé dans les honneurs de prince du sang. *Louis XIV* l'avoit aussi nommé surintendant de l'éducation de son successeur ; mais cette clause de son testament n'eut pas son exécution. Mad. la duchesse du *Maine*, outrée contre le régent de ce qu'elle appeloit l'humiliation de sa famille, entra dans la conjuration du prince de *Cellamare*. Elle fut arrêtée en 1718, et conduite au château du Dijon, et son époux à celui de Dourlens ; et ils ne furent mis en liberté qu'en 1720. Le duc du *Maine* mourut, le 14 mai 1736, à 66 ans, avec de grands sentimens de religion. « Ce prince, dit Mad. de *Staal*, avoit l'esprit éclairé, fin et cultivé ; toutes les connoissances d'usage, spécialement celle du monde, au souverain degré ; un caractère noble et sérieux. La religion, peut-être, plus que la nature, avoit mis en lui toutes les vertus, et le rendoit fidelle à les pratiquer. Il aimoit l'ordre, respectoit la justice, et ne s'écartoit jamais des bienséances. Son goût le portoit à la retraite, à l'étude et au travail. Doué de tout ce qui rend aimable dans la société, il ne s'y prétoit qu'avec répugnance. On l'y voyoit pourtant gai, facile, complaisant et toujours égal. Sa conversation solide et enjouée étoit remplie d'agrémens, d'un tour aisé et léger ; ses récits amusans, ses manières noblement familières et polies ; son air assez ouvert. Le fond de son cœur ne se découvroit pas ; la défiance en défendoit l'entrée, et peu de sentimens faisoient effort pour en sortir. » Après sa mort, la duchesse du *Maine* se livra entièrement à son goût pour les sciences et les arts. Elle les re- cueillit à Seaux, dont elle avoit fait un séjour agréable; (Voyez les articles EPICURE, vers la fin; et MALEZIEU.) et les protégea jusqu'à sa mort, arrivée en 1753, dans la 76e année de son âge. «Personne, dit encore l'ud. de Staal, n'a jamais parlé avec plus de justesse, de netteté et de rapidité, ni d'une manière plus noble et plus naturelle. Son esprit, frappé vivement des objets, les rendoit comme la glace d'un miroir qui les réfléchit, sans ajouter, sans orner, sans rien changer. » Son caractère vif et un peu inégal, ne rendoit pas le sort de ceux qui la servoient constamment heureux; d'ailleurs elle s'engouoit et se désengouoit fort facilement. Jalouse de s'entourer d'une cour nombreuse, elle ne fut pas toujours scrupuleuse sur le choix; mais elle se croyoit seule, si elle n'avoit qu'une vingtaine de personnes autour d'elle. Saint-Aulaire, fatigué un jour de la société bruyante et insipide dont il la voyoit assiégée, lui demanda ce qu'elle vouloit faire d'une compagnie qui lui convenoit si peu. Berger, lui répondit-elle, j'ai le malheur de ne pouvoir me passer des choses dont je n'ai que faire. Quoique sa cour fût livrée au luxe, au jeu et aux spectacles, elle étoit sincèrement religieuse, et ne permettoit pas la plus légère plaisanterie sur nos dogmes sacrés. — Les enfans du duc du Maine furent: Louis-Auguste DE BOURBON, prince de Dombes, mort en 1755, à 55 ans; et Louis-Charles DE BOURBON, comte d'Èu, mort en 1775, à 74 ans, l'un et l'autre sans avoir été mariés.
MAINFERME, (Jean de la) religieux de Fontevrault, né à Orléans, mort en 1693, à 47 ans, s'est signalé par une défense de Robert d'Abrissel, fondateur de son ordre, sous le titre de: Bouclier de l'Ordre de Fontevrault naissant, en 3 vol. in-8. Le principal objet de cet ouvrage est de justifier Robert du reproche d'avoir été trop familier avec ses religieuses, et d'avoir osé même coucher la nuit à côté d'elles, sous prétexte de se mortifier en souffrant ce nouveau genre de martyre. Il prétend que les Lettres injurieuses à Robert, qui portent le nom de Geoffroi de Vendôme, et de Marbode, sont supposées, et ont été écrites par Roscelin; mais les critiques n'ont point été persuadés par ses raisons. Son Apologie de l'autorité que les religieuses de Fontevrault ont sur les religieux et les prêtres qui dépendent d'elles, n'a pas été mieux accueillie.
MAINFRAY, (Pierre de) né à Rouen, fit jouer, au commencement du siècle passé, trois tragédies, Cyrus, Soliman et Hercule. Cette dernière n'est qu'en quatre actes.
MAINFROY, fils naturel de l'empereur Frédéric II, eut d'abord le titre de prince de Tarente. Après la mort de Conrad IV, en 1254, il se chargea d'être le tuteur de Conradin, fils de ce prince. Mais bientôt ayant fait courir le bruit de la mort de son pupille, il se fit couronner à Palerme, sous le titre de Roi de Sicile, et il gouverna despotiquement pendant près de 11 ans. S'étant brouillé avec le pape Innocent IV, il porta la guerre dans les états de l'Eglise, et battit les troupes papales. Le vainqueur enleva au saint Siège le comté de M A I 511 Fondi, et fut excommunié par *Urbain IV*. Ce pontife François appela *Charles d'Anjou*, frère de *St. Louis*, en Italie, et lui donna l'investiture des royaumes de Naples et de Sicile. Le nouveau roi fit la guerre à *Mainfroy*, possesseur de ces deux royaumes. On prétend que celui-ci fit proposer un accommodement à *Charles*, qui lui répondit en ces termes : *Allez vers le Sultan de Luceria*, (il appeloit ainsi *Mainfroy*, qui tiroit du secours des Sarasins de Luceria,) et lui dites que je ne veux ni paix ni trêve avec lui, et que dans peu je l'enverrai en Enfer, ou qu'il m'enverra en Paradis. Une bataille dans les plaines de Bénévent, donnée le 26 février 1666, décida de tout : *Mainfroy* y fut tué, quoiqu'il eût combattu en héros. Sa femme, ses enfans et ses trésors furent livrés au vainqueur. On trouva son cadavre tout couvert de sang et de boue. *Charles* lui refusa la sépulture, parce qu'il étoit moft excommunié. On le jeta dans un fossé le long du grand chemin, où les soldats le couvrirent d'un monceau de pierres. « Le pape le fit transporter depuis hors du territoire de Bénévent, ne voulant pas qu'il fût inhumé proche d'une ville qui lui appartenait. Telle fut la fin de *Mainfroy*, prince digne d'un meilleur sort, et dont nous devons prendre une autre idée que celle que nous en ont laissée la plupart des historiens, qui l'ont maltraité sur la foi des écrivains dévoués au pape. Tout ce qu'on peut lui reprocher avec fondement, est l'usurpation du royaume de Sicile sur son neveu *Conradin*. Mais l'injustice étoit encore plus grande du côté de ceux qui attaquaient ce jeune prince, puisque, non content de renverser ses droits incontestables, ils enlevoient cette couronne à la maison de *Souabe*, pour y appeler une maison étrangère... On a imputé à *Mainfroy* la mort de *Frédéric II* son père, celle de *Henri* et de *Conrad* ses propres frères; et quelques écrivains prétendent qu'il fut soupçonné d'avoir attenté par le poison à celle de *Conradin*: mais toutes ces accusations ne se trouvent que dans des auteurs attachés au parti du pape, ou dans des historiens qui les ont copiés. Il falloit bien que pour rendre *Mainfroy* odieux, on lui reprochât quelques crimes, et qu'on saisit avec avidité des calomnies renouvelées trop souvent à la mort des princes. » (*HISTOIRE de l'Empire d'Allemagne*, par *M. de Montigny*, tome III.) Il paroît cependant que tous ces reproches, faits à *Mainfroy*, n'étoient pas des calomnies; et qu'en ambitieux qui usurpa l'héritage de son pupille, et qui traita quelquefois ses sujets en tyran, pouvait avoir des talens militaires; mais qu'il avoit très-peu de vertus. Ce prince aimoit l'étude et les arts. Il travailla avec son père à un traité considérable sur la *Chasse aux oiseaux*, qui a été imprimé en 1696 par les soins de *Prétorius*.
MAINGRE, *Voy. BOUCICAUT.*
MAINTENON, (*Françoise d'Aubigné*, marquise de) petite-fille de *Théodore-Agrippa d'Aubigné*, naquit le 8 septembre 1635, dans une prison de Niort, où étoient enfermés *Constant d'Aubigné* son père, et sa mère *Anne de Cardillac*, fille du gouverneur du Château-Trompette à Bordeaux. *Françoise d'Aubigné* gné étoit destinée à éprouver toutes les vicissitudes de la fortune. Menée à l'âge de trois ans en Amérique, laissée par la négligence d'un domestique sur le rivage, prête à y être dévorée par un serpent; ramenée orpheline à l'âge de douze ans, élevée avec la plus grande dureté chez Mad. de *Neuillant* sa parente, elle fut trop heureuse d'épouser *Scarron*, qui logeoit auprès d'elle dans la rue d'Enfer. Ce poète, ayant appris combien Mlle d'Aubigné avoit à souffrir avec sa parente, lui proposa de payer sa dot, si elle vouloit se faire religieuse; ou de l'épouser, si elle vouloit se marier. Mlle d'Aubigné prit ce dernier parti, et un an après, n'étant âgée que de seize ans, elle donna sa main au burlesque *Scarron*. Cet homme singulier étoit sans bien, et perclus de tous ses membres; mais sa famille étoit ancienne dans la robe, et illustrée par de grandes alliances. Son oncle étoit évêque de Grenoble, et son père conseiller au parlement de Paris. Sa maison étoit le rendez-vous de ce que la cour et la ville avoient de plus distingué et de plus aimable: *Vivonne*, *Grammont*, *Coligni*, *Charleval*, *Pellisson*, *Hérault*, *Marigni*, etc.: tout le monde alloit le voir, comme un homme aimable, plein d'esprit, d'enjouement et d'infirmités. Mlle d'Aubigné fut plutôt son amie et sa compagne, que son épouse. Elle se fit aimer et estimer, par le talent de la conversation, par son esprit, par sa modestie et sa vertu. Cette vertu n'étoit point de l'hypocrisie, quoi qu'en aient dit ses détracteurs. « Je ne suis pas étonnée, écrivoit Mad. de *Maintenon* en 1709, qu'on soupçonne ma jeunesse: ceux qui parlent ainsi, en ont une très-dérégée, ou ne m'ont pas connue. Il est fâcheux d'avoir à vivre avec d'autres gens que ceux de son siècle; et voilà le malheur de vivre trop long-temps. » Nous ajouterons que la célèbre *Ninon de Lenclos* rendit toujours les témoignages les plus favorables à ses mœurs. *Scarron* étant mort le 27 juin 1660, sa veuve retomba dans la misère. Un épicurien, nommé le marquis de C\*\*, lui offrit sa main. Elle refusa. « Que pensez-vous, écrivoit alors Mad. *Scarron*, de la comparaison qu'on a osé me faire de cet homme à M. *Scarron*? Grand Dieu! quelle différence! Sans fortune, sans plaisirs, il attiroit chez moi la bonne compagnie; celui-ci l'auroit haie et éloignée. M. *Scarron* avoit cet enjouement que tout le monde sait, et cette bonté d'esprit que personne ne lui a connue. Celui-ci n'a l'esprit brillant ni solide, ni badin; s'il parle, il est ridicule. Mon mari avoit le fond excellent; je l'avois corrigé de ses licences; il n'étoit ni fou, ni vicieux par le cœur; d'une probité reconnue, d'un désintéressement sans exemple. C\*\* n'aime que ses plaisirs, et n'est estimé que d'une jeunesse perdue; livré aux femmes, dupe de ses amis, haut, emporté, avare et prodigue; au moins m'a-t-il paru tout cela. » Ce refus fut blâmé par quelques amis de Mad. *Scarron*, mais *Ninon* l'approuva. Cette femme, dit-elle, vaut tous les marquis de France. Mad. *Scarron* fit solliciter long-temps et vainement auprès de Louis XIV une pension dont son mari avoit joui comme malade de la reine. On présenta des placets. Le cardinal *Mazarin* en ayant lu un demanda si la suppliante se portoit bien: Men : sur ce qu'on lui dit qu'oui ; elle est donc inhabile, répondit-il, à succéder à la pension d'un homme qui se portoit mal. Ne pouvant l'obtenir, elle résolut de s'expatrier. Une princesse de Portugal, élevée à Paris, écrivit à l'ambassadeur, et le chargea de lui chercher une dame de condition et de mérite pour élever ses enfans. On jeta les yeux sur Mad. Scarron, et elle accepta. Avant de partir, elle se fit présenter à Mad. de Montespan, en lui disant, qu'elle ne vouloit pas se reprocher d'avoir quitté la France, sans en avoir vu la merveille. Mad. de Montespan fut flattée de ce compliment, et lui dit, qu'il falloit rester en France ; elle lui demanda un placet, qu'elle se chargea de présenter au roi. Lorsqu'elle présenta ce placet : Quoi ! s'écria le roi, encore la veuve Scarron ! N'entendrai-je jamais parler d'autre chose ? — En vérité, SIRE, dit Mad. de Montespan, il y a long-temps que vous ne devriez plus en entendre parler. La pension fut accordée, et le voyage de Portugal rompu. Mad. Scarron alla remercier Mad. de Montespan, qui fut si charmée des graces de sa conversation, qu'elle la présenta au roi. On rapporte que le roi lui dit : Madame, je vous ai fait attendre long-temps ; mais vous avez tant d'amis, que j'ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous. Sa fortune devint bientôt meilleure. Mad. de Montespan, voulant cacher la naissance des enfans qu'elle alloit avoir du roi, jeta les yeux sur Mad. Scarron, comme sur la personne la plus capable de garder le secret, et de les bien élever. Celle-ci s'en chargea, et en devint la gouvernante. Elle mena alors une vie gênante et retirée, avec sa pension de deux mille livres seulement, et le chagrin de savoir qu'elle ne plaisoit point au roi. Ce prince avoit un certain éloignement pour elle. Il la regardoit comme une espèce de prude et comme un bel esprit ; et quoiqu'il en eût beaucoup lui-même, il ne pouvoit souffrir ceux qui voulaient le faire briller. Louis XIV l'estimoit d'ailleurs ; il se souvint d'elle. Lorsqu'il fut question de chercher une personne de confiance pour mener aux eaux de Barège le duc du Maine, né avec un pied difforme. Mad. Scarron conduisit cet enfant, et comme elle écrivoit au roi directement, ses lettres effacèrent peu à peu les impressions désavantageuses que ce monarque avoit prises sur elle. Le petit duc du Maine contribua aussi beaucoup à le faire revenir de ses préventions. Le roi jouoit souvent avec lui, content de l'air de bon sens qu'il mettoit jusque dans ses jeux, et satisfait de la manière dont il répondoit à ses questions : Vous êtes bien raisonnable, lui dit-il un jour ! — Il faut bien que je le sois, répondit l'enfant : j'ai une gouvernante qui est la raison même. — Allez, reprit le roi, allez lui dire que vous lui donnez cent mille francs pour vos dragées. Elle profita de ces bienfaits pour acheter, en 1674, la terre de Maintenon, dont elle prit le nom. Ce monarque, qui ne pouvoit pas d'abord s'accoutumer à elle, passa de l'aversion à la confiance, et de la confiance à l'amour. Mad. de Montespan, inégale, bizarre, impérieuse, servit beaucoup par son caractère à l'élévation de Mad. de K k Maintenon, qui, en détachant le roi d'une liaison criminelle, parvint à occuper dans son cœur la place qu'y tenoit Mad. de Montéron. Louis XIV lui donna la place de dame d'atours de Mad. la Dauphine, et peu de temps après il lui offrit celle de dame d'honneur. Mad. de Maintenon la refusa, en faisant sentir au monarque que cette charge ne ferait qu'à riter l'envie contre elle. Quant à l'honneur que cette place me ferait, ne les ai-je pas tous dans l'offre que me fait votre majesté. Le roi fit de nouvelles instances, qui ne purent la déterminer à accepter. Puisque vous ne voulez pas, lui dit-il, jouir de mes graves; il faut du moins, madame, que vous jouissiez de vos refus; et après son diné, il en instruisit les courtisans. Louis XIV pensa bientôt à l'élever plus haut. Ce prince étoit alors dans cet âge, où les hommes ont besoin d'une femme, dans le sein de laquelle ils puissent déposer leurs peines et leurs plaisirs. Il vouloit mêler aux fatigues du gouvernement, les douceurs innocentes d'une vie privée. L'esprit doux et conciliant de Mad. de Maintenon, obligée de bonne heure par la pauvreté à se plier aux différens caractères, lui promettoit une compagne agréable et une confidente sûre. Le P. de la Chaise, son confesseur, lui proposa de légitimer sa passion pour elle par les liens indissolubles d'un mariage secret, mais revêtu de toutes les formalités de l'église. La bénédiction nuptiale fut donnée vers la fin de 1685, par Harlai, archevêque de Paris, en présence du confesseur et de deux autres témoins. Louis XIV étoit alors dans sa 48e année, et la per- sonne qu'il épousoit, dans sa 50e. Ce mariage parut toujours problématique à la cour, quoiqu'il y en eût milie indices. Mad. de Maintenon entendoit la messe dans une de ces tribunes qui sembloient n'être que pour la famille royale; elle s'habilloit et se déshabilloit devant le roi, qui l'appeloit Madame tout court. Dans l'intérieur du palais, il n'étoit pas possible de méconnoître en elle l'éponse d'un roi. Elle ne se levoit qu'un instant quand Monsieur ou Monsieur entroient. Les princes et les princesses du sang n'étoient admis dans son appartement que par des audiences demandées, ou lorsqu'elle les envoyait chercher pour leur faire quelque sèche réprimande. Jamais elle n'appela la duchesse de Bourgogne que Mignonne; et celle-ci ne la nommoit que ma Tante. On prétend même, que le petit nombre de domestiques qui étoient du secret, lui rendoient dans le particulier des honneurs qu'ils ne lui rendoient pas en public, et qu'ils la traitoient de Majesté: ce qui paroît très-peu vraisemblable. La princesse de Noutise lui ayant écrit, et s'étant servie de la formule avec respect; Mad. de Maintenon termina sa réponse par cette phrase: « A l'égard du respect, qu'il n'en soit point question entre nous. Vous n'en pourriez devoir qu'à mon âge, et je vous crois trop polie pour me le rappeler. » Le bonheur de Mad. de Maintenon fut de peu de durée. C'est ce qu'elle dit depuis, elle-même, dans un épanchement de cœur: J'étois née ambitieuse, je combatteis ce penchant: Quand des désirs que je n'avois plus furent remplis, je me crus heureuse; mais cette ivresse ne dura que trois semaines. Son élévation fut pour elle une espèce de retraite. Renfermée dans son appartement, elle se bornait à une société de deux ou trois dames retirées comme elle; encore les voyoit-elle rarement. Louis XIV venait tous les jours chez elle après son diné, avant et après le soupé. Il y travaillait avec ses ministres, pendant que Mad. de Maintenon s'occupait à la lecture, ou à quelque ouvrage de main, s'empressant peu de parler d'affaires d'état, paroissant même les ignorer, quoiqu'elles ne lui fussent pas indifférentes, et qu'elle en dirigeait quelquefois le fil avec les ministres, et s'expliquant avec une réserve et un air de désintéressement qui écartoit toute apparence de concert entre elle et eux. C'est ainsi qu'elle influa dans le choix de certains ministres (Chamillart), et de quelques généraux (Marsin), ainsi que dans la disgrace de quelques autres (Vendôme et Catinat). Le public lui reprocha ses fautes, que ses bonnes intentions ne pouvoient pas toujours faire excuser. Asservie aux volontés de Louis XIV dans tout le reste, elle fut en général uniquement occupée du soin de lui complaire; et cette servitude continuelle dans un âge avancé la rendit plus malheureuse, que l'état d'indigence qu'elle avoit éprouvé dans sa jeunesse. Je n'y puis plus tenir, dit-elle un jour au comte d'Aubigné, son frère: je voudrois être morte! — Vous avec donc parole, répondit d'Aubigné, d'épouser Dieu le Père! « Que ne puis-je, dit-elle dans une de ses lettres, vous donner mon expérience! Que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands, et la peine qu'ils ont à remplir leurs journées! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse, dans une fortune qu'on auroit eu peine à imaginer? J'ai été jeune et jolie; j'ai goûté des plaisirs: j'ai été aimée partout. Dans un âge plus avancé, j'ai passé des années dans le commerce de l'esprit: je suis venue à la faveur, et je vous proteste que tous les états laissent un vide affreux. » Si quelque chose pouvoit détromper de l'ambition, dit Voltaire, ce seroit assurément cette lettre... Quel supplice, disoit-elle à Mad. de Bolymbrocke, sa nièce, d'amuser un homme qui n'est plus amusable! — Ecrivez-nous des nouvelles, dit-elle encore dans une lettre, car nous mourons d'ennui. Le roi qui la brusqueoit quelquefois, lorsqu'elle vouloit glisser un mot sur les affaires de l'état, la dédommagcoit de ses bouderies passagères par des marques de respect, et des attentions recherchées qu'il n'avoit jamais eues pour ses maîtresses ou pour la reine. Mais ces témoignages extérieurs ne la dédommageoient pas des charpins intérieurs. La modération qu'elle s'étoit prescrite, augmentoit les malheurs de son état. Elle ne profita point de sa place, pour élever sa famille autant qu'elle l'auroit pu, parce qu'elle redoutoit de trop fixer sur elle et sur les siens, les regards du public. Elle n'avoit elle-même que la terre de Maintenon, qu'elle avoit achetée des bienfaits du roi, et une pension de 48000 livres; aussi disoit-elle: Ses maîtresses lui coûtoient plus en un mois que je ne lui coûte en une année. Elle exigeoit des autres le désintéressement qu'elle avoit pour elle-même; le roi lui disoit souvent K k 2 Mais, Madame, vous n'avez rien à vous. —SIRÉ, répondoit-elle, il ne vous est pas permis de me rien donner. Elle n'oublia pourtant ni ses amis, ni les pauvres. Le marquis de Dangeau, Barillon, l'abbé Testu, Baccine, Despréaux, Vardes, Bussi, Montchevreuil, Mlle de Scudéri, Mad. Deshoulières, n'eurent qu'à se féliciter de l'avoir connue. Mad. de Maintenon ne regardoit sa faveur que comme un fardeau, que la bienfaisance seule pouvoit alléger. Ma place, disoit-elle, a bien des côtés fâcheux; mais aussi elle me procure le plaisir de donner. Elle proposoit à Louis XIV des bonnes œuvres, auxquelles ce prince ne se prétoit pas toujours : Mes aumônes, lui disoit-il, ne sont que de nouvelles charges pour mes peuples; plus je donnerai, plus je prendrai sur eux. Mad. de Maintenon lui répondoit : Cela est vrai, mais tant de gens que vos Guerres, vos Bâtimens et vos Maîtresses ont réduits à la mendicité par la nécessité des impôts, il faut bien les soulager aujourd'hui. Il est bien juste que ces malheureux vivent par vous, puisqu'ils ont été ruinés par vous. Dès que Mad. de Maintenon vit luire les premiers rayons de sa fortune, elle conçut le dessein de quelque établissement en faveur des filles de condition nées sans bien. Ce fut à sa prière que Louis XIV fonda, en 1686, dans l'abbaye de Saint-Cyr (village situé à une lieue de Versailles), une communauté de trente-six dames religieuses et de vingt-quatre sœurs converses, pour élever et instruire gratis trois cents jeunes demoiselles, qui devoient faire preuve de quatre degrés de noblesse du côté pater- nel. Cette maison fut dotée de 40.000 écus de rente, et Louis XIV voulut qu'elle ne reçût de bienfaits que des rois et des reines de France. Les demoiselles devoient être âgées de sept ans au moins, et de douze ans au plus; elles n'y pouvoient demeurer que jusqu'à l'âge de vingt ans et trois mois, et en sortant on leur remettoit mille écus. Mad. de Maintenon donna à cet établissement toute sa forme. Elle en fit les règlemens avec Godets Desmarêts, évêque de Chartres. Il seroit à souhaiter que ces Constitutions, le chef-d'œuvre du bon sens et de la spiritualité, fussent publiées; elles serviroient à réformer bien des communautés. La fondatrice sut tenir un milieu entre l'orgueil des chapitres et les petitesses des convens. Elle réunit une vie très-régulière à une vie très-commode. L'éducation de Saint-Cyr devint, sous ses yeux, un modèle pour toutes les éducations publiques. Les exercices y étoient distribués avec intelligence, et les demoiselles instruites avec douceur. On ne forçoit point leurs talens; on aidoit leur naturel; on leur inspiroit la vertu; on leur apprenoit l'histoire ancienne et moderne, la géographie, la musique, le dessin; on formoit leur style par de petites compositions; on cultivoit leur mémoire; on les corrigeoit des pronunciations de province. Le goût de Mad. de Maintenon pour cet établissement devint d'autant plus vif, qu'il eut un succès inespéré. A la mort du roi, arrivée en 1715, elle se retira tout-à-fait à Saint-Cyr, où elle donna l'exemple de toutes les vertus. Tantôt elle instruisoit les novices, tantôt elle partageoit avec les maîtresses des classes les soins pénibles de l'éducation. Souvent elle avoit des demoiselles dans sa chambre, et leur enseignoit les élémens de la religion, à lire, à écrire et travailler, avec la douceur et la patience qu'on a pour tout ce que l'on fait par goût. La veuve de Louis XIV assistoit régulièrement aux récréations, étoit de tous les jeux, et en inventoit elle-même. Cette femme illustre mourut le 15 avril 1719, à 84 ans, pleurée à Saint-Cyr, dont elle étoit la mère, et regrettée des pauvres dont elle étoit la bienfaitrice. On lit, au bas du portrait d'une femme du siècle passé, ces vers, qui ne peuvent convenir qu'à Mad. de Maintenon: L'estime de mon roi m'en acquit la rendresse, Je l'aimai trente ans sans foiblesse, Il m'alma trente ans sans remord, Je ne fus ni reine ni maîtresse, Devine mon nom et mon sort. Quoique Mad. de Maintenon eût moins d'ambition que tant d'autres favorites, sa fortune influa sur celle de ses parens. Son frère le comte d'Aubigné, ne pouvant être maréchal de France, à cause de la médiocrité de ses talens, fut lieutenant général, gouverneur de Berry, et possesseur de sommes assez considérables pour étaler sottement les airs d'un favori. Cependant, il se plaignoit sans cesse. Sa sœur lui donna plusieurs fois les conseils les plus sages. « On n'est malheureux que par sa faute, lui écrivoit-elle; ce sera toujours mon texte et ma réponse à vos lamentations. Songez, mon cher frère, aux voyages d'Amérique, aux malheurs de notre père, aux malheurs de notre enfance, à ceux de notre jeunesse; et vous bénérez la Providence, au lieu de murmurer contre la fortune. Il y a dix ans que nous étions bien éloignés, l'un et l'autre, du point où nous sommes aujourd'hui. Nos espérances étoient si peu de chose, que nous bornions nos vœux à 3000 livres de rente; nous en avons à présent quatre fois plus, et nos souhaits ne seroient pas encore remplis!... Vos inquiétudes détruisent votre santé, que vous devriez conserver, quand ce ne seroit que parce que je vous aime. Travaillez sur votre humeur; si vous pouvez la rendre moins bilieuse et moins sombre, ce sera un grand point de gagné. Ce n'est point l'ouvrage des réflexions seules: il y faut de l'exercice, de la dissipation, une vie unie et réglée.» Le comte d'Aubigné profita enfin de cet avis. Sur la fin de ses jours, il se retira dans une communauté, qu'il édifia par sa conversion. Sa sœur lui fit une pension de 10.000 livres, et se chargea de la régie de ses biens, et du payement de ses dettes. Il mourut en 1703; il n'avoit qu'une fille, Françoise d'Aubigné, mariée, en 1698, au duc, depuis maréchal de Noailles. Le père de Mad. de Maintenon avoit une sœur (Artémise d'Aubigné) qui épousa Benjamin de Valois, marquis de Villette. Mad. de Maintenon maria sa petite-fille, Marthe-Marguerite, à Jean-Anne de Tubière, marquis de Caylus: elle fut mère de M. le comte de Caylus, et mourut en 1729. (Voy. CAYLUS.) On a imprimé ses Souvenirs en 1770, in-8°, qui contiennent quelques anecdotes. Elle y parle des soins que Mad. de Maintenon se donnoit pour son éducation. « Il ne se passoit rien à la cour, dit-elle, sur quoi elle-même ne me fit faire des réflexions, selon la portée de mon esprit, m'approuvant quand je pensois bien, me redressant quand je pensois mal. Ma journée étoit remplie par des maîtres, la lecture et des amusements honnêtes et réglés. On cultivoit ma mémoire par des vers qu'on me faisoit apprendre par cœur, et la nécessité de rendre compte de la lecture ou d'un sermon, me forçoit d'y faire attention. Il falloit encore que j'écrivisse, tous les jours, une lettre à quelqu'un de ma famille ou tel autre que je voulais choisir, et que je l'apportasse le soir à Mad. de Maintenon, qui l'approuvoit ou la corrigéoit, selon qu'elle étoit bien ou mal. En un mot, elle n'oublioit rien de ce qui pouvoit former ma raison ou cultiver mon esprit. » On peut juger, par les Lettres de Mlle de Marcaï, (depuis Madame de Caylus) des progrès que la tante fit faire à sa jeune élève. Mad. de Maintenon est auteur comme Mad. de Sévigné, parce qu'on a imprimé ses Lettres après sa mort. Elles ont paru, en 1756, en 9 vol. in-12. Elles sont écrites avec beaucoup d'esprit, comme celles de l'illustre mère de Mad. de Grignan, mais avec un esprit différent. Le cœur et l'imagination dictoient celles-ci; elles respirent le sentiment, la liberté, la gaieté. Celles de Mad. de Maintenon sont plus contraintes ou plus réfléchies; il semble qu'elle ait toujours prévu qu'elles seroient un jour publiques. Son style sec, précis et austère, l'image de son caractère, est plutôt celui d'un auteur, et d'un bon auteur, que celui d'une femme. Ses Lettres sont pourtant plus précieuses qu'on ne pense; elles découvrent ce mélange de religion et de galanterie, de dignité et de foiblesse, qui se trouve si souvent dans le cœur humain, et qui se rencontroit quelquefois dans celui de Louis XIV. Celui de Mad. de Maintenon paroît à la fois plein d'une ambition et d'une dévotion véritables. Son confesseur, Gobelin, directeur et courtisan, approuve également l'une et l'autre, ou du moins ne paroît pas s'opposer à ses vues, dans l'espérance d'en profiter. Voilà les idées que ses Lettres font naître. On y pourroit recueillir aussi quelques pensées ingénieuses, quelques anecdotes; mais les connaissances qu'on peut y puiser, sont trop achetées, par la quantité de lettres inutiles que ce recueil renferme. D'ailleurs, la Beaumelle, en les publiant, y a fait quelquefois des changements qui les rendent infidelles. Il fait dire à Mad. de Maintenon des choses qu'elle n'a jamais pensées, et celles qu'elle a pensées, d'une manière dont elle ne les a jamais dites. C'est ce qu'on peut vérifier, en les comparant avec les copies authentiques de plusieurs de ces lettres, qu'on trouve dans les Mémoires du maréchal de Noailles, par M. l'abbé Millot. La Beaumelle donna aussi 6 vol. de Mémoires pour servir à l'Histoire de Madame de Maintenon. Ils sont écrits d'un style énergique, pétillant et singulier, mais avec peu de circonspection et d'exactitude. S'il y a plusieurs faits vrais et intéressans; il y en a aussi un grand nombre de hasardés et de minutieux. Les Lettres et les Mémoires ont été réimprimés en 16 vol. in-12, 1778. Ajoutez-y un petit livre assez rare, intitulé : Entretiens de M A I 519
LOUIS XIV et de Madame de MAINTENON, sur leur mariage; Marseille, 1701, in-12. On a donné un Maintenonisme, in-8.º C'est un recueil d'anecdotes, de portraits, de pensées, de bons mots tirés des Lettres et des Mémoires de Mad. de Maintenon. Son portrait par Mignard, orne maintenant le Muséum de Versailles, sous le n.º 158. Le marquis de Caraccioli a publié sa Vie, 1786, in-12. Voy. le parallèle que nous faisons de cette vertueuse favorite, avec Mad. de Montespan, art. V. ROCHECHOCART.
MAINVILLIERS, (S.S. chevalier de) aventurier François, qui parcourut à pied une partie de l'Europe, fut trouvé mort dans son lit à Stolzemberg, près de Dantzig, le 12 juin 1776. On a de lui: I. La l'étrarde ou Pierre le Créateur, poème, 1763, Amsterdam, in-8.º II. Le Petit-Maître Philosophe; trois brochures in-12, où l'on trouve, à travers des choses pitoyables, quelques portraits originaux. III. L'Entrevue de huit Philosophes aventuriers, comédie de nos jours. C'est une espèce de satire contre Voltaire, d'Argens, Maupertuis, Marivaux, Prévét, etc. Cette production est celle d'un homme d'esprit, sans goût et sans idée de bienseance. Ses vers étoient encore au-dessous de sa prose.
MAINUS, (Jason) né à Pozaro en 1435, d'une famille obscure, fut l'artisan de sa fortune. Aussi prit-il pour devise: VINTUIT FORTUNA COVES NON DEFICIT. Il enseigna le droit avec tant de réputation, qu'il eut jusqu'à 3000 disciples, et que Louis XII, roi de France, étant en Italie, honora son école de sa présence. Comme il conduisoit le roi à la porte de son école, le priant d'entrer avec une inclination profonde, Louis le força de passer le premier: Je ne suis plus roi ici, dit-il, vous êtes le seul qu'on y doive respecter. Ce prince lui ayant demandé pourquoi il ne s'étoit pas marié? il répondit que c'étoit pour obtenir la pourpre à sa recommandation; mais Louis XII ne jugea pas à propos de la demander. Ce jurisconsulte mourut à Padoue le 22 mars 1519, à 84 ans. Sa jeunesse avoit été orageuse et libertine; mais l'âge le corrigea de tous ses vices. On a de lui, des Commentaires sur les Pandectes et sur le Code de Justinien, in-foli, et d'autres ouvrages qui, pour la plupart, ne sont que de mauvaises compilations.
MAJOLI, (Simon) né à Ast en Piémont, devint évêque de Volturara dans le royaume de Naples, et mourut vers l'an 1598, après s'être démis de son évêché. C'étoit un grand compilateur. Il s'est fait concoître surtout par son ouvrage intitulé: Dies coniculare, imprimé plusieurs fois in-4.º et in-foli, traduit en françois par Rosset, Paris, 1610 et 1643, in-4.º C'est un recueil de faits singuliers sur les merveilles de l'art et de la nature. Le bon et le mauvais, le vrai et le faux y sont ramassés sans choix. Mais comme ce livre renferme des choses curieuses, il eut une grande vogue. I. MAJOR, (George) l'un des plus zélés disciples de Luther, naquit à Nuremberg en 1502. Il fut élevé à la cour de Frédéric III, duc de Saxe; enseigna à Magdebourg, puis à Wittemberg, fut ministre à Islebe, et mourut le 28 novembre 1574, à 72 ans. Il soutenait que les bonnes œuvres sont si essentiellement nécessaires pour le salut, que les petits enfants ne sauroient être justifiés sans elles. « *Mélanchthon*, dit l'abbé *Pluquet*, avoit abandonné les principes de *Luther* sur le libre arbitre; il avoit accordé quelque force à la nature humaine, et avoit enseigné qu'elle concourait à la conversion, même dans un infidèle. *Major* avoit poussé ce principe plus loin que *Mélanchthon*, et avoit expliqué comment l'homme infidèle concourait à l'ouvrage de sa conversion: il faut, pour qu'un infidèle se convertisse, qu'il prête l'oreille à la parole de Dieu; il faut qu'il la comprenne, et qu'il la reçoive: jusques là, tout est l'ouvrage de la volonté. Mais, lorsque l'homme a reconnu la vérité de la religion, il demande les lumières du Saint-Esprit, et il les obtient. *Major* renouvéloit en partie les erreurs des Semi-Pilagiens. » On a de lui, divers Ouvrages en 3 vol. in-fol. Ses partisans furent nommés *Majorites*.
II. MAJOR ou LE MAIRE, (Jean) d'Addington en Écosse, vint jeune à Paris, et fit ses études au collège de Montaigu, où il enseigna ensuite la philosophie et la théologie avec réputation. Il fut reçu docteur de Sorbonne en 1566, et mourut en Écosse l'an 1548, à 62 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Une *Histoire de la Grande-Bretagne*, en six livres, qui finissent au mariage de *Henri VIII*, avec *Catherine d'Aragon*. Cet ouvrage superficiel et peu exact, fut publié en 1521. II. De savans *Commentaires* sur les Évangiles, sur le Maître des Sentences, etc. in-fol., 1529. III. On lui attribue encore un livre intitulé: *Le grand Miroir des exemples*, imprimé à Douai, 1603, in-4.º Tous ces ouvrages sont en latin. Ce dernier est rempli de fables.
III. MAJOR, (Jean-Daniel) médecin, né à Breslau en 1634, exerça long-temps ses talens à Hambourg. Il fut fait, en 1663, professeur en médecine dans l'université de Kiel, qui venait d'être fondée, et directeur du jardin des plantes. Il mourut en 1693, à Stockholm, où il avoit été appelé par *Charles XI*. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont: I. *Lithologia curiosa sive de animalibus et plautis in lapidem conversis*, 1662, in-4.º II. *De cancris et serpentibus petrefactis*, 1664, in-4.º III. *Historia anatomiae*, 1665, in-fol.
MAJORAGIO, (Marc-Antoine) ainsi nommé, d'un village dans le territoire de Milan, se rendit habile dans les belles-lettres, et enseigna à Milan avec une réputation extraordinaire. Il introduisit dans les écoles l'usage des déclamations, pratiqué parmi les anciens, et propre à exciter le génie de quelques jeunes gens. Ses succès firent des jaloux. Ses ennemis lui intentèrent un procès, sur ce qu'il avoit changé son nom d'*Antonius-Maria* en celui de *Marcus-Antonius Majorianus*. Il se tira d'affaire en disant, qu'il n'y avoit aucun exemple dans les auteurs de la pure latinité, qu'un homme ait été appelé *Antonius Maria*. Cette raison pédantesque ferma cependant la bouche à l'envie. *Majoragio* jouit tranquillement de son nom et de sa gloire jusqu'à sa mort, arrivée le 4 Avril 1555, à 41 ans. On a de lui, I. Des Commentaires sur la Rhétorique d'Aristote, in-fol., sur l'Orateur de Cicéron, et sur Virgile, in-fol. II. Plusieurs Traités, entr'autres: De Senatu Romano, in-4.º — De visu oratorio et urbano. — De nominibus propriis veterum Romanorum. III. Un recueil de Harangues latines, etc. Leipzig, 1628, in-8.º Tous ces ouvrages respirent l'érudition.
MAJORIEN, (Julius-Valerius MAJORIANUS) empereur d'Occident, étoit fort jeune lorsqu'il fut élevé à l'empire, le 1er Avril 457, du consentement de Léon, empereur d'Orient. Tout ce qu'on sait de sa famille, c'est que son père avoit toujours été attaché au célèbre Aetius, général sous Valentinien III, et que son aïeul maternel avoit été général des troupes de la Pannonie, sous le Grand Théodose. Les vertus civiles et militaires de Majorien, lui méritèrent le trône impérial. Dès qu'il y fut monté, il réduisit les Visigoths, et forma le projet de perdre les Vandales. Pour mieux connoître leurs forces, il se déguise, passe en Afrique, et va trouver Genseric leur roi, en qualité d'ambassadeur, sous prétexte de lui faire des propositions de paix. Il remarqua, dans le monarque Vandale, plus de fierté que de valeur; dans ses troupes, aussi peu de discipline que de courage; et dans ses sujets, un penchant extrême à la révolte. De retour en Italie, il hâta les préparatifs de la guerre, et passa en Afrique. Genseric n'avoit plus d'espoir, et sa perte étoit assurée, s'il n'eût trouvé des traitres parmi les Romains, qui lui livrèrent la plus grande partie de leurs vaisseaux. Majorien repassa en Italie pour réparer sa perte. Le Vandale, craignant les armes de ce héros, lui fit demander la paix et l'obtint. Ricimer, généralissime des troupes de Majorien, jaloux de la gloire que ce prince s'étoit acquise, fit soulever l'armée, le 2 août 461, et cinq jours après, massacra l'empereur, après un règne de 3 ans et quelques mois. Majorien étoit un prince courageux, entreprenant, actif, vigilant, l'amour de ses peuples et la terreur de ses ennemis. Aussi aimable dans le particulier que grand en public, il étoit doux, gai, complaisant. Les belles-lettres étoient sa principale occupation.
MAJORIN, premier évêque des Donatistes en Afrique, vers l'an 306, avoit été domestique de Lucile, dame fameuse dans cette secte, et fut ordonné pour être opposé à Cécilien. Quoique Majorin ait été le premier évêque de ce peuple de rebelles, il ne lui donna pas son nom; Donat, son successeur, eut ce malheureux avantage.
MAIRAN, (Jean-Jacques d'Ortons de) d'une famille noble de Beziers, naquit dans cette ville en 1678, et mourut d'une fluxion de poitrine à Paris, le 20 février 1771, à 93 ans. Il fut un des membres les plus illustres de l'académie des Sciences et de l'académie Françoise. Attaché de bonne heure à cette première compagnie, il succéda en 1741, à Fontenelle, dans la place de secrétaire perpétuel. Il la remplit avec un succès distingué jusqu'en 1744, et montra comme son pré- décesseur, le talent de mettre dans un jour lumineux les matières les plus abstraites. Ce donzi rare éclate dans tous ses ouvrages. Les principaux sont : I. Dissertation sur la Glace, dont la dernière édition est de 1749, in-12. Cet excellent morceau de physique a été traduit en allemand et en italien. II. Dissertation sur la cause de la lumière des Phosphores, 1717, in-12. III. Traité historique et physique de l'Aurore Boréale, imprimé in-12, en 1733; et fort augmenté en 1754, in-4. Le système que l'auteur embrasse souffre des contradictions; mais son livre est aussi savant que bien fait. IV. Lettre au Père Parennin, contenant diverses questions sur la Chine, in-12; ouvrage curieux, et plein de cet esprit philosophique qui caractérise les autres livres de l'auteur. V. Un grand nombre de Mémoires, parmi ceux de l'académie des Sciences, depuis 1719, dont il donna quelques volumes. VI. Plusieurs Dissertations sur des matières particulières, qui ne forment que de petites brochures : il seroit à désirer qu'on les réunit. VII. Eloges des Académiciens de l'Académie des Sciences, morts en 1741, 1742, 1743; in-12, 1747. Sans imiter Fontenelle, l'auteur se mit presque à côté de lui, par le talent de caractériser ses personnages, d'apprécier leur mérite, et de le faire valoir, sans dissimuler leurs défauts. La réputation de Mairan avoit pénétré depuis long-temps dans les pays étrangers. Il étoit membre de l'académie Impériale de Pétersbourg, de l'académie Royale de Londres, de l'institut de Bologne, des sociétés Royales d'Édimbourg et d'Upsal, etc. La douceur de ses mœurs le faisoit regarder comme un modèle des vertus sociales. Il avoit cette politesse aimable, cette gaieté ingénieuse, cette suéité de commerce, qui font aimer et estimer. « Mais il faut ajouter, dit M. Saverien, qu'il rapportoit tout à lui-même. Son bien-être, et le soin de sa réputation, étoient les motifs de toutes ses démarches. Il étoit très-sensible aux critiques et aux éloges; cependant il eut beaucoup d'amis. A une physionomie spirituelle et agréable unissant beaucoup de douceur, il eut l'art de s'insinuer dans les esprits, et de se frayer un chemin à la fortune. Le duc d'Orléans, régent, l'honora d'une protection particulière, et lui légua sa montre par son testament. Le prince de Conti le combla de bienfaits. Le chancelier d'Aguesseau, remarquant en lui des vues nouvelles et des idées aussi fines qu'ingénieuses, le nomma président du Journal des Savans : place qu'il remplit à la satisfaction du public et des gens de lettres. » L'égoïsme secret dont M. Saverien l'accuse, ne le fit jamais manquer à aucun des devoirs de la plus rigoureuse probité. Il disoit qu'un honnête homme est celui à qui le récit d'une bonne action rafraîchit le sang : mot que le sentiment seul a pu produire. Il avoit la repartie prompte. Se trouvant un jour dans une compagnie où étoit un homme de robe, ils étoient d'avis différent sur quelque chose qui n'avoit pas plus de rapport à la jurisprudence qu'à la géométrie. Monsieur, dit le magistrat, qui s'imaginoit qu'un savant est un imbécille hors de sa sphère, il ne s'agit ici ni d'Euclide, ni d'Archimède. — Ni de Cujas, né de Barthole, reprit vivement l'académicien.
MAIRAULT, (Adrien-Maurice) fils d'un receveur des décimes du clergé, mourut à Paris, en 1746, à 38 ans. Il étoit veuf de la fille du marquis de Villiers. Cet écrivain avoit l'esprit cultivé, un goût sain et beaucoup de littérature; mais son caractère le portoit à la satire. Il fut très-lui avec l'abbé des Fontaines, et il travailla avec ce critique, aux Jugemens sur les écrits modernes. Nous connoissons de lui: I. Une Traduction des Eglogues de Némésien et Calpurnius, en françois, 1744, in-12; recommandable par sa fidélité et son élégance. La Préface renferme des anecdotes piquantes sur la vie des auteurs traduits. II. Relation de l'empire de Maroc, depuis 1727 jusqu'en 1737; Paris, 1742, in-12. III. Diverses Pièces fugitives. I. MAIRE, (Guillaume le) né dans le bourg de Baracé en Anjou, eut part aux affaires les plus importantes de son temps, fut nommé évêque d'Angers, en 1290, assista au concile général de Vienne en 1311, et mourut en 1317. On a de lui: I. Un Memoire sur ce qu'il convenoit de régler au concile de Vienne. On le trouve dans Baynaldus, sans nom d'auteur. II. Un Journal important des principaux événemens arrivés sous son épiscopat. Le Père d'Achéri l'a inséré dans le tome 10° de son Spicilege. III. Des Statuts Synodaux, qui se trouvent dans le Recueil des Statuts du diocèse d'Angers. Gouvello a écrit sa Vie, in-12, à Angers, 1730.
MAIRE, Voy. II. MAJOR. M A I 523
II. MAIRE, (Jacques le) fameux pilote Hollandois, fils d'un négociant d'Egmont, partit du Texel, le 14 juin 1615, avec deux vaisseaux qu'il commandoit, et découvrit, le 24 janvier 1616, le detroit qui porte son nom, vers la pointe la plus méridionale de l'Amérique. Schouten fut le compagnon de son voyage, et en partagea la gloire. Mais le Maire donna son nom au détroit, comme chef de l'entreprise. Ce navigateur, ayant parcouru ensuite la mer du Sud et visité la Nouvelle-Guinée, s'arrêta à Batavia, où il fut fait prisonnier; et où le seul vaisseau qui lui restoit fut confisqué, sous prétexte qu'il avoit empiété sur les droits de la compagnie. On lui rendit néanmoins la liberté, et il s'étoit embarqué pour retourner en Europe, lorsqu'il fut surpris de la maladie, dont il mourut le 22 janvier 1617. On a une Relation de son Voyage dans un Recueil de Voyages à l'Amérique, Amsterdam, 1622, in-folio, en latin.
III. MAIRE, (Jean le) poète François, né à Bavai dans le Hainaut, en 1473, mourut dans un hôpital en 1524; le vin et son imagination exaltée l'avoient conduit à la folie, s'il faut s'en rapporter à ce que dit Pierre de Saint-Julien, dans son Origine des Bourguignons, liv. 2, page 389. Jean le Maire est auteur d'un Poème allégorique, sous ce titre: Les trois Contes de CUBIDON et d'ATROPOS, dont le premier fut inventé par Séraphin, poète Italien; le second et le troisième, de Maître Jean LE MAIRE, Paris, 1525, in-8°. On a encore de lui, plusieurs autres Poésies, dans lesquelles on remarque une imagination enjouée, de l'esprit et de la facilité; mais peu de justesse, point de goût ni de déliatesse. Une de ses productions les plus rares, est le *Triomphe de Très-haute et Très-puissante Dame... Boyne du Puits d'Amour*, Lyon, 1539, in-folio. Mais on doit préférer à cet ouvrage licencieux, les *Illustrations des Gaules et singularités de Troyes*, Paris, 1512, in-fol. (*Voy. son Histoire dans les Mémoires des Inscriptions*, in-4°, tome 13.) On ne le qualifie ordinairement que de poète François; pourquoi pas aussi d'historien? Il composa, à la louange de *Marguerite d'Autriche*, un livre intitulé: *La Couronne Marguaritique*, imprimé à Lyon, en 1546, où il rapporte des choses assez singulières de l'esprit et des réponses de cette princesse. *Son Traité des Schismes et des Concilies*, Paris, 1547, est une invective sanglante contre *Jules II*; elle fut bien accueillie des Protestans, qui la traduisirent en latin.
IV. MAIRE, (N** le) chirurgien de Lyon, membre de la société des Sciences de Montpellier, et de celle d'Émulation de Bourg-en-Bresse, avoit mérité cet honneur par plusieurs *Mémoires* relatifs à sa profession, et sur-tout par un *Traité* sur le fluide nerveux. Ce fluide invisible, impalpable, existe-t-il réellement? et comment les nerfs, ces agens rapides de la volonté, transmettent-ils dans toutes les parties de l'individu, la sensation et le mouvement? Est-ce par l'intermède d'un esprit subtil et mobile, qui parcourt avec rapidité toutes les routes de l'organisation, et qu'on a nommé *Fluide* nerveux? Les nerfs seroient-ils plutôt des cordes élastiques, à qui le contact des objets cause des oscillations, qui se prolongent jusqu'au cerveau, qui à son tour, a la faculté de réagir? C'est cette dernière et ancienne hypothèse que soutint le *Maire*, et sans dissimuler les grandes objections qu'on peut lui faire, du moins donne-t-il à son opinion beaucoup de probabilité. Il a fait imprimer un *Opuscule* sur le Magnétisme, où il porta le jugement de l'homme modéré, qui, sans rien adopter au hasard et sans dépriser les idées nouvelles, se contente de voir, d'observer et d'attendre. *Le Maire* fit plus que d'avoir des connaissances; il fut bienfaisant, et il eut un bon cœur. L'amitié dans lui étoit douce, franche et durable; il étoit ami pour le bonheur de l'être. Les défauts de ceux qu'il chérissoit, se voiloient à ses yeux, parce qu'il leur prétoit ses propres vertus. Il est mort à Lyon, en août 1787. I. MAIRET, (Jean) poète François, né à Besançon, en 1604, fut gentilhomme du duc de *Montmorency*, auprès duquel il se signala dans deux batailles contre *Soubise*, chef du parti Huguenot. Ce seigneur lui donna une pension de 15 mille livres, et cette générosité ne satisfit pas son ambition: aussi se plaignit-il souvent, en son nom, et au nom des autres poètes ses contemporains. « On nous fait au Louvre, disoit-il, des sacrifices de louanges et de fumée, comme si nous étions des Dieux de l'antiquité. » Il étoit fort fâché qu'au lieu de cet encens, on ne lui offrit point des hécatombes de Poissy, avec une large effusion des vins d'Arbois, de Beaune et de Condrieux. La couronne de laurier, qu'on présente aux poëtes, lui anroit plu bien davantage, si elle avoit orné un jambon de Maïence. On traita *Mairet* comme il le demandoit : le duc de *Longueville* lui accorda plusieurs gratifications. Le cardinal de *Richelieu*, le comte de *Soissons* et le cardinal de *la Valette* répandirent sur lui des bienfaits. *Mairet* avoit quelque talent pour les négociations. Il fut chargé deux fois de ménager une suspension d'armes avec la province de Franche-Comté, et il y réussit. Les services rendus à sa province, lui méritèrent, en 1668, des Lettres fort honorables de l'emperour *Léopold*, par lesquelles ce prince rétablit sa famille dans la noblesse dont elle avoit joui autrefois. Il mourut à Besançon, en 1686, à 84 ans. Il étoit retiré dans cette ville depuis son mariage, c'est-à-dire depuis 1648. Sa femme étant morte dix ans après, il ne revit plus la capitale qu'en passant. Ce poète ainoit la joie et la bonne chère ; il étoit homme de société. L'amour propre, attaché à l'art des vers, le rendoit fort prompt a critiquer ses confrères, et fort sensible à leurs censures. *Mairet* eut beaucoup de gratifications, sans être jamais riche, et il connut beaucoup de grands, sans avoir des places un peu importantes. Les Muses l'avoient inspiré de bonne heure. A seize ans, il composa *Chryséide*, sa première pièce de théâtre ; à dix-sept, la *Sylvie* ; à vingt-un, la *Sylvaire* ; à vingt-trois, le duc d'Ossane ; à vingt-quatre, la *Virginie* ; à vingt-cinq, la *Sophonisbe*. Cette dernière pièce eut un grand succès, quelque les bienséances les plus communes y fussent violées. Rien n'étoit plus ordinaire alors, que de voir dans des tragédies, des traits qu'on souffriroit à peine aujourd'hui pour le comique. Dans la scène où *Massuisse* et *Sophonisbe* arrêtent leur mariage, ils ne manquent pas de se donner des arrhes. *Syphase* avoit auparavant reproché à *Sophonisbe* l'adultère et l'impudicité. Cette pièce avoit pourtant quelques beautés, puisqu'elle l'emporta sur la *Sophonisbe* de *Corneille* ; il est vrai que celle-ci étoit indigne de ce grand homme. *Voltaire* a refut la *Sophonisbe* de *Mairet*, ou plutôt a donné une pièce nouvelle sous le même titre. On a de lui : I. Douze *Tragédies*, qui offrent quelques belles tirades, mais encore plus de mauvaises pointes et de jeux de mots insipides. Quelques-unes de ces pièces péchent contre les bonnes mœurs, et elles sont très-faiblement versifiées. On a imprimé, en 1773, la *Sophonisbe* seule, in-4°, superbes figures. II. *Le Courtisan solitaire*, pièce qui n'est pas sans mérite. III. Des *Poésies diverses*, assez médiocres. IV. Quelques Écrits contre *Corneille*, qui firent plus de tort au censeur, qu'à l'auteur critiqué.
II. MAIRET, (N**) graveur distingué, élève de *Le Bas*, s'attacha à la manière de *Bartolozzi*. Avec du goût et de l'intelligence, il eût pu obtenir de grands succès, si une mort prématurée ne l'eût enlevé aux arts au commencement de 1784. Ses deux estampes de *Voltaire*, et de *J. J. Rousseau*, aux Champs-Elisées, ont été très-recherchées.
MAIROBERT, (N. Pidansat de) né à Chaource en 1727, se donna la mort dans le bain, le 29 mars 1779, parce qu'il se trouva impliqué dans l'affaire de l'interdiction de M. de Brunoy. On a de lui, des *Principes sur la Marine*, 1775, in-4.º Le gouvernement l'avoit chargé d'un travail sur cet objet.
MAIRONIS, (François de) fameux Cordelier au 14$^{e}$ siècle, vit le jour à Maironès, village dans la vallée de Barcelonette en Provence. Il enseigna à Paris, avec tant de réputation, qu'il y fut surnommé le *Docteur éclairé*. C'est le premier qui soutint l'acte singulier appelé *Sorbonique*, dans lequel celui qui soutient est obligé de répondre aux difficultés qu'on lui propose, depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir, sans interruption. On a de François de Maironis, divers *Traités* de philosophie et de théologie, in-folio, dignes de son siècle, et indignes du notre.
MAISEAUX, *Voy*. DESMAISEAUX.
MAISEROI, (N. Joly de) lieutenant colonel d'infanterie, de l'académie des Inscriptions, né à Metz, mort le 8 février 1780, étoit un bon officier et un savant distingué. On a de lui : I. Des *Essais militaires*, 1763, in-8.º II. *Traité des stratagèmes permis à la guerre*, 1765, in-8.º III. *Traité des armes defensives*, 1767, in-8.º IV. *Nouveau cours de l'uctique théorique, pratique et historique*, 1769, 2 volumes in-8.º V. *Tableau général de la cavalerie Grecque*, 1781, in-4.º VI. *Institutions militaires de l'Empereur Léon, traduites du grec, avec des notes*, 2 volum. in-8°, 1770.
MAISIÈRES, (Philippe de) naquit dans le château de Mai- Maisières, au diocèse d'Amiens, vers 1327; porta successivement les armes en Sicile et en Aragon; revint en sa patrie, où il obtint un canonicat; entreprit ensuite le voyage de la Terre-sainte, et servit un an dans les troupes des Infidelles, pour s'instruire de leurs forces. Son mérite lui procura la place de chancelier de Pierre, successeur de *Hugues de Luzignan*, roi de Chypre et de Jérusalem. Ses conseils lui furent très-utiles. De retour en France, l'an 1372, *Charles V* lui donna une charge de conseiller d'état, et le fit gouverneur du Dauphin, depuis *Charles VI*. Enfin *Maisières*, dégoûté du monde, se retira, l'an 1380, chez les Célestins de Paris. Il y finit le reste de ses jours, sans prendre l'habit ni faire les vœux, et mourut en 1405, après leur avoir légué tous ses biens. C'est lui et *Craon*, qui obtinrent de *Charles VI*, en 1395, l'abrogation de la coutume que l'on avoit alors, de refuser le sacrement de pénitence aux criminels condamnés à mort. Les principaux ouvrages de *Maisières* sont : I. *Le Pèlerinage du pauvre Pèlerin*. II. *Le Songe du pieux Pèlerin*. Dans l'un, il expose les règles de la vertu; dans l'autre, il donne les moyens de faire cesser les vices. III. *Le Poirier fleuri en faveur d'un grand Prince*, en manuscrit, aux Célestins, etc. On lui attribue le *Songe du Vergier*, 1491, in-folio; mais il est de *Charles de Louviers*, et a été abrégé par Raoul de Presle.
MAISONS, (De) *Voyes* III. LONGUEIL.
MAISTRE, (Le) DES SENTENCES; *Voy*. PIERRE LOMBARO, n.º XIV. 527. I. MAISTRE, (Raoul le) né à Rouen, embrassa l'ordre de Saint-Dominique, en 1570, y enseigna la théologie, et fut chargé de divers emplois honorables. Il est auteur d'un livre, intitulé : Origine des troubles de ce temps, discourant brièvement des Princes illustres de la maison de Luxembourg. Il donna aussi, en 1595, une Description du Siège de Rouen.
II. MAISTRE, (Gilles le Maistre, et Jean le) magistrats incorruptibles dans un temps de corruption, ayant fait briller les mêmes vertus, doivent partager le même éloge. Gilles, reçu conseiller au parlement de Paris, en 1536, dut à ses vertus et à ses grands talens pour le barreau, l'estime des rois François premier et Henri II : celui-là le fit, en 1541, avocat général au parlement de Paris : l'autre, le créa président à mortier, et enfin premier président en 1550. Au milieu des factions qui déchiroient la France, il montra une fidélité inviolable pour son roi, une intrépidité prudente et ferme dans les troubles et le bouleversement de l'état, un amour sincère et éclairé pour la saine religion, jusqu'à sa mort, arrivée le 5 décembre 1562, dans sa 63e année. On a imprimé ses Œuvres de jurisprudence, Paris, 1653 ou 1680, in-4°. — Jean LE MAISTRE, son neveu, conseiller au parlement, soutint, comme son oncle, l'autorité royale, et refusa la place de premier président que le duc de Mayenne lui offroit. C'étoit un savant jurisconsulte, que son mérite fit généralement respecter. Sa mémoire sera toujours recommandable, par l'Arrêt célèbre, bre, qui fut rendu à sa sollicitation, le 28 juin 1593, et par lequel le parlement de Paris déchiroit nulle l'élection d'un prince étranger, comme contraire aux lois fondamentales de la Monarchie. Cet arrêt et l'abjuration d'Henri IV, ouvrirent à ce prince les portes de sa capitale. Henri, recompoissant de tant de zèle, créa pour lui une septième charge de président à mortier, dont il se démit, en 1597. Ce bon citoyen mourut le 22 février 1601. — Le fameux Antoine LE MAISTRE, Simon LE MAISTRE, et LE MAISTRE de Sacy, étoient ses arrière-petits. Simon, qui avoit suivi Antoine son frère, dans sa retraite, mourut en 1650, et la branche de leur famille s'éteignit. Celle de Gilles LE MAISTRE, qui subsiste encore, a servi l'état avec distinction dans la magistrature et dans les armées.
III. MAISTRE, (Antoine le) avocat au parlement de Paris, naquit dans cette ville en 1608, d'Isaac le Maistre, maître des comptes, et de Catherine Arnauld, sœur du grand Arnauld. Il plaida dès l'âge de 21 ans, et obtint tous les suffrages. Le chancelier Séguier, instruit de son mérite, le fit recevoir conseiller d'état, et lui offrit la charge d'avocat-général au parlement de Metz; mais il ne crut pas devoir l'accepter. Il quitta même entièrement le barreau; et c'est à cette occasion que Gomberville fit les vers suivans : Te dirai-je ce que je pense, O grand exemple de nos jours ! J'admirois tes nobles discours, Mais j'admire plus ton silence. Il se retira, peu de temps après, à Port-Royal, où il s'occupa le reste de ses jours, non à faire de mauvais livres et des sabots, comme l'a dit un écrivain partial, mais à édifier cette retraite par ses vertus, et à éclairer le public par ses ouvrages. Un de ses beaux-frères ayant été le voir, et ne le reconnaissant plus sous l'air mortifié et pénitent qu'il avoit dans cette espèce de tombeau : Voilà donc ce le *Maistre d'autrefois*, lui dit-il ? Ce saint homme lui répondit : *Il est mort maintenant au monde, et ne cherche plus qu'à mourir à lui-même. J'ai assez parlé aux hommes en public, je ne veux plus que parler à Dieu dans le silence de ce désert. Après m'être tourmenté inutilement à plaider la cause des autres, je me borne à plaider la mienne.* Cet illustre solitaire mourut le 4 novembre 1658, à 51 ans. On a de lui : I. Des *Plaidoyers*, imprimés plusieurs fois, et beaucoup moins applaudis à présent qu'ils ne le furent lorsqu'il les prononça. On trouve, dit un auteur, en parlant de *Patru* et de *le Maistre*, dans ces deux hommes appelés les lumières du barreau, des applications forcées, un assemblage d'idées singulières et de mots emphatiques, un ton de déclamateur : quelques belles images, il est vrai, mais souvent hors de place; le naturel sacrifié à l'art, et l'état de la question presque toujours perdu de vue. De semblables plaidoyers ne doivent exciter d'autre admiration, que celle d'avoir passé longtemps pour des modèles. II. La *Traduction du Traité du Sacerdoce de St. Jean-Chrysostôme*, avec une belle Préface, in-12. III. Une *Vie de St. Bernard*, in-4° et in-8°, sous le nom du sieur *Lamy* : elle est moins es- timée que celle du même Saint, par *Villefore*. IV. La *Traduction* de plusieurs *Traités* de ce Père. V. Plusieurs *Écrits* en faveur de Port-Royal. VI. La *Vie de Dom Barthélemi des Martyrs*, avec du *Fossé*, in-8°, bien écrite.
IV. MAISTRE, (Louis-Isaac-le) plus connu sous le nom de *Sacy*, étoit frère du précédent, et naquit à Paris en 1613. Son esprit se développa de bonne heure. Après avoir fait d'excellentes études sous les yeux de l'abbé de *Saint-Cyran*, il fut élevé au sacerdoce en 1648. Ses vertus le firent choisir aussitôt après pour diriger les religieuses et les solitaires de Port-Royal-des-Champs. La réputation de Jansénisme qu'avoit ce monastère, fournit des prétextes de persécution à ses ennemis. Le directeur fut obligé de se cacher en 1661, et en 1666 il fut enfermé à la Bastille. C'est dans cette prison qu'il composa les *Figures de la Bible*. De là, suivant les Molinistes, les allusions qu'on y fait aux traverses que les Jansénistes avoient à souffrir. Si l'on en croit un auteur jésuite, MM. de *Port-Royal* et ceux qui combattent leurs erreurs, sont représentés dans la figure 92; les premiers par *David*, et les seconds par *Saül*. Le *Baboam* de la figure 116, la *Jézabel* de la figure 130, l'*Assuérus* des figures 148 et 150, et le *Darius* de la figure 162, sont, dans l'intention de l'auteur, le roi *Louis XIV*. L'écrivain qui nous fournit ces anecdotes, que nous ne garantissons point, ajoute, que quand *Sacy* veut dire à ses persécuteurs quelque injure, c'est toujours par les saints Pères qu'il la leur fait dire. Si c'est là la clef des portraits énigmatiques énigmatiques et des allusions dont on prétend que ce livre est rempli, ce n'est pas assurément la charité qui l'a trouvée. D'ailleurs, il n'est pas certain que ce livre soit de Sacy ; il est plus vraisemblablement de Nicolas Fontaine, son compagnon de prison. La captivité de Sacy procura au public la Traduction de toute la BIBLE. Elle fut finie, la veille de la Toussaint, en 1668, et ce jour-là même, il recouvra sa liberté, après deux ans et demi de détention. On le présenta au roi et au ministre, à qui il demanda pour toute grace d'envoyer plusieurs fois l'année, à la Bastille, pour examiner l'état des prisonniers. Le Maistre demeura à Paris jusqu'en 1675, qu'il se retira à Port-Royal, d'où il fut obligé de sortir en 1679. Il alla se fixer à Pomponne, et y mourut le 4 janvier 1684, à 71 ans. On a de lui : I. La Traduction de la Bible, avec des explications du sens spirituel et littéral, tirées des saints Pères, dont du Fossé, Huré et le Tourneux, ont fait la plus grande partie. Cette version, la meilleure qui eût encore paru, est en 32 volumes in-8°, Paris, 1682, et années suivantes. C'est l'édition la plus estimée. L'auteur refit trois fois la traduction du Nouveau-Testament, parce que la première fois le style lui en parut trop recherché, et la seconde fois trop simple. On a contrefait l'édition de 32 vol. in-8°, à Bruxelles, en 40 vol. in-12. Les meilleures éditions de cette version ont été faites à Bruxelles, 1700, 3 vol. in-4° ; à Amsterdam, sous le nom de Paris, 1711, 8 volumes in-12; à Paris, 1713, en 2 vol. in-4° ; et en 1715, avec des Notes et Concordes, 4 volumes in-folio. II. Une Traduction des Pseumes, selon l'Hébreu et la Vulgate, in-12. III. Une Version des Homélies de St. Chrysostôme sur St. Matthieu, en 3 vol. in-8°. IV. La Traduction de l'Imitation de Jésus-Christ, (sous le nom de Beuil, prieur de Saint-Val,) Paris, 1663, in-8°. V. Celle de Phèdre, in-12 (sous le nom de Saint-Aubin). VI. De trois Comédies de Térence, in-12. VII. Des Lettres de Bougars (sous le nom de Brianville). VIII. Du Poème de St. Prosper sur les ingrats, in-12, en vers et en prose. IX. Les Enluminures de l'Almanach des Jésuites, 1654, in-12, réimprimées en 1733. Il parut, en 1653, une Estampe, qui représentait la déroute du Jansénisme foudroyé par les deux Puissances; et la confusion des disciples de l'évêque d'Ypres, qui vont chercher un asile chez les Calvinistes. Cette estampe irrita beaucoup les Solitaires de Port-Royal. Sacy crut la faire tomber par ses Enluminures, dont Racine s'est moqué dans une de ses Lettres. Il est assez étrange, en effet, que des gens de goût et de piété, pussent écrire des satires qui blessoient l'un et l'autre. X. Heures de Port-Royal, que les Jésuites appeloient Heures à la Janséniste, in-12. XI. Lettres de Piété, Paris, 1690, 2 vol. in-8°. Pour bien connoître le mérite de Sacy, lisez les Mémoires de Port-Royal, par Nic. Fontaine, à Cologne, 1738, 2 vol. in-12. V. MAISTRE, (Pierre le) avocat au parlement de Paris, mort nonagéniaire en 1728, acquit de grandes connaissances dans les détours obliques de la jurisprudence, et les consigna dans un excellent Commentaire sur la Coutume de Paris, imprimé plusieurs fois; la dernière édition est de 1741, in-folio. On connoit encore de ce nom, Charles-François-Nicolas LE MAISTRE, sieur DE CLAVILLE, mort en 1740, président au bureau des finances de Rouen, et auteur du Traité du vrai mérite, 2 parties in-12 : ouvrage qui a eu une grande vogue, quoique le style soit maniéré, et qu'on y trouve plus de lieux communs et de citations, que d'idées profondes et de pensées neuves.
MAITRE-JEAN, (Antoine) de Méry, près Troyes. Après d'excellentes études faites à Paris, l'amour de la patrie le ramena à Méry, où il a passé ses jours dans l'exercice de la chirurgie. Il donna au commencement du 18e siècle, chez le Fèvre, imprimeur à Troyes, un Traité des Maladies de l'Œil. Cet ouvrage qui, faute de prôneurs, fut d'un débit très-difficile, est devenu la règle de tous les occlistes : il a été cinq ou six fois réimprimé et traduit en toutes les langues. Les lumières de Maître-Jean, dans la chirurgie, étoient le résultat des connaissances profondes qu'il avoit cultivées, en étudiant, dans tout le cours des a vie, tous les objets relatifs à l'art de guérir. Il avoit été élève du célèbre Méry, avec qui il entretint une correspondance suivie.
MAITRE-ROUX, Voyez Rosso.
MAISTRET, (Jacques) né à Lyon en 1534, entra dans l'ordre des Carmes, se distingua par ses prédications, et fut nommé, par Grégoire XIII, évêque de Damas, et suffragant de l'archevêché de Lyon. Il se démit de cette place, et mourut en 1615, doyen de l'église d'Aix. Il fut ami de St. François de Sales, qui l'engagea à publier un traité de critique sacrée, intitulé : Distinctiones Bibliorum.
MAITTAIRE, (Michel) grammairien et bibliographe de Londres, né en 1668, devint second maître de l'école de Westminster, et mourut en août 1747, à 79 ans. Il s'est signalé par sa vaste érudition. La république des lettres lui doit : I. De bonnes éditions de quelques Auteurs anciens, entr'autres, du Corpus Poëtarum Latinorum, Londres, 1721, 2 vol. in-fol. II. Annales Typographici, à la Haye, 1719, in-4e. Le tome 2e, en 1722, le tome 3e, en 1723. Cet ouvrage, plein de détails bibliographiques, curieux et recherchés, et auquel on ne peut reprocher que très-peu de fautes, comprend le titre de tous les livres imprimés depuis l'origine de l'imprimerie, jusqu'en 1557. En 1733, Maittaire donna une nouvelle édition du tome 1er, qui porte pour titre, tome 4e; elle est considérablement augmentée. Cependant l'auteur avertit qu'il y faut toujours joindre la première édition de 1719, parce qu'il s'y trouve des choses non réimprimées dans la seconde. Enfin, en 1741, a paru la Table de tout l'ouvrage, sous le titre de tome 5e, en 2 parties. Ce volume est le plus utile. Le savant Denis, bibliothécaire de Vienne, a publié, en 1789, un supplément à l'ouvrage de Maittaire, qui comprend plus de six mille ouvrages imprimés dans le 15e siècle, et inconnus à celui-ci. En 1797 Panzer a refondu l'ouvrage de *Maittaire*, et le supplément, dans une nouvelle édition en dix vol. in-4.º III. *Historia Stephanorum*, Londres, 1709, in-8.º IV. *Historia Typographorum aliquot Parisiensium*, 1717, 2 tomes en un vol. in-8.º V. *Græce linguae Dialecti*, à la Haye, 1738, in-8.º VI. *Miscellanea Græcorum aliquot Scriptorum Carmina*, gr. lat. Londres, 1722, in-4.º I. MAIUS, (*Junianus*) gentilhomme Napolitain, enseigna les belles-lettres à Naples, avec réputation, sur la fin du 15e siècle, et eut pour disciple le célèbre *Sannazar*. Il se mêlait d'interpréter les songes, et il se fit une réputation en ce genre : tant il est facile d'abuser le public, curieux de savoir l'avenir ! On a de lui : I. Des *Epitres*. II. Un Dictionnaire, intitulé : *Opus de priscorum proprietate verborum*, Neapoli, 1475, in-fol. réimprimé à Trévise, en 1477. III. Une édition de *Pline le Jeune*, Naples, 1476, in-fol.
II. MAIUS, (*Jean-Henri*) théologien Luthérien, né à l'fortzheim, dans le marquisat de Bade-Dourlach, en 1653, étoit très-versé dans la littérature hébraïque. Il enseigna les langues orientales avec réputation dans plusieurs académies; et en dernier lieu à Giessen, où il fut pasteur, et où il mourut le 1er septembre 1719, à 66 ans. Il étoit profond dans l'antiquité sacrée et profane. On a de *Maius* un très-grand nombre d'ouvrages, plus connus en Allemagne qu'en France et dans les autres parties de l'Europe. Les principaux sont : I. *Historia animalium Scripturæ sacrae*, in-8.º II. *Vita J. Rev-* *chliai*, 1687, in-8.º III. *Examen Historiae criticae Ricardi Simonis*, in-4.º IV. *Synopsis Theologiae Symbolicae*, in-4.º V. — *Moralis*, in-4.º — et *Judaicae*, in-4.º VI. *Introductio ad studium philologicum, criticum et exegeticum*, in-4.º VII. *Paraphrasis Epistolae ad Hebræos*, in-4.º VIII. *Theologia Evangelica*, 1701 et 1719, 4 part. in-4.º IX. *Animadversiones et Supplementa ad Cocceii Lexicon hebraeum*, 1703, in-fol. X. *Economia temporum veteris et novii Testamenti*, in-4.º XI. *Synopsis Theologiae Christianae*, in-4.º XII. *Theologia Lutheri*, in-4.º XIII. *Theologia Prophetica*, in-4.º XIV. *Harmonia Evangelica*, in-4.º XV. *Historia reformationis Lutheri*, in-4.º XVI. *Dissertationes philologicae et exegeticae*, Francfort, 1711, 2 vol. in-4.º, etc. Il a aussi donné une fort bonne édition de la *Bible hébraïque*, in-4.º — Son fils, du même nom que lui, s'est distingué dans la connoissance du grec et des langues Orientales.
MAIZIÈRES, *Voyez MAISIÈRES*.
MAKI, *Voyez MAKII*.
MAKIN, (*Robert*) sous le règne d'*Edouard III*, fut à la fois la victime des funestes effets d'un amour immodéré, et la cause involontaire de la découverte fortuite de l'isle de *Madère*. Cet Anglois, né avec du courage et de l'esprit, devint éperdument amoureux d'*Anne Dorset*, jeune fille d'une naissance bien supérieure à la sienne. On le mit en prison, et il n'obtint sa liberté qu'après que les parens de la demoiselle l'eurent mariée suivant sa condition. Ce moyen L. 1 2 violent n'éteignit point sa passion, et ne l'empêcha pas d'enlever celle qui en étoit l'objet. Au lieu de faire voile pour la France, comme il le comptoit, dans le dessein de s'y retirer, il fut assailli par une tempête, et abandonné pendant treize jours à la merci des flots. Enfin, le 14e il aborda à l'isle de Madère, où, trois jours après, un orage arracha le vaisseau de dessus les ancres, et le jeta sur les côtes de Maroc. Cette nouvelle disgrace fit tant d'impression sur la compagne de Makin, déjà consternée par les premiers malheurs qui avoient suivi son départ, qu'elle expira au bout de deux jours, sans avoir pu proférer une parole. Son époux, pénétré d'un accident si tragique, ne lui survécut que cinq jours. Il demanda pour unique grace à ses amis, d'être enterré dans le même tombeau. Ils l'ornèrent d'une inscription qu'il avoit composée, et qui contenoit en peu de mots sa triste aventure. Elle a fourni un sujet à M. d'Arnaud pour ses Epreuves du sentiment, tome 4.
MAKOWSKI, Voyez MACCOVIUS.
MALABRANCA, (Latin) dont le vrai nom étoit Frangipani, Dominicain, docteur de Paris, neveu du pape Nicolas III, fut fait cardinal et évêque de Velletri en 1278, puis légat de Bologne. Il fut chargé des affaires les plus délicates, mit la paix dans Florence, déchirée par les Guelfes et les Gibelins, et s'acquit l'estime et l'affection des peuples par son intégrité et ses talens. Il mourut en 1294. On lui attribue la prose Dies irae, que l'Eglise chante à la messe des Morts. Quoique cette prose ne soit pas d'un latin élégant, il y règne une certaine terreur religieuse, elle respire l'onction propre au genre mélancolique. Cet avantage manque à beaucoup d'hymnes des nouveaux bréviaires; quelques biographes veulent que le Dies irae soit de St. Bernard ou de St. Bonaventure; mais l'opinion la plus commune et la plus certaine est pour Malabranca. Ce cardinal s'appeloit aussi Orsini, parce que sa mère, sœur de Nicolas III, étoit de cette famille. Il contribua beaucoup à l'élection du pape St. Celestin; et ce choix fit plus d'honneur à sa piété qu'à son discernement. — Il avoit pour parent Rugolin MALABRANCA, qui de religieux Augustin devint évêque de Rimini, puis patriarche de Constantinople vers 1290, et dont on a quelques ouvrages de théologie. I. MALACHIE, le dernier des XII petits Prophètes, et de tous les Prophètes de l'Ancien Testament. Il est tellement inconnu, que l'on doute même si son nom est un nom propre, et s'il n'est pas mis pour un nom générique, qui signifie un Ange du Seigneur, un Prophète, etc. Origine et Tertullien ont pris occasion de ce nom, pour avancer que ce prophète avoit été effectivement un Ange, qui prenoit une forme humaine pour prophétiser. D'autres croient avec les Juifs que Malachie est le même qu'Evans; et il ne manque à cette opinion que des preuves pour l'autoriser. Quoi qu'il en soit, il paroît certain que Malachie a prophétisé du temps de Néhémie, sous le règne d'Artaxerces-Louguemain, dans le temps où il y avoit parmi les prêtres et le peuple de Juda de grands désordres, contre lesquels le prophète s'élève. Les prophéties qui nous restent de lui, sont en hébreu; elles contiennent trois chapitres. Il prédit l'abolition des sacrifices Judaïques, l'institution d'un nouveau sacrifice qui seroit offert dans tout l'univers. Il instruit les prêtres de la pureté qu'ils doivent apporter dans leurs offrandes, et prédit le jugement dernier et la venue d'*Élie*.
II. MALACHIE, (St.) né à Armach en Irlande l'an 1094, fut successivement abbé de Benchor, évêque de Connor, et enfin archevêque d'Armach en 1127. Il se démit de son archevêché, en 1135, après avoir donné une nouvelle face à son diocèse, par son zèle et ses exemples. Il mourut à Clairvaux, entre les bras de St. Bernard son ami, en 1148. On lui attribue des *Prophéties* sur tous les papes, depuis *Célestin II* jusqu'à la fin du monde; mais cet ouvrage a été fabriqué dans le conclave de 1590, par les partisans du cardinal *Simonelli*. St. Bernard, qui a écrit la *Vie de St. Malachie* et qui a rapporté ses moindres prédictions, ne fait aucune mention de celles-ci. Aucun auteur n'en a parlé avant le commencement du 17$^{e}$ siècle. Ce silence de 400 ans, joint aux erreurs et aux anachronismes dont cette impertinente liste fourmille, est une forte preuve de supposition. (*Voy. WION.*) On peut voir le P. *Ménestrier* dans son *Traité sur les Prophéties attribuées à St. Malachie*. Ceux qui se sont mêlés d'expliquer ces fadaises trop célèbres, trouvent toujours quelque allusion, forcée ou vraisemblable, dans les pays des papes, leur nom, leurs armes, leur naissance, leurs talens, le titre de leur cardinalat, les dignités qu'ils ont possédées, etc. Par exemple, la prophétie qui regardoit *Urbain VIII*, étoit *Lilium et Rosæ*. Elle s'est accomplie à la lettre, disent les sots interprètes: car ce pape avoit dans ses armoiries des abeilles, qui sucent les lis et les roses.
MALAGRIDA, (Gabriel) Jésuite Italien, fut choisi par son général pour faire des missions en Portugal. C'étoit un homme qui, à un zèle ardent, joignoit la facilité de parler que donne l'enthousiasme. Il fut bientôt le directeur à la mode; les grands et les petits se mettoient sous sa direction. Il étoit regardé comme un Saint, et consulté comme un oracle. Lorsque le duc d'*Aveiro* médita sa conspiration contre le roi de Portugal, les ennemis de la Société assurent qu'il consulta sur ce projet trois Jésuites, entre autres *Malagrida*. Ils ajoutent (ce qui est bien peu vraisemblable) que ces casuistes décidèrent, que ce n'étoit pas seulement un péché véniel, de tuer un Roi qui persécutoit les Saints. Le monarque Portugais, excité par un ministre peu favorable aux Jésuites, se déclaroit alors ouvertement contre eux, et il les chassa bientôt après de son royaume. Il n'en garda que trois d'entre eux, accusés d'avoir approuvé son assassinat: *Malagrida*, *Alexandre* et *Mathos*. Soit qu'il n'eût pas été permis de les faire juger sans le consentement de Rome qui le refusa, soit qu'il n'y eût pas de preuves pour faire condamner *Malagrida*, le roi fut réduit à l'expédient de le livrer à l'Inqui- L I 3 sition, comme suspect d'avoir autrefois avancé quelques propositions téméraires et qui sentaient l'hérésie. Ces soupçons étoient fondés sur deux écrits avoués par lui-même, et qui sont la preuve la plus complète d'un vrai délire; l'un en latin, intitulé: *Tractatus de vita et imperio Antichristi*; l'autre en portugais, sous ce titre: *La Vie de Ste. Anne, composée avec l'assistance de la bienheureuse Vierge Marie et de son très-saint Fils*. Le fanatique *Malagrida* dit dans le 1er ouvrage, que lorsque la Sainte Vierge lui ordonna d'écrire sur cette matière, elle lui dit: *Tu es JEAN après un autre JEAN, mais beaucoup plus clair et plus profond*. « Si l'on entend bien les saintes Écritures, dit-il ensuite, on doit s'attendre à voir paraître trois *Antichrists*, le Père, le Fils, et le Petit-Fils. Comme il est impossible qu'un seul puisse subjuguer ou ruiner tout le monde, il est plus naturel de croire que le premier Antichrist commencera l'empire, que le second l'étendra, et que le troisième fera les désordres et causera les ruines dont il est parlé dans l'*Apocalypse*. Le dernier Antichrist aura pour père un moine, et pour mère une religieuse. Il verra le jour dans la ville de Milan en Italie, l'an 1920, et il épousera une des Furies infernales nommée *Proserpine*. Le seul nom de *Marie*, sans être accompagné des mérites des bonnes œuvres, ayant fait le salut de quelques créatures, la mère de ce dernier Antichrist, qui sera appelée *Marie*, sera sauvée à cause de ce nom, et par égard pour l'ordre religieux dont elle sera professe. Les religieux de la Société de *Jésus* seront les fondateurs d'un nouvel empire destiné à J. C., et ils feront la découverte de plusieurs nations très-nombreuses. » Le P. *Malagrida* n'est pas moins extravagant dans sa *Vie de Ste. Anne*. « Elle fut sanctifiée, dit-il, dans le sein de sa mère, comme la bienheureuse Vierge *Marie* le fut dans celui de *Ste. Anne*; privilège qui n'a jamais été accordé qu'à elles deux. Quand *Ste. Anne* pleuroit dans le sein de sa mère, elle faisait aussi pleurer les Chérubins qui lui tenoient compagnie. *Sainte Anne*, dans le sein de sa mère, entendit, connut, aima, servit Dieu, de la même manière que font les Anges dans le Ciel; et afin qu'aucune des trois personnes de la Sainte-Trinité ne fût jalousie de son attention particulière pour l'une d'entre elles, elle fit vœu de pauvreté au Père éternel, vœu d'obéissance au Fils éternel, et vœu de chasteté au Saint-Esprit... *Ste. Anne*, qui demeurait à Jérusalem, y fonda une retraite pour 63 filles. L'une d'elles, nommée *Marthe*, achetait du poisson, et savait le revendre dans la ville avec beaucoup de profit. Quelques-unes de ces filles ne se marièrent que pour obéir à Dieu, qui de toute éternité avait destiné ces heureuses vierges à une plus haute sainteté, que ne fut celle des Apôtres et de tous les Disciples de J. C. *St. Lin*, successeur de *St. Pierre*, naquit d'une de ces vierges; une autre fut mariée à *Nicodème*; une 3e à *St. Matthieu*, et une 4e à *Joseph d'Arimathie*, etc. etc. » Cet enthousiaste s'attribuoit le don des miracles. Il confessa de vive voix devant les Inquisiteurs, que Dieu lui-même l'avoit déclaré son M A L 535 *Ambassadeur*, son *Apôtre* et son *Prophète*; que Dieu l'avoit uni à lui par une union habituelle; que la Vierge *Marie*, avec l'agrément de J. C. et de toute la Sainte-Trinité, l'avoit déclaré son fils. Enfin, l'on prétend qu'il avoua avoir éprouvé dans sa prison, à 72 ans, des mouvemens qui ne sont point ordinaires à cet âge; et que ces turpitudes lui avoient fait dans le commencement beaucoup de peine; mais que Dieu lui avoit révélé que ces mouvemens ne provoient que de l'effet naturel d'une agitation involontaire, par laquelle il avoit autant mérité que par la prière. Voilà les folies pour lesquelles ce malheureux fut condamné par l'Inquisition. Mais ce qui hâta sa mort, fut une vision qu'il se pressa de révéler. Le marquis de *Tancours*, général en chef de la province d'Estramadure, étant venu à mourir, le château de Lisbonne et toutes les forteresses sur le bord du Tage, firent des décharges lugubres et continuelles à son honneur. *Malagrida*, ayant entendu de son cachot ces décharges réitérées, faites d'une manière extraordinaire et même pendant la nuit, s'imagina à l'instant que le roi étoit mort. Le lendemain, il demanda audience. Les Inquisiteurs la lui accordèrent; il leur dit que Dieu lui avoit ordonné de montrer au ministre du Saint-Office qu'il n'étoit point un hypocrite, ainsi que ses ennemis le prétendoient: puisque la mort du roi lui avoit été révélée; et qu'il avoit eu une vision intellectuelle des peines auxquelles sa majesté étoit condamnée, pour avoir persécuté les religieux de son ordre. Il n'en fallut pas davantage pour presser son supplice; il fut brûlé le 21 septembre 1761, à 75 ans, non comme complice d'un parricide, mais comme *jaux prophète*. En cette qualité, il méritoit plus les petites maisons que le bûcher. Les impiétés dont on l'accusoit, n'étoient que des extravagances, fruit d'un cerveau dérangé par une dévotion mal-entendue. *Voy*. l'article AVEIRO. M A L A P E R T, (Charles) poète et mathématicien, né à Mons en Hainaut, en 1581, se fit Jésuite. Il enseigna la philosophie à Pont-à-Mousson, alla en Pologne, où il fut professeur de mathématiques, et eut ensuite le même emploi à Douai. *Philippe IV* le demanda pour enseigner cette science à Madrid, dans l'université qu'il ve- noit d'y fonder, mais il mourut en chemin, à Vittoria en Catalogne, le 5 novembre 1630. Il nous a laissé: I. Des *Poésies*, imprimées à Anvers en 1634. Sa latinité est pure, sa diction nette, ses images vives et toujours variées: il n'a nullement donné dans les jeux de mots et les mauvaises pointes si communes de son temps. II. Plusieurs ouvrages concernant les mathématiques, imprimés à Douai, 1620, 1633. I. MALATESTA, (Sigismond) seigneur de Rimini, célèbre capitaine du 15e siècle, réunit dans sa personne un mélange singulier de bonnes et de mauvaises qualités. Philosophe, historien et homme de guerre très-expérimenté, il étoit à la fois ambitieux, impie, sans foi et sans humanité. Malgré l'ex- communication lancée contre lui par le pape *Pte II*, pour son impiété, il se rendit très-redou- L 1 4 536 MAL table dans les guerres qu'il eut avec ses voisins. Etant entré au service des Vénitiens, il prit Sparte, et plusieurs autres places de la Morée, sur les Turcs. A son retour, il tourna ses armes contre le pontife qui l'avoit anathématisé; mais ce fut sans succès, et il mourut en 1467, âgé de 51 ans. Il laissa des enfans qui l'imitèrent dans sa bravoure, mais non pas dans ses vices et son irréligion. L'un d'eux (*Galeoti MALATESTA*) gouverneur de Faenza, fut assassiné en 1488 dans sa chambre.
II. MALATESTA, (*Batista*) fille de *Gai*, prince d'Urbin, fut l'une des plus belles et des plus savantes femmes de son siècle. On a d'elle, des *Lettres* élégamment écrites, un *Traité* sur la véritable religion, un autre sur la *Fragilité humaine*. Elle mourut au commencement du 15$^{e}$ siècle. — Il ne faut pas la confondre avec *Batista MALATESTA*, sa petite-fille, qui épousa *Frédéric*, duc d'Urbin, et se distingua par son éloquence. Passant à Rome, elle alla saluer le pape *Pie II*, et improvisa un discours, admiré de toute la cour pontificale. Elle mourut en 1470. I. MALAVAL, (*François*) né à Marseille en 1627, perdit la vue dès l'âge de neuf mois. Cet accident n'empêcha pas qu'il n'apprit le latin, et qu'il ne se rendit habile par les lectures qu'on lui faisoit. Il s'attacha surtout aux *Auteurs Mystiques*, qui sont pour la plupart les alchimistes de la dévotion. La perte de sa vue lui facilitait le recueillement, qu'exigent les écrivains remplis des idées du Quétiste *Molinos*. Il les publia en France, mais avec quelques adoucisse- mens, dans sa *Pratique facile pour élever l'Ame à la contemplation*. C'est moins une méthode d'élever l'ame à la contemplation, que de s'élever au délire. L'auteur se jette dans les rêveries extravagantes de la mysticité Espagnole, dans les raffinemens d'amour pur, dans tout ce pieux galimathias, d'*anéantissement des puissances*, de silence de l'ame, d'*indifférence totale pour le Paradis ou pour l'Enfer*, etc. Le livre de *Malaval* fut censuré à Rome dans le temps de l'affaire du Quétisme. L'auteur n'avoit erré que par surprise: il se rétracta, et se déclara ouvertement contre les erreurs de *Molinos*. Sa piété lui mérita un commerce de lettres avec plusieurs personnes distinguées, entre autres avec le cardinal *Bona*, qui lui obtint une dispense pour recevoir la clériculture, quoique aveugle. Ce pieux ecclésiastique mourut à Marseille, le 15 mai 1719, à 92 ans. On a de lui: I. Des *Poésies spirituelles*, réimprimées à Amsterdam, en 1714, in-8$^{e}$, sous le titre de Cologne. Elles feront plus de plaisir aux personnes pieuses, qu'aux gens de goût. II. Des *Vies des Saints*. III. La *Vie de Saint Philippe Benizzi*, général des Servites. IV. Plusieurs autres ouvrages manuscrits.
II. MALAVAL, (*Jean*) chirurgien, né à Pezan, diocèse de Nîmes, en 1669, mort en 1758, âgé de 89 ans, vint de bonne heure à Paris. Il contracta une liaison étroite avec *Hecquet*, qui lui fit abjurer la religion Protestante dans laquelle il étoit né. *Malaval* s'adonna particulièrement à ce qu'on appelle la *petite Chirurgie*, à la saignée, à l'ap- plication des cautères, des ventouses, etc.; et il excella dans cette partie. Les *Mémoires* de l'académie royale de Chirurgie renferment plusieurs observations de cet habile homme. Sa vieillesse fut une véritable enfance. Son esprit s'affoiblit; mais ce qui doit étonner, c'est que, dans cet état même, il ne perdit pas la trace des choses qu'il avoit confiées autrefois à sa mémoire. A l'occasion d'un mot qui frappoit son oreille dans une conversation à laquelle il ne pouvoit pas prendre part, il récitait avec chaleur un assez grand nombre de vers, ou des pages entières d'ouvrages en prose qui lui étoient familiers, et où se trouvoit le mot qui lui servoit pour ainsi dire de réclame. Son cerveau étoit une espèce de montre à répétition.
MALBOSC, (David) docteur en théologie de l'université de Toulouse, et ancien recteur des hôpitaux de Paris, étoit né à Quersac dans le Gévaudan, et mourut à Paris le 23 septembre 1784. On lui doit plusieurs opuscules en vers et en prose, insérés dans les Mercures et les Journaux, et un livre de piété, intitulé : *La Vie du Chrétien*.
MALBROUGH, *Voy. MAR-LEBOROUGH*. I. MALCHUS, serviteur du grand-prêtre *Câphe*, qui, s'étant trouvé dans le jardin des Oliviers avec ceux qui étoient envoyés pour arrêter JÉSUS, eut l'oreille coupée d'un coup d'épée, par *St. Pierre*; mais le Sauveur l'ayant touchée, la guérit.
II. MALCHUS ou MALCH, célèbre Solitaire du 4$^{e}$ siècle, natif du territoire de Nisibé, se retira dans une communauté de moines qui habitoient le désert de Chalcide en Syrie, et finit le reste de ses jours en Saint, comme il avoit vécu. *La Fontaine*, qui s'étoit acquis tant de célébrité en un autre genre, mit, dans un accès de repentir, la *Vie de St. Malch*, en vers françois; et ce poème, dit *M. Clement* de Dijon, étoit très-estimé de Rousseau le Lyrique.
MALDONADO, (Diego de Coria) Carme Espagnol du 16$^{e}$ siècle, est connu par deux ouvrages singuliers, à cause des prétentions ridicules qu'il y fait valoir. L'un est un *Traité du Tiers-Ordre des Carmes*, en espagnol. Il y assure que les Frères qui le composent, descendent immédiatement du prophète *Élie*; il compte parmi les grands hommes qui en ont fait profession, le prophète *Abdias*; et parmi les femmes illustres, la bisnieule du Sauveur du monde, qu'il appelle *Ste. Emerintienne*. L'autre ouvrage que ce bon Père a composé, est une *Chronique de l'Ordre des Carmes*, in-fol., à Cordoue, 1538, en espagnol. Il y avance des propositions assez singulières. Suivant lui, les chevaliers de Malte ont été Carmes dans leur origine, et *St. Louis* l'étoit aussi, etc.
MALDONAT, (Jean) né à Casas de la Reina dans l'Estramadure, en 1534, fit ses études à Salamanque. Il s'y distingua, et enseigna le grec, la philosophie et la théologie avec un succès peu commun. Il entra chez les Jésuites à Rome en 1562, vint en France l'année suivante pour y professer la philosophie et la théologie. *Maldonat* y eut un nombre si prodigieux d'éco- 438 MAE liers, que son auditoire étoit rempli trois heures avant qu'il donnât sa leçon : et la salle étant trop petite, il étoit souvent obligé d'enseigner dans la cour du collège. Le cardinal de Lorraine, voulant accréditer un établissement qu'il avoit à cœur, attira Maldonat dans l'université qu'il avoit fondée à Pont-à-Mousson. De retour à Paris, il continua d'enseigner avec réputation ; mais on lui suscita des affaires qui troublèrent son repos. Il fut accusé d'avoir fait faire au président Membrun, un legs universel en faveur de sa Société, et d'enseigner des erreurs sur l'immacule Conception... Maldonat fut mis à couvert de la première affaire, par un arrêt du parlement de Paris ; et de la seconde, par une sentence de Pierre de Gondi, évêque de la même ville. L'envie n'en fut que plus ardente à le persécuter. Le savant Jésuite se déroba à ses poursuites, en se retirant à Bourges : il y demeura environ dix-huit mois, au bout desquels le pape Grégoire XIII l'appela à Rome pour se servir de lui dans l'édition de la Bible grecque des Septante. Ce fut dans cette ville qu'il acheva son Commentaire sur l'Évangile. Tandis qu'il travaillait à cet important ouvrage, il eut un songe que l'événement confirma. Pendant quelques nuits, il cret voir un homme qui l'exhortait à travailler sans relâche à son Commentaire, parce qu'il ne survivrait point à sa conclusion. Cet homme lui marquait en même temps un certain endroit du ventre, qui fut effectivement le même où il sentit les douleurs dont il mourut quelque temps après, le 5 janvier 1583, à 49 ans. Ce Jésuite étoit un des plus savans théologiens de sa Société, un des plus beaux génies de son siècle. Il savait le grec et l'hébreu ; il s'étoit rendu habile dans la littérature sacrée et profane. Il avoit bien lu les Pères et les Théologiens. Son style est clair, vif et aisé. Beaucoup de facilité à s'énoncer, beaucoup de vivacité, de présence d'esprit et de souplesse, le rendoient très-redoutable dans la dispute. Maldonat n'étoit point servilement attaché aux opinions des Théologiens scolastiques ; il pensoit par lui-même, et avoit des sentimens assez libres, et quelquefois singuliers, mais toujours orthodoxes : on lui reproche cependant avec raison d'être trop prévenu en faveur de ses idées. On a de lui : I. D'excellens Commentaires sur les Évangiles, dont les meilleures éditions sont celles de Pont-à-Mousson, infolio, 1595, et les suivantes, jusqu'en 1617 ; car celles qui ont été faites depuis, sont altérées. Les savans en font beaucoup de cas. « De tous les commentateurs, dit Richard Simon, il y en a peu qui aient expliqué avec tant de soin, et même avec tant de succès, le sens littéral des Évangiles, que Jean Maldonat. Ce Jésuite Espagnol étant mort à Rome, avant d'avoir atteint l'âge de 50 ans, Claude Aquaviva, général de la Société, à qui il recommanda son Commentaire en mourant, donna ordre aux Jésuites de Pont-à-Mousson de le faire imprimer sur une copie qui leur fut envoyée. Ces Jésuites témoignent dans la préface qui est à la tête de cet ouvrage, qu'ils y ont inséré quelque chose de leur façon, et qu'ils ont été obligés de redresser la copie manuscrite, M A L 539 qui étoit défectueuse en quelques endroits. L'auteur n'ayant point marqué à la marge de son exemplaire, les livres et les lieux d'où il avoit pris une bonne partie de ses citations, ils ont suppléé à ce défaut. Il paroît même que *Maldonat* n'avoit pas lu dans la source tout ce grand nombre d'écrivains qu'il cite ; mais qu'il avoit profité, comme il arrive ordinairement, du travail de ceux qui l'avoient précédé : aussi n'est-il pas si exact, que s'il avoit mis la dernière main à son Commentaire. Nonobstant ces défauts, et quelques autres qu'il est aisé de redresser, ou voit bien que ce Jésuite a travaillé avec beaucoup d'application à cet excellent ouvrage. Il ne laisse passer aucune difficulté, qu'il ne l'examine à fond. Lorsqu'il se présente plusieurs sens littérals d'un même passage, il a coutume de choisir le meilleur, sans avoir trop d'égard à l'autorité des anciens commentateurs, ni même au plus grand nombre, ne considérant que la vérité en elle-même. Il rejette souvent les interprétations de *St. Augustin*, etc. » II. Des *Commentaires* sur *Jérémie*, *Baruch*, *Ezéchiel* et *Daniel*, imprimés en 1609, in-4.º III. Un *Traité des Sacremens*, avec d'autres *Opuscules*, imprimés en latin à Lyon, en 1614, in-4.º *Maldonat* y explique d'une manière méthodique et solide, tout ce qui regarde les sacremens; il établit le dogme, réfute les erreurs, et répond aux objections avec netteté et précision. Son style est simple, facile, intelligible, sans être bas ni barbare. IV. Un *Traité de la Grace*, un autre du *Péché originel*, et un recueil de plusieurs *Pièces* publiées à Paris en 1677, in-fol., par *Philippe du Bois*. Ce volume est orné d'une préface consacrée à son éloge. Un *Traité des Anges et des Démons*, Paris, 1617, in-12. Cet ouvrage, curieux et rare, n'a été imprimé qu'en français, et a été traduit sur le latin qui n'a jamais vu le jour. VI. *Sam-mula Casuum conscientiae*, Lyon, 1664, dont la morale est trop relâchée; il a été condamné. C'est un ouvrage posthume, désavoué par les bibliothécaires des Jésuites, comme indigne de *Maldonat*. — Il ne faut pas le confondre avec *Jean MALDONAT*, prêtre de Burgos vers 1550, qui a dressé les *Legons* du *Drévière Romain*. I. MALEBRANCHE ou MALLEBRANQUE, (Jacob) savant Jésuite, natif de Saint-Omer, ou, selon d'autres, d'Arras, mort en 1653, à 71 ans, a fait plusieurs *Traductions*; et une Histoire estimée, *De Morinis et Morinorum rebus*, 1629, 1647 et 1654, en 3 tom. in-4.º
II. MALEBRANCHE, (Nicolas) né à Paris le 6 août 1638, d'un secrétaire du roi, entra dans la congrégation de l'Oratoire en 1660. Dégouté de la science des faits et des mots, il abandonna l'étude de l'histoire ecclésiastique et des langues savantes, vers laquelle il s'étoit d'abord tourné, pour se livrer tout entier aux méditations philosophiques. Le *Traité de l'Homme* de *Descartes*, qu'il eut occasion de voir, fut pour lui un trait de lumière. Il fut ce livre avec transport. Il connut dès lors son talent, et sut en peu d'années autant que *Descartes*. Ses progrès furent si rapides, qu'au bout de dix ans il avoit composé le livre de la *Recherche de la Vérité*. Cet ouvrage vit le jour en 1673. Il est peu d'ouvrages où l'on sente plus les derniers efforts de l'esprit humain. L'auteur y paroit moins avoir suivi *Descartes*, que l'avoir rencontré. Personne ne possédoit, à un plus haut degré que lui, l'art si rare de mettre des idées abstraites dans leur jour, de les lier ensemble, et de les fortifier par cette liaison. Sa diction, outre qu'elle est pure et châtiée, a toute la dignité que les matières demandent, et toute la grace qu'elles peuvent souffrir. Son imagination forte et brillante y dévoila les erreurs des sens; et de cette imagination qu'il décrioit sans cesse, quoique la sienne fût extraordinairement vive. La *Recherche de la Vérité* eut trop de succès pour n'être pas critiquée. On attaqua sur-tout l'opinion qu'on voit tout en Dieu: opinion chimérique peut-être, mais admirablement exposée. L'illustre philosophe compare l'Être-suprême à un miroir qui représente tous les objets, et dans lequel nous regardons continuellement. Dans ce système, nos idées déconlent du sein de Dieu même. Ces opinions déplurent au grand *Arnauld*. Le *Traité de la Nature et de la Grace*, publié en 1680, ne contribua pas beaucoup à les lui faire goûter. Ce traité, dans lequel l'auteur propose sur la Grace un système différent de celui du célèbre docteur, fut l'origine d'une guerre dont nous avons déjà parlé dans l'article d'ARNAULD. Ce docteur tâcha de le réfuter dans ses *Réflexions philosophiques et théologiques sur le Traité de la nature et de la* *Grace*, publiées en 1685. Il prétendoit renverser absolument la nouvelle philosophie ou théologie du P. *Malebranche*, que celui-ci soutenoit n'être ni nouvelle, ni sienne. Il croyoit en effet que la philosophie appartenoit à *Descartes*, et la théologie à *St. Augustin*. Mais s'ils avoient fourni le fonds de l'ouvrage, il faut avouer que la forme que le P. *Malebranche* lui avoit donnée, le rendoit quelquefois méconnoissable. Après avoir répondu à *Arnauld*, il résolut de ne plus écrire sur ces matières, tant parce qu'il aimoit la paix, que parce que les lecteurs, long-temps promenés çà et là dans le vaste pays du *Pour* et du *Contre*, ne savoient plus à la fin où ils en étoient. D'ailleurs, la mort de son redoutable adversaire, arrivée en 1694, termina la dispute. Tandis que le P. *Malebranche* essuyoit ces contradictions dans son pays, sa philosophie pénétroit à la Chine. Un missionnaire Jésuite écrivit à ceux de France, « qu'ils n'envoyassent à la Chine que des gens qui sussent les mathématiques et les ouvrages du Père *Malebranche*. » L'académie des Sciences sut aussi lui rendre justice; elle lui ouvrit ses portes en 1699. L'illustre Oratorien reçut d'autres témoignages d'estime. *Jacques II*, roi d'Angleterre lui fit une visite. Il ne venoit presque point d'étrangers à Paris, qui ne lui rendissent le même hommage. Des princes Allemands firent, dit-on, pour le voir, le voyage de Paris. Les qualités personnelles du P. *Malebranche* aidoient à faire goûter sa philosophie. Cet homme d'un si grand génie étoit, dans la vie ordinaire, modeste, sim- ple, enjoué, complaisant. Ses récréations étoient des divertissements d'enfants. Cette simplicité, qui relève dans les grands hommes tout ce qu'ils ont de rare, étoit parfaite en lui. Dans la conversation il avoit autant de soin de se dépouiller de la supériorité qui lui appartenoit, que les petits esprits en ont de prendre celle qui ne leur appartient pas. Il étoit peu occupé de lui-même, et n'étoit vain d'aucune de ses connoissances. Il disoit finement : *Je n'ai pas assez de modestie, pour souffrir qu'on m'accuse de vanité.* Quoique d'une santé toujours très-foible, il parvint à une longue vie, parce qu'il sut la conserver par le régime et même par des attentions particulières. Son principal remède, dès qu'il sentoit quelque incommodité, étoit de boire une grande quantité d'eau, persuadé qu'en tenant chez nous l'hydraulique en bon état, tout alloit assez bien. Malgré ce remède humectant, son corps étoit devenu diaphane à cause de sa maigreur; on voyoit, pour ainsi dire, avec une bougie, à travers ce squelette. Sa vieillesse fut une longue mort, dont le dernier instant arriva le 15 octobre 1715, à l'âge de 78 ans. Le P. *Malebranche*, plus occupé d'éclairer son esprit que de charger sa mémoire, retrancha de bonne heure de ses lectures, celles qui n'étoient que de pure érudition. Un insecte le touchoit plus que toute l'Histoire grecque et romaine. Il méprisoit aussi, peut-être avec moins de raison, cette espèce de philosophie, qui ne consiste qu'à apprendre les sentimens des divers philosophes. Il est vrai qu'on peut savoir l'Histoire des pen- pensées des hommes, sans savoir penser; mais souvent cette histoire fait éclore des pensées nouvelles. Le P. *Malebranche* eut de son temps des disciples, qui étoient tout à la fois ses amis : car on ne pouvoit pas être l'un sans l'autre. Il y eut des *Malebranchistes*; mais il y en a beaucoup moins aujourd'hui qu'autrefois : le P. *Malebranche* est plus lu à présent comme écrivain, que comme philosophe. Ses systèmes sont presque généralement regardés comme des illusions sublimes. *Petit* disoit que *Descartes* se faisoit des principes apparens sur lesquels il bâtissoit fort juste; mais que le P. *Malebranche* bâtissoit en l'air. Son principal mérite, du moins celui qui le soutiendra le plus long-temps, n'est pas d'avoir eu des idées neuves, mais de les avoir exposées d'une manière brillante, et, pour ainsi dire, avec tout le feu d'un poëte, quoique l'auteur n'aimait pas les vers. Il rioit de bon cœur de la contrainte que les poëtes s'imposent : contrainte qui est plus souvent une occasion de fautes que de beautés. *Je n'ai fait que deux vers en ma vie*, disoit-il quelquefois; *les voici* : « Il fait en ce beau jour le plus beau temps du monde, Pour aller à cheval sur la terre et sur l'onde. » *Mais*, lui disoit-on, *l'on ne va point à cheval sur l'onde.* — *Les conviens*, répondoit-il; *mais passez-le-moi en faveur de la rime : vous en passez bien d'autres tous les jours à de meilleurs Poëtes que moi.* On a contesté la vérité de cette anecdote; mais elle est aussi vraie, dit l'abbé *Trublet*, que finement plaisante. Les principaux fruits de sa plume, non moins vive et noble, que brillante et lumineuse, sont : I. La Recherche de la Vérité, dont la meilleure édition est celle de 1712, in-4°, et même année en 4 vol. in-12. L'ENFANT, ministre Protestant, l'a traduite en latin : (Voyez son article.) On en a aussi deux traductions angloises. Les Trembléurs ou Quakers ont, sur-tout, beau- coup de goût pour les opinions du P. Malebranche. « S'ils en- tendoient leur doctrine, dit un critique Anglois, cité par Ni- ceron, ou du moins s'ils savoient l'expliquer et la réduire en sys- tême, ils ne scroient pas fort éloignés de ses sentimens. » Le censur auroit dû dire, de quel- ques-uns de ses sentimens phi- losophiques; car le P. Male- branche étoit un théologien trop orthodoxe, pour que des errans se fussent accommodés de tous les points de sa théologie. II. Con- versations Chrétiennes, 1677, in-12. L'auteur y expose la ma- nière dont il accordoit la reli- gion avec son système de phi- losophie. Le dialogue y est bien entendu, et les caractères fine- ment observés; mais l'ouvrage parut si obscur aux censeurs, que la plupart refusèrent leur approbation. Mézerai l'approuva enfin comme un livre de géo- métrie. Le dessein qu'avoit le P. Malebranche de lier la reli- gion à la philosophie, a été celui de plusieurs grands écrivains. Ce n'est pas, dit Fontenelle, qu'on ne puisse assez raisonnablement les tenir toutes deux séparées; et pour prévenir tous les trou- bles, régler les limites des deux empires; mais il vaut encore mieux réconcilier ces deux puis- sances : et pour opérer cette réunion si désirable, il faudroit d'abord renoncer à l'esprit de système; et il faut avouer que le P. Malebranche étoit un peu éloigné de faire ce sacrifice. III. Traité de la Nature de la Grace, 1684, in-12, avec plu- sieurs Lettres et autres écrits pour les défendre contre Ar- nauld, quatre volumes in-12. Le P. Malebranche y soupçonne de mauvaise foi son adversaire; mais ce soupçon étoit peut-être injuste. Il est assez difficile de croire qu'un homme tel qu'Ar- nauld feignit de ne pas entendre lorsqu'il entendoit. Nous croyons plutôt que le zèle du théolo- gien fit tort à ses lumières, et l'empêcha de comprendre le phi- losophe. Cet écrivain n'est pas le seul qui ait cru voir dans l'é- tendue intelligible de Malebran- che, une étendue réelle, et par conséquent matérielle sui- vant Descartes; ou du moins qui ait crûnt que d'autres ne l'y vissent, ne l'admissent, et ne devînssent Spinoïstes. Un des grands sujets de leur dis- pute, fut cette proposition mé- taphysique et exactement vraie : LE PLAISIR BEND HEUREUX. Ar- nauld ne l'entendit pas non plus, et crut y voir cette proposition morale et fausse : LES PLAISIRS BENDENT HEUREUX. Cette partie de leur querelle ne fut qu'un mal-entendu, et ce génie de la première force combattit cette fois-ci contre des chimères, que son antagoniste réprouvoit au- tant et plus que lui; car il n'y est jamais de philosophe plus religieux et plus ennemi des plaisirs que le P. Malebranche. IV. Méditations Chrétiennes et Métaphysiques, 1683, in-12. C'est un dialogue entre le Verbe et lui, et le style a une noblesse digne d'un tel interlocuteur. L'auteur sut y répandre un certain sombre auguste et majestueux, propre à tenir les sens et l'imagination dans le silence, et la raison dans l'attention et le respect. V. Entretiens sur la Métaphysique et la Religion, deux vol. in-12, 1688. Il n'y a rien dans ce livre qu'il n'eût déjà dit en partie dans ses autres ouvrages; mais il présente les mêmes vérités dans de nouveaux jours. Le vrai a souvent besoin de prendre diverses formes, selon la différence des esprits. VI. Traité de l'amour de Dieu, 1697, in-12. Cet ouvrage renferme tout ce que l'auteur pouvoit dire d'instructif sur ce sujet; mais il ne produira jamais ces mouvemens tendres et affectueux qu'on éprouve en lisant d'autres Traités sur la même matière. Les idées métaphysiques qu'il y mêle seront toujours pour la plupart du monde, dit Fontenelle, comme la flamme de l'esprit-de-vin, qui est trop subtile pour brûler le bois. VII. Entretiens entre un Chrétien et un Philosophe Chinois sur la nature de Dieu, 1708, in-12. VIII. Réflexions sur la Promotion physique, contre Boursier, in-12. IX. Réflexions sur la Lumière et les Couleurs, et sur la génération du Feu, dans les Mémoires de l'académie des Sciences. X. Traité de l'Ame, in-12, imprimé en Hollande. Nous ne connoissons, selon lui, notre ame que par le sentiment intérieur, par conscience; et nous n'en avons point d'idée. « Cela peut servir, (dit-il dans la Recherche de la Vérité,) à accorder les différens sentimens de ceux qui disent qu'il n'y a rien qu'on connoisse mieux que l'Ame, et de ceux qui assurent qu'il n'y a rien qu'ils connoissent moins. » On peut douter que cet accord soit si facile à faire; et il sera toujours vrai que ce sentiment intérieur en nous produit une connoissance aussi vive et aussi évidente que celle qui résulte des idées. XI. Défense de l'Auteur de la Recherche de la Vérité, contre l'accusation de M. de la Ville; à Cologne, 1682, in-12. Ce la Ville est le P. le Valois, Jésuite, auteur des Sentimens de Descartes, etc. Le P. Malebranche fait voir, dans cette réponse intéressante, que s'il étoit permis à un particulier de rendre suspect la foi des autres hommes, sur des conséquences bien ou mal tirées de leurs principes, il n'y auroit personne à l'abri des reproches d'hérésie. L'illustre Oratorien laissa plusieurs critiques sans réponse, entr'autres celle des Journalistes de Trévoux: Je ne veux pas me battre, disoit-il, avec des gens qui font un livre tous les quinze jours. On a publié, en 1769, à Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, un ouvrage posthume du P. Malebranche, avec ce titre: Traité de l'infini créé, avec l'explication de la possibilité de la Transubstantiation; et un Traité de la Confession et de la Communion, 1769, in-12, Amsterdam, (Paris). Le Traité de l'infini renferme une métaphysique singulière, mais exposée d'une manière claire et intelligible.
MALEGUZZI-VALERI, (Véronique) née le 26 février 1630, fille d'un gentilhomme de Reggio en Lombardie, soutint deux thèses publiques sur les arts libéraux. Elle dédia la pre- mière à Marguerite Farnèze, duchesse de Parme; a seconde, à la reine de France. On lui doit un drame en prose, intitulé, l'Innocence reconnue, qui fut imprimé en 1660, et à la tête duquel on trouve un prologue en vers. Cette savante termina ses jours, le 26 septembre 1690, dans un couvent de Modène, où elle avoit pris le voile. Le volume troisième de la Bibliotheca Modenese de Tiraboschi, offre une longue notice sur elle.
MALERMI ou MALERBI, (Nicolas) Vénitien, moine Camaldule du xve siècle, est auteur d'une traduction italienne de la Bible, imprimée, pour la première fois, à Venise en 2 vol. in-folio, 1471, sous le titre de Biblia volgare Istoriana. Cette édition est rare; celles de 1477 et 1481 le sont beaucoup moins. C'est mal-à-propos que quelques bibliographes ont dit, que cette traduction est la première qui ait été faite de la Bible en langue italienne. Elle est bien la première qui ait été imprimée; mais on en conçoit de plus anciennes en manuscrit dans quelques bibliothèques d'Italie. On a encore de lui: La Legenda di tutti Santi, Venetia, 1475, in-fol. rare.
MALESHERBES, Voy. LAMONON, n.º IV.
MALESPINES, (Marc-Antoine-Léonard de) conseiller au Châtelet, naquit à Paris en 1700, de Léonard, imprimeur du roi, distingué dans sa profession. Il eut à la fois le goût des lettres et de la jurisprudence, et sut se concilier l'amitié de ses confrères et l'estime du public. Nous avons de lui une traduction de l'Essai sur les Hiéroglyphes de Wharburton, 1744, 2 vol. in-12. Il a laissé d'autres ouvrages manuscrits. Il mourut à Paris, le 5 mai 1768, dans sa 69e année. — Il étoit frère de Martin-Augustin LEONARD, prêtre, mort aussi en 1768, à 72 ans, avec la réputation d'un ecclésiastique vertueux et éclairé, dont nous avons: I. Refutation du Livre des Règles pour l'intelligence de l'Écriture — Sainte, in-12, 1727. II. Traité du sens littéral des Saintes — Écritures, in-12.
MALESPINI, (N° marquise de) vivoit sous le règne de Charles II, roi de Naples et comte de Provence, et devint, par sa beauté et les graces de son esprit, l'ornement de sa cour. Année d'Albert de Sisteron, troubadour célèbre, elle ne fut point insensible à son hommage; cependant alarmée de son attachement, elle lui ordonna de s'éloigner. Albert lui obéit; mais le chagrin de l'avoir quittée, hâta la fin de ses jours.
MALEZAIS, Voyez I. RYER.
MALEZIEU, (Nicolas de) — né à Paris, en 1650, d'une famille noble, reçut de la nature des dispositions heureuses pour toutes les sciences. Mathématiques, philosophie, belles-lettres, histoire, langues, poésie, beaux arts: il embrassa tout, quoiqu'il n'eût pas une supériorité de génie bien marquée dans aucun genre. Mais c'étoit toujours beaucoup, que d'être universel. Le grand Bossuet et le duc de Montausier le connurent, et ils n'eurent pas besoin de leur pénétration pour sentir son mérite. Ces deux grands hommes, chargés de chercher des gens de lettres propres à être mis mis auprès du duc du Maine, jetèrent les yeux sur Malezieu. Ce choix eut l'agrément du roi et le suffrage du public. Son élève se maria à la petite-fille du grand Condé : cette princesse, avide de savoir et propre à savoir tout, trouva le maître qu'il lui falloit dans sa maison. Les conversations devinrent instructives. On voyait Malezieu, un Sophocle, un Euripide à la main, traduire-sur-le-champ en françois une de leurs Tragédies. L'admiration, l'enthousiasme dont il étoit saisi, lui inspiroient des expressions qui approchoient de la mâle et harmonieuse énergie des vers grecs. En 1696, Malezieu fut choisi pour enseigner les mathématiques au duc de Bourgogne. L'académie des Sciences se l'associa, en 1699, et deux ans après il entra à l'académie Françoise. On ne sera pas surpris qu'il appartint à deux corps si différens; c'étoit l'homme de toutes les sociétés et de toutes les heures. Falloit-il imaginer ou ordonner à Sceaux une fête? il étoit lui-même auteur et acteur. Les Impromptu couloient de source; mais ces fruits de l'imagination étoient souvent légers comme elle, et il faut avouer qu'il n'a rien laissé en poésie, qui mérite une attention particulière. Le duc du Maine le récompensa comme il méritoit : il le nomma chef de ses conseils, et chancelier de Dombes. Il fut enveloppé dans la disgrace que ce prince essuya sous la régence du duc d'Orléans, et renfermé pendant deux ans. Son tempérament robuste et tout de feu, joint à une vie réglée, lui valut une longue santé, qui ne se démentit qu'une année avant sa mort. Il fut emporté par une apoplexie, le 4 mars 1727, à 77 ans. Malgré l'étude des sciences, et la direction d'un grand nombre d'affaires, il n'avoit l'extérieur ni triste ni sombre. Sa facilité à entendre et à retenir, lui avoit épargné ces efforts et cette pénible contention dont l'habitude produit la mélancolie. Sa conversation étoit vive, enjouée; et son caractère poli et officieux. Il étoit sincèrement attaché à la religion, et il en pratiquoit les devoirs. Il laissa trois garçons et deux filles, qui tous furent placés ou mariés avantageusement. On a de lui : I. Élémens de Géométrie pour M. le Duc de Bourgogne, in-8°, 1715. C'est le recueil des leçons données pendant 4 ans à ce prince, qui écrivoit le lendemain les leçons de la veille. Elles furent rassemblées par Boissière, bibliothécaire du duc du Maine. Il y a, à la fin de cet ouvrage, quelques problèmes résolus par la méthode analytique, que l'on croit être de Malezieu. II. Plusieurs Pièces de vers, Chansons, Lettres, Sonnets, Contes, dans les Divertissements de Sceaux; à Trévoux, in-12, 1712 et 1713. III. On lui attribue Polichinelle demandant une place à l'Académie, comédie en un acte, représentée à plusieurs reprises par les Marionnettes de Brioché. Elle se trouve dans les Pièces échappées du feu, in-12, à Plaisance, 1717. Un académicien opposa à cette pièce, qui n'est pas certainement du premier rang. Arlequin Chancelier; mais celle-ci n'a pas été imprimée, non plus que Brioché Chancelier, autre satire faite contre la même pièce.
MALFILLASTRE, (Jacques-Charles-Louis) né à Saint-Jean-de-Caen, le 8 Octobre 1732; mort à Paris le 6 mars 1767, à 35 ans, cultiva les Muses; il auroit vécu M m presque toujours dans l'indigence, qu'elles traînent après elles, sans les bienfaits du comte de *Lauraguais*. Son poème de *Narcisse*, dans l'*Isle de Vénus*, imprimé en 1767, in-80, se fait remarquer par l'élégance, la pureté et l'harmonie du style. Il y a quelque chose à désirer dans la contexture de l'ouvrage; mais presque tous les détails en sont ingénieux et pleins de graces. Les mœurs de l'auteur étoient douces et simples, son caractère timide; et, par une suite naturelle de ce caractère, il fuyoit le grand monde et aimoit la solitude. On trouve dans les Recueils Palinodiques de Caen et de Rouen, des *Cides* de *Malfilastre*, qui sont remarquables par plusieurs belles strophes. Les *Observations Critiques* par *Clément*, et le *Journal François* de *Palissot*, offrent aussi de lui quelques fragments de *Poésie*, de la première beauté, qui font regretter qu'une mort prématurée l'ait enlevé à la littérature. Telles sont des imitations de différents morceaux des *Géorgiques*, qui péchent quelquefois par trop d'abondance, mais qui respirent la verve et la chaleur du vrai poète. *Malfilastre* avoit aussi commencé à mettre en vers le *Télémaque*. On a imprimé, l'an 7 de la république, une traduction en prose des *Métamorphoses d'Ovide*, en 3 vol. in-8. *Malfilastre* a orné cette version fidelle et élégante de notes instructives, dans lesquelles il a fait le rapprochement des plus heureuses imitations, que les poètes François ont faites de divers morceaux de l'ouvrage d'*Ovide*.
MALHERBE, *Voyez MALHERME*.
MALHERBE, (François de) né à Caen vers 1556, d'une fa- mille noble et ancienne, se retiré en Provence où il s'attacha à la maison de *Henri d'Angoulême*, fils naturel de *Henri II*, et s'y maria avec une demoiselle de la maison de *Coriolis*. Tous ses enfants moururent avant lui. Un d'eux ayant été tué en duel par de *Piles*, gentilhomme Provençal, il voulut se battre à l'âge de 75 ans contre le meurtrier. Ses amis lui représentèrent que la partie n'étoit pas égale entre un vieillard et un jeune homme. Il leur répondit: *C'est pour cela que je veux me battre; je ne hasa de qu'un denier contre une pistole*. On vint à bout de le calmer; et de l'argent qu'il consentit de prendre pour ne pas poursuivre de *Piles*, il fit élever un mausolée à son fils. *Malherbe* aimait beaucoup moins ses autres parens. Il plaida toute sa vie contre eux. Un de ses amis le lui ayant reproché: *Avec qui donc voulez-vous que je plaide*, lui répondit-il? *Avec les Turcs et les Moscovites, qui me me disputent rien?* Il fit cette Epitaphe à un de ses parens, nommé Monsieur d'Is: Ci gît Monsieur d'Is... Or pût à Dieu qu'ils fussent dix! Mes trois sœurs, mon père et ma mère Le grand *Éléçer* mon frère, Mes trois rantes, et Monsieur d'Is: Vous les nommé-je pas tous dix? L'humeur le dominoit absolument, et cette humeur étoit brusque et violente. Il eut plusieurs démêlés. Le premier fut avec *Bacan*, son ami et son élève en poésie. *Malherbe* aimoit à réciter ses productions, et s'en acquittoit si mal, que personne ne l'entendoit. Il falloit qu'il crachât cinq ou six fois en récitant une stance de quatre vers. Aussi le cavalier *Marini* disoit-il de lui : « *Je n'ai jamais vu d'homme plus humide, ni de Poète plus sec.* » *Racan* ayant osé lui représenter que la foiblesse de sa voix et l'embarras de sa langue l'empêchoient d'entendre les pièces qu'il lui lisoit, *Malherbe* le quitta brusquement et fut plusieurs années sans le voir. Ce poète, vraiment poète, eut une autre dispute avec un jeune homme de la plus grande condition dans la robe. Cet enfant de *Thémis* vouloit aussi l'être d'*Apollon*; il avoit fait quelques mauvais vers, qu'il croyoit excellens; il les montra à *Malherbe*, et en obtint pour toute réponse, cette dureté cruelle: *Avez-vous eu l'alternative de faire ces vers, ou d'être pendu ? A moins de cela, vous ne devez pas exposer votre réputation en produisant une pièce si ridicule.* Jamais sa langue ne put se refuser un bon mot. Ayant un jour dîné chez l'archevêque de Rouen, il s'endormit après le repas. Ce prélat le réveille pour le mener à un Sermon qu'il devoit prêcher : *Dispensez-m'en*, lui répond le poète d'un ton brusque : *je dormirai bien sans cela.* Sa franchise rustique ne le quitta pas même à la cour. *Louis XIII* étant dauphin, écrivit à *Henri IV*; sa lettre étoit signée *Lors*, suivant l'ancienne orthographe. Le roi la fit voir à *Malherbe*, avec cette satisfaction naturelle au cœur d'un bon père. *Malherbe*, qui ne louoit pas volontiers, ne s'arrêta qu'à la signature, et demanda au roi si *M. le Dauphin ne s'appeloit pas Louis ?* — *Sans doute*, répondit *Henri IV* ? — *Et pourquoi donc*, reprit *Malherbe*, le fait-on signer *Lors* ? Depuis ce temps il signa *Lors*, et il a été imité de tous ceux qui ont porté le même nom... L'ava- rice étoit un autre défaut, dont l'âme de *Malherbe* fut souillée. On disoit de lui : « qu'il demandoit l'aumône le *Sonnet* à la main. » Son appartement étoit meublé comme celui d'un vieux avare. Faute de chaises, il ne récevoit les personnes qui venoient le voir, que les unes après les autres; il crooit à celles qui heurtoient à la porte : *Attendez, il n'y a plus de sièges...* Il donnoit à son valet vingt écus de gages et dix sous pour sa dépense de chaque jour. Quand il n'en étoit pas content, il lui disoit : « mon ami, quand on offense son maître, on offense Dieu; et quand on offense Dieu, il faut avoir l'absolution de son péché, jeûner et faire l'aumône. C'est pourquoi je retiens cinq sous sur votre dépense, que je vais donner aux pauvres pour vous. » Sa licence étoit extrême lorsqu'il parloit des femmes. Rien ne l'affligeoit plus dans ses derniers jours, que de n'avoir plus les talens qui l'avoient fait rechercher par elles dans sa jeunesse. Il ne respectoit pas plus la religion que les femmes. *Les honnêtes gens*, disoit-il ordinairement, n'en ont point d'autre que celle de leur Prince. Lorsque les pauvres lui demandoient l'aumône en l'assurant qu'ils prieroient Dieu pour lui, il leur répondoit : *Je ne vous crois pas en grande faveur dans le Ciel; il vaudroit bien mieux que vous le fussiez à la Cour.* Il refusoit de se confesser dans sa dernière maladie, par la raison qu'il n'avoit accoutumé de le faire qu'à Pâques. Celui qui le détermina à remplir ce devoir, fut un gentilhomme nommé *Yvrande*, son disciple en poésie, qui lui dit : *qu'ayant fait profession de vivre comme les autres hommes, il falloit aussi* M m i 548 MAL mourir comme eux. Cette raison, qui étoit plutôt d'un politique que d'un chrétien, décida Malherbe à faire appeler le vicaire de Saint-Germain, qui ne put entièrement le décider à oublier ce qui l'avoit occupé jusqu'alors. Une heure avant de mourir, il reprit sa garde, d'un mot qui n'étoit pas bien francois. On ajoute même, que son confesseur lui représentant le bonheur de l'autre vie avec des expressions basses et triviales, le moribond l'interrompit en lui disant : Ne m'en parlez plus, votre mauvais style m'en dégusteroit. Ce poète singulier mourut à Paris en 1628, à 73 ans, sous le règne de Louis XIII, après avoir vécu sous six de nos rois, étant né sous Henri II. Il fut regardé comme le prince des poètes de son temps. Il méprisoit cependant son art, et traitoit la rime de puérilité. Lorsqu'on se plaignoit à lui de ce que les versificateurs n'avoient rien, tandis que les militaires, les financiers et les courtisans avoient tout, il répondoit : Bien de plus juste que cette conduite. Faire autrement, ce seroit une sottise. La Poésie ne doit pas être un métier ; elle n'est faite que pour nous procurer de l'amusement, et ne mérite aucune récompense. Il ajoutoit qu'un bon Poète n'est pas plus utile à l'Etat qu'un bon joueur de quilles. Il se donna cependant la torture pour le devenir. On dit qu'il consultoit, sur l'harmonie de ses vers, jusqu'à l'oreille de sa servante. Il travailloit avec une lenteur prodigieuse, parce qu'il travailloit pour l'immortalité. On comparoit sa Muse à une belle Femme dans les douleurs de l'enfantement. Il se glorifioit de cette lenteur, et disoit : « qu'après avoir fait un Poème de cent vers ou un Discours de trois feuilles, il falloit se reposer des années entières. » Aussi ses Œuvres poétiques sont-elles en petit nombre. Elles consistent en Odes, en Stances, Sonnets, Epigrammes, Chansons, etc. Malherbe est le premier de nos poètes qui ait fait sentir que la langue françoise pouvoit s'élever à la majesté de l'Ode. La netteté de ses idées, le tour heureux de ses phrases, la vérité de ses descriptions, la justesse, le choix de ses comparaisons, l'ingénieux emploi de la Fable, la variété de ses figures, et surtout ses suspensions nombreuses, le principal mérite de notre poésie lyrique, l'ont fait regarder parmi nous comme le père de ce genre. Enfin Malherbe vint, et le premier en France Fît sentir dans ses vers une juste cadence ; D'un mot mis à sa place enseigna le pouvoir Et réduisit sa Muse aux règles du devoir. Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée. Les stances avec grace apprirent à tomber, Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber. Tout reconnut ses lois ; et ce guide fidelle Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle. Marchez donc sur ses pas ; aimez sa pureté, Et de son tour heureux imitez la clarté. Quelques éloges cependant qu'on lui donne, on ne peut s'empêcher de le mettre fort au-delà
ENTIN MALHERBE VINT... sous de Pindare pour le génie, et encore plus au-dessous d'Horace pour les agrémens. Dans son enthousiasme, il est trop raisonnable, et dès-lors il n'est pas assez poète pour un poète lyrique. Ce qui éternise sa mémoire, c'est d'avoir, pour ainsi dire, fait sortir notre langue de son berceau. Semblable à un habile maître, qui développe les talens de son disciple, il saisit le génie de notre langue, et en fut en quelque sorte le créateur. Malherbe, uniquement occupé de la poésie françoise, voulait qu'on ne fît des vers que dans sa propre langue. Il soutenait qu'on ne peut sentir la finesse de celles qu'on ne parle plus, et disait que si Virgile et Horace revenaient au monde, ils donneraient le fouet à Bourbon et à Sirmond, poètes latins fameux de son temps. Horace, Juvenal, Ovide, Martial, Stace, Sénèque le tragique, étoient les poètes Latins qu'il estimoit le plus. Quant aux Grecs, il en faisoit assez peu de cas, apparemment parce qu'il n'entendoit pas assez bien leur langue, pour en connoître les beautés. Les meilleures éditions de ses POISIES sont : Celle de 1722, 3 vol. in-12, avec les remarques de Ménage; et celle de Saint-Marc, à Paris, en 1757, in-8. Le savant éditeur a rangé les pièces suivant l'ordre chronologique, et par cet arrangement on voit l'histoire de la révolution que ce grand poète a produite dans notre langue et dans notre poésie. Cette édition est enrichie de notes intéressantes, de pièces curieuses et d'un beau portrait de l'auteur, au bas duquel on lit ce demi-vers; qui devient presque sublime par l'application; Outre ses poésies, on a encore de Malherbe une traduction très-médiocre de quelques Lettres de Sénèque, et celle du 33e livre de l'Histoire Romaine de Tille-Live. Mlle de Gournat disoit que cette dernière version n'étoit qu'un bonillon d'eau claire, parce que le style en est trop simple, languissant et sans élégance. D'ailleurs, il ne s'est nullement piqué d'exactitude; et lorsqu'on lui en faisoit des reproches, il répondoit qu'il n'approtoit pas les viandes pour les cuisiniers; c'est-à-dire qu'il avoit moins en vue les gens de lettres qui entendoient le latin, que les gens de cour qui ne l'entendoient pas. Il dédia effectivement sa traduction au duc de Luynes, dont il voulut déshonorer la mémoire après sa mort. Il lui fit cette Épityphe: Cet Absynthé, au nez de barbet, En ce tombeau fait sa demeure. Chacun en rit, et moi j'en pleure: Je le voulois voir au giber. Le nom d'Absynthé est une mauvaise allusion: Luynes étoit un peu camus, mais d'ailleurs d'une jolie figure. Il étoit encore plus bas de déchirer son cadavre, qu'il ne l'avoit été d'encenser sa personne. Voyez RACAN.
MALINES. (N.) chantre de la Sainte-Chapelle de Paris, fut recommandable par sa belle voix, qui fit l'honneur des concerts spirituels. C'étoit une basse-taille pleine et sonore. Il est mort en novembre 1786. Son testament offre une clause qui annonce sa gaieté. Sa cave étoit bien fournie. « Il lègue, dit-il, cette meilleure partie de sa succession aux chantres, ses confrères, persuadé qu'elle ne peut tomber en meilleures mains. » M m 3
MALINGRE, (Claude) sieur de Saint-Lazare, né à Sens, mort l'an 1655, a travaillé beaucoup, mais avec peu de succès, sur l'Histoire Romaine, sur l'Histoire de France et sur celle de Paris. C'étoit un auteur famélique, qui publiait le même ouvrage sous plusieurs titres différens, qui flattoit les princes régnans, et qui avec toutes ses ruses parvenait difficilement à vendre ses productions. Tout ce que nous avons de lui, est écrit de la manière la plus plate et la plus rampante. On ne peut pas même profiter de ses recherches; car il est aussi inexact dans les faits, qu'incorrect dans son style. Le moins mauvais de tous ses livres, est son Histoire des Dignités honoraires de France, in-80, parce qu'il y cite ses garans. Ses autres écrits sont : I. L'Histoire générale des derniers troubles, arrivés en France sous Henri III et sous Louis XIII, in-40. II. Histoire de Louis XIII; in-40: mauvais recueil de faits, souvent altérés par la flatterie, et qui ne s'étend que depuis 1610 jusqu'en 1614. III. Histoire de la naissance et des progrès de l'Hérésie de ce siècle, 3 vol. in-40; le premier est du P. Bicheome. IV. Continuation de l'Histoire Romaine depuis Constantin jusqu'à Ferdinand III, 2 vol. in-fol.: compilation indigne de servir de suite à l'Histoire de Coëffetou. V. Histoire générale des Guerres de Piémont; c'est le second volume des Mémoires du chevalier Boivin du Villars, qui sont très-curieux; 2 vol. in-80, 1630. VI. Histoire de notre temps sous Louis XIV, continuée par du Verdier, 2 vol. in-80: mauvais recueil de ce qui est arrivé en France depuis 1643 jusqu'en 1645. VII. Les Annales et les Antiquités de la Ville de Paris, 2 vol. in-folio: ouvrage inférieur à celui du P. du Breul sur la même matière; mais qui peut avoir quelque utilité pour connoître l'état de Paris du temps de Malingre. VIII. Journal de Louis XIII depuis 1610 jusqu'à sa mort, avec une Continuation jusqu'en 1646; Paris, 1646, in-80. Comme Malingre étoit fort décrié en qualité d'historien, et que le public étoit las de ses ouvrages, il ne mit à la tête de celui-ci que les lettres initiales de son nom, transposées ainsi : Par S. M. C.
MALIPIERRA, (Olympie) fille d'un noble Vénitien, se distingua par son talent pour la poésie. On trouve plusieurs de ses pièces dans le recueil des Rime di cinquanta poetesse, publié à Naples par le libraire Balifon. Olympie mourut vers l'an 1559.
MALKOUN, (Élie) docteur Arabe, a interprété savamment les quatre Évangélistes. Les Musulmans le citent souvent. Il vivait dans le 16e siècle.
MALLARD, (N...) avocat, au parlement de Paris, mort depuis quelques années, dont les talens furent ignorés pendant vingt ans, devint l'oracle de son Corps pendant les dix dernières années de sa vie. Cependant il n'avoit ni plaidé, ni presque écrit; mais on trouvoit dans sa conversation les plus grandes ressources. Après avoir donné à un jeune avocat le plan de la plus solide défense, il lui traçoit celui du plaidoyer le plus éloquent. Il fut d'ailleurs d'une probité égale à ses lumières.
MALLEBRANCHE, Voyez MALEBRANCHE.
MALLEMANS : Il y a eu quatre frères de ce nom, tous les quatre natifs de Beaune, d'une ancienne famille, et auteurs de divers ouvrages. Le premier (Claude) entra dans l'Oratoire, d'où il sortit peu de temps après. Il fut pendant 34 ans professeur de philosophie au collège du Plessis à Paris, et se montra un des plus grands partisans de celle de Descartes. Dans la suite, la pauvreté le contraignit de se retirer dans la communauté des Prêtres de Saint-François de Sales, où il mourut en 1723, à 77 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Le Traité Physique du Monde, nouveau Système, 1679, in-12. II. Le fameux Problème de la Quadrature du Cercle, 1683, in-12. III. La Réponse à l'Apothéose du Dictionnaire de l'Académie, etc. Ces ouvrages sont une preuve de sa sagacité et de ses connoissances... Le second étoit chanoine de Ste.-Opportune. On lui attribue quelques ouvrages de géographie... Le troisième (Etienne) mourut à Paris en 1716, à plus de 70 ans, laissant quelques Poésies... Le quatrième, (Jean) d'abord capitaine de Dragons et marié, embrassa ensuite l'état ecclésiastique et devint chanoine de Sainte-Opportune à Paris, où il mourut en 1740, à 91 ans. On a de lui, un très grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. Diverses Dissertations sur des passages difficiles de l'Écriture-Sainte. II. Traduction Françoise de Virgile, en prose, 1706, 3 vol. in-12. L'auteur prétend avoir expliqué cent endroits de ce poète, dont toute l'antiquité avait ignoré M A L 557 le vrai sens; le public n'a pas pensé de même. Cette traduction, entreprise pour les dames, a été trouvée généralement rampante et même barbare. III. Histoire de la Religion, depuis le commencement du monde, jusqu'à l'empire de Joven, 6 vol. in-12 : ouvrage qui eut peu de succès, parce qu'il est écrit d'un style languissant. IV. Pensées sur le sens littéral des 18 premiers versets de l'Évangile de St. Jean, 1718, in-12. L'auteur appelle cet ouvrage l'Histoire de l'Éternité. Il est plein de singularités et de rêveries, ainsi que ses autres productions. I. Mallemans étoit un savant d'un esprit bizarro et opiniâtre, plein de lui-même, et toujours prêt à mépriser les autres : St. Augustin étoit, selon lui, un médiocre théologien, et Descartes un pauvre philosophe.
MALLEROT, (Pierre) sculpteur connu sous le nom de LA PIERRE, est célèbre par plusieurs beaux morceaux. Les principaux sont : I. La Colonnade du parc de Versailles. II. Le Péristile et la Galerie du château de Trianon. III. Le Tombeau du cardinal de Richelieu en Sorbonne, sous les ordres de Girardon. IV. Le Mausolée de Girardon, à Saint-Landry à Paris. V. La Chapelle de MM. de Pompone à Saint-Merry, et de MM. de Créqui et de Louvois aux Capucins de Paris, etc. I. MALLET, (Charles) né en 1608 à Mont-Didier, docteur de Sorbonne, archidiacre et grand-vicaire de Rouen, où il fonda un Séminaire auquel il légua sa bibliothèque; mourut le 20 août 1680, à 72 ans, durant la chaleur des disputes dans les- M m 4 552 MAL quelles il étoit entré avec le grand Arnould à l'occasion de la Version du Nouveau-Testament de Mons. Cette querelle produisit divers écrits de part et d'autre. Ceux de Mallet sont : I. Examen de quelques passages de la Version du Nouveau-Testament, etc. 1667, in-12. Il y accuse les traducteurs d'un grand nombre de falsifications, et même d'avoir une morale corrompue touchant la chasteté. Cette dernière accusation étoit encore plus difficile à prouver que la première. II. Traité de la lecture de l'Écriture-sainte, Rouen, 1669, in-12. L'auteur prétend qu'elle ne doit point être donnée au peuple en langue vulgaire. Il est certain que cet usage peut avoir ses abus : mais de quoi n'abuse-t-on pas ? III. Réponse aux principales raisons qui servent de fondement à la Nouvelle Défense du Nouveau-Testament de Mons : ouvrage posthume, à Rouen, 1682, in-8. IV. Un petit Cahier de Réflexions sur tous les Ouvrages de M. Arnould. Ce docteur répondit à ces écrits d'une manière, qui fit plus d'honneur à son savoir qu'à sa modération.
II. MALLET, (Edme) né à Melun en 1713, occupa une cure auprès de sa patrie jusqu'en 1751, qu'il vint à Paris pour y être professeur de théologie dans le collège de Navarre. Il étoit docteur agrégé de cette maison. L'ancien évêque de Mirepoix, Boyer, d'abord prévenu contre lui, ensuite mieux instruit, récompensa d'un canonicat de Verdun sa doctrine et ses mœurs. On l'avoit accusé de Jansénisme auprès de ce prélat, tandis que la Gazette qu'on nomme Ecclésiastique l'accusoit d'impiété. L'abbé Mallet ne mé- ritoit ni l'une ni l'autre de ces imputations : il s'affligeoit, en Chrétien, des disputes de l'Eglise de France; et s'étonnoit, en philosophe, que le gouvernement, dès la naissance de ces démêlés, n'eût pas imposé silence aux deux partis. Il mourut à Paris en 1755, à 42 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Principes pour la lecture des Poètes, 1745, in-12, 2 vol. II. Essai sur l'Étude des Belles-Lettres, 1747, in-12. III. Essai sur les bienséances oratoires, 1753, in-12. IV. Principes pour la lecture des Orateurs, 1753, in-12, 3 vol. V. Histoire des Guerres civiles de France sous les règnes de François II, Charles IX, Henri III et Henri IV, traduite de l'italien de d'Avila, 1757, 3 vol. in-4. L'abbé Mallet se borne, dans ses ouvrages sur les poètes, sur les orateurs et sur les belles-lettres, à exposer d'une manière précise les préceptes des grands maîtres et à les appuyer par des exemples choisis, tirés des auteurs anciens et modernes. Le style de ces différens écrits est net, facile, sans affectation. Son esprit ressembloit à son style. Mais, ce qui doit rendre son souvenir précieux aux honnêtes gens, c'est l'attachement qu'il montra toujours pour ses amis, sa candour, sa modération, et son caractère doux et modeste. Il s'étoit chargé de fournir à l'Encyclopédie les articles de la Théologie et des Belles-Lettres. Ceux qu'on lit de lui dans ce dictionnaire, sont en général bien faits. L'abbé Mallet préparoit deux ouvrages importans, lorsque la mort l'enleva à l'amitié et à la littérature. Le premier étoit une Histoire générale de nos Guerres depuis le commencement de la Monarchie; le second, une His- toire du Concile de Trente, qu'il vouloit opposer à celle de Fra- Paolo, traduite par le P. le Cou- rayer.
MALLET DU PAN, (Jacques) né à Genève en 1750, fit d'ex- cellentes études dans sa patrie. Voltaire qui le connut de bonne heure et qui l'estima, le fit placer à Cassel, en qualité de professeur de belles-lettres. Après avoir rem- pli cet emploi avec succès, il se jeta dans la politique, et con- tinua les Annales de Linguet. Panckoukke le chargea, bientôt après, de la partie politique du Mercure de France. Tant qu'il n'y eut pas d'orages, le journaliste plut à tout le monde par ses vues, par ses réflexions et son impartialité. Mais dès que la ré- volution eut éclaté, il parut être l'organe des royalistes, et les répu- blicains le persécutèrent. Il passa quatre ans, dit-il, sans qu'il fût assuré, en se couchant, s'il se réveilleroit libre ou vivant le len- demain. Il essuya, ajoute-t-il, 115 dénonciations, trois décrets de prise de corps, deux scellés, quatre assauts dans sa maison, et la confiscation de toutes ses propriétés. Ne pouvant vivre en sureté, ni en France ni en Suisse, ni à Genève, il passa à Londres, où il publia le Mercure Britan- nique. Ce journal, dans lequel il vouloit tenir la balance entre tous les partis, déplut aux uns et aux autres, quoique tous s'em- pressassent de le lire. Les jacobins se fâchèrent de ce qu'il ramenoit sans cesse le tableau de leurs erreurs et leurs excès. Il ne cho- qua pas moins certains émigrés par ses réflexions sur leurs illu- sions, sur l'impossibilité de ra- mener en France l'ancien ré- gime, et sur les fausses mesures qu'on avoit prises pour pro- duire une contre-révolution. Ceux qui lui refusoient l'im- partialité, lui accordèrent au moins de grandes connoissances, historiques et politiques, un style ferme et noble, quelque- fois incorrect, d'autres fois lourd, embarrassé et néologi- que; mais où l'incorrection étoit remplacée par l'énergie. Les gens sans parti virent encore en lui l'indépendance du caractère, que doit avoir tout homme qui parle des affaires publiques; in- dépendance qui ne corrige pas toujours l'humeur que donne le souvenir des injustices. Celle de Mallet du Pan s'étoit aigrie par ses malheurs, et sa santé s'étoit dérangée. Il y avoit quelque temps qu'il souffroit de la poitrine; il succomba à ses maux à l'âge de 50 ans, le 15 mai 1800, à Ri- chmond, chez M. Lalli-Tol- lendal son ami, laissant une femme et cinq enfans, pour les- quels on ouvrit une souscription qui fut remplie avec générosité par tous les amis et les nombreux partisans du père. Comme Aris- tide, il vécut et mourut pauvre et désintéressé. Il lisoit avec re- cueillement les Sermons de Ro- milly, sur l'immortalité de l'ame- pendant les jours qui précédèrent sa mort. On a de lui: I. Dis- cours de l'influence de la Philo- sophie sur les Lettres, Cassel, in-8°, 1772. Il étoit alors le panégyriste de la nouvelle phi- losophie, et il changea de senti- ment lorsqu'il eut vu les abus que des forcenés en avoient fait. II. Discours sur l'Eloquence et les Systèmes politiques, Londres, 1775, in-12. III. Considérations sur la nature de la Révolution Fran- çoise et sur les causes qui en pro- longent la durée, Londres, 1793, In-8.º L'auteur croit être parfaitement impartial dans cet ouvrage; on y voit pourtant des traces du ressentiment qu'éprouvait son cœur; son style y est toujours le même, fort, énergique, mais surchargé de métaphores incohérentes. Il paraît d'ailleurs se soucier assez peu du jugement qu'on portera de son écrit. « Quant aux esprits aigres ou aigris, dit-il, à qui cet ouvrage pourra déplaire, l'auteur les mettra à leur aise, en les prévenant qu'ils pourront le ranger dans telle chose d'hérétiques qu'il leur plaira; le nommer Aristocrate ou Démocrate, Monarchien ou Monarchiste, Républicain ou Schismatique; ces appellations ne le blesseront aucunement. » IV. Correspondance politique pour servir à l'histoire du Républicanisme François, in-8°, auquel on peut appliquer le jugement porté sur l'ouvrage précédent. Lorsqu'on lui enleva son mobilier et sa bibliothèque, il perdit beaucoup de manuscrits, parmi lesquels étoit le Tableau politique de la France et de l'Europe, avant la Révolution. V. On lui doit encore un Écrit, où il peint les malheurs de la Suisse et de Genève sa patrie. Tous les tableaux, y sont peints avec force, et portent l'émotion dans l'âme du lecteur; et le Tombeau de l'Isle Jenning, petit morceau plein de sensibilité. Ce qui n'est pas le caractère ordinaire et distinctif des autres ouvrages de l'auteur. M. Mallet Butini, écrivain connu, a consacré ces quatre vers à la mémoire de son parent : Successeur de Tarise, héritier de sa plume, Dans l'Europe Mallet a fait sonner sa voix, Et sur la politique enfanta maint voe lume Sans flatter les sujets, sans outrages les rois.
MALLET, Voyez MANNESSON. I. MALLEVILLE, (Antoine-Claude) né à Paris, se fit recevoir avocat au parlement de cette ville, et y publia, en 1561, un ouvrage de droit, sous ce titre : In Regias aquarum et sylvarum constitutiones Commentarius, in-8.º
II. MALLEVILLE, (Claude de) natif de Paris, l'un des premiers membres de l'académie Françoise, mourut en 1647, âgé d'environ 50 ans. Il avoit été secrétaire du maréchal de Bassompierre, auquel il rendit de grands services dans sa prison. Il le visitoit souvent, et lui fournissoit des livres agréables pour charmer son ennui, ou des lectures plus fortes pour soutenir son âme contre l'injustice du sort. Les bienfaits que cet illustre infortuné répandit sur lui, le mirent en état d'acheter une charge de secrétaire du roi. Malleville avoit un esprit assez délicat, et un génie heureux pour la poésie; mais il négligea de mettre la dernière main à ses vers. Le Sonnet est le genre de poésie auquel il s'est principalement adonné, et avec le plus de succès. Ce poète remporta la prix sur plusieurs beaux esprits, et sur Veiture même, qui travaillèrent au Sonnet proposé sur la Belle Matineuse. Le sien lui donna beaucoup de célébrité. « On ne parleroit pas aujourd'hui d'un pareil ouvrage, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV; mais le bon, en tout genre, étoit alors aussi rare, qu'il est devenu commun depuis. » Ses Poésies consistent en Sonnets, Stances, Elégies, Epigrammes, Rondeaux, (Voyez BOIS - ROBERT,) Chansons, Madrigaux, et quelques Paraphrases de Pseaumes. Elles ont été imprimées en 1649, à Paris, in-4°, et en 1659, in-12.
MALLINCKROT, (Bernard) doyen de l'église cathédrale de Munster, donnoit à l'étude une partie de la nuit, et passoit le jour à se divertir. L'empereur Ferdinand Ier le nomma à l'évêché de Ratzbourg, et, quelque temps après, il fut élu évêque de Minden; mais il ne put prendre possession de l'un ni de l'autre de ces deux évêchés. Son ambition étoit extrême: il voulut se faire élire, en 1650, évêque de Munster; mais n'ayant pu réussir, il s'éleva contre le nouveau prélat, et suscita des séditions jusqu'en 1655, qu'il fut déposé de sa dignité de doyen. L'évêque de Munster le fit arrêter en 1657, et conduire au château d'Otteinzheim, où on lui donna des gardes. Mallinckrot mourut dans ce château, le 7 mars 1664, regardé comme un génie inquiet, et un homme fier et hautain. On a de lui, en latin: I. Un Traité de l'invention et du progrès de l'Imprimerie, Cologne, in-4°, 1639. II. Un autre, De la nature et de l'usage des Lettres, Cologne, 1656, in-4°. III. Un Traité des Archichanceliers du saint Empire Romain, des Papes et des Cardinaux Allemands, de la primauté des trois métropoles d'Allemagne, et des Chanceliers de la cour de Rome, Munster, 1640; Cénes, 1665; et ibid, 1715, in-4°. Cette dernière édition est ornée d'une Préface historique. Ces ouvrages sont recommandables par la profondeur des recherches. L'auteur avoit beaucoup lu, et retenu presque tout ce qu'il avoit lu.
MALO, (Saint) ou MACLOU, ou MAHOUT, fils d'un gentil-homme de la Grande-Bretagne, et cousin-germain de St. Samson et de St. Magloire, fut élevé dans un monastère d'Irlande, puis élu évêque de Gui-Castel; mais son humilité lui fit refuser cette dignité. Le peuple voulant le contraindre d'accepter la crosse, il passa en Bretagne, et se mit sous la conduite d'un saint solitaire nommé Aaron, proche d'Aleth. Quelque temps après, vers 541, il fut élu évêque de cette ville, et il y fit fleurir la religion et la piété. Il se retira ensuite dans la solitude, auprès de Xaintes, et y mourut le 15 novembre 565. C'est de lui que la ville de Saint-Malo tire son nom, parce que son corps y fut transporté, après que la ville d'Aleth eut été réduite en village nommé Guidalet ou Guichalet, et que le siège épiscopal fut transféré à Saint-Malo.
MALO, (le Cardinal de Saint-) Voy. BRIÇONNET.
MALOUIN, (Paul-Jacques) né en 1701 à Caen, fut professeur de médecine au collège royal à Paris, médecin ordinaire de la reine, et membre de la Société royale de Londres et de l'académie des Sciences de Paris. Il mérita ces places par des connaissances très-étendues en médecine et en chimie, et se fit des amis et des protecteurs pe un caractère aimable et solide. Il étoit très-différent de plusieurs médecins modernes qui croient fort peu à la médecine. Il n'ai- moit pas qu'on médit de son art. Il disoit un jour à un jeune homme qui prenoit cette liberté : Tous les grands hommes ont ho- noré la médecine. — Ah! lui disoit le jeune mécréant, il faut au moins retrancher de la liste un certain MOLIÈRE. — Aussi, ré- pliqua sur-le-champ le docteur, voyez comme il est mort. On a dit qu'il croyoit à la certitude de son art, comme un mathéma- ticien à celle de la géométrie. Ayant ordonné beaucoup de re- mèdes à un homme de lettres célèbre, qui les prit exactement, et ne laissa pas de guérir; Ma- louin lui dit, en l'embrassant : Vous êtes digne d'être malade. Comme il estimoit les préceptes de la médecine, encore plus pour lui que pour les autres, son ré- gime, sur-tout dans ses der- nières années, étoit austère. Il pratiquoit avec sévérité la méde- cine préservative, plus sûre que la curative. Ce régime valut à Malouin ce que tant de philo- sophes ont désiré, une vieillesse saine et une mort douce. Il ne connut point les infirmités de l'âge, et il mourut à Paris d'a- poplexie, le 31 décembre 1777, dans sa 77e année. Par son tes- tament, il fit un legs à la fa- culté de Médecine, sous la con- dition de tenir tous les ans une assemblée publique, pour rendre compte à la nation de ses tra- vaux et de ses découvertes. Ma- louin fut à la fois économe et désintéressé. Après deux ans d'une pratique très-lucrative, il quitta Paris pour Versailles, où il voyoit peu de malades, disant qu'il s'étoit retiré à la Cour. Ses principaux ouvrages sont : I. Traité de Chimie, 1734, in-12. II. Chimie Médicinale, 1755, 2 vol. in-12; livre plein de choses curieuses, et écrit d'un style qui fait autant d'honneur à l'académicien, que le fonds même en fait au savant. Rien ne s'y ressent de cette lente pro- lixité, de cette barbarie d'ex- pressions, de cette obscurité d'idées, qu'on reprochoit aux anciens médecins. Tout est d'un homme d'esprit; mais peut-être l'auteur montra trop de goût pour les préparations chimiques, il eut la réputation d'un chi- miste laborieux, instruit, distin- gué même pour son temps; mais plus foible à la vérité pour le notre, où la chimie a pris une face nouvelle, qui pourroit bien n'être pas la dernière. III. Les Arts du Meunier, du Boulanger et du Vermicellier, dans le re- cueil que l'académie des Sciences a publié sur les ARTS et ME- TIERS. Un trait qui fait autant honneur à son cœur qu'aucun de ses ouvrages à son esprit, est ce qui arriva à une séance de l'a- cadémie. Parmentier ayant lu devant ses confrères, au nombre desquels étoit le vieux docteur, un nouveau Traité de l'Art du Boulanger, où quelques-unes de ses idées étoient attaquées; le jeune académicien craignoit ses regards, sachant à quel point l'amour propre est facile à ble- ser. Mais à peine sa lecture fut- elle finie, que Malouin vint à lui, et l'embrassant : Recevez mon compliment, lui dit-il, vous avez mieux vu que moi... IV. Il est en- core auteur des articles de Chimie employés dans l'Encyclopédie. — De la même famille étoit Charles MALOUIN, docteur agrégé en médecine, dans l'uni- M A L 557 versité de Caen, mort en 1718, à la fleur de son âge; dont on a un *Traité des Corps solides et des fluides*, Paris, 1758, in-12.
MALPIGHI, (Marcel) vit le jour à Crevalcuore, dans le voisinage de Bologne, en 1628. Ses talents lui méritèrent une place de professeur de médecine dans cette dernière ville, en 1656. Le grand duc l'appela ensuite à Pise; mais l'air lui étant contraire, il retourna à Bologne en 1659. Il remplit la place de premier professeur en médecine, dans l'université de Pise, en 1662, et retourna encore à Bologne, 4 ans après. La société royale de Londres, se l'associa en 1669. Il continua d'enseigner avec réputation jusqu'en 1691. Le cardinal *Antoine Pignatelli*, qui l'avoit connu à Bologne pendant sa légation, étant monté sur le trône pontifical sous le nom d'*Innocent XII*, l'appela à Rome, et le fit son premier médecin. Ce savant étoit d'un caractère sérieux et mélancolique. On sait que les personnes de ce tempérament sont constantes au travail. Dès qu'il vouloit savoir quelque chose, il se donnoit avec plaisir toutes les peines nécessaires pour l'apprendre. Quoi qu'il aimât la gloire, il étoit modeste au milieu des éloges que son mérite lui procuroit. Sa santé étoit très-délicate; et il eut besoin, pendant toute sa vie, des ressources de son art pour la ménager ou pour la rétablir. *Malpighi* mourut d'apoplexie à Rome, dans le palais Quirinal, le 29 novembre 1694, âgé de 67 ans, laissant un grand nombre d'ouvrages en latin, qui prouvent qu'il s'étoit plus occupé d'anatomie que de belles-lettres. Son style est incorrect, obscur, embarrassé. Ses principaux écrits sont: I. *Plantarum Anatomæ*, Londini, 1675 et 1679, 2 tom. en un vol. in-folio, fig. II. *Epistolae variæ*. III. *Dissertationes epistolicae de Bombyce*, Londini, 1669, in-4°, fig. IV. *De formatione Pullii in ovo*. Ces deux derniers ouvrages ont été traduits en français. V. *Consultationes*, in-4°, 1713. VI. *De cerebro, de lingud, de externo tactis organo, de omento, de pinguedine et adiposis ductibus*. VII. *Exercitatio anatomica de viscerum structura*. VIII. *Dissertationes de Polypocordis, et de Pulmonibus*, etc. Les ouvrages de *Malpighi* ont été imprimés à Londres en 1686, deux vol. in-fol.; et ses *Œuvres posthumes*, précédées de sa *Vie*, ont paru à Londres en 1697; à Venise, en 1698, in-fol.; et à Amsterdam, même année, in-4°. On a réimprimé tous ses ouvrages à Venise, 1733, in-fol., avec des notes de *Faustin Gavinelli*. (Voy. II. REGIS.) Ce savant homme n'étoit pas égoïste; il ne rougissoit pas d'attribuer la plupart de ses découvertes à son ami *Borelli*, qu'il avoit connu à Pise.
MALTHE, (les Chevaliers de) *Voy. les Tables préliminaires*, et les articles AUBUSSON; GÉRARD; GOZON; LASTIC; *Bairmond* DUPUY; II. CHAMBRAT; VALETTE; PARISOT; *Hélion* DE VILLENEUVE; VILLARET; II. VILLIERS.
MALTHE, (les Religieuses de) *Voyez GALIOTE*.
MALVASIA, (Charles-César) noble Bolonois et chanoine de la cathédrale, cultiva les arts et les lettres dans le siècle dernier; nous lui devons une assez bonne Histoire, en italien, des Peintres de Bologne, in-4°, en 2 vol., 1678. Le comte Malvasia y fait paroître un peu trop d'enthousiasme; mais ce sen- timent est pardonnable dans un compatriote. On attaqua son li- vre avec chaleur, et il fut dé- fendu de même. On a encore de lui, un ouvrage, qui a pour titre: Marmora Felsinca, 1690, in-4.°
MALVENDA, (Thomas) Dominicain, né à Xativa, en 1566, professa la philosophie et la théologie dans son ordre avec beaucoup de succès. Le cardinal Baronius, à qui il écrivoit pour lui indiquer quelques fautes qui lui étoient échappées dans l'édi- tion de son Martyrologe, trouva tant de discernement dans la lettre de ce Dominicain, qu'il souhaita l'avoir auprès de lui. Il engagea son général à le faire venir à Rome, afin de profiter de ses avis. Malvenda fut d'un grand secours à ce célèbre car- dinal. On le chargea en même temps de réformer tous les livres ecclésiastiques de son ordre: commission dont il s'acquitta avec applaudissement. Il mourut à Valence en Espagne, le 7 mai 1628, à 63 ans. Ses ouvrages sont: I. Un traité De Anti- christo, dont la meilleure édi- tion est celle de Venise, 1621, in-fol. II. Une nouvelle Version du texte hébreu de la Bible, avec des notes, imprimée à Lyon en 1650, en 5 vol. in-fol. Ces ou- vrages sont estimés des savans. Mais son Traité de l'Antechrist, renferme quelques idées qui pour- roient être appuyées sur des preu- ves plus solides. On a encore de lui: Annales Ordinis Frædicatorum, Naples, 1627, in-fol. Voyez III. DIAZ.
MALVES, (de Guade) Voyez GUA.
MALVEZZI, (Virgilio, mar- quis de) gentilhomme Boulon- nois, savoit les belles-lettres, la musique, le droit, la méde- cine, les mathématiques, la théologie, et même l'astrologie, à laquelle il fut fortement at- taché, quoiqu'il feignit de la mé- priser. Il servit avec distinction dans les armées de Philippe IV, roi d'Espagne, qui l'employa dans la guerre et dans les négociations. Il réussit dans ces deux genres. Il mourut à Cologne, en 1654, à 55 ans, laissant divers écrits: I. Discorsi sopra Cornelio Tacito, Venise, 1635, in-4.° Il y montre beaucoup d'érudition; il en fait même étalage. Il cite grand nombre de passages de l'Écri- ture et des Pères, qui n'ont qu'un rapport très-éloigné à Tacite. Il se sert de certaines distinctions scolastiques, plus dignes d'un pédant que d'un politique et d'un commentateur de Tacite. II. Opere Istoriche, 1656, in-12. III. Ra- gioni per li quali letterati credono non potersi avanzare nelle corti: ce discours se trouve dans les Saggi academici, de Mascardi, Venise, 1630, in-4.°
MALVINA, Voyez OSSIAN.
MAMBRÉ, Amorrhéen, frère d'Almer et d'Eschol; ils étoient tous trois amis d'Abra- ham. Ils lui aiderent à combattre les Assyriens, et à délivrer Loth que ces peuples avoient fait pri- sonnier. Mambré habitoit une belle vallée, qui retint son nom. Ce fut dans cette vallée, située dans le voisinage de la ville d'Hé- bron, de la tribu de Juda, qu'A- braham fut honoré de la visite de trois Anges qui lui annoncèrent la naissance d'Isaac.
MAMBRÈS, l'un des magiciens qui s'opposèrent à Moyse dans l'Égypte, et qui imitoient, par leurs prestiges, les vrais miracles de ce législateur.
MAMBRUN, (Pierre) poète Latin de la société des Jésuites, né à Clermont en Auvergne, l'an 1600, professa la rhétorique à Paris, la philosophie à Caen, et enfin la théologie à la Flèche, où il mourut le 31 octobre 1661; à 61 ans. Ce Jésuite avoit de l'élévation dans le génie, de l'élégance et de la facilité dans la composition. Ses ouvrages sont écrits purement, et sa versification est exacte et harmonieuse. Il possédoit parfaitement son Virgile, et il a été un de ses plus heureux imitateurs, si l'on en juge par la cadence de ses vers, par le nombre de ses livres, et par les trois genres de poésie auxquels il s'est appliqué. Nous avons de lui: I. Des Églogues. II. Des Georgiques, en quatre livres, qui roulent sur la culture de l'âme et de l'esprit. III. Un Poème héroïque en douze livres, intitulé: Constantin ou l'Idolâtrie terrassée; la Flèche, 1661, in-fol.; et Paris, 1652, in-4°; il est précédé d'une Dissertation latine sur le Poème épique, écrite purement et bien raisonnée. Le Père Mambrun étoit à la fois bon poète et excellent critique. I. MAMERT, (Saint) célèbre évêque de Vienne en Danphiné, ont un différend avec Léonce, évêque d'Arles, touchant la suffragance du siège de Die: le pape Saint Hilaire prononça contre lui. Il institua les Rogations, l'an 469. Les calamités publiques furent l'occasion de ce saint établissement, qui a passé depuis dans toute l'Église. Ce fut le pape Léon III qui les établit dans l'église Romaine. On les nomma la Litanie Gallicane ou les Petites Litanies, pour les distinguer des grandes Litanies qu'on célébreit le 25 avril, jour de St. Marc. Ce pieux prélat mourut en 475.
II. MAMERT, (Claudien) frère du précédent. Voyez CLAUDIEN.
MAMERTIN, (Claude) orateur du 9e siècle, fut élevé au consulat par Julien l'Apostat, en 352. Pour remercier ce prince, il prononça en sa présence un Panégyrique latin que nous avons encore. (Voyez l'Histoire Littéraire de France par Dom Rivet, tom. 1.)—On le croit fils de laude MAMERTIN, qui prononça deux Panégyriques à la louange de Maximien-Hercule, vers l'an 291. On les trouve dans les Panegyrici veteres, ad usum Delphini, 1677, in-4°. Au reste, le père et le fils poussèrent un peu trop loin la flatterie.
MAMIA, reine des Sarasins, restée veuve à la fleur de son âge, prit elle-même le commandement de son armée, et devint la terreur de l'empire Romain. Après avoir ravagé la Palestine, elle força l'empereur Valens à lui demander la paix. Elle favorisa les Chrétiens par égard pour un saint hermite nommé Moyse, et fit, du rappel des évêques Catholiques exilés par Valens, l'un des articles du traité de paix.
MAMMÉE, (Julie) étoit fille de Julius Avitus, et mère 760 M A M de l'empereur Alexandre-Sévère, Cette princesse avoit de l'esprit et des mœurs. Elle donna une excellente éducation à son fils, et fut son conseil lorsqu'il fut parvenu au trône impérial. Elle écarta les flatteurs et les corrupteurs, et n'éleva aux premières places que des hommes de mérite. Prévenue en faveur du Christianisme, elle envoya chercher Origène, pour s'entretenir avec lui sur cette religion, qu'elle embrassa, selon plusieurs auteurs. Mammée terni ses vertus par des défauts. Elle étoit cruelle et avare, et vouloit s'arroger l'autorité souveraine. Des soldats mécontents, et poussés à la rébellion par le Goth Maximin, la massacrèrent avec son fils en 235, à Mayence.
MAMMONE, ( Mythol. ) Dieu des richesses chez les Phéniciens, étoit le même que Plutus chez les Romains. Voyez ce mot.
MAMOUN, Voy. AMIN.
MAMURIUS, ( Veturinus ) célèbre ouvrier en cuivre, qui flerissoit à Rome du temps du roi Numa. Ce fut lui qui fit les boucliers sacrés appelés Ancilia, à la ressemblance de celui qui étoit tombé du ciel; et pour récompense de son travail, il ne demanda autre chose, sinon que les Saliens chantassent son nom dans leurs hymnes.
MAMURRA, chevalier Romain, natif de Formium, accompagna Jules César dans les Gaules, en qualité d'intendant des ouvriers. Il y amassa des richesses immenses, qu'il dépensa avec la même facilité qu'il les avoit acquises. Il fit bâtir un palais magnifique à Rome, sur le Mont Cœlius. C'est le premier qui fit incruster de marbre les murailles et les colonnes. Catulle a fait des épigrammes très-satiriques contre lui; il l'y accuse non-seulement de concussion, mais encore de débauche avec César. I. MANAHEM, fils de Gaddi, général de l'armée de Zacharie roi d'Israël, étoit à Théria, lorsqu'il apprit la mort de son maître, que Sellum avoit tué pour régner en sa place. Il marcha contre l'usurpateur, qui s'étoit renfermé dans Samarie, le tua, et monta sur le trône, où il s'affermit par le secours de Phul roi des Assyriens, auquel il s'engagea de payer un tribut. Ce prince gouverna pendant dix ans, et fut aussi impie envers Dieu, qu'injuste envers ses sujets. Il mourut l'an 76; avant J.C.
II. MANAHEM, de la secte des Esséniens, se méloit de prophétiser. Il prédit à Hérode, depuis nommé le Grand, encore jeune, qu'il seroit un jour roi des Juifs; mais qu'il souffriroit beaucoup dans sa royauté. Cette prédiction fit que ce prince eut toujours un grand respect pour les Esséniens.
III. MANAHEM, fils de Judas Galilém, et chef des séditieux contre les Romains, prit de force la forteresse de Massada, pilla l'arsenal d'Hérode le Grand, qui étoit mort depuis peu, arma ses gens et se fit reconnoître roi de Jérusalem. Un nommé Eléazar, homme puissant et riche, souleva le peuple contre cet usurpateur, qui lât pris et puni du dernier supplice.
IV. MANAHEM, prophète Chrétien, frère de lait d'Hérode- Antipas, Antipas, fut un des prêtres d'Antioche à qui le Saint-Esprit ordonna d'imposer les mains à Paul et à Barnabé, pour les envoyer prêcher l'Évangile aux Gentils. On croit que ce Mauahém étoit du nombre des soixante et douze disciples, et qu'il mourut à Antioche. I. MANASSÈS, fils aîné de Joseph et d'Iseuth, et petit-fils de Jacob, dont le nom signifie l'oubli, parce que Joseph dit à sa naissance : Dieu m'a fait oublier toutes mes peines, et la maison de mon père ; naquit l'an 1712 avant J. C. Jacob étant au lit de mort, Joseph lui amena ses deux fils, afin que le saint vieillard leur donnât sa bénédiction ; et comme il vit que son père mettoit sa main gauche sur Manassès, il voulut lui faire changer cette disposition : Jacob insista à vouloir les bénir de cette manière, en lui disant que l'aîné seroit père de plusieurs peuples ; mais que son cadet ( Ephraim ) seroit plus grand que lui, et que sa postérité produiroit l'attente des nations.
II. MANASSÈS, roi de Juda, ayant succédé à son père Ezéchias, à l'âge de 12 ans, signala les commencemens de son règne par tous les crimes et toutes les abominations de l'idolâtrie. Il rebâtit les hauts lieux que son père avoit détruits, dressa des autels à Baal, et fit passer son fils par le feu, en l'honneur de Moloch. Le prophète Isaïe, qui étoit beau-père du roi, s'éleva fortement contre tant de désordres : mais Manassès, loin de profiter de ses avis, le fit saisir et couper par le milieu du corps avec une scie de bois. La colère de Dieu éclata enfin contre ce tyran, vers la 22e année de son règne, l'an 677 avant J. C. Assarbaïdon, roi d'Assyrie, envoya une armée dans ses états. Il fut pris, chargé de chaînes, et emmené captif à Babylone. Son malheur le fit rentrer en lui-même. Dieu, touché de son repentir, le tira des fers du roi de Babylone, qui lui rendit ses états. Manassès revint à Jérusalem, où il s'appliqua à réparer le mal qu'il avoit fait. Il abattit les autels profanes qu'il avoit élevés, retablit ceux du vrai Dieu, et ne négligea rien pour porter son peuple à revenir au culte du Seigneur. Il mourut l'an 643 avant J. C., à 67 ans, après en avoir régné 55.
III. MANASSÈS, jeune clerc, d'une famille distinguée de Rheims, usurpa par simonie, en 1059, le siège épiscopal de cette ville. Ses mauvais procédés dans l'exercice de sa dignité ayant excité des murmures, il fut cité en vain au tribunal des légats du pape et dans plusieurs conciles : on fut obligé de le condamner par contumace, et l'on prononça sa sentence de déposition au concile de Lyon, tenu l'an 1080, qui fut confirmé par celui de Rome la même année. Manassès, non moins indocile que coupable, voulut encore se maintenir sur son siège par les armes ; mais, après de vains efforts, il quitta Rheims, et passa en Palestine, le théâtre des Croisades, où il ne fut pas meilleur guerrier qu'il n'avoit été bon prélat : il fut pris prisonnier dans un combat, et ne recouvra sa liberté qu'en 1099. Son Apologie se trouve dans le Musæum Italicum de Dom Mabillon.
MANASSÈS, Voy. CONSTANTIN-MANASSÈS, n.º X. N n
MANCINELLI, (Antoine) né à Vellétri en 1452, enseigna les belles-lettres dans divers endroits d'Italie avec beaucoup de succès, et mourut vers l'an 1506. On a de lui, quatre poèmes latins : I. *De floribus*, *De figuris*, *De poetica virtute*, *De vita sua*; Paris, in-4.º II. *Epigrammata*, Venetiis, 1500, in-4.º III. Des *Notes* sur quelques auteurs Latins. I. MANCINI, (Paul) baron Romain, se fit prêtre après la mort de sa femme *Vittoria Cappoti*. Il avoit eu deux fils de ce mariage : le cadet, *François-Marie Mancini*, fut nommé cardinal à la recommandation de *Louis XIV*, le cinq avril 1660. L'aîné, *Michel-Laurent Mancini*, épousa *Jéronyme Mazarin*, sœur puinée du cardinal *Mazarin*. Il en eut plusieurs enfants : entr'autres, *Philippe-Julien*, (*Voyez NEVERS*, n.º 3.) qui joignit à son nom celui de *Mazarin*; *Laure-Victoire Mancini*, mariée en 1651, à *Louis* duc de *Vendôme*, dont elle eut les deux fameux princes de ce nom ; et quatre autres filles mariées au comte de *Soissons*, au comtéable *Colonne*, au duc de *Bouillon* et à la *Porte de la Meillerie*. (*Voyez MAZARIN Hortense*.) Tout le monde connoit les descendants de *Michel-Laurent Mancini*. (*Voyez IX. EUGENE*; *NEVERS*; *XV. COLONNE*; *MARTINOZZI*; *II. MAZARIN*.) *Paul Mancini* cultivoit la littérature et aimoit les gens de lettres, et c'est un goût qui passa à sa famille. L'académie des *Humoristes* lui doit son origine.
II. MANCINI, (Jean-Baptiste) né d'une famille différente du précédent, mort à Bologne sa patrie vers l'an 1640, se fit des amis illustres, et composa divers ouvrages de morale, dont *Scuderi* a traduit une partie en françois. Cet auteur avoit de l'imagination, mais n'avoit pas de goût. Son style est enflé et extravagant.
MANCINI, *Voy. NEVERS* et NIVERNOIS.
MANCO-CAPAC, fondateur et premier Inca de l'empire du Pérou. Après avoir réuni et civilisé les Péruviens, il leur persuada qu'il étoit fils du Soleil : leur apprit à adorer intérieurement et comme un Dieu suprême, mais inconnu, *Pachacamac*, c'est-à-dire l'ame ou le soutien de l'Univers ; et extérieurement et comme un Dieu inférieur, mais visible et connu, le *Soleil* son père. Il lui fit dresser des autels et offrir des sacrifices, en reconnaissance des bienfaits dont il les combloit. Le Pérou, avant la révolution de 1559, étoit un empire particulier, dont les souverains étoient très-puissans et très-riches, à cause des mines d'or et d'argent que renferme ce pays. Sa richesse lui fut funeste : les Espagnols, qui, dans leurs courses lointaines donnoient la préférence aux contrées qui produisoient l'or, ententèrent la conquête. *MANCO*, le dernier Inca, frère d'*Huascar*, concurrent du malheureux *Ataliba*, fut forcé par *Diego d'Almagro*, de se soumettre au roi d'Espagne ; et depuis ce temps, le Pérou est habité par des Espagnols créoles et par des Indiens naturels du pays, dont une partie a embrassé le Christianisme, et obéit à un vice-roi puissant nommé par la couronne d'Espagne ; l'autre partie, la plus pe- tite des deux, est restée idolâtre, et vit dans une espèce d'indépendance.
MANDAGOT, (Guillaume de) d'une famille illustre de Lodève, compila le 6e livre des Décrétales, par ordre du pape Boniface VIII, conjointement avec Frédoli et Richard de Sienne. Il mourut à Avignon en 1321, après avoir été successivement archidiacre de Nîmes, prévôt de Toulouse, archevêque d'Embrun, mis d'Aix, et enfin cardinal et évêque de Palestrine. On a de lui, un Traité de l'élection des Prélats, dont il y a eu plusieurs éditions. Nous connoissons celle de Cologne, 1601, in-8.
MANDAJORS, Voy. MEN-DAJORS.
MANDANES, philosophe et prince Indien, renommé par sa sagesse, fut invité par les ambassadeurs d'Alexandre le Grand, de venir au banquet du fils de Jupiter. On lui promit des récompenses s'il obéissoit, et des châtimens s'il refusoit. Insensible aux promesses et aux menaces, ce philosophe les renvoya, en leur disant : Qu'Alexandre n'étoit point le fils de Jupiter, quoiqu'il commandât une grande partie de l'univers ; et qu'il ne se souçoit point des présens d'un homme qui n'avoit pas de quoi se contenter lui-même... Je méprise ses menaces, ajouta-t-il, l'Inde est suffisante pour me faire subsister, si je vis ; et la mort ne m'effraie point, parce qu'elle changera ma vieillesse et mes infirmités en une meilleure vie.
MANDAT, (N°) né à Paris, capitaine aux gardes Françoises, embrassa le parti de la révolution, et devint commandant de bataillon de la garde nationale. Il disposa avec intelligence les grenadiers de la section des Filles-Saint-Thomas, le 10 août 1792, à défendre le château des Tuileries, qui alloit être attaqué par les Marseillois. Mandat accusé d'avoir voulu faire retenir aux Tuileries le maire Pétion en chartre privée, fut mandé à l'hôtel de ville sur les cinq heures du matin : si-tôt qu'il y fut arrivé, il y fut arrêté ; et comme on le conduisoit à la prison de l'Abbaye, il fut massacré sur l'escalier à neuf heures le même jour. On jeta son corps dans la Seine, malgré les larmes de son fils, qui le réclamoit pour lui donner la sépulture.
MANDELSSOHN, Voy. MOSÈS MENDELSSOHN.
MANDESLO, (Jean-Albert) natif du pays de Meckelbourg, fut page du duc de Holstein, et suivit, en qualité de gentilhomme, les ambassadeurs que ce prince envoya en Moscovie et en Persé l'an 1636. Il alla ensuite à Ormuz et de là aux Andes. On a de lui ; une Relation de ses Voyages, 1727, in-folio, traduite par Viquefort. Elle est estimée. I. MANDEVILLE, (Jean de) médecin Anglois au 14e siècle, voyagea en Asie et en Afrique. Il publia à son retour une Relation de ses Voyages, qui est curieuse. On la trouve dans le recueil de Bergeron, la Haye, 1735, in-4. Elle est pleine de fautes et de faits incroyables. Le Voyage de Jérusalem a paru en latin sous ce titre : Itinerarius à terra Angliæ ad partes Jerosolymitanas, en caractères gothiques, in-4; à la fin du livre, N n 2 on lit : *Editus anno MCCCCLV* in civitate *Leediensi* ; ce qui prouve que l'art d'imprimer n'a pas tardé d'être connu à Liège. Il mourut dans cette ville, le 17 novembre 1372. — Il ne faut pas le confondre avec *Henri de MANDEVILLE* ou *Mondeville*, médecin-chirurgien de *Philippe le Bel* : c'est le même que HERMONDANVILLE. *Voyez* ce mot.
II. MANDEVILLE, (Bernard de) médecin Hollandois né à Dort, mort à Londres le 19 janvier 1733, à 63 ans, s'est fait un nom malheureusement célèbre par des ouvrages impies et scandaleux. On dit qu'il vivait comme il écrivait, et que sa conduite ne valait pas mieux que ses livres. On a de lui : I. Un Poème anglois, intitulé : *The grumbling Hive*, c'est-à-dire l'*Essaium d'Abeilles murmurant*, sur lequel il fit ensuite des Remarques. Il publia le tout à Londres en 1723, in-8°, en anglois, et l'intitul : *La Fable des Abeilles*. Il prétend dans cet ouvrage, que le luxe et les vices des particuliers tournent au bien et, à l'avantage de la société. Il s'oublie jusqu'à dire que les crimes mêmes sont utiles, en ce qu'ils servent à établir une bonne législation. Ce livre, réimprimé en 1732, fut traduit de l'anglois en françois. Cette version parut à Londres en 1740, en 4 vol. in-8°. II. *Pensées libres sur la Religion*, qui firent grand bruit, aussi bien que sa *Fable des Abeilles*. III. *Recherches sur l'origine de l'Honneur*, et sur l'utilité du *Christianisme dans la guerre*, 1732, in-8°. Il contredit dans ce livre beaucoup d'idées fausses et téméraires qu'il avait avancées dans sa *Fable des Abeilles*, et il reconnoit la nécessité de la vertu par rapport au bonheur. *Van-Effen* traduisit en françois les *Pensées libres* ; la Haye 1723, in-12.
MANDONIUS et INDIBILIS, étoient deux chefs des Espagnols qui avoient rendu de grands services à *Scipion* l'Africain, dans la guerre d'Espagne, et qui, voyant ce général dangereusement malade, songèrent à se révolter et à surprendre les Romains pour les tailler en pièces. Leur projet ayant échoué, *Scipion* revenu en santé, les fit arrêter et amener devant lui : ils s'attendoient l'un et l'autre, à perdre la tête ; mais *Scipion*, pour ne point irriter ces nations barbares qui l'avoient bien servi, se contenta de leur faire une forte réprimande, et les renvoya.
MANDRILLON, (J.) né à Bourg-en-Bresse, embrassa très-jenne la profession du commerce, et quitta sa patrie pour en suivre les opérations. Il voyagea en Amérique, et en Hollande, où il se fixa. Après s'y être montré contraire au parti du Stathouder, et l'un des patriotes les plus zélés, il revint en France lors de la révolution. Victime de la tyrannie de *Robespierre*, il périt sur l'échafaud, en 1793. On lui doit quelques écrits, dont le plus remarquable est intitulé : *Le Spectateur Américain*, in-8°. Ses vues sur les colonies Angloises, et sur leur commerce, sont judicieuses. Dans un autre ouvrage, *Mandrillon* s'est efforcé de prouver que la découverte de l'Amérique avait été aussi funeste à l'Europe qu'à elle-même.
MANDRIN, (Louis) naquit à Saint-Etienne de Saint-Geoirs, village près la côte de Saint-André, en Dauphiné, d'un maréchal. Il porta le mousquet de bonne heure; mais, las des assujettissemens du métier de soldat, il déserta, fit la fausse monnoie et enfin la contrebande. Devenu chef d'une troupe de brigands, au commencement de 1754, il exerça un grand nombre de violences, et commit plusieurs assassinats. On le poursuivit pendant plus d'une année, sans pouvoir le prendre. Enfin, on le trouva caché sous un amas de fagots dans un vieux chateau dépendant du roi de Sardaigne, d'où on l'arracha malgré l'immunité du territoire étranger, sauf à satisfaire à S. M. Sarde, pour cette espèce d'infraction. Il fut condamné à la roue, le 24 mai 1755, par la chambre criminelle de Valence, et exécuté le 26 du même mois. Comme ce malheureux excita, pendant quelque temps, la ridicule curiosité des désœuvrés de France, et qu'on en a même parlé beaucoup chez l'étranger, nous avons cru pouvoir lui donner une place dans ce Dictionnaire. Ce scélérat avoit une physionomie intéressante, le regard hardi, la repartie vive; mais il étoit d'ailleurs gangrené de vices, jureur, buveur, débauché, et il ne mérite pas plus l'attention des lecteurs philosophes que CARTOUCHE, dont les oisifs parlent tant. Celui-ci étoit fils d'un tonnelier de Paris. Adonné de bonne heure au jeu, au vin et aux femmes, il se fit chef d'une bande qui se signala par des vols considérables et par des meurtres. Comme, il étoit rusé, adroit et robuste, on fut quelque temps sans pouvoir l'arrêter. Enfin un soldat aux Gardes avertit qu'il étoit couché au cabaret, à la Courtille; on le trouva sur une paillasse avec un méchant habit, sans chemise, sans argent, et couvert de vermine. Il subit la peine de ses crimes, et fut rompu vif en 1721. Son nom étoit Bourguignon. Il avoit pris celui de Cartouche, comme les voleurs et les écrivains de livres scandaleux changent de nom. Le poète Grandval et le comédien le Grand, firent sur ce héros de Grève, l'un un Poème, l'autre une Comédie, qui eurent du succès.
MANES, les ombres ou les ames des morts. Il y a des auteurs qui disent que c'étoient les génies des hommes; d'autres, des divinités infernales; et généralement toutes celles qui présidoient aux tombeaux. Les Païens croyoient que les Mânes étoient mal-faisans, et ne se plaisoient qu'à tourmenter les vivans. Ils les appaisoient par des libations et par des sacrifices. La fête des Mânes se célébroit au mois de février, et duroit douze jours.
MANÈS, hérésiarque du 3e siècle, fondateur de la secte des Manichérus, s'appela d'abord Curbicus. Né en Perse dans l'esclavage, il reçut du ciel un esprit et une figure aimables. Une veuve dont il étoit l'esclave, le prit en amitié, l'adopta, et le fit instruire par les Mages, dans la philosophie des Perses. Manès trouva chez sa bienfaitrice les livres de l'hérétique Terebinthus, et y puisa les dogmes les plus extravagans. Il les sema d'abord dans la Perse, où ils se répandirent rapidement. L'imposteur se qualifioit d'Apôtre de J. C., et se disoit le Saint-Esprit qu'il avoit promis d'envoyer. Il s'attribuoit le don des miracles; en N n 3
MAN- le peuple, séduit par l'austérité de ses mœurs, ne parloit que de l'ascendant qu'il avoit sur toutes sortes d'esprits. Sa renommée parvint jusqu'à la cour de *Sapor*, roi de Perse. Ce prince l'ayant appelé pour voir un de ses fils, attaqué d'une maladie dangereuse; ce charlatan chassa tous les médecins, et promit la guérison du malade avec le seul remède de ses prières. Le jeune prince étant mort entre ses bras, son père fit mettre aux fers cet imposteur. Il étoit encore en prison, lorsque deux de ses disciples, *Thomas* et *Buddas*, vinrent lui rendre compte de leur mission en Egypte et dans l'Inde. Effrayés de l'état où ils trouvoient leur maître, ils le conjurèrent de penser au péril qui le menaçoit. *Manès* les écouta sans agitation, calma leurs inquiétudes, renima leur courage, échauffa leur imagination, et leur inspira une soumission aveugle à ses ordres, et une force d'ame à l'épreuve des périls. *Thomas* et *Buddas*, en rendant compte de leur mission à *Manès*, lui apprirent qu'ils n'avoient pas rencontré de plus redoutables ennemis que les Chrétiens. *Manès* sentit la nécessité de se les concilier, et forma le projet d'allier ses principes avec le Christianisme. Il envoya ses disciples acheter les livres des Chrétiens, et pendant sa prison, il ajouta à l'Écriture-Sainte, ou en retrancha tout ce qui étoit favorable ou contraire à ses principes. « *Manès* lut dans les livres sacrés, dit M. l'abbé *Plaquet*, qu'un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre de bons fruits; et il crut pouvoir, sur ce passage, établir la nécessité de reconnoître dans le monde un bon et un mauvais prin- principes, pour produire les biens et les maux. Il trouva dans l'Écriture, que *Satan* étoit le principe des ténèbres et l'ennemi de Dieu; il crut pouvoir faire de *Satan* son principe mal-faisant. Enfin, *Manès* vit dans l'Évangile que J. C. promettoit à ses Apôtres de leur envoyer le *Paraclet*, qui leur apprendroit toutes les vérités. Il croyoit que ce *Paraclet* n'étoit point encore arrivé du temps de *St. Paul*, puisque cet apôtre dit lui-même: *Nous ne connoissons qu'imparfaitement; mais quand la perfection sera venue, tout ce qui est imparfait sera aboli... Manès* s'imaginant que les Chrétiens attendoient encore le *Paraclet*, ne douta point qu'en prenant cette qualité, il ne leur fit recevoir sa doctrine. » Tel fut en gros le projet que cet hérésiarque forma pour l'établissement de sa secte. Pendant qu'il arrangeoit ainsi ses idées, il apprit que *Sapor* avoit résolu de le faire mourir. Il s'échappa de sa prison. Il fut repris peu de temps après par les gardes du roi de Perse, qui le fit écorcher vif. La doctrine de *Manès*, laquelle avoit déjà eu dans le 2$^{e}$ siècle, *Cerdon* pour apôtre, rouloit principalement, comme nous venons de le voir, sur la distinction de deux *Principes*, l'un *bon*, l'autre *mauvais*; mais tous deux souverains, tous deux indépendans l'un de l'autre. L'homme avoit aussi deux *Ames*, l'une *bonne*, l'autre *mauvais*. La chair étoit, selon lui, l'ouvrage du mauvais Principe; par conséquent il falloit empêcher la génération et le mariage. C'étoit un crime à ses yeux, que de donner la vie à son semblable. Ce fou d'une espèce singulière, attribuoit aussi l'ancienne loi au mauvais Principe, et prétendoit que tous les Prophètes étoient damnés. « Ce n'étoit pas seulement sur la raison, dit encore M. Pluquet, que Manès appuyoit son sentiment sur le bon et sur le mauvais Principes, il prétendoit en trouver la preuve dans l'Écriture même. Il trouvoit son sentiment dans ce que St. Jean dit en parlant du Diable: que comme la vérité n'est pas en lui, toutes les fois qu'il meut, il parle de son propre fonds, parce qu'il est menteur aussi bien que son père. Quel est le père du Diable, disoit Manès? Ce n'est pas Dieu: car il n'est pas menteur. Qui est-ce donc? il n'y a que deux moyens d'être père de quelqu'un: la voie de la génération ou de la création. Si Dieu est le père du Diable par la voie de la génération, le Diable sera consubstantiel à Dieu; cette conséquence est impie. Si Dieu est le père du Diable par la voie de la création; Dieu est un menteur; ce qui est un autre blasphème. Il faut donc que le Diable soit fils ou créature de quelque être méchant, qui n'est pas Dieu: il y a donc un autre Principe créateur, que Dieu. » C'est sur ces sophismes qu'il bâtit son étrange système; et ce ne fut pas sa seule erreur. Il défendoit de donner l'aumône, traitoit d'idolâtrie le culte des reliques, et ne vouloit pas qu'on crût que Jésus-Christ se fût incarné et eût véritablement souffert. Il ajoutoit à ces absurdités un grand nombre d'autres. Il soutenoit, par exemple, que celui qui arrachoit une plante, ou qui tuoit un animal, seroit lui-même changé en cet animal ou en cette plante. Ses disciples, avant que de couper un pain, avoient soin de maudire celui qui l'avoit fait, lui souhaitant d'être semé, moissonné, et cuit lui-même comme cet aliment. Ces absurdités, loin de nuire au progrès de cette secte, ne servirent qu'à l'étendre. Le Manichéisme est, de toutes les hérésies, celle qui a subsisté le plus long-temps. Après la mort de Manès, les débris de sa secte se dispersèrent du côté de l'Orient, se firent quelques établissements dans la Bulgarie, et vers le 10e siècle se répandirent dans l'Italie: ils eurent des établissements considérables dans la Lombardie, d'où ils envoyoient des prédicateurs qui pervertirent beaucoup de monde. Les nouveaux Manichéens avoient fait des changements dans leur doctrine. Le système des deux Principes n'y étoit pas toujours bien développé; mais ils en avoient conservé toutes les conséquences sur l'Incarnation, sur l'Éucharistie, sur la Sainte-Vierge et sur les Sacremens. Beaucoup de ceux qui embrassèrent ces erreurs étoient des enthousiastes, que la prétendue sublimité de la morale Manichéenne avoit séduits: tels furent quelques chanoines d'Orléans, qui étoient en grande réputation de piété. Le roi Robert les condamna au feu; et ils se précipitèrent dans les flammes avec de grands transports de joie, en 1022. Les Manichéens firent beaucoup plus de progrès dans le Languedoc et la Provence. On assembla plusieurs conciles contre eux, et on brûla plusieurs sectaires, mais sans éteindre la secte. Ils pénétrèrent même en Allemagne, et passèrent en Angleterre. Par-tout ils firent des prosélytes; mais par-tout on les combattit et on les réfuta. Le Manichéisme, perpétué à travers N n 4 tous ces obstacles, dégénéra in- sensiblement, et produisit, dans le 12e et dans le 13e siècles, cette multitude de sectes qui faisoient profession de réformer la reli- gion et l'Eglise : tels furent les Albigeois, les Pétrobusiens, les Henriciens, les disciples de Tau- chelia, les Popelicians, les Ca- thares. Les anciens Manichéens étoient divisés en deux ordres : les Auditeurs, qui devoient s'abs- tenir du vin, de la chair, des œufs et du fromage; et les Elus, qui, outre une abstinence ri- gonrense, faisoient profession de pauvreté. Ces élus avoient seuls le secret de tous les mys- têres, c'est-à-dire des rêveries les plus extravagantes de la secte. Il y en avoit 12 parmi eux qu'on nommoit Maitres, et un 15e qui étoit le chef de tous les autres : à l'imitation de Manès, qui, se disant le Paraclet, avoit choisi 12 Apôtres. Les savans ne sont pas d'accord sur le temps auquel cet hérésiarque commença à pa- roître : l'opinion la plus proba- ble est que ce fut sous l'empire de Probus, vers l'an 280. Saint Augustin, qui avoit été dans leur secte, est celui de tous les Pères qui les a combattus avec le plus de force. Aucune hérésie ne s'est reproduite sous des formes plus différentes que celle des Mani- chéens. On peut consulter là- dessus un traité, plein de recher- ches : Laurentii Aniiqottii Dis- sertatio de antiquis novisque Ma- nichæis. L'auteur auroit pu don- ner encore plus d'étendue à son catalogue, en y plaçant plusieurs nouveaux philosophes ; Buyle, entr'autres, qui a fait tous ses efforts pour justifier la doctrine de cette vieille secte; et Voltaire, dont les déclamations contre la Providence, ne sont réellement qu'une espèce de manichéisme; du moins il semble avoir voulu renouveler les principes de Ma- nès, dans son Candide ou l'Op- timisme. Beausobre, savant Pro- testant, a publié une Histoire du Manichéisme, in-4°, 2 vol., pleine de recherches. Il y justifie quelquefois assez bien cette secte de la plupart des infamies et des abominations qu'on lui a impu- tées. « Mais nous croyons de- voir avertir, dit M. l'abbé l'lu- quet, que l'Histoire de M. de Beausobre, laquelle ne peut être l'ouvrage que d'un homme de beaucoup d'esprit et de savoir, et qui peut être utile à beaucoup d'igards, contient cependant des inexactitudes pour les citations, pour la critique et pour la lo- gique : que les Pères y sont cen- surés souvent avec hauteur, et presque toujours injustement. Il faut que M. de Beausobre n'ait pas senti ce que tout lecteur équitable doit, selon moi, sentir en lisant son livre ; c'est que l'auteur étoit entraîné par l'a- mour du paradoxe, et par le désir de la célébrité, deux en- nemis irréconciliables de l'équité et de la logique. »
MANESSON-MALLET, (Alain) Parisien, fut ingénieur des camps et armées du roi de Portugal, et ensuite maître de mathématiques des Pages de Louis XIV. Il étoit habile dans sa profession, et bon mathé- maticien. Il a fait quelques ou- vrages : I. Les Travaux de Mars ou l'Art de la guerre, 1691, 3 vol. in-8°, avec une figure à chaque page, dont quelques-unes offrent des plans intéressans. II. Description de l'Univers, contenant les différens Systèmes du Monde, les Cartes générales et particulières de la Géographie ancienne et moderne, et les mœurs, religion et gouvernement de chaque nation; à Paris, 1683, en 5 vol. in-8. Ce livre est plus recherché pour les figures que pour l'exactitude. Comme l'auteur avoit beaucoup voyagé, et levé lui-même les plans qu'il a fait graver dans son livre, les curieux ne sont pas fâchés de l'avoir dans leur bibliothèque. III. Une Géométrie, 1702, 4 volumes in-8.
MANETHON, fameux prêtre Égyptien, natif d'Héliopolis, et originaire de Sebenne, florissoit du temps de Ptolomée Philadelphie, vers l'an 304 avant J. C. Il composa en grec, l'Histoire d'Égypte, ouvrage célèbre, souvent cité par Josèphe et par les auteurs anciens. Il l'avoit tirée, si on l'en croit, des écrits de Mercure, et des anciens Mémoires conservés dans les archives des temples confiés à sa garde. Jules Africain en avoit fait un abrégé dans sa Chronologie. L'ouvrage de Manethon s'est perdu, et il ne nous reste que des fragments des extraits de Jules Africain. Ils se trouvent dans George Syncelle... Gronovius a publié un Poème de Manethon, sur le pouvoir des astres qui président à la naissance des hommes, grec et latin, Leyde, 1698, in-4. Ce poème a été traduit en vers italiens, par l'abbé Salvini. I. MANETTI, (Gianozzo) célèbre littérateur Italien, disciple de Chrysoloras, fut un de ceux qui contribuèrent le plus, dans le 15e siècle; aux progrès des sciences. Il naquit à Florence, en 1396, d'une famille noble qui le destinoit au commerce. Son goût le portoit à l'étude des belles- lettres, des langues et de la philosophie; il le suivit, plutôt que les vues intéressées de ses parens. Il commença sa carrière littéraire par expliquer la morale d'Aristote, dans l'université de Florence. La république voyant en lui un génie délié, l'envoya dans diverses cours, où il montra beaucoup de sagesse et de dextérité. Il eut ensuite le gouvernement de diverses places qui lui donnèrent le moyen de faire éclater ses talens pour l'administration. L'envie excitée par son élévation, le poursuivit au point qu'il quitta Florence, et se rendit à Rome auprès de Nicolas V, qui le reçut à bras ouverts. Ses concitoyens piqués de sa fuite, lui ordonnèrent de revenir, sous peine d'être banni pour toujours. Il obéit; mais Nicolas craignant qu'il n'essuyât de nouvelles tracasseries, le revêtit du titre de son ambassadeur à Florence, où il ne demeura qu'un an. Il retourna à Rome, et y obtint la place de secrétaire intime du pape. Des affaires de famille l'ayant appelé à Naples, il jouit de la plus grande considération auprès du roi Alphonse, et mourut dans cette ville, le 26 octobre 1459, à 63 ans, pleuré des pauvres dont il étoit le père, et des savans dont il étoit l'ami et le bienfaiteur. Il composa divers ouvrages. Il traduisit le nouveau Testament du grec en latin, ainsi que divers ouvrages d'Aristote. Il composa un Traité en dix livres, pour réfuter les Juifs. La plupart de ses productions n'ont pas été imprimées. Ce qu'on a publié de ses œuvres, sont des Harangues, une Histoire de Pistoie, les Vies du Dante, de Pétrarque, de Bocace et de Nicolas V, et un Traité en quatre livres, *De dignitate et excellentia hominis*; Basle, 1532, in-8.
II. MANETTI, (Xavier) professeur de médecine et de botanique à Florence, mort dans cette ville en 1785, devint intendant du jardin Impérial des Plantes. Ce ne fut pas pour lui un vain titre. Il donna, *Catalogus horti academiae Florentinæ*, et le *Viridarium Florentinum*, 1751, in-8. On a encore de lui, diverses *Dissertations* sur des objets de médecine, et *Ornithologiae tomus quintus et ultimus*, 1775, in-folio, avec des planches coloriées.
MANEVILLETTE, (Jean-Baptiste-Denis, d'Après de) né au Havre, en 1707, mort à Lorient, où il étoit inspecteur, en 1780, avoit servi en qualité de capitaine dans les vaisseaux de la compagnie des Indes, qui le récompensa, en lui confiant la garde du dépôt des cartes, plans et journaux, relatifs à la navigation des Indes orientales et de la Chine; c'est ce qui nous valut le *Neptune des Indes* ou *Oriental*. L'auteur étoit correspondant de l'académie des Sciences, et chevalier de l'Ordre du roi. I. MANFREDI, (Lelio) auteur Italien du 16e siècle, traduisit de l'espagnol, *Tyran le Blanc*, Venise, 1538, in-4. L'original espagnol est de Barcelone, 1497, in-folio, et fort rare. *De Caylus* l'a mis en françois, 1740, 2 vol. in-12.
II. MANFREDI, (Eustache) célèbre mathématicien, naquit à Bologne, en 1674. Dès ses premières années, son esprit donna les espérances les plus flatteuses. Il devint professeur de mathé- matiques à Bologne, en 1698, et surintendant des eaux du Bolonois, en 1704. La même année, il fut mis à la tête du collège de Montalte, fondé par *Sixte-Quint* à Bologne, pour des jeunes gens destinés à l'état ecclésiastique. Il y rétablit la discipline, les bonnes mœurs et l'amour de l'étude, qui en étoient presque entièrement bannis. En 1711, il eut une place d'astronome à l'institut de Bologne, et dès-lors il renonça absolument au collège pontifical, et à la poésie même qu'il avoit toujours cultivée jusques-là. Ses *Sonnets*, ses *Canzoni*, et plusieurs autres morceaux imprimés à Bologne, 1713, in-16, sont une preuve de ses talens dans ce genre. Il a traité des sujets de galanterie, d'amour passionné, de dévotion. Il a chanté des princes, des généraux, de grands prédicateurs; mais ses *Sonnets* ne finissent pas toujours, comme les nôtres, par des traits frappans. Ce ne sont, le plus souvent, que des paroles harmonieuses et des louanges un peu exagérées. L'académie des Sciences de Paris, et la Société royale de Londres se l'associerent, l'une en 1726, l'autre en 1729, et elles le perdirent en 1739. Il mourut, le 15 février de cette année, à 65 ans. Ce célèbre astronome n'étoit ni sauvage comme mathématicien, ni fantasque comme poète. Les qualités de son cœur égaloient celles de son esprit. Bienfaisant, officieux, libéral, modeste, il se fit peu de jaloux et beaucoup d'amis. L'un des plus illustres fut le cardinal *Lambertini*, archevêque de Bologne, depuis pape sous le nom de *Benoit XIV*. Il faisoit le plus grand cas du savour et du caractère de notre mathé- maticien. On a de lui : I. Ephemerides motuum coelestium, ab anno 1715, ad annum 1750, cum Introductione et variis Tabulis, à Bologne, 1715—1725, en 4 vol. in-4.º Le premier vol. est une excellente Introduction à l'astronomie. Les trois autres contiennent les Calculs. Ses deux sœurs, (qui le croira ?) l'aidèrent beaucoup dans cet ouvrage si pénible, et si estimé pour son exactitude et sa justesse. II. De transitu Mercurii per Solem anno 1723, Bologne, 1724, in-4.º III. De annuis inerrantium Stellarum aberrationibus, Bologne, 1729, in-4.º Il y réfute les astronomes qui regardoient ces observations comme l'effet de la paraliaxe annuelle de la terre.
III. MANFREDI, (Barthélemi) peintre de Mantoue, disciple de Michel-Ange de Caravage, avoit une facilité prodigieuse. Il a si bien saisi la manière de son maître, qu'il est difficile de ne pas confondre les ouvrages des deux artistes. Ses sujets les plus ordinaires étoient des Joueurs de cartes ou de dés, et des Assemblées de Soldats.
MANFREDI, Voyez BENTIVOGLIO, n.º III.
MANFRONE, Voyez GONZAGUE, n.º VI.
MANGEANT, (Luc-Urbain) pieux et savant prêtre de Paris, naquit dans cette ville en 1656, et y mourut en 1727, à 71 ans. Nous avons de lui, deux Editions estimées; l'une de St. Fulgence, évêque de Ruspe, Paris, 1684, in-4.º, et l'autre de saint Prosper, in-folio, à Paris 1711, avec des avertissemens fort instructiis.
MANGEART, (Dom Thomas) Bénédictin de la congrégation de Saint-Vanne et de Saint-Hidulphe, fit beaucoup d'honneur à son ordre par ses connoissances. Elles lui méritèrent les titres d'antiquaire, bibliothécaire et conseiller du duc Charles de Lorraine. Il préparoit un ouvrage fort considérable, lorsque la mort l'enleva, l'an 1763, avant qu'il eût mis le dernier ordre à son livre, dont on doit la publication à M. l'abbé Jacquin. Cette production a paru en 1763, in-folio, sous ce titre : Introduction à la science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, et de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles. Les Traités élémentaires sur la science numismatique étant trop peu étendus, et les dissertations particulières trop prolixes, le savant Bénédictin a réuni, en un seul volume, tous les principes contenus dans les premiers, et les notions intéressantes répandues dans les autres. Son ouvrage peut servir de supplément à l'Antiquité expliquée de Dom Montfaucon. On a encore de lui, une Octave de Sermons, avec un Traité sur la Purgatoire, Nanci, 1739, deux vol. in-12.
MANGENOT, (Louis) chanoine du Temple à Paris, sa patrie, né en 1694, mort en 1768, à 74 ans, étoit un poète de société et un homme aimable. Il remporta, sans le savoir, le prix des Jeux-Floraux, son oncle ayant envoyé, sans le lui dire, une Eglogue de lui au concours. Quoi que d'une conversation agréable et enjouée, son caractère n'en étoit pas moins porté à une mi- santhropie un peu cynique. On peut en juger par les vers suivans, sur un petit sallon qu'il avoit fait construire dans un jardin dépen- dent de son bénéfice : Sans inquiétude, sans peine, Je jouis dans ces lieux du destin le plus beau; Les Dieux m'ont accordé l'ame de Dieux, Et mes foibles valeurs m'ont valu son tonneau. On a publié à Amsterdam, en 1776, ses Poésies. Ce recueil contient deux Eglogues qui ont du naturel, de la simplicité et des graces; des Faites, dont quelques-unes sont bien faites; des Contes, beaucoup trop li- bres; des Moralités; des Bé- flexions; des Sentences; des Madrigaux, etc. etc. Il y a, dans l'Anthologie, quelques Chansons de lui. — Son frère Christophe en faisoit aussi. On lui doit celle- ci: Malgré la bataille qu'on donne demain, etc. Elle fut faite dans le temps des guerres de Flandre, en 1744, et on l'attribue à Vol- taire.
MANGET, (Jean-Jacques) né à Genève en 1652, s'étoit d'a- bord destiné à la théologie; mais il quitta cette étude pour celle de la médecine. L'électeur de Brandebourg lui donna des let- tres de son premier médecin, en 1699; et Manget conserva ce titre jusqu'à sa mort, arrivée à Genève, en 1742, à 91 ans. Son art, ou plutôt la nature aidée par l'art, lui procura une vie longue et heureuse. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages; les plus connus sont: I. Bibliotheca Anatomica, 1699, 2 vol. in-fol. II. Une Collection de diverses Pharmacopées, in-fol. III. Bi- biotheca Pharmaceutico-Medica, 1703, 2 vol. in-fol. IV. Bibliotheca Medico-Pruetica, 1759, 4 vol. in-folio. V. Le Sephache- tum de Bonnet, augmenté, Lyon, 1700, 3 vol. in-folio. VI. Bi- biotheca Chymica, 1702, 2 vol. in-folio. C'est le moins commun des ouvrages de ce savant. VII. Bi- biotheca Chirurgica, 4 vol. in- folio. VIII. Bibliotheca Scripto- rum Medicorum veterum et recen- tiorum, Genève, 1751, 4 tomes en 2 vol. in-folio. Il a fait en- trer dans cet ouvrage la Bibliothe- que des Écrivains médecins de Londans, augmentée par Merck- lein, avec un grand nombre de fautes qui s'y trouvoient. M. Eloy, médecin de Mons, en a donné une beaucoup plus exacte; Mons, 1778, 4 vol. in-4°, etc. Daniel le Clerc, auteur d'une Histoire de Médecine, l'aide beaucoup. Un écrivain qui a enfanté tant de volumes, n'a pas pu être tou- jours original et exact; Manget est plus souvent compilateur qu'ob- servateur; mais ses recueils sont utiles a ceux qui ne peuvent pas avoir des bibliothèques nom- brenses. On a encore de lui, un Traité de la Peste, recueilli des meilleurs auteurs anciens et mo- dernes, 1721, 2 vol. in-12.
MANGEY, (Thomas) doc- teur en théologie, docteur de Saint-Mildred, ensuite prében- dier de Durham, étoit associé du collège de Saint-Jean à Cam- bridge. On a de lui, une savante édition de Philon, 1742, 2 vol. in-folio.
MANGOT, (Claude) petit- fils d'un avocat de Loudun en Poitou, étoit né à Paris. Il fut protégé par le maréchal d'Ancre; et, par un caprice singulier de la fortune, il devint, en moins de dix-huit mois, premier président de parlement de Bordeaux, secrétaire d'état et garde des sceaux en 1616. Au premier bruit du massacre de son protecteur, il courut se cacher dans les écuries de la reine. Ensuite, résolu de tout hasarder, il alla au Louvre pour voir quel seroit son sort. Vitri, capitaine des gardes du corps, lui voyant prendre le chemin de l'appartement de la reine, lui dit d'un ton moqueur : Où allez-vous, Monsieur, avec votre robe de satin ? Le roi n'a plus besoin de vous. En effet, il fallut qu'il remit les sceaux. Il mourut dans l'obscurité. Sa postérité finit dans ses petits-fils. — Son frère Jacques MANGOT, célèbre avocat général au parlement de Paris, mort en 1587, à 36 ans, étoit un magistrat savant, éloquent, intègre, ennemi de la brigue, de la fraude, et des factions. L'inquiétude que lui causèrent les troubles qui agitoient la France, abrégea ses jours. Il donnoit, tous les ans, aux pauvres, la dixième partie de son revenu. On ne lui reprochoit qu'une longueur assommante dans ses plaidoyers.
MANICHEENS, Voy. BASILIDE et MANÈS.
MANIÈRE, Voyez MAIGNIÈRE.
MANILIUS, (Marcus) poète Latin sous Tibère, a composé en vers un Traité d'astronomie, dont il ne nous reste que cinq livres, qui traitent des étoiles fixes. Quoique Manilius ait vécu dans le bon siècle de la latinité, on croit remarquer à sa diction qu'il n'étoit pas Romain. Son style est à la vérité plein d'énergie, et quelquefois de poésie; mais on y trouve des expressions, des tournures singulières qu'on chercheroit en vain dans les poètes de son temps. Ce qui peut l'excuser, c'est que traitant un sujet neuf, il lui a fallu des couleurs nouvelles. Les meilleures éditions de son ouvrage, sont : Celle de Huet, Paris, ad usum Delphini, 1679, in-4°; de Londres, avec les notes de Bentlei, 1739, in-4°; de Paris, 1786, 2 vol. in-8°, avec une traduction et des notes par M. Piugré, si célèbre par ses connaissances astronomiques. L'édition de Bologne, 1474, in-fol., est d'une rareté extrême.
MANIQUET, (Étienne) né à Saint-Paul-en-Jarrêt, près de Lyon, entra chez les Minimes, et devint trois fois provincial de son ordre. On a de lui, les Orai-sous funèbres de Louis XIV et du premier Dauphin. Il mourut en 1728.
MANIS, (Louis) Recollet, se rendit recommandable à la fin du 17e siècle, par une sorte d'éloquence populaire, qui le faisoit suivre avec enthousiasme dans ses prédications. La foule fut quelquefois si grande, qu'on le força, pour la satisfaire, à prêcher plusieurs fois dans les places publiques. Il mourut à Lyon sa patrie, en 1622.
MANLEY, (Mad.) fille d'un gouverneur d'une des isles du Hampshire, avoit un cœur tendre et un esprit intrigant, qui lui procurèrent diverses aventures. Sa famille ayant essuyé des revers, elle fit un faux mariage, qui ne la tira pas de la misère. Les secours que lui accorda la duchesse de Cléveland, maîtresse de Charles II, n'ayant été que passagers, elle chercha une ressource dans sa plume. Elle composa des Tragédies inconnues, et un roman historique et satirique, *Atlantis*, traduit en français, Rouen, 1714, 2 volum. in-12. Le portrait trop fidèle de quelques principaux personnages d'Angleterre, qu'elle avoit peints, d'après les instructions de son père, attaché pendant quelque temps à *Charles II*, lui attirèrent des tracasseries et des accusations, auxquelles elle eut le bonheur d'échapper. Elle vivoit avec *Jean Barber* alderman de Londres, lorsqu'elle finit son orageuse carrière, le 11 juillet 1724. Son roman ne brille ni par le plan, ni par le style; cependant les allusions malignes qu'il fournissoit, et certains tableaux peints avec fidélité, lui donnèrent un succès passager. L'auteur annonçoit d'ailleurs qu'elle feroit connoître les intrigues politiques et amoureuses de son pays, ainsi que le secret de ses révolutions : et cela pique toujours la curiosité des contemporains. I. MANLIUS, gendre de *Tarquin le Superbe*, donna un asile à ce roi, lorsqu'il fut chassé de Rome, l'an 509 avant J. C. Il est regardé comme le chef de l'illustre famille Romaine des *Manlius*, d'où sortirent trois consuls, douze tribuns et deux dictateurs. Les hommes les plus célèbres de cette famille, sont les suivans.
II. MANLIUS-CAPITOLINUS, (*Marcus*) célèbre consul et capitaine Romain, se signala dans les armées dès l'âge de seize ans. Il se réveilla dans le Capitole, aux cris des oies, lorsque Rome fut prise par les Gaufois, et re- poussa les ennemis qui vouloient surprendre cette forteresse. Ce service important lui fit donner le surnom de *Capitolin* et de *Conservateur de la Ville*, l'an 390 avant J. C. *Manlius* étoit naturellement inquiet, impétueux et bouffi de vaine gloire. Il conçoit une jalousie extrême de *Camille*, qui venoit de triompher pour la troisième fois. Ne se croyant pas aussi bien traité par le sénat et la noblesse que l'avoit été ce général, il passa de l'ordre des Patriciens dans celui du Peuple. S'attachant alors aux intérêts de la multitude, ou plutôt aux siens propres, il chercha le moyen de la soulever, en proposant l'abolition de toutes les dettes dont le peuple étoit chargé, sur-tout depuis qu'on avoit rebâti Rome. C'étoit précisément dans ce temps-là même que les Volsques se révoltoient. La conjoncture étoit si dangereuse, qu'il fallut élire un dictateur. Les voix tombèrent sur *Cornelius Cossus*, qui, ayant triomphé des ennemis du dehors, travailla à réprimer les divisions intestines. A son retour de l'armée, il fit arrêter *Manlius*, comme un rebelle. Le peuple prit le deuil et délivra son défenseur. L'ambitieux Romain, aspirant secrètement à la souveraineté, profita mal de sa liberté; il excita une nouvelle sédition. La conjuration éclate; les tribuns du peuple citent *Manlius* le chef de ces factieux, et se rendent ses accusateurs. L'assemblée se tenoit dans le champ de Mars, à la vue du Capitole que *Manlius* avoit sauvé. Cet objet parloit fortement en sa faveur : les juges s'en apporçurent ; on transporta ailleurs le lieu des comices ; et *Manlius*, condamné comme conspirateur, fut précipité du haut du roc Tarpéien, l'an 384 avant J. C. (Ce trait d'histoire est le sujet d'une tragédie de la *Fosse*.) Il y eut une défense expresse qu'aucun de sa famille portât à l'avenir le surnom de *Marcus*, et qu'aucun Patricien habitât dans la citadelle où il avoit eu sa maison.
III. MANLIUS-TORQUATUS, consul et capitaine Romain, fils de *Manlius Imperiosus*, avoit l'esprit vif, mais peu de facilité à parler. Son père n'osant le produire à la ville, le retint à la campagne parmi des esclaves. Ce procédé parut si injuste à *Marcus Pomponius*, tribun du peuple, qu'il le cita pour en rendre compte. *Torquatus* le fils, indigné qu'on poursuivit son père, alla secrètement chez le tribun; et, le poignard à la main, lui fit jurer qu'il abandonneroit son accusation. Cette action de générosité toucha le peuple, qui le nomma l'année d'après tribun militaire. La guerre contre les Gaulois s'étant allumée, un d'entre eux proposa un combat singulier avec le plus vaillant des Romains; *Manlius* s'offrit à combattre ce téméraire, le tua, lui ôta une chaîne d'or qu'il avoit au cou, et la mit au sien. De là lui vint le surnom de *Torquatus*, qui passa ensuite à ses descendants. Quelques années après, il fut créé dictateur, et il eut la gloire d'être le premier Romain qui fut élevé à la dictature avant que d'avoir géré le consulat. Il fut souvent consul depuis; il l'étoit l'an 340 avant J. C. pendant la guerre contre les Latins. Le jeune *Manlius* son fils accepta, dans le cours de cette guerre, un défi qui lui fut pré- présenté par un des chefs des ennemis. Les généraux Romains avoient fait défendre d'en accepter aucun; mais le jeune héros, animé par le souvenir de la victoire que son père avoit remportée dans une pareille occasion, attaqua et terrassa son adversaire. Victorieux, mais désobéissant, il revint au camp, où il reçut, par ordre de son père, une couronne et la mort. *Manlius Torquatus*, après cette exécution vertueusement barbare, vainquit les ennemis près du fleuve Visiris, dans le temps que son collègue *Decius Mus* se dévouoit à la mort pour sa patrie. On lui accorda l'honneur du triomphe: mais les jeunes gens, indignés de sa cruauté, ne voulurent pas aller au-devant de lui; et l'on donna depuis le nom de *Manliana edicta* à tous les arrêts d'une justice trop exacte et trop sévère. Les vieux sénateurs l'en respectèrent davantage, et ils voulurent l'élever de nouveau au consulat; mais *Manlius* le refusa, en faisant valoir la foiblesse de ses yeux. *Rieu ne seroit plus imprudent*, leur dit-il, qu'un homme qui, ne pouvant rien voir que par des yeux étrangers, prétendroit ou souffriroit qu'en le faisant chef et Général, on lui confiait la vie et la fortune des autres. Et comme quelques jeunes gens se joignoient aux anciens pour le presser, *Torquatus* ajouta: *Si j'étois Consul, je ne pourrois souffrir la licence de vos mœurs, ni vous la sévérité de mon joug*.
IV. MANLIUS, ancien peintre Romain, imitoit parfaitement la nature. On dit que des araignées furent trompées par la représentation qu'il fit d'une mouche. 576 MAN
MANNI, (Joseph) imprimeur de Florence, est auteur d'un catalogue historique des Sénateurs de cette ville. — Son fils, Dominique-Marie, lui succéda en 1728. Ses connoissances dans la grammaire, les antiquités et la bibliographie, l'ont fait regarder comme l'un des plus savans typographes de l'Europe.
MANNORY, (Louis) ancien avocat au parlement de Paris, sa patrie, naquit en 1696, et mourut en 1778. On a de lui, 18 vol. in-12 de Plaidoyers et Mémoires. Ce recueil offre un grand nombre de causes singulières, et le talent de l'auteur étoit de les rendre encore plus piquantes par la manière agréable dont il les présentoit. Il fut l'avocat de Travenol dans son procès contre Voltaire, et quoique ce poète l'eût secouru dans le besoin, il ne lui épargna pas les traits de satire. Celui-ci s'en vengea, en le peignant comme un bavard mercenaire, qui vendoit sa plume et ses injures au plus offrant. Mannory auroit été plus estimé comme avocat et comme écrivain, si son style eût été moins prolixe et plus soigné, s'il avoit plus approfondi les matières et plus ménagé la plaisanterie dans des causes qui ne demandoient que du savoir et de la logique. On a encore de lui, une traduction en françois de l'oraison funèbre de Louis XIV, par le P. Porée; et des Observations judicieuses sur la Sémiramis de Voltaire. Mannory étoit dans la société plein d'esprit et d'enjouement, mais quelquefois trop caustique.
MANNOZI, (Jean) dit JEAN de Saint-Jean, du nom du lieu de sa naissance, qui est un vil- lage près de Florence, fut un peintre célèbre. Cet artiste, mort en 1636, âgé de 46 ans, a illustré l'école de Florence par la supériorité de son génie. Il entendoit parfaitement la poétique de son art : rien n'est plus ingénieux, et en même temps rien n'est mieux exécuté, que ce qu'il peignit dans les salles du palais du grand duc, pour honorer, non les vertus politiques de Laurent de Médicis, mais son caractère bienfaisant et son goût pour les beaux arts. Mannozi réussissoit particulièrement dans la Feinture à fresque. Le temps n'a point de prise sur les ouvrages qu'il a faits en ce genre : ses couleurs sont, après plus d'un siècle, aussi fraîches que si elles venoient d'être employées. Ce maître étoit savant dans la perspective et dans l'optique. Il a si bien imité des bas-reliefs de stuc, qu'il faut y porter la main pour s'assurer qu'ils ne sont point de sculpture. Il n'est que trop ordinaire que les grands talens soient ternis par de grands défauts. Il ne faut pas dissimuler l'esprit inquiet et capricieux de Mannozi. Ennemi du genre humain par caractère, envieux de tout mérite, et porté à décrier toutes sortes de talens; il eut, même après sa mort, des rivaux qui voulurent insinuer au grand duc, de détruire ses ouvrages : mais ce prince n'en fut que plus ardent à les conserver.
MANRIQUEZ, (Ange) de Burgos, moine de l'ordre de Citeaux, docteur en théologie à Salamanque, évêque de Badajoz l'an 1644, mort l'an 1649, a donné les Annales de son ordre; on y chercheroit en vain l'exactitude et la critique. I. MANSARD, I. MANSARD, (François) fameux architecte François, né à Paris en 1598, mourut en septembre 1666, à 68 ans. Quoique né avec les talens de son art, et quoiqu'il eût été souvent applaudi du public, il avoit beaucoup de peine à se satisfaire lui-même. Colbert lui ayant demandé ses plans pour les façades du Louvre, il lui en fit voir, dont ce ministre fut si content, qu'il voulut lui faire promettre qu'il n'y changeroit rien. L'architecte refusa de s'en charger à ces conditions, voulant toujours, répondit-il, se réserver le droit de mieux faire. Les magnifiques édifices, élevés sur les plans de Mansard, sont autant de moumens qui font honneur à son génie et à ses talens pour l'architecture. Il avoit des idées nobles et magnifiques pour le dessin général d'un édifice, et un goût délicat et exquis pour tous les ornemens d'architecture qu'il y employoit. Ses ouvrages ont embelli Paris et ses environs, et même plusieurs provinces. Les principaux sont, le Portail de l'Église des Feuillaux, rue Saint-Honoré; l'Église des Filles Sainte-Marie, rue Saint-Antoine; le Portail des Minimes de la place Royale; une partie de l'Hôtel de Conti, l'Hôtel de Bouillon, celui de Toulouse, et l'Hôtel de Jars. L'Église du Val-de-Grace a été bâtie sur son dessin, et conduite par ce célèbre architecte jusqu'au dessus de la grande corniche du dedans; mais des envieux lui firent interrompre ce magnifique bâtiment, dont on donna la conduite à d'autres architectes. Mansard a aussi fait les dessins du Château de Maisons, dont il a dirigé tous les bâtiments et les Toms VII. jardins. Il a fait encore construire une infinité d'autres superbes châteaux; ceux de Balleroy en Normandie, de Choisy-sur-Seine, de Gèvre en Brie; une partie de celui de Fresne, où il y a une chapelle qu'on regarde comme un chef-d'œuvre d'architecture, etc. C'est lui qui a inventé cette sorte de couverture que l'on nomme Mansarde.
II. MANSARD, (Jules-Hardouin) neveu du précédent, mort en 1708, à 69 ans, fut chargé de la conduite de presque tous les bâtiments de Louis XIV. Il devint non-seulement premier architecte du roi, comme son oncle, mais encore chevalier de Saint-Michel, surintendant et ordonnateur général des bâtiments, arts et manufactures du roi. C'est sur les dessins de ce fameux architecte qu'on a construit la Galerie du Palais-royal, la Place de Louis le Grand, celle des Victoires. Il a fait le Dôme des Invalides, et a mis la dernière main à cette magnifique église, dont le premier architecte fut Libéral BRUANT. Mansard a encore donné le plan de la Maison de Saint-Cyr, de la Cascade de Saint-Cloud, de la Ménagerie, de l'Orangerie, des Ecuries, du Château de Versailles, et de la Chapelle, son dernier ouvrage, qu'il ne put voir finir avant sa mort. Voltaire l'a appelée un colifchet brillant; mais il fut gêné par le terrain; et il est probable que, s'il avoit eu de l'espace, cette chapelle auroit égalé en noblesse ses autres édifices. Mansard et le Nôtre furent les premiers artistes honorés du cordon de Saint-Michel. Mansard employoit pour plaire à Louis XIV tous les détons. O o d'un courtisan. Il lui présentoit quelquefois des plans où il laissoit des choses si absurdes, que le roi le voyoit du premier coup d'œil. Là-dessus Mansard feignoit de tomber en admiration, et s'écrôit : Votre Majesté n'ignore rien, et en sait plus en architecture que les maîtres mêmes. Voyez NOSTRE. Le portrait de Mansard, par Rigaud, se voit maintenant dans le Muséum de Versailles, sous le n.º 219. I. MANSFELD, (Pierre-Ernest comte de) d'une des plus illustres maisons d'Allemagne et des plus fécondes en personnages recommandables, fut fait prisonnier en 1552 dans Ivoy, où il commandoit : depuis, il servit les Catholiques à la bataille de Montcontour. Ses talens le firent employer dans les affaires les plus délicates. Devenu gouverneur du Luxembourg, il maintint la tranquillité dans cette province tandis que le reste des Pays-Bas étoit en proie aux malheurs de la guerre civile. Les états lui témoignèrent leur gratitude, en plaçant sur la porte de l'hôtel de ville l'inscription suivante : In Belgio omnia dum vastat civile bellum, Mansfeldus bello et pace fidus, hanc provinciam in fide continet servetque illasam, cum summo populi consensu et hilari jucunditate. Il eut ensuite le commandement général des Pays-Bas, et mourut à Luxembour le 21 mars 1604, à 37 ans, avec le titre de Prince du Saint-Empire. Son mausolée en bronze, qu'on voit dans la chapelle de son nom, qui joint l'église des Récollets à Luxembourg, est un ouvrage admirable. Louis XIV ayant pris cette ville en 1684, fit enlever quatre pleurenses d'un grand fini, qui décoroient ce monument. Mansfeld réunissoit le goût des sciences et celui de la guerre, aimoit et encourageoit les arts, avoit l'esprit vaste et porté aux grandes choses. Mais, comme plusieurs héros anciens et modernes, il fut quelquefois avide d'argent et prodigue de sang. L'abbé Schanat a donné l'Histoire du comte de Mansfeld en latin, Luxembourg, 1707. Charles, prince de MANSFELD, son fils légitime, se signala dans les guerres de Flandre et de Hongrie, et mourut sans postérité en 1595, après avoir battu les Turcs qui vouloient secourir la ville de Gran (Strigonie) qu'il assiégeoit. Voy. l'article LIGNEROLLES.
II. MANSFELD, (Ernest de) fils naturel de Pierre-Ernest et d'une dame de Malines, fut élevé à Bruxelles dans la religion Catholique, par son parrain l'archiduc Ernest d'Antriche; et servit utilement le roi d'Espagne dans les Pays-Bas, et l'empereur en Hongrie, avec son frère Charles, comte de Mansfeld. Sa bravoure le fit légitimer par l'empereur Rodolphe II. Mais les charges de son père, et les biens qu'il possédoit dans les Pays-Bas Espagnols, lui ayant été refusés contre les promesses données, il se jeta, en 1610, dans le parti des princes Protestans. Devenu l'un des plus dangereux ennemis de la maison d'Antriche, qui l'appeloit l'Attila de la Chrétienté, il se mit, en 1618, à la tête des révoltés de Bohême, et s'empara de Pilsen en 1619. La défaite de ses troupes en différens combats, ne l'empêcha pas de pénétrer dans le Palatinat. Il y prit plu- sieurs places, ravagea l'Alsace, s'empara d'Haguenau, et défit les Bavarois. Enfin, il fut entièrement défait lui-même, par *Walstein*, à la bataille de Dassou, au mois d'avril 1626. Ayant cédé au duc de *Weimar* le peu de troupes qui lui restaient, il voulut passer dans les états de Venise; mais il tomba malade dans un village, entre Zara et Spalatro, et y rendit les derniers soupirs le 20 novembre 1626, à 46 ans. Le procureur *Nani* le peint ainsi: «Hardi, intrépide dans le péril, supérieur aux premiers génies de son temps pour une négociation, s'insinuant dans l'esprit de ceux qu'il vouloit gagner, avec une éloquence naturelle: avide du bien d'autrui, et prodigue du sien; toujours plein de vastes projets et de grandes espérances, il mourut sans terres et sans argent ». Il ne voulut point mourir dans son lit. Revêtu de ses plus beaux habits, l'épée au côté, il expira debout, appuyé sur deux domestiques. Parmi les actions de ce grand capitaine et de cet homme singulier, il n'y en a certes pas de plus singulière que celle qu'on va lire. Ce général, instruit à n'en pouvoir douter, que *Cazel*, celui de ses officiers auquel il se finit le plus, communiquoit le plan de ses projets au chef des Autrichiens, n'en montra ni humeur, ni ressentiment. Il fit donner au treitre 300 rixdales, avec une lettre pour le comte de *Buquoy*, conçue en ces termes: *Cazel étant votre affectionné serviteur, et non le mien, je vous l'envoie, afin que vous profitiez de ses services*. Cette action partagea les esprits, et trouva autant de censours que de partisans. Quoi qu'il en soit, *Ernest* passe, avec raison, pour l'un des plus grands généraux de son temps. Jamais capitaine ne fut plus patient, plus infatigable, ni plus endurci au travail, aux veilles, au froid et à la faim. Il mettoit des armées sur pied, et ravageoit les provinces de ses ennemis avec une promptitude presque incroyable. Les Hollandois disoient de lui: *Bonus in auxilio, carus in pretio*: c'est-à-dire qu'il rendoit de grands services à ceux qui l'employoient, mais qu'il les faisoit payer bien cher.
III. MANSFELD, (Henri-François, comte de) de la même maison que les précédens, se signala dans les guerres pour la succession d'Espagne. Il mourut à Vienne le 8 juin 1715, à 74 ans, après avoir été prince du Saint-Empire et de l'ondi, grand d'Espagne, maréchal de camp, général des armées de l'empereur, général de l'artillerie, ambassadeur en France et en Espagne, président du conseil au-lique de guerre et grand chambellan de l'empereur.
MANSION, (Colard) imprimeur et écrivain du 15$^{e}$ siècle, étoit, selon l'opinion la plus commune, natif de Bruges, où il a passé presque toute sa vie. On a de lui: I. Les *Métamorphoses d'Ovide moralisées, traduites en françois par Mansion, du latin de Thomas Waleys, Jacobin, et par lui imprimées en 1484, infolio*. II. *La Pénitence d'Adam*, traduite du latin, manuscrit à la bibliothèque du roi de France, n.º 7864. III. On lui attribue encore la *Traduction de la Consolation de Boèce*, qu'il imprima en 1477; et du *Dialogue des Créatures*, Lyon, 1483. Man- O O 2 sion fut le premier imprimeur de Bruges; et le premier ouvrage sorti de ses presses, fut le Jardin de dévotion que l'on croit imprimé en 1473. Il publia ensuite, avec la date certaine de 1476, la Buine des nobles, hommes et femmes, de Jean Bocace. On croit que Mansion avoit appris son art en France, du moins à en juger par la forme de ses caractères; il mourut en 1484. M. Van-Praet, conservateur de la bibliothèque nationale, a publié des Recherches sur la vie, les écrits et les éditions de cet imprimeur.
MANSTEIN, (Christophe-Hermann de) né à Pétersbourg le 1er septembre 1711, servit long-temps et avec distinction, dans les armées de Russie, en qualité de colonel. Il passa, en 1745, au service du roi de Prusse, fut nommé général-major d'infanterie en 1754, et se distingua dans toutes les occasions par sa bravoure et son habileté dans l'art de la guerre. En 1757, il fut blessé à la bataille de Kolin, et peu de temps après tué près de Lentmeritz, universellement regretté par tous ceux qui l'ont connu; les ennemis mêmes lui donnèrent des larmes. Manstein, dans les mousons de loisir que lui laissoit le métier pénible de la guerre, se livrait à l'étude. Il savoit la plupart des langues de l'Europe. On a de lui, des Mémoires historiques, politiques et militaires sur la Russie, Lyon, Bruyset, 1772, 2 vols. in-8°, avec des plans et des cartes. Ces mémoires commencent à la mort de Catherine I, en 1727, et finissent en 1744. Ils contiennent les événements dont il a été le témoin oculaire, ou dont il a eu une connoissance particulière. Il a ajouté un supplément où il remonte aux temps des anciens czars, et s'étend sur-tout sur Pierre I. Il y donne, à la fin de l'ouvrage, une idée du militaire, de la marine, du commerce, etc. de ce vaste empire. C'est un morceau d'histoire aussi précieux par la candeur de l'historien, témoin des faits qu'il raconte, qu'intéressant par rapport aux faits eux-mêmes. Hume, ayant reçu l'original françois de ces Mémoires, les fit traduire en anglois, et les publia à Londres, il en parut, peu après, une traduction allemande à Hambourg. M. Huber en a publié une édition françoise à Leipzig, en 1771. Il en a paru une nouvelle édition augmentée en 1781.
MANTEGNA, (André) né dans un village près de Padoue, en 1451, fut d'abord occupé à garder les moutons. On s'aperçut qu'au lieu de veiller sur son troupeau, il s'amusoit à dessiner; on le plaça chez un peintre, qui, charmé de sa facilité et de son goût dans le travail, et de sa douceur dans la société, l'adopta pour son fils et l'institua son héritier. Mantegna, à l'âge de 17 ans, fut chargé de faire le tableau de l'autel de Sainte-Sophie de Padoue, et les quatre Évangélistes. Jacques Bellini, admirateur de ses talens, lui donna sa fille en mariage. Mantegna fit, pour le duc de Mantone, le Triomphe de César, qui a été gravé en clair-obscur, en neuf feuilles; c'est le chef d'œuvre de ce peintre. Le duc, par estime pour son rare mérite, le fit chevalier de son Ordre. On attribue communément à Mantegna l'invention de la gravure au burin pour les estampes. Cet artiste mourut à Mantoue en 1517.
MANTICA, (François) né à Udine en 1534, enseigna le droit à Padoue avec réputation, et fut ensuite attiré à Rome par le pape Sixte V, qui lui donna une charge d'auditeur de Rote. Clément VIII le fit cardinal en 1596. Il mourut à Rome le 28 janvier 1614, à 80 ans. On a de lui : I. De conjecturis ultimorum voluntatum libri XII, in-folio. II. Un traité, intitulé : Lucubrationes Vaticanae, seu De tacitis et ambiguus conventionibus, deux vol. in-fol. III. Decisiones Iotae Romanae, in-4.º
MANTINUS, (Jacques) médecin, né en Espagne, s'acquit par son art une grande réputation à Venise, au commencement du 16e siècle; il étoit d'ailleurs versé dans les langues savantes. On a de lui des traductions en latin de quelques ouvrages d'Avicenne et d'Averroës. I. Paraphrasis Averrois de partibus et generatione animalium, Rome, 1621, in-fol. Il a suivi une version hébraïque, qui avoit été faite d'après l'arabe. II. — super libros Plutonis de Republica, Rome, 1539. III. Avicenne Fin IV primi, de universali ratione medendi, versio latina, Venise, 1530, etc.
MANTO, fille de Tirésias, et fameuse devineresse, ayant été trouvée parmi les prisonniers que ceux d'Argos firent à Thèbes, fut envoyée à Delphos et vouée à Apollon. Alcméon, général de l'armée des Argiens, en devint amoureux, et en eut deux enfans : un fils nommé Amphiloque, et une fille appelée Tisiphone, renommée pour sa beauté. Pausanias dit que de son temps on voyait à la porte d'un temple, une pierre appelée le Siège de Manto, sur laquelle elle avoit rendu des oracles. Virgile, d'après une tradition populaire, fait arriver Manto en Italie, et lui fait épouser Tuscus, dont elle eut un fils nommé Acnus. Celui-ci, fondateur de la ville de Mantoue, lui donna le nom de sa mère pour honorer son souvenir.
MANTUA, (Marc) Voyez BENAVIDIO.
MANTUAN, Voyez SPAGNOLI.
MANTUAN, (Jean-Baptiste) célèbre graveur Italien, père de Luana Mantuana, (Voy. II. DIANE) qui s'est aussi distinguée dans cet art. Le père et la fille ont laissé plusieurs morceaux au burin. I. MANUCE, (Alde) Aldus Pius MANUTIUS, célèbre imprimeur Italien, étoit de Bassano dans la Marche Trévisane : ce qui le fit surnommer Bassianus. Il fut chef de la famille des Manuces, imprimeurs de Venise, illustres par leurs connoissances. Le premier, il imprima le grec correctement et sans beaucoup d'abréviations. Ce savant et laborieux artiste mourut à Venise, dans un âge très-avancé, en 1516. Comme il craignoit d'être détourné par les oisifs, dont les villes sont remplies, il avoit mis à la porte de son cabinet un avis à ceux qui venoient l'interrompre, de ne l'importuner que pour des choses nécessaires, et de s'exaller dès qu'il les auroit satisfaits. On a de lui : I. Une Grammaire Grecque, in-4.º II. Des C o 3 Notes sur Horace et Homère. III. Des Traductions de quelques Traités de St. Grégoire de Na- zianze et de St. Jean de Damas, et d'autres ouvrages qui ont rendu son nom immortel. Il n'est point vrai que le célèbre Erasme ait été correcteur de l'imprimerie de Ma- nue, comme Scaliger l'a avancé. Erasme assure qu'il n'avoit point corrigé d'autres ouvrages de cet imprimeur, que ceux qu'il lui donnoit à mettre sous presse. André Bocca, dit que Manuce corrigeoit avec tant de soin les épreuves de ses éditions, qu'il n'imprimoit jamais plus de deux feuilles par semaine. Cet impri- meur célèbre passe pour l'inven- teur du caractère cursif, si sou- vent employé dans les éditions du 16e siècle. Ce qui fit appeler les lettres qu'il formoit, tantôt Aldines, du nom de l'auteur, tantôt Vénitiennes, parce que les premiers poinçons en furent frap- pés à Venise. Leur usage s'est étendu, sous le nom d'Italique, dans toutes les imprimeries de l'Europe. Le pape Jules II ac- corda à Manuce, le 27 janvier 1513, un privilège pour se servir, privativement à tout autre, des caractères de son invention, qu'il appelle « beaux et semblables à l'écriture. » Tam pulchri ut ca- lamo conscripta esse videantur.
II. MANUCE, (Paul) fils du précédent, né à Venise en 1512, fut chargé pendant quelque temps de la bibliothèque Vaticane, par Pic IV, qui le mit à la tête de l'imprimerie Apostolique. C'étoit un homme d'une complexion foible, et d'un travail infatigable. Pour que ses livres eussent toute la perfection qu'il étoit capable de leur donner, il laissoit un long intervalle entre la compo- sition et l'impression. On prétend même qu'il n'achevoit qu'à la fin de l'automne les livres qu'il avoit commencés au printemps. Son assiduité à l'étude avança sa mort, arrivée à Rome en 1574. Tous ses ouvrages sont écrits en latin avec pureté et avec élégance. On estime principalement : I. Ses Commentaires sur Cicéron, sur- tout sur les Épitres familières et sur celles à Atticus. II. Des Épitres en latin et en italien, qui furent très - recherchées, in-12, 1566. III. Les Traités De legibus Romanis, in - 8.° - De dicrum apud Romanos veteres ra- tione - De Senatu Romano. - De Comitiis Romanis. Tous ces écrits sont pleins d'érudition.
III. MANUCE (Alde) le Jeune, né à Venise en 1545, hérita du savoir et de la vertu de Paul Manuce, son père. Il professa à Venise, à Bologne, et ensuite à Pise. Clément VIII lui confia la direction de l'impri- merie du Vatican : place qui ne le tira pas de la misère où il fut plongé toute sa vie. Il répudia sa femme, comptant d'obtenir quelque riche bénéfice; et peu de temps après il fut pourvu de la charge de professeur de belles- lettres. Mais, quelque savoir qu'il eût, il fut assez malheu- reux pour ne trouver personne qui voulût être son élève, et il employoit ordinairement le temps de ses leçons à se promener de- vant sa classe. Il mourut à Rome en 1597, sans autre récompense que des éloges, et après avoir été obligé de vendre sa biblio- thèque, amassée à grands frais par son père et son aïeul, et composée, dit-on, de 80,000 vol. Manuce écrivoit en latin avec beaucoup de politesse. On a de Ini : I. Un *Traité de l'Ortho-graphe*, qu'il composa à l'âge de 14 ans. II. De savans *Commentaires sur Cicéron*, 2 vol. in-fol. III. *Trois Livres d'Opiltres*, 2 vol. in-8°. IV. Les *Vies de Cosme de Médicis*, 1586, in-fol., et de *Castruccio Castracani*, 1560, in-4°, en italien, etc. I. MANUEL COMNÈNE, 4° fils de l'empereur *Jean Comnène* et d'*Irène* de Hongrie, naquit à Constantinople en 1120. Il fut couronné empereur dans cette ville en 1143, au préjudice d'*Isaac*, son frère aîné, homme farouche et emporté, que son père avoit privé par son testament de la succession impériale. Ses états ayant été inondés par les armées de la seconde Croisade, les Grecs, incommodés de ce débordement d'étrangers, leur rendirent tout le mal qu'ils croyoient en avoir reçu. La guerre que *Manuel* soutint contre *Roger*, roi de Sicile, qui avoit pénétré dans l'empire, fut d'abord malheureuse; mais enfin il vint à bout de chasser les Siciliens hors de ses provinces, et ses succès les forcèrent à lui demander la paix. Il passa ensuite dans la Dalmatie, et de là dans la Hongrie, et il eut par-tout des avantages. Après avoir humilié les sultans d'Alop et d'Icone, il descendit en Egypte, à la tête d'une flotte et d'une armée. On prétend qu'il auroit conquis ce royaume, sans la trahison d'*Amauri*, roi de Jérusalem, avec lequel il s'étoit ligné pour cette expédition. Une nouvelle guerre avec le sultan d'Icone, vint occuper ses troupes: elle ne fut pas d'abord heureuse; mais la valeur de *Manuel* délivra l'empire de ce fléau. Tandis qu'il faisoit la guerre, il s'occupoit de disputes de religion. Il composa des instructions en forme de cathéchisme, qu'il prononça lui-même devant le peuple. Ayant la manie de disputer avec les évêques sur les points les plus obscurs de nos mystères, il proposoit chaque jour de nouvelles questions sur les passages les plus difficiles de l'Écriture. Il en fit naître une importante, touchant les qualités de *Prêtre* et de *Victime* en Jésus-Christ; et les évêques qui refusèrent de suivre son sentiment, furent déposés. Le célèbre *Eustathe*, archevêque de Thessalonique, dont nous avons un savant commentaire sur *Histoire*, fut de ce nombre. Quelque temps après, il entreprit de donner un nouveau sens à ces paroles de Jésus-Christ: *Mon Père est plus grand que moi*. Il assembla dans le palais les plus savans de l'empire, où il soutint contre tous l'opinion qu'il avoit avancée, et leur fit souscrire un décret conçu en ces mots: « J'admets les explications que les Pères ont données de ces mots de Jésus-Christ: *Mon Père est plus grand que moi*; mais je dis qu'ils doivent s'entendre de son corps qui étoit créé et passible. » Il n'osa cependant mettre dans cette formule son véritable sentiment, que le Fils étoit moindre que le Père, depuis qu'il s'étoit revêtu de l'humanité. Mais il fit une ordonnance, par laquelle il menaçoit d'excommunier et de faire mourir, non-seulement ceux qui la combatroient, mais ceux qui penseroient le contraire, et il fit graver son décret sur un marbre, qui fut mis dans l'église principale de Constantinople. Sur la fin de sa vie, il ordonna qu'on effugât du Catéchisme un anathème pro- O 0 4 584 MAN noncé contre le Dieu de Mahomet, que ce faux prophète avoit dit ne point engendrer, et n'avoir point été engendré. La décision de l'empereur, qui renversoit les idées que les Chrétiens ont de la Trinité, souleva tous les esprits; et comme cette nouveauté alloit exciter une guerre civile, les évêques convinrent de dire simplement anathème à Mahomet et à sa doctrine. Manuel mourut quelque temps après, à la fin de septembre 1180, âgé de 60 ans. Comme il avoit scandalisé l'église Grecque, en dogmatisant sur les mystères, en se livrant aux chimères de l'astrologie judiciaire, il se revêtit avant sa mort d'un habit de moine. Ce prince étoit d'ailleurs plein de grandes qualités : humain, généreux, patient dans les travaux militaires, brave à la tête des armées, et ne formant que des projets dignes de sa grandeur d'âme. Les Latins le calomnièrent, pour se venger du peu de succès de leur croisade; et les Grecs, pour se dédommager des impôts exorbitans que les guerres continuelles de son règne occasionnèrent.
II. MANUEL PALÉOLOGUE, fils de Jean VI Paléologue, et empereur de Constantinople après lui, fut encore moins heureux que son père. Les Turcs lui déclarèrent la guerre l'an 1391, lui enlevèrent Thessalonique, et faillirent à se rendre maîtres de Constantinople en 1395. Comme ses prédécesseurs, il vint demander aux Latins des secours, qu'il ne put obtenir. Enfin, las des infortunes qu'il éprouvoit, il remit le sceptre à Jean VII Paléologue, son fils, et prit l'habit religieux deux jours avant sa mort, arrivée en 1425. Il étoit âgé de 77 ans, et en avoit régné 35. La douceur de son caractère le fit aimer de ses peuples. La politique fut la base de son gouvernement; mais comme il ne parut presque point à la tête de ses armées, qu'il n'employa que des troupes étrangères, et qu'il négligea de discipliner les soldats de sa nation, il prépara la ruine de l'empire. Il est auteur d'un Recueil d'Ouvrages imprimés sous son nom; on y trouve du style et de l'éloquence.
MANUEL PHILE, Voyez PHILE.
III. MANUEL, (Nicolas) mort à Berne, en 1530, avoit fait jouer dans cette ville, en 1522, deux misérables farces; l'une est intitulée : Le Mangeur de Morts; et l'autre, Antithèse entre J. C. et son Vicaire. Quoique Berne fut encore Catholique, on ne lui fit point un crime de ces deux comédies, que quelques littérateurs ont la foiblesse de rechercher. Il fut fait conseiller peu de temps après, et employé à plusieurs négociations. Il est le traducteur du Recueil de Procédures contre des Jacobins exécutés à Berne en 1509, pour crime de sorcellerie, auquel Traité sont accomplis des Cordeliers d'Orléans, pour pareille imposture; Genève, 1566, in-8.
IV. MANUEL, (Louis-Pierre) né à Montargis, d'un simple potier, reçut cependant une éducation assez soignée pour entrer d'abord dans la congrégation des Doctvinaires, et devenir répétiteur de collège à Paris, puis ensuite précepteur du fils d'un banquier. Après avoir obtenu de ce dernier une pension viagère, il publia un pamphlet qui le fit mettre pour trois mois à la Bastille, d'où il ne sortit qu'avec une haine extrême contre le gouvernement. La révolution lui permit de la témoigner. Devenu membre de la société des Jacobins, dès le principe de sa formation, il n'y acquit cependant de l'influence qu'en 1791, où on le nomma procureur de la Commune de Paris. Alors, il donna un libre champ à ses sentimens et à son audace; on le vit publier une lettre adressée à Louis XVI, commençant par ces mots : *Sire, je n'aime pas les Rois*; il proposa de renfermer la reine au Val-de-Grace pendant la guerre, comme suspecte, et bientôt après, il contribuait à l'insurrection du 20 juin. Suspendu de ses fonctions par le département, il s'y fit réintégrer par un décret, et annonça dans un discours, que si le pouvoir administratif et le roi avoient voulu paralyser son zèle, il avoit été plus fort qu'eux. *Manuel* ne resta point inactif dans sa vengeance. Après avoir fait mutiler et abattre dans la cour de l'hôtel de ville, la statue de Louis XIV, ce qu'il appelait la déchéance de Louis XIV, il fut le premier à proposer de renfermer Louis XVI au Temple, et il obtint la satisfaction de l'y conduire. Bientôt il se chargea de lui apprendre l'abolition de la royauté, et l'établissement de la république. Dès ce moment, soit que le spectacle du malheur ouvrit son cœur à la pitié, soit que le calme et la sérénité de Louis, la fermeté de son épouse, la douceur de leurs enfans, eussent fait évanouir tous les germes de son ressentiment, *Manuel* parut touché de leur situation, et fit des efforts pour l'adoucir. Nommé député à la Convention, il se détacha du parti de *Robespierre*, et chercha à éloigner le jugement du monarque, en demandant que le peuple François, réuni en assemblées primaires, fût consulté pour savoir s'il consentoit à l'abolition définitive de la royauté. Ce changement d'opinion surprit tous les auditeurs. « Les Jacobins, dit un écrivain, soutinrent qu'il avoit été gagné par la reine; d'autres, qui se prétendoient instruits, assurèrent que dans le temps où l'armée aux ordres du duc de Brunswick pénétroit sans obstacles en Champagne, *Manuel*, *Pétion* et *Kersaint* se rendirent un matin près de Louis XVI, et qu'après lui avoir déclaré l'état des choses, ils lui annoncèrent qu'il y avoit à craindre, que le peuple ne le massacrat avec toute sa famille, dès que l'armée allemande approcheroit de la capitale; mais que s'il vouloit engager les alliés à retirer leurs troupes, la Commune signeroit au bas de sa lettre au roi de Prusse, l'engagement de mettre ses jours en sureté. Louis XVI consentit à écrire sous leur dictée, et ils signèrent tous trois ce qu'ils avoient promis. Cependant, honteux de cette démarche dès que le danger fut passé, ils convinrent de la tenir secrète, de peur que leurs ennemis n'en profitassent pour les perdre. Mais lorsque le procès du roi fut résolu, *Manuel*, qui avoit encore par fois des retours de conscience, se ressouvint de ce serment, et vota pour la détention de ce prince, et son bannissement à la paix; *Kersaint* refusa de voter; et *Pétion*, sacrifiant son serment, prononça la mort. » Dans le procès contre la reine, *Manuel*, loin de l'écenser, loua son courage et plaignit ses malheurs. Il sentit qu'il alloit payer de son sang, son refus à la calomnier ; mais il n'hésita pas. Ayant, en outre, plaidé la cause de quelques émigrés, et blâmé les tribunes de leurs vociférations féroces, on assura aussitôt en pleine assemblée qu'il étoit devenu fou, et on l'abreuve de tant d'injures, qu'il fut forcé de donner sa démission. *Manuel* se retira à Montargis, où on voulut le faire assassiner ; mais sa mort n'ayant pas suivi ce complot, on le fit arrêter, traduire à la conciergerie de Paris, d'où le tribunal révolutionnaire l'enzoya à l'échafaud, le 14 novembre 1793, à l'âge de 42 ans ; il y monta, dit-on, dévoré de remords, et l'esprit presque entièrement aliéné. *Manuel* avoit de la facilité à parler, et une concision piquante qui n'offroit point de sécheresse. Ses réparties étoient vives et mordantes ; on peut en juger par celle-ci : Le député le *Gendre*, qui avoit été boucher, piqué de ce que *Manuel* venoit de combattre avec succès l'une de ses motions, s'écria : « Eh bien ! il faudra décréter que *Manuel* a de l'esprit ! » Il vaudroit bien mieux décréter, répondit celui-ci, que je suis une bête, parce le *Gendre*, exerçant sa profession, auroit le droit de me tuer. Emporté dans ses passions, haineux, passant subitement d'un projet barbare à des voies de douceur, féroce par contradiction, quelquefois loyal et juste ; se croyant philosophe, parce qu'il rejetoit tout principe religieux, il montroit avec complaisance un amour propre excessif, et se disoit de bonne foi un grand écrivain. Ses ouvrages sont loin de justifier cette prétention. On lui doit : I. *Lettre* d'un Officier des gardes du Corps, 1786, in-8. II. *Coup-d'œil philosophique* sur le règne de St. Louis, 1786, in-8. III. *L'Année Françoise*, 4 vol. in-12. L'auteur place la vie d'un François illustre à chaque jour de l'année, pour réunir son souvenir à celui du saint qu'on honore. Cet ouvrage est écrit tantôt avec une emphase ridicule, tantôt avec une trivialité dégoûtante. IV. *La Police de Paris dévoilée*, 2 vol. in-8. *Manuel* publia cette indécente production au commencement de la révolution ; elle blesse autant la pudeur que le bon goût. V. *Lettres* sur la Révolution, recueillis par un ami de la Constitution, 1792, in-8. VI. *Manuel* fut l'éditeur des *Lettres* écrites par Mirabeau, du Donjon de Vincennes, à Sophie, depuis 1777 jusqu'en 1780. Il mit en tête de ce recueil, une préface remplie d'idées bizarres, de cynisme, et d'extravagances ; on peut la ranger parmi les écrits qui auraient mérité à leurs auteurs une place aux petites Maisons.
MANZO, (Jean-Baptiste) marquis de Villa, servit quelques années dans les troupes du duo de Savoie et du roi d'Espagne ; puis se retira à Naples, sa patrie, pour y cultiver à loisir les Muses et les Lettres. Ce fut un des principaux fondateurs de l'académie degli Ozioli, de Naples. Il y mourut en 1645, à 84 ans. Quoiqu'il eût de grands biens, il vivait sans faste et sans éclat. Son économie étoit taxée d'avarice ; mais elle avoit un but utile. Il fonda à Naples le collège des Nobles, qu'il dota richement à sa mort. Ses biens, au lieu de passer au fisc, passèrent, avec l'agrément du roi d'Espagne, à ce collège, qui fut son héritier. On a de lui : I. *Dell'amore Dialoghi*, à Milan, 1608, in-8.º II. *Rome*, 1635, in-12. III. *Vita del Tasso*, 1634, in-12. *Mauzo* n'étoit pas un poète du premier rang; mais on ne doit pas le compter non plus parmi ceux du dernier.
MAPHÉE, *Voyez* LES MAF- FÉE.
MAPHÉE, (Raphaël) dit LE VOLATERRAN, nom qu'il tenoit de la ville de Volterre en Toscane, où il vit le jour en 1450, se fit connoître et par ses ouvrages, et par les versions qu'il fit de ceux des autres. Entre les productions du premier genre, on distingue ses *Commentaria Urbana*, Lyon, 1599, in-folio, estimés. Parmi celles du second genre, on cite les *Traductions latines*, de l'Œconomique de *Xenophon*; de l'Histoire de la *Guerre de Perse*, et de celle des *Vandales*, par *Procope de Cés- sarée*; de dix *Oraisons de saint Basile*, etc., etc. Le *Volaterran* paya la dette commune dans sa ville natale, en 1521, âgé de 71 ans.
MARACCI, (Louis) membre de la congrégation des Clercs ré- guliers de la *Mère de Dieu*, né à Lucques l'an 1612, mourut en 1700, à 87 ans. Il s'est fait un nom célèbre dans la république des lettres, par un ouvrage es- timé et peu commun en France, intitulé : *Alcorani textus uni- versus, arabicè et latinè*, Padoue, 1648; in-fol. 2 vol. L'auteur a joint à cette traduction de l'Al- coran, des notes, une réfuta- tion et une Vie de *Mahomet*: il avoit travaillé pendant qua- rante ans à cet ouvrage. Les sa- vans en langue arabe y ont trouvé plusieurs fautes, qui n'ôtent rien au mérite de son travail. Sa refu- tation du Mahométisme n'est pas toujours assez solide. On y re- connoit qu'il étoit plus versé dans la lecture des auteurs Mu- sulmans que dans la philosophie et la théologie. C'est le jugement qu'en porte *Richard Simon* dans sa *Bibliothèque choisie... Ma- racci* eut une grande part à l'é- dition de la *Bible Arabe*, à Rome, 1671, in-fol., 3 vol. Ce savant professa l'arabe dans le collège de la Sapience, avec beaucoup de succès. *Innocent XI*, qui res- pectoit autant ses vertus qu'il estimoit son savoir, le choisit pour son confesseur, et l'auroit honoré de la pourpre, si l'hu- milité de *Maracci* ne s'étoit op- posée à cet honneur. On a aussi de lui, une Vie en italien de *Léonardi*, instituteur de sa con- grégation. *Voyez* les *Mémoires* du Père *Nicéron*, (Tom. 41.) qui donne un long catalogue de ses ouvrages.
MARAIS, (Marin) célèbre musicien, né à Paris en 1656, fit des progrès si rapides dans l'art de jouer de la viole, que *Sainte- Colombe*, son maître, ne voulut plus lui donner des leçons, passé six mois. Il parta la viole à son plus haut degré de perfection, et imagina, le premier, de faire filer en laiton les trois dernières cordes de la basse, afin de rendre cet instrument plus sonore. On a de lui, diverses *Pièces de Viole*, et les opéra d'*Alcide*, d'*Ariane et Bacchus*, de *Sémélé* et d'*Alcyone*: ce dernier passe pour son chef-d'œuvre. On y admire sur-tout une tempête qui fait un effet prodigieux. Un bruit sourd et lugubre, s'unissant avec les tons aigus des flutes et autres instruments, rend toute l'horreur d'une mer agitée et le sifflement des vents déchaînés. On admire dans ses ouvrages la fécondité et la beauté de son génie, jointes à un goût exquis, et à une composition savante. Cet illustre musicien mourut le 15 août 1728, à 72 ans, laissant neuf enfants, dont quelques-uns participèrent à ses lujens.
MARAIS, *Voyez MARÊTS...* et REGNIER, n° II.
MARAIS, (Du) *Voyez PALUDANUS*.
MARAIDI, (Jacques-Philippe) savant mathématicien et célèbre astronome, de l'académie des Sciences, naquit à Perinaldo, dans le comté de Nice, en 1665, de François Maraldi, et d'Angèle-Catherine Cassini, sœur du fameux astronome de ce nom. Son oncle le fit venir en France l'an 1687, et *Maraldi* s'y acquit une grande réputation par son savoir et par ses observations. En 1700, il travailla à la prolongation de la fameuse Méridienne, jusqu'à l'extrémité méridionale du royaume. Le pape Clément XI prolata de ses lumières, pour la correction du Calendrier, dans un voyage qu'il fit à Rome. En 1718, il alla avec trois autres académiciens, terminer la grande Méridienne, du côté du Septentrion. « A ces voyages près, dit Fontenelle, il passa toute sa vie renfermé dans l'observatoire, ou plutôt dans le ciel, d'où ses regards et ses recherches ne sortaient point. Son caractère étoit celui que les sciences donnent ordinairement à ceux qui en font leur occupation : du sérieux, de la simplicité, de la droiture. Il porta au plus haut point le sentiment de la reconnaissance qu'il avoit pour son oncle. Cassini eut un second fils dans le sensible Maraldi. L'académie et ses amis le perdirent, le 1er décembre 1729, à 64 ans. Dans sa dernière maladie, il employa le seul remède auquel il eût confiance, une diète austère; mais nul remède, dit Fontenelle, ne réussit toujours... On a de lui, un *Catalogue* manuscrit des *Étoiles fixes*, plus précis et plus exact que celui de *Bayer*. Il donna un grand nombre d'*Observations* curieuses et intéressantes dans les Mémoires de l'académie. Celles qu'il fit sur les *Abcilles* et sur les *Pétrifications*, eurent aussi un applaudissement universel.
MARAN, (Dom Prudent) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né en 1683, à Scaarne en Brie, fit profession à l'âge de 19 ans, et mourut en 1762, à 72 ans, après avoir donné du lustre à son ordre par son érudition et ses ouvrages. Sa charité, son amour pour l'Église, et les qualités de son cœur, causèrent les plus vifs regrets à ses confrères. Des migraines fréquentes l'obligeant de recourir à la saignée, la dernière qu'on lui fit lui devint funeste : elle fut suivie d'une hydropisie qui l'enleva presque subitement. On a de lui : I. Une bonne édition des *Œuvres de St. Cyprien* ; il a eu beaucoup de part à celles de saint *Basile* et de *St. Justin*. II. *Divinitas Domini JESSI-CURISTE manifestata in Scripturis et tra-* ditione, 1746, in-fol. III. La Divinité de Notre-Seigneur Jésus-Cunier, prouvée contre les Hérétiques, 1751, 3 vol. in-12. Cet ouvrage est la traduction du précédent ; et quoique l'un et l'autre soient solides, ils ont eu peu de débit. IV. La Doctrine de l'Écriture et des Pères sur les guérisons miraculeuses, 1754, in-12. V. Les Grandeurs de Jésus-Cunier et la défense de sa divinité, 1756, in-12. Ces différentes productions décèlent un homme savant ; mais on y trouve rarement l'écrivain élégant et précis. La mort surprit cet auteur, lorsqu'il s'occupoit à une nouvelle édition des Œuvres de St. Grégoire de Nazianze, qui n'a pas vu le jour.
MARANA, (Jean-Paul) né vers 1642, à Gênes ou aux environs, d'une famille distinguée, n'avoit que 27 à 28 ans, lorsqu'il fut impliqué dans la conjuration de Raphaël de la Torre qui vouloit livrer Gênes au duc de Savoie. Après quatre ans de prison, il se retira à Monaco, où il écrivit l'Histoire de ce complot. S'étant rendu à Lyon, il la fit imprimer en 1682, in-12, en italien. Cette Histoire, semée d'anécdotes importantes, offre des particularités curieuses, sur la manière dont Louis XIV termina les différends entre les Génois et le duc de Savoie. Marana avoit toujours eu du goût pour Paris ; il s'y rendit en 1682. Son mérite perçu, et plusieurs grands seigneurs furent ses Mécènes. C'est pendant son séjour dans la capitale qu'il publia son Espion Turc, en six vol. in-12, augmentée d'un septième en 1742, date de la dernière édition de cet ouvrage. Quoique le style ne soit ni précis, ni correct, ni élégant, le public le goûta extrêmement. Marana avoit su intéresser la curiosité par un mélange amusant d'aventures piquantes, moitié historiques, moitié romanesques, que les gens peu instruits prenoient pour véritables. Les personnes éclairées ne s'y méprirent pas. On vit bien que ce n'étoit pas un Turc qui écrivoit ces Lettres imaginaires ; mais un auteur de nos contrées, qui se servoit de ce petit artifice, soit pour débiter des choses hardies, soit pour répandre des nouvelles vraies ou fausses. Les trois premiers volumes furent applaudis : les trois autres, beaucoup plus foibles, le furent moins ; et les uns et les autres ne sont plus lus à présent que par la jeunesse crédule et oisive. On a donné une suite de cet ouvrage, qui est actuellement en 9 vol. in-12. Beaucoup d'auteurs l'ont imité, et nous avons eu une foule d'Espions des Cours, qui n'étoient jamais sortis de leur cabinet ou de leur galetas. Marana vécut à Paris dans une médiocrité assortie à sa façon de penser, depuis 1682 jusqu'en 1689. Le désir de la retraite le porta à se retirer dans une solitude d'Italie, où il mourut en 1693. On ne peut disconvenir que cet auteur n'eût la mémoire ornée et l'esprit d'une vivacité agréable ; mais il effleure tout et n'approfondit rien. Plutarque, Sénèque, les deux Plines et Patercule étoient ses auteurs favoris.
MARAT, (Jean-Paul) né en 1744, à Beaudry dans le pays de Neufchâtel en Suisse, de parens Calvinistes, fut entraîné par une imagination ardente, un caractère violent, un cœur ami de la cruauté et des excès, à quitter sa famille, sa patrie, pour devenir, à Paris, l'apôtre le plus furieux des proscriptions et des massacres révolutionnaires. Après avoir étudié quelques principes de médecine, il se fit charlatan, monta sur un tréteau, et vendit publiquement des herbes au peuple. Bientôt son ambition s'accrut, il composa une eau qu'il prétendit souveraine contre tous les maux, et en remplit de petites bouteilles qu'il vendait deux louis. Ce prix excessif ne lui en procura pas un débit considérable. Resté dans la misère, vit intriguant, il chercha bassement à flatter les grands pour en obtenir un regard, et parvint, à force de sollicitations, à se faire nommer médecin des écuries du comte d'Artois : quelques Ouvrages, écrits avec assez de force, et où il soutint, en médecine et en physique, des principes singuliers, le firent connoître. Il voyagea en Angleterre, et il en revint au commencement de la révolution, pour agiter parmi nous les torches des incendiaires, et aiguiser le fer des assassins. Son premier journal, le *Publiciste Parisien*, commença à attaquer les hommes en place, et particulièrement M. Necker, qu'il appela *Chevalier d'industrie*, et à qui il prédit le sort de *Law*. A ce Journal succéda l'*Ami du Peuple*, où l'auteur, chaque jour, prêcha le meurtre, le pillage et la révolte, avec une audace dont on n'avoit point encore vu d'exemple. Il provoqua des rixes entre l'agar de nationale et celle du roi; incita les armées à égorger leurs généraux; les pauvres à envahir la fortune des riches; les patriotes à poignarder leurs ennemis. Le premier, il ouvrit le conseil des massacres de septembre, en proposant à *Darton de déblayer les prisons d'une manière prompte*; et son moyen fut de les faire incendier. Il se rendit ensuite à l'avis d'y immoler les prisonniers. Vainement l'assemblée voulut-elle, à diverses reprises, mettre un terme à ses fureurs, en le décrétant d'accusation. *Marat*, caché dans la cave du député *Legendre* et dans le souterrain des Cordeliers, n'en continua pas moins à braver ses adversaires, et à les dévouer à la mort dans ses feuilles. La municipalité fit saisir ses presses; *Marat* en fit enlever quatre autres dans l'imprimerie même de l'assemblée, et les jacobins empêchèrent qu'on osat lui reprocher cet attentat. Nommé député de Paris à la Convention, il y parut toujours armé de pistolets. Toujours réclamant pour qu'on fit succéder des arrestations à des arrestations, et de nouveaux carnages à ceux qui ne venoient que de finir. Il dénonça successivement tous les députés de la Gironde, la plupart des ministres, le plus grand nombre des généraux. Accusé par *Barbaroux* d'outre-passer le vœu même des égorgeurs, en demandant encore trois cent mille têtes; loin de nier ce propos, il avoua que c'étoit son opinion. « Oui, s'écria-t-il, le peuple doit massacrer encore tous les partisans de l'ancien régime, et réduire, par une prompte justice, au quart tous les membres de la Convention. » Il termina en défiant tous les décrets d'empêcher un homme comme lui de percer dans l'avenir, comme le véritable ami du peuple et son guide. Lors du procès de Louis XVI, il s'op- posa à ce qu'on lui donnât un conseil, et vota sa mort dans les vingt-quatre heures. Quelque temps après, il fut conduit à la tribune, et couronné de lauriers par une horde d'assassins, qui le suivirent et franchirent les portes de l'assemblée. Il y de- manda bientôt que la Conven- tion ne mit aucune borne à la liberté des opinions, afin, dit-il, que je puisse envoyer à l'échafaud la faction des députés qui ont osé me décréter d'accusation. On ne peut présumer à quel point d'é- garement Marat auroit pu con- duire ses nombreux satellites, combien il auroit pu grossir les flots de sang qu'il avoit déjà fait répandre, si une femme n'en eût arrêté le cours. Charlotte Corday l'assassina comme il étoit au bain, le 14 juillet 1793. A sa mort, on lui décerna les honneurs les plus insensés. Dans toutes les places publiques de Paris, on lui érigea un arc de triomphe; sur celle du Carrousel, une ny- ramide présenta, à l'adoration de ses complices, son buste, sa baignoire ensanglantée, son écritoire et sa lampe. On y posa une sentinelle qui, au milieu de l'hiver et d'une nuit sombre, suivant un historien, y périt de froid ou d'horreur. L'assemblée ne craignit pas d'accorder à ses restes une place au Panthéon; mais la France, indignée, ne tarda pas à briser ses bustes, à exhumer son corps du lieu où la faction l'avoit si honorablement déposé, et à le jeter dans l'é- gout de Montmartre. On lui ap- pliqua alors ces deux vers latins, qui méritent d'être connus: Corpore cum fado, species est fœdior oris, Fœdum pecus habet, fœdias ingenium. Marat étoit d'une petite taille qui n'avoit pas cinq pieds de hau- teur. Sa tête étoit monstrueuse- ment grosse, son regard farou- che, sa figure hideuse. Sans but dans ses crimes, jaloux même des méchans, il parloit avec véhémence, et toujours avec une sorte d'énergie. Ses expressions étoient incorrectes; mais elles peignoient bien la noirceur de de ses projets, et devoient plaire à une multitude ivre de nou- veautés et de crimes. Son style est facile et ne manque pas d'élégance. Avant les journaux dont nous avons parlé, Marat avoit publié les écrits suivans: I. De l'Homme ou des Principes de l'influence de l'ame sur le corps, et du corps sur l'ame, 1775, 2 vol. in-12. Voltaire daigna faire la critique la plus amère de cet ouvrage et de l'amour propre extrême de son auteur. II. Découverte sur le feu, l'élec- tricité et la lumière, 1779, in-8.º Dans cet écrit, Marat prétend que le feu n'est point une émanation du soleil, ni la chaleur un attribut de la lu- mière. A l'aide du microscope solaire, il a fait des expériences pour prouver que la matière ignée n'étoit ni la matière élec- trique ni celle de la lumière, que les rayons solaires ne pro- duisent la chaleur qu'en excitant dans le corps le mouvement du fluide igné, que la flamme est beaucoup plus ardente que le brasier, et d'autant plus, qu'elle acquiert plus de légèreté; en sorte que celle de l'esprit de vin très-rectifié, qu'on regardoit comme ayant à peine quelque chaleur, tient, suivant lui, le premier rang. III. Découverte sur la lumière, 1780, in-8.º. Il y attaque le système de Newton, que l'académie de Lyon avoit mis en problème pour le sujet de l'un de ses prix. IV. *Recherches sur l'électricité*, 1782, in-8.º V. *Mémoire sur l'électricité médicale*, 1784, in-8.º VI. *Observations de l'amateur Avec à l'abbé Sans*, 1783, in-8.º VII. *Notions élémentaires d'optique*, 1783, in-8.º VIII. *Nouvelles découvertes sur la lumière*, 1788, in-8.º
**MARATTE**, (Charles) peintre et graveur, naquit en 1625, à Camerino, dans la Marche d'Ancone. Dès l'enfance, il exprimoit le suc des herbes et des fleurs, pour peindre les figures qu'il dessinoit sur les murs de la maison de son père. Envoyé à Rome, à onze ans, il fut l'élève de *Sacchi*, et devint un maître dans cette école. Il étudia les ouvrages de *Raphaël*, des *Carache* et du *Guide*, et se fit, d'après ces grands hommes, une manière qui le mit dans une haute réputation. Le pape *Clément XI* lui accorda une pension et le titre de chevalier de Christ. *Louis XIV* le nomma son peintre ordinaire. Il mourut comblé d'honneurs à Rome, le 15 décembre 1713, à 87 ans. Une extrême modestie, beaucoup de complaisance et de douceur, formoient son caractère. Non content d'avoir contribué à la conservation des peintures de *Raphaël* au Vatican, et de celles des *Carache* dans la galerie du palais Farnèse, qui menaçoient d'une ruine prochaine, il leur fit encore ériger des menumens dans l'église de la Rotonde. Ce peintre a su allier la noblesse avec la simplicité dans ses airs de tête; il avoit un grand goût de dessin. Ses expressions sont ravissantes, ses idées heureuses et pleines de majesté, son coloris d'une fraîcheur admirable. Il a parfaitement traité l'Histoire et l'Allégorie. Il étoit très-institut de ce qui concerne l'architecture et la perspective. On a de lui, plusieurs *Planches* gravées à l'eau forte, où il a mis beaucoup de goût et d'esprit. On a aussi gravé d'après cet habile maître. Il a fait plusieurs élèves; les plus connus sont *Chiari*, *Beretoni* et *Passori*. Ses principaux ouvrages sont à Rome... *Voy. FAGE.*
**MARBACH**, (Jean) ministre Protestant d'Allemagne, né à Lindau en 1521, mort à Strasbourg en 1581, à 60 ans, est auteur d'un livre peu commun et singulier. Il parut en 1578, sous ce titre: *Fides Jesu et Jesuitarum; hoc est, Colletio Doctrina Domini nostri Jesu Christi, cum doctrina Jesuitarum*. Il n'étoit point ami de cette Société, et il écrivit aussi contre le savant Père *Canisius*.
**MARBODE**, évêque de Rennes, natif d'Angers, étoit, selon D. *Brungendre*, de l'illustre famille de *Marbœuf*. Après avoir enseigné la rhétorique à Angers avec réputation, il mérita l'évêché de Rennes, en 1096, par son savoir et sa piété. Il gouverna son diocèse avec beaucoup de sagesse et de capacité. Il fut aussi chargé de la conduite de celui d'Angers, pendant l'absence de *Rahmad*, évêque de cette ville. Son esprit brilla beaucoup au concile de Tours en 1096, et en 1114, à celui de Troyes. *Marbode* quitta son évêché sur la fin de sa vie, pour prendre l'habit monastique dans l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. Il mourut saintement lsintement dans cette douce retraite, le 11 septembre 1723, à 88 ans, avec la réputation d'un évêque également estimable par son esprit, son éloquence, sa mémoire, sa sollicitude pastorale, sa charité, sa douceur et sa fermeté. On a de lui, six Lettres et plusieurs ouvrages, recueillis par Dom Beaugendre, et imprimés à Rennes, 1708, à la suite de ceux d'Hildebert, in-fol. Ils furent estimés dans leur temps, et ils peuvent servir dans le nôtre à éclaircir plusieurs points de discipline. On peut distinguer un poème de Gemmis, qui fut traduit par un contemporain. Suivant Falconnet, cette traduction françoise est la plus ancienne qui existe en notre langue. Voyez CLOPINEL. Quoique l'Église ne rende à Marbode aucun culte public, Dusaussai l'a inséré dans son Martyrologe Gallican au 11 Septembre, et lui a donné la qualité de Saint. Voy: MAINFERME. — MARBŒUF, (Yves-Alexandre de) né dans le diocèse de Rennes, en 1734, d'une famille distinguée par ses services militaires, embrassa l'état ecclésiastique, devint chanoine et comte de Lyon, évêque d'Autun en 1767, archevêque de Lyon, appelé enfin au conseil et à la direction de la feuille des bénéfices en 1788. Il se retira dans les pays étrangers pendant les orages de la révolution, et y mourut, regretté pour son aménité, ses vertus et ses connaissances. On lui doit des Instructions Pastorales, très-bien écrites. I. MARC, (Saint) Évangéliste, converti à la foi après la résurrection de Jésus-Christ, fut le disciple et l'interprète de St. Pierre. On croit que c'est lui que cet apôtre appelle son fils spirituel, parce qu'il l'avoit engendré à Jésus-Christ. Lorsque St. Pierre alla à Rome pour la seconde fois, Marc l'y accompagna. Ce fut là qu'il écrivit son Évangile, à la prière des fidelles, qui fui demandèrent qu'il leur donnât par écrit ce qu'il avoit appris de la bouche de St. Pierre. On est fort partagé sur la langue dans laquelle il l'écrivit : quelques-uns soutiennent qu'il le composa en grec, d'autres en latin. On montre à Venise quelques cahiers, que l'on prétend être l'original de la main de St. Marc. La question seroit bientôt décidée, si l'on pouvoit lire le manuscrit et en prouver l'authenticité ; mais, il est tellement gâté par la main du temps, qu'à peine en peut-on discerner une seule lettre, il faudroit d'ailleurs encore prouver que c'est véritablement l'original de St. Marc. Montfaucon prétend que cette opinion est ridicule ; mais que le manuscrit, étant du 4e siècle, est le plus ancien de tous ceux qui existent. Il est sur papier d'Égypte ; tellement pourri, qu'on ne peut en tourner un feuillet qu'il ne tombe en poussière. Cet Évangile n'est presque qu'un abrégé de celui de St. Matthieu. L'auteur emploie souvent les mêmes termes, rapporte les mêmes histoires ; et relève les mêmes circonstances. Il ajoute quelquefois de nouvelles particularités, qui donnent un grand jour au texte de St. Matthieu. Son caractère distinctif est d'avoir marqué la royauté de JÉSUS - CHRIST : ce qui a fait attribuer à cet Évangéliste le Lion, l'un des quatre animaux P p de la vision du prophète *Ezéchiel... St. Jérôme* rapporte que le dernier chapitre de l'Évangile de *St. Marc*, depuis le verset neuf, ne se trouvoit point, de son temps, dans les exemplaires grecs; mais il n'en est pas moins authentique, puisqu'il est reconnu par *St. Irène*, et par plusieurs anciens Pères, et que d'ailleurs il se trouve dans d'autres exemplaires. Pour ce qui est de la *Liturgie* et de la *Vie de St. Barnabé*, qu'on a attribuées à cet écrivain sacré, il est certain que ni l'une ni l'autre ne sont de lui. L'empereur *Claude* ayant chassé de Rome tous les Juifs, *St. Marc* alla en Égypte pour y prêcher l'Évangile, et fonda l'Église d'Alexandrie. Voilà ce qu'une tradition ancienne et constante nous apprend; les autres circonstances de la vie et de la mort de cet évangéliste, rapportées dans ses Actes, sont incertaines et fabuleuses. *Saint Marc* est le patron tutélaire de la république de Venise : *Voyez* GRADENIGO.
IL MARC, hérétique, et disciple de *Valentin* dans le 2$^{e}$ siècle, réforma, en quelques points, le système de son maître. *Valentin* supposoit dans le monde un Esprit éternel et infini, qui avoit produit la Pensée; celle-ci avoit produit un Esprit. Alors l'Esprit et la Pensée avoient produit d'autres êtres qu'il nommoit *Eons*; en sorte que, pour la production de ses *Eons*, *Valentin* faisoit toujours concourir plusieurs *Eons*, et ce concours étoit ce qu'on appela le mariage des *Eons*. « *Marc* considérant, dit M. *Pluquet*, que le premier principe n'étoit ni mâle ni femelle, et qu'il étoit seul avant la production des *Eons*, jugea qu'il étoit capable de produire par lui-même tous les êtres, et abandonna cette longue suite de mariages des *Eons*, que *Valentin* avoit imaginés. Il jugea que l'Être suprême étant seul, n'avoit produit d'autres êtres que par l'expression de sa volonté. C'est ainsi que la *Genèse* nous représente Dieu créant le monde; il dit : *Que la lumière se fasse, et la lumière se fit*. C'étoit donc par sa parole, et en prononçant, pour ainsi dire, certains mots, que l'Être suprême avoit produit des êtres distingués de lui. Ces mots n'étoient point des sons vagues, et dont la signification fût arbitraire; car alors il n'auroit pas produit un être plutôt qu'un autre. Les mots que l'Être suprême prononça pour créer les êtres hors de lui, exprimoient donc ces êtres; et la prononciation de ces mots avoit la force de les produire. Ainsi l'Être suprême, ayant voulu produire un être semblable à lui, avoit prononcé le mot qui exprime l'essence de cet être; et ce mot est *arché*, c'est-à-dire principe. Comme les mots avoient une force productrice, et que les mots étoient composés de lettres, les lettres de l'alphabet renfermoient aussi une force productrice, et essentiellement productrice. Enfin, comme tous les mots n'étoient formés que par les combinaisons des lettres de l'alphabet, *Marc* concluoit que les vingt-quatre lettres renfermoient toutes les forces, toutes les qualités et toutes les vertus possibles, et que c'étoit pour cela que Jésus-Christ avoit dit qu'il étoit l'*Alpha* et l'*Omega*. Puisque les lettres avoient chacune une force productrice, l'Être suprême avoit produit immédiatement autant d'êtres qu'il avoit prononcé de lettres. Marc prétendoit que, selon la Genèse, Dieu avoit prononcé quatre mots qui renfermoient trente lettres; après quoi il étoit, pour ainsi dire, rentré dans le repos, d'où il n'étoit sorti que pour produire des êtres distingués de lui. De là, Marc concluoit qu'il y avoit trente Eons produits immédiatement par l'Être suprême, et auxquels cet Être avoit abandonné le soin du monde. Voilà, selon St. Irenée, quels étoient les sentimens du Valentinien Marc. » Cet imposteur s'attachoit particulièrement à séduire les femmes, sur-tout celles qui étoient puissantes, riches ou belles. Il possédoit l'art d'opérer quelques phénomènes singuliers, qu'il fit passer pour des miracles. Il trouva, par exemple, le secret de changer, aux yeux des spectateurs, le vin qui sert au sacrifice de la Messe, en sang, par le moyen de deux vases, l'un plus grand et l'autre plus petit. Il mettoit le vin destiné à la célébration du sacrifice dans le petit vase, et faisoit une prière. Un instant après, la liqueur bouillonnoit dans le grand vase, et l'on y voyoit du sang au lieu de vin. Ce n'étoit apparemment que ce que l'on appelle communément la Fontaine des Noces de Cana. C'est un vase dans lequel on verse de l'eau : l'eau versée fait monter du vin, que l'on a mis auparavant dans ce vase, et dont il se remplit. Marc ayant persuadé aux sots qu'il changoit le vin en sang, prétendoit qu'il avoit la plénitude du Sacerdoce, et qu'il en possédoit seul le caractère. Les femmes les plus illustres, les plus riches et les plus belles l'admiroient et l'aimoient. Il leur dit qu'il avoit le pouvoir de leur communiquer le don des miracles; elles voulurent essayer. Marc leur fit verser du vin du petit vase dans le grand, et il prononçoit pendant cette transfusion, la prière suivante : Que la grace de Dieu, qui est avant toutes choses, et qu'on ne peut concevoir ni expliquer, perfectionne en nous l'homme intérieur; qu'elle augmente sa connoissance, en jetant le grain de semence sur la bonne terre. A peine Marc avoit-il prononcé ces paroles, que la liqueur qui étoit dans le calice bouillonnoit, et le sang couloit et remplissoit le vase. La prosélyte étonnée, croyoit avoir fait un miracle; elle étoit transportée de joie; elle s'agitoit, se troubloit, s'échauffoit jusqu'à la fureur, croyoit être remplie du Saint-Esprit, et prophétisoit. Marc, profitant de ces dernières impressions, disoit à sa prosélyte, que la source de la grace étoit en lui, et qu'il la communiquioit dans toute sa plénitude à celles sur qui il vouloit la répandre. On ne doutoit pas du pouvoir de Marc, et il avoit la liberté de choisir les moyens qu'il croyoit propres à la communiquer.
III. MARC, (Saint) Romain, succéda au pape Sylvestre Ier, le 18 janvier 335, et mourut le 7 octobre de la même année. On lui attribue une Epière, adressée à St. Athanase et aux évêques d'Égypte; mais les critiques la mettent au nombre des ouvrages supposés.
IV. MARC, évêque d'Aréthuse, sous Constantine le Grand, sauva la vie à Julien, qui fut do- P p 2 396 MAR puis empereur. Il assista au concile de Sardique en 347, et à celui de Sirmich en 351. Les Païens le persécutèrent sous le règne de Julien l'Apostat, parce qu'il avoit détruit un temple magnifique consacré aux Idoles. Il employa le reste de ses jours à convertir les partisans du Paganisme. Il mourut sous Joviáen ou sous Valens. St. Grégoire de Nazianze fait de lui un grand éloge. L'Eglise Grecque honore publiquement sa mémoire, le 23 mars. V. MARC, surnommé l'Ascétique, célèbre solitaire du 4e siècle, dont nous avons neuf Traités dans la Bibliothèque des Pères.
VI. MARC EUGÉNIQUE, archevêque d'Ephèse, fut envoyé en 1439 au concile de Florence, au nom des évêques Grecs. Il y soutint leur cause avec beaucoup de force et de subtilité, et ne voulut point signer le décret d'union. De retour à Constantinople, il s'éleva contre le concile de Florence. On a de lui, plusieurs Ecrits composés à ce sujet, qui sont insérés dans la Collection des Conciles; et d'autres ouvrages, dans lesquels on trouve de l'érudition et de la chaleur. Cet archevêque avoit professé l'éloquence avec succès. Il mourut peu de jours après sa dispute avec Barthelemi de Florence, en protestant qu'il ne vouloit pas qu'aucun de ceux qui avoient signé l'union, assistât à ses funérailles, ni qu'ils priassent Dieu pour lui. Tant il est vrai qu'un zèle mal - entendu fait souvent commettre des absurdités aux plus beaux génies! Marc d'Ephèse avoit un frère appelé Jean, qui vint avec lui à Flo- rence, et qui publia un Ecrit contre le concile tenu dans cette ville.
VII. MARC - ANTOINE, Triumvir, Voyez III. ANTOINE; - II. CALENUS; - II. JULIE; NONIUS et VOUMNIUS.
VIII. MARC-AURÈLE ANTONIN, le Philosophe, né le 26 avril l'an 121 de Jésus-Christ, de l'ancienne famille des Annius, fut adopté par Antoine le Pieux, qui l'associa à l'empire avec Lucius-Verus, cousin de cet empereur. Après la mort d'Antonin, l'an 161, on proclama d'une voix unanime Marc-Aurèle, qui, quoique le trône eût été déféré à lui seul, en partagea les honneurs et le pouvoir avec Lucius-Verus, et lui donna sa fille Lucille en mariage. Rome vit alors ce qu'elle n'avoit point encore vu, deux souverains à la fois; et deux souverains qui, avec des mœurs bien différentes, n'avoient qu'un cœur et qu'un esprit. Marc-Aurèle avoit pris, dès l'âge de douze ans, le manteau de philosophe. Sa vie avoit depuis été sobre et austère. Il conchoit sur la terre nue, et ce ne fut qu'à la prière de sa mère, qu'il prit un lit un peu plus commode. Ses maîtres de philosophie ne lui avoient point appris à faire de vaines déclamations et des syllogismes ridicules, ou à lire dans les Astres; mais à avoir des mœurs et de la vertu. Devenu empereur, il s'applique à régler le dedans de l'État, et à le faire respecter au dehors. Il remit en vigueur l'autorité du sénat, et assista à ses assemblées avec l'assiduité du moindre sénateur. Non-seulement il délibéroit de toutes les affaires mi- litaires, civiles et politiques, avec les plus sages de la ville, de la cour et du sénat; mais encore il défroît à leurs avis plutôt qu'au sien. Il est plus raisonnable, disoit-il, de suivre l'opinion de plusieurs personnes éclairées, que de les obliger de se soumettre à celle d'un seul homme. S'il étoit attentif à consulter, il ne l'étoit pas moins à faire exécuter. Il disoit « qu'un empereur ne devoit rien faire ni lentement, ni à la hâte; et que la négligence dans les plus petites choses influoit dans les plus grandes. » Sa circonspection pour le choix des gouverneurs de provinces et des magistrats, fut extrême. C'étoit une de ses maximes, « qu'il n'étoit pas au pouvoir d'un prince de créer les hommes tels qu'il les vouloit, mais qu'il dépendoit de lui de les employer tels qu'ils étoient, chacun selon son talent. » Persuadé que le prince est au-dessous des lois, il ne se regardoit que comme l'homme d'affaires de la République. Je vous donne cette épée, dit-il au chef du prétoire, pour me défendre tant que je m'acquitterai fidèlement de mon devoir; mais elle doit servir à me punir, si j'oublie que ma fonction est de faire le bonheur des Romains. Il demandoit permission au sénat de prendre de l'argent dans l'épargne; car, disoit-il, rien ne m'appartient en propre, et la maison même que j'habite, est à vous. Un gouvernement tel que le sien, ne pouvoit manquer de lui concilier l'amour et l'estime du sénat, et du peuple. L'un et l'autre cherchèrent à lui en donner des marques par les nouveaux honneurs qu'ils voulurent lui rendre; mais il refusa les temples et les autels. La vertu seule, dit-il, égale les hommes aux Dieux. Un Roi juste à l'Univers pour son temple, et les gens de bien en sont les Prêtres et les Ministres. Une peste générale ravagea l'Empire sonçon règne. A ce fléau si funeste succédèrent les tremblemens de terre, la famine, les inondations, les chenilles; et tout cela ensemble devint si terrible, que, sans la vigilance de Marc-Aurèle, l'empire Romain alloit devenir la proie des Barbares. Les Germains, les Sarmates, les Quades et les Marcomans, prenant occasion de ces calamités, firent irruption dans l'empire l'an 170, pénétrèrent en Italie, et ne furent repoussés qu'après avoir fait beaucoup de ravages. La persécution des Chrétiens parut un acte de religion, propre à calmer le courroux du Ciel; et Marc-Aurèle, cruel par piété, souffrit qu'on les persécutât. Les Barbares ayant fait une nouvelle irruption dans l'empire, l'empereur les délit, les chassa, et procura la paix à ses sujets par des victoires. Il employa ses momens de tranquillité à réformer les lois, à en donner de nouvelles en faveur des orphelins et des mineurs. Il désarma la chicane, fit des réglemens contre le luxe, et mit un frein à la licence générale. Une nouvelle ligue des Marcomans et des Quades, jeta l'empereur dans de nouveaux embarras. Pour ne pas charger le peuple d'impôts, il fit vendre les plus riches meubles de l'empire, les pierreries, les statues, les tableaux, la vaisselle d'or et d'argent, les habits même de l'impératrice et ses perles. Cette guerre fut plus longue et d'un succès plus douteux que les premières. Ce fut durant cette guerre P p 3 que Marc-Aurèle, se trouvant resserré par les ennemis dans une forêt de Bohême, obtint, suivant Tertullien, par les prières de la Légion Melitine, qui étoit Chrétienne, une pluie abondante qui désaltéra son armée prête à périr de soif. Les Païens attribuèrent ce miracle à Jupiter pluvieux; mais on prétend que Marc-Aurèle, persuadé qu'il en étoit redevable au Dieu des Chrétiens, défendit depuis de les accuser et de les persécuter. Les Barbares, vaincus par les manières généreuses de ce héros bienfaisant, autant que par ses exploits militaires, se soumirent un an après, en 175, la même année qu'Avidius-Cassius se fit proclamer empereur. Marc-Aurèle fit des préparatifs pour marcher contre lui; mais ce rebelle fut tué par un centenier de son armée. On envoya la tête de ce misérable à l'empereur, qui refusa de la voir, et qui brûla toutes ses lettres, pour n'être pas obligé de punir ceux qui avoient trempé dans sa révolte. Il fit même entendre, que « si Cassius avoit été en son pouvoir, il ne s'en seroit vengé qu'en lui laissant la vie; » et pardonna à toutes les villes qui avoient embrassé son parti. Il passa ensuite à Athènes, y établit des professeurs publics, auxquels il assigna des pensions et accorda des immunités. De retour à Rome, après huit ans d'absence, il donna à chaque citoyen huit pièces d'or, leur fit une remise générale de tout ce qu'ils devoient au trésor public; et, à l'imitation de Trajan, il brûla devant eux dans la place publique les actes qui les constituoient débiteurs. Il éleva aussi un grand nombre de statues aux capitaines de son armée, morts dans la dernière guerre. Pour se décharger un peu du poids de l'empire, il désigna pour son successeur son fils Commode, et se retira pour quelque temps à Lavinium. Là, dans le sein de la philosophie qu'il appeloit sa Mère, par opposition à la cour qu'il nommoit sa Marâtre, il répétoit souvent ces paroles de Platon: Heureux le peuple dont les Rois sont Philosophes, et dont les Philosophes sont des Rois! Ce bon prince croyoit jouir d'une tranquillité honorable. Une nouvelle irruption des peuples du Nord, le força à reprendre les armes. Il marcha contre eux, et deux ans après son départ de Rome, il tomba malade à Vienne en Autriche, et mourut à Sirmich, le 17 mars 180, à 59 ans, après en avoir régné 19. On attribua sa mort à l'art funeste des médecins gagnés par Commode; mais ces bruits peuvent bien n'avoir d'autre fondement, que les regrets que laissa Marc-Aurèle après lui, et la haine que mérita la tyrannie de Commode. Il paroît que la peste s'étoit mise dans l'armée, et que c'est de ce mal que l'empereur fut attaqué. Le sixième jour de sa maladie, se sentant défaillir, et moins affligé de sa mort prochaine que des maux qu'il prévoyoit devoir la suivre, il voulut faire un dernier effort pour inspirer à son fils une conduite sage et un gouvernement vertueux. L'ayant fait appeler auprès de son lit avec ses amis et ses plus fidèles conseillers, il parla en ces termes. « Mes amis ! voici le temps de recueillir le fruit des bienfaits dont je vous ai comblés depuis tant d'années, et de m'en témoigner votre reconnoissance. Mon fils a besoin de vous; c'est vous qui l'avez élevé jusqu'ici. Mais vous voyez à quels dangers sa jeunesse est exposée, et combien, dans un âge que l'on peut justement comparer à l'agitation des flots et de la tempête, lui est nécessaire le secours d'habiles pilotes, qui le gouvernent sagement, et qui empêchent que l'inexpérience ne l'entraîne dans mille écueils, et ne le livre à la séduction du vice. Servez-lui de modérateurs, dirigez-le par vos conseils, et faites qu'il retrouve en vous plusieurs pères, au lieu d'un que la mort lui enlève. Car, mon fils, vous devez savoir qu'il n'est point de richesses qui suffisent à remplir le gouffre insatiable de la tyrannie; point de garde, si nombreuse qu'elle soit, qui puisse assurer la vie du prince, s'il n'a pas soin d'acquérir l'affection de ses sujets. Ceux-là seuls ont droit à une longue et heureuse jouissance du souverain pouvoir, qui travaillent non à effrayer par la cruauté; mais à régner sur les cœurs par l'amour qu'inspire leur bonté à tous ceux qui leur obéissent. » Ce n'étoit pas assez d'un pareil discours; il falloit que Marc-Aurèle, qui connoissoit toutes les mauvaises qualités de Commode, le privat de l'empire. Mais, quoique doué de presque toutes les vertus et exempt de vices, Marc-Aurèle n'agissoit pas avec la même force qu'il pensoit, et sa douceur tint quelquefois de la foiblesse. On a de ce prince, douze livres de Reflexions sur sa vie, Londres, grec et latin, 1707, in-8°; traduits du grec en françois par Mad. Ducier, avec des remarques, Paris, 1691, 2 vol. in-12. M. de Joly a donné une nouvelle version, in-8°, de cet ex- cellent livre (Voyez l'article VII. Joly.) Cet empereur y a renfermé ce que la morale offre de plus beau pour la conduite de la vie. C'étoit, si on ose s'exprimer ainsi, l'Évangile des Païens. Le style en est naturel et simple; mais cette simplicité est aussi noble que touchante. L'ame vraiment grande et élevée, dit-il, est celle qui reçoit sans répugnance ce que le ciel lui envoie et de bien et de mal;... qui se remet entièrement et de toute sa volonté, pour ce qui concerne sa destinée et sa conduite, entre les mains de la Divinité;... qui ne demande qu'à marcher dans le chemin de sa loi; qu'à suivre Dieu, dont toutes les voies sont droites et tous les jugemens sont justes. La philosophie de Marc-Aurèle se rapprochoit presque en tout de celle de Socrate, qu'il sembloit avoir sans cesse devant les yeux. Personne ne l'a peint d'une manière plus fidelle ni plus précise que Julien, dans cette critique ingénieuse où il trace en peu de mots les portraits des empereurs. Mercure demande à Marc-Aurèle quelle fin il s'étoit proposée pendant sa vie? De ressembler aux Dieux, répond-il. — Eh quoi! (lui dit Silène), prétendois-tu te nourrir d'embroisie et de nectar, au lieu de pain et de vin? — Non; ce n'est pas par-là que je prétendois leur ressembler. — En quoi consistoit donc cette ressemblance? — A avoir peu de besoins, et à faire aux autres tout le bien possible. Tel fut en effet le plan de vie de Marc-Aurèle, comme il avoit été celui de Socrate; mais, quand il s'agissoit des idées systématiques du sage Gree, l'empereur philosophe alloit quelquefois au-delà de son modèle. P p 4 600 M A R Socrate supposoit dans le monde de bons et de mauvais Génies, qui s'attachoient aux mortels suivant leurs caractères et leurs penchans; de là les hommes heureux ou malheureux, conformément aux décrets de la justice divine, dont ces dieux subalternes étoient les ministres. C'est ainsi que Scipion, suivant Cicéron, avoit conçu le système de l'univers; mais Marc-Aurèle paroît l'envisager sous un point de vue plus consolant et plus élevé. Loin de supposer, ainsi que Socrate, de bons et de mauvais Génies, il regardoit l'être spirituel que nous possédons en nous, comme une pure émanation de l'Être suprême. Il croyoit qu'il suffisoit à l'homme, pour être heureux, de bien servir ce génie qui habitoit en lui, et ce qu'il entendoit par le bien servir, c'étoit de dégager son ame de tous les faux jugemens qui l'abusent et des passions qui l'avilissent. Pour ceux qui n'étoient pas éclairés des lumières de la véritable religion, rien n'étoit plus beau, que le discours qu'il conseilloit à chaque homme, de se tenir en mourant: « Tu t'es embarqué, tu as fais ta course; tu abordes au lieu où tu devois aller, sors courageusement du vaisseau. Si tu en sors pour arriver à une autre vie, tu y trouveras des dieux rémunérateurs; et si tu es privé de tout sentiment, tu cesseras d'être sous le joug des passions et de servir à un corps qui est si fort au-dessous de ton ame. » Ce langage étoit celui des Stoïciens les plus rigides. Marc-Aurèle croyant avec eux, que toutes les ames étoient des écontemens de la divinite, pensoit qu'après la mort elles s'y rejoignoient intimement. « Cela posé, ajoutoit-il, combien les hommes ne doivent-ils pas s'aimer, se secourir, et même se respecter les uns les autres? ils sont parens, avant que de naître de telle ou telle famille. »
IX. MARC-ANTOINE RAIMONDI, graveur, natif de Bologne, prit du goût pour la taille-douce à la vue des Estampes d'Albert Durer. Il essaya ses forces contre ce célèbre graveur. Il se mit à copier la Passion que ce maître avoit donnée en 36 morceaux, et grava sur ses planches, ainsi que lui, les lettres A. B. La preuve de ses talens fut complète. Les connoisseurs s'y trompèrent; cependant Albert Durer s'en apperçut, et fit un voyage exprès à Venise pour porter ses plaintes contre son rival. Marc-Antoine a été à l'égard de Raphaël, ce qu'Audran fut dans le siècle dernier pour le célèbre le Brun; il a été son graveur favori, et en répandant ses ouvrages et sa gloire, il s'est dressé à lui-même un trophée immortel. L'on prétend même que le fameux peintre Flamand dessinoit les traits des figures sur les planches que Marc-Antoine gravoit d'après lui. Quoi qu'il en soit, l'exactitude du dessin, la douceur et le charme de son burin, feront toujours rechercher ses Estampes. Ce fut lui qui grava d'après les dessins de Jules Romain, les planches qui furent mises au-devant des Sonnets infames de l'Aréfin. Le pape Clément VII le fit mettre en prison, d'où il s'échappa pour se retirer à Florence. Il mourut vers l'an 1540, dans un état qui n'étoit guère au-dessus de l'indigence. Pour se retirer des mains des Impériaux dans le sac de Rome, en 1527, il fut obligé de leur donner tout son argent, c'est-à-dire presque tout ce qu'il avoit. X. MARC-PAUL ou MARCO-POLO ou PAULO, célèbre voyageur, étoit fils de *Nicolas Polo*, Vénitien, qui alla avec son frère *Matthieu*, vers l'an 1255, à Constantinople, où régnoit *Baudoia II. Nicolas* en partant avoit laissé sa femme enceinte, et elle mit au monde le fameux *Marc Polo*, qui a écrit la relation de ce voyage. Les deux Vénitiens ayant pris congé de l'empereur, traversèrent la mer Noire, allèrent en Arménie, d'où ils passèrent par terre à la cour de *Barka*, un des plus grands seigneurs de la Tartarie, qui les accueillit avec distinction. Ce prince ayant été défait par un de ses voisins, *Nicolas* et *Matthieu* se sauvèrent comme ils purent à travers les déserts, et parvinrent jusqu'à la ville habitée par *Kublai*, grand kan des Tartares. *Kublai* s'amusa pendant quelque temps des récits qu'ils lui firent des mœurs et des usages des Européens, et finit par les nommer ses ambassadeurs auprès du pape, pour demander cent missionnaires. Ils vinrent donc en Italie, obtinrent du pontife Romain deux Dominicains, l'un Italien, l'autre Asiatique, et emmenèrent avec eux le jeune *Marc*, pour qui *Kublai* prit une affection singulière. Ce jeune homme, ayant appris les différens dialectes tartares, fut employé dans des ambassades qui lui donnèrent le moyen de parcourir la Tartarie, le Katai, la Chine, et d'autres contrées. Enfin, après une demeure de dix-sept ans à la cour du grand kan, les *Polo* revinrent dans leur patrie, en 1295, emportant de grandes richesses. *Marc*, rendu à une vie tranquille, écrivit la relation de ses voyages en italien, sous ce titre : *Delle maraviglie del mondo, da lui vedute*, etc., dont la première édition a paru à Venise en 1496, in-8°. Son ouvrage a été traduit en différentes langues, et inséré dans plusieurs collections. On estime l'édition latine d'*André Muller*, Cologne, chez Brand, 1671, in-4°; et celle qui est en françois dans le *Recueil des Voyages*, publié par *Bergeron*, à la Haye, 1735, 2 vol. in-4°. Il y a dans *Marc-Paul* des choses vraies, et d'autres peu croyables. Il est en effet difficile de croire qu'aussitôt que le grand kan fut informé de l'arrivée de deux marchands Vénitiens qui venoient vendre de la thériaque à sa cour, il envoya devant eux une escorte de 40.000 hommes, et qu'ensuite il dépêcha ces Vénitiens comme ambassadeurs auprès du pape, pour le prier de lui envoyer cent missionnaires. Et comment le pape, qui avoit tant de zèle pour la propagation de la foi, au lieu de cent religieux n'en auroit-il envoyé que deux ? Il y a donc des erreurs et des exagérations dans *Marc-Paul*; mais plusieurs autres choses vérifiées depuis, et qui ont même servi d'instruction aux voyageurs postérieurs, prouvent, qu'à plusieurs égards, sa Relation est précieuse.
XI. MARC, (N.**) acteur de la troupe bouffonne d'*Alard*, débuta à Paris en 1697. Il est le premier qui ait joué le personnage de *Gilles*, dont il prit le surnom, 602 MAR
MARC, Voyez MARCH et MARCK.
MARCA, (Pierre de) né à Gand en Béarn, le 24 janvier 1594, d'une famille ancienne, originaire d'Espagne, se distingua de bonne heure par son esprit, et par son zèle pour la religion Catholique; il travailla à la faire rétablir dans le Béarn, et eut le bonheur de réussir. C'est en reconnaissance de ses soins qu'il obtint la charge de président au parlement de Pau, en 1621, et celle de conseiller d'état, en 1639. Après la mort de son épouse, il entra dans les ordres, et fut nommé à l'évêché de Conserans. Mais la cour de Rome, irritée de ce qu'il avoit donné quelque atteinte aux prérogatives du saint Siège, dans son livre de la Concorde du Sacerdoce et de l'Empire, lui refusa long-temps ses bulles; et il ne les obtint qu'après avoir interprété ses sentimens d'une manière plus favorable aux opinions ultramontaines, dans un autre Livre qu'il fit imprimer à Barcelone, en 1646, in-4. L'habileté avec laquelle il remplit une commission qu'on lui donna en Catalogne, lui mérita l'archevêché de Toulouse, en 1652. Il s'étoit tant fait aimer en Catalogne, qu'ayant été attaqué d'une maladie qui le mit à l'extrémité, la ville de Barcelone, entr'autres, fit un vœu public à Notre-Dame de Montserrat, qui en est éloignée d'une journée, et y envoya, en son nom, douze Capucins nu-pieds, sans sandales, et douze jeunes filles aussi pieds nus, les cheveux épars et vêtues de longues robes blanches. Marca se disposoit à se rendre à Toulouse, lorsque le roi le fit ministre d'état, en 1658. Ses premiers soins furent d'écraser le Jansénisme. Il s'unit avec les Jésuites contre le livre du fameux évêque d'Ypres, et le premier il dressa le projet d'un Formulaire, où l'on condamneroit les cinq Propositions dans le sens de l'auteur. Son zèle fut récompensé par l'archevêché de Paris; mais il mourut le jour même que ses bulles arrivèrent, le 29 juin 1662, à 68 ans. Sa mort donna occasion à François Colletet, de lui faire cette Epitaphe badine: Ci dit Monacigneur de Marca, Que le roi sagement marqua Pour le Prélat de son Église; Mais la mort qui le remarqua, Et qui se plaît à la surprise, Tout aussitôt le démarqua. Ce prélat réunissoit plusieurs talens différens: l'érudition, la critique, la jurisprudence, mais sur-tout la politique et l'intrigue. Dans les disputes de l'Église, il parla en homme persuadé; mais il n'agit pas toujours de même. Il savoit plier aux temps et aux circonstances, non-seulement son cœur et son caractère, mais encore son esprit. Il ne craignoit pas de donner aux faits la tournure qu'il lui plaisoit, lorsqu'ils pouvoient favoriser son ambition ou ses intérêts. « Quand Marca dit mal, c'est, suivant l'abbé de Longuerue, qu'il est payé pour ne pas bien dire, ou qu'il espère l'être. Quelques mois avant sa mort, il dicta à Baluze, un Traité de l'inutilité du Pape. Ex ore ejus excepti, dit Baluse; il vouloit se faire cardinal.» Son style est ferme et mâle, assez pur, sans affectation et sans embarras. Ses principaux ouvrages sont: I. De concordia Sacer- M A R 603 dotii et Imperii, dont la meilleure édition est celle qui fut donnée, après sa mort, par Baluze, Paris, 1704, in-folio. C'est l'ouvrage le plus savant que nous ayons sur cette matière. II. Histoire du Béarn, in-folio, Paris, 1640. On y trouve tout ce qui concerne cette province, et l'on y prend une grande idée de l'érudition de l'auteur. III. Marca Hispanica, 1688, in-fol. C'est une description savante et curieuse de la Catalogne, du Roussillon et des frontières. La partie historique et la géographique y sont traitées avec une égale exactitude; et cet ouvrage peut être très-utile pour connoître les véritables bornes de la France et de l'Espagne. IV. Dissertatio de primatu Lugdunensi, 1644, in-8°, très-savante. V. Relation de ce qui s'est fait depuis 1653, dans les assemblées des Evêques, au sujet des cinq Propositions; Paris, 1657, in-4°. C'est contre cette relation, peu favorable au Jansénisme, que Nicole publia son Belga percontutor, 1657, in-4°, dans lequel il expose les scrupules d'un prétendu théologien Flamand, sur l'assemblée du Clergé de 1656. VI. Des Opuscules, publiés par Baluze, en 1669, in-8°. VII. D'autres Opuscules mis au jour par le même, en 1681, in-8°. Ces Opuscules renferment plusieurs dissertations intéressantes, entr'autres: De Tempore susceptue in Galliis fidei: De Eucharistia et Missa: De Pœnitentia: De Matrimonio: De Patriarchatu Constantinopolitano: De Stemmate Christi: De Magorum adventu: De singulari Primatu Petri: De Discrimine clericarum et laborum ex jure divino: De veteribus Collectionibus Canonum. VIII. Un Recueil de quelques Traités théologiques, les uns en latin, les autres en françois, donnés au public en 1668, in-4°, par l'abbé de Faget, cousin-germain du savant archevêque. L'éditeur orna cette collection d'une Vie en latin de son illustre parent; elle est étendue et curieuse. Il s'éleva à l'occasion de cette Vie, une dispute fort vive entre Baluze et l'abbé de Faget, qui fit peu d'honneur à l'un et à l'autre. Ils s'accablèrent d'injures dans des Lettres imprimées à la fin d'une nouvelle édition de ce Recueil, 1669, in-12. Cette édition est préférable à la première.
MARCASSUS, (Pierre de) né en Gascogne, vers 1584, fut professeur de rhétorique au collège de la Marche, à Paris, où il mourut en 1664, à 86 ans. On a de lui, des Histoires, des Romans et des Pièces de théâtre, qui sont indignes de paroître, même sur un théâtre de collège. Ses autres ouvrages ne valent pas mieux. On a encore de lui, des Traductions, qui sont au-dessous de celles de l'abbé de Marolles, son ami: c'est-à-dire qu'elles sont ce que nous avons de plus mauvais dans notre littérature.
MARCÉ, (Roland) Angevin, fut lieutenant général du bailliage de Baugé, et donna, en 1601, une tragédie d'Achum, imprimée la même année à Paris, chez Haby. I. MARCEL Ier, (Saint) Romain, successeur du pape Marcellin, en 308, se signala par son zèle et par sa sagesse. La juste sévérité dont il usa envers un apostat, le rendit odieux au tyran Maxence, qui le bannit de Rome. Il mourut, le 16 604 MAR janvier 310. Il est appelé martyr dans les Sacramentaires de Gélase I et de St. Grégoire, ainsi que dans les Martyrologes attribués à St. Jérôme et à Bède. Le pape St. Damasc a composé son épitaphe en vers.
II. MARCEL II, (Marcel Cervin) natif de Montepulciano, étoit fils du receveur général des revenus du saint Siège, à Alfano. Il fit ses études avec distinction, et plut au pape Paul III, qui le nomma son premier secrétaire. Il accompagna en France le cardinal Farnèse, neveu de ce pontife, et s'y fit estimer par ses mœurs et son savoir. De retour à Rome, il obtint de son bienfaiteur le chapeau de cardinal, et fut choisi pour être un des présidents du concile de Trente. Il succéda, sous le nom de Marcel, au pape Jules III, le 9 avril 1555. Quand on lui avoit présenté dans le conclave certains articles que tous les cardinaux avoient accoutumé de signer : Je les ai jurés plusieurs fois, leur dit-il, et je prétends bien les exécuter. Il commença par établir une congrégation de six cardinaux, pour travailler à la réformation. Quelques-uns de mes prédécesseurs, dit-il, s'imaginoient que la réformation diminucroit leur autorité ; c'est par-là qu'il faut commencer de fermer la bouche aux hérétiques. Il donna ordre aux nonces qui étoient auprès de l'empereur et du roi très-chrétien, de les presser de faire la paix, et de leur dire que s'ils ne la faisoient, il iroit lui-même les conjurer de la faire. Il ne voulut recevoir aucune requête qui ne fût juste, semblable à Caton, qui s'écrioit souvent : Heureux celui à qui personne n'escroit de- mander une injustice ! Ce pontife mourut d'apoplexie, vingt-un jours après son élection, avec le regret de n'avoir pas assez vécu pour pacifier les troubles, réformer les abus, et faire fleurir la science et la piété dans l'Eglise. Il étoit si ennemi du népotisme, qu'il ne voulut pas même permettre à ses neveux de venir à Rome.
III. MARCEL, (St.) ou MARCEAU, célèbre évêque de Paris, mort le premier novembre, au commencement du 5e siècle. — Il y a eu plusieurs autres Saints de ce nom : St. Marcel, martyrisé à Châlons-sur-Saône, l'an 179 ; St. Marcel, capitaine dans la légion Trajane, qui eut la tête tranchée pour la foi de Jésus-Christ à Tanger, le 30 octobre vers l'an 298 ; et St. Marcel, évêque d'Apamée, et martyr en 385.
IV. MARCEL, fameux évêque d'Ancyre, dès l'an 314, assista au concile de Nicée en 325, et y signala son éloquence contre l'impieté Arienne. Il s'opposa à la condamnation de St. Athanase, au concile de Tyr, en 335, et à celui de Jérusalem, où il s'éleva avec zèle contre Arius. Les Ariens irrités le persécutèrent avec fureur ; ils le déposèrent à Constantinople en 336, et mirent à sa place Basile, qui s'étoit acquis de la réputation par son éloquence. Marcel d'Ancyre alla à Rome trouver le pape Jules, qui le jugea innocent dans un concile tenu en cette ville, et le reçut à sa communion. L'illustre persécuté fut encore absous et rétabli au concile de Sardique en 347, et mourut dans un âge très-avancé en 374. Il ne nous reste de lui qu'une Lettre M A R 609 écrite au pape Jules, deux Confessions de Foi, et quelques fragmens de son Livre contre Astère, dans la réfutation qu'en a faite Eusèbe. C'est une grande question entre les saints Pères et les Théologiens, de savoir si les écrits de Marcel d'Ancyre sont orthodoxes. Les uns les justifient, et les autres les regardent comme hérétiques. Les persécutions qu'il essuya, sont un préjugé en faveur de l'auteur et de ses ouvrages. V. MARCEL, (St.) natif d'Apamée, d'une famille noble et riche, distribua tous ses biens aux pauvres, pour se retirer auprès de St. Alexandre, instituteur des Acemgies. St. Marcel fut abbé de ce monastère après Jean, successeur d'Alexandre, vers 447, et mourut après l'an 485. Sa sainteté et ses miracles lui ont fait un nom dans l'Orient.
VI. MARCEL, (Etienne) prévôt des marchands de Paris, s'étoit concilié l'amour du peuple par son opposition à la cour, pendant la prison du roi Jean. Voyez dans l'article de ce dernier, n.º XLIX, la suite de son histoire.
VII. MARCEL, (Christophe) Vénitien, fut chanoine de Padoue et chanoine de Corfou. Il eut le malheur d'être pris au sac de Rome en 1527. Comme il n'avoit pas le moyen de payer sa rançon, les soldats l'attacèrent à un arbre auprès de Gayette, en pleine campagne, et lui arrachoient un ongle chaque jour. Il mourut de l'excès des douleurs et de l'intempérie de l'air. On a de lui un Treité de Animâ, 1508, in-fol.; et une édition des Ritus Ecclesiastici, 1516, in-fol.
VIII. MARCEL, (Guillaume) né près de Bayeux, entra chez les Pères de l'Oratoire, et professa à Rouen en 1540. Il sortit quelque temps après de l'Oratoire, pour remplir la place de professeur d'éloquence, au collège des Grassins à Paris. Ce fut dans celui-ci que lui arriva l'aventure rapportée dans le Dictionnaire de Bayle, au mot Godefroi Hermant. Il étoit près de réciter en public l'oraison funèbre du maréchal de Gassion, quand, sur la plainte d'un vieux docteur, il lui fut défendu de la part du recteur, de prononcer, dans une université catholique, l'éloge d'un homme mort dans la religion Protestante. Le goût de la patrie le rappela à Bayeux, pour être chanoine et principal du collège de cette ville. Enfin, voulant se reposer des fatigues de ce pénible emploi, il se retira, en 1671, dans la cure de Basly, près Caen, et y mourut en 1702, âgé de 90 ans. C'est par ses conseils que le poète Brébeuf, son ami, entreprit la traduction de la Pharsale de Lucain. Il a laissé un grand nombre d'écrits en prose, et en vers latins et françois; on peut en voir la liste dans le Moréri, édition de 1759. — Un auteur dramatique du même nom fit représenter, en 1671, une Comédie en cinq actes, intitulée: le Mariage sans Mariage.
IX. MARCEL, (Guillaume) avocat au conseil, natif de Toulouse, mort à Arles, commissaire des classes, en 1708, à 61 ans, est auteur. I. De l'Histoire de l'origine et des progrès de la Monarchie Françoise, en 4 vol. in-12. C'est moins un corps d'histoire, qu'une chro- 606 MAR nique sèche et inexacte. II. Des *Tablettes Chronologiques pour l'Histoire profane*, in-12, qu'on lit moins depuis celles de l'abbé *Lenglet du Fresnoi*, mais qui n'ont point été inutiles à celui-ci. III. Des *Tablettes Chronologiques pour les affaires de l'Eglise*, in-8$^{o}$: ouvrage estimé, et qu'on pourroit rendre meilleur, en consultant l'*Art de vérifier les dates*. Marcel avoit le génie de la négociation. Ce fut lui qui conclut la paix d'Alger avec Louis XIV, en 1677, et qui fit fleurir le commerce de France en Egypte. X. MARCEL. (N.) fameux maître à danser, étoit plein d'enthousiasme pour son art. On connoit son mot devenu célèbre, lorsqu'étudiant profondément les pas d'une danseuse, il s'écria: *Que de choses dans un menuet!* « A la démarche, à l'habitude du corps, dit *Helcetius*, ce danseur prétendoit connoître le caractère d'un homme. Un étranger se présente un jour dans sa salle: *De quel pays êtes-vous?* lui demande Marcel. *Je suis Anglois.* — *Vous Anglois!* lui répliqua Marcel: *Vous seriez de cette isle où les Citoyens ont part à l'administration publique, et sont une portion de la puissance souveraine!* Non, Monsieur: ce front baissé, ce regard timide, cette démarche incertaine, ne m'annoncent que l'esclave titré d'un électeur. » On doit à Marcel, les airs du Tour de Carnaval, opéra de d'Al-laiavel.
MARCELLE. (Ste.) dame romaine, étant devenue veuve après sept mois de mariage, embrassa la vie monastique. Plusieurs vierges de qualité se mirent sous sa conduite, et la ville de Rome fut bientôt remplie de monastères, où on imitoit la vie des Solitaires d'Orient. Marcelle consultoit souvent St. Jérôme dans ses doutes, et nous avons les réponses de ce saint docteur, dans les XI Lettres qu'il lui écrivit. Elle eut beaucoup à souffrir durant le sac de la ville de Rome. l'an 410: les Barbares vouloient lui faire découvrir des trésors qu'elle avoit cachés, à l'imitation de St. Laurent, dans le sein des pauvres. Alarmée du danger que couroit l'innocence de *Principe*, sa chère fille spirituelle, elle se jeta aux pieds des soldats, et les conjura de l'épargner; ceux-ci, oubliant leur férocité, conduisirent Marcelle et *Principe* dans l'église de Saint-Paul, qui, selon les ordres d'Alaric leur chef, devoit servir d'asile, de même que celle de Saint-Pierre. Elle survécut peu au désastre de sa patrie, et mourut en 410. St. Jérôme a écrit élégamment sa Vie dans la Lettre à *Principe*, Lib. III, Epist. 9, édition de Pierre Canisius. I. MARCELLIN, succéda au pape S. Caïus, en 296, et se signala par son courage durant la persécution, selon les uns, et sacrifica aux idoles, selon d'autres. Hu moins les Donatistes l'en ont accusé. St. Augustin nie ce fait, sans apporter aucune preuve justificative, dans son livre *De unico baptismo*, contre *Pétilien*. Les Actes du concile de Sinuesse, contiennent la même accusation: mais ce sont des pièces supposées, qui n'ont été fabriquées que longtemps après. Cependant le martyrologe et le bréviaire romains rapportent que Marcellin se laissa persuader par l'empereur païen d'offrir de l'encens aux dieux du paganisme; et M A R 607 Baronius, Bellarmia et d'autres canonistes Italiens, s'appuient de l'exemple de Marcellin, qui, malgré sa chute, continua d'être pape, pour prouver que le chef de l'église ne peut être soumis à aucun tribunal de la terre. L'innocence de Marcellin peut donc être rangée au rang des problèmes historiques : mais son repentir ne peut être douteux. Ce pontife tint le siège un peu plus de huit ans, et mourut le 24 octobre 304, également illustre par sa sainteté et par ses lumières. Après sa mort, la chaire de Rome vaqua jusqu'en 308.
II. MARCELLIN, (Saint) est regardé comme le premier évêque d'Embrun. Il mourut vers 353. Les Actes de sa vie sont fort incertains, et sentent bien la Légende. (Voy. BAILLET, Vies des Saints, 26 d'Avril.) — Il faut le distinguer de St. MARCELLIN, prêtre, qui reçut la couronne du martyre à Rome, avec saint Pierre Exorciste, l'an 304.
III. MARCELLIN, officier de l'empire, et comte d'Illyrie, du temps de l'empereur Justinien, est auteur d'une Chronique qui commence où celle de St. Jérôme se termine, en 379, et qui finit en 534. L'édition la plus correcte de cet ouvrage, est celle que le P. Sirmond donna en 1619, in-8. On l'a continuée jusqu'en 566. Cassiodore, qui en parle avec éloge, dit (Divin. Lect. cap. 17.) que Marcellin avoit encore donné deux ouvrages, l'un intitulé : De temporum qualitatibus et positionibus locorum ; l'autre : De urbibus Coeli et Hierosolymis ; mais ils ne sont pas parvenus jusqu'à nous.
IV. MARCELLIN, (Pancreas) doyen du collège de Mé- decine de Lyon, dans le dernier siècle, publia des notes sur Mercurial, et un traité de la Peste.
MARCELLIN, Voy. AMMIEN-MARCELLIN.
MARCELLIN, évêque d'Arezzo; Voy. INNOCENT IV.
MARCELLINE, (Ste) sœur aînée de St. Ambroise, et fille d'un préfet des Gaules, suivit sa mère à Rome après la mort de son père, et se consacra à élever ses frères dans les maximes pures de la religion chrétienne, et l'exercice des vertus. Elle prit le voile sacré des mains du pape, en 352, et mourut quelque temps après. L'Eglise célèbre sa fête le 17 juillet.
MARCELLINUS, Voy. FABIUS-MARCELLINUS.
MARCELLO, (Benoit) célèbre musicien d'une des plus illustres familles de Venise, vivoit au commencement du siècle qui vient de finir. On a de lui, des Motets, des Cantates et d'autres ouvrages, que les connoisseurs mettent à côté de ce que l'Italie a produit de mieux en musique. « C'est exactement, dit M. de la Borde, le Pindare de la musique. Il en est aussi le Michel-Ange, par la force et la régularité du dessin. On trouve dans l'analyse de ses ouvrages, une science profonde et une adresse ingénieuse ; mais l'exécution de son chant est d'une difficulté presque insurmontable : il faut des voix de la plus grande étendue, et qui ne redoutent pas les intervalles les plus extraordinaires. » Le chef de la famille, qui subsiste encore, étoit en 1770, ambassadeur de Venise à la Porte. I. MARCELLUS, ( Marcus-Claudius ) célèbre général Romain, fit la guerre avec succès contre les Gaulois, et tua de sa propre main le roi Viridomare. Virgile a décrit ainsi ce triomphe : Aspice ut insignis spollis Marcellus opimis Ingréditeur, victorque viros superemines omnes, Hic rem Romanam, magno turbante sumulta, Sisset eques : sternet Pænos, Gallumque rebellion, Tertiaque arma patri suspendet capta Quirino. Marcellus ayant en ordre de passer en Sicile, et n'ayant pu ramener les Syracusains par la voie de la douceur, il les assiégea par terre et par mer. Archimède en retarda la prise pendant trois ans par des machines qui détruisoient de fond en comble les ouvrages des assiégeans; mais leur ville fut enfin obligée de se rendre ( Voy. ARCHIMÈDE ). Marcellus avoit ordonné qu'on épargnât l'illustre ingénieur qui l'avoit si bien défendue, et il n'apprit sa mort qu'avec une douleur extrême. Marcellus emporta de la Sicile les statues, les tableaux, les meubles précieux et les autres rares curiosités dont les arts de la Grèce avoient enrichi Syracuse, et il en décora Rome. Il apprit, le premier, aux Romains à estimer et à admirer les beautés et les graces de ces chefs-d'œuvre qu'auparavant ils ne connoissoient pas. Rome jusqu'alors n'étoit pour ainsi dire qu'un vaste arsenal; elle offrit depuis des spectacles à la curiosité des citoyens. Marcellus en fut plus agréable au peuple, les citoyens censés le blâmèrent d'avoir introduit un genre de luxe qui traîne à sa suite la mollesse, en favorisant l'oisiveté. Fabius, qui, après la prise de Tarente, n'avoit pas voulu emporter les tableaux et les statues des dieux, avoit dit à cette occasion : Laissons aux Tarentins leurs Dieux irrités. Ce général ne signala pas moins sa valeur dans la guerre contre Annibal. Il eut la gloire de le vaincre deux fois sous les murs de Nole, et mérita qu'on l'appelât l'Epée de la République, comme Fabius, son collègue dans le consulat et dans le généralat, en avoit été appelé le Bouclier. La prudente lenteur de Fabius sut arracher à Annibal le prix de ses victoires, en évitant les batailles; l'audace et l'activité de Marcellus, après de nouveaux désastres, relevèrent les courages abattus; il inspira aux troupes assez de confiance pour les empêcher de craindre l'ennemi. Ses succès lui suscitèrent des envieux; il fut accusé devant le peuple par un tribun jaloux de sa gloire. Ce grand homme vient à Rome, et s'y justifie par le seul récit de ses exploits: le lendemain, il est élu conseil pour la 5e fois, et part tout de suite pour continuer la guerre. Sa mort ne fut point digne d'un si grand général. Quoique âgé de 60 ans, il avoit la vivacité d'un jeune homme. Cette vivacité l'emporta au point d'aller lui-même, presque sans escorte, à la découverte d'un poste qui séparoit le camp des Romains d'avec celui d'Annibal. Le général Carthaginois y avoit fait cacher un détachement de cavalerie Numide: il fondit à l'improviste sur la petite troupe des Romains, qui fut presque entièrement taillée en pièces. Marcellus fut tué dans cette cette embuscade, l'an 207 avant J. C. Annibal le fit enterrer avec pompe, et honora sa mort de ses regrets.
II. MARCELLUS, (Marcus-Claudius) un des descendants du précédent, joua un rôle dans les guerres civiles, et prit le parti de Pompée contre César. Celui-ci ayant été vainqueur, exila Marcellus, et le rappela ensuite, à la prière du sénat. C'est pour lui que Cicéron prononça son Oraison pro Marcello, l'une des plus belles de cet orateur.
III. MARCELLUS, (Marcus-Claudius) petit-fils du précédent, et fils de Marcellus et d'Octavie sœur d'Auguste, épousa Julie fille de cet empereur. Le sénat le créa édile. Marcellus se concilia, pendant son édilité, la bienveillance publique. Rien ne flattoit davantage les Romains, que la pensée qu'il succéderoit un jour à Auguste. Sa mort prématurée fit évanouir ces espérances : ce qui fit dire à Virgile, que les destins n'avoient fait que le montrer au monde. Le Tu MARCELLUS ENS, que ce grand poète sut employer avec tant d'art au 6e livre de son Enéide, fit verser bien des larmes aux Romains, surtout à sa famille. Ses obsèques se firent aux dépens du public, et l'on honora sa mémoire par tout ce que l'estime et les regrets surent imaginer.
IV. MARCELLUS, médecin de Seïde en Pamphilie, vivoit sous l'empereur Marc-Aurèle. Il composa deux poèmes en vers héroïques : l'un sur la Lyca-thropie, espèce de mélancolie, qui frappe ceux qui en sont attaqués, de l'idée opiniâtre qu'ils sont changés en loups; l'autre sur les Poissons. On trouve des fragments du premier dans le Corpus Postarum de Maittaire.
MARCELLUS, Voy. NONIUS-MARCELLUS.
MARCH, (Ausias) poète de Valence en Espagne, dans le xve siècle, célébra dans ses vers une de ses compatriotes, nommée Thérèse Bou. Ce poète, à l'exemple de Pétrarque qu'il pilla, chanta son amante pendant sa vie et après sa mort. La vérification des temps auxquels ces deux poètes ont vécu, justifie le poète Italien de l'imputation de plagiat, qui retombe sur le poète Espagnol; à moins qu'on n'aime mieux dire qu'ils ont puisé tous deux dans les Poésies de MESSEN-JORDY (Voyez MESSEN), qui les avoit précédé. Il y a apparence que March fut moins fidelle à sa Thérèse, que Pétrarque à sa Laure; puisqu'il a célébré aussi Naclette de Borgia, nièce de Calixte III. Le recueil de ses Vers fut imprimé à Valladolid en 1555. I. MARCHAND, (Jean-Louis) natif de Lyon, partage, avec le célèbre d'Aquin la gloire d'avoir porté l'art de l'organiste au plus haut degré de perfection. Il vint fort jeune à Paris, et s'étant trouvé, comme par hasard, dans la chapelle du collège de Louis le Grand, au moment qu'on attendoit l'organiste pour commencer l'office divin, il s'offrit pour le remplacer. Son jeu plut tellement, que les Jésuites le retinrent dans le collège, et fournirent tout ce qui étoit nécessaire pour perfectionner ses talens. Marchand conserva toujours l'orgue de leur chapelle, et refusa constamment les places avantageuses qu'on lui offrit. La Q q 610 MAR reconnoissance n'eut pas seule part à ce désintéressement : il étoit d'un esprit si fantasque et si indépendant, qu'il négligea autant sa réputation que sa gloire. (Voyez RAMEAU.) Il mourut à Paris en 1732, à 63 ans. On a de lui, deux livres de *Pièces de Clavecin*, estimées des connoisseurs.
II. MARCHAND, (Prosper) fut élevé, dès sa jeunesse, dans la librairie à Paris et dans la connoissance des livres. Il entretint une correspondance réglée avec plusieurs savans, entre autres avec *Bernard*, continuateur des *Nouvelles de la République des Lettres*, et il lui fournit les anecdotes littéraires de France. *Marchand* alla le joindre en Hollande, pour y professer en liberté la religion Protestante qu'il avoit embrassée, et pour laquelle il étoit fort zélé. Il y continua quelque temps la librairie, mais il quitta ensuite ce négoce, pour se consacrer uniquement à la littérature. La connoissance des livres et de leurs auteurs, et l'étude de l'Histoire de France, fut toujours son occupation favorite. Il s'y distingua tellement, qu'il étoit consulté de toutes les parties de l'Europe. Il n'établisoit que trois classes fondamentales pour la classification des livres. 1.º La science humaine ou *Philosophie*, 2.º La science divine ou *Théologie*; 3.º La science des événements ou *Histoire*. Il fut aussi un des principaux auteurs du *Journal Littéraire*, l'un des meilleurs ouvrages périodiques qui aient paru en Hollande, et il fournit d'excellens extraits dans la plupart des autres Journaux. Ce savant estimable mourut dans un âge avancé, le 14 Juin 1756. Il légua le peu de bien qui lui restoit, à une Société fondée à la Haye pour l'éducation et l'instruction d'un certain nombre de pauvres. Sa bibliothèque, l'une des mieux composées pour l'Histoire littéraire, est restée par son testament avec ses manuscrits à l'université de Leyde. On a de lui : I. *L'Histoire de l'Imprimerie*. Cet ouvrage, rempli de discussions et de notes, parut en 1740, à la Haye, in-4.º L'érudition y est tellement prodiguée, l'auteur a si fort accumulé les remarques et les citations, que quand on est à la fin de ce chaos, on ne sait guère à quoi s'en tenir sur les points qu'il discute. L'abbé *Mercier*, Abbé de Saint-Léger de Soissons, a donné en 1775, in-4.º, un supplément à cette histoire, aussi curieux qu'exact. II. *Un Dictionnaire Historique*, ou *Mémoires Critiques et Littéraires*, imprimé à la Haye en 1758, en 2 petits vol. in-folio. On y trouve des singularités historiques, des anecdotes littéraires, des points de bibliographie discutés; mais il y a trop de minutes, le style n'est pas pur, et l'auteur se livre trop à l'emportement de son caractère. Il est difficile d'entasser plus d'érudition et sur des choses si peu intéressantes, du moins pour le commun des lecteurs. III. Une nouvelle édition du *Dictionnaire* et des *Lettres de Bayle*; du *Cymbalum mundi*, etc.
III. MARCHAND, (Henri) religieux du Tiers-Ordre de Saint-François, sous le nom de P. *Grégoire*, né à Lyon en 1674, mort à Marseille en 1750, construisit les deux fumeurs globes de six pieds de diamètre, qui étoient dans le couvent de la Guillotière, à Lyon. M A R 617
IV. MARCHAND, (Jean-Henri) avocat et censeur royal, a publié dans les Journaux, plusieurs pièces de vers agréables. On trouve quelques-unes de ses chansons, dans le tome deux de l'Anthologie Françoise. Sa gaieté et une plaisanterie assez fine, ont donné du succès à plusieurs de ses opuscules en prose. Ceux-ci sont : I. Requête du curé de Fontenai, 1745. II. Autre des sous-fermiers pour le contrôle des billets de confession. III. Mémoire pour M. de Beaumanoir au sujet du pain bénit, 1756, in-8.º IV. L'Encyclopédie perruquière, 1757, in-12. V. Mon radotage, in-12. VI. Hilaire, critique de 1759, Bélisaire, 1767, in-12. VII. L'Esprit et la chose, 1768, in-8.º VIII. Requête des Fiacres, les Panaches ou les coiffures à la mode, l'Egoïste, Testament politique de Voltaire. On lui doit deux écrits plus sérieux, un Eloge de Stanislas roi de Pologne, et les Délassemens champêtres, 1768, 2. vol. in-12. L'auteur est mort vers 1780. V. MARCHAND, (Mad. le) fille du poète Duché, eut de l'esprit et des graces. Elle dirigea souvent son père dans ses écrits, et en a publié un elle-même, sous le titre de Comte de Boca.
MARCHANT, (Pierre) né à Couvin dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, principauté de Liège, l'an 1585, se fit Récollet. En 1639, il fut fait commissaire général de son ordre, avec plein pouvoir sur les provinces d'Allemagne, dès Pays-Bas, etc. Il est le principal auteur de la réforme des Franciscaines, avec la vénérable Sœur Jeanne de Jésus, nommée Neering, de Gand. Cette congrégation, connue sous le nom de Réforme des Sœurs Franciscaines de la pénitence de Limbourg, fut approuvée par Urbain VIII l'an 1634. Cet homme, plein de zèle pour la discipline religieuse, mourut à Gand le 11 novembre 1661. On a de lui : I. Expositio litteralis in regulam Sancti Francisci, Anvers, 1631, in-8.º II. Tribunal sacramental, Gand, 1643, 2 vol. in-fol.; et un troisième à Anvers, 1650. Théologie aujourd'hui oubliée, qui renferme plusieurs choses plus pieuses que solides, entr'autres le traité intitulé : Sanctificatio S. Josephi in utero. III. Les Constitutions de la congrégation des Religieuses qu'il a établie, etc. — Son frère Jacques MARCHANT, doyen et curé de Couvin, s'est distingué aussi par sa science et sa piété; on estime encore son Hortus Pastorum, et plusieurs autres ouvrages recueillis à Cologne, in-folio, 1635.
MARCHE, (les Comtes de la) Voy. la Généalogie des Bourbons, au mot 1. BOURBON.
MARCHE, (Olivier de la) fils d'un gentilhomme Bourguignon, fut page, puis gentilhomme de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Louis XI, mécontent de la Marche, voulut que Philippe lui livrât ce fidelle serviteur; mais ce prince lui fit répondre, que si le Roi ou quelqu'autre attentoit sur lui, il en feroit raison. Devenu ensuite maître-d'hôtel et capitaine des gardes de Charles le Téméraire, il le servit avec zèle. Après la mort de ce prince, tué à la bataille de Nanci en 1477, Olivier de la Marche eut la charge de grand maître d'hôtel de Maximilien d'Autriche, qui épousa l'héritière de Bourgogne. Il eut la même charge sous l'art Q q 2 612 MAR chic'ue Philippe, et fut envoyé en ambassade à la cour de France après la mort de Louis XI. Il mourut à Bruxelles le 1 Février 1501. On a de lui : I. Des Mémoires ou Chroniques, imprimés à Lyon en 1562, et à Bruxelles en 1616, in-4.º Ces Mémoires, inférieurs à ceux de Comines pour le style, leur sont peut-être supérieurs pour la sincérité. On y trouve des anecdotes curieuses sur la cour des deux derniers ducs de Bourgogne, auxquels l'auteur avoit été attaché. Les faits y sont racontés d'une manière plate et confuse ; mais ils respirent la franchise. II. Traité sur les Fœufs et Gages de bataille, in-8.º III. Triomphe des Dames d'honneur, 1520, in-8.º C'est un ouvrage moral, plein de longues trivialités et de choses grotesques. Il veut faire présent à sa maîtresse de pantoufles d'humilité, de souliers de bonne diligence, de chausses de persévérance, de jarretières de ferme-propos, etc. IV. Plusieurs autres ouvrages, imprimés et manuscrits, qui ne méritent ni d'être lus, ni d'être cités.
MARCHEBRUSC. (N** Chabot de) d'une ancienne maison de Poitou, se rendit célèbre en Provence, où elle se maria, par son esprit et ses poésies ; fixée à Avignon, elle y établit une cour d'amour qu'elle présida, et où elle prononçoit sur toutes les contestations amoureuses qui lui étoient soumises par les dames, les seigneurs et les troubadours. Cette femme aimable composa un petit ouvrage en prose, intitulé : De la Nature de l'Amour. Son fils fut aussi poète, et publia Las Taulas d'amor, les Tableaux d'amour. L'un et l'autre vivoient sous le pontificat de Clément V.T. et en 1546. Nostredame, gothique historien de Provence, croit que l'étrarque a voulu attaquer, dans quelques-uns de ses sonnets, la dame de Marchebrusc, qu'il appelle Mère Babylonne, Fontaine de douleur et Nid de trahisons ; mais cette opinion a paru peu vraisemblable.
MARCHE - COURMONT, ( Ignace Hugari de la ) ancien chambellan du margrove de Bareith, et capitaine au service de France dans les Volontaires de Wurasier, saquit à Paris en 1728, et mourut à l'isle de Bourbon en 1768, à 40 ans. Il avoit beaucoup voyagé en Italie, en Allemagne, en Pologne, et s'étoit fait aimer d'un grand nombre de personnes d'un vrai mérite. Il avoit de l'esprit, et il en mettoit dans la société et dans ses ouvrages. Les principaux sont : I. Les Lettres d'Aza, pour servir de suite aux Lettres l'éruviennes, in-12 ; roman médiocre. II. Essai Politique sur les avantages que la France peut retirer de la conquête de Minorque : brochure qui n'est plus lue aujourd'hui. III. Le Littérature impartial : Journal qui n'est point de suite. La littérature lui est redevable de la première idée du Journal étranger.
MARCHETTI. ( Alexandre ) né à Pontormo, sur la route de Florence à Pise, en 1633, d'une famille illustre, montra, dès ses premières années, des talens et du goût pour la poésie et les mathématiques. Il fut ami intime du savant Borelli, et lui succéda en 1679, dans la chaire de mathématiques à Pise. C'étoit un homme dégagé des préjugés de l'école, qui soutint avec liberté ses sentimens, lorsqu'il les crut fondés L'autorité faisoit moins d'impression sur lui que les expériences, et il préféroit une bonne raison à cent passages d'Aristote. Après avoir fait d'excellens disciples, il mourut d'apoplexie au château de Pontormo le 6 septembre 1714, âgé de 82 ans. On a de lui, des Poésies, 1704, in-4°; et des Traités de physique et de mathématiques, estimés, parmi lesquels on distingue celui De resistentii fluidorum, 1669, in-4°. Crescimbeni a inséré un de ses Sonnets dans son Histoire de la Poésie Italienne, comme le plus parfait qu'il eût encore vu. On fait cas de sa Traduction en vers italiens de Lucrèce, Londres, 1717, in-8°; et Amsterdam (Paris), 1754, en 2 vol. in-8°. Cette dernière édition, publiée par M. Gerbault, a plus d'éclat que de correction. Sa version est estimable par la fidélité et la précision, et surtout par la facilité, la finesse et la douceur de la versification. On ne fait pas autant de cas de sa Traduction en vers libres des Œuvres d'Anacrion, à Lucques, 1707, in-4°. Sa Vie est à la tête de ses Poésies, réimprimées à Venise, 1755, in-4°.
MARCHI, (François) gentilhomme Romain, né à Bologne, dans le XVIe siècle, fut un des plus habiles ingénieurs de son temps. Il est auteur d'un ouvrage curieux, intitulé : Della architettura militare, imprimé à Bresse en 1599, grand in-folio, orné de 161 figures. C'est la seule édition qui en ait été faite, quoique plusieurs bibliographes aient écrit le contraire. Ce livre est très-rare; et, s'il en faut croire les Italiens, cette grande rareté provient moins de ce qu'il n'a pas été réimprimé, que de ce que plusieurs ingénieurs M A R 613 François qui se sont approprié beaucoup d'inventions de Marchi, en ont retiré du commerce autant d'exemplaires qu'il leur a été possible. On en trouve un extrait dans le 2e vol. des Travaux de Mars, de Manesson Mallet, avec quelques figures, tirées de l'auteur Italien.
MARCHIÀLI, Voyez dans l'art. du MASQUE-DE-FER.
MARCHIN ou MARSIN, (Ferdinand, comte de) d'une famille Liégeoise, étoit fils de Jean-Gaspard-Ferdinand, qui, après avoir servi dans les troupes Françoises, passa au service d'Espagne et de l'Empire, et mourut en 1673. Son fils Ferdinand vint alors en France. Il n'avoit que dix-sept ans; mais il montroit beaucoup d'envie de se signaler. Nommé brigadier de cavalerie, il servit, l'an 1690, en Flandre, et fut blessé à la bataille de Fleurus. En 1693, il se trouva à la bataille de Nerwinde, à la prise de Chacheroi, et passa ensuite en Italie. Dans la guerre de la succession, il fut employé comme négociateur et comme guerrier. Il étoit également propre à ces deux emplois, parce qu'il avoit du courage, de l'esprit et un sens droit. Louis XIV le nomma en 1701, ambassadeur extraordinaire auprès de Philippe V, roi d'Espagne, qui lui donna sa première audience dans le vaisseau qui le transportoit en Italie. A la fin de son ambassade, il donna un bel exemple de désintéressement. Philippe V lui offrant la grandesse, il la refusa. « Étant absolument nécessaire, écrivoit-il à Louis XIV, que l'ambassadeur de V. M. en Espagne, ait un crédit sans bornes auprès du roi son petit-fils, il Q 9 3 614 MAR est aussi absolument nécessaire qu'il n'en reçoive jamais rien sans exception, ni biens, ni honneurs, ni dignités; parce que c'est un des principaux moyens pour faire recevoir au conseil du roi catholique toutes les propositions qui viendront de la part de V. M. » Il ajouta modestement que, « n'ayant point de famille, et n'ayant pas dessein d'en avoir, ce sacrifice apparent ne devoit lui être compté pour rien. » Un autre auroit mis son adresse à le faire compter pour beaucoup. Quoique je ne sois pas surpris de votre désintéressement, lui répondit le roi, je ne le loue pas moins; et plus il est rare, plus j'aurai soin de faire voir que j'en connais le prix, et que je suis sensible aux marques d'un zèle aussi pur que le vôtre. Ce prince lui donna, peu de temps après, le cordon bleu. Marchin alla ensuite commander en Allemagne, où il remplaça Villars auprès de l'électeur de Bavière: en y arrivant, il reçut les patentes de maréchal, en 1703. Il commanda la retraite de la bataille d'Hochstet, en 1704, et y parut plutôt bon officier qu'habile général. Enfin, ayant été envoyé en Italie pour diriger les opérations du duc d'Orléans, suivant les ordres de la cour, il fut si chagrin d'avoir donné lieu, malgré lui, à la bataille de Turin, livrée le 7 septembre 1706, et qui fut perdue, qu'il s'exposa au péril en héros qui vouloit finir sa vie sur le champ de bataille. Blessé à mort, il fut fait prisonnier. (Voyez PHILIPPE, n.º XXII, au commencement.) Un chirurgien du duc de Savoie lui coupa la suisse, et il mourut quelques moments après l'opération, sans avoir été marié. En partant de Versailles pour l'armée, il avoit représenté au roi, « qu'il falloit aller aux ennemis, en cas qu'ils parussent devant Turin. » Chamillait fut d'un avis contraire, et une armée fut la victime du protégé de Mad. de Maintenon, qui craignoit que si les François sortoient de leurs lignes, le duc d'Orléans ne déployait une valeur que Louis XIV voyoit peut-être avec quelque peine dans son neveu. L'abbé de Saint-Pierre parle de Marchin, comme d'un homme ardent, généreux, médiocre général, dérangé dans ses affaires. En lui finit la postérité mâle des Marchin, qui n'étoient connu que depuis le 15e siècle.
MARCHION, (N...) architecte et sculpteur, d'Arezzo, florissoit dans le 13e siècle, sous le pontificat d'Innocent III. Il fut employé à Rome et dans sa patrie. Comme il vivoit dans un siècle qui ignoroit les règles judicieuses des anciens dans l'architecture, il ne faut pas s'étonner si la plupart des ouvrages de Marchion sont surchargés de sculptures sans goût et sans choix.
MARCHIS, (Alessio) peintre de Naples, habile paysagiste, dont on voit des tableaux dans la galerie de Veymar, mourut en Italie vers l'an 1740. Il avoit été emprisonné à Rome pour avoir parlé avec trop d'indiscrétion; mais l'estime qu'on y avoit conçue pour ses talens, lui fit bientôt rendre sa liberté.
MARCI, Voyez MARCY et MARSY. I. MARCIA - OPACILIA - SEVERA, impératrice Romaine, femme de Philippe, paroît avoir participé au meurtre de l'empereur Gordien, assassiné par son M A R 615 époux, puisqu'elle subit sans résistance la pénitence publique, qui lui fut imposée par *Babylas*, évêque d'Antioche. Ses médailles lui donnent un air tout à la fois noble et modeste. Elle vivait l'an 244. — On connoit une autre impératrice Romaine de ce nom; c'est *MARCIA Farnilla*, femme de l'empereur *Titus*, et qui fut répudiée par ce dernier, épris d'amour pour *Bérénice*, reine de Judée.
II. MARCIA-PROBA, femme de *Guilhelind*, souverain des anciens Bretons, prit le gouvernement de ses états après la mort de son époux, et rendit ses peuples heureux. On recueillit ses lois, sous le titre de *Leges Marciana*; que *Gildas*, surnommé le *Sage*; traduisit en latin, et que le roi *Alfred* fit aussi traduire en saxon.
MARCIANA, sœur de l'empereur *Trajan*, morte vers l'an 113 de J. C., étoit un modèle de vertu et de grandeur d'ame. Son frère la fit déclarer Auguste. Elle vécut dans une intelligence parfaite avec *Plotine* sa belle-sœur, et cette union charma la cour. *Marciana* étoit veuve; mais on ignore le nom de son mari. I. MARCIEN, naquit vers l'an 391, d'une famille de Thrace, peu illustrée. Cet homme, destiné à être empereur Romain, fut d'abord simple soldat. Comme il partit pour aller s'enrôler, il rencontra dans le chemin le corps d'un homme qui venoit d'être tué. Il s'arrêta pour considérer ce cadavre; il fut apperçu: on le crut auteur de ce meurtre, et on alloit le faire périr par le dernier supplice, lorsqu'on découvrit le coupable. Enrolé dans la milice, il parvint de grade en grade aux premières dignités de l'empire. Le trône de Constantinople, déshonoré par la foiblesse de *Théodose II*, l'attendoit, et ses vertus l'y portèrent après la mort de cet empereur, en 450. *Palchérie*, sœur de *Théodose*, devenue maîtresse de l'Empire, offrit à *Marcien* de partager son trône avec lui, s'il consentoit à l'épouser et à ne pas violer son vœu de chasteté. Tout l'Orient changea de face, dès qu'il eut la couronne impériale. *Attila* envoya demander au nouvel empereur le tribut annuel que *Théodose II* lui payoit. *Marcien* lui répondit d'une manière digne d'un ancien Romain: *Je n'ai de l'or que pour mes amis, et je garde le fer pour mes ennemis*. Les orthodoxes triomphèrent, et les hérétiques furent accablés. Il publia une loi rigoureuse contre ces derniers, rappela les évêques exilés, fit assembler, en 451, un concile général à Chalcédoine, et donna plusieurs édits pour faire observer ce qui y avoit été décidé. On se rappelle avec plaisir ces belles paroles de cet empereur, prenant séance parmi les Pères de ce concile. « Nous venons assister à votre concile, à l'exemple du pieux empereur *Constantin*, non pour y exercer aucune autorité, mais pour y protéger la foi, afin qu'on ne puisse plus désormais induire personne par de mauvais conseils, à se séparer de vous. » Sous son règne, appelé *l'âge d'or*, les impôts excessifs furent abolis, le vice puni, et la vertu récompensée. Ce grand homme se préparoit à marcher contre *Genseric*, usurpateur de l'Afrique, lorsque la mort l'enlèva à l'estime et à l'af. Q q 4 616 MAR fection des deux empires d'Orient, le 26 janvier 457, après un règne de 6 années, à 69 ans, avec la réputation d'un homme laborieux et d'un génie facile. Voyez PULCHÉRIE.
IL MARCIEN, fils d'Anthemius, empereur d'Orient, tenta d'enlever la couronne à Zenon vers l'an 479. Il avoit épousé Léonia, fille de l'empereur Léon, et née depuis que ce prince étoit monté sur le trône; il prétendoit avoir plus de droit que Zenon, dont la femme étoit née avant le couronnement de Leon. Appuyé de ces raisons spécieuses, Marcien, à la tête d'une troupe de rebelles, assiégea l'empereur dans son palais. Mais, ayant manqué d'activité et de prévoyance, Zenon profita des délais qu'il lui donna, pour faire sortir, à la faveur des ténèbres, quelques serviteurs fidelles, qui gagnèrent les principaux de Constantinople, à force de présens et de promesses. Le parti des rebelles fut attaqué par les partisans de Zenon, et mis en fuite. Leur chef se sauva en Cappadoce, et prit l'habit religieux dans un couvent où il étoit inconnu. Mais Zenon l'ayant découvert dans son asile, se contenta de l'exiler à Tarse en Cilicie. Il se fit ordonner prêtre, et finit tranquillement une vie qui avoit d'abord été très-oragense. —Il y a eu du nom de MARCIEN, dans le 5e siècle, un patriarche de Constantinople, qui fit réparer toutes les églises de la ville et en bâtit de nouvelles. Il étoit si charitable, qu'un jour étant près de monter à l'autel, et ayant vu dans la sacristie un pauvre presque nu, il se dépouilla de son habit pour l'en revêtir, et se couvrit de son aube pour assister à la cérémonie de la dédicace d'une église, qui se fit d'abord après. Les églises d'Orient et d'Occident célèbrent la mémoire de ce saint patriarche, le 10 janvier.
MARCIGLI, Voyez MARSIGLI.
MARCILE, (Théodore) Marsilius, naquit l'an 1548, a Arnheim, dans la Gueldre, ou selon d'autres, à Clèves, avec des dispositions heureuses. Ayant achevé ses études à Louvain, il vint à Paris, où il fut fait professeur royal en éloquence. Il y mourut, le 15 mars 1617, à 65 ans. C'étoit un petit homme d'une physionomie spirituelle et d'un tempérament robuste. Il aimoit si tendrement les pauvres, qu'il ne refusoit jamais l'aumône; et il étoit si attaché à l'étude, qu'il fut dit-on, près de dix ans sans sortir du collège du Plessis, où il avoit d'abord enseigné. Quoiqu'il ne fût pas un critique du premier rang, il ne méritoit pas les termes méprisans dont Scaliger s'est servi en parlant de ses ouvrages. Les principaux sont: I. Historia Strenarum, 1596, in-8°. Ce recueil renferme deux discours, l'un Contra usum strenarum, et l'autre, Pro usu strenarum. Le P. de Tournemine en a profité dans sa Dissertation sur les Etrennes. II. Lusus de NEMINE, avec Passaratii NIHIL, et Guillimanni ALIQUID; Paris, 1597, et Fribourg, 1611, in-8°. III. Des Notes et des Remarques savantes, sur les satires de Perse, sur Horace, sur Martial, Catulle, Suétoue, Aulu-Gelle, sur les Lois des douze Tables, in-8°, et sur les Institutes de Justinien.
IV. Des *Dissertations*. V. Des *Harangues*, des *Poésies*, et d'autres ouvrages en latin, qui ne sont pas fort au-dessus du médiocre. Il avoit attaqué *Porphire* dans un écrit intitulé : *Series nova proprii et accidentis Logici*, Paris, 1601, in-8.º Un pédant, nommé *Behot*, défendit *Porphire*. *Marcile* lui répondit par un écrit, intitulé *Diludium*, auquel *Behot* répliqua par un autre intitulé *Diluvium*, qui est réellement un déluge d'injures. *Voyez* MARSILE.