MACILLY, *Voy*. CIPIÈRE.
MARCION, hérésiarque, né à Sinope dans le Pont, ville dont son père étoit évêque, s'attacha d'abord à la philosophie Stoïcienne, et montra quelques vertus. Mais, ayant été convaincu d'avoir corrompu une vierge, il fut chassé de l'église par son père. Le désespoir l'obligea de quitter sa patrie et de se rendre à Rome, où il prit l'hérétique *Cerdon* pour son maître, l'an 143 de Jésus-Christ. Cet enthousiaste initia son disciple dans la doctrine des deux *Principes*, l'un bon, l'autre mauvais, auteurs du bien et du mal, et partageant entre eux l'empire de l'univers. Pour mieux soutenir ce faux dogme, il s'adonna tout entier à l'étude de la philosophie, principalement de la dialectique : science très-nécessaire aux novateurs. Le fanatique élève de *Cerdon* ajouta de nouvelles rêveries à celles de son maître. « Il supposa, dit M. l'abbé *Plaquet*, que l'homme étoit l'ouvrage de deux *Principes* opposés ; que son ame étoit une émanation de l'Être bienfaisant, et son corps l'ouvrage d'un principe mal-faisant. Voici comment, d'après ces idées, il forma ma son système. Il y a deux *Principes* éternels et nécessaires ; l'un essentiellement bon, et l'autre essentiellement mauvais. Le *Principe* essentiellement bon, pour communiquer son bonheur, a fait sortir de son sein une multitude d'esprits ou d'intelligences éclairées et heureuses. Le mauvais *Principe*, pour troubler leur bonheur, a créé la matière, produit les élémens, et façonné des organes, dans lesquels il a enchaîné les ames qui sortoient du sein de l'Intelligence bienfaisante. Il les a, par ce moyen, assujetties à mille maux ; mais comme il n'a pu détruire l'activité que les ames ont reçue de l'Intelligence bienfaisante, ni leur former des organes et des corps inaltérables, il a tâché de les fixer sous son empire, en leur donnant des lois. Il leur a proposé des récompenses, il les a menacées des plus grands maux, afin de les tenir attachées à la terre, et de les empêcher de se réunir à l'Intelligence bienfaisante. L'histoire de *Moyse* ne permet pas d'en douter. Toutes les lois des Juifs, les châtimens qu'ils craignent, les récompenses qu'ils espèrent, tendent à les attacher à la terre, et à faire oublier aux hommes leur origine et leur destination. Pour dissiper l'illusion dans laquelle le *Principe* créateur du monde tenoit les hommes, l'Intelligence bienfaisante avoit revêtu J. C. des apparences de l'humanité, et l'avoit envoyé sur la terre pour apprendre aux hommes que leur ame vient du ciel, et qu'elle ne peut être heureuse, qu'en se réunissant à son *Principe*. Comme l'Être créateur n'avoit pu dépouiller l'ame de l'activité qu'elle avoit reçue de l'Intelligence bien- 618 MAR faisante, les hommes devoient et pouvoient s'occuper à combattre tous les penchans qui les atta- chent à la terre. *Marcion* con- damna donc tous les plaisirs qui n'étoient pas purement spirituels. Il fit de la continence un devoir essentiel et indispensable. Le ma- riage étoit un crime, et il don- voit plusieurs fois le baptême. *Marcion* prétendoit prouver la vérité de son système par les prin- cipes mêmes du Christianisme, et faire voir que le Créateur avoit tous les caractères du mauvais Principe. Il prétendoit faire voir une opposition essentielle entre l'ancien et le nouveau Testament, et prouver que ces différences supposaient qu'en effet l'ancien et le nouveau Testament avoient deux principes différens, dont l'un étoit essentiellement bon, et l'autre essentiellement mauvais. Cette doctrine étoit la seule vraie, selon *Marcion*; il ajouta, re- tranche et changea dans le nou- veau Testament, ce qui parois- soit combattre son hypothèse des deux Principes. » Son hérésie, adoptée par plusieurs disciples célèbres, et partagée en plusieurs sectes particulières, se répandit en peu de temps dans l'Église orientale et dans l'occidentale. Les *Marcionites* s'abstenoient de la chair, n'usoient que d'eau, même dans les sacrifices, et fai- soient des jeunes fréquents. Les disciples de *Marcion* avoient un grand mépris et une aversion extrême pour le Dieu Créateur. *Théodoret* avoit connu un Mar- cionite, âgé de quatre-vingt-dix ans, qui étoit pénétré de la plus vive douleur toutes les fois que le besoin de se nourrir l'obligeoit à user des productions du Dieu Créateur. La nécessité de manger des fruits que ce Créateur avoit fait naître, étoit une humiliation à laquelle le Marcionite nona- génaire n'avoit pu s'accoutumer. Les *Marcionites* étoient tellement persuadés de la dignité de leur ame, qu'ils convoient au mar- tyre, et recherchoient la mort comme la fin de leur avilisse- ment, et le commencement de leur gloire et de leur liberté. On dit que *Marcion* avoit fait un livre, intitulé les *Antithèses*, dans lequel il prétendoit mon- trer plusieurs contrariétés entre l'ancien et le nouveau Testament.
MARCIUS, (*Caius*) consul Romain, vainqueur des Priver- nates, des Toscans et des Fa- lisques, fut le premier des Plé- béens qui fut honoré de la charge de dictateur, vers l'an 354 avant Jésus-Christ. I. MARCK, (*Guillaume de la*) étoit d'une maison illustre et féconde en grands hommes, qui tiroit son origine des comtes d'*Allemberg*, dans le 13e siècle; mais il ne dut sa célébrité par- ticulière qu'à ses forfaits. Do- miné par deux passions impé- tueuses, l'ambition et la haine, il conçoit le projet de s'emparer de la ville de Liège, et cherche les moyens de se défaire de *Louis de Bourbon* qui en étoit l'évêque. *Louis XI*, qui haïssoit mortel- lement ce prélat, parce qu'il étoit dans les intérêts de l'archi- duc d'Autriche, avoit donné à *Guillaume* des soldats et de l'ar- gent pour exécuter cette indigne entreprise. Il assemble ses gens, qu'il fait habiller de rouge, por- tant sur leur manche gauche la figure d'une hure de sanglier, (*) et les conduit jusqu'au pays de (*) Il fut surnommé par les Liégeois le Grand Sanglier des Ardennes. Liège. *La Marck* avoit des intelligences avec quelques habitans de la ville. Ceux-ci persuadèrent à leur évêque d'aller au devant de son ennemi, et de ne point attendre qu'il vint assiéger la place, promettant de le suivre et de le défendre au péril de leur vie. Le prélat, peu en garde contre ces protestations perfides, sort de la ville, et va au devant de la *Marck*. A peine les deux armées furent-elles en présence, que les traitres abandonnèrent *Louis*, pour se ranger du côté de son ennemi. Il s'en saisit, le massacra lui-même par la plus lâche cruauté, et fit trancher dans Liège indignée son corps, qui fut exposé à la vue du peuple devant la porte de l'église Saint-Lambert. Ensuite il fit élire son fils par violence, pour remplir la place de celui dont sa main venoit de verser le sang. Mais son crime ne demeura pas impuni. Peu de temps après, il fut excommunié par le pape, et pris par le seigneur de *Horn*, frère de celui que le chapitre de Liège avoit élu canoniquement pour succéder à *Louis de Bourbon*. *De Horn* prit le parti de son frère, et fit trancher la tête au meurtrier de *Louis*, dans la ville de Maestricht, selon *Mezeray*, ou à Utrecht, selon *Sponde*. Ces événements doivent être rapportés à l'année 1482.
II. MARCK, (Évrard de la) nommé par quelques auteurs le *Cardinal de Bouillon*, de la famille du précédent, fut élu évêque de Liège en 1505. Attaché d'abord aux intérêts de la France, *Évrard* les abandonna, pour se lier avec *Charles d'Autriche*, roi d'Espagne, et contribua à le faire monter sur le trône impérial. Ce prince lui donna l'archevêché de Valence, et lui obtint le chapeau de cardinal du pape *Léon X*, l'an 1521. Le cardinal *Polus*, envoyé en Angleterre par *Paul III*, pour y travailler à faire rentrer ce royaume dans le sein de l'église, ayant appris que *Henri VIII* avoit mis sa tête à prix, trouva un asile sûr auprès d'*Évrard*, qui le reçut avec distinction. Le pape l'en récompensa en le créant légat à *Latre*. Il mourut le 15 février 1538. On voit dans la capitale, et dans tout le pays de Liège, un grand nombre de monumens de sa munificence. On admire sur-tout à Liège le vaste palais des évêques, et dans la cathédrale son tombeau de bronze doré, fait de son vivant. Il enrichit d'un grand nombre de pièces rares et précieuses le trésor de son église. *Sleydan* a dit beaucoup de mal de ce prélat, qui ne fut pas favorable aux nouvelles erreurs. Malgré sa vigilance extrême, l'hérésie s'étant glissée dans ses états, il employa, pour l'extirper, des gens zélés et éclairés. Ceux qui refusèrent de se rendre à leurs instructions, furent bannis, et les plus obstinés à répandre l'erreur, punis du dernier supplice. Ces exécutions le rendirent odieux aux Luthériens, qui n'ont pas ménagé sa mémoire, et qui l'ont peint comme un prélat intrigant et ambitieux. — Un oncle de l'évêque de Liège, eut de la postérité, qui subsiste sous le nom de comtes de *LA MARCK*.
III. MARCK, (Robert de la) second du nom, duc de Bouillon, prince de Sédan, frère du précédent, servit sous le roi *Louis XII*, et se trouva, l'an 610 MAR 1513, à la bataille de Novare, avec deux de ses fils, *Fleuranges* et *Jametz*. On lui dit qu'ils sont restés blessés dans un tossé; il oublie les ordres du général, prend cent hommes d'armes, vole au lien indiqué, malgré les obstacles fréquens d'un terrain entrecoupé, et l'impossibilité manifeste de les secouer; perce six ou sept rangs de Suisses victorieux, les écarte, trouve ses deux fils couchés par terre, charge l'aîné sur son cheval, met le jeune sur celui d'un des siens, fait sa retraite, rejoint la cavalerie Françoise, malgré les Suisses qui s'étoient avancés pour l'en empêcher, et donne ainsi une seconde fois la vie à ceux qui déjà la lui devoient. Gagné par son frère, *Robert* passa dans le parti de *Charles-Quint*, avec lequel il ne tarda pas à se brouiller. Il se raccommoda alors avec la France, et, sûr d'en être secouru, il fut asséz téméraire pour envoyer à l'empereur un cartel de défi. Cet homme intrépide, mais non moins cruel, portoit aussi le surnom de *Grand Sanglier des Ardennes*, à cause des maux infinis qu'il connoit sur les terres de l'empereur et de ses voisins: « *De même qu'un Sanglier, dit Brantôme, qui ravage les blés et les vignes des pauvres bonnes gens.* » Il portoit, ainsi que ses ancêtres, cette étrange devise: *SI DIEU NE ME VEULT, LE DIABLE ME PUYE.*
IV. MARCK, (Robert de la) troisième du nom, connu d'abord sous le nom du seigneur de *Fleuranges*, puis duc de Bouillon et seigneur de Sédan, fils aîné du précédent, se distingua par sa valeur sous les règnes de *Louis XII* et de *Trangois premier*. Il se trouva avec son père à la bataille de Novare, et y reçut quarante-six blessures: à celle de Mari-gnan, et à celle de Pavie, en 1525, où il fut fait prisonnier. Conduit à l'écluse en Flandre, il y écrivit l'*Histoire des choses mémorables arrivées en France*, *Italie et Allemagne*, depuis l'an 1503 jusqu'en 1521, sous le titre du *Jeune Aventureux*. On les trouve dans le tome 16$^{e}$ de la collection des *Mémoires historiques, relatifs à l'histoire de France*, et à la suite des *Mémoires de Martin et Guillaume du Bellui-Langei*, publiés par l'abbé *Lambert*, *Paris*, 1753, in-12, tome 7$^{e}$, avec des notes critiques et historiques de l'éditeur. La plupart des événements rapportés dans cette Histoire, y sont accompagnés de circonstances intéressantes qu'on ne trouve guère ailleurs. Le style en est simple, clair et naïf; mais les étrangers lui reprochent sa partialité pour la France. Il fut fait maréchal de France en 1526. S'étant jeté dans Péronne, en 1536, il y fut assiégé par une armée d'Impériaux; il soutint quatre assauts, malgré le feu de soixante et douze pièces de canon, et força les ennemis à se refiner avec une perte considérable. Il mourut l'année suivante. V. MARCK, (Robert de la) quatrième du nom, fils du précédent, dit le duc et le maréchal de *Bouillon*, obtint le bâton, l'an 1547, en épousant une des filles de la duchesse de *Valentinois*, maîtresse de *Henri II*. Il servit à la prise de Metz, en 1552, et fut fait lieutenant général en Normandie. Les Impériaux ayant assiégé Hesdin, l'année d'après, il le défendit tant M A R 621 qu'il put, et fut pris en capitulant. Il mourut en 1556, de poison, à ce qu'il disoit : il se flattut que les Espagnols le craignoient assez pour s'être défaits de lui. Il avoit épousé une fille de *Diane de Poitiers* et de *Louis de Brezé*. — Son fils *Henri-Robert*, duc de Bonillon, lui succéda dans le gouvernement de Normandie, y favorisa les Protestans dont il suivoit les opinions en secret, et ne laissa qu'une fille, morte en 1594. Elle avoit épousé *Henri de la Tour d'Auvergne*, qu'elle fit son héritier, quoiqu'elle n'en eût point d'enfans.
VI. MARCK, (Jean de) *Marchius*, ministre Protestant, né à Sneck, dans la Frise, en 1655, fut professeur en théologie à Franeker, puis ministre académique, professeur en théologie et de l'histoire ecclésiastique à Groningue, et passa, en 1689, à Leyde, où on lui confia les mêmes emplois. Il y mourut, le 30 janvier 1731, à 75 ans. On a de lui : I. Des *Dissertations* contre celle du P. *Crasset sur les Sybilles*, Franeker, 1682, in-8.º II. *Compendium theologiae*, Amsterdam, 1722, in-4.º III. Des *Commentaires* sur divers livres de l'Écriture-Sainte. IV. *Exercitationes Biblicae*, en huit vol., imprimés séparément et en différens lieux. V. *Exercitationes Miscellaneæ*, Amsterdam, 1690. Elles roulent sur les hérésies tant anciennes que modernes. Entre celles-ci, il compte celles des Enthousiastes et des Sociniens, et se garde bien, en bon protestant, d'oublier le *Papisme*. On a rassemblé quelques-uns de ses ouvrages philologiques, en 2 vol. in-4.º, Groningue, 1748. *Jean de Marck* étoit versé dans la science de l'Écriture-Sainte, des antiquités sacrées; mais il n'avoit pas assez de jugement. Il se plaisait à les charger d'un vain étalage d'érudition; sa haine contre les Catholiques lui sert souvent de raison. Son style est obscur et entortillé.
MARCKLAND, (Jérémie) célèbre critique Anglois, éditeur de différens auteurs grecs et latins, naquit en 1693, et mourut en 1776. On de lui, un *Commentaire sur le livre de la Sagesse*, in-8.º
MARCONVILLE, (Jean de) seigneur de Montgoubert, vit le jour dans le Perche. Il n'est guère connu que par un *Traite* moral et singulier, assez bon pour son temps, et recherché encore par les bibliomanes. Il est intitulé : *De la bonté et de la mauvaise des Femmes*, en un vol. in-16, Paris, 1756. On a encore de lui : *De l'heur et malheur du Mariage*, Paris, 1564, in-8.º *De la bonne et mauvaise langue*, Paris, 1573, in-8.º On ignore les détails de la vie de cet auteur. Tout ce que l'on peut juger par ses écrits, c'est qu'il étoit très-retiré, très-appliqué à l'étude, lisant beaucoup, et faisant quelques bonnes réflexions.
MARCOUL, (Saint) *Marculphus*, né à Baïeux de parens nobles, devint un célèbre prédicateur; il fonda un monastère à Nanteuil près de Coutances, et y mourut saintement, l'an 558. Il y a sous son nom une église célèbre à Corberi, au diocèse de Laon, dépendante de St-Reml de Rheims, où l'on conserve une partie de ses reliques. C'est là que les rois de France alloient faire une neuvaine après avoir été sacrés à Rheims, avant que de toucher les malades des écrouelles.
MARCULFE, moine François, fit, à l'âge de 70 ans, un recueil des Formules des Actes les plus ordinaires. Si ces formules sont dans un style barbare, ce n'est pas la faute de l'auteur; on ne parlait pas mieux alors. Son ouvrage, très-utile pour la connoissance de l'antiquité ecclésiastique et de l'histoire des rois de France de la première race, est divisé en deux livres. Le premier contient les Chartres royales, et le second, les Actes des particuliers. Jérôme Bignon publia cette Collection, en 1613, in-8°, avec des remarques pleines d'érudition. Baluze en donna une nouvelle édition dans le Recueil des Capitulaires, 1677, 2 vol. in-folio, qui est la plus exacte et la plus complète. Launoï prétend que Marculfe vivait dans le 8e, et non dans le 7e siècle. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on ne sait rien de positif sur le temps dans lequel il a fleuri.
MARCY, Voy. MARSY.
MARD, (SAINT-) Voyez REMOND. I. MARDOCHÉE, oncle ou plutôt cousin germain d'Esther, femme d'Assuérus roi de Perse. Ce prince avoit un favori nommé Aman, devant qu'il vouloit que tout le monde fléchit le genou. Le seul Mardochée refusa de se soumettre à cette bassesse. Aman irrité obtint une permission du roi, de faire massacrer tous les Juifs en un même jour. Il avoit déjà fait élever, devant sa maison, une potence de 50 coudées de haut, pour y faire attacher Mardochée. Celui-ci donna avis à la reine sa nièce, de l'arrêt porté contre sa nation. Cette princesse profita de la tendresse que le roi lui témoignoit, pour lui découvrir les noirceurs de son favori. Le roi, heureusement détrompé, donna la place d'Aman à Mardochée, et obligea ce ministre scélérat à mener son ennemi en triomphe, monté sur un cheval, couvert du manteau royal, et le sceptre à la main, dans les rues de la capitale, en criant devant lui: C'est ainsi que le roi honore ceux qu'il veut honorer... Aman fut pendu ensuite, avec sa femme et ses enfans, à ce gibet même qu'il avoit destiné à Mardochée. Plusieurs critiques croient que Mardochée est auteur du livre canonique d'Esther. On lui attribue aussi un Traité des Rits ou Coutumes des Juifs, qui est entre les Talmudiques; mais il est incontestable que ce dernier livre est d'un temps fort postérieur à Mardochée. Il peut avoir été composé par quelques Juifs du même nom. Voy. ESTHER et AMAN.
II. MARDOCHÉE, rabbin, fils d'Elicier Comrino, Juif, de Constantinople, est auteur d'un Commentaire manuscrit sur le Pentateuque. Simon, qui parle de cet ouvrage, ne marque pas le temps où son auteur a vécu. Voy. aussi II. NATHAN.
MARDONIUS, étoit gendre de Darius, successeur de Camlyse roi des Perses. Ce prince lui ayant confié le commandement de ses troupes, s'en repentit peu après, à cause des pertes qu'il fit sous la conduite d'un général si jeune et sans expérience. Il le rappela et en envoya d'autres qui furent plus heureux. Aussitôt que *Xerxès* fut monté sur la trône de son père, il choisit *Mardonius* pour son général, et lui confia le soin de faire la guerre aux Grecs. Ainsi, après la bataille de Salamine, il le laissa avec une armée de trois cent mille hommes pour réduire la Grèce. *Mardonius* entra dans Athènes, et acheva de la détruire; mais peu après ayant livré bataille aux Grecs, près de la ville de Platée, il y fut tué, et son armée entièrement défaite, l'an 79 avant J. C. Cette victoire donna lieu à l'institution des *Eleuthéries*, fêtes solennelles de Platée, qui se célébroient tous les cinq ans, par des combats gymniques et des courses de chars.
MARDUEL, (Jean) né près de Lyon, en 1699, d'une famille distinguée dans le commerce, fit ses premières études à Villefranche en Beaujolais, et les continua à Paris. Après avoir embrassé l'état ecclésiastique, il se fit avantageusement connoître de l'archevêque de Beaumont. Vicaire de la paroisse de Saint-Louis en l'Isle pendant 20 ans, curé de celle de Saint-Roch pendant quarante, son zèle infatigable, sa bienfaisance continuelle, sa douceur sans altération, lui acquiert des droits à la reconnaissance publique. Dans toutes les querelles, relatives au clergé, à l'administration des derniers sacremens, sa prudence, son activité conservèrent parmi ses paroissiens l'ordre et la paix. Ennemi de cette licence, décorée si mal-à-propos du nom de *philosophie*, qui aspirait au honteux honneur de renverser les lois, l'autel, et l'ordre social, il opposa aux sarcasmes de l'esprit fort des vertus réelles; et sa tolérance, son humanité le firent estimer de ceux même dont il combattit les sentimens, et qu'il eut le bonheur de ramener souvent au sein de la religion. Il s'appliqua spécialement à l'instruction de la jeunesse, pour laquelle il fonda des écoles chrétiennes, et établit des secours pour payer des apprentissages dans les arts mécaniques, analogues au goût des élèves, ou de leurs parens. Il se plut à consacrer une partie de sa fortune à orner son église, à la réparer, et à en faire l'une des plus belles basiliques de la capitale. Après une carrière longue, utile et heureuse, *Marduel* mourut, en 1787, à l'âge de 88 ans, laissant les pauvres pour ses uniques héritiers. En 1803, M. *Bossu*, curé de St-Eustache, a consacré un juste éloge à celui de Saint-Roch, dont la mémoire est encore en vénération auprès de tous ceux qui le connurent, et surent estimer ses talens et ses qualités personnelles. Son neveu, dans la même carrière et la même place, rappelle ses vertus, et suit ses exemples. I. MARE, (Guillaume de la) *MARA*, poète latin, né d'une famille noble du Cotentin en Normandie, fut secrétaire de plusieurs chanceliers successivement. Dégoûté de la cour, il se retira à Caen, où l'université lui décerna le rectorat: puis il fut nommé, vers 1510, trésorier et chanoine de l'église de Coutances, et il y mourut dans ces dignités. On a de lui, deux Poèmes qui traitent à peu près de la même matière, l'un intitulé: *Chimæra*, Paris, 1514, in-4°; l'autre a pour titre: *De tribus fugicensis* Venere, Ventre et Plumà, Paris, 1512, in-4.
II. MARE, (Philibert de la) conseiller au parlement de Dijon, très-versé dans la littérature et dans l'histoire, écrivait en latin presque aussi bien que le président de Thou, sur lequel il s'étoit formé. Il mourut, en 1687, après avoir publié plusieurs ouvrages. Le plus connu est, le Commentarius de Bello Burgundico. C'est l'histoire de la guerre de 1635 : elle fait partie de son Historicorum Burgundiae Conspectus, in-4, 1689. L'auteur donne dans cet ouvrage un catalogue des pièces relatives à l'Histoire de Bourgogne, qu'il se proposait de composer.
III. MARE, (Nicolas de la) doyen des commissaires du Châtelet, fut chargé de plusieurs affaires importantes sous le règne de Louis XIV. Ce monarque l'honora de son estime, et lui fit une pension de deux mille livres. La Mare mourut, le 15 avril 1723, âgé d'environ 82 ans. On a de lui, un excellent Traité de la Police, en 3 vol. in-folio, auxquels M. le Clerc du Brillet en a ajouté un quatrième. Cet ouvrage est trop vaste pour qu'il ne s'y soit pas glissé quelques fautes; mais ces inexactitudes ne doivent pas fermer les yeux sur la profondeur des recherches et la solidité du jugement, qui en font le caractère. On y trouve, dans un grand détail, l'histoire de l'établissement de la Police, les fonctions et les prérogatives de ses magistrats, et les règlements qui la concernent. Les deux premiers volumes doivent avoir des Supplémens, qui sont refondus dans la seconde édition de 1722; le troisième est toujours de 1719, et le quatrième, de 1738.
IV. MARE, (L'abbé de la) mort en 1746, a donné, à l'Opéra, les ballets de Titon, de Thomas amoureux et de Zaïde, dont Boyer a fait la musique. I. MARÉCHAL, (Antoine) avocat au parlement de Paris, est auteur de plusieurs pièces représentées au théâtre François, mais qui n'y sont pas restées. Leurs titres sont : L'Inconstance d'Ellyas, pastorale en cinq actes; la Sœur valencuse; le Bailleur Fanfaron; Lisidor; le Mausolée. Ces comédies sont en cinq actes. Maréchal donna aussi deux tragédies, Charles le Hardi, et Papyrus. Il termina sa carrière dramatique, en 1645.
II. MARÉCHAL, (George) premier chirurgien des rois Louis XIV et Louis XV, naquit à Calais en 1658, d'un pauvre officier. Ses talons pour les opérations de la chirurgie, et sur-tout pour celles de la taille au grand appareil, lui firent un nom dans Paris. Appelé à Versailles pour être consulté sur une maladie de Louis XIV, loin de profiter de cette occasion pour sa fortune, il revint à la capitale après avoir donné son avis. En 1703, il succéda à Félix dans la place de premier chirurgien du roi, et trois ans après, il obtint une charge de maître-d'hôtel et des lettres de noblesse. Cet habile homme mourut dans son château de Bièvre, que Louis XIV avait érigé en marquisat, en 1736, à 78 ans. La société académique de la Chirurgie a dû beaucoup à ses soins et à son zèle pour la perfection de cet art. Il étoit d'ailleurs d'un commerce sûr sûr et d'un caractère généreux. Ayant fait l'ouverture d'un abcès au foie à le Blanc, ministre de la guerre, Morand, alors très-jeune, lui indiqua l'endroit où il falloit ouvrir; et ce n'étoit pas celui sur lequel il avoit d'abord porté le bistouri. Le ministre rétabli, dit dans un repas où étoient Maréchal et Morand, en s'adressant au premier: Voilà celui à qui je dois la vie. — Vous vous trompez, Monseigneur, répondit Maréchal: c'est à ce jeune homme; (en montrant Morand) car, sans lui, vous seriez mort.
III. MARÉCHAL, (Pierre-Sylvain) né à Paris en 1750, embrassa d'abord la profession du barreau, qu'il quitta pour la littérature. Il devint garde des livres de la bibliothèque du collège Mazaria; et dans cette place, il paya son tribut à la révolution françoise, par quelques brochures exagérées, et par la Femme Abbé, mauvais roman anti-religieux. L'auteur ne mériteroit pas d'être connu, s'il n'avoit produit auparavant d'autres ouvrages, qui sont lus avec plus d'intérêt, et qui ne manquent ni d'esprit ni de graces. Les plus remarquables sont: I. Des Bergeries, 1770, in-12. Depuis la publication de cet écrit, l'auteur se plaisoit à s'appeler le Berger Sylvain. II. Le Temple de l'Hymen, 1771, in-12. III. Bibliothèque des Amans, 1777, in-6. IV. Tombeau de J.J. Rousseau, 1779, in-8. V. Le Livre de tous les âges, 1779, in-12. VI. L'Age d'or, 1782, in-12. VII. Livre échappé au déluge, 1784, in-12. Ces deux derniers Opuscules offrent des psaumes et d'agréables historiettes en prose. VIII. Recueil des Poètes moralistes François, 1784, 2 vol. in-13. IX. Costumes civils actuels de tous les Peuples, 1784, in-4. X. Tableaux de la Fable, 1787. XI. Paris et la Province, ou Choix des plus beaux Monumens d'architecture en France, 1787. XII. Catéchisme du curé Meslier, 1789, in-8. XIII. Dictionnaire d'amour, 1789, in-16. XIV. Le Panthéon, ou les Figures de la fable, avec leurs histoires, 1791, in-8. XV. Almanach des honnêtes gens, 1793. XVI. Décades du Cultivateur, 2 vol. in-18. XVII. Voyage de Pythagore, 1798, 6 vol. in-8. C'est une imitation des Voyages d'Anacharsis, par Barthélemy; mais imitation très-foible, et qui n'approche ni de l'érudition ni de la force de style de ce dernier écrit. XVIII. Dictionnaire des Athées, 1800, in-8. Ouvrage calomnieux, plein d'imputations fausses, et qui a fait tort à son auteur. XIX. Celui-ci a publié les précis historiques qui accompagnent divers recueils de gravures, tels que l'Histoire de la Grèce, l'Histoire de France, en figures; le Muséum de Florence, etc. Maréchal est mort à Paris, le 28 nivôse au XI (18 janvier 1803).
MARÉCHAL, Voyez BIE-VRE.
MARÉCHAL D'ANVERS, (Le) Voyez MESSIS.
MARENNES, (la comtesse de) Voyez I. PARTHENAY.
MARES, Voy. DESMARES.
MARESCOTI, (Marguerite) de Sienne, vivoit en 1588, et cultiva avec succès la poésie. Le recueil, intitulé la Guirlande, publié par Angela Beccaria, ren- R r ferme quelques pièces de *Marescoti*. — Une Romaine du même nom, tante d'un cardinal, religieuse à Viterbe, où elle mourut en 1640, a été béatifiée en 1726, par *Benoit XIII*. La Vie de celle-ci a été publiée en Italie.
**MARET.** (Hugues) célèbre médecin de Dijon, et secrétaire perpétuel de l'académie de cette ville, fut enlevé, le 11 juin 1786, à 56 ans, à cette compagnie par une mort prématurée et patriotique. Chargé d'empêcher les ravages d'une épidémie, il étoit allé la combattre dans un village de Bourgogne; il y périt, victime du fléau auquel il vouloit s'opposer. On a de lui, divers écrits sur l'inoculation de la petite vérole, l'usage des bains, des eaux minérales, et sur les principales branches de la médecine et de la chimie. Il est encore l'éditeur du premier volume des *Mémoires de l'Académie de Dijon*, dans lequel il a inséré l'histoire de cette Société littéraire. On a encore de lui: *Tableau de la fièvre pétéchiale*, Dijon, 1761 — 1762, in-4°, *Moyens d'arrêter la variole*, 1780, in-8°. Comme médecin et comme savant, il fut également regretté, parce qu'il joignoit des lumières étendues à un zèle infatigable. **I. MARÊTS.** (Rolland des) né à Paris en 1594, avocat au parlement, fréquenta d'abord le barreau; mais il le quitta ensuite pour la littérature. Il mourut en 1653, à 59 ans, regardé comme un bon humaniste et un excellent critique. Il avoit été disciple du Père *Petou*, et il conféroit souvent avec lui sur la bonne latinité. On a de lui, un recueil de *Lettres latines*, écrites avec assez de pureté, et remplies de remarques de grammaire et de littérature, très-sensées. Elles sont intitulées: *Rolland Maresti Epistolarum philologicarum Libri duo*. Ces Lettres sont des ouvrages faits à loisir, et n'ont ni la même aisance ni la même légèreté de celles qu'on écrit par occasion à ses amis. L'uniformité qui y règne, fatigue. Elles tiennent plus de la dissertation que du genre épistolaire, qui a quelque chose de plus naturel, de plus gai et de plus varié. Elles parurent en 1655, par les soins de *Launoys* puis en 1686, in-12. Le caractère de *Rolland* étoit doux, honnête, désintéressé. Il ne se soucia ni des richesses ni des honneurs. Il aimoit beaucoup ses parens, entr'autres *Jean des Marêts* son frère; et *Ménage* disoit à cette occasion, qu'on auroit pu l'appeler *Philadelphie*. *Rolland* eut un fils qui fut également avocat au parlement. Il est fréquemment cité par *Bayle*, auquel il fournissoit des observations et des remarques, dont ce savant se louoit beaucoup. *Voy. III. DUPRÉ.*
**II. MARÊTS DE SAINT-SOR-LIN.** (Jean Des) frère du précédent, né à Paris en 1595, fut un des premiers membres de l'académie Françoise. Le cardinal de *Richelieu*, qu'il aidoit dans la composition de ses Tragédies, le fit contrôleur général de l'extraordinaire des guerres, et secrétaire général de la marine du Levant. Il mourut à Paris, le 25 octobre 1676, chez le duc de *Richelieu*, dont il étoit l'intendant, à 81 ans. Il avoit eu l'esprit agréable dans sa jeunesse, et il avoit été admis dans les meilleures sociétés de Paris. Ce fut lui qui composa ces jolis vers M A R 627 sur la Violette, pour la guirlande de Julie de Rambouillet : Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour, Franche d'ambition, je m'enche sous l'herbe; Mais, si sur votre front je puis me voir un jour, La plus humble des fleurs sera la plus superbe. Les derniers jours de des Marêts ne ressemblèrent pas à son printemps; ils tinrent beaucoup de la folie, mais de cette folie sombre et mélancolique, qui est la plus cruelle de toutes. Dans son Arts du Saint-Esprit au Roi, il se vanta qu'il lèveroit une armée de 144.000 combattans, dont une partie étoit déjà enrôlée, pour faire la guerre aux impies et aux Jansénistes. Le nombre de ceux qui composeront ce sacré troupeau, doit être, selon la Prophétie de St. Jean, de cent quarante-quatre mille, qui auront la marque du Dieu vivant sur le front, c'est-à-dire qui feront voir à découvert par leur vie, que Dieu est vivant dans leurs cœurs. Et comme toute armée a besoin d'un général, il offre cette charge au Roi; afin que le zèle et la valeur de sa personne sacrée, qui sera le général de cette belle armée, comme Fils aîné de l'Eglise, et principal Roi de tous les Chrétiens, anime tous les soldats. Pour les moindres charges, il déclare à Sa Majesté qu'elles sont destinées pour les chevaliers de l'ordre. Votre royale compagnie, dit-il, des Chevaliers du Saint-Esprit doit marcher à leur tête, si elle est aussi noble et aussi vaillante comme elle se persuade de l'être. Et pour les piquer d'honneur, il ajoute, qu'elle le sera beaucoup, si elle est aussi prête que le reste de cette sainte armée à tout faire et à tout souffrir. Pour les moyens que l'on doit employer dans cette guerre, et dont cette nombreuse armée se doit servir, il ne s'en ouvre pas; mais il se réserve à les déclarer en temps et lieu, comme les ayant appris du Saint-Esprit. Bien des gens auroient pu penser que cette armée étoit une vision digne de Nostradamus, et c'étoit la première pensée qui devoit venir dans l'esprit du roi en lisant le projet. C'est pour prévenir cette idée que l'auteur déclare à Louis XIV, que la plus grande partie de cette armée est déjà levée, et qu'elle est composée de plusieurs mille anges. Il prédit à Louis XIV l'avantage de ruiner les Mahométans. Ce prince valeureux, dit-il, prédit dans Jérémie par les mots de FILS DE J. STE, va détruire et chasser de son état l'impieté et l'hérésie, et réformer les Ecclésiastiques, la Justice et les Finances; puis d'un commun consentement avec le roi d'Espagne, il convoquera tous les Princes de l'Europe avec le Pape, pour réunir tous les Chrétiens à la vraie et seule religion catholique... Après la réunion de tous les hérétiques sous le saint Siège, le Roi sera déclaré chef des Chrétiens, comme fils aîné de l'Eglise. Ces idées lui échaufferent tellement l'imagination, que son esprit égaré voycit par-tout des Jansénistes et des Armes. Un jour que la Mothe-le-Vayer passoit dans la galerie du Louvre, des Marêts se mit à dire tout haut: Voilà un homme qui n'a point de religion. — Mon ami, lui répondit le Vayer, en se retournant, j'ai tant de religion, que je ne suis pas de la religion. Celle de des Marêts étoit le plus R r 2 absurde fanatisme. On a dit de lui, « qu'il étoit le plus fou de tous les poètes, et le meilleur poète qui fût entre les fous. » On disoit aussi que « des Marêts, encore jeune, avoit perdu son ame en écrivant des Romans; et que vieux, il avoit perdu l'esprit à écrire sur la Mysticité. » Cet insensé fut un des ridicules critiques de Boileau. Il l'accusoit un jour d'avoir pris dans Juvenal et dans Horace, les richesses qui brilleent dans ses Satires. Qu'importe, répondit un homme d'esprit à des Marêts ? avouez du moins que ces larcins ressemblent à ceux des Partisans du temps passé; ils lui servent à faire une belle dépense, et tout le monde en profite... Des Marêts a fait plusieurs pièces de théâtre, telles qu'Aspasie, les Visionnaires, Roxane, Scipion, Europe, Eri-gone et Mirame : la comédie des Visionnaires passa, de son temps, pour le chef-d'œuvre de ce poète. C'est par Mirame qu'on fit l'ouverture du théâtre du palais Cardinal à Paris. Richelieu, dit-on, y avoit travaillé, et ne la rendit pas meilleure. Nous avons encore de lui : I. Les Pseaumes de DAVID paraphrases. II. Le Tombeau du Cardinal de RICHELIEU, Ode. III. L'Office de la VIERGE mis en vers. IV. Les Vertus Chrétiennes, poème en huit chants. V. Les quatre livres de l'Imitation de JESUS-CHRIST, 1654, in-12, très-mal traduits en vers françois. VI. CLOVIS, ou la France Chrétienne, en 26 livres, Elzevir, 1657, in-12; poème sans génie sur un sujet qui devoit exciter le génie. Il en prit la défense contre Boileau, dans une brochure publiée en 1674, in-4. Despreaux, averti que cette critique alloit paroître, la prévint par cette épigramme: Racine, plains ma destinée! C'est demain la triste journée, Où le prophète des Marêts, Armé de cette même foudre Qui mit le Port-Royal en poudre, Va me percer de mille traits. C'en est fait, mon heure est venue: Non que ma Muse, soutenue De tes judicieux avis, N'ait assez de quoi le confondre; Mais, cher ami, pour lui répondre, Hélas! il faut lire CLOVIS. Cette épigramme n'empêcha pas que des Marêts ne fût très-content de son poème; et il l'étoit à un tel point, que dans ses Délices de l'Esprit, il en renvoie la gloire à Dieu, qui l'avoit visiblement assisté pour finir ce grand ouvrage. VII. La Conquête de la Franche-Comté. VIII. Le Triomphe de la Grace; c'est plutôt le triomphe de l'ennui. IX. Esther. X. Les Amours de Prothée et de Philis: poèmes héroïques, etc. Des Marêts a publié, en prose: I. Les Délices de l'Esprit; ouvrage inintelligible, dont on s'est moqué, en disant qu'il falloit mettre dans l'errata: DÉLICES, lisez DÉLINES. Ce fanatique prétend expliquer l'Apocalypse dans ce livre; mais il s'en acquitte comme Jurieu s'en acquitta depuis. II. Avis du SAINT-ESPRIT au Roi. De tous les écrits de cet insensé, c'est le plus extravagant: III. Réponse à l'insolente Apologie des Religieuses de Port-Royal, avec la Découverte de la fausse Église des Jansénistes et de leur fausse éloquence, présentée au Roi, Paris, 1666, in-8. IV. Des Romans; entr'autres, Ariane, production obscène et maussade, 1639, in-4. avec de belles figures gravées par Bosse. V. Une espèce de Dissertation sur les poètes Grecs, Latins et François, dans laquelle il attaque les maximes d'Aristote et d'Horace sur l'Art Poétique. VI. La Vérité des Fables, 1648, 2 vol. in-8. VII. Quelques Écrats contre les Satires de Boileau, et contre les disciples de Jansénius. Ces différens ouvrages n'ont d'autre mérite, que celui de l'enthousiasme le plus risible. Ses vers sont lâches, trainans, incorrects; sa prose est semée d'expressions ampoulées et extatiques, qui en rendent la lecture encore plus fatigante que celle de ses poésies. Pour connoître cet auteur tel qu'il étoit, il faut lire les Visionnaires de Nicole, et l'Avertissement qui est au-devant de cet ouvrage. Voyez II. JONAS. — VI. MORIN. — et II. NICOLE.
III. MARÊTS, (Samuel Des) né à Oismond en Picardie, l'an 1599, avec des dispositions heureuses, fit ses études à Paris, à Saumur et à Genève. Il devint ministre de plusieurs églises protestantes, puis professeur de théologie à Sédan, à Bois-le-Duc et à Groningue. Il s'y acquit tant de réputation, que l'université de Leyde lui offrit une chaire de professeur en 1673. Il étoit sur le point de l'aller occuper, lorsqu'il mourut à Groningue, le 18 mai, à 74 ans. On a de lui, un grand nombre de livres de controverse, contre les Catholiques et les Sociniens, et contre Grotius, où il a mêlé beaucoup d'injures et de personnalités contre les théologiens Catholiques et contre le Pape, qui étoit, selon lui, l'Antechrist. Les Protestans estiment son Collegium Theologicum, Groningue, 1673, in-4. Samuel des Marêts laissa deux fils, Henri et Daniel. C'est à Henri qu'on doit l'édition de la Bible Françoise, imprimée en grand papier, in-fil., Elzevir, 1669, sous ce titre: Bible Françoise, édition nouvelle sur la Version de Genève, avec les notes de la Bible Flamande, celles de Jean Deodati et autres, etc., par les soins de Samuel et Henri des Marêts, père et fils, Amsterdam, Elzevir, 1669, 3 vol. infolio. Voici le jugement qu'en porte Richard Simon. «Des Marêts cite les endroits qu'il n'est pas besoin de citer, et où il n'y a d'ordinaire aucune difficulté. S'il rapporte quelque chose qu'il ait pris des bons auteurs, il le gâte entièrement par ce qu'il y mêle. De plus, son langage est un galimatias perpétuel... Dans les notes qu'il a prises des autres, il choisit ordinairement celles qui favorisent le plus ses préjugés, sans examiner si elles sont vraies... En un mot, tout ce grand ouvrage de remarques sur la Version de Genève, a été entièrement gâté par les additions peu judicieuses de des Marêts, qui les a recueillies, outre qu'il n'a pas eu assez de capacité pour en faire un bon choix. Hist. crit. du V. T. pag. 359. On a encore de ce théologien un Catéchisme latin sur la Grace, publié en 1651. Ce n'est presque qu'une traduction de celui que Feydeau, Janséniste célèbre, avoit publié l'année précédente. Voy. ALTING.
MARÊTS, Voy. DESMARÊTS. — MAILLEBOIS. — et REGNIER, n° II.
MAREUIL et MARGAT, (Jésuites): le premier a traduit en notre langue, le Paradis re- R r 3 630 MAR conquis de Milton, à la suite de la traduction de Dupré de Saint-Maur, Voyez SALVIER... Quant au second, Voy. BRUNOY.
MARFORIO, Voyez PASQUIN et SIXTE V.
MARGARITONE, habile peintre et sculpteur, natif d'A-rezzo, florissoit sous le pape Urbain IV, dont il étoit estimé. Il mourut à 77 ans, vers la fin du 13e siècle.
MARGON, (Guillaume Plantavit de la Pause, de) né dans le diocèse de Béziers, vint de bonne heure à Paris, et s'y fit rechercher pour la vivacité de son esprit. Les Jansénistes et les Molinistes se le disputèrent: l'abbé de Margon donna la préférence à ceux-ci. Les Jésuites étoient alors le canal de toutes les graces, et il prétendoit à la fortune. Il débuta, en 1715, par une brochure, intitulée: Le Jansénisme démasqué, qui devoit plaire à la Société, et qui cependant fut très-maltraitée par le P. de Tournemine, auteur du Journal de Trévoux. L'abbé de Margon, d'autant plus sensible à la critique de ses ouvrages, qu'il l'exerçoit avec plaisir sur ceux des autres, langa plusieurs Lettres contre le journaliste et contre ses confrères. De nouvelles satires contre des personnes accréditées, suivirent ces premières productions de sa malignité. La cour se crut obligée de le reléguer aux isles de Lérins, d'où il fut transféré au château d'If, lorsque ces isles furent prises par les Antrichiens, en 1746. La liberté lui fut rendue, à condition qu'il se retireroit dans quelque maison religieuse; il choisit un monastère de Bernardins, où il mou- rut en 1760. L'abbé de Margon appartenait à une famille respectable, alliée, dit-on, au cardinal de Fleury. Sa vie n'en fut pas plus heureuse; le funeste abus qu'il fit de son esprit, empoisonna ses jours. Il étoit d'une taille au-dessous de la médiocre, et fort gros; il avoit une physionomie méchante, pleine de fiel et d'impétuosité, et son caractère étoit comme sa physionomie. Naturellement porté à augmenter le mal et à atténuer le bien, il ne voyoit les choses que par le côté difforme. Son cœur étoit aussi méchant que son esprit étoit malin. L'amitié, cette vertu des ames sensibles, lui fut entièrement inconnue: il ne sut ni la goûter, ni l'inspirer. On le connoissoit dès les premiers instans, comme un homme caustique, froideur, bouillant, faux, tracassier, et toujours prêt à brouiller les personnes les plus unies, si leur désunion pouvoit l'amuser un moment: du moins c'est ainsi qu'il étoit connu dans son exil; il est vrai que la solitude n'avoit pas peu contribué à agir son caractère. On rapporte une anecdote à son sujet: Ayant reçu une gratification de 30,000 livres, il imagina de la manger dans un souper singulier, qu'il pria M. le duc d'Orléans de lui laisser donner à Saint-Cloud. Il en fit la disposition, l'étroue à la main, et exécuta, avec toute la régularité possible le repas de Trimalcion. On surmonta toutes les difficultés à force de dépenses. Le Régent eut la curiosité d'aller surprendre les acteurs, et il avoua qu'il n'avoit rien vu de si original. On a de l'abbé de Margon, plusieurs ouvrages écrits avec chaleur. L. Les Mémoires M A R 631 de Villars, 3 volumes in-12; les deux premiers sont du héros lui-même. II. Les Mémoires de Berwick, 2 vol. in-12. III. Ceux de Tourville, 3 vol. in-12, peu estimés. IV. Lettres de Fitz-Moritz. V. Une mauvaise brochure contre l'académie Françoise, intitulée : Première Séance des Etats Calotins. VI. Plusieurs Brevets de la Calotte. L'abbé de Margon eut beaucoup de part aux Satires publiées sous ce nom. VII. Quelques Pièces de Poésie, manuscrites, qui valent beaucoup moins que sa prose.
MARGRAAF, (André-Sigismond) directeur de l'académie de Berlin, naquit dans cette ville, le 9 mars 1709. Il se consacra, dès sa jeunesse, à l'étude de la chimie, et fit de rapides progrès sous Newman, Junker et Henckel, qui furent ses maîtres. La chimie des métaux lui doit des découvertes précieuses; après avoir beaucoup travaillé sur la platine, il enrichit la minéralogie par la découverte d'un nouveau demi-métal, connu sous le nom de Manganèse. Le premier, il a donné une analyse complète des pierres dures, et a contribué plus que personne, par son exemple, à introduire dans les opérations chimiques, une méthode simple, claire, débarrassée de tout esprit de système et d'hypothèse. Il est mort, le 7 août 1782. L'histoire de l'académie des Sciences de Paris, dont il fut membre, renferme une longue Notice sur sa vie et ses découvertes.
MARGUERIN DE LA BIGNE, Voyez II. BIGNE. — I. MARGUERITE, (Sainte) vierge célèbre, reçut la couronne du martyre, à ce qu'on croit, à Antioche, l'an 275. On n'a rien d'assuré sur le genre de sa mort. Son nom ne se trouve point dans les anciens martyrologes, et elle n'est devenue célèbre que dans le 11e siècle. Ce que l'on dit de ses reliques et de ses ceintures, n'a pas plus de fondement que les actes de sa vie. Cependant on fait aujourd'hui sa fête le 20 de juillet. Voy. les Vies des Saints, de Baillet, pour ce jour-là. « Ses actes, dit cet auteur, ont été si corrompus, au jugement même de Metaphraste, que l'église Romaine n'en a rien voulu insérer dans son bréviaire. Les Orientaux l'honorent sous le nom de sainte Pélagie ou de sainte Marine, et les Occidentaux, sous ceux de sainte Gemme ou de sainte Marguerite. » — Il ne faut pas la confondre avec Sainte MARGUERITE, reine d'Écosse. Celle-ci étoit petite-nièce du roi saint Edouard le Confesseur, et sœur d'Edgar, qui devoit succéder au saint roi. Guillaume le Conquérant les obligea de chercher leur salut dans la fuite. Ils abordèrent en Écosse, et furent accueillis par Malcolm III, qui soutint en leur faveur une guerre sanglante contre les généraux de Guillaume. Marguerite donna à l'Écosse le spectacle de toutes les vertus. Malcolm lui demanda sa main, et la fit couronner reine, l'an 1070. Elle ne se servit de l'ascendant qu'elle eut sur son époux, que pour faire fleurir la religion et la justice, et pour procurer le bonheur des Écossois. Dieu bénit leur mariage, en leur donnant des enfans dignes d'eux : Edgard, Alexandre et David, leurs fils, illustrèrent successivement le trône d'Écosse, par R r 4 leurs vertus et leur piété. *Machilde*, leur fille, épousa *Henri I*, roi d'Angleterre. (*Voyez MATHILDE*, reine d'Angleterre.) Ce qui distingue sur-tout ce couple heureux, fut leur tendresse pour les pauvres et les infortunés. *Malcolm* fit batir la cathédrale de Durham, et fonda les évêchés de Murray et de Cathness, réforma sa maison, et porta des lois somptuaires. *Marguerite* eut la douleur de perdre son mari, tué au siège du château d'Alnwick, dans le Northumberland, et ne survécut pas long-temps à cette perte. Elle mourut, le 16 novembre 1093, dans la 47$^{e}$ année de son âge, et fut canonisée en 1251, par *Innocent IV*. Sa Vie a été écrite par *Thierry*, moine de Durham, son confesseur, et par *St. Aelred*.
II. MARGUERITE, fille de *Waldemar III*, roi de Danemarck, et femme de *Hoquin*, roi de Norwège, fut placée l'an 1387 sur le trône de Danemarck et sur celui de Norwège, par la mort de son fils *Olaïss*, qui avoit uni dans sa personne ces deux royaumes. *Albert*, roi de Suède, tyran de ses sujets nobles, les souleva contre lui; ils offrirent leur couronne à *Marguerite*, dans l'espérance qu'elle les délivrerait de leur roi. Le tyran succomba après sept ans d'une guerre aussi cruelle qu'opiniâtre, et se vit forcé de renoncer au sceptre en 1394, pour recouvrer sa liberté qu'il avoit perdue dans la bataille de Falcoping. *Marguerite*, surnommée dès-lors la *Sémiramis du Nord*, maîtresse de trois couronnes par ses victoires, forma le projet d'en rendre l'union perpétuelle. Les états généraux de Danemarck, de Suède et de Norwège, convoqués à Calmar, en 1397, rendirent une loi solennelle, qui ne faisoit qu'une seule monarchie des trois royaumes. Cet acte célèbre, connu sous le nom de l'*Union de Calmar*, portoit sur trois bases. La première, que le roi continueroit d'être électif. La seconde, que le souverain seroit obligé de faire tour-à-tour son séjour dans les trois royaumes. La troisième, que chaque état conserveroit son sénat, ses lois, ses privilèges. Cette union des trois royaumes, si belle au premier coup d'œil, fut la source de leur oppression et de leurs malheurs. *Marguerite*, elle-même, viola toutes les conditions de l'union. Les Suédois ayant été obligés de lui rappeler ses sermens, elle leur demanda s'ils en avoient les titres? On lui répondit en les lui montrant. *Gardez-les donc bien*, répliqua-t-elle; et moi, je garderai encore mieux les *Villes*, les *Places fortes* et les *Citadelles du royaume*... *Marguerite* ne traita guère mieux les Danois que les Suédois; et mourut peu regrettée des uns et des autres, en 1412, à 59 ans, après en avoir régué 26. Le duc de Poméranie, son neveu, qu'elle avoit associé au gouvernement des trois royaumes, lui succéda sous le nom d'*Eric XIII*. *Marguerite* eut les talens d'une héroïne, et quelques qualités d'une princesse. Lorsque ses projets n'étoient pas traversés par la loi, elle la faisoit observer avec une fermeté louable; et l'ordre public étoit ce qu'elle aimoit le mieux, après ses intérêts particuliers. Ses mœurs n'étoient pas trop régulières: mais elle tâchoit de réparer cette irrégularité, dans l'esprit des peuples, par les dons qu'elle faisoit aux églises. Son esprit auroit été plus loin, s'il avoit été cultivé. Elle parloit avec force et avec grace, et elle se servit avantageusement du mélange que la nature avoit fait en elle, des agrémens des femmes et du courage des hommes.
III. MARGUERITE, fille aînée de Raimond Béranger, comte de Provence, épousa saint Louis en 1234. La reine Blanche, jalouse à l'excès de l'affection de son fils, voyoit avec une espèce de chagrin, ses vifs empressemens pour sa femme. Si la cour voyageoit, elle les faisoit presque toujours loger séparément. Aussi la jeune reine n'aimoit pas beaucoup sa belle-mère. St. Louis n'osoit même aller chez cette épouse chérie, sans prendre des précautions, comme s'il avoit été chez une maîtresse. Un jour qu'il tenoit compagnie à sa femme, parce qu'elle étoit dangereusement malade, on vint lui dire que sa mère arrivoit. Son premier mouvement fut de s'enfoncer dans la ruelle du lit. Blanche l'apperçut néanmoins. Venez-vous-en, lui dit-elle, en le prenant par la main; vous ne faites rien ici... Helas! s'écria Marguerite désolée, ne me laisserez vous voir mon Seigneur ni à la vie, ni à la mort? Elle s'évanouit à ces mots; tout le monde la crut morte. Le roi le crut lui-même, et retourna sur-le-champ auprès d'elle. Sa présence la fit revenir de son évanouissement; et les deux époux, toujours surveillés, s'en aimèrent davantage. (Voyez l'Histoire de St. Louis, par Joinville; et l'Histoire de France, par l'abbé Velly.) Marguerite suivit Louis en Egypte, l'an 1248, et accoucha à Damiette, en 1250, d'un fils, surnommé Tristan, parce qu'il vint au monde dans de fâcheuses conjonctures. Trois jours auparavant elle avoit reçu la nouvelle que son époux avoit été fait prisonnier; elle en fut si troublée, que, croyant voir à tout moment sa chambre pleine de Sarasins, elle fit veiller auprès d'elle un chevalier de 80 ans, qu'elle pria de lui couper la tête, s'ils se rendoient maîtres de la ville. Le chevalier le lui promit, et lui dit bonnement, qu'il en avoit eu la pensée avant qu'elle lui en parlât. Les Sarasins ne purent surprendre Damiette; mais le jour même qu'elle accoucha, les troupes Pisanes et Génoises, qui y étoient en garnison, voulurent s'enfuir parce qu'on ne les payoit pas. Cette princesse, pleine de courage, fit venir au pied de son lit les principaux officiers, et elle les harangna, non pas les larmes aux yeux, mais d'un ton si ferme et si mâle, qu'elle obligea ces lâches à ne point sortir de la place. De retour en France, elle fut le conseil de son époux, qui prenoit ses avis en tout, quoiqu'il ne les suivit pas toujours. Elle mourut à Paris, en 1285, à 76 ans. Comme aînée de sa sœur Béatrix, qui avoit épousé le comte d'Anjou, frère du roi, elle voulut prétendre à la succession de la Provence; mais elle n'y réussit pas, la coutume du pays étant que les pères ont droit de se choisir un héritier. Son douaire étoit assigné sur les Juifs, qui lui payoient par quartier 219 liv. 7 s. 6 den. C'étoit une des plus belles femmes de son temps, et encore plus sage que belle. Un poète Provençal lui ayant dédié une pièce de galanterie, elle l'exila aux isles 634 MAR d'Hières. Son esprit étoit si judicieux, que des princes la prirent plusieurs fois pour arbitre de leurs différends. Quoiqu'elle n'eût pas trop lieu, dit le P. Fontenai, d'aimer la reine Blanche, elle pleura beaucoup à la nouvelle de sa mort, qu'elle apprit dans la Palestine. Joinville lui dit avec sa liberté naïve: « qu'on avoit bien raison de ne pas se fier aux pleurs des femmes. » Marguerite lui répondit avec non moins de franchise: Sire de Joinville, ce n'est pas aussi pour elle que je pleure; mais c'est parce que le roi est très-affligé, et que ma fille Isabelle est restée en la garde des hommes.
IV. MARGUERITE DE BOURGOGNE, reine de France, fille de Robert II, duc de Bourgogne, petite-fille par sa mère de St. Louis, et femme de Louis Hutin, roi de France, fut unie à ce prince, âgé seulement de 15 ans, en 1305. Elle étoit belle, d'un esprit vif, et son cœur étoit porté à la galanterie. Elle étoit très-unie avec Blanche de Bourgogne, femme de Charles, comte de la Marche, frère du roi. Ces deux princesses avoient les mêmes goûts, et leur commerce criminel éclata bientôt. En 1314, l'une et l'autre furent convaincues d'adultère avec deux frères, l'un appelé Philippe, l'autre Gautier d'Aunay. Ils avoient intéressé dans leurs débauches un huissier de la chambre de la reine de Navarre, confident et complice de ces désordres. Philippe passait pour l'amant de Marguerite, Gauthier pour celui de Blanche. C'étoit à l'abbaye de Maubuisson que se passaient les scènes honteuses du libertinage des princesses. Louis Hutin, qui venoit de monter sur le trône, fit faire le procès aux deux gentilshommes, comme à des traitres et à des scélérats, coupables du crime de l'ère-majesté. L'huissier qui favorisoit ces criminelles galanteries, fut condamné au gibet; mais Philippe et Gauthier furent traités plus sévèrement. Ils furent tous les deux mutilés et écorchés vifs. Ils eurent ensuite la tête coupée, et leurs corps furent pendus par-dessous les bras, et leurs têtes placées sur des piliers. Cette exécution se fit en 1315, à Pontoise. A l'égard de Marguerite et de Blanche, elles furent renfermées au château Gaillard; et, soit que Marguerite fût la plus coupable, soit que Louis Hutin fût le plus sévère, son épouse éprouvait le plus rude châtiment: elle fut étranglée avec une serviette.
MARGUERITE, Landgrave de Thuringe, Voyez III. FRÉDÉRIC. V. MARGUERITE D'ÉCOISE, femme de Louis XI, roi de France, quand il n'étoit encore que dauphin, avoit beaucoup d'esprit et aimoit les gens de lettres. Ce fut elle qui donna un baiser à Alain Chartier. (Voyez l'article de ce poète.) Elle mourut en 1445, à 26 ans.
VI. MARGUERITE D'AUTRICHE, fille unique de l'empereur Maximilien I, et de Marie de Bourgogne, naquit en 1480. Après la mort de sa mère, on l'envoya en France, pour y être élevée avec les enfans du roi Louis XI. Peu de temps après, elle fut fiancée au dauphin, qui monta depuis sur le trône, sous le nom de Charles VIII. Mais ce monarque ayant donné sa M A R 635 main, en 1491, à Anne, héritière de Bretagne, renvoya Marguerite à son père, avant la consommation du mariage. Ferdinand et Isabelle, rois de Castille et d'Aragon, la firent demander, en 1497, pour leur fils unique, Jean, infant d'Espagne. Comme elle alloit joindre son époux, son vaisseau fut battu d'une furieuse tempête, qui la mit sur le point de périr. Ce fut dans cette extrémité qu'elle composa cette Epitaphe badine : Ci dit MARGOT, la gente Demoiselle, Qu'eut deux maris, et si mourut pucelle. Si Marguerite fit effectivement cette plaisanterie au milieu du naufrage, on ne doit pas avoir une foible idée de la fermeté de son ame. L'enfant son époux étant mort peu de temps après, elle épousa, en 1508, Philibert le Beau, duc de Savoie. Veuve trois ans après, et n'ayant point d'enfants, elle se retira en Allemagne auprès de l'empereur son père. Elle fut dans la suite gouvernante des Pays-Bas, et s'y acquit l'estime publique par sa prudence et par son zèle contre le Luthéranisme. Cette princesse mourut à Malines, le 1er décembre 1530, à 50 ans. Sa devise étoit : Fortune, infortune, fors une. On l'a expliquée de plusieurs manières différentes; elle ne mérite de l'être d'aucune. Marguerite laissa divers ouvrages en prose et en vers, entr'autres : le Discours de ses infortunes et de sa vie. Jean le Maire composa à sa louange la Couronne Marguaritique, imprimée à Lyon en 1549. Toutes les fleurs de cette couronne ne sont pas également vives; mais l'on trouve dans ce recueil des choses assez curieuses sur cette princesse, et plusieurs de ses saillies.
VII. MARGUERITE DE VA-LOIS, reine de Navarre, sœur de François I, et fille de Charles d'Orléans duc d'Angoulême et de Louise de Savoie, naquit à Angoulême en 1492. Elle épousa, en 1509, Charles, dernier duc d'Alençon, premier prince du sang et connétable de France, mort à Lyon après la prise de Pavie, en 1525. La princesse Marguerite, allégée de la mort de son époux et de la prise de son frère, qu'elle aimoit tendrement, fit un voyage à Madrid, pour y soulager le roi durant sa maladie. « Quiconque, dit-elle, viendra à ma porte m'annoncer la guérison du roi, tel courrier fût-il las, harassé, mal-propre et fangeux, j'irai l'embrasser et l'accoler comme le plus aimable gentilhomme. » La fermeté avec laquelle elle parla à Charles-Quint et à ses ministres, les obligea à traiter ce monarque avec les égards dès à son rang. François I, de retour en France, lui témoigna sa gratitude, en prince sensible et généreux. Il l'appeloit ordinairement sa Mignonne; il lui fit de très-grands avantages lorsqu'elle se maria, en 1526, à Henri d'Albret, roi de Navarre. Jeanne d'Albret, mère de Henri IV, fut l'heureux fruit de ce mariage. Ses soins sur le trône furent ceux d'un grand prince. Elle fit fleurir l'agriculture, encouragea les arts, protégea les savans, embellit ses villes et les fortifia. L'ardeur qu'elle avoit de tout apprendre, lui fit écouter quelques théologiens Protestans, qui l'infectèrent de leurs erreurs. Elle les déposa, en 1533, 636 MAR dans un petit ouvrage de sa façon, intitulé : *Le Miroir de l'ame pécheresse*, qui fut censuré par la Sorbonne. Cette condamnation lui inspira encore plus d'intérêt pour les hérétiques, qu'elle regardoit comme des hommes malheureux et persécutés. Elle leur donna sa confiance, et employa tout ce qu'elle avoit de crédit pour les dérober à la sévérité des lois. Ce fut à sa recommandation que *François I* écrivit au parlement, en faveur de quelques hommes de lettres, pour suivis comme favorables aux nouvelles erreurs. Enfin, sur la fin de ses jours, elle rouvrit les yeux à la vérité, et mourut sincèrement convertie, le 2 décembre 1549, à 57 ans, au château d'Odos en Bigorre. (*Voyez* III. FÉVRE.) Cette princesse joignoit un esprit mâle à une bonté compatissante, et des lumières très-étendues, à tous les agrémens de son sexe. Elle étoit douce sans foiblesse, magnifique sans vanité, capable d'affaires, sans négliger les amusemens de la société, attachée à *François I*, comme une sœur bien née, et aussi respectueuse à son égard que le moindre de ses sujets. Amie de tous les arts, elle en cultivoit quelques-uns avec succès. Elle écrivoit facilement en vers et en prose. Ses poésies et sa beauté, lui acquirent le surnom de *Dixième Muse*, et de la *Quatrième Grace*. Nous citerons la petite pièce qu'elle adressa à *Marot*, en répondant pour *Hélène de Tournon*, à ce poète, qui s'étoit plaint dans une épigramme du nombre de ses créanciers. Si ceux à qui devez comme vous dites, Vous connoissoient comme je vous connois, Quitte seriez des dettes que vous fites, Au temps passé, tant grandes que petites; En leur payant un dizain toutefois, Tel que le vœu, qui vaut mieux mille fois, Que l'argent dû par vous en conscience: Car estimer on peut l'argent au poids; Mais on ne peut (et j'en donne ma voix) Assez priser votre belle science. On célébra *Marguerite* en vers et en prose. On a dit d'elle, que c'étoit une *Marguerite qui surpassoit en valeur les perles d'Orient*. La reine *Marguerite* avoit, dit-on, la vertu que l'antiquité supposoit aux Muses; mais on ne le jugeroit pas en lisant ses ouvrages, très-souvent obscènes malgré la pureté de ses mœurs. Les jeunes gens les lisent encore aujourd'hui avec trop de plaisir. On y trouve de l'esprit, de l'imagination, de la naïveté; et la *Fontaine* y a puisé le fond, et même les ornemens de plusieurs de ses Contes, entre autres, celui de la *Servante justifiée*. On a d'elle : I. *Heptaméron*, ou les *Nouvelles de la Reine de Navarre*, 1560, in-4° (édition de *Gruget*); et Amsterdam, 1698, 2 vol. in-8°, figures de *Romain de Hooghe*. Ce sont des *Contes* dans le goût de ceux de *Bocace*, qui ont été imprimés de même; à Amsterdam, 1697, 2 vol. in-8°, figures. On y joint les *Cent Nouvelles nouvelles*, Amsterdam, 1701, 2 vol. in-8°, figures; et les *Contes de la Fontaine*, Amsterdam, 1685, 2 volum. in-8°, figures. Ces quatre Recueils ont M A R 637 été réimprimés sous le titre de *Recueil de Contes*, d'une très-jolie édition, à Chartres, sous le nom de la Haye, 1733, huit vol. petit in-12. Des aventures galantes, des séductions de filles encore novices, des stratagèmes plaisans, employés pour tromper les tuteurs et les jaloux : voilà les pivots sur lesquels roulent tous ces contes, d'autant plus dangereux pour la jeunesse, que les images obscènes y sont cachées sous un air de simplicité et de naïveté piquantes. (*Voyez LOUIS XI.*) II. Les *Marguerites de la Marguerite des Princesses*, recueillies en 1547, in-80, par *Jean de la Haye*, son valet de chambre. On trouve dans ce recueil de Poésies : 1.º Quatre *Mystères* ou Comédies pieuses, et deux *Farces*. Ces pièces singulières, où le sacré est mêlé avec le profane, sont sans élévation, et n'offrent que beaucoup de naïveté, parce que le naïf est une nuance du bas. 2.º Un Poème fort long et fort insipide, intitulé : *Le Triomphe de l'Agneau*. 3.º La *Complainte pour un Prisonnier*, apparemment pour *François I*, est un peu moins mauvaise. *Marguerite* avoit une facilité singulière pour faire les devises. La sienne étoit la fleur de *Souci* qui regardoit le Soleil, avec ces mots : *NON INFERIORA SECUTUS*. Elle en avoit une autre; c'étoit un Lis à côté de deux *Marguerites*, et ces paroles à l'entour : *MIRANDUM NATURÆ OPUS*.
VIII. MARGUERITE DE FRANCE, fille de *François I*, née en 1523, cultiva les lettres et répandit ses bienfaits sur les savans, à l'exemple du roi son père. Elle se maria en 1559 avec *Emmanuel-Philibert*, duc de Savoie. Ce prince connut tout le bonheur de posséder une telle épouse, et ses sujets la nommèrent de concert la *Mère des Peuples... Henri III* ayant passé à Turin à son retour de Pologne, elle se donna tant de mouvement pour que ce monarque et les seigneurs de sa suite fussent bien traités, qu'elle contracta une pleurésie, dont elle mourut le 14 septembre 1574, à 51 ans. Cette princesse savoit le grec et le latin, et joignoit à ces connaissances des vertus supérieures et une piété tendre.
IX. MARGUERITE DE FRANCE, fille de *Henri II*, née le 14 mai 1552, épousa en 1572, le prince de Béarn, si cher depuis à la France, sous le nom de *Henri IV*. Ce mariage, célébré avec pompe, fut l'avant-coureur de la funeste journée de la *Saint-Barthélemi*, concertée au milieu des réjouissances des noces. La jeune princesse avoit alors tout l'éclat de la beauté et de la jeunesse : mais son mari n'eut pas son cœur; le duc de *Guise* le possédoit. (*Voy. aussi I. F. A. R.*) *Henri*, loin de travailler à se l'assurer, donna le sien à différentes maîtresses. Deux époux de ce caractère ne pouvoient guère vivre en bonne intelligence. *Marguerite* étant venue à la cour de France en 1582, s'abandonna à toute la foiblesse de son tempérament. Le roi *Charles IX*, son frère, la fit rentrer pour quelque temps en elle-même par un traitement ignominieux. Ce prince avoit dit, après avoir signé son contrat de mariage : *En donnant ma sœur Margot au Prince de Béarn, je la donne à tous les Huguenots* du Royaume... Henri, obligé de vivre avec cette femme voluptueuse, lui témoigna le mépris qu'elle méritait. Marguerite, prétextant l'excommunication lancée par Sixte-Quint contre son époux, s'empara de l'Agénois et s'établit à Agen, d'où sa mauvaise conduite et ses vexations la firent chasser. Contrainte de se sauver en Auvergne, elle s'y conduisit en courtisane et en aventurière. Sa vie fut très-agiée, jusqu'au moment qu'elle fut enfermée au château d'Usson, dont elle se rendit maîtresse, après avoir assujetté le cœur du marquis de Canilhac qui l'y avait renfermée. Henri IV devenu roi de France, et n'ayant point eu d'enfant d'elle, lui fit proposer, pour le bien de l'état, de faire casser leur mariage. Elle y consentit avec autant de noblesse que de désintéressement. Loin d'exiger plusieurs conditions auxquelles ce prince aurait été obligé de souscrire, elle demanda seulement qu'on payât ses dettes, et qu'on lui assurât une pension convenable. Leurs nœuds furent rompus en 1599, par le pape Clément IX. Marguerite, libre de ses liens, quitta son château d'Usson en 1605, et vint se fixer à Paris, où elle fit bâtir un beau palais rue de Seine, avec de vastes jardins qui régnoient le long de la rivière. Elle y vécut dans le commerce des gens de lettres et dans les exercices de piété. Elle mourut le 27 mars 1615, à 63 ans. Cette princesse joignoit à une ame noble, compatissante et généreuse, beaucoup d'esprit et de beauté. Personne en Europe ne dansoit si bien qu'elle. Don Juan d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas, partit exprès en poste de Bruxelles, et vint à Paris incognito pour la voir danser à un bal paré. Sa maison étoit l'asile des beaux esprits. Son imagination acquit tant d'agrémens auprès d'eux, qu'elle parloit et écrivit mieux qu'aucune femme de son temps. Elle les honora de ses bienfaits : mais elle fit passer souvent la générosité avant la justice, elle empruntoit beaucoup et rendoit rarement; aussi mourut-elle accablée de dettes. Ce fut la dernière princesse de la maison de Valois, dont tous les princes étoient morts sans postérité. On fit les vers suivans sur l'extinction de cette maison : Margaris alma soror, consors et filia Regum Omnibus his moriens, proh dolor! orbai fait. Pars ferro occubuit, pars altera casa veneno. Tutior est solio parvula sella gravi. Pravisis oblit mater vexata procellis, Par nata meror praesitit inferias. Quelques historiens ont prétendu que, pendant son mariage avec Henri IV, elle accoucha secrètement de deux enfans; mais on n'a jamais apporté la moindre preuve de ce conte scandaleux. On a d'elle : I. Des Poésies, parmi lesquelles il y a quelques vers heureux. II. Des Mémoires depuis 1565 jusqu'en 1582, publiés en 1628, par Auger de Mauléon. Marguerite s'y peint comme une Vestale. Le style en est naïf et agréable, et les anecdotes curieuses et amusantes. Godefroi en a donné une bonne édition à Liège, in-8°, 1713... Voyez l'Histoire de cette princesse, par M. Mongez, chanoine régulier, 1777, in-8° — X. MARGUERITE, fille et héritière de Florent, comte de Hollande, est célèbre par un conte répété par vingt compilateurs, et par ceux de ce siècle même. Ayant refusé, dit-on, l'aumône à une femme qu'elle accusa en même temps d'adultère, Dieu la punit en la faisant accoucher, l'an 1276, de 365 enfans, tant garçons que filles. Les garçons, ajoute-t-on, furent tous nommés Jean, et les filles Elizabeth. Cette histoire est peinte dans un grand tableau d'un village peu éloigné de la Haye; et à côté du tableau l'on voit deux grands bassins d'airain, sur lesquels on prétend que les 365 enfans furent présentés au baptême. Mais combien de fables ne seroient point attestées, s'il suffisait de citer un tableau en leur faveur? « On a remarqué que les plus anciennes Annales gardent un profond silence sur ce fait; qu'il n'a été rapporté que par des écrivains modernes, qui ne s'accordent point entre eux, ni sur la date, ni sur la vie de la comtesse, ni sur le nombre des enfans; et qu'enfin Nassau, qui pour lors étoit évêque d'Utrecht, s'appeloit Jean et non pas Gai, comme le disent les Chroniques. Plusieurs savans ont examiné ce qui avoit pu occasionner un pareil récit. M. STADIK s'est arrêté aux Epitaphes de la mère et du fils, qui lui ont paru mériter quelque attention. Conformément aux dates qu'elles présentent, il a pensé que la comtesse accoucha le vendredi-saint 1276, qui étoit le 26 mars. Or, dans ce temps l'année commençant au 25 du même mois, il y avoit, lorsque la comtesse accoucha, deux jours de l'année qui s'étoient écoulés; ce qui a fait dire qu'elle mit au monde autant d'enfans qu'il y en avoit à l'année. En effet, on ne trouve dans l'histoire que deux enfans, Jean et Elizabeth. C'est ainsi que cette fable s'explique, et devient un événement ordinaire, qui ne tenoit au merveilleux que par une équivoque. Les écrivains postérieurs, qui n'ont point examiné cette circonstance, ont attribué 365 enfans à la comtesse. » (Journal des Savans, février 1758... sur l'Histoire générale des Provinces-Unies.) Il y a eu une autre MARGUERITE, femme d'un comte Palatin, qui accoucha dans Cracovie, en 1269, de 36 enfans, tous en vie, si l'on en croit Martin Cromer, Guichardin qui l'a copié, et cinquante auteurs qui ont rapporté ce mensonge après eux. Il ne faut cependant pas nier qu'il n'y ait eu quelques exemples d'une fécondité prodigieuse. Pic de la Mirandole parle de deux femmes, dont l'une accoucha de neuf, l'autre de onze enfans. Joubert, dans ses Erreurs populaires, rapporte que la grand-mère de la maréchale de Montluc, héritière de la maison de Boville en Agénois, eut d'une seule couche neuf filles, qui vécurent toutes et furent mariées, et dont on voyoit encore, du temps de Joubert, les tombeaux dans l'église cathédrale d'Agen.
XI. MARGUERITE D'ANJOU, fille de Iéne d'Anjou, roi de Sicile, femme de Henri VI, roi d'Angleterre, étoit une princesse entreprenante, courageuse, inébranlable. Elle eut tous les talens du gouvernement et toutes les vertus guerrières. Elle prit un tel empire sur son mari, qu'elle régna sous son nom. La nation Angloise, que sa fermeté avoir irritée, résolut de changer de maître. Richard, duc d'Yorck, profita de la fermentation des esprits pour faire valoir ses droits à la couronne. Il se mit à la tête d'une armée, battit Henri VI en 1455, à Saint-Albans, et le prit prisonnier. Il régna sous le titre de Protecteur, et ne laissa à Henri que le vain appareil de la royauté. Marguerite voulut le rendre libre, pour l'être elle-même. Son courage étoit plus grand que ses malheurs. Elle lève des troupes, délivre son mari par une victoire, devient générale de son armée, et entre à Londres en triomphe. Les rebelles ne furent pas découragés. Ils livrèrent bataille à la reine, à Northampton, l'an 1460, le comte de Warwick à leur tête. Marguerite fut vaincue, Henri fait prisonnier une deuxième fois, et sa femme fugitive. Elle courut de province en province pour se faire une armée, quoique Londres et le parlement lui fussent opposés. Elle rassembla dix-huit mille hommes, marcha contre le duc d'Yorck, le vainquit et le tua à Wakefield. Ensuite elle atteignit Warwick, et eut le bonheur de remporter sur lui une victoire complète, en 1471, à Brandshécat, près de Saint-Albans. Le comte de la Marche, devenu duc d'Yorck par la mort de son père, et soutenu par Warwick, se fit couronner roi d'Angleterre, sous le nom d'Edouard IV. Marguerite fut, plus que jamais, dans la nécessité de se battre. Les deux armées ennemies se trouvèrent en présence à Tawton, sur les confins de la province d'Yorck. Ce fut là que se donna la plus sanglante bataille qui ait jamais dépeuplé l'Angleterre. Warwick fut pleinement victorieux, et le jeune Edouard IV affermi sur le trône. Marguerite abandonnée passa en France, pour implorer le secours de Louis XI, qui le lui rehisa. Cette princesse intrépide repasse en Angleterre, donne une nouvelle bataille vers Exham, l'an 1462, et la perd encore. Contrainte de se réfugier chez son père, elle revint bientôt pour domptier les rebelles. Elle livre de nouveaux combats, et est faite prisonnière en 1471. Elle recouvra la liberté en 1475, par le traité fait cette année entre Louis XI et Edouard IV. Sa rangon coûta cinquante mille écus. Elle revint en France, où, obligée de dévorer ses chagrins, après avoir soutenu dans douze batailles les droits de son mari et de son fils, elle mourut le 25 août 1482, à 59 ans, la reine, l'épouse et la mère la plus malheureuse de l'Europe. La postérité l'aurait encore plus respectée, si elle n'avoit pas souillé sa gloire, par le meurtre du duc de Glocester, oncle du roi son époux, dont le crédit excita son envie, et qu'elle fit périr, sous prétexte d'une conspiration. Edouard son fils, prince de Galles, tué à la bataille de Tewksbury, en 1471, ne laissa pas de postérité. L'Histoire de cette reine infortunée a été écrite par l'abbé Prévôt, Amsterdam, 1740, en 2 vol. in-12. Voyez V. GEORGE.
XII. MARGUERITE D'YORCK, sœur d'Edourd IV et de Richard III, seconde femme de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, n'eut point d'enfants de son mariage. Elle survécut à M A R 641 son époux, et fixa son séjour en Flandre, où elle se fit adorer. Mais elle adopta et aima tendrement sa belle-fille Marie de Bourgogne, et ses enfants, dont elle soigna l'éducation. Les fâcheuses affaires qu'elle suscita à Henri VII, usurpateur du trône d'Angleterre sur sa famille, qui s'y étoit affermi en épousant la nièce de Marguerite, et qui la traitoit avec une dure ingratitude, firent donner à la duchesse veuve le surnom de JN-NON du roi d'Angleterre. Voyez aussi les art. d'EDOUARD Plantagenet, n.º II; de PERKINS; et de STANLEY, n.º I.
MARGUERITE, fille de Frédéric II : Voyez FRÉDERIC, n.º III.
MARGUERITE DE LORRAINE, Voyez III. LOUISE.
MARGUERITE DE SAVOIE, vice-reine de Portugal, Voyez LXV. JEAN IV, le Fortuné.
XIII. MARGUERITE-MARIE A LA COQUE, née en 1645, à Leuthecourt en Bourgogne, montra dès son enfance beaucoup de vertu. A l'âge de dix ans elle disoit avoir des extases et des apparitions; elle se dévoua dès-lors à la contemplation. En 1671 elle entra au monastère de la Visitation de Sainte-Marie de Paray-le-Monial en Charolôis. Elle fut admise au noviciat après trois mois d'épreuve, et fut dès-lors un modèle de sagesse, de soumission et de patience. Mais des singularités et des bizarreries ternirent l'éclat de ses vertus. Elle mourut, le 17 octobre 1690, après avoir servi à répandre la dévotion au COUR DE JESUS. L'archevêque de Sens, Languet, a écrit sa Vie, et y a joint quelques-uns de ses écrits. Voy. II. LANGUET.
MARGUNIO, (Massimo) fils d'un maréchal de Candie, vint à Venise avec son père en 1547, et y établit une imprimerie grecque, de laquelle sont sortis beaucoup d'ouvrages. Sa maison ayant été consumée par un incendie, il retourna dans sa patrie, et devint évêque de Cérigo. Il mourut dans l'isle de Candie, en 1602, à 80 ans. On a de lui, en grec, des Hymnes Anacréontiques, publiées à Augsbourg en 1592, in - 8°, par Hæschelius. Elles sont une preuve de ses talens pour le lyrique. On a encore de lui, d'autres Poésies, dans le Corpus Poëtarum Gracorum, Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in-fol.
MARIA, (N. Della) musicien Italien, vint en France, et y porta sur la scène italienne une musique expressive et douce. Il est mort à la fleur de son âge, laissant de vifs regrets aux connoisseurs, qui avoient fondé le plus grand espoir sur ses talens. On lui doit la musique du Prisonnier ou la Ressemblance, opéra plein d'airs agréables et facilement retenus de l'Oncle Valet; de l'Opéra comique; de la Fausse Duègue, pièce qui n'a été jouée qu'après sa mort. « Della Maria, a dit un écrivain plein de goût, étoit un de ces musiciens, tels qu'il en faut à la France: François pour l'esprit et le goût, Italien pour le génie et le sentiment de la musique, unissant à la mélodie ultramontaine, la connoissance de notre langue et de notre théâtre; c'est après Grétry, le compositeur qui a le mieux connu la scène, et qui S s 642 MAR a répandu le plus d'intelligence et de finesse dans ses ouvrages. La musique est une, il est vrai, mais elle a, comme la poésie, des beautés arbitraires et lucales. L'art d'adapter au goût français les grandes et véritables beautés de la musique, suppose un genre de mérite supérieur au mécanisme de la composition musicale... *Della Maria* n'a pas autant d'esprit que *Grétry*, mais sa manière est plus moderne; il n'est pas si heureux dans le motif des airs, mais il a plus d'éclat, de vivacité et de légèreté dans les morceaux d'ensemble; il y a plus de naturel et d'invention chez *Grétry*; plus de pureté et de tournure chez *Della Maria*; le premier est plus riche; le second plus élégant; tous les deux sont pleins de grace et de délicatesse; tous les deux se distinguent par la sagesse du style et la vérité de l'expression; ils paroissent avoir recherché l'un et l'autre cet atticisme si fameux chez les Grecs, c'est-à-dire, une élégante simplicité, éloignée de tout excès et de toute affectation; mais l'atticisme de *Della Maria* est plus brillant et plus fin; celui de *Grétry* plus nourri et plus vigoureux.
MARIALES, (Xantes) Dominicain Vénitien, d'une famille noble, enseigna quelque temps la philosophie et la théologie. Il se renferma ensuite dans son cabinet, sans vouloir aucun emploi dans son ordre, pour se livrer entièrement à l'étude. Il mourut à Venise en 1660, à plus de 80 ans. On a de lui: I. Plusieurs gros ouvrages de théologie, dont le plus courant en 4 vol. in-fol. Il parut à Venise en 1669, sous le titre de *Bibliotheca Interpretum ad universum Suamam D. Thoma*. II. Plusieurs *Declamations* en italien contre la France, qui attirèrent de facheuses affaires à l'auteur, et qui le firent chasser deux fois des états de Venise.
MARIAMNE, l'une de plus belles et des plus illustres princesses de son temps, épousa *Hérode le Grand*, dont elle eut *Alexandre* et *Aristobale*. Le roi l'aimait éperduement. Sa beauté et sa faveur excitèrent l'envie; ses ennemis vinrent à bout de la perdre dans l'esprit de son mari. Elle fut accusée faussement de lui avoir manqué de fidélité. (*Voyez* V. Joseph.) Ce prince trop crédule la fit mourir, l'an 28 avant J. C., et en conçut ensuite un repentir si vif, qu'il en perdoit l'esprit dans certains moments, jusqu'à donner ordre à ceux qui le servoient, d'aller quérir la reine, pour le venir voir et le consoler dans ses ennuis. *Hérode* se remaria à une princesse, nommée aussi *MARIAMNE*, fille de *Simon*, grand sacrificateur des Juifs; mais cette princesse ayant été accusée d'avoir conspiré contre le roi son époux, elle fut envoyée en exil.
MARIANA, (Jean) né à Talavera dans le diocèse de Tolède, entra chez les Jésuites en 1554, à l'âge de 17 ans. Il devint dans cette savante école un des plus habiles hommes de son siècle. Il savait les belles-lettres, le grec et l'hébreu, la théologie, l'histoire ecclésiastique et profane. Il enseigna à Rome, en Sicile, à Paris et en Espagne, avec réputation, et mourut à Tolède, le 17 février 1624, à 87 ans. C'étoit, suivant la peinture qu'en ont faite ses confrères, un homme ardent et inquiet. On a de lui : I. Une *Histoire d'Espagne*, en trente livres, qu'il traduisit lui-même de latin en espagnol. La meilleure édition du texte espagnol, est celle d'*Ibarra*, faite à Madrid en 1780, 2 vol. in-folio. Elle est conforme à celle de 1608, *ibid.* 2 vol. in-folio, à laquelle *Mariana* avoit présidé, et plus correcte que celle de 1678. Les éditions latines de l'*Histoire de Mariana*, sont : Celle de Tolède, 1592, in-folio, qui ne contient que vingt livres ; de Mayence, en 1605, en 2 vol. in-4°, et de la Haye, en 1733, 4 vol. in-folio. Celle-ci est la plus belle et la plus correcte. Nous en avons une *Traduction* françoise, par le P. *Charenton*, Jésuite, imprimée à Paris en 1725, 5 vol. in-4°, qui se relient en six : *Mahudol* y a ajouté une *Dissertation* historique sur les monnoies antiques d'*Espagne*. *Mariana*, comparable aux plus fameux historiens de l'antiquité, est égal au président de *Thou* pour la noblesse et pour l'élégance du style ; mais il n'est ni aussi exact, ni aussi judicieux, ni aussi impartial que ce célèbre historien. Il maltraite les François et les Protestans, et répète toutes les fables adoptées en Espagne. Il a de la majesté dans ses écrits : mais peu de précision. Son *Histoire* ne va que jusqu'en 1516. L'édition de Madrid que nous avons indiquée, renferme des *Continuations* jusqu'en 1678. (Voyez MINIANA.) *Pedro Mantuano*, *Cohon-Truel*, *Rileyro de Macedo*, ont relevé dans *Mariana* plusieurs fautes contre la chro- chronologie, la géographie et l'histoire ; mais leurs critiques ne sont pas toujours justes. II. Des *Scholies*, ou courtes *Notes* sur la *Bible*, in-folio. Elles sont peu consultées, quoique utiles pour l'intelligence du sens littéral. On y trouve une *Dissertation* sur l'édition de la Vulgate, très-savante et très-judicieuse ; il y est aussi traité du texte et des anciennes versions de l'Écriture. Cette *Dissertation* se trouve avec l'ouvrage suivant, dans l'édition de *Menochius*, par le P. de *Tournemine*. III. Un Traité *De ponderibus et mensuris*, Tolède, 1599, in-4° : rare et recherché, de cette édition, qui est l'originale. Cet ouvrage, où il s'avisa de blâmer les changemens qui se faisoient en Espagne dans les monnoies, le fit mettre en prison. Mais il fut relâché un an après sa détention. IV. Un fameux Traité *De Rige et Regis institutione*, à Tolède, en 1599, in-4° : altéré dans les éditions postérieures, et qui est fort cher, de l'édition originale. Il fut condamné par le parlement de Paris, à être brûlé par la main du bourreau, censuré par la Sorbonne, et désapprouvé par ses supérieurs. *Mariana* ose soutenir dans cet ouvrage, qu'il est permis de se défaire d'un *Tyran*, et il y admire l'action détestable de Jacques Clément. Il est constant que *Iavailac* n'avoit point puisé dans cet ouvrage, l'abominable dessein qu'il exécuta contre la vie d'*Henri IV*, comme quelques-uns l'ont avancé ; mais ce livre n'en doit pas moins faire horreur aux bons citoyens. V. Un ouvrage, en espagnol, touchant les défauts du gouvernement de sa Société, qui a été imprimé en espagnol, en latin, en italien et en françois. (Voyez III. MORIN.) Mariana ne vouloit pas le rendre public; mais un Franciscain le lui enleva dans sa prison, et le fit impri- mer à Bordeaux en 1625, in-8.º VI. Un Traité des Spectacles, et d'autres ouvrages peu connus à présent, et imprimés à Co- logne, 1609, in-folio.
MARIANUS SCOTUS, habile moine Écossois, se retira en 1059 dans l'abbaye de Fulde, et mourut à Maïence en 1086, à 58 ans. Il étoit parent du vé- nérable Bède. On a de lui, une Chronique, qui est estimée. Elle va depuis la naissance de Jésus- Christ, jusqu'en 1083, et a été continuée jusqu'en 1200, par Dodechim, abbé au diocèse de Trèves. Voyez VÉRONIQUE.
MARICA, (Mythol.) Nym- phe que le roi Faunus épousa, et de qui il eut Latinus. Elle donna son nom à un marais, proche de Minturne, sur le bord duquel il y avoit un temple de Vénus, que quelques-uns con- fondent avec Marica: cette der- nière est, selon Lactance, la même que Circé. Fin du Tome septième.
HISTOIRE ABRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours ; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres ; Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire. Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Huitième Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mihi Galba, Quai, Vitellous, nec beneficio, nec injuriâ cognisi. TACT. Hist. lib. I. § 1. Double vénité
ALYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp.* An XII — 1804. 21326 | 序号 | 名称 | 单位 | 数量 | | --- | --- | --- | --- | | 1 | 2017年1月1日 | 100 | 500 | | 2 | 2017年1月2日 | 100 | 500 | | 3 | 2017年1月3日 | 100 | 500 | | 4 | 2017年1月4日 | 100 | 500 | | 5 | 2017年1月5日 | 100 | 500 | | 6 | 2017年1月6日 | 100 | 500 | | 7 | 2017年1月7日 | 100 | 500 | | 8 | 2017年1月8日 | 100 | 500 | | 9 | 2017年1月9日 | 100 | 500 | | 10 | 2017年1月10日 | 100 | 500 | I. MARIE, Vierge très-sainte, mère de N. S. Jéss-Canier, de la tribu de Juda, et de la famille royale de David, épousa St. Joseph, que Dieu lui donna pour être le gardien de sa virginité. Ce fut à Nazareth, que l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu, pour lui annoncer qu'elle concevroit le Fils du Très-Haut. La Sainte Vierge, surprise du discours de l'Ange, lui demanda humblement : Comment ce qu'il disoit pourroit-il s'accomplir, puisqu'elle ne connoissoit point d'homme ? L'ange Gabriel l'assura qu'elle concevroit par l'opération du Saint-Esprit. Alors la Ste Vierge témoigna sa soumission par ces paroles : Je suis la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole. Le fils de Dieu s'incarna dès-lors dans son chaste sein. Quelque temps après, elle alla visiter Ste Elizabeth, sa cousine, qui étoit enceinte de St. Jean-Baptiste. L'enfant d'Elizabeth tressaillit dans les flancs de sa mère, sentant approcher celui dont il devoit être le précurseur. Ce fut en cette occasion que Marie pro- nonça cet admirable Cantique, monument éternel de son humilité et de sa reconnoissance. La même année, elle se rendit à Bethléhem, d'où leur famille étoit originaire, pour se faire inscrire sur le rôle public, suivant les ordres de l'empereur Auguste. Il se trouva alors dans cette petite ville, une telle affluence de peuple, qu'ils se virent forcés de se retirer dans une taverne. C'est là que Jésus-Christ sortit du sein de sa très-sainte Mère, sans rompre le sceau de sa virginité qu'il consacra par sa naissance. Marie vit avec admiration la visite des Pasteurs et l'adoration des Mages, et quarante jours après la naissance de son Fils, elle alla le présenter au Temple, et observa ce qui étoit ordonné pour la purification des femmes. Marie suivit ensuite Joseph, qui avoit en ordre de se retirer en Egypte, pour soustraire l'Enfant à la fureur d'Hérode. Ils ne revinrent à Nazareth, qu'après la mort de ce tyran. Ils demeurèrent dans cette ville, et n'en sortoient que pour aller tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâques. Ils y menèrent Jésus, quand il eut atteint sa douzème année; et l'ayant perdu, ils le retrouvèrent le troisième jour au temple, assis au milieu des docteurs. Il n'est plus parlé de la Ste Vierge dans l'Évangile, jusqu'aux noces de Cana, où elle se trouva avec Jésus, qui y fit son premier miracle, à la prière de sa mère. Elle suivit son fils à Capharnaüm, et le voyant accablé par la foule de ceux qui venoient pour l'entendre, elle se présenta pour l'en tirer. L'Évangile dit encore que cette sainte Mère assista au supplice de son Fils sur la croix, et que Jésus-Christ la recommanda à son disciple bien aimé, qui la reçut chez lui. On croit qu'après l'Ascension dont elle fut témoin, ce saint apôtre la mena à Ephèse, où elle mourut dans un âge avancé (environ soixante-douze ans), sans qu'on sache aucune particularité de sa mort. Ainsi tout ce qu'on en a dit, n'est fondé que sur des monumens peu certains; il n'y a pas même de conjectures probables pour déterminer l'année de cette mort. (Voyez ce qu'en dit le savant Tillemon, dans le premier volume de ses Mémoires pour servir à l'Histoire de l'Église.) Nous entrerons dans quelques détails sur les fêtes de la Vierge, et sur le temps auquel elles ont été instituées; nous commencerons par son Assomption. Cette fête n'est pas moins solennelle dans les églises d'Orient, que dans celles d'Occident, quoique l'Assomption corporelle de la Vierge ne soit point un article de foi. L'église n'a rien décidé à cet égard. Les Pères des quatre premiers siècles n'ont rien écrit non plus de précis sur cette matière. Usuard, qui vivait dans le neuvième, dit dans son Martyrologe, que le corps de la Ste Vierge ne se trouvant point sur la terre, l'Église, qui est sage dans ses jugemens, a mieux aimé ignorer avec piété ce que la divine providence en a fait, que d'avancer rien d'apocryphe et de mal fondé sur ce sujet. Cependant l'opinion de l'enlèvement miraculeux au ciel, de la Vierge en corps et en ame, étant aujourd'hui généralement reçue, et cette opinion remontant jusqu'au VIe siècle, ce seroit une témérité de s'opposer à ce sentiment pieux. Un prédicateur qui avanceroit en chaire des propositions contraires, seroit obligé de se rétracter ou de s'expliquer publiquement, comme il arriva dans le dernier siècle à Paris. En 1696, la Sorbonne ayant censuré Marie d'Agreda, protesta d'abord, entr'autres choses, qu'elle croyoit l'Assomption. Ce qu'on peut recueillir de plus certain de la tradition depuis le IXe siècle, c'est que parmi les Églises que le pape Paschal orna ou répara, il est fait mention de deux, où étoit représenté l'enlèvement corporel de la Ste Vierge. Ces tableaux montrent, qu'on le croyoit dès lors à Rome. (Voyez l'Histoire Ecclésiastique de Fleuri, sous l'an 824.) Ajoutez qu'il est parlé de cette fête dans les Capitulaires de Charlemagne, et dans les décrets du concile de Maïence tenu en 813. On croit que l'Assomption a été célébrée beaucoup plutôt par l'église Orientale, et qu'elle l'étoit déjà sous Justinien. Une loi de l'empereur Manuel-Comnène, ordonna, au XIIe siècle, qu'elle seroit établie dans tout l'empire; car elle ne l'avoit été d'abord que dans diverses églises. Il paroît par une Épître de St. Bernard aux Chanoines de Lyon, que cette fête étoit solennisée dès-lors par toute l'Église d'Occident. La Purification de la Vierge, appelée vulgairement la Chandeleur, parce qu'on y allume des cierges, ne fut établie que vers le VIe siècle. Les Grecs l'appelèrent Hypa-pante. L'Annonciation date à peu près du même temps, et elle fut reçue bientôt après par toutes les nations Chrétiennes. La Visitation fut instituée par Urbain VI, en 1389, en mémoire de la visite de la Ste. Vierge à Elizabeth, et confirmée par le concile de Basle, en 1441. La Nativité qui avoit commencé à être célébrée dans le IXe siècle, passa des Latins aux Grecs Orientaux. La Conception fut établie dans le XIIIe siècle; mais la célébration n'en fut ordonnée que dans le concile de Basle, en 1439, et par Sixte IV, en 1476 et 1483. Nous ne parlons pas des fêtes particulières célébrées dans différentes congrégations : comme la fête de ses Grandeurs, de son Cœur, de ses Joies, de ses Plaisirs, de ses Douleurs, etc. On peut consulter Baillet, si l'on est curieux de quelques détails sur ce sujet. Mais nous dirons que l'église de Saint-Pierre de Rome célèbre avec solennité, le premier dimanche de septembre, la fête des fêtes de Notre-Dame, c'est-à-dire la solennité de l'assemblage de toutes les fêtes de la Ste Vierge. Indépendamment de ces fêtes particulières, la mère de Dieu est honorée en divers lieux d'un culte spécial, à cause des graces espérées ou reçues de son crédit auprès de J. C. son fils. C'est ainsi qu'on l'honore dans diverses églises du monde Chrétien, sous les noms de Notre-Dame des vertus, des graces, des miracles, des révélations, des apparitions, de bon secours, de bon port, de bonne nouvelle, de délivrance, de remède, de guérison, de la vie, de la victoire, de la paix, de la merci, de consolation, de pitié, de miséricorde, etc. etc. Mais les Protestans ne doivent point en prendre occasion de calomnier l'Église. Cette sage mère, en honorant Dieu dans la plus excellente de ses créatures, « ne veut pas, dit Baillet, que ses enfans oublient jamais que l'éloge de l'ouvrage retourne toujours à la louange de l'ouvrier, comme à l'auteur de tout ce qu'il contient de louable. »
II. MARIE DE CLÉOPHAS, ainsi nommée parce qu'elle étoit épouse de Cléophas, autrement Alphée, est appelée dans l'Évangile, Sœur de la Mère de Jésus. Elle avoit pour fils, St-Jacques le Mineur; St. Simon et St. Jude, et un nommé Joseph, frères, c'est-à-dire cousins germains du Seigneur. Elle croit de bonne heure en Jésus-Christ, l'accompagna dans ses voyages pour le servir, le suivit au Calvaire, et fut présente à sa sépulture. Étant allée à son tombeau le Dimanche de grand matin avec quelques autres femmes, elles apprirent de la bouche des Anges, que Jésus-Christ étoit ressuscité, et elles coururent en porter la nouvelle aux Apôtres. Jésus leur étant apparu en chemin, elles lui embrassèrent les pieds et l'adorèrent. On ne sait aucune autre particularité de la vie de Marie. (Voyez MAODE-LUINE, n° I.)
III. MARIE, sœur de *Marthe* et de *Lazare*, étoit de Béthanie, bourgade voisine de Jérusalem. Jésus-Christ avoit une considération particulière pour cette famille. Après la mort de *Lazare*, *Marie* se jeta aux pieds de *Jésus*, et lui dit : *Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne seroit pas mort. Jésus* la voyant qui pleuroit, alla au monument et ressuscita *Lazare*. C'est cette même *Marie* qui oignit les pieds de *Jésus*, et les essuya avec ses cheveux, lorsqu'il étoit chez *Simon le Lépreux*. Quelques écrivains la confondent avec *MARIE Magdeleine*; et la Femme Pècheresse, qui oignit les pieds du Sauveur chez *Simon le Pharisien*.
MARIE-MAGDELEINE, *Voyez* MAGDELEINE.
IV. MARIE ÉGIPTIENNE, (Sainte) quitta son père et sa mère à l'âge de 12 ans, et mena une vie déréglée à Alexandrie, jusqu'à l'âge de 17. La curiosité l'ayant conduite à Jérusalem avec une troupe de pèlerins, pour assister à la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, elle s'y livra aux derniers excès de la débauche. S'étant mêlée dans la foule pour entrer dans l'église, elle se sentit repousser par trois ou quatre fois sans pouvoir y entrer. *Marie*, frappée d'un tel obstacle, prit alors la résolution de changer de vie, et d'expier ses désordres par la pénitence. Puis, étant retournée à l'église, elle y entra facilement et adora la Croix. Le jour même elle sortit de Jérusalem, passa le Jourdain, et se retira dans la vaste solitude qui est au-delà de ce fleuve. Elle y passa 47 ans, sans voir personne, vivant de ce que produisait la terre, et menant la vie la plus austère. Un solitaire, nommé *Zozime*; l'ayant rencontrée, elle lui raconta son histoire, et le pria de lui apporter l'Eucharistie. *Zozime* l'alla trouver, l'année suivante, le jour du Jeudi-Saint, et lui administra ce sacrement. Il y retourna l'année d'après, et trouva son corps étendu sur le sable, avec une inscription tracée sur la terre : *Abbé Zozime, entremez ici le corps de la misérable Marie. Je suis morte le même jour que j'ai reçu les saints Mystères. Priez pour moi.* On ajoute que *Zozime* étant embarrassé pour creuser une fosse, un lion vint se charger de ce travail. L'histoire de *Marie* a été écrite, à ce que l'on croit, par un auteur contemporain; mais, comme elle contient bien des circonstances extraordinaires, plusieurs critiques la révoquent en doute. On place la mort de *Marie* l'an 378; l'église célèbre sa fête le 1$^{er}$ mars. V. MARIE, (Sainte) nièce du saint solitaire *Abraham*, perdit sa mère dès son enfance, et fut recueillie par son oncle, qui lui fit bâtir une cellule près de la sienne, et prit soin de l'instruire par une petite fenêtre qui servoit de communication. Parvenne à l'âge des passions, *Marie* s'ennuya de sa solitude, et suivit un amant qui l'entraîna dans le désordre. *Abraham* resta deux ans sans savoir ce qu'elle étoit devenue. Apprenant enfin qu'elle s'étoit cachée sous un faux nom dans une ville voisine, il alla la chercher, la fit revenir de ses erreurs, et la ramena dans sa cellule où elle fit une austère pénitence jusqu'à la fin de ses jours. Elle mourut à l'âge de 45 ans à la fin du IV$^{e}$ siècle. L'Église fuit sa fête le 29 octobre.
**VI. MARIE**, (Sainte) esclave et martyre, servoit dans la maison d'un officier Romain nommé *Tertulle*. Celui-ci, pour l'obliger à renoncer à la religion Chrétienne, la fit battre de verges et emprisonner. Elle trouva moyen de s'échapper, et se retira dans d'affreux rochers où elle mourut vers la fin du quatrième siècle, ou au commencement du cinquième.
**VII. MARIE**, (Sainte) surnommée *la Consolatrice*, parce que le principal soin de sa vie fut de consoler les affligés, étoit de Vérone, et fut souvent recherchée en mariage pour ses vertus et sa grande beauté; mais elle préféra l'état de vierge, et la pratique austère de la penitence. Elle mourut dans le VI$^{e}$ siècle.
**VIII. MARIE**, (Sainte) et sainte *Garcie*, martyres, naquirent à Carlette dans le royaume de Valence de parens Mahométans. Leur frère *Bernard* se fit Chrétien, s'enfuit de la maison paternelle, et vint en France prendre l'habit religieux de l'ordre de Citeaux dans le monastère de Poblese. Bientôt le zèle de la religion le fit retourner en Espagne, où il convertit et baptisa ses deux sœurs. Il leur persuada de l'accompagner en France, mais le frère aîné furieux de leur fuite et de ce qu'elles avoient abandonné le Mahométisme, les poursuivit, et les ayant atteintes près de la ville d'Alcyre, il les immola à sa colère, le 22 août 1280.
*DEINES et Princesses de France.*
**IX. MARIE**, fille de *Henri III* duc de Brabant, épousa *Philippe le Hards*, roi de France, en 1274. Elle fut accusée, deux ans après, d'avoir fait mourir par le poison l'aîné des fils que son mari avoit eus de sa première femme. *Marie* auroit couru risque d'être punie de mort, tant les indices étoient forts, si son frère, *Jean* duc de Brabant, n'eût envoyé un chevalier pour justifier par le combat l'innocence de cette reine. Son accusateur n'ayant pas osé soutenir sa calomnie, fut pendu. *Marie* survécut à *Philippe III* trente-six ans, et ne mourut que l'an 1321. Son corps est aux Cordeliers de Paris, et son cœur aux Jacobins. Ces deux couvens se partageoient alors les tristes restes des princes, comme pendant leur vie ils se disputoient leurs faveurs. **X. MARIE** d'ANJOU, fille aînée de *Louis II*, roi titulaire de Naples, et femme de *Charles VII* roi de France, mourut en revenant de Saint-Jacques en Galice, à l'abbaye de Chateliers en Poitou, l'an 1463, à 59 ans. C'étoit une princesse d'un rare mérite, aimant son mari qui ne l'aimoit point; travaillant à le faire roi, tandis qu'il ne songeoit qu'à ses plaisirs, et qu'il poussoit l'indifférence jusqu'à refuser de lui adresser la parole. C'est elle principalement qui lui assura la couronne, par son adresse, par ses conseils, et par son intrépidité.
**XI. MARIE**, troisième femme de *Louis XII*, étoit fille de *Henri VII*, roi d'Angleterre. Elle fut reçue à Bologne, à la descente du vaisseau, en 1514, par *François*, comte d'Angoulême, héritier présomptif et premier gendre de *Louis XII*. Le comte fut si enchanté de ses attraits, et la reine, de son côté, parut si touchée des manières affables et gracieuses du jeune prince, qu'ils se fussent peut-être trop aimés, si le gouverneur de François ne lui avoit fait entendre à propos, que jamais il ne régnerait, si la reine accouchoit d'un fils. Elle fut veillée de si près, que ses amours n'eurent pas de suite: (Voyez L. DUPRAT.) Brantôme dit d'elle une chose si extraordinaire, qu'aucun de nos historiens de quelque nom, pas même le romancier Varillas, ne l'a suivi. Il assure qu'il ne tait pas à elle d'être reine-mère; que n'ayant pas eu le temps d'y parvenir, elle fit courir le bruit, après la mort du roi, qu'elle étoit grosse, et que pour le faire croire, elle avoit eu recours à des linges, dont elle s'enfioit peu à peu; et que, son terme arrivant, elle avoit un enfant supposé, que devoit avoir une autre femme grosse, et qu'elle devoit produire dans le temps de son accouchement. Mais, ajoute-t-il, madame la Régente, qui étoit une Savoyenne, qui savoit ce que c'est que de faire des enfans, et qui voyoit qu'il y alloit trop de bon pour elle et pour son fils, la fit si bien éclairer et visiter par médecins et sages-femmes, et par la vue découverte de ses linges et d'apeaux, qu'elle fut découverte et faillie en son dessein, et point reine-mère; et renvoyée en son pays. Il faut avouer que les idées ordinaires ne s'accordent guère avec la supposition dont parle Brantôme; et, dans les circonstances particulières où Marie étoit, cette supposition ne paroît pas admissible. Cependant, suivant Mézerai, on crut que Marie étoit grosse; mais, dit-il, on fut incontinent assuré du contraire, par le rapport qu'elle en fit elle-même. Il pourroit donc bien se faire qu'en c'est cette princesse eût eu quelque dessein d'avoir recours au stratagème dont parle Brantôme; mais que la difficulté de l'exécution, et les menaces d'un examen sérieux du fait par les voies d'usage, eussent déterminé la jeune reine à faire une déclaration précise. Elle la fit, et elle ne pensa plus qu'à former un nouvel engagement avec un homme qu'elle avoit aimé. C'étoit Charles Brandon, duc de Suffolk, fils de sa nourrice et son premier amant, qui étoit venu à sa suite avec le titre d'ambassadeur. Ce seigneur, né simple gentilhomme, étoit parvenu peu à peu aux plus hautes dignités, autant par son mérite, que par la faveur de Henri VIII. Marie l'éponsa dès qu'elle fut veuve, le 31 Mars 1515. Leur mariage fut tenu secret, jusqu'à ce qu'on eût préparé Henri VIII à l'approuver. Elle en eût une fille, qui fut mariée à Henri Gray, duc de Suffolk, père de l'infortunée Jeanne Gray. La duchesse Marie termina ses aventures et sa vie en Angleterre, l'an 1534, dans sa 37e année. C'étoit la femme la plus belle et la mieux faite de son temps. Son caractère étoit doux, gai, plus vif que ne l'est ordinairement celui des Angloises; et son cœur étoit plus porté à la tendresse qu'à l'ambition.
XII. MARIE DE MÉDICIS, fille de François II de Médicis, grand duc de Toscane, et femme de Henri IV, roi de France, naquit à Florence l'an 1573. Son mariage avec Henri IV fut célébré en 1600. Le cardinal Aldro-bardin, neveu de Clément VIII, qui en avoit fait la première cérémonie à Florence, lorsque le duc de Bellegarde remit la procuration pour l'épouser, étala une grande magnificence. Le duc de Florence donna des fêtes somptueuses. La représentation d'une seule comédie coûta plus de 60 mille écus. Marie de Médicis fut nommée régente du royaume en 1610, après la mort de Henri IV. Le duc d'Epernon, colonel général de l'infanterie, força le parlement à lui donner la régence : droit qui jusqu'alors n'avoit appartenu qu'aux états-généraux. Marie de Médicis, à la fois tutrice et régente, acheta des créatures, de l'argent que Henri le Grand avoit amassé pour rendre la nation puissante. L'état perdit sa considération au dehors, et fut déchiré au dedans par les princes et les grands seigneurs. Les factions furent appaissées par un traité, en 1614, par lequel on accorda aux mécontens tout ce qu'ils voulurent ; mais elles se réveillèrent bientôt après. Marie, entièrement livrée au maréchal d'Ancre et à Galigaï, son épouse, les favoris les plus insolens qui aient approché du trône, irrita les rebelles par cette conduite. (Voyez LUDÉ.) La mort de ce maréchal, assassiné par l'ordre de Louis XIII, éteignit la guerre civile. Marie fut reléguée à Blois, d'où elle se sauva à Angoulême. Richelieu, alors évêque de Luçon, et depuis cardinal, réconcilia la mère avec le fils en 1619. Mais Marie, mécontente de l'inexécution du traité, ralluma la guerre, et fut bientôt obligée de se soumettre. Après la mort du connétable de Luynes, son persécuteur, elle fut à la tête du conseil ; et, pour mieux affermir son autorité naissante, elle y fit entrer Richelieu, son favori et son surintendant. Ce cardinal, élevé au fait de la grandeur à la sollicitation de sa bienfaitrice, affecta de ne plus dépendre d'elle, dès qu'il n'en eut plus besoin : Marie de Médicis indignée, fit éclater son ressentiment après la guerre d'Italie, en 1629. Richelieu, en arrivant à la cour, fut mal reçu par la princesse, dirigée alors par le cardinal de Berulle, qui ne la disposoit pas favorablement pour le ministre. Quand il parut, Marie de Médicis lui demanda froidement des nouvelles de sa santé. Je me porte mieux, répondit-il en présence de Berulle, que ceux qui sont ici ne voudroient. Depuis, la reine n'oublia rien pour le perdre. Louis XIII étant tombé dangereusement malade à Lyon, ses importunités lui arrachèrent la promesse de renvoyer le cardinal. A peine le roi fut-il guéri, qu'il tacha d'éluder cette promesse, en tâchant de réconcilier sa mère et son ministre. Richelieu se mit plusieurs fois aux pieds de la reine, sans pouvoir la fléchir ; Je me donnerai plutôt au diable, disoit-elle, que de ne pas me venger. Son inflexibilité déplut au roi, qui avoit sacrifié le cardinal par foiblesse, et qui sacrifia sa mère à son tour par une autre foiblesse. Cette rigueur, exercée contre une mère par son fils, fut amenée par des manœuvres de cour, qu'il est bon de faire connoître. On assembla d'abord un conseil secret, où, comme on disoit alors, le cardinal de Richelieu étoit le mobile de tout. Il y prononça un discours plus long, que bien écrit et bien raisonné ; il proposoit, pour faire cesser les cabales et les factions qui agitoient la cour, qu'on appaisât la tempête en le jetant dans la mer comme 8 MAR autre *Jonas*, c'est-à-dire qu'il quittât le ministère, ou que la reine, qui fomentoit les divi- sions, fût éloignée de la cour et des personnes qui subjugouaient son esprit. Pour n'être pas jeté dans la mer, il fit ensuite une exposition si adroite des dangers que couroit la France, par les ennemis du dehors et par les intrigues du dedans, que *Louis XIII* se seroit cru perdu s'il n'a- voit plus eu l'appui de son pre- mier ministre. Tous ceux qui opinèrent dans le conseil, soit persuasion, soit flatterie, soit crainte de *Richelieu*, fortifièrent le roi dans son opinion; et il y persista d'autant plus, que le cardinal lui avoit insinué que sa mère vouloit mettre *Caston*, son second fils, sur le trône. Il se décida donc à la faire détenir au château de Compiegne, le 23 février 1631, en lui donnant pourtant le choix de Moulins, de Nevers, ou du château d'An- gers pour le lieu de son exil. *Marie* refusa d'être transportée ailleurs. Elle craignoit qu'on ne voulût la renvoyer à Florence sa patrie, et elle espéroit peut-être que le voisinage de Paris lui ménageroit des moyens de se procurer de nouveaux amis, ou de susciter des ennemis au premier ministre. Cependant toutes les dames, tous les courtisans qui lui étoient attachés, et même son médecin, furent ou exilés ou mis à la Bastille. On fit dé- fense à *Anne d'Autriche* sa bru, de la voir. *Louis XIII* donna une déclaration, adressée aux parlemens et aux gouverneurs des provinces, pour justifier sa conduite et celle de son ministre. Des écrivains mercenaires vin- rent à l'appui, et augmentèrent ou diminuèrent les imputations et les invectives contre la reine- mère, selon qu'ils furent bien ou mal payés. Cette princesse ne tarda pas de se lasser du séjour de Compiegne, qui étoit pour elle une véritable prison. Elle s'évada et se retira à Bruxelles en 1631. Depuis ce moment elle ne revit ni son fils, ni Paris, qu'elle avoit embelli de ce palais superbe appelé *Luxembourg*, des aqueducs ignorés jusqu'à elle, et de la promenade publique qui porte encore le nom de *la Reine*. Du fond de sa retraite, elle de- manda justice au parlement de Paris, dont elle avoit tant de fois rejeté les remontrances. On voit encore aujourd'hui sa re- quête : « Supplie *MARIE*, reine de France et de Navarre, disant que depuis le 23 février auroit été prisonnière au château de Compiegne, sans être ni accusée ni soupçonnée... » Quelle leçon, et quelle consolation pour les malheureux ! La veuve de *Henri le Grand*, la mère d'un roi de France, la belle-mère de trois souverains, (le roi d'Espagne, le roi d'Angleterre et le duc de Savoie) manque du nécessaire et meurt dans l'indigence ! Ce fut à Cologne, le 3 juillet 1642, à 69 ans. L'abbé *Furio Chigi* (alors internonce, depuis pape sous le nom d'*Alexandre VII*), qui l'as- sistoit à la mort, lui demanda si elle pardonnoit à ses ennemis, et particulièrement au cardinal de *Richelieu*. Elle répondit : *Oui, de tout mon cœur. — Madame*, ajouta l'internonce, ne voudriez- vous pas, pour marque de ré- conciliation, lui envoyer ce bras- selet que vous avez à votre bras.* La reine, à ces mots, tourna la tête, et dit : « Questo è pur tropo. » *C'est un peu trop*. La source des malheurs de cette princesse, née avec un caractère jaloux, opiniâtre et ambitieux, fut d'avoir reçu un esprit trop au-dessous de son ambition. Elle n'avoit pas été plus heureuse sous Henri IV que sous Louis XIII. Les maitresses de ce prince lui causoient les plus grands chagrins, et elle ne les dissimuloit pas. Le Florentin Concini et sa femme, semoient la défiance dans son cœur jaloux. L'aigreur étoit quelquefois si forte, que Henri IV ne put s'empêcher de dire, en parlant des confidens de cette princesse : Ces étrangers sont venus jusqu'à lui persuader de ne manger de rien de ce que je lui envoie. Naturellement violente, elle excédoit le roi son époux de ses reproches, et elle poussa même un jour la vivacité au point de lever le bras pour le frapper. Elle ne pouvoit souffrir ni remontrances, ni contradictions. Le dépit la rendoit capable de tout ; et quand quelque intérêt secret la forçoit à se contraindre, la nature violentée s'expliquoit par l'altération de son visage et de sa santé. Ses passions étoient extrêmes ; l'amitié chez elle étoit un dévouement aveugle, et la haine une exécration indomptable. Cependant elle étoit dévote, ou affectoit de l'être. Elle avoit fondé, en 1620, le monastère des religieuses du Calvaire. Cette princesse aimoit les devises. En 1608, elle prit une Junon appuyée sur un paon, avec ces mots : Viro partuque beata. Après la mort du roi son époux, ce fut un pétican avec sa charité (comme disent les maitres en l'art des devises), et ces paroles : Tégit virtute minores. Elle fit graver aussi l'oiseau du paradis, portant trois de ses petits sur le dos, et pro- nant son essor vers le ciel, avec cette devise : Meos ad sidera tollo. Voyez sa Vie, publiée à Paris en 1774, 3 vol. in-8.º
XIII. MARIE-THÉRÈSE d'AUTRICHE, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, née à Madrid en 1638, épousa en 1660 Louis XIV, et mourut en 1683, à 45 ans. Son époux la pleura et dit : Voilà le seul chagrin qu'elle m'ait donné. C'étoit une sainte : mais il falloit à Louis XIV une femme qui l'attachât à elle, et qui le détachât de ses maitresses. Carmélite par son caractère, reine par sa naissance, elle eut toutes les vertus, hormis celles de son état. Sa dévotion, dirigée par un confesseur Espagnol peu éclairé, la faisoit souvent aller à l'église, lorsque le roi la demandoit. Cette princesse avoit d'ailleurs des sentimens très-élevés : témoin la réponse qu'elle fit, dit-on, un jour à une Carmélite, qu'elle avoit priée de lui aider à faire son examen de conscience pour une confession générale. Cette religieuse lui demanda si, avant son mariage, elle n'avoit pas cherché à plaire aux jeunes gens de la cour du roi son père ? Oh non ! ma Mère, répondit-elle ; il n'y avoit point de Rois.
XIV. MARIE LECZINSKA, reine de France, fille de Stanislas roi de Pologne, duc de Lorraine, et de Catherine Opaliuska, née le 23 juin 1703, suivit son père et sa mère à Veissembourg en Alsace, quand ils furent obligés de quitter la Pologne. Elle y demeuroit depuis six ans, lorsqu'elle fut demandée en mariage par le roi Louis XV. Ce fut par une lettre particulière du duc de Bourbon, que Stanislas, son père, apprit ce bonheur inespéré. Il passe à l'instant dans la chambre où étoit sa femme et sa fille, et dit, en entrant : *Mettons-nous à genoux, et remercions Dieu.* — *Ah ! mon père, s'écria la fille, vous êtes rappelé au trône de Pologne.* — *Non, ma fille, répond le père, le Ciel nous est bien plus favorable; vous êtes reine de France.* A peine concevoir-t-elles que ce ne fût pas un songe. *Stanislas* se rendit à Strasbourg, où la demande en forme fut faite par les ambassadeurs, avec plus de dignité que dans les masures de Weissembourg. Sa fille, qui l'accompagnait, ayant entendu tous les éloges qu'on donnoit à la figure et aux graces du roi, s'écria : *Hélas ! vous redoulez mes alarmes.* Enfin, elle partit pour Fontainebleau, où elle épousa, le 5 septembre 1725, *Louis XV*, dont elle eut deux princes et huit princesses. Instruite par un père sage et éclairé, elle fut, sur le trône, le modèle des vertus chrétiennes; ne s'occupant qu'à mériter la tendresse du roi son époux, à inspirer des sentimens de religion aux princes et princesses ses enfans, et à répandre des bienfaits sur les églises et dans le sein des malheureux. La providence lui fournit une occasion bien propre à signaler sa magnanimité, lorsque les intérêts politiques, qui président au mariage des rois, firent choisir pour l'épouse du dauphin, la fille du prince même qui avoit renversé du trône son père; mais la vertu généreuse de la reine de France, et l'ingénieuse délicatesse de la jeune dauphine, triomphèrent des vains murmures de la nature, et elle la regarda toujours comme sa fille chérie. Le troisième jour après son mariage, Madame la Dauphine devoit, suivant l'étiquette, porter, en bracelet, le portrait du roi son père. La fille de *Stanislas* devoit redouter de voir, dans son propre palais, le portrait d'*Auguste III*, qui l'avoit détrôné. Cependant elle fixa les yeux sur le bracelet, en disant : *Voilà donc, ma fille, le portrait du roi votre père.* — *Oui, maman, répondit la dauphine, en présentant son bras : voyez comme il est ressemblant.* C'étoit le portrait de *Stanislas*. Ennemie des intrigues de cour, la reine conçoit des jours tranquilles au milieu de ses exercices de piété. Mais la mort prématurée du *Dauphin* son fils, père de *Louis XVI*, suivie, bientôt après, de celle du roi son père, la pénétra de la plus vive douleur. Cette princesse, si digne des regrets de la France, y succomba, le 24 juin 1768, à l'âge de 65 ans. Dans les derniers jours de sa maladie, les médecins s'empressaient d'y chercher des remèdes. *Rendez-moi, leur dit-elle, mon père et mes enfans, et vous me guérirez.* Elle fut constamment la mère des pauvres. Voici, entre mille autres, un trait de bienfaisance, qui a été célébré par un poète de nos jours. Un trésorier dirait à notre auguste REINZ : Modérez les transports d'un cœur si généreux ; Les trésors de l'État vous suffiraient à peine Pour fournir aux besoins de tous les malheureux... — Ce discours ne sauroit, dit l'illustre princesse, Interrompre le cours de mes soins bienfaisants. Allez, conformez-vous au vœu de ma tendresse. Tout le bien d'une Mère appartient aux Enfans. Cette princesse avoit de l'esprit, et aimoit ceux qui en avoient. Elle jugeoit sainement. Un acteur ayant joué devant elle le rôle d'Auguste dans *Cinna*, et ne lui ayant donné que le ton d'un bourgeois qui pardonne, en prononçant ces mots: «*Soyons amis, Cinna...*» La reine dit: *Je sa-vois qu'Auguste étoit clément; mais je ne savois pas qu'il fût bon homme.*
XV. MARIE-ANTOINETTE-JOSÉPHÉ-JEANNE de Lorraine, archiduchesse d'Autriche et reine de France, naquit à Vienne, le 2 novembre 1755, de l'empereur François-Etienne, et de Marie-Thérèse reine de Hongrie et de Bohème. Son éducation fut soignée, et elle en profita pour acquérir des connoissances variées. La nature lui accorda la beauté et les graces de son sexe. Grande, bien faite, avec un teint éclatant, un sourire enchanteur, elle captivoit autour d'elle la cour de sa mère, lorsqu'elle la quitta pour s'unir au dauphin de France, depuis *Louis XVI*. Ce fut le duc de Choiseul qui conçut l'idée de cette alliance, et qui fut chargé du soin de la négocier; aussi Marie-Antoinette le défendit-elle toujours contre ses ennemis, et chercha-t-elle plusieurs fois, mais inutilement, à le faire rappeler au ministère. La jeune archiduchesse arriva à Strasbourg dans les premiers jours de mai 1770. Des fêtes continuelles l'accompagnèrent depuis les frontières jusqu'à la capitale; par-tout on lui prodigua les témoignages de la joie que sa vue inspiroit; on la complimenta deux fois en latin, et elle répondit sur-le-champ dans la même langue. L'accueil qu'elle reçut de la cour de *Louis XV*, ne fut pas moins flatteur pour elle. Le 16 mai, elle s'unit au prince malheureux dont elle devoit adoucir et partager les infortunes. On observa qu'aussitôt après la cérémonie, le ciel se couvrit de nuages épais, et que deux orages mêlés de tonnerre, empêchèrent le peuple de jouir à Paris et à Versailles, du spectacle du feu d'artifice et des illuminations. Les rues furent désertes; et ceux qui aiment à croire aux présages, purent en former un bien sinistre, en contemplant la profonde obscurité de l'atmosphère de la France. Bientôt, la fête donnée le 30 du même mois par la ville de Paris, fut marquée par un affreux désastre. Un emplacement mal choisi, où de larges fossés n'avoient point été comblés, vit périr plus de 1200 spectateurs; plusieurs autres, montés sur le parapet du Pont-royal pour se dégager de la foule, tombèrent dans la Seine et y furent engloutis. La dauphine, désespérée de ce cruel événement, imita la sensibilité et la bienfaisance de son époux. Elle envoya au lieutenant de police tout l'argent qu'elle possédoit. On la vit ensuite accorder des secours aux personnes peu opulentes, employées à son service, et aux prisonniers détenus pour payement de mois de nourrice. Se trouvant dans la forêt de Fontainebleau, où elle avoit suivi le roi à la chasse, elle entendit une femme pousser des cris de désespoir; celle-ci lui ayant appris que son mari venoit d'être dangereusement blessé par un cerf, *Marie-Antoinette* lui donna aussitôt tout l'or qu'elle avoit sur elle, la força de monter dans sa voiture avec le jeune eu- 12 MAR Tant qu'elle conduisoit, et obtint de Louis XV, sur le lieu même, une pension pour cette famille. Le peintre Dagoti a fait de cet acte d'humanité, le sujet de l'un de ses plus intéressants tableaux. La dauphine, instruite qu'un officier dont le corps avoit été réformé se trouvoit sans emploi et dans l'indigence, commande un uniforme d'un régiment en activité, se le fait apporter, met dans l'une des poches un brevet de capitaine, cent louis dans l'autre, une boite d'or et une montre d'or dans la veste, et ordonne d'en revêtir l'officier. Un grand nombre d'autres actions généreuses marquaient honorablement ses jours et la faisoient aimer, tant qu'elle fut dauphine; elle obtint bien moins de bonheur lorsqu'elle fut reine. En montant sur le trône, on la vit renouveler l'exemple de Louis XII. M. de Pontécoulant, major des gardes du corps, lui avoit déplu; aussi, dès qu'elle fut reine, il donna sa démission. Marie-Antoinette l'apprit; sur-le-champ elle fit appeler le prince de Beauveau: «Allez, lui dit-elle, annoncer à M. de Pontécoulant, que la reine ne venge pas la dauphine, et qu'elle le prie d'oublier entièrement le passé, en restant près d'elle à son poste.» A la mort du monarque, les peuples étoient dans l'usage de payer un droit connu sous le nom de ceinture de la reine; elle sollicita l'exemption de cet impôt, et l'obtint. On lui adressa alors le quatrain suivant: Vous renoncez, aimable souveraine, Au plus beau de vos revenus; Mais que vous servirois la ceinture de reine? Vous avez celle de Vénus. Bientôt après elle eut le plaisir de recevoir ses frères à Versailles. L'archiduc Maximilien y parut en 1775, sous le nom de comte de Burgaw, et l'empereur Joseph en 1781, sous celui de comte de Falckenstein. Dans le cruel hiver de 1788, on la vit montrer une ame aussi compa-tissante que généreuse. Après avoir destiné 500 louis de sa cas-sette, à être distribués aux plus indigens, elle écrivit au lieu-tenant de police: Jamais dé-pense ne m'a été plus agréable. Les Parisiens reconnoissans, se plurent alors à élever une pyra-nide de neige près de la rue St-Honoré, et à y tracer ces vers: Reine dont la bonté surpasse les appas, Près d'un roi bienfaisant occupe ici sa place: Si ce monument fêlle est de neige ou de glace, Nos cœurs pour toi ne le sont pas. Ils alloient bientôt changer. A cette époque, la calomnie com-mençoit à répandre de la défa-veur sur Marie-Antoinette, en attaquant ses mœurs et son ca-ractère. Des libelles obscurs l'ac-cusèrent de faire succéder les intrigues aux intrigues; mais l'histoire doit rejeter ces impu-tations, dont aucune n'a jamais été prouvée, et dont plusieurs parurent même invraisemblables. La vérité qui ne peut se taire, est forcée cependant d'avouer que la reine eut des torts. Une grande mobilité dans l'imagina-tion, la fit paroître souvent lé-gère, et quelquefois dissimulée; une inquiétude naturelle, la haine du repos, la portoient au dé-placement, aux modes nouvelles, à la variété des plaisirs. Trop de profusion dans sa dépense, lui firent prodiguer pour des objets de luxe, des sommes qui eussent pu trouver un emploi plus utile. L'oubli de toute étiquette dans l'intérieur de sa maison, de tout cérémonial dans ses fêtes, tendirent à altérer le respect dû à son rang; et son goût à s'environner de bouffons, à jouer la comédie, à y remplir des rôles subalternés, contribuèrent aussi à le diminuer. Trompée par sa naissance, voyant sa mère gouverner par elle-même, elle put difficilement se persuader qu'en France, la reine n'étoit que l'épouse du roi. Née dans une contrée où la féodalité règne avec tous ses privilèges, la distance du peuple aux nobles y est immense; en France, au contraire, où la noblesse suivait souvent les places, où les rangs se touchaient et cherchaient sans cesse à se confondre, tout devait tendre du moins de la part des souverains, à conserver des formes plus respectueuses, plus capables d'assurer leur tranquillité et la sûreté de leur personne. Les premiers reproches faits à la reine, lui donnèrent de l'humeur; elle eut la maladresse de la témoigner, et dès-lors des méchans s'attachèrent à répandre que, restée dans le cœur entièrement autrichienne, fière et ennemie naturelle des François, elle ne pourroit jamais faire leur bonheur. Un événement fâcheux servit leur haine en compromettant le nom de *Marie-Antoinette* dans un procès scandaleux. C'est celui intenté pour le paiement d'un collier de diámans, acheté sous le nom de la reine, et dont le prix énorme fut réclamé par deux joailliers. Il fut prouvé que celle-ci ne les connoissait pas, et n'avait jamais donné l'ordre de cette ac- acquisition. Mais une femme ayant sa taille et son maintien eut la hardiesse de se faire passer pour elle, de donner un rendez-vous à minuit, au milieu du parc de Versailles, à un cardinal, et cette audace extraordinaire resta impunie dans le jugement. Cette affaire répandit un nuage sur la conduite de la reine, et dut empoisonner ses jours. Lorsque le contrôleur général *Calonne* eut annoncé qu'il existait un vide considérable dans les finances de l'état; la maïveillance en accusa sourdement les profusions de la reine. La dette publique augmentant de jour en jour, et le crédit national s'évanouissant entièrement, on proposa de convoquer les états généraux, pour éteindre l'une et faire renaître l'autre. *Marie-Antoinette* pressentit les malheurs qu'ils devaient répandre sur elle; aussi s'efforça-t-elle d'en retarder la convocation. C'est à cette époque que ses peines intérieures blanchirent entièrement ses cheveux, quoiqu'elle n'eût que 34 ans. Elle se fit peindre alors, et donnant ce portrait à son amie, *Mad. de Lamballe*, elle mit au bas ces mots de sa main: *Ses malheurs l'ont blanchie*. Dès la procession pour l'ouverture des états, où elle assista, ses traits, que le sourire animoit d'ordinaire, prirent un caractère de mélancolie qu'ils ne quittèrent plus. Elle parut dans la première séance, debout et vêtue avec une grande simplicité. Sans cesse on l'entendit répéter alors: «que le roi soit tranquille et respecté! pour moi, je serai toujours heureuse de son bonheur.» Les événements désastreux qui suivirent, développèrent dans elle le courage le plus réfléchi. Le 6 octobre 1789, des campi- 14 MAR bales furieux faisoient retentir par-tout, la menace de la mettre en lambeaux et de déchirer ses entrailles; sa paisible assiduité auprès de ses enfans n'en fut point interrompue. Au milieu de la nuit, un ministre lui adressa ce billet : « Madame, prenez promptement vos mesures; demain matin à six heures, vous serez asséminée. » Son front conserva sa sérénité à cette lecture, et elle cacha le billet. Bientôt les portes du château brisées, les gardes du corps égorgés; les cris des victimes, les mugissemens de la multitude, rendirent la fin de cette nuit affreuse. A l'aube du jour, des assassins pénétrèrent dans l'appartement de la reine, et mirent son lit en lambeaux à coups de sabre. Elle venoit de le quitter pour se réfugier chez le roi. Cependant les meurtres continuoient; pour les faire cesser, *Louis XVI*, et la reine tenant ses deux enfans par la main, parurent sur le balcon du château, et vinrent crier grace pour leurs gardes. Cet aspect étonna les forcenés. Bientôt ce cri universel et redoutable se fit entendre : *la reine seule et point d'enfans*. Celle-ci jugeant que l'instant de sa mort est arrivé, pousse son fils et sa fille dans l'appartement, les jette dans les bras de leur père, et sans laisser à ceux qui l'entourent le temps de la réflexion, elle reparoit seule sur le balcon, présentant courageusement sa tête au coup mortel. Sa contenance hardie et fière, son mépris de la mort arrêtent l'effet des menaces, et forcent les applaudissemens de la multitude furieuse. *Marie-Antoinette*, conduite dans la même journée à Paris avec son époux, eut à supporter pen- pendant un trajet qui dura six heures, le spectacle le plus effroyable. Devant sa voiture, au bout de deux piques, on portoit les têtes de deux gardes du corps; autour d'elle, des furies ivres et dégoûtantes de sang faisoient retentir l'air d'imprécations. Bientôt le Châtelet, instruisant la procédure contre les meurtriers, lui fit demander des renseignemens sur les attentats dont elle avoit failli à être victime; elle répondit aux députés : *Je ne serai jamais la délatrice d'aucun des sujets du roi*; et sur les instances d'autres commissaires, elle dit : *Messieurs, j'ai tout vu, tout entendu et tout oublié*. Dans les premiers mois de son arrivée, elle employa 300 mille livres de ses épargnes à retirer du Monde – piété les vêtements qui y avoient été déposés par des indigens; mais ses bienfaits ne calmèrent point l'effervescence excitée contre elle. Aussi, lorsque *Louis XVI* résolut de fuir, elle s'empressa de le suivre, quoiqu'elle répétât souvent : « Ce voyage ne nous réussira pas; le roi est trop malheureux. » *Marie-Antoinette*, arrêtée comme son époux à Varennes, rentra aux Tuileries, où des commissaires vinrent recevoir sa déclaration, qui fut ainsi conçue : « Le roi désirant partir avec ses enfans, rien dans la nature n'auroit pu m'empêcher de le suivre. J'ai assez prouvé depuis deux ans que je ne le quitterai jamais. Ce qui m'y a encore plus déterminée, c'est l'assurance positive que j'avois que le roi ne vouloit point quitter la France; s'il en avoit eu le désir, tout ma force eût été employée pour l'en empêcher. » Un moment de calme succéda à cet M A R 19 vrage; mais il ne fut pas de longue durée : les journées du 20 Juin et du 10 Août 1792 arrivèrent. Dans la première, Marie-Antoinette, placée derrière la table du conseil, au milieu de ses deux enfans, ne donna pas la plus légère marque de crainte. Elle soutint, pendant plus de quatre heures le spectacle hideux d'une populace sans frein, armée de mille instruments de mort, brisant les portes, menaçant tout ce qu'elle auroit dû respecter. Le vendredi 10 août, le château fut cerné par les bataillons arrivés de Marseille, et réunis aux rassemblements des faubourgs. On avoit d'abord cherché à encourager les soldats de garde à le défendre; la reine vouloit y périr, et fit tous ses efforts pour décider Louis XVI à combattre et à mourir les armes à la main; mais entraînée par la retraite du monarque au sein de l'assemblée, elle y conduisit ses enfans. Le trajet fut extrêmement périlleux pour elle. Le peuple animé, lui adressoit de toutes parts les invectives les plus atroces et les menaces les plus effrayantes; un instant il parut déterminé à lui fermer le passage et à la séparer de son époux; mais après une barangue énergique du procureur général du département, les rangs s'ouvrirent devant elle. Renfermée dans la loge des journalistes de l'assemblée, elle y entendit prononcer la déchéance du monarque, l'appel de la convention qui devoit le juger, et en sortit bientôt pour l'accompagner au Temple. On ne permit à aucune de ses femmes de partager sa captivité; Mad. de Lamballe, qui le demandoit, fut jetée aussitôt dans une autre prison. La reine, logée dans le second étage de la tour, avec sa fille et Mad. Elizabeth, occupa la seule chambre qui eut une cheminée. On n'y voyoit jamais le soleil; des soupiraux au lieu de fenêtres, étoient garnis d'épais barreaux de fer, et ne procuroient qu'une clarté triste et un faux jour. C'est là que Marie-Antoinette développa un caractère plus grand que dans aucun autre temps de sa vie. Toujours calme au milieu des siens, elle leur inspira la résignation, l'oubli des outrages et de tous les maux. Lorsque Louis XVI lui apprit qu'il étoit condamné, elle le félicita de la fin d'une existence si pénible pour lui, et sur le prix immortel qui devoit la couronner. A la mort de son époux, la seule demande qu'elle présenta à la convention, fut de réclamer des vêtements de deuil; elle les porta jusqu'à la fin de ses jours, qui n'éfoit pas bien éloignée. Le 4 juillet 1793, on la sépara de son fils; elle sentit dès-lors que cette séparation alloit être éternelle, et qu'en écartant d'elle un enfant plein de graces, on vouloit lui enlever tout moyen d'exciter quelque pitié. Elle n'en eut pas moins le courage de disposer son fils à ne plus la voir, et à ne point se chagriner de sa longue absence. Le 5 août suivant, des hommes armés vinrent au milieu de la nuit enlever Marie-Antoinette, et la conduire à la Conciergerie. La chambre basse, appelée Salle du Conseil, sombre et humide, y devint son dernier asile. Le jeudi 3 octobre, la convention ordonna qu'elle seroit mise en jugement; l'acte d'accusation portoit qu'elle avoit dilapidé les finances de France, épuisé le trésor public, en fai- 16 MAR sant passer des sommes à l'empereur, entretenu des correspondances avec les ennemis étrangers, et favorisé les troubles de l'intérieur. Malgré le grand nombre de témoins entendus, on ne put acquérir contre elle la moindre preuve; aussi, son défenseur, M. Chauveau-la-Garde, s'écria-t-il avec raison: «Je ne suis dans cette affaire, embarrassé que d'une seule chose, ce n'est pas de trouver des réponses, mais une seule accusation vraisemblable.» Parmi les témoins appelés, Bailly, maire de Paris, eut le courage non-seulement de ne rien reprocher à l'accusée, ni à la mémoire de Louis XVI, mais encore de blâmer le féroce accusateur Fouquier-Tainville, d'avoir rédigé son acte d'accusation sur des faits notoirement faux et calomnieux. Manuel lui-même, procureur de la commune, qu'on croyoit altéré du sang de Marie-Antoinette, lui rendit justice, et plaignit hautement sa destinée. On la vit répondre à tous les interrogatoires, avec autant de précision que de fermeté. Hébert lui ayant reproché d'avoir cherché à dépraver les mœurs de son fils; Sur un fait aussi odieux, répliqua-t-elle, j'en appelle à toutes les mères. Son ton noble, son indignation majestueuse, se communiquèrent bientôt à tous les auditeurs. On accusa Hébert lui-même, d'avoir voulu, par une infame inculpation, rendre l'accusée plus intéressante; et dès cet instant il perdit toute sa popularité. En attendant son dernier moment, Marie-Antoinette ne laissa par contre aucun signe d'émotion. Retirée dans la prison après une séance de dix-huit heures, tran- sie de froid, elle s'enveloppa les pieds d'une couverture, et s'endormit tranquillement. Le lendemain, à onze heures du matin, elle monta sur la charrette qui la conduisit à l'échafaud. «Voici, Madame, lui dit-on alors, l'instant de vous armer de courage.» De courage! reprit-elle, il y a si long-temps que j'en fais apprentissage, qu'il n'est pas à croire que j'en manque à cette heure. On lui avoit ôté sa robe de deuil, pour la revêtir d'un mauvais manteau de lit. Malgré tout ce qu'on put faire pour exciter le peuple à l'injurier pendant le trajet, il garda un sombre et profond silence. A midi, le cortège arriva sur la place de Louis XV. Marie-Antoinette jeta un long regard sur les Tuileries, et monta avec précipitation sur l'échafaud. Lorsqu'elle y fut parvenue, elle se mit à genoux, et dit: Seigneur! éclairez et touchez mes bourreaux; adieu pour toujours, mes enfans, je vais rejoindre votre père. Elle leva les yeux au ciel et les ferma aussitôt à la lumière, le mercredi 16 octobre 1793, à l'âge de 38 ans moins quelques jours. Son corps, déposé au cimetière de la Magdeleine, fut consumé dans la chaux vive. Les chagrins avoient alors défiguré sa beauté et flétri ses traits; elle avoit même presque entièrement perdu un œil par l'air humide et mal-sain dans lequel elle avoit vécu depuis si longtemps. Marie-Antoinette parloit le françois avec pureté, et l'italien comme sa langue naturelle. Elle savoit le latin et possédoit parfaitement la géographie et l'histoire. Elle jugeoit avec goût des productions de tous les arts, et sur-tout de celles de la musique. Elle se distingua par l'affabilité l'affabilité dans ses manières, par la force et la constance dans les sentimens. Elle fut généreuse, et sut donner avec ces graces affectueuses qui doublent le prix du bienfait. Marie-Antoinette eut quatre enfans de son union avec Louis XVI : 1.º Marie-Thérèse-Charlotte, née le 19 décembre 1778, qui a épousé le duc d'Angoulême, son cousin; 2.º Louis, né le 22 octobre 1781, mort le 4 juin 1789, dans sa neuvième année; 3.º Charles-Louis, né au mois de mars 1785, nommé Duc de Normandie, jusqu'après la mort de son frère aîné, où il prit le titre de Dauphin, mort en 1793; 4.º une fille morte en bay âge. Sa mère s'affligeoit sans modération de cette perte; on lui observa que sa douleur n'avoit pour objet qu'un enfant, dont elle n'avoit rien pu voir encore qui put justifier des regrets si vifs. Ah! s'écria-t-elle, n'eût-elle pas été ma plus tendre amie! On a publié plusieurs Vies de Marie-Antoinette; celle par Mad. Guénard, en 3 vol. in-12, se fait lire avec intérêt, malgré trop de longueur.
XVI. MARIE DE CLEVES, femme de Henri Ier du nom, prince de Condé, inspira l'amour le plus violent au duc d'Anjou, depuis Henri III. Ce prince étoit dans tout le feu de sa passion, lorsqu'il fut appelé au trône de Pologne, d'où il ne cessa de lui écrire, signant de son sang toutes ses lettres. Il pensa même, à son retour en France, à faire rompre le mariage du prince de Condé, et à épouser Marie. Mais Catherine de Médicis, craignant l'ascendant qu'elle prendr it sur son fils, prit si bien ses mesures, que Marie mourut presque su- bitement, le 30 octobre 1574, à 18 ans, et dans tout l'éclat de la beauté et de la jeunesse. Henri III, au désespoir, se refusa toute nourriture pendant trois jours; et rongissant ensuite de l'excès de sa douleur, il publia lui-même qu'il avoit été ensorcelé par une croix et un pendant d'oreille. C'étoit vouloir s'excuser d'une fobiesse par une autre.
XVII. MARIE-CHRISTINE-VICTOIRE DE BAVIERE, fille de Ferdinand de Bavière, naquit à Munich en 1660, et épousa, en 1680, à Châlons en Champagne, Louis, dauphin, fils de Louis XIV. Elle mourut en 1690, des suites des couches du duc de Berry. Prête à expirer, elle embrassa son fils, en lui disant: C'est de bon cœur, quoique tu me coûtés bien cher! Elle dit au duc de Bourgogne: N'oubliez jamais, mon fils, l'état où vous me voyez; que cela vous excite à la croûte de Dieu, à qui je vais rendre compte de mes actions. Aimez et respectez toujours le Roi et Monseigneur votre Père; chérissez vos frères, et conservez de la tendresse pour ma mémoire. C'est à cette occasion que Louis XIV dit au Dauphin, en le tirant du chevet du lit de son épouse mourante: Voilà ce que deviennent les grandeurs!... Cette princesse avoit de l'esprit, affiroit les arts, s'y connoissoit et les protégeoit. On se souvient toujours de plusielirs de ses repartièstrés-heureuses. Le roi lui disant: Vous ne m'aviez point dit, Madame, que la duchesse de Toscane, votre sœur, étoit extrêmement belle. — Puis-je me ressouvenir, répondit-elle, que ma sœur a toute la beauté de sa famille, lorsque j'en ai tout le bonheur? Elle eut d'abord cette envie de plaire, qui, dans une particulière, paroit coquetterie, et qui, dans une princesse, supplée ou ajoute aux agrémens de la figure. Cette envie se dissipa bientôt. Madame la Dauphine, livrée à ses favorites, n'aimoit que la retraite; et après les premières fêtes, sa maison eut plutôt l'air d'un monastère que d'une cour: aussi elle ne fut pas autant regrettée qu'elle le méritoit.
XVIII. MARIE-ADÉLAIDE DE SAVOIE, fille aînée de Victor-Amédée II, naquit à Turin en 1683. Par le traité de paix conclu dans cette ville en 1696, elle fut promise au duc de Bourgogne, depuis dauphin. Ce mariage se célébra l'année d'après. La princesse étoit propre à faire le bonheur de son époux par son caractère, son esprit, ses graces, et la sensibilité de son cœur. Le peuple, dans la joie de voir finir la guerre par cette alliance, l'appela la Princesse de la paix. En 1702, le duc de Bourgogne, nommé généralissime des armées en Flandre, ayant d'abord eu quelque désavantage, la duchesse, qui entendit à Versailles blâmer la conduite de son époux, ne put retenir ses larmes, et s'abandonna à une douleur anère. Mad. de Maintenon, qui étoit présente, recueillit ses précieuses larmes sur un ruban qu'elle envoya au prince, et ranima ainsi dans son cœur l'amour de la gloire. La victoire de Nimègue en fut l'effet. La France perdit cette princesse en 1712, dans la 26e année de son âge, tandis qu'elle annonçoit à la France les plus beaux jours. Je sens, disoit-elle quelque temps avant sa mort, que mon cœur grandit à mesure que ma fortune m'élève. Pendaût la guerre de la succession, on lui proposoit une partie de jeu. Avec qui voulez-vous que je joue? répondit-elle, je suis entourée de femmes qui tremblent pour leurs maris et leurs enfans, et moi je tremble pour l'état. Cependant on l'accusa d'avoir été la cause d'une partie de nos malheurs, par l'inclination qu'elle avoit conservée pour son pays. Duclos prétend qu'elle instruisoit le roi son père de tous nos projets militaires, et qu'après sa mort, Louis XIV en ayant eu la preuve par les lettres trouvées dans sa cassette, dit à Mad. de Maintenon: La petite coquine nous trompoit. Une fièvre ardente l'emporta en peu de jours. Cette princesse expiring fit appeler ses dames, et dit à la duchesse de Guise: Adieu ma belle Duchesse; aujourd'hui Dauphine, et demain rien! Sa conversation étoit vive et animée, et il lui échappoint des réflexions d'un grand sens. Elle disoit un jour à Mad. de Maintenon, en présence de Louis XIV: Savez-vous, ma tante, pourquoi les reines d'Angleterre gouvernent mieux que les rois. C'est que les hommes gouvernent sous le règne des femmes, et les femmes sous celui des hommes. Sa vivacité l'emportoit quelquefois trop loin; mais elle saisissoit bien les momens. Un jour qu'elle remarqua que Louis XIV étoit importuné de la dévotion du duc de Bourgogne, son époux. Je désirerais, dit-elle, de mourir avant mon mari, et revenir ensuite, pour le trouver marié avec une sœur Grise, ou une tourière de Sainte-Marie. (Mém. de Duclos.) Nous terminerons l'article de la duchesse de Bourgogne par le portrait qu'en a tracé le duc de Saint-Simon. « Douce, timide; mais adroite; bonne jusqu'à craindre de faire la moindre peine à personne, et toute légère et vive qu'elle étoit, capable de vues et de suite. La contrainte jusques dans la gêne, dont elle sentoit tout le poids, sembloit ne lui rien coûter. Quant à la figure, elle étoit régulièrement laide. Les joues pendantes, le front avancé, le nez qui ne disoit rien, de grosses lèvres tombantes, des cheveux et des sourcils châtains bruns, fort bien plantés, des yeux les plus parlans et les plus beaux du monde, le plus beau teint et la plus belle peau, le cou long avec un soupçon de goitre, qui ne lui seyoit point mal, un port de tête galant, gracieux, majestueux, et le regard de même; le sourire le plus expressif; une taille longue, ronde même, aisée, parfaitement coupée; une marche de déesse sur les nues: elle plaisoit au dernier point. Les graces naissoient d'elles-mêmes de tous ses pas, de toutes ses manières, et de ses discours les plus communs. Un air simple et naturel, toujours naïf, mais assaisonné d'esprit, charmoit avec cette aisance qui étoit en elle jusqu'à la communiquer à tout ce qui l'approchoit. Elle ornoit tous les spectacles, étoit l'âme des fêtes, des plaisirs, des bals, et y ravissoit par les graces, la justesse et la perfection de la danse. Elle aimoit le jeu, s'amusoit au petit jeu; car tout l'amusoit. Elle préféroit le gros jeu, y étoit nette, exacte, la plus belle joueuse du monde; et dans l'instant faisoit le jeu de chacun. En public, sérieuse, mesurée; respectueuse avec le roi, et en timide bienséance avec Mad. de Maintenon. En particulier, causant, voltigeant autour d'eux; tantôt penchée sur le bras d'un fauteuil de l'un ou de l'autre, tantôt se jouant sur leurs genoux, elle leur sautoit au cou, les embrassoit, les baisoit, les caressoit, les chiffonnoit. Admise à tout, à la réception des courriers qui apportoient les nouvelles les plus intéressantes, entrant chez le roi à toute heure, même pendant le conseil. Utile et fatale aux ministres mêmes; mais toujours portée à obliger, à servir, à excuser, à bien faire, à moins qu'elle ne fût violemment poussée contre quelqu'un, comme elle le fut contre Pontchartrain, qu'elle nommoit quelquefois au roi, votre vilain Borgne; ou par quelque cause majeure, comme elle le fut contre Chamillart. — Sa sœur, MARIE-LOUISE de Savoie, mariée à Philippe V, roi d'Espagne, se fit aimer de ses sujets par le soin qu'elle prenoit de leur plaire, et par une intrépidité au-dessus de son sexe. Philippe ayant pris le parti de se rendre en Italie pour se mettre à la tête de ses armées, les Espagnols demandèrent unanimement que leur jeune reine, quoique n'ayant pas encore quatorze ans, fût nommée régente pendant l'absence de son époux. En vain elle voulut s'y opposer: il failut se rendre aux vœux de ses peuples. Elle gouverna avec autant de sagesse que de dextérité. Au milieu des cruels revers qui plus d'une fois mirent Philippe à la veille d'être forcé de descendre du trône, Marie-Louise alloit elle-même de ville en ville animer les cœurs, exciter le zèle, et recevoir les dons que lui rapportoient les peuples. Elle fournit ainsi, à son mari, plus de 200,000 écus en trois semaines. Si elle eût perdu la couronne d'Espagne, elle étoit déterminée a passer dans les Indes. Philippe ne jouit pas long-temps de tant de vertus réunies. L'Espagne perdit cette illustre princesse, le 14 avril 1714; elle n'étoit encore âgée que de 25 ans. Mais des écrouelles affreuses avoient entièrement détruit la force de son temperament.
XIX. MARIE-JOSÉPHE DE SAXE, naquit à Dresde, le 4 novembre 1731, de Frédéric-Auguste II, roi de Pologne et électeur de Saxe. Elle fut mariée, en 1747, à Louis, dauphin de France, mort à Fontainebleau en 1765. La tendresse qui unis soit ces deux époux étoit d'autant plus forte, que la vertu la plus pure en resserroit les liens. (Vovez XIV. MARIE.) Les soins pénibles et assidus qu'elle donna à Monseigneur le Dauphin pendant sa dernière maladie, et les larmes qu'elle ne cessa de répandre depuis la mort de ce prince, hâtèrent la sienne. Une maladie de langueur, qui la consumait depuis plus d'un an, l'emporta le 13 mars 1767. Elle mourut avec la résignation qu'inspirent la religion et la vertu. Son amour pour les princes et les princesses ses enfans, l'attention qu'elle donna, jusques aux derniers momens de sa vie, à toutes les parties de leur éducation; son application à les fortifier dans les principes de la religion, et les autres qualités qui la distinguoient, causèrent de vifs regrets à la cour et à la France. Louis XV l'aimoit et l'estimoit. Consulté, après la mort du dauphin, sur le rang qu'elle tiendroit désormais a la cour, il répondit: Il n'y a que la couronne qui puisse décider absolument du rang. Le droit naturel le donne aux mères sur leurs enfans; ainsi, Madame la Dauphine l'aura sur son fils, jusqu'à ce qu'il soit roi.
XX. MARIE D'ARAGON, fille de Sanchez II, roi d'Aragon, et prétendue femme de l'empereur Othon III, périt par une mort aussi honteuse que sa vie, si l'on en croit plusieurs historiens. Ils prétendent que cette princesse, ayant en vain sollicité un comte de Modène de satisfaire ses désirs, l'accusa du crime qu'il n'avoit point voulu commettre. L'empereur trop crédule, fit trancher la tête à cet innocent cru coupable. La femme du comte ayant appris la vérité de son mari mourant, offrit de prouver son innocence par l'épreuve du feu. On apporta un fer dans un grand brasier, et lorsqu'il fut tout rouge, la comtesse le prit sans s'émouvoir, et le tint entre ses mains sans se brûler. L'empereur surpris et épouvanté, fit jeter dans un bûcher l'impératrice, en 998, et expia par ce juste supplice la mort injuste du comte de Modène. Voilà ce que plus de vingt historiens, entr'autres Maimbourg et Moréri, ne craignent pas de rapporter comme une vérité, quoique ce soit une fable destituée de tout fondement. Il est faux d'abord qu'Othon III ait été marié; il est encore aussi faux qu'une fille d'un roi d'Aragon ait donné des spectacles scandaleux en Allemagne. Le sage et savant Muratori a détruit ce roman mal ourdi. Nous ne le rapportons ici que comme une fable accréditée, et pour donner une nouvelle preuve, que dans ce siècle phi- losophique il se trouve encore des auteurs qui répètent les fables absurdes des temps de mensonge et de crédulité.
XXI. MARIE DE BOURGOGNE, fille de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, naquit à Bruxelles en 1457. Charles ayant été tué au siège de Nancy en 1477, Marie hérita, dès l'âge de 20 ans, de tous les états de son père. Louis XI, à qui les ambassadeurs de Bourgogne la proposèrent pour son fils, la refusa par une mauvaise politique. Marie épousa Maximilien, fils de l'empereur Frédéric, et porta tous ses états des Pays-Bas à la maison d'Autriche. (Voyez XII. MARGUERITE.) On dit que ce prince étoit si pauvre, qu'il fallut que sa femme fit la dépense des noces, de son équipage et de ses gens. Cette princesse mourut à Bruges en 1482, d'une châte de cheval, fort regrettée des Flamands, qui cependant lui avoient donné de grands désagréments, jusqu'à faire le procès à ses ministres, et les décapiter en sa présence. On voit à Bruges, dans l'église de Notre-Dame, son mausolée et celui du duc son père, en bronze doré; et c'est un des plus beaux ouvrages de ce genre.
XXII. MARIE D'AUTRICHE, reine de Hongrie et de Bohême, fille de Philippe, archiduc d'Autriche et roi d'Espagne, et de Jeanne d'Aragon, et sœur des empereurs Charles V et Ferdinand I, naquit à Bruxelles, le 13 septembre 1503. Elle épousa, en 1521, Louis, roi de Hongrie, qui périt, l'an 1526, à la bataille de Mohats. Cette mort toucha sensiblement la reine, qui depuis ne voulut jamais songer à de secondes noces, quoiqu'elle fût recherchée par plusieurs princes. Son frère, Charles V, lui donna le gouvernement des Pays-Bas, dont elle se chargea en 1531. Elle fit la guerre au roi Henri II; et dans le temps que l'empereur Charles V, son frère, assiégeoit Metz, l'an 1552, elle fit diversion d'armes en Picardie. Sa prudence la rendit chère aux peuples, qu'elle gouverna pendant 24 ans. Elle passa en Espagne en 1556, et y mourut en 1558, peu de jours après la mort de Charles V.
XXIII. MARIE-THÉRÈSE, impératrice, reine de Hongrie et de Bohême, naquit, le 13 mai 1717, de l'empereur Charles VI et d'Elizabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbüttel. L'empereur ayant perdu l'archiduc Leopold son fils unique, avoit destiné à sa fille aînée, Marie-Thérèse, l'héritage de ses vastes états. Dès 1713 il avoit fait la fameuse Pragmatique-Sanction, par laquelle, au défaut d'enfants mâles, sa succession devoit passer à l'aînée de ses filles; disposition à laquelle il travailla pendant près de 30 ans à donner un caractère sacré en la faisant ratifier par presque toutes les puissances de l'Europe. Marie-Thérèse, mariée, le 12 février 1736, à François-Vienne de Lorraine, depuis empereur sous le nom de François I, (Voyez son article) monta sur le trône après la mort de Charles VI, arrivée le 20 octobre 1740. Les événements qui suivirent cette mort, firent bientôt voir que le prince Eugène avoit en raison de dire qu'une armée de cent mille hommes garantirait mieux la Pragmatique-Sanction que cent mille traités. L'Europe fut inondée de manifestes, avant-coureurs de l'orage formé contre cette princesse. Le roi de Prusse envahit la Silésie, et reçoit à Breslaw l'hommage des états de cette belle province; à cette conquête il joint celle de la Moravie. D'un autre côté, l'électeur de Bavière, *Charles-Albert*, aspirant aux couronnes de Bohème et de l'Empire, obtient des secours de la France. Les premiers efforts de *Charles-Albert* furent suivis des succès les plus brillants. Il se fit couronner archiduc d'Autriche, à Lintz; roi de Bohème, à Prague; et empereur sous le nom de *Charles VII*, (*Voy. cet article*) à Francfort, en 1742. *Marie-Thérèse* ne se trouvant pas en sureté à Vienne, fut obligée de prendre la fuite dès 1741. Elle va se jeter entre les bras des Hongrois, assemble les états de ce royaume, se présente à eux, tenant sur ses bras le fils qu'elle venait de mettre au monde, et leur adresse en latin ces paroles: « Abandonnée de mes amis, persécutée par mes ennemis, attaquée par mes plus proches parens, je n'ai de ressource que dans votre fidélité, dans votre courage et ma constance. Je remets entre vos mains la fille et le fils de vos rois, qui attendent de vous leur salut. » A ce spectacle les Hongrois, ce peuple fier et belliqueux, qui depuis deux cents ans n'avoit cessé de repousser le joug de la maison d'Autriche, passent tout-à-coup de l'aversion au dévouement le plus sincère, tirent leurs sabres et s'écrient d'une voix unanime: *Moriamur pro rege nostro*, *Marid-Theresiæ*. Il paroissoit que la maison d'Autriche alloit être ensévelie dans le tombeau de son dernier empereur; à peine restoit-il à *Marie-Thérèse une ville pour y faire ses couches*, comme elle l'écrivit étant enceinte, à la duchesse de Lorraine sa belle-mère, dans un moment d'une amertume profonde: mais c'étoit là le terme de ses malheurs. Au milieu de tant de revers, *Marie-Thérèse* eut pour elle ses grands talens, sa fermeté et l'amour de ses peuples. Des bords de la Drave et de la Save il sort des peuples inconnus jusqu'alors, qui se joignent aux Hongrois. Leur ardeur martiale, leur costume singulier, leur air farouche, sont encore gravés dans la mémoire de leurs ennemis avec le souvenir de leurs actions. *Krechnuller*, à leur tête, recouvre l'Autriche. Lintz. Passau, Munich ouvrent leurs portes aux Autrichiens; *Marie-Thérèse* ménage une alliance avec l'Angleterre qui lui fournit des secours d'argent et de troupes, tâche d'ébranler le roi de Sardaigne, et détache le roi de Prusse de la ligue, en lui cédant, le 11 juin 1742, presque toute la Silésie et le comté de Glatz. (*Voy. les divers événements de ces guerres*, aux articles FOUQUER, CHARLES de Lorraine, BROWN, CHARLES-EMMANUEL de Savoie.) *Marie-Thérèse* se fait couronner reine de Bohème à Prague le 11 mai 1743. Seize mille Anglois traversent la mer, se joignent aux Autrichiens, Hanovriens, Hessois, marchent vers Francfort. *Georges II* et son fils, le duc de Cumberland, se rendent au camp. La bataille d'Ettingen se donne le 27 juin 1743; la victoire se déclare pour les armes de *Marie-Thérèse*, et ôte à l'électeur de Bavière (*Voy. CHARLES VII*) tout espoir de conserver Tempire. Le roi de Sardaigne, à qui on avoit cédé la propriété du Pavesan et de Vegevanasque, se déclara pour la reine de Hongrie. Ses armes furent souvent victorieuses, et procurèrent à la maison d'Autriche des avantages qui compensèrent bien les sacrifices qu'elle lui avoit faits. Le traité de Breslaw n'arrêta que pour un temps le roi de Prusse. Il fit une nouvelle irruption en Bohème en 1744, pendant que l'électeur de Saxe, roi de Pologne, concluoit un traité d'alliance à Varsovie avec *Marie-Thérèse*. En 1745, le foyer de la guerre fut transporté dans les *Pays-Bas*. Presque toutes les villes ouvroient leurs portes aux armes victorieuses de *Louis XV*. (*Voyez* son article.) Les plaines de Fontenoy, de Rocoux, de Lawfeldt, étoient arrosées du sang des vainqueurs et des vaincus. Au milieu de revers et de succès qui se balancoient, *Marie-Thérèse* a la consolation de placer, le 4 octobre 1745, la couronne impériale sur la tête de son époux; la cérémonie se fit à Francfort comme en temps de paix. Sur ces entrefaites, le roi de Prusse remportoit de nouveaux avantages à Friedberg et à Prandnitz. Elle se délivra de nouveau de cet ennemi par le traité de Dresde, le 25 décembre de la même année. Enfin, après huit ans de guerre, une paix universelle fut accordée à l'Europe par le traité d'Aix-la-Chapelle, signé le 18 octobre 1748, et *Marie-Thérèse* qu'on avoit cru opprimer, obtint presque tout ce qu'elle demanda. Tous ses soins furent alors employés à réparer les maux de la guerre et à faire fleurir ses états. A l'initiation de *Frédéric*, elle voulut conserver un grand nombre de troupes, qu'elle fit exercer à de nouvelles manœuvres; on construisit des casernes dans les villes de garnison; on établit des académies militaires à Vienne, à Neustadt, à Anvers. Les arts furent encouragés et le commerce prit un nouvel essor. Les ports de Trieste et de Fiume furent ouverts à toutes les nations. Livourne étendit son commerce dans le Levant et dans les Indes Orientales. Le port d'Ostende reçut des navires chargés des productions de la Hongrie. Des canaux ouverts dans les Pays-Bas y apportèrent dans le sein des villes les richesses des deux Indes. Vienne fut agrandie et embellie; des manufactures de drap, de porcelaine, de glaces, d'étoffes de soie, etc., s'établirent dans ses vastes faubourgs. Pour faire fleurir les sciences, *Marie-Thérèse* érigea des universités et des collèges, parmi lesquels on admire celui qui porte son nom à Vienne. Elle fonda des écoles pour le dessin, la peinture, l'architecture. Elle forma des bibliothèques publiques à Prague, à Innsbruck. Des observatoires magnifiques s'élevèrent à Vienne, à Gratz, à Tyrnau, et furent enrichis de télescopes qui déconvroient le secret des cieux aux *Hell*, aux *Boscovich*, aux *Halley*. (*Voyez* VANSWIETEN et MÉTASTASE.) Ses soins s'étendirent sur toutes les classes de citoyens de l'état. Les soldats blessés, vieux et infirmes, reçurent les secours spirituels et temporels, dans des hôpitaux propres et salubres. Les veuves d'ouïciers, les demoiselles nobles, etc., trouvèrent des ressources dans divers établissements formés par l'humanité et la piété. Jamais les états de la maison d'Autriche ne virent luire de plus beaux jours, sur-tout après que la France, long-temps sa rivale, eut fait une alliance avec elle, le premier mai 1756. Mais ce calme heureux fut troublé par une irruption subite que fit le roi de Prusse en Saxe pendant le mois d'octobre de la même année. Il marcha vers la Bohème; *Brown* l'arrêta par la bataille de Lowositz, où les deux partis s'attribuèrent la victoire. Au printemps de l'an 1757, *Frederic* parout à la tête de cent mille combattants sur les hanteurs de Prague. Le combat s'engage sous les murs de cette capitale; *Brown* blessé, est obligé de céder et de se retirer dans la ville; le vainqueur la bloque et la bombarde. *Dain* arrive, repousse et culbute les Prussiens à Chotzenetz, fait lever le siège, sauve la Bohème par cette victoire, et rend aux troupes le courage et cette confiance que la réputation des victoires de *Frederic* semblait leur avoir fait perdre. C'est à l'occasion de cette victoire que *Marie-Thérèse* établit l'ordre militaire de son nom, le 18 juin 1757. Cette guerre fut sanglante; jamais on ne livra tant de combats. Les Autrichiens eurent des succès et des revers; mais ils furent aussi souvent vainqueurs que vaincus. Ils triomphèrent à Hochkirchen, à Kunnersdorf, à Maxen, à Landshut, à Siplitz. Le prince *Charles* s'empare de Breslaw, *Nadasti* de Schweidnitz, *Haddick* et *Lascy* de Berlin. On admira sur-tout l'expédition de *Laudhon* contre Schweidnitz, par laquelle il enleva, le premier octobre 1761, cette ville en une nuit, et avec la ville une nombreuse garnison, une artillerie formidable, et des ma- magasins immenses. Les armes de *Marie-Thérèse* ne parurent essuyer qu'un revers considérable pendant cette guerre; ce fut à Lissa: cette déroute fut suivie de la prise de Breslaw et de dix-sept mille Autrichiens. Enfin, le traité de Hubertsburg, conclu le 15 février 1763, remit l'Allemagne sur le pied où elle étoit avant la guerre. Le seul fruit qu'en retira *Marie-Thérèse* fut de faire élire *Joseph* son fils roi des Romains, l'an 1764. *François* premier lui fut enlevé par une mort inopinée, le 18 août 1765. Depuis ce moment elle ne quitta point le deuil, et elle ne soulagea sa douleur, qu'en fondant à l'inspruce un chapitre de chamoinesses, dont la fonction est de prier pour le repos de l'aune de cet époux chéri. Vienne l'a vu tous les mois arrosé de ses pleurs le tombeau de ce prince, qui avoit été pendant trente ans son soutien et son conseil. En 1772, elle fit une convention avec le roi de Prusse et l'impératrice de Russie, pour démembrer la Pologne. Ce traité lui donna presque toute la Russie Rouge; Lemberg devint la capitale de ses nouveaux états, qui furent appelés *Ludomerie* et *Gallicie*; les riches mines de sel de Wieliska en font partie. Cette acquisition donna lieu à bien des raisonnemens; un auteur célèbre ne l'a envisagée que comme une imitation forcée de ce qu'avoient fait deux puissans voisins. Par la mort de *Maximilien-Joseph*, électeur de Bavière, arrivée en 1777, la guerre se ralluma entre la Prusse et l'Autriche; mais elle fut terminée par la paix de Teschen, le 13 mai 1779, qui augmenta les états de la maison d'Autriche d'une petite portion de la Ba- vière. Après un règne long et heureux, *Marie-Thérèse* vit approcher sa fin avec courage. Sa mort fut celle d'un vrai chrétien qui quitte la vie sans se plaindre et les grandeurs sans les regretter. Elle expira à Vienne, le 29 novembre 1780, à 63 ans, avec la consolation de laisser tous ses enfans sur le trône, ou près du trône. *Antoinette* étoit assise sur celui de France; *Charlotte*, reine de Naples; *Marie-Amélie*, alliée au duc de Parme; *Joseph II* lui succédoit dans tous les états héréditaires d'Autriche; *Léopold* portoit la couronne des *Médicis*; *Ferdinand* étoit gouverneur de la Lombardie; *Maximilien* étoit décoré de la grande maîtrise de l'ordre Teutonique, et coadjuteur de l'électorat de Cologne et de l'évêché de Munster; enfin, *Marie-Christine*, unie au duc de Saxe-Tes hen, gouvernoit les Pays-Bas. Tel étoit l'éclat de la maison d'Autriche lorsque *Marie-Thérèse* descendit dans le tombeau, après avoir mérité le nom de MÈRE DE LA PATRIE. Ses derniers momens ne furent employés qu'à répandre des bienfaits sur les pauvres et les orphelins. Parmi les paroles qu'elle dit, quelques heures avant sa mort, on n'oubliera pas celles-ci : « Il s'est fait quelque chose de répréhensible pendant mon règne, ça été certainement à mon insu; car j'ai toujours eu le bien en vue. » L'état où je suis, dit-elle à son fils, est l'écueil de ce qu'on appelle grandeur et force : tout disparaît dans ces momens. La tranquillité où vous me voyez, vient de celui qui sait la pureté de mes vues. Pendant un règne pénible de 40 années, j'ai aimé et recherché la vérité; peut-être ai-je été trompée dans mon choix; mes intentions ont peut-être été mal comprises, encore plus mal exécutées. Mais celui qui sait tout, a vu le fond de mon cœur. La tranquillité dont je jouis est la première grâce de sa miséricorde, qui m'en fait espérer d'autres. Je n'ai jamais fermé le cœur aux cris des malheureux; c'est la plus consolante idée que j'aie dans mes derniers momens. » *Marie-Thérèse* étoit entrée, dès l'âge de 14 ans, au conseil de *Charles VI* son père. Comme elle ne cessait de demander des graces : *Je vois bien*, lui dit un jour l'empereur, que vous ne voudriez être *Reine que pour faire le bien*. — Il n'y a que cette manière de régner, répondit-elle, qui puisse faire supporter le poids d'une couronne... Chaque jour de son règne fut marqué par quelque bienfait. Ayant apperçu un soldat malade, qui étoit en faction à la porte d'une de ses maisons de plaisance, elle le fit relever tout de suite, et conduire dans une voiture jusqu'à l'hôpital. On lui dit que la maladie de ce jeune homme n'avoit d'autre cause que l'indigence, et l'éloignement d'une mère qu'il ne pouvoit plus faire vivre du travail de ses mains. Elle envoya chercher cette femme jusqu'à Brion en Moravie, distante de 40 lieues, pour la réunir à son fils. « Je suis charmée, lui dit *Marie-Thérèse*, de vous remettre moi-même un enfant qui vous est si tendrement attaché. Je vous donne une pension pour suppléer à son travail, et je vous recommande à tous les deux de toujours vous aimer. *Ce sont là mes récrétions*, disoit-elle. » La bonne femme fut si transportée d'entendre sa souveraine lui parler avec tant de bonté, qu'elle. s'écria : « Je n'ai que ce fils, que vous me rendez : et, quoique je l'aime plus que ma vie, je voudrois tout à l'heure le voir expirer sous mes yeux pour le service de Votre Majesté. » *Marie-Thérèse*, sans autre garde que le cœur de ses sujets, se rendoit accessible aux petits comme aux grands. « Je ne suis qu'un *gueux de l'aysan*, disoit un pauvre laboureur de la Bohême, mais je parlerai à notre bonne reine quand je voudrai, et elle m'écouterait comme si j'étois un *MONSEIGNEUR*... » L'impératrice, rentrant un jour dans son palais, apperçoit une femme et deux enfants qui se traînent à ses pieds. La faim les arrachoit à leur chaumière. *Qu'ai-je donc fait à la Providence*, s'écria-t-elle, pour qu'un semblable malheur arrive sous mes yeux ? *Marie-Thérèse* assure qu'on va les soulager, et dans l'instant même leur faisant apporter son dîner, elle ne se nourrit que des larmes qu'elle répand, sans pouvoir se résoudre à manger. *Ce sont mes enfants*, dit-elle, ils ne seront plus réduits à mendier... Je me reproche, disoit-elle un jour, le temps que je donne au sommeil, parce que c'est autant de dérobé à mon peuple... Quelque temps après la mort de l'empereur François premier, son époux chéri, elle fit faire son cercueil, et counit elle-même son habit mortuaire ; et c'est dans cette robe funèbre, faite dans le plus grand secret, de sa main royale, qu'elle a été ensévelie. L'Auteur des *Anecdotes sur Frédéric le Grand*, peint à peu près ainsi *Marie-Thérèse*. « Ce fut la plus grande princesse et la plus aimable femme de son siècle. Son esprit étoit aussi excellent que son cœur. La simple nature l'avoit formé. Elle s'étoit fait un style qui ne ressemblait à aucun autre. Sans avoir jamais étudié les langues par principe, la justesse de son esprit lui présentoit toujours le mot propre. Peu de femmes, peu de ministres même ont eu ce coup d'œil lumineux qui apprécie dans un instant tout ce qu'on propose. Cet avantage n'étoit pas le seul qui distinguait *Marie-Thérèse*. Sa figure, l'une des plus belles qu'on ait vues, respiroit la bonté et la franchise. Elle ignoroit entièrement l'usage de ces mots vagues, dont certains princesses sont fait un art pour amuser la vanité des particuliers, ou nourrir leurs espérances. *Marie-Thérèse* écoutoit tout le monde sans être préparée à faire une réponse arrangée dans son cabinet avec ses ministres. Elle la prenoit dans le discours qu'on lui adressoit : discours qui fixoit toute son attention. Jamais de défaites, jamais de promesses illusoires : un refus motivé, ou une grace prompte. C'est avec raison qu'un célèbre poète a dit d'elle : *Marc-Aurèle*, autrefois des princes le modèle, Sur le devoir des rois écrivois en ces lieux, Et *Thérèse* fait à nos yeux Tout ce qu'écrivoit *Marc-Aurèle*. Mais un avantage qu'elle eut sur *Marc-Aurèle*, c'est que pénétrée des vérités du Christianisme, elle en fit respecter les dogmes dans ses états, et en pratique les devoirs.
*REINES d'Angleterre et d'Écosse.*
XXIV. MARIE I$^{re}$, reine d'Angleterre, naquit le 18 février 1515, de Henri VIII et de Catherine d'Aragon. *Edouard VI* avoit déclaré en mourant, héritière du trône, sa cousine Jeanne Gray, (Voy. I et II. GRAY.) et en avoit écarté Marie, à qui il appartenoit de droit; elle y monta malgré lui, et fit trancher la tête à sa rivale, au père, au beau-père et à l'époux de cette infortunée. La nouvelle reine étoit attachée à la religion Romaine: pour la faire triompher, elle épousa, en 1554, Philippe II, fils de Charles-Quint. Ces deux époux travaillèrent à ce grand ouvrage avec toute la hauteur, toute la dureté, toute l'inflexibilité de leur caractère. Le parlement entra dans leurs vues. Il avoit poursuivi sous Henri VIII les Protestans, dit Voltaire; il les encouragea sous Edouard VI; il les brûla sous Marie. Sur l'avis que l'on eut que l'Angleterre étoit pleine de livres hérétiques et séditieux, la reine, dit M. Pluquet, donna un Edit, qui portoit que quiconque auroit de ces livres, et ne les brûleroit au plutôt, sans les lire, sans les montrer à personne, seroit estimé rebelle, et exécuté sur-le-champ, selon le droit de la guerre. Elle fit défendre ensuite de parler aux Protestans qu'on conduisoit au supplice, de prier Dieu pour eux, et même de dire, Dieu les bénisse. « Plus de deux cents Protestans, ajoute M. l'abbé Pluquet, périrent dans les flammes; plus de soixante moururent en prison, beaucoup sortirent d'Angleterre, et un plus grand nombre dissimula ses sentimens pour conserver sa liberté et sa fortune. Ces derniers éprouvèrent les plus cruels remords, et conçurent une haine mortelle contre les Catholiques qui les avoient réduits à ces extrémités. » La cruauté fut extrême, lorsque les hérétiques fu- rent livrés à des juges ou sévères ou prévenus. Une femme grosse accoucha dans le bûcher même; quelques citoyens, touchés de pitié, arrachèrent l'enfant du feu: le juge l'y fit, dit-on, rejeter. Le cardinal Polus, envoyé par le pape Jules III, pour réunir l'Angleterre à l'église Romaine, désapprouva hautement ces rigueurs, que le Père d'Orléans ne peut s'empêcher de trouver excessives. Ce prélat disoit avec raison, « que le seul moyen d'éteindre l'hérésie, étoit d'édifier les hérétiques, et non pas de les égorger. » Marie d'Angleterre ne fut pas plus louée par les Anglois, d'avoir secouru Philippe son époux contre la France. Calais lui fut enlevé par le duc de Guise; et la flotte qu'elle envoya, n'arriva que pour voir les étendards de la France arborés sur le port. « En moins de trois semaines, dit le P. Fabre, les Anglois perdirent tout ce qu'ils avoient conservé en France de leurs anciennes conquêtes, par l'incapacité d'une reine qui n'avoit en tête que la destruction des Protestans, et par la négligence de son conseil. Ce fut là le fruit de l'alliance entre l'Angleterre et l'Espagne, malgré le soin que la chancelier Gardiner avoit pris pour prévenir le mélange des intérêts des deux couronnes; ce qui fit dire assez ingénieusement au pape, que la perte de Calais étoit le douaire de cette princesse. » Elle préparoit une 2e flotte de 120 vaisseaux, lorsqu'elle mourut, en 1558, laissant la mémoire d'une princesse active, courageuse, zélée, mais d'un zèle que l'abbé Millot appelle violent et sanguinaire. Ce zèle eut peu de succès, et les suites en furent funestes à la religion Catholique, qu'il fit haïr par des gens déjà justement indisposés contre elle. Cependant *Marie* avoit des vertus et quelque teinture des belles-lettres. Elle proscrivit le luxe et le vice de sa cour. La perte de Calais hâta sa mort. *On n'a pas connu mon mal*, dit-elle dans ses derniers momens : *si l'on veut le savoir, qu'on ouvre mon cœur, et on y trouvera Calais...* (Voyez HAVIEL.)
XXV. MARIE II, reine d'Angleterre, fille ainée de Jacques II, roi d'Angleterre, naquit au palais de Saint-James en 1662, et fut élevée dans la religion Protestante. Elle épousa, en 1677, *Guillaume-Henri de Nassau*, prince d'Orange, et passa avec son époux en Hollande, où elle demeura jusqu'en 1689. Ce prince ayant détrôné son beau-père, elle repassa en Angleterre, et y fut proclamée reine conjointement avec son époux, qui eut l'administration du gouvernement. La reine *Marie* en prit les rênes en l'absence du roi, et se conduisit avec beaucoup de prudence et de gloire. Elle mourut de la petite vérole dans le palais de Kensington, le 28 Décembre 1695, à 33 ans. Les arts perdirent une protectrice, et les malheureux une mère. Elle réunissoit en elle tous les agrémens de son sexe et toute la fermeté du nôtre. Elle étoit sans humeur, et haïssoit la satire et les satiriques. L'histoire, et sur-tout celle de son pays, lui plaisoit infiniment. Quand on blâmoit la sévérité de certains historiens, qui ont traité trop durement quelques princes, elle répondoit : « Que si ces princes étoient tels que l'histoire les représente, ils avoient bien mérité les censures de la postérité, et que ceux qui suivoient leurs tra- ces, devoient s'attendre à être traités de même ; que la vérité, contrainte pendant la vie des rois, ne devoit pas être gênée après leur mort ; et que l'inconvénient d'être exposé aux yeux de l'univers sous ses véritables couleurs lorsqu'on n'étoit plus, étoit bien léger en comparaison des maux réels que certains monarques avoient fait souffrir aux hommes lorsqu'ils étoient sur le trône. »
XXVI. MARIE STUART, fille de Jacques V, roi d'Écosse, et de *Marie de Lorraine*, hérita du trône de son père huit jours après sa naissance, en 1542. *Henri VIII*, roi d'Angleterre, voulut la marier avec le prince *Edouard* son fils, afin de réunir les deux royaumes. Mais ce mariage n'ayant pas eu lieu, elle épousa, en 1558, *François*, dauphin de France, fils et successeur de *Henri II*. Ce monarque étant mort en 1560, elle quitta la France avec beaucoup de regret ; et c'est ainsi qu'elle exprima sa douleur dans une chanson qui nous est restée : Adieu, plaisans pays de France ! O ma parrie La plus chérie, Qui as nourri ma jeune enfance : Adieu France ! adieu nos beaux jours ! La nef qui déjoint nos amours, N'a eu de moi que la moitié ; Une part te reste, elle est tienne : Je la fie à ton amitié, Pour que de l'autre il te souvienne. De retour en Écosse, elle se maria en secondes no es à *Henri Stuart Burnley*, son cousin. Ce prince avoit tous les agrémens extérieurs, capables de séduire une jeune personne. *Marie*, dans les premiers transports de son amour, lui donna le titre de *Roi*, et joignit son nom au sien dans tous les actes publics. Mais elle découvrit bientôt dans son époux, un homme insolent, violent, irrésolu, crédule, bas, grossier, brutal dans ses plaisirs, et qui, gouverné par les plus vils flatteurs, croyoit toujours mériter au-delà de ce qu'on faisait pour lui. Elle voulut alors user de plus de réserve; il en fut indigné, et prit en aversion tous ceux qui avoient la confiance de la reine. Un musicien Italien, nommé David Rizzo, étoit alors le conseil de cette princesse. Henri, qui n'avoit que le nom de roi, méprisé de son épouse, aigri et jaloux, quoique Rizzo fut un vieillard dégoûtant, entre par un escalier dérobé, suivi de quelques hommes armés, dans la chambre où sa femme soupoit, n'ayant auprès d'elle que le musicien et la comtesse d'Argyle. On renverse la table, et on tue Rizzo aux yeux de la reine, enceinte alors de 5 mois, et qui se mit en vain au devant de lui. Rizzo n'avoit été probablement que le confident et le favori de Marie. Un homme plus dangereux lui succéda auprès de cette princesse; ce fut le comte de Bothwell. Cette nouvelle liaison avec un homme ardent et vicieux, occasionna la mort du roi, assassiné à Edimbourg dans une maison isolée, que ses meurtriers firent sauter par une mine. Marie épouse alors son amant, regardé universellement comme l'auteur de la mort de son époux! (Voyez HESBURN comte de Bothwell.) Cette union malheureuse souleva l'Ecosse contre elle. Abandonnée de son armée, elle fut obligée de se rendre aux contédérés, et de céder la couronne à son fils. On lui permit de nommer un régent, et elle choisit le comte de Murray, son frère naturel, qui ne l'en accabla pas moins de reproches et d'injures. L'humeur impérieuse du régent procura à la reine un parti. Elle se sauva de prison, leva 6000 hommes; mais elle fut vaincue et obligée de chercher un asile en Angleterre, où elle ne trouva qu'une prison, et enfin là mort, après 18 ans de misère et de captivité. Elizabeth la fit d'abord recevoir avec honneur dans Carlisle; mais elle lui fit dire, qu'étant accusée par la voix publique du meurtre de son époux, elle devoit s'en justifier. On nomma des commissaires, et on la retuit prisonnière à Tewksburi, pour instruire cet important procès. Le grand malheur de la reine Marie, fut d'avoir des amis dans sa disgrace. Il se formoit, où l'on disoit qu'il se formoit tous les jours des complots contre la reine d'Angleterre, dans le dessein de rétablir celle d'Ecosse. (Voyez Tart. II. PARR.) Un prêtre nommé Jean Ballard, fut accusé d'avoir conseillé à un jeune gentilhomme nommé Babington, de travailler à l'exécution de ce projet. Quelques autres entrèrent dans le complot. Leur procès fut instruit sur-le-champ, et il y en eut sept de pendus et écartelés. Cette conspiration servit à accélérer le jugement de Marie. On faisait courir tous les jours des bruits alarmans. Une flotte Espagnole, disoit-on, étoit arrivée pour la délivrer; les Ecossois avoient fait une irruption: une armée conduite par le duc de Guise, (Voy. FITE-MOBILE.) avoit débarqué dans la province de Sussex. Elizabeth alarmée par ces bruits, ou feignant de l'être, fit juger Marie, son égale, comme si elle avoit été sa sujette. « Quarante-deux membres du parle ment, et cinq juges du royaume, allèrent l'interroger dans sa prison à l'otteringhai. Elle protesta, mais elle répondit. Jamais jugement ne fut plus incompétent, et jamais procédure ne fut plus irrégulière. On lui représenta de simples copies de ses lettres, et jamais les originaux; on fit valoir contre elle les témoignages de ses secrétaires, et on ne les lui confronta point: on prétendit la convaincre sur la déposition de trois conjurés qu'on avoit fait mourir, dont on auroit pu différer la mort pour les examiner avec elle. Enfin, quand on auroit procédé avec les formalités que l'équité exige pour le moindre des hommes, quand on auroit prouvé que *Marie* cherchoit partout des secours et des vengeurs, on ne pouvoit la déclarer criminelle. *Elizabeth* n'avoit d'autre juridiction sur elle, que celle du puissant sur le foible et sur le malheureux. » *HISTOIRE GÉNÉRALE*, tome II. (*VOYCE ELIZABETH*, n.º VII.) Mais sa politique cruelle exigeoit le sacrifice de cette illustre victime. *Marie* fut condamnée à mort, et elle la reçut avec un courage, dont les plus grands hommes ne sont pas toujours capables. *La mort qui doit mettre fin à mes malheurs, me sera*, dit-elle, très-agréable. *Je regarde comme indigne de la félicite céleste, une ame trop foible pour soutenir le corps dans ce passage au séjour des Bienheureux.* Dans ses derniers jours, elle joignit aux exercices d'une piété courageuse, les soins les plus tendres à l'égard de ses domestiques. Après leur avoir distribué des récompenses, et avoir écrit en leur faveur à *Henri III* et au duc de *Guise*, elle demanda qu'ils fussent témoins de son supplice. Le comte de *Kent* le refusait avec dureté. Tonchée d'un tel refus, elle s'écria: *Je suis cousine de votre Reine, je suis du sang royal de Henri VIII; j'ai été Reine de France par mariage; j'ai été sacrée Reine d'Écosse*: paroles bien frappantes dans une telle conjoncture! Au lieu de lui donner un confesseur Catholique qu'elle demandait, on lui envoya un ministre Protestant, qui la menaçoit de la damnation éternelle, si elle ne renonçoit à sa religion. *Ne vous tourmentez pas sur ce point*, lui dit-elle plusieurs fois avec vivacité: *Je suis née dans la religion Catholique, j'y ai vécu; je veux y mourir.* Un crucifix qu'elle avoit entre les mains, lui attira un autre reproche. Le comte de *Kent* voulut lui dire qu'il falloit avoir le *CHRIST* dans le cœur et non dans les mains; elle répliqua qu'il étoit difficile d'avoir, son *Sauveur* dans les mains, sans que le cœur en fût vivement touché. On ne lui permit d'être accompagnée que d'un petit nombre de domestiques. Elle fit choix de quatre hommes et de deux de ses femmes. «Adieu, mon cher *Melvill*, dit-elle à l'un d'eux! Tu vas voir le terme lent et désiré de mes malheurs. Publie que je suis morte inébranlable dans la religion, et que je demande au ciel le pardon de ceux qui ont été altérés de mon sang. Dis à mon fils qu'il se souvienne de sa mère. Adieu encore une fois, mon cher *Melvill*, ajouta-t-elle en l'embrassant! Ta maîtresse, ta reine se recommande à tes prières... Le 18 février 1587, s'étant levée deux heures avant le jour, pour ne pas retarder l'heure de l'exécution de l'arrêt, elle s'habilla avec plus de soin qu'à l'ordinaire ; et ayant pris une robe de velours noir : J'ai gardé, dit-elle, cette robe pour ce grand jour, parce qu'il faut que j'aille à la mort avec un peu plus d'éclat que le commun. Elle rentra ensuite dans son oratoire, où après quelques prières, elle se communia elle-même d'une hostie consacrée, que le pape Pie V lui avoit envoyée. Lorsque les commissaires entrèrent, elle les remercia de leurs soins, en ajoutant : Les Anglois ont trempé plus d'une fois leurs mains dans le sang de leurs Rois. Je suis de ce même sang ; ainsi il n'y a rien d'extraordinaire dans ma mort et dans leur conduite. On la conduisit dans une salle où on avoit élevé un échafaud tendu de noir. Les spectateurs, qui la remplissoient, furent frappés en voyant le maintien assuré de cette reine, qui avoit conservé une partie de ses charmes et de ses grâces. Quand il fallut quitter ses habits, elle ne voulut point que le bourreau fit cette fonction, disant qu'elle n'étoit pas accoutumée à se faire servir par de pareils gentilshommes. Après avoir fait quelques prières, elle tenilit sa tête, sans montrer la moindre frayeur. Elle étoit dans la 46e année de son âge. Sa tête ne fut séparée du corps qu'au second coup ; et le bourreau montra cette tête, qui avoit porté deux couronnes, aux quatre coins de l'échafaud, comme celle d'un scélérat. Telle fut la fin tragique d'une des plus belles princesses de l'Europe. (Voyez J'AMBRUN.) Reine de France par son mariage avec François II, reine d'Écosse par sa naissance, elle passa près de la moitié de sa vie dans les chai- nes, et mourut d'une mort infame. Son attachement à la religion Catholique, et ses droits sur l'Angleterre, firent aux yeux d'Elizabeth une partie de ses crimes. Sa beauté, ses talens, la protection dont elle honora les lettres, le succès avec lequel elle les cultiva, sa fermeté dans ses derniers instans, son attachement à la religion de ses pères, ont un peu fermé les yeux sur ses vices, et on ne se souvient plus aujourd'hui que de ses malheurs. On a donné un Recueil des Écrivains contemporain qui ont écrit sa Vie, Londres, 1725, 2 vols. in-folio. Nous avons suivi, dans cet article, non le satirique Buchanan, non le partial Rabin de Toiras ; mais le véridique de Thou, le judicieux Hume, et l'impartial abbé Millot, qui ont examiné avec soin les raisons des apologistes et des accusateurs de Marie. Nous ajouterons que l'abbé de Choisi, dans son Histoire Ecclésiastique, où il ne devoit montrer Marie Stuart que par le bon côté, finit pourtant ainsi son portrait : Il faut avouer que sa bonté mal-entendue, sa faiblesse et son inconstance lui attirèrent la plupart de ses malheurs. La fin de la reine d'Écosse fut d'une héroïne chrétienne, mais plusieurs traits de sa vie ne sont pas d'une femme chrétienne. « L'humanité, dit Dreux du Radier, ne sauroit refuser des larmes à sa fin malheureuse. Mais jusqu'à ce qu'on ait réfuté les écrits du président de Thou, et opposé une juste apologie à ce qu'il dit de la mort de Henri Stuart, comte Darnley ; de la familiarité de Marie avec David Rizzo ; de son mariage avec Bothwell, meurtrier du comte Darnley, on ne sauroit accuser les historiens d'avoir employé, comme le dit le président Hénant des couleurs affreuses pour peindre toutes les actions de sa vie. Ce sont les couleurs que présente la vérité. Nous voulons bien ne pas lui faire un crime de son humeur gaiante, de l'amour qu'eut pour elle Damville, fils du connétable de Montmorency, qui la suivit en Ecosse; de l'aventure de Chastelard, à qui elle avoit pardonné une hardiesse criminelle, puisqu'il avoit été jusqu'à se cacher la nuit dans sa chambre pour satisfaire sa passion, et qu'elle ne le sacrifia à sa réputation que parce qu'elle ne put s'en dispenser. Enfin, nous ne lui imputons point les poésies galantes qu'on lui attribue sur son commerce avec ce gentilhomme, non plus que les lettres que les Protestans ont publiées, et qu'elle écrivait, disent-ils, à Bothwell, avant la mort du comte Darnley. Mais, encore une fois, écartant les faits faux ou douteux, Marie n'est point justifiée aux yeux de la postérité, et il n'y aura que l'éclat de sa mort qui puisse faire oublier les reproches qu'on peut faire à sa vie. Mémoires des Reines de France, tome V. Elle eut de Henri Stuart son second mari, Jacques I, roi d'Angleterre; et de Bothwell sont troisième époux, une fille qui se fit religieuse à Notre-Dame de Soissons. On trouve dans le recueil intitulé : Cambdeni et illustrium virorum Epistolae, une lettre que l'illustre président de Thou écrit à Cambden, pour justifier ce qu'il a dit de Marie Stuart dans son Histoire. Il assure qu'il s'est instruit à fond des particularités de sa vie et de la source de ses malheurs.
MARIE-LOUISE-GABRIELLE DE SAVOIE, femme de Philippe V, roi d'Espagne; Voy. MARIE-ADÉLAIDE DE SAVOIE, n.º XVII.
MARIE DE GONZAGUE, Voy. GONZAGUE, n.º VII.
MARIE-JOSÉPHINE, épouse de Frédéric Auguste II, roi de Pologne. Voy. FRÉDÉRIC AUGUSTE II. Autres femmes du nom de MARIE.
XXVII. MARIE, sœur aînée de Moïse et d'Aaron, fille d'Amaron et de Jocabed, naquit vers l'an 1578 avant Jésus-Christ. Lorsque la fille de l'haraon trouva Moïse exposé sur le bord du Nil, Marie, qui étoit présente, s'offrit pour aller chercher une nourrice à cet enfant. La princesse ayant agréé ses offres, Marie courut chercher sa mère, à qui l'on donna le jeune Moïse à nourrir. On croit que Marie épousa Hur, de la tribu de Juda; mais on ne voit pas qu'elle en ait eu des enfans. Après le passage de la Mer Rouge et la destruction entière de l'armée de Pharaon, Marie se mit à la tête des femmes de sa nation, et entonna avec elles le fameux cantique CANTEMUS DOMINO, pendant que Moïse le chantoit à la tête du chœur des hommes. Lorsque Séphora, femme de ce dernier, fut arrivée dans le camp, Marie eut quelques démêlés avec elle, et intéressa dans son différend, son frère Aaron. L'un et l'autre murmureront contre Moïse: Dieu en fut irrité; il frappa Marie d'une lèpre fâcheuse, dont il la guérit, à la prière de Moïse, après l'avoir cependant condamnée à demeurer sept jours hors du camp. Elle mourut vers l'an 1652 avant J. C., âgée d'environ 126 ans.
XXVIII. MARIE, native du bourg de Bathécourt, fille d'*Eléazar*, s'était réfugiée avec son mari dans Jérusalem; elle s'y trouva pendant le siège de cette ville par *Titus*. Une horrible famine réduisit les habitans à se nourrir de corps morts. Un jour les soldats, après lui avoir volé tous ses bijoux, lui prirent encore tout ce qui lui étoit nécessaire pour la vie. Cette femme, mourant de faim, arracha de sa mamelle son fils, le tua, le fit cuire, en mangea une partie, et garda le reste pour une autre fois. Les soldats entrèrent, à l'odeur de ce mets crnel, et la forcèrent de leur montrer ce qu'elle avoit fait cuire. Elle leur offrit d'en manger: mais ils en eurent tant d'horreur, qu'ils se retirèrent en frémissant. Personne n'ignore que l'auteur de la *Henriade* a fait entrer cette scène terrible dans le x$^{e}$ chant de son Poème.
MARIE, autrement SALOMÉ, *Voyez* ce dernier mot, n° III.
XXIX. MARIE-MAGDELEINE DE LA TRINITÉ, fondatrice de l'*Ordre de la Miséricorde*, avec le Père *Yvan*, prêtre de l'Oratoire, naquit à Aix en Provence en 1616, d'un père soldat. Elle fut élevée avec grand soin par sa mère, et fut demandée en mariage, à l'âge de quinze ans, par un homme fort riche, dont elle refusa la main. Pour marcher plus sûrement dans la voie du salut, elle se mit sous la direction du Père *Yvan*, qui composa pour elle un livre intitulé: *Conduite à la perfection Chrétienne*. Une maladie, dont elle fut affi- gée en 1632, lui fit prendre la résolution de fonder l'*Ordre de la Miséricorde*, pour y recevoir les filles de qualité sans biens et sans dot. *Marie-Magdeleine* exécuta heureusement ce pieux dessein. Cette sainte fondatrice établit à Aix, en 1637, la première maison de son institut, dont elle fut la première supérieure. Elle mourut saintement à Avignon, le 20 février 1678, à 62 ans, après avoir fondé plusieurs maisons de son ordre. *Voyez* sa *Vie*, par le Père *Croiset* Jésuite, Lyon, 1696, in-8.$^{o}$
MARIE DE L'INCARNATION, fondatrice des Carmelites Réformées en France; *Voyez* *Aurillo*.
XXX. MARIE DE L'INCARNATION, célèbre religieuse Ursuline, nommé *Marie Guyert*, naquit à Tours, le 18 octobre 1599. Après la mort de son mari, elle entra, à l'âge de trente-deux ans, chez les Ursulines à Tours, où elle composa, pour l'instruction des novices, un assez bon livre, intitulé: *L'Ecole Chrétienne*. Appelée par la grace à la conversion des filles du Canada, elle passa à Quebec en 1639, où elle établit un couvent de son ordre, qu'elle gouverna avec beaucoup de sagesse et de prudence. Elle y mourut, le 30 avril 1672, à 73 ans. Outre son *Ecole Chrétienne*, on a d'elle, un volume in-4$^{o}$ de *Retraites* et de *Lettres*. Dont *Claude Martin*, son fils, a publié sa *Vie*; elle a été aussi écrite par le P. de *Charlevoix*, Jésuite, 1724, in-12. Tous les écrits de cette religieuse respirent cette onction sublime qu'on ne trouve que dans les Saints.
MARIE ALACOQUE, *Voyez MARGUERITE*, n.º XIII.
MARIE D'AGREDA, *Voyez AGREDA*.
MARIETTE, (Pierre-Jean) fils de *Jean Mariette*, libraire et graveur de Paris, mort en 1741, et libraire lui-même, avoit reçu de son père le goût de la gravure, et l'avoit perfectionné dans ses voyages en Allemagne et en Italie. Il vendit son fonds de librairie en 1750, et acheta une charge de secrétaire du roi et de contrôleur de la chancellerie. Alors il fut uniquement occupé du Recueil de ses *Estampes*, qu'il augmentoit et perfectionnoit sans cesse; il jouissoit, dans une vie retirée, des plaisirs de l'esprit. Une maladie, longue et douloureuse, termina ses jours, le 10 septembre 1774. On a de lui: I. *Traité des Pierres gravées*, Paris, 1750, 2 vol. in-folio. II. *Lettres à M. de Caylus*. III. *Lettres sur la Fontaine de la rue de Grenelle*. IV. *Les Descriptions* qui se trouvent dans le Recueil des planches gravées, d'après les Tableaux de M. Crozet, 1729, 2 vol. in-folio. Le *Catalogue* de ses *Estampes* a été dressé par M. *Bassa*, et a paru en 1775, in-8.º C'est un des plus complets en ce genre... *Voy*. FUSTII.
MARIGNAN, (Jean-Jacques Medichino, marquis de) célèbre capitaine du 16$^{e}$ siècle, naquit à Milan de Bernardin de Médicis ou *Medichino*, anodiateur des fermes ducales. Avant donné dans sa jeunesse diverses preuves de valeur, il s'acquit la protection de Jérôme *Vorone*, chancelier et principal ministre de *François Sforce*, duc de Milan. Ce prince, voulant se défaire d'*Hector Visconti*, seigneur Milanois, *Medichino* fut choisi, par le conseil de *Morone*, avec un autre officier, pour l'assassiner. Mais le meurtre ne fut pas plutôt exécuté, que le duc résolut d'en sacrifier les instruments à la crainte de passer pour l'auteur d'un si lâche assassinat. Le compagnon de *Medichino* fut le premier immolé; et la mort de l'un fut un avis pressant pour l'autre de mettre sa vie en sûreté. Il sortit promptement de Milan, et s'étant rendu à Musso, place forte sur le lac de Côme, et voisine du pays des Suisses, il eut l'adresse de s'en rendre maître. Plusieurs historiens et entraîneurs de *Thou*, ont écrit que sous un faux prétexte il fut envoyé par le duc au gouverneur de Musso, et chargé pour lui, d'une lettre qui contenoit l'ordre de le faire périr; mais que la défense l'ayant porté en chemin à ouvrir cette lettre, il y en substitua une autre, contrefaite, par laquelle il étoit enjoint à cet officier de lui remettre le gouvernement de la place, et de partir sur l'heure pour Milan; ce qui fut exécuté. Mais *Messaglia*, auteur de la *Vie* du marquis de *Marignan*, traite cette anecdote de fable. Quoi qu'il en soit, maître du château de Musso, *Medichino* obligea le duc, par l'intérêt qu'il avoit de tenir secret l'assassinat de *Visconti*, à dissimuler sa supercherie, et à lui laisser le gouvernement de cette place. Il entra au service de l'empereur en 1528, et reçut en échange de Musso la ville de Marignan, d'où il prit le nom de *Marquis de Marignan*. Dès-lors, chargé des emplois militaires les plus considérables, il acquit la réputation d'un grand capitaine. Il défit, en 1554, à la bataille de Marciano en Toscane, l'armée françoise commandée par le maréchal Strozzi, et s'empara, l'année suivante, après un siège de huit mois, de la ville de Sienne, qui s'étoit révoltée contre l'empereur. Le marquis de Marignan avoit autant d'esprit que de talent pour la guerre; mais sa fourberie, son avarice, et sur-tout sa cruauté, ternirent la gloire de ses exploits militaires. Irrité de la longue résistance des Siennois, il tourna sa rage contre les malheureux habitans de la campagne, et en fit pendre aux arbres, disent les historiens du temps, plus de cinq mille, de tout sexe et de tout âge. Il prit pour prétexte de ses barbaries, les contraventions à la défense qu'il avoit fait publier sous peine de la vie, de porter dans la ville aucune espèce de vivres. Il prenoit quelquefois plaisir à les tuer lui-même avec une béquille armée d'un fer pointu, dont il se servoit pour marcher à cause de la goutte. Il prit Porto-Hercle en 1555, et mourut la même année à Milan, âgé d'environ 60 ans. Jean-Ange de Médicis, qui fut pape sous le nom de Pie IV, étoit son frère. Tous les historiens qui ont parlé du marquis de Marignan, s'accordent à dire qu'il n'étoit point de la maison des Médicis de Florence, dont il n'avoit pris le nom que par vanité, à la faveur de la ressemblance avec le sien; mais ce qui doit rendre la chose au moins problématique, c'est le témoignage de l'auteur de sa Vie, qui le dit vraiment issu d'une branche de Médicis, établie à Milan. Les preuves sur lesquelles il se fonde, sont : 1.º Que du vivant même du marquis, c'est-à-dire, avant que son frère fût pape, Alexandre et Côme de Médicis, grands-ducs de Florence, l'avoient reconnu pour leur parent; et il cite à ce sujet une lettre du premier, par laquelle il le recommandoit comme tel au marquis du Guast, général de l'empereur. 2.º Qu'il a vu les armes de Médicis sculptées dans une maison très-ancienne des aïeux du marquis à Milan. 3.º Enfin il dit avoir vu une Description, imprimée à Florence, des fêtes données en cette ville pour l'arrivée de Jeanne d'Autriche; ouvrage qui fait mention d'une salle où se voyoient pointes les tiares de trois papes, issus de la maison de Médicis; Léon X, Clément VII, et Pie IV, frères du marquis de Marignan.
MARIGNI, Voyez VII. Poisson.
MARIGNIER, (N.) a travaillé à plusieurs opéra comiques, avec Pannard et Poutau. Il a donné, seul, ceux de Cydippe et de la Pantoufle. Il est mort vers 1760. I. MARIGNY, (Enguerrand de) comte de Longueville, d'une famille noble de Normandie, fut grand chambellan, principal ministre et coadjuteur du royaume de France sous Philippe le Bel. Il s'avança à la cour par son esprit et par son mérite. Devenu capitaine du Louvre, intendant des finances et bâtiments, il usa très-mal de sa grandeur. Il pilla les finances, accabla le peuple d'impôts, altéra les monnoies, dégrada les forêts du roi, et ruina plusieurs particuliers par des vexations monies. Il étoit sans foi, sans pitié, le plus vain et le plus insolent de tous les hommes. Sa fierté irrita les grands, et ses rapines les petits. Le comte de Valois, à qui il avoit donné un démenti en plein conseil, profita de cette haine pour le faire condamner au dernier supplice, après la mort de Philippe le Bel. La veille de l'Ascension, en 1315, avant le point du jour, comme c'étoit alors la coutume, il fut pendu au gibet qu'il avoit fait lui-même dresser à Montfaucon, et comme maître du logis, dit Mézeray, il eut l'honneur d'être mis au haut bout, au-dessus de tous les autres voleurs. Le confesseur du comte de Valois lui inspira des remords sur la condamnation de ce ministre, dont le procès n'avoit pas été instruit selon toutes les formalités requises. Sa mémoire fut réhabilitée; mais cette réhabilitation ne l'a pas entièrement lavé dans l'esprit de la postérité. Si on en croit cependant M. de B\*\*\*, *Œuvres diverses*, Lausanne (Paris), 1770, 2 vol. in-8°, ce ministre fut un grand-homme d'état, injustement maltraité par Mézeray, et par les autres historiens qui l'ont suivi sans examen. Il y eut, dit M. du Radier, de la passion dans le comte de Valois, cela est certain. La procédure fut violente et irrégulière. *Marigny* avoit rendu de très-grands services à son maître; cela est encore vrai. Mais tout cela ne prouve pas que sa conduite fût irréprochable, et ses mains pures; il avoit été l'auteur de très-grandes violences. L'excuse qu'il portoit d'avoir délivré au comte de Valois de très-grandes sommes, méritoit un examen: toute la nation l'accusoit d'avoir trahi la France. *Veyez* les *Javoris* de M. Dupuy, les *Annales* de M. Touchet, etc. Je crois que c'est un procès à remettre sur le tapis, pour en juger sainement.»
II. MARIGNY, (Jacques Carpentier de) fils du seigneur du village de ce nom, près de Nevers, (et suivant d'Aubery, d'un marchand de fer,) se fit ecclésiastique, et vécut en épicurien. De retour d'un voyage en Suède, il s'attacha au cardinal de Retz, et entra dans toutes les intrigues de la Fronde. Il fut l'un des principaux auteurs des plaisanteries qu'on publia contre *Mazaria* dans les tumultes de ces troubles. Le parlement ayant mis à prix la tête de ce ministre, *Marigny* fit une répartition de la somme assignée; tant pour une oreille, tant pour un œil, tant pour le faire eunuque; et ce ridicule fut tout l'effet de la proscription. Après la détention du cardinal de Retz, *Marigny* suivit le prince de Condé en Flandre, et le divertit par ses bons mots, et par le récit vrai ou faux des aventures de ses voyages. Ce poète étoit un de ces esprits plaisans et de ces hommes libertins, qui sacrifient tout à la saillie et au plaisir. Une apoplexie l'emporta en 1670. On aimoit sa conversation, parce qu'il contoit agréablement les choses rares et curieuses qu'il avoit remarquées en ses différens voyages, et qu'il flattoit la malignité par ses médisances continuelles: il auroit perdu un ami plutôt qu'un bon mot. Ce penchant dangereux lui attira des corrections fâcheuses en Hollande, en Allemagne et en Suède. Sa langue s'étant exercée à Bruxelles sur les amours d'un gentilhomme, on lui donna un rendez-vous un peu éloigné de la ville, où des gens apostés répondirent cruellement à ses propos satiriques. Quand Marigny fut de retour à Bruxelles, il porta ses plaintes à M. le prince de Condé, qui, le tenant chez lui à titre de bel esprit, ne daigna pas les écouter. Marigny, loin de cacher l'affront qu'il avoit reçu, fit imprimer lui-même son aventure dans une lettre à la reine de Bohème, qui étoit alors à la Haye. Il y avoit au bas de la lettre : « Madame, de Votre Majesté, le très-humble, très-obéissant et très-bâtonné serviteur, MARIGNY... » Il disoit quelquefois en plaisantant des choses très-sensées. Dans une maladie qu'il eut en Allemagne, et dont il pensa mourir, l'évêque Luthérien d'Osnabruck lui ayant demandé si la crainte d'être enterré avec les Luthériens n'ajoutoit pas à l'inquiétude que lui donnoit son état ? « Monseigneur, lui répondit Marigny mourant, il suffira de creuser deux ou trois pieds plus bas, et je serai avec des Catholiques. » On a de lui : I. Un Recueil de Lettres, en prose et en vers, imprimées à la Haye, en 1673, in-12. On y trouve quelques bonnes plaisanteries et quelques traits d'esprit. II. Un Poème sur le Pain bénit, 1673, in-12, dans lequel il y a plus de naturel que de finesse : et plus de sales équivoques que de véritables saillies. Son humeur satirique lui attira des éloges et des coups de canne. Qui Patin lui attribue un libelle devenu rare. Il est intitulé : Traité politique, composé par Williams Alleyn, où il est prouvé par l'exemple de MOYSE, que tuer un Tyran (titulo vel exercitio), n'est pas un meurtre ; Lyon, 1658, in-16. (Voyez II. ALLEYN.) On prétend que l'auteur de cette mauvaise production en vonloit à Olivier Cromwell, lorsqu'il la mit au jour.
III. MARIGNY, (l'Abbé Augier de) mort à Paris en 1762, étoit un écrivain du troisième ordre. Nous avons de lui : I. Une Histoire du douzième siècle, en cinq vol. in-12, 1750. II. Une Histoire des Arabes, 1756, 4 vol. in-12. III. Révolutions de l'Empire des Arabes, 4 vol. in-12. Ces ouvrages offrent des recherches ; mais le style manque de pureté et d'agrément. Les deux derniers sont remplis de contes orientaux, et d'anecdotes puériles, dont bien peu sont intéressantes.
MARIKOWSZKY, (Martin) médecin, né à Rosenau en Hongrie, en 1728, mourut en 1772, à Sirmich, dans l'Esclavonie, où il s'étoit retiré. C'étoit un homme plein d'humanité, qui s'attacha sur-tout à examiner les causes des épidémies, qui avoient fait périr en Hongrie plus de soldats, que les armes des Turcs. Il consigna ses observations dans ses Éphemerides Sirmenes, espèce de journal, qui commença à paroître à Vienne en 1763. On a encore de lui, une traduction hongroise, de l'Avis au peuple, de M. Tissot. I. MARILLAC, (Charles de) fils de Guillivume de Marillac, contrôleur général des finances du duc de Bourbon, haquit en Auvergne vers 1510. Il fut d'abord avocat au parlement de Paris, et s'y si- guala tellement par son éloquence et par son savoir, que le roi François I le chargea de diverses ambassades importantes. Il devint abbé de Saint-Pierre de Melun, maître des requêtes, évêque de Vannes, puis archevêque de Vienne, et chef du conseil privé. Député par Henri I, en 1559, avec *Imbert de la Platière*, à la diète d'Augsbourg, pour remettre la bonne intelligence entre l'empereur Ferdinand et le roi; ses discours furent très-applaudis. Dans l'assemblée des Notables, tenue à Fontainebleau en 1560, il se fit encore admirer par une belle barangue. Elle roula entièrement sur la réformation des désordres de l'état, et sur les moyens propres à prévenir les troubles qui menaçaient le royaume. La douleur que lui causa la vue des maux qui alloient inonder la France, le mit au tombeau, le 2 décembre 1560, à 50 ans. On a de lui, des *Mémoires* manuscrits, qu'on trouve dans plusieurs bibliothèques. Le chancelier de l'*Hôpital*, son ami intime, lui adressa un Poème, monument éternel de leurs liaisons. — II. MARILLAC, (Michel de) neveu du précédent, avoit été dans sa jeunesse un des plus passionnés Ligueurs. Son inclination le portant à la piété, il se fit faire un appartement dans l'avant-cour des Carmélites du fambourg Saint-Jacques, afin de passer dans leur église quelques heures la nuit et le jour. Devenu maître des requêtes, il ne laissa pas de continuer à prendre soin des batiments et des affaires du couvent. C'est ce qui le fit connoître de *Marie de Médicis*, qui y alloit souvent, parce qu'elle en étoit fondatrice. Cette princesse le recommanda au cardinal de *Richelieu*, qui le fit directeur des finances, en 1624, et garde des sceaux, deux ans après. On verra, dans l'article suivant, la cause de sa disgrace auprès de ce ministre, qui le fit enfermer au château de Caen, puis dans celui de Châteaudun. Il y mourut, le 7 août 1632, dans la pauvreté, quoiqu'il eût été, pendant quelque temps, à la tête des finances. Il ne subsista, dans sa prison, que des libéralités de *Marie de Creil*, sa belle-fille, qui fit encore les frais de ses modiques funérailles. — Jean-François DE MARILLAC, brigadier des armées du roi, gouverneur de Béthune, tué à la bataille d'Hochstet, en 1704, un an après son mariage, a été le dernier rejeton de sa famille. Ce magistrat, se croyant un autre *Tribonien*, publia, en 1628, une Ordonnance qui réglait presque tout. Mais ce Code, appelé par dérision le Code MILLIU, du nom de baptême de *Marillac*, fut rejeté par le parlement, et tourné en ridicule par les plaisans du barreau. Comme ce n'étoit qu'un recueil des anciennes ordonnances, et de celles qui avoient été faites aux derniers états généraux, on voyait bien que le mépris des officiers du parlement tomboit moins sur l'ouvrage que sur son auteur. *Marillac*, homme vif, austère, hautain, opiniâtre, fut offensé de leurs railleries; il avoit résolu d'humilier cette compagnie. (*Voyez l'article de Toyzas.*) On a encore de lui : I. Une *Traduction des Pseaumes*, 1630, in-10, en vers François, qui ne rendait que faiblement l'énergie de l'hébreu. II. D'autres *Poésies*, assez plates. III. Une *Dissertation* sur l'auteur du livre de l'Imitation, qu'il attribue avec plusieurs critiques à Gersen. — IL MARILLAC, (Louis de) frère du précédent, gentil-homme ordinaire de la chambre de Henri IV, avoit épousé Catherine de Médicis, demoiselle Italienne, issue d'une branche de cette maison, différente de celle du grand-duc. Ce mariage lui prooura la protection de Marie de Médicis; il dut à cette protection et à ses services militaires, le bâton de maréchal de France, que Louis XIII lui accorda en 1629: — Son frère, Michel DE MARILLAC, s'étoit élevé, comme nous l'avons dit, de la charge de conseiller au parlement de Paris, à celles de garde des sceaux et d'intendant des finances. Ces deux hommes qui devoient leur fortune au cardinal de Richelieu, se flattèrent, à ce qu'on a prétendu, de le perdre, et de succéder à son crédit. Le maréchal fut un des principaux acteurs de la Journée des dupes. Il offrit, dit-on, de tuer de sa propre malin son bienfaiteur. Richelieu, feignant d'ajouter foi à ce complot qui ne fut jamais prouvé, fit arrêter, en 1630, le maréchal au milieu de l'armée qu'il commandoit en Italie, pour le conduire en France, où il lui préparoit un supplice ignominieux. Son procès dura près de deux années, et ce procès fit bientôt voir que Richelieu le ferait traiter avec la rigueur vindicative d'un homme armé du pouvoir suprême. « Le cardinal ne se contenta pas, dit l'auteur de l'Histoire générale, de priver le maréchal du droit d'être jugé par les chambres du parlement assemblées; droit qu'on avoit déjà violé tant de fois. Ce ne fut pas assez de lui donner dans Verdun des commissaires dont il espéroit de la sévérité. Ces premiers juges ayant, malgré les promesses et les menaces, conclu que l'accusé seroit reçu à se justifier; le ministre fit casser l'arrêt. Il lui donna d'autres juges, parmi lesquels on comptoit les plus violens ennemis de Marillac, et sur-tout ce Paul Hay du Châtelet, connu par une satire atroce contre les deux frères. Jamais on n'avoit méprisé à ce point les formes de la justice et les bienséances. Le cardinal leur insulta au point de transférer l'accusé, et de continuer le procès à Ruel dans sa propre maison de campagne... Il faitut rechercher toutes les actions du maréchal. On deterra quelques abus dans l'exercice de sa charge, quelques anciens profits illicites et ordinaires, faite autrefois par lui ou par ses domestiques dans la construction de la citadelle de Verdun: Chose étrange, disoit-il à ses juges, qu'un homme de mon rang soit persécuté avec tant de rigueur et d'injustice! Il ne s'agit dans mon procès que de foin, de paille, de pierre et de chaux... Cependant ce général, chargé de blessures et de quarante années de service, fut condamné à mort. » Les lois de l'Eglise défendoient à un ecclésiastique d'instruire un procès criminel, et ce fut le sous-diacre Châteauneuf, garde des sceaux, le même qui avoit recueilli la dépouille de l'un des deux frères, qui prononça la sentence de mort contre l'autre. Les parens du maréchal coururent se jeter aux pieds du roi, pour demander sa grace; mais le cardinal de Richelieu, importuné de la présence de quelques-uns, les fit retirer. Lorsque le greffier de la commission fut l'arrêt au condamné, et qu'il en fut à ces paroles : *Crime de l'éculat, Concussions, Exactions, — Cela est faux*, dit-il. *Un homme de ma qualité accusé de l'éculat !* Il étoit dit dans le même arrêt, qu'on lèveroit cent mille livres sur ses biens, pour les employer à la restitution de ce qu'il avoit extorqué. *Mon bien ne les vaut pas*, s'écria-t-il, *on aura bien de la peine à les trouver*. Le chevalier du Guet, qui l'accompagna sur l'échafaud, lui dit : *J'ai très-grand regret, Monsieur, de vous voir dans cet état !* (Le bourreau venoit de lui lier les mains.) — *Ayez-en regret pour le Roi, et non pour moi*, répondit le maréchal. Il eut la tête tranchée en place de Grève, à Paris, le 10 mai 1632. L'arrêt du parlement, qui avoit voulu prendre connaissance de cette affaire, fut cassé par un arrêt du conseil ; le procureur général *Molé*, décrété d'ajournement personnel, et interdit. Mais sa présence et la gravité naturelle dont il ne rabattit rien, lui firent bientôt obtenir un arrêt de décharge. Plusieurs des amis de *Marillac* lui avoient offert de le tirer de prison ; mais il avoit refusé, parce qu'il se reposoit sur son innocence. L'histoire de son jugement et de son exécution, se trouve dans le *Journal* du cardinal de *Richelieu*, ou dans son *Histoire*, par le *Clerc*, de l'édition de 1753, 5 volum. in-12. Quelque temps après, le cardinal, promoteur de cette exécution rigoureuse, railla les magistrats qui avoient condamné *Marillac*. « Il faut avouer, leur dit-il, que Dieu donne aux juges des lumières qu'il n'accorde pas aux autres hommes, puisque vous avez condamné le maréchal de *Marillac* à mort ! Pour moi, je ne croyois pas que ses actions méritassent un si rude châtiment. » La mémoire du maréchal, coupable de quelques légères concussions trop sévèrement punies, et regardé par la plus grande partie du public comme une des victimes de la vengeance d'un ministre puissant, fut rétablie par arrêt du parlement, après la mort de son persécuteur.
**MARILLAC**, (Louise de) *Voyez GRAS*, n.º I.
**MARIN**, *Voy. MARTIN II. et MARTIN III*, papes.
**MARIN**, (Le cavalier) *Voy. MARINI*. **I. MARIN**, (*P. Carvilius MARINUS*) prit la pourpre impériale dans la Mœsie, à la fin du règne de l'empereur *Philippe*. Il s'étoit distingué contre les Goths ; c'est ce qui lui fit donner le titre de *César* par les troupes, l'an 249 : mais il n'en jouit pas long-temps. Les soldats, indignés de sa mauvaise conduite, le massacrèrent, dans le temps que *Philippe* envoyoit une armée pour dissiper son parti. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il fut mis au rang des Dieux.
**II. MARIN**, (Michel-Ange) religieux Minimo, vit le jour à Marseille, en 1697, d'une famille noble, originaire de Gênes, et fixée à Toulon dès le 12$^{e}$ siècle. Elle alla s'établir à Marseille, vers la fin du 16$^{e}$, et y fut distinguée par sa probité et par ses places. — Le frère du Père *MARIN* étoit commissaire général de la marine, et faisoit les fonctions d'intendant à la Guadeloupe. M. MARIN, censeur royal, homme cher aux arts et à l'amitié, que la calomnie a tenté vainement de noircir, est de la même famille. Le Père Marin, dont il est question dans cet article, fut employé de bonne heure par son ordre dans les écoles, dans les chaires et dans la direction. Il fut quatre fois provincial. Fixé, dès sa jeunesse, à Avignon, il y prêcha la controverse aux Juifs, avec un succès peu commun. C'est aussi dans cette ville qu'il fit imprimer différents ouvrages, qui lui firent une réputation distinguée parmi les écrivains ascétiques. Son nom pénétra jusqu'à Clément XIII, qui l'honora de trois Brefs pleins d'éloges flatteurs et mérités. Ce pontife le chargea de recueillir, en un seul corps d'ouvrage, les Actes des Martyrs. Il en avoit déjà composé 2 volum. in-12, lorsqu'une hydropisie de poitrine l'enleva à ses amis, c'est-à-dire aux gens de bien, le 3 avril 1767, dans la 70e année de son âge. Sa conversation respiroit la vertu; elle étoit animée par cette douce chaleur d'imagination qui se fait sentir dans ses livres. Les principaux sont: I. Conduite de la Sœur Violet, décédée en odeur de sainteté, à Avignon, in-12. II. Adélaïde de Witsburi, ou la pieuse Pensionnaire, in-12. III. La parfaite Religieuse; ouvrage solide et sagement écrit, in-12. IV. Virginie, ou la Vierge Chrétienne; roman pieux, très-répandu, 2 vol. in-12. V. La Vie des Solitaires d'Orient, neuf vol. in-12, ou 3 in-4. VI. Le Baron de Van-Hesden, ou la République des Incrédules, cinq vol. in-12. VII. Théodule ou l'Enfant de Bénédiction, in-16. VIII. Farfalla, ou la Comédienne convertie, in-12. IX. Agnès de Saint-Amour, ou la Fervente Novice, en 2 vol. in-12. X. Angélique, ou la Religieuse selon le cœur de Dieu, 2 volum. in-12. XI. La Marquise de Los-Valientes, ou la Dame Chrétienne, 2 vol. in-12. XII. Retraite pour un jour de chaque mois, 2 vol. in-12. XIII. Lettres Spirituelles, 2 vol. in-12, 1769. Le P. Marin marchant sur les traces du célèbre Camus, évêque de Belley, a su, dans ses Histoires romanesques, conduire ses lecteurs à la vertu par les charmes de la fiction. Son style est un peu diffus, et quelquefois lâche et incorrect; mais les personnes pour lesquelles il écrivoit, avoient besoin d'une morale un peu développée; et quelques fautes de langage n'empêchent pas que le fond de sa diction ne soit bon. Il écrivoit avec clarté, et de temps en temps avec élégance. Voyez son Eloge historique, imprimé à Avignon, en 1769, in-12.
MARINE, (Sainte) vierge de Bithynie, vivoit, à ce qu'on croit, vers le 8e siècle. Son père, nommé Eugène, se retira dans un monastère, et la laissa presque livrée à elle-même dans l'âge de la dissipation et des plaisirs. Cette conduite imprudente lui causa des remords. Son abbé lui ayant demandé le sujet de sa tristesse, il lui dit qu'elle venoit du regret d'avoir laissé son enfant. L'abbé croyant que c'étoit un fils, lui permit de le faire venir dans le monastère. Eugène alla querir sa fille, lui coupa les cheveux et la revêtit d'un habit de garçon, en lui recommandant le secret de son sexe jusqu'à sa mort. Elle fut reçue dans le monastère sous le nom de Frère Marin, et y vécut d'une manière exemplaire. On dit qu'ayant été accusée d'avoir abusé de la hile de l'hôtel où elle allait queir les provisions pour le monastère, elle aima mieux se charger de cette faute, que de déclarer son sexe. On la mit en pénitence à la porte du monastère, et on la charge de l'éducation de l'enfant. Enfin, elle mourut eût ou trois ans après. L'abbé ayant reconnu, après sa mort, ce qu'elle étoit, eut beau- coup de douleur de l'avoir traitée avec tant de rigueur. On ne sait point, au vrai, dans quel temps ni dans quel pays cette vierge a vécu; et cette incertitude sem- bloirait autoriser l'incrédulité des critiques qui rejettent une partie de cette histoire. Au reste, si elle est vraie en tout, il faut avouer avec *Baillet* qu'on doit plutôt admirer en *Sté Marine* la diver- sité des voies de Dieu dans la conduite de ses élus, que pro- poser son exemple à imiter aux personnes de son sexe. *Voyez* une histoire à peu près semblable dans l'article de *Sté Hélégance*. *Voy*, aussi ÉCÉBRONNE, à la fin.
MARINELLA, (Lucrè e) dame Vénétance du 17e siècle, avoit beaucoup d'esprit. On a d'elle quelques ouvrages en ita- lien : I. *La vie du diable Donne*, Venise, 1601, in-8° : elle y sou- tient la prénitence de son sexe au-dessus des hommes. II. *La Vita di Maria Legone*, en prose et en rimes, Venise, 1602, in-4°, figures III. *Arcadia felice*, 1705, in-12. IV. *L'amore ina- morato*, Parme, 1618, in-4°. V. *Rime*, 1693, in-12.
MARINELLO, (Jean) mé- decin italien du 16e siècle, est autour d'un ouvrage intitulé : *Gli ernamento della Donne*, traité delle *Scritture d'une Rena Greca*, à Venise, 1574, in-12. Il est aussi sous ce titre : *Le Medecina parlementi alle infermità della Donne*. On a de meilleurs ou- vrages sur cette matière.
MARINEUS, (Luc) Sici- lien, florissoit dans le XVIe siè- cle : il enseigna avec réputation les belles lettres à Salamanque, et s'acquit l'estime de *Perinand le Catholique* et de *Charles- Quint*, qui le fit chapelair de la cour. On a de lui : I. *De Lou- dibus Hispaniae*, lib. VII. II. *De Aragoniae regibus et eorum rerum gestarum*, lib. V. III. *De regibus Hispaniae memorabilibus*, lib. XIII. IV. *Des Épitres familiè- res*; un grand nombre de *Ha- rangues*. I. MARINI, (Jean-Baptiste) connu sous le nom de *Cavalier Marini*, naquit à Naples le 18 octobre 1569. Son père, juris- consulte habile, voulut que son fils le fût aussi; mais la nature l'avoit fait poète. Obligé de fuir de la maison paternelle, il de- vint secrétaire du grand-amiral de Naples, et passa ensuite à Rome. Le cardinal *Aldobrandin*, neveu du pape *Element VIII*, sel attacha, et le mena avec lui dans sa légation de Savoie. *Ma- rini* avoit l'humeur fort satiri- que; il se fit quelques partisans à la cour de Turin, et beaucoup plus d'ennemis. La haine qu'il inspira au poète *Muriola* par sa *Brusoleuca*, satire sanglante, fut si vive, que ce rimeur tira sur lui un coup de pistolet, qui porta à laux et blessa un lavori du duc. *Muriola* fut arrêté; mais *Murioli*, sachant de quoi est ca- pable l'amour propre d'un poète humilié, demanda sa grâce et l'obtint. Les autres ennemis du poète Italien vinrent enfin entièrement à bout de le perdre à la cour de Savoie. *Marini*, appelé en France par la reine *Marie de Médicis*, se rendit à Paris, et mit au jour son poème d'*A-donis*, qu'il décla au jeune roi Louis XIII. On y trouve des peintures agréables, des allégories ingénieuses. Le style a cette voluptueuse mollesse qui plaît tant aux jeunes gens, et qui leur est si funeste; mais cet ouvrage manque de suite, de liaison, et est semé de *concetti* et de pointes. Son style, appelé *Marinesco*, corrompt la poésie italienne, et fut le germe d'un mauvais goût qui régna pendant tout le dernier siècle. Le cavalier *Marini* mourut à Naples le 21 mai 1625, à 56 ans, dans le temps qu'il se disposait à revenir à Rome sous le pontificat d'*Urbain VIII*, protecteur des gens de lettres. Lorsqu'il vit approcher sa dernière heure, il voulut qu'on brûlât devant lui toutes ses *Poésies licencieuses*; et quoique les religieux qui l'assistoient, moins scrupuleux que lui, lui dissent qu'il *pauvoit conserver les amoureuses dans lesquelles il n'y avoit rien de licencieux*, il fut inexorable à cet égard... *Marini* étoit d'une taille qui passoit beaucoup l'ordinaire. Sa conversation étoit des plus agréables, et il y disoit librement ce qu'il pensoit: (*Voyez MALHERBE*). Il aimoit beaucoup l'étude, et quand il se couchoit, il mettoit toujours des livres auprès de lui, parce qu'il ne dormoit jamais que deux heures. C'étoit à ce peu de sommeil qu'il attribuoit sa grande maigreur. Il se levoit cependant assez tard, et travailloit dans son lit. Son application à l'étude étoit si forte, qu'un jour tra- travaillant auprès du feu, un charbon qui étoit sauté sur une de ses jambes, y fit, sans qu'il le sentit, une brûlure si considérable, qu'il fut long-temps à la guérir. Ses principaux ouvrages sont: I. Le Poème de *Strage de gli Innocenti*, Venise, 1633, in-4°, II. *Rime*, 3 parties in-16. III. *La Sampogna*, 1620, in-12. IV. *La Martolide*, 1626, in-4°, et depuis in-12. V. *Lettere*, 1627, in-8°. VI. *Adone*. Feu M. *Fréron* a imité le VIII$^{e}$ chant de ce dernier poème dans une brochure intitulée: *Les vrais Plaisirs*, ou *les Amours de Vénus et d'A-donis*. Il y a eu plusieurs éditions de l'original italien. On distingue celles de Paris, 1623, in-folio; de Venise, 1623, in-4°; d'*Elzévir*, 1651, en deux vol. in-16; d'Amsterdam, 1673, quatre vol. in-24, avec les figures de *Sébastien le Clerc*. Plusieurs littérateurs Italiens écrivirent la VII$^{e}$ du cavalier *Marini*. On peut voir les titres de leurs ouvrages dans le tome 32 des *Mémoires de Nicéron... Voyez POUSSIN...*
II. MARINI, (Jean-Ambroise) né à Gênes, fut le premier Italien qui retraça en prose dans ses romans les usages, les mœurs, les dangers et les exploits de l'antique chevalerie. Avant lui, le *Dante*, l'*Arioste* et le *Tassa* avoient appelé la poésie pour les peindre. On ignore quel fut le sort de *Marini*, s'il jouit des faveurs de la fortune et de la considération que ses talens lui méritoient. Aucun biographe, même ceux d'Italie, n'en ont fait mention. On présume qu'il est mort à Venise au milieu du 17$^{e}$ siècle. On lui doit 1.$^{o}$ *Il Calandre Fedele*. Ce roman parut tantôt sous le nom de Giovan - Mariaindris Bohemo, tantôt sous celui de Dario Grissimani, qui sont l'un et l'autre des anagrammes du véritable nom de l'auteur. L'ouvrage fut publié à Venise en 1641, in-8.º Il y fut réimprimé en 1652, en 1664, en 4 vol. in-24, en 1726, en 2 vol. in-8.º Une autre édition plus soignée parut chez Capellato, en 1746. Le Caloandre a été traduit en françois en 1668, par le trop fécond Scudéry, et en 1760 par le comte de Caylus. M. Vulpius, Allemand l'a fait connoître à sa nation en 1787. Ce dernier traducteur ne s'est pas sévèrement astreint à suivre Marini. Il a changé souvent le plan de l'auteur, en conservant les principaux faits. Ceux-ci offrent une imagination riche, une intrigue qui se développe avec art, et des caractères assez habilement diversifiés. C'est dans ce roman que Thomas Corneille a pris le sujet de sa tragédie de *Tunocrate* : et la *Calprenède*, adoptant l'idée principale, l'étendit dans l'histoire d'Alcamène, prince des Scythes, l'épisode le plus attachant de son roman de *Cléopâtre*. 2.º Le *Nuove gare de disperati*. Dix éditions successives accueillent ce nouveau roman. Celui-ci est plus court que le *Caloandre*, et cependant plus compliqué. Il semble que dans cet ouvrage, l'auteur ait voulu sacrifier au goût de son siècle, et sur-tout à celui de sa nation. Des hommes habillés en femmes, des femmes travesties en hommes, forment le nœud de l'intrigue et rappellent naturellement à l'esprit les mascarades et le célèbre carnaval de la ville où Marini faisoit imprimer ses productions. Le rédacteur de la bibliothèque des Romans a donné un long extrait de celui-ci avec les vrais noms de chaque personnage, et la clé de chacune de leurs actions. Le roman des *Désespérés* fut traduit en françois, et imprimé à Paris en 1682, 2 vol. in-12. *Gordon de Percel* attribua cette traduction à un poète peu connu, nommé *La Serre* ; mais il s'est trompé. Le traducteur s'appeloit de *Séré* ; il est auteur d'un poème sur la musique et la chasse. Sa traduction ne manque ni de correction, ni d'élégance, quoiqu'elle soit ancienne ; on y désirerait seulement plus de concision. En 1788, on a publié à Lyon chez J. M. Bruyset les *Romans héroïques* de Marini, 4 vol. in-12. Ce recueil est précédé d'un discours sur les Romans de chevalerie, et d'une notice sur ceux dont nous venons de parler, par l'un des auteurs de ce Dictionnaire.
MARINIANA, seconde femme de l'empereur Valérien, et mère de Valérien le Jeune, étoit aussi vertueuse que belle. Elle suivit son époux en Asie l'an 258, et fut faite prisonnière en même temps que lui, par Sapor, roi de Perse. Spectatrice des affronts inouis que ce prince barbare faisoit souffrir à Valérien, elle fut elle-même exposée aux insultes de Sapor et à la risée d'un peuple insensé. Elle succomba à tant de malheurs, et mourut dans la prison où elle avoit été enfermée. On la mit au rang des Divinités ; et il est marqué sur une de ses médailles, qu'elle faisoit dans le Ciel la félicité des Dieux. Son cœur étoit le sanctuaire de toutes les vertus. I. MARINIS, (Léonard de) célèbre Dominicain, fils du marquis de Casa-Maggiore, d'une noble famille de Gênes, nâquit dans l'isle de Chio, en 1509. Le pape Jules III l'envoya nonce en Espagne. Il y plut tellement au roi Philippe II par son esprit de conciliation, qu'il le nomma archevêque de Lanciano. Il parut avec éclat au concile de Trente, et ce fut lui qui dressa les articles qui concernent le sacrifice de la Messe dans la XXIIe session. Les papes Pie IV et Pie V, dont il avoit mérité l'estime, lui confièrent diverses affaires importantes. Ses vertus et ses lumières lui acquirent l'amitié de Saint Charles Borromée. Cet illustre prélat mourut évêque d'Albe, le 11 juin 1573, à 62 ans. Les Barnabites lui doivent leurs Constitutions. C'est l'un des évêques qui travaillèrent par ordre du Concile de Trente à dresser le Catechismus ad Parochos, Rome, 1566, in-folio; et à rédiger les Bréviaire et Missel Romans.
II. MARINIS, (Jean-Baptiste de) petit-neveu du précédent, secrétaire de la congrégation de l'Index, puis général des Dominicains, mort en 1669, à 72 ans, écrivoit bien en latin, et étoit respectable par ses mœurs.
III. MARINIS, (Dominique de) frère de ce dernier, se fit aussi Dominicain, et devint archevêque d'Avignon, où il fonda deux chaires pour son ordre, et où il mourut en 1669. On a de lui, des Commentaires sur la Somme de St. Thomas, imprimés à Lyon en 1663, 1666 et 1668, 3 vol. in-folio.
MARINIUS, Voy. I. SACHS.
MARINONI, (Jean-Jacques) naquit à Udine dans le Frioul vers la fin du dernier siècle, et mourut à Vienne en Autriche l'an 1755. Le génie, l'architecture et l'astronomie remplirent son temps et ses études. Ses succès lui méritèrent une place dans l'académie de Berlin, et le firent appeler à la cour d'Autriche, qui l'employa à réparer des ouvrages de fortification. La république des lettres lui doit plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue: Specula domestica de re Ichnographica.
MARIO NUZZI, peintre, naquit l'an 1603 à Penna dans le royaume de Naples. Il est plus connu sous le nom de Mario di Fiori, parce qu'il excelloit à peindre des fleurs. On admire dans ses tableaux un beau choix, une touche légère, un coloris brillant. Son pinceau lui acquit une grande réputation, des amis puissans et une fortune considérable. Il mourut à Rome, en 1673, à 70 ans.
MARION, (Simon) avocat au parlement de Paris, natif de Nevers, plaida pendant 35 ans avec une réputation extraordinaire. Henri III, instruit de son mérite, le chargea du règlement des limites d'Artois avec les députés du roi d'Espagne. Des lettres de noblesse furent la récompense de ses services. Il devint ensuite président aux enquêtes, puis avocat général au parlement de Paris; et mourut dans cette ville le 15 février 1605, à 65 ans. On a de lui, des Plaidoyers, qu'il fit imprimer en 1594, sous le titre d'Actiones Forenses. Ils eurent beaucoup de succès dans leur temps. L'auteur fut respecté de tous les bons citoyens, par son zèle pour les droits du roi, pour la liberté publique, et pour la 46 MAR gloire de la France. — Catherine MARION, sa fille, mariée à Antoine Arnould, eut vingt en faus, illustres par leurs talens et par leurs vertus. Après la mort de son époux, elle se fit religieuse à Port-Royal, dont sa fille Marie-Angélique Arnould étoit abbesse. Elle y mourut saintement en 1641, à 68 ans, au milieu de ses filles ou de ses petites-filles, qui s'étoient consacrées à Dieu dans ce monastère.
MARIONI. ( Aquilina ) née à Gubbio en Italie, se distingua par ses poésies, vers l'an 1440. Bonaventure Tondi, moine Olivetain, en a fait l'éloge.
MARIOTTE. ( Edme ) Bourguignon, et prieur de Saint-Martin-sons-Beaune, fut reçu à l'académie des Sciences en 1666, et mourut le 12 mai 1684, après avoir mis au jour plusieurs écrits qui sont encore estimés, et qui le furent beaucoup dans le siècle passé. Ce savant avoit un talent particulier pour les expériences. Il réitera celles de Pascal sur la pesanteur, et fit des observations qui avoient échappé à ce vaste génie. Il enrichit l'hydraulique d'une infinité de découvertes sur la mesure et sur la dépense des eaux, suivant les différentes hauteurs des réservoirs. Il examina ensuite ce qui regarde la conduite des eaux, et la force que doivent avoir les tuyaux pour résister aux différentes charges. C'est une matière assez délicate, qui demande beaucoup de sagacité dans l'esprit et une grande dextérité dans l'exécution. Mariotte fit la plupart de ses expériences à Chantilly et à l'Observatoire, devant de bons juges. Ses ouvrages sont plus connus que l'histoire de sa vie. Celle d'un savant, réduit à son cabinet, à ses livres et à ses machines, ne fournit pas des évênemens fort variés. On a de lui : I. Traité du choc des Corps. II. Essai de Physique. III. Traité du mouvement des Eaux ( publié par la Herc ). IV. Nouvelles découvertes touchant la Vue. V. Traité du Nivellement. VI. Traité du mouvement des pendules. VII. Expériences sur les Couleurs. Tous ces écrits furent recueillis à Leyde en 1717, en deux vol. in-4.º On lui attribue le distique heureux sur les conquêtes de Louis XIV, rapporté à l'article de ce monarque. On l'a rendu ainsi en vers françois : Un seul jour a conquis la superbe Lorraine ; La Bourgogne te coûte à peine une semaine ; Une lune en son cours voit le Belge soumis... Que promet donc l'année à tous tes ennemis ?
MARIVAULT. ( Jean de l'Isle de ) d'une famille ancienne qui subsiste, Voyez I. MAROLLES.
MARIVAUX. ( Pierre Carlet de Chamblain de ) né à Paris en 1668, d'un père qui avoit été directeur de la monnaie à Riom en Auvergne, étoit d'une famille ancienne dans le parlement de Normandie. La finesse de son esprit, soutenue par une bonne éducation, lui fit un nom dès sa jeunesse. Le théâtre fut son premier goût ; mais voyant que tous les sujets des Comédies de Caractère étoient épuisés, il se livra à la composition des Pièces d'intrigue. Il se fraça une route nouvelle dans cette carrière si battue, en analysant les replis les plus perte du cœur humain, et en mêlant la métaphysique du sentiment à l'épigramme. Marivaux sûntient seul et long-temps la fortune des Italiens, et il leur dôna 21 Pièces de Théâtre, dont la plupart embellissent encore la scène. Le succès de ses pièces et de ses autres ouvrages, lui procura l'entrée de l'académie Françoise, qui devoit le rechercher autant pour ses talens que pour les qualités de son cœur. Il étoit dans le commerce de la vie, ce qu'il paroissoit dans ses écrits. Doué d'un caractère tranquille, quoique sensible et fort vif, et trop susceptible, il possédoit d'ailleurs tout ce qui rend la société sûre et agréable. A une probité exacte, à un noble désintéressement, il réunissoit une candeur aimable, une ame bienfaisante, une modestie sans fard et sans prétention, et sur-tout une attention scrupuleuse à éviter tout ce qui pouvoit offenser ou déplaire. Il disoit qu'il aimoit trop son repos pour troubler en rien celui des autres. Il disputoit rarement; mais lorsque cela lui arrivoit, il prenoit de l'humeur, et il la poussoit quelquefois jusqu'à l'agreur. Ce qui régnoit principalement dans sa conversation, dans ses Comédies et dans ses Romans, étoit un fonds de philosophie, qui, caché sous le voile de l'esprit et du sentiment, avoit presque toujours un but utile et moral. « Je voudrois rendre les hommes plus justes et plus humains, disoit-il, je n'ai que cet objet en vue. » Son indifférence pour les richesses et les distinctions, égala son amour pour les hommes. Il ne sollicita jamais les graces des grands; jamais il ne s'imagina que ses talens dussent les lui mériter. Il ne refusa pas pourtant les faveurs de la fortune, lorsqu'elle les lui fit offrir par l'estime et l'amitié, ou par des protecteurs (Voyez III. Helvétius) désintéressés des arts et des lettres. Il auroit pu se faire une situation aussi aisée que commode, s'il eût été moins sensible aux malheurs d'autrui, et moins prompt à les secourir. On l'a vu plus d'une fois sacrifier jusqu'à son nécessaire pour rendre la liberté, et même la vie, à des particuliers qu'il connoissoit à peine; mais qui étoient, ou poursuivis par des créanciers impitoyables, ou réduits au désespoir par l'indigence. Il avoit autant d'attention à recommander le secret à ceux qu'il obligeoit, qu'à cacher à ses intimes amis, ses chagrins domestiques et ses propres besoins. Cette sensibilité pour les pauvres et les malheureux, avoit une source bien noble : la religion. Marivaux la connoissoit, l'aimoit et la pratiquoit, surtout dans ses dernières années. Son respect pour nos mystères étoit sincère. Il ne comprenoit pas comment certains hommes se montroient si incrédules sur des choses essentielles, et si crédules pour des fatiités. Il dit un jour à Milord Bolyagbroche, qui étoit de ce caractère : Si vous ne croyez pas, ce n'est pas du moins juste de foi. Cet académicien si estimable mourut à Paris le 11 février 1763, à 75 ans. M. Delaplace lui fit cette épitaphe que nous avons un peu corrigée. Avec trop d'art copiant la nature, On peut, en fait de goût, lui trouvés des égaux : Mais sa bonté, sa candeur, sa droiture Ont éclipsé tous ses rivaux. 48 MAR Ses ouvrages sont : I. Des Pièces de Théâtre, recueillies en 5 vol. in-12, parmi lesquelles on distingue la Surprise de l'Amour, les Fausses confidences, le Dénouement imprévu, le Petit maître corrigé, la Dispute, le Legs et le Préjugé vaincu, au Théâtre François; la Surprise de l'Amour, la Double Inconstance, les Jeux de l'Amour et du hazard, la Mère confidente, l'Heureux stratagème, la Méprise, la Fausse suivante, la Nouvelle colonie et l'Epreuve, au Théâtre Italien. II. L'Homère travesti, 2 volum. in-12 : ouvrage qui ne fit pas honneur à son goût. III. Le Spectateur François, 2 vol. in-12, écrit d'un style maniéré; mais estimable d'ailleurs par un grand nombre de pensées fines et vraies. IV. Le Philosophe indigent, 2 vol. in-12. Il offre de la gaieté et de la philosophie. V. Vie de Marianne, 4 vol. in-12 : un des meilleurs Romans que nous ayons dans notre langue, pour l'intérêt des situations, la vérité des peintures et la délicatesse des sentimens. Marianne a bien de l'esprit; mais trop de babil : une imagination vive, mais quelquefois peu réglée. Les scènes attendrissantes qu'on y trouve peuvent faire des impressions trop fortes sur de jeunes cœurs. La dernière partie de ce roman n'est pas de lui. VI. Le Paysan parvenu, 3 vol. in-12. S'il y a plus d'esprit et de gaieté dans ce roman que dans celui de Marianne, il y a aussi moins de sentiment et de réflexions, et on y trouve, malheureusement, des peintures dangereuses. VII. Pharsanou, en 2 vol. : autre roman fort inférieur aux précédents. C'est le même qui a reparu sous le titre de Nouveau Don Quichotte. On y apperçoit, ainsi que dans les autres écrits de Marivaux : Une métaphysique dû le jargon domine, Souvent imperceptible, à force d'être fine. Mais cette métaphysique ne doit pas fermer les yeux sur les peintures du cœur humain, et sur la vérité de sentimens qui caractérisent la plupart de ses ouvrages. Ses romans sont, suivant d'Alembert, supérieurs à ses comédies par l'intérêt, par les situations, par leur but moral. Ils ont sur-tout le mérite de ne pas tourner, comme ses pièces de théâtre, dans le cercle étroit d'un amour qui se cache : ce qui a fait dire assez plaisamment, que si les comédiens ne jouoient que ses comédies, ils auroient l'air de ne point changer de pièces. Ses bons romans ont plus de variété. « On y voit les raffinemens de la coquetterie, même dans une ame neuve et honnête; les replis de l'amour propre jusque dans le sein de l'humiliation, la dureté révoltante des bienfaiteurs, ou leur pitié plus révoltante encore; le manège de l'hypocrisie et sa marche tortueuse; l'amour concentré dans le cœur d'une dévote avec toute la violence et la fausseté qui en sont la suite; enfin, ce que M. de Marivaux a sur-tout tracé d'une manière supérieure, la fierté noble et courageuse de la vertu dans l'infortune. L'auteur n'a pas dédaigné de peindre jusqu'à la sottise du peuple : sa curiosité sans objet, sa charité sans délicatesse, son inopte et offensante bonté, sa dureté compaissante. Il faut pourtant convenir qu'en voulant mettre dans ses tableaux populaires trop de vérité, il s'est permis permis quelques détails ignobles. Nous avouerons en même temps que les tableaux qu'il fait des passions, ont en général plus de délicatesse que d'énergie, que le sentiment y est plutôt peint en miniature qu'à grands traits; et que si M. de Marivaux, comme l'a très-bien dit un écrivain célèbre, connoissoit tous les sentiers du cœur, il en ignoroit les grandes routes. » Une femme d'esprit, ennuyée par la recherche minutieuse de tous ces sentiers, disoit de lui: C'est un homme qui se fatigue et qui me fatigue moi-même, en me faisant faire cent lieues sur une feuille de parquet. Cependant les lignes que Marivaux trace dans ce petit espace, quoique très-rapprochées les unes des autres, sont très-distinctes pour qui sait les démêler. Malgré ces défauts, on est fâché que Marianne, ni le Paysan parvenu n'aient pas été achevés par leur auteur. La vivacité de son esprit s'attachoit promptement à tout ce qui se présentoit à lui; et sa facilité à écrire lui fournissoit le moyen de le peindre. Dès qu'il avoit saisi dans un objet nouveau le côté piquant, l'objet ancien l'intéressoit moins et lui étoit sacrifié sans regret. Voyez sa Vie, à la tête de l'Esprit de Marivaux, 1769, Paris, in-S. Voy. aussi HOLBERG et KRUGER. I. MARIUS, (Caius) célèbre général Romain, fut sept fois consul. Né d'une famille obscure dans le territoire d'Arpinum, et occupé dans sa jeunesse à labourer la terre, il embrassa la profession des armes pour se tirer de son obscurité. Il se signala sous Scipion l'Africain, qui vit en lui un grand homme de guerre. Sa valeur et ses brigues l'élevèrent aux premières dignités de la république. Étant lieutenant du consul Météllus en Numidie, il travailla d'abord à le décrier dans l'esprit des soldats; et devenu bientôt l'ennemi déclaré de son général, il se rendit à Rome, où il vint à bout, par ses intrigues et par ses calomnies, de le supplanter et de se faire nommer à sa place pour terminer la guerre contre Jugurtha. En effet, Marius après avoir dépouillé Jugurtha de ses états, l'an 107 avant J. C., et l'avoir réduit à s'enfuir chez Bocchus, roi de Mauritanie, son beau-père, il menaça Bocchus de le traiter de même s'il ne lui livroit son gendre. Le roi de Mauritanie qui redoutoit la puissance des Romains, écrivit secrètement à Marius de lui envoyer un homme de confiance pour traiter de cette affaire avec lui. Sylla ayant paru propre à cette négociation, il fut envoyé vers le roi. Les conditions du traité étant arrêtées, il livra Jugurtha au député, qui le conduisit à Marius, et peu après à Rome pour servir d'ornement au triomphe du consul. Cette guerre, si heureusement terminée, donna au peuple Romain une si haute opinion de la valeur de Marius, qu'alarmé de la guerre des Cimbres et des Teutons qui menaçaient l'Italie, il lui continua le consulat pendant cinq ans, honneur que personne n'avoit reçu avant lui. Il se prépara donc à la guerre contre ces peuples à demi-barbares. On dit qu'il en tua 200.000 en deux batailles, et qu'il en prit 80.000 prisonniers. En mémoire de ce triomphe, le vainqueur fit élever une pyramide, dont on voit encore les fondemens sur le grand chemin d'Aix à Saint-Maximin. Les femmes des Tentons se voyant privées de leurs défenseurs, avoient envoyé à Marius une députation pour le prier de conserver au moins leur chasteté et leur liberté. Le barbare les ayant refusées, ne trouva, quand il entra dans leur camp, que des monceaux de cadavres sanglans. Ces mères désespérées s'étoient poignardées, elles et leurs enfans, pour prévenir leur déshonneur. L'année suivante 168 fut marquée par la défaite des Cimbres. Il y en eut, dit-on, 100.000 de tués, et 60.000 faits prisonniers. Plutarque rapporte qu'ayant eu d'abord quelques désavantages contre les Cimbres, il fut averti en songe d'immoler aux dieux sa fille Calpurnie, et qu'il exécuta ce barbare sacrifice. Marius, devenu consul pour la sixième fois, l'an 100 avant l'ère Chrétienne, eut Sylla pour compétiteur et pour ennemi. Ce général vint à Rome, à la tête de ses légions victorieuses, en chassa Marius avec ses partisans, et les fit déclarer ennemis de la patrie. Marius, âgé de plus de soixante et dix ans, se vit réduit à s'enfuir, seul, sans amis, sans domestiques, et obligé, pour échapper aux poursuites de son ennemi, de se cacher dans un marais appelé Marica, où il passa une nuit entière enfoncé dans la boue jusqu'au cou. En étant sorti au point du jour pour tâcher de gagner le bord de la mer, il fut reconnu par des habitans de Minturne, et conduit, la corde au cou, dans cette ville, où il fut enfermé dans un cachot. Alors le magistrat, pour obéir aux ordres qu'il avoit reçus de Rome, lui envoya un Cimbre pour le tuer. Marius voyant entrer cet esclave dans sa prison, lui cria d'une voix terrible : Barbare, auras-tu bien le courage d'assassiner Caius Marius ? Le meurtrier effrayé, jeta son épée et sortit de la prison tout ému. Marius le suivit, et trouvant les portes ouvertes, il se jeta dans une barque qui le porta en Afrique, où il rejoignit son fils, aux environs du lieu où fut Carthage. Là, il reçut quelque consolation, à la vue des ruines d'une ville autrefois si redoutée, qui avoit éprouvé comme lui les cruelles vicissitudes de la fortune; mais bientôt il fut contraint de quitter cette triste retraite. Le prêteur d'Utique, vendu à Sylla, étoit résolu de le sacrifier aux vues ambitieuses de ce général. Marius, après avoir échappé à divers périls, fut rappelé à Rome par Cornelius Cinna, qui, privé par le sénat de la dignité consulaire, ne crut pouvoir mieux se venger, qu'en faisant révolter les légions et en mettant à leur tête Marius. Rome fut bientôt assiégée et obligée de se rendre. Cinna y entra en triomphateur, et fit prononcer l'arrêt du rappel de Marius. Des ruisseaux de sang coulèrent aussitôt autour de ce héros vindicatif. On tua sans pitié tous ceux qui venoient le saluer, et auxquels il ne rendoit pas le salut. Tel étoit le signal dont il étoit convenu. Les plus illustres sénateurs périssent par les ordres de ce cruel vieillard; on pille leurs maisons, on confisque leurs biens. Les satellites de Marius, choisis parmi tout ce qu'il y avoit de plus détestables bandits en Italie, so portèrent à des excès si énormes, qu'il fallut enfin prendre la résolution de les exterminer. On les enveloppa de nuit dans leur quartier, et on les tua tous à coups de flèches. *Cinna* se désigna consul pour l'année suivante, et nomma *Marius* avec lui de sa propre autorité. C'étoit le septième consulat de ce vieillard barbare; mais il n'en jouit que 16 ou 17 jours. Une maladie, causée par la grande quantité de vin qu'il prenoit pour s'étourdir sur les remords de ses crimes, l'emporta l'an 86 avant J. C. *Marius*, élevé parmi des pâtres et des laboureurs, conserva toujours quelque chose de sauvage et même de féroce. Son air étoit grossier, le son de sa voix dur et imposant, son regard terrible et farouche, ses manières brusques et impérieuses. Sans autre qualité que celle d'excellent général, il parut longtemps le plus grand des Romains, parce qu'il étoit le plus nécessaire contre les Barbares qui inondoient l'Italie. Dès qu'il ne marcha plus contre des Cimbres et des Teutons, il fut toujours déplacé, toujours cruel, et le fléau de sa patrie et de l'humanité. S'il parut sobre, austère dans ses mœurs, il le dut à la rusticité de son caractère; s'il méprisa les richesses, s'il préféra les travaux aux plaisirs, c'est qu'il sacrifioit tout à la passion de dominer, et ses vertus prirent leur source dans ses vices. L'action du Cimbre venu pour l'assassiner, et fuyant à sa voix, a été mise sur la scène Françoise avec succès, dans la tragédie de *Marius* à Minturne, par M. *Arnaud*. *MARIUS le Jeune*, son fils, tenoit du caractère féroce de son père. Après avoir usurpé le consulat à l'âge de 25 ans, l'an 82 avant J. C., il assiégea le sénat qui s'opposoit à ses entreprises, et fit périr tous ceux qu'il croyoit ses ennemis. Battu par *Sylla*, il s'enfuit à Préneste, où il se tua de désespoir.
II. MARIUS, (*Marcus Aurelius*) l'un des tyrans des Gaules sous le règne de *Gallien*, étoit un homme d'une force extraordinaire, qui avoit été ouvrier en fer. Il quitta sa forge pour porter les armes. Il s'avança par degrés, et se signala dans les guerres contre les Germains. Après la mort de *Victorin*, il fut revêtu de la pourpre impériale par le crédit de *Vittorina*, mère de cet empereur. Il n'y avoit que trois jours qu'il en portoit ce titre, lorsqu'un soldat, son compagnon dans le métier d'armurier ou de forgeron, l'assassina. Ce qui feroit penser cependant qu'il régna plus longtemps, c'est qu'on a de lui un grand nombre de médailles. On a prétendu que son assassin, en lui plongeant son épée dans le sein, lui dit ces paroles outrageantes : *C'est toi qui l'as forgée!* Parmi les preuves de sa force extrême, on rapporte qu'il arrêtoit avec un de ses doigts, un chariot dans sa course la plus rapide.
III. MARIUS, évêque d'Avenche, dont il t'ansféra le siège à Lausanne en 590, mourut en 596, à 64 ans. Il est auteur d'une *Chronique* que l'on trouve dans le Recueil des Historiens de France, de *Duchesne*. Cette *Chronique*, qui commence à l'an 445, et finit à l'an 581, pêche quelquefois contre la chronologie. 52 MAR
IV. MARIUS ÆQUICOLA, ainsi nommé, parce qu'il étoit né à Alvèta, bourg de l'Abruzze, qu'il croyoit être le pays des anciens Æques, fut l'un des beaux esprits de la cour de François de Gonzague, duc de Mantoue. Il mourut vers l'an 1526. On a de lui, un livre De la nature de l'Amour, in-8°, en italien, traduit en françois par Chapuis, aussi in-8°; et d'autres ouvrages en latin et en italien, parmi lesquels on distingue son Histoire de Mantoue, in-4°. V. MARIUS, (Adrien) chancelier du duc de Gueldres, né à Malines, frère du poète Jean Second, mourut à Bruxelles en 1558. Il se fit un nom par son talent pour la poésie latine. On trouve ce qu'il en a fait dans le Recueil de Gradius, de 1612. On a encore de lui, Cymba Amoris, parmi les Poésies de Jean Second.
VI. MARIUS, (Léonard) natif de Groös en Zélande, fut docteur et professeur en théologie à Cologne, vicaire général du chapitre de Harlem, et pasteur à Amsterdam. Il se rendit habile dans les langues grecque et hébraïque, et dans l'Écriture sainte. Il laissa un bon Commentaire sur le Pentateuque, Cologne, 1621, in-fol.; et la Défense Catholique de la Hiérarchie Ecclésiastique, contre Marc-Antoine de Damiès, Cologne, 1619. Ces écrits sont en latin : l'auteur mourut le 18 octobre 1652.
MARIUS de CALASIO, Voyez CALASIO.
MARIUS - MERCATOR, Voyez MERCATOR.
MARIUS-NIZOLIUS, Voy. NIZOLIUS.
MARKAM, (Gervais) bon littérateur Anglois et brave capitaine au service de son roi Charles I, est auteur de pièces dramatiques et de plusieurs volumes sur l'Agriculture, le Manège, la Chasse et la Discipline militaire.
MARKLAND, (Jérémie) savant Anglois, né en 1693, et mort à Dorking en 1776, a publié un Commentaire sur les Épîtres de Cicéron à Brutus, et un Traité grammatical De Græcorum quinta declinatione, 1661, in-4°.
MARLEBOROUGH, ou plutôt MARLBOROUGH, (Jean Churchill, duc et comte de) naquit à Ash dans le Devonshire, le 24 juin 1650, de Winston Churchill, mort en 1688, auteur d'une Histoire d'Angleterre, intitulée : Divi Britannici, 1675, in-fol. Il commença à porter les armes en France sous Turence. On ne l'appeloit dans l'armée que le bel Anglois : « mais le général François, dit Voltaire, jugea que le bel Anglois seroit un jour un grand homme. » Il servit ensuite sous Guillaume d'Orange, qui venoit de détrôner son beau-père Jacques II. Guillaume ayant quitté l'Irlande quelque temps après la bataille de la Boine, donnée en 1690, laissa au jeune Marlborough le soin de la soumettre, en disant : Je n'ai jamais eu personne qui eût moins d'expérience et plus de talent. Ses talens militaires éclatèrent sur-tout dans la guerre de 1701. Il n'étoit pas comme ces généraux auxquels un ministre donne par écrit le projet d'une campagne; il étoit alors maître de la cour, du parlement, de la guerre et des finances; plus roi que n'avoit été Guillaume; aussi politique que lui, et beau- coup plus grand capitaine. Il avoit cette tranquillité de cou- rage au milieu du tumulte, et cette sérénité d'ame dans le pé- ril, premier don de la nature pour le commandement. Guer- rier infatigable pendant la cam- pagne, Marlborough devenoit un négociateur aussi agissant du- rant l'hiver: il alloit dans toutes les cours susciter des ennemis à la France. Dès qu'il eut le com- mandement des armées confédé- rées, il forma d'abord des hom- mes, et gagna du terrain; prit Venloo, Ruremonde, Liège, et obligea les François qui avoient été jusqu'aux portes de Nimè- gne, de se retirer derrière leurs lignes. Le duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, que son aïeul avoit envoyé contre lui, se vit forcé de revenir à Versailles, sans avoir remporté aucun avan- tage. La campagne de l'an 1703 ne lui fut pas moins glorieuse; il prit Bonn, Hui, Limbourg, se rendit maître du pays entre le Rhin et la Meuse. L'année 1704 fut encore plus funeste à la France. Marlborough, après avoir forcé un détachement de l'armée de Bavière, s'empara de Donawert, passa le Danube, et mit la Bavière à contribu- tion. La bataille d'Hochstet se donna dans le mois d'août de cette année. Le prince Eugène et Marlborough remportèrent une victoire complète, qui ôta cent lieues de pays aux Fran- çois, et du Danube les jeta sur le Rhin. Les vainqueurs y eurent près de cinq mille morts et en- viron huit mille blessés; mais l'armée des vaincus fut presque entièrement détruite. Après la bataille, Marlborough ayant reconnu parmi les prisonniers, un soldat qu'il avoit remarqué pendant l'action, lui dit: Si ton maître avoit beaucoup de soldats comme toi, il seroit invincible. — Ce ne sont pas des soldats comme moi qui lui manquent, répondit ce brave homme, mais des généraux comme vous. La dépêche qu'il envoya à la reine Anne étoit laconique; elle por- toit en substance: «Nous avons combattu, et la victoire a été pour nous. J'ai en ce moment avec moi dans ma voiture M. le maréchal de Tallard. Voilà tout ce que peut en apprendre ac- tuellement Votre Majesté. Elle en saura le détail le plutôt pos- sible.» (Voyez TALLARD.) L'An- gleterre érigea à la gloire du vainqueur un palais immense qui porte le nom de Bienheim, parce que la bataille de Hochstet étoit connue sous ce nom en Allemagne et en Angleterre. La qualité de Prince de l'empire, que l'empereur lui accorda, fut une nouvelle récompense de sa victoire. Les succès d'Hochstet furent suivis de ceux de Ra- milles en 1706, et de Malpla- quet en 1709. Marlborough, ayant désapprouvé trop ouverte- ment la paix conclue avec la France, perdit tous ses emplois, fut disgracié, et se retira à An- vers. Le peuple, dit un histo- rien, ne regretta point un ci- toyen, dont l'épée lui devenoit inutile et les conseils pernicieux. Les sages se souvinrent que Marlborough avoit été l'ami de Jacques II, au point d'en favo- riser les amours pour Mlle Chu- chill sa sœur, et qu'il l'avoit trahi plutôt que quitté; qu'il avait perdu la confiance de Guillaume, et avait mérité de la perdre; et qu'enfin, comblé de biens et d'honneurs par la reine Anne, il avait toujours cabalé contre elle. A l'avènement du roi George à la couronne, en 1714, il fut rappelé et rétabli dans toutes ses charges. Quelques années avant sa mort, il se déchargea des affaires publiques, et mourut dans l'enfance, le 16 juin 1722, âgé de 73 ans, à Windsorlodge. On vit le vainqueur d'Hochistet jouer au petit palet avec ses pages, dans ses dernières années. Guillaume III l'avait peint d'un seul mot, lorsqu'en mourant il conseilla à la princesse Anne «de s'en servir comme d'un homme qui avait la tête froide et le cœur chaud.» Ses intérêts lui étoient encore plus chers que sa gloire. Il disoit à un seigneur François, qui lui faisoit compliment sur ses campagnes de Flandre: Vous savez ce que c'est que les succès de la guerre; j'ai fait cent jaunes, et vous en avez fait cent une. Il passoit pour aimer beaucoup l'argent. Un jour quelques infortunés ayant demandé l'aumône au comte de Pétersborough, en l'appelant Milord Marlborough: Je ne suis point Milord Marlborough, répondit le comte avec vivacité, et pour vous le prouver, je donne à chacun de vous une guinée. La veuve de Marlborough a vécu jusqu'en 1744... Voyez PÉTERSBOROUGH, à la fin.
MARLOE, (Christophe) poète dramatique Anglois, sous le règne d'Edouard VI, fit jouer plusieurs pièces qui eurent du succès; jaloux de son valet, il voulut l'attaquer avec un poignard, mais celui-ci le lui arracha et le tua.
MARLORAT, (Augustin) né en Lorraine, l'an 1506, entra jeune chez les Augustins; mais il sortit de cet ordre pour embrasser le Calvinisme. Il s'acquit beaucoup de réputation dans son parti, par ses prédications et par son savoir. Il parut avec éclat au colloque de Poissi, en 1561. Les guerres de religion ayant commencé l'année suivante, le roi prit Rouen sur les Calvinistes, Marlorat qui étoit ministre en cette ville, y fut pendu le 30 octobre 1562, à 56 ans. On a de lui, des Commentaires sur l'Écriture sainte, peu estimés; et un livre qui a été plus consulté que ses Commentaires: il est intitulé: Thesaurus locorum communium sanctae Scripturæ, Londres, 1574, in-folio; et Genève, 1624.
MARLOT, (Guillaume) né à Rheims, se fit Bénédictin, fut grand prieur de Saint-Nicaise, à Rheims, et mourut en 1667, au prieuré de Fives, près de Lille en Flandre. Il a donné: I. Metropolis Remensis Historia, Lille, 1666; et Rheims, 1679, 2 volumes in-fol. II. Le Théâtre d'honneur et de magnificence, préparé au sacre des lions, 1654, in-4°, et d'autres ouvrages.
MARLY, (MACHINE de) Voyez les articles RANNEQUIN; et VILLE, n.º III.
MARMARÉS: c'est le nom du prince Scythe qui périt avec grand nombre de ses sujets massacrés en trahison par les Mèdes, sous le roi Cyaxare: Voyez ce mot.
MARMOL, (Louis) célèbre écrivain du 16e siècle, natif de Grenade, laissa plusieurs ouvrages. Le principal et le plus connu, est la Description générale de l'Afrique, que Nicolas Perrot d'Ablancourt a traduite d'espagnol en françois. Cet ouvrage peu exact, n'a été estimé pendant long-temps, que parce qu'on n'avait rien de mieux sur cette matière. (Voyez Léon, n° xxii.) La version françoise parut à Paris en 1667, en 3 vol. in-4. L'original espagnol fut imprimé à Grenade en 1573, en 3 vol. in-folio. Cette première édition est fort rare. L'auteur s'étoit trouvé au siège de Tunis en 1536, et avoit été huit ans prisonnier en Afrique.
MARMONTEL, (Jean-François) de l'académie Française, naquit à Bort, petite ville du Limousin, en 1719, d'un tailleur qui chercha à cultiver les heureuses dispositions qu'il avoit découvertes dans son fils. Il lui obtint une bourse dans un collège de Toulouse. L'élève brilla en philosophie par un raisonnement précis et une justesse d'idées qui le firent distinguer; mais il y contracta un ton roide et pédantesque, que l'usage du grand monde, et son long séjour dans la capitale, ne purent jamais lui faire entièrement perdre. Privé de ces graces légères qui font l'homme aimable en société, il posséda du moins les talens qui intéressent l'homme qui pense, et les qualités de l'ame qui méritent des amis. Marmontel en eut, et sut faire des sacrifices pour les conserver. Sa conversation étoit douce, instructive, semée d'idées abondantes et d'anecdotes. Il possédoit le talent si nécessaire de ménager l'amour propre des autres, et quelquefois même de le caresser. Après avoir remporté quelques prix aux jeux floraux de Toulouse, et avoir pris pour quelque temps l'habit d'abbé, il vint à Paris, en 1745, et y vécut dans la médiocrité, en partie des bienfaits de Voltaire. Logé en commun avec quelques jeunes littérateurs peu riches, chacun avoit son jour pour fournir à la dépense. Des protecteurs firent obtenir au jeune poète, une pension de 1500 liv., comme historiographe des batimens du roi, et pendant deux ans le privilège du Mercure. Ce journal rapportoit beaucoup, et ces deux ans valurent au rédacteur quarante mille livres. Une parodie très-plaisante d'une scène de Cinna, dans laquelle un grand seigneur étoit attaqué, lui fut attribuée; et pour l'en punir, on lui ôta son privilège, et on le mit pour quelque temps à la Bastille. Il avoit débuté dans la carrière littéraire par des tragédies et des opéra. Ses Contes moraux, qui parurent bientôt après, lui acquirent la plus grande réputation, il la soutint par d'autres ouvrages. Sa carrière fut laborieuse et remplie. Doué d'une constitution robuste et d'une grande ardeur pour le travail, il se plaça dans le rang de nos écrivains modernes les plus distingués. L'académie Françoise l'accueillit, et il en étoit secrétaire perpétuel en 1789, lorsque la révolution arriva. Pendant ses premiers orages, il se retira dans une maison de campagne, à quelques lieues de Paris, où son ame honnête et douce, gémit longtemps des maux dont il fut témoin. La fortune qu'il avoit acquise par ses travaux, s'évanouit par des remboursemens en assignats; réduit à la plus extrême médiocrité, il n'en parut pas moins modéré, indulgent; mais son ractère naturellement assez triste, le devint davantage. Uni à une Lyonnoise aimable et sensible, nièce de l'abbé *Morellet*, son confrère à l'académie Françoise, elle adoucit pour lui tous les chocs, et lui fit trouver des douceurs dans sa retraite. Au mois de mars 1797, il fut nommé député au conseil des Anciens par le département de l'Eure. Il n'y fit qu'un seul rapport, mais il y fut remarqué autant par la précision et la clarté du style que par la justesse des principes. Il avoit été philosophe; il parut religieux. On le soupçonnoit ami des innovations; il se plut à en condamner le plus grand nombre. Après le mouvement du dix-huit fructidor de l'an 5, son élection fut cassée, et il se retira à Abboville, village près de Gaillon, dans le département de la Seine inférieure. Il y mourut d'une attaque d'apoplexie, à l'âge de 79 ans, après y avoir vécu dans une espèce de chaumière qu'il avoit achetée, solitaire, pauvre, et oublié de sa patrie qu'il avoit illustrée par ses écrits. Les principaux sont : I. Des *Tragédies*; la première, donnée en 1748, est *Denys le Tyran*. La jeunesse de l'auteur fit le succès de la pièce, où l'on trouva quelques beaux vers; elle n'a pas reparu au théâtre depuis sa nouveauté. *Aristomène* fut joué en 1750 : il fut aussi applaudi, mais sans survivre de même aux premières représentations. *Clémène* parut en 1751; les *Héraclides*, la même année; *Egyptus*, en 1753, *Venceslas*, en 1759; cette dernière pièce est de *Rotrou*; *Marmontel* s'est contenté de la retoucher et d'en supprimer quelques longueurs. Avec ces corrections, elle se soutient au théâtre. *Hercule mon-* *rant* fut représenté en 1767. L'auteur, à l'âge de 60 ans, donna *Numitor* et *Cléopâtre*; cette dernière tragédie avoit déjà paru en 1751. *Marmontel*, plus de trente ans après la disparition de cette pièce, la refit sur un plan nouveau, mais qui n'eut pas plus de réussite que le premier; le sujet reconnu pour impraticable, lui offrit cependant quelques détails heureux dans les trois premiers actes; les deux derniers entraînèrent la châte complète de l'ouvrage. II. Des *Opéra comiques* la plupart ont obtenu au théâtre italien, de grands succès. Les intrigues sont simples et naturelles, et le poète y possède à un trê-haut degré la coupe des ariettes, et le dialogue musical. On voit encore avec plaisir la *Dergère des Alpes*, *Annette et Lubin*, le *Huron*, *Sylvain*, *Lucile*, *Zémire et Azor*, *L'Ami de la maison*, et la *Pausse Magie*; cette dernière pièce offre plus de gaieté que les autres, qui à leur tour présentent plus de sentiment et d'intérêt. III. Des *Tragédies lyriques*; l'auteur eut l'ambition d'occuper les trois théâtres de la capitale. Il donna à l'Opéra, *Céphale et Procris*, en 1775; *Démophoon*, en 1789. *Didon*, représentée quatre ans auparavant, se soutient avec éclat. Les situations du troisième acte, indiquées par *Virgile*, sont dessinées avec art et intelligence; les airs y sont bien coupés pour la musique : celle de *Piccini*, et le jeu brillant et passionné de *Mad*. *St. Hubert*, assurèrent le succès de cet ouvrage. Cependant le personnage d'*Enée* n'y est pas moins froid que dans le poète latin, et dans la *Didon* de *Métastase*, que *Marmontel* a imitée. L'opéra de *Rolaud*, joué en 1778, produisit contre Marmontel et l'abbé Arnaud la plus vive guerre. Le premier préséroit la musique de Piccini, le second celle de Gluck; le premier, en retranchant plusieurs scènes du Roland de Quinault, l'avoit donné, ainsi refait, à son musicien favori, tandis que Gluck travailloit sur le Roland, sans correction. Eh bien! dit Arnaud, nous aurons un Orlando et un Orlandino. Ce mot, rapporté à Marmontel, le mit en colère; il lança diverses épigrammes contre son adversaire, qui lui répondit par celle-ci: Certain conteur d'amour propre gonflé, Quolqu'aux Incas tout lecteur alt ronflé, Se croit pétri d'une divine pâte. Ce monsieur-là dont pour peu que l'on tâte, On a bientôt plus que satiété, Dont les mardis de Vaine nous embâte; Refait Quinault, joint le mort au vivant, Le lit par-tour, et puis tout bonnement Croît qu'il a fait les opéra qu'il gâte. Si Marmontel n'a pas eu la délicatesse de Quinault, il est du moins du petit nombre de ceux qui ont de plus près suivi ses traces. IV. Mysis et Délié, 1743. V. L'Observateur littéraire, 1746, in-12. VI. La Boucle de cheveux calvée, 1746, in-8°: c'est une traduction en vers françois du poème de Pope. VII. L'Établis-sement de l'École militaire, poème, 1757, in-8°. VIII. Les Charmes de l'Étude, épître, 1761, in-8°; elle remporta le prix de poésie à l'académie Françoise. Les poètes les plus célèbres y sont peints avec grace et vérité. IX. Discours de réception à l'académie Françoise, 1763, in-4°. X. Adieux d'un Danois à un François, 1768, in-8°. XI. Contes Moraux, 3 volumes in-12, traduits dans toutes les langues; offrant aux poètes des sujets de pièces pour tous les théâtres: pleins de finesse, de portraits agréables, ils eurent un grand nombre d'éditions, et des lecteurs dans toutes les classes. En ce genre, Marmontel a eu des imitateurs et non des rivaux. « Cet auteur, a dit un critique un peu sévère, fut un Littérateur distingué, mais paradoxal; un poète dramatique froid; un écrivain souvent plus déclamateur qu'éloquent; un versificateur dur, mais quelquefois piquant et original. Une foule d'ouvrages médiocres, dans différens genres, prouvent les ressources de son esprit; ce n'est que dans ses Contes qu'il a montré un vrai talent, et sa conduite dans les dernières années de sa vie, lui fit encore plus d'honneur que ses Contes. » XII. Bélisaire, 1767, in-8°. « Cet ouvrage, dit la Harpe, est d'un genre élevé: il est trop long, et a le grand défaut de commencer par être un roman, et de finir par être un sermon: mais, malgré ses défauts, c'est là que se trouve ce que l'auteur, à mon gré, a fait de plus réellement beau. Il y a de la véritable éloquence, mérite infiniment rare en tout genre. » Les principes trop philosophiques de cet ouvrage le firent censurer et condamner par la Sorbonne. XIII. Pharsale de Lucain, traduite en françois, 1766, 2 vol. in-8°. Il en a été fait une seconde édition en 1772. XIV. Poétique Françoise, 3 vol. in-8°. On y trouve une raison perfectionnée par la lecture des bons auteurs, et l'étude approfondie de la langue. Ses préceptes y sont judicieux; en le suivant, on goûte les charmes de la bonne poésie, et on peut acquérir ce tact délicat, ce goût qui sait apprécier avec justesse ses beautés. XV. *Essai* sur les révolutions de la musique, 1777, in-8°. Les admirateurs passionnés de la musique de *Gluck* soutenaient qu'elle etoit seule convenable à la poésie dramatique et à l'opéra; l'auteur s'élève contre cette opinion et prononce qu'on ne peut bannir de la scène lyrique, les airs des *Piccini*, des *Sacchini* et des *Trajetta*. Il prouve que la nation Françoise a toujours passé d'enthousiasme en enthousiasme, de *Lully* à *Romeau*, de *Romeau* à *Grétry*, de *Grétry* à *Gluck*. Sa conclusion est qu'il faut admettre sur notre théâtre lyrique, le chant italien, le seul qui lui paroisse véritablement musical, tandis que les Italiens, de leur côté, devroient quitter leur plates rapsodies, sans intérêts et sans bon sens dans les paroles, pour adopter notre système dramatique, plus raisonné et plus sévère. XVI. *Les Incas*, ou la *Destruction de l'empire du Pérou*, 1777, 2 vol in-3°. Le fond de ce roman ou de cette espèce de poème en prose, est historique; mais, malgré ses ornemens, ses épisodes, il intéresse moins que l'histoire. On y trouve des mouvemens éloquens, un beau tableau du fanatisme, et un éloge attachant de *Las Casas*. On a observé que le style trop uniforme de cet écrit, offroît une continuité singulière de vers de huit syllabes, non rimés. L'épître dédicatoire au roi de Suède, a de la noblesse sans affectation, et de la force sans enflure. XVII. *De l'Autorité* de l'usage de la langue, 1785, in-4°. XVIII. *Éléments de Littérature*, 1787, 6 vol. in-12. C'est l'un des meilleurs ouvrages didactiques que nous possédions dans notre langue. Tout homme de lettres peut le relire plusieurs fois, et son goût ne pourra qu'y gagner. *Marmontel* y a déposé le fruit des longues méditations de sa vie sur l'art oratoire, la poésie et les ouvrages les plus célèbres. XIX. *Les Déjeuners de village*, 1791, in-12. XX. *L'Erreur d'un bon père*, 1791, in-12. XXI. *Nouveaux Contes moraux*, 1792, 2 vol. in-12. Quoiqu'agréables, ils neurent pas la réputation des premiers. XXII. *Apologie* de l'académie Françoise, 1792. XXIII. Divers morceaux de saine critique, fournis à l'*Encyclopédie*, dont il revit tous les articles de littérature, dans l'édition de Bouillon; un grand nombre de poesies, insérées dans l'*Almanach des Muses* et les *Journaux*. En 1787, on a recueilli les Œuvres de *Marmontel*, en dix-sept volumes in-8°.
MARNE, (Jean-Baptiste de) né à Douai, le 26 novembre 1699, se fit Jésuite, en 1716, devint confesseur de Jean-Théodore de Bavière, cardinal, évêque et prince de Liège, et mourut dans cette ville en 1756. Nous avons de lui: I. *La Vie de saint Jean Népomucène*, Paris, 1741, in-12. II. *Histoire du comté de Namur*, Liège, 1754, in-4°, enrichie de plusieurs dissertations critiques. En 1780, on a donné une nouvelle édition, en 2 vol. in-8°, à Bruxelles, augmentée de la *Vie* de l'auteur, et de notes par M. *L'Aquoit*, qui dit que « cette histoire est sans contredit la mieux écrite que nous ayons parmi toutes celles des provinces Belgiques, et presque la seule qui mérite le nom d'Histoire. » I. MARNÉZIA, (Claude-Gaspard de) chanoine et comte de Lyon, mort vers 1785, a publié des Réflexions sur l'Histoire de France, 1765, in-12; et une Oraison funèbre de Louis XV, 1774, in-4.
II. MARNÉZIA, (N. de Lézai) né à Besançon, et mort à Paris, en l'an 9, à l'âge de 66 ans, servit avec Vauvenargues, dont il fut ami, dans le régiment du roi, et quitta ensuite l'état militaire pour se livrer entièrement à la littérature. Ses poésies ont de la douceur et de l'harmonie; son style en prose, est agréable et pur. Nommé député à l'assemblée Constituante, il passa dans la chambre du tiers-état, et favorisa les premières innovations; mais il s'arrêta bientôt lorsqu'il s'aperçut que les factieux vouloient abuser des idées philosophiques pour bouleverser l'état et changer la forme du gouvernement. Il s'opposa à l'admission des Comédiens aux droits de citoyens actifs, en fondant son opinion sur le sentiment de J. J. Rousseau. Après la session de l'Assemblée, prévoyant les troubles que les successeurs des Constituans alloient faire naître, il quitta la France pour se réfugier en Amérique, sur les bords du Scioto. Là il crut trouver la paix; mais l'amour de son pays l'y ramena en 1793. Arrêté aussitôt, il resta onze mois dans les prisons, dénué de tout. Mis en liberté après la chute de Robespierre, il périt bientôt, vic- time des maux dont il avoit acquis le germe dans sa détention. On doit à Marnézia : I. De la Nature champêtre, poème. Les détails heureux qu'il renferme, le firent lire avec intérêt. II. Essai sur la minéralogie du bailliage d'Orgelet, en Franche-Comté, 1778, in-8. III. Le Bonheur dans les campagnes, in-8. IV. Plan d'éducation pour une jeune Dame, in-8. V. La famille vertueuse, roman in-12. VI. Lettres sur le Scioto, in-8. Elles sont au nombre de trois. VII. Plusieurs pièces de Vers, insérées dans l'Almanach des Muses et dans quelques Journaux. VIII. Il travaillait, lorsqu'il mourut, à un grand ouvrage, dans lequel il vouloit prouver que les principes de la véritable philosophie, étoient les mêmes que ceux de la religion. Les mœurs de Marnézia étoient douces, son accueil obligeant, son esprit facile; il avoit peu de prétentions, et auroit pu en avoir beaucoup.
MARNIX, (Philippe de) seigneur du Mont Sainte-Aldegonde, né à Bruxelles en 1538, fut disciple de Calvin, à Genève, et se rendit très-habile dans les langues, dans les sciences et dans le droit. A peine de retour aux Pays-Bas, il fut contraint d'en sortir, et se retira dans le Palatinat, où il fut conseiller ecclésiastique de l'électeur. Mais Charles-Louis-Guillaume, prince d'Orange, l'ayant redemandé quelque temps après, l'employa avec utilité dans les affaires les plus importantes. Ce fut lui qui dressa la formulaire de la confédération, parlaquelle plusieurs seigneurs des Pays-Bas s'opposèrent, en 1566, au tribunal de l'Inquisition. Élu consul d'Anvers, il défendit tette ville contre le duc de Parme, en 1584, et mourut à Leyde, en 1598, à 60 ans, dans le temps qu'il travaillait à une version flamande de la Bible. On a de lui : I. Des Thèses de controverse, Anvers, 1580, in-fol. II. Une Epière circulaire aux Protestans. III. Apiarium, sive alvarium romanum, Bois-le-Duc, 1571 : ouvrage où l'on trouve des germes d'Athéisme, réfuté victorieusement par Jean Coens, curé à Courtrai. IV. Tableau où on montre la différence entre la Religion Chrétienne et le Papisme, Leyde, 1599, in-8. La haine contre l'église catholique, fait le caractère de tous ces ouvrages. I. MAROLLES, (Claude de) gentilhomme de la province de Touraine, mérita, par sa valeur, son adresse et sa probité, d'être fait gentilhomme ordinaire du roi, lieutenant des Cent-Suisses, et maréchal de camp. Il porta les armes de bonne heure, et se signala dans diverses occasions, sur-tout dans un combat singulier contre Marivault, en 1589. Celui ayant défié Marolles, le combat se donna avec grand appareil aux portes de Paris, le lendemain de l'assassinat du roi Henri III. Marivault, capitaine des gardes de ce prince, cherchoit à en venger la mort, en défiant au combat, quelqu'un de ses ennemis. Marolles, zélé liqueur, s'offrit. Marivault rompit sa lance dans la cuirasse de son adversaire, qui en fut faussée; et l'autre porta si adroitement son coup dans l'œil de son ennemi, qu'il y laissa le fer de sa lance avec le tronçon, pénétrant jusqu'au derrière de la tête. Le royaliste renversé par terre expira dans un demi-quart d'heure, en proférant ces généreuses paroles : Que le plaisir de vaincre auroit été contrebalancé par la douleur de survivre au Roi son maître... Marolles n'exigea d'autre marque de sa victoire, que l'épée et le cheval du vaincu. On le ramena à Paris en triomphe, au son des trompettes et au milieu des acclamations publiques. Les fanatiques prédicateurs de la Ligue furent son panégyrique en chaire, et ne craignirent pas de le comparer à David vainqueur de Goliath. Marolles signala son courage en France, en Italie, en Hongrie et ailleurs, et mourut en 1633 à 67 ans, regardé comme un héros qui mêlait la rodomontade à la bravoure. Il ne se faisait jamais saigner que debout et appuyé sur sa pertuisance, sous prétexte qu'un homme de guerre ne doit répandre son sang que les armes à la main.
II. MAROLLES, (Michel de) fils du précédent, entra de bonne heure dans l'état ecclésiastique, et obtint, par le crédit de son père, deux abbayes, celle de Beaugerais et celle de Villeloin. Il étoit né avec une ardeur extrême pour l'étude, et il la conserva jusqu'à sa mort. Depuis l'année 1619, qu'il mit au jour la traduction de Jocain, jusqu'en 1681, qu'il publia, in-4, l'Histoire des comtes d'Anjou, (Voyez IV. FOULQUES) il ne cessa de travailler avec une application infatigable. Il s'attacha sur-tout à faire passer les auteurs anciens dans notre langue; mais il les travestit en moderne, qui n'a ni le goût, ni les graces de l'antiquité. Les fleurs les plus brillantes des poètes se fanèrent entièrement entre ses mains. S'il ne fut ni le plus élégant, ni le plus fidèle des tra- ducteurs, on lui a du moins l'obligation d'avoir frayé le chemin à ceux qui vinrent après lui. La plupart le traitèrent avec indécence dans leurs Préfaces, après avoir profité de son travail. L'abbé de Marolles avoit beaucoup d'érudition, et il se signala dans tout le cours de sa vie par son amour pour les arts. Il fut l'un des premiers qui recherchèrent avec soin les Estampes. Il en fit un Recueil de près de 100,000, qui fut, dans la suite, un des ornemens du cabinet du roi. Il se mêla d'être poète, et enfanta, en dépit d'Apollon, 133,124 vers, parmi lesquels il y en a deux ou trois de bons. Il disoit un jour à Linière: Mes vers me coûtent peu. — Ils vous coûtent ce qu'il volent, lui répondit ce satirique... L'abbé de Marolles prétendoit « que la multitude des mauvaises versions qu'il avoit faites, devoit le mettre au niveau de ceux qui n'en avoient fait que peu, mais bonnes. » J'aimerais autant la vanité d'un manœuvre, qui prétendroit avoir droit de prendre place parmi les habiles architectes, parce qu'il auroit bâti un grand nombre de chaumières. Son ame étoit mâle, autant que son style étoit rampant. Il écrivoit pour le plaisir d'écrire, sans penser à aller par cette voie à la fortune. Dans l'Épître dédicatoire de ses Mémoires, il détourne ses parens et ses amis de s'appliquer comme lui à l'étude, s'ils pensent qu'elle serve à leur gloire et à leur avancement. « Croyez moi, leur dit-il, Messieurs : pour prétendre aux faveurs de la fortune, il ne faut que se rendre utile et complaisant à ceux qui ont beaucoup de crédit et d'autorité ; être bien fait de sa personne ; flatter les puissances ; souffrir de leur part, en riant, toutes sortes d'injures et de mépris, quand ils trouvent bon d'en agir de la sorte ; ne se rebuter jamais de mille obstacles qui se présentent ; avoir un front d'airain et un cœur de rocher ; insulter les gens de bien injustement persécutés ; dire rarement la vérité, et paroître dévot, même avec scrupule, quoique l'on abandonne toutes choses pour ses intérêts : après cela, tout le reste est presque inutile. Mais, quoi qu'il en soit, ne faisons pas le mal, afin qu'il en arrive du bien. Révérons les puissances souveraines avec tous les respects qui leur sont dûs, et souvenons-nous que la courte durée de notre vie nous défend de concevoir ici-bas de longues espérances, et que nos jours s'écouent tandis que nous parlons. » Ces réflexions marquent assez la façon de penser de l'abbé de Marolles et la trempe de son caractère. Il mourut à Paris le 6 mars 1681, à 81 ans. Il avoit eu soin de faire imprimer avant sa mort, à l'imitation du président de Thou, ses Mémoires, publiés en 1755 par l'abbé Goujet, en trois vol. in-12. Ces Mémoires sont à ceux du célèbre historien, ce que Limiers est à Voltaire. C'est un mélange de quelques faits intéressans, et d'une infinité d'anecdotes minutieuses. Mais, quoique foiblement et même platement écrits, on ne les lit pas sans plaisir, parce que ces petites choses, ces menus faits, ces riens personnels ou domestiques, peignent l'homme et les hommes. C'est le cas de dire comme Cicéron : Historia, quoquo modo scripta, placet. On a encore de l'abbé de Marolles : I. Des Traductions plates, alongées et souvent peu fidelles de 62 MAR Plaute; de Térence; de Lucrèce; de Catulle; de Tibulle; de Virgile; d'Horace; de Juvénal; de Lerse; de Martial, 1655, 2 vol. in-8°. C'est à la tête de cette traduction que Ménage mit : « ÉPIGRAMMES CONTRE MARTIAL. » On doit au même auteur d'autres traductions, de Stace; d'Aurelius-Victor; d'Ammieu-Marcellin; de Grégoire de Tours, 2 vol. in-8°; d'Athéne, in-4° : celle-ci est très-rare et se vend très-cher. — Les moins estimées de ces versions sont celles des poètes, quoiqu'elles lui aient beaucoup plus coûté. Lestang, dans ses Règles de bien traduire, maltraita un peu l'abbé de Marolles, qui s'en plaignit vivement. Le censeur prit le moment où il alloit faire ses Pâques pour l'appaiser. Marolles ne put s'empêcher de lui accorder son pardon; mais, quelques jours après, il lui dit, « qu'il le lui avoit extorqué. » Monsieur L'Abbe, lui répliqua Lestang, ne faites pas tant le difficile; on peut bien, quand on a besoin d'un pardon général, en accorder un particulier. II. Une suite de l'Histoire Romaine de Coëffeteau, in-fol. C'est Virgile continué par Stace. III. Une version du Bréviaire Romain, 4 vol. in-8°; et d'autres ouvrages, qui sont l'écume de nos bibliothèques. IV. Les Tableaux du Temple des Muses, tirés du cabinet de Favereau, sont prisés des curieux. Ils virent le jour à Paris en 1655, in-folio; mais cette édition a été effacée par celle d'Amsterdam, 1733, in-folio. Les planches de la première furent dessinées par Diépenbeck, et gravées la plupart par Bloemarck. V. Cet infatigable écrivain avoit commencé à traduire la Bible. Surpris, dit-on, par le fameux Isaac la Peyrère, Marolles inséra dans sa version les Notes de ce visionnaire. L'archevêque de Paris, de Harlay, en fit saisir et brûler presque tous les exemplaires. C'est pour cela qu'il ne nous reste que la traduction des livres de la Genèse, de l'Exode, et des 23 premiers chapitres du Levitique. Cette version fut imprimée à Paris en 1671, in-folio. VI. Deux Catalogues d'Estampes, curieux et recherchés, publiés en 1666, in-8°; et 1672, in-12, Voyez TIBULLE.
MARON, Voyez VIRGILE.
MARON, un des héros Grecs qui se sacrifièrent au passage des Thermopyles, sous Léonidas. Il fut révéré comme un dieu.
MORONI, Voyez LITOLPHI.
MAROSIE, Dame Romaine, fille de Théodora, et sœur d'une autre Théodora, monstre d'impudicité et de scélératesse, ne lui fut pas inférieure en méchanceté. Sa beauté, ses charmes et son esprit lui soumirent les cœurs des plus grands seigneurs de Rome. Elle se servit d'eux pour faire réussir ses desseins ambitieux, s'empara du château Saint-Ange, et destitua les papes à sa fantaisie. Elle fit déposer et périr Jean X en 928; et plaça, en 931, sur le trône pontifical, Jean XI, qu'elle avoit eu du duc de Spolette. Elle avoit d'abord épousé Adelbert; et après la mort de son époux, elle se maria à Gui, fils du même Adelbert. Gui étant mort, elle contracta un 3e mariage avec Hugues, beau-frère de Gui. Alberic son fils, qu'elle avoit eu d'Adelbert, ayant reçu un soufflet de ce Hugues, as- tembla ses amis, en 932, le chassa de Rome, et mit Jean XI, son frère utérin, en prison avec sa sœur, laquelle mourut misérablement. I. MAROT, (Jean) né à Matthieu près de Caen l'an 1463, mort en 1523, à 60 ans, fut père de Clément Marot. Jean Marot prenoit la qualité de Secrétaire et de Poète de la magnanime Reine ANNE de Bretagne. Il vécut sous Louis XII et sous François I. Ses Poésies furent fort goûtées de son temps. Ses ouvrages en vers sont : La Description des deux Voyages de Louis XII à Gênes et à Venise ; le Doctrinal des Princesses et Nobles Dames, en 24 rondeaux ; Epîtres des Dames de Paris au Roi François I ; autres Epîtres des Dames de Paris aux Courtisans de France étant en Italie ; Chant-Royal de la Conception Notre-Dame ; cinquante Rondeaux, etc. Ces ouvrages ont été imprimés à Paris en 1732, in-8. Marot avoit de l'imagination, sans avoir ni l'enjouement, ni la facilité de son fils. Il peint assez bien, et s'exprime quelquefois avec force ; mais souvent aussi il se néglige trop : le tour de sa phrase en devient obscur, et l'on trouve chez lui plusieurs vers où le mauvais arrangement des mots détruit absolument la versification. Un autre défaut, c'est qu'il emploie des rimes insuffisantes, et qu'il se sert de proverbes bas dans des sujets relevés. Il est néanmoins exempt de ces pointes et de ces jeux de mots dont les poètes de son temps faisoient tant d'usage. La plupart de ses rondeaux sont bons, et il y en a quelques-uns d'excellens. M A R 69
II. MAROT, (Clément) fils du précédent, naquit à Cahors en Querci l'an 1495. Il fut, comme son père, valet de chambre de François I, et page de Marguerite de France, femme du duc d'Alençon. Il suivit ce prince en 1521, fut blessé et fait prisonnier à la bataille de Pavie. Clément Marot s'appliqua avec ardeur à la poésie, et s'y rendit infiniment supérieur à son père. De retour à Paris, il fut accusé d'hérésie et mis en prison : son irréligion et son étourderie lui méritèrent ce châtiment. On a conté, que donnant à dîner à Diane de Poitiers, un jour maigre, il s'avisa d'enfreindre la loi de l'abstinence ; et sa maîtresse, piquée de l'indiscrétion de son amant, le dénonça, dit-on, à l'Inquisiteur, qui le fit enfermer au Châtelet : mais ce conte paroît peu vraisemblable. Quoi qu'il en soit, il fut obligé de comparoître devant le lieutenant criminel. On lui entendit reprocher ses écrits licencieux et les histoires les plus scandaleuses de sa vie. Tout ce qu'il obtint, après bien des sollicitations, fut d'être transféré, des prisons obscures et malsaines du Châtelet, dans celles de Chartres. C'est là qu'il écrivit son Enfer, qui est une satire sanglante contre les gens de justice, et qu'il retoucha le Roman de la Rose. Il ne sortit de sa prison qu'après la délivrance de François I, en 1526. A peine fut-il libre, qu'il reprit son ancienne vie. Une nouvelle intrigue avec la reine de Navarre, qu'il ne cacha pas davantage que la première, lui causa des chagrins non moins cuisans. Toujours, fougueux, toujours imprudent, il s'avisa de tirer un criminel des 64 MAR mains des archers. Il fut mis en prison, obtint son élargissement, donna dans de nouveaux travers, et fut obligé de s'enfuir à Genève. Victor Cayet prétend, mais sans preuves, que Marot corrompit, dans cette ville, la femme de son hôte; et que la peine rigoureuse qu'il avoit raison d'appréhender, fut commuée en celle du fouet, à la recommandation de Calvin. De Genève il passa à Turin, où il mourut dans l'indigence, en 1544, à 50 ans. Ce poète avoit un esprit enjoué et plein de saillies, sous un extérieur grave et philosophique. Marot a surtout réussi dans le genre épigrammatique. Prossette écrivait à J. B. Rousseau: « Je ne connois, après Marot, que trois personnes en France qui aient parfaitement réussi dans le genre épigrammatique. Ces trois personnes, sont Despréaux, Racine et vous. Je suis seulement fâché que Despréaux en ait fait quelques-unes de trop, que Racine n'en ait point fait assez, et que vous n'en fassiez plus. » Du Verdier dit, en parlant de Marot, « qu'il a été le Poète des Princes et le Prince des Poètes de son temps. » Cette antithèse puérile est vraie à quelques égards. Les juges les plus sévères seront forcés de convenir, qu'il avoit beaucoup d'agrément et de fécondité dans l'imagination : s'il eût vécu de nos jours, le goût la lui auroit réglée. On a de lui, des Epières, des Flégies, des Rondeaux, des Ballades, des Sonnets, des Epigrammes. L'ouvrage de Marot qui fit le plus de bruit, est sa Traduction en vers des Pseaumes, chantée à la cour de François I, et censurée par la Sorbonne. Cette faculté porta des plaintes au roi, au sujet de cette version; mais François n'y eut aucun égard, et engagea même le poète à continuer, comme Marot le témoigne dans cette épigramme : Puisque voulez que je poursuive, ô Sine, L'œuvre royal du Pseumier commencé, Et que tout cœur aimant Dieu le desire, De béoigner ne me tiens dispensé. S'en sente donc, qui voudra, offensé; Car ceux à qui un tel bien ne peut plaire, Doivent penser, si jû ne l'ont pensé, Qu'en vous plaisant me plaît de leur déplaire. Marot n'avoit pas cependant lieu de s'enorgueillir de sa version. Comparée à l'original, elle étoit bien loin d'y atteindre. Elle est dénuée de cette sublimité ravissante et de cette poésie d'expression qui le caractérisent. Étoit-il possible que Marot, dont tout le mérite consiste dans l'art de plaisanter avec un tour épigrammatique, dans un naturel unique à la vérité, mais dont les grands défauts sont un style le plus souvent comique, trivial et bas; rendit l'harmonie et la noble simplicité de l'Hébreu? C'est un tableau de Raphael, copié par Callot. Il chante les louanges de l'Être suprême du même ton dont il avoit célébré les charmes d'Alix. Le style des Pseaumes de Marot plut aux François; parce que celui de ses Epigrammes leur avoit plu. Il eut des imitateurs; on écrivit, en style Marotique, les tragédies, les poèmes, l'histoire, les livres de morale. La Fontaine, dans le 17e siècle, et Rousseau dans le 18e, ne contribuèrent pas peu à le répandre. Tous les genres de la littérature furent furent avilis par cette bigarrure de termes bas et nobles, surannés et modernes. On entendit, dans quelques pièces de morale, les sons du sifflet de Rabelais, parmi ceux de la flûte d'Horace. Le bon goût a dissipé cette barbarie, supportable dans un conte et dans le temps de François I; mais détestable dans un ouvrage noble, et sous le règne de Louis XIV et les suivans. — Michel MAROT, son fils, est aussi auteur de quelques vers; mais ils ne sont pas comparables à ceux de Jean et de Clément. Les Œuvres des trois Marot ont été recueillies et imprimées ensemble à la Haye, en 1731, en 4 vol. in-4°, et en 6 vol. in-12. (Voyez LENGLET, n.° II.) L'abbé Irail a parlé des amours de Marot pour Diane de Poitiers, d'après cet auteur. M. Goujet prétend que ces amours sont imaginaires : consultez le tome XIe de sa Bibliothèque Françoise.
III. MAROT, (François) peintre, né à Paris de la même famille que le poète, fut l'élève de la Fosse, et personne n'approcha plus de son maître. On voit plusieurs de ses ouvrages à Notre-Dame de Paris, qui prouvent son habileté. L'académie de Peinture se l'associa en 1702; il fut ensuite professeur, et mourut en 1719, à 52 ans. — Il ne faut pas le confondre avec Jean MAROT, architecte, dont les dessins gravés par lui-même avec son fils, forment un in-4° de 222 planches.
MARQUARD-FREHER, né à Augsbourg, en 1565, d'une famille féconde en personnes lettrées, étudia à Bourges sous le célèbre Cujus, se rendit habile dans les belles-lettres et dans le droit. De retour en Allemagne, il devint conseiller de l'électeur Palatin, et professeur de droit à Heidelberg. Peu de temps après, il quitta sa chaire, et fut employé par l'électeur Frédéric IV, dans les affaires les plus délicates. Ce prince l'envoya, en qualité de ministre, en Pologne, à Mayence, et dans plusieurs autres cours. Langelheim lui écrivit de la Haye une lettre, qui, par les anecdotes qu'elle renferme, mérite d'être rapportée. «Il est glorieux pour moi, sans doute, de recevoir, dans cette extrémité du continent, une lettre écrite au milieu de la Sarmatie. N'allez pas croire cependant qu'il y ait là de quoi surprendre mes Bataves : ils se font déjà un jeu de naviguer dans les deux Indes. Scaliger a demandé de vos nouvelles avec un très-vif intérêt; il dit vous avoir écrit. Grotius et d'autres savans vous aiment tendrement. Meursius se plaint que vous ne lui ayez pas répondu. Douza est d'une douceur admirable, et son commerce mérite d'être recherché. Rien de plus prodigieux que la science, également vaste et consommée, de Grotius, jeune homme à peine âgé de 20 ans. » Freher mourut à Heidelberg, le 13 mai 1614, à 49 ans. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. Origines Palatinæ, in-fol., très-savant. II. De Inquisitionis processu, 1679, in-4°; curieux. III. De re Monetaria veterum Romanorum, et hodierni apud Germanos imperii, Lugduni, 1605 in-4°; traité utile, qu'on trouve aussi dans le tome XIe des Antiquités Romaines de Gravius. IV. Rerum Bohemicarum Scriptores, Hanau, 1602, in-fol.; ce recueil contient les meilleurs historiens de Bohême. V. *Rerum Germanicarum Scriptores* in-fol., 3 vol., à Francfort et à Hanovre; le 1$^{er}$ en 1600, le 2$^{e}$ en 1602, le 3$^{e}$ en 1611. Cette collection, réimprimée en 1717, est utile et même nécessaire pour l'histoire d'Allemagne. VI. *Corpus Historiae Franciae*, in-fol. moins estimé, etc. *Frecher* joignoit à une vaste littérature, beaucoup de goût pour la peinture antique et pour la science numismatique. — Il est différent de *Jean FLEHER*, qui a écrit contre *Francus*.
MARQUEMONT, (Denis *Simon de*) cardinal, archevêque de Lyon en 1612, né à Paris, se rendit célèbre par ses diverses ambassades, et par l'étendue de son zèle. Il avoit établi une congrégation de docteurs qui s'assembloient une fois la semaine dans son palais, pour traiter de toutes les affaires concernant le diocèse dont il étoit chargé. Ce fut par son conseil que *St. François de Sales* mit en clôture les religieuses de la Visitation qu'il avoit fondées. Ce cardinal mourut à Rome en 1626, à 54 ans.
MARQUES, (Jacques de) habile chirurgien, né à Paris d'une famille originaire de Nantes, mourut dans cette capitale en 1622. On a de lui, une excellente *Introduction à la Chirurgie*, qu'il composa en faveur des jeunes élèves; et un *Traité des Bandages de Chirurgie*, à Paris, 1618 et 1662, in-8.$^{o}$ La clarté et la solidité étoient le caractère de son esprit, et sont celui de ses ouvrages.
MARQUET, (François-Nicolas) né à Nanci en 1687, pratiqua avec succès la médecine dans sa patrie, et s'occupa toute sa vie de l'étude de la botanique. Les fruits de ses recherches sur cette science sont consignés dans trois volumes in-folio, forme d'Atlas, qui sont entre les mains de son gendre M. *Buc'hos*, qui les a fait passer en grande partie dans un ouvrage publié à Paris, 1762, intitulé: *Traité historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine et les trois Évêchés*, 10 vol. in-8.$^{o}$ *Marquet* est encore auteur: I. De la *Méthode pour apprendre, par les notes de la musique, à connaître le pouls*, Paris, 1768, in-12. II. Des *Observations sur la guérison de plusieurs maladies notables*, 2 vol. in-12. Il mourut le 29 mai 1759.
MARQUETS, (Anne des) native du comté d'En, religieuse Dominicaine à Poissy, possédoit les langues grecque et latine, et faisoit assez bien des vers. On a d'elle: I. Une *Traduction* en vers françois des *Poésies* pieuses et des *Epigrammes de Flaminio*, le latin à côté, à Paris, 1569, in-8.$^{o}$ II. *Traduction*, d'après les vers latins de *Claude d'Espenese*, des *Collectes* de tous les Dimanches. Elle entretenoit un commerce littéraire avec ce savant, qui, dans son testament, fit une gratification à son amie. III. *Sonnets et Devises*, Paris, 1562. *Anne* perdit la vue quelque temps avant sa mort, arrivée vers 1588.
MARQUETS, (Charles des) *Voyez DESMARQUETS*.
MARRE, (N. abbé de la) étoit de Bretagne; il fut auteur des opéra de *Zaide* et de *Titon et l'Aurore*, et mourut à Paris en 1747.
MARRIER, (D. Martin) religieux de Cluni, fut, pendant quinze ans, prieur de Saint-Martin-des-Champs. Il étoit né à Paris en 1572, et mourut dans la même ville en 1644, à 72 ans. On lui doit un recueil curieux et très-utile aux historiens ecclésiastiques : il le publia in-fol. en 1614, sous le titre de *Bibliotheca Cluniacensis*, avec des notes que lui fournit *André Duchesne*, son ami. C'est une collection de titres et de pièces concernant les abbés de l'ordre de Cluni, et non une histoire des hommes illustres de cet ordre, comme le dit le continuateur de *Lodvocat*. On a encore de lui, l'Histoire latine du *Monastère de Saint-Martin-des-Champs*, où il avoit fait profession, in-4°, Paris, 1637.
MARS, (Mythol.) dieu de la guerre, étoit fils de Jupiter et de Junon, selon *Hésiode*; ou de Junon seule, selon *Ovide*, qui raconte que cette déesse, jalouse de ce que son mari en se frappant le front, en avoit fait sortir *Minerve* armée de pied en cap, se mit en voyage pour chercher un moyen d'en faire autant que lui. Étant arrivée au palais de Flore, femme de *Zéphyre*, elle lui dit le sujet de son voyage. Flore lui promit de lui découvrir le secret qu'elle cherchoit, si elle ne vouloit pas le révéler à Jupiter. Junon le lui ayant juré par le Styx, elle lui indiqua une certaine plante qui croit dans les campagnes d'Olène en Achaie, sur laquelle une femme en s'asseyant concevoir sur-le-champ. Junon exécuta ce que Flore lui avoit dit, et donna ainsi le jour à Mars, qu'elle nomma le Dieu de la Guerre. Ce dieu présidait à tous les combats. Il aima passionnément *Vénus*, avec laquelle *Vulcain* le surprit. On le représente toujours armé de pied en cap, et un coq auprès de lui, parce qu'il métamorphosa en coq *Alectron*, son favori, qui, faisant sentinelle pendant qu'il étoit avec *Vénus*, le laissa surprendre. On bâtit beaucoup de temples en son honneur, particulièrement dans la Thrace, dans la Scythie, et chez les Grecs. Il présidait aux jeux des gladiateurs et à la chasse, parce que ces exercices avoient quelque chose de helliqueux. On lui donnoit pour sœur, *BELLONE*, déesse de la Guerre, que l'on représentait avec un casque en tête, une pique et un fouet dans les mains, et quelquefois tenant une torche ardente pour allumer la guerre. Le cheval, le loup, le chien et le pivert étoient les victimes qu'on immoloit à Mars. Les Romains le révertoient particulièrement, parce que, suivant l'opinion vulgaire, il étoit père de *Rémus* et de *Romulus*. On lui avoit bâti à Rome un temple sous le nom de *Mars-Vengeur*. Lorsqu'un général Romain partout pour la guerre, il estroit dans ce temple, remuoit les boucliers consacrés à ce dieu, et secouoit sa statue en lui criant : *Mars, vigila*: Mars, veille à notre conservation. *Rubens* a représenté Mars s'arrachant des bras de *Vénus* pour voler aux combats. Il renverse sous ses pas tous les attributs des arts. La nature sous l'emblème d'une femme, serrant son enfant dans ses bras, fuit épouvantée. Ce beau tableau se voit dans le grand salon du Musée de Paris.
MARSAIS, (César Chesneau du) né à Marseille en 1676, en- tra dans la congrégation de l'O-ratoire; mais le désir d'une plus grande liberté la lui fit quitter bientôt après. Il vint à Paris, s'y maria, fut reçu avocat, et commença à travailler avec succès. Des espérances flatteuses l'avoient engagé dans cette profession; mais, trompé dans ses espérances, il ne tarda pas à l'abandonner. L'humeur chagrine de sa femme, qui croyoit avoir acquis, par une conduite sage, le droit d'être insociable, l'obligea de se séparer d'elle. Il se chargea de l'éducation du fils du président de Maisons. La mort du père l'ayant privé de la récompense que méritoient ses soins, il entra chez le fameux Law, pour être auprès de son fils. Après la chute de ce fameux charlatan, il entra chez le marquis de Beaufremont, et fit des élèves dignes de lui. Quoiqu'il fût accusé d'irréligion, et que cette accusation fût fondée, il ne leur inspira que des principes capables de former un Chrétien et un bonnette homme. L'éducation de MM. de Beaufremont finie, il prit une pension, dans laquelle il éleva, suivant sa méthode, un certain nombre de jeunes gens. Des circonstances imprévues le forcèrent de renoncer à ce travail utile. Obligé de donner quelques leçons pour subsister, sans fortune, sans espérances, et presque sans ressource, il se réduisit à un genre de vie fort étroit. Ce fut alors que les auteurs de l'Encyclopédie l'associèrent à leur grand ouvrage. Les articles dont il l'enrichit sur la Grammaire et sur d'autres parties, respirent une philosophie saine et lumineuse, un savoir peu commun. Duclos lui reproche que quelques-uns de ses articles manquent de clarté et de précision. « Ils ne sont pas toujours clairs, dit-il, parce qu'ils sont trop longs. On peut être obscur de deux manières, en ne disant pas assez ou en disant trop. » M. le comte de Lauraguais, touché de la situation et du mérite du grammairien philosophe, lui assura une pension de mille livres. Ce bienfaiteur de l'humanité et des talens, en a continué une partie à une personne qui avoit eu soin de la vieillesse de son protégé. Il mourut à Paris, le 11 juin 1756, à 80 ans, après avoir reçu les Sacremens. Le compliment qu'il fit au prêtre qui les lui administra, fut différemment interprété. Mais pourquoi enlever à la religion ce triomphe, et au philosophe la gloire d'un retour sincère. « La foi des esprits forts n'est pas une foi éteinte, dit Bayle qu'on peut bien citer en cette matière; ce n'est qu'un feu caché sous la cendre. Ils en ressentent l'activité des qu'ils se consultent, et principalement à la vue de quelque péril. On les voit alors plus tremblans que les autres hommes. » Quoi qu'il en soit des derniers sentimens de du Marsais, on ne peut nier qu'en santé, il n'eût donné plus d'une fois des scènes d'irréligion; mais on a ajouté des contes absurdes, à quelques traits vrais et peu édifiants. On a prétendu que le philosophe, appelé pour présider à l'éducation des trois frères dans une des premières maisons du royaume, avoit demandé: Dans quelle religion on vouloit qu'il les élevait? Propos peu vraisemblable, qui, répété et même orné en passant de bouche en bouche, nuisit infiniment à sa fortune. Du Marsais s'en consola facilement. Son caractère doux et tran- quille, et son ame toujours égalé, étoient peu agités par les différens événemens de la vie, même par les plus tristes. Quoique accoutumé à recevoir des louanges, il en étoit très-flatté. Comme il parloit de sa pauvreté sans honte, il croyait pouvoir parler de ses talens sans vanité. Peu jaloux d'en imposer par les dehors d'une fausse modestie, il laissoit entrevoir, sans peine, l'opinion avantageuse qu'il avoit de ses ouvrages; et cet amour propre trop flatté par quelques incrédules, l'engagea souvent à penser et à parler comme eux. Son extérieur et ses discours n'annonçoient pas toujours ce qu'il étoit. Il avoit l'esprit plus sage que brillant, la marche plus sûre que rapide, et étoit plus propre à discuter avec lenteur qu'à saisir avec promptitude. Les qualités dominantes de son esprit étoient la netteté et la justesse. Son peu de connoissance des hommes, son peu d'usage de traiter avec eux, et sa facilité à dire librement ce qu'il pensoit, lui donnoient cette naïveté, cette simplicité qui n'est pas incompatible avec beaucoup d'esprit. Fontenelle disoit de lui: C'est le nigaud le plus spirituel, et l'homme d'esprit le plus nigaud que je connoisse. C'étoit le la Fontaine des philosophes. Par une suite de ce caractère, il étoit sensible au naturel, et blessé de tout ce qui s'en éloignoit. Il ne contribua pas peu par ses conseils à faire acquérir à la célèbre le Couvreur, cette déclamation simple, d'où dépendent le plaisir et l'illusion des spectateurs. Ses principaux ouvrages sont: I. Exposition de la Doctrine de l'Eglise Gallicane, par rapport aux prétentions de la Cour de Rome, in-12. Cet ouvrage clair et précis, commencé à la prière du président de Maisons, n'a paru qu'après la mort de l'auteur. II. Exposition d'une Méthode raisonnée pour apprendre la langue Latine, in-12, 1722; rare. Cette Méthode paroît conforme au développement naturel de l'esprit, et plus propre que toute autre à abréger les difficultés; mais elle avoit deux grands défauts aux yeux du public peu éclairé: elle étoit nouvelle, et elle attaquoit les anciennes. III. Traité des Tropes, 1730, in-8°, réimprimé en 1771, in-12. Cet ouvrage explique les différens sens qu'on peut donner au même mot. C'est un chef-d'œuvre de logique, de justesse, de clarté et de précision. Les observations et les règles sont appuyées d'exemples frappans sur l'usage et l'abus des Tropes. Il développe, en grammairien de génie, ce qui constitue le style figuré. Croira-t-on qu'un ouvrage aussi excellent fut peu vendu et presque ignoré? Quelqu'un voulant un jour lui faire compliment sur ce livre, lui dit qu'il avoit entendu dire beaucoup de bien de son Histoire des Tropes: il prenoit cette figure de rhétorique pour un nom de peuple. IV. Les véritables Principes de la Grammaire, ou Nouvelle Grammaire raisonnée pour apprendre la langue Latine, 1729, in-4°. Il n'a paru que la préface de cet ouvrage, dans lequel il mettoit dans tout son jour sa Méthode raisonnée. V. L'Abrégé de la Fable du Père Jouvenci, disposé suivant sa Méthode, 1731, in-12. VI. Une Réponse manuscrite à la Critique de l'Histoire des Oracles, par le Père Bultus. On n'en a trouvé que des fragmens imparfaits dans ses papiers. VII. Logique ou Réflexions sur les opérations de l'esprit; ouvrage fort court, qui contient tout ce qu'on peut savoir sur l'art de raisonner. On l'a réimprimé avec les articles qu'il avoit fournis à l'*Encyclopedie*, à Paris, 1762, deux parties, in-12. Nous ne ditons rien de quelques autres ouvrages impies, qui peut-être ne sont pas de lui, quoique publiés sous son nom, et qui sont tombés dans un oubli d'où il ne faut pas les tirer. L'Institut national a proposé, en l'an onze, l'éloge de *du Marsais*.
MARSAN, (Arnaud de) Troubadour ancien, nous a laissé des *Conseils*, en vers, à un Chevalier, sur la manière de se bien conduire dans le monde. Il mourut dans le 14$^{e}$ siècle.
MARSHAM, (Jean) chevalier de la Jarretière, né à Londres en 1602, étudia avec distinction à l'école de Westminster et à Oxford. Il voyagea ensuite en Italie, en France et en Allemagne, et se perfectionna, par la vue des différens monumens antiques, dans l'histoire ancienne et dans la chronologie. De retour à Londres, il devint, en 1638, l'un des *six Clercs* de la cour de la chancellerie. Le parlement le priva de cette place, parce que, dans le premier feu de la guerre civile, il suivit le roi et le grand sceau à Oxford. Sur le déclin des affaires de l'infortuné *Charles premier*, il retourna à Londres. Ne pouvant, comme la plupart des autres royalistes, avoir aucun emploi, il se renferma dans son cabinet, et se livra tout entier à l'étude jusqu'à sa mort, arrivée à Londres le 25 mai 1685, à 83 ans. *Charles II* honora ce bon citoyen du titre de chevalier et de baronet. Il laissa deux fils, dont l'un (Jean) étoit très-savant, et l'autre (Robert) lui succéda dans son office de clerc de la chancellerie. On a de *Marsham*. I. *Diatriba Chronologica*, in-4$^{o}$, Londres, 1645. L'auteur y examine assez légèrement les principales difficultés qui se rencontrent dans la chronologie de l'ancien Testament. II. *Canon Chronicus Egypticus*, *Hebraicus*, *Græcus*, in-folio, 1672. Londres: ouvrage cher et recherché. L'auteur y a fondu une partie du livre précédent. On sait quelle obscurité couvre les commencements de la monarchie des Égyptiens. Le chevalier *Marsham* a tâché de débrouiller ce chaos. Il montre que les dynasties étoient non pas successives, mais collatérales. Il a éclairci, autant qu'on le peut faire, l'histoire de l'antiquité la plus reculée. On lui reproche d'avoir mêlé aux vérités qu'il a mises au jour, plusieurs opinions fausses. Il prétend, par exemple, que les Juifs ont emprunté des Égyptiens la circoncision et les autres cérémonies, et que l'accomplissement des 70 semaines de *Daniel* finit à *Antiochus Epiphanes*. Ces erreurs, réfutées par *Pridæaux*, n'empêchent pas que *Marsham* ne fût très-érudit. On lui doit encore, la savante Préface qui est à la tête du *Monasticon Anglicanum*, Londres, 1655, in-folio.
MARSI, *Voyez* MARSY et MARCY.
MARSIAS, *Voy*. MARSYAS. I. MARSIGLI, (Antoine-Félix) évêque de Pérouse, mort en 1710, à 61 ans, est auteur d'un *Traité De ovis Cochlearum*, 1684, in-4$^{o}$. Il étoit frère du suivant, et se montra digne de lui par son savoir.
IL MARSIGLI, (Louis-Ferdinand) d'une ancienne maison patricienne de Bologne, naquit dans cette ville en 1658. Dès sa première jeunesse, il fut en relation avec les plus illustres savans d'Italie, mathématiciens, anatomistes, physiciens, historiens et voyageurs. Un voyage qu'il fit à Constantinople, en 1679, avec le baile de Venise, lui donna le moyen de s'instruire par lui-même de l'état des forces Ottomanes. Après onze mois de séjour en Turquie, il revint à Bologne, et ramassa les différentes observations faites dans ses courses. L'empereur Léopold étoit alors en guerre contre les Turcs. Il entra à son service, et montra, par son intelligence dans les fortifications et dans la science de la guerre, combien il étoit au-dessus du simple officier. Blessé et fait prisonnier au passage de Raab, en 1683, il se crut heureux d'être acheté par deux Turcs, avec qui il souffroit beaucoup; mais plus, dit Fontenelle, par leur misère, que par leur cruauté. La liberté lui ayant été rendue l'année d'après, il fut fait colonel en 1683. Ce fut dans la même année qu'il fut envoyé deux fois à Rome, pour faire part aux papes Innocent XI et Alexandre VIII des grands succès des armes chrétiennes. Lorsque les puissances belligérantes songèrent à terminer une guerre cruelle par une paix durable, entre l'empereur et la république de Venise d'une part, et la Porte Ottomane de l'autre; le comte de Marsigli fut employé comme homme de guerre, et comme négociateur, pour établir les limites entre ces trois puissances. Cette négociation l'ayant obligé de se rendre dans le pays où il avoit été esclave, il demanda si ses patrons vivoient encore, et fit donner à l'un deux un Timar, espèce de bénéfice militaire. Le grand visir, charmé de sa générosité, lui en accorda un beaucoup plus considérable qu'il n'eût osé l'espérer, et avec la même ardeur qu'auroit pu avoir le premier ministre de la nation la plus exercée à la vertu. La succession d'Espagne ayant ralliumé, en 1701, une guerre qui embrasa l'Europe, l'importante place de Brisach se rendit par capitulation au duc de Bourgogne, après 13 jours de tranchée ouverte, le 6 septembre 1703. Le comte d'Arco y commandoit, et sous lui Marsigli, parvenu alors au grade de général de bataille. Une si prompte capitulation surprit l'empereur: il nomma des juges, qui condamnèrent le comte d'Arco à être décapité; et Marsigli à être déposé de tous les honneurs et charges, avec la rupture de l'épée, malgré les Mémoires qu'il publia pour sa défense. Un coup si terrible eût dû lui faire regretter son esclavage chez les Tartares, si cette flétrissure avoit pu ternir sa réputation dans l'Europe. On pensa assez généralement que ce jugement n'étoit qu'un effet de la politique de la cour Impériale, qui vouloit sauver l'honneur du prince de Bade, commandant en chef. Ce général, qui avoit fait la faute de laisser une nombreuse artillerie dans une mauvaise place avec une garnison très-foible, fut récompensé, et les subalternes furent punis. Louis XIV rendit plus de justice au comte de Marsigli; l'ayant vu à sa cour 72 MAR sans épée, il lui donna la sienne et l'assura de ses bonnes graces. Le comte de *Marsigli* ne se crut pas flétri, parce que la voix publique le rassurait. A la tête de ses apologies, il mit pour vignette une espèce de devise singulière, qui avoit rapport à son aventure. C'étoit une M, première lettre de son nom, qui portoit de part et d'autre entre ses deux jambes, les deux tronçons d'une épée rompue, avec ces mots : *FRACTUS INTEGRO*. Eût-il imaginé cette représentation allégeante, l'eût-il publiée, s'il se fût cru coupable? Le comte de *Marsigli* chercha dans les sciences la consolation, que les agitations du monde ne lui avoient pas procurée. Il avoit étudié, les armes à la main, au milieu des fatigues et des périls; il étudia en simple particulier, et n'en fit que plus de progrès. Il parcourut la Suisse pour connoître les montagnes; il passa ensuite à Marseille pour étudier la mer. Étant un jour sur le port, il y trouva le galérien Turc qui l'attachoit à un pieu dans son esclavage, et il obtint sa liberté de la cour de France. On le renvoya à Alger, d'où il écrivit à son libérateur qu'il avoit obtenu du bacha des traitements plus doux pour les esclaves chrétiens. Il semble, dit *Fontenelle*, que sa fortune imitât un auteur de roman, qui auroit ménagé des rencontres imprévues et singulières en faveur de son héros. Le pape *Clément XI* le rappela de Marseille en 1709, pour lui donner le commandement d'une armée qu'il devoit opposer aux troupes de l'empereur *Joseph*. Il comptoit finir ses jours en Provence, où il étoit retourné en 1728; mais des affaires domestiques l'ayant rap- pelé à Bologne, il y mourut d'apoplexie le premier novembre 1750, à 72 ans. Sa patrie lui doit l'établissement d'une académie des Sciences et des Arts, avantageusement connue dans l'Europe sous le nom d'*Institut*. Cette compagnie prit naissance en 1710, et s'ouvrit en 1714. Ses professeurs y donnent des leçons réglées. Il y a un riche cabinet et une belle imprimerie. L'académie des Sciences de Paris s'associa le fondateur, ainsi que la société Royale de Londres, et l'académie des Sciences de Montpellier. Ces honneurs l'immortaliseront moins que sa bienfissance. Se souvenant de ses malheurs utilement pour les autres malheureux, il fit établir un tronc dans la chapelle de son *Institut*, pour le rachat des chrétiens, et principalement de ses compatriotes esclaves en Turquie. On a de lui : *I. Essai Physique de l'Histoire de la Mer*, traduit en françois par le *Clerc*, et publié à Amsterdam en 1725, in-folio, avec quarante planches. *II. Opus Danubiale*, en 6 vol. in-folio. C'est la description du Danube, depuis la montagne de Kalemberg en Autriche, jusqu'au confluent de la rivière Jantra dans la Bulgarie. Le premier volume contient, en une carte générale, le cours du Danube depuis sa source jusqu'à son embouchure; cette carte est divisée en dix-neuf autres particulières, qui renferment les villes, villages, châteaux, isles, etc., qui sont sur le Danube; on y trouve la description géographique du royaume de Hongrie, des observations astronomiques et hydrographiques, avec la table de toutes les rivières qui se jettent dans le Danube, etc. etc. : le second volume renferme les antiquités qui se trouvent aux environs du Danube : dans le troisième, on décrit les minéraux des environs de ce fleuve, et ceux que les eaux y ont entraînés : le quatrième renferme les poissons du Danube et ceux que la douceur de ses eaux y attire, qui sont divisés en poissons de rivière, de mer, d'eau douce, de marais, etc., avec leurs figures et noms gravés, etc. : le cinquième donne la description des oiseaux qui fréquentent les bords du Danube, en 74 planches gravées : le sixième contient des observations mêlées, sur la source de ce fleuve, des observations anatomiques sur les oiseaux et les autres animaux dont il est parlé dans le cours de l'ouvrage, des expériences pour mesurer la vitesse de l'eau du Danube et de la Theiss (*Tibiscus*), un catalogue des plantes qui croissent aux bords du Danube, des quadrupèdes qui fréquentent ses rives, etc. etc. etc. Cet ouvrage curieux et cher, a été traduit en françois, et imprimé à la Haye, 1744, 6 vol. in-folio. III. *De potione Asiatica CAFE*, Vienne, 1685, in-12. IV. *Le fungorum generatione*, Rome, 1714, in-fol. V. *Etat des forces Ottomanes*, in-folio, 1732, en françois et en italien ; curieux et intéressant. VI. *Traité du Bosphore*, in-4°, qu'il composa en italien, et qu'il dédia, en 1681, à la reine *Christine* de Suède. I. MARSILE DE PADOUE, surnommé *Menandrin*, fut recteur de l'université de Paris, dans laquelle il avoit étudié et professé en 1312 la théologie. On a de lui, plusieurs ouvrages sur les droits du *Sacerdoce* et de l'*Empire*; mais en voulant défendre les empereurs contre les entre- prises des papes, il tombe quelquefois dans l'extrémité opposée, et écrit plutôt en jurisconsulte passionné qu'en théologien. Ses principales productions sont : I. *De Translatione Imperii Romani*. II. *Un Traité De Jurisdicione Imperiali in causis matrimonialibus*, in-fol. III. *Defensor Pacis*, en faveur de *Louis de Bavière*, contre le souverain pontife. *Jean XXII* condamna cet écrit où, sous le titre de *Défenseur de la Paix*, on déclaroit la guerre au pontife Romain. Le pape réduit ses erreurs à cinq principales. Les voici : 1.º Quand Jésus-Christ paya le tribut de deux drachmes, il le fit parce qu'il y étoit obligé ; et par conséquent, les biens temporels sont soumis à l'empereur. 2.º *St. Pierre* ne fut pas plus chef de l'Église que les autres apôtres : il n'eut pas plus d'autorité qu'eux, et Jésus-Christ n'en fit aucun, en particulier, son vicaire, ni chef de l'Église. 3.º C'est à l'empereur de corriger et de punir le pape, de l'instituer ou le destituer. 4.º Tous les prêtres, le pape, l'archevêque, le simple prêtre, ont une égale autorité, par l'institution de Jésus-Christ même, pour la juridiction ; et ce que l'un a de plus que l'autre, vient de la concession de l'empereur, qui peut la révoquer. 5.º Le pape ni toute l'Église ensemble, ne peut punir personne, quelque méchant qu'il soit, de peine coactive, si l'empereur ne lui en donne l'autorité. Le pape condamna ces cinq articles comme hérétiques, et *Marsile* comme hérésiarque. *Fleury* remarque, que la condamnation du dernier article tend à la confusion des deux puissances, la spirituelle et la temporelle. Les peines coas- tives appartiennent à la puissance temporelle, que Jésus-Christ n'a point donnée à son Église. Mais il faut prendre garde, qu'en voulant trop resserrer le pouvoir des pontifes, on ne contribue à la détruire. Marsile avoit aussi exercé la médecine.
II. MARSILE DE INGHEX, ainsi nommé du lieu de sa naissance, qui est un bourg dans le duché de Gueltres, fut chanoine et trésorier de Saint-André de Cologne, et fondateur du collège d'Heidelberg. Il mourut dans cette ville, en 1394, après avoir mené une vie extrêmement pénitente. On a de lui, des Commentaires sur le Maître des Sentences, imprimés à Strasbourg, en 1501, in-folio.
MARSILE FICIN, Voyez FICIN et MARCILE.
MARSILLAC, Voy. ROCHE-FOUCAULT, n.° III.
MARSIN, Voy. MARCHIN.
MARSOLLIER, (Jacques) né à Paris, en 1647, d'une bonne famille de robe, prit l'habit de chanoine régulier de Ste-Geneviève. Il fut envoyé à Usez, pour rétablir le bon ordre dans le chapitre de cette ville, pour lors régulier. Marsollier s'y fixe, et en fut ensuite prévôt : dignité dont il se démit en faveur de l'abbé Poucet, depuis évêque d'Angers. On travaillait alors à séculariser la cathédrale d'Usez; mais cette affaire n'ayant pas été terminée dans ce temps-là, Marsollier fut fait archidiacre. Il mourut dans cette ville, le 30 août 1724, à 78 ans, après avoir publié plusieurs Histoires qu'on lit encore avec plaisir. Son style est, en général, assez vif et assez coulant. Quoiqu'il emploie quel- quefois des expressions très-familières et même basses, il est pourtant facile de sentir qu'il cherche l'ornement. Il y a un air trop oratoire dans la plupart de ses discours : extrêmement long dans ses récits, il ne les finit qu'à regret, et y mêle souvent des circonstances minutieuses. Ses digressions sont trop fréquentes et trop prolixes. Ses portraits ont une espèce d'uniformité ennuyeuse, et plus de vérité que de finesse. Il a encore le défaut d'annoncer fréquemment ce qu'il doit dire dans la suite de son Histoire; et ces annonces interrogeant la narration, et enlèvent le plaisir de la surprise. On a de lui : I. L'Histoire du Cardinal XIMENES, 1693, 2 vol. in-12, et réimprimée plusieurs fois depuis. Ce qu'on peut y critiquer, c'est que l'auteur s'attache trop à l'homme public, et ne parle pas assez de l'homme privé. Quoique la guerre des Maures soit un épisode intéressant, le récit en est trop long, et Ximenès n'y avoit pas en assez de part pour occuper si long-temps la plume de l'historien. (Voyez FLÉCHIER.) II. Histoire de HENRI VII, roi d'Angleterre, réimprimée en 1727, en 2 vol. in-12. C'est, suivant quelques critiques, le chef-d'œuvre de l'auteur. III. Histoire de l'Inquisition et de son origine, in-12, 1693. Cet ouvrage, curieux et assez bien traité, et dans lequel l'auteur parle assez librement, a été reproduit depuis quelques années à Paris, avec des augmentations, en 2 vol. in-12. IV. La Vie de St. François de Sales, en 2 vol. in-12. Elle a été réimprimée plusieurs fois, et traduite en italien par l'abbé Salvini. V. La Vie de Madame de
CHANTAL, 2 vol. in-12. VI. La Vie de Dom RANCE, Abbé et Réformateur de la Trappe, 1703, 2 vol. in-12. La vérité n'a pas toujours conduit sa plume, comme Dom Gervaise le prouve dans un Jugement critique, etc., imprimé à Troyes en 1744, in-12. (Voyez II. GERVAISE.) La conduite de l'abbé Marsollier est peinte d'une manière peu avantageuse dans la préface de cet ouvrage. Mais, comme D. Gervaise étoit fort satirique, il ne faut pas prendre à la lettre tout ce qu'il dit. Nous nous contenterons de rapporter le parallèle que les Journalistes de Trévoux firent de la Vie de l'abbé de Rancé par Marsollier, avec celle que M. de Maupeou avoit donnée peu de temps auparavant. « L'un et l'autre auteur, disent-ils, a suivi son caractère. M. Marsollier parroit plus historien; et M. de Maupeou plus orateur. Celui-ci prêche la vie de M. de la Trappe, et celui-là la raconte. L'un insiste sur tous les reproches qu'on a faits au vertueux abbé; l'autre les dissimule ou les enveloppe. M. Marsollier a beaucoup de politesse; M. de Maupeou beaucoup de franchise. Celui-ci prend feu pour son ancien ami; et celui-là narre de sang froid et sans émotion. » VII. Entretiens sur plusieurs devoirs de la Vie civile, in-12, 1715. Sa morale est verbeuse. Le fond de quelques-uns de ces Entretiens est tiré d'Erasme, qui lui avoit servi de modèle. VIII. L'Histoire de Henri de la Tour-d'Auvergne, Duc de Bouillon, en 3 vol. in-12; peu estimée. IX. Une Apologie d'ERASME, in-12, qui souffrit quelques contradictions. L'auteur entreprend d'y prouver la catholicité d'Erasme non par des rai- sonnemens recherchés, mais par des faits et par des passages tirés de ses ouvrages. Bellarmin, Possevin, Salmeron ne vouloient pas qu'on plaçât le théologien de Rotterdam parmi les enfans de l'Eglise. Mais la profession qu'il fit toujours de la religion Catholique, les disputes qu'il soutint pour elle contre les Protestans, les éloges que lui donnèrent les évêques, les cardinaux et les papes même, doivent tempérer, selon le P. Berthier, le jugement désavantageux qu'on seroit quelquefois tenté de porter de lui. C'étoit une tête remplie de problèmes, d'argumens pour et contre les diverses matières de controverse. Il raisonna quelquefois en homme indecis, en docteur qui ménage tous les sentimens. Mais quand il défendit la doctrine de l'Eglise contre Luther, il s'expliqua en théologien très-orthodoxe. X. Histoire de l'origine des Dixmes et autres biens temporels de l'Eglise, Paris, 1689, in-12. C'est le moins commun et le plus curieux de tous les ouvrages de Marsollier. I. MARSY, (Balthasar) sculpteur, de Cambrai, mort en 1674, âgé de 54 ans, étoit frère de Gaspard, aussi sculpteur, mort en 1679, ou, selon quelques-uns, en 1681, âgé de 56 ans. Ces deux savans artistes ont travaillé ensemble au bassin de Latone à Versailles, où cette déesse et ses enfans sont représentés en marbre; et au beau groupe qui étoit placé dans une des niches de la grotte d'Apollon, à Versailles, d'où il a été transporté dans les jardins de ce palais. On voit encore plusieurs autres grands ouvrages qui font honneur à l'habileté et au goût ex- quis de ces deux frères. Les mêmes talens les unirent étroitement, loin d'être, comme c'est l'ordinaire, une occasion de division et de jalousie. Ils étoient l'un et l'autre de l'académie. Leurs ouvrages, les plus parfaits, sont ceux qu'ils ont travaillé ensemble.
II. MARSY, (François-Marie de) né à Paris, entra de bonne heure chez les Jésuites, où il cultiva avec fruit le goût qu'il avoit pour la littérature. A peine avoit-il vingt ans, qu'il donna au public de petits Poèmes latins, qui lui firent un nom dans les collèges de la Société. Obligé de quitter l'habit de Jésuite, il n'abandonna pas la carrière des lettres; mais s'il se fit estimer par quelques ouvrages utiles, il se couvrit d'opprobre par son Analyse de Bayle, qu'il publia, en 1754, en 4 volum. in-12, et qu'on a depuis réimprimée en Hollande avec une suite de 4 autres vol. Cette compilation des ordures et des impiétés répandues dans les ouvrages du philosophe Protestant, fut proscrite par le parlement de Paris, et l'auteur enfermé à la Bastille. Dès qu'il eut obtenu sa liberté, il continua l'Histoire moderne, dont il avoit déjà publié plusieurs volumes. Il travailloit au 12e lorsqu'une mort précipitée l'enleva, en décembre 1763. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, on a de lui: I. L'Histoire de Marie Stuart, 1742, 3 vol. in-12. M. Fréron travailla avec lui à cet ouvrage élégant, et qui est en général exact et impartial. II. Mémoires de Melvill, traduits de l'anglois, 1745, 3 vol. in-12. (Voy. MELVILL.) Cette traduction paroît faite avec soin. III. Dictionnaire abrégé de Peinture et d'Architecture, 2 vol. in-12; assez bien fait. IV. Le Rabelais moderne, ou les Œuvres de Rabelais, mises à la portée de la plupart des lecteurs, 1752, 8 vol. in-12. Dès que l'abbé de Marsy vouloit réformer Rabelais, il ne falloit pas tant de volumes pour des turloupinades. Toutes ses corrections consistent à avoir abrégé ou supprimé les endroits obscurs de son auteur. Il a aussi ajouté quelques mots plus intelligibles dans le texte, et corrigé un peu l'orthographe. Ce qu'il auroit fallu changer ou adoucir, étoient les obscénités, les allusions indécentes; mais l'abréviateur de Bayle ne vouloit pas faire de pareils sacrifices. « Quel dommage, dit Clément de Genève, qu'un élève de Virgile ait été chercher quelques paillettes d'or dans ce tas d'ordures ! » V. Le Prince, traduit de Fra-Paolo, 1751, in-12. VI. L'Histoire moderne, pour servir de suite à l'Histoire ancienne de M. Rollin, en 26 vol. in-12. Cette Histoire est écrite avec ordre, mais avec peu d'élégance. Le continuateur de l'abbé de Marsy s'est quelquefois écarté de son plan. Il écrit avec moins de précision; mais ses recherches, sur-tout dans ce qui regarde la Russie et l'Amérique, sont plus approfondies. Au reste, le livre de l'abbé de Marsy est moins une Histoire, qu'une description géographique et historique. VII. Pictura, 1756, in-12. M. Clément de Dijon, qui a comparé ce Poème à celui de Dufresnoy, donne la préférence à celui-ci. « L'abbé de Marsy, dit ce judicieux critique, a su rendre la lecture moins difficile, en écartant les préceptes qui tiennent à l'art mécanique de la pein- ture. Otez-en deux ou trois endroits qui regardent particulièrement cet art, le reste peut s'appliquer également à la poésie. Il a fait une galerie de tableaux; mais il n'a pas fait de Poème proprement. Aussi l'Art de peindre de Dufresnoy, malgré sa sécheresse, est-il un ouvrage plus original, plus dans le genre de la poésie didactique. Son style est aussi plus convenable à ce genre. Il manque quelquefois de grace et de souplesse; mais il est sain, précis, sobrement poétique; il fait penser. Celui de l'abbé de Marsy est chargé d'ornemens ambitieux. Son élégance est trop pompeuse; ses fleurs trop recherchées; il ne vous laisse guère que des mots dans la tête. Le style de Dufresnoy est à lui: il s'est formé sur Lucrèce et sur Horace; mais il ne les met pas à contribution. L'abbé de Marsy a le style de tous les poètes latins de collège; ce sont des membres pris çà et là dans Virgile, dans Ovide: voilà pourquoi il a préféré les descriptions et les tableaux, au raisonnement et à la critique. Avec les secours des anciens poètes, il est facile de faire des images dans leur langue; mais, pour raisonner et pour donner des leçons de goût, il faut se renfermer plus en soi-même, et tirer davantage de son propre fonds; puisqu'il n'y a qu'Horace qui ait écrit en vers sur ces matières, et qu'il n'est pas facile de prendre la manière simple et aisée d'Horace. Le Poème de l'abbé de Marsy ne peut donc plaire qu'aux jeunes gens, qui font comme lui des vers, sans songer dans quel genre ils travaillent; qui courent après les tirades, mais qui ne recherchent point l'ensemble d'un ouvrage; qui effleurent tout, et n'ont rien à eux. Si le Poème de Dufresnoy est lu de peu de gens, au moins sera-t-il étudié avec fruit de ce petit nombre d'artistes et de connoisseurs: il leur laissera dans l'esprit des réflexions utiles. Mais le Poème de l'abbé de Marsy ne sera goûté que par des lecteurs très-superficiels, et ne peut être utile à personne. Si vous voulez entrer un peu dans le détail de son Poème, vous verrez qu'il n'a pas de marche à lui; point d'idées neuves, rien qui lui appartienne et qui lui soit propre. » Cette critique est motivée; mais elle a paru sévère à plusieurs égards; et si les peintres étudient avec plus de fruit le Poème de Dufresnoy, les amateurs des Muses latines lisent avec plus de plaisir celui de l'abbé de Marsy, dont plusieurs tableaux sont d'un coloris brillant et respirent les graces. On a encore de cet ex-Jésuite un Poème latin sur la Tragédie.
MARSYAS, (Mythol.) né en Phrygie, excelloit à jouer de la flûte; il mit le premier en chant les Hymnes consacrées aux Dieux. Étant arrivé à Nysa avec Cybèle, dont il étoit aimé, il osa disputer à Apollon le prix de l'harmonie. Son orgueil lui fut fatal, et faillit l'être aussi à son frère Babys. En vain il déploya toutes les ressources de son art à emboucher son instrument. Apollon, ayant marié avec grace sa voix mélodieuse aux sons de sa lyre, enleva tous les suffrages, hormis celui de MIDAS: (Voyez ce mot.) Le vainqueur indigné fit attacher ce rival téméraire à un chêne, où il fut écorché vif. Le Dieu le changea ensuite en 78 MAR un fleuve de Phrygie, qui porte le nom de *Marsyas*, selon la Fable.
MARTEL, *Voy. CHARLES*, n.º XXI. I. MARTEL, (François) chirurgien de *Henri IV*, vers l'an 1590. Il étoit à sa suite dans les guerres du Dauphiné, de Savoie, du Languedoc et de Normandie. Il sauva la vie de ce prince à la Mothe-Frelon. *Henri* avoit secouru une place de son parti, appelée la Ganache, que ses ennemis assiégeoient. Il essuya tant de fatigues, que le soir il eut une forte douleur de côté, accompagnée d'une fièvre violente, qui rendoient sa respiration difficile. *Martel* sut le saigner à propos, et le septième jour il n'avoit plus de fièvre. Cette guérison lui attira la confiance de *Henri IV*, dont il devint le premier chirurgien. *François Martel* est auteur de l'*Apologie pour les Chirurgies*, contre ceux qui publient qu'ils ne doivent se mêler de remettre les os rompus et démis. Dans cet ouvrage, il rapporte plusieurs guérisons qu'il avoit faites à la cour, sous les yeux des médecins et chirurgiens que le roi avoit nommés pour examiner son habileté. Il a encore écrit des *Paradoxes sur la pratique de Chirurgie*, où l'on trouve beaucoup de choses que les chirurgiens modernes ont introduites dans leur art, comme les pansemens à froid, l'abus des sutures, les bandages, etc. Ses *Œuvres* sont imprimées avec la *Chirurgie de Philippe de Flasselle*, médecin, à Paris, chez *P. Trichard*, in-12, 1635.
II. MARTEL, (Gabriel) Jésuite, né au Puy en Velay, le 14 avril 1680, remplit avec succès les différens emplois de sa compagnie, jusqu'à sa mort, arrivée le 14 février 1635. Il est connu par un ouvrage, intitulé : *Le Chrétien dirigé dans les exercices d'une Retraite spirituelle*, 2 vol. in-12. Ce livre a été réimprimé en 1764, avec des augmentations considerables. On a encore de lui : *Exercice de la préparation à la Mort*, 1725, in-12.
MARTELIÈRE, (Pierre de la) célèbre avocat au parlement de Paris, et ensuite conseiller d'état, étoit fils du lieutenant général au bailliage du Perche, et mourut en 1631. Il eut une grande réputation dans le barreau, et y parut avec éclat, sur-tout dans la cause de l'université de Paris contre les Jésuites qui sollicitoient leur rétablissement. Après ce que les *Pasquier* et les *Arnaud* avoient dit contre la Société, il sembloit que la satire devoit être épuisée; mais la *Martelière* montra qu'ils avoient été réservés. Il appelle les Jésuites *Faux*, *Ambitieux*, *Politiques*, *Vindicatifs*, *Assassins des Rois*, *Corrupteurs de la Morale*; *Perturbateurs des États de Venise*, *d'Angleterre*, *de Suisse*, *de Hongrie*, *de Transilvanie*, *de Pologne*, *de l'Univers entier*. Il les peint tous comme des *Châtel* et des *Barrière*, portant le flambeau de la discorde depuis trente ans dans la France, et y allumant un feu qui ne devoit jamais s'éteindre. Son *Plaidoyer*, extrêmement applaudi au barreau, le fut également à l'impression, lorsqu'il vit le jour, en 1612, in-4.º On le mit à côté des *Philippiques de Démosthènes* et des *Catilinaires* de Cicéron; mais il n'est comparable aux ouvrages de ces grands hommes que pour l'emportement. C'est un amas de toutes les figures de la rhétorique, rassemblées sans beaucoup de choix; avec tous les traits de l'Histoire ancienne et moderne que sa mémoire put lui fournir. Les accusations qu'il intente contre les Jésuites, sont pour la plupart sans preuves; et, eût-il été en état de les prouver, son esprit de satire et de déclamation lui auroit fait perdre toute confiance. I. MARTELLI, (Louis) poète Italien, né à Florence, vers 1500, mort à Salerne dans le royaume de Naples, en 1527, âgé de 28 ans, fit des vers sérieux et bouffons. Les premiers furent imprimés à Florence, 1548, in-8°. Les autres se trouvent dans le second tome des Poésies à la Berniesque. Cet auteur fut compté parmi les princes du théâtre Italien. Sa Tragédie de Tullia est fameuse parmi ses compatriotes. On la trouve dans le Recueil de ses vers, de l'édition de Florence. — Vincent MARTELLI, son frère, se fit aussi connoître par le talent de la versification. En 1607, on publie à Florence, in-8°, le recueil de ses Lettres et de ses Poésies italiennes.
II. MARTELLI, (Hugolin) de Florence, fut amoué en France par la reine Catherine de Médicis, et nommé, en 1672, évêque de Glandèves. On a de lui: I. De anni integrà in integrum restitutione, Florence, 1578. II. Sacrorum temporum assertio. III. La Chiave del Calendario Gregoriano.
III. MARTELLI, ou MARTELLO, (Pierre-Jacques) secrétaire du sénat de Bologne et professeur en belles-lettres dans l'université de cette ville, mort en 1729, a écrit en vers et en prose avec un très-grand succès. Ses Versi e Prose ont été recueillis en 7 vol. in-8°, et imprimés à Rome, en 1729. Ce recueil renferme diverses Tragédies, qui furent jouées avec applaudissement, et quelques Romans. Martelli est placé par le marquis Maffi dans la classe des meilleurs poètes Italiens. M. Marin a donné, dans sa Fleur d'Agathon, une traduction ou imitation d'une petite Pastorale, insérée dans l'Euripide lacerato de Martelli.
MARTENNE, (Edmond) Bénédictin de Saint-Maur, né en 1654, à Saint-Jean-de-Laune au diocèse de Langres, se signala dans sa congrégation par des vertus éminentes et par des recherches laborieuses. La vaste étendue de ses connaissances n'ôta rien à la simplicité de ses mœurs, et son amour pour l'étude ne ralentit point son assiduité aux offices et aux autres exercices claustraux. Une attaque subite d'apoplexie l'enleva à la république des lettres, le 20 juin 1739, à 85 ans. La recherche des moumens ecclésiastiques, avoit été l'objet de presque toutes ses études. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages, aussi savans qu'exacts. Les principaux sont: I. Un Commentaire latin sur la Règle de Saint-Benoit: in-4°, Paris, 1690. C'est une compilation, mais elle est bien faite; et c'est en partie dans ce livre que Dom Calmet a puisé le sien sur la même matière. Dom Mar- tenne a inséré dans le corps de l'ouvrage plusieurs savantes Dissertations, sur l'usage de la vojaille, sur la juste mesure de l'Héminé, sur le travail des mains, sur les études monastiques. Il y réfute le réformateur de la Trappe. II. Un Traité De antiquis Monachorum ritibus, 2 vol. in-4°, à Lyon, 1690; et 1738, in-fol. Quoique ce livre paroisse se borner aux usages monastiques, on y trouve une infinité de choses qui peuvent servir à l'intelligence des anciens historiens ecclésiastiques, et même des historiens profanes. III. Un autre Traité sur les anciens Rits Ecclésiastiques touchant les Sacremens, en latin, 3 vol. in-4°, Rheims, 1700 et 1701. Il y a un tome 6°, publié en 1706; et le tout fut réimprimé à Milan, en 1736, 3 vol. in-folio. Ce livre ne se borne pas au détail et à l'histoire des cérémonies observées dans les Sacremens. Les théologiens trouveront encore avec plaisir plusieurs éclaircissemens relatifs au dogme, et qui servent à l'établir et à le défendre. IV. Un Traité latin sur la discipline de l'Eglise dans la célébration des Offices divins, Lyon, 1706, in-4.° V. Un Recueil d'Ecrivains et de Monumens Ecclésiastiques, qui peut servir de continuation au Spicilège du P. d'Achery. Il parut en 1717, sous ce titre : Thesaurus novus Anecdotorum, cinq vol. in-folio. VI. Voyages Litteraires, Paris, 1717 et 1724, en 2 vol. in-4.° VII. Veterum Scriptorum... amplissima Collectio, Paris, 9 vol. in-folio, etc. Tous ses ouvrages sont des trésors d'érudition. L'auteur y ramasse avec beaucoup de soin tout ce que des recherches laborieuses et une lecture immense ont pu lui pro- curer; mais il se borne à recueillir, et il ne se pique pas d'orner ce qu'il écrit. Il a laissé en manuscrit des Mémoires pour servir à l'Histoire de sa congrégation; et il avoit publié, en 1897, in-8°, la Vie de Dom Claude Martin, son confrère, où il entre dans des détails qu'on pourroit trouver puérils. Il y a cependant quelques particularités curieuses sur l'édition de saint Augustin.
MARTENS, Voyez MARTIN, n.° IX.
MARTHE, sœur de Lazare et de Marie. C'étoit elle qui recevait ordinairement N. S. Jésus-Christ dans son château de Béthanie. Un jour qu'elle se donnoit bien de la peine pour lui préparer à manger, elle fut jalouse de ce que sa sœur étoit aux pieds de N. S. et n'étoit occupée qu'à l'écouter, au lieu de la seconder dans son travail. Marthe s'en plaignit au Sauveur, qui lui répondit, « qu'elle avoit tort de s'inquiéter; que Marie avoit choisi la meilleure part. » Les anciens auteurs Grecs et Latins ont toujours cru qu'elle mourut à Jérusalem avec son frère et sa sœur, et qu'ils y furent enterrés. Ce n'est qu'au 10e siècle qu'on imagina le roman de leur arrivée en Provence. On prétendit, qu'après la mort de Jésus, Marthe, Marie et Lazare furent exposés dans un vaisseau sans voiles, qui aborda heureusement à Marseille dont Lazare fut évêque: que Marthe se retira près du Rhône, dans un lieu où est présentement la ville de Tarascon; et qu'enfin Magdeleine, que l'on confondoit avec Marie, passa le reste de ses jours dans un désert appelé aujourd'hui Saints-Baume. Sainte-Baume. Mais rien n'est plus apocryphe. Il n'est plus permis de le croire, qu'à ceux qui gardent les prétendues reliques de la Magdeleine.
MARTHE. (Scevole de Sainte-) Voyez SAINTE-MARTHE. I. MARTIA, fille de Caton l'Ancien, étoit une dame très-vertueuse. Quelqu'un lui demandoit un jour, pourquoi étant veuve et jeune, elle ne se remarioit pas ? C'est, dit-elle, parce que je ne trouve point d'homme qui m'aime plus que mon bien.
II. MARTIA, étoit femme de Caton d'Utique qui la céda à Hortensius, quoiqu'il en eût plusieurs enfans ; et la reprit après la mort de son ami, qui arriva vers le commencement de la guerre civile. Les ennemis de Caton lui reprochèrent d'avoir renvoyé sa femme pauvre et sans bien, pour la reprendre lorsqu'elle seroit enrichie par le testament de son second mari.
III. MARTIA, dame Romaine, femme d'un certain Fulvius favori d'Auguste. Son mari étant venu lui dire qu'il avoit encouru la disgrace de l'empereur, pour avoir laissé transpirer un secret important, et qu'il étoit résolu de se donner la mort : Tu as raison, lui répondit-elle, puisqu'ayant éprouvé souvent l'intempérance de ma langue, tu t'es confié à moi ; mais je dois mourir la première : et à l'instant même elle se poignarda. Les femmes de nos jours seroient, à coup sûr, plus discrètes, si elles étoient obligées de racheter leur indiscrétion au même prix que fit Martia.
MARTIA, Voyez COMMODE. I. MARTIAL, (Marc-Valère) de Biblis, aujourd'hui Bubiera, dans le royaume d'Aragon en Espagne, vint à Rome, à l'âge de vingt ans, et y eut tout le succès qu'un esprit satirique peut avoir dans une grande ville, livrée à l'oisiveté et à la malignité. Il y demeura trente-cinq ans sous le règne de Gallia et des empereurs suivans, qui lui donnèrent des marques d'amitié et d'estime. Domitica la créa tribun ; Martial fit un Dieu de cet empereur pendant sa vie, et le traita comme un monstre après sa mort. On trouve une de ses épigrammes dans les notes d'un ancien interprète de Juvenal, où il efface d'un trait de plume tout ce qu'il en avoit dit de bien. Flav'a gens quandam eût tertius abstalit hares, Fæ: l'uit tant non heluitse duos. Trajaa, ennemi des satiriques, ne lui ayant pas témoigné les mêmes bontés, il se retira dans son pays. Passant de Rome, le centre des arts, à une petite ville sans goût et sans génie, il n'y trouva que de l'ennui, des jaloux et des censeurs. Plina le Jeune qu'il avoit célébré dans ses vers, lui donna une somme d'argent lorsqu'il quitta la capitale de l'empire. Martial avoit besoin de ce recours ; il étoit peu riche. Ce poète mourut vers l'an 100 de J. C. Il est principalement connu par ses Epigrammes, dont il a dit lui-même avec raison : Sunt bona, sunt quadam mediocria, sunt mala plura. 82 MAR Par un faux goût, suite de la décadence des belles-lettres, il chercha dans le contraste des mots de quoi faire une pointe. Cette chute à laquelle on ne s'attend pas, et qui présente un sens double à l'esprit, fait toute la finesse de ses saillies. Quelques anciens l'ont appelé un *Sophisme agréable*, et nos gens de goût modernes lui ont donné le nom de *Jeux de mots*. C'est l'ornement de la plupart de ses *Épigrammes*. (*Voyez FANNIUS*. — TYRON. — SILLUS.) On en trouve quelques-unes, mais en plus petit nombre, pleines de graces et d'esprit, et assaisonnées d'un sel véritablement attique. L'auteur n'y respecte pas toujours la pudeur, et en peignant des mœurs vicieuses, il peut enseigner le vice aux jeunes gens. M. Fréron a fait un parallèle de ce poète avec *Catulle*, dont le lecteur nous saura gré d'avoir orné cet article. « *MARTIAL*, dit ce critique, se sert, avec une affectation coutume, de mots extraordinaires et recherchés. Il faut plus d'étude et de mystère pour l'entendre lui seul, que pour expliquer tous les poètes du siècle d'*Auguste*. *CATULLE* excelle dans le même genre (de l'*Épigramme*): il a du sentiment, de la finesse, de l'aménité. Son ouvrage n'est pas considérable; mais il est exquis, élégant, varié: c'est la nature qui lui dicte des vers; il a de l'âme et du goût. *MARTIAL* n'a que de l'esprit et de l'art. En un mot, *MARTIAL* seroit peut-être plus admiré dans notre siècle, où règne le bel esprit; *CATULLE* auroit été plus applaudi sous *Louis XIV*, où régnoit le génie. » (*Voyez NAVAGERO*.) Les meilleures éditions des quatorze livres d'*Épigrammes de Martial*; sont: Celle de Venise par *Vendelia* de Spire, 1470, in-folio; celle cum *notis Variorum*, Leyde, 1670, in-8°; celle *ad usum Delphini*, 1680, in-4°; celle d'Amsterdam, 1701, in-8°. L'abbé le *Mascrier* en donna une élégante en 1754, in-12, 2 vol., chez *Coustelier*, avec plusieurs corrections. On attribue divers ouvrages à *Martial*, qui ne sont pas de lui. L'abbé de *Marolles* a traduit ses *Épigrammes* en deux vol. in-8°; et comme il a rendu cet auteur fort platement, *Ménage* appeloit cette version, des *Épigrammes contre Martial*... *Voyez* PONÇOL.
II. MARTIAL, (Saint) évêque et apôtre de Limoges sous l'empire de *Dèce*, est plus connu par la tradition que par les anciens historiens. On lui attribue deux *Épîtres*, qui ne sont pas de lui.
III. MARTIAL D'AUVERGNE, (c'étoit son nom de famille) fut procureur au parlement et notaire au châtelet de Paris sa patrie. Il mourut en 1508, regardé comme un des hommes les plus aimables et des esprits les plus faciles de son siècle. Ses ouvrages sont: I. Les *Arrêts d'Amour*; les poètes Provençaux lui en avoient fourni le modèle. Ce sont des pièces badines, assez ingénieuses, dont le principal mérite est une grande naïveté. *Benoit de Court*, savant jurisconsulte, a commenté fort sérieusement ses badinages. Il étale une très-grande érudition dans son Commentaire, où il développe fort bien plusieurs questions de droit civil, que l'on ne seroit pas tenté d'y aller chercher. Cependant quelques-uns des ar- rêts de *Martial d'Auvergne* au- roient fourriaux oracles du bar- reau, de quoi parler longuement. Son trentième arrêt, par exem- ple, est de ce nombre. Il est ainsi intitulé : « Un ami se plaint de ce que, pour servir à sa dame, il a tout despendu ; laquelle, depuis, n'a tenu compte de lui, concluant à ce qu'elle fût con- damné à l'entretenir comme de- vant. » Ce *Commentaire*, avec les *Arrêts*, fut imprimé chez *Gryphe*, à Lyon, in-4°, 1533; in-8°, à Rouen, 1587; et en Hollande, 1731, in-12. Ces *Arrêts*, au nombre de cinquante- trois, sont écrits en prose, au commencement près qui est en vers, ainsi que la fin. Voici un échantillon de sa poésie : Environ la fin de Septembre Que faillent violentes et flours, Je me trouvai en la grand-chambre Du noble parlement d'Amours. Pluieurs amans et amoureux Ille vinrent de divers lieux, Qui lesdit Arrêts écoutent, Donc leurs cœurs étoient tant ravis Qu'ils ne savoient où ils étoient. Les uns de paour seroient leurs dents ; Les autres, émus et ardens, Tremblans comme la feuille en l'arbre. Nul n'est si sage, ne parfait, Que, quand il oir son jugement, Il ne soit à moitié deffait Et troublé à l'entendement.
II. Un *Poème historique* de *Charles VII*, en six ou sept mille vers de différentes mesures, sous le titre de *Vigiles de la mort du Roi*, etc., Paris, 1493, in-fol. L'auteur lui a donné la forme de l'Office de l'Eglise, que l'on nomme *Vigiles*. Au lieu de Pseumines, ce sont des récits historiques, dans lesquels le poète raconte les malheurs et les glorieux exploits de son hé- ros. Les Leçons sont des com- plaintes sur la mort du roi. Le cœur du poète parle dans tous ses récits avec beaucoup de naï- veté. Il se me sur sa route des portraits fidelles, mais grossiers; des peintures énergiques, mais basses, de tous les états qu'il passe en revue; des maximes solides, qui respirent l'amour de la vertu et la haine du vice. Il y a de l'invention et du juge- ment dans le poème; mais peu d'exactitude dans la versification. III. *L'Amant rendu Cordelier de l'Observance d'Amour*, Poème de deux cent trente-quatre stro- phes, in-16. C'est un tableau des extravagances où jette la passion de l'amour. La scène se passe dans un couvent de Cor- deliers, où l'auteur est trans- porté en songe. IV. *Dévotes Louanges à la Vierge Marie*, in-8° : Poème historique de la vie de la *Ste Vierge*, rempli de fables pienses que le peuple adop- toit alors, et qui n'est qu'une légende mal versifiée. Les *Poé- sies* de *Martial d'Auvergne* ont été réimprimées à Paris, chez *Constellier*, en deux volumes in-8°, 1724.
MARTIANAY, (Jean) né à Saint-Sever-Cap, au diocèse d'Aires, en 1647, entra dans la congrégation de Saint-Maur. Il s'y distingua par son appli- cation à l'étude du grec et de l'hébreu; il s'attacha sur-tout à la critique de l'Écriture-Sainte, et ne cessa de travailler jusqu'à sa mort, arrivée à Saint-Ges- main-des-Prés, le 16 juillet 1717, à 70 ans. Quoiqu'occupé à repousser les traits des cri- 34 MAR tiques qu'il s'étoit faits, et tour- menté de la pierre, il ne laissa pas d'écrire beaucoup. Il possé- doit l'Écriture — Sainte dans la perfection. Sa conversation étoit honnête, et la douceur étoit peinte sur sa figure. Il n'en étoit pas moins mordant; et, « il reprenoit les autres avec une liberté qui n'étoit pas toujours réglée par la discrétion, n'é- pargnant pas même ses confrères les plus respectables. On peut voir comment il les traite dans ses Prolégomènes sur la Biblio- thèque divine de St. Jérôme. » (HISTORIE littéraire de la Con- grégation de Saint-Maur, page 383.) Quelques savans ne furent pas en reste avec lui. Richard Simon le railla assez platement sur le surnom de Dom, et sur son nom de Martianay, dérivé de Martin: nom qu'on donne quelquefois aux ânes: Cem vous te Domn, noil tibi, Marce, placere; Sic asinum semper, Domne, saluto meum. On a de Dom Martianay: I. Une nouvelle édition de St. Jérôme avec le P. Pouget, en cinq vol. in-folio, dont le premier parut en 1693, et le dernier en 1706. Cette édition offre des prolégo- mènes savans; mais elle n'est ni aussi méthodique, ni aussi bien exécutée que celle de plusieurs an- tres Pères, donnée par quelques- uns de ses confrères. Elle est d'une censeurs parmi les Protestans et parmi les Catholiques. Simon et le Clerc la critiquèrent avec vi- vacité, et souvent avec justesse. On lui reprocha principalement, de n'avoir pas orné son texte de notes grammata- ales et théologi- ques, et d'avoir distribué dans un ordre embarrassant les Lettres de St. Jérôme, qu'il mêle tantôt avec ses Commentaires, tantôt avec ses ouvrages polémiques. Le style de ses Préfaces, de ses Prolégomènes et de ses Notes, n'est pas assez naturel. Il y fait des applications forcées et même indécentes de l'Écriture-Sainte. Il dit, en parlant d'une de ses maladies qui l'avoit réduit à l'ex- trémité, que le Seigneur avoit semblé lui dire, comme au La- zare: MARTIANE, PENT FORAS... De telles applications ne peuvent partir que d'une imagination ar- dente: celle du P. Martianay l'é- toit. Il sembloit (dit Dom de la Vieille, dans sa Bibliothèque des Auteurs de la Congrégation de Saint-Maur,) avoir hérité du zèle qu'avoit St. Jérôme pour la religion, de sa vivacité à dé- fendre ses sentimens, et du mé- pris qu'il témoignoit pour ceux qui ne les adoptoient pas. Il La Vie de St. Jérôme, 1706, in-4. L'auteur l'a tirée des propres écrits du Saint; aussi est-elle un tableau assez fidelle. « En la lisant (disent les Journalistes de Trévoix), on a le plaisir de voir que c'est St. Jérôme lui- même qui fait le récit de sa vie. Car ce qu'il en a marqué en dif- férens endroits de ses ouvrages, est ici rapporté et placé si à propos, qu'il semble que le Père Martianay lui a laissé toute la narration, et ne lui a prêté que l'ordre et l'arrangement. » Il tâche de justifier ce père de l'Église du reproche d'avoir été trop vif et trop causique, et il donne un précis exact de sa doctrine. III. Deux Écrits en françois, 1699 et 1693, 2 vol. in-12, dans lesquels il défend contre le P. Fezon, Bernardin, l'auto- rité de la chronologie du texte hébreu de la Bible. Ils sont sa- vans, mais mal écrits. (Voyes PERRON.) IV. Vie de Magdeleine du Saint-Sacrement, Carmélite, 1714, in-12. V. Un Commentaire manuscrit sur l'Écriture-Sainte. Ce savant auteur se proposait d'y expliquer le texte sacré par lui-même; mais il n'eut pas le temps d'achever cet ouvrage utile.
MARTIEN, Voy. MARCIEN.
MARTIGNAC. (Étienne Algai, sieur de) commença, vers l'an 1620, à donner en françois diverses Traductions en prose de quelques poètes Latins. Elles sont meilleures que celles qu'on avoit publiées avant lui sur les mêmes auteurs; mais elles sont fort au-dessous de celles qui ont vu le jour après lui. Il a traduit : I. Les trois Comédies de Térence, auxquelles les Solitaires de Port-Royal n'avoient pas voulu toucher. II. Horace. III. l'erse et Juvenal. IV. Virgile. V. Ovide tout entier, en 9 vol. in-12. Ces versions sont en général fidelles, exactes et claires; mais elles manquent d'élégance et de correction. L'auteur a soin, dans ses notes, de faire accorder l'ancienne géographie avec la moderne. On a aussi de lui, une Traduction de l'Imitation de Jésus-Christ. Il avoit commencé celle de la Bible. Son dernier ouvrage fut la Vie des Archevêques et derniers Evêques de Paris, du XVIIe siècle, in-4. Ce laborieux écrivain mourut en 1698, âgé de 70 ans. Martignac avoit été l'un des confidens de Jean-Baptiste Gaston, duc d'Orléans; et ce fut lui qui rédigea les Mémoires in-12 de ce prince, qui s'étendent depuis 1608, jusqu'à la fin de janvier 1636. 85. I. MARTIN, (St.) né vers 316, à Sabarie dans la Pannonie, [à présent Stain dans la basse Hongrie] d'un tribun militaire, fut forcé de porter les armes, quoiqu'il eût beaucoup de goût pour la solitude. Il donna l'exemple de toutes les vertus, dans une profession qui est ordinairement l'asile des vices. Il coupa son habit en deux, pour couvrir un pauvre qu'il rencontra à la porte d'Amiens. On prétend que JÉSUS-CHRIST se montra à lui, la nuit suivante, revêtu de cette moitié d'habit. Martin étoit alors catéchumène; il reçut bientôt après le baptême, et renonça à la milice séculière, pour entrer dans la milice ecclésiastique. Après avoir passé plusieurs années dans la retraite, St. Hilaire, évêque de Poitiers, lui conféra l'ordre d'exorciste. De retour en Pannonie, il convertit sa mère, et s'opposa avec zèle aux Ariens qui dominoient dans l'Illyrie. Fouetté publiquement pour avoir rendu témoignage à la divinité de JÉSUS-CHRIST, il montra, au milieu de son supplice, la constance des premiers martyrs. Cet illustre confesseur de la foi, ayant appris que St. Hilaire étoit revenu de son exil, alla s'établir près de Poitiers. Il y rassembla un nombre de religieux, qui se mirent sous sa conduite. Ses vertus éclatant de plus en plus, on l'arracha à sa solitude en 374. Il fut ordonné évêque de Tours, avec applaudissement général du clergé et du peuple. Sa nouvelle dignité ne changea point sa manière de vivre. Au zèle et à la charité d'un évêque, il joignit l'humilité et la pauvreté d'un anachorète. Pour vivre moins avec le monde, il bâtit auprès de la ville, entre 86 MAR la Loire et une roche escarpée, le célèbre monastère de Marmoutier, qui subsiste encore, et que l'on croit être la plus ancienne abbaye de France. *S. Martin* y rassembla 80 moines, qui retraçoient dans leur vie celle des Solitaires de la Thébaïde. Après avoir converti tout son diocèse, il fut l'apôtre de toutes les Gaules; il distipa l'incrédulité des Gentils, détruisit les temples des Idoles, et confirma ses prédications par des miracles sans nombre : les élémens lui obéissoient comme au Dieu de la nature. L'empereur *Valentinien*, étant venu dans les Gaules, le reçut avec honneur. Le tyran *Maxime*, qui, après s'être révolté contre l'empereur *Grattien*, s'étoit emparé des Gaules, de l'Angleterre et de l'Espagne, l'accueillit d'une manière non moins distinguée. Le saint évêque se rendit auprès de lui à Trèves, vers l'an 383, pour en obtenir quelques graces. *Maxime* le fit manger à sa table, avec les plus illustres personnes de sa cour, et le fit asseoir à sa droite. Quand on donna à boire, l'officier présenta la coupe à *Maxime*, qui la fit donner à *Martin* pour la recevoir ensuite de sa main; mais l'illustre prélat la donna au prêtre qui l'avoit accompagné à la cour. Cette sainte hardiesse, loin de déplaire à l'empereur, obtint son suffrage et celui des courtisans. *Martin*, ememi des hérétiques, mais ami des hommes, profita de son crédit auprès de ce prince, pour empêcher qu'on ne condamnât à mort les Priscillianistes, poursuivis par *Ithace*, et *Idace* évêque d'Espagne. L'évêque de Tours ne voulut pas communiquer avec des hommes qui se faisoient une religion de répandre le sang humain, et obtint la vie de ceux dont ils avoient demandé la mort. Revenu à Tours, il s'y prépara à aller jouir de la récompense de ses travaux. Il mourut à Caudes, le 8 novembre 397, selon les uns, et le 11 novembre de l'an 400, suivant d'autres. On a conservé, sous son nom, une *Profession de foi* touchant le mystère de la Sainte-Trinité. *Saint Martin* est le premier des saints confesseurs, auxquels l'Eglise Latine a rendu un culte public. *Sulpice-Sévère* son disciple, et *Fortunat*, ont écrit sa *Vie* : on ne peut conseiller une meilleure lecture aux prêtres et aux évêques. On y trouve la pureté et l'élégance du latin d'*Auguste*, réunies à la fidélité de l'histoire et à l'édification des vertus chrétiennes. *Paulin* de Périgueux et *Fortunat* de Poitiers, ont donné en vers, d'après *Sulpice-Sévère*, la *Vie* de *St. Martin*; mais ils ont défiguré par une poésie un peu agreste, la belle prose de l'auteur qu'ils copioient. *Nicolas Gervais* a aussi donné une *Vie* de ce Saint, pleine de recherches; Tours, 1699, in-4.⁹ La tradition d'Amiens est que *saint Martin* exerça l'acte de charité qui l'a rendu si célèbre, proche d'une ancienne porte de la ville, dont on voit des restes auprès des Célestins. On y a inscrit ces deux vers, plus propres à faire honneur au Saint qu'au poète : *Hic quondam vestem Martinus dimi- diavit,* *Ut faceremus idem, nobis exemplifi- cavit.* *St. Martin*, prenant la coupe des mains de l'empereur *Maxime*, est devenu le patron des hu- veurs. Sa fête, placée au mo- ment de la récolte du vin, fut long-temps célébrée en France par des danses et des repas; aussi appeloit-on, dans l'ancien langage, *martiner*, pour dire boire plus que de raison, et l'ivresse, *le mal St. Martin*; et un poète ancien se justifie d'avoir fait longue la syllabe *bi* dans le mot *bibere*, par ce vers: *Bibere Martinus non sluit este breve.*
II. MARTIN Ier, (St.) de Todi dans le duché de Spolète, pape après *Théodore*, le 5 juillet 649, mérita la chaire pontificale par ses vertus et ses lumières. Il tint un nombreux concile à Rome, dans lequel il condamna l'hérésie des Monothélites, avec l'Ecthèse d'*Héraclus* et le Type de *Constant II*. Ce fut la cause de sa disgrace auprès de ce dernier prince. Après qu'on eut vainement tenté de l'assassiner, on l'enleva scandaleusement du milieu de Rome pour le conduire à Constantinople: *Martin* y essaya la prison, les fers, la calomnie et toutes sortes d'outrages. *Constant* l'exila ensuite dans la Chersonèse, où le saint pape mourut dans les souffrances, le 16 septembre 655, après plus de deux ans de captivité et six de pontificat. On a de lui, dix-huit *Epitres* dans la Bibliothèque des Pères, et dans l'édition des Conciles de *Labbe*.
III. MARTIN II ou MARIN Ier, archidiacre de l'Eglise Romaine, trois fois légat à Constantinople pour l'affaire de *Photius*, occupa le saint siège après le pape *Jean VIII*, en 882. Il condamna *Photius*, rétablit *Formose* dans son siège de Porto, et mourut en février 884, avec la réputation d'un homme pieux et éclairé.
IV. MARTIN III ou MARIN II, Romain de naissance, successeur du pape *Etienne VIII*, en 942, mourut, le 4 août 946, après avoir signalé son zèle et sa piété dans la réparation des églises et le soulagement des pauvres. V. MARTIN IV, appelé *Simon de Brian*, et non de *Brie*, né au château de Montpencien dans la Touraine, d'une famille illustre, fut successivement garde des sceaux du roi *St. Louis*, cardinal, et enfin pape le 22 février 1281, après la mort de *Nicolas III*. Il avoit été chanoine et trésorier de l'église de Saint-Martin de Tours: ce qui l'engagea à prendre le nom de *Martin*, en l'honneur de ce Saint. Il résista à son élection, jusqu'à faire déchirer son manteau, quand on voulut le revêtir de celui de pape. Il fut élu ensuite sénateur de Rome, et il est étrange qu'il acceptât cette charge, qui ne lui donnoit qu'une simple magistrature dans Rome, dont les papes se prétendoient seigneurs temporels depuis près de deux siècles. Ce pontife, né avec un génie sévère, et nourri des maximes d'une fausse jurisprudence canonique, signala son règne par plusieurs anathèmes. Après avoir excommunié l'empereur *Michel Paléologue*, comme fauteur de l'ancien schisme et de l'hérésie des Grecs, il lança ses foudres sur *Pierre III*, roi d'Aragon, usurpateur de la Sicile, après le massacre des *Vêpres Siciliennes*, dont ce prince avoit été le promoteur. Le pape le priva non-seulement de la Sicile, mais encore de l'Aragon qu'il donna à *Charles de Valois*. second fils du roi de France. Ces censures, suivies d'une déposition solennelle prononcée en 1282, n'intimidèrent ni le roi ni les seigneurs, ni les ecclésiastiques, ni les religieux. Pierre continua de porter le titre de roi d'Aragon, et se qualifiant dans tous les actes, Chevalier Aragonais, Père de deux Rois, et Maître de la Mer. Le pape n'en fut que plus irrité; il fit prêcher une Croisade contre lui, et donna ses états à Philippe le Hardi, pour l'un de ses fils. Ce prince obtint du pontife la décime des revenus ecclésiastiques, pour faire cette guerre sacrée. Si l'on doit être surpris que les papes donnassent des royaumes qui ne leur appartenoient pas, faut-il l'être moins en voyant des princes accepter de pareils présens? N'étoit-ce pas convenir, que les papes avoient le droit de disposer des couronnes, et de déposer les monarques à leur gré? L'expédition de Philippe fut malheureuse; il mourut en 1285, d'une contagion qui s'étoit mise dans son armée. Elle fut regardée par les Aragonais comme une punition des excès et des profanations des Croisés, qui s'imaginoient qu'il suffisoit de se battre, pour gagner l'indulgence et pour laver leurs crimes. Les historiens rapportent, que ceux qui par hasard n'avoient point d'autres armes, se servoient de pierres en disant dans leur jargon barbare: Je jette cette pierre contre Pierre d'Aragon, pour gagner l'indulgence. Le ridicule, les maladies et la haine contre Rome, furent tout le fruit des démarches de Martin IV. Ce pontife mourut à Pérouse, le 28 mars 1285, après avoir tenu le siècle 4 ans et 5 jours depuis sa consécration.
VI. MARTIN V. Romain, nommé auparavant Othon Colonne, de l'ancienne et illustre maison de ce nom, cardinal-diacre, fut intronisé sur la chaire pontificale le 11 novembre 1417, après l'abdication de Grigoire XII, et la déposition de Benoit XIII, pendant la tenue du concile de Constance. Jamais pontife ne fut inauguré plus solennellement: il marcha à l'église moitié sur un cheval blanc, dont l'empercur et l'électeur Palatin à pied tenoient les rênes. Une foule de princes et un concile entier fermoient la marche. On le couronna de la triple couronne, que les papes portoient depuis environ deux siècles, après l'avoir ordonné prêtre et évêque. Son premier soin fut de donner une Bulle contre les Hussites de Bohème, dont les ravages s'étendoient tous les jours. Le premier article de cette Bulle est remarquable, en ce que le pape y veut « que celui qui sera suspect d'hérésie, jure qu'il reçoit les conciles généraux, et en particulier celui de Constance, représentant l'Eglise universelle; et qu'il reconnoisse que tout ce que ce dernier concile a approuvé et condamné, doit être approuvé et condamné par tous les fidèles. » Il paroît suivre naturellement de là, que Martin V approuve la superiorité du Concile sur les Papes, qui fut décidée dans la 5e session. Il tardoit à Martin de voir terminer le concile de Constance; il en tint les dernières sessions au commencement de 1418. On avoit crié pendant deux ans dans cette assemblée contre les annates, les exemptions, les réserves, les impôts des papes sur le clergé au profit de la cour de Rome. Quelle fut la réforme tant attendue ? Le pape *Martin*, après avoir promis de remédier à tout, congédia le concile, sans avoir apporté aucun remède efficace aux différens maux dont on se plaignoit. La joie du retour du pape à Rome fut si grande, qu'on en marqua le jour dans les fastes de la ville, pour en conserver éternellement la mémoire. Le schisme n'étoit pas encore bien éteint. L'antipape *Benoit XIII* vivoit encore, et après sa mort, arrivée en 1424, les deux seuls cardinaux de sa faction élurent un chanoine Espagnol, *Gilles de Magnos*, qui prit le nom de *Clément VIII*. Ce prétendu pape se démit quelque temps après, en 1429; et pour le dédommager de cette ombre de pontificat qu'il perdoit, le pape lui donna l'évêché de Majorque. C'est ainsi que *Martin* termina heureusement le schisme funeste, qui avoit fait tant de plaies à l'Eglise pendant un demi-siècle. Le pape, toujours pressé par les princes de réformer l'Eglise, avoit convoqué un concile à Pavie, transféré ensuite à Sienne, et enfin dissous sans avoir rien statué. *Martin* crut devoir appaiser les murmures des gens de bien : il indiqua un concile à Basle, qui ne devoit être tenu que sept ans après. Il mourut d'apoplexie dans cet intervalle, le 20 février 1431, à 63 ans. Ce pape avoit les qualités d'un prince, et quelques vertus d'un évêque. L'Eglise lui fut redevable de son union, l'Italie de son repos, et Rome de son rétablissement. On a de lui quelques ouvrages.
VII. MARTIN DE DUME, (Saint) originaire de la Pannonie, alla visiter les lieux saints, et débarqua ensuite en Galice, où les Suèves, infectés de l'arianisme, avoient établi leur domination : il y instruisit dans la foi le roi *Théodomir*, et ramena les peuples de ces contrées à l'unité catholique. Il y fonda plusieurs monastères, dont le principal fut celui de Dume, près de la ville de Brague, autrefois dans la Galice, aujourd'hui en Portugal. On érigea Dume en évêché par respect pour le mérite de *Martin*, qu'on éleva sur ce nouveau siège en 567. Les rois des Suèves voulurent qu'il fût l'évêque de la cour ; ce qui l'a fait appeler *Evêque de la famille royale*. Il monta ensuite sur le siège de Brague, et mourut le 20 mars 580. Nous avons de lui : I. Une *Collection de 84 Canons*, divisée en deux parties : l'une pour les devoirs des clercs, l'autre pour ceux des leïques : elle se trouve dans le Recueil des Conciles et dans le premier tome de la *Bibliothèque Canonique de Justel*. II. *Formule d'une vie honnête*, ou *Traité des quatre Vertus Cardinales*. Ce Traité est adressé à *Myron*, roi de Galice, qui avoit prié le Saint de lui donner une règle de conduite : on le voit dans le *Spicilège* de Dom d'Achery, tom. 10, pag. 626, et dans la *Bibliothèque des Pères*, où il est suivi d'un livre du même Saint, intitulé : *Des Mœurs*. III. Il a traduit du grec en latin un *Recueil de Sentences des Solitaires d'Egypte*, qu'on trouve dans l'Appendice des Vies des Pères par *Rosweide*, Anvers, 1628.
MARTIN, roi de Sicile, *Voyez CASSERA*.
VIII. MARTIN DE POLOGNE, *Martinus Polonus*, Domineau, pénitencier et chapelain du pape, fut nommé à l'archevêché de Gnesne par Nicolas III. Il mou- rut à Bologne, lorsqu'il alloit en prendre possession, le 29 juin 1278. On a de lui, des Sermons, 1484, in-4°, et une Chronique, qui finit au pape Clement IV. La meilleure édition est celle que Jean Fabricius, Prémontré, pu- blia à Cologne en 1616. On en a une traduction françoise, 1503, in-fol. Cet historien manquoit de critique et de philosophie; mais son ouvrage ne laisse pas d'être utile. Il est connu sous le nom de Chronique Marti- nienne, et n'est pas commun. On y trouve des particularités curieuses, qu'on chercheroit vai- nement ailleurs.
IX. MARTIN, (Raimond) Dominicain, de Subirat en Ca- talogne, fut employé, l'an 1264, par Jacques premier, roi d'Ara- gon, pour examiner le Talmud, et envoyé à Tunis vers 1268, pour travailler à la conversion des Maures. Ce pieux et savant religieux mourut vers 1286. On a de lui, un excellent Traité contre les Juifs, fruit de son zèle et de son érudition. Il parut en 1651 à Paris, et à Leipzig en 1687, sous le titre de Pugio fidei Christianæ. L'édition de Leipzig est enrichie des remarques de Voisin, et d'une savante intro- duction par Carpzovius. Cet ou- vrage est divisé en trois parties. La première n'est écrite qu'en latin; les deux dernières sont en latin et en hébreu. Nous invitons les curieux à consulter ce que dit, sur ce livre et sur son au- teur, le P. Touron dans le tome premier de son Histoire des hom- mes illustres de l'ordre de Saint- Dominique. X. MARTIN, MARTENS, et MERTENS, (Thierri) né à Asch, gros village près d'Alost en Flam- dre, fut un des premiers qui cultivèrent l'art de l'imprimerie dans les Pays-Bas, et en par- ticulier à Alost et à Louvain. Il exerça aussi cette profession à An- vers, et mourut à Alost en 1534, avec la réputation d'un savant et d'un honnête homme. On a de lui, outre les impressions de plu- sieurs livres, quelques ouvrages de sa composition, moins esti- més que ceux qui sont sortis de ses presses. Prosper Marchand en cite 54, dont le premier est le Speculum conversionis pecca- toris, imprimé à Alost en 1473. Maittaire et Meermann croient que Martens fut le pre- mier qui apporta l'imprimerie d'Italie dans la Belgique. Cette opinion a été combattue savam- ment dans une Dissertation de M. Lambinet. Cet imprimeur avoit pris pour emblème, une double ancré, symbole de l'espérance, avec cette devise gaie: In vino veritas. Sur la fin de sa vie, il se retira dans un monastère de sa patrie, et lui légua sa biblio- thèque et ses autres biens. Il eut des amis illustres, entr'autres, Berland, le célèbre Erasme, et MARTIN DORF: ce dernier étoit un savant professeur de Louvain, mort en 1525, à la fleur de son âge, dont on a: Epistola de Hol- landorum moribus, in-4°, Leyde 1611.
XI. MARTIN, (André) prâ- tre de l'Oratoire, Poitevin, mort à Poitiers en 1695, se si- gnala dans sa congrégation par son savoir. On a de lui: I. La Philosophie Chrétienne, impri- mée en sept volumes, sous le nom d'Ambroise Victor, et ti- rée de *St. Augustin*, dont cet Oratorien avoit fait une étude particulière. II. Des *Thèses* fort recherchées, qu'il fit imprimer à Saumur, in-4°, lorsqu'il y professoit la théologie.
XII. MARTIN, (Dom Claude) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, naquit à Tours en 1619, d'une mère pieuse, qui fut dans la suite première supérieure des Ursulines de Quebec, où elle mourut saintement. (*Voyez MARIE de l'Incarnation*, n.º XXX.) Le fils, héritier de ses vertus, se consacra à Dieu de bonne heure, et devint supérieur du Monastère des Blancs-Manteaux à Paris, où il demeura six ans. Il mourut en odeur de sainteté, le 9 août 1696, âge de 78 ans, dans l'abbaye de Marmoutier, dont il étoit prieur. On a de lui, plusieurs ouvrages de piété : I. Des *Méditations Chrétiennes*, 1669, à Paris, en 2 vol. in-4°, peu recherchées à présent. II. Les *Lettres* et la *Vie* de sa mère, 1677, in-4° : ouvrage édifiant. III. *La Pratique de la Règle de St. Benoît*, plusieurs fois réimprimée... *Voyez sa Vie* par Dom *Martenne*, Tours, 1697, in-8°.
XIII. MARTIN, (David) né à Revel dans le diocèse de Lavaur, en 1639, d'une bonne famille, se rendit habile dans l'Écriture-Sainte, dans la théologie et dans la philosophie. Il devint célèbre parmi les Protestans. Après la révocation de l'édit de Nantes, il passa en Hollande, et fut pasteur à Utrecht. On lui offrit plusieurs autres églises, qu'il refusa par modestie. Occupé à donner des leçons de philosophie et de théologie, il eut la satisfaction de compter parmi ses disciples des fils même de souverains. Les travaux du ministère, et un commerce de lettres avec plusieurs savans, ne l'empêchèrent pas de faire de laborieuses recherches. Il connoissoit assez bien notre langue, et lorsque l'académie Françoise fit annoncer la seconde édition de son *Dictionnaire*, il lui envoya des remarques qu'elle reçut avec applaudissement. Ce savant respectable mourut à Utrecht d'une fièvre violente, le 9 septembre 1721, à 82 ans. Sa probité, sa modestie, sa douceur le firent universellement regretter. Son cœur étoit tendre, affectueux, compatissant. Il rendoit service sans qu'on l'en priât ; et si l'on oublioit ses bons offices, il n'y prenoit pas garde. La nature lui avoit donné une pénétration vive, un esprit facile, une mémoire heureuse, un jugement solide. Il écrivoit, il parloit avec aisance, et cependant d'une manière un peu dure. Son style n'a ni assez de douceur, ni assez de correction. On a de lui : I. Une *Histoire du Vieux et du Nouveau Testament*, imprimée à Amsterdam en 1707, deux vol. in-folio, avec 424 belles estampes. Elle est appelée *Bible de Mortier*, du nom de l'imprimeur. Il faut faire attention que la dernière planche, ayant été cassée, a été rattachée avec des clous qui paroissent au tirage : quand on ne les voit pas, on juge que ce livre est des premières épreuves. II. *Huit Sermons* sur divers textes de l'Écriture-Sainte, 1708, vol. in-8°. III. Un *Traité de la Religion Naturelle*, 1713, in-8°. IV. *Le vrai sens du Psaume ex*, in-8°, 1715, contre *Jean Masson*. V. Deux Dissertations Critiques; Utrecht, 1722, in-8° : l'une sur le verset 7 du chapitre 5e de la première Épître de St. Jean... Tues sont la Colo, etc., dans laquelle on prouve l'authenticité de ce texte : l'autre sur le pas- sage de Joseph touchant Jésus- Christ, où l'on fait voir que ce passage n'est point supposé. VI. Une Biele, Amsterdam, 1707, 2 vol. in-folio ; et avec de plus courtes Notes, in-4°. VII. Une édition du Nouveau Testament de la traduction de Genève, Utrecht, 1696, in-4°. VIII. Traité de la Religion ré- velée, où l'on fait voir que les livres du Vieux et du Nouveau Testament sont d'inspiration di- vine, etc. ; reimprimé à Ams- terdam en 1723, en 2 vol. in-8°. Cet ouvrage estimable fut traduit en anglais.
XIV. MARTIN, (Jean-Bap- tiste) dit des batailles, peintre, né à Paris, en 1639, d'un en- trepreneur de bâtiments, mourut dans la même ville en 1715, âgé dé septante-six ans. Après avoir appris le dessin sous Philippe de la Hive, il fut envoyé, en qua- lité d'ingénieur, pour servir sous le célèbre Vauban. Ce grand homme fut si content de lui, qu'à sa recommandation, Louis XIV le plaça chez Vander-Meulen, peintre de batailles, qu'il rem- plaça aux Gobelins, et lui ac- corda une pension. Martin fit plu- sieurs campagnes sous le Grand Jauphin, et sous le roi même. Il peignit plusieurs conquêtes de ce monarque, à Versailles : et les plus belles actions de Charles V, duc de Lorraine, dans la galerie du château de Laneville, que le dur Leopold son fils avait fait batir.
XV. MARTIN, (Dom Jac- ques) Bénédicte de Saint-Maur, né à Fanjaux, petite ville du haut Languedoc, en 1694, en- tra dans cette savante congré- gation en 1709. Après avoir pro- lessé les humanités en province, il parut en 1727 à la capitale. Il y fut regardé comme un homme bonifiant et singulier, un savant bizarre, un écrivain indécent et présomptueux. Quelques-uns de ses ouvrages se ressentent de son caractère. Les principaux sont : I. Traité de la Religion des an- ciens Gaulois, in-4°, 2 vol., Paris, 1727. Ce livre offre des recherches profondes et des nou- veautés curieuses ; mais son au- teur paroit avoir trop bonne opi- nion de lui-même, et ne rend pas assez de justice aux autres. Il prétend que la religion des Gaulois n'étant qu'un écoulement de celle des patriarches, l'expli- cation des objets de leur culte servira à l'interprétation de di- vers passages de l'Écriture. Ce système est plus singulier que vrai. II. Histoire des Gaules et des conquêtes des Gaulois depuis leur origine jusqu'à la fondation de la Monarchie Françoise, 1754, deux vol. in-4°, mise au jour et continuée par Dom de Bresillac, neveu de l'auteur. Ce livre est enrichi de monumens antiques et de dissertations, qui font honneur à l'oncle et au ne- veu. III. Explication de plusieurs Textes difficiles de l'Écriture, 2 vol. in-4°, Paris, 1730. Si Dom Martin ne s'étoit pas atta- ché à compiler de nombreuses citations sur des riens, ce livre seroit moins long et plus agréa- ble. On y trouve le même goût de critique, le même feu, la même force d'imagination, le même ton de hauteur et d'amor- tome, que dans l'ouvrage précédent. Son esprit vif et pénétrant a découvert dans une infinité de passages ce qui avoit échappé à des savans moins ingénieux que lui. Plusieurs estampes indécentes dont il souilla ce Commentaire sur l'Écriture-Sainte, et une foule de traits satiriques, aussi déplacés que les estampes, obligèrent l'autorité séculière d'en arrêter le débit. IV. Explication de divers monumens singuliers, qui ont rapport à la Religion des plus anciens Peuples, avec l'Examen de la dernière édition des Ouvrages de St. Jérôme, et un Traité sur l'Astrologie judiciaire, enrichie de figures en taille-douce, à Paris, 1739, in-4°. La vaste érudition de cet ouvrage est ornée de traits agréables, et le style en est animé. Une partie des monumens expliqués lui avoient été communiqués par le duc de Sully, qui l'honoroit de son estime et de sa confiance : la plupart sont nouveaux. Quant à la Critique de l'édition de St. Jérôme, faite à Vérone, elle est dure et amère. V. Éclaircissements Littéraires sur un projet de Bibliothèque Alphabétique. L'érudition et les mauvaises plaisanteries sont prodiguées dans cet écrit, qui ne plaira point à ceux qui aiment le choix et la précision. VI. Une Traduction des Confessions de St. Augustin, qu'on lit peu. Elle parut à Paris en 1741, in-8° et in-12 : elle est exacte, et les notes sont judicieuses. Il avoit fait collationner en Flandre et en Angleterre quelques manuscrits que les derniers éditeurs n'avoient pu consulter. VII. Lettres de St. Augustin, avec un traité sur l'origine de l'âme, d'après le senti- ment de ce saint Père, 1734. Ces Lettres sont au nombre de deux, et publiées sur un manuscrit du monastère de Gotwith. VIII. Dans sa jeunesse, Dom Martin fournit des matériaux aux auteurs du Gallia Christiana, et à la nouvelle édition du Glossaire de Ducange. Il mourut à Saint-Germain-des-Prés en 1751, à 69 ans. C'étoit un des plus savans et des meilleurs écrivains qu'ait produits la congrégation de Saint-Maur ; il n'auroit fallu qu'un ami éclairé pour diriger son goût et son imagination. La gravelle et la goutte alligèrent ses dernières années. Malgré la sécheresse inséparable de ses études, il avoit conservé un fonds de piété. Un dépérissement journalier lui annonçant une mort prochaine, il renonça à tout travail, et ne pensa plus qu'à mourir en chrétien et en religieux.
XVI. MARTIN, (Edme) imprimeur renommé, apprit son art sous Morel, et devint directeur de l'imprimerie royale. Les principaux ouvrages sortis de ses presses, sont : Les Œuvres de St. Jean Climaque, les Annales de Baronius, les Annales de Sponde, les Conciles des Gaules par Sirmond, l'Histoire de la maison de Montmorency, l'ouvrage du P. Petau, De doctrinâ temporum, etc. Il mourut vers le milieu du 17e siècle. — Son fils, appelé comme lui Edme MARTIN, suivit ses traces et enrichit le libraire Cramoisy par ses éditions. On lui doit les Œuvres de la Mothe-le-Vayer, de Palladio, l'Histoire de St. Louis par Joinville, l'Afrique de Marmol, la Géographie de Briet, etc. Il savoit parfaitement le latin et le grec, et mourut à l'âge de 70 ans.
XVII. MARTIN, (Gabriel) libraire de Paris, mort en février 1761, à 83 ans, est un de ceux qui ont poussé le plus loin la connoissance des livres, et l'art de disposer une bibliothèque. Il avoit formé une grande partie des plus célèbres cabinets de l'Europe, et on le consultoit de toutes parts. Les gens de lettres et les amateurs conservent ses nombreux Catalogues, et les mettent au rang des meilleurs livres de bibliographie. Son système de classification des livres a été le plus généralement adopté. Il renferme cinq sections principales, la Théologie, la Jurisprudence, les Sciences et arts, les Belles-Lettres et l'Histoire. Les Catalogues de Colbert, de Bulteau, de Boissier, de Dufay, de Hoym, de Rothelin, de Brochart, de la comtesse de Veruc, de Bellanger, de Boze, et bien d'autres, sont toujours recherchés par les curieux. A une grande netteté d'esprit, à une segacité singulière, Martin joignoit des mœurs douces et pures, la probité la plus exacte, et la simplicité qui accompagne le vrai mérite.
XVIII. MARTIN, (N.) poète François, né en 1616, mort en 1705, à 89 ans, n'est connu que par une Traduction en vers françois des Georgiques de Virgile, qui vit le jour après la mort de son auteur, en 1713. Cet ouvrage, qui offre de la simplicité et quelques bonnes tirades, est en général foible et négligé. Il fut attribué, par quelques critiques malins, à un certain Pinchesne, dont le nom étoit passé en proverbe pour désigner un mauvais poète; mais cette impu- tation étoit doublement injuste; parce que la version n'étoit ni de Pinchesne, ni à la Pinchesne. Quoiqu'elle ne soit pas sans mérite, elle ne trouve plus de lecteurs, depuis que M. Delille de l'académie Françoise a publié la sienne. Pinchesne, dont on a parlé dans cet article, s'appeloit Etienne-Martin de Pinchesne. Il étoit contrôleur de la maison du roi et neveu de Voiture. Ses mauvais vers forment deux vol. in-4. Boileau les a ridiculisés.
XIX. MARTIN, (Thomas) antiquaire Anglois, né à Thetfort en 1697, fournit plusieurs recueils à le Nève, par ses Monumenta Anglicana, publiés en 1719. — Il ne faut pas le confondre avec Benjamin MARTIN, l'un des plus habiles mathématiciens d'Angleterre, né en 1704, et qui, dans un accès de désespoir, avança sa mort, arrivée le 9 février 1782. Ses nombreux Traités se trouvent dans le Magasin Scientifique.
XX. MARTIN, (Claude) général dans l'Inde, naquit à Lyon en 1732, d'un tonnelier qui ne put lui procurer d'autre instruction que celle qu'on donnoit aux enfans des pauvres dans les écoles publiques; mais, doué d'un esprit facile et d'une grande aptitude pour les sciences, il apprit de lui-même les mathématiques, et dut ensuite sa fortune à ses connoissances en ce genre. Il s'enrôla, à l'âge de 20 ans, avec un de ses frères, dans la compagnie des guides du général Lully, qui se rendoit dans l'Inde. Sa belle-mère, instruite de leur prochain départ, obtint des recruteurs, à force de supplications, que les engagements seroient rompus, si les deux jeunes gens vouioient ne retirer. Le plus jeune y consentit ; mais *Martin*, inébranlable dans sa résolution, déclara qu'il voulut aller chercher fortune en pays étranger : sa belle-mère, irritée, lui donna un soufflet, accompagné d'un rouleau de pièces de 24 sous, et lui dit : *Vas, entêté ; mais ne reviens jamais qu'en carrosse*. Le corps, où *Claude Martin* servoit, se distingua par sa bravoure, dans la guerre de 1756 ; mais fatigué des mauvais traitements du général, il déserta en entier chez les Anglois, pendant le siège de Pondichery. Le jeune soldat obtint bientôt du gouverneur de Madras le commandement d'un régiment de chasseurs formé de prisonniers François. Envoyé avec ce régiment dans le Bengale, le vaisseau de transport sur lequel il fut embarqué, périt à la hauteur de Gaudawar. *Martin* parvint à se sauver dans un canot, et arriva à Calcutta, où le conseil général lui accorda, en récompense de ses dangers, un guidon de cavalerie. Chargé ensuite de lever la carte des états du Nabab d'Oyde, ce dernier conçut une si haute idée de ses connaissances, qu'il sollicita, et obtint de la compagnie Angloise, l'agrément de le nommer surintendant de son arsenal. Ses conseils dirigèrent bientôt tous les changements qui eurent lieu dans les états de ce souverain Asiatique, et sur-tout toutes les négociations qu'il avoit ouvertes avec le gouvernement Anglois. Le Nabab aimoit les arts Européens ; *Martin* encouragea son goût, et lui fit établir des relations commerciales auprès des principaux banquiers de l'Indostan. La fortune de *Martin* devint bientôt considérable, et il l'accrut encore par sa réputation tion de probité. Les plus riches Indiens vinrent déposer leurs trésors dans sa maison, en payant pour le dépôt un droit de douze pour cent, pendant les vingt années de guerre civile qui désolèrent l'Inde. Fixé à Lucknow, *Martin* y fit construire, sur les bords de la rivière, une maison entièrement bâtie en pierres de taille, et dont la hauteur des étages est calculée sur l'élévation progressive des eaux. Pour échapper aux chaleurs accablantes du climat, il habitait successivement l'appartement souterrain au niveau des plus basses eaux, puis le rez de chaussée, le premier et le second étage. De cette manière, il jonissoit, dans toutes les saisons, d'une température à peu près égale. Un *Muséum* d'Histoire naturelle, un observatoire muni d'une belle collection d'instrumens astronomiques, un jardin immense rempli de tous les arbres, arbrisseaux et productions de la contrée, y rendent cette habitation unique en magnificence. *Martin* y donna au Nabab le spectacle du premier ballon élevé dans l'atmosphère de l'Asie. Outre son palais de Lucknow, *Martin* possédoit encore, sur les bords du Gange, une maison dont la construction lui coûta des sommes immenses. Son architecture est gothique ; elle est fortifiée à l'européenne, et avec tant de régularité, qu'on la regarde comme capable de résister à une armée innombrable d'Indiens. Dans l'enceinte de cette forteresse, *Martin* fit élever son tombeau, portant cette inscription, faite par lui-même : *Ici repose Claude Martin, né à Lyon, venu aux Indes simple Sclodat, et mort Général Major*. C'est en 1799 qu'il a cessé d'exist- ter. Quoiqu'il possédât imparfaitement la langue anglaise, il s'en est servi pour écrire son Testament, traduit en françois et imprimé dans les deux langues, par l'ordre du préfet du département du Rhône, en l'an XI. Dans cet écrit, vraiment original et curieux, Martin dépose ses dernières volontés, ses opinions religieuses et ses principes de conduite. Le mélange des mœurs asiatiques et des usages européens y est digne de remarque. Après avoir accordé la liberté à tous ses esclaves des deux sexes et aux eunuques, l'auteur prend un soin particulier et touchant de deux de ses femmes, à qui il lègue la garde et le soin de son tomb-au. Il veut qu'en leur porte chaque jour, des corbeilles de fleurs. Il n'oublie ni ses parens, ni sa patrie, ni le pays qui lui a procuré sa fortune. Celle-ci s'est montée à près de douze millions. Il lègue environ 700,000 livres à la ville de Lyon, autant à celle de Calcutta, autant à celle de Lucknow, pour établir dans chacune, d'elles une maison d'éducation pour un certain nombre d'enfants des deux sexes, les mettre en apprentissage en sortant de l'école, et les marier ensuite. En outre, il fixe un capital, dont les revenus doivent être distribués aux pauvres de Calcutta, de Chandernagor et de Lucknow, de quelque religion qu'ils soient, préférant cependant la Chrétienne et l'Hindow. Ces détails sont tirés du journal asiatique, intitulé Asiaticus annular registers, du Testament du général, et d'une notice intéressante et bien écrite, lue dans une séance publique de l'académie de Lyon, par M. Martin Lomé, chirurgien renommé de cette ville.
MARTIN D'ANVERS, peintre, Voyez MASO.
MARTIN DE VOS, Voy. Vos.
MARTIN DE HEERMSLEK, Voyez ce dernier mot.
MARTIN RUAR, Voyez RUAR.
MARTIN GUERRE, Voyez GUERRE.
MARTINE, (l'Impératrice) Voyez HÉRACLÉONAS.
MARTINEAU, (Isaac) Jésuite, d'Angers, né en 1640, mort en 1720, à 80 ans, professa dans son ordre, et y occupa les premières places. La petite vérole l'avoit dénuéré. En 1682, le jeune duc de Bourbon devant passer de rhétorique en philosophie, dans le collège de Louis le Grand, les Jésuites dirent au prince de Condé «qu'ils avoient un excellent professeur de philosophie pour M. le Duc; mais qu'ils n'osoient le faire venir à Paris, parce qu'il étoit horriblement laid.» M. le prince voulut qu'on l'appelat, et dès qu'il l'eut vu, il dit : Il ne doit pas faire peur à qui connaît Pelisson. Qu'il vienne chez moi : on s'accoutumera à le voir, et on le trouvera beau. Il plut effectivement à la cour. Si sa figure étoit désagréable, son ame étoit belle. On le choisit pour confesseur du duc de Bourgogne, qu'il assista de ses conseils pendant sa vie et à sa mort. On a de lui : I. Les Pécannes de la Pénitence, avec des Reflections, in-12. II. Des Méditations pour une Retraite, in-13. III. Les Vertus du Duc de Bourgogne, in-14, 1712.
MARTIN ELLI, (N.) peintre et architecte, étoit conservateur de de l'académie de Saint-Luc à Rome, et professeur de perspective et d'architecture. C'est sur ses dessins que fut bâti le palais de Lichtenstein à Vienne : édifice justement admiré. L'Allemagne fut enrichie par lui d'autres palais, où il a réuni la solidité antique à l'élégance moderne. Il mourut en 1718.
MARTINENGI, (Ascagne) natif de Berne, fut chanoine régulier, et abbé général de l'ordre de Saint-Augustin, et mourut en 1600. On a de lui, un grand Commentaire latin sur la Genèse, en 2 vol. in-fol. Cet ouvrage est une compilation savante, mais assez mal digérée. On y trouve toutes les différentes éditions, les phrases et les expressions hébraïques, avec les explications littérales et mystiques de près de deux cents Pères.
MARTINES-MONTANES, (Jean) mort à Séville, sa patrie, en 1640, fut un habile sculpteur, qui embellit les églises de cette ville des productions de son ciseau.
MARTINES DEL PRADO, (Juan) Dominicain Espagnol, né à Ségovie, d'une famille noble, devint provincial de son ordre en 1662, après avoir professé avec beaucoup de succès. Philippe IV l'exila, pour s'être opposé à la loi imposée aux prédicateurs Espagnols, de louer l'Immaculée Conception au commencement de leurs Sermons. Il n'obtint sa liberté, qu'à condition qu'il écriroit aux prédicateurs dont il étoit supérieur, de suivre l'exemple des autres. Il mourut à Ségovie en 1668. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages, dont les plus connus sont I. Deux vol. in-fol. sur la Théologie Morale. II. Trois autres in-fol. sur les Sacremens. Ces productions sont méthodiques, mais trop diffuses. I. MARTINI, (Martin) Jésuite, né à Trente, et missionnaire à la Chine, instruisit les savans de ce pays, et s'instruisit lui-même. Il revint en Europe l'an 1651, et il rapporte plusieurs remarques curieuses sur l'Histoire et la Géographie du pays où il avoit demeuré. On a de lui : I. Sinicae Historiæ Decas prima, à geatis origine ad Christum natum, etc. in-4.º et in-8.º Cette Histoire, qui est assez curieuse, va jusques vers le temps de la naissance de JÉSUS-CHRIST. Elle a été traduite en françois par le Pelletier, 2 vol. in-12, 1692. On y voit des choses qu'on ne trouve pas ailleurs. II. China illustrata, Amsterdam, 1649, in-fol. C'est ce que nous avions de plus exact pour la description de l'empire de la Chine, avant le P. du Halde. Le P. Martini, comme presque tous les missionnaires, exagère beaucoup l'antiquité et les richesses de cet empire. III. Une bonne Histoire en latin de la Guerre des Tartares contre la Chine. Elle a été traduite, Paris, 1654, in-8.º On la trouve encore à la suite de l'Histoire de la Chine du P. Semedo, Lyon, 1667, in-4.º IV. Une Relation du nombre et de la qualité des Chrétiens chez les Chinois.
II. MARTINI, (Jean-Baptiste) entra jeune dans l'ordre des frères Mineurs, et s'est distingué par ses profondes connaissances dans la musique. Il a publié divers ouvrages sur cet art. Il est mort à Bologne en 1784, âgé de 78 ans. 98 MAR
MARTINIEN, (Martius-Martinianus) s'avança par son courage dans les armées de Lucinius, qui lui avoit donné le titre de maître des officiers du palais. Cet empereur, poursuivi par Constantin, prit Martinien pour collègue, en juillet 323. Ces deux princes réunis résolurent de livrer bataille à leur compétiteur. Elle se donna, le 18 septembre, auprès de Chalcédoine. Constantin, ayant été vainqueur, fit périr Lucinius et Martinien. Les médailles de celui-ci le représentent âgé d'environ 50 ans, avec une physionomie pleine de douceur et de gravité.
MARTINIÈRE, Voyez BRUZEN, et L. PINSSON.
MARTINIUS, (Matthias) écrivain Protestant, né à Freinhague, dans le comté de Waldeck, en 1572, fut disciple du célèbre Piscator, et enseigna avec réputation à Paderborn et à Brême. Il parut avec éclat au synode de Dordrecht, et mourut en 1630, à 58 ans. Son principal ouvrage est un Lexicon Philologicum, 1701, in-fol. 2 vol. C'est une source dans laquelle plusieurs savans ont puisé. Cet ouvrage est fait avec assez de soin. Sa Vie est à la tête de son Dictionnaire.
MARTINON, (Jean) né à Brioude en Auvergne, l'an 1585, se fit Jésuite en 1603, professa la théologie avec distinction pendant 20 ans, à Bordeaux, et y mourut le 5 février 1662. On a de lui, une Théologie en 5 vol. in-fol., et un sixième contre Jansénius.
MARTINOZZI, (Marie) nièce du cardinal Mazarin, née en 1638, étoit fille de Laure-Marguerite Mazarin, fille de Paul Mazarin, gentilhomme de Palerme, et père du cardinal; elle épousa le prince de Const (Voy. ce mot, n.º 1.) au mois de février 1654. Devenue veuve en 1660, elle s'occupa de l'éducation de ses enfans, auxquels elle donna le savant Lancelot pour précepteur. Ayant fait examiner avec soin ce que le cardinal Mazarin lui avoit laissé, elle en retira 800.000 livres, qu'elle fit distribuer dans les endroits où la restitution pouvoit être appliquée avec plus de justice. La cour lui devint alors insupportable: elle régla sa maison comme un monastère, fut très-liée avec les Solitaires de Port-Royal, et prit chaudement leurs intérêts. Elle mourut en 1672, à 35 ans. Voyez le tome XIe de l'Histoire Ecclésiastique, par l'abbé Racine. Elle avoit une sœur qui épousa le duc de Modène.
MARTINUSIUS, (George) dont le vrai nom étoit Vitisnovisch, cardinal et ministre d'état du royaume de Hongrie, a été comparé par quelques écrivains aux Ximenes et aux Richelieu, pour sa grande capacité dans la science de gouverner les hommes; mais il eut un sort plus funeste. Il naquit l'an 1482 dans la Croatie, et eut l'emploi, étant jeune, de chauffer les étuves à la cour de Jean Zapol. Il embrassa ensuite la vie monastique dans l'ordre de Saint-Paul, premier hermite, ordre qui n'est établi qu'en Hongrie. Il y apprit les belles-lettres, et retourna à la cour de Jean Zapol. Il le suivit, pendant le revers de sa fortune, en Pologne, et lui rendit les services les plus signalés, souvent au péril de sa vie. Il gagna par-là tellement les bonnes graces de ce prince, qu'il le fit son premier ministre, lorsqu'en 1536, par un accord fait avec l'empereur Ferdinand I, il fut assuré dans la possession de ce que les armes lui avoient acquis : il lui confia à sa mort arrivée en 1540, la tutelle de son fils Jean Sigismond. Il l'avoit nommé auparavant à l'évêché du grand Waradin. Martinusius gouverna alors en despote, se brouilla avec Isabelle, veuve du prince qui l'avoit tiré du néant, et s'attacha à l'empereur Ferdinand I, qui lui obtint de Jules III le chapeau de cardinal. Quelque temps après, on l'accusa de négocier avec les Turcs. Ferdinand crut même l'effet de ces négociations si prochain, qu'il conçut et exécuta le funeste projet de faire assassiner Martinusius, vers l'an 1551, dans le château de Vints, que le cardinal avoit fait bâtir sur les ruines d'un monastère qu'il avoit détruit, et dont le supérieur, au rapport de de Thou et d'Ascagne Centurio, lui prédit sa fatale destinée. Le pape Jules III, indigné contre l'auteur de ce meurtre, excommunia Ferdinand l'année suivante. C'étoit certainement une occasion où les hommes qui parlent au nom de la Divinité, semblent être en droit de s'élever en son nom, contre les souverains qui abusent à cet excès de leur pouvoir. Ferdinand avoit tâché de s'excuser; mais le pape répondit à ses ambassadeurs : « Si Martinusius étoit un si méchant homme, pourquoi me l'avoir proposé pour être cardinal ? Pourquoi avoir sollicité si fortement le sacré collège, en le représentant comme un homme d'un mérite éminent, d'un courage magnanime, d'une probité à l'épreuve, dont les services étoient néces- saïres à la chrétienté. » Bechet, charoine de l'église d'Usez, a écrit la Vie de ce cardinal. Cet auteur et ceux qu'il copie font un héros de Martinusius; d'autres le peignent comme un monstre : on ne doit croire ni les uns ni les autres; mais s'en tenir au véridique Isthuasius, De Rebus Pannonicis. Martinusius étoit un grand ministre, un ecclésiastique zélé et de mœurs pures; mais sa conduite à l'égard de Ferdinand, devenu son souverain, ne paroît point être à l'abri de tout reproche. Ce prince n'en est pas moins blâmable de s'être défait de lui par un assassinat.
MARTIO, Voyez IL GALEOTI.
MARTOUREAU, Voyez BRECOURT. I. MARTYR (Pierre) d'Anghiera dans le Milanois, né l'an 1455, se rendit célèbre par sa capacité dans les négociations. Ferdinand V le Catholique, roi de Castille et d'Aragon, lui confia l'éducation de ses enfans, et l'envoya ensuite en qualité d'ambassadeur extraordinaire, d'abord à Venise, et de là en Egypte. Il se signale dans l'exercice de ses fonctions par son intégrité et son intelligence. Il obtint du soudan la liberté de réparer les lieux saints à Jérusalem, et aux environs la diminution des caphars qu'on augmentoit tous les jours pour les pèlerins, et la cessation des avanies. De retour en Castille, il obtint des pensions et des bénéfices considérables. Il mourut, en 1525, âgé de 70 ans. On a de lui : I. Une Histoire en latin de la découverte du Nouveau Monde, intitulée : De Navigatione, et Terris de novo repertis, 1587, G a 100 MAR in-4°. Il y rapporte assez fidellement ce que les Espagnols firent de bien et de mal par terre et par mer pendant 34 ans. Les détails dans lesquels il entre sur les faits et sur les lieux, dédommagent de ce qu'il peut y avoir de rude dans le style. II. Une Relation curieuse de son ambassade en Egypte, 1500, in-fol. Elle est estimée, parce qu'elle renferme l'histoire d'Egypte de ce temps-là. Comme le soudan qui commandoit dans ce pays, s'appeloit le Soudan de Babylone, il a intitulé son livre: De legatione Babylonica. III. Un Recueil de Lettres, 1530, in-folio, et Amsterdam, 1670, in-folio, sous le titre de Epistolae de rebus Hispanicis, très-rare. Quoique la plupart de ces lettres aient été composées longtemps après les événements, elles renferment des détails exacts sur l'Histoire du xve siècle.
II. MARTYR, (Pierre) natif de Novare en Italie, est auteur d'un livre intitulé: De ulceribus et vulneribus Capitis, in-4°, Pavie, 1584.
III. MARTYR, (Pierre) Espagnol, dont on a: Summarium Constitutionum pro regimine ordinis Prædicatorum, in-4°, Paris, 1619. Cet écrivain et le précédent vivoient dans le xvi° siècle.
MARTYR, (Pierre) fameux hérétique, Voy. PIERRE, n.° XXV.
MARTYRS, (Barthélemi des) Voyez BARTHÉLEMI, n.° III.
MARUES, (Antoine) chanoine de l'église Saint-Just de Lyon, publia, en 1583, un Mémoire pour faire revivre l'ancienne splendeur de Lyon.
MARVELL, (André) natif de Kingston, mort en 1673, à 58 ans, est auteur d'un Petit Essai historique touchant les Conciles Généraux, les Symboles, etc. en anglois. Il est estimé. On a encore de lui d'autres ouvrages, moins connus.
MARVIELLES, (N...de) seigneur de la paroisse de ce nom, près de Loches en Touraine, capitaine de cavalerie, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, mort en 177°. Les Muses latines et françoises reçurent ses hommages dans les instans de loisir qu'il put dérober à Bellone. Les fruits de sa veine ont paru, sous ce titre: Mélanges et Fragments Poétiques, en françois et en latin, à Paris, 1777, petit in-12. Les pièces françoises offrent en général une poésie facile, vive et légère. Elles consistent en Fables, en Vers de société, en petits Contes épigrammatiques (et c'est le plus grand nombre) dont ses amis lui fournissent les sujets. Les pièces latines, qui font partie d'une collection beaucoup plus considérable, non imprimée, se font remarquer, par une harmonie variée et pleine de verve, par une latinité pure, et sont très-supérieures aux françoises. L'auteur a mis en vers latins les deux premiers Chants de la Henriade, dont ce petit recueil n'offre que l'exposition.
MARVILLE, (Vigneul de) Voy. ARGONNE. I. MARULLE, Tribun du peuple, qui étoit l'ennemi déclaré de Jules-César. Il arracha les couronnes qu'on avoit mises sur les statues de ce dictateur, et fit conduire en prison ceux qui les premiers l'avoient salué roi. César, pour le punir de son audace, se contenta de le priver du tribunat.
II. MARULLE, (Pompée) habile grammairien de Rome, osa reprendre l'empereur Tibère sur un mot qu'il avoit laissé échapper; et comme Capiton, l'un de ses courtisans, soutenoit par flatterie que ce mot étoit latin, Marulle répondit: « Que l'Empereur pouvoit bien donner le droit de bourgeoisie aux hommes, mais non pas aux mots. »
III. MARULLE, (Tacite) poète de Calabre au vᵉ siècle, présenta un Poème à Attila, dans lequel il le faisoit descendre des Dieux. Il osa même traiter de divinité ce conquérant barbare. Attila ne répondit à ces basses flatteries, qu'en ordonnant qu'on brulât l'ouvrage et l'auteur. Il adoucit pourtant cette peine, de peur que sa sévérité n'arrêtât la verve des poètes qui auroient voulu célébrer sa gloire.
IV. MARULLE, (Michel) savant Grec de Constantinople, se retira en Italie, après la prise de cette ville par les Turcs. Il s'adonna ensuite au métier des armes, et se noya l'an 1500, en traversant à cheval la Cecina, rivière près de Volterre, où il est enterré. On a de lui, des Epigrammes, et d'autres Pièces de Poésie, en grec et en latin, pleines d'images licencieuses. Elles furent imprimées à Florence en 1497, in-4ᵉ; à Paris en 1561, in-16; et avec les Poésies de Jean Second, Paris, 1582, in-16. On a encore de lui: Marulli Nœnia, 1518, in-8ᵉ, peu commun. V. MARULLE, (Marc) natif de Spalatro en Dalmatie, dont on a plusieurs ouvrages, recueillis en 1610 à Anvers. Le plus connu est un Traité De religiosè vivendi institutione per exempla. Cet auteur florissoit dans le xviᵉ siècle.
VI. MARULLE, fille du gouverneur de Cochino ville de l'isle de Lesbos, ayant vu son père tué dans une attaque faite par les Turcs, au temps de Mahomet II, descend de la muraille où elle combattoit, pénètre jusqu'au corps de son père, le fait enlever, repousse les assiégans, et les force à se rembarquer. Le général Vénitien arrivant au secours de la ville, n'y trouva plus le peuple occupé qu'à fêter sa libératrice. Il lui offrit de choisir pour époux, celui de ses capitaines qui lui plairoit le plus, et de faire approuver cet hymen par le gouvernement. Marulle, contente de la gloire qu'elle venoit d'acquérir, ne voulut pas accepter ce choix.
MARZENADO, Voyez l'article SANTA-CRUX.
MAS, (Louis du) Voy.I. DUMAS.
MAS, (Hilaire du) Voyez II. DUMAS.
MASACCIO, peintre célèbre, mort en 1445, à 26 ans, fut le premier de son siècle encore barbare, qui apprit la bonne manière de peindre. Il fit parroitre ses figures dans l'attitude qui leur convenoit, et leur donna de la force, du relief et de la grace: mais ayant été enlevé à la fleur de son âge, il ne put atteindre le point de perfection.
MASCARDI, ( Augustin ) né à Sarzane dans l'état de Genes, en 1591, d'une famille illustre, se fit un nom par ses talens. Son éloquence lui mérita le titre de camérlier d'honneur du pape Ur-Lain VIII, qui lui donna une pension de cinq cents écus, et l'anda pour lui en 1628 une chaire de rhétorique dans le collège de la Sapience. Mascardi, livré à l'étude des lettres et à l'amour des plaisirs, négligea la fortune, et ne fut jamais à son aise. N'ayant aucune demeure fixe, logeant chez le premier ami qu'il rencontroit, et songeant plus à dépenser qu'à amasser, il mourut accablé de dettes à Sarzane, en 1640, à 49 ans. On a de lui, des Haranques, des Poésies latines, 1622, in-4° et italiennes, 1664, in-12; et divers autres ouvrages dans ces deux langues. Le plus connu est son traité in-4°, Dell'arte Istorica, assez bien écrit, mais trop étendu : il renferme quelques bonnes réflexions. Son Histoire de la Conjuration du Comte de Fiesque, assez médiocre, et surtout remplie de harangues qui ne finissent point, a fait dire de lui qu'il enseignoit mieux les préceptes de l'art d'écrire l'histoire, qu'il ne les pratiquoit. ( Elle a été traduite en françois par Fontenay, chanoine de Sainte-Geneviève, 1639, in-8° ) Celle qu'a donnée depuis le cardinal de Rietz, n'est également qu'une traduction libre de Mascardi, que Naudé a appelé avec raison le Balzac de l'Italie. Voyez MALVEZZI, à la fin.
MASCARENHAS, Voyez MONTARROYO et AVEIRO.
MASCARON, ( Jules ) fils d'un fameux avocat au parlement d'Aix, naquit à Marseille en 1634. L'héritage le plus considérable que son père lui laissa, fut son talent pour l'éloquence. Il entra fort jeune dans la congrégation de l'Oratoire, où ses dispositions extraordinaires pour la chaire lui firent bientôt une grande réputation. Il parut avec éclat d'abord à Saumur. Le fameux Tannegui le Fèvre, frappé d'un talent qui s'annonçoit avec tant d'éclat, et des succès qui en étoient le fruit, dit un jour : Malheur à ceux qui prêcheront ici après Mascaron ! Le jeune orateur s'étant signalé dans les plus grandes villes de la province, se montra dans la capitale, théâtre plus digne de ses talens : et ensuite à la cour, où il remplit 12 stations, sans qu'on parût se lasser de l'entendre. Quelques courtisans crurent faire leur cour à Louis XIV, en attaquant la liberté avec laquelle l'orateur annonçoit les vérités évangéliques ; mais ce monarque leur ferma la bouche, en disant : Il a fait son devoir ; faisons le nôtre. L'évêché de Tulles fut la récompense de ses talens. Le roi lui demanda, la même année 1671, deux Orai-sous funèbres : une pour Mad. Henriette d'Angleterre, et l'autre pour le duc de Beaufort. Comme le prince ordonnoit les deux services solennels à deux jours près l'un de l'autre, le maître des cérémonies lui fit observer que le même orateur étant chargé des deux discours, pourroit être embarrassé. C'est l'Évêque de Tulles, répondit le roi : à coup sûr il s'en tirera bien. Au dernier sermon que Mascaron prêcha avant que d'aller à son évêché, il fit ses adieux. Le roi lui dit : Vous nous avez touchés, dans vos autres Sermons, pour Dieu ; hier, vous nous touchées pour Dieu et pour vous. De Tulles, il passa, en 1678, à Agen, où le Calvinisme lui offrit un champ proportionné à l'étendue et à la vivacité de son zèle. Les hérétiques entraînés par le torrent de son éloquence, et gagnés par les charmes de sa vertu, rentrèrent dans le bercail. L'illustre prélat eut, dit-on, la consolation de ne laisser, à sa mort, que deux mille Calvinistes endurcis dans leurs erreurs, de trente mille qu'il avoit trouvés dans son diocèse. Mascaron parut pour la dernière fois à la cour, en 1694, et y recueillit les mêmes applaudissemens que dans les jours les plus brillans de sa jeunesse. Louis XIV en fut si charmé, qu'il lui dit : Il n'y a que votre éloquence qui ne vieillit point. (Voy. l'article HARLAY, n° III. à la fin.) De retour dans son diocèse, il continua de l'édifier et de le régler jusqu'à sa mort, arrivée le 16 décembre 1703, à 69 ans. Sa mémoire est encore chère à Agen par l'hôpital qu'il y fonda. La piété de ce vertueux évêque alloit jusqu'au scrupule le moins fondé. Ayant été ordonné prêtre par Lavardin, évêque du Mans, qui avoit déclaré en mourant qu'il n'avoit jamais eu intention de faire aucune ordination, l'Oratorien se fit réordonner, malgré la décision de la Sorbonne... Les Oraisons funèbres de Mascaron ont été recueillies, 1740, in-12. « Mascaron, dit Thomas, annonça Bossuet, comme Rotrou avoit annoncé Corneille. » On trouve dans cet orateur, le nerf et l'élévation de l'évêque de Meaux, mais jamais la politesse et l'élégance de Fléchier. S'il avoit eu autant de goût que l'un et l'autre, s'il avoit su éviter les faux brillans, et les antithèses puériles, les figures collégiales, il ne leur céderoit pas les premiers honneurs de la chaire. Les beautés sont distribuées très-inégalement dans ses ouvrages; et à l'exception de l'Oraison funèbre de Turenne, son chef-d'œuvre, et de quelques morceaux semés de loin en loin dans ses autres productions, on seroit tenté de croire que ses discours sont d'un autre siècle. « Quelquefois, dit M. Thomas, son ame s'élève; mais quand il veut être grand, il trouve rarement l'expression simple. Sa grandeur est plus dans les mots que dans les idées. Trop souvent il retombe dans la métaphysique de l'esprit, qui paroît une espèce de luxe; mais un luxe faux, qui annonce plus de pauvreté que de richesse. On lui trouve aussi des raisonnemens vagues et subtils; et l'on sait combien ce langage est opposé à celui de la vraie éloquence. » Ceux qui cherchent des rapports entre les différens génies, l'ont comparé à Crébillon, comme on a comparé Fléchier à Racine, et Bossuet à Corneille... Nous ajouterons au jugement sur Mascaron par M. Thomas, celui qu'en a porté l'abbé des Fontaines, dans son Parallèle des Oraisons funèbres de Fléchier, Bossuet et Mascaron; et ce morceau servira de réponse à ceux qui nous ont accusés d'avoir traité trop sévèrement l'évêque d'Agen. « Les Oraisons funèbres de M. Fléchier sont fort au-dessus de ses Panégyriques des Saints, et plus encore au-dessus de ses Sermons. Mais, quoiqu'il soit vraiment éloquent dans ses Oraisons funèbres; quoiqu'il y soit insinuant, touchant, et même sublime quelquefois, on y trouve cependant une symétrie de style trop étu- 104 MAS diée, et qui est contraire à la belle éloquence. M. Flechier a trop souvent le compas et le niveau à la main; il veut marcher presque toujours sur des fleurs, et n'y marche qu'à pas comptés. M. Bossuet, au contraire, ne fait presque jamais usage de l'antithèse, dédaignant l'art, ne se livrent qu'à la nature, sacrifiant l'exactitude et les agrémens du langage à l'énergie et à la sublimité des pensées. L'éloquence de M. Mascaron est fort différente de celle de Flechier et de Bossuet. Il n'a ni l'élégance de l'un, ni la force de l'autre, plus nerveux, plus élevé, moins délicat, moins poli que le premier; aussi sublime que le second: moins judicieux que l'un et l'autre. L'Oraison funèbre de M. de Turenne est son chef-d'œuvre, et celle du chancelier Séguier est assez belle: les autres sont fort défectueuses, et peuvent à peine se lire.
MASCEZEL, Voy. GILDON.
MASCLEF, (François) d'abord curé dans le diocèse d'Amiens sa patrie, ensuite le théologien et l'homme de confiance du vertueux de Erou, son évêque, eut la direction du séminaire sous ce prélat. Il méritoit cet emploi par sa piété, et surtout par sa profonde érudition. Les langues orientales lui étoient aussi connues que la sienne propre. Il porta dans l'étude des différens idiomes de l'Orient, l'esprit de philosophie et d'invention. Il devint chanoine d'Amiens avant la mort de de Erou, arrivée en 1708. Sa façon de penser sur les querelles du Jansénisme n'étant point du goût de Sabbatier, successeur de ce prélat, on lui ôta le soin du séminaire, et presque toute autre fonction pu- blique. Masclef se consola, avec les morts, de la façon de penser des vivans. Il se livra à l'étude avec une nouvelle ardeur; mais il en contracta une maladie, dont il mourut, le 14 novembre 1728, à 66 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Une Grammaire hébraïque, en latin, selon sa nouvelle méthode, imprimée à Paris, en 1716, in-12. Cette Grammaire fut réimprimée en 1730, en 2 vol. in-12, par les soins de M. de la Bletterie, alors prêtre de l'Oratoire, et ami de Masclef. On y trouve des réponses à toutes les difficultés que le Père Guarin a faites dans sa Grammaire hébraïque, contre la nouvelle méthode que Masclef avoit inventée, pour lire l'hébreu sans se servir des points. Il ne s'agit, selon lui, que de mettre après la consonne de l'hébreu, la voyelle qu'elle a dans l'ordre de l'alphabeth. Cette méthode fut approuvée de quelques savans, et rejetée par le plus grand nombre. II. Les Conférences Ecclesiastiques du diocèse d'Amiens, in-12. III. Le Catechisme d'Amiens, in-4. IV. Une Philosophie et une Théologie manuscrites, qui auroient vu le jour, si on n'y avoit pas découvert des semences de Jansénisme. L'auteur étoit un homme austère, également respectable par ses mœurs et par ses connaissances.