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03.0 Dictionnaire historique — MASCRIER – III

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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MASCRIER, (L'abbé Jean-Baptiste le) de Caen, mort à Paris, en 1760, à 63 ans, est un de ces auteurs qui sont plus connus par l'art qu'ils ont de rassembler les Mémoires des autres, pour composer des ouvrages, que par le talent d'en enfanter eux-mêmes. On a de lui: I. Description de l'Égypte sur M A S 109 les Mémoires de M. Maillet, 1735, in-4°, et en 2 vol. in-12. Le fond de cet ouvrage est bon; il y a des remarques judicieuses, et des anecdotes curieuses; mais tout n'est pas exact. A l'égard de la forme, l'éditeur auroit pu proscrire l'enflure, l'affectation, la déclamation, le ton de collège, la superfluité des mots et les répétitions importunes. II. Idée du gouvernement ancien et moderne de l'Égypte, 1745, in-12: livre moins recherché que le précédent. III. La Traduction des Commentaires de César, latin et françois, 1755, in-12. IV. Réflexions Chrétiennes sur les grandes vérités de la Foi, 1757, in-12. V. Il a eu part à l'Histoire générale des Cérémonies religieuses, (Voyez BANIER et B. PICART) et à la Traduction de l'Histoire du président de Thou. VI. Histoire de la dernière Révolution des Iudes orientales, curieuse, mais peu exacte. VII. Tableau des maladies de Lommius, traduit du latin, 1760, in-12. VIII. Des éditions des Mémoires du marquis de Feuquières; de l'Histoire de Louis XIV, par Pellisson; et de Telliamed: (Voy. MAILLET.) des Epigrammes de Martial, deux vol. in-12, 1754. On voit par la liste des divers ouvrages de l'abbé le Mascrier, que le besoin l'obligea souvent de publier des productions pieuses, et d'autres qui, non-seulement ne l'étoient point, mais dont les principes n'étoient pas toujours d'accord avec ceux de la religion.
MASEL, Voy. MAZEL.
MASENIUS, (Jacques) Jésuite, né à Dalen dans le duché de Juliers, en 1606, se distingua dans sa Société par sa littérature et par ses talens. Il professa avec un grand applaudissement l'éloquence et la poésie à Cologne. De tous les ouvrages qu'il donna au public, celui qui a fait le plus de bruit de notre temps, est son Poème intitulé: Sancotis, ou Sancothea, de 2486 vers latins. Sancothea est le nom que Masenius donne à la Nature humaine, qu'il représente comme la Déesse souveraine de tout ce qui porte un corps. La perte de Sancothée ou de la Nature humaine, (c'est-à-dire la hâte du premier Homme) en est le sujet. Ce Poème a été tiré de l'oubli par M. Lauder, Écossois, pour prouver que Milton a beaucoup profité de cet ouvrage. Un homme d'esprit a répondu à ce reproche de plagiat, d'une manière victorieuse. « Milton, dit-il, peut avoir imité plusieurs morceaux de grand nombre de Poèmes latins faits de tout temps sur ce sujet: de V. Adamus exul de Grotius, du Poème de Masen ou Masenius, et de beaucoup d'autres, tous inconnus au commun des lecteurs. Il a pu prendre dans le Tasse la description de l'Enfer, le caractère de Satan, le conseil des Démons. Inuter ainsi, ce n'est point être plaigiaire; c'est lutter, comme dit Boileau, contre son original; c'est enrichir sa langue des beautés des langues étrangères; c'est nourrir son génie et l'accroître du génie des autres; c'est ressembler à Virgile, qui imite Homère en l'embellissant. » Quant à ce qui regarde Masenius en particulier, il est peu raisonnable d'accuser un génie comme Milton, d'avoir pillé un ouvrage aussi mal conçu pour l'idée, pour le plan et pour l'exécution, que celui de ce Jésuite. Masenius, qui ne vouloit faire qu'un Poème de collège, comme il l'avoue lui- 106 MAS même, n'est qu'un amplificateur toujours agité par le Démon de la déclamation. Né avec une imagination féconde, et possédant les richesses de la langue latine, il fait à la vérité de très-beaux vers, mais toujours hors de propos : il entasse les mêmes idées sous différens mots : met tableaux sur tableaux, traits sur traits, nuances sur nuances, et épuisé son sujet, jusqu'à lasser la patience la plus intrépide. L'accusation de plagiat intentée contre le poète Anglois, a produit plusieurs écrits rassemblés en un vol. in-12, à Paris, chez Barbou, 1759. M. l'abbé Dinouart, éditeur de ce recueil, y a ajouté le Poème de Masenius, avec une traduction paraphrasée, et les pièces de ce procès qui n'en auroit pas dû être un. Les autres ouvrages du Jésuite Allemand, sont : I. Une espèce d'Art poétique, sous le titre de Palæstra Eloquentia ligata, 4 vol. in-12. II. Un Traité intitulé : Palæstra styli Romani. III. Anima Historiae, seu Vita Caroli V et Ferdinandi, in-4. IV. Des Notes et des Additions aux Antiquités et aux Annales de Trèves, par de Brouwer, 1670, in-folio. V. Epitome Annalium Trevirensium, etc. 1676, in-8.
MASINISSA, roi d'une petite contrée d'Afrique, prit d'abord le parti des Carthaginois contre les Romains. Ils eurent en lui un ennemi d'autant plus redoutable, que sa haine étoit soutenue par beaucoup de courage. Après la défaite d'Asdrubal, Scipion le Vieux ayant trouvé parmi les prisonniers le neveu de Masinissa, le renvoya comblé de présens, et lui donna une escorte pour l'accompagner. Ce trait de générosité fit tant d'impression sur l'oncle, que, de l'aversion la plus forte, il passa tout-à-coup à une admiration sans bornes. Il joignit ses troupes à celles des Romains, et contribuait beaucoup, par sa valeur et par sa conduite, à la victoire qu'ils remportèrent sur Asdrubal et Syphax. Il épousa la célèbre Scyphoussie, femme de ce dernier prince, aux charmes de laquelle il ne put résister. Scipion n'ayant pas approuvé un mariage si brusquement contracté avec une captive, la plus implacable ennemie de Rome, Masinissa s'en défit par le poison. Le général Romain le consola, en lui accordant, en présence de l'armée, le titre et les honneurs de Roi. Le sénat ajouta à ses états, tout ce qui avoit appartenu à Syphax dans la Numidie. Masinissa donna une marque de reconnaissance bien distinguée à Scipion l'Africain le Jeune; il le fit prier, au lit de la mort, de venir partager ses états entre ses enfans. Il mourut à l'âge de 90 ans, l'an 149 avant Jésus-Christ. Ce prince, qui pendant sa jeunesse avoit essuyé d'étranges malheurs, s'étant vu dépouillé de son royaume, obligé de fuir de province en province, et exposé plusieurs fois à perdre la vie, n'eut, depuis son rétablissement jusqu'à sa mort, qu'une suite continuelle de prospérités. Non seulement il recouvra son royaume, mais il y ajouta celui de Syphax son ennemi; et, maître de tout le pays, depuis la Mauritanie jusqu'à Cirène, il devint le prince le plus puissant de toute l'Afrique. Il conserva jusqu'à la fin de sa vie une santé très-robuste, qu'il dut à sa sobriété, et au soin qu'il eut de s'endurcir sans relâche au travail et à la M A S 107 fatigue. A l'âge de 90 ans, il faisoit encore tous les exercices d'un jeune homme, et se tenoit à cheval sans selle. *Plutarque* remarque que, le lendemain d'une grande victoire remportée contre les Carthaginois, on l'avoit trouvé dans sa tente faisant son repas d'un morceau de pain bis. Il laissa en mourant, cinquante-quatre fils, dont trois seulement étoient d'un mariage légitime, *Micipsa*, *Gulussa* et *Mastanabal*. *Scipion* partagea le royaume entre ces trois derniers, et donna aux autres des revenus considérables. Mais bientôt après *Micipsa* demeura seul possesseur de ces vastes états par la mort de ses deux frères. I. MASIUS, (André) né à Linnich, près de Bruxelles, l'an 1516, fut un des plus savans hommes du 16e siècle. Il fit d'abord de grands progrès dans l'étude de la philosophie et de la jurisprudence, et devint secrétaire de *Jean de Wèze*, évêque de Constance. Après la mort de cet évêque, il fut envoyé en qualité d'agent à Rome, et profita de son séjour en cette ville pour se rendre habile dans le syriaque. En 1558, il se maria à Clèves, et fut fait conseiller de *Guillaume*, duc de Clèves. Il y mourut, le 7 avril 1573, âgé de 57 ans, dans des sentimens vraiment chrétiens. *Masius* possédoit, outre plusieurs langues vivantes, le latin, le grec, l'hébreu, le chaldéen et le syriaque. Il étoit très-versé dans l'histoire et la géographie ancienne, et personne de son temps ne le surpassa, ni peut-être même ne l'égala dans la critique sacrée. *Sébastien Munster* disoit que *Masius* sembloit avoir été élevé dans l'ancienne Rome ou dans l'ancienne Jérusalem. On a de lui : I. Un *Recueil* de différentes pièces anciennes et modernes, traduites du syriaque, Anvers, 1569, dans la Bibliothèque des Pères de *Margarin de la Bigue*, et dans les *Critici sacri*, seconde édition, tome 2. II. *Syrorum Peculium*, Anvers, 1571, in-fol. C'est un Dictionnaire Syriaque. III. *Grammatica Linguæ Syricæ*, Anvers, 1571, in-folio. *Arias Montan* ayant prié *Masius* de contribuer à l'édition de la *Polyglotte* d'Anvers, il fit ces deux ouvrages qui y ont été insérés. IV. Un *Commentaire* sur le livre de *Josué*, Anvers, 1574, in-folio, et dans les *Critici sacri*, de Londres et d'Amsterdam, tome 2. Ce Commentaire renferme des choses excellentes. V. *Disputatio de cœnâ Domini, opposita Calvinistarum impiis corruptelis*, Anvers, 1575. VI. Des *Commentaires* sur quelques chapitres du *Deuteronome*, insérés dans les *Critici sacri*. Il avoit possédé le célèbre *Manuscrit Syriaque*, écrit en 616, qui passa depuis au savant *Daniel Ernest Jablonski*. C'est le seul manuscrit connu qui nous ait conservé l'édition donnée par *Origène* du livre de *Josué*, et des autres livres historiques suivant l'ancien Testament. Il est traduit mot à mot sur un exemplaire grec, corrigé de la main d'*Eusebe*.
II. MASIUS, (Gisbert) évêque de Bois-le-Duc, mort en 1614, étoit natif de Bommel, petite ville du duché de Gueldres. Plem d'un zèle vraiment apostolique, il fit fleurir la vertu et la science dans son diocèse, et publia, en 1612, d'excellentes *Ordonnances Synodales*, en latin, réimprimées en 1700, à Louvain. 108 M A S
MASO, (Thomas Finiguerra, dit) orfèvre de Florence, né au 15e siècle, passe pour être l'inventeur de l'art de graver les estampes sur le cuivre, vers 1480; ou plutôt le hasard, qui fit trouver la poudre, l'imprimerie, et tant d'autres secrets admirables, donna l'idée de multiplier un tableau ou un dessin, par les estampes. L'orfèvre de Florence, qui gravoit sur ses ouvrages, s'apperçut que le soufre fondu dont il faisoit usage, marquoit dans ses empreintes les mêmes choses que la gravure, par le moyen du noir que le soufre avoit tiré des tailles. Il fit quelques essais qui lui réussirent. Un autre orfèvre de la même ville, instruit de cette découverte, grava plusieurs planches dessinées par Sadro Botticello. Les Italieus donnèrent à cette gravure le nom de Stampa, tiré du verbe stampare, qui signifie imprimer; et de Stampa, les François formèrent le mot d'estampe. André Montegna grava aussi d'après ses ouvrages. Cette invention passa en Flandre: Martin d'Anvers et Albert Durer furent les premiers qui en profitèrent; ils produisirent une infinité de belles estampes au burin, qui firent admirer par toute l'Europe leurs noms et leurs talens, déjà connus pour la gravure en bois. — MASQUE DE FER : (Le) C'est sous ce nom que l'on désigne un prisonnier inconnu, envoyé dans le plus grand secret au château de Pignerol, et de la transféré aux isles Sainte-Marguerite. C'étoit un homme d'une taille au-dessus de l'ordinaire, et très-bien fait. Sa peau étoit un peu brune, mais fort douce, et il avoit autant de soin de la conserver dans cet état que la femme la plus coquette. Son plus grand goût étoit pour le linge fin, pour les dentelles, pour les colifichets. Il jouoit de la guitare, et paroissoit avoir reçu une excellente éducation. Il intéressoit par le seul son de sa voix, ne se plaignant jamais de son état, et ne laissant point entrevoir ce qu'il étoit. Dans les maladies où il avoit besoin du médecin ou du chirurgien, et dans les voyages que ses différentes translations lui occasionnèrent, il portoit un masque de velours, dont la mentionnière avoit des ressorts d'acier, qui lui laissoient la liberté de manger et de boire. On avoit ordre de le tuer, s'il se découvroit; mais, lorsqu'il étoit seul, il pouvoit se démasquer; et alors il s'amusoit à s'arracher le poil de la barbe avec des pincettes d'acier. Il resta à Pignerol, jusqu'à ce que Saint-Mars, officier de confiance, commandant de ce château, obtint la lieutenance de roi des isles de Lérins. Il le mena avec lui dans cette solitude maritime, et lorsqu'il fut fait gouverneur de la Bastille, son captif le suivit, toujours masqué. Il fut logé dans cette prison aussi bien qu'on peut l'être. On ne lui refusoit rien de ce qu'il demandoit; on lui donnoit les plus riches habits, on lui faisoit la plus grande chère, et le gouverneur s'asseyoit rarement devant lui. Le marquis de Louvois s'étant rendu à Sainte-Marguerite, pour le voir avant sa translation à Paris, lui parla avec une considération qui tenoit du respect. Cet illustre inconnu mourut, le 19 novembre 1703, et fut enterré sous le nom de MARCHALL, le lendemain à quatre heures après midi, dans M A S 109 le cimetière de la paroisse de St-Paul. Ce qui redouble l'étonnement, c'est que quand on l'envoya aux isles Sainte-Marguerite, il ne disparut dans l'Europe aucun homme considérable. Ce prisonnier l'étoit sans doute ; car voici ce qui arriva les premiers jours qu'il fut dans l'isle. Le gouverneur mettoit lui-même les plats sur sa table, et ensuite se retiroit après l'avoir enfermé. Un jour il écrivit avec un couteau sur une assiette d'argent, et jeta l'assiette par la fenêtre vers un bateau qui étoit au rivage, presque au pied de la tour. Un pêcheur, à qui ce bateau appartenoit, ramassa l'assiette et la rapporta au gouverneur. Celui-ci étonné demanda au pêcheur : *Avez-vous lu ce qui est écrit sur cette assiette ? Et quelqu'un l'a-t-il vue entre vos mains ? — Je ne sais pas lire, répondit le pêcheur : je viens de la trouver, personne ne l'a vue.* Ce paysan fut retenu jusqu'à ce que le gouverneur fût bien informé qu'il n'avoit jamais lu, et que l'assiette n'avoit été vue de personne. *Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux de ne savoir pas lire ! ... La Grange-Chancel raconte, dans une Lettre à l'auteur de l'Année Littéraire, que, lorsque St-Mars alla prendre le Masque de Fer pour le conduire à la Bastille, le prisonnier dit à son conducteur : Est-ce que le Roi en veut à ma vie ? — Non, mon Prince, répondit Saint-Mars, votre vie est en sureté ; vous n'avez qu'à vous laisser conduire.* « J'ai su, ajoute-t-il, d'un nommé Dubuisson, caissier du fameux Samuel Bernard, (qui, après avoir été quelques années à la Bastille, fut conduit aux isles Sainte-Marguerite) qu'il étoit dans une chambre avec quelques autres prisonniers, précisément au-dessus de celle qui étoit occupée par cet inconnu : que, par le tuyau de la cheminée, ils pouvoient s'entretenir et se communiquer leurs pensées ; mais que ceux-ci lui ayant demandé pourquoi il s'obstinoit à leur taire son nom et ses aventures, il leur avoit répondu que cet aveu lui coûteroit la vie, ainsi qu'à ceux auxquels il auroit révélé son secret. » Toutes ces anecdotes prouvent que le *Masque de fer* étoit un prisonnier de la plus grande importance. Mais qui étoit ce captif ? Ce n'étoit pas le duc de Beaufort : nous l'avons prouvé dans son article. Ce n'étoit pas le comte de Vermandois, comme le prétend l'auteur des *Mémoires de Perse*. Cet écrivain sans aveu raconte que ce prince, fils légitimé de Louis XIV et de la duchesse de la *Vallière*, fut dérobé à la connoissance des hommes par son propre père, pour le punir d'un souillet donné à Monseigneur le *Dauphin*. « Comment peut-on, dit un homme d'esprit, imprimer une fable aussi grossière ? Ne sait-on pas que le comte de Vermandois mourut au camp devant Dixmude en 1683, et fut enterré solennellement à Arras ? Le Dauphin avoit alors 22 ans. On ne donne des soufflets à un Dauphin en aucun âge ; et c'est en donner un bien terrible au sens commun et à la vérité, que de rapporter de pareils contes. » Il n'est pas moins absurde de vouloir faire d'autres conjectures sur le *Masque de fer*. Pour résoudre ce problème historique, il faudroit avoir des *Mémoires des personnes* qui ont eu ce secret important ; et ces personnes n'en ayant point laissé, 718 MAS il faut savoir se taire. L'auteur de ce Dictionnaire, qui avoit pris des informations à l'isle Sainte-Marguerite, est le premier qui ait dit que l'Homme au Masque avoit d'abord été envoyé à la citadelle de Pignerol. Cette particularité a été confirmée par le Journal de du Jonca, lieutenant de roi de la Bastille, quand le prisonnier y arriva. Ce Journal, imprimé dans le Traite des différentes sortes de preuves qui établissent la vérité de l'Histoire, du P. Griffet, est très-curieux. Du Jonca ne dit point que le masque fut de fer : il dit seulement que c'étoit un masque de velours noir ; et nous n'avions pas fait entendre autre chose dans la première édition de ce Dictionnaire. Mais le nom de Masque de fer ayant prévalu pour désigner ce célèbre infortuné, nous l'avons laissé subsister... On lit dans le Journal Encyclopédique, du mois d'août 1770, qu'il y a lieu croire que c'étoit un secrétaire d'état du duc de Mantour, appelé Magai, qui, vendu à l'empereur, avoit parcouru les cours de différens princes, pour les exciter contre la France, et que Louvois fit enlever par vingt hommes masqués dans une partie de chasse près de Turin, et de là transférer à Pignerol. Ce n'est pas la dernière conjecture qu'on a formée sur cette victime de la politique. On trouve dans les écrucissemens joints à la Vie de Voltaire, par M. de Condorcet, une note où l'on propose quelques nouvelles idées assez vraisemblables pour n'être pas oubliées dans cet article : « Le Masque de fer, y est-il dit, étoit sans doute un frère et un frère ami de Louis XIV, dont la mère avoit ce goût pour le linge fin sur lequel M. de Voltaire appuie. Ce fut en lisant les Mémoires de ce temps, qui rapportent cette anecdote au sujet de la reine, (Voyez ANNE D'AUTRICHE) que me rappelant ce même goût du Masque de fer, je ne doutois plus qu'il ne fût son fils : ce dont toutes les autres circonstances m'avoient déjà persuadé. On sait que Louis XIII n'habitoit plus depuis long-temps avec la reine ; que la naissance de Louis XIV ne fut due qu'à un heureux hasard habilement amené : hasard qui obligea absolument le roi à coucher en même lit avec la reine. Voici donc comme je crois que la chose sera arrivée. La reine aura pu s'imaginer que c'étoit par sa faute qu'il ne naissoit point d'héritier à Louis XIII. La naissance du masque de fer l'aura détrompée. Le cardinal a qui elle aura fait confidence du fait, aura su, par plus d'une raison, tirer parti de ce secret. Il aura imaginé de tourner cet événement à son profit et à celui de l'état. Persuadé, par cet exemple, que la reine pouvoit donner des enfans au roi, la partie qui produisit le hasard d'un seul lit pour le roi et la reine, fût arrangée en conséquence. Mais la reine et le cardinal également pénétrés de la nécessité de cacher à Louis XIII l'existence du Masque de fer, l'auront fait élever en secret. Ce secret en aura été un pour Louis XIV jusqu'à la mort du cardinal Mazurin. Mais ce monarque apprenant alors qu'il avoit un frère, et un frère ami que sa mère ne pouvoit désavouer, qui peut-être portoit d'ailleurs des traits marqués qui annoncoient son origine, faisant réflexion que cet enfant ne durant le mariage, ne pouvoit sans de grands inconvénients, et sans un horrible scandale, être déclaré illégitime après la mort de Louis XIII, Louis XIV aura jugé ne pouvoir user d'un moyen plus sage et plus juste que celui qu'il employa pour assurer sa propre tranquillité et le repos de l'état : moyen qui dispensoit de commettre une cruauté que la politique auroit représentée comme nécessaire à un monarque moins consciencieux et moins magnanime que Louis XIV. Il me semble que plus on est instruit de l'histoire de ces temps-là, plus on doit être frappé de la réunion de toutes les circonstances qui prouvent en faveur de cette supposition. » L'auteur de la Vie du Duc de Richelieu a produit une lettre de Milu de Valois, écrite à ce duc, où elle se vante d'avoir appris du duc d'Orléans, son père, à d'étranges conditions, quel étoit l'homme au Masque de fer; et cet homme, dit-elle, étoit un frère jumeau de Louis XIV, né quelques heures après lui. Il est probable que si le régent fit cette confidence, il crut en affoiblir le danger, en faisant du Masque de fer un cadet, sans droit au trône, et non un ainé héritier présomptif de la couronne. En 1803, M. Reth a publié à Turin un opuscule, intitulé : Véritable clef de l'Histoire de l'homme au Masque de fer, dans lequel il prétend que ce personnage singulier est un comte Mathioly de Bologne, confident et ministre du duc de Mantoue, envoyé par ce dernier à Versailles pour y traiter secrètement de la vente de Casal à Louis XIV, et qui, de retour en Italie, révéla le secret de ce traité à la cour de Turin, et à Melgar, gouverneur de Milan pour les Espagnols. L'ambassadeur François à Turin, furieux de la perfidie de Mathioly, l'attira sur le territoire François, le fit arrêter, le 2 mai 1679, à la vue de Pignerol, et le confia à la garde de Saint-Mars. Celui-ci le conduisit au fort d'Exiles d'où il fut transféré ensuite aux isles Sainte-Marguerite, et enfin à la Bastille, où il mourut plus que sexagénaire, après une détention de 24 ans et demi. Cette opinion s'accorde assez avec celle qui nomme, peut-être improprement, Magni, l'agent du duc de Mantoue. M. Reth a annoncé la publication prochaine de preuves complètes qui dévoilent cette énigme historique; mais jusqu'au moment où ces preuves pourront être appréciées, on demandera toujours pourquoi tant de précautions pour un prisonnier si peu dangereux? Pourquoi ces respects à son égard, ce masque de velours qui annonce le plus grand intérêt à cacher ses traits? Pourquoi son isolement absolu dans la prison, et l'attention scrupuleuse de le faire suivre dans toutes ses translations par le gouverneur qui ne l'avoit pas quitté, et avoit le secret de son histoire? Un simple agent d'un duc de Mantoue, sans nom remarquable, coupable d'une trahison peu importante, ne paroit devoir exciter ni l'inquiétude du gouvernement, ni des soins constans pour envelopper sa personne d'une obscurité impénétrable. Quoi qu'il en soit, nous rapportons fidèlement tout ce que nous avons lu jusqu'à ce jour sur ce fameux prisonnier masqué, en avouant que jusqu'ici il n'y a eu encore sur son histoire que des conjectures. 112 MAS
MASQUIÈRES, (Françoise) morte à Paris en 1728, étoit fille d'un maître-d'hôtel du roi. Elle fit son occupation de l'étude des belles-lettres, et particulièrement de la poésie françoise, pour laquelle elle avoit du goût et du talent. Ses ouvrages poétiques, qui se trouvent dans un *Nouveau Choix de Poésies*, 1715, in-12, sont : I. *La Description de la Galerie de Saint-Cloud*. II. *L'Origine du Luth*. III. *Une Élégie*, etc. Sa versification a de la douceur; mais elle est foible, et offre peu d'images. I. MASSAC, (Raymond de) médecin d'Orléans du XVIe siècle, s'occupoit autant des belles-lettres que de sa profession. On a de lui : I. *Pæan Aurelianus*; c'est un poème considérable, inséré dans le *Recueil des Poèmes et Fanégyriques de la ville d'Orléans*, 1646, in-4.º Il y célèbre l'heureuse température du climat d'Orléans, et fait l'éloge du collège de médecine et des médecins qui s'y sont distingués par leur science et leurs talens. II. *Pugæa, sive de Lymphis Pugiacis libri duo, cum notis J. le Vasseur*, Paris, 1599. C'est un poème sur la fontaine minérale de Pougues, à deux lieues de Nevers. *Charles de Messac*, fils de l'auteur, l'a traduit en vers françois, Paris, 1605, in-8.º
II. MASSAC, (Pierre-Louis-Raymond de) né dans l'Agénois le 25 août 1728, mort en 1780, suivit quelque temps la profession d'évocat, et a laissé quelques ouvrages d'économie et de jurisprudence, estimés. Ce sont I. *Recueil* d'instructions et d'amusemens littéraires, 1765, in-12. II. *Mémoire* sur la ma- mière de gouverner les abeilles, 1766, in-12. III. Autre sur la qualité et l'emploi des engrais, 1767, in-12. L'auteur publia une seconde édition de ces deux Mémoires, sous le titre de *Recueil* d'instructions économiques, 1779, in-8.º IV. *Manuel des rentes*, 1777 et 1783, in-8.º V. *Traité des immatricules*, 1779, in-8.º
MASSARI, (Lucio) célèbre peintre de Bologne, mort en 1633, à 64 ans, enrichit de ses tableaux les églises et les couviens de sa patrie.
MASSARIA, (Alexandre) célèbre médecin, natif de Vicence, pratiqua son art avec succès à Venise, et l'enseigna avec beaucoup de réputation à Padoue, où il mourut le 17 octobre 1598, dans un âge avancé. Sa grande charité pour les pauvres le distingua encore plus que sa science. Il étoit singulièrement attaché à la doctrine de *Galien*, et disoit qu'il aimoit mieux errer avec cet ancien, que d'avoir raison avec les modernes. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages, entr'autres : I. *De Peste*, Venise, 1579, in-4.º II. *Disputationes duæ, quarum prima de scopis mittendi sanguinem in febribus, altera de purgatione in morborum principio*, Lyon, 1622, in-4.º Le traité de la saignée est encore regardé comme un chef-d'œuvre; il y détaille savamment les cas où elle convient, et ceux où elle est nuisible. Si on avoit suivi sa pratique, au lieu de celle de *Boral*, chez qui la saignée étoit un remède presque universel, on n'auroit pas tant prodigué le sang des hommes ni peut-être leur vie. III. *Fractica medica*, Venise, 1622, in-folio.
MASSÉ,
MASSE, (Jean-Baptiste) peintre du roi, né à Paris le 29 décembre 1687, mort le 26 septembre 1767, dans sa 80e année, excelloit dans la miniature. Il a conservé son enjouement, sa gaieté et sa liberté jusqu'à sa mort. Il répondit à quelqu'un qui l'interrogeoit sur sa façon de penser : Je sers mon Dieu, et je me sens assez libre pour ne dépendre sur la terre que de moi seul. Il étoit Protestant, et il congédia un domestique Catholique qui l'avoit servi long-temps avec fidélité, et qui vouloit changer de religion dans la vue de lui plaire. Le recueil d'estampes, représentant la grande galerie de Versailles et les deux sallons qui l'accompagnent, peints par le Brun, fut dessiné par Massé, et gravé sous ses yeux par les plus habiles maîtres. Cette collection parut en 1753, in-folio, avec une explication, in-8. Voyez MACE. — MASSEVILLE, (Louis le Vavasseur de) né à Montebourg au diocèse de Coutances, mourut à Valogne en 1733, à 86 ans, après avoir publié l'Histoire sommaire de Normandie, en six vol. in-12, 1698 et 1704: ouvrage foiblement écrit; mais rare, et utile, faute d'un meilleur. Il faut, pour l'avoir complet, qu'il soit accompagné de l'Etat Géographique de Normandie, Rouen, 1722, 2 vol. in-12, Masseville avoit fait encore le Nobiliaire de Normandie; mais, sur les instances d'un directeur, qui craignoit qu'il n'eût flatté la vanité ou prodigué le mensonge, il jeta son manuscrit au feu dans sa dernière maladie.
MASSIEU, (Guillaume) membre de l'académie des Belles- Lettres et de l'académie Françoise, naquit à Caen en 1665. Étant venu achever ses études à Paris, il entra chez les Jésuites, auxquels il fit honneur par son goût et par ses talens. Il en sortit dans la suite, pour suivre avec plus de liberté le goût qu'il avoit pour les belles-lettres. Sacy, de l'académie Françoise, lui confia l'éducation de son fils. L'abbé Massieu contracta alors une amitié étroite avec Tourreil, et avec plusieurs autres savans. Il fut nommé, en 1710, professeur en langue grecque au collège royal; place qu'il remplit avec distinction jusqu'à sa mort, arrivée à Paris le 27 septembre 1722, à 57 ans. L'abbé Massieu étoit un homme vrai, simple, modeste, orné seulement de sa vertu et des richesses de son savoir. Profond dans la connoissance des langues anciennes, il en profita pour connoître les génies des plus beaux siècles d'Athènes et de Rome. Tous ses plaisirs naissoient du commerce qu'il avoit avec ces grands hommes. C'est dans leur sein qu'il avoit pris cette netteté d'expression et cette justesse d'esprit qui le caractérisoient. Les dernières années de sa vie furent tristes pour lui, et l'auroient été bien davantage, s'il n'avoit été philosophe. Il devint sujet à des attaques de goutte. Il eut deux cataractes, qui le rendirent entièrement aveugle. Quand au bout de trois ans, elles furent parvenues au point de maturité nécessaire pour l'opération, il se contenta d'avoir par ce moyen recouvré un œil qui suffisoit à ses travaux. Il ne put se résoudre à sacrifier encore six semaines ou deux mois de temps pour le second, qu'il tenoit, disoit-il, en réserve, et comme une ressource contre de nouveaux malheurs. On a de lui : I. Plusieurs savantes Discretations, dans les Memories de l'Andalme des Inscriptions. II. Une belle Préface à la tête des Œuvres de Toureuil, dont il donna une nouvelle édition en 1721. III. Il avoit entrepris une Traduction de Fadare, avec des notes : mais il n'en a donné que six odes, traduites avec foiblesse, parce que le feu de son imagination avoit été comme amorti par ses maladies. IV. Histoire de la Poésie française, in-12, etc. Les recherches curieuses dont elle est remplie, et l'élégante simplicité du style, rendent cet ouvrage aussi utile qu'agréable. V. Un Poème latin sur le Café, que l'abbé d'Olivet a publié dans son recueil de quelques Poètes latins modernes. L'ouvrage de l'abbé Massieu ne dépare point cette collection, et est une nouvelle preuve que l'auteur avoit puisé le beau dans sa source.
MASSILLON, (Jean-Baptiste) fils d'un notaire d'Hères en Provence, naquit en 1663, et entra dans la congrégation de l'Oratoire en 1681. Les agréments de son esprit, l'enjouement de son caractère, un fonds de politesse fine et affectionné, lui gagnèrent tous les cœurs dans les villes où on l'envoya; mais, en plaisant aux gens du monde, il déplut à ses confrères. Ses talens lui avoient fait des jaloux, et l'air de réserve qu'il prenait avec eux, passoit pour fierté. Ses supérieurs lui ayant soupçonné, pendant son cours de régence, des intrigues avec quelques femmes, cher chèrent à l'éloigner de la congrégation. On prétend qu'il la quitta en effet pour aller s'ensevelir dans l'abbaye de Sept-Fonts, où il passa quelques mois. Mais il rentra bientôt après dans l'Oratoire. Il fit ses premiers essais de l'art oratoire à Vienne, pendant qu'il professoit la théologie. L'oraison funèbre de Henri de Villars, archevêque de cette ville, obtint tous les suffrages. Ce succès engagea le P. de la Tour, alors général de sa congrégation, à l'appeler à Paris. Il eut beau répondre que son talent et son inclination l'éloignoient de la chaire, il fallut obéir à son supérieur. Lorsqu'il eut fait quelque séjour dans la capitale, le P. de la Tour lui demanda ce qu'il pensoit des prédicateurs qui brilloient sur ce grand théâtre ? Je leur trouve, répondit-il, bien de l'esprit et du talent ; mais si je prêche, je ne prêcherai pas comme eux. Il leur souhaitoit en effet une sensibilité plus vive et plus profonde. Il tint parole : il prêcha, et il s'ouvrit une route nouvelle. Le P. Bourdalou fut excepté du nombre de ceux qu'il ne se proposoit point d'imiter. S'il ne le prit pas en tout pour son modèle, c'est que son génie le portoit à un autre genre d'éloquence. Il se fit donc une manière de composer qu'il ne dut qu'à lui-même, et qui, aux yeux des hommes sensibles, parut supérieure à celle de Bourdalou. La simplicité touchante et le naturel de l'Oratorien sont, ce semble, (dit un homme d'esprit) plus propres à faire entrer dans l'âme les vérités du Christianisme, que toute la dialectique du Jésuite. La logique de l'Évangile est dans nos cours : c'est la qu'on doit la chercher. Les raisonnements les plus pres- sans sur les devoirs indispensables d'assister les malheureux, ne toucheront guère celui qui a pu voir souffrir son semblable sans en être ému. Une amé insensible est un clavecin sans touches, dont on chercheroit-en vain à tirer des sons. Si la dialectique est nécessaire, c'est seulement dans les matières de dogme; mais ces matières sont plus faites pour les livres que pour la chaire, qui doit être le théâtre des grands mouvemens, et non pas de la discussion. On sentit bien la vérité de ces réflexions, lorsqu'il parut à la cour. Après avoir prêché son premier Avent à Versailles, il reçut cet éloge de la bouche même de Louis XIV : Mon Père, quand j'ai entendu les autres Prédicateurs, j'ai été très-content d'eux. Pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu, j'ai été très-mécontent de moi-même. Massillon, prêchant devant le même monarque, resta un instant sans se rappeler de la suite de son discours. « Remettez-vous, mon Père, lui dit le roi; il est bien juste de nous laisser le temps de goûter les belles et utiles choses que vous nous dites. » La première fois qu'il prêcha son fameux sermon du petit nombre des Elus, il y eut un endroit où un transport de saisissement s'empara de tout l'auditoire. Presque tout le monde se leva à moitié, par un mouvement involontaire. Le murmure d'acclamations et de surprise fut si fort, qu'il troubla l'orateur : ce trouble ne servit qu'à augmenter le pathétique de ce morceau. Ce qui surprit sur-tout dans le Père Massillon, ce furent ces peintures du monde, si saillantes, si fines, si ressemblantes. On lui demanda où un homme, consacré comme lui à la retraite y avoit pu les prendre ? Dans le cœur humain ; répondit-il : pour peu qu'on le sonde, on y découvrira le germe de toutes les passions... Quand je fais un sermon, disoit-il encore, j'imagine qu'on me consulte sur une affaire ambiguë. Je mets toute mon application à décider et à fixer dans le bon parti, celui qui a recours à moi. Je l'exhorte, je le presse, et je ne le quitte point qu'il ne se soit rendu à mes raisons. Sa déclamation ne servit pas peu à ses succès. Il nous semble le voir dans nos chaires, disent ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre, avec cet air simple, ce maintien modeste, ces yeux humblement baissés, ce geste négligé, ce ton affectueux, cette contenance d'un homme pénétré, portant dans les esprits les plus brillantes lumières, et dans les cœurs les mouvemens les plus tendres. Le célèbre comédien Baron, l'ayant rencontré dans une maison ouverte aux gens de lettres, lui fit ce compliment : Continuez, mon Père, à débiter comme vous faites; vous avez une manière qui vous est propre, et laissez aux autres les règles. Au sortir d'un de ses sermons, la vérité arracha à ce fameux acteur cet aveu humiliant pour sa profession : Mon ami, dit-il à un de ses camarades qui l'avoit accompagné, voilà un Orateur, et nous ne sommes que des Comédiens. En 1704, le P. Massillon parut pour la seconde fois à la cour, et y fut trouvé encore plus éloquent que la première. Louis XIV, après lui en avoir témoigné son plaisir, ajouta, du ton le plus gracieux : Et je veux, mon Père, vous entendre tous les deux ans. Des éloges 116 MAS si flatteurs n'altérèrent point sa modestie. Un de ses confrères le félicitant sur ce qu'il venoit de prêcher admirablement, suivant sa coutume : *Eh ! laissez, mon Père*, lui répondit-il, *le Diable me l'a déjà dit plus éloquemment que vous*. Les occupations du ministère ne l'empêchèrent pas de se livrer à la société ; il oublioit à la campagne qu'il étoit prédicateur, sans pourtant blesser la décence. S'y trouvant chez M. de Crozat, celui-ci lui dit un jour : *Mon Père, votre morale m'effraie ; mais votre façon de vivre me rassure*. Son esprit de philosophie et de conciliation le fit choisir dans les querelles de la Constitution, pour raccommoder le cardinal de *Noailles* avec les Jésuites. Il ne réussit qu'à déplaire aux deux partis ; il vit qu'il étoit plus facile de convertir des pécheurs, que de concilier des théologiens. Le régent, instruit par lui-même de son mérite, le nomma, en 1717, à l'évêché de Clermont. Destiné, l'année suivante, à prêcher devant *Louis XV*, qui n'avoit que neuf ans, il composa, en six semaines, ces discours si connus sous le nom de *Petit-Carême*. C'est le chef-d'œuvre de cet orateur, et celui de l'art oratoire. Les prédicateurs devroient le lire sans cesse pour se former le goût, et les princes pour apprendre à être hommes. Les critiques sévères trouvèrent dans le *Petit-Carême* un défaut qu'ils reprochent en général à tous les discours de *Massillon* : c'est de n'offrir, souvent dans la même page, qu'une seule idée, variée par toutes les richesses de l'expression, mais qui ne sauvant pas l'uniformité du fond, laissent un peu de lenteur dans la marche. On a fait la même critique de *Sénèque*, et avec plus de justice, parce qu'il fatigue d'autant plus son lecteur, qu'on sent qu'il a ramassé avec effort ce qu'il répand avec abondance. *Massillon*, au contraire, né avec un génie plus éloquent et plus facile, semble ne présenter, en plusieurs manières, les vérités morales que par la crainte de ne pas les graver assez fortement dans l'âme de ses auditeurs. Parmi ces vérités importantes, on remarque celle-ci. « Que ce ne sont pas les souverains, mais la loi qui doit régner sur les peuples ; qu'ils n'en sont que les ministres et les dépositaires ; que les peuples les ont faits, par l'ordre de Dieu, tout ce qu'ils sont ; et qu'ils ne doivent être ce qu'ils sont que pour les peuples ; que les souverains deviennent moins puissants dès qu'ils veulent l'être plus que les lois, et que tout ce qui rend l'autorité odieuse, l'énerve et la diminue. » L'académie Françoise reçut *Massillon* dans son sein un an après, en 1719. L'abbaye de Savigny ayant vaqué, le cardinal du *Bois*, à qui il avoit donné, soit par excès de bonté, soit par reconnoissance, soit par timidité, une attestation pour être prêtre, la lui fit accorder. L'Oraison funèbre de la duchesse d'*Orléans*, en 1723, fut le dernier discours qu'il prononça à Paris. Depuis il ne sortit plus de son diocèse, où sa douceur, sa politesse et ses bienfaits lui avoient gagné tous les cœurs. Il demandoit souvent à la cour des secours pour les indigents, et la diminution des impôts qui posoient sur la province d'Auvergne. Il réduisit à des sommes modiques les droits exorbitans du greffe épiscopal. En deux ans, il M A S 117 fit porter secrètement 20,000 liv. a l'Hôtel-Dieu de Clermont. Ses vues pacifiques ne se manifestèrent jamais mieux que pendant son épiscopat. Il se faisoit un plaisir de rassembler des Oratoriens et des Jésuites à sa maison de campagne, et de les faire jouer ensemble. Le cardinal de Fleuri, qui craignoit que les Jansénistes ne pussent se glorifier d'un si illustre défenseur, le ménageoit; et Massillon, sans aimer beaucoup ce ministre, avoit pour lui les mêmes ménagemens. Il disoit quelquefois en plaisantant sur cette politique timide et réciproque: M. le Cardinal et moi nous nous craignons mutuellement, et nous sommes ravis tous deux d'avoir rencontré un poltron. Il poussa cette poltronnerie, dont il convenoit si naïvement, jusqu'à n'oser confier son séminaire aux Oratoriens, ses anciens confrères, parce que le cardinal demanda la préférence pour d'autres. On prétend que Massillon crut avoir à se repentir de cette foiblesse: J'ai, dit-il, ouvert la porte à l'ignorance pour avoir la paix; j'aurois dû penser que dans les prêtres l'ignorance est bien plus à craindre que les lumières. Son diocèse le perdit en 1742. Il mourut le 28 septembre, âgé de 79 ans. Son nom est devenu celui de l'éloquence même. Personne n'a plus touché que lui. Préférant le sentiment à tout, il remplit l'âme de cette émotion vive et salutaire qui nous fait aimer la vertu. Quel pathétique! Quelle connoissance du cœur humain! Quel épanchement continuel d'une âme pénétrée! Quel ton de vérité, de philosophie, d'humanité! Quelle imagination, à la fois vive et sage! Pensées justes et délicates; idées brillantes et magnifiques; expressions élégantes, choisies, sublimes, harmonieuses; images éclatantes et naturelles; coloris vrai et frappant; style clair, net, plein, nombreux, également propre à être entendu par la multitude, et à satisfaire l'homme d'esprit, l'académicien et le courtisan: tel est le caractère de l'éloquence de Massillon, sur-tout dans son Petit-Carême. Il sait à la fois penser, peindre et sentir. On a dit de lui, et on l'a dit avec raison, qu'il étoit à Bourdaloue, ce que Hacine étoit à Corneille. Pour mettre le dernier trait à son éloge, il est, de tous les orateurs François, celui dont les étrangers font le plus de cas, quoiqu'ils lui reprochent, avec M. Marmontel, d'avoir manqué quelquefois d'énergie et de profondeur. Le neveu de cet homme célèbre nous a donné une bonne édition des Œuvres de son oncle, à Paris, en 1745 et 1746, en 14 vol. grand in-12, et 12 tomes petit format. On y trouve: I. Un Avent et un Carême complets. C'est sur-tout dans les sermons de morale, tels que sont presque tous ceux de son Avent et de son Carême, qu'il faut chercher le véritable génie de Massillon. Il excelle, dit M. d'Alembert, dans la partie de l'orateur, qui seule peut tenir lieu de toutes les autres, dans cette éloquence qui va droit à l'âme, mais qui l'agite sans la déchirer. Il va chercher au fond du cœur ces replis cachés où les passions s'enveloppent; et il les développe avec une onction si affectueuse et si tendre, qu'il subjugue moins qu'il n'entraîne. Sa diction, toujours facile, élégante et pure, est par-tout de 118 MAS cette simplicité noble sans laquelle il n'y a ni bon goût ni véritable éloquence : simplicité qui, étant réunie dans *Massillon*, à l'harmonie la plus séduisante et la plus douce, en emprunte encore des graces nouvelles. Ce qui met le comble au charme que fait éprouver ce style enchanteur, c'est qu'on sent que tant de beautés ont coulé de source, et n'ont rien coûté à celui qui les a produites. Il lui échappe même quelquefois, soit dans les expressions, soit dans les tours, soit dans la mélodie si touchante de son style, des négligences qu'on peut appeler heureuses, parce qu'elles achèvent de faire disparaître l'empreinte du travail. C'est par cet abandon de lui-même, que *Massillon* se faisoit autant d'amis que d'auditeurs. Il savoit, que plus un orateur paroît occupé d'enlever l'admiration, moins ceux qui l'écoutent sont disposés à la lui accorder. II. Plusieurs *Oraisons funèbres*, des *Discours*, des *Panégyriques*, qui n'avoient jamais vu le jour. III. Dix *Discours* connus sous le nom de *Petit-Carême*. IV. Les *Conférences Ecclésiastiques*, qu'il fit dans le Séminaire de Saint-Magloire, en arrivant à Paris; celles qu'il a faites à ses curés pendant le cours de son épiscopat; et les *Discours* qu'il prononçoit à la tête des Synodes qu'il assembloit tous les ans. Dans la conférence sur l'usage des *revenus ecclésiastiques*, *Massillon* semble prédire au clergé ce qui lui est arrivé. Après s'être élevé contre le fantôme de la vanité, du nom et de la naissance, contre le faste qui avilisait un état saint, il dit que les mondains se plaignent que les clercs tout seuls vivent dans l'opulence, tandis que tous les autres états souffrent. L'hérésie, en usurpant, les siècles passés, les biens consacrés à l'église, n'allégua point d'autres prétextes. L'usage profane que la plupart des ministres faisoient des richesses du sanctuaire, l'autorisa à l'arracher de l'autel; et que sais-je si le même abus, qui règne parmi nous, n'attirera pas un jour à nos successeurs la même peine. V. Des *Paraphrases* touchantes sur plusieurs Pseumes. L'illustre auteur de tant de beaux morceaux, auroit souhaité qu'on eût introduit en France l'usage établi en Angleterre, de lire les Sermons au lieu de les prêcher de mémoire : usage commode, mais qui fait perdre à l'éloquence toute sa chaleur. Il lui étoit arrivé, aussi bien qu'à deux autres de ses confrères, de rester court en chaire précisément le même jour. Ils prêchoient tous les trois en différentes heures un *Vendredi-Saint*. Ils voulurent s'aller entendre alternativement. La mémoire manqua au premier; la crainte saisit les deux autres, et leur fit éprouver le même sort. Quand on demandoit à notre illustre orateur, quel étoit son meilleur Sermon? *Celui que je sais le mieux*, répondoit-il. On attribue la même réponse au P. *Bourdaloue*. Le célèbre Père de la Rue pensoit comme *Massillon*, que la coutume d'apprendre par cœur étoit un esclavage, qui enlevoit à la chaire bien des orateurs, et qui avoit bien des inconvénients pour ceux qui s'y consacroient. (*Voy.* son article.) L'abbé de la Porte a recueilli, en un vol. in-12, les idées les plus brillantes et les traits les plus saillans répandus dans les ouvrages du célèbre évêque de Clermont. Ce recueil, fait avec choix, a paru à Paris en 1748, in-12, et forme le 15e volume de l'édition grand in-12, et le 13e du petit in-12; il est intitulé : Pensées sur différens sujets de morale et de piété, tirées, etc. On a publié, en 1792, in-8°, ses Mémoires de la minorité de Louis XV, intéressans par beaucoup de faits particuliers, et par des détails sur l'intérieur de la cour. Ils prouvent que Massillon étoit très-instruit en matière de gouvernement, et qu'il avoit jeté un coup d'œil attentif et juste sur les événements dont il fut témoin, et sur les acteurs qui occupoient alors la grande scène du monde. Le style en est facile et simple, quelquefois même négligé; mais la clarté du récit et la netteté des développements marquent une main exercée à écrire.
MASSINGER, (Philippe) poète Anglois, fut élevé à Oxford, et quitta ensuite l'université de cette ville, pour aller à Londres, où il se livra tout entier à la poésie. Ses Tragédies et ses Comédies furent applaudies. Il les composoit conjointement avec les plus célèbres poètes Anglois de son temps, etc. Ses Œuvres ont été recueillies, 1779, 4 volum. in-8°. L'auteur mourut à Southwark en 1640.
MASSINISSA, Voyez MASINISSA. I. MASSON, (Antoine) graveur du 17e siècle, natif de Louri près Orléans, excella dans les portraits. Les Disciples d'Emmouïs, le portrait du vicomte de Turenne, ceux du duc d'Harcourt, du Lieutenant-criminel de Lyon, etc., sont regardés M A S 119 comme des chefs-d'œuvre. Son burin est ferme et gracieux. On prétend qu'il s'étoit fait une manière de graver toute particulière, et qu'au lieu de faire agir sa main sur la planche, (comme c'est l'ordinaire) pour conduire le burin selon la forme du trait que l'on y veut exprimer, il tenoit au contraire sa main droite fixe, et avec la main gauche il faisoit agir la planche, suivant le sens que la taille exigeoit. Plusieurs de nos graveurs modernes suivent cette manière. Cet habile artiste, membre de l'académie royale de Peinture, mourut à Paris en 1702, âgé de 66 ans.
II. MASSON, (Innocent le) Chartreux, né à Noyon en 1628, fut élu général en 1675, et fit rebâtir la grande Chartreuse, qui avoit été presque entièrement réduite en cendres. Il s'acquit un nom par sa vertu et par ses livres de piété. Son meilleur ouvrage est sa nouvelle Collection des Statuts des Chartreux, avec des notes savantes, Paris, 1703, in-folio, très-rare. Il y a cinq parties. La cinquième, contenant les Privilèges de l'ordre, manque quelquefois. Il avoit donné, en 1683, l'Explication de quelques endroits des Statuts de l'Ordre des Chartreux, petit in-4°, qui doit avoir 166 pages. Ceux qui finissent à la page 122, ne sont pas complets. C'est une réponse à ce que l'abbé de Rancé avoit dit des Chartreux dans ses Devoirs de la vie monastique. Cet auteur mourut le 8 mai 1703, à 76 ans, après avoir été pendant toute sa vie ennemi déclaré des disciples de Jansénius, qui ne l'ont pas épargné dans leurs écrits. C'étoit, selon eux, un 120 M A S mauvais théologien et un faux mystique; mais ils l'ont jugé trop sévèrement.
III. MASSON, (Antoine) religieux Minime, mort à Vincennes en 1700, dans un âge avancé, se fit un nom dans son ordre par sa piété, par son savoir et par ses ouvrages. Les principaux sont: I. Questions curieuses, historiques et morales sur la Genèse, in-12. II. L'Histoire de Noé et du Déluge universel, 1687, in-12. III. L'Histoire du Patriarche ABRAHAM, 1688, in-12. IV. Un Traité des marques de la Prédestination, et quelques autres Écrits de piété, nourris de passages de l'Écriture-Sainte et des Pères.
IV. MASSON, (Jean) ministre Réformé, mort en Hollande vers 1750, étoit originaire de France, et s'étoit retiré en Angleterre, pour y professer en liberté sa religion. Les lettres lui doivent plusieurs ouvrages. Les principaux sont: I. Histoire critique de la République des Lettres, depuis 1712 jusqu'en 1716, en 16 vol. in-12. L'érudition y est profonde, mais maussade. Masson écrivoit en pédant; l'auteur du Mathanasius l'a eu en vue dans plusieurs de ses remarques. On pouvoit lui appliquer ces vers du chevalier de Cailly: Dieu me garde d'être savant D'une science si profonde. Les plus doctes, le plus souvent Sont les plus sortes gens du monde.
II. Les Vies d'Horace, d'Ovide et de Pline le Jeune, en latin, 3 vol. in-8. Elles sont assez estimées, et l'on y trouve des recherches qui peuvent servir à éclaircir les ouvrages de ces auteurs. Dacier, attaqué par Mas- son, se défendit d'une manière victorieuse. Sa défense est à la tête de la 2e édition de sa Traduction des Œuvres d'Horace. III. Histoire de Pierre Bayle et de ses Ouvrages, Amsterdam, 1716, in-12. Elle lui est du moins communément attribuée à présent, quoiqu'on l'eût donnée d'abord à la Monnoye... Voyez XIII MARTIN, n.º IV de ses ouvrages. V. MASSON DES GRANGES, (Daniel le) prêtre, né en 1700, mort en 1760, à 60 ans, avoit autant d'esprit que de piété. Les particularités de sa vie sont ignorées; mais on connoit beaucoup son excellent ouvrage intitulé: Le Philosophe moderne, ou l'Incrédule condamné au tribunal de sa raison, 1759, in-12; réimprimé en 1765, avec des additions considérables. Les vérités que l'auteur traite, sont rebattues; mais il les présente dans un nouveau jour, et, en dépouillant les preuves de la Religion de ce qu'elles ont de trop abstrait, il les met à la portée de tout le monde. Son style est ingénieux, mais un peu affecté.
VI. MASSON, (Antoine) graveur, né à Thoury près d'Orléans, en 1636, mort en 1700, à 64 ans, ne doit pas être confondu avec Benoit MASSON, sculpteur habile, né à Richelieu, et mort en 1684, dont les statues se voient à Versailles. Antoine excelloit dans les portraits.
VII. MASSON DE MORVILLIERS, (N.) poète médiocre, mais écrivain correct, a publié divers ouvrages relatifs à la géographie, et plusieurs pièces de vers dans les recueils qui leur étoient consacrés. On lui doit: I. *Abrégé* de la Géographie de la France, 1774, 2 volum. in-12. II. *Autre* sur la Géographie de l'Italie, 1774, in-12. III. *Autre* sur la Géographie de l'Espagne et du Portugal, 1776, in-12. IV. Divers articles sur la Géographie moderne, inséres dans l'Encyclopédie méthodique. *Masson* est mort à Paris dans le mois de septembre 1789.
MASSON, (Papire) *Voyez* PAPIRE-MASSON.
MASSON, *Voyez* MAÇON et PEZAL.
MASSOULIÉ, (Antonin) né à Toulouse en 1632, se fit Dominicain en 1647; il fut prieur dans la maison du noviciat à Paris, puis provincial de la province de Toulouse, enfin assistant du général de son ordre, en 1686. Ce modeste religieux refusa un évêché, qui lui fut offert par le grand duc de Toscane. Il mourut à Rome, le 22 janvier 1706, à 74 ans, honoré des regrets et de l'estime des savans de son ordre. Son principal ouvrage est un livre en 2 vol. infolio, intitulé: *Divus THOMAS* *sui interpres*. Son but principal est de prouver que les sentimens de l'école des Dominicains, sur la Prémotion physique, la Grace et la Prédestination, sont véritablement les sentimens de *St. Thomas*, et non pas des inventions de *Bannez*, comme quelques adversaires des Thomistes l'ont prétendu. On voit par cet ouvrage, que l'auteur avoit beaucoup lu, et qu'il s'étoit attaché sur-tout à *St. Paul*, à *St. Augustin*, à *St. Bernard* et à *St. Thomas*. Il réfuta aussi les Quétistes dans deux *Écrits*, publiés in-12, 1699 et 1703.
MASSUET, (Dom René) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Saint-Ouen de Mancelles, au diocèse d'Evreux, en 1665, donna au public: I. Une édition de *St. Irénée*, imprimée chez *Coignard*, à Paris, in-fol. 1710, plus ample et plus correcte que les précédentes, et enrichie de Préfaces, de Dissertations et de Notes. Ses *Dissertations* répandent un nouveau jour sur des matières qui peut-être n'avoient jamais été bien éclaircies. II. Le cinquième volume des *Annales de l'Ordre de Saint-Benoît*. III. Une *Lettre d'un Ecclésiastique* au R. P. E. L. J. (Révérend Père *Étienne Langlois*, Jésuite) dans laquelle il répond à une brochure contre l'édition de *St. Augustin*, donnée par ses confrères. IV. Une seconde édition du *St. Bernard*, de D. *Mabillon*. Dom *Massuet* mourut le 19 janvier 1716, à 50 ans. Son érudition, son application au travail, sa piété et les qualités de son cœur, méritèrent les éloges et les pleurs de sa songrégation. C'étoit un homme d'un vrai mérite, plein de probité et de politesse.
MASTELLETA, (Jean-André *Donducci*, dit) peintre, né à Bologne en 1577, entra d'abord dans l'école des *Carache*, et étudia quelque temps les ouvrages du *Parmesan*; mais on ne peut point dire qu'il ait travaillé dans le goût de ces grands maîtres. Il se fit une manière séduisante, sans vouloir consulter la nature. Il employoit le noir plus qu'aucune autre couleur, et cette affectation dépare ses ouvrages. Ce peintre, né avec un naturel mélancolique, affoiblit son esprit par le 122 MAS chagrin. Il s'enferma dans un couvent où il mourut fort vieux. Ses mœurs étoient pures, et son esprit modeste.
MASTIN DE L'ESCALE, Voy. ESCALE.
MASUCCIO DE SALERNE, ( Masutius Salernitanus ) issu d'une famille noble, a fait cinquante Nouvelles à l'imitation de Bocace, imprimées en italien, à Naples, 1479, in-fol., puis à Venise, 1484, aussi in-folio. Elles sont intitulées; Il Novellino, etc. Cet auteur mourut vers la fin du 15e siècle. Il est fort au-dessous de son modèle.
MASURES, Voyez MA- ZURES.
MATAMOROS, ( Alfonse- Garcias ) chanoine de Séville, sa patrie, au 16e siècle, fut professeur d'éloquence dans l'u- niversité d'Alcala. On a de lui, un Traité des Académies et des Hommes doctes d'Espagne, à Alcala, 1553, in-8e. C'est une apologie des Espagnols, contre ceux qui paroissent douter du savoir de cette nation. Mata- moros étoit un homme de goût, ennemi des misères scolastiques, et passionné pour les belles- lettres, qu'il fit revivre en Es- pagne, après avoir dégoûté ses compatriotes des froides et inep- tes chicanes de certaines Écoles. Son style est élégant; mais il affecte trop d'y répandre des fleurs.
MATANI, ( Antoine ) né à Pistoie le 27 juillet 1730, s'ap- pliqua avec succès à la méde- cine, et prit le bonnet de doc- teur à Pise en 1754. Il fut fait successivement professeur en phi- losophie et en médecine dans la même université. Il mourut dans de grands sentimens de piété, le 21 juin 1769, à Pistoie. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont: I. De Anevrismaticis præcordio- rum morbis animadversiones, Florence, 1756; Francfort, 1766. II. Heliodori Larissæi Capita opticorum è græco latinè conversa, Pistoie, 1758. III. Re- lation historique et philosophi- que des productions naturelles du territoire de Pistoie, en italien, Pistoie, 1762. IV. De Noso- comiorum regimine, à Venise, 1768. V. De Remediis tractatus, Pise, 1769. Matani a laissé des manuscrits, entr'autres une His- toire Littéraire des écrivains de son pays, fort avancée. Ces ma- nuscrits sont entre les mains de Joseph Matani, son frère, pro- fesseur en théologie au séminaire de Pise, qui avoit le plaisir, lorsque son frère vivoit, de se délasser avec lui, de ses occu- pations pénibles, par des en- tretiens fréquens sur la religion et la critique sacrée et profane. En 1780, Ventura di Samuel Fua préparoit une édition com- plète des Œuvres de ce médecin, à Pise.
MATERNE, ( Saint ) succéda à St. Valère, dans le gouver- nement de l'église de Trèves, vers la fin du 3e siècle. Il quitta ce siège pour fonder celui de Cologne, qu'il remplit jusqu'à sa mort. Il assista à deux con- ciles tenus contre les Donatistes, l'un à Rome, l'autre à Arles. Son corps fut transporté à Trè- ves, dans l'église de Saint-Ma- thias, d'où Pappon, archevêque de Trèves, le transféra dans l'é- glise métropolitaine, en 1057.
MATERNUS DE CILANO, (George-Chrétien) né à Presbourg, s'appliqua avec un succès égal aux belles-lettres, à la physique, à la médecine, et à l'étude de l'antiquité. Il enseigna ces sciences à Altenau, dans la Basse-Saxe, où il mourut le 9 juillet 1773. Les monumens de son savoir sont: I. De terræ Concussionibus. II. De Causis lucis borealis. III. De motu humorum progressivo veteribus non ignoto, 1754, in-4.º IV. De Saturnalium origine et celebrandi ritu apud Romanos, 1759, in-4.º V. Prolusio de modo furtum quærendi apud Athenienses et Romanos, 1769, in-4.º VI. Une Description de l'état sacré, civil et militaire de la République Romaine, en allemand, 3 vol. in-8.º VII. Plusieurs Dissertations insérées dans les journaux des Curieux de la nature.
MATERNUS, Voyez FIRMI-CUS-MATERNUS.
MATHA, Voyez JEAN DE MATHA, n.º XIV. I. MATHAN, prêtre de Baal, fut tué devant l'autel de cette fausse Divinité par les ordres du grand-prêtre Joïada, vers l'an 880 avant J. C.
II. MATHAN, fils d'Eléazar, fut père de Jacob et aïeul de Joseph époux de Marie.
MATHANIAS, Voyez SE-DECIAS.
MATHAT, fils de Lévi, et père d'Héli, que l'on croit être le même que Joachim, père de la Ste Vierge.
MATHATA, fils de Natan, et père de Meuna, un des an- M A T 123 cêtres de Jésus-Christ, selon la chair. I. MATHATHIAS, fils de Sellum, de la race de Coré, chef de la quatorzième famille des Lévites. Il avoit l'intendance sur tout ce qu'on faisoit cuire dans la poêle aux sacrifices.
II. MATHATHIAS, fils de Jean de la famille des Machabées, se rendit fort célèbre pendant la persécution d'Antiouchus Epiphanes. Les abominations qui se commettoient à Jérusalem après la prise de cette ville, l'obligèrent de se retirer avec ses fils dans celle de Modin, où il étoit né. Ses fils étoient Jean, Simon, Judas, Eléazar et Jonathas. Il n'y fut pas long-temps sans voir arriver les commissaires envoyés par Antiochus, pour contraindre ceux de Modin à renoncer à la loi de Dieu et à sacrifier aux idoles. Plusieurs cédèrent à la violence; mais Mathathias déclara publiquement qu'il n'obéiroit jamais aux ordres injustes d'Antiouchus. Comme il cessoit de parler, il apperçut un Israélite qui s'avançoit pour sacrifier aux idoles. Animé à l'instant d'un enthousiasme divin, il se jette sur cet homme et sur l'officier qui vouloit le forcer à cette impiété, et les tue tous les deux sur l'autel même où ils alloient sacrifier. Cette action ayant fait du bruit, il s'enfuit sur les montagnes avec ses fils et un grand nombre d'Israélites. Alors, formant un corps d'armée, il parcourut tout le pays, détruisit les autels dédiés aux faux Dieux, et rétablit le culte du Seigneur. Ce grand homme, sentant que sa fin approchoit, ordonna à ses fils de choisir pour genéral de leurs troupes Judas Machabée leur frère. Il les bénit ensuite, et mourut après avoir gouverné Israël durant l'espace d'une année, vers la 166e avant Jésus-Christ. C'est par lui que commença la principauté des Asmonéens, qui dura jusqu'à Hérode. Alors on vit des traces sensibles de la Théocratie, puisque celui qui gouvernoit souverainement étoit revêtu du caractère sacerdotal, et vérifioit ce qu'avoit dit Moïse : Eritis mihi ia regnum sacerdotale. (Exod. 19. 6.) L'autorité divine parut encore plus dans les succès que Dieu donna aux armes de cette famille qu'il avoit suscitée pour remettre son culte en honneur, et affranchir Israël de la servitude. Aussi la république des Juifs ne fut jamais plus florissante, et plus fidelle à la loi du Seigneur, que sous les cinq fils de Mathathias. Mais après leur mort leurs successeurs, moins zélés pour leur patrie, firent bientôt oublier ces temps heureux. Hircan, le dernier des fils de Mathathias, avoit laissé cinq fils. Aristobule, l'aîné, succéda à son père dans la souveraine Sacrificature, et dans la principauté temporelle; mais il ne soutint pas la gloire de son illustre maison.
III. MATHATHIAS, fils de Simon, petit-fils du grand Mathathias, fut tué en trahison avec son père et un de ses frères, par Ptolomée son beau-frère, dans le château de Doch, l'an 135 avant J. C. I. MATHIAS ou MATTHIAS, (Saint). Le perfide Judas ayant laissé, par sa mort, la place d'Apôtre vacante, Joseph surnommé le Juste, et Mathias, furent les deux hommes sur les- quels on jeta les yeux pour l'apostolat. Les fidelles prièrent Dieu de se déclarer sur un des deux. Le sort tomba sur Mathias, l'an 33 de Jésus-Christ. On ne sait rien de certain sur la vie et la mort de cet Apôtre. Ce que l'on dit de sa prédication en Éthiopie, et de son martyre, n'est appuyé sur aucun fondement digne de foi. Les anciens hérétiques lui ont attribué un Evangile et un Livre de Tradition, reconnus pour apocryphes par toute l'Église. On croit avoir à Rome les reliques de cet Apôtre; mais la fameuse Abbaye de Saint-Mathias près de Trèves, prétend, avec autant de fondement, avoir cet avantage : prétentions douteuses de part et d'autre.
II. MATHIAS, empereur d'Allemagne, fils de Maximilien II et frère de Rodolphe II, succéda à celui-ci, le 13 juin 1612. l'empire étoit alors en guerre avec les Turcs. Après des succès contrebalancés par des pertes, Mathias eut le bonheur de la finir en 1615, par un traité conclu avec le sultan Achmet. Mais il en vit commencer une autre en 1618, qui désola l'Allemagne pendant trente ans, et qui fut excitée par les Protestans de Bohème, pour la défense de leur religion. Ils avoient coutume de dire, que le Loup d'Allemagne n'étoit pas moins à craindre pour eux que l'Ours de Turquie. Cette grande querelle ne fut terminée qu'à la paix de Westphalie, après dix ans de négociations. Le comte de Thurn, homme également ambitieux et éloquent, leva des troupes à la hâte, et s'empara, en deux mois, de presque toute la Bo- hème. Cette perte, jointe à la rebellion de la Silésie et à l'enlèvement du cardinal *Elesel*, son premier ministre, affligèrent tellement *Mathias*, qu'il en mourut à Vienne, le 10 mars 1616, à 63 ans. « Ce prince, dit M. de *Montigny*, avoit les vertus, la politique et toutes les qualités d'un grand empereur. L'empire, à son couronnement, étoit sur le point de sa chute, et il le raffermit. Les Protestans perdirent sous son règne, une grande partie de leurs privilèges; les Catholiques recouvrèrent leurs droits; le clergé rentra dans ses biens; et la justice se rendit avec autant d'exactitude qu'il y avoit eu de brigandage et de partialité sous son prédécesseur. » Cependant la Providence le mit dans des situations qui éprouvèrent sa constance et son courage. La capitulation que *Mathias* signa en montant sur le trône, diffère essentiellement de celle de ses prédécesseurs. Elle borne l'emploi des subsides donnés par les États, au seul usage pour lequel ils sont accordés. Elle lui défend de traduire les procès pour les péages électoraux, devant un autre tribunal que celui des *Sept Electeurs*. Elle l'oblige de prendre lui-même les investitures des fiefs possédés par la maison d'*Autriche*. Elle permet aux électeurs d'élire un roi des Romains, du vivant de l'empereur, quand ils le jugeront utile et nécessaire pour le bien de l'empire, et même malgré les oppositions de l'empereur régnant. Il avoit épousé, en 1611, *Anne-Cathering*, fille de l'archiduc *Ferdinand*, morte en 1618. Il n'en eut point d'enfants. Il ne laissa qu'un fils naturel, connu sous le nom de *Mathias d'Autriche*. M A T 125
III. MATHIAS CORVIN, roi de Hongrie et de Bohème, deuxième fils de *Jean Huniade*, s'acquit, par sa bravoure, le nom de *Grand*. Les ennemis de son père le retenoient dans une prison en Bohème; mais ayant obtenu sa liberté, il fut élu roi de Hongrie le 24 janvier 1458. Plusieurs grands seigneurs Hongrois s'opposèrent à son élection, et sollicitèrent *Frédéric III* de se faire couronner. Les Turcs profitèrent de ces divisions; mais *Mathias* les chassa de la haute Hongrie, après avoir forcé l'empereur *Frédéric* de lui rendre la couronne sacrée de *St. Etienne* dont il s'étoit emparé, et sans laquelle il n'avoit que le nom de roi dans l'esprit superstitieux de ces peuples. La guerre se ralluma après une paix passagère. La fortune lui fut si favorable, qu'ayant assujetti une partie de l'Autriche, il prit enfin Vienne et Neustadt qui en sont les principaux boulevards. L'empereur vaincu désarma le vainqueur, en lui laissant la basse Autriche en 1487. L'année d'auparavant, *Mathias* avoit convoqué une assemblée à Bude dans laquelle il donna plusieurs lois contre les duels, les chicanes dans les procès, et quelques autres abus. Il se préparoit de nouveau à la guerre contre le Turc, lorsqu'il mourut d'apoplexie à Vienne en Autriche, le 16 avril 1490, ne laissant qu'un fils naturel, (*Jean Corvin*,) qui tenta vainement de succéder à son père au trône de Hongrie. On fit à *Mathias* cette Épitaphe : *Corvin brevis hæc urna est, quem *Facta fuisse Deum, fata fuisse hominem.* 126 MAT Ce héros, heureux dans la paix et dans la guerre, n'ignoroit rien de ce qu'un prince doit savoir. Il parloit une partie des langues de l'Europe; il étoit d'un caractère fort enjoué, et se plaisoit à dire des hòns mots: *Galcoti Martio de Narni*, son secrétaire, les publia. Les lettres et les beaux arts eurent en lui un protecteur. Il employa les meilleurs peintres d'Italie, et appela à sa cour les savans de l'Europe. Il avoit à Rude une très-belle bibliothèque, riche en livres et en manuscrits. C'est là que, pour se délasser des combats, il alloit passer en sage les momens les plus doux; préférant, dit M. de *Montigny*, au plaisir de vaincre, celui d'apprendre des illustres morts le grand art de régner. *Mathias* avoit épousé en premières noces *Catherine*, fille de *George Pogebach*, roi de Bohème, morte sans enfans en 1464; et en second lieu, *Beatrix*, fille naturelle de *Ferdinand*, roi de Naples; celle-ci n'ayant pu, à cause de sa stérilité, vaincre l'opposition des Hongrois pour épouser *Uladislas*, à qui elle avoit fait décerner la couronne, en mourut de chagrin. Quelques historiens ont avancé qu'il avoit été empoisonné par cette dernière princesse, qui lui présenta, dit-on, des figues avant de lui donner de l'eau pour appaiser sa soif ardente. Mais cette assertion est hasardée; comme celles qu'on fait sur la mort de presque toutes les têtes couronnées.
MATHIEU, *Voy. MATTHIEU.* I. MATHILDE, ou MAHAUD, (*Ste.*) reine d'Allemagne, mère de l'empereur *Othon*, dit le *Grand*, et aïeule maternelle, de *Hugues *Capet*, étoit fille de *Thierri*; comte de Ringelheim. Elle épousa *Henri l'Oiseleur*, roi de Gêrmanie, dont elle eut l'empereur *Othon*, *Henri*, duc de Bavière, et *Brunon*, évêque de Cologne. Pour prier la nuit, elle quitroit le lit du prince son époux, qui feignoit de l'ignorer. Ils gardoient la confinence les jours marqués par l'église, suivant l'usage religieux observé encore alors. Cependant un jeudi saint, *Henri* ayant pris un peu plus de vin qu'à l'ordinaire, obligea la reine à violer cette règle. De cette union naquit leur fils *Henri*, pour qui *Ste. Mathilde* eut une prédilection singulière. Après la mort de son époux, en 936, elle fut maltraitée par ses fils, et obligée de se retirer en Westphalie; mais *Othon* la fit revenir, et se servit utilement de ses conseils. *Mathilde* fonda plusieurs monastères et un grand nombre d'hôpitaux, et mourut dans l'abbaye de Qued-limbourg, le 14 mars 968.
II. MATHILDE, comtesse de Toscane, fille de *Boniface*, marquis de Toscane, naquit en 1046. Elle épousa *Godefroi le Bossu*, fils du duc de *Lorraine*. Mais ils vécurent presque toujours séparés. *Mathilde* ne vouloit pas quitter le beau climat de l'Italie, pour suivre son époux dans une province septentrionale. *Godefroi* étant mort en 1076, elle se trouva veuve à l'âge de 30 ans. Sa piété étoit tendre et fervente. Elle soutint avec zèle les intérêts des papes *Grégoire VII*, et *Urbain II*, contre l'empereur *Henri IV*, son cousin, et remporta sur ce prince de grands avantages. Elle fit ensuite une donation solennelle de ses biens au saint Siège, et mourut le 24 juillet 1115, à 76 ans. Les ennemis des souverains pontifes l'ont accusée d'avoir eu des liaisons trop étroites avec Grégoire VII; mais la vertu de ce pape, et celle de Mathilde, ont fait passer cette accusation pour une calomnie dans l'esprit de la plupart des historiens. Aucun fait, aucun indice n'ont jamais fait tourner ces soupçons en vraisemblances. La vérité de la donation de la comtesse Mathilde, n'a jamais été révoquée en doute, comme celle de Constantia et de Charlemagne. C'est le titre le plus authentique que les papes aient réclamé : mais ce titre même fut un nouveau sujet de querelle. Elle possédoit la Toscane, Mantone, Parme, Reggio, Plaisance, Ferrare, Modène, une partie de l'Ombrie, le duché de Spolette, Vérone, presque tout ce qui est appelé aujourd'hui le Patrimoine de St. Pierre, depuis Viterbe jusqu'à Orviette, avec une partie de la Marche d'Ancône. Le pape Paschal II ayant voulu se mettre en possession de ses états, Henri IV, empereur d'Allemagne, s'y opposa. Il prétendit que la plupart des fiefs que la comtesse avoit donnés, étoient mouvans de l'Empire. Ces prétentions furent une nouvelle étincelle de guerre entre l'Empire et la Papauté; cependant, à la longue, il fallut céder au saint Siège une partie de l'héritage de Mathilde.
MATHILDE ou MAUD, (Ste.) fille de Ste. Marguerite, reine d'Écosse, et première femme de Henri I, roi d'Angleterre, imita fidèlement les vertus de sa mère. On l'honore le 30 avril. Elle fit bâtir à Londres, deux grands hôpitaux, celui de l'église de M A T 127 Christ, et celui de Saint-Gilles. Elle mourut l'an 1118, et fut enterrée à Westminster, auprès de St. Edouard, le confesseur. C'est par son ordre que Thierri, moine de Durham, écrivit la Vie de Ste. Marguerite, dont il avoit été le confesseur.
MATHINCOURT, (Pierre de) Voyez FOURRIER.
MATHISON, Voy. MUNGER.
MATHO, maître de musique de la cour de Louis XIV, fit plusieurs chansons tendres, insérées dans le recueil de Ballard, et la musique de l'opéra d'Arion, par Fuzelier. I. MATHON DE LA COUR, (Jacques) né à Lyon le 28 octobre 1712, mort dans la même ville, vers l'an 1770, se distingua par ses connoissances et ses ouvrages en mathématiques. Il fut l'un des membres les plus laborieux de l'académie de sa patrie. On lui doit : I. Mémoire sur la manière la plus avantageuse de suppléer à l'action du vent sur les grands vaisseaux, 1753. II. Nouveaux Éléments de Dynamique et de Mécanique, Lyon, 1763, 3 volumes in-12. III. Essai du calcul des machines mues par la réaction de l'eau, dans le journal de physique.
II. MATHON DE LA COUR, (Charles-Joseph) fils du précédent, naquit à Lyon en 1738. De bonnes études développèrent en lui un esprit naturel et un goût sûr. Venu jeune à Paris, il y fut connu et aimé des hommes de lettres les plus distingués, et s'y fit d'abord connoître par les prix qu'il remporta à l'académie des Inscriptions, et dans d'autres Sociétés littéraires. De retour à Lyon, il fut accueilli par l'académie de cette ville, et y devint l'hôte aimable de tous les savans qui y passaient, le protecteur de quiconque avoit besoin de ses conseils et de ses secours, l'ami des pauvres, et l'auteur de plusieurs établissements utiles. Arrêté après le siège de sa patrie, en 1793, il y fut condamné à mort par le tribunal de sang qui égorgeoit les citoyens, au nom d'une loi barbare. Ses vertus furent douces et paisibles, son érudition étendue; son amitié constante, sa religion sincère, sa bienfaisance noble et sans ostentation. « On a inhumainement privé du jour, a dit l'un des auteurs de ce Dictionnaire, dans son *Tableau des Prisons de Lyon*, celui qui ne l'employa jamais qu'à faire du bien. Bienfaisant *Mathon*, puisse-t-on recueillir bientôt, et lorsque nos fils seront heureux, les généreux fruits de tes veilles et de tes pensées; de tes veilles sans cesse occupées à secourir l'innocence, à soutenir l'honnête industrie; de tes pensées, grandes, simples et pures comme ton cœur?... C'est à lui qu'on dut les premiers succès de la société Philanthropique, les secours pour les mères nourrices, un établissement pour arracher les jeunes enfans à l'oisiveté; pour naturaliser la mouture économique, et rendre le pain du peuple moins cher et meilleur, il fit venir à ses frais des ouvriers de Paris. Il chercha à rendre commune, dans tous les quartiers, l'eau du Rhône, vive, légère et salutaire en divers maux. Il établit pendant quelque temps un Lycée, propre à faciliter aux artistes l'exposition de leurs chefs-d'œuvre, et les moyens d'être connus. Tout ce qu'il dit, tout ce qu'il pensa, tout fut rapporté par lui au bien général. Négligent pour ses propres affaires, il ne rêva qu'à bien faire celles des autres. Ici, il faisoit imprimer à ses frais un ouvrage utile, pour en laisser le bénéfice à son auteur. Là, il contractoit une dette pour acquitter celle du pauvre. Dans un siècle d'égoïsme, il eut jusqu'au courage de se consacrer à la bienfaisance sans partage, et de consentir plutôt à passer pour ridicule ou singulier aux yeux de la frivolité inhumaine, que de manquer une seule occasion de sacrifier son temps, ses peines ou sa bourse, à la bonne action qu'on lui indiquoit. Et on a fait mourir de pareils hommes! *Dorfeuil* lui-même parut hésiter s'il pouvoit faire tomber une tête si éclairée, si vertueuse. « Tu étois noble, lui dit-il, tu n'as pas quitté Lyon pendant le siège: lis le décret; tu peux prononcer toi-même sur ton sort. » Ainsi l'Athénien *Lysias* s'écrooit autrefois: *Ce n'est pas moi, Erasthotène, c'est la loi qui te tue*. En effet, *Mathon* lut l'article funeste, et répondit: « Il est sûr que cette loi m'atteint, je saurai mourir. » Il ne reprocha rien à cette loi cruelle; il ne reprocha rien aux hommes. Seul avec Dieu, on le vit aller de Roanne en Bellecour, sans vaine ostentation, comme sans foiblesse; profondément recueilli, le front chauve et élevé, les yeux fixés sur la terre, qu'il quittoit sans murmure, il remplit sa promesse, et sut mourir. » *Mathon de la Cour* étoit beau-frère du poète *Le Mère*. Son épouse, pleine d'esprit et de vertus, fit le bonheur de sa vie, et est restée restée inconsolable de la perte de son époux. On doit à celui-ci : I. Lettres sur l'inconstance, à l'oc- casion de la comédie de Dupuis et Desronais, 1763, in-12. II. Let- tres sur les Peintures exposées au salon, en 1763, 1765 et 1767, in-12 : on y remarque une foule d'observations fines, et le mo- dèle d'une critique judicieuse au- tant qu'honnête. III. Traduction de l'opéra italien d'Orphée et d'Eurydice, 1765, in-12. M. Sau- treau avoit conçu l'heureuse idée de réunir, chaque année, les fleurs que la poésie faisoit éclore, et l'avoit exécutée dans la publi- cation du premier volume de l'Almanach des Muses; Mathon de la Cour, lié avec lui par la plus étroite amitié, l'aide dans le choix des trois volumes suivans. Ce recueil fut le premier de ce genre, et il est devenu le père d'une infinité d'autres qui n'ont pas eu autant de succès. IV. Dis- seruation sur les causes qui ont altéré les lois de Lycurgue chez les Lacédemoniens, jusqu'à ce qu'elles aient été anéanties, 1771, in-8.º Elle fut couronnée à l'académie des Belles-Lettres de Pa- ris. V. Discours sur le danger de la lecture des livres contre la religion, 1771, in-8.º Il obtint le prix de l'Immaculée Con- ception, à Rouen. VI. Lettres sur les Rosières, 1781, in-12. VII. Testament de Fortuné Ric- card, 1785. Ce badinage ingé- nieux prouve ce qu'on devoit attendre dans un gouvernement sage, de l'économie et de la pré- voyance. L'Angleterre nous en- via ce dernier écrit, le traduisit, et l'attribua pendant long-temps à Francklin. VIII. Discours sur les meilleurs moyens de faire naître et d'encourager le patriotisme dans une monarchie, 1788, in-8.º Il remporta le prix de l'acadé- mie de Châlons-sur-Marne, et le mérita par des vues sages et un style élégant. IX. Collection des Comptes rendus, concernant les finances de France, depuis 1758 jusqu'en 1787, Paris, 1788, in-8.º X. Des Idylles en prose, des Eloges, et une foule d'Ana- lyses dans le Journal de Lyon, qu'il établit. Il avoit aussi long- temps travaillé à celui de Mu- sique, et au Journal des Dames, après Dorat.
MATHOUD, (Dom Claude- Hugues) né à Macon, d'une bonne famille, embrassa la règle de Saint-Benoît, dans la congré- gation de Saint-Maur, Jan 1639, à l'âge de 17 ans, et s'y distin- gua par ses connoissances dans la philosophie et la théologie. Gondrin, archevêque de Sens, conçut tant d'estime pour sa vertu et ses talens, qu'il voulut l'avoir pour grand vicaire, et le fit entrer dans son conseil. Ce savant religieux mourut à Châ- lons-sur-Saône, le 29 avril 1705, âgé de 83 ans. Nous avons de lui : I. L'édition en latin des Œuvres du cardinal Robert Pullus, et de Pierre de Poitiers, Paris, 1655, in-folio, avec Dom Hilarion le Fèvre. II. De vers Senonum ori- gine christiand, Paris, 1687, in-4.º III. Catalogus Archiepis- coporum Senonensium, Paris, 1688, in-4.º Cet ouvrage manque d'ordre et de critique, etc. I. MATHURIN, (St.) prêtre et confesseur en Gatinois, au 4e ou au 5e siècle. Les Actes de sa vie sont corrompus, et ne mé- ritent aucune croyance.
II. MATHURIN DE FLO- RENCE, habile peintre, lia une étroite amitié avec Polydore, et tes deux peintres travaillèrent de concert. Ils firent une étude particulière de l'antique, et l'imitèrent. Il est difficile de distinguer leurs tableaux, et de ne pas confondre les ouvrages de ces deux amis. Ils excelloient à représenter les habits, les armes, les vases, les sacrifices, le goût et le caractère des anciens. *Mathuria* mourut en 1526, aimé et estimé.
**MATHURINS**, Voy. JEAN DE MATHA, n.º XIV.
**MATHUSALEM**, fils d'*Henoc*, père de *Lamech*, et aïeul de *Noé*, de la race de *Seth*, naquit l'an 3317 avant Jésus-Christ, et mourut l'année même du déluge, 2448 avant Jésus-Christ, âgé de 969 ans : c'est le plus grand âge qu'ait atteint aucun mortel sur la terre. — Il ne faut pas le confondre avec *MATHUSALEM*, arrière-petit fils de *Caiu*, et père d'un autre *Lamech*.
**MATYS**, *Voyez* MESSIS. —
**MATIGNON**, (Goyon de) famille qui remonte au 13$^{e}$ siècle, et qui a donné le jour à plusieurs grands hommes. Elle est originaire de Bretagne, et s'est établie en Normandie vers le milieu du quinzième siècle. Parmi les personnages les plus célèbres de cette maison, on distingue les suivans : **I. MATIGNON**, (Jacques de) prince de Mortagne, comte de Thorigni, né à Lonray en Normandie, l'an 1525, signala son courage à la défense de Metz, d'Hesdin, et à la journée de Saint-Quentin, où il fut fait prisonnier, en 1557. Deux ans après, la reine *Catherine de Andicis*, qui le consultoit dans les affaires les plus importantes, lui fit donner la lieutenance générale de Normandie. Cette province fut témoin plusieurs fois de sa valeur. Il battit les Anglois, contribua à la prise de Rouen, en 1567, empêcha d'*Andelot* de joindre, avant le combat de Saint-Denis, l'armée du prince de Condé, et se distingua à la bataille de Jarnac, à celles de la Roche-Abeille et de Montcontour. Les Huguenots d'Alençon et de Saint-Lo, prêts à être massacrés, en 1572, lui durent la vie. Il pacifia la Basse-Normandie, où il commandoit l'armée du roi, en 1574, et prit le comte de *Montgommery* dans Domfront. *Henri III* récompensa ses services, en 1579, par le bâton de maréchal de France, et par le collier de ses ordres. Le commandement de l'armée de Picardie lui ayant été confié, il réduisit cette province sous l'obéissance du roi, autant par sa valeur que par son humanité. Devenu lieutenant général de Guienne, en 1584, il chassa *Vaillac* du Château-Trompette, et enleva à la Ligue, par cet acte de vigueur, Bordeaux et une partie de la province. Les années 1586 et 1587, ne furent pour lui qu'une suite de victoires. Il secourut Bronage, défit les Huguenots en plusieurs rencontres, prit les meilleures places, et leur eût enlevé la victoire de Coutras, si le duc de *Joyeuse*, qu'il alloit joindre, n'eût témérairement précipité le combat. Enfin, après s'être conduit en bon citoyen et en héros, il obtint le gouvernement de la Guienne : province que le roi devoit à son courage et à sa prudence. *Au sacre de Henri IV*, en 1594, il fit la fonction de connétable; et à la reddition de Paris, il entra dans cette ville à la tête des Suisses. Ce grand général mourut dans son château de Lesparre, le 27 juillet 1597, à 73 ans, également regretté par son prince et par les soldats. La mort le surprit en mangeant. C'étoit un homme fin et délié, lent à se résoudre et à exécuter. Il amassa de grandes richesses dans son gouvernement.
II. MATIGNON, (Charles-Auguste de) comte de Gacé, sixième fils de François de Matignon, comte de Thorigny, servit en Candie sous le duc de la Feuillade, et fut blessé dangereusement dans une sortie. De retour en France, il fut employé en diverses occasions, et se signala à la bataille de Fleurus, aux sièges de Mons et de Namur, et fut nommé lieutenant général en 1693. La guerre s'étant rallumée, il suivit, en 1703, le duc de Bourgogne en Flandre, obtint le bâton de maréchal en 1708, et fut destiné à passer en Écosse à la tête des troupes Françoises en faveur du roi Jacques. Cette expédition n'ayant pas réussi, il revint en Flandre, et servit sous le duc de Bourgogne au combat d'Oudenarde. Il mourut à Paris, le 6 décembre 1729, à 83 ans. Il avoit été nommé chevalier du Saint-Esprit en 1724; mais il présenta son fils aîné pour être reçu à sa place. — C'est de l'un des frères de Charles-Auguste que descendent les MATIGNON, ducs de Valentinois, par un mariage avec l'héritière de la maison de Grimaldi.
MATRAINI, (Claire-Cantarini) née à Lucques, vivoit M A T 131 en 1562, et se rendit célèbre par la variété de ses connoissances, l'agrément de son style, et la délicatesse de son esprit. On trouve ses Poésies insérées dans le recueil publié par Giolito à Venise, en 1566. On doit encore à cette savante : I. Des Lettres imprimées à Lucques, en 1595. II. Des Méditations Chrétiennes, terminées par une Ode à Dieu, qui a de la force. III. Une Vie de la Sainte Vierge. Tous les poètes du temps se plurent à lui adresser des vers et à rendre hommage à ses talens.
MATTHEI, Voy. LÉONARD D'UDINE, n.° II.
MATTHIAS, Voyez. MATHIAS. I. MATTHIEU ou LÉVI, fils d'Alphée, et, selon toutes les apparences, du pays de Galilée, étoit commis du receveur des impôts qui se levoient à Capharnaüm. Il avoit son bureau hors de la ville, et sur le bord de la mer de Tibériade. JÉSUS-CHRIST enseignoit depuis un an dans ce pays; Matthieu quitta tout pour suivre le Sauveur, qu'il mena dans sa maison, où il lui fit un grand festin. Il fut mis au nombre des douze Apôtres. Voilà tout ce que l'Évangile en dit. Les sentimens sont fort partagés sur sa mort, et sur le lieu de sa prédication. Le plus commun parmi les anciens et les modernes, est qu'après avoir prêché pendant quelques années l'évangile en Judée, il alla porter la parole de Dieu dans la Perse, ou chez les Parthes, où il souffrit le martyre. Avant que d'aller annoncer la foi hors de la Judée, il écrivit, par l'inspiration du Saint-Esprit, l'Évangile qui 132 MAT porte son nom, vers l'an 36 de J. C. On croit qu'il le composa en la langue que parloient alors les Juifs, c'est-à-dire, en un hébreu-mêlé de chaldéen et de syriaque. Les Nazaréens conservèrent long-temps l'original hébreu; mais il se perdit dans la suite, et le texte grec que nous avons aujourd'hui, qui est une ancienne version faite du temps des Apôtres, nous tient lieu d'original. Aucun Évangéliste n'est entré dans un plus grand détail des actions de Jésus-Christ, que St. Matthieu, et ne nous a donné des règles de vie et des instructions morales plus conformes à nos besoins. C'est ainsi qu'en juge St. Ambroise, qui connoissoit bien cet Évangéliste. L'humanité du Fils de Dieu a été son principal objet; c'est ce qui fait qu'on le représente ayant près de lui un Homme. St. Matthieu et St. Luc ont rapporté la généalogie de Jésus-Christ, qu'ils font descendre de la race royale de David, mais d'une manière différente. St. Matthieu commence par Abraham, et partage toute cette généalogie en trois classes, chacune de quatorze générations, qui font le nombre de 42 personnes. Depuis Abraham jusqu'à David, il en met quatorze; depuis David jusqu'à la transmigration de Babylone, quatorze; et depuis la délivrance du peuple, qui fut mis en liberté pour retourner à Jérusalem, sous la conduite de Zorobabel, quatorze. On remarque que dans cette généalogie, St. Matthieu omet quatre rois, Ochosias, Joas, Amasias et Joakim. La raison de cette omission, est que Dieu ayant improuvé le mariage de Joram avec l'impie Athalie, et ayant promis par ses prophètes, de venger les forfaits de cette famille jusqu'à la quatrième génération, l'historien sacré a cru devoir passer sous silence, les rois issus de ce mariage. Voyez ÉBION et DRUTHMAR.
II. MATTHIEU CANTACUZÈNE, fils de Jean, empereur d'Orient, fut associé à l'empire par son père en 1354. Jean Cantacuzène ayant abdiqué peu de temps après le pouvoir souverain, Matthieu resta empereur avec Jean Paléologue. Ces deux princes ne furent pas long-temps unis; ils prirent les armes; et une bataille donnée près de Philipps, ville de Thrace, décida du sort de Matthieu: il fut vaincu, fait prisonnier, et relégué dans une forteresse, d'où il ne sortit qu'en renonçant à l'empire. Paléologue lui permit cependant de garder le titre de Despote, et lui assigna des revenus pour achever ses jours, avec ce vain nom, dans une vie privée. On prétend qu'il se retira dans un monastère du Mont-Athos, où il composa des Commentaires sur le Cantique des Cantiques, qui ont été publiés à Rome.
III. MATTHIEU DE VENDÔME, célèbre abbé de Saint-Denis, ainsi nommé du lieu de sa naissance, fut régent du royaume pendant la 2e Croisade de St. Louis, et principal ministre sous Philippe le Hardi. Il se signala par ses vertus, et sur-tout par sa douceur et sa prudence. Il jouit aussi d'une grande considération sous le règne de Philippe le Bel. Il mourut le 25 décembre 1286. On lui attribue une Histoire de Tobie, en vers élégiaques, Lyon, 1505, in-40; et ce n'est pas cor- tainement pour honorer sa mémoire qu'on lui donne cet ouvrage ; car il est écrit d'un style barbare.
IV. MATTHIEU DE WEST-MINSTER, Bénédictin de l'abbaye de ce nom en Angleterre, au 14e siècle, laissa une Chronique en latin, depuis le commencement du monde, jusqu'à l'an 1307, imprimée à Londres en 1570, in-fol. Cet historien est crédule, peu exact, et il narre d'une manière ignoble. V. MATTHIEU, ( Pierre ) historiographe de France, né en 1563, suivant les uns à Salins, et suivant d'autres à Porentru, fut d'abord principal du collège de Verceil, ensuite avocat à Lyon. Il fut très-zélé Ligueur et fort attaché au parti des Guises. Étant venu à Paris, il abandonna la poésie qu'il avoit cultivée jusqu'alors, pour s'attacher à l'histoire. Henri IV, qui l'estimoit, lui donna le titre d'historiographe de France, et lui fournit tous les mémoires nécessaires pour en remplir l'emploi. Il suivit Louis XIII au siège de Montauban. Il y tomba malade, et fut transporté à Toulouse, où il mourut, le 12 octobre 1621, à 58 ans. Matthieu étoit un de ces auteurs subalternes, qui écrivent facilement, mais avec platitude et avec bassesse. Il a composé : I. L'Histoire des choses mémorables arrivées sous le règne de Henri le Grand, 1624, in-8.° Elle est semée d'anecdotes singulières et de faits curieux. Henri IV lui en avoit lui même appris un grand nombre. Son style affecté, de mauvais goût, rampant, ne répond pas à la grandeur du sujet. II. Histoire de la mort déplorable de Henri le Grand, Paris, 1611, in-fol.; 1612, in-8.° III. Histoire de St. Louis, 1618, in-8.° IV. Histoire de Louis XI, in-fol. estimée. V. Histoire de France, sous François I, Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII; à Paris, 1631, 2 vol. in-folio, publiée par les soins de son fils, qui a ajouté à l'ouvrage de son père l'Histoire de Louis XIII, jusqu'en 1621. Le grand défaut de Matthieu est d'afficter, dans le récit de l'histoire moderne, une grande connoissance de l'histoire ancienne. Il en rappelle mille traits qui ne font rien à son sujet, et dont l'entassement met de la confusion et de l'obscurité dans la narration. VI. Quatrains sur la Vie et la Mort, dont la morale est utile et la versification languissante. C'est l'ouvrage connu sous le nom de Tablettes du Conseiller Matthieu; parce qu'on l'imprima d'abord en forme de tablettes oblongues. On trouve ordinairement ces quatrains, à la suite de ceux de Pibrac. On peut en juger par le premier : Estime qui voudra la mort épouvantable, Et la fasse l'horreur de tous les animaux : Quant à moi, je la tiens pour le point desirable, Où commencent nos biens, et finissent nos maux.
VII. La Guisiade, tragédie, Lyon, 1589, in-8.° Cette pièce est recherchée, parce que le massacre du duc de Guise y est représenté au naturel. VIII. Les tragédies de Clytemnestre, d'Esther, de Vasthi et d'Aman. Ces pièces ont été recueillies et publiées à Lyon par Rigaud, en 1589. IX. Notes sur Gui-Pape. 134 MAT X. Les trois Jours. XI. Séjan, ou la Mort du Maréchal d'Ancre. XII. La Politique et Vie de Nicolas de Villeroy. XIII. Généalogie de la maison de Bourbon, depuis Pharamond jusqu'à Henri IV. XIV. Réjouissances de la ville de Lyon à l'entrée de Henri IV en 1595, et à la Paix de Vervins en 1598.
VI. MATTHIEU DEL NASSARO, excellent graveur en pierres fines, natif de Vérone, passa en France, où François premier le combla de bienfaits. Ce prince lui fit faire un magnifique Oratoire, qu'il portoit avec lui dans toutes ses campagnes. Matthieu grava des Camées de toute espèce. On l'employa aussi à graver sur des cristaux. La gravure n'étoit pas son seul talent; il dessinoit très-bien. Il possédoit aussi parfaitement la musique; le roi se plaisoit même souvent à l'entendre jouer du luth. Après la malheureuse journée de Pavie, Matthieu avoit quitté la France et s'étoit établi à Vérone; mais François premier dépêcha vers cet illustre artiste, des couriers pour le rappeler en France. Matthieu y revint, et fut nommé graveur général des monnoles. Une fortune honnête, et son mariage avec une Françoise, le fixèrent dans le royaume jusqu'à sa mort, qui arriva peu de temps après celle de François premier. Matthieu étoit d'un caractère liant. Il avoit le cœur bienfaisant et l'esprit enjoué; mais il connoissoit la supériorité de son mérite. Il brisa un jour une pierre d'un grand prix, parce qu'un seigneur en ayant offert une somme trop modique, refusa de l'accepter en présent. Il mourut vers l'an 1548.
MATTHIEU DE NANTERRE, Voy. NANTERRE.
MATTHIEU, (Jean) ou MATHISON, Voy. JEAN DE LEYDE et MUNCER.
MATTHIOLE, (Pierre-André) médecin célèbre et bon littérateur, né à Sienne vers l'an 1500, fit de grands progrès dans les langues grecque et latine, dans la botanique et la médecine. Il joignoit à ces connoissances une littérature agréable. On a de lui, des Commentaires sur les six livres de Dioscoride, écrits avec assez d'élégance, et remplis d'érudition; mais on lui reproche des erreurs, des méprises, et beaucoup de crédulité. Il fait naître les grenouilles de pourriture; il donne à l'éléphant une intelligence, qui le rendroit l'égal de l'homme pour l'esprit; il cite un grand nombre de plantes qui n'ont jamais existé. L'original italien de ses Commentaires parut à Venise, 1548, in-4°, et fut réimprimé avec des additions en 1565, in-fol., avec figures. L'auteur les traduisit en latin. Il y en a une traduction françoise, dont la meilleure édition est de Desmoulins, Lyon, 1572, in-fol. Matthiole laissa encore d'autres ouvrages, tels que l'Art de distiller des Lettres. On recueillit tous ses écrits à Basle, 1598, in-folio, avec des notes de Gaspard Bartholin. Il mourut à Trente, de la peste, en 1577. Il avoit servi Ferdinand, archiduc d'Autriche, pendant deux ans, en qualité de premier médecin. Ce prince, et les électeurs de Saxe et de Bavière contribuèrent aux frais de l'impression de ses Commentaires sur Dioscoride. —Il ne faut pas le confondre avec un autre médecin qui portoit son nom, et qui étoit né à Pérouse. Celui-ci fut professeur à Padoue, où il mourut en 1498. On a de lui, un ouvrage rare, intitulé : Ans mémorativa, in-4°, Augsbourg, 1498. I. MATTHYS, (Gérard) né dans le duché de Guèdres, vers l'an 1523, enseigna long-temps le grec à Cologne, où il fut chanoine de la collégiale des Douze Apôtres; puis chanoine du second rang dans la métropole. Il y mourut vers l'an 1574. Nous avons de lui : I. Des Commentaires sur Aristote, Cologne, 1559-1566, 2 vol. in-4°. Son style est pur, aisé et dégagé des vaines subtilités si communes dans les Commentaires des Péripatéticiens. II. Un Commentaire sur l'Épître de St. Paul aux Romains, Cologne, 1562.
II. MATTHYS, (Christian) Mathias, docteur Iuthérien, né vers l'an 1584, à Mélderp, ville du Holstein, dans le comté de Dithmarse. Son esprit inquiet et son caractère austère et inconstant firent qu'il ne sut se fixer dans aucun pays. Il fut successivement professeur de philosophie à Strasbourg, recteur du collège de Bade-Dourlach, professeur en théologie à Altorf, ministre et professeur en théologie à Sora, puis se retira à Leyde, fut ensuite pasteur à la Haye, et enfin alla terminer ses jours à Utrecht, l'an 1655. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages de philosophie, d'histoire, de controverse, et sur l'Écriture - Sainte. Les principaux sont : I. Historia Patriarcharum, Lubeck, 1640, in-4° II. Theatrum historicum, Amsterdam, Elzevir, 1668, in-4°. Cet ouvrage est moitié moral, moitié historique.
MATTI, (Dom Emmanuel) né l'an 1663 à Oropesa, ville de la nouvelle Castille, réussit de bonne heure dans la poésie, et fit paroître ses essais l'an 1682, en un vol. in-4°. Cet heureux début fit naître dans le cœur d'une dame de très-haut rang, des sentimens trop tendres pour ce jeune poète. Il fit, pour s'y soustraire, un voyage à Rome, et y fut reçu membre de l'académie des Arcades. Innocent XII, charmé de son esprit, le nomma au doyenné d'Alicante, où il mourut le 18 décembre 1737, à 74 ans. Il avoit aidé le cardinal d'Aguirre à faire sa collection des Conciles d'Espagne. Ses Lettres et ses Poésies latines, (Madrid, 1735, 2 vol. in-12; et 1738, in-4°, 2 vol., à Amsterdam,) prouvent qu'il avoit de la facilité et de l'imagination. I. MATY, (Matthieu) bibliothécaire du Muséum Britannique, étoit né en Hollande. Destiné d'abord à la théologie, et ayant essuyé des tracasseries à cause de son penchant au Scinianisme, il prit le bonnet de docteur en médecine en 1740, se retira à Londres en 1749, et y mourut en 1776. Il est principalement connu par le Journal Britannique, auquel il fournit d'excellens extraits. Ce journal renferme de très-bons morceaux de littérature angloise. L'érudition, les diverses connaissances, l'esprit, le goût et la politesse de Maty, son principal auteur, servirent beaucoup à son succès. Tous les étrangers, curieux de voir le Muséum, trouvèrent en lui ces différentes qualités. Le savoir ne l'avoit point rendu pédant; il faisoit même des vers françois, écrits avec agrément et légèreté. On a encore de lui, la Vie 136 MAT de Chesterfield, à la tête de ses Œuvres, 1772, 2 vol. in-4.º
IL MATY, (Paul-Henri) fils du précédent, né en 1745, sous-bibliothécaire du Muséum Britannique, et secrétaire de la Société royale de Londres, mort en 1787, à 42 ans, traduisit en anglois le Voyage d'Allemagne du baron de Riesbeck, 3 volum. in-8.º C'étoit un homme instruit, ami de la liberté, et sachant faire des sacrifices plutôt que d'abandonner ses sentiments. On a imprimé ses Sermons.
MATY, Voyez BAUDRAND.
MAUBERT, Voyez GOUVEST de Maubert.
MAUCHARD, (Burchard-David) né à Marboch en 1696, devint médecin du duc de Wittemberg, et professeur en médecine, en chirurgie et en anatomie à Tubinge, où il mourut l'an 1751, avec une réputation distinguée. On a de lui, un grand nombre de Thèses de médecine, estimées. Voyez SAINT-YVES.
MAUCOMBLE, (Jean-François Dieu-donné de) officier dans le régiment de Ségur, né à Metz en 1735, quitta de bonne heure l'état militaire, pour cultiver la littérature. Il donna une Tragédie bourgeoise, intitulée : Les Amans désespères, ou le Comte d'Oliaval, qui n'eut pas beaucoup de succès. L'auteur est plus connu par deux Romans agréables. Le premier est Nitophar, Anecdote Babylonienne, qu'on lit avec quelque plaisir. Le second est l'Histoire de Mad. d'Erneville, écrite par elle-même. Il y règne plus d'intérêt que dans le précédent. Mais, de tous ses ouvrages, celui qui mérite le plus d'être lu, est un bon Abrégé de l'Histoire de Nîme, in-8.º Ce livre est bien fait, curieux et intéressant; mais l'auteur est peut-être trop favorable aux Calvinistes. Une maladie de poitrine termina les jours de cet écrivain estimable en 1768, à 33 ans. Il avoit l'ame sensible et un excellent caractère.
MAUCROIX, (François de) né à Noyon en 1619, chanoine de l'église de Rheims, mourut dans cette ville, le 9 avril 1708, à 90 ans. Sa vieillesse fut celle d'un philosophe chrétien, qui jouit des biens que lui accorde la Providence, et supporte les maux en attendant patiemment un sort meilleur. Il avoit beaucoup d'enjouement et de naïveté dans la conversation, écrivoit poliment, et s'acquit une grande réputation par ses ouvrages et par ses vers. L'abbé de Maucroix avoit d'abord fréquenté le barreau; mais dégoûté de la sécheresse de la jurisprudence, il se livra à la belle littérature. Dans le temps qu'il exerçoit la profession d'avocat, un ami lui proposa un assez bon mariage : il lui répondit par l'épigramme suivante : Ami, je vois beaucoup de bien Dans le parti qu'on me propose ; Mais toutefois ne presions rien ; Prendre femme est étrange chose ; Il faut y penser mûrement : Gens sages, en qui je me fie, M'ont dit que c'est fait prudemment Que d'y songer toute sa vie. On a de lui, plusieurs Traductions, écrites d'un style pur, mais languissant, et qui, rendant le sens de l'auteur, en affoiblissent trop souvent les tours et les pensées. Les principales sont : I. Celles des Philippines de Démosthènes. II. De l'Euthy- demas et de l'Hyppia, de Platon. III. De quelques Harangues de Cicéron. I-V. Du Rationarium Temporum, du P. Petau, Paris, 1683, 3 vol. in-12. V. De l'His- toire du Schisme d'Angleterre, par Nicolas Sanderus, Paris, 1678, 2 vol. in-12. VI. Des Vies des cardinaux Polus et Campegge, 1675 et 1677, 2 volumes in-12. VII. Des Homélies de St. Jean- Chrysostôme au peuple d'Anti- che, 1681, in-8. Maucroix étoit très-lié avec Boileau, Racine, et sur-tout avec l'inimitable la Fontaine. Cette union l'engagea de donner avec ce fabuliste, en 1685, en 2 vol. in-12, un Re- cueil d'Œuvres diverses. On donna aussi, en 1726, les Nouvelles Œuvres de Maucroix. On y trouve des Poésies qui manquent d'im- agination et de coloris, mais qui ont du naturel.
MAUDEN, (David de) théo- logien, né à Anvers en 1575, fut curé de Sainte-Marie à Bruxelles, et doyen de Saint-Pierre de Breda. Il mourut à Bruxelles en 1641, dans sa 66e année. On a de lui, en latin : I. Une Vie de Tobie, intitulée le Miroir de la Vie morale, in-fol. II. Des Dis- cours moraux sur le Décalogue, in-fol. III. L'Aléthologie ou Ex- plication de la vérité, etc.
MAUDUIT, (Michel) prêtre de l'Oratoire, né à Vire en Nor- mandie, mort à Paris, le 19 jan- vier 1709, à 75 ans, professa les humanités dans sa congréga- tion avec succès. Il se consacra ensuite à la chaire et aux mis- sions. Après avoir rempli digne- ment ce ministère, il donna plu- sieurs ouvrages au public. Les principaux sont : I. Traité de la Beligion contre les Athées, les Délistes et les nouveaux Pyrrho- niens : livre solide, dont la meil- leure édition est de 1698. II. Les Pseaumes de David, traduits en vers françois, in-12. La versi- fication en est foible et incor- recte. III. Des Mélanges de di- verses Poésies, en 1681, in-12 : recueil mêlé de bon et de mau- vais. IV. D'excellentes Analyses des Evangiles, des Épîtres de St. Paul, et des Épîtres Cano- niques, en 8 vol. in-12, qui sont encore très-recherchées aujour- d'hui, et qui viennent d'être réim- primées à Toulouse avec quel- ques changemens. Ces Analyses, très-bien faites, prouvent l'es- prit d'ordre, le jugement et le savoir de l'auteur. V. Médita- tions pour une Retraite ecclésias- tique de dix jours, in-12. VI. Dis- sertation sur la Goutte, 1689, in-12. Le P. Mauduit avoit la candeur d'un savant attaché à son cabinet, et les mœurs d'un digne ministre des autels.
MAUFER, (Pierre) impri- meur François, fut le premier qui porta l'art de l'imprimerie à Padoue, vers l'an 1474. Il de- meura ensuite à Vérone et à Ve- nise où il mourut, à la fin du 15e siècle. On recherche ses édi- tions.
MAUGER, (N.) garde du corps du roi, est auteur de trois tragédies, Amestris, Coriolan et Cosroès. Cette dernière fut repré- sentée en 1752. L'auteur mou- rut quelque temps après.
MAUGRAS, (Jean-François) Parisien, prêtre de la Doctrine Chrétienne, enseigna avec suc- cès les humanités dans les col- lèges de sa congrégation. Les chaires de Paris retentirent en- suite de son éloquence. Il se si- 138 MAU gnala sur-tout par ses instructions familières; mais l'ardeur extrême avec laquelle il se livra à ce saint et pénible exercice, lui causa un crachement de sang, dont il mourut le 26 août 1726, à 44 ans. On a de lui: I. Des *Instructions Chrétiennes*, pour faire un saint usage des afflictions, en deux petits vol. in-12. II. Une *Instruction Chrétienne sur les dangers du Luxe*. III. Quatre *Lettres* en forme de *Consultations*, en faveur des *Pauvres des Paroisses*. IV. Les *Vies des deux Tobies*, de Ste Monique et de Ste Geneviève; avec des *Réflexions à l'usage des Familles et des Écoles Chrétiennes*, etc. Une piété tendre et éclairée, une douceur et une modestie peu communes, étoient les vertus qui distinguent le P. *Maugras* dans le monde. On les retrouve dans ses ouvrages.
MAUGUIN, (Gilbert) président de la cour des monnoies de Paris, habile dans la connoissance de l'antiquité ecclésiastique, publia, contre le P. *Sirmand*, une Dissertation intitulée: *Vindiciæ Prædestinationis et Gratiae*, qu'on trouve dans le Recueil qu'il donna à Paris en 1650, 2 vol. in-4°, sous ce titre: *Veterum Scriptorum qui in 18° saculo de Gratia scripsere Opera*. Il y soutient que *Gotescale* n'a point enseigné l'hérésie Prédestinatienne. Cet ouvrage, écrit avec autant de chaleur que d'érudition, renferme des pièces curieuses qui n'avoient pas encore vu le jour, Elles servent beaucoup à éclaircir les dogmes et l'Histoire de l'Église. Si l'auteur n'a pas raison en tout, on voit qu'il n'a rien oublié pour l'avoir. Ce savant magistrat mourut en 1674, dans un âge fort avancé, et avec une grande réputation de savoir et d'intégrité. Il laisse tous ses livres théologiques, tant imprimés que manuscrits, aux Augustins du faubourg Saint-Germain à Paris, et de grands biens à l'Hôpital général.
MAULÉON, (Auger de) sieur de *Granier*, ecclésiastique, natif de Bresse, se fit connoître au 17° siècle, par l'édition des *Mémoires de la Reine Marguerite*, Paris, 1628; de ceux de M. de *Villeroy*; des *Lettres* du cardinal d'*Ossat*, etc. Il fut reçu de l'académie Françoise en 1635; mais on l'en retrancha l'année suivante.
MAULÉON, *Voyez* LOYSEAU DE MAULÉON.
MAULEVRIER, (Le Comte de) *Voyez* BREZÉ.
MAUNOIR, (Julien) Jésuite Breton, a publié quelques écrits dans l'idiome de son pays, qui sont devenus très-rares. L'un d'eux est le *Dictionnaire François-Breton armorique*, publié en 1659, chez Jean Hardouin, libraire à Quimper, in-8°. L'auteur est mort vers la fin du dix-septième siècle.
MAUPEOU, (Marie de) *Voyez* I. FOUQUET, au commencement... et l'art. MARSOLLIER.
MEAUPEOU, (Nicolas-René, Charles-Augustin de) chancelier de France en 1768, voulut étendre le pouvoir du monarque, et le débarrasser des entraves que le parlement apportait à ses volontés. En 1771, les offices furent supprimés, et le chancelier vint installer les juges du grand conseil à la place des magistrats du parlement. Cette exécution produisit une foule de pamphlets contre Maupcou; mais celui-ci n'en resta pas moins inébranlable dans ses vues. Louis XVI, cédant au vœu le plus général, ayant rappelé les anciens magistrats, exila le chancelier dans sa terre de Tuy en Normandie; il y vécut dans la retraite et la paix, refusant constamment de remettre son titre de chancelier, à moins qu'on ne lui fît son procès: il est mort en 1792.
MAUPERTUIS, (Pierre-Louis Moreau de) né à Saint-Malo en 1698, d'une famille noble, montra, dès sa jeunesse, beaucoup de penchant pour les mathématiques et pour la guerre. Il entra dans les Mousquetaires en 1718, et donna à l'étude le loisir que lui laissoit le service. Après avoir passé deux années dans ce corps, il obtint une compagnie de cavalerie dans le régiment de la Roche-Guyon; mais il ne la garda pas long-temps. Son goût pour les mathématiques l'engagea à quitter la profession des armes, pour se livrer entièrement aux sciences exactes. Il remit sa compagnie, et obtint une place à l'académie des Sciences, en 1723. Quatre ou cinq ans après, le désir de s'instruire le conduisit à Londres, où la Société royale lui ouvrit ses portes. De retour en France, il passa à Basle pour converser avec les frères Bernoulli, l'ornement de la Suisse. Des connoissances nouvelles, et l'amitié de ces deux célèbres mathématiciens, furent le fruit de ce voyage. Sa réputation et ses talens le firent choisir en 1736, pour être à la tête des académiciens que Louis XV envoya dans le Nord pour déterminer la figure de la Terre. Il fut le chef et l'auteur de cette entreprise, exécutée en un an avec toute la diligence et tout le succès qu'on pouvoit espérer de ces nouveaux Argonautes. Les obstacles multipliés qui traversèrent leur carrière, loin de glacer leur courage, ne furent que de plus vifs aiguillons pour l'exciter. La peinture énergique qu'en fait un historien, quoique un peu longue, est trop belle pour ne pas porter avec elle son excuse. « D'abord, ils cherchèrent un lieu favorable à leurs opérations sur les bords du golfe de Bothnie; ils n'en trouvèrent point. Il fallut s'enfoncer dans l'intérieur des terres; remonter le fleuve de Tornéa, depuis la ville de Torno, au nord du golfe, jusqu'à la montagne de Kittes, au-delà du cercle polaire. Il fallut se mettre à couvert de ces terribles mouches qui sont la terreur des Lapous, qui tirent le sang à chaque coup qu'elles donnent de leur aiguillon, et qui feroient bientôt périr un homme sous leur nombre: elles infectoient tous les mets. Les oiseaux de proie, très-nombreux et très-hardis dans ces climats, enlevoient quelquefois les viandes qu'on servoit à ces académiciens: ils étoient comme Enée au milieu des Haryes. Il fallut franchir les cataractes du fleuve; se faire jour, la hache à la main, au travers d'une forêt immense qui embarrassoit leur passage et nuisoit à leurs opérations. Il fallut gravir sur toutes les montagnes; dépouiller leur sommet des bouleaux, des sapins et de tous les arbres qui les déroboient à la vue; dresser, sur la cime des plus hautes, des signaux propres à être appergus de plusieurs lieues, afin de déterminer les triangles nécessaires. Il fallut établir une base qu'on pût mesurer sur un fleuve glacé et c uvert de plusieurs pieds d'une neige très-fine et sèche, semblable à du sablon, qui rouloit sous les pieds, et qui dérobait aux yeux des précipices où l'on pouvoit être enseveli sous elle. Il fallut braver un froid si vif et si rigoureux, que les habitans du pays, accoutumés à son âpreté, en perdent quelquefois un bras ou une jambe. L'eau de vie étoit la seule liqueur qui ne gelât point: si l'on appuyoit sur les lèvres le vase qui la contenoit, le froid l'y attachoit, et il falloit déchirer les lèvres pour l'en séparer. Rien ne rebuta les académiciens. Chacun fit des observations en particulier; toutes se rapportèrent avec une justesse qui en démontra l'exactitude. Et après tant de soins, de peines et de travaux, ils firent naufrage sur le golfe de Bothnie, et pensèrent perdre, avec la vie, le fruit d'une entreprise si difficile et si pénible. » Enfin, après avoir fourni heureusement, avec ses collègues, cette course pénible, *Maupertuis* fut appelé, en 1740, par le prince royal de Prusse, devenu roi, et grand roi, pour recevoir la présidence et la direction de l'académie de Berlin. Ce monarque étoit alors en guerre avec l'empereur; *Maupertuis* en voulut partager les périls; il s'exposa courageusement à la bataille de Molwitz, fut pris et pillé par les hussards. Envoyé à Vienne, l'empereur lui fit l'accueil le plus distingué. Ayant dit à ce prince que, parmi les choses que les hussards lui avoient prises, il regrettoit beaucoup une montre de *Graham*, célèbre horloger Anglois, laquelle lui étoit d'un grand secours pour ses observations as- tronomiques; l'empereur qui en avoit une du même artiste, mais enrichie de diamans, dit à *Maupertuis*: *C'est une plaisanterie que les hussards ont voulu vous faire; ils m'ont rapporté votre montre: la voila, je vous la rends.* On ajoute que l'impératrice-reine lui demandant des nouvelles de Prusse, lui dit: *Vous connoissez la Reine de Suède, sœur du roi de Prusse; on dit que c'est la plus belle Princesse du monde.* — *Madame*, répondit *Maupertuis*, *je l'avois cru jusqu'à ce jour.* Sa captivité ne fut ni dure, ni longue. L'empereur et l'impératrice-reine lui permirent de partir pour Berlin, après l'avoir comblé de marques de bonté et d'estime. *Maupertuis* repassa en France, où ses amis se flattoient de le posséder; mais une imagination ardente et une vive curiosité ne lui permettoient pas de se fixer, ni d'être heureux. Il repartit pour la Prusse, et n'y fut pas plutôt, qu'il se repentit d'avoir renoncé à sa patrie. *Frédéric* le dédommagea de ses pertes par des bienfaits, par la confiance la plus intime; mais, né avec une triste inquiétude d'esprit, il fut malheureux au sein des honneurs et des plaisirs. Un tel caractère ne promet point une vie pacifique; aussi *Maupertuis* eut-il plusieurs querelles. Les plus célèbres sont sa dispute avec *Koenig*, professeur de philosophie à Franeker; et celle qu'il eut avec le célèbre *Voltaire*, querelle qui fut une suite de la précédente. Le président de l'académie de Berlin avoit inséré dans le volume des Mémoires de cette compagnie, pour l'année 1746, un *Écrit* sur les lois du mouvement et du repos, déduites d'un principe métaphysique: ce prin-
MAU. 141 Gêpe est celui de la moindre quantité d'action. Koenig ne se contenta pas de l'attaquer ; mais il en attribua l'invention à Leibnitz, en citant un fragment d'une Lettre qu'il prétendoit que ce savant avoit écrite autrefois à Hermann, professeur à Basle en Suisse. Maupertuis, piqué du soupçon de plagiat, engagea l'académie de Berlin à sommer Koenig de produire l'original de la lettre citée. Le professeur n'ayant pas pu satisfaire à cette demande, fut exclus unanimement de l'académie dont il étoit membre. Plusieurs écrits furent la suite de cette guerre : et ce fut alors que Voltaire se mit sous les armes. Il avoit d'abord été lié très-étroitement avec Maupertuis, qu'il regardoit comme son maître dans les mathématiques ; mais leurs talens étant différens, ils étoient mutuellement jaloux l'un de l'autre : le philosophe l'étoit du bel esprit, et le bel esprit du philosophe. Cette jalousie éclata à la cour du roi de Prusse, dont les faveurs ne pouvoient être partagées assez également pour écarter loin d'eux les petitesses de l'envie. Voltaire, sensible à quelques procédés de Maupertuis, prit occasion de la querelle de Koenig pour soulager sa bile. En vain le roi de Prusse lui ordonna de rester neutre dans ce procès, il débuta par une Réponse fort amère d'un Académicien de Berlin à un Académicien de Paris, au sujet du démêlé du président de l'académie de Berlin et du professeur de Franeker. Cette première satire fut suivie de la Diatribe du Docteur Akakia : critique sanglante de la personne et des ouvrages de son ennemi. Il y règne une finesse d'ironie et une gaieté d'imagination charmantes. L'auteur se moque de toutes les idées que son adversaire avoit consignées dans ses Œuvres, et sur-tout dans ses Lettres. Il rit principalement du projet d'établir une ville Latine ; de celui de ne point payer les médecins lorsqu'ils ne guérissent pas les malades ; de la démonstration de l'existence de Dieu par une formule algébrique ; du conseil de disséquer des cerveaux de Géans afin de sonder la nature de l'âme ; de celui de faire un trou qui allât jusqu'au centre de la Terre, etc. Les traits lancés sur l'auteur du Voyage au Pôle, étonnèrent ses partisans, et firent gémir les vrais philosophes. On opposa aux satires de Voltaire, les éloges dont il avoit comblé son ennemi. En 1738, Maupertuis étoit un Génie sublime, notre plus grand Mathématicien ; un Archimède, un Christophe Colomb pour les découvertes ; un Michel-Ange, un Albanie pour le style. En 1752, ce n'étoit plus qu'un esprit bizarre, un raisonneur extravagant, un Philosophe insensé. Si Voltaire se satisfit en suivant les conseils de la vengeance, il affoiblit l'estime du public pour son caractère, et s'attira en même temps une disgrace éclatante. Les désagréments qu'il essuya l'ayant obligé de se retirer de la cour de Prusse au commencement de 1753, il se consola dans son malheur par de nouvelles satires. Il peignit Maupertuis comme un vieux Capitaine de Cavalerie travesti en Philosophe ; l'air distrait et précipité, l'œil rond et petit, le nez écrasé, la perruque de travers, la physionomie mauvaise, le visage plat, et l'esprit plein de lui-même. Maupertuis lui envoya un cartel, auquel il ne répondit que par cette plaisanterie qui exprimoit d'une manière piquante le 142 MAU caractère et le savoir de son antagoniste : « Dès que j'aurai un peu de force, je ferai charger mes pistolets *cum pulvere pyrio* ; et en multipliant la masse par le quarré de la vitesse, jusqu'à ce que l'action et nous soient réduits à zéro, je vous mettrai du plomb dans la cervelle ; elle paroît en avoir besoin. » Cette farce ingénieuse finit d'une manière triste. Le roi de Prusse fit arrêter *Voltaire* à Francfort, avec sa nièce qui étoit venue l'y joindre ; et on accusa *Maupertuis* d'avoir porté le monarque à cette démarche. Cependant des maux de poitrine, des crachemens de sang obligèrent le président de l'académie de Berlin de revenir de nouveau en France. Il y passa depuis 1756, jusqu'au mois de Mai 1758, qu'il se rendit à Basle auprès des *Bernoulli* frères, dans les bras desquels il mourut très-chrétiennement le 27 juillet 1759, à 61 ans. Ce philosophe étoit d'une vivacité extrême, qui éclatoit dans sa tête et dans ses yeux continuellement agités. Cet air de vivacité, joint à la manière dont il s'habilloit et dont il se présentoit, le rendoit assez singulier. Il étoit d'ailleurs poli, caressant même, parlant avec facilité et avec esprit. Malgré ces avantages qui plaisent dans la société, il passa une vie triste. Un amour propre trop sensible, je ne sais quoi d'ardent, de sombre, d'impérieux, de tranchant dans le caractère ; une envie extrême de parvenir et de faire sa cour, firent tort à son bonheur et à sa philosophie. Il fut quelquefois, dans son style, le singe de *Fontenelle* ; il auroit été plus heureux pour lui de l'être dans sa conduite. Ses *Ouvrages* ont été recueillis à Lyon en 1756, en 4 volumes in-8. Comme écrit vain, il avoit du génie, de l'esprit, du feu, de l'imagination ; mais on lui reproche des tours recherchés, une concision affectée, un ton sec et brusque, un style plus roide que ferme, des paradoxes, des idées fausses, etc. Sa littérature étoit médiocre ; et il faisoit moins d'honneur à l'académie Françoise, dont il étoit membre, qu'à celle des Sciences. Ses principaux ouvrages sont : I. *La Figure de la Terre*, déterminée. II. *La Mesure d'un degré de Méridien*. III. *Discours sur la figure des Astres*. IV. *Éléments de Géographie*. V. *Astronomie Nautique*. VI. *Éléments d'Astronomie*. VII. *Dissertation Physique à l'occasion d'un Nègre Blanc*. VIII. *Vénus Physique* : Ouvrage que les libertins ont plus lu que les physiciens, et qu'un d'eux a même reproduit sous un autre titre. L'auteur cependant y a mis toute la décence que la matière comportoit. IX. *Essai de Cosmographie*. X. *Réflexions sur l'origine des Langues*. XI. *Essai de Philosophie morale*, où il y a quelques bonnes idées, mais peu d'ensemble et de précision, et où il prend un ton triste en parlant du bonheur. XII. *Plusieurs Lettres*, où l'on trouve les petitesses du bel esprit et les vues du philosophe. XIII. *Eloge de Montesquieu*, fort inférieur à celui dont d'Alembert a orné le *Dictionnaire Encyclopédique*. Quoique dans ce qu'il a écrit sur divers points de la Physique du Monde, il y ait des imaginations qui favorisent ouvertement le Matérialisme, on auroit cependant tort de le ranger parmi les ennemis du Christianisme. Il paroît qu'il ne s'est abandonné à ces rêves que dans des momens où la manie des systèmes l'avoit saisi ; car dans d'autres momens il rendoit un hommage sincère à la religion : « Nous sommes, dit-il (tom. 2 de ses Œuvres, page 174), si remplis de respect pour la religion, que nous n'hésiterions jamais de lui sacrifier notre hypothèse, et mille hypothèses semblables, si on nous faisoit voir qu'elles continissent rien qui fût opposé aux vérités de la foi, ou si cette autorité à laquelle tout Chrétien doit être soumis, les désapprouvoit. » Quelques partisans de Maupertuis se sont plaints, que nous avions jugé ce philosophe avec trop de sévérité. Condorcet, qui connoissoit les matières qu'il a traitées, le juge encore avec moins d'indulgence, dans la Vie de Voltaire. « Maupertuis, dit-il, homme de beaucoup d'esprit, savant médiocre et philosophe plus médiocre encore, étoit tourmenté de ce désir de la célébrité qui fait choisir les petits moyens, lorsque les grands nous manquent; dire des choses bizarres, quand on n'en trouve point de piquantes qui soient vraies; généraliser des formules, si l'on ne peut en inventer; et entasser des paradoxes, quand on n'a point d'idées neuves. On l'avoit vu à Paris sortir d'une chambre, ou se cacher derrière un paravent, quand un autre occupoit la société plus que lui. A Berlin, comme à Paris, il eut voulu être par-tout le premier, à l'académie des Sciences comme au souper du roi. » Nous citerons encore une lettre du marquis d'Argens à d'Alembert (Postdam, 20 novembre, 1753). Voici comme il s'exprime sur le président de l'académie de Berlin. « Maupertuis a écrit ici que sa santé étoit entièrement rétablie; je souhaite que sa tranquillité le soit aussi. Mais du caractère dont il est, j'ai peine à le croire. Je crains bien qu'il ne soit éternellement la victime de son amour propre. Avec un peu plus de douceur, il eût eu à Berlin, parmi les gens de lettres, le rang de dictateur; il n'a eu que celui de tribun. Il a cabalé, et il a été la dupe de ses cabales. » Remarquez que le marquis d'Argens ne la peint pas ainsi par amitié pour Voltaire, dont il dit assez de mal dans la même lettre. — Son frère l'abbé Louis Moreau de St-Elier, abbé de Geneston, mort en 1751, à 53 ans est auteur d'un Traité de la communication des maladies et des passions, 1738, in-8.
MAUPERTUY, (Jean-Baptiste Drouet de) né à Paris en 1650, d'une famille noble originaire du Berry, fit ses études au collège de Louis le Grand. Son esprit et son goût pour l'éloquence et pour la poésie, lui firent des admirateurs de ses maîtres. Il parut ensuite dans le barreau, et s'en dégoûta. Les fleurs d'une littérature légère et frivole, lui avoient fait perdre le goût des fruits de la jurisprudence. Un de ses oncles, fermier général, crut le guérir de son penchant pour le théâtre et pour les romans, en lui procurant un emploi considérable dans une des provinces du royaume. Maupertuy, qui n'avoit alors que 22 ans, se reposa sur des commis fidelles et laborieux; et bien loin d'amasser du bien, il dissipa son patrimoine. De retour à Paris, à l'âge d'environ 40 ans, il renonça subitement au monde. Après une retraite de deux ans, il prit l'habit ecclésiastique en 1692, passa cinq ans dans un séminaire, se retira ensuite dans l'abbaye de Sept- 144 MAU Fonts, et cinq ans après dans une solitude du Berry. Son mérite lui procura un canonicat à Bourges en 1765. De Bourges il passa à Vienne, d'où il revint à Paris, après avoir reçu les ordres sacrés. Il se retira quelque temps après à Saint-Germain-en-Laie, où il mourut le 10 mars 1736, à 86 ans. On a de lui, un très-grand nombre de Traductions françoises. Les principales sont celles, I. Du premier livre des Institutions de Lactance, in-12. II. Du Traité de la Providence et du Timothée de Salvien, chacun un vol. in-12. III. Des Actes des Martyrs, recueillis par Dom Buinart, Paris, 1708, 2 vol. in-8. IV. De l'Histoire des Goths, de Jornandès, in-12. V. De la Vie du Frère Arsène de Janson, religieux de la Trappe, connu sous le nom du Comte de Rosenberg, in-12. VI. De la Pratique des Exercices spirituels de St. Ignace, in-12. VII. Du Traité latin de Lessius, sur le choix d'une Religion, in-12. VIII. De l'Euphorion de Barclat, 1711, 3 vol., ou 1713, 1 vol. in-12. On a encore de lui, plusieurs livres de piété. I. Les Sentimens d'un Chrétien touché d'un véritable amour de Dieu. II. L'Histoire de la Réforme de l'Abbaye de Sept-Fonts, in-12. Cette Histoire fut mal reçue et accusée d'infidélité. III. L'Histoire de la Sainte Eglise de Vienne, in-4. IV. Prières pour les temps de l'affliction et des calamités publiques, in-12. V. De la Vénération rendue aux Reliques des Saints, in-12. VI. Le Commerce dangereux entre les deux Sexes, in-12. VII. La Femme foible, ou les Dangers d'un commerce fréquent et assidu avec les Hommes, in-12, etc. Le style de ces différens ouvrages est ferme et éner- gique. Il y a des tours et de l'élégance; mais il manque quelquefois de pureté et de précision, et la forme n'en est pas toujours aussi bonne que le fond.
MAUPIN, (N... Aubigny) — fille d'un secrétaire du comte d'Armagnac en 1673, entra au théâtre de Marseille, et devint ensuite une des premières chanteuses de l'opéra de Paris. Sa voix étoit un des plus beaux Bas-dessus qu'on eût entendu jusqu'alors. Elle débuta en 1695, par le rôle de Pallas, dans l'opéra de Cadmus. Elle excelloit sur tout en représentant Médée, dans l'opéra de Médus par la Grange, qui fut joué en 1702. Trois ans après, cette chanteuse renonça au théâtre et mourut, à la fin de 1707, à l'âge de 33 ans. Très-adroite dans les exercices du corps, elle étoit sur-tout d'une grande force dans l'escrime. Un acteur l'ayant insultée, elle l'attendit un soir, vêtue en homme, dans la place des Victoires, et voulut lui faire mettre l'épée à la main: sur son refus, elle lui donna des coups de canne, et lui prit sa tabatière. Le lendemain, l'acteur, déguisant son aventure, racontit au foyer qu'il avoit été attaqué par trois voleurs, qui, malgré sa résistance, lui avoient enlevé sa tabatière. « Tu mens impudemment, lui dit son adversaire, tu n'as été attaqué que par une seule personne, et cette personne, c'est moi; en voici la preuve. » Elle tira en même temps la tabatière qu'elle lui rendit. Une autre fois, déguisée en homme dans un bal, elle prit querelle avec trois danseurs, les fit descendre sur la place et les blessa tous les trois. Cette actrice n'étoit pas grande, mais ses traits étoient réguliers et et agréables; et elle avoit de beaux cheveux châtains, de grands yeux bleus, la bouche jolie, la peau éclatante. On rapporte qu'elle savoit très-peu de musique, mais qu'elle réparoit ce défaut par une mémoire prodigieuse qui lui faisoit retenir le nombre de toutes les mesures de silence et de repos qu'elle devoit observer. I. MAUR, (Saint) célèbre disciple de St. Benoît, mort en 584, fut envoyé en France par ce saint fondateur, si l'on en croit une Vie de St. Maur, attribuée à Fauste son compagnon; mais cette Vie est reconnue pour une pièce apocryphe. En la rejetant, avec le P. Longueval, ainsi que les circonstances de la mission des disciples de St. Benoît en France, nous n'avons garde de combattre la mission même. Il est certain qu'on la croyoit en France dès le IXe siècle; et, malgré le silence de Grégoire de Tours, de Bède, d'Usuard, il y a d'autres monumens qui la prouvent, ou du moins qui la supposent. Une célèbre congrégation de Bénédictins prit, au commencement du XVIIe siècle, le nom de Saint-Maur. C'est une réforme approuvée par le pape. Grégoire XV, en 1621: (Voyez l'art. Copr.) Cette congrégation s'est distinguée dès le commencement par les vertus et le savoir de ses membres. Elle s'est encore soutenue jusqu'à nos jours avec assez de gloire. Il y avoit peut-être moins d'érudition qu'autrefois; mais il faut s'en prendre au siècle, qui, entièrement livré à la frivolité, fait peu d'accueil aux recherches savantes. Les principaux gens de lettres qu'elle a produits, sont les Pères Menard, d'Acheri, Mabillon, Ruinart, Germain, Lami, Montfaucon, Martin, Vaissette, le Nourri, Martianay, Martenne, Massuet, etc. etc. Voyez l'Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, publiée à Paris, sous le titre de Bruxelles, in-4°, 1770, par Dom Tassin.
II. MAUR, (D. Charles le) brigadier des armées du roi d'Espagne, parvint par son mérite au grade de directeur général des Ingénieurs. On lui doit un Traité de Dynamique très-répandu en Espagne, quoique manuscrit, et des Elémens de mathématiques, qui ont été imprimés. Il conçut le projet du canal de Campos; et il obtint la direction de celui de Murcie. Il a dirigé la magnifique route qui sert de communication aux deux Andalousies; et il étoit occupé à niveler un canal de navigation depuis Guadarrama jusqu'à l'Océan, lorsque la mort termina sa carrière le 25 novembre 1785.
MAUR, Voy. RABAN-MAUR et ANTINE.
MAURAN, (Pierre) homme-rie, fut regardé dans le XIIIe siècle, comme le chef des Albigeois en Languedoc. On l'engagea par caresses à comparoitre devant le légat que le pape avoit envoyé. Dans l'interrogatoire qu'on lui fit subir, il déclara que le Pain consacré par le Prêtre n'étoit pas le Corps de J. C. Les missionnaires ne purent s'empêcher de répandre des larmes sur le blasphème qu'ils venoient d'entendre, et sur le malheur de celui qui l'avoit prononcé. Ils déclarèrent Mauran hérétique, et le livrèrent au comte de Toulouse, qui le fit enfermer. Tous ses biens furent confisqués, et ses châteaux déc- 146 MAU molis. *Mauran* promit alors de se convertir et d'abjurer ses erreurs. Il sortit de prison, se présenta nu en caleçons devant le peuple : et s'étant prosterné aux pieds du légat et de ses collègues, il leur demanda pardon, reconnut ses erreurs, les abjura, et promit de se soumettre à tous les ordres du légat. Le lendemain, l'évêque de Toulouse et l'abbé de *Saint-Sernin* l'allèrent prendre dans sa prison ; il en sortit nu et sans chaussure. Ces deux prélats le conduisirent en le fustigeant jusqu'aux degrés de l'autel, où il se prosterna aux pieds du légat, et abjura de nouveau ses erreurs. On lui ordonna de partir dans 40 jours pour Jérusalem, et d'y demeurer trois ans au service des pauvres, avec promesse, s'il revenoit, de lui rendre ses biens, excepté ses châteaux, qu'on laissoit démolis en mémoire de sa prévarication. Il fut condamné encore à une amende de cinq cents livres pesant d'argent envers le comte de *Toulouse*, son seigneur ; à restituer les biens des églises qu'il avoit usurpés ; à rendre les usures qu'il avoit exigées, et à réparer les dommages qu'il avoit causés aux pauvres.
MAURE, (Ste-) *Voy*. MONTAUSIER.
MAUREPAS, (Jean-Frédéric PHELYPEAUX, comte de) petit-fils du comte de *Pontechartain*, ministre sous *Louis XIV*, naquit en 1701, et fut nommé secrétaire d'état en 1715. Il eut le département de la maison du roi en 1718, et celui de la marine en 1723. Enfin, il fut nommé ministre d'état en 1738, et montra dans ces différentes places, de l'activité, de la pénétration, de la finesse. *Condorcet* peint ainsi le comte de *Maurepas* dans l'Éloge prononcé le 10 avril 1782, à l'académie des Sciences, dont ce ministre étoit membre honoraire. « Toujours accessible, cherchant par la pente naturelle de son caractère, à plaire à ceux qui se présentoient à lui ; saisissant avec une facilité extrême toutes les affaires qu'on lui proposoit ; les expliquant aux intéressés avec une clarté que souvent ils n'auroient pu eux-mêmes leur donner ; se les rappelant après un long temps comme s'il en eût toujours été occupé ; paroissant chercher les moyens de les faire réussir ; choisissant, lorsqu'il étoit obligé de refuser, les raisons qui paroissaient venir d'une nécessité insurmontable, et, s'il étoit possible, celles même qui pouvoient flatter l'amour propre de ceux dont il étoit obligé de rejeter les demandes ; évitant sur tout de leur laisser entrevoir les motifs qui pouvoient les blesser ; adoucissant les refus par un ton d'intérêt qu'un mélange de plaisanterie ne permettoit pas de prendre pour de la fausseté ; paroissant regarder l'homme qui lui parloit, comme un ami qu'il se plaisoit à diriger, à éclairer sur ses vrais intérêts ; et cachant enfin le ministre, pour ne montrer que l'homme aimable et facile : Tel fut, à l'âge de vingt ans, M. de *Maurepas* ; tel nous l'avons vu depuis à plus de quatre-vingts ans. » Cet éloge académique seroit susceptible de quelques restrictions ; et nous renverrons le lecteur à ce que dit M. de *la Harpe* de ce ministre octogénaire, dans le Mercure du 23 juin 1792. Exilé à Bourges, en 1749, par les intrigues d'une dame puissante à la cour, (Mad. de Pompadour, contre laquelle il avoit fait une chanson) *Mau-repas* ne mit point de faste dans la manière dont il supporta cet événement. *Le premier jour*, disoit-il, *j'ai été piqué; le second j'étois consolé*. Il plaisantoit, en arrivant dans le lieu de son exil, « sur les *Epitres dédicatoires* qu'il alloit perdre, et sur le chagrin des *Auteurs* qui alloient perdre leurs peines, leurs phrases et leurs espérances. » La considération publique le suivit dans sa retraite. Il y fut consulté par une multitude de familles distinguées, sur leurs intérêts les plus chers. Il remplaça ce qu'il avoit perdu à la cour, en se livrant à tous les plaisirs de la société, et en cultivant un grand nombre d'amis, qui ne l'abandonnèrent point dans sa disgrace. Rappelé au ministère, en 1774, par *Louis XVI*, qui lui accorda toute sa confiance, il ne montra à ceux qui l'avoient oublié ou desservi, ni indignation, ni dédain. Son extérieur, sa conversation n'annonçoient qu'un homme de bonne compagnie, et non un homme qui vouloit se prévaloir de sa place. Sa maison fut celle d'un particulier riche, mais ami de la simplicité et de l'ordre. Avec l'air d'effleurer les objets, il négligeoit rarement de les approfondir, du moins dans son premier ministère. Ce fut lui qui, dans un Mémoire remis à *Louis XV*, en 1749, développa les moyens d'ouvrir, par l'intérieur du Canada, un commerce avec les Colonies Angloises, de leur apprendre à aimer le nom François, et à regarder la France comme une alliée naturelle, et l'Angleterre comme une marâtre dont ils devoient briser le joug. Ce qu'il n'avoit fait qu'entrevoir alors, il eut le plaisir de le voir exécuté avant que de mourir. On lui est redevable encore de la bonne construction de nos vaisseaux. Lorsqu'il étoit ministre de la marine, il envoya en Angleterre un homme instruit pour se mettre au fait de cet art, et en établir à Paris une école publique. Il eut presque toujours le mérite de préférer hautement les sciences aux talens frivoles, et les arts nécessaires aux arts agréables, sacrifiant ainsi son goût particulier à ce que lui prescrivoit l'utilité publique. Sa correspondance étoit remarquable par sa clarté et sa précision; il disoit beaucoup de choses en peu de mots: aussi expélioit-il plusieurs lettres dans un espace assez court. Il mourut, le 21 novembre 1781, à 31 ans. Quoiqu'il eût le titre de chef du conseil des finances, il ne put les rétablir, parce que la guerre d'Amérique et les dettes précédentes ne permettoient guères de mettre de l'ordre dans le trésor royal; et peut-être aussi parce qu'il craignoit que des réformes trop fortes ne troublassent son ministère. Voilà pourquoi il sacrifia, dit-on, *Turgot* à la cabale, qui ne voyoit dans les changements projetés par le ministre vertueux, que les tentatives d'un administrateur imprudent. Enfin, pour opérer des réformes, il falloit le courage d'une âme forte, et celle de M. de *Mou-repas* étoit affoiblie par la vieillesse, par l'égoïsme et l'insouciance: suite ordinaire de l'âge avancé. Sa seule ambition semidoit se borner à dire quelque bon mot sur les événements du jour. Il a laissé des *Mémoires* curieux, mais écrits avec négligence; Paris, 1792, 4 vol. in-8. 148 M'AU I. MAURICE, (Saint) chef de la Légion Thébénne, étoit Chrétien, avec tous les officiers et les soldats de cette Légion, composée de 6,600 hommes. Les Bagaudes ayant excité des troubles dans les Gaules, Dioclétien y envoya cette Légion, appelée sans doute Thébénne, parce qu'elle avoit été levée dans la Thébaïde en Égypte. Maurice ayant passé les Alpes, à la tête des troupes qu'il commandoit, l'empereur Maximien voulut se servir de lui et de ses soldats, pour anéantir le Christianisme dans les Gaules. Cette proposition fit horreur à Maurice et à sa troupe. L'empereur, irrité de leur résistance, ordonna que la Légion fût décimée. Ceux qui restoient protestant toujours, qu'ils mourroient plutôt que de rien faire contre leur foi, l'empereur en fit encore mourir la dixième partie. Enfin, Maximien les voyant persévérer dans la religion de J. C., ordonna qu'on les fit tous massacrer. Ses troupes les environnèrent et les tailèrent en pièces. Maurice, chef de cette Légion de héros Chrétiens, Exupère et Candide, officiers de la même troupe, se signalèrent par leur constance et la vivacité de leur foi. Ce furent eux qui engagèrent les soldats à ce généreux refus. Ce massacre fut exécuté, à ce qu'on croit, à Agaune, dans le Chablais, le 22 septembre 286. Malgré les preuves qui déposent en faveur de l'histoire de ces saints martyrs, plusieurs Protestans, entr'autres Dubordier, Hottinger, Moyle, Burnet, et Mosheim l'ont attaquée. George Hickes, savant Anglois, l'a défendue avec force, et Dom Joseph de Lisle, Bénédictin de la congrégation de Saint-Vannes, a prouvé aussi la vérité de cette histoire dans son ouvrage, intitulé : Défense de la vérité du martyre de la Légion Thébénne, 1737, in-8. Voyez encore Historia di Santo Mauritio, par le P. Rossignoli, Jésuite, et les Acta Sanctorum du mois de septembre. Les actes du martyre de cette Légion, écrits par St. Eucher, évêque de Lyon, ont été donnés, mais fort défectueux, par Surius. Le P. Chifflet, Jésuite, en ayant découvert une copie plus exacte, la fit imprimer. Dom Ruinart soutient que c'est là le véritable ouvrage du saint évêque de Lyon. Saint Maurice est le patron d'un ordre célèbre dans les états du roi de Sardaigne, créé par Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, pour récompenser le mérite militaire, et approuvé par Grégoire XIII en 1572. — Il ne faut pas confondre St. MAURICE, chef de la Légion Thébénne, avec un autre Saint du même nom, martyrisé à Apamée, dans la Syrie, dont parle Théodoret.
II. MAURICE, (Mauritius Tiberius) né à Arabisse en Cappadoce, l'an 539, étoit d'une famille distinguée, originaire de Rome. Après avoir occupé quelques places à la cour de Tibère Constantin, il obtint le commandement des armées contre les Perses. Il donna tant de marques de bravoure, que l'empereur lui donna sa fille Constantine en mariage, et le fit couronner empereur, le 13 août 582. Les Perses ne cessoient de faire des incursions sur les terres des Romains. Maurice envoya contr'eux Philippicus, son beau-frère, qui eut d'abord des succès brillans, mais qui ne se soutint pas toujours avec le même avantage. Comme les gens de guerre étoient extrêmement nécessaires dans ces temps malheureux, l'empereur ordonna, en 592, qu'aucun soldat ne se fit moine, qu'après avoir accompli le temps de la milice. Maurice donna un nouveau lustre à son règne, en rétablissant sur le trône Chosroès II, roi de Perse, qui en avoit été chassé par ses sujets. L'empire étoit alors en proie aux ravages des Arabes. Maurice leur accorda une pension de 100,000 écus, pour obtenir la paix; mais ces barbares recommencèrent la guerre à diverses reprises. Les Romains en firent périr plus de 50,000 dans différens combats, et firent près de 17,000 prisonniers. On leur rendit la liberté, après avoir fait promettre au roi des Abares, qu'il renverroit tous les Romains qu'il retenoit dans les liens. Le prince Abare, infidelle à sa promesse, demanda une rançon de 10,000 écus. Ce procédé indigna Maurice, qui refusa la somme. Alors ce barbare, furieux, fit passer les captifs au fil de l'épée. L'empereur chercha à se venger de cette cruauté. Il se préparoit à porter la guerre chez les Abares, lorsque Phocas, qui de simple centurion, étoit parvenu aux premières dignités militaires, se fit proclamer empereur. Il poursuivit Maurice jusqu'auprès de Chalcédoine, le prit prisonnier, et le condamna à perdre la tête. On égorgea les cinq fils de ce prince infortuné, aux yeux de leur père. Maurice, s'humiliant sous la main de Dieu, ne laissa échapper que ces paroles: Vous êtes juste, Seigneur! et vos jugemens sont équitables. Sa mort suivit celle de ses fils, le 26 novembre 602. C'étoit la 63e année de son âge, dont il en avoit régné vingt. Plusieurs écrivains ont jugé ce prince par ses malheurs, au lieu de le juger par ses actions: ils l'ont cru coupable, et l'ont condamné. Il est vrai qu'il souffrit que l'Italie fût vexée, et que son avarice fut en partie la cause de ses vexations; mais il fut le père des autres parties de son empire. Il rétablit la discipline militaire, abattit la fierté des ennemis de l'état, soutint la foi chancelante par ses lois, et la piété par son exemple. Il aima les sciences, et protégea les savans. Voyez II. THÉOPHY-LACTE.
III. MAURICE, électeur de Saxe, né en 1521, de Henri le Pieux, se signala dès sa jeunesse par son courage, et eut toujours les armes à la main tant qu'il vécut. Il servit l'empereur Charles-Quint, en 1544, contre la France, et en 1545, contre la ligue de Smalkalde, à laquelle, quoique Protestant, il ne voulut jamais s'unir. L'empereur, pour le récompenser de ses services, l'investit, l'an 1547, de l'électorat de Saxe, dont il avoit dépouillé Jean-Fréderic son cousin: (Voyez XVI. FRÉDERIC.) L'ambition l'avoit porté à seconder les vues de Charles-Quint, dont il espéroit le titre d'électeur; l'ambition le détacha de ce prince. Il s'unit, en 1551, contre lui avec l'électeur de Brandebourg, le comte Palatin, le duc de Wirtemberg et plusieurs autres princes. Cette ligue, secondée par le roi de France, Henri II, jeune et entreprenant, fut plus dangereuse que celle de Smalkalde. Le prétexte fut la délivrance du landgrave de Hesse, que Charles-Quint retenoit pri- sonnier. Maurice et les confédérés marchèrent, en 1552, vers les défilés du Tirol, et chassèrent le peu d'Impériaux qui les gardoient. L'empereur et son frère Ferdinand, sur le point d'être pris, furent obligés de fuir en désordre. Charles s'étant retiré dans Passaw, où il avoit rassemblé une armée, amena les princes ligués à un traité. Par cette paix célèbre de Passaw, conclue le 12 août 1552, il accorda une amnistie générale à tous ceux qui avoient porté les armes contre lui, depuis 1546. Non-seulement les Protestans obtinrent le libre exercice de leur religion; mais ils furent admis dans la chambre impériale, dont ils avoient été exclus après la victoire de Mulberg. Maurice s'mit peu de temps après avec l'empereur qu'il avoit combattu, contre le margrave de Brandebourg, qui ravageoit les provinces d'Allemagne. Il l'attaqua en 1553, gagna sur lui la bataille de Sivershausen, et mourut deux jours après, des blessures qu'il y reçut. C'étoit un des plus grands protecteurs des disciples de Luther, et un prince aussi courageux que politique. Après avoir profité des dépouilles de Jean-Frédéric, chef des Protestans, il devint lui-même chef de ce parti, et balança ainsi le pouvoir de l'empereur en Allemagne.
MAURICE, Voyez MORICE. — NASSAU, — et SAXE.
MAURICEAU, (François) chirurgien de Paris, s'appliqua pendant plusieurs années avec beaucoup de succès à la théorie et à la pratique de son art. Il se borna ensuite aux opérations qui regardent les accouchemens; ses talens le placè- rent à la tête de tous les opérateurs en ce genre. On a de lui, plusieurs ouvrages, fruits de son expérience et de ses réflexions. I. Traité des maladies des Femmes grosses et de celles qui sont accouchées, 1694, in-4°, avec figures. Il y a plusieurs autres éditions de ce livre excellent, traduit en allemand, en anglois, en flamand, en italien et en latin. Cette dernière version est de l'auteur lui-même. II. Observations sur la grossesse et l'accouchement des Femmes, et sur leurs maladies et celles des Enfans nouveaux nés, 1694. III. Dernières Observations sur les maladies des Femmes grosses et accouchées, in-4°, 1708: ces deux derniers ouvrages forment le second volume de son Traité. L'auteur mourut, le 17 octobre 1707, dans un âge assez avancé, avec la réputation d'un homme d'une très-grande probité et d'une prudence consommée. Sur le déclin de son âge, il s'étoit retiré à la campagne, pour se préparer à la mort dans le silence de la retraite.
MAURIER, Voyez III. AUBERY.
MAUROJENY, hospodar de Valachie, prit les intérêts de la Porte contre les Autrichiens, entra dans la Transylvanie, souilla ses succès par le pillage et la cruauté, et fut à son tour battu par le major Orosz, le général Vetzey, et forcé dans son camp de Kalafat, par le général Clairfait, qui le mit dans une déroute complète. Le divan se croyant trahi par Maurojény, chercha à le perdre. Au mois d'octobre 1790, celui-ci se rendit au camp du grand visir sur l'invitation de ce dernier; mais à peine y fut-il arrivé, qu'on lui tran- cha la tête pour l'envoyer à Constantinople.
MAUROLICO, (François) né à Messine en 1494, abbé de Sainte-Marie-du-Port en Sicile, se rendit très-habile dans les belles-lettres et dans les sciences. Il enseigna les mathématiques à Messine avec réputation. Il possédoit à un tel degré l'art si nécessaire et si rare de s'exprimer avec clarté, qu'il rendoit sensibles les questions les plus abstraites. Il est étonnant qu'avec cette netteté d'esprit, il se mêla d'un métier qui ne demande que des expressions obscures. Il prédisoit les événemens. Don Juan d'Autriche, commandant de la flotte destinée contre les Turcs, voulut voir Maurolico, pour savoir quel seroit le succès de cette expédition? Le savant Messinois lui annonça qu'elle seroit heureuse. L'effet ayant répondu à la prédiction, Don Juan combla d'honneurs le prétendu prophète. Ses principaux ouvrages sont : I. Une Edition des Sphériques de Théodose, 1558, in-folio. II. Emendatio et restitutio Conicorum Apollonii Pergæi, in-fol., Messine, 1654. III. Archimedis Monumenta omnia, in-folio, 1685. IV. Euclidis Phænomena, in-4°, à Rome, 1591. V. Martyrologium, 1566, in-4°. VI. Sinicarum rerum Compendium, in-8°. VII. Rime, 1552, in-8°. VIII. Opuscula Mathematica, 1575, in-4°. IX. Arithmeticorum libri duo, in-8°. X. Photismus de lumine et umbræ, in-4°. XI. Problemata mechanica ad Magaetem et ad Pyxidem nauticam pertinentia, in-4°. XII. Cosmographia de formæ, situ, numeroque Cælorum Elementariorum, in-4°. Maurolico, à une mé- moire étendue, joignoit un esprit pénétrant et aisé. C'étoit un génie propre à la méditation, il étoit toujours renfermé en lui-même, et ce n'étoit qu'avec peine qu'on lui arrachoit quelques paroles sur d'autres objets que celui de ses études favorites. Il fut enlevé aux lettres, le 21 juillet 1575, à 81 ans. I. MAURUS, Voyez les articles FIRMES, MORUS et SERVIUS.
II. MAURUS, (Terentianus) florissoit sous Trajan, suivant les uns, et sous les derniers Antonin suivant d'autres. Il étoit gouverneur de Syenne, aujourd'hui Asna, dans la haute Egypte. Nous avons de lui, un petit Poème latin sur les Règles de la poésie et de la versification, écrit avec goût et avec élégance. On le trouve dans le Corpus Poëtarum de Maittaire; et séparément sous le titre De arte metricæ, 1531, in-4°
MAUSOLE, roi de la Carie. Après sa mort, Artemise sa femme lui fit faire, par quatre célèbres architectes, un tombeau si superbe, qu'il passa pour l'uno des sept Merveilles du monde. Scopas entreprit le côté de l'Orient, Timothée celui du Midi, Léocharès travailla au Couchant, et Briaxis au Septentrion. Pithis se joignit encore à ces quatre artistes, et éleva une pyramide au-dessus de ce pompeux bâtiment, sur laquelle il posa un char de marbre attelé à quatre chevaux. Cette merveille d'architecture fut très-dispendieuse, et le philosophe Anaxagoras, de Clazomène, dit, quand il la vit: Voilà bien de l'argent changé en pierre! C'est du nom de ce 152 MAU monument antique qu'on a appelé *Mausolées*, les sépulcres magnifiques qu'on élève aux grands, ou même les représentations des tombeaux dans les pompes funèbres. *Voyez III. CAYLUS.*
MAUSSAC, (Philippe-Jacques) conseiller au parlement de Toulouse sa patrie, et président en la cour des aides à Montpellier, mort en 1650, à 70 ans, passoit pour le premier homme de son temps dans l'intelligence du grec. On a de lui : I. Des *Notes* très-estimées sur *Harpocration*, Paris 1614, in-4.º II. Des *Remarques* savantes sur le *Traité des Monts et des Fleuves*, attribué à *Plutarque*. III. Quelques *Opuscules*, qui décèlent, ainsi que ses autres ouvrages, un critique judicieux.
MAURIER, *Voyez III. AUBERI.*
MAUTOUR, (Philibert-Bernard Moreau de) auditeur de la chambre des comptes de Paris, membre de l'académie des Inscriptions, naquit à Beaune en 1654, et mourut en 1737, à 83 ans, avec la réputation d'un savant aimable et enjoué. Il est au rang des poètes médiocres, qui ont produit quelques vers heureux. Ses *Poésies* sont répandues dans le *Mercure*, dans le *Journal de Verdun* et dans d'autres recueils. On a encore de lui : I. Une version de l'*Abrégé Chronologique* du P. *Pétau*, en 4 vol. in-12. II. Plusieurs *Dissertations* dans les *Mémoires* de l'académie des Belles-Lettres. Elles font honneur à son savoir et à sa sagacité.
MAUVIA, reine des Sarasins, dans le 4$^{e}$ siècle, désola, à la tête d'une armée, l'Arabie et la Palestine. Elle fit ensuite alliance avec l'empereur *Valens*, et le servit dans ses guerres contre les Goths. Ce dernier lui envoya un moins d'Égypte appelé *Moïse*, qui lui fit embrasser le Christianisme, ainsi qu'à son peuple.
MAUVISSIÈRES, *Voyez I. CASTELNAU.* I. MAXENCE, (*Marcus-Aurelius-Valerius MAXENTIUS*) fils de l'empereur *Maximien-Hercule*, et gendre de *Galère-Maximien*, profita de l'abdication de son père, pour avoir part au gouvernement. Il se fit déclarer Auguste en Italie, le 28 octobre 306. Il engagea ensuite son père à reprendre la pourpre, contraignit *Sévère* de se renfermer dans *Raveane*, et le fit mourir quelque temps après, contre la parole qu'il lui avoit donnée. *Galère-Maximien* marcha contre lui, et fut obligé de prendre la fuite : ce qui rétablit la paix en Italie. On crut d'abord qu'elle alloit être rompue, par les démêlés qui s'élevèrent entre le père et le fils ; mais *Maximien-Hercule*, chassé de Rome et fugitif dans les Gaules ; s'étant étranglé l'an 310, on en fut quitte pour la peur. Après sa mort, *Maxence* s'empara de l'Afrique, et s'y fit détester par ses cruautés et par les persécutions qu'il suscita contre les Chrétiens. Ce fut alors que *Constantin* résolut de faire la guerre à *Maxence* qui étoit revenu à Rome. Ce tyran sortit de cette capitale le 28 octobre 312, pour lui livrer bataille. Il la perdit, et tenta d'y rentrer ; mais le pont sur lequel il passoit en donnant ses ordres, ayant écroulé sous lui, il tomba dans le Tibre et s'y noya. Le lendemain, *Cons-* l'antiâ entra triomphant dans Rome, et publia un édit en faveur des Chrétiens. On prétend que ce barbare n'étoit point fils de Maximien; mais que sa mère l'avoit supposé, pour se faire aimer de son époux. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'avoit aucune des qualités de son père. Il étoit lâche et pesant, d'une figure désagréable, et d'un esprit encore plus mal fait. Il ne connoissoit nulle opération militaire; on ne le voyoit jamais au champ de Mars. Ses exercices étoient de délicieuses promenades dans ses jardins et sous ses portiques de marbre. Se transporter à une maison de plaisance, c'étoit pour lui une expédition; et il tiroit vanité de cette inaction honteuse. Il ne craignoit point de dire qu'il étoit le seul empereur, et que les autres princes combattoient pour lui sur les frontières. Brutalement débauché, il enlevoit aux maris leurs épouses, et les leur renvoyoit déshonorées. Ce n'étoit point aux familles du peuple qu'il s'adressoit: il outrageoit ce qu'il y avoit de plus éminent dans Rome et dans le sénat. Rien n'assouvissoit la fureur de ses désirs, qui toujours renaissans, à mesure qu'ils étoient satisfaits, couroient d'objet en objet sans laisser aucune vertu en sureté. Il échoa pourtant contre celles des femmes Chrétiennes, qui craignant moins la mort que la perte de la chasteté, bravèrent la violence du tyran. Sa cruauté, excitée par la cupidité, trouvoit autant de coupables que de riches. Tous ceux dont les possessions avoient de quoi tenter Maxence, ne pouvoient éviter la mort: la douceur, la soumission, la patience, ne le désarmèrent point; encore moins la dignité des personnes. Il est impossible de compter, dit Eusèbe, le nombre des sénateurs qu'il fit périr. Suivant la maxime des méchans princes, il mettoit tout son appui dans les gens de guerre: aussi les combloit-il de largesses, et il épuisoit pour eux les finances publiques. Joussez, leur disoit-il, prodiguez, dissipez: c'est là votre partage. Dans une querelle qui s'éleva entre le peuple et les soldats, il permit à ceux-ci de faire main-basse sur les bourgeois; et le carnage fut grand. En accordant ainsi aux troupes une pleine licence, il s'assuroit des ministres pour l'exécution de toutes ses violences; et non-seulement Rome, mais l'Italie entière, étoient remplies des satellites de sa tyrannie. Pour fournir aux dépenses énormes par lesquelles il s'attachoit les troupes, le trésor public ne suffit pas long-temps: il fallut y joindre les confiscations injustes; les taxes sur tous les ordres de l'état, et jusque sur les laboureurs; le pillage des temples. La suite d'une si mauvaise administration, fut la disette des choses nécessaires à la vie, et une famine si grande qu'aucun homme vivant ne se souvenoit d'en avoir vu une semblable dans Rome.
II. MAXENCE, (Jean) moine de Scythie au 6e siècle, soutint à Constantinople, devant les légats du pape Hormisdas, la vérité de cette proposition: Un de la Trinité a souffert dans sa chair. Il eut, en Orient et en Occident, des partisans et des adversaires. Sa proposition fut approuvée dans la suite par le cinquième concile général et par le pape *Martin I.* Il composa un ouvrage contre les Acéphales, que nous avons dans la *Bibliothèque des Pères*. Il fut un des plus zélés défenseurs de la doctrine de *St. Augustin*, dont il étoit un digne disciple. — Il faut le distinguer de *St. MAXENCE*, évêque de Trèves, au 4$^{e}$ siècle, et frère de *St. Maximin*. I. MAXIME, (*Magnus-Maximus*) Espagnol, général de l'armée Romaine en Angleterre, s'y fit proclamer empereur en 383, et passa dans les Gaules, où les légions, mécontentes de *Gratien*, le reconnurent. Trèves fut le siège de son empire. *Gratien* marcha contre ce rebelle; mais il perdit une bataille près de Paris par la trahison d'un de ses officiers, et fut tué à Lyon par *Andragate* dans un festin. Le barbare *Maxime* lui refusa les honneurs de la sépulture. Maître des Gaules, de l'Espagne et de l'Angleterre, il envoya des ambassadeurs à *Théodose*, pour insinuer à ce prince de l'associer à l'empire. On lui donna des espérances; mais comme il vit qu'on ne vouloit que l'amuser, il passa les Alpes, et marcha contre *Valentinien le Jeune*, qui chercha un asile à Thessalonique, auprès de *Théodose*. *Maxime*, fondant sur l'Italie à la faveur de cette fuite, s'empara de Plaisance, de Modène, de Reggio, de Bologne, de Rome même, et commit par-tout des cruautés horribles. Pillages, violences, sacrilèges, ses soldats se permirent tout, à l'exemple de leur chef. Personne n'a parlé avec plus de force des barbaries de ce tyran, que l'orateur *Pocatus*. « Il peint, dit *Thomas*, les bri- brigandages et les rapines; les riches citoyens proscrits; leurs maisons pillées; leurs biens vendus; l'or et les pierreries arrachées aux femmes; les vieillards survivans à leur fortune; les enfans mis à l'enchère avec l'héritage de leurs pères; l'homme riche invoquant l'indigence pour échapper au bourreau; la fuite, la désolation; les villes devenues désertes et les déserts peuplés; le palais impérial où l'on portoit de toutes parts les trésors des exilés et le fruit du carnage, mille mains occupées nuit et jour à compter de l'argent, à entasser des métaux, à mutiler des vases; l'or teint de sang pesé dans les balances sous les yeux du tyran; l'avarice insatiable engloutissant tout sans jamais rendre, et ces richesses immenses perdues pour le ravisseur même qui, dans son économie sombre et sauvage, ne savoit ni en user, ni en abuser; au milieu de tant de maux, l'affreuse nécessité de paroître encore se réjouir; le délateur, errant pour calomnier les regards et les visages; le citoyen qui de riche est devenu pauvre, n'osant paroître, parce que la vie lui restoit encore; et le frère dont on avoit assassiné le frère, n'osant sortir en habit de deuil, parce qu'il avoit un fils. » *Théodose* indigné de tant de maux, se diposa à punir l'usurpateur: pour tromper *Maxime*, il fait les préparatifs d'une armée navale. *Maxime* donne dans le piège, et fait embarquer la plus grande partie de ses troupes. *Théodose*, à cette nouvelle, précipite sa marche, atteint son armée, la défait; marche vers Aquilée où le tyran s'étoit réfugié, et la prend d'assaut. Alors les propres soldats de *Maxime* l'amènent à Théodose, les pieds nus et les mains liées. Ce prince s'attendrit sur son malheur, après lui avoir reproché ses crimes; et il alloit lui accorder la vie, lorsque les soldats lui franchèrent la tête le 26 août de l'an 388, et la présentèrent au vainqueur. Victor fils de Maxime, qu'il avoit fait Auguste, fut pris au mois de septembre suivant, et décapité comme son père. Andragate, général de la flotte de Maxime et assassin de Gratien, n'espérant aucune grace, se précipita dans la mer. Ainsi finit cette sanglante tragédie. Voyez l'article I. MARTIN (Saint).
II. MAXIME, (Petronius-Maximus) Voyez PÉTRONE-MAXIME.
III. MAXIME, (Saint) évêque de Jérusalem, successeur de St. Macaire en 331, fut condamné aux mines sous l'empire de Maximien, après avoir perdu l'œil droit et le jarret pour la défense de la Foi. Il parut avec éclat au concile de Nicée en 325, et à celui de Tyr en 335. Les Ariens dominoient dans cette dernière assemblée. St. Paphenuce, voyant qu'ils étoient les plus puissans, prit St. Maxime par la main, en lui disant : Puisque j'ai l'honneur de porter les mêmes marques que vous de mes souffrances pour Jésus-Christ, et que j'ai perdu, comme vous, un de ces yeux corporels pour jouir plus abondamment de la lumière divine, je ne saurois vous voir assis dans une assemblée de méchans, ni vous voir tenir de rang entre des ouvriers d'iniquité. Il le fit ensuite sortir de ce lieu, et l'instruisit de toutes les intrigues des Ariens. Maxime ne se signala pas moins au con- M A X 155 cile de Sardiqué en 347. Il tint, deux ans après, un concile à Jérusalem, où St. Athanase fut reçu à la communion de l'Eglise. Les Ariens furent si irrités du résultat de ce concile, qu'ils déposèrent Maxime. Ce saint évêque termina sa carrière en 350.
IV. MAXIME DE TURIN, (Saint) ainsi nommé parce qu'il étoit évêque de cette ville au 5e siècle, est célèbre par sa piété et par sa science. On a de lui, des Homélies, dont quelques-unes portent le nom de St. Ambroise, de St. Augustin, et d'Eusèbe d'Emèse. Elies sont dans la Bibliothèque des Pères. V. MAXIME, (Saint) abbé et confesseur dans le 7e siècle, étoit de Constantinople, d'une famille noble et ancienne. Il s'éleva avec zèle contre l'hérésie des Monarchélites, qui le persécutèrent avec une violence inouïe. Il mourut dans les fers le 13 août 662, des tourmens qu'on lui fit endurer. Il nous reste de lui, un Commentaire sur les Livres attribués à St. Denis l'Aréopagite, et plusieurs autres ouvrages, dont le P. Combésis Dominicain, a donné une bonne édition, 1675, en 2 vol. in-folio.
VI. MAXIME DE TYR, philosophe Platonicien, vint l'an 146 à Rome, sous Marc-Aurèle, qui voulut bien être son disciple, et vécut, à ce qu'on croit, jusqu'au temps de l'empercar Commode. Les quarante - un Discours qui nous retent de lui, ont été publiés à Cambridge, 1703, in-8°; à Londres, 1740, in-4°; et traduits en françois par M. Formey, Leyde, 1752, in-12. Ce philosophe n'a point le défaut de la plupart des autres 156 MAX Platoniciens, qui prodiguent les allégories et les métaphores, et qui, malgré cela, sont souvent secs et ennuyeux. Son style est clair, et son éloquence douce, coulante, agréable.
VII. MAXIME le Cynique, natif d'Éphèse, se mêloit de philosophie et de magie. Il fut le maître de *Julien* l'Apostat, (*Voy.* ce mot.) qui le combla d'honneurs, et soumit ses ouvrages à sa censure. Ce prince, résolu de faire la guerre aux Perses, consulta divers Oracles; mais aucun ne le flatta autant que la promesse que lui fit ce philosophe magicien. Il l'assura qu'il remporteroit des victoires aussi mémorables que celles d'*Alexandre*, et lui persuada, dit-on, que l'ame de ce héros avoit passé dans son corps. Il arriva précisément tout le contraire de ce qu'il avoit prédit. *Julien* périt, et sa perte entraina celle de *Maxime*. L'empereur *Valens* ayant rendu un arrêt de mort contre les Magico-sophistes, le maître de *Julien* expira à Éphèse, dans les tortures, en 366.
VIII. MAXIME DE MADAURF, ville d'Afrique, cultiva les belles lettres et la philosophie Platonicienne. *St. Augustin*, contemporain de *Maxime*, fut élevé dans Madaure. *Maxime* et lui furent toujours amis, malgré la différence de leurs opinions; car *Maxime* resta toujours attaché au Paganisme. Nous avons encore des monumens de la correspondance qui étoit entre ces deux savans. On trouve, parmi les *Lettres* de *St. Augustin*, une *Épître* de *Maxime*; c'est la 43$^{e}$ parmi celles de ce Père de l'Église, qui lui répondit par la Lettre suivante. Les philosophes modernes ont souvent cité cette Épître, pour prouver que ceux de l'antiquité admettoient un Dieu unique.
MAXIME, *Voyez* PUPIEN. I. MAXIMEN-HERCULE, ou VALÈRE-MAXIMEN (*Marcus-Aurelius-Valerius-Maximianus-Herculeus*), naquit près de Sirmich, l'an 250. Ses parens étoient très-pauvres; il s'avança dans les armées par ses talens militaires. *Dioclétien*, avec qui il avoit été soldat, l'associa à l'empire en 286, et lui donna pour partage, l'Italie, l'Afrique, les Gaules et l'Espagne. Sa valeur éclata contre plusieurs nations barbares; mais il fut repoussé avec beaucoup de perte par *Carousius*, qui l'obligea à lui céder la Bretagne par un traité. Il fut plus heureux contre *Aurelius-Julianus*, qui, après avoir pris le titre d'empereur, s'étoit retiré en Afrique; il le défit et le tua. Les Maures furent vaincus peu de temps après. Il les poursuivit dans leurs montagnes, les força à se rendre, et les transporta dans d'autres pays. L'empereur *Dioclétien*, s'étant dépouillé de la pourpre impériale, en 305, engagea *Maximien* à l'imiter. Il obéit; mais, sur la fin de l'année, *Maxence*, son fils, l'engagea à la reprendre. *Maximien*, ingrat envers son enfant, youlut le faire rentrer dans l'état de particulier. Le peuple et les soldats s'étant soulevés contre lui, il fut obligé de se retirer dans les Gaules, auprès de *Constantin*, qui épousa sa fille *Fausta*. Aussi peu fidèle à son gendre qu'il l'avoit été à son fils, il engagea sa fille à trahir son mari, et à faire en sorte que la chambre où il couchoit fût ouverte toute la nuit. *Fausta* lui promit tout, dans le dessein d'avertir *Cons-* tantin, qui fit coucher un eunuque à sa place. Le meurtrier vient au milieu de la nuit, tue l'eunuque, et crie que Constantin est mort. Constantin paroît à l'instant avec ses gardes, reproche à ce monstre son ingratitude et ses crimes, et le condamne à perdre la vie, lui accordant pour toute grace la liberté de choisir son genre de mort. Le malheureux s'étrangla en 310, à l'âge de soixante ans, à Marseille. C'étoit un grand capitaine; mais il avoit le cœur d'un scélérat. Féroce, cruel et avare, il conserva toujours la rusticité de sa naissance. C'étoit un lion à la chaîne, que gouverna long-temps Dioclétien, et qu'il n'avoit approché du trône que pour le lancer de là sur ses ennemis. Ses vices étoient peints sur sa figure. Cet homme, d'abord paysan, ensuite simple soldat, quand il fut prince, voulut avoir un nom, et prit celui d'Hercule. « En conséquence, dit Thomas, on ne manqua pas de le faire descendre en droite ligne de cet Hercule, qui, du temps d'Evandre, étoit venu ou n'étoit pas venu en Italie. »
II. MAXIMIEN, (Galerius-Valerius-Maximianus) naquit auprès de Sardique, de parens si pauvres, que dans sa jeunesse il garda les troupeaux: ce qui lui fit donner le surnom d'Armentaire. Il s'avança par sa valeur dans les troupes. Dioclétien, qui l'avoit créé César en Orient le 1er mars 292, lui fit épouser sa fille Valéria. Il fit d'abord la guerre aux Goths, puis aux Sarmates; ensuite à Narsès, roi des Perses, qui le déferent entièrement l'an 297. Comme c'étoit par sa faute qu'il avoit été vaincu, Dioclétien lui témoigna beaucoup de mépris, jusques à le laisser marcher à pied, près de son char, l'espace d'un mille, tout revêtu qu'il étoit de la pourpre impériale. Ayant enfin obtenu la permission de lever de nouvelles troupes, il tailla en pièces les Perses dans un second combat. Narsès abandonna son camp aux vainqueurs, qui y trouvèrent des richesses immenses, les femmes et les enfans du vaincu. Maximien les traita avec toute la politesse due à leur rang, mais il ne les céda à Narsès qu'à condition qu'il lui abandonneroit cinq provinces en-deçà du Tigre. Cette victoire flatta tellement son amour propre, qu'il voulut se faire passer pour le fils de Mars. Dioclétien commença à le craindre, et avec raison; Maximien le força d'abdiquer le trône en 305. Proclamé Auguste en même temps, il gouverna comme Néron. Les peuples furent accablés d'impôts, et lorsqu'ils ne pouvoient payer, on leur faisoit souffrir les plus cruels supplices. On prétend qu'il faisoit dévorer les hommes par des ours, pour s'amuser. Les Chrétiens eurent en lui un ennemi implacable; il les avoit déjà persécutés sous Dioclétien, et avoit fait, dit-on, mettre secrètement le feu à son palais de Nicomédie, pour exciter la colère de cet empereur, à qui il persuada que les Chrétiens étoient auteurs de cet incendie. Ses cruautés augmentèrent avec son âge: il força chaque particulier à donner une déclaration exacte de son bien, et fit crucifier ou brûler à petit feu ceux qu'il soupçonnoit n'avoir pas accusé juste. Un grand nombre de pauvres furent jetés dans la mer, parce que ce tyran s'ima- 158 MAX ginoit qu'ils cachoient leurs richesses pour ne pas payer. Le peuple Romain, craignant d'être exposé à ces exécutions barbares, proclama empereur *Maxence*, qui le chassa de l'Italie, en 306. *Galère*, obligé de fuir, fut bientôt attaqué d'une maladie, qui ne fit qu'un ulcère de tout son corps. Dans cet état déplorable, il s'adressa au Dieu des Chrétiens, après avoir imploré vainement ses fausses Divinités. Il mourut au mois de mai 311, dans des douleurs horribles. Ce monstre conserva toujours la dureté féroce qu'il tenoit de sa naissance. A son défaut d'éducation, il joignoit un caractère cruel et barbare. Les lettres ne purent l'adoucir : car il en étoit ennemi déclaré, ainsi que de ceux qui les cultivoient. Sa figure annonçoit son ame ; il étoit excessivement grand, et d'une épaisseur monstrueuse. Son aspect, sa voix, ses gestes, tout en lui faisoit peur, et portoit un caractère de réprobation. *Voyez VALÉRIA*. I. MAXIMILIEN Ier, archiduc d'Autriche, naquit le 22 mars 1459, de *Frédéric IV*, le *Pacifique*. Son mariage avec *Marie*, fille de *Charles le Téméraire*, dernier duc de Bourgogne, le tira de l'état d'indigence où il étoit : (*Voyez* l'article de cette princesse.) Créé roi des Romains en 1486, il se signala contre les François ; et monta sur le trône impérial, le 7 septembre 1493, après la mort de son père. Nul roi des Romains n'avoit commencé sa carrière plus glorieusement que *Maximilien*. La victoire de Guinegette sur les François, Arras pris avec une partie de l'Artois, lui avoient fait conclure une paix avantageuse, par laquelle le roi de France lui cédoit la Franche-Comté en pure souveraineté, l'Artois, le Charolois et Nogent, à condition d'hommage. Jouissant en paix de toutes ces conquêtes, il éponna en secondes noces *Blanche*, fille de *Galéas-Marie Sforce*, duc de Milan. Ce n'étoit pas certainement une alliance illustre, et l'argent seul fit le mariage. *Charles VIII*, roi de France, ayant enlevé le royaume de Naples à un bâtard de la maison d'*Aragon*; *Maximilien*, appelé en Italie par *Jules II*, courut lui disputer cette conquête. Il s'étoit ligué avec le pape et divers autres princes, pour chasser les François ; mais leur armée, quoique composée de 40,000 hommes, fut défaite à Fornoue par celle de France qui n'étoit que de 8000. *Maximilien* eut ensuite à combattre les Suisses qui achevoient d'ôter à la maison d'Autriche ce qui lui restoit dans leur pays. Lors de l'invasion de *Louis XII* en Italie, il joua le rôle forcé de l'indifférence. L'année 1508 fut célèbre par la Ligue de Cambrai, dont le pape *Jules II* fut le moteur. *Maximilien* y entra : ses troupes s'avancèrent dans le Frioul, et s'emparèrent de Trieste ; mais elles furent forcées de lever le siège de l'adouce. Après s'être uni avec le roi de France contre Venise, il s'unit avec l'Espagne et le pape, contre la France. Il ménageoit le pontife Romain, flatté de l'espérance qu'il le prendroit pour coadjuteur dans le pontificat ; il ne voyoit plus d'autre manière de rétablir l'Aigle Impériale en Italie. C'est dans cette vue qu'il prenoit quelquefois le titre de *Pontifex Maximus*, à l'exemple des empereurs Romains. Le pape s'étant M A X 159 moqué de la proposition de la coadjutorerie, *Maximilien* pensa sérieusement à lui succéder. Il gagna quelques cardinaux, et voulut emprunter de l'argent pour acheter le reste des voix, à la mort de *Jules*, qu'il croyoit prochaine. Sa fameuse *Lettre* à l'archiduchesse *Marguerite*, sa fille, publiée par le savant *Godefroi*, est un témoignage subsistant de ce dessein bizarre. *Jules II* avoit badiné plusieurs fois sur ses inclinations et sur celles de *Maximilien*. « Les *Electeurs*, disoit-il, au lieu de donner l'Empire à Jules, l'ont accordé à Maximilien; et les *Cardinaux*, au lieu de faire Maximilien pape, ont élevé Jules à cette dignité. » Cet homme singulier, né avec une aversion invincible pour la France, s'unit contre elle avec l'Angleterre. Il servit en qualité de volontaire au siège de Térouane, en 1513, sous les ordres de *Henri VIII*. Croira-t-on que le chef du corps Germanique avoit la bassesse de recevoir 100 écus par jour pour sa paye? Ce prince avoit nourri sa haine contre les François en relisant souvent ce qu'il appeloit son *Livre rouge*. Ce livre étoit un registre que l'empereur tenoit exactement de toutes les mortifications que la France lui donnoit, dans le dessein de s'acquitter à sa commodité. Malgré une antipathie si marquée, *Maximilien* avoit une si haute idée de la monarchie Françoise, qu'il disoit que « s'il étoit DIEU, et qu'il eût deux fils, le premier seroit Dieu; et le second, Roi de France. » Pour mieux se venger des François, il voulut s'emparer du Milanez, et assiégea Milan avec 15.000 Suisses; mais ce prince, qui prenoit toujours de l'argent, et qui en manquoit toujours, n'en eut pas pour payer ces mercenaires. Ils se mutinèrent, et l'empereur fut obligé de s'enfuir, de crainte qu'ils ne le livrassent aux François. Il mourut peu de temps après, d'un excès de melon, à Anspruch, le 15 janvier 1519, à 60 ans. Il y eut un interrégne jusqu'au 20 octobre. Depuis plusieurs années, *Maximilien* faisoit conduire à sa suite, dans tous ses voyages, et déposer tous les soirs dans sa chambre, deux grands coffres, dont il ne confioit les clefs à personne. On étoit persuadé qu'ils renfermoient ses trésors, ses pierreries ou du moins ses papiers importants. Dès qu'il eut les yeux fermés, on se hâta de les ouvrir, et on fut bien surpris de ne trouver dans l'un qu'une bière, et dans l'autre, qu'une pierre sépulcrale, sur laquelle étoit gravée son épitaphe. Ce prince, né doux, affable, bienfaisant, étoit sensible aux charmes de l'amitié, aux agrémens des Arts, à la liberté d'un commerce intime. Ces qualités furent ternies par bien des défauts; il n'avoit rien d'imposant, ni dans l'esprit, ni dans les manières. Il régnoit dans toutes ses démarches un air d'incertitude, qui le faisoit courir d'engagements en 'engagements, sans en tenir presque aucun. Son caractère étoit rempli de contradictions. Il étoit à la fois laborieux et négligent, opiniâtre et léger, entreprenant et timide, le plus avide et le plus prodigue de tous les hommes. Il aima les sciences et protégea les savans. Il rendit un service important à l'humanité, en abolissant, l'an 1512, la juridiction barbare et redoutable, connue sous le nom latin de *Judicium occultum Westphaliae*, et sous celui de *Geheim-Gericht*, en 160 MAX allemand. Ce tribunal étranger à toute raison, et que la tradition faisoit remonter jusqu'à Charlemagne, consistoit à députer des juges et des échevins si secrets, que leurs noms ont échappé aux plus laborieux érudits. Ces juges, ou plutôt ces bourreaux, en parcourant les provinces, prenoient note des criminels, les déféroient, les accusoient, et prouvoient leurs accusations à leur manière. Les malheureux, inscrits sur ces livres funestes, étoient condamnés sans être ni entendus, ni cités. Un absent étoit également pendu ou assassiné, sans qu'on connût le motif de sa mort, ni ceux qui en étoient les auteurs. Quelques empereurs réformèrent, à diverses reprises, ce tribunal odieux; mais Maximilien eut assez d'humanité, pour rougir des horreurs qu'on y commettoit en son nom, et le supprima entièrement. Les Muses le favorisoient; il composa quelques Poésies, et des Mémoires de sa vie. Il en a décrit, dit-on, les événemens et les périls dans le roi man historique de Theurdanck; ouvrage très-rare et très-précieux pour les gravures anciennes et sur bois, dont il est orné. C'est un in-folio, écrit en vers teutons, imprimé en caractères gothiques, et orné de 218 planches. Il y en a deux éditions parfaitement semblables; la première faite en 1517, à Nuremberg; la seconde à Augsbourg en 1519. L'artiste Hans-Schaeuffelein a gravé les estampes, ainsi que les lettres du texte allemand. En 1547, Maximilien I fit encore graver sur les dessins d'Albert Durer et de Jean Burghmair, l'ouvrage intitulé: Le Char de triomphe. C'est une fête qu'il avoit instituée, dans laquelle toute sa maison passoit en revue. Elle renferme 79 planches. On en connoit trois exemplaires, un à Vienne, un en Suède, et un autre à Paris. Il laissa de Marie de Bourgogne, Philippe, qui épousa Jeanne, héritière d'Espagne, et qui fut le père de l'empereur Charles V, et de Ferdinand I. C'est ce bonheur des princes de la maison d'Autriche, d'épouser de riches héritières, qui a donné lieu à ce distique: Bella gerent fortes; tu, felix Austria nube: Nam, qua Mars aliis, dat tibi regna Venus. Qu'un autre suive les combats; L'Hymen te sert mieux que Bellone: Bellone dompre les états; Sans combats Vénus te les donne.
II. MAXIMILIEN II, empereur d'Allemagne, fils de l'empereur Ferdinand I, né à Vienne en 1527, fut élu roi des Romains en 1562. Il se fit élire roi de Hongrie et de Bohème, et succéda à l'empereur son père, en 1564. Il laissa prendre Zigeth par les Turcs. Le comte de Serin, qui commandoit dans cette place, fut tué en se défendant, après avoir livré lui-même la ville aux flammes. Le grand visir envoya la tête de ce malheureux général à Maximilien, et lui fit dire: « que lui-même auroit dû hasarder la sienne pour venir défendre sa ville. » Ce fut aussi par sa faute qu'il ne mouta point sur le trône de Pologne, vacant par la mort de Sigismond II, en 1572. Maximilien se flattoit que les Polonois lui offriroient le sceptre par une ambassade solennelle. La république crut qu'un roy aume valoit bien la peine d'être demandé; elle n'envoya pas d'ambassadeur, et et les brigues secrètes de Maximilien devinrent inutiles. Ce prince mourut à Ratisbonne, le 12 octobre 1576, à cinquante ans, après en avoir régné 12. Maximilien, naturellement doux, ne crut pas devoir réduire les Protestans par la voie des armes. Ce n'est point, disoit-il, en rougissant les autels du sang hérétique, qu'on peut honorer le Père commun des hommes. Il aimoit les lettres, et les cultivait. Il récompensoit et consultoit les savans. Équitable, généreux, ami de la paix, il lui menqua, pour être un grand monarque, du bonheur et de l'activité. Il fut moins le premier chef que le père du corps Germanique; mais son gouvernement foible et inconstant, excita plus de murmures et de railleries, que sa bonté et sa douceur n'inspirèrent de reconnoissance. Il laissa plusieurs enfans, de son mariage avec la princesse Marie d'Autriche, sœur de Philippe II, roi d'Espagne; Rodolphe, son successeur à l'empire; les archiducs Ernest, Ferdinand, Mathias, Maximilien, Albert et Wenceslas. L'archiduchesse, sa fille aînée, épousa Philippe II; Elizabeth, la cadette, fut mariée à Charles IX, roi de France. On prétend que, lorsque Maximilien fit ses adieux à cette princesse, il lui dit: Ma fille, vous allez être Reine du royaume le plus beau et le plus puissant. C'est un bonheur dont je puis vous féliciter; mais je vous croirois bien plus heureuse, si vous le trouviez aussi entier et aussi florissant qu'il a été autrefois. Il a bien perdu de sa force et de son éclat; il est divisé, désu, si le Roi votre époux est maître d'une partie, les grands sont maîtres de l'autre. Ce discours n'étoit que trop vrai, et Elizabeth eut beaucoup à souffrir des désordres de la cour, et du bouleversement du royaume; mais aussi prudente que son père, elle eut le bon esprit de cacher sa douleur. Maximilien parla aussi avec beaucoup de sagesse à Henri III, lorsqu'il quitta la Pologne pour venir régner en France. Vous allez occuper, lui dit-il, un trône orageux; mais vous pouvez faire renaître la paix. Changez le conseil du feu Roi; rejetez sur lui la haine et l'animosité que les massacres ont excitées dans les esprits. Dieu est le maître des cœurs et des esprits des hommes; nous ne le sommes que de leurs biens et de leurs corps. Les Souverains, en prétendant exercer un empire que l'Être suprême ne leur a pas donné, s'exposent à perdre celui qu'il leur a confié... (Voyez CRATON.)
III. MAXIMILIEN, duc de Bavière, s'est distingué dans le 17e siècle, par son courage, qui lui a acquis le titre de Défenseur de l'Allemagne; sa prudence lui mérita le surnom de Salomon, et son grand zèle contre les nouvelles sectes qui dévastoient l'Allemagne par le fer et le feu, le fit considérer comme un des principaux appuis de la religion catholique. Il gagna la bataille de Prague en 1620, ayant le comte de Tilly pour lieutenant général, contre Frédéric, prince Palatin, qui s'étoit fait déclarer roi de Bohême. En reconnoissance de ses services, il fut nommé électeur de l'empire en 1623, en la place du même comte Palatin. Il mourut en 1651, âgé de 70 ans.
IV. MAXIMILIEN-EMMANUEL, électeur de Bavière, né L 162 MAX le 10 juillet 1662, rendit de grands services à l'empereur Léopold, se signala au siège de Neuheusel en 1685, et à la défaite des Turcs avant la prise de cette place; au siège de Bude en 1686; à la bataille de Mohatz en 1687; il commanda la principale armée de Hongrie l'année suivante, et emporta Belgrade, l'épée à la main, le 6 septembre 1689. Il se trouva ensuite au siège de Maïence, conduisit l'armée impériale sur le Rhin en 1690, et passa, en 1692, dans les Pays-Bas, dont le roi d'Espagne lui donna le gouvernement, qui lui fut continué à vie en 1699. Mais ayant pris le parti de la France dans la guerre de la succession d'Espagne, il fut mis au ban de l'empire le 29 avril 1706, en même temps que l'électeur de Cologne, son frère, et privé de ses états, dans lesquels il a été rétabli par la paix. Il mourut à Munich, le 26 février 1726; son fils, Charles-Albert, depuis empereur, lui succéda. V. MAXIMILIEN - LÉOPOLD, JOSEPH - FERDINAND, électeur de Bavière, né le 28 mars 1727, succéda le 20 janvier 1746 à son père Charles VII, empereur, dans les états héréditaires de la maison de Bavière. Le 13 juin 1747 il épousa Marie-Anne-Sophie, duchesse de Saxe, dont il n'eut point d'enfants, et mourut le 30 décembre 1777. En lui finit la branche Bavaroise des comtes de Wittelsbach. Sa mort occasionne une guerre entre l'impératrice Marie-Thérèse et le roi de Prusse, qui fut terminée par le traité de Teschen, en 1779. I. MAXIMIN, évêque de Trèves, au 4e siècle, né à Poitiers, d'une famille illustre, et frère de St. Maxence, évêque de cette ville, avec St. Hilaire, défendit de vive voix et par écrit la foi du concile de Nicée, contre les Ariens, reçut honorablement St. Athanase, lorsqu'il fut exilé à Trèves; et assista au concile de Milan, à celui de Sardique, et à celui de Cologne, en 349. Il mourut quelque temps après, dans un voyage qu'il fit en Poitou. Ses mœurs étoient le modèle de celles de son clergé.
II. MAXIMIN, (Caius-Julius-Verius-Maximinus) né l'an 173, dans un village de Thrace, étoit fils d'un paysan Goth. Son premier état fut celui de berger. Lorsque les pâtures de son pays s'attroupoient pour se défendre contre les voleurs, il se mettoit à leur tête. Sa valeur l'éleva, de degré en degré, aux premières dignités militaires. L'empereur Alexandre-Sévère ayant été assassiné dans une émeute de soldats, pour sa rigueur, il se fit proclamer à sa place en 235. Maximin avoit été bon général; il fut mauvais prince. Il exerça des barbaries inouïes contre plusieurs personnes de distinction, dont la naissance semblait lui reprocher la sienne. Il fit mourir plus de 4 mille personnes, sous prétexte qu'elles avoient conjuré contre sa vie. Les uns furent mis en croix, les autres enfermés dans le ventre d'animaux fraîchement tués. Plusieurs étoient exposés aux bêtes, quelques-uns mouroient sous le bâton; et cela indistinctement, sans égard pour la dignité, ni pour la condition. Les nobles étoient ceux que Maximin haïssoit de préférence. Il les extermina tous, et n'en souffrit aucun auprès de lui, pour pouvoir régner en Sparta- suis, qui ne commandoit qu'à des esclaves. Ayant une fois lâché la bride à sa cruauté, il n'y mit plus aucune borne. Toujours plein de l'idée que l'obscurité de son origine l'exposoit au mépris, il voulut en faire disparaître les preuves, en tuant ceux qui la connoissoient. Il tua même des amis, qui, lorsqu'il étoit dans le besoin, lui avoient donné par commisération des secours, dont le souvenir étoit pour cette ame abominable un reproche de sa bassesse. Il ne pouvoit ignorer l'horreur que l'on avoit de lui; mais il n'en tenoit aucun compte, persuadé de cette affreuse maxime, qu'un prince ne peut se maintenir que par la cruauté. Dans la brutale confiance qu'il avoit en ses forces, il lui sembloit qu'il étoit fait pour tuer les autres, sans pouvoir jamais être tué lui-même. « Le contraire, dit Crévier, lui fut pourtant dit en face, en plein spectacle, dans une langue qu'il n'entendoit pas. Un comédien prononça des vers grecs dont le sens est : Celui qui ne peut pas être tué par un seul, peut l'être par plusieurs réunis. L'Eléphant est un grand animal, et on vient à bout de le tuer. Le Lion et le Tigre sont fiers et courageux, et on les tue. Craignez la réunion de plusieurs, si un seul ne peut pas vous faire craindre... Maximin, qui n'entendoit pas le grec, mais qui vit apparemment un mouvement dans l'assemblée, demanda à ses voisins ce que signifioient les vers que tenoit de réciter le comédien? On lui répondit toute autre chose que la vérité, et il s'en contenta. » Incapable de modérer sa férocité lorsqu'il étoit à la tête des armées, Maximin faisoit la guerre en brigand. Dans une expédition contre les Germains, il coupa tous les blés, brûla un nombre infini de bourgs, ruina près de 150 lieues de pays, et en abandonna le pillage à ses soldats. Ces victoires lui firent donner le nom de Germanique; et ses inhumanités, ceux de Cyclope, de Phalaris, de Busiris. Les Chrétiens furent les victimes de sa fureur. La persécution contre eux commença avec son règne; ce fut à l'occasion d'un soldat Chrétien, qui ne voulut pas garder une couronne de laurier dont Maximin l'avoit honoré, parce qu'il crut que c'étoit une marque d'idolâtrie. L'empire fut inondé de sang pendant tout le temps qu'il porta le sceptre. Les peuples, las d'obéir à ce tyran, se révoltèrent plusieurs fois. Ils revêtirent les Gordiens de la pourpre impériale; et, après la fin malheureuse de ces deux hommes illustres, le sénat nomma vingt Hommes pour gouverner la république. Maximin en conçut une telle colère, que, dans les accès de sa fureur, il hurloit comme une bête féroce, et se lieurtoit la tête contre les murailles de sa chambre. Après avoir un peu assonpi ses chagrins par le vin, il résolut de se mettre en marche pour punir Rome. Il étoit devant Aquilée, lorsqu' ses soldats, craignant que tout l'empire ne se tournât contre eux, le sacrifièrent à la tranquillité publique et à leur propre dépit, sur la fin de mars 238; il étoit alors âgé de 65 ans. Jamais bête plus cruelle n'a marché, dit Capitolin, sur la terre. Cet homme féroce étoit d'une taille énorme. On prétend qu'il avoit plus de huit pieds de hauteur. Tous les historiens en parlent comme d'un 164 MAX géant. Les bracelets de sa femme pouvoient, dit-on, lui servir de bague. On dit qu'il lui falloit 40 livres de viande par jour pour sa nourriture, et 18 bouteilles de vin pour sa boisson. Sa force étoit prodigieuse : il trainoit seul un chariot chargé, faisoit sauter les dents d'un cheval d'un seul coup de poing, écrasoit entre ses doigts des pierres, et fendoit les arbres avec ses mains. Voyez II. PAULINE.
III. MAXIMIN, surnommé DAÏA, (Galerius-Valerius-Maximinus) fils d'un berger de l'Illyrie et berger lui-même, étoit neveu de Galère-Maximien par sa mère. Dioclétien lui donna le titre de César en 305, et il prit lui-même celui d'Auguste en 308. Le Christianisme eut en lui un ennemi d'autant plus furieux, que ses mœurs étoient totalement opposées à la morale de l'Evangile. On prétend qu'il arma, en 312, contre les peuples de la grande Arménie, uniquement parce qu'ils étoient Chrétiens. Si le fait est vrai, c'est le premier exemple d'une guerre intentée pour cause de religion. Maximia avoit toujours été jaloux de Licinius, empereur Romain comme lui. Il osa lui déclarer la guerre : mais il fut vaincu en 313, entre Héraclée et Andrinople. Le vainqueur le poursuivit jusqu'au Mont-Taurus. Maximia furieux fait massacrer un grand nombre de prêtres et des prophètes Païens qui lui avoient promis la victoire, et donne un Edit en faveur des Chrétiens. Ce malheureux cherchoit, mais en vain, à réparer ses fautes : le mal étoit sans remède. Son armée l'avoit abandonné, et Licinius ne cessoit de le poursuivre. La mort lui parut le seul remède à ses malheurs. Il essaya inutilement de se la donner par le poison, lorsque tout-à-coup il se sentit frappé d'une plaie mortelle, qui l'emporta, vers le mois d'août de la même année, après avoir souffert des douleurs horribles. Un feu intérieur le dévoroit. Il commença par perdre les yeux ; et il ne lui resta que les os et la peau, qui paroissoient comme un sépulcre hideux où son ame atroce étoit ensévelie. Depuis qu'il avoit été élevé à l'empire, il ne s'étoit occupé qu'à tyranniser ses sujets, à boire et à manger. Le vin lui faisoit souvent ordonner des choses extraordinaires, dont il rougissoit lui-même, lorsque son liresse étoit dissipée. Tout cruel qu'il étoit, il eut la sage précaution d'ordonner qu'on n'exécute-roit que le lendemain les ordres qu'il donneroit pendant le repas.
MAXIMINUS, Voy. MESMIN.
MAY, Voyez MEY.
MAYENNE, (Charles de LORRAINE, duc de) second fils de François de Lorraine, duc de Guise, né le 26 mars 1554, se distingua aux sièges de Poitiers et de la Rochelle, et à la bataille de Montcontour. Il battit les Protestans dans la Guienne, dans le Dauphiné et en Saintonge. Ses frères ayant été tués aux états de Blois, il succéda à leurs projets, se déclara chef de la Ligue, et prit le titre de Lieutenant général de l'Etat et Couronne de France. En cette qualité, il fit déclarer roi le cardinal de Bourbon, sous le nom de Charles X, et se prépara à la guerre. Il avoit été long-temps jaloux de son frère le Balofré, dont il possédoit le courage, sans en avoir l'activité. Il ne sut pas, comme lui, faire de la Ligue un corps uni et redouble qui n'eût qu'un seul intérêt, un seul mouvement. Sa politique parut lente, timide, mesurée, circonspecte. Cependant il osa usurper l'autorité royale, et marcher contre son roi légitime, Henri IV, à la tête de 30 mille hommes. Mais il fut battu à la journée d'Arques, et ensuite à la fameuse journée d'Ivry, quoique le roi n'eut guères plus de sept mille hommes. La faction des Seize, ayant fait pendre le premier président du parlement de Paris, et deux conseillers, qui s'opposoient à leur insolence; Mayenne condamna au même supplice quatre de ces furieux, et éteignit par ce coup d'éclat cette cabale prête à l'accabler lui-même. Il ne persista pas moins dans sa révolte. Il envenima les Parisiens contre leur souverain. Enfin, après plusieurs défaites, il s'accommoda avec le roi, en 1599. Cette paix, dit le président Henaudt, eût été plus avantageuse pour lui, s'il l'eût faite plutôt; et quoique l'on reconnoisse que ce fut un général expérimenté, on a dit de lui, « qu'il n'avoit su bien faire ni la guerre, ni la paix. » Henri se réconcilia sincèrement avec lui : il lui donna sa confiance et le gouvernement de l'Isle-de-France. Un jour ce roi le fatigua dans une promenade, le fit bien suer, et lui dit au retour : Mon cousin, voilà la seule vengeance que je voulois tirer de vous, et le seul mal que je vous ferai de ma vie... Charles mourut à Soissons, le 3 octobre 1611, à 57 ans. Son épouse, Henriette de Savoie, fille du comte de Teade, femme ambitieuse, enta non- seulement dans tous les projets de son mari, mais l'excita puissamment à les exécuter. Elle mourut quelques jours après lui. Leur postérité fut terminée par leur fils Henri, mort sans enfans en 1621, à 43 ans.
MAYER, Voy. MAIER. I. MAYER, (Jean-Frédéric) Luthérien, de Leipzig, habile dans les langues hébraïque, grecque et latine, fut professeur en théologie et surintendant général des Eglises de Poméranie. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages sur l'Écriture-Sainte; les principaux sont : I. La Bibliothèque de la Bible, dont la meilleure édition est celle de Rostock, en 1713, in-4.º L'auteur examine dans ce savant ouvrage les différens écrivains Juifs, Chrétiens, Catholiques, Protestans, qui ont travaillé sur l'Écriture-Sainte. II. Un Traité de la manière d'étudier l'Écriture-Sainte, in-4.º III. Un grand nombre de Dissertations sur les endroits importants de la Bible. IV. Tractatus de Osculo polem Pontificis Romani, in-4º, à Leipzig, 1714; rare et recherché. Mayer mourut en 1712. Il avoit de l'érudition; mais elle étoit sèche, et son style ne l'embellissoit pas.
II. MAYER, (Tobie) l'un des plus grands astronomes du 18e siècle, naquit en 1723, à Marspach dans le duché de Wirtemberg. Son père excelloit dans l'art de conduire les eaux. Son fils le vit opérer, et ne le vit pas sans fruit : dès l'âge de 4 ans il dessinoit des machines avec autant de dextérité que de justesse. La mort de son père, qu'il perdit de bonne heure, n'arrêta pas ses progrès. Il apprit de lui-même les mathématiques, et se mit en état de les enseigner. Cette occupation ne l'empêcha pas de cultiver les belles-lettres. L'université de Gottingue l'ayant nommé, en 1750, professeur de mathématiques, la Société royale de cette ville le mit bientôt dans la liste de ses membres. Il imagina dès-lors plusieurs instruments propres à mesurer des angles en pleine campagne avec plus de commodité et d'exactitude; il rendit par-là de grands services à ceux qui veulent pousser la pratique de la géométrie plus loin que l'arpentage. Il montra qu'on pouvoit encore trouver bien des choses dans la géométrie élémentaire même, et arriver à divers usages intéressants, en changeant les figures rectiliques en triangles. Il fit apercevoir la source de bien des erreurs qui se commettent dans la géométrie pratique; et prouva l'inexactitude des mesures, par des discussions fort subtiles sur la portée et la force de la vue. Il enseigna quel étoit l'effet trompeur des réfractions par rapport aux objets terrestres. L'astronome de Gottingue s'attacha ensuite à décrire plus exactement la surface de la Lune; mais c'est peu de chose, au prix du calcul des monemens de ce corps céleste. Il sut les assujettir à des tables auxquelles les astronomes ont souvent recours. Ayant approché, plus que personne n'avoit encore fait, de la solution du fameux problème des longitudes, il a mérité à ses héritiers une récompense de la part du parlement d'Angleterre. Ses calculs, embrassant aussi les actions réciproques que le Soleil, la Terre et la Lune exercent les uns sur les autres, appartiennent à cette question célèbre des trois corps, dont l'entière solution est regardée de nos jours comme le vrai terme de la physique céleste. Les anciens s'imaginoient que les taches de la Lune étoient de véritables taches, que le voisinage de la Terre lui avoit fait contracter. Les modernes en ont fait des lacs et un atmosphère. Mayer ne croyoit pas la Lune si ressemblante à la Terre; et si elle est environnée d'une sorte d'air, (ce qui est assez incertain) il le regardoit comme une matière extrêmement subtile. Mais il prit encore un vol plus élevé; il poussa ses recherches jusqu'à Mars, que Kepler a soumis le premier à sa Théorie elliptique. Il détermina aussi plus exactement les lieux des Étoiles fixes; il fit voir qu'elles n'étoient pas fixes, rigoureusement parlant, et qu'elles avoient leur mouvement propre. Vers la fin de sa vie, il étoit occupé de l'Aimant, dont il assigna des lois, plus véritables que celles qui sont reçues. Un épuisement total arrêta ses travaux et l'enleva à l'astronomie: il mourut le 20 février 1762, à 3$^{e}$ ans. Sa mort fut, comme sa vie, celle d'un sage qui éclaire et soutient la philosophie par le Christianisme. Quoique Protestant par les préjugés de l'enfance, il ne protesta point contre l'Évangile comme certains philosophes; et il en aima et pratiqua les devoirs. Ses principaux ouvrages sont: I. Nouvelle Manière générale de résoudre tous les Problèmes de Géométrie, au moyen des Lignes géométriques; en allemand, à Eslingen, 1741, in-8.$^{a}$ II. Arras Mathématique, dans lequel toutes les mathématiques sont représentées en IX Tables; en allemand, à Ausbourg, 1748, in-fol. III. Rela- non concernant un Globe Lunaire construit par la Société Cosmographique de Nuremberg, d'après les nouvelles observations; en allemand, 1750, in-4.º IV. Plusieurs Cartes Géographiques, très-exactes. V. Huit Mémoires, dont il enrichit ceux de la Société royale de Gottingue. Ils sont tous dignes de lui. Ses Tables du mouvement du Soleil et de la Lune, se trouvent dans le 2° vol. des Mémoires de cette académie. On a publié, en 1775, à Gottingue, in-folio, le tome premier de ses Œuvres.
III. MAYER, (N.) célèbre astronome, de l'ordre des Jésuites, né à Mederitz en Moravie, en 1719, fut professeur de philosophie à l'université d'Heidelberg. L'électeur Palatin, qui l'avoit appelé à cette école, lui fit bâtir un observatoire à Manheim. Il découvrit les Satellites des Étoiles: vérité d'abord contredite comme toutes les vérités nouvelles, et ensuite reconnue par l'académie des Sciences. Il mourut en 1783, d'un polype au nez, après avoir fait un voyage en Russie, pour y observer le passage de Vénus. On a de lui: I. Basis Palatina. II. De transitu Veneris. III. De novis in Cælo videreo phenomenis; et d'autres ouvrages pleins d'observations exactes, qui peuvent servir aux amateurs de l'astronomie et de la géographie.
MAYERBERG, (Augustin, baron de) se distingua sous le règne de l'empereur Léopold, qui l'envoya en qualité d'ambassadeur auprès d'Alexis Michaëlowitz, grand duc de Moscovie. Il s'acquitta de son ambassade avec dignité et en philosophe observateur. Nous devons à ses observations une Relation de son Voyage fait en 1661, imprimée en latin, in-folio, sans nom de ville et sans date; conjointement avec celui de Calvucci, son compagnon d'ambassade. On en a fait un Abrégé en françois, in-12. I. MAYERNE, (Louis Turquet de) a publié une histoire d'Espagne en 2 vol. in-folio. Le premier parut en 1608, le second en 1636. Elle est prise dans Mariana, mais elle est bien inférieure à celle de cet écrivain.
II. MAYERNE, (Théodore Turquet, sieur de) baron d'Aubonne, né à Genève en 1573, et fils du précédent, fut l'un des médecins ordinaires de Henri IV, roi de France. Après la mort de ce prince, Mayerne se retira en Angleterre, où il fut premier médecin de Jacques I et de Charles I son fils. Les universités de Cambridge et d'Oxford se l'associent. Il jouit d'une confiance générale et eut une pratique très étendue. Il mourut à Chelsey, près de Londres, le 15 mars 1655, à 82 ans. Ses Œuvres ont été imprimées à Londres en 1700, en un gros vol. in-folio. Il étoit Calviniste, et le cardinal du Perron travailla en vain à sa conversion. Le médecin étoit plus estimable en lui que le chrétien. Il croyoit que l'on ne devoit tirer les remèdes que du règne végétal; c'étoit avec peine qu'il recouroit au minéral. Les remèdes de ce dernier genre étant plus actifs, il les croyoit plus dangereux. On peut le regarder comme l'un des créateurs de la peinture en émail. Ses connoissances chimiques lui firent trouver la belle couleur pourpre nécessaire pour les carnations. Il parvint même à préparer le cuivre d'une manière plus propre à l'application de l'émail. (Voyez PETITOT.) Il est inven- teur de l'Eau Cordiale.
MAYELL, ou MAYOL, (St.) VIe abbé de Cluni, originaire d'Avignon, mais qu'on croit né à Valensole, petite ville du dio- cèse de Riez, vers l'an 906, d'une famille riche et noble, fut chanoine, puis atchidiacre de Macon. L'amour de la retraite et de l'étude lui fit refuser les plus brillantes dignités de l'Eglise. Il s'enferma dans le monastère de Cluni, et en devint abbé après Aymar. Les princes de l'E- glise et les princes de la terre eu- rent une estime particulière pour ses vertus. L'empereur Othon le Grand le fit venir auprès de lui pour profiter de ses lumières. En passant par les Alpes, l'an 973, il fut pris par les Sarasins, mis dans les fers, et racheté malgré lui. L'empereur voulut lui pro- curer la tiare; mais il refusa ce fardeau. Le roi Hugues ayant reçu de grandes plaintes contre les moines de Saint-Denis, pria Mayeul de venir établir la ré- forme dans cette abbaye. Le saint abbé s'étant mis en route, tom- ba dangereusement malade au prieuré de Souvigni. Les reli- gieux voyant que sa dernière heure approchoit, fondoient en larmes autour de son lit. Dieu m'appelle, leur dit-il, et après le combat il m'invite à la cou- ronne. Si vous m'aimez, pour- quoi vous affligez-vous de mon bonheur. Il mourut peu d'heures après, le 11 mai 994, avec une grande réputation de sainteté et de savoir. Il fut regardé comme le second fondateur de Cluni, par les soins qu'il prit d'ange- menter les revenus de cette ab- baye et de multiplier les monas- tères de son ordre. On a de lui quelques écrits, sur lesquels on peut consulter le tome VIe de l'Histoire littéraire de France, par D. Rivet. Sa VIe fut écrite par St. Odilon son successeur, et par trois autres de ses disciples.
MAYNARD, (François) poète François, né à St-Céré dans le Querci en 1582, l'un des Quarante de l'académie Fran- çoise, étoit fils de Giraud May- nard, savant conseiller au par- lement de Toulouse, dont on a un Recueil d'Arrêts, d'un style confus et diffus, sous le titre de Bibliothèque de Toulouse; Tou- louse, 1751, 2 vol. in-fol. Il fut secrétaire de la reine Margue- rite, et plut à la cour de cette princesse par son esprit et son enjouement. Noailles ambassa- deur à Rome, le mena avec lui en 1634. Le pape Urbain VIII goüta beaucoup la douceur et les charmes de sa conversation. De retour en France, il fit la cour à plusieurs grands, et n'en re- cueillit que le regret de la leur avoir faite. On connoit ses stances pour le cardinal de Richelieu.
ARMAND, l'âge affoiblit mes yeux... Le cardinal ayant entendu les 4 derniers vers, où le poète dit, en pariant de François I: Mais s'il demande à quel emploi Tu m'as tenu dedans le monde, Et quel bien j'ai reçu de toi; Que vezz-tu que je lui réponde? Il répondit ce mot cruel: RIEN. — Maynard reparut à la cour sous la régence d'Anne d'Autri- che, et n'ayant pas été plus heu- reux auprès d'elle, il se retira dans sa province. Il y mourut le 28 octobre 1646, à 64 ans, avec le titre de conseiller d'état, que le roi venoit de lui accorder. Malgré cette faveur, il conseilloit à son fils de s'attacher au barreau plutôt qu'à la cour : Toutes les pompeuses maisons Des princes les plus adorables, Ne sont que de belles prisons, Pleines d'illustres misérables. Heureux qui vit obscurément Dans quelque petit coin de terre, Et qui s'approche rarement De ceux qui portent le tonnerre ! Puisses-tu connoître le prix Des maximes que te débite Un courrisan à cheveux gris, Que la raison a fait hermite ! Quelque temps avant sa mort, il avoit fait un voyage à Paris. Dans les conversations qu'il avoit avec des amis, dès qu'il vouloit parler, on lui disoit : Ce mot-là n'est plus d'usage. Cela lui arriva tant de fois, qu'à la fin il fit ces quatre vers : En cheveux blancs il me faut donc aller, Comme un enfant, sous les jours à l'école ! Que je suis fou d'apprendre à bien parler, Lorsque la mort vient m'ôter la pa- role ! Tout le monde connoît ces vers, qu'il écrivit sur la porte de son cabinet : Las d'espérer et de me plaindre Des Muses, des Grands et du sort ; C'est ici que j'attends la Mort, Sans la désirer ni la craindre. « Il est bien commun de ne pas desirer la mort : il est bien rare de ne pas la craindre ; et il eût été grand, dit Voltaire, de ne pas seulement songer s'il y a des Grands au monde. » Maynard s'en souvint trop souvent pour son malheur. Il ne cessa de dé- chirer le cardinal de Bichelieu dans ses vers ; il l'appeloit un Tyran. Si ce ministre lui eût fait du bien, il auroit été un Dieu pour lui. « C'est trop ressem- bler, dit l'auteur déjà cité, à ces mendians qui appellent les passans Monseigneur, et qui les maudissent, s'ils n'en reçoivent point d'aumôner. » A cela près, Maynard étoit homme d'hon- neur et bon ami. Il étoit d'une figure agréable, et avoit l'hu- meur encore plus agréable que la figure. Comme il aimoit le vin et la bonne chère, il beïlloit sur- teut le verre à la main. On a de lui : I. Des Epigrammes, comme c'étoit le genre où il réussissait le mieux, son ami Caminade, président au parlement de Tou- louse, lui donnoit chaque année un exemplaire de Martial. II. Des Chansons, qui ont quelque agré- ment. III. Des Odes, moins es- timables. IV. Des Lettres en prose, 1646, in-4°, mêlées de bon et de mauvais. V. Un Poème, intitulé Philandre, d'environ 300 vers, parmi lesquels il y en a quelques-uns d'aureux. Mal- herbe disoit de lui, « qu'il tour- noit fort bien un vers, mais que son style manquoit de force ; et que Racan avoit de la force, mais qu'il ne travailloit pas assez ses vers. De l'un et de l'autre, ajoutoit-il, on auroit pu faire un bon poète. » Maynard est le premier en France, qui ait établi pour règle de faire une pause au troisième vers dans les couplets de six ; et une au septième des stances de dix. Maynard étoit encore connu de son temps par ses Priapées, poésies infames, dignes d'un éternel oubli. Elles n'ont pas vu le jour. Ce Poëte avoit plus de talent pour imiter 170 MAY, que pour produire de lui-même; aussi lui appliqua-t-on ce jugement que *Scaliger* avoit porté d'*Erasme: Homo ex alieno ingenio poeta, ex suo versificator*.
MAYNE, (Jasper) poète et théologien Anglois, né à Hathertagh dans le comté de Devonshire, fit ses études à Oxford, et entra dans l'état ecclésiastique. Il fut prédicateur du roi d'Angleterre, et se fit un nom dans sa patrie, par ses ouvrages, entr'autres, par la *Guerre du l'euple, examinée selon les principes de la raison et de l'Écriture*, 1647, in-4°, et par un *Poème* sur la victoire navale remportée par le duc d'York sur les Hollandois, le 13 juin 1665. Il mourut le 5 décembre 1672.
MAZANIELLO, *Voyez ANIELLO*.
MAZARD, (Étienne) né à Lyon en 1660, perfectionna la chapellerie en France. Ce fut lui qui y introduisit l'usage du castor, au lieu de laine. Il passa en Angleterre pour y étudier les procédés des ouvriers de cette contrée, et il en ramena plusieurs avec lui en France. Il acquit une fortune considérable, qu'il légua à l'hôpital de la Charité à Lyon, en y fondant des dots pour marier de pauvres filles. Il mourut en 1736. I. MAZARIN, (Jules) né à Piscina dans l'Abruzze, le 14 juillet 1602, d'une famille noble, (*Voyez MARTINOZZI*) s'attacha au cardinal *Sacchetti*. Après avoir pris le bonnet de docteur, il le suivit en Lombardie, et y étudia les intérêts des princes qui étoient alors en guerre pour Cazal et le Montferrat. Le cardinal *Antoine Barberin*, neveu du pape, s'étant rendu, en qualité de légat, dans le Milanez et en Piémont pour travailler à la paix, *Mazarin* l'aida beaucoup à mettre la dernière main à ce grand ouvrage. Il fit divers voyages pour cet objet; et comme les Espagnols tenoient Cazal assiégé, il sortit de leurs retranchemens, et courant à toute bride du côté des François, qui étoient prêts à forcer les lignes, il leur cria, *la Paix! la Paix!* Elle fut acceptée et conclue à Quérasque, en 1631. La gloire que lui acquit cette négociation, lui mérita l'amitié du cardinal de *Richelieu*, et la protection de *Louis XIII*. Ce prince le fit revêtir de la pourpre par *Urbain VIII*; et après la mort de *Richelieu*, il le nomma conseiller d'état et l'un de ses exécuteurs testamentaires. *Louis XIII* étant mort l'année d'après, 1643, la reine *Anne d'Autriche*, régente absolue, le chargea du gouvernement de l'état. « Le nouveau ministre affecta, dans le commencement de sa grandeur, dit *Voltaire*, autant de simplicité, que *Richelieu* avoit déployé de hauteur. Loin de prendre des gardes et de marcher avec un faste royal, il eut d'abord le train le plus modeste. Il mit de l'affabilité et même de la mollesse, où son prédécesseur avoit fait paroître une fierté inflexible. » Malgré ces ménagements, qui ne durèrent guères, il se forma un puissant parti contre lui. On ne pardonnoit point à un étranger l'avantage d'être maître de l'état. On jetoit du ridicule sur sa personne, sur ses manières, sur sa mauvaise prononciation. Un arrêt d'union entre le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et le grand conseil, inspirant M A Z 171 de l'inquiétude au ministre, il mande les députés du parlement pour leur dire que la reine ne vouloit point de tels arrêts. Les magistrats ayant répondu qu'il n'y avoit rien de contraire au service du roi; si le roi, répli- qua Mazariu, ne vouloit pas qu'on portât des glanés à son collet, il n'en faudroit point porter. Ce n'est pas tant la chose défendue que la défense qui fait le crime. La comparaison fournit matière à des vaudevilles, arme ordinaire et souvent dangereuse en France, et l'arrêt d'oignoir, (car c'est ainsi qu'il prononçoit union) fut célébré de toute part à ses dépens. On ne se borna pas à ridiculiser le ministre. Les peuples, accablés d'impôts, et excités à la révolte par le duc de Beaufort, par le coadjuteur de Paris, par le prince de Conti, par la duchesse de Longueville, se soulevèrent. Le parlement ayant refusé de vérifier de nou- veaux édits bursaux, le cardinal fit emprisonner le président de Blancmesnil, et le conseiller Broussel. Cet acte de violence fut l'occasion des premiers mou- vernens de la guerre civile, en 1648. Le peuple cria aux armes, et bientôt les chaînes furent ten- dues dans Paris, comme du temps de la Ligue. Cette jour- née, comme dans l'histoire sous le nom des Barricades, fut la première étincelle du feu de la sédition. La reine fut obligée de s'enfuir de Paris à Saint-Ger- main, avec le roi et son minis- tre, que le parlement venoit de proscrite comme perturbateur du repos public. (Voyez H. MARI- GNY.) L'Espagne, sollicitée par les rebelles, prend part aux trou- bles, pour les fortifier: l'archi- duc, gouverneur des Pays-Bas, se prépare, à la tête de 15,000 hommes. La reine, justement alarmée, écoute les propositions du parlement, las de la guerre et hors d'état de la soutenir. Les troubles s'appaisent, et les con- ditions de l'accommodement sont signées à Ruel, le 11 mars 1649. Le parlement conserva la liberté de s'assembler, qu'on avoit voulu lui ravir; et la cour garda son ministre, dont le peuple et le parlement avoient conjuré la perte. Le prince de Condé fut le principal auteur de cette récon- ciliation. L'état lui devoit sa gloire, et le cardinal sa sureté; mais il fit trop valoir ses servi- ces, et ne ménagea pas assez ceux à qui il les avoit rendus. Il fut le premier à tourner Ma- zariu en ridicule, après l'avoir servi; à braver la reine, qu'il avoit ramenée triomphante à Paris; et à insulter le gouver- nement, qu'il défendoit et qu'il dédaignoit. On prétend qu'il écrivit au cardinal: A l'illustris- simo Signor Fachino; et il lui dit un jour: Adieu, MANS... Mazarin, forcé à être ingrat, engagea la reine à le faire arrê- ter, avec le prince de Conti son frère, et le duc de Longueville. On les conduisit d'abord à Vin- cennes, ensuite à Marcoussi, puis au Havre-de-Grace, sans que le peuple remuât pour ce défenseur de la France. Le par- lement fut moins tranquille; il donna, en 1651, un arrêt qui bannissoit Mazarin du royaume, et demanda la liberté des princes avec tant de fermeté, que la cour fut forcée d'ouvrir leurs prisons. Ils rentrèrent comme en triomphe à Paris, tandis que le cardinal, leur ennemi, prit la fuite du côté de Cologne. Ce ministre gouverna la cour et la 172 M A Z France du fond de son exil. Il laissa calmer l'orage, et rentra dans le royaume l'année d'après, « moins en ministre qui venait reprendre son poste, qu'en souverain qui se remettait en possession de ses états. Il étoit conduit par une petite armée de sept mille hommes, levée à ses dépens, c'est-à-dire, avec l'argent du royaume, qu'il s'étoit approprié. Aux premières nouvelles de son retour, *Gaston d'Orléans*, frère de *Louis XIII*, qui avoit demandé l'éloignement du cardinal, leva des troupes dans Paris, sans trop savoir à quoi elles scroient employées. Le parlement renouvela ses arrêts; il proscrivit *Mazarin*, et mit sa tête à prix. » (Stécle de *Louis XIV*, tome I.) Le prince de *Condé*, ligué avec les Espagnols, se mit en campagne contre le roi; et *Turenne*, ayant quitté ces mêmes Espagnols, commanda l'armée royale. Il y eut de petites batailles données; mais aucune ne fut décisive. Le cardinal se vit forcé de nouveau à quitter la cour. Pour surcroît de honte, il fallut que le roi, qui le sacrifioit à la haine publique, donnât une déclaration par laquelle il renvoyoit son ministre, en vantant ses services et en se plaignant de son exil. Le calme reparut dans le royaume, et ce calme fut l'effet du bannissement de *Mazarin*. « Cependant, à peine fut-il chassé par le cri général des François, et par une déclaration du roi, que le roi le fit revenir. Il fut étonné de rentrer dans Paris, le 3 février 1653, tout-puissant et tranquille. *Louis XIV* le reçut comme un père, et le peuple comme un maître. » Les princes, les ambassadeurs, le parlement, le peuple, tout s'empressa à lui faire la cour. On lui fit un festin à l'hôtel-de-ville, au milieu des acclamations des citoyens. Il fut logé au Louvre. Son pouvoir fut dès-lors sans bornes. Un des plus importants services qu'il rendit depuis son retour, fut celui de la paix. Il alla lui-même la négocier en 1659, dans l'isle des Faisans, avec *Don Louis de Haro*, ministre du roi d'Espagne. Cette grande affaire y fut heureusement terminée, et la paix fut suivie du mariage du roi avec l'infante. Ce traité fit beaucoup d'honneur à son génie ou à sa politique. Le mariage du roi avec l'infante n'étoit pas l'ouvrage d'un jour, ni l'idée d'un premier moment; mais le fruit de plusieurs années de réflexions. Cet habile ministre, dès l'an 1645, c'est-à-dire quatorze ans auparavant, méditait cette alliance, non-seulement pour faire céder alors au roi ce qu'il obtint par la paix de Munster; mais pour lui acquérir des droits bien plus importants encore, tels que ceux de la succession à la couronne d'Espagne. Ces vues sont consignées dans une de ses lettres aux ministres du roi, à Munster. (Voyez l'*Abrégé de l'HISTOINE de France*, par le président *Honnult*, année 1659.) Le cardinal *Mazarin* ramena, en 1660, le roi et la nouvelle reine à Paris. Plus puissant et plus jaloux de sa puissance que jamais, il exigera et il obtint que le parlement vuit le haranguer en députés. Il ne donna plus la main aux princes du sang en lieu-tiers, comme autrefois. Il marchoit alors avec un faste royal, ayant, outre ses gardes, une compagnie de Mousquetaires. On n'eût plus auprès de lui un accès Jibre. Si quelqu'un étoit assez mauvais courtisan pour demander une grace au roi même, il étoit sûr de ne pas l'obtenir. « La reine-mère, si long-temps protectrice obstinée de *Mazarin* contre la France, resta sans crédit, dès qu'il n'eut plus besoin d'elle. (*Ibid.*) » Dans ce calme heureux qui suivit son retour, il laissa languir la justice, le commerce, la marine, les finances. Les siennes étoient à la vérité en bon état, mais celles de l'état étoient si dérangées, que le surintendant *Fouquet* avoit dit souvent à *Louis XIV* : il n'y a point d'argent dans les coffres de votre *Majesté*, mais le cardinal vous en prêtera. Les revenus publics avoient été si mal administrés pendant une régence prodigue et tumultueuse, qu'on fut obligé ensuite d'ériger une chambre de justice. On voit par les *Mémoires de Courville*, quel avoit été le brigandage; l'ordre ne fut mis que par le grand *Colbert*, et non par *Mazarin*, qui ne fut guère occupé que de lui-même. Huit années de puissance absolue et tranquille ne furent marquées par aucun établissement glorieux ou utile: car le collège des *Quatre Nations* ne fut que l'effet de son testament. Il gouvernoit les finances comme l'intendant d'un seigneur obéré. Il amassa plus de 200 millions, et par des moyens non-seulement indignes d'un ministre, mais d'un honnête homme. Il partageoit, dit-on, avec les armateurs, les profits de leurs courses : il traitoit, en son nom et à son profit, des munitions des armées; il imposoit, par des lettres de cachet, des sommes extraordinaires sur les généralités. (*Voyez EKERY*.) Le roi lui ayant donné les charges de la maison de la reine, il vendit jusqu'à celles de vendeuses d'écuelles : ce qui lui produisit, dit madame de *Motteville*, plus de six millions. Comme tous les avares, il cherchoit à excuser son avidité par des raisons plausibles. Il disoit que c'étoit le seul défaut d'argent qui avoit causé toutes ses disgraces. Souverain despotique, sous le nom modeste de ministre, il ne laissa paroître *Louis XIV*, ni comme prince, ni comme guerrier. Il étoit charmé qu'on lui donnât peu de lumières, quoiqu'il fût surintendant de son éducation. Non-seulement il l'éleva très-mal, mais il le laissa souvent manquer du nécessaire. Ce jong pesoit à *Louis XIV*, et il en fut délivré par la mort du cardinal, arrivée le 9 mars 1661, à 59 ans. Lorsqu'il fut attaqué de sa dernière maladie, il prouva qu'il connoissoit la maxime, qu'à la *Cour les absens et les mourans ont toujours tort*. Il fit dire à plusieurs personnes qu'il s'étoit ressouvenu d'elles dans son testament, quoiqu'il n'en fût rien. Il tâcha de conserver jusqu'à la fin : cette figure noble, cet air ouvert et caressant qui attache les cœurs. Il se mit un jour, à ce qu'on prétend, un peu de rouge, pour faire accroire qu'il se portoit mieux, et donna audience à tout le monde. Le comte de *Fuensaldagne*, ambassadeur d'Espagne, en le voyant, se tourna vers M. le prince, et lui dit d'un air grave : *Voilà un portrait qui ressemble assez à M. le Cardinal*. Quoiqu'il ne passât point pour avoir la conscience timorée, il eut en mourant des scrupules sur ses richesses immenses. Un Théatin, son confesseur, lui dit nettement 174 MAZ « qu'il seroit damné, s'il ne restituoit le bien qu'il avoit mal acquis. » Hélas I dit-il, je n'ai rien que des bienfaits du Roi. — Mais, reprit le Théatin, il faut bien distinguer ce que le Roi vous a donné, d'avec ce que vous vous êtes attribué. Pour le tirer d'embarras, Colbert lui conseilla de faire une donation entière de ses biens au roi. Il le fit, dans l'espérance que ce prince les lui rendroit. Il ne se trompa pas, et Louis XIV lui remit la donation au bout de trois jours. Le roi et la cour portèrent le deuil à sa mort; honneur peu ordinaire, et que Henri IV avoit rendu à la mémoire de Gabrielle d'Estrées. (Voyez I. COLBERT.) Les rimailleurs de la cour et de la ville lui firent plusieurs épitaphes. Nous ne rapporterons que celle qui fut faite par Blot, bel-esprit agréable de ce temps-là: O vous, qui passez par ce lieu, Daignez jeter, au nom de Dieu, A Maçarin de l'eau bénite; Il en donna tant à la cour, Que c'est bien le moins qu'il mérite, D'en avoir de vous à son tour. Outre les biens immenses qu'il avoit amassés, il porséda en même temps l'évêché de Metz, et les abbayes de Saint-Arnould, de Saint-Clément et de Saint-Vincent de la même ville; celles de Saint-Denis en France, de Cluni, de Saint-Victor de Marseille, de Saint-Médard de Seissons, de Saint-Taurin d'Evreux, etc. Il laissa, pour héritier de son nom et de ses biens, le marquis de la Meilleraie, qui épousa Hortense Mancini, sa nièce, et prit le titre de duc de Maçarin. Il avoit un neveu, qui fut duc de Nevers (Voy. NEVERS); et quatre autres nièces: l'une, nommée Mar- linozzi, (Voyez ce mot) fut mariée au prince de Conti; les autres, nommées Mancini, le furent au comnétable Colonne, au duc de Mercœur, au duc de Bouillon (Voyez xv. COLONNE et MANCINI). Charles II lui en demanda une; le mauvais état de ses affaires lui attira un refus. On soupçonna le cardinal d'avoir voulu marier au fils de Cromwell, celle qu'il refusoit au roi d'Angleterre. Ce qui est sûr, c'est que lorsqu'il vit le chemin du trône moins fermé à Charles II, il voulut renouer cette alliance; mais il fut refusé à son tour. Louis XIV avoit aimé épérdu- ment une de ses nièces: Maçarin fut tenté de laisser agir son amour, et de placer son sang sur le trône; mais une réponse noble et hardie d'Anne d'Autriche, lui fit perdre de vue ce dessein: (Voy. l'article de cette princesse.) De tous les portraits qu'on a faits de Maçarin, aucuns ne nous pa- roissent plus finement pensés, que ceux qu'en ont tracé le pré- sident Henault et Thomas. « Ce ministre, dit l'historien, étoit aussi doux, que le cardinal de Richelieu étoit violent: un de ses plus grands talens fut de bien connoître les hommes. Le carac- tère de sa politique étoit plutôt la finesse et la patience, que la force... Il pensoit que la force ne doit jamais être employée qu'au défaut des autres moyens, et son esprit lui fournissoit le courage conforme aux circonstances. Hardi à Cazal, tranquille et agissant dans sa retraite à Co- logne, entreprenant lorsqu'il fallut arrêter les princes; mais insensible aux plaisanteries de la Fronde, méprisant les bravades du coadjuteur, et écoutant les murmures de la populace, comme on écoute du rivage le bruit des flots de la mer. Il y avoit dans le cardinal de Richelieu quelque chose de plus grand, de plus vaste et de moins concerté; et dans le cardinal Mazarin, plus d'adresse, plus de mesures et moins d'écarts. On haïsoit l'un, et l'on se moquoit de l'autre; mais tous deux furent les maîtres de l'état. » Mazarin, dit Thomas, fut beaucoup moins loué que Richelieu; il n'avoit ni cet éclat de grandeur qui éblouit, ni ce caractère altier qui, respirant la hauteur et la vengeance, subjugue par la terreur même. On adore à proportion que l'on craint. Il y avoit plus d'offrandes à Rome sur les autels de la Fièvre, que sur ceux de la Concorde et de la Paix. On sait qu'en général Mazarin étoit foible et timide; il caressoit les ennemis, dont Richelieu eût abattu les têtes. Avec cette conduite, on est moins haï sans doute, mais on n'en paroît pas plus grand. Il est des hommes qui pardonnent encore plutôt le mal qu'on fait avec éclat, que le bien qu'on fait avec foiblesse. D'ailleurs, le rôle que ce ministre joua dans la fronde, ses fuites, ses terreurs, sa proscription, source de plaisanteries; les bons mots des Marigni et des Grammont, espèce d'armes qui soumettent à l'homme d'esprit l'homme puissant; les vaudevilles et les chansons qui, chez un peuple léger, communiquent si rapidement le ridicule et l'éternisent; tout cela devoit peu exciter l'enthousiasme des orateurs. Ajoutez que les talens de Mazarin n'étoient pas assez éclatans pour racheter ses défauts. Il n'eut, ni dans les factions, la fierté brillante et l'esprit romanesque et imposant du cardi- nal de Retz; ni dans les affaires, l'activité et le coup d'œil de Richelieu; ni, dans les vues économiques, les principes de Sully; ni, dans l'administration extérieure, les détails de Colbert; ni, dans les desseins publics, l'audace et je ne sais quelle profondeur vaste d'Alberoni. Son grand mérite fut l'art de négocier; il y porta toute la finesse italienne avec la sagacité d'un homme qui, pour s'élever, a eu besoin de connoître les hommes et a appris à les manier, en les faisant servir d'instrument à sa fortune. C'est ce qui en fit un philosophe adroit plutôt qu'un grand ministre. Son ame, accoutumée long-temps à la souplesse, n'eut pas toujours le caractère des grandes places. Mais il dirigea la paix de Munster; il fit la paix des Pyrénées; il donna l'Alsace à la France; il prévit peut-être qu'un jour la France pourroit commander à l'Espagne. » Thomas auroit pu remarquer que Mazarin l'acquit dans le temps que les François étoient déchaînés contre lui. M. l'abbé d'Alainval a publié, en 1745, en deux vol. in-12, les Lettres du Cardinal Mazarin, où l'on voit le secret de la Négociation de la paix des Pyrénées, et la Relation des Conférences qu'il a eues pour ce sujet avec Don Louis de Haro, ministre d'Etat. (Voyez HARO.) Ce recueil est intéressant. Le cardinal y développe ce qui s'est passé dans ces conférences, avec une netteté et une précision, qui met en quelque façon le lecteur en tiers avec les deux plénipotentiaires. On a recueilli, en plusieurs vol. in-4°, la plupart des Pièces curieuses faites contre Mazarin, durant les guerres de la Fronde. La col- 176 M A Z lection la plus complète en ce genre, est celle de la Bibliothèque de Colbert, en 46 vol. in-4° : on y trouve un peu de sel, noyé dans un déluge de mauvaises plaisanteries. On en fit alors de toutes les espèces : on fit même frapper des médailles pour le rendre ridicule. La ville de Paris distribua des jetons qui, d'un côté, représentaient la hache et les verges armoriales du cardinal, avec cette légende autour : QUOD FUIT HONOS, CRIMINIS EST FINDEX ; Cette ancienne marque d'honneur, est aujourd'hui un instrument de vengeance. Au revers, on voyait un lion avec cet hémistiche : SUNT CERTA HÆC FATA TYRANTIS. Telle est la destinée des tyrans. Mazarin avait une autre devise, qu'il s'étoit faite lui-même : Hinc ordo et copia rerum. Le cardinal Mazarin avait cultivé les lettres dans sa jeunesse ; il se piquait même de bel esprit et de philosophie. On prétend que ce fut lui qui apporta en France, la maxime si connue des Italiens : Intis ut lubet, extra ut moris est. Du moins il la pratiqua quelquefois. Voyez BENSERADE. — IL MAZARIN, ( Hortense MANCINI, duchesse de ) fille de Michel-Laurent Mancini, ( Voy. ce mot ) et nièce du cardinal Mazarin, joignit aux avantages de la fortune ceux de la beauté. Elle épousa, en 1661, Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie, dont le caractère singulier et l'esprit bizarre n'étoient pas propres à fixer une femme aimable. La duchesse de Mazarin fit tout ce qu'elle put pour se faire séparer de lui ; mais n'ayant pu l'obtenir, elle passa en Angleterre l'an 1667. Elle autorisa son séjour à Londres, de sa parenté avec la reine. Mais quand cette princesse fut obligée de passer en France, l'an 1688, le duc fit solliciter Hortense de revenir ; les prières n'ayant rien opéré, il lui intenta un procès, qu'elle perdit. ( Voyez ERARD. ) Elle fut condamnée à retourner avec son époux ; mais elle persista à rester en Angleterre, où elle avait une petite cour, composée de ce qu'il y avait de plus ingénieux à Londres. Le vieux Epicurien Saint-Evremond fut un de ses courtisans les plus assidus. Elle mourut le 2 juillet 1699. Les Mémoires de Mad. Mazarin, et ceux qu'elle opposa aux Facteurs de son mari, se trouvent dans les Œuvres de Saint-Evremont. Si l'on s'en rapporte au portrait que ce philosophe a fait de cette dame, elle avait je ne sais quoi de noble et de grand dans l'air du visage, dans les qualités de l'esprit et dans celles de l'âme. Elle savait beaucoup, et elle cacouté son savoir. Sa conversation étoit à la fois solide et gaie. Elle étoit dévote sans superstition et sans mélancolie, etc. etc. On sent que ce portrait est flatté, et même ridicule. La dévotion ne pouvait guère s'allez avec la vie qu'elle menait. L'abbé de Saint-Réal a fait un autre portrait de la duchesse de Mazarin, non moins flatté que celui de Saint-Evremond. « c'est, dit-il, une de ces beautés Romaines, qui ne ressemblent point à des poupées, comme la plus grande partie de celles de France. La couleur de ses yeux n'a point de nom, ce n'est ni bleu, ni gris, ni tout-à-fait noir ; mais un mélange de tous les trois, qui n'a que ce que chacun a de beau, il n'y en a point de plus doux et de plus enjoué enjoué pour l'ordinaire; mais il n'y en a point de si sérieux, de si sévères et de si sensés, quand elle est dans quelque application d'esprit. Quand elle regarde fixement, on croit en être éclairé jusqu'au fond de l'âme. Lorsque *Mad. de Sévigné* vouloit donner une idée de deux beaux yeux, elle disoit : *Ce sont les yeux de Mad. de Mazarin...* Son rire attendriroit les plus durs, et charmeroit les plus cuisans soucis. Il lui change presque entièrement l'air du visage, qu'elle a naturellement assez froid et fier, et il y répand une teinture de douceur. Elle a le son de la voix si touchant, qu'on ne sauroit l'entendre parler sans émotion. Son teint a un éclat si vif, si naturel et si doux, que personne ne s'est jamais avisé, en la regardant, de trouver à redire qu'il ne soit pas de la dernière blancheur. C'est le plus beau tour de visage que la peinture ait jamais imaginé. A force de se négliger, sa taille, quoique la mieux prise et la mieux formée qu'on puisse voir, n'est plus fine en comparaison de ce qu'elle a été; mais d'autres seroient déliées de ce qu'elle est grosse. On la voit quinze jours de suite coiffée d'autant, de différentes manières, sans pouvoir dire laquelle lui va le mieux... Son mari est assurément le plus malheureux des hommes, après avoir été le plus heureux. Il disoit à la duchesse d'*Aiguillon*, que pourvu qu'il épousât *Hortense*, il ne se soucioit pas de mourir trois jours après. *Le succès a passé ses souhaits*, dit dans la suite *Mad. de Mazarin*, il m'a épousée, et n'est pas mort, *Dieu merci*. « Le duc de Mazarin, époux d'*Hortense*, étoit né en 1633, et il mourut en 1713, à 80 ans, dans ses terres, où il s'étoit retiré depuis plus de 30 ans. Si ses singularités n'avoient perverti les agrémens de son esprit, personne n'auroit été de meilleure compagnie. Il succéda au maréchal de la *Meilleraie* son père, dans le gouvernement de Bretagne, et eut, de plus, plusieurs autres gouvernements. Le maréchal s'étoit opposé tant qu'il avoit pu au désir que le cardinal *Mazarin*, son ami intime, avoit de choisir son fils pour son héritier, en lui donnant son nom et sa nièce. Il disoit par un sentiment vertueux, que tant de biens lui faisoient peur, et que leur immensité accableroit un jour sa famille. A la mort de la duchesse de *Mazarin*, on prouva, en pleine grand-chambre, qu'elle lui avoit apporté 28 millions. *Louis XIV*, attaché au nom de *Mazarin*, le mit de tous ses conseils, lui donna les entrées des premiers gentilshommes de la chambre, et le distingua dans toutes les occasions. Nommé lieutenant général dès 1654, et ne manquant pas de courage, il eût pu parvenir au bâton de maréchal de France. Une piété mal entendue rendit inutiles les dons que lui avoit fait la nature; persuadé que le sort marquoit les volontés du ciel, il fit des loteries de son domestique, en sorte que le cuisinier devint son intendant, et le frotteur son secrétaire. Le feu prit un jour au château de *Mazarin*, il ne voulut pas qu'on l'éteignit. Il aimoit qu'on lui fit des procès, parce qu'en les perdant, il pouvoit posséder en sureté de conscience les autres biens que la justice lui laissoit. Enfin, il se retira dans ses terres, où il passa une trentaine d'années, et ne fit plus que 178 MAZ des apparitions très-passagères à la cour. Le roi l'y reçut toujours avec amitié, quoiqu'il l'eût blessé par les visions célestes qu'il lui avoit communiquées sur le sort qui l'attendoit, s'il continuoit de vivre avec ses maîtresses. Ce prince le regardoit comme un homme dont le cerveau n'étoit pas sain; et comme le duc avoit barbouillé tous les chefs-d'œuvre de peinture, et mutilé les plus belles statues que lui avoit laissé son oncle, Louis XIV dit un jour, en voyant un marteau: Voilà un instrument dont le duc de Mazarin sait faire usage. Il eut un fils d'Hortense, lequel n'eut qu'une fille, qui fit entrer la riche succession de sa famille dans la maison de Duras, d'où elle a passé par les filles dans la maison d'Aumont, et ensuite dans celle des Matignon, ducs de Valentinois. — I. MAZÉAS, (Guillaume) né à Vannes, et mort dans cette ville en 1776, embrassa la profession ecclésiastique, et a traduit divers ouvrages de l'anglois, tels que celui de Warburton, sur les tremblements de terre et les éruptions du feu, 1754, 2 vol. in-12; celui de Lind, sur les moyens de conserver la santé des gens de mer, 1760, in-8°; Lettre d'un négociant à un milord, sur l'isle de Minorque, 1757, in-12. On doit encore à Mazéas, divers Mémoires, insérés dans ceux de l'académie des Sciences de Paris et de la Société royale de Londres. — II. MAZÉAS, (Jean-Mathurin) né à Landerna, dans la cidevant province de Bretagne, au mois de mars 1713, est mort à Paris en l'an X, à l'âge de plus de 89 ans. On a de lui, un ou- vrage très-connu sur les mathématiques, dont on a fait sept éditions: la première en 1758, la dernière en 1788, sous ce titre: Elémens d'Arithmétique, d'Algèbre et de Géométrie, avec une introduction aux sections coniques. Mazéas a encore publié: Institutiones Philosophicae, 1777; 3 vol. in-12. Cet ouvrage est le fruit de ses leçons au collège de Navarre, où il étoit professeur. En vertu de ses grades dans l'université, il avoit été pourvu, en 1783, d'un canonicat dans l'église de Notre-Dame de Paris. A une simplicité de mœurs et à une candeur qui rappeloient celles des patriarches dont il a presque atteint l'âge, il joignoit la plus exacte pratique des devoirs de son état, et une piété si généreuse, qu'il faisoit aux pauvres les plus abondantes largesses. Déponillé par les suites de la révolution, il vivoit dans la retraite, sans murmurer et sans se plaindre, et en observant, plus scrupuleusement que jamais, la frugalité, dont il ne s'étoit point écarté, et qui a prolongé ses jours, malgré la foiblesse de son tempérament. Il eut le bonheur d'avoir un domestique fidelle, qui lui étoit très-attaché, et qui lui en a donné des preuves, en le nourrissant de son propre bien pendant trois ans à Pontoise. Mais ce domestique, voyant que toutes les ressources étoient épuisées, et que tout avoit été vendu, se presenta, avec un mémoire, chez le ministre de l'intérieur, François de Neufchâteau. Au nom de Mazéas, plusieurs commis, qui avoient été ses élèves, se joignirent à la demande du domestique; et le ministre s'empressa de venir au secours d'un savant plus qu'octogénaire, en lui faisant avoir une pension de dix-huit cents francs. Outre les ouvrages de *Mazéas*, dont nous avons parlé, il a beaucoup travaillé au *Dictionnaire des Arts et Métiers*.
**MAZEL** ou
**MAZELI**, (David) ministre François, réfugié en Angleterre, traduisit quelques bons Traités écrits en anglais; mais, comme il n'étoit pas assez versé dans cette langue, ses versions ne passent pas pour fidelles. Celle qu'il fit du *Traité* de *Sherlock* sur la Mort et le Jugement dernier, deux tomes en un vol. in-8°, 1696, est cependant estimée. On fait beaucoup moins de cas de sa *Traduction* du *Traité* du Gouvernement Civil, de *Locke*, 1725, in-12; ainsi que de l'*Essai* de *Gilbert Burnet* sur la vie de la reine *Marie*, in-12. Ce traducteur mourut à Londres en 1725.
**MAZELINE**, (Pierre) sculpteur, de Rouen, reçu à l'académie de Peinture et de Sculpture en 1668, mort en 1708, âgé de 76 ans, a fait plusieurs morceaux estimés. On voit de ses ouvrages dans les jardins de Versailles; l'*Europe*, *Apollon Pythien*, d'après l'antique, etc.
**MAZEPPA**, (Jean) général des Cosaques, étoit gentilhomme Polonois, et naquit dans l'Ukraine. Après avoir rempli divers emplois, il s'engagea chez les Cosaques, qui, charmés de sa valeur, l'élèvent pour leur chef. Ses premiers soins furent de fortifier les frontières de son pays contre les Tartares, et de se faire des protecteurs puissants. Il se lia d'abord avec le czar *Pierre*, qu'il servit pendant 24 ans avec beaucoup de fidélité. Mais le dessein qu'il avoit de se faire roi des Cosaques, l'obligea de trahir ses engagements en 1708. Il avoit alors 84 ans. Il embrassa le parti de *Charles XII*, roi de Suède, et grossit son armée de quelques régimens. Le czar envoya des troupes contre lui; la capitale de son pays fut prise et rasée, et lui-même pendu en effigie, tandis que quelques-uns de ses complices mouroient par le supplice de la roue. *Mazeppa*, après la bataille de Pultava, se sauva en Walachie, et de là à Bender, où il termina bientôt après sa longue carrière, en 1709.
**MAZOCHI**, (Alexis-Symmaque) né à Burgo-de-Sainte-Marie, près Capoue, l'an 1684, fut fait prêtre l'an 1709, et professeur des langues grecque et hébraïque dans le séminaire archiépiscopal de Naples. En 1711, il fut fait chanoine de Capoue, et successivement théologal de Naples, professeur royal de l'Écriture-Sainte. Son humilité lui fit refuser l'archevêché de Rossane qui lui fut offert par le roi. Il mourut à Naples l'an 1772. Il a beaucoup écrit sur les anciennes inscriptions, les médailles, etc.; et on a de lui : I. Des *Notes sur le nouveau Testament*. II. Des *Dissertations sur la Poésie des Hébreux*. III. Les *Antiquités de la campagne de Rome*. IV. *Origine de la ville de Capoue*, manuscrit.
**MAZUCCIO**, *Voyez*
**MAZUCCIO**.
**MAZURES**, (Louis des) poète François, natif de Tournai, fut premier secrétaire du cardinal de *Lorraine*, en 1547. Il servit ensuite, en qualité de 180 MAZ capitaine, durant les guerres de Henri II et de Charles-Quint. On a de lui, quelques Tragédies saintes, Genève, 1566, in-8°, où il n'y a ni régularité dans le plan, ni élégance dans les détails.
MAZURIE, (La) Voy. TOU-TAIN.
MAZUYER, (Claude-Louis) né à Bellèvre, d'abord juge à Loubans, près de Mâcon, devint membre de la Convention, où il se montra plus modéré que la plupart de ses collègues. Attaché au parti de la Gironde, il vota le simple bannissement de Louis XVI, et publia un ouvrage tendant à prouver que cette peine éroit la seule qu'on pût lui infliger. Après avoir dénoncé les municipaux de Paris, qui, à main armée, avoient enlevé plus de quatre mille mares d'argenterie, dans les maisons royales ou celles des émigrés, il se permit, quelques jours après, une sortie énergique contre le despotisme des membres du Comité de salut public, et proposa aux suppléans de se réunir à Tours ou à Bourges, si la tyrannie venoit à anéantir l'assemblée. Il n'en falloit pas tant pour le perdre. Mazuyer, mis hors de la loi le 31 mai, fut condamné à mort comme conspirateur, et périt sur l'échafaud au mois de février 1794, âgé de 34 ans.
MAZZONI, (Jacques) né à Césenne, donna, sur la fin du 16e siècle, des leçons d'une philosophie saine et judicieuse, et se distingua aussi comme écrivain. Le plus estimé de ses ouvrages, est son traité De triplici Hominum vitâ. Ses autres ouvrages sont: I. Une Défense du Dante, en italien, in-4°, 1587. II. De comparatione Piatonis et Aristotelis, in-fol. 1597. III. De vitâ contemplativa, in-4°—Martinelli de Césenne, qui épousa la fille de Mazzoni, a publié l'Oraison funèbre de ce dernier, mort à Ferrare en 1603, dans sa cinquantième année.
MAZZUOLI, (François) appelé communément le PARMESAN, né à Parme en 1504, mort en 1540, à 36 ans, fit connoître, dès son jeune âge, son talent pour la peinture. On rapporte, qu'à l'âge de 16 ans, il fit, de son invention, plusieurs ouvrages qui auroient pu faire honneur à un bon maître. L'envie de se perfectionner le conduisit à Rome; il s'attacha aux ouvrages de Michel-Ange, et sur-tout à ceux de Raphaël. Il a si bien saisi la manière de ce maître, qu'on disoit, même de son temps, qu'il avoit hérité de son génie. On rapporte qu'il travaillait avec tant de sécurité pendant le sac de Rome, en 1527, que les soldats Espagnols qui entrèrent chez lui, en furent frappés. Les premiers se contentèrent de quelques dessins; les suivans enlevèrent tout ce qu'il avoit. Protogène se trouva à Rhodes dans des circonstances pareilles; mais il fut plus heureux. Le Parmesan a fait beaucoup d'ouvrages à Rome, à Bologne et à Parme sa patrie. Son talent à jouer du luth, et son amour pour la musique, le détournoient souvent de son travail; mais son goût dominant étoit pour l'alchimie, qui le rendit misérable toute sa vie, et qui même hâta sa mort. Il altéra sa santé, à force de soufiler et de respirer les vapeurs du charbon. La manière du Parmesan est gracieuse; ses figures sont lé- M É A 181 gères et charmantes, ses attitudes bien contrastées : rien de plus agréable que ses airs de tête. Ses draperies sont d'une légèreté admirable ; son pinceau est flou et séduisant. Il a réussi principalement dans les Vierges et dans les Enfans, et a parfaitement touché le Paysage. On auroit souhaité que ce peintre ne fût pas tombé dans quelques répétitions ; qu'il eût mis plus d'effet dans ses tableaux en général ; qu'il se fût plus attaché à connoître et à rendre les sentimens du cœur humain et les passions de l'âme ; enfin, qu'il eût consulté davantage la nature. Ses dessins sont d'un grand prix, et la plupart à la plume. On y remarque quelques incorrections, et de l'affectation, comme à faire des doigts extrêmement longs : mais on ne voit pas ailleurs une touche plus légère et plus spirituelle. Il a donné du mouvement à ses figures, et ses draperies semblent être agitées par le vent. Le Parmesan a gravé à l'eau forte et au clair obscur. On a aussi beaucoup gravé d'après ce maître.
MÉAD, (Richard) né en 1673, à Stepney, village près de Londres, en 1673, d'une famille distinguée, fit ses humanités à Utrecht, sous le célèbre Gravius, et de là se rendit à Leyde, où il étudia en médecine. Il voyagea ensuite en Italie, et prit le bonnet de docteur à Padoue. De retour dans sa patrie, il exerça le grand art de guérir, avec un succès qui décida de sa réputation. Il joignit à la plus profonde théorie, la pratique la plus brillante, la plus étendue et la plus heureuse. La Société royale de Londres lui accorda une place parmi ses membres. Le collège des médecins se l'associa, et l'université d'Oxford confirma le diplôme de celle de Padoue. Nommé médecin du roi en 1727, il fut l'Esculape de la cour et de la ville. On assure que sa profession lui rapportoit par an près de cent mille livres de notre monnoie. Cet habile médecin mourut en 1754, à 81 ans, laissant des enfans. Méad, né avec des mœurs douces, une âme noble et délicate, avoit des amis à la cour, dans les lettres, et même parmi ses confrères. Le célèbre Freind ayant été mis en prison par ordre d'un ministre d'état, et ce ministre étant tombé malade, Méad ne voulut point le traiter, que Freind ne fût élargi ; et il rendit à celui-ci environ cinq mille guinées, qu'il avoit reçues pour ses honoraires, en traitant les malades de son confrère pendant sa prison. La table de Méad, ouverte aux talens et au mérite, réunissoit la magnificence de celle des financiers, et les plaisirs de celle des hommes sages. Sa bibliothèque étoit aussi riche que bien choisie, et elle étoit autant pour le public que pour lui. Il étoit le premier à offrir ses lumières et ses richesses littéraires. Il déterra les talens cachés et secourut les talens indigens. Ses principaux ouvrages sont : I. Essai sur les Poisons, 1702, en latin, réimprimé à Leyde en 1737, in-8°. Un pareil livre ne pouvoit être composé que d'après grand nombre d'expériences : Méad en fit plusieurs sur les vipères, qui lui servirent beaucoup pour cet ouvrage. II. Conseils et Précettes de Médecine, en latin, Londres, in-8°, 1751. C'est sa dernière production, et peut-être la plus utile, si l'on excepte quelques opinions qui ont été contredites. 482 M É A On y trouve deux *Traités curieux*; l'un de la *Folie*; et l'autre, des *Maladies* dont il est parlé dans la *Bible*, dans lequel il prétend, contre le sentiment des théologiens et des plus savans interprètes, que les démoniaques, dont il est parlé dans l'Évangile, n'avoient que des maladies purement naturelles. III. Des *Opuscules*, Paris, 1757, 2 vol. in-8. La *Description* de son cabinet a été imprimée à Londres, 1755, in-8. Ce fut par les conseils de ce savant et généreux médecin, qu'un libraire, nommé *Thomas Guy*, mort en 1724, à 81 ans, consacra un bien immense à la fondation d'un nouvel hôpital, qui est un des plus beaux ornemens et des plus utiles établissements de Londres. Ce libraire avoit acquis une partie de sa fortune, en vendant des *Bibles* angloises, qu'il faisoit imprimer en Hollande. M. *Coste* a traduit en françois le *Recueil des Œuvres physiques et médicinales*, de *Méad*, 1774, 2 vol. in-8.
MÉAN, (Charles de) seigneur d'Atrin, né à Liège en 1604, et mort en 1674, se distingua dans divers emplois honorables, par son zèle pour le bien public et ses lumières dans l'administration des affaires. On a de lui: *Observationes et res judicatae ad jus civile Leodiensium Romanorum, etc.*, compilation dans laquelle on trouve de bonnes vues sur la jurisprudence de diverses nations. Des différentes éditions qu'on en a faites, la meilleure est celle de Liège, 1740, 8 vol. in-folio, qui se relient en quatre, avec des notes savantes de *Louvre*; et une table des matières, très-étendue.
MÉCARINO, *Voyez BEC-CAFUMI*.
MÉCÈNE, (C. *Clinius Mecenas*) descendait des anciens rois d'Étrurie. Il ne voulut jamais monter plus haut qu'au rang de chevalier, dans lequel il étoit né. *Auguste* se soulagea sur lui du poids de l'empire. *Mécène* étoit son ami et son conseil. Ce fut lui qui conseilla à ce prince de conserver le trône impérial, de peur qu'il ne fut le dernier des Romains, s'il cessoit d'être le premier. Il ajouta à cet avis quelques maximes auxquelles *Auguste* dut la gloire et le bonheur de son règne. *Une conduite vertueuse*, lui dit-il, sera pour vous une garde plus sûre que celle des *Légions*... *La meilleure règle*, en matière de gouvernement, est d'acquérir l'amitié du l'euple, et de faire pour ses sujets ce qu'un prince voudroit qu'on fît pour lui, s'il devoit obéir au lieu de commander... *Évitez les noms de Monarque ou de Roi*, et contentez-vous de celui de César, en y ajoutant le titre d'Empereur, ou quelqu'autre, propre à concilier à la fois le respect et l'amour... *Mécène* prit tant d'empire sur l'esprit d'*Auguste*, par sa douceur et sa prudence, qu'il lui reprochoit durement ses fautes, sans qu'il s'en offensât. Un jour *Mécène* passant par la place publique, vit l'empereur jugeant des criminels avec un air colère, il lui jeta ses tablettes, sur lesquelles il avoit écrit ces mots: *Sors de là, Bourreau, et te retire!*... *Auguste* prit en bonne part cette remontrance, quoique dure, et descendit aussitôt de son tribunal. Dans la suite, ce prince g'étant engagé, après la mort de Mécène dans de fausses démarches : O Mécène ! s'écria-t-il dans l'amertume de sa douleur, si tu avois été encore en vie, je n'aurois pas aujourd'hui sujet de me repentir. Lorsque cet empereur étoit indisposé, il logeoit dans la maison de son favori, qui fut brouillé pendant quelque temps avec son maître, qu'il croyoit être amoureux de sa femme. Mécène, au milieu des grandeurs et des richesses, fut malheureux dans son domestique. Il avoit épousé Licinia, la plus belle femme de son temps. Sa fidélité lui étant devenue suspecte, son amour pour elle lui causa bien des chagrins. C'étoit des divorces et des réconciliations continuelles; ce qui a fait dire à Sénèque, que Mécène avoit épousé dix mille fois, quoiqu'il n'eût jamais eu qu'une femme. Ce qui a transmis son nom à la postérité, plus sûrement que la faveur d'Auguste et les honneurs du ministère, c'est la protection qu'il accorda aux sciences et l'amitié dont il honora les gens de lettres. Il se glorifioit d'être l'ami de Virgile et d'Horace. Il vivoit avec eux dans la douceur d'un commerce libre et philosophique. Ils l'aidoient à porter le fardeau de la vie et de la grandeur, à se consoler des sottises humaines, et à conserver sur la terre cette raison saine, ce feu pur et céleste, le partage de quelques ames privilégiées. Virgile lui dédia ses Géorgiques, et Horace ses Odes. Il conserva au premier, dans les fureurs des guerres civiles, l'héritage de ses pères; il obtint le pardon de l'autre, qui avoit combattu pour Brutus à la bataille de Philippes. Souvenez-vous d'Horace, comme de moi-même, dit-il à Auguste en mourant. Cet illustre protec- teur des lettres les cultivoit lui-même avec succès. On a quelques fragmens de ses Poésies dans le Corpus Poëtarum de Maittaire. Son nom auroit été à côté de celui des plus beaux génies de son siècle, s'il n'avoit préféré les plaisirs à la gloire. Qu'on en juge par les vers suivans, sur l'attachement à la vie, dont l'énergie égale la vérité : Debilem facito manu, Debilem pede, coxá; Tuber adsrixe gibberum, Lubricos qu'ete dentes: Vita d'un superest, bené est: Hanc mihi vel acutá Sedem cruce, sustine. Que de tous maux je sois le centre; Que je sois boscu, dos et ventre; Que je n'aie aucuns membres sains; Que je sois gouteux pieds et mains; Que la tristesse me poursuive: Tout va bien pourvu que je vive. Trad. de DU RYER. Mécène mourut huit ans avant J. C. Meilomius et l'abbé Souchay ont fait des recherches sur sa vie, sur son caractère, et ses ouvrages; l'un, dans un Traité particulier; l'autre, dans le 13e volume des Memoires de l'académie des Belles-Lettres. Henri Richer a écrit sa Vie.
MECCIUS, Voy. ÆLIANUS.
MECKELN, (Israël-Van) connu en France sous le nom d'Israël de Malines, a passé, suivant l'opinion de divers savans, pour l'inventeur de la gravure. Ses premiers essais sont de l'an 1450. James Hazard, gentilhomme Anglois, mort à Bruxelles en 1787, qui avoit consacré sa vie à recueillir des gravures dans toute l'Europe, en a sonu-seins de Meckeln sur la 184 M É D vie de la Vierge. Il en possédoit le Mariage.
MÉDA, Voy. XV JEAN DE MÉDA.
MÉDAVY, Voy. GRANCEY.
MÉDARD, (Saint) né au village de Salency, à une lieue de Noyon, d'une famille illustre, fut élevé sur le siège épiscopal de la ville de Vermand, en 530. Mais cette ville ayant été ruinée par les Huns et les Vandales, le Saint transporta son siège à Noyon. (La ville de Saint-Quentin, Bâtie près des ruines de Vermand, est devenue depuis la capitale de la contrée de la Picardie, appelée le Vermandois, et quelques géographes la nomment Augusta Vermanduerum.) Il monta ensuite sur celui de Tournai, en 532. Il montra à son peuple le zèle d'un apôtre et les entrailles d'un père. On le força à garder ces deux évêchés, parce que l'idolâtrie faisoit encore beaucoup de ravages dans l'un et dans l'autre. St. Médard fit changer de face au diocèse de Tournai, convertit les idolâtres et les libertins, et retourna ensuite à Noyon, où il mourut le 8 juin vers l'an 545. Il fut enséveli au bourg de Croui, à deux cents pas de Soissons. Ce lieu devint dès-lors célèbre. On y bâtit une église : on y joignit ensuite un monastère, enrichi des libéralités de nos rois, et qui, sous St. Grégoire pape, fut déclaré le chef des autres monastères de France.
MÈDE, (Joseph) né à Essex, en 1586, membre du collège de Christ à Cambridge, et professeur en langue grecque, refusa la prévôté du collège de la Trinité de Dublin, et plusieurs au- tres places importantes, pour se livrer à l'étude sans distraction. Ce sage littérateur mourut en 1638, à 52 ans. Ses ouvrages furent imprimés à Londres en 1664, en 2 vol. in-folio. On y trouve : I. De savantes Dissertations sur plusieurs passages de l'Écriture-Sainte. II. Un grand ouvrage qu'il a intitulé : La Clef de l'Apocalypse. III. Des Dissertations ecclésiastiques. Mède étoit plus philosophe dans sa conduite que dans ses écrits : son travail sur l'Apocalypse en est une preuve.
MÉDÉE, fille d'Étés roi de Colchide et d'Hypsée, s'étoit rendue fameuse par ses enchantements. Ayant vu débarquer les capitaines Grecs à Colchos, elle fut si touchée de la bonne mine de Jason leur chef, qu'elle leur promit de les délivrer de tous les dangers auxquels ils alloient s'exposer pour enlever la Toison d'Or, si Jason vouloit l'épouser. Ce prince y ayant consenti, elle lui donna d'abord de quoi assoupir l'affreux dragon qui gardoit cette Toison, et ensuite lui facilita les moyens de l'enlever ; après quoi, elle s'embarqua avec lui pour le suivre en Grèce. Mais dans la crainte que son père ne la fit arrêter dans sa fuite, elle massacra son frère Abyrte, encore enfant, et en dispersa les membres sur le chemin, afin que la vue de ce spectacle suspendit la rapidité de ses poursuites, et qu'elle pût échapper à sa vengeance. Étant arrivée en Thessalie, elle rajeunit Eson son beau-père ; et pour venger son mari de la perfidie de Pélias son oncle, qui avoit voulu le faire périr, elle conseilla à ses filles d'égorger leur père, avec pro- messe de le rajeunir, ce qu'elle ne fit pas. Peu après, Jason s'étant dégoûté de Médée pour épouser Créase, fille de Créon, roi de Corinthe, elle en conçut une telle jalousie, qu'elle se transporta à Corinthe pendant les réjouissances du mariage, et empoisonna le beau-père, la femme de Jason, et deux enfans qu'elle-même avoit eus de lui, et se sauva sur un char traîné par deux dragons ailés. De retour dans la Colchide, elle remit son père Eétès sur le trône, d'où on l'avoit chassé pendant son absence. (Voyez MÉDUIS.) « On prétend, dit M. de Grace, que l'histoire de Médée fut altérée plusieurs siècles après sa mort, et que ce ne fut que dans ces derniers temps-là qu'on lui imputa tant de crimes, qu'elle n'avoit réellement pas commis. On assure, au contraire, qu'à l'exception de sa foiblesse pour Jason, à qui elle fournit le moyen d'enlever les trésors de son père, elle donna toujours des marques d'un cœur généreux et rempli de vertu. La connoissance des simples avoit fait l'occupation de sa jeunesse, et elle ne s'en étoit servie que pour procurer du secours aux malades; mais les poètes en ont pris occasion d'en faire une magicienne. » (Introduction à l'Histoire de l'Univers, tom. vi, pag. 564.)
MÉDEM, (Conrad de) grand maître de l'ordre militaire des chevaliers Porte-glaive, s'empara de la Courlande, qui fut dès-lors érigée en duché sous la suzeraineté des rois de Pologne. Médem y bâtit la ville de Mittau, qui en est devenue la capitale, et mourut vers l'an 1290. Ses descendants existent encore. M É D 185 I. MÉDICIS, (Côme de) dit l'Ancien, né en septembre 1389, de Jean de Médicis, joua dans une condition privée un rôle aussi brillant que le plus puissant souverain. La fortune favorisa tellement son commerce, qu'il y avoit peu de princes qui approchassent de son opulence. Il répandit ses bienfaits sur les sciences et sur les savans. Il rassembla une nombreuse bibliothèque, et l'enrichit des manuscrits les plus rares. L'envie qu'inspirèrent ses richesses lui suscita des ennemis qui le firent bannir de sa patrie. Il se retira à Venise, où il fut reçu comme un monarque. Ses concitoyens ouvrirent les yeux et le rappelèrent. Il fut, pendant 34 ans, l'unique arbitre de la république, et le conseil de la plupart des villes et des souverains de l'Italie. Ce grand homme mourut en août 1464, à 75 ans, comblé de félicité et de gloire. On fit graver sur son tombeau une inscription, dans laquelle on lui donnoit le glorieux titre de Père du Peuple et de Libérateur de la Patrie... Voyez CATHERINE, n.º v, à la fin.
II. MÉDICIS, (Laurent de) surnommé le Grand et le Père des Lettres, né en 1448, étoit fils de Pierre, petit-fils de Côme, et frère de Julien DE MÉDICIS. Ces deux frères, qui jouissoient à Florence du pouvoir absolu, étoient vus d'un œil jaloux par le roi Ferdinand de Naples, et par le pape Sixte IV. Le premier les haïsoit, parce qu'il ne régnoit plus à Florence; le second, parce que les Médicis s'étoient opposés à l'élévation de son neveu. Ce fut à leur instigation que les PÉZZI (Voyez ce mot.) firent éclater leur conjuration le 26 avril 1478. 186 M É D Julien fut assassiné en entendant la messe. Laurent ne fut que blessé, et reconduit à son palais par le peuple, et au milieu de ses acclamations. Ayant hérité d'une partie des grandes qualités de *Côme le Grand*, il fut comme lui le *Mécène* de son siècle. C'étoit, dit un historien, une chose aussi admirable qu'éloignée de nos mœurs, de voir ce citoyen qui faisoit toujours le commerce, vendre d'une main les denrées du Levant, et soutenir de l'autre le fardeau des affaires publiques; entretenir des facteurs, et recevoir des ambassadeurs; donner des spectacles aux peuples, des asiles aux malheureux, et orner sa patrie d'édifices superbes. Ses bienfaits l'avoient tellement fait aimer des Florentins, qu'ils le déclarèrent chef de leur république. Il attira à sa cour un grand nombre de savans par ses libéralités; il envoya *Jean Lascaris* dans la Grèce, pour y recouvrer des manuscrits dont il enrichit sa bibliothèque. Il cultiva lui-même les lettres. Nous avons de lui : I. Des *Poésies* italiennes, Venise, 1554, in-12. II. *Canzonne à ballo*, Firenze, 1568, in-4.º III. *La Compagnia del Mantel-loccio*, *Bconi*, avec les *Sonnets de Burchiello*, 1558 ou 1568, in-8.º *Laurent de Médicis* étoit si universellement estimé, que les princes de l'Europe se faisoient gloire de le nommer pour arbitre de leurs différends. On prétend que *Bajazet*, empereur des Turcs, voulant lui marquer sa considération, fit rechercher à Constantinople les assassins de *Julien* son frère, et lui en envoya un qui s'étoit retiré dans cette ville. Il n'y eut que le pape *Sixte IV* qui continua de se déclarer contre lui; mais *Laurent* lui résista en souverain, et le força à faire la paix. Cet homme illustre mourut le 9 avril 1492, à 44 ans. Sa gloire fut ternie par sa passion pour les femmes et par son irréligion. Ses deux fils, (*Pierre* qui lui succéda, et qui fut chassé de Florence en 1494; et *Jean*, pape sous le nom de *Léon X*,) se signalèrent comme leur père par la générosité et par l'amour des arts. *Pierre* mourut en 1504, laissant *Laurent*, dernier mâle de cette branche; celui-ci, qui termina sa vie en 1519, fut père de *Catherine de Médicis*, laquelle épousa *Henri II* roi de France; *Voy*, la *VIE* de *Laurent de Médicis*, traduite du latin de *Nicolas de Valori*, son contemporain, Paris, 1761, in-12.
III. MÉDICIS, (*Jean de*) surnommé *l'Iuvincible*, à cause de sa valeur et de sa science militaire, étoit fils de *Jean*, autrement dit *Jourdain de Médicis*; et eut pour fils unique *Côme I*, dit le *Grand*, qui, à l'âge de 18 ans, fut élu duc de Florence, après le meurtre d'*Alexandre de Médicis*, en 1537. Il fit ses premières armes sous *Laurent de Médicis* contre le duc d'Urbain; servit ensuite le pape *Léon X*, après la mort duquel il passa au service de *François premier*, qu'il quitta pour s'attacher à la fortune de *François Sforce*, duc de Milan. Lorsque *François premier* se ligua avec le pape et les Vénitiens contre l'empereur, il entra au service de France. Il fut blessé à Governorlo, petite ville du Mantouan, d'une arquebussade dans le genou; et s'étant fait transporter à Mantouan, il y mourut le 29 novembre 1526, à l'âge de 28 ans. « Comme on lui dit, rap- M É D 187 porte Brantôme, ayant été blessé à la jambe, qu'il falloit des gens pour le tenir pendant qu'on la lui couperait : *Coupez hardiment*, répondit-il, *il n'est besoin de personne*; et tint lui-même la bougie pendant qu'on la lui coupa, le duc de Mantoue étant présent. » *Varchi* rapporte le même trait. *Jean de Médicis* étoit d'une taille au-dessus de la moyenne, fort et nerveux; il avoit la carnation blanche, les yeux et les cheveux noirs : c'est le portrait que nous en a laissé *Tomasini*. Ses soldats s'habille-rent de noir, et prirent des enseignes de la même couleur, pour témoigner leurs regrets de sa perte; ce qui fit surnommer l'infanterie Toscane qu'il avoit commandée, les *Bandes Noires*. — IV. MÉDICIS, (Laurent ou Laurencin de) descendant d'un frère de *Côme le Grand*, affecta le nom de *Populaire*. Il fit tuer, en 1537, *Alexandre de Médicis*, que *Charles-Quint* avoit fait duc de Florence, et que l'on croyoit fils naturel de *Laurent de Médicis*, duc d'Urbin. (*Voy. ALEXANDRE*, n.º XV.) Il étoit jaloux de son pouvoir, et il déguisoit sa jalousie sous le nom d'amour de la patrie. Il aima les gens de lettres et cultiva la littérature. On a de lui : I. *Lamenti*, Modène, in-12. II. *Aridosio Comedia*, Florence, 1595, in-12. Il mourut sans postérité. — V. MÉDICIS, (Hippolyte de) fils naturel de *Julien de Médicis* et d'une demoiselle d'Urbin, fit paraître dès son enfance, toutes les graces de l'esprit et du corps. Le pape *Clément VII*, son cousin, le fit cardinal en 1529, et l'envoya légat en Allemagne auprès de *Charles-Quint*. Lorsque ce prince passa en Italie, *Médicis* qui le suivoit, se livrant à son humeur martiale, s'habilla en général d'armée, et devança l'empereur, suivi des plus braves gentilshommes de la cour. Ce prince, naturellement soupçonneux, craignant que le légat n'eût dessein de le mettre mal avec le pape, envoya après lui et le fit arrêter. Mais ayant appris que ce n'étoit qu'une saillie de l'humeur du jeune cardinal, il le mit en liberté cinq jours après sa détention. La réputation que *Médicis* s'acquit par l'heureux succès de sa légation, lui fut très-avantageuse. On le considéra comme un des soutiens du saint Siège; et sur la fin de la vie de *Clément VII*, lorsque le corsaire *Barberousse* fit une descente en Italie, le sacré Collège craignant pour Rome, qui n'étoit alors gardée que par deux cents hommes de la garde du pape; pria *Médicis* d'aller défendre les côtes les plus exposées à la fureur des Barbares. En arrivant sur la côte, il trouva heureusement que *Barberousse* s'étoit retiré, de sorte qu'il eut la gloire d'avoir chassé les ennemis, sans avoir exposé ni sa personne ni ses troupes. De retour à Rome, il entra dans le conclave, et contribua beaucoup à l'élection de *Paul III*, qui lui refusa néanmoins la légation de la Marche d'Ancone, quoiqu'elle lui eût été promise dans le conclave. Irrité de ce que le pape lui avoit préféré *Alexandre de Médicis*, cru fils naturel de *Laurent* duc d'Urbin, pour la principauté de Florence, son ambition lui persuada qu'il y pourroit encore parvenir, en se défaisant d'*Alexandre*. Il conjura donc contre lui, et résolut de le faire mourir par 188 MÉD le moyen d'une mine; mais elle fut éventée. La conjuration ayant été découverte, Octavien Zenga, l'un de ses gardes, fut arrêté comme l'un des principaux complices. Hippolyte de Médicis, craignant pour lui-même, se retira dans un château près de Tivoli. En voulant passer à Naples il tomba malade à Itri, dans le territoire de Fondi, où il mourut le 13 août 1535, âgé seulement de 24 ans. Quelques historiens ont assuré qu'il fut empoisonné. Il avoit fait de sa maison un asile pour les malheureux, et très-souvent pour des scélérats noircis de crimes. Elle étoit ouverte à toutes sortes de nations. On lui parloit quelquefois jusqu'à vingt sortes de langues différentes. Il eut un fils naturel, nommé Asdrubal de Médicis, qui fut chevalier de Malte. Cette anecdote prouve que ses mœurs étoient plus militaires qu'ecclésiastiques. Il portoit l'épée, et ne prenoit l'habit de cardinal que lorsqu'il falloit paroître dans quelque cérémonie publique. La chasse, la comédie, la poésie remplissoient tout son temps.
VI. MÉDICIS, (Sébastien) de la famille illustre de ce nom, fut fait chevalier de Saint-Étienne en 1569. On ignore l'époque de sa mort. Il se distingua par son savoir et ses ouvrages. On lui doit : I. Un Traité De venatione, piscatione et aucupio, Cologne, in-8.º II. De fortuitis casibus, in-8.º III. Relationes decretorum et canonum concilii Tridentini collectæ; Florent. 1759. IV. Summa peccatorum capitalium, vol. in-8.º V. De Sepulturis, Florent., 1580. VI. Un Traité, sous ce titre : Mors omnia solvit, Francof., 1580.
MEDICIS, (Autres Princes du nom de) Voyez CAPELLO. — XV. ALEXANDRE. — FERDINAND, nos I et II. — COSME, nos I, II, III, où nous parlons des derniers rejetons de cette maison illustre.
MEDICIS, (Princesses du nom de) Voyez CATHERINE, n.º V, et MARIE, n.º XIII.
MEDICIS ou MEDICHINO, Voyez MARIGNAN. I. MEDINA, (Jean) célèbre théologien Espagnol, natif d'Alcala, enseigna la théologie dans l'université de cette ville avec réputation, et mourut en 1546, âgé d'environ 55 ans. On a de lui divers ouvrages, pour lesquels les théologiens marqueront un empressement qui ne s'est pas soutenu.
II. MEDINA, (Barthélemi) théologien Espagnol de l'ordre de Saint-Dominique, mourut à Salamanque en 1581, à 53 ans. On a de lui, des Commentaires sur St. Thomas et une Instruction sur le Sacrement de Pénitence. On l'accuse d'avoir introduit l'opinion de la probabilité.
III. MEDINA, (Michel) théologien Espagnol, et religieux Franciscain, mort à Tolède vers 1580, se distingua dans son ordre par son érudition et par ses ouvrages. Les plus connus sont : I. Deux Traités, l'un du Purgatoire, et l'autre de la Foi en Dieu. Ce dernier ouvrage intitulé : Christiana Parensis, sive de recta in Deum Fide, est divisé en sept livres, et fut imprimé à Venise en 1564. II. De la continence de ceux qui sont dans les ordres sacrés : De sacrorum hominum continentis; où il traite de l'institution des évêques, des prêtres et des autres ministres : l'on a remarqué, comme une singularité, qu'il n'y regarde pas le sous-diaronat comme un sacrement. Ces Traités sont encore estimés aujourd'hui.
MEDON, surnommé le Boiteux, étoit fils de Codrus, 17e et dernier roi d'Athènes. Après la mort de son père, il n'y eut plus de rois dans cette ville. On leur substitua les Archontes, magistrats qui au commencement gonvernoient la république pendant toute leur vie. Medon fut le premier Archonte, et fut préféré à son frère Nélée par l'Oracle de Delphes, vers l'an 1068 avant Jésus-Christ. Il fit aimer et respecter son autorité.
MÉDUS, fils d'Egée et de Médée, fut reconnu de sa mère dans le moment qu'elle pressoit Persès, roi de Colchide, au pouvoir de qui il étoit, de le faire mourir, le croyant fils de Créon. Revenue de son erreur, elle demanda à lui parler en particulier, et lui donna une épée dont il se servit pour tuer Persès lui-même. Médus remonta ainsi sur le trône d'Etès son aïeul, que Persès avoit usurpé.
MÉDUSE, (Mythol.) l'une des trois Gorgones, étoit fille ainée de la nymphe Céto et du Dieu marin Phorcus. Elle habitait les isles Orcades, dans l'océan Éthiopien. Neptune, épris de ses charmes, abusa d'elle dans le temple de Minerve. Cette Déesse, irritée de ce sacrilège, métamorphosa les cheveux de Méduse, qui étoient d'un blond doré, en serpens, et donna à sa tête la vertu de changer en pierres tous ceux qui la regarderoient. Persée, munides ailes de Mercure, coupa la tête de Méduse, du sang de laquelle naquit le cheval Pégase, qui, frappant du pied contre terre, fit jaillir la fontaine Hippocrène. Persée ayant enchâssé cette tête dans le bouclier de Pallas, revint triomphant dans son pays, où il changea en pierres tous ceux à qui il la présenta.
MEERBEECK, (Adrien Van) né à Anvers en 1563, professa les humanités à Bornhem et à Alost. Il mourut vers l'an 1627. Il est connu par une Chronique universelle, mais principalement des Pays-Bas, depuis l'an 1500 jusqu'en 1620, en flamand, Anvers, 1620, in-folio, avec des portraits bien gravés. Elle est estimée. Le but de l'auteur est de rétablir la vérité de l'histoire altérée par les historiens Protestans.
MÉGAPENTHE, fils de Præius, roi de Tyrinthe, changea ses états contre ceux de Persée, quand celui-ci eut tué son père Acrise. — Il y eut un autre MÉGAPENTHE, fils de Ménelas.
MÉGARE, (Myth.) fille de Créon et femme d'Hercule. Pendant la descente d'Hercule aux enfers, Lycus voulut forcer Mégare de lui céder le royaume et de se livrer à lui : mais Hercule, revenu du Tartare, tua l'usurpateur. Junon, toujours irritée contre Hercule, parce qu'il étoit fils d'une des concubines de Jupiter, trouva que cette mort étoit injuste, et lui inspira une telle fureur, qu'il massacra Mégare et les enfans qu'il avoit eus d'elle.
MEGARIQUE, (la SECTE) Voyez I. EUCLIDE.
MEGASTHÈNE, historien Grec, composa sous Séléucus 290 MÉG Nicanor, vers l'an 292 avant J. C., une Histoire des Indes, qui est citée par les anciens, mais qui s'est perdue. Celle que nous avons aujourd'hui sous son nom, est une ridicule supposition d'Annius de Viterbe.
MÉGE, (D. Antoine-Joseph) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Clermont en Auvergne, mourut à Saint-Germain-des-Prés en 1561, à 66 ans. Il donna, en 1661, une traduction françoise du traité de Jonas, évêque d'Orléans, pour l'instruction des laïques. Son Commentaire françois sur la Règle de St. Benoît, Paris, 1687, in-4°, et la Vie du même Saint, avec une histoire de ce qui est arrivé de plus mémorable dans son ordre, in-4°, 1690, sont estimés à cause de l'érudition qu'il y a répandue. Sa piété égaloit son savoir.
MÉGÈRE, l'une des trois Furies, Voyez EUMENIDES.
MÉGISTO, fut épouse de Timoléon, citoyen de la ville d'Élée. Aristotime, s'étant emparé de cette ville, y exerçoit une horrible tyrannie; les habitants, lassés de ses cruautés, s'enfuirent et s'emparèrent de la forte place d'Amymone. Le tyran furieux fit arrêter leurs femmes, parmi lesquelles se trouvoit Mégisto. Celle-ci, non intimidée, reprocha publiquement à l'usurpateur son oubli de la vertu. Ce dernier ordonna de lui amener sur le champ le fils de Mégisto pour le faire égorger sous les yeux de sa mère. L'enfant jouoit alors dans la cour du palais avec d'autres enfans de son âge; Mégisto l'appela courageusement elle-même, et parvint par sa fârmeté à étou- nerle tyran, à le faire rougir de ses excès et à sauver son fils. Plutarque parle avec éloge de Mégisto.
MEHDI, (Mohammed) historien Persan, mort au commencement du 18e siècle, a écrit la vie du conquérant Nadir-Chdu. L'Anglois Jones a traduit cet ouvrage.
MÉHÉGAN, (Guillaume-Alexandre de) vit le jour en 1721, à la Salle dans les Cévennes, d'une famille originaire d'Irlande. Il se consacra de bonne heure aux lettres, et fit paroître, en 1752, un ouvrage intitulé: L'Origine des Guèbres, ou la Religion naturelle mise en action. Ce livre tient un peu trop à ce caractère de hardiesse, que l'on reproche aux productions philosophiques de notre siècle; il est devenu très-rare. En 1755, il donna des Considérations sur les révolutions des Arts, qui sont plus communes, et un petit volume de Pièces fugitives en vers, qui valent beaucoup moins que sa prose. L'année d'après, il publia les Mémoires de la Marquise de Terville, et les Lettres d'Aspasie, in-12. Le style de ces Mémoires paroît un peu trop apprêté, et c'est en général le défaut dont l'auteur avoit le plus à se défendre. Il avoit une nature qui ressemblait à l'art, jusque dans le son de sa voix. Il étoit trop concerté, trop arrangé dans sa personne, ainsi que dans ses écrits, et la facilité extrême avec laquelle il parloit, ne pouvoit faire disparaître l'affectation de son esprit. Le style de Méhégon devoit mûrir, et mûrit en effet avec l'âge. Il donna, en 1759, l'Origine, les progrès et la dévalence de l'idolâtrie, in-12, production où cette ma- furité est déjà sensible. Elle l'est davantage encore dans son Tableau de l'Histoire moderne, imprimé en 3 vol. in-12, en 1766. Il mourut, le 23 janvier de la même année, avant que ce livre élégant et plein d'esprit vit le jour. On y retrouve les richesses de l'élocution, et les graces de l'imagination, qui rendoient son style et sa conversation si fleuris. Ce qui rend la lecture de ce Tableau historique un peu fatigante, c'est que l'auteur a la manie ambitieuse de peindre tous les objets avec des couleurs brillantes. Pour animer ses récits, il raconte tout au présent, et il prodigue les images. Ce ton, qui plaît d'abord, ne peut que lasser à la longue. Au reste, l'excès d'esprit étant naturel à l'auteur, on lui pardonne aisément ce défaut. Il avoit épousé une femme aimable, digne de son choix par ses graces et son esprit.
MEHEMET, Voyez IN. MA-ROMET. I. MEIBOMIUS, (Henri) médecin de Helmstadt, mort en 1625, joignoit à la connoissance de son art celle de la littérature. On a de lui, quelques ouvrages de ce dernier genre, imprimés à Helmstadt en 1660, in-4°, et insérés depuis dans les *Rerum Germanicarum Scriptores*, que publia son petit-fils. Il fut père de celui dont nous allons parler.
II. MEIBOMIUS, (Jean-Henri) professeur en médecine à Helmstadt sa patrie, et ensuite premier médecin de Lubeck, naquit le 27 août 1590, et mourut le 16 mai 1655. Il est connu par plusieurs ouvrages. Les plus célèbres sont : I. Mecenas, sive De C. Clinii Mecenatis vitæ, moribus et gestis liber singularis, à Leyde, 1653, in-4°. Ce n'est qu'une compilation sans méthode et sans critique; mais elle est puisée dans les sources. II. De Cerevisis, à Helmstadt, 1668, in-4°. III. Tractatus de usu flagrorum in re Medicæ et Veneræ, Leyde, 1643, in-4°; Francfort, 1670, in-8°, avec des observations de Thomas Bartholin.
III. MEIBOMIUS, (Henri) fils du précédent, est plus célèbre que son père. Il naquit à Lubeck en 1638, parcourut l'Allemagne, l'Angleterre, la France, l'Italie; professa la médecine, l'histoire et la poésie dans l'université de Helmstadt, et mourut, le 26 mars 1700, à 62 ans. Quelque occupation que lui donnassent ses emplois et la pratique de la médecine, il trouva du temps pour publier divers ouvrages. Les principaux sont : I. Scriptores rerum Germanicarum, in-fol., 1688, trois vol. Cette collection, commencée par son père, renferme beaucoup de pièces sur les différentes parties de l'Histoire d'Allemagne. II. Ad Saxoniæ inferioris Historiam Introductio, 1687, in-4°. L'auteur y examine la plupart des écrivains de l'Histoire de Saxe dont les ouvrages sont imprimés ou manuscrits. III. Valentini-Henrici Vogleri Introductio universalis in notitiam cujuscumque generis honorum Scriptorum, 1700, in-4° Helmstadt: édition accompagnée des Notes de Meibomius. IV. Chronicon Bergenae: compilation utile pour l'Histoire de Saxe. V. De Vasis palpebrarum novis, Helmstadt, 1666, in-4°. On a cru mal-à-propos que Meibomius avoit fait 192 MEI des déconvertes sur les glandes et les vaisseaux des paupières : il est vrai qu'il en a donné une description exacte, mais Cassé-rius les avoit connus long-temps avant lui. Voyez les Mémoires de Nicéron, tome XVIII, qui donne un catalogue détaillé de ses autres ouvrages.
IV. MEIBOMIUS, (Marc) de la même famille que les pré-cédens, se consacra, comme eux à l'érudition. Il mit au jour, en 1652, en 2 vol. in-4°, un Re-cueil et une Traduction des Au-teurs qui ont écrit sur la Mu-sique des Anciens. La reine Chris-tine, à qui il le dédia, l'appela à sa cour. Cette princesse l'engagea à chanter un air de musique an-cienne, tandis que Noudé dan-seroit les danses Grecques au son de sa voix. Ce spectacle le cou-vrit de ridicule. Meibomius se vengea sur Beurdelot, médecin favori et bouffon de la reine, à laquelle il avoit persuadé de se donner cette comédie. Il lui meurtrit le visage à coups de poing, et abandonna brusque-ment la cour de Suède. On a encore de lui : I. Une Edition des anciens Mythologues Grecs. II. De fabrica Triremium, à Amsterdam, 1671, in-4°. III. Des Corrections pour l'exemplaire hébreu de la Bible, qui four-milloit de fautes selon lui. Cet ouvrage téméraire parut à Ams-terdam en 1698, in-folio, sous ce titre : Davidis Psalmi, et to-tidem Sacrae Scripturae veteris Testamenti capita... restituta, etc. Voyez PERSONA. Il mourut en 1711. I. MEIGRET, (Amédée) né à Lyon, se fit Dominicain, et publia en 1514 des Commentaires sur Aristote. Préchant à Paris, il fut accusé du Luthéranisme par l'un de ses compatriotes nommé Bardéron ; et le parle-ment, jugeant sur la doctrine, renvoya Maigret de l'accusation ; et condamna son adversaire à 400 livres de dommages. La Sorbonne-garda le silence sur cet arrêt.
II. MEIGRET, ou MAIGRET, (Louis) écrivain Lyonnois, pu-blia en 1542, in-4°, un Traité singulier sur l'Orthographe Fran-çoise, qui fit beaucoup de bruit. Cet ouvrage eut des partisans et des adversaires ; il vouloit que l'orthographe fût conforme à la prononciation, qui a presque autant changé depuis, que l'or-thographe : ce qui prouve que ce système, souvent renouvelé, n'est pas le meilleur.
MEILLERAIE, (La) Voyez PORTE, n.° II.
MEINGRE, (Jean de) Voy. BOLCICAUT.
MEINHARDT, (Jean-Ni-colas) né à Erlang en 1727, mourut en 1767 à Berlin. Il a tra-duit en allemand le Roman de Theagène et Chariclée ; Flémens de critique du lord Laines. Il est aussi auteur d'un Essai sur le ca-ractère et les ouvrages des meil-leurs poètes Italiens.
MEIR, (Joseph) fameux Rabbin, Voyez JOSEPH, n.° XI.
MEISNER, (Balthasar) Lu-thérien, professeur de théologie à Wirtemberg, né en 1587, mort en 1628, a laissé une In-thropologie, 1663, 2 vol. in-4°, et une Philosophie sobre, 1655, 3 vol. in-4°. — Il ne faut pas le confondre avec un auteur de ce nom, beaucoup plus moderne, dont nous avons un petit traité latin latin sur le Thé, Café, etc., écrit avec élégance et intérêt.
MEISSONIER, (Juste-Au- rele) né à Turin en 1695, mort à Paris en 1750, à 55 ans, des- sinateur, peintre, sculpteur, architecte et orfèvre. Il montra, dans tous ces différens genres, une imagination féconde et une exécution facile. Ses talens lui méritèrent la place d'orfèvre et de dessinateur du roi. Les mor- ceaux d'orfèvrerie qu'il a termi- nés, sont de la plus grande per- fection. Ses autres ouvrages ont cette noble simplicité de l'anti- tique, le vrai caractère du su- blime. Huquier a gravé, avec beaucoup d'intelligence, un grand nombre de Planches d'après ses dessins, qui forment une suite variée et intéressante.
MELA, Voyez POMPONIUS MELA.
MELAC, Voy. LAUBANIE.
MÉLAMPUS, fameux devin parmi les anciens Païens, et ha- mile médecin, étoit fils d'Amy- thaon et d'Aglaïa, et frère de Bias. Il vivoit du temps de Præ- ts, roi d'Argos, avant la guerre de Troye, et vers l'an 1380 avant Jésus-Christ. Il témoi- gna tant d'amitié et d'affe- cation à son frère Bias, qu'il lui procura une femme, puis une couronne. Nélée, roi de Pyle, exigeoit de ceux qui vouloient se marier avec sa fille, qu'ils lui amenassent des bœufs d'une grande beauté qu'Iphiclus nour- rissoit dans la Thessalie. Mélamp- us, pour mettre son frère en état de faire à Nélée ce présent, entreprit d'enlever ces bœufs. Il n'y réussit pas, et fut mis en prison; mais ayant prédit dans sa prison les choses qu'Iphiclus desiroit connoître, il obtint, pour récompense, les bœufs qu'il vouloit avoir, et fut ainsi cause du mariage de son frère. Quel- que temps après, les filles de Præts et les autres femmes d'Ar- gos étant devenues furieuses, il offrit de les guérir, à condition que Præts lui donneroit un tiers de son royaume, et un autre tiers à son frère Bias. La maladie aug- mentant de jour en jour, l'on consentit à ces conditions; et Mélampus guérit les Argiennes en leur donnant de l'élébore noir, qu'on nomma depuis Me- lampodium. Il épousa Iphianasse, l'une des filles de Præts, et fut le premier qui apprit aux Grecs les cérémonies du culte de Bac- chus. Dans la suite, on lui éleva des temples, et on lui offrit des sacrifices. Il entendoit, selon la Fable, le langage des oiseaux, et il apprenoit d'eux ce qui de- voit arriver. On a feint même que les vers qui rongent le bois, répondoient à ses questions. Nous, avons sous son nom, plusieurs Traités de Médecine, en grec, qui sont constamment supposés.
MELAN, Voy. MELLAN.
MELANCHTHON, (Phi- lippe) né à Bretten dans le Pala- that du Rhin, le 16 février 1497, fit ses études, sous la direction du célèbre Reuchlin, son oncle maternel, lequel changea son nom barbare de Schwartzerde, qui, en allemand, signifie Terre noire, en celui de Melanchthon, qui a la même signification en grec. Après avoir étudié environ deux ans à Pforzheim, sous l'œil vigilant de Reuchlin, il fut envoyé à Heidelberg, en 1509. Ses progrès furent si rapides, qu'on lui donna à instruire le fils d'un comte, quoiqu'il n'eût en- core que quatorze ans. *Melanchthon* alla continuer ses études, en 1512, dans l'académie de Tubinge, et y expliqua publiquement *Virgile*, *Cicéron* et *Tite-Live*. La chaire de professeur en langue grecque, dans l'université de Wirtemberg, lui fut accordée, en 1518, par *Frédéric* directeur de *Saxe*, à la recommandation de *Beuchlin*. Les leçons qu'il fit sur *Homère*, et sur le texte grec de l'Épître de saint *Paul* à *Tite*, lui attirèrent une grande foule d'auditeurs, et effacèrent le mépris auquel sa taille et sa mine l'avoient exposé. Son nom pénétra dans toute l'Allemagne, et il eut quelquefois jusqu'à deux mille cinq cents auditeurs. Il se forma bientôt une liaison intime entre lui et *Luther*, qui enseignait la théologie dans la même université. Ils allèrent ensemble à Leipzig, en 1519, pour disputer avec *Fchius*. Ils s'y signalèrent l'un et l'autre, et les raisonnemens des théologiens Catholiques ne les ramenèrent pas plus à la vérité, que les censures fulminées par les écoles les plus célèbres. En 1523, la faculté de théologie de Paris censura tous les écrits de *Melanchthon*, et les déclara même plus dangereux que ceux de *Luther*, parce que les ornemens du style y brilloient davantage. Selon cette censure, le disciple du réformateur d'Islèbe enseignait que « le concile de Lyon, qui avoit approuvé les Décrétales, devoit passer pour impie; qu'il n'étoit pas permis aux Chrétiens de plaider; que tous les fidèles étoient prêtres, offrant à Dieu leur corps qui est le seul sacrifice existant sur la terre; qu'il n'y avoit point de sacrement de l'Ordre, du Mariage, et de l'Extrême-Ouc- tion; que c'étoit une impiété de regarder la célébration de la messe comme une bonne œuvre, de taxer de péché ceux qui ne récitent pas les *Heures* canoniales, ou qui mangent de la viande le vendredi et le samedi; qu'il ne devoit y avoir ni loi ecclésiastique, ni droit canon, ni vœux, ni institut monastique; qu'il n'y avoit dans l'homme ni libre arbitre, ni mérite; que tout arrivoit nécessairement; qu'ainsi Dieu nous faisoit pécher; que la loi de Dieu commandoit des choses impossibles; que la trahison de *Judas* étoit aussi bien l'œuvre de Dieu, que la conversion de *St. Paul*; et qu'enfin Dieu n'opéroit point le salut, si le libre arbitre l'opéroit; que tous les évêques étoient égaux; qu'il n'y avoit point de précepte divin qui ordonnât la confession, lorsqu'on se corrigeoit de soi-même; qu'il n'y avoit que deux sacrements, le *Baptême* et l'*Eucharistie*; que la seule disposition nécessaire pour bien communier, étoit de croire; que *Luther* n'avoit rien de commun avec les hérétiques, et qu'au contraire il avoit beaucoup servi l'Église, en lui apprenant la véritable manière de faire pénitence et de communier; que c'est par le moyen des théologiens sophistes, que le pape avoit retranché la communion sous les deux espèces; qu'on pouvoit sans hérésie ne pas croire la transsubstantiation, etc. etc. » Les années suivantes furent une complication de travaux pour *Melanchthon*. Il composa quantité de livres; il enseigna la théologie, fit plusieurs voyages pour les fondations des collèges et pour la visite des églises; et dressa, en 1530, la confession de Foi, connue sous le nom de Confession d'Aug- bourg, parce qu'elle fut présen- tée à l'empereur à la diète de cette ville. L'esprit de concilia- tion qu'il avoit conservé malgré les erreurs dont Luther l'avoit Imbu, engagea le roi François I à lui écrire, en 1535, pour le prier de venir conférer avec les docteurs de Sorbonne. Ce prince, fatigué des querelles de religion, cherchoit un moyen de les étein- dre. Le disciple de Luther sou- haitoit ardemment ce voyage, ainsi que son maître; mais l'é- lecteur de Saxe ne voulut jamais le permettre, soit qu'il se défiât de la modération de Melanch- thon, soit qu'il craignit de se brouiller avec Charles-Quint. Le roi d'Angleterre desira non moins vainement de voir ce célèbre théologien Protestant. Melanch- thon assista, en 1539, aux con- férences de Spire, et il y fit écla- ter son savoir. On dit qu'ayant eu occasion de voir sa mère pen- dant ce voyage, cette bonne femme, qui étoit Catholique, lui demanda ce qu'il falloit qu'elle crût au milieu de tant de dis- putes? Continuez, lui répondit son fils, de croire et de prier comme vous avez fait jusqu'à pré- sent, et ne vous laissez point trou- bler par le conflit des disputes de Religion. L'abbé de Choisi ajoute, que sa mère lui ayant demandé quelle religion étoit la meilleure? il lui dit: LA NOUFELLE est plus plausible; L'ANCIENNE est plus sûre... Melanchthon ne parut pas avec moins de distinction aux fameuses conférences de Ra- tisbonne en 1541; et à celles qui se tinrent en 1548, au sujet de l'Interim de Charles-Quint. Il composa la censure de cet Inte- rim, avec tous les écrits qui fu- rent présentés à ces conférences. Enfin, après avoir essuyé des fa- tigues et des traverses pour son parti, il mourut à Wirtemberg, le 19 avril 1560, âgé de 64 ans. Melanchthon étoit un homme paisible et modeste, d'un esprit doux et tranquille, n'ayant rien du génie impétueux de Luther et de Zuingle. Il haïssoit les dis- putes de religion, et il n'y étoit entrainé que par le rôle qu'il avoit à jouer dans ces querelles. Il paroît, par sa conduite et par ses ouvrages, qu'il n'étoit pas éloigné, comme Luther, des voies d'accommodement; et qu'il eût sacrifié beaucoup de choses pour la réunion des Protestans avec les Catholiques. Il fut le plus zélé des disciples de Luther; il fut aussi le plus inconstant. Quoiqu'il eût embrassé d'abord toutes les erreurs de son maître, il ne laissa pas d'être ensuite Zuinglien sur quelques points, Calviniste sur d'autres, incrédule sur plusieurs, et fort irrésolu sur presque tous. On prétend qu'il changea qua- torze fois de sentiment sur la justification, ce qui lui mérita le nom de Prothée d'Allemagne. Il auroit voulu quelquefois en être le Neptune, qui retient la fougue des vents; mais il naviguoit sur une mer trop orageuse. Les in- quiétudes de sa conscience in- fluoient encore beaucoup sur les incertitudes de son esprit. L'ar- rogance fougueuse de Luther, tant de sectes élevées sous ses drapcaux, tant de changemens bizarres dans les choses les plus saintes, bourreloient son cœur. La mort fut un bonheur pour lui; il l'attendoit avec impatience pour plusieurs raisons, qu'il écrivit sur un morceau de papier à deux colonnes, quelque temps avant sa dernière heure. Les princi- pales étoient: 1.º Parce qu'il ne 196 MEL seroit plus exposé ni à la haine, ni à la fureur des théologiens : 2.º parce qu'il verroit Dieu, et qu'il puiseroit dans son sein la connoissance des mystères admi- rables qu'il n'avoit vus, dans cette vie, qu'à travers un voile. Ses nombreux ouvrages ont été im- primés plusieurs fois dans diffé- rentes villes d'Allemagne. La plus ancienne édition est celle de 1561; et la plus complète est celle qu'en a donnée Gaspard Peucer son gendre, à Wirtemberg, quinze tomes en 4 vol. in-folio, 1601. On y remarque beaucoup d'es- prit, une érudition très-étendue, et sur-tout plus de modération qu'on n'en trouve ordinairement dans les controversistes. Il se plaint amèrement de la tyrannie de ses collègues, avides de son sang, dit-il, parce que, pour empêcher la discorde, il vou- droit les ramener à cette autorité qu'ils appellent servitude. Il écrit que l'Eglise est retombée dans son ancienne tyrannie, que les chefs de la populace, flatteurs et igno- ran, peu jaloux de la saine doc- trine et de la discipline ecclésiastique, au lieu de pratiquer les œuvres de piété, ne cherchent qu'à dominer; qu'il se trouve au milieu d'eux, comme Daniel au milieu des lions; que ne pouvant les empêcher de dominer, il prend la résolution de les fuir... Ces héros, dit-il, qui suscitent pour des bagatelles les guerres les plus cruelles à l'Eglise et à la patrie, ne sont nullement touchés de sa situation... Nos gens me blâ- ment de ce que je rends la juri- diction aux évêques. Le peuple accoutumé à vivre en liberté, après avoir secoué le joug, ne veut plus le recevoir. Les villes de l'empire sont celles qui haïssent le plus la domination : peu en peine de la doctrine et de la religion, elles ne sont jalouses que de l'empire et de la liberté. « Plût à Dieu, s'écrie-t-il dans un autre en- droit, que je pusse, non pas infirmer la domination spirituelle des évêques, mais en rétablir la domination; car je vois quelle église nous allons avoir, si nous renversons la police ecclésiastique. Je vois que la tyrannie sera plus insupportable que jamais. » Dans cette anarchie produite par les nouvelles erreurs, il desira quelquefois le rétablissement non- seulement des évêques sur les pas- teurs inférieurs; mais il sembla reconnoître la nécessité de celle du pape sur les évêques: Primùm igitur hoc omnes unanimiter pro- fitemur politiam ecclesiasticam rem esse sanctam et utilem, ut sint utique aliqui episcopi qui præ- sint pluribus ecclesiarum minis- tris, item at ROMANUS PONTIFEX PRESIT OMNIBUS EPISCOPIS. Opus est enim in ecclesia gubernatori- bas, qui vocatos ad ministeria ecclesiastica explorent et ordi- nent... et inspiciant doctrinam sacerdotum; et si nulli essent episcopi, tamen creari tales opor- teret. (D'Argentré, Coll. judic. tome 1er, part. 2, page 387.) Il faut convenir que Melanch- thon paroissoit chercher la paix et la vérité; mais il s'éloigna sou- vent des routes qui y condui- sent. A ses erreurs sur la foi, il joignoit mille rêveries sur les prodiges, sur l'astrologie, sur les songes pour lesquels il avoit une crédulité surprenante. Joa- chim Camerarius a écrit la VIS de Melanchthon, en latin, 1655, in-8.º
MÉLANIE, (Sainte) dame Romaine, étoit petite-fille de Marcellin, qui avoit été élevé au consulat. Après avoir perdu son mari et deux de ses fils, elle fit un voyage en Égypte, et visita les Solitaires de Nitrie. Sa charité industrieuse et libérale répandit ses bienfaits sur les confesseurs orthodoxes que l'Arianisme persécutoit : elle en nourrit jusqu'à cinq mille pendant trois jours. Plusieurs Catholiques ayant été relégués dans la Palestine, elle les suivit, et se rendit à Jérusalem avec le prêtre *Rufin* d'Aquilée. Elle y bâtit un monastère, où elle mena une vie pénitente, sous la direction de ce *Rufin*. *Publicola*, fils de *Mélanie*, et prêteur de Rome, avoit épousé en cette ville une femme de qualité, nommée *Albine*. Il en eut une fille nommée aussi *MÉLANIE*, vers 388, qui épousa *Pinien*, fils de *Sévère*, gouverneur de Rome, et en eut deux enfans, qu'elle perdit peu de temps après leur naissance. Elle résolut alors de vivre dans une continence perpétuelle. Sagrand-mère fit un voyage en Italie vers 405, pour la confirmer dans sa résolution. L'ancienne *Mélanie* passa en Sicile, avec *Albine* et sa petite-fille, en 410, lorsque les Goths allèrent assiéger Rome. Elle retourna ensuite à Jérusalem, où elle mourut saintement quarante jours après son arrivée. *Albine*, *Pinien* et la jeune *Mélanie* passèrent en Afrique, affranchirent huit mille esclaves, y virent *St. Augustin*, et bâtirent deux monastères à Tagaste, l'un pour les hommes, et l'autre pour les filles. Six ans après, ils allèrent s'établir à Jérusalem. La jeune *Mélanie* y mourut dans une cellule du Mont des Oliviers, en 434, après avoir consumé ses jours dans des austérités incroyables.
MÉLANION, fils d'*Amphidamas*, et petit-fils de *Lycurgue*, roi d'Arcadie, épousa *Atalante*, fille d'*Iasius*, roi du pays, et en eut un fils nommé *Parthénope*.
MELANIPPE, (Mythol.) fille d'*Eole*, épousa clandestinement *Neptune*, de qui elle eut deux fils. Son père en fut si irrité, qu'il fit exposer ses deux enfans aussitôt après leur naissance, et crever les yeux à *Mélanippe*, qu'il renferma dans une étroite prison. Les enfans ayant été nourris par des bergers, délivrèrent leur mère de la prison où elle étoit enfermée ; et *Neptune* lui ayant rendu la vue, elle épousa *Métoponte*, roi d'Icarie.
MÉLANIPPIDES. Il y a eu deux poètes Grecs de ce nom. L'un vivoit 520 ans avant Jésus-Christ ; l'autre, petit-fils du premier par une fille, florissoit 60 ans après, et mourut à la cour de *Perdiccas II*, roi de Macédoine. On trouve des fragments de leurs poésies dans le *Corpus Poëtarum Graecorum*, à Genève, 1606 et 1614, 2 volum. in-folio.
MELCHIADE ou MILTIADE, (Saint) pape après *Eusèbe*, en 311, étoit originaire d'Afrique. Il eut le bonheur de voir, durant son pontificat, la religion Chrétienne s'étendre par toute la terre, et adoptée par *Constantin*, qui s'en rendit protecteur ; cette joie fut troublée par le schisme des Donatistes. Il fit tous ses efforts pour les engager à se soumettre à la pénitence, mais il n'y réussit pas. Il mourut le 15 janvier 314.
MELCHIOR. C'est le nom qu'on a donné à l'un des 3 Mages 198 MEL qui adorèrent J. C. Baillet soupçonne que ce nom est corrompu de l'hebreu. Voyez BALTHASAR.
MELCHIOR ADAM, et MELCHIOR CANUS, Voyez VI. ADAM et I. CANUS.
MELCHISEDECH, roi de Salem, et prêtre du très-Haut, vint à la rencontre d'Abraham, victorieux de Chodorichomor, jusques dans la vallée de Savé. Il le bénit, et lui présenta du pain et du vin; ou, selon l'explication des Pères, il offrit pour lui le pain et le vin en sacrifice au Seigneur. Abraham, voulant reconnoître en lui la qualité de prêtre du vrai Dieu, lui donna la dîme de tout ce qu'il avoit pris sur l'ennemi. Il n'est plus parlé dans la suite de Melchisedech; et l'Écriture ne nous apprend rien, ni de son père, ni de sa généalogie, ni de sa naissance, ni de sa mort. Les savans ont fait une infinité de questions inutiles, soit sur sa personne, soit sur la ville où il régnoit. Quelques-uns ont cru qu'il étoit roi de Jérusalem; d'autres, que Salem étoit une ville différente, située près de Scythopolis, la même ou arriva Jacob à son retour de Mésopotamie. Les Juifs prétendoient que Melchisedech étoit le même que Sem, fils de Noë; d'autres, qu'il étoit Païen, fils d'un roi d'Égypte ou de Libye; le célèbre Origène a cru que c'étoit un Ange. Les hérétiques nommés Melchisedeciens, prenant à la lettre ce que dit St. Paul, que Melchisedech n'avoit ni père, ni mère, ni généalogie, soutenoient que ce n'étoit pas un homme, mais une vertu céleste, supérieure à J. C. même. Voy. THEODORE, n.º III.
MELCTAL, (Arnold de) natif du canton d'Underval en Suisse, est un des principaux auteurs de la liberté Helvétique. Irrité de ce que Grisler, gouverneur de l'empereur Albert I, avoit fait croyer les yeux à son père, il se joignit à Werner Stouffacher, à Walter Furst et à Guillaume Tell, et fit soulever ses compatriotes contre la domination de la maison d'Autriche. Guillaume Tell tua Grisler d'un coup de flèche. Tel fut le commencement de la république des Suisses. Le projet de cette révolution fut formé le 14 novembre 1307. L'empereur Albert d'Autriche, qui vouloit punir les auteurs et leurs partisans, fut prévenu par la mort. Le duc d'Autriche Léopold assembla contre eux 20,000 hommes. Les Suisses se conduisirent comme les Lacédémoniens aux Thermopyles. Ils attendirent, au nombre de quatre ou cinq cents, la plus grande partie de l'armée Autrichienne au pas de Morgate. Plus heureux que les Lacédémoniens, ils mirent en fuite leurs ennemis en roulant sur eux des pierres. Les autres corps de l'armée ennemie furent battus en même temps par un aussi petit nombre de Suisses. Cette victoire ayant été gagnée dans le canton de Schweitz, les deux autres cantons donnèrent ce nom à leur confédération. Petit à petit les autres cantons entrèrent dans l'alliance. Berne, qui est en Suisse ce que Amsterdam est en Hollande, ne se ligua qu'en 1352; et ce ne fut qu'en 1513, que le petit pays d'Appenzel se joignit aux autres cantons, et acheva le nombre de treize. Jamais peuple n'a plus long-temps ni mieux combattu pour recouvrer sa liberté que les Suisses. Ils l'ont gagnée par plus de soixante combats contre les Autrichiens ; et il est à croire qu'ils la conserveront. Tout pays qui n'a pas une grande étendue, qui n'a pas trop de richesses, où les lois sont douces, doit être libre long-temps. Le nouveau gouvernement en Suisse a fait changer de face à la nature. Un terrain aride, négligé sous des maîtres trop durs, a été enfin cultivé. La vigne a été plantée sur les rochers ; des bruyères défrichées et labourées par des mains libres, sont devenues fertiles. Voy. TELL et FURST. I. MÉLÉAGRE, (Mythol.) fils d'Œnée roi de Calydon, et d'Althée. Sa mère accouchant de lui, vit les trois Parques auprès du feu, qui y mettoient un tison, en disant : Cet enfant vivra tant que le tison durera. Althée alla promptement se saisir du tison, l'éteignit, et le garda bien soigneusement. Œnée son époux, ayant oublié dans un sacrifice, qu'il faisoit à tous les dieux, de nommer Diane, cette déesse s'en vengea en envoyant un sanglier ravager tout le pays de Calydon. Les princes Grecs s'assemblèrent pour tuer ce monstre, et Méléagre à leur tête fit paroître beaucoup de courage. Atalante blessa la première le sanglier, et cette beauté guerrière lui en offrit la hure, comme la plus considérable dépouille. Les frères d'Althée, mécontés de cette déférence, prétendirent l'avoir ; mais le jeune prince, jaloux d'un présent qui flattoit son orgueil, et qui venoit sur-tout d'une main chère, tua ses oncles, et en resta possesseur. Althée vengea la mort de ses frères, en jetant au feu le tison fatal ; et Méléagre aussitôt se sentit dévorer les entrailles, et périt misérablement. — Il ne faut pas le confondre avec MÉLÉAGRE, roi de Macédoine, l'an 280 avant l'ère Chrétienne. Le premier, partant pour la chasse, est le sujet d'un très-beau tableau de Petitot, peintre moderne, qui l'a exposé au salon dans ces dernières années.
II. MÉLÉAGRE, poète Grec, natif de Galaris, (autrement Séleucie) en Syrie, florisoit sous le règne de Séleucus VI, dernier des rois de Syrie. Il fut élevé à Tyr, et finit ses jours dans l'isle de Cos, anciennement appelée Mérope. C'est là qu'il fit le recueil d'Epigrammes grecques, que nous appelons l'Anthologie. Il y rassembla ce qu'il avoit trouvé de plus fin et de plus saillant dans les ouvrages de quarante-six poètes, dont il donna les noms dans une Elégie qui sert de préface à son recueil, et qu'il a intitulée : Le Chant des Fleurs. La disposition des Epigrammes fut souvent changée dans la suite, et l'on y fit plusieurs additions. Philippe de Thessalonique, qui vivoit du temps d'Auguste, ajouta plusieurs poètes à ceux déjà mis à contribution ; l'historien Agathias, contemporain de l'empereur Justinien, en réunit d'autres. En 1789, M. Brunck a détaché le seul ouvrage de Méléagre du vaste recueil de l'Anthologie grecque, et l'a publié avec des notes : Lipsiae, in-8.º Le moine Planudes le mit, en 1380, dans l'état où nous l'avons actuellement, Francfort, 1600, in-folio. Il y en a quelques-unes de jolies ; mais la plupart manquent de sel. I. MELÈCE, ou plutôt MELICE, *Melicius*, évêque de Lycopolis en Egypte, fut déposé dans un synode, par *Pierre*, évêque d'Alexandrie, pour avoir sacrifié aux Idoles pendant la persécution. Ce prélat indocile forma un schisme en 306, et eut grand nombre de partisans, qu'on appela *Meléciens*, et qui d'abord ennemis des Ariens, s'unirent ensuite à eux pour persécuter *St. Athanase*. *Melèce* mourut vers 326, dans l'esprit de rébellion qui l'avoit animé pendant sa vie. — Il ne faut pas confondre ses disciples avec les MELÉCIENS Catholiques, dont il est parlé dans l'article suivant.
II. MELÈCE, DE MELITINE, ville de la petite Arménie, homme irrépréhensible, juste, sincère, craignant Dieu, et d'une douceur admirable, fut élu évêque de Sebaste en 257. Affligé et lassé de l'indocilité de son peuple, il se retira à Berée, d'où il fut appelé à Antioche et mis sur le siège de cette ville, du consentement des Ariens et des Orthodoxes, en 360. Quelques jours après, ayant défendu avec zèle la doctrine Catholique, il fut déposé par les Ariens, qui ordonnèrent à sa place un des leurs nommé *Euzoïus*, et firent reléguer *Melèce* au lieu de sa naissance, par l'empereur *Constance*. Après la mort de ce prince, *Lucifer*, évêque de Cagliari, étant allé à Antioche, y ordonna *Paulin* à la place de *Dorothée* successeur d'*Euzoïus*; et le schisme n'en fut que plus difficile à éteindre. *Melèce*, de retour à Antioche, fut persécuté de nouveau, et envoyé en exil par deux fois sous l'empire de *Valens*. Enfin, l'an 378, *Paulin* et *Melèce* con- vinrent qu'après la mort de l'un des deux, le survivant demeurerait seul évêque; et que cependant ils gouverneraient l'un et l'autre, dans l'église d'Antioche, les ouailles qui les reconnoissoient pour leurs pasteurs. *Théodose*, associé à l'empire par *Gratien*, convoqua un concile à Constantinople en 381, auquel *Melèce* présida. L'empereur ne le connoissoit que de réputation; mais, peu de jours avant que d'être élevé à l'empire, il avoit vu en songe l'illustre prélat le revêtir d'un manteau impérial. Quand les évêques assemblés en concile vinrent le saluer pour la première fois, il défendit qu'on lui montrât *Melèce*; et à l'instant il courut à lui, et baisa la main qui l'avoit couronné. *Melèce* mourut à Constantinople, pendant la tenue du concile, avec la gloire d'avoir souffert trois exils pour la vérité. Les évêques le pleurèrent comme leur père.
III. MELÈCE SYRIQUE, protosyncèle de la grande église de Constantinople au 17$^{e}$ siècle, se distingua par son savoir. Il fut envoyé par son patriarche en Moldavie, pour examiner une *Profession de Foi*, composée par l'église de Russie. Cette Confession fut adoptée en 1658, par toutes les églises d'Orient, dans un concile de Constantinople, *Panagiotti*, premier interprète de la Porte, la fit imprimer en Hollande. On a encore de *Melèce* une *Dissertation*, que *Panaudot* a fait imprimer dans un Recueil de *Traités* sur l'Eucharistie, Paris, 1709, in-4$^{o}$. On la trouve, en grec et en latin, dans le *Traité de la croyance de l'Eglise Orientale sur la Transubstantiation*, par *Richard Simon*.
MELEDIN, (le Sultan) Voy. FRÉDERIC II, et FRANÇOIS d'ASSISE.
MELÈS, roi de Lydie, succéda à son père Halyate, 747 ans avant J. C.; et fut père de Candaule, le dernier des Héraclides.
MELFORT, (Louis Drummond, comte de) lieutenant général, publia, en 1776, un Traité sur la Cavalerie, avec des planches, 2 vol. in-folio, très-bien imprimés. Il mourut, en octobre 1788, à 67 ans.
MELICE, Voy. I. MELÈCE.
MÉLICERTE, Voyez PALÉMON.
MÉLIER, Voy. MESLIER.
MELIN, Voyez IL SAINT-GELAIS.
MELISSA, fille de Melisséus roi de Crète, partagea, avec sa sœur Amalthée, selon la Fable, le soin de nourrir Jupiter de lait de chèvre et de miel. On dit qu'elle inventa la manière de préparer le miel : ce qui a donné lieu de feindre qu'elle avoit été changée en abeille.
MELISSUS DE SAMOS, philosophe Grec, disciple de Parménide d'Elée, exerça dans sa patrie la charge d'amiral avec un pouvoir et des privilèges particuliers. Il prétendoit que cet univers est infini, immuable, immobile, unique et sans aucun vide; et qu'on ne pouvoit rien avancer sur la Divinité, parce qu'on n'en avoit qu'une connoissance imparfaite. « Il y a apparence, dit l'abbé Laïvocat, que son système différoit peu du Spinosisme. » Ce philosophe florissoit vers l'an 444 avant J. C. M E L 201
MELITIS ou MARGITÈS, Grec, dont la sottise a été immortalisée par les vers d'Homère. Il étoit si stupide, qu'il ne pouvoit compter au-delà du nombre cinq. S'étant marié, il n'osoit rien dire à sa nouvelle épouse, de peur, disoit-il, qu'elle n'ailât s'en plaindre à sa mère.
MÉLITON, (Saint) né dans l'Asie, gouverna l'église de Sardes en Lydie, sous Marc-Aurèle. Il présenta à ce prince, l'an 171, une Apologie pour les Chrétiens, dont Eusèbe et les autres anciens écrivains ecclésiastiques font l'éloge. Cette Apologie et tous les autres ouvrages de Méliton ne sont point parvenus à la postérité, excepté quelques fragmens qu'on trouve dans la Bibliothèque des Pères. Tertullien et St. Jérôme parlent de lui comme d'un excellent orateur et d'un habile écrivain. Sa vertu et sa modestie relevèrent l'éclat de ses talens.
MÉLITUS, orateur et poète Grec, fut l'un des principaux accusateurs de Socrate, l'an 400 avant J. C. Cet impudent soutint son accusation par un discours travaillé, où à la place de bonnes raisons, il substitua l'éclat séduisant d'une éloquence vive et brillante. Les Athéniens repentans, ayant dans la suite reconnu l'iniquité du jugement porté contre Socrate, condamnèrent Mélitus à perdre la vie.
MÉLIUS, (Spurius) chevalier Romain, fort riche, qui fut accusé d'aspirer à la royauté dans Rome, à cause des grandes distributions de blé qu'il faisoit au peuple dans un temps de disette. Ayant été sommé par C. Servilius Ahala, général de la cava- 202 MEL lerie, de comparoitre devant le dictateur *L. Quintus Cincinnatus*, non-seulement il n'obéit point, mais il se jeta dans la foule pour se dérober à la poursuite de *Servilius*, qui, le voyant fuir, lui passa son épée à travers du corps, et le tua. Ses biens furent confisqués et sa maison rasée, l'an 440 avant J. C.
MELLAN, (Claude) dessinateur et graveur François, né à Abbeville en 1601, mourut à Paris, le 9 septembre 1688, à 37 ans. L'œuvre de ce maître est considérable. Ses *estampes* sont la plupart d'après ses dessins. Sa manière est des plus singulières. Il travaillait peu ses planches : souvent même il n'employoit qu'une seule taille ; mais l'art avec lequel il savait l'enfer ou la diminuer, donne à ses gravures un très-bel effet. On a de lui, quelques *Portraits* dessinés avec tout le goût et l'esprit imaginables. Son père l'avait destiné à la peinture, et le mit dans l'école de *Vouet*. La réputation qu'il acquit par son burin, le fit désirer par *Charles II*, roi d'Angleterre ; mais l'amour de la patrie et un mariage heureux le fixèrent en France. Ses plus beaux ouvrages sont : I. Le Portrait du marquis *Justiniani*. II. Celui du pape *Clement VIII*. III. La *Galerie Justinienne*. IV. Une *Sainte Face*, qui est d'un seul trait en rond, commençant par le bout du nez, et continuant de cette manière à marquer tous les traits du visage. *Mellan* n'a été surpassé par aucun graveur dans cette manière de graver d'un seul trait, dont il est l'inventeur. *Louis XIV*, instruit de son mérite, lui accorda un logement aux galeries du Louvre.
MELLIER, (Guillaume) lieutenant criminel à Lyon, publia un *Traité* sur les mariages clandestins, faits par les fils de famille sans le consentement de leurs pères, imprimé en 1558, in-8. Il laissa en manuscrit un *Traité* sur les vêtements et ornements des magistrats de la Gaule.
MELLINI, (Dominique) Florentin, fut envoyé, en 1562, au concile de Trente comme secrétaire de *Jean Strozzi*, député du grand duc *Cosme premier*. Il devint ensuite gouverneur de *Pierre de Medicis*, fils de *Cosme*. *Mellini* est auteur de plusieurs ouvrages : I. *Description* de l'entrée de *Jeanne d'Autriche* à Florence, 1566. II. *Vie de Philippe Scolari* comte de Temeswar, fameux guerrier, mort en 1426. III. *Discours* contre la possibilité du mouvement perpétuel, 1583. IV. *Histoire* de la comtesse *Mathilde*, in-4°. Florence, 1589. V. *Lettre* apologétique sur cette Histoire, 1594. VI. *Opuscules* philosophiques, parmi lesquels on trouve une lettre curieuse sur les prodiges arrivés à la mort de *JESUS*. VII. Le plus singulier des ouvrages de *Mellini* est un Recueil de tous les écrits anciens publiés contre le Christianisme, lorsqu'il commença à se répandre. Il est intitulé : *In veteres quosdam Scriptores malevolos Christiani nominis obtrictatores*, in-fol., Florence, 1577.
MELON, (Jean-François) né à Tulle, alla s'établir à Bordeaux, où il engagea le duc de la *Force* à fonder une académie. Il fut secrétaire perpétuel de cette compagnie qui embrasse tous les objets des différentes académies de Paris. Le duc de la *Force* l'ayant appelé auprès de lui, lorsqu'il prit part sa ministère sous la régence, là: cour l'employa dans les affaires les plus importantes. Il mourut à Paris en 1738. Ses principaux ouvrages sont : I. Un *Essai politique sur le Commerce*, dont la seconde édition de 1736, in-12, est la meilleure. L'auteur a une connoissance fort étendue des grandes affaires, et une extrême droiture de cœur et d'esprit. Il y discute plusieurs points importants sur nos intérêts et sur nos usages. Cet Essai contient, dans un petit espace, de grands principes de commerce, de politique et de finance, appuyés par des exemples qui se présentent lorsque le sujet le demande. Son style, comme ses pensées, est mâle et nerveux, quoique défiguré par des fautes de langage et d'expression. Les hommes d'un esprit juste ont trouvé dans son livre quelques paradoxes, comme son opinion sur le changement des monnoies. Ils ont été réfutés par M. du Tot, dans ses *Bieflexions sur le Commerce et les Finances*, 1738, 2 vol. in-12. II. *Mahoud le Gasnévide*, in-12, avec des notes. C'est une histoire allégorique de la régence du duc d'Orléans. Elle offre de bons principes de morale et de législation, et des vues élevées et utiles. Le régent faisoit un cas infini de *Melon*, et passoit avec lui des heures entières à discuter les points les plus intéressants de son administration. On peut lui reprocher d'avoir entretenu les illusions de ce prince au sujet du système de *Law*; et ce n'est pas la seule opinion chimérique qu'il lui avoit inspirée. *Melon* étoit très-éclairé; mais il étoit quelquefois dominé par son imagination et par l'amour des nouveautés. III. Pla- sieurs *Dissertations* pour l'académie de Bordeaux.
MELOT, (Jean-Baptiste) né à Dijon en 1697, acquit dans sa patrie et à Paris, où il continua ses études, des connaissances très-variées. Elles lui firent un nom, et l'académie des Inscriptions l'appela dans son sein en 1738. Elle n'eut point à se repentir de son choix: il enrichit ses Mémoires de plusieurs *Dissertations* intéressantes. Nommé, en 1741, pour être garde des manuscrits de la bibliothèque du roi, il travailla au Catalogue des richesses que renferment ces immenses archives de la littérature. L'abbé *Sallier* ayant découvert un manuscrit de l'*Histoire de saint Louis* par *Joinville*, manuscrit de l'an 1309, et le plus ancien qu'on connoisse, il s'agissoit de donner au public ce morceau curieux. On vouloit y joindre deux autres ouvrages qui n'avoient point encore paru: la *Vie* du même *St. Louis* par *Guillaume de Nangis*; et les *Miracles* de ce prince, décrits par le confesseur de la reine *Marguerite* sa femme. Un glossaire devenoit d'une nécessité indispensable pour entendre ces auteurs. C'est à ce travail que *Melot* s'appliqua pendant deux ans, et il commençoit à mettre en œuvre ses matériaux, lorsqu'il fut frappé d'apoplexie, le 8 septembre 1760. Il mourut deux jours après, à 62 ans. Les qualités de son ame faisoient aimer les lettres; c'étoit la candeur, la droiture, l'égalité, la modestie, la simplicité, la complaisance, la douceur, la probité, la vertu même. Son édition de *Joinville* parut en 1761, in-fol.
MELPOMÈNE, l'une des neuf *Muses*, déesse de la tragé- 204 M E L die. On la représente ordinairement sous la figure d'une jeune fille, avec un air sérieux, superbement vêtue, chaussée d'un cothurne, tenant des sceptres et des couronnes d'une main, et un poignard de l'autre.
MELVILL, (Jacques de) gentilhomme Ecossois, fut page, puis conseiller privé de Marie Stuart, veuve de François II, roi de France. (Voy. XXVI. MARIE, vers la fin.) Le roi Jacques, fils de Marie, le mit dans son conseil, et lui confia l'administration des finances. Ce prince voulut l'emmener avec lui, lorsqu'après la mort de la reine Elizabeth, il alla prendre possession de la couronne d'Angleterre; mais il s'en excusa, et obtint la permission de vivre dans la retraite. On a de lui, des Mémoires imprimés en anglois, in-folio; puis in-12, en françois, 1694, 2 vol., et en 1745, 3 vol. L'abbé de Marsy, dernier éditeur, a recrépî l'ancienne traduction françoise de cet ouvrage, et l'a augmentée d'un volume, composé de matières liées avec celles de ces Mémoires: c'est-à-dire de plusieurs Lettres de Marie Stuart, les unes originales en notre langue, (car cette princesse parloit et écrivoit bien en françois) les autres traduites de l'anglois en latin. Le style des Mémoires de Melvill, dit un célèbre critique, est simple et naïf. On y voit le modèle rare d'un homme vertueux et inaccessible à l'ambition, d'un courtisan sincère, et d'un sage tolérant. Cependant, malgré la sagesse qui paroît dans ces Mémoires, l'auteur raconte sérieusement des contes puérils de sorcières et des histoires de Sabbat, qu'il donne pour des faits authentiques. I. MELUN, (Simon de) seigneur de la Louppe, d'une maison féconde en grands hommes, qui remonte au 10e siècle, suivit St. Louis en Afrique l'an 1270, et se signala au siège de Tunis. A son retour, il fut fait maréchal de France, en 1293, et fut tué à la bataille de Courtrai, le 11 juillet 1302.
II. MELUN, (Jean II, vicomte de) succéda, en 1350, à son père Jean I, dans la charge de grand chambellan de France. Il se trouva à la bataille de Poitiers avec Guillaume, archevêque de Sens, son frère, et à la paix de Bretigni, en 1359. Il eut part à toutes les grandes affaires de son temps, et mourut en 1382, avec la réputation d'un homme intelligent.
III. MELUN, (Charles de) baron de Nantouillet, étoit un homme plein d'esprit et de valeur. Louis XI le fit, en 1465, son lieutenant général dans tout le royaume. Mais ses envieux conspirèrent sa perte. Il fut accusé d'être d'intelligence avec les ennemis de l'état, et il eut la tête tranchée, le 20 août 1483. Il descendoit d'un frère de Simon de Melun. Sa postérité masculine finit à son petit-fils.
MÈMES, Voyez MESMES.
MEMMI, (Simon) peintre, natif de Sienne, mort en 1345, âgé de 60 ans, mettoit beaucoup de génie et de facilité dans ses dessins; mais son principal talent étoit pour les portraits. Il peignit celui de la belle Laure, maitresse de l'étrangue, poète célèbre, dont Mélani étoit très-estimé.
MEMMIA, (Sulticia) femme de l'empereur Alexandre Sévère, mourut à la fleur de son âge. Elle avoit des vertus; mais son caractère étoit fier et méprisant. Elle reprochoit sans cesse à son époux son extrême affabilité; ce prince lui répondit un jour: J'affermis mon autorité, en me rendant populaire.
MEMMIUS GEMELLUS, (Catus) chevalier Romain, cultivoit l'éloquence et la poésie. Il fut d'abord trabun du peuple, ensuite préteur, et enfin gouverneur de Bithynie; mais ayant pillé cette province, il fut envoyé en exil dans l'isle de Patras par César; l'an 61 avant Jésus-Christ, malgré le crédit de Cicéron son ami. Il avoit brigué le consulat avant sa disgrace. Lucrèce lui dédie son Poème, comme à un homme qui connoissoit toutes les finesses de l'art.
MEMNON, (Mythol.) roi d'Abydos, fut fils de Titon et de l'Aurore. Achille le tua devant Troye, parce qu'il avoit amené du secours à Priam. Lorsque son corps fut sur le bûcher, Apollon, le métamorphosa en oiseau, à la prière d'Aurore. Cet oiseau multiplia beaucoup, et se retira en Éthiopie avec ses petits. Ovide écrit que ces oiseaux, appelés Mémonies, revenoient tous les ans d'Éthiopie dans les campagnes de Troye, où, après avoir voltigé trois fois autour du tombeau de Memnon, ils se séparoient en deux bandes: et fondant les uns sur les autres, ils s'immoloient aux mânes de leur père. Tacite raconte que Germanicus étant en Thébaïde, avoit considéré avec admiration une statue de Memnon qui rendoit des sons articulés, lorsque les rayons du soleil commençoient à la frapper: Tac. Strabon dit aussi les avoir entendus; mais il doute qu'ils viassent de la statue.
II. MEMNON, de l'isle de Rhodes, fut le plus habile des généraux de Darius, roi de Perse. Il conseilla à ce prince de ruiner son propre pays, pour couper les vivres à l'armée d'Alexandre le Grand, et d'attaquer ensuite la Macédoine; mais ce sage conseil fut désapprouvé des autres généraux. On se battit, et les Perses furent vaincus au passage du Granique, l'an 333 avant Jésus-Christ. Il défendit ensuite la ville de Milet avec vigueur, s'empara des isles de Chio et de Lesbos, porta la terreur dans toute la Grèce, et auroit arrêté les conquêtes d'Alexandre, s'il ne fut mort quelque temps après. La perte de ce héros, grand capitaine et homme actif, également propre à donner un conseil et à l'exécuter, entraîna la ruine de l'empire des Perses. Barsine, veuve de Memnon, renommée pour sa beauté, fut faite prisonnière avec la femme de Darius. Ce fut la première femme qu'Alexandre aima. Il en eut un fils nommé Hercule. —Les deux sœurs de Barsine épousèrent Ptolomée, fils de Lagus, et Eumène.
MÉNADES, (Mythol.) femmes transportées de fureur, qui suivoient Bacchus, et qui mirent en pièces Orphee. On les appeloit aussi Bacchantes.
MENAGE, (Gilles) né le 15 août 1613, à Angers, d'une famille honnête, montra de bonne heure des dispositions pour les sciences. Après avoir fait avec succès ses humanités et sa philosophie, il fut reçu avocat du 206 M É N roi à Angers, à la place de son père. Dégoûté du barreau, il lui rendit cette place; et comme cela occasionnait un peu de brouillerie entre eux, *Ménage* fit ce jeu de mot, qu'il étoit mal avec son père, parce qu'il lui avoit rendu un mauvais office. Il embrassa alors l'état ecclésiastique, et obtint des bénéfices qui le mirent dans l'aisance. Il se livra tout entier à l'étude des belles-lettres. L'abbé *Chastelain* le fit entrer chez le cardinal de *Retz*; mais s'étant brouillé avec les autres personnes qui demeuroient chez cette éminence, il en sortit. Il alla demeurer dans le cloître de Notre-Dame. Il ouvrit chez lui une assemblée de gens de lettres, qui se tenoit tous les mercredis, et qu'il appeloit sa *Mercuriale*. Les derniers tenans de ce Musée, qui eut lieu pendant quarante ans, furent *Gallant*, *Boivin*, de *Launai*, *Pinsson* avocat; l'abbé du *Bos* et de *Valois*, qui donnèrent à frais communs le premier *MENAGLANA*. *Ménage* avoit beaucoup d'érudition, jointe à une mémoire prodigieuse; et citoit sans cesse, dans ses conversations, des vers grecs, latins, italiens, françois. Il disoit qu'il ne vouloit pas lire le Dictionnaire de *Moréri*, dans la crainte d'en retenir toutes les fautes. Il avoit du génie pour la poésie italienne, et il fut, suivant *Voltaire*, un de ceux qui prouvèrent qu'il est plus facile de versifier en italien qu'en françois. Ses vers lui méritèrent une place à l'académie de la *Crusca*. L'académie Françoise lui auroit aussi ouvert ses portes, sans sa *Requête des Dictionnaires*, satire plaisante contre le Dictionnaire de cette compagnie. Ce qui fit dire à *Monmor*, maître des requêtes: «C'est justement à cause de cette pièce qu'il faut condamner *Ménage* à être de l'académie, comme on condamne un homme qui a dézioné une fille, à l'épouser. » Après la mort de *Chidemoï*, en 1684, *Ménage* brigua une place; mais *Bergeret*, qui, avec moins de talens avoit plus de douceur et plus d'amis, lui fut préféré. L'humeur de *Ménage* étoit celle d'un pédant: aigre, méprisant et présomptueux. Sa vie fut une guerre comminuelle. L'abbé d'*Aubignac*, *Gilles Boileau*, frère du satirique; *Cottin*, *Sallo*, *Bouhours*, *Baillet*, furent les principaux objets de sa haine. Sa querelle avec l'abbé d'*Aubignac* vint, de ce qu'après avoir discuté les beautés de détail des comédies de *Térence*, ils ne furent pas d'accord sur celle de ses pièces qui méritoit le premier rang. Après divers écrits de part et d'autre, et beaucoup d'injures répandues sur le papier, tout le feu de *Ménage* s'éteignit. Il affecta des remords de conscience; il dit qu'il avoit juré de ne jamais écrire ni lire des libelles. Ses scrupules furent mal interprétés. On plaisanta sur sa dévotion, qui ne lui avoit pas ôté le goût pour les femmes. *Ménage* avoit eu des attentions tendres pour *Mesdames de la Fayette* et de *Sévigné*. Il aima sur-tout la première, lorsqu'elle s'appeloit *Mlle de la Vergne*, et la célébra sous le nom de *Laverna*. L'équivoque de ce mot avec le mot latin *Laverna*, déesse des voleurs, occasionna une épigramme en vers latins, dont le sel tombe sur la réputation de *Fripier de vers*, que s'étoit faite *Ménage*. La voici: Lesbia nulla tibi est; nulla est tibi diata Corinna; Carmiac laudatur Cynthia nulla tuor Sed cum dogorum compiles serinia votum, Nil mirum, si sit culta Laverna tibi. On l'a rendue ainsi en françois : Est-ce Coriane, est-ce Leable, Est-ce Philia, Est-ce Cynthia Dont le nom est par toi chanté ? Tunela nommes pas, écrivain plagiaire : Sur le Parnasse vrai corsaire, Laverne est ta Divinité. Les vols faits par Ménage, aux anciens et aux modernes, fai- soient dire au poète Linière, qu'il faudroit le conduire au pied du Parnasse, et le marquer sur l'é- paule. Ménage fut chargé par le cardinal Mazaria, de la commis- sion délicate de lui fournir la liste des gens de lettres qui méritoient des récompenses; il fit ce choix avec discernement, et obtint lui- même une pension de 2000 livres. On a cité de lui, plusieurs mots heureux. Se trouvant aux Char- treux, on lui montra le superbe tableau de St. Bruno, par le Sueur; en le voyant, Ménage s'écria : Sans la règle, il parleroit. Sa maxime favorite étoit celle-ci : « J'aime qui m'aime; j'estime qui le mérite, et je fais plaisir à qui je puis. » Ménage disoit vrai. Il mourut le 23 juillet 1692, à 79 ans, d'une fluxion de poitrine. Le P. Ayrault, Jésuite, l'exhorta dans ses derniers momens avec tant d'onction, que le mourant ne put s'empêcher de dire : Je vois bien que si l'on a besoin d'une sage-femme pour entrer dans ce monde, on n'a pas moins besoin d'un homme sage pour en sortir. Ses ennemis le poursuivirent jusques dans le tombeau. C'est à ce sujet que le célèbre la Monnoie fit cette épigramme : Laissons en paix Monsieur Ménage ; C'étoit un trop bon personnage, Pour n'être pas de ses amis. Souffrez qu'à son tour il repose ; Lui dont les vers et dont la prose Nous ont si souvent endormis. On l'accusoit de n'avoir que de la mémoire. Un jour, s'étant trouvé chez Mad. de Rambouillet avec plusieurs dames, il les entretint de choses fort agréables, qu'il avoit retenues de ses lectures. Mad. de Rambouillet, qui s'en appercevoit bien, lui dit : « Tout ce que vous dites, Monsieur, est charmant; mais dites-nous quel- que chose présentement de vous. » On a de ce savant : I. Dictionnaire Etymologique, ou Origines de la langue Françoise, dont la meil- leure édition est celle de 1750, en 2 vol. in-folio, par les soins de M. Jault, professeur au collège royal, qui a beaucoup augmenté cet ouvrage, utile à plusieurs égards; mais très-souvent ridi- cule, par le grand nombre d'é- tymologies fausses, absurdes et impertinentes dont il fourmille. La reine Christine disoit, à l'é- gard de cet ouvrage : Non seu- lemént Ménage veut savoir d'où vient un mot, mais où il va. Jour- nel, imprimeur de Paris, ne vou- loit pas d'abord imprimer ce li- vre, parce qu'on y traitoit les Parisiens de Badauds. C'est à ce sujet que Ménage fit les vers sui- vans : De peur d'offenser sa Patrie, Journal, mon Imprimeur, digne enfant de Paris, Ne veut rien imprimer sur la badan- derie... Journal est bien de son Pays.
II. Origines de la langue Italienne, à Genève, en 1685, in-fol. : ou- 208 MÉN vrage qui a le mérite et les défauts du précédent. On peut s'étonner qu'un François ait fait une pareille entreprise; mais l'étonnement cesse, lorsqu'on sait que d'un côté Ménage n'a fait que recueillir ce qu'il a trouvé sur ce sujet dans divers ouvrages italiens; et que de l'autre, plusieurs académiciens de Florence, et particulièrement *Itadi*, *Dati*, *Panciatici* et *Chimentelli* lui ont fourni beaucoup de matériaux. Il n'entreprit cet ouvrage que pour prouver à l'académie de la *Crusca*, qu'il n'étoit pas indigne de la place qu'elle lui avoit accordée dans son corps. III. Une édition de *Diogène Laërce*, avec des observations et des corrections très-estimées, Amsterdam, 1692, 2 vol. in-4. IV. Des *Notes* sur les Poésies de *Malherbe*, qui ont servi à l'édition de 1722, 3 vol. in-12. V. *Remarques sur la langue Françoise*, en 2 vol. in-12; peu importantes. VI. L'*Anti-Baillet*, 2 vol. in-12: critique qui fit quelque honneur à son savoir, et très-peu à sa modération et à sa modestie. VII. *Histoire de Sable*, 1686, in-folio; savante et minutieuse. VIII. Des *Satires* contre *Montmaur*, dont la meilleure est la *Métamorphose* de ce pédant en *Perroquet*. On les trouve dans le recueil de *Salleagre*. IX. Des *Poésies Latines*, *Italiennes*, *Grecques* et *Françoises*, Amsterdam, 1687, in-12. Les dernières sont les moins estimées. On n'y trouve que des épithètes, de grands mots vides de sens, des vers pillés de tons côtés et souvent mal choisis. Son génie poétique étant froid et stérile, il faisait des ters en dépit des Muses. Aussi *Boileau* le railla-t-il de son affectation à se servir de lieux communs pour remplir ces hémistiches: en *charmes fécondes*; à nulle autre pareille; chef-d'œuvre des cieux, etc. Le *Clerc* dit, dans son *Parrhasiana*, que les vers italiens de *Ménage* ne valoient guère mieux que ses vers françois. On convient cependant, qu'en général, ils ont un air plus facile; et les gens de lettres d'Italie furent surpris, dans le temps, qu'un étranger eût aussi bien réussi à versifier dans leur langue. Quant à ses Poésies latines, *Morhof* prétend qu'il a pillé souvent *Vincent Fabricius*; mais la vérité est que les Muses latines de *Ménage* et de *Fabricius* sont aujourd'hui bien peu connues. X. *Juris Civilis amanitates*, Paris, 1677, in-8. On donna, après sa mort, comme nous l'avons dit, un *MENAGIANA*, d'abord en un vol., ensuite en 2; enfin, en 4, l'an 1715. Cette dernière édition est due à la *Monnoie*, qui a enrichi ce recueil de plusieurs remarques qui l'ont tiré de la foule des *Ana*. Il y a pourtant bien des choses inutiles... *Voyez QUILLET*, COTTIN, MARTIGNAC, HILDEBERT, IV. COUSIN.
MÉNAGER, *Voyez MES-NAGER*. I. MENALIPPE, sœur d'*Antiope*, reine des Amazones. *Hercule* l'ayant vaincue et fait prisonnière dans une bataille, exigea, pour sa rançon, ses armes et son baudrier, parce qu'*Euristée* lui avoit commandé de les lui apporter.
II. MENALIPPE, citoyen de Thèbes, qui, ayant blessé à mort *Tydée*, au siège de cette ville, fut ensuite tué lui-même. *Tydée* se fit apporter la tête de son ennemi, et assouvit sa vengeance, en la déchirant avec ses dents; dents ; après quoi il expira. — Une fille du centaure *Chiron* se nommoit *MÉNALIPPE*. Ayant épousé *Eole*, elle fut changée en jument, selon la Fable, et placée parmi les constellations. I. MÉNANDRE, né à Athènes, l'an 342 avant J. C., se noya près du port de Pyrée, l'an 293 avant J. C., à 52 ans. Ce comique, honoré parmi les Grecs du titre de *Prince de la Nouvelle Comédie*, est préféré à *Aristophane* ; il n'a point donné, comme lui, dans une satire dure et grossière, qui déchire sans ménagement la réputation des honnêtes gens ; mais il assaisonnoit ses Comédies d'une plaisanterie douce, fine et délicate, sans s'écarter jamais des lois de la plus austère bienséance. De deux cent huit Comédies que ce poète avoit composées, et qu'on dit avoir été toutes traduites par *Térence*, il ne nous reste que très-peu de fragmens. Ils ont été recueillis par *le Clerc*, qui les publia en Hollande en 1709, in-8.º Un critique donna des *Observations* sur les *Remarques* de *le Clerc*, en 1710 et 1711, in-8.º
II. MÉNANDRE, disciple de *Simon le Magicien*, se fit chef d'une secte particulière, en changeant quelque chose à la doctrine de son maître. « Il reconnoissoit, comme *Simon*, un Être éternel et nécessaire, qui étoit la source de l'existence ; mais il enseignoit que la majesté de l'Être suprême étoit cachée et inconnue à tout le monde, et qu'on ne savoit de cet Être rien autre chose, sinon qu'il étoit la source de l'existence, et la force par laquelle tout étoit. Une multitude de Génies, sortis de l'Être suprême, avoient, selon *Ménandre*, formé le monde *Tome VIII.* et les hommes. Les Anges, créateurs du monde, par impuissance ou par méchanceté, enfermoient l'âme humaine dans des organes, où elle éprouvoit une alternative continuelle de biens ou de maux, qui finissoient par la mort. Des Génies bienfaisans, touchés du malheur des hommes, avoient placé sur la terre des ressources contre ces malheurs ; mais les hommes ignoroient ces ressources ; et *Ménandre* assuroit qu'il étoit envoyé par les Génies bienfaisans, pour découvrir aux hommes ces ressources, et leur apprendre le moyen de triompher des Anges créateurs. Ce moyen étoit le secret de rendre les organes de l'homme inaltérables ; et ce secret consistoit dans une espèce de bain magique que *Ménandre* faisoit prendre à ses disciples, qu'on appelait la *Vraie Résurrection*, parce que ceux qui le recevoient ne vieillissoient jamais. *Ménandre* eut des disciples à Antioche ; et il y avoit encore, du temps de *St. Justin*, des *Ménandriens* qui ne dontoient pas qu'ils ne fussent immortels. » (*PLUQUET, Dict. des Hérésies.*)
MÉNANDRIN, *Voyez MARSILLE* de Padoue. I. MENARD, (Claude) lieutenant de la prévôté d'Angers sa patrie, se signala par son savoir et par sa vertu. Après la mort de son épouse, il embrassa l'état ecclésiastique et mena une vie très-austère. Il eut beaucoup de part aux formes de plusieurs monastères d'Anjou. Ce magistrat aimoit passionnément l'antiquité. Une partie de sa vie se consuma en recherches dans les archives, d'où il tira plusieurs pièces curieuses. Il mourut le 20 janvier 1652, à 72 ans, après avoir pu- blié plusieurs ouvrages : I. L'Histoire de St. Louis par Joinville, 1617, in-4°, avec des notes pleines de jugement et d'érudition. II. Les deux Livres de St. Augustin contre Julien, qu'il tira de la bibliothèque d'Angers. III. Recherches sur le Corps de St. Jacques le Majeur, qu'il prétend reposer dans la collégiale d'Angers : ce qui ne favorisoit point la prétention qu'a l'Espagne de posséder ses reliques ; mais les preuves des François et des Espagnols ne sont pas démonstratives. On trouve, dans cet ouvrage et dans ses autres productions, du savoir, mais peu de critique, et un style dur et pesant. IV. Histoire de Bertrand du Guesclin, 1618, in-4°
II. MENARD, (Dom Nicolas-Hugues) né à Paris, Bénédictin de Saint-Maur, fut un des premiers religieux de cette congrégation qui s'appliquèrent à l'étude. Il mourut à Paris, le 21 janvier 1644, à 57 ans, regardé comme un homme de beaucoup d'érudition et d'une grande justesse d'esprit. Lorsque le P. Sirmond, Jésuite, trouvoit dans ses lectures quelque passage difficile, il disoit qu'il avoit plutôt fait d'aller consulter Dom Menard, que de feuilleter les auteurs, et il ne le consultoit jamais inutilement. Il étoit très-retiré et très-recuëli. Il embellit son savoir par une modestie rare et par une piété singulière. Un très-petit nombre de livres ornoit sa cellule, et dès qu'il s'en étoit servi, il les reportoit à la bibliothèque commune : il auroit craint, en les gardant, de nuire à quelqu'un de ses confrères, qui lui paroissoient devoir en faire un meilleur usage que lui. On a de ce savant : I. Martyrologium Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti, in-8°, 1629. II. Concordia Regularum, de St. Benoit d'Aniane, avec la VIIe de ce Saint, 1628, in-4°. III. Le Sacramentaire de St. Grégoire le Grand, en latin, 1642, in-4°. IV. Diatriba de unico Dionysio, 1643, in-8°. Ces ouvrages sont pleins de recherches curieuses et de notes savantes qui viennent à leur sujet. Elles respirent le goût de l'antiquité et de la saine critique. On ne peut cependant donner ce dernier éloge à sa Dissertation sur St. Denis ; et il a voulu prouver inutilement que l'Aréopagite étoit le même que l'évêque de Paris. C'est lui qui déterra l'Epître de St. Barnabé dans un manuscrit de l'abbaye de Corbie. Elle ne parut, enrichie de ses remarques, qu'après sa mort, par les soins de Dom d'Achery, qui mit une Préface à la tête ; Paris, 1645, in-4°. Voyez I. HERMAND.
III. MENARD, (Pierre) avocat au parlement de Paris, natif de Tours, après s'être distingué dans le barreau, retourna dans sa patrie. Il s'y livra uniquement à l'étude, et y mourut vers 1701, à 75 ans. On a de lui, des ouvrages qui eurent quelques succès : tels sont, L'Académie des Princes ; l'Accord de tous les Chronologues, etc. Cet auteur jouissoit d'une estime générale ; sa probité, sa douceur, sa droiture, ses connaissances, la lui avoient conciliée.