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03.0 Dictionnaire historique — IV – MINERVE

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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IV. MENARD, (Jean de la Noë) prêtre du diocèse de Nantes, né dans cette ville en 1650, d'une bonne famille, fut d'abord avocat. Son éloquence lui obtint les suffrages des gens de goût, et ses vertus les éloges des gens de bien. La perte d'une cause juste l'ayant dégoûté du barreau, il embrassa l'état ecclésiastique. Pendant trente ans qu'il fut directeur du séminaire de Nantes, il travailla à la conversion des hérétiques, et réussit autant par l'exemple de ses vertus, que par la force de ses discours. Cet homme de Dieu mourut, le 19 avril 1717, à 67 ans, après avoir fondé une Maison du Bon-Pasteur pour les filles corrompues. On a de lui : un Catéchisme in-8°, qui est estimé, et dont il y a eu plusieurs éditions. Sa Vie a été donnée au public en 1734, in-12 : elle est très-édifiante. V. MENARD, né l'an 1686, à Castelnandari en Languedoc, entra dans la congrégation de la Doctrine Chrétienne en 1604, et y reçut le sacerdoce. Il se fit dispenser de ses engagements en 1726, et mourut en 1761, à 75 ans. Son nom n'est guère connu, quoique plusieurs de ses Poèmes aient été couronnés par l'académie des Jeux Floraux de la ville de Toulouse.
VI. MENARD, (Léon) conseiller au présidial de Nîmes, naquit à Târascon en 1706. La science de l'Histoire et des antiquités, qu'il cultiva dès sa jeunesse, lui valut une place à l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il vécut depuis presque toujours à Paris, dans un état près de l'indigence : ses ouvrages, quoique savans, n'étoient pas de ceux qui enrichissent un auteur. Nous avons de lui : I. L'Histoire Civile, Ecclésiastique et Littéraire de la ville de Nîmes, 1750 et années suivantes, 7 vol. in-4°. On ne peut reprocher à ce livre, instructif et curieux, que son excessive prolixité. II. Mœurs et Usages des Grecs, 1743, in-12 : ouvrage utile et assez bien fait. III. Les Amours de Collisthène et d'Aristocle, 1766, in-12. Le principal mérite de ce Roman est la peinture des mœurs grecques. Menard mourut en 1767. On doit aussi à cet académicien un Recueil de Pièces fugitives pour servir à l'Histoire de France, 1748, trois vol. in-4°, qui lui avoient été communiquées par le marquis d'Aubais. Il mourut le 1er octobre 1767, à 61 ans.
MENARDAIE, (Pierre-Jean-Baptiste de la) prêtre, mort le 12 juillet 1758, à 70 ans, avoit été de l'Oratoire. On a de lui : Examen de l'Histoire des diables de Loudun, sur lequel Voyez l'article GRANDIER, vers la fin.
MÉNARDIÈRE, (La) Voy. MESNARDIÈRE.
MENARS, Voyez VII. POISSON.
MENASSEH-BEN-ISRAEL, célèbre rabbin, né en Portugal vers 1604 d'un riche marchand, suivit son père en Hollande. Il succéda au rabbin Isaac-Uriel, à l'âge de 18 ans, dans la synagogue d'Amsterdam. La modicité de ses appointeur·ens ne pouvant suffire à sa subsistance et à celle de sa famille, il passa à Basle, et de la en Angleterre. Cromwell le reçut très-bien, et le laissa dans l'indigence. Menasseh n'ayant pas trouvé en Angleterre ce qu'il espérait, se retira en Zélande, et mourut à Middelbourg vers 1657, âgé d'environ 53 ans. Ce rabbin étoit de la sorte des Pharisiens ; il avoit l'esprit vif et le jugement solide. Sa bonne mine, sa propreté et ses manières honnêtes lui concilioient l'amitié et l'es- 212 MEN time. Il étoit indulgent, et vivoit également bien avec les Juifs et avec les Chrétiens. Il étoit habile dans la philosophie, dans l'Écriture-Sainte, dans le Talmud et dans la littérature des Juifs. Sa probité étoit un reproche continuel pour sa nation, qui ne se pique guère de l'imiter. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages en hébreu, en latin, en espagnol et en anglois. Les principaux sont : I. Une Bible Hébraïque, sans points, Amsterdam, 1635, 2 vol. in-4° : édition fort belle, avec une préface latine. II. Le Talmud corrigé, avec des notes en hébreu, Amsterdam, 1633, in-8.° III. El Conciliador, Francfort, 1632, in-4° : traduit en partie en latin par Denis Vossius : ouvrage savant et curieux, dans lequel il concilie les passages de l'Écriture qui semblent se contredire. IV. De resurrectione mortuorum, Libri tres, Amsterdam, 1636, in-8.° V. De Fragilitate humand ex lapsu Adami, deque divino Auxilio, Amsterdam, 1642 ; on croiroit à peine, en le lisant, qu'il vient d'un Juif. VI. Spes Israelis, Amsterdam, 1650, in-12. Menasseh, ayant ouï dire qu'il y avoit des restes des anciens Israélites dans l'Amérique méridionale, fut assez crédule pour s'imaginer que les dix tribus enlevées par Solmanasar, s'étoient établies dans ce pays-là, et que telle étoit l'origine des habitans de l'Amérique. Théophile Spizelius, ministre Protestant d'Augsbourg, a réfuté cet ouvrage. VII. Le Souffe de Vie en hébreu, Amsterdam, 1652, in-4° : ouvrage divisé en iv livres, où il prouve la spiritualité et l'immortalité de l'âme ; il le finit par des remarques sur la Métempsycose, dont un grand nom- bre de Juifs est entêté. VIII. De termino vitæ, Libri tres, in-12. Thomas Pocock a écrit sa Vie en anglois à la tête de sa traduction du livre précédent, 1699, in-12. On y trouve des choses curieuses. Menasseh avoit une imprimerie, et imprimoit tous ses ouvrages lui-même. I. MENCKE, (Lonis-Othon) Menckenius, né à Oldembourg en 1644, d'un sénateur de cette ville, étudia dans plusieurs universités d'Allemagne. Ses connaissances dans la philosophie, la jurisprudence et la théologie, lui méritèrent la chaire de professeur de morale à Leipzig en 1668. Il fut cinq fois recteur de l'université de cette ville, et sept fois doyen de la faculté de philosophie. C'est lui qui est le premier auteur du Journal de Leipzig, dont il y avoit déjà 30 vol. lorsqu'il mourut, le 29 janvier 1707, à 63 ans. Il donna les éditions de plusieurs savans ouvrages, et composa des Traités de Jurisprudence, dans lesquels il y a un grand fonds d'érudition. Les principaux sont : I. Un Traité, intitulé : Micropolita, seu Respublica in microcosmo conspicua, Leipzig, 1666, in-4.° II. Jus Majestatis circa venationem, 1674, in-4.° Ce savant ne vivoit presque qu'avec ses livres et sa famille, et il s'en trouvoit bien.
II. MENCKE ou MENCKEN, (Jean-Burchard) fils du précédent, acquit à Leipzig en 1674. Il voyagea en Hollande et en Angleterre, où il se fit estimer des savans. A son retour, il devint professeur en histoire à Leipzig, et ensuite historiographe et conseiller aulique de Frédéric-Auguste de Saxe, roi de Pologne, et membre de l'académie de Berlin et de la Société royale de Londres. Ce savant mourut, le 1er avril 1732, à 58 ans. Sa mémoire étoit enrichie de tout ce que la littérature offre de plus instructif et de plus agréable. Il avoit une très-belle bibliothèque, dont la partie historique étoit bien choisie. On a de lui : I. *Scriptores rerum Germanicarum, speciation Saxonicarum*, 3 vol. in-folio, 1728 et 1730. II. *Catalogue des principaux historiens*, avec des remarques critiques sur la bonté de leurs ouvrages, et sur le choix de leurs éditions, 1714, in-12. III. Deux *Discours* latins sur la *Charlatanerie des Savans*, Amsterdam, 1716, in-12. Ce titre promet beaucoup ; mais l'exécution n'y répond pas, et on ne sauroit faire un plus mauvais livre avec un meilleur titre. Ce ne sont point les mémoires qui ont manqué à l'auteur ; c'est l'auteur qui a manqué aux mémoires. Ces discours ont été traduits en diverses langues. Il y en a une *Version Françoise*, imprimée en 1721, avec des remarques critiques de différens auteurs. IV. Plusieurs *Dissertations* sur des sujets intéressants, etc. V. Il a publié 33 vol. du *Journal de Leipzig*, qu'il continua après la mort de son père, et que *Frédéric-Othon*, son fils aîné, continua après lui. VI. Une édition de la *Méthode pour étudier l'Histoire*, de l'abbé *Lenglet*, en 2 gros vol. in-12, avec des additions et des remarques. Cet auteur écrivoit très-mal en françois.
MENDAJORS, (Jean-Pierre des Ours de) gentilhomme de Languedoc, né à Alais en 1679, vint à Paris, fut reçu à l'académie des Inscriptions en 1712, déclaré vétéran en 1715, et retourna à Alais, où il mourut le 15 novembre 1747, à 68 ans. Il avoit donné, au théâtre Italien, *Arlequin valet de deux maîtres*. On a encore de lui, l'*Histoire de la Gaule Narbonnoise*, Paris, 1733, in-12, ouvrage estimé ; et plusieurs *Dissertations* dans les Mémoires de l'académie. La plupart roulent sur des points de la géographie ancienne, tels que la *position du camp d'Annibal le long des bords du Rhône* ; les limites de la *Flandre*, de la *Gothie*, etc. etc. — Son père, *Louis*, avoit donné des *Nouvelles découvertes sur l'état de la Gaule du temps de César*, 1696, in-12.
MENDELSSOHN, *Voyez MOSES-MANDELSSOHN*.
MENDEZ PINTO, (Ferdinand) né à Monte-mor-o-velho dans le Portugal, fut d'abord laquais d'un gentilhomme Portugais. Le désir de faire fortune le détermina à s'embarquer pour les Indes en 1537. Sur la route, le vaisseau qu'il montoit ayant été pris par les Turcs, il fut conduit à Moka et vendu à un renégat Grec, qui le revendit à un Juif, des mains duquel il fut tiré par le gouverneur du fort Portugais d'Ormus. Celui-ci lui ménagea l'occasion d'aller aux Indes, suivant son premier dessein. Pendant vingt-un ans de séjour, il y fut témoin des plus grands événements, et y essuya les plus singulières aventures. Il revint en Portugal en 1558, où il jouit du fruit de ses travaux, après avoir été treize fois esclave, et vendu seize fois. On a de lui, une *Relation* très-rare et très-curieuse de ses Voyages, publiée à Lisbonne en 1614, in-folio ; traduite du portugais en françois, par Bernard Figuier, gentilhomme Portugais; et imprimée à Paris en 1643, in-4°. Cet ouvrage est écrit d'une manière intéressante, et d'un style plus élégant qu'on n'auroit dû l'attendre d'un soldat, tel qu'étoit Mendez Pinto. On y trouve un grand nombre de particularités remarquables, sur la géographie, l'histoire et les mœurs des royaumes de la Chine, du Japon, de Brauna, de P'igu, de Siam, d'Achem, de Java, etc. Plusieurs des faits qu'il raconte avoient paru fabuleux; mais ils ont été vérifiés depuis. M. de Surgé a extrait de la Relation de Mendez Pinto ce qu'il y a de plus curieux, et en a formé une Histoire intéressante qu'il a fait imprimer dans les Vicissitudes de la Fortune, Paris, 2 vol. in-12.
MENDOZA, Voyez ÉBOLI, et III. ESCOBAR. I. MENDOZA, (Pierre-Gonzalez de) célèbre cardinal d'abord évêque de Calatrava, puis archaïque de Séville, et enfin de Toussaint, chancelier de Castille et de Léon, acquit en 1428, de la maison de Mendoza, l'une des plus illustres d'Espagne et très-féconde en grands hommes. Il fut chargé des plus importantes affaires par Henri IV, roi de Castille, qui lui procura la pourpre Romaine en 1473, et qui, à sa mort, en 1474, le nomma son exécuteur testamentaire. Il rendit des services importants à Ferdinand et à Isabelle dans la guerre contre le roi de Portugal, et dans la conquête du royaume de Grenade sur les Maures. On l'appeloit le Cardinal d'Espagne. Il mourut, le 11 janvier 1495, après avoir montré autant de sagacité que de prudence dans les différens emplois qu'il exerça. Il aimoit les belies-lettres, et il avoit traduit dans sa jeunesse Salluste, Homère et Virgile.
II. MENDOZA, (François de) de la même maison que le précédent, cardinal évêque de Burgos, et gouverneur de Sienne en Italie pour l'empereur Charles-Quint, se retira, sur la fin de ses jours, dans son diocèse. Il y mena une vie douce et tranquille, remplissant les devoirs de son ministère, et se délassant de ses travaux par les charmes de la littérature. Il mourut le 3 décembre 1566, à 50 ans.
III. MENDOZA, (Diego Hurtado de) comte de Tendilla, servit l'empereur Charles-Quint de sa plume et de son épée. Il se signala dans les armées et dans les ambassades. Il fut envoyé à Rome, puis au concile de Trente, où il fit, en 1548, cette protestation hardie de la nullité du concile. Ce seigneur aimoit les lettres et les cultivoit. On a de lui, divers ouvrages de Poésie, 1610, in-4°; et on lui attribue la première partie du Roman comique et plaisant, intitulé: Les Aventures de Lazarille de Tormes. Il mourut vers 1575, laissant une bibliothèque riche en manuscrits. Elle a été fondue depuis dans celle de l'Escurial. — Il faut le distinguer d'Antoine Hurtado de MENDOZA, commandeur de Zurita dans l'ordre de Calatrava, qui parut avec éclat à la cour de Philippe IV, roi d'Espagne. On a de lui, des Comédies et d'autres pièces en espagnol.
IV. MENDOZA, (Ferdinand de) de la même famille, profond dans les langues et dans le droit, publia en 1589 un ouvrage : *De confirmando Concilio Illiberitano, ad Clementem VIII*, 1665, in - folio. Son extrême application à l'étude le rendit fou. V. MENDOZA, (Jean Gonzalez de) porta les armes, puis se fit religieux Augustin. Il fut envoyé l'an 1580, par *Philippe II*, roi d'Espagne, dans la Chine, dont il publia une *HISTOINE*. *Luc de la Porte* en donna une Traduction françoise à Paris, en 1589, in-8. *Mendoza* devint ensuite évêque de Lipari, et fut envoyé, en 1607, dans l'Amérique, en qualité de vicaire apostolique. Il eut l'évêché de Chiapa, puis celui de Popaïan. Ce prélat fut la lumière et l'exemple de son clergé et de son peuple.
MÈNE, (Pierre-Antoine) né à Marseille, remplit pendant quelques années la place de conseiller au parlement d'Aix, et ensuite celle de maître des requêtes à Paris, où il mourut en 1784. Doué de beaucoup d'esprit naturel, il y avoit réuni le mérite de l'érudition. On lui doit : I. *Eloge de Pierre Gassendi*, 1767, in-12. II. *Mémoire* sur les causes de la diminution de la pêche sur les côtes de Provence, 1769. III. Une *Traduction de Machiavel*. Dans le discours préliminaire, l'auteur a justifié avec énergie ce grand politique, d'avoir été le fauteur du despotisme, et le conseil des gouvernements tyranniques. IV. Plusieurs Panégyriques et Discours latins, 1755 et 1756.
MENECÉE, prince Thébain, fils de *Créon* qui se dévoua pour sa patrie. Dans le temps que Thèbes étoit assiégée par les Argiens, on consulta l'oracle, qui répondit qu'il falloit, pour sauver la ville, que le dernier des descendants de *Cadmus* se donnât la mort. *Menecée* ayant appris la réponse de l'oracle, n'hésita pas de se percer le cœur de son épée.
MÉNÉCRATE, médecin de Syracuse, est fameux par sa ridicule vanité. Il se faisoit toujours accompagner par quelques-uns des malades qu'il avoit guéris. Il habilloit l'un en *Apollon*, l'autre en *Esculape*, l'autre en *Hercule*; se réservant pour lui la couronne, le sceptre, les attributs et le nom de *Jupiter*, comme le maître de ces divinités subalternes. Il poussa la folie jusqu'à écrire une lettre à *Philippe* père d'*Alexandre le Grand*, avec cette adresse : *Ménécrate - Jupiter, au Roi Philippe, salut...* Ce prince lui répondit : *Philippe à Ménécrate, santé et bon sens*. Pour le guérir plus efficacement de son extravagance, il l'invita à un grand repas. *Ménécrate* eut une table à part, où on ne lui servoit pour tous mets, que de l'encens et des parfums, pendant que les autres conviés goûtoient les plaisirs de la bonne chère. La faim le força bientôt de se souvenir qu'il étoit homme : il se dégoûta d'être *Jupiter*, et prit brusquement congé de la compagnie. *Ménécrate* avoit composé un *Livre de remèdes*, qui est perdu. Il vivoit vers l'an 360 avant J. C. I. MENEDÈME, philosophe Grec, disciple de *Stilpon*, respectable par ses mœurs, ses connaissances, et son zèle patriotique, étoit d'Érythrée. Il fit d'abord le métier de coudre des 216 MEN tentes : il prit ensuite le parti des armes, défendit sa patrie avec valeur, et exerça des emplois importants. Mais, après qu'il eut entendu *Platon*, il renonça à tout, pour s'adonner à la philosophie. Il mourut de regret, lorsqu'*Antigone*, l'un des généraux d'*Alexandre le Grand*, se fut rendu maître de son pays. D'autres disent qu'ayant été accusé comme traitre à sa patrie, il fut si touché de cette inculpation, qu'il mourut de tristesse et de faim, après avoir été sept jours sans manger. On l'appeloit le *Taureau Erythrien*, à cause de sa gravité. Quelqu'un lui disant un jour : *C'est un grand bonheur d'avoir ce que l'on désire*, il répondit : *C'en est un bien plus grand, de ne désirer que ce qu'on a*. Ce philosophe florissoit vers l'an 300 avant J.C.
II. MENEDÈME, philosophe Cynique, disciple de *Colotés* de Lampsaque, étoit un homme d'un esprit bizarre. Il disoit « qu'il étoit venu des Enfers pour considérer les actions des hommes, et en faire rapport aux Dieux infernaux. » Il avoit une robe de couleur tannée, avec un ceinturon rouge; une espèce de turban à la tête, sur lequel étoient marqués les douze signes du Zodiaque; des brodequins de théâtre, une longue barbe, et un bâton de frêne, sur lequel il s'appuyoit de temps en temps. Tel étoit à peu près l'habit des Furies.
MENÉLAS, (*Menelaüs*) roi de Sparte, fils d'*Atrée* et frère d'*Agamemnon*, avoit épousé *Hélène*, que *Paris* vint lui enlever; ce qui causa le fameux siège de Troie. Il s'y fit une grande réputation. Ce prince reprit sa femme, et la conduisit à Lacédémone, où il mourut peu après son arrivée. I. MENÉLAUS, Juif, ayant enchiéri de trois cents talens sur le tribut que *Jason*, grand-sacrificateur, payoit à *Antiochus Epiphanes*, ce prince dépouilla celui-ci de sa dignité, pour la donner à *Menelaüs*, qui bientôt après apostasia. Il introduisit *Antiochus* dans Jérusalem, et aidait à placer dans le sanctuaire la statue de *Jupiter*. Mais enfin, Dieu, fatigué de ses crimes, se servit d'*Antiochus Eupator* pour le punir : ce prince le fit précipiter du haut d'une tour. *Voyez III. ONLAS*.
II. MENÉLAUS, mathématicien sous *Trujan*, a laissé trois *Livres sur la Sphère*, publiés par le P. *Mersenne*, *Minime*; et depuis, par *Edme Halley*, à Oxford, 1758, in-8.
MENÈS, premier roi et fondateur de l'empire des Égyptiens, fit bâtir Memphis, à ce qu'on prétend. Il arrêta le Nil près de cette ville par une chaussée de cent stades de large, et lui fit prendre un autre cours, entre les montagnes, par où ce fleuve passe à présent. Cette chaussée fut entretenue avec grand soin par les rois ses successeurs. On donne trois fils à *Menès*, qui se partagèrent son empire : *Athotis*, qui régna à Thèbes dans la haute Égypte : *Carudès*, qui fonda Héliopolis dans la basse Égypte; et *Torsothros*, qui régna à Memphis entre la haute et la basse Égypte. Mais ces faits sont fort incertains, ainsi que tout ce qu'on raconte sur ce prince. On le croit le même que *Misraim*, fils de *Cham*.
MENESÈS, Voyez ERY-CEYRA. I. MENESÈS, (Antonio Padilla) jurisconsulte de Talavera en Espagne, fut élevé à de grands emplois. Il mourut de déplaisir vers 1598, pour avoir eu l'imprudence de révéler à la reine la disposition du testament de Philippe II.
II. MENESÈS, (Alexis de) né à Lisbonne d'Alexis de Meneses, comte de Castaneda, embrassa l'état monastique chez les Hermites de St. Augustin, en 1574. Ayant été tiré de son couvent pour être fait archevêque de Goa, il alla dans les Indes, y visita les Chrétiens de St. Thomas dans le Malabar, et y tint le synode, dont nous avons les actes, sous le titre de Synodus Diamperensis. A son retour en Portugal, en 1611, il fut nommé archevêque de Brague, et vice-roi de ce royaume, par Philippe II, roi d'Espagne. Il mourut à Madrid, en 1617, âgé de 58 ans. C'étoit un prélat d'une rare vertu, et si zélé, qu'il fit brûler les livres des Chrétiens de St. Thomas, quoique ces livres eussent pu fournir quelque lumière sur les dogmes et l'origine de ces Chrétiens. On a de lui : L'Histoire de son ordre en Portugal.
MENESSIER, Voyez CHRÉTIEN de Troyes.
MÉNESTHÉE ou MNESTHÉE, descendant d'Erichte, s'empara du trône d'Athènes, avec le secours de Castor et Pollux, pendant l'absence de Thésée. Il fut un des princes qui allèrent au siège de Troie; et mourut à son retour, dans l'isle de Mélos, l'an 1183 avant Jésus-Christ, après un règne de vingt-trois ans. Voyez AURÉLIUS. I. MENESTRIER, (Claude-François) Jésuite, né à Lyon en 1633, joignit à l'étude des langues et à la lecture des anciens, tout ce qui étoit capable de perfectionner ses connoissances sur le blason, les ballets, les décorations. Il avoit un génie particulier pour ce genre de littérature. Sa mémoire étoit un prodige. La reine Christine, passant par Lyon, fit prononcer en sa présence et écrire trois cents mots, les plus bizarres qu'on put imaginer; le tenace Jésuite les répéta tous dans l'ordre qu'ils avoient été écrits. Son goût pour ce qui regarde les fêtes publiques, les cérémonies éclatantes, (canonisations, pompes funèbres, entrées de prince,) étoit si connu, qu'on lui demandoit des dessins de tous les côtés. Ces dessins étoient ordinairement enrichis d'une si grande quantité de devises, d'inscriptions et de médailles, qu'on ne se lassoit pas d'admirer la fécondité de son imagination. Il voyagea en Italie, en Allemagne, en Flandre, en Angleterre, et par-tout il le fit avec fruit et avec agrément. La théologie et la prédication partagèrent ses travaux, et il se fit honneur dans ces deux genres. Sa société le perdit le 31 janvier 1705, à 74 ans. Sa mémoire étoit ornée d'un grand nombre d'anecdotes, et il parloit avec une égale facilité le françois, le grec et le latin. On a de lui : I. L'Histoire du règne de Louis le Grand, par les médailles, emblèmes, devises, etc. II. L'Histoire Consulaire de la ville de Lyon, 1696, infolio. III. Divers petits Traités sur les devises, les médailles, les 218 MEN tournois, le blason, les armoiries, sur les prophéties attribuées à St. Malachie, etc. Le plus connu est sa Methode du Blason, Lyon, 1770, in-8°, avec beaucoup d'augmentations. (Voyez SEGOING.) IV. La Philosophie des Images, 1694, in-12. V. De l'Usage de se faire porter la queue, Paris, 1704, in-12. VI. Oraison funèbre de la reine Anne d'Autriche, Lyon, 1666. VII. Oraison funèbre de M. de Turenne, Paris, 1677. VIII. Eloge historique de la ville de Lyon, Paris, 1669, in-4°. IX. Divers caractères des Ouvrages historiques, Lyon, 1694, in-12. X. Projet de l'Histoire des religieuses de la Visitation, 1701, in-4°. XI. La cour du roi Charles V et de son épouse, Paris, 1683, infolio. XII. Des représentations en musique anciennes et modernes; Paris, 1682, in-12, etc. Voyez le tome premier des Mémoires de Nicoron.
II. MENESTRIER, (Jean-Baptiste le) de Dijon, l'un des plus savans et des plus curieux antiquaires de son temps, mourut en 1634, à 70 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Médailles, Monnoies et Monumens antiques d'Imperatrices Romaines, in-fol. II. Médailles illustres des anciens Empereurs et Impératrices de Rome, in-4°. Ces ouvrages sont peu estimés. L'adorat rapporte, qu'on voyait autrefois, peinte sur un des vitraux de la paroisse de Saint-Médard de Dijon, cette bizarre Epitaphe. Ci gli Jean le Menestrier : L'an de sa vie soixante-dix, Il mit le pied dans l'estrier, Pour s'en aller en Paradis.
III. MENESTRIER, (Claude le) aussi antiquaire et natif de Dijon, mort vers 1657, dont on a un ouvrage, intitulé : Symbolica Dianae Ephesiæ Statuam exposita, in-4°
MENG, impératrice de la Chine, épouse de Kin-Esong, qui régnait en 1126, gouverna avec gloire son empire, tandis que les Tartares qui avoient passé le Fleuve jaune et conquis la province de Honan, retenoient l'empereur prisonnier. Ses lois furent recueillies, et sont encore respectées, pour leur sagesse, par les Chinois.
MENGOLI, (Pierre) professeur de mécanique au collège des nobles à Bologne, se distingue au dernier siècle par la solchité de ses leçons et par ses écrits. On a de lui, en latin : I. Une Geometrie spécieuse, in-4°. II. Arithmetica rationalis. III. Un Traité du Cercle, 1672, in-4°. IV. Une Musique spéculative. V. Une Arithmetique réelle, etc; ouvrages estimés. Il vivait encore en 1678. Il avait été un des disciples du P. Cavalieri, Jésuite, inventeur des premiers principes du calcul des Infiniment-petits.
MENGS, (Antoine-Raphaël) premier peintre du roi d'Espagne, né à Aussig en Bohème, le 12 mars 1728, étoit fils du peintre d'Auguste III, roi de Pologne. Son père voyant en lui des talens supérieurs pour son art, le conduisit de Dresde à Rome en 1741. Après avoir étudié et copié, pendant quatre ans, les principaux monumens de cette capitale, le jeune artiste revint à Dresde, où il exécuta différents ouvrages pour Auguste avec un succès peu commun. Pendant son séjour en Italie, il avait eu occasion d'être connu de Don Carlos, roi de Naples. Ce prince étant monté sur le trône d'Espagne, s'empressa, en 1761, d'attacher Mengs à son service, en lui donnant deux mille doublons de pension, un logement et un équipage. Il demeura cependant presque toujours à Rome, où il mourut, le 29 juin 1779, victime d'un charlatan son compatriote, qui prétendoit le guérir des maux que ses travaux et la mort de sa femme, aussi vertueuse que belle, lui avoient causés. Une timidité naturelle, une grande ignorance de ce qu'on appelle le commerce du monde, un air et des manières qui sembloient annoncer la méfiance, un tempérament mélancolique, ne contribuèrent pas à adoucir ses rivaux. Sous cet extérieur rude, il étoit plein de bonté. Lorsqu'il s'apercevoit qu'il avoit blessé quelqu'un par cette franchise un peu dure, pardonnable à un grand artiste, il s'en repentoit et aidait de ses conseils le peintre qu'il avoit critiqué. Il ne fit jamais aucun mystère de son art, non plus que de ses sentimens. Clément XIV l'ayant consulté sur des tableaux assez médiocres qu'il avoit achetés, cita, pour s'excuser, les éloges que leur avoit donnés un peintre connu. Cet homme et moi, repartit Mengs, sommes deux artistes, dont l'un loue ce qui est au-dessus de sa sphère, et l'autre blâme ce qui est au-dessous. Ses mœurs étoient aussi pures que simples, et son enthousiasme pour les arts avoit étouffé en lui toutes les autres passions. Bon mari, bon père, sa famille n'a pu lui reprocher que son défaut d'économie et son excessive générosité. Dans les 18 dernières années de sa vie, il avoit reçu plus de 250 mille livres, et à peine laissa-t-il de quoi payer ses funérailles. Le roi d'Espagne a adopté ses cinq filles, et accorde des pensions à ses deux fils. Ses principaux ouvrages de peinture sont à Madrid et à Rome. On en verra le détail dans sa Vie, qu'on trouve dans le recueil de ses écrits, traduits de l'italien en françois, 1787, 2 vol. in-4.º Le premier volume contient, 1.º des Réflexions sur le beau et sur le goût en peinture; 2.º Réflexions sur Raphaël, Corrège, Titien, etc.; 3.º — sur le moyen de faire fleurir les beaux-arts en Espagne. Le second renferme 1.º deux Lettres sur le groupe de Niolée; 2.º Lettre sur les principaux tableaux de Madrid; 3.º Lettre sur l'origine, le progrès et la décadence du dessin; 4.º Mémoires sur la vie et les ouvrages de Corrège; 5.º Mémoires sur l'académie des beaux arts de Madrid; 6.º des Leçons pratiques de peinture. Mengs plaçoit à la tête de tous les peintres modernes, Raphaël, pour le dessin et l'expression; le Corrège, pour la grace et le clair-obscur; le Titien, pour le coloris. Il forma son style de ce que ces trois artistes avoient chacun d'excellent. Il joignoit l'expression la plus sublime au coloris le plus vrai, et à cette intelligence des divers effets, qui enchante les sens à la première impression, et la raison à l'examen. Ses tableaux ont surtout cette grace qui se sent et ne s'explique point. Personne n'avoit étudié les anciens avec plus de soin. Tout ce qu'il y a de technique dans l'Histoire de l'Art, par l'abbé Winckelman, son ami, est de lui. Il respectoit, il admiroit les ouvrages des anciens, mais sans fanatisme, et 210 MEN ne dissimuloit point les fautes qu'il y découvroit.
MÉNIL, *Voyez MESNIL*.
MENIN, (N.) conseiller au parlement de Metz, mort en 1770, étoit Parisien. On a de lui : *L'Ancodoies de Samos et de Lacédemone*, 1744, 2 volumes in-12. II. *Turlubieu*, 1745, in-12. III. *Cleddamis*, 1746, in-12. Mais ces ouvrages frivoles doivent céder la place à son *Traité du Sacre des Rois de France*, 1723, in-12, où l'on trouve des recherches curieuses.
MENINSKI, (François de Magnien) a publié *Thesaurus linguarum Orientalium*, Vienne en Autriche, 1680 à 1687, 5 vol. in-folio, très-rare. La plupart des exemplaires de ce savant ouvrage, fut consumée par le feu qu'un boulet de canon, tiré par les Turcs lors du siège de Vienne, mit au magasin du libraire. M. *Peignot* dit qu'un exemplaire fut vendu 900 liv. en 1776. *Meninski* a prouvé, jusqu'à l'évidence, que la langue angloise à la plus grande analogie avec l'ancien persan.
MENJOT, (Antoine) habile médecin François, mort à Paris en 1685. On a de lui, un livre intitulé : *L'Histoire et la guérison des Fièvres malignes*, avec plusieurs *Dissertations*, en quatre parties, Paris, 1674, 3 volum. in-4°; et des *Opuscules*, Amsterdam, 1697, in-4°. Ce médecin étoit Protestant, mais Protestant modéré.
MENIPPE, philosophe Cynique de Phénicie, étoit esclave. Il racheta sa liberté, et devint citoyen de Thèbes et usurier. Ce métier, indigne d'un philosophe, lui attira des reproches si violens, qu'il se pendit de désespoir. Il avoit composé treize livres de *Satires*, qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous. — Il y eut un autre *Menippe* de Stratonice, qui étoit l'homme de toute l'Asie qui parloit avec le plus de grace et d'éloquence. Il donna des leçons à *Cicéron*, comme il nous l'apprend dans son *Brutus*.
MENNON-SIMONIS, chef des Anabaptistes appelés *Menonites*, dont les sentimens sont plus épurés que ceux des autres, étoit d'un village de Frise, et curé. Mais s'étant laissé séduire par un Anabaptiste nommé *L'ébo Philippi*, il se fit rebaptiser par lui. Son éloquence et son savoir en firent un des patriarches de la secte. Il eut un grand nombre de disciples en Westphalie, dans la Gueldre, en Hollande et dans le Brabant. Il prêcha vivement contre le Baptême des enfans, qu'il regardoit comme une invention du pape, et pour la réitération du Baptême dans les adultes. Il n'oit que J. C. eût reçu sa chair de la vierge *Marie*. Il tiroit le corps du Messie, tantôt de la substance du Père, tantôt de celle du Saint-Esprit. On mit sa tête à prix en 1543; mais il échappa aux recherches de ses persécuteurs, et mourut en 1565, à Gideslo, entre Lubeck et Hambourg. Les uns le peignent comme un homme fort modéré, les autres comme un homme très-rigide. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il désapprouva les cruelles extravagances des Anabaptistes guerriers. On donna le recueil de tous ses *Ouvrages* à Amsterdam, en 1681. Après la mort de *Mennon*, le schisme se mit parmi ses sectateurs, et sur- tout parmi ceux de Flandre et de Suisse. Pour le faire cesser, les deux partis prirent des arbitres, et promirent de s'en tenir à leur jugement. Les Flamands, qui étaient les Mennonites rigides, furent condamnés; mais ils accusèrent les arbitres de partialité, rompirent tout commerce avec les Mennonites mitigés, et ce fut un crime d'habiter, de manger, de parler, et d'avoir la moindre conversation ensemble, même à l'article de la mort. Les Provinces-Unies s'étant soustraites à la domination de l'Espagne, les Anabaptistes ne furent plus persécutés. Guillaume I, prince d'Orange, ayant besoin d'une somme d'argent pour soutenir la guerre, la fit demander aux Mennonites, qui la lui envoyèrent. Le prince ayant reçu la somme et signé une obligation, il leur demanda quelle grace ils souhaitaient qu'on leur accordât? Les Anabaptistes demandèrent à être tolérés, et ils le furent en effet après que la révolution fut accomplie. A peine les ministres Protestans jouissaient-ils de l'exercice libre de leur religion dans les Provinces-Unies, qu'ils firent tous leurs efforts pour rendre les Anabaptistes odieux, et pour les faire chasser. Toutes les difficultés qu'ils essuyèrent de la part des Eglises Réformées, et des magistrats du pays, jusque vers le milieu du 17$^{e}$ siècle, ne les empêchèrent point de continuer leurs divisions. Ils assembèrent cependant un Synode en 1632, à Dordrecht, pour travailler à se réunir, et il s'y fit une espèce de traité de paix, qui fut signé de cent cinquante-un Mennonites: mais quelques années après il s'éleva de nouveaux schismatiques ques dans la secte de *Mennon*. Le Mennonisme a aujourd'hui deux grandes branches en Hollande, sous le nom desquelles tous les Frères sont compris. L'une est celle des *Waterlanders*, l'autre celle des *Flamands*. Dans ceux-ci sont renfermés les Mennonites Frisons et les Allemands, qui sont proprement la secte des Anabaptistes anciens; plus modérés, à la vérité, que leurs prédécesseurs ne le furent en Allemagne et en Suisse. I. MENOCHIUS, (Jacques) jurisconsulte de Pavie, étoit si habile, qu'il fut appelé le *Balde* et le *Barthole* de son siècle. Après avoir professé dans différentes universités d'Italie, il devint président du conseil de Milan, et mourut, le 10 août 1607, à 75 ans. On a de lui: I. *De recuperandà Possessione, De adipiscendà Possessione*, in-8.$^{o}$ II. *De Præsumptionibus*, Genève, 1670, 2 vol. in-fol. III. *De arbitrariss Judicum quæstionibus, et causis Conciliorum*, in-fol.; et d'autres ouvrages qui furent recherchés autrefois, et qui peuvent l'être encore aujourd'hui pour certaines matières.
II. MENOCHIUS, (Jean-Etienne) fils du précédent, né à Pavie en 1576, se fit Jésuite en 1593, à l'âge de 17 ans. Il se distingua par son savoir et par sa vertu jusqu'à sa mort, arrivée le 4 février 1656, à 80 ans. On a de lui: I. *Des Institutions politiques et économiques*, tirées de l'Écriture-Sainte. II. Un savant *Traité de la République des Hibres*. III. Un *Commentaire sur l'Écriture-Sainte*, dont la meilleure édition est celle du Père *Tournemine*, Jésuite, en 1719, 2 vol. in-fol. Tous ces ouvrages sont en latin, et le dernier est estimé pour la clarté et la précision qui le caractérisent. On l'a réimprimé en 1767, en 4 vol. in-4°, à Avignon, chez Aubert, et on a suivi l'édition de Tournemine.
MÉNOPHILE, est le nom de l'esclave à qui *Mithridate*, après sa défaite par *Pompe*, confia la garde de sa fille qu'il avoit enfermée dans une forteresse. *Manlius Priscus*, lieutenant du vainqueur, assiégea la place, et étoit sur le point de la prendre, lorsque *Ménophile*, craignant que la jeune princesse ne fût exposée à quelque outrage, la tua, et se perça peu après avec la même épée.
MENOT, (Michel) Cordelier, mort en 1518, se fit un nom célèbre par les pieuses farces qu'il donna en chaire. On a publié ses *Sermons*, et ils sont recherchés, pour le mélange barbare qu'il y a fait du sérieux et du comique, du burlesque et du sacré, des bouffonneries les plus plates, et des plus sublimes vérités de l'Évangile. « Les bûcherons, dit-il dans un endroit, coupent de grosses et de petites branches dans les forêts, et en font des fagots : ainsi nos ecclésiastiques, avec des dispenses de l'ome, entassent gros et petits bénéfices. Le chapeau de cardinal est lardé d'évêchés, et les évêchés lardés d'abbayes et de prieurés, et le tout lardé de diables. Il faut que tous ces biens de l'Église passent les trois Cordelières de l'*Ave Maria* : car le *Benedicta tu*, sont grosses abbayes de Bénédictins; *in mulieribus*, c'est Monsieur et Madame; et *fructus ventris*, ce sont banquets et goinfreries. » L'un de ses meilleurs discours est son sermon sur le salut. C'est ainsi que ce sermon commence : Honorable, et à mon sens, dévot auditoire : *Si desideramus omnes salvare animas nostras, debemus esse imitatores ecclesiae, quæ prolando facit les obsèques primorum parentum nostrorum Adæ et Evæ, qui fuerunt privati et banniti ex Paradiso terrestri...* En rappellant la comparaison que l'Évangile fait de la mort avec la nuit, il dit : *Cum nox est, un chacun se retire en sa maison. Domine, nonce tota die ibitis ad faciendum les crespes et mille dissolutions et meretricia? Mirum est que tant plus que ecclesia est magis devota et in dolore et luctu, populus est magis dissolutus... O Domine ! quando bestia est prise au pied, et la chandelle est souillée, qualiter revertitur in domum suam ? Les voyez-vous ? Iavenietis in una parochia meretricem, etc... Erit in fide vilia homo vitæ pessimæ, renieur de Dieu. De sero, le soir, facit bonam vultam, de mane invenitur mortuus : quid dicitis de hoc, domini, etc.? Il compare dans ce même discours l'Église à une vigne, à cause de l'utilité de son fruit : Vinum lætificat cor hominis... Voyez les Mémoires de Niceron, tome xxiv; vous y trouverez quelques échantillons des discours de Menot. Il ont été imprimés en quatre parties in-8°. Le plus recherché des curieux, est le volume intitulé : *Sermones quadragesimales, olim Turonis declamati*, 1519 ou 1525. Celui qui contient les Sermons prononcés à Paris, l'est beaucoup moins; il parut en 1530, in-8°.
MENOUX, (Joseph de) Jésuite, né à Besançon, et mort en 1766, à 71 ans, obtint la confiance de Stanislas, roi de Pologne, et devint son prédicateur ordinaire, et supérieur du séminaire de Nanci. C'étoit un homme d'esprit, intrigant, serviable, ami utile et ennemi dangereux. Il fit croire, dit Voltaire, au pape Benoit XIV, auteur de gros traités in-folio sur la canonisation des Saints, qu'il les traduisoit en françois; il lui en envoya quelques pages, et obtint, pour son séminaire, un bon bénéfice, dont il dépouilla des Bénédictins, et se moqua ainsi de Benoit XIV et de St. Benoit. On a de lui, des Notions philosophiques sur les vérités fondamentales de la Religion, 1738, in-8°; et il eut part aux ouvrages religieux et moraux du roi Stanislas. Ce prince lui accordoit tout ce qu'il demandoit. — MENTEL, (Jean) imprimeur de Strasbourg, auquel plusieurs auteurs ont attribué mal à propos l'invention de l'imprimerie. Jacques Mentel, entre autres, médecin de la faculté de Paris, vers le milieu du 17e siècle, qui se disoit un de ses descendaus, publia deux Dissertations latines pour le prouver. Son opinion eut quelques partisans. Mais, depuis qu'on s'est attaché davantage à éclaircir l'origine de cet art célèbre, si on n'est pas encore parvenu à dissiper tous les nuages qui l'ont enveloppé; au moins est-on d'accord que Mentel n'en est pas l'auteur. C'est encore une chose très-douteuse, pour ne rien dire de plus, que l'extraction noble de cet imprimeur, qui n'a d'autre garant que l'assertion sans preuve du même Jacques Mentel. Sa première profession n'étoit guère celle d'un gentilhomme. Il étoit originairement écrivain et enlumineur de lettres : ce qu'on appeloit en ce temps-là Chrysographus. Comme tel, il fut admis parmi les notaires de l'évêque de Strasbourg, et en 1447, dans la communauté des peintres de cette ville. Mais, si Mentel ne fut pas l'inventeur de la typographie, on ne peut lui refuser d'avoir été le premier qui se distingua dans cet art à Strasbourg, où il publia d'abord une Bible en 1466, en 2 vol. in-folio; De arte prædicaudi, ouvrage tiré de la doctrine de St. Augustin, imprimé à peu près dans le même temps; Epistolae S. Hieronymi, in-fol., sans date, mais relié en 1469; un Poème allemand sur les exploits guerriers de Charles le Hardy, duc de Bourgogne, infolio, 1477. On y trouve huit estampes, grossièrement colorées, qui représentent les villes de Morat en Suisse, de Nancy, etc.; et ensuite, depuis 1473 jusqu'en 1476, une compilation énorme en 10 vol. in-fol., intitulée : Vincentii Bellowacensis Speculum historiale, morale, physicum et doctrinale. Il mourut en 1478, après s'être enrichi par son industrie, et jouissant d'une grande réputation. L'empereur Frédéric IV lui avoit accordé des armoiries en 1466. Il est vrai que Jacques Mentel prétend que ce prince ne fit alors que renouveler l'ancien écusson de sa famille; mais il ne le prouve pas, et cette concession présente l'idée d'un anoblissement, plutôt que celle d'une réhabilitation. Au reste, le Diplome Impérial ne qualifie point Mentel d'inventeur de l'imprimerie. (Voyez FUSTM et GUTEMBERG.) 224 MEN
MENTÈS, roi des Taphiens, dont Minerve prit la ressemblance pour assurer Pénélope qu'Ulysse étoit vivant, et pour engager Télémaque à aller le chercher. Homère le distingue de Mentor.
MENTOR, gouverneur de Télémaque. C'étoit l'homme le plus sage et le plus prudent de son siècle. Minerve prit sa figure pour élever Télémaque, et elle l'accompagna ainsi lorsqu'il alla chercher son père après le siège de Troye.
MENTZEL, (Christian) né à Furstenwal, dans le Mittel-Marck, se rendit célèbre par ses connaissances dans la médecine et la botanique, et voyagea longtemps pour les perfectionner. Il s'étoit procuré des relations dans les pays les plus éloignés, jusque dans les Indes. Il mourut en 1701, âgé de près de 79 ans. Il étoit de l'académie des Curieux de la nature. On a de lui, Index nominum Plantarum, Berlin, 1696, in-folio, réimprimé en 1715, avec des augmentations sous le titre de Lexicon plantarum Polyglotton universale. II. Une Chronologie de la Chine, Berlin, 1696, in-4°, en allemand. On conserve de lui, dans la bibliothèque royale de Berlin, des manuscrits : I. Sur l'Histoire naturelle du Brésil, 4 vol. in-folio. II. — sur les fleurs et les plantes du Japon, avec figures enluminées, 2 vol. in-folio, etc.
MENTZER, (Balthasar) théologien Luthérien, né à Allendorf dans le landgraviat de Hesse-Cassel, en 1565, se fit un nom parmi ceux de sa communion par ses lumières, et mourut en 1627, à 62 ans. Il a laissé une Explication de la Confession d'Augsbourg, et d'autres ouvrages de controverse.
MENU DE CHOMERCEAU, (Étienne) d'abord lieutenant général du bailliage de Villeneuve-sur-Yonne, fut nommé à l'assemblée Constituante, où, comme doyen d'âge, il fut appelé le premier à la présidence. Ses opinions furent modérées et justes comme son caractère. Il s'étoit fait connoître dans la littérature, 1.º par des Poésies insérées dans les anciens journaux; 2.º par une imitation du Renaud, poème du Tasse, en 2 vol. in-8.º Menu de Chomerceau est mort au mois de septembre 1802, à l'âge de 79 ans.
MENUS, (Jason) célèbre professeur de législation à Pavie, étoit né en 1435. Il a publié plusieurs ouvrages de droit. Louis XII voulut assister à une de ses leçons. Menus l'alla prendre à son palais, vêtu d'une robe tissue d'or, pour le conduire aux écoles. Le roi le fit entrer le premier, en lui disant que dans ces lieux la puissance des professeurs étoit plus grande que celle des rois.
MENZIKOFF, (Alexandre) garçon pâtissier sur la place du palais de Moscow, fut tiré de son premier état dans son enfance, par un hasard heureux qui le plaça dans la maison du czar Pierre. Ayant appris plusieurs langues, et s'étant formé aux armes et aux affaires, il commença par se rendre agréable à son maître, et finit par se rendre nécessaire. Il seconda tous ses projets, et mérita, par ses services, le gouvernement de l'Île, le rang de prince et le titre de général major. Il se signala en Pologne Pologne en 1708 et 1709; mais l'an 1713 il fut accusé de péculat, et condamné à une amende de 300 mille écus. Le Czar lui remit l'amende, et lui ayant rendu ses bonnes graces en 1719, il l'envoya commander en Ukraine, et ambassadeur en Pologne, l'an 1722. Toujours occupé du soin de se maintenir, même après la mort de Pierre le Grand, dont la santé étoit assez mauvaise, Menzikoff découvrit alors à qui le Czar destinoit sa succession à la couronne. Le prince lui en sut mauvais gré, et le punit en le déponillant de la principauté de Pleskow. (Voyez SAXE.) Mais sous la czarine Catherine, il fut plus en faveur que jamais, parce qu'à la mort du Czar, en 1725, il disposa tous les partis à la laisser jouir du trône de son époux. Cette princesse ne fut pas ingrate. En désignant son beau-fils Pierre II pour son successeur, elle ordonna qu'il épouseroit la fille de Menzikoff, et que son fils épouseroit la sœur du Czar. Les époux furent fiancés : Menzikoff fut fait duc de Cozel, et grand maître-d'hôtel du Czar; mais ce comble d'élévation fut le moment de sa chute. Les Dolgorouki, favoris du Czar, et maîtres de l'esprit de ce prince, le firent exiler, avec toute sa famille, à 250 lieues de Moscow, dans une de ses terres. Il eut l'imprudence de partir de Moscow avec la splendeur et le faste d'un homme qui iroit prendre possession du gouvernement d'une grande province. Ses ennemis en profiterent pour augmenter l'indignation du Czar. A quelque distance de Moscow, il rencontra un détachement de soldats. L'officier qui le commandoit, le fit descendre de ses voitures, qu'il renvoya à Moscow; et le fit monter, lui et toute sa famille, sur des chariots couverts, pour être conduit en Sibérie, en habit de paysan. Arrivé au lieu de son exil, on lui amena des vaches et des brebis pleines, avec de la volaille, sans qu'il pût savoir à qui il étoit redevable de ce bienfait. Son occupation dans ce lieu sauvage, où il étoit réduit à une simple cabane, fut de cultiver et de faire cultiver la terre. De nouveaux chagrins aggravèrent les peines de son exil. Il avoit perdu sa femme dans la route : il eut la douleur de voir périr une de ses filles, de la petite vérole; ses deux autres enfans, attaqués de la même maladie, en revinrent. Il succomba lui-même, le 2 novembre 1729, sous le poids de son infortune, et sous les efforts qu'il faisoit pour la soutenir. Il mourut, dit Duclos, de la maladie des ministres disgraciés, laissant à ses pareils une leçon inutile, parce qu'il ne se la font que quand ils n'en peuvent plus faire usage. Il fut enterré auprès de sa fille, dans un petit oratoire qu'il avoit fait bâtir. Ses malheurs lui avoient inspiré des sentiments de piété, que son élévation lui fit long-temps oublier. Les deux enfans qui restoient, eurent un peu plus de liberté après sa mort. L'officier leur permit d'aller à la ville, le Dimanche, pour assister à l'office, mais non pas ensemble : l'un y alloit un Dimanche, et l'autre le Dimanche suivant. Un jour que la fille revenoit, elle s'entendit appeler par un paysan qui avoit la tête à la incarne d'une cabane, et elle reconnut, avec la plus grande surprise, que ce paysan étoit Dolgorouki, la cause du malheur de 216 MEN sa famille, et victime à son tour des intrigues de cour. Elle vint apprendre cette nouvelle à son frère, qui ne vit pas sans étonnement ce nouvel exemple du néant des grandeurs. Peu de temps après, *Menzikoff* et sa sœur, rappelés à Moscow par la czarine *Aune*, laissèrent à *Belgorouki* leur cabane, et se rendirent à la cour. Le fils y fut capitaine des gardes, et reçut la cinquième partie des biens de son père. La fille devint dame d'honneur de l'impératrice, et fut mariée avantageusement.
MENZINI, (Benoit) poète Italien, né à Florence en 1646, mort en 1704, à 50 ans, à Rome, où il étoit professeur au collège de la Sapience, et membre de l'académie des Arcades. Il s'attacha à la reine *Christine*, qui protégea et encouragea ses talents. Il fut un de ceux qui relevèrent la gloire de la poésie Italienne; mais il fut beaucoup plus négligent sur l'article de sa fortune. La mort de la reine de Suède, et l'inconduite de *Menzini*, le réduisirent à l'Aumône; il ne subsistoit plus que par les secours que lui procuroit *Redi* de la part des grandit-dues. On a de lui, divers ouvrages, entr'autres des *Satiens* réimprimées à Amsterdam en 1718, in-4.º Elles sont recherchées, pour les graces du style et la finesse des pensées. Il a encore composé un *Art Poétique*; des *Élégies*; des *Hymnes*; les *Lamentations de Jérémie*, où règne tout l'enthousiasme prophétique; *Academia Tusculana*, ouvrage mêlé de vers et de prose, qui offre plusieurs morceaux pleins de chaleur, quoique composés dans la longueur d'une hydropisie; des *Poésies* diverses. Ses *Œuvres* ont été recueillies à Florence, 1731, en deux vol. in-4.º
MEONIUS, cousin de l'empereur *Odenat*, étoit de toutes les parties de plaisir de ce prince; mais il ne sut pas conserver ses bonnes graces. *Odenat* piqué de ce que, pour lui ôter le plaisir de la chasse, il affectoit de tirer le premier sur les bêtes qui se prékertoient à eux, le fit mettre en prison. *Meonius* garda un vif ressentiment de cet outrage, et fit assassiner *Odenat* et *Hérodien* son fils, en 267. Après avoir satisfait sa vengeance, il prit la pourpre impériale, et ne la porta pas long-temps. Les mêmes soldats qui l'en avoient revêtu, le poignardèrent, aussi indignés de son incapacité que du déréglement de ses mœurs. *Voyez ODENAT*.
MERA, (Mythol.) fille de *Præstus* et d'*Antia*, suivoit *Diane* à la chasse. Comme elle étoit fort belle, *Jupiter* qui l'apperçut, prit la figure de la déesse pour en abuser. *Diane* en fut si courroucée, que pour empêcher que quelqu'autre dieu n'employât le même artifice, elle la perça d'un trait et la changea en chien.
MERAIL, *Voy. AMARAL*.
MERAUX, (Nicolas-Jean) musicien, acquit de la réputation en mettant en musique l'opéra de *Samson*, par *Voltaire*, et celui d'*Œdipe* et *Jocaste*, représenté en 1762. Il est mort, au commencement de 1797, âgé de 52 ans, et en laissant trois Opéra non encore joués: les *Thermopiles*; *Scipion* ou la *Chute de Carthage*; et un autre, dont le sujet est tiré de l'Histoire de Perse.
MERBÈS, (Bon de) docteur en théologie et prêtre de l'Orafoire, sortit de cette congrégation, après y avoir enseigné les belles-lettres avec succès. Nommé en 1659, par les échevins de Montdidier, principal de leur collège, il donna sa démission de cette place pour se consacrer plus entièrement à ses études; mais les magistrats, en considération de ses services, lui conservèrent pendant sa vie la jouissance du revenu de la chapelle de Guerbigny. Merbès composa, à la sollicitation de le Tellier, archevêque de Rheims, une Théologie, qu'il publia à Paris, en 1683, en deux vol. in-folio, sous ce titre : Summa Christiana. Ses principes ne sont pas ceux des Casuistes relâchés. La latinité en est pure et élégante; mais le style en est trop enflé et sent le rhéteur. Ce théologien, également pleux et savant, mourut au collège de Beauvais, à Paris, le 2 août 1684, à 68 ans. I. MERCADO, (Michel de) connu aussi sous le nom de MERCATI et de MERCATUS, né à San-Miniato en Toscane, fut premier médecin du pape Clément VIII et de plusieurs autres pontifes, et intendant du Jardin des plantes du Vatican, où il forma un beau Cabinet de Métaux et de Fossilles. La Description en a été donnée à Rome, en 1717, in-folio, avec un Appendix de 53 pages, en 1719, par Lancist, sous le titre de Metallotheca. I. Mercado mourut en 1593, à 53 ans. On avait une si haute idée de son mérite, que Ferdinand, grand duc de Toscane, le mit au rang des familles nobles de Florence, et que le sénat Romain le décora aussi M E R 217 de la noblesse romaine. C'était l'ami de St. Philippe de Néri et du cardinal Baronias. On a dû lui, d'autres ouvrages sur son art, qui le firent beaucoup estimer; et un savant Traité Dégli Obelischi di Roma, 1589, in-4. Il le dédia à Sixte-Quint, qui l'employa avec succès dans plusieurs négociations. Il ne fut pas moins utile à Clément VIII, qui témoigna les plus vifs regrets de sa mort.
II. MERCADO, (Louis de) Mercatus, natif de Valladolid en Espagne, premier médecin des rois Philippe II et Philippe III, mort âgé de 86 ans, vers 1606, a laissé divers Ouvrages, recueillis en 1654, à Francfort, en 3 vol. in-folio. I. MERCATOR, (Marius) auteur ecclésiastique, ami et élève de St. Augustin, Africain selon Baluze, et Calabrois selon le P. Garnier, écrivit contre les Nestoriens et les Pélagiens, et mourut vers 451. Tous ses Ouvrages furent publiés en 1673, in-folio, par le P. Garnier, 3e suite, avec de longues dissertations. Baluze en donna une nouvelle édition, à Paris, en 1684, in-8.
II. MERCATOR, (Gerard) habile géographe, né à Rupe-monde en Flandre, en 1512, oubliait de manger et de dormir pour s'appliquer à la géographie et aux mathématiques. L'emperent Charles-Quint en faisait un cas particulier, et le duc de Juliers le fit son cosmographe. Il mourut à Duisbourg, le 2 décembre 1594, âgé de 83 ans. On a de lui : I. Une Chronologie, depuis le commencement du monde jusqu'à l'an 1568, prouvé 228 MER par les éclipses, et des observations astronomiques, Cologne, 1568; et Basle, 1577, in-folio. *Onuphre Panvia* estimoit cet ouvrage un peu sec, mais clair et assez exact. II. Des Tables ou Descriptions géographiques de toute la terre, auxquelles il donna le nom d'Atlas, Duisburg, 1595, in-4°. *Judocus Handius* en a donné une édition augmentée d'un grand nombre de cartes, Amsterdam, 1686. III. *Harmonia Evangelistarum*, contre *Charles du Mondu*, Duisburg, 1592, in-4°. IV. Un Traité *De creatione ac fabruet mundi*. Cet ouvrage fut condamné, à cause de quelques propositions répréhensibles sur le péché originel. V. Une Édition des Tables géographiques de Ptoleme, corrigées, 1595, in-folio. *Mercator* joignoit à la sagacité de l'esprit, la dextérité de la main : il graviit et enluminoit lui-même ses *Cartes*, et faisoit ses instruments de mathématiques.
III. MERCATOR, (Nicolas) mathématicien, du 17e siècle, natif du Holstein, et membre de la Société royale de Londres, se retira en Angleterre, où il demeura jusqu'à sa mort. On a de lui, une *Cosmographie*, et d'autres ouvrages estimés. C'étoit un homme de mérite, qui fit quelques découvertes, et qui remarqua le défaut des premières *Cartes marines*.
MERCATOR, (Isidore) *Voy.* ISIDORE, n.º VI.
MERCATUS, *Voyez* MERCADO.
MERCHISTON, *Voyez* NEPER.
MERCI, *Voyez* MERCY.
MERCI, (l'Ordre de 11) *Voyez* PIERRE NOLASQUE, n.º XXII. I. MERCIER, (Jean) *Mercerus*, d'Usez en Languedoc, étudia le droit à Toulouse et à Avignon, et y fit de grands progrès. Il quitta la jurisprudence, pour s'appliquer aux belles-lettres, et aux langues grecque, latine, hébraïque, et chaïdaïque. Il succéda à *Votable*, dans la chaire d'hébreu au collège royal à Paris, en 1547. Obligé de sortir de la France pendant les guerres civiles, il se retira à Venise, auprès de l'ambassadeur de cette couronne, qui le ramena dans sa patrie. Il mourut à Usez, en 1562. C'étoit un petit homme, desséché par ses savantes voilies; mais dont la voix claire et forte pouvoit remplir un grand auditoire. Il possédoit une vaste littérature. Parmi les ouvrages dont il enrichit son siècle, on distingue : I. Ses *Leçons sur la Genèse et les Prophètes*, à Genève, 1598, in-folio. II. Ses *Commentaires sur Job*, sur les *Proverbes*, sur l'*Ecclesioste*, sur le *Cantique des Cantiques*, 1573, en 2 vol. in-folio, qui sont estimés. III. *Tabula in Grammaticum Cheldaicam*, Paris, 1550, in-4°. L'auteur s'étoit laissé infecter par les opinions de *Calvin*.
II. MERCIER, (Josias) fils du précédent, et non moins savant que son père, étoit un habile critique. Il mourut le 6 décembre 1626. Quoique employé à diverses affaires importantes, il ne négligea pas les travaux du cabinet. On a de lui : I. Une excellente édition de *Nomen-Marcelius*, 1614, in-4°. II. Des *Notes sur Aristomite*, sur *Tacite*, sur *Dictys de Crète*, et sur le Livre l'Apulée de Deo Secra- tis. Claude Saumaise étoit son gendre.
III. MERCIER, (Nicolas) de Poissy, mort en 1647, régent de troisième au collège de Na- varre à Paris, et sous-principal des grammairiens de ce collège, s'acquit beaucoup de réputation par son habileté à élever la jeu- nessse, et par ses ouvrages. On a de lui : I. Le Manuel des Gram- mairiens, in-12; ouvrage con- fus, du moins aux yeux de la plupart des jeunes gens. On se sert pourtant de ce livre dans divers collèges, parce qu'il y a des principes excellens pour la belle latinité. II. Un Traité de l'Epigramme, en latin, in-8°: ouvrage très-estimé. III. Une édition des Colloques d'Erasme, purgée des endroits dangereux, et enrichie de notes.
IV. MERCIER, (Jacques le) architecte sous Louis XIII et Louis XIV, eut la direction des principaux édifices élevés de son temps, tels que la Sorbonne, le Palais royal, Saint-Roch, le Yal-de-Grace, sur les dessins de Mansard. V. MERCIER, (Barthélemi) connu sous le nom d'abbé de Saint-Léger, naquit à Lyon, le 1er avril 1734, et entra fort jeune dans la congrégation de Sainte-Geneviève. Il y fut connu par l'ancien évêque de Grenoble, Caulet, qui aimoit les livres, et qui donna à Mercier les pre- mières leçons de bibliographie. Ce dernier devint bibliothécaire de Sainte-Geneviève, et succéda dans cette place au savant Lin- gré, qui étoit allé observer le passage de Venus dans la mer des Indes. En 1764, Louis XV étant venu visiter la bibliothé- que, Mercier lui en moistra les taretés, et lui inspira assez d'in- térêt pour qu'il le nommât à l'ab- baye de Saint-Léger de Soissons, qui étoit vacante. Mercier voya- gen en Hollande et dans la Bil- gique, pour y visiter les biblio- thèques et les savans, et se lia intimement avec Meceman, l'un des plus célèbres érudits en bi- bliographie. Déponillé de ses bé- nèfices par la révolution, il sup- porta avec courage l'indique ce dit il tomba. Les malheurs de sa pa- trie l'affligèrent; et la rencontre qu'il fit de son ami, l'abbé l'ayer, que l'on conduisoit à l'échataud, fut la première cause de son dé- périssement. Il mourut, le 13 mai 1799. Une profonde érudi- tion, de la clarté dans les re- cherches distinguèrent ses écrits; un caractère doux et alable, de la gaieté, point de morgue, le firent aimer. Les belles biblio- thèques de Soubise et la Vallière lui durent une partie de leurs richesses. Ses ouvrages sont : I. Lettre sur la bibliographie de Debure, 1763, in-8° II. Lettre à M. Capperonier, sur le même objet. III. Lettres sur le véritable auteur du Testament politique du cardinal de Richelieu. IV. Sup- plément à l'Histoire de l'Impri- merie de Prosper Marchand, 1765, in-4° V. Lettre sur la Pucelle d'Orléans, 1775. VI. Dis- sertation sur l'auteur du livre de l'Imitation de J. C. VII. Notice du livre rare, intitulé : Pedis ad- mirande, par J. d'Artis. VIII. No- tice de la Platopodologie d'An- toine Fiancé, médecin de Besan- çon. IX. Lettres sur celles attri- buées au pape Canganelli. X. No- tice sur les tombeaux des ducs de Bourgogne. XI. Lettres sur différentes éditions rares du 15° 330 MER siècle, 1783, in-8.º XII. Observations sur l'essai d'un projet de Catalogue de bibliothèque. XIII. Description d'une Giraffe vue à Fano. XIV. Notice raisonnée des ouvrages de Gaspard Schott, Jésuite, 1785, in-8.º XV. Bibliothèque des Romans, traduits du grec, 1796, 12 vol. in-12. XVI. Il a travaillé au Journal de Trevoux, à celui des Savans, et au Magasin encyclopédique. Il a laissé plusieurs Manuscrits et des Notes, sur les poètes latins du moyen âge; les Œuvres de la Monnoye; la Bibliothèque de la Croix du Maine et de Duverdier, et l'ouvrage de Dreux du Radier, sur les Lanternes. MERCŒUR, (Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de) naquit en 1558, de Nicolas de Lorraine, et de Jeanne de Savoie-Nemours, sa seconde femme. Il s'endurcit dès sa première jeunesse aux fatigues de la guerre, et se distingua dans plusieurs occasions. Lié avec le duc de Guise, il fut sur le point d'être arrêté comme cet illustre factieux, aux états de Blois, en 1588; mais la reine Louise de Lorraine, sa sœur, l'en ayant averti, il échappa à ce péril. Ce fut alors qu'il embrassa ouvertement le parti de la Ligue. Il se cantonna dans son gouvernement de Bretagne, y appela les Espagnols, et leur donna le port de Blavet en 1591. Les agens de Henri IV l'engagèrent, en 1595, à conclure une trêve, qui devoit durer jusqu'au mois de mars de l'année suivante. On vint à bout ensuite de la lui faire prolonger jusqu'au mois de juillet. Ses amis lui reprochèrent alors, ce qu'il avoit reproché plusieurs fois au duc de Mayenne: que les occasions ne lui avoient pas manqué, mais qu'il avoit souvent manqué aux occasions. Cependant, comme tous les chefs de la Ligue avoient fait leur paix avec le roi, il fit la sienne en 1598. Le mariage de sa fille Françoise, riche héritière, avec César de Vendôme, fut le prix de la réconciliation. Le duc de Mercœur ne songea plus qu'à trouver quelque occasion brillante de signaler son courage; elle se présenta bientôt. L'empereur Rodolphe II lui fit offrir, en 1601, le commandement de son armée en Hongrie contre les Turcs. Le duc partit pour cette expédition; et on le vit, à la tête de 15,000 hommes seulement, entreprendre de faire lever le siège qu'Ibrahim bacha avoit mis devant Chanicha avec soixante mille combattants. Il voulut l'obliger à donner bataille; mais, ayant bientôt manqué de vivres, il fut contraint de se retirer. Sa retraite passa pour la plus belle que l'Europe eût vue depuis longtemps. L'année suivante, il prit Albe royale, et défit les Turcs qui venoient la secourir. Ce héros, obligé de retourner en France, fut attaqué d'une fièvre pourprée à Nuremberg, où il mourut en 1602, à 44 ans. St. François de Sales prononça son Oraison funèbre à Paris; et l'on applaudit beaucoup aux éloges qu'il donna à sa valeur, tour-à-tour prudente et téméraire. Il ne loua pas moins sa piété, sa justice, sa douceur, son humanité. Cet Éloge funèbre se trouve dans le recueil des Œuvres de St. François de Sales, en 2 volum. infolio. I. MERCURE, (Mythol.) fils de Jupiter et de Maia, ap- pélé Hermès par les Grecs, étoit Dieu de l'éloquence, du commerce et des voleurs. On le regardoit comme le messager des Dieux, principalement de Jupiter, qui lui avoit attaché des ailes à la tête et aux talons, pour qu'il exécutât ses ordres avec plus de vitesse. Il conduisoit les ames dans les enfers, et avoit le pouvoir de les en tirer. Il savoit parfaitement bien la musique. Ce fut lui qui déroba les troupeaux, les armes et la lyre d'Apollon, et se servit de cette lyre pour endormir et tuer Argus, qui gardoit la vache Io. Il métamorphosa Battus en pierre de touche, délivra Mars de la prison où Vulcain l'avoit enfermé, et attacha Prométhée sur le mont Caucase. Il fut aimé de Vénus, dont il eut Hermaphrodite. (Voy. aussi AGLAURE et MUETTE.) On le représente ordinairement sous la figure d'un beau jeune homme, tenant un caducée à la main, avec des ailes à la tête et aux talons. Comme il portoit la parole alternativement aux dieux du ciel et des enfers, la langue lui étoit consacrée. On élevoit, en son honneur, des statues de pierres quarrées, au haut desquelles on ne voyoit qu'une tête, et on les plaçoit dans les carrefours. Regardé comme dieu des chemins, il étoit honoré par tous les voyageurs, qui jetoient une pierre sur les monceaux appelés Accrivi mercuriales, qu'on voyoit sur les grandes routes. Festus fort venir le nom de Mercure, de mercium cura, parce qu'il présidoit au commerce et à tous les arts qui le font fleurir. La pluralité des noms qu'on a donnés à Mercure, a mis quelque confusion dans son histoire. Nous avons déjà dit que les Grecs l'ap- peloient Hermès, qui signifie interprète. Les Latins, indépendamment du nom de Mercurius, lui donnoient celui de Cyllenius, parce qu'ils le croyoient né sur la montagne de Cyllène; de Nonius, à cause des lois dont il passoit pour être l'auteur; de Camillus, parce qu'il étoit le messager des Dieux. Les Carthaginois l'appeloient Sumés, par la même raison; les Égyptiens, Phine; les Alexandrins, Thos; les Gaulois, Theutatis; et ses derniers noms lui étoient donnés, dit-on, pour marquer son éloquence.
MERCURE TRISMEGISTE, Voy. HERMÈS.
II. MERCURE, (Jean) célèbre charlatan, qui parut à Lyon, en 1478. Il jouoit le philosophe, et il se croyoit plus habile que tous les anciens, Hébreux, Grecs et Latins. Ce sophiste avoit avec lui sa femme et ses enfans; il étoit vêtu de lin, et portoit à son cou une chaîne, à l'imitation d'Apollonius de Tyanes, dont il se disoit le disciple. Il étoit fort sérieux, et se vantoit de guérir toutes sortes de maladies. On en donna avis à Louis XI, qui le fit examiner à Lyon par les plus habiles médecins de son royaume. Sur le rapport qu'ils firent au roi, que la science de cet homme étoit plus qu'humaine, ce prince voulut le voir. Le charlatan satisfit à toutes ses questions, et lui fit deux présens: l'un étoit une épée très-riche, qui renfermoit cent quatre-vingts petits glaives ou couteaux: l'autre, un bouclier orné d'un miroir, qu'il disoit contenir beaucoup de vertus secrètes. Cet homme étoit si désintéressé, qu'il distribua aux pa- vres tout l'argent qu'il reçut du roi. Il ne demeura que quelques mois dans Lyon, et disparut tout d'un coup, sans qu'on put savoir ce qu'il étoit devenu. Tout cela sentait l'imposteur, d'autant plus qu'il se vantait d'avoir la pierre philosophale, et de transmuer les métaux.
MERCURIALIS, (Jérome) célèbre médecin, appelé par quel- que-sans l'Escalope de son temps, maquait à Forlè, en 1570, et y mourut, le 13 novembre 1596, à 66 ans. Il pratiqua et professa la médecine à Padeur, à Bolo- gne et à Pise. Il donna la santé a bien des malades, et des ins- tructions salutaires à ceux qui se portaient bien. Les habitus de Forlè mirent sa statue dans leur place publique, pour ho- nerer la mémoire d'un homme qui avait tant illustré et obligé sa patrie. Son mérite lui acquit non seulement beaucoup de ré- putation, mais encore des ri- chesses immenses. Il laissa à son fils 120.000 deux d'or, après avoir vécu avec éclat, et fait des liberalités considérables à ses amis et de grandes charités aux pau- vres. C'étoit un homme bien fait et de bonne mine. Il étoit d'une douceur angélique et d'une pieté exemplaire. Il voyant que ses ouvrages parussent de son vivant par le soin de ses dissi- ples, afin de pouvoir occuper ses méprises et celles des ampriments. On en forma un recueil à Ve- nise, 1644, in-folio. Les princi- paux sont : I. De Jiste Com- nostici, à Venise, 1587, in-4, et à Amsterdam, 1622, in-4. Des recherches curieuses sur les joux d'exercice des anciens, de savantes explications, et quel- ques bons préceptes, font le mé- rite de ce livre et des suivants. II. De morbis Multicum, 1601, in-4. III. De morbis Puerorum, Francfort, 1584, in-4. IV. Des Notes sur Hypocrite, et sur quelques endroits de Phae l'an- cien. V. Consultationes et res- ponsa medicinalis, Venise, 1624, in-folio, avec les notes de Mun- dinus. VI. Medicina practica, Venise, 1627, in-folio. Voyez II. GIACONUS. I. MERCY, (François de) général de l'armée du duc de Bavière, né à Longwy en Lor- raine, se signala dans diverses occasions. Il prit Rotweil, en 1643, et Fribourg, en 1644. Peu de temps après, il perdit la bataille d'ouïe proche cette ville, fut blessé à celle de Nort- lingue, le 3 août 1645, et mou- rut de ses blessures. On l'enterra dans le champ de bataille, et on grava sur sa tombe ces mots ho- norables :
STA, VIATOR: HERON CALCAS! Arrive, l'eyagant à la foule un Riva! Une chose singulière de Mercy, c'est que, dans tout le cours de deux campagnes que le duc d'Eu- gnien, le maréchal de Grammont et Taverne avaient faites contre lui, ils n'avaient jamais rien pro- jeté dans leur conseil de guerre, que Mercy ne l'eut devine et ne l'eût prévenu, comme s'ils lui ensentent fait la confidence de leurs dessans. C'est un clogs que peu d'autres généraux ont mérité.
II. MERCY, (Florimond, citée de) petit-fils du precé- dent, né en Lorraine, l'an 1666, se signala tellement par sa valeur dans les armées imperiales, qu'il désint welt-man-chal de l'em- premier, en 1700. L'année sui- vante, il fut des lignes de Psif- fenhoven, et fut vaincu en Al- sace, par le comte du Bourg, en 1709. Le comte de Mercy s'acquit beaucoup de gloire dans les guerres de l'empereur contre les Turcs. Il fut tué à la bataille de Parme, le 29 juin 1734. Le comte d'Argentan, colonel Impérial, son cousin, qu'il avoit adopté, fut son héritier, à condition qu'il prendroit le nom et les armes de Mercy. — MÈRE, (Ignace le) né à Marseille, prêtre de l'Oratoire, quitta cette congrégation, et se fixa, vers 1722, à Paris, où il mourut, en 1752, à 75 ans. On a de lui : I. Pensées morales et Chrétiennes sur la Genèse, 1734, 2 vol. in-12. II. La Traduction des Homélies de St. Chrysostôme, 1741, 4 vol. in-8°, et De la Providence, par Théodoret, 1740, in-8°.
MÉRÉ, Voyez POLTROT. — MÉRÉ, (George Brossin, chevalier de) écrivain du Poitou, d'une des plus illustres familles de cette province, se distingua par son esprit et par son érudition. Homère, Platon, Plutarque, et les autres excellens auteurs Grecs, lui étoient aussi familiers que les François. Après avoir fait quelques campagnes sur mer, il parut à la cour avec distinction, et se fit estimer et rechercher des savans et des grands. Sur la fin de sa vie, il se retira dans une belle terre qu'il avoit en Poitou, et il y mourut dans un âge fort avancé, vers 1690, très-persuadé de toutes les vérités du christianisme, que les lumières de son esprit lui avoient toujours rendues respectables. Le chevalier de Méré étoit un homme d'un esprit précieux et galant, et un philosophe qui tâchoit d'être agréable. Ses ouvrages sont : I. Conversations de M. de Clérembault et du Chevalier de Méré, in-12. II. Deux Discours, l'un de l'Esprit, et l'autre de la Conversation, in-12. III. Les Agrémens du discours. IV. Des Lettres, 1689, 2 vol. in-12. V. Traités de la vraie Honnêteté, de l'Eloquence et de l'Entretien, publiés par l'abbé Nadal, avec quelques autres Œuvres posthumes, in-12, 1701. Voici le jugement qu'on en porte dans le 3e tome des Mélanges d'Histoire et de Littérature, de Vigneul-Marville. « Le chevalier de Méré étoit un homme à réflexions. Il avoit une grande abondance de pensées, et pensoit bien : mais il faut avouer aussi, qu'à force d'avoir voulu polir son style, il l'a exténué; qu'il est quelquefois guindé et peu naturel... Ce qu'il y a de singulier dans les ouvrages du chevalier de Méré, c'est qu'en disant lui-même que le Discours ne sauroit être trop ajusté, il détruit une autre maxime qu'il avoit avancée, qu'il faut sur toutes choses qu'un homme qui se mêle d'écrire, évite de sentir l'Auteur; ce qui arrive néanmoins, lorsqu'on est aussi mystérieux dans le langage qu'il l'étoit. » Cependant il croyoit avoir, en écrivant, le ton de la bonne Compagnie; car c'est d'après lui que tant de gens qui ont le langage de la mauvaise, répètent tous les jours ce mot qu'il mit à la mode. Aujourd'hui on a à peu près oublié le chevalier de Méré et son chien de style, comme disoit Mad. de Sévigné, qui avoit le bon esprit de n'y rien comprendre. Il est vrai que ce chien de style tenoit plutôt au jargon des Précieuses ridicules de Molière, qu'au persiflage de quelques-unes de nos sociétés, qui vont peut-être encore moins. Voyez aussi la Bibliothèque historique du Poitou, par M. Dreux du Radier, tome iv.
MERIAN, (Marie-Sybille) fille d'un graveur Allemand, célèbre par ses l'aysages, ses Perspectives et ses Fues, hérité des talons de son père. Elle naquit à Francfort en 1647, et mourut à Amsterdam en 1717, à 70 ans. Le goût, l'intelligence et la vérité avec lesquels elle a su prendre à détruire les fleurs, les papillons, les chenilles et autres insectes, lui ont fait beaucoup de réputation. Elle étoit si curieuse de cette partie de l'histoire naturelle, qu'elle entreprit plusieurs voyages pour voir les collections que des curieux en avoient faites. Elle avoit épousé Jean-Andries Graff, habile peintre et architecte de Nuremberg. Les Hollandois attirèrent par leurs offres, les deux époux chez eux. Mad. Mérian ne quitta son pays que parce qu'elle n'avoit plus rien à y observer; elle eut le courage d'affronter les dangers et les périls, e la mer pour aller chercher de nouvelles connoissances en Amérique; elle s'arrêta deux ans (et non deux mois, comme on le dit dans Morère) à Surinam, et elle s'y occupa à dessiner tout ce qu'elle y put trouver de reptiles et d'insectes, de même que les plantes, les fleurs et les fruits qui leur servent d'alimens. Elle peignit tout cela sur vélin, et les connoisseurs conviennent qu'on ne peut rien ajouter à ce travail. Les mouches brillantes de Surinam, répandent, suivant elle, une lumière si vive et si continue, qu'une seule lui suffit pour l'éclairer, pendant qu'elle peignit tous les insectes de ce pays. On a de cette dame: I. Origine des Chenilles, leurs nourritures et leurs changements, Nuremberg, 1679, 1688, deux vol. in-4°, avec figures, en allemand; on l'a traduit en latin sous ce titre: Erucarum ortus, Amsterdam, 1705. Sa fille donna un 3e volume comme l'ouvrage posthume de sa mère. Nous avons le tout en françois, sous ce titre: Histoire des Insectes de l'Europe, traduite par Jean Marret, Amsterdam, 1730, in-folio, avec 36 planches de plus, et des notes. II. Dissertation sur la génération et les transformations des Insectes de Surinam, en flamand, Amsterdam, 1705, in-4°. Item en latin, Amsterdam, 1705, in-fol., avec 60 magnifiques planches; item, en françois et en latin, Amsterdam, 1726, in-fol. Ces deux ouvrages ont été réunis en françois sous ce titre: Histoire des Insectes de l'Europe et de l'Amérique, Amsterdam, 1730, in-fol. On les a réimprimés en françois et en latin à Paris, en 1768; et on y a ajouté le Florilegium d'Emmonnel Sweets, traduit en françois, dont il y a des exemplaires ecluminés. Les dessins de cette dame ont été déposés dans l'hôtel-de-ville d'Amsterdam, et multipliés par la gravure. Son père, Matthieu Mérian, est connu par sa Topographie de l'Univers, 31 tom. in-fol.; et par son Florilegium, Francfort, 1612, 2 vol. in-folio.
MERICI, (Voyez ANGÈLE.)
MERILLE, (Edmond) l'un des plus savans jurisconsultes du 17e siècle, étoit de Troyes en Champagne. Il enseigna le droit à Bourges, avec une réputation extraordinaire, et mourut en 1647, à 68 ans, après s'être distingué sur le théâtre littéraire par divers écrits. On a fait une édition de ses Œuvres à Naples, en 2 vol. in-4°, 1720.
MÉRION, conducteur du char d'Idoménée, se distingua beaucoup au siège de Troye. Homère le compare à Mars pour la valeur. — Il y eut un autre MÉRION, fils de Jason, célèbre par ses richesses et par son avarice.
MERKLIN, (George-Abraham) médecin, né à Weissembourg, en Franconie, pratiqua son art à Nuremberg, et mourut en 1702, à 58 ans. Il a donné: I. Un Traité De ortu et occasu transfusionis sanguiais, Nuremberg, 1679, in-8°, dans lequel il s'élève contre cette pratique. II. Une nouvelle édition de Vander-Linden, De Scriptis Medicis, 1686, 2 vol. in-4°. III. De incantamentis, in-4°, 1715. Ces Traités offrent des choses qu'on ne trouve point ailleurs.
MERLAT, (Élie) théologien de la religion Prétendue Réformée, né à Saintes, en 1634, voyagea en Suisse, à Genève, en Hollande et en Angleterre. Il devint ensuite ministre de Saintes, où il se distingua pendant 19 ans, par sa science et par sa probité. Une réponse violente qu'il fit au livre d'Arnauld, intitulé: Le Renversement de la Morale, etc., l'obligea de sortir de France en 1680. Il se retira alors à Genève, et de là à Lausanne, où il fut pasteur et professeur, et où il mourut en 1705, à 71 ans. C'étoit un homme zélé, charitable, doux, honnête, et d'une conversation agréable. Son cœur étoit si compatissant pour les malheureux, qu'il ne régaloit jamais ses amis, sans destiner une pareille somme pour le soulagement des pauvres. Outre l'ouvrage dont nous avons parlé, on a de lui: I. Plusieurs Sermons. II. Un Traité de l'autorité des Rois. III. Un autre Traité De conversione Hominis peccatoris: ouvrages qui ont eu quelques succès dans la Réforme. I. MERLIN, (Ambroise) écrivain Anglois du 5e siècle, qu'on a regardé long-temps comme un grand magicien, et dont on rapporte des choses surprenantes. Plusieurs auteurs ont écrit, qu'il avoit été engendré d'un Incube, et qu'il avoit transporté d'Irlande en Angleterre, les grands rochers qui s'élèvent en pyramide près de Salisbury. On lui attribue des Prophéties extravagantes, et d'autres ouvrages ridicules, sur lesquels quelques auteurs ont fait des commentaires remplis d'une crédulité puérile: Alain de l'Isle, entr'autres, a donné dans ces fables. Le Roman de Merlin et ses Prophéties parurent à Paris en 1530, in-fol., et furent traduits en italien, à Venise, en 1539 et 1554, in-8° (Voyez II. ROSEMONDE.)
II. MERLIN, (Jacques) docteur de Sorbonne, natif du diocèse de Limoges, fut curé de Montmartre, puis chanoine et grand pénitencier de Paris. Un sermon séditieux contre quelques grands seigneurs, soupçonnés d'être favorables aux nouvelles erreurs, ayant fait beaucoup de bruit à Paris et à la cour, François Ier le fit mettre en prison dans le château du Louvre, en 1527, et l'envoya en exil à Nantes deux ans après. Ce monarque s'étant ensuite appaisé, lui permit de revenir à Paris, en 1530. Il y mourut, le 26 septembre 1541, dans un a, assez avancé après avoir occupé la place de grand vicars, et la cure de la Magdeleine. Ses orailles trouvèrent en lui le plus tendre et le plus zèle des pasteurs. Merlin est le premier qui ait donné une Collection des Conches. Il y en a en trois éditions. Tout ce qu'il a fait, a été de recueillir les conciles avec leurs actes. Mais ce n'était pas assez : il falloit les conférer pour corriger les textes défectueux, et retrancher un nombre infini de fautes qui se rencontrent dans les manuscrits. Merlin ne l'a pas dissimulé, puisqu'il dit dans sa Préface, que le lecteur pourra trouver de mauvaises interprétations. La forme qu'il a donnée à sa Collection est toute simple. Il avait dessein de rapporter ce qui regarde les conciles et les papes, qu'Isidore de Saville a recueillis en un vol. Il l'exécuta dans le premier tome; mais il n'y a donné que la version latine des six premiers conciles généraux, et des six conciles provinciaux d'Arcyre, de Néocésarée, de Ganges, de Sardique, d'Antioche et de Laodicée. Il y a mis à la donation de Constantin, qui n'a aucune autorité. On n'y trouve point le 5e cent-cle général, tenu l'an 553, sur l'affaire des trois Chaptres. En un mot, l'ouvrage est peu considérable, quoiqu'on ait l'obligation à l'auteur d'avoir excité, par son exemple, beaucoup d'autres à nous donner des Collections plus amples et plus exactes. On a encore de lui, des éditions de Richard de Saint-Fictor, de Pierre de Blois, de Durand de Saint-Pourçain, et d'Origène. Il a mis à la tête des Œuvres de ce Père, une Apologie, dans laquelle il entreprend de justifier Origène des erreurs qu'on lui impute; mais cette justification ne lave pas entièrement ce grand homme.
III. MERLIN, (Charles) Jésusite du diocèse d'Anaens, mort à Paris, dans le collège de Louis le Grand, en 1747, enseigna avec distinction les humanités et la théologie. Il s'appliqua ensuite aux travaux du cabinet, et recueillit des éloges. On a de lui : I. Une Réfutation de Leyle, in-4e II. Un Traité historique et dogmatique sur la forme des Sacremens. III. Plusieurs Inscriptions insérées dans les Mémoires de Trevoux.
MERLIN COCCAYE, (Voy FOLENGO, n° II.
MERLON, (Jacques) dit HORSTUS, curé de Cologne, mort en 1644, à 47 ans, est auteur du Paraclissus emmoe Christiane, en vers, in-8e et in-12, figures : ouvrage plein d'onction, traduit sous le titre d'Œuvres Chrétiennes, 2 vol. in-12, par Fontaine, secrétaire des Solitaires de Port-Royal. Il étoit natif de Horst, dans le pays de Gueldre : ce qui lui fit donner le nom de Horstius. Il procura l'édition des savans Commentaires d'Estias, sur les Épîtres, et une autre trésoignée des Œuvres de St. Bernard. Il profitait de tous les mœurs que lui laissoleur ses fonctions pastorales, pour les consacrer à l'étude.
MERMET, (Claude) d'abord principal du collège de Saint-Baubert en Bugey, auroit pu céder des jours heureux dans cette place. Trop instruit pour ne pas s'apercevoir des connaissances qui lui manquaient, il la quitta, et se rendit à Lyon pour travailler à les acquérir. De savans imprimeurs y résidoient alors, *Mermet* se lia avec eux, et leur fut utile. Il fit imprimer dans cette ville, en 1583, la tragédie de *Sophonisbe*, reine de Numidie, qu'il avoit traduite en vers fran- çois sur l'original italien de *Jean- George Trissino*. Après un sé- jour de quelques années à Lyon, *Mermet* revint à Saint-Rambert, et y reprit sa place de principal. Ce fut alors qu'il composa, pour l'utilité de ses élèves, son *Traité* de l'*Orthographe Françoise*. Les règles qu'il y donne, sont en vers françois, et ont toutes une tour- nure épigrammatique, il le ter- mine par ces quatre vers : Si quelqu'un parle par envie Du petit livre que j'ai fait, Sans colère, je le supplie D'en faire un autre plus parfait. L'ouvrage de *Mermet* a précédé ceux de tous les grammairiens François; c'est le premier sur notre langue que l'on connoisse. On a encore de lui, une critique du traité de son compatriote, *Claude Guichard*, sur la manière d'ensevelir, en usage chez les différens peuples. Cette critique est infiniment plus rare que l'écrit qui l'a fait naître. *Duverdier-Van- privas* parle de *Mermet* dans sa *Bibliothèque Françoise*, et lui at- tribue plusieurs épigrammes, par- mi lesquelles on peut citer celle-ci: Un boucher consul de village, Fut envoyé loin pour chercher Un prêcheur docte personnage, Qui vint en carême prêcher. On en fit de lui approcher Demi-douzaine en un couvent. Le plus gras fut prins du boucher Cuidant qu'il fut le plus savant. On voit par ces vers, que la règle qui défend l'*hiatus*, n'étoit point encore défendue en poésie. Sur la fin de ses jours, *Mermet* devint châtelain du duc de Savoie, *Charles-Emmanuel*, qui, instruit de son mérite, lui avoit accordé une pension. Les anciens recueils renferment plusieurs de ses poé- sies, qui ont de l'agrément et du naturel. On a retenu ces vers de lui : Les amis de l'heure présente Ont le naturel du melon, Il en faut essayer cinquante Avant d'en rencontrer un bon. *Mermet* mourut à Saint-Rambert, emportant les regrets des gens de bien, et l'estime des littéra- teurs de son temps.
MERMET, *Voy*. BOLLOUD.
MÉRODACH-BALADAN, *Voyez* BALADAN.
MÉROPE, fille d'*Atlas* et de *Pléone*, et l'une des sept l'élèdes, rendoit une lumière assez obs- cure, selon la Fable, parce qu'elle avoit épousé *Nisyphe*, homme mortel; au lieu que ses sœurs avoient été mariées à des Dieux. — *MÉROPE* est aussi le nom de l'épouse de *Cresfonte*, héros *Grec*, laquelle reconnut son fils dans l'in- tant même où elle alloit l'immoler.
MÉROVÉE ou MÉROUÉE, — roi de France, succéda à *Clodion*, l'an 448, et combattit *Attila*, l'an 451, près de Méry-sur-Seine. On dit qu'il étendit les bornes de son empire, depuis les bords de la Somme, jusqu'à Trèves, qu'il prit et qu'il saccagea. Il mou- rut en 456. Sa valeur a fait don- ner à nos rois de la première race le nom de *Mérovingiens*. On ne connoit ni sa famille, ni l'an- née de sa naissance. Quelques écrivains le font parent de *Clo- dion*. D'autres auteurs ont écrit 238 MER que sa mère, se baignant au bord de la mer, il sortit un taureau marin, qui la rendit grosse de ce prince. Cette fable a pris vraisemblablement sa source dans le mot *Mer - Veich*, qui signifie Veau de mer. *Mémoire* eut trois enfants, mais on ne connaît que *Childerie*, son successeur. Les deux autres quittèrent leur père pour suivre les drapeaux, l'un d'Attila, l'autre d'Athus : on ne sait ce qu'ils devinrent. — Il y a eu un *MÉMOIRE*, fils de *Chilperie*, qui séduit par la beauté et les intrigues de *Brunchout*, ennemie implacable de son père, l'épousa à Rouen, l'an 576. *Chilperie* l'ayant appris, vole furieux à cette ville, pour punir la téméraire passion du jeune prince. Les deux époux se réfument dans une église, et n'en sortent qu'avec l'assurance d'avoir la vie sauve. Mais à peine eurent-ils quitté leur asile, que *Mémoire* fut ordonné prêtre, malgré lui, et *Brunchout* fut renvoyée en Austrasie, pleurer les cendres encore tièdes du roi *Rigbert*, son époux, assassiné l'année précédente. I. MERRE, (Pierre le) avocat au parlement de Paris, et professeur royal en droit canon, mort en 1728, se rendit très-habile dans les affaires ecclésiastiques. On a de lui : I. Un Mémoire intitulé : *Justification des Usages de France, sur les Marriages des Enfants de Famille, faits sans le consentement de leurs Parcs*, 1686. II. *Sommaire touchant la Juridiction*, in-folio, 1705. Ces deux ouvrages ont estimables, par l'érudition qu'ils renferment.
II. MERRE, (Pierre le) fils du président, mort à Paris, sa patrie en 1753, à 76 ans, était un avocat célèbre, et obtint une chaire de professeur royal en droit canon, qu'il remplit avec distinction. Il ne se distingua pas moins que son père, et c'est à eux qu'on doit le *Recueil des Actes, Titres et Mémoires* concernant les affaires du clergé de France ; augmenté d'un grand nombre de *Pièces et d'Observations* sur la discipline présente de l'Eglise, et mis en nouvel ordre suivant la délibération de l'assemblée générale du Clergé du 29 août 1705, en 12 vol. in-fol., 1716 et 1750. On y joint une *Table* de 1752, réimprimée en 1764 : les *Harangues* en 1740 : les *Procès-verbaux* qui en sont la suite, commencent au Colloque de Poissy en 1561, jusqu'à présent. Les plis rares sont : de 1625, in-4°, imprimé jusqu'à la page 448; de 1635 et 1636, in-fol.; de 1645 et 1646, in-fol.; de 1651, in-fol.; de 1655, 1656, 1657, in-fol. Nous ne parlerons pas des *Manuscrits*. On en a imprimé un Abrégé, 1767 et années suivantes, en 6 vol. in-fol., qui a pour titre : *Collection des Procès verbaux des assemblées générales du Clergé*, rédigés par ordre des matières, et réduits à ce qu'ils ont dissenté. Ce recueil a été fait sous la direction de M. l'évêque de Macon. On a réimprimé à peu près au même temps le *Recueil des Actes, Titres et Mémoires du Clergé*, chez Garigan, à Avignon, en 14 vol., in-4°, plis commodes, mais moins exacts que l'édition in-folio.
MERSENNE, (Marie) religieux Minime, né au bourg d'Oyse dans le Maine, le 8 septembre 1588, étudia à la Flèche avec *Descartes*, et forma avec lui une liaison qui ne finit qu'avec leur vie. Les mêmes goûts fortis fièrent leur amitié. Le P. Mersenne étoit né avec un génie heureux pour les mathématiques et pour la philosophie. Il inventa la Cycloïde, nouvelle courbe, qui fut aussi nommée Roulette, parce que cette ligne est décrite par un point de la circonférence d'un cercle qu'on fait rouler sur un plan. Les plus grands géomètres se mirent à étudier sur cette courbe, et le P. Mersenne eut dès-lors un rang distingué parmi eux. Ce savant religieux, également propre à la théologie et à la philosophie, enseigna ces deux sciences depuis 1615 jusqu'en 1619. Il voyagea ensuite en Allemagne, en Italie et dans les Pays-Bas. Son caractère doux, poli et engageant, lui fit par-tout d'illustres amis. Il s'étoit rendu comme le centre de tous les gens de lettres, par le commerce mutuel qu'il entretenoit entr'eux, les excitant à publier leurs productions, et les aidant même à les revoir. Il mourut à Paris le 1er septembre 1648, à 60 ans, regretté comme un génie pénétrant et comme un philosophe plein de sagacité. L'auteur d'un Dictionnaire philosophique trop fameux, en a parlé avec un mépris injuste, en l'appelant le Minime et très-minime Père Mersenne. Les talens de cet habile mathématicien méritoient plus d'égards. C'étoit d'ailleurs un vrai philosophe, sans faire parade de philosophie. Il vécut tranquille et exempt d'ambition. Il auroit pu posséder les premiers emplois de son ordre dans sa province; mais il ne voulut jamais porter ce fardeau. Sa dernière maladie fut un abcès au côté droit, que les médecins prirent pour une fausse pleurésie. Après l'avoir beaucoup tourmenté par les remèdes, on prit le parti d'ou- vrir le côté; mais il mourut dans l'opération. Il ordonna, en mourant, qu'on achevât l'ouverture de son corps, afin qu'on connût l'origine de son mal, et qu'il pût être utile même après sa mort, comme il l'avoit été pendant sa vie. On a de lui, plusieurs ouvrages; les plus connus sont: I. Quæstiones celebres in Genesim, 1623, in-fol. C'est dans ce livre qu'il parle de Vanini. Il faisoit mention en même temps, depuis la colonne 669°, jusqu'à la 676°, des autres Athées de son temps. On lui fit remplacer cette liste imprudente et peut-être dangereuse, par deux cartons. Il est rare de trouver des exemplaires avec les pages supprimées. Au reste, il a fait entrer dans son Commentaire un grand nombre de choses fort étrangères. Sa plus grande digression regarde la musique, à laquelle il s'étoit fort appliqué. Mersenne s'éloignant de son humeur pacifique, y attaque, en plusieurs endroits, avec beaucoup de vivacité et sans ménagement, Robert Fludd, gentilhomme Anglois, dont il avoit lu l'Apologie, publiée à Leyde en 1616, in-8°. Cet auteur lui rendit bientôt ses duretés avec usure, dans deux livres qu'il publia contre lui. Plusieurs personnes prirent la plume pour sa défense. Les plus zélés furent deux de ses confrères, François de la Noue et Jean Durrel; le premier, sous le masque de Flaminius, et l'autre sous celui d'Eusèbe de Saint-Just. Mais personne ne le fit avec plus d'avantage que Gassendi, dont la défense se trouve parmi ses Œuvres. II. L'Harmonie universelle concernant la théorie et la pratique de la Musique, 2 volumes in-fol., dont le premier est de 1636, et le second de 1637. Il en a une édition latine de 1638, in-fet., avec des anécdotes. Ce livre est recherche, qu'il ne se trouve pas facilement. III. Le Souvenir nature, cours et effec-tions; ouvrage profond. IV. Co-patria. Ph. 20 - malhemarica, in-4° V. La Cérite des Souvenirs, in-12. VI. Le Quatre au cours, ou associations des Sautes, con-tenant beaucoup de choses qui concernent principalement la: bi-locopile et les malhemariques. Paris, 1634, in-4° VII. Une oth-tion des Spérez pas de Munch. VIII. L'Imperte les Levées et des plus subies Libérants, descendre et refa-tir par raisons de l'1e-loque et de l'hilaire, enquêt la refutation des Dialogues de J. et le Brux, dans lesquels il a voulu à diller l'autre nouvelle de l'univers avec plusieurs d'indiens de malhemariques, explique en Paris, 1624, in-8°, 2 vol. Quai-que les raisonnements du P. Mer-sonne ne soient pas toujours con-chains, ou trouvera dans ce li-vre plusieurs choses qui pourront intéresser les métaphysiciens. Il y a quelques Lettres latines de ce savant Moutre, parmi celles de Martin Isaac, célèbre Sociniens. Le P. Mersenne savait employer ingénieusement les pensées des autres; aussi, la Mothe-le-Fay et l'appelait-il le Bon Larron... L'ov, sa Vtr, 1649, in-8°, par le P. Hilarion de Coste.
MERVESIN. (Joseph) reli-gieux de l'ordre de Cluny non ré-formé, obtint le prieuré de Ba-ret, et mourut en 1721, à Apt, sa patrie, de la peste. Il avoit contracté cette maladie en se con-sicrant au service des pestiférés. Marcesin est principalement con-nu par son Histoire de la Poesie Françoise, in-12, à Paris, 1706. Comme c'est le premier ou-verage que l'on est, c'est sur cette matière, en le recherche dans le temps, quoiqu'il ne soit ni exact ni correctement écrit.
MERVILLE. (Michel Guyot de 1608 à Versailles, en possédant du grenier à sol de cette ville, voyagea en Italie, en Au-leuagne, en Hollande et en Au-pleure. Il se fixa, en 1726, à la clère, où il ouvrit une boutique de libraire. Il vendoit non-soulement des livres; il en con-poroit. Il mit au jour, en 1729, un Journal, qui eut quelque suc-ces. Revenu à Paris après avoir quitté le commerce typographique, il se mit à travailler pour l'athlare, il y donna plusieurs Pièces, dont quelques-unes fu-rent très-applandes. Des cha-crius causés par le dérangeant de ses anaires, le déterminent, au bout de quelques années, à quitter la capitale, et à chercher de la dissipation dans de nou-veaux voyages. Après avoir par-couru divers pays, il se retira, vers 1751, en Suisse, auprès d'un pentilhomme son ami, chez le-quel il passa les dernières années de sa vie. On va sur la manière dont il la termina. Les uns disent qu'il mourut d'une colique de ré-servé, sur le grand chemin de Genève; la plus commune oui-nion est, que le chagrin le porta enfin à avancer le terme de ses jours en se noyant dans le lac de Genève, en 1765, à l'âge de 60 ans. On ignora long-temps ce qu'il étoit devenu, quoique plu-sieurs circonstances, qui ac-om-pagnèrent sa disparition, ensoi-t fait présumer le genre de sa mort; et elle ne fut enfin constatée, qu'a-près les perquisitions du ré-bleu de France à Genève. La commune que que tint Guyot avant de consommer cet acte de désespoir, fait honneur à ses sentiniens. Il mit ordre à ses affaires, fit un état de ses effets, laissa sur sa table un bilan, par lequel il se trouvoit que leur valeur suffisoit pour acquitter ses dettes, et chargea, par une lettre, un magistrat de ses amis, de l'exécution de ses dernières volontés. Merville étoit un homme plein d'honneur et de droiture. Il étoit marié; sa tendresse pour sa femme et pour sa fille, associées à son infortune, la lui rendoient encore plus insupportable. Il tenta en vain de se réconcilier avec Voltaire, dont il avoit blessé la sensibilité par quelques critiques. Il eut beau faire des vers à sa louange, le célèbre poète ne se souvint que des satires. Outre les six volumes in-12 de son Journal, intitulé: Histoire Littéraire, contenant l'extrait des meilleurs Livres, un Catalogue choisi des Ouvrages nouveaux, etc., on a de lui, un Voyage Historique, 1729, 2 vol. in-12; et plusieurs Comédies, qui ont été représentées sur les théâtres François et Italien, avec applaudissement: I. Les Mascarades amoureuses, pièce bien écrite, bien conduite, et dont les caractères se soutiennent. II. Les Amans assortis sans le savoir. III. Achille à Scyros, tragicomédie. IV. Les Epoux réunis, pièce dont l'intrigue est bien fiée. V. Le Consentement forcé, pièce excellente. VI. L'Appareuse trompeuse, comédie jouée au théâtre Italien en 1744. Le plan parut tracé avec netteté et rempli avec succès. Le dialogue est animé et plein d'agrément. VII. Les Vieillards intéressés, ou le Dédit inutile. On a publié, en 1766, en 3 vol. in-12, à Paris, chez la vauve Duchesne, ses Œuvres de Théâtre. Toutes les pièces du troisième volume sont nouvelles. On y trouve les Tracasseries, ou le Mariage supposé, comédie en cinq actes et en vers; la Triomphe de l'Amitié et du Hasard, en 3 actes et en vers; la Coquette punie, aussi en 3 actes; le Jugement téméraire, en un acte et en vers. La plupart de ces pièces plairoient au théâtre autant qu'à la lecture. L'intrigue y est en général bien liée, les caractères soutenus, et la versification n'est pas mauvaise, quoiqu'un peu foible. I. MERULA. (George) d'Alexandrie de la Paille, enseigna le latin et le grec à Venise et à Milan, et mourut dans cette dernière ville en 1494. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages écrits avec sécheresse, et qui manquent de justesse dans les raisonnemens et d'exactitude dans les faits. Les principaux sont: I. Antiquitatis Vicecomitum Mediolanensium libri x, Milan, 1625, in-fol. On trouve, à la suite de cet ouvrage, Duodecim Vicecomitum Mediolani principum Vitae, auct. Paulo Jovio; et Philippi Mariæ Vicecomitis Vitae, auct. Petro Candido Decembrio. II. La Description du Mont-Vésuve et du Mont-Ferrat. III. Des Commentaires sur Martial, Stace, Juvenal, Varron, Columelle. IV. Des Epîtres, etc. Erasme, Hermolaüs-Barbarus, et plusieurs autres savans, font de lui un grand éloge. Tristanus-Calchus, disciple de Merula, fut jugé capable, par son maître, d'être associé à son travail pour l'Histoire de Milan. Mais le disciple, craignant qu'on n'attribuât toute la gloire de cet ouvrage, au . Q maître, en donna un autre de son propre fonds. Milan, 1624, ou il critiqua d'une manière ou- trageante celle de son maître; artiste de jalousie, que les lec- teurs judicieux n'auront point de peine à démêler. Me ala se dé- fendait avec vivacité contre les censeurs qui l'attaquaient; mais il ne tardait pas à rougir de ces emportements passagers. Voyez POLITIE.
II. MERULA, (Paul) natif de Dort en Hollande, se rendit habile dans le droit, dans l'his- toire, dans les langues et dans les belles-lettres. Pour donner plus d'étendue à ses connaissances, il voyagea en France, en Italie, en Allemagne et en Angleterre. De retour dans sa patrie, il succéda à Juste-Lipse, dans la chaire d'histoire de l'université de Leyde. Il eut l'art de faire goûter ses le- çons, et d'adorcir la sécheresse de l'érudition par les charmes de la littérature. Ses ouvrages sont: I. Des Commentaires sur les frag- mens d'Ennius, in-4.º II. Une édition de la Vie d'Errasme et de celle de Junius; l'une et l'au- tre in-4.º III. Un ouvrage très- utile pour la géographie, tant an- cienne que moderne: Cosmogra- phie generalis libri tres, et Geo- graphie particularis libri IV; Leyde, 1605, in-4.º: Amster- dam, 1636, 6 vol. in-12. Il n'a achevé que l'Espagne, la France et l'Italie; c'est une perte, dit Jeuglet, qu'il n'ait pas fini. IV. Manière de procéder en Hol- lande, etc., en flamand; l'édition la plus complète est celle de Deft, 1705, in-4.º V. Opera postha- ma, 1584, in-4.º; ils contiennent cinq traités, de Sacrifictus Boma- norum, de Sacerdotibus, de Le- gibus, de Comitiis, de Præmiis militaribus. Ils sont fort savans. VI. Urbis Roma delineatio, Leyde, 1569. VII. Histoire uni- verselle, depuis la naissance de Jésus-Christ, jusqu'à l'an 1200, continuée par son fils jusqu'an 1614, etc., en flamand, Leyde, 1627, in fol: la Continuation est pleine de traits injurieux contre l'église catholique. VIII. Disser- tatio de Maribus. Ce savant mou- rut à Rostock, le 18 juillet 1607, à 49 ans. Ses travaux avoient de bonne heure ruiné sa santé. On lui fit une Epitaphe, dans laquelle on disait qu'il étoit: Doctissimo- rum humanissimus, et humanissi- morum doctissimus. I. MÉRY ou MERRI, (St.) Medericus, abbé de Saint-Mar- tin d'Autun, sa patrie; voulant vivre en simple religieux, il quitta son monastère, et vint à Paris, ou il mourut l'an 700. On bâtit sur son tombeau une chapelle, qui est devenue dans la suite une église collégiale et paroissiale.
II. MÉRY, (Jean) chirur- gien célèbre, né à Vatan en Berry l'an 1645, fut fait chirur- gien major des Invalides en 1683. Louvois, qui lui avoit donné ce poste, l'envoya, l'année suivante, en Portugal, pour porter du le- cours à la reine, qui mourut avant son arrivée. L'Espagne et le Portugal tentèrent vainement de l'enlever à sa patrie. Il revint en France, et obtint une place à l'académie des Sciences. Louis XIV lui confia la santé du duc de Bourgogne, encore enfant; mais il se trouva, dit Fontenelle, encore plus étranger à la cour, qu'il ne l'avait été en Portugal et en Espagne. Il revint à Paris, fut fait mender chirurgien de l'Hotel-Dieu en 1700, et mou- rut le 3 novembre 1722, âge de 77 ans. *Méry* eut, toute sa vie, beaucoup de religion, et des mœurs telles que la religion les demande et les inspire. « Les cieux, dit *Fontenelle*, racontaient sans cesse à *Cassini* la gloire de leur créateur; les animaux la racontaient aussi à *Méry*. » On ne peut lui reprocher que d'avoir été trop attaché à ses opinions. La retraite dans laquelle il avoit vécu, lui laissoit ignorer certains ménagemens d'expressions nécessaires dans la dispute. On a de lui: I. Plusieurs *Dissertations* dans les *Mémoires* de l'académie des Sciences. II. Des *Observations* sur la manière de tailler, par *Frère Jacques*, in-12. III. Des *Problèmes de Physique* sur le *Fœtus*. Cet habile homme possédoit à fond l'anatomie, et avoit l'adresse et la persévérance qu'il faut pour y faire des progrès. Pour ne pas trop se glorifier de la connoissance qu'il avoit de la structure des animaux, il faisoit réflexion sur l'ignorance où l'on est de l'action et du jeu des liqueurs. *Nous autres anatomistes*, disoit-il plaisamment, *nous sommes comme les crocheteurs de Paris, qui en connoissent toutes les rues, jusques aux plus petites et aux plus écartées; mais qui ne savent pas ce qui se passe dans les maisons... Maître-Jean fut un de ses élèves.*
MESA, roi des Moabites, refusa de payer à *Joram*, roi d'Israël, le tribut qu'il payoit à son père *Achab*. *Joram* leva une armée pour obliger ce prince à le payer; et, secouru de *Josaphat*, roi de Juda, et du roi d'Idumée, il poursuivit *Mesa* jusque dans sa capitale. Elle alloit être forcée, lorsque *Mesa* désespéré fit monter son fils sur les murs de la ville; et pour montrer que ni lui ni son successeur ne se soumettroient jamais à payer le tribut, il sacrifia ce fils, son successeur, en présence des trois trois, qui furent saisis d'horreur et levèrent incontinent le siège.
MESANGE, (Matthieu) de Vernon, mort à Paris en 1758, âgé de 65 ans, avoit été garde de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés. On a de lui: I. *Tarif de la Maçonnerie*, 1746, in-8. II. *Traité de la Charpenterie et Bois*, 1753, 2 vol. in-8. III. *Calculs tout faits*, in-12. Ce dernier ouvrage est plus ample, et les opérations à faire plus courtes, plus faciles que dans les *Comptes faits* de *Barème*. On y trouve des tarifs sur l'escompte, le change et la vente des marchandises, le pair des aumages et des poids de l'Europe.
MESENGUY, (François-Philippe) né à Beauvais le 22 août 1677, professa pendant plusieurs années les humanités et la rhétorique au collège de cette ville. Ses amis l'appelèrent à Paris; il obtint la place de gouverneur de la chambre commune des rhétoriciens au collège de Beauvais. *Coffin*, devenu principal de ce collège après le célèbre *Rollin*, prit l'abbé de *Mesenguy* pour son coadjuteur, et le chargea d'enseigner le catéchisme aux pensionnaires. Ce fut pour eux qu'il écrivit son *Exposition de la Doctrine Chrétienne*. Le zèle qui l'animoit contre les Constitutionnaires l'ayant fait mal regarder à la cour, il quitta le collège de Beauvais en 1728. C'est alors qu'il s'appliqua dans la retraite, où il vivoit au milieu de Paris, à composer les différens ouvrages que nous avons de lui. Les principaux sont : I. Abrégé de l'Histoire et de la Morale de l'Ancien Testament, un vol. in-12, Paris, 1728, livre dont Rollin a fait un grand éloge. II. Abrégé de l'Histoire de l'Ancien Testament, avec des éclaircissements et des réflexions, à Paris, chez Desaint et Saillant, en dix vol. in-12. Cet ouvrage est comme le développement du précédent : il est très-utile aux personnes qui ne cherchent dans l'Écriture que des leçons de morale et de religion. L'auteur du Dictionnaire des Livres Jansénistes avoue que « Mesenguy sait s'envelopper, et qu'il n'y a rien au-dehors de répréhensible; mais que, si l'on pénètre son esprit et ses motifs, on ne peut douter qu'il ne fasse des allusions malignes aux circonstances présentes, soit des ordres du Roi, soit des miracles de Paris. » III. Une édition du Nouveau-Testament, en un seul vol., et en trois vol. in-12, avec de courtes notes pour expliquer le sens littéral et le spirituel. IV. Exposition de la Doctrine Chrétienne, ou Instruction sur les principales vérités de la religion, en six vol. in-12. La clarté, la netteté et la précision sont le caractère de cet ouvrage, qui a souffert quelques difficultés; Clément XIII l'a condamné par un bref du 14 juin 1761. V. La Constitution UNIGENITUS avec des remarques, in-12. VI. Lettres à un Ami sur la Constitution UNIGENITUS, in-12. VII. Entretiens sur la Religion, in-12. L'abbé Mesenguy a eu beaucoup de part aux Vies des Saints de l'abbé Goujet, et il a travaillé au Miscel de Paris. Ce pieux et savant écrivain mourut le 19 février 1763, à 86 ans. Son amour pour la retraite, l'esprit de religion dont il étoit pénétré, son zèle pour ses progrès, la douceur de son caractère, la candour et la simplicité de son ame, l'ont fait respecter même de ses ennemis.
MESCHINOT, (Jean) sieur de Mortières, né à Nantes en Bretagne, fut maître d'hôtel du duc François II et de la reine Anne sa fille. Il suivit cette princesse lorsqu'elle épousa Charles VIII, et devint son maître d'hôtel. Il mourut en 1509. On a de lui, des Poésies intitulées : Les Lunettes des Princes, avec plusieurs Ballades : Paris, 1534, in-16. Le sujet de ce livre est Dame liaison qui veut faire présent aux princes d'un livre intitulé Conscience; et, pour le lire, elle leur donne ses lunettes, composées de deux verres Prudence et Justice, et le tour des verres est Force et Tempérance.
MESGRIN, Voyez SAINT-MESGRIN.
MESLE, (Jean) avocat au parlement de Paris, mort le 1er octobre 1756, à 75 ans, est auteur d'un Traité des minorités, tutelles et caratelles, in-4°, 1752; ouvrage estimé. Il travailla aussi au Traité de la manière de poursuivre les crimes en jugement.
MESLEM, Voyez ABU-MESLEM.
MESLIER, (Jean) curé du village d'Etrepigni en Champagne, étoit fils d'un ouvrier en serge, du village de Mazerni. Il est malheureusement célèbre par un écrit imple, publié après sa mort, sous le titre de : Testament de Jean Meslier. C'est une déclamation grossière contre tous les dogmes du Christianisme. Le style en est très-rebutant, tel qu'on devait l'attendre d'un curé de campagne. On le trouve dans l'*Evangile de la Boison*, in-8°, et dans le *Recueil nécessaire*, 1765, in-8° *Meslier*, au milieu de son incrédulité, conserva des mœurs pures, disent les Philosophes, et donna, tous les ans, aux pauvres de sa paroisse, ce qui lui restoit de son revenu. D'autres le peignent comme un homme orgueilleux et misanthrope, qui cherchoit à troubler le repos de ses ouailles, en répandant parmi elles des systèmes dangereux. Il mourut en 1733, âgé de 55 ans. I. MESMES, (Jean-Jacques de) seigneur de Roissy, naquit en 1490, d'une maison illustre de Guienne, qui a produit plusieurs grands hommes. Ses progrès dans l'étude de la jurisprudence furent si rapides, qu'avant l'âge de vingt ans il la professoit dans l'université de Toulouse. Les plus vieux jurisconsultes alloient entendre, avec plaisir et avec fruit, les leçons de ce jeune homme. *Catherine de Foix*, reine de Navarre, l'ayant mis à la tête de ses affaires, l'envoya, en qualité d'ambassadeur, à l'assemblée de Noyon, pour y revendiquer la partie de la Navarre dont les Espagnols s'étoient emparés. Cette commission la mit à portée d'être connu de François I. Il le fut encore plus avantageusement, par le refus généreux qu'il fit de la charge d'avocat général au parlement de Paris, dont ce prince vouloit dépouiller Jean Ruzé pour l'en revêtir. Mesmes dit à cette occasion : *A Dieu ne plaise que j'accepte jamais la place d'un homme qui sert utilement son Roi et sa Patrie !* François I, pénétré d'estime pour sa vertu et son mérite, le fit lieutenant civil du Châtelet, maître des requêtes en 1544, et enfin premier président de Normandie ; mais Henri II le retint dans son conseil. Ce fut lui qui négocia le mariage de Jeanne d'Albret, fille unique du roi de Navarre, avec Antoine de Bourbon, duc de Vendôme. La patrie lui sut gré d'une alliance qui mit une couronne dans la maison de Bourbon, et qui donna à la France le roi Henri le Grand. Il avoit été l'ami des gens de lettres, n'étant que simple particulier ; il les protégea et les servit, lorsqu'il fut en place. Il mourut, le 23 octobre 1569, à 79 ans.
II. MESMES, (Henri de) fils aîné du précédent, hérita du goût de son père pour les belles-lettres. A l'âge de 16 ans, il professa avec éclat la jurisprudence à Toulouse. Ses talens lui méritèrent les places de conseiller au grand conseil, de maître des requêtes, de conseiller d'état, de chancelier du royaume de Navarre, de garde du trésor des chartres ; enfin, de chancelier de la reine Louise, veuve de Henri III. Egalement propre aux armes et aux affaires, il repsit plusieurs places fortes sur les Espagnols. Ce fut lui et le maréchal de Biron, qui négocierait la paix, en 1570, avec les Huguenots. Cette paix passagère fut appelée Boiteuse et mal-assise parce que Biron étoit boiteux, et que Mesmes prenoit le surnom de sa terre de Mal-assise. Ses ambassades, les affaires publiques et celles du cabinet, ne l'empêcherent pas de cultiver avec soin les belles-lettres. Il mourut, en 1598, regretté des savans et des bons citoyens.
III. MESMES. (Claude de) plus connu sous le nom de Comte d'Avaux, ambassadeur plénipotentiaire, ministre, surintendant des finances, commandeur des ordres du roi, étoit 2e fils de Jean-Jacques de Mesmes. Il fut d'abord conseiller au grand-conseil, maître des requêtes, ensuite conseiller d'état en 1623. Le roi, instruit de son mérite, l'envoya, en 1627, ambassadeur à Venise, puis à Rome, à Mantoux, à Florence et à Turin; et de là en Allemagne, où il vit la plupart des princes de l'empire. A son retour, le roi fut si satisfait de ses négociations, qu'il l'envoya peu après en Danemark, en Suède et en Pologne. Il fut plénipotentiaire au traité de Munster et d'Osnabrück, conclu en 1648. Sa réputation de probité étoit telle, que, dans les cours où il négocioit, sa parole valoit un serment. Le comte d'Avaux, quoique sans cesse occupé des plus grandes affaires de l'Europe, entretenoit commerce avec les gens de lettres, dont il étoit l'ami et le protecteur. Cet homme illustre mourut à Paris, le 9 novembre 1650, avec la réputation d'un magistrat intègre, d'un négociateur adroit et prudent qui avoit su concilier la probité avec la politique; d'un homme généreux, le père des pauvres et le consolateur des malheureux.
IV. MESMES. (Jean-Antoine de) comte d'Avaux et marquis de Givry, neveu du précédent, eut les mêmes talons et les mêmes emplois que son oncle. Il fut conseiller au parlement, puis maître des requêtes, conseiller d'état, ambassadeur extraordinaire à Venise, plénipotentiaire à la paix de Nimègue, qu'il con- clut heureusement; puis ambassadeur en Hollande, en Angleterre et en Suède. Il mourut à Paris, le 11 février 1709, à 69 ans. Les honnêtes gens et les citoyens l'honorèrent de leurs regrets. Ses vertus religieuses, son zèle pour le bien public, sa générosité envers les gens de lettres, et sa bienfaisance, le firent autant aimer que ses talons le rendirent respectable. On a fait un recueil de ses Lettres et de ses Négociations, 1752, six vols. m-12. V. MESMES. (Jean-Antoine de) premier président au parlement de Paris, de l'académie Françoise, naquit dans cette ville le 18 novembre 1661, et y mourut le 25 du mois d'août 1723. Pendant les orages de la régence, il se conduisit avec tant d'adresse, qu'il sut ménager tous les partis; mais ses liaisons secrètes avec le duc et la duchesse du Maine, faillirent à le brouiller avec le duc d'Orléans. Chargé, dans des conjonctures délicates, de faire des remontrances qui déplaisèrent à ce prince, il sut lui rappeler quelquefois, par une plaisanterie noble et fine, les égards d'ils au parlement. Le régent, ayant laissé échapper contre les magistrats une expression grenadière, le premier président lui répondit: Monseigneur, faudra-t-il enregistrer votre réponse. De Mesmes avoit montré la même présence d'esprit, lorsque le chancelier Foisin, harangué par le parlement sur sa nomination, assura ce corps de sa protection. Messieurs, dit le premier président, en se tournant vers ses confrères, Remerçons M. le Chancelier: il nous accorde plus que nous ne lui demandons.
MESMIN, (Saint) Maximinus, deuxième abbé de Mici près d'Orléans, en 510, mourut le 15 décembre 520, après avoir donné des exemples de toutes les vertus.
MESNAGER, (Nicolas) naquit à Rouen en 1658, d'une famille commerçante. L'étendue de son négoce en pouvoir faire un des plus riches marchands de l'Europe; mais, préférant le bien public à ses intérêts particuliers, il fit servir ses talens aux négociations. Louis XIV, instruit de sa capacité, l'envoya deux fois en Espagne, pour y régler les droits du commerce des Indes; et quelques années après, en Hollande, pour conférer avec Heinzius, pensionnaire des états. Il s'acquitta de ces commissions d'une manière si satisfaisante, que le roi le fit chevalier de l'ordre de Saint-Michel, et érigea sa terre de Saint-Jean en comté. La reine d'Angleterre, disposée à la paix par l'abbé Gauthier, (Voyez ce mot, v.º iv.) demanda une personne chargée de pleins pouvoirs pour en arrêter les préliminaires. Mesnager, chargé de cette importante négociation, passa incognito à Londres, et signa, le 8 octobre 1711, les huit articles qui servirent de base à la paix générale. Ce succès, presque inespéré, augmenta tellement la confiance du roi, qu'il nomma cet habile homme son plénipotentiaire, avec le maréchal d'Uxelles et l'abbé de Polignac, pour achever ce grand ouvrage, qui fut heureusement terminé au congrès d'Utrecht, en 1713. Mesnager ne jouit pas long-temps de la gloire de ses travaux : il mourut d'une apoplexie à Paris le 15 juin 1714. On prétend qu'il M E S 247 avait épousé une fille naturelle du grand Dauphin, fils de Louis XIV, de laquelle il n'eut point d'enfants. Quelques-uns soutiennent, au contraire, qu'il vécut toute sa vie dans le célibat.
MESNARD, (Martin) Parisien, contemporain d'Etienne Pasquier, et dont celui-ci vante le savoir et l'esprit, s'amusoit à faire des vers latins, dont tous les mots commençaient par la même lettre; Pasquier cite les deux suivans, faits en 1561, lorsque les Calvinistes prirent les armes : Rem, regem, regimen, regionem, relligionem, Restauravimus, Relligionicola.
MESNARDIÈRE, (Hippolyte-Jules Pilet de la) poète François, né à Loudun en 1610, reçu à l'académie Françoise en 1655, mourut à Paris en 1663. Il s'appliqua d'abord à l'étude de la médecine, qu'il quitta pour se livrer tout entier aux belles-lettres. Le cardinal de Bichelieu le protégea. Il plut à ce ministre par une bassesse. Marc Duncan, médecin Ecossois, ayant prouvé que la possession des Religieuses de Loudun, n'étoit que l'effet d'un cerveau dérangé par la mélancolie, la Mesnardière le réfuta. Son écrit, intitulé : Traité de la Mélancolie, 1635, in-8°, fut goûté du cardinal, qui le fit son médecin, et qui lui procura la charge de maître d'hôtel du roi. La Mesnardière plut à la cour. C'étoit un bavard éloquent, plus occupé de se faire admirer que d'instruire, cherchant les belles paroles, et presque jamais les pensées solides. On a de lui : I. Une Poétique, qui n'est point achevée, et qui ne comprend 248 MES presque que le Traité de la Tragédie et celui de l'Élégie, in-4°, 1650. Elle devoit avoir encore deux volumes : mais la mort du cardinal, par l'ordre duquel il l'avoit entreprise, l'empêcha d'y mettre la dernière main. Il y donne des préceptes et des exemples. Les préceptes sont tirés des anciens, et il les expose non avec une précision didactique, mais avec un fait oratoire, qui est d'assez mauvais gout. Quant aux exemples, il les tire quelquefois de ses propres ouvrages, mais il étoit plus fait pour être un modèle de vanité, qu'un modèle en poésie. II. Deux mauvaises Tragédies, *Alliade* et la *Pucelle d'Orléans*. III. Une Traduction assez fidèle, mais trop servile, des trois premiers livres des *Lettres de Plière*. IV. Une *Version* ou plutôt une paraphrase du *Pancyrique de Trojan*. V. Un recueil de *Poesies*, in-folio. Ce sont des riens écrits d'un style emphatique. VI. *Relations de Guerre*, in-8°
MESNIER, (N...) prêtre, mort en 1761, est l'auteur du *Problème historique : Qui des JESSITES, de LETTRE ou de CALVIN, a fait plus de mal à l'Église ?* et de l'Addition à cet ouvrage, où l'on réfute le Bref de l'Inquisition contre ce livre; in-12, 2 vol., 1760. Il y a des recherches dans ce recueil, mais trop d'emportement. I. MESNIL, (Jean-Baptiste du) né à Paris, d'une famille noble, originaire du pays Chartrain, devint avocat du roi au parlement de Paris, à 38 ans. C'étoit un homme toujours occupé de l'étude et de ses fonctions, l'oncle du palais, le plus ferme appui de la justice. Il ne se faisoit rien au conseil du roi, qui ne passât par sa plume avant que d'être publié. Il refusa la place de premier président de Rouen. Les troubles du royaume, et quelques mécontentements qu'il reçut de la cour, alligèrent vivement ce bon citoyen. Il en mourut de douleur, le 2 juillet 1569, à 52 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages qui furent applaudis. On trouve quelques-uns de ses écrits dans les *Opuscules* de *Loisel*.
II. MESNIL, (Jean-Baptiste du) dit *Rosimond*, comédien de la troupe du Marais, mourut en 1686. Il fut enterré sans luminaire dans le cimetière de Saint-Sulpice, à l'endroit où l'on met les enfans morts sans baptême. Il avoit cependant fait une *Vie des Saints*, Rouen, 1680, in-4°; mais sa profession lui fit refuser la sépulture ordinaire. On a de lui, des Comédies très-médiores : le *Duel Fantasque*, l'Avocat *Suscitée*, l'Avocat *sans étude*, le *Volontaire*, les *Trompeurs trompés*, la *Dupe amoureuse*, pièces en un acte et en vers; le *Quiproquo*, en trois actes; et le *Nouveau Festiu de Pierre*, en cinq. Il avoit traduit de l'anglais de *Barret*, la *Vie de Matthieu Hale*, grand justicier d'Argenterre, Amsterdam, 1688, in-12.
III. MESNIL, (N. Gaulin du) ancien professeur de rhétorique en l'université de Paris, a publié, à l'initiation de l'abbé *Girard*, des *Synonymes Latins*, où l'on trouve souvent la finesse et la précision de son modèle. Il est mort à Valoigne, à 82 ans, le 10 floréal au 10.
IV. MESNIL, (Marie-Françoise du) célèbre comédienne Françoise, débuta en 1737, dans les rôles de reines, et s'est fait un nom par l'énergie et la noblesse de son jeu. Elle fut supérieure dans la représentation de Médée, de Cléopâtre et d'Athalie. Retirée du théâtre avant la révolution, elle vécut dans l'obscurité sans regretter l'éclat, et supporta long-temps la pauvreté sans se plaindre; sur la fin de sa vie, elle dut la modeste aisance dont elle jouit, à la bienfaisance du gouvernement. Mlle du Mesnil étoit parvenue à l'âge de 90 ans, lorsqu'elle est morte à Paris le 21 février 1803. On lui a attribué des Mémoires, publiés en 1759, in-80, en réponse à ceux de Mlle Clairon, dont la vie fut plus brillante, mais plus agitée, et qui mourut quelques mois avant elle.
MESSALA, Voyez III. VALERIUS.
MESSALIENS, Voy. L. S. A. B. A. I. MESSALINE, (Valérie) fille de Messala Barbatus, et femme de l'empereur Claude, poussa l'impudicité jusqu'à la prostitution la plus infamée. Elle eut pour amans toute la maison de son époux. Officiers, soldats, esclaves, comédiens; tout lui étoit bon. A peine y avoit-il un jeune homme dans Rome qui ne pût se flatter d'avoir eu part à ses faveurs. Un de ses plaisirs ordinaires étoit d'obliger des femmes à se prostituer en présence de leurs maris; et celles qu'un reste de pudeur retenoit, couroient presque toujours risque de perdre la vie. Ce monstre de dissolution quittoit souvent le lit de l'empereur, lorsqu'elle le vovoit endormi, pour aller s'abandon- ner aux plaisirs les plus effrénés dans les lieux publics. Elle porta ses regards sur son beau-père, Appius Silanus, et elle le fit mourir parce qu'il refusa de consentir à sa passion. Après avoir sacrifié à sa fureur plusieurs de ses amans, que leurs excès avec elle avoient mis hors d'état de répondre à ses désirs immodérés, elle devint éperduement amoureuse de Silius, jeune homme d'une grande beauté, et elle l'épousa solennellement, comme si Claude l'eût répudiée. L'empereur, informé de ses désordres, la fit mourir avec son nouvel époux, l'an 46 de Jésus-Christ. C'est d'elle qu'un fameux satirique a dit : Et lossara vilis, necdam saciata recessis. Et toujours plus insatiable, Quand le nombre même l'accable, Elle ne peut assouvir ses désirs.
LA GRANGE-CHANGEL.
II. MESSALINE, (Statilie) 3e femme de Néron, d'une famille consulaire, fut mariée d'abord au consul Atticus Vestius, que l'empereur fit assassiner. Ce prince avoit déjà en les faveurs de Statilie, qui n'eut point horreur de recevoir sa main encore dégoûtante du sang de son mari. Née avec un tempérament porté à l'amour, ses galanteries avoient éclaté dans Rome, et ne l'avoient point empêchée de trouver quatre époux, avant que de parvenir au trône impérial. Après la mort de Néron, elle passa ses jours dans l'étude de l'éloquence et des belles-lettres, et se fit une réputation distinguée en ce genre. Othon étoit sur le point de l'épouser, lorsqu'il se donna la mort. Il écrivit, dans ses derniers moments, un 250 MES adieu très-touchant à *Messalène*, et se poignarda ensuite. *Statiste* avoit autant d'esprit que d'ambition.
MESSEN JORDI, poète Espagnol, né à Valence d'une bonne famille, vivoit vers le milieu du xii$^{e}$ siècle. Ses *Poésies* se répandirent dans la Catalogne et la Gascogne; *Pétrarque*, dans le siècle suivant, en eut connoissance, et il en profita. I. MESSENIUS, (Jean) Suédois, mort en 1636, est célèbre par sa science et par ses malheurs. Il se distingua dans plusieurs genres de littérature, mérita la confiance du roi *Gustave-Adolphe*, et fut fait professeur de droit et de politique à Upsal. L'éclat avec lequel il en remplit les fonctions, lui attira l'envie et même la haine de ses confrères. Le plus redoutable adversaire de *Messenius* fut Jean *Rudbeck*, théologien savant, mais rempli de fiel. Le roi de Suède termina leur dispute d'une manière honorable pour tous les deux. Il donna à *Rudbeck* une place d'aumônier, et à *Messenius* celle de conseiller au sénat nouvellement érigé à Stockholm. Mais l'envie, qui poursuivit partout ce dernier, le fit accuser dans les formes, en 1615, d'être partisan secret du roi *Sigismund*. Il fut condamné à une prison perpétuelle, où il s'occupa à élever un monument à la gloire de cette patrie qui le flétrissoit. Son ouvrage porte pour titre : *Scandia illustrata*; il fut imprimé à Stockholm, 1700 à 1714, en 14 vol. in-folio, par les soins de *Periagkhold*.
II. MESSENIUS, (Arnold) historiographe de Suède, fils du précédent, fut décapité en 1648, avec son fils âgé d'environ 17 ans, pour avoir fait des *Satires* violentes contre la maison royale de Suède, et contre les ministres. On a de lui, le *Théâtre de la Noblesse de Suède*, en latin, 1616, in-fol.; et quelques autres ouvrages qui marquent du talent.
MESSIA, *Voyez* MEXIA.
MESSIE, (Le) *Voy. Jésus-Curier*.
MESSIES, (Faux) *Voyez* ILANDRÉ.—IL DOSITHÉE.—DAVID, 1$^{re}$ II et VIII.—L'HÉRODE,—et MESTENSKI.
MESSIER, (Robert) religieux Franciscain, ministre de la province de France, prêcha avec distinction vers la fin du xv$^{e}$ siècle. Ses *Sermons*, publiés à Paris en 1574, chez *Chevalon*, sont le penant de ceux de *Menot* dans les cabinets des curieux. Applications singulières de l'Écriture, explications forcées des Pères, historiettes ridicules, mélange burhage de latin et de françois, raisonnements indignes de la majesté de la chaire, jeux de mots puris; tels sont les défauts qui les distinguent.
MESSILHAC, *Voy. II. CLAY*.
MESSIS, (Quintin) *Messius*, dit le *Maréchal d'Anvers*, peintre, mort à Anvers en 1529, exerça pendant 20 ans la profession de maréchal. Ce fut l'amour qui lui fit quitter ce métier pour s'appliquer à la peinture. Passionnant épris de la fille d'un peintre, il la demanda en mariage; mais on ne déclara qu'il ne donne-t-il sa fille qu'à une personne exerçant son art. Dès ce moment *Messis* s'appliqua à dessiner. Le premier tableau qu'il fit, fut le portrait de sa maîtresse, qu'il obtint par sa constance et ses talens. Ce peintre ne faisait ordinairement que des demi-figures et des portraits: son coloris est vigoureux, sa manière très-fini; mais son pinceau est un peu dur. On connoit ce vers qui, dit-on, se lit sur son Epitaphe; Connubialis Amor de Mulcibre fecit Apellem. Tous les Dictionnaires nomment ce peintre Mathys ou Mathysis. Nous lui donnons celui de Messis, Messius, d'après une lettre écrite d'Anvers, et collée au dos de son portrait, qui est dans la galerie des peintres de Florence.
MESTENSKI, (Jacques) gouverneur de Brezin en Pologne, conçut, l'an 1548, l'idée absurde de se faire passer pour Jésus-Christ. Il avoit avec lui douze prétendus Apôtres; il convoit de village en village, prêchant et amusant le peuple par des tours de subtilité qu'il appeloit des miracles. Mais les fourberies de cet enthousiaste ayant été reconnues, des paysans le chassèrent et le maltraitèrent, lui et sa troupe, de façon qu'ils n'osèrent plus se montrer. I. MESTREZAT, (Jean) fameux théologien Protestant, exerça le ministère avec réputation. Il étoit né à Paris vers 1592, et il mourut en 1655, après avoir été employé par ceux de son parti dans les affaires les plus importantes. On a de lui, des Sermons, in-8°, et d'autres ouvrages. On le peint comme un homme habile et un génie ferme. Il parla avec tant de chaleur au cardinal de Richelieu, en faveur de son parti, que ce cardinal dit: Voilà le plus hardi Ministre de France! Les Protestans voyoient en lui un ministre capable de faire tête aux meilleurs controversistes Catholiques.
II. MESTREZAT, (Philippe) neveu du précédent, fut aussi ministre, et enseigna la théologie à Genève d'une manière distinguée. Il mourut dans cette ville en 1690. On a de lui, un Traité contre Socin, et d'autres ouvrages de controverse, que peu de gens connoissent et que personne ne lit. Ançuns théologiens, peut-être, n'ont eu plus de renom dans leur parti. On le regardoit comme un génie original et un orateur éloquent.
MÉTAPHRASTE, Voy. Siméon, n.º VI.
MÉTASTASE, (l'Abbé-Pierre-Bonaventure) dont le vrai nom étoit Trapasso, naquit à Assise le 3 janvier 1698. La lecture du Tasse développa son talent pour la poésie italienne. Il versifioit dès l'âge de dix ans. « Cette espèce de phénomène frappa tellement mon maître, le célèbre Gravina, qu'il me regarda dès-lors, dit Métastase, comme une plante digne d'être cultivée par ses mains. » Il n'avoit que quatorze ans, lorsqu'il composa sa tragédie intitulée Il Giustino, qui se ressent trop d'une scrupuleuse imitation du théâtre des Grecs. Le jeune poète eut le malheur de perdre son guide en 1717. Gravina mourut, et l'institua son héritier, « comme un jeune homme de la plus grande espérance. » Métastase se trouvant par cette succession, à l'âge de 19 ans, au-dessus des besoins qui tourmentent tant de gens à talens, se livra tout entier à son goût pour la poésie. La *Didonne abandonnata*, représentée à Naples en 1724, avec la musique de *Sarro*, ouvrit sa carrière lyricodramatique. Ses succès le rendirent bientôt si célèbre, qu'en 1729 l'empereur *Charles VI* l'appela à Vienne, le nomma son poète impérial, et lui accorda une pension de quatre mille florins. Depuis cette époque, on ne donna point de fêtes à la cour, qu'il ne les embellit de quelqu'un de ses ouvrages; et malgré leur extrême magnificence, on ne se souvient aujourd'hui de toutes ces fêtes que par ses vers. Les cours de Vienne et de Madrid, s'empressèrent, à l'envi, de le combler de présens. Tabatière garnie de diamants, porte-feuille avec les mêmes ornemens, chandelier d'or à écran; voilà ce qu'il reçut de la main généreuse de *Marie-Thérèse*. Le roi d'Espagne, *Ferdinand VI*, admirateur passionné de *Farinelli*, qui lui fit connoître tout le mérite de *Métastase*, envoya à ce poète une cassette, montée en or, garnie de tout ce qu'il faut pour écrire. Ce qui augmenta certainement le bonheur de ce favori des Rois et des Muses, c'est qu'il conserva jusqu'à l'âge le plus avancé l'usage de tous ses sens. Il dut sa santé constante à sa gaieté et à sa tempérance. Il observoit toujours la même heure pour ses repas, pour son lever, pour son coucher. La précision et l'ordre étoient poussés jusqu'au scrupule dans ses moindres actions. Il avoit coutume de dire en riant, « qu'il ne craignoit l'ENFER, que parce que c'étoit un lieu *ubi nullus ordo, sed sempiternus horror inhabitat*. » Il avoit même ses heures réglées pour faire des vers, et il les observoit si ponctuellement, qu'il n'attendoit pas le moment de l'enthousiasme poétique. Il apportoit à l'exercice des devoirs du Chrétien, la même exactitude qu'aux travaux du littérateur. Vrai philosophe dans sa conduite, il se borna à la gloire littéraire, et dédaigna les distinctions civiles. *Charles VI* lui ayant offert les titres de *Comte* ou de *Béron*, titres qui n'augmentent pas le talent et qui ajoutent au ridicule, il lui demanda instamment la grace de rester toujours *Métastase*. L'impératrice *Marie-Thérèse* voulut le décorer, depuis, de la petite croix de Saint-Étienne; mais il s'excusa sur son âge, qui ne lui permettoit pas d'assister aux fêtes de l'ordre. Le souverain de Russie voyageant en Allemagne avec son épouse, sous le nom du comte et de la comtesse du Nord, allèrent visiter *Métastase*. La comtesse lui dit qu'elle devoit tout honneur à un poète dont les drames lui avoient si souvent causé de l'admiration. Une fièvre dont il fut attaqué, le 2 avril 1782, l'enleva aux lettres le 12 du même mois, à l'âge de 84 ans. Il reçut avec piété les sacremens de l'église. *Pte VI*, qui se trouvoit alors à Vienne, alla le visiter et lui envoya sa bénédiction apostolique *in articulo mortis*. Sa succession fut d'environ 150.000 florins. Nous avons de lui, un grand nombre de *Tragédies-Opera*, et divers petits *Itrames*, qui ont été mis en musique. Il y en a différentes éditions in-4°, in-8°, et in-12. l'in-8° est de Paris, 1755. M. *Richelet* en a publié une traduction en françois, en 12 vol. in-12, petit format. La plupart sont des titres à l'immortalité. Ce poète est naturel, simple, aisé dans le dialogue; son style, toujours pur et élégant, est quelquefois touchant et sublime. Le fonds de ses pièces est noble, intéressant, théâtral. Connoissant parfaitement les finesses et les ressources de son art, il a soumis l'opéra à des règles. Il l'a dépouillé des machines et du merveilleux qui étonnaient les yeux sans rien dire au cœur. Ses tableaux sont puisés dans la nature. Les situations intéressantes de ses personnages attachent, et souvent arrachent des larmes. Ce sont des actions célèbres, des caractères grands et soutenus, des intrigues sagement conduites, heureusement dénouées. « Il y a des scènes, dit Voltaire, dignes de Corneille quand il n'est pas déclamateur, et de Racine quand il n'est pas foible. » Ses Opéra ressemblent beaucoup pour le pathétique à nos belles tragédies. Aussi, indépendamment des charmes de la musique, on les lit avec plaisir; au lieu que les paroles de la plupart de nos tragédies lyriques, sont peu supportables à la lecture. On ne doit pas cependant chercher dans les pièces de Métastase cette régularité si exacte, ni cette observation des bienséances, ni cette simplicité si féconde, qui font le mérite de quelques-uns de nos poètes tragiques. Mais s'il a violé quelquefois l'unité des lieux et des temps, il a toujours conservé l'unité d'intérêt. Avec tous ces avantages, quelques critiques lui refusent la première partie du poète, l'invention. Ils ne le regardent que comme un heureux imitateur des tragiques François, qui lui ont fourni une partie de ses richesses. Ils le placent donc à la tête des plus beaux es- prits de l'Italie; mais ils lui refusent le titre de génie. Il avoit beaucoup de goût pour les anciens; et ce goût croissant avec la solidité de son esprit, dura jusqu'à sa mort. Il en recommençoit la lecture par ordre chronologique, à mesure qu'il les avoit lus. Son heureuse mémoire se conserva dans sa vieillesse. Il récitoit presque tout Horace par cœur; c'étoit son auteur favori. Métastase étoit, comme nous l'avons dit, l'élève du célèbre Gravina. Il sut joindre à la justesse d'esprit et à l'érudition de son maître, une douceur de caractère que celui-ci n'avoit pas. Les critiques respectèrent, en général, ses talens et sa gloire; et plus heureux que tant d'autres gens de lettres, dont la vie n'est qu'une longue tempête, il coula ses jours dans un calme presque continuel. Voici, si l'on en croit une anecdote récente, ce qui donna lieu au changement de nom du célèbre dramatiste Italien. « Le barbier de Gravina, grand parleur, comme tous les gens de son état, lui conçoit un jour, que dans la place de la Vallicella où il avoit sa boutique, il entendoit presque tous les soirs un enfant qui chantoit des vers impromptu de sa composition, et que ces vers étoient si harmonieux et si bien composés, que tous les passans s'arrêtoient pour les entendre. Sur cet avis, Gravina grossit l'auditoire du jeune poète; et les vers lui parurent si supérieurs à l'idée que le barbier avoit voulu lui en donner, et à la portée d'un enfant de dix à onze ans, qu'il résolut sur-le-champ de se charger de la culture d'une plante qui promettoit tant. Il mit d'abord aux études le jeune Trapassi 254 MET (c'étoit le nom de l'enfant) ; mais, craignant bientôt que les études ordinaires n'étouffassent des talons si peu communs, il le logea chez lui, changea son nom en celui de *Metastasio*, qui porte en grec la même signification ; enfin, par une éducation et des leçons proportionnées à la vivacité de son esprit, il le mit sur la voie de la réputation dont il jouit aujourd'hui, et que *Gravina* lui avoit promise. » *VIE des Hommes illustres d'Italie*, tom. 1$^{er}$, pag. 187.
METEL, *Voyez BOISROBERT et OUVILLE*.
METEL, (Hugues) pieux et savant abbé de Saint-Léon de Toul, ordre de Prémontré, se distingua dans le 13$^{e}$ siècle par ses connoissances dans les matières ecclésiastiques. Dom Hugo, Prémontré et abbé d'Estival, a fait connoître ce pieux écrivain, par l'édition de ses *Lettres*, in-folio. On y trouve des choses utiles aux théologiens, et curieuses par rapport à l'Histoire des 11$^{e}$ et 12$^{e}$ siècles.
METELLI, (Augustin) peintre, né à Bologne en 1609, excelloit à peindre à fresque l'architecture et les ornemens. Il travaillait ordinairement de concert avec *Ange Michel Colonna*, autre peintre habile en ce genre. Il mourut à Madrid en 1660, avec un nom célèbre.
METELLUS, *Voy. II. LABEO*. I. METELLUS, (*Lucius*) de l'illustre famille Romaine des Céciliens, de laquelle sortirent un grand nombre de très-illustres personnages dont dix-neuf parvinrent aux grandes charges de la république. Il fut fait grand pontife. Dans l'incendie du temple de *Vesta*, il se jeta dans les flammes pour en tirer le Palladium apporté de l'royé par *J'née*. Ce fut le même qui, dans la première guerre Punique, vainquit les Carthaginois, et fit conduire dans son triomphe treize généraux ennemis et cent vingt éléphans.
II. METELLUS, (*Caius*) surnommé le *Macédoine*, parce qu'étant prêteur il vainquit deux fois *Andricus*, qui se disoit fils de *Persée* dernier roi de Macédoine, le fit prisonnier, l'envoya à Rome, et remit la Macédoine sous la puissance des Romains. Un de ses lieutenants lui demandant un jour, ce qu'il prétendoit faire dans une circonstance difficile : *Si je croyais*, répondit-il, *que ma chemise sût mon secret, je l'étois sur le champ pour la jeter au feu*.
III. METELLUS CELLER, (*Quintus Cæcilius*) consul Romain l'an 60 avant J. C., fut prêteur l'année du consulat de *Cicéron*. Il rendit des services importants à la république, en s'opposant aux troupes de *Cætilina*, qui voulaient entrer dans la Gaule Cisalpine ; et obtint, après sa prêtre, le gouvernement de cette province. Il épousa la sœur de *Clodius*, qui le déshonora par ses impudicités, et l'empoisonna. C'est elle qui, sous le nom de *Læbia*, est si décriée par *Catulle*. *Metellus* mourut l'an 57 avant J. C., et fut pleuré par *Cicéron*, qui perdit en lui un ami zélé, un consolateur et un conseil.
IV. METELLUS, (*Lucius Cæcilius*) dont l'un des deux doulants le terrible *Jugantha*. étoit tribun du peuple. Lorsque Jules César se rendit maître de Rome, il eut plus de courage que tous les autres magistrats, qui se soumirent, comme s'ils avoient été accoutumés depuis long-temps au joug de la servitude. Le seul Metellus osa s'opposer au destructeur de la liberté Romaine. Ce conquérant vouloit se saisir du trésor que l'on gardoit dans le temple de Saturne; Metellus lui en refusa les clefs. César ordonna alors qu'on rompit les portes; et comme le tribun renouveloit son opposition, le tyran menaça de le tuer, en disant: Jeune homme, tu n'ignores pas qu'il me seroit plus facile de le faire, que de le dire... Metellus ne résista plus, et se retira. César a entièrement déguisé ce fait dans son Histoire des Guerres civiles, qui est plutôt l'apologie de sa conduite, qu'un récit fidelle de la vérité.
METEREN, (Emmanuel-Van) naquit à Anvers le 9 juillet 1535. Attaché aux nouvelles erreurs, il fut obligé de quitter son pays. Il se réfugia en Angleterre, où il mourut en 1612. Il est connu par une Histoire des Pays-Bas, depuis 1500 jusqu'en 1612, imprimée d'abord en latin, 1598, in-fol., puis traduite en flamand, augmentée par l'auteur même, et imprimée plusieurs fois depuis en Hollande. Elle a été aussi traduite en allemand et en françois, quoiqu'elle soit pleine de calomnies contre l'église Catholique et contre les souverains légitimes des Pays-Bas. Everard Van Reyd, quoique zélé Protestant, ne put s'empêcher de reprocher à Meteren sa crédulité, ses flatteries et ses dissimulations. Voyez la préface de l'ouvrage de Van Reyd, Belli civilis in Belgio gesti Historia, 1610, in-fol. I. MÉTÉZEAU, (Clément) architecte du roi, natif de Dreux, florissoit sous le règne de Louis XIII. Cet artiste d'un génie hardi, capable des plus grandes entreprises, s'est immortalisé par la fameuse digue de la Rochelle; ouvrage, en quelque sorte, téméraire, contre lequel les plus célèbres ingénieurs avoient échoué, et qu'il exécuta l'an 1628 avec le plus grand succès. Il fut secondé dans son projet par Jean Tiriot, maître maçon de Paris, appelé depuis le Capitaine Tiriot. Cette digue avoit 747 toises de longueur. On grava dans le temps le portrait de Métézeau, avec ces vers au bas: Dicitur Archimedes terram potuissa movere; Æquora qui potuit slistere, non minor est. Voici une imitation de ce distique: On vante le pouvoir de ce Syracusein, Qui du Globe, à son gré, vouloit mouvoir la masse: Quel laurier donc offrir au François dont l'audace A Tithis mugissante osa mettre le frein!
II. MÉTÉZEAU, (Paul) frère du précédent, né à Paris, s'engagea dans l'état ecclésiastique, et fut avec Berulle l'un des premiers fondateurs de la congrégation, de l'Oratoire. Il avoit beaucoup de talent pour la prédication, et il exerça ce ministère dans plusieurs villes du royaume avec un succès peu commun. Il mourut à Calais dans le cours d'un Carême, en 1632, 256 MET à 50 ans, après avoir opéré des conversions éclatantes. On a de lui : I. Un Corps de Théologie propre aux prédicateurs, intitulé : Théologia Sacra, justa formam Evangelica predicatio-nis distribuita, etc., 1625, in-fol. II. Un autre ouvrage, qui a pour titre : De Sancto Sacerdotio, ejus dignitate et functionibus sacris, etc., in-8.
METHIS, Voyez MINERVE.
MÉTHOCHITE ou MÉTO-CHITE. (Théodore) logothète de Constantinople, eut des emplois considérables sous l'empereur Andronic l'Ancien, et mourut en 1332, honoré du titre de Bibliothèque vivante, titre que sa mémoire étendue lui avoit méritée. On a de lui : I. Histoire Romaine, depuis César jusqu'à Constantin, in-4°, ouvrage assez follé. L'auteur négligeant le style des anciens, s'en est fait un qui est moins simple, moins clair et moins noble. II. Histoire sacrée, qui ne vaut pas mieux, et qui a été cependant traduite par Hervé; Paris, 1555, in-8. III. Histoire de Constantinople, assez détaillée, mais qui n'est pas toujours exacte.
MÉTHODISTES, Voyez THEMISON. I. MÉTHODIUS, (Saint) surnommé Eubulius, célèbre évêque de Tyr en 311, et martyr peu de temps après, avoit composé un grand nombre d'ouvrages. Il ne nous reste que celui qui est intitulé : Le Festin des Vierges, Rome, 1656, in-8°; Paris, 1657, in-folio. C'est un Dialogue sur l'excellence de la chasteté, qui donne une idée avantageuse de l'auteur : mais il s'y est glissé quelques expressions peu orthodoxes, soit par la négligence de Methodius, qui avoit d'abord embrassé les erreurs d'Origène; soit par la malice des hérétiques, qui méloient alors leur venin aux sources les plus pures. Les autres écrits attribués à ce martyr sont supposés.
II. MÉTHODIUS Ier., natif de Syracuse, pieux patriarche de Constantinople en 242, et l'un des plus zéles défenseurs du culte des images, avoit été enfermé dans une dure prison par l'ordre de l'empereur Michel le Bègue, après avoir reçu cent coups de fouet. La douceur de son caractère ne fit pas moins rentrer d'hérétiques dans l'église, que la force de son éloquence. Cet illustre persécutif mourut en 846... Voyez III. DENIS.
MÉTHODIUS DE THESSALONIQUE, Voyez ST. CYRILLE DE THESSALONIQUE.
METIOCHUS, fils de Miltiade, général Athénien, ayant été fait prisonnier par les Phéniciens, on le conduisit à Darius roi des Perses, contre lequel son père faisoit la guerre. Ce prince, loin de lui faire du mal, lui donna un beau palais, le combla de richesses, et le maria à une personne de qualité de sa cour, dont il eut des enfans. I. METIUS - SUFFETIUS, dictateur de la ville d'Albe, sous le règne de Tullus - Hostilius, roi de Rome, combattit contre les Romains avec peu d'avantage. Pour terminer la guerre qui traînait en longueur, on proposa le combat des trois Horaces contre les trois Curiaces. Les Romains furent vainqueurs. Tullus Hostilius tourna alors ses armes contre les Vœux et les Fédérates. Suffetius *Suffetius* joignit ses troupes à celles du roi des Romains ; mais dès le premier choc il quitta son poste, comme il l'avoit promis secrètement aux Véiens, et se retira sur une éminence : résolu, si la victoire se déclaroit pour eux, de charger les vaincus. *Tullus*, outré de cette perfidie, fit attacher *Metius* entre deux chariots, et le fit tirer par quatre chevaux, qui le mirent en pièces aux yeux de l'armée victorieuse, l'an 669 avant Jésus-Christ.
II. METIUS, (Jacques) natif d'Alemaër en Hollande, inventa les lunettes d'approche. Il en présenta une aux États généraux, en 1609. On se servoit depuis long-temps de tubes à plusieurs tuyaux, pour diriger la vue vers les objets éloignés, et la rendre plus nette. Le Père *Mabilon* assure dans son *Voyage d'Italie*, qu'il avoit vu dans un monastère de son ordre, les Œuvres de *Comestor*, écrites au 13$^{e}$ siècle, dans lesquelles on trouve un portrait de *Ptolomée*, qui contemple les astres avec un tube à quatre tuyaux ; mais ces tubes n'étoient point garnis de verre, et c'est *Jacques Metius* qui le premier a joint les verres aux tubes. Cette invention fut, comme la plupart des découvertes, l'effet d'un heureux hasard : *Metius* vit des écoliers, qui, en se jouant en hiver sur la glace, se servoient du dessus de leurs écritures comme de tubes, et qui ayant mis en badinant des morceaux de glace au bout de ces deux tubes, étoient fort étonnés de voir que par ce moyen les objets éloignés se rapprochoient d'eux. L'habile artiste profita de cette observation, et in- venta aisément les lunettes d'approche. — *Adrien METIUS*, son frère, mort l'an 1636, enseigna les mathématiques en Allemagne avec beaucoup de réputation ; mais l'amour de la patrie lui fit quitter cet emploi ; il se fixa à Franeker, où il professa la médecine et les mathématiques pendant trente-huit ans. Il y mourut le 17 septembre 1635. On a de lui, divers ouvrages sur la science qu'il avoit professée. I. *Doctrinae sphaericae*, libri 5, Francfort, 1591. II. *Astronomiae universae Institutio*, Franeker, 1605, in-8.$^{o}$ III. *Arithmeticae et Geometricae practica*, 1611, in-4.$^{o}$ IV. *De geminouus utriusque Globi*, Amsterdam, 1611, in-4.$^{o}$ V. *Geometrices per usum Circini nova praxis*, 1623, in-8.$^{o}$ C'est un de ceux qui ont paru déterminer avec le plus d'exactitude le rapport du diamètre à la circonférence, qu'il a cru être de 113 à 355.
METKERKE, (Adolphe) littérateur, historien, philologue et jurisconsulte Protestant, né à Bruges en 1528, mourut à Londres, le 4 novembre 1591. Il travailla aux *Vies des Césars*, aux *Médailles de la grande Grèce*, et aux *Fastes Consulaires* publiés par *Goltsius*. On a encore de lui : I. *La Traduction de quelques Epigrammes de Théocrite*, en vers latins, Heidelberg, 1595, in-8.$^{o}$ II. — de *Moschus et Bion*, avec des notes ; Bruges, 1565, in-8.$^{o}$ III. *De veteri et recta pronuntiatione Linguæ Græcæ*, Anvers, 1576, in-12 ; et dans le *Sylloge Scriptorum de Sigebert Haverkamp*, Leyde, 1736.
MÉTOCHITE, *Voyez MÉTHOCHITE*. 258 MET
METON en METHON, mathématicien d'Athènes, publia, l'an 432 avant Jésus-Christ, son Enneadeuterides, c'est-à-dire son Cycle de dix-neuf ans, par lequel il prétendait ajuster le cours du soleil à celui de la lune, et faire que les années solaires et lunaires commençaient au même point : c'est ce qu'on appelle le Nombre d'Or. Les Athéniens ayant résolu d'envoyer une flotte en Sicile, voulurent faire embarquer Meton, qui contredit le fou. Cet astronome avait Eutetron et Phainus pour le seconder dans ses observations solaires.
METRA, (Mythol.) étoit fille d'Ersithon. Neptune qui en avait abusé, lui donna pour récompense le pouvoir de se revêtir de la figure qu'elle voudroit. Son père s'étant trouvé pressé par la misère et la faim, la vendit pour vivre : mais elle prit la figure d'un pécheur, et se mit en liberté. Ersithon, profitant de cet avantage, la vendit plusieurs fois, et toujours elle s'affranchit de ses chaînes, en prenant la figure tantôt d'une gémisse, tantôt d'une jument, quelquefois celle d'un cerf ou d'un oiseau. Enfin, voyant que sa fille ne voulait plus vivre avec lui, ni fournir à ses besoins, il prit l'affreuse résolution de se manger lui-même.
METRIE, Voyez METRIE. I. MÉTRODORE, médecin de Chio, disciple de Democrite et maître d'Hippocrate, vers l'an 444 avant Jésus-Christ, composa divers ouvrages de médecine qui sont perdus. Il croyait le monde éternel et infini, et n'ait le mouvement. Il lui arriva même un jour, dit-on, de soutenir son impossibilité avec tant de vivacité et tant de fortes gesticulations, qu'il se disloqua le bras. Alors il pria son adversaire de le lui remettre ; mais celui-ci lui répondit, qu'il faudrait pour cela, que le mouvement ou le changement de lieu fût possible : ce qui n'était pas suivant lui-même. C'étoit le battre par ses propres armes.
II. MÉTRODORE, bon peintre et bon philosophe, fut choisi par les Athéniens pour être envoyé à Paul Emile. Ce général, après avoir vaincu Persée roi de Macédoine, leur demanda deux hommes : un philosophe pour élever ses enfans, et un peintre pour peindre son triomphe. On choisit Métrodore, qui réunissait ces deux talens.
III. MÉTRODORE, philosophe de la ville de Serpris en Mysie, quitta l'habit et la vie de philosophe pour suivre la vie commune. Ses ouvrages étoient écrits en style d'orateur, ce qui l'empêcha d'avoir des disciples et des imitateurs. Quoique pauvre, il fit un grand mariage chez les Carthaginois. Dans la suite, il se retira auprès de Mithridate, roi de Font, qui lui donna sa confiance, et lui rendit les plus grands honneurs. Il l'envoya en ambassade vers Tigrone roi d'Arménie, et à son retour il le fit mourir, parce qu'il avait conseillé à ce prince de ne pas donner de secours à Mithridate. I. MÉTROPHANE, évêque de Byzance, mort vers 312, mérita le titre de confesseur pendant la persécution de Diocletien. Sa mémoire est en honneur dans l'Église d'Orient.
II. MÉTROPHANE, évêque de Smyrne au 9e siècle. L'ambition et la discorde n'eurent point de prise sur son ame éclairée et pacifique, dans un temps où l'Église d'Orient ne respiroit que le schisme et la haine contre l'Église Romaine. Attaché à saint Ignace de Constantinople, il s'opposa avec vigueur au turbulent Photius, en 867, et consigna ses sentimens de paix et de concorde dans une Lettre très-estimée, insérée dans les Collections des Conciles.
III. MÉTROPHANE CRITOPULE, étant protosyncelle de la grande église de Constantinople, fut envoyé dans le 17e siècle par Cyrille Lucar, en Angleterre, pour s'informer exactement de la doctrine des Églises Protestantes. Critopule parcourut une partie de l'Allemagne, et y composa une Confession de Foi de l'Église Grecque, imprimée à Helmstadt, en grec et en latin, en 1661. Cette Confession de Foi favorise en quelques endroits la doctrine des Protestans; mais elle est conforme, dans d'autres endroits, aux dogmes de l'Église Catholique; et l'auteur y raisonne en critique et en homme instruit.
METTAIRE, Voyez MAITTAIRE.
METTRIE, (Julien Offray de la) naquit à Saint-Malo en 1709, d'un négociant. Son goût pour la médecine engagea ses parens à l'envoyer en Hollande étudier sous l'immortel Boërhaave. Après avoir puisé dans cette école des connoissances étendues, il vint les porter à Paris, où il fut placé auprès du duc de Grammont, colonel des Gardes Fran- çoises, qui le fit médecin de son régiment. La Mettrie ayant suivi son protecteur au siège de Fribourg, y tomba l'angereusement malade. Cette maladie, qui auroit dû être pour lui une source de réflexions, fut une source de délires. Il crut voir que cette intelligence immortelle qu'on nomme Ame, baissoit avec le corps, et se flétrissoit avec lui. Il écrivit en physicien sur ce qui n'est point du ressort de la physique: il osa faire l'Histoire naturelle de l'Ame. Cet ouvrage, qui respire absolument l'impiété à chaque page, souleva tout le monde. Le duc de Grammont le soutint contre cet orage; mais ce seigneur ayant été tué peu de temps après, le médecin perdit sa place, et n'en valut pas mieux. Il tourna ses armes contre ses confrères. Il mit au jour sa Pénélope ou le Machiavel en Médecine, in-12, 3 vol., 1748: ouvrage singulier, enfanté dans l'ivresse, et plein des saillies qu'elle inspire. (Il devient rare.) Le soulèvement de la faculté contre cette satire, obligea l'auteur de se retirer à Leyde. C'est là qu'il publia son Homme Machine. Une supposition continuelle des principes en question; des comparaisons ou des analogies imparfaites, érigées en preuves; des observations particulières assez justes, d'où il tire des conclusions générales, qui n'en naissent point; l'affirmation la plus absolue, continuellement mise à la place du doute: voilà la philosophie de l'auteur. L'enthousiasme avec lequel il déclame, l'air de persuasion qu'il prend, étoient capables de séduire ces esprits foibles qui se parent de l'esprit fort pour cacher leur foiblesse. Mais ce n'étoit pas ce que l'auteur desitroit 260 MET le plus : il vouloit seulement, dit un homme d'esprit, avoir le titre d'*Animal spirituel* et de *Machine curieuse*. Aspirant au titre de *Philosophe*, il avoit, disoit-il, abandonné la médecine du corps, pour se donner à la médecine de l'âme. Mais cette médecine ne parut qu'un poison, non-seulement aux théologiens, mais aux bons politiques. Poursuivi en Hollande, où son livre fut livré aux flammes, il se sauva, en 1748, à Berlin; il y devint lecteur du roi de Prusse et membre de son académie. Il y vécut tranquille jusqu'à sa mort, arrivée en 1751, à 48 ans. Elle fut la suite d'un trait de cette folie qui perçoit dans toute sa conduite. Il avoit une fièvre d'indigestion; il prit les bains, se fit saigner huit fois, et mourut comme il avoit vécu. Il ne traitoit pas mieux les autres qu'il ne se traitoit lui-même. Milord *Tyrconnel*, ambassadeur de France, fut la victime des fréquentes saignées qu'il lui ordonna. Le roi de Prusse dit à ce sujet : *Qui auroit cru que la Mettrie trouveroit encore quelqu'un plus fou que lui ?* Comment *Tyrconnel* avoit-il pu donner sa confiance à un médecin qui avoit passé sa vie à décrier la médecine comme la religion ? Quelques écrivains ont prétendu que *la Mettrie* s'étoit repenti dans ses derniers momens, et que les philosophes de Berlin avoient dit qu'il *les avoit déshonorés pendant sa vie et à sa mort*. D'autres auteurs ont écrit, qu'il *étoit sorti du monde à peu près comme un Acteur quitte le Théâtre, sans autre regret que celui de perdre le plaisir d'y briller*. Sa conversation amusait beaucoup, lorsque sa gaieté n'alloit pas jusqu'à l'extravagance, et elle y alloit souvent. On voyoit quelquefois cet homme, qui se paroît du nom de philosophe, jeter sa perruque par terre, se déshabiller et se mettre presque tout nu au milieu d'une grande compagnie. Il étoit dans ses écrits ce qu'il étoit dans ses actions. Se figurant un jour que le baron de *Haller*, un des plus savans hommes et des plus vertueux de l'Allemagne, étoit un Athée, il imagina une histoire, et la publia. Il raconta qu'il avoit vu cet homme respectable à Gottingue, dans un mauvais lieu, combattant l'existence de l'Être suprême... On trouve dans toutes ses productions, du feu, de l'imagination, du brillant; mais peu de justesse, peu de précision, peu de goût. On a recueilli à Berlin, 1751, in-4°, et deux volumes in-12, ses *Œuvres Philosophiques*, renfermant l'*Homme Machine*, l'*Homme Plante*, l'*Histoire de l'Âme*, l'*Art de jouir*, le *Discours sur le Bonheur*, etc. etc. Dans ce dernier traité *la Mettrie* est, selon *Diderot*, un écrivain sans jugement, «qui confond par-tout les peines du sage avec les tourmens du méchant, les inconvénients légers de la science avec les suites funestes de l'ignorance; qui donne à reconnoître la frivolité de l'esprit dans ce qu'il dit, et la corruption du cœur dans ce qu'il n'ose pas dire; qui prononce ici que l'homme est pervers par sa nature, et qui fait ailleurs, de la nature des êtres, la règle de leurs devoirs et la source de leur félicité; qui semble s'occuper à tranquilliser le scélérat dans le crime, le corrompu dans ses vices; dont les sophismes grossiers, mais dangereux par la gaieté dont il les assaisonne, décèlent un écrivain qui n'a pas les premières idées des vrais fondemens de la morale... Le chaos de raison et d'extravagance de cet auteur, ne peut être regardé sans dégoût, que par ces lecteurs futiles qui confondent la plaisanterie avec l'évidence, et à qui l'on a tout prouvé, quand on les a fait rire. Ses principes, poussés jusqu'à leurs dernières conséquences, renverseront la législation, dispenseront les parens de l'éducation de leurs enfans, renfermeront aux petites — maisons l'homme courageux qui lutte fortement contre ses penchans déréglés, et assureront l'immortalité au méchant qui s'abandonnerait sans remords aux siens. La tête de la *Mettrie* est si troublée, et ses idées sont à tel point décousues, que, dans la même page, une assertion sensée est heurtée par une assertion folle, et une assertion folle par une assertion sensée; en sorte qu'il est aussi facile de le défendre, que de l'attaquer. On a encore de lui, la Traduction des *Aphorismes de Boërhaave*, son maître, en dix vol. in-12, avec un long Commentaire, qui n'est pas le meilleur qu'on ait donné sur cet auteur, quoi qu'en dise *Voltaire*. Parmi beaucoup d'observations vraies et justes; il y en a quelques-unes de fausses, et quelques sentimens singuliers. Certains lecteurs nous reprocheront peut-être d'avoir peint ce médecin matérialiste trop désavantageusement; nous l'avons peint tel qu'il étoit. C'étoit, suivant *Voltaire*, qui l'avoit beaucoup connu, « un fou qui n'écrivoit que dans l'ivresse. » *Maupertuis* dit à peu près la même chose dans sa Lettre à *Haller* (Tome troisième de ses Œuvres, édition de Lyon). Le marquis d'*Argens*, qui n'a eu aucun intérêt d'en dire du mal, le représente précisément comme nous. (*Voyes* le *Journal Encyclopédique*, janvier 1762, extrait de l'*Ocellus Lucanus* du marquis d'*Argens*, pages 35 et suivantes.) Le roi de Prusse, séparant dans la *Mettrie* le médecin et l'écrivain, de l'impie et du satirique, daigna faire son *Eloge funèbre*. Cet éloge fut lu à l'académie par un secrétaire de ses commandemens. On se plaignit dans le temps qu'on eût suivi, en faveur d'un académicien reconnu pour Athée, la coutume de faire cette petite *Oraison funèbre*. *Voltaire* tâcha de la justifier dans une Lettre à *Koenig*: « Quel mal y a-t-il à cela, dit-il ? J'avoue que la *Mettrie* avoit fait des imprudences et de méchans livres; mais dans ses fumées, il y avoit des traits de flamme. D'ailleurs, c'étoit un très-bon médecin, en dépit de son imagination, et un très-bon diable en dépit de ses méchancetés. » Il est vrai que *Voltaire* contredit, dans les *Mémoires* de sa Vie, l'éloge qu'il donne à la *Mettrie*, comme médecin, et il le représente comme le plus mauvais de la terre dans la pratique; et quant à ses traits de flamme, il dit ailleurs, que sa conversation étoit un continuel feu d'artifice, qui amusoit un moment, et qui bientôt fatiguait. Il avoue encore, qu'il avoit fait imprimer tout ce qu'on peut imaginer de plus effronté sur la morale, et qu'il ne vouloit pas qu'on eût des remords. Ces traits contradictoires prouvent que *Voltaire* jugeoit dans le fond du cœur le médecin la *Mettrie* comme nous l'avons jugé 262 MET Ainsi, en cas que quelque partisan de la doctrine désolante de l'athéisme, nous dise des injures pour avoir fait un portrait fidèle de l'un de ses apôtres, nous nous en consolons d'avance. Voyez dans ce Dictionnaire l'art. LINNÆUS.
METZ, (Pierre-Claude Berbier du) lieutenant général d'artillerie et des armées du roi, naquit à Rosnay en Champagne, l'an 1638. Il se signala dès ses premières années dans la profession des armes. Ayant reçu, en 1657, une blessure dont il fut marqué toute sa vie, il fut 18 mois à en guérir, et ne put servir dans la campagne de 1658, la seule qu'il manqua depuis qu'il entra au service, jusqu'à sa mort. Il se distingua sur-tout par son application à perfectionner l'artillerie; il la mit dans un état où elle n'avoit jamais été, et la fit servir presque avec la même intelligence. Il fut tué, d'un coup de mousquet à la tête, en 1690, à la bataille de Fleurus. Il étoit alors lieutenant général. On le regardoit comme le plus habile ingénieur qu'eut eu la France avant Vauban, et comme un des hommes les plus bienfaisans et les plus vertueux que l'état militaire eût produits. Louis XIV dit au frère de ce brave omcier: Vous perdez beaucoup, mais je perds encore davantage, par la difficulté que j'aurai de remplacer un si habile homme. Mad. la Dauphine l'ayant apperçu, quelque temps auparavant, au dîner du roi, dit tout bas au prince: Voilà un homme qui est bien laid! — Et moi, répondit Louis, je le trouve bien beau; car c'est un des plus braves hommes de mon royaume.
METZU, (Gabriel) peintre, né à Leyde en 1615, mort dans cette ville en 1658, a laissé peu de tableaux; mais ils sont précieux par la finesse et la légèreté de sa touche, la fraîcheur du coloris, l'intelligence du clair-obscur, et l'exactitude du dessin. Il ne prignit qu'en petit. I. MEVIUS, ou MEVIUS, poète du temps d'Auguste, ridiculisé par Virgile et par Horace. Lui et Bàvius étoient les Cottus de leur siècle. Ils étoient sans gloire, et ils vouloient l'ôter à ceux à qui elle étoit justement dûe.
II. MEVIUS, (David) conseiller privé du roi de Suède, et président du conseil souverain de Wismar, fut envoyé par Charles XI, roi de Suède, pour terminer les différends de ce monarque avec l'empereur sur les provinces d'Allemagne, cédées à la Suède par la paix de Westphalie. Il eut part à d'autres affaires non moins importantes, et mourut en 1681. On a de lui: I. Des Commentaires sur le droit de Lübeck et des Decisions. II. Un Traité de l'Amnistic. III. Une Jurisprudence Universelle, et grand nombre d'autres écrits, qui sont une preuve de son savoir. Il est cependant moins connu que le Mevius d'Horace.
MEULEN, Voyez VANDER-MEULEN.
MEUNG, (Jean de) Voyez CLOPINEL.
MEUNIER, Voyez MEUSNIER.
MEUNIER, né à Paris, fut secrétaire du duc d'Etrée. Il a donné quelques pièces de poésie, et en théâtre Italien, la Comédie des Lanternes Magiques. Cet auteur est mort en 1735. I. MEURISSE, (Martin) de Roye, évêque de Madaure, suffragant de Metz. Il fonda les Bénédictins de Montigny près de Metz, et mourut en 1644. On a de lui, l'Histoire des Evêques de Metz, 1684, in-folio.
II. MEURISSE, (Henri-Emmanuel), habile chirurgien de Paris, natif de Saint-Quentin, mort en 1694, dont on a un Traité de la Saignée, in-12, qui renferme des préceptes utiles et des réflexions judicieuses. I. MEURSIUS, (Jean) né à Utrecht en Hollande en 1579, fit paroître, dès son enfance, des dispositions extraordinaires pour les belles-lettres et pour les sciences. Il alla étudier le droit à Orléans avec les Élysées, et, par la Barrevelde, qu'il accompagna dans leurs voyages. Ses courses lui donnerent occasion de connoître les cours des princes de l'Europe, et de converser avec les savans. De retour en Hollande, il obtint la chaire d'histoire à Leyde, en 1610, et ensuite celle de la langue grecque. Sa réputation augmentant de jour en jour, Christieux IV, roi de Danemarck, le fit professeur en histoire et en politique, dans l'université de Sora, en 1625. Meursius remplit cette place avec succès. Ce docte et laborieux écrivain mourut en 1641, à 62 ans. Scaliger le traite de pédant, d'ignorant et de présomptueux; mais on sait le fond qu'il faut faire sur les critiques de ce satirique grossier et insolent. On a de lui, un grand nom- bre de savans ouvrages, dont plusieurs regardent l'état de l'ancienne Grèce: I. De populis Attica. II. Atticarum lectionum Libri quatuor. III. Archontes Athenienses. IV. Fortuna Attica, de Athenarum origine. V. De Festis Graecorum. Ces différens traités remplis d'érudition, se trouvent dans les Recueils de Graevius et de Gronovius. VI. Historia Danica, 1630, in-4°: c'est l'histoire des rois Christieux I, Jean, et Christieux II. VII. Un grand nombre de Traductions d'auteurs Grecs qu'il a enrichies de notes, entr'autres: De l'Histoire Romaine de Théodore Metschite; des Lettres de Théophylacte; de la Tactique de Constantin Porphyrogenète; de l'Origine de Constantinople de George Codinus; des Harangues des Pères Grecs qui n'avoient pas encore été publiées, etc. VIII. Une Histoire de l'université de Leyde, 1625, in-4°. IX. Glossarium Graeco Barbarum, Leyde, 1614, in-4°. X. Creta, Cyprus, Rhodus, Amsterdam, 1675, in-4°: c'est une description de ces isles et de leurs antiquités. XI. Re-rum Belgicarum, lib. 1, 1612, lib. IV, 1614, in-4°. C'est l'histoire de ce qui s'est passé dans les Pays-Bays sous le duc d'Albe. La première édition ayant déplu à ses concitoyens, et les ayant même irrités au point de le vouloir dépouiller de ses emplois, il en fit une seconde plus ample, où il montra beaucoup de complaisance pour ses critiques, quelquefois aux dépens de la vérité et de l'exactitude des faits. Tous les ouvrages de ce savant ont été recueillis à Florence, 1741, en 12 vol. in-folio. Voyez PUFFENDORFF. 264 MEU
II. MEURSIUS, (Jean) fils du précédent, né à Leyde en 1613, mourut en Danemarck à la fleur de son âge. Il publia divers ouvrages, parmi lesquels on distingue : I. *Arboretum sacrum*, sive *De arborum conservatione*, Leyde, 1642, in-8° II. *De Tibii Veterum* dans *Gronovius*.
MEURSIUS, *Voyez* CHO-RIER.
MEUSNIER, (Philippe) habile peintre, né à Paris en 1655, y mourut en 1734, à 79 ans. Ses talens ne furent pas sans récompense. Il fut reçu à l'académie, et en devint trésorier. Les rois *Louis XIV* et *Louis XV* visitèrent *Meusnier* dans son atelier, et lui donnèrent de justes éloges. On lui accorda une pension et un logement aux galeries du Louvre. Cet artiste excelloit à peindre l'architecture; ce fut lui qu'on choisit pour représenter l'architecture de l'ivoire de la chapelle de l'Versailles, le duc d'Orléans l'employa à décorer la célèbre galerie de *Coypel* au palais royal. Le château de Marly est encore orné des peintures de cet habile maître. On voyait dans la collection des tableaux du roi, à la surintendance de Versailles, plusieurs perspectives de *Meusnier*, fort estimées. Ce peintre a aussi travaillé, avec succès, à des décorations de feux, de théâtres, de fêtes, etc. Ses tableaux font un effet admirable, par l'intelligence avec laquelle il a su distribuer les clairs et les ombres; il entendoit parfaitement la perspective. Son architecture est d'un grand goût, très-regulière, et d'un fini étonnant.
MEXIA, ou MESSIA, (Pierre) natif de Séville, chronographe de *Charles-Quint*, mort l'an 1552, laissa plusieurs ouvrages en espagnol; mais il fut blâmé d'avoir introduit dans sa langue plusieurs mots latins. Ses *Diverses Leçons* ont été traduites par *Claude Gruget* en françois, in-8° et in-16, Paris 1572. I. MEY, (Van-der) graveur et fondeur de caractères d'imprimerie, composa, au commencement du 18e siècle, les planches solides et toutes d'une pièce d'une Bible hollandaise, in-fol., ainsi que celles d'un Nouveau Testament grec, in-24, et du *Lexicon Syriacum*, deux vol. *Mey*, par ce procédé, peut être considéré comme l'inventeur des planches solides en stéréotypage. *Voyez* GED.
II. MEY, (Octavio) négociant de Lyon, acquit de grandes richesses par l'invention de lustrer la soie et les étoffes; c'est s'appelle leur *donnor* *Leau*. Le hasard, plus que toute combinaison, produisit cette découverte. *Mey* s'aperçut qu'un brin de soie qu'il avoit tenue quelque temps à la bouche, avoit acquis plus d'éclat; il appliqua l'eau aux étoffes, et parvint à les lustrer. C'est lui qui acquit le célèbre bouclier de *Scipion*, trouvé dans le Rhône, et donné à *Louis XIV* par *Pilata*, héritier d'*Octavio Mey*. Ce dernier mourut en 1690. — L'abbé *MEY*, célèbre jurisconsulte, canoniste, mort depuis peu, étoit l'un de ses descendants.
III. MEY, (Jean de) docteur en médecine, et professeur de théologie à Middelbourg, né en Zélande, et mort en 1678, à 59 ans, a donné en flamand plusieurs ouvrages dont on a donné la collection à Delft, en 1704, in-folio, et un en latin, sous ce titre : Physiologia sacra, Middelbourg, 1661, in-4.º C'est un commentaire sur les objets physiques dont il est parlé dans le Pentateuque. I. MEYER, (Jacques) historien et littérateur, né le 7 de janvier 1491, à Vleteren, dans la châtellenie de Cassel en Flandre, près de Bailleul, d'où il avoit pris le nom de Baliolanus, s'appliqua à instruire, à Bruges, la jeunesse dans les belles-lettres et dans la piété. Il mourut curé de Blanckenberg, le 5 février 1552. Ses principales productions sont : I. Annales rerum Flandricarum, Anvers 1561, in-folio. Ces Annales vont jusqu'à l'an 1477. Elles sont estimées; le style en est aisé, coulant et assez pur. On les a réimprimées dans la Collection des Histoires Belgiques, Francfort, 1580. II. Flandricarum rerum decas, Bruges, 1531, in-4°, etc. — Antoine MEYER, neveu, et Philippe MEYER, petit-neveu de Jacques, se sont distingués dans les belles-lettres; le grand nombre de pièces de vers qu'ils ont donnés au public, en sont des monumens.
II. MEYER, (Livinus de) né d'une famille noble de Gand, se fit Jésuite et se distingua dans la théologie, l'histoire et la poésie. Son Poème sur la Colère, divisé en trois livres, est généralement estimé des amateurs de la langue de l'ancienne Rome; on y trouve des vers dignes du siècle d'Auguste. Parmi ses ouvrages théologiques, celui qui a fait le plus de bruit, est une Histoire des Congrégations de Auxiliis, contre le Père Jacques Hyacinthe Serry; diffuse. On y remarque beaucoup de zèle pour la défense des sentimens de ses confrères. Il a beaucoup écrit contre les Apologistes de Quesnel, il mourut à Louvain, le 19 mars 1730, à l'âge de 75 ans.
III. MEYER; il y a eu du même nom des peintres et des graveurs Suisses. Le plus célèbre est Rodolphe, mort à Zurich, en 1638, qui grava les figures de l'Helvetia Sancta, de Murer.
MEYNIER, Voy. OPPÈDE.
MEYSONNIER, (Lazare) né dans les environs de Lyon, embrassa la médecine, et gagna beaucoup d'argent à publier un Almanach, sous le titre du Bon Hermite. Les contes, les prédictions dont il le remplissoit, le firent rechercher. De Protestant, l'auteur se fit Catholique; de médecin, il se fit chanoine. On lui doit : I. L'Histoire du Collège de Médecine de Lyon, ouvrage incomplet et sans profondeur. II. Pharmacopée abrégée. III. Introduction à la Philosophie. IV. Traduction de la magie naturelle de Porta. V. Science de l'esprit. Meyssonnier mourut en 1672.
MEYSIEU, (Jean-Baptiste Paris de) ancien intendant de l'école militaire de Paris, mort dans cette ville, le 6 septembre 1778, a fourni divers articles à l'Encyclopédie. On lui doit encore une Lettre sur l'école militaire, 1755, in-8.º
MEZENCE, Mezenius, roi des Tyrrhéniens, que Virgile appelle contemptor Divum. Il étoit aussi ennemi des hommes que des dieux; il faisoit égorger ceux qui lui déplaisoient, ou les faisoit mourir lentement attachés bouche à bouche à des ca- 266 MEZ davres. Ses sujets dont il étoit le tyran, le dépouillèrent de ses états, et le forcèrent de se réfugier avec son fils *Lausus* auprès de *Turnus*, roi des Rutules, dans le temps qu'il faisoit la guerre à *Ende*. Ce prince et son fils s'étant trouvés dans une bataille, furent tués l'un et l'autre par le prince Troyen.
MEZERAI, (François *Eudes* de) né l'an 1610, à Ky en basse Normandie, d'un père chirurgien, s'adonna d'abord à la poésie; mais il la quitta ensuite par le conseil du rimeur des *Iveaux*, son compatriote, pour l'histoire et la politique. Ce poète lui procura dans l'armée de Flandre l'emploi d'officier pointeur, qu'il exerça pendant deux campagnes avec assez de dégoût. Il avoit une ardeur incroyable pour l'étude, et cette ardeur étoit augmentée par la vivacité de sa jeunesse et de son imagination. Il abandonna les armes, pour s'enfermer au collège de Sainte-Barbe au milieu des livres et des manuscrits. Il projetoit dès lors de donner une *Histoire de France*. Sa trop grande application lui causa une maladie dangereuse. Le cardinal de *Richelieu*, instruit à la fois de son triste état et de ses heureux projets; lui fit présent de 500 écus dans une bourse ornée de ses armes. Cette grâce ayant enflammé son esprit en intéressant son cœur, il travailla plus que jamais, et publia, en 1643, à 32 ans, son premier volume de l'*Histoire de France*. La cour le récompensa de ses travaux par une pension de 4000 livres. *Conrart*, un des premiers membres de l'académie Françoise, étant mort, cette compagnie lui donna la place de secrétaire perpetuel, que cet académicien faisoit vacante. Il travailla, en cette qualité, au *Dictionnaire de l'Académie*, et mourut, le 10 juillet 1683, à 73 ans. *Mezerai*, homme singulier et bizarre, étoit si négligé dans sa personne, qu'on le prenoit pour un mendiant plutôt que pour ce qu'il étoit. Sa physionomie qui n'annonçoit point son esprit, et sa taille qui étoit médiocre, ne parboient pas en sa faveur. Aussi fut-il arrêté un jour par les archers des pauvres. La bévue, au lieu de l'irriter, le charma : car il aimoit les aventures singulières. Il leur dit : «qu'il étoit trop incommodé pour aller avec eux à pied; mais que, dès qu'on auroit mis une nouvelle roue à son carrosse, il s'en iroit de compagnie par-tout oir il leur plairoit.» Une des bizarreries de *Mezerai*, étoit de ne travailler qu'à la chandelle, même en plein jour au cœur de l'été; et comme s'il se fût alors persuadé qu'il n'y avoit plus de soleil au monde, il ne manquoit jamais de reconduire jusqu'à la porte de la rue, le flamboyant à la main, ceux qui lui rençoient visite. *Mezerai* affecta, pendant tout le cours de sa vie, un pyrrhonisme, qui étoit plus dans sa bouche que dans son cœur. C'est ce qu'il fit paroître durant sa dernière maladie : car, ayant fait venir ceux de ses amis qui avoient été les témoins les plus ordinaires de sa licence à parler sur les choses de la religion, il en fit devant eux une espèce d'amende honorable; il la termina, en les priant d'oublier ce qu'il avoit pu leur dire autrefois de contraire : *Souvenez-vous*, ajouta-t-il, que *Mezerai* mourant est plus croyable que *Mezerai* en
MEZ' 267 santé. De tous ses travers, aucun ne lui fit plus de tort dans le public, que l'attachement qu'il prit pour un cabaretier de la Chapelle, (petit village sur le chemin de Saint-Denis) nommé le Faucheur, chez lequel quelques-uns de ses amis le menèrent un jour. Il prit tant de goût à la franchise de cet homme et à ses discours, que, malgré tout ce qu'on put lui dire, il passait les journées éentières chez lui. Il le fit même à sa mort son légataire universel, excepté pour les biens patrimoniaux, qui étoient peu de chose, et qu'il laissa à sa famille. La bouteille étoit toujours sur sa table lorsqu'il étudi, et il avouoit, avec plus de franchise que de délicatesse, que la goutte dont il étoit tourmenté, lui venoit de la fillette et de la feuilletée. C'étoient ses propres mots, car il employoit dans la conversation, non les expressions les plus fines, mais celles qui lui paroissoient les plus plaisantes, et qui souvent n'étoient que grossières. Mezerai craignoit extrêmement le froid. Patru le reprogrammant un matin qu'il geloit fort, et lui ayant demandé comment il se trouvoit du temps. « Je vous quitte promptement pour regagner mon feu, lui dit Mezerai, car j'en suis à L. » On expliqua cette énigme à Patru, Mezerai, dès l'entrée de l'hiver, avoit derrière son fauteuil douze paires de bas, étiquetés depuis la lettre A jusqu'à M. En sortant du lit, il consultoit toujours son baromètre, pour en chausser autant de paires qu'il y avoit de degrés de froid. — Lorsqu'il étoit question d'élire un nouvel académicien, il donnoit toujours une boule noire à l'aspirant; non pour laisser à la postérité, comme il le disoit, un monument de la liberté de l'Académie dans les élections; mais plutôt pour satisfaire son caractère aigre et désapprobateur. Les Histoires de Mezerai se ressentent des défauts et des qualités de son ame. Il écrit d'une manière dure, basse, incorrecte; mais avec précision, avec assez de netteté et avec liberté. Il s'élève souvent au-dessus de lui-même. C'est un Tacite dans quelques endroits pour l'énergie. Quoique ses expressions ne soient pas toujours aussi heureuses que celles de l'historien Latin, il a comme lui l'art de peindre ses personnages d'un seul trait, et de faire réfléchir en racontant. Aussi vrai et aussi hardi que Tacite, il dit également le bien et le mal; mais il croit trop facilement les grands crimes; il a presque toujours l'air chagrin, et n'a pas assez bonne opinion des hommes. Ses principaux ouvrages sont: L'Histoire de France, en 3 vol. in-folio, 1643, 1646 et 1651. Les deux derniers volumes valent mieux que le premier; mais si les uns ni les autres ne feront jamais une Histoire agréable. Il faut prendre garde si les cartons s'y-trouvent; on les reconnoit, quand le portrait de Charlemagne est double, et que les médailles de la reine Louise, tomo III, page 683, s'y trouvent. On lit peu cet ouvrage, quoique l'auteur y ait surpassé ceux qui avoient fourni la même carrière avant lui. L'Histoire de Mezerai fut réimprimée en 1685, en 3 vol. in-folio, chez Thierry. Cette deuxième édition est plus exacte et plus ample que la première, connue sous le nom de Guillemot, qui l'imprime; mais celle-ci est plus recherchée pour les traits hardis qu'elle renferme. 268 M E Z Il y auroit moins de fautes dans l'une et dans l'autre, si, au lieu de composer son Histoire sur Paul-Emile, du Haillan, Dupleix, etc. l'auteur avoit été aux sources. Mais il avouoit ingénuement, que « les reproches que quelques inexactitudes procuroient, étoient fort au-dessous de la peine qu'il falloit prendre en consultant les originaux. » Trop d'écrivains ont pensé et agi comme lui, sur-tout dans ce siècle paresseux et frivole, où l'on se plait à tenir quitte des recherches, celui qui ne montre que de l'esprit. Le cardinal Mazarin venoit de lire dans l'Histoire de Mezerai, que Louis XI avoit été mauvais fils, mauvais père, mauvais ami et mauvais mari; il lui fit des reproches d'avoir si mal traité un roi de France. « J'en suis fâché, lui répondit l'écrivain; mais comme historien, je dois être l'interprète de la vérité. » II. Abrégé Chronologique de l'Histoire de France, 1668, en 3 vol. in-4°; et réimprimé en Hollande, 1673, en 6 vol. in-12. Cette contrefaçon est plus recherchée que l'édition originale. Dupuy, Launois et Dirois, trois des plus savans critiques de leur temps, le dirigèrent dans cet Abrégé, incomparablement meilleur que sa grande Histoire; mais on ne laisse pas d'y trouver des fautes, et même des fautes considérables. Mezerai étoit le premier à en plaisanter. Le célèbre P. Petau lui ayant dit assez durement qu'il avoit trouvé mille erreurs dans ses Histoires: J'ai été plus sévère observateur que vous, lui répondit sur-le-champ Mezerai; car j'en ai trouvé dix mille. Son esprit frondeur s'y montre à chaque page. Il eut la hardiesse d'y faire l'histoire de l'origine de toutes nos espèces d'impôts, avec des réflexions fort libres. Colbert s'en plaignit, Mezerai promit de se corriger dans une seconde édition: il le fit, mais en annonçant au public qu'on l'y avoit forcé. Ses corrections n'étant d'ailleurs que des palliatifs, le ministre fit supprimer la moitié de sa pension. Mezerai, quoiqu'à son aise, en murmura, parce qu'il étoit attaché à l'argent, et n'obtint d'autre réponse que la suppression de l'autre moitié. Son aversion pour les traitans n'en devint que plus forte. Il avoit coutume de dire, « qu'il réservoit deux écus d'or frappés au coin de Louis XII, surnommé le Père du Peuple: il en destinoit un pour louer une place en Grève lorsqu'on exécuteroit quelques-uns d'eux; et l'autre à boire, à la vue de leur supplice. » Il s'avisa aussi, en travaillant au Dictionnaire de l'Académie Française; d'ajouter cette phrase au mot COMPTABLE: Tout Comptable est pendable; phrase que les autres académiciens ne voulurent jamais lui passer. Il l'effaça; mais il mit à la marge de son manuscrit: Royé, quoiqu'il véritable. Après la suppression de sa pension, il déclura qu'il ne continueroit plus son Histoire. Afin qu'on n'ignorât pas les motifs de son silence, il mit à part dans une cassette les derniers appointemens qu'il avoit reçus en qualité d'historiographe, et y joignit ce billet: Voici le dernier argent que j'ai reçu du Roi; il a cessé de me payer, et moi de parler de lui, soit en bien, soit en mal. C'étoit le cardinal de Richelieu qui, toujours attentif à s'attacher les gens de lettres, et sur-tout les historiens, avoit le premier gratifié *Mezerai* d'une pension. Cet historien avoit coutume, lorsqu'on lui disoit au Trésor royal qu'il n'y avoit point de fonds pour lui payer sa pension, de se présenter au cardinal, non pour en solliciter le payement, mais pour lui demander la permission d'écrire l'*Histoire de Louis XIII*, alors régnant. Le cardinal répondant plutôt à sa pensée qu'à sa demande, lui disoit qu'il alloit donner des ordres au garde du Trésor royal de lui payer son année; et il la touchoit. La dernière édition de son *Abrégé* est de 1755, 14 vol. in-12. On y a joint les endroits de l'édition de 1668, qui avoient été supprimés, la Continuation de *Limiers* et une bonne Table des matières. III. *Traité de l'Origine des François*, qui fit beaucoup d'honneur à son érudition. IV. Une continuation de l'*Histoire des Turcs*, depuis 1612 jusqu'en 1649, in-folio : mauvaise suite d'un assez mauvais livre. Il y règne un ton de gazette qui rend la narration froide et plate. V. Une *Traduction* françoise, grossièrement écrite, du *Traité* latin de *Jean de Sarisbery*, intitulé : *Les Vanités de la Cour*, 1640, in-4. VI. On lui attribue plusieurs *Satires* contre le gouvernement, et en particulier celles qui portent le nom de *Sandricourt*. Ce qu'on peut dire de ces pièces, dit *Nicéron*, c'est qu'on y voit un composé bizarre d'enjouement, d'un burlesque bas et rampant, de quolibets et de proverbes des halles; souvent aussi de l'esprit et du savoir, mais tout cela mêlé de libertinage. C'étoit tout ce qu'il falloit pour plaire à la populace de ce temps-là; et c'étoit ce que cherchoit *Mezerai*, qui aimoit l'argent. VII. *Histoire de la Mère et du Fils*, Amsterdam, 1730, in-4°, ou 2 vol. in-12, etc... *Mezerai* avoit deux frères : l'alné, nommé *Jean Eudes*, fut instituteur des *Eudistes* et prédicateur renommé. (*Voyez Eudes*, n.º IV.) L'autre fut habile chirurgien-accoucheur. Il s'appeloit *Charles Eudes*, et prit le nom de *Douay*. Il étoit plus jeune que *Mezerai*, et n'avoit pas moins de vigueur dans l'esprit. Le gouverneur d'Argentan avoit un dessein, auquel *Eudes* crut devoir s'opposer. Il lui dit avec fermeté : « Nous sommes trois frères, adorateurs de la vérité et de la justice. Le premier la *prêche*, l'autre l'écrit, et moi je la soutiendrai jusqu'au dernier soupir. » *Voy. la Vie de MEZERAI*, par la *Roque*, in-12, où l'on trouve bien des contes, peut-être plus satiriques que vrais.
MEZIRIAC, (Claude-Gaspard Bachet de) naquit à Bourg en Bresse, d'une famille noble. Il se fit Jésuite, et dès l'âge de 20 ans il étoit professeur de rhétorique à Milan. Sa santé trop délicate ne pouvant soutenir les exercices de cette Société laborieuse, il en sortit. *Meziriac* avoit des connoissances profondes dans les mathématiques, et surtout dans la littérature. Les gens de lettres les plus distingués de Paris et de Rome le recherchèrent. L'académie Françoise lui ouvrit ses portes. Il mourut en 1638, âgé d'environ 60 ans. Son caractère libre et familier, joint à son mérite, à sa naissance et à sa fortune, lui donnèrent dans sa patrie un empire, dont il ne se servit que pour faire du bien. On a de lui : I. *La Vie d'Esope*, à Bourg en Bresse, 1632, in-16; 270 MEZ dans laquelle il réfuta savamment le roman que *Planude* a fait sur ce célèbre fabuliste. Il prouve très-bien qu'*Esope* n'étoit ni bossu ni contrefait, comme l'ont imaginé des écrivains qui ont voulu apparemment se consoler de leur laideur par un exemple illustre. II. Une *Traduction* de *Diophante* en latin, avec un *Commentaire*, Paris, 1621, in-folio; réimprimée en 1670 avec les observations de *Fermat*. Ce livre est digne du célèbre mathématicien que *Mezi-riac* traduisit. III. On a donné de cet académicien, (sous le nom de *Bachet*) huit *Héroïdes d'O-vide*, traduites en mauvais vers françois; mais accompagnées d'un *Commentaire* qui dédommage bien de la platitude des vers, quoique mal écrits : la Haye, 1710, 2 vol. in-8.º La première édition n'étoit qu'en un seul volume; dans la deuxième on y a joint plusieurs ouvrages du même auteur. Ce commentaire est une source d'érudition, dans laquelle les mythologistes ne cessent de puiser.
MEZRAIM, fils de *Cham*, petit-fils de *Noé*, peupla l'Égypte qui lui avoit été destinée, et qui de son nom est appelée dans l'É-criture, *Terre de Mezraim*. Il eut pour fils, *Ludim*, *Ananim*, *Laabim*, *Nephtuim*, *Phetrusim* et *Chaustim*; c'est d'eux que sortirent tous les différens peuples qui habitèrent l'Égypte et les pays voisins. *Mezraim* étant mort, fut adoré, dit-on, comme un Dieu, sous les noms d'*Osiris*, de *Serapis* et d'*Adonis*.
MEZZABARBE, (François comte de) célèbre antiquaire Italien, mort à Milan en 1697, à 52 ans, rassembla un riche ca- cabinet de médailles, qu'il décrivit sous ce titre : *Imperatorum Romanorum numismata à Pompeio magno ad Heraclium*, in-fol. Cet ouvrage parut en 1683, et obtint une seconde édition à Milan en 1730. L'auteur le dédia à l'empereur *Léopold I*.
MICAL, (N. abbé) l'un des plus grands mécaniciens de notre temps, forma deux têtes d'airain qui prononçoient distinctement des phrases entières. Ces têtes étoient colossales, et leur voix étoit forte et sonore. Ce bel ouvrage, dit un écrivain, a résolu un grand problème, savoir : si la parole pouvoit quitter le siège vivant que lui assigna la nature, pour venir s'attacher à la matière morte. Il y a aussi loin d'une rone et d'un levier à une tête qui parle, que d'un trait de plume au plus beau tableau. *Vaucanson* s'est arrêté aux animaux, dont il a rendu les mouvements et contrefait les digestions; *Mical* s'est élevé jusqu'à l'homme, et a choisi dans lui l'organe le plus brillant et le plus compliqué. En suivant la nature, il s'aperçut que l'organe vocal étoit dans la glotte un instrument à vent qui avoit son clavier dans la bouche; qu'en soufflant du dehors en dedans, comme dans une flûte, on n'obtenoit que des sons filés; mais que pour articuler des mots, il falloit souffler du dedans au dehors. En effet, l'air en sortant de nos poumons, se change en son dans notre gosier, et ce son est morcelé en syllabes par les lèvres et par un muscle très-mobile qui est la langue, aidée des dents et du palais. Un son continu n'exprimeroit qu'une seule affection de l'ame, et se rendroit par une seule voyelle ; mais coupé à différents intervalles par la langue et les lèvres, il se charge d'une consonne à chaque coup ; et se modifiant en une infinité d'articulations, il rend la variété de nos idées. Sur ce principe, *Mical* appliqua deux claviers à ses têtes. L'un en cylindre, par lequel on s'obtenoit qu'un nombre déterminé de phrases, mais sur lequel les intervalles des mots et leur prosodie étoient marqués correctement. L'autre clavier contenoit, dans l'étendue d'un ravalement, toutes les syllabes de la langue françoise, réduites à un petit nombre par une méthode ingénieuse et particulière à l'auteur. Avec un peu d'habitude et d'habileté, on auroit pu parler avec les doigts comme avec la langue, et donner au langage des têtes la rapidité, le repos, et toute l'expression que peut avoir la parole, lorsqu'elle n'est point animée par les passions. Les étrangers auroient pu prendre la *Heuriade* ou le *Télémaque*, et les faire réciter d'un bout à l'autre, en les plaçant sur le clavecin vocal comme on place des partitions d'opéra sur les clavecins ordinaires. La France pouvoit donc s'honorer de l'invention de l'abbé *Mical* ; on pouvoit dire que si les Allemands avoient inventé l'imprimerie des caractères, un François avoit trouvé celle des articulations ; et que la prononciation de la parole, si fugitive pour l'oreille, étoit à jamais fixée par les têtes d'airain ; mais le gouvernement de France de 1784, ayant refusé d'acheter ces têtes, le malheureux artiste, accablé de dettes, brisa son chef-d'œuvre dans un moment de désespoir. Il mourut très-pauvre en 1789.
MICETIUS, évêque de Trèves dans le 6e siècle, tourna ses talens pour les sciences, du côté des matières propres à son état. Le loisir que la vigilance sur son troupeau lui laissoit, il l'employa à écrire sur des sujets ecclésiastiques. Dom d'*Acheri* a placé dans son *Spicilège*, un *Traité des Veilles et de la Psalmodie*, de cet auteur. Il intéresse ceux qui sont curieux de savoir les usages des premiers temps. On trouve encore dans ce recueil deux *Lettres* édifiantes du même écrivain. I. MICHAELIS, (Sébastien) Dominicain, né à Saint-Zacharie, petite ville du diocèse de Marseille, vers 1543, introduisit la réforme dans plusieurs maisons de son ordre. Il obtint de la cour de Rome, que les religieux de cette réforme composeroient une congrégation séparée. Le P. *Michaelis* en fut le premier vicaire général. Il mourut à Paris le 5 mai 1618, à 74 ans, avec la gloire d'avoir fait revivre dans son ordre l'esprit de son fondateur. On a de lui, l'*Histoire véritable de ce qui s'est passé sous l'exorcisme de trois Pilles possédées, au pays de Flandre*, avec un *Traité de la vocation des Sorciers et des Magiciens* ; à Paris, 1623, 2 vol. in-12 : ce livre n'est pas commun. C'est un monument de la foiblesse de l'esprit humain, et il ne fait guère d'honneur à celui de son auteur. Voyez GAFFAREI.
II. MICHAELIS, (Jean-Benjamin) poète satirique, né à Zittan en 1747, et mort à Halberstadt en 1772. Il réunissoit les feu de *Juvenal* et la sombre âcreté de *Perse*. Un de ses amis a donné, en 1780, une édition 172 M I C complète de ses Œuvres, à Giessen.
MICHAELOWITZ, *Voyez ALEXIS*, n.º x. I. MICHAUT, (Pierre) Bourguignon, secrétaire du duc de Bourgogne *Charles le Téméraire*, vivait encore en 1466. Il est auteur de quelques bouquins que les bibliomanes recherchent. I. *Doctrinal du temps*, in-folio, gothique; plus rare que l'édition intitulée *Doctrinal de Cour*, de 1522, in-8.º II. *La Danse aux Aveugles*, Lyon, 1543, in-8.º, réimprimée en 1749, même format. L'un et l'autre sont mêlés de prose et de vers.
II. MICHAUT, (Jean-Bernard) contrôleur ordinaire des guerres en Bourgogne, né à Dijon l'an 1707, mort en 1770, est connu par des *Mélanges Historiques* en deux vol. in-12, et par la *Vie de l'abbé Lenglet*, in-12. Ces deux ouvrages prouvent des connaissances littéraires et bibliographiques, et respirent une critique saine. *Michaut* étoit un littérateur comparable à *Don d'Argonne*, à l'abbé d'*Artigni* et à quelques autres, qui, sans produire eux-mêmes, ont recherché avec soin les anecdotes et les jugemens portés sur ceux qui ont produit. I. MICHÉE, dit l'*Ancien*, fils de *Jemla*, prophétisoit dans le royaume d'Israël sous le règne d'*Achab*, l'an 897 avant J. C. Il fut mis en prison, pour avoir annoncé à ce prince que la guerre qu'il avoit entreprise avec *Josaphat*, roi de Juda, contre les Syriens, auroit un mauvais succès. L'événement confirma sa prédiction: *Achab* fut tué. C'est de ce prophète qu'il est fait men- tion dans le 22e chapitre du 3e livre des *Rois*.
II. MICHÉE, le septième des XII petits *Prophètes*, surnommé le *Morasthite*, parce qu'il étoit de Morasthit, bourg de Judée, prophétisa pendant près de 50 ans, sous les règnes de *Joathan*, d'*Achaz* et d'*Ezechias*, depuis l'année 740 jusqu'à 724 avant J. C. On ne sait aucune particularité de la vie ni de la mort de *Michée*. Sa *Prophétie* en hébreu ne contient que sept chapitres; elle est écrite contre les royaumes de Juda et d'Israël, dont il prédit les malheurs et la ruine en punition de leurs crimes. Il annonce la captivité de deux tribus par les *Chaldéens*, et celle des dix autres par les Assyriens, et leur première délivrance par *Cyrus*. Après ces tristes prédictions, le prophète parle du règne du *Messie*, et de l'établissement de l'église Chrétienne. Il annonce en particulier, d'une manière très-claire, la naissance du *Messie* à Bethléem, sa domination qui doit s'étendre jusqu'aux extrémités du monde, et l'état florissant de son Église. I. MICHEL, *Archange*, combattit à la tête des bons Anges contre les mauvais, qu'il précipita dans les enfers. (*St. Jean*, Apoc.) Il contesta aussi avec le démon touchant le corps de *Moïse*... (*Dan. chap. 10.*) *St. MICHEL*, ancien protecteur de la France, fut pris pour patron de l'ordre militaire, établi en 1469 par le roi *Louis XI*. La devise de cet ordre étoit. *Immensi tremor Oceani... Voyez LOLLARD et II. GONSALVE*.
II. MICHEL 1er CUROPALATE, surnommé *Bhangabe*, épousa Spousa *Procopie*, fille de l'empereur *Nicéphore*, et succéda, en 811, à *Staurace* son beau-frère. Son premier soin fut de réparer les maux que *Nicéphore* avoit faits au peuple. Il diminua les impôts, renvoya aux sénateurs les sommes qu'on leur avoit enlevées; essuya les larmes des veuves qui avoient vu leurs maris immolés à la cruauté de *Nicéphore*, pourvut aux besoins de leurs enfans; fit rétablir les images dans les églises, distribua de l'argent aux pauvres et au clergé, et apprit au peuple, par ses bienfaits et par son équité, qu'un tyran avoit été remplacé par un père. Après avoir réglé l'intérieur de l'empire, il songea à l'extérieur. Il eut une guerre à soutenir contre les Sarasins, et il en triompha par la valeur de *Léon l'Arménien*, général de ses troupes. Il ne fut pas si heureux contre les Bulgares, qui s'emparèrent de Mélembrie, place forte, la clef de l'empire sur le Pont-Euxin. *Léon* profita de cette circonstance pour s'emparer de la couronne, et se révolta. *Michel* aima mieux abandonner le diadème, que de le conserver au prix du sang de ses peuples. Il descendit du trône le 11 juillet 813, se réfugia dans une église avec sa femme et ses enfans, et prit l'habit monastique. *Léon* leur épargua la vie, et pourvut à leur subsistance. Cet empereur infortuné avoit toutes les vertus d'un particulier. Il se montra bon mari, père tendre, prince religieux; mais s'il fut chéri de ses peuples, il fut méprisé des soldats. Accablé d'ennemis au dedans et au dehors, il manqua, ou des vertus guerrières, ou des forces qui étoient nécessaires dans les conjonctures de son *Tome VIII.* règne. *Théophilacte* son fils aîné, enfermé avec lui, fut privé des marques de son sexe, afin que les peuples ne fussent point tentés de le placer sur le trône.
III. MICHEL II, *le Bègue*, né à Amorium dans la haute Phrygie, d'une famille obscure; plut à l'empereur *Léon l'Arménien*, qui l'avança dans ses troupes et le fit patricien. Sa faveur excila l'envie; il fut accusé d'avoir conjuré contre l'empereur, mis en prison, et condamné à être brûlé. Le malheureux auroit été exécuté le même jour, veillé de Noël, si l'impératrice *Théodosie* n'eût représenté à l'empereur que c'étoit manquer de respect pour la fête. *Léon* différa l'exécution, en disant: *Je fais ce que vous voulez; mais vous verrez ce qui en arrivera*. En effet, la nuit même il fut assassiné dans son palais. *Michel*, tiré de prison, et salué empereur d'Orient l'an 820, rappela aussitôt ceux qui avoient été exilés pour la défense des images; mais, quelque temps après, il devint, de protecteur des Catholiques, leur plus violent persécuteur. Il voulut forcer à observer le Sabbat, à célébrer la Pâque selon l'usage des Juifs. Sa cruauté fit des rebelles. *Euphémius*, général des troupes de Sicile, ayant enlevé une religieuse, l'empereur envoya ordre de lui couper le nez et de le mettre à mort. Le coupable, à cette nouvelle, se fait proclamer empereur, et se met sous la protection des Sarasins d'Afrique. Les barbares lui envoient des troupes, et soumettent presque toute l'isle; mais *Euphémius* est tué devant la ville de Syracuse qu'il assiégeoit. Les Sarasins continuèrent la guerre après sa mort, s'emparèrent de toute l'isle, et de ce que l'empereur d'Orient possédoit dans la Pouille et la Calabre. Loin de s'affliger de ces revers, l'épicurien Michel en faisoit des plaisanteries. Vous voilà délivré d'un pesant fardeau, dit-il à l'un de ses ministres, en apprenant la perte de la Sicile. Oui, reprit le ministre, encore deux ou trois soulagements pareils et nous serons délivrés de l'empire. Le lâche Michel, tranquille à Constantinople, s'abandonnait aux plaisirs des femmes et de la table. Ses excès lui causèrent une violente chaleur d'entrailles, qui produisit une rétention d'urine. Il en mourut le 1er octobre 829, au milieu des douleurs et des remords. Michel eut tous les vices et commit tous les crimes. Ce fut un parjure, un avare, un cruel, un ivrogne et un impudique. Il sembla n'être monté sur le trône que pour le déshonorer. Son ignorance étoit si grande, qu'il ne savoit ni lire ni écrire. Tous les gens de lettres étoient en butte à sa haine, et c'étoit y avoir un droit assuré, que d'être doué de quelque talent ou de quelque vertu.
IV. MICHEL III, dit l'Ivrogne, empereur d'Orient, né en 836, succéda à Théophile son père, le 22 janvier 842, sous la régence de Théodora sa mère. Cette vertueuse princesse rétablit le culte des images, et mit fin à la dangereuse hérésie des Iconoclastes, que Léon l'Isaurien avoit introduite 120 ans auparavant, et qui n'avoit cessé depuis de déchirer l'empire. Elle renouvela ensuite le traité de paix avec Bogoris, roi des Bulgares, en 844; et lui rendit sa sœur, qui, de- venne Chrétienne dans les fers, porta la foi dans son pays. Bardas, frère de Théodora, jaloux de son autorité, s'empara tellement de l'esprit de Michel, en favorisant ses débauches, que ce prince, par son conseil, obligea sa mère de se faire couper les cheveux, et de se renfermer dans un monastère avec ses filles. Saint Ignace, patriarche de Constantinople, n'ayant pas voulu la contraindre d'embrasser l'état monastique, et reprochant sans cesse à Bardas ses dérèglements, on le chassa de son siège, et Photius fut mis à sa place en 857; année que l'on peut regarder comme l'époque de l'origine du schisme qui sépare l'Eglise Grecque d'avec la Latine. Michel, après avoir laissé régner Bardas avec le titre de César, le fit mourir en 866, parce qu'il lui étoit devenu suspect, et associa Basile le Macédonien à l'empire. Basile, voyant que Michel se faisoit mépriser de tout le monde par ses dérèglements, l'exhorta à changer de conduite; et, pour l'y engager par son exemple, il se comporta avec toute la décence convenable à un empereur. Michel ne put souffrir ce censeur vigide; il voulut le déposer, et mettre à sa place un rameur. Comme il ne pouvoit y réussir, il forma le dessein de le faire périr; mais Basile en fut instruit, et le fit assassiner, le 24 septembre 867, à 31 ans, après 25 de règne. Il ne laissa point d'enfants de sa femme Eudoxie Décapolitisse. Michel III doit être mis au nombre des monstres qui ont déshonoré l'empire. Il s'abandonna à toutes ses passions. Le meurtre, l'inceste, le parjure, furent les voies par lesquelles il apprit sa puissance aux peuples. Il commit tous les crimes, et ne fit aucune action digne d'un empereur. L'intérêt de l'état ne fixa jamais son attention. Comme un autre *Néron*, son goût dominant, son plaisir favori, étoit de faire voler un char sur la poussière du cirque: plus jaloux de remporter la palme sur l'arène, que de cueillir des lauriers sur un champ de bataille. Un jour qu'il étoit au spectacle, on vint l'avertir que les Sarasins faisoient des courses sur les terres de l'empire. Il répondit: *C'est bien le temps de me parler des Sarasins, lorsque je suis occupé à faire passer de droite à gauche un coureur pour qui je m'intéresse!* Les empereurs avoient fait bâtir de distance en distance de grandes tours, pour faire des signaux lorsque les ennemis pénétroient dans l'empire. Quelqu'une de ces alarmes ayant troublé une course de chevaux, l'empercur en fut tellement irrité, qu'il fit abattre toutes ces tours, qui étoient un des boulevarts de l'état. V. MICHEL IV, *Paphlagonien*, ainsi nommé parce qu'il étoit né en Paphlagonie, de parens obscurs, monta sur le trône impérial d'Orient, après *Romain Argyre*, en avril 1034, par les intrigues de l'impératrice *Zoé*. Cette princesse, amoureuse de lui, procura la couronne à son amant, en faisant mourir l'empereur son mari. Peu propre au gouvernement, il en abandonna le soin à l'eunuque *Jean*, son frère. *Zoé*, trompée dans ses espérances, voulut s'en venger, et n'y réussit pas. *Michel*, agité par les remords, tomba peu de temps après dans des convulsions qui le mirent hors d'état de tenir les rênes de l'empire. Il eut néan- moins de bons intervalles, et fit la guerre avec succès, par ses deux frères, contre les Sarasins et contre les Bulgares. Après avoir soumis ces peuples, il se retira dans un monastère, en 1041, y prit l'habit religieux, et y mourut avec de grands sentimens de piété, le 10 décembre de la même année. *Michel* monta sur le trône par un crime; mais, dès qu'il y fut monté, il fit régner la vertu. Son esprit se dérange: il ne lui reste de raison que pour sentir son malheur, connoître l'impuissance où il est de régner, et la nécessité de céder sa place à un autre; et il a la force de le faire. Cette action a effacé en quelque sorte, aux yeux de la postérité, le meurtre et l'adultère dont il s'étoit souillé.
VI. MICHEL V, dit *Calafates*, parce que son père étoit calfateur de vaisseaux, succéda, en 1041, à *Michel IV*, son oncle, après avoir été adopté par l'impératrice *Zoé*; mais, au bout de quatre mois, craignant que cette princesse ne le fit périr, il l'exila dans l'*Isle du Prince*. Le peuple, irrité de cette ingratitude, se souleva contre *Michel*. On lui creva les yeux, et on le renferma dans un monastère, en 1042. *Zoé* et *Théodora*, sa sœur, régnèrent ensuite environ trois mois ensemble; et ce fut la première fois que l'on vit l'empire soumis à deux femmes. *Michel* perdit sur le trône la réputation qu'il avoit acquise étant simple particulier, d'homme habile, intelligent, capable de former de grands projets, et aussi propre à les exécuter. Il devint ingrat, soupçonneux, inhumain, cruel à l'excès, et ses vices éclatèrent principalement aux dépens des 276 MIC personnes, qui ne devoient attendre de lui que de la reconnoissance ou des bienfaits.
VII. MICHEL VI, *Stratiotique*, (c'est-à-dire *Guerrier*) empereur d'Orient, régna au mois d'août 1056, après l'impératrice *Théodora*, qui l'avoit nommé son successeur à cause de sa naissance et de ses grandes richesses. Mais il étoit vieux, et n'avoit pas le talent de gouverner. Pour se rendre agréable au sénat et au peuple, il choisit parmi eux les gouverneurs et les autres principaux officiers de l'empire. Les officiers de l'armée, irrités de cette préférence, élurent pour empereur *Isaac Comnène*, en 1057 *Michel Cerulaire*, patriarche de Constantinople, qui ne disposoit pas à son gré de *Michel*, vouloit avoir un empereur qui dépendit de lui. Il fit soulever le peuple, feignit de le calmer; et paroissant céder à la force et au désir de préserver l'empire d'une ruine entière, il fit ouvrir les portes de Constantinople à *Isaac Comnène*. En même temps, il envoya quatre métropolitains à *Michel VI*, qui lui déclarèrent qu'il falloit nécessairement, pour le bien de l'empire qu'il y renoncât. Mais, dit *Michel* aux métropolitains, que me promet donc le *Patriarche*, au lieu de l'Empire? — *Le royaume céleste*, lui répondirent les métropolitains. *Michel* quitta sur-le-champ la pourpre, le dernier jour de l'an 1057, et se retira dans sa maison ou dans un monastère. Pendant sa courte administration, *Michel*, livré à ceux qui l'avoient placé sur le trône, donna tout à la faveur, et rien au mérite. Il mit dans les premières charges, des hommes du commun, sans expérience, sans capacité, sans connoissance de leurs devoirs. Espérant que l'affection du peuple lui conserve-roit le diadème, il s'occupa uniquement à la gagner, et négligea de se concilier les gens de guerre, qui pouvoient seuls le maintenir sur le trône.
VIII. MICHEL VII, *Parapinace*, empereur d'Orient, étoit fils aîné de *Constantin Ducas* et d'*Eudoxie*. Cette princesse, après la mort de son époux, gouverna d'abord l'empire avec ce fils, *Andronic*, et *Constantin*, ses deux autres enfans: puis s'étant remariée, au bout de sept mois, à *Romain Diogène*, elle le fit nommer empereur. Mais cet usurpateur ayant été pris, en 1071, par les Turcs, *Michel* remonta sur le trône. *Nicéphore Botoniate* se souleva contre lui, et s'empara de Constantinople, avec le secours des Turcs, en avril 1078. *Michel* fut relégué dans le monastère de Stade, et en fut retiré dans la suite, pour être fait archevêque d'Éphèse. C'étoit un prince foible, qui abandonna les rênes de l'empire à ceux qui voulurent s'en saisir, et ne s'occupa que de jeux d'enfant. Les ennemis ravagèrent ses états, ses ministres ruinèrent les peuples; et le prince ne sentit ses malheurs, que quand il en fut accablé.
IX. MICHEL VIII, *Paleologue*, régent de l'empire d'Orient, durant la minorité de *Jean Lascaris*, monta sur le trône à sa place en 1260; puis fit crever les yeux à ce jeune prince son pupille, malgré les sermens de fidélité qu'il lui avoit faits. L'année d'après, il reprit Constantinople sur *Baudouin II*: cette conquête fit d'autant plus d'hon- neur à sa bravoure, que cette ville avoit été possédée 58 ans par les François. Il travailla beaucoup, pendant son règne, à la réunion de l'Eglise Orientale avec l'Occidentale. *Urbain V*, qui occupoit alors le siège de Saint-Pierre, temoigna une grande joie des dispositions de *Michel Paléologue*, et du désir qu'il avoit de conclure cette importante affaire. « En ce cas, dit-il à l'empereur, nous vous ferons voir combien la puissance du saint Siège est utile aux princes qui sont dans sa communion. S'il leur arrive quelque guerre ou quelque division, l'Eglise Romaine, comme bonne mère, leur ôte les armes des mains; et par son autorité les oblige à faire la paix... Si vous rentrez dans son sein, continue-t-il, elle vous appuiera, non-seulement du secours des Génois et des autres Latins; mais s'il est besoin des toutes les forces des rois et des princes Catholiques du monde entier. Mais, tant que vous serez séparé de l'obéissance du saint Siège, nous ne pouvons souffrir, en conscience, que les Génois, ni quelques autres Latins que ce soit, vous donnent du secours. » La réunion de l'Eglise Grecque et de l'Eglise Latine devint donc un objet de politique, et l'empereur qui en signa l'acte, en avril 1277, envoya au pape la formule de sa profession de foi et du serment d'obéissance. Cette réunion déplut aux Grecs, et n'intéressa guère les Latins, parce que ceux-ci n'y virent que l'ouvrage de la ruse et de la nécessité. Le pape, *Martin IV*, ne la croyant pas sincère, ex-communia *Michel*, le 18 novembre 1281, comme fauteur du schisme et de l'hérésie des Grecs. L'excommunication étoit conçue en ces termes : « Nous dénonçons excommunié, *Michel Paléologue*, que l'on nomme empereur des Grecs, comme fauteur de l'ancien schisme et de leur hérésie; et nous défendons à tous rois, princes, seigneurs et autres, de quelque condition qu'ils soient, et à toutes les villes et communautés, de faire avec lui, tant qu'il demeurera excommunié, aucune société ou confédération, ou de lui donner aide ou conseil dans les affaires pour lesquelles il est excommunié. » *Martin IV*, renouvela cette excommunication trois fois, et elle subsistoit encore l'an 1282, lorsque *Michel* mourut, le 11 décembre, accablé de chagrin et d'ennui. Les Grecs lui refusèrent la sépulture ecclésiastique, parce qu'il avoit voulu les soumettre aux Latins, et leurs historiens le peignirent comme un monstre. Son ambition à la vérité lui fit commettre des crimes; le désir de conserver son pouvoir, le rendit souvent artificieux et cruel; la postérité lui reprochera toujours le meurtre du jeune *Lascaris*. Mais s'il n'eut pas les vertus d'un monarque, il en eut quelquefois les talens. Il sut persuader par son éloquence, se faire des amis par sa politique, et fit trembler ses ennemis par son courage. — Il ne faut pas le confondre avec *MICHEL Paléologue*, qui, couronné empereur, en 1214, gouverna l'empire sous son père *Andronic*, dit le *Vieux*, et mourut l'an 1220. X. MICHEL FÉDEROWITZ, czar de Russie, fut élu en 1613, dans des temps difficiles. Il descendait d'une fille du czar *Jean Basilowitz*. Quoiqu'il ne fût âgé que de 17 ans, il travailla, de concert avec ses ministres, à terminer la guerre que les Russes avoient avec la Pologne et la Suède, qui l'une et l'autre avoient voulu leur donner un roi. Les Polonois, après s'être avancés jusqu'à Moscow, conclurent une trêve de quatorze ans. Les Suédois firent aussi la paix, et restèrent en possession de l'Île-de-France. Michel avoit commencé son règne par le supplice du fils du second imposteur Démétrius, de peur que ce rejeton ne causât des troubles dans l'empire. Se voyant tranquille, il pensa à policer ses états; mais cet ouvrage étoit réservé au plus illustre de ses successeurs, au czar Pierre. Michel mourut en 1645. On le peint comme un prince doux et ami de la paix.
MICHEL DE CEZÈNE, Voyez OCCAM.
XI. MICHEL, (Jean) natif de Beauvais. Après avoir été secrétaire de Louis II, roi de Sicile, il embrassa l'état ecclésiastique, et devint chanoine d'Aix en Provence, puis d'Angers. Il fut élu, malgré lui, évêque de cette dernière ville, qu'il édifia et instruisit. Sa mort, arrivée en 1447, fut celle d'un saint. On a de lui, des Statuts et des Ordonnances pour le règlement de la discipline dans son diocèse.
XII. MICHEL, (Jean) natif d'Angers, médecin de Charles VIII, qui lui donna une charge de conseiller au parlement, mourut en 1495. Il laissa une fille, mariée à Pierre le Clerc du Tremblay, un des aïeux du P. Joseph, Capucin. On a de lui, plusieurs Pièces dramatiques, jouées avec de grands applaudissements, sous le nom de Mystères de la Nati- vité, de la Passion. Les éditions les plus rares de ces drames gothiques, sont celles de 1485, 1490, 1499, in-fol. Les éditions in-4°, faites au 16e siècle, sont plus communes; celle de Lyon, Rigauld, in-4°, sans date, en lettres rondes, est différente de toutes les autres. La pièce de la Résurrection, Paris, Verard, sans date, in-folio, est l'édition la plus rare; celle de 1507, in-fol., est plus complète.
XIII. MICHEL, (Jean) de Nîmes, est célèbre par ses Poésies gasconnes, sur-tout par son Poème sur les embarras de la Foire de Beaucaire, de plus de 4200 vers. Cet ouvrage est le fruit d'une imagination peu réglée; mais il ne faut pas juger à la rigueur ces sortes d'ouvrages.
MICHEL-ANGE de Caravage, Voyez CARAVAGE.
MICHEL-ANGE, Voyez BONAROTA.
XIV. MICHEL-ANGE DES BATAILLES, peintre, né à Rome, en 1602, mort dans la même ville, en 1660, à 58 ans, étoit fils d'un joaillier, nommé Marcello Cerquozzi. Son surnom, des Batailles, lui vint de son habileté à représenter ces sortes de sujets. Il se plaisoit aussi à peindre des marchés, des pastorales, des foires et des animaux; ce qui le fit encore appeler Michel-Ange des Bambochades. De trois Maîtres dont il reçut des leçons, Pierre de Laër, dit Bamboche, fut le dernier, et celui dont il goûta la manière. Son génie plaisant conduisoit sa main dans le ridicule qu'il donnoit à ses figures. Ce peintre avoit coutume de s'habiller en Espagnol; il étoit homme à bons mots, bien fait, d'un caractère égal. Son atelier étoit le rendez-vous de ce qu'il y avoit de plus poli dans les villes qu'il habitoit. Son imagination étoit vive; il avoit une prestesse de main extraordinaire. Plus d'une fois il a représenté une bataille, un naufrage, ou quelque aventure singulière, au seul récit qu'on lui en faisoit. Il mettoit beaucoup de force et de vérité dans ses ouvrages. Son coloris est vigoureux, et sa touche d'une légèreté admirable; rarement il faisoit le dessin ou l'esquisse de son tableau. Il excelloit aussi à peindre des fruits.
XV. MICHEL-CERULAIRE, patriarche de Constantinople, après *Alexis*, en 1043, se déclara, en 1035, contre l'Église Romaine, dans une lettre qu'il écrivit à *Jean*, évêque de Trani dans la Pouille, afin qu'il la communiquât au pape et a toute l'Église d'Occident. « Outre l'addition *Filioque*, faite au Symbole, et l'usage du pain sans levain pour le sacrifice, *Cerulaire*, dit le P. *Longueval*, faisoit un crime aux Latins, de manger de la chair le mercredi, des œufs et du fromage le vendredi, et de manger de la chair d'animaux étouffés ou immondes. Il tronvoit même mauvais que les moines qui se portoient bien, usassent de graisse de porc, pour assaisonner les mets, et qu'on servit de la chair de porc à ceux qui étoient malades; que les prêtres se rasassent la barbe; que les évêques portassent des anneaux aux doigts, comme des époux; qu'à la messe, au temps de la communion, le prêtre mangeât seul les azymes, et se contentât de saluer les assistans; enfin, qu'on ne fit qu'une immersion au baptême. » *Michel Cerulaire*, trouvant dans ses différens reproches, la plupart frivoles, un prétexte pour consommer le schisme, fit fermer les églises des Latins à Constantinople, et ne garda plus de mesures. *Léon IX* commença par faire une réponse savante et étendue à la lettre de *Cerulaire*. Ensuite il envoya des légats à Constantinople, qui excommunièrent *Cerulaire*. Ce patriarche les excommunia à son tour, et depuis ce temps-là, l'Église d'Orient demeura séparée de l'Église Romaine. Ce prélat ambitieux fit soulever le peuple contre *MICHEL VI*, (*Voyez* son article) qui ne se prétoit pas à toutes ses vues. Il favorisa l'élection d'*Isaac Comnène*, que les officiers de l'armée avoient mis à sa place. *Cerulaire* ne cessa de demander au nouvel empereur des graces; quand il les lui refusoit, il osoit le menacer de lui faire ôter la couronne qu'il lui avoit mise sur la tête. Il eut même la témérité de prendre la chaussure de pourpre, qui n'appartenoit qu'au souverain, disant qu'il n'y avoit que peu ou point de différence entre l'empire et le sacerdoce. L'empereur *Isaac Comnène*, indigné de son audace et redoutant son ambition, le fit déposer en 1059, et l'exila dans l'isle Proconèse, où il mourut de chagrin peu de temps après. *Baronias* nous a conservé trois *Lettres* de ce patriarche. Les successeurs de *Michel Cerulaire* conservèrent leur autorité et leur crédit, tant que Constantinople fut sous la puissance des empereurs Grecs. Mais depuis la prise de cette ville par *Mahomet II*, en 1453, la faveur, le caprice, l'intrigue, et sur-tout l'argent, créant ou renversant 380 MIC les patriarches, ainsi que les autres évêques, l'épiscopat fut avili dans l'Orient. A peine les prélats avoient-ils pris le gouvernement de leurs églises, qu'ils étoient chassés ou exilés. Ils revenoient souvent pour être dépossédés encore. Plusieurs étoient déposés et rétablis jusqu'à cinq ou six fois de suite; et après toutes ces alternatives, il n'étoit pas rare de voir terminer leurs jours par la prison ou le cordeau. Dans cette instabilité, la discipline et la théologie ne pouvoient qu'être négligées. Quelques Canons, quelques Homélies des Pères, et un peu de Controverse contre l'Église Romaine; voilà à quoi se bornoit la science des évêques Grecs. Les Papas (c'est le nom des prêtres) furent encore moins éclairés; pris indistinctement dans tous les états, ne jouissant d'aucune considération, ils se dédommageoient de leur avilissement, en faisant payer leurs fonctions le plus cher qu'ils pouvoient. La superstition étant la source principale du revenu qu'ils tiroient du peuple, ils le likèrent à eux par des pratiques minutieuses, par des légendes absurdes, par des vertus miraculeuses attachées aux eaux de certaines fontaines, aux paroles de certaines prières, aux exorcismes, aux bénédictions, etc. Les Grecs conquis par les Turcs ne tournèrent plus leurs regards vers l'Occident. Le schisme fut éternel, dès qu'ils désespérèrent d'avoir des secours contre leurs ennemis, dans les armes des papes et des princes Occidentaux. Leur éloignement de toute réunion se fortifia par le cours des années. Les Mahométans, leurs oppresseurs, ne leur sont pas plus odieux que les Latins; et les missionnaires Catho- lliques n'ont jamais eu de plus grands ennemis qu'eux, dans les contrées de l'Orient où ils ont pénétré.
MICHEL, (François) Voyez I. NOSTRADAMUS, à la fin. I. MICHELI, (Pierre-Antoine) né à Florence de parens pauvres, fut d'abord destiné à la profession de libraire, qu'il abandonna pour s'adonner à la connoissance des plantes. Il lut Mathiole, et examina avec soin la nature, dans les campagnes, dans les bois et sur les montagnes. Il étudioit en même temps, seul et sans maître, la langue latine. Le grand duc, instruit de ses talens, lui fit donner tous les livres qui lui étoient nécessaires, et l'honora bientôt du titre de son botaniste. Micheli voyagea ensuite dans divers pays, recueillant partout des observations sur l'Histoire naturelle. On a de lui : I. Nova Plantarum genera, 1729, in-fol. Florence. C'est un des meilleurs ouvrages publiés sur cette matière; Boëhaave en faisoit un cas infini. II. Historia Plantarum horti Farnesiani, Florence; 1748, in-folio. III. Observationes Itinerariae, manuscrit relatif à la Botanique. IV. Plusieurs ouvrages sur l'Histoire naturelle, qui sont aussi restés manuscrits. Cet habile homme mourut le 2 janvier 1737, à 57 ans, avec la réputation d'un homme modeste et désintéressé. Il refusa des établissements avantageux hors de sa patrie. Sans avoir cultivé les langues savantes, il s'étoit formé un bon style. Sa mémoire, dans tout ce qui concernoit la botanique, étoit prodigieuse. Quand il avoit vu une plante, c'étoit assez pour qu'il n'oubliât M I C 281 jamais sa figure. Il a découvert plus de quatre mille plantes nouvelles. Il a montré la véritable structure des plantes à feuilles de chiendent et à tige de blé. Il a découvert leur fleur à deux feuilles, et en a formé une classe nouvelle et distincte, qu'il a placée entre la 14e et la 15e de Tournefort. Il a mis, parmi les plantes à fleurs sans feuilles, les joncs et autres de même espèce, qui en avoient été séparées mal à propos; et il a réuni ensemble les plantes qui portent la semence sur leurs feuilles, lesquelles étoient rangées en deux classes séparées. Micheli a fait voir le premier la fleur et la semence des champignons, des truffes, des mousses, etc., que l'on croyait, et que l'on croit encore en bien des endroits, se former de la pourriture. Il a enrichi le catalogue des plantes marines, dont il a montré l'organisation, la fleur et la semence. Les botanistes avant lui n'en comptoient que vingt genres; mais il en a montré près de quarante, parmi lesquels on voit 500 plantes qu'il a tirées, pour ainsi dire, du fond de la mer. La grande quantité des plantes, appelées de son nom Michéliennes, dans les écrits de Vaillant, de Boërhaave, de Tilli, dans le catalogue de Sherard, montrent combien il étoit communicatif d'un savoir qui lui avoit tant coûté.
II. MICHELI, (Jacques-Barthélemi) seigneur du Ciest, né à Genève en 1692, d'une ancienne famille, originaire de Lucques, et placée à la tête de cette république depuis l'année 1365, époque de son établissement, commença à servir en France, où il devint capitaine en 1713, au moment de la paix d'Utrecht, et où il continua ses services jusqu'en 1738. Il se retira alors dans le régiment Suisse de Bezenvald. Dès sa jeunesse, il avoit annoncé les plus heureuses dispositions pour l'étude des mathématiques, et il les cultiva ensuite avec succès; à l'âge de 25 ans, il étoit déjà savant géographe et bon ingénieur. La collection des places et des cartes qu'il a levées, tant en France qu'à Genève, est immense; elle est précieuse autant par l'exactitude du travail, que par l'élégance du dessin. Dans sa retraite en Suisse, il se livra tout entier à l'étude de la physique, et devint l'inventeur d'un Thermomètre, dans la graduation duquel il prend pour base le terme du tempéré qu'il désigne par Zéro, et il fait coïncider à son échelle celle de tous les Thermomètres connus. Il imagina en même temps de se servir de son instrument dans le fond des eaux et des mines, en le munissant d'un appareil particulier. Une partie des Mémoires, qu'il a composés pour établir et justifier sa méthode, se trouvent réunis dans les actes imprimés de la société Helvétique de Basle. Micheli publia aussi ses Recherches sur la météorologie et la température du globe. Ses autres Mémoires traitent de la lumière, de la pesanteur des marées, du cours des astres, de la comète de 1680 au déluge universel. Il a donné aussi un Traité de météorologie; enfin, il a fait graver le prospect visuel des glaciers de la Suisse, dont il détermina les hauteurs géométriques; et il eut le premier l'idée de les figurer en relief: travail qui a été exécuté depuis d'après ses directions. Son génie saisissait avec force les objets, et lair 282 MIC soit, dans toutes ses conceptions, la trace d'idées neuves et profondes. Sa vie domestique fut agitée par l'effet des troubles politiques qui se manifestèrent à Genève sa patrie, dès l'année 1727; et il en devint la victime, ayant été longtemps renfermé dans une citadelle par ordre du gouvernement de Berne. *Micheli* est mort en mars 1766, sans avoir été marié. — Ses deux neveux ont soutenu la gloire de son nom: l'un comme militaire, l'autre comme syndic de la ville de Genève, et actuellement président du département du Léman.
MICHOL, fille de *Saül*, qui fut promise à *David*, à condition qu'il tuerait cent Philistins: *David* en tua deux cents, et obtint *Michol* quelque temps après. *Saül*, voulant se défaire de son gendre, envoya des archers dans sa maison pour se saisir de lui; mais *Michol* fit descendre son mari par une fenêtre, et substitua à sa place une statue qu'elle habilla. *Saül*, outré de cette raillerie, donna *Michol* à *Phalti*, de la ville de Gallim, avec lequel elle demeura jusqu'à la mort de son père: alors *David*, devenu roi, la reprit. Cette princesse ayant vu son mari sauter et danser avec transport devant l'Arche, conçut du mépris pour lui, et le railla avec aigreur. En punition d'un reproche si injuste, elle devint stérile.
MICHON, *Voyez* BOURDELOT.
MICHOU, (Matthias) ou DE *MICHOVIA*, docteur en médecine et chanoine de Cracovie, fut réputé savant astronomie dans le 16e siècle. Mais il s'adonna principalement à l'histoire, et dédia sa *Chronique de Pologne* au roi *Sigismond*, à l'élection duquel se termine son ouvrage. On a encore de *Michou*, deux autres productions: *De la Sarmatie Européenne*, et *De la Sarmatie Asiatique*, imprimées à Paris en 1532, avec quelques autres *Relations du Nouveau Monde*.
MICHU, (Benoît) habile peintre sur verre, florissoit à Paris vers l'an 1720.
MICIPSA, roi des Numides en Afrique, étoit fils de *Masinissa*, qui l'avoit préféré à *Manastabal* et à *Gulassa*, ses autres fils. *Manastabal* eut un fils nommé *Jugurtha*, que son oncle *Micipsa* envoya commander en Espagne les secours qu'il donnoit aux Romains. *Micipsa* mourut l'an 120 avant Jésus-Christ. Il laissa deux fils, *Adherbal* et *Hicmpsal*, que *Jugurtha* fit périr, et sur lesquels il usurpa le royaume de Numidie. *Voyez* ADHERBAL.
MICOSTI, *Voyez* Mosès.
MICRÆLIUS, (Jean) Luthérien, né à Kolin dans la Poméranie en 1597, fut professeur d'éloquence, de philosophie et de théologie, places qu'il remplit avec distinction jusqu'à sa mort, arrivée en 1658, à 61 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. *Lexicon Philosophicum*, 1661, in-4.º II. *Syntagma historiarum Mundi et Ecclesiae*, in-8.º III. *Ethnophonium contra Gentiles de principiis Religionis Christiane*, 1674, in-4.º IV. *Tractatus de copiaverborum*. V. *Archaeologie*. VI. *Historia Ecclesiastica*, Lipsiae, 1699, 2 vol. in-4.º VII. *Orthodoxia Lutherana contra Bergium*, VIII. *Des Notes sur Aphton et sur les Offices de Cicéron*. IX. *Des* Comédies, et d'autres Pièces en vers et en prose. Ces ouvrages décèlent un homme qui avoit beaucoup d'érudition et de littérature.
MICYLLE, ou MOLIZER, (Jacques) humaniste et poète Latin, né à Strasbourg en 1503, mort à Heidelberg en 1558, à 55 ans, laissa plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Des Poésies Latines. II. Des Scholies sur Homère, Virgile, Martial, Lucien, etc. III. Arithmetica Logistica, etc. IV. De re metricia, à Francfort, 1695, in-8.º — Il eut un fils, Jules MICYLLE, digne de son père par ses connaissances dans le droit, et qui fut chancelier de l'électeur Palatin.
MIDAS, (Mythol.) fils de Gordius, roi de Phrygie, reçut Bacchus avec magnificence dans ses états. Ce dieu, en reconnaissance de ce bon office, lui promit de lui accorder tout ce qu'il demanderoit. Midas demanda que tout ce qu'il toucheroit se changeât en or. Il se repentit bientôt d'avoir fait une telle demande; car tout se changeoit en or, jusqu'à ses alimens, dès qu'il les touchoit. Il pria Bacchus de reprendre ce don funeste, et alla, par son ordre, se laver dans le l'actole, qui, depuis ce temps-là, roula des paillettes d'or. Quelque temps après, ayant été choisi pour juge entre Pan (ou Marsyas) et Apollon, il donna une autre marque de son peu de goût, en préférant les chants rustiques du dieu des bergers aux chants mélodieux d'Apollon. Le dieu des vers et de la musique, irrité, lui fit croître des oreilles d'une. Midas, honteux et désespéré, ne confia son aventure à personne qu'à son barbier, avec défense de la divulguer. Celui-ci ne pouvant se contenir, fit un creux en terre, et cria, en se baissant : Midas a des oreilles d'âne; après quoi il remplit le trou. Dans la suite, il sortit de cet endroit une grande quantité de roseaux qui, étant secs et agités par le vent, répétèrent le secret du barbier, et l'apprirent à tout le monde.
MIDDELBOURG, (Paul-Germain de) appelé de ce nom, parce qu'il étoit né à Middelbourg en Zélande, l'an 1445, enseigna la philosophie et les mathématiques. Son savoir lui fit des ennemis. S'étant retiré en Italie, il s'y fit connoître avantageusement par son éloquence et sa belle la-nité. On lui donna une chaire de mathématiques à Padoue, et il fut fait évêque de Fossombrone, dans le duché d'Urbin, en 1494. Jules II et Léon X le députèrent, pour présider au cinquième concile de Latran, tenu sous le pontificat de ces deux papes. Il sollicita ces deux pontifes, les cardinaux et les pères du concile, de réformer le calendrier. Cette réformation étoit devenue nécessaire, depuis que la précession des équinoxes et l'anticipation des nouvelles lunes avoient tellement dérangé l'ordre des temps, que l'on célébrait quelquefois la Pâque un mois entier avant le terme marqué par le concile de Nicée; mais ces besoins plus pressans obligèrent le saint Siège de renvoyer cette affaire à un autre temps. (Voyez GRÉGOIRE XIII.) Middelbourg s'est rendu célèbre par un traité curieux et assez rare, imprimé à Fossombrone même, en 1513, in-fol. sous ce titre : De recta Paschæ celebratione et de die Passionis J. C. L'auteur ne s'y borne pas au Calendrier Ro- 284 M I D main; il examine aussi ceux des Juifs, des Égyptiens et des Arabes. Il avoit fait précéder cet ouvrage de plusieurs lettres sur le temps qu'il faut célébrer la fête de Pâques, qui furent attaquées par Pierre de Rivo, docteur de Louvain. Ce savant évêque mourut à Rome en 1534, âgé de 89 ans, plein de jours et de vertus. I. MIDDENDORP, (Jacques) né à Ootmerssum, village de l'Over-Yssel, vers l'an 1537, devint chanoine de la métropole et doyen de la collégiale de Saint-André à Cologne, docteur en droit, vice-chancelier de l'université, y enseigna la philosophie, et s'acquit tant de réputation, que divers princes le choisirent pour être leur conseiller ordinaire. On a de lui : I. Un Traité De Academiis Orbis universi, 1594, in-8°, ouvrage fait avec peu d'ordre et sans critique. II. Historia monastica, Cologne, 1603. Il mourut en 1611. I. MIDDLETON, (Richard de) Richardus de Media-Villa, théologien scolastique d'Angleterre, étoit Cordelier. Il se distingua tellement à Oxford et à Paris, qu'il fut surnommé le Docteur solide et abondant, le Docteur très-fondé et autorisé. On a de lui, des Commentaires sur le Maître des Sentences, et d'autres écrits, qui ne justifient guères ces titres pompeux. Il mourut en 1304.
II. MIDDLETON, (Convers) théologien Anglois, et professeur de la chaire de Woodward à Cambridge, naquit à Yorck, le 27 décembre 1683, et mourut le 28 juillet 1750, après avoir été marié deux fois. Sa mémoire étoit une espèce de bibliothèque; il l'avoit ornée de ce que les auteurs anciens et modernes offrent de plus intéressant. Mais en entassant des matériaux pour écrire, il ne sut pas toujours les arranger avec assez de méthode. La Vie de Cicéron, en 2 vol. in-4°, souvent réimprimée in-4° et in-8°, et traduite par l'abbé Prévôt, (Voyez son article) n'est pas exempte de ce reproche. C'est d'ailleurs un livre utile et curieux, propre à faire connoître la république Romaine et les personnages qui y jouoient un rôle du temps de Cicéron. Middleton avoit fait le voyage de Rome en 1729, et il avoit vu les cérémonies de l'église avec des yeux prévenus; sa préoccupation lui dicta son traité en forme de lettres, intitulé : La Religion des Romains actuels, dérivant de celle des Païens leurs ancêtres, dont la seconde édition parut en 1741, in-8°. On a encore de lui : I. Une Réfutation de Tindal. II. Des Œuvres diverses, 1752, 4 vol. in-4°, et 5 vol. in-8°. C'est dans ce recueil qu'on trouve son fameux Discours sur les Miracles qu'il nie tous, à l'exception de ceux de J. C., et dont Voltaire et d'autres incrédules ont fait usage dans leurs brochures anti-chrétiennes. D'autres morceaux de cette collection offrent des recherches pleines d'érudition, sans aucun mélange de choses dangereuses : tels que sa Dissertation sur l'origine de l'imprimerie en Angleterre, et une Autre sur la véritable prononciation du latin. III. Germana quædam antiquitatis erudita monumenta, 1747, in-4°. Middleton a été peint diversement par les Catholiques et les Protestans. Selon les premiers, c'étoit un pédant attrabilaire, un devant orgueilleux et mélancolique; selon les autres, il avoit autant de modération que de savoir, et quelques paradoxes de ses écrits sont compensés par la foule de choses curieuses et vraies qu'on peut y recueillir. Tout ce qu'on peut dire, c'est que s'il étoit doux dans la société, il devenoit quelquefois amer la plume à la main. — Il y a eu un autre MIDDLETON, (Hugues) qui, ayant tenté de faire venir de bonne eau à Londres, obtint, en 1636, de Charles I, une gratification annuelle de 500 livres.
MIDORGE, Voy. MUDORGE.
MIEL, (Jean) célèbre peintre Flamand, né à Ulænderen, à deux lieues d'Anvers, en 1599, et mort à Turin en 1664, à 65 ans, a traité de grands sujets, dont il a orné plusieurs églises; mais son goût le portoit à peindre des Pastorales, des Paysages, des Chasses et des Bambochades. L'Italie, qui a formé tant de grands hommes, a été aussi l'école de Jean Miel. Il se mit sous la discipline d'André Sacchi; mais ayant traité d'une manière grotesque un grand tableau d'histoire que ce maître lui avoit confié, il fut obligé de fuir pour éviter sa colère. Son séjour en Lombardie, et l'étude qu'il y fit des ouvrages des Carrache et du Corrège, perfectionnèrent ses talens. Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, attira ce célèbre artiste à sa cour, et l'y fixa par ses bienfaits: ce prince le décora du cordon de l'ordre de St-Maurice. Le pinceau de Miel est gras, onctueux: son coloris est vigoureux et son dessin correct; mais ses têtes manquent de noblesse. On a de lui, plusieurs morceaux gravés avec beaucoup de goût. I. MIERIS, (François) surnommé le Vieux, né à Leyde en 1635, excelloit à peindre des étoffes, et se servoit d'un miroir convexe pour arrondir les objets. Ses tableaux sont très-rares et d'un grand prix. Il mourut à la fleur de son âge, en prison à Leyde, l'an 1631, à 46 ans. Ses dettes l'y avoient fait renfermer. On lui proposa de s'acquitter en travaillant; mais il refusa, disant que son esprit étoit aussi captif que son corps. Sa touche étoit légère et son coloris brillant.
II. MIERIS, (Guillaume) son fils, surnommé le Jeune, pour le distinguer du précédent, fut aussi peintre, mais inférieur à son père. — Il laissa un fils, peintre comme lui, appelé François MIERIS, qui eut moins de réputation que son père et son aïeul.
MIERRE, (Le) Voyez LE-MIERRE. I. MIGNARD, (Nicolas) peintre, naquit à Troyes en Champagne, vers l'an 1608, de Pierre Mignard, officier dans les armées de France. Henri IV, voyant le grand père de ce peintre, qui s'appeloit More, entouré de six enfans, tous officiers et d'une figure intéressante, s'écria: Ce ne sont pas là des Mores; ce sont des Mignards. Le nom, depuis ce temps-là, en est resté à la famille. Nicolas Mignard fut surnommé Mignard d'Avignon, à cause du long séjour qu'il fit en cette ville, où il s'étoit marié en revenant de Rome. — Il n'a pas eu la même réputation que Pierre MIGNARD, son frère puiné; cependant, il avoit beaucoup de mérite. Le roi, qui l'avoit connu dans son pas- 286 MIG sage à Avignon, lors de son mariage avec l'infante d'Espagne, en 1659, l'appela à Paris, et l'employa à divers ouvrages dans le palais des Tuileries. Ce peintre fit beaucoup de *Portraits*; mais son talent particulier étoit pour l'Histoire et pour les Sujets poétiques. Il inventoit facilement, et mettoit beaucoup d'exactitude et de propreté dans son travail. Ses compositions sont ingénieuses et brillent par le coloris. *Mignard* mourut d'hydropisie, en 1668, à 60 ans, au grand regret de tous ses amis; car il n'avoit pas moins de probité que de talent. Il étoit alors recteur de l'académie de Peinture, qui assista à ses funérailles. — *Pierre MIGNARD*, son fils, né à Avignon, et mort dans cette ville, en 1655, à 85 ans, eut beaucoup de goût pour la peinture, et marcha sur les traces de son père. Il étoit peintre de la reine *Marie-Thérèse* d'Autriche, et chevalier de l'ordre de Christ.
II. MIGNARD, (*Pierre*) surnommé *Mignard le Romain*, à cause du long séjour qu'il fit à Rome, étoit frère du précédent. Il naquit à Troyes, en novembre 1610, et mourut à Paris, le 13 mars 1695, à 85 ans, laissant une fille qui n'a rien épargné pour illustrer la mémoire de son père. *Mignard* fut destiné par le sien à la médecine; mais les grands hommes naissent ce qu'ils doivent être: *Pierre Mignard* étoit né peintre. A l'âge d'onze ans, il dessinoit des portraits très-ressemblants. Dans le cours des visites qu'il faisoit avec le médecin qu'on avoit choisi pour l'instruire, au lieu d'écouter, il remarquoit l'attitude du malade et des personnes qui l'ap- prochoient, pour les dessiner ensuite. Il peignit, à douze ans, la famille du médecin. Ce tableau frappa les connoisseurs; on le donnoit à un artiste consommé. Ses progrès furent si rapides, que le maréchal de *Vitry* le chargea de peindre la chapelle de son château de Couber en Brie: il n'avoit alors que quinze ans. On le fit entrer ensuite dans l'école de *Vouet*, et il saisit tellement la manière de son maître, que leurs ouvrages paroissient être de la même main. Il quitta cette école pour aller à Rome. Son application à dessiner d'après l'antique et d'après les ouvrages des meilleurs maîtres, sur-tout d'après ceux de *Raphaël* et du *Titen*, formèrent son goût pour le dessin et pour le coloris. Il lia une amitié intime avec *Dufresnoy*, qui lui servit infiniment pour lui faire entendre les meilleurs poètes de l'antiquité, et pour lui développer les principes de la peinture. *Dufresnoy* étoit excellent pour le conseil, et *Mignard* pour l'exécution. Dans un séjour de vingt-deux ans, que celui-ci fit en Italie, il s'acquit une telle réputation, que les étrangers et même les Italiens s'empressèrent de le faire travailler. Tandis qu'il étoit à Rome, on lui demanda le portrait de *St. Charles Borromée*, qui n'avoit jamais permis qu'on le peignit. Toujours attentif à mettre de la vérité dans ses ouvrages, il voulut avoir un mort sous ses yeux. Le frère *Vital*, Capucin François, l'avertit qu'il y avoit un de ses confrères qui venoit de mourir; mais on ne lui permit de travailler que la nuit. Resté seul avec ce cadavre, le billot sur lequel étoit posée la tête du mort tourna et fit éteint- dre la chandelle. *Mignard* eut une peur terrible : mais une lumière qui se fit appercevoir, remit le calme dans son esprit. C'étoit le Frère *Vital*. Le mort reprit sa place, et le peintre acheva son tableau. *Mignard* avoit un talent singulier pour le portrait ; son art alloit jusqu'à rendre les graces délicates du sentiment : il saisissoit habilement tout ce qui pouvoit non-seulement rendre la ressemblance parfaite, mais encore faire connoître le caractère et le tempérament des personnes qui se faisoient peindre. Comme il étoit naturellement courtisan, et que peut-être son génie n'étoit pas assez fécond pour les grands sujets, il avoit choisi le portrait, parce qu'il met à portée de parler, de plaire, de se montrer par ses plus beaux côtés. Il ne laissa échapper aucune occasion de dire des choses flatteuses ou ingénieuses. *Louis XIV* lui dit, la dernière fois qu'il fit son portrait : *Vous me trouvez vieilli ?* — *Il est vrai*, *SIRÉ*, répondit *Mignard*, que je vois quelques campagnes de plus sur le front de *Votre Majesté*... Une autrefois *Louis XIV* ayant entendu qu'un seigneur l'appeloit *Mignard*, sans ajouter le mot de *Monsieur*, dit : *Je l'appelle Monsieur Mignard*. — *SIRÉ*, répondit le peintre, je ne m'offense point de la suppression du *Monsieur* ; il y a trente ans que je cherche à le faire oublier. De retour en France, il avoit été élu chef de l'académie de Saint-Luc, qu'il avoit préférée à l'académie royale de Peinture, parce que le *Brun* étoit directeur de celle-ci, et qu'il en étoit excessivement jaloux. Il n'étoit pas moins avide de gloire et de richesses ; et cette double amli- tion fut satisfaite. Le roi lui donna des lettres de Noblesse, et le nomma son premier peintre, après la mort de le *Brun*. Ce peintre avoit une douceur de caractère attrayante, un esprit agréable, joint à des talens supérieurs : qualités qui lui firent d'illustres amis. Il se trouvoit souvent avec *Chapelle*, *Boileau*, *Racine* et *Molière* ; ce dernier a célébré en vers le grand ouvrage à fresque qu'il fit au Val-de-Grace. *Mignard* auroit été un peintre parfait, s'il eût mis plus de correction dans son dessin, et plus de feu dans ses compositions. Il avoit un génie élevé ; il donnoit à ses figures des attitudes aisées. Son coloris est d'une fraîcheur admirable, ses carna-tions vraies, sa touche légère et facile, ses compositions riches et gracieuses. *Louis XIV* demandant un jour au duc de *Montauxier* ce qu'il pensoit de *Mignard* et de le *Brun* ; *SIRÉ*, répondit-il, je n'ai pas la prétention de me connoître en peinture ; mais il me semble que les noms de ces deux peintres peuvent caractériser leurs tableaux. *Mignard* réussissait également dans le grand et dans le petit. On ne doit pas oublier son talent à copier les tableaux des plus célèbres peintres ; il le possédoit à un degré supérieur. Il fit vendre un jour un de ses tableaux pour un tableau du *Guide* ; le *Brun*, qui y avoit été trompé, dit avec humeur : *Eh bien ! qu'il fasse des Guides*, et non pas des *Mignards*. Il étoit très-laborieux, et avoit coutume de dire que les paresseux étoient des hommes morts. *Mignard* laissa quatre enfans : *Charles*, *Pierre*, *Rodolphe* ; et *Catherine*, mariée en 1696, au comte de *Feuquières*, colonel du régiment d'infanterie 288 MIG de son nom, et morte en 1742, à 90 ans. Elle étoit fort belle. Il ne lui manque rien, dit son père à Ninon de Lenclos, qu'un peu de mémoire. — Tant mieux, lui répondit Ninon, elle ne citera pas. Quand Mignard vouloit peindre une Grâce ou une Muse, elle lui servoit de modèle. L'abbé de Montville a écrit la Vie de Mignard, 1730, in-12. Son portrait, par Rigaud, se voit maintenant dans le Muséum de Versailles. — Un sauteur extraordinaire, nommé MIGNARD, parut en 1727, à la foire Saint-Laurent, et y exécuta des tours de force et d'équilibre, qu'on n'avoit point encore vus.
MIGNAULT, (Claude) avocat du roi au bailliage d'Étampes, est plus connu dans le monde savant sous le nom de MINOS. Il étoit natif de Talent, ancien château des ducs de Bourgogne, à trois quarts de lieue de Dijon. Il professa pendant plusieurs années, la philosophie au collège de Rheims à Paris, expliqua les bons auteurs Grecs et Latins; et passa ensuite dans le collège de la Marche, puis dans celui de Bourgogne. Il étudia en droit à Orléans, en 1578, et revint ensuite à Paris, où il fut doyen de cette faculté, en 1597. Ami intime du docteur Richer, il fut nommé avec lui pour travailler à la réforme de l'université, et il l'aida à composer l'Apologie du Parlement et de l'Université, contre le Paranomus de George Cridon. Ce sage et savant magistrat, mourut en 1603. On a de lui : I. Les Éditions d'un grand nombre d'auteurs avec de savantes notes. II. De liberali Adolescentium institutione. III. An sit commodius Adolescentes extra Gymnasia, quam in Gymnasiis ipsis institui? 1675, in-8. Ce sont deux discours judicieux, qu'il prononça à l'ouverture de ses classes.
MIGNOL, Voyez MONTIGNI.
MIGNON, (Abraham) né à Francfort en 1640, avoit beaucoup de dispositions pour la peinture. Il fut mis chez des maîtres dont le talent étoit de peindre les fleurs. Jean-David de Hec, d'Utrecht, avança rapidement son élève en ce genre. Mignon n'épargna ni ses soins, ni ses peines, pour faire des études d'après la nature; ce travail assidu, joint à ses talens, le mit dans une haute réputation. Ses compatriotes et les étrangers recherchoient ses ouvrages avec empressement. Ils sont en effet précieux, par l'art avec lequel il représentoit les fleurs dans tout leur éclat, et les fruits dans toute leur fraîcheur. Il rendoit aussi, avec beaucoup de vérité, des insectes, des papillons, des mouches, des oiseaux, des poissons. La rosée et les gouttes d'eau qu'elle répand sur les fleurs, sont si bien imitées dans ses tableaux, qu'on est tenté d'y porter la main. Ce charmant artiste donnoit un nouveau prix à ses tableaux, par le beau choix qu'il faisoit des fleurs et des fruits, par sa manière ingénieuse de les grouper, par l'intelligence de son admirable coloris, qui paroît transparent, et fondu sans sécheresse, et par la beauté de sa touche. Il mourut, en 1679, à 59 ans, laissant deux filles, qui ont peint dans son goût, mais non avec autant de succès.
MIGNOT, (Étienne) docteur de Sorbonne, né à Paris, en 1698, se rendit très-habile dans la science de l'Écriture-Sainte, des Pères, de l'histoire de l'Église, et du droit canonique. Il étoit de l'académie des Inscriptions, où il fut reçu à plus de 60 ans. On a de lui : I. *Traité des Prêts de Commerce*, 1767, 4 vol. in-12. II. *Les Droits de l'État et du Prince sur les biens du Clergé*, 1756, six vol. in-12. III. *L'Histoire des démêlés de Henri II avec St. Thomas de Cantorbery*, 1756, in-12. IV. *La Réception du Concile de Trente dans les États Catholiques*, 1767, 2 vol. in-12. V. *Paraphrase sur les Pseummes*, 1757, vol. in-12. VI. — sur les *Livres Sapientiaux*, 1754, 2 vol. in-12. VII. — sur le *Nouveau Testament*, 1754, 4 vol. in-12. VIII. *Analyse des vérités de la Religion Chrétienne*, 1755, in-12. IX. *Réflexions sur les connaissances préliminaires du Christianisme*, in-12. X. *Mémoire sur les Libertés de l'Église Gallicane*, 1756, in-12. Ce docteur mourut, le 25 juillet 1771, âgé de 73 ans. — Il ne faut pas le confondre avec l'abbé *Jean-André MIGNOT*, né en 1688, mort en mai 1770, à 82 ans; ecclésiastique vertueux et savant qui eut beaucoup de part à la rédaction du *Bréviaire*, du *Missel* et du *Processional* d'Auxerre, publiés sous l'épiscopat de M. de Caylus.
MILAN, (JEAN de) *Voyez* JEAN MILANOIS, n.º LXXVIII.
MILE, (Francisque) peintre, né à Anvers en 1644, mort à Paris en 1680, finit sa courte carrière à 36 ans. On prétend que son mérite excita la jalousie de ses confrères, et que l'un d'eux l'empoisonna. Ce maître, élève de *Franck*, fut bon dessi- nateur et grand paysagiste. Il avoit une mémoire fidèle, qui lui retracit tout ce qu'il avoit remarqué une fois, soit dans la nature, soit dans les ouvrages des grands maîtres. Admirateur des tableaux du *Poussin*, il en avoit saisi la manière. Sa touche est facile, ses têtes d'un beau choix, et son feuilier d'un bon goût. Un génie fécond et capricieux lui fournissoit abondamment ses sujets, dans la composition desquels il a trop négligé de consulter la nature. Ses tableaux manquent d'effets piquans : ses couleurs sont trop uniformes. Ce peintre, au lieu d'exercer son art, s'amusoit souvent à tailler des pierres pour une petite maison qu'il avoit près de Gentilly.
MILET, *Voyez* CHALES.
MILET, (Jacques) licencié ès droits et poète François du 15$^{e}$ siècle, est inconnu aux gens de goût; mais il est connu des bouquinistes par une espèce de Tragédie, intitulée : *Destruction de Troye la grant*, mise par personnages en quatre journées, Lyon, 1485, in-4$^{o}$, et reimprimée plusieurs fois depuis; cependant elle est peu commune.
MILETUS, (Mythol.) fils d'*Apollon* et de *Déione*, et selon d'autres, d'*Acasis* fille de *Minos*, voulut, mais en vain, détrôner son aïeul. Pour se soustraire à la colère de *Jupiter*, il passa de Crète en Carie, où il s'acquit, par son mérite et son courage, l'estime du roi *Eurytus*, qui lui donna sa fille *Dothée*, et lui assura son trône. *Miletus*, devenu roi, fit bâtir la ville de Milet, capitale de Carie.
MILICH, (Jacques) professeur en médecine à Wirtemberg, né à Fribourg en Brisgaw, l'an 1501, s'acquit une juste réputation par ses mœurs et ses connaissances. Il mourut d'un excès de travail, en 1559, à 58 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Commentaria in librum secundum Plinii, de Historiad mundi, in-4.º II. Des Discours latins sur les Vies d'Hippocrate, de Galien et d'Avicenne. III. Oratio de considerandá sympathiá et antipathid in rerum natura. IV.—De arte Medicá, etc. On trouve ces discours dans le recueil des Orai-sons de Melanchthon, Strasbourg, 1558, in-8.º Il étoit ami de ce réformateur, et imbu des mêmes erreurs. A cela près, Milich étoit un homme d'un esprit doux et droit, d'un jugement solide, d'un courage ferme et d'une prudence consommée. Il étoit fidelle à ses amis, ardent à leur rendre de bons offices, constant dans l'amour et dans l'étude des sciences; mais il étoit sur-tout recommandable par le soin qu'il prenoit d'élever ses enfans : il aima mieux les laisser vertueux, que riches.
MILIEU, (Antoine) Jésuite, né à Lyon en 1573, enseigna long-temps les humanités, la rhétorique et la philosophie. Il fut ensuite élevé à la place de recteur et à celle de provincial. Le P. Milieu avoit du talent pour la littérature, et sur-tout pour la poésie. Il avoit enfanté, dans ses momens de récréation, plus de vingt mille vers, qu'il brûla dans une maladie dont il ne croyoit pas revenir. Il n'en échappa que le premier livre de son Moyses Viator. Le cardinal Alphonse de Richelieu, son archevêque, voulut qu'il achevat ce poème. Il en publia la première partie à Lyon, en 1636, et la seconde 1639, sous le titre de : Moyses Viator, seu Imago militantis Ecclesiae, Mosaicis peregrinantis Synagogae typis adumbrata, deux vol. in-8.º Cet ouvrage, écrit d'un latin assez pur, mais plein d'allégories, dont les unes sont ingénieuses, et les autres un peu forcées, fut bien reçu du public. L'auteur mourut à Rome, le 14 février 1646, à 72 ans, aimé et estimé.
MILL, (Jean) célèbre théologien Anglois, chapelain ordinaire de Charles II, roi d'Angleterre, a donné une excellente édition du Nouveau Testament Grec, dans laquelle il a recueilli toutes les variantes ou diverses leçons qu'il a pu trouver. Ce savant mourut en 1707, après s'être fait une grande réputation dans le monde littéraire. La meilleure édition de son Nouveau Testament a été donnée par Kuster, à Amsterdam, 1710, in-folio. Il y a des exemplaires en grand papier, qui sont rares.
MILLANGES, (Simon) né à Limoges dans le 16e siècle, se fit imprimeur à Bordeaux, vers l'an 1572, et fut renommé pour la beauté de ses éditions. Ses caractères sont extrêmement fins. Il employoit du papier très-blanc et de l'encre très-noire; sa devise étoit, par analogie à son nom, l'image de Dieu environnée d'une foule d'Anges, avec ces mots du prophète Daniel : Millia milium ministrabantei.—Un de ses petits fils, Jésuite à Bordeaux, a fait imprimer l'éloge funèbre de Magdeleine de Châtillon, abbesse de St-Jean de Bonneval, 1708, in-4.º
MILLENAIRES, Voyes PAPIAS.
**MILLER**, ( Lady ) morte à Bristol en 1781, également estimable par sa douceur, sa bonté, son esprit et ses lumières, voyagea en Italie. On publia, en 1776, 3 vol. in-8°, Londres, ses *Lettres* sur le pays qu'elle avoit parcouru en 1770 et 1771. — Il y a eu du même nom, *Jacques MILLER*, poète Anglois, né en 1703, mort en 1743. Il a donné diverses pièces de théâtre, et imité le *Mahomet de Voltaire*.
**MILLET**, *Voyez MILLET et CHALES*. **I. MILLET**, ( Claude ) botaniste du 16e siècle, a publié un commentaire sur *Galien*.
**II. MILLET**, ( Marie ) villageoise, née à Becourt en Picardie, excita par sa beauté les desirs du capitaine *Dupont* logé chez son père, et qui ramenoit en France les débris de l'armée qui avoit voulu faire proclamer le duc d'Alençon, frère de *Heuri III*, souverain des Pays-Bas. Ce chef ayant abusé de l'hospitalité et fait violence à la jeune fille, celle-ci saisit un couteau, l'enfonça dans le cœur de son ennemi, et l'étendit mort sur la place. Les soldats l'arrêtèrent aussitôt; et, après l'avoir attachée à un arbre, ils la firent périr à coups d'arquebuse. Son père fugitif rassembla, dans la nuit, les paysans du voisinage, au nombre de plus de trois mille. Ceux-ci tombèrent à l'improviste sur la petite armée de *Dupont*, et tous les soldats sans exception furent massacrés.
**MILLETIÈRE**, ( Théophile Brachet, sieur de la ) avocat Protestant, écrivit pour engager les Calvinistes de la Rochelle à soutenir par les armes, la liberté de leur religion contre le roi de France, leur souverain. Il fut arrêté à Toulouse en 1628, et retenu en prison pendant 4 ans. Sa liberté lui ayant été rendue, il publia, pour la réunion des Calvinistes avec les Catholiques, quelques écrits qui déplurent à son parti. Las de combattre pour des ingrats, il fit abjuration publique du Calvinisme en 1645. Il signala son entrée dans l'Eglise par un grand nombre d'ouvrages contre les Protestans. On remarque dans ses écrits, plus de déclamation et de vivacité, que de science et de jugement : aussi disoit-on de lui, que c'étoit un homme à se faire brûler tout vif dans un Concile. Il avance quelques principes erronés, qu'aucun Catholique n'a jamais soutenus. Cet homme emporté et opiniâtre mourut en 1665, haï des Protestans et méprisé des Catholiques. *La Milletière* avoit laissé publier sous son nom en 1644, le *PACIFIQUE*, contre le livre de M. Arnauld sur la fréquente *Communion*. Ce docteur y fit une réponse d'autant plus vigoureuse, que le véritable objet du *Pacifique* étoit d'ériger en hérésies formelles, sous la plume d'un Protestant, les principes de son livre.
**MILLIET**, ( Jean-Baptiste ) né à Paris en 1743, s'est distingué dans l'étude des belles-lettres, et promettoit de plus grands succès, lorsqu'il mourut à la fleur de son âge en 1773, après avoir donné : I. *Vie des Poètes Grecs*, 2 vol. in-12 ; compilation assez bien faite : il y a de bonnes remarques sur les ouvrages de ceux dont il rapporte la vie, et il en rapproche ceux des poètes modernes qui les ont imités. II. *Vie des Poètes Latins*, 4 vol. in-12. Les notes y sont plus étendues, parce qu'il a trouvé plus de matériaux; le style en est peu soigné et quelquefois affecté. III. *Réflexions sur la Poésie en général*, in-12. IV. *Lettre sur la Peinture en pastel*. V. *Choix de Poésies*, 8 vol.
MILLOT, (Claude-François-Xavier) de l'académie Françoise, né à Besançon en mars 1726, fut pendant quelque temps Jésuite. Il étoit consacré à la chaire; il continua de prêcher, après avoir quitté la Société. Mais la foiblesse de son organe, sa timidité, l'embarras de son maintien ne lui ayant pas permis de continuer cette carrière, il l'abandonna, quoiqu'il eût prêché un avant à Versailles et un carême à Luneville. Le marquis de *Félino*, ministre de Parme, venoit de fonder une chaire d'histoire pour l'éducation de la jeune noblesse. Il la confia à l'abbé *Millot*, à la prière de M. le duc de *Nivernois*. Le ministre ayant occasionné une espèce de révolte parmi le peuple, par quelques changemens qu'il avoit voulu faire, l'abbé *Millot* ne voulut pas le quitter que l'orage ne fût dissipé. On eut beau lui dire qu'il s'exposoit à perdre sa place. *Ma place*, répondit-il, *est auprès d'un homme vertueux persécuté, et mon bienfaiteur; je ne perdrai point celle-là*. Enfin, après avoir rempli la chaire d'histoire avec distinction, il vint en France, et fut nommé précepteur de M. le duc d'*Enghien*. Il occupoit cette place, lorsqu'il mourut en mars 1785 à 59 ans. L'abbé *Millot* avoit peu de brillant dans la société; il avoit l'air froid et réservé; mais tout ce qu'il disoit, étoit judicieux et sage. *D'Alembert* prétendoit que de tous les hommes qu'il avoit connus, l'abbé *Millot* étoit celui en qui il avoit vu le moins de *préventions* et le moins de *prétentions*. On a de lui différens ouvrages, rédigés avec soin, et écrits d'un style naturel, pur et élégant. Les principaux sont : I. *Éléments de l'Histoire de France*, depuis *CLOVIS* jusqu'à *LOUIS XV*, 3 vol. in-12. L'auteur, s'attachant aux faits les plus curieux et les plus instructifs, supprime tous les événements étrangers à son sujet, et arrange ses matériaux avec ordre, après les avoir choisis avec discernement. *Querlon* pensoit que cet *Abrégé* étoit le meilleur que nous cessions de l'Histoire de France, et le préféroit à celui du président *Hénault*. II. *Éléments de l'Histoire d'Angleterre*, depuis son origine sous les *Romains*, jusqu'à *GEORGE II*; en 3 vol. in-12. Dans cet *Abrégé* estimé, l'auteur tient un milieu entre la concision et la prolixité. Il peut suffire à ceux qui ne cherchent point à approfondir les Histoires étrangères. III. *Éléments de l'Histoire Universelle*, 9 vol. in-12. Un critique a dit que ce livre n'étoit que la contrefaçon de l'*Histoire Générale de Voltaire*; mais ce jugement est injuste. La partie de l'Histoire ancienne appartient en entier à l'abbé *Millot*; et elle est remarquable, ainsi que la moderne, par le talent de choisir les faits, de les déponiller des circonstances inutiles, de les raconter sans passion, et de les orner de réflexions judicieuses. IV. *L'Histoire des Troubadours*, trois vol. in-12, rédigée sur les manuscrits de M. de *Sainte-Palaie*, et qui a paru un peu ennuveuse, parce qu'elle roule sur des hommes inconnus, et la plupart dignes de l'être. Ce qu'on y cite des poètes Provençaux, n'est pas bien inté- passant; et il étoit assez inutile, selon un homme d'esprit, « de rechercher curieusement des cailloux dans de vieilles ruines, quand on a des palais modernes. » V. Mémoires politiques et militaires pour servir à l'Histoire de Louis XIV et de Louis XV, composés sur les pièces originales recueillies par Adrien-Maurice duc de Noailles, maréchal de France, six vol. in-12. Cet ouvrage fut rédigé sur 200 manuscrits in-folio, que la maison de Noailles confia à l'auteur; il est instructif, et jette le plus grand jour sur la guerre de 1741. Le style en est pur, la narration exacte; et l'on a dit trop sévèrement que c'étoit plutôt un Livre de curiosité qu'un livre d'esprit. Nous en avons parlé dans l'article du duc de Noailles. VI. On a encore de l'abbé Millot, des Discours, où il discute différentes questions académiques avec plus de sagesse que de chaleur; une Traduction de Harangues choisies des Historiens Latins, où l'on remarque, comme dans celles de l'abbé d'Olivet, une élégance un peu froide. Le caractère de l'auteur, plutôt prudent et circonspect que vif et animé, n'élevoit guère son imagination au-dessus d'une simplicité noble, mais sans chaleur; d'un style pur, mais sans faste. Quelques critiques l'ont accusé cependant de s'être livré dans ses Histoires au ton déclamateur, sur-tant lorsqu'il a été question du clergé. Ce mot de déclamateur nous paroît impropre dans cette occasion. Il est vrai que l'abbé Millot n'a pas plus flatté les ministres de l'autel que les ministres d'état, et qu'il a peut-être rapporté plus d'exemples de vices que de vertus, parce que les uns sont infiniment plus communs que les autres. Mais il raconte froidement, et il paroît plus animé par sa franchise et par l'amour de la vérité, que par cette injuste philosophie qui a trop accusé le Christianisme des maux qu'il réprouve... Voyez Pore vers le milieu de l'article.
MILLY, (Nicolas Christiern de Thy, comte de) des académies de Madrid et de Harlem, associé libre de celles des Sciences de Paris, né en 1728 d'une famille ancienne du Beaujolois, prit de bonne heure le parti des armes. Après la bataille de Minden, il entra au service de M. le duc de Wirtemberg, et devint colonel, adjudant général, chambellan et chevalier de l'Aigle rouge. La fin de la guerre de 1762, lui permit de se livrer à des occupations plus paisibles. Il cultiva les sciences; il donna des essais sur différens objets de physique et de chimie dont les idées ne sont pas toujours justes, mais où l'on trouve des vues ingénieuses et utiles. Il avoit du goût pour tout ce qu'on appelle secrets, et il en fut la victime. A force d'analyser et de goûter tous les remèdes mystérieux, il altéra sa constitution quoique robuste, et mourut à Chaillot, le 17 septembre 1784, à 56 ans. Doux, complaisant, facile dans la société, ce n'étoit qu'avec les savans qu'il leissoit appercevoir un amour propre trop vif et trop susceptible. On a de lui, l'Art de la Porcelaine, parmi ceux de l'académie des Sciences, et un Mémoire sur l'analyse végétale. L MILON, fameux athlète de Crotone, s'étoit accoutumé, dès sa jeunesse, à porter de gros fardeaux. En augmentant tous les jours leur poids, il étoit parvenu à charger sur ses épaules un dea- plus forts taureaux. Il en donna le spectacle aux Jeux Olympiques, et après l'avoir porté l'espace de 120 pas, il le tua d'un seul coup de poing, et le mangea, dit-on, tout entier en un seul jour. Il se tenoit si ferme sur un disque qu'on avoit huilé pour le rendre glissant, qu'il étoit impossible de l'y ébranler. Cet athlète assistoit exactement aux leçons de *Fythagore*. On rapporte que la colonne de la salle où ce philosophe tenoit son école, s'étant ébranlée, il la soutint lui seul, et donna aux auditeurs le temps de se retirer. *Milon* remporta sept victoires aux Jeux Pythiens, et six aux Jeux Olympiques. Il se présenta une 7$^{e}$ fois; mais il ne pu combattre, faute d'antagoniste Devenu vieux, il voulut avec ses mains rompre le tronc d'un gros arbre. Il en vint à bout; mais les longs efforts qu'il fit l'ayant épuisé, les deux parties du tronc se réunirent, et il ne put en arracher ses mains. Il étoit seul, et fut dévoré par les bêtes sauvages l'an 500 avant J. C., *Voyez* PUGET et I. BOUFLERS.
II. MILON, (*Titus-Annius*) brigua le consulat, et pour l'obtenir il excita dans Rome plusieurs factions. *Clodius*, tribun du peuple, son ennemi irréconciliable, n'épargna rien pour l'en écarter. Le sénat et toutes les personnes du premier ordre étoient pour *Milon*, lorsque ses espérances furent ruinées tout-à-coup par une malheureuse rencontre, ou *Clodius* périt de la main de ses gens et par ses ordres. Les deux ennemis s'étoient rencontrés sur le chemin d'*Appius*, à peu de distance de Rome. *Clodius* revenoit de la campagne à cheval avec trois de ses amis et plusieurs domestiques bien armés. *Milon* étoit sorti de Rome dans un chariot avec sa femme et quelques gladiateurs, et une suite beaucoup plus nombreuse que celle de son ennemi. La querelle commença par les domestiques; *Clodius* voulut y entrer, et la dispute s'étant animée, il reçut plusieurs coups, qui l'obligèrent de se retirer dans une hotellerie; *Milon* irrité donna ordre à ses gens de le forcer dans sa retraite, et de lui ôter la vie. Le maître de l'hôtellerie fut tué dans cet assaut, avec onze domestiques de *Clodius*. Sextus *CLODIUS*, parent du mort, fit porter son corps au Forum, et le plaça sur la tribune. Là, les trois tribuns ennemis de *Milon* haranguèrent le peuple dans les termes les plus propres à l'émouvoir. *Cicéron* se chargea de la défense de *Milon* contre ses accusateurs; mais comme le tribunal de l'orateur étoit assiégé de soldats, leur aspect, leurs murmures et les cris que poussoient les partisans de *Clodius*, troublèrent sa mémoire: il ne put prononcer son plaidoyer tel qu'il l'avoit composé. *Milon* fut exilé à Marseille, où *Cicéron* lui envoya son discours. Après l'avoir lu, il s'écria: *O Cicéron! si tu avois parlé ainsi, Milon ne mangeroit pas des barbeaux à Marseille*.
III. MILON, Bénédictin, précepteur du fils de *Charles le Chauve*; mort dans l'abbaye de Saint-Amand, au diocèse de Tournai, en 872; est auteur de plusieurs pièces. L'une, qui a pour titre: *Le Combat du Printemps et de l'Hiver*, est insérée dans l'ouvrage d'*Oudin* sur les auteurs ecclésiastiques; et l'autre, qui est une *Vie de St. Amand* en vers, se trouve dans *Surius* et *Bollandus*,
IV. MILON, *Voy. JULIERS.* MILONIA, *Voyez CÉSONIE.* L MILTIADE, général Athénien, fonda une colonie dans la Chersonnèse de la Thrace, après avoir vaincu les peuples qui s'opposoient à cet établissement. Les Perses, ayant déclaré la guerre aux Athéniens, s'avancèrent au nombre de trois cent mille hommes vers Marathon, petite ville située sur le bord de la mer. Athènes n'eut que dix mille hommes à y opposer. L'armée avoit à sa tête dix chefs, qui devoient commander tour-à-tour: mais l'amour public l'emportant sur le désir de gouverner, chacun de ces chefs se démit de ses droits en faveur de *Miltiade*. Ce général habile rangée ses troupes auprès d'une montagne, et fit jeter sur les deux côtés de grands arbres, afin de couvrir le flanc de son armée, et de rendre inutile la cavalerie des Perses. Le combat fut rude et opiniâtre: le nombre accabla d'abord les Grecs; enfin ils mirent les Perses en déroute, les poursuivirent jusqu'à leurs vaisseaux, et détruisirent une partie de leur flotte, l'an 490 avant Jésus-Christ. Quelques années après, les Athéniens donnèrent au vainqueur une flotte de soixante-dix vaisseaux, pour aller tirer vengeance des isles qui avoient prêté leur secours aux Perses. Il en conquit plusieurs: mais, sur un faux bruit de l'arrivée de la flotte des Perses, il se crut obligé de lever le siège qu'il avoit mis devant une ville de l'isle de Paros. Il revint à Athènes avec sa flotte. Une blessure dangereuse qu'il avoit reçue au siège, l'empêcha de paroître en public. On profita de ces circonstances pour jeter des som- çons sur sa conduite. *Xantippo* l'accusa devant l'assemblée du peuple, d'intelligence avec le roi de Perse. Le crime ne put pas être prouvé; cependant on le condamna à être précipité dans le baratre; lieu où l'on jetoit les plus grands criminels. Le magistrat s'opposa à un jugement si inique; tout ce qu'il put obtenir, en exposant les services signalés que *Miltiade* avoit rendus à la patrie, se borna à faire commuer la peine de mort en une amende de cinquante talens qu'il étoit hors d'état de payer. Il fut jeté en prison, où il mourut bientôt après de sa blessure, l'an 489 avant Jésus-Christ. Son fils *Cimon* emprunta les cinquante talens pour acheter la permission d'ensevelir le corps de son père. *Miltiade* avoit été tyran dans la Chersonnèse, et il pouvoit tenter de l'être dans Athènes: c'en étoit assez auprès de ce peuple si jaloux de sa liberté, qu'il aimoit mieux faire périr un innocent, que d'avoir un sujet de crainte en perspective.
MILTIADE, *Voyez MELCHIADE.*
MILTON, (Jean) né à Londres, le 9 décembre 1608, d'une famille honnête, donna, dès sa plus tendre enfance, des marques de son talent pour les vers. A quinze ans, il paraphrasa quelques Pseaumes, et à dix-sept il composa plusieurs *Pièces de Poésie* en anglois et en latin, pleines de chaleur et d'enthousiasme. Il entretint ce beau feu par tout ce qui nourrit et fortifie l'esprit humain, la lecture, la réflexion, les voyages, l'habitude d'écrire. Il parcourut la France et l'Italie; il acquit une si parfaite connoissance de la 296 MIL langue italienne, qu'il fut sur le point d'en donner une Grammaire. *Milton* avoit dessein de passer en Sicile et dans la Grèce; mais ayant appris les commencemens des troubles de l'Angleterre, il retourna dans sa patrie vers le temps de la seconde expédition de *Charles I* contre les Écossois. On le chargea alors de la tutelle de deux fils de sa sœur, auxquels il voulut bien servir de précepteur. Il prit aussi soin de l'éducation de quelques enfans de ses amis, et leur apprit les langues, l'histoire, la géographie, etc. Il épousa, en 1643, la fille d'un gentilhomme de la province d'Oxford. Sa femme le quitta au bout d'un mois, protestant qu'elle ne retourneroit jamais chez lui. Cet époux malheureux publia plusieurs écrits en faveur du divorce, et se prépara à un second mariage; mais sa femme se ravisa, et le supplia si ardemment de la reprendre, qu'il se laissa attendrit. La mort tragique de *Charles I*, arrivée en 1648, étonna toutes les puissances de l'Europe, et enchanta *Milton*. Les républicains qui avoient osé, *Cromwel* à leur tête, porter leurs mains sur ce prince infortuné, crurent leur attentat légitime, et choisirent *Milton* pour le justifier. Cet écrivain, échauffé par l'esprit du temps et par le feu des guerres civiles, composa son livre sur le droit des Rois et des magistrats. Son but est de prouver qu'un tyran sur le trône est comptable à ses sujets, qu'on peut lui faire son procès, qu'on peut le déposer et le mettre à mort. *Milton* porta de nouveaux coups à l'autorité royale dans d'autres ouvrages non moins hardis que le précédent. Les anti-royalistes récompensèrent l'écri- vain qui les servoit si bien. *Milton* fut secrétaire d'*Olivier Cromwel*, de *Richard Cromwel*, et du parlement qui dura jusqu'au temps de la restauration. *Saumaise* prit la défense de *Charles I*, dans son livre intitulé : *DEFENSIO REGIS*. *Milton* lui répliqua par un autre ouvrage, sous ce titre : *Défense pour le peuple Anglois*, imprimé en latin en 1651. Ce livre, qui réussit en Angleterre, fut brûlé à Paris par la main du bourreau; l'auteur eut à Londres un présent de mille livres sterling. Mais l'excès du travail auquel il se livra, lui fit perdre la vue. Un jour qu'un ambassadeur se plaignoit à *Cromwel*, de ce qu'on lui faisoit attendre trop longtemps une réponse : *Le Secrétaire*, lui dit le Protecteur, *ne l'a point encore expédiée, parce qu'étant aveugle, il va lentement*. — *Eh ! pourquoi*, répondit avec surprise l'ambassadeur, *mettre dans une pareille place un aveugle ? Il est obligé de dicter, et par conséquent les secrets ne sont plus secrets. Quoi ? pour avoir un homme capable d'écrire en latin, n'a-t-on pu dans toute l'Angleterre trouver qu'un aveugle ?* Ce républicain, devenu domestique de *Cromwel*, ne quitta la plume, que lorsque les ennemis de la maison *Stuart* posèrent les armes. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il ne fut point inquiété après le rétablissement de *Charles II*. On le laissa tranquille dans sa maison. Il se tint néanmoins renfermé, et ne se montra qu'après la proclamation de l'amnistie. Il obtint des lettres d'abolition, et ne fut soumis qu'à la peine d'être exclu des charges publiques. On a dit que, dans la suite, on lui offrit de lui vendre sa place de secrétaire auprès de Charles II; mais qu'il la refusa, et qu'il répondit à sa femme qui le grondoit de ce refus: Vous autres femmes, vous feriez tout au monde pour rouler en carrosse. Moi, je veux vivre libre et mourir en homme. Cet ardent ennemi des rois, le fut aussi de toutes les sectes. Il avoit été Puritain dans sa jeunesse; il prit le parti des Indépendans et des Anabaptistes dans sa virilité, et se détacha de toutes sortes de communions et de sectes durant sa vieillesse. Il n'exclut du salut aucune société Chrétienne, excepté les Catholiques Romains; comme on le voit dans son livre De la vraie Religion. Il ne fréquenta aucune assemblée, et n'observa dans sa maison le rituel d'aucune secte, soit qu'il les condamnât toutes indifféremment, soit qu'il fût rebuté par l'esprit de dispute et d'animosité qui y régnoit. Il parle dans ses poèmes épiques de la divinité de Jésus-Christ en véritable Arien. Milton rendu à lui-même, après les agitations des guerres, mit la dernière main à son Poème du Paradis perdu. « Voyageant en Italie dans sa jeunesse, il vit représenter à Milan, dit Voltaire, une comédie intitulée: Adam ou le Péché originel, écrite par un certain Andrini. Le sujet de cette Comédie étoit la chute de l'homme. Les acteurs étoient, Dieu le Père, les Diables, les Anges, Adam, Eve, le Serpent, la Mort et les sept Péchés mortels. Milton découvrit, à travers l'absurdité de l'ouvrage, la sublimité cachée du sujet. Il y a souvent, dans des choses où tout paroît ridicule au vulgaire, un coin de grandeur qui ne se fait appercevoir qu'aux hommes de génie. Les sept Péchés mortels dansant avec la Diable, sont assurément le comble de l'extravagance et de la sottise; mais l'univers rendu malheureux par la faiblesse d'un homme, les bontés et les vengeances du Créateur, la source de nos malheurs et de nos crimes, sont des objets dignes du pinceau le plus hardi. Il y a surtout dans ce sujet je ne sais quelle horreur ténébreuse, un sublime sombre et triste, qui ne convient pas mal à l'imagination Angloise. Milton conçut le dessein de faire une Tragédie, de la farce d'Andrini. Il en composa même un acte et demi. Mais la sphère de ses idées s'élargissant à mesure qu'il travaillait, il imagina, au lieu d'une tragédie, un poème épique: espèce de production dans laquelle les hommes sont convenus d'approuver souvent le bizarre sous le nom du merveilleux. » Il employa neuf années à ce grand ouvrage, qui fut négligé dans sa naissance. Le libraire Tompson eut bien de la peine à lui donner trente pistoles d'un écrit qui valut plus de cent mille écus à ses héritiers. Ce Poème ne trouva d'abord ni lecteurs ni admirateurs. Ce fut le célèbre Addisson qui découvrit à l'Angleterre et à l'Europe les beautés de ce trésor caché. Ce judicieux critique voulut lire la Paradis perdu, sur l'éloge que lui en firent quelques amateurs. Il fut frappé de tout ce qu'il y trouva: des images grandes et sublimes; des idées neuves, hardies, effrayantes; des coups de lumière, etc. etc. Addisson écrivit en forme pour prouver que les Anglois avoient un Homère, et il le persuada du moins à sa patrie. Les étrangers, plus so- 298 MIL vères, virent des beautés dans le *Paradis perdu*, qui étincelle de traits de génie; sur-tout dans les cinq premiers chants; (car les cinq derniers sont très-inférieurs) mais ils ne fermèrent pas les yeux sur ses imperfections. On lui reproche la triste extravagance de ses peintures; son *Paradis* des sots; ses murailles d'albâtre qui entourent le paradis terrestre; ses diables qui, de géants qu'ils étoient, se transforment en pygmées, pour tenir moins de place au conseil, dans une grande salle toute d'or, batin en l'air; les canons qu'on tire dans le ciel; les montagnes qu'on s'y jette à la tête; les Anges à cheval qu'on coupe en deux, et dont les parties se rejoignent soudain. On se plaint de ses longueurs, de ses répétitions; on dit qu'il n'a égalé ni *Ovide* ni *Hésiode*, dans sa longue description de la manière dont la terre, les animaux et l'homme furent formés. On censure ses dissertations sur l'astronomie, qu'on croit sèches, et ses inventions qu'on trouve plus extravagantes que merveilleuses, plus dégoûtantes que fortes; telles sont une longue chaussée sur le Chaos; le Péché et la Mort, amoureux l'un de l'autre, qui ont des enfans de leur inceste; et la Mort qui lève le nez pour renifler, à travers l'immensité du Chaos; le changement arrivé à la Terre, comme un corbeau qui sent le cadavre; cette Mort qui flaire l'odeur du Péché, qui frappe de sa massue pétrifique sur le froid et sur le sec; ce froid et ce sec, avec le chaud et l'humide, qui, devenus quatre braves généraux d'armée, conduisent en bataille des embryons d'atomes armés à la légère; en- fin, tout ce luxe d'érudition prodigué sans mesure, qui distrait le lecteur, et ralentit la marche du poème. Mais, si on s'est épuisé sur les critiques, on ne s'épuisera pas sur les louanges, et sur-tout on ne se lassera jamais de relire les innocentes amours d'*Adam* et *Eve*, et les riches descriptions qui les accompagnent. *Milton* restera la gloire et l'admiration de l'Angleterre. *Marmontel* a eu raison de s'écrier: Vous élévez, vous enchantez mon ame, Rapide *Homère*, audacieux *Milton*; Torrens mêlés de fumée et de flamme, A ce mélange en vain préfère-t-on La pureté d'un goût pusillanime; Du char brûlant du Dieu qui vous anime, Si vous tombez, c'est comme *Phé- ten*; Et votre châte annonce un val su- blime. On le comparera toujours à *Homère*, dont les défauts sont aussi grands; et on le placera au-dessus du *Dante*, dont les imaginations sont encore plus bizarres. *Dryden* a dit de *Milton*, que la nature avoit formé son âme de celle d'*Homère* et de *Virgile*. Un écrivain obscur et mauvais patriote, *Guillaume Lauder*, mort maître d'école aux Barbades, en 1771, publia à Londres, en 1751, un in-8°, dans lequel il prétendit démontrer que *Milton* a tout puisé dans je ne sais quelles rapsodies latines d'un professeur de rhétorique Allemand. (*Voyez* MASENIUS.) Le *Paradis perdu* est en vers anglois non rimés. *Dupré de Saint-Maur*, maître des comptes, et l'un des *Quarante* de l'académie Françoise, et *Racine* le fils, en ont publié des versions en prose, en notre langue : (Voyez II. RACINE.) M. de Beaulaton a fait paroître, en 1777 et 1778, une traduction en vers françois de ce poème, laquelle offre des beautés et des défauts. On connoit depuis long-temps une imitation, aussi en vers françois, du Poème anglois, par Mad. du Bocage, sous le titre de Paradis terrestre, en six chants. Au lieu d'un temple vaste de structure inégale et hardie, tel que Milton l'avoit élevé, cette Muse ingénieuse a dessiné une chapelle élégante, qu'elle a exécutée et parée avec goût. (Voyez aussi TANEVOT.) Milton donna, en 1671, un second Poème en vers anglois non rimés, sur la tentation de Jésus-Christ et la réparation de l'Homme, qu'il intitula : Le Paradis recouvré ou le Paradis reconquis. Il faisoit plus de cas de ce second Poème, que du premier ; mais il n'est pas si bon, à beaucoup près. On n'y trouve point les grandes idées, les images frappantes, la sublimité de génie, ni la force d'imagination, qu'on admire dans le premier. Un homme d'esprit épigrammatique, a dit de ces deux Poèmes : que l'on trouve bien Milton dans le Paradis perdu, mais non pas dans le Paradis recouvré. Le P. de Mareuil, Jésuite, a donné une Traduction françoise, in-12, de ce dernier Poème. L'un et l'autre furent traduits en vers latins, en 1690, par Guillaume Hog, Ecossois. Milton, épuisé par le travail et par les maladies, mourit à Brunnhill le 15 novembre 1674, à 66 ans. Il laissa une succession très-honnête ; et il n'est pas vrai, comme on l'a dit tant de fois, qu'il passa ses der- nerniers jours dans l'indigence. Son imagination étoit dans la plus grande effervescence, depuis le mois de septembre, jusqu'à l'équinoxe du printemps. Il étoit partisan outré de la tolérance de toutes les religions ; il n'en exceptoit que la Catholique : non parce que c'étoit une religion, mais parce que son esprit, injustement prévenu, ne lui faisoit voir dans l'Eglise romaine, qu'une faction tyrannique qui opprimoit toutes les autres. Avec de telles idées, du génie et une extrême vivacité, Milton devoit avoir beaucoup d'ennemis ; il en eut un grand nombre, qui le harcelèrent presque toute sa vie. Ils lui reprochèrent jusqu'à sa laideur et à sa petitesse. Ils lui appliquèrent ce vers de Virgile :
MONSTRUM HORPENDUM, INFORME, INGENI, CUI LUMEN ADEMPTUM. Ils ajoutèrent qu'ingens étoit le seul mot du vers, qui ne pouvoit pas lui être appliqué, parce qu'il étoit, (comme Saumaise l'avoit écrit) delicatum et infirmum corpusculum... Milton leur répondit, qu'il étoit de la taille médiocre, plutôt que de la petite ; que dans sa jeunesse il n'avoit jamais craint l'épée au côté, les plus robustes ; qu'il n'avoit été trouvé laid dans aucun âge : qu'il avoit été beau dans sa jeunesse, bien fait, ni petit, ni grand. Ses cheveux, bien partagés sur le front, tomboient en boucles sur ses épaules. C'est lui-même qu'il avoit peint en faisant le portrait d'Adam ; (livre quatrième de son Paradis perdu.) Il avoit de beaux yeux, sans aucune tache. Quand il eut perdu la vue, ceux qui ignoroient son malheur, ne le pouvoient soupçonner en l'abordant. Sa conversation étoit aimable, et son caractère indulgent. Cette douceur ne se trouvoit pas dans ses ouvrages de controverse. Il en faut rejeter, peut-être, la faute sur le goût qui étoit à la mode parmi les savans de ce temps-là, de jouer dans leurs livres le rôle de gladiateur. *Milton* avoit le cœur tendre, et s'étoit marié 3 fois. Il voulut, comme nous l'avons dit, répudier sa première femme, qui l'avoit quitté un mois après son mariage, sous prétexte que sa famille étoit du parti du roi, et que son mari étoit républicain : il publia un écrit *sur le Divorce*, dont les principes parurent alors dangereux. Il avançoit que, l'union conjugale devant être un état de douceur et de paix, la seule contrariété d'humeurs doit faire rompre cette union ; et qu'il est inutile de crier en public, *liberté*, si l'on est dans sa maison l'esclave du sexe le plus foible ; que par conséquent le mari peut répudier une femme dont le caractère ne s'accorde pas avec le sien. Il adressa sa seconde édition au parlement assemblé alors pour la réformation du royaume. *Milton* lui fit sentir que la première réforme devoit tomber sur les troubles domestiques, et qu'il falloit veiller à la liberté particulière autant qu'à la générale. Notre poète, bien différent de la plupart des faiseurs de projets, se conduisit conformément à ses principes. Il rechercha une jeune demoiselle, qui joignoit aux agrémens de son âge, l'éclat de la beauté et les charmes de l'esprit. Sa femme alarmée chercha à se rapprocher de lui. Elle se rendit chez un ami commun, où *Milton* devoit se trouver ; il la vit sortir tout d'un coup d'une chambre voisine ; elle se précipita dans ses bras : son premier mouvement est de la repousser ; elle se jette à ses genoux, et fondant en larmes, elle le conjure de lui pardonner et de la reprendre. Il est attendri, il pleure ; la réconciliation se fait, et elle fut sincère. Il a décrit cette scène touchante, en peignant une querelle entre *Adam* et *Eve*. Trois filles furent le fruit de ses différens hymens. Il leur fit apprendre à lire, et à bien prononcer huit langues, qu'elles n'entendoient pas. Elles ne connoissoient que l'anglois, et leur père disoit souvent en leur présence, qu'une langue suffisoit à une femme. Il vouloit seulement qu'elles fussent en état de lui faire les lectures dont il avoit besoin. On a su par une d'elles, que ce qu'il lisait le plus souvent, étoit *Isaïe* en hébreu, *Hombre* en grec, et les Métamorphoses d'*Ovide* en latin. *Mad. Clarke*, une de ses filles, avoit retenu un grand nombre de vers de ces différens auteurs, et elle les récitoit comme un perroquet. La figure de cette dame ressembloit parfaitement à celle de son père. Le célèbre *Addison* ayant été élevé au ministère, la fit appeler, en la priant d'apporter quelques papiers qui prouvassent qu'elle étoit réellement fille du célèbre *Milton*. Mais, dès qu'elle entra dans la chambre du ministre : *Madame*, lui dit-il, vous n'avez pas besoin de garant ; votre visage montre assez de qui vous tenez le jour... *Milton* étoit très-sobre ; il ne buvoit presque pas de vin, et ne prenoit que des nourritures simples : ce régime étoit nécessaire à un homme tourmenté de la goutte. Il aima toujours les exva- M I L 304 gées du corps, particulièrement les armes. Lorsqu'il eut perdu la vue, il fit faire une machine, dans laquelle il se faisoit balan- cer. Il se levoit très-matin, et éfudioit jusqu'à son dîner, après lequel il s'amusoit à jouer de quelque instrument ou à chan- ter. Il avoit la voix belle, et étoit excellent musicien, mais l'étude étoit sa passion domi- nante. Il possédoit l'histoire, les mathématiques, la philosophie, la théologie, les langues anciennes et modernes. Il mettoit l'italien fort au-dessus du françois : et comment ne lui auroit-il pas donné la préférence ? nos bons écrivains n'avoient point encore paru. Après l'Écriture-Sainte, son livre favori étoit Homère, qu'il savoit presque par cœur. Outre ses Poèmes, on a de lui un grand nombre d'écrits de con- troverse, dans lesquels règne le ton de la déclamation. Toutes Œuvres de Milton furent impri- mées à Londres, en 1699 en trois vol. in-folio. On mit dans les deux premiers ce qu'il a écrit en anglois, et dans le troisième ses Traités latins. On trouve, à la tête de cette édition, la Vie de Milton, par Toland. Thomas Birch en donna une meilleure édition à Londres, en 1738, en trois vol. in-folio, avec le por- trait de Milton à la tête. François Peck publia à Londres, en 1740, in-4°, de nouveaux Mémoires anglois sur la vie et les produc- tions poétiques de Milton, avec quelques écrits de ce célèbre au- teur, qui sont curieux. Ses prin- cipaux ouvrages sont : I. Traité de la Réformation de l'Eglise An- glicane, et des causes qui l'ont em- pêchée jusqu'ici, (1641) et IV au- tres Traités sur le gouvernement de l'Eglise en Angleterre. II. De- fensio secunda. III. Defensio pro- se, contre Morus, auquel il at- tribuoit le livre qui a pour titre : Clamor Regii sanguinis adversus parricidas Anglos, quoique ce livre fût de Pierre du Moulin le fils. IV. Traité de la Puissance civile dans les matières Ecclé- siastiques, 1659. V. Milton pu- blia, en 1670, son Histoire d'Angleterre; elle s'étend jus- qu'à Guillaume le conquérant, et n'est pas tout-à-fait conforme à l'original de l'auteur, les cen- seurs des livres en ayant effacé divers endroits. VI. Artis Logicæ plenior Institutio, ad Rami me- thodum accommodata, 1672. VII. Traité de la vraie Religion, de l'Hérésie, du Schisme, de la Tolérance, et des meilleurs moyens qu'on puisse employer pour prévenir la propagation du Papisme. VIII. AEROPAGITICA ou Discours au Parlement en fa- veur de la liberté d'imprimer toutes sortes de Livres, sans en demander la permission des exa- minateurs. On voit par cet ou- vrage, publié en 1645, que Milton vouloit en tout une li- berté qui ne fût gênée par au- cune loi. IX. Plusieurs Pièces de Poésie, en anglois et en latin, sur divers sujets. X. Lettres fa- milières, en latin... Les plus belles éditions de son Paradis perdu, en anglois, sont celles de Londres, 1749, 3 vol. in-4°; celle de Birmingham, par Bas- kerville, 1760, deux vol. in-8°. Les Foulis en ont donné une jolie édition à Glasgow. Ses Poé- sies séparées font 2 vol. in-12... Voyez la Vie de Milton, à la tête d'une des traductions citées du Paradis perdu; et les Mé- moires de Nigeron, tome xx
MIMEURE, (Jacques-Louis de Valon, marquis de) lieutenant général, chevalier de Saint-Louis, et membre de l'académie Françoise, naquit à Dijon le 19 novembre 1659, et mourut le 3 mars 1719, à Auxone dont il étoit gouverneur. Il est auteur d'une très-médiocre traduction, en vers François, de l'Art d'aimer d'Ovide. Il fut mieux inspiré, lorsqu'il fit passer en notre langue l'Ode d'Horace : Mater sa va Cupidinum. Cette heureuse imitation, qu'on trouve dans plusieurs recueils, commence ainsi: Cruelle Mère des Amours, Toi que j'ai si long-temps servic, etc. Le Marquis de Mimeure étoit un bel esprit et un homme aimable. Son épouse (Mlle d'Achi) étoit digne de lui, par les graces de l'esprit, du caractère et de la figure.
MIMNERME, poète et musicien Grec, florissoit du temps de Solon. Il s'acquit une réputation immortelle par ses Élégies. Properce dit, qu'en matière d'amour, les vers de ce poète valoient mieux que ceux d'Homère. Plus in amore valet MIMNERME versus HOMERO. Quelques savans le regardent comme l'inventeur de l'Élégie. Il est certain qu'il est le premier qui la transporta des funérailles à l'amour. Il ne nous reste de lui que des fragments, dont l'un des plus considérables se trouve dans Stobée avec d'autres Lyriques, 1568, in-8.
MINARD, (Antoine) fils du trésorier général du Bourbonnois, parut avec éclat dans le barreau du parlement de Paris. François I, qui eut occasion de connoître ses talens, lui donna différentes charges, et enfin celle de président à mortier l'an 1544. Dans le temps qu'on instruisoit le procès du fameux conseiller-clerc Anne du Bourg, le président Minard, zélé Catholique et l'un de ses juges, fut tué d'un coup d'arquebuse le 12 décembre 1559, en revenant du palais. Les Calvinistes furent accusés publiquement d'être les auteurs de cet assassinat. On prétend qu'ils avoient aposté, pour faire le coup, Jacques Stuard, gentilhomme fameux par plusieurs attentats de cette espèce. Arrêté et mis à la question, il n'avoua rien. Mais les Calvinistes eux-mêmes confirmèrent les soupçons qu'on avoit contre lui, en menaçant le cardinal de Lorraine de le traiter comme Minard avoit été traité. On lui dit un jour: Garde roi, Cardinal, Que tu ne sois traité A la Minarde, D'une Suurde. On appeloit Stuardes, les balles empoisonnées, dont on disoit que Jacques Stuard se servoit. Quelques historiens ajoutent que le fils du président assassiné faisant des recherches pour découvrir les meurtriers, on lui fit dire que « s'il ne restoit tranquille, on lui en feroit autant qu'à son père. » L'un des sujets de ressentiment qu'avoient les Calvinistes contre le président Minard, fut, selon Bourgueville, qu'il avoit dit librement à Henri II son avis contre un rebelle de grande autorité. Ce rebelle, que Bourgueville ne veut point nommer, étoit vraisemblablement, (dit Amelot de la Houssaye), le prince de Condé. l'un des chefs du parti, dont le président *Minard* avoit peut-être conseillé la mort.
**MINDANA**, célèbre navigateur Espagnol, partit du Pérou en 1568, et découvrit les isles de *Salomon*, ainsi nommées des richesses qu'elles renfermoient. Vingt-huit ans après, il repartit avec *Quiros*, et découvrit les isles *Marquises* et de *Saint-Bernard*, l'isle *Solitaire*, et celle de *Sainte-Croix*. *Mindana* périt en retournant aux *Philippines*, victime de son zèle et de son ardent amour pour la gloire.
**MINELLIUS**, (Jean) habile humaniste Hollandois, né à Rotterdam vers 1625, y enseigna les belles-lettres, et mourut vers 1683. On a de lui, des *Notes* courtes et claires sur *Térence*, *Salluste*, *Virgile*, sur *Horace*, *Florus*, *Valère-Maxime*, etc. Le Père *Jouvenci*, Jésuite, s'est servi de quelques-unes, ainsi que les autres commentateurs, qui ont souvent copié ce savant humaniste. Ses remarques ne sont ordinairement que grammaticales, et il a un peu négligé les explications mythologiques, historiques et géographiques.
**MINERVE** ou *PALLAS*, (Myth.) Déesse de la Sagesse, de la Guerre et des Arts, fut fille de *Jupiter*. Ce Dieu épousa la Nymphe *Méthis*; et la voyant prête d'accoucher, il la dévora, parce qu'un oracle avoit annoncé qu'elle alloit mettre au monde une fille d'une sagesse consommée, et un fils à qui l'empire du monde étoit réservé. Quelque temps après, se sentant une grande douleur de tête, il fit sortir de son cerveau *Minerve* armée de pied en cap. Son père se fit donner un coup de hache sur la tête par *Vulcain*, pour la mettre au monde. *Minerve* et *Neptune* disputèrent à qui donneroit un nom à la ville de Cécropie. Celui qui produiroit sur-le-champ la plus belle chose, devoit avoir cet honneur. Elle fit sortir de terre avec sa lance, un olivier fleuri; et *Neptune*, d'un coup de son trident, fit naître un cheval, que quelques-uns prétendent être le cheval *Pégase*. Les Dieux décidèrent en faveur de *Minerve*, parce que l'olivier est le symbole de la paix; et elle appela cette ville Athènes, nom que les Grecs donnoient à cette Déesse. *Pallas* est représentée avec le casque sur la tête, l'égide au bras, tenant une lance, comme Déesse de la Guerre, et ayant auprès d'elle une chouette et divers instruments de mathématiques, comme Déesse des Sciences et des Arts. L'égide étoit une espèce de bouclier dont *Jupiter* lui avoit fait présent dans le temps de la guerre de Troye, et sur laquelle étoit la tête de *Méduse*. *Minerve* refusa constamment de se marier, et conserva toujours sa virginité. La chouette étoit son oiseau favori, et l'olivier l'arbre qui lui étoit consacré. Elle avoit plusieurs noms relatifs aux différens attributs qu'on lui donnoit. Elle s'appeloit *Armipotens*, comme Déesse de la Guerre; *Cœsia*, parce qu'elle avoit les yeux bleus; *Medica*, à cause qu'elle se mêloit de médecine; *Pallas*, ce nom lui venoit du géant *Pallas* qu'elle avoit tué, ou plutôt de sa pique qu'elle balançoit; *Tritonia*, du marais Tritonis en Lybie, sur les bords duquel elle s'étoit montrée pour la première fois en ces lieux, ou, selon d'autres, de Gnosse, ville de Crète, qui s'appelait anciennement *Tritta*, où elle étoit née. *Erichon*, fils de *Vulcain*, institua des fêtes en son honneur, appelées *Panathénées*. Elles se célébroient en commun par les peuples de l'Attigie. Chaque bourgade donnoit un bœuf pour les sacrifices, afin qu'il y eût suffisamment de quoi faire un festin à tous les assistants. On distinguoit deux sortes de Panathénées, les grandes et les petites. Les premières se célébroient tous les cinq ans, et les petites tous les ans. On faisoit pendant ces fêtes, des espèces de processions appelées Pompes, *Pompæ*, où chacun portoit une branche d'olivier. Dans les fouilles faites par les François à Velletri en 1799, on a découvert une superbe statue de *Pallas*, qui a dû être transportée en France avec la *Vénus de Médicis*. *Voyez* ARACHNÉ.—MOMUS.—ÉRICHON.—MENTOR.—MÉDUSE.—PARIS, etc. etc.