MINES-CORONEL, (Gregorio) définiteur général de l'ordre des Augustins, mort en 1623, fut secrétaire de la congrégation *De Auxiliis*. On a de lui, un *Traité de l'Eglise*, et une *Réputation de Machiavel*.
MINGARD, (N$^{es}$) pasteur de l'Eglise d'Assens en Suisse, est auteur d'une *Histoire universelle*, estimée; et d'une multitude d'articles insérés dans l'Encyclopédie d'Yverdon. Il est mort, justement regretté de ses compatriotes, en 1787.
MINGELOUSAUX, (Simon) médecin de Bordeaux, a traduit, en 1683, la *Grande Chirurgie de Chauliac* avec des remarques théoriques et pratiques, deux vol. in-8$^{o}$. Son père, chirurgien renommé, est l'inventeur des bougies urinaires dont il fit le premier essai sur le cardinal de *Richelieu*, lors de son passage à Bordeaux en 1632.
MINI, (Paul) médecin de Florence, au 16$^{e}$ siècle, remplit son temps par les soins de sa profession et par l'étude de l'histoire de sa patrie. Son *Discours* en Italien sur la nature et l'usage du *Vin*, ne lui fit pas beaucoup d'honneur, comme médecin. Ses compatriotes recherchent avec plus de soin, ses trois ouvrages sur l'Histoire de Florence. Le premier est un *Discours* Italien sur la noblesse de Florence et des Florentins; le 2$^{e}$, des *Remarques* et des *Additions* à ce Discours; et le 3$^{e}$, la *Défense* des deux précédents. Ce dernier est le plus recherché. Il ne faut pas toujours se fier à cet auteur; il y flatte beaucoup sa patrie et ses concitoyens.
MINIANA, (Joseph-Emmanuel) né à Valence, en Espagne, en 1671, entra chez les religieux de la Rédemption, et mourut en 1730, à 58 ans, après avoir donné au public la continuation en latin de l'Histoire de *Mariana*. On la trouve dans l'édition Latine de *Mariana*, la Haye, 1733, 4 vol. in-fol. On ne doit pas toujours compter sur l'impartialité qu'il promet dans sa préface, encore moins sur un style aussi élégant que celui de son modèle.
MINITHYE, *Voyez* THALES-TRIS.
MINORET, (Guillaume) musicien François, mort dans un âge avancé, en 1716 ou 1717, obtint une des quatre places de maître maître de musique de la chapelle du roi. Ce musicien a fait des Motets qui ont été goûtés; il se voit à souhaiter qu'ils fussent gravés. Parmi ses ouvrages, on fait un cas singulier de ses Motets sur les Pseaumes: Quemadmodum desiderat cervus... Lauda, Jerusalem, Dominum... Venite, exultamus Domino... Nisi Dominus edificaverit domum. I. MINOS Ier, fils de Jupiter et d'Europe, régna dans l'isle de Crète, l'an 1432 avant Jésus-Christ, après l'avoir conquise. Il rendit ses sujets heureux par ses lois et par ses bienfaits. Il bâtit des villes; il les peupla de citoyens vertueux, en écarta l'oisiveté, la volupté, le luxe, les plaisirs. Les jeunes gens y approuvent à respecter les maximes et les coutumes de l'Etat. Les lois de Minos, fruits des longs entretiens qu'il avoit eus avec Jupiter, étoient encore dans toute leur vigueur du temps de Platon, plus de mille ans après la mort de ce législateur. Il eut un fils nommé Lycaste, père de Minos II, roi de Crète, d'Eaque et de Radamanthe, qui exercèrent la justice avec tant de rigueur, que la Fable feignit qu'ils avoient aux enfers l'emploi de Juges des humains. Le nom de Minos, suivant M. Bailly, a un rapport singulier avec le mot MINNOR, qui, en langue du Nord, signifie Être puissant.
II. MINOS III, roi de Crète, de la même famille que les précédens, régnoit l'an 1300 avant J. C. Il imita la sévérité de ses ancêtres dans l'administration de la justice; et fit plusieurs lois qu'il prétendoit avoir reçues de Jupiter. Il défit les Athéniens et les Mégariens, auxquels il avoit déclaré la guerre, pour venger la mort de son fils Androgée. Il prit Mégare par le secours de Scylla, fille de Nisus roi de cette contrée, laquelle coupa à son père le cheveu fatal dont dépendoit la destinée des habitants, pour le donner à Minos. Il réduisit les Athéniens à une si grande extrémité, que, par un article du traité qu'il leur fit accepter, il les contraignit de lui livrer tous les ans, sept jeunes hommes et sept jeunes filles, pour être la proie du MINOTAURE. C'étoit, selon la Fable, un monstre, moitié homme et moitié taureau, né de Pusiphaë, femme de Minos et d'un taureau. Minos enferma ce monstre dans un labyrinthe, parce qu'il ravageoit tout, et ne se nourrissoit que de chair humaine. Thésée, ayant été du nombre des jeunes Grecs qui en devoient être la proie, le tua, et sortit du labyrinthe par le moyen d'un peloton de fil qu'Ariadne, fille de Minos, lui avoit donné.
MINOS, Voyez MIGNAULT.
MINOUFLET, (Charles) peintre sur verre, acquit de la réputation dans le siècle qui vient de finir, par divers ouvrages qui offrent de la correction dans le dessin, et un superbe coloris. On admire particulièrement, ses vitraux de la rose de l'abbaye de Saint-Nicaise, à Rheims.
MINTURNI, (Antoine-Sébastien) après avoir professé la rhétorique, fut évêque d'Ugento, puis de Cortone dans la Calabre, et mourut vers l'an 1570. Nous avons de lui: I. Des Lettres, à Venise, 1549, in-12. II. L'Amore inamorato, 1559, in-12. Ce livre fut approuvé par le car- 306 MIN dinal de *Montaille*, depuis pape sous le nom de *Sinte V. III. L'Arte Poetica*, 1563, in-4°; et à Naples, 1725, in-4°. I. MINUTIUS—AUCURINUS, (Marc.) consul Romain, et frère de *Publius-Minutius*, aussi consul, fut chef d'une famille illustre qui donna à la république plusieurs grands magistrats. Il vivoit l'an 490 avant Jésus-Christ. (*Voyez FABIUS*, n° II.)
II. MINUTIUS—FÉLIX, célèbre orateur Romain au commencement du 3$^{e}$ siècle, dont nous avons un *Dialogue*, intitulé : *Octavius*. Il y introduit un Chrétien et un Paien, qui disputent ensemble. C'est plutôt la production d'un esprit qui se délasse de ses occupations, qu'un ouvrage composé avec soin. L'auteur s'occupe moins à établir le Christianisme dont il paroît connoître peu les mystères, qu'à jeter du ridicule sur les fables du Paganisme. Il y a quelques passages qui semblent favoriser le Matérialisme. Cet ouvrage est écrit avec élégance, et se fait lire avec plaisir. Nous en avons une excellente édition, publiée par *Bigault*, en 1643; et une version passable par d'*Ablancourt*. On estime aussi l'édition de cet auteur, imprimée en Hollande, 1672, in-8°, *cum notis Variorum*; celle de Cambridge, 1707, in-8°, donnée par *Jean Davis*; et celle de Leyde, 1709, in-8°.
MIOSSANS, (le Comte de) *Voyez III. ALBRET*. I. MIPHIBOSETH, fils de *Saül* et de *Respha* sa concubine, que *David* abandonna aux Gabaonites, avec *Armoni* son frère, et les cinq fils de *Michol* et d'*Adriel*. Le royaume de Juda étant attaqué par une cruelle famine qui porta par-tout la désolation pendant trois ans, le pieux roi s'adressa au Seigneur pour savoir la cause de cette vengeance du Ciel, et apprit que c'étoit en punition de la cruauté de *Saül* à l'égard des Gabaonites. Pour fléchir la colère du Seigneur, *David* abandonna à ce peuple les malheureux enfans d'un père coupable, qui furent mis à mort dans la ville de Gabaa, patrie de *Saül*. *Tostat* observe qu'ils avoient ou imité la cruauté de leur père, ou commis d'autres crimes qui avoient mérité cet abandon sévère : observation conforme à l'Écriture : *Propter Saül et domum ejus sanguinum*. II. Reg. 21. 1.
II. MIPHIBOSETH, fils de *Jonathas*, et petit-fils de *Saül*, étoit encore enfant, lorsque ces deux princes furent tués à la bataille de Gelboé. Sa nourrice, saisie d'effroi à cette nouvelle, le laissa tomber, et cette chute le rendit boiteux. *David*, devenu possesseur du royaume, en considération de *Jonathas* son ami, traita favorablement son fils. Il lui fit rendre tous les biens de son aïeul, et voulut qu'il mangeât toujours à sa table. Quelques années après, vers l'an 1040 avant Jésus-Christ, lorsque *Absalon* se révolta contre son père, et le contraignit de sortir de Jérusalem, *Miphiboseth* vouloit suivre *David*. *Siba*, son domestique, profitant de l'infirmité de son maître, qui l'empêchoit d'aller à pied, conrut vers *David*, et accusa *Miphiboseth* de suivre le parti d'*Absalon*. Le monarque, trompé par le rapport de ce méchant serviteur, lui donna tous les biens de *Miphiboseth*; mais ce prince ayant prouvé son inno- cence, *David*, qui se trouvoit dans des circonstances où il ne croyoit pouvoir faire une entière justice, ordonna qu'il partageroit avec son esclave. *Miphiboseth* fut assez généreux pour répondre qu'il les lui céderoit en entier, puisqu'il avoit été assez heureux pour voir son maître et son roi, rentrer triomphant dans son palais.
MIRABAUD, (Jean-Baptiste de) secrétaire de Mad. la duchesse d'*Orléans*, et secrétaire perpétuel de l'académie Françoise, mort le 24 juin 1760, âgé de 86 ans, né à Paris, en 1675, étoit originaire de Provence. Il entra d'abord dans la congrégation de l'Oratoire, et ensuite dans le service. Il se trouva à plusieurs batailles, entr'autres, à celle de Steinkergue. Le goût de l'étude lui fit quitter les armes pour les lettres, et bientôt ses talens et sa probité lui méritèrent la protection des grands et l'estime de ses confrères. Un philosophe célèbre en a fait ce beau portrait : « Le grand âge ne l'avoit point affaissé, il n'avoit altéré ni les sens, ni les facultés intérieures. Les tristes impressions du temps ne s'étoient marquées que par le dessèchement du corps. A 86 ans, M. de Mirabaud avoit encore le feu de la jeunesse et la sève de l'âge mûr : une gaieté vive et douce, une sérénité d'ame, une aménité de mœurs qui faisoient disparaître la vieillesse, ou ne la faisoient voir qu'avec cette espèce d'attendissement qui suppose bien plus que du respect. Libre de passions, et sans autres liens que ceux de l'amitié, il étoit plus à ses amis qu'à lui-même. Il a passé sa vie dans une société dont il faisoit les délices : société douce, quoique intime, que la mort seule a pu dissoudre. Ses ouvrages portent l'empreinte de son caractère : plus un homme est honnête, et plus ses écrits lui ressemblent. M. de Mirabaud joignoit toujours le sentiment à l'esprit, et nous aimons à le lire, comme nous aimions à l'entendre; mais il avoit si peu d'attachement pour ses productions, il craignoit si fort et le bruit et l'éclat, qu'il a sacrifié celles qui pouvoient le plus contribuer à sa gloire. Nulle prétention, malgré son mérite éminent; nul empressement à se faire valoir, nul penchant à parler de soi; nul désir, ni apparent, ni caché, de se mettre au-dessus des autres. Ses propres talens n'étoient à ses yeux que des droits qu'il avoit acquis pour être plus modeste.» (Discours de M. de Pufon à l'académie Françoise.) Ajoutons quelques traits à ce portrait. Son âme droite et ferme ne se corrompit ni ne s'affoiblit auprès des grands. Un ministre, qu'il avoit presque élevé, (le comte d'Argenson) lui ayant trop fait attendre une grace, il alla le trouver à son audience, et lui dit : *Monsieur, je viens vous dire publiquement que je suis très-mécontent de vous*. Le ministre convint qu'il avoit tort, et lui accorda, sans délai, ce qu'il demandoit. *Mirabaud* s'est fait un nom par les deux ouvrages suivans : I. *Traduction de la Jérusalem délivrée du Tasse*, 2 vol. in-12, plusieurs fois réimprimée. C'étoit la plus élégante avant celle de M. le Brun, qui a paru en 1776. Les graces du poète Italien sont fort affoiblies par *Mirabaud*. Le traducteur a effacé de l'original, tout ce qui auroit pu 308 MIR déplaire dans sa copie; mais il a poussé cette liberté un peu loin, et il a mieux su retrancher les défauts, qu'imiter les beautés. II. Roland furieux, Poème traduit de l'Arioste, 1741, en quatre vol. in-12. Dans cette version Mirabaud a supprimé des octaves entières. Il a rendu le sens de son auteur, mais rarement ses graces. Ce molle et facetum de l'Arioste, cette urbanité, cet atticisme, cette bonne plaisanterie répandue dans tous ses chants, n'ont été, dit Voltaire, ni rendus, ni même sentis par Mirabaud, qui ne s'est pas douté que l'Arioste railloit de toutes ses imaginations. Sa traduction est précédée d'une Vie de l'Arioste, d'un jugement sur cet auteur, et sur quelques-uns des traducteurs qui l'avoient précédé. (On a mis sous le nom de cet académicien, après sa mort, un Cours d'Athéisme, sous le titre de Système de la Nature, 1770, en 2 vol. in-8°, qui n'est qu'un réchauffé du Spinosisme. Il est inutile d'avertir que cette insolente Philippine contre Dieu, attribuée peut-être témérairement à un académicien de Berlin, n'est pas de Mirabaud.) III. On a encore de lui, une petite brochure, in-12, sous ce titre : Alphabet de la Fée Gracieuse, 1734. I. MIRABEAU, (Victor Riquetti, marquis de) d'une ancienne famille de Provence, originaire de Naples, mort en 1790, a été l'un des principaux chefs des économistes. Son ouvrage, intitulé l'Ami des Hommes, publié en 1755, en 3 vol. in-12, commença sa réputation. Le style en est diffus, incorrect, néologique, et quelquefois confus. Mais au milieu de ce désordre, on voit briller des idées utiles et lumineuses; on y trouve de grandes connaissances sur l'économie rurale et politique, des vues judicieuses sur les principaux intérêts de la société, et une certaine adresse à rapprocher l'état actuel de nos mœurs avec ce qu'elles ont été autrefois, et ce qu'elles devroient être aujourd'hui. Cet ouvrage, traduit en italien, a été imprimé à Venise, en 1784. Sa Théorie de l'Impôt, in-12, qu'il mit au jour en 17..., offre plusieurs idées saines sur les finances, mêlées de quelques paradoxes; mais comme ce n'étoit pas le moment de les publier, et que l'auteur avoit trop peu ménagé les financiers, il fut enfermé à la Bastille. Il avoit déjà écrit contre les corvées, et en faveur des administrations provinciales; et malgré le défaut et l'irrégularité de la diction et des idées, il sema dans le public des germes précieux, dont quelques-uns furent étouffés, et dont d'autres ne tardèrent pas d'éclore. Presque tous ses écrits ont été réunis à la suite de l'Ami des Hommes, qui avec ces additions forment 8 vol. in-12. Il faut en excepter celui intitulé : Hommes à célébrer, pour avoir bien mérité de leur siècle et de l'humanité, par leurs écrits sur l'économie politique. Cet ouvrage, envoyé par l'auteur au P. Boscowich son ami, a été publié par ce dernier en français à Bassano, en 2 vol. in-8°. Quant au caractère personnel de Mirabeau, Voy. l'article suivant.
II. MIRABEAU, (Honoré-Gabriel Riquety, comte de) député de Provence aux états généraux, naquit en 1749. Une jeunesse impétueuse, des pas- sions ardentes, semèrent le commencement de sa vie d'agitations et de peines. Après avoir servi quelques années et fait la guerre de Corse, ses amis de plaisir lui firent naître l'idée d'épouser une riche héritière de la ville d'Aix, dont le mariage venoit d'être arrêté avec un autre. Mirabeau parvint à le faire rompre et à obtenir l'objet de ses vœux. Cette union ne fut ni paisible ni heureuse. Malgré une dot considérable que l'époux avoit touchée, les dépenses extrêmes auxquelles il se livra altérèrent sa fortune; et il s'endetta de trois cent mille livres. Pour arrêter ses écarts, son père le fit interdire par le Châtelet. Furieux, il quitta la capitale pour aller s'établir à Manosque, d'où une querelle particulière le fit enlever quelque temps après, et renfermer au château d'If en 1774. Transféré de là à celui de Joux en Franche-Comté, il obtint la permission de se rendre quelquefois à Pontarlier. Là, il connut Sophie le Monnier, femme d'un président au parlement de Besançon. Belle, jeune et spirituelle, Mirabeau ne la vit pas sans émotion, sans ressentir l'amour le plus vif, et il se sauva en Hollande avec elle. Condamné à avoir la tête tranchée pour ce rapt, il eut probablement fini ses jours loin de sa patrie, si un suppôt de la police ne l'eût arrêté en 1777, et ramené en France. Fermé alors au château de Vincennes, il y resta jusqu'au mois de décembre 1780; à cette époque, la liberté lui fut rendue; et le premier acte qu'il en fit fut de réclamer devant les tribunaux sa femme, qui refusait de se réunir à lui. Il plaida lui-même sa cause au parlement d'Aix, en présence de l'Archiduc de Milan; mais, malgré toute son éloquence, il perdit son procès, et sa femme obtint sa séparation. La révolution Françoise vint offrir à Mirabeau un aliment immense à son activité. Rejeté au moment des élections par la noblesse de Provence, il loua un magasin, et y mit cet écriteau: Mirabeau marchand de draps, et se fit élire député du tiers-état d'Aix. La cour de Versailles, qui commençoit à le redouter, l'appela dès-lors le Comte Plébien. On dit même que la connoissance de ses intrigues en Provence ayant alarmé le commandant de cette province, le gouvernement voulut un moment le faire arrêter pour l'exiler aux Indes; ce qui eût pu changer la révolution. Dès son entrée aux états, on le vit annoncer l'envie d'y jouer un grand rôle, l'ambition d'y faire du bruit, et les plus sinistres projets. Le jour de l'ouverture, en considérant le monarque couvert des diamans de la couronne, il dit à ses voisins: Voilà la victime. Il ne tarda pas à s'emparer de la tribune, et à y discuter, comme en se jouant, les questions les plus importantes de l'organisation sociale; il desiroit dans le principe se faire assez redouter pour conquérir une place dans le ministère, mais la cour eut la mal-adresse de ne point contenter son ambition. Alors il n'avoit jamais conçu la possibilité d'établir une démocratie dans un état aussi immense que la France. « Sa pénétration, dit Mallet du Pan, jugea bien vite cette cohue des communes, dont l'inexpérience, la pétulance et la vanité alloient briser la monarchie, en croyant la réparer. L'instinct et les principes ramenoient sans cesse vers la cour un homme dont les lu- mières égaloient les vices, et qui eût fait très-peu de cas des succès d'un démagogue, s'ils n'eussent pas dû le conduire aux honneurs et au profit du gouvernement. » Après la séance du 23 juin, M. de Brezé ayant apporté à l'assemblée l'ordre de se séparer, Mirabeau lui répondit : « Allez dire à votre maître que nous ne quitterons nos places que par la force des baïonnettes. » Et, à l'instant il fit prononcer l'inviolabilité des députés. Bientôt, on le vit concevoir le projet de la formation des Gardes nationales, obtenir le renvoi des troupes qui s'avançoient vers la capitale, par une adresse qui est un modèle d'éloquence, rejeter l'idée de la banqueroute, proposer de nationaliser la dette publique, soutenir le *véto* suspensif, en finissant son opinion par ces mots remarquables : *Si le roi n'a pas ce véto, j'aimerais mieux vivre à Constantinople qu'à Paris.* Cet orateur se fit entendre sur la propriété des biens du clergé, qu'il considéra comme appartenans à la nation, sur l'émission des assignats, sur le droit de la paix et de la guerre, qu'il regarda comme inhérent au pouvoir exécutif, sur la constitution civile du clergé, qu'il attaqua, en disant : *Je crains bien que cette constitution civile n'altère la nôtre.* Il parla sur la question de la régence, sur celle de la succession au trône; enfin, sur la propriété des mines. Avec le talent d'éblouir la multitude, et sur-tout de tout brouiller, il sembla se plaire à allumer des volcans pour en arrêter ensuite les irruptions; aussi, si dès le commencement de la session, on l'accusa d'avoir pris part aux troubles du 6 octobre, et d'avoir contribué à faire insurger la capitale; sur la fin, il s'éleva contre les Jacobins, et annonça qu'il dévoileroit les faettieux par-tout où il les verroit agir. Ce dernier discours parut être son arrêt de mort. Frappé d'une maladie subite, et qui ne fut pas de longue durée, tous les partis s'accusèrent mutuellement de l'avoir fait empoisonner. Le 2 avril 1791, à huit heures du matin, Mirabeau cessa de vivre; et l'ouverture de son corps ne présenta, suivant le rapport des médecins, aucun indice de poison. Il étoit alors âgé de 42 ans, et avoit conservé jusqu'à l'instant de sa mort toute sa tête et sa fermeté; le matin même, il avoit écrit ce billet : *Non, il n'est pas difficile de mourir.* On lui fit de pompeuses obsèques; jamais la capitale n'avoit vu de cérémonie plus lugubre, plus majestueuse. Tous les spectacles furent fermés; les députés, les ministres, les membres de toutes les autorités formèrent un cortège qui tenoit plus d'une lieue, et dont la marche dura 4 heures. Son corps transporté au Panthéon, et placé à coté de celui de Descartes, en fut retiré par ordre de la convention, en 1792, et dispersé par le peuple, qui brûloit au même instant son buste à la place de Grève; comme celui d'un ennemi de l'état, qui avoit eu des intelligences avec la famille royale. Ainsi Mirabeau vérifia ce qu'il avoit dit lui-même, qu'il n'y avoit pas loin du Capitole à la roche Tarpétienne; et que ce même peuple qui l'encensoit, auroit eu autant de plaisir à le voir pendre. Sa taille étoit ordinaire, son visage défiguré par les traces de la petite vérole. Sa tête, ombragée d'une forêt de cheveux, lui donnoit quelque ressemblance au lion. Sans un orgueil extrême, qui lui fit tout braver, ses talens, quoique grands, auroient en bien moins d'éclat. Mais pour bien apprécier cet homme célèbre, peint si diversement par les différens partis, il est intéressant de rapporter ce qu'en ont dit la Harpe et un autre écrivain, qui paroît l'avoir bien connu. « Mirabeau, dit le premier, étoit né avec une ame ardente et forte, un génie puissant et flexible, une vivacité d'imagination qui ne nuisoit en rien à la justesse des idées. Un penchant effréné pour le plaisir, joint à la plus grande facilité pour le travail, et un tempérament robuste, capable de suivre en même temps et au travail et au plaisir, une activité de pesées qui sembloit déverer tous les objets, et une promptitude de mémoire qui les embrassoit tous. Né d'un père qui avoit de l'esprit et des connoissances, son éducation fut soignée comme elle pouvoit l'être alors. Mais les hommes tels que lui font toujours la leur; et son caractère et les circonstances lui procurèrent bientôt la plus rude, mais aussi la plus instructive de toutes, celle du malheur. Son premier ennemi fut son père. Écrivain législateur et homme à systèmes, il avoit jeté quelques idées utiles sur l'économie rurale et sur l'impôt dans de gros ouvrages, remplis d'ailleurs du plus ridicule fatras. Fier comme gentilhomme, et vain comme auteur, il s'enorgueillissoit d'être un des chefs de la secte économiste, conjointement avec Quesnai, Turgot, Dupont, Roubaud, qui avoient infiniment plus de principes et de mérite que lui, et qui écrivoient beaucoup mieux. Entêté et inconséquent, comme les gens médiocres, il détérioroit systématiquement ses terres, en se flattant d'enrichir l'état par sa théorie, et tyrannisoit sa famille en prêchant la liberté politique; unissant, par un mélange assez commun, tous les préjugés de la féodalité, qui étoient dans son cœur, avec tout l'étalage des maximes philosophiques, qui n'étoient que sous sa plume. Cet homme impérieux et bizarre aperçut bien vite dans la jeunesse de son fils, et dans le premier développement de ses facultés, un esprit d'indépendance dont il fut blessé, et une supériorité de talens qui menagoit sa vanité. Si c'eût été un citoyen et un père, il eût pensé comme ces anciens républicains, dont le premier veu étoit d'être surpassés par leurs fils; mais l'orgueil du rang et des opinions n'en avoit fait qu'un despote. Il fut jaloux, et le fut à l'excès. Il devint un vrai tyran, en refusant à son fils l'honnête nécessaire, en traitant avec une sévérité outrée des erreurs de jeunesse, en lui montrant sans cesse la rigueur d'un juge, l'autorité d'un père et la sombre défiance d'un ennemi. Enfin, en lui fermant absolument son ame, il révolta celle d'un jeune homme fier et sensible, qui avoit la connoissance raisonnée de ses droits, et déjà le premier sentiment de ses forces. Au lieu de prendre les arrangements convenables, qu'une grande richesse mettoit à sa disposition, pour payer les dettes de son fils, il parut désirer en secret d'enchaîner le génie de ce jeune homme par des embarras de fortune; et sa conduite dans la malheureuse aventure de Mad. le Mynier fait juger que son père ne vit dans une faute excusable par toutes ses circonstances, qu'une occasion de le perdre à jamais, et de l'ensevelir dans la nuit des cachots... » C'est dans les discours qu'il prononça lors de son élection comme député, que fut annoncée la destruction prochaine de la féodalité. J'ai été, dit-il, dans l'un de ses discours, je suis, je serai jusqu'au tombeau l'homme de la liberté publique. Malheur aux ordres privilégiés, si c'est là plutôt être l'homme du peuple que celui des nobles; car les privilèges finiront, mais le peuple est éternel. Son patriotisme ne se soutint pas long-temps, si l'on en croit l'un de ses collègues. « Mirabeau, dit-il, avoit un grand caractère, des talens rares, quelquefois sublimes; un choix unique d'expressions, une connoissance profonde de la tactique du cœur humain; mais il étoit despote par essence, et s'il eût gouverné un empire, il eût surpassé Richelieu en orgueil, et Mazaria en politique. Naturellement bilieux, la moindre résistance l'enflammoit; et lorsqu'il sembloit le plus irrité, ses expressions en acquéroient plus d'élégance et d'énergie. Grand comédien, son organe et son geste ajoutoient un nouvel intérêt à tout ce qu'il c'soit... » Pourquoi cet homme extraordinaire a-t-il changé si fréquemment de liaisons de clubs? pourquoi se montroit-il ouvertement l'ennemi de la Fayette, lorsqu'il étoit reconnu pour son agent secret? ... » Quel étoit donc le patriotisme d'un homme qui a joué tant de rôles divers à la fois; qui, sortant de présider les Jacobins, alloit diriger Montmorin dans son choix? Mirabeau fut toute sa vie le plus immoral des hommes; mauvais fils, exécrable mari, brutal amant, maître impérieux. Son caractère tantôt lâche, tantôt sévère, n'avoit pas même de fixité. Son sentiment prédominant fut l'orgueil, son tempérament étoit irascible; et ce fut souvent à ces deux causes que l'on dut les lueurs vives de patriotisme qu'il a fait éclater dans quelques circonstances épineuses, et qui lui ont valu tant de célébrité. On les doit aussi à son goût pour l'intrigue, sur-tout à ses besoins pécuniaires; de sorte que ces éclairs brillans de génie, ces expressions de sentiment, qui auroient honoré l'homme le plus vertueux, n'étoient pour ce profond machiavélist qu'une marchandise. Mirabeau, dans un an, a pavé des dettes immenses, acheté des terres, des meubles, une bibliothèque précieuse, celle de Buffon, et a tenu un grand état. Ses plaisirs mêmes, quoique peu délicats, étoient fort chers; et comme il ne négligeoit aucun genre d'accaparement, il distribuoit d'abondantes aumônes sans être humain ni dévot... Cet homme vigoureux, mais corrompu, n'avoit point de secret, car il n'avoit aucun système; mais il servoit son intérêt et son orgueil aux dépens de tous les partis. Tantôt plébéien, tantôt patricien, tantôt républicain, tantôt despote, il vouloit se placer juste entre tous les événemens, pour profiter de ceux qui prévaudroient. C'est ainsi qu'avec une profonde astuce, il étoit devenu l'homme de tous les partis; et peut-être que, considérant la foiblesse du gouvernement, il se flattoit d'être un jour le protecteur de la France. » Le premier ouvrage de Mirabeau fut un Eloge du grand Condé, comparé avec *Scipion* l'Africain. Il le fit et le prononça à l'âge de 17 ans, dans la pension militaire de l'abbé *Chocquart*. D'autres écrits plus considérables suivirent bientôt celui-ci. Les principaux sont: I. *Histoire* de la monarchie Prussienne, sous *Frédéric le Grand*, 8 vol. in-4°, ouvrage annoncé avec emphase, et qui n'a pas soutenu sa première réputation. Ce n'est, en quelques endroits, qu'une compilation indigeste, qu'il avoit achetée du major *Mauvion*. II. *Collection* de ses travaux à l'Assemblée nationale, 1792, 5 vol. in-8°. Ce recueil sert à le faire connoître comme politique et comme orateur. On voit qu'il abondoit en mouvemens vehémens, en expressions originales, et savoit mêler le raisonnement aux images fortes; et par une logique sans sécheresse et cachée sous les formes de l'éloquence, développer ces vérités dont le cœur du commun des hommes n'a que le germe. Il triomphe dans tout ce qui pose sur les bases de la vérité, de la liberté et de la justice; mais dans les causes équivoques, il use des artifices de tous les rhéteurs, se jetant dans les hors-d'œuvre; combattant les objections foibles, et écartant les fortes, séduisant les simples par des ruses oratoires, rassurant les timides par le ton de l'assurance; enfin, s'emparant des esprits forts, tantôt par des terreurs alarmantes, tantôt par des illusions flatteuses. Il avoit certainement un grand talent; et ceux qui l'ont entendu n'ont pas eu tort de l'appeler le *Démosthène François*, le *Jupiter tonnant* de l'assemblée. Il gagne moins à la lecture; et l'écrivain est au-dessous de l'orateur. Mais la verbosité, l'impropriété des termes, l'incorrection du style, nuisent moins à celui-ci, et ajoutent quelquefois à son expression. *Mirabeau* avoit encore, comme orateur, comme improvisateur, le précieux avantage de la présence d'esprit. Il se possédoit lors même qu'on le croyoit en fureur; et il donna rarement prise sur lui à ses ennemis en passant la mesure tracée par les bienséances. Animé par des haines personnelles, il s'abandonnait facilement aux mouvemens qu'elles lui inspiroient, sans cependant se livrer aux invectives et aux injures. III. *Lettres originales* de *Mirabeau*, écrites du donjon de Vincennes, contenant tous les détails sur sa vie privée, ses malheurs et ses amours avec *Sophie Ruffey*, marquise de *Monnier*, 4 vol. in-8°, 1792. Parmi quelques négligences de diction et des fautes de goût, on voit briller dans ces lettres des beautés de toute espèce. Comme ouvrage de sentiment, c'est le seul qui peut être comparé, pour la vraie chaleur et la sensibilité, aux plus belles lettres de la *Julie* de *Rousseau*. IV. *Histoire* secrète de la cour de Berlin, 2 vol. in-8°, libelle qui fut brûlé par la main du bourreau. V. *Des Lettres de Cachet*, in-8°. Il parut en 1777, après dix-huit mois de détention de l'auteur au donjon de Vincennes. L'ouvrage est beaucoup trop diffus; mais il y prouve avec énergie que ni la justice, ni le droit naturel, ni notre droit public ne permettoient d'attenter à la liberté individuelle sans un jugement légal, et que les lettres de cachet étoient non-seulement tyranniques, mais impuissantes et inutiles dans leurs effets. VI. Diverses brochures relatives à des matières de politique 314 MIR et d'administration, telles que le premier cahier de la Galerie des Etats généraux, où il traça lui-même son portrait sous le nom d'Iramba, l'Essai sur le despotisme, dont la troisième édition est de 1792, le Gazetier dévalisé, le Mémoire sur les actions de la compagnie des eaux de Paris; écrit virulent, auquel Beaumarchais répondit; la Théorie de la Royauté d'après la doctrine de Milton; les Mémoires sur l'établissement de la banque de Saint-Charles, l'Ordre de Cincinnatus, la caisse d'escompte, l'agiotage, etc. Mirabeau eut un style plus lourd dans ce dernier opuscule que dans les autres. On rit de le voir attaquer les agioteurs, dont on croyait qu'il avait souvent partagé les bénéfices : ce qui lui mérita cette épigramme de Rivarol : Paisse ton homélie, ô pesant Mirabeau, Assommer les fripons qui gèrent nos affaires! Un voleur converti doit se faire bourreau, Et prêcher sur l'échelle en pendant ses confrères.
VII. Erotilia Bibliou, ouvrage licencieux et rempli d'obsécénités, où l'auteur a prétendu prouver que, malgré la dissolution de nos mœurs, les anciens, et sur-tout les Juifs, étoient beaucoup plus corrompus que nous. Il ne se répandit que quatorze exemplaires de la première édition de cet écrit; la police ayant fait saisir les autres. Nous passerons sous silence quelques autres ouvrages indécens et indignes d'être lus, le Libertin de qualité, le Rubicon et divers Mémoires satiriques contre son père, sa mère et son épouse.
III. MIRABEAU, (Boniface—Riquetti vicomte de) frère du précédent, colonel du régiment de Touraine, servit avec distinction en Amérique, et y acquit la croix de Saint-Louis et celle de Cincinnatus. Nommé député aux Etats généraux par la noblesse du Limousin, il s'opposa avec chaleur à la réunion des ordres; et lorsque le roi l'eut ordonnée, il brisa son épée en quittant sa chambre, déclarant que dès cet instant la monarchie étoit détruite. Il parla contre l'abus des pensions, l'envahissement des biens du clergé, et se déclara pour la liberté des opinions religieuses, à condition qu'il n'y auroit qu'un culte public; on le vit défendre ensuite les parlements de Metz et de Rennes, accusés d'incivisme. Au mois de juin 1790, son régiment, en garnison à Perpignan, s'étant mis en insurrection, Mirabeau se rendit dans cette ville pour tâcher de le faire rentrer dans le devoir; mais n'ayant pu en venir à bout, il partit, emportant les cravates des drapeaux. Cet enlèvement causa une rumeur excessive; il fut arrêté en route, et relâché par ordre de l'assemblée. Bientôt après, Mirabeau émigra, et leva une légion sous ses ordres, qui servit avec bravoure pendant toute la guerre, et accompagna ensuite le prince de Conde en Pologne. Il mourut à la fin de 1792, à Fribourg en Brisgau. La grosseur extraordinaire de ce député, et son penchant à boire, l'avoient fait surnommer Mirabeau-Tonneau. Sa physionomie étoit belle et pleine d'expression. Doué de beaucoup d'esprit naturel, toutes ses saillies étoient vives et piquantes. Son frère lui reprochant d'altérer trop souvent sa raison en buvant avec excès ; De quoi vous plaignez-vous, lui répondit-il, tout les vices de la famille, ne m'avez comme cadet, laissé que celui-là. Cette réponse rappelle ce mot du comte : Dans une autre famille, disoit-il, mon frère seroit regardé comme un mauvais sujet et un génie ; dans la nôtre, c'est un sot et un honnête homme. Ce dernier s'étoit battu et avoit reçu un coup d'épée ; le comte, qui ne passoit pas pour brave, vint le voir : Je vous remercie de votre visite, lui dit le blessé ; elle est d'autant plus gratuite, que vous ne me mettrez jamais dans le cas de vous en rendre une pareille. Le vicomte de Mirabeau a écrit, au commencement de la révolution, une foule de chansons et de petites satires contre les changements qui s'opéroient ; plusieurs furent insérées dans le journal qui prit le nom d'Actes des Apôtres. La plus saillante, est intitulée : Lanterne magique.
MIRABELLA, (Vincent) mort à Motica en Sicile, en 1674, étoit d'une famille originaire de France. Il s'est fait un nom par une Histoire fort rare, même en Italie, de l'ancienne Syracuse. Elle fut imprimée à Naples, en 1613, in-folio, sous ce titre : Dichiarazione della pianta delle antiche Syracuse. L'auteur y explique avec sagacité plusieurs médailles relatives à cette ville, et y donne la liste et l'histoire des princes qui l'ont possédée. On le trouve aussi dans l'Antica Syracuse de Bonanni, Palerme, 1717, deux volum. in-folio.
MIRAMION, (Marie Bonneau, dame de) née à Paris, le 2 novembre 1629, de Jacques Bonneau, seigneur de Rubelle, fut mariée, en 1645, à Jean-Jacques de Beauharnois, seigneur de Miramion, qui mourut la même année. Sa jeunesse, sa fortune et sa beauté la firent rechercher, mais inutilement, par tout ce qu'il y avoit de plus distingué et de plus aimable. Bussi-Rabutin, violemment amoureux d'elle, la fit enlever. La douleur qu'elle en éprouva, la jeta dans une maladie qui la conduisit presqu'au tombeau. Dès qu'elle eut recouvré sa santé, elle l'employa à visiter et à soulager les pauvres et les malades. Les guerres civiles de Paris augmentèrent le nombre des misérables de cette grande ville. Mad. de Miramion, touchée de leurs malheurs, vendit son collier, estimé vingt-quatre mille livres, et sa vaisselle d'argent. Elle fonda ensuite la maison du Refuge pour les femmes et les filles débauchées qu'on enfermeroit malgré elles ; et la maison de Ste-Pélagie, pour celles qui s'y retireroient de bonne volonté. En 1661, elle établit une Communauté de douze filles, appelée la Sainte Famille, pour instruire les jeunes personnes de leur sexe, et pour assister les malades. Elle la réunit ensuite à celle de Sainte-Geneviève, qui avoit le même objet. Ses bienfaits méritèrent qu'on donnât à ces filles le nom de Dames Miramionnes. Elle fonda, dans sa maison, des Retraites deux fois l'année pour les dames, et quatre fois par an pour les pauvres. Cette communauté étoit une de celles de Paris, où le sexe recevait la meilleure éducation. Le dévouement héroïque et la profonde sagesse de Mad. de Miramion y subsistoient toujours, et de plus ses ver- tueuses disciples y exerçoient les devoirs de l'hospitalité. Les pauvres y étoient saignés, pansés et médicamente de leurs mains. Mad. de Miramion conduisit sa famille, avec une prudence et une régularité admirables. Elle fit un grand nombre d'autres œuvres de piété et de charité, et mourut saintement, le 24 mars 1696, à 66 ans. « Le roi, dit le duc de Saint-Simon, eut pour elle une grande considération; ainsi que les évêques et les magistrats; mais elle ne s'en servoit qu'avec réserve, et plutôt pour les autres que pour elle-même. » — Sa fille, mariée au président de Nesmond, et dont la maison étoit contiguë à la sienne, se fit un titre d'en prendre soin après sa mort. Devenue veuve, elle se fit dévote en titre d'office et d'orgueil, sans quitter le monde, qu'autant qu'il fallut pour vivre dans la réserve, sans s'ennuyer; elle s'étoit ménagée les amis de sa mère dès son vivant, et les eut bien cultiver après, sur-tout Mad. de Maintenon, dont elle se vantoit modestement. Ce fut la première femme de son état, qui ait fait écrire sur sa porte, Hôtel de NESMOND. On en rit, on s'en scandalisa; mais l'écriteau demeura, et est devenu l'exemple et le père de ceux qui de toute espèce, ont peu à peu inondé Paris. C'étoit une créature suffisante, aigre, altière, en un mot une franche dévote, et dont le maintien la découvroit pleinement. Dans ce cas-là, elle étoit l'opposé de sa mère, qui avoit autant de douceur que de sens et de jugement... L'abbé de Choisy a écrit la Vie de Mad. de MIRAMION, Paris, 1706, in-4°: elle est curieuse et édifiante. Les remèdes de Mad. de Miramion ont été souvent employés avec succès.
MIRANDE ou MIRANDOLÉ, Voy. PIC.
MIRAUMONT, (Pierre de) natif d'Amiens, fut conseiller en la chambre du Trésor à Paris, et lieutenant de la prévôté de l'Hôtel. Ses ouvrages sont: I. Origine des Cours Souveraines, Paris, 1612, in-8°. II. Mémoires sur la Prévôté de l'Hôtel, 1615, in-8°. III. Traité des Chancelleries, 1610, in-8°. Ils sont remplis d'érudition et de recherches curieuses. L'auteur mourut, en 1611, à 60 ans. I. MIRE, (Aubert le) MIRÆUS, naquit à Bruxelles, en 1573. Albert, archiduc d'Autriche, le fit son premier aumônier et son bibliothécaire. Le Mire étoit neveu de Jean LE MIRE, évêque d'Anvers. Il devint doyen de cette église en 1624, et travailla toute sa vie pour le bien de l'Eglise et de sa patrie. Il mourut à Anvers, le 19 octobre 1640, à 67 ans. « Le Mire, dit Baillet, doit en partie sa réputation aux matières qu'il a traitées, plutôt qu'à la forme qu'il leur a donnée. Quelque prévention qu'on ait pour son mérite, les personnes éclairées jugent qu'à la vérité il étoit actif, curieux et laborieux; mais peu exact, et quelquefois même peu judicieux. On a de lui: I. Elogia illustrium Belgii Scriptorum; Anvers, 1609, in-4°. Ce livre ne renferme que quelques circonstances et quelques dates de la vie de ceux dont il fait des éloges quelquefois outrés. » II. Vita Justi Lipsii, 1609, in-8°, et dans ses Eloges. III. Origines Benedictinæ, Cologne, 1614, in-8°. IV. Origines Carthusianæ norum, Cologne, 1609, in-8.* Le Mire a fait séparément l'Histoire de l'origine des différens ordres. Ensuite, il a recueilli les Origines Monastiques, en quatre livres en latin, Cologne, 1620; mais cet ouvrage est trop abrégé et assez peu soigné. V. Bibliotheca Ecclesiastica, 2 vol. in-folio, 1639—1649. Le P. Labbe dit que le Mire n'est riche que des dépouilles de Bellarmin, aux recherches duquel il n'a ajouté que quelques fautes. VI. Opera Historica et Diplomatica, etc. C'est un recueil de Chartres et de Diplomes sur les Pays-Bas. La meilleure édition est de 1724, 2 vol. in-folio, par Foppens, qui l'a enrichie de notes, de corrections et d'augmentations. Ce recueil a été augmenté de deux volumes de Supplément, 1734—1748. VII. Rerum Belgicarum Chronicon: ouvrage utile pour l'Histoire des Pays-Bas. VIII. De rebus Bohemicis, in-12.
IL MIRE, (Noël 10) né à Rouen, se distingua dans la gravure par la délicatesse de son burin, et le moëlleux de ses compositions. Outre un grand nombre d'Estampes particulières qu'on lui doit, il a orné de ses productions les belles éditions de Rousseau, de Voltaire, de Bocace, de la Fontaine et d'Ovide. Ses derniers ouvrages font partie de la belle collection, intitulée Galerie de Florence. Le Mire est mort au mois de floréal de l'an 9.
MIREPOIX, Voy. LEVIS.
MIREVELT, (Michel-Janson) peintre Hollandois, né à Delft en 1588, mort dans la même ville, en 1641, s'est adonné principalement au portrait, genre dans lequel il réussissait parfai- tement. Il a aussi représenté des Sujets d'Histoire, des Bambochades, et des Cuisines pleines de gibier: tableaux rares et recherchés, pour le bon ton de couleur, la finesse et la vérité de la touche. Il laissa un fils, son élève.
MIRIS, Voy. MIERIS.
MIRIWEYSS, fameux rebelle de Perse, qui, en 1722, se souleva contre le Sophi. Il étoit fils de cet émir, qui avoit enlevé la province de Candahar au Sophi, légitime souverain. Il prenoit le titre de Prince de Candahar. La religion avoit été le prétexte de la révolte de l'émir. Il n'avoit d'autre dessein, disoit-il, que d'obliger le Sophi à embrasser la doctrine de Mahomet, et à abjurer celle d'Ali. Son fils, qui commandoit un corps de douze cents hommes, remporta la première victoire sur le Sophi, le 8 mars 1722, et s'empara de la ville d'Ispahan. Il s'y montra non-seulement un vainqueur cruel, mais un barbare violateur des traités que les rois de Perse ont faits avec les marchands de l'Europe, pour la sureté de leurs marchandises. Cette victoire accrédita le rebelle. Il se vit appuyé, en 1724, du Mogol et du Turc. Mais les affaires changèrent de face en 1725. La cour Ottomane ouvrit les yeux sur les desseins de l'usurpateur, retira ses troupes, et commença même d'agir contre lui. Miriweyss fit face à tout; il se défendit contre le Turc avec valeur, et remporta sur lui plusieurs avantages. Mais au milieu de ses succès, Eschrepchan, fils de sa femme, que le rebelle avoit enlevée à son mari légitime, (prince d'une partie de la province de Candahar) irrité 318 MIR de cette insulte, le tua au mois d'octobre 1725.
MIRKHOND, auteur Persan, a écrit une Histoire estimée de son pays. Il vivoit dans le 17$^{e}$ siècle.
MIROFLÈDE, *Voyez INGO-BERGE.*
MIRON, (Charles) célèbre évêque d'Angers, fils du premier médecin du roi *Henri III*, fut nommé par ce prince à l'évêché d'Angers, en 1588, à l'âge de dix-huit ans. Il s'en démit, et après avoir vécu long-temps simple ecclésiastique, le cardinal de *Richelieu* le fit nommer de nouveau évêque d'Angers, en 1621. *Louis XIII* le transféra, en 1626, à l'archevêché de Lyon, où il mourut, le 6 août 1628, le plus ancien prélat de France, après avoir joui d'une réputation qui est aujourd'hui presqu'entièrement éteinte. C'étoit un homme d'un génie remuant et inquiet. Étant évêque d'Angers, il s'étoit élevé fortement contre les appels comme d'abus, et avoit ex-communié l'archidiacre de sa cathédrale, pour s'être servi de ce moyen contre les procédures de ce prélat; mais le parlement de Paris, par arrêt de l'an 1623, l'obligea à révoquer cette excommunication, et lui défendit de procéder à l'avenir par de telles voies. — Il y a eu du même nom deux prévôts des marchands de Paris. Le premier, (*François*) mort en 1609, magistrat intègre et zélé, acheva l'hôtel de ville, et s'opposa, en 1605, à la suppression des rentes sur cet hôtel. Le second, (*Robert*) frère du précédent, mourut en 1641, à soixante et douze ans, intendant du Languedoc.
MIROWITSCH, (Basile) descendoit d'un père Russe, qui avoit suivi le parti du cosaque *Mazeppa*, lorsqu'il prit les armes pour *Charles XII*, roi de Suède, contre le czar *Pierre I*. Ses biens avoient été confisqués, et *Basile* les réclama avec chaleur auprès de l'impératrice *Catherine II*. N'ayant pu les obtenir, il chercha à tirer le prince *Iwan* de sa prison, pour le mettre à la tête d'un parti. Sa tentative ne servit qu'à faire tuer le prince par ses gardiens, et à le faire arrêter lui-même. *Mirowitsch* fut traduit devant une commission composée de cinq prélats, de cinq sénateurs et de plusieurs officiers généraux. Il parut devant elle avec tranquillité, dans l'espoir, dit-on, d'obtenir sa grace; mais, il fut condamné à être décapité, et subit son jugement, le 26 septembre 1764.
MISÉRICORDE, (les FILLES de la) *Voyez MARIE-MAGDELEINE de la Trinité*, au n.$^{o}$ XXIII. MARIE et YVAN.
MISITHÉE, *Voy. III. GORDIEN.* Il étoit beau-père de cet empereur, qui se conduisit par ses conseils, et qui lui dut toute la prospérité de son règne. Il mourut l'an 243 de Jésus-Christ, et laissa par son testament tout son bien à la république, ou plutôt à la ville de Rome. On prétend que sa mort fut hâtée par *Philippe*, qui lui succéda dans la charge de préfet du prétoire, et qui fut depuis empereur. *Misithée* étoit attaqué d'une dyssenterie. Au lieu du remède que les médecins avoient ordonné, *Philippe* en fit substituer un autre, qui emporta le malade. On peut juger coupable de ce crime, dit *Crevier*, celui qui en recueillit le fruit.
MISRAIM, Voyez MEZ-^{}[] RAIM.
MISSION, (Maximilien) brilla d'abord au parlement de Paris en qualité de conseiller pour les Réformés. Après la révocation de l'édit de Nantes, il se retira en Angleterre, où il fut zélé Protestant : ce zèle tenoit beaucoup de la petitesse et de l'emportement. Il mourut à Londres, en 1721, dans un âge assez avancé. On a de lui : I. Un livre intitulé, *Nouveau Voyage d'Italie*, dont la meilleure édition est celle de la Haye, 1702, en 3 vol. in-12. Cet ouvrage, ainsi que tous les autres de *Misson*, est rempli de contes satiriques sur la croyance de l'Eglise Romaine, et sur quelques pratiques qui ne font pas le fonds de cette croyance. Il a plus fait de tort à son auteur, qu'à la religion Catholique. On y trouve d'ailleurs des choses curieuses, du savoir, et quelquefois de bonnes plaisanteries. Mais on lit peu ce *Voyage*, depuis que nous avons ceux de MM. Grosley, *Richard et Lalande...* *Addisson* l'a augmenté d'un quatrième vol., Paris, 1722, moins piquant que les trois premiers. Le P. *Labbat*, qui blâme si souvent *Misson* de chercher de bons mots, tâche pourtant d'être aussi plaisant que lui, et n'y réussit pas toujours. II. *Le Théâtre sacré des Cèvènes*, ou *Récit des Prodiges arrivés dans cette partie du Languedoc*, et des petits Prophètes ; Londres, 1707, in-8. Le reproche de crédulité et de faux zèle, qu'on a fait à l'ouvrage précédent, doit être encore appliqué à celui-ci. *Misson* étoit né avec beaucoup d'esprit et de raison ; mais le fanatisme changea ces qualités en enthousiasme et en délire. III. *Mémoires d'un Voyageur en Angleterre*, in-12, la Haye, 1698.
MITHRIDATE, dit *Eupator*, roi de Pont, monta sur le trône dans sa 12$^{e}$ année, la 123$^{e}$ avant Jésus-Christ, après la mort de son père *Mithridate Evergète* ou *le Bienfaisant*. Confié à des tuteurs ambitieux, il se précautionna contre le poison qu'ils auroient pu lui donner, en faisant usage tous les jours des venins les plus subtils. La chasse et les autres exercices violens occupèrent sa jeunesse ; il la passa dans les campagnes et dans les forêts, et y contracta une dureté feroce, qui dégénéra bientôt en cruauté. *Laodice* sa sœur, femme d'*Ariarathe* roi de Cappadoce, avoit deux enfans qui devoient héritier du trône de leur père : *Mithridate* les fit périr avec tous les princes de la famille royale, et mit sur le trône un de ses propres fils, âgé de huit ans, sous la tutelle de *Gordius*, l'un de ses favoris. *Nicomède* roi de Bithynie, craignant que *Mithridate*, maître de la Cappadoce, n'envahit ses états, suborna un jeune homme, afin qu'il se dit troisième fils d'*Ariarathe* ; et envoya à Rome *Laodice*, qu'il avoit épousée après la mort du roi de Cappadoce, pour assurer le sénat qu'elle avoit eu trois enfans, et que celui qui se présentoit étoit le troisième. *Mithridate* usa du même stratagème, et envoya à Rome *Gordius*, gouverneur de son fils, pour assurer le sénat, que celui à qui il avoit fait tomber la Cappadoce, étoit fils d'*Ariarathe*. Le sénat, pour les accorder, ôta la Cappadoce à *Mithridate*, et la Paphlagonie à Nicomède, et déclara libres les peuples de ces deux provinces. Mais les Cappadociens, ne voulant pas jouir de cette liberté, choisirent pour roi Ariobarzane, qui dans la suite s'opposa aux grands desseins que Mithridate avoit sur toute l'Asie. Telle fut l'origine de la haine de ce roi de Pont contre les Romains. Il porta ses armes dans l'Asie mineure et dans les colonies Romaines, et y exerça par-tout des cruautés inouies. Pour mériter de plus en plus la haine de Rome, il fit égorger, contre le droit des gens, tous les sujets de la république établis en Asie. Plutarque fait monter le nombre des victimes à cent cinquante mille; Appien le réduit à quatre vingt mille. Plutarque n'est pas croyable, et Appien même exagère. Il n'est pas vraisemblable que tant de citoyens Romains demeurassent dans l'Asie mineure, où ils avoient alors très-peu d'établissements. Mais, quand ce nombre seroit réduit à la moitié, Mithridate n'en seroit pas moins abominable. Tous les historiens conviennent que le massacre fut général, que ni les femmes ni les enfans ne furent épargnés. Aquilus, personnage consulaire, chef des commissaires Romains, fait prisonnier par le vainqueur, fut conduit à Pergame, où il lui fit verser de l'or fondu dans la bouche, pour venger, disoit-il, les Pergamiens de l'avarice des Romains. Sylla, envoyé contre lui, remporta, proche d'Athènes, une première victoire sur Archélaüs, l'un des généraux de Mithridate. Une autre défaite suivit de près celle-là, et fit perdre au roi de Pont, la Grèce, la Macédoine, l'Ionie, l'Asie, et tous les autres pays qu'il s'étoit sou- mis. Il perdit plus de deux cent mille hommes dans ces différens combats. Aussi malheureux sur mer que sur terre, il fut battu dans un combat naval, et perdit tous ses vaisseaux. Toute la Grèce rentra sous l'obéissance des Romains. Plusieurs peuples d'Asie, irrités contre le monarque vaincu, secouèrent son joug tyrannique. Cette suite d'adversités diminua l'orgueil de Mithridate; il demanda la paix, et on la lui accorda l'an 84 avant J. C. Les articles du traité portoient qu'il payeroit les frais de la guerre, et qu'il se borneroit aux états dont il avoit hérité de son père. Le roi de Pont ne se hâta point de ratifier ce traité ignominieux. Il travailla sourdement à se faire des alliés et des soldats; il eut l'un et l'autre. Ses forces, jointes à celles de Tigrane roi d'Arménie, son beau-père, formèrent une armée de 140,000 hommes de pied, et de 16,000 chevaux. Il conquit sur la république toute la Bithynie, et avec d'autant plus de facilité, que, depuis la dernière paix faite avec lui, on avoit rappelé en Europe la meilleure partie des légions. Lucullus, consul cette année, vole au secours de l'Asie. Mithridate assiégeoit Cyzique dans la Propontide: le consul Romain, par un dessein nouveau, l'assiégea dans son camp. La famine et la maladie s'y mirent bientôt, et Mithridate fut obligé de prendre la fuite. Une flotte qu'il envoyoit en Italie, fut détruite dans deux combats, l'an 87. Désespéré de la perte de ses forces maritimes, il se retire dans le sein de son royaume: Lucullus l'y poursuit, et y porte la guerre. Le roi de Pont le battit d'abord dans deux combats; mais il fut entièrement vaincu vaincu dans un troisième. (Voy. III. BÉRÉNICE et MONOPHILE.) Il n'évita d'être pris que par l'avidité des soldats Romains, qui s'amusèrent à dépouiller un mullet chargé d'or, qui se trouva près de lui par hasard; ou plutôt à dessein, si l'on en croit Cicéron, qui compare cette fuite de Mithridate à celle de Médée. Le vaincu, désespérant de sauver des états, se retira chez Tigrance, qui ne voulut pas le voir, de peur d'irriter les Romains. Ce fut alors que, dans la crainte que les vainqueurs n'attentassent à l'honneur de ses femmes et de ses sœurs, il leur envoya signifier de se donner la mort. Monique, une de ses femmes, essaya de s'étrangler avec son bandeau royal, et ne pouvant y réussir, elle présenta son sein au fer des satellites. Glabrio ayant été envoyé à la place de Lucullus, ce changement fut très-avantageux à Mithridate, qui recouvra presque tout son royaume. Pompée s'offrit pour le combattre, et le vainquit auprès de l'Euphrate, l'an 65 avant Jésus-Christ. Il étoit nuit quand les deux armées se rencontrèrent; la lune éclairoit les combattants; comme les Romains l'avoient à dos, elle alongeoit leurs ombres: de façon que les Asiatiques, qui les croyoient plus proches, tirèrent de trop loin, et usèrent vainement leurs flèches. Mithridate, intrépide dans ce décongrément général, s'ouvrit un passage à la tête de huit cents chevaux, dont trois cents seulement échappèrent avec lui. Tigrance, auquel il demanda un asile, le lui ayant refusé, il passa chez les Scythes, qui le reçurent avec plus d'humanité que son beau-père. Assuré de leur attachement, il forma des pro- jets plus dignes d'un grand cœur que d'un esprit sage. Il se proposa de pénétrer par terre en Italie, avec les forces de ses nouveaux alliés, et d'aller attaquer les Romains dans le centre de leur empire. Il fut bientôt détrompé des espérances qu'il avoit conçues si légèrement: les soldats épouvantés refusèrent de s'exposer de nouveau. Dans cette extrémité, il envoya demander la paix à Pompée, mais par des ambassadeurs. Le général Romain auroit voulu qu'il l'eût demandé lui-même en personne, et toutes ses pères furent inutiles. Le désespoir prit alors chez lui la place d'un vain désir de paix: il ne pensa plus qu'à périr les armes à la main. Mais ses sujets, qui aimoient plus la vie que la gloire, proclamèrent roi Pharaace son fils. Ce père infortuné lui demande la permission d'aller passer le reste de ses jours hors de ses états qu'il lui ravit. Le fils dénaturé lui refuse cette dernière consolation, et prononce contre l'auteur de sa vie ces horribles paroles: QU'IL MEURE! Mithridate, pour comble d'horreur, les entend sortir de la bouche de son fils; et transporté de douleur et de rage, il lui répond par cette imprécation: Puisses-tu ouïe un jour de la bouche de tes refons, ce que la treure prononce maintenant contre son père!... Il passe en uite tout furieux dans l'appartement de la reine, lui fait avaler du poison et en prend lui-même; mais le trop fréquent usage qu'il avoit fait des antidotes, et surtout le celui qui porte son nom, en empêcha l'effet. Le fer dont il se frappa a l'instant d'une main calique et mal assurée, ne l'ayant blessé que légèrement; 322 MIT un officier Ghulois lui rendit, à sa prière, le funeste service de l'achever, l'an 64 avant Jésus-Christ. Ce malheureux prince avoit quelque chose de la férocité d'*Annibal*; mais il avoit aussi beaucoup de son courage. Maître d'un grand état, tourmenté d'une ambition sans bornes, joignant à beaucoup de valeur, du génie et de l'expérience, actif et capable des plus vastes desseins, il auroit fait trembler Rome, s'il n'avoit eu à combattre les *Sylla*, les *Lucullus* et les *Pompée*. Il soutint vingt ans la guerre contre les Romains à diverses fois, et la dernière dura onze années. Il cultiva les lettres au milieu de la guerre, et il les auroit protégées dans la paix; mais il ne fut presque jamais tranquille.
MITOUARD, (N.) de l'académie de Madrid, démonstrateur de chimie, et premier apothicaire de *Louis XVI*, mourut en 1786. Il a publié peu d'ouvrages; mais, de concert avec *Macquer*, il a fait en chimie, plusieurs expériences utiles et curieuses, dont ce dernier fait mention dans ses écrits.
MIVION, habile ciseleur et orfèvre du pays de Liège, mort dans le 16$^{e}$ siècle, a fait la belle statue en argent de *St. Joseph*, que les connoisseurs admiroient dans l'église de *Saint-Lambert*, à Liège.
MIZAULD, (Antoine) en latin *Mizaldus*, médecin de la ville de Montluçon dans le Bourbonnois, au lieu d'exercer sa profession, s'appliqua aux mathématiques, à l'astrologie, et à la recherche des secrets de la nature. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages, peu dignes d'être tirés de l'oubli, s'ils ne renfermoient quelques traits curieux et singuliers, qu'il faut démêler à travers les mensonges, que lui dictoient une crédulité aveugle, et une démangeaison extraordinaire à débiter des faâs. Il a été très-bien peint dans ce vers : *Qualibet à quovis mendacia eredeo promptus.* *La Monnoie* dit «qu'il a fait en latin des fautes qu'on ne pardonneroit pas à un écolier de cinquième.» Ses principaux livres sont : I. *Phænomena*, *scu Temporum signa*, in-8$^{o}$; traduits en françois, sous le titre de *Mirouer du Temps*, 1547, in-8$^{o}$ II. *Planetologia*, in-4$^{o}$ III. *Cometographia*. IV. *Harmonia cælestium Corporum et humanorum*, traduit en françois par de *Montlyard*, 1580, in-8$^{o}$ V. *De arcanis Naturae*, in-8$^{o}$ VI. *Ephemerides Aëris perpetuae*, in-8$^{o}$ VII. *Methodica Pestis descriptio, ejus præcautio et salutaris curatio*; traduit en françois, 1562, in-8$^{o}$ VIII. *Opuscula de re medica*, Coloniae, 1577, in-8$^{o}$ IX. *Hortorum secreta... et auxilia*, 1575, in-8$^{o}$ etc. etc. Cet écrivain bizarre mourut à Paris en 1578, dans un âge avancé.
MNEMOSYNE, ou la Déesse MÉMOIRE. Jupiter l'aima tendrement, et eut d'elle les neuf *Muses*; elle en accoucha sur le Mont Piérius. Cette fable est philosophique. Les Déesses des beaux arts, toutes filles de Mémoire, prouvent que, sans mémoire, on ne peut nourrir son esprit, ni fortifier son jugement.
MNESTHÉE, *Voy.* MENES-THÉE.
MNESTHÉE, affranchi de l'empereur *Aurélien*, fut cause de la mort de son maître. *Voyez* AURÉLIEN.
MOAB, naquit de l'inceste de *Loth* avec sa fille aînée, vers l'an 1897 avant Jésus-Christ. Il fut père des Moabites, qui habitèrent à l'Orient du Jourdain et de la Mer-Morte, sur le fleuve Arnon. Les fils de *Moab* conquirent ce pays sur les geans *Enacim*; et les Amorrhéens, dans la suite, en reprirent une partie sur les Moabites.
MOAVIAS ou MOAVIA, général du calife *Othman*, vers l'an 643 de Jésus-Christ, fit beaucoup de conquêtes, et vengea la mort de ce prince. Il obtint le califat par la ruse ingénieuse d'*AMROU*: (*Voyez* ce mot.) Ce prince fut redoutable à l'empire d'Orient. Il avoit d'abord fait un traité avec l'empereur *Constant II*; mais il le rompit dès que son fils *Constantin-Pogonat* fut monté sur le trône. Il envoya, en 672, une puissante flotte pour assiéger Constantinople; le projet de ce siège fut moins inspiré par l'espoir du butin, dont il étoit cependant fort avide, que par la promesse du pardon général des péchés, accordé par *Mahomet* à ceux qui se rendroient maîtres de la capitale des *Césars*. Le siège, tantôt rallenti, tantôt poussé avec vigueur, dura sept années. Les détails en sont peu connus; mais on sait que deux choses contribuèrent beaucoup aux mauvais succès des Arabes. Ils abandonnaient chaque année leurs travaux au mois de sep- tembre, et hivernoient à Cyrique, dont ils s'étoient emparés; aussi les assiégés avoient le temps de réparer leurs brèches, et de remplir leurs magasins. En second lieu, le *Feu Grégcois*, inventé depuis peu par *Callinique*, (*Voyez* ce mot) leur fournit un nouveau moyen de défense. Après sept ans d'efforts inutiles, les Arabes levèrent le siège de Constantinople, et faute de vaisseaux, trente mille d'entre eux prirent par terre la route de la Syrie. Une tempête fracassa, sur les côtes de la Pamphilie, une partie des navires de ceux qui s'étoient embarqués; et trois généraux Grecs taillèrent en pièces l'armée de terre. Le calife *Moavias*, forcé de demander la paix, ne l'obtint qu'en payant à l'empereur d'Orient, un tribut annuel de trois mille livres d'or. Un nouvel ennemi le rendit plus facile à souscrire ce traité honteux. Des milliers de Chrétiens en Syrie abhorrant le joug des Sarasins, et ayant trouvé dans les rochers et les cavernes du mont Liban, un rempart contre leurs tyrans, et un asile pour la liberté, mirent à leur tête un riche citoyen, appelé *Joseph*, qui s'étoit emparé peu de temps avant de Biblos. Les Maronites (c'étoit le nom que portoient les Chrétiens du Liban,) remportèrent sous cet homme courageux et sous ses successeurs, divers avantages sur les Sarasins. *Movias* ne put leur opposer que des forces impuissantes; il mourut en 680, l'année qui suivit sa paix humiliante avec l'empereur d'Orient. Le califat jusqu'à lui avoit été électif, il le rendit héréditaire en faveur de son fils *Zezid*. C'est *Movias*, qui s'étant rendu maître de l'isle de 324 MOC Rhodes, l'année 667, fit briser le célèbre Colosse du *Soleil*, du sculpteur *Charès*, et en fit porter les morceaux à Alexandrie sur neuf cents chameaux... *Voyez* aussi l'article I. MAHOMET (le *Prophète*), vers la fin.
MOCENIGO, (Louis) noble Vénitien d'une famille illustre, qui a donné plusieurs doges à sa patrie, obtint cette dignité en 1570. Il se ligua avec le pape et les Espagnols, contre les Turcs qui avoient pris l'isle de Chypre. *Sébastien Veneri* commandoit les galères de la république; *Marc-Antoine Colonne*, celles de l'Église; et *Don Juan d'Autriche*, celles du roi d'Espagne. L'armée Chrétienne gagna la célèbre bataille de Lépante, le 7 octobre de l'an 1571. *Louis Mocenigo* mourut l'an 1576, après avoir gouverné avec beaucoup de prudence et de bonheur. — Un de ses descendants, *Sébastien MOCENIGO*, qui avoit été provéditur général de la mer, général de la Dalmatie, et commissaire plénipotentiaire de la république pour le règlement des limites avec les commissaires Turcs, fut élu doge le 28 août 1722, et soutint avec bonheur la gloire de son nom; il mourut en 1732. — Il y a encore en de cette famille, *André MOCENIGO*, qui vivoit en 1522, et qui fut employé dans les grandes affaires de la république, qu'il mania avec succès. On a de lui, deux ouvrages historiques: I. *De bello Turcarum*. II. *La Guerra di Cambrai*, 1500 et 1517; Venise, 1544, in-8.º L'auteur n'y flatte pas les puissances liguées contre Venise. L'abbé Dubos en a profité dans son *Histoire de la Ligue de Cambrai*.
MODEL, (N...) docteur en médecine, né à Neustadt en Franconie, passa en Russie l'an 1737. Il eut la direction des apothicaireries impériales, fut reçu dans plusieurs académies, et mourut à Pétersbourg le 2 avril 1775, à 64 ans. Il a publié plusieurs ouvrages de chimie et d'économie, que M. *Parmentier* a traduits en françois sous le titre de: *Récréations physiques, économiques et chimiques*, Paris, 1774, 2 vol. in-8.º
MODÈNE, *Voyez* ALPONSE D'EST... et les *TABLES Chronologiques*.
MODESTUS, abbé du monastère de Sainte-Théodose, puis évêque de Jérusalem en 632, est connu par des *Homelies* dont *Photius* a donné des extraits. Il dit dans la première, que *Marie-Magdeleine* étoit morte à Ephèse, où elle étoit allée trouver St. Jean-l'Évangéliste, après la mort de la *Sainte Vierge*. *Modestus* mourut l'an 633.
MODREVIUS, (André Fricins) secrétaire de *Sigismond-Auguste* roi de Pologne, au milieu du 16e siècle, avoit beaucoup d'esprit; mais il le déshonora, *décendo quæ non eportuit, scribendo quæ non licuit, agendo quæ non decuit*. Son traité *De la BÉFORME de l'État*, le fit chasser de Pologne et déponiller de ses biens. Il fut un malheureux vagabond, qui flotta toute sa vie entre les Sociniens et les Luthériens, et qui finit par être méprisé des uns et des autres. Il travailla beaucoup à réunir toutes les sociétés Chrétiennes en une même communion; et *Grotus* le compte entre les conciliateurs de religion. Son pri. sipal ouvrage, De Republicd emendanda, Basle, 1569, in-fol., est en cinq livres : le 1er traite de Moribus; le 2e de Legibus; le 3e de Bello; le 4e de Ecclesid; et le 5e, de Schold. L'esprit républicain dicta cet ouvrage; mais ce n'est pas toujours le goût qui l'a dirigé. Son traité De Originali peccato, 1562, in-4°, renferme beaucoup de choses hardies. I. MŒBIUS, (Godefroi) professeur de médecine à l'ène, né à Laucha en Thuringe, l'an 1611, devint premier médecin de Frédéric-Guillaume électeur de Brandebourg, d'Auguste duc de Saxe, et de Guillaume duc de Saxe-Weimar. Il mourut en 1664, à Hall en Saxe, âgé de 53 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages de médecine, qui décèlent un homme qui joignoit la théorie à la pratique, et qui avoit autant étudié la nature que les livres. Les principaux sont : I. Les fondemens Physiologiques de la Médecine, 1678, in-4°. II. De l'usage du Foie et de la Bile. III. Abrégé des Elémeus de Médecine, l'ène, 1690, in-folio; ouvrage superficiel. IV. Anatomie du Camphre, l'ène, 1660, in-4°. Tous ces ouvrages sont en latin. — Godefroi MŒBIUS, son fils, médecin comme lui, a donné Synopsis medicinae practicae, 1667, in-fol.
II. MŒBIUS, (George) théologien Luthérien, né aussi à Laucha en Thuringe, l'an 1616, fut professeur de théologie à Leipzig, et mourut, le 28 novembre 1697, à 81 ans. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages en latin. Le plus connu est son traité De l'origine, de la propagation, et de la durée des Oracles des Païens, contre Vandale. Le Père Baltus a profité de cet ouvrage, dans sa réfutation des Oracles de Fontenelle. On y remarque une grande étendue d'érudition. MŒNIUS, (Caius) célèbre consul Romain, vainquit les anciens Latins. Il fut le premier qui attacha, près de la Tribune aux harangues, les becs et les éperons des navires, qu'il avoit pris à la bataille d'Antium, l'an 338 avant Jésus-Christ : ce qui fit donner à cette Tribune le nom de Hostra.
MOERBECA, (Guillaume) né vers l'an 1215 à Meerbeeck, près de Ninove, dans le Brabant, se fit Dominicain, et fut disciple d'Albert le Grand. Il devint ensuite chapelain et pénitencier des papes Clément IV et Grégoire X. Celui-ci l'envoya au second concile général de Lyon, l'an 1274. Sa science et ses vertus furent récompensées par l'archevêché de Corinthe, (alors sous la domination des Vénitiens) et les honneurs du Pallium. Monté sur ce siège, il se consacra entièrement aux devoirs pastoraux, et à traduire des livres grecs en latin. On croit qu'il mourut avant la fin du 13e siècle. On a de lui, une Traduction latine du Commentaire de Simplicius sur les livres d'Aristote du Ciel et de la Terre; Venise, 1563, in-folio. Il traduisit tous les ouvrages d'Aristote à la sollicitation de saint Thomas. On conserve dans plusieurs bibliothèques cette version manuscrite, de même que la version des ouvrages de Proclus le Philosophe. MŒSTLIN, (Michel) célèbre mathématicien, mourut en 316 MOH 1650, à Heidelberg, après y avoir long-temps enseigné les sciences élevées. C'est lui qui découvrit, le premier, la raison de cette foible lumière qui paroit sur la partie de la lune qui n'est point éclairée du soleil avant et après sa conjonction.
MOHAMMED, *Voy. AMIN-DEN-HAROUN.*
MOHHSYN, (Mohammed) ancien écrivain Persan, est auteur d'un ouvrage sur les douze principales religions. Il est intitulé : *Dabistan*, ou *l'École des Mœurs*. Il y atteste l'existence de plusieurs dynasties de souverains Persans, qui sont inconnus à notre histoire moderne. I. MOINE, (Jean le) doyen de Baïeux, et enfin cardinal, né à Cressi en Ponthieu, fut aimé et estimé du pape *Boniface VIII*. Ce pontife l'envoya légat en France, l'an 1303, pendant son démêlé avec le roi *Philippe le Bel*. *Le Moine* s'y conduisit avec l'esprit d'un Ultramontain : il brava son souverain, et se fit mépriser par les bons François. Il mourut à Avignon, en 1313, après avoir fondé à Paris le Collège qui porte son nom. On a de lui, un *Commentaire* sur les Décrétales, matière qu'il possédoit à fond.
II. MOINE, (Étienne le) ministre de la religion Prétendue-Réformée, né à Caen l'an 1624, se rendit très-habile dans les langues grecque et latine, ainsi que dans les orientales. Il professa la théologie à Leyde avec beaucoup de réputation. On y admira l'étendue de sa mémoire et la facilité de son esprit ; mais on fut encore plus touché de la candeur de son âme, de ses inclinations bienfaisantes, de son aversion pour la médisance et pour les querelles, de son désintéressement. Sa mort, arrivée le 3 avril 1689, à 65 ans, fut honorée des regrets de tous les gens de bien. On a de lui, plusieurs Dissertations, imprimées dans son recueil, intitulé : *Varia Sacra*, 1685, 2 vol. in-4°, et quelques autres ouvrages. C'est lui qui publia, le premier, le livre de *Nilus Doxopatrius*, touchant les cinq Patriarcats.
III. MOINE, (Pierre le) né à Chaumont en Bassigni, l'an 1602, mort à Paris le 22 août 1672, à 70 ans, entra chez les Jésuites, et parvint aux emplois de cette Compagnie. Il est principalement connu par ses vers françois, recueillis en 1671, en un volume in-folio. Le P. le *Moine* est le premier des poètes François de la fameuse Société, qui se soit fait un nom dans ce genre d'écrire. On ne peut disconvenir que ce poète n'ait de la verve et un génie élevé ; mais son imagination l'entraîne souvent trop loin : jugement qu'on doit appliquer sur-tout à son *Poème de Saint-Louis*. Ses ouvrages en vers sont : I. *Le Triomphe de Louis XIII*. II. *La France guérie dans le rétablissement de la santé du Roi*. III. *Les Hymnes de la Sagesse et de l'Amour de Dieu* ; les *Peintures morales*, etc. IV. *Un Recueil de Vers théologiques, héroïques et moraux*. V. *Les Entretiens Poétiques*. On y trouve des choses qui auroient paru hardies dans nos poètes modernes, entr'autres, ce morceau où la doctrine de la tolérance est mise en assez beaux vers : Dieu, comme le Soleil, remplit de ses bontés Les lieux déserts, non moins que les lieux habités. Il n'est rien que sa main n'élève et ne cultive, Rien qui sous ses regards et dans son sein ne vive. Celui qui s'est soumis au culte de la Croix. Celui qui du Talmud suit les bizarres lois, Le Maure, le Païen, le Turc et le Brachmane, Le pur et le souillé, le Saint et le Profane, Sujets à sa conduite, et nourris par ses soins, Le trouvent toujours prêt à remplir leurs besoins. Il conserve son calme au milieu des Mosquées, De l'encens qui se brûle au Dimon, offusquées. Sans dépit, de sa main il soutient les Autels Des Serpens et des Chats, adorés des mortels. Aux courses du Pirate il prête ses étoiles, Il lui prête les vents qui remplissent ses voiles; Et la Mer comme lui, sert sans dis- triction Le dévot de la Mecque et celui de Sion... etc. On ne cite point ces vers pour dénoncer le Moine comme un incrédule; mais seulement pour apprendre à quelques Jésuites, qu'il ne faut pas tordre un pas- sage d'un auteur religieux pour l'accuser d'irréligion, comme quelques-uns de leurs confrères l'ont fait si souvent à l'égard de ceux qu'ils appeloient Jansénistes, tes, ou qu'ils croyoient favora- bles aux Jansénistes. V I. Saint Louis, ou la Couronne reconquise sur les infidelles, poème divisé en dix-huit livres, etc. Despreaux, consulté sur ce poète, répondit, qu'il étoit trop fou pour qu'il en dit du bien, et trop poète pour qu'il en dit du mal. Un étran- ger disoit de nos Poèmes épi- ques: « Le Moïse sauvé de Saint- Amand est un poème bas et ram- pant; le Clovis de Desmarais, poème sec et plat; la Pucelle de Chapelain, poème dur et glacé; l'Alaric de Scuderi, poème fau- faron; le Charlemagne de le La- bourcur, poème lâche et sans poésie; le Childebrand de Carel, poème aussi barbare que le nom du héros; le Saint-Paulin de Per- rault, poème doucereux; le Saint- Louis du Père le Moine, poème hyperbolique et plein d'un feu dé- réglé. » Pour définir le Père le Moine en deux mots: c'étoit un homme de collège, qui avoit une imagination ardente, mais sans goût; et qui, loin de maîtriser son génie impétueux, s'y livroit sans réserve. De là ces figures gigantesques, cet entassement de métaphores, ces antithèses outrées, ces expressions empha- tiques, etc. Ce Jésuite dit quel- que part, que l'eau de la rivière au bord de laquelle il avoit com- posé ses vers, étoit si propre à faire des Poètes, que, si l'on en avoit fait de l'Eau-bénite, elle n'auroit pas chassé le Dimon de la Poésie... La prose du P. le Moine a le même caractère que ses vers; elle est brillaute et am- poulée. Le P. Senault de l'Ora- toire disoit de lui, « que c'étoit Balzac en habit de théâtre. » Ses ouvrages, dans ce dernier genre, sont: I. La Devotion aisée, Pa- ris, 1652, in-8°; livre singu- lier, qui produisit plus de plaisanteries que de conversions. II. *Pensées morales*. On peut voir sur ces deux livres, la neuvième et la dixième *Lettres provinciales*. III. Un petit *Traité de l'Histoire*, in-12, où il y a des traits piquans et curieux, et quelques lieux communs. IV. Une mauvaise Satire, mêlée de vers et de prose, sous le titre d'*Étrille du Pégase Janséniste*. V. *Le Tableau des Passions*. VI. *La Galerie des Femmes fortes*, in-fol. et in-12. VII. Un *Manifeste apologétique pour les Jesuites*, in-8. VIII. Quelques autres ouvrages, qui ne méritent pas une attention particulière. IX. On a aussi de lui, en manuscrit, une *Vie du Cardinal de Bichelieu*.
IV. MOINE, (François le) peintre, né à Paris en 1688, prit les premiers principes de son art sous *Galloche*, professeur de l'académie de peinture. De rapides succès justifièrent le mérite du maître et de l'élève. Les ouvrages du *Guide*, de *Carte-Marotte*, et de *Pierre de Cortone*, furent ceux auxquels il s'attacha d'une manière plus particulière. Il remporta plusieurs prix à l'académie, et entra dans ce corps en 1718. Un amateur qui partit pour l'Italie l'emmena avec lui. Il n'y resta qu'une année; mais les études continuelles qu'il y fit d'après les plus grands maîtres, l'élevèrent au premier rang. Il revint en France avec une réputation formée. *Le Moine* avoit un génie qui le portoit à entreprendre les grandes machins. Il s'étoit déjà distingué, avant son voyage, par les peintures qu'il fit au plafond du chœur dans l'église des Jacobins, au fambourg Saint-Germain. On le choisit pour peindre à fresque la coupole de la chapelle de la Vierge, à Saint-Sulpice. Il s'acquitta de ce grand morceau avec une supériorité qui frappa tous les connoisseurs. On ne doit pourtant pas dissimuler que les figures tombent, parce qu'elles ne sont pas en perspective. *Le Moine* apportoit au travail une activité et une assiduité qui altérèrent beaucoup sa santé; il peignoit fort avant dans la nuit, à la lumière d'une lampe. La gêne d'avoir eu le corps renversé pendant les sept années qu'il employa aux plafonds de Saint-Sulpice et de Versailles; la perte qu'il fit alors de sa femme; quelques jalousies de ses confrères; beaucoup d'ambition; enfin le chagrin de voir qu'on ne lui avoit pas accordé, en lui donnant le titre de premier peintre de Sa Majesté, avec une pension de quatre mille livres, les avantages dont *Charles le Brun* avoit joui autrefois dans cette place; toutes ces circonstances réunies dérangèrent son esprit. Sa folie étoit mélancolique; il se faisoit lire l'Histoire Romaine, et lorsque quelque Romain s'étoit tué par une fausse idée de grandeur d'ame, il s'écrioit: *Ah! la belle mort!* Il étoit dans un de ses accès de frénésie, lorsque M. *Bergé*, avec qui il avoit fait le voyage d'Italie, vint le matin, suivant leur convention, afin de l'emmener à la campagne, où cet ami avoit dessein de lui faire prendre les remèdes nécessaires pour recouvrer sa santé. *Le Moine*, hors de lui-même, entendent frapper, croit que ce sont des archers qui viennent le saisir; aussitôt il s'enferme, et se perce de neuf coups d'épée. Dans cet état, il eut assez de force pour se traîner à la porte et l'ouvrir ; mais à l'instant il tombe sans vie, offrant à son ami le spectacle le plus affligeant et le plus terrible. Il expira, le 4 juin 1737, à 49 ans. Le Moine avoit un amour propre excessif, qui le rendoit jaloux et satirique. Il déchiroit sur — tout ses confrères : ce qui donna occasion à l'un d'eux, de lui dire : Vous qui peignez si bien, comment ignorez vous que ce sont les ombres qui font valoir les clairs. Comme il se plaignoit sans cesse au duc d'Ayen, que son plafond d'Hercule n'avoit pas été assez payé. Voudriez vous, lui répondit ce seigneur, qu'on payât vos ouvrages comme si vous étiez mort. Le Moine avoit un pinceau doux et gracieux, une touche fine. Il donnoit beaucoup d'agrément et d'expression à ses têtes, de la force et de l'activité à ses teintes. Son chef-d'œuvre, et peut-être celui de la peinture, est la composition du grand salon qui est à l'entrée des appartements de Versailles. Ce monument représente l'Apothéose d'Hercule. C'est un des plus célèbres morceaux de peinture qui soient en France. Toutes les figures de cette grande production ont un mouvement, un caractère et une variété surprenans, la fraîcheur du coloris, la savante distribution de la lumière, l'enthousiasme de la composition, s'y font tour-à-tour admirer. Le cardinal de Fleury, frappé de la beauté de ce plafond, ne put s'empêcher de dire un jour, en sortant de la Messe avec le roi : J'ai toujours pensé que ce morceau gâteroit tout l'ersaille. — Il ne faut pas le confondre avec Jean-Louis LE MOINE, célèbre sculpteur de Paris, mort en 1755, à 90 ans ; ni avec Jean-Baptiste
LE MOINE, fils de Jean-Louis. Ce dernier, mort à Paris, en 1778, est connu par la statue équestre de Louis XV à Bordeaux, et par la pédestre à Rheims. L'autel de Saint-Jean en Grève, le tombeau de Mignard, celui du cardinal de Fleury, sont de beaux monuments de cet artiste. L'académie Françoise, qui avoit reçu de lui plusieurs bustes d'académiciens, l'honora d'une médaille d'or. Ses vertus égaloient ses talens. Son père ayant été ruiné par le système, il le soutint par ses travaux. Il étoit de l'académie de Peinture. Il a laissé plusieurs enfans. V. MOINE, (Abraham le) né en France sur la fin du 17e siècle, se réfugia en Angleterre, où il exerça le ministère, et où il mourut en 1760. L'église Françoise, du soin de laquelle il fut pourvu à Londres, fut témoin de son zèle et de son attachement à la religion. Il l'a prouvé encore par des traductions dont il a enrichi notre langue. Telles sont les Lettres Pastorales de l'évêque de Londres ; les Témoins de la Résurrection, etc. par l'évêque Sherlock, in-12 ; l'Usage et les fins de la Prophétie, du même, in-8. Ces Traductions sont ornées de Dissertations curieuses et intéressantes, sur les écrits et la vie des incrédules que ces préేషs combattent.
MOISANT, (Jacques) Voy. BRIEUX.
MOISE, Voyez MOISE.
MOITHEY, (Maurice-Antoine) ingénieur géographe du roi, né à Paris en 1732, mort en 1777, est auteur d'un Ilan historique de Paris ; et de Re- 330 MOI cherches historiques sur Rheims, Orléans et Angers, 1774, in-4.
MOITOREL DE BLAINVILLE, (Antoine) architecte et géomètre, de Pichange, à quatre lieues de Dijon, fut arpenteur et jaugeur royal du bailliage et de la vicomté de Rouen, où il mourut le 4 janvier 1710, âgé d'environ 60 ans. On a de lui: I. Un Traité du Jauge universel, avec la Méthode de toiser les ouvrages de maçonnerie, qui ont été réimprimés sous le titre de Nouveaux Elémens de Blainville. II. Traité du grand Négoce de France pour la correspondance des Marchands, et d'autres ouvrages estimés.
MOITTE, (N.) membre de l'académie de Peinture de Paris, acquit de la réputation par ses gravures, qui ont de la finesse et de la grace, mais peu d'originalité. Il est mort au commencement de 1781. I. MOIVRE, (Abraham) naquit à Vitri en Champagne, l'an 1667, d'un chirurgien. La révocation de l'édit de Nantes le détermina à fuir en Angleterre, plutôt que d'abandonner la religion de ses pères. Il avoit commencé l'étude des mathématiques en France; il s'y perfectionna à Londres, où la médiocrité de sa fortune l'obligea d'en donner des leçons. Les Principes de Newton, que le hasard lui offrit, lui firent comprendre combien peu il étoit avancé dans la science qu'il croyoit posséder. Il apprit dans ce livre la Géométrie de l'infini, avec autant de facilité qu'il avoit appris la Géométrie élémentaire; et bientôt il put figurer avec les mathématiciens les plus célèbres. Ses succès lui ouvri- rent les portes de la Société royale de Londres, et de l'académie des Sciences de Paris. Son mérite étoit si bien connu dans la première, qu'elle le jugea capable de décider de la fameuse contestation qui s'éleva entre Leibnitz et Newton, au sujet de l'invention du Calcul différentiel. On a de lui, un Traité des Chances, en Anglois, 1738, in-8°, et un autre, des Rentes viagères, 1752, in-8°, tous deux fort exacts. Les Transactions Philosophiques renferment plusieurs de ses Mémoires, très-intéressans. Les uns roulent sur la méthode des fluxions ou différences, sur la Lunule d'Hippocrate, etc.; les autres sur l'astronomie Physique, science où il résolut plusieurs problèmes importants; enfin, sur l'Analyse des jeux de hasard, dans laquelle il prit une route différente de celle pratiquée par Montmor. Sur la fin de ses jours il perdit la vue et l'onie, et le besoin de dormir augmenta au point, qu'un sommeil de vingt heures étoit pour lui une nécessité. Il mourut à Londres en 1654, à 87 ans. Son génie n'étoit pas borné aux seules connoissances mathématiques. Le goût de la belle littérature ne l'abandonna jamais. Il connoissoit tous les bons auteurs de l'antiquité: souvent même il étoit consulté sur des passages difficiles de leurs ouvrages. Les deux écrivains François qu'il chérissoit le plus, étoient Rabelais et Molière. Il les savoit par cœur; il dit un jour à un de ses amis, « qu'il eût mieux aimé être ce célèbre comique, que Newton. » Il récitoit des scènes entières du Misanthrope, avec toute la finesse et toute la force, qu'il se rappeloit de leur avoir en- tendu donner 70 ans auparavant à Paris, par la troupe même de *Molière*. Il est vrai que ce caractère approchoit un peu du sien. Il jugeoit les hommes avec quelque sévérité, et ne savoit point assez déguiser l'ennui que lui causoit la conversation d'un fat, et l'aversion qu'il avoit pour le manège et pour la fausseté. Il n'affectoit jamais de parler de science; il ne se montroit mathématicien, que par la justesse de son esprit. Sa conversation étoit universelle et instructive. Il ne disoit rien, qui ne fût aussi bien pensé que clairement exprimé. Son style tenoit plus de la force et de la solidité, que de l'agrément et de la vivacité; mais il étoit toujours très-correct, et il y apportoit le même soin et la même attention qu'à ses calculs. Il ne pouvoit souffrir qu'on se permit sur la religion des décisions hasardées, ni d'indécentes railleries. *Je vous prouve que je suis Chrétien*, répondit-il à un homme qui croyoit apparemment lui faire un compliment, en disant que les mathématiciens n'avoient point de religion, *en vous pardonnant la sottise que vous venez d'avancer*. En Angleterre, lorsqu'on va dîner chez un grand, il faut en sortant donner l'étremne à ses laquais. Un des premiers seigneurs de Londres fit des reproches à notre mathématicien, de ce qu'il ne le voyoit que rarement à sa table: *Excusez-moi, Mylord*, répondit-il, *je ne suis pas assez riche pour avoir souvent cet honneur-là*.
IL MOIVRE, (Gilles de) avocat, a publié, en 1743, une *Vie de Tibulle*, tirée de ses écrits, en 2 vol. in-12, dans le goût des *Amours de Tibulle*, par la *Chapelle*; et en 1746 la *Vie de Properce*. On y trouve plusieurs imitations en vers françois des *Élégies* de ces deux poètes. I. MOLA, (Pierre-François) peintre, né en 1621, à Coïdré dans le Milanois, reçut les premiers élémens de la peinture, de son père, qui étoit peintre et architecte. Il fut ensuite disciple de *Josephin*, de l'*Albane* et du *Guerchin*. Sa grande réputation le fit rechercher des papes et des princes de Rome. La reine *Christine* de Suède le mit au rang de ses officiers. Appelé en France, il étoit sur le point de s'y rendre, lorsqu'il mourut à Rome en 1666, à 45 ans. Ce peintre, bon coloriste, grand dessinateur et excellent paysagiste, a encore traité l'histoire avec succès. Le génie, l'invention et la facilité, sont le caractère distinctif de ses ouvrages. *Forest* et *Collandon*, peintres François, sont au nombre de ses disciples. On a gravé quelques morceaux d'après lui. Il a gravé lui-même plusieurs morceaux de fort bon goût.
II. MOLA, (Jean-Baptiste) né vers l'an 1620, étoit, dit-on, originaire de France. Il portoit le même nom que le précédent, sans être son parent. *Jean-Baptiste* étudia dans l'école de *Vouet* à Paris, et prit à Bologne des leçons de l'*Albane*. Ce peintre a réussi dans le paysage; ses sites sont d'un beau choix; sa manière de feuiller les arbres est admirable. Il entendoit bien la perspective: mais il n'a point assez consulté les ouvrages de l'*Albane*, son illustre maître, pour le coloris. Il est même inférieur à *P. Mola* pour le goût de ses compositions, et pour la 332 MOL manière sèche dont il a traité ses figures. I. MOLAC, (Jean de Carcado ou de Kercado de) sénéchal de Bretagne, d'une des meilleures et des plus anciennes maisons de cette province. Après avoir rempli avec honneur les premières charges et les plus grands emplois à la cour des ducs de Bretagne et s'être distingué en plusieurs combats, il passa au service du roi François I, dont il fut le premier gentilhomme de la chambre, et capitaine de cent hommes d'armes. A la fameuse bataille de Pavie, en 1525, un arquebusier allant tirer sur le roi, le sénéchal de Molac se précipita au-devant du coup, se fit tuer, et sauvé ainsi la vie à François I, par le sacrifice de la sienne. Henri de Guise, surnommé le Balafré, celui même qui voulut faire tonsurer Henri III, se promenant dans une galerie où l'on avoit peint du Guesclin détrônant Pierre le Cruel, roi de Castille, disoit au fils de celui qui est l'objet de cet article : Je regarde toujours avec plaisir du Guesclin ; il eut la gloire de détrôner un Tyrac. — Mais ce Tyrac, répondit le fidelle Carcad, n'étoit pas son Roi. C'est de lui que descendent les seigneurs de Kercado de Molac, dans la maison desquels la charge de grand sénéchal de Bretagne étoit héréditaire.
II. MOLAC, (René-Alexis de Kercado, marquis de) de la même famille que les précédents, colonel du régiment de Berry, infanterie, s'acquit, dans la campagne de Bohême, l'estime, l'amitié et la confiance du maréchal de Saxe, et de M. le maréchal de Breglie. Vif, ardent, plein d'une noble ambition, doué de grandes qualités pour l'art militaire, il donnoit des espérances, lorsqu'il fut tué à la fameuse sortie de Prague, le 22 août 1742, à 29 ans, de sept coups de fusil, dont le moindre fut jugé mortel. I. MOLANUS ou VERMEULIN, (Jean) docteur et professeur de théologie à Louvain, et censeur royal des livres, naquit à Lille l'an 1533, dans le temps que son père et sa mère qui étoient domiciliés à Louvain, étoient allés faire un court séjour en cette ville. Il réclama toujours Louvain pour sa ville natale, et signa constamment, Molanus Lovaniensis. Il mourut, le 18 septembre 1585, après avoir publié : I. Une édition du Martyrologe d'Isard, accompagnée 1.º de Notes : 2.º d'un Appendix ; 3.º d'un Traité des Martyrologes ; 4.º d'un Abrégé des Vies des saints des Pays-Bas ; 5.º d'une Chronique des mêmes Saints, Louvain, 1573, in-8.º II. Natales Sanctorum Belgii, Louvain, 1595, in-12. Arnold Raisins, chanoine de Saint-Pierre à Douai, en a donné une édition plus ample l'an 1626. III. Historia SS. Imaginum et Picturorum, Louvain, 1574, in-8.º, et 1771, in-4.º, avec des annotations et des supplémens, par M. Paquot. IV. De Canonicis, Louvain, 1670 : ouvrage savant et curieux. V. De Fide Hereticis servanda, Louvain, 1585. VI. De piis Testamentis, 1584, in-12. VII. Theologiae practicae Compendium. VIII. Militia sacra Ducum Brabantiae. IX. Rerum Lovaniensium, lib. XII, manuscrit. Tous ces ouvrages montrent que Molanus étoit versé dans l'antiquité ecclésiastique et dans la critique, au moins pour son temps.
II. MOLANUS, (Gerard Walter) théologien Luthérien, abbé de Lockum, mort en 1722, a été quelque temps en correspondance avec Bossuet, relativement à la réunion des Luthériens et des Catholiques. (Voyez les Œuvres posthumes de Bossuet.) Il a laissé plusieurs ouvrages de théologie et de mathématiques.
MOLAY ou MOLE, (Jacques de) Bourguignon, fut le dernier grand-maître de l'ordre des Templiers, au commencement du 14e siècle. Les trop grandes richesses de son ordre, et l'orgueil de ses chevaliers, excitoient l'envie des grands et les murmures du peuple. L'an 1307, sur la dénonciation de deux scélérats, l'un chevalier apostat, l'autre bourgeois de Béziers, Philippe le Bel, roi de France, du consentement du pape Clément V, fit arrêter tous les chevaliers, et s'empara du Temple à Paris et de tous leurs titres. Le pape avait mandé au grand-maître de venir en France se justifier des crimes dont son ordre étoit accusé. Il étoit pour lors en Chypre, où il faisoit vaillamment la guerre aux Turcs. Il vint à Paris, suivi de 60 chevaliers des plus qualifiés, du nombre desquels étoit Gui, dauphin d'Auvergne, et Hugues de Peralde. Ils furent tous arrêtés le même jour, et 57 périrent par le feu à la fin de mai 1311. L'ordre ayant été aboli, l'année d'après, par le concile de Vienne, Molay, Gui et Hugues furent retenus en prison jusqu'en l'an 1313, qu'on leur fit leur procès. Ils confessèrent les crimes qu'on leur imputoit, dans l'espérance d'obtenir leur liberté aux dépens de leur honneur; mais, voyant qu'on les retenoit toujours prisonniers, Molay et Gui se rétractèrent. Ils furent brûlés vifs dans l'isle du Palais, le 11 mars 1314. Molay parut en héros Chrétien sur l'échafaud, et s'avança jusqu'au bord de ce fatal théâtre: puis élevant sa voix pour être mieux entendu: « Il est bien juste; s'écria-t-il, que dans un si terrible jour et dans les derniers momens de ma vie, je découvre toute l'iniquité du mensonge, et que je fasse triompher la vérité. Je déclare donc à la face du ciel et de la terre, et j'avoue, quoiqu'à ma honte éternelle, que j'ai commis le plus grand de tous les crimes: mais ce n'a été qu'en convenant de ceux qu'on impute avec tant de noirceur à un ordre que la vérité m'oblige de reconnaître aujourd'hui pour innocent. Je n'ai même passé la déclaration qu'on exigeoit de moi, que pour suspendre les douleurs excessives de la torture, et pour fléchir ceux qui me les faisoient souffrir. Je sais les supplices qu'on a fait subir à tous ceux qui ont eu le courage de révoquer une pareille confession; mais l'affreux spectacle qu'on me présente, n'est pas capable de me faire confirmer un premier mensonge par un second. A une condition si infame, je renonce de bon cœur à la vie, qui ne m'est déjà que trop odieuse. Et que me serviroit de prolonger de tristes jours; que je ne devrois qu'à la calomnie? » Ce discours persuada à tout le monde qu'il étoit innocent. Des historiens modernes rapportent, mais sans autre 334 MOL preuve que celle de l'événement, qu'il ajourna le pape Clément V à comparoitre devant Dieu dans quarante jours, et le roi dans l'année. En effet, ils ne passèrent pas ce terme. Il est très-certain que, dans la destruction des Templiers, un grand nombre d'innocens fut la victime de l'orgueil et de la richesse insolente de leurs principaux chefs. Les désordres qu'on leur reprochoit, (Voyez HUGUES des Païens, n.º v.) et dont la plupart n'étoient fondés que sur le mensonge ou sur l'exagération, ne furent que le prétexte de leur ruine. Leur principal crime fut de s'être rendus odieux et redoutables, et plusieurs, portant la peine de tous, furent punis avec une cruauté inouïe, dit Bossuet dans son Abrégé de l'Histoire de France. On ne sait, ajoute-t-il, s'il n'y eut pas plus d'avarice et de vengeance dans cette exécution, que de justice... Mariana, Vertot, et une foule d'écrivains ont pensé à peu près de même. « Je ne croirai jamais, dit un historien, qu'un grand-maître et tant de chevaliers, parmi lesquels on comptoit des princes, tous vénérables par leur âge et par leurs services, fussent coupables des bassesses absurdes et inutiles dont on les accusait. Je ne croirai jamais qu'un ordre entier de religieux ait renoncé en Europe à la religion Chrétienne, pour laquelle il combattoit en Asie, en Afrique, et pour laquelle même encore plusieurs d'entre eux gémissoient dans les fers des Turcs et des Arabes, aimant mieux mourir dans les cachots, que de renier cette même religion. Enfin, je crois sans difficulté à plus de 80 chevaliers, qui en mourant prennent Dieu à témoin de leur innocence. N'hésitons point à mettre leur proscription au rang des funestes effets d'un temps d'ignorance et de barbarie. » I. MOLÉ, (Edouard) seigneur de Champlastreux, fut conseiller, puis procureur général du parlement de Paris pendant la Ligue. Ce fut sur ses conclusions que le parlement donna ce fameux arrêt, par lequel il fut déclaré que la Couronne ne pouvoit passer ni à des Femmes, ni à des Etrangers. Henri IV le fit président à mortier en 1602. Il mourut le 17 septembre 1616. La famille de Molé, originaire de Troye en Champagne, est illustre par le nombre de grands magistrats qu'elle a donnés à la France.
II. MOLÉ, (Matthieu) né à Paris en 1584, fils du précédent, entra dans le parlement, et fut d'abord conseiller, ensuite président aux requêtes, depuis procureur général, et enfin premier président en 1641. Ses ancêtres s'étoient signalés dans ce corps par leurs lumières et par leur intégrité : le président Molé les égala et les surpassa même. Il montra, au milieu des troubles de la fronde, autant de zèle que de grandeur d'ame. Dans le temps des barricades de 1648, le peuple s'étant ameuté devant son hôtel en le menaçant, il en fit ouvrir les portes, en disant que la maison du premier Président devoit être ouverte à tout le monde. Lorsqu'on lui disoit qu'il devoit moins s'exposer à la fureur du peuple, il répondoit que six pieds de terre feroient toujours raison au plus grand homme du monde. Ce fut lui qui engagea du Chesne à faire une collection des Histo- riens de France. Cet illustre magistrat mourut garde des sceaux, le 3 janvier 1656, à 72 ans. Il désarma les fureurs de la Fronde; et des grands mutinés, confondit les projets; Et sur, par sa sagesse intrépide et profonde, Ramener au devoir et *Beaufort et de Retz*. Le cardinal de *Retz* le peint ainsi: « Si ce n'étoit pas une espèce de blasphème de dire qu'il y a quelqu'un dans notre siècle plus intrépide que le grand *Gustave* et M. le Prince, je dirois que ça été M. *Molé*. Il s'en est fallu de beaucoup que son esprit n'ait été aussi grand que son cœur. Il ne laissoit pas d'y avoir quelques rapports, par une ressemblance qui n'y étoit toutefois qu'en laid. Je vous ai déjà dit qu'il n'étoit point congru dans sa langue, il est vrai; mais il avoit une sorte d'éloquence, qui, en choquant l'oreille, saisissoit l'imagination. Il vouloit le bien de l'état, préférablement à toutes choses, même à celui de sa famille, quoiqu'il parût l'aimer trop pour un magistrat; mais il n'eut pas le génie assez élevé pour connoître d'assez bonne heure le bien qu'il eût pu faire. Il présuma trop de son pouvoir. Il s'imagina qu'il modéroit la cour et sa compagnie. Il ne réussit ni à l'un ni à l'autre; il se rendit suspect à tous les deux. Ainsi il fit du mal avec de bonnes intentions. La préoccupation y contribua beaucoup; elle étoit extrême en tout, et j'ai même observé qu'il jugeoit toujours des actions par les hommes, mais presque jamais des hommes par les actions. Comme il avoit été nourri dans les formes du palais, tout ce qui étoit ex- traordinaire lui étoit suspect, etc. etc. » — *Edouard Molé* son fils, et *Louis Molé* son petit-fils, se distinguèrent aussi par leur probité et par les services qu'ils rendirent au public. M. *Molé*, qui a quitté en 1763, la charge de premier président, après y avoir soutenu avec distinction la gloire de ses ancêtres, a mis le comble à la sienne par un désintéressement inouï peut-être jusqu'à lui.
III. MOLÉ, (Réné) comédien célèbre du théâtre François, approfondit les principes de la déclamation, et recueillit pendant quarante ans les applaudissemens que son talent méritoit. Dépourvu des grands moyens tragiques, mais plein de graces, d'esprit et de finesse, il excella dans les rôles d'*amant* et de *petit maître*. L'Institut national le compta au nombre de ses membres, et il méritoit cet honneur par ses observations sur l'art dramatique, l'agrément de son entretien et la douceur de son caractère. On lui doit, un *Eloge* de Mlle *Dangeville*, actrice renommée, qu'il fit imprimer en 1795. Il est mort en l'an X (1802).
MOLÉ, *Voyez* MOLAY.
MOLE, (Joseph-Boniface de la) favori du duc d'*Alençon*, entra dans le projet d'enlever de la cour de France, son maître avec le roi de Navarre, pour les mettre à la tête des mécontens. Il fut décapité en 1574; mais sa mémoire fut rétablie deux ans après.
MOLÉON, *Voy*. MAULÉON, et v. BRUN.
MOLEZIO, (Joseph) *Moletius*, philosophe, médecin et mathématicien, natif de Messine, mourut en 1588, dans sa 336 MOL 57e année, à Padoue où il étoit professeur de mathématiques. Les principaux ouvrages sortis de sa plume, sont des Ephémérides, in-4e; et des Tables qu'il nomma Grégoriennes, aussi in-4e: ces Tables servirent beaucoup à la réformation du Calendrier par le pape Grégoire XIII.
MOLIÈRE, (Jean-Baptiste Pocquelin de) fils et petit-fils de Valet-de-chambre-Tapissier du roi, naquit en 1620. Son père s'appeloit comme lui Jean-Baptiste Pocquelin; et sa mère, nommée Bontet, étoit aussi fille de tapissier, et les deux familles demeuroient sous les piliers des halles. Celle du jeune Pocquelin le désignant à la charge de son père, lui donna une éducation conforme à son état; mais il prit du goût pour la comédie en fréquentant le théâtre. Il commença ses études à 14 ans chez les Jésuites: ses progrès furent rapides. Les belles-lettres ornèrent son esprit: et les préceptes du philosophe Gassendi, maître de Chapelle, de Bernier et de Cyrano, formèrent sa raison. Son père étant devenu infirme, il fut obligé d'exercer son emploi auprès de Louis XIII, qu'il suivit dans son voyage de Narbonne en 1641. Le théâtre François commençait à fleurir alors par les talens du grand Corneille, qui l'avoit tiré de l'avilissement et de la barbarie. Pocquelin, destiné à être parmi nous le Restaurateur de la Comédie, quitta la charge de son père, et s'associa quelques jeunes gens passionnés comme lui pour le théâtre. Ce fut alors qu'il changea de nom, pour prendre celui de Molière, soit par égard pour ses parens, soit pour suivre l'exemple des acteurs de ce temps-là. Les mêmes sentimens et les mêmes goûts l'unirent avec la Béjart, comédienne de campagne. Ils formèrent de concert une troupe, qui représenta à Lyon, en 1653, la comédie de l'Étourdi. C'est la première pièce composée en vers par Molière. La vérité de son dialogue, l'adresse inépuisable d'un valet sans cesse occupé à réparer les sottises de son maître, l'intérêt des situations que ce contraste produit, l'ont fait rester au théâtre malgré ses nombreux défauts. Molière, à la fois auteur et acteur, et également applaudi sous ces deux titres, enleva presque tous les spectateurs à une autre troupe de comédiens établie dans cette ville. L'Étourdi plut beaucoup, malgré la froideur des personnages, le peu de liaisons des scènes et l'incorrection du style. On ne connoissoit guère alors que des pièces chargées d'intrigues peu vraisemblables. L'art d'exposer sur le théâtre comique des caractères et des mœurs, étoit réservé à Molière. Cet art naissant dans l'Étourdi, joint à la variété et à la vivacité de cette pièce, tint le spectateur en haleine, et en couvrit presque tous les défauts. Cette pièce fut reçue avec le même applaudissement à Béziers, où l'auteur se rendit peu de temps après. Le prince de Conti qui avoit connu Molière au collège, et qui avoit vu un grand homme dans cet écolier, tenait alors dans cette ville les États de la province du Languedoc. Il reçut Molière comme un ami, et non content de lui confier la conduite des fêtes qu'il donnoit, il lui offrit une place de secrétaire. L'Aristophane François la refusa, et dit en badinant: Je suis un Auteur passable, et je serois repos peut-être un fort mauvais Secrétaire... Le Dépit amoureux et les Précieuses ridicules paru- gent sur le théâtre de Beziers, et y furent admirés. Les incidens sont rangés avec plus d'ordre dans le Dépit amoureux que dans l'Étourdi. On y reconnoit dans le jeu des personnages un fond de vrai comique, et dans leurs reparties des traits également in- génieux et plaisants; mais le nœud en est trop compliqué, et le dé- nouement manque de vraisemblance. Il y a plus de simplicité dans l'intrigue des Précieuses ri- dicules. Une critique fine et déli- cate de la maladie contagieuse du bel esprit, du style empoulé et guindé des Romans, du pédan- tisme des femmes savantes, de l'affectation répandue dans le lan- gage, dans les pensées, dans la parure, sont l'objet de cette co- médie. Elle produisit une réforme générale, lorsqu'on la représenta à Paris. On rit, on se reconnut, on applaudit en se corrigeant. Ménage, qui assistait à la pre- mière représentation, dit à Cha- pelain : Nous approuvions, vous et moi, toutes les sottises qui viennent d'être critiquées si fine- ment et avec tant de bon sens. Croyez-moi, il nous faudra brûler ce que nous avons adoré, et adorer ce que nous avons brûlé. Cet aveu n'est autre chose que le sentiment réfléchi d'un savant détrompé; mais le mot du vieillard, qui du milieu du parterre s'écria par ins- tinct : Courage, MOLIÈRE, voilà la bonne comédie ! est la pure ex- pression de la nature. Louis XIV fut si satisfait des spectacles que lui donna la troupe de Molière, qui avoit quitté la province pour la capitale, qu'il en fit ses Co- médiens ordinaires, et accorda à leur chef une pension de mille livres. Le Cocu imaginaire, moins fait pour amuser les gens délicats, que pour faire rire la multitude, parut en 1660. On y retrouve Molière en quelques endroits; mais ce n'est pas le Molière des Précieuses ridicules. Il y a pour- tant un fonds de plaisanterie gaie qui amuse, et une sorte d'intérêt né du sujet, qui attache. Cette pièce eut beaucoup de critiques, qui ne furent pas écoutés du public. Ils se déchainèrent avec beaucoup plus de raison contre Don Garcie de Navarre, pièce puisée dans le théâtre Espagnol. L'Ecole des Maris, comédie imitée des Adelphes de Térence, mais imitée de façon qu'elle forme une pièce nouvelle sur l'idée sim- ple de l'ancienne, offre un dé- nouement naturel, des incidens développés avec art, et une intri- gue claire, simple et féconde. Le théâtre retentissoit encore des justes applaudissemens don- nés à cette comédie, lorsque les Fâcheux, pièce conçue, faite, apprise et représentée en 15 jours, fut jonée en 1661, à Vaux, chez le célèbre Fouquet surintendant des finances, en présence du roi et de la cour. Cette espèce de comédie est presque sans nœud; les scènes n'ont point entr'elles d'union nécessaire. Mais le point principal étoit de soutenir l'at- tention du spectateur par la va- riété des caractères, par la vérité des portraits, et par l'élégance continue du style. On rapporte qu'en sortant de la première re- présentation de cette pièce, le roi appercevant le comte de Soye- court, ennuyeux chasseur, dit à Molière : voilà un original que tu n'as pas encore copié. En 24 heures la scène du Chasseur fâcheux fut faite; et comme Molière ignorait les termes de 338 MOL chasse, il pria *Soyecourt* lui-même de les lui indiquer. Dans l'*Ecole des Femmes*, donnée l'année d'après, tout paroit récit, et tout est action. Cette pièce souleva les censures, qui relevèrent quelques négligences de style, sans faire attention à l'art qui y règne, au caractère inimitable d'*Agnès*, au jeu des personnages subalternes tous formés pour elle, au passage prompt et naturel de surprises en surprises. *Molière* leur répondit en faisant lui-même une critique ingénieuse de sa pièce, qui fit disparaître toutes les censures impertinentes qu'elle avoit produites. Ses talens reçurent, vers le même temps, de nouvelles récompenses. Le roi, qui le regardoit comme le législateur des bienséances du monde, et le censeur le plus utile de l'affectation des précieuses, du langage scientifique des femmes érudites et des ridicules des François, le mit sur l'état des gens de lettres qui devoient avoir part à ses libéralités. *Molière*, pénétré des bontés de ce monarque, crut devoir détruire, dans *l'Im-promptu de Versailles*, les impressions qu'avoit pu donner le *Portrait du Peintre de Loursault*. Cet auteur avoit malignement supposé une clef à l'*Ecole des Femmes*, qui indiquoit les originaux copiés d'après nature. *Molière* le traita avec le dernier mépris; mais ce mépris ne tombe que sur l'esprit et sur les talens, et ne rejaillit qu'indirectement sur la personne. La cour goûta beaucoup, en 1664, la *Princesse d'Elide*, comédie-ballet, composée pour une fête aussi superbe que galante que le roi donna aux reines. Paris, qui vit cette pièce séparée des ornements qui l'avoient embollie à Versailles, en jugea moins favorablement. Le *Mariage forcé*, autre comédie-ballet, essuya le même sort. Une aventure arrivée au comte de *Grammont*, lui en avoit fourni le sujet. *Don Juan ou le Festin de Pierre*, eut peu de succès, et fit tort à l'auteur par plusieurs traits impies, qu'il supprima à la 2$^{e}$ représentation. L'*Amour Médecin* parut encore un de ces ouvrages précipités qu'on ne doit pas juger à la rigueur. C'est la première pièce où *Molière* ait attaqué la faculté. On dit qu'ayant été rançonné sur un loyer que lui avoit passé un médecin ignorant et avare, il s'attacha dès lors à jeter du ridicule sur cette profession. « J'ai un médecin, disoit il au roi, j'écoute tous ses conseils, je ne les suis pas; aussi, je me porte à merveille. » L'auteur s'acquit une gloire éclatante et solide par son *Misanthrope*, pièce peu applaudie d'abord, par l'injustice ou par l'ignorance; mais regardée depuis comme l'un des plus beaux ouvrages de la comédie ancienne et moderne. Cependant il faut avouer qu'elle est plus admirée dans le cabinet, que suivie au théâtre. « Sion osoit, dit *Voltaire*, chercher dans le cœur humain la raison de cette tiédeur du public aux représentations du *Misanthrope*, peut-être les trouveroit-on dans l'intrigue de la pièce, dont les beautés ingénieuses et fines ne sont pas également vives et intéressantes; dans les conversations mêmes, qui sont des morceaux inimitables, mais qui n'étant pas toujours nécessaires à la pièce, peut-être refroidissent un peu l'action, pendant qu'elles font admirer l'auteur: enfin dans le dénouement, qui, tout bien amené et tout sage qu'il est, semble être attendu du public sans inquiétude, et qui, venant après une intrigue peu attachante, ne peut avoir rien de piquant. En effet, le spectateur ne souhaite point que le *Misanthrope* épouse la coquette *Célimène*, et ne s'inquiète pas beaucoup s'il se détachera d'elle. Enfin, on prendrait la liberté de dire que le *Misanthrope* est une satire plus sage et plus fine que celle d'*Horace* et de *Boileau*, et pour le moins aussi bien écrite; mais qu'il y a des comédies plus intéressantes, et que le *Tartufe*, par exemple, réunit les beautés du style du *Misanthrope* avec un intérêt plus marqué. » (*Voyez WICHERLEY.*) Les applaudissements des gens de goût ayant consolé *Molière* des dédins de la multitude pour cette pièce, il ne se rebuta point. Le *Médecin malgré lui* parut en 1666. C'est une farce très-gaie et très-bouffonne. L'auteur, qui se déguisoit en farceur pour plaire à la multitude, auroit pu retrancher les obscénités des scènes de la nourrice. Le *Sicilien*, ou l'*Amour-Peintre*, est une petite pièce qu'on voit avec plaisir, parce qu'il y a de la grace et une galanterie moins triviale que dans quelques autres comédies. Mais l'admiration fut à son comble, lorsque le *Tartufe* parut. En vain les *Orgons*, les imbéciles et les faux-dévots se soulevèrent contre l'auteur, la pièce fut jouée et admirée. L'hypocrisie y est parfaitement dévoilée, les caractères en sont aussi variés que vrais, le dialogue également fin et naturel. Cette pièce subsistera, tant qu'il y aura en France du goût et des hypocrites. La première pièce que *Pirou* vit jouer à Paris, fut le *Tartufe*; son admiration alla jusqu'à l'extase. Après l'avoir entendue; il se retourna vers ses voisins et s'écria: « Ah! Messieurs, si cet ouvrage n'étoit pas fait, il ne se feroit jamais. » *Tartufe* fut d'abord défendu. Huit jours après cette défense, on représenta à la cour une pièce intitulée *Scaramouche Hermite*, farce très-licencieuse. Le Roi, en sortant, dit au Grand Condé: *Je voudrois bien savoir pourquoi les gens qui se scandalisent si fort de la Comédie de Molière, ne disent rien de celle de Scaramouche?* — *Les Comédiens Italiens*, répondit le prince, *n'ont offensé que Dieu; mais les François ont offensé les dévots.* (*Voy. MAIMBOURG.*) Cependant *Molière* donna, en 1668, *Amphitryon*, comédie en 3 actes, imitée de *Plaute*, et supérieure à son modèle, où le poète respecte moins les bienséances que dans le *Tartufe*, et dont le sujet ne pouvoit guère s'accommoder avec les égards dus aux mœurs. Il fait rire à la vérité; mais il ne suffit pas que la comédie soit plaisante, pour être applaudie par les sages; il faut que la vertu n'y soit pas blessée. L'*Avare*, autre imitation de *Plaute*, est un peu outré dans le caractère principal; mais le vulgaire ne peut être ému que par des traits marqués fortement. Un reproche sur lequel il est plus difficile de le justifier, c'est que dans cette pièce l'autorité paternelle est avilie. « C'est un grand vice, dit J. J. Rousseau, d'être avare et de prêter à usure; mais n'en est-ce pas un plus grand encore à un fils de voler son père, de lui manquer de respect, de lui faire mille insultants reproches; et quand ce père irrité lui donne sa malédiction, de répondre d'un air goguenard, qu'il n'a que faire 340 MOE de ses dons ? Si la plaisanterie est excellente, en est-elle moins punissable ? et la pièce où l'on fait aimer le fils insolent qui l'a faite, en est-elle moins une école de mauvaises mœurs ? » George Dandin ou le Mari confondu, Monsieur de Pourceaugnac, le Bourgeois Gentilhomme, les Fourleries de Scapin, sont d'un comique plus propre à divertir qu'à instruire, quoiqu'il y ait plusieurs ridicules exposés avec force. Molière travailla avec plus de soin sa comédie des Femmes Sacantes, satire ingénieuse du faux bel-esprit et de l'érudition pédantesque, qui régnoient alors à l'Hôtel de Rambouillet. Les incidens n'en sont pas toujours bien combinés, ainsi que dans quelques autres de ses pièces ; mais son sujet, quoique aride en lui-même, y est présenté sous une face très-comique. La scène entre Trissotin et Vadius, fut imaginée d'après une dispute élevée entre l'abbé Cotin et Ménage. Le Malade imaginaire offre un comique d'un ordre inférieur à celui des Femmes Sacantes ; mais il n'en peint pas moins la charlatanerie et le pédantisme des médecins. (Voy. MALOUIN.) Ce fut par cette pièce que Molière termina sa carrière. Il étoit incommodé lorsqu'on la représenta. Sa femme et Baron le pressèrent de prendre du repos et de ne point jouer : Eh ! que feront, leur répondit-il, tant de pauvres ouvriers ? Je me reprocherois d'avoir négligé un seul jour de leur donner du pain. Les efforts qu'il fit pour achever son rôle, lui causèrent une convulsion, suivie d'un vomissement de sang, qui le suffoqua quelques heures après, le 17 février 1673, à 53 ans. Il étoit alors désigné pour remplir la première place vacante à l'Académie Françoise, et il n'auroit plus joué que dans le haut comique. Cette compagnie lui a rendu un nouvel hommage en 1778, en plaçant son buste dans la salle où sont les portraits des académiciens. Elle a voulu, par cette espèce d'adoption posthume de ce grand homme, se dédommager du désagrément de ne l'avoir pas possédé pendant sa vie. Cette statue, qui est un chef-d'œuvre de M. Houdon, a été donnée à l'académie par M. d'Alembert. Entre plusieurs inscriptions proposées pour ce buste, on a choisi ce vers de Saurin : BIEN NE MANQUE A SA GLOIRE, IL MANQUOIT A LA NOTRE... L'archevêque de Paris refusant de lui accorder la sépulture, la veuve de ce grand homme dit : On refuse un tombeau à celui à qui la Grèce auroit dressé des Autels. Le roi engagea ce prélat à ne pas couvrir de cet opprobre la mémoire d'un homme aussi illustre ; et il fut enterré à Saint-Joseph, qui dépend de la paroisse Saint-Eustache. La populace, toujours extrême, s'attroupa devant sa porte le jour de son convoi, et on ne put l'écarter qu'en jetant de l'argent par les fenêtres. Tous les rimailleurs de Paris s'exercèrent à lui faire des Epitaphes. Un de ces insectes eut la bêtise d'en montrer une de sa façon au Grand Conde, qui lui répondit froidement : Plût à Dieu que celui que tu déchires, m'eût apporté la tienne ! La seule peut-être de ces pièces qui mérite une place dans cette esquisse, est celle dont l'honora le fameux Père Bau-hours, Jesuite. Elle a rapport aux injustices que l'Aristophane François essuya pendant sa vie et à sa mort. Tu réformes et la Ville et la Cour, Mais quelle en fut la récompense? Les François souginont un jour De leur peu de reconnaissance. Il leur fallut un Comédien, Qui mit à les peir sa gloire et son érude : Mais, Molière, à ta gloire il ne man- queroit rien, Si, parmi les défunts que tu peignis si bien, Tu les avois repris de leur ingra- titude. Cette ingratitude ne fut pas du- rable, et l'on reconnut bientôt tout son mérite après sa mort, comme le dit Boileau dans sa 7e Épître : Avant qu'on peu de terre, obsenu par prière, Pour jamais sous la tombe eût en- fermé Molière, Mille de ces beaux traits, aujourd'hui si vanrés, Furent des sois esprits à nos yeux re- butés. L'ignorance et Perreur à ses nais- sanses Pièces, En habies de Marquis, en robes de Compostes, Venoient pour diffamer son chef- d'œuvre nouveau, Et secouoient la tête à l'endroit le plus beau. Mais si-tôt que, d'un trait de ses fa- rales moins, La Parque l'eut rayé du nombre des humains, On reconnut le prix de sa Muse éclipsée. L'aimable Comédie avec lui terrassée, En vain d'un coup si rude espéra revenir, Et sur ses brodequins ne sur plus se tenir. Sa veuve, (qui vécut jusqu'en 1700) se remaria au comédien Guérin, mort en 1728, à 92 ans... On peut regarder les ouvrages de Molière, comme l'histoire des mœurs, des modes et du goût de son siècle, et comme le tableau le plus fidèle de la vie humaine. Né avec un esprit de réflexion, prompt à remarquer les expres- sions extérieures des passions et leurs mouvemens dans les diffé- rens états; il saisit les hommes tels qu'ils étoient, et exposa en habile peintre les plus secrets replis de leur cœur, et le ton, le geste, le langage de leurs sentimens divers. « Ses comédies bien lues, dit M. de la Harpe, pourroient suppléer à l'expé- rience, non parce qu'il a peint des ridicules qui passent, mais parce qu'il a peint l'homme qui ne change point... Quel chef-d'ou- vre que l'Avare ! Chaque scène est une situation; et l'on a en- tendu dire à un avare de bonne foi, qu'il y avoit beaucoup à profiter dans cet ouvrage, et qu'on pouvoit en tirer d'excel- lens principes d'économie. Mo- lière est de tous ceux qui ont ja- mais écrits, celui qui a le mieux observé l'homme, sans annoncer qu'il l'observoit; et même, il a plus l'air de le savoir par cœur, que de l'avoir étudié. Les Cris- pins de Regnard, les Paysans de Dancourt font rire au théâtre. Dufréné étincelle d'esprit dans sa tournure originale. Le Joucur et le Légataire sont de beaux ou- vrages. Mais rien de tout cela n'est Molière. Il a un trait de phy- sionomie qu'on n'attrape point et même qu'on ne définit guère. On le retrouve jusques dans ses moindres farces, qui ont toujours un fond de gaieté et de morale. Il plait autant à la lecture qu'à la représentation: ce qui n'est arrivé qu'à Bacine et à lui; et même de toutes les comédies, 342 MOL celles de *Molière* sont à peu près les seules qu'on aime à relier. Plus on connoit *Molière*, plus on l'aime; plus on étudie *Molière*, plus on l'admire; après l'avoir blamé sur quelques articles, on finira par être de son avis. Les jeunes gens pensent communément qu'il charge trop. J'ai entendu blâmer le *Pauvre-homme* répété si souvent; j'ai vu depuis la même scène et plus forte encore; et j'ai compris qu'on ne pouvoit guère charger ni les ridicules ni les passions. *Molière* est l'auteur des hommes mûrs et des vieillards. Leur expérience se rencontre avec ses observations, et leur mémoire avec son génie... On se plaint qu'on ne travaille plus dans le goût de *Molière*. Je pense qu'on a bien fait d'en essayer d'autres. Le champ où il a moissonné, est moins vaste qu'on ne l'imagine; et quand il resteroit quelque coin où il n'auroit pas porté la main, on craindroit encore de se trouver dans son voisinage. « *Boileau* regarda toujours *Molière* comme un homme unique, et il l'avoit surnommé le *Contemplateur*. Le roi demandant à *Bacine* quel étoit le premier des grands écrivains qui avoient paru pendant son règne? il lui nomma *Molière*. Je ne le croyois pas, répondit Louis XIV; mais vous vous y connoissez mieux que moi. On rapporte que *Molière* lisoit ses Comédies à une vieille servante nommée *Laforêt*, et lorsque les endroits de plaisanterie ne l'avoient point frappée, il les corrigeoit. Pour éprouver son goût, il lui lut un jour quelques scènes d'une Comédie de *Brecour*, en les donnant comme de lui; la servante s'apperçut dès le commencement de la supercherie, et soutint à son maître que la pièce ne pouvoit être de lui. Il exigeoit aussi des comédiens qu'ils amenassent leurs enfans, pour tirer des conjectures de leurs mouvemens naturels, à la lecture qu'il faisoit de ses pièces. *Molière*, qui s'égayoit sur le théâtre aux dépens des foiblesses humaines, ne put se garantir de sa propre foiblesse. Séduit par un penchant violent pour la fille de la comédienne *Béjart*, il l'épousa, et se trouva exposé au ridicule qu'il avoit si souvent jeté sur les maris. Plus heureux dans le commerce de ses amis, il fut chéri de ses confrères, et recherché des grands. Le maréchal de *Vivonne*, le Grand Condé, Louis XIV même, vivoient avec lui dans cette familiarité, qui égale le mérite à la naissance. Des distinctions si flatteuses ne gâtèrent ni son esprit ni son cœur. Il étoit doux, complaisant, généreux. Comme il revenoit d'Anteuil avec le musicien *Charpentier*, un pauvre lui ayant rendu une pièce d'or, qu'il lui avoit donnée par mégarde: *Où la vertu va-t-elle se nicher*, s'écria *Molière*! *Tiens, mon ami, en voilà une autre... Baron* lui annonça un jour un de ses anciens camarades, que l'extrême misère empêchoit de paroître: *Molière* voulut le voir, l'embrassa, le consola, et joignit à un présent de 20 pistoles un magnifique habit de théâtre... Ce célèbre poète, sur la fin de sa vie, ne vivoit que de lait; mais il engageoit ordinairement *Chapelle* à faire les honneurs de sa table, à Anteuil. Il n'étoit ni trop gras ni trop maigre; il avoit la taille plus grande que petite, le port noble, la jambe belle; il marchoit gravement, avoit l'air très-sérieux, le nez gros, la bouche grande, les lèvres épaisses, le telint brun, les sourcils noirs et forts, et les divers mouvemens qu'il leur donnoit, rendoient sa physionomie extrêmement comique. Moins propre pour les rôles tragiques, il tâcha en vain de surmonter les obstacles que la nature lui opposoit. Une voix sourde, des inflexions dures, une volubilité de langue qui précipitoit trop sa déclamation, le forcèrent de se renfermer dans le comique, où il sut tirer parti de ses défauts mêmes. Pour varier ses inflexions, il mit le premier en usage certains tons inusités, qui le firent d'abord accuser d'un peu d'affectation, mais auxquels le public s'accoutuma bientôt. Non-seulement il plaisoit dans les rôles de *Mascarille*, de *Sganarelle*, mais il excelloit dans les rôles de haut-comique, tels que ceux d'*Arnolphe*, d'*Orgon*, d'*Harpa-gon*, etc. C'étoinalors, que par la vérité des sentimens, par l'intelligence des expressions et par toutes les finesses de l'art, il séduisoit les spectateurs au point qu'ils ne distinguoient plus le comédien du personnage représenté. Aussi se chargeoit-il toujours des rôles les plus difficiles et les plus longs. Ami de l'avocat *Fourcroy*, qui avoit la voix la plus forte, il eut avec lui une dispute à table; l'avocat se mit à crier à son ordinaire; alors *Molière* s'écria: *Hélas ! que peut la raison, qui n'a qu'un filet de voix, contre une gueule comme celle-là*. On rapporte de lui plusieurs bons mots: tel est entr'autres celui qui lui échappa, lorsque le parlement défendit qu'on jouit le *Tartufe*. On étoit assemblé pour la deuxième représentation, lorsque la défense arriva. *Messieurs*, dit *Molière*, en s'adres- sant à l'assemblée, nous comptons, aujourd'hui, avoir l'honneur de vous donner le Tartufe; mais M. le premier président ne veut pas qu'on le joue... Il disoit souvent: *Le mépris est une pilule qu'on peut avaler, mais non mâcher sans faire la grimace*. *Molière* avoit commencé à traduire *Lucrèce* dans sa jeunesse, et il auroit achevé cet ouvrage sans un malheur qui lui arriva. Un de ses domestiques prit un cahier de cette Traduction pour faire des papillotes. *Molière*, qui étoit facile à irriter, fut si piqué de ce contre-temps, que dans sa colère, il jeta sur-le-champ le reste au feu. Pour mettre plus d'agrémens dans cette traduction, il avoit rendu en prose les raisonnemens philosophiques, et il avoit mis en vers toutes les belles descriptions qui se trouvent dans le poète latin... Les éditions les plus estimées de ses ouvrages sont: I. Celle d'Amsterdam, 1699, cinq vol. in-12, avec une Vie romanesque de l'auteur, par *Crimarest*. II. Celle de Paris, en 1734, en 6 volumes in-4. On la doit à M. Joly, qui en a donné une nouvelle en 1739, en 8 vol. in-12. Cette édition est ornée de *Mémoires* sur la vie et les ouvrages de *Molière*, et du catalogue des critiques faites contre ses Comédies. III. Celle que M. Bret a donnée à Paris, en 1772, en 6 vol. in-8°, avec des Commentaires intéressans, où il a exécuté sur *Molière*, ce que *Voltaire* avoit exécuté sur *Corneille*. Il fait sentir les beautés et les défauts, et relève les expressions vicieuses. Les Anglois ont traduit *Molière*; dans la préface de cette traduction, ils ont comparé ses *Œuvres* à un gibet. « Là, ont-ils dit, le vice et le ridicule 344 MOL ont été exécutés, et restent exposés comme sur un grand chemin, pour servir d'exemple aux auteurs. » *Voltaire* dit (*Melanges de Litt. chap. des Académies*) que *Molière* est plein de fautes de langage. Il y en a beaucoup plus dans ses vers que dans sa prose; mais ces négligences ne prouvent pas que sa poésie, lorsqu'elle est un peu soignée, ne soit préférable à sa prose. M. *Beffara* a publié, en 1777, en 2 vol. in-12, l'*Esprit de Molière*, avec un abrégé de sa Vie et un catalogue de ses Pièces.
MOLIÈRES, (Joseph Privat de) naquit à Tarascon en 1677, d'une famille noble, qui a donné des grand-croix à l'ordre de Malte. Il reçut de la nature un tempérament extrêmement délicat et un esprit fort pénétrant. On le laissa maître de s'amuser, ou de s'occuper; il choisit l'occupation. La congrégation de l'Oratoire le possède pendant quelque temps. Il y enseigna avec succès les humanités et la philosophie. Les ouvrages du Père *Malebranche* lui ayant inspiré une forte envie de connoître l'auteur, il quitta l'Oratoire, et se rendit à Paris pour converser avec lui. Après la mort de ce célèbre philosophe, il se consacra aux mathématiques qu'il avoit un peu négligées pour la métaphysique. L'académie des Sciences se l'associa en 1721, et deux ans après, il obtint la chaire de philosophie au collège Royal. On connoit son système des petits *Tourbillions*. Il le soutenoit avec une chaleur extrême, et n'entendoit pas raillerie sur les plaisanteries qu'on lui en faisoit quelquefois. La vivacité l'entrainant alors, elle lui ôtoit, la liberté de s'expliquer nettement, et il tomboit dans des méprises qui prêtoient encore à la plaisanterie, et qu'il ne prenoit pas non plus en bonne part. Un jour il y fut si sensible, qu'il se mit en colère; il se fâcha sérieusement, et sortit tout échauffé de l'académie. Le froid le saisit de telle sorte, qu'en rentrant chez lui, il sentit sa poitrine embarrassée; la fièvre lui survint; son mal de poitrine augmenta; le mal empira si rapidement, qu'il y succomba, le 21 mai 1742, après cinq jours d'une fièvre violente, âgé de 65 ans. A ce défaut près, l'abbé de *Molières* étoit un excellent homme, et même, lorsqu'il s'abandonnoit à ses méditations philosophiques, d'un flegme et d'une insensibilité singulière. Un jour qu'il étoit dans ses distractions, un décrocheur ôta les boucles d'argent que notre rêveur avoit à ses souliers, et en substitua de fer. Une autre fois, un voleur entra dans son appartement; et, sans se détourner de ses études, *Molières* lui indiqua son argent et se laissa voler, demandant, pour toute grace, qu'on ne dérangeât pas ses papiers. Quoiqu'il n'eût pas de superflu, il donnoit aux gens qui servoient l'académie des Sciences, des étrennes plus considérables que les membres les plus riches. Il n'avoit cependant pour tout revenu, que les honoraires de sa chaire, ses messes, et ce qu'il pouvoit retirer du papier marbre, auquel il travailloit quand il étoit las de méditer. On a de lui: *L'Leçons de Mathématiques, nécessaires pour l'intelligence des principes de Physique, qui s'ensèment actuellement au Collège Royal*, in-12, 1726. Ce livre, qui a été traduit en anglais, est un "l'rainé de la grandeur en général". Les principes M O L 345 Éligèbre et de calculs arithmétiques y sont exposés avec ordre, et les opérations bien démontrées. II. Leçons de Physique, contenant les Elémens de la Physique déterminés par les seules lois des Mécaniques, expliquées au Collège Royal, in-12, Paris, 4 vol., 1739; et traduites en italien à Venise, 1743, 3 volumes in-8. On voit que l'auteur est partisan des tourbillons de Descartes; mais ne pouvant se dissimuler ses écarts ni les découvertes de Newton, il a tâché de rectifier les idées du philosophe François par les expériences du philosophe Anglois. Il a pris ce qui lui a paru de plus vrai dans le système de Descartes, et l'a mis dans un nouveau jour; tantôt en démontrant des propositions qu'il n'avoit fait que supposer, tantôt en retranchant les propositions qui pouvoient passer pour inutiles. Newton lui a servi à poser des principes propres à expliquer d'une manière mécanique, des effets dont Newton lui-même a cru qu'on chercheroit vainement la cause: tels que les tourbillons célestes, les fois de ces tourbillons, et leur mécanique. Quoique les philosophes d'aujourd'hui lui tiennent peu de compte de ses efforts, il faut avouer qu'ils décèlent beaucoup de sagacité. L'auteur écrivant avec méthode, clarté et précision, devoit peut-être se borner à exposer les différens systèmes, sans chercher à les concilier. En adoptant et en rejetant une partie des idées de Descartes et de Newton, il n'a fait lui-même qu'un système qui a passé bien vite, et qui a fait tort à ce qu'il y a de bon dans son livre. III. Elémens de Géométrie, in-12, 1741. Autant s'étoit-il éloigné des anciens dans sa Physique, autant s'en rapproche-t-il dans sa Géométrie, du moins pour leur synthèse et leur manière de démontrer.
MOLIN, (N.) appelé communément du Moulin, célèbre médecin, l'un des plus grands praticiens de Paris, mourut dans cette ville, en 1755, à 89 ans, sans postérité, et riche de seize cent mille livres. On prétend qu'il répondit à quelques jeunes docteurs, qui le pressoient d'indiquer, avant de mourir, les membres de la Faculté les plus dignes de le remplacer: Je laisse après moi trois grands médecins, l'Eau, la Diète et l'Exercice. Une pratique de 60 ans lui avoit prouvé que le régime vaut mieux que la médecine; cependant, il en sentoit le besoin dans les maladies graves; et sa grande expérience, jointe à un coup d'œil excellent, le faisoit appeler de préférence à ses autres confrères. On cite plusieurs traits de son avarice; entr'autres, qu'il éteignit sa lampe, un soir qu'un Harpagon avoit été lui demander quelques leçons d'économie. On ajoute qu'il lui dit: Nous n'avons pas besoin d'y voir pour parler, nous en serons moins distraits. Mais, ce qu'on n'auroit pas dû oublier, c'est que cet homme, qui ne craignoit point de s'enfumer dans une chambre éclairée d'une petite lampe, fit des actions généreuses. Appelé chez des gens aisés, il n'y revenoit point si on ne le payoit à chaque visite; mais non-seulement il donnoit ses soins aux pauvres, il laissoit de l'argent pour des bouillons et les autres choses nécessaires. Un jour on le fit demander dans un couvent pour une jeune demoiselle d'une grande condition, mais 346 MOL d'une plus grande pauvreté. On craignoit que, selon sa méthode, il ne revint point, parce qu'on n'avoit pas d'honoraire à lui offrir. Il revint pourtant, et il laissa chez la malade un rouleau de dix louis, afin qu'on pût le payer d'une partie de cet argent, et qu'on ne s'appergût point de l'indigence de la demoiselle. Ce qui augmente le prix des bienfaits de *Molin*, c'est qu'en donnant, il oublioit qu'il eût donné. Son ton étoit un peu rude; mais dans le fond, il étoit bon homme et même compatissant. I. MOLINA, (Louis) né à Cuenca dans la Castille neuve, d'une famille noble, entra chez les Jésuites en 1553, à l'âge de 18 ans. Il fit ses études à Coimbre, et enseigna pendant vingt ans la théologie dans l'université d'Ébora, avec grand succès. Son esprit étoit vif et pénétrant, sa mémoire heureuse; il aimoit à se frayer des routes nouvelles, et à chercher de nouveaux sentiers dans les anciennes. Cet habile Jésuite mourut à Madrid, le 12 octobre 1600, à 65 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Des *Commentaires* sur la première partie de la Somme de *St. Thomas*, en latin. II. Un grand Traité *De Justitiæ et Jure*. III. Un livre *De concordia Gratiae et libri arbitrii*, imprimé à Lisbonne en 1558, en latin, avec un *Lippendix*, imprimé l'année d'après, in-4°, fort cher. « *Molina*, en travaillant sur la Somme de saint *Thomas*, dit l'abbé de *Cuius*, avoit cru trouver le moyen d'accorder le libre-arbitre, avec la prescience de Dieu, la providence et la prédestination; se flattant que *St. Augustin* lui-même auroit approuvé les voies qu'il avoit imaginées. Les *Pères anciens*, dit-il, qui ont précédé l'hérésie de Pélage, ont fondé la *Prédestination* sur la prescience du bon usage du libre-arbitre; au lieu que saint *Augustin* et ses disciples n'ont parlé si affirmativement, que parce qu'ils avoient à combattre les *Pélagiens*, qui donnoient tout au libre-arbitre, et qu'il sembloit qu'on devoit lui ôter beaucoup. *Molina* définit le libre-arbitre, la faculté d'agir ou de ne pas agir, ou de faire une chose, en sorte qu'on puisse faire le contraire. Il avoue que l'homme, par ses seules forces, ne peut rien faire qui entre dans l'ordre de la grace, et qui soit même une disposition éloignée à la recevoir... Mais, ajoute-t-il, quoique Dieu distribue comme il veut les dons de graces que Jésus-Christ nous a méritées, il a néanmoins ajusté les lois ordinaires de cette distribution à l'usage que les hommes font du libre-arbitre, à leur conduite et à leurs efforts. L'homme, donc, pour agir en bien, a besoin qu'une grace prévenante excite et pousse son libre-arbitre; et Dieu ne manque jamais de la donner, principalement à ceux qui la demandent avec ardeur; mais il dépend de leur volonté de répondre ou de ne pas répondre à cette grace. » (*Voyez Suxius*, n° II.) C'est ce système qui fit naître les disputes sur la Grace, et qui partagea les Dominicains et les Jésuites en Thomistes et en Molinistes. Cette scission de deux écoles célèbres, alluma une guerre qui n'est pas encore éteinte. Dès que la production du Jésuite pacut, *Henriques* son confrère, croyant y voir le Pèlagianisme, le censura comme un ouvrage qui préparoit la voie à l'Antechrist. Les Dominicains soutinrent thèses M O L 347 sur thèses, pour foudroyer le nouveau système. Le cardinal Quiroga, grand inquisiteur d'Espagne, fatigué de ces querelles, les porta au tribunal de Clément VIII. Ce pontife forma, pour les terminer, en 1597, la célèbre congrégation qu'on appelle de Auxilis. Mais après plusieurs assemblées des consulteurs et des cardinaux, où les Dominicains et les Jésuites disputèrent contradictoirement en présence du pape et de la cour de Rome, il ne fut rien décidé. Paul V, sous lequel ces disputes avoient été continuées, se contenta de donner un Décret, en 1607, par lequel il défendit aux deux partis de se censurer mutuellement, et enjoignit aux supérieurs des deux ordres, de punir sévèrement ceux qui contreviendront à cette défense. L'impression que fit cette modération du pape sur les Dominicains et sur les Jésuites, fut bien différente, suivant certains auteurs. Les premiers furent au désespoir, et les autres au comble de la joie. Cet esprit de paix qu'avoit recommandé le pape, fut la chose à laquelle on pensa le moins. Il resta entre ces deux corps une animosité sourde. Le duc de Lerme, ministre de Philippe III, roi d'Espagne, en appréhendant les suites, tâcha de les amener à l'unité de doctrine; mais toujours en vain. Ce ministre abandonna son projet, persuadé qu'il étoit plus facile de réconcilier les puissances les plus ennemies, que deux corps divisés par des disputes d'école. Néanmoins, le temps qui caime tout, appaisa les esprits. Les Jésuites, pour n'avoir pas l'air de Pélagiens, tempérèrent leur Molinisme, par l'ordre de leur général Aquaviva; et la plupart des Dominicains adoucirent également leur Grace efficace par elle-même. Les controverses du Jansénisme survivent, et ce feu couvert sous la cendre, se ranima avec force. Heureux ceux qui, en reconnaissant la nécessité de la grace de Jésus-Christ, se bornent à la demander, sans faire des tentatives inutiles pour savoir comment elle opère!
II. MOLINA, (Antoine) Chartreux de Villa-Nueva-de-Los-Infantes, dans la Castille, dont on a un Traité de l'Instruction des Prêtres. Cet ouvrage est très-propre à honorer le sacerdoce, et à sanctifier ceux qui en sont revêtus. On l'a traduit en françois, et imprimé à Paris, chez Coignard, 1677, in-8.º Molina mourut vers 1612, après s'être acquis une grande réputation de piété.
III. MOLINA, (Louis) jurisconsulte Espagnol, fut employé par Philippe II, roi d'Espagne, dans les conseils des Indes et de Castille. On a de lui, un savant Traité sur les substitutions de terres anciennes de la Noblesse d'Espagne, en 1603, in-folio. Il est intitulé: De Hispanorum primogenitorum origine et natura. Ce livre est aussi d'usage dans plusieurs provinces de France. — Il ne faut pas le confondre avec Jean MOLINA, historien Espagnol, qui donna, en 1524, in-folio. Cronica antigua d'Aragon; et en 1539, in-folio, De las cosas memorables de Espagna. Le premier ouvrage parut à Valence, et le 2e à Alcala.
IV. MOLINA, (Dominique) religieux Dominicain, natif de Séville, publia, en 1626, un Recueil des Bulles des Papes, 348 MOL concernant les privilèges des Ordres Religieux. I. MOLINET, (Jean) né à Desurennes dans le diocèse de Boulogne, fut aumônier et bibliothécaire de Marguerite d'Autriche gouvernante des Pays-Bas, et chanoine de Valenciennes. On a de lui, plusieurs ouvrages en prose et en vers. Le plus connu est intitulé: Les Dits et Faits de Molinet, Paris, 1531, in-fol., 1540, in-8. Les curieux le recherchent. Ses Poesies ont été réimprimées à Paris en 1723, in-12. On a encore de lui, une Paraphrase en prose, in-folio, du roman de la Rose, dont il s'est efforcé de faire un ouvrage de morale. Il mourut en 1607.
II. MOLINET, (Claude du) chanoine régulier, et procureur général de la congrégation de Sainte-Geneviève, naquit à Châlons en Champagne l'an 1620, d'une famille ancienne. Il vint achever ses études à Paris, et s'appliqua ensuite à découvrir ce qu'il y a de plus caché dans l'antiquité. Il amassa un cabinet considérable de curiosités, et mit la bibliothèque de Sainte-Geneviève, à Paris, dans un état qui l'a rendue l'objet de l'attention des curieux. Louis XII se servit de lui pour aider à ranger ses médailles, et à lui en trouver de nouvelles. Le P. du Molinet en fournit à ce monarque plus de 500, qui lui méritèrent des gratifications considérables. Ce savant antiquaire mourut à Paris, le 2 septembre 1687, à 62 ans, regretté de plusieurs illustres amis, que son savoir, autant que son caractère, lui avoit procurés. Ses principaux ouvrages sont: I. Une édition des Fpîtres d'Étienne, évêque de Tonnay, avec de sa- vantes notes, 1682, in-8. II. L'Histoire des Papes, par médailles, depuis Martin V, jusqu'à Innocent XI, 1679, in-fol. en latin: ouvrage peu estimé. III. Des Réflexions sur l'origine et l'antiquité des Chanoines séculiers et réguliers. IV. Un Traité des différens habits des Chanoines. V. Une Dissertation sur la Mère des Anciens. VI. Une autre Dissertation sur une Tête d'Isis, etc. VII. Le Cabinet de Sainte-Geneviève, à Paris, 1692, in-fol., peu commun. Ces différens écrits offrent des choses curieuses et recherchées.
MOLINETTI, (Antoine) médecin de Venise, enseigna et pratiqua la médecine à Padoue, avec une réputation extraordinaire. C'étoit un des plus habiles anatomistes de son siècle. On estime beaucoup son Traité des Seus et de leurs organes, imprimé à Padoue en 1669, in-4°, en latin. Molinetti mourut à Venise vers 1675, avec la réputation d'un savant présomptueux, trop amoureux de ses idées, et trop ennemi de celle des autres.
MOLINEUX, Voyez MOLINEUX.
MOLINIER, (Jean-Baptiste) né à Aries en 1675, entra dans la congrégation de l'Oratoire en 1700, et précia dans la suite avec applaudissement à Aix, à Toulouse, à Lyon, à Orléans et à Paris. Massillon l'avant entendu, fut frappé des traits vifs et saillans de son éloquence, et surpris de ce qu'avec un talent si décidé, il étoit si inégal; il lui dit alors: Il ne tient qu'à vous d'être le Prédicateur du Peuple ou des Grands. Il est certain que, lorsqu'il travaillait ses distours, il égaloit nos plus célèbres orateurs; mais il comptoit trop sur sa facilité, et il ne modérait pas assez l'impétuosité de son imagination. *Molinier* quitta l'Oratoire vers 1720, pour se retirer dans le diocèse de Sens, d'où il revint à Paris reprendre l'exercice du ministère de la prédication. Le successeur du cardinal de *Noailles*, (*Vintimille*) le lui ayant interdit, il ne s'occupa plus qu'à revoir ses Sermons. Il mourut le 15 mars, 1745, à 70 ans. On a de lui : I. *Sermons choisis*, en 14 vol. in-12, 1730, et années suivantes. Ces discours sont la production d'un génie heureux, qui s'exprime avec beaucoup de feu, d'énergie, de farce, de dignité et de naturel. Il ne lui manquoit que le goût; son style est incorrect, inégal, et déshonoré par des termes communs, qui font un étrange contraste avec plusieurs morceaux pleins de vie et de noblesse. Le *Sermon du Ciel* passe pour son chef-d'œuvre. De ces 14 volumes, il y en a 3 de *Panégyriques*, et 2 de *Discours* sur la vérité de la religion Chrétienne. II. *Exercice du Pénitent et Office de la Pénitence*, in-8. III. *Instructions et Prières de Pénitence*, in-12, pour servir de suite au *Directeur des ames Pénitentes*, du Père *VIVOR*. IV. *Prières et Pensées Chrétiennes*, etc.
MOLINO, (Dominique) sénateur de Venise, encouragea les gens de lettres en Italie et dans les pays étrangers. Il entretint une correspondance suivie avec *Heinsius*, *Casaubon*, *Grotius* et *Gassendi*; ce dernier dit que peu de Monarques ont pu l'égaler dans la généreuse et infatigable protection des lettres. Un com- commerce épistolaire très étendu, et les occupations du gouvernement l'empêchèrent de mettre la dernière main à ses ouvrages; mais il contribua à la publication de ceux des autres. On prétend qu'il eut beaucoup de part aux différens traités politiques de *Fra-Paolo*. Il mourut en 1635, à 62 ans, après avoir employé tous ses soins à conserver la majesté de la république et à augmenter la gloire de la littérature. C'est ce qu'on lit dans son Epitaphe.
MOLINOS, prêtre Espagnol, naquit dans le diocèse de Saragosse en 1527, d'une famille considérable par ses biens et par son rang. Né avec une imagination ardente, il s'établit à Rome, et y acquit la réputation d'un grand directeur. Il avoit un extérieur frappant de piété; et il refusa tous les Lénèfices qu'on lui offrit. Le feu de son génie l'entraîna dans des erreurs nouvelles sur la mysticité. Il déploya ses idées dans sa *Conduite Spirituelle*: livre qui le fit renfermer dans les prisons de l'Inquisition, en 1685. Cet ouvrage parut d'abord admirable. « La théologie mystique, disoit l'auteur dans sa Préface, n'est pas une science d'imagination, mais de sentiment... On ne l'apprend point par l'étude, mais on la reçoit du Ciel. Aussi, dans ce petit ouvrage, je me suis plus servi de ce que la bonté infinie de Dieu a daigné m'inspirer, que des pensées que la lecture des livres auroit pu me suggérer. » Ce traité étoit divisé en trois livres; et l'on trouvoit dans le premier, « que pour parvenir à la perfection du recueillement intérieur, il faut faire de son cœur une carte blanche, où la Sagesse divine puisse graver ce qu'il lui plaira; que les tentations sont une médecine salutaire, qui rabaisse notre orgueil; que le recueillement intérieur consiste dans un silence que l'on garde en la présence de Dieu, en le considérant par une foi amoureuse et obscure, sans aucune distinction de ses perfections ou attributs; qu'il n'est pas besoin de méditer les mystères, ni de faire des réflexions sur la vie ou la passion de J. C., et que la plus sublime oraison consiste dans le silence mystique des pensées, c'est-à-dire, à ne désirer rien, à ne penser rien. » Dans le 2$^{e}$, *Molinos* exhorte les directeurs auxquels il l'adresse, à se revêtir dans le confessionnal de la douceur d'un agneau, et à rugir en chaire comme des hions. Il dit qu'il vaut mieux obéir à son Directeur qu'à Dieu. Il conseille la fréquente communion, et désapprouve les pénitences corporelles. Il développe enfin, dans le 3$^{e}$, les principes de sa prétendue mysticité, et selon lui, « il n'y a que deux sortes de contemplations, l'une active et l'autre passive. La première cherche Dieu au dehors par le raisonnement, l'imagination et la réflexion; il la dit bonne pour les commençons; mais il ajoute, qu'il faut aspirer à la seconde, qui conduit à l'union divine et au repos intérieur. Alors l'âme est maîtresse des tentations: la vertu s'affermit, les attachemens se rompent, les imperfections s'anéantissent, et l'âme demeure unie à Dieu, sans qu'elle y contribue par aucun mouvement. » La réputation de vertu qu'avoit l'auteur, ne servit pas peu à répandre son livre. Ce ne fut qu'en creusant dans cette espèce d'abyme, où *Molinos* s'enfonce, et veut entraîner son lecteur, qu'on aperçut tout le danger de son système. On vit, dit le P. d'Avrigny, que l'homme prétendu parfait de *Molinos*, est un homme qui ne réfléchit ni sur Dieu, ni sur lui-même; qui ne désire rien, pas même son salut; qui ne craint rien, pas même l'Enfer; à qui les pensées les plus impures, comme les bonnes-œuvres, deviennent absolument étrangères et indifférentes. La souveraine perfection, suivant le rêveur Espagnol, consiste à s'anéantir pour s'unir à Dieu; de façon que, toutes les facultés de l'âme étant absorbées par cette union, l'âme ne doit plus se troubler de ce qui peut se passer dans le corps. Peu importe que la partie inférieure se livre aux plus honteux excès, pourvu que la supérieure reste concentrée dans la Divinité par l'oraison de *Quietude*. Cette hérésie se répandit en France, et y prit mille formes différentes. *Malaval*, *Mad. Guyon* et *Fénélon*, en adoptèrent quelques idées, mais non pas les plus révoltantes. Celles de *Molinos* furent condamnées en 1687, au nombre de 68. On voulut voir si sa conduite répondait à sa pratique, et l'on découvrit des dérèglements aussi affreux que son fanatisme. Il fut obligé de faire une abjuration publique de ses erreurs, et il fut enfermé dans une prison, où il mourut le 29 décembre 1696, âgé de plus de 70 ans. En quittant le prêtre qui le conduisit dans son cachot, il lui dit: *Adiou*, *Père! Nous nous reverrons encore un jour du Jugement, et en verra alors de quel côté est la vérité, ou du vôtre ou du mien*. Ces paroles marquent que son repen- tir ne fut pas aussi sincère qu'on l'a prétendu. Voyez SEGNERI.
MOLITOR, (Ulric) est connu par un livre rare, intitulé : De Pythonissis mulieribus ; à Constance, 1489, in-4°, où il y a des choses singulières. Il mourut vers 1492. I. MOLLER, (Henri) théologien Protestant, se rendit très-habile dans la langue hébraïque, et professa long-temps dans l'université de Wirtemberg. Il mourut à Hambourg sa patrie, en 1589, âgé de 59 ans. On a de lui, des Commentaires sur Isaïe, et sur les Pseaumes ; et des Poésies latines.
II. MOLLER, (Daniel-Guillaume) natif de Presbourg, voyagea dans toutes les parties de l'Europe, fut professeur en histoire et en métaphysique, et bibliothécaire dans l'université d'Altorf, où il mourut le 25 février 1712, à 70 ans. On a de lui, plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Meditatio de Hungaricis quibusdam Insectis prodigiosis, ex aëre unà cum nive in agro delapsis, 1673, in-12. II. Opuscula Ethica et Problematico-critica, Francfort, 1674, in-12. III. Opuscula Medico-historico-Philologica, 1674, in-12. IV. Mensa Poëtica, Altorf, 1678, in-12. V. Indiculus Medicorum Philologorum ex Germani oriundorum, etc., Altorf, 1691, in-4°. VI. Et divers autres ouvrages qui prouvent son érudition.
III. MOLLER, (Jean) né à Fleinsbourg, dans le duché de Sleswick, en 1661, fut fait recteur du collège de sa patrie, en 1701. On lui offrit plusieurs chaires, qu'il refusa. Il ne voulut pas même accepter l'emploi de bibliothécaire d'Oxford, quelques instances qu'on lui fit. Toutes les heures que ses fonctions classiques lui laissoient libres, il les employoit sans relâche à l'étude de l'histoire littéraire. Il mourut le 20 octobre 1725, à 64 ans. C'étoit un philosophe ferme et dégagé d'ambition. On a de lui, plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Introductio ad Historiam Ducatuum Sleswicensis et Holsatici ; à Hambourg, 1699, in-8°. II. Cimbria litterata, 1744, trois vol. in-fol. Il contient l'Histoire littéraire, ecclésiastique, civile et politique de Danmarck, de Sleswick, de Holstein, de Hambourg, de Lubeck et des pays voisins. III. Isagoge ad Historiam Chersonesi Cimbriaca, in-8°, Hambourg, 1691 ; et dans la Bibliotheca septentrionale eruditi, Leipzig, 1699, in-8°, qui renferme un détail circonstancié de ce qu'il faut lire pour l'histoire de ces provinces. (Voy. I. KONIG.) IV. De Cornutis et Hermaphroditis, Berlin, 1708, in-4°. Sa VIe a été donnée par ses fils, en latin, à Sleswick, 1734, in-4°. Une profonde érudition est le caractère de tous ses écrits.
MOLOCH, fameux Dieu des Ammonites, à l'idole duquel ils sacrifioient des enfans et des animaux. La statue de cette Divinité barbare, étoit un buste ou demi-corps d'homme, qui avoit une tête de veau, et tenoit les bras étendus. Elle étoit creuse, et dans sa concavité, on avoit ménagé sept armoires, dont la première étoit destinée pour la farine, les cinq suivantes pour les différens animaux qu'on lui immoloit, et la septième pour 352 MOË les enfans qu'on vouloit lui sacrifier. Ce demi-corps étoit posé sur une espèce de four, où on allumoit grand feu; et de peur qu'on n'entendit les cris des enfans, on faisoit un grand bruit avec des tambours et d'autres instrumens, qui étourdissoient les spectateurs. Quelques auteurs prétendent qu'on ne brûloit point réellement les enfans; mais que, pour les parifier, on se contentoit de les faire passer entre deux feux que l'on allumoit devant l'idole. L'Écriture-Sainte reproche souvent aux Juifs de faire ces sortes de sacrifices à Moloch.
MOLON, Molo, célèbre Rhéteur de l'isle de Rhodes, vint à Rome l'an 87 avant J. C., et y enseigna la rhétorique avec beaucoup d'éclat. Cicéron, qui étoit du nombre de ses auditeurs, en fait un grand éloge dans son Brutus. Étant retourné dans sa patrie, le jeune orateur Romain l'y suivit pour continuer à prendre des leçons d'un maître qu'il regardoit comme celui qui avoit le plus contribué à le perfectionner dans l'éloquence. Quelques années après, Molon fut envoyé à Rome, en ambassade vers le Sénat, où on l'écouta sans interprète, honneur qui avant lui n'avoit été accordé à aucun étranger.
MOLORCHUS, vieux pasteur du pays de Cléone, dans le royaume d'Argos, reçut magnifiquement chez lui Hercule. Ce héros, pénétré de reconnoissance, tua en sa faveur le Lion de Némée, qui ravageoit tous les pays des environs. C'est en mémoire de ce bienfait, qu'on institua, en l'honneur de Molorchus, les Fêtes appelées de son nom Molorchéennes. I. MOLSA ou MOLZA, (François-Marie) de Modène, s'acquit une grande réputation par ses vers latins et italiens. Ses talens lui auroient procuré une fortune considérable dans le monde, si sa conduite avoit été plus régulière et plus prudente. On estime sur-tout ses Élégies, et sa pièce sur le Divorce de Henri VIII, roi d'Angleterre, et de Catherine d'Aragon. Son Capitolo in lode del Fichi, plein d'obscénités, a été commenté par Annibal Caro, poète Italien, sous ce titre : La Ficheide del Padre Ficco, col comm. de ser Agresto, 1549, in -4°. Ses Poésies italiennes se trouvent avec celles du Berni, ou séparément, 1513, in -8°; et 1750, 2 vol. in -8°; avec celles de Tarquinia Molza, sa petite-fille. Ses Poésies latines se trouvent dans Deliciae Poëtarum Italorum... Molza écrivoit aussi en prose avec beaucoup d'élégance; mais il déshonoroit ses talens par le commerce honteux qu'il eut avec les courtisanes de Modène. Il s'abandonna à ces misérables avec si peu de ménagement, qu'il contracta cette honteuse maladie, suite de la débauche. Il en mourut à la fleur de ses jours, en 1544.
II. MOLSA ou MOLZA, (Tarquinie) petite-fille du précédent, joignit à toutes les graces de son sexe, une vertu solide. Après la mort de son époux, elle ne voulut point se remarier, et se comporta comme Artemise, quoique sa jeunesse et ses attraits la fissent rechercher avec empressement. Elle s'appliqua avec beaucoup d'ardeur et de succès aux belles-lettres, aux langues grecque, latine et hébraïque. Son goût, son esprit et ses lumières la la firent consulter par *le Tasse*, *Guarini* et les autres grands hommes de son temps, sur leurs ouvrages. Le sénat de Rome l'honora en 1600, et toute sa famille, du droit et des privilèges des citoyens Romains. Cette dame fut un des ornemens de la cour d'*Alfonse II*, duc de Ferrare, auprès de qui elle s'étoit retirée. Ses *Poésies* se trouvent avec celles de son aïeul.
MOLTZIER, *Voyez M'VILLE*.
MOLYNEUX, (Guillaume) né à Dublin, en 1656, établit dans sa patrie une société de savans, semblable à la Société royale de Londres. Il étoit l'ami intime de *Locke*, et il méritoit l'amitié de ce philosophe par sa probité et ses lumières. *Molyneux* mourut de la pierre, en 1698, à 42 ans. On a de lui : I. Un *Traité de Dioptrique*, in 4°, Londres, 1692. II. La *Description*, en latin, d'un *Télescope* de son invention, etc. 1686.
MOMBRITIUS, (Boninus) écrivain Milanois, est connu par son *Sanctuarium*, seu *Vita Sanctorum*, 2 vol. in-folio, sans nom de ville et sans date. Ce livre, très-rare et très-cher, est recherché par les bibliomanes soit pour les fables qu'il renferme, soit pour l'ancienneté de l'édition. On croit qu'il parut vers l'an 1479. On a aussi des *Poésies* de cet auteur.
MOMUS, (Mythol.) fils du *Sommeil* et de la *Nuit*, et le Dieu de la raillerie, s'occupoit uniquement à examiner les actions des dieux et des hommes, et à les reprendre avec liberté. Ses sarcasmes perpétuels le firent *Tome VIII*. chasser du ciel. *Neptune* ayant fait un Taureau, *Vulcain* un Homme, et *Minerve* une Maison, il les tourna tous trois en ridicule : *Neptune*, pour n'avoir pas mis au Taureau les cornes devant les yeux, afin de frapper plus sûrement ; ou du moins aux épaules, afin de donner des coups plus forts : *Minerve*, pour n'avoir point bâti sa Maison mobile, afin de pouvoir la transporter lorsqu'on auroit un mauvais voisin : et *Vulcain*, de ce qu'il n'avoit pas mis une fenêtre au cœur de l'Homme, pour que l'on pût voir ses pensées les plus secrètes. Le même *Momus* voyant le nombre des Dieux s'augmenter de jour en jour, se plaint de ce que certains d'entre eux, non-contenu d'avoir été élevés à un si haut rang, d'hommes qu'ils étoient auparavant, vouloient aussi défiler leurs serviteurs et leurs servantes. On représente *Momus* levant le masque de dessus un visage, et tenant une marotte à sa main. I. MONALDESCHI, (Louis de) gentilhomme d'Orviette, naquit en 1326. Il passa à Rome presque toute sa vie, pendant laquelle il jouit toujours d'une santé parfaite et d'un jugement très-sain. On a de lui, des *Annales Romaines*, en italien, depuis 1228 jusqu'en 1340. On croit qu'il les avoit poussées beaucoup plus loin ; mais que le reste est perdu ou enterré dans quelque bibliothèque.
II. MONALDESCHI, (Jean de) favori ou écuyer de la reine *Christine* de Suède, composa secrètement un Libelle contre cette princesse, où il dévoiloit ses intrigues. *Christine*, charmée d'avoir trouvé cette occasion de se défaire d'un homme qu'elle n'aimait plus, le fit trainer à ses pieds, l'interrogea, le confondit. Après les reproches les plus violens, elle ordonna au capitaine de ses gardes et à deux nouveaux favoris, dégorger le coupable. Elle s'éloigna à vingt pas, pour mieux jouir de ce spectacle. On fond sur lui de tous côtés. Le malheureux *Monaldeschi*, après une vaine défense, tombe tout sanglant sous le fer de ses bourreaux. La reine, qui n'entend plus ses gémissemens, s'approche, le contemple et lui insulte. *Monaldeschi*, à cette voix, semble s'éveiller, se débat, s'agite : il élève vers *Christine* une main tremblante pour lui demander grace. *Quoi !* s'écrie-t-elle, *tu respires encore, et je suis Reine !* Les assassins écrasent aussitôt la tête de ce malheureux, et traînent aux pieds de *Christine* sa victime expirante. *Non*, ajouta-t-elle, *non, ma fureur n'est point sâtissâite !* *Apprends, traître, que cette main qui versa tant de bienfaits sur toi, te frappe le dernier coup.* Cet attentat contre l'humanité, l'opprobre de la vie de *Christine*, fut commis à Fontainebleau, le 10 octobre 1657. Cependant quelques jurisconsultes écrivirent des Dissertations pour le justifier. Ces dissertations, triste monument de la flatterie des gens de lettres envers les rois, furent la honte de leurs auteurs, et ne servirent pas à disculper *Christine* : il est fâcheux de trouver le nom d'un *Leibaitz* parmi les apologistes d'un assassinat. « La postérité, dit d'*Alembert*, trouvera bien étrange qu'au centre de l'Europe, dans un siècle éclairé, on ait agité sérieusement, si une reine qui a quitté le trône, n'a pas le droit de faire égorger ses domestiques sans autre forme. Il aurait fallu demander plutôt, si *Christine* sur le trône même de Suède, aurait eu ce droit barbare : question qui eût été bientôt décidée au Tribunal de la loi naturelle et des nations. L'état dont la constitution doit être sacrée pour les monarques, parce qu'il subsiste toujours, tandis que les sujets et les rois disparaissent, a intérêt que tout homme soit jugé suivant les lois. C'est l'intérêt des princes mêmes dont les lois font la force et la sureté. L'humanité leur permet quelquefois d'en adoucir la rigueur, en pardonnant, mais jamais de s'en dispenser pour être cruels. Ce seroit faire injure aux rois, que d'imaginer que ces principes pussent les offenser, ou qu'il fallût même du courage pour les réclamer au sein d'une monarchie. Ils sont le cri de la nature. » Il paroît que ce n'étoit pas l'opinion de la cruelle et bizarre *Christine*, du moins si on en juge par une Lettre, imprimée parmi celles qui ont paru sous son nom. Elle est adressée au cardinal *Mazaria*, qui avait désapprouvé le meurtre de *Monaldeschi*. « Apprenez tous, valets et maîtres, dit-elle, qu'il m'a plu d'agir ainsi ; je veux que vous sachiez que *Christine* se soucie peu de votre cour, encore moins de vous. Ma volonté est une loi qu'il faut respecter ; vous taire, est votre devoir : sachez que *Christine* est reine par-tout où elle est. » Si *Christine* écrivit une telle lettre, dit l'auteur de l'*Essai sur l'Histoire générale*, c'étoit une homicide tombée en démence. Si cette lettre est supposée, elle ne peut l'être que par un de ces es- laves abrutis, qui ont imaginé qu'une Suédoise, parce qu'elle avoit régné à Stockholm, avoit le droit de faire assassiner un Italien à Fontainebleau. Non seulement le devoir du cardinal *Mazaria* n'étoit pas de se taire; mais comme premier ministre, il devoit faire sentir l'indignation du roi à *Christine*. « *Le Bel*, de l'ordre de la Trinité, a donné la Relation de la mort de *Monal-Beschi* : *Voyez* II. Bet.
MONARDÈS, (Nicolas) célèbre médecin de Séville, dont on a : I. Un *Traité des Drogues de l'Amérique*, Séville, 1574, in-8°, traduit en françois par *Colin*, Lyon, 1619, in-8° II. *De Rosa*, Anvers, 1564, in-8° III. Plusieurs autres Ouvrages en latin et en espagnol. Ce savant, mort en 1577, n'y enseigne que ce qu'une longue expérience lui avoit appris. Ses livres ne sont pas communs.
MONBRON, (N. Fougeret de) mort au mois de septembre 1760, étoit né à Péroune. Cétoit un de ces auteurs qui ne peuvent vivre avec eux-mêmes, ni avec les autres, frondant tout, n'approuvant rien, médisant de tout le genre humain qui les hait par représailles; ayant d'ailleurs de l'esprit, et capable de penser et d'écrire, si la bile ne l'avoit trop dominé. On a de lui : I. *La Henriade travestie*, in-12, qui ne vaut pas le *Virgile travesti* de *Scarron*, quoiqu'il y ait quelques bonnes plaisanteries. *Voltaire* lui-même en rit comme un homme de qualité rigoit de voir son puléfrenier chercher à le contrefaire et prendre les airs, les habits et le langage d'un grand seigneur. Le mérite des travestissements burlesques consiste prin- cipalement dans un air de facilité, qui ne laisse point appercevoir le travail. *Monbron* a en général cet air d'aisance, quoiqu'il suive son auteur pas à pas et presque vers pour vers. II. *Préservatif contre l'Anglomanie*, in-12; ouvrage écrit avec emportement. III. *Le Cosmopolite*, ou *le Citoyen du Monde*, in-12; livre où l'on trouve quelques vérités morales, assez utiles, si l'auteur ne paroissoit outré. IV. *Des Romans* infames et indignes d'être cités. Quoiqu'il eût de la gaieté dans ses ouvrages, et même de l'imagination, il étoit d'une taciturnité sombre dans la société.
MONCADE, (Hugues de) d'une très-illustre et ancienne famille originaire de Catelogne, et autrefois souveraine du Béarn, accompagna, dans sa jeunesse, *Charles VIII*, roi de France, dans son expédition d'Italie. L'alliance de *Ferdinand* roi d'Espagne, avec le monarque François étant rompue, il s'étacha à la fortune de *Cesar Borgia*, neveu du pape *Alexandre VI*. Mais, lorsqu'après la mort de son oncle, *Borgia* se déclara pour les François. *Moncade* passa dans l'armée Espagnole, commandée alors par le grand *Gonsalve*. La guerre étant terminée en Italie, il se distingua contre les pirates des côtes d'Afrique, par des actions éclatantes, qui lui méritèrent le riche prieuré de Messine. Les services importants qu'il continua de rendre sur mer à *Charles-Quint*, furent récompensés par la vice-ravanté de Sicile. Il fut fait prisonnier, en 1524, par *André Doria*, sur la côte de Gênes, et n'obtint sa liberté que par la traité de Madrid. Le pape *Clément VII* étant entré, en 1526, 356 MON dans la ligue formée entre les Vénitiens et François I, pour le rétablissement de François Sforce dans le duché de Milan, Moncade, qui commandoit alors pour l'empereur en Italie; fit avancer vers Rome un corps de troupes considérable, s'en empara sans résistance, contraignit le pape à se réfugier dans le château Saint-Ange, et abandonna au pillage le palais du Vatican et l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, qui se trouve dans son enceinte. Paul Jove, qui se récria beaucoup sur cette impiété, attribue à la vengeance céleste sa mort arrivée deux ans après, (en 1528) au combat naval de Capo-d'Orso, près du golfe de Salerne, où Philippin Doria remporta une victoire complète sur la flotte impériale qu'il commandoit. — Son successeur, François de MONCADE, fut gouverneur des Pays-Bas pour Philippe IV. Celui-ci a été peint à cheval par le célèbre Vandick. Ce tableau, d'une exécution soignée, a été gravé par Morghen, et se trouve dans la collection du Muséum François.
MONCE, (Ferdinand de la) né à Munich, en 1678, du premier architecte de l'électeur de Bavière, vint à Lyon, et y suivit la profession de son père. L'étude des grands modèles d'Italie l'avoit formé. Dans son séjour à Rome, le régent le chargea de faire transporter en France le célèbre cabinet de la reine Christine, qu'il avoit acquis du duc de Bracciano. De retour à Lyon, il y éleva plusieurs édifices remarquables, et où règne un goût simple et noble. Le portail de l'église Saint-Just, l'entrée de l'Hôtel-Dieu et son vestibule, le quai du Rhône, la chaire de l'église du Collège, sont des monumens admirés et connus. Le Monce s'occupoit aussi de la gravure, et y a obtenu des succès. Les planches de la belle édition de l'Essai sur l'homme de Pope, faite à Lausanne, celles de l'Histoire des Belles-Lettres, par Juvenel de Carlencas, en 4 vol. in-8°, sont de lui. Il mourut, le 30 septembre 1753, à 75 ans.
MONCEAUX, (François de) en latin Monceus, jurisconsulte, poète et fécond écrivain d'Arras, étoit seigneur de Fridelval; et fut envoyé, par Alexandre Farnèse duc de Parme, en ambassade vers Henri IV roi de France. On a de lui : I. Bucolica sacra, in-8°, à Paris, 1589. II. Aaron purgatus, sive De Vitulo aureo Libri duo, 1606, in-8° : livra qui a été réfuté par Robert Visorius. Il est inséré dans les Critici sacri de Pearson, et il a été prohibé à Rome, l'an 1609. III. L'Histoire des apparitions divines faites à Moyse, Arras, 1594, in-4° IV. Templum justitiæ, poème, Douai, 1590, in-8°. V. Lucubratio in Caput I et VII Cantici Canticorum, Paris, 1587, in-4°. Tous ces ouvrages sont en latin : il y a des recherches et des singularités.
MONCHESNAY, (Jacques-Lôme de) né à Paris, en 1666, d'un procureur au parlement, se fit recevoir avocat, et se livra à la poésie. Il travailla pour le théâtre Italien, et il y donna la Cause des Femmes, la Critique de cette pièce ; Mézetin grand Sophi de Perse ; le Phénix, et les Souhaits : pièces remplies de traits d'esprit, mais mal dialoguées et mal conduites. Leur place est marquée au troisième vong. *Monchesnay*, dégoûté du théâtre par la religion, suivant les uns, et par trop de sensibilité à la critique, suivant les autres, fit une *Satire* contre cet art qui l'avoit occupé pendant si long-temps. *Boileau*, à qui il marquait ces sentimens, les approuva. *Monchesnay* étoit de la société de ce fameux satirique; mais ayant fait imprimer quelques *Satires*, que ce poète ne goûta pas, leur liaison se refroidit. *Il me vient voir rarement*, disoit *Boileau*, parce que quand il est avec moi, il est toujours embarrassé de son mérite et du mien. Le théâtre n'étant plus une ressource pour lui, et la médiocrité de sa fortune ne lui permettant pas de rester à Paris, il se retira, en 1720, à Chartres, où il mourut en 1740, dans sa 75e année. Plusieurs de ses Poésies, qui consistent en *Epitres*, en *Satires*, et en *Epigrammes* imitées de *Martial*, n'ont pas vu le jour. Il est encore auteur du *Bolæana*, ou *Entretiens de M. de Monchesnay avec Boileau*. Si cet ouvrage est vrai dans toutes ses parties, il donne une assez mauvaise idée du caractère de ce fameux écrivain; et s'il est faux, il ne doit pas faire juger avantageusement de la probité de *Monchesnay*. Il résulte de cet écrit, qui n'est à la gloire ni de l'un ni de l'autre, qu'ils aimoient tous les deux la satire et la médisance.
MONCHRÉTIEN, *Voyes* MONTCHRESTIEN.
MONCHY, (Charles de) connu sous le nom de Maréchal d'*Hacquincourt*, étoit d'une noble et ancienne famille de Picardie, féconde en personnes de mérite. Il se signala par sa valeur dans plusieurs sièges et batailles, à la Marfée, et à Villefranche en Roussillon. Il commanda l'aile gauche de l'armée Françoise à celle de Rhétel, en 1650. Cette journée lui valut, l'année suivante, le bâton de maréchal de France. Il défit ensuite les Espagnols en Catalogne, et força leurs lignes devant Arras; mais, sur quelques mécontentemens qu'il prétendoit avoir reçus de la cour, il se jeta dans le parti des ennemis, fut battu en 1652, à Bleneau par le grand Condé; et fut tué devant Dunkerque de trois coups de mousquet, le 13 juin 1658, en voulant reconnoître les lignes de l'armée Françoise. C'étoit un brave homme, franc, loyal, et qui ne manquoit pas d'esprit. — *Voy*. CHARLEVAL.
MONCHY, *Voy*. MOUCHY.
MONCK, (George) duc d'*Albemarle*, né en 1608, d'une famille noble et ancienne, se signala dans les troupes de *Charles premier*, roi d'Angleterre; mais, ayant été fait prisonnier par le chevalier *Fairfax*, il fut mis en prison à la Tour de Londres. Il n'en sortit que plusieurs années après, pour conduire un régiment contre les Irlandois Catholiques. Après la mort tragique de *Charles I*, *Monck* eut le commandement des troupes de *Cromwell*, en Ecosse. Il soumit ce pays; et la guerre de Hollande étant survenue, il remporta, en 1653, une victoire contre la flotte Hollandoise, où l'amiral *Tromp* fut tué. *Cromwell* étant mort, en 1658, le général *Monck* fit proclamer protecteur *Richard*, fils de cet usurpateur. *Charles II*, instruit de sa probité, lui écrivit alors pour l'exciter à le faire rentrer dans son royaume. Le gé- 358 MON néral *Monck* forma aussitôt le dessein de rétablir ce prince sur le tronc. Après avoir dissimulé quelque temps pour prendre des mesures plus efficaces, il se met, en 1660, à la tête d'une armée attachée à ses intérêts; entre en Angleterre; détruit par ses lieutenants les restes du parti de *Cromwell*; pénètre jusqu'à Londres, où il casse le parlement factieux, en convoque un autre, et lui communique son dessein. On s'y porte avec enthousiasme; Londres se déclare en faveur de *Charles*. *Monck* le fait proclamer roi, et va au-devant de lui à Douvres, lui porter le sceptre qu'il lui a rendu. Les fastes de l'Histoire Britannique n'ont pas fourni deux fois le spectacle d'une politique aussi profonde et aussi modérée. *Charles II*, pénétré de la plus vive reconnaissance, l'embrassa, le fit général de ses armées, son grand écuyer, conseiller d'état, trésoriér de ses finances, et duc d'Albemarle. Le général *Monck* continua de rendre les services les plus importants au roi *Charles II*. Il mourut comblé de gloire et de biens, le 3 janvier 1679, à 70 ans, fut pleuré de son prince, et enterré à Westminster au milieu des rois et des reines d'Angleterre. Ce grand homme avoit l'air grave et majestueux; l'esprit peu brillant, mais solide, ferme et égal. Il aimoit la vertu, et ne pouvoit souffrir l'injustice, même dans les soldats. Il répétoit souvent, qu'une armée ne doit point servir d'asile aux voleurs et aux scélérats. On a de lui, *Observations politiques et militaires*, Londres, 1671, infolio. Sa *Vie*, écrite par *Thomas Gumbe*, in-8°, en anglois, a été traduite en françois par *Guy Mège*, in-12. On apperçoit, dans toute la conduite de ce général, une politique sage, qui n'enfante que des projets avoués par la probité, ou ordonnés par le devoir; et sa vie est un exemple qu'on peut concilier des démarches adroites, impénétrables, rusées, avec la plus exacte vertu.
MONCLAR, (Jean-Pierre-François de Ripert, seigneur de) procureur général du parlement d'Aix, mort de la pierre, dans sa terre de *Saint-Saturnin*, près d'Apt en Provence, en février 1773, pendant la révolution des parlements, étoit un magistrat intègre, un homme d'esprit et un écrivain éloquent. Ses Mémoires, pour prouver les prétentions de la France sur le Comtat et sur Avignon, sont écrits avec force et avec clarté. Le roi le chargea d'accompagner le comte de la *Rochechouart*, pour en prendre possession en son nom, en 1768, et récompensa son mérite par une pension. Ses réquisitoires étoient distingués dans la foule; et quoique ces ouvrages n'aient qu'un temps, on les recherche encore aujourd'hui. Ses *Comptes rendus* des Constitutions des Jésuites, et les *Mémoires* qu'il fit pour opérer leur destruction en Provence, lui firent beaucoup d'ennemis. Les partisans et quelques membres de la Société le représentèrent comme un homme emporté, comme un philosophe vain et orgueilleux, comme un sectateur du Désiré; mais les juges équitables ne virent en lui qu'un magistrat actif, éclairé, zélé pour le maintien des libertés de l'Église Gallicane et des véritables maximes de l'administration. Il mourut dans des sentiments de piété. L'évêque d'Apt, (La Merlière) ordonna à son confesseur de lui faire rétracter, avant que de l'administrer, ce qu'il avoit dit de peu favorable au saint Siège et aux Jésuites; le magistrat mourant se soumit, dit-on, à ce que vouloient le prélat et le confesseur.
MONCONYS, (Balthasar de) étoit fils du lieutenant criminel de Lyon. La peste qui ravageoit sa patrie, engagea son père à l'envoyer faire ses études à l'université de Salamanque, en 1618. Après avoir étudié la philosophie et les mathématiques, il voyagea dans l'Orient, pour y chercher les traces de la philosophie de Mercure Trismégiste et de Zoroastre. Ses recherches n'ayant pas satisfait sa curiosité, il revint en France, et mourut à Lyon en 1665. Ses connaissances le firent estimer des savans, sur-tout des amateurs de la chimie. Ses Voyages ont été imprimés en 3 vol. in-4°, et en 4 vol. in-12, par les soins de son fils et du Jésuite Berthet. Ils sont plus utiles aux savans qu'aux géographes. L'auteur s'est moins attaché à donner des descriptions topographiques, qu'à marquer les choses rares et recherchées; aussi Sorbière les préfère-t-il à ceux de Petro de la Vallée. Le style en est traignant et n'anime pas assez le lecteur.
MONCRIF, (François-Augustin PARADIS de) secrétaire des commandemens de M. le comte de Clermont, lecteur de la reine, l'un des Quarante de l'académie Françoise, et membre de celles de Nanci et de Berlin, naquit à Paris d'une famille honnête, en 1687, et y mourut le 12 novembre 1770, à 83 ans. Avec des mœurs dignes de l'âge d'or, Il fut un Ami sûr, en Auteur agréable; Il mourut vieux comor; Nestor, Mais il fut moins bavard et beaucoup plus aimable. Tel étoit Moncrif; un esprit fin, une figure prévenante, un désir constant de plaire, une humeur égale, douce et complaisante; l'avantage de lire d'une manière intéressante, de chanter des couplets délicats, de composer des madrigaux flatteurs, lui firent de bonne heure un grand nombre d'amis et d'amis illustres. Un célèbre ministre ayant été exilé en 1757, il demanda de le suivre dans sa retraite; et, en admirant cet attachement noble et généreux, on lui permit seulement d'aller tous les ans lui témoigner sa reconnaissance. Il sut non-seulement se faire aimer des grands, mais se faire respecter, en évitant également et l'orgueil qui offense leur amour propre et la bassesse qui engendre le mépris. Louis XV lui accorda les entrées: distinction refusée à Voltaire, dont il craignoit le coup d'œil perçant, et accordée à Moncrif qui joignoit la discrétion à la bonté. Ce prince le railloit quelquefois. Savez-vous, lui dit-il un jour, qu'on vous donne quatre-vingts ans... Oui, Sire, répondit Moncrif, (qui ne vouloit pas paroître vieux) mais je ne les prends pas. Peu de personnes obligeoient avec plus de zèle, et donnoient avec plus de plaisir. Il éleva, il soutint des parens pauvres, sans rougir d'eux au milieu de la cour. Il avoit commencé par être maître de salle, et on a dit qu'il prévoyait qu'il seroit obligé de défendre ses ouvrages à la pointe de l'épée. Le 360 MON plupart n'avoient pas besoin de cette précaution. Les principaux sont : I. *Essai sur la nécessité et sur les moyens de plaire*, plusieurs fois réimprimé, in-12. Cette production, agréablement et finement écrite, est pleine de raison et de sagesse. On y désireroit peut-être aujourd'hui un peu plus de nerf et de philosophie : mais ce qui lui donne du prix, c'est que, contre l'usage de plusieurs moralistes, il avoit pratiqué ce qu'il enseignoit. Il s'étoit fait un système de contribuer aux agrémens des sociétés honorables où il étoit admis. Son seul tort, selon d'Alembert, est d'avoir cherché à réduire en préceptes un art dont il n'appartient qu'à la nature de nous donner des leçons. Son livre peut néanmoins être, utile aux jeunes gens qui entrent dans le monde, et leur servir d'expérience anticipée. II. *Les Ames rivales*, petit Roman agréable, assaisonné d'une critique ingénieuse de nos mœurs. Cet ouvrage est fondé sur la chimère Indienne de la métempsycose. Un Brame qui eut occasion de le lire, regarda l'auteur comme un génie transcendant, et lui envoya en présent un manuscrit qu'il croyait précieux. III. *Les Abderites*, comédie médiocrement bonne. IV. *Des Poésies diverses*, pleines de délicatesse : on distingue surtout ses *Romances* et son conte du *Rajeunissement inutile*, remarquable par la douceur des vers, la finesse des réflexions et la grace de la narration. V. Quelques *Dissertations*, où il y a des idées et de l'esprit. On trouve ces pièces dans les Œuvres mêlées de l'auteur, Paris, 1743, in-12. VI. De petites *Pièces* en un acte, et qui font partie de divers Opéra appelés les *Fragmens* : *Zélindor*, *Ismène*, *Almasis*, les *Génies tutélaires*, la *Sibylle*. Il s'étoit consacré au genre lyrique, et il y réussissoit. On a encore de lui, en ce genre : l'*Empire de l'Amour*, ballet ; le *Trophée* ; les *Ames réunies*, ballet non représenté ; *Erosine*, pastorale héroïque. VII. *L'Histoire des Chats*, bagatelle jugée trop sévèrement dans le temps, et presque entièrement oubliée aujourd'hui. Cet ouvrage fut l'occasion d'une plaisanterie que lui fit le comte d'Argenson. Après la retraite de *Voltaire* en Prusse, il intéressa ce ministre pour obtenir la place d'*Historiographe*. *HISTORIOGRAPHE*, lui dit le comte d'Argenson, vous voulez sans doute dire *HISTORIOGRAPHE*. Ses *ŒUVRES* ont été recueillies en 1761, 4 vol. in-12.
MONDEJEU, *Voyez SCHULEMBERG*.
MONDIR, vieillard Arabe, se rendit célèbre sous le règne du calife *Aaron Baschid* par sa sagesse et sa reconnaissance envers le premier visir *Barmecide*. Le calife, jaloux de la grande réputation de ce dernier, avoit défendu, sous peine de la vie, que l'on parlât de lui en sa présence. Malgré cette défense rigoureuse, *Mondir* venoit chaque matin devant le palais du ministre disgracié, et s'élevant sur une terrasse qui lui servoit de tribune, il entretenoit les passans des vertus de *Barmecide* et des services que l'on devoit à ses aïeux. Le calife irrité le fit venir devant lui pour le condamner à la mort. *Mondir* remercia *Aaron* d'avoir pensé à le délivrer de la vie, puisqu'elle lui étoit devenue pénible, dès que Barmecide n'étoit plus heureux. Aussitôt il peignit avec tant de force les obligations qu'il avoit en visir, que le sultan ému, lui fit non - seulement grace de la vie, mais il lui donna une coupe d'or. Mondir, se prosternant à terre, s'écria : « O Barmecide ! voilà encore un présent que je te dois. » I. MONDONVILLE, (Jeanne de) fille d'un conseiller au par- lement de Toulouse, se distin- gua de bonne heure par sa beauté et son esprit. Recherchée par divers seigneurs, elle épousa, en 1646, Turles, seigneur de Mondonville. Ayant perdu son époux, elle se consacra aux œuvres de piété sous la conduite de l'abbé de Ciron. Après avoir tenu quelque temps chez elle des écoles gratuites, elle travailla à l'instruction des Nouvelles Con- verties, et au soulagement des pauvres malades. Mad. de Mon- donville forma ensuite le projet d'employer ses biens à la fonda- tion d'une congrégation qui per- pétuât ses œuvres de charité. Son dessein fut approuvé par Marca, archévêque de Toulouse; et l'abbé de Ciron fut nommé, en 1661, pour en dresser les statuts et les régléments. Ce nouvel institut fut confirmé par un bref d'Alexan- dre VII, en 1662, autorisé de lettres-patentes en 1663. Peu de temps après, ces Constitutions furent imprimées avec l'appro- bation de dix-huit évêques et de plusieurs docteurs. C'est cet Ins- titut si connu sous le nom ne Congrégation des Filles de l'En- fance. Mad de Mondonville avoit dejà formé des établissements dans plusieurs diocèses, lorsqu'on pré- tendit « que ses Constitutions renfermoient des maximes dan- gereuses. » Les Jésuites écrivi- rent et agirent contr'elles. On nomma des commissaires pour les examiner, et la congrégation de l'Enfance fut supprimée par un arrêt du conseil de 1686, à l'instigation d'une Société qui de- puis a eu le même sort. L'insti- tutrice fut reléguée dans le cou- vent des Hospitaliers de Cou- tances, et privée de la liberté d'écrire et de parler à aucune personne de dehors. Elle y mou- rut, avec de grands sentimens de piété, en 1703. Les Filles de l'Enfance furent dispersées, et les Jésuites achetèrent leur mai- son pour y placer leur séminaire. Ils avoient combattu contre ces Filles infortunées, comme contre un ennemi redoutable, et ils re- cueillirent une partie de leurs déponilies. Nous avons suivi dans cet article l'Histoire Ecclésiastique de l'abbé Racine. Les écri- vains Jésuites sont moins favo- rables à la fondatrice des Filles de l'Enfance. Voici ce que dit l'un d'entre eux, d'après Reboulet : « La cour eut des preuves in- contestables que cette fondatrice (Mad. de Mondonville) avoit donné asile à des hommes de mauvaise doctrine et mal-inten- tionnés pour l'état, tel que le Père Corle et l'abbé Dorat : qu'elle avoit fourni à ceux-ci les moyens de sortir du royaume; qu'elle avoit fait imprimer, dans sa maison et par ses Filles, plu- sieurs Libelles contre la conduite du roi et de son conseil. On en- leva cette imprimerie; on dressa des procès-verbaux; et sur tous ces faits on eut quantité de dé- positions authentiques et juridi- ques, avec les témoignages des plus anciennes Filles de cette 362 MON maison... » Comment concilier des témoignages si différens ? L'Histoire n'est plus qu'un plaidoyer, où chacun chicane pour son parti. Pour nous, qui ne sommes d'aucun, nous suspendons notre jugement, et nous laissons la décision de ce procès au public sage et éclairé. Il parut, en 1734, une *Histoire des Filles de la Congrégation de l'Enfance*, par *Reboulet*, ex-Jésuite, et avocat à Avignon. L'abbé de *Juliard*, parent de Mad. de *Mondonville*, attequa cette *Histoire* comme un libelle calomnieux, et la réfuta par un Mémoire en deux parties, qui contient : I. *L'ANOCENCE justifiée* ou *L'Histoire véritable des Filles de l'Enfance*. II. *Le MENSONGE confondu* ou *La preuve de la fausseté de l'Histoire calomnieuse des Filles de l'Enfance*. Le parlement de Toulouse condamna au feu l'Histoire de *Reboulet*, comme contenant des faits faux ou altérés. Cet auteur, qui n'avoit écrit que d'après les Mémoires de ses anciens confrères, répondit pour soutenir la vérité de son ouvrage. Mais le marquis de *Gardouche*, neveu de Mad. de *Mondonville*, obtint un arrêt du 27 février 1738, qui condamna au feu ce nouvel *Ecrit*, et ordonna des recherches rigoureuses contre l'auteur. *Voy*. *REBOULET*.
II. MONDONVILLE, (Jean-Joseph Cassanac de) l'un des plus célèbres musiciens du 18$^{e}$ siècle, vit le jour à Narbonne en 1715. Il acquit d'abord de la réputation à Paris, où il se rendit célèbre par l'exécution brillante et facile de son violon. Il fut rival et ami de *Guignon*, qui tenoit alors le premier sang dans ce genre. Ses *Sonates* de clavecin et ses *Symphonies*, ses *Opéra d'Isle*, du *Carnaval du Parnasse*, de *Titan et l'Aurore*, de *Daphais et Alcimadure*, le mirent bientôt dans la classe des compositeurs les plus distingués qui aient travaillé pour l'Opéra. Il excella aussi dans les *Motets*, qui lui méritèrent la place de maître de musique de la chapelle du roi. Il étoit occupé à de grands ouvrages de musique, qui enflammèrent son sang et précipitèrent ses jours. Il mourut à Belleville près de Paris, le 8 octobre 1772, à 57 ans, regretté de ses parens et de ses amis, qui trouvoient en lui un homme sensible, et une société douce, honnête et agréable. On n'avoit jamais vu au concert spirituel une affluence égale à celle qu'attirèrent les premiers essais de *Mondonville*. Trois morceaux de génie annoncèrent une lyre enchanteresse et savante, qui égaloit celle de la *Lande*. C'étoient le *Magnus Dominus*, le *Jubilate* et le *Dominus regnavit*, que l'on entend encore avec applaudissement.
MONDORY, (N$^{os}$) naquit à Orléans, et devint le plus célèbre comédien de la troupe du Marais. Il y jouoit les premiers rôles. L'ardeur qu'il montroit dans son jeu avança ses jours. Il fut frappé d'apoplexie, comme il jouoit le rôle d'*Hérode* dans la tragédie de *Marianne*, par *Tristan*.
MONDRAINVILLE, *Voyez* DUVAL, n.º 1.
MONESTIER, (Blaise) Jésuite, professeur de philosophie à Clermont, et né dans ce diocèse en 1717. Ses *Principes de piété*, 1756, 2 vol. in-12, et sa *Vraie Philosophie*, 1774, in-8°, renferment de bonnes leçons pour un chrétien et pour un véritable philosophe. Il mourut en 1776. I. MONET, (N.) né à Lyon, devenu directeur de l'Opéra de cette ville, mit pour devise à son théâtre, et par allusion à son nom : *Mucet*, *Movet*, *Monet*. On lui doit l'*Anthologie Françoise* en quatre vol. in-8°, 1765. Ce recueil, dont la musique est exécutée en caractères mobiles de *Fournier le jeune*, manque de goût et renferme des obscenités. Le discours sur l'origine de la Chanson françoise est ce qu'on peut y lire de mieux. Il a pour auteur *Meunier de Querion*. *Monet* est mort vers 1770.
II. MONET, (Philibert) né en Savoie l'an 1566, mort à Lyon en 1643, à 77 ans, se distingua chez les Jésuites, où il entra par goût pour l'étude. Les langues l'occupèrent d'abord, et elles lui durent quelques ouvrages, éclipsés par ceux qu'on a donnés après lui. Son Dictionnaire Latin-François, intitulé : *Inventaire des deux Langues*, Paris, 1636, in-fol., eut cours dans le temps. *Monet* se tourna ensuite du côté du blason et de la géographie de la Gaule : ce qu'il a fait sur cette matière, est encore consulté quelquefois par les savans.
MONETA, (le Père) Dominicain de Crémone, vivait du temps même de *St. Dominique*, et mourut vers 1240. Il se rendit célèbre par sa science et par son zèle contre les hérétiques de son temps. Le Père *Riccianius*, du même ordre, fit imprimer à Rome, en 1643, in-folio, un *Traité* latin du Père *Moneta* contre les Vaudois.
MONFORT, *Voyez* MONFORT.
MONGAULT, (Nicolas-Hubert de) fils naturel de *Colbert-Fouanges*, né à Paris en 1674, entra dans la congrégation de l'Oratoire. La délicatesse de sa santé l'obligera d'en sortir quelque temps après. Il demeura successivement auprès de *Colbert*, archevêque de Toulouse, qui le protégeait ; et auprès de *Foucault*, qui trouva en lui ce qu'il avait cherché, un homme qui savait aller l'esprit avec le savoir. Ce seigneur connoissant le prix de l'abbé *Mongault*, lui procura une place à l'académie des Inscriptions, et celle de précepteur du duc de *Chartres*, fils du duc d'Orléans. *Mongault* sut se concilier, dans cette place importante et délicate, l'amitié et l'estime de son élève. Quoiqu'il pensât librement sur les matières de religion, il s'attacha, dit *Duclos*, à lui inspirer les principes les plus capables de l'effrayer, parce qu'il pensait sans doute qu'on ne peut retenir les princes par des liens trop forts. L'abbaye de Chartrenve et celle de Villeneuve furent les récompenses de ses soins. Le duc de *Chartres* ajouta aux bienfaits de son père, les places de secrétaire général de l'infanterie françoise, de secrétaire de la province de Dauphiné, de secrétaire des commandemens du cabinet. L'abbé *Mongault* aurait voulu s'élever plus haut. Tandis que le cardinal *Dubois* se plaignait d'être malheureux, depuis qu'il était grand ; l'abbé *Mongault* l'était encore plus, par l'envie qu'il lui portait. De là les vapeurs dans lesquelles il a passé une partie de sa vie. Ces 364 MON vapeurs lui faisoient voir tout en noir : on le lui dit un jour. Les vapeurs, répondit-il, font donc voir les choses comme elles sont. L'abbé Mongault se servit avantageusement de son esprit pour satisfaire son ambition ; mais il auroit été plus heureux, s'il s'en fût servi pour la modérer. L'académie Françoise se l'associa en 1713. Il mourut, le 15 août 1746, à 72 ans. Ce savant étoit d'un commerce aussi utile qu'agréable, à son humeur près. La duchesse d'Orléans l'admettoit souvent dans ses conversations particulières. Quoiqu'il eut vécu à la cour, il n'apprit jamais à flatter, et lorsqu'il n'estimoit, ni n'aimoit point, il exprimoit ses sentiments sans contrainte. Jubois ne put le faire entrer dans aucune de ses vues, même en lui faisant du bien. Ce cardinal desiroit que le duc de Chartres, colonel général de l'infanterie, vint travailler avec lui; pour l'y engager, il voulut se servir de Mongault, qui lui répondit sèchement : Je n'abstérois jamais de la confiance du prince, pour l'engager à s'avilir. On a de lui : I. Une Traduction françoise de l'Histoire d'Hérodien, dont la meilleure édition est celle de 1745, Paris, in-12. Cet ouvrage, fait avec beaucoup de soin et d'exactitude, est écrit d'ailleurs avec élégance. II. Une Traduction des Lettres de Cicéron à Atticus, Paris, 1714 et 1738, six vol. in-12. Cette version, aussi élégante et aussi exacte que celle d'Hérodien, est enrichie de notes qui font beaucoup d'honneur à son goût et à son érudition. On apprend dans le texte et dans les remarques, à connoître l'esprit et le cœur de Cicéron, et les per- sonnages qui jouoient de son temps un grand rôle dans la république Romaine. III. Deux Dissertations dans les Mémoires de l'académie, qui font regretter qu'on n'en ait pas un plus grand nombre de la même plume.
MONGEZ, (Jean-André) — né à Lyon en 1751, s'attacha à la congrégation de Sainte-Geneviève. Son zèle pour les progrès de l'Histoire naturelle, le fit embarquer avec la Peyrouse, et il a péri, à la fleur de son âge, dans cette glorieuse et fatale expédition. On lui doit : I. La continuation du Journal de Physique, où il fournit plusieurs articles. II. Description de la machine inventée pour les fractures des jambes, par d'Albert Pieropare de Vicenze, 1782. III. Traduction de la Scingraphie du règne minéral de Bergmann, 1787, deux vol. in-8.
MONGIN, (Edme) né à Baroville dans le diocèse de Langres, en 1668, fut d'abord précepteur du duc de Bourbon et du comte de Charolois. Il mérita par ses talens pour la chaire, une place à l'académie Françoise, en 1708, et l'évêché de Bazas en 1724. C'étoit un homme d'esprit et de goût. Ces deux qualités se font remarquer dans le recueil de ses Œuvres, publié à Paris, in-4°, en 1745. Cette collection renferme ses Sermons, ses Padégyriques, ses Oraisons funèbres et ses Pièces académiques. Ce prélat mourut en 1746, à Bazas, âgé de 79 ans, après avoir conduit son diocèse avec beaucoup de prudence et de sagesse. Son caractère étoit aimable et sa conversation enjouée. Il aimoit la paix. Ce fut lui qui dit à M. de Brissac, évêque de Condom, qui voulait publier un Mandement sur les disputes du jansenisme : *Monseigneur, parlons beaucoup, et écrivons peu.*
MONGOMERI, *Voy.* MONT-GOMMEY.
MONICOULT, (N°) fut consul de France à Dantzick et à Saint-Pétersbourg. Il est mort vers 1760, après avoir donné, en 1724, au théâtre Italien le *Dédain affecté*, comédie en trois actes.
MONIÈRE, (Jean de la) doyen des médecins du collège de Lyon, publia en 1626 un assez bon traité sur la *Dysenterie* et un autre sur la *Peste*.
MONIME DE MILET, célèbre par sa beauté et par sa chasteté, plut tellement à *Mithridate*, que ce prince employa tous les moyens imaginables pour ébranler sa vertu ; mais tous furent inutiles. La résistance ne fit que l'animer, et il l'épousa pour satisfaire son amour. Bientôt vaincu par *Lucullus*, et craignant que *Monime* ne tombât entre les mains du vainqueur, il lui ordonna de mourir. Racine a mis *Monime* sur la scène. Elle y excite cet intérêt que font éprouver toutes les productions de ce grand poète, *Voyez* MITHRIDATE.
MONIN, (Jean-Édouard du) natif de Gy, dans le comté de Bourgogne, publia, sous le règne de *Henri III*, un grand nombre de *Pièces* de poésie : des *Latines*, en 1578 et 1579, deux vol. in-8°, et des *Françoises*, 1582, in-12. Il fut regardé comme l'un des plus beaux génies de son siècle. On a encore de lui, deux *Tragédies* imprimées : l'une sous le titre de *Carême de du Monin*, Paris, 1584, in-4° : l'autre, sous celui de *Orbec-Oronte*, dans le *Phénix de du Monin*, 1585, in-12. Il fut assassiné en 1586, à 29 ans, après avoir donné de grandes espérances. Il possédoit déjà plusieurs langues, et presque toutes les sciences. On l'a comparé à *Pic de la Mirandoie*, à *Postel*, à *Agrippa*, et aux autres génies précoces. On n'applaudit guère à ce jugement, quand on lit les vers de *du Monin* : ils sont si obscurs, si plats, si traînants, si défigurés par une érudition pédantesque, qu'on ne trouve pas étrange qu'à son âge il eût enfanté de telles productions. *Voëtius* a prétendu, sans preuve, que le cardinal du *Perron* avoit eu part au meurtre de ce jeune homme, pour se venger de quelques mauvaises sâtires.
MONIQUE, (Sainte) née en 332 de parens Chrétiens, fut mariée à *Patrice*, bourgeois de Tagaste en Numidie, dont elle eut deux fils et une fille. Elle convertit son mari qui étoit Païen ; et elle obtint, par ses prières et par ses larmes, la conversion de son fils aîné, depuis *St. Augustin*, qui étoit engagé dans les plaisirs du siècle et imbu des erreurs du Manichéisme. Après avoir enfanté ce cher enfant à l'Église et à la religion, elle mourut en 387, à Ostie, où elle s'étoit rendue avec lui pour passer en Afrique.
MONMOREL, (Charles le Bourg de) né à Pont-Audemer, fut fait aumônier de Mad. la duchesse de *Bourgogne* en 1697. L'abbaye de Lannoi fut la récompense de son talent pour la chaire, autant que l'effet de la 366 MON protection de Mad. de Maintenon. Nous avons de lui un recueil d'Homélites estimées, quatre volumes sur l'Évangile des Dimanches, trois volumes des jours de Carême, un volume de la Passion, et deux des Mystères de J. C. et de la Sainte Vierge. Cette collection, précieuse aux curés de campagne, et même à ceux des villes, forme dix vol. in-12. L'auteur écrit avec simplicité, avec précision, et ne s'éloigne guère de la méthode et du style des Saints Pères, dont il place à propos les plus belles sentences. Nous ignorons l'année de sa mort.
MONMORENCI, Voyez MONTMORENCY.
MONMORT, Voyez V. HABERT et MONTMAUR.
MONMOUTH, Voy. MONTMOUTH.
MONNEGRO, ou DE TOLEDE, (Jean-Baptiste) sculpteur et architecte, mort en 1590, à Madrid sa patrie, dans un âge très-avancé, se fit une grande réputation en Espagne par son habileté. C'est lui qui fit bâtir, par ordre de Philippe II, l'église de l'Escurial, dédiée à saint Laurent. Les statues des six rois qu'on voit sur la facade de ce temple, sont aussi l'ouvrage de son ciseau. I. MONNIER, (Pierre le) né auprès de Vire, d'une famille honnête, mérita par ses tabous une chaire de philosophie, au collège d'Harcourt à Paris. L'académie des Sciences se l'associa, et le perdit, le 27 novembre 1757, à l'âge de 82 ans. On a de lui, Cursus Philosophicus, 1750, en 6 vol. in-12. Ce cours a eu du succès, et on le dictoit dans plusieurs collèges de province. On y trouve non-seulement les notions géométriques nécessaires à tout physicien, mais encore les questions de physique traitées avec assez d'étendue, et pour l'ordinaire avec méthode et clarté. Son système général est le cartésianisme corrigé, étayé de fausses suppositions, si communes à tous les faiseurs d'hypothèses. Mais il a écarté les questions absurdes et vaines dont on chargeoit autrefois les livres de ce genre. L'académie, dont il étoit membre, lui doit aussi divers Mémoires. — Pierre-Charles le MONNIER, son fils, professeur de philosophie au collège royal, et savant astronome, fut l'un des quatre savans envoyés, en 1736, sous le Pôle pour déterminer la figure de la Terre. Il étoit membre de l'académie des Sciences comme son père. Il est mort à la fin de l'an sept.
II. MONNIER, (Louis-Guillaume) fils et frère des précédens, devint aussi membre de l'académie des Sciences. Il embrassa la médecine, et y eut des succès. Dans un Mémoire sur l'électricité de l'air, il fut le premier qui annonça que la matière de la foudre et celle de l'électricité devoient être la même. Les articles Aumant et Aiguille aimantée, dans l'Encyclopédie, sont de lui. Il avoit professé pendant trente ans la botanique au jardin des plantes. Il est mort en l'an huit.
III. MONNIER, (N. le) étoit de Normandie, et se fit abbé; il se distingua jeune par son amour pour la littérature et la canteur de son caractère. On lui doit: 1. Un recueil de Fables qui ont de la naïveté et des graces. II. Une traduction de *Térence*. C'est la meilleure que nous ayons de ce poète comique. III. Une *Lettre* sur l'établissement des prix de vertus et des *Rosières*. L'abbé le *Monnier* fut emprisonné sous le règne de la terreur, où l'on ne respectoit ni les talens ni les vertus. Après dix-huit mois de prison, le 9 thermidor lui rendit la liberté. Il est mort à Paris le 4 avril 1797, presque subitement, à l'âge de 76 ans. — MONNOYE, (Bernard de la) né à Dijon le 15 juin 1641, fit paraître dès son enfance de grandes dispositions pour les belles-lettres. On voulait l'engager à se consacrer au barreau; mais son inclination l'entraînait vers la littérature légère et la poésie. Il se contenta de se faire recevoir correcteur en la chambre des comptes de Dijon, en 1672. L'exercice de cette charge ne l'empêcha point de se rendre habile dans les langues grecque, latine, italienne et espagnole, dans l'histoire et dans la littérature. Il remporta le prix de l'académie Françoise, en 1671, par son poème du *Duel aboli*, qui fut le premier de ceux que l'académie a distribués. Le sujet de ses autres pièces, qui remportèrent aussi le prix, est: pour l'année 1673, *La Gloire des Armes et des Belles-Lettres*, sous Louis XIV; pour 1677, *L'éducation de Monseigneur le Dauphin*; pour 1683, *Les grandes choses faites par le Roi en faveur de la Religion*, en concurrence avec l'abbé du *Jarry*; enfin, pour l'année 1685, *La Gloire acquise par le Roi en se condamnant dans sa propre cause*. Sa pièce inti- intitulée: *L'Académie Françoise sous la protection du Roi*, ayant été envoyée trop tard en 1675, ne put être admise à l'examen. Malgré les lauriers qu'il avoit recueillis dans la capitale, il ne put se décider à s'y fixer. « A Paris, disoit-il, on ne verroit en moi que le bel esprit: profession, à mon avis, aussi dangereuse que celle de danseur de corde. Je n'ai d'ailleurs aucune ambition, même littéraire; et quant à ma fortune, toute bornée qu'elle est, j'en suis content. Je n'ai jamais rien demandé au roi, et je le prie seulement de ne me rien demander. » Son absence de Paris retarda son entrée à l'académie Françoise, qui ne se l'associa qu'en 1713, et il étoit bien juste qu'un athlète qui avoit été couronné cinq fois, fût assis avec ses juges. Ses nouveaux confrères le dispensèrent, (honneur que personne n'a partagé avec lui) des visites de réception. Le fameux système de *Law* plongea la *Monnoye* dans la misère. Un tel coup le frappa sans l'abattre. Le duc de *Villeroi*, sensible à son mérite et à son infortune, lui donna une pension de 600 livres, et lui défendit de passer à son hôtel pour le remercier. *La Monnoye* trouva son bienfaiteur chez Mad. la comtesse de *Caylus*; mais, au premier mot de remerciement, le généreux duc l'interrompit, et lui dit: *Oubliez tout cela, Monsieur; c'est à moi de me souvenir que je suis votre débiteur*. La poésie ne faisoit pas la principale occupation de la *Monnoye*; il avoit su joindre à ce talent, dès sa plus tendre jeunesse, une vaste littérature. Son érudition presque unique embrassoit la parfaite connoissance des livres et des 368 MON auteurs de tous les pays, et la discussion pénible des anecdotes littéraires dont aucune ne lui échappoit. Les bibliographes le regardaient comme leur Oracle, et c'est ainsi qu'ils l'appeloient, malgré le silence que sa modestie avoit exigé d'eux. Les qualités de son cœur égaloient celles de son esprit; son caractère étoit égal, poli et officieux. Il aimoit la joie et savoit l'inspirer. Le poète *Lainez* étant à Dijon, entraîna un soir la *Monnoye* dans un cabaret, où une conversation vive et aimable, échauffée par d'excellent vin, les retint jusqu'à neuf heures du matin. Mad. de la *Monnoye*, inquiète de l'absence de son mari, fut le chercher jusque dans ce cabaret. *Lainez* l'appercevant de loin, s'écria: « Voilà ta femme » ! La *Monnoye* qui ne la voyoit point encore, parce qu'il avoit la vue basse, lui dit: « Ah! mon ami, voilà le premier bon office que m'ait rendu ma vue. » Ceci n'étoit qu'une plaisanterie; il avoit toujours aimé et estimé son épouse, qu'il ne perdit qu'en 1726, et qu'il suivit bientôt après. Ce littérateur estimable mourut à Paris le 15 octobre 1727, à 88 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Des *Poésies Françoises*, in-8°, imprimées en 1716 et en 1721. II. De *Nouvelles Poésies*, imprimées à Dijon en 1743, in-8°. Ces deux Recueils méritent des éloges; il y a plusieurs vers heureux et quelques morceaux agréables. Le style en est quelquefois prosaïque: la douce chaleur de la poésie ne s'y fait pas toujours sentir; mais, dans ces sortes de collections, tout ne peut pas être égal. La *Monnoye* avoit traduit en vers françois un Poème espagnol, qui a pour titre: *Glose de Ste Thérèse*, dont Mad. de la *Vallière*, alors Carmélite, eut la modestie de refuser la dédicace. Cette version fut quelque temps manuscrite; on proposa à l'illustre *Racine* de faire une nouvelle traduction de cette *Glose*; il connoissoit celle de la *Monnoye*, et il répondit: *Je ne saurois mieux faire que lui!* (Voyez I. BARBIER; MÉNAGE; II. NICAISE; PELLEGRIN.) III. Des *Poésies Latines* imprimées dans le recueil précédent. Ce sont des Fables, des Epigrammes, des Contes. « Trop de licence dans l'expression, réduit à un très-petit nombre les morceaux qui peuvent se lire à des oreilles chastes. Une diction élégante et simple, un tour fin, naturel et plaisant, de la vivacité dans le récit, voilà ce qui caractérise ce conteur, comparable, on ose le dire, à tout ce que nous avons de meilleur en ce genre. » (*BIBLIOTHEQUE d'un Homme de goût.*) Ces *Poésies* ont été recueillies par l'abbé d'*Olivet*, avec celles de *Huet*, *Massieu* et *Fraguier*. IV. Des *Noëls Bourguignons*, 1720 et 1737, in-8°, que l'on regarde comme un chef-d'œuvre de naïveté; mais il faut être Bourguignon pour la bien sentir. Quand on ne l'est pas, on peut bien trouver grossier ce qui paroît naïf à d'autres. V. Des *Remarques* sur le *Menagiana*, de l'édition de 1715, en 4 vols. in-12, avec une Dissertation curieuse sur le livre *De tribus Impostoribus*. Il s'attache à prouver que cette horrible production n'a jamais existé, du moins en latin. Il peut se faire effectivement que d'abord ce livre a été imaginaire, et que ceux qu'on a vus depuis n'ont été faits que d'après le titre. Mais il paroît que le *Monnoye* se se trompe, en croyant qu'il n'existoit pas encore en 1712 : M. Crevenna, citoyen d'Amsterdam, en possède un exemplaire latin dans sa riche bibliothèque, dont nous avons le Catalogue raisonné en cinq vol. in-4°. Cet exemplaire, de 46 pages in-8°, porte l'année 1598. Il est vrai que M. Crevenna le croit postérieur à cette date; mais il n'est pas vraisemblable qu'il soit plus récent que la Dissertation de la Monnoye. Il y a cependant des gens qui attribuent cette fraude à Straubius, qui fit imprimer ce livre à Vienne en Autriche, en 1753, sur une prétendue ancienne édition qui est très-suspecte, et peut-être imaginaire. M. Crevenna a une traduction françoise qui n'a aucun rapport avec l'exemplaire latin. L'un et l'autre sont des libelles très-plats, sans esprit et sans raison, indignes d'attention, et plus encore d'une réfutation sérieuse. Ceux à qui on a attribué le livre De tribus Impostoribus, sont Simon de Tournay, Averroës, l'empereur Frédéric II, son chancelier Pierre Desvignes, Alphonse X roi de Castille, Campanella, Muret, Bocace, Rabelais, Dolet, Postel, Erasme, le Pogge, Pierre Arétin, Jordan Bruno, Pomponace, Servet, Ochin, Machiavel, Pucci, Arnaud de Villeneuve. Il est difficile de choisir dans cette nomenclature. VI. De savantes Notes sur la Bibliothèque choisie de Colomies. VII. Des Remarques sur les Jugemens des Savans de Baillet, et sur l'Anti-Baillet de Ménage. VIII. Des Remarques sur les Bibliothèques de du Verdier et de la Croix-du-Maine, Paris, 1772, 6 volum. in-4° IX. Des Notes sur l'éducation de Rabelais, de 1715 : elles sont plus grammaticales qu'historiques. X. C'est à la Monnoye qu'on doit l'édition de plusieurs de nos poètes François, imprimés chez Coustellier, et le Recueil des Pièces choisies, en prose et en vers, publié en 1714, à Paris, sous le titre d'Hollande. On a donné la collection de ses ŒUVRES, 1769, trois vol. in-8°, et on en a tiré, en 1780, un vol. in-12 d'Œuvres choisies, où il y a plus de choix que dans les trois volumes in-8° : on y trouve ce que son génie poétique a produit de meilleur. — Il y a eu dans ce siècle un avocat au parlement de Paris, mort depuis quelques années, nommé LA MONNOYE. C'étoit un homme plein de finesse dans les idées comme dans la figure. Il portoit au barreau le ton d'une conversation agréable et facile. Ses qualités aimables inspiroient l'attachement et le respect.
MONOPHILE, ennuque de Mithridate. Ce roi lui confia la princesse sa fille, et le château où il l'avoit renfermée pendant la guerre qu'il eut à soutenir contre Pompée. Manlius-Priscus le somma de rendre ce château de la part du général Romain, qui venoit de gagner une bataille sur Mithridate : mais Monophile poignarda la princesse, et se poignarda lui-même, pour ne point survivre à la honte de son maître.
MONOTHÉLITES, Voyez SERGIUS.
MONOYER, (Jean-Baptiste) peintre, né en 1635 à Lille, ville de la Flandre Françoise, mourut à Londres en 1699, à 64 ans. On ne pouvoit avoir plus de talent que Monoyer pour peindre les fleurs. On trouve dans ses A a 370 MON tableaux une fraîcheur, un éclat, un fini, enfin une vérité qui le disputent à la nature même. Milord Montaigu, ayant connu ce célèbre artiste pendant son séjour en France, l'emmena à Londres, où il employa son pinceau à décorer son magnifique hôtel. Il y a plusieurs maisons à Paris ornées des ouvrages de ce maître. Le roi possède un grand nombre de ses tableaux, qui sont répandus dans plusieurs de ses châteaux. On a gravé d'après lui. Il a aussi gravé plusieurs de ses Estampes. — Antoine MONOYER, son fils, a été son élève et membre de l'académie.
MONPENSIER, Voy. MONPENSIER.
MONPER, (Joseph) peintre paysagiste de l'école Flamande, dont les tableaux vus de loin font un grand effet, naquit à la fin du 16e siècle.
MONRO, (Alexandre) célèbre médecin, professeur d'anatomie dans l'université d'Edimbourg, naquit à Londres, en 1697, et mourut en 1767, à 70 ans. Après avoir voyagé en France et en Hollande pour se perfectionner dans l'art de guérir, il vint l'exercer dans sa patrie, et ce fut avec le plus grand succès. Il se fixa à Edimbourg où son père a été chirurgien, et y fut nommé démonstrateur aux écoles de chirurgie. Il passait pour un des plus grands anatomistes de son siècle. Il publia successivement divers écrits en anglois très-estimés : I. Anatomie, Edimbourg, 1726, et réimprimée plusieurs fois depuis : ce que l'auteur dit des nerfs a été publié en latin à Franeker; 1754, sous le titre d'Anatome nervorum contraétis. M. Sue a donné l'Ostéologie de Monro en françois, sous ce titre : Traité de l'Ostéologie, traduit de l'anglois de M. Monro, Paris, 1759, 2 volum. in-folio, avec un grand nombre de planches. C'est un vrai chef-d'œuvre de typographie. II. Essai sur les Injections anatomiques, traduit en latin, Leyde, 1741, in-8°. III. Examen des Remarques de Mrs Winslow, Ferrein et Walthers, sur les Muscles, Edimbourg, 1752. IV. Médecine d'armée, traduite en françois par M. le Bègue de Presle. V. Il a enrichi les Mémoires de la Société d'Edimbourg d'un grand nombre de pièces intéressantes. Deux de ses fils se distinguent dans la médecine à Edimbourg. On a de l'un d'eux, une Dissertation sur l'Hydropisie, estimée, que Savari a traduite en françois, Paris, 1760, in-8°. Il a publié une partie des traités de son père, sous le titre d'Œuvres d'Alexandre Monro, Londres, 1781, in-4°, en anglois.
MONS - AUREUS, Voyez MONTDORÉ.
MONSIGNANI, (Elisæus) natif du Frioul, se fit Carme, et fut fait quatre fois procureur du Père Général de l'ordre. Il mourut à Rome, en 1737, après avoir publié Bullarium Carmelitarum, Rome, 1715-1718, deux volumes in-folio; ouvrage qui a demandé beaucoup de recherches.
MONSON, (Guillaume) amiral Anglois, qui eut, en 1635, le commandement de la flotte contre les François et les Hollandois, et qui, malgré ses services, essuya bien des tra- versés dans sa patrie. Il mourut en 1643, laissant un *Traité de Navigation*, 1682, in-fol.
MONSTIER, (Artus du) Récollet, né à Rouen, employé le temps que ses exercices de religion lui laissoient libre, à travailler sur l'Histoire de sa province. Il en a composé cinq vol. in-folio. Le troisième, qui traite des abbayes, a paru à Rouen, en 1663, in-folio, sous le titre de *Neustria Pia*; livre rare. L'auteur mourut en 1662, pendant qu'on imprimoit ce volume, ce qui sans doute a empêché les autres de paroître. Les deux premiers traitent des Archevêques et Évêques, sous le titre de *Neustria Christiana*; le quatrième, des Saints, sous le titre de *Neustria Sancta*; et le cinquième, de différents objets, sous le titre de *Neustria Miscellanea*. On a encore du P. du MONSTIER : I. *De la sainteté de la Monarchie Françoise, des Rois Très-Chrétiens, et des Enfans de France*, Paris, 1638, in-8.º II. *La Piété Françoise envers la Ste Vierge Notre-Dame-de-Liesse*, Paris, 1637, in-8.º C'étoit un bon compilateur, et un écrivain un peu lourd.
MONSTRELET, (Enguerrand de) né à Cambrai au quinzième siècle, d'une famille noble et ancienne, mourut gouverneur de cette ville, en 1453. Il a laissé une *Chronique* ou *Histoire curieuse et intéressante des choses mémorables arrivées de son temps*, depuis l'an 1400, jusqu'en 1467. L'édition la plus ample est celle de 1572, Paris, 2 vol. in-fol. L'auteur y raconte d'une manière simple et vraie, mais très-diffuse, la prise de Paris et de la Normandie par les Anglois, les guerres qui éclatèrent entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne. On l'accuse de pencher un peu trop en faveur de la dernière. Son ouvrage est précieux, sur-tout par le grand nombre de Pièces originales qu'il renferme. Les éditions gothiques sont, dit-on, plus fidelles que les autres. Les quinze dernières années de son Histoire sont d'une main étrangère.
MONT, *Voyez* DUMONT, n.º II. et ROBERT, n.º XIV.
MONTAGNAGOUT, (Guillaume) troubadour Provençal, célèbre au 13e siècle, acquit sa réputation par des *Srivantes* et des *Chansons*. Il n'aimait pas le faste des gens d'église. « Qu'ils renoncent, disoit-il, au monde, et songent uniquement à leur salut ; qu'ils dépouillent la vanité et la convoitise ; qu'ils n'usurpent pas le bien d'autrui, et on les croira. A les entendre, ils ne veulent rien ; mais à les voir, ils prennent tout, sans égard pour personne. »
MONTAGNE, (Jean de la) *Voyez* LIND.
MONTAGNE ou plutôt MONTAIGNE, (Michel de) naquit au château de ce nom, dans le Périgord, le 28 février 1533, de *Pierre Eyquem*, seigneur de Montagne, élu maire de la ville de Bordeaux. Son enfance annonça les plus heureuses dispositions, et son père les cultivé avec beaucoup de soin. Dès qu'il fut en état de parler, il mit auprès de lui un Allemand, qui ne s'énonçoit qu'en latin, de façon que cet enfant entendit parfaitement cette langue dès l'âge de six ans. On lui apprit ensuite le grec par forme de divertissement. A 2 1 372 MON ment, et on cacha toujours les épines de l'étude sous les charmes du plaisir. Son père portoit ses attentions pour lui jusqu'au scrupule; il ne le faisoit éveiller le matin qu'au son des instrumens, dans l'idée que c'étoit gâter le jugement des enfans, que de les éveiller en sursaut. Dès l'âge de treize ans il eut fini son cours d'études, qu'il avoit commencé et achevé au collège de Bordeaux, sous Crouch, Buchanan et Muret, personnages illustres par leur goût et par leur érudition. Ses progrès sous de tels maîtres ne purent qu'être rapides. Destiné à la robe par son père, il épousa Françoise de la Chassaigne, fille d'un conseiller au parlement de Bordeaux. Il posséda lui-même pendant quelque temps une charge semblable, qu'il quitta ensuite par dégoût pour une profession qui n'avoit pour lui que des ronces. L'étude de l'homme, voilà quelle étoit la science qui l'attachoit le plus. Pour le connoître plus parfaitement, il alla l'observer dans différentes contrées de l'Europe: il parcourut la France, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, et toujours en observateur curieux et en philosophe profond. Son mérite reçut par-tout des distinctions. On l'honora à Rome, où il se trouvoit en 1581, du titre de Citoyen Romain. Il fut élu la même année maire de Bordeaux, après le maréchal de Biron, et il eut pour successeur le maréchal de Matignon: mais l'administration de ces deux hommes illustres ne fit pas oublier la sienne. Les Bordelois en furent si satisfaits, qu'en 1582 ils l'envoyèrent à la cour pour y négocier leurs affaires. Après deux ans d'exercice, il fut encore con- tinué deux autres années. Il parut avec éclat quelque temps après aux États de Blois, en 1588. Ce fut sans doute pendant quelques-uns de ses voyages à la cour, que le roi Charles IX le décora du collier de l'ordre de Saint-Michel, sans qu'il l'eût, dit-il, sollicité. Tranquille enfin, après différentes courses, dans son château de Montagne, il s'y livra tout entier à la philosophie. Il y essuya cependant quelques orages passagers, pendant les guerres civiles qui désolèrent la France, sous Charles IX. Un jour, un inconnu se présenta devant les fossés de son château, feignant d'être poursuivi par des religionnaires: introduit par Montaigne, il lui raconta, que, voyageant avec plusieurs de ses amis, une troupe de gens de guerre les avoit attaqués, que leur bagage avoit été pillé, que ceux qui avoient opposé de la résistance avoient été tués, et qu'on avoit dispersé les autres. Montaigne ne soupçonna pas un instant la bonne foi de ce fourbe. C'étoit néanmoins un chef de parti, qui se servoit de ce stratagème pour introduire sa troupe dans le château. Un moment après, on vient avertir Montaigne qu'il paroissoit deux ou trois autres cavaliers. Celui qui avoit été introduit le premier, dit qu'il les reconnoissoit pour ses camarades. Le philosophe, touché de compassion, les accueillit avec bonté. Ceux-ci furent suivis de plusieurs autres: en sorte que la cour du château fut bientôt remplie d'hommes et de chevaux. Montaigne s'apercevant trop tard de sa méprise, paya de bonne contenance, et ne changea rien dans ses manières. Il s'empressa de procurer à ses hôtes, tout ce qu'ils demandoient, leur fit distribuer des rafraîchissemens, et en agit avec tant de cordialité et de politesse, que leur chef n'eut pas le courage de donner le signal du pillage de la maison d'un homme, dont les bons procédés l'avoient subjugué. La vieillesse de Montaigne fut affligée par les douleurs de la pierre et de la colique, et il refusa toujours les secours de la médecine, à laquelle il n'avoit point de foi. Les Médecins, disoit-il, counoissent bien Galien, mais nullement le Malade. Persuadé que la patience et la nature guérissent plus de maux que les remèdes, il ne prenoit jamais de purgatif même en maladie. Je laisse, disoit-il, faire la nature, et je suppose qu'elle s'est armée de dents et de griffes pour se défendre contre les assauts des maladies... Faites ordonner une médecine à votre cervelle, disoit-il aux malades imaginaires de son temps, elle y sera mieux employée qu'à votre estomac. Sa haine pour la science des médecins étoit héréditaire. Au reste, il raisonnoit avec eux volontiers, et il leur pardonnoit de vivre de notre sottise, attendu qu'ils n'étoient pas les seuls. Il mourut d'une esquinancie, qui le priva pendant trois jours de l'usage de la langue, sans lui rien ôter de son esprit. Il suppléa dans cette extrémité au défaut de la parole, par l'écriture. Sentant sa fin approcher, quelques gentilhommes de ses voisins vinrent, à sa prière, pour l'encourager dans ses derniers momens. Dès qu'ils furent arrivés, il fit dire la messe dans sa chambre. A l'élévation de l'hostie, il se leva sur son lit pour l'adoyer; mais une foiblesse l'enleva dans ce moment même, le 15 septembre 1592, à 60 ans. Montaigne s'est peint dans ses Essais; mais il n'avoue que quelques défauts indifférens, et dont même se parent certaines personnes. Il convient, par exemple, d'être indolent et paresseux; d'avoir la mémoire fort infidèle; d'être ennemi de toute contrainte et de toute cérémonie: « A quoi serviroit-il de fuir la servitude des cours, si on l'entrainoit jusque dans sa tanière? » Montaigne se flattoit de connoître les hommes à leur silence même, et de les découvrir mieux dans les propos gais d'un festin, que dans la gravité d'un conseil. Passionné pour des amitiés exquises, il étoit peu propre aux amitiés communes. Il recherchoit la familiarité des hommes instruits, dont les entretiens sont, suivant son expression, teints d'un jugement mûr et constant, et mêlés de bonté, de franchise, de gaieté et d'amitié. C'étoit aussi un commerce bien agréable pour lui, que celui des belles et honnêtes femmes; mais c'est un commerce où il faut un peu se tenir sur ses gardes, et notamment ceux en qui, disoit-il, le corps peut beaucoup, comme en moi. La modération dans les plaisirs permis, lui paroissoit seule pouvoir en assurer la durée. Les Princes, dit-il, ne prennent pas plus de goût aux plaisirs, dans leur satiété, que les Enfans-de-chœur à la Musique. L'imagination étoit, à ses yeux, une source féconde de maux. « Le laboureur, dit-il, n'a du mal que quand il l'a: l'autre a souvent la pierre en l'âme avant qu'il l'ait aux reins. Vous tourmenter des maux futurs par la prévoyance, c'est prendre votre robe fourrée dès la Saint-Jean, parce que vous A a 3 en aurez besoin à Noël. » Il avoit, sur l'éducation, des idées qu'on a renouvelées de nos jours, ainsi qu'un grand nombre d'autres dont on ne lui a pas fait honneur. Il vouloit que la liberté des enfans s'étendit au moral et au physique. Les langes, les emmailiottemens, lui paroissient nuisibles. Il pensoit même que l'habitude pourroit nous former à nous passer de vêtements, puisque nous n'en avons pas besoin pour le visage et pour les mains. Il réprouvoit ce régime trop exact, qui rend le corps incapable de fatigue et d'excès. Les vues de ce philosophe sur la législation et l'administration de la justice, éclairèrent non-seulement son siècle, mais ont été utiles au nôtre. Les abus dont il se plaignoit subsistent encore, et plusieurs n'ont fait que s'accroître. Il eût voulu plus de simplicité dans les lois et dans les formes. Il y a plus de Livres sur les Livres, dit-il en parlant de la jurisprudence, que sur autres sujets. Nous ne faisons que nous entre-glosser. La science, dit-il ailleurs, est un sceptre dans certaines mains, et dans d'autres une marotte. » Si par l'étude notre ame n'en va pas un meilleur branle, si nous n'en avons le jugement plus sain, j'aimerais autant que nous eussions passé le temps à jouer à la paume : au moins le corps en seroit plus allègre. » Il trouvoit que les lois avoient souvent l'inconvénient d'être inutiles par leur sévérité même. Il étoit fâché qu'il n'y en eût point contre les oisifs et l'oisiveté. Tel pourroit, selon lui, n'offenser point les Lois, que la Philosophie feroit très-justement fouetter. En déplorant les excès de la justice criminelle, il s'écria : Combien ai-je vu de condamnations plus criminelles, que le crime ! Sa morale, presque toujours indulgente, étoit sévère sur certains points. Il s'élevoit fortement contre ceux qui se marient sans s'épouser : Ceux qui se marient sans espérance d'enfans, commettent un homicide à la mode de Platon. Il vouloit qu'on fût philosophe autrement qu'en spéculation. Quelque Philosophe que je sois, je le veux être ailleurs, disoit-il, qu'en papier. Il se proposoit de conformer, non sa vieillesse, mais toute sa vie à ses préceptes; et il ne prétendoit point attacher la queue d'un Philosophe à la tête et au corps d'un homme perdu. Il avoit cependant la bonne foi de dire, en parlant de lui-même : « Je suis tantôt sage, tantôt libertin; tantôt vrai, tantôt menteur; chaste, impudique, puis libéral, prodigue et avare; et tout cela selon que je me vire. » Il souffroit sans peine d'être contredit en conversation; aimoit même à contester et à discourir. Un de ses plaisirs étoit d'étudier l'homme dans des ames neuves, comme dans celles des enfans et des gens de la campagne. Il craignoit d'offenser, et il réparoit par l'ingénuité de ses discours et la franchise de ses manières, ce qu'il auroit pu dire de désagréable. Il se plaisoit quelquefois à profiter des pensées des anciens sans les citer. Je veux, disoit-il, que mes critiques donnent une nazarde à Plutarque sur mon nez, et qu'ils s'échaudent à injurier Sénèque en moi. S'il suivoit dans sa morale et dans sa conduite la raison humaine, il ne fermoit pas toujours les yeux à la lumière de la foi, et on trouve dans ses Essais des choses très-favorables à la religion. Mais, flottant sans cesse dans un doute universel, également opposé à ceux qui disoient que tout est incertain et que tout ne l'est pas, il est à présumer que sa croyance fut souvent chancelante. Cependant il paroît par les circonstances de sa mort, que, dans ses derniers momens, la religion prit le dessus et dissipa toutes ses incertitudes. On a de lui : I. Des *Essais*, que le cardinal du *Perron* appeloit le *Bréviaire des honnêtes gens*. Cet ouvrage a été long-temps le seul livre qui attirât l'attention du petit nombre d'étrangers qui pouvoient savoir le françois ; et on le lit encore aujourd'hui avec délices. Le style n'en est, à la vérité, ni pur, ni correct, ni précis, ni noble ; mais il est simple, vif, hardi, énergique. Il exprime naïvement de grandes choses. C'est cette naïveté qui plaît. On aime ce caractère de l'auteur ; on aime à se trouver dans ce qu'il dit de lui-même, à converser, à changer de discours et d'opinion avec lui. Un écrivain ingénieux, en le comparant à d'autres philosophes, a dit : Plus ingénu, moins orgueilleux, Montaigne sans art, sans système, Cherchant l'homme dans l'homme même, Le connoît et le peint bien mieux. Jamais auteur ne s'est moins gêné en écrivant que *Montaigne*. Il lui venoit quelques pensées sur un sujet, et il se mettoit à les écrire ; mais si ces pensées lui en amenoient quelqu'autre qui eût avec elles le plus léger rapport, il suivoit cette nouvelle pensée, tant qu'elle lui fournissoit quelque chose ; revenoit ensuite à sa matière, qu'il quittoit encore, et quelquefois pour n'y plus revenir. Il effleure tous les sujets, hasardant le bon pour le mauvais et le mauvais pour le bon, sans trop s'attacher ni à l'un ni à l'autre. Ce sont des digressions, des écarts continuels, mais agréables, et que l'air cavalier qu'il prend avec son lecteur, rend rouvent insensibles. On a dit de lui, que c'étoit l'homme du monde qui savoit le moins ce qu'il alloit dire, et qui cependant savoit le mieux ce qu'il disoit. *Balzac* l'a bien jugé : *C'est un guide*, dit-il, *qui égaré, mais qui nous mène dans des pays plus agréables qu'il n'avoit promis*. Il falloit avoir autant d'esprit, de bon sens, d'imagination, de naïveté et de finesse, pour qu'on lui passât un si grand désordre dans sa manière d'écrire. On pourroit lui appliquer, quoique dans un autre sens, ce que *Quintilien* a dit de *Sénèque*, qu'il est plein de défauts agréables : *DULCIBUS ABUNDAT VITIIS*. On ne conseilleroit pas pourtant aux auteurs modernes de laisser courir leur plume avec autant de liberté que *Montaigne*, et encore moins avec la licence qu'il s'est donnée de nommer en vrai Cynique toutes les choses par leur nom. *Montaigne* éprouva, comme tant d'hommes célèbres, qu'on vaut mieux ailleurs que chez soi. *J'achète*, dit-il, *les Imprimeurs en Guienne, ailleurs ils m'achètent*. On a dit avec raison que ceux qui décrient le plus ce philosophe, le louent malgré eux dans quelques endroits, et le pillent dans d'autres. Si *Montaigne* a eu des détracteurs, il a trouvé des vengeurs dignes de lui. « Quelle injustice criante, dit *Voltaire*, de dire qu'il n'a fait que commenter les anciens ! il les cite à propos, et c'est ce que les commentateurs ne font A a 4 376 MON pas ; il pense, et ces messieurs ne pensent point ; il appuie ses pensées de celles des grands hommes de l'antiquité ; il les juge, il les combat ; il converse avec eux, avec son lecteur, avec lui-même ; toujours original dans la manière dont il présente les objets, toujours plein d'imagination, toujours peintre ; et ce que j'aime, toujours sachant douter. Je voudrois bien savoir d'ailleurs, s'il a pris chez les anciens tout ce qu'il dit sur nos modes, sur nos usages, sur le nouveau Monde découvert presque de son temps, sur les guerres civiles dont il étoit le témoin ; sur le fanatisme des sectes qui désoloient la France. » M. de la Harpe pensoit de même, et en a fait un portrait encore plus approfondi. « Montaigne, dit-il, avoit beaucoup lu ; mais il fondit son érudition dans sa philosophie. Après avoir écouté les anciens et les modernes, il se demanda ce qu'il en pensoit. L'entretien fut assez long. Il abuse quelquefois de la liberté de converser, et perd de vue le point de la question qu'il avoit établie. Il cite de mémoire, et fait quelques applications fausses ou forcées des passages qu'il rapporte. Il resserre un peu trop les bornes de nos connoissances sur plusieurs objets, que depuis, l'expérience et la raison n'ont pas trouvés inaccessibles. Voilà je crois tous les reproches qu'on peut lui faire ; mais combien ils sont compensés par les éloges qu'on lui doit. Comme écrivain, il a imprimé à notre langue une énergie qu'elle n'avoit pas avant lui, et qui n'a point vieilli, parce qu'elle tient à celle des sentimens et des idées, et quelle ne s'éloigne pas comme dans Ronsard, du génie de notre idiome. Comme philosophe, il a peint l'homme tel qu'il est. Il loue sans complaisance, et blâme sans misanthropie. Il a un caractère de bonne foi, que ne peut avoir aucun autre livre du monde. En effet, ce n'est pas un livre qu'on lit ; c'est une conversation qu'on écoute ; il persuade parce qu'il n'enseigne pas. Il parle souvent de lui, mais de manière à vous occuper de vous. Il n'est ni vain, ni hypocrite, ni ennuyeux : trois choses très-difficiles à éviter lorsque l'on parle de soi. Il n'est jamais sec ; son cœur ou son caractère est par-tout, et quelle foule de pensées sur tous les sujets ! quel trésor de bon sens ! que de confidences où son histoire est aussi la nôtre ! heureux qui trouvera la sienne propre dans le chapitre de l'amitié, qui a immortalisé le nom de l'ami de Montaigne. » Les meilleures éditions de ses Essais, sont celles de Bruxelles, 1759, en 3 vol. in-12; de Coste, 1725, 3 vol. in-4°, avec des notes, la traduction des passages grecs, latins et italiens ; diverses lettres de Montaigne ; la Préface de Mlle de Gournat, fille d'alliance de ce philosophe ; et un Supplément, 1740, in-4°. Cette édition a été réimprimée depuis en 1739, à Trévoux, sous le titre de Loudres, 6 vol. in-12. Les Feuillans de Bordeaux conservoient cet ouvrage corrigé de la main de l'auteur. II. Montaigne donna, en 1581, une traduction françoise, in-8°, de la Théologie naturelle de Raimond de Sebonde, savant Espagnol ; et elle avoit été précédée, dix ans auparavant, d'une édition in-8° de quelques ouvrages d'Etienne de la Boëtie, conseiller au parlement de Bordeaux, son intime ami. Dans les Préfaces qui précèdent ces ouvrages, on reconnoit toujours *Montaigne*, c'est-à-dire, un homme unique pour dire fortement des choses neuves et originales, qui restent gravées dans la mémoire. III. On a encore de cet auteur, des *Voyages* imprimés en 1772, par les soins de M. de *Querlon*, en 1 vol. in-4°, et en 3 vol. petit in-12, avec des notes intéressantes. Le public a paru en général mécontent de cette Relation, que l'auteur avoit mise au rebut comme un journal informe et minutieux, dicté rapidement à un domestique. A peine y rencontre-t-on quelques phrases où l'on puisse reconnoître son style, si l'on en excepte sa relation de Rome. Cependant, comme on y trouve des morceaux précieux qui tiennent aux mœurs, aux arts, à la politique, ou qui font connoître le génie et le caractère de l'auteur, on a très-bien fait de l'imprimer. Il y a plusieurs choses qu'on aime à voir décrites par un contemporain et par un témoin, et un témoin tel que *Montaigne*. Les petits détails de la dépense dans ses voyages peuvent servir à faire connoître la proportion du numéraire actuel avec celui de son temps.
MONTAGU, (Jean de) vidame du Laonnois, fils d'un maître des comptes du roi de France, eut la principale administration des affaires sous *Charles V* et sous *Charles VI*. Celui-ci lui confia la surintendance des finances, emploi qui lui procura de grands biens et encore plus d'ennemis. *Montagu*, né avec un esprit emporté et superbe, se fit revêtir de la charge de grand maître de France, en 1408, obtint l'archevêché de Sens et l'évêché de Paris pour deux de ses frères, et du haut de sa grandeur il méprisa et irrita les premières personnes du royaume. Le duc de *Bourgoigne*, de concert avec le roi de Navarre, qui détestoit en lui son attachement pour la reine et pour la maison d'*Orléans*, lui imputèrent divers crimes, et le firent arrêter comme coupable, le 7 octobre 1409, pendant la maladie de *Charles VI*, et juger par des commissaires. Après plusieurs aveux arrachés par les tourmens de la question, il eut la tête tranchée aux Halles de Paris, le 17 du même mois. Son corps fut attaché au gibet de Montfaucon, comme celui d'un scélérat. *Montagu*, en allant au supplice, protesta contre les imputations de sortilège et de poison. Il ne se reconnut coupable que de malversation dans la régie des finances. Parmi les crimes que son avarice lui fit commettre, il s'en trouvoit un qui ne méritoit point d'excuse. Chaque jour le roi, volé par lui, étoit dans la nécessité de mettre en gage sa vaisselle, ses meubles ou ses bijoux. *Montagu* étoit ordinairement chargé par le prince d'emprunter sur ces effets; ils se trouvèrent tous recelés dans sa belle maison de Marcoussi. La mémoire de ce ministre avide fut réhabilitée trois ans après, à la prière de *Charles de Montagu*, son fils, tué en 1415, à la bataille d'Azincourt; et alors les Célestins de Marcoussi, dont *Jean* avoit fondé le monastère, obtinrent le corps de leur bienfaiteur, lui firent de magnifiques funérailles, et lui érigèrent un tombeau, monument de ses mal- 378 MON heurs et de leur reconnaissance. François premier visitant, un siècle après, l'abbaye de Marcoussi, demanda aux Religieux le nom de leur fondateur. Ayant appris que c'étoit Montagu, il leur dit qu'il ne pouvoit s'empêcher d'être surpris de sa fin tragique, et ajouta que l'arrêt qui permettoit de lui rendre les honneurs de la sépulture, faisoit présumer qu'il avoit été mal jugé. Sire, répondit un Célestin, il n'a pas été jugé par des juges, mais par des commissaires. On dit que le roi, frappé de cette réponse, fit serment sur l'autel de ne jamais faire mourir personne par commission. Il est certain que les déprédations de Montagu méritoient la mort, mais il ne falloit pas se servir, en le condamnant, d'une voie toujours suspecte. Des Essarts, prévôt de Paris et président de la commission, crut s'assurer par sa complaisance la faveur du duc de Bourgogne, qui ne le méprisa que davantage. Prévôt de Paris, lui dit-il un jour, Jean de Montagu a mis vingt-deux ans pour se faire couper la tête; vous irez plus vite, car vous n'y en mettrez pas trois. Montagu avoit réclamé le privilège de la cléricature dont il étoit revêtu, pour être renvoyé devant le parlement. Mais, en vain protesta-t-il qu'il étoit tonsuré, n'ayant été marié qu'une fois avec une vierge, et ayant été arrêté dans un habit non difforme à clerc, sa perte étoit résolue. Cependant ce ministre s'étoit allié à la maison royale, par le mariage de son fils Charles avec la fille de Charles d'Albret, connétable de France, qui descendoit doublement du sang royal. Charles de MONTAGU n'eut point d'enfants. I. MONTAGUE, ou MONTAIGU, (Charles de) comte de Halifax, né l'an 1661, d'une ancienne famille d'Angleterre, montra de bonne heure une grande facilité à s'exprimer éloquemment. Cet avantage lui servit beaucoup dans les chambres des Communes, où il parla avec chaleur pour Guillaume III. Ce monarque étant parvenu à la couronne d'Angleterre, le récompensa de son zèle par une pension, et par les charges de commissaire du trésor, de chancelier de l'échiquier, et de sous-trésorier. Ce fut lui qui donna la première idée des Billets de l'Échiquier, si commodes dans le commerce d'Angleterre. Il fut un des principaux mobiles des remèdes qu'on apporta au désordre qui s'étoit glissé dans les monnoies et dans le commerce, et au rétablissement du crédit. Après la mort de Guillaume, il travailla beaucoup sous la reine Anne, à avancer et à soutenir la réunion entre l'Angleterre et l'Écosse, et à faire fixer la succession à la couronne dans la maison d'Hanovre. Le ministère ayant changé, il fut disgracié par la reine, sans rien perdre de sa fermeté. Il défendit constamment le parti des Wighs, auquel il fut toujours attaché, et se déclara pour leurs ministres congédiés. Après la mort de la reine Anne, il fut un des régens du royaume, jusqu'à l'arrivée de George Ier, qui le décora des titres de comte de Halifax, de conseiller privé, de chevalier de la Jarretière, et de premier commissaire du trésor. Il mourut le 30 mai 1715, à 54 ans, regretté des savans qu'il avoit protégés. On a de lui, un Poème, intitulé : L'Homme d'honneur; et d'autres ouvrages en anglois, en vers et en prose. — II. MONTAGUE, (Marie, épouse de mylord Wortley) accompagna son époux dans une ambassade à Constantinople, au commencement du 18e siècle. A son retour, elle porta le système de l'inoculation dans sa patrie, et s'est acquise par-là de la célébrité. Elle cultiva les belles-lettres, et fut tour-à-tour amie et ennemie de Pope. Mylady, pendant son mécontentement, saisit toutes les occasions d'en dire du mal, et Pope prit la même liberté à l'égard de Mylady. L'un et l'autre se portèrent à de tels excès, qu'ils devinrent la fable du public. Après avoir fourni une longue carrière, pleine d'aventures singulières et romanesques, elle mourut vers 1760. On a d'elle : I. Des Lettres écrites pendant ses voyages, depuis 1716 jusqu'en 1718, traduites de l'anglois, Rotterdam, 1764, Paris, 1783, 1 vol. in-12. Elles sont écrites avec beaucoup d'intérêt et d'agrément : l'on y trouve des anecdotes curieuses sur les mœurs et le gouvernement des Turcs qu'on auroit peine à trouver ailleurs. Le baron de Tott, qui a fait un long séjour à Constantinople, les a attaquées vivement : mais M. Guys de Marseille, qui nous a donné un ouvrage intéressant sur ce même pays, a pris la défense de ces Lettres avec beaucoup de chaleur. Cette différente manière de voir, dans des personnes qui ont visité le même pays, ne doit pas paroître extraordinaire. Il est bien peu de voyageurs qui s'accordent sur les mêmes objets, qu'ils disent néanmoins avoir vus et examinés avec attention. II. Un Poème sur les progrès de la Poésie. III. Une Apologie de Shakespeare, dont il a paru une traduction française à Londres en 1777, in-8e. Les éloges excessifs qu'elle donne au poète Anglois, la supériorité qu'elle lui accorde sur Corneille, et ses critiques injustes de Racine prouvent plus en elle l'enthousiasme national qu'un goût épuré. On a découvert en 1803 un grand nombre de lettres inédites de lady Montague; et on a dit qu'elles alloient être publiées par les soins du marquis de Bute. — Son fils Wortley MONTAGUE, né à Constantinople, s'est fait un nom par les découvertes intéressantes qu'il a faites de plusieurs anciens monumens en Palestine, où on lui avoit permis de creuser et de faire librement ses recherches, parce qu'il avoit pris le turban. Il a envoyé à la Société royale de Londres un grand nombre de médailles qui peuvent servir à l'éclaircissement de divers points de l'histoire.
MONTAIGNE, Voyez MONTAGNE et MONTAN, n.º IV.
MONTAIGNES, (Des) Voys-SIRMOND, n.º II. I. MONTAIGU, (Guérin de) 13e grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui résidait alors à Ptolémaide, étoit de la province d'Auvergne. Il mena du secours au roi d'Arménie contre les Sarasins, se signala à la prise de Damiette en 1219, et mourut en 1230, regretté de tous les princes Chrétiens.
II. MONTAIGU, (Gilles Aycelin de) archevêque de Narbonne et ensuite de Rouen, mort en 1318, avoit fondé le collège de Montaigu à Paris en 1314. 380 MON —Il avoit un frère dont Gilles Aycelin de MONTAIGU fut l'arrière petit-fils. Celui-ci nommé chancelier de France et proviseur de Sorbonne, sous le règne du roi Jean, fut garde des sceaux de ce prince pendant sa prison en Angleterre. Mais, ayant refusé généreusement de sceller les dons indiscrets que le monarque faisoit à des seigneurs Anglois, il fut congédié. Le roi Jean le rappela ensuite avec honneur, et le fit décorer de la pourpre par le pape Innocent VI, en 1361. Il rendit des services importans à la France par sa prudence et par sa sagesse. Cet illustre prélat mourut à Avignon en 1378, après avoir travaillé à la réforme de l'université de Paris.
III. MONTAIGU, (Pierre de) frère du précédent, appelé le Cardinal de Laon, fut proviseur de Sorbonne après lui, et rétablit le collège de Montaigu qui tomboit en ruine. Pierre mourut à Paris le 8 novembre 1389, regretté des gens de bien. La postérité masculine de son frère ainé finit en 1427, dans la personne de Louis son petit-fils.
IV. MONTAIGU, (Richard de) théologien Anglois, s'acquit une grande réputation par ses ouvrages dans le parti Protestant. Le roi Jacques premier le chargea de purger l'Histoire Ecclésiastique des fables dont quelques écrivains, plus pieux qu'éclairés, l'avoient remplie. Ce prince le connoissoit très-capable de s'acquitter de ce travail. Montaigu publia, en 1622, son livre intitulé : Analecta ecclesiasticarum exercitationum, in-fol. Son mérite le fit nommer évêque de Chichester en 1628, puis de Norwich en 1638. Ce prélat pensoit presque en tout comme l'église Catholique, à laquelle il se seroit réuni, si sa mort, arrivée en avril 1641, à 64 ans, ne l'avoit empêché d'exécuter cette résolution. Il étoit assez habile dans la langue grecque. Il traduisit 214 Lettres de St. Bazile, et toutes celles du patriarche Photius. On a de lui, d'autres ouvrages pleins d'érudition. Voyez LIPSE.
MONTALBANI, (Ovide) professeur en médecine et astronome du sénat de Bologne, naquit vers 1602, et mourut septuagénaire en 1672. Il étoit de plusieurs académies d'Italie. Il avoit pris pour devise, dans celle de Bologne, un tronc d'arbre garni de quelques branches avec ces mots : MIRABITURQUE NOYES. On a de lui : I. Index Plantarum, 1624, in-4.º C'est la description des plantes qu'il avoit séchées et collées sur du papier, et qu'il avoit distribuées en quatre grands volumes. II. Bibliotheca Botanica, sous le nom de Bumaldi, 1627, in-4.º Il la publia sous ce nom, afin de pouvoir se loner à l'ombre de ce voile. On l'a réimprimée à la Haye en 1740, à la suite de la Bibliothèque Botanique de Jean-François Seguier. III. Epistolae de rebus in Bononiensi tractu indigenis, 1634, in-4.º IV. Cenotaphia clarorum doctorum Bononiensium, 1640, in-4.º V. Arboretum libri duo, 1668, in-fol., Francfort 1690, in-folio.
MONTALEMBERT, (André de) seigneur d'Essé et de Panvilliers, né en 1483, d'une famille ancienne qui a tiré son nom de la terre de Montalembert en Poitou, se signala de bonne heure par sa valeur. Il fit ses pre- mières armes à la bataille de Fornoue, en 1495, et continua de se distinguer dans toutes les guerres de Louis XII. Sa bravoure étoit si connue, que François premier le choisit dans un tournoi, pour un de ceux qui devoient soutenir l'effort des quatre plus rudes lances qui se présenteroient. Aussi ce prince disoit-il souvent : Nous sommes quatre Gentilshommes de la Guienne, qui courons la bague contre tous allans et venans de la France : Moi, Sansac, d'Essé et Châtaigneraye... En 1536, il se jeta, avec une compagnie de chevaux-légers, dans la ville de Turin, menacée d'un siège, et n'en sortit que pour aller emporter Ciria par escalade. L'année 1543 lui fut encore plus glorieuse. Il défendit Landrecie contre une armée qui réunissoit toutes les forces d'Espagne, d'Allemagne, d'Italie, d'Angleterre et de Flandre, commandée par l'empereur Charles-Quint. Quoique les fortifications fussent mauvaises, que la garnison manquât de tout, il donna le temps, par une vigoureuse résistance, à l'armée du roi de venir le dégager. Ce héros fut blessé au bras pendant le siège. François Ier le récompensa de sa valeur, par une charge de gentilhomme de sa chambre : ce qui fit dire aux courtisans, qu'il étoit plus propre à donner une comisade à l'ennemi, qu'une chemise au Roi. Après la mort de ce prince, il fut envoyé en Écosse par Henri II. Il mit le siège devant Haddington, tailla en pièces les Anglois, et en moins d'un an, leur enleva tout ce qu'ils possédoient dans ce royaume. Aussi compatissant que courageux, il vendit jusqu'à sa vaisselle d'argent pour faire subsister son armée. Henri II, qui avoit besoin de son bras dans son royaume, le rappela en France, l'honora du collier de l'Ordre, et s'en fit accompagner à la guerre du Boulonnais contre les Anglois. Ambleteuse, place forte, ayant été prise d'assaut, le généreux Montalembert sauva de la fureur du soldat les femmes et les filles qui réclamèrent sa protection. La paix ayant été conclue en 1550, ce général se retira dans une de ses terres en Poitou. Il y avoit trois ans qu'il languissoit d'une cruelle jaunisse, fruit de ses pénibles expéditions d'Écosse, lorsqu'il reçut ordre du roi d'aller défendre Térouanne contre l'armée de l'empereur. Montalembert dit à ses amis, dans le transport de joie que lui causa cet ordre : Voilà le comble de mes souhaits ; je ne craignois rien tant que de mourir dans mon lit. Je mourrai en guerrier... Si Térouanne est prise, dit-il au roi en prenant congé de lui, Essé sera mort, et par conséquent guéri de sa jaunisse. Il tint parole : la place fut attaquée avec une ardeur incroyable ; et après avoir soutenu trois assauts redoublés pendant dix heures, il fut tué sur la brèche d'un coup d'arquebuse, le 12 juin 1553, à 70 ans. Sa mort le priva du bâton de maréchal de France, et entraîna la perte de Térouanne. Les regrets furent universels ; et son nom resta gravé dans le cœur des François et dans la mémoire de nos ennemis.
MONTAMY, (Didier-François d'Arclais, seigneur de) né à Montamy en basse-Normandie, d'une famille noble et ancienne, premier maître-d'hôtel de Monseigneur le duc d'Orléans, cha- 382 MON valier de Saint-Lazare, fut un amateur éclairé. Il mourut à Paris en 1765, âgé de 62 ans. Il est auteur des ouvrages suivans : I. *La Lithogeognosie*, traduite de l'allemand de *Pott*, 1753, deux vol. in-12. II. *Traité des Couleurs pour la Peinture en émail et sur la porcelaine*, précédé de l'*Art de peindre sur l'email*, imprimé à Paris en 1765, in-12. M. *Diderot*, auquel il le remit en mourant, en a été l'éditeur, et l'a augmenté. (*Voyez* son éloge à la tête de cet ouvrage.) I. MONTAN, né à Ardaban dans la Mysie, au second siècle, fut un insensé qui joua le prophète. Il prétendit que Dieu avoit voulu sauver le monde d'abord par *Moyse* et par les Prophètes ; qu'ayant échoué dans ce dessein, il s'étoit incarné, et que n'ayant pas encore réussi, il étoit descendu en lui par le moyen du Saint-Esprit, et dans deux prophétesses *Priscille* et *Maximille*, toutes deux fort riches et très-attachées à sa doctrine. Destiné à réformer les abus, et à tirer les fidèles de l'enfance où ils avoient vécu jusqu'alors, il faisoit plusieurs carèmes, regardoit les secondes noces comme illicites, ordonnoit de ne point fuir la persécution et de refuser la pénitence à ceux qui étoient tombés. *Montan* séduisit un grand nombre de Chrétiens. Il parut agité de mouvemens extraordinaires, qui le firent passer pour fou auprès des gens sensés, et pour inspiré auprès des imbéciles. Né avec une imagination vive et un esprit foible, il persuada les esprits et les imaginations qui étoient de la trempe de la sienne. L'austérité de ses mœurs servit encore beaucoup à accréditer les délires de son esprit. Le pape *Victor*, trompé par les Montanistes, leur donna des lettres d'approbation ; mais il les révoqua ensuite. On tint plusieurs conciles contre eux. On y établit ce principe : *Que le Saint-Esprit perfectionne ceux à qui il se communique, au lieu de les dégrader ; et qu'en faisant parler les Prophètes, il ne leur ôte point le libre usage de la raison et des sens.* Les Montanistes remplirent presque toute la Phrygie, se répandirent dans la Galatie, s'établirent à Constantinople, pénétrèrent jusques dans l'Afrique, et séduisirent *Tertullien*, qui se sépara d'eux à la fin ; mais, à ce qu'il paroît, sans condamner leurs erreurs. Ces hérétiques s'accordoient tous à reconnoître que le Saint-Esprit avoit inspiré les Apôtres ; mais ils distinguoient le *Saint-Esprit* du *Paraclet*. Ils prétendoient que le Paraclet avoit inspiré *Montan*, et avoit dit par sa bouche des choses beaucoup plus excellentes, que celles que J. C. avoit enseignées dans son Evangile. Cette distinction du *Paraclet* et du *Saint-Esprit* conduisit un disciple de *Montan*, nommé *Echines*, à réfléchir sur les personnes de la Trinité ; et en recherchant leur différence, il tomba dans le Sabellianisme. Ces deux branches se divisèrent ensuite en deux petites sociétés, qui ne différoient que par quelques pratiques ridicules, que chaque prophète prétendoit lui avoir été revélées. Ces sectes eurent le sort de toutes les sociétés fondées sur l'enthousiasme, et séparées par cet enthousiasme du centre de l'unité. On en découvrit l'imposture ; elles devinrent à la fois odieuses et ridicules, et s'éteignirent peu à peu. Telles furent les sectes des *Tur-* cordurgites, des *Ascadurpites*, des *Passalorinchites*, des *Artotyrites*. *Montan* laisser un livre de Prophéties. *Priscille* et *Maximille* publièrent aussi quelques Sentences. *St. Apollinaire d'Hiérapies* fut le plus zélé adversaire des Montanistes.
II. MONTAN, archevêque de Tolède vers 530, aussi pieux que savant, fut en butte à la calomnie. On dit qu'ayant été accusé d'impudicité, il prouva son innocence en tenant, pendant la célébration des saints mystères, des charbons ardens dans son aube, sans qu'elle en fût brûlée. Il nous reste de lui deux *Epitres*, qui décèlent beaucoup de savoir et de piété.
III. MONTAN, (Philippe) ou plutôt PHILIPPE de la MONTAIGNE, savant docteur de Sorbonne, natif d'Armentières, étoit bon critique. Il enseigna le grec avec réputation dans l'université de Douay, où il fonda trois bourses pour de pauvres écoliers, et où il mourut en 1576. *Erasme* étoit son ami. On lui doit la révision de quelques Traités de *St. Jean-Chrysostôme*, et la Traduction du grec en latin des *Commentaires* de *Théophylacte*, archevêque d'Acride, sur les *Evangiles*, les *Epitres* de *St. Paul* et plusieurs autres *Petits Prophètes*, Basle, 1554 et 1570.
MONTAN, (Jean-Baptiste) *Voyez MONTANUS*.
MONTANARI. (Geminiano) astronome de Modène, enseigna les mathématiques à Bologne avec réputation, et y mourut vers la fin du 17$^{e}$ siècle. Il pensoit à peu près comme *Gassendi*; mais il n'avoit pas son génie. Ses ouvrages roulent sur la Physique et M O N 383 l'Astronomie. On a de lui: I. Une *Dissertation sur les Comètes*, en latin. II. *De la manière de faire des observations astronomiques*. III. *Discours sur les étoiles fixes*, (vraies ou prétendues) qui ont disparu, et sur celles qui ont commencé à paraître, etc.
MONTANUS, *Voyez NÉRON*.
MONTANUS, *Voy. ARIAS*.
MONTANUS, (Jean-Baptiste) de Vérone, né d'une famille noble, pratiqua et enseigna la médecine à Padoue, avec une réputation extraordinaire. Il fut regardé comme un second *Galien*. On a de lui: I. *Medicina universa*. II. *Opuscula varia medica*, in-fol. III. *De gradibus et facultatibus Medicamentorum*, in-8$^{o}$. IV. *Lectiones in Galenum et Avicennam*, in-8$^{o}$; et d'autres ouvrages qui eurent un succès distingué. Les livres de *Montanus* sont, ainsi que la méthode qu'il observoit en enseignant, clairs et solides. Presque toutes les académies d'Italie lui ouvrirent leur sanctuaire. Il étoit à la fois médecin et poète. Il mourut le 6 mai 1551, à 53 ans, après avoir été cruellement tourmenté des douleurs de la pierre.
MONTARGON, (Robert-François) dit le P. *HACINTHE de l'Assomption*, Augustin de la place des Victoires, né à Paris, le 27 mai 1705, se distingua dans la chaire. Le roi *Stanislas* l'honora du titre de son aumônier, en récompense d'un Avent qu'il prêcha devant ce prince. Il périt malheureusement à Plombières, à 65 ans, dans la orne d'eau qu'éprouva cette ville, la nuit du 24 au 25 juillet de l'année 1770. On compte parmi ses ouvrages: I. *Le Dictionnaire Apostolique*, 384 MON in-8°, 13 vol., Paris, chez Lotin l'aimé. II. Le Recueil d'Éloquence Sainte, 1 volume in-12. III. L'Histoire de l'Institution de la fête du Saint-Sacrement, 1 vol. in-12. Son Dictionnaire Apostolique est un répertoire utile; et il le seroit davantage, si l'auteur avoit eu plus de goût et un style moins incorrect. Le grand inconvénient de tous les livres de ce genre, et en particulier de l'ouvrage du P. de Montargon, c'est qu'on trouve un morceau excellent, à côté de plusieurs passages qui n'offrent que des trivialités, et quelquefois même des platitudes. — MONTARROYO MASCARENHAS, (Freyre de) né à Lisbonne en 1670, d'une famille noble, voyagea dans presque toute l'Europe. Il servit ensuite en qualité de capitaine de cavalerie, depuis 1704 jusqu'en 1710. Il quitta le métier de la guerre pour se livrer à l'étude, fut deux fois président de l'Académie des Anonymes, puis secrétaire et maître d'ortographe dans celle des Appliqués. Ce fut lui qui introduisit le premier en Portugal l'usage des Gazettes. Ce savant avoit du goût pour tous les genres de littérature; il avoit puisé dans ses différents voyages toutes les connoissances qui peuvent intéresser l'humanité. Le Portugal fit une véritable perte à sa mort, arrivée vers 1630, à l'âge d'environ 60 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Les Négociations de la Paix de Ryswick, 2 vol. in-8°. II. Histoire naturelle, chronologique et politique du Monde. III. La Conquête des Onizes, peuple du Brésil, in-4°. IV. Relation des Batailles d'Oudenarde et de Peterwaradin, in-4°. V. Re- lation de la mort de LOUIS XIV, in-4°. VI. Evénemens terribles, arrivés en Europe en 1717, in 4°. VII. Détail des progrès faits par les Russes contre les Turcs et les Tartares, in-4°. etc.
MONTAUBAN, (Jacques-Pousset de) avocat et échevin de Paris, mort en 1685, est auteur de quelques Pièces de théâtre: Zenobie, Séleucus, Indegonde, Panurge, etc. Il étoit lié avec Despréaux, Racine et Chapelle. S'il est vrai qu'il ait eu part à la comédie des Plaideurs, on ne peut douter que ce ne fût un homme d'esprit.
MONTAULT, (Philippe de) duc de Navailles, pair et maréchal de France, d'une famille de Bigorre qui remonte au quatorzième siècle, fut reçu page chez le cardinal de Richelieu, en 1635, à l'âge de 14 ans. Instruit par ce célèbre cardinal, il abjura la Religion P. R. Il parvint ensuite aux grades militaires, et commanda la droite de la cavalerie, à la bataille de Senet, le 11 août 1674. Il chargea une partie des ennemis, postés sur une hauteur, et renversa cinq escadrons qui venoient à lui. Il obtint, l'année d'après, le bâton de maréchal de France. Il est ensuite le cordon de l'ordre du Saint-Esprit et la place de gouverneur du duc d'Orléans, depuis régent du royaume. Il mourut à Paris, le 5 février 1684, à 65 ans, ne laissant que des filles. C'étoit un honnête homme, et un sujet fidelle, très-attaché au roi et à ses ministres. Ses vertus le distinguèrent plus que ses succès militaires. Il avoit eu le commandement des troupes auxiliaires, envoyées à Candie en 1689. Il débarqua heureusement; mais mais les Turcs qui s'étoient retirés sur les montagnes, ayant fondu avec impétuosité sur les François, *Navailles* fit sa retraite après avoir perdu 800 hommes. Désespérant de sauver Candie, il se rembarqua avec ce qui restoit de 8000 hommes, que *Louis XIV* y avoit fait passer en différens temps. Ses *Mémoires* ont été imprimés en 1701, in-12. Ils sont superficiels et assez peu intéressans. L'auteur écrit en homme de qualité, avec une simplicité noble et élégante : il n'y manque que des faits curieux. — MONTAUSIER, (Charles de Sainte-Maure, duc de) pair de France, chevalier des ordres du roi, et gouverneur de *Louis* Dauphin de France, d'une ancienne maison originaire de Touraine, se distingue de bonne heure par sa valeur et par sa prudence. Durant les guerres civiles de la *Fronde*, il maintint dans l'obéissance la Saintonge et l'Angouchois, dont il étoit gouverneur. Il n'avoit encore éprouvé que des contradictions et des dégoûts dans son gouvernement de Normandie, lorsqu'il apprit que la peste s'y déclaroit. Il annonce qu'il va s'y transporter ; sa famille l'en détourne, et il répond : *Pour moi, je crois les Gouverneurs obligés à résidence, comme les Évêques. Si l'obligation n'est pas si étroite en toutes les circonstances, elle est du moins égale dans les calamités publiques.* Son austère probité le fit choisir pour présider à l'éducation du *Dauphin*. Il parla toujours à ce prince en philosophe et en homme vertueux, qui s'enfioit tout à la vérité et à la raison. Dans une de leurs conférences, le prince s'imagina d'avoir été frappé par son gouverneur. Comment, Monsieur, vous me frappez ! Qu'on m'apporte mes pistolets. — Apportez à Monseigneur ses pistolets, reprend froidement le duc. Il les lui fait remettre entre les mains : *Voyez, Monseigneur, ce que vous voulez faire ?* Le prince tombe à ses genoux. — *Voilà, Monseigneur, où conduisent les passions !* Il ne lui hassoit jamais lire les épîtres dédicatoires qu'on lui adressoit. L'ayant surpris un jour lisant à la dérobée une de ces plates épîtres, il lui fit voir que cet hommage n'étoit qu'une véritable dérision, et qu'on le louoit précisément de toutes les qualités qu'il n'avoit point. Il conserva même son austère véracité avec *Louis XIV*. Ce prince lui dit un jour qu'il venoit enfin d'abandonner à la justice un assassin, auquel il avoit fait grace après son premier crime, et qui avoit tué vingt hommes. *Non, Sine*, répondit Montausier, il n'en a tué qu'un, et *Votre Majesté en a tué dix-neuf... Mes pères*, disoit-il, ont été toujours fidelles serviteurs des Rois leurs maîtres, et jamais leurs facteurs. Cette honnête liberté dont je fais profession, est un droit acquis, une possession de ma famille, et la vérité est venue de père en fils comme une portion de mon héritage. Lorsqu'il eut cessé de faire les fonctions de gouverneur, il dit au Dauphin : *Monseigneur, si vous êtes honnête homme, vous m'aimerez ; si vous ne l'êtes pas, vous me haïrez et je m'en consolerai...* Lorsque ce prince eut pris Philipsbourg, le duc lui écrivit cette lettre digne d'un ancien Romain : *Monseigneur, je ne vous fais pas compliment sur la prise de Philipsbourg ; vous aviez une bonne armée, une excellente artillerie, et* Bb 386 MÔN Vauban. Je ne vous en fais pas non plus sur les preuves que vous avez données de bravoure et d'intrepidite; ce sont des vertus héréditaires dans votre Maison. Mais je me réjouis avec vous de ce que vous êtes libéral, généreux, humain, faisant valoir les services d'autrui, et oubliant les vôtres. C'est sur quoi je vous fais mon compliment. Il conduisit un jour le Dauphin dans une chaumière. Voyez, Monseigneur! c'est sous ce chaume, c'est dans cette misérable retraite que logent le père et la mère, et les enfants, qui travaillent sans cesse pour payer l'on dont vos palais sont ornés, et meurent de faim pour subvenir aux frais de votre table. Ce seigneur mourut, le 17 mai 1640, à 80 ans, regretté des honnêtes gens dont il étoit le modèle, et des gens de lettres dont il étoit le protecteur. On sait que les ennemis de Molière voulurent persuader au duc de Montausier, que c'étoit lui que cet auteur jouoit dans le Misanthrope. Le duc alla voir la pièce, et dit en sortant, qu'il auroit bien voulu ressembler au Misanthrope de Molière. De son mariage avec Julie-Lucie d'Angennes, dont nous parlons aux mots RAMBOUILLET et JAREY, Il n'eut qu'une fille, mariée au duc d'Usca... Fléchier a fait l'Oraison funèbre de Montausier; et son Eloge, couronné par l'académie Françoise, a pour auteur le sénateur Carat. Voyez sa Vie, Paris, 1731, in-12.
MONTAZET, (Antoine de Malvin de) né en 1712, dans le diocèse d'Agen, fut nommé évêque d'Autun en 1748, archevêque de Lyon en 1758, et mourut à Paris le 2 mai 1788. L'académie Françoise le mit au nombre de ses membres en 1757, et il ne dut pas ce choix à ses dignités, mais à ses talens. Une mémoire heureuse, une imagination brillante, un esprit également propre aux affaires et aux belles-lettres, le distinguèrent de bonne heure. Son éloquence étoit élevée, noble, énergique et bien nourrie. Ce caractère se montre dans ses différens ouvrages. Les principaux sont: I. Lettre à M. l'Archevêque de Paris, 1760, in-4° et in-12. II. Instruction pastorale sur les sources de l'Insee, de l'Île et les fondemens de la France, in-4°. 1776; lue avec plaisir par les formules mêmes. Cet ouvrage, remarquable par la force du raisonnement, et par divers traits d'éloquence, l'est encore par la sagesse et la modération avec laquelle il est écrit. III. Des Mandemens, des Instructions Pastorales, un Catechisme, et d'autres Ecrits à l'usage de son diocèse, qu'il gouverna en pasteur charitable, instruit et zélé.
MONTBELLIARD, (Philibert-Gueneau de) né en 1720, à Semur en Auxois, mort dans la même ville, le 28 novembre 1785, à 65 ans, passa une partie de sa jeunesse à Dijon, et vint ensuite à Paris, où il se fit connoître par son goût pour les sciences. La continuation de la Collection Academique, recueil qui contient tout ce qu'il y a de plus intéressant dans les Mémoires des différentes académies de l'Europe, l'annonça avantageusement dans le monde littéraire. Le discours qui est à la tête du premier volume, est bien pensé et bien écrit. M. de Buffon son ami, ayant besoin d'un associé dans son grand travail de l'histoire naturelle, lui proposa de se charger de continuer celle des oiseaux. *Montbelliard* accepta, mais il laissa paroître les premiers articles sous le nom de l'illustre Naturaliste qui l'avoit mis de moitié dans son travail. Il eut le plaisir de n'être pas reconnu, et ce fut M. de *Buffon* qui le nomma au public dans une préface, où il dit de lui, que c'est l'homme du monde dont la façon de voir, de juger et d'écrire, à le plus de rapport avec la sienne. Lorsque la partie des oiseaux fut achevée, en 9 vol. in-4°, ou 18 in-12, *Montbelliard* s'occupa des insectes: matière sur laquelle il avoit déjà foirni beaucoup d'articles à la nouvelle *Encyclopédie*; mais la mort l'arrêta dans ses travaux. La sensibilité et la gaieté formoient son caractère. Il étoit ami tendre et zélé. *Je suis bien aise de cesser de vivre*, disoit-il aux parens et aux amis qui entouroient son lit, vous n'aurez plus à souffrir de mes douleurs. Il étoit marié. Sa femme, versée dans les langues, et instruite de plusieurs sciences, épargnoit à son époux une partie des recherches, et elle n'en a jamais parlé. Il a laissé un fils, officier de dragons. — MONTBRUN, (Charles-Dupuy, dit le *Brave*) fut l'un des plus vaillans capitaines Calvinistes du 16e siècle. Divers exploits par lesquels il se signala en défendant sa secte, l'obligèrent de se retirer à Genève. Après environ deux ans d'absence, *Montbrun* rentra en France, et se rendit maître de plusieurs places, en Dauphiné et en Provence. Il se trouva aux batailles de Jarnac et de Montcontour. L'an 1570, étant revenu en Dauphiné, il accompagna l'amiral de *Châtillon* en Vivarais; et passa le Rhone à la nage avec sa cavalerie, après avoir blessé le marquis de *Gordes*, commandant de la province, et défait l'armée qu'il commandoit. Après la *Saint-Barthélemi*, *Montbrun* ayant pris diverses places, eut l'audace de marcher contre l'armée de *Henri III*, qui faisoit le siège de Livron, et d'ordonner à ses troupes de piller le bagage de ce prince, en 1574. Lorsqu'on lui reprocha cette action, il répondit: *Deux choses rendent les hommes égaux, le JEU et les ANMES*. Enfin, le marquis de *Gordes* poursuivit vivement ce sujet rebelle. *Montbrun*, se voyant en danger d'être tué ou fait prisonnier, poussa son cheval fatigué pour sauter le canal d'un moulin, près de Die; mais il tomba, se cassa la cuisse; et fut arrêté. Il avoit en l'insolence de dire: *Le roi m'écrit comme roi, et comme si je devois le reconnoître. Cela seroit bon en temps de paix; mais en temps de guerre, avec le bras armé et le cu sur la selle, tout le monde est compagnon. Qu'il voie à présent, dit Henri III* en apprenant son arrestation, *s'il est mon compagnon*. En effet, il lui fit faire son procès à Grenoble, où on le cenduisit le 29 du mois de juillet. Il fut condamné à la mort, qu'il souffrit avec beaucoup de constance, le 12 août 1575. La paix de 1576 lui rendit, par un article exprès, l'honneur que le genre de sa mort sembloit lui avoir ôté, et le jugement rendu contre lui, fut anéanti et révoqué. Les Calvinistes avoient la plus grande idée de sa bravoure; et en effet, elle étoit comparable à celle des héros de l'antiquité; mais il auroit pu en faire un meilleur usage... *Voyez MA-HOMET IV*, n° V. B b z 388 MON
MONTCALM, ( Louis-Joseph de Saint-Véran, marquis de ) lieutenant général des armées du roi, naquit en 1712, à Candiac, d'une famille de Rouergue, qui a produit le fameux grand-maître Gozou, vainqueur du dragon qui désoloit l'isle de Rhodes. Le jeune Montcalm, élève de du Mas, inventeur du Bureau Typographique, ne fit pas moins d'honneur aux leçons de ce maître habile, que son frère cadet Candiac, dont nous avons parlé dans un article particulier. ( Voyez CANDIAC. ) Il porta les armes de bonne heure, et après avoir servi 17 ans dans le régiment de Hainault, il fut fait colonel de celui d'Auxerrois, en 1743. La connoissance que l'on avoit de ses talens et de son activité, lui fit confier des commandemens particuliers, et il ne perdit aucune occasion de se signaler. Il reçut trois blessures à la bataille donnée sous Plaisance, le 13 juin 1746, et deux coups de feu à la malheureuse affaire de l'Assiette. Devenu brigadier des armées du roi, en 1747, et mestre-de-camp du nouveau régiment de cavalerie de son nom en 1749, il mérita d'être fait, en 1756, maréchal de camp, et commandant en chef des troupes Françoises dans l'Amérique. Il y arriva la même année, et arrêta, par ses bonnes dispositions, l'armée du général Loudon, au Lac du Saint-Sacrement. Les campagnes de 1757 et de 1758, ne furent pas moins glorieuses pour lui; il repoussa avec un très-petit nombre de troupes, les armées ennemies, et prit des forteresses munies de garnisons fortes et nombreuses. Le froid, la faim accablèrent ses soldats, depuis l'automne de 1757, jusqu'au prin- temps de 1758. Il les soutint dans cette extrémité, et s'oublia lui-même pour les secourir. Le général Abercromby ayant succédé au lord Loudon, le marquis de Montcalm remporta sur lui, le 8 juillet 1758, une victoire complète. Cette journée coûta à l'ennemi 6000 morts ou blessés. Le vainqueur eut la modestie de mettre dans sa relation, qu'il n'avoit eu que le mérite d'être le Général de troupes valeureuses. C'est ainsi qu'il soutint pendant quatre ans la destinée de la Colonie Françoise, qui chanceloit de plus en plus. Enfin, après avoir éludé long-temps les efforts d'une armée très-supérieure à la sienne, et ceux d'une flotte formidable, il fut engagé, malgré lui, dans un combat, près de Quebec. Il reçut au premier rang et au premier choc une profonde blessure, dont il mourut le surlendemain, 14 septembre 1759, à 48 ans, en héros Chrétien. Un trou qu'une bombe avoit fait, lui servit de tombeau : sépulture digne d'un homme qui avoit résolu de défendre le Canada, ou de s'ensévelir sous ses ruines. Il y a de lui une infinité de traits qui caractérisent le citoyen, le guerrier, l'homme juste, vertueux et modeste; mais les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de les raconter. Il conserva le goût de l'étude au milieu de ses travaux guerriers. Parmi les agrémens de sa retraite, il comptoit pour beaucoup l'espérance d'être reçu à l'académie des Belles-Lettres, dont son savoir le rendoit digne. Il avoit été fait commandeur, par honneur, de l'ordre de Saint-Louis, en 1757, et Lieutenant général en 1758. Voy. dans le Mercure du France ( Juillet 1761 ), l'Epi- lèphe que lui composa l'académie des Inscriptions, pour être mise sur son tombeau à Quebec.
MONTCHAL, (Charles de) célèbre et savant archevêque de Toulouse, est connu par des Mémoires imprimés à Rotterdam, 1718, en 2 vol. in-12. Ils roulent sur le cardinal de Richelieu. Ce ministre lui avoit donné l'archevêché de Toulouse, en 1628, sur la démission du cardinal de la Valette, dont il avoit été précepteur. Son père étoit apothicaire d'Annonay en Vivarais, si l'on en croit le Dictionnaire de Ladvocat. Il fut d'abord boursier, ensuite principal d'un collège de Paris, et s'éleva de degré en degré. Ses Mémoires sont curieux; mais ils ont été imprimés avec peu de soin, et d'une manière incorrecte. Quoiqu'il dit une partie de sa fortune au cardinal de Richelieu, il ne chercha pas à le flatter. On lui attribue encore une Dissertation où il entreprend de prouver que les Puissances séculières ne peuvent imposer sur les biens de l'Eglise aucune taxe sans le consentement du Clergé; (dans l'Europe Savante, Novembre 1718.) Il attribue beaucoup de pouvoir au pape, et diminue celui des princes. Montchal étoit protecteur des savans, et très-savant lui-même. Il travailla long-temps à corriger Eusèbe. Les gens de lettres répandirent des fleurs sur son tombeau. Il y descendit en 1651 à Carcassone. Il gouverna son diocèse avec zèle, et fit des établissements utiles.
MONTCHEVREUIL, (Jean-Baptiste de Mornai, comte de) lieutenant général des armées, entra d'abord dans le régiment du Roi, infanterie. Il se trouva à tous les sièges que Louis
XIV fit en personne, en 1667. Il devint capitaine, major, lieutenant colonel et colonel lieutenant de son régiment. Tous les généraux sous lesquels il servit, rendirent un témoignage flatteur de sa bravoure. Après la bataille de Senef, Monsieur le Prince écrivit au Roi: Montchevreuil a fait des merveilles; il aspire aux grandes choses. Il mérita les éloges du souverain même, témoin de sa valeur au siège de Valenciennes. En 1690, il passa sous les ordres du maréchal de Luxembourg, et se signala à la bataille de Fleurus; mais le siège de Mons mit le dernier sceau à sa gloire, par la manière hardie dont il emporta un moulin et une redoute importante. Luxembourg le chargea de la première attaque du village de Nerwinde. Malgré le feu terrible des ennemis, le comte força la palissade et renversa les chevaux-de-frise, et s'empara du village: mais il fut tué un moment après, et Nerwinde repris.
MONTCHESTIEN DE VATTEVILLE, (Antoine) poète François, fils d'un apothicaire de Falaise en Normandie, est plus connu par ses intrigues, par son humeur querelleuse et ses aventures, que par son talent pour la poésie. Sa vie fut un tissu de démêlés; sa première dispute fut avec le baron de Courville, qui l'attaqua accompagné de son beau-frère et d'un soldat. Montchrestien mit l'épée à la main contre eux; mais, accablé par le nombre, il fut laissé pour mort. Dès qu'il fut guéri de ses blessures, il porta ses plaintes, et tira de ses assassins plus de 12 mille livres, qui le mirent en état de faire l'homme d'impor- tance. Il se rendit ensuite solliciteur d'un procès qu'une dame avoit contre son mari, gentilhomme fort riche, mais infirme et imbécille. Après sa mort, Montchrestien eut le bonheur, ou le malheur, d'épouser la veuve; mais il fut obligé de la quitter bientôt. Un meurtre dont il fut accusé, le força de se sauver en Angleterre, où le roi Jacques I l'accueillit très - bien. Le poète aventurier, ayant obtenu sa grace à la prière de ce monarque, revint à Paris, et y dressa une boutique de lunettes, de couteaux et de canifs. Il s'occupa quelques années de ce métier, soupçonné pendant ce temps-là de faire de la fausse monnoie. Quelque temps après il alla offrir ses services aux Religionnaires, qui lui donnèrent la commission de lever des régimens en Normandie. Il parcouroit cette province, lorsqu'il fut reconnu dans une hôtellerie au village des Tourailles, à 5 lieues de Falaise. Le seigneur du lieu, instruit de son arrivée, vint l'assiéger dans l'hôtellerie. Montchrestien se défendit en homme déterminé, tua deux gentilshommes et un soldat; mais il fut tué lui-même de plusieurs coups de pistolet et de pertuisane. On transporta son corps à Domfront, où les juges le condamnèrent à avoir les membres rompus, et à être jeté au feu et réduit en cendres. Cet arrêt fut exécuté le 21 octobre 1621. On a de lui des Tragédies, savoir, l'Ecosse, la Carthaginoise, les Lacènes, David, Aman, Hector. Il a donné une Pastorale en cinq actes; un Poème divisé en quatre livres, intitulé Susanne ou la Chasteté, in-12 et in-8°; des Sonnets, etc. Ce sont autant de productions de la médiocrité, pour ne rien dire de plus; mais il y a de lui, un livre où l'on peut prendre quelques notions utiles sur le commerce de son temps: c'est son Traité de l'Economie politique, Rouen, 1615, in-4°. Cet ouvrage est divisé en 4 livres. Le premier roule sur les manufactures, le 2° sur le commerce, le 3° sur la navigation, et le 4° sur les soins principaux des princes. Dans le 3° il parle fort au long des voyages faits aux Indes. Ses pièces de théâtre ont été recueillies à Rouen, en 1627.
MONTCLAR, Voyez MONCLAR.
MONT-DORÉ, (Pierre) en latin Mons-Aureus, natif de Paris, et conseiller, ou, selon d'autres, maître des requêtes, fut chassé d'Orléans à cause de son attachement au Calvinisme. Il se retira à Sancerre, où il mourut en 1570. On a de lui, un Commentaire sur le x° livre d'Euclide. Mont-doré avoit succédé à Pierre du Châtel, dans la place de Maître de la librairie du roi. C'étoit la bibliothèque royale, déposée alors à Fontainebleau, et qui renfermoit, 1.° les livres de Charles V, au nombre d'environ 910 vol.; 2.° la bibliothèque de Blois formée par Charles VIII et Louis XII, et où l'on transporta celle que les Visconis et les Sforces, ducs de Milan, avoient établie à Pavie, et celle de Pétrarque; 3.° la bibliothèque de Louise de Savoie, mère de Francois I; 4.° enfin, celle de Marguerite de Valois, sa sœur. Le célèbre Amyot succéda à Mont-doré dans la place de bibliothécaire.
MONT-DORGE, (Antoine-Gautier de) maître de la chambre- aux-deniers du roi, membre de l'académie de Lyon, sa patrie, naquit en 1727, et mourut à Paris en 1772. Il aimoit les arts, et encourageoit les artistes. C'étoit un homme de bonne compagnie; il auroit pu se faire un nom dans la littérature. On a de lui : I. Les paroles des Fêtes d'Hébé, ballet en quatre entrées, plus connu sous le nom des Talens Lyriques. II. L'Opéra de Société, joué en 1762. III. Réflexions d'un Peintre sur l'Opéra, en 1741, in-12. IV. L'Art d'imprimer les Tableaux en trois couleurs, 1755, in-8°; brochure où l'on trouve des détails curieux, etc.
MONTECLAIR, (Michel) né à trois lieues de Chaumont en Bassigni, l'an 1666, mort en 1737, à 71 ans, proche Saint-Denis en France, fut le premier qui joua, dans l'orchestre de l'Opéra, de la contre-basse; instrument qui fait un si grand effet dans les chœurs, dans les airs de magiciens, de démons, et dans ceux de tempêtes. On a de lui : I. Une bonne Méthode pour apprendre la musique. II. Des Principes pour le Violon. III. Des Trio de violon. IV. Des Cantates. V. Des Motets. VI. Une Messe de Requiem. VII. C'est lui qui a fait la Musique des Fêtes de l'Été, et du célèbre Opéra de Jophté. I. MONTECUCULI, ou MONTECUCULO, (le Comte Sébastien) gentilhomme Italien, né à Ferrare, vint en France, se produisit à la cour, et devint échanson du dauphin François, fils de François I. Il fut accusé d'avoir donné du poison dans une tasse d'eau fraîche, à ce jeune prince, pendant qu'il jouoit à la paume à Valeuce en Dauphiné. Il fut mis à la question, et en avouant ce crime, il déclara qu'Antoine de Lève et Ferdinand de Gonzague, attachés à Charles-Quint, l'avoient porté à le commettre; mais les partisans de l'empereur s'élevèrent contre cette imputation, et rejetèrent ce forfait sur Catherine de Médicis, qui, en se défaisant de ce prince, assuroit, disoient-ils, le trône à Henri II son époux, frère cadet du dauphin François. Toutes ces conjectures étoient bien odieuses. Les généraux de l'empereur pouvoient-ils craindre un jeune prince qui n'avoit jamais combattu? Que gagnoient-ils à sa mort? Quel crime bas et honteux avoient-ils commis, qui pût les faire soupçonner? L'intérêt que Catherine de Médicis avoit d'être reine de France, est-il une raison assez forte pour lui imputer un crime sans la moindre preuve? Quoi qu'il en soit, Montecuculi fut écartelé à Lyon en 1536. Quelques historiens ont tâché de laver sa mémoire, et ont prétendu que la véritable cause de la mort du dauphin François, fut une pleurésie, et non le poison. Cependant l'arrêt porte... «que le comte Sébastien Montecuculo, convaincu d'avoir empoisonné François, dauphin et duc propriétaire de Bretagne, fils aîné du roi, avec de la poudre d'arsenic sublimé, et de s'être mis en devoir d'empoisonner le roi lui-même, sera trainé sur la claie jusqu'au lieu de la Grenette, où il sera tiré et démembré à quatre chevaux; et que, pour réparation de la fausse accusation intentée contre Guillaume d'Intaville, seigneur des Chenets, il sera condamné à une amende de dix mille livres, au profit de l'accusé.» Ce Guillaume d'Intaville B. b. 4 392 MON ville, premier maître-d'hôtel du roi, avoit été cité par Montecuculi comme complice de son projet. Quoiqu'il paroisse justifié par cet arrêt, il reste douteux s'il étoit innocent ou coupable. Car la même accusation ayant été intentée peu de temps après contre Coucher d'Intaville, seigneur de Vanlai, il s'y trouva impliqué de nouveau, ainsi que François d'Intaville, évêque d'Auxerre. Les trois frères n'osant apparemment s'exposer aux suites de cette action, s'enfuirent en Italie, où ils avoient été employés tous les trois en qualité d'ambassadeurs; et comme on mit leurs têtes à prix, ils célèbrent leur nom et le lieu de leur retraite. Il faut ajouter à l'article de Montecuculi, que lorsqu'on visita ses effets et papiers, on trouva un Traité de l'usage des poisons, écrit de sa main, de la poudre d'arsenic sublimé, du réaigel, et le vase de terre rouge dans lequel il avoit présenté au dauphin le breuvage qui lui avoit donné la mort. Voyez, sur ce gentilhomme Italien, l'Histoire de François I. par M. Gaillard, et le tome 25 de l'Histoire de France par M. Garnier.
II. MONTECUCULI, (Raimond de) né dans le Modenois en 1608, d'une famille distinguée, porta d'abord les armes sous Ernest Montecuculi, son oncle, qui commandoit l'artillerie de l'empereur. Le neveu servit sous lui comme soldat, et ne parvint au commandement, qu'après avoir passé par tous les degrés de la milice. La première action qui fit briller le courage du jeune héros, fut en 1644, il surprit à la tête de 2000 chevaux, par une marche précipitée, dix mille Suédois, qu'il contraignit d'abandonner leur bagage et leur artillerie. Le général Bannier, instruit de cette défaite, tourna ses armes contre le vainqueur et le fit prisonnier. Il sut mettre à profit le temps de sa captivité, qui fut de 2 années. Une lecture continuelle agrandit la sphère de ses idées, et assura ses succès en augmentant ses connoissances. A peine eut-il obtenu sa liberté, qu'il se vengea de sa prison par la défaite du général Wrangel, qui périt dans une bataille en Bohème. Après la paix de Westphalie, Montecuculi passa en Suède, et ensuite a Modène, où il assista aux noces du duc. Cette fête fut marquée par un événement bien triste pour lui; il eut le malheur de tuer dans un carousel le comte Manzoni, son ami; sa lance poussée avec trop de force, ayant percé la cuirasse de cet infortuné courtisan. L'empereur attacha entièrement Montecuculi à son service, en 1657, par le titre de maréchal de camp général. Envoyé au secours de Jean Casimir, roi de Pologne, attaqué par Ragotzki prince de Transilvanie, et par la Suède, il battit les Transilvains et prit Cracovie sur les Suédois. (Voyez I. LÉOPOLD.) Charles Gustave, roi de Suède, ayant tourné ses armes contre le Danemarck, Montecuculi eut le bonheur de prendre plusieurs places sur l'agresseur, et délivra Copenhague par terre, avant que les Hollandois y eussent jeté du secours par mer. La paix, fruit de ses victoires, ne le laissa pas longtemps oisif. Le vainqueur de Ragotzki devint son défenseur contre les Ottomans. Il les força d'abandonner la Transilvanie, et rompit par une sage lenteur toutes les entreprises d'une armée formidable, jusqu'à l'arrivée des François, qui l'aidèrent à vaincre les Turcs à la célèbre journée de Saint-Gothard, en 1664. Cette victoire amena la paix, et *Montecuculi* fut récompensé par la place de président du conseil de guerre de l'empereur. La guerre s'étant allumée quelque temps après entre la France et l'Empire, *Montecuculi* fut mis, en 1673, à la tête des troupes destinées à arrêter les progrès des François. La prise de Bonn, et la jonction de son armée à celle du prince d'*Orange*, malgré *Turenne* et *Condé*, lui acquiert beaucoup de gloire, et arrêtèrent la fortune de *Louis XIV* après la conquête de trois provinces de Hollande. On lui ôta pourtant le commandement de cette armée l'année suivante; mais on le lui rendit en 1675, pour venir sur le Rhin faire tête à *Turenne*. *Montecuculi* étoit seul digne d'être opposé à ce grand homme, et, en cela même, on suivait son penchant. « Tous deux, dit un historien célèbre, avoient réduit la guerre en art. Ils passèrent 4 mois à se suivre, à s'observer dans des marches et dans des campagnes, plus estimées que des victoires par les officiers Allemands et François. L'un et l'autre jugeoient de ce que son adversaire allait tenter, par les marches que lui-même eût voulu faire à sa place; et ils ne se trompèrent jamais. Ils opposoient l'un à l'autre la patience, la ruse et l'activité. » Les maîtres de l'art admiroient les judicieuses et profondes manœuvres des deux héros, sans prévoir où elles aboutiroient, lorsqu'un boulet de canon qui tué le général François, fit le dénouement de cette brillante seine. *Montecuculi*, après avoir parlé dans sa lettre à l'empereur, de l'événement tragique qui avoit enlevé son illustre émule, ajouta qu'il ne pouvoit s'empêcher de regretter un homme qui fussoit tant d'honneur à l'humanité. C'étoient les paroles qu'il avoit répétées plusieurs lois, avec une douleur mêlée d'admiration, en apprenant cette mort qui lui présageoit des victoires. Il n'y avoit que le prince de *Condé* qui pût disputer à *Montecuculi* la supériorité que lui donna la mort de *Turenne*. Ce prince fut envoyé sur le Rhin: après avoir essayé quelques pertes, il arrêta le général impérial, qui ne laissa pas de regarder cette dernière campagne comme la plus glorieuse de sa vie: non qu'il eût été vainqueur; mais pour n'avoir pas été vaincu, ayant à combattre *Turenne* et *Condé*. « La guerre défensive, disoit-il, demande plus de savoir et de précautions, que l'offensive: la moindre faute y est mortelle, et les disgraces y sont exagérées par la crainte qui est le microscope des maux. » *Montecuculi* passa le reste de sa vie à la cour impériale, occupé à converser avec les savans et à protéger les lettres. C'est par ses soins que l'académie des *Curieux de la Nature* fut établie. Ce héros mourut à Lintz le 16 octobre 1680, à 72 ans. *Victor-Amedée*, duc de Savoie, se plaisoit à raconter le trait suivant. *Montecuculi* avoit, dans une marche, fait défense expresse, sous peine de mort, que personne ne passât par les blés. Un soldat revenant d'un village, et ignorant les défenses, traversa un sentier qui étoit au milieu des blés. *Montecuculi* qui l'apperçut, envoya ordre au prévôt de l'armée de la faire pendre. Cependant ce soldat qui s'avançoit, allégua au général qu'il ne savoit pas les ordres. Que le Prévôt fasse son devoir, répondit Montecuculi. Comme cela se passa en un instant, le soldat n'avoit pas encore été désarmé. Alors, plein de fureur, il dit : Je n'étois pas coupable, je le suis maintenant ; et tira son fusil sur Montecuculi. Le coup manqua, et Montecuculi lui pardonna... Il reste de lui des Mémoires en italien, traduits en françois par Adam ; ils sont utiles aux militaires et aux historiens : les premiers y trouveront des modèles et des leçons de leur art, et les seconds pourront y puiser des matériaux. Les meilleures éditions de cet ouvrage, sont celles de Strasbourg, 1755 ; et de Paris, 1746, in-12. Le grand Condé en faisoit cas.
MONTEÇUMA, Voy. MONTEZUMA.
MONTEGUT, (Jeanne de Segla, épouse de M. de) trésorier de France de la généralité de Toulouse, naquit dans cette ville en 1709, et y mourut le 4 juin 1752, à 43 ans. Ses Œuvres ont été publiées à Paris en 1768, en 2 vol. in-8. Il y a dans cette collection peu de Poésies galantes : elles sont presque toutes morales ou chrétiennes, et souvent de simples tributs de société ou d'amitié ; mais on y trouvera du naturel, de la douceur, de la facilité. Le premier volume offre des Odes, des Epîtres, des Idylles, des Pièces fugitives. Le second renferme une Traduction presque complète, en vers françois, des Odes d'Horaire. Cette version est en général élégante et fidelle. On y désirerait quelquefois plus de force et de coloris. Le talent de Mad. de Montegut pour la poésie se développa tard ; mais il fut bientôt perfectionné. Elle remporta trois prix à l'académie des Jeux floraux, et fut déclarée Maîtresse des Jeux : titre que l'on accorde aux athlètes honorés d'une triple couronne. Ce que ses écrits ont de précieux, c'est qu'on découvre l'empreinte de son âme noble, sincère, sensible, nourrie des principes d'une saine philosophie, et pénétrée d'attachement pour la religion. Exacte à remplir les devoirs et à observer les bienséances, elle assortissoit toujours son ton au caractère des personnes avec qui elle se trouvait. Quoiqu'elle possédait le latin, l'anglois, l'italien, et qu'elle fût versée dans les sciences et dans les belles-lettres, elle cachoit ses lumières avec autant de soin que d'autres en prennent à les étaler. Sa parure étoit simple et décente, son maintien noble et modeste. Un homme éclairé, vertueux et austère dit en parlant d'elle : C'est la seule femme à qui je pardonne d'être savante. Son humeur penchoit vers une douce mélancolie, qui se changeoit avec ses amies en une gaieté encore plus douce. Ses talens, ses vertus et sa modestie revivent dans M. de Montegut son fils, ci-devant conseiller au parlement de Toulouse et membre des académies de cette ville, et dans Mlle de Montegut, sa petite-fille.
MONTEJOAN, (Réné de) étoit un de ces guerriers importans, plus livrés à leur présomption, que dirigés par le génie. Il fut presque aussi souvent battu qu'il attaqua. Il tomba trois fois entre les mains des ennemis, et ne fut excusable qu'une fois, à la bataille de Pavie, en 1525. François Ier ne l'en fit pas moins maréchal de France en 1538, et lui donna le gouvernement de Piémont. C'étoit un homme à fanfaronnades. Il eut la folle et impudente vanité d'envoyer des ambassadeurs dans différentes villes d'Italie : démarche qui lui attira de sévères réprimandes et des railleries piquantes de la part du roi. Ayant été envoyé présider aux états de Bretagne pour la réunion de cette province à la couronne, il pensa faire échoner, par des saillies indécentes, une négociation qui exigeoit les plus grands ménagemens. Il mourut en Piémont, au commencement de septembre 1539; et sa famille qui datoit du XIII siècle, s'éteignit avec lui.
MONTEIL, (Aimard de) évêque du Puy et légat du pape Urbain II dans l'armée des Croisés, mourut à Antioche en 1098, fort regretté de toute l'armée chrétienne, pour sa prudence et pour l'autorité qu'il s'étoit acquise. Il étoit le conseil des grands, le soutien des petits, et l'orbite des différends qui naissent entre les princes. Il avoit une tendre dévotion envers la Sainte Vierge, et l'on croit qu'il composa en son honneur le Salve Regina, que les anciens auteurs nomment quelquefois l'Antienne du Puy. Cependant les historiens ne s'accordent pas sur ce point. Alberic, dans sa Chronique, le lui attribue et ajoute qu'il supplia le chapitre de Cluni de l'insérer dans l'Office; ce qui lui fut accordé. Guillaume Durand l'donne à Pierre, évêque de Compostelle; d'autres en font honneur à Herman-Contract.
MONTEIL, Voyez GRIGNAN,
MONTE-MAYOR, (George de) célèbre poète Castillan, ainsi nommé, de Monte-Mayor, lieu de sa naissance auprès de Connimbre, suivit quelque temps la cour de Philippe II, roi d'Espagne. Il prit le parti des armes, sans abandonner ni la poésie, ni la musique, pour laquelle il avoit aussi beaucoup de talent. Le Parnasse Espagnol le perdit assez jeune vers 1560. On a de lui, des Poésies sous le titre de Cacci-nero, 1554, 2 vol. in-8°; parmi lesquelles il y en a d'ingénieuses et de délicates, quoique mêlées de pensées fausses et d'images emphatiques, et une espèce de Roman, intitulé : La Diane, 1602, in-8°. Ce dernier ouvrage eut un grand succès, et le méritoit à quelques égards. Un style pur, beaucoup d'esprit, de la douceur, du sentiment, une poésie souvent enchanteresse, et la naïveté touchante qui règnent sur-tout dans la Nouvelle du Maure Abindarraès, rachètent aux yeux des connoisseurs le fonds d'invraisemblance, les histoires de magie, et le manque d'action qu'on reproche à la Diane. Alphonse Perès et Gaspard-Cila-Pollo, y ont ajouté deux parties très-inférieures à celles du premier auteur. Les étrangers s'empressèrent de s'approprier l'ouvrage de Monte-Mayor, en le traduisant.
MONTENAI, (Georgette de) étoit fille d'honneur de Jeanne d'Albret, reine de Navarre. Sa beauté et son esprit en firent l'ornement de la cour. En 1571, elle fit imprimer l'explication en vers de cent emblèmes ou devises qu'elle dédia à la reine. 396 MON
MONTENAULT. (Charles-Philippe d'Égly de) Parisien, né en 1696, de l'académie des Belles-Lettres, long-temps auteur du Journal de Verdun, mourut à Paris en 1749, à 53 ans. On a de lui : I. L'Histoire des Trois des Deux Siciles, de la maison de FRANCE, en 4 vol. in-12, 1741 : ouvrage qui fera toujours honneur à sa mémoire, par l'exactitude, la vérité, la simplicité qui y règnent. Le goût a présidé au choix des faits, et la plupart sont intéressans. II. La Callipédie, ou la Manière d'avoir de beaux Eutons, traduite en prose du Poème latin de Claude Quillet, in-12, 1746. Cette version est non-seulement peu littérale, mais écrite sans génie, sans goût, sans graces et sans aménité. Le traducteur n'a saisi ni la lettre, ni l'esprit de son original. C'est ainsi du moins qu'en a jugé M. Fréron. D'autres critiques l'ont traité plus favorablement ; et en relevant des fautes, ils ont fait remarquer quelques endroits rendus avec élégance.
MONTERCHI. (Giuseppe) Romain, né vers 1630, mort au commencement du 18e siècle, se rendit habile dans les antiquités, mérités par ses connaissances dans cette science, de devenir bibliothécaire du cardinal Carpegna. Les antiquaires font quelque cas d'un livre italien qu'il donna sur cette matière, sous ce titre : Scelta de Meda-Lioni, più rari del Cardinali, Carpegna, in-4°, Roma, 1679.
MONTEREAU. (Pierre de) s'est rendu célèbre par plusieurs ouvrages d'architecture. Il étoit de Montereau, et mourut l'an 1266. C'est ce célèbre architecte qui a donné les dessins de la Sainte-Chapelle de Paris; de la Chapelle de Vincennes; du Réfectoire, du Dortoir, du Chapitre, et de la Chapelle de Notre-Dame dans le monastère de Saint-Germain-des-Prés. Il fut enterré dans l'église de cette abbaye, et fut représenté sur sa tombe avec un compas et une règle à la main.
MONTESPAN. (Mad. de) Voy. ROCHECHOLART, n.º v.
MONTESQUIEU. (Charles de Secondat, baron de la Brède et de) d'une famille distinguée de Guiennie, naquit au château de la Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689. Il fut philosophe au sortir de l'enfance. Dès l'âge de 20 ans, Montesquieu préparoit les matériaux de l'Esprit des Lois, par un extrait raisonné des immenses volumes qui composent le Corps du Droit Civil. Un oncle paternel, président à mortier au parlement de Bordeaux, ayant laissé ses biens et sa charge au jeune philosophe, il en fut pourvu en 1716. Sa compagnie le chargea six ans après, en 1722, de présenter des remontrances à l'occasion d'un nouvel impôt, dont son éloquence et son zèle obtinrent la suppression. L'année d'auparavant il avoit mis au jour ses Lettres Persanes, commencées à la campagne, et finies dans les momens de relâche que lui laisso ont les devoirs de sa charge. Ce livre profond sous un air de légèreté, annonçoit à la France et à l'Europe un écrivain supérieur à ses ouvrages. Le Persan fait une satire dénuée et énergique de nos vices, de nos travers, de nos ridicules, de nos préjugés, et de la bizarrerie de nos goûts. C'est le tableau le plus animé et le plus vrai des mœurs Françoises : son pinceau est léger et hardi ; il donne à tout ce qu'il touche un caractère original. Toutes les lettres ne sont pas cependant d'une égale force ; il y en a, dit Voltaire, de très- jolies, d'autres très-hardies, d'autres médiocres, d'autres fri- voles ; et les détails de ce qui se passe dans le sérail d'Usbeck à Ispahan, n'intéressent que foi- blement les lecteurs François. On peut encore reprocher à l'au- teur quelques paradoxes en litté- rature, en morale et en politi- que, et des satires trop fortes de Louis XIV et de son règne. Le succès des Lettres Persanes ou- vrit à Montesquieu les portes de l'académie Françoise, quoique, de tous les livres où l'on a plai- santé sur cette compagnie, il n'y en ait guère où elle soit moins ménagée. La mort de Sacy, le traducteur de Pline, ayant laissé une place vacante, Montesquieu qui s'étoit défait de sa charge, et qui ne vouloit plus être qu'homme de lettres, s'y pré- senta pour la remplir. Le car- dinal de Fleury, instruit par des personnes zélées, des plaisante- ries du Persan sur les dogmes, la discipline et les ministres de la religion Chrétienne, lui re- fusa son agrément. Il ne paroîtra pas étrange que ce ministre fit quelques difficultés, si l'on se rappelle la Lettre (Liv. 75) dans laquelle Usbeck fait une apologie si éloquente et si dangereuse du Suicide ; une autre (Liv. 27) où il est dit expressément que les évêques n'ont d'autres fonctions que de dispenser de la loi ; une autre (Liv. 4) enfin, où le pape est peint comme un magicien qui fait croire que trois ne font qu'un, que le pain qu'on mange n'est pas du pain... On peut ajouter que l'apparition des Let- tres Persanes est la première époque de ce déluge d'écrits qui ont paru depuis contre le Chris- tianisme et le gouvernement. Montesquieu, sentant le coup que l'exclusion et les motifs de l'exclusion pouvoient porter sur sa personne et sur sa famille, prit un tour très-adroit pour obtenir l'agrément du cardinal. On prétend, (c'est l'auteur du Siècle de Louis XIV qui rap- porte cette anecdote ; mais elle paroît fausse et sans vraisemblance :) qu'il fit faire en peu de jours une nouvelle édition de son livre, dans laquelle on retran- cha, ou on adoucit tout ce qui pouvoit être condamné par un cardinal et par un ministre. Il porta lui-même l'ouvrage au car- dinal de Fleury, qui ne lisait guère, et qui en lut une partie. Cet air de confiance, souteux par quelques personnes de cré- dit, et sur-tout par le maréchal d'Estrées son ami, pour lors di- recteur de l'Académie Françoise, ramena, dit-on, le cardinal, et Montesquieu entra dans cette compagnie. Son discours de ré- ception, fort court, mais plein de traits de force et de lumière, fut prononcé le 24 janvier 1728... Le dessein que Montesquieu avoit formé de peindre les nations dans son Esprit des Lois, l'obligea de les aller étudier chez elles. Après avoir parcouru l'Alle- magne, la Hongrie, l'Italie, la Suisse et la Hollande, il se fixa près de deux ans en Angleterre. Il fut recherché par tous les phi- losophes de cette isle, et chéri par leur reine, qui étoit encore plus digne qu'eux de converser avec l'auteur des Lettres Per- sanes. Des différentes observa- 358 MON tions qu'il fit dans ses voyages, il résultait que l'Allemagne étoit faite pour y voyager, l'Italie pour y séjourner, l'Angleterre pour y penser, et la France pour y vivre. De retour dans sa patrie, il mit la dernière main à son ouvrage: *Sua la cause de la Grandeur et de la Décadence des Romains*. Des réflexions très-fines et des peintures très-fortes donnèrent le mérite de la nouveauté à cette matière, traitée tant de fois et par tant d'écrivains supérieurs. Un Romain qui auroit eu l'âme du grand *Corneille*, jointe à celle de *Tacite*, n'auroit rien fait de mieux, dans les temps les plus florissans de la république. Cette Histoire politique de la naissance et de la chute de la nation Romaine, à l'usage des hommes d'état et des philosophes, parut en 1734, in-12. L'illustre écrivain trouve les causes de la grandeur des Romains dans l'amour de la liberté, du travail et de la patrie; dans la sévérité de la discipline militaire; dans le principe où ils furent toujours de ne faire jamais la paix qu'après des victoires. Il trouve les causes de leur décadence dans l'agrandissement même de l'état; dans le droit de bourgeoisie accordé à tant de nations; dans la corruption introduite par le luxe de l'Asie; dans les proscriptions de *Sylla*; dans l'obligation où les Romains furent de changer de maxime en changeant de gouvernement; dans cette suite de monstres qui régnèrent, presque sans interruption, depuis *Tibère* jusqu'à *Constantin*; enfin, dans la translation et le partage de l'empire. Le génie mâle et rapide qui brille dans la *Grandeur des Romains*, se fit encore plus sentir dans l'*Esprit des Lois*, publié en 1748, en 2 vol. in-4. Dans cet ouvrage, qui est plutôt l'*Esprit des Nations* que l'*Esprit des Lois*, l'auteur distingue trois sortes de gouvernements: le *Républicain*, le *Monarchique* et le *Despotique*. Le Républicain est celui où le peuple, en corps ou en partie, a la souveraine puissance; le Monarchique, celui où gouverne un seul, mais selon des lois fixes; le Despotique, celui où un seul entraîne tout par sa volonté, sans autre loi que cette volonté même. Dans ces divers états, les lois doivent être relatives à leur *nature*, c'est-à-dire à ce qui les constitue; et à leur *principe*, c'est-à-dire à ce qui les soutient et les fait agir; distinction importante, la clef d'une infinité de lois, et dont l'auteur tire bien des conséquences. Les principales lois, relatives à la nature de la *Démocratie*, sont: Que le peuple y soit à certains égards le monarque, à d'autres le sujet; qu'il élise et juge ses magistrats, et que les magistrats en certaines occasions décident. La nature de la *Monarchie* demande qu'il y ait entre le monarque et le peuple beaucoup de pouvoirs et de rangs intermédiaires; et un corps dépositaire des lois, médiateur entre les sujets et le prince. La nature du *Despotisme* exige que le *Tyran* exerce son autorité, ou par lui seul, ou par un seul qui le représente. Quant aux principes des trois gouvernements, celui de la *Démocratie* est l'amour de la république, c'est-à-dire de l'égalité; ce que l'auteur exprime par le mot vague de vertu. Dans les Monarchies, où un seul est le dispensateur des distinctions et des récompenses, et où l'on s'accoutume à confondre l'état avec le monarque ; le principe est l'*honneur*, c'est-à-dire l'ambition et l'amour de l'estime. Sous le Despotisme enfin, c'est la *crainte*. Plus ces principes sont en vigueur, plus le gouvernement est stable ; plus ils s'altèrent et se corrompent, plus il incline à sa destruction. Les lois que les Législateurs donnent, doivent être conformes aux principes de ces différens gouvernementens. Dans la république, entretenir l'égalité et la frugalité : dans la monarchie, soutenir la noblesse, sans écraser le peuple : sous le gouvernement despotique, tenir également tous les états dans le silence. Si l'on excepte le Despotique, qui n'existe point tel que l'auteur l'a peint, ces gouvernementens ont chacun leurs avantages. Le Républicain est plus propre aux petits états, le Monarchique aux grands. Le Républicain plus sujet aux excès, le Monarchique aux abus. Le Républicain apporte plus de maturité dans l'exécution des lois, le Monarchique plus de promptitude. La différence des principes des trois gouvernementens, doit en produire dans le nombre et l'objet des lois. Mais la loi commune de tous les gouvernementens modérés et par conséquent justes, est la liberté politique dont chaque citoyen doit jouir. Cette liberté n'est point la licence absurde de faire tout ce qu'on veut, mais le pouvoir de faire tout ce que les lois permettent. La liberté extrême à ses inconvénients, comme l'extrême servitude ; et, en général, la nature humaine s'accommode mieux d'un état mitoyen. Après ces observations générales sur les différens gouvernementens, l'au- teur examine les récompenses qu'on y propose, les peines qu'on y décerne, les vertus qu'on y pratique, ainsi que les fautes qu'on y commet, l'éducation qu'on y donne, le luxe qui y règne, la monnoie qui y a cours, la religion qu'on y professe. Il compare le commerce d'un peuple, avec celui d'un autre ; celui des anciens, avec celui d'aujourd'hui ; celui d'Europe avec celui des trois autres parties du monde. Il examine quelles religions conviennent mieux à certains climats, à certains gouvernementens. Notre siècle n'a point produit d'ouvrage, où il y ait plus d'idées profondes et de pensées neuves. La partie la plus intéressante, de l'histoire de tous les temps et de tous les lieux, y est répandue adroitement, pour éclaircir les principes, et en être éclaircie à son tour. Les faits deviennent entre ses mains des principes lumineux. Son style, sans être toujours exact, est nerveux. « Il n'étincelle point, dit un auteur, il échauffe : ce sont des idées qui se pressent, non des phrases qui s'arrachent ; c'est un athlète toujours en attitude. » Images frappantes : saillies d'esprit et de génie : faits peu connus, curieux et agréables : tout concourt à charmer le travail d'une longue lecture. On peut appeler cet ouvrage, le *Code du Droit des Nations* ; et son auteur, le *Législateur du genre humain*. On sent qu'il est sorti d'un esprit libre, et d'un cœur plein de cette bienveillance générale qui embrasse tous les hommes. C'est en faveur de ses sentiments qu'on a pardonné à M. de Montesquieu d'avoir ramené tout à un système, dans une matière où il ne falloit que raisonner sans imaginer; d'avoir donné trop d'influence au climat, aux causes physiques, préférablement aux causes morales (Voyez l'article BODIN); d'avoir fait un tout irrégulier, une chaîne interrom- pue, avec les plus belles parties et les plus beaux chaumons; d'a- voir trop souvent conclu du par- ticulier au général. On a été fi- ché de trouver dans ce chef- d'œuvre, de longues digressions sur les lois féodales, des exeta- ples tirés des voyageurs les plus décrédités; des paradoxes à la place des vérités, des plaisan- teries où il falloit des réflexions, et ce qui est encore plus triste, des principes de déisme et d'ir- religion. On a été choqué des titres indéterminés qu'il donne à la plupart le ses chapitres: Idee générale, Conséquence, Pro- blème, L'éflexion, Continuation du même sujet, etc. On lui a reproché des chapitres trop peu liés à ceux qui les précèdent ou qui les souvent, des idées vagues et confuses, des tours forcés, un style tendu et quel- quefois recherché. Mais s'il ne satisfait pas toujours les gram- mairions, il donne toujours à pen- ser aux philosophes, soit en les faisant entrec dans ses réflexions, soit en leur donnant sujet de les combattre. Personne n'a plus ré- fléchi que lui sur la nature, les principes, les mœurs, le climat, l'étendue, la puissance et le ca- ra tiré particulier des états; sur leurs lois bonnes et mauvaises; sur les effets des châtiments et des récompenses; sur la reli- gion, l'éducation, le commerce. L'article d'Alleandre renferme des observations profondes et très-bien rapprochées; celui de Charlemagne offre, en deux pages, plus de principes de po- létique, que tous les livres de Balthasar Gracian; celui de l'Esclavage des Nègres, des ré- flexions d'autant plus agréables, qu'elles sont cachées sous une ironie très-plaisante. Son tableau du gouvernement Anglois est de main de maître. Cette nation philosophe et commerçante, lui en témoigna sa reconnaissance en 1752. M. Dassier, célèbre par les Médailles qu'il a frappé- res à l'honneur de plusieurs hommes illustres, vint de Lon- dres à Paris pour frapper la sienne... Si l'Esprit des Lois lui attira des hommages de la part des étrangers, il lui procura des critiques dans son pays. Un abbé Delonnaire donna le signal par une mauvaise brochure, en style moitié sérieux, moitié bouffon. Le Gazetier Ecclésiastique, qui vit fi- nement dans l'Esprit des Lois une de ces productions que la Bulle UNIGÉNITUS a si fort multipliées, langa deux feuilles contre l'au- teur: l'une, pour prouver qu'il étoit Athée, ce qu'il ne persuada à personne; l'autre, pour dé- montrer qu'il étoit Dériste, ce que ses livres n'avoient que trop fait penser. L'illustre magistrat rendit son adversaire ridicule et oïeux, dans sa Diffuse de l'Es- prit des Lois. Cette brochure est, comme l'a dit un auteur ingé- nieux, de la raison assaisonnée. C'est ainsi que Socrate plaida devant ses juges. Les graces y sont unies à la justesse, le bril- lant au solide, la vivacité du tour à la force du raisonnement. Mais quelque esprit et quelque raison qu'il y ait dans cette dé- fense, l'auteur ne se justifie pas sur tous les raisons que lui avait faits son actus. La Sor- bonne, excité, et des cœns du Nouvelliste, est, en de de l'Esprit des Lois, et trouva plusieurs choses à reprendre. Sa censure, si long-temps attendue, n'a pas vu le jour, et ne le verra point. La meilleure de toutes les critiques, si on en jugeoit par l'impression qu'elle fit sur l'auteur, auroit été celle de M. Dupin, fermier général, qui avoit une bibliothèque choisie et très-nombreuse, dont il avoit faire usage. Montesquieu alla s'en plaindre à Mad. la marquise de Pompadour, au moment où il n'y avoit que cinq ou six exemplaires de distribués à quelques amis. Mad. de Pompadour fit venir M. Dupin, et lui dit qu'elle prenoit l'Esprit des Lois sous sa protection, ainsi que son auteur. Il fallut retirer les exemplaires, et brûler toute l'édition. Les chagrins qu'entraînent les critiques justes ou injustes, le genre de vie qu'on forçoit Montesquieu de mener à Paris, altérèrent sa santé naturellement délicate. Il fut attaqué au commencement de février 1755, d'une fluxion de poitrine. La cour et la ville en furent touchées. Le roi lui envoya M. le duc de Nivernois, pour s'informer de son état. Le président de Montesquieu parla et agit dans ses derniers momens, en homme qui vouloit paroître à la fois Chrétien et Philosophe. J'ai toujours respecté la Religion, dit-il: (cela étoit vrai à certains égards; car, s'il avoit paru favoriser l'incrédulité dans des livres anonymes, il ne s'étoit jamais montré tel en public.) La morale de l'Évangile, ajouta-t-il, est le plus beau présent que Dieu put faire aux hommes. Et comme le Père Routh, Jésuite Irlandois, qui le confessa, le pressoit de livrer les corrections qu'il avoit faites aux Lettres Persanes, il donna son manuscrit à Mad. la duchesse d'Aiguillon, en lui disant: Je sacrifierai tout à la Raison et à la Religion, mais rien aux Jésuites. Voyez avec mes amis si ceci doit paroître. Cette illustre amie ne le quitta qu'au moment où il perdit toute connoissance, et sa présence ne fut pas inutile au repos du malade. Car on a appris qu'un jour, pendant que Mad. la duchesse d'Aiguillon étoit allée dîner, le Père Routh étant venu, et ayant trouvé le malade seul avec son secrétaire, fit sortir celui-ci de la chambre et s'y enferma sous clef. Mad. d'Aiguillon, revenue d'abord après diné, s'approcha de la porte, et entendit le malade qui parloit avec émotion. Elle frappa, et le Jésuite ouvrit: Pourquoi tourmenter cet homme mourant? lui dit-elle. Alors le président de Montesquieu, reprenant lui-même la parole, lui dit: Voilà, Madame, le Père Routh, qui voudroit m'obliger de lui livrer la clef de mon armoire pour enlever mes papiers. Mad. d'Aiguillon fit des reproches de cette violence au confesseur, qui s'excusa en disant: Madame, il faut que j'obviens à mes Supérieurs; et il fut renvoyé sans rien obtenir. Ce fut ce Jésuite qui publia après la mort de Montesquieu, une Lettre, dans laquelle il fait dire à cet illustre écrivain; « Que c'étoit le goût du neuf, du singulier, le désir de passer pour un génie supérieur aux préjugés et aux maximes communes; l'envie de plaire et de mériter les applaudissemens de ces personnes qui donnent le ton à l'estime publique, et qui n'accordent jamais plus sûrement la leur, que quand on semble les autoriser à secouer 402 MON le joug de toute dépendance et de toute contrainte, qui lui avoient mis les armes à la main contre la Religion. » Quoi qu'il en soit de cet aveu, démenti peut-être trop légèrement par les amis de l'auteur de l'*Esprit des Lois*, le détail dans lequel nous sommes entrés est trop curieux, à bien des égards, pour ne pas porter avec lui-même son excuse. Le président de Montesquieu mourut le 10 février 1755, à l'âge de 66 ans. Il fut regretté autant pour son génie, que pour ses qualités personnelles. Quoique naturellement économe, il savoit être généreux (*). Ne se tourmentant pour personne, et n'ayant pas pour lui-même d'ambition, sa douceur, sa gaieté, sa politesse étoient toujours égales. Sa conversation, légère, piquante et instructive, semée de bons mots et de mots d'un grand sens, étoit coupée par des distractions qu'il n'affectoit jamais et qui plaisoient toujours. On connoit la réponse qu'il fit à quelqu'un qui lui rapportoit un trait difficile à croire, ou que ce grand homme affectoit de regarder comme tel. Le narrateur, à chaque doute de la part de son auditeur, s'émerveilloit à protester de sa véracité. Enfin, pour dernier trait : *Je vous donne ma tête*, dit-il à Montesquieu, *si... — J'accepte le présent*, interrompit celui-ci, *les petits dons entretiennent l'amitié*. Comme il ne cherchoit pas à briller, et qu'il avoit conservé l'accent gasson, il paroissoit mettre plus d'esprit dans ses li- vres que dans sa conversation, qui étoit cependant telle que nous l'avons peinte. Il ne vouloit pas la soigner, et n'y cherchoit que le plaisir et le délassement. Peu recherché dans sa parure, il ne connoissoit pas le faste, et n'en avoit pas besoin pour s'annoncer. Les grands le recherchoient ; mais leur société n'étoit pas nécessaire à son bonheur. Il fuyoit, dès qu'il pouvoit, à sa terre. On voyoit cet homme si grand et si simple, sous un arbre de la Brède, conversant dans le patois du pays avec ses paysans, assoupissant leurs querelles et prenant part à leurs peines. S'il parut quelquefois trop jaloux des droits seigneuriaux ; s'il fut plus attaché qu'un philosophe n'auroit dû l'être aux prérogatives de la naissance, on excusoit en lui ces foiblesses, qui furent celles de Montaigne et de quelques autres sages. Montesquieu étoit fort doux envers ses domestiques. Il lui arriva cependant un jour de les gronder vivement ; mais se tournant aussitôt en riant vers une personne témoin de cette scène : *Ce sont*, lui dit-il, *des horloges qu'il est quelquefois besoin de remonter*. On a publié après sa mort un recueil de ses *Œuvres*, en 3 vol. in-4. Il y a dans cette collection quelques petits ouvrages dont nous n'avons pas parlé. Le plus remarquable est le *Temple de Gnide*, espèce de Poëme en prose ; où l'auteur fait une peinture riante, animée, quelquefois trop voluptueuse, trop fine et trop recher- (*) L'acte de bienfaisance qu'il fit à Marseille, en donnant sa bourse à un jeune batelier, et en consignant secrètement une somme d'argent à un banquier, pour racheter le père de cet infortuné, pris par un corsaire et esclave en Afrique, a été publié dans les *Journaux*, et a donné lieu à un drame intéressant, représenté avec succès en 1784, sous le titre du *Bienfait anonyme*. bide, de la naïveté et de la déli- patesse de l'amour, tel qu'il est dans une âme neuve. Cette ba- gatelle eut le plus grand succès au moment qu'elle parut; mais on s'épporçait bientôt « que le fond n'en étoit pas assez atta- chant; que la fable en étoit petite et noyée dans trop de des- criptions; que les personnages n'étoient ni assez caractérisés, ni assez variés; qu'enfin il y avait de la recherche et de l'af- fectation dans le style; beaucoup plus de galanterie et d'esprit que de sentiment et d'imagination, et qu'en général l'ouvrage n'é- toit guères qu'un lieu commun parsemé de traits heureux. On se souvint alors que M. de Mon- tesquieu dans les Lettres Per- sanes, avoit parlé des poètes avec assez de mépris; et l'on crut voir dans le Temple de Gnide la prétention d'être poète sans écrire en vers. On savoit que l'auteur avoit inutilement essayé d'en faire; et c'est une foiblesse dont plus d'un grand homme a été susceptible, de dé- précier ce qu'on ne peut attein- dre. » C'est ainsi que M. de la Harpe pense du Temple de Gnide, et sa critique est sévère sans être injuste. On peut ce- pendant lui demander grâce pour quelques tableaux, tel que celui des Sybarites et pour quelques autres d'un coloris agréable. Deux de nos poètes François (Mes- sieurs Colardeau et Léonard) ont prêté au Temple de Gnide, le charme des vers: le premier l'a mis en grands vers françois, le second a varié la mesure à chaque chant. On trouve encore à la fin de l'ouvrage de Montes- quieu, un fragment sur le Goût, ou il y a plusieurs idées neuves et quelques-unes obscures. M. de Secondat, digne fils de ce grand homme, conserve dans sa biblio- thèque 6 vol. in-4°, manuscrits, sous le titre de Matériaux de l'Esprit des Lois, et des lam- beaux de l'Histoire de Théodo- ric, roi des Ostrogoths. Mais le public ne jouira pas de ces frag- mens, non plus que d'une His- toire de Louis XI, que son il- lustre père jeta au feu par mé- garde, croyant y jeter le brouil- lon que son secrétaire avoit déjà brûlé. M. de Leyre a publié en 1758, in-12, le Génie de Mon- tesquieu. C'est un extrait, fait avec choix, des plus belles pen- sées répandues dans les différens ouvrages de cet écrivain, qui avoit approuvé lui-même l'idée de cet abrégé. « On n'y trouve, dit l'abréviateur, que des an- neaux détachés d'une longue chaîne; mais ce sont des an- neaux d'or. » On a donné en 1767, in-12, les Lettres fami- lières de M. Montesquieu. Il y en a quelques-unes qu'on lit avec plaisir, et dans lesquelles on reconnoit l'auteur des Lettres Persanes; les autres ne sont que de simples billets, qui n'étoient pas faits pour l'impression. On a publié aussi son roman d'Ar- sace, annoncé d'abord avec em- phase et qui a fait une médiocre sensation dans le public. Le pré- sident de Montesquieu laissa un fils, Jean-Baptiste de Secondat, conseiller au parlement de Bor- deaux, de l'académie de cette ville, et de la société royale de Londres, mort à Bordeaux, le 17 juin 1796, à 79 ans. Quoi- qu'il eût de l'esprit, des lumières sur tous les arts, et qu'il eût cultivé avec quelque succès les sciences exactes, l'histoire na- turelle, et sur-tout ce qui con- cernoit l'agriculture, il n'acquit. C C 2 404 MON point la réputation qu'il aurait eue, s'il avait possédé l'art de se faire valoir. Il avait, comme du Marsais, l'air d'un nigaud, et ses continuelles distractions ajoutaient à cet air; mais ceux qui pouvoient percer à travers cette écorce peu favorable, ne lui appliquaient point le vers de Racine le père que le satirique Chevrier avait tourné contre Racine le fils : et moi fils inconnu d'un si glorieux père. Ils étoient sur-tout touchés de sa candeur, de sa bonté, de sa modestie, de sa simplicité. Bon mari, père tendre, ami sûr, il se fit aimer par les vertus privées et estimer par ses sentimens patriotiques; sa philosophie étoit d'autant plus solide qu'elle étoit fondée sur la religion. On a de lui : I. Observations de physique et d'Histoire naturelle sur les eaux minérales des Pyrénées, Paris, 1750, in-12. II. Considérations sur le commerce et la navigation de la Grande Bretagne, 1740, in-12. III. Considérations sur la marine militaire de France, 1756, in-8. Il fit imprimer ce livre à Londres, où il étoit alors, et où cet ouvrage fut mal accueilli, parce qu'il donnoit une trop grande idée de la puissance navale des François; idée démentie bientôt par les événements. Le président de Montesquieu avait aussi une fille mariée à un de ses parens Secondat d'Agen, laquelle porta en dot à son époux la terre de Montesquieu. Elle avait été élevée au monastère du Paradis, près du port Sainte-Marie. Les religieuses lui dictoient les lettres qu'elle écrivoit à son père. Montesquieu s'en apperçut et lui répondit : Ecris toi-même, ma chère fille; j'aime mieux les pe- tites niaiseries que tous les traits d'esprit que ces Dames peuvent te fournir. Voyez I. FITZ-JAMES.
MONTESQUIOU, assassin du Prince de Condé, Voyez I. CONDÉ. I. MONTESQUIOU D'ARTAGNAN, (Pierre de) maréchal de France, d'une famille très-ancienne, qui subsiste, et qui tire son origine de la terre de Montesquieu, l'une des quatre baronnies du comté d'Armagnac, fit ses premières armes en Hollande contre l'évêque de Munster. Il servit avec distinction dans les guerres de Louis XIV, depuis le siège de Douai en 1667, jusqu'à celui d'Ypres en 1678. Le roi l'envoya, trois ans après, dans toutes les places du royaume, pour y montrer un exercice uniforme à toute l'infanterie. Montesquieu se signala surtout dans les guerres de la succession. Il commanda l'infanterie Françoise à la bataille de Ramillies et à celle de Malplaquet. Dans cette dernière action, où il fit des prodiges de bravoure et de prudence, il mena plusieurs fois les troupes à la charge, eut trois chevaux tués sous lui, et reçut deux coups de fusil dans sa cuirasse. Le bâton de maréchal de France fut la récompense de sa valeur, le 20 septembre de la même année 1709. Cette dignité ne l'empêcha pas de servir encore sous le maréchal de Villars. Il rompit en 1711, les digues de l'Escaut, à la vue des garnisons des places conquises : et, par cet exploit, il leur rendit le cours de cette rivière impraticable pendant tout l'hiver. Il eut beaucoup de part, l'année d'après, aux avantages remportés en Flandre. Ce gé- méral mourut, le 12 août 1725, à 85 ans, avec les titres de chevalier, des ordres du roi et de gouverneur d'Arras. Le maréchal de *MONTECUE*, (*Voyez* ce mot) et son frère, l'évêque de Valence, étoient de la même famille. — IL MONTESQUIOU FEZENSAC, (Anne-Pierre) membre de l'académie Françoise, né en 1741, fut nommé député aux États généraux par la noblesse de Paris, et quitta bientôt les délibérations de son ordre pour passer dans la chambre du tiers-état. Il prononça un grand nombre de rapports sur les finances, et sut profiter de l'opinion publique qu'il dirigea sur cette partie, pour ne pas perdre sa fortune. Nommé général après la session, il prit le commandement de l'armée du Midi, et dénonça les préparatifs de guerre faits par l'Autriche et la Savoie : bientôt il s'empara de cette dernière province. Décrété d'accusation, le 11 novembre 1792, par la Convention, pour cause de dilapidation; pour avoir profité des marchés qu'il avoit passés pour le besoin de ses troupes, avoir cherché à favoriser le roi de Sardaigne, et avili la dignité nationale dans un traité avec l'état de Genève, les commissaires chargés de l'arrêter dans cette dernière ville, ne l'y trouvèrent plus. Il s'étoit retiré au fond de la Suisse. En quittant son armée, il emporta la caisse, en dédommagement des biens qu'il laissoit en France. Après avoir fait son compte qu'il adressa à la Convention, il le termina par ces mots : *Je ne suis point un fripon ; mais je ne serai pas votre dupe*. Un décret du 3 septembre 1795, laissa à *Montesquiou* la liberté de revenir dans sa patrie, et il y est mort à la fin de 1798. On l'a accusé d'un peu de duplicité politique. Ses opuscules en finances sont écrits avec finesse et beaucoup d'esprit; il les débitoit mal, ayant un organe sombre et peu flattent. Le plus considérable est intitulé : de l'*Administration des finances dans une république*. « On y voit, dit M. *Raderer*, un véritable zèle pour le gouvernement sous lequel il vivoit; on y voit aussi un talent très-propre à le servir. Jamais on ne lui a entendu dire un mot qui annonçait le moindre regret de l'existence qu'il avoit avant la révolution; il étoit pourtant un des hommes à qui elle avoit fait perdre le plus d'honneurs, de pouvoir et de richesses. Son caractère avoit besoin des mœurs républicaines, mais non de faste ni de titres pour se faire distinguer dans la société, ni d'être distingué par la multitude pour être heureux. Il aimoit les livres; lisoit les romans nouveaux, et les trouvoit tous assez bons parce qu'il pleuroit à leur lecture, sans se douter que le secret de son attendrissement étoit en lui, non en eux. Il aimoit tendrement sa femme, ses enfans, ses amis, et en étoit aimé de même. »
MONTEU, (Jérôme de) connu par le nom latin de *Monticus*, médecin du dernier siècle, a publié en latin un *Traité* sur l'art de prolonger la vie et de conserver la santé, traduit ensuite en françois par *Valcels*.
MONTEZUMA, ou MONTEZUMA, étoit empereur ou roi du Mexique, lorsque *Cortez* fit une invasion dans son pays en 1518, appelé, disoit-il, par les habitants dont *Montezuma*, aveuglé par la superstition, prenoit les enfans. C c 3 406 MON pour en faire des sacrifices à ses Idoles. Ces animaux guerriers, sur qui les principaux Espagnols étoient montés; ce tonnerre artificiel, qui se formoit dans leurs mains; ces châteaux de bois, qui les avoient apportés sur l'Océan; le fer dont ils étoient couverts; leurs marches comptées par des victoires; tant de sujets d'admiration, joints à cette foblesse qui porte le peuple à tout admirer: furent tels, que Cortez arriva dans la ville de Mexico, y fut reçu par Montezuma comme son maître, et par les habitans comme leur Dieu: on se mettoit à genoux dans les rues, quand un valet Espagnol passoit. Mais peu à peu la cour de Montezuma, s'apprivoisant avec ses hôtes, osa les traiter comme des hommes. Le prince Mexicain ne pouvant se défaire d'eux par la force, tâcha de les rassurer au Mexique par des témoignages d'amitié, tandis qu'il les affoibliroit ailleurs. Une partie des Espagnols étoit à la Vera-Cruz. Un général de l'empereur, qui avoit des ordres secrets, les attaqua; et, quoique ses troupes fussent vaincues, il y eut 3 ou 4 Espagnols de tués. La tête de l'un d'eux fut même portée à Montezuma. Alors Cortez fit ce qui s'est jamais fait de plus hardi en politique: il va au palais, suivi de cinquante Espagnols, et mettant en usage la persuasion et la menace, il emmène l'empereur prisonnier au quartier Espagnol; le force à lui livrer ceux qui avoient attaqué les siens à la Vera-Cruz; et fait mettre les fers aux pieds et aux mains de l'empereur même, comme un général qui punit un simple soldat. Ensuite il l'engagea à se reconnoître publiquement vassal de Charles-Quint. Et pour tribut de son hommage, il donna 600 mille marcs d'or pur. Montezuma fut bientôt la victime de son asservissement aux Espagnols. Ce prince et Alvara, lieutenant de Cortez, furent assaillis dans la palais par 200 mille Mexicains. Montezuma proposa de se montrer à ses sujets, pour les engager à se retirer; mais les Mexicains ne voyoient plus en lui que l'esclave de conquérans étrangers. Au milieu de sa harangue, il reçut un coup de pierre qui le blessa mortellement; il expira bientôt après l'an 1520. (Voy. I. CORTEZ.) Ce malheureux prince laissa deux fils et trois filles qui embrassèrent le Christianisme. L'aîné reçut le baptême, et obtint de Charles-Quint des terres, des revenus, et le titre de comte de Montezuma. Il mourut en 1608. Sa famille est une des plus puissantes d'Espagne.
MONTFAUCON, Voyez VILLARS, n.º I. I. MONTFAUCON, (Bernard de) vit le jour le 17 janvier 1655, au château de Soulage en Languedoc, de l'ancienne famille de Roquetaillade dans le diocèse d'Aleth. Pavillon qui en étoit évêque, surpris de la vivacité d'esprit et de la promptitude de mémoire du jeune Montfaucon, lui dit un jour: Continuez, mon fils, et vous serez un grand homme de lettres. Cette prédiction ne parut pas d'abord s'accomplir. Le jeune homme prit le parti des armes, et servit en qualité de cadet dans le régiment de Perpignan; mais la mort de ses parens l'ayant dégoûté du monde, il se fit Bénédictin dans la congrégation de Saint-Maur, en 1675. L'étendue de sa mémoire et la supériorité de ses talens, lui firent bientôt un nom célèbre dans son ordre et dans l'Europe. Il embrassa avec une égale ardeur la philosophie, la théologie, l'histoire sacrée et profane, la littérature ancienne et moderne, les langues mortes et vivantes. En 1698 il fit un voyage en Italie pour y consulter les bibliothèques, et y chercher des anciens manuscrits, propres au genre de travail qu'il avoit embrassé. Son plus long séjour fut à Rome. Le pape Innocent XII, et les prélats les plus illustres, le reçurent avec distinction. Ces faveurs excitèrent l'envie, et Zacagni, sous-bibliothécaire du Vatican, chercha dans toutes les occasions à mettre son savoir en défaut. Un jour que dom de Montfaucon étoit avec beaucoup de monde à la bibliothèque, Zacagni mettant devant lui un manuscrit grec tout ouvert, lui dit avec une politesse affectée : Vous êtes trop connoisseur, pour ne pas nous instruire de l'âge de ce manuscrit. Dom de Montfaucon, en l'examinant, dit qu'il pouvoit avoir environ 700 ans. — Vous vous trompez, répliqua alors séchement le sous-bibliothécaire; il est d'une bien plus grande antiquité, et le nom de l'empereur Basile le Macédo-nien, qui est à la tête, en fait foi. — Ne seroit-ce point, reprit dom de Montfaucon, Basile le Porphyrogenète, qui est plus moderne d'environ cent cinquante ans ? C'étoit lui en effet, ainsi qu'on le vérifia sur le manuscrit même. Zacagni confus lui tendit d'autres pièges; mais le Bénédictin François releva si souvent son captieux émule, qu'il se retira honteux d'avoir si mal réussi. Pendant son séjour à Rome, Dom de Montfaucon exerça la fonction de procureur de son ordre en cette cour, et y prit la défense de l'édition des Ouvrages de St. Augustin, donnée par plusieurs habiles religieux de sa congrégation, et attaquée par différens libelles. De retour à Paris, en 1701, Montfaucon travailla à une Relation curieuse de son voyage, sous le titre de Diarium Italicum, in-4°, qu'il publia en 1702. Cet ouvrage offre une description exacte de plusieurs monumens de l'antiquité, et une notice d'un grand nombre de manuscrits grecs et latins, inconnus jusqu'alors. Une chose singulière, c'est que l'auteur estima moins l'Italie, après l'avoir parcourue, et il n'y contracta certainement pas l'air double et mystérieux qu'on reproche aux Italiens. Le Père de Montfaucon étoit cher à ses confrères, par la bonté et la candeur de son caractère; aux savans par sa vaste érudition, et à l'Eglise par ses travaux. Cet homme, estimable à tant d'égards, fut enlevé à la république des lettres en 1741. Il mourut à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés le 21 Décembre, à 87 ans. Dans une extrême vieillesse, il employoit encore huit heures à l'étude. Son tempérament s'étoit tellement affermi par l'habitude d'une vie réglée et frugale, que pendant cinquante ans il n'avoit jamais été malade. Sa longue vie seroit une preuve que les fatigues littéraires n'abrègent point les jours, si l'on n'avoit quelques autres exemples du contraire. L'académie des Inscriptions se l'étoit associé, et elle n'avoit guère admis dans son sein de membre plus digne d'elle. Peu d'écrivains ont eu autant de fécondité que ce savant. Le nombre de ses seuls C c 4 ouvrages in-fol. monte à 44. On a de lui : I. Un volume in-4° d'Analectes Grecques, 1688, avec la traduction latine et des notes, conjointement avec Dom Antoine Pouget et Dom Jacques Lapin. II. Une nouvelle Edition des Œuvres de St. Athanase, en grec et en latin, avec des notes, 1698, 3 vol. in-folio : elle commence à n'être plus commune. III. Un Recueil d'Ouvrages d'anciens Ecrivains Grecs, 1706, en deux vol. in-folio ; avec la traduction latine, des préfaces, de savantes notes et des dissertations. Ce Recueil contient les Commentaires d'Eusèbe de Césarée sur les Pseaumes et sur Isaïe, quelques Opuscules de St. Athanase, et la Topographie de Côme d'Égypte. On joint ordinairement ce recueil à l'édition de St. Athanase ; mais il est plus commun. IV. Une Traduction françoise du livre de Philon, de la Vie Contemplative, in-12, avec des Observations et des Lettres. Le Père de Montfaucon s'efforce de prouver que les Thérapeutes dont parle Philon, étoient Chrétiens : opinion qui a été réfutée par le président Bouhier. Calmet a embrassé le sentiment de ce dernier. « De tout ce qu'on a écrit, dit-il, pour et contre le christianisme des Thérapeutes, on peut, ce me semble, conclure que la chose est très-douteuse, et que même l'opinion qui en fait des Juifs, est la plus probable. » V. Un excellent, livre intitulé : Palæographia Græca, in-folio, 1708, dans laquelle il donne des exemples des différentes écritures grecques dans tous les siècles, et entreprend de faire pour le grec, ce que le savant Père Mabillon a fait pour le latin dans sa Diplomatique. VI. Deux volumes in-folio, 1713, de ce qui nous reste des Hexaples d'Origène. VII. Bibliotheca Coisliniana in-folio, 1715. C'est une liste détaillée et raisonnée de 400 manuscrits grecs. D. de Montfaucon marque l'âge de chacun, donne des échantillons du caractère et du style, et en extrait les pièces ou fragments anecdotes. VIII. L'Antiquité expliquée, en latin et en françois, avec figures, 1719, en dix volumes in-folio, auxquels il ajouta, en 1724, un Supplément en cinq vol. in-fol. Cet ouvrage important lui procura plus de fatigue que de gloire, et des critiques sévères ne le regardèrent que comme une compilation un peu informe ; cependant il y a bien des choses qu'on chercheroit inutilement ailleurs, et les savans le citent tous les jours. Il est orné d'ailleurs de près de 1200 planches, qui contiennent 30 à 40 mille figures. Les gens sages auroient désiré qu'on retranchât celles qui peuvent alarmer la pudeur. IX. Les Monumens de la Monarchie Françoise, 1729, 5 vol. in-fol., avec figures, X. Deux autres volumes in-fol., 1739, sous le titre de Bibliotheca Bibliothecarum manuscriptorum nova. XI. Une nouvelle Edition de St. Jean-Chrysostôme, en grec et en latin, avec des préfaces, des notes et des dissertations, en 13 vol. in-fol., etc. Comme le P. de Montfaucon fit cette édition à contre-cœur et uniquement pour obéir à ses supérieurs, ses versions, quoique claires et nettes, manquent quelquefois de fidélité, et presque toujours d'élégance. Cependant il y a des remarques utiles, soit dans les avertissements qu'il a mis à la tête, soit dans les variantes. Il a rempli les lacunes des autres éditions; il en a souvent corrigé les fautes; et il a orné la sienne de Tables utiles et de la Vie du saint Docteur. (*Voyez son article.*) XII. *La Vérité de l'Histoire de Judith*, 1688, in-12: Dissertation qui l'annonça bien à la république des lettres, par les savans éclaircissemens que l'auteur y répandit sur l'empire des Mèdes et des Assyriens, et par un examen critique de l'Histoire de ce dernier peuple, attribuée à *Hérodote*. XIII. Quelques autres écrits, moins importants que les précédens, mais non moins remplis d'érudition. Le Père de *Montfaucon* a trop écrit pour que son style soit toujours élégant et pur. Quand on entasse tant de choses, on n'a guère le temps de faire attention aux mots; on ne peut pas même toujours faire le choix du bon, le discernement du meilleur. C'est principalement comme érudit qu'on doit le considérer, et non comme écrivain fait pour servir de modèle. Les étrangers ne l'estimoient pas moins à cet égard, que ses compatriotes; ceux qui venoient à Paris, trouvoient en lui un savant poli et affable, toujours prêt à écouter leurs questions et à les satisfaire. De retour chez eux, ils y portoient un cœur pénétré de reconnaissance pour ses vertus, et un esprit plein de ses talens et de sa gloire. Le pape *Benoît XIII* l'honora d'un Bref très-flatteur, qui avoit été précédé par deux médailles, dont *Clément XI* et l'empereur *Charles VI* l'avoient gratifié. Ces faveurs ne l'enorgueillissoient point. « Il recevoit, dit M. de Boze, les louanges nonseulement avec modestie, mais avec une indifférence si parfaite, qu'on l'appercevoit quelquefois au travers des marques extérieures de sa reconnaissance. Dans les commencements de la régence, M. Prior, Milord Parker et la comte d'Oxford envoyèrent à Paris un fameux peintre nommé *Morus*, pour faire son portrait: il s'en défendit obstinément. » *Voy. cet Eloge, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions*; et celui qu'on trouve dans l'Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur.
II. MONTFAUCON DE ROGLES, (N°) écuyer ordinaire de la petite écurie du roi, a laissé un *Traité* d'équitation, estimé et publié en 1779, in-4. L'auteur mourut en 1774. I. MONTFLEURY, (*Zacharie Jacob*, dit) d'une famille noble d'Anjou, naquit vers la fin du 16$^{e}$ siècle, ou au commencement du 17$^{e}$. Après avoir fait ses études et ses exercices militaires, il fut page chez le duc de *Guise*. Passionné pour la comédie, il suivit une troupe de comédiens qui couroit les provinces, et prit pour se déguiser, le nom de *Montfleury*, après avoir quitté celui de *Jacob*, qui étoit son nom de famille. Son talent le rendit bientôt célèbre, et lui procura l'avantage d'être admis dans la troupe de l'Hôtel de Bourgogne. Il joua dans les premières représentations du *Cid*, en 1637. Il est auteur d'une Tragédie intitulée, *la Mort d'Asdrubal*, faussement attribuée à son fils, qui n'avoit alors que sept ans. *Montfleury* mourut au mois de décembre 1667, pendant le cours des représentations d'*Andromaque*. Les uns attribuent sa mort aux efforts qu'il fit en jouant le rôle d'*Oreste*; d'autres ajoutent que son ventre s'ouvrit, malgré 410 MON le cercle de fer qu'il étoit obligé d'avoir pour en soutenir le poids énorme. Mlle Duplessis, sa petite-fille, a écrit que ces bruits sont faux, et que Montfleury, frappé par le discours d'un inconnu qui lui avoit prédit une mort prochaine, mourut peu de jours après avoir joué le rôle d'Oreste. Dans l'ouvrage, intitulé : Le Parnasse réformé, on fait parler ainsi ce comédien : « Qui voudra savoir de quoi je suis mort, qu'il ne demande point si c'est de la fièvre, de l'hydropisie ou de la goutte, mais qu'il sache que c'est d'Andromaque. Nous sommes bien fous de nous mettre si avant dans le cœur des passions qui n'ont été qu'au bout de la plume de messieurs les poètes ! Il vaudroit mieux bouffonner toujours, et crever de rire, en divertissant les bourgeois, que crever d'orgueil et de dépit, pour satisfaire les beaux esprits. Mais ce qui me fait plus de peine, c'est qu'Andromaque va devenir plus célèbre par la circonstance de ma mort ; et que désormais il n'y aura plus de poète qui ne veuille avoir l'honneur de crever un comédien en sa vie. » Il étoit si gros, que Cirano de Bergerac disoit de lui : Il fait le fier, parce qu'on ne peut pas le bâtonner tout entier en un jour. La gloire de Montfleury est d'avoir été le premier maître de Baron, qui le surpassa.
II. MONTFLEURY, (Antoine Jacob) fils du précédent, naquit à Paris, en 1640, fut élevé avec soin. Son père le destinoit au barreau, et le fit même recevoir avocat ; mais Montfleury se dégoûta bientôt de cette étude, pour se livrer au plaisir et au théâtre. Il mourut en 1685, à 45 ans. On a de lui, un grand nombre de Comédies médiocres, ou peu au-dessus du médiocre. Les principales sont : I. La Femme Juge et Partie, qui offre des scènes plaisantes. II. La Fille Capitaine. III. La Sœur ridicule. IV. Crispin Gentilhomme, pièce bien conduite, bien dialoguée, et pleine de saillies. V. Le Marisans Femme. VI. Le Bon Soldat. On a recueilli son Théâtre, en 4 vol. in-12, 1775.
III. MONTFLEURY, (Jean le Petit de) né à Caen, membre de l'académie de cette ville, mort en 1777, à 79 ans, étoit un homme d'une oandeur et d'une droiture peu communes. Il occupoit ses loisirs des amusements de la poésie : mais cette simplicité qu'on remarquoit dans ses mœurs, se fait souvent trop sentir dans ses vers. On a de lui : I. Ode au Cardinal de Fleury, 1727. II. Autre sur le Papier, 1722. III. Autre sur le Zèle, 1729. IV. Les Grandeurs de la Sainte VIERGE, ode, 1751. V. Les Grandeurs de Jésus - CHRIST, poème, 1752. VI. La Mort justifiée, poème ; et l'Existence de Dieu et de sa Providence, ode, 1761. — Son frère, Jean-Baptiste le Petit de MONTFLEURY, mort chanoine de Baïeux, en 1758, est auteur d'une brochure intitulée : Lettres curieuses et instructives, écrites à un Prêtre de l'Oratoire, in-12. I. MONTFORT, (Simon, comte de) quatrième du nom, d'une maison illustre et florissante, étoit seigneur d'une petite ville de ce nom, à dix lieues de Paris. Il fit éclater sa bravoure dans un voyage d'outre-mer, et dans les guerres contre les Allemands et contre les Anglois. C'é toit un des plus grands capitaines de son siècle. La force de son tempérament le rendoit propre à soutenir les plus violens exercices de la guerre. Sa haute stature le faisoit distinguer au milieu des batailles; et le mouvement de son sabre suffisoit pour épouvanter les plus fiers ennemis. Il avoit un sang froid à l'épreuve des plus terribles dangers, jusqu'à remarquer tout et pourvoir à tout; pendant qu'il cherchoit le plus brave de ceux qu'il avoit en tête, pour l'abattre. On le choisit pour chef de la Croisade contre les Albigeois, en 1209. Simon de Montfort se rendit très-célèbre dans cette guerre. Il prit Beziers et Carcassone, fit lever le siège de Castelnau, et remporta une grande victoire, en 1213, sur Pierre roi d'Aragon, sur Raymond VI comte de Toulouse, et sur les comtes de Foix et de Cominges. (Voyez la suite de cette guerre, dans l'article de RAYMOND VII.) Simon de Montfort fut tué au siège de Toulouse, le 25 juin 1218, d'un coup de pierre lancée par une femme. Ainsi périt cet homme, qui avoit souillé l'éclat de sa valeur par des exécutions sanglantes. Quelques historiens lui donnèrent les noms de Macchabée et de Défenseur de l'Eglise; mais les gens animés du véritable esprit du Christianisme, ne lui ont pas confirmé ces titres. « On ne peut lire sans horreur, dit M. l'abbé Nonotte, la sévérité, ou plutôt la cruauté dont on usa envers les Albigeois. Cette sévérité n'étoit point inspirée par l'esprit de Jésus-Christ. Le massacre de Beziers, le pillage de Carcassone, la prise de Lavaur, font horreur. Mais cette horreur semble diminuer, quand on pense aux révoltes af- freuses et aux massacres dont les Albigeois s'étoient rendus eux-mêmes coupables. » Simon de Montfort les traita pour le moins aussi cruellement qu'ils avoient traité les Catholiques. — Son fils cadet se rendit fameux en Angleterre sous le nom de Comte de LEICESTER (Voyez ce mot, et HENRI III, n.º XV).
II. MONTFORT, (Amauri de) fils du précédent, et d'ix de Montmorency, voulut continuer la guerre contre les Albigeois. Mais n'ayant pas assez de force pour résister à Raymond le Jeune, comte de Toulouse, il céda à Louis VIII, roi de France, les droits qu'il avoit sur le comté de Toulouse et sur les autres terres situées en Languedoc. Le roi St. Louis le fit co-nétable de France en 1231. Envoyé en Orient au secours des Chrétiens opprimes par les Turcs, il y fut pris dans un combat donné devant Gaza. Sa liberté lui fut rendue en 1241: mais il n'en jouit pas long-temps, étant mort la même année, à Otrante, d'un flux de sang. Quelle différence de ce connétable à son père! Il n'en avoit ni le génie, ni le courage, ni l'activité; mais il fut aussi moins cruel, et il fit moins de malheureux. Sa fille unique épousa le comte de Dreux. Amauri avoit un frère, qui fut comte de Leicester.
MONTFORT, (Bertrade de) Voy. BERTRADE. I. MONTGAILLARD; (Bernard de Percin de) né en 1363, d'une maison illustre, entra dans l'ordre des Feuillans, où il se distingua par ses austérités, par ses sermons et par son zèle. Il n'avoit pour lit que deux planches, pour chemise qu'un cilice; 412 MON il s'abstenoit de viande, de poisson, d'œufs et de beurre; il ne mangeoit que des légumes, et ne prenoit de nourriture qu'une fois le jour après le soleil couché. L'ardeur naturelle de son tempérament augmenta encore par ses abstinences extraordinaires. Le feu de la Ligue étoit alors dans toute sa vivacité. *Montgaillard*, plus pieux qu'éclaire, joua un rôle dans cette association, sous le nom de *Petit Feuillant*. On l'appela le *Laquais de la Ligue*, parce que, quoique boiteux, il ne cessa de se trémousser pour ce parti. Le pape *Clément VIII*, instruit de son mérite, le reçut très-bien dans un voyage qu'il fit à Rome, et le fit passer chez les Bernardins. On lui offrit plusieurs abbayes et plusieurs évêchés; mais il refusa tous les bénéfices. Enfin, forcé d'accepter l'abbaye de Nizelle, puis celle d'Orval, il fit revivre dans celle-ci toute la pureté de l'ancienne discipline monastique. La réforme qu'il y introduisit, est assez semblable à celle de la Trappe. Il mourut d'hydropisie dans cette abbaye, le 8 juin 1628, à 65 ans, après avoir brûlé tous ses écrits par humilité, ou plutôt pour ne pas perpétuer ses déclamations contre *Henri IV*. Sa conduite imprudente dans les temps de trouble, le fit accuser d'avoir trempé dans un attentat contre ce monarque; mais cette imputation étoit sans fondement. Il est certain que, depuis la conversion de ce prince, Dom *Bernard* lui parut très-attaché; et c'est un témoignage que la *Boderie*, ambassadeur de France à Bruxelles, lui rendit. Parmi les calomnies dont il fut accablé, celle qui lui fut le plus sensible, fut le bruit qu'on répandit qu'il étoit coupable de la mort d'un de ses plus chers religieux tombé dans une forge. Mais lorsque les ennemis que son zèle excessif lui avoit faits, se furent refroidis, ils rendirent justice à la vérité et à ses vertus.
II. MONTGAILLARD, (*Pierre-Jean-François de Percin de*) petit-neveu du précédent, évêque de Saint-Pons, naquit en 1633, de *Pierre de Percin*, baron de *Montgaillard*, gouverneur de Brême dans le Milanois, et décapité pour avoir rendu cette place faute de munitions. La mémoire du père ayant été rétablie, le fils fut élevé aux honneurs ecclésiastiques... Il termina sa carrière, le 13 mars 1713, à 80 ans, après s'être signalé par son zèle pour la morale et pour la discipline, et par ses connaissances dans l'antiquité ecclésiastique. On a de lui, un livre intitulé: *Du droit et du devoir des Evêques de régler les Offices divins dans leurs Diocèses, suivant la Tradition de tous les siècles, depuis Jésus-Christ jusqu'à présent*, in - 8°, et d'autres ouvrages.
MONTGEORGE, *Voyes GAULMIN* sieur de...
MONTGERON, (*Louis-Basile Carré de*) naquit à Paris en 1686, d'un maître des requêtes. Il n'avoit que 25 ans, lorsqu'il acheta une charge de conseiller au parlement, où il s'acquit une sorte de réputation par son esprit et par ses qualités extérieures. Plongé dans l'incrédulité et dans tous les vices qui la font naître, il en sortit par un coup inattendu. Il alla, le 7 septembre 1731, au tombeau du diacre *Paris*. Son but étoit d'examiner, avec les yeux de la plus sévère critique, les miracles qui s'y opéruent; mais il se sentit, dit- il, subitement terrassé par mille traits de lumière qui l'éclairèrent. D'incrédule frondeur il devint tout-à-coup Chrétien fervent; et de détracteur du fameux diacre, son apôtre, il se livra depuis ce moment au fanatisme des Con- vulsions, avec la même impé- tuosité de caractère, qui l'avoit plongé dans les plus honteux éxées. Il n'avoit été jusqu'alors que confesseur du Jansénisme; il en fut bientôt le martyr. Lors- que la chambre des enquêtes fut exilée, en 1732, il fut relégué dans les montagnes d'Auvergne, dont l'air pur, loin de refroidir son zèle, ne fit que l'échauffer. C'est pendant cet exil qu'il forma le projet de recueillir les preuves des miracles de Paris, et d'en faire ce qu'il appeloit la démons- tration. De retour à Paris, il se prépara à exécuter son projet, et il alla à Versailles, le 29 juillet 1737, présenter au roi un vo- lume in-4°, magnifiquement re- lié. Il l'accompagna d'un discours où l'on trouve de la chaleur, du style, et des espèces de preuves; mais où l'on cherche inutilement le bon sens. Ce livre, regardé par les uns comme un chef- d'œuvre d'éloquence, et par les autres comme un prodige d'inep- tie, le fit renfermer à la Bas- tille. On le relégua au bout de quelques mois dans une abbaye de Bénédictins du diocèse d'Avi- gnon, d'où il fut transféré peu de temps après à Viviers. Il fut renfermé ensuite dans la cita- delle de Valence, où il mourut, en 1754, à 68 ans. L'ouvrage qu'il présenta au roi, est inti- tulé: La Vérité des Miracles opé- rés par l'intercession de M. Paris, etc. in-4°. Il paroît que ceux qui ont jugé de ce livre jusqu'à pré- sent, étoient dirigés par la haine ou par l'enthousiasme. « Dire comme ceux qu'on appelle Mo- linistes, qu'il n'y a eu au tombeau de Paris aucune guérison mira- culeuse, quoique naturelle; c'est témérité, suivant l'abbé de Saint- Pierre. (Annales, tom. II, page 593.) Dire, comme les Jansé- nistes, que dans ces guérisons miraculeuses il y a eu une force supérieure à la nature; c'est fa- natisme, suivant le même auteur. A dire le vrai, ajoute-t-il, je n'ai entendu parler des miracles de l'abbé Paris que dans des gué- risons sur le corps humain, et jamais, aucun miracle sur aucun autre. Les de la nature, parce que la force de l'imagination de celui qui demande le miracle, n'y peut rien. » Ainsi, quoique Montgeron ose mettre ses pro- diges en parallèle avec ceux de Jésus-CHRIST et des Apôtres, on n'y voit aucun mort ressus- cité, aucune montagne transpor- tée, aucune rivière mise à sec, ni même aucun sourd ou aveu- gle-né recouvrer la vue ou l'ouïe. De tels miracles, consignés dans les Écritures ou dans la Vie des SS. Pères, sont réservés à l'au- teur de la nature, et à ceux à qui il en a donné le pouvoir. M. de Montgeron ajouta deux autres volumes à son livre. Il y raconte de nouveaux prodiges; entraîtres celui d'une jeune con- vulsionnaire de 18 ans, qui ne but pendant vingt-un jours que de l'urine, et ne mangea que de l'excrément d'homme ou de che- val. Ces horribles alimens se chan- geoient en lait véritable, que cette fille rendoit par la bouche. Le fanatique Montgeron ose com- parer ce miracle au changement de l'eau en vin fait aux noces de 214 MON Cana. Il ajoute que ce changement est symbolique, et que l'excrément marquoit la doctrine des Molinistes. C'est cet homme que le gazetier ecclésiastique représente, en faisant son livre, ayant au-dessus de sa tête le Saint-Esprit en forme de colombe : le démon du délire auroit été là mieux à sa place. Montgeron laissa aussi en manuscrit un ouvrage, qu'il avoit composé dans sa prison, contre les Incrédules. Il faut avouer que la cause de la religion a été dans de meilleures mains. Heureusement elle a eu les Pascal et les Bossuet pour défenseurs ; et elle peut se passer des Paris et des Montgeron, quelques veus qu'ils eussent d'ailleurs.
MONTGOLFIER, (Jacques-Etienne) né à Annonay, s'y rendit célèbre par ses manufactures de papeterie, et a été le premier en France qui ait fabriqué le papier vélin. Ce papier, remarquable par son poli et sa blancheur, ne présente ni vergeures, ni pontuseaux. Après avoir enrichi sa patrie par cette nouvelle branche d'industrie, il s'est immortalisé en 1783, par l'invention des ballons aérostatiques, qui lui mérita l'association à l'académie des Sciences, le cordon de St-Michel, et une pension de 2000 liv. Il faisoit bouillir de l'eau, chez lui, dans une cafetière ; il la couvre d'un papier sphériquement ployé : le papier s'enfle, s'enlève. Il réitère l'expérience ; elle produit le même résultat : il calcule, réfléchit, et conçoit l'aérostat par l'effet d'un air raréfié, devenu plus léger que l'air atmosphérique ; et l'Europe étonnée voit les hommes s'emparer du domaine des airs et le disputer à l'oiseau, qui s'en croyoit exclusivement possesseur. Etoit-il donc si difficile de voir s'enlever un papier sur une cafetière ? Non, sans doute. Pourquoi donc tant de gens ont-ils observé le même résultat, et personne n'a-t-il devancé Montgolfier dans sa découverte ? C'est que nulle observation n'est indifférente pour l'homme d'esprit. Les ascensions de MM. Charles, Robert et Blanchard, ont obtenu une juste admiration. Des hommes audacieux franchissant l'atmosphère dans une frêle machine, s'élevant et s'abaissant à volonté, devoient naturellement l'exciter ; mais il y a loin de ces heureux essais, aux moyens qui resteront probablement inconnus, de naviguer horizontalement, et de diriger les ballons au gré des voyageurs aériens. M. Boissy d'Anglas a inséré dans le Journal de Paris, l'Éloge de l'inventeur, mort en fructidor de l'an sept ; et il a été prononcé à la même époque, à Annonai, par M. Duret, médecin.
MONTGOMMEY, (Gabriel de) comte de Montgomery en Normandie, célèbre par sa valeur et ses belles actions, mais plus encore par le malheur qu'il eut de crever l'œil du roi Henri II, le 29 juin 1559. Ce prince ayant déjà couru plusieurs lances dans un tournoi, fait à l'occasion du mariage de la princesse Elizabeth sa fille, avec Philippe roi d'Espagne, voulut en rompre une dernière avec le jeune Montgomery, alors lieutenant de la garde Écossaise. Montgomery, comme par une espèce de pressentiment, s'en défendit à plusieurs reprises, et ne se rendit qu'en voyant le roi prêt à s'indisposer de ses refus. Dans la course sa lance rom- pit en la visière du roi si ru- dement, dit d'Aubigné, que la morne décrocha de la haute pièce, et que, la visière levée en haut, le contre-coup donna dans l'œil. Le roi mourut onze jours après cette blessure, et défendit en mourant que Montgomery fût inquiété ni recherché pour ce fait en aucune manière. Après cette sinistre aventure, Montgomery se confina quelque temps dans ses terres de Normandie. Il voyagea ensuite en Italie et ailleurs, jusqu'au temps des pre- mières guerres civiles, qu'il re- vint en France, et s'attacha au parti Protestant dont il devint un des principaux chefs. Il dé- fendit Rouen, en 1562, contre l'armée royale, avec beaucoup de valeur et d'opiniâtreté. La ville ayant été enfin emportée d'as- saut, il se jeta dans une galère; et après avoir, avec autant de bonheur que de témérité, passé à force de rames par-dessus une chaîne qui barroit la Seine à Cau- debec, pour intercepter les se- cours d'Angleterre, il se retira au Havre. En 1569, Montgomery fut envoyé au secours du Béarn, que les Catholiques, sous la conduite de Terrides, avoient presque entièrement con- quis sur la reine de Navarre, Jeanne d'Albret. Il exécuta cette commission avec tant de célé- rité, que Terrides fut surpris devant Navarreins qu'il assié- geoit, et forcé d'en abandonner précipitamment le siège pour se retirer à Orthez. L'ayant suivi dans cette ville sans lui donner le temps de se reconnoître, il emporta la ville d'assaut, et le fit prisonnier dans le château avec ses principaux officiers. Après la défaite de Terrides, il n'eut plus qu'à se montrer dans tout le reste du Béarn, qu'il reprit pour ainsi dire en courant. Cette ex- pédition le couvrit de gloire, et a été célébrée par tous les historiens, soit Protestans, soit Catholiques. Montgomery étoit à Paris lors du massacre de la Saint-Barthélemi, en 1572, et logeoit dans le faubourg Saint- Germain. Quelques incidens ayant retardé l'exécution dans ce quar- tier, il fut averti au moment où elle alloit commencer, et n'eut que le temps de monter à cheval avec quelques autres gentilshommes Protestans qui se trouvoient lôgés près de lui, et de s'enfuir au grand galop. Ils furent poursuivis jusque par-delà Montfort-l'Amauri; et Mont- gommery, à la poursuite duquel on s'acharna particulièrement, ne dut son salut en cette ren- contre qu'à la vitesse d'une ju- ment qu'il montoit, sur laquelle il fit trente lieues tout d'une erre, dit un manuscrit du temps. Echappé à ce danger, il se ré- fugia d'abord dans l'isle de Jer- sey, et de là en Angleterre, avec sa famille. L'année suivante, Montgomery amena au secours de la Rochelle, assiégée par les Catholiques, une flotte considé- rable, qu'il avoit armée et équi- pée en Angleterre sur son crédit et sur celui des Rochelois. Mais, soit défiance de ses forces, soit par d'autres raisons sur lesquelles les historiens varient, il quitta la rade sans combattre les vais- seaux Catholiques, pour aller piller Belle-Isle sur la côte de Bretagne. Ayant désarmé sa flotte, il se retira en Angleterre chez Henri, seigneur de Champer- non, son gendre, vice-amiral des côtes de Cornouailles. A la 416 MON reprise des armes, en 1573, *Montgommery*, qui étoit alors à Jersey, passa en Normandie, et se joignit à la noblesse Protestante de cette province. Il étoit dans Saint-Lo, lorsque *Mátignon*, lieutenant général en basse Normandie, à qui *Catherine de Médicis* avoit recommandé de mettre tout en œuvre pour se saisir de la personne du comte, vint inopinément assiéger cette ville. Mais le 5$^{e}$ jour du siège, *Montgommery* en sortit à la faveur de la nuit avec 60 à 80 chevaux, força la garde du faubourg, et s'échappa à travers une grêle d'arquebusades, sans perdre un seul homme, laissant à *Coulombières* (*François de Briqueville*), le commandement de la place de Saint-Lo. *Montgommery* vint à Domfront, où il arriva le 7 mai 1574, avec vingt chevaux seulement, comptant n'y séjourner que pour se rafraîchir un peu à cause des grandes traites qu'il avoit faites. Le même jour il y fut joint par quelques gentils-hommes, qui lui amenèrent une troupe de 40 chevaux. Cependant *Mátignon*, informé de sa marche, et piqué d'avoir manqué sa proie à Saint-Lo, accourt à la tête d'une partie de sa cavalerie et de quelques compagnies d'arquebusiers à cheval; et se trouve dès le 9 au matin devant Domfront, qu'il investit de tous côtés, en attendant l'infanterie et le canon qui le suivoient. Aussitôt qu'ils furent arrivés, la ville fut battue en brèche; et comme elle n'étoit pas tenable, *Montgommery* fut bientôt contraint de l'abandonner, pour se retirer dans le château avec sa garnison, qui n'étoit en tout que d'environ 150 hommes, en y comprenant une compagnie de 80 hommes de pied qui gardait la ville à son arrivée. Après y avoir enduré un assaut des plus furieux, où on le vit chercher la mort et combattre en lion sur la brèche; voyant sa petite troupe presque réduite à rien, tant par le feu des ennemis, que par la désertion journalière des siens, il capitula le 27 mai. Plusieurs historiens Protestans prétendent que la capitulation fut violée à l'égard de *Montgommery*; mais, sans parler d'autres témoignages contraires, il paroît certain par celui de *d'Aubigné* même, l'un des historiens Protestans les plus accrédités, que le comte n'eut d'autre parole de la part de *Mátignon*, que celle de lui conserver la vie et de le bien traiter tant qu'il seroit entre ses mains; ce général ne se rendit point garant de son pardon de la part du roi et de la reine-mère. Domfront rendu, *Mátignon* imagina de conduire son prisonnier à Saint-Lo, dont le siège n'avoit point été discontinué, dans l'espérance qu'en l'abouchant avec *Coulombières*, son ancien ami et son compagnon d'armes, il pourroit lui persuader de se rendre. A cet effet, *Montgommery* fut amené au bord du fossé, et *Coulombières* s'étant présenté sur la muraille, il essaya de l'engager à suivre son exemple. Mais *Coulombières* indigné, ne lui répondit que par les reproches les plus insultants sur sa lâcheté, qui lui avoit fait préférer une capitulation honteuse, à la gloire de mourir sur une brèche les armes à la main. Cet intrépide gouverneur paroît comme il pensoit: et l'assaut ayant été donné quelques jours après, il se fit tuer sur la brèche. Cependant *Mátignon* reçut ordre de *Catherine de Médicis*, alors régente légente du royaume par la mort de Charles IX, d'envoyer Montgomery à Paris, sous bonne et sûre garde. En y arrivant, il fut conduit à la conciergerie, et renfermé dans la tour qui porte encore son nom. Des commissaires furent nommés par la reine pour lui faire son procès. Il fut interrogé sur la conspiration imputée à l'amiral de Coligny; mais le principal chef d'accusation sur lequel ils le condamnèrent à mort, fut d'avoir arboré le pavillon d'Angleterre sur les vaisseaux avec lesquels il étoit venu au secours de la Rochelle. L'arrêt qui le condamna, déclara ses enfans roturiers. Montgomery en ayant entendu la lecture: S'ils n'ont la vertu des Nobles, dit-il, pour s'en relever, je consens à leur détrissure. Le 26 juin 1574, après avoir subi une rigoureuse question, il fut amené en Grève vêtu de deuil, et y eut la tête tranchée. D'Aubigné qui assisté à la mort, en croupe derrière Fervaques, dit qu'il partit sur l'échafaud avec une contenance ferme et assurée, et rapporte un discours assez long qu'il adressa d'abord aux spectateurs qui étoient du côté de la rivière, et qu'il répéta ensuite à ceux du côté opposé. Le discours fini, il vint s'agenouiller auprès du poteau, dit adieu à Fervaques qu'il apperçut dans la foule, pria le bourreau de ne point lui bandir les yeux, et reçut le coup mortel avec une constance vraiment héroïque. — On a toujours regardé Montgomery comme une victime immolée à l'injuste vengeance de Catherine de Médicis. Il est certain qu'il ne pouvoit être recherché ni puni pour la mort de Henri II. Mais on ne peut disconvenir qu'après un malheur de cette espèce, qui causa celui de tout l'État par les troubles qui en furent la suite, Montgomery osant s'armer contre son souverain, contre le fils même du roi dont il avoit privé la France, ne fût infiniment plus coupable qu'aucun autre chef Protestant. Cette considération doit diminuer beaucoup de l'intérêt qu'on ne peut s'empêcher de prendre à la fin tragique de cet homme illustre. Montgomery avoit épousé, en 1549, Elizabeth de la Touche, d'une maison noble de Bretagne, dont il laissa plusieurs enfans, sur le nombre desquels les historiens ne sont pas d'accord. — Il étoit l'aîné des fils de Jacques de MONTGOMMEY, seigneur de Lorges dans l'Orléanois, l'un des plus vaillans nommés de son temps, fameux dans les guerres de François I, sous le nom de Lorges; et qui avoit succédé, en 1545, à Jean Stuart, comte d'Aubigny, dans la charge de Cent-Archers de la garde Ecosoise du roi, dont son fils étoit lieutenant ou peut-être capitaine en survivance, lorsqu'il tua Henri II. Ce qu'il y a de singulier, c'est que ce même Lorges, père de Montgomery, avoit blessé François I au menton avec un tison, en folâtrant avec ce prince; accident qui fut la cause des longues barbes qu'on porta pendant 50 ans en France. Lorges mourut âgé de plus de 80 ans, peu de temps après la mort de Henri II. Il avoit acquis, en 1543, le comté de Montgomery, qu'il prétendoit avoir appartenu à ses auteurs, se disant issu; par les comtes d'Egland en Ecosse, d'un pîné de l'ancienne maison de Montgomery établie en Angleterre. Suivant un mémoire fourni par la fa- D d 418 MON mille à l'auteur du Dictionnaire Généalogique, Jacques étoit fils de Robert de Montgomery, venu d'Écosse au service de France vers le commencement du règne de François I; et ce Robert étoit petit-fils d'Alexandre de Montgomery, cousin par les femmes de Jacques I, roi d'Écosse.
MONTGON, (Charles-Alexandre de) né à Versailles en 1690, d'une famille attachée à la cour, entra dans l'état ecclésiastique, et montra de bonne heure de l'esprit et de la piété. L'abdication de Philippe V lui inspira, en 1726, l'envie d'aller en Espagne, s'attacher au service de ce prince religieux. Le duc de Bourbon, alors premier ministre, le chargea d'y ménager en secret le raccommodement des cours de France et d'Espagne. Il revint à Paris, disent les Mémoires de Noailles, avec une commission de Philippe de travailler secrètement pour lui assurer la succession à la couronne, en cas de mort de Louis XV. Il avoit ordre de ne point traiter avec le cardinal de Fleury, qui avoit remplacé le duc de Bourbon dans le ministère, et de ne lui point laisser entrevoir qu'il fût chargé d'aucune affaire. Cependant il lui confia tout, son instruction même, dans les premiers entretiens, quoiqu'il se défiât beaucoup de lui. Le cardinal ne conçut pas une idée avantageuse de sa prudence, et les négociations de l'abbé de Montgon furent inutiles. Ce fut en partie pour prouver les injustices de ce ministre à son égard, qu'il publia 8 vol. in-8° de ses Mémoires, 1745 - 1753. Ce recueil commence en 1724 et finit en 1753. Quoique le rédacteur se crût très- impartial, on ne peut que l'accuser d'exagérer les défauts du ministre, dont il croyoit avoir à se plaindre. «Les citations même de l'Écriture et des Pères, dont il hérisse quelquefois ses pages, le rendent suspect, dit M. l'abbé Millot, d'avoir eu ce qu'on appelle d'ordinaire le fiel d'un dévot, avec l'humeur d'un mécontent.» Ses Mémoires n'apprennent pas d'ailleurs des choses bien intéressantes, et l'auteur paroît plus occupé de lui-même que des événements publics. L'abbé de Montgon mourut en 1777; dans un âge avancé.
MONTGOUBERT, Voyez MARCONVILLE.
MONTHOLON, Voy. FERRAND, n.º VI. L'MONTHOLON, (François de) seigneur du Vivier et d'Aubervilliers, se distingua par sa probité et par son érudition. Il plaida, en 1522 et 1523, au parlement de Paris, en faveur de Charles de Bourbon, connétable de France, contre Louise de Savoie, mère de François I. Ce monarque s'étant trouvé incognito à cette cause, l'une des plus épineuses qui aient jamais été agitées dans aucun parlement, nomma Montholon avocat général en 1538, puis garde des sceaux en 1542. Il mourut à Villers-Cotterets, le 12 juin 1543. La famille de Montholon a produit un grand nombre d'autres magistrats illustres; mais celui qui est l'objet de cet article, est le plus célèbre par ses vertus. François I lui ayant donné 200,000 francs, (somme à laquelle avoient été condamnés les rebelles de la Rochelle,) il ne l'accepta que pour orger cette ville d'un Hôpital. I. MONTHOLON, (Jean de) frère du précédent, chanoine de Saint-Victor de Paris, reçut le bonnet de docteur en droit à l'âge de 22 ans. Son mérite le fit nommer au cardinalat; mais il n'en reçut point les honneurs, étant mort dans l'abbaye de Saint-Victor, le 10 mai 1521. On a de lui: Promptuarium Juris divini et utriusque humani, Paris, chez Henri Etienne, 1520, 2 vol. in-fol. C'est une espèce de Dictionnaire de Droit.
III. MONTHOLON, (François de) Catholique zélé, fils de François, premier du nom, étoit avocat, et fort estimé des Ligueurs. Henri III, pour leur complaire, lui remit les sceaux, en 1588. Lorsqu'il fit présenter ses lettres au parlement, le procureur général Seguier l'appela l'Aristide François. Il ajouta que ces lettres étoient une déclaration publique que le roi l'hisoit à tous ses sujets, de vouloir honorer les charges par les hommes, et non les hommes par les charges. Après la mort de Henri III, Montholon rendit les sceaux à Henri IV, de peur que ce roi ne le contraignit de sceller quelque édit favorable aux Huguenots. Il mourut la même année 1590. Le parlement avoit tant de confiance en sa probité, que la Cour n'avoit jamais désiré autres assurances de ses plaidoyers, que ce qu'il avoit mis en avant par sa bouche, sans recourir aux pièces: paroles au-dessus de tout éloge.
IV. MONTHOLON, (Jacques de) seigneur d'Aubervilliers, avocat au parlement de Paris, fils de François, deuxième du nom, mourut sans enfans, le 17 Juillet 1622. On a de lui, un Recueil d'Arrêts du parlement, qui servent de règlement, 1622, in-4°; et le Plaidoyer qu'il fit pour les Jésuites, 1612, in-8°.
MONTI, (Joseph) professeur de botanique et d'histoire naturelle à Bologne, se fit connoître au public savant, par les ouvrages qui suivent: I. Prodromus Catalogi Plantarum agri Bononiensis, 1719, vol. in-4°. II. Plantarum varii indices, 1724, in-4°. III. Exoticorum indices ad usum Horti Bononiensis, 1724, in-4°. Les deux derniers ouvrages ont reparu avec des corrections à Bologne, 1753, in-4°, par les soins des fils de l'auteur, Petronius et Cajetan. Ce dernier a traduit de l'italien en latin l'Histoire des Plantes rares, de Jacques Zannoni, Bologne, 1742, infolio, avec 185 planches. I. MONTIGNI, (François de la GRANGE D'ARQUIEN, dit le Maréchal de) d'une famille noble, connue dès le 15e siècle, et qui subsiste, porta les armes de bonne heure. Il commandoit 50 gendarmes à la journée de Contras, en 1587. Il alla trois fois à la charge, et fut pris par le roi de Navarre, qui lui rendit la liberté, par estime pour sa valeur. Après la mort de Henri III, les Ligueurs firent de vains efforts pour gagner Montigni, qui, loin d'accepter leurs offres, leur fit vivement la guerre. C'est lui qui, en 1591, les chassa de devant Aubigny, petite ville de Berry, laquelle soutint un siège avec vigueur, par le courage et la vigilance de Catherine de Balzac, comtesse douairière d'Aubigny, jeune veuve d'une beauté et d'une vertu singulière. Montigni se distingua fort au combat d'Aumale, en 1592, et au siège d'Amiens en 1597. Il fut fait gouverneur de D d 2 Paris en 1601; lieutenant de roi de Metz, de Toul et Verdun, en 1603. Neuf ans après, il arriva à la cour, le jour même que la reine-mère fit Thémines maréchal de France. Il se mit si fort à répéter qu'il le méritoit mieux que lui, que, pour ne point aigir un si brave homme, dans un temps où la cour ménageoit les gens de guerre, la reine lui donna aussi le bâton vers 1616. Il en eut la principale obligation aux bons offices du maréchal d'Ancre. Montigni commanda, en 1617, une armée contre les mécontens, et prit sur eux, en Nivernois, Donzi et quelques autres places. Il mourut le 9 septembre de la même année, âgé de 63 ans. C'étoit un fort bon officier, qui avoit vieilli dans le service, mais sans rien faire d'éclatant. Ce maréchal n'eut qu'un fils, qui mourut sans postérité masculine. Mais il avoit un frère, qui eut entr'autres enfans, Henri, marquis d'Arquien, dont la fille Marie-Casimire épousa Sobieski, depuis roi de Pologne. Après la mort de sa mère, elle procura le chapeau de cardinal à son père, qui mourut en 1707, à Rome, où il s'étoit retiré avec sa fille. En 1714, elle revint en France. Le roi lui donna pour demeure le château de Blois, où elle mourut en 1716, âgée de 77 ans. Le royaume de Pologne étant électif, ses enfans ne succédèrent point à la couronne. Voyez SOBIESKI.
II. MONTIGNI, (Etienne Mignol de) né à Paris le 15 décembre 1714, acheta une charge de trésorier de France, et devint commissaire des ponts et chaussées, et grand voyer de la généralité de Paris. Dès son enfance, Il montra le plus grand goût pour les mécaniques. A l'âge de dix ans s'étant cassé la jambe, on le trouva occupé à remonter sa montre, dont il avoit détaché toutes les pièces. «J'ai voulu voir son ame, dit-il.» Montigni suivit l'abbé de Ventedour, son ami, à Rome, à Naples, en Sicile. Par-tout il observa, en homme instruit, les mœurs des peuples et les productions de leurs arts. De retour en France, en 1740, l'académie des Sciences le nomma l'un de ses membres. Ami de Trudaine, celui-ci le consultoit sur tous les objets de prospérité commerciale; et nos manufactures lui doivent l'introduction de diverses étoffes dont la fabrication n'étoit connue qu'en Angleterre. Montigni, non-seulement perfectionna les teintures en fil et en coton, mais il rétablit les ateliers de Beauvais et d'Aubusson, et créa dans cette dernière ville une fabrique de tapis de pied, recherchés pour l'agrément du dessin. Il n'a fait imprimer qu'un seul Mémoire sur les mathématiques; mais le recueil de l'académie des Sciences renferme un grand nombre de ses Observations sur l'amélioration de diverses branches d'industrie. Ce savant utile est mort le 6 mai 1782. — Le lendemain, 7 mai, Jean-Charles Bidaut de MONTIGNI mourut aussi à Paris. Celui-ci a laissé des Poésies médiocres, des Parodies de Sémiramis et d'Astarbé, une comédie en cinq actes, intitulée l'Ecole des Officiers, et un Eloge funèbre de Marie Leczinska, reine de France.
MONTJOSIEU, (Louis de) Monsjosius, gentilhomme de Rouergue, apprit les mathématiques à Monsieur, frère du roi, et accompagna le duc de Joyeuse à Rome en 1583. Il composa un livre qu'il dédia au pape Sixte-Quint, sous ce titre: Gallus Romæ hospes, Romæ, 1585, in-4°; ouvrage qui contient un Traité, en latin, de la Peinture et de la Sculpture des Anciens. On l'a réimprimé dans le Vitruve d'Amsterdam, 1649, in-fol. Ce livre peut répandre du jour sur l'antiquité profane; il est plein d'érudition. L'auteur, de retour en France, s'y ruina dans l'entreprise de nettoyer Paris des immondites, et finit par épouser une méchante femme, qui fut sause de sa mort.
MONTIS, (Pierre de) est auteur d'un livre espagnol, que Grégoire Ayoraone a traduit en latin: De dignoscendis Hominibus, Milan, 1492, in-fol. Il n'est pas commun.
MONTLEBERT, Voyez CAUX.
MONTLHERY, (Guy de) comte de Rochefort, signa, en qualité de Sénéchal de France, à une charte du roi Philippe I, de l'an 1093, et fut de la première croisade en 1096. Le roi qui estimoit son mérite, et qui craignoit son crédit, voulant se l'attacher, obligea Louis le Gros, son fils aîné, d'épouser la fille de ce seigneur. Mais le prince ayant fait casser ce mariage trois ans après, sous prétexte de parenté, Guy en conçut un tel dépit, qu'il arma contre le roi, qui le défit auprès du château de Gournay, qui fut pris et confisqué. Il mourut au mois de juillet 1108. — Son fils Hugues de MONTLHERY, comte de Rochefort et seigneur de Cressy, succéda à son père dans l'office de sénéchal. Après avoir servi utilement l'état sous Philippe I, il pensa le bouleverser sous Louis le Gros, par ses violences, ses injustices et ses intrigues. On rapporte qu'ayant enlevé un de ses cousins, il le jeta par la fenêtre d'une tour, après l'avoir étranglé, pour faire croire qu'il s'étoit tué en voulant se sauver. Le roi l'obligea de quitter sa charge, et il se fit religieux, vers 1118, à Cluni, où il mourut quelques années après. I. MONTLUC, (Blaise de) né en 1500, dans un petit village près de Condom, d'une famille noble et distinguée, (branche de celle d'Artagnan-Montesquiou, l'une des premières de la Guienne,) s'éleva par tous les degrés de la milice jusqu'au grade de maréchal de France. Il fut d'abord page d'Antoine, duc de Lorraine. Il commença à porter les armes en Italie à l'âge de 17 ans, en qualité d'archer de la compagnie d'hommes d'armes de Lescun, frère du maréchal de Lautrec. S'étant trouvé à la bataille de Bicoque en 1522, il combattit avec les Enfans perdus, et fut fait prisonnier à celle de Pavie, en 1525. Il servit dans la malheureuse expédition de Naples, en 1528, sous le commandement de Lautrec, en qualité de capitaine d'une compagnie de gens de pied. Il s'y distingua beaucoup par sa valeur et son intelligence, et en rapporta deux arquebuses dans le bras gauche. Lieutenant de cent hommes des Légionnaires sous M. de Faudons, il se trouva dans Marseille, en 1536, lorsque Charles-Quint assiégeoit cette ville, et contribua beaucoup à faire manquer l'entreprise. Ayant ensuite 422 MON commandé les Arquebusiers à la mémorable journée de Cerizoles, en 1544, il eut grande part au gain de la bataille. Les guerres de Piémont, où il servit long-temps sous le comte d'Enguien et le maréchal de Brissac, mirent le sceau à sa réputation. Les Anglois s'étant rendus maîtres, en 1546, de Boulogne-sur-Mer, le maréchal de Biez, qui se proposoit de les en chasser, crut devoir préparer cet événement par la prise d'un fort qui couvre la place. Montluc, voyant qu'on fait venir du canon pour former l'attaque, assure que sans ce secours il finira l'affaire avec ses Gascons. Compagnons, leur dit-il aussitôt, vous savez ce que je sais faire. Voyez-vous cette enseigne des ennemis plantée sur la courtine? Il faut l'aller prendre. Si en y allant quelqu'un d'entre vous recule, je lui coupe les jarrets. Soldats, coupez les mions, si je ne vous donne l'exemple. Ces mots sont à peine finis, que le fort est attaqué à pris... Sa bravoure n'éclata pas moins devant Bène, en 1551. Les Espagnols l'attaquaient; le maréchal de Brissac voulut engager Montluc à s'y jeter pour la défendre. Que ferai-je, lui répondit Montluc, instruit de la situation des choses, dans une ville où les soldats mourront de faim dans trois jours? je ne sais pas faire des miracles. — J'ai si bonne opinion de vous, lui réplique Brissac, que si je vous savais dans la place, je la croirois sauvée. En tout cas, ajoute-t-il, vous obtiendrez une capitulation honorable. — Eh! s'écrie Montluc, que dites-vous? J'aimerais mieux être mort, que de voir jamais mon nom en de pareilles écritures. Il se détermina pourtant à faire ce qu'on attendoit de lui, et il parvint à faire lever le siège. La ville de Sienne en Toscane ayant chassé la garnison impériale, et s'étant mise sous la protection de la France, Montluc fut choisi pour commander les secours qui y furent envoyés par Henri II, en 1554. Il y soutint un siège de huit mois contre l'armée impériale, commandée par le marquis de Marignan. Ce général, après avoir tenté inutilement plusieurs attaques, fut obligé de convertir le siège en blocus, et d'attendre l'effet lent, mais immanquable, de la disette de vivres. Naturellement éloquent et persuasif, Montluc sut si bien gagner les esprits des Siennois, quoique divisés entr'eux, qu'ils endurèrent patiemment avec la garnison toutes les extrémités de la famine. Ce ne fut qu'après avoir mangé jusqu'aux chiens et aux chats, qu'ils le prièrent de consentir à leur capitulation. Mais Montluc et ses troupes sortirent de la ville avec tous les honneurs de la guerre. Depuis cette époque, jusqu'à la mort de Henri II, Montluc continua ses services en Toscane, en Piémont, et au siège de Thionville en 1558. Il remplit dans nos armées les emplois les plus importants, et fit voir par-tout le même courage et le même bonheur. Il commanda en Guienne pendant les guerres de religion qui agitèrent la France sous le règne de Charles IX; battit plusieurs fois les Calvinistes, entr'autres à la bataille de Ver, en 1562, où, quoique inférieur en nombre, il remporta sur eux une victoire complète. Cette victoire lui valut la place de lieutenant de roi en Guienne. Les Protestans se flattèrent de soumettre cette province en 1569, époque de la mésintelligence qui survint entre le maréchal Damville et Montluc. Mais celui-ci fit échouer leur dessein par la rupture d'un pont qu'ils avoient fait sur la Garonne près d'Aiguillon. Il se servit d'un moyen singulier pour réussir dans cette entreprise. Il fit détacher des moulins à bateaux, qui, emportés par la rapidité des eaux, rompirent le pont par la violence de leur choc. Sa vigilance, et la célérité qu'il mettoit dans toutes ses opérations, jointe à quelques exécutions militaires, suite de son caractère bouillant et impétueux, le rendirent dans toute la Guienne la terreur du parti Protestant. « Il fut fort cruel en cette guerre, dit Brantôme, et disoit-on qu'ils faisoient à l'envi à qui le seroit davantage, lui, ou le Baron des Adrets, qui l'étoit bien fort à l'endroit des Catholiques... » Sa loyauté l'abandonnoit même lorsqu'il traitoit avec les Calvinistes, et il ne se piquoit pas toujours de tenir les promesses faites aux vaincus s'ils étoient de la secte. Montluc assiégeant le château de Rabastens, en 1570, y fut blessé d'une arquebusade qui lui froissa les deux joues, et le défigura tellement, que le reste de sa vie il fut obligé de porter un masque. Un officier voyant que le sang lui sortoit à gros bouillons par le nez et par la bouche, voulut le faire emporter : Non, répondit le héros ; vengez ma mort, et n'épargnez personne. Les soldats, animés par cet ordre, passèrent tout au fil de l'épée. Ses longs services furent récompensés, en 1574, par le bâton de maréchal de France. Il mourut dans sa terre d'Estillac en Agénois, l'an 1577, à 77 ans, emporta au tombeau, après 60 ans de service, le rare honneur de n'avoir jamais été battu lorsqu'il eut le commandement. Le maréchal de Montluc avoit toutes les qualités qui forment le grand homme de guerre ; une valeur à toute épreuve ; une passion démesurée pour la gloire ; une activité infatigable ; un coup d'œil sûr, et une présence d'esprit merveilleuse dans les occasions les plus difficiles ; enfin une éloquence naturelle, dont il savoit très-bien tirer parti, soit pour encourager ses soldats, soit pour ramener les autres à son opinion. Ce fut à l'âge de 75 ans qu'il écrivit de mémoire l'Histoire de sa vie. Elle fut imprimée pour la première fois à Bordeaux en 1592, in-folio, par les soirs de Florimond de Remond, conseiller au parlement de cette ville, sous le titre de : Commentaires de Blaise de Montluc, Maréchal de France. Ce livre excellent est un ouvrage classique pour les gens de guerre, et Henri IV l'appeloit la Bible des Soldats. Il a été réimprimé plusieurs fois, traduit en italien et en anglois. On a dit de Montluc, au sujet de ses Commentaires : MULTA FECIT, PLURA SCRIPSIT. Il est certain, qu'il ne s'est pas reposé sur les historiens du soin de se louer, et qu'il parle souvent de lui-même avec assez de jactance et de vanité. Mais nous observerons aussi qu'il cite presque partout des témoins, alors encore vivans, de ses actions ; et que le président de Thou, ce sage et judicieux historien, n'a pas fait difficulté de suivre ses récits, et de lui accorder l'honneur qu'il s'attribue lui-même. « Il faut, car M. Anquetil, lire les Commentaires de Montluc, avec les Mémoires de la Noue, pour voir la différence que le caractère met D d 4 424 MON dans la façon de penser et d'agir, sur les mêmes objets, entre deux hommes également pleins de probité... Mais en quoi ils se ressemblent parfaitement, et ce qu'il faudrait mettre incessamment sous les yeux de notre jeune noblesse, c'est leur amour pour la vertu, la vie dure qu'ils menoient, tout l'attachement qu'ils avoient à leur métier, le mépris qu'ils faisoient des richesses, l'estime au contraire de la bravoure, de la droiture, de la bonne foi. Il y avoit alors une grande subordination; le titre seul de gentilhomme formoit, entre tous ceux qui le portoient, une liaison qui, dès la première fois, alloit souvent jusqu'à la cordialité. *La Noue* et *Montluc* écrivoient tous les deux naïvement et sans prétention. Le premier est plus nerveux et plus concis; le second entre plus dans les détails. *La Noue* ne parle presque jamais de lui, et le lecteur, par son estime, lui paye sa modestie en centuple. *Montluc* parle toujours de lui-même, et ne déplaît pas, parce qu'on voit que dans ses actions, il n'avoit en vue que son devoir, et que son principal motif, en écrivant, étoit d'en inspirer l'amour aux autres. » Ces *Commentaires* ont été réimprimés à Paris en 1661, 2 vol. in-12, et en 1760, 4 vol. in-12. —*Joachim*, dit le *Jeune MONTLUC*, frère du maréchal, mort en 1567, étoit aussi brave que lui. On donne le même éloge à *Pierre Bertrand*, mort à l'isle de Madère en 1568, et à *Fabien de MONTLUC*, tué à Nogaro en Guienne, en 1573. Ils étoient l'un et l'autre fils du maréchal. Ils laissèrent chacun un fils. *Voy*.
**GRAMAIL**.
II. MONTLUC, (Jean de) frère du précédent, religieux Dominicain, se distingua par son esprit, par son savoir et par son éloquence. La reine *Marguerite de Navarre*, instruite de son penchant pour le Calvinisme, le tira de son cloître, le mena avec elle à la cour, et le fit employer dans diverses ambassades. Il en remplit jusqu'à seize. La première négociation dont il fut chargé, en 1550, étoit aussi délicate que périlleuse. Il ne s'agissoit de rien moins que d'un traité avec les Irlandois, non soumis encore à l'Angleterre, pour donner à la France la souveraineté de l'Irlande. *Montluc* réussit très-bien dans l'ambassade de Pologne, où le roi *Charles IX* l'avoit envoyé pour l'élection de *Henri de France*, duc d'Anjou, son frère. Nommé ensuite ambassadeur en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Écosse et à Constantinople, il se conduisit par-tout en homme spirituel et en habile politique. Ses services furent récompensés par les évêchés de Valence et de Die. Il n'en favorisa pas moins les Calvinistes, et il se maria secrètement avec une demoiselle appelée *Anne Martin*, de laquelle il eut un fils naturel. Cette conduite le fit condamner par le pape, comme hérétique, sur les accusations du doyen de Valence. Mais celui-ci n'ayant pu donner des preuves authentiques de ce qu'il avoit avancé, quoique les vices du prélat accusé eussent éclaté par-tout, il fut obligé de lui faire amende honorable, par arrêt du 14 octobre 1560. *Montluc* revint de ses erreurs dans la suite, professa de bonne foi la religion Catholique, et mourut à Toulouse, le 13 avril 1579, dans les bras d'un Jésuite, qui parla favorablement de ses dernières dispositions. On a de lui, quelques ouvrages, qui furent lus avec avidité dans le temps. Ses Sermons, imprimés à Paris chez Vascosan, en 2 vol. in-8°, l'un en 1559, l'autre en 1561, sont assez recherchés pour les choses hardies qu'ils contiennent. On ne trouve que difficilement ces deux volumes rassemblés. Le Motteux, commentateur de Rabelais, a cru reconnoître Montluc dans le portrait que ce médecin bouffon fait de Panurge. Or, Panurge adonné aux femmes, à la bonne chère, dissipateur, poltron, quinteux, bizarre, fourbe, sournois, possède à peu près tous les vices et tous les défauts. Du reste, c'est un philosophe moitié cynique, moitié épicurien, ennemi de toute contrainte, vivant au jour la journée, et très-peu soucieux du lendemain. Quelques traits de ce portrait peuvent s'appliquer à Jean de Montluc, comme à tant d'autres de ses contemporains; et il est plus vraisemblable que Rabelais n'a fait qu'un portrait général.
III. MONTLUC, (Jean de) fils naturel du précédent, connu sous le nom de Balagni, fut légitimé en 1567, et s'attacha au duc d'Alençon, qui lui donna le gouvernement de Cambrai, en 1581. Après la mort de ce prince il fut entraîné dans le parti de la Ligue, et y joua un rôle assez important à la levée du siège de Paris et de celui de Rouen en 1592. Montluc avoit épousé Renée de Clermont d'Amboise, femme au-dessus de son sexe. Cette héroïne, digne sœur du brave Bussi d'Amboise, parla si vivement à Henri IV en faveur de son mari, que ce généreux monarque lui laissa Cambrai en souveraineté, et lui donna le bâton de maréchal de France en 1594. Loin de profiter de ses fautes passées, Montluc en fit de nouvelles. Il opprima si cruellement les habitans de Cambrai, qu'ils ouvrirent les portes de la ville et de la citadelle aux Espagnols en 1595. La femme de Montluc défendit la ville comme l'auroit pu faire le capitaine le plus brave et le plus expérimenté. « Elle assistoit, dit le P. le Moine, à toutes les factions des soldats; elle visitoit les sentinelles et les corps de garde; elle haranguoit sur les bastions, et donnoit chaleur aux corvées par sa présence et par son exemple. » Elle mourut de douleur avant la fin de la capitulation qu'on étoit sur le point de signer. Son indigne époux, insensible à tant de pertes, se remaria avec Diane d'Estrées, sœur de Gabrielle, et termina sa honteuse vie en 1603. Sa postérité ne passa pas la seconde génération.
MONTLUEL, (N. JUSSIEU)— conseller en la cour des Monnoies de Lyon, sa patrie, et membre de l'académie de cette ville, réunit le goût de la littérature et des arts, à la connoissance des lois. Magistrat éclairé, homme utile, il défendit l'intérêt de ses concitoyens dans plusieurs circonstances, et ne négligea jamais l'occasion de faire le bien. Il est auteur de deux Ouvrages d'un style rapide et clair, qui peuvent servir de guide dans l'étude du droit, et dont le grand nombre de réimpressions fait assez l'éloge. L'un est intitulé : Instruction facile sur les Comen- 426 MON tions, in-12; et l'autre, Réflexions sur les principes de la Justice, aussi in-12. Ce magistrat alla se fixer à Paris, où il mourut en 1797, âgé d'environ 70 ans.
MONTMAUR, (Pierre de) né dans la Marche, [ qu'il ne faut pas confondre avec Habert de Montmort ] entre chez les Jésuites, enseigna les humanités à Rome, et quitta l'habit de St. Ignace par inconstance ou par mauvaise santé. Il mena dès-lors une vie errante et malheureuse. Il fut successivement charlatan, vendeur de drogues à Avignon, avocat et poète à Paris, ensuite professeur en langue grecque au collège royal. Il n'étoit point de science dans laquelle il ne se crût versé. Il dissertoit imprudemment sur tous les sujets. Un mauvais cœur, un esprit caustique, une mémoire chargée d'anecdotes scandaleuses contre les auteurs morts et vivans, formoient son caractère, et ce caractère, joint à sa réputation d'homme à bons mots, à son avarice sordide, à sa fureur de prendre le ton dans toutes les compagnies, à sa profession de parasite, le rendirent l'objet de la haine et le sujet des plaisanteries de tous les écrivains. Ménage (Voyez ce mot) donna le signal de cette guerre en 1636. Il publia en latin la Vie de Montmaur, sous le titre de Gorgilius MANUEL. Tous les auteurs prièrent les armes; Epigrammes, Chansons, Couplets, Satires, Libelles anonymes, Estampes, Portraits; on employa tout contre lui. On le métamorphosa en Perroquet qui cause toujours sans rien dire; on le représenta logé mesquinement au plus haut étage du collège de Boncour, afin de pouvoir mieux observer la fumée des meilleures cuisines; on n'oublia pas le cheval avec lequel il alloit dans un même jour dîner rapidement dans différentes maisons de la ville; on le représenta prêchant dans une marmite. On lui donna pour devise un âne mangeant des chardons, avec ces mots: Qu'importe qu'ils le piquent, pourvu qu'il les mange. (Voyez l'article DALL-BRAY.) Montmaur, trop paresseux pour prendre la plume contre ses ennemis, se vengea avec la langue. Ses méchancetés et ses reparties circulèrent dans Paris. Que m'importe, disoit-il, cette métamorphose en Perroquet? Manqué-je de vin pour me réjouir, et de bec pour me défendre? Il n'est pas étonnant qu'un grand parleur comme Ménage ait fait un bon Perroquet? Le parasite continua de chercher des repas et d'amuser les convives. Il disoit à ceux auxquels il demandait à dîner: Fouraissez les viandes et le vin, et moi je fournirai le sel. Étant à table au milieu d'un grand nombre de convives qui rioient et parloient tous à la fois, il s'écria avec humeur: De grace, Messieurs, un peu de silence; car on ne sait plus ce qu'on mange. Son indifférence pour les libelles irrita ses adversaires, et ils dressèrent d'autres batteries contre lui. Ils voulurent le piquer par son endroit sensible; ils résolurent de l'empêcher de parler. Ayant su qu'il devoit dîner chez le président de Mesmes, un jour qu'ils étoient également invités, ils profitèrent de cette occasion. Ils se rendirent des premiers à la maison du président, et mirent la conversation sur Montmaur. On en disoit les choses les plus singulières, lorsqu'arrive un certain avocat, chef des conjurés, qui s'écrie aussitôt : *Guerre ! Guerre !* Cet avocat étoit fils d'un huissier. *Montmaur* lui répond : *Que vous ressemblez peu à votre père, qui ne fait que crier, PAIX-LA ! PAIX-LA !* On ne parvint à mortifier véritablement ce pédant parasite, que dans une occasion où sa mémoire fut en défaut. Il avoit dit d'un ton de maître, au milieu d'une compagnie nombreuse et choisie, qu'on trouveroit telles choses dans tels et tels auteurs. On porta les livres, et tout ce qu'il avoit avancé se trouva faux. Les ennemis de *Montmaur*, las d'employer la plaisanterie avec si peu de fruit, eurent recours à la vengeance des lâches : ils le chargèrent des plus affreuses accusations. Un portier du collège de Boncour fut tué ; on accusa *Montmaur* de l'avoir assommé d'un coup de bûche. Il fut mis en prison. Cette histoire occasionna mille couplets ; on y conjuroit la justice de ne pas laisser échapper sa proie, ne fût-ce que pour délivrer la France du fléau qu'il affa- moit. A peine *Montmaur* fut-il lavé de ce crime imaginaire, qu'on inventa d'autres horreurs. On ajouta aux accusations de *Bâtardise*, d'*Assassinat*, de *Faux*, celle du plus infame de tous les vices. La haine étoit si générale, qu'on ne le désignoit plus que par les noms de *Cuistre*, de *Chercheur de lipée*, de *Sycophante*, de *Malabète*, de *Loup*, de *Porc*, de *Taureau*. Pour juger sainement de cet homme singulier, il ne faut pas s'en rapporter totalement à ce déluge d'écrits publiés contre lui. *Montmaur* avoit de l'esprit et de la vivacité, mais point de goût ; une mémoire prodigieuse, mais aucune invention ; une immense littérature grecque et latine, mais il ne la tourna pas au profit de notre langue. Il avoit une de ces imaginations qui ont besoin de la présence des objets pour être remuées, et qui se refroidissent dans le silence du cabinet et dans la lenteur de la composition. Ce pédant mourut en 1648, à 74 ans. *Sallengre* a recueilli en 1715, en 2 vol. in-8°, sous le titre d'*Histoire de Montmaur*, les différentes Satires lancées contre ce parasite. On appelait *Montmaurismes*, les allusions malignes, tirées du grec ou du latin, que ce savant faisoit aux noms propres des auteurs qui l'attaquaient.
MONTMÉNIL, *Voyes* II. SAGE.
MONTMIRAIL, (Charles-François-César le *Tellier*, marquis de) né en 1734, fut colonel des Cent-Suisses, sur la démission du marquis de *Courtaneaux* son père. S'étant signalé dans la guerre de 1750, il fut nommé brigadier des armées du roi en 1762. L'académie des Sciences lui avoit donné une place d'honoraire en 1761 ; et il mourut en 1764, à 30 ans, regretté des militaires et des savans. Il avoit épousé l'année précédente la marquise de *Laumary*. Il étoit neveu du maréchal d'*Estrées*, mort en 1771. I. MONTMORENCY, (Matthieu Ier de) mort en 1160, fut conuétable sous *Louis le Jeune*. Sa famille, l'une des plus illustres et des plus anciennes de l'Europe, tire son nom de la petite ville de Montmorency dans l'Isle-de-France. C'est la première terre 428 MON de la France qui ait porté le titre de Baronnie, qu'on n'accordoit autrefois qu'à des princes. Matthieu de Montmorency avoit épousé Aline, fille naturelle de Henri premier, roi d'Angleterre, dont il laissa des enfans; et en secondes noces, Alix de Savoie, veuve de Louis VI, et mère de Louis VII, dont il n'eut pas de postérité. — II. MONTMORENCY, (Matthieu II de) petit-fils du précédent, dit le Grand, mérita ce titre par son courage et par sa prudence. Il se signala au siège du Château-Gaillard, près d'Andely, où il accompagna le roi Philippe-Auguste en qualité de chevalier. Il contribua beaucoup au gain de la bataille de Pont-à-Bouvines, en 1214, et y enleva douze enseignes impériales aux ennemis. Sa valeur éclata l'année suivante contre les Albigeois du Languedoc, et lui mérita l'épée de connétable, en 1218. C'est le premier, à ce qu'on rapporte, qui ait été général d'armée. Il eut, sous Louis VIII, beaucoup de part au gouvernement, et commanda, en 1224, au siège de Niort, de Saint-Jean-d'Angéli, de la Rochelle, et d'autres places enlevées aux Anglois. Il se croisa une seconde fois contre les Albigeois, en 1226. Louis VIII, au lit de la mort, le pria d'assister son fils de ses forces et de ses conseils. Montmorency le lui promit et tint sa parole. C'est lui qui dissipa cette formidable ligue, qui se fit contre la reine Blanche, pendant la minorité de Saint Louis. Il prit, sur les inécoutens, la forteresse de Bellesme, en 1228. Il les poussa jusqu'à Langres, en 1229, et les réduisit tous, ou par adresse, ou par force, à se soumettre à la régente. Il mourut le 24 novembre 1230. Le mérite de ce grand homme, son crédit, son habileté illustrèrent beaucoup sa famille, et commencèrent à donner à la charge de connétable, tout l'éclat qu'elle a eu depuis. Cette place, qui n'avoit d'abord d'autres fonctions que celle du grand écuyer, devint la première de la maison du roi, lorsque vers 1060, il n'y eut plus de sénéchaux. Matthieu y réunit les privilèges des autres emplois, dont Louis VIII le chargea; et le connétable eut dès-lors, après le roi, le commandement des armées.
III. MONTMORENCY, (Matthieu IV de) arrière-petit-fils du précédent, mena du secours à Charles roi de Naples, et suivit Philippe le Hardi en Aragon, l'an 1285. Créé chambellan de Philippe le Bel, et amiral de France, en 1295, il servit dans la guerre de Flandre, en 1303, et mourut en 1304.
IV. MONTMORENCY, (Charles de) maréchal de France, en 1343, se distingua par ses exploits militaires. Il commanda l'armée que Jean, duc de Normandie, envoya en Bretagne au secours de Charles de Blois, son cousin. Le courage avec lequel il combattit à la bataille de Crecy, en 1346, lui valut le titre de gouverneur de Normandie. Aussi bon négociateur qu'excellent général, il contribua beaucoup au traité de Bretigny, conclu le 8 mai 1360. Cet homme illustre mourut, le 11 septembre 1381. Le roi Charles V faisoit tant de cas de son mérite, qu'il le choisit pour être parrain du dauphin, depuis Charles VI. **V. MONTMORENCY**, (Anne de) second fils de *Guillaume de Montmorency*, fut élevé enfant d'honneur auprès de *François I*; et en 1515, il se trouva à la bataille de Marignan. Il avoit hérité de la valeur de ses ancêtres. Il défendit, en 1521, la ville de Mézières contre l'armée de l'empereur *Charles-Quint*, et obligea le comte de Nassau de lever honteusement le siège. Honoré du bâton de maréchal de France, il suivit en Italie *François I*, et fut pris en 1525, avec ce prince à la bataille de Pavie, qui avoit été donnée contre son avis. Les services importants qu'il rendit ensuite à l'état, furent récompensés par l'épée de connétable de France, en 1538. *Montmorency* fut disgracié quelque temps après, pour avoir conseillé à *François I* de s'en rapporter à la parole de l'empereur *Charles-Quint*, qui, pendant son passage en France, avoit promis de rendre Milan. (*Voyez I. ÉLÉONOR.*) Il rentra en grace sous le règne de *Henri II*, qui eut pour lui une confiance particulière. Le connétable prit le Boulonnais en 1550, Metz, Toul et Verdun, en 1552. Il fut disgracié de nouveau, à la sollicitation de *Catherine de Médicis*, sous le règne de *François II*. Cette princesse se plaignoit qu'il avoit conseillé à *Henri II* de la répudier comme stérile, pendant les premières années de son mariage; et que depuis il avoit osé dire que, de tous les enfans du roi, *Diane* sa fille naturelle étoit la seule qui lui ressemblât. (*Voy. HENRI II, n.º X, vers la fin.*) Cependant, ses talens le rendant nécessaire, on le rappela à la cour sous *Charles IX*, en 1560. Il se réconcilia alors avec les princes de *Guise*, et se déclara avec force contre les Calvinistes. Il y eut une bataille à Dreux, en 1562. Le connétable la gagna; mais il fut fait prisonnier. Ayant obtenu sa liberté l'année suivante, il prit le Havre-de-Grace sur les Anglois. Quelque temps après, les Calvinistes s'étant remis en campagne sous la conduite du prince de Condé, *Montmorency* les battit à la journée de Saint-Denis, le 10 novembre 1567. Le vainqueur vit néanmoins mettre en déroute le corps qu'il commandoit, et fut abandonné des siens que la terreur avoit saisis. Le généreux vieillard ramassa alors toute sa vertu, pour terminer sa longue vie par une action héroïque. Il reçut huit blessures dangereuses, fut démonté, et rompit son épée dans le corps d'un officier Calviniste, qu'il perça au défaut de la cuirasse. Un gentilhomme Écossois, appelé *Stuart*, lui donna un coup de pistolet dans les reins. On assure que, quoique mortellement blessé, il se retourna du côté de cet homme, et du pommeau de son épée, dont la garde lui restoit à la main, il lui abattit deux dents et lui ébranla les autres. Un Cordelier son confesseur, ayant voulu exhorter à la mort ce héros couvert de sang et de blessures: *Pensez-vous*, lui répondit-il d'un ton fier et hardi, que j'aie vécu près de quatre-vingts ans avec honneur, pour ne pas savoir mourir un quart-d'heure? Le connétable expira quelques instans après, à 74 ans. On prétend que la reine, loin de s'affliger de cette mort si funeste à la France, dit d'un ton gai à quelques-uns de ses confidens: *J'ai eu ce jour deux grandes obligations à rendre au Ciel; l'une, que le Connétable* 430 MON ait vengé la France de ses ennemis ; et l'autre, que les ennemis l'aient débarrassée du Connétable. C'est ainsi que mourut ce grand capitaine, homme intrépide à la cour, comme dans les armées ; plein de grandes vertus et de défauts ; général malheureux, mais habile : esprit austère, difficile, opiniâtre ; mais honnête homme, bon citoyen, zélé Catholique, et pensant avec grandeur. Il s'étoit trouvé à huit batailles, et avoit eu le souverain commandement dans quatre avec plus de gloire que de fortune. On lui fit, à Paris, des funérailles presque royales ; car on porta son effigie à son enterrement : honneur qu'on ne faisoit qu'aux rois, ou aux enfans des rois. Les cours supérieures assistèrent à son service.
VI. MONTMORENCY, (François de) fils aîné du précédent, se distingua par sa bravoure. Il étoit grand maître de France, dignité qu'il céda au duc de Guise. On lui donna, comme en échange, le bâton de maréchal de France et le gouvernement du château de Nantes. Il fut envoyé, en 1572, ambassadeur en Angleterre auprès de la reine Elizabeth, qui lui donna le collier de son ordre de la Jarretière. Accusé à son retour d'avoir trempé dans la conjuration de Saint-Germain-en-Laie, par laquelle on avoit résolu d'enlever le duc d'Alençon, il alla à la cour pour s'y justifier. Il y fut arrêté et enfermé à la Bastille. Ses ennemis, et la reine Catherine de Médicis, qui n'aimoit point la maison de Montmorency, avoient résolu sa perte ; mais cette princesse le fit sortir de prison en 1575. Montmorency avoit beau- coup de pouvoir sur l'esprit du duc d'Alençon, et elle voulut se servir de lui pour ramener ce prince qui avoit quitté la cour. Le maréchal eut le bonheur de le porter à un accommodement. Après s'être signalé par plusieurs autres actions dignes d'un héros et d'un citoyen, il mourut au château d'Escouen, d'une seconde attaque d'apoplexie, le 5 mai 1579, dans sa 49e année. Il n'eut qu'un fils, de Diane légitimée de France, son épouse ; mais ce fils mourut fort jeune avant lui. Voyez PIENNE.
VII. MONTMORENCY, (Charles de) frère du précédent, pair et amiral de France, lieutenant général de la ville de Paris et de l'Isle-de-France, et colonel général des Suisses, étoit le troisième fils d'Anne de Montmorency. Il se signala sous le règne de cinq rois, et sa baronnie de Damville fut érigée en duché-pairie par Louis XIII, en 1610. Il mourut en 1612, à 75 ans, après avoir donné des exemples de valeur et de patriotisme. Il étoit bossu et glorieux : ce qui est assez ordinaire, dit un écrivain contemporain ; mais en même temps c'étoit le plus digne homme du Conseil du Roi, et qui avoit meilleure cervelle et meilleur avis.
VIII. MONTMORENCY DE DAMVILLE, (Henri Ier de) duc, pair, maréchal et connétable de France, gouverneur de Languedoc, etc. étoit le second fils d'Anne de Montmorency. Il se signala, du vivant de son père, sous le nom de seigneur de Damville. A la bataille de Dreux, en 1562, il fit prisonnier le prince de Condé, et servit la France avec beaucoup de gloire dans cette journée. Il obtint le gouvernement de Languedoc, en 1563, et le bâton de maréchal de France, trois ans après. Il fut pris à la bataille de Saint-Denis, en 1567, et dégagea d'abord son père qui y fut blessé. (Voyez l'article de celui-ci.) Disgracié par la reine Catherine de Médicis, il chercha un asile auprès du duc de Savoie, et se mit à la tête des mécontens qui déchirèrent le Languedoc sous Henri III. Il devint le chef des Politiques. On appelait ainsi des Catholiques mécontens, qui, sous prétexte de s'opposer aux progrès de l'hérésie et aux abus du gouvernement, tâchoient d'obtenir de la cour des pensions et des charges. Montmorency vécut en souverain dans son gouvernement, levant des troupes et de l'argent, fortifiant ou rasant des places; faisant la guerre ou la paix avec les Huguenots. Henri IV étant monté sur le trône, il se soumit, obtint l'épée de connétable, et mourut à Agde, le 1er avril 1614. C'étoit un homme ferme et déterminé, qui n'avoit, dit-on, puisé ses lumières que dans lui-même. Quoiqu'il eût commandé long-temps, il ne passa jamais pour un grand général. Il ne devint homme de guerre que par émulation. Son goût auroit été de ne point sortir de la cour; mais son nom, et les exhortations de son père, l'arrachèrent à son penchant. La reine Marie Stuart, touchée de la beauté et des graces de sa figure, auroit voulu qu'il eût été veuf pour l'épouser. Il fut père de la belle princesse de Condé, (Voyez ci-après l'article X. MONTMORENCY) dont Henri IV devint si éperdument amoureux... On trouve dans la Vie de d'Aubigné, écrite par lui-même, une anecdote au sujet de Montmorency-Damville, laquelle a donné matière à un problème historique. Faisoit-il des vers latins très-coulans, ou ne savoit-il pas même lire? D'Aubigné rapporte que, se promenant avec ce maréchal sur le bord de la Droune, rivière du Périgord, « ledit Maréchal se mit à faire de grands soupirs, et ayant arraché l'écorce d'un arbre qui étoit en sève, il écrivit dessus les vers latins qui suivent, au sujet d'une Dame qu'il aimoit en Espagne. » Océani felle properas si, flumen, ad oras, Littus et Hesperium tangere fara si-nant; Siste parum, et liquidas qui jam dis-solvor in undas, Extinctum lacrymis ad vada nota feras. Sic poterit teneras urit qua flamma medullas, Mersa tamen patrilis vivere farsan aquis. Oh! si vers Amphitrite, en ton cours diligent, Tu vas de l'heureuse Hespérie Baigner la rive trop chérie, Arrête! je péris... ton flot compa-tissant, Sur des bords chers et funestes, Portera mes tristes restes. Éteint et consumé d'un feu doux et cuisant, La flamme de ce cœur, peut-être, Au sein d'une onde aimée, hélas! pourra renaître. Brantôme, tome 7e de la petite édition, dit que le duc de Damville avoit une entière ignorance des lettres, qu'il composoit par son bon sens naturel; à peine savoit-il lire, et son seing n'étoit qu'une marque; il ne connoissoit ni argent, ni monnoie. 432 MON Henri IV le railloit de son ignorance ; mais il admiroit son bon sens. « Tont, disoit-il, peut me réussir par le moyen d'un Connétable qui ne sait pas écrire, et d'un Chancelier, (Sillery) qui ignore le latin. » Il est question ici du même homme, peint par deux courtisans qui avoient vécu l'un et l'autre avec lui : lequel croire ?... La terre de Damville passa dans la maison de Levis. — Voyez JOVE, et BIRON, n° II.
IX. MONTMORENCY, (Henri II, duc de) fils du précédent, né le 30 avril 1595, fut fait amiral de France dès l'âge de dix-huit ans. Après avoir battu les Calvinistes en Languedoc et leur avoir enlevé diverses places, il les vainquit sur mer près de Rhé, et reprit cette isle dont ils s'étoient emparés. Loir de profiter de sa conquête, il abandonna pour plus de cent mille écus de munitions, qui lui appartenoient légitimement comme amiral. On voulut lui représenter que c'étoit un trop grand sacrifice. Je ne suis pas venu ici, répondit-il avec fierté, pour gagner du bien, mais pour acquérir de la gloire. Lorsqu'il se livroit à son caractère libéral, il ajoutoit : Je voudrois être empereur, pour en faire davantage. Il donna une fois deux cents pistoles à un laboureur qu'il rencontra dans un de ses voyages, pour avoir le plaisir de faire un heureux dans sa vie. En 1628, il remporta un avantage considérable sur le duc de Rohan, chef des Huguenots. Montmorency, envoyé quelque temps après dans le Piémont en qualité de lieutenant général, attaqua près de Veillane les Espagnols, commandés par le prince Doria ; et quoique avec des forces très-inférieures, il les mit en déroute. Le comte de Cramail lui demanda si, parmi les hasards du combat, il avoit envisagé la mort ? J'ai appris, répondit-il généreusement, dans l'histoire de mes ancêtres, que la vie la plus glorieuse est celle qui finit au gain d'une bataille ; et que l'homme ne l'ayant que pour peu de temps, il faut la rendre la plus éclatante qu'il est possible. Cette victoire fut suivie de la levée du siège de Casal, et lui mérita le bâton de maréchal de France. Ses prospérités enflèrent son courage ; il se flatta de pouvoir braver la force du cardinal de Richelieu. Gaston, duc d'Orléans, aussi mécontent que lui de ce cardinal, se rend auprès de Montmorency, gouverneur du Languedoc ; et cette province devient dès-lors le théâtre de la guerre. Le roi envoya contre les rebelles, les maréchaux de la Force et de Schomberg. Celui-ci s'avança près de Castelnaudari ; avec deux mille hommes de pied et douze cents chevaux. Lorsqu'il les armées furent en présence, Montmorency, qui appercevoit dans le chef de son parti une contenance mal assurée, lui dit pour le rammer : Allons, MONSIEUR, voici le jour où vous serez victorieux de vos ennemis ; mais, ajouta-t-il en montrant son épée, il faut la rougir jusqu'à la garde. Ce discours ne faisant pas l'impression que Montmorency desiroit, cet homme généreux, entraîné par son chagrin autant que par sa valeur, se précipite dans les bataillons royalistes, y est battu et fait prisonnier. Toute la France, pénétrée de ses services, de ses vertus, de ses triomphes, demande inutilement qu'on adoucissé adoucisse en sa faveur la rigueur des lois. L'implacable Richelieu veut faire un exemple qui épouvante les grands; et il n'en pouvoit pas faire de plus éclatant que sur Montmorency, l'homme de la France le mieux fait, le plus aimable, le plus brave et le plus magnifique. Le cardinal fait instruire son procès par le parlement de Toulouse, et le poursuit avec chaleur. Les juges interrogent Guitaut, pour savoir s'il a reconnu le duc dans le combat? Le feu et la fumée dont il étoit couvert, répond cet officier les larmes aux yeux, m'ont empêché d'abord de le distinguer. Mais voyant un homme qui, après avoir rompu six de nos rangs, tuiit encore des soldats au septième, j'ai jugé que ce ne pouvoit être que M. de Montmorency. Je ne l'ai su certainement, que lorsque je l'ai vu à terre sous son cheval mort. Parmi les personnes qui sollicitèrent la grace de cette victime illustre, il y eut un grand seigneur qui dit au roi, « qu'il pouvoit juger aux yeux et aux visages du public à quel point on desiroit qu'il lui pardonnât. » Je crois ce que vous dites, répondit le prince; mais considérez que je ne serois pas roi, si j'avois les sentimens des particuliers. — Il faut qu'il meure, dit-il au maréchal de Matignon. (Voyez aussi CHATELET.) Il mourut en bon chrétien. Le roi avoit adouci la rigueur de son arrêt en permettant qu'il ne fût pas exécuté en public. Cette grace n'en parut pas une à son cœur pénétré d'humilité. Mon Père, dit-il au P. Arnoux Jésuite, son confesseur, je doute lequel des deux je devrois souhaiter; d'un côté, le mépris de la mort sur un grand théâtre et à la vue d'un peuple si nombreux, pourroit m'inspirer une vanité dangereuse à mon salut; d'un autre côté, je voudrois souffrir une grande confusion pour l'expiation entière de mes péchés. Le Père Arnoux lui répondit: Vous fixerez votre irrésolution en vous conformant à la volonté Divine. Au moment du supplice, le duc présenta les bras au bourreau, afin qu'il les liât; et comme il avoit un crucifix entre les mains, il le remit au P. Arnoux, en lui disant: Tenez, mon Père; il ne faut pas que le friste soit lié avec le coupable. Il aida au bourreau à rabattre sa chemise. On avoit placé au-dessus d'une porte la statue de marbre de Henri le Grand; elle arrêta ses regards, et voyant que son confesseur le considéroit, il lui dit: Mon Père, je regarde la figure de ce Monarque, qui a été très-bon et très-généreux. Il continua sa marche, et monta sur l'échafaud avec la même hardiesse que s'il fût allé à une mort glorieuse: il eut la tête tranchée, le 30 octobre 1632, à 37 ans, dans l'hôtel de ville de Toulouse. Le P. Arnoux fut tellement édifié de cette mort, qu'il dit: Je m'estimerois heureux, si Dieu m'accordoit la grace de mourir avec une aussi parfaite résignation, que celle que ce grand homme a fait paraître dans ses derniers momens. J'ai plus appris à mourir dans le peu de temps que je l'ai assisté, que dans toutes les méditations de ma vie. Le roi fit appeler ce Jésuite, pour savoir quelques particularités de cette mort. Le Jésuite, après avoir satisfait la curiosité du prince, lui dit: SIRE, Votre Majesté a fait un grand exemple sur la terre par la mort du Duc de Montmorency, et Dieu, par E e 434 MON sa miséricorde, en a fait un grand Saint dans le Ciel. Le roi répondit en soupirant : Jé voudrois, mon Père, avoir contribué à son salut par des voies plus douces. Comme il fut décapité au pied de la statue de marbre de Henri IV, après de vaines intercessions auprès de Louis XIII, on fit sur sa mort les vers suivans : Ante patris statuam, nati implacabilis irà Occubui, indignà morte manuque cadens. Illorum ingemuit neuter, mea fata videndo : Ora patris, nati pestora marmor crant. Son supplice fut juste, ou du moins ne parut point inique comme celui de quelques autres que le cardinal de Richelieu sacrifia à son ambition et à sa vengeance; mais la mort d'un homme qui promettoit tant, la terreur des ennemis et les délices des François, rendit le cardinal plus odieux, que n'avoient fait tous les autres attentats de son esprit vindicatif. Le corps du duc fut transporté dans l'église de la Visitation de Moulins, où Marie-Félice des Ursins, son épouse, dame illustre par sa vertu et par sa piété, lui fit dresser un magnifique tombeau de marbre. La douleur vive et constante de cette nouvelle Artémise, qui se fit religieuse après sa mort, prouve assez que sa conscience lui reprochoit d'avoir contribué par ses insinuations à sa fin déplorable. Cependant son éponx qu'elle adoroit, ne lui avoit guères été fidelle, quoiqu'elle eût de la beauté, des graces, de l'esprit. Au commencement de leur mariage, la jalousie altéra les traits de la du- chesse. Êtes-vous malade, lui demanda le duc, vous êtes changée. Il est vrai, lui repartit la duchesse, que mon visage est changé; mais mon cœur ne l'est pas. Son éponx, touché par ses larmes, lui promit tout ce qu'elle voulut; mais l'habitude l'emporta. Il mit seulement plus de mystère dans ses intrigues, et plus d'attention à prodiguer à sa femme les attentions, les égards et le respect. Le sieur du Cros donna la Vie du duc de Montmorency, en 1642, in-4.º Il y en a une seconde, 1699, in-12 : l'une et l'autre assez mal écrites. La Relation de son jugement et de sa mort est dans le Journal du cardinal de Richelieu, ou dans sa Vie par le Clerc, 1773, cinq vol. in-12. Les biens de cette maison passèrent dans celle de Condé, par la sœur du duc de Montmorency, (Charlotte-Marguerite) qui avoit épousé Henri II, prince de Condé. (Voyez l'article suivant.) Il subsiste des branches de cette maison dans les Pays-Bas et en France. M. Désormeaux, connu par l'Abrégé estimé de l'Histoire d'Espagne, a donné, en 1764, une Histoire intéressante de la Maison de Montmorency, à Paris, 5 volum. in-12. Cotolendi a fait celle de la Duchesse de Montmorency, morte en 1666, Paris, 1684, in-8.º Il y en a une plus récente, en 2 vol. in-12. X. MONTMORENCY, (Charlotte-Marguerite de) sœur du précédent, née en 1594, avoit à peine quinze ans lorsqu'elle parut à la cour. Les vieux courtisans, qui, sous Catherine de Médicis, avoient vu tant de beautés autour de cette princesse, avouoient qu'ils n'avoient rien vu de plus beau. Ses charmes frappèrent vivement Henri IV, qui la vit dans un bal. Oubliant sa barbe blanche, et l'âge de Charlotte, il conçut une passion « qui eut, dit M. Mercier, tous les symptômes de la folie. Bassompierre briguoit la main de la jeune beauté; le roi lui fit confidence de son amour, le pressa de renoncer à ce mariage, lui promit de le dédommager, et Bassompierre se désista. Henri en pleura de satisfaction en le serrant entre ses bras. Il n'avoit éloigné Bassompierre que parce qu'il avoit prévu qu'il seroit un mari trop clair-voyant. Il fit proposer le prince de Condé qui sortoit de l'adolescence. Ce mariage étoit trop avantageux pour pouvoir être refusé. Condé devint, en 1609, l'époux de la jeune beauté qui n'avoit pas encore soupçonné l'hommage du monarque. Les assiduités du roi, ses libéralités, ses attentions galantes annoncèrent bientôt ses desseins, et Condé fut d'avis d'enlever son épouse à cette puissante séduction: il l'emmena d'abord à Chantilly. Le roi se travestit plusieurs fois, escorté seulement de deux hommes. Il partoit du Louvre pour la voir un instant, s'en retournoit la nuit au galop, et donnoit un étrange spectacle à ses courtisans, qui rioient de le voir avec sa barbe grise, poursuivre un enfant de seize ans. L'époux averti, relégua sa femme au château de Verneuil, sur les frontières de Picardie, et la fit surveiller par sa belle-mère. Le monarque plus amoureux que jamais, gagna une dame voisine, qui donna des fêtes à la princesse. Le roi s'y trouva dénuisé: mais l'impatience et l'indiscrétion de l'amant trahirent le mystère. » Alors le prince indigné emmène sa femme à Bruxelles, où la cour d'Espagne lui prodigua les honneurs et les offres les plus avantageuses. Henri IV, furieux, fait courir après les fugitifs; il jure d'employer la ruse et la force: il menace les Espagnols de la guerre s'ils ne rendoient le prince et la princesse de Condé, qu'il réclame comme princes de son sang. Condé craignant d'être enlevé, alla faire un voyage en Italie, d'où il revint après la mort du roi. Quoique le public malin accusât la princesse de Condé d'indifférence pour son époux, elle lui donna des preuves du plus sincère attachement. En 1617, n'ayant pu obtenir l'élargissement du prince, qui étoit enfermé à la Bastille, elle demanda la permission de s'y renfermer avec lui. Elle fut ainsi le conseil et la consolation de son époux, pendant plus de deux ans que dura sa détention. De nouvelles intrigues occasionnèrent de nouveaux mécontentemens. Condé quitta encore la cour en 1625. La princesse y servit très-utilement sa maison et son mari, et elle montra une fermeté digue de son rang, sa tendresse pour l'infortuné maréchal de Montmorency son frère, décapité à Toulouse en 1632, put seule lui faire oublier sa grandeur. On dit que, pour obtenir sa grace, elle se mit aux genoux du cardinal de Hichelieu, qui, sans lui rien accorder, crut en faire assez, que de se jeter lui-même aux genoux de la princesse. On rapporte aussi, que s'étant trouvée au service de ce ministre fait à sa mort, arrivée en 1642, elle répéta, en se rappelant la triste fin de son frère, ce mot de Marie, sœur de 436 MON Marthe et de Lazare : Domine, si juisses hic, frater meus non fuisse mortuus. Demeurée veuve en 1646, elle mourut à 57 ans, le 2 décembre 1650, à Châtillon-sur-Joing, où une fièvre violente l'emporta. Son fils Louis de Bourbon, deuxième du nom, dit le Grand Condé, auroit seul immortalisé sa mère.
MONTMORENCY, Voyez BOUTEVILLE. — LUXEMBOURG, n.º VI. — I. NIVELLE. — COLIGNY, n.º VI. et ÉGMONT vers la fin. — I. MONTMORT, (Pierre-Raymond de) né à Paris en 1678, d'une famille noble, fut destiné au barreau par son père. Dégoûté de cette profession, il se retira en Angleterre, d'où il passa dans les Pays-Bas, et ensuite en Allemagne. Il revint en France l'an 1699, n'étudia plus que la philosophie et les mathématiques, suivant en tout les conseils du P. Malebranche, son ami et son guide. En 1700, il fit un second voyage en Angleterre, qui lui fut plus utile que le premier. A son retour, il prit l'habit ecclésiastique, qu'il quitta en 1706, pour se marier avec Mlle de Romicourt, petite nièce de Mad. la duchesse d'Angoulême. Depuis, il passa la plus grande partie de sa vie à la campagne, et sur-tout à sa terre de Montmort. Il n'en sortit que pour faire, en 1713, un troisième voyage en Angleterre, où il observa l'éclipse solaire de cette année. La vie de Paris lui paroissait trop dissipante, pour des méditations aussi suivies que les siennes. Du reste, il ne craignoit pas, dit Fontenelle, ces distractions en détail. Dans la même chambre où il travaillait aux problèmes les plus embarrassants, on jouoit du clavecin, son fils couroit et le lutinoit; et les problèmes ne laissoient pas de se résoudre. Le P. Malebranche en a été plusieurs fois témoin avec étonnement. Ce savant estimable mourut, le 7 octobre 1719, à Paris, de la petite vérole, à 41 ans, universellement regretté. Quand il fut à l'extrémité, on l'envoya recommander aux prières des trois paroisses dont il étoit seigneur, et les églises retentirent bientôt des gémissemens et des cris des paysans. Sa mort, dit Fontenelle, fut honorée de la même oraison funèbre. Quoique vif, et sujet à des colères d'un moment, sur-tout quand on l'interrompoit dans ses études pour lui parler d'affaires, il étoit fort doux; et à ses colères succédoit une petite honte et un repentir gai. Il étoit bon maître, même à l'égard des domestiques qui l'avoient volé; bon ami, bon mari, bon père, non-seulement pour le fonds du sentiment, mais ce qui est plus rare, dans tout le détail de sa vie. Les malheureux chérissoient en lui un consolateur, et les pauvres un père. Montmort avoit été reçu de la Société royale de Londres, en 1715, et de l'académie des Sciences de Paris, en 1716. On a de lui, un Essai d'Analyse sur les Jeux de hasard, dont la meilleure édition est de 1713, in-4.º Cet ouvrage, fruit de la sagacité et de la justesse de son esprit, fut reçu très-avidement par les géomètres.
MONTMORT, Voyez V. HABERT.
MONTMOUTH, (Jacques duc de) fils naturel de Charles II roi d'Angleterre, né à Rotterdam en 1649, fut mené en France à l'âge de neuf ans, et élevé dans la Religion Catholique. Le roi son père, ayant été rétabli dans ses états en 1660, le fit venir à sa cour, et lui donna des gages de sa tendresse. Il le créa comte d'Orkenay, (titre qu'il changea ensuite en celui de Montmouth;) le fit duc et pair du royaume d'Angleterre, chevalier de l'ordre de la Jarretière, capitaine de ses gardes, et l'admit dans son conseil. Le duc de Montmouth servit son père avec autant de zèle que de succès. Il remporta une victoire signalée sur les rebelles d'Écosse. Il passa ensuite au service de la France avec un régiment Anglois, se signala contre les Hollandois, et fut fait lieutenant général des armées de France. De retour en Angleterre, il continua de se distinguer. Envoyé en 1679, en qualité de général, contre les rebelles d'Écosse, il les défit; mais peu de temps après il se joignit aux factieux, et trempa même dans une conspiration formée pour assassiner le roi Charles II son père, et le duc d'Yorck son oncle. Charles, sollicité par sa tendresse autant que par la bonté de son cœur, pardonna à ce fils rebelle. Cet excès de clémence ne changea point son cœur, naturellement porté à tous les attentats de l'ambition. Il se retira en Hollande pour attendre le moment favorable de faire éclore ses projets. A peine eut-il appris que le duc d'Yorck avoit été proclamé roi sous le nom de Jacques II, qu'il passa en Angleterre pour y faire révolter les peuples. Après avoir rassemblé des troupes, il hasarda le combat contre son souverain. Il fut vaincu et contraint de se sauver à pied. Deux jours après la bataille, on le trouva dans un fossé, couché sur de la fougère. Dès qu'il fut arrêté, il écrivit au roi dans les termes les plus soumis pour demander grace, et il obtint la permission de venir se jeter aux pieds de Jacques II. Rien ne put toucher ce monarque. «Jacques avoit, dit l'abbé Millot, une occasion précieuse de se signaler par la clémence; mais il ne montra que de la rigueur. Sa victoire fut suivie des plus barbares exécutions. Le colonel Kircke, soldat de fortune, dont l'ame féroce ne respiroit que le sang, poussa la cruauté jusqu'à se faire un jeu des supplices de ceux qu'il immoloit. Le chef de justice, Jeffreys, encore plus inhumain, puisque son état devoit le rendre plus doux, remplit de carnage les comtés qui avoient en part à la révolte. Une dame Anabaptiste fut brûlée pour avoir reçu charitablement dans sa maison un des coupables, et ce malheureux fut sauvé pour avoir eu la perfidie de déposer contre elle. Miladi Lile, sans autre crime que d'avoir aussi donné retraite à deux rebelles après le combat, fut également punie de mort, quoiqu'elle eût envoyé son fils combattre Montmouth. Selon le P. d'Orléans, Jacques, informé trop tard de ces excès, en témoigna de l'indignation, et répara autant qu'il put l'injustice. Mais comment le croire, lorsqu'on voit l'implacable Jeffreys créé pair à son retour, et élevé bientôt après à la dignité de chancelier? étrange façon de punir un homme trop digne de la haine publique!» Le duc de Montmouth fut conduit à la tour, d'où il ne sortit que pour porter sa tête sur un E e 3 438 MON échafaud, le 25 juillet 1685. Il parut sur ce théâtre ignomineux, avec la grandeur de courage qu'il avait montrée dans les batailles. M. de Saint-Foix a prétendu qu'à la place du duc de Mont- moun on fit mourir un homme qui lui ressemblait parfaitement; et que ce duc fut envoyé en France, et enfermé dans une prison des isles Sainte-Margue- rite avec un masque de fer. Il conjecture que le duc de Mont- moun est le même que le Prison- nier masqué de Fer, dont nous avons parlé aux mots MASQUE, et IV. BEAUFORT : mais ces pré- somptions ne sont pas à beaucoup près des preuves concluantes. I. MON PENNIER. Il y a en deux branches de la maison de Bourbon, qui ont porté ce nom. Voici ce qu'en dit le con- tinuateur de Ludvocat, d'après Moréri et d'autres généalogistes. — La première eut pour tige, Louis I de Bourbon, troisième fils de Jean I, duc de Bourbon; il mourut en 1486. Son fils Gil- bert se distingua sous Louis XI et Charles VIII, qu'il suivit à Naples; Ferdinand d'Aragon le força dans le château neuf de Naples. Il mourut à Ponzzol le cinq octobre 1496. — Son fils Charles fut tué au siège de Rome, en 1527, à 38 ans. (Voyez II. BOURBON.) Il n'avait pas d'enfans; mais sa sœur Louise, morte en 1561, épousa Louis de Bourbon, prince de la Roché- sur-Yon, fils de Jean comte de Vendôme. — Ce prince com- mença la seconde branche de Montpensier. Il eut Louis II duc de Montpensier. (Voyez ci-à-côté le n.º II.) Sa femme Jacqueline de Longwic, morte en 1561, ent beaucoup de crédit auprès de François I, de Henri II et de Catherine de Médicis. (Voyez LONGWIC.) Sa seconde femme, Catherine-Marie de Lorraine, morte en 1596, à 45 ans, ne figura pas moins dans la Ligue, à laquelle elle étoit fort atta- chée, à cause de son frère le duc de Guise, qui fut assassiné à Blois. Elle fut un des auteurs du projet de la Ligue. Brantôme dit qu'un jour qu'elle jouoit à la prime, (car elle étoit grande joueuse,) quelqu'un lui dit de bien mêler les cartes. Elle ré- pondit devant une nombreuse assemblée : Je les ai si bien mê- lées, qu'elles ne se sauraient mieux mûler; en faisant allusion à toutes les trames qu'elle avoit ourdies. Elle montra la plus grande haine contre Henri III, qui avoit ré- vélé, dit-on, quelques-uns de ses défauts secrets. Pendant que ce prince tenoit Paris assiégé, elle parcouroit les rues, condui- sant d'une main les deux fils de son frère, et tenant de l'autre une image de Henri, qu'elle pré- sentoit à la populace mutinée pour l'exciter à la révolte. (Voyez CLÉMENT, n.º XIX, et HENRI, n.º XII.) Louis n'en eut pas d'en- fans; mais de sa première femme, Jacqueline de Longwic, il avoit en François. (Voyez FRANÇOIS, n.º X.) — Le fils de celui-ci nommé Henri, mort en 1608, avoit épousé Henriette-Catherine de Joyeuse, qui se remarta au duc de Guise en 1611, et mou- rut en 1656, à 71 ans; mais elle avoit eu du duc de Mont- pensier, Marie de Bourbon, la- quelle épousa Gaston duc d'Or- léans, et mourut en 1627; elle eut une fille qui fait le sujet du n.º III. ci-après.
MONTPENSIER, (la duchesse de) Voyez l'article précédent.
II. MONTPENSIER, (Louis DE BOURBON, duc de) souverain de Dombes, prince de la Roche-sur-Yon, fils de Louis de Bourbon, né à Moulins en 1513, se signala dans les armées sous les rois François Ier et Henri II. Il rendit de grands services à Charles IX pendant les guerres civiles, soumit les places rebelles du Poitou en 1574, et mourut dans son château de Champigny en 1583, à 70 ans, après avoir montré autant de génie pour les affaires que pour l'art militaire.
III. MONTPENSIER, (Anne-Marie-Louise d'Orléans, plus connue sous le nom de Mademoiselle de) fille de Gaston duc d'Orléans, naquit à Paris en 1627. Son père, prince bizarre, impétueux et intrigant, transmit ses défauts à sa fille. Mademoiselle prit le parti de Condé dans les guerres de la Fronde, et eut la hardiesse de faire tirer sur les troupes de Louis XIV le canon de la Bastille. Cette action violente la perdit pour jamais dans l'esprit du roi son cousin. Le cardinal Mazarin, qui savait combien elle avait envie d'épouser une tête couronnée, dit alors : Ce canon-là vient de tuer son mari. La cour s'opposa toujours depuis aux alliances qui lui firent plaisir, et lui en présenta d'autres qu'elle ne pouvoit accepter. Après avoir langui jusqu'à 44 ans, cette princesse, destinée ou proposée à des souverains, (entre autres à Charles II roi d'Angleterre) voulut faire, à cet âge, la fortune d'un simple gentilhomme. Elle obtint, en 1669, la permission d'épouser le comte de Lauzun, capitaine des Gardes du Corps et colonel général des Dragons, à qui elle donnoit sa main, tous ses biens estimés 20 millions, quatre duchés, la souveraineté de Dombes, le comté d'Eu, le palais d'Orléans, qu'on nomme le Luxembourg. Elle ne se réservoit rien, abandonnée toute entière à l'idée flatteuse de faire à ce qu'elle aimoit une plus grande fortune, qu'aucun monarque en ait fait a aucun sujet. Le contrat étoit dressé. La reine, le prince de Condé, représentèrent au roi l'injure que cette alliance faisoit à la famille royale; et Louis XIV la défendit après l'avoir permise. En vain Lauzun se flatta de fléchir le roi à force de complaisances, et Mademoiselle à force de pleurs. Ces amans infortunés furent réduits à se faire donner secrètement la bénédiction nuptiale. Lauzun ayant éclaté contre Mad. de Montespan, à qui il attribuoit en partie sa disgrace, fut enfermé pendant dix ans à Pignerel. Un citoyen qui n'offensoit point les lois, (car ce n'est pas un crime de se plaindre d'une favorite orgueilleuse et vindicative) pouvoit-il être puni si sévèrement ? cela étoit tyrannique. Enfin il fut relâché; mais il n'obtint sa liberté qu'à condition que Mademoiselle céderoit au duc du Maine la souveraineté de Dombes et le comté d'Eu. L'élargissement de son époux, la liberté de vivre avec lui, transportèrent de joie Mademoiselle; mais son bonheur ne fut pas de longue durée. Lauzun ne vit en elle qu'une femme emportée, jaïouse, brûlant de tous les feux de la jeunesse, dans un âge où ils s'éteignent ordinairement; et elle ne vit en lui qu'un indiscret, un E c 4 infidelle, un ingrat et un menteur. Ses bienfaits ne furent payés que par la plus noire ingratitude. *Lauzun* exerça sur elle un tel empire, qu'on prétend qu'un jour, revenant de la chasse, il lui dit : *Louise d'Orléans, tire-moi mes bottes*. Cette princesse s'étant récriée sur cette insolence, il fit du pied un mouvement qui étoit le dernier des outrages. Le lendemain, il revint au Luxembourg ; mais la femme de *Lauzun* se rappela enfin qu'elle avoit failli à être celle d'un empereur, et en prit l'air et le ton : *Je vous défends*, lui dit-elle, *de vous présenter jamais devant moi... Mademoiselle*, après avoir passé le commencement de sa vie dans les plaisirs et les intrigues, le milieu dans les amours et les chagrins, en passa la fin dans la dévotion et l'obscurité. Elle mourut en 1693, à 66 ans, peu regrettée, et presque entièrement oubliée. On a d'elle des *Mémoires*, dont l'édition la plus complète est celle d'Amsterdam, (Paris) 1735, en huit vol. in-12. Ces *Mémoires* sont plus d'une femme occupée d'elle, dit l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, que d'une princesse témoin de grands événements ; mais, à travers mille minuties, on y trouve des choses curieuses, et le style en est assez pur. Il y a dans l'édition que nous avons indiquée : I. Un *Recueil des Lettres de Mademoiselle de Montpensier à Madame de Motteville*, et de celle-ci à cette princesse. II. Les *Amours de Mademoiselle* et du comte de *Lauzun*. III. Un *Recueil* des portraits du roi, de la reine et des autres personnes de la cour : quelques-uns de ces portraits sont bien faits et intéressants : d'autres sont trop vagues et sentent la flatterie.
IV. Deux Romans composés par *Mademoiselle* : l'un intitulé la *Relation de l'Isle imaginaire* ; et l'autre, la *Princesse de Paphlagonie*. La narration en est aisée, et la critique qu'ils renferment est assez bien enveloppée. Le *Cyrus* du dernier Roman est M. le *Prince*, mort en 1686 ; et la *Reine des Amazones* est M$^{lle}$ de *Montpensier*.
MONTPER, (Josse) peintre de l'école Flamande, né vers l'an 1580, mourut vers le milieu du 17$^{e}$ siècle. Il a excellé dans le paysage. Ce maître n'a point imité le précieux fini des peintres Flamands. Il a affecté un goût heurté, et une sorte de négligence. Cependant il n'est point de tableaux qui fassent plus d'effet à une certaine distance, et qui offrent une plus grande étendue à l'imagination, par l'art avec lequel il a su dégrader les teintes. On lui reproche de prodiguer le jaune dans les couleurs locales, et d'avoir une touche maniérée. *Jacques Fouquières* a été son disciple. I. MONTPEZAT, (Antoine de Montpezat-Lettes, ajouta à son nom ceux de *des Pnez*, seigneur de, à cause de sa mère héritière de sa famille). Il n'étoit que simple gendarme dans la compagnie du maréchal de *Foix*. Prisonnier à la bataille de Pavie, il se présenta si à propos et de si bon cœur, pour servir à *François I$^{er}$* de valet de chambre dans sa prison, que ce prince prit confiance en lui, et l'envoya porter en France des ordres secrets à la régente. Cette aventure fit la fortune de *Montpezat*. Il fut l'un des huits étages que fournit le roi *François I$^{er}$* à *Henri VIII* roi d'Angleterre, lors de la red- dition de Tournai à la France. Il se trouva au siège de Naples en 1528. Il défendit Fossan, petite ville de Piémont, contre une armée Impériale, en 1536. Les assurances qu'il donna d'un heureux succès, firent entreprendre le siège de Perpignan en 1541; mais son peu de prévoyance fut cause qu'on le leva. Cette faute n'empêcha point qu'il ne fût maréchal de France en 1543. Il mourut le 25 juin de l'année suivante. La fortune lui avoit inspiré une hauteur qu'il accompagnoit quelquefois de plaisanteries amères. Étant aux bains de Béarn, où se trouva aussi la reine Marguerite de Navarre, il lui adressa quelques railleries offensantes, qui firent dire à cette princesse: Si je ne respectois le Roi de France à qui vous appartenez, je vous ferois bientôt sortir de mes terres. — Madame, répondit Montpezat, il ne faudroit pas aller bien loin pour cela. Sa postérité finit dans son petit-fils Emmanuel Philibert, marquis de Villars tué au siège de Montauban en 1621.
MONTPEZAT, Voy. LOGNAT.
MONTPLAISIR, (René de Bruc) d'une famille noble de Bretagne, étoit oncle du maréchal de Créqui. Il passe pour avoir eu quelque part aux ouvrages de la comtesse de la Suze, à laquelle il fut très-attaché. On a de lui des Poésies, 1759, in-12, parmi lesquelles son Temple de la Gloire tient le premier rang. Il est adressé au duc d'Enguien (depuis le Grand Condé,) à l'occasion de la bataille de Nortlingue qu'il avoit gagnée sur le général Mercy. Montplaisir avoit servi avec distinction sous ce prince. C'étoit un homme d'un esprit facile et d'un caractère aimable. Il mourut vers 1673, lieutenant de roi à Arras. — Il ne faut pas le confondre avec Caillavet de MONTPLAISIR, avocat au parlement de Bordeaux, très-plat rimailleur. Il vivoit vers 1634, année de la seconde édition de ses Poésies, vol. in-12.
MONTRÉAL, (Jean de) Voyez MULLER.
MONTRÉSOR, Voy. BUEIL et II. BOURDEILLE.
MONTREVEL, (DE) Voy. BAUME, n.º III.
MONTREUIL, Voy. EUDES, n.º III. I. MONTREUIL, (Matthieu-de) poète François, né à Paris, eut une jeunesse fort dissipée. Après avoir dépensé son bien en voyages et en plaisirs, il servit en qualité de secrétaire auprès de Cosnac, évêque de Valence, qu'il suivit à Aix, lorsqu'il fut nommé à l'archevêché de cette ville. Montreuil y mourut en 1691, à 71 ans. Ce poète avoit de la facilité et du naturel; mais il affecta trop d'insérer ses vers dans les recueils qui paroissioient de son temps. Boileau du moins lui reproche cette affectation: On ne voit point mes vers à l'ivi de Montreuil, Grossir impunément les feuillets d'un recueil. Mais la Monnoie prétend que Montreuil ne donna jamais dans ce ridicule. On a de lui plusieurs Pièces de Poésie, qu'il recueillit lui-même, in-12, 1666. On y trouve de fort jolis Madrigaux. Montreuil étoit un de ces écrivains ingénieux et faciles, incapables du grand, mais qui peu- 442 MON vent réussir dans le genre médiocre. Né avec un caractère gai, un cœur tendre, une physionomie heureuse, il plut aux dames et les chanta presque toute sa vie. Ses Lettres peuvent passer pour un journal amoureux. L'une des meilleures est celle qui renferme la description du Voyage de la cour de France vers la frontière d'Espagne, pour le mariage de Louis XIV. Son frère, Jean, membre comme lui de l'académie Françoise et secrétaire du prince de Conti, mourut en 1651, à trente-huit ans.
II. MONTREUIL ou MONTE- REUIL, (Bernardin de) Jésuite, se distingua dans son corps par ses talens pour la chaire et pour la direction. Nous avons de lui, une excellente Vie de JESUS- CHRIST, revue et retouchée par le Père Brignon. Cette Vie peut tenir lieu d'une bonne Concorde des Evangiles. Elle a été réimprimée à Paris en 1741, en trois vol. in-12. L'auteur a conservé, autant qu'il a pu, cette onction divine, qui est au-dessus de tous les vains ornemens de l'esprit.
MONTREUX, (Nicolas de) gentilhomme du Mans, qui prit le nom d'Ollonix du Montsacré, mort vers 1608, à 47 ans, eut pour père un maître des requêtes de la maison de Monsieur frère du roi. C'étoit un insipide romancier, un poète dramatique boursouflé, et un plat historien. On a de lui : I. Des Romans, Criniton et Lydie, in-8°; Cléandre et Domiphile, in-12; les Bergeries de Juliette, 5 vol. in-8.° II. Histoire des Turcs, 1608, in-4.° III. Plusieurs pièces de théâtre : Annibal, Diane, Isabelle, Cléopâtre, le jeune Cyrus, Arimène, Sophonisbe; Joseph le chaste, Camma, etc.
MONTROSS, (Jacques Graham, comte et duc de) généralissime et vice-roi d'Écosse pour Charles I, roi d'Angleterre, défendit généreusement ce prince contre les rebelles de son royaume. Il se distingua à la bataille d'Yorck, vainquit plusieurs fois Cromwell, et le blessa de sa propre main. La fortune l'ayant abandonné en Angleterre, il passa en Écosse, employa son bien et son crédit à lever une armée; par Perth et Aberdeen en 1644, battit le comte d'Argyle, et se rendit maître d'Édimbourg. Charles Ie s'étant remis entre les mains des Écossois, ils firent donner ordre au comte de Montross de désarmer. Ce grand homme obéit à regret, et abandonna l'Écosse à la fureur des factieux. Inutile en Angleterre, il se retira en France, et de là en Allemagne, où il signala son courage, à la tête de 12000 hommes, en qualité de maréchal de l'empire... Le roi Charles II, voulant faire une tentative en Écosse, le rappela, et l'envoya avec un corps de 14 à 15000 hommes. Le comte de Montross s'y rendit maître des isles Orcades, et descendit à terre avec 4000 hommes. Mais, ayant été défait, il fut obligé de se cacher dans des roseaux, déguisé en paysan. La faim le contraignit de se découvrir à un Écossois, nommé Brimm, qui avoit autrefois servi sous lui. Ce malheureux le vendit au général Lesley, qui le fit conduire à Édimbourg, où, couvert de lauriers, et victime de sa fidélité envers son souverain, il fut pendu et écartelé au mois de mars 1650. La sentence de mort portoit que ses membres teroient attachés aux portes des quatre principales villes. Ce brave homme dit à ses pages : Je ne suis que fâché de n'avoir pas assez de membres pour être attachés à toutes les portes des villes de l'Europe, comme des monumens de mon dévouement à mon roi. Il mit même cette pensée en assez beaux vers ; car on le comptoit parmi les beaux esprits qui cultivoient alors les lettres en Angleterre. Charles II, parvenu à la couronne, rétablit la mémoire de ce fidelle sujet. Montross étdit un de ces hommes extraordinaires, dont les succès et les aventures tiennent plus du roman que de l'histoire. Son activité, sa valeur, son zèle pour son roi, le mettent au premier rang des héros et des citoyens. Son courage tenoit de cette audace, qui déconcerte les mesures des guerriers méthodiques. Cromwell l'éprouva plusieurs fois ; et, si la couronne eût pu être soutenue sur la tête de Charles I, c'étoit par Montross.
MONTSACRÉ, Voyez MONTREUX.
MONTUCLA, (Joseph de) né à Lyon, le 5 septembre 1725, fit ses premières études chez les Jésuites de cette ville, et annonça dès sa jeunesse une véritable passion pour les mathématiques. Après avoir fait son droit à Toulouse, il se sendit à Paris, où il se livra entièrement à son goût pour l'étude. Il n'avoit encore que trente ans, lorsqu'il publia son Histoire des Mathématiques, lue avec intérêt par des hommes de lettres, avec fruit par des savans. Après avoir suivi le chevalier Turgot à Cayenne, Montucla devint premier secrétaire des bâtiments du roi, sous M. de Marigni. La suppression de cette administration lui ôta presque toutes ses ressources ; mais Bonaparte lui accorda une pension de 2400 liv. dont il ne jouit pas long-temps, étant mort à Versailles le 27 frimaire de l'an huit. On lui doit : I. Histoire des recherches de la quadrature du cercle, 1754, in-12. II. Histoire des mathématiques, 1758, 2 vol. in-24. L'auteur en préparoit une seconde édition, fort augmentée ; les savans espèrent que M. de Lalande, à qui ses manuscrits ont été remis, ne tardera pas à la publier. Montucla étoit membre de l'académie de Berlin et de l'Institut national.