MOOR, (Antoine) peintre, natif d'Utrecht, mourut à Anvers en 1597, âgé de 56 ans. On l'appelle aussi le Chevalier de Moon, parce que son mérite le fit décorer de ce titre par un prince souverain. Le séjour qu'il fit en Italie, et sur-tout à Venise, forma son goût, et lui donna une manière qui fit rechercher ses ouvrages. Il fut désiré dans les cours d'Espagne, de Portugal et d'Angleterre. Ses Tableaux sont rares et fort chers. Il a excellé à peindre le portrait ; il a aussi très-bien traité quelques sujets d'histoire. Ce peintre a rendu la nature avec beaucoup de force et de vérité ; son pinceau est gras et moëlleux ; et sa touche ferme et vigoureuse. On voit plusieurs Portraits de sa main dans la collection du Palais-Royal. I. MOORE, (Jacques) gentilhomme Anglois, mort en 1734, porta aussi le nom de Smith, qui étoit celui de sa femme. Sa comédie intitulée : The Rival modes, 1727, in-8°, fut bien accueillie.
IL MOORE, (John) littérateur Anglois, a été mis par ses compatriotes au rang des plus élégans écrivains modernes. On lui doit un Voyage en France et en Italie, écrit avec un style plein de facilité et de graces; et le Roman de Zeluco, où l'on trouve de l'originalité, de la force et de la vérité dans les caractères. Moore réunissait à ses talens une bonté douce et aimable qui faisoit le charme de sa société. Il est mort dans sa maison de Richemont près de Londres, le 28 février 1802.
MOORTON, Voy. MORTON.
MOPINOT, (Simon) Bénédictin de Saint-Maur, né à Rheims en 1686, professa les humanités dans son ordre avec beaucoup de succès. Il ne fut pas moins attentif à inspirer à ses élèves l'amour de la vertu, que le goût de la belle littérature. On a de lui des Hymnes, qu'on chante encore dans plusieurs maisons de sa congrégation. Elles sont pleines de sentimens affectueux, et préférables à cet égard à celles de Santeuil, auxquelles elles sont inférieures pour l'énergie et la vivacité des images. Ce savant Bénédictin a travaillé avec Dom Coustant à la collection des Lettres des Papes, dont il a fait l'Épître dédicatoire et la Préface. Cette Préface ayant déplu à la cour de Rome, Dom Mopinot la défendit par plusieurs Lettres. Il a fait encore l'Épître dédicatoire qui est à la tête du Thesaurus Anecdotorum. Il avoit achevé le 2° vol. de la collection des Lettres des Papes, lorsqu'il mourut. L'enjouement de son caractère et l'innocence de ses mœurs, lui concilioient l'amitié et l'estime de tous ceux qui le connoissoient. Il sortoit rarement de son cloître, et lorsqu'il sortoit, il étoit au dehors ce qu'il étoit au dedans, modeste, humble, recueilli. Il fut tourmenté, jusqu'à sa mort, de scrupules que sa vertu auroit dû calmer. Tant de peines d'esprit et de corps l'épuisèrent de bonne heure, et il mourut en 1724, âgé seulement de 39 ans.
MOPSUESTE, Voy. THÉODORE, n.º IV.
MOPSUS, fils d'Apollon et de Manto, fameux devin du Paganisme, vivoit du temps de Calchas, (Voyes ce mot,) qu'il surpassa en pénétration. Il y eut aussi un Roi d'Athènes qui portoit ce nom.
MORABIN, (Jacques) secrétaire du lieutenant général de police de Paris, étoit de la Flèche. Il mourut le 9 septembre 1762, avec la réputation d'un homme savant. On a de lui: I. La Traduction du Traité des Lois de Cicéron, in-12; et du Dialogue des Orateurs, attribué à Tacite, 1722, in-12. II. Histoire de l'exil de Cicéron, in-12; morceau assez estimé. III. Histoire de Cicéron, 1745, en 2 vol. in-4. L'ouvrage précédent avoit été traduit en anglois; mais celui-ci n'a pas eu le même avantage, quoiqu'écrit avec assez de savoir, de clarté et de méthode. IV. Nomenclator Ciceronianus, 1757, in-12. Personne n'avoit plus médité Cicéron que l'auteur, et ce petit livre peut être utile. V. Traduction du Traité de la Consolation, de Boèce, 1753, in-12, faite avec exactitude.
MORAINVILLIERS D'OR-GEVILLE, ( Louis de ) natif du diocèse d'Évreux, entra dans la maison de Sorbonne en 1607, et dix ans après dans la congrégation de l'Oratoire. Son neveu, *Harley de Sancy*, ayant été nommé évêque de la ville de St.-Malo, il le suivit en qualité de grand vicaire, et mourut en cette ville l'année 1654. Son principal ouvrage a pour titre : *Examen Philosophiae Platonicæ*, Saint-Malo, deux vol. in-8°, 17.10 et 1755.
MORAIS, ( Charles de ) sieur de Fortille, fut attaché à la fauconnerie royale, et publia, en 1683, un *Traité* sur ses occupations, intitulé : *Le Grand Fauconnier*. Il est écrit avec précision, netteté et esprit. I. MORALÈS, ( Ambroise ) prêtre de Cordoue, mort en 1590, à 77 ans, contribua beaucoup à rétablir en Espagne le goût des belles-lettres, que les chicanes scolastiques avoient affoibli. *Philippe II* le nomma son historiographe, et l'université d'Alcala lui confia une de ses chaires. Sa vertu et son esprit brillèrent dans ce poste. On a de lui : *La Chronique générale d'Espagne*, qui avoit été commencée par *Florian de Zamora*, en espagnol, 1533 et 1586, deux vol. in-fol.; ouvrage estimé qui ne va que jusqu'à *Vérémond III*. *Sandoval* le continua, par ordre exprès de *Philippe III* jusqu'à *Alphonse VII*. II. Des *Scolies* en latin sur les ouvrages de saint *Euloge* de Cordoue. *Moralès* avoit d'abord été Dominicain; mais il fut, dit-on, obligé de sortir de cet ordre, parce qu'une piété mal-entendue lui fit imiter l'action d'*Origène*.
II. MORALÈS, ( Jean-Gomez ) fut le premier fondeur de caractères connus en Espagne. Il fit venir des matrices de Bruxelles à Madrid, où il s'établit sous *Charles II*, en 1669.
MORALÈS, ( Jean ) *Voy*. MACHAN.
MORAN, *Voyez* MAURAN. I. MORAND, ( Pierre de ) né à Arles en 1701, d'une famille noble, fit paroître de bonne heure beaucoup de goût pour la poésie. Il voulut joindre les plaisirs de l'hymen à ceux d'*Apollon*: mais ayant rencontré une belle-mère qui étoit une furie, il abandonna sa femme et ses biens, et vint à Paris, où il se livra aux plaisirs de l'esprit et à ceux de l'amour. Il fit représenter, en 1737, *Teglis*, tragédie qui eut quelques succès. Cette pièce offre des situations nobles et touchantes, et beaucoup d'intelligence de l'art dramatique; il ne lui manque, ainsi qu'aux autres productions du même auteur, qu'un coloris plus brillant. *Morand* donna ensuite *Childeric*. Il arriva une chose assez singulière à la 1re représentation de cette pièce. A ce vers, Tenter est des mortels, réussir est des Dieux. on battit des mains. Un spectateur, qui ne l'avoit pas entendu, demanda quel étoit donc ce vers qu'on applaudissoit tant ? « Je n'ai pas trop bien oui, dit son voisin; mais, à vue de pays, je crois que c'est : Enterrer des mortels, ressusciter des Dieux. » Cette pièce, extrêmement compliquée, et faite sur le modèle 446 MOR d'Héraclins, est pleine de traits de force et de génie. On n'en put pas bien saisir l'intrigue, et cet embarras, joint à une plaisanterie du parterre, la fit tomber. Dans une des plus belles scènes de la pièce, un moine déguisé, appercevant un acteur qui venoit avec une lettre à la main, et qui s'efforçoit de se faire jour à travers la foule, s'écria : *Place ou Facteur* ! Cette mauvaise plaisanterie excita de tels éclats de rire, que les comédiens ne purent plus se faire entendre... *Morand* eut d'autres chagrins : sa belle-mère lui intenta un procès, et publia contre lui un *Facteur* rempli d'horreurs. Le poète s'en vengea par sa comédie, intitulée : *L'Esprit de divorce*. Il y tourna sa belle-mère en ridicule, sous le nom de *Madame Orgon*. C'est une de ses meilleures pièces. Le Dialogue en est vif, et les caractères sont bien soutenus. Celui de *Madame Orgon* parut outré. On le dit à l'auteur, qui s'avança sur le théâtre pour prouver au public que ce caractère n'étoit que trop réel. On rit beaucoup de cette folie; et lorsqu'*Arlequin*, à la fin du spectacle, annonça l'*Esprit de divorce*, on cria : *Avec le Compliment de l'Auteur*. Le poète l'rovençal, piqué, jeta son chapeau dans le parterre, en disant tout haut : *Celui qui veut voir l'Auteur, n'a qu'à lui rapporter son chapeau*. Sur quoi quelqu'un dit assez plaisamment, que l'*Auteur ayant perdu la tête, il n'avoit plus besoin de chapeau... Morand* donna encore au théâtre quelques pièces, qui furent mal reçues. On l'estrouve dans le recueil de ses Œuvres, imprimé en 3 vol. in-12. Ce recueil mérite d'être lu, quoiqu'il n'offre ni grace, ni chaleur, ni sublime de poésie; mais il y a de l'esprit, des idées et du sens. En 1749, *Morand* fut nommé correspondant littéraire du roi de Prusse; mais, toujours en butte aux traits du sort, il ne conserva cette place qu'environ huit mois. *Morand* ne fut heureux, ni en littérature, ni en mariage, ni au jeu, ni en bonnes fortunes. Un trait du malheur qui le poursuivit, c'est que toutes ses dettes se trouvoient acquittées à la fin de l'année qu'il mourut, et qu'au premier janvier suivant, il touchoit le 1er quartier de 5000 livres de rente qui lui restoit. Il expira le 3 août 1757, à 56 ans, épuisé par ses excès. Avec un extérieur doux, ce poète n'avoit nul agrément, nul usage, nulle vivacité d'esprit dans le monde; son parler étoit lourd, ses manières gauches, sa contenance embarrassée. Mais il avoit l'esprit assez juste, et des idées saines et profondes sur le théâtre. On peut le compter parmi les écrivains de la seconde classe.
IL MORAND, (Sauveur-François) fils de chirurgien, et chirurgien lui-même très-habile, naquit à Paris, le 2 avril 1697. Il passa en Angleterre l'an 1729, pour s'instruire de la pratique du fameux *Cheselden*, sur-tout dans l'opération de la taille. L'hommage qu'il rendit à ce grand homme, lui fut rendu avec usure, par l'affluence des élèves qui le prièrent de les diriger dans leurs études. Il fut successivement premier chirurgien de la Charité, et chirurgien - major des Gardes - François, directeur et secrétaire de sa compagnie, enfin décoré du cordon de Saint-Michel en 1751. Membre de l'a- cadémie des Sciences en 1722, il le devint de celle de Londres et de beaucoup d'autres. On a de lui : I. *Traité de la Taille au haut appareil*, Paris, 1728, in-12; en anglois, par Douglas; Londres, 1729. II. *Eloge historique de M. Maréchal*, chirurgien du roi de France, Paris, 1737, in-4. III. *Discours dans lequel on prouve qu'il est nécessaire au Chirurgien d'être lettré*, 1743. IV. *Recueil d'expériences et d'observations sur la Pierre*, 1743, 2 vol. in-12. V. Le second et le troisième volume de l'*Histoire de l'Académie de Chirurgie*. VI. *Opuscules de Chirurgie*, 1768-1772, 2 vol. in-4. On lit avec plaisir et avec fruit plusieurs de ses *Mémoires* dans la collection de l'académie des Sciences et dans celle de l'académie de Chirurgie. Il mourut le 21 juillet 1773, à 75 ans. La sûreté de son commerce, les agrémens de son caractère, et ses connoissances, faisoient rechercher sa société. — Il ne faut pas le confondre avec *Jean-François MORAND* son fils, né à Paris en 1726, mort en 1784, professeur d'anatomie, médecin de *Stanislas* roi de Pologne et duc de Lorraine. Reçu membre de l'académie des Sciences, il y remplit les fonctions de directeur avec autant de douceur que de fermeté. Il fut bon, généreux, amisur. C'est de lui qu'est : I. L'article du *Charbon de terre et de ses mines*, qui forme le 40$^{e}$ cahier des Arts de l'académie des Sciences. II. *Le Mémoire sur la nature, les effets, propriétés et avantages du charbon de terre*, etc. Paris, 1770, in-12, avec figures. Pour acquérir des connoissances d'autant plus sûres sur ce fossile, il s'étoit rendu à Liè- Liege, où il se trouve en quantité. III. *L'Histoire de la maladie de la femme Supiot*, dont les os s'étoient amollis, 1752, in-12. IV. *L'Eclaircissement sur la maladie d'une fille de Saint-Geosme*, près de Langres, 1754, etc.
III. MORAND, (Antoine) habile mécanicien, fit en 1706, l'horloge de l'appartement du roi à Versailles, sur laquelle deux coqs chantent et battent des ailes à chaque heure.
IV. MORAND, architecte de Lyon, fit construire sur le Rhône un pont en bois, qui porte son nom, et qui est remarquable par l'élégance de sa forme et la précision de ses parties. Chaque d'elles peut se démonter pour être refaite, sans nuire à la solidité du reste de l'ouvrage. Cet architecte s'est distingué encore par son goût pour les décorations, et par plusieurs édifices très-élégamment ornés. Ses mœurs étoient douces, sa probité intacte. Il est péri à Lyon, après le siège de cette ville, condamné à mort par le tribunal de sang qui y fut établi par la vengeance, en 1793.
MORANDE, (N. Thevenot de) fils d'un procureur d'Arnaille-Duc en Bourgogne, s'enrôla très-jeune dans un régiment de dragons. Son père, qui le destinait à sa profession, acheta son congé. Mais son génie inquiet lui fit bientôt déserter la maison, pour aller se plonger à Paris dans la dissolution et dans les intrigues. Des fripouncries et des aventures honteuses, obligèrent sa famille de solliciter un ordre pour le faire enfermer aux Bons-Enfans d'Armentières. Sorti de cette maison, il passa en Angleterre, où il distilla ses po- 448 MOR sons dans différens libelles. Celui qui fit le plus de bruit, fut le *Gazetier Cuirassé*, ou *Anecdotes Scandaleuses de la cour de France*; Londres, 1775, in-8.º Princes, ministres, maîtresses, magistrats, gens de lettres, tous les hommes qui avoient un nom alors, y sont déchirés avec le plus cruel acharnement. Il préparoit contre Mad. du Barry une autre satire, sous le titre de *Vie d'une Courtisane très-célèbre du dix-huitième siècle*; mais il supprima cet écrit, sous la condition d'une rente viagère de 4000 livres, dont la moitié reversible à sa femme. Il entreprit ensuite le *Courrier de l'Europe*, gazette qu'il rendit satirique pour la mieux vendre. Enfin, à l'époque de la révolution, il vint à Paris, où il intrigua beaucoup, et où il fut massacré en Septembre 1792. Avant de publier le *Gazetier Cuirassé*, il avoit fait imprimer le *Philosophe Cynique* et des *Mélanges confus sur des matières fort claires*, l'un et l'autre à Londres, 1771, in-8.º Quand cet *Arétin* préparoit quelque libelle, il avoit soin d'écrire aux personnes intéressées, de se racheter de ses sarcasmes par une somme d'argent, que quelques-uns enrent la bonté de lui envoyer. Il s'adressa même à *Voltaire*, qui ne le paya qu'en le dénonçant au public.
MORATA, ou MORETA, (Olympia Fulvia) née à Ferrare en 1526, embrassa le Luthéranisme, et épousa *Gruntler*, professeur de médecine à Heidelberg. Elle enseigna ensuite publiquement en Allemagne les lettres grecques et latines, comme *Cassandre Fidèle* les avoit enseignées en Italie. On a d'elle des *Vers grecs et latins*, qui ont mérité l'estime des savans. Cette femme illustre mourut en 1553, à vingt-neuf ans, également célèbre par son esprit et par ses mœurs. Ses *Œuvres* ont été imprimées avec celles de *Cœlius Curion*, à Basle, en 1562, in-8.º
MORAVIE, (Les *Frênes* de) *Voy*. II. HUTTEN.
MORDAUNT, *Voy*. PETER-BOROUGH. I. MOREAU, (Pierre) né à Paris, mort en 1648, inventa et fondit un caractère d'imprimerie imitant l'écriture bâtarde, qu'il employa à imprimer quelques ouvrages. Un jugement, obtenu par la compagnie des Libraires, lui fit défense d'en imprimer et vendre en d'autres caractères.
II. MOREAU, (René) habile docteur et professeur royal en médecine et en chirurgie à Paris, natif de Montreuil-le-Bellai en Anjou, mort le 17 Octobre 1656, à soixante-neuf ans, a donné: I. Une édition de l'*Ecole de Salerne*, avec de bonnes observations, Paris, 1625, in-8.º II. Un *Traité du Chocolat*, Paris, 1643, in-4.º
III. MOREAU DE BRASEY, (Jacques) né à Dijon en 1663, capitaine de cavalerie, mort à Briançon vers l'an 1722, âgé de 60 ans, est auteur: I. Du *Journal de la Campagne de Piémont*, en 1690 et 1691. II. Des *Mémoires Politiques, Satiriques et amusans*, 1716, 3 vol. in-12. III. De la suite du *Virgile travesti*, 1706, in-12: mauvaise continuation d'un mauvais ouvrage. — Il faut le distinguer d'un autre MOREAU, (Etienne) également poète et Dijonnois comme comme le précédent. Il est auteur de plusieurs pièces de poésie, que leur élégante simplicité rend estimables. Elles parurent à Lyon en 1667, sous ce titre: *Nouvelles Fleurs du Parnasse... Etienne* mourut en 1699, à 60 ans.
IV. MOREAU, (Jacques) habile médecin, né à Châlons-sur-Saône en 1647, disciple et ami du fameux *Guy-Patin*, s'attira la jalousie et la haine des anciens médecins, par les *Thèses* publiques qu'il soutint contre de vieux préjugés. On l'accusa d'avoir avancé des erreurs, mais il se défendit d'une manière victorieuse. Cet habile homme mourut en 1729, à 82 ans. On lui doit : I. Des *Consultations sur les Bhumatismes*. II. Un *Traité Chimique* de la véritable connoissance des *Fièvres* continues, pourprées et pestilentielles, avec les moyens de les guérir. III. Une *Dissertation physique sur l'Hydropisie*; et d'autres ouvrages estimés. V. MOREAU, (Jean-Baptiste) musicien d'Angers, alla chercher la fortune à Paris, où ses talens la lui firent rencontrer. Il vint même à bout de se glisser à la toilette de Madame la dauphine *Victoire de Bavière*. Cette princesse aimoit la musique : *Moreau* s'offrit de chanter un petit air : il chanta, et il plut. Son nom parvint par ce moyen aux oreilles du roi, qui voulut voir *Moreau*. Il chanta plusieurs airs, dont sa majesté fut si contente, qu'elle le chargea aussitôt de faire un divertissement pour Marly, qui deux mois après fut exécuté et applaudi de toute la cour. *Moreau* fut aussi chargé de faire la mu- sique pour les intermèdes des tragédies d'*Esther*, d'*Athalie*, de *Jonathas*; et de plusieurs autres morceaux pour la maison de Saint-Cyr. Ce musicien excelloit surtout à rendre toute l'expression des sujets et des paroles qu'on lui donnoit. Le poète *Lainez*, à qui il s'attacha, lui fournit des Chansons et de petites Cantarilles qu'il mit en musique, mais qui ne sont pas gravées. Il mourut à Paris en 1733, à 78 ans.
MOREAU, *Voy*. BEAUMONT, MAUPERTUIS et MAUTOUR. I. MOREL, (Frédéric) célèbre imprimeur du roi, et son interprète dans les langues grecque et latine; fut héritier de *Vascosan*, dont il avoit épousé la fille. Il étoit né en Champagne; et il mourut à Paris le 7 juillet 1583, dans un âge assez avancé. Sa devise étoit un mûrier, avec ces mots : *Tout arbre porte de bons fruits*.
II. MOREL, (Frédéric) fils du précédent, et plus célèbre que son père, fut professeur et interprète du roi, et son imprimeur ordinaire pour l'hebreu, le grec, le latin et le françois. Il avoit une si violente passion pour l'étude, que, lorsqu'on lui vint annoncer que sa femme étoit sur le point de mourir, il ne voulut pas quitter sa plume, qu'il n'eût fini la phrase qu'il avoit commencée. Il ne l'avoit pas achevée, qu'on vint lui dire que sa femme étoit morte : *J'en suis mari*, répondit-il froidement; c'étoit une bonne femme. Cet imprimeur acquit beaucoup de gloire par ses éditions, qui sont aussi belles que nombreuses. Il publia, sur les manuscrits de la bibliothèque du roi, plusieurs Trai- F f 450 MOR tés de St. Basile, de Théodoret, de St. Cyrille, de Galien, de Xénophon, de Philon le Juif, de Synesius, de Théophile. Dès l'âge de vingt ans, il avoit déjà publié l'Hérodien de la traduction de Jacques de Veniimille, 1580, qu'il accompagna d'une version. On estime l'édition qu'il donna des Œuvres d'Œcumenus et d'Arretas, en deux vol. in-folio. Enfin, après s'être signalé par ses connoissances dans les langues, il mourut le 27 Juin, 1630, à 78 ans. Ses fils et ses petits-fils marchèrent sur ses traces. Voyez II. EZÉCHIEL.
III. MOREL, (Claude) fils du précédent, étoit bon imprimeur, et savant dans les langues grecque et latine. Son édition de saint Grégoire de Nysse, 1738, 3 vol. in-folio, est estimée des savans. On distingue dans ses éditions, Quintilien, St. Ignace, St. Denis l'Aréopagite, dont quelques exemplaires sont en vélin. On a observé que les livres sortis les premiers de ses presses, sont plus beaux que les autres. Morel prenoit pour devise ce vers pentamètre: Victurus genium debet habere liber.
IV. MOREL, (Charles) imprimeur ordinaire du roi, successeur des précédens, a donné des éditions correctes de plusieurs Pères Grecs. La plus considérable est celle des conciles généraux et provinciaux, en grec et en latin, par Binius, dix volum. in-fol. V. MOREL, (Gilles) imprimeur du roi, habile dans son art, a donné les Œuvres de St. Grégoire de Nysse, 1638; de St. Isidore, d'Aristote, en 4 vol. in-fol. On lui doit encore, la grande Bibliothèque des Pères, en 17 vol. in-fol. Sur la fin de ses jours, Morel se fit recevoir conseiller au grand conseil.
VI. MOREL, (Guillaume) professeur royal en grec, directeur de l'imprimerie royale à Paris, mourut en 1564. On a de lui, un Dictionnaire Grec-Latin-François, 1622, in-4°, et d'autres ouvrages pleins d'un savoir étendu. Il a publié encore les ouvrages d'Arthémidor, en grec et en latin, et ceux de St. Jean Chrysostôme, sur le nouveau Testament, en 6 vol. in-fol. Ce savant, qui n'étoit point de la famille des précédens, avoit un frère nommé Jean, âgé d'environ 20 ans, qui mourut en prison, où il étoit détenu pour crime d'hérésie; et qui, ayant été déterré, fut brûlé le 27 février 1559. Ils étoient de la paroisse du Tilleul, dans le comté de Mortein en Normandie.
VII. MOREL, (André) antiquaire, natif de Berne, se fit connoître à Paris par sa profonde érudition. On lui offrit la place de garde du cabinet des médailles du roi, à condition qu'il embrasseroit la religion Catholique; mais il ne voulut point l'accepter à ce prix. Il étoit alors à la Bastille, où Louvois l'avoit fait mettre, parce qu'il s'étoit plaint, avec la franchise de son pays, qu'on ne le récompensoit pas du travail dont il avoit été chargé par Louis XIV. La liberté lui ayant été rendue, pour la 2e fois, le 16 novembre 1691, à la sollicitation du grand conseil de Berne, il se retira en Allemagne, et mourut d'apoplexie à Arnstadt, le 11 avril 1703. Il laissa un fils, ministre de l'Église de Berne. Quoique Morel eût cultivé toute sa vie la M O R 451 science numismatique, il ne la mettoit point au-dessus de toutes les autres connoissances, comme font certains antiquaires. Il ne regardoit les Médailles que comme des monumens de la vanité des Anciens, qui servent à connoître l'histoire, mais qui ne renferment pas toute l'histoire. Il étoit naturellement modeste; et, quoique Vaillant ne lui fût pas favorable, il se reconnoissoit inférieur à cet antiquaire, et il avouoit que personne ne le surpassoit dans la connoissance des médailles. Ses principaux ouvrages sont: I. Thesaurus Morellianus, sive Familiarum Romanarum Numismata omnia... et disposita ab Andrea Morellio, cum Commentariis Havercampi; Amsterdam, 1734, cinq tom. en 2 vol. in-fol. C'est le recueil le plus complet des familles Romaines qui ait jamais paru: il est estimé, rare et recherché. On y trouve 353$^{e}$ médailles, gravées avec leurs revers. Le lecteur est également frappé et de la beauté des médailles, gravées par Morel lui-même sur les originaux, et de la justesse des inscriptions. II. Specimen rei nummariæ, Leipzig, 1695, en 2 vol. in-8$^{o}$: ouvrage digne du précédent. — VIII. MOREL, (Dom Robert) Bénédictin de Saint-Maur, né à la Chaise-Dieu en Auvergne, l'an 1653, fut fait bibliothécaire de Saint-Germain-des-Prés en 1680. On lui donna ensuite la supériorité de différentes maisons. En 1699, il voulut être déchargé de tout fardeau, pour se retirer à Saint-Denis, où il s'occupa à composer des ouvrages ascétiques. Ce savant Bénédictin, né avec un esprit vif et fécond, excelloit sur-tout dans les matières de piété, dans la connoissance des mœurs et des règles de conduite pour la vie spirituelle. Sa conversation étoit vive et délicate; ses réponses spirituelles et promptes; son humeur douce, égale, et d'une gaieté accompagnée de retenue. Sa mal-propreté extérieure n'altéroit point la beauté de l'intérieur. Ses paroles ne respiraient que la piété, la droiture, la charité, la sincérité et l'innocence des mœurs. Une grande simplicité, et une modestie dont il ne s'écartoit jamais, cachoient ses talens aux yeux des ignorans, et les relevoient aux yeux des gens d'esprit. Dom Morel mourut en 1731, à 79 ans. On a de lui: I. Effusion de cœur sur chaque verset des Pseumes et des Cantiques de l'Eglise, Paris, 1716, en 5 vol. in-12. Le P. de Tournemine, Jésuite, estimoit tellement ce livre, dont les expressions sont affectueuses, qu'il le lisoit tous les jours; et lorsqu'il étoit obligé d'aller à la campagne, il en portoit un volume avec lui. Il voulut même en connoître l'auteur et lui demanda sa bénédiction à genoux. (HISTOIRE Littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, p. 504.) II. Méditation sur la Règle de Saint-Benoit, 1717, in-8$^{o}$. III. Entretiens spirituels sur les Evangiles des Dimanches et des Mystères de toute l'année, distribués pour tous les jours de l'Avent, 1720, 4 vol. in-12. IV. Entretiens spirituels, pour servir de préparation à la Mort, in-12, en 1721. V. Entretiens spirituels, pour la Fête et l'Octave du Saint-Sacrement, en 1722, in-12. VI. Imitation de N. S. J. C., traduction nouvelle, avec une prière affective, ou effusion de cœur à la fin de chaque chapitre, in-12, en 1723. VII. Méditat F f 2 tions Chrétiennes sur les Evangiles de toute l'année, 2 volum. in-12, en 1726. VIII. Du bonheur d'un simple Religieux et d'une simple Religieuse, qui aiment leur état et leurs devoirs, in-12, 1727. IX. Retraite de dix jours sur les devoirs de la vie Religieuse, in-12, 1728. X. De l'Espérance Chrétienne, et de la confiance en la Miséricorde de Dieu, in-12, 1728. La plupart des ouvrages de Dom Morel ne sont que des prières continuelles; l'auteur a tiré ses réflexions de l'Écriture et des écrits ascétiques des SS. Pères. C'est ce qui donna une grande vogue à ses ouvrages, et ce qui excita en même temps l'envie des ennemis de l'auteur, regardé par eux comme Janséniste, et peint comme tel dans le Dictionnaire des livres Jansénistes. — MORELLE, (Julienne) née à Barcelone, fut un prodige de savoir. Elle posséda quatorze langues, la théologie, la philosophie, la jurisprudence et la musique. Dès l'âge de 12 ans, elle soutint publiquement à Lyon diverses thèses qu'elle dédia à Marguerite d'Autriche, reine d'Espagne. Dégoûtée du monde et des hommages qu'on lui rendoit, elle embrassa la profession religieuse dans le monastère de Sainte-Praxède d'Avignon, et y mourut en 1653. — MORELLI, (Marie-Magdeleine) née à Pistoie, se distingua dans sa jeunesse par ses talens pour la poésie, qui la firent recevoir avec distinction dans l'académie des Arcades de Rome, où elle prit le nom de Corilla Olympica. Ses succès, ses admirateurs lui procurèrent l'honneur de recevoir au Capitole, le 31 août 1771, la couronne de grand poète, que Pétrarque obtint, et qui alloit ceindre le front du Tasse, à la mort ne l'eût frappé la veille de la cérémonie. Le célèbre imprimeur Bodoni a recueilli, à Parme, les actes de ce couronnement solennel, et des honneurs rendus à Corilla. Celle-ci est morte à Florence, le 8 novembre 1800. Voy. Pizzi.
MORENAS, (François) historiographe d'Avignon, naquit dans cette ville en 1702, et y mourut en 1777... Il eut une jeunesse assez orageuse. Il fut soldat, gordelier; et ayant obtenu la dispense de ses vœux, et étant rentré dans le monde, il entreprit, en 1733, le Courrier d'Avignon, qu'il écrivit d'un style foible et incorrect, mais facile et naturel. On lui donna ensuite pour collaborateur l'abbé la Baume, puis l'abbé Outhier; l'un poète en prose, l'autre ex-prédicateur. Le ton de la Gazette Avignonioise changea entièrement sous ce dernier rédacteur. Il broda les nouvelles en déclamateur; il annonça des bagatelles avec emphase. Ce style demi-oriental, qui auroit dû décrier la feuille, servit à la répandre, parce que beaucoup de sots aiment les phrases, et que d'ailleurs l'auteur avoit de l'imagination et quelquefois des saillies. Morenas n'avoit ni l'un ni l'autre. C'étoit en littérature un écrivain très-médiocre, et dans la société un bon homme qui ne montroit guères d'esprit, et encore moins d'agrémens. Comme les honoraires de la Gazette ne lui suffisoient pas, il composoit des Sermons pour tous les jeunes aspirans à la chaire, et vendoit son éloquence ce qu'elle valoit; c'est-à-dire fort bon marché. Il travaillait en même temps à différens ouvrages polémiques peu importants, et qu'il est inutile de faire connoître.
MORÉRI, (Louis) docteur en théologie, né le 25 mars 1643, d'une famille honnête, à Bargemont, petite ville de Provence, prêcha à Lyon la controverse pendant cinq ans avec succès. Il s'étoit annoncé dans cette ville par une mauvaise allégorie, intitulée : *Le Pays d'Amour*, qu'il publia dès l'âge de 18 ans. Il se fit connoître bientôt par des ouvrages plus utiles. Il publia, en 1673, en un vol. in-fol., le *Dictionnaire* qui porte son nom, et dont *Chappuzeau*, dit-on, lui donna la première idée. Ce fut vers le même temps qu'il s'attacha à l'évêque d'Apt, *Gaillard de Longjumeau*, à qui il avoit dédié cet ouvrage, en reconnaissance des soins que ce prélat s'étoit donnés pour lui faire trouver des matériaux. *Mad. de Gaillard de Venel*, sœur de l'évêque d'Apt, le fit placer auprès de *Pompone*, secrétaire d'état. Il pouvoit espérer de grands avantages de sa place; mais son application au travail épuisa ses forces, et le jeta dans une langueur presque continuelle. L'ardeur avec laquelle il s'occupa d'une nouvelle édition de son *Dictionnaire*, augmenta son épuisement, et lui donna enfin la mort. Il expira à Paris, le 10 juillet 1680, à 38 ans. Le 1$^{er}$ volume de sa nouvelle édition avoit déjà paru, et le second vit le jour quelques mois après la mort de son auteur. *Moréri* avoit des connoissances et de la littérature : il connoissoit les livres modernes qu'il falloit consulter, et entendoit assez bien l'italien et l'espagnol; mais il n'avoit ni beaucoup de goût, ni beaucoup d'imagination. Son ouvrage réformé et considérablement augmenté, porte encore son nom, et n'est plus de lui. C'est une ville nouvelle, dit *Voltaire*, bâtie sur l'ancien plan. Trop de généalogies suspectes, d'articles consacrés à des hommes obscurs, d'inexactitudes, de minuties, de fautes de langage; le défaut de critique, de précision et de goût, ont fait tort à cet ouvrage utile, qui seroit infiniment plus agréable, si les auteurs qui y ont mis la main s'étoient bornés au nécessaire et à l'intéressant. Plusieurs grands hommes, comme *Alexandre*, *César*, *Pompée*, *Boileau*, *Molière*, *Corneille*, etc. n'y sont que crayonnés, tandis qu'une foule d'écrivains inconnus, et de gentilshommes de deux jours, y occupent un terrain immense. Ce *Dictionnaire* est sur-tout très-défectueux pour la partie géographique, malgré les diverses et fréquentes revisions qui en ont été faites. Aussi, étoit-ce une vraie *étable d'Augias*, dit Prosper Marchand, pour le nettoyement de laquelle il n'auroit fallu rien moins qu'un *Hercule littéraire*. Qu'on ne dise point, comme *Vigneul-Marville*, que le *Moréri* est un *Dictionnaire bourgeois*, qu'il n'est pas fait pour les savans. J'aimerais autant qu'on excusât une *Grammaire* remplie de règles fausses, et un *Catechisme* plein de mauvais principes, en disant qu'ils sont assez bons pour des écoliers et des enfans. C'est justement parce que cet ouvrage devoit servir à des bourgeois, qu'il auroit dû être plus soigneusement travaillé et plus exact. Les gens de lettres peuvent aisément re- F f 3 454 MOR dresser les fautes et les erreurs, en recourant aux sources; mais les lecteurs vulgaires, et surtout les jeunes gens, ne sont nullement en état de le faire. Ce qui a contribué à faire un nom à *Moréri*, c'est qu'on s'imagine que c'est le premier Dictionnaire françois et historique; mais on avoit celui de *Juigné*, qui, tout inexact qu'il est, ne lui fut pas inutile. Les éditions les plus estimées du Dictionnaire de *Moréri*, sont: Celle de 1718, en 5 vol. in-fol.; celle de 1725, 6 vol. in-fol.; et celle de 1732, aussi en 6 vol. in-fol. L'abbé *Gouget* a donné 4 vol. in-fol. de Supplément, que M. *Drouet* a refondus dans une nouvelle édition, publiée en 1759, en 10 vol. in-fol., avec des corrections et des augmentations. Cet ouvrage a été traduit en anglois, en espagnol et en italien. I. MORET, (Jean) imprimeur d'Anvers, succéda à *Plantin*, dont il avoit épousé la fille. Il se rendit célèbre par ses connaissances et ses éditions. Son amitié pour *Juste-Lipse* ne se démentit jamais. Il mourut en 1610. — Son fils *Balthasar MORET*, conserva à son imprimerie la réputation qu'elle avoit acquise. — II. MORET, (Antoine de BOURBON, comte de) fils naturel de *Henri IV* et de *Jacqueline de Beuil* comtesse de *Moret*, et prince légitimé de France, naquit en 1607. Après avoir goûté les sages leçons de *Lingendes*, (depuis évêque de Sarlat) son précepteur, il eut les abbayes de Savigny, de Saint-Etienne de Caen, de Saint-Victor de Marseille; et ces bénéfices ne l'empêchèrent pas de porter les armes. Il reçut une mousquetade au combat de Castelnaudari, en 1632, dont il mourut, à ce qu'assurent les historiens les plus instruits. D'autres prétendent qu'il se retira en Portugal en habit d'hermite; qu'ensuite il revint en France, et qu'il se cacha, sous le nom de *Frère Jean-Baptiste*, dans un hermitage en Anjou. Mais enfin quelle preuve apportent-ils, qu'un fils de *Henri IV*, qu'ils ne font mourir qu'en 1693, étoit un solitaire Angevin? Aucune. Cependant ils ajoutent, que *Louis XIV*, frappé des bruits qui couroient au sujet du comte de *Moret*, fit demander par l'intendant de l'ouraine à l'hermite qui passoit pour être ce comte, s'il l'étoit réellement? le solitaire répondit: *Je ne le nie, ai ne veux l'assurer; tout ce que je demande, c'est qu'on me laisse comme je suis*. Cette réponse et d'autres circonstances répandent sur ce point d'histoire une obscurité, que les critiques n'ont pu encore dissiper entièrement. Cependant nous croyons devoir rapporter les raisons de ceux qui admettent l'opinion la plus probable, c'est-à-dire, que le *Frère Jean-Baptiste* n'étoit pas le comte de *Moret*. Si ce jeune seigneur se sauva avec une douzaine de personnes de la première qualité, ainsi que l'assurent ceux qui ne veulent pas qu'il ait été tué dans le combat, comment le bruit de sa mort se répandit-il si généralement, sans être réfuté par aucun des témoins et des compagnons de sa fuite? Comment *Bassompierre*, qui devoit être très-instruit, publiait-il, qu'ayant voulu aller voir détrousser les ennemis, le comte fut rapporté mort? Comment cette mort fut-elle confirmée par les historiens contemporains, Duplex et le continuateur de de Serres ? Il y a plus : quelques-uns de ses historiens nomment le capitaine Bideran qui lui porta le coup mortel, et désignent le monastère de Prouille comme le lieu où le corps du comte fut porté. Si donc il mourut pendant ou après le combat, la dispute est finie, et il est impossible de le retrouver dans un vieux hermite d'Anjou, à moins, dit d'Avrigny, qu'il ne fût ressuscité. C'est ce qui n'auroit pas paru impossible au bon curé Grandet, qui a donné l'histoire du comte de Moret, sous le titre de Vie d'un Solitaire inconnu. Dans ce livre qui tient du roman historique, il s'avisa, à la fin du dix-septième siècle, de donner le démenti à tous les auteurs contemporains; et comme on aime les métamorphoses, quelques écrivains adoptèrent celle du comte de Moret; les uns, parce qu'elle étoit merveilleuse; les autres, parce qu'elle leur fournissoit un épisode singulier, qui faisoit mieux lire leurs ouvrages.
MORFONTAINE, (N°) né dans la Brie, est auteur des Cantates que Bousset a mises en musique, et insérées dans ses Recueils. Il avoit fait aussi un opéra de Pyrame et Thishé, dont le célèbre organiste Marchand avoit commencé la musique lorsqu'il mourut. Morfontaine est mort vers l'an 1732.
MORGAGNI, (Jean-Baptiste) savant anatomiste, né à Forli dans la Romagne, en 1682, fut reçu de l'académie des Inquiets de Bologne, où il avoit fait ses études; académie connue depuis avantageusement sous le titre d'Institut de Bologne. La république de Venise le tira de Forli, où il exerçoit la médecine sur un trop petit théâtre, pour lui donner la chaire d'anatomie de Padoue, avec 6000 livres d'appointemens. Il honora cette ville par ses découvertes, et par ses ouvrages qui roulent tous sur son art. Les principaux sont : I. Adversaria Anatomica sex, à Padoue, 1719, in-4°, ou à Leyde, 1741, in-4°. Cette dernière édition a, de plus que les précédentes, Nova Institutionum medicorum Idea. II. Epistola Anatomicae, Leyde, 1728, in-4°. III. De sedibus et causis Morborum per anatomen indagatis, libri V; Patavii, 1760, deux vol. in-fol.; Lovanii, 1766, deux vol. in-4°; Embroduni in Helvetiâ, 1779, 3 vol. in-4°. IV. Plusieurs Lettres, insérées dans la nouvelle édition de Valsalva. Il a donné son nom à un trou de la langue et à un muscle de la luette, parce qu'il les découvrit le premier. Ce savant étoit correspondant de l'académie des Sciences de Paris. Il mourut en 1771, âgé de 90 ans. Les papes Clément XI et Clément XII, et plusieurs souverains, lui donnèrent des marques particulières de leur estime. Benoit XIV fait de lui une mention honorable dans son traité De Beatificatione servorum Dei. Peu de savans ont joui d'une estime plus générale. Il avoit recueilli lui-même ses Ouvrages, qui parurent en 1765, en 5 vol.
MORGUES, Voyez MOURGUES.
MORHOF, (Daniel-George) né à Wismar, dans le duché de Meckelbourg en 1639, devint professeur de poésie à Rostock, ensuite d'éloquence, de poésie et d'histoire à Kiel, et bibliothécaire de l'université de cette ville. 456 MOR Cet écrivain se signala par un grand nombre d'ouvrages, fruit de son érudition et d'un travail infatigable. Les principaux sont : I. *Dissertationes*, 1699, in-4.º II. *Opera Poetica*, 1694, in-4.º III. *Orationes*, 1698. IV. *Poly-histor*, sive *De notitia auctorum et rerum*. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de Lubeck, 1732, 2 vol. in-4.º Il y a peu de livres plus savans; mais il manque de méthode. V. *Princeps Medicus*, 1665, in-4.º C'est une dissertation fort curieuse sur la guérison des échouelles par les rois de France et d'Angleterre. L'auteur l'admettant également dans ces deux princes, soutient qu'elle est miraculeuse. VI. *Epistola de scypho vitreo per sonum humanæ vocis rupto*, Kiloni, 1703, in-4.º Un marchand de vin d'Amsterdam, qui rompoit les verres à boire par un ton de voix élevé, donna lieu à cet ouvrage plein de choses curieuses. *Morhof* mourut à Lubeck, le 30 juillet 1691, à 53 ans, épuisé par ses veilles, et regretté pour les qualités de son cœur. Quoique *Morhof* fut très-froid avec ceux qu'il ne connoissoit pas, il étoit très-ouvert avec ses amis, et d'une conversation aussi agréable que variée. Il étoit si laborieux, qu'il travaillait même en mangeant. Il avoit choisi pour devise, ces trois mots : *PIETATE*, *CANDORE*, *PRUDENTIA*, et il exprimoit ces vertus dans ses mœurs. Sa bibliothèque étoit nombreuse et choisie.
MORICE DE BRAUBOIS, (Dom Pierre-Hyacinthe) né à Quimperlay dans la basse-Bretagne, en 1693, de parens nobles, entra dans la congrégation de Saint-Maur, et s'y signala par son érudition. Le cardinal de *Rohan* ayant demandé à ses supérieurs deux religieux pour travailler à l'Histoire de son illustre maison, Dom *Morice* se chargea de ce travail. Son ouvrage est demeuré manuscrit dans la maison de *Rohan*, dont il avoit l'estime et la confiance : il formeroit trois ou quatre vol. in-4.º Le cardinal de *Rohan* lui marqua sa reconnoissance en lui donnant une pension de 800 liv., qui fut moins pour lui que pour les indigents. Ce savant travailla ensuite à donner une nouvelle édition de l'*Histoire de Bretagne* de Dom *Lobinan*. L'attente et les vœux du public et de ses compatriotes, furent bientôt remplis. Depuis l'année 1741 jusqu'en 1750, il donna 3 vol. in-fol. de Preuves ou Mémoires pour cet ouvrage, et le 1er vol. in-fol. de l'Histoire; laissant tous les matériaux du second et du dernier vol., lorsqu'il mourut, en 1750, à 57 ans. Dom *Taillandier*, son confrère, a continué cet ouvrage, dans lequel on trouve, non-seulement des pièces curieuses et intéressantes, mais des dissertations propres à éclaircir tout ce qui regarde l'origine, les mœurs, les coutumes des Bretons, son ancienne noblesse, les droits de la province, etc. Dom *Morice* se rendit recommandable par sa tendre piété, sa modestie, son humanité, sa régularité, sa vie laborieuse, pénitente et austère; par une conduite toujours uniforme; par son caractère doux, aimable, sociable, bienfaisant, sur-tout envers les pauvres, dont il étoit comme le père.
MORILLON, (Dom Julien-Gatien de) Bénédictin de Saint-Maur, né à Tours, en 1633, mort à l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes, en 1694, à 61 ans, fut choisi pour procureur général des monastères de Bretagne. Son habileté dans l'administration des affaires ne l'empêcha pas de cultiver la poésie. On a de lui, des paraphrases en vers françois de Job, in-8°; de l'Ecclésiaste, in-8°; de Tobie, in-8°. Mais il est principalement connu par son JOSEPH ou l'Esclave fidelle, à Turin, (Tours) 1679, in-8°. Ce Poème, dont la versification est foible, mais facile, offre des morceaux touchans. Il fut réimprimé à Breda, en 1705, in-8°. Quelques endroits trop libres le firent supprimer, et ce petit ouvrage est assez rare,
MORILLOS, (Barthélemi) de Séville en Espagne, naquit en 1613. Après avoir cultivé la peinture avec succès dans sa patrie, il voyagea en Italie, où il se fit admirer de nouveau par une manière de peindre qui lui étoit propre, et qui produisoit un grand effet. Les Italiens, étonnés de la beauté de son génie et de la fraîcheur de son pinceau, ne firent point difficulté de le comparer au célèbre Paul Véronèse. De retour en Espagne, Charles II le fit venir à sa cour, dans le dessein de le nommer son premier peintre; mais Morillos s'en excusa sur son âge, qui ne lui permettoit pas de se charger d'un emploi aussi important: son extrême modestie étoit néanmoins l'unique cause de son refus. Il mourut en 1685, à l'âge de 72 ans. — I. MORIN, (Jean) né à Blois en 1591, de parens Calvinistes, étudia les humanités à la Rochelle. Il alla ensuite à Leyde, où il apprit la philosophie, les mathématiques, le droit, la théo- logie et les langues Orientales. Après avoir orné son esprit de toutes ces connoissances, il se consacra entièrement à la lecture de l'Écriture-Sainte, des Conciles et des Pères. Un voyage qu'il fit à Paris l'ayant fait connoître au cardinal du Perron, il abjura le Calvinisme entre les mains de ce prélat. Le nouveau converti demeura quelque temps auprès de lui, et entra ensuite dans l'Oratoire, congrégation nouvelle, fondée par le cardinal de Bérulle. Son érudition et ses ouvrages lui firent bientôt un nom. Les prélats de France se faisoient un plaisir de le consulter sur les matières les plus épineuses et les plus importantes. Le pape Urbain VIII, instruit de ses talens et de ses vertus, l'appela à Rome, et se servit de lui pour la réunion de l'Église Grecque avec la Latine. Le cardinal de Richelieu obligea ses supérieurs à le rappeler en France, et lui fit perdre le chapeau de cardinal, dont on prétend qu'il auroit été honoré, s'il se fût fixé à Rome. De retour à Paris, il se livra à l'étude avec une ardeur infatigable, et y mourut d'une apoplexie, le 28 février 1659, à 68 ans, également regretté pour ses connoissances et son caractère franc et sincère. Il étoit parfaitement versé dans les langues Orientales; il fit revivre, en quelque sorte, le Pentateuque Samaritaia, en le publiant dans la Bible Polyglotte de le Jay. Ses principaux ouvrages sont: I. Exercitationes Biblicæ, 1660, in-fol., à Paris; ouvrage dans lequel l'auteur ne ménage point assez l'intégrité du Texte hébreu, et qui fut réfuté par Siméon de Muys. Le P. Morin a divisé son livre en deux parties, 458 MOR dont la seconde fut finie par le P. Fronto, Génovéfain. Comme le rabbinisme domine dans ce livre, et qu'il se seroit vendu difficilement, le libraire y joignit les Exercitations sur l'origine des patriarches et des primats, et sur l'ancien usage des censures à l'égard du clergé. Ces Exercitations, imprimées en 1626, in-4°, étoient alors demandées, quoiqu'elles soient écrites d'un style enflé et diffus. II. De sacris Ordinationibus, in-folio, 1655. III. De Pœnitentia, in-fol., 1651. L'auteur a ramassé, dans cet ouvrage et dans le prétendent, tout ce qui pouvoit avoir rapport à son sujet. L'un et l'autre sont très-savans, mais ils manquent un peu de méthode. « Il seroit à souhaiter que dans le dernier, dit Niceron après Dupin, l'auteur eût établi des principes plus certains sur les témoignages et les pratiques qu'il rapporte, et qu'il en eût tiré des inductions plus justes. Cela n'empêche pas que son ouvrage n'ait été d'une grande utilité, et n'ait appris sur la pénitence bien des choses, qui étoient auparavant peu connues, particulièrement dans l'école. Lorsqu'il fut admis à l'examen, les examinateurs y trouvèrent quelques endroits qui leur parurent trop durs, ou contraires au sentiment commun des théologiens, et qu'ils l'obligèrent d'expliquer ou de rétracter dans un avertissement qui est à la tête. Ils lui firent même retrancher un Traité entier, De expiatione Catechumenorum : prétendant que, de la manière dont il s'y exprimoit, il ruinoit la confession. Il a été cependant imprimé plusieurs années après. » IV. Une nouvelle Edition de la Bible des Septante, avec la version latine de Nobilus, 3 vol. in-fol., Paris, 1628 ou 1642, estimée ; elle comprend le Nouveau Testament. V. Des Lettres et des Dissertations, sous le titre d'Antiquitates Ecclesiae Orientalis, 1682, in-8° VI. Œuvres posthumes, en latin, 1703, in-4° VII. Histoire de la délivrance de l'Eglise par l'empereur Constantin, et du progrès de la souveraineté des Papes par la piété et la libéralité de nos Rois, in-fol., 1619. Cet ouvrage, écrit en françois d'une manière incorrecte et diffuse, déplut à la cour de Rome, et l'auteur ne put l'appaiser qu'en promettant quelques corrections. VIII. Des défauts du Gouvernement de l'Oratoire, in-8°, 1653. C'est un détail des abus qui s'étoient glissés dans la congrégation. L'auteur censure avec beaucoup de liberté la conduite des chefs, entr'autres du Père Bourgoing, général, dont il fait un portrait peu avantageux. Le Père Morin fut obligé de lui faire une réparation publique ; et presque tous les exemplaires de sa critique furent brûlés, ce qui l'a rendue rare. C'est un livre à peu près semblable à celui que Mariana a composé contre la société des Jésuites, et en particulier contre son général Aquaviva. Mariana est cependant plus excusable que le Père Morin. Le premier ne composa son ouvrage que pour son usage particulier, et avec de bonnes intentions ; au lieu que l'autre fit imprimer le sien dans des vues contraires. Le P. Desmarets en a donné un Abrégé sous le nom de la Tourelle. Richard Simon assure que le Père Morin avoit fait un recueil de tout ce qu'il avoit lu de mordant et d'injurieux dans les anciens auteurs, pour s'en servir dans l'occasion; et qu'il avoit une opiniâtreté si démesurée, que, trois ans après la prise de la Rochelle, il soutenoit encore qu'elle n'avoit pas été prise, et que tous les bruits qui en avoient été publiés, n'étoient qu'un roman. Malgré ces travers, le Père *Morin* étoit certainement un des plus savans hommes de son temps. Peu d'auteurs ont plus écrit sur la critique de la Bible, et avec plus d'érudition que lui. Il est le premier qui ait commencé à traiter solidement la matière des Sacremens, et l'on peut dire qu'il a épuisé tous les sujets sur lesquels il s'est exercé. Si, dans ses ouvrages, il a glissé quelques opinions contraires à celles de quelques théologiens, il étoit cependant bien éloigné de cet esprit réformateur qui voudroit tout ramener à l'état des premiers temps : il regardoit la pratique et les coutumes de l'église dans tous les siècles, comme des lois qu'il n'étoit pas plus permis de contredire que les jugemens doctrinaux. *Insolentissima igitur est insania, non modò disputare contra id quod videmus universam Ecclesiam credere, sed etiam contra id quod videmus eam facere.* Voyez CAPPEL. — II. MORIN, (Jean-Baptiste) né l'an 1583 à Villefranche en Beaujolais, fut reçu docteur en médecine à Avignon, en 1613. Après avoir voyagé en Hongrie pour faire des recherches sur les métaux, il revint à Paris, et s'appliqua entièrement à l'astrologie judiciaire. En recherchant les événements de l'année 1617, il trouva que l'évêque de Boulogne (*Claude Dormy*) qui le logeoit chez lui, étoit menacé de la mort ou de la prison, et il eut soin de l'en avertir. Ce prélat, quoique infatué de l'astrologie, ne fit qu'en rire. Mais s'étant mêlé des affaires de la cour, alors fort embrouillées, il fut traité de rebelle et mis en prison. *Morin* seroit demeuré sans protecteur, si le duc de Luxembourg, frère du connétable de *Luynes*, ne l'avoit pris pour son médecin. Il entra chez ce seigneur en 1621, et y demeura huit ou neuf ans. L'ingratitude du duc à son égard l'obligea de quitter son service, et en sortant de chez lui il le menaça d'une maladie dangereuse, qui l'emporta au bout de deux ans. Quoique le hasard eût plus de part à l'accomplissement des prédictions de *Morin*, que son habileté, ses horoscopes lui ouvrirent l'entrée de la maison des grands, que cette science chimérique auroit dû lui fermer. Le cardinal de *Richelieu*, superstitieux malgré son génie, le consulta; et le cardinal *Maxaria* lui fit une pension de 2000 livres après lui avoir procuré la chaire de mathématiques au collège royal. Le comte de *Chavigny*, secrétaire d'état, régloit toutes ses démarches par les avis de *Morin*, et ce qu'il regardoit comme le plus important, les heures des visites qu'il rendoit au cardinal de *Richelieu*. *Morin* ne se trompa, dit-on, que de peu de jours dans le pronostic de la mort de *Gustave-Adolphe*. Il rencontra, à dix heures près, le moment de la mort du cardinal de *Richelieu*. Ayant vu la figure de *Cinq-Mars*, sans savoir de qui elle étoit, il répondit que cet homme-là auroit la tête tranchée. *Morin* se méprit de seize jours seulement à la mort du connétable de *Lesdiguières*, et de six à celle de Louis XIII. Mais son esprit prophétique fit des bévues beaucoup plus lourdes, qu'on ne manqua pas de remarquer. (Voyez GASSENDI.) Cet oracle des astrologues, c'est-à-dire des foux, voulut l'être aussi des philosophes. Il attaqua le système de Copernic et celui d'Epicure, et eut à ce sujet des démêlés très-vifs avec Gassendi et avec les disciples de ce philosophe. On lui fit voir qu'il se troin- poit lourdement dans ses horos- copes et dans ses prédictions, et qu'il n'avoit point trouvé le pro- blême des Longitudes. La Hol- lande avoit promis cent mille livres, et l'Espagne trois cent mille, à celui qui feroit cette dé- couverte. Morin croyoit déjà tenir les quatre cent mille francs, lorsque des commissaires nommés par le cardinal de Richelieu lui démontrerent l'extravagance de ses prétentions. Il mourut en 1656, à 73 ans. Comme il attri- buoit tous les événemens à l'in- fluence des astres, il ne craignit point de leur imputer ses débau- ches dont il fait le détail, et tout ce qui lui étoit arrivé pen- dant sa vie. On lui doit une Ré- futation en latin du Livre des Prédamites, curieuse et singu- lière; in-12, Paris, 1657. On a encore de lui, un livre intitulé : Astrologia Gallica; et un grand nombre d'autres ouvrages, dans lesquels on remarque un génie singulier et bizarre.
III. MORIN, (Pierre) né à Paris en 1531, passa en Italie, où le savant Paul Manuce l'em- ploya à Venise dans son impri- merie. Il enseigna ensuite le grec et la cosmographie à Vicence, d'où il fut appelé à Ferrare par le duc de cette ville. St. Charles Borromée, instruit de ses pro- fondes connoissances dans l'anti- quité ecclésiastique, de son dé- sintéressement, de son zèle et de sa piété, lui accorda son estime et l'engagea à aller à Rome en 1575. Les papes Grégoire XIII et Sixte-Quint, l'employèrent à l'édition des Septante, 1587; et à celle de la Vulgate, 1590, in- folio. Il travailla beaucoup à l'é- dition de la Bible en latin, tra- duite sur celle des Septante, Rome, 1588, in-folio; à l'édi- tion des Décrétales jusqu'à Gré- goire VII, Rome, 1591, 3 vol. in-fol.; et à une Collection des Conciles généraux, Rome, 1608, 4 vol. Ce savant critique mourut à Rome en 1608, à 77 ans. C'é- toit un homme franc, simple, sincère, doux, honnête, d'une humeur égale, ennemi de l'arti- fice, dédaignant les richesses et les honneurs, et n'ayant d'autre passion que l'étude. Il parloit italien aussi bien que les gens de lettres du pays. On a de lui, un Traité du bon usage des Scien- ces, et quelques autres écrits, publiés par le P. Quetif, Domi- nicain, en 1675. On y trouve des recherches et de bons principes; l'auteur y paroît versé dans les belles-lettres et dans les lan- gues. L'édition de l'Ancien Testa- ment grec des Septante, Roma, 1687, in-folio, est rare. Voyez CARAFFE.
IV. MORIN, (Étienne) mi- nistre de la Religion Prétendue- Réformée à Caen sa patrie, fut admis dans l'académie des Belles- Lettres de cette ville, malgré la loi qui excluoit les Protestans. Son savoir lui mérita cette dis- tinction. Après la révocation de l'Édit de Nantes, il se retira à Leyde en 1685, et de là à Ams- terdam, où il fut nommé professeur des langues Orientales. Il mourut en 1700, à 75 ans, après de longues infirmités de corps et d'esprit. On a de lui, huit Dissertations en latin sur des matières d'antiquité. Elles sont curieuses. L'édition de Dordrecht, 1700, in-8°, est la meilleure, et est préférable à celle de Genève, 1683, in-4°. Il a donné aussi la Vie de Samuel Bochard. V. MORIN, (Henri) fils du précédent, né à Saint-Pierre-sur-Dive en Normandie, se fit Catholique, après avoir été ministre Protestant. Il est auteur de plusieurs Dissertations, qui se trouvent dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, dont il étoit membre. Il mourut à Caen le 16 juillet 1728, âgé de 60 ans, aussi estimé que son père.
VI. MORIN, (Simon) naquit à Richemont en Normandie, vers l'an 1623, d'une famille obscure. La misère le chassa de son pays et l'amena à Paris, où il se fit écrivain copiste. Son cerveau, qui n'avoit jamais été fort bon, se dérangea totalement lorsqu'il jouit d'un peu d'aisance. Il se jeta dans les rêveries des Illuminés, alors fort communes à Paris. On le mit en prison, et on le relâcha bientôt comme un esprit foible, qui dans un état plus commode pourroit se rétablir. Il se logea chez une fruitière, abusa de sa fille, et fut contraint de l'épouser. Sa belle-mère tenoit une espèce d'hôtellerie, son genre se mit à prêcher ceux qu'elle recevoit. Les ignorans s'attroupèrent autour de cet ignorant, et le lieutenant de police ne put mettre fin à ces conventicules, qu'en faisant enfermer à la Bastille celui qui les tenoit. Cet in- sensé, remis en liberté au bout de deux ans, répandit un petit ouvrage où brilloient tous les égaremens de son esprit. En voici le titre: Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. PENSÉES DE MORIN, dédiées au roi. Naïve et simple déposition que Morin fait de ses Pensées aux pieds de Dieu, les soumettant au jugement de son Église très-sainte, à laquelle il proteste tout respect et obéissance: avouant que s'il y a du mal il est de lui; mais s'il y a du bien, il est de Dieu, et lui en donne toute la gloire: vol. in-8°, 1647, de 146 pages. Cette production, aujourd'hui fort rare, est précédée d'un Avant-propos; de trois Oraisons, à Dieu, à Jésus-Christ et à la Vierge; de quatre Épîtres: la première, au Roi: la seconde, à la Reine et à Nôseigneurs de son Conseil: la troisième, aux Lecteurs: la quatrième, aux faux-Frères fourrés dans l'Église Romaine. L'auteur étoit si enchanté de ce tissu de délires et d'inepties, qu'il en envoya un exemplaire au curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui lui demanda d'où venoit sa mission? De JESUS-CHRIST même, répondit le fanatique, qui s'est incorporé en moi pour le salut de tous les hommes. Le curé ne lui répliqua qu'en le faisant de nouveau enfermer à la Bastille. Avant que d'y être, il avoit répété plusieurs fois, qu'il ne seroit jamais assez lâche pour dire: Transeat à me Calix iste! Mais dès qu'il y fut, sa fermeté l'abandonna. Il fit sa rétractation, et obtint son élargissement. A peine fut-il sorti qu'il dogmatisa encore. Le parlement le fit mettre à la Conciergerie, et le condamna aux Petites-Maisons. Nouvelle abju- 462 MOR ration, et nouvel élargissement. Mais, le cœur n'ayant point eu de part à ses rétractations, il chercha de nouveau à faire des prosélytes. *Des Marêts de Saint-Sorlin* feignit de se mettre sur les rangs, et parvint à lui inspirer la plus grande confiance. *Des Marêts* ne cherchoit qu'à lui arracher ses secrets, pour pouvoir le dénoncer comme hérétique. La femme de *Morin* s'aperçut de son dessein, et redouta ses artifices. « *Des Marêts* appréhendant qu'elle ne communiquât ses craintes à son mari, et que cela ne fit cesser leur commerce avant qu'il eût tiré de lui tout ce qu'il desiroit savoir, résolut de donner à *Morin*, par la première lettre qu'il lui écriroit, une déclaration, par laquelle il le reconnoitroit pour *Fils de l'homme* et pour *le Fils de Dieu en lui comme un tout*. Cette lettre, du premier février 1662, fut si agréable à *Morin*, que, pour lui témoigner sa reconnaissance, il lui fit le lendemain une réponse, par laquelle il lui donna, comme par grace particulière, la qualité de son Précurseur, le nommant un véritable *Jean-Baptiste ressuscité*. » ( *NICERON*, Tome XXVII.) Alors s'établit entre ces deux hommes le commerce le plus intime. *Morin* dévoila à *des Marêts* toutes ses erreurs. « Selon lui, le corps de l'Eglise Romaine étoit l'*Antechrist*, parce qu'elle étoit corrompue; mais elle étoit fidelle en l'esprit de chacun qui est fidelle et qui est au-dessus de la loi, de la foi et de la grace, et par conséquent au-dessus de l'usage des prières, des sacrements, de la messe, et de toutes les choses extérieures, parce qu'il est alors impeccable, et n'a plus besoin de grace, et par conséquent n'a plus besoin de rien demander à Dieu, parce qu'il est à Dieu même et qu'il est Dieu. DIEU et le Diable avoient fait alliance ensemble pour sauver tout le monde, tant justes que pécheurs. Ceux-ci étoient sauvés par le moyen du péché, qui, en les humiliant, les porte à la pénitence. Le temps de la grace de *Jésus-Christ* étoit passé, et il ne falloit plus s'adresser à lui, mais seulement adhérer au Père en esprit. Le temps de la gloire étoit maintenant par le jugement du Fils de l'homme en son second avènement, qui rendoit à la nature ce qui lui appartenait après la consommation de la grace. Les corps ne devoient pas ressusciter, parce que la chair et le sang n'hériteroient point du Ciel, mais l'ame suivroit par-tout le corps céleste de *Jésus-Christ*. » Et pour expliquer ce que c'étoit que ce corps céleste, *Morin* disoit que *Jésus-Christ*, avant que de prendre sur la terre un corps terrestre, avoit un corps céleste, et que chacune des trois Personnes divines en avoit un pareil, sur lequel subsistoit sa personne. Il seroit assez inutile d'accorder toutes ces imaginations entr'elles; des visionnaires tels que *Morin*, n'ont jamais de système suivi. Cependant *des Marêts* le dénonça comme un hérétique qui pouvoit être très dangereux. *Morin* mettoit au net un discours qu'il vouloit présenter au roi, lorsqu'il fut conduit à la Bastille, et ensuite au Châtelet. Cet écrit commençoit par ces mots : *LE FILS DE L'HOMME AU ROI DE FRANCE... Des Marêts* se rendit son accusateur, et sur la déposition de ce fanatique contre un autre fanatique dont il étoit jaloux, le Fils de l'Homme fut condamné à être brûlé vif avec son livre et tous ses autres écrits. Après la lecture de son jugement, le premier président de Lamoignon lui demanda s'il étoit écrit quelque part que le nouveau Messie dût subir le supplice du feu ? Ce misérable eut l'impudence de répondre par ce verset du Pseaume XVI : Igne me examinasti, et non est inventa in me iniquitas. Toutes ces réponses prouvoient sa démence, et cette folie auroit dû, ce semble, lui obtenir grace. Son arrêt fut cependant exécuté le 14 mars 1663. Ses complices furent punis de diverses peines ; mais aucun ne fut condamné à la mort. Morin périt au milieu des flammes, âgé d'environ 40 ans, après avoir eu le bonheur d'abjurer ses erreurs. Il proféra, jusqu'au dernier soupir, ces mots : JESUS, MARIA !... Mon Dieu, faites-moi miséricorde ! Je vous demande pardon ! On a prétendu faussement qu'étant sur le bûcher, il dit aux juges : Messieurs, vous me condamnez dans ce monde, et je vous condamnerai dans l'autre. Le Procès-verbal ne fait aucune mention de cette pauvreté : on peut le voir dans le tome III des Mémoires d'Histoire et de Littérature, de M. l'abbé d'Artigny... Morin s'étoit vanté à ses sectateurs, que si on le faisoit mourir, il ressusciteroit trois jours après sa mort, et il s'en trouva d'assez foux pour se transporter au lieu de son exécution, afin d'être témoins de cette résurrection miraculeuse : mais il leur manqua de parole. Ce fanatique admettoit une espèce de métempsycose. Il prétendoit qu'après la mort du corps, les ames passaient dans d'autres corps, même dans le corps de ceux qui étoient vivans, et qui avoient déjà une ame ; qu'ainsi l'ame du cardinal Mazarin étoit passée dans le corps du roi, ce qui faisoit qu'il suivoit ses maximes. Toutes les Pièces du procès de cet insensé sont rares. Nous en donnerons la liste, pour contenter les curieux qui les joignent à ses Pensées, dont la rareté est connue. I. FACTUS contre Simon Morin, dans lequel se trouve l'Analyse de ses Ouvrages, 1663. II. Déclaration de Morin, sur la révocation de ses pensées 1649. III. Déclaration de Morin, de sa femme et de la Malherbe, etc., 1649. IV. Procès-verbal d'exécution de mort dudit, 1663. V. Arrêt qui condamne ledit à faire amende-honorable et à être brûlé en place de Grève, 1663 ; le tout in-8.º La dernière pièce se trouve ordinairement jointe aux Pensées... Voyez DOSCHE et DAVESNE.
VII. MORIN, (Louis) né au-Mans en 1635, vint faire sa philosophie à Paris à pied et en herborisant. Il étudia ensuite en médecine, et vécut en anachorète. Il ne mangeoit que du pain, ne buvoit que de l'eau, et tout au plus se permettoit-il quelques fruits. Paris étoit pour lui une Thébaïde, à cela près qu'il lui fournissoit des livres et des savans. Il reçut le bonnet de docteur en médecine l'an 1662, et après quelques années de pratique, il fut Expectant à l'Hôtel-Dieu. Sa réputation le fit choisir par Mlle de Guise pour son premier médecin, et par l'académie des Sciences pour un de ses membres. Il mourut en 1715, âgé de près de 80 ans. Une vie longue et saine, une mort lente et douce furent les fruits de sa 464 MOR tempérance. Les exercices de piété et les devoirs de son état remplissoient tout son temps. Il ne le perdoit point en visites, ni rendues, ni reçues. Ceux qui me viennent voir, disoit-il, me font honneur; ceux qui n'y viennent pas, me font plaisir. Il n'y avoit guère que quelque Antoine, dit Fontenelle qui pût aller voir ce Paul. Il laissa une Bibliothèque de près de 20,000 écus, un Herbier, un Médailler, et nulle autre acquisition. Son esprit lui avoit beaucoup plus coûté à nourrir que son corps. On trouva dans ses papiers un Index d'Hippocrate, grec et latin, beaucoup plus ample et plus fini que celui de Pinus.
VIII. MORIN, (Jean) né à Meung, près d'Orléans, en 1705, obtint en 1732 la chaire de philosophie de Chartres. Une longue assiduité aux exercices classiques fut récompensée en 1750 par l'évêque de Chartres, qui le nomma à un canonicat de la cathédrale. Morin donna à 38 ans son Mécanisme universel, vol. in-12, qui contient beaucoup de connoissances, et qui en suppose bien plus encore. Son second ouvrage est un Traité de l'Électricité, imprimé in-12 en 1748. L'abbé Nollet ayant réfuté l'opinion de l'auteur, Morin adressa à cet académicien une Réponse : c'est son troisième et dernier ouvrage imprimé. Sa réputation n'étoit pas bornée à sa province : son nom étoit connu dans les académies des Sciences de Paris et de Rouen, dont il étoit correspondant. Il conserva jusqu'à la mort son application aux sciences, ainsi que les vertus du prêtre et du philosophe. Cet homme estimable mourut à Chartres, le 28 mars 1764, à 59 ans.
MORINGE, (Gerard) théologien de Bommel dans la Gueldre, fut professeur de théologie dans le monastère de Ste-Gertrude à Louvain, puis chanoine et curé de Saint-Trond dans la principauté de Liège, où il mourut le 9 octobre 1556. On a de lui : I. La Vie de St. Augustin, à Anvers, 1553, in-8°, et 1644, avec des notes d'Antoine Sanderus. II. Celle de St. Trond, des Saints Libère et Euchère, Louvain, 1540, in-4°. III. Celle du Pape Adrien VI, Louvain, 1536, in-4°; et dans les Analectes historiques d'Adrien VI par Gaspard Burman, Utrecht, 1727. IV. Commentaire sur l'Écclésiaste, Anvers, 1533, in-8°. V. Oratio de paupertate Ecclesiasticæ, etc. : tous les écrits de cet auteur sont en latin. On conserve en manuscrit dans le monastère de St.-Trond : I. Vitæ Sanctorum Antonii et Guiberti Gemblacensis. II. Præcepta vitæ honestæ. III. Chronicon Trudonense, depuis l'an 1400.
MORINIÈRE, (Adrien-Claude LE FORT de la) né à Paris en 1696 d'une famille noble, fut élevé sous le célèbre Père Porée, dont il fut toute sa vie l'ami et l'admirateur. L'amour des lettres inspirant celui de la solitude, notre auteur quitta le tumulte de la capitale pour se retirer chez les Pères Génovefains de Senlis. Il y vécut pendant 12 ans, occupé à préparer les matériaux de différentes collections qui sont faites avec plus de patience que de goût. Les principales sont : I. Choix des Poésies Morales, trois vol. in-8°, 1740. II. Bibliothèque Poétique, 4 vol. in-4°. in-4°, et 6 vol. in-12, 1745. III. Passe-temps Poétiques, Historiques et Critiques, 2 vol. in-12, 1755. IV. Les Œuvres choisies de Jean-Baptiste Rousseau, in-12. Ce petit recueil est le mieux fait de tous ceux que la Molinière a donnés au public. On a encore de lui, deux petites Comédies imprimées en 1754, sous le titre des Vapeurs et du Temple de la Paresse. Cet auteur mourut en 1768. Le respect pour la religion et pour les mœurs, qu'on remarque dans ses ouvrages, respiroit dans sa conduite; et cette modération auroit dû servir de modèle aux compilateurs qui ont paru après lui.
MORISON, (Robert) vit le jour à Aberdeen en Ecosse, l'an 1620. Il étudia dans l'université de cette ville, et y enseigna quelque temps la philosophie. Il s'appliqua ensuite à l'étude des mathématiques, de la théologie, de la langue hébraïque, de la médecine, et sur-tout de la botanique, pour laquelle il avoit une grande passion. Les guerres civiles interrompirent ses études; il signala son zèle et son courage pour les intérêts du roi Charles I, et se battit vaillamment dans le combat donné sur le pont d'Aberdeen, entre les habitants de cette ville et les troupes Presbytériennes. Il y fut blessé dangereusement à la tête. Dès qu'il fut guéri de cette blessure, il vint en France. Gaston de France, duc d'Orléans, l'attira à Blois, et lui confia la direction du Jardin royal de cette ville. Morison dressa une nouvelle méthode d'expliquer la botanique, qui plut au duc. Après la mort de ce prince, il retourna en Angleterre en 1660. Le roi Tome I III. Charles II, à qui le duc d'Orléans l'avoit présenté à Blois, le fit venir à Londres, et lui donna le titre de son médecin et celui de professeur royal de botanique. On a de lui: I. Le Præludium Botanicum, qu'il publia en 1669, in-12. Cet ouvrage acquit tant de réputation à son auteur, que l'université d'Oxford lui offrit une chaire de professeur en botanique. Il l'accepta du consentement du roi, et enseigna dans cette université avec un succès distingué. II. Hortus Blesensis, Paris, 1635, in-foli, réimprimé dans son Præludium Botanicum. III. La 2e et la 3e partie de son Histoire des Plantes, in-folio, 1680 et 1699, dans laquelle il donne une nouvelle méthode, estimée des connoisseurs. La 1re partie de cet excellent ouvrage n'a point été imprimée. On ne sait ce qu'elle est devenue; ce qui en tient lieu est intitulé: Plantarum umbelliferarum distributio nova, 1672, in-folio. Mais comme ce Traité fut réimprimé avec la 3e partie, on ne prend l'édition de 1672, qu'à cause de la beauté des épreuves. La 1re partie devoit contenir la description des arbres et arbrisseaux. On a mis à cet ouvrage l'indication d'Oxford, 1715. La méthode de Morison consiste à établir les genres des plantes par rapport à leurs fleurs, à leurs semences et à leurs fruits. On ne sauroit assez louer cet auteur: mais il semble qu'il se loue lui-même un patron. Bien loin de se conserver de la gloire d'avoir exécuté une partie du plus beau projet que l'on ait fait en botanique, il osa comparer ses décourtes à celles de Christophe Combs; et, sans parler de Cesc, de Césulpin G g 466 MOR et de *Fabio Columna*, il assure en plusieurs endroits de ses ouvrages, qu'il n'a rien appris que de la nature même. On l'auroit peut-être cru sur sa parole, s'il n'avoit pris la peine de transcrire des pages entières de ces deux derniers auteurs. Il mourut à Londres en 1683, à 63 ans.
MORISOT, (Claude-Barthélemi) écrivain, né à Dijon en 1592, mort dans la même ville en 1661, à 69 ans, a eu plus de réputation autrefois qu'aujourd'hui. On a de lui, un livre assez curieux, dans lequel, sous le titre de *Peruviana*, Dijon, 1645, in-4°, il trace l'histoire des démêlés du cardinal de Richelieu, avec la reine *Marie de Médicis*, et *Gaston de France*, duc d'Orléans. Pour avoir cet ouvrage complet, il faut y joindre une conclusion de 35 pages, imprimée en 1646. II. *Orbis Maritimus*, in-folio, 1643. III. *Veritatis lacryma*, à Genève, 1626, in-12. C'est une satire contre les Jésuites, avec cette dédicace : *Patribus Jesuitis sanitatem*. Ce livre est peu commun. IV. Et grand nombre de *Lettres* latines sur différens sujets.
MORLEY, (George) évêque Anglican, né à Londres de parens nobles, devint chanoine d'Oxford en 1641. Il donna les revenus de son canonicat au roi *Charles I*, alors engagé dans la guerre contre les troupes du *long Parlement*. Quelque temps près, ce prince étant prisonnier à l'amptoncourt, employa le doctor *Morley* pour engager l'université d'Oxford à ne point se soumere à une visite illégale. Ayant méf, cette affaire, il irrita les Anticoyalistes, et fut privé, l'un des gemiers, de ses emplois à Oxford. Il quitta l'Angleterre et se rendit à la Haye auprès de *Charles II*, qui ayant été rétabli sur le trône de ses ancêtres, paya le zèle de ce fidelle sujet par la nomination à l'évêché de Worcester, et ensuite à celui de Winchester. Ce prélat mourut, le 29 octobre 1684, à quatre-vingt-sept ans, après avoir fait de grands biens dans son diocèse. On a de lui des *Sermans*.
MORLIÈRE, (Jacques-Auguste de la) ancien mousquetaire, né à Grenoble et mort à Paris en 1685, étoit un de ces hommes qui jouent un rôle dans les cafés, hableur, nouvelliste, grand conteur, parlant haut et beaucoup. Sa fortune n'avoit jamais été considérable, et il avoit dissipé presqu'entièrement le peu de bien qu'il avoit eu. On a de lui quelques romans, dont le plus connu est *Angola*, 1746, deux vol. in-12; et le plus mauvais, les *Lauriers Ecclésiastiques* ou *Campagnes de l'Abbé de T*. Comme ce livre étoit très-cher et très-défendu, il fut recherché par les libertins de toutes les classes; mais il est heureusement oublié. *Angola* est un peu plus gazé, et a été le plus longtemps quoiqu'il ne le méritait guère. Les comédies du chevalier de la *Morlière*, le *Gouverneur*, la *Créole*, l'*Amant déguisé*, eurent encore moins de lecteurs que ses Romans. Cependant l'auteur n'en faisoit pas moins impudemment la critique de toutes les pièces nouvelles et de tous les poètes dramatiques qui valoient mieux que lui. Nous ne citerons aucune des brochures éphémères que son esprit de censure produisit. On lira avec venint. De retour à Venise, il fut d'abord très-bien reçu et ensuite arrêté par ordre du sénat; mais s'étant pleinement justifié, on lui procura la charge de Procurateur de Saint-Marc. Quelque temps après, la guerre s'étant renouvelée contre les Turcs, Morosini fut élu généralissime des Vénitiens pour la troisième fois, en 1684. Il s'empara de plusieurs isles sur les Turcs, remporta sur eux une victoire complète l'an 1687, près des Dardanelles; il s'empara de Corinthe, Misistra, Athènes, et de presque toute la Grèce. Tant de succès le firent élire d'oge en 1688, et généralissime pour la 4e fois en 1693, quoique âgé de 75 ans. Il mit plusieurs fois en fuite la flotte des Turcs; mais il tomba malade de fatigue, et mourut à Napoli de Romanie le 6 janvier 1694, à 76 ans. Le sénat lui fit élever un superbe monument avec cette inscription : FRANCISCO MAUROCENO, PELOPONNESIACO. Le titre de Péloponnésiaque lui fut donné après ses victoires, en 1687. Ses concitoyens lui avoient fait dresser alors une statue avec cette inscription, qui disoit plus qu'un long panégyrique : FRANCISCO MAUROCENO, PELOPONNESIACO, ADHUC VIVENT. Le pape Alexandre III l'honora dans le même temps, d'une épée et d'un casque qu'il reçut en cérémonie dans l'église de Saint-Marc, des mains du nonce. Morosini méritoit toutes ces distinctions, par son activité dans la guerre, et par ses qualités patriotiques dans la paix.
MOROTI, (Charles-Joseph) abbé de l'ordre de Citeaux dans Turin, et depuis évêque de Saluces, a donné en latin le Théa- tre chronologique de l'ordre des Chartreux, etc., Turin, 1681, in-folio.
MORPHÉE, premier ministre du Dieu du Sommeil, selon la Fable, excitoit à dormir, et présentoit les songes sous diverses figures. Ovide décrit ses fonctions dans le 11e livre des Métamorphoses; et ce morceau a été imité en vers françois par le chevalier Cogolia. C'étoit, selon le poète Latin, le plus habile de tous les Dieux pour prendra la démarche, le visage, l'air et la voix de ceux qu'il vouloit représenter. Il y en a plusieurs exemples dans les poètes anciens. C'étoit lui qui touchoit d'une branche de pavot ceux qu'il vouloit endormir. Les poètes Grecs et Latins le prennent souvent pour le Dieu du Sommeil.
MORT, (Jacques le) chimiste et médecin, né à Harlem en 1650, donna des leçons particulières sur la chimie, la pharmacie et la médecine à Leyde. En 1702, il y obtint une chaire de chimie qu'il remplit jusqu'en 1718, année de sa mort. Le célèbre Boërhaave le remplaça. On a de le Mort: I. Chymia medico-physica, Leyde, 1684, in-4. II. Pharmacia medico-physica, 1688, in-12. III. Fundamenta novo-antiqua theoriae medicae ad naturae operas revocata, 1700, in-12, etc. Ouvrages estimés de son temps; mais comme les opérations de la chimie sont perfectionnées, ils ne sont plus d'usage.
MORTEMART, Voyez RO-CHECHOUART.
MORTIER, Voy. MARTIN, no XIII. G 8 4 472 MOR
MORTIÈRE, Voyez MESCHINOT.
MORTIMER, (Roger de) seigneur Anglois, d'une belle figure et d'une naissance distinguée, plut infiniment à Isabelle de France, femme d'Edouard II. Après la mort tragique de ce prince, à laquelle Mortimer contribua beaucoup, il gouverna entièrement la reine, dont il étoit à la fois l'amant et le ministre. Edouard III, quoique élevé sur le trône par les crimes de sa mère, voyoit avec beaucoup de peine l'empire que cet indigne favori avoit sur lui et sur elle. La guerre d'Écosse qui ne fut pas heureuse, fut l'écueil de sa faveur. Voulant maintenir sa fortune, et ne le pouvant que par la paix, Mortimer fit en 1328, un traité humiliant avec Robert de Bras, qui s'étoit fait élire roi d'Écosse. Il reconnut les droits de ce prince, et renonça aux prétentions que le roi d'Angleterre avoit sur ce royaume, se contentant d'une somme de trente mille marcs, que les Écossois devoient payer aux Anglois. Quoique le parlement eût ratifié le traité, toute la nation en murmura. Les comtes de Kent, de Norfolk, de Lancastre, princes du sang, s'unirent contre Mortimer. La foiblesse d'esprit du comte de Kent, fournit à ce ministre un moyen de se venger. Il lui persuada qu'Edouard son frère vivoit encore: le prince crédule forma le dessein de le rétablir. Ce fut un prétexte d'accusation. On vit l'oncle du roi condamné par les barons à perdre la tête, et ses grands biens confisqués au profit d'un fils de Mortimer. Tant de crimes ne pouvoient être longtemps impunis. Edouard III ré- solut de se défaire de ce monstre. Il vint à bout de le surprendre dans le château de Nottingham, où il étoit enfermé avec la reine Isabelle. Le parlement lui fit son procès, et le condamna à être pendu. La notoriété des faits suffit pour sa condamnation, sans examen de témoins, sans même entendre le coupable qui fut exécuté en 1330. Vingt ans après, en faveur du fils de Mortimer, on annulla cette sentence, comme illégale; mais la postérité l'a confirmée. Voyez EDOUARD III, n.º VI; et ISABELLE, n.º L.
MORTO, peintre de Feltro en Italie, florissoit dans le seizième siècle. Il est regardé comme le premier qui a excellé à peindre les grotesques, et sur-tout dans cette manière de clair-obscur qu'on appelle égratignée. Ayant pris le parti des armes, il fut tué à 45 ans, dans un combat qui se donna entre les Vénitiens et les Turcs. I. MORTON ou MOORTON, (Jean) né dans le comté de Dorchester en Angleterre, se rendit si habile dans la jurisprudence, qu'il mérita d'être admis dans le conseil privé des rois Henri VI et Edouard IV. Cette place lui fraya la route à l'évêché d'Ély, et enfin à l'archevêché de Cantorbery. Il le méritoit par son zèle et la fidélité envers ses souverains. Henri VII le fit son chancelier, et lui obtint un chapeau de cardinal. Il mourut l'an 1500.
II. MORTON, (Thomas) né à Yorck en 1564, fut professeur au collège de Saint-Jean à Cambridge. Son mérite lui procura l'évêché de Chester en 1615, puis celui de Litchfield et de Coventry en 1618, et enfin le siège de Durham en 1632. Il s'y fit estimer et chérir jusqu'à l'ouverture du parlement le 3 novembre 1640. La populace se souleva alors contre lui, et on lui donna des gardes pour le mettre à l'abri des violences et des insultes. Il conserva une santé constante jusqu'à l'âge de 95 ans, auquel il mourut, le 22 septembre 1659. On a de lui : *Lipologia Catholica*, in-folio ; *De auctoritate Principum*, in-4° ; et divers autres ouvrages estimés des théologiens Anglois, mais peu connus hors de l'Angleterre.
MORVILLE, *Voyez ARMENONVILLE*. I. MORVILLIERS, (Pierre de) fils de *Philippe* premier président du parlement de Paris, issu d'une famille noble de Picardie, fut fait chancelier en 1461. C'étoit un homme hardi et véhément. *Louis XI* l'envoya, en 1464, vers *Philippe* duc de Bourgogne. Le chancelier parla à ce prince et au comte de *Charolois* son fils, en termes si désobligeants, que le comte indigné ne put s'empêcher de dire à l'archevêque de Narbonne, que le Roi s'en repeatiroit. En effet, ce fut la première étincelle de la guerre dite du *Bien public*. La paix faite, *Louis XI*, causant avec le comte, lui dit devant tout le monde, qu'il n'avoit point eu de part à ce que ce fou de Morvilliers lui avoit dit mal-à-propos. Le roi non-seulement désavona le chancelier, mais il le destitua, pour donner au comte une satisfaction entière. *Morvilliers* se retira auprès du duc de *Guienne*, survécut long-temps à sa déposition, et ne mourut que vers la fin de 1476, ne laissant qu'une fille.
II. MORVILLIERS, (Jean de) né à Blois en 1507, du procureur du roi, n'étoit pas de la même famille que le précédent. Il fut d'abord lieutenant général de Bourges, doyen de la cathédrale de cette ville, puis conseiller au grand conseil, et en cette qualité l'un des juges du chancelier *Voyez*, en 1542. Ses talens l'ayant fait connoître, il fut envoyé ambassadeur à Venise, et s'y conduisit en homme plein d'adresse, de bon sens et de probité. De retour en France, il obtint l'évêché d'Orléans en 1552, et la place de garde des sceaux en 1568. Ses talens éclatèrent au concile de Trente, où l'off'almira également son esprit et son zèle. Cet illustre prélat se d'imit de son évêché en 1574, et mourut à Tours, le 23 octobre 1577, à 20 ans. Les gens de lettres de toutes les nations célébrèrent sa mémoire, comme celle de leur bienfaiteur. C'étoit un grand homme d'état, quoiqu'un peu inquiet. Il quitta les sceaux, et les reprit ensuite. Les *Guises* contribuèrent beaucoup à son élévation. Il fut le dernier mâle de sa famille. I. MORUS, (Thomas) naquit à Londres vers 1473, d'un avocat consultant. La science et la vertu eurent beaucoup d'attraits pour lui, et il cultiva l'une et l'autre avec succès. A l'étude des langues mortes il joignit celle des langues vivantes, et les différentes connoissances qui peuvent orner l'esprit. *Henri VIII*, roi d'Angleterre, se servit de lui dans plusieurs ambassades. La sagacité et les talens de *Morus* brillèrent sur-tout dans les conférences pour la paix de Cambrai, en 1529. La charge de grand chancelier d'Angleterre fut la récompense de son zèle pour le service de son maître. (*Voyez HOLBEN.*) *Morus* remplit cette place de manière à ne pas faire regretter son prédécesseur. *Wolscy* n'avoit montré que de la fierté et de la hauteur; le nouveau chancelier, au contraire, accueillit tout le monde avec bonté. Exact dans l'administration de la justice, il terminoit les affaires sur-le-champ. Son intégrité ne faisoit acception de personne, et son désintéressement lui faisoit rejeter tous les dons. Ses enfans se plaignoient quelquefois de ce qu'il ne profitoit pas de son élévation pour leur avancement. *Mes enfans*, leur répondit-il, *laissez-moi rendre la justice à tout le monde : votre gloire et mon salut en dépendent. Mais ne craignez rien ; vous aurez toujours le meilleur partage : la bénédiction de Dieu et celle des hommes.* En effet, lorsqu'il quitta la charge de chancelier, il ne lui resta que son patrimoine, quelques terres de peu de revenu que le roi lui avoit données, et environ cent livres sterling en espèces. Les sceaux ne demeurèrent entre ses mains que deux ans et demi. *Henri VIII*, amoureux d'*Anne de Boule*, rompit les liens qui le tenoient à l'Eglise Romaine. *Morus* fut obligé de se démettre en 1531. On employa toutes sortes de moyens pour lui arracher le serment de *Suprématie*, que le roi exigeoit de tous ses sujets. Mais il n'étoit pas homme à user de détours pour mettre ses jours en sureté, lui qui disoit des Casuistes; que leur art n'étoit point de préserver les hommes de pé- ché, mais de leur apprendre comment ils pouvoient approcher du péché sans pécher. La douceur n'ayant pu d'abord le toucher, on eut recours à la violence; on le mit en prison: on lui enleva ses livres, sa seule consolation au milieu des horreurs dont il étoit environné. Ses amis tâchèrent de le gagner, en lui représentant «qu'il ne devoit point être d'une autre opinion que le Grand - Conseil d'Angleterre, «J'ai pour moi toute l'Eglise, répondit-il, qui est le Grand-Conseil des Chrétiens... Sa femme le conjura d'obéir au roi, et de conserver sa vie pour la consolation et le soutien de ses enfans : Combien d'années, lui dit-il, pensez-vous que je puisse encore vivre ? — Plus de vingt ans, répondit-elle. — Ah ! ma femme, lui dit-il, veux-tu donc que j'échange l'Eternité avec vingt ans ? Il employa en prières le temps qui se passa entre sa condamnation et sa mort. La veille de l'exécution, il écrivit à sa fille Marguerite avec du charbon et sur du papier qu'il avoit surpris, pour lui mander que «bientôt il ne seroit plus à charge à personne; qu'il brûloit d'envie de voir son Dieu, et de mourir le lendemain qui étoit l'octave du Prince des Apôtres et la fête de la translation de Saint-Thomas de Cantorbery jour de grande consolation pour lui.» Il parloit ainsi, parce qu'il mouroit pour la défense de la primauté de St. Pierre, et que toute sa vie il avoit en une dévotion particulière à St. Thomas son patron. *Henri VIII* le voyant inébranlable, lui fit trancher la tête, le 6 juillet 1535, à l'âge d'environ 62 ans. Sa mort fut celle d'un martyr. Il avoit vécu à la pour sans orgueil ; il mourut sur l'échafaud sans foiblesse. L'Histoire a conservé quelques traits qui peignent bien son caractère vertueux et austère, mais manquant quelquefois de dignité. Un grand seigneur lui ayant envoyé deux flacons d'argent d'un grand prix, pour se le rendre favorable dans un procès fort important ; le magistrat les fit remplir du meilleur vin de sa cave et les renvoya à celui de qui ils venoient. Vous assurerez votre maître, dit-il au domestique qui les avoit apportés, que tout le vin de ma cave est à son service. — La veille du jour qui devoit décider de son sort, on vint pour le raser. J'ai, dit-il à son barbier, un grand différend avec le Roi. Il s'agit de savoir s'il aura ma tête, ou si elle me restera. Je n'y veux rien faire, qu'elle ne soit bien à moi. — Il répondit à celui qui vint lui dire, que « le Roi avoit modéré l'arrêt de mort rendu contre lui, à la peine d'être seulement décapité : » Je prie Dieu de préserver tous mes amis d'une semblable clémence ! — Au pied de l'échafaud où il devoit être exécuté, il dit à un des assistans : Aidez-moi à monter, car il n'y a pas d'apparence que vous m'aidez à descendre. — Lorsqu'il eut mis la tête sur le billot pour recevoir le coup mortel, il s'aperçut que sa barbe étoit engagée sous son menton, il la dégagea, et dit à l'exécuteur : Ma barbe n'a point commis de trahison, il n'est pas juste qu'elle soit coupée. — Thomas Morus étoit d'un tempérament flegmatique ; il avoit l'air riant et l'abord facile. Il vécut toujours avec beaucoup de frugalité. Son zèle pour la religion Catholique étoit extrême, et les Luthériens lui re- prochèrent d'avoir fait punir de mort ceux qui favorisoient leurs opinions. On a de lui : I. Un livre plein de bonnes vues, dont quelques-unes sont inexécutables, intitulé UTOPIA, Glasgow, 1750, in-8°, et Oxford, 1663, in-8°. Il a été traduit en françois par Gueudeville, in-12, Leyde, 1715, et Amsterdam, 1730. Cet ouvrage contient le plan d'une république, à l'imitation de celle de Platon ; mais il n'est pas écrit du style éloquent du philosophe Grec. Il voudroit établir un partage absolument égal de biens entre tous les citoyens : idée chimérique ! Il prêche un amour de la paix et un mépris de l'or, qui exposeroit à des injustices continuelles de la part d'un voisin puissant et ambitieux. Il voudroit que les fiancés se vissent tout nus avant de se marier ; et enfin que lorsqu'un malade est désespéré, il se donnât ou se fit donner la mort. « Son système politique, quoique bon en certaines choses, (dit Niceron, qui ne regarde l'Utopia que comme une débauche d'esprit, ) est cependant reprehensible dans d'autres, et impossible dans la pratique. » Le vertueux Morus jugeant les hommes d'après lui-même, n'avoit pas assez calculé les efforts irrésistibles des passions humaines, qui ne permettent pas de gouverner les peuples comme une colonie de sages, uniquement occupés de faire le bien et d'éloigner le mal. II. L'Histoire de Richard III, roi d'Angleterre. III. Celle d'Edouard V. IV. Une Version latine de trois Dialogues de Lucien. V. Une Réponse très-vive à Luther. VI. Un Dialogue intitulé : Quid mors pro Fide fugierda non sit. VII. Des Lettres. 476 MOR
VIII. Des Epigrammes. Ces différens ouvrages sont en latin, et ont été recueillis en 1566, infolio, à Louvain... Voyez sa VIE en anglois, par Thomas Morus, prêtre, son arrière-petit-fils, mort à Rome en 1625, publiée à Londres, 1627, in-4°, ou 1626, in-8°, et un PORTRAIT de son Corps, de son Ame et de son Esprit, dans une Lettre d'Erasme à Hatten, du vingt-un juillet 1519.
II. MORUS, (Alexandre) né à Castres en 1616, d'un père Écossois, et principal du collège que les Calvinistes avoient en cette ville, fut envoyé à Genève, où il remplit les chaires de grec, de théologie, et la fonction de ministre. Sa passion pour les femmes, et sa conduite peu régulière, lui suscitèrent un grand nombre d'ennemis. Saumise, instruit de leur soulèvement, l'appela en Hollande, où il fut nommé professeur de théologie à Middelbourg, puis d'histoire à Amsterdam. Il remplit ces places en habile homme, et fit l'an 1655, un voyage assez long en Italie. C'est durant ce voyage qu'il publia un beau Poème sur la défaite de la flotte Turque par les Vénitiens : cet ouvrage lui valut une chaîne d'or, dont la république de Venise lui fit présent. Dégoûté de la Hollande, il vint exercer le ministère à Charenton. Ses Sermons attirèrent la foule, moins par leur éloquence que par les allusions satiriques et les bons mots dont il les semoit. Ce genre de style réussit dans sa bouche, parce qu'il lui étoit naturel, et rendit ridicules ceux qui voulurent l'imiter. L'impétuosité de son imagination lui procura de nouvelles querelles, sur-tout avec Daillé, qui le mit en poudre. Cet homme singulier mourut à Paris dans la maison de la duchesse de Rohan, le vingt septembre 1670, à 54 ans, sans avoir été marié. On a de lui : I. Divers Traités de controverse. II. De belles Harangues et des Poèmes en latin. III. Une réponse à Milton, intitulée : Alexandri Mori Fides publica, in-8°. Milton l'a cruellement déchiré dans ses écrits. Ce que l'on a imprimé des Sermons de Morus ne répond point à la réputation qu'il s'étoit acquise en ce genre.
III. MORUS, (Marguerite) fille du chancelier, professa hautement la foi orthodoxe en Angleterre, et n'oublia rien pour avoir la liberté de consoler son père dans sa prison. On dit que, pour l'obtenir, elle fit tomber entre les mains du concierge une lettre qu'elle feignit d'écrire à l'illustre captif pour lui persuader de consentir aux volontés du roi ; mais dès qu'elle fut dans la prison, elle lui conseilla de soutenir avec constance les intérêts de l'Église. Ce grand homme ayant eu la tête tranchée, elle la racheta de l'exécuteur de la justice, et la conserva précieusement. Cette fille infortunée chercha dans les lettres un soulagement à sa douleur. Elle possédoit les langues et la littérature, et elle a laissé divers ouvrages.
IV. MORUS ou MORE, (Henri) né en 1614, à Grantham dans le comté de Lincoln en Angleterre, passa sa vie studieuse à Cambridge, dans le collège de Christ, où il avoit été agrégé. Il refusa plusieurs bénéfices et même des évêchés, et mourut en 1687, à 73 ans. On a de lui, divers Écrits philoso- phiques et théologiques, Londres, 1675, in-folio. — Il y a eu plusieurs autres savans du nom de *Monus*. *Voy*. FLAMSTEED.
MORZILLO, *Voy*. FOX-MORZILLO.
MOSCHION ; c'est le nom de quatre auteurs, cités par *Galien*, *Saranus*, *Pline* et *Plutarque*. On ne sait duquel sont les Vers qui se trouvent dans les *Poètes Grecs* de *Plantia*, 1568, in-8. On n'est pas moins incertain sur le livre *De Mulicribus affectibus*. C. *Gesner* y a joint des Scolies ; et *Gaspard Wolphius*, son disciple, le fit paroître en grec, à Basle, 1566, in-4. *Israël Spachius* l'a donné en grec et en latin, dans *Cinædiorum Libri*, Strasbourg, 1597, in-folio.
MOSCHOPULUS, (Emmanuel) nom de deux écrivains Grecs. Le premier, natif de Candie, dans le 14$^{e}$ siècle, a laissé un livre, intitulé : *Question de Grammaire*, 1545, in-4. Le second, neveu d' premier, passa en Italie vers 1455, lors de la prise de Constantinople ; et composa un *Lexicon Grec* ou *Recueil de mots Attiques*, 1545, in-4. I. MOSCHUS, poète bucolique Grec, vivait du temps de *Ptolomée* — *Philadelpha*, aussi bien que *Théocrite* et *Bion*. Il nous reste de lui quelques *Poésies* pleines de goût et de délicatesse, qui ont été imprimées avec celles de *Bion*, 1630, in-12, à cause du rapport de leur matière et de leur caractère. *Perrault*, qui, comme on le sait, n'étoit pas admirateur des anciens, dit cependant que l'Idylle de *Moschus*, intitulée l'*Amour* *fugitif*, « est une des plus agréables poésies qui se soient jamais faites, et qu'elle ne se ressent point de son antiquité. » On estime l'édition de ce poète, donnée par *Daniel Heinsius*, accompagnée des Poésies de *Théocrite*, de *Bion* et de *Simmius*, augmentée des notes de divers commentateurs, et imprimée chez *Commelia*, in-4$^{e}$, 1604 ; et celle faite avec *Bion*, à Oxford, 1748, in-8.
II. MOSCHUS, (Jean) pieux solitaire et prêtre du monastère de *Saint-Théodose* à Jérusalem, visita les monastères d'Orient et d'Égypte, et alla à Rome avec *Sophrone*, son disciple. Il dédia à ce vertueux compagnon de ses voyages, un ouvrage célèbre, intitulé : *Le Pré spirituel*. On y trouve la vie, les actions, les sentences et les miracles des moines de différens pays. Le style en est simple et négligé, en grec. Il a été inséré dans les *Vies des Pères* de Rosweyde, seulement en latin. Le P. *Fronton-du-Duc* l'a donné en grec, l'an 1624, mais avec des lacunes, qui ont été remplies par *Cotelier* dans ses *Monumens de l'Église Grecque*, tome II. *Arnaud d'Audilly* en a donné une traduction françoise. Il a omis, dans sa traduction, beaucoup de passages de l'original. *Moschus* mourut en 619, selon la plus commune opinion ; d'autres disent en 630.
MOSELLAN, (Pierre) savant grammairien, étoit fils d'un vigneron de Protog, près de Coblentz, et fut l'un des principaux ornemens de l'université de Leipzig, où il mourut, le 19 avril 1524. On a de lui, divers *Ouvrages de Grammaire*, et des *Notes* sur des Auteurs latins. 478 MOS
MOSEOSO D'ALVARADO, (Louis) officier Espagnol, accompagna François L'izarro dans la conquête du Pérou, puis Ferdinand Soto dans son voyage de Floride. Il succéda à ce dernier, l'an 1542, dans la charge de général de la Floride. Moscoso, voyant les troupes rebuttées de toutes les fatigées et périls qu'elles avoient essuyés sous Soto, n'osa pousser plus loin ses conquêtes. Il prit le parti de revenir à Passico, ville de la Nouvelle-Espagne, avec trois cent onze soldats, du nombre de six cents que son prédécesseur avoit amenés d'Espagne; et passa ensuite au Mexique, où il servit le vice-roi de ses conseils et de son épée.
MOSER, (N.) publiciste Allemand, a été renommé par des écrits savans et utiles. Il est mort à Stutgard en 1785, et sa perte y a excité les plus vifs regrets.
MOSÉS MENDELSSOHN, c'est-à-dire, Moyse fils de Mendel, Juif de Berlin, mort dans cette ville en 1785, à 57 ans, étoit né à Dessau en 1729. Ayant mêlé l'étude au commerce, il devint un des plus célèbres écrivains d'Allemagne. En 1755, il débuta par un écrit, intitulé : Jérusalem, rempli de propositions hardies et condamnables. Il prétend que les Juifs ont une loi et non une religion révélée; que des dogmes ne peuvent pas être révélés; et que la seule doctrine de sa nation est la religion naturelle. Il se fit beaucoup plus d'honneur par son Phédon, ou Entretien sur la spiritualité et l'immortalité de l'Ame, traduit en françois, Paris, 1773, in-80, dans lequel ce grand principe, fondement de toute morale, est développé avec la sagacité d'un philosophe éclairé, et les charmes d'un écrivain élégant. Ce bon ouvrage le fit appeler par quelques journalistes le Socrate des Juifs; mais il n'avoit pas le courage du philosophe Grec. Timide et même pusillanime, comme le sont trop souvent les spéculatifs, il servit foiblement sa nation dont il auroit pu devenir le bienfaiteur, en la réformant. La souplesse de son caractère doux, modeste, officieux, lui concilioit également le suffrage des superstitieux et des incrédules. Il ne put jamais parvenir cependant à être admis ni dans l'académie de Berlin, ni dans les entretiens du roi de Prusse. Il avoit cependant remporté, en 1764, le prix proposé par la première, sur cette question : « Les vérités métaphysiques et morales sont-elles susceptibles du même degré de certitude et d'évidence que les vérités mathématiques; et dans le cas qu'elles ne le soient pas, quelle espèce et quel degré d'évidence et de certitude peut-on leur assigner. » La nation Juive lui accorda, après sa mort, les honneurs qu'elle rend ordinairement à son premier rabbin. On ne le porta au tombeau que vingt-quatre heures après qu'il eut expiré, contre l'usage imprudent des Juifs, qui enterrent leurs morts avant le coucher du soleil. Mendelssohn étoit d'une famille honnête, mais pauvre. Il entra très-jeune dans un comptoir de sa nation, et s'y fit également estimer par sa capacité et par son intégrité. Mais la philosophie et la littérature furent bientôt ses principales occupations. Le fameux Lessing lui donna des conseils qui le firent marcher d'un pas plus rapide dans la carrière des lettres, sans le détourner des occupations nécessaires à sa subsistance. Mendelssohn conserve pour lui, même après sa mort, la plus tendre amitié et la plus vive reconnaissance. Malgré le régime le plus rigoureux, il lui survécut peu d'années, parce que ses méditations, poussées trop loin, minèrent insensiblement une machine aussi foible et aussi mal construite que celle qui logeoit son ame. On a encore de lui : I. *Œuvres Philosophiques*, 2 vol., Berlin, 1771. II. *Lettre à Lavater à Zurich*, ibid., 1770. III. *Commentaire sur l'Ecclésiaste*. IV. *Traduction du premier livre de l'Ancien Testament*. V. *Lettres sur les Sensations*. VI. *Traité du Sublime et du Naïf dans les belles-lettres*, traduit par Bruyset, dans le Journal étranger de septembre, 1762.
MOSES Micosti, célèbre rabbin Espagnol du 14$^{e}$ siècle, est un de ceux qui a écrit le plus judicieusement sur les commandemens de la Loi judaïque. On a de lui, un savant ouvrage, intitulé : *Sepher Mitsevoth gadol*, c'est-à-dire, *le grand Livre des préceptes*, Verise, 1747, vol. infolio.
MOSHEIM, (Jean-Laurent) célèbre littérateur, théologien et prédicateur Allemand, de l'ancienne famille des barons de Mosheim, naquit à Lubeck, le six octobre 1694. Il s'appliqua d'abord à la poésie. Dans un âge plus avancé il ne fit plus de vers, mais il sut embellir des fleurs de la littérature les sciences qu'il cultiva. Il étoit également propre à remplir les chaires des langues grecque et latine, et celles d'é- léguence, de philosophie et de théologie. Il reçut invitations sur invitations de différentes universités ; mais celle de Helmstadt eut, la première, le bonheur de l'avoir pour professeur de théologie. Il occupe une place distinguée parmi les meilleurs interprètes Protestans, de même que parmi ceux qui ont traité le dogme et la morale. Il mourut en 1755, à 61 ans, à Gottingue, chancelier de l'université. A un amour extrême pour la vérité, à une douceur vraiment chrétienne, à un grand fonds d'humanité et de modestie, Mosheim joignoit une mémoire heureuse, un jugement exact, une diction aisée, un esprit méthodique. On a de lui : I. De savantes *Notes sur Cudworth* ; et des *Versions latines* de deux de ses ouvrages. Ses remarques prouvent que sa philosophie étoit judicieuse et profonde. (Voyez CUDWORTH.) II. Une *Histoire Ecclésiastique*, Helmstadt, in-4$^{o}$, 1764, sous le titre d'*Institutiones Historiæ Ecclesiasticæ*, très-estimée par les Luthériens, et traduite en françois, en six vol. in-8$^{o}$, Maestricht, 1776. Cet ouvrage dont la critique n'est pas toujours exacte, prouve cependant une grande connoissance des langues originales, et des lumières peu communes en histoire et en politique. De tous les historiens ecclésiastiques Protestans, c'est peut-être le plus modéré, quoiqu'on sente très-bien qu'il penche pour sa communion, et qu'il cherche trop à trouver dans les pratiques du Paganisme l'origine des cérémonies catholiques. La Traduction françoise a été faite sur celle que *Maclaine* en avoit faite en anglois, avec des notes curieuses, et pas toujours impartiales. III. Des *Sermons* en 480 MOS allemand, qui l'ont fait nommer par les Protestans le *Bouredalou d'Allemagne*. Il donna au style de la chaire un tour original, inconnu jusqu'à lui en Allemagne. Mais on prétend que plusieurs orateurs de cette nation ont eu encore plus d'éloquence que lui. IV. *Dissertationes sacra*, Lipsiae, in-4°, 1733, qui lui ont mérité un rang parmi les bons interprètes Protestans. V. *Historia Mich. Serveti*, à Helmstadt, 1728, in-4°; curieuse. — MOSTANDGED, calife de la race des Abassides, succéda à son père *Mogtou*, l'an 1160 de Jésus-Christ. Son frère sut gagner ses femmes, qui devoient le poignarder; mais *Mostandged* ayant été averti, fit emprisonner son frère et sa mère qui étoient de la conspiration, et jeta ses femmes dans le Tigre. Sévère observateur de la justice, il refusa deux mille écus d'or pour la délivrance d'un calomniateur, en offrant dix mille à celui qui lui remettrait cet homme pervers. Il mourut en 1170, âgé de cinquante-six ans. — MOTAMED BILLAR, l'un des califes, commença à régner en 892, et mourut en 902. Ce fut sous son califat que naquit la secte des *Karmates*, dont le chef affectoit une grande sainteté, et menoit une vie fort austère. Il se fit un puissant parti, nomma douze apôtres pour le gouverner, prit le titre de prince, et imposa à ses disciples un *dinar* par tête. Le gouverneur de la province le fit mettre en prison, d'où une jeune fille qui étoit au service du gouverneur, le fit sauver secrètement. Le bruit de sa disparition s'étant répandu, les sectateurs de cet impesteur firent accroire au peuple, que Dieu l'avoit enlevé au ciel.
MOTASSEM, frère de *Mamoun*, lui succéda au califat, l'an 842 de Jésus-Christ. On surnomma ce prince le HUTAINIER, parce que le nombre *huit* se rencontre dans presque toutes les circonstances de sa vie. Il naquit le 8e mois de l'année. Il fut le huitième de sa race, et le huitième calife Abasside. Il monta sur le trône l'an de l'*hégire* 418. Il alla huit fois commander en personne ses armées. Il régna huit ans, huit mois et huit jours. Il mourut âgé de 48 ans. Il eut huit enfans mâles et autant de filles. Il laissa enfin dans l'épargne huit millions d'or et d'argent. (*Voyez l'Histoire des Arubes*, par M. de Marigny.)
MOTHADET BILLAR, calife, monta sur le trône en 902, et mourut en 908. Ce fut un prince sévère et juste. Un soldat ayant volé quelques grappes de raisins, il punit le soldat et son capitaine. Voulant emprunter une somme d'argent d'un homme fort riche, *Mothadet* lui dit: *Quelle sureté demandez-vous? DIEU*, lui répondit cet homme, *vous a confié le gouvernement de ses terres et de ses serviteurs; vous vous en êtes montré digne par votre sage administration. Pourquoi aurois-je besoin de sureté pour vous confier mon argent?* Ces paroles attendrirent le calife, qui répliqua à cet homme généreux: *Je ne toucherai pas une drachme de votre argent; mais, si dans la suite vous étiez dans le besoin, tous les revenus de l'empire sont à votre disposition.*
MOTHE-HOUDAN-COURT, (Philippe de la) duc de M O T 481 de Cardone, porta les armes de bonne heure. Après s'être signalé par son courage et par sa prudence en divers sièges et combats, il commanda l'armée Françoise en Catalogne, l'an 1641, défit les Espagnols devant Tarragone, leur prit différentes places, et remporta sur eux trois victoires. Le bâton de maréchal de France, et la dignité de vice-roi en Catalogne, furent la récompense de ses succès. La gloire de ses armes se soutint en 1642 et 1643; mais elle baisse en 1644. N'ayant pas eu le courage de profiter de l'occasion que la fortune lui offrit en Catalogne, de prendre le roi d'Espagne à la chasse, et de l'envoyer prisonnier en France, il frustra sa patrie du service le plus signalé. La crainte d'offenser la régente, lui fit manquer un si beau coup. Avec plus de fermeté et de jugement, il auroit senti que toute la France lui auroit servi de bouclier contre le ressentiment de la reine — mère. Cette princesse auroit été obligée d'ailleurs de cacher son mécontentement, pour ne pas laisser soupçonner qu'elle avoit plus de tendresse pour son frère que pour son fils. Cette faute fut suivie de la perte d'une bataille devant Lérida, et de la levée du siège de Tarragone. L'envie profita de ses malheurs pour le perdre auprès du roi. Il fut renfermé à Lyon, dans le château de Pierre-Scize, et n'en sortit qu'en 1648. La cour lui rendit enfin justice, et le nomma une seconde fois vice-roi de Catalogne, en 1651. Il se signala l'année d'après dans Barcelone, qu'il défendit pendant cinq mois contre les meilleures troupes des ennemis. La France perdit ce général, le 24 mars 1653, dans la 50e an- née de son âge. « Le maréchal de la Mothe, dit le cardinal de Retz, avoit beaucoup de cœur. Il étoit capitaine de la seconde classe; il n'étoit pas homme de bon sens. Il avoit assez de douceur et de facilité dans la vie civile. Il étoit très-utile dans un parti, parce qu'il y étoit très-commode. » Il ne laissa de sa femme Louise de Prie que des filles; l'une fut duchesse d'Aumont; la seconde, duchesse de Ventadour, gouvernante de Louis XV et de ses enfans, mourut en 1744, à 93 ans; la troisième fut duchesse de la Ferté-Sénecterre. Mais il avoit un frère qui a continué sa postérité. De ces trois filles, la duchesse de Ventadour fut la plus célèbre, par son esprit, par ses vertus et par les qualités nécessaire à sa place. I. MOTHE-LE-VAYER, — (François de la) né à Paris en 1588, se consacra à la robe, et fut pendant long-temps substitut du procureur général du parlement, charge qu'il avoit hérité de son père. Il s'en défit ensuite, pour ne vivre plus qu'avec ses livres. Lorsque Louis XIV fut en âge d'avoir un précepteur, on jeta les yeux sur lui; mais la reine ne voulant pas d'un homme marié, il exerça cet emploi auprès du duc d'Orléans, frère unique du roi. L'académie Françoise lui ouvrit ses portes en 1639, et le perdit en 1672, à 85 ans. Après la mort de son fils, il s'étoit remaié à 78 ans, et avoit épousé Mlle de la Haye, âgée de 40 ans, fille de notre Ambassadeur à Constantinople. Les relations des pays éloignés, dit Chevreau, étoient l'un des amusements de la Mothe-le-Vayer. Comme il avoit la mort sur les H h 482 MOT lèvres, Bernier son ami vint le voir. Eh bien! lui dit-il, quelles nouvelles avez-vous dû Grand Mogol? Ce furent presque ses dernières paroles. Cet académicien étoit un homme d'une conduite réglée, semblable aux anciens Sages par ses opinions et par ses mœurs. Sa physionomie et sa façon de s'habiller l'annonçoient pour un esprit qui ne pensoit ni n'agissoit comme le vulgaire. L'étude étoit sa seule passion. Plaisirs, affaires, il renonçoit à tout pour se livrer aux sciences. A la cour il fut modeste. Je ressemble ici, disoit-il, à la Christophoriane, qui se tient d'autant plus petite, qu'elle est dans un lieu plus élevé. Il embrassa toutes les connoissances humaines, l'ancien, le moderne, le sacré, le profane, mais presque sans confusion. Il avoit beaucoup lu et beaucoup retenu, et il a fait usage de tout ce qu'il savoit. Balzac disoit de lui; « il vit, en faisant le dégât dans les bons livres. » Il s'attacha surtout à la morale, et à la connoissance du génie, du caractère, des mœurs et des coutumes des différentes nations. La contrariété des opinions des peuples divers qu'il étudia, le jeta dans le doute. « Je ne puis dissimuler, dit l'abbé d'Olivet, que la doctrine répandue dans les écrits de ce savant homme, paroît tendre au Pyrrhonisme; mais aussi rendons-lui cette justice, qu'il prend toutes sortes de précautions, dans une infinité d'endroits, pour faire bien sentir qu'il ne confond nullement, et qu'on ne doit nullement confondre la nature des connoissances humaines, dont il nie l'évidence, avec la nature des vérités révélées, dont il reconnoit la verti- tude. Peut-on, comme il le prétend, tenir en même temps pour douteux les objets de la raison, ou des sens; et pour certains, les objets de la foi? Si ce n'est là une contradiction formelle, c'est du moins un étrange paradoxe. Mais je ne laisse pas de dire, qu'en parlant d'un Pyrrhonien de ce caractère, il est juste d'observer, et pour son honneur, et pour l'édification publique, qu'il n'a donné ou cru donner nulle atteinte à la Religion: justice due sur-tout à M. la Mothe-le-Vayer, dont les glorieux emplois nous parlent en sa faveur, et qui, comme Bayle lui-même l'a dit, étoit un homme d'une conduite réglée, et semblable à celle des anciens Sages; un vrai philosophe dans ses mœurs. Au milieu de sa nombreuse bibliothèque, où il pouvoit bien dire avec le bon Chrysale de Molière; Raisonner est l'emploi de toute ma maison, Et le raisonnement en bannit la raison; il se voyoit entouré des livres écrits en divers siècles, en diverses langues, dont l'un disoit blanc, l'autre noir. Frappé d'y trouver cette multiplicité, cette contrariété d'opinions sur tous les points que Dieu a livrés à la dispute des hommes, il en vint à conclure, que la Sceptique étoit de toutes les philosophies, la plus sensée. Heureux ceux qui, comme lui, ne chancellent que dans les routes de l'histoire et de la physique! Car c'est là vraisemblablement qu'il borna son pyrrhonisme, ainsi que l'insinue l'abbé d'Olivet. « Comme humainement parlant, dit-il, tout est problématique dans les sciences, et dans la physique principalement, tout doit y être exposé aux doutes de la philosophie sceptique, n'y ayant que la véritable science du ciel, qui nous est venue par la révélation divine, qui puisse donner à nos esprits un solide contentement avec une satisfaction entière. » Ce passage prouve que la religion étoit à ses yeux la fin des doutes et la source des véritables plaisirs de l'esprit. La Mothe passant dans la galerie du Louvre, entendit quelqu'un dire, en le montrant : Voilà un homme sans religion ; il lui répondit avec douceur : « Mon ami, j'ai tant de religion que je vous pardonne en pouvant vous faire punir. » On a recueilli ses Ouvrages en 1662, 2 vol. in-fol. ; en 1684, 15 vol. in-12 ; et à Dresde, 1772, 14 vol. in-8. Ils prouvent que l'auteur avoit plus de savoir que d'imagination, et plus de jugement que de goût. Son Traité de la vertu des Païens a été réfuté par le docteur Arnauld, dans son ouvrage de la Nécessité de la Foi en Jésus-Christ. Celui de la Mothe ne se vendoit pas, et son libraire lui en faisoit des reproches : « Ne soyez point en peine, lui dit la Mothe, je sais un secret pour le faire vendre. » En effet, il alla solliciter l'autorité de défendre la lecture de son écrit ; à peine la défense fut-elle connue, que chacun eut envie de le lire, et l'édition fut épuisée. Parmi les Œuvres de ce philosophe, on ne trouve ni les Dialogues faits à l'imitation des Anciens, sous le nom d'Oratius Tubero, imprimés à Francfort sous la fausse date de 1606, deux tomes ordinairement en 1 vol. in-4° ; et 1716, 2 vol. in-12... ni l'Hexameron rustique, in-12. Ces deux ouvrages sont de lui, et on les recherche, sur-tout le premier, quoique les sujets qu'il y a traités ne soient pas approfondis, et que le titre de quelques-uns soit frivole, comme celui-ci : Des rares et éminentes qualités des Anes de ce temps. La Traduction de Florus qu'on a sous le nom de la Mothe-le-Vayer, est d'un de ses fils, ami de Boileau, mort en 1664, à 35 ans. On a donné, in-12, l'Esprit de la Mothe-le-Vayer, où l'on a fait entrer tout ce que cet auteur a dit de mieux dans ses différens ouvrages. Ce recueil seroit plus intéressant, si la Mothe-le-Vayer avoit su aussi bien écrire que penser. Il avoit imité la manière de Plutarque ; mais le philosophe Grec avoit un style bien plus agréable... Voyez MARÊTS, n.º II.
II. MOTHE-LE-VAYER DE BOUTIGNI, (François de la) de la même famille, maître des requêtes, mourut intendant de Soissons en 1685. On a de lui : I. Une Dissertation sur l'autorité des Rois, en matière de Régale. Elle fut imprimée en 1700, sous le nom de Talon, avec ce titre : Traité de l'autorité des Rois, touchant l'administration de la Justice, et réimprimé sous son nom, 1753, in-12. II. Un Traité de l'autorité des Rois, touchant l'âge nécessaire à la profession Religieuse, 1669, in-12. III. La Tragédie du Grand Sélim, in-4. IV. Le Roman de Tharsis et Zélie, réimprimé à Paris, en 1774, en 3 vol. in-8. Ce roman est estimé. On y trouve de la morale sans pédantisme, et cette philosophie douce qui instruit en amusant. Les caractères y sont variés, et l'intérêt y marche à côté du sentiment. Les amours H h 2 484 MOT de *Tharsis et Zélie* ne sont, pour ainsi dire, que le cadre de la peinture de différentes passions.
III. MOTHE-LE-VAYER, (Jean-François de la) de la même famille, maître des requêtes, mort en 1764, est auteur d'un *Essai sur la possibilité d'un Droit unique*, 1764, in-12.
MOTHE-PIQUET, (N. la) lieutenant général des armées navales, mort à Brest le 10 juin 1791, âgé de 71 ans, en avoir passé 56 dans le service de la marine, où il s'éleva, par son courage et ses talens, aux premiers grades. Parmi un grand nombre d'actions valeureuses dont il fut auteur, on a sur-tout distingué celle du Fort-Royal. Il avait mouillé dans cette rade, après un combat qui avait désemparé tous ses vaisseaux; l'*Annibal*, qu'il montait, étoit à peine réparé, lorsqu'un convoi françois entrant dans la rade, fut attaqué par une escadre de quatorze vaisseaux anglois. Ce convoi, essentiel au succès de la guerre, allait être pris; *La Mothe-Piquet*, avec son seul vaisseau, vole au secours du convoi, combat l'escadre, la disperse, et ne rentre au port qu'après que tous les navires françois sont en sureté. — On a mis au bas de son portrait ces vers mérités: Marin, dès ta première aurore, Guerrier, cher même à tes rivaux, La France sait ce que tu vaux, Et l'Angleterre mieux encore.
MOTHE-GUYON, *Voyez* GUYON, n.º II.
MOTHE, *Voy*. GROSTESTE.
MOTIN, (Pierre) poète François, étoit de Bourges. Il a laissé quelques *Pièces*, que l'on trouve dans les Recueils de son temps, et qui n'ont pas fait fortune. Ce poète froid et glacé mourut vers 1615; et non en 1640, comme le marque le continuateur de *Ladvocat*.
MOTTE, (la) *Voyez* HOU-DARD et FÉNÉLON.
MOTTE D'ORLÉANS, *Voyez* ORLÉANS de la Motte.
MOTTE-MESSEMÉ, *Voyez* POULCHRE.
MOTTEVILLE, (Françoise Bertaud d'ame de) fille d'un gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et nièce du célèbre *Bertaud*, évêque de Sées, naquit en Normandie vers 1615. Ses manières aimables et son esprit plurent à *Anne d'Autriche*, qui la garda auprès d'elle. Le cardinal de *Richelieu*, jaloux des favorites de cette princesse, l'ayant disgraciée, elle se retira avec sa mère en Normandie, où elle épousa *Nicolas Langlois*, seigneur de *Motteville*, premier président de la chambre des comptes de Rouen. C'étoit un magistrat distingué, mais fort vieux, et sa femme fut veuve au bout de deux ans. Après la mort du cardinal de *Richelieu*, *Anne d'Autriche* ayant été déclarée régente, la rappela à la cour. Ce fut alors que la reconnaissance lui inspira le dessein d'écrire les Mémoires de cette princesse. On les a publiés sous le titre de *Mémoires pour servir à l'Histoire d'Anne d'Autriche*, 1723, en 5 vol. in-12; et 1750, en 6 vol. in-12. Cet ouvrage curieux prouve une grande connoissance de l'intérieur de la cour et de la minorité de *Louis XIV*. Il est, pour la plus grande partie, de *Mad. de Motteville*; mais on prétend qu'une autre main a retouché le style, qui cependant n'est pas encore trop bon. L'éditeur auquel on attribue ce changement, a surchargé cet ouvrage de morceaux d'Histoire générale, qu'on trouve par-tout. Il y a des minutes dans ces Mémoires; mais elles sont rachetées par des anecdotes curieuses. On trouve aussi plusieurs Lettres de cette femme spirituelle, dans le recueil de Mlle de Montpensier. Mad. de Motteville mourut à Paris le 29 décembre 1689, à 74 ans. Les agrémens de son esprit et de son caractère, lui avoient concilié l'amitié et l'estime de la reine d'Angleterre, veuve de Charles I, qui avoit en elle la confiance la plus intime. † MOTTIN, (Pierre) docteur de Sorbonne, mort à Paris en 1773, a laissé un petit écrit qui ne manque pas d'intérêt, et qui est intitulé: Essai sur la nécessité du travail, in-12.
MOUCHAN, (le Comte de) Voyez CASTILLON.
MOUCHY, ou MONCHY (Antoine de) docteur de la maison et société de Sorbonne, plus connu sous le nom de Demochares, se distingua par son zèle contre les Calvinistes. Nommé Inquisiteur de la Foi en France, il rechercha les hérétiques avec une vivacité qui tenoit un peu de la haine et de la passion. C'est de son nom qu'on appela Mouches ou Moucharts, ceux qu'il employoit pour découvrir les sectaires; et ce nom est resté aux espions de la Police. Son zèle, ou plutôt son emportement, ne produisit qu'un très-petit nombre de conversions. Mouchy auroit dû savoir que la charité indulgente et la douceur compatissante sont plus conformes aux préceptes de l'Évangile, et touchent plus, que les violences et les rigueurs. Ce docteur devint pénitencier de Noyon, fut l'un des juges de l'infortuné Anne du Bourg, et parut avec éclat au colloque de Poissy, au concile de Trente, et à celui de Rheims en 1564. Il mourut à Paris, sénieur de Sorbonne, le 8 mai 1574, à 80 ans. On a de lui: I. La Harangue qu'il prononça au concile de Trente. II. Un Traité du sacrifice de la Messe, en latin, in-8. Il est rempli de digressions inutiles, et l'on ne trouve aucune critique, ni dans les citations d'auteurs, ni dans le choix des passages qu'il allègue. III. Un grand nombre d'autres ouvrages, pleins de la bile et de l'emportement qui formoient son caractère.
MOUFET, (Thomas) célèbre médecin Anglois, né à Londres, exerça son art avec beaucoup de succès. Il se retira à la campagne sur la fin de ses jours, et mourut vers 1600. Ce médecin est connu par un ouvrage recherché. Cet ouvrage, commencé par Edouard Wotton, et achevé par Moufet, fut imprimé à Londres, en 1634, in-folio, sous ce titre: Theatrum Insectorum. On en donna une traduction angloise, à Londres, 1658, in-fol. Martin Lister n'a pas jugé trop favorablement de ce livre. Puisque Moufet, dit-il, s'est servi de Wotton, de Gesner, etc., on auroit pu attendre de lui un excellent ouvrage. Cependant son Théâtre est rempli de confusion, et il a fait un très-mauvais usage des matériaux que les auteurs lui ont fournis. Il ignore le sujet sur lequel il travaille, et il s'ex- 486 MOU prime d'une manière barbare. D'ailleurs c'est un orgueilleux, pour ne rien dire de pis; quoiqu'il ait copié *Aldrovandus* en une infinité d'endroits, il ne le nomme jamais. » Mais *Ray* croit que *Lister* n'a pas rendu justice à *Moufet* en s'exprimant ainsi : il prétend que ce dernier auteur a rendu, par son ouvrage, un grand service à la république des lettres.
MOUGNE, (Roberte) savante du 17$^{e}$ siècle, suivait la religion Calviniste, et se consola d'un long veuvage en composant des ouvrages pieux, parmi lesquels on distingue celui intitulé : *Cabinet de la veuve chrétienne, contenant des prières et des méditations sur divers sujets de l'Écriture-sainte*, 1616.
MOUHY, (Charles de Fieux, chevalier de) de l'académie de Dijon, né à Metz en 1702, mort à Paris le 29 février 1784, vint de bonne heure dans cette capitale. Ayant le goût de la dépense, sans en avoir toujours les moyens, il s'intrigua et écrivit toute sa vie. Le genre romanesque fut celui qui exerça le plus sa plume. Mais son style lâche, diffus, incorrect, ne lui promettant pas de grands succès, il chercha à exciter la curiosité du public par les titres de ses livres, qu'il modéloit ordinairement sur celui de quelqu'autre ouvrage célèbre. Ainsi l'on vit par contre sa *Paysanne parvenue*, 1735, 4 vol. in-12, quand *Marivaux* eut donné le *Paysan parvenu*... ses *Mémoires d'une Fille de qualité*, 1747, 4 vol. in-12, après les *Mémoires d'un Homme de qualité* de l'abbé Prévôt... Ses *Mille et une Faveurs*, 1748, 8 volumes in-12, qu'on auroit pu intituler les *Mille et une Sottises*, rappellèrent les *Mille et une Nuits*... Son *Masque de Fer*, 1747, six parties in-12, fut composé lorsque les aventures du prisonnier de la Bastille, connu sous ce nom, faisoient le plus de bruit. Par ces petites ruses, les romans du chevalier de *Mouhy* circulèrent dans les maisons, ou du moins dans les antichambres de la capitale. Les gens de goût attachés à la vraisemblance, qui aiment des fictions neuves, une intrigue bien filée, un dénouement heureux, les lurent fort peu, et se contentèrent d'être étonnés de l'intarissable fécondité de l'auteur; car nous n'avons pas nommé le quart de ses productions romanesques. Comme les événements y sont multipliés et variés, quelques-unes ont été traduites en anglois. Le chevalier de *Mouhy* connoissoit bien le théâtre. Nous avons de lui, un ouvrage intitulé : *Tablettes Dramatiques, contenant un Dictionnaire des Pièces, et l'Abrégé de l'Histoire des Auteurs et des Acteurs*, 1752, in-8.$^{o}$ Il y avoit beaucoup d'omissions et d'erreurs de titres et de dates dans ce livre, que l'auteur reproduisit quelque temps avant sa mort, sous le titre de *Dictionnaire dramatique*, 1783, 3 vol. in-8.$^{o}$
MOULIER DE MOISSI, (N.) a donné en 1750 et 1751, quatre Comédies, le *Faux généreux* ou le *Bienfait anonyme*, le *Valet maître*, le *Provincial à Paris* et les *Fausses inconstances*. Elles eurent peu de succès. *Moulier* est mort peu de temps après la représentation de la dernière. I. MOULIN, (Charles du) vit le jour à Paris, en 1500, d'une famille noble et ancienne. Elle étoit originaire de Brie, et, selon *Papyre Masson*, elle avoit l'honneur d'internir à *Elizabeth* reine d'Angleterre, du coté de *Thomas de Bouleu*, vicomte de Rochefort, aïeul maternel de cette princesse. C'est ce qu'*Elizabeth* avoua un jour au seigneur de *Montmorenci*, pendant un voyage qu'il fit à Londres, en 1572. Le jeune du *Moulin* fit paroître, dès son enfance, des dispositions extraordinaires pour les belles-lettres et pour les sciences, et une inclination pour l'étude, qui tenoit de la passion. Reçu avocat au parlement de Paris, en 1522, il plaida pendant quelques années au Châtelet et au Parlement. Mais une difficulté de langue l'ayant dégoûté du barreau, il s'appliqua à la composition des ouvrages qui l'ont rendu si célèbre. Il publia, en 1539, son *Commentaire sur les matières Féodales* de la Coutume de Paris; et en 1551, ses *Observations* sur l'Édit du roi *Henri II*, contre les *petites Dates*. L'Édit contenoit divers réglemens, concernant la conduite des notaires, des banquiers et des juges en matière bénéficiaire. Il tendoit à réprimer les abus commis en ce genre : abus qui venoient plutôt de l'avidité des aspirans aux bénéfices, que de la connivence des officiers de la cour Romaine. Cependant du *Moulin* s'en prit uniquement aux papes et à ceux qui les approchoient. La distribution de son livre fut défendue par le parlement, et la Sorbonne le censura. Il n'en fut pas moins agréable à la cour de France, qui vit dans du *Moulin* le défenseur des libertés Gallicanes; mais il déplut beaucoup à celle de Rome, qui dès-lors ménagea plus les François. Son ouvrage fut présenté au roi par *Anne de Montmorenci*, alors maréchal, depuis connétable de France. *SINE*, lui dit-il, ce que *Votre Majesté n'a pu faire exécuter avec 30,000 hommes, de contraindre le pape à lui demander la paix, ce petit homme l'a achevé avec un petit Livre*. Cependant, les Catholiques zélés étoient fachés de la protection que trouvoit à la cour un homme soupçonné d'être favorable aux nouvelles erreurs. On lui donna des marques de la haine qu'il avoit inspirée. Le peuple de Paris pilla sa maison en 1552. Du *Moulin* se voyant en danger d'être maltraité, se retira à Basle, s'arrêta quelque temps à Tubinge, et alla à Strasbourg, à Dôle et à Besançon; travaillant toujours à ses ouvrages, et enseignant le droit avec une réputation extraordinaire par-tout où il faisoit quelque séjour. En 1556, *George*, comte de *Montbéliard*, le retint prisonnier pour n'avoir pas voulu se charger d'une mauvaise cause. Mais *Louise de Beldon* vint à son secours et obtint son élargissement, par le courage et la fermeté qu'elle montra. De retour à Paris, en 1557, du *Moulin* en sortit encore en 1562, pendant les guerres de la religion. Il se retira pour lors à Orléans, et revint à Paris en 1564. Trois de ses *Consultations*, dont la dernière regardoit le Concile de Trente, lui suscitèrent de nouvelles affaires. Il fut mis en prison à la conciergerie; mais il en sortit peu de temps après, à la sollicitation de *Jeanne d'Albret*. Cependant la cour lui défendit d'écrire désormais sur les matières qui appartenoient à l'Etat, ou qui dépendoient de la Théologie. Du *Moulin* avoit perdu sa femme en 1556, et ce ne fut pas à ses yeux 488 MOU le moindre de ses malheurs; il la regretta d'autant plus vivement, que la compagnie assidue qu'elle lui tenoit, et les agrémens de sa conversation, allégécoient son travail continu. Il se remaria pourtant avec une seconde, nommée Jeanne du Vivier. Le parlement, pénétré de son mérite, lui offrit une place de conseiller, qu'il refusa. Le motif de ce refus étoit, qu'il ne pouvoit en même temps remplir cette charge et composer des livres. Il étoit si avare de ses momens, que, quoique ce fût alors l'usage de porter la barbe, il se la fit couper, pour ne pas perdre de temps à la peigner. On le regardoit comme la lumière de la jurisprudence, et comme l'oracle des François. On citoit son nom avec ceux des Papinien, des Ulpien, et des autres grands jurisconsultes de Rome. Il étoit consulté de toutes les provinces du royaume, et l'on s'écartoit rarement de ses réponses, dans les tribunaux, tant civils qu'ecclésiastiques. Sur la fin de sa vie, il abandonna entièrement la doctrine des Protestans, et mourut à Paris, avec de grands sentimens de soumission à l'Eglise Catholique, en 1566, âgé de 66 ans. Charles du Moulin étoit certainement un homme d'un très-grand mérite; mais il étoit trop plein de lui-même, et ne faisoit pas assez de cas des autres. « Ses décisions, dit Teissier, avoient plus d'autorité dans le palais, que les Arrêts du parlement. » C'est apparemment ce qui l'avoit enorgueilli; mais cet orgueil, quoique juste à certains égards, étoit trop peu circonspect. Que peut-on penser d'un homme qui s'appeloit le Docteur de la France et de l'Allemagne? et qui mettoit en tête de ses Consultations: Moi qui ne cède à personne, et à qui personne ne peut rien apprendre! Il porta cet esprit de suffisance dans l'examen des matières de religion. Il prononça sur les dogmes comme sur les lois. Sa profession l'ayant accoutumé à traiter tout d'une manière problématique, sa foi contracta un caractère d'inconstance, dont il donna des preuves toute sa vie. Ses ŒUVRES ont été recueillies en 1681, 5 vol. in-fol. On les regarderoit avec raison, comme une des meilleures collections que la France ait produites en matière de jurisprudence, si l'auteur n'avoit hasardé, sur des points importants, des opinions peu conformes à la saine théologie. Sa Consultation sur le Concile de Trente, est jointe ordinairement à la Réponse qu'y fit Pierre Gringoire: cette Réponse est fort recherchée. (Voyez l'article de DINUS.) — Il laissa deux enfans de sa première femme: Charles du MOULIN, qui mourut à Paris d'hydropisie, en 1570; et Anne du MOULIN, femme de Simon Robé. L'accident funeste, arrivé à cette dame, mérite d'être rapporté. La nuit du 19 février 1572, des voleurs introduits dans sa maison pendant l'absence de son mari, l'assommèrent; (elle étoit alors enceinte,) tuèrent deux jeunes enfans qu'elle avoit, la nourrice du plus petit, et la servante. Ils prirent ensuite la fuite, conduits hors de la ville par le cocher d'un conseiller, qu'ils poignardèrent de peur qu'il ne les découvrit. En effet, ils se cachèrent si bien, qu'on ne put jamais découvrir les auteurs de ces différens meurtres. (Voyez la relation qu'en donna son gendre, à la tête de l'édition qu'il publia du traité De Usuris.) Ferrière a fait la parallèle de DU MOULIN et de CUJAS, dans son *Histoire du Droit Romain*. « DU MOULIN, dit-il, est plus inventif, et a l'esprit plus profond et plus transcendant. CUJAS est plus clair, plus égal et plus parfait. Du Moulin traite les choses avec plus de vivacité et plus d'étendue. Cujas les traite avec plus d'ordre, plus de justesse d'esprit, d'une manière plus élégante; il se fait entendre bien plus aisément, et ne s'égare jamais. Les plus grands admirateurs de du Moulin conviennent tous que le style et l'arrangement lui manquent; qu'il eût été à souhaiter qu'il eût écrit avec la politesse, la netteté, l'ordre et la précision de Cujas. Ce dernier s'est appliqué particulièrement à l'étude du Droit Romain, et il en a acquis une connoissance si parfaite, qu'il a surpassé tous ceux qui l'avoient précédé, et qu'il doit servir de guide et de modèle à tous ceux qui doivent après lui s'adonner à l'étude des Lois Romaines, pour les enseigner aux autres. Du Moulin, qui n'a pas fait du Droit Romain le principal objet de son application, excelle dans la science du Droit canonique et du Droit coutumier; mais d'une manière si élevée, que personne ne pourra jamais avoir un mérite qui approche du sien. Disons donc, que si du Moulin est sans contredit le prince des jurisconsultes François, Cujas est sans contestation le prince des interprètes du Droit Romain. » Voyez la *VIE* de du Moulin, par Blondeau.
II. MOULIN, (Pierre du) théologien de la Religion Prétendue—Réformée, naquit l'an 1568, au château de Buhny, dans le Vexin. Nous avions avan- cé dans les éditions précédentes, d'après l'auteur du *Babelais réformé*, qu'il étoit sorti d'un Célestin d'Amiens, apostat; mais, mieux informés, nous disons qu'il eut pour père Joachim du Moulin, seigneur de Lormegrenier, issu d'une ancienne noblesse, qui donna, l'an 1179, un grand maître à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dans la personne de Roger du Moulin. Pierre, après avoir enseigné la philosophie à Leyde, fut ministre à Charenton. Il entra, en cette qualité, auprès de Catherine de Bourbon, princesse de Navarre, et sœur du roi Henri IV, mariée, en 1599, avec Henri de Lorraine, duc de Bar. Il passa, l'an 1615, en Angleterre, à la sollicitation du roi de la Grande-Bretagne, et il y dressa un Plan de réunion des Églises Protestantes. L'université de Leyde lui offrit une chaire de théologie en 1619; mais il la refusa. Son esprit remuant lui ayant fait craindre avec raison que le roi ne le fit arrêter, il se retira à Sédan, où le duc de Bouillon le fit professeur en théologie, ministre ordinaire, et l'employa dans les affaires les plus importantes de son parti. Il y mourut en 1658, à près de 90 ans, avec la réputation d'un mauvais plaisant, d'un satirique sans goût, et d'un théologien emporté. Son caractère se fait sentir dans ses ouvrages, que personne ne lit plus. Les principaux sont : I. L'Anatomie de l'Arminianisme, en latin, Leyde, 1619, in-fol. II. Un Traité de la Pénitence et des Clefs de l'Eglise. III. Le Capucin, ou l'Histoire de ces Moines, à Sédan, 1641, in-12: satire peu commune. IV. Nouveauté du Papisme, dont la meilleure édition est celle de 1633, in-4.º Cet ouvrage est plein de railleries indécentes et de déclamations outrées et satiriques. V. Le *Combat Chrétien*, in-8.º VI. *De Monarchia Pontificis Romani*, Londres, 1614, in-8.º VII. *Le Bouclier de la Foi*, ou *Défense des Eglises Réformées*, in-8.º, contre le P. *Arnoux*, Jésuite; et un autre livre contre le même Jésuite, intitulé : *Fuites et Évasions du Sieur Arnoux*. VIII. *Du Juge des Controverses et des Traditions*, in-8.º IX. *Anatomie de la Messe*, Sédan, 1636, in-12. Il y en a une deuxième partie, imprimée à Genève en 1640. Cette Anatomie est moins rare qu'une autre *Anatomie de la Messe*, dont l'original est italien, 1552, in-12. Il fut traduit en françois, et imprimé avec une Épître dédicatoire au marquis *del Vico*, datée de Genève, 1555. Dans la Préface du traducteur, l'auteur Italien est appelé *Antoine d'Adam*. Dans la traduction latine de 1561, 172 pag. in-8.º, et 19 pag. d'Errata et de Table, l'auteur y est appelé *Antonius ab Aedam*. Suivant *Gesner*, c'est un *Augustin Mainard*; mais *Jean le Fèvre de Moulins*, docteur en théologie de Paris, qui en a publié une *Réputation* en 1563, l'attribue à *Théodore de Bèze*. L'édition françoise a été réimprimée en 1562, in-16, par *Jean Martin*, sans nom de lieu. Au reste, ni l'ouvrage de *du Moulin*, ni celui de l'apostat Italien, ne méritaient guère le détail dans lequel nous sommes entrés; mais il faut contenter ceux qui ramassent les guenilles de la littérature.
III. MOULIN, (Pierre du) fils aîné du précédent, hérita des talens et de l'impétuosité de gé- nie de son père. Il fut chapelain de *Charles II*, roi d'Angleterre, et chanoine de Cantorbery, où il mourut en 1684, à 84 ans. On a de lui : I. Un livre intitulé : *La Paix de l'Ame*, qui est fort estimé des Protestans, et dont la meilleure édition est celle de Genève, en 1729, in-12. II. *Clamor Regii sanguinis*, que *Milton* attribuoit mal-à-propos à *Alexandre Morus*. III. Une *Défense de la Religion Protestante*, en anglois. — *Louis et Cyrus DU MOULIN*, frères de ce dernier, (le premier médecin, et l'autre ministre des Calvinistes) sont aussi auteurs de plusieurs ouvrages qui ne respirent que l'enthousiasme et le fanatisme. *Louis* fut un des plus violens ennemis du gouvernement ecclésiastique Anglican, qu'il attaqua et outragea dans sa *Paracensis ad adificatores Imperii*, in-4.º, dédiée à *Olivier Cromwell*, dans son *Papa Ultrajectinus*, et dans son livre intitulé : *Patronus bonæ Fidei*. Il mourut en 1680, à 77 ans. *Pierre premier DU MOULIN* avoit eu ces trois fils de *Marie Colignon*, qu'il avoit épousée, le 5 juin 1599. Il se maria en secondes noces avec *Sara de Geslai*, dont il eut *Jean, Henri et Daniel*; le dernier alla s'établir en Bretagne peu de temps après la mort de *Pierre du Moulin* son père. Sa famille subsiste encore.
IV. MOULIN, (Gabriel du) curé de Maneval au diocèse de Lisieux, s'est fait connoître dans le 17e siècle : I. Par une *Histoire générale de Normandie*, sous les *Dues*, Rouen, 1631, in-folio rare et recherchée. II. Par l'*Histoire des Conquêtes des Normands dans les Royaumes de Naples et de Sicile*, Rouen, 1658, in-fol., moins estimée que la précédente.
MOULIN, (Du) médecin, *Voyez MOLIN.*
MOULINET, *Voy.* THUILLE-RIES et CLOPINEL. I. MOULINS, (Guyard des) prêtre et chanoine d'Aire en Artois, devint doyen de son chapitre en 1297. Il est fort connu par sa *Traduction de l'Abrégé de la Bible de Pierre Comestor*. Il la commença en 1291, à l'âge de 40 ans, et l'eut finie au bout de quatre. Il a inséré les livres moraux et prophétiques; mais on n'y trouve pas les Épitres canoniques, ni l'Apocalypse. On conserve dans la bibliothèque de Sorbonne un *Manuscrit* de cette Traduction. Il y a des choses singulières dans cette version, qui fut imprimée à Paris, chez *Vérard*, in-folio, deux vol., 149c. On la recherchoit beaucoup autrefois.
II. MOULINS, (Laurent des) prêtre et poète François du diocèse de Chartres, florissoit au commencement du XVIe siècle. Il est connu par un Poème moral, intitulé : *Le Catholicon des mal-avisés*, autrement appelé le *Cinettière des malheureux*, Paris, 1513, in-8°, et Lyon, 1534, même format. C'est une fiction sombre et mélancolique, où l'on trouve des images fortes. *Voyez DALECHAMPS.* —MATTHIOLE, et II. MOULIN, *vers la fin.* — MOURAT, Génois, qui succédait à *Justif*, roi de Tunis, avoit renié la foi Chrétienne dès son enfance, et étoit, dans le temps de son élection, général des galères de Tunis. Il passoit pour le plus hardi corsaire de son temps. Il étoit intègre et clément, autant que peut l'être un pirate; et avoit été *Caïd*, c'est-à-dire *Receveur*, à la montagne de Chizera qui est voisine de Tunis. Après avoir exercé cette charge pendant trois ans, *Soliman* son maître le rappela et le fit son lieutenant. Il devint amoureux de *Turquia*, fille de ce sultan, qui, l'ayant surpris lorsqu'il baisoit la main de la princesse, les fit entrer tous deux dans sa chambre, où il vouloit les sacrifier à sa fureur. Mais sa tendresse pour son esclave, ayant retenu le cimeterre qu'il avoit déjà levé pour lui couper la tête, il lui permit de se justifier. Il lui donna dans la suite sa fille en mariage, la moitié de la charge dont il étoit revêtu, et tous ses biens après sa mort. *Mourat*, devenu roi, dompta tous les rebelles qui osèrent refuser le joug. Après avoir perdu sa femme *Turquia*, il tomba dans une mélancolie qui avança sa mort, arrivée en 1646, dans sa 40e année.
MOURET, (Jean-Joseph) musicien François, né à Avignon en 1682, mort à Charenton près de Paris en 1738, à 56 ans, se fit connoître dès l'âge de vingt ans par des morceaux excellens. Son esprit, ses saillies et son goût pour la musique, le firent rechercher des grands. La duchesse du *Maine* le chargea de composer de la musique pour ces fêtes si connues sous le nom de *Nuits de SEAUX : Hagonde ou la Soirée de Village*, dont les représentations ont fait beaucoup de plaisir sur le théâtre de l'Opéra, est un de ses divertissemens. *Mouret* plaît sur-tout par la 492 MOU légèreté de sa musique et par la gaieté de ses airs. Ce célèbre musicien eut à essuyer, sur la fin de sa vie, diverses infortunes qui lui dérangèrent l'esprit et avancèrent la fin de ses jours. Il perdit, en moins d'un an, environ 5000 livres de pension, que lui rapportoient la direction du Concert Spirituel, l'intendance de la musique de la duchesse du Maine, et la place de compositeur de la musique de la Comédie Italienne... Nous avons de lui, un grand nombre d'ouvrages : I. Les Fêtes de Thalic. II. Les Amours des Dieux. III. Le Triomphe des Sens. IV. Les Graces, Opéra-Ballet. V. Ariane, Pirithous, Tragédies. VI. Trois Livres d'Airs sérieux et à boire. VII. Des Divertissemens pour les Théâtres François et Italien. VIII. Des Sonates à deux flûtes ou violons. IX. Un livre de Fanfases. X. Des Cantates et des Cantatilles Françoises. XI. De petits Motets et des Divertissemens donnés à Seaux. I. MOURGUES, (Matthieu de) sieur de SAINT-GERMAIN, ex-Jésuite, natif du Vélay, devint prédicateur ordinaire de Louis XIII, et aumônier de Marie de Médicis. Le cardinal de Richelieu se servit d'abord de sa plume pour terrasser ses ennemis et ceux de la reine; mais s'étant brouillé avec cette princesse, il priva Saint-Germain, qui lui étoit resté fidelle, de l'évêché de Toulon, et l'obligea d'aller joindre la reine-mère à Bruxelles. Après la mort de ce ministre implacable, il revint à Paris, et finit ses jours dans la maison des Incurables, en 1670, à 88 ans. On a de lui : I. La Défense de la Reine-Mère, en deux vol. in-folio; ouvrage emporté, mais curieux et nécessaire pour l'histoire de son temps. II. Des Écrits de controverse, qui ne respirent que la passion, quoique l'auteur s'affiche pour un homme très-apathique; tels que Bruni Spongia contre Antoine le Brun; les Avis d'un Théologien sans passion, 1616, in-8°, III. Des Sermons, 1665, in-4°, aussi mal écrits que ses autres livres.
II. MOURGUES, (Michel) Jésuite d'Auvergne, enseigna avec distinction la rhétorique et les mathématiques dans son ordre. Il mourut en 1713, à l'âge de 70 ans. Il joignoit à une politesse aimable un savoir profond, et il fut généralement estimé pour sa droiture, sa probité et ses ouvrages. Les principaux sont : I. Plan Théologique du Pythagorisme, en deux vol. in-8°, plein d'érudition. II. Parallèle de la Morale Chrétienne, avec celle des anciens Philosophes, Bouillon, 1769, in-12. L'auteur y fait voir la supériorité des leçons de la sagesse Évangélique, sur celles de la sagesse païenne. On voit à la suite de cet ouvrage, Paraphrase Chrétienne du Manuel d'Épictète, Cette paraphrase est très-ancienne. Elle a été composée par un solitaire de l'Orient en langue grecque; elle étoit restée inconnue jusqu'au commencement du XVIIIe siècle, que le hasard l'ayant fait tomber entre les mains du Père Mourgues, il prit le parti de la traduire. III. Un Traité de la Poésie Françoise, in-12: le plus complet qu'il y eût eu jusqu'alors; mais qui a été éclipsé, depuis, par celui de M. l'abbé Jounnet. IV. Nouveaux Élémens de Géométrie par des Méthodes particulières, en moins de 50 Propositions, in-12. V. Traduction de la Thérapeutique de Théodoret. VI. Un Recueil de Bons-mots en vers françois, fait avec assez de choix.
MOURRIER, (N. Du) Voy. FORTIGUERRA, n.º II.
MOURRON, (Pierre de) Voyez CÉLESTIN V.
MOUSSARD, (Jacques) architecte du roi, naquit à Baïeux avec de grandes dispositions pour les arts. Ses progrès dans la peinture, la géométrie, les mathématiques et l'architecture, furent moins le fruit du travail, que celui de ses amusements. C'est d'après ses dessins que la Tour de l'horloge de la cathédrale de Baïeux fut rebâtie en 1714. Ce morceau, d'une exécution hardie, fut applaudi du neveu du célèbre maréchal de Vauban. Plusieurs autres bâtiments qu'il fit exécuter dans cette ville et dans les environs, lui donnèrent une grande réputation. Il a laissé aussi quelques Tableaux, qui sont estimés des connoisseurs. Il mourut en 1750, âgé de 80 ans. Guillaume son frère puiné, chanoine et vicaire général de Baïeux, ne manquoit pas non plus de talens et d'érudition. La Relation qui parut sur la mort de François de Nesmond, évêque de Baïeux, en 1715, est de lui. Il mourut en 1756.
MOUSSET, (Jean) auteur François du XVIe siècle, peu connu. C'est le premier, selon d'Aubigné, qui a fait des vers françois mesurés, à la manière des Grecs et des Latins. Il traduisit, vers 1530, l'Iliade et l'Odyssée d'Homère en vers de cette espèce, dont on ne sera peut-être pas fâché de voir ici un échantillon : Casare... venu...ro, Phosphore...redde di...em. César...va revé...ni; Aube, ra...mène le...jour. Vers pensam. Ce seroit donc sans fondement qu'on en auroit attribué l'invention à Jodelle et a Baïf. I. MOUSTIER, (N.) échevin de Marseille, se distingua par son humanité et son courage, lors de la peste qui ravagea sa patrie en 1720. Depuis le commencement de la contagion il se mit à la tête de toutes les expéditions dont ses collègues n'osoient pas se charger. L'un des soins les plus pressans étoit d'enlever les cadavres, dans un moment où il périssoit mille personnes par jour. Des forçats auxquels on promit la liberté, consentirent à se charger de ce travail, au moyen de crochets qui leur furent distribués ; mais il falloit commander ces forçats ; il falloit un homme qui ne craignit point de les suivre, de les mener dans des lieux presque impraticables. Cet homme fut l'intrépide Moustier. Il courut se placer au milieu d'eux. Tantôt à cheval, tantôt à pied, l'épée dans une main et la bourse dans l'autre, il ne cessoit de récompenser et de punir que pour mettre la main à l'ouvrage. Un emplâtre fumant d'un pus pestilentiel, jeté par une fenêtre, vint se coller sur sa joue. Moustier détacha l'emplâtre et continua ses travaux. Il mourut victime de son dévouement généreux.
II. MOUSTIER, (Charles-Albert de) membre de l'Institut, naquit à Villers-Coterets, le 13 mars 1761, d'un père qui servoit dans les Gardes du Corps. Après s'être distingué dans ses études au collège de Lisieux, il suivit pendant quelque temps avec succès la profession d'avocat, qu'il abandonna ensuite pour se livrer entièrement à la littérature et à son goût pour la retraite et la campagne. C'est là qu'il composa la plupart de ses ouvrages. Ceux-ci pétillent d'esprit, mais on y désirerait quelquefois moins de recherche et de prétention. On lui doit : I. *Lettres à Emilie*, sur la Mythologie, 1790, 6 vol. in-18. Il y a eu plusieurs autres éditions de cet ouvrage, dans lequel l'auteur donne aux femmes des leçons sur la fable. Il est écrit en prose mêlée de vers. Ceux-ci forment un recueil de madrigaux, le plus considérable peut-être que nous possédions. Ces *Lettres* ont été élégamment traduites en anglois. II. Le *Conci-hiateur*, comédie en 5 actes. Cette pièce a réussi. Le style en est aisé, les saillies piquantes. Le premier acte offre beaucoup d'art dans l'exposition, et le dernier un dénouement heureux. III. Les *Femmes*, comédie en 5 actes. Celle-ci, pleine de madrigaux, d'épigrammes, de bizarreries de sentiment, obtint un succès qui s'est soutenu. L'auteur, dans sa Préface, dit qu'il aimoit trop les femmes pour les bien connoître; et quelques critiques ont été de son avis. Les agrémens de la diction n'y rachètent peut-être pas assez la peinture des mœurs un peu lestes qu'elle présente, et surtout la scène d'un jeune homme en robe de chambre, endormi sur un sopha, et livré à la contemplation de plusieurs femmes. IV. Les *Trois Fils*, comédie en cinq actes. V. Le *Tolérant*, autre comédie. VI. *Alceste à la campagne*, comédie. VII. Les autres pièces de l'auteur sont : *Constance*; le *Divorce*; la *Toilette de Julie*; le *Pari*; l'*Amour filial*; *Agnès et Félix*. Celles-ci n'ont pas été aussi applaudies que les deux premières. VIII. *Apelle et Campagne*, grand opéra qu'on a vu avec intérêt et qui offre le tableau le plus agréable. IX. La *Siège de Cythère*, la *Liberté du Clôture*, poèmes, 1790, in-8. X. Il a laissé plusieurs ouvrages manuscrits : la *Galerie du 18$^{e}$ Siècle*, en vers; un *Cours de Morale*, en vers et en prose; *Lettres à Emilie* sur l'Histoire; des *Consolations*; la *Première année du Mariage*, en vers et en prose. De *Moustier* est mort à la fleur de son âge, le 11$^{e}$ ventose an IX, d'une maladie de poitrine à laquelle il succomba dans les bras de sa mère. Il disait souvent en parlant du bonheur qu'il éprouvoit à passer ses jours près d'elle : « Le souvenir des soins rendus à ceux qu'on aime, est la seule consolation qui nous reste quand nous les avons perdus. » Le jour même de sa mort, il écrivit à une femme qui lui étoit chère : « Je sens que je n'ai plus la force de vivre; mais j'ai encore celle de vous aimer. » Il eut des amis de l'enfance qu'il conserva jusqu'à la fin de ses jours, et il eut pour eux non-seulement les procédés, mais toutes les graces de la bienveillance. « Ceux qui ont pu le voir dans la société, dit un écrivain qui a consacré une notice à son souvenir, savent quel charme il y apportoit, moins par les agrémens de son esprit, que par une attention constante à faire valoir celui des autres, par cette politesse du «ceur qui ne peut pas louer dans autrui ce qui est blâmable, mais qui cherche du moins à l'ex-cuser. »
MOUTON, (Gabriel) prêtre de Lyon, publia divers traités de Mathématiques sur la hauteur du Pôle de Lyon, sur l'usage du Télescope et de la Pendule, sur la Manière d'observer les Diamètres apparens du Soleil et de la Lune, sur l'inégalité des Jours et la vraie et fausse Equation des Temps, sur une Méthode de conserver et transmettre à la postérité toutes sortes de Mesures. Il avoit adressé, en 1694, un Traité des Logarithmes à l'académie des Sciences, qui en fait l'éloge dans ses Mémoires, et il mourut la même année, à 76 ans.
MOUVANS, (Paul RICHIEUD) dit le Brave, officier Protestant, né à Castellane en Provence d'une famille noble, se signala dans les guerres civiles du 16e siècle. Son frère, Protestant comme lui, avoit été tué à Draguignan par la populace, dans une émeute suscitée par des Prêtres. Il prit les armes pour venger sa mort, et, avec 2000 hommes qu'il rassembla, fit beaucoup de ravages en Provence. Poursuivi par le comte de Teude, à la tête de 6000 hommes, et se voyant trop foible pour tenir la campagne devant lui, il se posta dans un couvent, fort par sa situation, et résolut de s'y défendre jusqu'à l'extrémité. Le comte de Teude lui proposa alors une entrevue pour terminer cette guerre à l'amiable. Mouvans y consentit, sous condition que la mort de son frère seroit vengée, et qu'il ne seroit fait aucun tort à ceux qui avoient pris les armes avec lui. Ces conventions faites, il li- cencia ses soldats, et se réserva seulement une garde de cinquante hommes pour la sureté de sa personne: précaution qui ne lui fut pas inutile; car le parlement d'Aix avoit reçu des ordres de la cour de le condamner au dernier supplice, comme ayant eu part à la Conjuration d'Amboise. Le baron de la Garde essaya de le prendre; mais il s'en trouva mal, et fut repoussé avec perte. Mouvans prit enfin le parti de se retirer à Genève pour mettre sa vie en sureté, et il y vécut quelque temps tranquille, sans vouloir accepter les offres brillantes que lui fit le duc de Guise, pour l'attirer dans le parti Catholique. Les nouveaux troubles qui recommencèrent à l'occasion du Massacre de Vassy, en 1562, le ramenèrent en France, où il continua à se distinguer dans les troupes Protestantes. On ne peut s'empêcher sur-tout d'admirer la conduite qu'il tint à Sisteron, où il commandoit avec le capitaine Seas, lorsque cette ville fut assiégée par le comte de Sommerive. Après avoir soutenu un assaut de sept heures, où les Catholiques furent repoussés avec perte, Mouvans se sentant trop foible pour en attendre un second, résolut d'abandonner la ville, et en sortit pendant la nuit. Il partit avec 4000 personnes des deux sexes. Ce ne fut qu'après une marche de 21 ou 22 jours à travers des montagnes et des rochers, que ces malheureux fugitifs, aussi affamés que fatigués, arrivèrent à Grenoble. De cette ville le baron des Adrets les envoya avec une escorte à Lyon, où ils restèrent jusqu'au traité de pacification. Mouvans perdit la vie en 1568, dans un combat où il fut défait à Mésignac en Pé- 496 MOY rigord. Il commandoit en cette occasion, avec Pierre Gourde, l'avant-garde de l'armée Protestante. On prétend que de désespoir il se froissa la tête contre un arbre. Voyez CHARRY.
MOYA, (Matthien de) fameux Jésuite Espagnol, confesseur de la reine Marie-Anne d'Autriche, douairière d'Espagne, publia en 1664, sous le nom d'Amadeus Guimenius, un Opuscule de morale, qui fut censuré l'année suivante par la Sorbonne. On ne fit, dans cette censure, que rapporter les premiers mots de la plupart des propositions improuvées. La faculté usa de ce ménagement, pour ne pas exposer au grand jour les mystères impurs de la nuit. Le pape Alexandre VII ayant annulé par une bulle cette censure de la Sorbonne, le parlement de Paris en appela comme d'abus, maintint la faculté de théologie dans le droit de censurer les livres, et manda les Jésuites, auxquels il fit défense de laisser enseigner aucune des propositions censurées. Alexandre VII, instruit de cette fermeté, changea alors de conduite, et condamna plusieurs des erreurs anathématisées par la faculté. (Dict. Hist. de Ladvocat.) Le P. de Moya s'excusa, en disant qu'il n'avoit point voulu soutenir les propositions censurées, mais prouver seulement qu'elles étoient antérieures aux Jésuites. Cependant il écrivit à Innocent XI, une lettre dans laquelle il applaudit à la censure de son livre.
MOYLE, (Gautier) mort en 1721, étoit né en 1672 dans la province de Cornouailles. Cétoit un politique indépendant, aussi peu favorable à l'autorité des princes qu'à celle de l'église Romaine. On a de lui : Essais sur le Gouvernement de Rome ; Examen du Miracle de la Légion fulminante ; Essai sur le Gouvernement Romain, comparé à celui de Lacédémone ; Xénophon, sur les Iévenus d'Athènes comparés à ceux d'Angleterre, etc. Ces différens écrits se trouvent dans ses Œuvres, Londres, 1726, 2 vol. in-8.
MOYREAU, (Jean) graveur François, mort en 1762, à 71 ans, a gravé 87 pièces d'après Wouvermans. I. MOYSE, ou MOISE, fils d'Amram et de Jocabed, naquit l'an 1571 avant J. C. Le roi d'Égypte voyant que les Hébreux devenoient un peuple redoutable, rendit un édit par lequel il ordonnoit de jeter dans le Nil tous leurs enfans mâles. Jocabed ayant conservé Moyse durant 3 mois, fit enfin un petit panier de joncs, l'enduisit de bitume et l'exposa sur le Nil. Thermuthis, fille du roi, se promenant au bord du fleuve, vit flotter le berceau, se le fit apporter; et, frappée de la beauté de l'enfant, voulut le garder. Trois ans après, cette princesse l'adopta pour son fils, l'appela Moyse, et le fit instruire avec soin de toutes les sciences des Égyptiens. Mais son père et sa mère, auxquels il fut remis par un heureux hasard, (Voyez MARIE, n.º I.) s'appliquèrent encore plus à lui enseigner la religion et l'histoire de ses ancêtres. Quelques historiens rapportent bien des particularités de la jeunesse de Moyse, qui ne se trouvent point dans l'Écriture. Josèphe et Eusèbe lui font faire une guerre contre les Éthiopiens, qu'il défit entièrement. Ils ajoutent que les ayant Ayant poussés jusqu'à la ville de Saba, il la prit par la trahison de la fille du roi, qui l'ayant vu de dessus les murs combattre veillamment à la tête des Egyptiens, devint éperdument amoureuse de lui. Mais cette expédition est plus qu'incertaine : nous nous en tiendrons donc au récit de l'Écriture, qui ne prend Moyse qu'à l'âge de 40 ans. Il sortit alors de la cour de Pharaon, pour aller visiter ceux de sa nation, que leurs maîtres impitoyables accabloient de mauvais traitements. Ayant rencontré un Égyptien qui frappoit un Israélite, il le tua. Ce meurtre l'obligea de fuir dans le pays de Madian, où il épousa Séphora, fille du prêtre Jethro, dont il eut deux fils, Gersam et Eliezer. Il s'occupa pendant 40 ans dans ce pays à faire paître les brebis de son beau-père. Un jour, menant son troupeau vers la montagne d'Horeb, Dieu lui apparut au milieu d'un buisson qui brûloit sans se consumer, et lui ordonna d'aller briser le joug de ses frères. Moyse résista d'abord; mais Dieu vainquit son opiniâtreté par deux prodiges. Uni avec Aaron son frère, ils allèrent à la cour de Pharaon. Ils lui dirent que Dieu lui ordonnoit de laisser aller les Hébreux dans le désert d'Arabie pour lui offrir des sacrifices; mais ce prince impie se moqua de ces ordres, et fit redoubler les travaux dont il surchargeoit déjà les Israélites. Les envoyés de Dieu étant revenus une seconde fois, firent un miracle pour toucher le cœur de Pharaon. Aaron jeta devant lui la verge miraculeuse, qui fut aussitôt changée en serpent; mais le roi, endurci de plus en plus par les enchanteurs de ses magiciens, qui imi- tèrent ce prodige, attira sur son royaume les dix plaies dont il fut affligé. La première fut le changement du Nil et de tous les fleuves en sang, pour faire mourir de soif les Égyptiens. Par la seconde plaie, la terre fut couverte de troupes innombrables de grenouilles, qui entrèrent jusque dans le palais de Pharaon. Par la troisième, la poussière se changea en moucherons, qui tourmentèrent cruellement les hommes et les animaux. Par la quatrième plaie, une multitude de mouches très-dangereuses se répandit dans l'Égypte, et infesta tout le pays. La cinquième fut une peste subite qui dévasta tous les troupeaux des Égyptiens, sans offenser ceux des Israélites. La sixième enfanta des ulcères infinis et des pustules brûlantes, dont les hommes et les bêtes furent la proie. La septième fut une grêle épouvantable, mêlée de tonnerres et d'éclairs, qui frappa de mort tout ce qui se trouva dans les champs, hommes et animaux, n'épargnant que le seul pays de Gessen où étoient les enfans d'Israël. Par la huitième, des sauterelles sans nombre inondèrent et ravagèrent toutes les herbes, tous les fruits et toute la moisson. Par la neuvième, des ténèbres épaisses couvrirent toute l'Égypte pendant trois jours, à la réserve du quartier des Israélites. La dixième et la dernière fut la mort des premiers-nés d'Égypte, qui dans la même nuit furent tous frappés par l'Ange exterminateur, depuis le premier-né de Pharaon, jusqu'au premier-né du dernier des esclaves et des animaux. Cette plaie épouvantable toucha le cœur endurci de Pharaon. Ces prodiges n'ont point été entièrement inconnus aux au- 498 MOY teurs profanes qui ont parlé de *Moyse*. Plusieurs ont dû supposer qu'il avoit fait des miracles, puisque la plupart l'ont regardé comme un magicien fameux : il ne pouvoit que paroître tel à des gens qui ne le reconnoissoient pas pour l'envoyé de Dieu. *Diodore* et *Hérodote* ont parlé de l'état d'épuisement et d'humiliation où l'Égypte fut réduite par ces terribles événements. *Pharaon* laissa enfin partir les Hébreux, avec tout ce qui leur appartenait, le 15$^{e}$ jour du mois Nisan, qui devint le 1$^{er}$ de l'année, en mémoire de cette délivrance. Ils partirent de Ramessé au nombre de 600,000 hommes de pied, sans compter les femmes et les petits enfans. A peine arrivoient-ils au bord de la mer Rouge, que *Pharaon* vint fondre sur eux avec une puissante armée. Alors *Moyse*, étendant sa verge sur la mer, en divisa les eaux qui demeurèrent suspendues, et les Hébreux passèrent à pied sec. Les Égyptiens voulurent prendre la même route ; mais Dieu fit souffler un vent impétueux qui ramena les eaux, sous lesquelles toute l'armée de *Pharaon* fut engloutie. La Pâque fut établie en mémoire du passage de la Mer Rouge, et de celui de l'Ange exterminateur, qui tua tous les premiers-nés des Égyptiens, et épargna toutes les maisons des Israélites marquées du sang de l'agneau. Voici les cérémonies que Dieu prescrivit aux Juifs pour la célébration de cette fête : Dès le dixième jour du premier mois, qui s'appeloit *Nisan*, ils choisirent un agneau mâle et sans défaut, qu'ils gardèrent jusqu'au quatorze, et ce jour, sur le soir, ils l'immolèrent ; et après le coucher du soleil ils le firent rôtir pour le manger la nuit, avec des pains sans levain, et des laitues sauvages. Ils se servirent de pain sans levain, parce qu'il n'y avoit pas de temps pour faire lever la pâte, et sur-tout afin que ce pain insipide les fit ressouvenir de l'affliction qu'ils avoient soufferte en Égypte ; ils y méloient les laitues amères, pour se rappeler l'amertume et les angoisses de leur servitude passée. Dieu leur ordonna de manger un agneau tout entier dans une même maison ; ayant les reins ceints, des souliers aux pieds, et un bâton à la main, c'est-à-dire, en posture de voyageurs, prêts à partir ; mais cette dernière cérémonie ne fut d'obligation que la nuit de la sortie d'Égypte. On teignit du sang de l'agneau immolé le haut et les jambages de chaque maison, afin que l'Ange exterminateur, voyant ce sang, passât outre, et épargnât les enfans des Hébreux. Enfin, ils eurent ordre d'immoler chaque année, un agneau mystérieux, et d'en manger la chair, afin de conserver la mémoire du bienfait de Dieu, et du salut qu'ils recevoient par l'aspersion du sang de cette victime. Dieu leur défendit d'user de pain levé pendant toute l'octave de cette fête ; et l'obligation de la célébrer étoit telle, que quiconque auroit négligé de le faire, étoit condamné à mort. Après le passage miraculeux de la mer, *Moyse* chanta au Seigneur un admirable cantique d'actions de graces. L'armée s'avança vers le Mont-Sinaï, arriva à Mara, où elle ne trouva que des eaux amères, que *Moyse* rendit potables. A Raphidim, qui fut le 10$^{e}$ campement, il tira de l'eau du rocher d'Horeb, en le frappant avec sa verge ; c'est là qu'Amalec vint attaquer Israël. Pendant que Josué résistoit aux Amalécites, Moyse sur une hauteur tenoit les mains élevées. Les Israélites ayant taillé en pièces leurs ennemis, arrivèrent enfin au pied du Mont-Sinaï, le 3$^{e}$ jour du neuvième mois depuis leur sortie d'Égypte. Moyse y étant monté plusieurs fois, reçut la Loi de la main de Dieu même, au milieu des éclairs, et conclut la fameuse alliance entre le Seigneur et les enfans d'Israël. A son retour, il trouva que le peuple étoit tombé dans l'idolâtrie du Veau d'or. Ce saint homme, pénétré d'horreur à la vue d'une telle ingratitude, brisa les tables de la Loi, qu'il portoit, et fit passer au fil de l'épée vingt-trois mille hommes des prévaricateurs. Il remonta ensuite sur la montagne, pour obtenir la grace des autres, et rapporta de nouvelles tables de pierre où la Loi étoit écrite. Quand il descendit, son visage jetoit des rayons de lumière si éclatans, que les Israélites n'osant l'aborder, il fut contraint de se voiler. On travailla au tabernacle, suivant le plan que Dieu en avoit lui-même tracé. C'étoit un Temple portatif conforme à l'état de voyageurs des Juifs, qui pouvoit se monter, se démonter, et se porter où on vouloit. Il étoit composé d'ais, de peaux et de voiles : il avoit trente coudées de long sur dix de haut, et autant de large, et étoit partagé en deux parties. Celle dans laquelle on entroit d'abord, s'appeloit le Saint. Là étoit le chandelier, la table avec les pains de proposition, et l'autel d'or sur lequel on faisoit brûler le parfum. Cette première partie étoit séparée par un voile précieux, de la seconde qu'on appe- appeloit le Sanctuaire, ou le Saint des Saints, dans laquelle étoit l'Arche d'alliance. Cette arche étoit une espèce de coffre fait d'un bois incorruptible, destiné à renfermer les Tables où étoient écrites les paroles de l'Alliance, ou les dix principaux Commandemens de la Loi. Elle avoit cinq palmes de longueur, trois de hauteur et autant de largeur, et étoit entièrement revêtue en dedans et en dehors de lames d'or. Elle avoit tout autour par le haut une petite espèce de couronne d'or; deux Chérubins attachés au couvercle du coffre, étendoient leurs ailes, et faisoient comme un trône pour servir de siège à la majesté de Dieu : c'est ce qu'on appeloit propitiatoire. A chaque côté de ce coffre, il y avoit deux anneaux d'or, dans lesquels on passoit des bâtons pour aider à le porter dans la marche. Les Lévites seuls, consacrés au service du Seigneur, pouvoient prétendre à l'honneur de s'en approcher et de la porter. L'espace qui étoit autour du tabernacle s'appeloit le parvis, dans lequel, et vis-à-vis l'entrée du tabernacle, étoit l'autel des holocaustes, et un grand bassin d'airain plein d'eau, où les Prêtres se lavoient avant que de faire les fonctions de leur ministère. Cet espace qui avoit cent coudées de long sur cinquante de large, étoit fermé d'une enceinte de rideaux soutenus par des colonnes d'airain. Le tabernacle étoit couvert lui-même de plusieurs voiles précieux, par-dessus lesquels il y en avoit d'autres de poil de chèvre, pour les garantir de la pluie et des injures de l'air. Ce tabernacle étoit regardé comme le Palais du Très-Haut, la demeure du Dieu d'Israël, parce qu'il y donnoit des 700 MOY marques sensibles de sa présence, et qu'il sembloit veiller de là à la garde de son peuple. C'est pour cette raison que Dieu voulut qu'il fût placé au milieu du camp, entouré de toutes les tentes des Israélites, qui étoient rangées autour de lui selon leur rang. Judas, Zabulon et Issachar, étoient à l'Orient; Ephraïm, Benjamin et Manassès, à l'Occident; Dan, Aaron et Nephtali, étoient au Septentrion; Ruben, Siméon et Gad, étoient au Midi. Le tabernacle fut érigé et consacré au pied du Mont-Sinaï, le premier jour du premier mois de la seconde année après la sortie d'Égypte. Il tint lieu de Temple aux Israélites, jusqu'à ce que Salomon en eût bâti un sur le modèle que David lui avoit tracé. Moyse ayant dédié le tabernacle, consacra Aaron et ses fils pour en être les ministres, et destina les Lévites pour le service. Il fit aussi plusieurs ordonnances sur le culte du Seigneur et le gouvernement politique. Ce gouvernement étoit la Théocratie dans toute la force du terme. Dieu gouvernoit immédiatement par lui-même au temps de Moyse qu'il avoit choisi pour être l'interprète de ses ordres auprès du peuple : il se faisoit rendre tous les honneurs dus au souverain. Il habitoit dans son tabernacle placé au milieu du camp comme un roi dans son palais. Il répondoit à ceux qui le consultoient, et ordonnoit lui-même les peines contre les prévaricateurs de ses lois. C'est là proprement le temps de la théocratie prise dans toute son étendue, parce que Dieu n'étoit pas seulement la divinité à qui l'on rendoit un culte religieux; mais le Souverain à qui tous les honneurs dus à la Majesté suprême étoient déférés. Elle fut à peu près la même sous le commandement de Josué, qui, rempli de l'esprit de Moyse, ne faisoit rien sans consulter Dieu. Toutes les démarches du chef et du peuple étoient réglées par l'ordre du Seigneur, et il récompense leur fidélité par des victoires, et punit leur désobéissance par des défaites. Moyse ayant réglé tout ce qui regardoit l'administration civile et la marche des troupes, mena les Israélites jusque sur les confins du pays bas de Chanaan, au pied du Mont-Nébo. C'est là que le Seigneur lui ordonna de monter sur cette même montagne, où il lui fit voir la Terre promise, dans laquelle il ne devoit pas entrer. Il rendit l'esprit un moment après, sans douleur ni maladie, âgé de 120 ans, l'an 1451 avant J. C. Moyse est incontestablement l'auteur des cinq premiers livres de l'Ancien Testament, que l'on nomme le Pentateque. Ils sont reconnus pour inspirés, par les Juifs et par toutes les Églises Chrétiennes, et regardés comme un des monuments précieux des mœurs antiques, par les savans qui leur refusent l'inspiration. Ces livres n'ont pas d'autre titre parmi les Hébreux, que le mot par lequel le livre commence; mais les Grecs et les Latins leur ont donné des noms qui ont rapport à leur sujet. Le premier s'appelle la GENÈSE, parce qu'il commence par l'histoire de la création du monde. Il contient, outre cela, la généalogie des patriarches; la narration du Déluge; le catalogue des descendants de Noé, jusqu'à Abraham; la vie d'Abraham, de Jacob et de Joseph; et l'histoire des descendants de Jacob, jusqu'à la mort de *Joseph*. Ainsi ce livre comprend une histoire de 236$^{e}$ années ou environ, suivant le calcul de la vie des patriarches, ainsi qu'il se trouve dans le texte Hébreu. Le second livre de *Moyse* s'appelle *EXODE*, parce que son principal sujet est la sortie du peuple d'Israël de l'Égypte. On y trouve aussi l'histoire de ce qui se passa dans le désert sous la conduite de *Moyse*, depuis la mort de *Joseph*, jusqu'à la construction du Tabernacle, pendant 40 ans; la description des plaies dont l'Égypte fut affligée; l'abrégé de la religion et des lois des Israélites, avec les préceptes admirables du Décalogue. Le troisième livre est le *LEUTIQUE*, ainsi appelé, parce qu'il contient les lois, les cérémonies et les sacrifices de la religion des Juifs: ce qui regardoit particulièrement les *Levites* à qui Dieu avoit confié le soin des choses concernant les cérémonies extérieures de la religion. Le quatrième, appelé les *NOMÈRES*, commence par le dénombrement des enfans d'Israël sortis d'Égypte. Il est suivi des lois données au peuple d'Israël, pendant 39 ans qu'il fut errant dans le désert. Le *DEUTERONOME*, c'est-à-dire la seconde Loi, est ainsi nommé, parce qu'il est comme la répétition de la première Loi. Après que *Moyse* y a décrit en peu de mots les principales actions du peuple d'Israël dans le désert, il répète quantité de préceptes de la Loi qu'il vouloit inculquer à son peuple. On ne sait pas bien certainement en quel temps ces livres ont été composés par le législateur des Hébreux. Mais il y a apparence que la *Genèse* fut son premier ouvrage, et le *Deuteronome* le dernier. Quelques incrédules qui ont contesté le *Pentateuque* à *Moyse*, s'appuient sur ce que ce chef des Israélites parle toujours de lui-même en troisième personne. Mais cette façon d'écrire lui est commune avec plusieurs historiens de l'antiquité, tels que *Xénophon*, *César*, *Josèphe*, etc. qui, plus modestes ou plus judicieux que quelques historiens modernes dont l'égoïsme est si révoltant, ne donnoient point à la postérité le spectacle d'un amour propre aussi mal-entendu que ridicule. Au reste, il est bon d'avertir que les auteurs profanes ont débité bien des fables sur *Moyse*, sur l'origine et sur la religion des Juifs qu'ils ne connoissoient pas. *Plutarque*, dans son livre d'*Isis* et *Osiris*, raconte que *Judæus* et *Hierosolymus* étoient frères et enfans de *Typhon*; que le premier donna son nom au pays et à la nation, et le second à la ville capitale. D'autres les font venir du Mont-Ida, en Phrygie. *Strahon* est le seul qui en parle un peu sensément, quoiqu'il les dise descendu des Égyptiens, et qu'il regarde *Moyse* leur Législateur, comme un prêtre d'Égypte; du reste, il les reconnoit pour un peuple ami de la justice et vraiment religieux. Tous les autres n'ont eu aucune idée ni de leurs lois, ni de leur culte. Souvent ils les confondent avec les Chrétiens, comme ont fait *Juvenal*, *Tacite* et *Quintilien*. On remarque que les Juifs étoient méprisés des Romains, qui en général n'estimoient que leur nation.
II. MOYSE, (Saint) solitaire, et supérieur d'un des monastères de Scéthé en Égypte, mort à 75 ans, vers la fin du 902 MOY
IV$^{e}$ siècle, donna des exemples de toutes les vertus chrétiennes et monastiques. Il avoit d'abord été chef de voleurs. Mais s'étant sauvé dans un Monastère pour échapper aux poursuites de la justice, il se convertit, fit pénitence de ses crimes, et fut ordonné prêtre par Pierre, patriarche d'Alexandrie, en 375.
III. MOYSE, prêtre de Rome, et martyr vers 251, durant la persécution de *Lèce*. Voyez les *Mémoires de Tillemont*, tome 3$^{e}$, et la *Vie des Saints de Baillet*, au 25 novembre.
IV. MOYSE, imposteur célèbre, abusa des Juifs de Crète dans le V$^{e}$ siècle, vers l'an 432. Il prit le nom de *Moyse* pour se rendre plus imposant aux yeux de ces imbéciles, qu'il obligea de le suivre, et dont il fit périr une partie dans la mer, sur les assurances qu'il leur avoit données qu'elle s'ouvriroit pour les laisser passer. V. MOYSE BARCEPHA, évêque des Syriens au X$^{e}$ siècle, dont nous avons, dans la Bibliothèque des Pères, un grand *Traité sur le Paradis Terrestre*, traduit du syriaque en latin par *André Masius*. Il y a bien de vaines conjectures dans cet ouvrage.
MOYSE MAIMONIDE, *Voyez MAIMONIDE*.
MOYSE, *Voyez MOSES*.
VI. MOYSE ou MUSA, surnommé *Chélébi*, fils de *Bajazet I*, se fit reconnoître sultan par l'armée d'Europe, tandis que celle d'Asie déféroit le même honneur à *Mahomet I*, son frère. Il remporta, en 1412, une victoire si complète sur l'empereur *Sigismond*, qu'à peine échappa-t-il un seul homme pour porter la nouvelle de ce désastre; mais l'année d'après, trahi par ses gens, il fut vaincu par *Mahomet*, son compétiteur, et mis à mort par son ordre, après un règne de trois ans et demi.
VII. MOYSE, imprimeur allemand, renommé dans le 15$^{e}$ siècle, naquit à Spire, et s'établit dans la petite ville de Soncino. On lui doit un grand nombre d'ouvrages hébreux, et les éditions des commentaires de plusieurs rabbins sur l'Écriture. *Moyse* eut plusieurs fils qui continuèrent à se distinguer comme lui, dans la même profession. L'un d'eux établit une imprimerie à Constantinople, en 1530; un autre se fixa à Salonique.
VIII. MOYSE, (Gautier) écrivain Anglois, d'une noble et ancienne famille de Cornouailles, où il naquit en 1672, se rendit habile dans les sciences et dans ce qui concerne le gouvernement d'Angleterre, et fut quelque temps membre du parlement. Il publia, en 1697, un *Lecrit* qui irrita la cour contre lui : il y prouvoit « qu'une armée qui subsiste en Angleterre, est incompatible avec la liberté du gouvernement, et détruit entièrement la constitution de la monarchie Angloise ». Voyant sa fortune traversée par un obstacle insurmontable, il se retira dans ses terres, où il se consola philosophiquement avec ses livres. Il mourut à Bake, sa patrie, le 9 juin 1721, âgé 49 ans. Ses *Ouvrages*, imprimés à Londres en 1726, en deux vol. in-8$^{o}$, sont encore recherchés par les frondeurs.
MOZZOLINO, (Sylvestre) Dominicain, plus connu sous le nom de *Silvestre de Priério*, parce qu'il étoit natif de Priério, village près de Savonne dans l'état de Gênes, est le premier qui écrivit avec quelque étendue contre l'ex-Augustin *Luther*. Ses principaux ouvrages sont : I. *De strigii Magorum Dæmonumque prestigii*, Rome, 1521, in-4.º II. *La Somme* des Cas de conscience appelée *Silvestrine*, in-fol. III. *La Rose d'or*, ou *Exposition des Evangiles de toute l'année*, Haguenau, 1508, in-4.º Ses vertus le distinguèrent autant que ses ouvrages. Il mourut de la peste, en 1523, à Rome, après avoir été élevé à la place de maître du sacré palais, et à celle de général de son ordre. Il étoit né vers l'an 1460. Son *Écrit* contre *Luther* est dans la *Bibliotheca Rocaberti*.
MUCIE, (*MUTIA*) troisième femme de *Pompée*, fille de *Quintus Mucius Scævola*, et sœur de *Quintus Metullus Celer*, s'abandonna à la galanterie la moins voilée pendant la guerre de *Pompée* contre *Mithridate*. Son mari fut contraint de la répudier à son retour, quoiqu'il en eût 3 enfans. *Pompée* se plaignoit sur-tout de *Jules-César*, le corrupteur de *Mucie*, ainsi que de beaucoup d'autres femmes. Il l'appeloit son *Egiste*, par allusion à l'amant de *Clytemnestre* femme d'*Agamemnon*. Il ne laissa pas de s'allier avec lui quelque temps après; son ambition fit taire son ressentiment. *Mucie* se remaria à *Marcus Scaurus*, et lui donna des enfans. *Auguste*, après la bataille d'*Actium*, eut beaucoup d'égards pour elle. Il s'étoit servi du pouvoir qu'elle avoit sur l'esprit de *Scatus Pompée* son fils, pour empêcher qu'il ne s'unit contre lui avec *Marc-Antoine*.
MUCUS, *Voyes Mutius*.
MUDEE, (*Gabriel*) jurisconsulte célèbre au xvi$^{e}$ siècle, natif de Brecht, village situé auprès d'Anvers, mourut à Louvain, en 1560. On a de lui plusieurs Ouvrages que personne ne consulte, et qu'il est inutile de citer.
MUET, (*Pierre le*) architecte, né à Dijon en 1591, mort à Paris le 28 Septembre 1669, à 78 ans, étoit très-instruit de toutes les parties des mathématiques. Le cardinal de *Richelieu*, l'employé particulièrement à construire des fortifications dans plusieurs villes de Picardie. La reine-mère, *Anne d'Autriche*, le choisit ensuite pour achever l'Eglise du *Val-de-Grace* à Paris. Il a donné le Plan du grand Hôtel de *Luynes*, et ceux des Hôtels de l'*Aigle* et de *Beauvilliers*. Le *Muret* a composé quelques ouvrages sur l'architecture. I. *Les cinq Ordres d'Architecture dont se sont servis les Anciens*, 1771, in-8.º II. *Les Règles des cinq Ordres d'Architecture de Vignoles*, 1700, in-8.º III. *La manière de bien bâtir*, 1681, in-folio. Les gens de l'art font cas de ces livres.
MUETTE, (*MUTA* ou *Tacita*) Déesse du Silence, et fille du fleuve *Almon*. *Jupiter* lui fit couper la langue et la fit conduire aux enfers, parce qu'elle avoit découvert à *Junon* son commerce avec la nymphe *Juturne*. *Mercure*, touché de sa beauté, l'épousa, et en eut deux enfans nommés *Lares*, auxquels on sacrifioit comme à des Génies familiers... *Voy*. ANGITIE, à la fin.
MUGNOS, (*Gilles*) savant docteur en droit canon, et cha- noine de Barcelone, succéda à l'antipape *Lenoit XIII* en 1424, et se lit nommer *Clement VIII*; mais il se soumit volontairement en 1429 au pape *Martin V*. Ce pontife, entre les mains duquel il abdiqua sa dignité, lui donna en dédommagement l'évêché de Majorque. Cette abdication de *Mugnos*, mit fin au grand schisme d'Occident, qui, depuis que *Clement VII* fut élu à Fondi en 1378, avoit si cruellement ravagé l'Église pendant 41 ans. — Il y a eu dans le siècle dernier un *Philadelphie Muevos*, auteur d'un *Théâtre Généalogique des Familles Nobles de Sicile*. Cet ouvrage en italien parut à Païerne, 1647, 1655 et 1670, deux vol. in-folio, avec figures. Nous avons de lui d'autres productions, moins connues que celle que nous venons de citer. M U I S, ( Siméon de ) d'Orléans, professeur en hébreu au collège royal à Paris, connoissoit parfaitement les langues orientales. Il mourut en 1644 à 57 ans, chanoine et archidiacre de Soissons, avec la réputation d'un des plus célèbres interprètes de l'Écriture. On a de lui, un *Commentaire sur les Pseummes*, en latin, Paris, 1650, in-folio; Louvain, 1770, 2 vol. in-4°. C'est un des meilleurs que nous ayons sur ce livre de la Bible. On trouve dans ce même volume ses *Varia sacra*: l'auteur y explique les passages les plus difficiles de l'Ancien Testament, depuis la Genèse jusqu'au livre des Juges. Sa dispute avec le P. *Morin*, Oratorien, contre lequel il a établi l'authenticité du Texte Hébreu, l'empêcha de continuer ce travail utile sur tous les livres de l'Écriture-Sainte. Son style est pur, net, facile. Il avoit un jugement solide, et une grande connoissance de tout ce qui concerne la religion et l'histoire sainte. M U L G R A V E, ( Richard ) écrivain Anglois, a publié une histoire de la dernière rébellion d'Irlande. Ayant traité dans cet écrit sans ménagement la conduite d'un membre du parlement, il fut appelé en duel par celui-ci, et tué dans le combat, au commencement de l'année 1802. I. MULLER, ( Jean ) ou de MONTREAL, ou REGIOMONTAN, célèbre mathématicien, né à Koningshoven dans la Franconie, en 1436, enseigna à Vienne avec réputation. Appelé à Rome par le cardinal *Bezzarion* et par le désir d'apprendre la langue grecque, il s'y fit des partisans et quelques ennemis. De retour en Allemagne, il fut élevé à l'archevêché de Ratisbonne par *Siete IV*, qui l'appela de nouveau à Rome: il y mourut en 1476, à 41 ans. *Muller* avoit relevé plusieurs fautes dans les traductions latines de *George de Trébisonde*: les fils de ce traducteur l'assassinèrent, dit-on, dans ce second voyage, pour venger l'honneur de leur père. D'autres assurent qu'il mourut de la peste. Quoi qu'il en soit, il se fit un nom, en publiant l'Abrégé de l'*Almageste de Ptolomee*, que *Purbach* son maître en astronomie, avoit commencé. Il n'est point l'auteur de la *Chironomace et Physionomie*, publiée sous son nom en latin, et traduite en françois, Lyon, 1549, in-8°; mais on a de lui plusieurs autres Ouvrages, Venise, 1498, in-8°, dont *Gassendi* faisoit beaucoup de cas. Ce philosophe a écrit sa *Vieux Muller* est un des premiers qui observa les somètes d'une manière astronomique. Il fit dans son temps des *Éphémérides*, et même des *Prédictions*. On prétendit, en 1588, année funeste à la France par les divisions intestines du royaume et par la journée des *Barricades*, qu'il avoit prédit cette malheureuse année, en disant : *Cuncta tamen sursum volventur et alta deorsum* *Imperia ; atque ingens undique luctus erit.* « On verra un désordre général, les états renversés, et par-tout une tristesse effroyable. » Certainement ces vers peuvent s'appliquer à beaucoup d'autres années, *Muller* perfectionna le mécanisme de la presse de l'imprimerie, en 1471.
II. MULLER, ( André ) de Greiffenhage dans la Poméranie, se rendit très-habile dans les langues orientales et dans la littérature Chinoise. *Walton* l'appela en Angleterre pour travailler à sa Polyglotte. *Muller* avoit promis une *Clef* de la langue Chinoise, par laquelle une femme seroit en état de la lire en un an; mais il brûla, dans un accès de folie, l'ouvrage où il donnoit ce secret chimérique. Son application à l'étude étoit telle alors, que, le cortège de l'entrée publique du roi *Charles II* passant sous ses fenêtres, il ne daigna pas même se lever pour regarder la magnificence de cette marche. Il mourut le 26 octobre 1694, après avoir publié plusieurs ouvrages très-savans.
III. MULLER, ( Jacques ) médecin, né en 1594 à Torgaw en Misnie, et mort en 1637, à 43 ans, laissa plusieurs *Écrits* sur son art.
IV. MULLER, ( Jean ) pasteur de Hambourg, et docteur en théologie, mort en 1672, est auteur de divers ouvrages de littérature et de théologie. V. MULLER, ( Henri ) savant professeur de théologie à Hambourg, puis surintendant des Eglises de Lubeck sa patrie, fut digne de ces places et de la réputation qu'il conserve encore. On lui doit plusieurs ouvrages estimés, entr'autres une *Histoire de Béranger* en latin. Il mourut en 1675.
VI. MULLER, ( Jean-Sébastien ) secrétaire du duc de *Saxe-Weimar*, a écrit les *Annales de la Maison de Saxe*, depuis 1300 jusqu'en 1700, à Weimar, 1700, in-folio, en allemand. Cet ouvrage contient bien des choses singulières, puisées dans les archives des ducs de *Weimar*. L'auteur mourut en 1708.
VII. MULLER, ( Jean et Hermand ) excellens graveurs Holandois. Leur burin est d'une netteté et d'une fermeté admirables. Ils florissoient au commencement du XVIIIe siècle.
VIII. MULLER, ( Gerhard-Frédéric ) conseiller d'état en Russie, et garde des archives à Moscow, naquit à Horford en Westphalie, en 1705, et mourut en 1783. Le Recueil des matériaux amassés dans le cours de ses voyages pour la géographie et l'histoire de Russie, a paru en allemand, en plusieurs parties, depuis 1732 jusqu'en 1764. L'impératrice *Catherine* acheta la collection entière 2000 livres sterling, ennoblit son fils, et pensionna sa veuve. I. MULMANN, ( Jean ) né à Pegau en Misnie, mort en 1613. 506 M U M à 40 ans, professa la théologie à Leipzig. On a de lui, en latin: I. Un *Traité de la Cène*. II. Un autre *De la Divinité de Jésus-Christ*, contre les Ariens. III. *Disputationes de Verbo Dei scripto*. IV. *Flagellum melancholicum*. V. Un *Commentaire* sur *Josué*. Tout cela est parfaitement oublié, ou peu s'en faut.
II. MULMANN, (Jean) Jésuite allemand, mort en 1651, est auteur de quelques *Livres Polémiques*. — Jérôme MULMANN, son frère, a aussi publié plusieurs ouvrages du même genre. Ce dernier mourut en 1666.
MUMMIUS, (Lucius) consul Romain, soumit toute l'Achaïe, prit et brûla la ville de Corinthe, l'an 146 avant Jésus-Christ, et obtint, avec l'honneur du triomphe, le surnom d'*Achaïque*. Ses succès ne l'empêchèrent pas d'encourir la disgrace de ses concitoyens. Il mourut en exil à Délos, comme tant d'autres grands hommes, victime de l'envie.
MUMMOL, (Eanius) fils de *Peonius* comte d'Auxerre, obtint, l'an 561, de *Gontrau*, roi d'Orléans et de Bourgogne, l'office de ce comté à la place de son père. Il mérita par la supériorité de ses talons, d'être créé patrice dans la Bourgogne, c'est-à-dire, généralissime des troupes de ce royaume. Il prouva qu'il étoit digne de cette place eminente, par la défaite des Lombards et des Saxons, qu'il chassa de Bourgogne, après les avoir battus à plusieurs reprises. Il recouvra la Touraine et le Poitou sur *Chilperic* roi de Soissous, qui les avoit enlevés, l'an 576, à *Sigebert II* de ce nom. Ces deux princes étoient frères de *Gontrau*. Mummol effaça depuis par la plus noire ingratitude, le souvenir de ses services. L'an 585, il entreprit de mettre sur le trône, à la place de son bienfaiteur, un aventurier nommé *Gomband*, qui se disoit le frère de *Gontrau*, et le fit reconnoître roi à Brives en Limousin. Le roi de Bourgogne indigné contre cet ingrat, assembla promptement une armée, et vint l'assiéger dans Cominges, où il s'étoit enfermé. Mummol se défendit avec assez de courage pendant quinze jours; mais se voyant à la veille d'être pris, il livra *Gomband*, et le lendemain se fit tuer les armes à la main, de peur de tomber en la puissance de son souverain, dont il redoutoit les sanglans reproches, autant qu'il appréhendoit le supplice dû à sa perfidie.
MUNCER, (Thomas) l'un des plus fameux disciples de *Luther*, étoit de Zwickau, dans la Misnie. Après avoir répandu dans la Saxe les erreurs de son maître, il se fit chef des Anabaptistes et des Enthousiastes. Uni avec un certain *Storck*, il courut d'église en église, abattit les images, et détruisit tous les restes du culte Catholique que *Luther* avoit laissé subsister. Il joignoit l'artifice à la violence. Quand il entreoit dans une ville ou une bourgade, il prenoit l'air d'un prophète, feignoit des visions, et racontoit avec enthousiasme les secrets que le *Saint-Esprit* lui avoit révélés. Il prêchoit également contre le pape et contre *Luther*, son premier maître. Celui-ci avoit introduit, disoit-il, un relâchement contraire à l'Évangile; l'autre avoit accablé les consciences sous une foule de pratiques, au moins inutiles. Dieu l'avoit envoyé, si on l'en croyait, pour abolir la religion trop sévère du pontife Romain, et la société licencieuse du patriarche des Luthériens. *Muncer* trouva une multitude d'esprits foibles et d'imaginations vives, qui saisirent avidement ses principes; il se retira à Mulhausen, où il fit créer un nouveau sénat et abolir l'ancien, parce qu'il s'élevoit contre les délires de son esprit. Il ne songea plus à opposer à Luther une secte de controversistes; il aspira à fonder dans le sein de l'Allemagne une nouvelle monarchie. « Nous sommes tous frères, disoit-il en parlant à la populace assemblée, et nous n'avons qu'un commun père dans *Adam*. D'où vient donc cette différence de rangs et de biens, que la tyrannie a introduite entre nous et les Grands du monde? Pourquoi gémirions-nous dans la pauvreté, tandis qu'ils nagent dans les délices! N'avons-nous pas droit à l'égalité des biens, qui de leur nature, sont faits pour être partagés, sans distinction, entre tous les hommes? Rendez-nous, riches du siècle, avares usurpateurs, rendez-nous les biens que vous retenez dans l'injustice: ce n'est pas seulement comme hommes, que nous avons droit à une égale distribution des avantages de la fortune, c'est aussi comme Chrétiens. A la naissance de la religion, n'a-t-on pas vu les Apôtres n'avoir égard qu'aux besoins de chaque fidèle dans la répartition de l'argent qu'on apportoit à leurs pieds? Ne verrons-nous jamais renaître ces temps heureux! Et toi, infortuné troupeau de *Jésus-Christ*, gémiras-tu toujours dans l'oppression sous les Puissances ecclésiastiques! Le Tout-Puissant attend de tous les peuples, qu'ils détruisent la tyrannie des Magistrats, qu'ils redemandent leur liberté les armes à la main, qu'ils refusent les tributs, et qu'ils mettent leurs biens en commun. C'est à mes pieds qu'on doit les apporter, comme on les entassoit autrefois aux pieds des Apôtres. Oui, mes frères, n'avoir rien en propre, c'est l'esprit du Christianisme à sa naissance; et refuser de payer aux Princes les impôts dont ils nous accablent, c'est se tirer de la servitude dont *Jésus-Christ* nous a affranchis. » (CATROU *Histoire des Anabaptistes*; PLUQUET, *Dictionnaire des Hérésies*.) Il écrivit aux villes et aux souverains, que la fin de l'oppression des peuples et de la tyrannie des forts, étoit arrivée: que Dieu lui avoit ordonné d'exterminer tous les tyrans, et d'établir sur les peuples des gens de bien. Par ses lettres et par ses Apôtres, il se vit bientôt à la tête de quarante mille hommes. Les cruautés exercées en France et en Angleterre par les Communes, se renouvelèrent en Allemagne, et furent plus violentes par l'esprit de fanatisme. Ces hordes de bêtes féroces, en prêchant l'égalité et la réforme, ravagèrent tout sur leur passage. Le landgrave de Hesse et plusieurs seigneurs levèrent des troupes et attaquèrent *Muncer*. Cet imposteur harangua ses enthousiastes, et leur promit une entière victoire. *Tout doit céder*, dit-il, au commandement de l'Eternel, qui m'a mis à votre tête. En vain l'artillerie de l'ennemi tonnera contre nous; je recevrai tous les boulets dans la manche de ma robe, et seule elle sera un rempart impénétrable à l'ennemi. Malgré ces promesses, son ar- 508 M U N mée fut défaite, et plus de sept mille Anabaptistes perirent dans cette déroute. *Munster* fut obligé de prendre la fuite. Il se retira à Franchusen, où le valet d'un officier ayant saisi sa bourse, y trouva une lettre qui découvroit cet imposteur. On le traduisit à Mulhausen, où il périt sur l'échafaud, victime de son fanatisme, en 1525. La mort de ce misérable n'anéantit pas l'Anabaptisme en Allemagne. Il s'y entretint et même s'y accrut; mais il ne formoit plus un parti redoutable. Les Anabaptistes étoient également odieux aux Catholiques et aux Protestans, et, dès qu'on en prenoit quelqu'un, il étoit puni comme un voleur de grand chemin. Mais quelques supplices qu'on inventât pour inspirer de la terreur aux esprits, le nombre des fanatiques croissoit. De temps en temps il s'élevoit parmi les Anabaptistes des chefs qui leur promettoient des temps plus heureux : tels furent *Hofman*, *Tripnaker*, etc. Après eux parut *Mathison*, ou *Jean-Mathieu*, boulanger d'Harlem, qui envoya dix Apôtres en Prise, à Munster, etc. La Religion Réformée s'étoit établie à Munster, et les Anabaptistes y avoient fait des prosélytes, qui reçurent les nouveaux Apôtres. Tout le corps des Anabaptistes s'assembla la nuit, et reçut de l'envoyé de *Mathison* l'esprit apostolique qu'il attendoit. Les Anabaptistes se tinrent cachés jusqu'à ce que leur nombre fût considérablement augmenté; alors ils coururent par le pays, criant : *Lepentez-vous*, *faites pénitence*, et *soyez baptisés*, afin que la colère de *Dieu ne tombe pas sur vous*. Ils envoyèrent secrètement des lettres adressées à leurs adhérents. Ces lettres portolent : « qu'un Prophète envoyé de Dieu étoit arrive à Munster; qu'il prédisoit des évêchements merveilleux, et qu'il instruisoit les hommes des moyens d'obtenir le salut. » Un nombre prodigieux d'Anabaptistes se rendit à Munster; alors les Anabaptistes de cette ville coururent dans les rues, criant : *Retirez-vous*, *méchans*, *si vous voulez éviter une entière destruction*; car on cassera la tête à tous ceux qui refuseront de se faire rebaptiser. Alors le clergé et les bourgeois abandonneront la ville; les Anabaptistes pillèrent les Eglises et les maisons abandonnées, et brûlèrent tous les livres, excepté la *Bible*. Peu de temps après la ville fut assiégée par l'évêque de Munster, et *Mathison* fut tué dans une sortie. (*Voyez* la suite dans l'article de JEAN de Leyde.)
MUNCKER, (Thomas) savant littérateur Allemand du 17$^{e}$ siècle, occupa différentes chaires, et donna plusieurs ouvrages de belles-lettres. Le principal et le plus estimé est son édition des *Mythographi etini*, avec de bons Commentaires, à Amsterdam, 1681, 2 vol. in-8°, reimprimés à Leyde en 1742, 2 tomes in-4°. Ses *Notes* sur *Hygén*, *cum notis Variorum*, à Hambourg 1674, in-8°, sont pleines d'érudition.
MUNDINUS, célèbre anatomiste, étoit de Florence, et non de Milan. Il mourut à Bologne en Italie, l'an 1318. C'est un des premiers qui ait tenté de perfectionner l'anatomie; mais ses efforts furent foibles. Il donna un *Corps* de cette science, imprimé à Paris en 1478, in-folio, Lyon, 1529, in-8°; et à Mar- purg; en 1541, in-4.º (*Vozes* CARPI.) Comme il disséquiit lui-même, on y rencontre quelques observations nouvelles et quelques découvertes qui lui appartenoient, particulièrement sur la matrice. Cet ouvrage ressuscita, pour ainsi dire, l'étude de l'anatomie. On s'y livra tellement jusqu'au rétablissement des lettres, que les statuts de l'université de Padoue ne permettoient pas de faire d'autres leçons dans les écoles de médecine. — MUNICH, célèbre général des armées Russes sous l'impératrice *Anne*, parvint par des services successifs au grade de maréchal, et devint le maître, dans l'art de la guerre, de *Lowendal* qui passa ensuite au service de France. *Munich* secourut l'empereur *Charles VI*, vainquit les Ottomans et les Tartares de la Crimée. Par ses conseils, l'impératrice *Anne* forma le corps des cadets de terre, où sept cents jeunes gens sont élevés dans toutes les connoissances et les exercices militaires. Ils occupent le palais du fameux *Menzicoff*. *Munich* devint odieux à l'impératrice *Elizabeth*. Celle-ci le fit traduire devant une cour militaire, où on l'accusa d'avoir fait périr trop de soldats en remportant des victoires. *Munich*, impatienté des questions absurdes de ses juges, leur dit : « Dressez vous-mêmes mes réponses, et je les signerai. » On le prit au mot, il signa, et fut condamné à être écartelé. L'impératrice commua sa peine en un exil dans la Sibérie, et il fut relégué à Pelin. Là, il gagna long-temps de quoi subsister, en donnant des leçons de mathématiques, et en vendant le lait de quelques vaches qu'il s'étoit procurées. *Pierre III* parvenu au trône, rappela le maréchal *Munich*, alors âgé de 82 ans : et on vit l'un de ses fils, et trente-deux petits-fils on arrière-petits-fils, aller à sa rencontre hors de la capitale. Le vieillard parut-devant l'empereur au milieu de sa nombreuse famille, et couvert de la même peau de mouton qui lui servoit de vêtement dans les déserts de la Sibérie. Rien n'avoit ébranlé sa vigueur ni son courage. *Catherine II* lui donna le gouvernement de l'Esthonie et de la Lavonie, et il mourut à Riga, en 1763, à l'âge de 85 ans, avec la réputation de l'un des plus grands généraux de son siècle. On lui doit le canal de Wischner, commencé sous le règne de *Pierre I*, par un Cosaque nommé *Zerdakoff*, mais resté imparfait jusqu'à lui. Ce canal sert à faire communiquer la mer Caspienne à la Baltique ; mais les cataractes de la Msta qu'on ne peut détruire, ne rendent pas ce passage sans péril.
MUNIER, (Jean) historien Bourguignon, à publié des *Recherches* et *Mémoires*, pour servir à l'histoire de l'ancienne ville d'Autun, 1660, in-4.º Cet ouvrage est rare et érudit.
MUNNICKS, (Jean) né à Utrecht, le 16 octobre 1652, fut nommé professeur d'anatomie, de médecine et de botanique en 1680, dans sa patrie ; emploi qu'il remplit avec distinction. Il mourut, le 10 juin 1711, après avoir publié plusieurs ouvrages, enri'autres : I. *Dissertatio de urinis curundemque inspectione*, Utrecht, 1674. II. *Chirurgia ad praxim hodiernam adornata*, Genève, 1715, in-4.º 910 MUN Elle a été traduite en flamand et en allemand, quoique ce ne soit qu'une compilation. III. *De re anatomica*, Utrecht, 1697, in-4.º C'est un extrait de ce qu'on avoit publié de mieux sur l'anatomie. Il est bien écrit. Il a travaillé à la quatrième et à la cinquième partie de l'*Hortus Malabaricus*, 1683-1685, in-fol.
MUNSTER, (Sébastien) né à Ingelheim en 1489, se fit Cordelier; mais ayant donné dans les erreurs de *Luther*, il quitta l'habit religieux pour prendre une femme. Il se retira à Heidelberg, puis à Basle, où il enseigna avec réputation. Il se rendit si habile dans la géographie, dans les mathématiques et dans l'hébreu, qu'on le surnomma l'*Esdras* et le *Strabon* de l'Allemagne. La candeur de son caractère, la pureté de ses mœurs, sa probité et son désintéressement, le firent autant estimer, que son érudition. Il mourut de la peste à Basle, le 23 mai 1552, à 63 ans. On a de lui : I. Des *Traductions* latines des livres de la Bible, estimées. II. Un *Dictionnaire* et une *Grammaire* hébraïques, in-8.º III. Une *Cosmographie*, in-fol., et plusieurs autres ouvrages.
MUNSTER, *Voy. XVII. Nicolas de Munster*.
MUNTING, (Abraham) savant botaniste, né à Groningue en 1626, et mort en 1683, à 57 ans, est connu par divers ouvrages. Le plus recherché a pour titre : *Phytographia curiosa*, à Amsterdam, 1713, avec figures, et en 1727, in-folio. Il parut d'abord en flamand, à Leyde, 1696, in-folio; et il fut traduit en latin par *Bayus*. C'est la description de deux cent quarante- cinq planches représentant des arbres, des fruits, des fleurs, des plantes, etc. On a encore de lui : I. *De Herba Britannica*, 1681, vol. in-4.º II. *Aloes Historia*, 1680, vol. in-4.º
MURALT, (Beat-Louis de) né à Berne, parcourut une partie de l'Europe, et la parcourut en philosophe. On a de lui, un Recueil de *Lettres sur les François et sur les Anglois*, in-12, deux vol., 1726. Elles réussirent beaucoup, quoiqu'elles soient vagues et assez superficielles. On a encore de lui, des *Fables*, Berlin, 1753, in-8.º; et quelques autres ouvrages au-dessous du médiocre. Il mourut vers l'an 1750.
MURAT, (La comtesse de) *Voyez CASTELNAU*, n.º III.
MURATORI, (Louis-Antoine) né à Vignola dans le Modénois, le 21 octobre 1672, fut formé à la piété et aux lettres par des maîtres habiles. La nature avoit mis en lui les dispositions les plus heureuses; l'éducation les developpa avant le temps. Il fut appelé, des l'âge de 22 ans, à Milan, par le comte *Charles Borromée*, qui lui confia le soin du collège Ambrosien et de la riche bibliothèque qui y est attachée. *Muratori* se nourrissait des sues les plus purs des fruits de l'antiquité et de notre temps, lorsque le duc de *Modène* l'appela en 1700. Ce prince le revendiqua comme son sujet, le fit son bibliothécaire, et lui donna la garde des archives de son duché. C'est dans ce double emploi que l'illustre savant passe le reste de sa vie, sans autre bénéfice que la prévôté de Ste-Marie de Pomposa. Les amis que son mérite lui avoir acquis à Milan, se multiplièrent à Modène. Le célèbre cardinal Noris, les Ciampini et les Magliabecchi, les Pères Mabillon et Montfaucon Bénédictins, le Père Papebrock Jésuite, le marquis Maffei, le cardinal Quirini; tout ce que la France et l'Italie avoient de plus illustre et de plus savant, s'empressa de le consulter. Les académies se disputèrent l'honneur de lui ouvrir leurs portes. Il fut admis, presque en même-temps, dans celle des Arcades de Rome, dans celle de la Crusca, dans l'académie Étrusque de Cortone, dans la Société royale de Londres, dans l'Académie impériale d'Olmutz. Le plaisir que lui procurèrent ces distinctions, fut empoisonné par la calomnie. Des gens qui ne croyoient pas en Dieu, l'accusèrent d'hérésie et même d'athéisme. Ils répandirent que le pape Benoît XIV trouvoit dans ses écrits divers endroits qui pouvoient être censurés, et qu'il s'en expliquoit ainsi dans un Bref adressé à l'inquisiteur d'Espagne. L'abbé Muratori, aussi bon Chrétien que savant profond, n'eut rien de plus pressé que de s'en ouvrir au pape même. Il lui exposa ses sentimens de respect et de soumission. Ce grand pontife, l'ami de la paix et de la raison, et l'ennemi le plus ardent du fanatisme, voulut bien le tranquilliser par une lettre qui honorera éternellement la mémoire de l'an et de l'autre. Il s'élève fortement contre ces esprits inquiets, qui tourmentent un homme d'honneur, sous prétexte qu'il ne pense pas comme eux sur des matières qui n'appartiennent ni au dogme, ni à la discipline. Cette réponse, également sage et flatteuse, devoit rendre la tranquillité à Muratori; mais sa santé, qui s'affoiblissoit tous les jours, lui amena de nouvelles inquiétudes. Ses incommodités se multiplièrent, et le mirent enfin au tombeau, le 21 janvier 1750, à 78 ans. Ce savant, aussi réglé dans ses mœurs que sage dans ses écrits, inspiroit à la fois l'estime et l'amitié. Ses connaissances étoient immenses. Jurisprudence, philosophie, théologie, poésie, recherches de l'antiquité, histoire moderne, etc.: il avoit tout embrassé. Quarante-six vol. in-fol., 34 in-4°, 13 in-8°, plusieurs in-12, sont le résultat du compte de ses nombreux ouvrages. Les principaux sont: I. Anecdota quæ ex Ambrosianæ Bibliothecæ codicibus nunc primùm eruit, notis et disquisitionibus auget Ludov.-Anton. Muratorius, à Milan, 2 vol. in-4°; le premier en 1697; le second en 1698: ouvrage estimé, qu'on ne trouve pas facilement. II. Anecdota Græca, quæ ex manuscriptis codicibus nunc primùm eruit, Latin donat, notis et disquisitionibus auget Ludov.-Anton. Muratorius, à Padoue, en 3 vol. in-4°; le premier en 1709, le second en 1710, lo troisième en 1713. III. Lamindi Pritanii de ingeniorum moderatione in Religionis negotio, ubi quæ jura, quæ fræna sint homini Christiano in inquirendâ et tradendâ veritate ostenditur, et Sanctus Augustinus vindicatur à multiplici censurâ Joannis Phereponi: (ce Phereponus est le fameux Jean le Clerc.) Cet ouvrage suivit de près le précédent: il fut imprimé in-4°, à Paris, en 1714; et réimprimé en 1715, à Cologne; en 1741, à Venise, à Vérone et à Francfort. IV. Rerum Italicarum Scriptores, ab anno Æræ Christianæ quingentesimo. 912 MUR ad millesimum quingentesimum, en 27 vol. in-folio, dont le pre- mier parut en 1723, et le der- nier en 1738. Plusieurs seigneurs contribuèrent générensement à l'impression de cet ouvrage im- mense : seize d'entre eux donne- rent chacun quatre mille écus. V. Antiquities Italicæ medii avi, sive Dissertationes de mo- ribus Italici populi, ab inclina- tione Romani imperii usque ad annum 1500; en six volumes in-folio, qui parurent de- puis 1738 jusqu'en 1743. Les savans ont trouvé beaucoup de fantes et de méprises dans ce re- cueil; on en a relevé plusieurs dans les Journaux. VI. De Para- diso regnique celestis gloriæ, non expectatâ corporum resurrectione, Justis à Deo collatâ, à Vérone, in-4°, 1738; avec le Traité de Saint Cyprica, De Mortalitate. C'est une réfutation de l'ouvrage de Thomas Burnet, intitulé : De statu mortuorum. VII. Novus The- saurus veterum Inscriptionum, in præcipuis earumdem collectioni- bus hactenâ prætermissarum; six vol. in-folio, à Milan, depuis 1739 jusqu'en 1743. Il y a eu différentes critiques de ce recueil, auxquelles Muratori n'a point ré- pondu. VIII. Annali d'Italia, del principio dell'Era volgare, fino all'anno 1500, en 12 vol. in-4°, imprimés à Venise, sous le nom de Milan. IX. Liturgia Romana vetus, à Venise, 1748, en deux vol. X. Généalogie historique de la maison de Modène, 2 vol. in- folio, à Modène; le premier en 1717, le second en 1740 : ou- vrage estimé. XI. Della perfetta Poésia Italiana, à Modène, 1706, en 2 vol. in-4°, et à Ve- nise, 1724. XII. Le Rime del Petrarca, à Modène, en 1711, in-4°, avec des observations très- judicieuses et vainement atta- quées par les zélés partisans de Pétrarque. XIII. Del Governo della Peste, e delle maniere di guardarsene, Modène, 1714, in- 8°. Ce Traité sur la peste a été réimprimé au même lieu en 1721, avec la Relation de la peste de Marseille, des observations et des additions. XIV. La Vie de Sigonius, à la tête des ouvrages de cet auteur, de l'édition de Milan. XV. Celle de François Torti, à la tête des Œuvres de ce savant médecin Italien; et plusieurs autres Vies particu- lières. XVI. Un Panégyrique de Louis XIV. XVII. Des Let- tres. XVIII. Des Dissertations. XIX. Des Poésies italiennes. XX. Un Traité du bonheur pu- blie, traduit en françois, Paris, 1772, 2 vol. in-12. XXI. Chris- tianismo felice nelle Missioni del Paraguai, in-4°; tableau aussi intéressant qu'édifiant des missions du Paraguai. Il a été traduit en françois, vol. in-12. XXII. Vita del P. Paolo Segnari, Modène, in-8°. XXIII. Della renolata dicozione de' Christiani, traduit en allemand et en fran- çois. XXIV. Antonii Campanæ de superstitione vitandâ, adver- sis votum sanguinarium pro im- maculatâ Deiparæ Conceptione, in-4°. Il y combat le vœu de dé- fendre jusqu'à la mort l'Imma- culée Conception de la Vierge, vœu qui est effectivement blâma- ble; puisqu'il égale une pieuse opinion aux dogmes de la foi. XXV. Muratori laissa plusieurs ouvrages manuscrits, entr'autres, un Abrégé de ses Antiquités Ita- liennes, en italien, dont son neveu a donné quelques volumes. Jean-François Soli MURATORI, son neveu, a écrit sa Vie, in-4°, Venise, 1756. Muratori fut en Italie Italie ce que Dom de Montfaucon fut en France : tous deux infatigables compilateurs, tous deux doués d'une mémoire prodigieuse; mais précipitant trop leurs travaux, et cherchant plus à donner beaucoup de livres et de gros livres, que des ouvrages faits avec choix.
MURCIE, (Mythol.) déesse de la Paresse, chez les Païens. Ses statues étoient toujours couvertes de poussière et de mousse, pour exprimer sa négligence. Son nom est dérivé du mot *Murcus* ou *Murcidus*, qui, chez les Romains, signifioit un *stupide*, un *lâche*, un *paresseux*.
MURE, (Jean-Marie de la) docteur en théologie, et chanoine de Montbrison, publia, en 1671, l'Histoire Ecclésiastique de Lyon, in-4°, et celle du *Forez*, aussi in-4°. Ces deux ouvrages, pleins de recherches savantes, sont estimés. L'auteur mourut à la fin du 17e siècle.
MURENA, (Lucius-Licinius) consul Romain, célèbre par sa valeur, et par l'Oraison que Cicéron prononça pour sa défense, signala son courage contre *Mithridate*, l'an 62 avant Jésus-Christ.
MURET, *Voy. ÉTIENNE* de... n.º XI. I. MURET, (Marc-Antoine) naquit au bourg de ce nom, près de Limoges, le 12 avril 1526. Dès sa plus tendre jeunesse, il acquit des connoissances qui ne sont dans les autres que le fruit de l'âge et d'une longue application. Il apprit de lui-même le grec et le latin, et fut chargé, à dix-huit ans, de faire des leçons sur Cicéron et sur Terence dans le collège d'Auch. De la province, il passa à la capitale, et n'y fut pas moins applaudi. Il enseigna au collège de Ste-Barbe avec un si grand succès, que le roi et la reine lui firent l'honneur de l'aller entendre. Lorsque ses écoliers troubloient ses leçons par leurs propos ou par quelque polissonnerie, il leur imposoit silence tout de suite par quelque mot piquant. Un d'entre eux ayant un jour apporté une clochette, qu'il fit sonner pendant l'explication : *Vraiment*, dit le professeur, *il falloit bien que, parmi tant de bêtes, il se trouvât un bélier qui avec sa clochette, pût conduire le troupeau*. La vivacité de son caractère lui fit des ennemis. (*Voy. LAMBIN.*) Un vice abominable, dont il fut accusé, l'obligea de quitter Paris. Il se retira à Toulouse, et y essuya les mêmes accusations. *Joseph Scaliger*, piqué de ce qu'il lui avoit fait accroire qu'une Épigramme qu'il avoit composée, étoit l'ouvrage d'un poète de l'antiquité, s'en vengea en lui rappelant le danger qu'il avoit couru à Toulouse d'être brûlé : *Qui rigida flammas evaserat ante Tolosa,* *Muretus, fumos vendidit ille mihi.* *Aux fagots de Toulouse échappé ci-devant,* *Muret m'a pris pour dupe et m'a vendu du vent.* Cette épigramme est un monument des honteux soupçons dont la conduite de *Muret* fut noircie; soupçons consignés par d'autres écrivains jaloux peut-être de son mérite. Cet auteur se vit obligé de sortir de France. Ayant pris le chemin de l'Italie, il tomba malade sur la route. Comme ses habits et sa figure n'annonçoient K k 314 MUR point ce qu'il étoit, les médecins appelés dans son hôtellerie proposèrent entr'eux en latin de faire l'essai sur ce corps vil, d'un remède qu'ils n'avoient pas encore éprouvé : *Faciamus experimentum in corpore vili... Muret* épouvanté se trouva guéri le lendemain par la seule crainte de la médecine. Il fit quelque séjour à Venise, où il fut accusé, dit-on, des mêmes abominations qui l'avoient obligé de chercher une retraite en Italie. Mais si ces accusations avoient eu quelque fondement, comment auroit-il été reçu avec transport à Rome, où il se retira ? Comment auroit-il été si bien fêté par les cardinaux et par les papes ? Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il reçut dans cette capitale du monde Chrétien les ordres sacrés, fut pourvu de riches bénéfices, y mena une conduite réglée, et y professa, avec un applaudissement singulier, la philosophie et la théologie. Pour donner une idée de la perspicacité de son esprit, on rapporte que *Muret*, voyant une personne lire une lettre, devinoit au mouvement des yeux et au changement de la physionomie du lecteur, les faits contenus dans la lettre. La république des lettres le perdit, le 4 juin 1585, à 59 ans. *Guillaume le Blanc d'Ally* lui fit cette épitaphe : *Gallia me genuit, genitum me Roma recepit.* *Illa sinu juvenem fovit, et ista senem.* *Illa dedit vitam, vitam mihi susculit ista;* *Illa dedit cunas, ista dedit tumulum;* *Utraque me genitum gaudet, colit utraque vivum.* *Utraque defunctum fiesque gemensque doler.* *Muret* avoit un neveu qui se rendoit digne de son nom, mais qui mourut jeune. On dit de lui, dans une épitaphe, en le comparant à son oncle : *Aitate quidem et nominis celebritate minor, spe autem et expectatione propè par.* Marc-Antoine *Muret*, excellent littérateur, étoit peu philosophe, et l'éloge qu'il fit du massacre de la Saint-Barthélemi dans son Panégyrique de *Charles IX*, flétrira son nom dans l'esprit de la postérité. Ses ouvrages ont été recueillis en partie à Vérone, en cinq vol. in-8° : le premier en 1727, le dernier en 1730. Cette édition, qui est d'un mauvais caractère, et sur de vilain papier, en fait desirre une meilleure. Les principaux ouvrages de *Muret* sont : I. D'excellentes *Notes sur Térence, Horace, Catulle, Tacite, Cicéron, Salluste, Aristote, Xenophon*, etc. II. *Orationes*. III. *Variæ Lectiones*. IV. *Poëmata*. V. *Hymni Sacri*, 1621, in-4° VI. *Odæ*. VII. *Disputationes in Lib. I. Pandectarum : de Origine Juris : de Legibus et Senatusconsulto : de Constitutionibus Principum, et de Officio ejus cui mandata est Jurisdictio*. VIII. *Juvenilia*, etc. Paris, 1553, in-8°, peu communs ; et Leyde, 1757, in-12, avec *Bèze*. Tous ces ouvrages ont de la douceur, de l'élégance, un style pur, un tour facile, et ils respirent le goût et l'érudition. Ses Poésies sont plus estimables pour le choix des expressions, que pour celui des pensées ; on n'y trouve presque que des mots. Ses *Odes* ne sont point marquées au coin du génie : point d'enthousiasme, ou, s'il y en a de temps en temps quelque étincelle, on voit qu'il ne lui est pas naturel. Ses *Sutires* et ses *Epigrammes* manquent de sel et de finesse ; ses *Élégies* sont insipides. Sa Tra- vidie de Jules César n'est qu'une déclamation écrite d'un style languissant et prosaïque. En général, on peut dire qu'on y sent partout l'humaniste, mais nulle part le grand poète. On dit qu'il ne relisoit jamais ce qu'il avoit mis une fois sur le papier, et qu'il atteignoit tout d'un coup à cette élégance qui le distingue.
II. MURET, (N.) prêtre de l'oratoire de Cannes en Provence, est auteur de deux Traités curieux : l'un, des Festins des Anciens, 1682, in-12 ; l'autre, de leurs Cérémonies funèbres, 1675, in-12. La date de ses ouvrages indique le temps où il vivoit. Il prêcha à Paris avec distinction.
MURILLO, (Barthélemi) peintre Espagnol, né en 1613, à Pilas, dans le voisinage de Séville, mourut à Séville même, en 1685, à 72 ans. Son goût pour la peinture se manifesta dès son enfance. L'étude des ouvrages du Titien, de Rubens et de Vandyck, et celle de la nature, lui donnèrent un bon coloris. Murillo fit paroître plusieurs tableaux dans le goût de ces peintres, où l'on remarque les talens d'un grand maître. Un coloris onctueux, un pinceau flou et agréable, des carnations d'une fraîcheur admirable, une grande intelligence du clair-obscur, une manière vraie et piquante, les font rechercher. On y desireroit seulement plus de correction dans le dessin, plus de choix et de noblesse dans les figures. — Voyez CASTILLO.
MURMELLIUS, (Jean) de Ruremonde, professa les belles-lettres, et mourut à Deventer, en 1517. Il laissa : I. Des ouvrages sur la grammaire. II. Des Notes sur d'anciens Auteurs. III. Eclogae, Munster, 1504. IV. Elegiarum moralium libri quinque. V. De Hymnis ecclesiasticis.
MURRAY, (Jacques comte de) fils naturel de Jacques V, roi d'Écosse, prit les armes en 1568 contre Marie Stuart, reine d'Écosse, sa propre sœur, lorsqu'elle eut épousé en troisièmes noces Jacques Hesburn, comte de Bothwell. Après avoir fait chasser d'Écosse ce comte, la reine fut arrêtée par ses ordres, et dépouillée du gouvernement du royaume. On couronna ensuite Jacques VI, fils de Henri Stuart et de cette princesse, qui n'étoit âgé que de treize mois. Le comte de Murray fut élu régent du royaume pendant la minorité de son neveu. Alors, ayant toute l'autorité en main, il fit mourir quelques complices de la mort de Henri Stuart, deuxième époux de la reine. Il accusa cette princesse d'y avoir eu part, la confina dans le château de Lochlevin, et la traita fort cruellement. Il voulut même irriter contre elle Elizabeth, reine d'Angleterre, qui refusa alors de se prêter à ses vues. Murray étoit un homme dur et méchant qui s'étoit fait beaucoup d'ennemis. Un jour qu'il se promenoit à cheval par les rues de Lintithgow, l'an 1570, il fut tué d'un coup de pistolet par Jacques Hamilton, dont il avoit injustement confisqué les biens. Ce fut lui qui bannit la religion Catholique du royaume d'Écosse.
MURS, (Jean de) docteur de Paris, musicien, vivoit encore l'an 1330. Il composa un livre de la Théorie de la Musique, où il ne traite que des proportions 516 MUR que doivent avoir les intervalles du chant, les mesures des sons, et les diverses notes qui en marquent la différence et la valeur. Cet ouvrage, divisé en trois parties, n'a pas été imprimé; on en trouve même peu de copies. Quelques écrivains modernes ont attribué à cet auteur l'invention de la figure et de la valeur des notes, parce qu'il en parle très exactement dans la troisième partie de son livre, qui est la principale et la plus considérable. Voyez I. ARÉTIN.
MURTOLA, (Gaspard) poète Italien, natif de Gênes, se retira à Rome, et y mourut en 1624. Il avoit fait un poème sous ce titre: Della Creazione del Mondo, in-12, qui fut critiqué par Marini. Ces deux poètes écrivirent quelques sonnets satiriques, intitulés: les uns la Murtoleide, in-12; les autres la Marinéide, aussi in-12. Mais Murtola, se sentant le plus foible, chercha d'autres instrumens que sa plume pour se venger; il tira un coup de pistolet sur Marini, qui fut blessé. Cette affaire auroit eu des suites fâcheuses, si Marini n'eût travaillé à obtenir la grace de son assassin. Quelque noble que fût le procédé de son ennemi, Murtola conserva dans son cœur un vif ressentiment de la Murtoleide. Le pape Paul V lui parlant un jour de cette affaire: E verò, dit-il, ho fallito; témoignant par-là, qu'il se repontoit moins d'avoir tenté le coup, que de l'avoir manqué. Outre son poème de la Création du monde, Murtola a fait encore d'autres Vers italiens, in-12; un Poème latin, qui a pour titre: Natriciarum de Næniarum libri tres, imprimé plusieurs fois, et dont Macera a publié une édition en 1602, in-12, à la suite de laquelle on trouve, par le même auteur, Problematum libri duo, et Epigrammatum liber unus. On doit encore à Murtola un Poème sur Janus, imprimé en 1598.
MUS, (Decius) Voy. I. DECIUS.
MUSA, (Antonius) affranchi, puis médecin de l'empereur Auguste, étoit Grec et frère d'Euphorbe médecin de Juba roi de Mauritanie. Il guérit Auguste d'une maladie très-dangereuse; mais tout son art échoua contre celle qui enieva le jeune Marcellus. On lui attribue deux petits Traités: De Herba Botanica, et De tuenda valetudine, avec les Medici antiqui; Venetiis, 1547, in-folio. Le sénat Romain lui fit élever une statue d'airain, que l'on plaça à côté de celle d'Escalope. Auguste lui permit de porter un anneau d'or, et l'exempta de tout impôt: privilège qui passa à ceux de sa profession. Horace parle de Musa, et des bains d'eau froide que ce célèbre médecin lui faisoit prendre au plus fort de l'hiver. Mais ces mêmes bains, qui avoient sauvé Auguste, ayant fait mourir le jeune Marcellus, on se dégoûta de ce remède. Charmis, médecin Marseillois, le renouvela sous Vespasien; et alors on vit dans les lacs et les rivières, des vieillards tremblotans au milieu des glaces. Comme tout est mode, même dans la médecine, celle-là passa bientôt, et ce n'est que de nos jours qu'elle a été ressuscitée.
MUSA. Voyez MUSA; et MOYSE, n.º v.
MUSCHENBROECK, *Voy.* MUSCHENBROECK. I. MUSCULUS, (*Wolfangus*) né à Dieuse en Lorraine, l'an 1497, d'un tonnelier, se fit Bé- nédictin dans le Palatinat à l'âge de 15 ans; mais il quitta, en 1527, le cloître et la rigidité sa- lutaire des orthodoxes, pour les erreurs indulgentes du Luthéra- nisme qui lui donnoit une femme. Réduit à la mendicité, il se fit tisserand et ensuite manœuvre à Strasbourg, où il s'étoit réfugié. *Bucer*, instruit de son savoir, lui donna une retraite dans sa maison et la place de catéchiste. Un moine prêchant un jour contre les nouvelles erreurs, *Musculus* le chasse de sa chaire, y monte à sa place, et fait une apologie très-forte des innova- tions introduites par *Luther*. Cette saillie de folie ou de zèle, lui mérita la place de ministre de Strasbourg, et ensuite une chaire de théologie à Berne, où il mou- rut le 29 août 1563, à 66 ans, après avoir publié des *Commen- toires* sur l'Écriture-Sainte, in- folio: une compilation intitulée: *Loci communes*, in-folio; et des *Traductions* de plusieurs Traités de *St. Athanase* et de *St. Ba- sile*, etc.
II. MUSCULUS, (*André*) de Scheneberg en Misnie, profes- seur de théologie à Francfort- sur-l'Oder, mourut en 1580. On a de lui un grand nombre d'ou- vrages. Il étoit un des plus zélés défenseurs de l'*Ubiquité*, et il donnoit dans des rêveries qui diminueront beaucoup le prix de ses livres, s'ils en avoient quelqu'un. Il prétendit que J. C. n'avoit pas seulement été média- teur en qualité d'homme, mais que la nature divine étoit morte comme la nature humaine. Il en- seignoit que le Sauveur n'étoit point effectivement monté au Ciel, mais qu'il avoit laissé son corps dans la nuée qui l'envi- ronnoit. On ne voit pas qu'il ait formé de secte. Il avoit imaginé ces erreurs pour combattre *Stau- ler*, qui prétendoit que J. C. n'avoit été médiateur qu'en qua- lité d'homme, et non pas en qualité d'Homme-Dieu. *Muscu- lus*, pour le contredire, soutint que la Divinité avoit souffert, et qu'elle étoit morte.
MUSÉE, *Musæus*, très-cé- lèbre poète Grec, que l'on croit avoir vécu du temps d'*Orphée* et avant *Homère*, vers l'an 1180 avant J. C. — Il y a eu un autre poète de ce nom dans le 4e siècle. Il est auteur du *Poème de Léandre et Héro*. On le trouve dans le *Corpus Poëtarum Græ- corum*, Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in-folio; séparément, grec et latin, Paris, 1678, in-8°; et Leyde, 1737, in-8°. M. *Mou- tonnet de Clairfons* l'a traduit en françois, 1774, in-8°. *Voyez* ONOMACRITE.
MUSÉE, (Jean) *Voy.* KENT- ZEN, n.º 1.
MUSES, (Mythol.) Déesses des Sciences et des Arts, filles de *Jupiter* et de *Mnémosyne*. Elles étoient neuf: *Clio*, *Melpomène*, *Thalie*, *Euterpe*, *Terpsichore*, *Erato*, *Calliope*, *Uranie* et *Po- lymnie*. Chacune d'elles présidoit à quelque art particulier. *Clio* à l'histoire, *Melpomène* à la tra- gédie, *Thalie* à la comédie, *Eu- terpe* à la flûte et aux autres ins- trumens à vent; *Terpsichore* avoit inventé la harpe, *Erato* la lyre, *Calliope* les vers héroi- ques, *Polymnie* la rhétorique, K k 3 518 MUS et *Uranie* l'astronomie. Il y avoit des peuples qui n'admettoient que trois Muses : *Mélété*, *Mnéme*, *Acedé*. D'autres en comptoient sept : quelques-uns seulement deux. Quoi qu'il en soit du nombre, elles avoient *Apollon* à leur tête. Le palmier, le laurier, et plusieurs fontaines, comme l'Hippocrène, Castalie et le fleuve Perinesse, leur étoient consacrés. Elles habitoient les monts Parnasse, Hélicon, Piérius et le Pinde. Le cheval *Pégase* paissoit ordinairement sur ces montagnes et aux environs. On reprisentoit les *Muses* jeunes, belles, chastes, aimant la retraite, ayant à la main et autour d'elles les attributs qui convenoient à chacune. Quelquefois même on les peignoit formant des danses en chœur, pour désigner la liaison prochaine ou éloignée, qu'il y a entre toutes les sciences et les arts. *Voyez* AON.
MUSGRAVE, (Guillaume) docteur en médecine d'Oxford, et secrétaire de la Société royale de Londres, naquit en 1657, et mourut en 1721, à Excester, où il exerçoit son art. On a de lui : I. Les *Transactions philosophiques*, n.º 167 à 178. II. *Ceta Britannicus*, 1715, in-8.º III *Belgium Britannicum*, 1719, in-8.º IV. *De aquilis Romanis*, 1723, in-8.º V. *De Legionibus*, etc.
MUSITAN, (Charles) médecin de Castrovillari, petite ville de Calabre, mort à Naples en 1714, à 80 ans, est auteur de plusieurs ouvrages imprimés à Genève, 1716, in-folio, 2 vol. *Musitan* avoit exercé la médecine avec succès, et ses écrits sont une preuve qu'il en connoissoit profondément la théorie. Il étoit prêtre, et bon prêtre; il guérissoit à la fois l'ame et le corps. Son désintéressement lui faisoit refuser une espèce d'honoraire et repousser les présens. Ses ennemis voulurent lui interdire la médecine ; mais le pape *Clément IX*, qui connoissoit son savoir et ses vertus, lui permit de l'exercer. Il se signala sur-tout contre la maladie vénérienne, sur laquelle il a écrit un *Traité*, traduit par *Devaux* en françois, 1711, 2 vol. in-12.
MUSIUS, (Corneille) ou MUYS, né à Delft en 1503, se distingua dans les belles-lettres et les langues à Louvain, et les enseigna lui-même à Gand. Il accompagna ensuite de jeunes seigneurs à Paris et à Poitiers. De retour dans sa patrie, il fut directeur des religieuses de Sainte-Agathe, emploi qu'il remplit avec beaucoup de zèle pendant 36 ans. Dans ses momens de loisir, il cultiva les Muses, et se fit estimer par sa science, sa probité, son attachement à la foi de ses pères et sa charité. Il eut le bonheur de recevoir la couronne du martyre, le 10 décembre 1572. Le fanatique *Guillaume Lumei*, le fit arrêter à Leyde, et épuisa sur ce respectable vieillard tout ce que la rage peut inventer de plus atroce. Il lui fit couper les oreilles, le nez, les doigts des mains et des pieds, et ce que la pudeur défend de nommer ; et finit par le faire attacher à la potence. *Guillaume Estius*, dans son Histoire des martyrs de Gorcum, les auteurs des *Acta Sanctorum* au 10 juillet, et *Pierre Opmeer* dans son Histoire des martyrs de Hollande, se sont étendus sur la vie et la mort de cet homme respectable. On a de lui divers Poèmes : I. *Institutio* femiae Christianæ, tirée du dernier chapitre des Proverbes. II. Odes et quelques Pseaumes en vers, Poitiers, 1536, in-4.º III. De temporum fugacitate, deque sacrorum poëmatum immortalitate, ibid. 1536, in-4.º Il y donne un abrégé de sa vie. IV. Imago patientiæ. V. Libellus tumulorum Desiderii Erasmi, Louvain, 1536, in-4.º VI. Encomium Solitudinis, Anvers, 1566, in-4.º VII. Des Hymnes. VIII. Un Livre de prières, publié par Luc Opmeer, Leyde, 1582, in-16. Ses vers sont d'un style pur et clair. On voit dans le Theatrum crudelitatis hæreticorum, la représentation de son cruel martyre, avec cette belle inscription en forme d'épitaphe : Nec tua te pietas, nec Apollinis infula sexit, Musarum, Musi, decas, ingenique per omnem Immorsalis honos qui te illustraverat orbem. Nunc major laus orta tibi, manet altera cælo Laurea, quam feritas Batavaque injuria gentis, Et multo peperis sudatum vulnere letum.
MUSONIUS-RUFUS, (Caius) philosophe Stoïcien du 12e siècle, fut envoyé en exil dans l'isle de Gyare, sous le règne de Néron, parce qu'il critiquoit les mœurs du Monstre à figure humaine et à tête couronnée. Il fut rappelé par l'empereur Vespasien, qui avoit moins à craindre les censeurs. — Il ne faut pas le confondre avec un autre philosophe Cynique, du même nom et du même temps, qui étoit lié avec Apollonius de Tyanes. Nous avons plusieurs Lettres de ces deux philosophes. Voyez les Mémoires de l'Académie des Ins- criptions, in-4º, tome XXXI, page 131.
MUSSASA, femme courageuse du royaume de Congo en Afrique, succéda à son père Dongy dans le commandement d'une tribu guerrière. Après avoir adopté le vêtement d'un homme, elle se mit à la tête de ses troupes, et les conduisit plusieurs fois à la victoire. Elle étendit les limites de son empire, et mourut au milieu du 17e siècle, après avoir fait passer son nom jusqu'en Europe.
MUSSATI, (Albertin) historien et poète Padouan, mort en 1329, fut ministre de l'empereur Henri VII. Ses succès en poésie lui méritèrent l'honneur du lauréat, qu'il reçut dans sa patrie. Les vers de Mussati, assez bons pour leur temps, ont souffert du déchet au creuset de la postérité. Envisagé comme historien, on lui doit : I. De gestis Henrici VII. Imperatoris. II. De gestis Italorum post Henricum. Les ŒUVRES de Mussati ont été recueillies in-folio à Venise, en 1636. Il a mérité que Pignorius, Felix Osius et Villani l'aient commenté. Leurs notes se trouvent dans ce Recueil.
MUSSCHENBROECK, — (Pierre de) né à Leyde en 1692, mort dans cette ville en 1761, à 69 ans, fut reçu docteur de médecine en 1715; mais les sciences exactes l'occupèrent principalement. Après avoir fait un voyage à Londres, où il vit Newton, et où il consulta Desaguliers, il revint en Hollande, et y obtint bientôt des places. L'université d'Utrecht étoit depuis long-temps célèbre pour l'étude du Droit; Musschenbroeck y ayant été 510 MUS nommé professeur de physique et de mathématiques, la rendit fameuse encore pour ces sciences, qu'il y enseigna avec une grande réputation. Leyde le rappela bientôt pour y professer les mêmes sciences, et il redoubla ses soins pour remplir dignement son emploi. Son nom s'étant répandu parmi les savans, plusieurs académies, et en particulier celles des Sciences de Paris et de Londres se l'associerent. La culture des lettres, les calculs et les expériences physiques, ont rempli tout le cours de sa vie. On lui doit plusieurs ouvrages. On voit dans les expériences qu'il y rapporte, une sagacité peu commune, et dans ses calculs beaucoup d'exactitude. Ses *Essais de Physique*, traduits en français par *Massuet*, 1751, 2 vol. in-4°, Amsterdam, sont estimés. (On a une nouvelle édition de cette version par M. *Sigaud de la Fond*, Paris, 1769, 3 vol. in-4°) L'auteur ne l'étoit pas moins pour sa candeur, son désintéressement, et pour les qualités qui forment le véritable philosophe. Ses mœurs étoient simples et pures, et sa conversation enjouée. Plusieurs souverains, les rois d'Angleterre, de Prusse, de Danemark, tâchèrent en vain de l'attirer dans leurs états. On a encore de lui : I. *Tentamina experimentorum*, Lugd. Batav. 173: , in-4°. II. *Institutiones Physicae*, ibid. 1748, in-4°. III. *Compendium Physicae experimentalis*, 1762, in-8°.
MUSSO, (Cornelio) né à Plaisance en 1511, entra chez les Cordeliers dès l'âge de 9 ans. *Paul III* l'appela à Rome, et lui donna l'évêché de Bertinoro, puis celui de Bitonto. Il assista avec éclat au concile de Trente, et mourut à Rome le 9 janvier 1574, à 63 ans. On a de lui des *Sermons*, imprimés à Venise en quatre vol. in-4°, 1582 et 1590, chez les *Juntes*. Ils furent extraordinairement applaudis, quoiqu'ils ne soient guère au-dessus des discours de *Maillard* et de *Menot*. La Fable, l'Histoire, *Homère* et *Virgile* y sont cités tour-à-tour, avec l'Écriture et les Pères. On peut juger du genre d'éloquence de ce prélat par le discours qu'il prononça à l'ouverture du concile de Trente. Il dit que les assemblées sont nécessaires, parce que dans l'*Enéide*, *Jupiter* assemble le conseil des Dieux, et qu'à la création de l'homme et à la tour de Babel, Dieu s'y prit en forme de concile; que tous les prélats doivent se rendre à Trente, comme les Grecs dans le cheval de Troye; qu'ouvrir les portes du concile, c'est ouvrir les portes du Ciel, d'où doit descendre une fontaine d'eau vive; que tous les cœurs doivent la recevoir; que s'ils ne le font pas, l'Esprit-Saint ouvrira la bouche aux refusans, comme il ouvrit celle de *Caiphe* et de *Balaam*. Il apostrophe les bois et les forêts, invite les chevreuils et les dains à témoigner leur joie. A ces figures aussi déplacées que ridicules, il joint les avantages qu'on a retiré des conciles, tels que les croisades, les guerres contre les Infidelles, les rois déposés et autres choses qu'un homme instruit, dit le Père *Fabre*, n'auroit pas dû alléguer; puisque des abus ne sont pas des avantages. *Landi* (si pourtant on peut citer un tel critique) ne juge pas *Musso* aussi sévèrement que nous; il le lone même beaucoup. Il est cependant forcé de convenir, que l'ordre, fonction et l'art d'émouvoir, man- quoient à cet orateur; qu'il avoit beaucoup de verbiage et quel- ques - unes de ces pointes qui sualheureusement devinrent trop à la mode parmi les prédica- teurs de son temps. I. MUSTAPHA Ier, empe- reur des Turcs, succéda à son frère Achmet en 1617; mais il fut chassé quatre mois après, et mis en prison par les Janissai- res, qui placèrent sur le trône Osman I, son neveu. « Musta- pha, dit Voltaire, du fond de sa prison, avoit encore un parti. Sa faction persuada aux Janis- saires, que le jeune Osman avoit dessein de diminuer leur nombre, pour affoiblir leur pouvoir. On déposa Osman sous ce prétexte, on l'enferma aux Sept-Tours, et le grand visir alla lui - même égorger son empereur, Mustapha fut tiré de la prison pour la se- conde fois, reconnu sultan, et au bout d'un an, déposé encore par les mêmes Janissaires qui l'avoient deux fois élu. Jamais prince, depuis Vitellius, ne fut traité avec plus d'ignominie. Il fut promené dans les rues de Cons- tantinople monté sur un âne, exposé aux outrages de la po- pulace, puis conduit aux Sept- Tours et étranglé dans sa pri- son. « Cette cruelle aventure est de l'an 1623.
II. MUSTAPHA II, empe- reur des Turcs, fils de Maho- met IV, succéda à Achmet II, son oncle, en 1695. Les com- mencemens de son règne furent heureux. Il défit les Impériaux devant Témeswar en 1696; fit la guerre avec succès contre les Vé- nitions, les Polonois, les Mos- covites: mais dans la suite, ses armées ayant été battues, il fut contraint de faire la paix avec ces différentes puissances; et se retira à Andrinople, où il se livra à la volupté et aux plaisirs. Cette conduite excita une des plus grandes révoltes qui aient éclaté depuis la fondation de l'empire Ottoman. Cent cin- quante mille rebelles forcèrent le sérail, et marchèrent vers Andrinople pour détrôner l'em- pereur. Ce prince leur promit tou- tes les satisfactions qu'ils pour- roient exiger; rien ne put les adoucir. Le grand visir voulut leur opposer 20,000 hommes, mais ceux-ci se joignirent aux autres. Les rebelles écrivirent à l'instant à Achmet, frère de Mus- tapha, pour le prier d'accepter le sceptre. L'empereur intercepta la lettre; et, voyant que sa perte étoit résolue, il fut con- traint de céder le trône à son frère en 1703. Sur ce trône sanglant, séjour des ho- micides, Les révolutions furent toujours ra- pides. Souvent il a suffi pour changer tout l'état, De la voix d'un pontife, ou du cri d'un soldat. Mustapha réduit à une condition privée, mourut de mélancolie six mois après sa déposition. Le trop grand crédit de la sultane Validé, et du mufti, qui rete- noit le sultan hors de sa capitale pour le mieux gouverner, fut la cause de cette révolution. Le mufti et son fils périrent par le dernier supplice, après avoir essuyé une cruelle question pour déclarer où étoient leurs trésors.
III. MUSTAPHA III, fils d'Achmet III, né en 1716, par- vint au trône le 29 novembre 92 M U S 757. Il étoit renfermé depuis la déposition de son père en 1730. Livré à la mollesse et aux plaisirs de son sérail, incapable de tenir les rênes de son empire, il les confia à des ministres qui firent des fautes ou des injustices sous son nom. Toute son occupation se borra à entasser des piastres, et il en laissa 60 millions dans son trésor. Il mourut en 1774, avant que d'avoir vu la fin de la guerre funeste qui s'éleva sous son règne entre la Russie et la Porte, relativement aux troubles de la Pologne. L'impératrice de Russie, Catherine II, en a tracé ce portrait à Voltaire. « Aucun ministre étranger ne voit le sultan que dans des audiences publiques. Mustapha ne sait que le Turc, et il est douteux qu'il sache lire et écrire. Ce prince est d'un naturel farouche et sanguinaire. On prétend qu'il est né avec de l'esprit, cela se peut; mais je lui dispute la prudence; il n'en a point marqué dans cette guerre... Mustapha avoit une sœur qui étoit la terreur de tous les bachas. Elle avoit avant la guerre, au-delà de 60 ans. Elle avoit été mariée quinze fois; et lorsqu'elle manquoit de mari, le sultan qui l'aimoit beaucoup, lui donnoit le choix de tous les bachas de son empire. Or, quand une princesse de la maison Ottomane épouse un bacha, celui-ci est forcé de renvoyer toutes ses autres femmes. Cette sultane, outre son âge, étoit méchante, jalouse, capricieuse et intrigante. Son crédit chez son frère étoit sans bornes. » Abdul-Ahmid, frère de Mustapha, lui a succédé, et a donné la paix à ses états au commencement de son règne, le 14 juillet 1774, à 58 ans; après être sorti d'une prison où il étoit retenu depuis 1730, et où il a fait renfermer son neveu, fils de Mustapha III.
IV. MUSTAPHA, fils aîné de Soliman II, empereur des Turcs, fut gouverneur des provinces de Magnésie, d'Amasée, d'une partie de la Mésopotamie, où il se fit aimer et respecter des peuples. Cependant Roxelane, l'une des femmes de l'empereur, craignant que ce prince ne montait sur le trône au préjudice de ses enfants, et voulant faire régner ceux-ci, l'accusa de tramer une rébellion contre l'empereur. Soliman le fit venir devant lui, et sans l'écouter, le fit étrangler inhumainement en 1553. Sa figure, sa bravoure, son adresse exciterent des regrets.
MUSTAPHA-ZELEBIS, Voy. DUSMES (Mustapha).
MUSTAPHA, (Cara) Voy. KARA-MUSTAPHA.
MUSTAPHA, général Musulman, Voy. BRAGADIN.
MUSURUS, (Marc) né dans l'isle de Candie, se distingua par la beauté de son génie. Il enseigna le grec à Venise avec une réputation extraordinaire, et alla ensuite à Rome où il fit sa cour à Léon X. Ce pape lui donna l'archevêché de Malvasie dans la Morée; mais il mourut d'hydropisie peu de temps après, en 1517, dans sa 36e année. On a de lui des Epigrammes et d'autres pièces en grec. C'est lui qui donna le premier des éditions d'Aristophane et d'Athénée, et ces éditions lui acquirent un grand nom. Son Etymologicon magnum Graecorum, Venise, 1499, in-folio, est très-rare de l'édition que nous citons. Il fut réimprimé en 1594, in-folio, à Heidelberg.
MUTA, *Voyez* MUETTE.
MUTIA, *Voyez* MUCIE.
MUTIAN, (Jérôme) peintre, né au territoire de Bresse en Lombardie, l'an 1528, apprit les premiers principes de son art à Bresse sous Jérôme Romanini. S'étant rendu à Venise, la vue des chefs-d'œuvre dont les grands maîtres ont décoré cette ville, et ceux du *Titien* en particulier, firent sur lui la plus vive impression. Il se fit une manière de peindre excellente. Ses tableaux étoient fort recherchés; les cardinaux d'*Est* et de *Farnèse* l'occupèrent beaucoup. Le pape Grégoire XIII le chargea de faire les cartons de sa chapelle, et lui commanda plusieurs tableaux. Cet illustre artiste voulant signaler son zèle pour la peinture par quelque établissement considérable, se servit du crédit que son mérite lui donnoit auprès de sa Sainteté, pour fonder à Rome l'*Académie de Saint-Luc*, dont il fut le chef, et que *Sixte-Quint* confirma par un Bref. Le *Mutián* étoit fort habile dans l'histoire; mais il s'adonna particulièrement au paysage et au portrait. Ce peintre avoit un grand goût de dessin: il donnoit une belle expression à ses têtes, et finissoit beaucoup ses ouvrages: on reconnoit à son coloris, l'étude qu'il fit d'après le *Titien*. Il ne peignoit jamais de pratique; il touchoit le paysage dans la manière de l'école Flamande, supérieure en ce genre aux Italiens. On remarque que ce peintre choisissoit le châtaignier préférablement à tout autre arbre, parce que ses branches avoient, selon lui, quelque chose de pittoresque. Ses dessins, arrêtés à l'encre de la Chine, se font admirer par la correction du trait, par l'expression des figures, et par l'admirable feuiller de ses arbres.
MUTINUS, *Voyez* MUTUNUS.
MUTIO, *Voyez* MUZIO. I. MUTIUS, (C.) surnommé *Cordus* et ensuite *Scavola*, s'immortalisa dans la guerre de *Porsenna*, roi des Toscans, contre les Romains. Ce prince, défenseur de *Tarquin le Superbe* chassé de Rome, alla assiéger cette ville l'an 507 avant J. C., pour y faire rentrer le tyran. La vie de *Porsenna* parut à *Mutius*, incompatible avec le salut de la république. Il se détermina à la lui ôter, et déguisé en Toscans, il passa dans le camp ennemi. La tente du roi étoit aisée à reconnoître; il y entra, et le trouva seul avec un secrétaire qu'il prit pour le prince, et qu'il tua à sa place. Les gardes accoururent au bruit, et arrêtèrent *Mutius*. On l'interrogea, afin de savoir d'où il étoit, s'il avoit des complices, et la cause d'une action si téméraire. Mais, refusant de répondre à ces questions, il ne fit que dire: *Je suis Romain*; et comme s'il eût voulu punir sa main de l'avoir mal servi, il la porta sur un brasier ardent, et la laissa brûler, en regardant fièrement *Porsenna*. Le roi étonné admira le courage de *Mutius*; et lui rendit son épée, qu'il ne put recevoir que de la main gauche, comme le désigne le surnom de *Scavola* qu'il porta depuis. Une action si courageuse hono- 524 M U T roit Mutius, sans sauver Rome. Le brave Romain, feignant alors d'être touché de reconnaissance pour la générosité de Porsenna, qui lui avoit sauvé la vie, lui parla ainsi : Seigneur, votre générosité va me faire avouer un secret que tous les tourmens ne m'auroient jamais arraché. Apprenez donc que nous sommes trois cents qui avons résolu de vous tuer dans votre camp. Le sort a voulu que je fusse le premier à vous attaquer ; et autant j'ai souhaité d'être l'auteur de votre mort, autant je crains qu'un autre ne le devienne, sur-tout aujourd'hui que je vous connois plus digne de l'amitié des Romains que de leur haine. Le roi Toscan, plus touché du courage de ses ennemis, que de la crainte des meurtriers, fit la paix avec eux, et cette paix fut le fruit de la bravoure intrépide d'un seul homme. L'action de Scævola fait le sujet de la meilleure épigramme de Martial. Cùm peteret regem decepta satellite dextra, Injecit sacris se peritura foeis. Sed tam sava plus miracula non tulit hostis, Et raptum flammis jussit abire virum. Urere quam potuit contemptio Mutius igue, Hane spectare manum Porsenna non potuit. Major decepta fama est et gloria dextra, Si non errasses, fececas illa minis. An reste, Denys d'Halicarnasse ne dit pas un mot de la main brûlée, ce qui rend ce fait un peu douteux.
II. MUTIUS SCÆVOLA, (Quintus) surnommé l'Augure, élevé au consulat l'an 117 avant Jésus-Christ, triompha des Dal- mates, avec Cæcilius Metellus, son collègue. Il rendit de grands services à la république dans la guerre contre les Marses. Il n'étoit pas moins bon jurisconsulte, que grand homme de guerre : Cicéron, qui avoit appris le Droit de lui, en parle avec éloge.
III. MUTIUS SCÆVOLA, (Q.) de la même famille que les précédens, parvint au consulat l'an 95 avant J. C. C'étoit aussi un excellent jurisconsulte. Étant prêteur en Asie, il gouverna cette province avec tant de prudence et d'équité qu'on le proposoit pour exemple aux gouverneurs que l'on envoyoit dans les provinces. Cicéron dit de lui, qu'il étoit l'Orateur le plus éloquent de tous les Jurisconsultes, et le plus habile Jurisconsulte de tous les Orateurs. Il fut assassiné dans le temple de Vesta, durant les guerres de Marius et de Sylla, l'an 82 avant J. C.
IV. MUTIUS, (Ulric) professeur de Basle au XVIe siècle, mama le burin de Clio dans les intervalles de ses occupations scolastiques. Son principal ouvrage est une Histoire d'Allemagne, à Basle, 1539, in-fol.
MUTUNUS ou MUTINUS, (Mythol.) infame Divinité des Romains, assez semblable au Priape des Grecs. Les nouvelles mariées alloient prier devant sa statue, et y célébroient des cérémonies scandaleuses, que les Saints Pères reprochent souvent aux Païens.
MUY, (Louis-Nicolas-Victor de Félix, comte du) d'abord chevalier de Malte, de la langue de Provence, naquit à Marseille en 1711. Il servit avec distinction en Flandre, pendant la guerre. de 1741; se trouva à la bataille de Fontenoy, en 1745, et obtint la même année une place de menin du Dauphin, père de Louis XVI. Ce prince l'aima comme un ami tendre et vertueux, et eut pour lui toute la confiance qu'inspirent une sagesse, une prudence consommées et une probité soutenue par la religion. On sait qu'ayant trouvé par hasard le livre de prières du comte, il y écrivit celle-ci: «Mon Dieu, protégez votre fidelle serviteur du Muy, afin que si vous m'obligez à porter le pesant fardeau de la couronne, il puisse me soutenir par ses vertus, ses conseils et ses exemples.» Nommé lieutenant général des armées du roi, en 1748, le comte du Muy se signala, pendant la guerre de 1757, à la bataille d'Hastembeck, donnée cette année; à celle de Crewelt, en 1758, et de Minden, en 1759. Il fut employé, en 1760, dans l'armée du maréchal de Contades, et commanda pendant toute la campagne un corps considérable de troupes. Attaqué le 31 juillet, près de Warbourg, par un corps de 40 mille hommes qui étoient commandés par le prince héréditaire, et soutenus par l'armée du prince Ferdinand, il combattit pendant quatre heures avec la plus grande valeur, et n'ordonna la retraite, qu'il fit en bon ordre, que lorsqu'il fut forcé de céder au grand nombre. Ses services militaires lui méritèrent le ministère de la guerre en 1774, et le bâton de maréchal de France. Il ne jouit pas long-temps de ces honneurs, étant mort de la pierre quelques mois après, le 10 octobre 1775. Il demanda d'être enterré à Sens, près du Dauphin. M. de Sacy l'a peint au naturel dans les vers suivans: Sincère dans les cours, austère dans les camps, Stoïque sans humeur, généreux sans foiblesse, Le mérite à ses yeux fut la seule noblesse. Sous le joug du devoir il fit plier les Grands; Et bravant leur crédit, mais payant leurs blessures, Juste dans ses refus, juste dans ses présens, Il obtint leur estime, en bravant leurs murmures. Placé près d'un grand Prince, objet de nos regrets, Il fut et le censeur et l'ami de son Maître... Il n'eut point de flatteurs et ne voulut point l'être. Louis XV ayant voulu le faire entrer dans le ministère, il refusa, parce qu'il auroit fallu se prêter aux vues de certaines personnes dont il ne vouloit pas être le complaisant. «SIRÉ, écrivait-il à ce Prince, je n'ai jamais eu l'honneur de vivre dans la société particulière de V. M.; par conséquent je n'ai jamais été dans le cas de me plier à beaucoup d'usages que je regarde comme des devoirs pour ceux qui la forment. A mon âge on ne change point sa manière de vivre. Mon caractère inflexible transforméroit bientôt en blâme et en haine ce cri favorable du public, dont V. M. a la bonté de s'apercevoir. On me feroit perdre ses bonnes graces, et j'en serois inconsolable. Je la prie de choisir un sujet plus capable que moi. Cette Lettre, dont le ton est si différent de celui des court sans, loin de déplaire au monarque, 926 MUY lui inspira une plus forte estime pour celui qui l'avoit écrite. Au milieu des dangers de la cour et de la licence des armes, le comte du Muy conserva toujours la piété qui anima toutes les actions de sa vie. Il en donna des preuves éclatantes. L'étiquette veut que les menins accompagnent le prince aux spectacles; le comte du Muy qui ne croit pas qu'il lui soit permis d'y assister, demande à être dispensé de cette obligation et l'obtient; telles sont les graces qu'il sollicite. Sa scrupuleuse exactitude ne se démentit jamais. Obligé, en qualité de commandant de la Flandre, de conduire par-tout le roi de Danemarck, et arrivé avec ce prince à la porte de la salle des spectacles, il lui représente les devoirs qu'il croyoit lui être imposés par la religion, et se retire. On le vit régler toujours sa table sur le précepte de l'abstinence, lors même qu'il eut l'honneur d'y faire asseoir le duc de Glocester frère du roi d'Angleterre, qu'une croyance différente sembloit dispenser de cette obligation. « Ma loi, lui dit-il, s'observe exactement dans ma maison. Si j'avois le malheur d'y manquer quelquefois, je l'observerai plus particulièrement aujourd'hui, que j'ai l'honneur d'avoir un illustre prince pour témoin et pour censeur de ma conduite. Les Anglois suivent fidèlement leur loi; par respect pour vous même, je ne donnerai pas le scandale d'un mauvais Catholique, qui ose violer la sienne jusqu'en votre présence. » Lorsqu'il étoit à la tête des troupes, on le vit toujours veiller avec une singulière attention à l'observation de la discipline; chaque jour il faisoit une inspection sévère des hôpitaux, et examinoit le pain destiné au soldat. Après avoir rempli les devoirs de son état, ses plaisirs étoient de soulager la misère, de protéger l'innocence, de soutenir la vertu. Sans opulence, il parut toujours prodigue envers l'indigent; c'étoit là son luxe, fruit de l'économie. Il a laissé des Mémoires pleins d'excellentes vues sur différens objets de l'administration.
MUYS. (Guillaume) médecin, né à Sleenvick dans l'Over-Yssel, devint successivement professeur de médecine, de chimie, et enfin de botanique, à Franeker. Il mourut le 19 avril 1744. On a de lui: I. *Éléments de Physique*, Amsterdam, 1711, in-4.º II. Des *Hurangues*, imprimées séparément. III. *Opuscules posthumes*, 1749, in-4.º On y voit une dissertation, intitulée: *De Virtute seminali, qui plantæ et animalia generi suo propagando sufficienti*. IV. *Investigatio fabricæ quæ in partibus musculos componentibus extat*, Leyde, 1741, in-4.º; ouvrage profond et élégant; il est précédé d'une longue préface, dont on a donné une traduction françoise, intitulée: *Dissertation sur la perfection du monde corporel et intelligent*, Leyde, 1750. Il y démontre le merveilleux mécanisme, par lequel Dieu a voulu que les espèces des animaux et des plantes se perpétuassent. Il y recherche les fins que Dieu a eu en vue en créant le monde. *Muys* donne dans quelques singularités; il prétend trouver dans le monde un mal, qui est contraire à sa perfection, et qui n'est proprement ni physique ni moral.
MUZA, vice-roi de Maroc, est connu dans l'histoire du vin siècle, par un singulier stratagème, qu'il employa, dit-on, vers l'an 763 pour se rendre maître de la ville de Mérida en Espagne. Ce général ayant observé cette ville à une certaine distance, conçut un désir passionné de la soumettre, et en forma le siège. Comme il étoit d'un âge avancé, les habitans se défendirent avec la plus grande obstination, comptant qu'il ne vivroit pas long-temps, et que par conséquent le siège seroit levé. *Muza* instruit de leurs espérances, teignit en noir ses cheveux blancs. Ensuite il fit dire aux principaux d'entre les assiégés, qu'il desiroit traiter avec eux et mettre fin au siège. Mais quelle fut la surprise des députés, quand, introduits sous la tente de *Muza*, au lieu d'une tête blanchie et chancelante, ils apperçurent un visage rajeuni, et une tête ferme, ombragée d'une épaisse chevelure noire! Effrayés à cet aspect inattendu, ils retournèrent aussitôt à leurs compatriotes, et après un récit sans doute exagéré de ce qu'ils avoient vu, ils leur conseillèrent de ne pas s'exposer au courroux d'un vainqueur irrité et de se rendre sans délai. Au reste, *Abulcacim Tarif Abentarique*, contemporain de *Muza*, dans son *Histoire* du roi *Rodrigue*, traduite d'arabe en espagnol par *Michel de Luna*, ne dit rien de ce stratagème, célébré par le *P. Mariana*, quoique l'historien Arabe fasse une mention spéciale de ce siège, et qu'il en décrive plusieurs particularités. I. MUZIO, (Jérôme) *Mutius*, littérateur et controversiste Italien, naquit à Padoue en 1466. Il ajouta à son nom le surnom de *Giustinopolitano*, c'est-à-dire de Capo-d'Istria; non qu'il fût né dans cette ville, comme quelques-uns l'ont cru, mais parce que sa famille y étoit établie. Son vrai nom n'étoit pas *Muzio*, mais *Nuzio*, dont il lui plut de changer la première lettre. Cet écrivain avoit une plume féconde, et a laissé beaucoup d'ouvrages en divers genres. Les principaux sont : I. *Delle Vergeriane libri IV*, à Venise, 1550, in-8°, en réponse à *P. Paul Vergerio* qui avoit abandonné l'évêché de Capo-d'Istria, pour embrasser la doctrine de *Luther*. II. *Lettere Catoliche libri IV*, à Venise 1571, in-4°. Ces Lettres sont comme une continuation de l'ouvrage précédent. III. *Difesa della Messa, de Santi, e del Papato*; Pesaro, 1558, in-8°. I V. *Le Menite Ochiniane*, Venise, 1551, in-8°, contre *Ochiu*, Capucin apostat. V. *Il Duello*, et *la Faustina*, deux Traités contre le duel; le premier imprimé à Venise, 1558, in-8°; le second à Venise, 1560, in-8°; peu communs. VI. *Il Gentiluomo*, Venise, 1564, in-4°; c'est un Traité de la Noblesse. VII. *Le Battaglie del Muzio per difesa dell'Italica lingua, etc.*, Venise, 1582, in-8°. VIII. *Istoria de' Fatti di Federigo di Monte-Feltre, duca d'Urbino*, Venise, 1605, in-4°. IX. *Des Lettres*, quelques *Poésies*, et des *Notes* sur *Pétrarque*, insérées dans l'édition de ce poète, donnée par *Muratori*. Tous ces ouvrages assez estimés n'enrichirent point l'auteur, qui vécut presque toujours dans l'indigence, et qui se plaint amèrement de la fortune dans quelques-unes de ses Lettres. Le pape *Iie V* lui avoit accordé une pension; mais elle fut supprimée 528 M U Z après la mort de ce pontife. Muzio mourut en 1576.
IL MUZIO GALLO, cardinal, évêque de Viterbe, après avoir parcouru une longue carrière dans l'exercice des vertus, est mort d'apoplexie, à l'âge de 84 ans, en 1802. Lorsque le général Kellermann assiégeoit Viterbe, le peuple en fureur menaça de massacrer trente François qui se trouvoient renfermés dans cette ville. Le cardinal Muzio exposa plusieurs fois ses jours pour sauver les leurs : il leur donna asile dans son palais ; il parla au peuple attroupé, et le dissipa par l'influence due à son âge, à sa dignité, au long exercice de sa bienfaisance. Après avoir été le libérateur de ces victimes dévouées à la mort, il leur dit en les quittant : « Souvenez-vous du vieillard de Viterbe ; il priera toujours Dieu pour vous, mais je vous défends de parler de ce que j'ai eu le bonheur de faire pour vous servir. » Ce n'est en effet qu'après la mort de cet homme généreux que le citoyen Mechin, préfet des Landes, qui étoit du nombre de ceux qui lui devoient la vie, a fait connoître son bienfaiteur dans une notice intéressante, publiée au mois de pluviose de l'an 10
MYAGRE, MYODE ou MYAGORE, (Mythol.) Dieu des mouches. On l'invoquoit et on lui faisoit des sacrifices pour être délivré des insectes ailés. Il avoit à Rome une chapelle, où une puissance divine empêchoit, dit-on, les chiens et les mouches d'entrer. En Afrique, on adoroit cette divinité païenne sous le nom d'Achor. C'est le même que Béclélob.
MYCALE, Thessalienne dont parle Plutarque, avoit fait des progrès dans l'étude de l'astronomie et se plaisoit à prédire les éclipses, et à faire accroire aux ignorans qui l'entouroient, que la lune paroissoit ou disparoissoit à son gré.
MYDORGE, (Claude) savant mathématicien, né à Paris en 1585, de Jean Mydorge, conseiller au parlement, et de Magdeleine de Lamoignon. On a de lui quatre livres de Sections Coniques, et d'autres ouvrages, qui l'ont rendu moins célèbre, que son zèle pour la gloire de Descartes son ami. Il le défendit contre Fermat et contre les Jésuites, qui se proposoient faire condamner les écrits de ce philosophe. Mydorge étoit, dit-on, d'une vertu si égale, qu'on ne pouvoit voir aisément à quoi ses inclinations le faisoient pencher plus volontiers : son amour pour les sciences sublimes étoit la seule passion qu'on lui connât. Il mourut en 1647, à 62 ans, avec la réputation d'un homme qui joignoit à un esprit éclairé, un cœur sensible et généreux. Il dépensa près de cent mille écus à la fabrique des verres de lunettes et des miroirs ardens, aux expériences de physique, et à diverses matières de mécanique.
MYER, (Paul) écrivain du XVIIe siècle, dont nous avons des Mémoires curieux et rares touchant l'Etablissement d'une Mission Chrétienne dans le troisième Monde, appelé Terres australes, à Paris, 1663, vol. in-8. On sait aujourd'hui que le continent austral, dont on ne doutoit point, n'existe pas, et que les terres australes se bornent à quelques isles auxquelles il seroit à souhaiter qu'on procurât quel- que moyen d'instruction.
MYNSICHT, (Adrien) mé- decin du duc de Meckelbourg et de plusieurs autres princes d'Allemagne, se distingua par ses connoissances chimiques au commencement du 17e siècle. On a de lui, Armentarium Medico- Chymicum, souvent imprimé. Il ne faut pas toujours se fier sur ce qu'il dit des vertus des médi- camens dont il donne la des- cription. C'est à lui que l'on doit le Sel de Duobus ou l'Arcanum, aujourd'hui encore en usage.
MYON, (N**) est auteur de la musique de l'opéra de Nitélis, et du ballet de l'Année galante, représenté en 1747.
MYREPSUS, (Nicolas) mé- decin d'Alexandrie. On doit lui savoir gré des peines qu'il s'est données pour recueillir tous les médicaments composés, qui sont dispersés dans les écrits des Grecs et des Arabes, et en former une espèce de Pharmacopée. Elle a été faite avant le 14e siècle; et, quoique écrite en grec d'un style barbare, elle a été long-temps en Europe la règle des pharma- cies. Léonard Fuchs l'a traduit en latin sous ce titre: Opus me- dicamentorum in sectiones qua- draginta-octo digestum. On en a donné un grand nombre d'édi- tions; la meilleure est celle de Hartman Beverus, Nuremberg, 1658, in-8.
MYRO, savante de Bizance, dont Athénée fait mention, vi- voit vers l'an 260 avant J. C. Elle épousa le célèbre grammairien Andromachus. Belle et spirituelle, elle excella dans la poésie, et sur- tout dans les vers élégiaques.
MYRON, célèbre sculpteur Grec, se plaisoit à représenter des animaux. On dit qu'ayant sculpté une vache, on ne pou- voit la distinguer des vivantes, et qu'elle trompoit jusques aux veaux qui s'approchoient de ses mamelles. Cette vache a été célé- brée dans une foule d'épigrammes grecques. Notre ancien poète Ronsard en a traduit une don- zaine dans le premier livre de ses poésies. En voici une: Un raou volant sur la figure De cette vache, fut moqué. Je n'ai jamais, dit-il, piqué Vache qui eût la peau si dure. La cigale et la sauterelle de My- ron furent célèbres par leur fini et leur délicatesse.
MYRRHA, (Mythol.) fille de Cyniras roi de Chypre, eut un commerce criminel avec son pro- pre père, par le moyen de sa détestable nourrice, qui la subs- titua à la place de sa mère au- près de Cyniras. Ce père infor- tuné ayant reconnu son crime, voulut tuer Myrrha; mais elle fut métamorphosée en arbrisseau d'où découle la myrrhe. Adonis naquit de cet inceste.
MYRSILE, ancien historien Grec, que l'on croit contempo- rain de Solon. Il ne nous reste de lui que des fragments, recueillis avec ceux de Bérèse et de Ma- nethon. Le livre de Myrsile sur l'Origine de l'Italie, publié par Annius de Viterbe, est une de ces productions que l'on doit mettre au rang des fourberies de son éditeur.
MYRTILE, (Mythol.) co- cher d'Enomais, étoit fils du Dieu Mercure et de Myrto, fa- meuse Amazone. Pélops le gagna avant que d'entrer en lice à la course des chariots avec *Enomaïs*, père d'*Hippodamie*, pour laquelle il falloit combattre quand on la demandoit en mariage. *Myrtile* ôta la clavette qui tenoit la roue; et le char ayant versé, *Enomaïs* se fracassa la tête. *Pélops*, victorieux, mais indigné contre le vil ministre de son triomphe, jeta *Myrtile* dans la mer, pour avoir lâchement trahi son maître.
MYRTIS, femme Grecque, se distingua vers l'an 500 avant J. C., par ses talens poétiques. Elle enseigna les règles de la versification à la célèbre *Corinne*, rivale de *Pindare*, lequel prit aussi, dit-on, des leçons de cette Muse. On trouve des fragmens de ses *Poésies* avec ceux d'*Anyta*: (*Voyez* ce mot.)
MYSCILE, habitant d'Argos, ne put débrouiller un oracle qui lui avoit dit de *bâtir* une *Ville* où il se trouveroit surpris par la pluie dans un temps serein et sans nuage. Il alla en Italie, où il rencontra une courtisane qui pleuroit. Il trouva le sens de l'Oracle dans cette aventure, et bâtit la ville de Crotone.
MYTHECUS, sophiste de Syracuse, ne chercha point à se faire un nom par les prestiges de l'éloquence, ni par les subtilités du raisonnement. Il s'attacha uniquement à l'art d'apprêter les viandes : et comme il n'y avoit eu jusqu'alors dans Sparte que de mauvais cuisiniers, il alla y exercer son talent. Ses ragoûts lui avoient déjà fait beaucoup de partisans, sur-tout parmi la jeunesse, lorsque les magistrats Lacédémoniens le chassèrent de leur république, ne voulant d'autres assaisonnemens des viandes que la faim.
**NAAMA**, Ammonite, femme de *Salomon* et mère de *Roboam*. Cette princesse étoit idolâtre comme les Ammonites; elle éleva son fils dans ses impiétés.
**NAAMAN**, général de l'armée de *Benadad*, roi de Syrie, fut attaqué de la lèpre. Son mal ayant résisté à tous les remèdes, il vint à Samarie présenter, de la part de son maître, des lettres de recommandation pour son mal au roi *Jaram*, qui, prenant cette ambassade pour une embûche, lui fit mauvais accueil, en demandant avec hauteur, s'il étoit un *Dieu*, pour pouvoir guérir les *Lépreux*?... *Naaman*, ainsi renvoyé, se rappela l'avis que lui avoit donné une jeune fille Juive qui étoit au service de sa femme, et il alla trouver *Élisée* vers l'an 884 avant Jésus-Christ. Quand il fut à la porte, le prophète voulut éprouver sa foi. Il lui envoya dire par *Giezi*, son serviteur, d'aller se laver sept fois dans le Jourdain, et qu'il seroit guéri. *Naaman* regardant cette réponse comme une marque de mépris, se retiroit en colère; toutefois, à la prière de ses serviteurs, il obéit, et la lèpre disparut. Alors il revint vers l'homme de Dieu pour lui témoigner sa reconnaissance; et sa guérison passant jusqu'à l'âme, il rendit hommage au Dieu qui l'avoit opérée. *Voy. ÉLISÉE.*
**NAAS**, roi des Ammonites, alla, un mois après l'élection de *Saïl*, mettre le siège devant *Jabes*, capitale de la province de Galaad. La ville étant réduite à l'extrémité, il offrit aux habitans de leur sauver la vie, à condition de se laisser arracher l'œil droit. Cette réponse consterna les Jabéens à un tel point, qu'ayant obtenu un délai de sept jours, ils envoyèrent des courriers par toute la Judée pour demander du secours. *Saïl* marcha avec tant de promptitude contre leurs ennemis, que toute l'armée de *Naas* fut taillée en pièces, et lui-même fut enveloppé parmi les morts, vers l'an 1095 avant Jésus-Christ.
**NABAL**, Israélite, de la tribu de *Juda*, fort riche, mais avaré et brutal, demeuroit à Maon, et ses troupeaux nombreux paissaient sur le Mont-Carmel. Un jour *David* ayant appris qu'il faisoit une grande fée, envoya dix de ses gens lui demander quelques vivres pour sa troupe. Cet homme reçut avec une fierté brutale les députés de *David*, parla avec outrage de leur maître, et les renvoya avec mépris. Le héros, instruit de ses dédains insolens, entra en colère; et faisant prendre les armes à 400 hommes de sa suite, il marcha vers la maison de *Nabal*, dans le dessein de l'exterminer lui et toute sa famille. *Abigail*, femme de *Nabal*, craignant le ressentiment de *David*, fit secrètement charger sur des ânes des provisions de toute espèce, et courut au-devant de lui. Elle le rencontra dans une vallée, ne respirant que la vengeance; mais sa Leau- L 1 2 332 N A B té, sa sagesse, et ses discours soumis désarmèrent la colère de ce prince. *Nabal*, qui étoit ivre, n'apprit que le lendemain ce qui venoit de se passer. Il fut tellement frappé du danger qu'il avoit couru, que cette frayeur violente l'entraîna au tombeau dix jours après, vers l'an 1057 avant J. C. *David* épousa sa veuve.
NABI - EFFENDI, poète Turc du 17e siècle, et dont ne fait pas mention d'*Herbelot* dans sa *Bibliothèque Orientale*, s'est distingué dans sa nation par l'agrément et la douceur de ses vers. Il connoissoit la littérature ancienne et celle des Latins. «La nature, disoit-il, qui ne nous a donné qu'un organe pour la parole, nous en a donné deux pour l'ouïe, afin de nous apprendre qu'il faut plus écouter que parler.» C'est une traduction de cette pensée de *Caton le Censeur* : *Os unum natura, duas formavit et aures,* *Ut plus audires, qu'am loqueretur homo.*
NABIS, tyran de Lacédémone à qui *Philippe*, roi de Macédoine, remit la ville d'Argos comme en dépot. Il y exerça les plus grandes cruautés, et inventa une machine en forme de statue, qui ressemblent à sa femme. Il l'a fit revêtir d'habits magnifiques, qui cachoient des pointes de fer, dont elle avoit les bras, les mains et le sein hérissés. Quand quelqu'un lui refusoit de l'argent, il lui disoit : *Peut-être n'ai-je pas le talent de vous persuader ; mais j'espère qu'APEGA, ma femme, vous persuadera.* Aussitôt la statue paroissoit, et le tyran la prenant par la main, la conduisoit à son homme, qu'elle embrassoit, et à qui elle faisoit jeter les hauts cris... *Nabis* ayant pris le parti de *Philippe* contre les Romains, *Flaminius* vint l'assiéger dans Sparte, l'obligea de demander la paix, et la lui accorda. A peine le général Romain fut-il parti de la Grèce, que *Nabis* alla assiéger Gythium, ville des Achéens, qui avoient pour général le célèbre *Philopomen*. Ce héros, très-propre aux combats de terre, mais n'ayant aucun usage de la marine, fut totalement défait dans une bataille navale. Cet échec ranima son courage, loin de l'éteindre : il poursuit le perfide *Nabis*, le surprend et le bat près de Sparte. Le tyran fut tué en trahison dans le temps qu'il prenoit la fuite, vers l'an 194 avant Jésus-Christ, laissant un nom odieux au genre humain.
NABONASSAR, roi des Chaldéens ou Babyloniens, est célèbre par la fameuse *Ere* qui porte son nom, et qui commença l'an 747 avant Jésus-Christ. On croit qu'il est le même que *Belesis* ou *Baladan*, dont il est parlé dans l'Écriture-Sainte, et qui fut père de *Mérodae*, lequel envoya des ambassadeurs au roi *Ezechias* ; mais cette opinion, et toutes les autres qu'on forme sur ce prince, ne sont que conjecturales et sans certitude.
NABONIDE, le même que le *Balthasar* de *Daniel*; Voy. BALTHAZAR, n° 1.
NABOPOLASSAR, prince de Babylone, déclara la guerre à *Saracus*, roi d'Assyrie. Il se joignit à *Astyages* pour renverser cet empire. Ils assiègerent *Saracus* dans sa capitale; et ayant pris cette ville, ils établirent, sur les débris de l'empire d'Assyrie, deux royaumes : celui des Mèdes, qu'appartient à *Astyages* ; et celui des Chaldéens, sur lequel fut établi *Nabopolassar*, l'an 626 avant J. C. *Néchao*, roi d'Égypte, jaloux de sa prospérité, marcha contre lui, le défit, et lui enleva Carchemis, place importante de son empire. *Nabopolassar*, cassé par la vieillesse, ne put venger cet affront, et mourut après vingt-un ans de règne.
NABOTH, de la ville de Jezraël, avoit une vigne auprès du palais d'*Achab*. Ce prince, voulant faire un jardin potager, le pressa plusieurs fois de lui vendre sa vigne, ou de l'échanger contre une meilleure ; mais *Naboth*, très-fidèle observateur de la loi, refusa de vendre l'héritage de ses pères. *Jézabel*, femme d'*Achab*, irritée de sa résistance, écrivit aux magistrats de la ville où demeuroit *Naboth*, de susciter de faux témoins, qui déposèrent qu'il avoit blasphémé contre Dieu et maudit le roi, et de le condamner à mort. Cet ordre fut exécuté. Deux témoins déposèrent contre *Naboth*, qui fut lapidé le même jour. *Jézabel* en ayant appris la nouvelle, courut la porter au roi, qui partit aussitôt pour prendre possession de sa vigne ; mais le prophète *Élie* vint troubler sa joie, lui reprocha son crime, et lui prédit que « les chiens décheroient son sang au même, où il avoit répandu celui d'un innocent. » Ce fut l'an 889 avant J. C. I. NABUCHODONOSOR I, roi de Ninive et de Babylone, dont il est parlé dans le livre de *Judith*, défit et tua *Phraortes*, roi de Médie, appelé aussi *Arphaxud*. Vainqueur des Mèdes, il envoya contre les Israélites *Ho-* *Ioferne*, général de ses armées, qui fut tué par *Judith*. On croit que ce *Nabuchodonosor* est le même que *Nabopolassar* ; mais il est difficile de rien dire de positif sur ces temps reculés.
II. NABUCHODONOSOR II, roi des Assyriens et des Babyloniens, surnommé le *Grand*, succéda à son père *Nabopolassar*, et se rendit maître de presque toute l'Asie. Il prit Jérusalem sur *Joachim*, roi de Juda, qui s'étoit révolté contre lui, et l'amena captif à Babylone, l'an 600 avant Jésus-Christ. Il lui rendit ensuite la liberté et ses états, moyennant un tribut ; mais ce roi s'étant révolté de nouveau trois ans après, il fut pris et mis à mort. *Jéchonias*, son fils, lui succéda ; s'étant aussi soustrait au joug du roi de Babylone, ce prince vint l'assiéger, le mena captif à Babylone, avec sa mère, sa femme, et dix mille hommes de Jérusalem. *Nabuchodonosor* enleva tous les trésors du Temple, et établit à la place de *Jéchonias*, l'oncle paternel de ce prince, auquel il donna le nom de *Sédécias*. Ce nouveau roi marcha sur les traces de ses prédécesseurs ; il fit une ligue avec les princes voisins, contre celui à qui il étoit redevable de la couronne. Le monarque Babylonien vint encore en Judée avec une armée formidable. Après avoir réduit les principales places du pays, il fit le siège de Jérusalem. *Sédécias*, désespérant de défendre cette ville, s'enfuit, fut pris en chemin et mené à *Nabuchodonosor*, qui étoit alors à Reblatha en Syrie. Ce prince fit égorger ses enfans en sa présence, lui fit crever les yeux, le chargea de chaînes, et le fit conduire à L I 3 534 N A B Babylone. L'armée des Chaldéens entra dans Jerusalem, et y exerça des cruautés inoues : on égorgé tout, sans distinction d'âge ni de sexe. *Nabuzardan*, charge d'exécuter les ordres de son maître, fit mettre le feu au Temple, au palais du roi, aux maisons de la ville, et à toutes celles des grands. Les muralles de la ville furent démoies ; on chargea de chames tout ce qui restoit d'habitans, après avoir égorgé 60 des premiers du peuple aux yeux de *Nabuchodonosor*. Le vainqueur, de retour en sa capitale, fit dresser dans la plaine de Dura une *Statue d'or*, haute de 60 coudées. Tous ses sujets eurent ordre, sous peine de mort, de se prosterner devant l'école, et de l'adorer. Les seuls compagnons de *Tanie* ayant refusé de le faire, le roi irrite les fit jeter dans une fournaise ardente, ou ils furent miraculeusement préservés des flammes par l'ange du Seigneur. Alors *Nabuchodonosor*, frappé de ce prodige, les fit retirer, et donna un édit dans lequel il publia la grandeur du roi des Juifs. Deux ans après la défaite des Juifs, *Nabuchodonosor* vainquit les Tyriens, les Philistins, les Moabites, et plusieurs autres peuples voisins et ennemis des Juifs. Il alla d'abord mettre le siège devant Tyr, ville maritime, illustre par son commerce. Ce siège dura 13 ans ; et dans cet intervalle, l'armée du roi désola la Syrie, la Palestine, l'Idumée et l'Arabie. Tyr se rendit enfin, et cette conquête fut suivie de celle de l'Égypte et d'une partie de la Perse. *Nabuchodonosor* s'appliqua ensuite à embellir sa capitale, et à y faire construire de superbes bâtiments. Il fit élever ces fameux jardins suspendus sur des voûtes, que l'on a mis su rang des merveilles du monde. Il eut dans le même temps un songe, qui lui donna de grandes inquiétudes. Il lui annonça, que pour le punir de son orgueil, il scroit réduit au sort des bêtes durant sept ans. Cette prédiction s'accomplit à l'instant : il tomba dangereusement malade, et crut être un bœuf. On le laissa aller parmi les bêtes dans les bois. Il y demeura sept ans, à la fin desquels il fit pénitence de ses péchés et remonta sur le trône. Il mourut un an après, l'an 563 avant Jésus-Christ, le quarante-troisième de son règne, dans de grands sentimens de religion. C'est ce prince qui vit en songe, la deuxième année de son règne, une grande *Statue* qui avoit la tête d'or, la poitrine et les bras d'argent, le ventre et les cuisses d'airain, et les jambes de fer. Le prophète *Daniel* expliqua ce songe mystérieux, et déclara à ce prince que les quatre métaux dont la Statue étoit composée lui annonçoient la succession des quatre empires, des Babyloniens, des Perses, d'Alexandre le Grand, et de ses successeurs. Il y a plusieurs sentimens sur la métamorphose de *Nabuchodonosor*. Le plus suivi est, que ce prince, s'imaginant fortement être devenu hôte, broutoit l'herbe, sembloit frapper des cornes, laissoit croître ses cheveux, ses ongles, et imitoit à l'exécuter toutes les actions d'une bête. Ce changement, qui probablement n'avoit lieu que dans son cerveau altéré, ou dans son imagination échauffée, étoit un effet de la lycanthropie : malade dans laquelle l'homme se persuade qu'il est changé en loup, en chien, ou en un autre animal.
NABUNAL, (Élie) théologien de l'ordre de Saint-François, nommé Nabunal du lieu de sa naissance, dans le Périgord, devint archevêque de Nicosie et patriarche de Jérusalem, et fut nommé cardinal, en 1342, par le pape Clément VI. Il mourut à Avignon l'an 1367. On a de lui, en latin: I. Des Commentaires sur les quatre livres des Sentences, et sur l'Apocalypse. II. Un Traité de la Vie contemplative. III. Des Sermons sur les Évangiles.
NACHOR, fils de Sarug, et père de Tharé, mourut l'an 2008 avant Jésus-Christ, à 148 ans. — Il ne faut pas le confondre avec NACHOR, fils de Tharé, et frère d'Abraham.
NACLANTUS ou NACCHIANTE, (Jacques) Dominicain de Florence, mort en 1569, fut évêque de Chiozza, et assista au concile de Trente. On a de lui, plusieurs Ouvrages, imprimés en deux vol. in-fol., dans lesquels il soutient les opinions des Ultramoniains.
NADAB, roi d'Israël, succéda à son père Jéroboam, l'an 954 avant Jésus-Christ, et fut l'imitateur de ses sacrilèges et de ses impiétés. Baasa, l'un de ses généraux, le tua en trahison l'an 953, fit périr toute sa race, et s'empara du trône — Il ne faut pas le confondre avec NADAB, fils d'Aaron, qui, comme son frère Abiu, fut dévoré par le feu céleste.
NABAL, (Augustin) né à Poitiers, vint de bonne heure à Paris, où ses talens lui firent des protecteurs, et son caractère liant des amis. Le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la cham- bre, et gouverneur de la province du Boulonnais, lui fit obtenir le secrétariat de cette province. Son esprit et ses liaisons avec les gens de lettres, soutenus par la protection de ce seigneur, lui valurent, en 1706, une place dans l'académie des Inscriptions et des Belles-Lettres. Il accompagna, en 1712, en qualité de secrétaire, le duc d'Aumont, plénipotentiaire auprès de la reine Anne, pour la paix d'Utrecht. Ses services furent récompensés par l'alibaye de Doudeauville, en 1716. L'académie des Belles-Lettres le perdit le 7 août 1741, à 82 ans. Il mourut dans sa patrie, où il passa ses dernières années, occupé de la littérature et de la morale. Ses ouvrages ont été recueillis en 1738, à Paris, en 3 vol. in-12. Le premier volume offre des Dissertations, des Traités de Morale, des remarques critiques. La plupart donnent une idée avantageuse du savoir et de l'esprit de l'auteur, mais non pas de son goût. Son style est guindé, singulier, et plus digne des Précieuses ridicules que d'un académicien. On trouve dans le deuxième volume des Poésies diverses, sacrées et profanes, la plupart très-fobles, des Observations sur la Tragédie ancienne et moderne; et des Dissertations sur les progrès du génie poétique dans Racine. Enfin, le troisième volume contient des pièces de théâtre: Saül, Hérode, Antiochus ou les Macchabées, Marianne, et Moyse. Les quatre premières furent jouées, mais elles n'eurent qu'un succès éphémère; la dernière fut arrêtée comme on alloit la représenter. La versification, assez bonne en plusieurs endroits, est quelque- L I 4 936 NAD fois embarrassée et louche. Il y a quelque morceaux trop empoulés. Plus de force et de précision dans certains centimens, en auroient relevé la beauté. C'est le jugement que porte l'abbé des Fontaines de cette pièce, et on peut l'appliquer à toutes celles de l'auteur, poète médiocre et prosateur alambiqué. Voyez PIGANTOL et MERÉ. I. NADASTI, (Thomas comte de) d'une des plus anciennes familles de Hongrie, défendit avec valeur, en 1531, la ville de Bude, contre Soliman II, empereur des Turcs; mais la garnison le trahit, et le livra, pieds et mains liés, au grand Seigneur, avec la ville et le château. Ce prince, indigné d'une si lâche trahison, punit sévèrement les traitres en présence de Nadasti, et le renvoya après l'avoir comblé d'éloges, sous bonne escorte, à Ferdinand, roi de Hongrie. Nadasti servit ensuite dans les armées de l'empereur Charles-Quint, avec un corps de Hongrois. Il enseigna l'art militaire au fameux Ferdinand de Tolède, duc d'Albe, qui n'avoit alors que 23 ans. Il vit dans ce jeune homme le germe de tous les talens militaires, et il prédit ce qu'il seroit un jour.
II. NADASTI, (François comte de) président du conseil souverain de Hongrie, étoit de la même famille que le précédent. N'ayant pu obtenir de l'empereur Léopold la dignité de palatin, il conspira contre lui, en 1665, avec le comte de Serin, Frangipani et Tattembach. Il fit d'abord mettre le feu au palais impérial, afin de profiter de la fuite de l'empereur pour lui donner la mort; mais l'expédient qu'il espéroit tirer de l'incendie, ne lui réussit pas. Croyant mieux exécuter son dessein par le poison, que par le fer et le feu, il fit empoisonner les puits, dont il présumait qu'on se servoit pour les cuisines de l'empereur. Ces détestables manœuvres ayant été découvertes, il fut condamné à avoir le poing droit coupé et la tête tranchée. Tous ses biens furent confisqués, et ses enfans condamnés à quitter le nom et les armes de leur famille. La sentence fut exécutée le 30 avril 1671, dans l'hôtel de ville de Vienne. On a de ce rebelle un livre in-folio en latin, intitulé : Mausolée du Royaume Apostolique des Rois et des Ducs de Hongrie. Ses enfans prirent le nom de Cruzemberg, pour effacer la honte dont leur père avoit terni leur ancien nom. Ses complices furent aussi exécutés, Frangipani et Serin à Neustadt, et Tattembach à Gratz en Stirie. La mort des conspirateurs déconcerta tellement les Hongrois, que l'armée Impériale envoyée pour les soumettre, ne trouva aucune résistance. Elle s'empara de toutes les places fortes, et y rétablit avec la paix l'autorité de l'empereur. Peu de conspirations ont été aussi mal conduites que celle de Nadasti. Ses auteurs étoient sans prudence et sans génie. Nadasti, au lieu d'esprit pour combiner un projet, et de prudence pour la flâcher, n'avoit qu'une haine forcenée contre la maison d'Autriche. Méchant par foiblesse, entraîné au mal par ceux qui ponvoient le subjuguer, lent dans ses démarches, inconsidéré dans ses projets, c'étoit un de ces instrumens que les grands conspirateurs, tels que Catilina et Walstein, auroient sougi d'employer. Serin soignoit à un orgueil insoutenable, une indiscrétion folle, qui ne savoit pas colorer ses vues ambitieuses, et qui ne lui permettoit pas de profiter des circonstances. Le défaut de réflexion le rendoit hardi, et son caractère bouillant augmentoit cette audace; mais il étoit d'ailleurs incapable de former un projet suivi, encore moins de l'exécuter. Nous avons caractérisé ailleurs Frangipani; Voyez son article.
NÆVIUS, (Cneius) poète Latin, porta les armes dans la première guerre Punique. Il s'attacha ensuite au théâtre, et sa première Comédie fut représentée à Rome l'an 229 avant J. C. Son humeur satirique déplut à Metellus, qui le fit chasser de Rome. Il se retira à Utique, où il mourut l'an 230 avant J. C. Il ne nous reste que des fragmens de ses ouvrages, dans le Corpus Poëtarum de Maittaire. Le principal étoit une Histoire de la Guerre Punique.
NAGEREL, (Jean) chanoine et archidiacre de Rouen, publia, l'an 1578, une Description du Pays et du Duché de Normandie, où il traite aussi de son origine. Cet ouvrage se trouve à la suite de la Chronique de cette province, à Rouen, 1580 et 1610, in-8.º
NAHUM, l'un des douze petits Prophètes, vivoit depuis la ruine des dix Tribus par Salmanazar, et avant l'expédition de Sennacherib contre la tribu de Juda. On ne sait aucune particularité de la vie de ce prophète; on ne sait même si son nom est celui de sa famille, ou du lien de sa naissance, ou même une qualification, car Nahum en hébreu signifie Consolateur. On dispute encore sur le temps où il vivoit: l'opinion la plus vraisemblable est celle que nous avons suivie. Sa Prophétie est composée de trois chapitres, qui ne forment qu'un seul discours. Il y prédit d'une manière vive et pathétique, la seconde ruine de Ninive par Nachopolassor et Astyages. Il renouvelle contre cette ville criminelle, les menaces que Jonas lui avoit faites 90 ans auparavant. Le style de ce prophète est par-tout le même: rien n'égale la vivacité de ses figures, la force de ses expressions, et l'énergie de son pinceau.
NAIADES, Voy. NYMPHES.
NAILLAC, (Philibert de) fut élu, en 1383, grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui résidoit pour lors à Rhodes. Il étoit grand prieur d'Aquitaine, et révéré pour ses services et sa sagesse. Il mena du secours à Sigismond, roi de Hongrie, contre le sultan Bajazet, dit l'Eclair. Il combattit, en 1396, à la funeste journée de Nicopolis, à la tête de ses chevaliers, dont la plupart furent taillés en pièces. Il assista au concile de Pise en 1409, et mourut en 1421, à Rhodes, avec la réputation d'un guerrier aussi courageux que prudent. Il avoit fait convoquer, la même année, un chapitre général de l'ordre, où l'on fit plusieurs décrets pour le rétablissement de la discipline et pour le règlement des finances. Les Rhodiens, dont il étoit plutôt le père que le prince, le regrettèrent vivement.
NAILOR, (Jacques) imposteur du diocèse d'Yorck, après 538 NAI avoir servi quelque temps en qualité de maréchal des logis dans le régiment du colonel Lambert, embrassa la secte des Quakers ou Trembleurs. Il entra, en 1656, dans la ville de Bristol, monta sur un cheval dont un homme et une femme tenoient les renes, et qui crioient, suivis d'une foule de sectateurs: Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu de Sabaoth! Les magistrats se saisirent de lui, et l'envoyèrent au parlement, où il fut condamné, le 25 janvier 1657, comme un Sédacteur, à avoir la langue percée avec un fer chaud, et le front marqué de la lettre B, pour signaler Blasphematère. Il fut ensuite reconduit à Bristol, où on le fit entrer à cheval, le visage tourné vers la queue. On le confina ensuite dans une étroite prison, pour y expier ses rêveries; mais il n'en fut que plus fanatique. On l'élargit, comme un fou qu'on ne pouvoit corriger, et il ne cessa de prêcher parmi ceux de sa secte jusqu'à sa mort, arrivée en 1660. — I. NAIN DE TILLEMONT, (Louis-Sébastien le) né le 30 novembre 1657, à Paris, d'un maître des requêtes, reçut de la nature le caractère le plus doux et les dispositions les plus heureuses. A l'âge de 10 ans, admis aux petites écoles de Port-Royal, il fit des progrès rapides dans la vertu et dans les lettres. Libre de tout engagement, et sur-tout des chaînes de l'ambition, il se consacra à l'étude de l'antiquité ecclésiastique. La scolastique n'avoit aucun attrait pour lui, et l'histoire y gagna. Tout entier à celle de l'Église, il commença à recueillir des matériaux dès l'âge de 18 ans. Mais comme la ma- tière étoit trop vaste pour un homme seul, et sur-tout pour un homme d'une exactitude aussi scrupuleuse que lui, il se renferma dans les six premiers siècles de l'Église. C'est la portion la plus épanouise de ce vaste champ, mais c'est aussi la plus riche. Sacy, son ami et son conseil, l'engagea, en 1676, à recevoir le sacerdoce, que son humilité lui avoit fait refuser pendant long-temps. Buzanval, évêque de Beauvais, espéroit de l'avoir pour successeur; mais Tillemont, plus jaloux d'être utile à l'Église qu'ambulieux d'en posséder les dignités, quitta ce prélat pour n'être pas obligé d'entrer dans ses vues. Il se retira à Port-Royal-des-Champs, et ensuite à Tillemont près de Vincennes, où il se communiquoit libéralement à ceux qui avoient besoin de ses lumières. C'est dans cette source très-abondante que puisèrent les du Fossé, les Hussain, et les éditeurs de St. Cyprien, de St. Hilaire, de St. Ambroise, de St. Augustin, de St. Paulin, etc. C'est encore sur ses Mémoires que la Chaise composa la Vie de St. Louis. Deux ans furent employés à ce travail, et Tillemont ne les regrette pas. Il voulut seulement qu'on supprimât les témoignages de la reconnaissance qu'on lui devoit. Son humilité étoit si grande, que l'illustre Bossuet, ayant vu une de ses Lettres contre le P. Lami de l'Oratoire, lui dit en l'adinant: Ne soyez pas toujours aux genoux de votre adversaire, et relevez-vous quelquefois. Cet homme si savant et si modeste, ne sortit de sa retraite que pour aller voir en Flandre le grand Armand, et en Hollande l'évêque de Castorie. De retour dans sa solitude, il réunit, jusqu'à la fin, la mortification d'une vie pénitente aux travaux d'une étude infatigable. Le seul délassement de ses études étoit de converser avec les bons campagnards, dont il développoit les idées et épuroit les sentimens. Il demandoit quelquefois aux enfans qui gardoient les bœufs : *Comment, vous qui êtes si petits, pouvez-vous conduire à volonté des animaux plus forts que vous par leur nombre et par leur force ?* Et il en prenoit occasion de leur faire sentir la supériorité de l'homme, qui, doué d'une ame raisonnable, est susceptible de s'élever par l'amour vers l'auteur des êtres, dont il a reçu sa puissance. Enfin, affoibli par une suite de veilles et d'austérités, il mourut, après une langueur de trois mois, le 10 janvier 1698, à 61 ans. On lui doit : I. *Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique des six premiers siècles*, 16 vol. in-4.º II. *L'Histoire des Empereurs et des autres princes qui ont regné durant les six premiers siècles de l'Eglise, des persécutions qu'ils ont faites aux Chrétiens, de leurs guerres contre les Juifs ; des écrivains profanes et des personnes illustres de leur temps... avec des notes pour éclaircir les principales difficultés de l'histoire*, en 6 volumes in-4.º Ces deux ouvrages, tirés du sein des auteurs originaux, souvent tissus de leurs propres termes, expriment leur sens avec fidélité. Ils sont écrits avec une clarté, une justesse et une précision, dont le mérite ne se fait bien sentir qu'à ceux qui ont éprouvé par eux-mêmes combien coûtent ces sortes de travaux. Le dernier volume de son Histoire des Empereurs, finit avec le règne d'Anastase. Ses mémoires Ecclésiastiques ne contiennent qu'une partie du sixième siècle ; et les douze derniers volumes ne furent imprimés qu'après sa mort. L'auteur également attentif aux événements de l'Histoire profane et à ceux de l'Histoire des Eglises, n'approfondit les uns qu'après avoir débrouillé les autres. De tous les historiens Latins, *Tite-Live* étoit celui qui lui plaisoit davantage. Mais on peut se plaindre qu'il n'ait pas imité l'ordre de cet historien dans l'arrangement des faits. « Il auroit été à souhaiter, dit *Dupin*, qu'il eût suivi une autre méthode dans son histoire, et qu'au lieu de composer des vies détachées, et de traiter l'histoire de l'Eglise sous des titres différens, il eût fait des annales, à l'imitation de *Baronius*. Son ouvrage eût été plus utile, plus agréable à lire, et moins sujet à de fréquentes répétitions. » Ce fut le conseil que ses amis lui donnèrent après la publication du premier volume de ses *Mémoires*. Mais il ne put se résoudre à travailler de nouveau sur une matière qu'il avoit tant de fois remaniée. Touché cependant de leurs raisons, il offrit d'abandonner tous ses manuscrits à qui voudroit entreprendre ce grand ouvrage ; mais il ne se présenta point d'architecte qui osât mettre en œuvre les matériaux d'un aussi habile homme. La méthode que *Tillemont* a suivie « n'empêche pas, continue *Dupin*, qu'on ne puisse tirer de grandes lumières de son ouvrage, et qu'il ne soit également propre à instruire et à édifier. Les savans y trouveront quantité d'observations chronologiques et critiques pour exercer leur érudition ; et les simples un nombre infini de faits édifiants, et de temps en temps de courtes réflexions pour nourrir leur piété. » J'ajouterai, dit *Nicéron*, « que *Tillemont* s'est fort éloigné du style doux et coulant de l'histoire; que le sien a toute la sécheresse de celui des dissertations; ce qui, joint aux sentences et aux réflexions qui coupent trop souvent sa narration, rend la lecture de ses Mémoires un peu fatigante. » III. La *Lettre* dont nous avons parlé, contre l'opinion du Père *Lami*: « que *Jesus-Christ* n'avoit point fait la Pâque la veille de sa mort. » *Nicole* la regardoit comme un modèle de la manière dont les Chrétiens devroient disputer ensemble. Elle se trouve à la fin du sec nd volume des *Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique*. IV. Quelques ouvrages manuscrits, dont le plus considérable est *l'Histoire des Rois de Sicile* de la maison d'Anjou. L'abbé *Tronchai*, chanoine de Laval, a écrit sa *VIE*, in-12, 1711. Elle est d'autant plus vraie, que l'auteur avoit eu le bonheur de passer avec lui les cinq dernières années de sa vie. On trouve, à la suite de cet ouvrage, des *Réflexions* pieuses et des *Lettres* édifiantes. — II. NAIN, (Dom Pierre le) frère du précédent, né à Paris en 1640, fut élevé dans la maison de son grand-père. Il y reçut une éducation sainte sous les yeux de Mad. de *Bragelogne*, sa grand-mère, dame vertueuse, dirigée anciennement par St. François de Sales. Le désir de faire son salut loin du monde, le fit entrer à Saint-Victor à Paris, et ensuite à la Trappe, où il fut un exemple de pénitence, d'hu- milité, et enfin de toutes les vertus chrétiennes et monastiques. Nommé sous-prieur de cette abbaye, il gagna tous les cœurs par son affabilité. Il y mourut en 1713, à 73 ans. Quoique l'abbé de *Rancé* fût ennemi des études monastiques, il permit sans doute à Dom le *Nain* d'étudier et de faire part de ses travaux au public. On a de lui : I. *Essai de l'Histoire de l'Ordre de Citeaux*, en 9 vol. in-12. Le style en est simple et négligé, mais touchant. Les faits y sont mal choisis, et le flambeau de la critique n'a pas éclairé cette Histoire, que l'on doit plutôt regarder comme un livre édifiant que comme un ouvrage profond. II. *Homilies sur Jérémie*, en 2 vol. in-8. III. *Traduction* françoise de St. Dorothée, Père de l'Église Grecque, in-8. IV. La *Vie de M. de RANCÉ*, *Abbe et Réformateur de la Trappe*, en 2 vol. in-12. Cette Vie, revue par le célèbre *Bossuet*, n'a point été publiée telle que Dom le *Nain* l'avoit faite. On y a inséré des traits satiriques, fort éloignés du caractère de l'auteur. V. *Relation de la vie et de la mort de plusieurs Religieux de la Trappe*, 6 vol. in-12 : ouvrage plein d'onction. VI. Deux petits Traités; l'un, *De l'état du Monde après le Jugement dernier*; et l'autre. Sur le *Scandale qui peut arriver même dans les Monastères les mieux réglés*, etc. VII. *Elevations à Dieu pour se préparer à la mort*: elles respirent cette piété tendre et pathétique, que le bel esprit ne sauroit contrefaire.
NAIRON, (Fauste) savant Maronite et professeur en langue syriaque au collège de la Sapience a Rome, né au Mont- Liban, neveu d'Abraham Ecchel- lensis par sa mère, mort à Ro- me, presque octogénaire, l'an 1711, est auteur de deux ouvra- ges intitulés, l'un Euoplia fidei catholicæ ex Syrorum monumen- tis adversis ævi nostri novatores, 1694; l'autre: Dissertatio de ori- gine, nomine ac religione Ma- ronitarum, Rome, 1679. Il s'ef- force, dans ces deux ouvrages, de prouver que les Maronites ont conservé la foi depuis le temps des Agôtres, et que leur nom ne vient pas de Jean Maron, Mo- nothélite, mort en 707, mais de St. Maron, célèbre Anachorète, qui vivoit à la fin du 4e siècle.
NANÇAI, (le comte de) Voyez IL' CHASTRE.
NANCEL, (Nicolas de) ainsi nommé du village de Nancel, lieu de sa naissance, entre Noyon et Soissons, professa les huma- nités dans l'université de Douai. Appelé à Paris par ses amis, il fut professeur au collège de Presle, où il avoit déjà enseigné, et se fit recevoir docteur en médecine. Cette science avoit des charmes infinis pour lui. Il alla la prati- quer à Soissons, puis à Tours, on il trouva un établissement avantageux. Enfin, il devint mé- decin de l'abbaye de Fontevrault en 1587, et y mourut en 1610, à 71 ans, avec la réputation d'un homme savant, mais bizarre. On a de lui: I. Stichologia Græca Latinaque, informanda et refor- manda, in-8°: ouvrage où il veut assujettir la Poésie fran- çoise aux règles de la Poésie grec- que et de la latine. Ce projet sin- gulier dont il n'étoit pas l'auteur, (Voy. MOUSSET,) couvrit de ridicule son apologiste. II. Petri RAMI Vita, in-8°. Cette His- toire d'un philosophe célèbre est remplie de faits curieux et d'anec- dotes recherchées. On auroit eu plus d'obligation à Nancel, si en peignant son maître, il s'étoit plus attaché à nous faire connoi- tre l'homme que l'auteur. III. De Deo; De immortalitate Animæ contra Galenum; De sede Animæ in corpore, in-8°. Il a aussi donné ces 3 traités en françois. IV. Dis- cours de la peste, in-8°. V. De- clamationes, in-8°. Ce sont des Harangues qu'il avoit prononcées durant sa régence.
NANGIS, Voyez GUILLAUME de Nangis, n.º xx.—Il y a une famille de ce nom, qui remonte jusqu'an xiv$^{e}$ siècle, et dont étoit Antoine de Brichanteau marquis de Nangis, mort en 1617, colouel des gardes sous Henri III, et très- attaché à Henri IV, qu'il accom- pagna dans tous ses voyages, de- puis 1590 jusqu'en 1592, avec une compagnie de gendarmes qu'il en- tretenoit à ses dépens.
NANI, (Jean-Baptiste) na- quit en 1616. Son père, procu- rateur de Saint-Marc, et am- bassadeur de Venise à Rome, l'éleva avec soin, et le forma de bonne heure aux affaires. Ur- bain VIII, juste appréciateur du mérite, annonça celui du jeune Nani. Il fut admis dans le col- lège des Sénateurs, en 1641, et fut nommé, peu de temps après, ambassadeur en France, où il se signala par la souplesse de son esprit. Il obtint des secours con- sidérables pour la guerre de Can- die contre le Turc; devint, à son retour à Venise, surintendant des affaires de la guerre et des finan- ces; fut ambassadeur à la cour de l'empire en 1654, et rendit à sa république tous les services qu'elle pouvoit attendre d'un ci- toyen aussi zélé qu'intelligent. Il repassa en France en 1660, demanda de nouveaux secours pour Candie, et obtint à son retour dans sa patrie, la charge de procurateur de Saint-Marc. Il mourut le 5 novembre 1678, à 63 ans, honoré des regrets de ses compatriotes. Le sénat l'avoit chargé d'écrire l'Histoire de la république. Il s'en acquitta à la satisfaction des Vénitiens; mais il fut moins applaudi par les étrangers. Ils n'y virent pas assez de fidélité dans les faits, de pureté dans la diction, et de simplicité dans le style: son récit est embarrassé par de trop fréquentes parenthèses. En écrivant l'Histoire de Venise, il a fait l'Histoire universelle de son temps, et sur-tout celle des François en Italie. Il y a peu d'auteurs, dit Lenglet, qui approchent de son raffinement en politique. Cette Histoire, qui s'étend depuis l'an 1613 jusqu'en 1671, fut imprimée à Venise en 1602 et 1679, 2 vol. in-4°, belle édition. Nous avons une assez foible traduction françoise du premier volume, par l'abbé Tallemand, Cologne, 1802, 4 vol. in-12: la seconde partie fut traduite par Masclari, Amsterdam, 1702, 2 vol. in-12. Dans l'une et dans l'autre, on apperçoit les défauts de l'auteur; une diction enflée et des phrases interrompues par de fréquentes parenthèses. I. NANNI, (Jean) peintre d'Udine, né en 1494, mort à Rome en 1564, fut disciple de Raphaël, qui le fit quelquefois travailler à ses tableaux. Médiocre dans le genre de l'histoire, il peignoit beaucoup mieux les fleurs, les fruits, les animaux.
II. NANNI, (Pierre) Naussas, né à Alcmar en 1500, en- seigna les humanités à Louvain avec réputation pendant 10 ans, et obtint ensuite un canonicat d'Arras, qu'il gardit jusqu'à sa mort, arrêta le 21 juillet 1557, à 57 ans. Ses ouvrages sont: I. Des Harangues. II. Des Notes sur la plupart des Auteurs classiques, et sur des Traités de quelques Pères. III. Miscellaneous Decas, cum auctuario et retractationibus, in-8° IV. Sept Dialogues des Héroïnes, 1541, in-4°: ouvrage qui passe pour son chef-d'œuvre. Il fut traduit en françois, 1550, in-8° V. Des Traductions latines d'une partie de Demosthènes, d'Eschine, de Synesius, d'Apollonius, de Plutarque, de St. Basile, de St. Chrysostome, d'Athénagore, et de presque tous les ouvrages de St. Athanase. Cette dernière version est infidelle. VI. Une Traduction des Pseumes en beaux vers latins. Dans les Psalmi XL versibus expressi de Jacques Latomus, Louvain, 1558, l'auteur a su allier les graces de la poésie, à la simplicité majestueuse du texte sacré. VII. In Cantica Canticorum paraphrases et Scholia, Louvain, 1554, in-4°. L'auteur a réuni dans sa paraphrase le sens littéral et allégorique; son ouvrage vaut mieux que beaucoup de longs commentaires qu'on nous a donnés sur les Cantiques. Nanni, critique habile, bon grammairien, poète estimable, n'étoit qu'un orateur médiocre. Ses ouvrages décèlent un homme qui étoit versé dans toutes les sciences. Ils lui firent une réputation très-étendue. L'Italie voulut l'enlever aux Pays-Bas; mais il sacrifia toutes les espérances de fortune à l'amour de la patrie. Son caractère étoit modéré, ses mœurs douces et son esprit agréable.
NANNI, (Remi) *Voyez Remigio.*
NANNI, *Voyez Annius de Viterbe.*
NANNINI, *Voyez FIRENZUOLA.*
NANQUIER, (Simon) dit *la Coq*, avoit du talent pour la poésie latine, et un génie qui le distingue de la plupart des écrivains de son siècle. C'est le jugement qu'on en porte à la lecture des deux poèmes que nous ayons de cet auteur. Le premier, qui est en vers élégiaques, a pour titre : *De lubrica temporis curriculo, deque haminis miserid.* Le second Poème est en vers héroïques, et en forme d'Églogue, Paris, 1605, in-8. Il roule sur la mort de *Charles VIII*, roi de France. On a encore de *Nanquier* quelques Épigrammes, imprimées avec ses autres Poésies, in-4°, sans date, au commencement du seizième siècle : ce poète florissoit à la fin du quinzième.
NANTERRE, (Matthieu de) d'une ancienne famille qui tiroit son nom du village de Nanterre, fut premier président au parlement de Paris. En 1465, *Louis XI* fit un échange de places entre deux hommes dignes de les occuper toutes : il donna celle de *Nanterre* à *Dauvet*, premier président de Toulouse, et celle de *Dauvet* à *Nanterre*. Celui-ci fut depuis rappelé à Paris, et ne fit aucune difficulté de devenir second président : persuadé que la dignité des places ne dépend que de la vertu de ceux qui les occupent.
NANTEUIL, (le comte de) *Voyez SCHOMBERG.*
NANTEUIL, (Robert) graveur, naquit à Rheims en 1630, d'un pauvre marchand, qui lui donna de l'éducation. Le goût qu'il avoit pour le dessin, se manifesta de bonne heure. Il en faisoit son amusement, et se trouva en état de dessiner et de graver lui-même la thèse qu'il soutint en philosophie. Il quitta la province pour la capitale, et se servit d'un moyen singulier pour se faire connoître. Il attendit un jour l'heure où les jeunes étudiants de Sorbonne se rendoient chez un traiteur établi près du collège. Il feignit de chercher celui d'entre eux qui devoit ressembler à un portrait qu'il leur montra. Le prétendu original ne se trouva point ; mais le portrait fut admiré, et son talent, employé par quelques-uns de ces jeunes ecclésiastiques, fut bientôt connu de tout Paris. Dès qu'il fut un peu à son aise, il appela sa femme et son père à Paris, et donna des preuves touchantes de l'amour conjugal et de la tendresse filiale. *Nanteuil* s'appliqua aussi au pastel, mais sans abandonner la gravure, qui étoit son talent principal. Il eut l'avantage de faire le portrait de *Louis XIV*, et ce monarque lui témoigna sa satisfaction, par la place de dessinateur et de graveur de son cabinet, avec une pension de mille livres. Ce maître n'a gravé que des *Portraits*, mais avec une précision et une pureté de burin qu'on ne peut trop admirer. Celui de *Colbert* gravé en grand format, ceux de *Louis XIV* gravés trois fois par lui, ceux des cardinaux de *Richelieu* et *Mazarin* sont de la plus rare beauté. Son recueil, qui est très-considerable, prouve son extrême facilité. Il amassa plus de 50,000 écus qu'il dépensa comme il les avoit amassés. Il fit servir sa fortune à ses plaisirs, et ne laissa que tréspeu de biens. Sa conversation et son caractère le faisoient rechercher; il joignoit à ses autres talens, celui de composer des vers et de les réciter avec agrément. C'est de lui qu'on pouvoit dire ce qu'on a dit d'une personne aimable qui peignoit : Vous joignez l'air à la nature, Cher *Ranctil*, vous plaisez toujours; Vous parlez dans votre peinture, Et vous peignez dans vos discours. Il mourut à Paris le 18 décembre 1678, à 48 ans.
NANTIGNI, ( Louis Chazot de ) né l'an 1690 à Saulx-le-duc en Bourgogne, vint de bonne heure à Paris, ou il fut chargé successivement de l'éducation de quelques jeunes seigneurs. Les soins qu'il étoit obligé de donner à une fonction si importante, ne l'empêchèrent point de se livrer dans ses momens libres à l'étude de l'Histoire, pour laquelle il avoit un goût particulier. Les progrès qu'il faisoit dans cette science, lui firent connoître que celle des généalogies étoit nécessaire pour l'étudier avec plus de fruit, et pour mieux entendre les différens intérêts des principaux acteurs qui paroissent sur ce vaste théâtre. Il s'appliqua à ce genre de connaissances; et c'est par les lumières qu'il acquit dans cette partie, qu'il s'est fait connoître davantage. Il mit au jour, depuis 1736, 4 vol. in-4°, sous le titre de *Généalogies Historiques des Rois, des Empereurs, et de toutes les Maisons Souveraines*. Cet ouvrage, le meilleur de ceux qui sont sortis de sa plume, de- voit avoir une suite assez considérable, et il en a laissé une partie en manuscrit. Nous avons encore de lui : I. Les *Tablettes Géographiques*, in-12, Paris, 1725. II. *Tablettes Historiques, Généalogiques et Chronologiques*, neuf vol. in-24; Paris, 1748, et années suivantes. III. *Tablettes de Thémis*, in-24, deux parties, Paris, 1755. Il a fourni beaucoup d'articles généalogiques, et par conséquent quelques mensonges, pour le Supplément du *Moréri* de 1749. Pendant les 5 ou 6 dernières années de sa vie, il fut chargé de la partie généalogique de ce Lexique. *Chazot de Nantigni* étoit devenu totalement aveugle sur la fin de l'année 1752. Il mourut en 1755, à 65 ans. Il étoit de l'académie du roi pour le manège. M. de Jouan, directeur de cette académie, dont il étoit ami, l'avoit engagé généreusement à prendre dans sa maison un logement, dont il a joui plusieurs années.
NANTILDE, reine de France, épousa le roi *Dagobert I*, en 632, et gouverna le royaume avec habileté pendant la minorité de *Clovis II*, son fils. Elle mourut en 641, avec la réputation d'une princesse également politique et vertueuse.
NANTOUILLET, *Voyez MELIN*, n.º III.
NAOGEORGE, ( Thomas ) théologien de la Religion Prétendue Réformée, né à Stranbing dans la Bavière en 1511, s'appeloit *Kirchmayer*; mais il habilla son nom à la grecque, selon la coutume pédantesque de ce temps-là. Il se rendit célèbre dans son parti, par des vers satiriques contre plusieurs coutumes soutumes de l'Église Catholique. Le plus fameux de ces Poèmes est celui qui a pour titre : Regnum Papisticum, imprimé en 1553 et 1559, in-8°, sans nom de ville ni d'imprimeur ; il n'est pas commun. On a encore de lui : I. Pamachius, Tragædia, 1538, in-8.° II. Inceadia, sive Pyrgopolynices, Tragædia, 1538, in-8.° III. Agricultura sacra, 1551, in-8.° IV. Hieremias, Tragædia, 1551, in-8.° V. Mercator, Tragædia, 1560, in-18. Il y a deux éditions de la traduction françoise du Marchand converti, 1558, in-8°, et 1561, in-12. Il y en a une 3° de 1591, in-12, où se trouve la Comédie du Pape malade, de Bèze. VI. Un Commentaire sur les Épîtres de St. Jean ; et quelques autres ouvrages, dans lesquels il y a plus de fanatisme que de goût et de raison. Cet homme emporté mourut en 1578.
NAPÉES, Voyez NYMPHES.
NARBONNE, (Aymery, vicomte de) amiral de France, mort en 1382, conduisit Blanche de Bourbon à Pierre le Cruel, et fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers. Il étoit par les femmes de l'ancienne maison des vicomtes de Narbonne qui remonte au x° siècle, et qui subsiste.
NARCÉE, fils de Bacchus, décerna le premier les honneurs divins à son père. Il fit aussi bâtir un temple à Minerve. I. NARCISSE, fils de Céphise et de Liriope, étoit si beau, que toutes les Nymphes l'aimient ; mais il n'en écouta aucune. Echo ne pouvant le toucher, en sécha de douleur. Tirésias prédit aux parens de ce jeune homme, qu'il vivroit tant qu'il ne se verroit pas. Revenant un jour de la chasse, il se regarda dans une fontaine, et devint si épris de lui-même qu'il sécha de langueur, et fut métamorphosé en une fleur qu'on appelle Narcisse. Ovide chez les Latins, et Malfilaire parmi nous, ont orné cette fable des charmes de la poésie. Le fonds peut en être historique. Voici de quelle manière Pausanias rapporte l'histoire de Narcisse. « NARCISSE avoit une sœur qui lui ressemblait entièrement ; mêmes traits de visage, même taille, même chevelure, presque même habit : car en ce temps la les jeunes filles et les garçons de famille portoient de longues robes. Le frère et la sœur avoient coutume d'aller à la chasse toujours ensemble. Ce fut alors que Narcisse commença à sentir une amitié tendre pour sa jeune compagne. La sœur étant venue à mourir, Narcisse, pour se consoler en quelque façon d'une perte si sensible, se rendoit à une fontaine, où il étoit allé souvent avec sa sœur pour se délasser dans l'ardeur de la chasse. En regardant comme pour amuser sa douleur, il vit son ombre dans l'eau ; quoiqu'il reconnut que c'étoit la sienne même, cependant, à cause de la parfaite ressemblance qui avoit été entre ces deux amans, il s'imagina par une flatteuse rêverie, que c'étoit l'image de sa sœur, et non la sienne. Depuis ce moment, Narcisse, réveillant sans cesse son ardeur pour son premier amour, ne se lassoit point d'aller très souvent à cette source : d'où lui est resté le nom de Fontaine de Narcisse, qui est sur les frontières des Thespiens, proche un village appelé Nédonacum ». M m x 546 NAR