IL NARCISSE, (Saint) pas- soit depuis longtemps pour un des plus vertueux prêtres du clergé de Jérusalem, lorsque, le patriarche était venu à mourir, il fut choisi pour lui sur- céder : il avait alors 60 ans ; mais son grand âge ne lui em- pécha pas de faire toutes les fonctions d'un bon pasteur. Un jour l'huile de l'Église manquant, il fit emplir d'eau la lampe ; et l'ayant bénie, elle se trouva aussitôt changée en huile. Trois scélérats accusèrent le saint pré- lat d'un crime énorme, confir- mant leur calomnie par une hor- rible imprécation. Narcisse leur pardonna généreusement, et alla se cacher dans un désert. Peu de temps après, ces malheureux moururent de la mort qu'ils s'é- toient eux-mêmes désirée. Dieu fit connoître au saint vieillard, qu'il devoit reprendre le soin de son Église : il obéit, et la gou- verna jusqu'à l'âge de 116 ans. Ayant supplié le Seigneur de lui marquer son successeur, afin de se décharger sur lui, dans sa caducité, d'une partie du far- deau pastoral ; il eut révélation que ce seroit St. Alexandre, évêque de Flaviade : dès le len- demain, celui-ci arriva comme par hasard à Jérusalem, et fut fort surpris de s'entendre nom- mer coadjuteur de St. Narcisse, lequel prolongea encore de quatre ans une vie qui avoit été une leçon continuelle de toutes les vertus. Il fut enlevé à ses ouailles vers l'an 216. Il s'étoit trouvé, vingt ans auparavant, au concile de Césarée en Palestine, assem- blé pour décider quel jour on devoit célébrer la Peque. Un au- tre événement remarquable de son épiscopat, c'est d'avoir élevé un grand homme au sacerdoce dans la personne d'Origène.
III. NARCISSE, affranchi, puis secrétaire de Claude, par- vint au plus haut degré de puis- sauce sous cet empereur. Ce vil courtisan, profitant de sa fa- veur, et de la foiblesse de son imbécille maître, ne s'en servit que pour perdre ceux qui pou- voient nuire à sa fortune, et pour s'enrichir de leurs dépouilles. Ses cruelles vexations le rendi- rent riche, dit-on, de 50 mil- lions de revenu. Il n'était pas moins prodigue qu'avide d'accu- mulier, et ses dépenses ne le cédoient pas à celles de l'empe- pereur même. L'impératrice Nirs- salice, jalousie de cet excès d'au- torité, voulut renverser cet or- gueillaux favori. Elle en fut la victime et immolée à sa ven- geance. Agrippine fut plus heu- reuse. Cette nouvelle épouse de l'empereur, résolue de placer Néron son fils sur le trône, re- gardoit Narcisse comme un obs- tacle à ses desseins ambitieux. Elle le fit exiler, et le contraint ensuite de se donner la mort, l'an 34 de Jésus-Christ. Cet in- solent et fastueux affranchi fut regretté par Néron, qui trou- voit en lui un confident très- bien assorti à ses vices encore cachés : Cujus abditis adhuc vi- tiis mirè congraebat, dit Tacite. Mais, couvert de crimes, il mé- ritoit le sort qu'il éprouva, quoi- que d'ailleurs il eût une capacité et une fermeté au-dessus de sa condition. Racine l'a bien peint dans son Britannicus. I. NARSÈS au NARSI, roi de Perse, après Varansés son père, monta sur le trône en 294. Il s'empara de la Mésopotamie et de l'Arménie. Maximin-Galère, envoyé contre lui par Lécélèbre, fut d'abord battu ; mais ensuite il défit les Perses, obligée leur roi à prendre la fuite, et lui enleva ses femmes et ses filles. Narsès prit enfin le parti de faire la paix avec les Romains. Il envoya des ambassadeurs au général pour le prier de ne vouloir pas, en détruisant l'empire des Perses, arracher un des yeux de l'univers, et priver ainsi l'empire Romain même d'un éclat subsidiaire et presque fraternel. La paix fut faite, à condition qu'on céderoit aux vainqueurs cinq provinces sur la rive droite du Tigre vers sa source. Cette paix si avantageuse aux Romains, dura 40 ans. Quelques politiques auroient voulu que Dioclétieu eût fait de toute la Perre une province de l'empire; mais ce sage prince ne vouloit pas prendre ce qu'il n'étoit pas en état de conserver, et les efforts inutiles de Trajan pour exécuter ce dessein lui servirent de leçon. Narsès mourut en 303, après un règne de sept ans. Ce n'étoit point un de ces rois qui mettent leur gloire à défendre leurs peuples, et leur bonheur à les rendre heureux. L'ambition fut le seul motif de toutes ses actions, et cette ambition fut sa perte.
II. NARSÈS, ennuque Persan, et l'un des plus grands généraux de son siècle, commanda l'armée Romaine contre les Goths, les défit l'an 552 en deux batailles, et donna la mort à leur roi Totila. Narsès continua de remporter des victoires; mais on dit que l'impératrice Sophie, irritée contre lui, lui fit dire, « qu'un demi-homme comme lui étoit plus propre à filer avec les femmes, qu'à porter les armes »: lui reprochant ainsi qu'il étoit ennuque. On ajoute que ce grand homme répondit, qu'il lui fileroit un fil qu'elle ne démêleroit pas aisément! Le cardinal Baronius prétend que Narsès est le même que celui qui, s'étant révolté contre Phocas, périt par le dernier supplice, vers la fin du VIe siècle, ou au commencement du VIIe. Ce fait paroît contre toute vraisemblance. L'ennuque Persan auroit eu alors cent ans, puisqu'il servoit dans les troupes de l'empereur Justinien, en 528. D'ailleurs, le Narsès que Phocas fit brûler l'an 604, avoit été un des gardes de Commentiolus, général de l'empereur Maurice. Se peut-il que Narsès, qui avoit acquis tant de gloire en Italie contre les Goths, fût le même homme, et qu'il eût été réduit à la simple qualité de garde d'un gouverneur de province? Voyez les Mémoires des Inscriptions, in-4°, tome XX, pages 191 et 192.
NASSARO, Voyez MATTHIEU, n.º VI. I. NASSAU, (Maurice de) prince d'Orange, fils de Guillaume (*), fut gouverneur des Pays-Bas après la mort de son père, tué en 1584, par le fanatique GRAND: (Voyez ce dernier article.) Guillaume, né en 1553, après avoir commandé les armées de l'empereur dans les Pays-Bas, s'étoit mis à la tête des confédérés, et étoit devenu par sa prudence et sa valeur le véritable fondateur de la république des Provinces-Unies. Maurice lui succéda dans le commandement des troupes confédérées. Le jeune prince n'avoit alors que 18 ans; mais son courage et ses talens étoient au- (*) Voyez IMRISE. M m 2 548 NAS dessus de son âge. Nommé capitaine général des Provinces-Unies, il affermit l'édifice de la liberté, fondée par son père. Il se rendit maître de Breda en 1790, de Zutphen, de Deventer, de Hulst, de Nimègue en 1591, fit diverses conquêtes en 1592, et s'empara de Gertrudemberg l'année suivante. Maurice, couvert de gloire, passa dans les Pays-Bas par la route de la Zélande. Une furieuse tempête brisa plus de quarante vaisseaux de sa flotte, en les heurtant les uns contre les autres, et il ne se sauva qu'avec une peine incroyable. Sa mort auroit été regardée par les Hollandois comme une perte beaucoup plus irréparable que celle de leurs vaisseaux. Ils veilloient sur ses jours avec le plus grand soin. Un des gardes du prince d'Orange, corrompu, dit-on, par les ennemis de la république, fut accusé en 1594, d'avoir voulu attenter sur sa personne. Il périt à Berghe par le dernier supplice, victime de son fanatisme ou des soupçons ombrageux des amis de Maurice. Celui-ci, toujours plus vaillant, battit les troupes de l'archiduc Albert en 1597, et chassa entièrement les Espagnols de la Hollande. En 1600 il fut obligé de lever le siège de Dunkerque; mais il s'en vengea sur Albert, qu'il défit dans une bataille rangée près de Nicuport. Avant l'action, ce grand capitaine renvoya tous les batiniens qui avoient transporté son armée en Flandre. Mes amis, dit-il à ses Hollandois, il faut passer sur le ventre à l'ennemi, ou boire toute l'eau de la mer. Prenez votre parti; le mien est pris. On je vaincrai par votre valeur, on je ne survivrai pas à la honte d'être battu par des gens qui ne nous valent pas. Ce discours embrase le cœur des soldats, et la victoire est à lui. Rhuberg, Grave, l'Écluse en Flandre, se rendirent les années suivantes. Maurice travaillait autant pour lui que pour ses concitoyens: il ambitionnait la souveraineté de la Hollande; mais le pensionnaire Barneveldt s'opposa à ses desseins. Le zèle de ce sage républicain lui coûta la vie; Maurice, défenseur de Gomar contre Arminius, profita de la haine qu'il sut inspirer contre les Arminiens, pour perdre son ennemi, partisan de cette secte. Barneveldt eut la tête tranchée en 1619, et cette mort, effet de l'ambition cruelle du prince d'Orange, laissa une profonde plaie dans le cœur des Hollandois. La trêve conclue avec les Espagnols étant expirée, Spinola vint mettre le siège devant Breda en 1624, et réussit à le prendre au bout de six mois, à force de génie, de dépenses et de sang. Le prince Maurice, n'ayant pu le chasser de devant cette place, mourut de douleur en 1625, âgé d'environ 55 ans, avec la réputation du plus grand homme de guerre de son temps. « La vie de ce stouther, dit M. l'abbé Raynal, fut une chaîne rarement interrompue de combats, de sièges, de victoires. Médiocre dans tout le reste, il posséda la guerre en grand maître, et la fit toujours en héros. Son camp devint l'école universelle de l'Europe. Ses élèves ont soutenu et peut-être augmenté sa réputation. Comme Montecau, il possédoit l'art si peu connu des marches et des campemens; comme Vau-bon, le talent de fortifier les places, et de les rendre impré tables ; comme Eugène, l'adresse de faire subsister de nombreuses armées dans les pays les plus stériles ou les plus ruinés ; comme Vendôme, le bonheur de tirer dans l'occasion, du soldat, plus qu'on n'a droit d'en attendre ; comme Condé, ce coup d'œil infaillible, qui décide du succès des batailles ; comme Charles XII, le moyen de rendre les troupes presque insensibles à la faim, au froid, à la fatigue ; comme Turenne, le secret de ménager la vie des hommes. Au jugement du chevalier Tolard, Maurice fut le plus grand officier d'infanterie qui ait paru depuis les Romains. Il avoit étudié l'art militaire dans les anciens, et il appliquoit à propos les leçons qu'il avoit puisées chez eux. Il profita non-seulement des inventions des autres ; il inventa lui-même. Ce fut dans son armée, qu'on se servit pour la première fois des lunettes à longue vue, des galeries dans les sièges, de l'art d'enfermer les places fortes, de pousser un siège avec plus de vigueur, de défendre mieux et plus longtemps une place assiégée. Enfin, il mit en usage plusieurs pratiques utiles, qui lui donnèrent le premier rang dans l'art militaire. Une femme de grande qualité lui demandoit un jour assez indiscrètement : Quel étoit le premier capitaine du siècle ? — Spinola, répondit-il, est le second : c'étoit dire finement qu'il étoit le premier. De peur d'être surpris durant le sommeil, il avoit toujours pendant la nuit deux hommes qui veilloient à côté de son lit, et qui avoient soin de le réveiller au moindre besoin. La guerre entre la Hollande et l'Espagne ne fut jamais si vive que sous son administration. Un empereur Turc, entendant parler des torrens de sang que répandoient les deux peuples, crut qu'ils se disputoient la possession des plus grands empires. Quelle fut sa surprise, lorsqu'on lui montra sur la carte quel étoit l'objet de tant de batailles meurtrières ! Si c'étoit mon affaire, dit-il froidement, j'enverrois mes pionniers, et je ferois jeter ce petit coin de terre dans la mer... Maurice étoit comme la plupart des grands : il n'aimoit pas à être contredit, et il se livra trop à son goût pour les femmes. Il eut pour successeur Frédéric-Henri, son frère, le seul des trois fils de Guillaume, qui laissa des enfans.
II. NASSAU, Voyez GUILLAUME, n.º III. — et ADOLPHE, n.º I. I. NATALIS : (Hervé) c'est le même que HERVÉ le Breton, Voyez HERVÉ, n.º IV.
II. NATALIS, (Jérôme) Jésuite Flamand, mort en 1581, connu seulement par un ouvrage assez médiocre, mais qui est recherché à cause des figures dont il est orné. Il est intitulé : Meditationes in Evangelia totius anni, in-fol., Antuerpiæ, 1591.
III. NATALIS, (Michel) graveur, né à Liège en 1609, fit dès sa plus tendre jeunesse son amusement du dessin, et s'y rendit très-habile : à l'âge de onze ans, il manioit déjà le burin. Son père, graveur des monnoies, fut son premier maître ; pour se perfectionner il se rendit à Paris, et de là à Rome, où il grava, sous la direction de Joachim Sandrart, une partie des statues de la galerie Justinienne. On a beaucoup d'estampes de lui, d'après M m 3 le Titien, Rubens, le Poussin, Bertholet Flemal, et sur ses pro- pes dessins. On estime particu- lièrement un Saint Bruno et le Buste de St. Lambert. On assure qu'au moment de sa mort, en 1670, un courier arrivait à Liège pour l'informer que Louis XIV lui proposait un logement au Louvre et une pension.
NATALIS COMÈS, Voyez Comès. I. NATHAN, Prophète, qui parut dans Israël du temps de David. Il déclara à ce prince qu'il ne bâtirait point de temple au Seigneur, et que cet honneur étoit réservé à son fils Salomon. Ce même prophète reçut ordre de Dieu, vers l'an 1635 avant J. C., d'aller trouver David après le meurtre d'Urie, pour lui re- procher ce crime, et l'adultère qui y avoit donné lieu. Nathan lui rappela son péché sous une image empruntée, en racontant à ce prince l'histoire feinte «d'un homme riche, qui ayant plusieurs brebis, avoit enlevé de force celle d'un homme pauvre qui n'en avoit qu'une.» David ayant entendu le récit de Nathan, lui répondit : L'homme qui a fait cette action est digne de mort ; il rendra la brebis au quadruple. — C'est vous- même qui êtes cet homme, répli- qua Nathan ! Vous avez ravi la femme d'Urie Héthéen ; vous l'a- vez prise pour vous, et vous l'avez fait périr lui-même par l'épée des enfans d'Ammon.
II. NATHAN, rabbin du 15e siècle, s'est rendu fameux par sa Concordance Hébraïque, à la- quelle il travailla pendant dix ans. Cette Concordance a été traduite en latin, et depuis perfectionnée par Buxiorf, et imprimée à Barle, 1632, in-folio. Ce rabbin est appelé tantot Isaac, et tantôt Martoché, selon la coutume des Juifs de changer de nom dans les maladies extrêmes. S'ils vien- nent à guérir, ils retiennent le dernier comme un signe de pé- nitence et du changement de leurs mœurs.
NATHANAËL, disciple de Jésus-Christ, de la petite ville de Cana en Galilée. Philippe, l'ayant rencontré, lui apprit qu'il avoit trouvé le Messie, et l'a- mena à J. C. Le Sauveur en le voyant dit de lui, que c'étoit un vrai Israélite, sans déguisement et sans fraude... Nathanaël lui ayant demandé d'où il le connois- soit ? le Sauveur lui répondit qu'il l'avoit vu sous le figuier, avant que Philippe l'appelât. A ces pa- roles Nathanaël le reconnut pour maître, pour le Fils de Dieu et le vrai roi d'Israël. Quelques in- terprètes ont cru que Nathanaël n'étoit point différent de Saint Barthélemi ; mais c'est peut-être sans fondement, puisque Natha- naël étoit docteur de la Loi, et qu'avant sa vocation, Barthélemi étoit un homme sans science. Malgré cette présomption qui n'est pas à la vérité une preuve, le P. Roberti Jésuite, dans Na- thanael Bartholomeus, Douai, 1619; Alphonse Tostat, Corne- lius à Lapide, Henri Hammond, Govaïus, Fabrício Pignatelli Jésuite Napolitain, dans De Apo- tolatu B. Nathanaëlis Bartholo- mai, Paris, 1660, et le Père Stitting dans les Acta Sanctorum, août, tome V, ont adopté le sentiment que Nathanaël étoit le même que St. Barthélemi ; mais il faut avouer qu'ils n'ont fait qu'opposer conjectures à conjec- tures.
NATIVELLE, (Pierre) célèbre architecte François, dont nous avons une Architecture avec des figures, imprimée à Paris, en 2 vol. in-folio, 1729 : ouvrage fort estimé.
NATOIRE, (Charles) mort directeur de l'académie de Peinture à Rome, où il mourut en 1775, étoit né à Nîmes en 1700. Ses tableaux sont estimés pour la beauté et la correction du dessin.
NATTA, (Marc-Antoine) célèbre jurisconsulte du seizième siècle, natif d'Asti en Italie, étoit magistrat à Gênes, où il se distingua par ses vertus et par son amour pour l'étude. Le sénat de Pavie lui offrit une chaire de droit canon; mais il ne voulut pas priver Gênes de ses lumières. On a de lui, divers ouvrages de théologie et de jurisprudence. Son Traité De Deo, en quinze livres, imprimé à Venise, en 1559, est au nombre des raretés typographiques. Ses autres ouvrages sont : I. Conciliorum Tomi tres, Venise, 1587, in-folio. II. De immortalitate animæ libri quinque. III. De Passione Domini, 1570, in-folio. IV. De doctrinæ Principum libri IX, 1564, in-folio. V. De Pulchro, Venise, 1553, in-folio.
NATTIER, (Jean-Marc) peintre ordinaire du roi, et professeur de son académie, né à Paris, en 1685, mourut en 1766. La célébrité de cet artiste lui avoit été prédite par Louis XIV, qui, voyant ses dessins de la galerie du Luxembourg, après lui avoir accordé la permission de les faire graver par les plus habiles maîtres, lui dit : Continuez, Nattier; et vous devienerez un grand homme. Le czar Pierre lui fit proposer de le suivre en Russie. Ce prince, piqué du refus de Nattier, fit enlever le portrait que cet artiste avoit fait de l'impératrice Catherine, et que le czar avoit fait porter chez un peintre en émail, et partit sans lui donner le temps d'achever le portrait. Nattier possédoit une touche légère, un coloris suave, et l'art d'embellir les objets que faisoit éclore son pinceau. Il eut l'honneur de peindre la famille royale, et tous les grands de la cour sollicitèrent si assidûment le même avantage, que cet artiste fut obligé de sacrifier à ce genre de travail le goût qu'il avoit pour les sujets d'histoire. Ses Dessins de la galerie du Luxembourg parurent gravés, en un vol. in-folio, 1710. Les originaux étoient conservés chez M. Gaignat, en un vol. in-folio.
NATURE, (Mythol.) fille de Jupiter. Quelques-uns la font sa mère, d'autres sa femme. Les anciens philosophes croyoient que la Nature n'étoit autre chose que Dieu même, et que Dieu n'étoit autre chose que le Monde, c'est-à-dire tout l'Univers : misérable opinion, qui a encore des partisans. I. NAVÆUS, (Matthias) docteur de Douai, né à la Hesbaye près Liège, se fit respecter par sa régularité, et connoître des Flamands par ses ouvrages. Les principaux sont : I. Des Sermons sur les fêtes de quelques Saints, sous le titre de Prælibatio Theologica in Festa Sanctorum, in-4.º II. Annotationes in Summa Theologiae et sacrae Scripturae præcipuas difficultates, in-4.º Il mourut vers le milieu du 17e siècle. 552 NAV
II. NAVÆUS, (Joseph) théologien du diocèse de Liège, docteur de Louvain, étoit ami d'Opstraet, du grand Arnauld et de Quesnel. Il eut beaucoup de part aux Réglemens de l'hôpital des Incurables de Liège, et à l'établissement de la maison des Repenties. Il mourut à Liège, en 1705, à 54 ans. On a de lui, plusieurs Ouvrages. Le plus connu a pour titre : Le Fondement de la Vie Chrétienne. I. NAVAGERO, (André) Naugerius, noble Vénitien, se fit estimer par son éloquence et par son érudition, et plus encore par les services importans qu'il rendit à sa patrie. Il fut envoyé en ambassade, par les Vénitiens, vers l'empereur Charles-Quint, et demeura auprès de ce prince depuis la brillante journée de Pavie, jusqu'en 1528. De retour dans sa patrie, il fut nommé ambassadeur auprès de François I; mais il mourut en chemin, le 8 mai 1529, dans sa 44e année, suivant l'avis au lecteur placé en tête de ses Œuvres de la belle et rare édition de Venise, par Tacuini, 1530, infolio. Navagero joignoit à un jugement solide et à une belle littérature, les vertus du citoyen et du chrétien. Il aimoit la retraite; un de ses plaisirs étoit d'aller se cacher dans ses campagnes, loin des hommes et du tumulte, cultivant à la fois l'agriculture, l'antiquité et la philosophie. Comme il passoit pour un homme d'une vertu inaltérable et d'un savoir profond, il avoit été chargé d'écrire l'Histoire de sa patrie depuis 1486; mais il fit brûler cet ouvrage dans sa dernière maladie. Ses autres écrits ont été recueillis à Padoue en 1718, in-4°, aux dépens des Volpi, par Joseph Comino, sous ce titre : Andreæ NAVAGERII, Patricii Veneti, Oratoris et Poëtæ clarissimi, Opera omnia. On y trouve des Poésies, des Harangues, des Lettres. La plupart de ses vers latins respirent le goût de l'antiquité, et quoique les italiens leur soient inférieurs, ils ne sont pas à dédaigner. Ses Poésies latines consistent en un livre d'Epigrammes et quelques Eglogues. On ne voit point dans ses épigrammes ces pointes dont l'usage ne s'est introduit que depuis que le goût du siècle d'Anguste s'est perdu, ni ces autres affectations de subtilités et de jeux de mots, devenues à la mode depuis le temps de Sévêque, de l'Île, de Tacite, de Martial, etc. Mais les connoisseurs y trouvent quelque chose de la tendresse, de la douceur et de la délicatesse de Catulle. C'est aux idées qu'il avoit sur ce sujet, que l'on doit attribuer la coutume qu'il avoit de jeter au feu tous les ans, à un certain jour consacré aux Muses, plusieurs exemplaires de Martial. On a inséré un grand nombre de Poésies de Navagero, dans le recueil intitulé, Carmina illustrium Poitarum Italorum, imprimé à Venise en 1548, et à Florence en 1552, in-8°.
II. NAVAGERO, (Bernard) évêque de Vérone, qui assista au concile de Trente, et qui mourut en 1565, à 58 ans, étoit de la même famille. C'étoit aussi un homme de mérite. Il fut honoré de la pourpre, et chargé de plusieurs ambassades, dans lesquelles il fit briller son esprit et son éloquence. On a de lui, des Harangues, et la Vie du pays Paul IV. · NAVAILLES, *Voyez* MONTAULT. I. NAVARRE, (Pierre) grand capitaine du 16$^{e}$ siècle, célèbre sur-tout dans l'art de creuser et de diriger des mines. Il étoit Biscaïen, et de basse extraction. Suivant *Paul Jove*, qui dit tenir de sa bouche même ces particularités, il commença par être matelot. Dégoûté de ce métier, il vint chercher fortune en Italie, où la pauvreté le contraignit à se faire valet de pied du cardinal d'*Aragon*. Il s'enrôla ensuite dans les troupes des Florentins, et, après y avoir servi quelque temps, il reprit le service de mer, et se fit connoître par son courage. La réputation de sa valeur étant parvenue à *Gonsalve de Cordoue*, ce général l'employa dans la guerre de Naples avec le titre de capitaine. Il contribua beaucoup à la prise de Naples, par une mine qu'il fit jouer à propos. L'empereur le récompensa de ce service en lui donnant l'investiture du comté d'Alveto, situé dans ce royaume, d'où il fut appelé le comte *Pedro de Navarre*. Ayant commandé une expédition navale contre les Maures en Afrique, il eut d'abord des succès. Il enleva Oran, Tripoli et d'autres places: (*Voy*. II. XIMENÈS,) mais il échoula à l'isle de Gerbes, où les grandes chaleurs et la cavalerie Maure détruisirent une partie de son armée. Ce héros ne fut guère plus heureux en Italie. Il fut fait prisonnier à la célèbre bataille de Ravenne, en 1512, et languit en France pendant deux ans. Les courtisans l'ayant perdu dans l'esprit du roi d'Espagne, qui ne vouloit contribuer en rien à sa rançon, il passa au service de *François I*. Il leva pour lui vingt enseignes de gens de pied, Gascons, Biscaïens et Montagnards des Pyrénées, et en eut le commandement. Il se signala par plusieurs expéditions heureuses jusqu'en 1522, qu'ayant été envoyé au secours de Gênes, il fut pris par les Impériaux. On le conduisit à Naples, où il resta prisonnier pendant trois ans dans le château de l'Œuf. Il en sortit par le traité de Madrid, et servit ensuite au siège de Naples, sous *Lautrec*, en 1528. Mais, repris encore à la malheureuse retraite d'Aversa, il fut conduit une seconde fois dans le château de l'Œuf. Le prince d'*Orange* ayant, par ordre de l'empereur, fait décapiter dans cette citadelle plusieurs personnes de la faction Angevine, il auroit subi le même sort, si le gouverneur, le voyant dangereusement malade, et par une espèce de compassion pour un grand homme malheureux, ne lui eût épargné la honte du dernier supplice en le laissant mourir de sa maladie. D'autres prétendent qu'il fut étranglé dans son lit, étant déjà dans un âge avancé. *Paul Jove* et *Philippe Tomasini* ont écrit sa Vie. Ce dernier dit qu'il étoit de haute taille, et qu'il avoit le visage brun, les yeux, la barbe et les cheveux noirs. Un duc de Sessa, dans le 17$^{e}$ siècle, voulant honorer sa mémoire, et celle du maréchal de *Lautrec*, leur fit élever à chacun un tombeau dans l'église de Sainte-Marie-la-Neuve à Naples, où ils avoient été enterrés sans aucun monument qui décorât leur sépulture.
II. NAVARRE, (Martin AZ-PILCUETA, surnommé) parce qu'il étoit né dans le royaume qui porte ce nom, successivement 554 N A V professeur de jurisprudence à Toulouse, à Salamanque et à Coïmbre, étoit consulté de toutes parts, comme l'oracle du droit. Il devoit une partie de son savoir aux écoles de Cahors et de Toulouse, dans lesquelles il avoit étudié. Son ami *Barthélemi Carranza*, Dominicain, archevêque de Tolède, ayant été mis à l'inquisition à Rome, sur des accusations d'hérésie, *Navarre* partit à 80 ans pour le défendre. *Pie V* le nomma assesseur du cardinal *François Alcint*, vice-pénitencier. *Grégoire XIII* ne passoit jamais devant sa porte, qu'il ne le fit appeler, et il étoit quelquefois une heure entière à s'entretenir avec lui dans la rue. Il ne dédaignoit pas même de lui rendre visite, accompagné de plusieurs cardinaux. Ces honneurs ne le rendirent pas plus fier. Son nom devint si célèbre, que, de son temps même, le plus grand éloge qu'on pouvoit donner à un savant, étoit de dire que c'étoit un *Navarre*: ce nom renfermoit alors l'idée de l'érudition, comme celui de *Roscius* désignoit autrefois un comédien accompli. *Aspilcueta* étoit l'oracle de la ville de Rome et de tout le monde chrétien; l'autorité qu'il s'étoit acquise, il la devoit non-seulement à son savoir, mais encore à sa probité et à sa vertu. Fidèle à tous les devoirs que prescrit l'Eglise, sa tempérance et sa frugalité lui conservèrent une santé vigoureuse: dans un âge très-avancé, il avoit toute la force d'esprit nécessaire pour s'appliquer à l'étude. Ses épargnes le mirent en état d'assister libéralement les pauvres. Ses charités étoient si abondantes, que sa mule s'arrêtoit, dit-on, dès qu'elle appercevoit un mendiant. Il mourut à Rome en 1586, à 92 ans. Le *Recueil de ses Ouvrages* a été imprimé en six vol. in-fol., à Lyon, en 1597; et à Venise en 1602. On y trouve plus de savoir que de précision, et à peine les consulte-t-on aujourd'hui. *Navarre* étoit oncle maternel de St. François de Sales. I. NAVARRETTE, (Balthazar) théologien et Dominicain Espagnol, sur la fin du 16$^{e}$ siècle, laisse un ouvrage en 3 vol. in-fol., intitulé: *Controversie in Divi Thoma ejusque Scholæ defensionem*, 1634.
II. NAVARRETTE, (Ferdinand) autre Dominicain Espagnol, se signala dans son ordre par ses talens pour la chaire et par son zèle pour le salut des ames. Il alla porter la foi à la Chine, et fut choisi par les Missionnaires de ce pays pour se plaindre contre les Jésuites, dont les conversions tenoient plus, selon eux, de la finesse attribuée aux enfans de *Loïda*, que de la force victorieuse de la grace. Le pape le reçut avec beaucoup de bonté, et le roi d'Espagne, *Charles II*, l'éleva à l'archevêché de Saint-Domingue en Amérique. Il mourut en 1689, après avoir édifié et instruit son diocèse. Son exemple étoit le plus beau sermon et le plus efficace. Quoiqu'il eût parut ennemi des Jésuites à la Chine, il les favorisa en Amérique, et fonda pour eux un collège et une chaire de théologie. On a de lui, un *Traité historique, politique et moral de la Monarchie de la Chine*. Le premier volume de cet ouvrage peu commun, intéressant et nécessaire pour connoître ce pays, parut in-fol., à Madrid, l'an 1676, en espagnol. Il y avoit deux autres volumes, dont l'un fut supprimé par l'Inquisition, et l'autre n'a jamais vu le jour.
NAVAS, Voyez ABOU-NAVAS.
NAUCLERUS, Voyez GABATO.
NAUCLERUS, (Jean) prévôt de l'église de Tubinge, et professeur en droit dans l'université de cette ville, étoit d'une noble famille de Souabe, et se nommoit Vergeau. Il changea ce nom, qui, en allemand signifie Naulonnier, en celui de Nauclere, qui signifie la même chose en grec. Il vivoit encore en 1501. On a de lui, une Chronique latine, depuis Adam jusqu'en 1500, continuée par Baselius jusqu'en 1514, et par Surius jusqu'en 1564. Elle est plus exacte que toutes les compilations historiques qui avoient paru jusqu'alors; mais ce n'est aussi qu'une compilation. On l'estime sur tout pour les faits qui se sont passés dans le 15e siècle. Elle fut imprimée à Cologne, in-folio, en 1564-1570.
NAUCRATE, poète grec, fut un de ceux qu'Artémise employa pour travailler à l'Éloge de Mausole, l'an 351 avant J. C. I. NAUDÉ, (Gabriel) né à Paris en 1600, fit des progrès rapides dans les sciences, dans la critique, dans la connoissance des auteurs, et dans l'intelligence des langues. Son inclination pour la médecine l'obligea de se rendre à Padoue, où il se consacra à l'étude de cet art. Quelque temps après, le cardinal Bagai le prit pour son bibliothécaire, et l'emmena avec lui à Rome. Louis XIII lui donna ensuite la qua- lité de son médecin, avec des appointemens. Après la mort de Bagai, le cardinal Barberia fut charnié de l'avoir auprès de lui. Naudé étoit à Rome, lorsque le général des Bénédictins de Saint-Maur voulut faire imprimer, à Paris, l'IMITATION de Jésus-Christ, sous le nom de Jean Gersen, religieux de l'ordre de Saint-Benoît. Dom Tarisse (c'étoit le nom de ce général,) le donnoit pour le véritable auteur de cet ouvrage. Il se fondoit sur l'autorité de quatre anciens manuscrits qui étoient à Rome. Le cardinal de Richelieu écrivit à Rome à Naudé, pour les examiner; il parut à l'examinateur que le nom de Gersen, placé à la tête de quelques-uns de ces manuscrits, étoit d'une écriture plus récente que les manuscrits mêmes. Il envoya ses observations aux savans du Puy, qui les communiquèrent au Père Fronteau, chanoine régulier de Sainte-Geneviève. Ce chanoine faisoit honneur de l'Imitation à son confrère Thomas-à-Kempis. Il fit promptement imprimer ce livre sous ce titre: Les IV Livres de l'IMITATION DE JESUS-CHRIST, par Thomas-à-Kempis, avec la conviction de la fraude qui a fait attribuer cet ouvrage à Jean Gersen, Bénédictin. L'éditeur Génévié, pour justifier cette nouveauté, ne manqua pas de rapporter la Relation du sieur Naudé, envoyée à MM. du Puy, de quatre Manuscrits qui sont en Italie, touchant le Livre de l'IMITATION DE JESUS-CHRIST, sous le nom de Jean Gersen, abbé de Verceil. Cet air de triomphe du P. Fronteau irrita les Bénédictins, mais beaucoup moins encore que la Relation même. Toute la congrégation de Saint- 556 N A U Maur arma contre l'auteur de cette pièce. Le P. Jean-Robert de Quatre-Maire, leur principal défenseur, accusa Naudé d'avoir falsifié les manuscrits, et de les avoir vendus aux chanoines réguliers pour un prieuré simple de leur ordre. Le P. François Valgrave, autre Bénédictin, vint à l'appui de son confrère, et reprocha pareillement à Naudé de la mauvaise foi dans l'examen des manuscrits et dans sa Relation. Une simple querelle littéraire devint alors un procès criminel. Naudé fit présenter une requête au Châtelet, pour faire saisir et supprimer les exemplaires des livres de Quatre-Maire et de Valgrave. Les Bénédictins éludèrent cette juridiction, et firent renvoyer la cause aux requêtes du Palais. Aussitôt parurent de part et d'autre des Factum, qui rendirent les deux parties ridicules. Tous les gens de lettres s'intéressèrent pour Naudé. Les chanoines réguliers intervinrent au procès; il trama quelque temps en longueur. Enfin, après avoir été pour les avocats matière à plaisanterie, l'affaire fut terminée le 12 février 1652. On ordonna que les paroles injurieuses, respectivement employées, seroient supprimées: qu'il y auroit manlevée des exemplaires du livre de Valgrave qui avoient été saisis; qu'on ne laisseroit plus imprimer le livre de l'Imitation de Jésus-Christ, sous le nom de Jean Gersen, abbé de Verceil; mais sous celui de Thomas-à-Kempis... Naudé, appelé en France, fut bibliothécaire du cardinal Mazarin, qui lui donna deux petits bénéfices. La bibliothèque de cette éminence s'accrut sous ses mains de plus de 40,000 volumes. (Voyez MEIBONIUS.) La reine Christine de Suède, instruite de son mérite, l'appela à sa cour. Naudé s'y rendit; mais les témoignages d'estime et d'amitié dont cette princesse le combla, ne purent lui faire aimer un pays contraire à sa santé: il mourut, en revenant, à Abbeville, le 29 juillet 1653, à 53 ans. Naudé joignoit à des mœurs pures et à une vie réglée, beaucoup d'esprit, de savoir et de jugement. Il étoit extrêmement vif, et sa vivacité le jetoit quelquefois dans des singularités dangereuses. Il parloit avec une liberté qui s'étendoit sur les matières de la religion, à laquelle il fut cependant, à ce qu'on assure, sincèrement attaché de cœur et d'esprit. Ses principaux ouvrages sont: I. Apologie pour les grands personnages faussement soupçonnés de magie, Paris, 1625, in-12, réimprimée en Hollande en 1712. Cet ouvrage montre combien l'auteur étoit ennemi des préjugés. II. Avis pour dresser une bibliothèque, 1644, in-8°; bons pour leur temps. III. Addition à la vie de Louis XI, in-8°; curieuse. IV. Bibliographie Politica, traduite en françois par Challine: ouvrage savant, mais peu exact. V. Syntagma de studio liberali, 1632, in-4°; assez bon. VI. Syntagma de studio militari, à Rome, 1637, in-4°; ouvrage peu commun, et qui ne mérite guère de l'être. VII. De antiquitate Scholæ Medicæ Parisiensis, 1628, Paris, in-8°. VIII. Epistolæ, Carmina, in-12, 1667. IX. Les Considerations politiques sur les Coups d'Etat, (production médiocre, écrite d'un style dur et incorrect) furent imprimées à Paris sous le nom de Rome, en 1639, in-4°. Cette édition est estimée. Louis du May en donna une en 1673, sous le titre de *Science des Princes*, et y ajouta ses réflexions. *Naudé*, dans cet ouvrage, loue la Saint-Barthélemy. « Elle fut, dit-il, une action très-juste. C'est une grande lâcheté à tant d'écrivains François, d'avoir abandonné la cause de *Charles IX*, et de s'avoir point montré le juste sujet qu'il avoit eu de se défaire de l'amiral et de ses complices; il convenoit d'imiter les chirurgiens experts qui, pendant que la veine est ouverte, tirent du sang jusqu'aux défaillances, pour nettoyer les corps cacochimes de leurs mauvaises humeurs. » On peut juger par cette citation, combien les autres principes de l'auteur sont tyranniques et peu humains. X. Quelques curieux recherchent son *Instruction à la France*, sur la vérité de l'Histoire des Frères de la Rose-Croix, Paris, 1623, in-8°. XI. Jugement de tout ce qui a été imprimé contre le Cardinal Mazarin, in-4°, 1650, connu aussi sous le titre de *Mascura* de *Naudé*. (Voyez l'art. MIZAULD.) Comme ce livre fut supprimé dans sa naissance, il est encore plus rare que le précédent. XII. Avis à Nossigneurs du Parlement sur la veine de la Bibliothèque du Cardinal Mazarin, 1632, in-4°; peu commun. XIII. Remise de la Bibliothèque entre les mains de M. Tubœuf, in-4°, 1651, plus rare encore. XIV. Le Marfore, ou Discours contre les libelles, Paris, 1620, in-8°, ouvrage extrêmement rare. Le P. Jacob, Carme, a donné un recueil des éloges que les savans ont faits de *Naudé*, avec le catalogue de ses ouvrages, Paris, 1659, in-4°. On a recueilli différents traits de la vie et des pensées de *Naudé*, sous le titre de *Naudæana*, Paris, 1701; et Amsterdam, 1703, in-12, avec des additions.
II. NAUDÉ, (Philippe) né à Metz, en 1654, de parens pauvres, se retira à Berlin, après la révocation de l'édit de Nantes. Il fut reçu de la société des Sciences en 1701, et attaché, en 1704, à l'académie des Princes, comme professeur de mathématiques. On a de lui, une *Géométrie*, in-4°, en allemand, et quelques autres petites Pièces, dans les *Miscellanea* de la Société de Berlin. Il laissa aussi beaucoup d'ouvrages de théologie, qui sont plutôt d'un homme emporté par son zèle que d'un théologien éclairé. Ce savant mourut à Berlin, en 1729, avec une réputation de probité et de vertu. Son fils aîné remplit sa place avec distinction, et mourut en 1745, à 61 ans. Il étoit habile mathématicien, et membre des Sociétés de Berlin et de Londres. On a de lui, divers *Mémoires* dans les *Miscellanea Berolinensia*.
NAUGERIUS, Voyez NAVAGERO.
NAVEAU, (Jean-Baptiste) fermier des devoirs de Bretagne, né à Puiseaux en 1716, et mort en 1762, a publié, en 1757, en 2 vol. in-12. Le *Financier Citoyen*: deux mots qu'on n'avoit guère vu ensemble. Ce livre renferme quelques observations utiles.
NAVIER, (Pierre-Toussaint) — médecin à Châlons-sur-Marne, né à Saint-Dizier, et mort en 1779, se rendit célèbre par la découverte de l'Ether-Nitreux, et des combinaisons du Mercure avec le Fer, regardées avant lui comme impossibles. Il fut utile à 558 N A V sa province par le zèle avec lequel il soulagea les malades dans les campagnes, sur-tout dans les maladies épidémiques. Il unissoit à une humanité active et éclairée, la modestie la plus vraie et le désintéressement le plus noble. On a de lui : I. Une Dissertation sur plusieurs maladies populaires. II. Des Observations sur l'emolissement des os. III. Des Observations sur la Jusquiame. IV. Des Réflexions sur le danger des Exhumations précipitées, et les abus des inhumations dans les Eglises, etc. V. Contrepoisons de l'Arsenic, 1772, 2 vol. in-12. VI. Question sur le Vin de Champagne mousseux, contre les Fièvres putrides, 1778, in-8. VII. Précis des moyens de secourir les personnes empoisonnées par les poisons corrosifs, 1778, in-8. VIII. De Thermis Borbo-niensibus, 1774, in-4.
NAVIÈRES, (Charles de) poète François, de Sédan, étoit Calviniste, et gentilhomme servant du duc de Bouillon. Il fut tué à Paris, en 1572, au massacre de la Saint-Barthélemy. Colletet croit qu'il y survécut 40 ans. On a de lui, entr'autres ouvrages, un poème de la Renommée, Paris, 1571, in-8; et une tragédie intitulée Philandre.
NAVIUS ACTIUS, étoit un fameux augure chez les Romains. Tarquin l'Ancien, voulant s'assurer de son habileté dans l'art de prédire, le fit venir, et lui demanda si ce qu'il avoit pensé pouvoit se faire. Navius, après avoir pris les auspices, répondit que la chose étoit possible. Je veux, reprit le Roi, couper en deux cette pierre avec un rasoir. L'augure l'assura que cela étoit facile; et prenant en même temps un rasoir, il la coupa par le milieu, comme Tarquin le desiroit.
NAULO, (N.) de Lyon, fut un arithméticien, que ses Calculs, rendus faciles pour les négocians, doivent tirer de l'oubli. Il est mort au milieu de siècle passé. I. NAUPLIUS, roi de l'isle d'Éubée ou Négrepont, et père de Palamède. Son fils étant allé au siège de Troye, y fut lapidé par l'injustice d'Ulysse. Nauplius en fut indigné. Après la prise de Troye, voyant la flotte des vainqueurs battue par une violente tempête, il fit allumer des feux pendant la nuit sur les côtes de la mer, vis-à-vis des endroits où étoient les plus dangereux écueils, contre lesquels la plupart de leurs vaisseaux vinrent échouer. Nauplius ayant appris qu'Ulysse et Liomède en étoient échappés, conçut tant de dépit, qu'il se précipita dans la mer.
NAUPLIUS, Voyez I. GERMAIN.
NAUSEA, (Frédéric) surnommé Blancicampamy, évêque de Vienne en Autriche, fut élevé à cette place en 1541, par l'empereur Charles-Quint, qui voulut récompenser ses succès dans la chaire et dans la controverse. Ce prélat mourut à Trente durant la tenue du concile, en 1552. Ses mœurs étoient une règle vivante pour les évêques et pour le commun des fidèles. Nous avons de lui : I. Plusieurs ouvrages en latin, contre les hérétiques. II. Quelques Livres de Morale, parmi lesquels on distingue son Traité de la Résurrection, sous ce titre : De J. C. et omnium mortuorum Resurrectione, à Vienne, 1551, in-4°: ouvrage singulier, curieux et peu commun. III. Sept livres *Des choses merveilleuses*, Cologne, 1532, in-4°, figures. L'auteur y parle des monstres, des prodiges, des comètes. Cet ouvrage est fort curieux, mais l'auteur paraît trop crédule. IV. *Abrégé de la Vie du Pape Pie II*, et de celle de l'empereur *Frédéric III*. V. *Des Poésies* assez foibles. On a imprimé à Basle en 1550, infolio, un *Recueil de Lettres* écrites à ce savant sur diverses matières. Ce recueil renferme aussi un catalogue de ses ouvrages.
NAUSICAË, fille d'*Alcinoüs*, roi des Phéaciens dans l'isle de Corcyre, accueillit avec beaucoup de bonté *Ulysse*, qu'un naufrage avoit jeté sur la côte de cette isle. Elle lui fit donner des habits, et le servit auprès du roi son père. Cette princesse tient un rang distingué dans l'*Odyssée d'Homère*.
NAXERA, (Emmanuel de) Jésuite de Tolède, mort vers 1680, âgé de 75 ans, se distingua dans sa société par ses connaissances dans la théologie. Il a laissé des *Commentaires* sur *Josué*, les *Juges* et les *Rois*: des *Sermons pour le Carême*, in-4°, etc. Fin du Tome huitième.
HISTOIRE ABRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres; Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire. Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Huitième Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mihé-Ohio, Ocho, Vitelitus, nec beneficio, nec injuriâ cogniti. TACIT. Hist. lib. I. § 1.
NEANDER, (Michel) théologien Protestant, recteur d'Ilfeldt en Allemagne, étoit né à Soraw en Silésie, et mourut en 1595, à 70 ans. Il fut auteur de divers ouvrages : I. Erotemata Linguæ Græcæ, in-8.º II. Grammaire Hébraïque, in-8.º III. Pindarica aristologia et aristologia Euripidis, Basle, 1556, in-8.º IV. Gnomologia è Stobæo confecta, in-8.º V. Des Editions de plusieurs auteurs Grecs, etc. (Voy. le xxxᵉ vol. de Nicéron.) Ce savant possédoit bien les langues. — Il ne faut pas le confondre avec Jean NEANDER, médecin de Brême, auteur d'un livre curieux et peu commun, intitulé : Tabacologia, à Leyde, 1622, in-4.º; c'est une Description de la plante du Tabac, avec des séllexions sur l'usage qu'on peut en faire dans la médecine. On a encore de lui : I. Sassafrologia, 1627. II. Syntagma, in quo Medicinæ laudes, natalitiæ, Sectæ, etc. depinguntur, 1623. — Il faut aussi distinguer des précédens Michel NEANDER, médecin et physicien d'Iène, mort en 1581, dont nous avons le Synopsis mensurarum et ponderum, à Basle, 1555, in-4.º Cet ouvrage est savant.
NEARQUE, (Nearchus) l'un des capitaines d'Alexandre la Grand, qui l'envoya naviguer sur l'Océan des Indes, avec Onésicrite. En côtoyant les bords de la mer, depuis l'embouchure de l'Indus, il parvint jusqu'à Harmusia, aujourd'hui Ormus. Alexandre n'en étoit qu'à cinq journées. Néarque le joignit, et en fut récompensé d'une manière digne de ses travaux. On a de lui, la Relation de sa navigation de l'embouchure de l'Indus à Babylone; elle est très-curieuse. Néarque et Pythéas sont les seuls parmi les anciens qui aient fait sur l'Océan des voyages de quelque étendue.
NEBRISSENSIS, Voyez ANTOINE, n.º XII.
NEBRUS, Voyez HIPPOCRATE.
NÉCESSITÉ, (Myth.) Divinité allégorique, fille de la For- tune, étoit adorée par toute la terre. Sa puissance étoit telle, que Jupiter lui-même étoit forcé de lui obéir. Personne n'avoit droit d'entrer dans son temple à Corinthe. On la représentoit toujours avec la Fortune sa mère, ayant des mains de bronze, dans lesquelles elle tenoit de longues chevilles et de grands coins d'airain. Horace la peint énergiquement dans ces vers : Te semper anteit sava Necessitas, Clavas trabales et cuncos manu Gesans abenâ, nec severus Uncus abest liquidumque plumbum. La Déesse Némésis étoit sa fille. I. NÉCHAO Ier, roi d'Égypte, commença à régner l'an 691 avant J. C., et fut tué huit ans après, par Sabacon, roi Ethiopien. Psammitique son fils lui succéda, et fut père de Néchao II qui suit.
II. NÉCHAO II, roi d'Égypte, appelé Pharaon Néchao dans l'Écriture, étoit fils de Psammitique, auquel il succéda au trône d'Égypte l'an 616 avant J. C. Ce prince, dès le commencement de son règne, entreprit de creuser un canal depuis le Nil jusqu'au golfe d'Arabie; mais il fut obligé d'abandonner cet ouvrage, à cause du prodigieux nombre d'hommes qui y avoient péri. Il équipa plusieurs flottes qu'il envoya reconnoître la Mer Rouge et la Mer Méditerranée. Ses vaisseaux parcoururent la Mer Australe, et ayant poussé jusqu'au détroit appelé Gibraltar, ils entrèrent dans la Méditerranée, et revinrent en Égypte trois ans après leur départ. Néchao, jaloux de la gloire des Assyriens, qui avoient envahi l'empire d'Assy- rie, s'avança vers l'Éuphrate pour les combattre. Comme il passoit sur les terres de Juda, le pieux Josias, qui étoit tributaire du roi de Babylone, vint avec son armée pour lui disputer le passage. Néchao, qui n'avoit rien à démêler avec le roi de Juda, lui envoya dire que son dessein étoit d'aller du côté de l'Éuphrate, et qu'il le prioit de ne pas le forcer à le combattre. Mais Josias n'eut aucun égard aux prières de Néchao. Il lui livra bataille à Mageddo, sur la frontière de la tribu de Manassès, et il la perdit avec la vie. Le roi d'Égypte continua sa route, acheva heureusement son entreprise contre les Assyriens; mais il fut vaincu à son tour par Nabuchodonosor, qui le resserra dans ses anciennes limites. Il mourut l'an 600 avant J. C.
NECKAM, NECQUAM ou NEKAM, (Alexandre) théologien Anglois, étudia à Paris, et voulut entrer dans l'abbaye de Saint-Albans; mais ayant reçu quelques mécontentemens de l'abbé, il se fit chanoine régulier, et fut nommé à l'abbaye d'Excester. Il y mourut en 1227. On a de lui, en latin : I. Des Commentaires sur les Pseumes, les Proverbes, l'Écclésiaste, le Cantique des Cantiques et les Évangiles. II. Un Traité Denominibus Ustensilium; un autre des Vertus; un troisième De naturis rerum.
NECKER, (Suzanne-N.) fille d'un ministre Protestant, acquit un grand nombre de connoissances, et s'attacha d'abord à l'éducation d'une jeune personne de Genève, qu'elle quitta pour s'unir à M. Necker, qui n'étoit encore que simple commis d'un banquier Suisse. Elle suivit la fortune de son époux dans toutes ses chances. Lorsque ce dernier fut parvenu à la direction des finances de France, Mad. Necker, loin d'en prendre plus d'orgueil, ne se servit de son pouvoir que pour augmenter le bien qu'elle se plaisoit à faire. Son occupation favorite fut de contribuer à l'amélioration du régime intérieur des hôpitaux, et de diriger elle-même un hospice de charité qu'elle établit à ses frais près de Paris. Son caractère obligeant et son esprit facile, lui donnèrent beaucoup d'amis parmi les gens de lettres. Thomas et Buffon étoient du nombre. Elle appeloit le premier l'Homme de ce siècle, et le second l'Homme des siècles. Après la retraite de M. Necker, elle le suivit à Coppet en Suisse, et y est morte en 1794. On lui doit les ouvrages suivants : I. Des Inhumations précipitées, 1790, in-8° II. Mémoire sur l'établissement des hospices, in-8° III. Réflexions sur le divorce, 1795, in-8° L'auteur, née dans une religion qui autorise le divorce, n'en soutient pas moins, dans cet écrit, l'indissolubilité de l'union conjugale. On y trouve plus de sentiment que de raisonnement. Le style en est souvent peu naturel et trop précieux. Des comparaisons le surchargent, et n'ont pas toujours une juste application. Mad. Necker y oublie son sujet pour s'occuper d'elle, de sa famille, de son époux. C'est une terrible tentation que celle de trouver l'occasion de se louer, et de ne pas le faire; aussi n'y résiste-t-elle pas. Cet écrit, très-censuré, offre cependant beaucoup d'idées fortes et touchantes, et on en peut juger par celles-ci : « Le mariage réunit nos affections éparses; il met deux ames en communauté de vie, et la différence des sexes et des facultés empêche que ces deux ames ne soient jamais rivales. — Les hommes aiment la gloire; les femmes en montrent le chemin et décident les succès. Ce sont les blanches colombes qui conduisirent Enée au rameau d'or. — La solitude est sans doute un des plus grands malheurs de l'âge avancé. Être deux est déjà un moyen de se rassurer dans les ténèbres qui enviennent le tombeau; mais il faut une grande réunion de bienfaits et d'estime, pour que des vieillards, s'aidant mutuellement à supporter le poids des années, parviennent à se le rendre agréable. — Il faut que de longs jours représentent une longue suite de sentimens délicats et d'actions nobles; il faut que le son d'une voix chérie, un reste de feu dans les regards, des paroles sensibles et toujours amies, soient pour les époux comme ces airs connus qui rappellent à une grande distance les plaisirs de la jeunesse et les doucents de la patrie, qui nous y ramènent et nous y retiennent pour vivre et mourir dans son sein. Deux vies qui ont toujours fait partie l'une de l'autre, deviennent encore plus inséparables après une longue et paisible union. Lorsque tout nous abandonne, un seul ami, une seule amie nous restent : notre existence est suspendue au souffle dont ils sont animés. La terre dévastée par le temps de tout ce qui l'embellissoit autrefois, n'est peuplée pour nous que par un seul être qui nous ressemble. Tous les autres nous sont étran- gers. — Ah ! qui pourroit supporter d'être jeté seul dans cette plage inconnue de la vieillesse ! Nos goûts sont changés ; nos passions sont affoiblies ; le témoignage et l'affection d'un autre sont les seules preuves de la continuité de notre existence. Le sentiment seul nous apprend à nous reconnoître ; il commande au temps d'alléger son empire. Ainsi, loin de regretter le monde qui nous fuit, nous le fuyons à notre tour. Nous échappons à des intérêts qui ne nous atteignent déjà plus, nos pensées s'agrandissent comme les ombres à l'approche de la nuit ; et un dernier rayon d'amour, qui n'est plus qu'un rayon divin, semble former la nuance des plus purs sentimens que nous puissions éprouver sur la terre, avec ceux qui nous pénétreront dans le Ciel. » IV. *Mélanges* extraits des manuscrits de Mad. *Necker*, 1798, 8 vol. in-8. Ils ont été publiés après la mort de l'auteur. En général, on trouve dans tous ses ouvrages un grand nombre de pensées vraies et fines, des tableaux d'un beau coloris, des conseils sages et bien exprimés ; mais on peut plusieurs fois lui appliquer ce que *Voltaire* a dit de l'éloge de *Colbert* par son époux ; « qu'il y a autant de mauvais que de bon, autant de phrases obscures que de claires, autant de mots impropres que d'expressions justes, autant d'exigérations que de vérités. » Moins de désir de jouer un rôle, auroit peut-être diminué sa célébrité et augmente son bonheur. *Thomas* qui lui a consacré des vers adressés à *Suzanne*, fait ainsi indirectement l'éloge de Mad. *Necker*, dans son *Essai* sur les *Femmes* : « Celle qui est véritablement estimable, est la femme qui, prenant dans le monde les charmes de la société, c'est-à-dire le goût, la grace et l'esprit, sait en même temps sauver sa raison et son cœur de cette vanité froide, de cette fausse sensibilité qui naissent de l'esprit de société ; celle qui, asservie malgré elle aux conventions et aux usages, ne perd point de vue la nature, et se retourne encore quelquefois vers elle pour l'honorer du moins par ses regrets ; celle qui, par son état, forcée à la dépense et au luxe, choisit du moins des dépenses utiles, et associe l'indigence industrieuse à sa richesse ; celle qui, en cultivant la philosophie et les lettres, les aime pour elles-mêmes, non pour une vaine réputation ; celle enfin qui, parmi tant de légèreté, a un caractère, qui dans la foule a conservé une axe, qui dans le monde ose avouer son ami, après l'avoir entendu calomnier, qui ose le défendre quand il doit n'en rien savoir, qui hors de sa maison et chez elle sait garder son estime à la vertu, son mépris au vice et sa sensibilité à l'amitié. »
NECTAIRE, natif de Tarse, d'une maison illustre, fut mis, à la place de St. Grégoire de Nazianze, sur le siège de Constantinople, par les Pères assemblés dans cette ville en 381. Il n'étoit alors que catéchumène ; ainsi il fut évêque avant d'être Chrétien. L'empereur *Théodose* avoit demandé pour lui le trône épiscopal, et on ne put le lui refuser. Ce fut sous son épiscopat que la dignité de l'*énitencier* fut supprimée dans l'église de Constan- tinople. Une femme de qualité s'étant, par un ordre très-imprudent du Pénitencier, accusée d'avoir été corrompue par un diacre, la révélation de ce crime secret fut un sujet de scandale pour le peuple. *Nectaire* laissa alors la liberté à chacun de participer aux saints mystères, selon le mouvement de sa conscience, sans avoir recours au prêtre pénitencier. La plupart des églises d'Orient suivirent l'exemple de l'église de Constantinople, et chacun fut libre de se choisir un confesseur. *Nectaire* mourut en 397. Il avoit de la naissance, et beaucoup de talent pour les affaires; mais son savoir étoit fort borné, et sa vertu n'avoit pas ce degré de supériorité qu'on est en droit d'exiger d'un évêque.
NÉE DE LA ROCHELLE, (Jean-Baptiste) avocat, subdélégué de l'intendant d'Orléans à Clameci sa patrie, mourut en 1772, à 80 ans. On a de lui : I. Quelques Romans dont on ne parle guère, tels que le *Maréchal de Boucicaut*, 1714, in-12, la *Duchesse de Capone*, 1732, in-12. II. Un *Commentaire sur la Coutume d'Auxerre*, 1748, in-4°; ouvrage plus estimé que ses autres productions. I. NÉEDHAM, (Marchamont) médecin, né à Burford en 1620, abandonna pendant quelque temps l'art de guérir pour celui de gouverner. Il ne fut ni roi, ni ministre; mais il publia, sous le protectorat de Cromwel, un Traité de la Souveraineté du peuple et de l'excellence d'un état libre, traduit en françois par Mandard, Paris, 1791, 2 vol. in-8°. *Néedham*, en posant le principe de la rou- veraineté du peuple, flattit alors la passion qui dominoit dans sa patrie. Son ouvrage est savant, méthodique et hardi. Il recueille toutes les preuves que lui fournit l'histoire, et cherche à répondre aux objections qu'on tire des *orages*, de l'esprit de *faction* qui règnent dans les administrations populaires, et de l'*ingratitude* du peuple. *Charles II*, rétabli sur le trône de ses pères, lui accorda son pardon; il se consacra alors à la médecine, et après de grands succès dans l'exercice de cet art, il amassa une fortune considérable, et mourut en 1718.
II. NÉEDHAM, (Jean Tuberville) né à Londres le 10 septembre 1713, étoit de la branche puinée de la famille dont milord Kilmoy est le chef. Né dans la religion Catholique, il s'établit, en 1768, dans le séminaire des Anglois à Paris, et devint correspondant de l'académie des Sciences, et ensuite membre de la Société royale de Londres en 1749. Il est le premier ecclésiastique Catholique que cette compagnie ait adopté. Le gouvernement des Pays-Bas l'appela, en 1769, pour concourir à l'établissement d'une société littéraire. Il mourut le 30 décembre 1781, à Bruxelles, où il étoit recteur de l'académie des Sciences et Belles-Lettres. Il s'est fait un nom distingué par des connoissances étendues et variées, sur-tout dans la physique et l'histoire naturelle. Des observations pénibles sur des objets non moités inaccessibles aux yeux qu'à l'intelligence de l'homme, l'ont fait regarder comme un des plus laborieux coopérateurs de M. de Buffon, et ont préparé le sys- 6 N É E tème sur la génération des êtres vivans, publié par le Pline Fran- çois. Quoique ses expériences sur les animaux microscopiques n'aient pas eu le succès qu'il leur a supposé, elles ne méritent pas le mépris que Voltaire leur a pro- digué. Néedham, malgré l'abus que des hommes superficiels pourroient faire de quelques unes de ses hypothèses, étoit inébran- table dans les bons principes et dans son attachement au Chris- tianisme. Il avoit plus de science qu'il n'avoit de talent de la faire paroître. Soit modestie, soit éloignement naturel du bruit, soit difficulté de s'énoncer dans une langue étrangère, ou je ne sais quelle opposition qui se trouve quelquefois entre la mul- titude et la précision des idées; Testimable académicien parlant ou écrivant, paroissoit presque toujours au-dessous de ce qu'il étoit en effet. On a de lui: I. Di- verses Observations insérées dans l'Histoire naturelle de M. de Buf- fon. II. Nouvelles Recherches sur les découvertes microscopiques et la génération des corps organisés, traduites en françois par Lavi- rotte, Paris, 1750, in 8.º III. Des notes sur les Recherches micro- copiques de Spalanzani, à la suite de l'ouvrage de cet auteur; Paris, 1769, 2 vol. in-8.º IV. Des Re- cherches sur la nature et la re- ligion.
NÉEL. (Louis-Balthazar) mort à Rouen sa patrie en 1754, est auteur de: I. Voyage de Paris à Saint-Cloud, par mer et par terre, 1751, in-12: bagatelle agréable et plaisante qu'on lit avec plaisir. II. Histoire du Ma- réchal de Saxe, 1752, 3 vol. in-12. III. Histoire de Louis duc d'Orléans, fils du régent, 1753, in-12. IV. Et de plusieurs Pièces de vers sur différens sujets. Son style est quelquefois gêné, et sa poésie foible; on y trouve ce- pendant quelques bons vers.
NEELS. (Nicolas) Neelsius, Dominicain du Brabant, docteur en théologie, enseigna cette science avec réputation dans l'u- niversité de Douai, et fut pro- vincial de son ordre. On a de lui, en latin, de savans Com- mentaires sur la Genèse, le Can- tique des Cantiques, les Épitres de St. Paul et l'Apocalypse. Il mourut en 1604.
NEERCASSEL. (Jean de) né à Gorcum en 1623, entra dans la congrégation de l'Oratoire à Paris. Après avoir professé avec succès la philosophie et la théo- logie dans cette congrégation, il devint archidiacre d'Utrecht et provicaire apostolique. Le cha- pitre de cette ville ayant perdu son archevêque, donna cette place à Néercassel. Le pape Alexandre VII avoit voulu faire élire l'abbé Catz, doyen du cha- pitre de Harlem. Les deux com- pétiteurs, amis l'un et l'autre de la paix, convinrent que Catz gouverneroit le diocèse de Har- lem sous le titre d'Archevêque de Philippes, et Néercassel celui d'Utrecht, sous le titre d'Évêque de Castorie. Le nonce du pape approuva cet accord; et après la mort de Catz, Néercassel fut le seul évêque de tous les Catholi- ques de Hollande, dont le nom- bre étoit, dit-on, de plus de 400,000. L'évêque de Castorie ne s'occupa, pendant toute sa vie, que du bonheur et du salut de ses ouailles. Il mourut le 8 juin 1686, à 60 ans, des fatigues qu'il essuya en visitant son diocèse. On a de lui, trois Traités latins : le premier sur la *Lecture de l'Écriture-sainte* ; le second sur le *Culte des Saints et de la Sainte Vierge* ; et le troisième, intitulé : *L'Amour pénitent*. C'est un *Traité de l'amour de Dieu dans le Sacrement de l'éuidence*. La meilleure édition de *L'Amour pénitent*, est celle de 1684, deux vol. in-12. Il parut en françois, en 1740, en 3 vol. in-12. Les deux autres Traités ont été traduits en françois par le Roy, abbé de Haute-Fontaine. Ils sont excellens, à quelques endroits près, où *Néercassel* paroît favorable aux erreurs de *Jansénius*. *L'Amour pénitent* fut censuré par *Alexandre VIII*, et défendu par un décret de la sacrée congrégation. *Innocent XI*, à qui il avoit été déféré, ne voulut jamais le condamner ; mais ce qu'on a fait dire là-dessus à ce pape : *Il libro è buono, è l'autore è un santo*, est une fable, suivant un auteur Jésuite. Que ce pontife ait donné ou non cet éloge à l'auteur et à l'ouvrage, il n'en est pas moins vrai que l'un et l'autre le méritoient à certains égards.
NÉESSEN, (Laurent) natif de Brabant, chanoine de la cathédrale de Malines, fut président du séminaire de cette ville. Il augmenta considérablement les revenus de ce séminaire, à condition qu'on n'y nommeroit pour professeurs que des clercs séculiers. Il mourut en 1679. On a de lui une *Théologie* en latin, Lille, 1693, 2 vol. in-folio. Le dogme n'y est pas traité avec beaucoup d'étendue ; la morale y occupa plus de place, l'auteur n'est pas relâché.
NEGRO ou NEGRI BASSANÈSE, (François) ainsi surnommé de Bassano sa patrie, petite ville des états de Venise dans le Vicentin, mourut à Chiavène, chez les Grisons où il étoit maître d'école. On a de lui une Tragédie alléorique, en prose, intitulée : *Il libero Arbitrio*, imprimée en 1546, in-4°, et en 1550, in-8°. L'auteur, qu'on prétend avoir été disciple du vieux *Socin*, y combat plusieurs dogmes de l'Église Romaine, et se répand en invectives contre ses ministres. *Jean de la Casa*, qui, en qualité de nonce à Venise, avoit instruit le procès de Paul Vergerio, évêque de Capo-d'Istria ; *Stella* qui avoit remplacé cet évêque apostat, et Jérôme Muzio qui écrivoit contre lui, y sont fort maltraités. C'est ce qui a fait croire à quelques-uns que *Vergerio* lui-même pourroit bien être l'auteur de cette pièce, dont l'édition de 1550 qui est rare, est fort recherchée des curieux, ainsi que la traduction françoise imprimée à Genève en 1558, in-8°, sous le titre de *Tragédie du roi Franc-Arbitre*. On a encore de Negro : *De Fanni Faventini ac Domini Bassanensis morte*, in-8°, 1550.
NÉHÉMIE, pieux et savant Juif, s'acquit la faveur d'*Artaxerces Longue-main*, roi de Perse, dont il étoit échanson, et obtint de ce prince la permission de rebâtir Jérusalem. Les ennemis des Juifs mirent tout en œuvre pour s'y opposer : (*Voyez SEMEIAS.*) Ils vinrent en armes à dessein de les surprendre dans le travail ; mais *Néhémie* ayant fait amener une partie de ses gens, les rangea par troupes derrière la muraille. Ils bâtissoient d'une main, et se défendoient de l'autre. Tous les efforts des ennemis de *Néhémie* ne purent ralentir l'ardeur de ce généreux chef. Enfin, après un travail assidu de 52 jours, les murs de Jérusalem furent achevés, l'an 454 avant Jésus-Christ. On se prépara à en faire la dédicace avec solennité. *Néhémie* sépara les prêtres, les lévites et les princes du peuple en deux bandes. L'une marchait du côté du midi, et l'autre du côté du septentrion sur les murs. Elles se rencontrèrent dans le Temple, où l'on immola de grandes victimes avec des transports de joie. Il établit ensuite un ordre pour la garde et la sûreté de la ville. Il voulut que les principaux de la nation, et la dixième partie du peuple de Juda, y fixassent leur demeure. Il s'appliqua à corriger les abus qui s'étoient glissés dans le gouvernement, et il réussit sur-tout à faire rompre les mariages contractés avec des femmes idolâtres. Après avoir rétabli le bon ordre, il voulut le perpétuer, en engageant les principaux de la nation à renouveler solennellement l'alliance avec le Seigneur. La cérémonie s'en fit dans le Temple: on en dressa un acte, qui fut signé des premiers du peuple et des prêtres; et tout le reste donna parole avec serment, qu'il seroit fidelle à l'observer. L'état des Juifs fut alors une espèce d'Aristocratie dépendante de la Monarchie des Perses ou des Grecs. Les Souverains Prêtres joignoient au sacerdoce l'administration civile, mais ils ne l'exerçoient que du consentement du peuple, et autant que les Rois dominans vouloient bien le souffrir. Cette forme de gou- gouvernement dura jusqu'au temps des Macchabées, qui, ayant seconé le joug des Rois étrangers, prirent le titre de Princes Juifs, et réunirent la souveraine Sacrificature avec l'autorité suprême. *Néhémie* retourna enfin à la cour d'*Artaxerres*, où ayant demeuré quelques années, il obtint par ses instantes prières, la permission de revenir à Jérusalem. A son arrivée il trouva que pendant son absence, il s'étoit glissé plusieurs abus qu'il travailla à corriger. Après avoir gouverné le peuple Juif pendant environ 30 ans, il mourut en paix vers l'an 430 avant Jésus-Christ. *Néhémie* passe pour être auteur du second livre d'*Esdras* qui commence ainsi: *Ce sont ici les paroles de Néhémie*. L'auteur y parle presque toujours en première personne. Cependant, en le lisant avec réflexion, on y remarque diverses choses qui n'ont pu avoir été écrites par *Néhémie*. C'est du temps de *Néhémie* que fut trouvé le feu sacré que les prêtres, avant la captivité de Babylone, avoient caché dans le fond d'un puits qui étoit à sec. Ceux que ce saint homme envoya pour en faire la recherche, ne rapportèrent qu'une eau épaisse, qu'il fit répandre sur l'autel. Le bois qui en avoit été arrosé, s'alluma aussitôt que le Soleil vint à paroître, ce qui remplit d'admiration tous ceux qui étoient présents. Ce miracle étant venu à la connaissance du roi de Perse, ce prince fit fermer de murailles le lieu où le feu avoit été caché, et accorda aux prêtres de grands privilèges.
NEKAM, *Voy. NECKAM.*
NELDELIUS, (Jean) philosophe Péripatéticien de Glogaw en Silésie, professa la logique et la morale à Leipzig, où il mourut en 1612, âgé de 58 ans. Il a laissé sur Aristote un ouvrage intitulé : Institutio de usu organi Aristotelici in disciplinis omnibus, in-8° : livre aujourd'hui inutile.
NELÉE, (Mythol.) fils de Neptune et de la nymphe Tyro, ayant été chassé de la Thessalie par son frère Pélias, alla se réfugier à Lacédémone, où il épousa Chloris, dont il eut 12 enfants. Hercule le massacra avec eux à l'exception de Nestor, pour lui avoir refusé le passage en allant en Espagne. Voyez MELAMPUS et MEDON.
NELLER, (George-Christophe) chanoine de Saint-Siméon à Trèves, conseiller intime du prince-électeur, docteur en droit, étoit né à Auba Ganerbial dans la Franconie, le 23 novembre 1709, et mourut à Trèves le 31 octobre 1783. Il excelloit dans la connoissance des monumens antiques et des médailles dont il avoit une belle collection, et s'est fait un nom distingué par une multitude de dissertations savantes qu'il a données au public. I. Dissertatio de Decretis Basileensibus. II. De Primatu Sanctæ Ecclesiæ Trevirensis. III. Hermenia inauguralis in magni Balduini Trevirensis documentum anecdotum. Il soutient, dans ces deux dissertations, que la primatie d'Allemagne appartient à l'église de Trèves. IV. De Germinad ideā et signis parochialitatis primitivæ ejusque principio, incorporatione, ex chartis Trevirensibus confecta, 1752. V. De Juribus parochi primitivi, 1752. VI. De Sacro electionis processu, 1756. VII. Dissertatio de varietate residentiarum canonicalium, 1759. VIII. De Statu resignation ad favorem apud Germanos, 1765. IX. Exercitium juridicum historico-chronologicum de Sancto Henrico imperatore, Bambergensis episcopatus fundatore, 1771, qui fut suivi de deux Apologies en 1772 et 1773. X. Collectio methodica sanctorum Canonum. XI. Plusieurs Dissertations sur les monnoies : De solido ficto, 1759; De solido speciei argenteæ, 1759; De monetā rotata, 1760; De Gtosso Turonensi et Trevirensi, 1760, etc. On trouve une de ses dissertations sur Jean XII; pape, à l'Index de Rome, 25 mai 1767. On ne peut pas se dissimuler que cet homme savant n'ait eu trop d'affection pour quelques idées systématiques et paradoxales.
NELSON, (Robert) gentil-homme de Londres, voyagea beaucoup et se fit estimer par sa probité et par son mérite. On a de lui en anglois, plusieurs ouvrages de piété. Il vivoit dans le 17e siècle. Voyez l'art. BULL.
NEMBROD, fils de Chus, petit-fils de Cham, commença le premier à usurper la puissance souveraine sur les autres hommes. L'Écriture dit de lui que c'étoit un puissant chasseur ; c'est-à-dire qu'il fut le plus hardi, le plus adroit et le plus infatigable de tous les hommes dans ce dangereux exercice. Il s'adonna d'abord à la chasse des bêtes farouches, avec une troupe de jeunes gens fort hardis, qu'il endurcit au travail, et qu'il accoutuma à manier les armes avec adresse. La Tour de Babel, à l'entreprise de laquelle il avoit sans doute contribué, lui servit de citadelle. Il environna ce lieu de murailles, et en fit une ville appelée Babylone, qui fut le siège de son empire. A mesure qu'il étendoit ses conquêtes, il bâtit d'autres villes, dont la plus considérable fut Ninive sur le Tigre. Son règne fut de 65 ans. Il fut plus doux que son ambition ne sembloit le promettre. Ses sujets lui élevèrent des autels après sa mort.
NÉMÉE. (Mythol.) fille de Jupiter et de la Lune, donna son nom à une contrée de l'Élide, où il y avoit une vaste forêt, fameuse par le terrible lion qu'Hercule étouffa en faveur de Molorchus. On y célébroit des jeux en l'honneur de ce demi-Dieu. I. NÉMÉSIEN, (Saint) et ses collègues, évêques, confesseurs et martyrs en Afrique durant la persécution de Valérien, l'an 257 de Jésus-Christ. St. Cyprien fait un grand éloge des vertus et de la constance de ces illustres martyrs.
II. NÉMÉSIEN, mauvais poète Latin dans le 3e siècle, dont il nous reste deux fragments d'un Poème intitulé : Ixecutique, ou De la Chasse à la glu, dans les Poëtæ rei Venaticæ, Leyde, 1728, in-4°; et dans Poëtæ Latini minores, Leyde, 1731, 2 vol. in-4°.
III. NÉMÉSIEN, (Aurelius-Olympius-Nemesianus) poète Latin natif de Carthage, vivoit vers l'an 281, sous l'empire de Numérien, qui voulut bien entrer en concurrence avec lui pour le prix de la poésie. On ne sait rien de particulier sur sa vie, sinon qu'il avoit les qualités du cœur jointes à celles de l'esprit. On croit qu'il périt dans les proscriptions qui ensanglantèrent le commencement du règne de Dioclétien. Il nous reste de lui des fragments d'un Poème intitulé, Cynegetica, sive De Venatione, adressé à Carin et à Numérien, après la mort de leur père Carus. Ce poème dont il ne reste que le commencement et environ 330 vers, étoit resté inconnu pendant douze siècles. Sannasar dans son voyage en France, le découvrit manuscrit à Tours et l'emporta en Italie. Il parut bientôt imprimé à Venise par Pierre Manuce, fils du célèbre Alde Manuce. Il est plus connu par quatre Eglogues, qui ne sont pas sans mérite. Le dessein en est assez régulier, les idées fines, et les vers ne manquent ni de tour ni d'élégance. Du temps de Charlemagne, elles étoient au nombre des ouvrages classiques. Nous en avons une traduction en françois par Mairault, dont la fidélité, l'exactitude, la précision et l'élégance ont mérité les éloges des gens de goût. Elle parut en 1744, in-12, enrichie de notes qui offrent de la mythologie, des traits d'histoire, une érudition variée, et beaucoup de critique. Depuis la traduction de Mairault, il en a paru une autre à Paris, l'an huit, par M. Latour, traducteur de Claudien. Celle-ci ne fera pas oublier la première. Les écrits de Némésien ont été imprimés avec ceux de Calpurnius et de Gratius, dans les Poëtæ rei Venaticæ, Leyde, 1731, 2 vol. in-4°. Les autres éditions de Némésien et de Gratius, sont d'Angsbourg en 1534, in-8°; de Venise, la même année; de Lyon chez les Gryphe, en 1527 et 1573; de Hanau en 1613; de Leipzig, en 1659; de Londres, en 1629, chez Johnson, etc. Ces deux poètes se trouvent encore dans les collections de Seyerabondius en 1582, de Pithou en 1590, de Vittius en 1645, de Maitta-re en 1713, et de Burmann en 1731.
NÉMÉSIS, ou ADRASTÉE, (Mythol.) Déesse de la Vengeance, fille de Jupiter et de la Nécessité, châtioit les méchans et ceux qui abusoient des présents de la Fortune. On la représentoit toujours avec des ailes, armée de flambeaux et de serpens, et avant sur sa tête une couronne rehaussée d'une corne de cerf. Elle avoit à Rome un Temple sur le Capitole, et un autre fort célèbre à Rhamnus, d'où lui vint le nom de Rhamnusie.
NÉMÉSIUS, philosophe Chrétien, évêque d'Emèse, lieu de sa naissance dans la Phénicie, vivoit sur la fin du IVe siècle, ou au commencement du v.ᵉ Il nous reste de lui un livre De la nature de l'Homme, qui se trouve en grec et en latin dans la Bibliothèque des Pères... Némésius y combat avec force la fatalité des Stoïciens et les erreurs des Manichéens; mais il y soutient l'opinion de la préexistence des ames. On lui attribue (dans l'édition de son livre, faite à Oxford, 1671, in-80.) des découvertes considérables sur la qualité et l'usage de la bile. On y dit même qu'il connoissoit la circulation du sang. Ses mœurs honorèrent la philosophie et la religion.
NÉMORARIUS, (Jourdan) mathématicien du XIIIᵉ siècle. On a de lui: I. Une Arithmétique en dix livres, commentée par Jacques le Febvre d'Etaples, et publiée à Paris en 1496. II. De Ponderibus Propositiones XIII, Nuremberg, 1533. I. NEMOURS, (Jacques d'ARMAGNAC, duc de) petit-fils de Bernard d'Armagnac, connétable de France, commença à servir dans un temps où le royaume étoit déchiré par les factions. Son caractère inquiet et remuant ne lui permit pas de rester tranquille au milieu de ces orages. Malgré ses sermens réitérés d'être fidelle au roi, il se laissa entraîner dans les conjurations que le duc de Guienne et le comte d'Armagnac formèrent contre Louis XI; le premier ayant péri par le poison, et l'autre ayant été massacré, il n'en devint pas plus sage. Les ducs de Bretagne et de Bourgogne, qui cherchoient à perpétuer les troubles de l'état, en appelant les Anglois en France, l'engagèrent dans leur parti. Louis, instruit de la trame de Nemours, donna ordre de le saisir. Il fut arrêté à Carlat, amené à Paris et renfermé à la Bastille. Ni sa haute naissance, ni son alliance avec le roi, dont il étoit proche parent par sa femme, ne purent le soustraire au châtiment qu'il méritoit. Condamné comme criminel de lèse-majesté par le parlement, il eut la tête tranchée le 4 août 1477. Le roi, par un raffinement de cruauté, fit placer les malheureux enfans de cet infortuné sous l'échafaud, afin que le sang de leur père ruisselât sur leur tête: trait horrible, et plus digne d'un chef de Cannibales, que du roi d'un peuple policé, et sur tout d'un monarque Fran- çois. Aucun de ses enfans ne laissa de postérité.
IL NEMOURS, (Jacques DE SAVOIE, duc de) fils de Philippe de Savoie, duc de Nemours, et de Charlotte d'Orléans Longueville, né à l'abbaye de Vauluisant en Champagne l'an 1531, signala son courage sous Henri II. Après avoir servi avec éclat en Piémont et en Italie, il fut fait colonel général de la cavalerie. Il réduisit le Dauphiné, défit par deux fois le baron des Adrets, le ramena dans le parti du roi, contribua à sauver Charles IX à Meaux où les rebelles étoient près de l'investir, se trouva à la bataille de Saint-Denis, s'opposa au duc de Deux-Ponts en 1569, et mourut à Anneci en 1585. Ce prince étoit aussi recommandable par les qualités du cœur et par sa générosité, que par son esprit et son savoir. Il parloit diverses langues, écrivoit dans la sienne avec beaucoup de facilité en vers et en prose, et joignoit à tous ces avantages les agrémens de la figure. Il avoit de Françoise de Rohan de la Garnache, (Voyez GARNACHE) un fils qui fut déclaré illégitime par arrêt du parlement en 1566. Il se maria depuis à Anne d'Est veuve de François duc de Guise tué devant Orléans, et qui en eut plusieurs enfans. Cette princesse n'en donna pas moins au duc de Nemours, dont la postérité masculine s'est étente dans Henri duc de Nemours, mort en 1659. La veuve de Jacques de Nemours, figura dans la ligue sous le nom de Duchesse de Nemours; et comme elle étoit bossue, sa figure et son enthousiasme fournirent des sujets de plaisanterie aux Roya- listes. Elle mourut à Paris en 1607, à 76 ans.
III. NEMOURS, Voy. GASTON duc de... n.º II.
IV. NEMOURS, (Henri DE SAVOIE, duc de) prit ce titre après la mort de Charles-Imédée son frère aîné, tué en duel l'an 1632 par le duc de Beaufort, dont il avoit épousé la sœur Elizabeth de Vendosse. Il fut attaché au parti des Princes pendant la guerre de la Fronde, et la jalousie du commandement le brouilla avec le duc de Beaufort. Il laissa deux filles : l'une, mariée au duc de Savoie, et l'autre, qui épousa successivement les rois de Portugal, Alfonse et Pierre... Le duc Henri n'eut point d'enfans, et mourut l'an 1659. Sa veuve, Marie d'Orléans - Longueville, lui survécut long-temps : elle est l'objet de l'article suivant. V. NEMOURS, (Marie D'ORLÉANS) fille du duc de Longueville, duchesse de Nemours par son mariage avec Henri de Savoie, et souveraine de Neuchâtel en Suisse, née en 1625, et morte en 1707, à 82 ans, a laissé des Mémoires écrits avec fidélité et d'un style très-léger. Elle y fait des portraits pleins de l'ines, de vérité et d'esprit, des principaux auteurs des troubles de la Fronde, dont elle décrit l'histoire. Il y a plusieurs particularités intéressantes sur ces temps orageux. Ces Mémoires ont été imprimés à Paris séparément, in-12. On les a joints ensuite à ceux de Joly, dans une édition d'Amsterdam.
NEMOURS, (la duchesse de) Voyez la fin de NEMOURS, n.º II.
**NENIE**, Déesse des funérailles. On donnoit aussi ce nom aux chants funèbres, dont on attribue l'invention à *Linus*. Comme ces chants étoient ordinairement vides de sens, on en prit occasion d'appeler *Neniæ* les mauvais vers et les chansons vaines et puériles.
**NEOBULE**, fille de *Lycondre*, citoyen de Thèbes; son père l'avoit promise au poète *Archiloque*, auquel il nunqua de parole. Le poète indigné de cette perfidie, fit contre lui des vers jambes si piquans, qu'il se pendit de désespoir.
**NÉOPTOLEME**, *Voy. PYR-RRUS*, n.º I.
**NEPER**, (Jean) gentilhomme Écossois, et baron de Merchiston, se rendit très-habile dans les mathématiques, et inventa les Logarithmes. On a de lui divers ouvrages estimés, parmi lesquels on distingue : I. *Arithmetica Logarithmica*, 1628, infol.; ouvrage rare et important. II. *Logarithmorum descriptio*, in-4.º Il vivoit au commencement du dix-septième siècle.
**NEPHTHALI**, sixième fils de *Jacob*, qu'il eut de *Bala*, servante de *Rachel*. Nous ne savons aucune particularité sur la vie de *Nephthali* : il eut quatre fils, *Jaziel*, *Guni*, *Jezer* et *Sallem*, et mourut en Egypte âgé de 132 ans. La bénédiction que *Jacob* lui donna en mourant, est diversement interprétée ; mais il semble que l'explication la plus naturelle, est celle qui rend les termes de l'original de cette manière : *Nephthali est comme un tronc d'arbre qui pousse des branches nouvelles, et dont les re-* *jetons sont beaux*. Les versions grecques, chaldéennes et arabes, sont conformes à cette interprétation, qui d'ailleurs est justifiée par l'Histoire. Car aucune tribu ne multiplia aussi prodigieusement que celle de *Nephthali*, qui n'avoit que quatre fils lorsqu'il entra en Egypte, lesquels, en moins de deux cent vingt ans, produisèrent environ 53000 hommes portant les armes.
**NEPOMUCÈNE**, ou de
**NEPOMUCK**, (Saint-Jean) chanoine de Prague, confesseur et martyr, naquit à Nepomuck en Bohème vers 1320. Il entra dans l'état ecclésiastique, et il auroit pu en obtenir les plus hautes dignités, si la grande idée qu'il avoit de l'épiscopat ne lui eût fait refuser jusqu'à trois évêchés. Il accepta seulement la place de confesseur de la reine *Jeanne*, femme de *Wenceslas*. Des courtisans accusèrent cette princesse d'avoir un commerce illégitime avec un seigneur de la cour. *Wenceslas*, trop crédule, fit venir *Nepomucène*, et voulut l'obliger de révéler la confession de la reine. Le refus l'irrita ; il fit jeter le Saint dans une prison, avec des entraves aux pieds. *Wenceslas* revenu à lui-même, rendit le Saint à ses fonctions ; mais sa fureur s'étant ranimée, et n'ayant pu arracher les secrets inviolables de *Nepomucène*, il le fit jeter dans la Moldaw l'an 1383. Ce Saint avoit été honoré comme martyr en Bohème, depuis sa mort : mais pour rendre son culte plus authentique et plus universel, l'empereur *Charles VI* sollicita sa canonisation, et l'obtint l'an 1729. On a institué une *Confrérie* sous son nom, pour de- 14 N E P mander le bon usage de la langue. On le regarde comme le patron de la réputation et de l'honneur, et on réclame son intercession contre les calomniateurs et les détracteurs. Sa Vie a été écrite en latin par le Père Balbin Jésuite, et publiée avec des remarques par le Père Papebroch. Le Père de Marne, Jésuite, l'a publiée en françois. I. NEPOS. (Cornelius) historien Latin, natif d'Hostilie près de Verne, florissoit du temps de l'empereur Auguste. Il étoit ami de Cicéron et d'Atticus, qui chérissoient en lui un esprit délicat et un caractère enjoué. De tous les ouvrages dont il avoit enrichi la littérature, il ne nous reste que le premier livre de ses VIs des plus illustres Capitaines Grecs et Romains, et quelque chose du second. On les a longtemps attribués à Amilius Probus, qui les publia, dit-on, sous son nom, pour s'insinuer dans les bonnes graces de Théodose. Cet ouvrage est écrit avec la précision et l'élégance qui faisoient le caractère des écrivains du siècle d'Auguste. L'auteur sème de fleurs ses récits, mais sans profusion. Il sait donner aux plus simples un coloris agréable. Tout y est rangé dans un ordre clair et net. Les réflexions n'y sont pas prodiguées; mais celles qu'on y trouve sont vives, brillantes, neuves, et respirent la vertu. Sa Vie d'Atticus est l'une des plus intéressantes; mais il altère la vérité en faveur de l'amitié, lorsqu'il avance qu'il ne mettoit point d'argent à intérêt; qu'il n'étoit jamais entré dans aucune intrigue; qu'il avoit toujours eu pour Cicéron une amitié cons- tante et fidelle, etc. etc. Nous avons une traduction prolixe et froide de Cornelius Nepos, par le P. le Gras de l'Oratoire, qui l'a enrichie de notes utiles; et une autre par M. l'abbé Paul, publiée en 1781, in-12. Les meilleures éditions de cet historien sont: I. Celle ad usum Delphini, à Paris, Léonard, 1674, in-4°, donnée par Courtin. II. Celle de Cuick, in-8°, 1542, à Utrecht. III. Celle dite Variorum, in-8°, Leyde, 1734. Couteletier en a publié une édition en 1745, in-12. Elle est décorée des têtes des capitaines, gravées d'après les médailles et les anciens monumens. M. Philippe la dirigea.
II. NEPOS. (Flavius-Julius) né dans la Dalmatie, du général Népotien et d'une sœur du patrice Marcellin, étoit digne de régner. L'empereur Léon I, qui lui avoit fait éponser une nièce de sa femme, le nomma empereur d'Occident en 474, à la place de Glicère: (Voyez ce mot.) Il marcha à Rome avec une armée, et s'assura le sceptre par sa valeur. Euric, roi des Visigoths, lui ayant déclaré la guerre, il lui céda l'Auvergne en 475, pour conclure la paix, et pour laisser respirer ses peuples accablés par une longue suite de guerres et de malheurs. La révolte du général Oreste troubla cette paix. Ce tyran obligea Nepos de quitter Ravenne, où il avoit établi le siège de son empire. Il se retira dans une de ses maisons près de Salone en Dalmatie; et après y avoir langui près de quatre ans, il y fut assassiné en 480 par deux courtisans, que Glycère avoit, dit-on, su- bornés. Julius Nepos avoit de la vertu, de l'humanité, et il auroit pu rétablir l'empire d'Occident; mais la providence avoit décidé sa destruction, et elle étoit prochaine.
NÉPOTIEN, (Flavius-Popilius-Nepotianus) fils d'Eutropie sœur de l'empereur Constantin, prétendit à l'empire après la mort de l'empereur Constant son cousin. Il se fit couronner à Rome le 3 juin 350, dans le temps que Magnence usurpoit la puissance impériale dans les Gaules. Nepotien ne porta le sceptre qu'environ un mois. Anicet, préfet du prétoire de Magnence, lui ota le trône et la vie. Sa mère, et tous ceux qui avoient favorisé son parti, furent mis à mort. Nepotien n'avoit pas reçu de la nature un génie propre à seconder son ambition. Il étoit d'ailleurs cruel et inhumain; et, au lieu de gagner le cœur des Romains par des bienfaits, il les irrita par des proscriptions et des meurtres.
NEPTUNE, (Mythol.) fils de Saturne et de Rhée. Lorsqu'il partagca avec ses frères, Jupiter et Pluton, la succession de Saturne qui avoit été chassé du ciel, l'empire des eaux lui échut, et il fut nommé le Dieu de la mer. Rhée l'avoit sauvé de la fureur de son père, comme elle en avoit garanti Jupiter, et l'avoit donné à des bergers pour l'élever. Neptune épousa Amphitrite, eut plusieurs concubines, et fut chassé du ciel avec Apollon, pour avoir voulu conspirer contre Jupiter. Ils allèrent ensemble aider Laomedon à relever les murailles de Troye; et il punit ce roi pour lui avoir refusé son salaire, en suscitant un monstre marin qui désoloit tout le rivage. Il fit sortir des entrailles de la terre le premier cheval, l'occasion de sa querelle avec Pallas, pour savoir à qui il appartiendroit de donner un nom à la ville d'Athènes: c'est pour cela qu'on lui donnoit le soin des chevaux et des chars, et que ses fêtes se célébroient par des jeux équestres. Il exerçoit un empire souverain sur toutes les mers, et présidoit à tous les combats qui se livroient dans l'étendue de ses domaines. On le représente ordinairement sur un char en forme de coquille, traîné par des chevaux marins, tenant à sa main un trident. Neptune a en plusieurs surnoms. Il étoit honoré à Athènes, sous le nom d'Asphalée, parce qu'il procuroit la sureté à ceux qui étoient sur mer. On l'appeloit Confus, à cause des bons avis qu'il donnoit; Equestre ou Hippius, parce qu'il fut le premier qui trouva l'art de dompter les chevaux; Natalitius, parce qu'il présidoit, dit-on, à la naissance des hommes; second Jupiter, à cause du rang qu'il tenoit parmi les Dieux; enfin les Philistins l'honoroient sous le nom de Dagon.
NEPVEU, (François) né à Saint-Malo en 1639, embrassa l'institut des Jésuites en 1654. Il professa les humanités et la rhétorique durant six ans, et la philosophie l'espace de huit. Il étoit à la tête du collège de Rennes, lorsqu'il mourut; mais on ne dit point en quelle année. Tous les ouvrages du P. Nepveu ont la piété pour objet: et l'auteur y joint la pureté du style à la solidité de la morale. Tels sont: I. De la connaissance et de l'amour de Notre-Seigneur 16 NÉR Jésus-CHRIST, à Nantes, 1681, in-12; réimprimé plusieurs fois. II. Méthode d'Oraison, in-12, Paris, 1691 et 1698. Le Père Ségneri a traduit cet ouvrage en italien. III. Exercices intérieurs pour honorer les Mystères de Notre-Seigneur Jésus-CHRIST, Paris, 1691, in-12. IV. Retraite selon l'esprit et la méthode de St. Ignace, Paris, 1687, in-12; et encore en 1716. Cet ouvrage a été traduit en latin, et imprimé à Ingolstadt en 1707, in-8. V. La Manière de se préparer à la Mort, Paris, 1693, in-12; en italien, Venise, 1715, in-12. VI. Pensées et Réflexions Chrétiennes pour tous les jours de l'année, Paris, 1699, in-12, 4 vol. Cet ouvrage a été traduit en latin, à Munich, 1709, in-12, 4 tomes; et en italien, à Venise, 1715, in-12, aussi 4 tomes. VIII. L'Esprit du Christianisme, ou la Conformité du Chrétien avec Jésus-CHRIST, Paris, 1700, in-12.
NÉRÉE, (Mythol) Nereus, Dieu marin, fils de l'Océan et de Tétys, épousa sa sœur Doris, dont il eut cinquante filles appelées Néréides ou Nymphes de la Mer. — Il ne faut pas confondre ce Dieu avec la Nymphe NÉRÉE, (Neara) que le Soleil aima et dont il eut deux filles. I. NÉRI, (S. PHILIPPE de) fondateur de la congrégation des Prêtres de l'Oratoire en Italie, naquit à Florence le 23 juillet 1515, d'une famille noble. Elevé dans la piété et dans les lettres, il se distingua bientôt par sa science et par sa vertu. A l'âge de 19 ans, il alla à Rome, où il orna son esprit, servit les malades, et donna des exemples de mortification et d'humilité. Philippe, élevé au sacerdoce à l'âge de 36 ans, fonda en 1550 une célèbre Confrérie dans l'Église de Saint-Sauveur del Campo, pour le soulagement des pauvres étrangers, des pèlerins, des convalescens qui n'avoient point de retraite. Cette confrérie fut comme le berceau de la congrégation de l'Oratoire. Le saint instituteur ayant gagné à Dieu Salvati frère du cardinal du même nom, Tarugio depuis cardinal, le célèbre Baronius, et plusieurs autres excellens sujets, ils commencèrent à former un corps en 1564. Les exercices spirituels avoient été transférés, en 1558, dans l'église de Saint-Jérôme de la Charité, que Philippe ne quitta qu'en 1574, pour aller demeurer à Saint-Jean des Florentins. Le pape Grégoire XIII approuva sa congrégation l'année d'après. Le père de cette nouvelle milice détacha quelques-uns de ses enfants, qui répandirent son ordre dans toute l'Italie. On ne doit pas être surpris qu'il eut beaucoup de succès : on ne fait point de vœux dans cette congrégation ; on n'y est uni que par le lien de la charité ; le général n'y gouverne que trois ans, et ses ordres ne sont ni d'un tyran, ni d'un despote. Le saint fondateur mourut à Rome la nuit du 25 au 26 mai 1595, à 80 ans. Il s'étoit démis du généralat trois ans auparavant en faveur de Baronius, qui travaillait par son conseil aux Annales ecclésiastiques. Les Constitutions qu'il avoit laissées à sa congrégation, ne furent imprimées qu'en 1612. L'emploi principal qu'il donne à ses prêtres, est de faire tous les jours dans dans leur Oratoire ou Eglise, des instructions à la portée de leurs auditeurs : emploi vraiment apostolique, et dont les disciples de Néri s'acquittent avec succès. Ils rabaissent leur esprit, pour élever à Dieu l'ame des simples. Philippe fut canonisé en 1622, par Grégoire XV.
II. NÉRI, (Pompée) né à Florence en 1707, d'un père jurisconsulte éclairé, étudia la philosophie et les lois dans l'université de Pise. Il obtint bientôt une chaire de Droit public dans cette université. Lors de l'extinction de la maison de Médicis, la Toscane ayant passé à François duc de Lorraine, il fut choisi pour un des secrétaires du conseil, et il occupa cet emploi jusqu'en 1749, qu'il fut nommé par l'impératrice Marie-Thérèse, président de la Junte des impôts de la Lombardie Autrichienne à Milan. L'impératrice ayant formé avec le roi de Sardaigne, le projet d'un règlement sur les monnoies, Néri fut mis à la tête de la commission qu'on établit pour cet objet. Rappelé dans sa patrie en 1758, par le Grand-duc Léopold, il y fonda l'académie de Botanique, dont il forma le plan et dicta les statuts. Il est mort à Florence le 14 septembre 1776, laissant une bibliothèque qu'on regardoit comme une des plus riches de l'Europe pour la partie de la jurisprudence. Ses ouvrages sont : I. Discours sur la compilation d'un nouveau code de lois municipales pour la Toscane. II. Observations sur l'état ancien et actuel de la Noblesse de Toscane. III. Description de l'état où se trouve le système universel d'im- positions dans le duché de Milan. Il opéra dans cette partie des changements avantageux, et prévint les désordres qui accompagnent d'ordinaire les réformes subites. IV. Observations sur le prix légal des Monnoies et la difficulté de le fixer et de le soutenir. — Il y a eu un savant du nom de NÉRI, (Antoine) dont nous avons un livre curieux imprimé à Florence, 1612, in-4°, sous ce titre : *Dell' Arte verreria*, lib. VII; (Voyez KUNCKEL,) et un Dominicain nommé Thomas NÉRI, qui consacra sa plume à défendre le fameux Savonarole, son confrère.
NÉRICAULT DESTOUCHES, Voyez ce dernier mot. I. NÉRON, (Domitien) empereur Romain, fils de Céus-Domities-Anoubartus, et d'Agrippine, fille de Germanicus, fut adopté par l'empereur Claude l'an 50 de Jésus-Christ, et lui succéda l'an 54. Les commencements du règne du jeune empereur furent comme la fin de celui d'Auguste. Burchus et Sénèque lui avoient donné une excellente éducation; le premier, en imprimant dans son ame ces qualités fortes et nobles qui produisent les grandes actions; l'autre, en polissant et en ornant son esprit. Les Romains le regardèrent comme un présent du Ciel. Il étoit juste, libéral, affable, poli, complaisant, et son cœur paroissoit sensible à la pitié. Un jour qu'on lui présentoit à signer la sentence d'une personne condamnée à mort : *Je voudrais bien*, dit-il, ne pas savoir écrire. Une modestie aimable relevoit ses qualités. Le sénat l'ayant loué sur la sagesse 18 NÉR de son gouvernement, il répondit : *Attendez à me louer que je l'aie mérité... Néron ne continua pas comme il avoit commencé ; il secoua d'abord le joug d'Agrippine sa mère, et oublia ensuite qu'il lui devoit la naissance et l'empire. Le caractère perfide et violent de cette princesse, fit craindre à Néron qu'elle ne lui ôtait le trône pour le donner à Britannicus, fils de Claude, auquel il appartenoit. Pour dissiper ses craintes, il le fit périr par le poison. (Voyez CORBULON, HÉLIUS et LOCUSTA.) Un crime en amène un autre : Néron, livré à la corruption de son cœur, oublia bientôt jusqu'aux bienséances, tribut que les hommes se doivent réciproquement. Il passoit les nuits dans les rues, dans les cabarets et dans les lieux de débauche, suivi d'une jeunesse effrénée avec laquelle il battoit, voioit et tuiit. Une nuit entre autres, il rencontra, au sortir de la taverne, le sénateur Montanus avec sa femme, à qui il voulut faire violence. Le mari, ne le connoissant point, le frappa avec beaucoup d'emportement et pensa le tuer. Quelques jours après, Montanus ayant appris que c'étoit l'empereur qu'il avoit battu, et s'étant avisé de lui écrire pour lui en faire des excuses, Néron dit : Quoi ! il m'a frappé, et il vit encore ! et sur-le-champ il lui envoya l'ordre de se donner la mort. Son cœur s'accoutumoit peu à peu au meurtre ; enfin il fit massacrer sa mère Agrippine. Pour la faire périr d'une manière qui parût naturelle, il la fit embarquer dans une galère construite de façon que le haut tomboit de lui-même et le fond s'ouvroit en même temps. Ce stratagème ne lui ayant pas réussi, il envoya son affranchi *Anicet* la poignarder à Bayes où elle s'étoit sauvée. (Voyez II. AGRIPPINE.) A peine sa mère eut-elle rendu le dernier soupir, que la nature fit entendre sa voix. Le barbare croyoit toujours voir *Agrippine* teinte de sang, et expirante sous les coups des ministres de ses vengeances. Cependant il tâcha de se justifier auprès du sénat, en imputant toutes sortes de crimes à sa mère. *Il ne lui avoit ôte la vie*, écrivoit-il, que pour sauver la sienne. Le sénat aussi lâche que lui, approuva cette atrocité. Le peuple, non moins corrompu que les magistrats, alla avec eux au devant de lui, lorsqu'il fit son entrée à Rome : on le reçut avec autant de solennité que s'il eût été de retour d'une victoire. *Néron*, se voyant autant d'esclaves que de sujets, ne consulta plus que le dérèglement de son esprit insensé. On vit cet empereur comédien, jouer publiquement sur les théâtres comme un acteur ordinaire. Il croyoit même exceller en cet art. Le chant étoit sur-tout sa grande passion ; il étoit si jaloux de la beauté de sa voix, qui n'étoit pourtant ni belle, ni forte, que, de peur de la diminuer, il se prévoit de manger, et se purgeoit fréquemment. Il paroissoit souvent sur la scène la lyre à la main, suivi de *Burrhus* et de *Sénèque*, qui applaudissoient par complaisance. Lorsqu'il devoit chanter en public, des gardes étoient dispersés d'espace en espace, pour punir ceux qui n'auroient pas été assez sensibles aux charmes de sa voix. Cet empereur histrion disputoit avec ardeur contre les musiciens et les acteurs. Il fit le voyage de la Grèce, pour entrer en lice aux jeux Olympiques. Quelques efforts qu'il fit pour mériter le prix, il ne l'obtint que par faveur, ayant été renversé au milieu de la course. Il ne laissa pas, au retour de ces exploits, de rentrer en triomphe à Rome, sur le char d'*Auguste*, entouré de musiciens et de comédiens de tous les pays du monde. On ne s'attendoit pas qu'il pût rien imaginer au-delà de ce qu'on avoit vu de lui; mais il étoit fait pour commettre des crimes ignorés jusqu'alors. Il s'avisa de s'habiller en femme et de se marier en cérémonie avec l'infame *Pythagore*; et depuis, en secondes noces de la même espèce, avec *Doriphore*, un de ses affranchis. Par un retour à son premier sexe, il devint l'époux d'un jeune homme nommé *Sporus*, qu'il fit mutiler pour lui donner un air de femme. L'extravagant *Néron* revêtit sa singulière épouse des ornemens d'impératrice, et parut ainsi en public avec son eunuque. C'est alors que les plaisans de Rome dirent, *que le monde auroit été heureux, si le père de ce monstre n'eût jamais eu que de pareilles femmes*. Les historiens remarquent que ses inclinations étoient peintes sur sa figure. Il avoit les yeux petits et couverts de graisse, le cou gras, le ventre gros et les jambes minces. Ses cheveux blonds et son visage plutôt délicat que majestueux le faisoient d'abord reconnoître pour un efféminé. Sa férocité l'emportoit encore sur ses infames désordres. *Octavie* sa femme, *Burrhus*, *Sénèque*, *Lucain*, *Pétrone*, *Poppée* sa maîtresse, furent sacrifiés à sa fu- fureur. Ces meurtres furent suivis d'un si grand nombre d'autres, qu'on ne le regarda plus que comme une bête féroce altérée de sang. Ce scélérat se glorifioit d'avoir enchéri sur tous les vices. *Mes prédécesseurs*, disoit-il, *n'ont pas connu comme moi les droits de la puissance absolue... J'aime mieux*, ajoutoit-il, *être haï qu'aimé, parce qu'il ne dépend pas de moi seul d'être aimé, au lieu qu'il ne dépend que de moi seul d'être haï*. Entendant un jour quelqu'un se servir de cette façon de parler proverbiale: *Que le monde brûle quand je serai mort*; il répliqua: *Et moi je dis: Qu'il brûle et que je le voie!* Ce fut alors qu'après un festin aussi extravagant qu'abominable, il fit mettre le feu aux quatre coins de Rome pour se faire une image de l'incendie de Troye. L'embrasement dura neuf jours. Les plus beaux moumens de l'antiquité furent consumés par les flammes. Il y eut dix quartiers de la ville réduits en cendres. Ce spectacle lamentable fut une fête pour lui: il monta sur une tour fort élevée pour en jouir à son aise. Il ne manquoit plus à ce forfait, que de le rejeter sur des innocens. Il accusa les Chrétiens de ce crime, et ils furent dès-lors l'objet de sa cruauté. Il faisoit enduire de cire et d'autres matières combustibles ceux qu'on découvroit, et les faisoit brûler la nuit, disant *que cela serviroit de flambeaux*. Ce ne fut pas seulement par cette persécution que *Néron* chercha à se disculper de l'incendie de Rome, mais encore par le soin qu'il prit de l'embellir. Il fit rebâtir ce qui avoit été brûlé, rendit les rues plus larges et plus droites, agrandit les places, et environna les quartiers de portiques superbes. Un palais magnifique tout brillant d'or et d'argent, de marbre, d'albâtre, de jaspe et de pierres précieuses, s'éleva pour lui avec une magnificence vraiment royale : (*Voyez CELER et ÉPICHARIS.*) N'il fut prodigue pour le dedans et le dehors de cet édifice, il ne le fut pas moins dans tout le reste. Alloit-il à la pêche ? les filets étoient d'or trait et les cordes de soie. Entreprenoit-il un voyage ? Il falloit mille fourgons pour sa garde-robe seule. On ne lui vit jamais deux fois le même habillement. *Suétone* assure qu'au seul enterrement de son siège, il employa toutes les richesses du plus riche usurier de son temps. Ses libéralités envers le peuple Romain surpassèrent toutes celles de ses prédécesseurs. Il répandoit sur lui l'or et l'argent, et jusqu'à des pierres précieuses ; et lorsque ses présens n'étoient pas de nature à être délivrés à l'instant, il faisoit jeter des billets qui en exprimaient la valeur. Cette prodigalité, si avantageuse à la ville de Rome, fut funeste aux provinces. Il se forma plusieurs conspirations contre ses jours : la plus connue est celle de *Pison*, qui fut découverte par un affranchi. Parmi les conjurés qui furent exécutés, étoit un *Subrius Flavius*, tribun. Comme *Néron* lui demandait ce qui avoit pu le porter à oublier le serment militaire, par lequel il s'étoit lié à son empereur ? Il répondit : *Tu m'as forcé de te trahir. Aucun Officier, aucun Soldat ne t'a été plus attaché, tant que tu as mérité d'être aimé ; mon affection s'est changée en haine, de-* *puis que tu es devenu parricide de ta mère et de ta femme, Cocher, Comédien, Incendiaire.* — Un *Sulpicius-Asper*, centurion, interrogé de même par *Néron*, lui répondit avec une égale fermeté : *J'ai conspiré contre toi par amour pour toi-même ; il ne restoit plus d'autre moyen d'arrêter le cours de tes crimes...* (*Voyez LATERANUS.*) La dernière conjuration fut celle de *Galba*, gouverneur de la Gaule Tarragonnoise. Cet homme illustre par sa naissance et par son mérite, désapprouvoit hautement ses vexations. *Néron*, instruit de cette hardiesse, envoie ordre de le faire mourir. *Galba* évite le supplice en se faisant proclamer empereur. Il fut poussé à cette démarche par *Vindex*, qui lui écrivait d'avoir pitié du *Genre Humain*, dont leur détestable Maître étoit le fléau. Bientôt tout l'empire le reconnoit. Le sénat déclare *Néron* ennemi public, et le condamne à être précipité de la roche du Capitole, après avoir été trainé tout au publiquement, et fouetté jusqu'à la mort. Le tyran prévint son supplice et se poignarda, l'an 68 de J. C., dans sa 32$^{e}$ année. Il étoit bien juste qu'un parricide et le plus exécrable monstre que l'enfer eût vomi, fût son propre bourreau. En vain implora-t-il, dans ses derniers instans, quelqu'un qui daignât lui donner la mort, personne ne voulut lui rendre ce dangereux service. *Quoi !* s'écria-t-il dans son désespoir, *est-il possible que je n'aie ni amis pour défendre ma vie, ni ennemis pour me l'être ?* il seroit difficile d'exprimer la joie des Romains lorsqu'ils apprirent sa mort. On arbora publiquement le signal de la liberté, et le peuple se couvrit la tête d'un chapeau, semblable à celui que prenoient les esclaves après leur affranchissement. Le sénat n'y fut pas moins sensible; Néron avoit dessein de l'abolir, après avoir fait mourir tous les sénateurs. Lorsqu'il apprit les premières nouvelles de la rebellion, il forma le projet de faire massacrer tous les gouverneurs des provinces et tous les généraux d'armée, comme ennemis de la République, de faire périr tous les exilés, d'égorger tous les Gaulois qui étoient à Rome, d'abandonner le pillage des Gaules à son armée; d'empoisonner le sénat entier dans un repas; de brûler Rome une seconde fois, et de lâcher en même temps dans les rues les bêtes réservées pour les spectacles, afin d'empêcher le peuple d'éteindre le feu. Ce ne fut par aucun remords, ni par aucun effet de sa raison, qu'il renonça à ses projets insensés et furieux, mais par la seule impossibilité de les exécuter. (Voyez l'article de GALBA son successeur, vers la fin; et II. MACER.) Ce prince si justement détesté pendant sa vie, ne laissa pas d'avoir après sa mort, des partisans zélés qui ornèrent son tombeau de fleurs. D'autres, encore plus hardis, placèrent ses statues en robe prétexte sur la tribune aux harangues, et publièrent des édits de sa part, comme s'il eût été vivant, et qu'il eût dû bientôt reparaître pour se venger de ses ennemis. Son nom étoit cher à une grande partie du peuple et des soldats; plusieurs imposteurs se l'attribuèrent, comme une recommandation capable de les accréditer. Une façon de penser si étrange et si dépravée, venoit de la corruption générale des mœurs. Néron avoit gagné les soldats par ses largesses et par le relâchement de la discipline: il avoit amusé le peuple par des spectacles licencieux auxquels il prenoit part lui-même d'une façon si indécente. Tous les vices trouvoient en lui un protecteur déclaré, et les vicieux le regrettoient. D'ailleurs, ce prince entendoit quelquefois raillerie; et, tout cruel qu'il étoit, il laissoit, par lassitude du crime ou par bizarrerie, échapper quelques traits de clémence. Lorsqu'après le parricide d'Agrippine on eut répandu ces vers-ci: Quis negat Ænæ magnâ de stirpe Néronem? Sustulit hic matrem, sustulit ille patrem. Loin de rechercher les auteurs de cette épigramme et de quelques autres vers satiriques, il empêcha, selon Saetone, qu'on ne punit ceux qui étoient accusés d'y avoir eu part. Les Chrétiens, justes estimateurs de la vertu, n'ont jamais varié sur Néron; ils ont toujours témoigné, pour ses crimes, l'horreur qui leur est due. Ce sentiment si légitime en a même jeté plusieurs dans une erreur innocente. Ce fut une opinion assez commune dans les premiers siècles de l'Église, que Néron vivoit, et qu'il étoit réservé à faire le personnage de l'Antechrist. Il reste de Néron quelques vers qui ne sont remarquables que par l'enflure et un air d'affectation. Il fut le premier des empereurs qui employa des secours étrangers pour les discours qu'il prononçoit en public. Le talent et l'exercice de la 82 NÉR parole avoient été toujours en honneur tant à Rome que dans la Grèce, et dès le temps d'Homère l'édification des princes avoit ces deux grands objets : bien dire et bien faire. Sénèque prétoit sa plume à Néron, et le faisoit parler ou écrire dans un nouveau genre d'éloquence qui n'étoit pas le meilleur.
II. NÉRON, ( le Consul ) Voyez ANNIBAL, et ASDRUBAL, p. II.
III. NÉRON, ( Pierre ) jurisconsulte François, dont nous avons une collection d'Édits. La meilleure édition est celle de Paris, 1720, sous ce titre : Recueil d'Édits et Ordonnances de Pierre Néron et d'Étienne Girard, avec les notes d'Eusèbe de Laurière, 2 vol. in-fol.
NERVA, ( Cocceius ) empereur Romain, succéda à Domitien l'an 96 avant J. C. C'est le premier empereur qui ne fut point Romain ou Italien d'origine ; car, quoiqu'il fût né à Narni, ville d'Ombrie, ses parens étoient originaires de Crète. ( Voyez COCCEUS. ) Son aïeul Marcus Cocceius NERVA, avoit été consul sous Tibère, et avoit eu toujours beaucoup de crédit auprès de cet empereur qui l'emmena avec lui dans l'isle de Caprée, où il se laissa mourir de faim, ne voulant plus être témoin des crimes de ce méchant prince. Son père étoitce savant jurisconsulte, que Vespasien avoit comblé d'honneurs et de bienfaits. Le fils fut digne de lui, par sa sagesse, son affabilité, sa générosité, son activité et sa vigilance. Il sentit que la vraie grandeur des souverains, ainsi que le bonheur des peuples, consistent à savoir unir l'empire d'un seul avec la liberté de tous. Nerva César, dit Tacite, res olim dissociabiles miscuit, principatum et libertatem. Son premier soin fut de rappeler tous les Chrétiens exilés et de leur permettre l'exercice de leur religion. Les Païens qui avoient eu le sort des Chrétiens bannis, revinrent aussi de leur exil. Aussi libéral que juste, il abolit tous les nouveaux impôts ; et ayant épuisé ses revenus par ses largesses, il y remédia par la vente de ses meubles les plus riches. Il voulut qu'on élevât à ses propres dépens les enfans mâles des familles indigentes. Une de ses plus belles lois, fut celle qui défendoit d'abuser du bas âge des Enfaus pour en faire des Eunuques. Sa modestie égaloit son équité. Il ne souffrit pas qu'on élevât aucune statue en son honneur ; et il convertit en monnoie toutes les statues d'or et d'argent que Domitien s'étoit fait ériger, et que le sénat avoit conservées après les avoir abattues. Ses bienfaits s'étendirent à tous ses sujets. Un certain Atticus ayant trouvé dans sa maison un trésor, en informa l'empereur et le pria de lui en assigner l'usage. Nerva lui répondit : Vous pouvez user de ce que vous avez trouvé... Atticus lui marqua par une seconde lettre que le trésor trouvé étoit au-dessus de la fortune d'un particulier. L'empereur lui récrivit en ces termes : Abusez si vous voulez, du gain inopiné que vous avez fait, car il vous appartient. Le fils d'Atticus, connu sous le nom de Tiberius Claudius Atticus Herodes, n'abusa point des richesses de son père ; car il s'en servit pour em- bellir Athènes de superbes édifices... La clémence de *Nerva* donnoit le plus beau relief à toutes ses autres vertus. Il avoit juré solennellement que tant qu'il vivroit, nul sénateur ne seroit mis à mort. Il fut si fidelle à sa parole, qu'au lieu de punir deux d'entreux qui avoient conspiré contre sa vie, il se contenta de leur faire connoître qu'il n'ignoroit rien de leur projet. Il les mena ensuite au théâtre, il les plaça à ses côtés, et leur montrant les épées qu'on lui présentoit suivant la coutume, il leur dit : *Essayez sur moi si elles sont bonnes*. Quelque doux que fût son gouvernement, son règne ne fut pas pourtant exempt de ces complots que la tyrannie fait naître. Les Prétoriens se révoltèrent la seconde année de son empire. Ils allèrent au palais, et forcèrent l'empereur, les armes à la main, à se prêter à tout ce qu'ils voulurent. *Nerva*, trop foible ou trop vieux pour opposer une digue aux rebelles et soutenir seul le poids du trône, adopta *Trajan*. Il mourut l'année d'après, l'an 98 de J. C. Ce prince étoit recommandable par toutes les qualités d'un prince philosophe, et sur-tout par sa modération dans la plus haute fortune ; mais sa douceur eut de malheureux effets. Les gouverneurs des provinces commirent mille injustices, et les petits furent tyrannisés, parce que celui qui étoit à la tête des grands ne savoit pas les réprimer. Aussi *Fronton*, un des principaux seigneurs de Rome, dit un jour publiquement : *C'est un grand malheur, que de vivre sous un prince où tout est défendu ; mais c'en est un plus grand, d'être sous* *celui où tout est permis*. La facilité excessive de *Nerva*, lui fut reprochée ingénieusement par *Junius Mauricus*. Ce grave sénateur, de retour de l'exil auquel *Domitien* l'avoit condamné, étoit à table avec l'empereur, et il voyoit parmi les convives *Veïento*, l'un des instrumens de la tyrannie de *Domitien*. On vint à parler de l'aveugle *Catullus Messalinus* qui ne vivoit plus alors et dont la mémoire étoit en exécration à cause de ses délations odieuses, et des avis sanguinaires qu'il avoit toujours été le premier à ouvrir dans le sénat. Comme chacun en disoit beaucoup de mal, *Nerva* lui-même proposa cette question : *Que pensez-vous qu'il lui fût arrivé, s'il eût vécu jusqu'à ce jour ? — Il souperoit avec nous, répondit Mauricus... Nerva* aimoit les lettres, et récompensoit ceux qui s'y adonnoient... *Néron* l'avoit beaucoup aimé, à cause de son talent pour la poésie, qu'il cultivoit en homme sage, sans trop s'y appliquer.
NERVET, (Michel) médecin, né à Évreux, mort en 1729, à 66 ans, exerça sa profession dans sa patrie avec distinction. L'étude des langues grecque et hébraïque, remplit les momens de loisir que lui laissa le soin des malades. Elle lui facilita les moyens de travailler avec succès dans l'interprétation de l'Écriture — Sainte. Il a laissé un grand nombre de *Notes*, en manuscrit, sur les livres sacrés. On a de lui, quatre *Explication* sur autant de passages du Nouveau Testament, dans les *Mémoires* du P. Desmolen, tom. 3, partie première, pag. 162.
NESLE, Voy. II. MAILLY.
NESLE, ( N...de ) né à Meaux, cultiva d'abord la poésie, et fit beaucoup de vers médiocres. Son Poème du Sansonnet, imitation de Vert-vert, est ce qu'il a fait de plus passable en ce genre : on y trouve quelques détails agréables. Ayant quitté la poésie pour la prose, il donna des ouvrages non moins médiocres que ses vers. Les principaux sont : I. L'Aristippe Moderne, 1738, in-12 ; plein de choses communes, et écrit sans énergie. II. Les Préjugés du Public, 1747, 2 vol. in-12. III. Les Préjugés des anciens et des nouveaux Philosophes sur l'Ame humaine, Paris, 1765, 2 vol. in-12. Cet ouvrage, meilleur que le précédent, est un recueil des plus forts argumens qu'on a opposés aux Matérialistes. IV. Les Préjugés du Public sur l'Honneur, Paris, 1766, 3 vol. in-12. Quoique ce livre, ainsi que ceux du même auteur, soit écrit d'un style foible, et rempli de trivialités, on l'estime, parce que l'honnêteté des mœurs de l'écrivain a passé dans ses ouvrages. Il mourut pauvre à Paris, en 1767, dans un âge avancé, après avoir soutenu l'indigence avec fermeté. C'étoit un véritable philosophe, du moins aux yeux de ceux qui ne font pas consister la philosophie en paroles.
NESMOND, ( Henri de ) d'une famille illustre de l'Angoumois, se distingua de bonne heure par son éloquence. Il fut élevé à l'évêché de Montauban, ensuite à l'archevêché d'Albi, et enfin à celui de Toulouse. L'académie Françoise se l'associa en 1710. Louis XIV faisoit un cas particulier de ce prélat. Un jour qu'il haranguoit ce prince, la mémoire lui manqua : Je suis bien aise, lui dit le roi avec bonté, que vous me donniez le temps de goûter les belles choses que vous me dites. Il mourut en 1727. On a un recueil de ses Discours, Secours, etc., imprimé à Paris, 1754, in-12. Son style est simple, soutenu, énergique; mais il manque souvent de chaleur. — Ce prélat étoit neveu du vertueux François de NESMOND, évêque de Balaux, dont la mémoire est encore en grande vénération dans ce diocèse pour tous les bienfaits qu'il y a répandus, et qui mourut en 1715, doyen des évêques de France. On ne sut qu'après sa mort qu'il faisoit à l'infortuné Jacques II une pension de trente mille livres.
NESSUS, ( Mythol. ) Centaure, fils d'Exion et de la Nue, offrit ses services à Hercule pour porter Déjanire au — de la fleuve Évène. Lorsqu'il l'eut passée, il voulut l'enlever; mais Hercule le tua d'un coup de flèche : le Centaure donna en mourant une chemise teinte de son sang à Déjanire, l'assurant que cette chemise auroit la vertu de rappeler Hercule, lorsqu'il voudroit s'attacher à quelqu'autre maîtresse. Elle étoit imprégnée d'un poison très-subtil, qui fit perdre la vie à ce héros. I. NESTOR, fils de Nélée et de Chloris, étoit roi de Pylos, ville du Péloponnèse près du fleuve Émathe en Arcadie. Après être échappé au malheur de ses frères, qui furent tous tués par Hercule, il fit la guerre fort jeune et du vivant de son père, aux Épécens, peuple du Pélo- ponnèse, appelés dans la suite *Idéens*. Étant aux noces de *Pirithoüs*, il combattit contre les Centaures qui vouloient enlever *Hippodamie*. La vieillesse ne l'empêcha pas de partir pour la guerre de Troye avec les autres princes Grecs auxquels il fut si utile par la sagesse de ses conseils, que *Agamemnon* disoit que s'il ayoit dix *Nestor* dans son armée, il prendroit la ville d'Ilion en peu de temps. Son éloquence étoit si douce et si touchante, qu'*Hombre* dit que le miel couloit de ses lèvres quand il parloit. Il avoit épousé *Eurydice* fille de *Climène*, dont il eut sept fils et une fille, comme l'écrit *Cicéron* à *Atticus*. *L'ombre* dit qu'il vécut 3 siècles.
IL NESTOR, ou LETOPIS NESTEROVA, historien Russe, né en 1056, entra dès l'âge de 17 ans au monastère de Peczerich à Kiow, où il mourut dans un âge avancé. Il a laissé une *Chronique de Russie*, qui va jusqu'à l'an 1115. Elle a été continuée par *Sylvestre* moine à Kiow, et ensuite évêque de Périsslaw, et par d'autres qui sont inconnus. Elle se termine à l'an 1206. Cette *Chronique* a été publiée à Pétersbourg, in-4°, 1767, d'après un manuscrit trouvé à Konigsberg, et qui a été reconnu par les critiques comme le plus fidèle de tous ceux que l'on connoissoit. La simplicité et la naïveté forment le caractère de cette *Chronique* estimée chez les Russes; c'est le plus ancien monument de leur histoire.
NESTORIUS, né à Germanicie dans la Syrie, embrassa la vie monastique près d'Antioche, et se consacra à la prédication. C'étoit le chemin des dignités, et il avoit tous les talens nécessaires pour réussir. Un esprit vif et pénérant, un extérieur plein de modestie, son visage exténué, tout concourut à lui concilier le respect et l'admiration des peuples. Après la mort de *Sisianus*, en 428, *Théodose le Jeune* l'éleva sur le siège de Constantinople. *Nestorius* enflammé par le zèle le plus ardent, tâcha de l'inspirer à ce prince. Il lui dit dans son premier Sermon: *Donner-moi la terre parge d'héritiques, et je vous donnerai le Ciel. Seconde-moi pour exterminer les ennemis de Dieu, et je vous promets un secours efficace contre ceux de votre empire*. Après avoir établi son crédit par des édits rigoureux qu'il obtint de l'empereur contre les Ariens, il crut que le temps étoit venu de donner une nouvelle forme au Christianisme. Un prêtre, nommé *Anastase*, prêcha par son ordre qu'on ne devoit point appeler la Sainte Vierge la *Mère de Dieu*, et *Nestorius* monta bientôt en chaire pour soutenir cette doctrine. Il falloit, selon lui, reconnaître en JÉSUS-CHRIST deux personnes aussi bien que deux natures, le Dieu et l'homme: de façon qu'on ne devoit pas appeler *Marie* mère de Dieu, mais mère du Christ. Cette erreur anéantissoit le mystère de l'Incarnation qui consiste dans l'union des deux natures divine et humaine en la personne du Verbe; d'où résulte l'homme-Dieu, appelé JÉSUS-CHRIST, dont les mérites infinis ont racheté le genre humain. Voici, suivant l'abbé *Plaquet*, quels étoient les sophismes sur lesquels *Nestorius* appuyoit son hérésie. « On ne peut, disoit-il, admettre entre la nature humaine et la nature divine, d'union qui rende la Divinité sujette aux passions et aux foiblesses de l'humanité : et c'est ce qu'il faudroit reconnoître, si le Verbe étoit uni à la nature humaine, de manière qu'il n'y eût en JÉSUS-CHRIST qu'une personne. Il faudroit reconnoître en JÉSUS-CHRIST un Dieu né, un Dieu de trois mois, un Dieu qui devient grand, qui s'instruit. J'avoue, disoit *Nestorius*, qu'il ne faut pas séparer le Verbe du Christ; le Fils de l'Homme de la personne Divine : nous n'avons pas deux Christs, deux Fils, un premier, un second. Cependant les deux natures qui forment ce Fils, sont très-distinguées, et ne peuvent jamais se confondre. L'Écriture distingue expressément ce qui convient au Fils, et ce qui convient au Verbe. Lorsque *St. Paul* parle de Jésus-Christ, il dit : *Dieu a envoyé son Fils, fait d'une Femme*. Lorsque le même apôtre dit que *nous avons été réconciliés à Dieu par la mort de son Fils*, il ne dit pas, par la mort du Verbe. C'est donc parler d'une manière peu conforme à l'Écriture, que de dire que *Marie* est la Mère de Dieu. D'ailleurs, ce langage est un obstacle à la conversion des Païens. Comment combattre les Dieux du Paganisme, en admettant qu'un Dieu meure, qu'il est né, qu'il a souffert ? Pourroit-on, en tenant ce langage, réfuter les Ariens, qui soutiennent que le Verbe est une créature ? L'union ou l'association de la nature divine avec la nature humaine, n'a pas changé la nature divine. La nature divine s'est unie à la nature humaine, comme un homme qui veut en relever un autre, s'unit à lui. Elle est restée ce qu'elle étoit ; elle n'a pas un attribut différent de ceux qu'elle avoit avant son union : elle n'est donc plus susceptible d'aucune nouvelle dénomination, même après son union avec la nature humaine ; et c'est une absurdité d'attribuer au Verbe, ce qui convient à la nature humaine. L'homme auquel le Verbe s'est uni, est donc un temple dans lequel il habite. Il le dirige, il le conduit, il l'anime, et ne fait qu'un avec lui ; voilà la seule union possible entre la nature humaine et la nature divine... *Nestorius* n'oit donc l'union hypostatique, et supposoit en effet deux personnes en J. C. Ainsi le Nestorianisme n'est pas une *logomachie* ou une dispute de mots, comme l'ont pensé quelques savans, vraisemblablement parce qu'ils étoient prévenus contre *St. Cyrille*, ou parce qu'ils ont jugé de la doctrine de *Nestorius* par quelques aveux équivoques qu'il faisoit, et parce qu'ils n'ont pas assez examiné les principes de cet évêque. Il me paroît clair par les Sermons de *Nestorius*, et par ses réponses aux anathèmes de *St. Cyrille*, qu'il n'admettoit qu'une union morale entre le Verbe et la nature humaine. » Les nouveautés de *Nestorius* exciteront une indignation générale. *Eusèbe*, depuis évêque de Dorylée, alors simple avocat, l'interrompit au milieu de son discours. Le peuple se souleva contre *Nestorius*, qui se servit de son crédit pour faire arrêter, emprisonner et fouetter ses principaux adversaires. Ceux-ci s'adressèrent à *St. Cyrille*, patriarche d'Alexandrie, qui décida que le patriarche de Constantinople étoit dans l'erreur. Cette opposition de deux prélats alluma le feu de la discorde. Il se forma deux partis dans Constantinople; et ces deux factions n'oublièrent rien pour rendre réciproquement leur doctrine odieuse. Les ennemis de *Nestorius* l'accusoient de nier indirectement la divinité de J. C., qu'il appeloit seulement *Porte-Dieu*, et qu'il réduisoit à la condition d'un simple homme. Les partisans de *Nestorius* au contraire, représentaient *Saint Cyrille* comme avilissant la Divinité et l'abaissant à toutes les infirmités humaines. Bientôt les deux patriarches informèrent toute l'Église de leurs contestations. *Acace* de Bérée et *Jean* d'Antioche approuvèrent la doctrine de *S. Cyrille*, et condamnèrent celle de *Nestorius*; mais ils conseillèrent, dit l'abbé *Pluquet*, au premier de ne pas relever avec tant de chaleur des expressions peu exactes, et d'appaiser par un sage silence une querelle qui pourroit être funeste. Le pape *Célestin*, auquel les deux adversaires avoient écrit, assembla un concile à Rome en 430, qui approuva *Cyrille* et anathématisa *Nestorius*. Le patriarche d'Alexandrie, fort de l'approbation de Rome, assembla un concile à Alexandrie, dans lequel il lança douze anathèmes contre toutes les propositions hérétiques de *Nestorius*. Celui-ci n'y répondit que par douze autres anathèmes. L'empereur *Théodose* ordonna que l'on convoqueroit un concile général à Ephèse en 431. *Nestorius* fut appelé à cette assemblée, et refusa de s'y trouver, sous prétexte que le concile ne devoit pas commencer avant l'ar- l'arrivée des Orientaux. Les évêques n'eurent point d'égard à ces raisons, et ils le déposèrent après avoir foudroyé ses erreurs. Quelques jours après, *Jean* d'Antioche, arrivé à Ephèse avec ses évêques, prononça aussi sentence de déposition contre *Cyrille*, accusé d'avoir dans ses douze anathèmes renouvelé l'erreur d'*Apollinaire*: (*Voy. JEAN*, n.º XLII.) Ce concile ne mit pas fin aux querelles. Les évêques d'Égypte et ceux d'Orient, après s'être lancé plusieurs excommunications, envoyèrent chacun de leur côté des députés à l'empereur. Les courtisans prirent parti dans cette affaire; ceux-ci pour *Cyrille*, ceux-là pour *Nestorius*. Les uns étoient d'avis que l'empereur déclarât que ce qui avoit été fait de part et d'autre, étoit légitime; les autres disoient qu'il falloit déclarer tout nul, et faire venir des évêques désintéressés pour examiner tout ce qui s'étoit passé à Ephèse. *Théodose* flotta quelque temps entre les deux partis, et se décida enfin à approuver la déposition de *Nestorius* et celle de *St. Cyrille*, persuadé qu'en ce qui regardoit la foi, ils étoient tous d'accord, puisqu'ils recevoient tous le concile de Nicée. Le jugement de *Théodose* ne rétablit pas la paix; les partisans de *Nestorius* et les défenseurs du concile passèrent de la discussion aux insultes, et des insultes aux armes, et l'on vit bientôt une guerre sanglante prête à éclater entre les deux partis. *Théodose*, prince d'un caractère doux, foible et pacifique, fut également irrité contre *Nestorius* et contre *Cyrille*. Il fit venir l'un et l'autre en sa présence et écouta leurs raisons. Il vit alors que ce qu'il avoit pris dans *Nestorius* pour du zèle et pour de la fermeté, n'étoit que l'effet d'une humeur violente et superbe. Il passa de l'estime et de l'amitié, au mépris et à l'aversion. *Qu'on ne me parle plus de Nestorius*, disoit-il; c'est assez qu'il ait fait voir une fois ce qu'il est... (Voyez CARILLE, n° 11, à la fin) Cet hérésiarque devint donc odieux à toute la cour; son nom seul excitoit l'indignation des courtisans, et l'on traitoit de séditieux tous ceux qui osoient agir pour lui. Il en fut informé, et demanda à se retirer dans le monastère où il étoit avant de parvenir au siège de Constantinople. Il en obtint la permission, et partit aussitôt avec une fierté stéique qui ne l'abandonna jamais. Du fond de son monastère, il excita des factions et des cabales. L'empereur, informé de ses intrigues, le relégua l'an 432 dans la Thébaide, où il mourut dans l'opprobre et dans la misère. Sa fin ne fut pas celle de l'hérésie. Elle passa de l'empire Romain en Perse, où elle fit des progrès rapides; de là elle se répandit aux extrémités de l'Asie, et elle y est encore aujourd'hui professée par les Chaldéens ou Nesroriens de Syrie. *Nestorius* avoit composé des *Sermons* et d'autres ouvrages, dont il nous reste des fragmens... *Voyez l'efistoire du Nestorianisme*, par le Père *Boucin*, Jésuite, 1698, in-4°, et l'article II. LIBERT dans ce Dictionnaire.
NETHENUS, (Matthias) théologien de la Religion prétendue-réformée, né en 1616 dans le pays de Juliers, fut quel- que temps ministre à Clèves, puis professeur de théologie à Utrecht en 1646, ensuite parteur et professeur de théologie à Herborn, où il mourut en 1686. On a de lui, divers livres de théologie et de controverse, où il y a plus de vivacité que de raison. Les plus connus sont: le Traité *De interpretatione Scripturae*, Herborn, 1675, in-4°, et celui *De Transsubstantiatione*.
NETCHER, (Gaspard) peintre, né à Prague en 1636, mort à la Haye, en 1684, à 48 ans, étoit fils d'un ingénieur, mort au service du roi de Pologne. Sa mère, qui professoit la religion Catholique, fut obligée de sortir de Prague. Elle se retira avec ses trois enfants dans un château assiégé, où elle vit périr de faim deux de ses fils. Le même sort la menaçoit, elle se sauva une nuit, tenant *Gaspard* entre ses bras, et vint à Arnheim, où un médecin nommé *Tathens*, lui donna du secours et prit soin du jeune *Netcher*. Il le destinoit à sa profession; mais la nature en avoit décidé autrement: il fallut lui donner un maître de dessin. Un vitrier, le seul homme qui sut un peu peindre à Arnheim, lui montra les premiers principes de l'art. Bientôt l'élève surpassa le maître. Il alla à Deventer chez *Terbug*, peintre célèbre et bourgmestre de cette ville, pour se perfectionner. *Netcher* faisoit tout d'après nature, il avoit un talent singulier pour peindre les étoffes et le linge. Des marchands de tableaux occupèrent longtemps son pinceau, achetant à très-bas prix ce qu'ils vendoient fort cher. *Caspard* s'en apperçut et résolut d'aller à Rome : on l'arrêta en chemin ; il se logea à Bordeaux chez un marchand qui avoit une nièce fort aimable ; *Netcher* ne put se défendre de l'aimer et de l'épouser. Il ne songea plus à son voyage et retourna en Hollande. Ce peintre s'appliqua au Portrait : il acquit beaucoup de réputation dans ce genre, et se fit une fortune honnête. Il préféra même son état à une pension considérable que *Charles II*, roi d'Angleterre, lui fit offrir pour l'attirer à son service. *Netcher* a travaillé en petit ; il avoit un goût de dessin assez correct, mais qui tenoit toujours du goût flamand. Sa touche est fine, délicate et moelleuse ; ses couleurs locales sont bonnes. Il avoit aussi une grande intelligence du clair-obscur. Sa coutume étoit de répandre sur ses tableaux un vernis, avant d'y mettre la dernière main ; il ranimoit ensuite les couleurs, les lioit et les fondoit ensemble.
NETTER, (Thomas) théologien de l'ordre des Carmes, plus connu sous le nom de *Thomas Waldensis* ou de *Walden*, village d'Angleterre où il prit naissance, fut employé par ses souverains dans plusieurs affaires importantes. Il parut avec éclat au concile de Constance, où il terrassa les Hussites et les Wicléfites. Il mourut l'an 1430, après avoir été élevé aux premières charges de son ordre. On a de lui, un Traité intitulé : *Doctrinale Antiquitatum Fidei Ecclesiæ Catholicæ* : trois vol. in-folio, à Venise, 1571. Cette édition, qui est rare, est la plus estimée. Il est auteur d'autres ouvrages pleins d'érudition.
NEU, (Jean-Christian) professeur d'histoire, d'éloquence et de poésie à Tubinge, où il mourut en 1720, est auteur de quelques ouvrages historiques dans lesquels on remarque un savoir profond et une critique exacte.
NEUBAUER, (Ernest-Frédéric) théologien Protestant, né à Magdebourg en 1705, fut professeur en antiquités, en langues, puis en théologie à Giessen, où il mourut en 1748, à 43 ans. On a de lui : I. Des *Dissertations académiques*. II. Des *Explications* heureuses de divers textes de l'Écriture-Sainte. III. Des *Sermons*. IV. Des *Recueils* de petits *Traités* des Savans de Hesse. V. Les *Vies* des Professeurs en théologie de Giessen. Ces divers ouvrages lui ont acquis un nom parmi les savans Allemands, par l'érudition qui y règne.
NEUBRIDGE, *Voy. LILLE*. I. NEVERS, (Jean comte de) *Voyez JEAN*, n° LXVII.
II. NEVERS, (Louis de *Gonzague*, duc de Nevers) fils de *Frédéric II*, duc de Mantone, naquit en 1538. Ayant passé de bonne heure en France, il devint duc de Nevers en 1565 par son mariage avec *Henriette* de Clèves, héritière de ce duché. Il servit avec distinction sous *Henri II*, *Charles IX* et *Henri III*. Il obtint le gouvernement de Champagne, et fut le premier chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. Il avoit été blessé à la cuisse en 1567, en combattant contre les Calvinistes. On a prétendu que des propos durs que *Henri IV* lui tint dans le conseil, l'affligèrent tellement que 30 N E V ses blessures se rouvrirent. Il mourut peu de jours après, en octobre 1595, à 56 ans. Si la cause de sa mort est véritable, on peut dire qu'il méritoit un meilleur sort; car s'il eut des emplois considérables en France, il en fut digne par ses talens, ses vertus et ses services. M. Turpin a publié son *Histoire*, Paris, 1790, in-12. Nous avions déjà ses *Mémoires* publiés par *Gomberville*, 1665, deux vol. in-fol. Ils renferment des choses curieuses, et s'étendent depuis 1574 jusqu'en 1595. On y a joint beaucoup de pièces intéressantes, dont quelques-unes vont jusqu'en 1610, année de la mort de Henri IV. Voyez I. GONZAGUE.
III. NEVERS, (Philippe-Julien MAZARIN-MANCINI, duc de) chevalier des ordres du roi, étoit neveu du cardinal *Mazarin*, qui le fit confirmer dans la possession de ses états par le Traité de *Quiérasque* en 1631. Il naquit à Rome, et reçut de la nature beaucoup de goût et de talent pour les belles-lettres; mais ce goût ne parut point dans ses cabales pour la *Phèdre* de *Pradon* contre celle de *Racine*. Mad. des *Houlières*, amie des rimailleurs, fit, au sortir de la première représentation d'un des chefs-d'œuvre de la scène françoise, le fameux Sonnet : Dans un fessent doré, *Phèdre*, tremblante et blême, Dit des vers où d'abord personne n'entend rien, etc. Mais il ne parut point sous son nom. On chercha par-tout à deviner l'auteur de ces vers. Les amis de *Racine* les attribuèrent au duc de *Nevers*, et parodièrent le Sonnet. Dans un Palais doré, *Damon*, jaloux et blême, Fait des vers où jamais personne n'entend rien, etc. C'étoit aussi peu rendre justice à ce duc, dont on a des vers fort agréables, qu'il la rendoit peu lui-même à *Racine* dont il n'estimoit point les ouvrages. Mais, dans une telle chaleur des esprits, pouvoit-on bien apprécier les choses? Un parti ne cherchoit qu'à décrier l'autre, qu'à l'écraser. Les couleurs dont on peignoit le duc dans la *Parodie*, étoient affreuses; mais on y traita sa sœur encore plus indignement : Une sœur vagabonde, aux cries plus noirs que blonds, Va dans toutes les Cours, etc. Il ne douta point que cette atrocité ne vint de *Despréaux* et de *Racine*. Dans son premier transport, il parla de les faire assommer. Tous deux désavouèrent les vers dont le duc les croyoit les auteurs : ils en appréhendèrent les suites terribles. Cette affaire eût pu réellement en avoir, sans le prince de *Condé*, fils du grand *Condé*, qui prit *Racine* et *Despréaux* sous sa protection. Il fit dire au duc de *Nevers*, et même en termes assez durs, qu'il regarderoit comme faites à lui-même, les insultes qu'on s'aviseroit de leur faire. Il fit même offrir aux deux amis l'hôtel de *Condé* pour retraite. Si vous êtes innocens, leur dit-il, venez-y; et si vous êtes coupables, venez-y encore. Cette querelle fut éteinte, lorsqu'on sut que le chevalier de *Nantouillet*, le comte de *Fiesque*, *Manicamp*, et quelques autres seigneurs de distinction, avolent fait dans un repas la parodie du Sonnet. Le duc de Nevers mourut en 1707, après avoir publié plusieurs Pièces de Poésie d'un goût singulier, et qui ne manquent ni d'esprit, ni d'imagination. On connoit ses vers contre Rancé, le réformateur de la Trappe, qui avoit écrit contre l'archevêque Fénélon : Cet Abbé qu'on croyoit pétri de sainteté, Vieilli dans la retraite et dans l'humilité, Orgueilleux de ses croix, bouffi de sa souffrance, Rompt ses sacrés statuts en rompant le silence; Et contre un saint Prélat s'animant aujourd'hui, Du fond de ses déserts déclame contre lui; Et, moins humble de cœur, que fier de sa doctrine, Il ose décider ce que Rome examine. Son esprit et ses talens se sont perfectionnés dans son petit-fils le duc de Nivernois, Voy. NIVERNOIS.
NEVEU, (Guillaume) avocat au présidial de Lyon, a été l'éditeur des Œuvres de Nicolas Boyer, président au parlement de Bourgogne en 1558.
NEUFGERMAIN, (Louis de) poète François, sous le règne de Louis XIII, s'avisa de faire des vers dont les rimes étoient formées de syllabes qui composoient le nom de ceux qu'il prétendoit louer. Voiture tourna en ridicule cette manie pédantesque. Neufgermain voulut lui répondre; mais c'étoit la brebis qui se battoit contre le lion. Cet homme singulier se qualifioit de Poète Hété- roclite de MONSIEUR, frère unique de Sa Majesté. Ses Poésies ont été imprimées en 1630 et 1637, 2 vol. in-4°; mais on ne les trouve plus, si ce n'est peut-être quelques lambeaux pourris chez les épiciers. I. NEUFVILLE, (Nicolas de) seigneur de Villeroy, etc., conseiller et secrétaire d'état, grand trésorier des ordres du roi, étoit d'une famille anoblie au commencement du 16e siècle, et éteinte depuis peu. Il épousa la fille de l'Aubespine, secrétaire d'état, et fut employé par Catherine de Médicis, dans les affaires les plus importantes. Dès l'âge de 18 ans, on le regardoit comme un homme d'un mérite consommé, et il exerça la charge de secrétaire d'état en 1567, à 24 ans, sous Charles IX. C'est en cette qualité qu'il signa le premier pour le roi : (Voy. CHARLES IX, roi de France.) Il continua d'exercer la même charge sous les rois Henri III, Henri IV et Louis XIII, auxquels ils rendit les services les plus distingués. Ce ministre eut cependant beaucoup d'ennemis et de jaloux, qui le firent passer long-temps pour Ligueur, et ligueur qui depuis la paix, avoit encore conservé des liaisons avec l'Espagne. L'Hoste, commis, filleul et créature de Villeroy, fut convaincu de trahir l'état, et d'envoyer à Madrid un double de tout ce qui passoit par ses mains. Il se noya en s'enfuyant. (Voy. III. HOSTE.) Les ennemis de son maître renouvelèrent à cette occasion leurs accusations contre lui; mais les gens désintéressés, qui creusèrent cette affaire, ne crurent point qu'il y eût trempé. Il mourut à Rouen, le 12 no- vembre 1617, à 74 ans, dans le temps qu'on tenoit une assemblée des notables. On a des Mémoires imprimés sous son nom, en 4 vol. ii-12, réimprimés à Trévoux en 7, en y comprenant la continuation. Ils contiennent moins de particularités curieuses et intéressantes, qu'une apologie de sa conduite, et des leçons pour les ministres et pour les peuples. Le style n'en est pas léger, mais le fonds en est judicieux et solide. On y trouve plusieurs Pièces importantes sur les affaires qui se sont traitées depuis 1567 jusqu'en 1604. Ce qui les rend surtout recommandables, c'est l'idée avantageuse qu'ils donnent de Villeroy. Habile politique, ministre appliqué, humain, ennemi de la flatterie et des flatteurs, protecteur des gens de bien et des gens de lettres, ami fidèle, bon père, bon mari, maître généreux, il fut le modèle des bons citoyens. Voici sous quels traits le peignit Henri IV, un jour qu'il s'entretenoit avec ses courtisans, des talens de ses différens ministres : « Villeroy a une grande routine dans les affaires, et une connoissance entière dans celles qui se sont faites de son temps, auxquelles il a été employé dès sa première jeunesse. Il tient un grand ordre dans l'administration de sa charge, et dans la distribution des expéditions qui passent par ses mains. Il a le cœur généreux, n'est nullement adonné à l'avarice, et fait paroître son habileté dans son silence et sa grande retenue à parler en public. Cependant il ne peut souffrir qu'on contredise ses opinions, croyant qu'elles doivent tenir lieu de raison; il les réduit à temporiser, à patienter et à s'attendre aux fautes d'autrui; de quoi je me suis pourtant très-bien trouvé. » (MÉMOIRES de Sally, liv. 26.) Villeroy avoit épousé, comme on a dit, Magdeleine de L'AUBESPINE. Voyez ce dernier mot, n° IV.
II. NEUFVILLE, (Charles de) seigneur de Villeroy, fils du précédent, gouverneur du Lyonnois et ambassadeur à Rome, mourut le 18 janvier 1642, à 70 ans. — Son fils Nicolas fut gouverneur de Louis XIV, en 1645. Ce prince le fit duc de Villeroy, pair et maréchal de France, chef du conseil royal des finances, etc. Ce duc mourut le 28 novembre 1685, à 88 ans, avec la réputation d'un courtisan honnête homme.
III. NEUFVILLE, (François de) fils de ce dernier, duc de Villeroy, pair et maréchal de France, etc., commanda en Lombardie, où il fut fait prisonnier à Crémone, le premier février 1702. Lorsqu'il fut choisi pour aller commander en Italie, toute la cour s'empressa de le complimenter; le maréchal de Duras fut le seul qui lui dit: Je garde mon compliment pour votre retour. Les ennemis le rendirent sans rançon: ce qui nous coûta plus cher, dit Ductos, que si on l'eût payée pour le faire retenir. Au lieu de se borner au métier de courtisan, il alla en Flandre, et eut encore le malheur de perdre la bataille de Ramillies, le 23 mai 1706. La perte étoit égale de part et d'autre, lorsque les troupes Françoises se débandèrent pour fuir plus vite. L'ennemi, averti de ce désordre, détacha sa cavalerie après les fuyards; un grand nombre fut pris, avec l'artillerie, les bagages et les caissons qui se trouvèrent abandonnés. Malheureux à la guerre, il fut plus heureux dans le cabinet. Il devint ministre d'état, chef du conseil des finances, et gouverneur du roi Louis XV, auquel il parla peut-être plus de sa puissance que de ses devoirs à l'égard de son peuple. Il mourut à Paris, le 18 juillet 1730, à 87 ans, regardé comme un général incapable, et un seigneur hautain; mais comme un honnête homme, fidèle à l'amitié, généreux et bienfaisant. (Voy. MONNOYE.) Ces qualités l'avoient rendu le favori de Louis XIV. Dans les orages de la cour, il parla hautement pour ses amis. Lorsque les sceaux furent ôtés au chancelier d'Aguesseau, il s'éleva contre cette injustice, et il dit à d'Armenonville, son successeur: Je ne vous fais point de compliment, persuadé que vous êtes fâché de succéder à un homme comme M. d'Aguesseau.
NEUFVILLE, Voyez QUIEN, n.º II.
NEUHOFF, (Théodore de) gentilhomme Allemand, du comté de la Marck, porta d'abord les armes en France, et ensuite en Espagne, où le cardinal Alberoni lui donna le grade de colonel. Riperda, après la disgrace d'Alberoni lui fit épouser Mlle de Kilmancek, favorite et demoiselle d'honneur de la reine. S'étant saisi des bijoux et de la garde-robe de son épouse, il vint à Paris, se lia avec le fameux Law, qui lui fit une fortune aussi brillante que passagère. Neuhoff, ruiné, se retira en Angleterre, puis en Hollande. Enfin, après avoir voyagé et cherché fortune dans toute l'Europe, il se trouva à Livourne en 1736. Il eut des correspondances avec les mécontents de Corse, et leur offrit ses services. Il s'embarqua pour Tunis, y négocia de leur part, en rapporta des armes, des munitions et de l'argent, entra dans la Corse avec ce secours, et enfin s'y fit proclamer roi. Il fut couronné d'une couronne de laurier, et reconnu dans l'isle où il maintint la guerre. Le sénat de Gênes mit sa tête à prix; mais n'ayant pu le faire assassiner, ni soumettre les rebelles, on eut recours à la France, qui envoya successivement des généraux et des troupes. Théodore fut chassé. Il se retira dans Amsterdam, où ses créanciers le firent mettre en prison. Du fond de cette prison, il promettoit toujours aux Corses qu'il viendroit bientôt les délivrer du joug de Gênes et de l'arbitrage de la France. « En effet, il trouva, dit Voltaire, le secret de tromper des Juifs et des marchands étrangers établis à Amsterdam, comme il avoit trompé Tunis et la Corse. Il leur persuada non seulement de payer ses dettes, mais de charger un vaisseau d'armes, de poudre, de munitions de guerre et de bouche, avec beaucoup de marchandises; leur persuadant qu'ils ferolent seuls le commerce de la Corse, et leur faisant envisager des profits immenses. L'intérêt leur étoit la raison; mais Théodore n' toit pas moins fou qu'eux. Il s'imaginoit qu'en débarquant en Corse des armes, en paroissant avec quelque argent, toute l'isle se ringeroit incontinent sous ses drapeaux, malgré les François et les Ginois. Il ne put aborder; il se sauva à Livourne, et ses créanciers de Hollande furent ruinés. Il se réfugia bientôt en Angleterre; il fut mis en prison pour dettes à Londres, comme il l'avoit été à Amsterdam. Il y resta jusqu'au commencement de l'année 1756. M. Walpole eut la générosité de faire pour lui une souscription, moyennant laquelle il appaisa ses créanciers, et délivra de prison ce prétendu monarque, qui mourut misérablement le 2 décembre de la même année. On grava sur son tombeau : *QUE LA FORTUNE LUI AVOIT DONNÉ UN ROYAUME, ET REFUSÉ DU PAIN.*
NEVISAN, (Jean) jurisconsulte Italien, natif d'Asti, mort en 1540, étudia le droit à Padoue, et l'enseigna ensuite à Turin. Son principal ouvrage est intitulé : *Sylvæ nuptialis libri sex, in quibus materia matrimonii, dolium, filiationis, adulterii, discutitur*, Paris, 1521, in-8°; et Lyon, 1572 : livre curieux, qui souleva contre lui les femmes. Il y débite des plaisanteries, et y étale une érudition assaisonnée de diversités amusantes, mais une érudition mal digérée. Son livre est un vrai fatras, où il a ramassé différentes choses qui n'ont aucune liaison entr'elles, et qui sont noyées dans une infinité de citations. Il avoit tellement la fureur de citer, que, lorsqu'il rapporte un passage de l'Écriture, il ne se contente pas de marquer l'endroit d'où il est pris, il y joint encore les citations de cinq ou six jurisconsultes, qui l'ont allégué. C'étoit la méthode des autres jurisconsultes de son temps. Cette manie servoit à faire connoître leur grande lecture et leur peu de jugement. Au reste, on trouve dans l'ouvrage bien des choses singulières et des pensées originales. Il dit que Dieu ne créa pas la femme en même temps que l'homme; mais qu'il se réserva de la créer avec les autres animaux. Il dit que, dans la révolte des Anges contre Dieu, ceux qui demeurèrent neutres ne furent point précipités dans les enfers; mais que Dieu les envoya dans les corps des femmes pour faire enrager les hommes. Il soutient d'ailleurs des opinions dangereuses, et prétend que la simple fornication n'est pas un péché mortel. Les Dames de Turin, choquées de ses déclamations contre leur sexe, le chassèrent, dit-on, de leur ville à coups de pierres, et ne lui permirent de revenir qu'après une amende honorable qu'il fit à genoux devant elles.
NEUKIRCH, conseiller d'état du margrave d'Anspach, fut un poète agréable, quoique dans sa jeunesse il ait déparé ses poésies par une foule de comparaisons avec les drogues du Levant, que les voyages que l'on faisoit aux Indes rendoient à la mode dans son pays. Ayant été nommé gouverneur du fils du margrave, il crut ne pouvoir mieux s'acquitter de l'éducation de son élève, qu'en traduisant pour lui, le *Télémaque* en vers. Il est mort au milieu du 18$^{e}$ siècle. I. NEUMANN, (Gaspard) théologien Allemand, mourut le 27 janvier 1715, à Breslaw, où il étoit pasteur, et inspecteur des églises et des écoles. On a de lui, I. Une Grammaire hébraïque, sous le titre de *Clavis domus Heber*. II. *De punctis Hebræorum litterariis*. III. *Genesis lingua sanctæ*. Il y a des choses ha- tardées dans cet ouvrage. *Neumann* étoit homme d'une imagination vive, mais bizarre. Il écrivait mieux en allemand qu'en latin. On a encore de lui, d'autres ouvrages.
II. NEUMANN, (Jean-George) né en 1661, fut professeur de poésie et de théologie, et bibliothécaire de l'université de Wirtemberg, où il mourut, le 5 septembre 1709, à 48 ans. On a de lui, des *Dissertations* sur des matières de controverse et de théologie. Elles sont curieuses, mais trop prolixes.
NEURÉ, (Mathurin de) habile mathématicien du 17$^{e}$ siècle, natif de Chinon fut précepteur des enfans de *Champigny*, intendant de justice à Aix, par le crédit du célèbre *Gassendi*, dont il fut toute sa vie un zélé défenseur. Il fut chargé ensuite de l'éducation des princes de *Longueville*, qui l'honorèrent de leur estime et de leurs bienfaits. Ses ouvrages sont: I. Deux *Lettres* en françois, en faveur de *Gassendi*, contre *Morin*, à Paris, chez *Courbé*, 1650, in-4$^{o}$. II. Une autre *Lettre* fort longue en latin, au même philosophe, qu'on trouve dans la dernière édition de ses Œuvres. III. Et un *Ecrit*, aussi en latin, de 61 pag. in-4$^{o}$, sur quelques coutumes ridicules et superstitieuses des Provençaux. *Neuré* cultivoit avec succès les Muses Latines; mais il manquait de goût: l'enflure et le boursouflage sont les principaux défauts de son style.
NEUSTAIN, *Voy.* ALEXANDRINI.
NEWCASTLE, *Voyez* CAVENDISH.
NEUVILLE, (Charles Frey de) Jésuite, né en 1693, dans la diocèse de Contances, d'une famille noble établie en Bretagne, fit retentir les chaires de la cour et de la capitale, de sa voix éloquente, pendant plus de trente années. Ce ne fut qu'en 1736 qu'il prêcha pour la première fois; mais il fit dès-lors une sensation singulière. Après la destruction de sa Société en France, il se retira à Compiegne, où il eut la permission de demeurer, quoiqu'il n'eût pas rempli les conditions que le parlement de Paris exigeoit des Jésuites qui vouloient rester dans son ressort. Mais la supériorité de ses talens, embellis par des vertus, lui avoit mérité à la cour des protectrices puissantes, qui obtinrent de *Louis XV* qu'il pût vivre tranquillement dans la solitude qu'il s'étoit choisie. Les bienfaits du roi et de la famille royale, vinrent le chercher dans sa retraite, et répandirent quelque douceur sur sa vieillesse. Ce bonheur passager fut troublé par le bref du pape *Clément XIV*, qui anéantit les Jésuites. Le P. de *Neuville*, extrêmement sensible, mais toujours soumis au saint Siège, écrivit à ses confrères: « Montrons par notre conduite, que la Société étoit digne d'une autre destinée. Que les discours et les procédés des enfans fassent l'apologie de la mère. Cette manière de la justifier sera la plus éloquente et la plus persuasive. » De tels sentimens prouvent que le chrétien étoit encore supérieur à l'orateur dans le P. de *Neuville*. Il mourut le 13 juillet 1774, dans sa 81$^{e}$ année. Sa conversation étoit aussi brillante que ses discours. Dans l'entretien le plus 36 NEU familier, on retrouvoit cette abondance, cette facilité, cette propriété de termes, qui étonnoient d'autant plus, qu'il n'y mettoit point la recherche que quelques critiques reprochoient à ses sermons. Il fit servir ce talent peu commun de la conversation à ramener les incrédules aux vérités de la foi, et les grands à la pratique de la morale. Obligé de paroître dans le monde le plus distingué, il savoit se faire respecter et respectoit lui-même les égards dus au rang. Le maréchal de Belle-Isle, avec lequel il étoit très-lié, employa quelquefois sa plume pour des affaires secrètes; et comme il eut part à quelques Mémoires où le duc de Choiseul étoit peu ménagé, lorsque le P. de Neuville prononça l'oraison funèbre du Maréchal, on en fit l'éloge devant ce ministre, qui dit : Le Père de Neuville fait de beaux Discours et de méchans Mémoires. Il avoit une sorte de gaieté grave et modeste, mais agréable et piquante. Il parloit bien de tout; mais son attrait particulier étoit pour les réflexions qui inspiroient le désir des devoirs de son état, et la résolution de les remplir. Sa sensibilité lui donnoit une espèce d'empressement pour la consolation des malheureux : il quittoit tout pour eux, et sa douceur insinuante servit plusieurs fois à essuyer leurs larmes... Les Sermons du P. de Neuville ont été publiés en 8 vol. in-12, à Paris, 1776. Quelques-uns de ces discours sont remarquables par la beauté des plans, la vivacité des idées, l'heureuse application de l'Écriture-Sainte, la singulière abondance d'une style pittoresque et original. Il n'a manqué au P. de Neuville, que d'avoir su resserrer son éloquence dans de justes bornes, d'avoir évité les écueils du bel esprit et l'affectation de l'antithèse. Ces défauts, qui se font sentir à la lecture de ses ouvrages, échappoient à l'auditeur, par la volubilité avec laquelle il débitoit. Il est certain qu'il auroit pu supprimer bien des détails, et produire ses pensées sous moins de faces; mais ses détails étoient presque toujours piquans, et ses images en général bien choisies. Le Père de Neuville avoit commencé la revision de ses Sermons avant sa mort; mais il n'osoit pas se presser. Lorsqu'on veut aller vite, disoit-il, il est fâcheux d'avoir plus de goût que d'esprit. D'ailleurs, il sembloit redouter l'impression: il y entroit sans doute de la modestie, mais encore plus de crainte que ce ne fût pour lui une source de tracasseries et de chagrins. On a encore de lui, la Morale du Nouveau Testament, partagée en réflexions pour chaque jour, 1783, 3 vol. in-12. Comme il avoit beaucoup de goût pour l'histoire, il avoit rassemblé trois vol. d'Observations historiques et critiques, où l'on trouvoit une critique saine et des discussions intéressantes. La crainte qu'on ne trouvât dans cet ouvrage toute autre chose que ce qu'il vouloit dire, le détermina à le jeter au feu quelques mois avant sa mort. — Le P. de Neuville avoit un frère aîné, Jésuite comme lui, appelé Pierre-Claude Frey DE NEUVILLE. Les Sermons de celui-ci, au nombre de seize, (Rouen, 1778, 2 vol. in-12) sont moins brillans que ceux de son cadet, mais peut-être plus solides. Il étoit né à Granville, en 1692, et il mourut, en 1773, à Rennes, où il s'étoit retiré, après la destruction de sa compagnie. Il avoit été deux fois provincial, et il avoit le génie de l'administration.
NEUVILLE, *Voyez* NEUFVILLE. — BAILLET. — PONCY. — QUIEN.
NEUVILLE, (Didier-Pierre Chicanau de) né à Nanci en 1720, d'une famille noble, fut successivement garde du roi de Pologne *Stanislas*, avocat, inspecteur de la librairie à Nismes, ecclésiastique, et enfin professeur d'histoire au collège Royal de Toulouse. C'est dans cette ville qu'il mourut, en octobre 1781, aimé pour ses qualités sociales, et estimé pour la variété de ses connoissances. On a de lui, quelques petits ouvrages en vers et en prose. Mais le seul qui soit resté, est une compilation très-connu, parce qu'elle est faite avec choix, et écrite avec soin. C'est le *Dictionnaire Philosophique*, ou *Introduction à la connoissance de l'homme*, 1782, vol. in-8. *Vauvenargues*, *Duclos*, *Truillet*, d'Alembert sont les auteurs dans lesquels le rédacteur a principalement puisé. — NEWTON, (Isaac) né le jour de Noël 1642, d'une famille noble, à Wolstrop, dans la province de Lincoln, s'adonna de bonne heure à la géométrie et aux mathématiques. *Descartes* et *Kepler* furent les auteurs où il en puisa la première connoissance. On prétend qu'il avoit fait à vingt-quatre ans ses grandes découvertes en géométrie, et posé les fondemens de ses deux célèbres ouvrages, les *Principes* et *l'Optique*. Il projetoit dès-lors de donner une nouvelle face à la philosophie. Ce grand génie vit qu'il étoit temps de bannir de la physique les conjectures et les hypothèses, et de soumettre cette science aux expériences et à la géométrie. C'est peut-être dans cette vue qu'il commença par inventer le *Calcul de l'Enjini* et la *Méthode des Suites*. Les usages de ses découvertes, si étendus dans la géométrie, le sont encore davantage pour déterminer les effets compliqués que l'on observe dans la nature, où tout semble s'exécuter par des espèces de progressions infinies. Les expériences de la pesanteur et les observations de *Kepler* fournirent ensuite au philosophe Anglois des conjectures heureuses sur la force qui retient les planètes dans leurs orbites. Il tâcha de distinguer les causes de leurs mouvemens, et de les calculer avec exactitude. Ce fut, en 1687, qu'il découvrit ce qu'il pensoit sur cet objet important. Ses *Principia Mathematica Philosophiae naturalis*, traduits en françois par Mad. du *Châtelet*, ouvrage où la géométrie sert de base à une physique toute nouvelle, parurent cette année en latin, in-4°, et furent réimprimés en 1726. En même temps qu'il travailloit à ce livre, fruit de son esprit pénétrant, il en avoit un autre entre les mains, aussi original et aussi neuf. C'est son *Optique*, ou *Traité de la Lumière et des Couleurs*, qui vit le jour pour la première fois, en 1704, et qui a été traduit en latin par *Clarke*, à Londres, 1719, in-4°, et en françois par *Coste*, à Paris, 1722, in-4°. On n'avoit, avant lui, que des idées confuses de la lumière : il chercha à la faire connoître aux hommes en la décomposant, et en anatomisant ses rayons. Il perfectionna aussi les télescopes, et il en inventa un qui montre les objets par réflexion : invention dont Jacques Gregory pouvoit avoir eu l'idée, mais qu'on attribue communément au philosophe Anglois, parce qu'il exécuta ce que d'autres n'avoient que soupçonné. Il brille dans tous ses ouvrages une haute et fine géométrie, qui lui appartient. L'Allemagne voulut donner la gloire à Leibnitz des découvertes de Newton en ce genre; mais on sait avec quelle chaleur l'Angleterre défendit Newton contre les partisans de LEIBNITZ : (Voy. l'article de celui-ci.) Ce zèle étoit bien juste : Newton étoit la gloire de sa nation; aussi l'honora-t-elle comme elle le devoit. En 1696, le roi Guillaume le créa garde des monnoies. Le philosophe rendit des services importans dans cette charge, à l'occasion de la grande refonte qui se fit alors. Trois ans après il fut maître de la monnoie, emploi d'un revenu très-considerable, qu'il exerça jusqu'à sa mort avec désintéressement et une intégrité peu commune. Tous les savans d'Angleterre le mirent à leur tête, par une espèce d'acclamation unanime : ils le reconnurent pour chef et pour maître. On lui donna, en 1703, la place de président de la Société royale, qu'il conserva jusqu'à sa mort, pendant vingt-trois ans : exemple unique, dont on ne crut pas devoir craindre les conséquences. Son nom parvint jusqu'au trône, et y parvint avec tout son éclat. La reine Anne le fit chevalier en 1705. Il fut plus connu que jamais à la cour sous le roi George. La princesse de Galles, depuis reine d'Angleterre, digne admiratrice de ce grand homme, disoit souvent : qu'Elle se tenoit heureuse de vivre de son temps. Dès que l'académie des Sciences de Paris put choisir des associés étrangers, elle ne manqua pas d'orner sa liste du grand nom de Newton... Depuis que ce réformateur de la philosophie fut employé à la monnoie, il ne s'engagea plus dans aucune entreprise considérable de mathématique ni de physique. Il eut le plaisir touchant pour un bon citoyen, d'être utile à sa patrie dans les affaires d'état, après avoir servi si utilement toute l'Europe dans les connaissances spéculatives. « Ce grand homme, dit Voltaire, n'entendoit jamais prononcé le nom de Dieu sans faire une inclination profonde, qui marquoit et son respect et son admiration pour les œuvres du Créateur. Le même écrivain a dit encore dans un mouvement d'enthousiasme : « C'est le plus grand génie qui ait existé. Quand tous les génies de l'univers seroient arrangés, il conduiroit la hande. » Newton posséda, jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, une santé égale : circonstance essentielle du rare bonheur dont il a joui. Alors il commença d'être incommodé de la pierre, et le mal devenu incurable l'enleva aux sciences, le 20 mars 1727, à 85 ans. Dès que la cour de Londres eut appris sa mort, elle ordonna que son corps, après avoir été exposé sur un lit de parade, comme les personnes du plus haut rang, fût ensuite transporté dans l'abbaye de Westminster. Le poêle du cercueil fut soutenu par le grand chancelier et par trois pairs d'Angleterre. On lui éleva un tombeau magnifique, sur lequel est gravée l'Épitaphe la plus honorable. Elle finit ainsi : *Que les Mortels se félicitent de ce qu'un d'entre eux a fait tant honneur à l'humanité. SIBI GRATULENTUR MORTALES, TALE TANTUMQUE EXSTITISSE HUMANI GENERIS DECUS.* Le célèbre *Pope* lui en fit une en vers anglois, qui commence par ceux-ci : *Nature and nature's laws lay in night.* *God said, NEWTON be; and all was light, etc.* *Dorat* l'a traduite en notre langue : L'épaisse nuit régnoit sur le monde encor brut ; Dieu dit : *Que NEWTON soit...* Soudain le jour parut. Pour second créateur tout l'Univers le nomme. Interrogez le Ciel, la Nature, le Temps : C'est un Dieu, diront-ils, il ne craint rien des ans... Hélas ! ce marbre seul atteste qu'il fut homme. *Newton* avoit la physionomie agréable, l'air noble, l'œil vif et perçant. Il n'eut jamais besoin de lunettes, et ne perdit qu'une seule dent pendant toute sa vie. Il étoit philosophe dans la pratique autant que dans la théorie. Il n'étoit point marié, et n'avoit jamais approché d'aucune femme. Son caractère doux, tranquille, modeste, simple, affable, toujours de niveau avec tout le monde, ne se démentit point pendant le cours de sa longue et brillante carrière. Il auroit mieux aimé être inconnu, que de voir le calme de sa vie troublé par ces orages littéraires, que l'esprit et la science attirent à ceux qui cherchent trop la gloire. *Je me reprocherois*, disoit-il, *mon imprudence*, de perdre une chose aussi réelle (*) que le repos, pour courir après une ombre. Il ne cherchoit point à faire la cour aux rois et aux grands. Un jour qu'il donnoit à dîner à quelques philosophes, on voulut suivre l'usage d'Angleterre, de boire à la fin du repas, à la santé des princes. *Newton* dit : *Buvons à la santé de tous les honnêtes gens, de quelque pays qu'ils soient. Ils sont ordinairement tous amis, parce qu'ils tendent au seul but digne de l'homme, la connoissance de la vérité.* Il observoit exactement tous les devoirs de la société, et il savoit n'être, lorsqu'il le falloit, qu'un homme du commun. L'abondance où il se trouvoit par son patrimoine, par son emploi, par ses épargnes, ne lui donnoit pas inutilement les moyens de faire du bien. Il ne croyoit pas que laisser par testament, ce fût véritablement donner. Ce fut de son vivant qu'il fit ses libéralités. Quand la bienséance exigeoit quelque dépense d'éclat, il étoit magnifique sans regrets ; hors de là, le faste étoit retranché, et les fonds réservés pour des usages utiles ou pour les besoins des malheureux. Quoiqu'il fût attaché sincèrement à l'Église Anglicane, il n'eût pas persécuté les non-Conformistes pour les y ramener. Il jugeoit les hommes par les mœurs; et les vrais non-Conformistes étoient pour lui les vicieux et les méchans. Ce n'est pas cependant qu'il s'en tint à la (*) *RES VERB SUBITANTIALIS.* Ce sont ses expressions. religion naturelle. Il étoit fermement persuadé de la révélation. Une preuve de sa bonne foi, c'est qu'il a commenté l'*Apocalypse*. Il y trouve clairement que le Pape est l'Antechrist, et les autres chimères que les Protestans y ont découvertes contre l'Église Romaine. Apparemment qu'il a voulu par ses rêveries, dit un homme d'esprit, consoler la race humaine de la supériorité qu'il avoit sur elle. On a dit que *Newton*, dans sa vieillesse, n'entendoit plus ses propres ouvrages. *Pemberton* assure expressément le contraire. Sa tête ne s'affoiblit que trois mois avant sa mort, dans les douleurs de la gravelle et de la pierre. On a dit lui, outre ses *Principes* et son *Optique*: I. Un *Abrégé de Chronologie*, traduit en françois par *Granet*, 1728, in-4°, où il a des sentimens et un système très-différens des autres chronologistes. *Fréret* attaqua ce système et *Newton* lui répondit avec vyacité en 1726. Le Père *Souciet* Jésuite, s'éleva aussi contre la *Chronologie* de *Newton* dans plusieurs *Dissertations*. On reproche en Angleterre aux deux savans François de n'avoir pas trop bien entendu la partie astronomique de ce système. Quoi qu'il en soit, *Newton* change beaucoup d'idées reçues en chronologie, et place le voyage des Argonautes et la guerre de Troye cinq cents ans plus près de l'Ère chrétienne que ne font les autres chronologistes. Il réduit la durée du règne de chaque roi à vingt ans l'un portant l'autre. Si ses idées ne sont pas vraies, elles sont du moins fort ingénieuses, et prouvent beaucoup de sagacité. II. Une *Arithmétique universelle*, en latin, Amsterdam, 1761, deux vol. in-4°, avec des *Commentaires* de *Castillon*. III. *Analysis per quantitatum series, fluxiones et differentias*, 1716, in-4°, traduit en françois par M. de *Buffon*, à Paris, 1740, vol. in-4°. IV. Plusieurs *Lettres* dans le *Commercium epistolicum*. Les découvertes de *Newton* déposent en faveur de son génie, tout à la fois étendu, juste et profond. En enrichissant la philosophie par une grande quantité de biens réels, il a mérité sans doute toute sa reconnoissance; mais il a peut-être plus fait pour elle, dit un philosophe, en lui apprenant à être sage, et à contenir dans de justes bornes cette espèce d'audace que les circonstances avoient forcé *Descartes* à lui donner. Sa Théorie du monde est aujourd'hui si généralement reçue, qu'on commence à disputer à l'auteur l'honneur de l'invention. On veut que les Grecs en aient eu l'idée; mais ce qui n'étoit chez les philosophes de l'antiquité qu'un système hasardé et romanesque, est devenu une espèce de démonstration dans les mains du philosophe moderne. S'il a rendu de grands services à la physique, en l'unissant à la géométrie, il faut convenir aussi qu'il a poussé cette alliance si loin, qu'elle a paru dégénérer en abus, et que la science de la nature n'est presque devenue qu'une combinaison de mesures et de nombres. Dans cet état décharné, la physique n'a présenté à la jeunesse qu'un aspect rebutant. L'influence d'une étude purement algébrique sur les belles-lettres, n'a point été favorable à leurs progrès. En réprimant l'essor de l'imagination, elle a diminué les ressources du génie : des efforts pénibles et des calculs arides ont remplacé cet enthousiasme qui produit les beautés naturelles et touchantes. On a souvent comparé *Descartes* et *Newton* ; parmi les différens parallèles qu'on en a faits, nous choisirons quelques traits tirés de l'*Eloge* de *Newton*, par *Fontenelle*, et de celui de *Descartes*, par *Thomas*. « L'attraction et le vide bannis de la physique par *Descartes*, et bannis pour jamais, selon les apparences, y furent ramenés, dit *Fontenelle*, par *Newton*, armés d'une force toute nouvelle dont on ne les croyoit pas capables. Ces deux grands hommes qui se trouvent dans une si grande opposition, ont eu de grands rapports. Tous deux ont été des génies du premier ordre, nés pour dominer sur les autres esprits, et pour fonder des empires ; tous deux, géomètres excellens, ont vu la nécessité de transporter la géométrie dans la physique. Tous deux ont fondé leur physique sur une géométrie qu'ils ne tenoient presque que de leurs propres lumières. Mais l'un, prenant un vol hardi, a voulu se placer à la source de tout, se rendre maître des premiers principes par quelques idées claires et fondamentales, pour n'avoir plus qu'à descendre aux phénomènes de la nature, comme a des conséquences nécessaires. L'autre plus timide ou plus modeste, a commencé sa marche par l'appuyer sur les phénomènes, pour remonter à des principes inconnus, résolu de les admettre, quels que pût les donner l'enchaînement des conséquences. L'un part de ce qu'il entend nettement, pour trouver la cause de ce qu'il voit. L'autre part de ce qu'il voit, pour en trouver la cause, soit claire, soit obscure. Les principes évidens de l'un, ne le conduisent pas toujours aux phénomènes tels qu'ils sont. Les phénomènes ne conduisent pas toujours l'autre à des principes évidens. Les bornes qui, dans ces deux routes contraires, ont pu arrêter deux hommes de cette espèce, ne sont pas les bornes de leur esprit, mais celles de l'esprit humain. » La comparaison que *Thomas* a faite de *Newton* avec *Descartes*, est très-avantageuse à ce dernier philosophe. « *Descartes*, dit l'éloquent orateur, a mérité d'être mis à côté de *Newton*, parce qu'il a créé une partie de *Newton*, et qu'il n'a été créé que par lui-même ; parce que, si l'un a découvert plus de vérités, l'autre a ouvert la route de toutes les vérités. Géomètre aussi sublime, quoiqu'il n'ait pas fait un aussi grand usage de la géométrie ; plus original par son génie, quoique ce génie l'ait souvent trompé ; plus universel dans ses connaissances comme dans ses talens, quoique moins sage et moins assuré dans sa marche ; ayant peut-être en étendue, ce que l'autre avoit en profondeur ; fait pour concevoir en grand, mais peu fait pour suivre les détails, tandis que *Newton* donnoit aux plus petits détails l'empreinte du génie ; moins admirable sans doute pour la connaissance des cieux, mais bien plus utile pour le genre humain par sa grande influence sur les esprits. » *Voyez aussi* à l'article CASTEL, n° IV. I. NICAISE, (Saint) évêque de Rheims au cinquième siècle, fut martyrisé par les Vandales. — Il ne faut pas le confondre 42 NIC avec *St. NICAISE*, martyr du Vexin, que l'on marque pour le premier archevêque de Rouen, au milieu du troisième siècle.
II. NICAISE, (Claude) de Dijon, où son frère étoit procureur général de la chambre des Comptes, embrassa l'état ecclésiastique, et se livra tout entier à l'étude et à la recherche des monumens antiques. Cette étude lui fit prendre la résolution d'aller à Rome, et dans ce dessein il se défit d'un canonicat qu'il avoit à la Sainte-Chapelle de Dijon. Il demeura plusieurs années dans cette patrie des arts, jouissant de l'estime et de l'amitié d'un grand nombre de savans et de personnes distinguées. De retour en France, il cultiva les lettres jusqu'à sa mort, arrivée au village de Velley, en octobre 1701, à 78 ans. On a de lui, quelques écrits sur des matières d'érudition; entr'autres, l'*Explication d'un ancien Monument trouvé en Guienne*, Paris, in-4°, et un *Discours sur les Syrènes*, Paris, 1691, in-4°. Il y prétend qu'elles étoient des oiseaux, et non pas des poissons ou des monstres marins. Mais il est principalement connu par les relations qu'il entretient avec une partie des savans de l'Europe. Jamais on n'a tant écrit et tant reçu de lettres. Les cardinaux *Barbarigo* et *Noris*, le pape *Clément XI* avant son exaltation au pontificat, entretient avec lui une correspondance régulière. Ils aimoient en lui la pureté de ses mœurs, la douceur de son caractère généreux et obligeant, son zèle et sa constance dans l'amitié. *La Monnoie* fit cette Epitaphe singulière à l'abbé *Nicaise* : Ci glt l'illustre abbé NICAISE, Qui, la plume en main, dans sa chaise Mettoit lui seul en mouvement, Toscan, François, Belge, Allemand... De tous côtés à son adresse, Avis, Journaux, venoient sans cesse, Gazettes, livres frais éclos, Soit en paquets, soit en ballots... Falloit-il écrire au Bureau Sur un phénomène nouveau; Annoncer l'heureuse trouvaille D'un Manuscrit, d'une Médaille; S'ériger en solliciteur De louanges pour un Auteur; D'Arnauld mort avertir la Trappe; Féliciter un nouveau pape; L'habile et fidelle Écrivain N'avoit pas la goutte à la main. C'étoit le Facteur du Parnasse. Or glt-il, et cette disgrace Fait perdre aux *Hues*, aux *Noris*, Aux *Toinards*, *Cuper*, et *Leibnies*, A *Basnage* le Journaliste, A *Bayle* le Vocabulaire, Aux Commentateurs *Gravius*, *Luhnus*, *Periunius*, Mainte curieuse riposte... Mais nul n'y perd tant que la Poste.
NICANDRE, ( *Nicander* ) grammairien, poète et médecin Grec, dans l'Ionie, demeura long-temps en Étoile, et s'acquit une grande réputation par ses ouvrages. Il ne nous reste de lui que deux excellens Poèmes, intitulés: *Theriaca et Alexipharmaca*, grec et latin, dans le *Corpus Poétarum Graecorum*. Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in-folio, et séparément, par *Goris*, à Paris, 1557, in-4°, et à Florence, 1764, in-8°, traduits en françois par *Grevin*, Anvers, 1567, in-4°. Les anciens les citent souvent avec éloge. Il vivoit l'an 140 avant Jésus-Christ. I. NICANOR, général des armées du roi de Syrie et grand ennemi des Juifs, vint d'abord en Judée par ordre de *Lysias*, régent du royaume pendant l'absence d'*Antiochus*, pour s'opposer aux entreprises de *Judas Macchabée*. Ce dernier l'ayant vaincu dans un premier combat, quoiqu'il n'eût que 7000 hommes, *Nicanor* plein d'admiration et de respect pour ce grand homme, se lia d'amitié avec lui. Cette liaison dura jusqu'à ce que ses envieux le calomnièrent auprès du roi, l'accusant de s'entendre avec *Judas Macchabée* pour le trahir. Le roi, ajoutant foi aux calomnies, écrivit à *Nicanor*, qu'il trouvoit fort mauvais qu'il eût fait alliance avec *Macchabée*, et lui ordonna de le faire prendre vif, et de l'envoyer pieds et mains liés à *Antiochu*. *Nicanor* fut surpris et affligé de cet ordre; mais, ne pouvant résister à la volonté du roi, il chercha l'occasion de se saisir de *Judas*. Celui-ci se défiant de ses mauvais desseins, se retira avec quelques troupes, avec lesquelles il battit *Nicanor*, qui l'avoit poursuivi. Ce général, désespéré de voir échapper sa proie, vint au temple, et levant la main contre le saint lieu, il jura avec serment qu'il détruiroit le temple jusqu'aux fondemens, et qu'il en élèveroit un en l'honneur de *Bacchus*, si on ne lui remettoit *Judas* entre les mains. Ensuite ayant appris qu'il étoit sur les terres de Samarie, il résolut de l'attaquer avec toutes ses forces le jour du sabbat. Il marcha donc comme à une victoire assurée, au son des trompettes, contre *Judas*, qui ne mettant son salut qu'en Dieu, lui livra bataille, le délit, et lui tua 15000 hommes. *Nicanor* lui-même perdit la vie dans cette bataille, et son corps ayant été reconnu, *Judas* lui fit couper la tête et la main droite, qu'il fit porter à Jérusalem. Lorsqu'il fut arrivé, il rassembla dans le parvis du temple les prêtres et le peuple, et leur montra la tête de *Nicanor*, et cette main détestable qu'il avoit lavée insolemment contre la maison du Dieu tout puissant. Puis, ayant fait couper en petits morceaux la langue de cet impie, il la donna à manger aux oiseaux. Sa main fut attachée vis-à-vis le temple, sa tête exposée aux yeux de tout le monde, comme un signe visible du secours de Dieu, l'an 162 avant J. C.
II. NICANOR, natif de l'isle de Chypre, fut un des *Sept Diacres* choisis par les Apôtres. On dit qu'il prêcha dans son pays, et qu'il y fut martyrisé.
NICANOR, *Voyez* I. SÉLEUCUS, et DÉMÉTRIUS, n° III.
NICAUSIS, c'est le nom qu'on donne à la reine de Saba qui vint rendre hommage à la sagesse de *Salomon*. Cette princesse le mit d'abord à l'épreuve par des questions obscures, pour s'assurer de ses lumières. *Salomon* satisfit pleinement à toutes ses difficultés. Il y a lieu de penser qu'il attira cette princesse au culte du vrai Dieu. La reine éblouie de tout l'éclat de la magnificence de *Salomon*, mais plus enchantée encore des charmes de sa sagesse, envia le bonheur de ceux qui pouvoient puiser sans cesse à cette source intarissable de lumières. Elle fit de magnifiques présens à ce roi, qui de son côté lui en offrit de plus grands, et la combla d'honneurs. Les sentiments sont partagés sur le pays d'où vint cette reine : quelques-uns prétendent qu'elle régnait en Arabie, et d'autres en Éthiopie. Ceux qui suivent ce dernier sentiment, disent que Saba est l'ancien nom de la ville de Meroë, ainsi nommée de la sœur de Cambyse ; que l'isle de Meroë est quelquefois comprise dans l'Éthiopie, qu'elle est au midi de la Palestine ; et que l'eunuque baptisé par Philippe, étoit officier d'une princesse du même pays. Ceux qui la font venir d'Arabie, outre plusieurs raisons qu'ils apportent de leur sentiment, se fondent sur ce que les présens d'or, d'argent, d'aromates, de pierres précieuses que fit cette princesse à Salomou, se trouvent plus facilement dans l'Arabie que dans l'isle de Meroë.
NICÉARQUE, l'un des plus habiles peintres de l'antiquité. On admirait sur-tout, I. Une Vénus au milieu de trois Graces. II. Un Cupidon. III. Un Hercule vaincu par l'Amour. Les auteurs anciens parlent de ces trois morceaux comme de trois chefs-d'œuvre. I. NICÉPHORE, ( Saint ) martyr d'Antioche sous l'empereur Valérien, vers l'an 260, étoit simple laïque. Une amitié aussi tendre que chrétienne l'avoit lié avec le prêtre Saprice. Ils eurent le malheur de se brouiller, et la persécution s'étant allumée au moment de leur désunion, Saprice fut condamné à avoir la tête tranchée. Son ennemi fit tout ce qu'il put pour se réconcilier avec lui ; mais Saprice ne voulut point lui pardonner, et renonça à la religion chrétienne. Alors Nicéphore se déclara Chrétien, et eut la tête tranchée à la place de Saprice.
II. NICÉPHORE, ( St. ) patriarche de Constantinople, succéda à Taraise en 806. Il défendit avec zèle le culte des saintes Images, contre l'empereur Léon l'Arménien, qui l'exila en 815 dans un monastère, où il mourut saintement en 828, à 70 ans. On a de lui : I. Chronologia tripartita, traduite en latin par Anastase le Bibliothécaire. C'est une Chronologie depuis la création du monde jusqu'au temps où vivait le Saint. On y a fait quelques additions dans les siècles postérieurs. Le Père Goar Dominicain, la publia à Paris en 1632, avec des notes à la suite de George Syncelle. On la trouve dans la Bibliothèque des Pères, et dans l'Histoire Byzantine, Venise, 1729. II. Historia Breviarium, publié par le P. Petau, en 1616, in-80, et traduit par le président Cousin. Cet abrégé historique, écrit d'une manière trop sèche et trop succincte, mais exacte, s'étend depuis la mort de l'empereur Maurice jusqu'à Léon IV : il a été réimprimé au Louvre en 1648, in-folio, et fait partie de la Byzantine. III. La Sticométrie, c'est-à-dire l'énumération des livres sacrés ; elle est ordinairement jointe à la Chronologie. Les Antirrhétiques ou Écrits contre les Iconoclastes, dont quelques-uns se trouvent dans la Bibliothèque des Pères. La Présence réelle y est établie de la manière le plus claire et la plus précise. V. Dix-sept Canons insérés dans la Collection des Conciles, etc. Dom Anselme Banduri avoit projeté de donner une édition de tous les ouvrages de *St. Nicéphore*; mais la mort l'en a empêché. Il en avoit publié en 1705 le *prospectus*, qui a été inséré tout entier dans la *Bibliothèque Grecque* de *Fabricius*, tome VI, page 640. Ces ouvrages sont des monumens de la saine critique et de l'érudition de *Nicéphore*, qui étoit aussi grand évêque, qu'écrivain judicieux. — Il ne faut pas le confondre avec *NICÉPHORE CALIXTE*, dont nous avons une *Histoire Ecclésiastique* en grec, qui va jusqu'en 610, Paris, 1630, deux vol. in-fol. Celui-ci florissoit au XIV$^{e}$ siècle. On lui reproche d'être trop crédule. Il rapporte beaucoup de faits qui ressemblent à des fables.
III. NICÉPHORE, fils d'*Artabasde* et d'*Anne*, sœur de *Constantin Copronyme*, reçut le titre d'empereur, lorsque le sénat et le peuple de Constantinople l'eurent donné à son père en 472. *Constantin Copronyme* vint les attaquer, les vainquit et leur fit crever les yeux. *Nicéphore* avoit beaucoup de mérite, et il s'étoit signalé par son courage. — Il ne faut pas le confondre avec *NICÉPHORE*, second fils de *Constantin Copronyme*, honoré du titre de César par son père en 769. *Constantin VI*, son neveu, jaloux du crédit que ses talens et ses vertus lui donnoient à Constantinople, lui fit crever les yeux en 792; et, comme s'il eût été encore à craindre dans cet état, l'impératrice *Irène* le fit mourir, cinq ans après, à Athènes, où il avoit été exilé.
IV. NICÉPHORE I$^{er}$, empereur d'Orient, surnommé *LOGO-THÈTE*, auparavant intendant des finances et chancelier de l'empire, s'empara du trône en 802 sur l'impératrice *Irène*, qu'il relégua dans l'isle de Mételin. Il envoya des ambassadeurs à *Charlemagne*, et fit un traité avec ce prince pour régler les bornes de leurs empires. Un de ses premiers soins fut d'établir une chambre de justice contre ceux qui avoient pillé le peuple; mais, au lieu de rendre aux pauvres le bien qu'on leur avoit enlevé, il se l'appropria. Pour s'affirmer sur le trône et perpétuer le sceptre dans sa famille, il déclara Auguste, l'an 802, son fils *Staurace*. Une telle précaution, loin d'arrêter les révoltes, ne fit qu'exciter les mécontents. Plusieurs périrent dans l'exil par le poison ou par le dernier supplice. Ces cruautés allumèrent la haine générale. Les troupes d'Asie proclamèrent empereur *Bardane*, surnommé *le Turc*, patrice et général d'Orient. Le nouvel empereur, désespérant de faire entrer Constantinople dans sa révolte, propose à *Nicéphore* de se déponiller de la pourpre impériale, s'il veut lui accorder son pardon. L'empereur, prenant le masque de la clémence, se contente de l'enfermer dans un monastère; mais quelque temps après, il lui fait crever les yeux et poursuit ses complices. Des affaires importantes interrompirent ces exécutions. Les Sarasins ravagent la Cappadoce, prennent Thyane; *Nicéphore* marche contre eux, et est battu; il en obtint la paix en 804, moyennant un tribut annuel de 33 mille pièces d'or. Libre des horreurs de la guerre, il désolu ses peuples pendant la paix. On établit un impôt sur toutes les denrées et sur tous les chefs de famille. Le droit de feu fut taxé, et peu s'en fallut que ses sujets ne payassent l'air qu'ils respiroient. Un assassin déguisé en moine se glissa dans le palais, pour délivrer la terre de ce fléau; mais il fut découvert, et condamné à une prison perpétuelle. Cependant les Bulgares ravagoient la Thrace. *Nicéphore* prend les armes, et met tout à feu, et à sang dans la Bulgarie. *Crumme*, roi de ces peuples, ferme les passages qui pouvoient lui servir de retraite, le poursuit, taille son armée en pièces et le tue, le 25 juillet 811. Il poussa la vengeance jusqu'à faire enchâsser son crane pour lui servir de coupe. Il n'y a point de terme qui exprime l'horreur que le nom de *Nicéphore* présente à l'esprit. « Fier, avare, vindicatif à l'excès, il ne craignit plus rien, dit l'abbé *Guyon*, quand il crut avoir acquis le droit de tout oser. On ne sait ce qu'il n'imoit davantage, ou l'or, ou le sang des peuples. » Esclave de ses penchans, il ne connut ni l'humanité, ni la religion, et fut un monstre sous le dais. V. NICÉPHORE II, (PHOCAS) d'une des plus anciennes familles de Constantinople, se signala, dès sa plus tendre jeunesse, par ses exploits. Craint des ennemis, aimé des soldats et respecté des peuples, il fut élevé à l'empire par ses troupes; et l'impératrice *Théophanon*, veuve de *Romain le Jeune*, lui donna sa main en 963. Il forma dès lors le projet de ramasser tous les membres épars de l'empire Romain. Il attaqua les Sarasins, qui étoient le premier obstacle à ses projets. Il prit sur eux plusieurs places, et les chassa de la Cilicie, d'Antioche et d'une partie de l'Asie. Son zèle pour la discipline contribua beaucoup à ses conquêtes, il retenoit le soldat dans le devoir, moins par le châtiment que par son exemple; évitant les femmes, supportant les rigueurs des saisons, et couchant sur la dure. Si *Nicéphore* fut la terreur des ennemis, il fut le fléau des citoyens. Il augmenta tous les impôts, confisqua les biens des particuliers, altéra les monnoies, et fit passer dans les camps toutes les richesses de l'état. Ses sujets, las d'avoir un tyran à leur tête, et sa femme, non moins lasse d'avoir pour époux l'homme le plus laid et le plus cruel de l'empire, conspirèrent contre lui. *Jean Zimiscès* est introduit, caché dans une corbeille, avec cinq autres conjurés, dans la chambre de l'empereur qui dormoit. Ce prince est éveillé au bruit des assassins, et mis à mort le 11 décembre 969, après avoir régné six ans et quelques mois.
VI. NICÉPHORE III, (BOTONIATE) passoit pour être un des descendants des *Fabius* de l'ancienne Rome. Il montra quelques talens avant que de monter sur le trône; mais dès qu'il y fut élevé, en 1077, par l'armée qu'il commandoit en Orient, on ne vit plus en lui qu'un vieillard foible et imprudent. *Nicéphore Bryenne*, nommé empereur lui-même en Occident par ses troupes, ayant refusé de reconnoître *Nicéphore Botoniate*, celui-ci envoya, contre son rival, *Alexis Comnène* qui le prit prisonnier. *Botoniate* eut la cruauté de lui faire crever les yeux. Un autre rebelle, vaincu par *Alexis*, essuya le même traitement. Une troisième conjuration se forma en Asie : *Nicéphore* envoya de nouveau *Alexis* pour la dissiper ; mais les soldats l'ayant proclamé, le 1$^{er}$ avril 1081, empereur lui-même, il ôta le sceptre à *Botoniate*, et le relégua dans un couvent, où il mourut peu de temps après. *Nicéphore* quitta la pourpre avec autant d'indifférence, qu'il l'avoit aimée passionnément.
VII. NICÉPHORE CARTO-PHILAX, c'est-à-dire *Garde des Archives*, auteur Grec, floris-soit au commencement du IX$^{e}$ siècle. Il nous reste de lui quelques Ouvrages, dans la *Bibliothèque des Pères* et dans le *Recueil du droit Grec Romain*.
NICÉPHORE BRYENNE, *Voyez BRYENNE*.
VIII. NICÉPHORE BLEMMIDAS, savant abbé Grec du Mont-Athos, refusa le patriarcat de Constantinople en 1255, et fut favorable aux Latins. On a de lui deux *Traités de la procession du Saint-Esprit*, imprimés avec d'autres *Théologiens Grecs*, à Rome, 1652 et 1659, 2 volumes in-4.$^{o}$
IX. NICÉPHORE GREGORAS, bibliothécaire de l'église de Constantinople au 14$^{e}$ siècle, eut beaucoup de part aux affaires de son temps. On a de lui, une *Histoire des Empereurs Grecs*, farcie d'inexactitudes et écrite d'un style barbare, depuis l'an 1204 jusqu'en 1341. La meilleure édition de cet ouvrage est celle du Louvre, en grec et en latin, en deux vol. in-folio, 1702. *Voyez II. BOIVIS*. X. NICÉPHORE, dit CÂLLISTE, parce qu'il étoit fils de *Calliste*, vivoit au 14$^{e}$ siècle, sous l'empire d'*Andronic Paléologue l'Ancien*, auquel il dédia son *Histoire Ecclésiastique* depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu'à la mort de l'empereur *Phocas* en 610. Cette Histoire, imprimée à Paris, 1630, 2 vol. in-folio, renferme des faits qu'on ne trouve pas ailleurs ; mais quelques-uns paroissent avoir été inventés par l'auteur. Tel est le portrait qu'il fait de la *Sainte Vierge*, et dont on ne voit aucune trace dans les anciens. Il dit qu'elle étoit d'une taille médiocre, le teint de la couleur du froment, les cheveux blonds, les yeux vifs, la prunelle tirant sur le jaune, les sourcils noirs et en demi-cercle, le nez assez long, les lèvres vermeilles, les doigts et les mains longs, l'air simple et modeste, les habits propres, sans faste et de la couleur naturelle de la laine. Il est encore le premier, selon D. *Calmet*, qui ait dit bien expressément que *St. Luc* étoit peintre, et qu'il avoit peint la *Sainte Vierge*. I. NICERON, (Jean-François) religieux Minime, natif de Paris, et mort à Aix le 22 septembre 1646, à 33 ans, s'appliqua à l'optique et fut ami du célèbre *Descartes*. Ce jeune auteur donnoit les plus grandes espérances, lorsqu'il fut moissonné à la fleur de son âge. Au milieu des occupations et des voyages qui devoient le distraire, il sut ménager les moindres momens pour les consacrer à l'étude. On a de lui : I. *L'Interprétation des Chiffres*, ou *Règles pour bien entendre et expliquer solidement* toutes sortes de chiffres simples, traduite de l'italien d'Antonio-Maria Cospi, in-8°, 1641. II. La Perspective curieuse, ou Magie artificielle des effets merveilleux de l'Optique, avec la Catoptrique du P. Mersenne, Paris, 1652, in-folio. III. Thaumaturgus Opticus, in-folio, 1646. L'ouvrage précédent n'est qu'un essai, qui est beaucoup développé dans celui-ci.
II. NICERON, (Jean-Pierre) parent du précédent, né à Paris, comme lui, en 1685, entra dans la congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul, connu sous le nom de Barnabites. Après avoir professé les humanités, la philosophie et la théologie dans son ordre, il se consacra à la chaire, à la direction et au cabinet. Les langues vivantes et les langues mortes lui devinrent familières. Il s'adonna sur-tout avec succès à la bibliographie et à l'histoire littéraire. Il mourut à Paris le 8 juillet 1738, à 53 ans. Les gens de lettres le regrettèrent autant pour ses connaissances que pour la franchise et la bonté de son caractère. Gai sans la plus légère ombre de dissipation, il étoit sérieux quand il devoit l'être. Il parloit peu, mais bien, et toujours à propos. Quand la conversation étoit animée, il savoit y donner de nouveaux agrémens, par des saillies, ni étudiées, ni affectées. Quoiqu'il eût l'ouïe un peu dure, il ne répondoit jamais le contraire de ce qu'il falloit répondre, parce qu'il écoutoit avec tranquillité, et qu'il entendoit de l'esprit et des yeux. Il préféroit les conversations des gens de lettres, où il pouvoit s'instruire, à celles des gens du monde qui l'intéressoient peu. Il n'avoit cependant pas dans celles-ci un air emprunté; et dans les premières, il cherchoit plus à faire briller l'érudition des autres, qu'à montrer la sienne. Avec les jeunes gens, sur-tout, il s'étudioit à leur donner de l'esprit, et en général il savoit se proportionner à tous les esprits. Si son ardeur pour l'étude faisoit qu'il se trouvoit toujours bien dans son cabinet, la prudence guidoit néanmoins son travail. Il prévenoit l'épuisement et le dégoût, par des délassemens utiles, après lesquels il se remettoit à l'étude avec plus d'activité. Ami sincère, il se plaisoit à rendre service à tout le monde. Il paroissoit si indifférent pour tout ce qu'on appelle Grandeurs, que quoiqu'il eût vu sa famille illustrée par des alliances honorables, par des charges et des emplois de distinction, on ne l'entendit presque jamais en parler. Ses ouvrages sont: I. Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres, avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages, à Paris, chez Briasson, in-12. Le premier volume de cette compilation parut en 1727. Les autres ont été donnés successivement jusqu'au 39e, qui a paru en 1738; le quarantième parut en 1739. On a donné, depuis, trois autres volumes, dans lesquels il y a plusieurs articles qui ne sont point du Père Niceron. Quoique son style soit négligé, et qu'il ne démêle pas avec beaucoup de finesse les caractères de ses différens personnages, on ne peut que louer son travail. Ses recherches sont en général utiles, et souvent curieuses. L'auteur ne promet dans son son titre que les Vies des Hommes Illustres; mais il y a fait entrer une foule d'Auteurs, dont plusieurs ne sont que médiocres ou méprisables. Il est aisé de voir qu'il ne s'est jamais renfermé dans le plan annonce par le titre de son livre, et qu'à mesure qu'il avoit rassemblé des faits sur un écrivain, il en publioit la vie, soit qu'il fût illustre ou obscur. Pour donner des Mémoires exacts et curieux, il auroit fallu lire avec soin les ouvrages de chaque auteur. Le Père Niceron l'a fait quelquefois; mais, pressé de fournir sa carrière, il a souvent copié les fautes des journalistes et des bibliographes. Heureusement, dans des Suppléments donnés de loin en loin, il en a corrigé plusieurs, et a fait des additions importantes. On lui a encore reproché de n'avoir point gardé l'ordre des temps. Son recueil forme 44 volumes, parce que le dixième a deux parties qui se relient séparément. II. Le Grand Férifuge, où l'on fait voir que l'Eau commune est le meilleur remède pour les Fèvres, et vraisemblablement pour la Peste; traduit de l'anglois de Jean Hanckock, in-12. Ce livre eut beaucoup de cours. La meilleure édition est celle de Paris, chez Cavelier, en 1730, sous le titre de Traité de l'Eau commune, en 2 vol. in-12. III. La Conversion de l'Angleterre au Christianisme, comparée avec sa prétendue Réformation; traduite de l'anglois, in-8. IV. Traduction des Réponses de Woodward au docteur Camérarius, sur la Géographie Physique ou Histoire naturelle de la Terre, in-4. V. Voyages de Jean Owington, 1725... Voyez son Eloge (par l'abbé Goujet) dans le tome quarantième de ses Mémoires pour l'Histoire des Hommes Illustres.
NICET. (Flavius NICETUS) l'un des plus éloquens orateurs et jurisconsultes des Gaules, sortoit d'une famille de sénateurs. A la cérémonie du consulat d'Astère, faite à Lyon en 449, il harangua le peuple, et l'enchanta par les agremens de son éloquence. Sidoine Apollinaire étoit lié avec cet homme célèbre, et trouvoit en lui un conseil dans les affaires les plus épineuses, et un encouragement dans le travail. Ses talons étoient relevés par toutes les qualités du cœur, et sur-tout par une grande modestie. I. NICETAS. (St.) de Césarée en Bithynie, souffrit beaucoup sous l'empire de Leon l'Arménien, qui le persécuta pour ses vertus et son zèle pour la Foi et pour le culte des seintes Images. Il fut abbé des Aconites, dans le monastère de Méracée sur le Mont Olympe, et mourut en 824.
II. NICETAS-SERRON, diacre de l'Eglise de Constantinople dans le 11e siècle, puis évêque d'Héraclée, est connu par plusieurs ouvrages. On lui attribue: I. Une Chaîne des Pères Grecs sur le livre de Job, Londres, 1637, in-folio, en grec et en latin. II. Une autre sur les Pseaumes. III. Une troisième sur le Cantique des Cantiques. IV. Des Commentaires sur une partie des Œuvres de St. Grégoire de Nazianze. Il recueillit dans ces différentes compilations, les passages des plus savans écrivains de l'Eglise Grecque.
III. NICETAS-ACHOMINATE, historien Grec, surnommé *Choniate*, parce qu'il étoit de Choneville de Phrygie, exerça des emplois considérables à la cour des empereurs de Constantinople. Après la prise de cette ville par les François en 1204, il se retira à Nicée, où il mourut en 1206. On a de lui: I. Une *Histoire* depuis 1118 jusqu'à 1205. Cet ouvrage, traduit en latin par *Jérôme Wolf*, et en françois par le président *Cousin*, est plus agréable dans ces copies que dans l'original. Son style est emphatique, obscur, embarrassé; mais il y a assez d'exactitude dans les faits. On le trouve dans le corps de l'*Histoire Byzantine*, édition du Louvre, où on l'imprima en 1657, in-folio. II. *Trésor* ou *Traité de la Foi Orthodoxe*, et d'autres ouvrages. — Il ne faut pas le confondre avec *NICETAS* le Paphlagoniens, né à Constantinople dans le 9$^{e}$ siècle, et auteur d'une Vie de *St. Ignace*, patriarche de Constantinople, publiée par *Mutius*, évêque de Termoli, à Ingolstadt, en 1504. I. NICIAS, capitaine Athénien, s'éleva par son mérite aux premières places de sa patrie. Il se signala dans la guerre du *Péloponnèse*, qu'il eut la gloire de terminer. La République ayant résolu d'armer contre la Sicile, il fut nommé général avec *Eurimédon* et *Démosthènes*. Ces trois généraux formèrent le siège de Syracuse, qui se défendit pendant plus de deux ans sans se rendre. La consternation se mit parmi les assiégeans. Résolus de lever le siège et de se retirer, ils hasardent en vain un combat sur mer, pour forcer les passages que l'ennemi tenoit fermés. Ils sont obligés de se sauver par terre. L'armée, épuisée de fatigues, est accablée par les Syracuseins. *Démosthènes* et *Nicias* se rendent avec le reste de leurs troupes, à condition qu'on leur laissera la vie, et qu'on ne pourra les retenir dans une prison perpétuelle. On le leur promet, et on les met à mort l'an 413 avant J. C. Athènes pleura sur-tout *Nicias*, guerrier aussi prudent que brave. Il étoit respecté par ses compatriotes et craint par ses ennemis. On connoit encore deux *Nicias* fort célèbres, l'an peintre à Athènes, qui réussissoit surtout à peindre les femmes. *Pliae* dit qu'il travailloit avec tant d'application, que souvent il oublioit de manger. L'autre étoit un grammairian, ami de *Pompée* et de *Cicéron*, qui en parle avec éloge dans une lettre à *Atticus*, et dans une autre à *Dolabella*.
II. NICIAS d'Athènes, célèbre peintre, fut le premier qui trouva l'art des enfoncements, et de procurer ainsi à ses figures des rejets, des ombres, et ces arrondissements de traits qui en font le charme: il peignoit supérieurement les femmes. Il refusa 60 talens d'un tableau où il avoit représenté l'enfer, tel qu'il est décrit par *Homère*, préférant en faire don à sa patrie. On admiroit encore de lui une dryade que *Silanus* apporta de Grèce à Rome, avec un *Bacchus* du même artiste, qui fut placé dans le temple de la *Discorde*. *Nicias* vivoit 330 ans avant J. C. Il avoit été élève d'*Antidotus*. I. NICÓCLÈS, fils et successeur d'*Evagoras*, roi de Chypro et de Salamine l'an 374 avant J. C., étoit un prince magnifique et voluptueux. C'est à lui qu'*Isocrate* adresse ses deux Discours intitulés : *Nicoclès*.
II. NICOCLÈS, roi de Paphos, régnuit sous la protection de *Ptolomée*, fils de *Lagus*; mais il abandonna le parti de son bienfaiteur pour prendre celui d'*Antigone*. *Ptolomée* voulant intimider les princes qui auroient pu suivre son exemple, chargea quelques officiers qu'il avoit en Chypre de le faire mourir. Ceux-ci ne pouvant se résoudre à exécuter cet ordre par eux-mêmes, pressèrent vivement *Nicoclès* de les prévenir par une mort volontaire. C'est le parti qu'il prit; et se voyant sans ressource, il se tua lui-même. La reine ne pouvant survivre à sa douleur, après avoir donné de sa propre main le coup mortel à ses filles, et avoir exhorté les autres princesses ses belles-sœurs, à ne pas survivre au malheur qui venoit d'arriver au roi leur frère, s'ôta la vie aussi à elle-même. La mort de ces princesses fut suivie de celle de leurs époux, qui, avant de se tuer, mirent le feu aux quatre coins du palais. Telle fut l'horrible et sanglante tragédie qui se passa en Chypre, l'an 310 avant J. C.
III. NICOCLÈS, poète ancien, dont on a souvent répété ce sarcasme contre les médecins. « Ils sont heureux, disoit-il dans une de ses pièces, parce que la lumière éclaire leurs succès, et que la terre cache leurs fautes. »
NICOCRATE, *Voyez* les Tables Chronologiques, article ARGOS.
NICOCRÉON, *Voyez* ANAXARQUE.
NICODÈME, disciple de J. C., étoit un sénateur Juif de la secte des Pharisiens. Le Sauveur ayant annoncé qu'il falloit renaître de nouveau pour entrer dans le Ciel, *Nicodème* fut étonné; mais le divin Maître voulut bien lui dire qu'il étoit question de la renaissance spirituelle, qui devoit se faire par le Baptême: dès-lors *Nicodème* s'attacha à lui, et devint un de ses plus zélés disciples, mais en secret. Il se déclara ouvertement, lorsqu'il vint avec *Joseph* d'Arimathie pour rendre les derniers devoirs à J. C. crucifié. Ils embaumèrent son corps et l'enterrèrent. L'Écriture ne nous apprend plus rien de *Nicodème*. La tradition ajoute, qu'ayant reçu le baptême, avant ou après la passion, les Juifs le déposèrent de sa dignité de sénateur, l'excommunièrent et le chassèrent de Jérusalem. Ils vouloient même, dit-on, le faire mourir; mais, en considération de *Gamaliel* son parent, ils se contentèrent de le charger de coups et de piller son bien: alors il demeura jusqu'à sa mort chez *Gamaliel*, qui le fit enterrer auprès de *Saint Etienne*. Leurs corps furent trouvés en 415, avec celui de *Gamaliel*. Il y a un Évangile sous le nom de *Nicodème*, plein d'erreurs et de faussetés, qui a été composé par les Manichéens. I. NICOLAI, (Nicolas de) gentilhomme Dauphinois, mort à Paris en 1583, mit au jour en 1568, l'Histoire de ses voyages, sous le titre de *Discours et Histoire véritable des navigations et voyages faits en Turquie*. réimprimés à Anvers, 1586, in-folio, avec des figures, qui rendent ce livre cher : elles sont en bois, et gravées d'après le *Titien*. L'Histoire est assez curieuse, mais elle est quelquefois inexacte.
II. NICOLAI, (Philippe) Luthérien emporté, né dans le Landgraviat de Hesse, vers la fin du 16e siècle, connu par deux Satires atroces contre le pontife Romain, intitulées : l'une, *De duobus Antichristis, Mahumete et Pontifice Romano*, Marpurg, 1590, in-8. L'autre, *De Antichristo Romano perditionis filio Conflictus*, Rostoch, 1609, in-8. L'exactitude avec laquelle on a supprimé ces deux libelles, les a rendus rares, sur-tout le premier, et ils ne méritent guère d'être recherchés.
III. NICOLAI, (Jean) Dominicain, né à Mouza dans le diocèse de Verdun, en 1594, prit le bonnet de docteur de Sorbonne en 1652. Pendant 20 ans qu'il professa la théologie à Paris, il se distingua également par ses lumières et par ses vertus. Il mourut le 7 mai 1673, à 73 ans, dans le couvent de Saint-Jacques dont il avoit été prieur. On a de lui : I. Une excellente édition de la *Somme de St. Thomas*, avec des notes, et de tous les ouvrages de ce saint docteur, Lyon, 1660 et années suivantes, 19 volumes in-folio. Il avoit passé une partie de sa vie à concilier les principes de ce Père, avec ceux des théologiens qui ne sont pas de son école. II. Cinq *Dissertations* pleines d'érudition, sur plusieurs points de la discipline ecclésiastique, contre *Launoy*, in-12. L'auteur critiqué répondit bru- talement, qu'il craignoit moins sa plume que son canif. III. *Judicium, seu Censorium suffragium de propositione Antonii Arnoldi*, in-4. C'est le jugement de la faculté de théologie de Paris, contre la proposition d'*Arnald*, *DEFUIT GRATIA PETRO*, etc. Le Père *Nicolai* donna aussi cet écrit en françois, sous le titre d'*Avis délibératifs*; et il combatoit la doctrine de *Jansénius*, quoiqu'il fit profession de soutenir celle des Thomistes, et de rejeter les sentimens de *Molina*. IV. *LUDORIET Justi XIII triumphalia Monumenta*. C'est un Poème latin de *Charles Brys*, que *Nicolai* traduisit en françois. Cet ouvrage semé d'emblèmes, de figures et de vers latins et françois, les uns et les autres assez mauvais, valut à l'auteur une pension de 600 liv. V. Des *Thèses* sur la grace, attaquées par *Nicole* dans la *Causa Arnoldina*. VI. Quelques autres écrits, où il s'éloigne quelquefois des sentimens reçus. — On trouve encore *Philippe* et *Michel Nicolet*, professeurs de théologie renommés, dont on a des Ouvrages. Le premier mourut en 1608; le second en 1656, à Tubinge. I. NICOLAS, prosélyte d'Antioche, qui de Païen s'étant fait Juif, embrassa ensuite la religion Chrétienne, et fut choisi pour être un des *Sept* premiers *Diacres* de l'Eglise de Jérusalem. La mémoire de ce diacre est flétrie par l'accusation vraie ou fausse, intentée contre lui, d'être l'auteur, ou du moins d'avoir donné occasion à la secte des *Nicolaïtes*. Ceux qui le font coupable, prétendent que *Nicolas* ayant été blâmé par les Apôtres de ce qu'il avoit repris sa femme, dont il s'étoit séparé pour garder la continence, se fit des principes opposés à la vérité et à la pureté, et se livra aux derniers excès. D'autres soutiennent avec plus de raison, qu'il ne donna jamais dans ces abominations; mais que quelques libertins, abusant de certaines expressions équivoques échappées à *Nicolas*, avoient donné lieu à une hérésie qu'ils appelèrent de son nom pour l'accréditer. On dit que *Nicolas* fut établi évêque de Samarie. Les sectaires qui se parèrent de son nom, avoient des sentiments extravagants sur la Divinité et sur la création. Ils admettent la communauté des femmes, et pratiquent sans scrupule toutes les impiétés du Paganisme.
II. NICOLAS, (St.) évêque de Myre en Lycie, étoit honoré par un culte public dès le 6$^{e}$ siècle; mais il n'y a rien de bien certain sur les circonstances de sa vie et de sa mort. On trouve une bonne Dissertation sur *Saint Nicolas*, dans les *Mémoires de Littérature et d'Histoire* du Père *Desmolets*, tome I, page 106. Il y est prouvé contre *Tillemont* et *Baillet*, que le saint évêque de Myre vivoit sous *Constantin le Grand*, et qu'il assista au premier concile général de Nicée. *Voyez* aussi son *Histoire*, par D. *Delisle*, 1745, in-12.
III. NICOLAS DE TOLENTIN, (St.) né à Tolentin en 1239, fut chanoine de cette ville. Il entra ensuite dans l'ordre des *Augustins*, et s'acquit une grande réputation par ses austérités. Il mourut à Tolentin le 10 septembre 1310, et fut inscrit peu de temps après dans le catalogue des Saints.
IV. NICOLAS I$^{er}$, dit *la GRAND*, étoit fils de *Théodore*, et diacre de l'Eglise de Rome, sa patrie. Il fut élu pape après *Benoit III*, le 24 avril 858, et fut sacré le même jour dans l'Eglise de Saint-Pierre, en présence de l'empereur *Louis II*. Il envoya des légats à Constantinople en 860, pour examiner l'affaire de *St. Ignace*, et frappa d'anathème *Photus*. Cette démarche fut l'origine du schisme déplorable qui subsiste encore entre l'Eglise Grecque et l'Eglise Latine. *Nicolas*, animé par un zèle ardent, excommunia ensuite *Lothaire*, roi de Lorraine, et *Valdrade*, concubine de ce prince. Les évêques de France n'eurent aucun égard à ses censures, et ne voulurent pas le reconnaître pour juge. Les soins que se donna le pape pour la propagation de la Foi, produisirent la conversion de *Bogoris*, roi des Bulgares. Ce prince embrassa la religion Chrétienne, avec une partie de sa nation, en 865. Il envoya l'année d'après son fils à Rome, accompagné de plusieurs seigneurs, chargés de demander des évêques et des prêtres, et de consulter le pape sur plusieurs questions de religion. *Nicolas* fit une ample réponse à leur consultation, et leur accorda tout ce qu'ils demandoient. Il envoya en même temps trois légats à Constantinople; mais, ayant été arrêtés et maltraités sur les frontières de l'Empire, ils furent obligés de revenir sur leurs pas. Les affaires venoient de changer de face à Constantinople. *Photus* triomphoit; il assembla un concile, 54 NIC dans lequel il prononça une sentence de déposition contre *Nicolas* et d'excommunication contre ceux qui communiqueraient avec lui. Ce schismatique prétendoit que quand les *Empereurs* avoient passé de Rome à Constantinople, la primauté de l'Eglise Romaine et ses privilèges avoient passé à l'Eglise de Constantinople. Le pape écrivit aux évêques de France en 867, pour les informer de ces prétentions extravagantes, des calomnies que les Grecs vomissoient contre l'église de Rome, et des reproches injustes qu'ils lui faisoient. « Avant que nous leur eussions envoyé nos légats, dit le pape, ils nous combloient de louanges et re-levoient l'autorité du St. Siège : mais depuis que nous avons condamné leurs excès, ils ont parlé un langage tout contraire, et nous ont chargé d'injures : et n'ayant trouvé, graces à Dieu, rien de personnel à nous reprocher, ils se sont avisés d'attaquer les traditions de nos Pères, que jamais leurs ancêtres n'ont osé reprendre. » Il mourut le 13 novembre de la même année, regardé comme un des plus grands pontifes. Son zèle, sa fermeté, sa charité, lui ont mérité une place dans le Martyrologe Romain. On a de lui un grand nombre de *Lettres* sur différens points de morale et de discipline, qu'on a recueillies à Rome, en 1542, in-folio. V. NICOLAS II, (*GERARD de Bourgogne*) étoit né dans cette province. Ses talens et ses vertus le firent élever sur le siège de Florence, et ensuite sur celui de Rome, où il fut placé le 28 décembre 1058, et couronné le 18 janvier 1059. C'est le premier pape dont l'Histoire ait marqué le couronnement. Une faction lui opposa *Jean* évêque de Vélét, connu sous le nom de *Benoit X*, mais il le fit déposer par les évêques de Toscane et de Lombardie assemblés à Sutri. Un second concile convoqué à Rome, régla qu'à la mort du pape les évêques - cardinaux traiteroient ensemble les premiers de l'élection, qu'ils y appelle- roient ensuite les clercs-cardinaux, et enfin que le reste du clergé et du peuple y donneroit son consentement. « On choisira, ajoute le Décret, dans le sein de l'Eglise même, s'il s'y trouve un sujet capable; sinon, dans un autre : sauf l'honneur dû à notre cher fils *Henri*, qui est maintenant roi, et qui sera, s'il plait à Dieu, empereur, comme nous lui avons déjà accordé; et on rendra le même honneur à ses successeurs, à qui le saint-Siège aura personnellement accordé le même droit. » *Nicolas* passa ensuite dans la Pouille à la prière des Normands, qui lui restituèrent les domaines de l'Eglise Romaine dont ils s'étoient emparés. Le pape y fit un traité avec eux, après avoir levé l'anathème qu'ils avoient encouru. *Richard* l'un de leurs chefs, fut confirmé dans la principauté de Capone, qu'il avoit conquise sur les Lombards. *Robert Guichard* autre chef de ces conquérants, fut confirmé dans le duché de la Pouille et de la Calabre, et dans ses prétentions sur la Sicile qu'il enlevoit aux Sarasins. Il promit au pape une redevance annuelle, et se rendit son vassal. C'est l'origine du royaume de Naples, selon *Fleuri*. Les Normands travaillèrent aussitôt à délivrer Rome des seigneurs qui la tyrannisoient depuis si longtemps, et à raser les forteresses qu'ils avoient aux environs. *Nicolas* mourut peu de temps après, en 1051, avec la réputation d'un assez bon politique. Il garda le siège de Florence pendant son pontificat. On a de lui, neuf *Lettres* concernant les affaires de France.
VI. NICOLAS III, (*Jean GAETAN*) de l'illustre famille des *Ursini*, étoit cardinal-diacre, lorsqu'il obtint la tiare le 25 novembre 1277, après *Jean XXI*. Sa prudence étoit si connue, qu'avant son élection on ne l'appe-loit que le *Cardinal composé*, *CARDINALIS COMPOSITUS*. Il travailla avec zèle à la conversion des schismatiques et des Païens. Il envoya des légats à *Michel Paléologue* empereur d'Orient, et des missionnaires en Tartarie, mais ses soins produisirent peu de fruit. Ce pontife avoit de grandes qualités, mais son attachement excessif à ses parens, et les injustices qu'il commit pour les enrichir, ternirent l'éclat de ses vertus. Il ne s'oublia pas moins dans la haine injuste qu'il conçut contre *Charles d'Anjou* roi de Sicile qui avoit méprisé son alliance. Il obligea ce roi à se démettre de ses charges de vicaire de l'Empire et de gouverneur de Rome. Sa vengeance n'étant pas encore assouvie, il fit, dit-on, avec le roi d'Aragon une ligue, qui produisit bientôt après l'horrible massacre connu sous le nom de *Vapres Siciliennes*. *Nicolas* ne fut cependant ni témoin, ni complice de cette barbarie, qui, se- lon *Voltaire* même, ne fut pas préméditée. Il étoit mort deux ans auparavant, d'une attaque d'apoplexie, le 22 août 1280. Ce pontife aimoit la vertu et les lettres, et les récompensoit dans ceux qui les cultivoient. On lui attribue un traité, *De electione dignitatum*.
VII. NICOLAS IV., (*N. de RUEBIS*) général des Frères Mineurs, sous le nom de *Frère Jérôme*, né à Ascoli dans la Marche d'Ancone, fut élevé sur le siège pontifical le 22 février 1288. Il renonça deux fois à son élection, et n'y consentit qu'avec beaucoup de peine. Le commencement de son pontificat fut marqué par une ambassade d'*Argon*, kan des Tartares. Ce prince demandoit le baptême, et promettoit de faire la conquête de Jérusalem pour les Chrétiens; mais ces projets s'évanouirent. La Palestine étoit alors en proie à la fureur des Musulmans. Acre fut prise et pillée; les Chrétiens de Tyr abandonnèrent leur ville sans la défendre; enfin les Latins perdirent tout ce qui leur restoit dans ce pays. A ces nouvelles, *Nicolas* redoubla ses efforts pour exciter le zèle des princes Chrétiens. Il donna des Bulles pour une nouvelle Croisade; il fit assembler des conciles; mais sa mort, arrivée le 4 avril 1292, après quatre ans de règne, rendit tous ses soins inutiles. Ce pontife joignoit à des intentions pures, les talens nécessaires pour remplir sa place. Il savoit ce qu'on pouvoit savoir de son temps. Il érigea en 1289, l'université de Montpellier, et composa plusieurs ouvrages: I. Des *Commentaires* sur l'Écriture. II. — sur le Maître des Sentences. III. Plusieurs Bulles en faveur des Franciscains ses confrères, etc.
VIII. NICOLAS V. (Thomas de SARTANNE) cardinal, évêque de Bologne, né dans un bourg près de Luni, fut élu pape malgré lui après Eugène IV, le 18 mars 1447. Son premier soin, dès qu'il fut assis sur le trône pontifical, fut de travailler à la paix de l'Eglise et de l'Italie : il y réussit heureusement. Les Allemands le reconnurent, et renoncèrent à toute communication avec l'antipape Felix IV. Charles VIII, roi de France, approuva aussi cette élection, et envoya rendre obéissance au nouveau pape par une magnifique ambassade, que Mézerai croit avoir donné lieu à la pompe et à la dépense de ces grandes ambassades d'obéissance, que les rois envoient à chaque mutation de pontife. L'antipape Felix se prêta à la paix, et fut traité généreusement par Nicolas, qui le nomma doyen des cardinaux. Cette modération lui acquit l'estime et l'amitié des grands. Les princes d'Italie se reprochèrent d'être en guerre, tandis que Dieu donnoit la paix à son Eglise après un schisme aussi long que déplorable. L'année 1450 fut célèbre par l'ouverture du Jubilé. Cette solennité attira tant de monde à Rome, que plusieurs personnes furent étouffées dans les églises et ailleurs. (Voy. FRÉDERIC IV, n.° V.) Jusqu'alors Nicolas avoit gouverné avec beaucoup de bonheur; mais la conjuration formée contre lui et contre les cardinaux par un Etienne Porcaro, et la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, empoison- nèrent sa félicité. Il avoit exhorté pendant long-temps les princes et les peuples à secourir les Grecs, mais son zèle ne produisit aucun fruit. Les malheurs des Chrétiens Orientaux lui causèrent une tristesse si vive, qu'il en mourut le 24 mars 1455, à 57 ans, après avoir tenu huit ans le saint-Siège. Les belles-lettres, ensévelies pendant plusieurs siècles sous la barbarie Gothique, ressuscitèrent avec éclat. Nicolas les cultiva, et répandit ses bienfaits sur ceux qui s'y consacrèrent. Sa bibliothèque fut enrichie des plus beaux manuscrits grecs et latins, recueillis par son ordre dans tous les lieux du monde. Il fit traduire les ouvrages grecs, et récompensa magnifiquement ceux à qui il confioit ces traductions et la recherche des livres. On prétend qu'il promit cinq mille ducats à celui qui lui apporteroit l'Évangile de St. Matthieu en hébreu. Des ouvrages publics élevés à Rome et ailleurs, des palais, des Églises, des Ponts, des fortifications, les Grecs réfugiés et les pauvres gentilshommes secourus avec libéralité, les filles mariées honorablement, les bénéfices et les charges conférés au seul mérite : tout dépose en faveur de l'inclination de ce pontife pour le bien du peuple, pour l'honneur des lettres et pour la gloire de la Religion. Les bons citoyens qui voudront connoître plus particulièrement Nicolas V, doivent consulter sa Vie publiée en 1742, à Rome, in-4°, en latin, par l'abbé Georgi, chapelain de Benoît XIV. Cet ouvrage intéressant, composé sur les monumens les plus authentiques, fait honneur au héros et au panégyriste.
IX. NICOLAS DE DAMAS, philosophe, poète et historien du temps d'Auguste, et l'un des plus savans hommes de son siècle, jouit d'une grande réputation. Il ne nous reste que des fragmens de ses Ouvrages, publiés par Henri de Valois, à Paris, 1634, vol. in-4. X. NICOLAS le Grammairien, patriarche de Constantinople en 1084, s'employa fortement avec l'empereur Alexis Comnène, pour dissiper une secte qui s'étoit formée d'une espèce de Manachéens, depuis plusieurs années. Il mourut en 1111. On a de lui, des Decrets et une Eptre synodale dans les Basiliques de Fabrot. — Il faut le distinguer du patriarche NICOLAS, que Léon VI empereur de Constantinople fit déposer, parce qu'il avoit excommunié ce prince qui convoit en quatrièmes noces.
XI. NICOLAS DE CLAIRVAUX, fut disciple et secrétaire de St. Bernard. Il se retira ensuite dans le monastère de Montiramy, où il mourut vers 1180. On a de lui, un volume de Lettres qui sont utiles pour la connoissance des affaires de son temps. On les trouve dans la Bibliothèque des Pères.
XII. NICOLAS DE MÉTHONE, ainsi appelé, parce qu'il étoit évêque de cette ville, qu'il régla selon les Canons et qu'il édifia par ses vertus, dans le 11e siècle. Il l'éclaira aussi par sa science. On trouve dans l'Auctuarium de la Bibliothèque des Pères, un Traité de cet évêque sur la vérité du Corps et du Sang de Jésus-Christ en l'Eucharistie : et dans ALLATIUS un Traité de la Procession du Saint-Esprit.
XIII. NICOLAS DE CUSA, Cusanus, né en 1401 à Cusa, village situé sur la Moselle, au diocèse de Trèves, étoit fils d'un pêcheur. Le comte de Mundercheidt l'ayant pris à son service dès son enfance, lui trouva des dispositions, et l'envoya à Deventer pour le faire étudier. Nicolas de Cusa fit des progrès considérables. Il fréquenta ensuite les plus célèbres universités d'Allemagne et d'Italie, prit à Padoue le bonnet de docteur en droit canon, à l'âge de 22 ans, et se rendit habile non-seulement dans les langues, mais aussi dans les sciences. Il se passionna sur-tout pour la scolastique et pour la métaphysique ancienne, qui domine un peu trop dans ses ouvrages. Ce défaut les rend obscurs et abstraits, quoiqu'ils soient écrits d'ailleurs d'un style net et facile, sans affectation et sans vains ornemens. Il paroît constant qu'il n'a fait profession dans aucun ordre religieux. Il devint curé de Saint-Florentin à Coblentz, puis archidiacre de Liège. Il assista en cette qualité, l'an 1431, au concile de Basle, dont il fut un des plus grands défenseurs. Eugène IV instruit de son mérite, se l'attacha et l'envoya en qualité de légat à Constantinople, puis en Allemagne et en France. Après la mort de ce pape, Cusa se retira dans son archidiacone de Liège. Mais Nicolas V, zélé protecteur des gens de lettres, le tira de la retraite pour l'honorer de la pourpre en 1448, et lui donna l'évêché de Brixen dans le Tirol. Le nouveau cardinal assista à l'ou- verture du Jubilé, en 1450, et fut envoyé légat à *latere*, vers les princes d'Allemagne, pour les porter à faire la paix entre eux et à tourner leurs armes contre *Mahomet II*, qui menaçait la Chrétienté. Il fit publier en même temps dans ce pays les indulgences du Jubilé, et se comporta dans sa légation avec tant de prudence, de vertu et de désintéressement, qu'il mérita l'estime et la vénération des peuples. Rien n'étoit plus simple que son équipage. Il étoit monté sur une mule. Son domestique étoit très-peu nombreux. Sa cour n'étoit pas composée de flatteurs, mais de gens de lettres. Les princes et les prélats alloient au-devant de lui avec une foule de peuple, et *Cusa* n'en étoit que plus modeste. Il refusa tous les présens qui lui furent offerts, et voulut que ceux de sa suite l'imitassent dans ce désintéressement. L'Allemagne ne l'admira pas moins, lorsqu'il y fut envoyé de nouveau, en qualité de légat, par les papes *Calixte III* et *Pie II*. Ce dernier pontife fit ce qu'il put pour reconcilier *Cusa* avec l'archiduc *Sigismond*, qui s'étoit brouillé avec lui à l'occasion d'un monastère où le cardinal avoit voulu introduire la réforme en retournant à Rome avec *Calixte III*. *Sigismond* fit les plus belles promesses; mais à peine le cardinal de *Cusa* eut-il remis le pied dans son diocèse, qu'il fut enlevé et mis en prison par ordre de l'archiduc. Dès ce moment on cessa l'office divin dans presque tout son diocèse. Le pape excommunia *Sigismond*, et celui-ci relâcha enfin le cardinal de *Cusa*, à des conditions injustes et très-dures. Ce grand homme, rendu à ses ouailles, mourut quelque temps après à Todi, le 11 août 1454, à 53 ans. Toutes ses Œuvres furent imprimées à Basle, en 1565, en 3 tomes in-folio. On trouve dans le premier vol. : I. Les *Traites Théologiques* sur les *Mystères*. II. Trois livres *De la docte ignorance*, dont il fait l'apologie. III. Un écrit touchant la *Filiation de Dieu*. IV. Des *Dialogues* sur la *Genèse* et sur la *Sagesse*... Le deuxième volume comprend : I. De savantes *Exercitations*. II. La *Concordance Catholique*, en trois livres. III. Plusieurs Traités de controverse, dont l'un, intitulé l'*Alcoran criblé*, offre sous un titre bizarre des choses judicieuses; et l'autre intitulé *Conjectures sur les derniers Temps*, traduit en françois, 1700, in-8°, est une rêverie extravagante. L'auteur y place la défaite de l'*Antechrist* et la glorieuse résurrection de l'Eglise avant l'année 1734. Le troisième volume renferme des ouvrages de *Mathématiques*, de *Géométrie* et d'*Astronomie*. On sait que le cardinal de *Cusa* tâcha de ressusciter l'hypothèse du mouvement de la terre, oubliée depuis *Pythagore*; mais ses efforts eurent peu de succès; *Copernic* et *Galilée* furent plus heureux. C'étoit un homme savant et pieux, possédé de cette heureuse avidité de savoir qui fait tout embrasser, mais en même temps un esprit faux et visionnaire, qui se laissoit dominer par une imagination déréglée. Il fut singulier dans ses sentimens, subtil jusqu'à se rendre inintelligible, ennemi du naturel et du simple, amateur de l'allégorie jusqu'au plus ridicule excès. Sa *Via* a été imprimée à Trèves, en 1730, par le P. Hartzheim, Jé-suite : elle est en latin et sage-ment écrite. Voy. l'art. I. CHAR-LIER, à la fin.
XIV. NICOLAS DE LYRE ; ainsi nommé du lieu de sa nais-sance, petite ville de Norman-die au diocèse d'Evreux. On a dit qu'il étoit né Juif, et qu'il avoit commencé d'étudier sous les rabbins : mais le Père Ber-thier révoque en doute cette ori-gine hébraïque. Quoi qu'il en soit, la grace ayant touché son cœur, il prit l'habit des Frères Mineurs l'an 1291. Il vint à Paris, où il fut reçu docteur, et expliqua long-temps l'Écri-ture-Sainte dans le grand cou-vent de son ordre. Ses talens lui concilièrent l'estime de la reine Jeanne, comtesse de Bourgogne, femme du roi Philippe V, dit le Long. Cette princesse le nomma parmi les exécuteurs de son tes-tament fait l'an 1325. Il mourut à Paris le 23 octobre 1340, dans un âge avancé, après avoir été provincial de son ordre. On a de lui : I. Des Postilles ou petits Commentaires sur toute la Bible, qui ont été autrefois très-consultés. L'édition la plus rare est de Rome, 1472, en sept tomes in-folio; et la meilleure, d'Anvers, 1634, six vol. in-fol. Ces Commentaires sont refondus dans la Biblia maxima, à Paris, 1660, 19 vol. in-folio. Il y en a une traduction françoise, Paris, 1511 et 1512, cinq vol. in-folio. La méthode de Nicolas de Lyre est estimable. Le sens littéral est son premier objet : viennent en-suite les divers sentimens des rab-bins ; et il ne manque pas de les réfuter, quand ils mêlent des fables aux vérités des livres saints. On peut lui reprocher qu'à cet égard il entre quelquefois dans des détails inutiles. On trouve aussi qu'il n'est pas assez en garde contre la philosophie de son temps ; il la ramène fré-quement, il subtilise trop, et s'appuie souvent sur Aristote. II. Une Dispute contre les Juifs, in-folio. III. Un Traité contre un Rabbin, qui se servoit du Nouveau Testament pour com-battre la religion Chrétienne, et d'autres ouvrages. Cet auteur possédoit la langue hébraïque, aussi bien qu'on pouvoit la pos-séder dans un temps où cette étude n'étoit pas commune. Il étoit d'ailleurs simple, modeste et très-attaché à son ordre et à l'église. On lui donna dans les écoles le titre de Docteur utile : dénomination aussi vraie que peu fastueuse.
XV. NICOLAS DE PIÈS, ar-chitecte et sculpteur, florissoit au milieu du XIIIe siècle. C'est lui qui construisit à Boulogne l'église et le couvent des Frères Prêcheurs, après avoir fini un tombeau de marbre pour ensé-velir le corps de St. Dominique, instituteur de cet ordre ; il fut aussi fort employé à Pise et dans plusieurs autres villes cé-lèbres d'Italie.
XVI. NICOLAS EYMERICK, Dominicain de Gironne, mort dans sa patrie en 1399, fut in-quisiteur général contre les Van-dois sous le pape Innocent VI, puis chapelain de Grégoire XI et juge des causes d'hérésie. Son principal ouvrage est intitulé : Le Directoire des Inquisiteurs. Cet ouvrage, imprimé à Rome, 1687, in-folio ; et à Venise, 1607, offre des maximes ex- traordinaires, développées dans des Commentaires qui ne le sont pas moins. Des trois parties qui composent ce livre, la première est consacrée à établir le pouvoir de l'Inquisition sur les hérétiques et les fauteurs d'hérésie; et la dernière explique la forme de procéder contre eux. Les particuliers ne sont pas seulement soumis à ce tribunal; le *Directoire* y soumet les rois eux-mêmes. Il est vrai que ceux-ci sont jugés secrètement. Les ennemis de l'Inquisition ont ajouté que le Saint-Office députoit des *Clément*, des *Barrière*, des *Bavaillac*, pour exécuter ses sentences. C'est une calomnie absurde. Quelle puissance pourroit souffrir ce tribunal dans ses états, s'il se permettoit des choses si abominables? Il eût été plus sage de faire sentir les conséquences dangereuses que peuvent avoir les principes du *Directoire*, sans ajouter des mensonges ridicules, qui ne prouvent rien, parce qu'ils prouvent trop. M l'abbé *Morellet* a donné, en 1762, in-12, un Abrégé du *Directoire* et du *Commentaire*.
XVII. NICOLAS DE MUNSTER, auteur d'une secte qui s'appeloit *Famille* ou *Maison d'Amour*, se prétendit d'abord inspiré, et se donna ensuite pour un homme déifié. Il se vantoit d'être plus grand que JESUS-CHRIST, qui, disoit-il, n'avoit que son type ou son image. Vers l'an 1540, il tâcha de pervertir *Théodore Volkars-Kornhert*. Leurs disputes furent aussi fréquentes qu'inutiles; car quand *Nicolas* ne savoit plus que répondre à *Théodore*, il avoit recours à l'Esprit qui lui ordon- not, disoit-il, de se taire. Cet enthousiaste ne laissa pas de se faire bien des disciples, qui comme lui se croyoient des hommes déifiés. *Nicolas* fit quelques livres: tels furent l'*Évangile du Royaume*; la *Terre de Paix*, etc. La secte de la *Famille d'Amour* reparut en Angleterre l'an 1604. Elle présenta au roi *Jacques I*, une confession de foi, dans laquelle elle se déclare séparée des *Brownistes*. Cette secte fait profession d'obéir aux magistrats, de quelque religion qu'ils puissent être: c'est un point fondamental chez eux.
NICOLAS, (Gabriel) *Voyez REINIE*.
XVIII. NICOLAS, (Augustin) avocat de Besançon, devint conseiller d'état du duc *Charles* de Lorraine dont il avoit sollicité l'élargissement auprès du roi d'Espagne, et fut pourvu d'une charge de maître des requêtes au parlement de Dôle, à la sollicitation de Dom *Louis de Haro*. Il mourut à Besançon en 1695. Il écrivoit facilement en vers et en prose. On a de lui: I. Des *Poésies*, réimprimées à Besançon en 1693. Elles prouvent qu'il avoit la vanité des poètes, mais non qu'il en eût les talens. II. Une *Relation de la dernière révolution de Naples*, Amsterdam, 1660, in-8°, assez bonne et vraie; une autre de la *Campagne de 1664 en Hongrie*, avec diverses *Pièces historiques*. III. *Dissertation morale et juridique*; savoir: *Si la torture est un moyen sûr de vérifier les crimes secrets?* à Amsterdam, 1682, in-12. Ce livre, difficile à trouver, est le meilleur ou le moins médiocre de ceux qu'a produits *Nicolas*.
NICOLAS LE CALABROIS, *Voyez* IL GONSALVE (Martin).
NICOLAS DE PALERME, *Voy*. TUDESCHI. I. NICOLE, (Claude) conseiller du roi, puis président de l'élection de Chartres, sa patrie, cultiva les Muses jusqu'à sa mort, arrivée le 22 novembre 1685, à 74 ans. On a de lui, un *Recueil de Vers*, en deux vol. in-12, réimprimés à Paris en 1693. Le style en est faible et languissant. On y trouve des imitations de différens morceaux de *Virgile*, d'*Horace*, d'*Ovide*, de *Juvenal*, de *Perse*. Ce sont les chefs-d'œuvre d'*Apelle* copiés par un peintre d'enseignes.
II. NICOLE, (Pierre) parent du précédent, naquit à Chartres le 10 octobre 1625. La nature lui accorda un esprit pénétrant et une mémoire heureuse. Avec de telles dispositions, ses progrès ne purent qu'être rapides. Dès l'âge de 14 ans il possédoit parfaitement le latin et le grec. Son père, sous les yeux duquel il avoit fait ses humanités, l'envoya à Paris pour faire son cours de philosophie et de théologie. Il s'adonna à ces deux sciences avec d'autant plus de fruit, que son esprit avoit la maturité, la profondeur et la justesse qu'elles demandent. Ce fut pendant son cours qu'il connut les cénobites de Port-Royal. Ils trouvèrent en lui ce qu'ils cherchoient avec tant d'empressement, l'esprit, les mœurs et la docilité. *Nicole* donna une partie de son temps à l'instruction de la jeunesse qu'on dévoit dans cette solitude. En formant des élèves distingués, il se forma lui-même. Il acquit une facilité extrême d'écrire en latin. Après ses trois années ordinaires de théologie, il soutint sa tentative avec un succès peu commun. Le jeune théologien se préparait à entrer en Licence, mais les querelles que les *Cinq Propositions* avaient allumées dans la faculté de théologie de Paris, le déterminèrent à se contenter du Baccalauréat qu'il reçut en 1649. Plus libre alors, ses engagements avec Port-Royal devinrent plus suivis et plus étroits; il fréquenta cette pieuse et savante maison; il y fit même d'assez longs séjours, et travailla avec le grand *Armand* à plusieurs écrits pour la défense de *Sandinus* et de sa doctrine. En 1664, il se rendit, avec ce célèbre écrivain, à Châtillon près de Paris, et y consacra son temps à défendre l'Église de deux ennemis ligués contre elle, les Calvinistes et les Casuistes relâchés. Il sortit de temps en temps de cette retraite, pour aller tantôt à Port-Royal, tantôt à Paris. Au commencement de 1678, sollicité d'entrer dans les ordres sacrés, il consulta *Pavillon* évêque d'Alet, auprès duquel il s'étoit rendu. La décision qu'il lui demandait fut bientôt donnée. Pour entrer dans les ordres sacrés, il avoit besoin du consentement de l'évêque de Chartres; et ce prélat, prévenu contre ses opinions, le lui refusait. L'évêque d'Alet lui fit envisager ce refus, comme une disposition de la providence, qui vouloit le retenir dans l'état de simple clerc. Il est donc faux que s'il ne sortit point de cet état, ce fut parce que sa timidité l'avoit empêché de répondre à un examen qu'il avoit subi à 64 NIC Nicole auroit pu le mieux servir. Il n'avoit aucun talent pour l'élequence de la chaire : « il falloit qu'il eût quelque chose à prouver et à démêler ; sans cela il tomboit », comme il le dit lui même. II. Traité de la Foi humaine, composé avec Arnauld, 1664, in-4°, Lyon, 1693, in-12. C'est, suivant de bons juges, un chef-d'œuvre en son genre. III. La Perpétuité de la Foi de l'Eglise Catholique touchant l'Eucharistie, à Paris, 1670, 1672 et 1674, 3 vol. in-4°, avec Arnauld, qui y a eu très-peu de part. IV. Les Prégis légitimes, contre les Calvinistes. V. Traité de l'Unité de l'Eglise, contre le ministre Jarieu. VI. Les Prétendus-Réformés convaincus de Schisme, et quelques ouvrages de controverse, estimables pour la science et la solidité. VII. Les Lettres imaginaires et visionnaires, 2 vol. in-12, 1657 ; il y en a dix-huit. Elles furent commencées en 1664, et finies en 1666. L'auteur y réfute fort bien les rêveries de des Marêts de Saint-Sorlin. Mais en les comparant aux Provinciales, on les trouvera communes et verbeuses. VIII. Un très-grand nombre d'Ouvrages pour la défense de Jansénius et d'Arnauld. IX. Plusieurs Écrits contre la morale des Casuistes relâchés. X. Quelques-uns sur la Grace générale, recueillis en 4 vol. in-12, avec les écrits d'Arnauld, de Quesnel et des autres théologiens qui ont combattu ce système. Il y en a une édition de 1715, en 2 vol. in-12, avec une Préface de l'éditeur. XI. Un choix d'Epigrammes latines, intitulé : Epigrammatum delectus, 1659 in-12. ( Voyez II. LANCELOT, vers la fin. ) XII. Traduction latine des Lettres Provinciales avec des notes, etc. sous le nom de H. en-drock. Tout ce qu'a fait Nicole sous ce nom, a été traduit en françois par Mlle de Joncoux. La 1re édition des Provinciales latines parut en 1658 ; la 4e, qui est beaucoup plus ample, est de l'année 1665. Pascal revit cette version dont on a loué la fidélité et l'élégance, mais non pas la pureté. Sa latinité est, dit-on, celle de Térence qu'il avoit lu plusieurs fois, et sur laquelle il avoit formé son style. « A cela, dit d'Alembert, je n'ai qu'une question à faire : Croit-on que le style épistolaire doive être le même que celui de la comédie ? » Seroit-ce en effet louer un auteur de Lettres écrites en françois et sur-tout de Lettres théologiques, de dire qu'en le lisant on croit lire Molière ? XIII. Belga percontator, contre la relation Anti-Jansénienne de Marca, 1657, in-4°. Voy. l'Histoire de la Vie et des Ouvrages de NICOLE, 1733, in-12, par l'abbé Goujet ; le Tome xix des Mémoires de Nicéron ; et le nouveau Moréri, dans lequel il y a une liste exacte des productions de cet écrivain célèbre. Il seroit à souhaiter qu'on en donnât une édition complète, du moins de celles qui peuvent intéresser le public impartial, également ennemi du Jansénisme et du Molinisme.
III. NICOLE, (François) né à Paris en 1683, montra beaucoup de génie pour les mathématiques. Il donna, en 1706, à l'académie des Sciences, un Essai sur la théorie des Roulettes, qui le fit recevoir l'année suivante dans cette compagnie. Il commença, en 1717, un Traité du Calcul *Calcul des Différences finies*, sur lequel il a donné ensuite beaucoup de Mémoires. En 1729, il donna à l'académie un *Traité des Lignes du troisième ordre*, plus complet que celui de *Newton*. En 1727 il se fit adjuger et céda à l'Hôtel-Dieu de Lyon un prix de 3000 livres, que M. *Mathulon* avoit déposées pour celui qui démontrerait la fausseté d'une Quadrairure du cercle qu'il croyoit avoir trouvée. Cet habile académicien mourut le 10 janvier 1758, d'un érysepèle, à 75 ans. Quelque profond qu'il fût dans la géométrie, il n'avoit point le ton aride et sec des géomètres : il vivoit dans la meilleure compagnie, et y étoit toujours gai et aimable.
NICOLLE DE LA CROIX, (Louis-Antoine) mort le 14 septembre 1760, à Paris sa patrie, à 56 ans, étoit un ecclésiastique de mœurs pures et d'un savoir assez étendu. On a de lui : I. *Méthode d'étudier, tirée des Ouvrages de St. Augustin*, traduite de l'italien de *Ballerini*, 1760, in-12. II. *Géographie Moderne*, 1756, réimprimée avec des augmentations considérables, par *Barbeau des Bruyères*, en 1763, 2 vol. in-12. Cet ouvrage eut beaucoup de succès, quoiqu'il y eût quelques fautes, et on le lit avec fruit : il est instructif, clair, méthodique. III. *Abrégé de la Géographie à l'usage des jeunes personnes*, petit volume in-12. C'est un extrait de sa Géographie Moderne.
NICOLO DEL ABBATE, peintre, né à Modène en 1512. On lui a donné le surnom *del Abbate*, parce qu'il étoit élève du *Primatice*, abbé de Saint-Martin. Le *Primatice* ayant connu le mé- *Tome IX.* rite de *Nicolo*, l'amena avec lui en France, l'an 1552, et l'y employa à peindre à fresque sur ses dessins, dans le château de Fontainebleau. *Nicolo* excelloit sur-tout dans le coloris; ses dessins arrêtés d'un trait de plume et lavés au bistre, sont la plupart terminés. Son goût de dessin approche de celui de *Jules Roma* et du *Parmesan*. La chapelle de l'Hôtel Soubise est ornée des peintures de *Nicolo* : il a aussi fait plusieurs dessus de porte à l'Hôtel de Toulouse. On voit au Palais-royal un de ses tableaux, représentant l'*Enlèvement de l'Proserpine*.
NICOLO-FRANCO, *Voyes* II. FRANCO.
NICOLOSIO, (Jean-Baptiste) Sicilien, mort à Rome en 1670, étoit très-versé dans les mathématiques et la géographie, et mérita l'estime d'*Alexandre VII*. On a de lui : I. *Hercules Siculus sive Studium geographicum*, 2 vol. II. *Guida allo studio geografico*. III. *La Theorica del globo terrestre*. IV. *Orbis descriptio*, en dix grandes cartes. V. *Une Description de l'état de l'Eglise*. VI. — du royaume de Naples. VII. *Des Cartes* avec des notes pour l'histoire d'*Alexandre*, par *Quiute-Curée*, etc. I. NICOMÈDE Ier, roi de Bithynie, fils de *Zipoëte*, fondateur de cette monarchie, monta sur le trône après son père l'an 278 avant Jésus-Christ. Il traita ses frères avec la cruauté d'un tyran. On prétend que c'est lui qui bâtit Nicomédie, à laquelle il donna son nom.
II. NICOMÈDE II, surnommé par dérision *Philopator*, petit-fils un précédent, ôta le sceptre à *Prusius* son père qu'il fit assassiner dans un temple où il s'étoit réfugié, l'an 148 avant Jésus-Christ. Il régna ensuite en paix. La fin de sa vie fut agitée par la crainte de la puissance de *Mithridate*, dont il avoit épousé la sœur, veuve d'*Ariarathe*. Il fit paroître un jeune homme, qu'il disoit être troisième fils d'*Ariarathe*. Les Romains pour mortifier les deux rois rivaux, ôtèrent la Cappadoce à *Mithridate*, et la Paphlagonie à *Nicomède* qui mourut l'an 90 avant Jésus-Christ. Ce monarque se concilia l'amour de ses sujets par la douceur de son caractère et par les qualités qui font un bon roi; mais sa gloire fut souillée par le meurtre de son père et par son ambition.
III. NICOMÈDE III, fils du précédent et son successeur, fut détrôné par son frère aîné, appelé *Socrate*, puis par *Mithridate*; mais les Romains le rétablirent. Il mourut sans enfans, l'an 75 avant Jésus-Christ, laissant les Romains héritiers de son royaume de Bithynie, qui fut réduit en province.
IV. NICOMÈDE, géomètre célèbre par l'invention de la courbe appelée *Conchoïde*, qui sert également à la résolution des deux problèmes de la duplication du cube, et de la trisection de l'angle. Il vivoit peu après *Eratosthène*, puisqu'il badinoit ce géomètre sur le mécanisme de son Mésolabe; et que *Geminus*, qui vivoit dans le second siècle avant Jésus-Christ, avoit écrit sur cette *Conchoïde*, dont ce *Nicomède* étoit néanmoins réputé l'inventeur. Ceux qui l'ont placé 4 ou 5 siècles après Jésus-Christ, ignorent ces faits, qui déterminent à peu près le temps où il vivoit.
NICON, (Saint) moine du x$^{e}$ siècle, surnommé *Métanoïte*, travailla, avec autant de zèle que de fruit, à la conversion des Arméniens. Il laissa un *Traité* sur la Religion de ces peuples, qu'on trouve dans la *Bibliothèque des Pères*. Il mourut en 998, à Corinthe.
NICON, *Voyez* NIKON.
NICOT, (Jean) né à Nîmes d'un notaire de cette ville, quitta sa patrie de bonne heure, et s'introduisit à la cour, où son mérite lui procura les bonnes graces de *Henri II* et de *François I*. On le nomma ambassadeur en Portugal; à son retour il apporta en France la plante qu'on appelle *Nicotiane* de son nom. Cette plante, qui a fait quelque bien et tant de mal, est connue aujourd'hui sous le nom de *Tabac*, qu'elle tire de l'isle Tabago. Elle fut présentée à la reine *Catherine de Médicis*, et de là lui vint son nom d'*Herbe à la reine*. On l'appela aussi *Herbe du Grand Prieur*, parce que le grand prieur en prenoit beaucoup. (*Voyez* GOMORRI.) *Nicot* mourut à Paris en 1600, laissant plusieurs ouvrages manuscrits. I. Un *Traité de la Marine*, où il avoit recueilli tous les termes des Mariniers. II. *Trésor de la Langue Française tant ancienne que moderne*. Ce Dictionnaire qui eut beaucoup de cours dans son temps, ne parut qu'après la mort de l'auteur, en 1606, in-fol.
NIDER, (Jean) Dominicain, qui assista au concile de Basle, et qui mourut vers l'an 1440, est connu par son *l'ormicarium*, où il y a beaucoup de choses touchant les sortilèges. Nous avons aussi de lui *De reformatione Religiosorum*, Anvers, 1611, in-8.
NIDHARD, ou NITHARD, (Jean-Everard) né au château de Falkenstein en Autriche, l'an 1607, entra dans la Société des Jésuites en 1631. Appelé à la cour de l'empereur *Ferdinand III*, il fut confesseur de l'archiduchesse *Marie*, qu'il suivit en Espagne lorsqu'elle épousa *Philippe IV*. Ce monarque conçut tant d'amitié et d'estime pour lui, qu'il voulut le faire décorer de la pourpre romaine. Après la mort de *Philippe*, la reine-mère lui donna la charge d'Inquisiteur général et le fit entrer dans le ministère. Le Père *Nidhard* n'avoit rien d'un ministre et d'un Jésuite, à ce que disoient ses ennemis, que la hauteur et l'ambition, et étoit plus capable de dominer sur l'âme foible de sa pénitente, que de gouverner un Etat. Il osa dire un jour au duc de *Lerme*, son rival en crédit et en pouvoir : *C'est vous qui me devez du respect, puisque j'ai tous les jours votre Dieu dans mes mains, et votre Reine à mes pieds*. Tandis que le Jésuite et le duc se dispo- toient l'autorité, le trésor étoit sans argent, les places de la monarchie en ruine, les ports sans vaisseaux, les armées sans discipline et sans chef qui sût les conduire. L'incapacité du ministre Jésuite et des généraux, contribua aux premiers succès de *Louis XIV*, quand il attaqua son beau-frère et sa belle-sœur en 1667, et qu'il leur ravit une partie de la Flandre et toute la Franche-Comté. Cependant il se forma contre *Nidhard* un parti suscité par le duc de *Lerme*, et soutenu par *Don Juan d'Autriche*, fils naturel de *Philippe IV*; et malgré la protection de la reine, il fallut que son confesseur cédant à l'orage. Le ministre disgracié se retira à Rome, où il fut ambassadeur d'Espagne auprès du pape. *Clément X* l'éleva au cardinalat en 1672, et lui donna l'archevêché d'Édesse. Le cardinal *Nidhard* mourut le 1$^{er}$ février 1681, à l'âge de 73 ans. On a de lui quelques Ouvrages sur la *Conception immaculée* de la *Sainte Vierge*, imprimés à Paris, 1677, 2 vol. in-12. Quelques ex-Jésuites se sont plaints de l'impartialité que nous avons mise dans le portrait du Père *Nidhard*. Tous les historiens le peignent comme nous, entr'autres l'abbé *Millot*, qui parle de l'*arrogance*, de l'*incapacité orgueilleuse* de ce ministre, sous qui tout empira. Il seroit bien singulier qu'un historien ex-Jésuite pût faire de tels aveux, et que la vérité fût interdite à un lexicographe, qui ne tient ni aux Jésuites, ni à leurs adversaires.
NIEL, (N.) musicien, mort vers 1760, a fait la musique de plusieurs grands ballets de l'Opéra.
NIEREMBERG, (Jean-Eusèbe de) Jésuite, Allemand d'origine, naquit à Madrid en 1590, et y mourut le 7 avril 1658, à 68 ans. C'étoit un homme pénitent, austère même, et très-laborieux. Il a beaucoup écrit; et la plupart de ses ouvrages de piété, composés soit en espagnol, soit en latin, ont été traduits en diverses langues, et quelques-uns en françois. La Traité du *Discernement du Temps et de l'Eternité*, ou *De la différence du Temps et de l'Eternité*, n'a pas seulement été mis en françois par le P. *Brignon*; il l'a été aussi en arabe par le Père *Fromage*, de la même Société. Celui de ses ouvrages qui est le plus recherché des curieux, est sa *Curiosa y Filosofia de las Maravillas de Naturaleza*, à Madrid, 1643, in-4°. On a encore de lui : I. *L'Éloge des Jésuites*, en espagnol, Madrid, 1643, 6 vol. in-fol. II. *Traité de l'Origine de l'Écriture-Sainte*, Lyon, 1641, in-fol. III. *Historia Naturae*, Anvers, 1635, in-fol.
NIEUHOFF, (Jean de) auteur Hollandois, né vers le commencement du 17e siècle, à qui nous devons une Relation estimée, de son *Ambassade de la part de la Compagnie Orientale des Provinces-Unies vers l'Empereur de la Chine*. Cette Relation curieuse est en hollandois. *Jean le Carpentier* en a donné une bonne traduction en françois, in-fol., Leyde, 1665 : cette édition est rare, et le livre est recherché.
NIEULANT, (Guillaume) célèbre paysagiste, né à Anvers, en 1584, mort à Amsterdam en 1635. On a gravé d'après lui.
NIEUWENTYT, (Bernard) né à Westgraafsbyck, en Nort-Hollande, l'an 1654, marqua dès sa première jeunesse, de l'inclination pour les sciences ; mais avec le désir de tout savoir, il eut la sagesse de se borner. Il s'attacha d'abord à l'art de raisonner juste, et il pénétra ensuite dans ce que les mathématiques ont de plus profond. Il passa à la médecine et au droit, et ses progrès dans ces deux sciences ne furent pas moins rapides. Il devint, par son application continue, et en secondant l'étendue de son génie, bon philosophe, grand mathématicien, médecin célèbre, magistrat habile et équitable. Plus attentif à cultiver les sciences, qu'avide des honneurs du gouvernement, il se contenta de les mériter. Il fut cependant conseiller et bourgmestre de la ville de Purmerende, où il demeuroit, sans briguer des emplois qui l'auroient tiré de son cabinet. Ce savant mourut le 30 mai 1718, à 63 ans. Quoiqu'il fût d'un caractère naturellement froid, il ne laissoit pas d'être agréable en conversation. Ses manières engageantes lui gagnaient l'amitié de ceux qui jouissoient de sa société, et sa douceur ramenoit souvent à son avis des personnes qui en paroissoient fort éloignées. Ses principaux ouvrages sont : I. Un *Traité en hollandois*, traduit en françois par *Noguès*, sous ce titre : *L'Existence de Dieu démontrée par les Merveilles de la Nature*, in-4°, Paris, 1740. Cet ouvrage excellent en son genre, s'il étoit moins diffus, et si l'auteur ne se trompoit quelquefois dans les vues qu'il prête au Créateur, est divisé en trois parties, dans lesquelles il traité de la structure du corps humain, des élémens, des astres et de leurs divers effets. C'est une espèce de physique, dans laquelle ce sage écrivain tourne tout à la gloire de l'Être-suprême et de ses ouvrages. II. Une *Réfutation de Spinosa*, in-4°, en hollandois. III. *Analysis Infinitorum*, à Amsterdam 1695, in-4.º IV. Considerationes secundæ circa Calculi differentialis principis, à Amsterdam, 1696, in-4.º (Voy. HERMANN.) Il avoit donné, deux ans auparavant une Brochure sur la même matière. I. NIGER-PERATE, fut un des plus vaillans hommes de son temps parmi les Juifs. Il commandoit dans la province d'Idumée au commencement de la guerre de ce peuple contre les Romains, et il se signala dans plusieurs rencontres, principalement contre Cestius Gallus, à Gabaon et à Ascalon. Simon et Jean ayant usurpé toute l'autorité dans Jérusalem, Niger dont les talens excitoient leur jalousie, fut un des premiers qu'ils accusèrent d'intelligence avec les Romains. Ils lui firent mille outrages, et le traînèrent enfin hors des murailles de Jérusalem, où ils le firent assommer à coups de pierre, sans vouloir lui permettre de se justifier des crimes dont il étoit accusé.
II. NIGER, (C. Pescennius-Justus) gouverneur de Syrie, se signala par sa valeur et sa prudence. Les légions Romaines le saluèrent empereur à Autioche vers la fin d'avril 193, sur la nouvelle de la mort de Pertinax. Niger respectant et chérissant la mémoire des bons princes, se proposa d'imiter Tite, Trajan, Antonin, Marc-Aurèle. Il avoit des vues, de la fermeté, et une douceur soutenue et animée par la vigueur du courage. La fortune ne l'enivra point; il dédaigna même les flatteries que la bassesse prodigue à la puissance. Un orateur ayant voulu célébrer son avènement à l'empire par un panégyrique: Composez plutôt, lui dit NIGER, l'éloge de quelque fameux Capitaine qui soit mort, et retracez à nos yeux ses belles actions pour nous servir de modèle. C'est se moquer que d'encenser les vivans, sur-tout les Princes, dont il y a toujours quelque chose à craindre ou à espérer. Pour moi, je veux faire du bien pendant ma vie, et n'être loué qu'après ma mort... Niger ne jouit pas long-temps du commandement; il perdit plusieurs batailles contre Sévère, et enfin l'empire avec la vie dans les premiers mois de l'an 195 de Jésus-Christ. (Voyez I. CLÉMENT.) Ce prince n'avoit pas dû son élévation à sa naissance; elle étoit honnête, mais médiocre. Sorti d'une famille de chevaliers Romains, né probablement à Aquinum où son grand-père exerça l'emploi d'intendant des Cesars, il prit dans sa jeunesse quelque teinture des lettres. Se sentant plus de courage et d'ambition que de fortune, il se conduisit dans les différens degrés de la milice par lesquels il passa, de manière à mériter les éloges de Marc-Aurèle. Sous Commode, il se signala dans une guerre contre les Barbares voisins du Danube. Il fut aussi employé dans la guerre des déserteurs qui avoient inondé les Gaules, et il y réussit si bien, que Sévère, alors gouverneur de la Lyonnoise, lui rendit auprès de l'empereur, le plus glorieux témoignage, l'appelant un homme nécessaire à la République. Il parvint au consulat par une voie honorable, c'est-à-dire sur la recommandation des officiers qui servoient sous ses ordres. Sa fermeté à maintenir la discipline étoit si connue, que *Sévère* lui-même, son ennemi déclaré et son vainqueur, le citoit pour modèle à ceux à qui il donnoit le commandement des troupes. Jamais un soldat de *Niger* n'exigea d'un sujet de l'empire, ni bois, ni huile, ni corvée; ou si quelques-uns violèrent en ce point les défenses de leur général, ils en furent sévèrement punis. Il ordonna que l'on tranchât la tête à dix soldats, qui avoient mangé une poule volée par l'un d'eux. Les murmures de l'armée l'ayant empêché de faire exécuter un ordre si sévère, il voulut du moins que les coupables rendissent chacun dix poules pour celle qui avoit été enlevée: il les condamna de plus à ne point faire de feu de toute la campagne, à ne manger rien de chaud, et à se contenter d'eau et de nourritures froides; et il leur donna des surveillans qui les obligea-seut à observer la loi qu'il leur imposoit... Il se montroit ennemi déclaré de tout ce qui ressentoit le luxe et la mollesse dans une armée. Ayant remarqué des soldats, qui pendant qu'on étoit en marche pour aller à l'ennemi, buvoient dans une tasse d'argent, il interdit l'usage de toutes pièces d'argenterie dans le camp. Il disoit que la vaisselle de bois devoit suffire, et qu'il ne falloit pas que les Barbares, s'ils venoient à s'emparer des bagages, pussent tirer vanité d'une argenterie conquise sur les Romains. Il ne souffroit point de boulanger dans l'armée durant les expéditions, et il réduisoit au biscuit les soldats et les officiers. Il proscrivit le vin, voulant qu'on se contentât de vinaigre mêlé avec de l'eau, suivant l'ancien usage. On peut juger qu'une telle réforme déplaisoit beaucoup aux troupes. Mais *Niger* tint ferme, et des soldats qui gardoient les frontières de l'Égypte lui ayant demandé du vin: *Que dites-vous*, leur répondit-il? *Vous avez le Nil*, et le vin vous est nécessaire! Dans une autre occasion, des troupes vaincues par les Sarasins, s'excusèrent sur l'épuisement de leurs forces. *Belle raison*, leur dit-il, *vos vainqueurs ne boivent que de l'eau!*... et il ne proscrivit rien, qu'il ne le pratiquât lui-même. Il sut à la fin se faire craindre des soldats, et aimer des peuples.
NIGIDIUS FIGULUS, (*Publius*) bon humaniste, habile philosophe et grand astrologue, passa pour le plus savant des Romains après *Varron*. Ses talens lui procurèrent les charges de prêter et de sénateur. Il fut utile à *Cicéron* pour dissiper la conjuration de *Catilina*; mais ayant pris le parti de *Pompée* contre *César*, il fut exilé, et mourut dans son exil, l'an 45 avant J. C. *Cicéron*, qui fait de lui le plus grand éloge, lui écrivit une belle lettre de consolation. *St. Augustin* dit qu'il fut surnommé *Figulus*, c'est-à-dire *Potier*, parce qu'il se servit d'un exemple tiré de la roue de *Potier*, pour répondre à cette question qu'on lui faisoit contre l'astrologie: *Pourquoi la fortune de deux Enfans jumeaux n'est-elle pas la même?* Il ne nous reste de ses Écrits que des fragmens. Il écrivit d'une manière si abstraite, que ses contemporains les négligèrent. I. NIGRISOLI, (*Jérôme*) savant médecin, mort à Ferrare en 1689, à 69 ans, a fait im- primer à Guastalla, 1665, *Progymnasmata Medica*. Il pratiqua son art avec succès.
II. NIGRISOLI, (François-Marie) mort à Ferrare le 10 décembre 1727, à 79 ans, étoit fils du précédent, et ne se rendit pas moins habile que son père dans la médecine. Il laissa plusieurs ouvrages, dont la plupart furent bien accueillis : entr'autres un *Traité du Quinquina*, en latin, Ferrare, 1700, in-4°, et *Pharmacopœa Ferrariensis*. On ignore à qui du père ou du fils on doit attribuer une Dissertation très-érudite : *De chartà veterum ejusque usu*.
NIHUSIUS, (Barthold) né l'an 1589 à Wolpe, dans les états de Brunswick, d'une famille Luthérienne, embrassa à Cologne la religion Catholique vers 1622. Après avoir eu pour premier emploi la direction du collège des Prosélytes, il devint abbé d'Ilfeld en 1629, puis suffragant de l'archevêque de Mélenne, sous le titre d'évêque de Mysie. Il mourut au commencement de mars 1657, à 66 ans. On a de lui : I. *Annotationes de Communione Orientalium sub specie unicæ*, in-4°; Cologne, 1648. II. *Tractatus chorographicus de nonnullis Asiæ provinciis ad Tigrim, Euphratem, etc.*, 1658, in-8°; et d'autres ouvrages de littérature, de théologie, de controverse et d'histoire.
NIKON, né en 1613, d'une famille obscure, dans le gouvernement de Novogorod en Russie, embrassa l'état monastique, devint successivement archimandrite, métropolite de Novogorod, et enfin patriarche de Rus- sie en 1652. Le czar *Alexiowitz* lui donna toute sa confiance. Il introduisit dans l'église Russe le chant, à l'exemple de l'église Grecque, et assembla une espèce de concile pour la restitution du Texte Sacré. Il avoit remarqué dans les exemplaires dont on se servoit, beaucoup de passages altérés, peu conformes à la version des Septante. On rassembla les anciennes versions slaves, dont quelques-unes avoient au moins cinq siècles d'antiquité. Les moines du Mont-Athos et les Grecs de l'Orient fournirent beaucoup de copies des Livres saints. Il y fut prononcé que l'ancienne version slavone étoit fidelle, et qu'il ne s'y étoit glissé des fautes que par la multiplication des copies. On en fit une nouvelle édition à Moskow, que *Nikon* signa. Ces changements causèrent une division dans cette église. Ceux qui étoient attachés aux anciens usages, furent appelés *Raskolniki*. Ce schisme n'est pas encore fini. La faveur dont *Nikon* jonissoit auprès du prince, fut suivie d'une disgrace qui lui donna le loisir de rassembler différentes Chroniques, de les confronter, de les corriger l'une par l'autre, et peut-être de les altérer; il en composa une *Histoire* qui conduit jusqu'au règne du czar *Alexiowitz*, Saint-Pétersbourg, 1767, 2 vol. in-4°. *Nikon* s'étoit démis de la dignité patriarcale en 1658, pour se consacrer entièrement à la retraite et à la pénitence. Cette démission généreuse n'empêcha pas ses ennemis de le déposer en 1666, dans un concile, et de le faire enfermer. L'empereur *Fredor* lui rendit la liberté; il n'en jouit pas longtemps, étant mort en 1681. I. NIL, (Saint) *Nilus*, disciple de *St. Christostome*, avoit une grande réputation de piété dès le commencement du 5$^{e}$ siècle. On dit qu'il étoit de Constantinople, et de la première noblesse. Après avoir eu deux enfants de son mariage, il se sépara de sa femme, et se retira dans la solitude avec son fils, nommé *Théodule*, laissant sa fille avec sa femme à Constantinople. Il alla au désert du Mont-Sinaï, et y vécut longtemps avec des moines d'une sainteté exemplaire. Ils demeuroient dans des cavernes ou dans des cellules qu'ils bâtissoient eux-mêmes, éloignées les unes des autres. La plupart ne mangeoient point de pain, mais seulement des fruits sauvages et des herbes crues; quelques-uns ne mangeoient qu'une fois la semaine. Ils avoient un prêtre, et s'assembloient le dimanche dans l'église, pour recevoir la communion et s'entretenir des vérités saintes de la religion. Des Sarasins attaquèrent les Solitaires de Sinaï, en tuèrent plusieurs, en emmenèrent d'autres captifs, et donnèrent à quelques-uns de ceux qui étoient plus âgés la liberté de se retirer. *St. Nil* fut de ces derniers; mais son fils *Théodule* fut emmené captif. On l'exposa en vente, et personne n'en voulant donner ce que les Sarasins demandoient, ces barbares vouloient le mettre à mort. A force de larmes, il obtint qu'on l'achetât. Il fut revendu à l'évêque d'Eluze, qui ayant reconnu son mérite, l'éleva à la clériculture. *St. Nil* alla chercher ce cher fils chez l'évêque d'Eluze, qui n'usa de son autorité de maître, que par la violence qu'il fit au père et au fils de leur imposer les mains pour l'ordre sacré de la prêtrise. L'histoire ne nous apprend plus rien de *St. Nil*, mais il y a apparence qu'il écrivoit encore vers l'an 450, temps auquel on place ordinairement sa mort. Parmi ses ouvrages, on estime principalement ses *Épitres* et ses *Exhortations à la vie spirituelle*. L'édition de ses *Œuvres*, donnée par *Allatus* et *Suarès*, en 2 vol. in-folio, à Rome, 1668 et 1678, commence à devenir rare en France. Elle est en grec et en latin.
II. NIL, archevêque de Thessalonique dans le 14$^{e}$ siècle, écrivit contre la primauté du pape. *Barlaam* après avoir écrit en faveur du siège de Rome, adopta l'erreur de *Nil*, et la soutint dans un Traité semblable pour le fond à celui de ce schismatique. Ces deux Traités ont été réunis par *Saumaise* en un vol. in-4$^{o}$, imprimé chez *Elzevir*, en 1645. Ce commentateur infatigable y a ajouté des notes et quelques autres Traités. En 1608, il en avoit donné une édition in-8$^{o}$, moins ample que celle que nous venons de citer.
III. NIL, surnommé Doxo-PATRIUS, *Archimandrite*, (c'est-à-dire abbé d'un monastère grec) composa, par ordre de *Roger*, roi de Sicile, à la fin du onzième siècle, un *Traité des cinq Patriarcats* de Rome, d'Antioche, d'Alexandrie, de Jérusalem et de Constantinople. *Etienne le Moine* en a donné une édition en grec et en latin, Leyde, 1685, in-4$^{o}$.
NILHISDALE, (N.) Angloise célèbre par sa tendresse conju- gale, sauva la vie à son époux condamné à mort en 1716, comme ayant secondé le roi Jacques dans son entreprise pour remonter sur le trône. La veille du jour fixé pour l'exécution, miladi Nilhisdale entre dans la tour, un mouchoir sur les yeux et dans l'attitude d'une femme désolée. Aussitôt elle change de vêtement avec son mari qui étoit de même taille qu'elle, et le fait évader. Le lendemain le ministre qui vint pour préparer le prisonnier à son dernier moment, trouva une femme au lieu d'un homme. La cour consultée sur cet évènement, ordonna de mettre en liberté miladi Nilhisdale, qui alla rejoindre son mari en France.
NINIAS, ou NINUS le Jeune, fils de Ninus et de Semiramis, monta, vers l'an 2108 av. J. C., sur le trône d'Assyrie, après sa mère, qui avoit abdiqué l'empire, ou selon quelques auteurs, qu'il avoit fait mourir parce qu'elle l'avoit sollicité au crime. Quoi qu'il en soit, il ne fut pas plutôt affermi dans ses états, qu'il en abandonna le soin à ses ministres, et se renferma parmi ses femmes dans son palais, où il mena la vie la plus voluptueuse, ne se faisant voir que très-rarement en public. On lui donne trente-huit ans de règne. Ses successeurs ne suivirent que trop l'exemple de ce prince lâche et fainéant; aussi connoit-on à peine leurs noms jusqu'à Sardanapale.
NINO DE GUEVARA, (N.) peintre célèbre, né à Madrid en 1631, mort en 1698, enabeillit les églises de Cordoue, de Malaga et de Grenade, de ses ou- vrages. Sa touche est ferme, son coloris vrai, et son dessin très-correct. Formé sur les peintres Italiens, Espagnols et François, il se fit une manière particulière, qui tenoit de toutes les trois.
NINON, Voyez LENCLOS.
NINUS, premier roi des Assyriens, étoit, dit-on, fils de Bélus. Il fit la conquête de plusieurs pays, depuis l'Égypte jusqu'à l'Inde et la Bactriane; et à son retour, il bâtit Ninive, ville célèbre, située sur le bord oriental du Tigre. Après ce grand ouvrage, Ninus marcha à la tête d'une armée formidable contre les Bactriens, qu'il n'avoit encore osé attaquer. Il se rendit maître d'un grand nombre de villes, et singulièrement de Bactres, capitale du pays. Il dut en partie la prise de cette place forte à Semiramis, femme d'un de ses premiers officiers. Ninus conçut une forte passion pour cette héroïne, et l'épousa après la mort de son mari, qui s'étoit tué pour prévenir les terribles menaces de son puissant rival. Le roi laissa en mourant le gouvernement de son royaume à Semiramis, vers l'an 2164, avant Jésus-Christ, après un règne de cinquante-deux ans. Nous remarquerons ici, que l'histoire de Ninus et de ses successeurs est vraisemblablement peu digne de croyance. « Ctesias de Gnide, médecin de Cyrus le Jeune, est le père de toutes les faussetés tant de fois écrites sur l'empire Assyrien. Diodore de Sicile, contemporain de César, a copié les récits de César; plusieurs historiens postérieurs ont copié Diodore; une source corrompue a infecté presque tous les canaux de l'histoire. De quel poids peut donc être l'autorité du médecin de *Cyrus* ? *Aristote* le jugeoit indigne de croyance. » Tout le monde avoue que son Histoire des Indes étoit pleine de fictions, qu'il attostoit hardiment comme témoin oculaire. Convaincu d'imposture à cet égard, il ne devoit pas en imposer sur d'autres objets, et il le devoit d'autant moins que son Histoire d'Assyrie avoit elle-même des caractères frappans d'absurdité. (*Voy. NINIAS. — SÉMIRAMIS.*)
NIOBÉ, (*Mythol.*) fille de *Tantale*, sœur de *Pélops* et femme d'*Amphion*, roi de Thèbes. Enorgueillie de se voir une puissante reine et mère de quatorze enfans, (*Homère* ne lui en donne que douze, six garçons et six filles) osa non-seulement se préférer à *Latone* qui n'en avoit que deux, mais encore défendre qu'on lui fit des sacrifices. La Déesse irritée de l'orgueil de *Niobé*, implora le secours de ses enfans, *Apollon* et *Diane*, qui, pour venger l'outrage fait à leur mère, percèrent à coups de flèches tous les enfans de *Niobé* sous ses yeux. Alors cette mère infortunée fut pénétrée d'une si vive douleur à la vue de ce spectacle, qu'elle en demeura immobile, et les Dieux la changèrent en rocher près de la ville de Sipile sa patrie. — Elle est différente de *NIOBÉ* fille de *Phoronée*, et mère d'*Argus* et de *Pelasgus*.
NIPHUS, (*Augustin*) né à Jopoli dans la Calabre, vers 1473, fit la plus grande partie de ses études à Tropéa. Son père et sa mère lui ayant été enlevés, il entra chez un bourgeois de Sessa, pour être précepteur de ses enfans. Il suivit ensuite ses disciples à Padoue, où il s'appliqua à la philosophie sous *Nicolas Vernia*. De retour à Sessa, il résolut de s'y fixer, et y épousa une fille vertueuse, nommée *Angelilla*, dont il eut plusieurs enfans. Quelque temps après on lui donna une chaire de philosophie à Naples. A peine y fut-il arrivé, qu'il composa un Traité *De Intellectu et Dæmonibus*, dans lequel il soutenoit qu'il n'y a qu'un seul entendement. Cet écrit souleva aussitôt tout le monde, surtout les religieux, contre *Niphus*; il lui en auroit peut-être coûté la vie, si *Pierre Barocci* évêque de Padoue, n'eût détourné l'orage en l'engageant à publier son Traité avec des corrections. Il parut en 1492, in-folio, avec les changemens nécessaires; et fut réimprimé, en 1503 et en 1527. *Niphus* donna depuis ce temps au public une suite d'autres ouvrages, qui lui acquirent une grande réputation. Les plus célèbres universités d'Italie lui offrirent des chaires avec des honoraires considérables. Il est constant qu'il avoit mille écus d'or d'appointement, lorsqu'il professoit à Pise vers 1520. Le pape *Léon X* admirateur de ses talens, le créa comte Palatin, lui permit de joindre à ses armes celles de la maison de *Médicis*, et lui donna le pouvoir de créer des maîtres-ès-arts, des bacheliers, des licenciés et des docteurs en théologie et en droit civil et canonique, de légitimer des bâtards et d'anoblir trois personnes. Les lettres patentes de ces privilèges singuliers sont du 15 juin 1521. Ce savant auteur mourut vers l'an 1550, âgé de plus de 70 ans. C'étoit un philosophe d'assez mauvaise mine; mais à perloît avec grace, aimoit la bonne chère et les plaisirs. Il avoit le talent d'amuser par ses contes et par ses bons mots. Son enjoûment lui procura de l'accès auprès des grands seigneurs et des dames de considération, et il profita de cet accès pour satisfaire les passions dont il étoit dévoré. On prétend que, dans un de ces enthousiasmes que lui inspiroit l'orgueil, il dit à Charles-Quint: *Je suis Empereur des Lettres, comme vous êtes Empereur des Soldats*. Ce prince lui ayant demandé « comment les Rois pouvoient bien gouverner leurs états ? » *Ce sera*, lui répondit-il, en se servant de mes semblables, (les Philosophes.) On a de lui : I. Des Commentaires latins sur Aristote et Averroès, en 14 vol. in-folio. II. Des Opuscules de Morale et de Politique, Paris, 1645, vol. in-4.º III. Des Epîtres. IV. Un Traité de l'immortalité de l'Ame contre Pomponace, etc. 1618, in-folio. V. De amore, de pulchro, Veneris et Cupidinis venales, Leyde, 1641, vol. in-16. VI. Un Traité très-rare : *De falsà Diluvii prognosticatione, quæ ex conventu omnium Planetarum qui in Piscibus continget, anno 1524, divulgata est*; Rome, 1521, in-4.º Tous ces ouvrages sont écrits en latin, d'un style diffus et incorrect.
NIRÉE, roi de Samos, dont la beauté étoit passée en proverbe, formoit un parfait contraste avec *Thersite*, l'homme le plus laid du camp des Grecs. I. NISUS, roi de Mégare en Achaïe, avoit parmi ses cheveux blancs, un cheveu de couleur de pourpre sur le haut de sa tête, d'où dépendoit, selon l'Oracle, la conservation de son royaume. *Scylla*, sa fille, ayant conçu de l'amour pour *Minos*, qui assiégeoit Mégare, coupa adroitement à son père pendant qu'il dormoit, le cheveu fatal, et alla le porter à *Minos* qui peu après se rendit maître de la ville. *Nisus* en conçut tant de dépit qu'il sécha de douleur, et les Dieux touchés de compassion le changèrent en épervier. *Scylla* se voyant méprisée de *Minos* qui manqua à sa parole en partant sans elle, se jeta de désespoir dans la mer pour le suivre, et y périt. Les Dieux l'ayant changée en alouette, l'épervier fondit aussitôt sur elle, et devint son plus cruel ennemi.
II. NISUS, héros Troyen, qui suivit *Enée* en Italie. Ayant voulu venger la mort de son ami *Euriale*, tué par les Rutules, il fut la victime de l'amitié et de son courage.
NITARD, *Voy*. NICHARD.
NITARD, abbé de Saint-Riquier, étoit fils d'Angilbert et de Berthe, fille de Charlemagne. Il s'attacha à *Charles le Chauve*, qui estimoit son savoir et ses vertus. Nous avons de lui, dans le recueil de *du Chesne*, une *Histoire des Guerres* entre les trois fils de *Louis le Débonnaire*. Elle est utile pour connoître les événements de son siècle. Il mourut vers 853.
NITIUS, *Voyez* Rossi.
NITOCRIS, reine de Babylone, rompit le cours de l'Emphrate, et fit bâtir un pont sur ce fleuve. Elle se fit élever un tombeau au-dessus d'une des portes les plus remarquables de la ville, avec ces paroles : *Si quelqu'un de mes successeurs a besoin d'argent, qu'il ouvre mon Sépulcre, et qu'il en puise autant qu'il voudra ; mais qu'il n'y touche point sans une extrême nécessité, sinon sa peine sera perdue.* Le tombeau demeura fermé jusqu'au règne de *Darius*, fils d'*Hystaspes*, qui l'ayant fait ouvrir vers l'an 116 avant Jésus-Christ, au lieu des trésors immenses qu'il se flattoit d'en tirer, n'y trouva qu'un cadavre et cette inscription : *Si tu n'étois insatiable d'argent et dévoré par une basse avarice, tu n'aurons pas violé la sépulture des Morts.* **I. NIVELLE**, (Jean de MONTMORENCY, seigneur de) fils aîné de *Jean de Montmorency*, grand chambellan de France sous *Charles VII*, embrassa, avec *Louis* son frère, le parti du comte de *Charolais* contre le roi *Louis XI*, dans la guerre du *Bien public*. Son père fut si indigné de cette rebellion, qu'après l'avoir fait sommer, à son de trompe, pour rentrer dans son devoir, sans qu'il comparût, il le traita de *Chien* ; d'où est venu ce proverbe, encore à la mode aujourd'hui : *Il ressemble au chien de Jean de Nivelle, il s'enfuit quand on l'appelle.* Ce seigneur mourut en 1477, à 55 ans. Il étoit bisafie du comte *Philippe de Horne* et du baron de *Montigny*, que le duc d'*Albe* fit décapiter, en 1568 et 1570, avec le comte d'*Egmont*, durant la guerre des Pays-Bas.
**II. NIVELLE DE LA CHAUSSEE**, (Pierre-Claude) naquit à Paris en 1692, d'une famille riche. Il fit ses premières classes au collège des *Jésuites*, sa rhé- torique et sa philosophie au Plessis. Né dans le sein de la fortune, et neveu d'un fermier général, il eut le courage d'écarter toutes les illusions qui l'entouraient, et de se livrer à l'amour de l'étude. Il répandit son âme dans des vers, qu'il ne montroit qu'à ses intimes amis. Il négligeoit même depuis long-temps les talens qu'il avoit reçus de la nature, lorsque *la Mothe*, cet esprit si fécond en paradoxes ingénieux, fit paroître son système de la poésie en prose. *La Faye*, quoique ami de ce poète détracteur de la poésie, prit le parti de *la Chaussée* dans sa querelle. Ce fut ce qui donna naissance à son *Epitre à Clio* : ouvrage plein d'une saine critique, sage, mais froid, et sans cette énergie qui caractérise les *Epitres* des *Boileau*, des *Rousseau* et des *Voltaire*. Animé par le succès de ce petit Poème, il se livra au théâtre. Les lauriers qu'il y cueillit, lui méritèrent une place à l'académie Françoise. Il y fut reçu en 1736. Son discours de remerciement, moitié prose et moitié vers, fut applaudi. Cet ingénieux académicien mourut, le 14 mars 1754, âgé de 62 ans, avec la tranquillité d'un sage. Son sang froid dans ses derniers momens, lui permit des plaisanteries jusques sur son successeur à l'académie. Il s'étoit opposé à la réception de *Bougainville*, qui ambitieux du titre d'académicien, avoit employé toutes sortes de moyens pour l'obtenir. *La Chaussée* réfléchissant qu'après sa mort ce candidat devoit trouver moins d'obstacles, dit : *Il seroit plaisant que ma place lui fût donnée.* Elle le fut en effet, et *Bougainville* loue *la Chaussée*, comme s'il avoit eu à s'en louer. Ce poète n'oublioit pas aussi facilement les offenses que son successeur. Ayant à se plaindre de *Piron*, auteur d'une Épigramme contre ses Comédies, il traversa son élection à la place d'académicien. Aussi les amis de *Piron* le comparèrent-ils au *la flâneuse* du roman comique de *Scarron*. La *Chaussée* étoit d'ailleurs un homme aimable et un honnête homme. Quant à son mérite dramatique, cet auteur a de la raison, de la noblesse, du sentiment, du pathétique, et il tourne bien un vers. Il s'est exercé avec succès dans le comique larmoyant. On peut mettre à la tête de ses Comédies l'*École des Mères*, le premier des Drames romanesques au goût des bons juges. Une mère qui voit les sottises de son fils, qui les sent, et qui ne peut s'empêcher de les favoriser, forme un contraste très-sailant avec la fermeté du bon *Argant*, homme simple, sage et sans ridicule. *Mélanide* fut le triomphe de la *Chaussée*; elle est pleine de sentiment, de chaleur, et de détails bien rendus. L'action est un peu lente dans les premiers actes; mais elle marche avec vivacité dans les derniers. Le célèbre *Piron*, jaloux de voir *Mélanide* jouir du même succès que la *Métromanie*, plaisanta beaucoup sur les Comédies attendrissantes, qu'il comparoit à de froids Sermons. *Tu vas donc entendre prêcher le Père LA CHAUSSE?* dit-il un jour à un de ses amis, qu'il rencontra allant à *Mélanide*. On lui attribua même des couplets fort piquans, dont *Collé* est le véritable auteur. Le comique larmoyant y est représenté comme un genre fantasque, comme une comédie bâtarde, flasque avorton de la tragédie, et qui n'a de ce dernier genre que le ton pleureur et l'ennui. On y dit des pièces de la *Chaussée*, que les plans semblent faits par la *Grange*, et les vers par l'abbé *Pellegrin*. On finit par ce couplet : Révérend Père la *Chaussée*, Prédicateur du saint Vallon, Porte la morale glacée Loin des neuf Sœurs et d'*Apollon*. Ne crois pas, *Corin* dramatique, A la Mure du vrai comique Devoir ses passagers succès : Non, la véritable *Thélie* S'endormir à chaque homélie Que tu fis prêcher aux François. « Cependant, dit M. de la *Harpe*; l'*Andrienne* des anciens, transportée sur notre théâtre, étoit absolument une comédie larmoyante. Elle offroit un fond d'aventures romanesques, des caractères passionnés, et l'intérêt alloit quelquefois jusqu'aux larmes : c'est qu'en effet la comédie n'exclut rien de tout cela. La peinture de la vie humaine doit nous présenter des passions, comme elle nous montre des travers et des ridicules; et tous ces objets sont également du ressort de la bonne comédie. Nous nous sommes long-temps persuadés que la comédie ne devoit que faire rire, et c'est avec ces préjugés étroits, que l'on circonscrit l'étendue des arts et le vol du génie. Certainement le *Misantrope* et le *Tartuffe*, deux chefs-d'œuvre de l'esprit humain, ne sont pas toujours plaisans, quoiqu'ils le soient souvent et beaucoup. — La *Chaussée* est venu ensuite, et trouvant qu'on avoit saisi les grands caractères et les grands ridicules, il a tâché de joindre une morale douce et utile à des situations touchantes. Ce sont des romans en dialogue, mais ces romans peignent des mœurs vraies; ils intéressent, et sont versifiés en général avec assez de pureté et d'élégance. Voilà sans doute assez de mérite, pour justifier tous les succès qu'on lui a tant reprochés de son vivant, et qui ont augmenté après sa mort. » *Maximien*, tragédie bien conduite, a quelques beautés, ainsi que le *Préjugé à la mode*, qui est intéressant, malgré quelques scènes froides et languissantes, dans les premiers actes, quelques caractères outrés et des plaisanteries froides. Mais le fonds du sujet, le ton de vertu qui y règne, l'élégance et la pureté du style, un grand nombre de vers heureux, et la chaleur qui anime les derniers actes, la feront toujours lire avec plaisir. Après ces quatre pièces, auxquelles on pourroit joindre encore la *Gouvernante*, pièce en cinq actes, on ne voit plus chez lui que des ouvrages très-médiocres, où règne un mauvais goût de Roman, qui déprime beaucoup le talent de la *Chaussée*. Rien de vrai, rien de naturel, point de ces plans heureux, qui se développent sans peine, et qui nous offrent une action qui attache sans fatiguer. *La Chaussée*, même dans le genre larmoyant, n'a pas rempli entièrement sa carrière. Que l'on compare tout son Théâtre au seul *Georges Barneveld* ou le *Marchand de Londres*, et l'on verra combien le François en ce genre est inférieur à l'Anglois. Son style, dans ses mauvaises pièces, est lâche, diffus, traînant et souvent froid. Malgré ces observations sévères, il aura un rang distingué sur le Parnasse; il sera regardé comme un des premiers auteurs dans une branche du Théâtre, connue avant lui, mais qu'il a fait revivre. — Voici, suivant *Voltaire*, à quelle occasion il ressuscita ce genre. Quelques personnes s'amusoient à jouer dans un château quelques petites comédies, qui tenoient de ces farces qu'on appelle *Parades*. On en fit une en 1732, dont le principal personnage étoit le fils d'un Négociant de Bordeaux, très-bon homme, et marin fort grossier, lequel ayant perdu sa femme et son fils, venoit se remarier à Paris, après un long voyage dans l'Inde. Sa femme étoit une impertinente, qui étoit venue faire la grande dame dans la capitale, manger une bonne partie du bien acquis par son mari, et marier son fils à une demoiselle de condition. Le fils, beaucoup plus impertinent que la mère, se donnoit des airs de seigneur; et son plus grand air étoit de mépriser beaucoup sa femme, laquelle étoit un modèle de vertu et de raison. Cette jeune femme l'accabloit de bons procédés sans se plaindre, payoit ses dettes secrètement quand il avoit joué et perdu sur sa parole, et lui faisoit tenir de petits présens très-galans sous des noms supposés. Cette conduite rendoit notre jeune homme encore plus fat. Le Marin revenoit à la fin de la pièce, et mettoit ordre à tout. Une Actrice de Paris, fille de beaucoup d'esprit, nommée *Mlle Quinault*, ayant vu cette farce, conçut qu'on en pourroit faire une comédie très-intéressante, et d'un genre tout nouveau pour les Fran pois, en exposant sur le théâtre le contraste d'un jeune homme qui croiroit en effet que c'est un ridicule d'aimer sa femme, et d'une épouse respectable qui forcerait enfin son mari à l'aimer publiquement. Elle pressa Voltaire d'en faire une pièce régulière, noblement écrite; mais ayant été refusée, elle demanda permission de donner ce sujet à la Chaussée, jeune homme qui faisoit très-bien les vers, et qui avoit de la correction dans le style. Ce fut ce qui valut au public le Préjugé à la mode. Cette pièce quoique attendrissante et bien écrite, étoit froide auprès de celles de Molière et de Regnard; elle ressemblait, dit un homme de goût, à un homme un peu pesant, qui danse avec plus de justesse que de grace. L'auteur voulut mêler la plaisanterie au sentiment : mais ses railleries sont presque toujours froides et forcées. « La comédie larmoyante, dit Voltaire, n'est au fonds qu'un monstre, né de l'impuissance d'être ou plaisant ou tragique. Celui qui n'a pas le don du comique, cherche à y suppléer par l'intérêt; il ne peut s'élever au cothurne; il rehausse un peu le brudequin. Il peut arriver, sans doute, des aventures très-funestes à de simples citoyens; mais elles sont bien moins attachantes que celles des souverains, dont le sort entraîne celui des nations. Un bourgeois peut être assassiné comme Pompée, mais la mort de Pompée fera toujours un tout autre effet que celle d'un bourgeois. » Les ŒUVRES de Théâtre de la Chaussée ont été imprimées à Paris, 1763, en cinq petits vol. in-12.
III. NIVELLE, (Gabriel-Nicolas) prêtre, prieur commendataire de Saint-Géréon, diocèse de Nantes, né à Paris, mourut, le 7 janvier 1761, âgé de 74 ans. Comme il aimoit la retraite et l'étude, il s'étoit retiré de bonne heure au Séminaire de Saint-Magloire, d'où il fut obligé de sortir en 1723, époque des changemens arrivés à ce Séminaire; son opposition à la Bulle Unigenitus le fit renfermer quatre mois à la Bastille, en 1730. Il a publié : I. Les Relations de ce qui s'est passé dans la Faculté de Théologie de Paris, au sujet de la Constitution Unigenitus, 7 vol. in-12. II. La Cri de la Foi, 3 vol. in-12, 1719. III. La Constitution Unigenitus déférée à l'Eglise Universelle, ou Recueil général des Actes d'appel, 1757, 4 vol. in-folio. L'Histoire Romaine est moins volumineuse que cette compilation. L'éditeur y a ajouté des préfaces historiques, des observations qui en lient les parties, et l'analyse des ouvrages considérables qu'il n'a pas cru devoir faire entrer dans son entier. IV. Un Catalogue manuscrit de tous les Ouvrages faits sur le Jansénisme et la Constitution, jusqu'en 1738. On le conservoit dans la bibliothèque du roi; et on en a suivi l'ordre dans l'arrangement du Catalogue de cette bibliothèque, tome II. de la Théologie. Voyez son Éloge dans le Supplément au Nécrologe des Défenseurs de la vérité, 1703, in-12.
NIVELON, (N.) fut le plus célèbre danseur de son temps. Il avoit imaginé une danse de Suisses, dans laquelle il excel- 80 N I V loit. Sur la fin de ses jours il devint entrepreneur d'un spectacle, où il se ruina, et qui fut fermé en 1712. Son fils, héritier de ses talens, débuta à Paris, en 1728, par une entrée de paysan en sabots, qui fit courir toute la ville. Ce dernier exécutoit les danses grotesques avec la plus grande légèreté, et en composoit lui-même les airs. Il a légué à sa famille son goût pour la danse et ses succès.
NIVERNOIS, (Louis-Jules MANCINI duc de) ministre d'état, membre de l'académie Françoise et de celle des Belles-Lettres, naquit à l'aris le 16 décembre 1716, et étoit petit-fils du duc de Nevers, connu par son esprit et son goût pour la poésie. (Voyez NEVERS.) Après avoir suivi quelque temps la carrière militaire, le jeune Nivernois fut nommé ambassadeur à Rome, puis à Berlin, où il fut très-accueilli de Frédéric; enfin à Londres, où il négocia la paix de 1763. Par-tout il se conduisit en ministre éclairé, sage et prudent, tempérant l'austérité de ses fonctions par les charmes de ses discours, et unissant les graces à la dignité. De retour à Paris, les lettres le possédèrent entièrement, et ses ouvrages lui eussent fait un nom distingué, s'il ne l'eût été déjà par sa naissance et ses services publics; aussi un poète moderne à dit avec raison: Nivernois au Parnasse est encor duc et pair. la facilité de son esprit se montre dans la variété de ses productions. Ses imitations de Virgile, d'Horace, de Tibulle, d'Ovide, de l'Arioste et de Milton, sont faites avec goût, et sont aussi naturelles que ce morceau imité par lui, de la seizième Ode d'Horace: Un clair ruisseau, de petits bois, Une fraîche et tendre prairie, Me font un trésor que les rois Ne pourroient voir qu'avec envie. Je préfère l'obscurité Qui suit la médiocrité, A l'éclat qui suit la puissance. Le riche est au sein des plaisirs Moins heureux par la jouissance Que malheureux par ses desirs. Je n'ai point ces riches habits Qu'avec orgueil Plutus étale; Ni vins rares, ni mêts exquis Ne couvrent ma table frugale; Mais dans ma douce pauvreté, De la dure nécessité J'ignore l'affligeante peine. Je jouis d'un destin heureux: Es n'ai-je pas toujours Mécène, Si je voulois former des vœux? Les fables et les chansons de Nivernois furent renommées par leur délicatesse. On peut en juger par celle-ci, intitulée, mes Souhaits: D'aimer jamais si je fais la folie, Et que je sois le maître de mon choix, Connois amour, celle qui sous ses leix Pourra fixer le destin de ma vie. Je la voudrois moins belle que gentille, Trop de fadeur suit de près la beauté, Simples attraits piquent la volupté, Du feu d'amour joli minois pétille. Je la voudrois moins coquette que tendre, Sans être Agnès ayant peu de desir, Sans le chercher se livrant au plaisir, Et l'augmentant en voulant se défendre. Je Je la voudrois simple dans sa parure, Sans négliger le soin de ses appas; Car on peu d'art qui ne s'apperçoit pas, Ajoute encor un prix à la nature. Je la voudrois n'ayant pas d'autre envie D'autre bonheur que celui de m'al- mer; Si cet objet, Amour, peut se trouver, De te servir je ferai la folie. Les poésies fugitives de l'auteur ont de l'à-propos, et luttent sou- vent d'agrément avec celles de Voltaire; telle est cette réponse à Mad. de Mirepoix qui lui avoit envoyé de ses cheveux blancs, et que sa brièveté nous permet de citer encore: Quoi! vous parlez de cheveux blancs! Laissons, laissons courir le temps; Que vous importe son ravage? Les amours sont toujours enfans, Et les graces sont de tout âge. Pour moi, Thimire, je le sens, Je suis toujours dans mon printemps Quand je vous offre mon hommage. Si je n'avois que dix-huit ans, Je pourrois aimer plus long-temps, Mais non pas aimer davantage. Nivernois mis en prison, malgré son grand âge, sous le gouver- nement de Robespierre, y resta jusqu'au neuf thermidor; mais il ne jouit que deux ans de sa li- berté; étant mort le 7 ventôse de l'an 6, (1798) âgé de 82 ans. Il conserva jusqu'au dernier mo- ment son goût pour la poésie; et dans la matinée même du jour de sa mort, il écrivit à son mé- decin ce billet en vers, pour le dissuader d'en appeler d'autres en consultation: « Je n'en veux point d'autre en ma cure, J'ai l'amitié, j'ai la nature Qui font bonne guerre au trépas; Mais peut-être dame nature A déjà décidé mon cas; Ah! du moins, sans changer d'al- lure, Je veux mourir entre vos bras. » Les ouvrages de cet auteur sont: I. Lettres sur l'usage de l'esprit, dans la société, la solitude et les affaires. II. Dialogues des Morts. Ils sont au nombre de quatre, et offrent des rapprochemens heu- reux et philosophiques. III. Ré- flexions sur le génie d'Horace, de Despréaux et de Jean-Baptiste Rousseau, in-12. « Malgré la contagion du mauvais exemple que commençoient à donner quel- ques gens de lettres, dit M. Pa- lissot, Nivernois rend à Des- préaux une justice que l'on affecte aujourd'hui de lui refuser, même dans des poétiques. Il nous sem- ble à cet égard, d'autant plus digne d'éloges, qu'il avoit à com- battre non-seulement les préju- gés de nos beaux esprits, mais encore un sentiment d'aversion pour le genre satirique, qu'il ne dissimule pas, et qui tenoit sans doute à l'aménité de son carac- tère. » IV. Traduction de l'essai sur l'art des jardins modernes, par Horace Walpole, 1784. V. Notice sur la Vie de l'abbé Barthélomi, 1795. Ce dernier fut lié avec l'auteur de la plus étroite amitié. VI. Réflexions sur Alexan- dre et Charles XII. VII. Tra- duction de la vie d'Agricola, par Tacite. VIII. Autre en vers, de l'Essai sur l'Homme de Pope. IX. Portrait de Frédéric le Grand roi de Prusse. X. Adonis et Ri- chardet, poèmes traduits en vers de l'italien. XI. *Recueil de Tables*. Elles ne furent réunies qu'en 1796. On y trouve beaucoup d'esprit et de finesse, mais quelquefois trop d'afféterie, et cette recherche de traits saillans qui exclut la naïveté. Plusieurs sont aussi ingénieuses que celles de la *Mothe*, et présentent les mêmes défauts. On a publié en l'an 4, (1796) chez *Didot* le jeune, les Œuvres de *Nivernois*, 8 vol. in-8.
NIXES, (*Nixii Dii*) (Myth.) Dieux qu'on invoqueait dans les accouchemens difficiles, et quand on croyait qu'il y avait plusieurs enfans. Ils étoient au nombre de trois.
NIZOLIUS, (*Marius*) grammairien Italien de Bersello dans le Modénois, contribua beaucoup à la renaissance des lettres dans le 16$^{e}$ siècle, par son esprit et par son érudition. On a de lui; I. *De veris principiis et veris ratione philosophaudi contra pseudo-Philosophos*, *Libri quatuor*, à Parme, 1553, in-4$^{o}$. Il y attaque vivement les scolastiques, non-seulement sur la barbarie de leurs termes, mais aussi sur leurs ridicules opinions en plusieurs points. « Les faux Philosophes, dit *Fontenelle*, étoient tous les scolastiques passés et présents; et *Nizolius* s'élève avec la dernière hardiesse contre leurs idées monstrueuses et leur langage barbare, jusques-là qu'il traite *St. Thomas* lui-même de *Borgne entre des Avengles*. La longue et constante admiration qu'on avait eue pour *Aristote*, ne prouvoit, disoit-il, que la multitude des sots et la durée de la sottise. » Le célèbre *Leibait*, charmé de l'élégance et de la solidité de cet ouvrage, en donna en 1670, une nouvelle édition in-4$^{o}$; mais en homme impartial, il prit à certains égards la défense d'*Aristote* et de *St. Thomas*. II. *Thesaurus Ciceronianus*, ou *Apparatus linguae latinae* à *scriptis Tullii Ciceronis collectus*, in-fol. C'est un bon Dictionnaire latin, composé des mots et des expressions de *Cicéron*, par ordre alphabétique. *Nizolius* est un des premiers qui a composé ces sortes de Dictionnaires des écrits de *Cicéron*. Quoique cet ouvrage ne soit qu'une compilation, l'auteur avoit un génie fort supérieur à celui des simples compilateurs. III. *Observationes in Ciceronem*, à Basle, 1548, in-fol. Ces remarques philologiques sont utiles, et les éditeurs de l'Orateur Romain en ont profité.
NOADIAS, *Voyez SÉMÉIAS*. I. NOAILLES, (*Antoine de*) chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, gouverneur de Bordeaux, d'une illustre et ancienne maison du Limousin, qui possède depuis un temps immémorial la terre et le château de Noailles situé près de Brives, naquit en 1504. Son mérite l'éleva aux places d'ambassadeur d'Angleterre, de chambellan des enfans de France, et d'amiral de Guienne, puis de France en 1543. Il ménagea, pendant son ambassade d'Angleterre, la trêve faite à Vaucelles entre *Henri II* et *Philippe II*, rois de France et d'Espagne. A son retour il chassa les Huguenots de la ville de Bordeaux dont ils s'étoient emparés; et mourut le 11 mars 1562, à 58 ans, regardé comme un homme également propre aux négociations et aux armes.
II. NOAILLES, (François de) frère du précédent, évêque de Dax, et l'un des plus habiles négociateurs de son siècle, fut ambassadeur en Angleterre, à Rome, à Venise et à Constantinople, où il rendit de grands services à la Chrétienté. Il mourut à Baïonne le 16 septembre 1585, à 66 ans. Henri III et Catherine de Médicis le consultoient dans les affaires les plus épineuses. Ce fut sur son avis qu'ils résolurent de porter la guerre en Espagne, pour délivrer la France de ce fléau. Ses Ambassades en Angleterre, et celles de son frère, ont été imprimées à Paris, en 1763, 3 vol. in-12.
III. NOAILLES, (Anne-Jules de) duc et pair et maréchal de France, etc., étoit fils d'Anne de Noailles, en faveur duquel le comté d'Ayen fut érigé en duché-pairie au mois de décembre 1663. Anne étoit petit-fils d'Antoine. Il mourut le 15 février 1678, après avoir bien mérité de la patrie. Anne-Jules, né en 1650, fut fait premier capitaine des gardes du corps, en survivance de son père, eut le commandement de la maison du roi en Flandre, l'an 1680, commanda en chef dans le Roussillon et la Catalogne en 1689, et fut fait maréchal de France au mois de mars 1693. Il gagna la bataille du Ther, le 27 mai de l'année suivante, prit les villes de Palamos, de Gironne, et mourut à Versailles le 20 octobre 1708, à 59 ans. Ce seigneur se distingua par la réunion des qualités qui forment l'honnête homme, l'homme d'esprit et le général. Il fut aussi recommandable par son amour pour la religion, que par son zèle ardent pour le bien de l'état.
IV. NOAILLES, (Adrien-Maurice, duc de) fils du précédent, vit le jour en 1678. Né avec des talens pour la guerre, il servit de bonne heure, et se trouva à tous les sièges que le duc son père fit dans la Catalogne, en 1693 et 1694. Il se signala ensuite sous le duc de Vendôme dans la même province, passa en Flandre l'an 1696, et continua d'y montrer sa valeur et sa prudence. Ces deux qualités le firent choisir en 1700, pour accompagner le roi d'Espagne jusqu'à Madrid. Personne n'ignore les services qu'il rendit en Catalogne pendant la guerre de la succession d'Espagne. On le distinguoit dès-lors comme un homme dont les talens et les qualités étoient au-dessus du commun. « Une belle ame, un esprit supérieur, une gaieté charmante, beaucoup d'amabilité et beaucoup de culture; l'amour du roi et de la patrie, le zèle du bien public, une ardeur prodigieuse pour le travail, une émulation vive pour tout ce qui est digne d'éloges, formoient, dit l'abbé Millot, le fonds de son caractère. Ses défauts mêmes tenoient à de grandes qualités. Une conception rapide lui faisoit voir d'un coup d'œil trop d'objets, pour ne pas le rendre quelquefois indécis ou trop lent à se décider. La passion de bien faire, le désir de mériter les suffrages, lui inspiroient une sorte d'inquiétude sur les jugemens d'autrui, capable d'altérer son ame, quand il se croyoit en butte à des injustices. Ardent pour tous ses devoirs, il étoit sujet à s'emporter quand on ne remplissoit pas les siens; mais sa colère étoit celle d'un homme vertueux qui se calme aisément et qui par- 84 NOA donne sans peine. Uni à Mad. de Maintenon par son mariage avec Mille d'Aubigné, et encore plus par une estime et une amitié mutuelles, il étoit plus que personne à portée de tout obtenir, et il ambitionnoit sur—tout de mériter... Il faisoit de la morale un objet essentiel de ses études, à l'âge où les passions effacent souvent l'idée de la vertu. Quel philosophe désavoueroit ce qu'il écrivoit, en 1702, à Mad. de Maintenon? L'homme aime la liberté et n'en peut jamais arracher de son cœur le désir, quoiqu'il fasse chaque jour tous ses efforts pour la perdre. La différence qu'il y a parmi les hommes, est que les uns sont enchaînés avec des chaînes d'or, et les autres avec des chaînes de fer; et ceux qui sont dans les plus éminentes dignités, sont obligés de reconnaître que s'ils ont des biens et des honneurs qui les flattent et les distinguent du commun, ils ont des peines plus cuisantes que les autres. Une contrainte, qui ne les abandonne jamais, venge assez les autres hommes des préférences de la fortune.» En approfondissant la morale, il ne négligeoit pas la littérature, et en formant des correspondances littéraires avec les savans et les beaux esprits de son siècle, il cultivoit en même temps la science militaire. Général des armées du roi en Roussillon, il y remporta en 1708 et 1709, plusieurs avantages sur les ennemis. A la fin de 1710, et dans le cœur de l'hiver, il se rendit maître de Gironne, une des plus importantes places de la Catalogne. Cette ville, que des événements fortuits avoient délivrée de plusieurs sièges, croyoit encore être sauvée cette fois-ci par le secours du ciel. Des pluies extraordinaires inondèrent le camp des assiégeans; quarante-sept escadrons et huit bataillons furent enfermés par les eaux perdant quatre jours, sans pain ni fourrage. Le duc de Noailles lutta contre les élémens et contre les ennemis. On le conjura de lever le siège; il le continua. Un boulet de canon l'approcha de fort près, au moment qu'il visitoit une batterie dressée contre la tour Gironelle qui fatiguoit la tranchée; il dit à Rigolo, qui commandoit l'artillerie, et qui étoit sourd: Entendez-vous cette musique? — Je ne prends jamais garde, répondit Rigolo, à ceux qui viennent; je ne fais attention qu'à ceux qui vont. Trois jours après la cessation des pluies, la ville haute et basse se rendit, et força le reste de l'Aragon à se soumettre. Ce service signalé fut récompensé en 1711, par Philippe V, du titre de Grand d'Espagne de la première classe. Louis XIV, non moins sensible à son mérite que son petit-fils, l'avoit fait brigadier en 1702, maréchal de camp en 1704, lieutenant général en 1706; et il avoit été reçu duc et pair en 1708. Les disputes au sujet de la Bulle UNICENTUS, aigrirent Louis XIV contre le cardinal son oncle; mais il marqua toujours la même amitié au neveu. Le roi ne put pourtant s'empêcher de lui dire: «Que le nom de Noailles excitoit quelquefois de fâcheuses idées dans son esprit.» Le duc répondit, en courtisan habile: SIRE, je changerai de nom, si Votre Majesté me l'ordonne. J'ai appris de mes pères à n'avoir d'autre volonté que celle de mes maîtres; et il conserva la faveur jusqu'à la mort du mo- marque. Le régent employa alors ses talens. *Noailles* réunissant en lui le double mérite d'homme de guerre et d'homme d'état, fut nommé président du conseil des finances en 1715, et conseiller au conseil de Régence en 1718. L'entrée du cardinal du *Bois* à ce conseil, en 1721 après sa nomination à la pourpre, occasionna une dispute; et cette dispute fut pour *Noailles* la cause d'une disgrace passagère. Le chancelier, le maréchal de *Villeroy*, le duc de *Noailles*, refusoient d'accorder la préséance aux cardinaux. On écrivit, on s'échauffa, et cette petite querelle se termina par des lettres de cachet. « Le jour même qu'elle commença, *Noailles* ayant rencontré au Louvre le cardinal du *Bois*, lui dit (selon les *Mémoires de la Régence*): *Cette journée sera fameuse dans l'Histoire, Monsieur!* on n'oubliera pas d'y marquer, que votre entrée dans le Conseil en a fait déserter les Grands du Royaume... D'Aguesseau fut exilé pour la seconde fois; et *Noailles* le fut ensuite, malgré l'affection du prince à son égard, parce que ses principes ne s'accordoient point avec ceux du ministère. *Du Bois* lui avoit fait sa cour sous le règne de *Louis XIV*; il lui mandoit les nouvelles pendant la campagne de Catalogne de 1711; il lui témoignoit dans ses lettres un grand désir de lui plaire et de s'assurer de sa protection. Ce même homme devint l'auteur de sa disgrace. Le fils de l'apothicaire d'un grand seigneur, né dans une de ses terres, aussi vicieux que le seigneur étoit distingué par son mérite, remporta sur lui ce triomphe! Parmi tant de jeux bizarres de la fortune, ce n'étoit point le moins étonnant. *Noailles* conserva pendant son exil un crédit extraordinaire, et l'employa en faveur de la noblesse de sa province: tout ce qu'il demandoit au régent, il étoit presque sûr de l'obtenir. « *Du Bois* étant mort au mois d'août 1723, le duc d'*Orléans*, qui ne dédaigna point de prendre après lui la qualité de premier ministre, rappela d'exil le duc de *Noailles*, qu'il avoit toujours aimé autant qu'il l'estimoit. A la première entrevue, il l'embrasse tendrement, lui proteste que sa disgrace n'est venue que de ce coquin de cardinal du *Bois* (pour me servir de ses propres termes). *Eh bien! que dirons nous?* ajoute-t-il avec une sorte d'embarras. *Noailles* répond, en homme d'esprit: *PAX FIVIS, REQUIES DEFUNCTIS!* (*Mémoires du maréchal de Noailles*, sous l'année 1723.) » Pendant que *Noailles* présida au conseil des finances, il fit des réformes utiles. Il étoit tout neuf dans cette administration; mais il étoit appliqué, ardent au travail, capable de s'instruire de tout et de travailler dans tous les genres. L'état avoit à payer neuf cent millions d'arrêrage, et les revenus du roi ne produisoient pas soixante-neuf millions, à trente francs le marc. Le duc de *Noailles* eut recours, en 1716, à l'établissement d'une chambre de justice contre les financiers. On rechercha la fortune de 4,410 personnes; et le total des taxes ou des restitutions auxquelles on les assujettit, fut d'environ deux cent dix-neuf millions quatre cent mille livres; mais de cette somme immense il ne rentra que soixante et dix millions dans les coffres du roi. En 1724, il fut nommé chevalier 86 NOA des ordres du roi. Dans la guerre de 1733, il servit au siège de Philipsbourg, pendant lequel il fut honoré du bâton de maréchal de France. Il eut le commandement des troupes pendant l'hiver de 1734, et obligea les Allemands d'abandonner Worms dont ils s'étoient emparés. Nommé, en 1735, général en chef des troupes Françoises en Italie, il alla cueillir de nouveaux lauriers. Si la guerre de 1741 ne prouva pas son bonheur, elle montra du moins ses talens. L'affaire d'Ettingen en Allemagne, dont un événement malheureux fit manquer le succès en 1743, avoit été préparée par la plus savante manœuvre, et ménagée avec une intelligence digne des plus grands capitaines. Enfin, dans la dernière guerre, son grand âge ne lui permettant pas d'être à la tête d'une armée, il entra dans le ministère, et servit l'état de ses conseils. Ce citoyen illustre mourut à Paris, le 24 juin 1766, âgé de près de 88 ans. Il joignoit à beaucoup de facilité d'esprit, l'art de développer ses pensées avec force et avec élégance. Personne n'a écrit des Dépêches mieux que lui. « Si nous le considérons comme général, dit l'abbé *Millot*, les vrais connoisseurs ont toujours admiré son talent pour les plans de campagne; mais ils lui ont reproché d'avoir manqué de vigueur dans l'exécution. Nul homme n'est sans défauts. Quelquefois indécis à force de prévoyance, quelquefois trop vivement agité par les contradictions ou par de justes sujets d'inquiétude, il put, en certaines conjonctures, perdre des momens favorables. Il put aussi paroître timide, lorsqu'il n'étoit que pru- prudent. Quoi qu'il en soit, depuis ses premières campagnes jusqu'aux dernières, on vit des traits frappants d'activité et de courage, et des résolutions également promptes et heureuses, couronnées par le succès. » *Duclos* ne pense pas aussi favorablement du maréchal de *Noailles*, que l'abbé *Millot*; et il n'est point étonnant que deux portraits, l'un fait par un historien non payé, et l'autre par un peintre gratifié par la famille, ne se ressemblent pas en tout. Voici celui de *Duclos*: « A l'égard de *Noailles*, président du conseil des finances, en le décomposant on en auroit fait plusieurs hommes, dont quelques-uns auroient eu leur prix. Il a (car il vit encore) beaucoup et de toute sorte d'esprit, une éloquence naturelle, flexible et assortie aux différentes matières; séduisant dans la conversation, prenant le ton de tous ceux à qui il parle, et souvent par-là leur faisant adopter ses idées, quand ils croient lui communiquer les leurs. Une imagination féconde et vive, toutefois plus fertile en projets qu'en moyens. Sujet à s'éblouir lui-même, il conçoit avec feu, commence avec chaleur, et quitte subitement la route qu'il suivoit, pour prendre celle qui vient la traverser: Il n'a de suite que pour son intérêt personnel qu'il n'a jamais perdu de vue. Maître alors de lui-même, il paroît tranquille quand il est le plus agité. Sa conversation vaut mieux que ses écrits; car en voulant combiner ses idées, à force de vouloir analyser, il fait tout évaporer. Ses connaissances sont étendues, variées et peu profondes. Il accueille fort les gens de lettres... Dévot ou libertin, suivant les circons- tances, il se fit disgracier en Espagne, en proposant une maîtresse à *Philippe V*. Il suivit ensuite *Mad. de Maintenon* à l'église, et entretint une fille d'opéra, au commencement de la régence, pour être au ton régnant. Le désir de plaire à tous les partis, lui a fait jouer des rôles embarrassants, souvent ridicules et quelquefois humilians. Citoyen zélé quand son intérêt propre le lui permet, il s'appliqua à rétablir les finances, et y seroit peut-être parvenu si le régent l'eût laissé continuer ses opérations. Quelque fortune que *Noailles* se fut procurée, ce ne pouvoit être un objet pour l'état. On auroit du moins évité la secousse du pernicieux système de *Law*, etc. » De son mariage, célébré en 1698, avec *Françoise d'Aubigné*, fille unique du comte d'Aubigné frère de *Mad. de Maintenon*, il eut deux fils, l'un et l'autre maréchaux de France; l'un sous le nom de *Noailles*, et l'autre sous celui de *Mouchi*. L'abbé *Millot*, a publié ses *Mémoires* en 1777, en 6 vol. in-12. On les a lus avec empressement, parce qu'ils sont curieux, instructifs et sagement écrits. La froideur et l'uniformité de style qu'on a reproché au rédacteur, étoit difficile à éviter dans un livre qui est une espèce de journal, et où il faut sans cesse couper la narration par les extraits des *Lettres de Louis XIV*, de *Louis XV*, de *Philippe V*, du duc d'Orléans, de *Mad. de Maintenon*, de plusieurs généraux et de divers ministres. En supprimant ces lettres et les réflexions qu'elles font naître, la diction auroit été plus intéressante et plus rapide; mais on auroit perdu du côté de l'instruc- tion ce qu'on auroit gagné du côté de l'agrément. V. NOAILLES, (Louis-Antoine de) frère d'*Anne-Jules*, dont nous avons parlé au n.º III, naquit le 27 mai 1651. Il fut élevé dans la piété et dans les lettres. Appelé à l'état ecclésiastique, il en remplit les devoirs avec un zèle si exemplaire, que sa mère, femme d'une haute vertu, n'eut point d'autre confesseur que lui. Après avoir fait sa Licence en Sorbonne avec distinction, il prit le bonnet de docteur en 1676. Le roi, instruit de son mérite, le nomma à l'évêché de Cahors en 1679. Il fut transféré à Châlons-sur-Marne l'année d'après, et rappela dans ces deux villes, par sa sollicitude pastorale, la mémoire des évêques des premiers siècles de l'Église. L'archevêché de Paris étant venu à vaquer en 1695, *Louis XIV* jeta les yeux sur lui pour remplir ce siège important. *Noailles* hésita à l'accepter. Il représenta au roi, « qu'il seroit accablé de contradictions dans la capitale; qu'il auroit pour ennemis les Jésuites, dont il n'épouseroit pas les passions, et les Jansénistes, dont il combattroit les sentimens. » *Voilà bien des ennemis*, lui dit le roi; mais vous pouvez compter sur toute mon autorité... *Noailles* ayant accepté, *Louis XIV* dit aux courtisans: *Si j'avois connu un homme plus digne de cette place, l'Evêque de Châlons ne l'auroit pas eue*. Le nouvel archevêque, plus indifférent sur son élévation que sur celle de sa famille, se servit d'un tour à peu près pareil, pour avoir pour successeur à Châlons l'abbé de *Noailles*, son frère. *Sine*, dit-il au Roi, *si je connoissois un* 88 NOA meilleur sujet je vous le propose- rois. L'archevêque de Paris con- tinua comme il avoit commencé à Châlons: il fit d'excellens Ré- glemens pour le gouvernement de son diocèse et pour la ré- forme de son clergé; mais ce qu'il avoit prévu lui arriva. Il perdit la tranquillité dont il avoit joui dans son premier évêché. Noailles avoit donné, en 1685, n'étant encore qu'évêque de Châ- lons, une approbation authen- tique aux Réflexions Morales du Père Quesnel, ou plutôt il en avoit continué l'approbation; car son prédécesseur, Félix Vialart, l'avoit accordée pour son diocèse. Devenu archevêque de Paris, il chargea plusieurs docteurs d'exa- miner ce livre; et ce fut après cette révision que parut l'édi- tion de 1699. Ce n'est pas qu'il pensât comme Quesnel; il avoit condamné, en 1696, le livre de l'abbé de Barcos, intitulé: Ex- position de la Foi Catholique touchant la Grace; mais ayant approuvé d'abord le livre de l'O- ratorien, il se crut engagé d'hon- neur à le défendre. Les ennemis de cet ouvrage lui parurent les siens. La guerre ne tarda pas à s'allumer entre lui et les Jé- suites. Le Père Doucin en donna le signal en 1698. Il publia le fa- meux problème: Auquel falloit-il croire, ou de M. de Noailles, archevêque de Paris, condam- nant l'exposition de la Foi; ou de M. de Noailles, évêque de Châlons, approuvant les Réflex- xions Morales? Cette méchan- ceté, attribuée aux Jésuites, ne le disposa pas favorablement pour eux. Il avoit dit au Père Bourdaloue, qu'il vouloit tou- jours être l'ami des Jésuites et jamais leur vaiet; et il ne fut bien- tôt ni l'un ni l'autre. Dans l'as- semblée de 1700, à laquelle il présida, il fit condamner 127 pro- positions tirées de différens Ca- suistes, parmi lesquels plusieurs étoient Jésuites. La pourpre, dont il fut honoré cette même année, loin de désarmer l'envie, ne fit que l'exciter. Lorsque le nouveau cardinal vint remercier Louis XIV, qui lui avoit fait obtenir cette grace, ce prince lui dit: Je suis assuré, Mon- sieur le Cardinal, que j'ai eu plus de plaisir à vous donner le Chapeau, que vous n'en avez eu à le recevoir. Malgré ce propos obligeant, ce prince ne tarda pas à être indisposé contre lui. On proposa, en 1701, un pro- blême théologique, qu'on ap- pela le CAS DE CONSCIENCE PAR EXCELLENCE. Pouvoir-on don- ner les Sacremens à un homme qui auroit signé le Formulaire, en croyant dans le fond de son cœur que le Pape et même l'Eglise peuvent se tromper sur le fait? Qua- rante docteurs signèrent qu'on pouvoit donner l'absolution à cet homme. Le cardinal de Noailles ordonna qu'on crût le droit d'une foi divine, et le fait d'une foi hu- maine. Les autres évêques exi- gèrent la foi divine pour le fait. Clément XI crut terminer la querelle en donnant, en 1705, la Bulle Vineam Domini, par laquelle il ordonna de croire le fait, sans expliquer si c'étoit d'une foi divine ou d'une foi humaine. L'assemblée du Clergé de la même année reçut cette Bulle, mais avec la clause que les évêques l'acceptoient par voie de jugement. Cette clause, sug- gérée par le cardinal de Noailles, indisposa Clément XI contre lui. Cependant le cardinal voulut faire signer la Bulle aux religieuses de Port-Royal-des-Champs. Elles signèrent, mais en ajoutant que « c'étoit sans déroger à ce qui s'étoit fait à leur égard à la paix de Clément XI. » Cette déclaration fut mal interprétée. Le roi demanda une Bulle au Pape pour la suppression de ce monastère, et en 1709 il fut démolé de fond en comble. Le cardinal de Noailles, qui avoit dit plusieurs fois que Port-Royal étoit le séjour de l'innocence, se prêta à sa destruction, parce qu'il crut voir ensuite que c'étoit celui de l'opiniâtreté. L'année d'auparavant 1708, Clément XI avoit porté un décret contre les Réflexions Morales; mais le parlement de Paris y ayant trouvé des nullités, il ne fut point reçu en France. Les foudres lancés contre Quesnel ne produisirent leur effet qu'en 1713, année dans laquelle la fameuse Constitution UNIGENITUS vit le jour. Cette Bulle fut sollicitée en partie par le Père le Tellier, confesseur du roi. Ce Jésuite, homme dur, sombre, ardent, vindicatif, inflexible, étoit mal personnellement avec le cardinal-archevêque. Il remua toute l'Eglise de France, et dressa des Mandemens et des Lettres contre l'ouvrage de Quesnel, que des évêques devoient signer et lui envoyer avec un cachet volant. Une lettre de l'abbé Bochart, neveu de l'évêque de Clermont, découvrit cette manœuvre. Noailles au désespoir en demande justice au roi, au duc de Bourgogne, à Mad. de Maintenon, et n'est écouté de personne. Le cardinal-archevêque, opprimé par un Jésuite, s'en prit à tous les Jésuites: il leur ôta le pouvoir de prêcher et de confesser. Le Tellier, dans les premiers mouvemens du ressentiment, dit, à ce qu'on prétend, qu'il falloit qu'il perdît sa place, ou le Cardinal la sienne. Il n'est pas sûr qu'il tint ce propos, rapporté dans le Dictionnaire de Ladvocat et ailleurs; mais on le lui prêta, et on peut juger par-là de quoi on le croyoit capable. Enfin la Bulle UNIGENITUS arriva, et cette guerre civile n'en fut que plus vive. Une partie de la nation accueillit d'abord peu favorablement ce décret. Une nombreuse assemblée d'évêques fut convoquée à Paris; les uns acceptèrent la Bulle, moyennant quelques explications; les autres ne voulurent ni de la Bulle, ni des correctifs. Le cardinal de Noailles se mit à l'arrêté de ces derniers, qui étoient au nombre de sept. Louis XIV, croyant que sa conscience l'obligoit à écouter son confesseur contre son archevêque, défendit à celui-ci de paroître à la cour, et renvoya les évêques ses adhérens dans leur diocèse. Le cardinal exilé de Versailles, n'en eut que plus de partisans à Paris. Beaucoup de personnes de tous les corps de l'Etat, se joignirent à lui contre Rome et la Cour; mais quoique la Bulle n'eût pas d'abord la pluralité des suffrages, elle fut enfin enregistrée par la Sorbonne et par le Parlement. La quatre-vingt-onzième proposition condamnée paroissoit si vraie aux magistrats, que la proposition contraire anroit été, selon eux, une hérésie politique dans tous les gouvernements. La crainte d'une excommunication injuste ne doit pas nous empêcher, disoit Quesnel, de *faire notre devoir.* Le Parlement pensoit que si cette maxime étoit fausse, aucun souverain ne seroit en sureté contre un sujet superstitieux. Cependant il enregistra la Bulle, mais avec des modifications. Les ennemis du cardinal trionphoient. On prétend que le confesseur du Roi proposa de donner une Déclaration, par laquelle « tout Évêque qui n'auroit pas reçu la Bulle purement et simplement, seroit tenu d'y souscrire, ou poursuivi à la requête du Procureur général. » Mais, après la mort de *Louis XIV* en 1715, tout changea de face. Le duc d'Orléans, régent du royaume, exila le *Tellier*, et mit le cardinal de *Noailles* à la tête du conseil de conscience. Ce prélat étant bien accueille la cour du Régent, tous les évêques opposés à la Bulle appelèrent et réappelèrent à un futur Concile. *Noailles* appela aussi en 1717; mais il ne vouloit point d'éclat, et son appel fut imprimé malgré lui. Le régent détestoit ces querelles; il ordonna le silence aux deux partis. Cette loi du silence, toujours reccommandée et toujours violée, ne fut observée par aucun. La cour de France et la cour de Rome se consumoient inutilement en négociations, lorsque le *Système des Finances* calma les esprits, et tourna leur activité vers les espérances que la fortune donnoit. *Law* fit, lui seul, ce que tant d'évêques, ni *Louis XIV*, ni le Pape, n'avoient pu faire. Ces momens favorables furent employés à réunir l'Église de France, trop longtemps et trop souvent déchirée. Le cardinal-archevêque se prêta à tout, il rétracta son appel, et son Mandement de rétractation fut affiché le 21 août 1720. Cette réunion du Clergé de France fut principalement l'ouvrage du nouvel archevêque de Cambrai, *du Bois*, fils d'un apothicaire, depuis cardinal et premier ministre. Ceux qui furent fâchés de l'acceptation du cardinal de *Noailles*, observèrent qu'il étoit alors avancé en âge, et que des personnes attachées à la cour le gouvernoient totalement; mais les gens sages crurent cette soumission sincère. En effet, il accepta purement et simplement la Constitution par un Mandement du 1er octobre 1728. Il mourut le 4 mai de l'année suivante, à 78 ans. Dans l'épitaphe qu'on grava sur un marbre noir près de son tombeau, on disoit de lui: *Sollicitudine pastor, Charitate pater, In oratione assiduus, in labore indefessus, In cultu modestus, in vletu simplex; Sibi parcus, in eateros sancti prodigus; A teneris ad senium aqualis idemque, Semper prudens, miris, pacificus, Vitam transegit benefaciendo.* En effet, ses charités étoient immenses; ses meubles vendus et toutes les autres dépenses payées, il ne laissa pas plus de 500 livres. Ses ennemis ne purent refuser de voir en lui les meilleures intentions. Il aimoit le bien et le faisoit. Écriture Sainte, Pères de l'Église, Tradition, Théologie positive, Théologie morale, il savoit tout ce qu'un évêque doit savoir. Doux, agréable dans la société, brillant même dans la conversation, sensible à l'amitié, plein de candeur et de franchise, il attachoit le cœur et l'esprit. S'il se laissa quelquefois prévenir, c'est qu'il jugeoit des autres par l'élévation de son ame, et cette ame étoit incapable de tromper. Ses adversaires crurent voir en lui un mélange de grandeur et de foiblesse, de courage et d'irrésolution; et il faudroit en juger ainsi, s'il étoit vrai qu'il existât deux Actes de sa main, datés de 1728 et 1729, où il protestât contre toute acceptation arrachée à sa vieillesse. Plein de bonne foi, il soutenoit des gens qu'on accusoit d'en manquer. Il favorisait ceux qu'on appelle *Jansénistes*, sans l'être lui-même. L'idée seule de faction le révoltoit; il aimoit la paix, et il auroit voulu la donner à l'Église. Un évêque, en lui faisant une visite, lui dit: *Je viens me ranger si votre parti.*—*Je ne suis*, répondit l'archevêque choqué du terme, *d'aucun autre parti que de celui de Jésus-Christ*. Malgré ces dispositions, son épiscopat fut continuellement agité. Montant par un méchant escalier pour aller voir une réparation qu'on avoit faite au haut de l'église de Notre-Dame, *Jamais*, dit-il, *on n'a fait passer Archevêque par d'aussi mauvais chemins que moi*. Son administration prouve très-bien que, pour gouverner à la satisfaction de tout le monde, il ne suffit pas d'être vertueux. On lui doit en partie l'établissement de la maison des *Prêtres* de Saint François de Sales: (*Voyez WITASSE.*) *Gaston-Jean-Baptiste-Louis de NOAILLES*, son frère, qui lui succéda dans l'évêché de Châlons, avoit les mêmes sentimens que lui, et y étoit plus attaché. Il mourut en 1720, à 52 ans. Le cardinal de *Noailles*, son frère, lui fit ériger un tombeau avec une épitaphe, où on lui donnoit des éloges mérités: *In sermone verax, asper in victu, in euliu simplex,* *In utroque factilis, in castimonia severus,* *In oratione assiduus, in eleemosynis profusus.* On voit que les deux frères se ressembloient dans les vertus et dans les lumières. Nous ajouterons que l'évêque de Châlons avoit moins de douceur que l'archevêque de Paris, et qu'il étoit ardent et entier dans tout ce qu'il vouloit, sur-tout s'il croyoit le vouloir pour le bien de l'Église ou de son diocèse.
NOBILIUS, *Voyez FLAMINIUS*, n.º III. L'NOBLE, (*Eustache le*) né à Troyes en 1653, d'une famille distinguée, s'éleva par son esprit à la charge de procureur général du parlement de Metz. Il jouissoit d'une réputation brillante et d'une fortune avantageuse, lorsqu'il fut accusé d'avoir fait à son profit de faux actes. Il fut mis en prison au Châtelet, et condamné à faire amende-honorable et à un bannissement de neuf ans. *Le Noble* appela de cette sentence qui n'étoit que trop juste, et il fut transféré à la Conciergerie. *Gabrielle Perreau*, connue sous le nom de la *Belle Epicière*, étoit alors en cette prison, où son mari l'avoit fait mettre pour son inconduite. *Le Noble* la connut, l'aima, et se chargea d'être son avocat. Cette femme ne fut pas insensible; une figure prévenante, beaucoup d'esprit, une imagination vive, une facilité extrême de parler et d'écrire, tout en lui annonçoit l'homme aimable. Les deux amans en vinrent aux dernières foiblesses. La *Belle Epicière* demanda à être enfermée dans un couvent, pour y accoucher secrètement, entre les mains d'une sage-femme, que le *Noble* y fit entrer comme pensionnaire. Le fruit de ses désordres parut bientôt au jour, et elle fut transférée dans un autre couvent, d'où elle trouva le moyen de se sauver. Le *Noble* s'évadait aussi quelque temps après de la Conciergerie, en avril 1695, pour rejoindre sa maîtresse. Ils vécurent ensemble quelque temps; mais ils changeaient souvent de quartier et de nom, de peur de surprise. Pendant cette vie errante, elle accoucha de nouveau. Le *Noble* fut repris et mis en prison, où il fut jugé comme faussaire, le 24 mars 1698, et condamné derechef à faire une amende honorable dans la chambre du Châtelet, et à un banissement de 9 ans. Sa maîtresse fut jugée au mois de mai suivant, et par l'arrêt, le *Noble* fut chargé de trois enfans déclarés bâtards. Malgré ce nouvel incident, il obtint la permission de revenir en France, à condition de ne point exercer de charge de judicature. Les malheurs de le *Noble* ne l'avoient point corrigé. Il fut déréglé et dissipateur toute sa vie, qu'il termina dans la misère le 31 janvier 1711, à soixante-huit ans. Il fallut que la charité de la paroisse Saint-Severin fit enterrer cet homme, qui avoit fait gagner plus de cent mille écus à ses imprimeurs. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, recueillis en 19 volumes in-12, par Brunet, imprimeur de Paris. On peut les diviser en trois classes; dans la 1re nous placerons les ouvrages sérieux, dans la 2e les ouvrages romanesques, et dans la 3e les ouvrages poétiques. On a de lui, dans le premier genre : I. *L'Histoire de l'établissement de la République de Hollande*; c'est un extrait, fait avec trop de précipitation, de l'Histoire de *Grotius*, en deux vol. in-12, Paris, 1689 et 1690. Cet ouvrage, peu favorable aux Hollandois, fut proscrit dans les États de la république, quoique l'auteur eût dit la vérité, ou plutôt parce qu'il l'avoit dite. II. *Relation de l'État de Gênes*, Paris, 1685, in-12; ouvrage superficiel. III. *Traité de la Monnoie de Metz*, in-12. L'auteur y donne un Tarif de sa réduction avec celle de France. IV. *Dissertation Chronologique de l'année de la naissance de Jésus-Christ*, Paris, 1693, in-12. V. *Le Bouclier de la France*, ou les *Sentimens de Gerson et des Canonistes touchant les différends des Papes et des Rois de France*; cet ouvrage a aussi paru sous le titre de l'*Esprit de Gerson*. VI. *Une Traduction des Pseaumes*, en prose et en vers, avec des Réflexions et le texte latin à côté; ce qui forme un volume in-8°, à trois colonnes. VII. *Entretiens politiques sur les affaires du temps*: ouvrage périodique, plein de saillies heureuses et de plaisanteries basses, qui eut le plus grand succès dans sa naissance... On a de lui dans le second genre : I. *Histoire secrète de la Conjuration des Pazzi contre les Médicis*. II. *La Fausse Comtesse d'Isambert*. III. *Milord Courtenai*. IV. *Epicaris*. V. *Idegerte, Reine de Norwège*. VI. *Zulima*. VII. *Mé-* moires du Chevalier Balthazar. VIII. Aventures Provinciales. IX. Les Promenades. X. Nouvelles Africaines. XI. Le Gage touché. XII. L'Ecole du Monde; ouvrage qui renferme beaucoup de bonne morale, mais écrit avec la légèreté propre à une production frivole. XIII. L'Histoire du détrônement de Mahomet IV. Ces différens ouvrages sont moitié romanesques et moitié historiques. On y trouve de loin en loin quelques morceaux intéressants; mais le total n'en vaut rien ordinairement. Le style, presque toujours facile et abondant, manque de précision, de pureté, d'élégance et de délicatesse. On voit cependant, à travers ces défauts, de l'esprit, du feu et des connaissances variées... On a de lui, dans le troisième genre : I. Des Traductions rampantes, en vers, des Satires de Perse, et de quelques Odes d'Horace. II. Des Contes et des Fables, en 2 vol. in-12. Cet ouvrage, plusieurs fois réimprimé, ne méritait pas tant d'empressement. Il y règne une prolixité froide, un ton familièrement bas, un style languissant. Les moralités n'y sont pas rendues avec finesse, et les images y sont mal choisies. Ces Fables eurent pourtant quelque vogue dans le temps, parce qu'elles étoient relatives aux événements qui faisoient la matière de ses pasquinades. III. Des Comédies, qu'on ne joue plus; le bon comique y domine moins que la polissonnerie. IV. Des Épîtres, des Stances et des Sonnets, qui ne sont guère au-dessus du médiocre. Le Noble a encore traduit les curieux Voyages de Gemelli Carreri, Paris, 1727, 6 vol. in-12. Il fit ces quatre vers pour son portrait : Nobilitas si clara dedit nomenque, genusque ; Clarior ingenio, nobeliorque mirat. Invida Fortuna sic spernes sela maligna : Per scopulos Virtus sapiens asera pestis.
II. NOBLE, (Pierre le) substitut du procureur général du parlement de Rouen, mort en 1720, a donné un Recueil de Plaidoyers sur des sujets utiles ou curieux.
NOCETI, (Charles) Jésuite, né à Pontre-Moli, enseigna la théologie au collège Romain, fut donné pour coadjuteur au Père Turano, pénitencier de Saint-Pierre, et fut un des examinateurs des évêques. Il mourut à Rome en 1759. On a de lui, Veritas vindicata, en 2 vol. C'est une critique de la Théologie Christiana du P. Concina, qui fit beaucoup de bruit. Noceti étoit bon poète, comme on le voit par ses églogues et par les Poèmes sur l'Arc-en-Ciel et l'Aurore Boréale.
NODINUS, NODITIS, ou NODUTUS, (Mythol.) Dieu qui présidait aux moissons lorsqu'elles germoient, et que les nœuds se formoient aux chaumes.
NODOT, (N.) auteur qui n'est connu que par des Fragmens de Pétrone, qu'il prétendit avoir trouvés à Belgrade en 1688, et qu'il publia à Paris en 1694. Les savans se sont partagés sur l'authenticité de ces Fragmens, dans lesquels on trouve des expressions, que ni Ciceron, ni Virgile, ni Horace n'ont jamais employées : Voyez II. PÉTRONE. I. NOÉ, fils de *Lamrich*, naquit l'an 2978 avant J. C. Il fut juste, et trouva grace devant le Seigneur, qui voyant la malice des hommes, résolut de faire périr par un Déluge tout ce qui respiroit sur la terre. Dieu ordonna donc à *Noé* de bâtir une Arche pour se sauver du Déluge, lui et toute sa famille, avec des bêtes et des oiseaux de toute espèce, mâles et femelles. Il marqua lui-même la forme, les mesures et les proportions de ce grand vaisseau : il devoit être de la figure d'un coffre, long de 300 coudées, large de 50, et haut de 30, enduit de bitume, et distribué en trois étages, dont chacun devoit avoir plusieurs loges. Le premier pour les animaux à quatre pieds, le second pour les provisions, et le troisième pour les oiseaux et la famille de *Noé*. Il y avoit une porte au premier étage, et une grande fenêtre au troisième, outre plusieurs petites pour donner du jour à tous les étages. Quelques-uns en mettent quatre, dont le plus bas étoit destiné à recevoir les immondices de l'Arche. Dans chacun de ces étages, il y avoit différens compartimens, séparés par des cloisons pour les différentes espèces d'animaux, et pour les provisions nécessaires. De toutes les descriptions qui ont été faites de l'Arche, celle de M. le *l'eiletier* paroît la plus commode et la plus vraisemblable. Il fait voir que l'Arche, disposée dans son système, pouvoit contenir à l'aise tous les hommes, animaux et oiseaux qui devoient y être renfermés, avec les provisions nécessaires pour les nourrir pendant un an, et que les personnes qui étoient dans l'Arche pouvoient en avoir soin chaque jour. *Noé* crut à la parole de Dieu, et exécuta tout ce qu'il avoit commandé. Après qu'il eut fait porter dans l'Arche toutes les choses nécessaires pour la vie des hommes et des animaux, sept jours avant le Déluge, Dieu lui ordonna d'y entrer avec sa femme, ses trois fils et leurs femmes, et des animaux de toute espèce. Il étoit alors âgé de 600 ans. Le jour de la vengeance étant venu, la mer se déborda de tous côtés, et il tomba une pluie horrible pendant 40 jours et 40 nuits. Toute la terre fut inondée, et tout périt, excepté ce qui étoit dans l'Arche. Après que les eaux eurent couvert la face de la terre pendant 150 jours, Dieu fit souffler un grand vent, qui commença à faire diminuer les eaux. Sept mois après le commencement du Déluge, l'Arche se reposa sur les montagnes d'Arménie ou le mont Ararath, près la ville d'Erivan. Le dixième jour du dixième mois, les sommets des montagnes se découvrirent, et 40 jours s'étant passés depuis que l'on eut commencé à les appercevoir, *Noé* ouvrit la fenêtre de l'Arche, et lâcha un corbeau, qui ne rentra plus. Il envoya ensuite la colombe, qui n'ayant pu trouver où asseoir son pied, revint dans l'Arche : sept jours après il la renvoya de nouveau, et elle revint, portant dans son bec un rameau d'olivier dont les feuilles étoient toutes vertes. *Noé*, déterminé à quitter l'Arche, en sortit un an après qu'il y fut entré. Son premier soin fut de dresser un autel au Seigneur, et de lui offrir en holocauste un de tous les animaux purs qui étoient dans l'Ar- che. Dieu fit une alliance éternelle avec lui, et voulut que l'Arc-en-ciel en fût comme le signe. Soit que ce météore n'existât point avant le Déluge comme quelques auteurs le prétendent; soit que ne paroissant que dans des temps pluvieux, il fût plus propre que tout autre signe, à rappeler la promesse faite à Noé, et à le rassurer contre une nouvelle inondation. Cette grande catastrophe du globe, décrite dans les saintes Lettres avec tous les caractères de la vérité, empreinte pour ainsi dire dans tous les traits qui forment le tableau de la nature actuelle, s'est conservée dans le souvenir de toutes les nations. « Point de vérité historique, dit un critique moderne, mieux prouvée que celle du Déluge. Berose le Chaldéen nous parle de l'Arche qui s'arrêta vers la fin du Déluge sur une montagne d'Arménie. Nicolas de Damas, dans le 96e livre de ses histoires, dit qu'au temps du déluge, il y eut un homme qui, arrivant avec une arche ou un vaisseau sur une haute montagne d'Arménie, échappa à ce fléau universel, et que les restes de cette arche se sont long-temps conservés sur cette montagne. Abydène, auteur d'une Histoire des Chaldéens et des Assyriens, donne de ce Déluge quantité de détails semblables à ceux qu'en donne Moyse. Qu'on lise le Traité de Lucien sur la Déesse Syrienne, on y trouvera toutes les circonstances de ce terrible événement aussi clairement et aussi énergiquement exposées que dans le livre de la Genèse; ce qui ne peut être que l'effet de la tradition générale établie alors chez les Orientaux. On verra les mêmes choses dans le 1er livre des Métamorphoses d'Ovide. Varron parle du temps qui s'écoule depuis Adam jusqu'au Déluge, ab hominum principio ad Cataclismum. Les Chinois disent qu'un certain Puen-Cuus échappa seul avec sa famille du Déluge universel. Jean de Laët et Lescarbot rapportent la tradition constante du Déluge parmi les Indiens de l'Amérique. Boulanger convient que la plupart des usages de l'antiquité sont autant de monumens de la révolution arrivée sur notre globe par le Déluge. Les divers déluges, dont les historiens et les mythologistes ont fait mention, ne sont dans le fait que celui de Noé, défiguré par des traits qui n'empêchent pas qu'on ne le reconnoisse très-distinctement. » Après le Déluge, Noé se mit à cultiver la terre, et il planta la vigne. Elle étoit connue avant ce temps-là; mais il fut le premier qui la planta avec ordre, et qui découvrit l'usage qu'on pouvoit faire du raisin en exprimant sa liqueur. Ayant donc fait du vin, il en but, et comme il n'en avoit point encore éprouvé la force, il s'enivra, et s'endormit dans sa tente. Cham son fils, l'ayant trouvé découvert d'une manière indécente, s'en moqua et en donna avis à ses frères, qui, marchant en arrière, couvrirent d'un manteau la nudité de leur père. Noé, à son réveil, apprenant ce qui s'étoit passé, maudit Chanaan, fils de Cham, dont les descendans furent dans la suite exterminés par les Israélites, et bénit Sem et Japhet. Ce saint homme vécut encore 350 ans depuis le Déluge, et mourut à l'âge de 950, l'an 2029 avant J. C. Quelques commentateurs ont cru que l'Arc-en-ciel ne paroissoit point avant le Déluge, parce que le texte sacré nous apprend que Dieu l'établit pour être un signe que le Déluge n'inonderoit plus. D'autres assurent que l'Arc-en-ciel étant un météore naturel, il avoit paru dans les premiers siècles du monde; mais qu'après le Déluge il commença d'être un signe suivant l'ordre de Dieu, ce qu'il n'étoit pas auparavant... On demande si Noé eut des enfans après le Déluge, ou s'il n'y eut que Sem, Cham et Japhet qui multiplièrent le genre humain. Dieu ayant béni Noé, et lui ayant commandé de croître et de multiplier, il n'est pas croyable que ce patriarche n'ait pas contribué à repeupler la terre, pendant les 350 ans qu'il vécut depuis. Cajetan semble être de ce sentiment; mais Pererius et d'autres soutiennent le contraire, parce que l'Écriture ne parle que de Sem, de Cham et de Japhet. Les Rabbins rapportent à ce sujet une fable, semblable à celle de Cælus et de Saturne. Ils disent que Cham employa un secret magique pour rendre son père stérile pendant qu'il dormoit. Les Chaldéens donnent à Noé un fils, nommé Junithum; mais ce Junithum étoit un petit-fils de Noé, et non pas son véritable fils. On a donné le nom de Noachides aux descendants de Noé, et les préceptes des Noachides sont ceux que les Juifs disent avoir été donnés à Noé et à ses enfans, lesquels ne renferment que le droit naturel, et sont d'une pratique indispensable pour tous les hommes. Ces préceptes sont au nombre de sept. Le premier défend l'idolâtrie; le second ordonne de bénir le nom de Dieu; le troisième défend l'homicide; le quatrième condamne l'adultère et l'inceste; le cinquième défend le larcin; le sixième commande de rendre la justice et d'y obéir; le septième défend de manger la chair qui aura été coupée d'un animal qui étoit encore en vie.
II. NOÉ, (Marc-Antoine de) d'une famille ancienne de Gascogne, naquit dans le diocèse de la Rochelle, en 1724. D'abord grand vicaire de l'archevêché de Rouen, il fut nommé évêque de Lescar en 1763, et se fit aimer de ses diocésains par son caractère doux et honnête, par sa bienfaisance et sa popularité. Après le concordat il passa au siège de Troye, et mourut dans cette ville le cinquième jour complémentaire au dix, vivement regretté. Ses lumières étoient aussi étendues que ses vertus. Il possédoit l'hébreu et le grec, et il a laissé des ouvrages estimés; tels qu'un Discours sur une bénédiction de drapeaux, une Lettre sur une épizootie, un autre Discours sur l'état futur de l'Église, où l'on trouve de l'éloquence, des idées fortement conçues, et une sorte de prédiction de tout ce qui devoit arriver au clergé dix ans après. En prenant possession de l'évêché de Troye, M. de Noé publia un discours plein d'onction et d'un zèle véritablement apostolique. On peut en juger par ce morceau adressé au préfet de l'Aube: « Vous êtes au dehors ce que Dieu a voulu que nous fussions au dedans; vous veillez autour de l'enceinte sacrée et défendez ses avenues; nous, nous sommes les sentinelles qui veillons dans le Saint des Saints. Vous écartez le trouble et le scandale du sanctuaire ; nous, nous répondons de sa pureté. Vous réprimez les entreprises et les délits que notre charité ne doit pas poursuivre ; nous, nous attendons dans le secret de leurs consciences les coupables, et punissons les crimes que vos lois ne sauroient atteindre. Faisons le saint accord qu'un grand pape proposoit à un grand empereur. Unissons nos vues et nos moyens ; croisons nos armes, disoit-il, *Jungamus dextras* ; et par la réunion de nos efforts, vous, par les plus heureux dons de la nature et l'autorité des lois ; nous, par la prière et l'instruction, faisons marcher ensemble deux intérêts qui ne doivent en former qu'un, le bonheur de la société civile et religieuse, qui ne voyage sur la terre que pour aller chercher son établissement dans le Ciel. » Ce morceau semble une paraphrase élégante de ces deux vers d'Owen. Hac hominum mentes comprimit ; illa manus. Le *Journal officiel* a tracé cette esquisse du portrait de M. de Noé. « Il avoit cette charité douce qui concilie les partis, et cette force de tête qui ne se laisse point conduire par des intrigans subalternes. Huit jours après son installation, il ne fut plus question dans son diocèse de prêtres assermentés, ni insermentés. Tous se réunirent autour de leur respectable prélat ; tous le pleurèrent. »
NOÉ, ( Le Père la ) Noyes MENARD, n.º IV.
NOEMA, fille de *Lamech* et de *Sella* sa seconde femme, passa pour avoir inventé la manière de filer la laine et de faire la toile. Quelques-uns ont cru qu'elle avoit épousé Noé, et d'autres qu'elle étoit la même que la *Minerve* des Grecs, nommée aussi *Nemanoun*.
NOÉMI, femme d'*Elimelech*, de la tribu de Benjamin, ayant été obligée de suivre son mari dans le pays des Moabites, l'y perdit, et maria ses deux fils *Chéllon* et *Mahalon*, à *Orpha* et à *Ruth*, filles Moabites. Ces deux jeunes époux étant morts sans laisser d'enfants, *Noémi* résolut de retourner dans la Judée. *Ruth* ne voulut point la quitter, et elles arrivèrent ensemble à Bethléhem, dans le temps que l'on commençoit à couper les orges. *Ruth* alla glaner dans le champ de *Booz*, homme fort riche, et le proche parent d'*Elimelech*, qui l'invita à suivre ses moissonneurs et à manger avec eux. *Ruth* de retour à la maison, ayant appris à *Noémi* ce qui s'étoit passé, celle-ci l'avertit que *Booz* étoit son proche parent, et elle lui donna un expédient pour le déterminer à l'épouser. *Ruth* suivit le conseil de sa belle-mère, et parvint à se marier avec *Booz*, dont elle eut un fils nommé *Obed*, qui fut un des ancêtres de J. C. *Voy*. RUTH.
NOET, *Noetus*, hérésiarque du 3e siècle, fut maître de *Sabellius*. Il enseigna que J. C. n'étoit pas différent du Père : qu'il n'y avoit qu'une seule personne en Dieu, qui prenoit tantôt le nom de Père, tantôt celui de Fils, qui s'étoit incarné, qui étoit né de la Vierge, et avoit souffert sur la croix. Ayant été cité devant les prêtres, il désavoua d'abord ses erreurs. Il ne changea cependant pas d'avis, et avant trouvé le moyen de faire adopter ses rêveries à une douzaine de personnes, il les professa hautement, et se fit chef de secte; il prit le nom de Moyse, et donna le nom d'Aaron à son confrère. Ses sectateurs s'appellèrent Noétiens. Leurs erreurs étoient les mêmes que celles de Praxeas et de Sabellius.
NOGARET, Voyez I. VALETTE.
NOGARET, (Guillaume de) fut chargé par Philippe le Bel, d'aller signifier au pape Boniface VIII l'appel au futur concile, des Bulles dont le roi se plaignoit. Il s'acquitta de sa commission avec beaucoup de dureté, (Voyez BONIFACE VIII.) et revint en France où il obtint les sceaux en 1307, et la place de chancelier l'année suivante. Il sollicita l'absolution pour les violences qu'il avoit laissé commettre contre le pape: il ne l'obtint qu'à condition de passer en la Terre-sainte, et de n'en pas revenir; mais il mourut en 1313, avant que de partir. Sa postérité finit à son petit-fils. I. NOGAROLA, (Isotta) fille savante de Vérone, possédoit les langues, la philosophie, la théologie, et même les Pères de l'Eglise. Le cardinal Bessarion fit exprès le voyage de Vérone pour s'entretenir avec elle. Isotta étoit en relation avec la plupart des savans de son temps. Ses lettres les charmoient, par la profondeur du savoir et par les graces du style. Elle mourut en 1468, à 38 ans. Elle laissa une Dialogue sur la question: Quis d'Adam ou d'Ève avait péché le plus grévement en mangeant du fruit défendu? Elle prit le parti de la première femme, contre Louis Foscaro qui défendit vivement le premier homme, et qui auroit pu mieux employer son temps.
II. NOGAROLA, (Louis) Véronois, d'une famille illustre, se rendit très-habile dans la langue grecque, et s'acquit beaucoup de réputation par ses Traductions de plusieurs livres grecs, en latin. Il parut avec éclat au concile de Trente, eut des emplois honorables dans sa patrie, et mourut à Vérone en 1559, âgé d'environ 50 ans. On a de lui divers ouvrages.
NOGAROLE, (les) dames de Vérone, d'une famille illustre, se distinguèrent par leur esprit dans le 16e siècle: elles étoient au nombre de cinq. Antoinette, célèbre par sa beauté et son savoir, épousa Salonica Bonacotti, seigneur de Mantone.—Angèle, fille de la précédente, belle et vertueuse, se livra à l'étude de l'Écriture-Sainte, dont elle mit en vers l'explication des mystères et les prophéties.—Isotta savait les langues et la philosophie, prononça diverses harangues au concile de Mantoue, et devant les papes Nicolas V et Pie II. La bibliothèque de M. de Thou possédoit un recueil de 566 lettres en manuscrit de cette savante, sur divers sujets. (Voyez son article.)—Geneviève et Laure ses sœurs, suivirent ses traces dans la littérature et la pratique des vertus. Elles épousèrent des sénateurs Vénitiens.
NOINVILLE, (Jacques-Bernard du Rey de) président honoraire au grand conseil, mort le 19 juillet 1768, étoit membre de l'académie des Inscriptions. Il se rendit recommandable dans cette compagnie par son caractère, son savoir, et sur tout par un prix de 400 livres qu'il fonda en 1733. On a de lui : I. Histoire de l'Opéra, 1757, 2 vol. in-8.º II. Dissertation sur les bibliothèques et les dictionnaires, 1756, in-12. III. — sur les Almanachs, 1762, in-12.
NOIR, (Le Prince) Voyez ÉDOUARD, n.º X.
NOIR, (Jean le) fameux chanoine et théologal de Sées, étoit fils d'un conseiller au présidial d'Alençon. Il prêcha à Paris et en province avec réputation. Il eût pu jouir tranquillement de sa gloire ; mais son zèle inconsidéré le brouilla avec son évêque, qui avoit donné un mandement pour la publication du Formulaire. Il l'accusa de plusieurs erreurs dans des écrits publics. Il dénonça un Catéchisme publié dans le diocèse par le sieur Enquessen, sous ce titre : Le Chrétien champêtre. On y lisoit en termes exprès, qu'il y avoit quatre Personnes Divines, qui devoient être l'objet de la dévotion des Fidelles : savoir, JÉSUS-CHRIST, St. Joseph, Ste Anne et St. Joachim... Que Notre-Seigneur étoit dans le Saint-Sacrement de l'Autel, comme un poulet dans la coque d'un œuf. Le refus que fit l'évêque de Sées de satisfaire à cette réquisition, porta le théologal à accuser juridiquement ce prélat de favoriser les erreurs. Il présenta sa requête au roi, et l'accompagna d'une dénonciation de plusieurs propositions qu'il croyoit hérétiques. Le Noir publia à ce sujet des écrits ou il franchissoit toutes les bornes de la modération, non-sentiment à l'égard de son évêque, mais encore à l'égard de son métropolitain. On nomma des commissaires pour le joger, et sur la représentation de ses libelles, il fut condamné le 24 avril 1684, à faire amende honorable devant l'Eglise métropolitaine de Paris, et aux galères à perpétuité. Quelques jours après ce jugement on fit courir une Complainte latine, dans laquelle on disoit, « qu'il étoit Noir de nom, mais Blanc par ses vertus et son caractère. » Cependant la peine des galères ayant été commuée, il fut conduit à Saint-Malo, puis dans les prisons de Brest, et enfin dans celles de Nantes où il mourut le 22 avril 1692. On a de lui plusieurs ouvrages qui sont écrits d'un style vif et singulier, mais remplis d'injures et d'emportement. Les principaux sont : I. Recueil de ses Requêtes et Factures, in-folio ; l'on y trouve une éloquence impétueuse, et une connoissance du droit peu commune. II. Traduction de l'Echelle du Clottre. III. Les Avantages incontestables de l'Eglise sur les Calvinistes, in-8.º IV. Les nouvelles Lumières Politiques ou l'Evangile nouveau du Cardinal Pallavicini dans son Histoire du Concile de Trente, 1676, in-12 : écrit qui fit supprimer la Traduction francoise que l'on préparoit de l'Histoire de Pallavicini. V. L'Hérésie de la domination Episcopale que l'on établit en France, in-12. VI. L'Evêque de Cour, in-12. VII. Protestation contre les Assemblées du Clergé de 1681, in-4°; et plusieurs autres, tant imprimés que manuscrits, dont le plus curieux est un écrit contre le *Catéchisme de Sées*. « Cet homme illustre, dit l'abbé *Barral*, n'avoit point l'humeur farouche, l'agreur et l'emportement que ses ennemis lui attribuent; il étoit au contraire doux, humain, sociable; si l'on remarque de la vivacité dans ses écrits, elle vient de son grand zèle pour la vérité et la discipline ecclésiastique, pour l'intérêt desquelles il avoit bien compris toute l'étendue du mal que fait dans l'église l'hérésie de la domination épiscopale, et il s'étoit voué à la combattre. » Ce passage n'a pas besoin de commentaire. Il est seulement étrange qu'un homme d'un caractère doux, soit violent dans ses ouvrages.
NOLASQUE, *Voy. PIERRE*, n.º XXII.
NOLDIUS, (Christian) né à Hoybia en Scanie l'an 1626, fut nommé en 1650, recteur du collège de Landscroon, chargé qu'il remplit pendant quatre ans. Il voyagea ensuite en Allemagne, en Hollande, en Angleterre et en France, et retourna dans sa patrie en 1657. Trois ans après il obtint la place de gouverneur des enfans du seigneur de Gersdorff, grand-maître de la cour de Danemarck. *Noldius* devint, en 1664, ministre et professeur de théologie à Copenhague, où il mourut le 22 août 1683, à 57 ans. On a de lui plusieurs ouvrages; les principaux sont: I. *Concordantiæ Particularum Hebræo-Chaldaicarum*: ouvrage estimé, dont la meilleure édition est celle d'Iène, en 1734, in-4.º II. *Historia Idumæa*, seu *De* vild et gestis *Herodum Diatribe* III. *Sacrarum Historiarum et Antiquitatum Synopsis*. IV. *Logicae* V. Une nouvelle édition de l'historien *Josèphe*, etc. *Noldius* étoit en commerce de littérature avec grand nombre d'hommes savans. C'est l'un des premiers qui ont soutenu que les *Diables* ne peuvent faire aucun miracle pour introduire ou autoriser le vice. C'étoit un homme sans cesse occupé de ses études; les matières d'érudition recherchée avoient pour lui un attrait singulier. Il ne se bornoit pas, comme tant d'autres savans, à faire usage de sa mémoire; il savoit se servir aussi de son esprit et de sa raison. I. NOLIN, (Denis) avocat au parlement de Paris, quitta le barreau pour s'appliquer à l'étude de l'Écriture-Sainte. On a de lui: I. *Lettre de N. Indès, théologien de Salamanque, où l'on propose la manière de corriger la version grecque des Septante, avec des éclaircissements sur quelques difficultés*, à Paris, 1708, in-12. II. Deux *Dissertations*, l'une sur les *Bibles Françoises* jusqu'à l'an 1541, et l'autre sur l'*éclaircissement du Phénomène littéraire*, et *Lettre critique* de la Dissertation anonyme et des Lettres de *Richard Simon*, touchant les antiquités des Chaldéens et des Égyptiens, in-12. *Nolin* mourut en 1710, après avoir mené une vie occupée et édifiante. Sa Bibliothèque, choisie avec soin, fut après sa mort le partage des pauvres de sa paroisse, dont il avoit été le consolateur et le père.
II. NOLIN, (Jean-Baptiste) géographe de Paris, mort le 2$^{er}$ juillet 1762, âgé de 76 ans. Il travaillait avec application, et donnoit de la netteté et de la grace à ses Cartes. On estime, pour leur exactitude, celles surtout qui portent le nom du sieur *Tillemond*, c'est-à-dire M. du *Trélage*. Son fonds de géographie est aujourd'hui épuisé, et l'on a peine à en recouvrer les meilleurs morceaux.
NOLLET, (Jean-Antoine) diacre, licencié en théologie, maître de Physique et d'Histoire naturelle des Enfans de France, professeur royal de Physique au collège de Navarre: membre de l'académie des Sciences de Paris, de la Société royale de Londres, de l'Institut de Bologne, de l'académie des Sciences d'Erfort; naquit à Pimbré, diocèse de Noyon, le 17 novembre 1700, de parens honnêtes mais peu accommodés des biens de la fortune. Au défaut des richesses, ils voulurent assurer à leur fils l'avantage d'une bonne éducation. Ils le mirent au collège de Clermont en Beauvois, ensuite à Beauvais pour y achever ses humanités. Les succès qu'il eut dans ses classes, les déterminèrent à l'envoyer à Paris pour y faire sa philosophie. Ils le destinoient dès lors à l'état ecclésiastique: des mœurs pures et sévères, beaucoup d'application au travail, leur parurent des preuves suffisantes de vocation. Le jeune *Nollet* obéit sans répugnance au choix de ses parens. Le goût qu'il avoit annoncé pour la Physique, dès qu'il avoit été capable de montrer quelque inclination, n'étoit pas devenu sa passion dominante. Il le sacrifia à l'étude de la théologie sociétique, et s'y livra tout N O L 101 entier pendant son cours de licence en 1728. A peine eut-il reçu le diaconat, qu'il sollicita et obtint une dispense pour prêcher. Ce nouveau genre d'occupation ne put cependant lui faire perdre entièrement de vue les premiers objets de ses études. Insensiblement le partage de son temps se fit, même sans qu'il s'en apperçût, d'une manière plus égale. L'amour des sciences l'emporta, et dès ce moment il se livra à l'étude de la Physique avec une ardeur, que l'espèce de privation dans laquelle il vivait depuis si long-temps avoit encore augmentée. Il fut reçu de la société des Arts établie à Paris sous la protection de feu M. le comte de Clermont. En 1730, l'abbé *Nollet* travailla conjointement avec *Beaumur* et *Dufay*, de l'académie des Sciences. En 1734 il fit un voyage à Londres avec *Dufay*, *Duhomel* et *Jussieu*. Son mérite le fit recevoir de la Société royale, sans qu'il eût brigné cet honneur. Deux ans après il passa en Hollande, où il se lia étroitement avec *Desaguliers*, *d'Grovesnade* et *Musschembrouck*. De retour à Paris, il reprit le cours de Physique expérimentale qu'il avoit ouvert en 1735, et qu'il a continué jusqu'en 1760. Ce sont ces cours de Physique qui ont fait naître l'idée des cours particuliers en d'autres genres, tels que ceux de Chimie, d'Anatomie, d'Histoire naturelle, etc. En 1738, le comte de *Maurepas* fit agréer au cardinal de Fleury l'établissement d'une chaire publique de Physique expérimentale à Paris, dont l'abbé *Nollet* fut nommé le premier professeur. Au commencement de 1739 il 102 N O L fut reçu à l'académie royale des Sciences, et au mois d'avril suivant, le roi de Sardaigne voulant établir une chaire de Physique à Turin, appel à l'abbé Nollet dans ses états. De là il fit un voyage en Italie. En 1744, il eut l'honneur d'être appelé à Versailles, pour donner à Monseigneur le Dauphin des leçons de Physique expérimentale auxquelles le roi et la famille royale assistèrent souvent. Les qualités de son cœur et celles de son esprit lui méritèrent la confiance du prince son élève. Un jour qu'il étoit venu à Paris pour une cérémonie, il le fit avertir qu'il dénoit aux Tuileries. L'abbé Nollet s'y étant rendu pour y faire sa cour, Monseigneur le Dauphin eut la bonté de lui dire, dès qu'il l'apporçut : *Binet est plus heureux que moi, il a été chez vous...* Ce prince n'a pas cessé jusqu'à sa mort, de donner à l'ingénieux Physicien des preuves de la bienveillance la plus marquée. Il aurait désiré qu'il songeât un peu plus au sein de sa fortune. Il l'engagea à aller faire sa cour à un homme en place, dont la protection pouvait lui être utile. L'abbé Nollet lui fit une visite et lui présenta ses ouvrages. Le protecteur dit froidement, en jetant les yeux dessus, « qu'il ne lisoit pas ces sortes d'ouvrages. » *Monsieur*, lui répondit l'abbé Nollet, *voulez-vous permettre que je les laisse dans votre antichambre? Il s'y trouvera peut-être des gens d'esprit qui les lisonn avec plaisir...* Au mois d'avril 1749, il fit un grand voyage en Italie, y ayant été envoyé pour faire des observations. L'abbé Nollet parut à Turin, à Venise, à Bologne, comme le député des Physiciens du reste de l'Europe. Les merveilles de l'Electricité ne furent pas le seul objet de ses recherches pendant le peu de séjour qu'il fit en Italie : toutes les parties de la Physique, les Arts, l'Agriculture, etc. furent également de son ressort. A son retour par Turin, le roi de Sardaigne, toujours pénétré de son mérite, lui fit offrir l'ordre de Saint-Maurice, qu'il ne crut pas devoir accepter sans la permission de son maître. En 1753, le roi établit une chaire de Physique expérimentale au collège royal de Navarre, et en nomma professeur l'abbé Nollet. En 1757, il obtint du roi le brevet de maître de Physique et d'Histoire naturelle des Enfants de France. Au mois d'août de la même année, il fut nommé professeur de Physique expérimentale à l'école des élèves de l'Artillerie, établie alors à la Fère. Au mois de novembre suivant, il fut reçu pensionnaire de l'académie royale des Sciences. M. de Cremille, directeur général de l'Artillerie et du Génie, ayant fait établir à Mézières, en 1761, un cours de Physique expérimentale, l'abbé Nollet en fut nommé professeur. Ce célèbre et laborieux physicien, qui a rendu à la Physique les services les plus importants, par les vues nouvelles dont il a enrichi cette science et particulièrement l'Electricité, mourut à Paris le 25 avril 1770, à 70 ans. Il fut regretté du public éclairé et de ses amis : son caractère doux et son cœur bienfaisant lui en avoient attaché un grand nombre. Il quittait souvent les sociétés brillantes de Paris, pour aller secouffre sa fa- mille qui étoit peu riche. Ses ouvrages sont: I. Plusieurs Mémoires, insérés dans ceux de l'académie des Sciences; on en distingue un sur l'Ouïe des Poissons, qui est très-estimé. II. Leçons de Physique expérimentale, six vol. in-12: livre bien fait, et aussi agréable qu'utile. III. Recueil de Lettres sur l'Electricité, trois vol. in-12, 1753. IV. Essai sur l'Electricité des Corps, un vol. in-12. V. Recherches sur les causes particulières des Phénomènes Electriques, un vol. in-12. VI. L'Art des expériences, trois vol. in-12, avec figures, 1770. (Voyez MORIN, n.º VIII, et III BOYLE.)
NONIUS, (Myth.) fils d'Apollon et de Cyrène. On adoroit aussi sous ce nom Jupiter et Apollon, comme Dieux protecteurs des campagnes, des pâturages sur-tout, et des bergers.
NOMPAR de CAUMONT, Voy. FORCE. I. NONIUS, sénateur Romain, contemporain de Marc-Antoine, possédoit une opale, estimée 20 mille sesterces, et la prisioit infiniment plus qu'un des plus grands trésors de la vie, la liberté. Le somptueux Triumvir lui ayant demandé son magnifique bijou, Nonius aima mieux quitter les délices de Rome, que de se dessaisir d'une pierre brillante à la vérité, mais dont le refus pouvoit avoir des suites très-funestes pour le possesseur. Il en fut quitte pour l'exil.
II. NONIUS-MARCELLUS, grammairien et philosophe Pétipatéticien, de Tivoli, fut un des plus savans hommes de son temps. Nous avons de lui un Traité de la propriété du discours latin, sous ce titre: De proprietate Sermonum, dont les éditions de 1471 et 1476 sont très-rares. Ce grammairien est estimé, parce qu'il rapporte divers fragments des anciens Anteurs, que l'on ne trouve point ailleurs. Son Traité fut reimprimé à Paris, en 1614, in-8°, avec des notes pleines d'érudition par Josias Mercier.
NONIUS, (Ferdinand) Voy. NUNEZ. I. NONNIUS ou NONIUS, (Pierre) en espagnol Nuunez, médecin et mathématicien Portugais, natif d'Alencar-do-sal, fut précepteur de Dom Henri fils du roi Emmanuel. Il enseigna les mathématiques dans l'université de Coïmbre, avec une réputation extraordinaire. On a de lui: I. Deux livres De arte navigandi, Coïmbre, 1573, infolio, qui furent très-bien reçus à la cour du roi de Portugal, parce qu'ils servoient aux grands desseins qu'avoit ce prince de pousser ses expéditions maritimes en Orient. II. Le Crepusculis, in-4° III. Opera Mathematica, Basle, 1592, in-folio, parmi lesquels on distingue un Traité d'Algèbre qu'il estimoit beaucoup, et qu'il dédia, en 1564, à son ancien disciple le prince Henri, cardinal-infant, etc. Nonius mourut en 1577, à 80 ans. Il passa pour un des plus habiles hommes de son temps. Il possédoit les hautes sciences; il savoit les langues, et, ce qui est encore plus estimable, il ne se prévaloit pas trop de ses connaissances. 104 NON
II. NONNIUS, (Louis) médecin d'Anvers au XVIIe siècle, se signala par son habileté dans son art, et par une érudition peu commune. On a de lui : I. Un excellent Traité, intitulé : Diæticon, sive De re cibariâ, Anvers, 1646, in-4° : ouvrage utile et agréable. II. Un Commentaire fort étendu, en un vol. in-folio, 1620, sur les médailles de la Grèce, sur celles de Jules César, d'Auguste et de Tibère. Il contient les deux ouvrages de Goltzius sur le même sujet. III. Hispania, sive Populorum et Urbium accurator descriptio, à Anvers, in-8°, 1607 : description nécessaire pour la connoissance de l'ancienne Espagne. IV. Un Commentaire sur la Grèce, les Isles, etc. de Goltzius; ouvrage savant. V. Ichthyophagia, sive De Piscium esu, in-8°, Anvers, 1616 : il y fait voir que le poisson est un aliment très-salutaire aux personnes sédentaires, aux vieillards, aux malades et aux gens de foible complexion, parce qu'il fait un sang de moyenne consistance, propre à leur tempérament. VI. Des Poésies assez foibles.
NONNUS, poète Grec du Ve siècle, de Panople en Egypte, est auteur, I. D'un Poème en vers héroïques, en 48 livres, intitulé : Dionysiaca, græc. et lat. ex versione Lubini, Hanau, 1605, in-8°, Leyde, 1610, in-8°; la première édition à Anvers, chez Plantin, 1569, in-8°, est fort rare. II. D'une Paraphrase, en vers, sur l'Évangile de Saint-Jean, 1677, in-8°, et dans la Bibliothèque des Pères. Cette Paraphrase peut servir de commentaire. Elle est fort claire, mais très-peu poétique.
NOODT, (Gérard) professeur en droit à Nimègue, lieu de sa naissance, puis à Franeker, à Utrecht, et enfin à Leyde où il mourut le 15 août 1725, à 78 ans. C'étoit un homme bien fait, d'une santé robuste, d'un travail infatigable, pacifique, nullement égoïste. Il porta dans l'étude du droit l'esprit philosophique, mais il le pousse quelquefois trop loin. Il ne se montra pas cependant en-têté de ses sentimens, ni fâché qu'on ne les adoptât point. Lorsque ses étudiants s'en éloignaient dans leurs disputes, il leur indiquait lui-même ce qu'ils pouvaient avoir oublié de favorable à leur opinion. Quand il ne trouvait rien de satisfaisant sur certaines difficultés qui se rencontrent dans l'explication ou dans la conciliation des lois, il ne décidait rien; il avouait de bonne foi son ignorance. Ce n'est pas ma coutume, disait-il, d'enseigner aux autres ce que j'ignore moi-même. Mais, dit le Père Nicéron, « lorsqu'une fois, en suivant les règles de la critique, il étoit bien convaincu du sens et de la véritable étendue d'une loi; quoiqu'il y remarquât quelque chose de contraire, ou à l'équité, ou à d'autres lois aussi claires, il ne s'en mettoit pas en peine, et ne se tourmentoit pas pour faire violence aux termes par des adoucissemens forcés, ou par des conciliations précaires, comme le font la plupart des commentateurs. » Il avoit beaucoup lu les originaux de la jurisprudence Romaine, et les auteurs de l'antiquité qui servent à les éclaircir; c'est ce qu'on voit par son style pur, mais trop concis. Il est difficile à entendre pour ceux qui ne sont pas versés dans la lecture de *Pline* et de *Tacite*. On a de lui de savans *Traités* sur des matières de jurisprudence dont il donna un recueil à Leyde, en 1724, in-folio. *Noodt* possédoit les belles-lettres, l'histoire, les langues, etc. *Barbryrac* a traduit et commenté le *Traité de Noodt* sur le pouvoir des Souverains et la liberté de conscience, Amsterdam, 1715, in-12. Dans le premier, *Noodt* parle de l'autorité des rois en républicain ontré; dans le second, il prêche une tolérance absolue, tant ecclésiastique que civile, et ne veut pas qu'on inquiète ceux qui s'efforcent d'introduire de nouvelles religions dans un état; il n'en excepte pas même l'idolâtrie déclarée.
NORADIN, fils de *Sanguin*, (autrement *Emadaddin*,) Soudan d'Alep et de Nuvve, tué par ses eunuques au siège de Calgembar en 1145; partagea les états de son père avec *Sciffedin* son frère aîné. La souveraineté d'Alep étoit tombée dans le partage de *Noradin*: il l'augmenta par ses armes et par sa prudence, et devint un des plus puissans princes d'Asie. C'étoit alors le temps des Croisades: *Noradin* signala sa valeur contre les Croisés, (*Voyez* I. AMAURI) défit *Josselin* comte d'Edesse, se rendit maître de ses états et le fit prisonnier, après avoir vaincu *Raimond* prince d'Antioche, dans une bataille où ce dernier fut tué. Le conquérant tourna ensuite ses armes contre le sultan d'Icone, qui fut vaincu à son tour. Celui d'Égypte détrôné par *Margan*, ayant appelé *Noradin* à son secours, lui donna occasion de le dépouiller lui-même. *Gyracon*, général de ses armées, se fit établir soudan d'Égypte, au préjudice de *Noradin* son maître; mais ce nouveau soudan mourut en 1170. Il laissa pour successeur le grand *Saladin*. Celui-ci épousa, dit-on, la veuve de *Noradin*, qui étoit mort en 1174, avec la réputation d'un grand capitaine. Il n'avoit rien de barbare que le nom. Sa valeur étoit soutenue par beaucoup de prudence, de religion et de générosité. *Baudouin*, roi de Jérusalem, ayant été empoisonné par son médecin à l'âge de 32 ans, *Noradin* refusa de tirer avantage de cette mort: *Compa-tissons plutôt*, dit-il, à la douleur qu'elle cause, puisqu'on pleure la mort d'un Prince qui ne laisse point d'égal après lui. De pareils traits honoreroient la nation la plus civilisée.
NORBERG, *Voyez* NORDBERG. I. NORBERT, (Saint) né l'an 1082, à Santen dans le duché de Clèves, d'une des plus illustres familles d'Allemagne, passa à la cour de l'empereur *Henri V*, son parent. Il y brilla par les agrémens de son esprit et de sa figure, et y plut par l'enjouement et la vivacité de son caractère. La cour produisit sur ses mœurs l'effet qu'elle devoit produire; elle les adoucit et les corrompit. *Norbert*, touché par la grace, se retira du sein de la corruption, se démit de ses bénéfices, vendit son patrimoine et en donna le prix aux pauvres. Dégagé de tous 106 NOR les liens qui le retentent au monde, il s'en alla de ville en ville prêcher le royaume de Dieu. Barthélemi, évêque de Lyon, lui ayant donné un valon solitaire nommé Prémontre, il y retira en 1120, et y fonda l'ordre des chanoines réguliers qui porte le nom de ce désert. Ses sermons, appuyés par ses exemples, lui attirèrent une foule de disciples: Il leur donna la règle de Saint-Augustin, et l'habit blanc qui étoit celui des clercs, mais tout de laine et sans linge. Cette nouvelle milice ecclésiastique gardait un silence perpétuel, redevait en tout temps, et ne faisait qu'un repas par jour et très-fragé. Cet ordre confirmé six ans après, en 1126, par Honoris II, avoir alors huit abbayes fondées, outre Prémontre. Quoiqu'il ait mis divers adoucissements à la première rigueur de son institution, c'est un de ceux qui servent le plus utilement l'Eglise. Si on excepte quelques maisons où l'esprit du siècle s'est introduit, la régularité, l'application à l'étude, des mœurs pures, un zèle actif et éclairé distinguent encore les enfans de St. Norbert. Ils ont dans plusieurs pays un grand nombre de cures à administrer, et ils s'acquittent de cet emploi important avec beaucoup de fruit et d'édification. Il est naturel que des hommes qui ont pris dans le sein de la vie religieuse les grands principes de charité, de zèle, de désinteressement, soient propres aux fonctions pastorales. C'est sans doute cette considération, qui durant plusieurs siècles, a fait choisir les évêques dans les monastères. St. Norbert ayant été appelé à Anvers pour combattre l'hérétique Tanchelin, se dis- tingua contre lui. L'archevêché de Magdebourg ayant vaqué, le clergé et le peuple le choisirent pour le remplir. Il appela ses chanoines dans cette ville, et leur vie austère étonna ceux du chapitre de Magdebourg, sans les changer. Le dessein de réforme que leur archevêque méditoit, les anima, pendant un temps, d'une haine si violente, qu'ils attentèrent plusieurs fois sur sa vie. L'occasion du concile de Rheims le rappela en France pour quelque temps; et après avoir eu la consolation de voir sa maison de Prémontre peuplée de 500 religieux, il alla mourir dans sa ville épiscopale, le 6 juin 1134, à 52 ans. Grégoire XIII le plaça dans le catalogue des Saints en 1584. Il ne faut pas juger de St. Norbert par ce qu'en dit Abailard, son ennemi, qui le représente comme séduisant le peuple par de faux prodiges. L'archevêque de Magdebourg s'étoit trop montré contraire aux erreurs du théologien du Paraclet, pour que celui-ci lui pardonnât le zèle qui servit à le faire condamner. On attribue à St. Norbert des Sermons et trois livres de ses Visions; mais il y a apparence que ce dernier ouvrage a été enfanté par quelque tête moins bien réglée que celle de St. Norbert. Son ordre possède un grand nombre de cures et plusieurs bénéfices considérables. Voyez l'Histoire de ce saint archevêque par Don Hugo, qui a aussi écrit celles des Prémontres.
IL NORBERT, (le Père) Capucin, dont le vrai nom étoit Pierre Parisot, naquit à Bar-le-Duc l'an 1697, d'un tisserand, à ce que dit Chevrier qui ne lui a peut être donné cette origine que pour avoir l'occasion de dire : que Parisot quitta la navette pour le Budiment. Quoi qu'il en soit, il fit sa profession chez les Ca- pucins de Saint-Mihiel, en 1716. Le provincial allant à Rome, pour assister à l'élection d'un général, en 1734, emmena avec lui le Père Norbert en qualité de secrétaire. Le Capucin Lorrain, avec l'air lourd avoit le caractère intrigant. Les cardinaux, dont il se procura la bienveillance, lui firent avoir la place de procureur général des missions étrangères. En 1736 il étoit à Pondichery, bien accueilli par Duplex, qui le fit nommer curé de cette ville. Les Jésuites auxquels il faisoit ombrage, vinrent à bout de lui faire perdre sa cure. Des Indes orientales il passa en Amérique. Après y avoir exercé les func- tions du ministère pendant deux ou trois ans, il revint à Rome en 1744. Il s'y occupa de son ou- vrage sur les rits Malabares; mais craignant les intrigues des Jésuites, il se retira à Lucques, où il fit paroître son livre en deux volumes in-4°, sous le titre de Mémoires historiques sur les Mis- sions des Indes. Cet ouvrage mal écrit, mais plein de faits curieux, fit une grande sensation, parce qu'il dévoiloit tous les moyens dont les missionnaires de la So- ciété se servoient pour faire des néophytes, et pour les conserver malgré leur attachement aux superstitions et aux préjugés de leur enfance. L'abbé des Fontai- nes, surpris de cette levée de bouclier de la part d'un Capucin, dont l'ordre passoit pour attaché aux Jésuites, lui appliqua ces mots connus : ET TU QUOQUE, BURE ! qu'il traduisit malignement et in- justement ainsi : Et toi aussi, Brute ! Quelques confrères du Père Norbert désapprouvèrent, dit-on, sa hardiesse. La crainte d'être exposé à des tracasseries clanstrales, et peut-être l'in- constance, l'obligèrent de passer à Venise, en Hollande, en An- gleterre, où il établit à trois milles de Londres deux manufac- tures de Tapisseries, l'une d'a- près les Gobelins, l'autre d'après celle de Chaillot. De là il se rendit en Prusse, et dans le duché de Brunswick. Ce fut dans ce dernier asile qu'il reçut du pape, en 1759, un Bref qui lui permettoit de porter l'habit de prêtre séculier. Il prit le nom d'abbé Platel, re- parut en France, et la quitta pour passer en Portugal, où ses démêlés avec les Jésuites lui pro- curèrent une pension considé- rable. Enfin, il revint en France faire réimprimer son grand Ou- vrage contre les Jésuites, en six vol. in-4°. Il rentra dans l'ordre des Capucins à Commerci, en sortit de nouveau, et se retira enfin dans une chambre d'un mi- sérable village de Lorraine, où il finit sa vie errante en 1770, à 73 ans. Ceux qui l'ont connu dans les derniers temps, nous assurent que dans la société c'étoit un fort bon homme, sans fiel et sans méchanceté, quoique les Jésuites l'aient peint avec quelque raison sous d'autres couleurs. Il est vrai que, lorsqu'il étoit ques- tion d'eux, sa bile s'échauffoit; mais les persécutions qu'il en avoit essuyées ne lui permet- toient point, à ce qu'il disoit, d'entendre avec tranquillité pro- noncer leur nom. Au reste, ses écrits anti-Jésuitiques, ne sont que de prolixes compilations, qui n'auroient pas peut-être été 108 NOR achetées sans la haine qu'on por-toit alors aux membres de la Société éteinte. Il écrivait à peu près comme il parloit, sans correction et sans graces. Chevrier donna sa Vie, en 1762, in-12; c'est un tissu de mé-chancetés.
NORDBERG, (J. A.) chapelain de Charles XII, mort en 174... suivit ce prince dans toutes ses campagnes. Il en a écrit l'Histoire. Cet ouvrage fut traduit du suédois en françois, par Warmholtz, et imprimé à la Haye en 1743, in-12. Il fut recherché, à cause des remarques critiques de l'historien sur ceux qui avoient parlé avant lui de son héros. Cette Histoire est d'ailleurs assez mal écrite. Il est vrai, dit Voltaire, que c'est un ouvrage bien mal digéré et bien mal écrit, dans lequel on trouve trop de petits faits étrangers à son sujet, et où les grands événements deviennent petits, tant ils sont mal rapportés. C'est un tissu de rescrits, de déclarations, de publications qui se font d'ordinaire au nom des rois quand ils sont en guerre. Elles ne servent jamais à faire connaître le fonds des événements. Elles sont inutiles au militaire et au politique, et sont ennuyeuses pour le lecteur. Un écrivain peut seulement le consulter quelquefois dans le besoin, pour en tirer quelques lumières, ainsi qu'un architecte emploie des décombres dans un édifice.
NORDEN, (Frédéric-Louis) né à Gluckstadt en 1708, devint capitaine de vaisseau, et alla en Egypte, où il prit les dessins des monumens de l'ancienne Thèbes. Après avoir voyagé en Angleterre, il vint à Paris, où il mou- rut en 1742. Les Mémoires de cet habile voyageur ont été imprimés à Copenhague en 1755, 2 vol. in-fol. en françois. Il sont très-curieux et très-importans, sur-tout pour ceux qui aiment l'antiquité. On y voit les dessins des Monumens qui subsistent dans la Thébaïde. Ce voyageur mérite plus de croyance que ceux qui l'avoient précédé.
NORDENFLEICHT, (Che-devig-Charlotte de) née à Stockholm, et connue sous le nom de la Bergère du Nord, a fait passer dans la poésie suédoise la chaleur, l'énergie et les beautés des poètes anciens. Parmi ses ouvrages, on distingue deux poèmes, le premier intitulé le Passage des Belts. Ce sont deux petits détroits de la mer Baltique que Charles Gustave passa sur la glace avec son armée en 1658, pour aller combattre les Danois. Le second a pour titre: Apologie des Femmes. L'auteur y combat particulièrement J. J. Rousseau qui dans sa Lettre sur les spectacles, refuse au beau sexe la force et les talens nécessaires pour exceller dans les sciences, et sur tout dans l'art du gouvernement. Mad. de Nordenflecht, est morte dans sa patrie le 29 juin 1793, à l'âge de 44 ans.
NORDENSCHOLD, Suédois, gouverneur de Finlande et chevalier de l'ordre de l'Epée, s'est distingué par ses connaissances dans l'économie politique, et par plusieurs Mémoires qu'il a publiés sur cette partie. Il est mort en 1764; et son éloge a été prononcé publiquement à l'académie de Stockholm dont il étoit membre, par M. Kryger commissaire au bureau des manufactures.
NORÈS, (Jason de) littéra- teur, poète et philosophe, né à Nicosie dans l'isle de Chypre, fut dépouillé de ses biens par les Turcs, qui s'emparèrent de sa patrie en 1570. Il se retira à Pa- doue, où il enseigna la philo- sophie morale avec beaucoup de réputation. Ce savant avoit cette dureté de caractère, que l'on contracte quelquefois dans la poussière de l'école. C'étoit un de ces hommes infatués d'Aris- tote, qui discutent tout et ne sentent rien. De Pastor Fido de Guarini parut : les Pastorales étoient devenues la lecture à la mode dans toute l'Italie. Norès qui ne goûtoit pas ces sortes de productions, attaqua celle de Guarini, qui le foudroya par une brochure imprimée à Ferrare en 1588. Norès répliqua deux ans après, et le poète lui préparoit une réponse encore plus piquante que la première, lorsque son adversaire mourut cette année, de la douleur que lui causa l'exil de son fils unique, banni pour avoir tué un Vénitien dans une querelle. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, les uns en italien et les autres en latin. Les principaux des italiens sont : I. La Poétique, à Padoue, 1588, in-4°; cette édition estrare. II. Un Traité de la République, 1578, in-4°, qu'il forme sur le modèle de celle des Vénitiens, ses souverains. III. Un Traité du Monde et de ses Parties, à Venise, 1571, in-8°. IV. Introduction aux trois Livres de la Rhétorique d'Aristote, Venise, 1584, in-4°; estimé. V. Traité de ce que la Comédie, la Tragédie et le Poème héroïque peuvent recevoir de la Philoso- phie morale, etc. Ceux qu'il a écrits en latin sont : I. Institutio in Philosophiam Ciceronis, Pa- doue, 1576, in-8°. II. Brevis et distincta Summa Praeceptorum de arte discendi, ex Libris Cice- ronis collecta; Venise, 1553, in-8°; bon ouvrage. III. De Cons- titatione partium humanæ et ci- vilis Philosophiæ, in-4°. IV. In- terpretatio in Artem Poeticam Horatii, etc. On remarque dans tous ces ouvrages beaucoup de méthode et de clarté, une pro- fonde érudition, des expressions heureuses, un style élevé, mais quelquefois emphatique. Pierre de NORÈS son fils, successive- ment secrétaire de plusieurs car- dinaux, homme-de-lettres et homme-d'affaires, laissa divers ouvrages manuscrits, entre au- tres, la Vie du pape Paul IV, en italien.
NORFOLCK, (Le duc de) Voyez VIII. ÉLIZABETH.
NORIS, (Henri) né à Vé- rone le 29 août 1631, d'une famille originaire d'Irlande, mon- tra, dès son enfance, beaucoup d'esprit et d'application à l'étude. Son père fut son premier maître, et il eut la consolation de voir dans son fils un élève qui don- noit les plus grandes espérances. Son goût pour les ouvrages de St. Augustin l'engagea à prendre l'habit des Hermites qui portent le nom de ce Père de l'Eglise. Le général, instruit de son mé- rite, l'appela à Rome. Le jeune Noris passoit le jour et une par- tie de la nuit dans la bibliothèque. Il étudioit ordinairement qua- torze heures par jour, et il con- tinua ce travail jusqu'à ce qu'il fût honoré de la pourpre. Ses talens le firent choisir pour pro- fesser dans différentes maisons de son ordre. Il s'en acquitta avec 10 NOR tant de succès, que le grand duc de Toscane l'appela à Florence en 1674, le prit pour son théologien, et lui confia la chaire d'histoire ecclésiastique dans l'université de Pise. Le premier ouvrage qu'il donna au public, fut son *Histoire Pélégienne* imprimée à Florence en 1673, infolio. Cet ouvrage eut le sort des bons livres : il excita l'envie, et fit un nom à son auteur. On lança une foule d'écriss contre lui : il répondit. La querelle s'échauffe, et fut portée au tribunal de l'inquisition. Son ouvrage y fut mis au creuset, et eu sortit sans la moindre flétrissure. Les ennemis de la doctrine de St. Augustin sont revenus depuis à la charge. Le Jésuite de Colonia l'a mis dans sa *Bibliothèque Janséniste*. Le grand inquisiteur d'Espagne suivit l'exemple de cet écrivain peu modéré, et plaça, en 1747, l'*Histoire Pélégienne* dans l'index des livres proscrits par le saint Office. Le grand pape Benoît XIV s'éleva en 1748, contre cette censure, dans une Lettre à cet inquisiteur, qui n'y eut aucun égard. Son successeur, plus sage, défendit en 1758, sous peine d'excommunication, de se prévaloir jamais de cette espèce de flétrissure, et l'annulla par un décret solennel... Clément X vengea *Noris* de ses adversaires, en le nommant qualificateur du saint Office. *Innocent XII*, marchant sur les traces de ce pontife, l'appela à Rome en 1692, et le nomma sous-bibliothécaire du Vatican. Cet emploi l'approchant du cardinalat, l'envie aboya plus que jamais. Le livre fut examiné de nouveau, et les témoignages des examinateurs furent si avantageux, que le pape le fit consulteur de l'Inquisition, et bientôt après cardinal en 1695. Ses ennemis firent ce mauvais distique sur son élévation : *Romano si dignus erat Norsius ostro,* *Debuit Yprensi trina corona dari.* Si l'on fait cardinal *Noris*, ce savant homme, On dur placer *Jansen* sur le trône de Rome. Les devoirs de sa dignité absorbèrent une partie de son temps, et le laborieux *Noris* regretta souvent l'obscurité de son cloître. Le cardinal *Casanate*, bibliothécaire du Vatican, étant mort en 1700, le cardinal *Noris* eut sa place. Il fut nommé, deux ans après, pour travailler à la réforme du Calendrier ; mais il ne put pas s'occuper long-temps de ce grand ouvrage : il commençait à sentir les atteintes d'une hydropisie incurable. La mort l'enleva à la république des lettres, le 23 février 1704, à 73 ans. Le cardinal *Noris* passe avec raison pour un des hommes à qui l'Italie doit le plus, en fait de littérature. Son esprit étoit pénétrant et plein de vivacité ; sa mémoire heureuse, et ornée des plus beaux traits de l'Histoire sacrée et profane. Une critique presque toujours judicieuse, une grande exactitude, un style assez pur et souvent élégant, caractérisent ses productions. Ses Ouvrages ont été recueillis en 1729 à 1732, à Vérone, en 5 vol. in-fol. Les principaux sont : I. *Historiae Pelagianæ libri duo*. II. *Dissertatio Historica de Synodo quintæ œcumenica*. III. *Vindiciæ Augustinianæ*. IV. *Dissertatio de Uno ex Trinitate in carne passo*. V. *Apologia Monachorum Scythiae*, ab *Anonymi scrupulis vindicatae*
VI. Anonymi scrupuli circa ve- teres Semi-Pelagianorum Secta- tores, evolui ac eradicati. VII. Res- posio ad Appendicem Auctoris Scrupulorum. VIII. Janseniini erroris Calumnia sublata. IX. Som- nia Francisci Macedo. X. Epochæ Syro - Macedonum, imprimées séparément, in - folio et in - 4.º C'est avec le secours des médailles que l'illustre auteur éclaircit les différentes époques des Syro-Ma- cédoniens. Cet ouvrage impor- tant, le fruit des recherches les plus laborieuses, est marqué au coin d'une profonde érudition et d'une grande exactitude. XI. De duobus Nummis Diocletiani et Licinii Dissertatio duplex: pro- duction digne de la précédente. XII. Paracæcis ad Patrem Har- duinum. Le cardinal Noris avoit relevé les extravagances de ce Jé- suite dans plusieurs de ces écrits; il le fait dans celui-ci d'une ma- nière particulière. Ce n'est pas le seul homme contre lequel il ait écrit. Il aimoit assez les guerres de plume; sensible à la critique et aux éloges, il se permettoit, contre ses censeurs, les railleries et les injures, et on les lui rendoit de manière à l'inquiéter. XIII. Cænotaphia Pisana Caii et Lucii Cæsarum, in-folio... Il y a une édition de l'Histoire Pé- lagienne, de Louvain, à laquelle on joignit cinq Dissertations his- toriques, avec les écrits dont nous avons parlé aux n.ºs II et III. Les frères Ballerini ont écrit sa vie.
NORMANT, (Alexis) celè- bre avocat au parlement de Paris, étoit fils d'un procureur au même parlement. Né avec beaucoup d'é- lévation d'esprit, un discerne- ment sûr et un amour sincère du vrai, il joignoit à ces dons précieux de la nature, le talent de la parole, la beauté de l'or- gane, et les graces de la repré- sentation. Son mérite distinctif étoit l'art de se celer avec autant de fermeté que de noisesse, plu- tôt que cette d'une une vive et touchante, qui peut toutes les idées d'une grave toûfure nouvelle; mais cette éloquence au- roit peut-être été déplacée au barrage. Avant que de se char- ger d'une cause, il l'examinoit en juge impartial, avec la plus gran- de sévérité: quand il en avoit une fois senti l'injustice, il n'y avoit nulle sorte d'autorité dans le monde qui le pût engager à la défendre. Il devint le conseil des maisons les plus illustres, et l'ar- bitre des grands différends. Nor- mant avoit l'esprit pénétrant et juste. Il déméloit pas-tout le vrai, autant par sentiment et par ins- tinct que par étude et par ré- flexion. Aussi dit-on communé- ment de lui, qu'il devinoit la Loi et qu'il devinoit juste. Cette jus- tesse d'esprit et la droiture de son cœur lui avoient fait une telle réputation, que les parties le pre- noient souvent pour juge de leurs différends. Il excéloit sur-tout dans l'art de la conciliation. Bon et affable à tous les hommes, il ne se refusoit pas à la société des grands, au milieu desquels il exerçoit cet empire d'attour que donne l'art de plaire, joint à une grande réputation. Il couvroit la science d'un avocat, de toutes les graces d'un homme du monde, et de l'attrait bien plus puissant encore des sentimens généraux. Sa générosité étoit telle, qu'il suffisoit d'avoir au mérite ou des besoins pour avoir droit à son cœur. Ayant conseillé à une dame de ses clientes de placer sur une 112 NOR certaine personne une somme de vingt mille livres, et quelques années après cette personne étant devenue insolvable, il se crut obligé de restituer ces vingt mille livres. Il mourut, le 4 juin 1745, à 58 ans. Voy. COCHIN, n.º 1.
NORTHOFF. (Leviold a) né dans le comté de la Marck le 21 janvier 1278, devint chanoine de l'église de Liège, et abbé séculier de Visé en 1322. Il présida à l'éducation d'Engelbert, fils du comte de la Marck, l'accompagna dans ses voyages en Italie, obtint des bénéfices à Rome, et passa le reste de sa vie au service des comtes de la Marck. Il étoit encore en vie en 1360. On a de lui, Origines Marckanas sive Chronicon comitum de Marchà et Alread. Cet ouvrage, écrit d'un style barbare, a été corrigé, mis en bon latin et enrichi de notes savantes par Henri Meibomius, Hanovre, 1613, infolio; puis inséré dans Scriptores rerum Germanicarum, tome premier, édition de 1688.
NORTHUMBERLAND, Voyez I. GRAY. (Jeanne). I. NOSTRADAMUS, (Michel) né à Saint-Rémi en Provence l'an 1503, d'une famille autrefois Juive, prétendoit être de la tribu d'Issachar, parce qu'il est dit dans les Paralipomènes: De filiis quoque Issachar viri eruditi, qui noverant omnia tempora. Après avoir été reçu docteur en médecine à Montpellier, il parcourut la France et se maria à Agen. Devenu veuf, il retourna en Provence, et obtint une pension de la ville d'Aix, qu'il avoit secourue dans un temps de contagion. Il se fixa ensuite à Salon, et s'y maria une seconde fois. Le loisir dont il jouit dans sa nouvelle retraite, l'engagea à se livrer à l'étude, et sur-tout à celle de l'astronomie. Il se mêla de faire des prédictions, qu'il renferma dans des Quatrains rimés, divisés en centuries. La première édition de cet ouvrage extravagant, imprimé à Lyon en 1555, in-8°, n'en contient que sept. Leur obscurité impénétrable, le ton prophétique que le rêveur y prend, l'assurance avec laquelle il y parle, joint à sa réputation, les firent rechercher. Enhardi par ce succès, il en publia de nouvelles: il mit au jour, en 1558, la 8°, 9° et 10° Centuries, qu'il dédia au roi Henri II. C'étoit alors le règne de l'astrologie et des prédictions. Ce prince, entêté de cette folie, voulut voir l'auteur, et le récompensa comme un grand homme. On l'envoya à Blois pour tirer l'horoscope des jeunes princes. Nostradamus se tira le mieux qu'il put de cette commission difficile; mais on ne sait point ce qu'il dit. Henri II étant mort l'année d'après, d'une blessure reçue dans un tournois, on appliqua à ce triste événement le 35° quatrain de la première centurie de Nostradamus: Le Lion jeune le vieux surmontera En champ bellique par singulier duel, Dans cage d'or les yeux lui crevera. Deux plaies une, puis mourir: mort cruelle! Cette sottise augmenta beaucoup la réputation du prophète, qui s'étoit retiré à Salon, comblé d'honneurs et de biens. Ce fut dans cette ville qu'il reçut la visite d'Emmanuel duc de Savoie, de la princesse Marguerite sa femme, et quelque temps après de Charles IX. N O S 113 Charles IX. Ce monarque lui fit donner deux cents écus d'or, avec un brevet de médecin ordinaire du roi, et des appointemens. Nostradamus mourut 16 mois après, en 1566, à Salon; regardé par le peuple comme un homme qui connoissoit autant l'avenir que le passé, quoiqu'aux yeux des philosophes il ne connût ni l'un ni l'autre. Naudé comparoit ses prophéties, dont la plupart peuvent être appliquées à différens événemens, « au soulier de Théramène, qui alloit bien à tous les pieds. » Gassendi rapporte, (dans le premier volume de sa Physique) que dans un voyage qu'il fit à Salon en 1638, Jean-Baptiste Suffren juge de cette ville, lui communiqua l'horoscope d'Antoine Suffren son père. Cet horoscope étoit écrit de la propre main de Nostradamus. Charmé de cette découverte, le philosophe voulut examiner cette pièce; il interrogea Suffren sur les circonstances de la vie de son père, et elles se trouvèrent précisément toutes contraires aux prédictions de l'astrologue médecin. Le prétendu prophète disoit, que Suffren porteroit une longue barbe et fort crépée, et il se fit toujours raser; qu'il auroit les dents mal-propres et rongées par la rouille, et il les eut jusqu'à sa mort très-blanches; que dans sa vieillesse il seroit fort courbé, et au contraire il porta toujours son corps fort droit; qu'à sa 19e année il auroit une succession étrangère, et il n'eut jamais que celle de son père; que ses frères lui dresseroient des embûches, et que dans sa 37e année il seroit blessé par ses frères utérins: mais il n'en eut jamais, et son père n'eut qu'une femme; qu'il se marieroit hors de la province, et il se maria à Salon même. Qu'à sa vingt-cinquième année ses maîtres lui apprendroient la théologie, les sciences naturelles; qu'il s'appliqueroit sur-tout à la philosophie occulte, à la géométrie, à l'arithmétique, à l'éloquence: il n'étudia que la jurisprudence, dont le charlatan Provençal ne dit mot. Que dans sa vieillesse il aime-roit la navigation, la musique, les instrumens: il ne s'embarrassa, ni jeune ni vieux, de toutes ces sciences: il ne fit jamais aucun voyage sur mer, et mourut l'an 1597, quoique Nostradamus ne fixât sa mort qu'en 1618. Cet horoscope est une des meilleures preuves de la folie des astrologues; mais il ne guérira personne, ni les fourbes qui séduisent, ni les simples qui sont séduits. Le tombeau de Nostradamus est dans l'église des Cordeliers, chargé d'une magnifique Epitaphe que le temps a effacée. On y traite sa plume de divine. Ses partisans disent encore aujourd'hui que tout ce qu'il a prédit lui avoit été révélé: cela pourroit être; mais ce n'étoit sûrement que par le démon du délire. Nostradamus, avant que de faire des Prophéties, avoit débité une poudre purgative, qui seule auroit été capable de l'enrichir en France, où l'on court après tous les nouveaux remèdes, et où ces remèdes font ordinairement des malades sans nombre. Outre ses douze Centuries, imprimées en Hollande, 1668, in-12, et réimprimées plusieurs fois pour le peuple et pour les esprits qui sont peuple, avec la Vie de l'auteur; on a de lui, des ouvrages de Médecine, qui ne valent pas mieux que ses Pré- 114 NOS dictions. (Voy. CHAVIGNI.) Jodelie a fait ces deux vers sur ce faux prophète : Nostra damus cum falsa damus, nam fallere nostrum est; Et cum falsa damus, nil nisi nostra damus. Salon, patrie de Nostradamus, donna le jour, dans le 17e siècle, à un autre insensé. C'est le nom- mé François MICHEL, maré- chal ferrant. Ce prétendu devin s'adressa à l'intendant de Pro- vence, pour lui annoncer qu'un spectre, qui lui étoit apparu, lui avoit ordonné d'aller révéler au roi les choses les plus impor- tantes et les plus secrètes. On eut la bonté de le faire partir pour la cour dans le mois d'avril 1697. Les uns assurent qu'il parla à Louis XIV, d'autres disent que le roi refusa de le voir. Mais ce qu'il y a de vrai, ajoute-t-on, c'est qu'au lieu de l'envoyer aux petites maisons, il obtint de l'argent pour son voyage, et l'exemption des tailles et des autres impositions royales. C'est apparemment tout ce que vouloit cet imposteur, qui fit beaucoup de bruit dans le temps. Voyez le tome VI de l'Histoire de Louis XIV, par Larrey.