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03.0 Dictionnaire historique — II – IV

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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II. NOSTRADAMUS, (Jean) frère puiné du précédent, exerça long-temps la charge de procu- reur au parlement de Provence, et l'exerça avec honneur. Il cul- tivoit les Muses Provençales, et faisoit des Chansons assez peu délicates, mais qui plaisoient dans un temps grossier. On a de lui, une plate rapsodie pleine de fables et d'absurdités, sous le titre de Vies des anciens Poètes Provençaux, à Lyon, 1575, in-8.° Jean Juge perdit son temps à les traduire en italien.
III. NOSTRADAMUS, (Cé- sar) fils aîné de Michel, né à Salon en 1555, mort en 1629, à 74 ans, se mêla de rimer. Le recueil de ses productions en ce genre parut à Toulouse en 1606 et 1608, 2 vol. in-12. Il laissa aussi une Histoire et Chronique de Provence, in-folio, à Lyon, 1614. C'est une compilation fort mal écrite, et qui n'est estimable que pour les recherches qu'elle renferme.
IV. NOSTRADAMUS, (Mi- chel) appelé le Jeune, frère du précédent, se livra à l'astrologie comme son père. Il fit imprimer ses Prophéties dans un Alma- nach, en l'année 1568. Ses ora- cles lui coûtèrent cher. La Mothe le Voyer dit, qu'il prédit que le Pouzin devant lequel on avoit mis le siège en 1629, périroit par le feu; que pour ne pas passer pour faux prophète, on le vit, lors de la prise de cette place, mettre le feu par-tout dans le tumulte du pillage; et que Saint-Luc indigné lui fit passer son cheval sur le ventre et le tua. Mais l'abbé le Clerc doute de ce fait, attendu que Nostradamus avoit alors 74 ans. Michel Nostradamus faisoit pas- sablement des vers provençaux.
NOSTRE ou NÔTRE, (An- dré le) né à Paris en 1613, mort dans la même ville en septembre 1700, à 87 ans, succéda à son père dans l'emploi d'intendant des Jardins des Tuileries. Il mérita, par ses rares talens, d'être nommé chevalier de l'ordre de Saint-Mi- chel, contrôleur général des bâ- timens de Sa Majesté, et dessi- nateur des Jardins. Choisi par Fouquet pour décorer les Jardins du château de Vaux-le-Vicomte, il en fit un séjour enchanté, par les ornemens nouveaux et pleins de magnificence qu'il y prodigua. On vit alors pour la première fois, des portiques, des berceaux, des grottes, des treillages, des labyrinthes, etc. embellir et varier les spectacles des grands Jardins. Le roi témoin de ces merveilles, lui donna la direction de tous ses Parcs. Il embellit par son art Versailles, Trianon, et fit à Saint-Germain cette fameuse terrasse qu'on voit toujours avec une nouvelle admiration. Les jardins de Clagny, de Chantilly, de Saint-Cloud, de Mendon, de Seaux, le Parterre du Tibre, les Canaux qui ornent ce lieu champêtre à Fontainebleau, sont encore son ouvrage. Il demanda à faire le voyage d'Italie, dans l'espérance d'acquérir de nouvelles connoissances; mais son génie créateur l'avoit conduit à la perfection: il ne vit rien de comparable à ce qu'il avoit fait en France. Ce fut à Rome que le Nostre connut le cavalier Bernini, qui avoit alors une pension de deux mille écus pour travailler à la statue équestre de Louis XIV. Il engagea ce prince à faire venir cet ouvrage en France, malgré la voix publique qui le blamot. Le pape Innocent XI, instruit de son mérite, voulut le voir et lui donna une assez longue audience, sur la fin de laquelle le Nostre s'écria, en s'adressant au pape: J'ai vu les deux plus grands hommes du monde, VOTRE SAINT-TÉTÉ et le Roi mon Maître.—Il y a grande différence, dit le Pape: le Roi est un grand Prince victorieux; je suis un pauvre Prêtre, serviteur des serviteurs de Dieu... Le Nostre charmé de cette réponse, oublia qui la lui faisoit, et frappant un l'épaule du pape, lui répondit à son tour: Mon Révérend Père, vous vous portez bien, et vous enterrerez tout le sacré collège. Le pape, qui entendoit le françois, rit du pronostic. Le Nostre, charmé de plus en plus de sa bonté et de l'estime particulière qu'il témoignoit pour le roi, se jeta au cou du pape et l'embrassa. C'étoit au reste sa coutume d'embrasser tous ceux qui publioient les louanges de Louis XIV, et il embrassoit le roi lui-même, toutes les fois que ce prince revenoit de la campagne. Voltaire dit que le conte des embrassades faites au pape et au roi est très-faux, et qu'il le tient de Collineau, élève de le Nostre. Quoi qu'il en soit, le Nostre ayant un jour trouvé le roi dans les jardins de Marli, ce monarque monta dans sa chaise couverte, trainée par des Suisses, et voulut que le Nostre prit place dans une autre à peu près semblable. Ce vénérable vieillard, les larmes aux yeux, se voyant à côté du roi, et remarquant Mansard surintendant des bâtiments, qu'il avoit produit à la cour, marchant à pied, s'écria: SIRE, en vérité, mon bonhomme de père ouvriroit de grands yeux, s'il me voyoit dans un char, auprès du plus grand roi de la terre. Il faut avouer que Votre Majesté traite bien son maçon et son jardinier. En 1675, Louis XIV lui ayant accordé des lettres de noblesse et la croix de Saint-Michel, voulut lui donner des armes; mais il répondit qu'il avoit 116 NOT les siennes, qui étoient trois li-maçons couronnés d'une pomme de chou. *SIRÉ*, ajouta-t-il, *pourrois-je oublier ma bêche ? Combien doit-elle m'être chère ! N'est-ce pas à elle que je dois les bontés dont Votre Majesté m'honore ?... Le Nostre* avoit beaucoup de vivacité dans l'esprit, un goût infini pour les arts en général, et particulièrement pour la peinture. Il a enrichi le cabinet du roi, de quelques morceaux d'un prix inestimable. Sa *Vie* a été publiée par son neveu *Desgots*.
**NOTGER**, issu d'une illustre famille de Suabe, embrassa la vie monastique de Saint-Gal, et s'y distingua tellement par son érudition, qu'il fut appelé dans le célèbre monastère de Stavelot pour y enseigner les hautes sciences. Il fut ensuite fait abbé de Saint-Gal; et enfin élevé sur le siège épiscopal de Liège, l'an 971. Il s'y signala par toutes les vertus qui font l'ornement de l'épiscopat. Il mourut l'an 1007. *Aubert le Mire* croit qu'il a composé avec *Herigère*, abbé de Lobbes, mort l'an 1007, *l'Histoire des évêques de Liège*; mais il est plus que vraisemblable que *Herigère* la composa seul, à la sollicitation de *Notger*. Elle est insérée dans les *Gesta Pontificum Leodiensium* de *Chapeauville*.
**NOTHUS**, *Voyez III. DARIUS*.
**NOTKER**, (Saint) *le Bègue*, moine de Saint-Gal, mort le 6 avril 912, est auteur d'un *Martyrologe* publié dans les *Antiquæ Lectiones* de Henri Canisius, mais pas en entier. On conserve quelques manuscrits de *St. Nother* dans la bibliothèque de Saint-Gal. I. Les *Vies* des *Saints Gal* et *Fridolin* abbé. II. *Paraphrase* en langue teutonique, des *Pseaumes*. *Lambecius*, pour en donner une idée, a inséré la paraphrase du premier *Pseaume* dans son *Commentaire de la Bibliothèque de Vienne*, liv. second, chap. 5. On trouve plusieurs ouvrages de ce Saint dans le *Novus Thesaurus Monumentorum*, de dom *Pez*, Augsbourg, 1721 à 1729, 5 vol. in-folio.
**NOTRE-DAME**, (les Religieuses de) *Voy* LESTONAC.
**NOTRE-DAME DE LA MISÉRICORDE**, (les Religieuses de) *Voyez* YVAN.
**NOVARINI**, (Louis) religieux Théatin de Vérone, mort en 1650, à 56 ans, exerça les premiers emplois de son ordre, et se fit aimer des princes et des savans de son temps. « Il savoit suffire à tout, dit *Niceron*, et ménager si bien son temps, qu'il en a trouvé assez pour composer un nombre prodigieux d'ouvrages qui font connoître qu'il avoit extrêmement lu, et fait de grands recueils de ses lectures. On assure qu'il savoit fort bien les langues grecque, hébraïque et syriaque; et il ne manque pas de faire parade de sa science en ce genre dans ses ouvrages. Sa vivacité naturelle ne lui permettoit pas de polir ses productions. Il mettoit indistinctement sur le papier tout ce qu'il trouvoit dans ses recueils sur le sujet qu'il avoit à traiter, soit bon, soit mauvais. L'envie même d'employer tout ce qu'il avoit ramassé, le jetoit souvent dans des écarts, qui ne servent qu'à enfler ses livres. Aussi songeoit-il plutôt à faire de gros et nombreux ouvrages, qu'à en composer de bons... » Les Principaux sont : I. Des *Commentaires* sur les quatre Évangiles et sur les Actes des Apôtres, 4 vol. in-fol. II. *Electa Sacra*, 6 vol. in-fol. III. *Adagia Sanctorum Patrum*, etc., 2 vol. in-folio. IV. *Calamita de cuori*, à Vérone, 1647, in-16. C'est sous ce titre singulier qu'il a écrit la *VIE* de J. C. dans le sein de la Sainte Vierge. V. *Paradiso di Betlemme*, Vérone, 1646, in-16. C'est la *VIE* de J. C. dans la crèche. Ces deux derniers ouvrages sont recherchés pour leur singularité.
NOVAT, *NOVATUS*, prêtre de l'église de Carthage au 3$^{e}$ siècle, étoit un homme perfide, arrogant, dévoré par une extrême avarice, et qui pilloit effrontément les biens de l'église, des pupilles et des pauvres. Il crut éviter la punition de ses crimes, en se joignant au diacre *Félicissime* contre *St. Cyprien*, et prétendit avec lui qu'on devoit recevoir les *Laps* à la communion, sans aucune pénitence. Étant allé à Rome en 251, il s'unit avec *Novatien*, et embrassa l'erreur de celui-ci diamétralement opposée à celle qu'il avoit soutenue en Afrique. Cette union causa non-seulement le premier schisme, mais fit encore une hérésie. *Voyez* l'article suivant.
NOVATIEN, philosophe Païen, se trouvant dangereusement malade, demanda le baptême, et on le lui conféra dans son lit. Étant relevé de sa maladie, il fut quelque temps après ordonné prêtre, contre les règles canoniques et contre l'avis de son évêque. Son éloquence lui acquit une grande réputation. Cet ambitieux portoit ses vues sur le siège de Rome, et il fut si outré de se voir préférer *Corneille* après la mort du pape *Fabien*, qu'il publia des calomnies atroces contre son successeur. S'étant uni avec *Novat*, ils firent venir trois évêques simples et ignorans : et les ayant fait boire, il les obligèrent d'ordonner *Novatien* évêque de Rome. Cette ordination irrégulière produisit un schisme funeste, qui dégénéra en hérésie : car *Novatien* soutint que l'Église n'avoit pas le pouvoir de recevoir à la communion ceux qui étoient tombés dans l'idolâtrie, et se sépara de *Corneille*. Ses premiers disciples n'étendirent pas plus loin la sévérité de leur discipline. Dans la suite, ils exclurent pour toujours ceux qui avoient commis des péchés pour lesquels on étoit mis en pénitence : tels étoient l'adultère, la fornication : ils condamnèrent ensuite les secondes noces. La sévérité de *Novatien* à l'égard de ceux qui étoient tombés dans l'idolâtrie, étoit en usage : ainsi il ne faut pas s'étonner de ce qu'il trouva des partisans, même parmi les évêques ; mais presque tous l'abandonnèrent. Il y avoit encore des *Novatiens* en Afrique du temps de *St. Léon*, et en Occident jusqu'au 8$^{e}$ siècle. Les *Novatiens* prirent le nom de *Cathares*, c'est-à-dire *purs* ; ils avoient un grand mépris pour les Catholiques, et lorsque quelqu'un d'eux embrassoit leur sentiment, ils le rebaptisoient. *Novatien* ne faisoit que renouveler l'erreur des Montanistes. (*Voyez* MONTAN.) Sa sévérité venoit en partie de son caractère dur et • H 3 113 NOU austère. Il étoit Stoïcien, et il avoit une mauvaise santé. On lui attribue le *Traité de la Trinité*, le *Livre des Viandes Juives*, qui sont parmi les Œuvres de *Ter- tullien*; et une *Lettre*, qu'on trouve parmi celles de *St. Cy- prien*. C'est lui, et non pas *No- vat*, qui a donné son nom aux hérétiques appelés *Novatiens*... *Jackson* a publié à Londres en 1728, in-4°, une édition de tous les Ouvrages de *Novatien*.
NOUCHIREVAN, roi de Perse, prince très-enclin à la colère, donna sujet au trait sui- vant, qui mérite d'être rapporté. Il avoit condamné à la mort un de ses pages, pour avoir répandu sur lui par mégarde, de la sauce en le servant à table. Le page ne voyant aucune espérance de par- don, versa le plat tout entier sur ce maître implacable. *Nouchire- van*, plus étonné qu'indigné d'une pareille audace, en voulut savoir la raison. *Prince*, lui dit le page, *j'ai voulu que ma mort ne fît aucun tort à votre renom- mée. Vous passez pour le plus juste des Monarques; mais vous perdriez ce titre, si la Postérité savait que vous avez condamné un de vos Sujets pour une faute si légère...* *Nouchirevan* revenu à lui-même, eut honte de son arrêt sanguinaire, et lui fit grace. L NOUE, (François de la) surnommé *Bras-de-Fer*, gentil- homme Breton, naquit en 1531 d'une maison ancienne. Il porta les armes dès son enfance, et se signala d'abord en Italie. De retour en France, il embrassa le parti des Calvinistes, aux- quels il rendit les plus grands services. Ce héros prit Orléans sur les Catholiques en 1567, conduisit l'arrière-garde à la ba- taille de Jarnac en 1569, et se rendit maître de Fontenai, d'O- leron, de Marennes, de Soubise et de Bronage. Ce fut à la prise de Fontenai qu'il reçut au bras gauche, un coup qui lui brisa l'os. On le lui coupa à la Ro- chelle, et on lui en fit un de fer, dont il se servoit très-bien pour manier la bride de son che- val. Envoyé dans les Pays-Bas en 1571, il y surprit Valen- ciennes. A son retour en France, après l'affreuse journée de la *St. Barthélém*, le roi le nomma gé- néral des troupes envoyées pour le siège de la Rochelle: il s'en servit pour fortifier le parti des rebelles. Le remords que lui causa cette perfidie, lui inspira la ré- solution de chercher une mort honorable dans les sorties que firent les assiégés. Il se méla une fois si avant, qu'il eût été tué sans un gentilhomme nommé *Marcel*, qui se mit au-devant du coup dont il alloit être percé. Pendant ce siège, il proposa à diverses reprises des voies de conciliation entre les deux partis. Le ministre de l'Île, Protes- tant d'un caractère inquiet, ou- tré de cette modération, pro- dique à ce héros pacifique les noms les plus odieux, et finit par lui donner un soufflet. *La Noue* calme jusque dans ses pre- miers mouvements, se borne à renvoyer le brutal à sa femme, pour remédier, dit-il, au déran- gement de sa raison. Cette mo- dération s'accordoit avec ses prin- cipes. « La cause de la fureur des duels, a-t-il écrit, gît en nos erreurs et folies, et est un faux honneur. C'est aux guerres qu'on doit montrer sa valeur, et basarder librement sa vie... Pour moi, tant que j'aurai une goutte de sang et un arpent de terre, je l'emploirai pour la dé- fense de l'état dans lequel Dieu m'a fait naître; mais quant à ceux qui vont précipitant leur valeur dans des querelles per- sonnelles, il faut croire qu'ils ne s'estiment point à grand prix. » Sa valeur et sa vertu n'éclatè- rent pas moins en 1578. Il passa au service des Etats-gé- néraux dans les Pays-Bas, fit prisonnier le comte d'Egmont à la prise de Ninove, et inspira une telle ardeur aux soldats, que, loin de piller, ils négli- gèrent même de recevoir leur paye. On leur annonça que leurs soldes étoient arrivées à Menin; ils répondent : « qu'ils ne savent point perdre à compter de l'ar- gent, un temps qu'ils peuvent employer à vaincre. » Le courage de la Noue ne l'empêcha pas d'être fait prisonnier en 1580, et il n'obtint sa liberté que cinq ans après. Pendant les troubles de la Ligue, il se signala con- tre les furieux soutiens de cette confédération. Les Ligueurs en- treprirent le siège de Senlis, en 1589. Comme les Royalistes n'a- voient pas de forces suffisantes pour attaquer les assiégeans, ils se bornèrent à vouloir faire en- trer dans la place des muni- tions de guerre et de bouche. Les marchands ne veulent pas les livrer sans argent, et les Trai- tans refusent de l'avancer. Oh ! oh ! dit le brave et vertueux la Noue, ce sera donc moi qui fe- rai la dépense ! Garde son ar- gent quiconque l'estimera plus que son honneur. Tandis que j'aurai une goutte de sang et un arpent de terre, je l'emploi- rai pour la défense de l'état où Dieu m'a fait naître. Il engage aussitôt la terre des Tournelles aux marchands qui doivent four- nir les munitions... La Noue con- tinua de servir avec gloire sous Henri IV. Ce héros bienfaisant périt au siège de Lamballe, en 1591, d'un coup de mousquet, dans le temps qu'il étoit monté sur une échelle, pour recon- noître ce qu'on faisoit dans la place. La Noue fut pleuré des Catholiques et des Protestans. Aux vertus du citoyen et aux qualités du guerrier, il joignoit les connoissances de l'homme de lettres. Il laissa des Discours po- litiques et militaires, 1587, in-4°, qu'on estime encore, et qui ont été imprimés plusieurs fois. Il les composa pendant sa prison. Amirault, ministre Protestant, a écrit sa Vie, Leyde, 1661, in-4°. Ce livre offre des recher- ches; mais il loue son héros pour les choses les plus ordi- naires de la vie. D'ailleurs, son style est dur, incorrect, et ses réflexions languissantes... ( Voy. I. MONTIUC, à la fin. )
II. NOUE, ( Odet de la ) fils aîné du précédent, fut em- ployé avec distinction au service de Henri IV, qui l'aimoit beau- coup, et qui lui en donna des preuves, lorsque ce prince fit son entrée à Paris en 1594. Des ser- gens venoient d'arrêter l'équi- page, pour des engagements que son père avoit pris pour sou- tenir le parti d'Henri IV. Il alla se plaindre au roi de cette inso- lence : La Noue, lui dit publi- quement le roi, il faut payer ses dettes; je paye bien les miennes. Ensuite le tirant à l'écart, il lui donna ses pierreries pour les 120 NOU engager aux créanciers à la place de ce qui avoit été saisi. Ce brave officier mourut vers 1618. Il est auteur de quelques *Poésies Chrétiennes*, Genève, 1594, in-8°, qui prouvent plus de piété que de génie.
III. NOUE, (Stanislas-Louis de la) comte de *Vair*, de la même famille que les précédens, naquit au chateau de Nazelles près Chinon, en 1729. Il étoit le cinquième de six frères, qui tous à l'exemple de leurs ancêtres, ont servi l'état avec distinction. Entré dès l'âge de douze ans au service, il se signala dans nombre d'actions de la guerre de 1741, et continua de se distinguer dans celle de 1756, au point qu'il obtint le commandement d'un corps de 1600 volontaires, à la tête desquels il se fit beaucoup de réputation. Il fut tué à l'affaire de Saxenhausen en 1760, à l'âge de 31 ans, et mérita ce mot de *Louis XV*, équivalant aux plus belles oraisons funèbres : *Je viens de perdre un homme qui seroit devenu le Laudon de la France*. Le comte de *Vair*, habile à se concilier l'estime et l'attachement de ses égaux et de ses supérieurs, ne l'étoit pas moins à captiver la confiance et l'affection du soldat. Il cultivoit aussi les belles-lettres, sans négliger les devoirs et l'étude de sa profession. On a de lui, un livre intitulé : *Nouvelles Constitutions Militaires, avec une Tactique adaptée à leurs principes*; grand in-8°, imprimé à Francfort en 1760, et accompagné de 20 planches en taille-douce. Il s'y montre zélé partisan de l'*Ordre profond*. Sa *Vie* a été écrite par M. le vicomte de *Toustain*, major de cavalerie, qui l'a dédiée aux trois princes enfans de S. A. S. Monseigneur le duc de *Chartres*, sous le titre de : *Précis historique sur le comte de Vair, commandant les Volontaires de l'armée*, in-8°, Rennes, 1782.
IV. NOUE, (Denis de la) imprimeur de Paris, renommé par son savoir, a publié un grand nombre de belles éditions, parmi lesquelles on distingue la *Somme de St. Thomas*, et une *Concordance de la Bible*, publiée en 1635, et recherchée pour la netteté de l'impression et l'exactitude de la correction. *La Noue* mourut en 1650. V. NOUE, (N... la) fameux financier sur la fin du XVIIIe siècle, effaçoit les plus grands seigneurs du royaume par son faste et ses dépenses excessives. Il fit démolir et reconstruire plusieurs fois le superbe hôtel qu'il faisoit bâtir; et lorsqu'il fut achevé, tout Paris courut en foule repaître sa curiosité de ce magnifique édifice. Un Gascon s'étant promené dans tous les appartemens, apperçut une porte qu'on n'ouvroit point. Il demanda ce que c'étoit ? « C'est, lui dit-on, un escalier dérobé. » — *Justement*, repartit le Gascon; *dérové*, comme tout le reste de la maison... Les malversations de *La Noue* le firent condamner quelque temps après, en 1705, à neuf ans de galères, et à être mis au pilori. La nuit d'avant le jour qu'il subit sa sentence, on afficha au pilori ce quatrain ; D'un Financier, jadis laquais, Ainsi la fortune se joue : Je vous montre aujourd'hui LA NOUE, Vous verrez bientôt BOURVALAISE La prédiction se vérifia pour Bourvalais à certains égards : (Voyez ce mot.) Il étoit cependant plus sage, et généreux sans être prodigue. La Noue étoit au contraire un fou sans conduite, à qui ses biens immenses avoient tourné la tête, et qui ne ressemblait à Bourvalais que par l'obscurité de son extraction et la rapidité de sa fortune.
VI. NOUE, (Jean-Sauvé de la) vit le jour à Meaux en 1701. Entrainé par son goût pour le théâtre, il se fit comédien au sortir du collège, et débuta à Lyon par les premiers rôles, à l'âge de vingt ans. Ayant obtenu un privilège de lever une troupe de comédiens pour le théâtre de Rouen, il y resta cinq ans, et passa de là à Lille. Sollicité, au nom du roi de Prusse, de se rendre à Berlin, il leva une nouvelle troupe. La guerre qui survint fit échouer ce projet : il fut obligé non-seulement de congédier ses acteurs, mais encore de les payer à ses dépens. Il revint alors à Paris, et débuta à Fontainebleau, le 14 mai 1752, par le Comte d'Essex. On trouva son jeu naturel, rempli d'intelligence, de noblesse, de sentiment, quoiqu'il eût contre lui la figure et la taille. Comme il étoit à la fois auteur et acteur, la cour le chargea d'un Divertissement pour les fêtes du mariage de monseigneur le Dauphin. Il se trouva le concurrent de Voltaire, qui composa pour cette fête la Princesse de Navarre. La Noue fit Zélisca, qui lui valut la place de répétiteur des Spectacles des petits appartemens, avec 1000 livres de pension. Le duc d'Orléans lui donna la di- rection de son théâtre à Saint-Cloud, à peu près dans le même temps. Dégouté de la vie de comédien, il la quitta pour achever quelques ouvrages dont il avoit préparé le canevas; mais la mort l'enleva le 15 novembre 1761, âgé de 60 ans. Ses mœurs, son caractère et sa probité le faisoient rechercher par les personnes les plus respectables. Les Œuvres de Théâtre de la Noue ont été publiées à Paris chez Duchesne, 1765, in-12. Les pièces qui composent ce recueil, sont : I. Mahomet Second, tragedie, 1739. Le style de cette pièce est fort inégal, le dialogue enllé et peu dramatique; les scènes en sont trop peu liées, et le dénouement n'est pas heureux. Elle eut cependant quelque succès sur le théâtre; mais elle le perdit à la lecture. II. Zélisca, comédie-ballet, en trois actes et en prose. 1746. III. Le Retour de Mars. Cette pièce est semée d'allusions fines et de traits agréables. IV. La Coquette corrigée, comédie en vers et en cinq actes, 1757. Cette pièce, qui est la meilleure de la Noue, fut applaudie au Théâtre Italien; et quoique ce ne soit pas un chef-d'œuvre, elle a néanmoins des beautés, et sur-tout de l'élégance et de l'esprit. Il y règne quelquefois un assez mauvais ton, mais qui étoit celui du temps où elle fut jouée. Mlle Contat et Molé ont introduit cette pièce au Théâtre François, et ils en ont rempli long-temps les principaux rôles avec succès. V. L'Obstiné, en un acte et en vers, comédie posthume, qui n'a pas été jouée. VI. Quelques Pièces fugitives, qui terminent le recueil de ses Œuvres. 122 NOU
VII. NOUE, (le Père) Minime. V. MERSENNE, vers la fin.
NOVES, (Laure de) Voyez LAURE.
NOULLEAU, (Jean-Baptiste) ne a Saint-Brieuc en 1604, de parens distingués dans la magistrature, entra dans la congrégation de l'Oratoire, et devint archidiacre de Saint-Brieuc en 1639, puis théologal en 1640. Il prêcha avec applaudissement à Saint-Malo, à Paris et dans plusieurs autres villes. Son zèle imprudent l'ayant engagé dans de fausses démarches, la barde son évêque l'interdit de toutes fonctions ecclésiastiques dans son diocèse. Noulleau composa plusieurs Ecrits et Factums pour sa défense; mais ne pouvant réussir à faire lever son interdit, il lit pendant trois ans sept lieues par jour, pour se rendre à Saint-Quel dans le diocèse de Dol, afin d'y dire la messe. Les fatigues de ces fréquents voyages, et la rigueur de ses austérités, hâtèrent sa mort, arrivée vers 1662, âgé d'environ 68 ans. On a de lui : I. Politique Chrétienne et Ecclésiastique, pour chacun de tous Messieurs de l'Assemblée générale du Clergé, en 1665 et 1666, vol. in-12; livre oublié. II. L'Esprit du Christianisme dans le Saint Sacrifice de la Messe, in-12. III. Traité de l'extinction des procès, in-12. IV. De l'usage canonique des biens de l'Eglise, in-12, etc.
NOURRISSON, Voyez LORRAIN, n.º II. et CHEMIN.
NOURRISSON, (Guillaume) né à Ambert en Auvergne, vint se fixer à Lyon, où il acquit une grande réputation en horlogerie. Il y répara la célèbre hor- loge de Lippius; et y ajouta plusieurs pièces de son invention.
NOURRY, (Dom Nicolas le) né à Dieppe en 1647, Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur en 1665, s'appliqua avec succès à l'étude de l'antiquité ecclésiastique. Ce savant religieux, également estimable par ses mœurs et ses connoissances, mourut à Paris le 14 mars 1724, à 77 ans. A la piété tendre qui l'animoit, il joignoit un caractère bon et officieux. L'édition des Œuvres de Cassiodore est le fruit de son travail et de celui de Dom Garet son confrère. Il travailla, avec Dom Jean du Chesne et Dom Julien Bellaise, à l'édition des Œuvres de St. Ambroise, qu'il continua avec Dom Jacques Friches. On a de lui 2 vol. sous le titre d'Apparatus ad Bibliothecam Patrum; Parisis, in-folio, 1703 et 1715. Le premier volume est rare, et le second plus commun : on les a joints à la Bibliothèque des Pères, de Marguerin de la Bigue, Lyon, 1677, 27 volumes in-folio; et avec l'Index de Siméon de Sainte-Croix, Gênes, 1707, in-folio. Le tout forme 30 vol. Il y en a qui y joigneut Bibliotheca Patrum primitiva Ecclesiæ, à Lyon, 1680, in-folio. La collection de Dom le Nourry renferme des Dissertations remplies de recherches curieuses et savantes sur la vie, les écrits et les sentimens des Pères, dont il éclaircit un grand nombre de passages difficiles. La saine critique et la bonne théologie dont cet ouvrage est rempli, ont fait regretter aux savans qu'il n'ait pas exécuté son projet d'une seconde édition de la Bibliothè- que des Pères suivant le même plan. On a encore de lui une Dissertation sur le traité *De Mortibus persecutorum*, à Paris 1710, in-8.º Il prétend, mal-à-propos, que ce Traité n'est point de *Lactance*, mais de *Lucius Cæcilius*. « Le style du Père le *Nourry*, dit *Dupin*, est simple, pur et facile. Il est exact dans ses citations, modeste dans sa critique, et juste dans ses conjectures. »
NOYER, (Du) *Voy. CASTEL* n.º III. I. NOYER, (Anne-Marguerite PETIT, femme de M. du) naquit à Nîmes vers l'an 1663. Sa mère étoit de la famille du Père *Cotton*, confesseur d'*Henri IV*. Après avoir abjuré le Protestantisme dans lequel elle étoit née, elle épousa M. du *Noyer*, gentilhomme de beaucoup d'esprit et d'une famille distinguée. Quoiqu'elle ne se piquât pas d'une fidélité scrupuleuse envers son époux, elle étoit extrêmement jalousie. Cette passion, jointe à son penchant pour le Calvinisme, mit la désunion dans leur ménage. Mad. du *Noyer* passa en Hollande avec ses deux filles, pour professer plus librement la religion qu'elle avoit quittée. Sa plume fut une ressource dans ce pays de liberté. Elle écrivit des *Lettres Historiques d'une Dame de Paris* à une *Dame de Province*, en 5 vol. in-12. Les dernières éditions sont en 9 petits in-12, parce qu'on y a ajouté les *Mémoires* de Mad. du *Noyer* et une suite à ses *Lettres*. Elles sont semées d'anecdotes, dont quelques-unes sont vraies, mais la plupart fausses ou hasardées. Elle ramassoit les sottises de la province, et on les prenoit dans les pays étrangers pour les nouvelles de la cour. Elle écrivit avec plus de facilité que de délicatesse. Son style est diffus, et ses plaisanteries ne sont pas toujours de bon afoi. L'exemple de Mad. du *Noyer* fut suivi par une foule de barbouilleurs de papier, qui se métamorphosèrent en Hollande, en ministres, en plénipotentiaires, et qui dans des écrits satiriques, insultèrent les Souverains en prétendant les gouverner. Mad. du *Noyer* mourut en 1720, avec la réputation d'une femme aussi bizarre qu'ingénieuse. Elle avoit paru à la cour, où elle se couvrit de ridicule par sa hauteur, et avoit vécu long-temps en province, où elle recueillit des rissées par de faux airs de cour. Ses *Mémoires*, imprimés séparément en un vol. in-12, ne donnent pas une grande idée de la solidité de son caractère, quoiqu'elle les eût écrits en partie, pour faire son apologie. On a imprimé une Satire contre elle, assez plate, intitulée: *Le Mariage précipité*, comédie en 3 actes, en prose, Utrecht, 1713, in-12. I. NOYERS, (Hugues de) évêque d'Auxerre en 1183, d'une famille noble, étoit d'un caractère fort vif. Il eut des démêlés avec *Pierre de Courtenai* comte d'Auxerre, qui le forcèrent à l'excommunier. Le comte, pour s'en venger, chassa tous les ecclésiastiques de l'Eglise cathédrale. L'excommunication, qui aura assez long-temps, fut enfin levée, à condition que le comte déterroroit un enfant qu'il avoit enterré dans une salle de l'évêché, et qu'il l'apporteroit pieds nus et en chemise dans le cimetière; ce qui fut exécuté à la vue de tout le peuple. Hugues mourut en 1206.
IL NOYERS, (Milès de) arrière-petit-neveu du précédent, fut fait maréchal de France en 1302 par Philippe le Bel, auquel il rendit de grands services. Il se démit de cet état pour être porte-oriflamme; et en cette qualité il se trouva, l'an 1328, à la bataille de Cassel. L'avis qu'il donna à propos, avant l'action, à Philippe de Valois près d'être enlevé par les Flamands, fut la cause du salut de ce prince et de la victoire. Il combattit aussi à la bataille de Creci en 1346. Il avoit conseillé au roi de remettre le combat au lendemain. Son avis fut goûté, mais il ne fut pas suivi, et les Anglois furent vainqueurs. Il fut nommé exécuteur du testament de Louis Hutin, et mourut en 1350. Sa maison s'éteignit en 1415.
NOYERS, (Des) Voyez SUBLET.
NUIT, (Mythol.) déesse des Ténèbres, étoit fille du Chaos, et femme de l'Erèbe. Elle enfanta plusieurs monstres qui assiégeoient l'entrée des enfers. Hésiode compte parmi ses enfans, le Travail, la Misère, les Destins, les Parques, les Hespérides, Némésis, la Tromperie, l'Amour, les Contentions, la Vieillesse et la Mort. Virgile met aussi à la porte du royaume de Pluton, une foule de monstres mal-faisans qui sont à peu près les mêmes. Les peintres et les poètes représentent la Nuit avec des habits noirs parsemés d'étoiles, tenant à sa main un sceptre de plomb, et trainée dans un char d'ébène, par deux chevaux dont les ailes ressemblent à celles des chauve-souris.
NUMA-POMPILIUS, fut élu par le sénat Romain pour succéder à Romulus, l'an 714 avant Jésus-Christ. C'étoit un homme d'environ 40 ans, plein de probité et d'honneur. Retiré à la campagne depuis long-temps, il ne s'occupoit que de l'étude des lois et du culte religieux. Le mariage qu'il avoit fait avec Tatia, fille de ce Tatius qui partageoit la royauté avec Romulus, n'avoit pu l'engager à quitter sa retraite pour venir jouir des honneurs qui l'attendoient dans Rome. Il fallut, pour lui faire accepter le sceptre, que ses proches et ses compatriotes joignissent leurs instances à celles des ambassadeurs Romains. Numa n'avoit point les qualités guerrières de son prédécesseur; mais il fut un grand roi par ses seules vertus politiques. Les Romains étoient naturellement féroces et indociles; il leur falloit un frein: Numa le leur donna, en leur inspirant l'amour pour les lois et le respect pour les Dieux. Il s'étoit répandu une opinion qu'il avoit des entretiens secrets avec la nymphe Egérie: il en profita, pour faire croire au peuple qu'il ne faisoit rien que par les conseils de cette Nymphe. Le plus beau trait de la politique de Numa, est la distribution qu'il fit des citoyens Romains par arts et par métiers. Jusqu'alors Rome avoit été comme partagée en deux factions, à cause de la distinction qui subsistoit toujours entre les Romains et les Sabins. Par la nouvelle distribution, chacun se trouva porté à oublier les anciennes partialités, pour ne plus songer qu'aux intérêts du corps où il étoit entré. Pour attacher de plus en plus les Romains à la culture des terres, il les distribua par bourgades, leur donna des inspecteurs et des surveillans. Il visitoit souvent lui-même les travaux de la campagne, et élevoit aux emplois ceux qu'il connoissoit laborieux, appliqués et industrieux. Il mourut l'an 672 avant Jésus-Christ, après un règne de 42 ans. Ce bon roi emporta avec lui les regrets, non-seulement de ses sujets, mais encore des peuples voisins. Ils s'empressèrent tous d'assister à ses funérailles : espèce de triomphe qu'il avoit bien mérité, puisqu'il fit plus pour le bonheur des Romains, que *Romulus* pour leur grandeur. Parmi les établissemens que ce prince fit pour la Religion, on peut remarquer : I. Le *Collège des Pontifes*. Le premier d'entr'eux étoit appelé le Souverain Pontife. II. Celui des *Flamines*, ainsi nommés à cause du voile couleur de feu, qu'ils portoient (*Flammeum*). III. Celui des *Vestales*, vierges consacrées au culte de la déesse *Vesta*. IV. Celui des prêtres *Saliens*. V. Celui des *Augures*. VI. Il distingua les jours en fastes et néfastes, c'est-à-dire, en jours de fêtes et en jours ouvrables. VII. Enfin, il divisa l'année en douze mois. Plusieurs auteurs ont cru que ce prince étoit parvenu à reconnoître l'existence d'un seul vrai Dieu; qu'il en faisoit mention dans ses livres; qu'il défendit de représenter la divinité sous aucune forme corporelle, et qu'en conséquence les Romains n'eurent, pendant plus d'un siècle et demi, aucunes statues dans leurs Temples. Mais tout ce que nous ap- prenons du culte religieux de ce peuple, ne sert point à confirmer cette opinion; et l'idée que l'histoire nous a laissée de *Numa-Pompilius*, la contredit ouvertement. Presque toutes ses institutions se ressentent des erreurs du paganisme; mais quelque défectueuses, quelque ridicules même qu'elles puissent être, elles sont infiniment au-dessus des principes d'une philosophie irréligieuse. « Telle est, dit *Voltaire*, la foiblesse du genre humain, et telle est sa perversité, qu'il vaut mieux sans doute pour lui d'être subjugué par toutes les superstitions possibles, pourvu qu'elles ne soient point meurtrières, que de vivre sans religion. L'homme a toujours eu besoin d'un frein; et quoiqu'il fût ridicule de sacrifier aux Sylvains, aux Naïades, il étoit bien plus utile d'adorer ces images fantastiques de la Divinité, que de se livrer à l'athéisme. » La conformité des sentimens de *Numa* avec quelques principes de *Pythagore*, a induit quelques historiens à croire que le législateur des Romains étoit disciple du philosophe de Crotone; mais cet anachronisme est insoutenable. *Numa* régnoit plus de cent ans avant que *Pythagore* eût ouvert son école.
NUMÉNIUS, philosophe Grec du 2$^{e}$ siècle, natif d'Apamée, ville de Syrie, suivoit les opinions de *Pythagore* et de *Platon*, qu'il tâchoit de concilier ensemble. Il prétendoit que *Platon* avoit tiré de *Moyse*, ce qu'il dit de Dieu et de la création du monde. Qu'est-ce que *Platon*, disoit-il, sinon *Moyse parlant Athénien*?... Il ne nous reste de *Numénius* que des fragmens, qui se trouvent dans *Origène*, *Éuse*, etc. Ce philosophe étoit un modèle de sagesse.
**NUMÉRIEN**, (*Marcus-Aurelius - Numerianus*) empereur Romain, fils de *Carus*, suivit son père en Orient, étant déjà César; et il lui succéda avec son frère *Carin*, au mois de janvier 284. Il fut tué par la perfidie d'*Arrius Aper*, son beau-père, au mois de septembre suivant. Cet empereur possédoit toutes les qualités du cœur et de l'esprit. Les affaires de l'état étoient son unique occupation, et les sciences son seul amusement. (*Voyez III. NEMÉSIEN*.) Il se faisoit aimer de ses sujets et admirer des savans, qui l'ont fait passer pour le plus habile de son temps. *Aper* poignarda *Numérien* dans sa litière, qu'il fit refermer après. Il l'accompagnait, comme si le prince eût été vivant, dans l'espérance de trouver une occasion favorable de se faire déclarer empereur; mais la puanteur du cadavre trahit son crime, et il en subit sur-le-champ la peine.
**NUMÉRIUS**, gouverneur de la Gaule Narbonnoise : *Voyez DELPHIDIUS*.
**NUMITOR**, étoit fils de *Procas* roi d'Albe, et frère d'*Amulius*. *Procas*, en mourant l'an 795 avant Jésus-Christ, le fit héritier de sa couronne avec *Amulius*, à condition qu'ils régneront tour-à-tour d'année en année; mais *Amulius* s'empara du trône, et donna l'exclusion à *Numitor*, dont il fit mourir le fils nommé *Lausus*. Il contraignit ensuite *Rhea Sylvia*, fille unique de *Numitor*, d'entrer parmi les Vestales. Cette princesse étant devenue enceinte malgré ces précautions, publia que c'étoit du dieu *Mars*, et accoucha de *Remus* et de *Romulus*. Lorsqu'*Amulius* en fut instruit, il fit enfermer la mère dans une étroite prison, et jeter les enfans dans le Tibre. Ceux qui étoient chargés de cet ordre, crurent qu'il suffiroit de les exposer dans leur berceau sur ce fleuve : en effet, après avoir flotté quelque temps au gré des eaux, ils furent jetés à bord, où ils restèrent jusqu'à ce qu'une louve, descendue des montagnes voisines, accourut aux cris des enfans et les allaita. Lorsqu'ils furent en âge, ils chassèrent l'usurpateur du trône et y rétablirent leur aïeul l'an 754 avant Jésus-Christ.
**NUNDINA**, (*Mythol*) Déesse que les Romains invoquaient quand ils donnaient un nom à leurs enfans : ce qu'ils faisoient le *acuvième jour* après leur naissance.
**NUNEZ** ou
**NONIUS**, (*Ferdinand*) critique Espagnol, connu aussi sous le nom de *Piacianus*, parce qu'il étoit de Pincia près de Valladolid, introduisit le premier en Espagne le goût de l'étude de la langue grecque. Ce savant étoit modeste. Quoiqu'il fût de l'illustre maison des *Guzman*, il ne crut pas se déshonorer en professant les belles-lettres à Alcala et à Salamanque. Il mourut en 1552, dans un âge fort avancé, emportant des regrets aussi vifs que sincères de tous les gens de bien. Il ordonna qu'on ne mettroit sur son tombeau que ces mots : *LA MORT EST LE PLUS GRAND BIEN DE LA VIE*. On estime surtout ses *Commentaires* sur *L'Île*, sur *Pomponius Mela*, et sur *Sé-* nèque. On lui doit aussi en partie la Version latine des Septante, imprimée dans la Polyglotte de Ximenès. Le roi Ferdinand le Catholique le mit à la tête de ses finances. Il laissa à l'université de Salamanque une grande et curieuse Bibliothèque, dans laquelle on trouve beaucoup de manuscrits grecs qu'il avoit achetés fort cher en Italie.
NUNEZ, Voyez I. NONNIUS. — BLASCO — et BALBOA.
NUZZI, Voyez MARIO.
NYCTIMUS, fils de Lycaon. Jupiter l'épargna, quand il foudroya ses frères avec son père. Ce fut de son temps qu'arriva le Déluge de Deucalion.
NYDER, (Jean) Dominicain Allemand, professa la théologie à Paris, et alla mourir à Nufemberg vers l'an 1440. Son Dispositorium moriendi, in-4°, sans nom de ville et sans date, est très-rare.
NYMANNUS, (Grégoire) professeur d'anatomie et de botanique à Wirtemberg sa patrie, mourut le 8 octobre 1638, à 43 ans. On a de-lui : I. Un Traité latin de l'Apoplexie, Wirtemberg, 1629 et 1670, in-4°, estimé. II. Une Dissertation recherchée et curieuse, sur la vie du Fœtus, ibid. 1628, in-4°; Leyde, 1644, in-12. Ce docteur y prouve qu'un enfant vit dans le sein de sa mère par sa propre vie; et que, sa mère venant à mourir, on peut le tirer souvent de son sein encore vivant et sans l'offenser.
NYMPHES, (Mythol) Déesses, filles de l'Océan et de Té- N Z A 127 thys, ou de Nérée et de Doris: les unes appelées Océanitides, ou Néréides, demeuroient dans la mer : les autres, appelées Naïades, habitoient les fleuves, les fontaines et les rivières; celles des forêts se nommoient Dryades, et les Hamadryades n'avoient chacune qu'un seul arbre sous leur protection : les Napèrs régnioient dans les bocazes et les prairies; et les Orcades, sur les montagnes; celles des lacs s'appeloient Limniades. Remarquez que tous ces noms sont tirés du grec. On faisoit des sacrifices aux Nymphes, mais on n'y versoient point de sang. On leur offroit seulement du lait, du miel, de l'huile, des fleurs et du vin.
NYNAULD, (Jean de) auteur peu connu, dont nous avons un livre curieux, sous ce titre : De la Lycanthropie, transformation et extase des Sorciers, à Paris, 1615, in-8°. Il y a des contes bien singuliers dans cet ouvrage peu commun.
NYON, (Jean-Luc) l'aîné, savant libraire de Paris, mort en 1799, s'est distingué dans sa profession, autant par ses connoissances bibliographiques que par sa probité. On lui doit, le Catalogue de la bibliothèque de Courtanvaux, 1782, in-8°; celui de la bibliothèque de la Vallière, seconde partie, 1788, 6 vol. in-8°; celui, enfin, de la bibliothèque de Malesherbes, 1796, in-8°.
NYXES, Voyez NIXES.
NZAMY, célèbre poète Persan, se plût à imiter Saadi. Il vivoit à la fin du 16e siècle. —O, (François I$^{er}$) seigneur de Frênes, d'une famille illustre de Normandie, s'acquit les bonnes graces de Henri III par toutes les bassesses de courtisan. Il devint un de ses favoris, et fut l'un des trois seigneurs de la cour que ce prince appelait ses enfans; les autres étoient Joyeuse et d'Epernon. D'O, élevé par Henri III à l'emploi important de surintendant des finances, l'engagea à accabler son peuple d'impôts: c'étoit tous les jours quelque nouvel édit bursal. Son luxe dévora long-temps la substance du peuple. Quand on lui parloit de misères et de misérables: N'en faut-il pas, disoit-il? Ils sont aussi nécessaires dans la vie, que les ombres dans un tableau. Après la mort de Henri III en 1589, il s'attacha à Henri le Grand. On dit qu'après la journée d'Ivri, Biron et lui empêchèrent ce monarque d'aller à Paris, pour des intérêts particuliers auxquels ils sacrifièrent l'intérêt général. Cette ville ayant ouvert ses portes à Henri IV, il en donna le gouvernement à d'O, qui mourut en 1594, ayant l'âme et le corps également gâtés de toutes sortes de vilainies. Le roi se consola d'autant plus aisément de sa perte, qu'outre que le surintendant vouloit le tenir en tutelle, il faisoit d'effroyables dissipations, et que rien ne pouvoit suffire à sa rapacité. Cet homme si fastueux n'étoit pas encore abandonné des médecins, dit Sully, que ses parens et ses domestiques (qu'il avoit cependant toujours affectionnés,) le dépouillèrent au point, que long-temps avant son dernier soupir il n'y avoit plus un seul meuble dans sa chambre: il ne lui restoit que le lit où il expira. Le Brave Crillon apprenant qu'il étoit à l'extrémité, dit tout haut à une dame de la cour: A l'heure qu'il est, le pauvre d'O va rendre son âme à tous les diables. S'il faut que chacun rende ses comptes là-haut, je crois que le cher d'O se trouvera bien empêché pour fournir de bons acquits. Au reste, il signoit ordinairement François O, et non d'O; et il trouvoit mauvais qu'on alongeât son nom de moitié par l'addition d'une lettre. Le dernier rejeton de sa famille est mort en 1734.
OANNÈS, OANÈS ou OEN, un des Dieux des Syriens. On le représentoit sous la figure d'un monstre à deux têtes, avec des mains et des pieds d'homme; le corps et une queue de poisson. On crovoit qu'il étoit sorti de la Mer-Rouge, et qu'il avoit enseigné aux hommes les arts, l'agriculture, les lois, etc.
OATÈS, (Titus) Anglois, né vers 1619, fut d'abord ministre de l'Église Anglicane, puis Jésuite, ensuite apôstat, et enfin Athée. Après avoir demeuré quelque temps en France, il retourna en Angleterre, et s'y signala par des calomnies atroces. Il accusa juridiquement, en 1678, les Catholiques Anglois d'avoir conspiré conspiré contre la vie du roi Charles II et des Protestants Anglois, de concert avec le Pape, les Jésuites, les François et les Espagnols, pour établir par cet horrible attentat la seule religion Catholique en Angleterre. « Le général des Jésuites ( dit le Père d'Orléans qui se moque avec raison de ces ridicules et odieuses imputations, ) étoit reconnu le chef de l'entreprise. Ce chef au reste, étoit si sûr du succès de son noir projet, qu'il avoit envoyé par avance aux principaux des conjurés des lettres-patentes signées de sa main, pour posséder les premières charges de la cour, de l'armée et des tribunaux d'Angleterre. Il en avoit envoyé une au baron d'Arondel, de grand chancelier, une seconde au comte de Powis, de grand trésorier du royaume : milord Bellasis et milord Peters avoient le commandement des armées, et le chevalier Godolphin étoit fait garde du sceau privé; d'autres avoient d'autres emplois. Le meurtre du roi et celui des Protestants ne devoient guère coûter qu'une heure, tant les mesures étoient bien prises : et s'il en fût resté quelques-uns plus prompts à se cacher et à fuir, ils devoient être suivis, exterminés jusqu'au dernier par une armée de deux cent mille hommes, partie levée dans le pays, partie envoyée de deçà la mer, payée par le pape, et animée par une indulgence plénière à concourir à tant d'attentats. Ailleurs on enfermeroit comme des fous, des témoins qui viendroient déposer de si ridicules chimères; en Angleterre on les crut, on, ce qui est pis, on feignit de les croire. » Malgré l'absurdité de l'accusation, les preuves démonstratives de l'imposture, les variations des témoins, milord Stafford, d'autres personnes de mérite et quelques Jésuites furent mis à mort, comme convaincus du crime de haute trahison. En vain seize étudiants de St-Omer avoient attesté qu'Oatès étoit avec eux au collège de cette ville, dans le temps qu'il juroit avoir été à Londres. Leur témoignage, dit l'abbé Millet, ne leur attira que des railleries. L'un d'eux avant dit que le fait étoit certain, qu'il devoit s'en rapporter à ses sens; Vous autres Papistes, répliqua le chef de justice, on vous apprend de bonne heure à ne pas croire vos sens. Ce qui mit le comble à l'horreur de cette scène, c'est que le scélérat Oatès obtint une pension. Mais, sous le règne de Jacques II, leur mémoire fut réhabilitée, et Oatès condamné comme parjure à une prison perpétuelle, et à être fustigé par la main du bourreau quatre fois l'année, et mis ces jours-là au pilori. Ce châtiment fut exécuté jusqu'en 1659, que le prince d'Orange s'étant emparé de la couronne d'Angleterre, le fit sortir de prison et lui rendit sa pension. Ce malheureux mourut à Londres le 23 juillet 1705. On a de lui quelques ouvrages. Ce fut à l'occasion de cette horrible et ridicule accusation, que le ministre Jurieu publia son livre de la Politique du Clergé, auquel Arnauld répondit par l'Apologie des Catholiques. Il y justifie les Catholiques et en particulier l'archevêque de Paris, le P. de la Chaise et les autres Jésuites. Cette Apologie lui fit d'autant plus d'honneur, qu'elle tendoit à laver ceux qu'*Arnauld* regardoit comme ses plus cruels ennemis. Nous n'aurions pas fait cet article si long, si les calomnies d'*Oatès* n'étoient répétées dans quelques livres, (comme dans le *Moréri* de Hollande, 1740,) et par quelques vieillards imbéciles.
OBADIAS, *Voyez* ABDIAS.
OBED, fils de *Booz* et de *Buth*, père d'*Isaï* et aïeul de *David*, naquit vers l'an 1275 avant Jésus-Christ.
OBED, *Voyez* ODED.
OBED-EDOM, Hébreu distingué par ses vertus, vers l'an 1045 avant l'ère Chrétienne. Ce fut dans sa maison que le roi *David* déposa l'Arche d'alliance, lorsqu'il la faisoit transporter à Jérusalem. *David* frappé et épouvanté de la punition d'*Oza*, et ne se croyant pas digne de la recevoir auprès de lui, la fit porter chez *Obed-Edom*: elle n'y resta que trois mois; car *David* s'apercevant que la famille d'*Obed-Edom* étoit comblée de bénédictions, fit transférer ce sacré dépôt à Jérusalem.
OBIZZI, (Lucrèce de gli Orologgi, femme d'*Enée*, marquis d') dans le Padouan, s'est rendue aussi célèbre au 17$^{e}$ siècle par sa pudicité, que l'ancienne *Lucrèce*. Vers l'an 1645, pendant que le marquis d'*Obizzi* étoit à la campagne, un gentilhomme de la ville, éperdument amoureux de la marquise, entra dans sa chambre, où elle étoit encore au lit avec son fils *Ferdinand*, âgé de cinq ans. Le gentilhomme prit la précaution de transporter l'enfant dans une chambre voisine, et sollicita ensuite la mère de condescendre à ses désirs; mais n'ayant pu rien gagner, ni par caresses, ni par menaces, il la poignarda. On fit arrêter le meurtrier, qui nia toujours son crime. On se contenta de le tenir en prison pendant 15 ans, au bout desquels il en sortit. Mais, peu de mois après, le jeune marquis d'*Obizzi* vengea la mort de sa mère, en tuant d'un coup de pistolet son adultère et lâche assassin. Ayant ainsi satisfait son ressentiment, il passa au service de l'empereur, qui le fit successivement marquis du Saint-Empire, commandant de Vienne, conseiller d'état et maréchal général de camp. Il mourut à Vienne en 1710, après 50 ans de service, avec une grande réputation de valeur et de probité.
OBLATES, *Voyez* I. FALCONIERI, et II. FRANÇOISE.
OBRECHT, (Ulric) habile professeur en droit à Strasbourg, étoit petit-fils de *George Obrecht* professeur en droit comme lui, mort en 1612 à 66 ans, après avoir publié quelques ouvrages. Le Luthéranisme étoit la religion de leur famille. *Ulric* se fit Catholique après la prise de Strasbourg par les François, et *Louis XIV* le fit *Préteur Royal* de cette ville en 1685. Les langues grecque, latine, hébraïque, les antiquités, l'histoire, la jurisprudence, lui étoient familières. Il parloit, dit-on, de tous les personnages de l'histoire comme s'il avoit été leur contemporain; de tous les pays comme s'il y avoit vécu, et des différentes lois comme s'il les avoit établies. Mais on sent qu'en cela, comme dans ce qu'on raconte des mémoires extraordinaires, il y a souvent de l'exagération. Cependant Bosquet, charmé de voir tant de connoissances réunies dans un seul homme, le nomma Epitome omnium scientiarum. On a de lui : I. Prodromus rerum Alsaticarum, in-4°, 1681; livre curieux pour l'Histoire d'Alsace et de Strasbourg. II. Excerpta Historica de naturn successionis in Monarchia Hispaniae, en 3 parties in-4°. Il y prouve que la couronne d'Espagne est héréditaire, et que les lois la déferent à Philippe V. III. Mémoire concernant la sureté publique de l'Empire. IV. Une édition de Quintilien, avec des remarques, 2 vol. in-4°. V. Version de la Vie de Pythagore par Jamblique. Ce savant mourut le 6 août 1701 à 55 ans, consumé par un travail opiniâtre, qui avoit peu à peu affoibli ses forces.
OBREGON, (Bernardin) instituteur des Frères Infirmiers Minimes qui ont soin des malades dans les hôpitaux en Espagne, naquit à Las-Huelgas près de Burgos, en 1540, d'une famille ancienne. Bernardin vécut d'abord dans la dissipation qu'entraîne le parti des armes qu'il avoit embrassé; mais un exemple de vertu dans un homme de la lie du peuple, qui le renuercia d'un souillet, toucha son cœur. Il renonga au monde en 1568, et forma sa congrégation, qu'il instruisit autant par son exemple que par ses discours. Ce saint homme mourut dans son Hôpital-général de Madrid, le 6 août 1599, à 59 ans. Le peuple appela Obregons, les religieux établis par cet homme vertueux.
OBSEQUENS, (Julius) écrivain Latin, que l'on conjecture O C C 131 avoir vécu un peu avant l'empire d'Honorius, vers l'an 395 de J. C., composa un livre De Prodigiis, qui n'est qu'une liste de ceux que Tite-Live a insérés très-malà-propos dans son Histoire. Obsequens, aussi crédule que lui, emprunte souvent les expressions de cet historien, sans corriger ses erreurs. Il ne nous reste qu'une partie de cet ouvrage, auquel Conrad Lycosthènes a fait des additions pour suppléer à ce qui manque dans l'original. Les meilleures éditions de Julius Obsequens, sont celles où les additions de Lycosthènes sont distinguées du texte. C'est ainsi que Schefferus dirigea l'édition qu'il en donna à Amsterdam, en 1679. Elle a été réimprimée à Leyde en 1720, in-8°, et on la joint aux Auteurs cum notis Variorum.
OBSTAL, Voyez VAN-OBSTAL.
OCCAM DE OCKAM, (Guillaume) théologien scolastique, de l'ordre des Cordeliers, étoit Anglois et disciple de Scot. Il fut le chef des Nominaux, et s'acquit une si grande réputation, qu'on le surnomma le Docteur invincible. On auroit dû plutôt le nommer le Docteur querelleur. Il imagina de nouvelles subtilités, pour mettre aux prises de nouveaux champions de l'école. Il entra dans les querelles des papes et des empereurs; et à la prière de son général Michel de Cezène, il écrivit en fanatique pour Louis de Davière contre Jean XXII. Occam eut, dit-on, l'imprudence de dire à ce prince : Seigneur, défendez-nous de l'antipape Jacques de Cahors, avec votre épée, et nous saurons bien vous défendre contre lui avec 1 2 132 OCC notre plume. (*Hist. d'Allemagne* par M. de Montigni, qui cite *Trithème*.) il auroit été beau en effet qu'il y eût eu une bataille pour faire adopter les idées des *Nominaux*. Le ridicule auteur de cette secte philosophique fut accusé d'avoir enseigné avec *Cezène*, que JÉSUS-CHRIST ni ses Apôtres n'avoient rien possédé, ni en commun, ni en particulier. C'est ce qui donna lieu à cette plaisante question qu'on appela le *Pain des Cordeliers*. Il s'agissoit de savoir si le domaine des choses qui se consomment par l'usage, comme le pain et le vin, leur appartenoit ? ou s'ils n'en avoient que le simple usage sans domaine, leur règle ne leur permettant pas d'avoir rien en propre ? *Nicolas III* voulant les enrichir sans la choquer, ordonna qu'ils n'auroient que l'usufruit des biens qui leur seroient donnés, et que le fonds seroit à l'Église Romaine. *Jean XXII* révoqua la Bulle de *Nicolas III*. Le pape en parlant de *Michel de Cezène*, le traita d'opiniâtre, de téméraire, d'insensé, de fauteur de *Louis* de Bavière et des hérétiques, de serpent venimeux que l'Église nourrissoit dans son sein : il le déclara ensuite excommunié, lui et ses complices, et le déposa de sa charge. On vit alors de quelle estime jouissoit ce général des Cordeliers dans toute l'Europe. Les rois de France, d'Angleterre, d'Aragon, de Naples, de Majorque; les archevêques, les évêques, et les plus grands seigneurs de tous ces royaumes, écrivirent au pape en sa faveur, le priant de ne pas pousser à bout un homme dont la science et la vertu étoient généralement re- connues. Les lettres arrivèrent trop tard, et le coup étoit déjà porté. Ce fut alors que *Michel de Cezène* ne garda plus de mesures, et se mit à écrire contre le pape avec toute l'amertume d'un homme irrité. *Occam* seconda son ressentiment; mais il se repentit ensuite, et se fit absoudre des censures pontificales. Il mourut en 1347, laissant différens *Ouvrages*, Paris, 1476, 2 vol. in-fol., qui prouvent un esprit subtil, mais bizarre.
OCCATOR, (Mythol.) un des Dieux des laboureurs, présidoit à cette partie de l'agriculture qui consiste à *hervir* les terres labourées.
OCCHIALI, *Voyez* LOUCHALI.
OCCO, (N$^{es}$) médecin Allemand, né à Augsbourg, publie en 1579, la première description des *Médailles Impériales*, dont la suite s'étend depuis *l'ompée* jusqu'à *Héraclus*. Cet ouvrage a été réimprimé en 1601, et en 1730 par les soins d'*Argelati*, qui l'a enrichi de notes et d'additions. *Occo* est mort à la fin du 16$^{e}$ siècle.
OCÉAN, (Mythol.) Dieu marin, fils du *Ciel* et de *Vesta*, père des fleuves et des fontaines, épousa *Téthys*, dont il eut plusieurs enfans. Les anciens Païens l'appeloient le père de toutes les choses, parce qu'ils croyoient qu'elles en étoient engendrées; ce qui est conforme au sentiment de *Thalès*, qui établit l'eau pour premier principe.
OCELLUS, ancien philosophe Grec de l'école de *Pythagore*, étoit natif de Lucanie, ce qui lui a fait donner le nom de Lucanus. Il descendoit d'une ancienne famille de Troye en Phrygie, et vivoit long-temps avant Platon. Il composa un Traité des Rois et du Royaume, dont il ne nous reste que quelques fragmens; mais le livre de l'Univers, qu'on lui attribue, est parvenu tout entier jusqu'à nous, et il y en a plusieurs éditions en grec et en latin. Les meilleures sont celles qui se trouvent dans les Opera Mythologica, Cambridge, 1670, in-8°, ou Amsterdam, 1688, in-8°; et séparément, Amsterdam, 1661, in-8°. Il s'efforce vainement d'y prouver l'éternité du monde. Le marquis d'Argens a traduit et commenté cet ouvrage en 1762, in-8°. Son but n'est pas seulement d'éclaircir le texte, mais de répandre plus de jour sur les anciens systèmes. Ses remarques sont autant de petits Traités, qui développent la suite des anciennes opinions, et qui en présentent pour ainsi dire la filiation. On souhaiterait seulement un peu plus de correction dans le style, et moins de hardiesse dans sa façon de penser. L'abbé Batteux a depuis traduit l'ouvrage d'Ocellus, dans son Histoire des Causes premières, 1769, in-8°; et sa version est regardée comme plus exacte que celle du marquis d'Argens.
OCHIN, (Bernardin) OCHINUS ou OCELLUS, né à Sienne en 1487, entra jeune chez les religieux de l'Observance de Saint-François; mais il les quitta bientôt, pour s'appliquer à l'étude de la médecine. Touché quelque temps d'un nouveau désir de faire pénitence, il rentra dans l'ordre qu'il avoit abandonné, et s'y distingua, par son zèle, sa piété et ses talens. La réforme des Capucins venoit d'être approuvée; il l'embrassa en 1534, contribua beaucoup au progrès de cet ordre naissant, et en fut général. Sa vie paroissoit régulière et sa conduite édifiante. Ses austérités, son habit grossier, sa longue barbe qui descendoit jusqu'au dessous de sa poitrine, son visage pâle et décharné, une certaine apparence d'infirmité et de foiblesse affectée avec beaucoup d'art, et l'idée que tout le monde avoit de sa sainteté, le faisoient regarder comme un homme merveilleux. Ce n'étoit pas seulement le peuple qui en portoit ce jugement: les plus grands seigneurs et les princes souverains le révéroient comme un Saint. Lorsqu'il venoit dans leur palais, ils alloient au devant de lui, et lui rendoient de grands honneurs, qu'ils accompagnoient de marques distinguées d'affection et de confiance. Cet hypocrite avoit recours à toutes sortes d'artifices pour confirmer l'opinion si avantageuse que l'on avoit conçue de lui. Il alloit toujours à pied dans ses voyages, et lorsque les princes le forçoient de loger chez eux, la magnificence des palais, le luxe des habits et toute la pompe du siècle, sembloient ne lui rien faire perdre de son amour pour la pauvreté et pour la mortification. On ne parloit que de sa vertu dans toute l'Italie, et cette réputation facilitait les progrès du nouvel ordre. Il étoit savant, quoiqu'il ne sût pas beaucoup de latin; et quand il parloit sa langue naturelle, il s'énonçoit avec tant de grace et de facilité, que ses discours ravissoient tous ses 1 3 auditeurs. Lorsqu'il devoit prêcher en quelque endroit, le peuple s'y assembloit en foule : les villes entières venoient pour l'entendre. On fut très-surpris, quand on vit tout d'un coup cet homme si renommé quitter le généralat des Capucins, embrasser l'hérésie de Luther, et aller à Genève épouser une fille de Lucques, qu'il avoit séduite en passant par cette ville. L'orgueil le précipita dans cet abyme. Il ne put résister au dépit de n'avoir point obtenu un chapeau de cardinal, qui avoit toujours été l'objet de son ambition. Il versa des flots de bile sur tous ceux qui l'attaquèrent, comme on peut en juger par un écrit de Catharin contre lui et par la réponse. Voici le titre de l'un et de l'autre : Rimedio alla pestilente Dottrina di Bern. Ochino da Ambr. Catarino, Rom., 1545, in-8°... Riposta d'Ochino alle Bestemmie d'Ambr. Catarino, 1546, in-8°. Ce séducteur passa ensuite en Angleterre, où il inspira aux jeunes gens du goût pour les nouvelles erreurs et du mépris pour les pratiques de l'Église les plus anciennes. La religion Catholique étant rentrée dans ce royaume avec la reine Marie, il fut obligé de se retirer à Strasbourg, et de là, en 1555, à Zurich, où il fut ministre de l'Église italienne. Ses Dialogues en faveur de la Polygamie, traduits en latin par Castalion, Basle, 1563, deux vol. in-8°, lui firent perdre sa place. Au reste, il est faux que ce fût par libertinage qu'il pencha pour l'opinion de la pluralité des femmes. Il étoit veuf et avoit 76 ans. Il pouvoit donc se remarier, et un septuagénaire avoit bien assez d'une épouse. Quoi qu'il en soit, après avoir erré de pays en pays, il se retira en Pologne. On l'installa ministre près de Cracovie. Quelques marchands Italiens, curieux de voir si cet homme qui s'étoit acquis tant de réputation dans toute l'Italie par ses prédications, étoit encore le même, lui firent une visite. Il leur parla en fanatique; il se donna comme un vrai apôtre de Jésus-Christ, qui avoit souffert plus de peines et de travaux pour le nom et la gloire du Seigneur, et pour éclaircir les mystères de la religion, qu'aucun des douze apôtres. Il dit, que si Dieu ne lui avoit pas donné comme à eux le don des miracles, on ne devoit pas pour cela ajouter moins de foi à sa doctrine, parce qu'il l'avoit reçue de Dieu même. Il prêcha en Pologne les maximes de ses Dialogues et de ses autres livres, entre autres : « Qu'il n'avoit jamais lu dans l'Écriture-Sainte, que le SAINT-ESPRIT fût Dieu, et qu'il aimeroit mieux rentrer dans son cloître que de le croire. Que JÉSUS-CHRIST n'étoit pas le grand Dieu, mais seulement le Fils de Dieu; et qu'il n'avoit cette qualité, que parce qu'il avoit été aimé et gratifié de Dieu plus que n'ont été les autres hommes; que ce n'est que par flatterie et par une pure invention monacale, qu'on l'a appelé Dieu. Que comme on ne nomme MARIE, Mère de Dieu, Reine du Ciel, Maîtresse des Anges, que par flatterie; aussi les moines ont-ils établi et prêché par une pure flatterie, la consubstantialité de Jésus-Christ, sa coéternité et son égalité avec son Père... Qu'un homme marié qui a une femme stérile et infirme, et de mauvaise humeur, doit d'abord demander à Dieu la continence; que ce don, demandé avec foi, sera obtenu : mais que si Dieu ne l'accorde point, ou qu'il ne donne point la foi nécessaire pour l'obtenir avec succès, on pourra suivre, sans péché, l'instinct que l'on connoîtra certainement venir de Dieu. » (FABRE, *Histoire Ecclésiastique*, livre LXVIII.) *Ochin* débitoit ces pérnicieuses maximes en Pologne, lorsque *Commendon* y arriva en 1564, en qualité de nonce du pape *Pie IV*, auprès de *Sigismond-Auguste*. Ce prélat se servit de son crédit pour le faire chasser. *Ochin* chercha un asile à Slaucow dans la Moravie, et il n'y trouva que la misère et l'opprobre. Il y mourut la même année, 1564, de la peste, à 77 ans, également haï des Protestans et des Catholiques... Rien n'est plus ridicule, dit le Père *Nicéron*, ni plus romanesque, que ce qu'on lit dans les *Annales des Capucins* sur la mort de cet ex-général de l'Ordre. On lui fait finir ses jours à Genève. « Il ne faut pas omettre ce qu'on y trouve sur ce sujet, quand ce ne seroit que pour faire voir la hardiesse qu'ont certains auteurs de forger des choses entièrement éloignées de toute vraisemblance... *Ochin* demeurant à Genève, disent les Annales, tomba malade et sentit de grands remords, qui l'obligèrent à faire venir secrètement un curé du voisinage, à qui il confessa ses péchés et demanda d'être réuni à l'église Catholique en abjurant l'hérésie qu'il avoit prêchée pendant quinze ans. Le curé lui administra le sacrement de Pénitence, et lui représenta qu'il falloit faire une rétractation publique de ses hérésies. *Ochin* promit de le faire dès qu'il se- roit guéri, ou, s'il ne guérissoit pas, de déclarer nettement sa conversion à ses disciples et à ceux qui le viendroient voir. Ayant été absous et réuni à l'Eglise sous cette condition, il souhaita communier; mais le prêtre, trouvant du péril à lui porter le Viatique, le consola par ces paroles de saint *Augustin : CREDE, ET MANDUCASTI*. Le malade ne tarda guère à déclarer son changement à ses disciples qui vinrent le voir, et les exhorta fortement à quitter comme lui les hérésies qu'il leur avoit enseignées. Ils crurent d'abord qu'il révoit; mais ayant reconnu qu'il parloit sérieusement, ils en avertirent les magistrats. Ceux-ci leur commandèrent de s'informer s'il persistoit dans ses sentimens, et en ce cas, de le tuer. Les disciples exécutèrent cet ordre; car, dès qu'ils eurent entendu le beau discours qu'il leur tint touchant sa résipiscence, ils le poignardèrent dans son lit. D'autres assurent que, par un décret des magistrats, on le traina hors de la ville et on le lapi-da... » (MÉMOIRES de *Nicéron*, tome XIX.) Si *Zacharie Boverius*, auteur des *Annales des Capucins*, a défiguré ainsi les autres faits qui concernent son ordre, il auroit mieux fait d'être romancier qu'historien... On a d'*Ochin* un grand nombre d'ouvrages, dont il n'est pas fort nécessaire de donner le catalogue. Les principaux sont : I. Des *Sermons Italiens*, en 5 vol. in-8°, Basle, 1562, très-rares et chers. II. Des *Commentaires* sur les Épitres de *St. Paul*. III. *Dialogo del Purgatorio*, 1556, in-8°. Il est traduit en françois et en latin; mais l'édition italienne est plus recherchée. IV. *Disputa intorno* 136 OCH alla presenza del Corpo di G. C. nel Sacramento della Cena; Basilea, 1561, in-8°; le même en latin, avec un Traité du Libre Arbure, in-8°. V. Sinceræ et veræ Doctrinæ de Cæud Domini defensio, Tiguri, 1556, in-8°. VI. Il Catechismo, 1561, in-8°. VII. Liber adversis Papam, 1559, in-4°. VIII. D'autres Satires sanglantes contre la cour de Rome et contre les dogmes Catholiques. Tous les ouvrages de cet apostat ayant été supprimés par les papes, sont peu communs. On peut en voir une liste plus détaillée dans le Dictionnaire Typographique. Le plus rare et le plus singulier est ses Apologi nelli quali si scooprano gli abusi errori della Sistagoga del Papa e de soi Preti, Monaci e frati; à Genève, 1554, in-8°: il n'y a que le premier livre d'imprimé, contenant cent Apologues. On recherche encore son Espistole alli Senori della Città di Siena; Geneva, 1543, in-8°. Elle est traduite en françois.
OCHNUS ou AUCVUS, (Myth.) insigne fainéant qui fut condamné dans le Tartare à tordre une corde de jonc, qu'un âne rongeoit à mesure qu'elle étoit faite. On a voulu peindre apparemment sous cet emblème, et le travail inutile, et l'extrême fainéantise. I. OCHOSIAS, fils et successeur d'Achab, roi d'Israël, fut aussi impie que son père. Il commença à régner l'an 898 avant Jésus-Christ. La seconde année de son règne, il tomba d'une fenêtre et se froissa tout le corps. Il envoya aussitôt consulter Béczébub, divinité des habitans d'Accaron, pour savoir s'il relèveroit de cette maladie. Alors Elie vint au-devant de ses gens par ordre du Seigneur, et les chargea de dire à leur maître, que puisqu'il avoit mieux aimé consulter le Dieu d'Accaron que celui d'Israël, il ne relèveroit point de son lit, mais qu'il mourroit très-certainement. Les gens d'Ochosias retournèrent sur leurs pas, et dirent à ce prince ce qui leur étoit arrivé. Le roi, reconnaissant que c'étoit Elie qui leur avoit parlé, envoya un capitaine avec cinquante hommes pour l'arrêter. Cet officier, impie comme son maître, ayant parlé au Prophète d'un ton menaçant, se saint homme, embrasé d'un zèle ardent pour l'honneur de Dieu insulté en sa personne, lui demanda qu'il tirât une vengeance éclatante de l'insolence de ses ennemis, et il fut exaucé sur-le-champ: un feu lancé du Ciel consuma l'officier avec sa troupe. La même chose arriva à un second, que le malheur du premier n'avoit pas rendu plus sage. Le troisième qui fut envoyé, se jeta à genoux devant Elie, et le pria de lui conserver la vie. L'Ange du Seigneur dit alors au Prophète, qu'il pouvoit aller avec ce capitaine sans rien craindre. Il vint donc trouver Ochosias, auquel il annonça sa mort prochaine en punition de son impiété. Il mourut en effet l'an 896 avant Jésus-Christ.
II. OCHOSIAS, roi de Juda, étoit le dernier fils de Joram et d'Athalie. Ce prince étoit âgé de vingt-deux ans, lorsqu'il commença à régner. Il marcha dans les voies de la maison d'Achab, dont il descendoit par sa mère, fille de ce roi impie, et ce fut la cause de sa perte. Il alloit à Ramoth de Galaad avec *Joram* roi d'Israël, pour combattre contre *Hazaël* roi de Syrie; et *Joram* ayant été blessé dans le combat, retourna à Jezraë pour se faire traiter de ses blessures. *Ochosias* se détacha de l'armée pour aller lui rendre visite. Mais *Jéhu*, général des troupes de *Joram*, s'étant soulevé contre son maître, courut pour le surprendre à Jezraë, sans lui donner le temps de se reconnoître. *Joram* et *Ochosias*, qui ignoroient son dessein, allèrent au-devant de lui; mais le premier ayant été tué d'un coup de flèche, *Ochosias* prit la fuite. *Jéhu* le fit poursuivre, et ses gens l'ayant atteint à la montée de Gaver, près de Jeblaun, le blessèrent mortellement. Il eut encore assez de force pour aller à Mageddo, où ayant été trouvé, il fut amené à *Jéhu* qui le fit mourir, l'an 884 avant Jésus-Christ. O C H S, (Jean-Rodolphe) gravoit les pierres avec une précision qui les faisoit confondre avec les antiques. Il étoit né à Berne en 1675, et il mourut en 1750, à Londres, où ses talens furent employés et bien payés.
OCHUS, *Voyez* III. DARIUS, — et III. ARTAXERCÈ.
OCKLEY, (Simon) professeur d'arabe à Cambridge, étoit né à Excester en 1678. On a de lui: *Introductio ad Linguus orientales*, 1706, et une *Histoire des Sarasins*, traduite en françois, 1748, 2 vol. in-12. L'entretien d'une nombreuse famille l'engagea dans des dettes, qui le firent mettre quelque temps en prison. Il fut du grand nombre O C T 137 des savans dont le mérite est au-dessus de la fortune. O C Q U E T O N V I L L E, (Raoul d') *Voyez* l'art. II. ORLÉANS. O C T A V E, *Voyez* I. AUGUSTE. I. OCTAVIE, petite-nièce de *Jules-César* et sœur d'*Auguste*, fut mariée en premières noces avec *Claudius-Marcellus*, et en secondes avec *Marc-Antoine*. Ce mariage fut le lien de la paix entre ce Triumvir et *Auguste*. C'étoit une femme d'une rare beauté et d'un plus rare mérite. *Marc-Antoine*, loin d'y être sensible, se rendit en Egypte auprès de *Cléopâtre*, dont il étoit éperdument amoureux. *Octavie* voulut arracher son époux à cette passion, en allant le trouver à Athènes; mais elle en reçut le plus mauvais accueil et un ordre de s'en retourner à Rome. *Auguste* outré de cet affront, résolut de s'en venger. La généreuse *Octavie* tâcha d'excuser son époux dans l'espérance de renouer quelque négociation entre lui et son frère: mais tous ses soins furent inutiles. Après la défaite entière de *Marc-Antoine*, elle vécut auprès d'*Auguste*, avec tous les agrémens dus à son mérite. Son fils *Marcellus*, qu'elle avoit eu de son premier mari, (jeune homme qui donnoit de grandes espérances, et qui étoit regardé comme l'héritier présomptif de l'empire) épousa *Julie* fille d'*Auguste*; mais il mourut à la fleur de son âge. *Octavie*, plongée dans une profonde douleur, mourut de chagrin, 11 ans avant Jésus-Christ. Cette perte fut un deuil public. Au- guste prononça un discours funèbre, qui étoit un éloge de ses vertus. Les gendres d'Octavie portèrent eux-mêmes son cercueil; et le peuple Romain dont elle étoit la gloire et les délices, auroit rendu des honneurs divins à sa mémoire si l'empereur avoit voulu le permettre. Elle eut de Marc-Antoine: Antonia l'aînée, qui épousa Domitius Anobarbus; et Antonia la jeune, femme de Drusus frère de Tibère.
II. OCTAVIE, fille de l'empereur Claude et de Messaline, fut fiancée à Luceus Silanus; mais ce mariage fut rompu par les intrigues d'Agrippine, qui lui fit épouser Néron, à l'âge de 16 ans. Ce prince la répudia peu de temps après, sous prétexte de stérilité. Popp. e qu'il prit après elle, accusa Octavie d'avoir eu un commerce criminel avec un de ses esclaves. On mit à la question toutes les servantes de cette princesse. Quelques-unes ne pouvant résister à la violence des tourmens, la chargèrent au crime dont elle étoit faussement accusée; mais la plupart des autres eurent la force de la déclarer innocente. Cependant Octavie fut envoyée en exil dans la Campanie; mais les murmures du peuple obligèrent Néron à la faire revenir. On ne sauroit exprimer la joie qu'on fit éclater dans Rome pour ce rappel, ni les honneurs que le peuple fit à cette princesse. Poppée se crut perdue, si Octavie ne périssoit; elle se jeta aux pieds de Néron, et obtint enfin sa mort, sous divers prétextes. Octavie fut reléguée dans une isle, où on la contraignit de se faire ouvrir les veines, à l'âge de vingt ans; et on lui coupa la tête, qui fut portée à son indigne rivale.
OCTAVIEN, antipape, de la famille des comtes de Frescati, se fit élire en 1159, par deux cardinaux, après la mort d'Adrien IV, et prit le nom de Victor IV. Il fut soutenu par l'empereur Frédéric I, protecteur de cet antipape. Il convoqua un concile en 1160, à Pavie, où Alexandre III fut déposé. Ce pape contraint de fuir en France, laissa le trône pontifical à l'usurpateur qui mourut à Lucques en 1164, également haï et méprisé.
OCYPÈTE, (Mythol.) une des Harpies, ainsi appelée de son vol rapide, habitait les isles Strophades avec ses sœurs Aello et Celano.
OCYROË, (Mythol.) nymphe, fille de Chiron le Centaure et de Charicle, étoit née sur les bords d'un fleuve rapide, comme son nom qui est grec, le signifie. Les poètes disent que peu satisfaite d'avoir été instruite dans tous les secrets de la nature, elle voulut se mêler de prédire l'avenir, et que les Dieux irrités de son audace, la changèrent en jument.
ODAZZI, (Jean) peintre et graveur, né à Rome en 1663, mort dans la même ville en 1731, à 68 ans, apprit d'abord à graver de Corneille Bloemaert. Il passa de cette école dans celles de Ciro-Ferri et du Bacici. Son mérite le fit recevoir de l'académie de Saint-Luc, et le pape lui donna l'ordre de Christ. Ce peintre étoit infatigable dans le travail, et peignoit avec une rapidité singulière. Son dessin est correct ; ses peintures à fresque sont sur-tout fort estimées. La plupart de ses ouvrages se voient à Rome ; il a principalement travaillé pour les églises : la Coupole du Dôme de *Velletri*, peinte de la main de ce maître, est un morceau qui le place au rang des artistes distingués. *Odazzi* se fit une fortune considérable par son travail ; mais il ruina sa santé, par une trop grande attention à la conserver.
**ODED** ou
**OBED**, Prophète, qui s'étant trouvé à Samarie dans le temps que *Phacée* roi d'Israël, revenoit dans cette ville avec deux cent mille prisonniers que les Israélites avoient faits dans le royaume de Juda, alla au-devant des victorieux, leur reprochant leur inhumanité et leur fûreur contre leurs frères que Dieu avoit livrés entre leurs mains. Les soldats se laissèrent toucher par les paroles du Prophète. La compassion et le désintéressement prirent tout-à-coup dans leurs cœurs la place de la cruauté et de l'avarice : ils rendirent la liberté aux captifs, et abandonnèrent le riche butin qu'ils avoient fait.
**ODENAT**, roi des Palmyréniens, naquit à Palmyre, suivant les uns d'une famille bourgeoise, et suivant d'autres, d'une famille de princes. Il s'étoit exercé dès son enfance, à combattre les lions, les léopards et les ours. Cet exercice anima son courage et devint un des fondemens de sa fortune. Après cette fameuse journée, où l'empereur *Valérien* fut pris et traité avec tant d'ignominie par *Sapor* roi de Perse, l'an 260, l'Orient consterné tûcha de fléchir chir cet insolent vainqueur. *Odenat* lui envoya des députés chargés de présens, avec une lettre, dans laquelle il lui protestoit qu'il n'avoit jamais pris les armes contre lui. *Sapor* indigné qu'un aussi petit prince eût osé lui écrire et ne fût pas lui-même venu lui rendre hommage, déchire sa lettre, fait jeter ses présens dans la rivière, et jure « qu'il ruinera bientôt tout son pays, et qu'il le fera périr lui et toute sa famille, s'il ne vient pas se jeter à ses pieds les mains liées derrière le dos. » *Odenat* indigné à son tour, prit le parti des Romains, et fit la guerre à *Sapor* avec tant de succès, qu'il lui enleva sa femme et ses trésors. Il ruina ensuite le parti de *Quietus* fils de *Auerien*, et demeura fidèle aux Romains. L'empereur *Gallien* crut ne pouvoir mieux récompenser ses services, qu'en l'associant à l'empire. En 264 il lui donna les titres de César et d'empereur, et celui d'Anguste à la reine *Zénobie* sa femme et à leurs enfans. *Odenat* fit mourir *Baliste* qui s'étoit révolté, prit la ville de Ctesiphon, et se préparoit à marcher contre les Goths qui ravageoient l'Asie, lorsqu'une conspiration formée dans sa propre maison, mit fin à tous ses projets. *Odenat* avoit eu d'une première femme un fils nommé *Hérodien*, auquel il témoignoit une prédilection marquée, et qu'il faisoit jouir de tous les droits d'ainesse sur ses frères nés de *Zénobie*. *Hérodien* étoit néanmoins peu digne de l'affection d'un père tel qu'*Odenat*. Ce jeune prince n'étoit connu que par son goût pour le luxe et la mollesse. Son père, qui auroit dû réprimer ce penchant, 140 ODE le favorisoit par une complaisance aveugle. Après ses premières victoires sur *Sapor*, il donna à son fils et les concubines du roi de Perse qu'il avoit fait prisonnières, et tout ce qu'il avoit amassé de richesses dans son expédition : or, étoffes précieuses, diamans et pierreries. *Zénobie* souffrit impatiemment la préférence que donnoit *Odenat* à son fils aîné sur les enfans qu'il avoit eus d'elle ; et il n'est pas hors de vraisemblance qu'elle joignit son ressentiment à celui de *Meonius*, neveu d'*Odenat* et aigri contre son oncle pour une cause assez légère dans son origine. Dans une partie de chasse, *Meonius*, par une vivacité peu mesurée, tira le premier sur la bête, et malgré la défense d'*Odenat*, répéta jusqu'à deux et trois fois ce manque de respect. *Odenat* irrite lui fit ôter son cheval ; ce qui étoit un grand affront parmi ces nations ; et *Meonius* s'étant emporté jusqu'à le menacer, s'attira enfin un traitement rigoureux et fut miz dans les chaînes. Il résolut de se venger ; mais pour y réussir, il dissimula sa colère. Il recourut humblement à *Hérodien*, et le pria de lui obtenir sa grace. Il ne se vit pas plutôt en liberté, qu'il trama une conspiration contre son oncle et contre son libérateur ; et profitant de l'occasion d'une fête que donnoit *Odenat* pour célébrer le jour de sa naissance, il l'attaqua au milieu de la joie du repas et de la bonne chère, et le tua avec son fils. Cette scène tragique se passa à Énièse, et est placée par *Tillemont* sous l'an de J. C. 267. *Zénobie* gouverna après lui, sous le titre de reine d'Orient.
ODESPUN DE LA MESCHINIÈRE, (Louis) prêtre de Chinon en Touraine, après avoir été employé par le Clergé de France, en recueillit les *Mémoires*, dont il donna deux vol. in-folio en 1646 ; mais d'autres collections, plus amples et mieux faites, ont éclipsé la sienne. Il fit paroître aussi, la même année, une collection des *Conciles de France*, tenus depuis celui de Trente, in-folio, qui sert de suite à ceux du P. *Sirmond*, en 3 vol. in-folio, et auxquels on joint les *Suppléments de la Lande*, 1666, in-fol. Nous ignorons le temps de sa mort.
ODET DE COLIGNI, *Voyez* II. COLIGNI.
ODETTE DE CHAMPDIVERS, *Voyez* CHAMPDIVERS.
ODIEUVRE, (Michel) né en Normandie, d'abord tailleur, puis maître peintre et marchand de tableaux et d'estampes à Paris, s'est rendu recommandable par une suite de six cents Portraits de personnes illustres, qui forment les six volumes in-4° de l'*Europe Illustre* de M. *Dreux du Radier* : *Odieuxre* les a fait graver à ses frais ; et sa collection est curieuse, non-seulement par les estampes, mais encore par les discours qui accompagnent chaque portrait. *Odieuxre* mourut en 1756 à Rouen, où il étoit allé pour son commerce.
ODILON, (Saint) 5° abbé de Cluni, fils de *Bérault le Grand*, seigneur de Mercœur, naquit en Auvergne l'an 962. Dès son enfance il fit des progrès dans les lettres et dans la vertu. Le désir de mener une vie plus parfaite, lui inspira la résolution de se retirer à Cluni. *St. Mayeul* jeta les yeux sur lui pour lui succéder : Odilon fut le seul qui désapprouva ce choix. La réputation que lui firent ses vertus, vint jusqu'à l'empereur St. Henri, qui l'appeloit souvent à sa cour pour jouir de ses pieux entretiens. L'impératrice Ste Adélaïde, les rois de France Hugues Capet, Robert et Henri, Rodolphe roi de Bourgogne, Sanche et Garcias rois de Navarre, Casimir roi de Pologne, eurent aussi pour Odilon une tendre affection et une confiance filiale. Ils lui écrivoient et lui envoient souvent des présens pour cultiver son amitié. Les faveurs des grands n'affoiblirent point sa modestie. Son humilité étoit si grande, qu'il refusa l'archevêché de Lyon et le Pallium dont Jean XIX voulut l'honorer. Ce saint abbé mourut à Sauvigni en Bourbonnois le 31 décembre 1048, à 87 ans, après avoir répandu son ordre en Italie, en Espagne et en Angleterre. Odilon étoit d'une taille médiocre, mais relevée par un air noble, plein d'autorité et de graces. La blancheur de ses cheveux donnoit une nouvelle majesté à son visage pâle et exténué par les jeûnes. Les larmes que sa piété douce et touchante lui faisoit verser, n'éteignirent point la vivacité de ses yeux. Sa vertu quoique austère, n'eut jamais rien de rebutant. Exact sans rigueur, complaisant sans affectation, enjoué même sans dissipation, insinuant sans artifice, il sut se rendre agréable à Dieu et aux hommes. Plus père que supérieur, il fit aimer la règle, et par-là il la fit observer. Son caractère dominant étant une bonté extrême, il fut appelé le Débonnaire. Son nom est immortel dans l'Église par l'institution de la Commémoration générale des Trépassés. Cette pratique passa des monastères de Cluni dans d'autres églises, et fut enfin adoptée par l'église universelle. On raconte diversement la révélation qu'on dit y avoir donné lieu. Dans le doute, il est plus prudent d'attribuer cette institution à la piété de l'illustre abbé de Cluni, qu'à des visions incertaines. On a de lui, dans le recueil intitulé, Bibliotheca Cluniacensis, 1614, in-folio : I. La Vie de St. Mayeul. II. Celle de Ste Adélaïde, impératrice. III. Des Sermons qui marquent une grande connoissance de l'Écriture-Sainte. IV. Des Lettres. V. Des Poésies... St. Odilon, dit le P. Longueval, s'est peint lui-même dans ses ouvrages. On y retrouve son esprit, son caractère, sa piété. Autant cet écrivain fut soigneux de cultiver lui-même les lettres, autant le fut-il de les favoriser et d'exciter les talens dans son ordre. Comme St. Odilon mourut, dit Baillet, un peu avant minuit d'entre 1048 et 1049, on a mis quelquefois sa fête au 31 décembre. On la place dans les Vies des Saints au 1er janvier, et on la célèbre le jour suivant dans l'ordre de Cluni. —Il ne faut pas le confondre avec ODILON, moine de Saint-Médard de Soissons, dont on a un Traité sur les translations des Reliques des Saints, dans les Acta Benedictinorum de Mabillon. Celui-ci vivoit à peu près dans le même temps que le premier.
ODIN, fut à la fois prêtre, conquérant, monarque, orateur et poète. Il parut dans le Nord, environ 70 ans avant J. C. Le théâtre de ses exploits fut principalement le Danemarck : il avoit la réputation de prédire l'avenir et de ressusciter les morts. Quand il eut fini ses expéditions glorieuses, il retourna en Suède, et se sentant près du tombeau, il ne voulut pas que la maladie tranchat le fil de ses jours, après avoir si souvent bravé la mort dans les combats. Il convoqua tous ses amis, les compagnons de ses exploits : il se fit, sous leurs yeux, avec la pointe d'une lance, neuf blessures en forme de cercle ; et au moment d'expirer, il déclara qu'il aïloit dans la Scythie prendre place parmi les Dieux, promettant d'accueillir un jour avec honneur dans le Paradis tous ceux qui s'exposeraient courageusement dans les batailles, ou qui mourroient les armes à la main. Toute la mythologie des Islands à Odin pour principe, comme le prouve l'Edda, traduit par M. Mallet, à la tête de son Histoire de Danemarck. Les rois qui aspiroient au respect des peuples dans une partie du Nord, se disaient tous fils d'Odin. C'est à lui qu'on attribue la poésie Erse, les caractères Runiques et la semence de la haine que les nations Septentrionales marquèrent contre les Romains. On le croit auteur d'un poème, intitulé : Huwanaal, c'est-à-dire Discours sublimé. Il est composé d'environ 120 strophes. C'est un recueil de principes moraux, parmi lesquels on peut citer ceux-ci : « Ne vous fiez ni à la glace d'un jour, ni à un serpent endormi, ni aux caresses de celle que vous devez épouser, ni à une épée rompue, ni au fils d'un homme puissant, ni à un champ nouvellement ensemencé. — Il n'y a point de maladie plus cruelle que de n'être pas content de son sort. — Si vous avez un ami, visitez-le souvent : le chemin de l'amitié se remplit d'herbes, les arbres le couvrent bientôt si l'on n'y passe sans cesse. — Soyez circonspect lorsque vous avez trop bu, lorsque vous êtes près de la femme d'autrui, et quand vous vous trouverez parmi des voleurs. — Ne riez point du vieillard : il sort souvent des paroles pleines de sens des rides de la peau. »
ODOACRE, roi des Hérules, fut élevé en Italie et garde de l'empereur. Sa naissance étoit si obscure, qu'on ne sait quel pays lui donna le jour. Après diverses aventures, il devint chef des Hérules. Une taille avantageuse, et beaucoup de hardiesse et de courage, lui firent un nom. L'empire Romain touchoit à sa ruine. Les Skhires, les Hérules, les Turcilages et plusieurs Barbares dont le nom seroit oublié aussitôt qu'il seroit lu, composoient la plus grande partie de la milice Romaine. Ces Barbares se soulevèrent tous à la fois, et prirent pour chef Odoacre. Ce général fut bientôt reconnu par une partie de l'empire las de la tyrannie d'Oreste et de son fils Augustule. Oreste, à cette nouvelle, se sauva à Pavie, ville forte; mais Odoacre, connoissant que son élévation dépendoit de la perte du tyran, l'y poursuivit, prit la ville, la pilla, la brûla, et fit mettre à mort son ennemi. Le vainqueur passa de la Rome, où il se fit proclamer roi d'Italie, et ensuite à Ravenne, où il trouva Augustule. Ce prince fut exilé dans la Campanie, après avoir été dépouillé des marques de la dignité impériale. Ce fut ainsi que périt l'empire d'Occident et que Rome fut forcée de se soumettre à un roi, dont le titre avoit été si odieux pendant tant de siècles. Cette étonnante révolution arriva l'an 476. La terre changeoit alors de face; l'Espagne étoit habitée par les Goths; les Anglo-Saxons passaient dans la Bretagne; les Francs s'établisaient dans les Gaules; les Allemands s'emparaient de la Germanie; les Ille-rules et les Lombards restaient maitres de l'Italie. La barbarie les accompagna par-tout. Les monumens de sculpture et d'architecture furent détruits; les chefs-d'œuvre de poésie et d'éloquence d'Athènes et de Rome furent négligés, les beaux-arts se perdirent, et la plupart des hommes plongés dans une grossière férocité, ne surent ni penser ni sentir. *Odoacre* maître de l'Italie, eut *Théodoric* à combattre. Il fut battu trois fois et assiégé dans Ravenne, en 490. Il n'obtint la paix qu'à condition qu'il partageroit l'autorité avec son vainqueur. *Théodoric* lui avoit promis avec serment de ne lui ôter ni la couronne ni la vie; mais peu de jours après, l'ayant invité dans un festin, il le tua de sa propre main, et fit périr tous ses officiers et tous ses parens, en 493. *Odoacre* étoit un prince plein de magnanimité et de douceur. Quoique Arien, il ne maltraita point les Catholiques. Il sut user modestement de sa fortune, et n'eut rien de barbare que le nom. S'il établit plusieurs impôts onéreux, il y fut forcé par la nécessité de récompenser ceux à qui il devoit le sceptre.
ODOARD, *Voy. III. ODON.* I. ODON, (Saint) né dans le Maine en 879, fut chanoine de Saint-Martin de Tours en 899, moine à Baume en Franche-Comté en 909, et second abbé de Cluni en 927. Sa sainteté et ses lumières répandirent beaucoup d'éclat sur cet ordre. Le saint abbé étoit l'arbitre des princes séculiers et des princes de l'Église. Son zèle pour la discipline monastique, le fit appeler dans les monastères d'Aurillac en Auvergne, de Sarlat en Périgord, de Tulles en Limousin, de Saint-Pierre-le-Vif à Sens, de Saint-Julien à Tours, et dans plusieurs autres, qu'il soumit à une exacte réforme. Appelé ensuite en Italie, il y donna le spectacle de ses vertus, et y forma plusieurs communautés nombreuses. Ce saint abbé mourut le 18 novembre 942, à 64 ans, auprès du tombeau de *St. Martin*. Le monastère de Cluni reçut, sous son administration, des donations si considérables, qu'il en reste 188 chartres. On a de lui: I. Un *Abrégé des Morales de St. Grégoire* sur *Job*. II. Des *Hymnes* en l'honneur de *St. Martin*. III. Trois livres du *Sacerdoce*. IV. La *Vie de St. Gerard*, comte d'Aurillac. V. Divers *Sermons*, etc. La *Bibliothèque de Cluni*, collection publiée par Dom *Marrier*, 1614, Paris, in-folio, renferme les différens ouvrages de *St. Odon*. On trouve dans le même recueil la *Vie* du pieux abbé, écrite par un de ses disciples appelé *Jean*.
II. ODON, fils d'*Herluin de Conteville*, fut nommé l'an 1049 à l'évêché de Baïeux, par *Guillaume le Bâtard*, duc de Normandie. Il n'étoit âgé que d'en- viron 14 ans; mais les bonnes qualités qu'on voyait éclore en lui, et l'autorité du duc son frère utérin qui l'avoit nommé, firent passer par-dessus les règles prescrites par les canons. L'an 1066, Guillaume ayant résolu de conquérir par les armes le royaume d'Angleterre, dont Harald s'étoit emparé à son préjudice, l'évêque de Baïeux fit équiper à ses frais cent vaisseaux, et voulut l'accompagner dans cette périlleuse entreprise. Le conquérant le fit son lieutenant pour gouverner ce royaume en son absence. Ebloui de l'éclat de ce poste important, Odon se livra à une prodigalité et à des dépenses inouies; et, pour fournir au luxe de sa table et de ses équipages, il accabla les peuples d'impôts excessifs, qui les firent révolter. Au lieu d'adoucir la colère du roi en leur faveur, il lui conseilla de les dépouiller de leurs terres, qui furent partagées aux Normands, et il eut pour sa part jusqu'à deux cent cinquante-trois fiefs dans différens cantons, outre le château de Douvres et le comté de Kent, dont il avoit déjà été gratifié. Ces grands biens lui firent naître l'idée, à l'occasion de quelques fausses prédictions, de se faire pape. Il amassa par toutes sortes d'extorsions, des sommes immenses en Angleterre, et il se fit acheter et meubler un palais à Rome; mais au moment où il se disposoit à partir avec des troupes qu'il avoit gagnées, il fut arrêté par ordre du roi, indigné de ses concussions, et fut conduit à Rouen, où il resta enfermé jusqu'à la mort de ce prince. Sa prison ne fut pas capable de le rappeler à lui-même. Après avoir semé la division entre les princes ses neveux, il se mit à la tête d'un gros parti pour arracher le sceptre à Guillaume le Roux, en faveur de son frère Robert; mais il ne réussit qu'à perdre tous les biens qu'il avoit en Angleterre, et à être renvoyé avec mépris en Normandie. Le duc Robert, pour lequel il avoit tout sacrifié, le prit pour son principal ministre. Il ne pouvoit faire un plus mauvais choix. Ce prélat ambitieux remplit l'état de troubles par ses cabales, et manqua de le bouleverser; mais il n'est pas vrai, comme l'ont avancé quelques historiens, qu'il se soit oublié au point de donner la bénédiction nuptiale à Philippe roi de France, et à Bertrade, que ce prince avoit enlevée à son mari Foulques comte d'Anjou. Enfin déchiré par les remords, haï et méprisé, Odon s'enrola dans la première Croisade, et étant parti l'an 1096 avec le duc Robert pour la Terre sainte, il mourut en chemin l'année suivante à Palerme en Sicile.
III. ODON ou ODOARD, évêque de Cambrai, né à Orléans, mourut en 1113. On a de lui, une Explication du Canon de la Messe, Paris, 1640, in-4°; et d'autres Traités imprimés dans la Bibliothèque des Pères. Sa vie fut remplie par le travail et les bonnes œuvres.
CEBALUS, fils de Cynortas, roi de Sparte. Voy. GORGOPHONE.
CEBARE, écuyer de Darius, procura la couronne de Perse à son maître, après la mort de Smerdis, en lui enseignant le moyen de faire hennir son cheval avant ceux de ses compétiteurs. Voyez II. DARIUS.
CEBOAS, ŒBOAS, héros Grec, remporta le prix de la course aux Jeux Olympiques dans la septième Olympiade. Les Achéens lui érigèrent une statue, que les vainqueurs aux jeux couronnoient après leur victoire. ŒCOLAMPADE, (Jean) maquit au village de Reinsperg dans la Franconie, en 1482. Il apprit assez bien le grec et l'hébreu, et acquit diverses connoissances. L'amour de la retraite et de l'étude l'engagea à se faire religieux de Sainte-Brigite dans le monastère de Saint-Laurent près d'Augsbourg; mais il ne persévéra pas long-temps dans sa vocation. Il quitta son cloître pour se rendre à Basle, où il fut fait curé. La prétendue réforme commençait à éclater; Œcolampade en adopta les principes, et préféra le sentiment de Zuingle à celui de Luther sur l'Eucharistie. Il publia un traité intitulé : De l'exposition naturelle de ces paroles du Seigneur, CECI EST MON CORPS, c'est-à-dire selon lui, le Signe, la Figure, le Type, le Symbole. Les Luthériens lui répondirent par un livre intitulé : Syngramma, c'est-à-dire, Écrit commun, composé à ce qu'on croit, par Brentius. Œcolampade en publia un second, intitulé : Anti-Syngramma, qui fut suivi de divers Traités contre le Libre-Arbitre, l'Invocation des Saints, etc. A l'exemple de Luther, Œcolampade se maria, quoique prêtre, à une jeune fille dont la beauté l'avoit touché. Voici comment Erasme le raille sur ce mariage. Œcolampade, dit-il, vient d'épouser une assez belle fille : apparemment que c'est ainsi qu'il Œ D I 145 veut mortifier sa chair. On a beau dire que le Luthéranisme est une chose tragique; pour moi, je suis persuadé que rien n'est plus comique : car le dénouement de la pièce est toujours quelque mariage, et tout finit en se mariant, comme dans les Comédies... Erasme avoit beaucoup aimé Œcolampade, avant qu'il eût embrassé la Réforme. Il se plaignit que, depuis que cet ami étoit entré dans un parti, il ne le connoissoit plus; et qu'au lieu de la candeur dont il faisoit profession tant qu'il agissoit par lui-même, il n'y trouvoit plus que dissimulation et artifice. Œcolampade eut beaucoup de part à la réforme de Suisse; il mourut à Basle, le 1er décembre 1531, à 49 ans. On lit entre autres choses sur son Épitaphe dans le temple de cette ville : Auctor Evangelicae Doctrinae, in hac Urbe primus et Templi hujus verus Episcopus. Expressions bien dignes de l'orgueilleux réformateur, mais bien au-dessous de la simplicité évangélique. On a de lui, des Commentaires sur plusieurs livres de la Bible, in-folio; et d'autres ouvrages qui passèrent dans leur temps pour être écrits avec force. ŒCUMÉNIUS, auteur Grec du 10e siècle. On a de lui, des Commentaires sur les Actes des Apôtres, sur l'Épître de St. Jacques, etc... et d'autres ouvrages, recueillis avec ceux d'Arétas, par Frédéric Morel, à Paris, 1630, en 2 vol. in-folio, grec-latin. Il ne fait presque qu'abréger St. Chrysostôme, et il le fait avec assez peu de choix. ŒDIPE, (Myth.) roi de Thèbes, fils de Laïus et de Jocaste. L'Oracle avoit prédit à Laïus que 146 ŒDI son fils le tueroit, et épouseroit sa mère. Pour éviter de tels crimes, *Laius* donna *Œdipe*, aussitôt après sa naissance, à un de ses officiers, pour le faire mourir; mais cet officier ému de compassion, l'attacha par les talons à un arbre. Un berger passant par-là prit l'enfant et le porta à *Polybe* roi de Corinthe, qui l'éleva comme son fils. L'Oracle ayant menacé *Œdipe* des malheurs dont *Laius* avoit déjà été averti, il s'exilait de Corinthe, croyant que c'étoit sa patrie. Il rencontra un jour *Laius* dans la Phocide, sans le connoître, eut querelle avec lui et le tua. De là il alla à Thèbes, et y expliqua l'énigme du *Sphinx*. Il falloit répondre à cette question : *Quel est l'animal qui marche à quatre pieds le matin, qui ne se sert que de deux sur le midi, et qui marche à trois vers le soir ? Œdipe répondit, que l'animal dont il s'agissoit étoit l'HOMME, qui dans son enfance se traïnoit sur les mains et sur les pieds; dans la force de son âge, il n'avoit besoin que de ses deux jambes; mais dans la vieillesse, il se servoit de bâton comme d'une troisième jambe pour se soutenir. Le Sphinx, outré de dépit de ce qu'on avoit deviné cette énigme, se brisa la tête contre un rocher; c'est ainsi que Thèbes en fut délivrée. Jocaste la reine devoit être le prix de celui qui vaincroit ce monstre; et il épousa ainsi sa propre mère. Les Dieux, irrités de cet inceste, frappèrent les Thébains d'une peste, qui ne cessa que quand le berger qui avoit sauvé *Œdipe*, vint à Thèbes, le reconnut, et lui fit découvrir sa naissance. Œdipe, après ce terrible examen, se serva* les yeux de désespoir, et s'exilait de sa patrie. *Ethéocle* et *Polynice* si célèbres chez les Grecs, étoient nés du mariage incestueux d'*Œdipe* et de *Jocaste*, aussi bien qu'*Antigone* et *Ismène*. L'abbé *Gedoyn* dit qu'*Œdipe* n'eut point d'enfants de *Jocaste*; mais qu'il avoit eu ces quatre-là d'*Euryganée* fille de *Périphas*. Les malheurs d'*Œdipe* ont fourni un sujet de Tragédie à plusieurs de nos Poètes. Celle de *Voltaire* est la meilleure, quoique défectueuse à plusieurs égards. ŒILLETS, (N. des) première actrice tragique de son temps, fut attachée à la troupe de l'Hôtel de Bourgogne; et mourut en 1670 à l'âge de 49 ans. I. OELHAF, (Nicolas-Jérôme) théologien de Nuremberg, étudia dans plusieurs universités d'Allemagne; et dans celles de Strasbourg et d'Utrecht. Il devint dans sa 38$^{e}$ année pasteur à Laussen, où il mourut en 1675. Il a écrit sur le *Droit naturel* et sur la *Prédestination*. Il a fait aussi une *Réfutation* du *Traité de l'état des Ames après la mort*, etc. Ses ouvrages sont restés dans son pays.
II. OELHAF, (Tobie) jurisconsulte, né aussi à Nuremberg, fut vice-chancelier de l'académie d'Altorf, où il mourut en 1666, âgé de soixante-cinq ans. On a de lui des écrits sur les *Monnoies*, sur les *formes* et les *espèces des Républiques*; sur les *Donations*, les *Magistrats*, les *Principes de Droit*, les *Appellations*, où il a semé beaucoup d'érudition.
III. OELHAF, (Nicolas) médecin, a écrit en latin sur les Plantes des environs de Dantzig, 1643 ou 1646, in-4.º Il y a eu d'autres savans du même nom ; mais ils sont peu connus en France. I. CENOMAUS, fils de Mars, étoit roi d'Élie et de Pise. Ayant appris de l'oracle que son gendre le feroit mourir, il ne voulut accorder sa fille Hippodamie à aucun de ceux qui la demandoient, qu'à condition qu'ils remporte- roient sur lui la victoire à la course des chars ; et que s'ils étoient vaincus, ils péritoient de sa main. Déjà, treize jeunes gens avoient eu le malheur de suc- comber, lorsque Pélops fils de Tantale, se mit sur les rangs. Mais avant que d'entrer en lice, il eut soin de corrompre Myrtile écuyer du Roi, qui mit au char de son maître un essieu si foible, qu'ayant cassé au milieu de la carrière, Cenomaus fut ren- versé et brisé de sa chute. Se voyant près de mourir, il con- jura Pélops de le venger de la perfidie de son écuyer. En effet, ce jeune prince, au lieu de don- ner à Myrtile la récompense qu'il lui avoit promise, et qu'il deman- doit avec hauteur, le précipita dans la mer.
II. CENOMAUS, philosophe et orateur Grec du 2e siècle. Piqué d'avoir été trompé plu- sieurs fois par l'Oracle de Del- phes, il fit un Recueil des Men- songes de ce lieu fameux. Eusèbe nous a conservé, dans sa Pré- paration Evangélique, une partie considérable de ce Traité, où ces prétendus Oracles sont ré- futés avec beaucoup d'esprit et de solidité.
CENONE, (Mythol.) une des Nymphes du Mont-lda, se livra à Apollon, qui lui donna une parfaite connoissance de l'avenir et de la médecine. Elle épousa Paris, qui l'abandonna bientôt, et à qui elle prédit qu'il seroit la cause de la ruine de Troye. Lorsque ce prince fut blessé par Philoctète, il alla la trouver sur le Mont Ida ; mais elle le reçut mal. Blessé une seconde fois par Pyrrhus, il y retourna et en fut traité comme la première. Ce- pendant elle le suivit de loin, dans le dessein de le guérir ; mais il mourut de sa blessure avant qu'elle arrivât : elle se pendit de désespoir avec sa ceinture, ou suivant d'autres, se jeta dans le bûcher de Paris : elle en avoit un fils nommé Corinthus.
CENOPEUS ou CENOPLON, roi de l'Isle de Chio, fit crever les yeux à Orion qui avoit séduit sa fille.
CENOTRUS, un des fils de Lycaon, donna son nom à une contrée d'Italie où il vint s'é- tablir. Quelques-uns rapportent le nom d'Œnotrie qui fut donné à cette contrée, à un ancien roi des Sabins, nommé aussi Cénotrus.
CÉONUS, fils de Lycimnius, frère d'Alcmène, ayant été tué par les fils d'Hippocoon, Her- cule vengea sa mort sur le père et sur les enfans.
OFFA, roi des Merciens en Angleterre, succéda à Ethelbald son oncle, l'an 757 de J. C. Il assassina lâchement Ethelbert roi des Anglois orientaux, qu'il avoit attiré chez lui, sous pré- texte de lui faire épouser sa fille. Il eut ensuite des différends avec Charlemagne ; mais Alcuin, moine savant et politique, les réconcilia. *Offa* fit faire un large fossé pour la défense d'une partie de ses états; et après diverses conquêtes, il retourna à Dieu par une sincère pénitence: enfin, il remit le trône à *Egfrid* son fils. Il mourut peu de temps après, l'an 796, illustré par son courage et ses conquêtes, et haï pour sa cruauté et son ambition. Ce prince, dans un voyage qu'il fit à Rome, augmenta le tribut établi par *Ina* pour l'entretien du collège Anglois; mais il fut depuis aboli par *Henri VIII*, lorsqu'il se sépara de la communion de Rome.
OG, étoit roi de Basan, ou de cette partie de la *Terre-promise* qui étoit au-delà du Jourdain, entre ce fleuve et les montagnes de Galaad. Les Israélites voulant entrer dans la *Terre-promise*, *Og* pour s'y opposer, vint au-devant d'eux avec tous ses sujets jusqu'à Edrai. *Moyse* l'ayant attaqué par l'ordre de Dieu, le vainquit et le tua, passa au fil de l'épée tous ses enfans et tout son peuple, sans qu'il en restât un seul. Les Israélites se mirent en possession de son pays, ruinèrent soixante villes fortes, et en exterminèrent tous les habitans. *Og* étoit seul resté de la race de *Raphaïm*. On peut juger de la taille de ce Géant, par la grandeur de son lit, qu'on a conservé long-temps dans la ville de Rabbath, capitale des Ammonites. Il étoit de neuf coudées de long et de quatre de large, c'est-à-dire de quinze pieds quatre pouces et demi de long sur cinq pieds dix pouces de large.
OGER le *Danois*, appelé aussi *Onger* et *Aurcaine*, est célèbre dans les anciens Romans. Il rendit de grands services à *Charlemagne*, et fut aussi aimé qu'estimé par ce prince et par sa cour. Le Ciel lui ayant ouvert les yeux sur les prestiges du monde, il se fit religieux dans l'abbaye de *Saint-Faron* de Meaux, où il attira un de ses amis nommé *Benoit*. Ils moururent tous deux au XI$^{e}$ siècle, avec de grands sentimens de piété.
OGER, *Voyez Auger et Cavoye*.
OGGIATI, (Antoine) savant bibliothécaire de l'Ambroisième à Milan, y recueillit plus de dix mille manuscrits, parmi lesquels *Montfaucon* dit qu'on en voit un du 6$^{e}$ siècle, en papier d'Égypte, qui contient, suivant lui, quelques livres des *Antiquités Judaïques* de *Josèphe*. I. OGIER, (Charles) naquit à Paris en 1595, d'un procureur au parlement. Dégoûté de la profession d'avocat qu'il avoit d'abord embrassée, il suivit le comte d'*Avaux*, ambassadeur en Suède, en Danemarck et en Pologne. De retour en France il s'appliqua à différens ouvrages, et mourut à Paris le 11 août 1654, à 59 ans. On a de lui, une Relation de ses voyages sous ce titre: *Iter Danicum*, *Succicum*, *Polonicum*, in-8$^{o}$, à Paris, 1636. Quoique cette Relation soit minutieuse, elle offre bien des choses intéressantes sur les pays qu'il avoit parcourus, sur leurs usages, leurs mœurs, et les hommes célèbres qu'il avoit visités.
II. OGIER, (François) frère du précédent, embrassa l'état ecclésiastique, et suivit le comte d'*Avaux* lorsqu'il alla signer la paix en 1648. L'abbé Ogier s'étoit signalé dans la querelle de Balzac avec le P. Goulu. Il publia l'Apologie du premier, ou plutôt son panégyrique. On vit alors ce qu'on voit presque toujours dans les écrits polémiques, l'exagération des deux côtés. L'agresseur de Balzac en avoit fait un pygmée, et son apologiste en fit un géant. La louange parut si prodiguée dans cette Apologie, qu'on soupçonna Balzac d'avoir été assez vain pour la composer, et d'être lui-même le sacrificateur et l'idole. On crut y reconnoître sa manière : on prétend même qu'il ne s'en cachoit pas, et qu'il disoit hautement : Je suis le père de cet ouvrage ; Ogier n'en est que le parrain. Il a fourni la soie, et moi le canevas. L'abbé Ogier, fâché qu'on lui enlevât la gloire de son ouvrage, rompit avec Balzac. La chaire l'occupa autant que le cabinet, et il y parut avec éclat. Cet écrivain mourut à Paris, le 28 juin 1670, dans un âge assez avancé. On a de lui : I. Jugement et Censure de la Doctrine curieuse de François Garasse, Jésuite, 1623, in-8. Cette critique fut bien accueillie. II. Actions publiques, en 2 vol. in-4° : ce sont de médiocres Sermons applaudis dans le temps. III. Des Poésies, répandues dans différens recueils. Le temps a beaucoup affoibli le mérite de ses ouvrages. Ses Sermons ne le placeroient aujourd'hui qu'au troisième rang.
OGIER, (Jean) Voy. GOMBAULD.
OGILBI, (Jean) en latin Ogilvius, auteur Écossois, né à Édimbourg ou aux environs en 1600, commença par être maître de danse; mais s'étant appliqué au grec et au latin, et y ayant fait des progrès rapides, il se consacra à la géographie et à la littérature, tant sacrée que profane. Ses principaux ouvrages sont : I. Biblia Regia Anglica, Cambridge, 1660, grand in-fol. Cette édition magnifique est ornée de très-belles gravures en taille-douce, et accompagnée du livre des Prières et des Offices anglois. Les curieux la recherchent beaucoup pour sa beauté et sa rareté. II. Une Traduction de Virgile, avec des notes et de belles planches qui la rendent chère; Londres, 1658, in-fol. III. Un Atlas, qui lui mérita le titre de cosmographe du roi d'Angleterre. IV. Plusieurs Versions en anglois d'Auteurs anciens; entr'autres des Fables d'Esope, envers, en 1673, 2 vol. in-8. Sa maison fut brûlée dans l'incendie de Londres, en 1666. Il la fit rebâtir et répara tout par son économique industrie. Il mourut en 1676, avec le titre d'imprimeur-géographe du roi.
OGIVE, reine de France, célèbre par son courage, sa beauté et son génie, étoit fille d'Edouard I roi d'Angleterre. Elle épousa Charles le Simple, dont elle eut en 920. Louis surnommé d'Outremer. Lorsque son époux eût été fait prisonnier par le comte de Vermandois, qui le retint en captivité pendant sept ans, Ogive chercha une retraite à la cour d'Adelstan son frère, et y éleva avec sagesse son fils, qui revint ensuite en France pour y remonter sur le trône de ses aïeux. Le président Hénault a fait l'Éloge de cette Reine.
OGNA SANCHA, comtesse de Castille, vivoit vers l'an 990. 150 O G Y Étant veuve, elle devint passionnément amoureuse d'un prince Maure. Pour l'épouser, elle forma le dessein d'empoisonner son fils *Sanche Garcias* comte de Castille, qui pouvoit s'y opposer. *Garcias* en fut averti. Il étoit à table, lorsqu'on lui présenta du vin empoisonné par l'ordre de cette princesse. Il dissimula ce qu'il savoit, et par civilité la pria de boire la première. *Ogna* voyant son crime découvert, et désespérant d'en obtenir le pardon, but le vin qui étoit dans la coupe, et mourut peu de temps après. On dit que de là vient la coutume de Castille, de faire boire les femmes les premières : ce qui s'observe encore aujourd'hui en divers endroits d'Espagne.
OGYGÈS, fils de *Neptune* et d'*Alistna*, régna dans la Grèce, où il fonda plusieurs villes. De son temps un déluge affreux submergea toute l'Attique et toute l'Achaie. On en place l'époque communément à l'an 248 avant le déluge de *Deucalion*.
OIHENART, (Arnauld) avocat au parlement de Navarre au 17$^{e}$ siècle, étoit natif de Mauléon. On a de lui : *Notitia utriusque Vasconia*, Paris, 1638 ou 1656, in-4$^{o}$; c'est la même édition de ce livre fort savant, et qui n'eut pas autant de succès qu'il méritoit.
OISEAU, *Voyez* LOYSEAU.
OISEL, (Jacques) né à Dantzig, en 1631, d'une famille originaire de France, mort le 20 juin 1686 à 55 ans, devint professeur de droit public et de droit des gens, dans l'université de Groningue. Il lia une étroite amitié avec *Puffendorff*, rassembla bla une belle bibliothèque, et entretint un commerce de littérature et d'amitié avec plusieurs savans. On a de lui quelques ouvrages qui marquent beaucoup d'érudition : I. Des *Corrections* et des *Notes* sur divers Auteurs. II. Un Traité intitulé : *Thesaurus selectorum Numismatum antiquorum ære expressorum*, à Amsterdam, 1677, in-4$^{o}$; curieux, instructif et peu commun. III. *Catalogue* de sa bibliothèque, imprimé en 1686.
II. OISEL, (Antoine I') *Voy*. LOISEL.
OKOLSKI, (Simon) Jacobin Polonois du 17$^{e}$ siècle, est auteur d'une Histoire de sa nation, sous ce titre : *Orbis Polonus*, à Cracovie, 1641, in-fol., 3 vol. Cet ouvrage est rare; mais l'auteur y montre la partialité ordinaire à ceux qui ont écrit l'histoire de leur patrie. Il est d'ailleurs plein de savantes recherches sur l'origine des Sarmates, et sur celle des plus anciennes familles Polonoises, qui enlevèrent presque toute l'édition. *Okolski* devint provincial de son ordre en Pologne, l'an 1649.
OKSZI, (Stanislas) *Orichovus*, gentilhomme Polonois, né dans le diocèse de Prémislaw, étudia à Wirtemberg sous *Luther* et sous *Mélanchthon*, puis à Venise sous *Egnace*. De retour dans sa patrie, il entra dans le clergé et devint chanoine de Prémislaw. Son éloquence et sa fermeté le firent surnommer le *Démosthènes Polonois*. Mais son attachement aux erreurs de *Luther*, cansa de grands maux au clergé. Il fut excommunié par son évêque, et il n'en devint que plus furieux. En- fin il rentra dans l'Église Catholique au synode tenu à Varsovie en 1561, et fit imprimer sa *Profession de Foi*. Depuis ce temps-là il s'éleva avec zèle contre les Protestans, et publia un grand nombre de livres de controverse. Ceux qu'il fit pour obtenir aux *Prêtres la liberté de se marier*, sont curieux et recherchés: on les imprima avec d'autres *Opuscules*, en 1563, in-8. On lui doit aussi, les *Annales du règne de Sigismond-Auguste*, in-12, en latin.
OLAGARRAY, (Pierre) ministre Protestant, a publié: *Histoire de Foix, Béarn, et Navarre, 1609*, in-fol. C'est l'une des meilleures histoires de province que nous ayons. *Marcu* la cite avec éloge.
OLAHUS, (Nicolas) né à Hermanstadt en 1493, d'une famille qui descendoit des princes de la Moldavie, après avoir rempli différens emplois comme ecclésiastique et comme négociateur, il fut nommé par *Ferdinand* frère de *Charles-Quint* et roi de Hongrie, évêque de Zagreb et chancelier du royaume de Hongrie, et placé ensuite sur le siège d'Agrie en 1548. Il répara les maux que l'hérésie avoit faits dans ce vaste diocèse. Pendant le fameux siège de cette ville, en 1552, il anima les généraux et les soldats à la défendre courageusement contre l'ennemi du nom Chrétien. Ses libéralités et ses discours ne contribuèrent pas peu à faire lever le siège de cette ville. *Ferdinand* le nomma ensuite à l'archevêché de Strigonie, en 1553; il occupa ce siège pendant 15 ans, et s'appliqua sans relâche à faire fleurir dans son dio- O L A 151 décès la religion et les bonnes mœurs. Il tint deux couches nationaux à Tyrnau, dont les actes ont été imprimés à Vienne en 1560, in-4. C'est par sa munificence et celle de l'empereur que se forma le collège des Jésuites à Tyrnau, le premier qui fut établi en Hongrie; il fonda encore dans la même ville un séminaire pour les jeunes clercs. En 1562, il fut fait palatin du royaume; et après avoir couronné *Maximilien* en qualité de roi de Hongrie, il mourut à Tyrnau l'an 1568. On a de ce savant et pieux prélat: I. Une *Chronique de son temps*. II. Une *Histoire d'Attila*, Presbourg, 1538. III. Une *Description de la Hongrie*, Presbourg, 1735. On trouve sa *Vie* très-détaillée dans l'Histoire des Palatins de Hongrie, par le P. *Muska*, Jésuite, Tyrnau, 1752, in-fol.
OLAVIDÉS, (N.comte d') né dans l'Amérique Espagnole, vint perfectionner son éducation à Madrid, où ses talens, son esprit naturel et l'envie d'être connu, le portèrent bientôt à d'importantes places. Nommé secrétaire du comte d'Aranda, il le suivit dans son ambassade en France. Il y perdit son maintien austère au milieu d'une nation enjouée, et finit par en adopter plusieurs usages et aimer son caractère. De retour en Espagne, *Charles III* le créa comte et le nomma intendant de Séville. Là, il conçut plusieurs projets grands et utiles, et sur-tout celui de défricher la *Sierra Morena* ou *Montagne Noire*. Cette montagne, aride dans ses sommités, pleine de marais dans ses vallons, impraticable dans tous les temps, 152 OLA a 27 lieues d'étendue sur une largeur qui varie de 4 à 5. Pour rendre à l'agriculture et au commerce cette vaste contrée, *Olavides* y appela des colonies de toutes les nations, et sur-tout beaucoup d'Allemands. Une protection sûre de la part de l'autorité les eut bientôt attachés au sol et à leurs travaux. Des hôtelleries abondamment fournies de tout ce que les passans peuvent demander, s'élevèrent dans des lieux jusqu'alors déserts; et ce canton est encore celui de l'Espagne où le voyageur se trouve le mieux. Des villes s'élevèrent sous les ordres de l'intendant qui voulut y établir des manufactures de Lyon, et y appela des fabricants et des dessinateurs de cette ville. Des imputations graves et peut-être exagérées vinrent interrompre ces succès, et l'homme qui avoit contribué à la gloire et à la splendeur de son pays par d'heureuses institutions, fut jeté dans un cachot et emprisonné pendant trois ans. Cependant les services qu'il avoit rendus à l'Espagne étoient trop éclatans pour pouvoir les oublier; ils servirent du moins à favoriser son évasion, et il s'échappa de sa prison pour se retirer à Venise. Il est mort depuis quelques années, à l'âge d'environ 65 ans. On lui attribue un ouvrage espagnol, intitulé: *El Evangelio en triunfo, Triomphe de l'Evangile*, 4 vol. in-4.º Cet écrit, destiné à consacrer le retour à Dieu d'un homme livré aux illusions du monde et des sens, a pour objet de défendre les vérités et les bienfaits de la religion contre les sophismes de l'incrédulité, les sarcasmes de l'impiété et la séduction des passions. Il est plein d'onc- tion et de force, et l'espace de deux années en a vu paroître huit éditions consécutives, dans un pays où peu de livres nouveaux prennent cet essor. Les éditeurs de ce Dictionnaire en préparent une traduction françoise qui doit paroître incessamment en 4 vol. in-8.º
OLAUS MAGNUS, *Voyez MAGNUS*, n.º II.
OLAUS RUDBECK, *Voyez RUDBECK*.
OLDECORN, Jésuite plus connu en Angleterre sous le nom de *Hall*, étoit né en 1561. Après avoir fait ses études à Rheims et à Rome, il entra dans la Société de Jésus. Ses supérieurs l'envoyèrent en 1588 en Angleterre, en qualité de missionnaire. Il en remplissoit les fonctions depuis dix-sept ans, lorsque la conjuration des poudres éclata. *Jacques Ier* ayant trompé les Catholiques dans les espérances qu'il leur avoit fait concevoir, quelques furieux conçurent l'horrible dessein de se venger, par un seul coup, du roi et de leurs principaux ennemis. *Catesby*, gentilhomme de la province de Northampton, imagina de faire sauter la grand-chambre du parlement, lorsque *Jacques* y seroit avec les princes et les différentes chambres. Ce scélérat s'étant associé une vingtaine de conjurés, leur fit promettre le secret par les plus horribles sermens. Pour calmer leur conscience agitée, il consulta *Oldcorn*, qui décida, dit-on, qu'on pouvoit pour défendre la cause des Catholiques contre les Hérétiques, envelopper dans la ruine des coupables quelques innocens. Mais nous ne voyons point, dit l'abbé *Millot*, de preuve certaine d'un fait si atroce. Quoi qu'il en soit, les conjurés louèrent une maison qui avoit une cave placée directement sous la chambre des assemblées. Trente-six barils de poudre, transportés secrètement dans cette cave, préparoient la plus horrible tragédie, lorsqu'un des conjurés découvrit le secret par son imprudence. *Oldecorn* accusé d'avoir été l'approbateur de cet affreux complot, fut condamné à être pendu. Cette sentence fut exécutée à Worcester, le 17 avril 1606. *Garnet* son confrère, périt par le même supplice. Le P. *Jouvenci* qui les regarde comme des martyrs, prétend que non-seulement ces deux Jésuites n'eurent aucune part à la conjuration; mais qu'ils tâchèrent de détourner les conjurés de leur affreux dessein.
OLDENBURG, (Henri) habile gentilhomme Allemand, natif du duché de Brême, étoit consul à Londres, pour la ville de Brême, dans le temps du long parlement de *Cromwell*. Il étudia dans l'université d'Oxford en 1656, et fut ensuite précepteur du lord *Guillaume Cavendish*. Lorsque la Société royale de Londres fut établie, il en fut secrétaire et associé. Son goût pour les hautes sciences l'unit d'une étroite amitié avec *Robert Boyle*, dont il traduisit en latin plusieurs ouvrages; et cette amitié fut constante. Enfin il mourut à Charlton, dans la province de Kent, en 1678. C'est lui qui a publié les *Transactions Philosophiques* des 4 premières années, en quatre tomes: savoir, depuis le n.º 1er, 1664, jusqu'au n.º cxxxvi, 1667.
OLDENBURGER, (Philippe-André) enseigna le droit et l'histoire à Genève avec réputation. On a de lui, un très-grand nombre d'ouvrages, dont plusieurs sont: I. *Thesaurus Rerum publicarum totius Orbis*, en 4 vol. in-8°: livre qui, quoique imparfait, est utile et curieux pour la connoissance des nouvelles monarchies et de leurs intérêts. II. *Limnaeus enucleatus*, in-folio, estimé et nécessaire pour l'étude du droit public de l'empire. III. *Notitia Imperii*, sive *Discursus ad instrumenta Pacis Osnabrugo - Monasteriensis*, in-4°, sous le nom de *Philippe-André Burgoldensis*. IV. Un Traité des moyens de procurer un état tranquille aux Républiques, sous ce titre: *Tractatus de Rebuspublicis turbidis in tranquillum statum reducendis*. Tous ces ouvrages furent goûtés de ceux qui aiment l'érudition recherchée. Ce savant mourut à Genève en 1678, emportant les regrets de tous ceux qui l'avoient connu. Comme il prit différens noms en publiant ses ouvrages, les uns l'ont soupçonné de vouloir se faire encenser sous le masque; d'autres ont pensé qu'il avoit voulu éviter par-là les tracasseries du métier d'auteur.
OLDENDORP, (Jean) religionnaire, natif de Hambourg, enseigna le droit à Cologne, puis à Marburg, où il mourut l'an 1561. Il étoit neveu du célèbre *Albert Krantz*. On a de lui, divers écrits de jurisprudence, peu connus.
OLDFIELD, (Anne) célèbre comédienne Angloise, née en 1683, morte à Londres en 1730, fut enterrée à l'abbaye de Westminster, avec 154 OLD les grands hommes de sa nation. Elle méritoit du moins d'être avec les poètes les plus renommés, puisqu'elle avoit donné sur la scène un nouvel éclat à leurs ouvrages. Son génie vif et facile saisissoit l'esprit de tous les rôles. Dans le tragique, sa beauté, sa figure noble et son port majestueux étoient tempérés par une voix touchante et par une sensibilité tendre. Dans le comique, son enjouement plein de graces et ses attraits piquans charmoient tous les spectateurs; hors du théâtre, elle se faisoit aimer par des manières honnêtes et un cœur généreux.
OLDHAM, (Jean) né à Shipton près de Thedbury, en 1653, étoit fils d'un ministre non-Conformiste, qui l'éleva avec soin et l'envoya étudier à Oxford. Il y devint bon humaniste, et s'appliqua avec ardeur à la poésie et aux belles-lettres. Après avoir présidé à l'éducation de plusieurs jeunes seigneurs, il alla jouir du fruit de ses travaux à Londres. Il y partagea son temps entre l'étude, la société et la table. Dryden, et tout ce que l'Angleterre possédoit de plus aimable et de plus illustre, le recherchèrent. Sa conversation avoit des agrémens infinis. Ce littérateur mourut de la petite vérole en 1683, à 30 ans. Dryden immortalisa la mémoire de son ami par un Poème funèbre, dans lequel il l'appela le Marcellus du Parnasse Anglois. On a de lui: I. Des Poésies et des Satires, Londres, 1722, 2 vol. in-12, qui lui méritèrent quelques suffrages. Ses Satires contre les Jésuites n'ont point assez de finesse. II. Des Traductions de divers Auteurs, dont quelques-unes approchent des originaux. I. OLEARIUS, (Adam) né en 1603, à Steenwick dans les Pays-Bas, d'un tailleur d'habits, professa quelque temps à Leipzig avec beaucoup de succès. Il quitta ce poste pour passer dans le Holstein, où le prince Frédéric le nomma secrétaire de l'ambassade qu'il envoyoit au Czar et au roi de Perse. Cette course dura près de six ans, depuis 1633 jusqu'en 1639. Olearius, de retour à Gottorp, fut fait en 1650, bibliothécaire, antiquaire et mathématicien du duc. Il remplit ces postes avec applaudissement jusqu'à sa mort, arrivée en 1671 à 68 ans. Ce savant joignoit à la connoissance des mathématiques, celle des langues Orientales et sur-tout du Persan. Egalement propre aux choses utiles et aux arts agréables, il possédoit la musique, et jouoit avec goût de plusieurs instruments. Son caractère étoit enjoué, et on aimoit à jouir de sa société. On lui doit: I. Une Relation de son voyage, aussi exacte que bien détaillée. On en a une Traduction françoise par Viquefort, dont la meilleure édition est celle de 1726, en 2 vol. in-folio. II. Une Chronique abrégée du Holstein, in-4.º III. La Vallée des roses de Perse. C'est un recueil d'histoires agréables, de bons-mots et de maximes, tirés des livres persans. Tout n'y est pas saillant, mais il y a quelques pensées heureuses.
II. OLEARIUS, (Godefroi) docteur en théologie et surintendant de Hall, mort en 1687 à 81 ans, est auteur d'un Corps de Théologie à l'usage des Luthe- riens. — Jean OLEARIUS son fils, professeur de rhétorique, puis de théologie, à Leipzig, fut l'un des premiers auteurs des Journaux de cette ville, sous le titre d'Acta Eruditorum. Il étoit né à Hall en Saxe en 1639, et il mourut à Leipzig en 1713 à 74 ans, après avoir exercé les emplois les plus distingués de l'université. On a de lui : I. Une Introduction à la Théologie. II. Une Théologie positive, polémique, exégétique et morale, etc. etc. — III. OLEARIUS, (Godefroi) naquit à Leipzig en 1672, de Jean Olearius qui professoit la langue grecque dans cette ville. Après ses études il voyagea en Hollande et en Angleterre. La réputation de l'académie d'Oxford, et la bibliothèque Bodléienne, l'attirèrent dans ce royaume. Il y demeura plus d'un an, occupé à se perfectionner dans la connoissance de la philosophie, de la langue grecque et des antiquités sacrées. De retour à Leipzig avec une abondante moisson, il fut agrégé au premier collège de cette ville, nommé professeur en langues grecque et latine, puis en théologie, obtint un canonicat, et eut la direction des étudiants et la charge d'assesseur dans le consistoire électoral et ducal. Il mourut de phthisis le 10 novembre 1715, âgé de 43 ans. On a de lui : I. Dissertation de adoratione Patris per Jesum-Christum, in-4°, 1709. Il y réfute une des principales erreurs des Sociiniens, qui refusoient à Jésus-Christ le titre et les fonctions de médiateur entre Dieu et les hommes. II. Une bonne Edition de Philostrate en grec et en latin, in-folio, 1709, à O L E 155 Leipzig. Les notes font près de la moitié de cette édition; les unes sont grammaticales, les autres historiques, et toutes partent d'une main savante, exercée à manier les bons livres. III. La Traduction latine de l'Histoire de la philosophie de Thomas Stanley, in-4°, à Leipzig, 1712. Cet ouvrage bon en lui-même, est encore meilleur par les additions et les corrections du traducteur. IV. Histoire Romaine et d'Allemagne, Leipzig, 1699, in-8°. Ce n'est qu'un abrégé.
OLEASTER, (Jérôme) habile Dominicain Portugais, natif du bourg de Azambuja, assista au concile de Trente en qualité de théologien de Jean III roi de Portugal. Il refusa à son retour un évêché, fut inquisiteur de la Foi, et exerça les principales charges de son ordre dans sa province. On a de lui, des Commentaires sur le Pentateuque. La bonne édition de cet ouvrage, imprimée à Lisbonne, 1556-1558, cinq parties en un vol. in-folio, est recherchée, parce qu'elle n'a point passé par les mains des inquisiteurs. Il est rare d'entourer toutes les parties exactement rassemblées, vu qu'elles parurent en différentes années. On a encore d'Oleaster des Commentaires sur Isaïe, Paris, 1628, in-folio. Le latin, le grec et l'hébreu étoient aussi familiers à Oleaster que sa propre langue. Il mourut en 1563, en odeur de sainteté.
OLEG, prince Russe, tuteur du jeune Igor fils de Rourick, garda pendant 34 ans la régence des états de son pupille. Il soumit les Drevliens, et conquit la ville de Smolensko. Ayant 156 OLE armé une flotte de deux mille bateaux, il alla rançonner Constantinople, sous le règne de Léon le philosophe, et y commit tous les crimes dont la barbarie peut se souiller. Cette expédition est de l'an 904.
OLEN, poète Grec, plus ancien qu'Orphée, étoit de Xanthe ville de Lycie. Il composa plusieurs Hymnes, que l'on chantait dans l'isle de Délos aux jours solennels. On dit qu'Olen fut l'un des fondateurs de l'Oracle de Delphes, qu'il y exerça le premier la fonction de prêtre d'Apollon, et qu'il rendoit des oracles en vers; mais tous ces faits sont très-incertains.
OLESNIKI, (Sbignée) l'un des plus grands hommes que la Pologne ait produits, issu d'une noble et ancienne famille, fut secrétaire du roi Ladislas Jagellon. Ce fut en cette qualité qu'il suivit ce monarque dans ses expéditions militaires. Il fut assez heureux pour lui sauver la vie, en renversant avec un tronçon de lance un cavalier qui venait droit à ce prince. Il embrassa ensuite l'état ecclésiastique, et obtint l'évêché de Cracovie et le chapeau de cardinal. Ladislas l'employa dans les ambassades et dans les affaires les plus importantes. Ce prince lui laissa en mourant, pour marque de sa bienveillance, l'anneau qu'il avait reçu autrefois de la reine Hedwige, sa première femme, comme le gage le plus cher et le plus précieux de son amitié. Olesniki lui marqua bientôt sa reconnaissance: dès qu'il fut mort, il fit élire à Posnanie en 1434, le jeune Ladislas son fils aîné, qui fut depuis roi de Hongrie, et qui périt malheureusement à la bataille de Varnes en 1444. Le cardinal évêque de Cracovie fit ensuite élire Casimir frère du jeune Ladislas, et rompit l'élection où quelques Polonois avoient élu Boleslas duc de Moscovie. Cet illustre prélat finit tranquillement ses jours à Sandomir, le 1er avril 1455, à 66 ans. Une régularité exemplaire, et une fermeté inflexible qui n'avoit en vue que les intérêts et la gloire de la religion, du roi et de sa patrie, formoient son caractère. Il laissa en mourant tous ses biens aux pauvres, dont il avoit été le père pendant sa vie.
OLGIATI, Voyez LAMPU-GNANI.
OLIER, (Jean-Jacques) instituteur, fondateur et premier supérieur de la communauté des Prêtres et du Séminaire de Saint-Sulpice à Paris, étoit second fils de Jacques Olier maître des requêtes. Il naquit en 1608. Après avoir fait ses études en Sorbonne, il fit un voyage à Notre-Dame de Lorette. De retour à Paris, il se lia très-étroitement avec Vincent de Paul instituteur des Lazaristes. Son union avec ce Saint lui inspira l'idée de faire des missions en Auvergne, où étoit située son abbaye de Pébrac. Son zèle y produisit beaucoup de fruit. Quelque temps après le cardinal de Richelieu lui offrit l'évêché de Châlons-sur-Marne, qu'il refusa. Il projetoit de fonder un Séminaire, pour disposer aux fonctions sacerdotales les jeunes gens qui embrassent l'état ecclésiastique, lorsqu'on lui proposa la cure de Saint-Sulpice. Après s'être démis de son abbaye, il accepta cette cure comme un moyen propre à exécuter ses desseins, et en prit possession en 1642. La paroisse de Saint-Sulpice servoit alors de retraite à tous ceux qui vivoient dans le désordre. De concert avec les ecclésiastiques qu'il avoit emmenés avec lui de Vaugicard, où ils avoient vécu quelque temps en communauté, il travailla à la réforme des mœurs avec autant de zèle que de succès. Sa paroisse devint la plus régulière de Paris. Ou sait combien les duels étoient alors fréquens : il vint à bout d'en arrêter la fureur. Il engagea plusieurs seigneurs à faire publiquement dans son Église, un jour de Pentecôte, une protestation qu'ils signèrent, de ne donner ni accepter aucun appel, et de ne se servir jamais de seconds ; ce qu'ils exécutèrent très-fidellement. Cet exemple fut suivi par plusieurs autres seigneurs, avant même que l'autorité du roi eût arrêté le cours de ce désordre. Au milieu de tant de travaux, il n'abandonna pas le projet de fonder un Séminaire. Comme le nombre des Prêtres de sa communauté s'étoit très-multiplié, il crut trouver une occasion favorable, et commença à les partager. Il en destina une partie à la direction du Séminaire, pour la fondation duquel il obtint des lettres-patentes en 1645. L'autre partie continua à l'aider dans les fonctions du saint ministère. Quoique partagés pour deux objets différens, ces ecclésiastiques n'ont jamais formé qu'un même corps. « Une obéissance aveugle à toutes les décisions de Rome, un grand éloignement du jansénisme, une entière dépendance des évêques, les fit, dit *Si-Simon*, paroître très-utiles aux prélats qui vouloient éloigner les soup- sons de la cour sur la doctrine, ou qui craignoient le joug des Jésuites, lesquels les perdoient sans ressource s'ils ne parvoient à les dominer. » En 1646, *Olier* fit commencer la construction de l'Église de Saint-Sulpice ; mais le vaisseau de cette Église n'étant pas assez grand pour le nombre des paroissiens, il fit, de concert avec son successeur, jeter de nouveaux fondemens, en 1655, pour l'Église que nous voyons aujourd'hui. Ce pieux fondateur s'étant démis de sa cure en 1652, se retira dans son Séminaire, et travailla à faire de semblables établissemens dans quelques diocèses. Il envoya plusieurs de ses ecclésiastiques dans l'isle de Montréal en Amérique, pour travailler à la conversion des Sauvages. Il mourut saintement le 2 avril 1657, à 49 ans. *Olier* étoit un homme d'une charité ardente et d'une piété tendre, et on pourroit le proposer pour modèle à tous les ecclésiastiques, s'il ne l'avoit pas quelquefois déparée par des petitesses, et si son zèle avoit été toujours bien réglé. Ses successeurs contribuèrent beaucoup à la distribution des bénéfices sous *Fleury* et *Boyer*. L'un d'eux, *Couturier*, homme rusé sous un air grossier, souple avec les ministres de la feuille, hautain avec les évêques ou les aspirans aux évêchés, remplit l'Église de France de sujets zélés, mais peu éclairés, qui perpétuèrent les querelles sur la Bulle, et les agirent encore par l'intolérance, les lettres de cachet et les billets de confession. Ce *Couturier* disoit quelquefois de bons mots que sa figure grotesque rendoit encore plus plaisans. C'est lui qui dit lorsqu'on lui proposa une maison des ex-Jésuites : je crains les revenans. Il avoit une correspondance très-étendue ; et il avoit des modèles de lettres pour le haut, le moins haut et le bas clergé, que ses séminaristes coploient aux approches du jour de l'an, et qu'il ne faisoit que signer. On a d'Olier quelques ouvrages de spiritualité, entre autres des Lettres, publiées à Paris, in-12, 1674, remplies d'onction ; mais dans lesquelles on desireroit quelquefois une dévotion moins minutieuse et plus éclairée. Il y parle de quelques-uns de ses rêves, que son imagination échauffée prenoit pour des révélations. Le P. Giry a donné un court Abrégé de sa Vie en un petit vol. in-12, d'après des Mémoires que lui avoit communiqués Leschassier, un des successeurs d'Olier dans la place de supérieur du Séminaire.
OLIMPO, (Balthasar) poète Italien du XVIe siècle, dont on a : Pegasea in stanse amorose, Venet. 1525, in-8. La gloria d'Amore, 1530, in-8. Le recueil de ses Œuvres, avec les deux pièces précédentes, 1538 et 1539, a huit parties en 2 vol. in-8. Comme il y a des variantes, on recherche aussi les deux premières.
OLINA, (Jean-Pierre) naturaliste de Novare au XVIe siècle, dont on a un traité curieux sur divers oiseaux, intitulé : Vercelliera. L'auteur s'est attaché à expliquer la nature et la propriété de plusieurs sortes d'oiseaux, sur-tout des chantans. Ce traité, estimé par sa singularité, et les planches de Tempeste et de Villamène qui le dé- corent, fut imprimé à Rome en 1622, in-4.
OLIVA, Voyez GABRIELI. I. OLIVA, (Alexandre) général de l'ordre de Saint-Augustin, et célèbre cardinal, né à Sassoferrato de parens pauvres, prêcha avec réputation dans les premières villes d'Italie. Son savoir, sa vertu, et sur-tout une modestie extrême au milieu des applaudissemens, lui mériterent l'amitié et l'estime de Pie-II, qui l'honora de la pourpre et le nomma à l'évêché de Camerino. Ce pontife l'employa dans plusieurs négociations importantes, et il eut autant à se louer de sa dextérité que de sa prudence. Ce vertueux cardinal mourut à Tivoli le 21 août 1463, à 55 ans. On a de lui : I. De Christiorum Sermones centum. II. De Candum Apostolis facta. III. De peccato in Spiritum sanctum. Ces ouvrages sont des monumens de son érudition et de sa piété. Son caractère étoit fort doux, et il y avoit autant d'agrément à vivre avec lui que de plaisir à le lire.
II. OLIVA, (Jean-Paul) général des Jésuites, natif de Gênes, d'une famille illustre qui a donné deux doges à cette république, fit construire et peindre l'église des Jésuites, qui est une des plus belles de Rome. Il mourut dans cette ville en 1681, à 82 ans. On a de lui un Recueil de Lettres, et d'autres ouvrages, qui furent plus applaudis par ses confrères que par le public.
III. OLIVA, (Jean) né en 1689 à Rovigo dans les états de Venise, embrassa l'état ecclésiastique, et fut élevé au sacerdoce en 1711. Son goût et son talent décidés pour la littérature, le firent nommer à la place de professeur d'humanités à Azolo, qu'il occupa pendant huit ans. Il alla à Rome en 1715, où il fut bien accueilli par Clément XI. Après la mort de ce pape, il eut la place de secrétaire du conclave : place qui lui procura la connoissance du cardinal de Rohan, qui se l'attacha et le fit son bibliothécaire en 1722. Le cardinal n'eut qu'à se louer de ce choix. Sa bibliothèque devint le centre de l'érudition et l'asile des savans étrangers. Trente-six années de recherches continuelles enrichirent prodigieusement le dépôt confié à l'infatigable abbé Oliva. Il le conserva jusqu'à sa mort, arrivée à Paris le 19 mai 1757 à 68 ans. On doit à sa plume laborieuse et savante : I. Un Discours latin, qu'il prononça dans le collège d'Azolo, sur la nécessité de joindre l'étude des médailles anciennes à l'Histoire des faits. II. Une Dissertation sur la manière dont les études s'introduisirent chez les Romains, et sur les causes qui firent déchooir les lettres parmi eux. III. Une autre Dissertation sur un monument de la Déesse Isis. Ces trois ouvrages ont été publiés à Paris, in-8°, 1758, chez Martin, sous le titre d'Œuvres diverses de l'abbé Oliva. IV. Une Edition d'un manuscrit de Silvestri sur un ancien monument de Castor et de Pollux, avec la Vie de l'auteur, in-8°. V. Une Edition in-4° de plusieurs Lettres du Pogge, qui n'avoient pas encore paru. VI. Une Traduction françoise des Farfalloni de l'abbé Lancelotti : plaisanterie ingénieuse, qui eut beaucoup de succès à Rome. Cette traduction n'a pas été imprimée. VII. Un Catalogue manuscrit de la bibliothèque du cardinal de Rohan, en 25 volumes in-folio. VIII. La Traduction, en italien, du Traité des Etudes de l'abbé Fleury.
OLIVARÈS, ( Gaspar de Guzman comte d') duc de Sanlucar, d'une illustre maison d'Espagne, acquit une grande faveur auprès de Philippe IV, en lui procurant le moyen de satisfaire son goût pour les femmes. Après avoir été son favori, il devint son premier ministre à la place du duc d'Uzeda qu'il eut l'adresse de supplanter, et jouit d'une autorité presque absolue pendant vingt-deux ans. Il signala le commencement de son ministère par des règlements utiles. Une ordonnance de 1624, supprimait les deux tiers de justice et de finance. Pour favoriser la population, il exempta les nouveaux mariés de charges publiques pour quatre ans; et de tout impôt pour la vie, quiconque auroit en six enfans mâles. Il permit même les mariages sans le consentement des parens : permission dangereuse, que l'extrême dépopulation du royaume pouvoit seule justifier. Il défendit aux habitans des provinces de venir à Madrid ou à Séville, sans y avoir des affaires importantes, sous peine d'une amende considérable. Il promit exemption des taxes aux artisans et aux laboureurs étrangers qui s'établiroient en Espagne. Mais au lieu de maintenir ces sages lois et de faire fleurir le royaume par le commerce, il ne s'occupa que des moyens d'en tirer de l'argent pour soutenir la guerre avec les puissances voisines. Sa dureté inflexible fut cause que la Catalogue se révolta, pour conserver les privilèges qu'on voulait lui 160 OLI enlever. Les Portugais poussés à bout par de mauvais traitements, secouèrent aussi le joug de cette cruelle domination, et reconnurent pour roi, l'an 1640, le duc de *Bragance*. Les Espagnols battus sur terre par les François et sur mer par les Hollandois, et n'éprouvant par-tout que des malheurs, s'en prirent à la négligence du ministre. Leurs plaintes parvinrent jusqu'au trône. On fut obligé de renvoyer, l'an 1643, le ministre, au moment où délivré de son plus redoutable rival, le cardinal de *Richelieu*, il auroit pu rétablir les affaires du gouvernement. *Olivarès* alloit être rappelé, s'il n'eût pas précipité ses espérances, dit *Hérault*: « Car en voulant se justifier par un écrit qu'il publia, il offensa plusieurs personnes puissantes, dont le ressentiment fut tel, que le roi jugea à propos de l'éloigner encore davantage, en le confidant à Toro où il mourut de chagrin en 1643, sans enfans, quoiqu'il eût été marié trois fois. » Don *Louis de Haro* son neveu, fut l'héritier de ses biens et de sa faveur. On a la *Relation de sa disgrace*, traduite de l'italien par *André Félibien*, 1650, in-8°, et l'*Histoire de son Ministère*, traduite de l'espagnol du comte de la *Roca*, 1673, in-12. Don *Guzman* étant comte d'Olivarès et duc de Sanlucar, il prenoit le titre de comte-duc, comme *Richelieu* prenoit celui de cardinal-duc... *Voyez les articles* XIX. PHILIPPE IV, roi d'Espagne, et FONTRAILLES. I. OLIVE, (Pierre-Jean) Cordelier de Serignan dans le diocèse de Beziers, étoit un partisan zélé de la pauvreté et de la désappropriation des biens. Les religieux de son ordre, ennemis du joug qu'il vouloit leur imposer, cherchèrent des erreurs dans son *Traité de la Pauvreté* et dans son *Commentaire* sur l'*Apocalypse*. Ils crurent en avoir trouvé plusieurs qui furent censurées sur leur dénonciation. *Olive* expliqua sa doctrine au Chapitre général tenu à Paris en 1292, et ses accusateurs furent confondus. Il mourut à Narbonne l'an 1297, en odeur de sainteté.
II. OLIVE, (N.-d') conseiller au parlement de Toulouse, avoit d'abord été avocat. On a de lui un recueil d'Arrêts et de ses Plaidoyers, intitulé : *Actions Fontenses*, in-4°. On l'a partagé depuis et l'on a donné les Arrêts avec des additions, séparément des Plaidoyers. *Bretonnier* le lone comme un homme qui étoit à la fois orateur et jurisconsulte, dont le style est élégant et le raisonnement solide.
OLIVET, (Joseph Thoulier d') né à Salins en 1682, fut élevé par son père, depuis conseiller au parlement de Besançon. Il entra de bonne heure chez les Jésuites où il avoit un oncle distingué par son savoir. Après y avoir essayé ses talens en divers genres, comme poète, comme prédicateur, comme humaniste, il quitta cette Compagnie célèbre à l'âge de trente-trois ans. Quelque temps avant sa sortie des Jésuites on voulut lui confier l'éducation du prince des Asturies; il aime mieux venir à Paris, vivre dans le sein des lettres. Il se fit en peu d'années une telle réputation, que, lorsqu'il étoit occupé à rendre les derniers soins à son père mourant, l'académie Françoise le choisit choisit absent, par la seule considération de son mérite, en 1723. Il n'eut besoin que d'un ami, pour répondre à cette compagnie de son désir. L'étude de la langue françoise devint alors son amour de préférence, sa pensée habituelle; mais il n'oublia pas les langues anciennes. Il s'attacha surtout à Cicéron, pour lequel il conçut une admiration qui tenoit de l'enthousiasme. (Voy. I. CRÉBILLON, vers la fin.) La cour d'Angleterre lui proposa de faire une magnifique édition des Ouvrages de cet orateur. Ayant montré les lettres qu'on lui écrivoit à ce sujet, au cardinal de Fleury, et oubliant les riches promesses de l'étranger, il consacra à l'éducation du Dauphin le travail qu'il eût offert au duc de Cumberland. Cet ouvrage, long et pénible, parut en 9 vol. in-4°, en 1740, à Paris, avec des commentaires choisis, purement écrits et pleins d'érudition. L'abbé d'Olivet avoit eu dès sa jeunesse les liaisons littéraires les plus étendues et les plus illustres. Il compta au nombre de ses amis l'évêque de Soissons et toute la maison de Sillery, le savant Huet, le Père Hardouin, le Père de Tournemine, Despréaux, Rousseau, le président Bouhier, etc. Newton et Pope le traitèrent à Londres comme Clément XI l'avoit traité à Rome, avec une distinction qui supposoit une haute estime. Il avoit l'accès le plus familier chez le cardinal de Fleury; l'évêque de Mirepoix l'écontoit avec confiance. Les deux prélats furent plus d'une fois étonnés de son zèle pour les autres, et de son indifférence pour lui-même. Comme il se contentoit de peu, il laissa de grandes épargnes à sa mort arrivée le 8 octobre 1768, à 86 ans. « On a eu raison de louer, dit le Nécrologe des Hommes célèbres de France, l'égalité d'amé qu'il a conservée dans les deux mois de sa maladie, et l'indifférence avec laquelle il a vu sa fin approcher. » C'étoit un homme attaché à la religion, et dont les mœurs étoient sévères sans rigorisme. Il aimoit la société, et quoique son extérieur fût peu attirant, il savoit s'y rendre aimable par les saillies d'une gaieté franche: d'ailleurs un peu entiché de ses opinions, les défendant avec vivacité et avec chaleur. Malgré des dehors qui sembloient repousser, l'abbé d'Olivet portoit au fond du cœur une envie d'obliger sincère et active. Il plaça un grand nombre de gens de lettres, qu'il croyoit propres à l'éducation, et qui ne répondirent pas tous à son choix. Quelques-uns même furent peu reconnoissans; et il se consola de leur ingratitude par le plaisir d'avoir fait du bien. Son attachement à sa famille, le soin qu'il prit de ses neveux auxquels il sacrifia une partie de ses revenus, le justifierait du reproche d'avarice et d'insensibilité, que des ennemis injustes lui faisoient. Sans afficher la philosophie, il avoit la véritable, celle qui est dans le cœur. Il regardoit la renommée comme un avantage léger et périssable dont il faut savoir jouir quand on le possède, et se passer quand on l'a perdu. Considéré comme littérateur, on voit en lui un excellent critique, un grammairien consommé, un traducteur exact. Savant sans pédanterie et sans faste, il défendit les beautés nobles et simples des anciens contre la dépravation 162 OLI qu'occasionna dans les lettres le faux bel esprit de quelques écrivains modernes. Disciple de Boileau, il adopta sans réserve toute la sévérité de ses jugemens littéraires. Peut-être avoit-il comme son oracle, le goût plus austère que fin. Son esprit, dit d'Alembert que nous suivons en ceci, ressembloit à ces palais sains et vigoureux qui expriment avec force et goûtent avec plaisir le suc des viandes pleines de substance, mais qui ne savent ni distinguer, ni apprécier des alimens plus délicats. Ses ouvrages sont: I. Entretiens de Cicéron sur la nature des Dieux, traduits en françois, 1765, 2 vol. in-12. Le président Bouhier eut part à cette version, dont les notes sont savantes. II. La Traduction des Philippiques de Démosthènes et des Catilsnaires de Cicéron, élégante et fidelle, conjointement avec le président Bouhier, 1765, in-12. III. Histoire de l'Académie Françoise, pour servir de suite à celle de Pelisson, in-12: ouvrage estimable pour les recherches, mais dont le style est quelquefois languissant. En cherchant la simplicité, en voulant éviter le style guindé et précieux, peut-être tombe-t-il, dit d'Alembert, dans le style bourgeois et familier. L'auteur entre d'ailleurs dans de petits détails, indignes de la gravité de l'histoire; et il n'a pas le talent qu'avoit Fontenelle, de peindre avec autant de finesse que d'énergie le caractère de ses personnages. Attaché avec superstition au goût des anciens, il s'élevoit par une espèce d'ostracisme contre toutes les innovations en littérature, et sur-tout contre la recherche d'esprit et la subtilité des idées. IV. Les Tus- culanes de Cicéron, 2 vol. in-12 dont trois sont traduites par l'abbé d'Olivet, et les deux autres par le président Bouhier. V. Remarques sur Racine, in-12. (Voyez l'article de ce grand poète, et celui de l'abbé DES FONTAINES.) VI. Pensées de Cicéron pour servir à l'éducation de la Jeunesse, in-12. «Je ne sais (écrivoit Voltaire, lorsque ce petit recueil parut en 1744,) si ces pensées détachées feront une grande fortune. Ce sont des choses sages; mais elles sont devenues lieux communs, et elles n'ont pas cette précision et ce brillant qui sont nécessaires pour retenir les maximes. Cicéron étoit diffus et il devoit l'être, parce qu'il parloit à la multitude. On ne peut pas d'un orateur, avocat à Rome, faire un la Rochefoucault. Il faut dans les pensées détachées plus de sel, plus de figures, plus de laconisme. Il me paroît que Cicéron n'est pas là à sa place.» Mais l'abbé d'Olivet auroit par répondre que tous ces extraits n'étoient pas puisés dans les harangues, et qu'il avoit pris une partie des pensées répandues dans les livres philosophiques de l'orateur romain. Quoi qu'il en soit, toutes les traductions de l'abbé d'Olivet sont estimées, quoique écrites avec une élégance froide, et que cette chaleur douce et vive qu'on éprouve en lisant Cicéron, ne s'y fasse presque pas sentir; mais il est fidelle au sens et son style est clair et nombreux. Ce fut le hasard qui le fit traducteur. Il s'agissoit de revoir quelques versions de l'abbé de Maucroix. L'habile littérateur les refit d'un bout à l'autre, et les donna au public sous le nom de Maucroix. Lorsque dans la suite il voulut levendiquer son propre bien, il vut à combattre et fut obligé de produire ses titres. Sa traduction des Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, et l'édition du fameux Traité d'Huet De la foiblesse de l'Esprit humain, lui attirèrent quelques démêles, et l'engagèrent à brûler une Histoire de l'Académie d'Athènes, qui auroit figuré avec celle de l'Aca- démie Françoise, et qui auroit été plus intéressante. VII. Il pub- lia le recueil des poésies latines de ses amis Massieu, Huet, la Monnoye et Fraguier, et y joignit une Idylle de sa façon, sur l'ori- gine des Salines de Franche- Comté : c'est une Métamorphose dans le goût de celles d'Ovide. On lui attribue aussi la Vie de l'abbé de Choisy.
OLIVETAN, (Robert) parent du fameux Calvin, fit imprimer à Neuchâtel en 1535, in-fol., une Traduction françoise de la Bible, la première qui ait été faite sur l'hébreu et sur le grec. Elle est écrite d'un style dur et barbare, et n'est pas trop fidèle. Le caractère de l'impression est gothique, et la diction ne l'est pas moins. Sa rareté est son seul mérite. Calvin passe pour avoir en la plus grande part à cette traduction. Olivetan survécut peu à sa publication, car on prétend qu'elle fut cause qu'on l'empoi- sonna à Rome l'année d'après. On réimprima la Bible d'Olivetan à Genève, 1450, in-4°, revue par Jean Calvin et N. Malingre. Cette édition est encore plus rare que la première. On l'appelle la Bible de l'Epée, parce que c'étoit l'enseigne de l'imprimeur.
OLIVEYRA, (François d') Portugais, quitta la religion Ca- tholique pour se retirer à Lon- dres, où il publia quelques ou- vrages sur la littérature portu- gaise, qui ont servi, dit-on, à perfectionner les études dans sa patrie. Il mourut en 1783, à 83 ans. I. OLIVIER de Malmesbury, sevant Bénédictin Anglois au XIe siècle, s'étant appliqué à la mé- canique, voulut imiter Dédale et voler, il s'élança du haut d'une tour; mais les ailes qu'il avoit attachées à ses bras et à ses pieds, n'ayant pu le porter qu'environ 120 pas loin de cette tour, il se cassa les jambes en tombant, et mourut à Malmesbury l'an 1060. Cette expérience, quoique mal- heureuse, prouve qu'il n'est point impossible à l'homme de se sou- tenir quelque temps en l'air. On sait que les efforts du célèbre Dante, de Bacville, de Paul Guidotti, d'un Jésuite de Padoue, d'un Théatin de Paris, etc. eurent aussi quelque succès. En 1782, M. Blanchard parvint à s'élever à une certaine hauteur. Il ne faut cependant pas conclure de là que nous planerons un jour dans les airs comme les aigles des Alpes; presque tous les hommes volans, dont nous venons de parler, fu- rent fracassés de leur chute. M. Mongez, chanoine régulier de la congrégation de France, dans un Mémoire sur l'Imitation du vol des Oiseaux, lu à l'académie de Lyon en 1773, a très-bien dé- montré que les efforts de l'homme n'atteindront jamais à cette dan- gereuse imitation, qui seroit peut-être un nouveau fléau pour le genre humain. M. de la Lande, dans une Lettre adressée en 1782, aux Auteurs du Journal des Sa- vans, a prouvé la même chose : 164 OLI *Pennis non homini datis.* Hor. (Voyez DANTE, Jean-Baptiste.)
II. OLIVIER, (Séraphin) natif de Lyon, étudia à Tournon, et ensuite à Bologne en droit civil et canon; il y obtint dès l'âge de 24 ans une chaire de professeur. Étant allé à Rome, il y fut connu par *Pie IV*, devint auditeur de Rote, et exerça cet emploi pendant quarante ans. *Grégoire XIII* et *Sixte V* l'employèrent en diverses nonciatures. *Clément VIII* lui donna en 1604 le chapeau de cardinal, à la recommandation du roi *Henri IV*. Il fut évêque de Rennes après la mort du cardinal d'Ossat. On a de lui: *Decisiones Rotae Romanae*, en 2 vol. in-folio, à Rome, 1614; et à Francfort, avec des additions et des notes, en 1615. *Olivier* mourut en 1609, âgé de 71 ans.
III. OLIVIER DE LEUVILLE, (Jacques) fils d'un procureur au parlement de Paris, qui amassa de grands biens, parvint par son mérite à la charge d'avocat général, et ensuite à la présidence du premier tribunal de la nation. Il s'y soutint avec honneur, fut estimé des rois *Louis XII* et *François I*, et termina sa carrière en 1519, après avoir signalé sa gestion par des services distingués.
IV. OLIVIER, (François) fils du précédent, et président à mortier au parlement de Paris, étoit un magistrat habile, éloquent, judicieux, sincère, honami, d'un courage inflexible, et d'une force d'esprit qui ne se relâchoit jamais dans ce qu'il devoit à son roi et à sa patrie. *François I* lui donna, en 1545, la place de chancelier de France; mais la duchesse de *Valentinois* lui fit ôter les sceaux, sous *Henri II*, qu'elle gouvernoit. L'austérité de ses mœurs et les entraves qu'il mettoit aux libéralités du roi, lui avoient attiré cette dangereuse ennemie. Mais ce qui lui nuisoit plus que tout le reste, auprès des avides courtisans, c'étoit son opiniâtreté à rejeter tous les projets de finance trop onéreux au peuple, et le peu de soin qu'il se donnoit pour imaginer de nouvelles taxes. On prit occasion d'une fluxion qui étoit tombée sur les yeux du chancelier, et qui l'avoit forcé de suspendre pendant quelques jours les expéditions, pour lui demander la démission de sa place, moyennant une récompense telle qu'il voudroit l'exiger. *Olivier* répondit, « qu'il étoit parvenu au grade de chancelier de France, par de longs travaux et des services importans rendus à l'État dans plus d'un genre; que depuis qu'il en étoit revêtu, il s'en étoit acquitté d'une manière irréprochable; qu'il sommoit ceux qui cherchoient à le dépouiller, de déclarer publiquement en quoi il avoit démérité: que le possédant à juste titre, et sous la sauve-garde des lois, il ne consentiroit jamais que personne, de son vivant, en prit le titre et en touchât les gages; mais que n'ayant jamais eu en vue que de servir l'état et de contenter le roi, il verroit sans peine qu'un autre, plus heureux peut-être mais non plus zélé que lui, en exercât les fonctions, et qu'il donneroit à cet égard toutes les facilités qu'on pourroit désirer. » Il se démit donc de la commission de Garde-des-sceaux, qu'on érigea en titre l'office, et il vécut paisiblement dans une retraite honorable. Rappelé à la cour par François II, en 1559, il s'y trouva lorsque l'empereur Ferdinand I envoya l'évêque de Trente en France, pour y demander la restitution de Metz, Toul et Verdun. L'ambassadeur de Ferdinand avoit gagné la plupart des membres du conseil. Le chancelier qui y présidait déconcerta ses mesures, en proposant de trancher la tête à celui qui favoriseroit ses demandes. Ce digne magistrat mourut à Amboise le 30 mars 1560. Sa postérité masculine finit à Charles Olivier, mort en 1671, à 22 ans. V. OLIVIER, (Jean) oncle du chancelier de France, fut évêque d'Angers en 1532. De simple religieux étant devenu grand aumônier au monastère de Saint-Denis, et ensuite abbé de Saint-Crespin et de Saint-Médard de Soissons, il permuta cette dernière abbaye pour l'évêché d'Angers, où il partagea son temps entre les fonctions pastorales et les lettres. On a de lui un Poème latin, intitulé : Jani Olivarii Pandora, Paris, 1542, in-12; et Rheims, 1618, in-8. Cet ouvrage acquit à l'auteur, parmi ses contemporains, une réputation qui a un peu dégénéré. Il fut traduit en françois, par Gabriel-Michel de Tours, dès qu'il parut, in-12. Ce prélat littérateur gouverna son diocèse avec autant de zèle que de lumières, et fit le bien sans faste et sans ostentation : il mourut en 1540. — Il ne faut pas le confondre avec un autre Jean Olier ou Olivarius de Gand, professeur d'éloquence et de la lan- gue grecque à Douai, mort à Cambrai vers l'an 1624, qui nous a laissé plusieurs Poèmes estimés, et une bonne édition de St. Prosper, enrichie de variantes, plus ample et plus correcte que celles qui avoient paru jusqu'alors. Douai, 1577, et réimprimée plusieurs fois depuis.
VI. OLIVIER, (Clande-Matthieu) avocat au parlement d'Aix, né à Marseille en 1701, parut avec éclat dans le barreau. Il contribua beaucoup à l'établissement de l'académie de Marseille, dont il fut un des premiers membres. C'étoit un homme d'un esprit vif et facile. Quelques heures enlevées à son amour pour la société et les plaisirs, lui suffisoient souvent pour se mettre en état de parler et d'écrire, même sur des causes importantes; mais ses ouvrages se sentaient ordinairement de cette précipitation. Excessif en tout, après avoir donné quinze jours à étudier le Code et le Digeste, ou à se remplir des beautés de Demosthènes, d'Homère, de Cicéran, de Bossuet, il en abandonnait quinze autres, souvent un mois entier, à une vie désoccupée et frivole. Il mourut en 1736, à 35 ans, après avoir publié : I. L'Histoire de Philippe, roi de Macédoine et père d'Alexandre le Grand, deux vol. in-12. Nul écrivain n'a si bien développé l'Histoire du siècle de Philippe, les intérêts des peuples de la Grèce, leurs mœurs et leurs coutumes; mais son ouvrage manque d'art. Les digressions sont trop fréquentes, et quelquefois ennuyeuses. Le style n'est nullement historique. Il est en général sec, décousu, et sur le ton de dissertation. On y ren- 166 OLO contre cependant des morceaux pleins de feu et de graces, et des tours vraiment originaux. La maladie dont son cerveau fut attaqué et qui le fit languir pendant plusieurs années, l'empêcha d'y mettre la dernière main. II. Mémoire sur les secours donnés aux Romains par les Marseillois, pendant la 2de Guerre Punique. III. Mémoire sur les secours donnés aux Romains par les Marseillois, durant la Guerre contre les Gaulois... Voyez aussi l'article de KRETZCHMER.
OLIVIER-MAILLARD, Voy. MAILLARD.
OLLENIX, Voy. MONTREUX.
OLON, (St.) PIDOU.
OLONE, (Louis de la Trimouille, comte d') né en 1626, se trouva à la bataille de Nortlingue en 1645, commanda les chevaux-légers à la majorité de Louis XIV, et mourut en 1686 sans laisser d'enfants. Il avoit épousé, en 1652, Catherine-Henriette d'Angennes, parente de la maréchale de la Ferté. C'est cette dame; morte en 1714, que le comte de Bussy n'a rendue que trop fameuse dans son Roman Satirique. Le frère du comte d'Olone termina cette branche en 1690. Sa fille en a fait passer les biens dans la maison de Montmorency... Voyez I. RAGINE.
OLONNOIS, (Jean-David I') fameux aventurier du 17e siècle, naquit près d'Olonne en Poitou, dont il conserva le nom. Il quitta la France dès sa jeunesse, et s'embarqua à la Rochelle, où il compagna à un habitant des isles de l'Amérique. Lorsqu'il fut sorti le 1er siècle, il se retira sur la côte de Saint-Domingue où il se joignit aux Boucaniers. Après avoir mené ce genre de vie pendant quelque temps, il voulut aller faire des courses avec les aventuriers François qui se retiroient à l'isle de la Tortue, proche la grande isle Espagnole. Il fit fort peu de voyages comme soldat; car ses camarades le prirent bientôt pour commandant, et lui donnèrent un vaisseau avec lequel il fit quelques prises. Les Espagnols armèrent contre lui, tuèrent presque tout son monde, et le blessèrent; il se mit parmi les morts, et sauva sa vie par ce stratagème. Dès qu'ils furent retirés, il prit l'habit d'un Espagnol qui avoit été tué dans le combat, et s'approcha de la ville de Campesche. Il trouva le moyen d'y parler à quelques esclaves, auxquels il promettoit la liberté s'ils vouloient lui obéir. Ces esclaves amenèrent le canot de leur maître à l'Olonnois, qui se sauva à la Tortue; ensuite il se présenta avec deux canots devant la Havane. Le gouverneur de cette isle envoya contre lui une frégate de dix pièces de canon. L'Olonnois s'en rendit maître, et coupa lui-même la tête à tous les Espagnols, les faisant passer devant lui l'un après l'autre, et ne pardonnant qu'au dernier, qu'il envoya au gouverneur de la Havane pour lui annoncer qu'il lui préparoit le même traitement. Cet homme aussi cruel qu'intrépide, fut pris, après plusieurs autres exploits, par les Indiens sauvages, qui le hâchèrent par quartiers, le firent rôtir et le mangèrent.
OLYBRUS, (Anicius) de l'ancienne et illustre famille de Anices, épousa Placidie sœur de l'empereur Valentinien III, qui l'envoya en Italie à la tête d'une armée. Le général Ricimer s'y étoit révolté contre l'empereur Anthemius. Le rebelle, au lieu de combattre Olybrius, le fit proclamer empereur au commencement d'avril 472, après avoir détrôné Anthemius. Olybrius resta paisible possesseur de l'empire d'Occident, mais il n'eut pas le temps d'exécuter rien de mémorable. Il mourut le 23 octobre, après un règne très-court. Ce prince étoit recommandable par son courage, ses mœurs, sa piété et son patriotisme. Il laissa une fille nommée Julieune, qui épousa le patrice Aréobinde; celui-ci refusa l'empire d'Orient, que le peuple de Constantinople mécontent de la conduite de l'empereur Anastase, vouloit lui faire accepter.
OLYMPIAS, sœur d'Alexandre roi des Epirotes, femme de Philippe roi de Macédoine, et mère d'Alexandre le Grand, (Voyez CALLIXÈNE.) est aussi connue par son esprit que par son ambition. Son époux l'ayant soupçonnée d'infidélité, la répudia pour épouser Cléopâtre nièce d'Attale. Olympias fut d'autant plus sensible à sa chûte, que les cérémonies du mariage de sa rivale furent magnifiques. Attale eut l'imprudence de dire, au milieu d'un repas donné pendant le cours de ces fêtes brillantes : « Qu'il ne lui restoit plus qu'à prier les Dieux d'accorder un légitime successeur au roi Philippe. » Alexandre fils de Philippe, piqué de cette double insulte pour sa mère et pour lui : Misérable! lui dit-il, me prends- tu pour un bâtard? et lui jeta en même temps sa coupe à la tête. Après la mort de Philippe, à laquelle on soupçonna Olympias d'avoir eu part, elle accourut de l'Épire qu'elle s'étoit réfugiée auprès du roi son frère, et vint cabaier en Macédoine. Se rappelant avec indignation l'outrage ignominieux qu'on lui avoit fait, elle rassembla les membres épars du meurtrier de son mari, lui mit une couronne d'or sur la tête; et après lui avoir fait rendre les derniers devoirs, elle plaça l'urne qui contenoit sa cendre à côté de celle du roi de Macédoine. Tous ses soins se bornèrent alors à gouverner son fils, qui n'aimoit pas à l'être. Elle le railla quelquefois sur sa vanité. Alexandre ayant pris le titre de Fils de Jupiter dans une lettre qu'il lui écrivoit, elle lui répondit : Qu'ai-je fait, pour que vous vouliez me mettre mal avec Jauon? Le conquérant Macédonien étant mort, sa mère tâcha de recueillir une portion de son empire. Philippe Aridée, et sa femme Euridice, excité-rent des troubles dans la Macédoine : Olympias les fit mourir cruellement l'un et l'autre. Elle ordonna encore le supplice de Nicanor frère de Cassandre, et de cent des principaux Macédoiniens attachés à son parti. Tant de cruautés ne demeurèrent pas impunies. Olympias s'étoit retirée dans l'ydna, avec le jeune roi Alexandre, Roxane sa mère, et Thessalonice sœur d'Alexandre le Grand. Cassandre vint l'y assiéger par terre et par mer. Olympias, après avoir souffert avec un courage invincible toutes les extrémités d'une famine cruelle, ayant perdu toute expe- 168 OLY rance de secours, fut enfin contrainte de se rendre à discrétion. Cassandre, pour s'en défaire d'une manière moins odieuse, inspira aux parens des principaux officiers qu'Olympias avoit fait mourir pendant sa régence, de l'accuser dans l'assemblée des Macédoniens. Ils le firent, et après qu'on les eut ouis, elle fut condamnée quoique absente, à mourir, sans que personne prit sa défense. Elle demanda inutilement à plaider sa cause dans l'assemblée publique. Cassandre, craignant que le souvenir de Philippe et d'Alexandre pour qui les Macédoniens conservoient du respect, ne leur fit changer tout-à-coup de sentiment, envoya sur-le-champ deux cents soldats pour la tuer. Mais, quelque déterminés qu'ils fussent, ils ne purent soutenir l'éclat de la majesté qui partoit des yeux et du visage de la princesse, et ils se retirèrent sans avoir exécuté leurs ordres. Il fallut employer, pour ce meurtre, les parens de ceux qu'elle avoit fait mourir. Ils furent ravis de satisfaire leur vengeance particulière, en faisant leur cour à Cassandre. Ainsi périt, l'an 316 avant J. C., la fameuse Olympias, fille, sœur, femme et mère de rois.
OLYMPIODORE, philosophe Péripatéticien d'Alexandrie, sous Théodose le Jeune, a fait des Commentaires sur quelques Traités d'Aristote, 1551, in-fol., ainsi que sur Platon; et une Vie de Platon, où il y a bien des choses qui ne se trouvent pas dans Diogène Laërce. Jacques Windet a traduit cette Vie en latin, et l'a enrichie de savantes potes.
OLYMPO, Voyez OLIMPO. I. OMAR Ier, successeur d'Aboubekre et second calife des Musulmans après Mahomet son gendre, commença son règne l'an 634 de J. C. Ce prince fut un des plus rapides conquérans qui aient désolé la terre. Il prit d'abord Damas capitale de la Syrie, et chassa les Grecs de cette province et de la Phénicie. Il tourna ensuite ses armes vers Jérusalem, et la reçut à composition, après un siège opiniâtre, l'an 637. Omar fit son entrée dans cette ville, monté sur un chameau chargé de deux sacs, l'un plein de fruits, l'autre de blé, qui composoient toutes ses provisions. Un plat de bois étoit toute sa vaisselle, et il n'avoit d'autre siège que la terre. Comme la capitulation de Jérusalem a servi depuis de régie à beaucoup d'autres que les Musulmans accordèrent, nous en donnerons un extrait: «Les habitans conserveront leur vie, leurs biens, leurs églises; mais ils n'en pourront bâtir de nouvelles, ni ériger des croix au-dessus des anciennes. Ils ne sonneront point les cloches et se borneront à tinter. Si quelque Musulman passe par leur ville, ils le défrayeront pendant trois jours. Ils n'engageront personne à quitter le mahométisme, et n'empêcheront point leurs parens de l'embrasser. Ils ne prendront ni la langue, ni l'habit, ni les noms des Mahométans. Ils ne porteront point d'armes, ne vendront point de vin, seront fidelles au calife, et payeront régulièrement les impôts. » D'autres victoires assuroient le triomphe d'Omar. Ses lieutenans s'avançoient en Perse, et défaisoient en bataille rangée *Izdegerde*, le dernier des rois idolâtres de cette grande monarchie. Cette victoire fut suivie de la prise de Mœdain, la capitale de l'empire des Perses. *Amrou*, un de ses lientenans, battit les troupes de l'empereur *Héraclus*; Memphis et Alexandrie se rendirent; l'Égypte entière et une partie de la Libye furent enlevées aux Romains. C'est dans cette conquête que fut brûlée la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, monument des connoissances et des erreurs des hommes, commencée par *Ptolomée Philadelphe*, et augmentée par tant de rois. Alors les Sarasins ne vouloient d'autre science que celle de l'*Alcoran*; mais ils faisoient déjà voir que leur génie pouvoit s'étendre à tout. L'entreprise de renouveler en Égypte l'ancien canal creusé par les rois, rétabli ensuite par *Tianjan*, et de rejoindre ainsi le Nil à la Mer Rouge, est digne des siècles les plus éclairés. Un gouverneur d'Égypte entreprit ce grand travail sous le califat d'*Omar*, et en vint à bout. Rien ne résistoit aux armes des Musulmans: ils poussèrent leurs conquêtes bien avant dans l'Afrique, et même suivant quelques-uns, jusqu'aux Indes. *Omar* ne jouit pas longtemps de ses conquêtes; il fut assassiné l'an 644 de J. C., à 63 ans, par un esclave Persan. Son assassin s'appeloit *Firouz*. Il vint un jour porter ses plaintes à *Omar* contre son maître, qui exigeoit tous les jours de lui deux drachmes d'argent. C'étoit le plus souvent tout ce qu'il pouvoit gagner par son travail. *Omar* lui demanda combien de métiers il savoit; et ayant appris qu'il étoit architecte, charpentier, sculp- teur, il lui dit que cette somme n'étoit pas excessive, et que son maître pouvoit l'obliger à lui donner trois drachmes, puisqu'il avoit trois professions. Il ajouta qu'il vouloit l'employer à construire des moulins à vent, pour moudre le blé des greniers publics. *Firouz*, irrité de la réponse d'*Omar* et frémissant de colère, lui dit: *Je vous ferai un moulin dont on parlera, tant que la roue de celui du Ciel toucasse sur la tête des hommes... Omar*, entendant ces paroles, dit à ses courtisans: *Il semble que cet homme me menace?* et son soupçon fut juste. L'esclave prit si bien son temps, qu'il le frappa quelques jours après d'un coup de couteau au-dessous du nombril, dont il mourut trois jours après. Les grands le prièrent de se choisir un successeur; mais leurs instances furent inutiles. Il répondit seulement: *Si Salem étoit encore en vie, je l'aurois préféré à tous les autres*. On lui proposa d'élever son fils à cette dignité; mais il s'en défendit avec vivacité, disant que *c'étoit bien assez qu'il se fût trouvé dans sa famille un homme qui eût bien voulu se charger d'un tel fardeau*. Pendant son règne, qui ne fut que d'environ dix ans, les Arabes se rendirent maîtres de 36,000 villes, places ou châteaux, détruisirent 4000 temples des Chrétiens ou Idolâtres, firent bâtir 1400 Mosquées pour l'exercice de leur religion. L'enthousiasme les animoit autant dans leurs conquêtes, que le désir de dominer et de s'enrichir. *Omar* se bornoit dans sa table et ses vêtements au seul nécessaire, ne se nourrissant que de pain d'orge, ne buvant que de l'eau, et pra- tiquant toutes les austérités prescrites par l'Alcoran. Le Mahométisme n'a point eu d'apôtre plus zélé et plus vertueux que ce guerrier. Il fut le premier qui rendit le califat électif, voulant que le mérite seul pût élever à cette dignité, et se contentant de demander pour son fils une place dans le conseil d'état. Ce fut lui qui bâtit le grand Caire.
II. OMAR II, 13e calife, de la race des Ommiades, succéda à son cousin Soliman, l'an 717 de J. C. Il attaqua Constantinople avec toutes les machines et toutes les ruses de guerre imaginables; mais il fut obligé d'en lever le siège, et sa flotte ayant été submergée par une horrible tempête, il persécuta cruellement les Chrétiens de son empire. Son zèle outré pour sa religion en étoit le motif; car d'ailleurs il étoit équitable : en voici une preuve remarquable. Les Ommiades ses prédécesseurs avoient établi des malédictions solennelles contre la mémoire d'Ali, afin de la rendre exécrable à tous les peuples. Omar voulut abolir ces anathèmes, parce qu'il les croyoit injustes. C'étoit rouvrir la route du trône aux Alides. Pour se garantir de cette révolution, sa famille le fit empoisonner auprès d'Emèse ville de Syrie, l'an 720 de J. C., après un règne de deux ans cinq mois.
OMEIS, (Magnus Daniel) né à Nuremberg, obtint par son savoir la place de professeur en éloquence, en morale et en poésie, à Altorf, où il mourut le 22 novembre 1708, à 63 ans. On a de lui : I. Ethica Pythagorica. II. Ethica Platonica, cui accessit Speculum virtutum quo- tidiè consulendum. III. Theatrum virtutum et vitiorum ab Aristotelo omissorum. IV. Juvenci Historia Evangelica cum notis. Ces ouvrages ne sont guère consultés aujourd'hui.
OMER, (St.) Audomarus, né dans le val de Goldenthal près de Constance, sur le haut Rhin, d'une famille noble et riche, se retira dans sa jeunesse au monastère de Luxeuil, et fut nommé évêque de Térouanne par le roi Dagobert, en 636. Il travailla avec zèle à rétablir la discipline dans son diocèse, et bâtit le monastère de Sithin, auquel St. Bertin qui en fut le second abbé, donna son nom. Sa mort fut sainte comme sa vie; elle arriva en 668.
OMONT, Voyez AUMONT.
OMPHALE, reine de Lydie et femme d'Hercule, répondit à l'amour de ce héros, parce que, selon la Fable, il tua près du fleuve Sangaris un serpent qui désoloit son royaume. Hercule eut tant de passion pour cette princesse, qu'il prenoit sa quenouille et s'amusoit à filer avec elle.
OMPHALIUS, (Jacques) natif d'Andernach dans l'électorat de Cologne, fut un habile jurisconsulte, et conseiller du duc de Clèves. Il mourut en 1570. On a de lui plusieurs ouvrages en latin, qui contiennent un grand fonds de littérature. Les plus connus sont : I. De officio et potestate Principis. II. De elocutionis imitatione et apparatu.
ONAM, Voyez HONAM.
ONAN, fils de Juda et petit-fils de Jacob. Juda ayant donné *Thamar* pour femme à *Her* son fils aîné, celui-ci mourut sans avoir d'enfants ; alors *Juda* fit épouser *Thamar* à *Onan* son second fils, afin qu'il fit revivre le nom de son frère. Mais *Onan* empêcha par une action détestable que *Thamar* ne devint mère, et le Seigneur le frappa de mort.
ONÉSICRITE, philosophe à la suite d'*Alexandre le Grand*. Ce prince l'envoya vers les Sophistes Indiens avec lesquels il eut de longues conférences, surtout avec *Calamis*, le plus célèbre de tous, qu'il détermina à le suivre jusqu'en Perse, où après avoir donné de grandes preuves de sagesse, il quitta la vie en se faisant brûler vif en présence de toute l'armée des Macédoniens.
ONESIME, Phrygien, esclave de *Philémon* ami de *Saint Paul*, fit un vol considérable à son maître, se sauva et rencontra *St. Paul* à Rome. Cet apôtre le convertit, et lui donna une lettre pour *Philémon*, qui, ravi de voir son esclave Chrétien, le sembla de biens en le mettant en liberté. On croit que *St. Paul* le fit évêque de Bérée en Macédoine, où il couronna sa vie par le martyre.
ONESIPHORE, disciple de *St. Paul*, souffrit le martyre avec *St. Porphyre* : il fut traîné à la queue d'un cheval.
ONGOSCHIO, Voyez FIDERI. I. ONIAS I, successeur de *Jeadoa* ou *Joadus*, obtint le souverain pontificat l'an 324 avant Jésus-Christ. Pendant son gouvernement, *Ptolomée* surnommé *Soter*, fils de *Lagus*, prit Jérusalem par trahison, un jour de Sabbat que les Juifs l'avoient reçu dans la ville en qualité d'ami.
II. ONIAS II, grand Prêtre l'an 242 avant Jésus-Christ, étoit un homme de peu d'esprit et d'une avarice sordide. Il refusé de payer le tribut de 20 talens d'argent que ses prédécesseurs avoient toujours payé aux rois d'Égypte, comme un hommage qu'ils faisoient à cette couronne. *Ptolomée Evergète*, qui régnoit alors, envoya à Jérusalem un de ses courtisans pour demander les arrérages qui montoient fort haut, menaçant cette ville en cas de refus, d'abandonner la Judée à ses soldats, et d'y envoyer d'autres habitans à la place des Juifs. Ces menaces mirent l'alarme dans Jérusalem. *Onias* fut le seul qui ne s'en effraya point ; et les Juifs alloient éprouver les derniers malheurs, si *Joseph* neveu du grand Prêtre, n'eût détourné l'orage par sa prudence. Il se fit députer à la cour d'Égypte : il sut si bien gagner l'esprit du roi et de la reine, qu'il se fit donner la ferme des tributs du roi dans les provinces de Célésyrie et de Palestine. Cet emploi le mit en état d'acquitter les sommes dues par son oncle, et fut le salut de sa nation. *Onias* eut pour successeur *Simon II*, son fils.
III. ONIAS III, fils de *Simon* et petit-fils d'*Onias II*, fut établi dans la grande sacrificature après la mort de son père, vers l'an 200 avant Jésus-Christ. C'étoit un homme juste, qui a mérité que le *Saint-Esprit* lui donnât les plus grandes louanges. Sa piété et sa fermeté faisoient observer les lois de Dieu dans Jérusalem, et inspireient aux rois mêmes et aux princes idolâtres un grand respect pour le Temple du Seigneur. C'est sous lui qu'arriva l'histoire d'*Héliodore*. Un Juif nommé *Simon*, outré de la résistance qu'*Onias* apportoit à ses injustes entreprises, fit dire à *Selcucus* roi de Syrie, qu'il y avoit dans les trésors du Temple des sommes immenses, qu'il pouvoit très-facilement verser dans le sien. Le roi, sur cet avis, envoya à Jérusalem *HELIOPOLIS* : (*Voyez* ce mot.) Le perfide *Simon*, toujours plus animé contre *Onias*, ne cessoit de le faire passer pour l'auteur de tous les troubles, qu'il excitoit lui-même. *Onias* craignant les suites de ces accusations, se détermina à aller à Antioche pour se justifier auprès du roi *Selcucus* : ce prince mourut sur ces entrefaites. *Antiochus Epiphanes* son frère, lui ayant succédé, *Jason* frère d'*Onias*, qui desiroit avec ardeur d'être élevé à la souveraine sacrificature, l'acheta du roi à prix d'argent, et en dépouilla son frère qui se retira dans l'asile du bois de Daphné. Ce saint homme n'y fut pas en sureté ; car *Ménélus*, qui avoit usurpé sur *Jason* la souveraine sacrificature et pillé les vases d'or du Temple, fatigué des reproches que lui en faisoit *Onias*, le fit assassiner par *Andronic* gouverneur du pays. Ce meurtre révolta tout le monde. Le roi lui-même, sensible à la mort d'un si grand homme, ne put retenir ses larmes, et la vengea sur l'auteur qu'il fit tuer au même lieu où il avoit commis cette impiété... : *Onias* laissa un fils, qui, se voyant exclus de la dignité de son père par l'ambition de *Jason* et de *Ménélus* ses oncles, et par l'injustice des rois de Syrie, se réfugia en Egypte auprès du roi *Ptolomee Philometor*. Ce prince lui accorda la permission de faire bâtir un Temple au vrai Dieu dans la préfecture d'Héliopolis. Il appela ce Temple *Onion*, et le construisit sur le modèle de celui de Jérusalem, y établit des Prêtres et des Lévites, qui faisoient le même service et pratiquoient les mêmes cérémonies que dans le vrai Temple. Le roi lui assigna de grandes terres et de forts revenus, pour l'entretien des Prêtres, et pour les besoins du Temple. Après la ruine de Jérusalem, *Vespasien*, craignant que les Juifs ne se retirassent en Egypte et ne continuassent à faire les exercices de leur religion dans le Temple d'Héliopolis, le fit dépouiller de tous ses ornemens, et en fit fermer les portes.
IV. ONIAS, Juif d'une vertu éminente, obtint de Dieu par ses prières la fin d'une cruelle famine qui affligoit ses compatriotes ; mais il n'obligea que des ingrats. Voyant la guerre allumée pour le pontificat entre *Hyrcan* et *Aristobule*, il se retira dans une caverne, pour ne point prendre part à ces horreurs, l'un et l'autre parti étant composé de Juifs. Il fut cependant accusé d'être de celui d'*Hyrcan*. Comme on voulut le forcer à maudire *Aristobule* et les sacrificateurs attachés au Temple, le saint homme fit cette prière : *Grand Dieu, puisque ceux-ci sont votre* Peuple et ceux-là vos Sacrifica- teurs, je vous conjure de n'exau- cer ni les uns ni les autres? Le peuple furieux l'accabla aussitôt de pierres; et ce crime fut puni peu après par le même fléau, dont Dieu, à sa considération, les avoit délivrés.
ONKELOS, surnommé le Prosélyte, fameux rabbin du premier siècle, est auteur de la première Paraphrase Chaldáique sur le Pentatenque. On dit dans le Talmud, qu'il fit les funé- railles du rabbin Gamaliel, et que pour les rendre plus magni- fiques il y brûla des meubles pour la valeur de plus de 20,000 livres. C'étoit la coutume des Hébreux de brûler le lit et les autres meubles des rois après leur mort. On observoit la même cérémonie aux funérailles des présidens de la Synagogue, tels qu'étoit Gamaliel.
ONOMACRITE, poète Grec, que l'on croit auteur des Poésies attribuées à Orphée et à Musée, florissoit vers l'an 516 avant Jésus-Christ. Il fut chassé d'A- thènes par Hipparque, un des fils de Pisistrate.
ONOSANDER, philosophe Platonicien, dont il nous reste un traité Du devoir et des vertus d'un Général d'Armée, que Bi- gault a publié en 1600, in-4°, en grec, avec une bonne traduc- tion latine. Blaise de Vigenère l'a traduit en françois, in-4°, et sa version est rare : elle parut à Paris en 1605. M. le baron de Zurlauben en a donné une meilleure dans sa Bibliothèque Militaire, 1760, trois volumes in-12. Il y en a une édition grecque et françoise de Nurem- berg, 1762, in-folio, qui est estimée.
ONSEMBRAY, Voyez PAJOT.
ONUPHRE PANVINI, Voyez PANVINI.
OORT, Voyez WAN-OORT.
OPHIONÉE, chef des mau- vais Génies qui se révoltèrent contre Jupiter, au rapport de Phé- récyde de Scyros : d'où quelques Mythologistes bizarres ont cou- clu assez mal-à-propos, que les anciens Païens ont eu quel- que connoissance de la châtre de Lucifer. Ce mot grec signifie Serpent; ce qui a encore con- tribué à accréditer son système.
OPHNI et PHINÉES, en- fans du grand prêtre Heli, fu- rent si impies et si méchans, que l'Écriture leur a donné le nom de Fils-de-Bélial. Le père étoit sage et vertueux; mais sa foiblesse pusillanime et sa crimi- nelle complaisance, furent, en quelque sorte, la cause des dé- bordemens de ses enfans, et il en fut puni avec eux. Ces infames faisoient violence aux femmes et aux filles qui venoient au Tem- ple, s'approprioient les offran- des, exigeoient des contributions pour rendre la justice ou plutôt l'injustice. Le père en fut sou- vent averti, et il n'eut jamais le courage ni la force d'y remédier. Enfin, Dieu irrité lui envoie le Prophète Samuel, et lui fait annoncer que bientôt il lui arri- veroit des malheurs si grands, que tous ceux qui les appren- droient en seroient effrayés. En effet la guerre s'étant allumée entre les Israélites et les Philis- tins, on en vint à une bataille: 174 O P I c'étoit là le moment des vengeances de Dieu. Vingt mille Israélites restèrent sur le champ de bataille; l'Arche d'Allance, cette sauve-garde qui assuroit ordinairement la victoire, tomba entre les mains des ennemis; et les deux fils du pontife, Ophui et Phinées, furent trouvés au nombre des morts noyés dans leur sang. On apporte en tremblant la fatale nouvelle au père, qui, frappé comme d'un coup de foudre, tombe à la renverse; sa cervelle se répand sur le pavé, et il expire à l'instant. Ainsi périrent le père et les fils, victimes, les uns de leurs injustices sacrilèges, et l'autre de sa foiblesse aveugle pour d'indignes enfans.
OPILIUS, (Aurelius) habile grammairien, auteur d'un ouvrage intitulé: Libri Musarum, florissoit l'an 94 avant Jésus-Christ. Ce recueil n'est pas venu jusqu'à nous. I. OPITIUS, (Martin) poète de Breslaw, s'est fait un nom célèbre par ses Poésies latines, et encore plus par ses Poésies allemandes. Après avoir beaucoup voyagé, il profita de ses connoissances pour donner à son pays les premières leçons de goût et de pureté de langage. On a de lui, des Sylves, des Epigrammes, un Poème sur le Vésuve, les Distiques de Caton, etc. Ses vers allemands, qui l'ont mis à la tête des poètes de sa nation, sont également naturels et brillants. Ils ont été recueillis à Amsterdam en 1698. Les latins l'avoient été en 1631 et 1640, in-8.º On l'a comparé à Pope, parce que ses écrits offrent une philosophie éclairée. L'auteur mourut de la peste à Dantzig, le 13 août 1639, aimé et estimé.
II. OPITIUS, (Henri) théologien Luthérien, né à Altenbourg en Misnie l'an 1642, fut professeur en langues orientales et en théologie à Kiel, où il mourut en 1712, à 70 ans. On a de ce savant un grand nombre d'ouvrages sur les antiquités Hébraïques; il ternit sa réputation en voulant établir le rapport de la langue grecque avec les langues orientales, selon la méthode que Wasmuth avoit suivie pour montrer la liaison que tous les dialectes de l'Orient ont entr'eux. Cette envie bizarre d'assujettir la langue grecque aux mêmes règles que l'hébreu, l'engagea à donner quelques livres ridicules. Opitius étoit d'ailleurs un des hommes les plus savans de sa secte et de son siècle. On ne recherche de lui que sa Biblia Hebraica, Kiel, 1719, in-4.º, deux volumes.
OPMÉER, (Pierre) natif d'Amsterdam, se distingua par son érudition et par son zèle pour la défense de la religion Catholique. On a de lui: I. Un Traité de l'Office de la Messe, 1570, in-8.º II. L'Histoire des Martyrs de Gorcum et de Hollande, Leyde, deux vol. in-8.º C'est l'histoire des Catholiques les plus zélés, dont les Hollandois ont versé le sang pour cimenter l'hérésie et la révolte. III. Une Chronique depuis le commencement du Monde jusqu'en 1569, avec des supplémens par Laurent Beverluck, jusqu'en 1611: Anvers, 1611, deux vol. in-folio, avec figures. Cet ouvrage est un des meilleurs qu'on ait en ce genre, le style en est net et fort intelligible. *Opméer* a le plus souvent puisé dans les sources : tous ses ouvrages sont écrits en latin. Cet écrivain mourut à Delft en 1595, âgé de 69 ans.
**OPORIN**, (Jean) imprimeur de Basle, vit le jour en 1507. Il fut plus favorisé de la nature que de la fortune : obligé d'être maître d'école pour avoir du pain, il transcrivit des manuscrits, et se mit en état d'être correcteur d'imprimerie, et enfin imprimeur lui-même. Il enrichit la république des lettres de plusieurs ouvrages des Anciens, imprimés avec une exactitude scrupuleuse, et ornés de Tables très amples. Il mourut le 6 juillet 1568, à 61 ans. Il fut inhumé dans la cathédrale de Basle près de son ami *Erasme*, dont il avait publié les ouvrages, et près d'*Écolampade* et de *Sébastien Munster*. *Oporin* s'étoit imposé dans sa jeunesse le joug du mariage. Sa première femme étoit une furie ; la seconde étoit une prodigue ; il eut le bonheur de les perdre, et il passa en paix le reste de ses jours avec deux autres femmes plus sages, qu'il épousa successivement. On a de lui : I. De savantes *Scolios* sur différens ouvrages de *Ciréron*. II. Des *Notes* pleines d'érudition sur quelques endroits de *Démosthènes*. III. L'édition de 38 *Poètes Bucoliques*. *Conrad Gesner* a donné le catalogue des livres sortis des presses d'*Oporin*.
**OPPÈDE**, (Jean Meynier, baron d') premier président au parlement d'Aix, sa patrie, succéda dans cette place à *Chasseneux*, et joignit à sa charge la lieutenance générale de Provence et le commandement militaire en l'absence du comte de *Grignan*. Ce magistrat guerrier se signala par un zèle cruel. Le parlement d'Aix avoit ordonné le 18 novembre 1540, par un arrêt solennel, que toutes les maisons de Mérindol occupées par les hérétiques nommés *Vandois*, seroient entièrement démolies, ainsi que les châteaux et les forts qui leur appartenoient. Dix-neuf des principaux habitans de ce bourg furent condamnés à périr par le feu. Les Vandois effrayés députèrent vers le cardinal *Sadolet* évêque de Carpentras, prélat philosophe, qui les reçut avec bonté et intercéda pour eux. *François premier* touché par leurs représentations, leur pardonna, à condition qu'ils abjureroient leurs erreurs. On n'abjure guère par force ce qu'on a sucé avec le lait. (*Voyez CHASSENUEUX*.) *D'Oppède*, irrité de l'opiniâtreté de ces esprits inflexibles, fit exécuter en 1545, l'arrêt dont on avoit suspendu l'exécution. Il falloit des troupes : *d'Oppède* et l'avocat général *Guerin*, s'étant fait une petite armée, fondirent sur les villages de Cadenet, de Pertuis, de la Mothe, de Saint-Martin, de Villelaure, de Lourmarin, de Genson, de Tremezines, de la Roque, de Cabrières, de Mérindol ; tuèrent tout ce qu'ils rencontrèrent ; brûlèrent les maisons, les granges, les moissons et les arbres. Les fugitifs furent poursuivis à la lueur de l'embrasement. Il ne restoit dans le bourg de Cabrières que 60 hommes et 30 femmes. Ils se rendent, sous la promesse qu'on épargnera leur vie ; mais à peine se sont-ils rendus, 176 O P P qu'on les massacre. Quelques femmes réfugiées dans une Eglise, en sont tirées par l'ordre de l'implacable d'Oppède ; il les enferme dans une grange, à laquelle il fait mettre le feu. « Lorsqu'elles se présentoient à la fenêtre pour se jeter en bas, dit le continuateur de Fleury, on les repoussoit avec des fourches, ou on les recevait sur les pointes des hallebardes. Ceux qui se sauvèrent dans les montagnes ne furent pas plus heureux : la faim et les bêtes farouches les dévorèrent, parce qu'on leur coupa tous les chemins. On les assiégea, comme des lions dans un fort ; on défendit, sous peine de la vie, de leur donner aucuns alimens. Ces misérables députèrent vers d'Oppède pour obtenir de lui la permission d'abandonner leurs biens, et de se retirer la vie sauve dans les pays étrangers. Le baron de la Garde, quoique aussi cruel que l'autre, paroissoit fléchi ; mais le président lui répondit brusquement, qu'il les vouloit tous prendre sans qu'aucun n'échappât, et les envoyer habiter les Enfers. Huit cents personnes périrent dans cette action. On alla ensuite à la Coste, dont le seigneur avoit promis aux habitans qu'il ne leur seroit fait aucun dommage, pourvu qu'ils portassent leurs armes dans le château, et qu'ils abattissent les murailles de la ville en quatre endroits. Ces bonnes gens, trop crédules, firent ce qui leur étoit ordonné ; mais à l'arrivée du président, les faubourgs furent brûlés, la ville fut prise, et les habitans taillés en pièces, sans qu'il en restât un seul. Les femmes et les filles, qui pour se dérober à la première furie du soldat, s'étoient retirées dans un jardin proche le château, furent toutes violées et si cruellement traitées, que plusieurs moururent de faim ou de tristesse, ou des tourmens qu'on leur fit souffrir. Ceux qui étoient cachés dans Mussi ayant été enfin découverts, éprouvèrent le même sort que les autres ; et ceux qui erroient dans les forêts et sur les montagnes désertes, cherchoient plutôt la mort que la vie dans leur retraite, ayant perdu leurs biens, leurs femmes et leurs enfans. Il y eut vingt-deux bourgs ou villages saccagés ou brûlés. » (Et non quarante-quatre, comme le dit le continuateur du petit Dictionnaire Historique de Ladvocat.) Lorsque les flammes furent éteintes, la contrée, auparavant florissante et peuplée, fut un désert affreux où l'on ne voyoit que des cadavres. Le peu qui échappa, se sauva vers le Piémont. François I eut horreur de cette destruction atroce. L'arrêt, dont il avoit permis l'exécution, portoit seulement la mort de dix-neuf hérétiques : d'Oppède et Guérin en firent périr plus de quatre mille par le fer et par le feu, hommes, femmes et enfans : (Voy. I. GUÉRIN.) Lesseigneurs dont les villages et les châteaux avoient été consumés par les flammes, demandèrent justice au roi, qui recommanda expressément à son fils Henri II, en mourant, de faire punir les auteurs de cette barbarie. L'affaire fut portée en 1551, au parlement de Paris. Jamais cause ne fut plus solennellement plaidée ; elle tint cinquante audiences consécutives. Le président d'Oppède parla avec tant de force, et fit agir tant de protecteurs, qu'il fut renvoyé absous. absous. Il toucha sur-tout beaucoup par son Plaidoyer, qui commençait par ces mots : *Judica me, DEUS, et discerne causam meam de gente non sancta*. Il tâcha de prouver qu'il n'avoit fait qu'exécuter les ordres de *François premier* contre les sectaires ; et que le roi avoit ordonné, qu'au cas qu'ils refusassent d'abjurer l'hérésie, on les exterminât comme Dieu avoit ordonné à *Saïl* d'exterminer tous les Amalécites. C'est ainsi que cet homme dur et inflexible abusait de l'Écriture-Sainte pour autoriser ses horreurs. Mais les gens sages le soupçonnoient d'avoir des motifs personnels de haine contre les *Vaudois*. « Un de ses fermiers, dit M. Garnier, lui avoit dérobé le prix de sa terre, et s'étoit caché parmi eux. La comtesse de *Cental*, qui n'étoit devenue riche que parce qu'elle avoit peuplé ses terres d'habitations Vaudoises, avoit rejeté avec mépris l'offre de sa main. Ce ressentiment secret, qu'il se dissimuloit à lui-même, put bien le porter aux atrocités dont il se souilla. C'étoit d'ailleurs un homme d'une probité et d'une intégrité incorruptibles : il exerça sa charge avec beaucoup d'honneur jusqu'à sa mort, arrivée en 1558. » Les écrivains Protestans, et après eux le président de *Thou* et *Dupleix*, disent que la Justice divine le punit de sa cruauté, en le faisant mourir dans des douleurs horribles. *Mainbourg* dit : « que la vraie cause de ses douleurs fut la trahison d'un opérateur Protestant, qui le sonda avec une sonde empoisonnée pour venger sa secte ; » mais il ne donne aucune preuve de ce frit. On a de lui une *Traduction* françoise de six *Triomphes* de *Pétrarque*.
OPPENORT, (Gilles-Marie) architecte, mort à Paris en 1730, est regardé par les connoisseurs comme un génie du premier ordre dans l'art qu'il a professé. Aucun maître n'a possédé dans un degré plus éminent, le dessin convenable à cet art. Le duc d'*Orléans* régent du royaume, juste estimateur des talens, lui donna la place de directeur général de ses bâtiments et jardins. *Oppenort* a laissé des *Dessins* dont M. *Haquier* artiste connoisseur, a gravé avec beaucoup de propreté et d'intelligence, une suite considérable.
OPPIEN, poète Grec, natif d'Anazarbe ville de Cilicie, florissoit dans le deuxième siècle, sous le règne de l'empereur *Caracalla*. Ce poète a composé plusieurs ouvrages où l'on remarque beaucoup d'érudition embellie par les charmes et la délicatesse de sa versification. Nous avons de lui cinq livres de la *Pêche* et quatre de la *Chasse*. L'empereur *Caracalla*, touché des beautés de sa poésie, lui fit donner un écu d'or pour chaque vers du *Cynegation* ou *Traité de la Chasse*. C'est de là que les vers d'*Oppien*, dit-on, furent appelés *Vers dorés*. Son portrait du cerf dans ce Poème, est d'un grand peintre. Ce poète fut moissonné par la peste dans sa patrie, au commencement du troisième siècle, à l'âge de 30 ans. Ses compatriotes firent graver sur son tombeau cette inscription : *Les Dieux ne se sont hâtés de rappeler Oppien à la fleur de l'âge, que parce qu'il avoit déjà surpassé les mortels*. Les meilleures éditions de ses Poèmes imprimés dès 1478, in-49, sont celles de 178 OPP Paris, chez *Vascosan* en 1549, remarquable par la beauté et l'exactitude; et de Leyde, 1597, in-8°, en grec et en latin, avec des notes de *Rittershuys*, pleines d'érudition. On a une Traduction en mauvais vers françois, par *Florent Chrétien*, du Poème de la *Chasse*, 1575, in-4°; et en prose, par *Samuel Fermat*, à Paris, 1690, in-12. *Suidas*, dans son Dictionnaire grec, à l'article de la vie d'*Oppien*, assure que ce poète avoit composé un Poème en cinq livres, sur la *Chasse aux Oiseaux*; cet ouvrage n'est point parvenu jusques à nous. *Erasme Winding* a donné la paraphrase du sophiste *Eutecnius*, sur ce dernier Poème d'*Oppien*, d'après un manuscrit du Vatican, publié à Copenhague en 1702, in-8° —*Voyez VERGÈCE*.
OPPIUS, (Caius) est auteur, selon quelques-uns, des *Commentaires sur les guerres d'Alexandrie, d'Afrique et d'Espagne* attribués à *Hirtius*. (Voyez ce mot.) On croit aussi qu'il a fait un *Traité des Hommes illustres*.
OPPORTUNE, (Sainte) abbesse de Montreuil dans le diocèse de Sées, étoit d'une famille illustre, et sœur de *St. Godegrand* évêque de ce siège. Elle mourut le 22 avril 770, après avoir passé sa vie dans les exercices de la pénitence.
OPS, (Mythol.) fille du *Cirl* et de *Vesta*, sœur et femme de *Saturne*, est la même que *Ithée* et *Cybèle*. *Cicéron* la prend pour la *Terre*, parce que c'est elle qui produit les choses nécessaires à la subsistance des hommes. *Voy. CYBÈLE*. I. OPSOPÆUS, (Vincent) Allemand, écrivain du 16$^{e}$ siècle, dont nous avons en latin un Poème bachique, intitulé : *De arte bibendi*, Francfort, 1578, in-8°, qui plut à ceux de sa nation.
II. OPSOPÆUS, (Jean) né à Breten dans le Palatinat, en 1556, fut correcteur de l'imprimerie de *Wechel*, qu'il suivit à Paris, et auquel il fut fort utile par ses connoissances. Son zèle pour les nouveaux hérétiques le fit mettre deux fois en prison. Il se consacra à la médecine, et il y fit de si grands progrès, qu'étant de retour en Allemagne, on lui donna une chaire de professeur en cette science à Heidelberg. Il y mourut en 1596, à 40 ans. Il avoit un frère nommé *Simon*, qui excella dans la pratique de l'art de guérir et qui comme lui brilloit dans la théorie. On a de *Jean* divers Traités d'*Hippocrate*, avec des traductions latines corrigées, et des remarques tirées de divers manuscrits. On lui doit encore le Recueil des *Oracles des Sybilles*, Paris, 1607, in-8°.
OPSTRAET, (Jean) né à Beringhen dans le pays de Liège, en 1651, professa d'abord la théologie à Louvain, ensuite au séminaire de Malmes. L'archevêque de cette ville, instruit de son attachement à *Janénins* et à *Quesnel*; le renvoya comme un homme qu'il croyoit dangereux. De retour à Louvain, il entra dans les querelles excitées par les écrits de *Steynert*, et fut banni par lettre de cachet, en 1704, de tous les états de *Philippe V*. Revenu à Louvain deux ans après, lorsque cette ville passa sous la domination de l'empereur il fut fait principal du collège de Faucon. Il mourut dans cet emploi, le 29 novembre 1720, à 69 ans. Ce savant avoit de l'esprit, de la lecture, et écrivoit assez bien en latin lorsqu'il le vouloit; mais souvent il s'accommodoit exprès au style plus précis et moin pur, des Scolastiques. Sa vie exemplaire et son désintéressement le rendirent le modèle des Jansénistes de Hollande, ainsi que ses lumières l'en avoient rendu l'oracle. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en latin et en françois, recherchés avec avidité par les partisans de Quesnel. Les principaux sont : I. Theses Théologie, 1706. On y trouve, suivant le Lexicographe des Livres Jansénistes, cette plaisanterie basse et impie, « que les Messes pour les Morts servent bien plus au Réfectoire qu'au Purgatoire ; » mais c'est une calomnie. II. Dissertation Théologique sur la manière d'administrer le Sacrement de Pénitence, contre Steyaert, in-12. III. La vraie Doctrine touchent le Baptême laborieux, trois volum. in-12, contre le même. IV. Instructions Théologiques pour les jeunes Théologiens. V. Le bon Pasteur, où l'on traite des devoirs des Pasteurs. Ce livre a été traduit en françois par Hermant curé de Maltot près Caen, en 2 vol. in-12. VI. Le Théologien Chrétien, mis en françois par Saint-André de Beauchesne, fils d'un président à mortier du parlement de Grenoble, et imprimé avec quelques retranchemens et quelques additions, à Paris, en 1723, sous ce titre : Le Directeur d'un jeune Théologien, in-12. VII. Instructions Théologiques sur les Actes humains, 3 vol. in-12. VIII. Théologie Dogmatique, Morale, Pratique et Scolastique, en 3 vol. in-12. IX. Traité des lieux Théologiques, en 3 vol. in-12. C'est un des plus estimés. X. Dissertation Théologique sur la Conversion du Pêcheur. Ce livre a été traduit en françois, mais avec beaucoup de liberté, par l'abbé de Natte; il a été imprimé plusieurs fois sous ce titre : Idee de la Conversion du Pêcheur. La dernière édition françoise est de 1732, en deux vol. in-12, avec des additions qui ne sont pas du traducteur.
OPTAT, évêque de Milève, ville de Numidie en Afrique, sous l'empire de Valentinien et de Valens, a un nom célèbre dans l'Eglise, quoiqu'il n'y soit guère connu que par ses ouvrages : St. Augustin, St. Jérôme, St. Fulgence le citent avec éloge. « Optat, dit le premier, pourroit être une preuve de la vérité de l'Eglise Catholique, si elle s'appuyoit sur la vertu de ses ministres. » Nous n'avons d'Optat que sept Livres du Schisme des Donatistes, contre Parmelnieu évêque de cette secte. Cet ouvrage est une marque de son érudition et de la netteté de son esprit. Son style est noble, véhément et serré. La meilleure édition de ce livre est celle du docteur Dupin, en 1700, in-folio. L'éditeur l'a enrichie de courtes notes au bas des pages, avec un recueil de tous les Actes des Conciles, des Lettres des évêques, des Edits des empereurs, et des Actes des martyrs, qui ont du rapport à l'histoire des Donatistes, disposés par ordre chronologique jus- 180 ORA qu'au temps de Grégoire le Grand. On trouve à la tête une Préface savante et bien écrite, sur la vie, les Œuvres et les différentes éditions d'Optat. Avant celle de Dupin, on estimoit l'édition qu'en avoit donné Gabriel Aubespine avec des annotations, à Paris, en 1631, et celle de le Prieur, 1679.
ORANG-ZEB, Voyez AURENG-ZEB. I. ORANGE, (Philibert de Châlons, prince d') né en 1502, quitta le service de François I en 1520, piqué de ce qu'a Fontainebleau le maréchal des logis de la cour, par ordre du roi, l'avoit délogé pour faire place à un ambassadeur de Pologne, et passa à celui de l'empereur. Il perdit par ce changement sa principauté d'Orange, que le roi fit saisir, ainsi que le gouvernement de Bretagne qu'il avoit eu dès le berceau. L'empereur l'en dédommagea en lui donnant la principauté de Melphes, le duché de Gravina, plusieurs autres terres en Italie et en Flandre, et l'ordre de la Toison d'or. Il fit ses premières armes à la reprise de Tournai sur les François en 1521, et commanda toute l'infanterie Espagnole au siège de Fontarable en 1522. Ayant été fait prisonnier par André Doria en 1524, il fut envoyé à la tour de Bourges, où il resta jusqu'au traité de Madrid après la bataille de Pavie, par lequel l'empereur lui fit rendre sa principauté. Il fut général de l'armée impériale en 1527, prit Rome qu'il saccagea après la mort du comnétable de Bourbon, et perdit la vie le 3 août 1530, dans un combat en Toscane près de Pis- toie, où il commandoit les troupes de l'empereur contre les Florentins alors en guerre avec le pape. Il n'avoit pas encore atteint l'âge de vingt-huit ans, et il ne laissa qu'une fille, qui porta ses titres et ses biens dans la maison de Nassau.
II. ORANGE, Voy. CHARNACÉ. — NASSAU, — et GUILLAUME, n.º III.
ORANTES, (François) Cordelier Espagnol, mort en 1584, assista en qualité de théologien, au concile de Trente, où il prononça un savant Discours en 1562. Il fut ensuite confesseur de Don Juan d'Autriche, puis évêque d'Oviedo en 1581. On a de lui, en latin, un Livre contre les Institutions de Calvin, etc.
ORATOIRE D'ITALIE, (Les Pères de l') Voyez NÉRI. — DE FRANCE, Voyez BERULLE.
ORBAY, Voyez DORBAY.
ORBELLIS, (Nicolas de) Cordelier, natif d'Angers, mort en 1455, laissa un Abrégé de Théologie selon la doctrine de Scot, in-8.º
ORBIANA, (Barbia) impératrice Romaine, fut la troisième femme d'Alexandre Sévère. Ses médailles sont recherchées.
ORBILIUS, ancien et célèbre grammairien de Bénévent, parvint à un si grand âge, que l'on dit qu'il oublia tout ce qu'il savoit: et comme il ne savoit que des mots, il n'oublia pas grand-chose.
ORGAN, Voyez ORGAN.
ORCIDÉS, capitaine Hébry- cien, combattit vaillamment con- tre les Argonautes descendant sur le rivage de sa patrie, et tua de sa main *Talaus*.
ORCUS, (Mythol.) Dieu des Enfers, le même que *Platon*, ainsi appelé du nom grec *O'pos*, tombeau ou sépulcre. Les an- ciens donnoient ce nom à toutes les divinités de l'enfer, même a *Cerbère*. Il y avoit de ce nom un fleuve de Thessalie qui sortoit des marais du *Styx*, dont les eaux étoient si épaisses, qu'elles surna- goient comme de l'huile sur celles du fleuve Pénée, dans lequel elles se déchargeoient. Ce fleuve au- roit bien pu donner une idée aux poètes des demeures infernales.
ORDELAFFI, *Voyez CIA*.
ORDRIC VITAL, originaire d'Orléans, né en Angleterre en 1075, fut amené à l'âge de dix ans en Normandie, et fut élevé dans l'abbaye d'Ouche, (*Saint- Evroult*) après que son père, qui étoit prêtre et veuf, eut embrassé l'état monastique. Il en prit lui- même l'habit à onze ans, et quoi- qu'il eût reçu le sous-diaconat dès 16 ans, il ne fut élevé au sa- cercloc que dans sa 33$^{e}$ année. Il passa toute sa vie dans l'état de simple religieux, n'étant occupé que de ses devoirs et de l'étude. Il mourut après 1143. Nous lui devons une *Histoire Ecclésiastique* en 13 livres, que *Duchesne* a fait imprimer dans les *Historiae Normannorum Scriptores*, Paris, 1619, in-fol. Cet ouvrage con- tient, parmi quantité de fables adoptées dans le siècle d'*Orde*, beaucoup de faits très-intéressans qu'on ne trouveroit pas ailleurs, tant par rapport à la Normandie
ORE 18r et à l'Angleterre, que par rap- port à la France. Ce seroit un grand service rendu à la littéra- ture, que de publier la nouvelle édition préparée par *D. Bessin*, que l'on conservoit à l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen.
OREGIUS, (Augustin) phi- losophe et théologien, né à Flo- rence de parens pauvres, alla à Rome pour y faire ses études. On le plaça dans une petite pen- sion bourgeoise, où il éprouva les mêmes sollicitations que le patriarche *Joseph*, et ne fut pas moins fidèle à son devoir. Il fuit de la maison de son hotesse, et eut le courage de passer une nuit d'hiver dans la rue, sans habits. Le cardinal *Bellarmin* instruit de sa vertu, le fit élever dans un collège de pensionnaires de la première qualité à Rome. *Ore- gius* fut chargé par le cardinal *Barberin*, d'examiner quel étoit le sentiment d'*Aristote* sur l'im- mortalité de l'âme; et c'est pour ce sujet qu'il publia en 1631, son livre intitulé: *Aristotelis vera de rationalis Animæ immortali- tate Sententia*, in-4$^{o}$ Enfin, ce cardinal étant devenu pape sous le nom d'*Urbaine VIII*, l'honora de la pourpre en 1634, et lui donna l'archevêché de Bénévent où il mourut en 1635, à 58 ans. On a de sa plume, les *Traités* de *Deo*, de *Trinitate*, de *An- gelis*, de *Opere sex dierum*; et d'autres Ouvrages imprimés à Rome en 1637 et en 1642, in- folio, par les soins de *Nicolas Oregius* son neveu. Le cardinal *Bellarmin* l'appeloit son *Théo- logien*, et le pape *Urbaine VIII* son *Docteur*.
ORELIANA, (François) est, comme on le croit communé- 182 ORE ment, le premier Européen qui a reconnu la rivière des Amazones. Il s'embarqua en 1539, assez près de Quito, sur la rivière de Coca, qui plus bas prend le nom de Napo. De celle-ci il tomba dans une autre plus grande, et se laissant aller sans autre guide que le courant, il arriva au Cap du Nord, sur la côte de la Guiane, après une navigation de près de 1800 lieues. Orellana périt dix ans après, avec trois vaisseaux qui lui avoient été confiés en Espagne, sans avoir pu retrouver l'embouchure de sa rivière. La rencontre qu'il fit en la descendant, de quelques femmes armées, dont un cacique Indien lui avoit dit de se défier, la fit nommer rivière des Amazones.
ORESME, (Nicolas) docteur de Sorbonne et grand maître du collège de Navarre, natif de Caen, fut précepteur de Charles Cinq, qui lui donna, en 1377, l'évêché de Lisieux. On l'avoit député à Avignon en 1363 vers le pape Urbain V, à qui il persuada de ne pas retourner à Rome. Oresme, de retour dans son diocèse, y fit fleurir la science et la piété. Les belles-lettres, la philosophie, la théologie et les bonnes œuvres, remplirent entièrement sa vie qu'il termina saintement en 1382. Ses ouvrages les plus connus sont: I. Un Discours contre les dérèglements de la cour de Rome. II. Un Traité estimé, De communicatione Idiomatum. III. Un Discours contre le changement de la Monnoie. IV. Un Traité De Antichristo, imprimé dans le tome IXe de l'Amplissima Collectio du Père Martenne: il est plein de ré- flexions judicieuses. V. Sa Traduction de la Morale et de la Politique d'Aristote, qu'il entreprit ainsi que la suivante, par ordre du roi Charles V. VI. Celle du Traité de Pétrarque, des Remèdes de l'une et de l'autre fortune. On le fait auteur encore d'une Traduction françoise de la Bible, qui est également attribuée à Raoul de Presle, et à Guyars des Moulins.
ORESTE, roi de Mycènes, fils d'Agamemnon et de Clytemnestre: sa sœur Electre, craignant qu'Egisthe, qui avoit tué Agamemnon et déshonoré Clytemnestre, ne le fit mourir, l'envoya secrètement chez Strophius roi de Phocée, qui le fit élever avec son fils Pylade dont il devint dès-lors l'ami inséparable. Après y être resté douze ans, il revint à Argos avec quelques Phocéens envoyés par Strophius, qui avoient ordre d'annoncer la mort d'Oreste dans la ville. Electre, qui étoit du complot, l'introduisit avec les Phocéens chez sa mère Clytemnestre qu'il tua d'abord, et ensuite Egisthe, pour venger la mort de son père. De là passant en Épire dans le temple de Delphes, il y poignarda Pyrrhus au pied de l'autel où il aïloit épouser Hermione, et voulut enlever cette princesse: mais toujours agité des Furies depuis son parricide, l'Oracle lui ordonna d'aller dans la Tauride pour se purifier de ses crimes. Il partit accompagné de Pylade son intime ami, qui ne voulut jamais le quitter: et lorsqu'ils furent arrivés, ils furent arrêtés par ordre de Thoas roi de cette contrée, pour être sacrifiés. Oreste ayant été désigné pour l'être le premier, *Pylade* voulut inutilement prolonger la vie de son ami, en mourant à sa place; mais dans le moment qu'*Oreste* alloit recevoir le coup de couteau, *Iphigénie* sa sœur, prêtresse de *Diane*, le reconnut. Ils tuèrent *Thoas* et prirent la fuite. *Pylade* épousa *Iphigénie*, et *Oreste* eut *Hermione* dont il gouverna les états. Il mourut de la morsure d'une vipère, vers l'an 1144 avant J. C.
ORESTE, préfet d'Alexandrie, *Voyez HYPATIE*.
ORESTE, général Romain; *Voy*. II. NEPOS et II. GLYCÈRE.
ORESTE, tyran de Rome, *Voyez AUGUSTULE* et ODOACRE.
ORESTILLE, (Livie) d'une illustre famille Romaine, belle et pleine d'esprit, fut promise au sénateur *Calpurnius Pison*, qui, pour rendre la célébration de son hymen plus solennelle, y invita l'empereur *Caligula*. Celui-ci, charmé de la nouvelle épouse, l'emmena après le festin et l'épousa le jour même. Quelque temps après, il la répudia; et ayant appris qu'elle avoit reçu chez elle *Calpurnius*, il les exila l'un et l'autre dans des isles séparées et lointaines.
ORFANEL, (Hvacinthe) Dominicain Espagnol, né à Valence en 1578, fut brûlé vif dans sa mission du Japon, en 1622, à 44 ans. Il est auteur d'une *Histoire de la prédication de l'Évangile au Japon*, depuis 1602 jusqu'en 1621. Cet ouvrage exact et curieux fut imprimé à Madrid en 1633, in-4.
ORGAGNA, (André de Ciccioné) peintre, sculpteur et ar- architecte, natif de Florence en 1329, mourut en 1389, âgé de 60 ans. C'est comme peintre qu'il s'est rendu recommandable: il avoit un génie facile, et ses talens auroient pu être plus considérables, si ce maître eût eu devant les yeux de plus beaux ouvrages que ceux qui existoient de son temps. C'est à Pise qu'il a le plus travaillé; il y a peint un *Jugement Universel*, dans lequel il a affecté de représenter ses amis dans la gloire du Paradis, et ses ennemis dans les flammes de l'Enfer.
ORGEMONT, (Pierre d') de Lagny-sur-Marne, conseiller au parlement de Paris, sous le roi *Philippe de Valois*, s'éleva par son mérite. Il devint successivement maître des requêtes de l'Hôtel, second président au même parlement, chancelier de Dauphiné, premier président, et enfin chancelier de France en 1373. Ce qu'il y a de singulier, c'est que, suivant les actes anciens de la chambre des Comptes de Paris, il fut élu chancelier de France par voie de scrutin en présence du roi *Charles V*. Il exerça cette charge jusqu'au mois d'octobre 1380, que son grand âge l'obligea de remettre les sceaux au roi. Il mourut à Paris en 1389, avec une grande réputation d'intégrité. Sa postérité masculine finit à *François*, mort au siège de Chorges en 1587.
ORGEVILLE, *Voyez* MORAINVILLIERS.
ORIBASE DE PERGAME, disciple de *Zénon* de Chypre, et médecin de *Julien l'Apostat*, qui le fit questeur de Constantinople. Il fut exilé sous les empereurs suivans, et se fit estimer des Bar- 184 ORI bares mêmes par sa vertu. On le rappela dans la suite. Il mourut au commencement du 5$^{e}$ siècle. On a de lui, un grand nombre d'ouvrages, imprimés à Basle en 1557, en 3 vol. in-fol.; et dans les *Artis Medica Principes d'Etienne*, le plus estimé est son livre des *Collections*, entrepris à la prière de *Julien*. L'auteur avoit puisé, pour former ce recueil, dans *Galien* et dans les autres médecins. Il étoit en 72 livres, dont il ne nous reste plus que 17. Son *Anatomie* parut à Leyde en 1735, in-4.$^{o}$
ORICELLARIUS, *Voy. RUC-CELLAI*, n.$^{o}$ II.
ORICHOVIUS, *Voyez OESZI*.
ORIENTIUS, écrivain ecclésiastique et évêque d'Elvire en Espagne dans le 6$^{e}$ siècle, cultiva la morale et la poésie. Dans la *Bibliothèque des Pères* et dans le *Trésor* du P. *Martienne* on trouve de lui des *Avertissements aux Fidelles*, en vers, dont la poésie foible est relevée par l'excellence des préceptes qu'il y donne.
ORIFICUS, *Voyez AURI-FICUS*.
ORIFLAMME, *Voyez*, au sujet de cet étendard, l'article de Louis le Gros, vers la fin. L ORIGÈNE, naquit à Alexandrie, l'an 185 de J. C., et fut surnommé *Adamantinus* à cause de son assiduité infatigable au travail. Son père *Léonide*, l'éleva avec soin dans la religion Chrétienne et dans les sciences, et lui apprit de très-bonne heure l'Écriture-Sainte. *Origène* donna des preuves de la grandeur de son génie dès sa plus tendre jeunesse. *Clément Alexandrie* fut son maître. Son père ayant été dénoncé comme Chrétien et détenu dans les prisons, il l'exhorta à souffrir le martyre plutôt que de renoncer au Christianisme. A 18 ans il se trouva charge du soin d'instruire les fidelles à Alexandrie. Les hommes et les femmes accouraient en foule à son école. La calomnie pouvoit l'attaquer; il crut lui fermer la bouche en se faisant ennuque, s'imaginant être autorisé à cette barbarie par un passage de l'Évangile. Après la mort de *Septime Severs*, un des plus ardens persécuteurs du Christianisme, arrivée en 211, *Origène* alla à Rome, et s'y fit des admirateurs et des amis. De retour à Alexandrie, il y reprit ses leçons à la prière de *Démétrus* qui en étoit évêque. Une émeute qui survint dans cette ville, le fit retirer en secret dans la Palestine. Cette retraite l'exposa à la jalousie et au ressentiment de son évêque. Les prélats de la province l'engagèrent, à force d'instances, à expliquer en public les divines Écritures. *Démétrus* le trouva si mauvais, qu'il ne put s'empêcher d'en écrire aux évêques de Palestine, comme d'une nouveauté inouïe. *Alexandre*, évêque de Jérusalem, et *Théoc-iste de Césarée*, justifièrent hautement leur conduite. Ils alléguèrent, « que c'étoit une coutume ancienne et générale de voir des évêques se servir indifféremment de ceux qui avoient du talent et de la piété; et que c'étoit une espèce d'injustice de fermer la bouche à des gens à qui Dieu avoient accordé le don de la parole. » *Démétrus* insen- sible à leurs raisons, rappela *Origène*, qui continua d'étonner les fidelles par ses lumières, par ses vertus, par ses veilles, ses jeûnes et son zèle. L'Achaïe se trouvant affligée de diverses hérésies, il y fut appelé peu de temps après. En passant à Césarée de Palestine, il fut ordonné prêtre par les évêques qui s'y trouvèrent. Ce fut là le commencement des persécutions qui empoisonnèrent sa vie, et celui des troubles de l'Égypte et des disputes qui déchirèrent si longtemps l'Église. St. Alexandre défendit *Origène*, qui vint reprendre à Alexandrie ses exercices ordinaires; mais *Démétrus* dont la réconciliation n'étoit que feinte, ayant assemblé deux Conciles, le déposa du sacerdoce, lui défendit d'enseigner dans Alexandrie, l'obligea d'en sortir et l'excommunia. Cette condamnation fut approuvée à Rome, ainsi que par presque tous les autres évêques: mais les Églises de la Palestine, de l'Arabie, de la Phénicie et de l'Achaïe, entretinrent toujours communion avec *Origène*. Cependant *Démétrus* écrivoit de tous côtés pour le rendre odieux. Ce fut sur la peinture qu'en fit cet évêque, que l'Église Romaine le condamna. *Origène* s'en plaignit à ses amis, désavoua les erreurs qu'on lui imputoit, et se retira à Césarée en Palestine. *Théoriste* qui en étoit évêque, l'y reçut comme son maître, et lui confia le soin d'interpréter les Écritures. Son persécuteur étant mort l'an 234, *Origène* jouit du repos et de la gloire qu'il méritoit. *Grégoire Thessauter* et *Athénodore* son frère se rendirent auprès de lui, et en apprirent les sciences humaines et les vérités sacrées. Une sanglante persécution s'étant allumée sous *Maximin* contre les Chrétiens, et particulièrement contre les prélats et les docteurs de l'Église, *Origène* demeura caché pendant deux ans. La paix fut rendue à l'Église par *Gordien*, l'an 237; *Origène* en profita pour faire un voyage en Grèce. Il demeura quelque temps à Athènes, et après être retourné à Césarée, il alla en Arabie à la prière des évêques de cette province. Leur motif étoit de retirer de l'erreur l'évêque de Bostres, nommé *Bérylle*, qui nioit que « Jésus-Christ eût eu aucune existence avant l'Incarnation, voulant qu'il n'eût commencé à être Dieu qu'en naissant de la Vierge. » *Origène* mania cette affaire avec une dextérité singulière. Il parla si éloquemment à *Bérylle* qu'il rétracta son erreur et qu'il remercia depuis *Origène*. Les évêques d'Arabie l'appelèrent ensuite à un Concile qu'ils tenoient contre certains hérétiques, qui assuroient que « la mort étoit commune au corps et à l'ame. » *Origène* y assista, et il traïta la question avec tant de force, qu'il ramena au chemin de la vérité tous ceux qui s'en étoient écartés. Cette déférence des évêques pour *Origène*, sur un point qu'en croit être la principale de ses erreurs, l'en justifie pleinement. *Dère* ayant succédé, l'an 249, à l'empereur *Philippe*, alluma une nouvelle persécution. *Origène* regardé comme la principale colonne de l'Église, fut mis en prison. On le chargea de chaînes; on lui mit au cou un carcan de fer et des entraves aux pieds; on lui fit souffrir plusieurs autres tourmens, et on le menaça sou- 186 ORI vent du feu : mais on ne le fit pas mourir, dans l'espérance d'en abattre plusieurs par sa chute. *Origène* épuisé par les tour-mens et les austérités, mourut à Tyr, peu de temps après, l'an 254, dans sa 69$^{e}$ année. Peu d'auteurs ont autant travaillé que lui, peu d'hommes ont été autant admirés et aussi universellement estimés qu'il le fut pendant long-temps. Personne n'a été plus vivement attaqué et poursuivi avec plus chaleur, qu'il l'a été pendant sa vie et après sa mort. On peut dire qu'*Origène* mérita en partie ces divers traitements. Qui n'auroit admiré un homme qui, dès sa plus tendre jeunesse, compta au nombre de ses disciples tout ce qu'il y avoit de savans parmi les Chrétiens et de philosophes parmi les Païens; qui, à peine sorti de l'enfance, fut jugé capable d'être mis à la tête de l'école célèbre d'Alexandrie, école qui sous lui devint celle du martyre ? Sa vertu ainsi que son génie fut si précoce, que *Léonide* son père alloit baiser sa poitrine lorsqu'il dormoit, comme le sanctuaire de l'Esprit divin. Un tel homme méritoit, sans doute, l'estime que tant d'illustres personnages conçurent pour lui. Mais il fut très-blámable d'avoir voulu accommoder les vérités de la Religion avec les idées des Platoniciens. C'est sur-tout dans son livre des *Principes* contre les Hérétiques, qu'il expose un système tout fondé sur la philosophie de *Platon*, et dont le principe fondamental est que *toutes les peines sont médicinales*. Malgré cela on peut penser avantageusement de lui, puisqu'il ne proposoit ses opinions qu'en doutant, et que d'ailleurs, comme il s'en plaint lui-même, les Hérétiques de son temps avoient falsifié ses ouvrages. On lui a reproché sans raison, qu'il étoit favorable au Matérialisme. Il réfute expressément ceux qui croyoient que *DIEU* étoit corporel. Il dit que *DIEU* n'est ni un corps, ni dans un corps; qu'il est une substance simple, intelligente, exempte de toute composition, qui, sous quelque rapport qu'on l'envisage, n'est qu'une ame, et la source de toutes les Intelligences. Si *DIEU*, dit-il, étoit un corps, comme tout corps est composé de matière, il faudroit aussi dire que *DIEU* est matériel; et la matière étant essentiellement corruptible, il faudroit encore dire que *DIEU* est corruptible. Peut-on croire qu'un homme tel qu'*Origène*, qui conduit le Matérialisme jusqu'à ces conséquences, puisse être incertain sur l'immortalité de l'Etresuprême ? On ne s'est pas contenté de calomnier sa doctrine; on a calomnié sa conduite. On a prétendu que pour sortir de prison, il fit semblant d'offrir de l'encens à l'idole *Sérapis* à Alexandrie: mais c'est une imposture forgée par les ennemis de ce grand homme, et rapportée trop légèrement par *St. Epiphane*... Ses ouvrages sont : I. Une *Exhortation au Martyre*, qu'il composa pour animer ceux qui étoient dans les fers avec lui. II. Des *Commentaires sur l'Écriture-Sainte*. Il est peut-être le premier qui l'ait expliquée toute entière. Les explications d'*Origène* étoient de trois sortes : des *Notes* abrégées sur les endroits difficiles; des *Commentaires* étendus, où il domoit l'essor à son génie; et des *Homélies* au peuple, où il se bornoit aux expli- cations morales, pour s'accommoder à la portée de ses auditeurs. Il nous reste une grande partie des Commentaires d'Origène; mais la plupart ne sont que des traductions fort libres. L'on y voit par-tout un grand fonds de doctrine et de piété. Il travailla à une édition de l'Écriture à six colonnes, qu'il intitula Hexaples. La première contenoit le Texte hébreu en lettres hébraïques; la seconde, le même Texte en lettres grecques, en faveur de ceux qui entendoient l'hébreu sans le savoir lire; la troisième renfermoit la version d'Aquila; la quatrième colonne, celle de Symmaque; la cinquième, celle des Septante; la sixième, celle de Théodotion. Il regardoit la version des Septante comme la plus authentique, et celle sur laquelle les autres devoient être corrigées. Les Octaples contenoient de plus deux Versions grecques, qui avoient été trouvées depuis peu, sans qu'on en connût les auteurs. Origène travailla à rendre l'édition des Septante suffisante pour ceux qui n'étoient point en état de se procurer l'édition à plusieurs colonnes. III. On avoit recueilli de lui plus de mille Sermons, dont il nous reste une grande partie. Ce sont des discours familiers qu'il prononçoit sur-le-champ; et des notaires écrivoient pendant qu'il parloit, par l'art des notes qui s'est perdu. Il avoit ordinairement sept secrétaires, uniquement occupés à écrire ce qu'il dictoit. IV. Son livre des Principes. Il l'intitula ainsi, parce qu'il prétendoit y établir des principes auxquels il faut s'en tenir sur les matières de la religion, et qui doivent servir d'introduction à la théologie. C'est, de tous les Ouvrages d'Origène, celui où il suit le plus le raisonnement humain et la philosophie de Platon. Nous ne l'avons que de la version de Rufin, qui déclare lui-même y avoir ajouté ce qui lui a plu, et en avoir ôté ce qui lui paroissoit contraire à la doctrine de l'Église, principalement touchant la Trinité. On ne laisse pas d'y trouver encore des principes pernicieux. V. Le Traité contre Celse. Cet ennemi de la Religion Chrétienne avoit publié contre elle son Discours de vérités qui étoit rempli d'injures et de calomnies. Origène n'a fait paroître dans aucun de ses écrits autant de science chrétienne et profane que dans celui-ci, ni employé tant de preuves fortes et solides. On le regarde comme l'Apologie du Christianisme la plus achevée et la mieux écrite que nous ayons dans l'antiquité. Le style en est beau, vif et pressant; les raisonnemens bien suivis et convaincans; et s'il y répète plusieurs fois les mêmes choses, c'est que les objections de Celse l'y obligeoient, et qu'il n'en vouloit laisser aucune sans les avoir entièrement détruites. Origène entreprit cette Réponse, à la sollicitation de son ami Ambroise. Il la commence, n disant, «qu'il auroit peut-être été plus à propos d'imiter JÉSUS—CHRIST qui ne répondoit aux calomnies de ses ennemis que par la sainteté de sa vie et par la grandeur de ses miracles.» A peine Origène avoit-il été enlevé à l'Église, qu'il s'éleva des disputes sur son orthodoxie. Dans le 4e siècle, les Ariens se servirent de son autorité pour prouver leurs erreurs. St. Athanase, St. Basile et St. Grégoire de Nazianze le défendirent, comme ayant parlé d'une manière orthodoxe sur la divinité du Fils. St. Hilaire, Tite de Bostes, Dydyme d'Alexandrie, St. Ambroise, Eusèbe de Verceil, et St. Grégoire de Nysse, ont cité ses ouvrages avec éloge: mais Théodore de Mopsueste, Apolliaire et Césaire, ne lui furent pas favorables; et St. Basile dit expressément (De Spiritu Sancto, chap. 20.) « qu'il n'a pas pensé sainement sur la divinité du Saint-Esprit. » Dans le même siècle où s'éleva la dispute sur l'orthodoxie d'Origène, Jean de Jérusalem et Rufin firent son Apologie, et St. Chrysostôme se joignit à eux. St. Epiphane et St. Jérôme au contraire l'attaquèrent vivement. Théophile d'Alexandrie persécuta les moines de Nitrie, qu'il accusa d'Origénisme, et qu'il condamna dans un Concile d'Alexandrie. Son jugement fut approuvé par le pape Anastase I et par la plupart des évêques d'Occident; mais Origène eut quantité de défenseurs en Orient. Dans le 6e siècle, l'empereur Justinien se déclara ennemi de sa mémoire, écrivit une lettre à Mennas contre sa doctrine, donna un Edit contre lui l'an 640, le fit condamner dans un concile tenu la même année à Constantinople, dont les Actes ont été recueillis avec ceux du cinquième Concile général. Justinien dans son édit expose les erreurs imputées à Origène, et les rapporte à six chefs. « 1.º Sur la Trinité: Le Père est plus grand que le Fils, le Fils que le Saint-Esprit, et le Saint-Esprit plus grand que tous les autres Esprits. Le Fils ne peut voir le Père, ni le Saint-Esprit ne peut voir le Fils; et ce que nous sommes à l'égard du Fils, le Fils l'est à l'égard du Père. 2.º Sur la Création: La puissance de Dieu est bornée; et il n'a pu faire qu'un certain nombre d'Esprits et une certaine quantité de matière dont il pût disposer. Les genres et les espèces sont co-éternels à Dieu. Il y a eu et il y aura plusieurs Mondes; en sorte que Dieu n'a jamais été sans créatures. 3.º Les substances raisonnables n'ont jamais été attachées à leurs corps que pour être punies; et les Ames des hommes en particulier ont été d'abord des intelligences pures et saintes, qui s'étant dégoûtées de la contemplation divine et tournées au mal, ont été jetées dans des corps pour en recevoir la punition. 4.º Le Ciel, la Lune, les Étoiles et les Eaux qui sont sur les Cieux, sont animées et raisonnables. 5.º A la résurrection, les corps humains seront de figure ronde, comme la plus parfaite. 6.º La punition des méchans Hommes et des Démons finira, et ils seront rétablis dans leur premier état... » On peut consulter sur les erreurs attribuées à Origène dont on a dit avec raison: ubi benè, nil melias; ubi malè, nemo pejus; I. Les Vies de Tertullien et d'Origène, par le sieur de la Mothe, (c'est-à-dire par Thomas, sieur du Fossé) imprimées à Paris en 1675. II. Dupia, dans sa Bibliothèque des Auteurs Ecclésiastiques. III. Dom Cellier, Histoire des Auteurs Sacrés et Ecclésiastiques, tomes deux et trois, article PAMPHILE. IV. Doucin, Jesuite, Histoire de l'Origénisme. Le savant Huet a publié ce qui reste des Commentaires d'Origène sur le nouveau Testament, en grec et en latin, 2 vol. in-folio, avec la Vie d'Origène et des notes estimées. Cet ouvrage fut imprimé à Rouen en 1668. On en a fait une seconde édition à Paris en 1679, et une troisième en Allemagne, en 1685. Dom de Montfaucon a donné les Hexaples en 1713, en 2 vol. in-fol. On a actuellement une édition complète des Œuvres d'Origène, en 4 vol. in-fol. Cette édition a été commencée par le P. Charles de la Rue, Bénédictin, mort en 1739, et continuée par Dom Charles de la Rue, son neveu, qui a donné le quatrième et dernier volume, à Paris, en 1759. Voyez I. MASUS.
II. ORIGÈNE, dit l'Impur, étoit Égyptien. Il enseigna, vers l'an 290, que le Mariage étoit de l'invention du Démon; qu'il étoit permis de suivre tout ce que la passion pouvoit suggérer de plus infamée, afin que l'on empêchât la génération par telle voie que l'on pourroit inventer, même par les plus exécrables moyens. L'Impur eut des sectateurs, qui furent rejetés avec horreur par toutes les Églises. Ils se perpétuèrent cependant jusqu'au 5e siècle. On ne sait quelle raison a eu le continuateur de Ladvocat, pour donner à cet hérétique le surnom d'Empereur, et pour taire cette bêtue dans ses Errata périodiques.
III. ORIGÈNE, philosophe Platonicien, disciple et ami de Porphyre, étudia la philosophie sous Ammonius. Il avoit fait un Panégyrique de l'empereur Gallien, que nous n'avons plus.
ORIGNY, Voy. DORIGNY.
ORIGNY, (Pierre-Adam d') mort le 9 septembre 1774, à Rheims sa patrie, entra de bonne heure au service. Une blessure qu'il reçut à l'attaque des lignes de Wissembourg en Allemagne, le contraignit de le quitter, après avoir obtenu une pension et la croix de Saint-Louis. Il s'adonna à l'étude de l'Histoire, et produisit l'Égypte ancienne, et la Chronologie des Égyptiens, l'une en 1762, l'autre en 1765, chacune en 2 vol. in-12. On y trouve des recherches laborieuses et importantes; mais comme il tâche de faire valoir un système particulier, il avance bien des conjectures fausses et des idées insoutenables. Le savant M. Paw l'a quelquefois très-bien réfuté dans ses recherches sur les Égyptiens. L'Origny s'occupoit, quand il est mort, d'une Histoire générale d'Égypte, depuis sa fondation jusqu'à sa ruine entière.
ORIOL, (Pierre) Cordelier, natif de Verberie-sur-Oise en Picardie, enseigna la théologie à Paris avec tant de réputation qu'il fut surnommé le Docteur eloquent. Il devint provincial dans son ordre, puis archevêque d'Aix en 1321. Il vivoit encore en 1345. Quelques-uns ont prétendu qu'il fut cardinal. On a de lui, des Commentaires fort subtils sur le Maître des Sequences, Rome, 1595 et 1605, deux vol. in-folio; et un Abrégé de la Bible, intitulé : Breviarium Bibliorum, Paris, 1508 et 1685, in-8.
ORIOL, Voy. AURIOL.
ORIOLLE, (Pierre d') chancelier de France et seigneur de Loiré en Aunis, étoit fils du maire de la Rochelle. Il s'éleva par son mérite, et fut employé dans les affaires les plus importantes depuis 1472 jusqu'en 1483. Il mourut en 1485, regardé comme un homme intègre et intelligent. Louis XI, quelque temps avant sa mort, destitua d'Oriolle, et le fit premier président de la chambre des Comptes, place bien inférieure à celle de chancelier: mais, sous ce roi cruel et bizarre, il n'y avoit d'autres lois que sa volonté.
ORION, (Mythol.) étoit fils de Neptune et de la nymphe Euryale. Cependant Ovide le fait fils d'un pauvre homme nommé Hirée, chez lequel Jupiter, Neptune et Mercure voyageant sur la terre, allèrent loger. Les dieux voulant le récompenser de l'hospitalité qu'il leur avoit donnée avec joie, promièrent de lui accorder ce qu'il leur demande-roit. Hirée qui étoit vieux et sans enfans sonhaita d'avoir un fils. Aussitôt Jupiter et ses deux compagnons versèrent de leur urine sur une peau de taureau nouvellement immolé, et ordonnèrent à leur hôte de l'enfouir en terre pendant neuf mois, après lesquels il iroit la retirer. Hirée ayant exécuté les ordres des dieux, trouva au bout de neuf mois le petit Orion enveloppé dans cette peau. Quand il fut grand, il apprit d'Atlas l'astronomie, et apporta de Lybie en Grèce la connoissance des astres et du mouvement des cieux. Il fut en même temps grand chasseur, et si fier de son adresse et de ses forces, qu'il se vantoit de terrasser toutes sortes de bêtes. La Terre indignée de son insolence, fit naître un scorpion dont la piqûre le fit mourir. Diane qui l'ajmoit, le plaça au rang des astres. Horace écrit au contraire que cette déesse le perça à coups de flèches, parce qu'il avoit osé attenter à son honneur: d'autres disent à celui de la nymphe Opis qui étoit de sa cour, et le mettent dans les enfers, comme a fait Homère dans l'Odyssée. Quoi qu'il en soit, on le connoit au ciel pour une constellation qui excite des tempêtes à son lever et à son coucher. Orion fut chez les Partes le nom du dieu de la Guerre.
ORITHYE, (Mythol.) fille d'Exechée et reine des Amazones, fut enlevée par Borée, et eut de lui Zethès et Calais. —Il y eut une autre ORITHYE, reine des Amazones, célèbre par sa valeur et par sa vertu. Elle voulut venger ses sœurs qui avoient été insultées par Hercule et par Thésée; mais le succès ne répondit pas à son courage. Les historiens placent ces héroïnes dans la Sarmatie sur le fleuve Thermodon en Cappadoce. Elles ne recevoient parmi elles aucun homme; mais elles se rendoient une fois l'an sur la frontière pour y recevoir les caresses de leurs voisins. Elles gardoient les filles dont elles devenoient enceintes, et rendoient les enfans mâles aux pères. On ajoute qu'elles se brûlèrent une mamelle pour tirer mieux de l'arc, et conservoient l'autre pour la nourriture de leur fruit. On prétend qu'elles étendirent leur domination jusqu'à Ephèse en Asie; mais qu'ayant voulu repasser en Europe, elles furent défaites par les Athéniens. Quelques critiques traitent l'existence des *Amazones* de fable, et la croient fondée sur l'usage que ces femmes avoient de suivre leurs maris à la guerre... *Voyez l'Histoire des Amazones*, par l'abbé Guyon.
ORKAN, fils d'Ottoman, empereur des Turcs, s'empara du trône en 1326, après s'être défait de ses frères aînés. Il étendit considérablement les bornes du puissant empire que son père avoit fondé. Il ouvrit l'Europe à ses successeurs, par la prise de Gallipoli et de plusieurs villes sur les Grecs, et par l'alliance qu'il fit avec l'empereur Jean Canta-euzène, qui lui donna sa fille *Théodora* en mariage. Son règne fut long et cruel. Il commença par un fratricide, s'établit sur la destruction du prince de Caramanie, dont il épousa la fille, et sur la mort de son beau-frère, fils unique de ce prince, qu'il tua de sa propre main; et finit violemment dans une bataille contre les Tartares, ou, selon quelques-uns, du chagrin que lui causa en 1360, la mort de *Soliman* son fils aîné.
ORLAND LASSUS, *Voyez LASSUS*, n° II. I. ORLANDI, (Jérôme) savant imprimeur de Palerme, vivoit en 1680. On lui doit un Traité sur l'artillerie.
II. ORLANDI, (Pellegrin-Antoine) Bibliographe Italien, mort vers 1730, a publié: I. Une *Notice* de l'origine et des progrès de l'imprimerie depuis l'an 1457 jusqu'en 1500, en italien, Bologna, 1722, in-4° II. Une *Histoire* des écrivains de Bologne, avec le jugement de leurs ouvrages, 1714, in-4° III. *Abecedario pittorico*, 1719, in-4° C'est un abrégé de la vie des anciens peintres, sculpteurs et architectes.
ORLANDIN, (Nicolas) Jésuite, né à Florence en 1556, fut recteur du collège de Nole, et mourut à Rome en 1606, à cinquante ans. Il a composé en latin l'*Histoire de la Compagnie de Jésus*, imprimée à Cologne en 1615, et à la Rochelle en 1620, en 2 vol. in-fol. Pour compléter cet ouvrage, il faut y joindre celui d'*Imago primi seculi*, Anvers, 1640, in-fol.; les quatre vol. de *Sacchini*, et le vol. du P. *Jouvency*, 1710, in-folio; et le vol. du P. *Cordava*, 1750, in-folio. Le latin d'*Orlandin* est pur, élégant; son style nombreux, et d'une cadence agréable. L'auteur, homme attaché à son ordre, a travaillé sur des Mémoires fournis par ses supérieurs. Sa narration ne doit pas être suspecte aux Jésuites; mais les ennemis de cette célèbre société ont reproché à l'historien le récit des visions, des prédictions, etc. L'auteur n'oublie jamais qu'il est Jésuite... *Voyez MONTALBANI*, à la fin.
ORLAY, *Voy. VAN-ORLAY*.
ORLÉANS, (La Pucelle d') *Voy. JEANNE D'ARC*, n° X. I. ORLÉANS, (Ducs d') Voici les princes qui ont porté ce nom. — *Philippe II*, fils de *Philippe VI* dit de *Valois*, mort sans postérité en 1383. — *Louis*, fils de *Charles V*, assassiné en 1407, eut ce titre: *Voyez ci-* 192 ORL dessous, n.º II. — Il eut un fils nommé Charles : Voyez ci-dessous, n.º III. — Le titre de Duc d'Orléans passa successivement à deux fils de François premier, dont le second fut Henri II... à Gaston, 3e fils de Henri IV : (Voyez GASTON, n.º III)... et enfin à un fils de Louis XIII, nommé Philippe, mort en 1701, qui eut Philippe. Voyez les deux PHILIPPES, nos XXI et XXII. — Le dernier fut père de Louis : Voy. ci-dessous, n.º IV. Son petit-fils a porté le titre de Duc d'Orléans.
II. ORLÉANS, (Louis de FRANCE, duc d') comte de Valois, d'Ast, de Blois, etc., fils du roi Charles V, naquit en 1371, et eut beaucoup de part au gouvernement pendant le règne de Charles VI son frère. Jean duc de Bourgogne, oncle du roi, jaloux de l'autorité du duc d'Orléans, le fit assassiner à Paris le 23 novembre 1407 : (Voyez JEAN, n.º LXVII.) Le chef des assassins, nommé Raoul d'Ocquetonville, gentilhomme Normand, lui décharge d'abord un grand coup de sabre qui lui abat le poignet. Il crie qu'il est le Duc d'Orléans. On lui répond, que c'est à lui-même qu'on en veut ; et sur-le-champ le troupe des meurtriers fond sur lui et le perce de plusieurs coups, avec un de ses écuyers, qui avoit tâché de couvrir de son corps celui de son maître. Ainsi finit, à l'âge de 36 ans, un prince qui passoit pour le plus bel homme du royaume, le plus éloquent, le plus affable. Sa taille étoit majestueuse, son air noble et prévenant. Il avoit le talent de la parole, l'esprit vif et aisé, et aimoit la littérature et les gens de lettres. Il abusa un peu de ces heureuses dispositions. Il se livra aux plaisirs ; il écouta son ambition, et fut la victime de l'ambition d'un autre. Le meurtre du duc d'Orléans fut l'origine de la fameuse division, si fatale à la France, entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne.
III. ORLÉANS, (Charles duc d') fils de Louis de France duc d'Orléans, et de Valentine de Milan, porta le titre de Duc d'Angoulême durant la vie de son père, qui périt victime de la trahison du duc de Bourgogne. Charles se trouva à la malheureuse bataille d'Azincourt en 1415, où il fut fait prisonnier. De retour en France, après avoir été retenu vingt-cinq ans en Angleterre, il entreprit la conquête du duché de Milan, qui lui appartenoit du chef de sa mère ; mais il ne put se rendre maître que du comté d'Ast : (Voyez IL SFORCE.) Ce prince aima les lettres, et les cultiva avec succès. On a de lui, un recueil de Poésies, dont plusieurs ont été insérées dans les Annales Poétiques, où l'on découvre un vrai talent. L'abbé Sallier de l'académie des Inscriptions, a donné une très-bonne Notice des ouvrages de ce prince ; et il dit avec raison que si le hasard les eût fait tomber entre les mains de Despréaux, ce dernier eût regardé Charles d'Orléans, plutôt que Villon, comme le restaurateur du Parnasse François. On trouve dans cette Notice une chanson que Charles fit pendant sa longue captivité en Angleterre. Il mourut à Amboise en 1465, laissant un fils, Charles duc d'Angoulême, qui épousa Louise de Savoie mère de François Ier, depuis roi de France, (Voyez II. FRANÇOIS.) et de Marguerite de Valois, depuis reine de Navarre. (Voy. VII. MARGUERITE et I. GAILLARD.) De Marie de Clèves, Charles d'Orléans eut, entr'autres enfans, Louis qui fut le roi LOUIS XII : Voyez ce mot, n.º XVII; et IV. JEANNE de France.
IV. ORLÉANS, (Louis duc d') premier prince du sang, né à Versailles le 4 août 1703, de Philippe, depuis régent du royaume, reçut de la nature un esprit pénétrant, propre à tout, et beaucoup d'ardeur pour l'étude. Sa jeunesse fut assez dissipée; mais après la mort de son père et celle de son épouse, il quitta le monde pour se consacrer entièrement aux exercices de la pénitence, aux œuvres de charité, et à l'étude de la religion et des sciences. En 1730 il prit un appartement à l'abbaye Sainte-Geneviève, et s'y fixa totalement en 1742. Il ne sortoit de sa retraite que pour se rendre à son conseil au Palais-Royal, ou pour aller visiter des hôpitaux et des églises. Marier des filles, doter des religieuses, procurer une éducation à des enfans, faire apprendre des métiers, fonder des collèges, répandre ses bienfaits sur les missions, sur les nouveaux établissements : voilà les œuvres qui remplirent tous les insians de la vie de ce prince, jusqu'à sa mort, arrivée le 4 février 1752, à 48 ans et demi. La reine dit en apprenant cette triste nouvelle c'est un bienheureux qui laisse après lui beaucoup de malheureux. Le duc d'Orléans cultiva toutes les sciences; il possédoit l'hébreu, le chaldéen, le syriaque, le grec, l'Histoire sainte, les Pères de l'Église, l'Histoire universelle, la Géographie, la Botanique, la Chimie, l'Histoire naturelle, la Physique, la Peinture. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en manuscrit. Les principaux sont, suivant l'abbé Ladvocat de qui nous empruntons ces particularités : I. Des Traductions littérales, des Paraphrases et des Commentaires sur une partie de l'Ancien Testament. II. Une Traduction littérale des Pseumes, faite sur l'hébreu, avec une paraphrase et des notes. Cet ouvrage est un des plus complets de ce pieux et savant prince. Il y travaillait encore pendant la maladie qui l'enleva, et il y mit la dernière main peu de temps avant sa mort. On y trouve des explications savantes et ingénieuses, et une critique saine et exacte. Il est accompagné d'un grand nombre de dissertations très-curieuses et remplies d'érudition, dans l'une desquelles il prouve clairement que « les notes grecques sur les Pseumes, qui se trouvent dans la Chaine du Père Cordier et qui portent le nom de Théodore d'Héraclée, sont de Théodore de Mopsueste » : découverte que ce prince éclairé a faite le premier, et qui est due à sa grande pénétration et à ses recherches. III. Plusieurs Dissertations contre les Juifs, pour servir de réfutation au fameux livre hébreu intitulé : Le Bouclier de la Foi. Le duc d'Orléans n'étant point satisfait de la réfutation de ce livre par *Gousset*, entreprit lui-même de le réfuter ; mais il n'a point eu le temps d'achever cette réfutation, qui est beaucoup meilleure que celle de *Gousset*, et répond mieux aux difficultés des Juifs qu'il a examinées. IV. Une *Traduction littérale des Épîtres de St. Paul*, faite sur le grec, avec une paraphrase, des notes littérales et des réflexions de piété. V. Un *Traité contre les Spectacles*. VI. Une *Réfutation* solide du gros ouvrage françois intitulé : *Les Exaples*. VII. Plusieurs autres *Traités et Dissertations* curieuses sur différens sujets. Il ne voulut jamais, par modestie, faire imprimer aucun de ses écrits. —*Louis PHILIPPE* duc d'*Orléans* son fils, né le 12 mai 1725, mort le 18 novembre 1785, a été bien caractérisé dans les vers suivants : Que *Philippe* en effet mérite bien nos pleurs ! Digne par ses verres du sang qui le fit naître, Il sur être à la fois noble et simple en ses mœurs, Père, ami, citoyen, tendre époux et bon maître. Ses bonnes actions, sur-tout dans les derniers temps de sa vie, rachetèrent les foiblesses de ses premières années. Un particulier qui avoit sa confiance visitoit, à sa prière, les prisons, pénétroit dans les tristes réduits de la misère, payoit les dettes des pères de famille détenus dans les liens, faisoit des pensions à des veuves, assuroit la subsistance des orphelins, secouroit de vieux soldats ou d'anciens officiers. Le secret est hoit tant de bienfaits.
ORLÉANS, ( autres Princes et Princesses de la maison d' ) *Voyez ANTOINETTE*, DUNOIS, LONGUEVILLE, VALENTINE, et au mot PHILIPPE. V. ORLÉANS, ( Louis ) ou plutôt DORLÉANS, avocat au parlement de Paris, se signala par son fanatisme. La Ligue le choisit pour son avocat, et le députa aux états, où il parla d'une manière emportée. De retour à Paris, il écrivit et il déclama contre *Henri IV*. Dans un Libelle publié en 1593, sous le titre d'*Expostulatio Ludovici Dorléans*, ce bon roi est appelé *fœtidum Satanæ stercus*. L'évêque de Senlis, *Rose*, mit de sa propre main des notes marginales à cet écrit en signe d'approbation ; le parlement l'obligea de les rétracter, et condamna l'ouvrage au feu. *Dorléans*, apprenant la conversion du roi, devint plus furieux et composa une autre Satire, qui fit universellement détester l'ouvrage et l'auteur. Ce malheureux, chassé de la capitale, n'y revint qu'après un exil de neuf années. Ses discours séditieux le firent arrêter et mettre à la Conciergerie. *Henri IV* par un excès de bonté, le fit sortir. Quand on eut représenté à ce grand prince que cet avocat avoit déclamé d'une manière injurieuse dans ses ouvrages contre la reine sa mère, et qu'on lui en eut lu quelques endroits, il s'écria : *Oh ! le mechant ! Mais il est revenu sur la foi de mon passe-port, je ne veux point qu'il soit maltraité : D'autant plus, disoit-il encore, qu'on ne devoit pas plus lui vouloir de mal et à ses semblables, qu'à des furieux quand ils frappent, et à des insensés quand ils* se promènent tout nus... Dorléans sortit donc de sa prison, et fit imprimer en 1604 un *Remeriment au Roi*, dans lequel il lui donna autant d'éloges qu'il lui avoit donné de malédictions. Ce misérable fanatique mourut à Paris en 1627 à 87 ans, laissant deux fils, l'un aveugle, l'autre condamné aux galères pour un homicide. On lui attribue la *Réponse des vrais Catholiques François*, à l'*Avertissement des Catholiques Anglois*, de Louis Dorléans, pour l'exclusion du Roi de Navarre de la couronne de France, 1588, vol. in-8° : libelle qu'il suppose avoir traduit du latin. L'auteur exhale sa haine en déclamations pleines d'amertume. Il y a dans ce libelle un grand nombre de faits calomnieux, en particulier contre Louis de Bourbon prince de Condé, chef des Calvinistes en France, qu'on accuse faussement d'avoir fait frapper une monnoie à son coin, où il prenoit le nom de Louis XIII roi de France. On a encore de lui : I. *Défense des Catholiques unis contre les Catholiques associés aux Réformés*, 1586, in-8° II. *Premier et deuxième Avertissement des Catholiques Anglois*, 1590, in-8° III. *Banquet du Comte d'Arête*, 1594, in-8° : autre Satire sanglante contre Henri IV. IV. *Discours sur les Ouvertures du Parlement*, au nombre de 29, pleins de traits grossièrement satiriques. V. *Des Commentaires sur l'ucite et Sénèque*. C'est la sagesse commentée par la folie.
VI. ORLÉANS, (Pierre-Joseph d') Jésuite, né à Bourges en 1641. Après avoir professé les belles-lettres, il fut destiné par ses supérieurs au ministère de la chaire. S'étant ensuite consacré à l'Histoire, il travailla dans ce genre jusqu'à sa mort arrivée à Paris le 31 mars 1698, dans sa 57$^{e}$ année. Le P. d'Orléans parlant avec feu et avec esprit, et ayant eu des succès en littérature, étoit bien accueilli dans le grand monde. Il voulut un jour ramener *Ninon de Lenclos* à une vie plus réglée et à une foi plus ferme. Cette fille célèbre lui ayant dit qu'elle doutoit de bien des articles de notre religion, on a prétendu que le Jésuite lui avoit répondu : *Hé bien ! Mademoiselle, en attendant que vous soyez convaincue, offrez toujours à Dieu votre incrédulité*. Le Père d'Orléans ne fit pas sans doute une réponse si niaise; il lui dit vraisemblablement : *Priez Dieu d'éclairer votre incrédulité*. Mais la réponse ainsi rendue, n'auroit pas fourni au poète *Rousseau* le sujet d'une épigramme... Les principaux ouvrages du Père d'Orléans sont : I. *Histoire des Révolutions d'Angleterre*, dont la meilleure édition est celle de Paris, 1693, 3 vol. in-4°, et 4 vol. in-12. Le P. d'Orléans avoit une imagination vive, noble et élevée : elle paroît dans plusieurs morceaux de cet ouvrage : mais sa diction est inégale et quelquefois incorrecte. D'ailleurs depuis le règne de Henri VIII, on sent qu'il est quelquefois plus déclamateur qu'historien. « Le P. d'Orléans, dit le sévère *Mably*, a prétendu faire une *Histoire des Révolutions d'Angleterre*. Au lieu de ne parler que des guerres que se faisoient les princes, il auroit dû faire confoître le gouvernement des Bretons, des Anglo-Saxons, des Danois et des Nor- 196 ORL mands, parce que c'est de ces différentes constitutions que sont sortis, comme de leur foyer, les intérêts différens, les querelles, les troubles, les révolutions qui ont agité l'Angleterre. Oh ! le plaisant historien qui néglige de faire connoître la grande charte, et se contente de l'appeler l'écueil de l'autorité royale et la source des mouvements qui agiterent depuis les Anglois ! Il en faut convenir : le P. d'Orléans ne vouloit traiter que les changements que la religion a soufferts depuis *Heuri VIII*. Mais pourquoi ne donnoit-il pas à son ouvrage le titre qui lui convenoit ? Quand il est parvenu à cette époque, il entend mieux ce qu'il veut dire ; il marche d'un pas plus ferme et plus rapide ; et on le jugeroit digne d'écrire l'histoire, si les préjugés lui eussent permis de voir et de dire toujours la vérité. » On lit dans les Œuvres complètes de l'abbé de *Voisenon*, ( dernière édition ) une singulière anecdote sur l'auteur de cet ouvrage. « Le Père d'Orléans présenta ces *Révolutions* au Régent, qui frappé de la conformité du nom, crut que cela ne venoit pas en droiture. Il questionna le Jésuite, qui écarta ses soupçons en assurant que sa famille étoit d'une très-bonne noblesse d'Orléans. *N'en a-t-elle pas obligation à quelqu'un de mes ancêtres*, reprit le prince ? — *Monseigneur*, lui répliqua modestement le Père, je sais que ma famille existoit longtemps avant que le Roi eût donné l'apanage au premier des Ducs d'Orléans. » Cette anecdote est on hasardée, on mal énoncée, et elle présente un anachronisme d'autant plus évident, qu'on sait que *Philippe d'Orléans* ne fut nommé à la régence que 17 ans après la mort de l'auteur des *Révolutions d'Angleterre*. A moins que l'abbé de *Voisenon* n'ait voulu parler du père du Régent, ou qu'il n'ait cru dire que ce fut au prince depuis Régent, que le Jésuite présenta son ouvrage. II. *Histoire des Révolutions d'Espagne*, Paris, 1734, en 3 vol. in-4°, et 5 vol. in-12; avec la continuation par les Pères *Arthuis* et *Brumoi*. Cette Histoire est digne de la précédente à certains égards. Le style est en général élégant ; quelques portraits sont brillants et fidèles ; les réflexions justes ; les faits bien choisis. Peu d'historiens ont saisi comme ce Jésuite, ce qu'il y a de plus piquant et de plus intéressant dans chaque sujet. III. Une *Histoire* curieuse de deux conquérants Tartares, *Chunchi* et *Can-hi*, qui ont subjugué la Chine, in-8°. IV. *La Vie du Père Cotton*, Jésuite, in-12. Il a omis plusieurs traits, rapportés dans la Vie du même Jésuite par le P. *Rouvier*. V. *Les Vies du bienheureux Louis de Gonzague* et de quelques autres Jésuites, in-12. VI. *La Vie de Constance*, premier ministre du roi de Siam, in-12; elle est accusée d'infidélité, mais il a écrit sur les mémoires que lui fournirent les ambassadeurs envoyés par Louis XIV. VII Deux volumes de *Sermons*, in-12, qui, quoiqu'ils ne soient pas du premier mérite, offrent quelques traits éloquents ; mais ce qu'il y a de singulier, c'est qu'on y trouve moins de chaleur que dans ses Histoires, quoique le genre de la chaire en comportait bien davantage. On remarque moins d'invention dans les plans, moins d'art dans l'arrangement; la morale en est pesante, et le style négligé. La raison de cette différence est, qu'il cultivoit l'histoire par goût et la prédication par devoir.
ORLÉANS, (le Père d') *Voy.* CHÉRUBIN.
VII. ORLÉANS DE LA MOTTE, (Louis-François-Gabriel d') l'un des plus vertueux évêques du 18e siècle, naquit à Carpentras l'an 1683, d'une famille noble. Successivement chanoine théologal de l'église de cette ville, grand vicaire d'Arles, administrateur du diocèse de Senès, il fut nommé l'an 1733 évêque d'Amiens. Il ne dut cette dignité qu'à ses qualités personnelles; jamais en effet il n'avoit approché de la cour, et la capitale (chose peut-être unique dans ce siècle,) ne l'avoit pas vu une seule fois. Ses vertus se manifestèrent avec un nouvel éclat après sa promotion. La principale fut son humilité. *Les hommes*, disoit-il, *nous louent pour la moitié de notre devoir que nous faisons, et nous devons trembler pour l'autre moitié que nous ne faisons pas.* Vivant sans faste et comme un simple prêtre, à peine avoit-il les meubles nécessaires pour ses besoins. Il n'étoit que dépositaire de ses revenus, dont les pauvres étoient pour la plus grande partie, les usufruitiers. Dans les saisons les plus rudes, il rejetoit tout adoucissement. *L'aspérité des saisons*, selon lui, *est une espèce de Pénitence publique que Dieu impose aux hommes; il n'y a qu'une disposition anti-chrétienne qui peut seule chercher à en éviter les rigueurs.* Ses visites pastorales dans les campagnes, étoient pour lui une mission continuelle. Il prenoit plaisir à s'entretenir avec le peuple laborieux, qui, selon un auteur moderne, expie les crimes des grands. Ce digne évêque, accablé sous le poids des années et des infirmités, mourut à l'âge de 91 ans, le 10 juillet 1774. « Comme un nouveau *François de Sales*, il alloit à l'aménité du caractère la vivacité de l'esprit le plus aimable : bienfaisant, charitable comme lui, le plaisir de soulager les malheureux étoit un besoin pour son cœur : comme lui enfin, homme sans préjugés, prélat sans ambition, *M. d'Orléans de la Motte* fut tout à la fois le modèle des pasteurs, l'exemple de son clergé, l'apôtre de son diocèse, et les délices des gens de bien. » La gravité pastorale et l'austérité chrétienne n'avoient point étouffé en lui la plaisanterie honnête, et même piquante, que l'occasion faisoit briller pour un moment, comme une lueur rapide, sur sa bouche ingénue. Entre autres saillies vives qu'on lui attribue, nous rapporterons celle-ci. Une dame lui disoit un jour : *Mais, Monseigneur, passez-moi un peu de rouge.* — *Oui, Madame, je vous le permets, pourvu que vous n'en mettiez que sur une joue...* Des personnes accoutumées à venir chez lui, avoient pris l'habitude de se tourner le derrière vers la cheminée, après avoir relevé les basques de leur habit, pour se chauffer plus à leur aise. Cette habitude, si fort adoptée par nos petits-maîtres, parut indécente au prélat. *Je savois bien*, leur dit-il avec son air enjoué, *que les Picards avoient la tête chaude; mais je ne savois pas* 198 ORM qu'ils eussent le derrière froid... Ses LETTRES Spirituelles ont été imprimées à Paris en 1777, en un vol. in-12. Elles renferment le double avantage de l'instruc- tion et de l'agrément. Tout y respire la candeur, la droiture, le désir du bien, et sur-tout cette noble simplicité qui carac- térisoit cet illustre évêque. L'abbé Proyart a publié sa vie en 1788, in-12.
ORLETON, Voy. V. ADAM.
ORME, Voyez LORME.
ORMÉA, (le Marquis Fer- reri d') d'une famille noble de Mondovi, s'étant attaché à la ju- risprudence et y ayant réussi, fut fait intendant de Suze, et en- suite général des finances du roi de Sardaigne Victor-Amédée. Envoyé ensuite à Rome, il ter- mina les anciennes contestations du Saint-Siège avec la cour de Turin. La place de secrétaire des affaires internes fut la récom- pense de ce service important. Lorsque le roi Victor eut abdi- qué la couronne, Charles-Em- manuel l'honora de l'ordre de l'Annonciade, lui confia le mi- nistère des affaires étrangères, et le fit, en 1742, Chancelier de robe et d'épée. Le marquis d'Orméa mort depuis quelques années, méritait toutes les di- gnités dont il étoit revêtu. Ce ministre infatigable dans le tra- vail, d'un esprit pénétrant et d'une prudence consommée, étoit encore agréable dans la con- versation, et avoit autant de majesté que d'agrément dans la figure. L'histoire doit dire le pour et le contre. Condorcet, dans une note sur le siècle de Louis XV, lui attribue les brouilleries qui éclatèrent entre le prince Victor et son fils Charles-Emmanuel. Il dit que d'Orméa rappelé de Rome, et placé dans le minis- tère, forma dès son arrivée le projet d'être le maître. « Il craig- noit peu, ajoute-t-il, les au- tres ministres, qu'il parvint bien- tôt à rendre suspects ou inutiles. Mais le roi Victor étoit un obs- tacle à son ambition. » Dès-lors il le décria dans l'esprit de son fils, et la haine entre les deux monarques fut entretenue par lui avec tant de soin, qu'ils de- vinrent irréconciliables. I. ORMESSON, (Olivier le Fèvre d') d'une famille illustre dans la robe, étoit fils d'André le Fèvre d'Ormesson, mort en 1665, doyen des conseillers au parlement de Paris. Il fut digne de son père par sa probité et ses talens, et fut regardé comme le magistrat le plus intègre de la cour de Louis XIV. Il résista avec fermeté, dit le président Henaud, aux ministres qui vou- loient faire périr le surintendant Fouquet, dont il étoit chargé de rapporter le procès : (Voyez I. FOUQUET.) Ni les menaces, ni les promesses de la place de chancelier, ne purent lui faire suivre d'autre avis que celui que la vérité lui dictoit. Louis XIV n'oublia jamais cette belle ac- tion, et quand on lui présenta son petit-fils, il lui dit : Je vous exhorte à être aussi honnête homme que le Rapporteur de M. Fouquet. Il mourut le 4 no- vembre 1686.
II. ORMESSON, (André le Fèvre d') fils du précédent et de Marie de Fourcy, naquit en 1644. Il fut formé aux belles-lettres et à la connoissance du droit par le célèbre abbé Fleury. Il fut successivement avocat du roi au Châtelet, conseiller au grand conseil, et maître des requêtes. La place de contrôleur général lui fut offerte, et il la refusa. Il n'accepta que l'intendance de Lyon. Il visita sa province avec soin, séjourna dans les plus petites villes et dans les villages. Il pénétra même dans des lieux où depuis 50 ans on n'avoit point vu d'intendant, uniquement pour y recevoir les plaintes des pauvres qui n'auroient pu l'aller trouver à Lyon. Accablé de travail et d'austérités, et d'ailleurs d'une complexion délicate, il succomba à l'âge de 40 ans, et mourut en 1684. Sa fille épousa depuis l'immortel chancelier d'Aguesseau.
III. ORMESSON, ( Henri-François-de-Paule le Fèvre d') fils du précédent et d'Eléonore le Maître, naquit en 1681. Le duc d'Orléans, régent, le fit entrer dans le conseil de régence. Bientôt après il fut nommé plénipotentiaire du roi pour régler les limites de la Lorraine. Il fut successivement conseiller d'état, intendant des finances, et conseiller au conseil souverain des finances. Le trait suivant caractérise bien la candeur de son ame. Lorsque l'illustre d'Aguesseau fut exilé sous la régence, il se retira dans sa terre de Fresnes, où d'Ormesson son beau-frère alloit souvent partager sa solitude. M. le Régent, qui conservoit toujours à d'Aguesseau son estime et même son amitié, dit un jour en présence d'une partie de la cour, qu'il vouloit avoir l'avis du Chancelier sur une affaire importante. Tout le monde O R M 199 garda le silence, et trembla d'avoir aucune liaison avec un homme disgracié. D'Ormesson prit la parole, et offrit au Régent « de se charger de sa commission, parce qu'il partoit pour Fresnes en sortant du conseil... » Les courtisans se regardoient les uns les autres, et murmuroient de cette imprudence. M. le Régent s'en apperçut, et après avoir dit à d'Ormesson qu'il lui donneroit volontiers ses dépêches, il se retourna et dit: Messieurs, j'aime bien mieux cette noble franchise, que votre fausse prudence et votre dissimulation. Ce magistrat mourut le 20 mars 1756.
IV. ORMESSON, ( A. L. le Fèvre d') fils du précédent, remplit avec honneur la place de président au parlement de Paris. Ayant eu pendant quelque temps l'administration de la maison de Saint-Cyr, il avoit été dans le cas de travailler, pour cet objet, directement avec Louis XVI, et de s'en faire connoître. Après la retraite de M. de Fleuri, en 1783, du contrôle général, le ministre de Vergennes proposa pour le remplacer le Fèvre d'Amécourt, Calonne et Foulon. Le roi nomma d'Ormesson, et dit aussitôt: « Pour le coup, on ne dira pas que ce soit la cabale qui ait fait appeler celui-ci. » Le nouveau ministre jonissoit alors de cent mille livres de rente et de la considération générale; sa mère voulut l'empêcher d'accepter une place qui, dans les circonstances critiques où l'on se trouvoit, devenoit un fardeau, mais il répondit à tout: Le roi le veut. Il eut d'abord l'intention de refuser les émolumens de la place, et il ne les accepta que lorsqu'on lui eut fait observer que son désintéressement pourroit paroître de l'orgueil et nuire aux intérêts de ses successeurs. Nommé député par la ville de Paris aux états généraux de 1789, il y parut doux, modéré, attaché à l'ordre, ennemi des nouveautés dangereuses. Bientôt après, le tribunal révolutionnaire le récompensa de son zèle et de ses services, en le condamnant à mort, le 1er floréal de l'an 2, comme conspirateur et ayant protesté contre l'autorité légitime. D'Ormesson étoit alors âgé de 42 ans; il avoit la vue basse, une figure agréable, un jugement sain, beaucoup de mémoire; il connoissoit les lois et en citoit à propos les dispositions, à l'appui de ses opinions. Sa famille prétendoit descendre de St. François de Paule, fondateur des Minimes, et d'après cette origine, elle n'avoit pour livrée que des habits bruns. I. ORNANO, (Alphonse d') maréchal de France et colonel général des Corses qui servoient en France, étoit Corse lui-même. Il étoit fils du fameux SAN-PIEZNO Bastelica. (Voyez le premier mot.) Malgré la réputation que celui-ci s'étoit acquise par ses exploits, le nom de Bastelica, après la mort de sa femme, devint si odieux, qu'Alphonse son fils fut contraint de le quitter, pour prendre celui d'Ornano, nom de la famille de sa mère. Il fut envoyé à Lyon après le massacre du duc de Guise, pour se saisir du duc de Mayenne; mais au moment qu'il y entroit par une porte, le duc s'enfuit par une autre. C'est ce général qui disposa, en 1594, Grenoble, Valence et les autres villes du Dauphiné, à secouer le jong de la Ligue. Lesdiguières et lui avoient fait dans cette province une guerre opiniâtre aux Ligueurs. Ces deux héros étoient égaux en valeur, en âge, en mérite; mais cette égalité fit naître entre eux la jalousie, et il fallut que Henri IV les séparât. D'Ornano demeura lieutenant de roi en Dauphiné: Lesdiguières le fut en Provence; mais le premier eut sur le second l'avantage d'être fait maréchal de France en 1595, et Lesdiguières ne le devint qu'en 1608. Alphonse d'Ornano mourut le 2 janvier 1610, âgé de 62 ans, avec la réputation d'un grand homme de guerre, et plus encore avec celle d'avoir toujours chéri la vérité, et de n'avoir jamais craint de la dire en face aux rois.