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03.0 Dictionnaire historique — II – II

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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II. ORNANO, (Jean-Baptiste d') fils aîné du précédent, gouverneur de Gaston de France, frère unique du roi Louis XIII, s'acquitta si bien de cet emploi, qu'il sut à la fois corriger les mauvaises habitudes du jeune Gaston et gagner sa confiance. D'Ornano fut en grande considération jusqu'en 1624, qu'il suggéra à ce prince, qui n'avoit pas encore 16 ans, le désir d'entrer au conseil, afin d'y entrer lui-même. Il fut éloigné de la cour; néanmoins par les bons offices de la reine Marie de Médicis, qui craignoit que cet incident ne brouillât Louis XIII et Gaston, d'Ornano y fut rappelé et fait maréchal de France à la prière de son pupille, le 7 avril 1726; mais on ne fut pas long-temps à s'en repentir. A peine d'Ornano eut-il ce qu'il souhaitoit, qu'il recommença ses menées; malheureuses intrigues, qui quelques mois après le con- duisirent en prison, (Voy. ALI- GRE.) et qui donnèrent occasion de lui faire faire son procès. Pendant qu'on y travailloit, il mourut à Vincennes le 9 no- vembre de la même année, à 45 ans, de poison selon quelques- uus, et selon d'autres d'une fiè- vre maligne et d'une rétention d'urine. C'étoit un maréchal de grace qui reçut le bâton sans avoir servi; il fut entre ses mains une marotte. Sa postérité s'étei- gnit en 1774.
ORNANO, (Vanina d') Voy. SAN-PIETRO.
ORNEVAL, Voyez DOR- NEVAL.
OROBIO, (Isaac) fameux Juif Espagnol, fut élevé dans la religion Judaïque par son père et par sa mère, quoiqu'ils fissent profession extérieure de la reli- gion Catholique. Il étudia la phi- losophie scolastique à la mode d'Espagne, et y fit de si grands progrès qu'il fut fait lecteur en mathématiques dans l'université de Salamanque. Orobio s'appliqua ensuite à la médecine, et l'exerça même avec succès. Mais ayant été accusé de Judaïsme, il fut mis dans les prisons de l'Inqui- sition, où il souffrit pendant trois ans des tourmens horribles sans rien avouer. Sa liberté lui ayant été rendue, il passa en France et demeura quelque temps à Toulouse, exerçant la médecine et professant extérieurement la religion Catholique. Orobio, las de porter le masque, se retira à Amsterdam, quitta le nom de D. Balthasar qu'il avoit porté jusqu'alors, reçut la circoncision et mourut en 1687 dans l'indiffé- rence de toutes les religions. Les trois petits écrits qu'il composa en latin, à l'occasion de la fa- meuse conférence qu'il eut avec Philippe de Limborch sur la re- ligion Chrétienne, sont impri- més dans l'ouvrage de ce dernier, intitulé : Amica Collatio cum erudito Judæo, Goude, 1687, in-4°. On a d'Orobio, Certamen philosophicum adversus Spino- sam, Amsterdam, 1684, in-4°, et d'autres ouvrages en manus- crit, qui marquent de l'érudi- tion. Son caractère étoit doux et honnête.
ORODES, roi des Parthes, succéda à son frère Mithridate, auquel il ôta le trône et la vie. Les Romains lui ayant déclaré la guerre, il vainquit Crassus, l'an 53 avant J. C., prit l'enseigne des Romains, et fit un très-grand nombre de captifs. On ajoute qu'il fit fondre de l'or dans la bouche de ce général Romain, pour lui reprocher son avarice insatiable, qui lui avoit fait com- mettre tant d'injustices et de sa- crilèges. Les Romains se vengè- rent de la défaite de Crassus, sur Pacore fils d'Orodes, qui man- qua d'en perdre l'esprit. Comme le monarque Parthe étoit alors vieux et hydropique, 30 enfans qu'il avoit eus de différentes fem- mes, le sollicitèrent pour avoir sa succession. Phraate, l'aîné de tous, l'emporta sur ses frères. C'étoit un monstre : il n'eut pas plutôt la couronne, qu'il voulut empoisonner celui qui la lui avoit donnée ; mais le poison, bien loin de lui être mortel, fit éva- cuer, dit-on, son hydropisie. 202 ORO Alors'indigne *Phraate* l'étrangla de ses propres mains, l'an 35 avant J. C. Ainsi mourut *Orodus*, après 50 ans de règne : prince illustre par son courage, s'il n'avoit souillé sa gloire par son ambition et sa cruauté.
OROMAZE, le Principe ou le Dieu du bien, selon *Zoroastre*, qui admettoit un autre Principe ou auteur du mal, nommé *Arimanes*. Ce législateur repré-sentoit le bon Principe comme environné de feu; c'est pourquoi il voulut qu'on entretint un feu perpétuel en son honneur, et qu'on rendit un culte religieux au Soleil.
ORONCE FINÉ, *Voy. FINÉ*.
ORONOKO, *Voyez BEHN*.
OROSE, (Paul) prêtre de Tarragone en Catalogne, fut envoyé par deux évêques Espagnols, l'an 414, vers *St. Augustin*. Il demeura un an avec ce saint Docteur, et fit auprès de lui de grands progrès dans la science des Écritures. Il alla de sa part en 415, à Jérusalem pour consulter *St. Jérôme* sur l'origine de l'ame. A son retour il composa, par le conseil de l'illustre évêque d'Hippone, son *Histoire* en vii livres, depuis le commencement du monde, jusqu'à l'an 316 de J. C. Cet ouvrage, plus dogmatique qu'historique, plein d'inexactitudes et de bruits populaires, ne donne pas une grande idée de l'historien; mais il pourra être utile à ceux qui le liront avec discernement. La première édition est de 1471, in-folio. Les meilleures sont celles de 1615, in-4°, de 1738, publiée à Leyde par *Havercamp*; et de 1767, in-4°. On a encore de lui : I. Une *Apologie* du *Libre-arbitre* contre *Pélage*. II. Une *Lettre* à *St. Augustin*, sur les erreurs des Priscillistines et des Origénistes.
ORPHANEL, *Voyez ORHANEL*.
ORPHÉE, (Mythol.) fils d'*Apollon* et de *Calliope*, [d'autres disent d'*Æagre* roi de Thrace, et de *Polymnie*,] jouoit si bien de la lyre, que les arbres et les rochers émus qu'itoient leurs places, les fleuves suspendoient leur cours, et les bêtes féroces s'attroupoient autour de lui pour l'entendre. *Sylvestres homines sacer interpresque deorum,* *Cadibus et victu fedo deterrute Orpheus;* *Dictus ob hoc lenire tigres rabidosque leones.* Ilor. *Art. Poet.* *Euridyce* sa femme, étant morte de la morsure d'un serpent le jour même de ses noces, en fuyant les poursuites d'*Aristée*; *Orphée* descendit aux Enfers pour la redemander, et toucha tellement *Pluton*, *Proserpine* et toutes les Divinités infernales par les accords de sa lyre, qu'ils la lui rendirent, à condition qu'il ne regarderoit pas derrière lui jusqu'à ce qu'il fût sorti des Enfers. Ne pouvant maîtriser son impatience, il se retourna pour voir si sa chère *Eurydice* le suivoit; mais elle disparut aussitôt. Depuis ce malheur il renonça aux femmes. Son indifférence irrita si fort les *Bacchantes*, qu'elles se liguèrent contre lui, le mirent en pièces, et jetèrent sa tête dans l'Hébre. Les Muses recueillirent ses membres disper- sés, et leur rendirent les honneurs funèbres. Il fut métamorphosé en cygne par son père, et son instrument fut placé au nombre des constellations. On représente ordinairement *Orphée* une lyre ou un luth à la main. Nous avons sous son nom des *Hymnes* et d'autres *Pièces de Poésie*, dont la première édition est de Florence, 1500, in-4°. Les meilleures sont : Celle d'Utrecht, 1689, in-8°; *Cum notis Variorum*, Leipzig, 1764, in-8°; et dans les *Miscellanea Græcorum Carmina*, de *Maittaire*, Londres, 1722, in-4°; mais il est constant qu'elles sont supposées. Son *Poème des Argonautes* est d'*Onomacrite*, qui vivait du temps de *Pisistrate*. *Orphée* étoit-il un personnage imaginaire ? c'est sur quoi les savans ont disputé. Il n'exista sans doute jamais d'*Orphée* tel que les poètes l'ont imaginé, traînant après lui les arbres et les rochers, et pénétrant aux enfers à la faveur de ses chants harmonieux. Mais les témoignages d'*Hombre*, d'*Hérodote*, d'*Hésiode*, de *Pindare*, d'*Euripide*, d'*Aristophane*, de *Platon*, d'*Isocrate*, de *Pausanias*, attestent assez qu'il a existé un personnage très-réel sous le nom d'*Orphée*, lequel se distingue comme poète, musicien et fondateur de secte.
ORPHIREUS, *Voyez* S'GRAVESANDE.
ORRERY, *Voy. BOYLE*, nos II et III. I. ORSATO, (Sertorio) *Ursatus*, né à Padoue en 1617, d'une des premières familles de cette ville, fit paroître de bonne heure d'heureuses dispositions pour les lettres et les sciences. La poésie fut pour lui un amusement, et la recherche des antiquités et des inscriptions anciennes une occupation sérieuse. Sur la fin de ses jours, il fut chargé d'enseigner la physique dans l'université de Padoue, et il s'en acquitta avec beaucoup de succès. Le doge et le sénat de Venise voulurent bien agréer l'hommage de son *Histoire de Padoue*. En leur présentant cet ouvrage, il leur fit un long discours, pendant lequel il lui survint un besoin naturel qu'il maitrise, et qui lui causa une rétention d'urine dont il mourut le 3 juillet 1678, à 61 ans. On a de lui un très-grand nombre d'ouvrages estimés, les uns en latin et les autres en italien. Les principaux de ceux qui sont en latin, sont : I. *Sertum philosophicum, ex variis Scientiæ naturalis floribus consertum*, 1635, in-4°. II. *Monumenta Patavina*, 1652, in-fol. III. *Commentarius de notis Romanorum* : ouvrage utile, et très-rare avant qu'on l'eût réimprimé à Paris en 1723, in-12. On le trouve aussi dans le tome xi$^{o}$ de *Grævius*. IV. *Prænomina, Cognomina et Agnomina antiquorum Romanorum*. V. *Deorum Dearumque Nomina et attributa*. VI. *Lucubrationes in quatuor Libros Meteororum Aristotelis*. VII. *Orationes et Carmina*. Voici les principaux de ceux qu'il a composés en italien. I. *Histoire de Padoue*, en deux parties, 1678, in-fol. II. *Marxii eruditi*, à Padoue, 1662 et 1719, in-4°; ouvrage curieux, aussi en deux parties. III. *Cronologia di Reggimenti di Padoue*, revue avec des notes, 1666, in-4°. IV. *Des Poésies Lyriques*, 1637, in-12. V. *Des Comédies*, et d'autres Pièces de poésies, etc. L'académie des *Iticovrati* et d'autres compagnies littéraires l'avoient mis au nombre de leurs membres.
II. ORSATO, (Jean-Baptiste) habile médecin et antiquaire, né à Padoue en 1673, et mort en 1720, à 47 ans, cultiva les belles-lettres et la médecine avec un succès égal. On a de lui : I. *Dissertatio epistolaris de Lucernis antiquis*. II. Un petit Traité *De Sternis veterum*. III. *Dissertatio de Patera antiquorum*. Il règne dans ces ouvrages une profonde érudition. I. ORSI, (Jean-Joseph) philosophe, né à Bologne en 1652; de *Mario Orsi* patrice de cette ville, étudia avec soin les belles-lettres, la philosophie, le droit et les mathématiques, et s'appliqua aussi à la poésie. Il avoit sur-tout du goût pour la morale. Sa maison étoit une espèce d'académie, où plusieurs gens de lettres se rassembloient régulièrement. Leurs conférences littéraires commençoient toujours par un repas, assaisonné du sel de l'esprit et de celui de l'enjouement. Le but de ces conférences étoit de comparer la morale des anciens philosophes avec celle des premiers écrivains Chrétiens. En 1712, il alla s'établir à Modène, et y continua ses exercices académiques. Il se signala sur-tout dans l'art des Sonnets Italiens. La netteté, la légèreté, le tour et la liaison des phrases formoient le caractère des siens. Il mourut en 1733, à 81 ans, après avoir été marié deux fois. Il avoit des sentimens de religion qui avoient un peu modéré son tempérament, naturellement bilieux et emporté. On a de lui : I. Des *Sonnets* ingénieux, des *Pastorales* et plusieurs *Pièces* de poésie. II. La *Defense* de quelques auteurs Italiens, entr'autres du *Tasse*, contre le P. *Bouhours*. III. Des *Lettres*. IV. La *Traduction* de la *Vie* du comte *Louis de Sales*, écrite en françois par le P. *Buffier* Jésuite. Nous avons dit qu'*Orsi* étoit d'un caractère fort vif, et sa vivacité paroît assez dans ses ouvrages polémiques. *Voy.* l'art. II. MAFFEY (Scipion), n.º III de ses ouvrages.
II. ORSI, (François-Joseph-Augustin) cardinal, né dans le duché de Toscane en 1692, prit l'habit de *Saint-Dominique*, et profita des leçons et des exemples des hommes pieux et savans que renfermoit cet ordre. Après avoir professé la théologie et rempli l'emploi de maître du sacré palais, il fut honoré de la pourpre Romaine par *Clément XIII*, en 1759. Son élévation ne changea rien au caractère de son ame simple, modeste, ni à celui de son esprit uniquement occupé de l'étude et du zèle pour la gloire de l'Eglise. Il est principalement connu par une *Histoire Ecclésiastique* en 20 vol. in-4° et in-8°, un peu prolixe, mais très-bien écrite en italien. Le XXe volume de ce savant ouvrage a été publié en 1761, année de la mort de cet illustre cardinal. Il contient la fin du 6e siècle, depuis l'an 537 jusqu'à l'an 600. On voit quelle auroit été l'étendue de ce livre, si l'auteur l'avoit poussé jusqu'à nos jours. Cet écrivain connoissoit les principaux auteurs François de l'Histoire Ecclésiastique, tels que *Pleury* et *Tillemont* : il a profité avec raison de leurs ouvrages. Cette Histoire est continuée par le P. Philippe-Ange Becchetti du même ordre. Le tome XXI de cette continuation a paru à Rome en 1779, in-4°, et renferme l'Histoire de l'Église jusqu'à l'an 1179. On a encore de lui, Infallibilitas act. Romani Pontificis, 1741, 3 vol. in-4.°
ORSILOQUE, fils d'Idoménée, avoit suivi son père à la guerre de Troye avec les autres princes de la Grèce. S'étant opposé de toutes ses forces à ce qu'Ulysse n'eût aucune part au butin de cette ville, ce prince lui passa son épée à travers du corps et le tua. C'est aussi le nom d'un capitaine Troyen dont parle Virgile.
ORSINI, Voy. II. FULVIUS.
ORTE, (N... vicomte d') gouverneur de Baïonne pendant le vertige sanguinaire de la Saint-Barthélemi, se signala dans sa ville par la même fermeté généreuse et humaine que l'évêque Hennuyer dans Lisieux, que le président Jannis à Dijon, que le consul Villars à Nîmes, et quelques autres hommes sages en petit nombre. Charles IX avoit envoyé des ordres dans toutes les provinces pour exterminer les Huguenots. Tandis que la plupart des gouverneurs étoient assez féroces ou assez lâches pour obéir, d'Orte écrivit au roi ce billet, digne d'un Spartiate: «SIRÉ, j'ai communiqué la lettre de Votre Majesté à la garnison et aux habitans de cette ville. Je n'y ai trouvé que de braves soldats, de bons citoyens, et pas un bourreau.»
ORTELIUS, (Abraham) né à Anvers en 1527, se rendit ha- bile dans les langues et dans les mathématiques, et sur-tout dans la géographie. Il fut surnommé le Ptolomée de son temps. Juste Lipse et la plupart des grands hommes du 16e siècle, eurent des liaisons de littérature et d'amitié avec ce savant. Il mourut à Anvers sans avoir été marié, le 26 juin 1598 à 72 ans. On a de lui d'excellens ouvrages de géographie. Les principaux sont: I. Theatrum orbis Terrarum, plusieurs fois imprimé, et augmenté par Jean-Baptiste Vrientius qui l'a publié en latin, espagnol et italien. Michel Coignetus en a donné un Abrégé. II. Synonyma Geographia, 1578, in-4°: cet ouvrage a été donné avec des additions sous le titre de Thesaurus Geographicus, 1578 et 1596, in-fol. III. Aurei seculi Imago, 1598, in-4°. C'est une description des mœurs et de la religion des Germains, avec des figures. IV. Itinerarium per nonnullas Galliæ Belgicæ partes, par Ortelius et Jean Viviane, 1588, in-8°; Iéne 1684; avec les Opuscules de Conrad Peutinger. V. Syntagma herbarum encomiasticum, Anvers. 1614, in-4°. Juste Lipse lui a fait cette épitaphe: Brevis terra cum capit, Qui ipse orbem terrarum capit, Stylo et tabulis illustravit, Sed mente contempsit Quâ cælum et alta suspexit, Constans adversum spes aut metus: Amicitia cultor, candore, fide, officiis; Quietis cultor, sine lite, uxore, prole; Vitam habuit quale alius votum. Ut nunc quoque aterna ei quies sit, Votis fave, lector. I. ORTILZ, (Alphonse) né à Tolède au milieu du XVe siècle, mort vers 1530, s'appliqua à 206 ORT l'étude des matières eccléristiques. Sa science et son mérite lui procurèrent un canonicat dans la métropole de sa patrie. Le cardinal *Ximenès* l'honora de sa confiance, et le chargea de rédiger l'Office Mosarabe : *Ortiz* s'en acquitta avec intelligence. Cet Office, que l'on croit composé par *St. Léandre* et *St. Isidore* son frère, fut d'abord appelé Gothique et ensuite Mosarabe. *Ximenès*, voulant perpétuer la mémoire de ce rite particulier qui étoit dans l'oubli, fit imprimer à Tolède, l'an 1500, le Missel de cet idiome, et en 1502 le Brévaire : ce sont deux petits vol. in-folio, très-rares. *Ortiz* en dirigea l'édition, et orna chacun de ses ouvrages d'une Préface aussi savante que curieuse. Il faut y joindre, pour la parfaite connoissance de cet Office : I. *Vie de Ximenès* avec l'*Histoire du Rite Mosarabe*, en espagnol, Tolède, 1604, in-4°, par François de Roblès. II. *Joannis Pinii Liturgia Mosarabica*, Rome, 1716, deux vol. in-fol. III. *Le Bref Mosarabe*, par Eugenio de Roblès, Tolède, 1603, in-4°, de 23 feuillets : rare. Le *Missel Mosarabe* a été réimprimé à Rome, 1756, in-4°.
II. ORTILZ, (Blaise) parent et contemporain du précédent, chanoine de Tolède comme lui, fut aussi considéré pour ses lumières. Il s'est rendu célèbre par un ouvrage très-curieux et peu commun, dont voici le titre : *Descriptio summi Templi Toletani*, Toleti, in-8°, 1549. On trouve dans cette Description un détail intéressant de tout ce qui concerne la magnificence, les ornemens, les rites et les usages de cette Église fameuse. L'ouvrage est curieux, sur-tout pour la partie où l'auteur décrit la chapelle que le cardinal *Ximenès* fit bâtir tout auprès, et dans laquelle il fonda des chanoines et des clercs pour y célébrer journellement l'Office Mosarabe. On appelait *Mosarabes* les Chrétiens, qui, en payant tribut, vivoient sous la domination des *Maures*, suivant leurs coutumes et leurs lois.
ORTUINUS GRATIUS, *Voyez GRATIUS*, n.º II.
ORVAL, *Voyez MONTGAILLARD*. I. ORVILLE, *Voy. I. LUILLIER*.
II. ORVILLE, (Jacques-Philippe d') naquit à Amsterdam en 1696, d'une famille originaire de France. Son goût pour les belles-lettres se perfectionna dans différents voyages, en Angleterre, en Italie, en Allemagne et en France. Il fréquentoit par-tout les savans, visitait les bibliothèques et les cabinets d'antiquités et de médailles, et formoit des liaisons avec tous les hommes célèbres dans la république des lettres. De retour dans sa patrie, il obtint, en 1730, la chaire d'histoire, d'éloquence et de langue grecque, à Amsterdam. Il remplit cette place avec la plus haute réputation, jusqu'en 1742, qu'il s'en démit volontairement pour se livrer entièrement à l'étude, et pour travailler avec plus de loisir aux différents ouvrages qu'il avoit commencés. Ce savant mourut en 1751, à 55 ans. On a da lui : I. *Observationes miscellanea novae*, ouvrage d'une profonde
OSÉ 207 érudition et d'une critique exacte. Ces observations avoient été commencées par de savans Anglois. Elles furent continuées par *Burmann* et d'*Orville*, qui en publia dix volumes avec son collègue, et quatre autres après que la mort le lui eut enlevé. On trouve dans ce recueil quelques ouvrages qui ne sont que de lui ; parmi lesquels on distingue sa *Dissertation sur l'antiquité de l'isle de Délos*, et ses *Remarques* sur le Roman grec de *Chariton* d'Aphrodise. II. *Critica Vannus in inanes Joannis Cornelii Pavonis paleas*, etc. C'est un ouvrage aussi savant que satirique contre M. de Paaw, littérateur d'Utrecht. Après sa mort, M. *Burmann* a donné ses Observations sur la Sicile, sous le titre de *Sicula*, Amsterdam, 1764, vol. in-folio.
III. ORVILLE, (Pierre d') frère du précédent, mort en 1739, cultiva à la fois l'art d'*Apollon* et celui de *Mercure*: il fut commerçant, et fit des vers avec succès. On a de lui des *Poésies*. — Un *Nicolas-Philippe d'ORVILLE*, parent des précédents, est auteur d'un recueil de dissertations chrétiennes, morales et historiques, composées sous le nom de *Pulcherie*. Cet ouvrage manuscrit, en dix vol. in-folio, est indiqué dans le Catalogue des manuscrits de *Milsonneau*, publié à Paris en 1770.
IV. ORVILLE, (N. Valois d') fils d'un trésorier de France, de Rouen, naquit à Paris et y est mort vers 1766. Il est auteur d'une foule de pièces de théâtre, soit seul, soit en société avec *Laffichard* et *Favart*. Les plus connues sont : les *Souhaits*, l'*E-* cole des *Veuves*, l'*Ecole de Salerne*, les *Talens comiques*, la *Fontaine de Sapience*. Ces pièces n'ont pas été imprimées, et ce n'est pas une grande perte pour le public.
OSBORN, (François) écrivain Anglois, mort en 1659 à Nether-Worton, prit le parti du parlement durant les guerres civiles, et eut divers emplois sous *Cromwell*. On a de lui, des *Aris* à un *Fils*, 2 vol. in-8°, 1656 et 1658, et d'autres ouvrages en anglois. I. OSÉE, fils de *Béeri*, un des XII petits Prophètes, et le plus ancien de ceux qui prophétisèrent sous *Jéroboam II*, roi d'Israël, et sous *Ozias*, *Joathan*, *Achaz* et *Ezéchias*, rois de Juda, l'an 800 avant Jésus-Christ. Il fut choisi de Dieu pour annoncer ses jugemens aux dix Tribus d'Israël, et il le fit par des paroles et des actions prophétiques. Lorsque le Seigneur commença à parler à *Osée*, il lui commanda de prendre pour femme une prostituée, et d'en avoir des enfans. C'étoit pour figurer l'infidèle maison d'Israël, qui avoit quitté le vrai Dieu pour se prostituer au culte des idoles. *Osée* épousa donc *Gomer*, (*Voy*, ce mot) fille de *Debelaiim*, dont il eut trois enfans, auxquels il donna des noms qui signifiaient ce qui devoit arriver au royaume d'Israël. Le commandement fait à *Osée* a paru si extraordinaire à plusieurs interprètes, qu'ils ont cru que ce n'étoit qu'une parabole, et que cet ordre s'étoit passé en vision. Mais St. Augustin l'explique comme un mariage réel avec une femme qui avoit d'abord vécu dans le dé- 208 OSÉ sordre, mais qui depuis son mariage s'étoit retirée de tout mauvais commerce. La prophétie d'Osée est divisée en quatre chapitres. Il y représente la Synagogue répudiée, prédit sa ruine et la vocation des Gentils; il parle fortement contre les désordres qui régnoient alors dans le royaume des dix Tribus. Il s'élève aussi fortement contre les déréglemens de Juda, et annonce la venue de Sennacherib et la captivité du peuple. Il finit par tracer admirablement les caractères de la fausse et de la véritable conversion. Le style de ce prophète est pathétique et plein de sentences courtes et vives, très-éloquent en plusieurs endroits, mais quelquefois obscur par l'ignorance où nous sommes de l'histoire de son temps.
IL OSÉE, fils d'Ela, ayant conspiré contre Phacée roi d'Israël, le tna et s'empara de son royaume; mais il n'en jouit pleinement que neuf ans après l'assassinat de ce prince. Salmanasar roi d'Assyrie, dont Osée étoit tributaire, ayant appris qu'il pensoit à se révolter, et que pour s'affranchir de ce tribut il avoit fait alliance avec Sua roi d'Égypte, vint fondre sur Israël. Il ravagea tout le pays, et le remplit de carnage, de désolation et de larmes. Osée se renferma dans Samarie; mais il y fut bientôt assiégé par le monarque Assyrien, qui, après trois ans d'un siège où la famine et la mortalité se firent cruellement sentir, prit la ville, massacra tous ses habitans, et la réduisit en un monceau de pierres. Osée fut pris, chargé de chaînes, et envoyé en prison. Les Israélites furent transférés en Assyrie, à Hala et à Habor, ville du pays des Mèdes, près de la rivière de Gozan, où ils furent dispersés parmi des nations barbares et idolâtres, sans espérance de réunion. C'est ainsi que finit le royaume d'Israël, l'an 721 avant Jésus-Christ, 250 ans après sa séparation de celui de Juda. I. OSIANDER, (André) né en Bavière l'an 1498, apprit les langues et la théologie à Wirtemberg et à Nuremberg, et fut l'un des premiers disciples de Luther. Il devint ensuite professeur et ministre de l'université de Königsberg. Il se signala parmi les Luthériens par une opinion nouvelle sur la Justification. Il ne vouloit pas, comme les autres Protestans, qu'elle se fit par l'imputation de la justice de Jésus-Christ, mais par l'intime union de la justice substantielle de Dieu avec nos ames. Il se fondoit sur ces paroles, souvent répétées dans Isaïe et dans Jérémie: Le Seigneur est votre justice. Selon Osiander, de même que nous vivons par la vie substantielle de Dieu, et que nous aimons par l'amour essentiel qu'il a pour lui-même; nous sommes justes par la justice essentielle qui nous est communiquée; et par la substance du Verbe incarné, qui est en nous par la foi, par la parole et par les Sacremens. Dès le temps qu'on dressa la Confession d'Augsbourg, il avoit fait les derniers efforts pour faire embrasser cette doctrine par tout le parti, et il la soutint avec une audace extrême à la face de Luther, dans l'assemblée de Smaïkade. On fut étonné de sa témérité; mais comme homme on craignoit de faire échter de nouvelles divisions dans le parti où il tenoit un rang considérable par son sa- voir, on le toléra. Il avoit un talent particulier pour divertir Luther. Il faisoit le plaisant à table, et y disoit de bons mots souvent très-indécens. Calvin dit que toutes les fois qu'Osiander touvoit le vin bon, il en fai- soit l'éloge, en lui appliquant cette parole que Dieu disoit de lui même: Je suis celui qui suis, Fao sum qui sum; ou ces au- tres mots: Voici le Fils de Dieu vivant. Il ne fut pas plutôt en Prusse, qu'il mit en feu l'uni- versité de Konigsberg par sa nouvelle doctrine sur la Justifi- cation. Cet homme turbulent mourut le 17 octobre 1552, à 54 ans. Son caractère emporté ressembloit à celui de Luther, auquel il plaisoit beaucoup. Il traitoit d'ânes tous les théolo- giens qui n'étoient pas de son avis, et il disoit orgueilleuse- ment qu'ils n'étoient pas dignes de décrocher ses souliers. Ses prin- cipaux ouvrages sont: I. Har- monia Evangelica, in-folio. II. Epistola ad Zwinglium de Eucharistid. III. Dissertationes duæ, de Lege et Evangelio et Justificatione. IV. Liber de ima- gine Dei, quid sit.
II. OSIANDER, (Luc) fils du précédent, fut comme lui ministre Luthérien, et hérita de son savoir et de son orgueil. Ses principaux ouvrages sont: I. Des Commentaires sur la Bible, en latin. II. Des Institutions de la Re- ligion Chrétienne. III. Un Abré- gé en latin des Centuriateurs de Magdebourg, 1592 et 1604, in-4.º IV. Enchiridia controver- siarum Religionis cum Pontifi- ciis, Calvinianis et Anabaptistis, à Tubinge, 1605, in-8.º Il mou- rut en 1604. — Il faut le distin- guer de Luc OSIANDER, chan- celier de l'université de Tubinge, mort en 1638 à 68 ans. Il est auteur d'un grand nombre d'ou- vrages, entre autres: I. Justa Defensio de quatuor quæstionibus quoad omnipræsentiam humanæ CHRISTI naturæ. II. Disputatio de omnipræsentid CHRISTI ho- minis. III. Des Oraisons funèbres en latin. IV. De Baptismo. V. De regimine Ecclesiast. VI. De vi- ribus liberi Arbitrii, etc.
III. OSIANDER, (André) petit-fils du disciple de Luther, fut ministre et professeur de théo- logie à Wirtemberg. On a de lui: I. Une Edition de la Bible avec des observations. II. Assertiones de conciliis. III. Disputatio in Librum Concordiæ. IV. Papa non Papa, seu Papæ et Papicolarum Lutherana Confessio, in-8.º Tub. 1599. V. Responsa ad Analysin Gregorii de Valentid, de Ec- clesiæ, etc. Il mourut en 1617, à 54 ans.
IV. OSIANDER, (Jean-Adam) théologien de Tubinge, mort en 1697, tint la plume d'une main infatigable. On a de lui: I. Des Observations latines sur le livre de Grotius De jure Belli et Pacis. II. Commentaria in Pentateu- chum, Josue, Judices, Ruth, et duos libros Samuelis, trois vol. in-folio. III. De Jubilæo He- bræorum, Gentium et Christiano- rum. IV. De Asylis Hebræorum, Gentilium et Christianorum, dans le tome VI du Trésor de Gro- novius. V. Specimen Jansenis- mi. VI. Theologia casualis, de *Magia*, Tubinge, 1687, in-4°, etc.
OSIAS, *Voyez* AZARIAS.
OSIO, *Voyez* OSIUS, n.º II.
OSIRIS, (Myth.) fils de *Jupiter* et de *Niobé*, régna sur les Argiens; puis ayant cédé son royaume à son frère *Egialée*, il voyagea en Égypte dont il se rendit maître. Il épousa ensuite *Io* ou *Isis*. Ils établirent d'excellentes lois parmi les Égyptiens, et y introduisirent les arts utiles. *Tibulle* regarde *Osiris* comme l'inventeur de la charrue : *Primus aratra manu solersi fecit Osiris, Les Égyptiens l'adoroient sous divers noms, comme *Apis*, *Serapis*, et sous les noms de tous les autres Dieux. Les symboles ou les marques par lesquelles on désignoit *Osiris*, sont une mitre ou bonnet pointu et un fouet à la main. Quelquefois, au lieu d'un bonnet on lui mettoit sur la tête un globe, ou une trompe d'éléphant, ou de grands feuillages. Assez souvent, au lieu d'une tête d'homme on lui donnoit une tête d'épervier, avec une croix ou un T attaché à sa main par le moyen d'un anneau. *Voyez* MEZRAÏM. I. OSIUS, évêque de Cordoue en 295, étoit né en Espagne l'an 257. Il eut la gloire de confesser Jésus-Christ, sous l'empereur *Maximien-Hercule* qui le trouva inébranlable. La pureté de ses mœurs et de sa foi lui concilia l'estime et la confiance du grand *Constantin*, qui le consulta dans toutes les affaires ecclésiastiques. *Osius* profita de son crédit au- après de ce prince, pour l'engager à convoquer le concile de Nicée l'an 325, auquel il présida, et dont il dressa le *Symbole*. L'empereur *Constance* ne respecta pas moins que son père cet illustre confesseur : ce fut à sa prière qu'il convoqua le concile de Sardique en 347. Mais ce prince s'étant laissé prévenir par les Ariens et les Donatistes, il devint l'ennemi déclaré de celui dont il avoit été jusqu'alors l'admirateur. Il le fit venir à Milan où il résidoit, pour l'engager à favoriser l'Arianisme. *Osius* reprocha avec force à l'empereur son penchant pour cette secte, et obtint la permission de renoncer à son Église. Les Ariens en firent des plaintes à *Constance*, qui écrivit à ce respectable prélat des lettres menaçantes, pour le porter à condamner *St. Athanase*. *Osius* lui répondit par une lettre, qui est un chef-d'œuvre de la magnanimité épiscopale. « J'ai confessé dit-il, Jésus-Christ dans la persécution que *Maximien* votre aïeul excita contre l'Église ; si vous voulez la renouveler, vous me trouverez prêt à tout souffrir, plutôt que de trahir la vérité et de consentir à la condamnation d'un innocent. Je ne suis ébranlé ni par vos lettres, ni par vos menaces. Ne vous mêlez pas, ajouta-t-il, des affaires ecclésiastiques ; ne commandez point sur ces matières, mais apprenez plutôt de nous ce que vous devez savoir. Dieu vous a confié l'empire, et à nous ce qui regarde l'Église. Comme celui qui entreprend sur votre gouvernement, viole la loi divine craignez aussi, à votre tour, qu'en vous arrogant la con- noissance des affaires de l'Église, vous ne vous rendiez coupable d'un grand crime. Il est écrit : *Rendez à César ce qui est à César ; et à Dieu ce qui est à Dieu*. Il ne nous est pas permis d'usurper l'empire de la terre, ni à vous, Seigneur, de vous attribuer aucun pouvoir sur les choses saintes. » L'empereur, nullement touché de ce langage, le fit encore venir à Sirmich, où il le tint un an comme en exil, sans respect pour son âge qui étoit de cent ans. Les prières ne produisant rien sur lui, on eut recours aux menaces, et des menaces on en vint aux coups. Cet illustre vieillard accablé sous le poids des tournes et de l'âge, signa la Confession de foi dressée par *Potamius*, *Ursace* et *Valens*, au second concile de Sirmich l'an 357. Exemple encore moins étonnant qu'effrayant de la fragilité humaine, contre laquelle la plus solide vertu ne doit jamais nous rassurer. Dès qu'il eut acquiescé à ce qu'on prétendoit, il obtint la liberté de retourner en Espagne, où il mourut bientôt après, mais en pénitent et dans la communion de l'église, comme *St. Athanase* et *St. Augustin* nous l'apprennent. A l'article de la mort il protesta d'une manière authentique et par forme de testament, contre la violence qui l'avoit abattu, anathématisa l'Arianisme avec le plus grand éclat, et il exhorta tout le monde à en concevoir la même horreur.
II. OSIUS ou Osio, (Félix) né à Milan en 1587, savant dans les langues et les belles-lettres, se distingua par son éloquence. Il fut long-temps professeur de rhétorique à Padoue, où il mourut le 29 Juillet 1631, à 44 ans. On a de lui divers ouvrages en prose et en vers. Les principaux sont : I. *Romano-Graccia*. II. *Tractatus de Sepulchris et Epitaphis Ethnicorum et Christianorum*. III. *Elogia Scriptorum illustrium*. IV. *Orationes*. V. *Epistolarum Libri duo*. VI. Des Remarques sur l'Histoire de *Mussati*. VII. Un Recueil des Écrivains de l'Histoire de Padoue, etc. *Theodat Osius* son frère, est aussi auteur de divers *Traités*. Leur famille a produit plusieurs autres hommes distingués. Elle prétendoit avoir été considérable dès le temps de *St. Ambroise*. C'est de cette branche qu'étoit sorti, selon eux, le cardinal *Stanislas Osius*, ou plutôt *Hosius : Voy.* ce mot.
OSMA, *Voyez PIERRE* d'Osma, n.º XXVIII. I. OSMAN I ou OTHMAN, empereur des Turcs, fils d'*Achmet I*, succéda à *Mustapha* son oncle en 1618, à l'âge de douze ans. Il marcha en 1621 contre les Polonois, avec une armée formidable; mais ayant perdu plus de 80 mille hommes et 100 mille chevaux en différens combats, il fut obligé de faire la paix à des conditions désavantagées. Il attribua ce mauvais succès aux Janissaires, et résolue de les casser pour leur substituer une milice d'Arabes; cette nouvelle s'étant répandue, ils se soulèverent, se rendirent au nombre de trente mille à la place de l'Hippodrome, et renversèrent *Osman* du trône, le 19 mai 1622. On rétablit *Mustapha*, qui fit étrangler le jeune empereur le lendemain. Il n'y a que trop 212 OSM d'exemples d'un pareil forfait parmi les Turcs. Telle est la destinée de leurs rois : du trône ils passent à l'échafaud ou à la prison.
II. OSMAN II, empereur des Turcs, parvint au trône après la mort de son frère Mahomet V, en 1754, à l'âge de 56 ans. Son règne, peu fertile en événement, fut terminé par sa mort arrivée le 29 novembre 1757, à 59 ans. Il renouvela, sous des peines grièves, la défense à ses sujets de boire du vin.
OSMAN, Voyez OTHMAN... et RIPPERDA.
OSMOND, (Saint) né en Normandie d'une famille noble, joignit à une grande connoissance des lettres, beaucoup de prudence, et les qualités guerrières. Après la mort de son père, qui étoit comte de Sées, il distribua aux Eglises et aux pauvres la plus grande partie de ses revenus, et suivit l'an 1066, Guillaume le Conquérant en Angleterre. Ce prince récompensa Osmond en le faisant comte de Dorset, puis son chancelier, et dans la suite évêque de Salisbury. Il corrigea la Liturgie de son diocèse, la purgea de plusieurs termes barbares et grossiers, et la mit dans un ordre commode. Cette Liturgie ainsi corrigée, devint dans la suite celle de tout le royaume d'Angleterre. Ce prélat également recommandable par ses connoissances et par son zèle, mourut en décembre 1099; et fut canonisé 350 ans après par le pape Calixte III.
OSORIO, (Jérôme) natif de Lisbonne, apprit les langues et les sciences à Paris, à Salamanque et à Bologne, et devint archi- diacre d'Évora, puis évêque de Silves et des Algarves. L'enfant Dom Louis, qui lui avoit confié l'éducation de son fils, l'en récompensa en lui procurant ces dignités. Ce savant s'exprimoit avec tant de facilité et d'éloquence, qu'on le surnomma le Cicéron de Portugal. Il mourut à Tavila dans son diocèse, le 20 août 1580, à 74 ans, en allant appaiser une sédition qui s'y étoit élevée. Ses mœurs et son érudition justifièrent l'estime dont les rois de Portugal l'honorèrent. Il nourrissoit dans son palais plusieurs hommes savans et vertueux. Il se faisoit toujours lire à table, et après le repas il recueilloit les sentimens de ses convives sur ce qu'on avoit lu. On a de lui : I. Des Paraphrases et des Commentaires sur plusieurs livres de l'Écriture-Sainte. II. De Nobilitate civili. III. De Nobilitate Christiand. IV. De Glorid. V. De Regis institutione. VI. De rebus Emmanuelis, Lusitaniae Regis, virtute et auspicio gestis, Libri XII, 1575, in-fol. Lisbonne; traduit en françois par Simon Goulard, sous le titre d'Histoire de Portugal, 1581, 1587, in-fol. et in-8. VII. De Justitiâ cælesti. VIII. De Sapientia, etc. Tous ces ouvrages, que les moralistes pourroient lire avec fruit, ont été recueillis et imprimés à Rome en 1592, en 4 tomes in-fol., cette édition est fort rare. Jérôme Osorio son neveu, et chanoine d'Évora, qui a écrit sa Vie, est connu par une paraphrase latine sur l'Écclésiastique, Lyon 1611, in-4.
OSSAT, (Arnaud d') naquit en 1536 à Cassagnabère, petit village près d'Auch, de parens pauvres : les uns veulent que son père fit le métier d'opérateur, d'autres qu'il fût maréchal-ferrant ; mais ce qu'il y a de vrai, c'est que d'Ossat se trouva sans père, sans mère et sans biens à l'âge de 9 ans. Il ne dut son élévation qu'à lui-même. Placé au service d'un jeune seigneur de son pays, appelé Castelnau de Magnoac, de la maison de Marca, qui étoit aussi orphelin, il fit ses études avec lui ; mais il le surpassa bientôt et devint son précepteur. On les envoya à Paris en 1559, et on y joignit deux autres enfans, cousins germains de ce jeune seigneur. D'Ossat les éleva avec soin jusqu'au mois de mai 1562, que, leur éducation étant finie, il les renvoya en Gascogne. Il acheva de s'instruire dans les belles-lettres, apprit les mathématiques, et fit à Bourges un cours de droit sous Cujas. De retour à Paris, il suivit le barreau, et s'y fit admirer par une éloquence pleine de force. Ses talens lui firent des protecteurs, entr'autres Paul de Foix, pour lore conseiller au parlement de Paris. Il obtint par leur crédit, une charge de conseiller au présidial de Melun. Ce fut alors qu'il commença à jeter les fondemens de sa fortune. Paul de Foix, devenu archevêque de Toulouse, et nommé ambassadeur à Rome par Henri III, emmena avec lui d'Ossat en qualité de secrétaire d'ambassade. Après la mort de ce prélat, arrivée en 1584, Villeroy secrétaire d'état, instruit de son mérite et de son intégrité, le chargea des affaires de la cour de France. « D'Ossat, disoit-il, fait plus avec de la raison, que tous les autres ambassadeurs avec de l'argent. » Le cardinal d'Est protecteur de la nation Françoise, le fut aussi de d'Ossat. Le roi lui fit offrir une charge de secrétaire d'état, qu'il refusa avec autant de modestie que de sincérité. Henri IV dut à ses soins sa réconciliation avec le Saint-Siège et son absolution qu'il obtint après bien des peines, du pape Clément VIII. Ses services furent récompensés par l'évêché de Rennes, par le chapeau de cardinal en 1598, enfin par l'évêché de Baïeux en 1601. Après avoir servi sa patrie en sujet zélé et en citoyen magnanime, il mourut à Rome le 15 mars 1604, à 68 ans. Le cardinal d'Ossat étoit un homme d'une grande pénétration. Il prenoit ses mesures avec tant de discernement, que dans toutes les affaires et les négociations dont il fut chargé, il est impossible de trouver une fausse démarche. Il sut allier dans un degré éminent, la politique avec la probité, les grands emplois avec la modestie, les dignités avec le désintéressement. Nous avons de lui un grand nombre de Lettres qui passent avec raison pour des chefs-d'œuvre de politique. On y voit un homme sage, profond, mesuré, décidé dans ses principes et dans son langage. (Voyez I. PERRON.) La meilleure édition est celle d'Amelot de la Houssaye, à Paris en 1698, 2 vol. in-4°, et 5 vol. in-12. Quoique les affaires dont traite d'Ossat, soient moins intéressantes aujourd'hui qu'autrefois, les politiques peuvent toujours en faire usage, sur-tout pour se former aux négociations avec la cour de Rome : c'est ce qui engagea Jérôme Canini à les traduire en italien, Venise, 1629, in-4°. Le cardinal d'Ossat, disciple de P. Ramus, composa dans sa jeunesse, pour la défense de son maître, un ouvrage sous ce titre : *Expositio Arnoldi Ossui in disputationem Jacobi Carpentarii de methodo*, 1564, in-8°. Le style en est pur, vif, les réflexions judicieuses et les saillies piquantes. *Jacques Charpentier* répondit à d'Ossat, mais par des injures, suivant la méthode de ceux qui n'ont rien de mieux à dire.
OSSIAN, Barde ou Druide Ecossois au 3e siècle, prit d'abord le parti des armes. Après avoir suivi son père *Fingal* dans ses expéditions, principalement en Irlande, il lui succéda dans le commandement. Devenu infirme et aveugle, il se retira du service, et pour charmer son ennui, il chanta les exploits des autres guerriers, et particulièrement ceux de son fils *Oscar* qui avoit été tué en trahison. *Malvina*, veuve de ce fils, restée auprès de son beau-père, apprenoit ses vers par cœur et les transmet- tout ainsi à d'autres. Ces *Poésies* et celles des autres Bardes ayant été conservées de cette manière pendant 1400 ans, M. *Macpherson* les recueillit dans le voyage qu'il fit au nord de l'Écosse et dans les isles voisines. Il les fit imprimer avec la version angloise, à Londres, en 1765, 2 vol. in-fol. Elles ont été traduites depuis en françois par M. le *Tourneur*, 1777, 2 vol. in-8°, avec des notes. On y voit la simplicité des premiers temps avec tout l'enthou-siasme qu'inspire la pure nature; mais le gout, la précision, le choix des figures s'y font désirer. Le peintre moderne *Girodet* a représenté *Ossian* devant lequel les ombres des héros François morts pour la patrie sont conduites par la victoire. *Ossian* se penche pour embrasser *Desaix*, et *Fingal* tend une main à *Kleber*. Ce superbe tableau a été fait en l'an dix pour le gouvernement.
OSSONÉ, *Voyez* GIRON.
OSSUN, *Voy*. AUSSUN.
OSTADE, *Voyez* VAN-OS-TADE.
OSTERMANN, né dans la Westphalie, d'un ministre luthé-rien, obtint par son esprit agréa-ble et très-souple la confiance de *Pierre I* empereur de Russie, qui le fit vice-chancelier. La faveur de *Menzikoff* l'importunant, il s'efforça de le faire disgracier, et après lui avoir conseillé la démar-che imprudente de chercher à faire épouser sa fille par le grand duc, il parvint à le faire exiler en Sibérie par *Catherine I*. En 1741, l'impératrice *Elizabeth* exila *Ostermanu* lui-même vers les con-fins de la mer glaciale, et il y mourut en 1747. Son fils obtint ensuite la place de vice-chancelier sous *Catherine II*.
OSTERWALD, (Jean-Fré-deric) ne en 1663 à Neufchâtel d'une famille ancienne, fut fait pasteur dans sa patrie en 1699. Il forma alors une étroite amitié avec *Jean-Alphonse Turretin* de Genève, et 2 ans après avec *Samuel Werenfels* de Basle; et l'union de ces trois théologiens, qu'on appela le *Triumvirat des Théologiens Suisses*, a duré jus- qu'à la mort. *Osterwald* n'étoit pas celui des trois qui valoit le moins. Ses talens, ses vertus, et son zèle à former des disciples et à rétablir la discipline ecclésiastique, le rendirent le modèle des pasteurs réformés. Il mourut en 1747, à 84 ans, et sa mort inspira des regrets à tous les bons citoyens. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. *Traité des Sources de la corruption*, in-12. C'est un bon Traité de morale. II. *Catéchisme ou Instruction dans la Religion Chrétienne*, in-8. Ce Catéchisme, très-bien fait dans son genre, si l'on excepte les matières relatives au Calvinisme, a été traduit en allemand, en hollandois et en anglois. L'*Abrégé de l'Histoire sainte*, qui est à la tête, fut traduit et imprimé en arabe, pour être envoyé aux Indes Orientales, par les soins de la Société royale, pour la propagation de la Foi. Cette Société, établie à Londres, admit l'auteur au nombre de ses membres. III. *Traité contre l'Impureté*, in-12, écrit avec beaucoup de sagesse, et dans lequel il n'apprend pas le vice, en voulant le corriger, comme font trop souvent des moralistes et des casistes indiscrets. IV. Une édition de la *Bible* française de Genève, avec des *Argumens et des Réflexions*, in-folio. V. Un Recueil de *Sermons*, in-8. *Jean-Rodolphe OSTENWALD* son fils aîné, pasteur de l'Église Française à Basle, qui soutient avec honneur la réputation de son père, a donné un public un Traité intitulé : *Les devoirs des Communians*, in-12, estimé des Protestans.
OSTIENSIS, *Voyez HENRI de Suze*, n° XXIV. I. OSWALD, (S.) roi de Northumberland en Angleterre, fut obligé après la mort d'*Edelfrid* son père, de se réfugier chez les Pictes et de la en Irlande, parce qu'*Edwin* son oncle s'étoit emparé de son royaume. Il se fit Chrétien durant sa retraite, revint ensuite dans son pays, défit *Cerdowalla*, roi des anciens Bretons, dans une grande bataille où il perdit la vie. *Oswald* réunit ensuite les deux royanmes de Northumberland, et donna l'exemple de toutes les vertus d'un prince Chrétien. *Penda* roi de Mercier, lui ayant déclaré la guerre, *Oswald* arma pour le repousser; mais il fut tué dans la bataille de Marsefelth, en 643.
II. OSWALD, (Erasme) professeur d'hébreu et de mathématiques à Tubinge et à Fribourg, mort en 1579, à 68 ans, publia une *Traduction* du Nouveau Testament en hébreu, et d'autres ouvrages.
OSWEN, (Jean) l'un des plus anciens imprimeurs Anglois, porta le premier la connoissance de l'art typographique à Worcester en 1549. On lui doit quelques traductions d'ouvrages étrangers dans sa langue.
OSYMANDYAS, fameux roi d'Égypte, fut, selon quelques auteurs, le premier monarque qui rassembla un grand nombre de livres pour en faire une bibliothèque. Il donna à cette curieuse collection le titre de *Pharmacie de l'Ame*. De tous les monuments des rois de Thèbes, celui d'*Osmandyas* étoit un des plus superbes. Il étoit composé de la Bibliothèque dont nous venons de parler, de Portiques, de Temples, de vastes Cours, du Tombeau du roi et d'autres bâtiments. On ne peut lire sans surprise ce que *Diodore* raconte de la magnificence presque incroyable de 216 OTA ce monument, et des sommes immenses qu'il avoit coûté. Entre autres merveilles, on y voyoit une statue dans la posture d'une personne assise, et qui étoit la plus grande de toute l'Egypte, la longueur de l'un de ses pieds étant de plus de sept coudées. Ce qui rendoit cette pièce un vrai chef-d'œuvre, n'étoit pas seulement l'art du sculpteur, mais aussi la beauté de la pierre, qui étoit parfaite dans son genre. On y lisoit l'inscription suivante : Je suis OSYMANDYAS Roi des Rois ; que celui qui voudra me disputer ce titre, me surpasse dans quelqu'un de mes ouvrages. Ce prince soumit les Bactriens qui s'étoient révoltés. On ne sait pas au juste en quel temps il vivoit. Tout ce que Liodore en dit, c'est qu'il fut un des princes qui régnerent entre Menès et Myris ; mais si ce qu'il dit de la Bibliothèque d'Osymandyas est véritable, son règne doit avoir été plus récent.
OTACILIA, (Maria Otacilia Severa) femme de l'empereur Philippe, étoit Chrétienne, et elle rendit son époux favorable aux Chrétiens. Ses traits étoient réguliers, sa physionomie modeste, et ses mœurs furent d'autant plus réglées, qu'elle avoit embrassé une religion qui inspire toutes les vertus. Le Christianisme ne put cependant la guérir de l'ambition : elle étoit entrée dans les vues de Philippe, qui parvint au trône par le meurtre de l'empereur Gordica. Son époux ayant été tué, elle crut mettre son fils en sureté dans le camp des Prétoriens; mais elle eut la douleur de le voir poignarder entre ses bras. Elle achèva ses jours dans la retraite.
OTHELIO, (Marc-Antoine). Othelius, natif d'Udine, et mort en 1628, enseigna avec succès le droit à Padoue jusqu'à l'âge de 80 ans. Ses écoliers lui donnoient ordinairement le nom de Père, qu'il méritoit par son extrême douceur. On a de lui : I. Consilia. II. De Jure dotium. III. De Pactis. IV. Des Commentaires sur le Droit Civil et Canonique.
OTHER, (N.) né en Norwège, passa à la cour d'Alfred le Grand roi d'Angleterre, et fut envoyé par ce prince faire le voyage de la Baltique et des mers septentrionales. Other écrivit ses trois voyages au-delà de la Norwège et jusqu'aux contrées les plus froides. Ils doivent avoir eu lieu vers l'an 890, pendant les temps paisibles du règne d'Alfred. L'ouvrage d'Other a été imprimé en 1678, à Oxford. André Bussæus Danois en a donné une nouvelle édition en 1733, à Copenhague, in-4.º
OTHMAN, ou OSMAN, 3e calife des Musulmans depuis Mahomet, monia sur le trône après Omar, l'an 644 de J. C., dans sa 70e année. Il fit de grandes conquêtes par Moavias général de ses armées, et fut tué dans une sédition l'an 656. Ce prince, doué des plus grands talens, sut combattre et gouverner. Attentif à la conservation de la foi Musulmane, il supprima plusieurs copies défectueuses de l'Alcoran, et fit publier ce livre d'après l'original qu'Abubeker avoit mis en dépôt chez Aysha l'une des veuves du prophète. Ali chef des révoltés, lui succéda.
OTHMAN Ier, V. OTTOMAN. I. OTHON, ( Marcus Salvius ) empereur Romain, naquit à Rome l'an 32 de J. C. d'une famille qui descendait des anciens rois de Toscane. Néron, dont il avoit été le favori et le compagnon de débauches, l'éleva aux premières dignités de l'empire. Nommé gouverneur du Portugal, Othon se fit estimer des grands dans ce poste, et chérir des petits. Après la mort de Néron, l'an 68 de J. C., il s'attacha à Galba, auprès duquel il rampa en vil courtisan. Othon se persuadait que cet empereur l'adopteroit; mais Pison lui ayant été préféré, il résolut d'obtenir le trône par la violence. Sa haine contre Galba et sa jalousie contre Pison, ne furent pas les seuls motifs de son projet. Il étoit accablé de dettes contractées par ses débauches; et il regardoit la possession de l'empire comme l'unique moyen de s'acquitter. Il dit même publiquement, que s'il n'étoit au plutôt Empereur, il étoit ruiné sans ressource; et qu'après tout, il lui étoit indifférent de périr, ou de la main d'un ennemi dans une bataille, ou de celle de ses créanciers prêts à le poursuivre en Justice. Il gagna donc les gens de guerre, fit massacrer Galba et Pison, et fut mis sur le trône à leur place l'an 69. Le sénat le reconnut, et les gouverneurs de presque toutes les provinces lui prêtèrent serment de fidélité. Durant les changemens arrivés à Rome, les légions de la basse-Germanie avoient décernée s'empre impérial à Vitellius. Othon lui proposa en vain des sommes considérables, pour l'engager à O T H 217 renoncer à l'empire: tout fut inutile. Othon voyant son rival inflexible, marcha contre lui et le vainquit dans trois combats différens; mais, son armée ayant été entièrement défaite dans une bataille générale livrée près de Bedriac, entre Crémone et Mantoue, il se donna la mort le 15 avril de la même année 69, à 37 ans. « OTHON, dit Crevier, fit paroître dans les dernières heures qui précédèrent sa mort, le même flegme et les mêmes attentions pour les autres, que Caton, à qui d'ailleurs il ressemblait si peu. D'un air serein, d'un ton ferme, réprimant les larmes et les plaintes déplacées de ceux qui l'environnoient, il leur parla à tous avec douceur, les exhortant ou les priant, suivant les différences du rang et de l'âge, de partir promptement, et de ne point aigrir par leur retardement la colère du vainqueur. Il fit donner des bateaux et des voitures à ceux qui s'en alloient. Il brûla les mémoires et les lettres qui contenoient des témoignages d'un zèle trop vif pour lui, ou des reproches capables d'offenser Vitellius. Il distribua l'argent, mais avec discrétion et sagesse, et non pas comme un homme qui ne ménage plus rien parce qu'il va mourir. Comme il vit que le jeune Salvius Cocceianus son neveu, étoit tremblant et extrêmement affligé, il s'appliqua à le consoler, louant son bon cœur et blâmant ses craintes. » Vitellius, lui disoit-il, à qui je conserve toute sa famille, seroit-il assez ingrat et assez impitoyable pour ne pas épargner la mienne? Je mérite la clémence du vainqueur par ma promptitude à le délivrer d'un rival... 218 OTH « *Othon* écrivit aussi à sa sœur un billet de consolation, et il recommanda le soin de ses cendres à la veuve de *Néron*, *Statilia Messalina*, (*Voy. II. MESSALINE.*) qu'il se proposoit d'épouser. Il prit ensuite quelque repos. Mais lorsqu'il ne pensoit plus qu'à mourir, une émeute subite parmi les soldats qui troubloient par des menaces la retraite des sénateurs, le rappela à d'autres soins. *Ajoutons encore*, dit-il, *une nuit à notre vie*. Il sortit, et réprimandant avec sévérité les auteurs de la sédition, il donna audience à ceux qui prenoient congé de lui jusqu'à ce que toutes les mesures fussent prises pour leur départ. » Ses dernières paroles, avant de se donner le coup mortel : *Il vaut mieux qu'un seul périsse pour tous, que tous pour un seul*, attendrirent son armée jusqu'aux larmes. Plusieurs soldats vinrent baiser ses mains et ses pieds, et après une infinité de regrets, mêlés de louanges, ils se tuèrent eux — mêmes sur le bois élevé pour son bûcher. On ne sait si *Othon* méritoit ces marques de douleur. Étroitement lié avec *Néron*, il avoit eu part à ses crimes ainsi qu'à ses plaisirs. Ses complaisances pour ce monstre de cruauté, ont fait penser à plusieurs historiens, qu'il auroit plutôt été un tyran qu'un bon empereur. Ce fut, dit encore *Crevier*, un caractère étrangement mêlé de bien et de mal. Son attentat contre la vie de son prince, ses débauches outrées, sa mollesse, qui alloit jusqu'à prendre soin de son ajustement et de son teint comme une femme coquette, sont des faits avérés. La modération et la douceur qui ho- honorèrent son règne, peuvent être attribuées en partie aux périls continuels auxquels il fut exposé pendant la courte durée de son empire. On pourroit le regarder comme un homme extrême, de qui l'on avoit tout à craindre s'il eût suivi ses premiers penchans, et tout à espérer s'il eût tourné vers la vertu les ressources de son esprit.
II. OTHON I$^{er}$, empereur d'Allemagne, dit le *Grand*, fils aîné de *Henri l'Oiseleur*, naquit en 912, et fut couronné à Aix-la-Chapelle en 936. Le nouvel empereur ne fut tranquille sur le trône, qu'après avoir essuyé beaucoup de contradictions de la part de sa mère *Mathilde*. Cette princesse s'efforçoit d'y placer son frère cadet *Henri*, sous prétexte qu'au temps de la naissance d'*Othon*, *Henri l'Oiseleur* n'étoit encore que duc de Saxe; au lieu que le jeune *Henri* étoit fils de *Henri l'Oiseleur* roi d'Allemagne. La couronne, devenue pour ainsi dire héréditaire aux ducs des Saxons, rendit ce peuple extrêmement fier. *Eberhard* duc de Franconie, entreprit de les humilier par la force des armes; mais *Othon* l'humilia lui-même. Il fut condamné à une amende de cent talens, et ses complices à la peine du Harnesscar. Ceux de la haute noblesse que l'on condamnoit à cette peine, étoient obligés de charger un chien sur leurs épaules, et de le porter souvent jusqu'à une distance de deux lieues. La petite noblesse portoit une selle, les ecclésiastiques un grand missel, et les bourgeois une charrue. *Othon* sut non — seulement se faire respecter au-dehors; mais Il rétablit au-dedans une partie de l'empire de Charlemagne; il étendit, comme lui, la religion Chrétienne en Germanie par des victoires. Les Danois, peuple indomptable, qui avoient ravagé la France et l'Allemagne, reçurent ses lois. Il soumit la Bohème en 950, après une guerre opiniâtre, et c'est depuis lui que ce royaume fut réputé province de l'Empire. Othon s'étant ainsi rendu le monarque le plus considérable de l'Occident, fut l'arbitre des princes. Louis d'Outremer roi de France, implora son secours contre quelques seigneurs François qui s'érigeoient en souverain et en petits tyrans. L'Italie qui étoit vexée par Béranger II, usurpateur du titre d'empereur, appelle Othon contre ce rebelle. Les Italiens vouloient avoir deux maîtres, pour n'en avoir réellement aucun; mais Othon paroît, et ils se soumettent. Béranger prend la fuite. L'empereur fit marcher ensuite à Rome; on lui ouvre les portes, et Jean XII le couronne empereur en 962. Othon étant entré en Italie comme Charlemagne, et s'y étant conduit de même, prit les noms de César et d'Auguste, et obligea le pape à lui faire le serment de fidélité. Le clergé et la noblesse Romaine se soumirent à ne jamais élire de pape qu'en présence des commissaires de l'empereur. Othon confirma en même temps les donations de Pepin, de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, sans spécifier quelles étoient ces donations si contestées. Le pape ne vouloit se donner qu'un protecteur; il s'étoit donné un maître, et il lui fut bientôt infidelle. Il se ligua contre l'empereur avec Béranger même, réfugié chez des Mahométans qui venoient de se cantonner sur les côtes de Provence. Il fit venir le fils de ce Béranger à Rome, tandis que Othon étoit à Pavie. Jean XII n'étoit pas assez puissant pour soutenir cette entreprise hardie, et l'empereur l'étoit assez pour le punir. Il passa à Rome, fit déposer le pontife, et élire Léon VIII à sa place en 963. Le nouveau pape, le sénat, les principaux du peuple, le clergé de Rome, solennellement assemblés dans Saint-Jean de Latran, accordèrent à perpétuité à Othon et à tous ses successeurs le droit de nommer au salut Siège, ainsi qu'à tous les archevêchés et évêchés de ses royaumes. On fit en même temps un Décret, portant « que les Empereurs anroient le droit de se nommer tels successeurs qu'ils jugeroient à propos. » C'est ainsi que l'empire d'Occident échu aux princes Allemands, qui l'ont toujours possédé depuis. A peine Othon étoit retourné en Allemagne, que les Romains voulurent être libres. Ils mirent en prison leur nouveau pape, créature de l'empereur. Le préfet de Rome, les tribuns, le sénat, voulurent faire revivre les anciennes lois; mais ce qui dans un temps est une entreprise de héros, devient dans d'autres une révolte de séditieux. Othon revole en Italie, fait pendre une partie du sénat; le préfet de Rome qui avoit voulu être un Brutus, fut fouetté dans les carrefours, promené nu sur un âne, et jeté dans un cachot où il mourut de faim. Les Romains voulurent en vain s'affranchir du joug des papes et des empereurs. Pour briser ses fers, il ne suffit pas de les détester; il faut encore des mœurs, du courage, du patriotisme; et le peuple de Rome étoit si loin de ces vertus, que le nom de Romain, dit Luitprand, étoit de son temps synonyme de ceux de lâche et de scélérat. Les dernières années de Othon furent occupées par une guerre contre les empereurs d'Orient. Il avoit envoyé des ambassadeurs pour amener en Allemagne la fille de l'empereur Grec, fiancée à son fils Othon II; mais le traître Nicéphore II fit assassiner les ambassadeurs, et s'empara des présens dont ils étoient chargés. Othon à la tête d'une armée, se jeta sur la Pouille et la Calabre qui appartenoient encore aux Grecs. L'armée de Nicéphore fut défaite, et les prisonniers renvoyés à Constantinople avec le nez coupé. Jean Zimiscès successeur de Nicéphore, fit la paix avec Othon, et maria sa nièce Théophanie avec le jeune Othon II. L'empereur d'Allemagne mourut peu de temps après, le 7 mai 973, avec la gloire d'avoir rétabli l'empire de Charlemagne en Italie; mais Charles fut le vengeur de Rome, au lieu qu'Othon en fut le vainqueur et l'oppresseur, et son empire n'eut pas de fondemens aussi fermes que celui de Charlemagne. Othon avoit d'ailleurs de grandes qualités, beaucoup de courage, une piété fervente, une extrême droiture, et un amour ardent pour la justice. C'est à lui principalement que le clergé d'Allemagne est redevable de ses richesses et de sa puissance; il lui conféra des duchés et des comtés entiers, avec la même autorité que les princes séculiers y exerçoient. On dit qu'Othon avoit coutume de jurer par sa barbe, qu'il laissoit croître jusqu'à la ceinture suivant la mode du temps.
III. OTHON II, surnommé le Sanguinaire, succéda à Othon I, son père, à l'âge de 18 ans, le 13 mai 973. Sa mère Adélaïde profita de sa jeunesse pour s'emparer des rênes de l'état; mais Othon, lassé de la dépendance où elle le tenoit, l'obligea de quitter la cour. A peine a-t-elle disparu, que la guerre civile est allumée. Le parti d'Adélaïde fait couronner empereur le jeune Henri duc de Bavière. Harold roi de Danemarck, et Boleslas duc de Bohème, profitent de ces troubles. Othon étant seul contre tous réduit ces différens ennemis et punit les rebelles. Les limites de l'Allemagne et de la France étoient alors fort incertaines. Lothair roi de France, crut avoir des prétentions sur la Lorraine et les fit revivre. Othon assembla près de 60 mille hommes, désola toute la Champagne et alla jusqu'à Paris. On ne savoit alors ni fortifier les frontières, ni faire la guerre dans le plat-pays; les expéditions militaires n'étoient que des ravages. Othon fut battu à son retour au passage de la rivière d'Aine. Geoffroi comte d'Anjou, le poursuivit sans relâche dans la forêt des Ardennes, et lui proposa, suivant les règles de la chevalerie, de vider la querelle par un duel. Othon refusa le défi, soit qu'il crût sa dignité au-dessus d'un combat avec Geoffroi, soit qu'étant cruel il ne fût point courageux. Enfin l'empereur et le roi de France firent la paix en 980; et par cette paix, Charles, frère de *Lothaire*, reçut la basse-Lorraine avec quelque partie de la haute. Pendant qu'*Othon* s'affermis soit en Allemagne, les Romains avoient voulu soustraire l'Italie au joug Germanique. L'antipape *Boniface VII* avoit invité les empereurs Allemands à venir reprendre Rome : *Othon* passe les Alpes, et fait rentrer, en 981, les rebelles dans leur devoir, après avoir fait égorger les principaux. Il fallut ensuite combattre les Grecs lignés avec les Sarasins, qui inondoient la Pouille et la Calabre. Les deux armées se trouvèrent en présence auprès de Busentelle, bourgade au bord de la mer. Il fallut livrer bataille. Mais à peine eut-on donné le signal, que la plupart d'entre eux, et sur-tout les Romains et les Bénéventins, lâchèrent le pied, et abandonnèrent les Germains à la fureur des Grecs qui en firent un horrible carnage. *Othon* ne se sauva qu'avec peine. Il eut le bonheur de trouver sur le rivage de la mer, une barque dans laquelle il se jeta avec précipitation. Mais il crut n'avoir évité un danger que pour tomber dans un autre, lorsqu'il eut reconnu qu'il étoit parmi des pirates. Cependant, comme il entendoit le grec et qu'il le parloit même assez bien, les pirates ne lere onnurent point et le mirent en liberté moyennant une grosse rançon qu'il leur promit, et que l'impératrice qui fut avertie de cette aventure lui fit tenir dans un petit port de Sicile. Les Grecs et les Sarasins, au lieu de marcher droit à Rome, s'amusèrent à prendre les places de la Pouille et de la Calabre, que l'empereur avoit ramenées sous son obéissance. Ce prince eut donc le temps de mettre sur pied une nouvelle armée, avec laquelle il résolut d'abord de châtier les Bénéventins de leur trahison. Il s'empara de leur ville, l'abandonna au pillage pendant trois jours, et y fit mettre le feu. Il passa ensuite en Lombardie pour y lever de nouvelles troupes, et pour y recevoir celles qu'il attendoit de son pays. Toutes ces forces étant réunies, il se trouva à la tête d'une armée presque aussi nombreuse que la première, avec laquelle il marcha contre les Grecs et les Sarasins. La fortune se déclara cette fois en sa faveur, et il fit de ses ennemis une si grande boucherie, qu'on l'appela la *pale mort des Sarasins*, *PALLIDA MORS SARA-CENORUM*. Après cette grande victoire, il tint une assemblée à Vérone, où il fit élire roi son fils *Othon* qui n'avoit pas trois ans. Il retourna ensuite à Rome, et y mourut le 7 décembre 983, suivant les uns, d'une flèche empoisonnée ; suivant d'autres, de déplaisir ; enfin, selon quelques-uns, d'un poison que lui fit prendre sa femme. Ce prince, dont le règne ne fut que de dix années, n'égaloit point son père ; il avoit moins de grandes qualités, et le peu qu'il en possédoit, étoit terni par son caractère cruel et perfide. On prétend que lorsqu'il arriva à Rome en 981, il invita à dîner les principaux sénateurs et les partisans du rebelle *Crescentius*, et les fit tous égorger au milieu du repas. C'étoit renouveler les temps de *Marius*, et c'étoit tout ce qui restoit de l'ancienne Rome.
IV. OTHON III, fils unique du précédent, né en 980, avoit 222 OTH à peine atteint l'âge de trois ans quand son père mourut. Les états d'Allemagne, prévoyant les troubles qui arrivèrent quelque temps après, se hâtèrent de le faire sacrer à Aix-la-Chapelle en 983. Henri duc de Bavière, rebelle sous Othon II, le fut sous Othon III. Il s'empara de la personne du jeune empereur, usurpa la régence durant sa minorité; mais les Etats la lui enlevèrent, et la donnèrent à la mère de ce prince. L'Italie fut encore déchirée par les factions sous ce règne. Crescentius remplit Rome de troubles et de désordres. Othon, appelé en Italie par le pape Jean XV, chasse les rebelles, et est sacré par Grégoire V, successeur de Jean XV qui venoit de mourir. A peine fut-il de retour en Allemagne, que Crescentius chassa de Rome le pape Grégoire V, et mit à sa place Jean XVI. Cet antipape de concert avec le rebelle, projetait de rétablir les empereurs Grecs en Italie. Othon obligé de repasser les Alpes, assiége et prend Rome, dépose l'antipape et le fait mutiler. Crescentius attiré hors du château Saint-Ange sur l'espérance d'un accommodement, eut la tête tranchée en 998, avec douze de ses gens. Son corps fut pendu par les pieds comme celui d'un scélérat. Grégoire V que l'empereur avoit rétabli, mourut en 999. Othon III mit à sa place Gerbert son précepteur, archevêque de Ravenne, qui prit le nom de Silvestre II. Ce fut à la prière de ce pontife que l'empereur donna cette année 999, à l'Eglise de Verceil, la ville même de Verceil, avec toute la puissance publique: premier exemple de l'autorité séculière donnée à une église sans aucunes bornes. Othon, de retour en Allemagne, passa en Pologne, et donna au duo Boleslas le titre de roi. Il se rendit de nouveau en Italie pour arrêter le progrès des Sarasins, et ceux des défenseurs de la liberté Italienne, plus dangereux que les Sarasins. Son voyage de Rome faillit à lui être funeste; le peuple l'assiégea dans son palais, et tout ce qu'il put faire contre cette populace mutinée, fut de s'enfuir tandis qu'il lui faisoit faire des propositions d'accommodement. Il mourut sans gloire au château de Paterno dans la Campanie, le 28 janvier 1002, à 22 ans, après un règne de dix-huit. Sa mort laissa plus indécis que jamais le long combat de la Papauté contre l'Empire, des Romains contre l'un et l'autre, et de la liberté Italienne contre la puissance Allemande. C'est ce qui tenoit l'Europe toujours attentive. C'est là le fil qui conduit dans le labyrinthe de l'Histoire d'Allemagne. Quelques auteurs anciens prétendent qu'Othon III distribua l'Allemagne en quatre duchés, quatre archevêchés, quatre margraviats, conservant en tout le nombre de quatre; mais rien n'est plus fabuleux que cette division prétendue, imaginée par quelque petit esprit. — Voy. VIII. MARIE. V. OTHON IV, dit le Superbe, fils de Henri le Lion, duc de Saxe, fut élu empereur en 1197, et reconnu par toute l'Allemagne en 1208. Pour s'affermir sur le trône, il alla recevoir la couronne impériale en Italie. Le pape Innocent III la lui donna, après lui avoir fait jurer qu'il lui abandonneroit le fameux hé- vitage de Mathilde, et nommément la Marche d'Ancone et le duché de Spoletto. Malgré ce serment, Othon réunit à son domaine les terres de Mathilde. Le pape le menaça de l'excommunication, l'empereur, à la tête d'une armée, s'empara de la Pouille. Alors Innocent lance ses foudres. L'archevêque de Mayence, à qui il adressa cette excommunication, la publia en Allemagne, et invita les princes à procéder à une nouvelle élection en faveur de Frédéric roi de Sicile, fils de Henri IV. Othon vole en Allemagne pour appaiser les troubles, convoque la diète de Nuremberg, et après avoir déclamé beaucoup contre le saint Siège, il se soumet au jugement des princes, et leur abandonne l'empire. Frédéric, appuyé par Innocent III et par le roi de France Philippe-Auguste, se fit couronner à Maïence, et toute l'Allemagne se joignit à lui. Othon IV, trop foible pour lui résister quoique soutenu par l'Angleterre, se retira dans ses terres de Brunswick. L'espérance de renverser le principal appui de Frédéric II, le fit entrer dans la ligue du comte de Flandre contre le roi de France; mais son armée fut entièrement défaite à la bataille de Bouvines, le 2 juillet 1214. Cette perte ruina ses affaires, et ne lui permit plus de songer à celles de l'empire. Il s'enferma dans le château de Hantzbourg, où il mena une vie privée jusqu'à sa mort, arrivée le 19 mai 1218. De Prades dit faussement qu'il mourut désespéré, et qu'il se fit étouffer par son cuisinier. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il fut plus heureux dans la retraite que sur le trône, sur lequel il n'avoit eu ni assez de courage, ni assez de prudence. Heiss rapporte, au sujet de son élection à l'empire qui lui fut disputée par Philippe de Suabe, une particularité qu'on ne trouve que chez lui. Othon étoit en Angleterre auprès de son oncle Richard I, lorsqu'il apprit sa nomination. Richard lui fit présent, selon Heiss, de cinquante chevaux chargés de cent cinquante mille marcs d'or, et lui conseilla de prendre son chemin par la France, pour attirer Philippe-Auguste dans son parti. Philippe fit sentir à Othon qu'il regardoit son entreprise comme chimérique... « J'apprends, lui dit Philippe, que vous êtes appelé à l'empire. — Il est vrai, repartit Othon; mais il n'en sera que ce qu'il plaira à Dieu. — Croyez-vous de bonne foi, répliqua le roi de France, que vous parviendrez à cette dignité? Pour moi, je doute fort que vous en veniez à bout, et si vous vouliez me céder celui de vos chevaux de charge qu'il me plaira de prendre, je consens, si vous êtes empereur, à vous donner le choix des trois principales villes de mon royaume; de Paris, d'Estampes ou d'Orléans. » Othon, piqué de cette raillerie, accepta la gageure, et laissa au roi le plus beau de ses chevaux avec sa charge. Il se rendit aussitôt en Allemagne, où, du vivant de Philippe de Suabe son compétiteur, il ne put parvenir à l'empire. Il est vrai qu'il y fut élevé après la mort de ce prince. « Alors, dit Heiss, Othon envoya une ambassade solennelle à Philippe-Auguste, pour le prier de lui remettre Paris, qu'il choisissoit, disoit-il, en conséquence de la gageure faite entre eux. Philippe- Auguste répondit aux ambassadours, qu'il y avoit long-temps que la gageure n'existoit plus, puisqu'Othon n'avoit pas emporté la couronne sur son concurrent, et qu'il ne l'avoit que par sa mort. Cette réponse piquea Othon; et ce fut là, suivant l'historien Allemand, la cause de leur inimitié. Mais je crois, dit M. de Montigni, que sa qualité de neven de Richard roi d'Angleterre, suffisoit pour lui attirer la haine du roi de France: du moins est-ce le sentiment de Spener, du Père Daniel, du Père d'Orléans, de Rapin Thoiras, de Maimbourg et de Fleury, dont aucun ne parle ni des cinquante chevaux chargés de cent cinquante mille mares d'or, ni du voyage d'Othon à la cour de France, ni de sa conversation avec Philippe-Auguste, ni de leur ridicule gageure... Othon ne laissa aucun enfant de ses deux femmes. La première fut Marie de Brabant, sa parente, qu'il répudia; la seconde, Béatrix de Suabe, morte quatre jours après son mariage. Ce prince étoit d'une très-grande taille et d'une force extraordinaire: qualités qui semblent avoir été attachées de tout temps à la maison de Saxe.
VI. OTHON ou HATTON, archevêque de Maïence, est célèbre par une histoire qu'on trouve dans presque tous les annalistes Allemands. On prétend que dans une famine, il fit enfermer beaucoup de pauvres qui pressés de la faim lui demandaient l'aumône, et les fit brûler vifs. Dieu punit sa cruauté; car les rats et les souris l'incommodèrent tellement, qu'il fut obligé de se réfugier dans une tour qu'il fit bâtir au milieu du Rhin et qu'on appelle encore aujourd'hui Mausthem (tour des souris). Cette précaution fut inutile; les souris l'y poursuivirent. Le P. Serarius, dans son ouvrage de Rebus Moguntinis, a tâché de prouver la fausseté de cette histoire; mais il fut vivement attaqué dans une savante Dissertation qui parut dans le Journal de Verdun. Lenglet du Fresnoi a placé la même histoire dans ses Tablettes chronologiques; le fameux Misson, qui certainement n'étoit pas trop porté à croire aux miracles, assure qu'on ne peut la combattre par des raisons solides. (Voyage d'Italie, tome I, pag. 58.) Pour détruire l'argument tiré de l'invraisemblance, il amène l'exemple de Popiel II roi de Pologne, et diverses histoires rapportées par Pline et par Varron. Enfin si Dieu a rempli de grenouilles le palais d'un roi superbe et obstiné, (Edidit terra illorum ranas in penetralibus regum ipsorum. Ps. 104.) il n'est pas ridicule de croire qu'il a puni un prince cruel et avare par des souris. La ville de Cosa qui n'est pas fort éloignée de Montalte en Italie, fut tellement dévastée par les souris, que ses habitans furent obligés de l'abandonner, comme le rapporte Rutilius Nomatianus Gallus: Dieursur elves quondam migrare coacsi; Maribus infestas descruisse domos. Enfin l'histoire d'Othon fût-elle fausse, il seroit à souhaiter qu'elle fût vraie pour effrayer les cœurs durs et les ames atroces. On place la mort de cet archevêque en 913. Gualtorius dit, que dès qu'il eut rendu le dernier soupir, les démons s'emparèrent de son corps et et de son ame, et allèrent les précipiter dans les gouffres de l'Etna, en lui disant : *Sic peccata lues et rüendo rues*. Le petit livre intitulé : *Pensez y bien*, rapporte le même fait d'un évêque de Saltzbourg. Ces récits pourroient bien avoir été inventés par la haine populaire, souvent aveugle, mais inspirée plus souvent encore par des injustices tyranniques.
VII. OTHON, (Saint) évêque de Bamberg et apôtre de Poméranie, naquit en Souabe vers 1069. Formé de bonne heure à la vertu par des exemples domestiques, engagé dans le clergé, choisi par l'empereur *Henri IV* pour être le chapelain de sa sœur *Judith* reine de Pologne, il revint en Allemagne après la mort de cette princesse, et devint chapelain et chancelier de *Henri IV*, puis évêque de Bamberg l'an 1100. Il convertit *Uratislas* duc de Poméranie, avec une grande partie de ses sujets, et mourut à Bamberg, le 30 mai 1139, à 70 ans. Ses vertus, son zèle, ses lumières furent l'admiration de l'Allemagne. On a de lui, une *Lettre à Paschal II. Voyez sa VIe* écrite par Dom *Anselme Meiller* abbé d'Endorf dans le Haut-Palatinat, sous ce titre : *Mundi miraculum, S. Otho*, etc. Bamberg, 1739, in-4.
VIII. OTHON DE FRISINGUE, ainsi nommé parce qu'il étoit évêque de cette ville au douzième siècle, étoit fils de *Léopold* marquis d'Autriche, et d'*Agnès* fille de l'empereur *Henri IV*. Il vint en France faire ses études dans l'université de Paris, et s'y distingua. L'amour de la solitude lui fit choisir le monas- *Tome IX.* tère de Morimond, dont il devint abbé. Nommé évêque de Frisingue en 1138, il accompagna l'empereur *Conrad* dans la Terre sainte. On a de lui une *Chronique* en sept livres, depuis le commencement du monde jusqu'en 1146. Cet ouvrage qui peut être utile malgré les fables dont il fourmille, a été continué jusqu'en 1210 par *Othon de Saint-Blaise*. Mais si *Othon* a souffert, dit le P. *Foutenai*, des défauts de son temps, il y a montré que l'esprit, le sentiment, l'énergie, sont de tous les temps. Il y a en effet dans sa *Chronique*, quelques tableaux peints avec noblesse et des réflexions dictées par le jugement. On la trouve dans les Recueils de *Pistorius* et de *Muratori*, ainsi que deux autres productions du prélat Allemand; la première est un *Traité* de la fin du Monde et de l'Antechrist, et la seconde une *Vie* de l'empereur *Frédéric Barberousse*, en deux livres, dans laquelle il loue beaucoup ce prince. *Othon de Frisingue* mourut à Morimond, le 12 septembre 1158, après avoir rempli dignement la carrière épiscopale.
OTHONIËL, fils de *Cenez* et parent de *Caleb*, ayant pris Dabir, autrement Cariah-Sepher, épousa *Axa* fille de *Caleb*, que celui-ci avoit promise en mariage à quiconque prendroit cette ville des Chananéens. Les Israélites ayant été assujettis pendant huit ans par *Chusan-Basathaïa* roi de Mésopotamie, *Othoniel* suscité de Dieu, vainquit ce prince, et après avoir délivré de servitude les Israélites, il en fut le juge et les gouverna en paix l'espace de quarante ans 226 OTR Sa mort, arrivée l'an 1344 avant Jésus-Christ, fit couler les larmes des Israélites.
OTROKOTSI FORIS, (François) hongrois, fit ses études à Utrecht, et fut ministre dans sa patrie: après bien des disgraces occasionnées par son attachement à l'erreur, il embrassa la religion Catholique, enseigna le droit à Tirnau, mit en ordre les archives de l'église de Strigouie, et mourut à Tirnau l'an 1718. On a de lui, I. Plusieurs Ouvrages polémiques imprimés en Hollande, dont il rougit ensuite et qu'il réfuta lui-même. II. *Origines Hungaricae*, Franeker, 1693, 2 vol. in-8°; ouvrage plein de recherches. Il y faut joindre *Antiqua religio Hungarorum verè christiana et catholica*, Tirnau, 1706, in-8°, que le même auteur fit, lorsqu'il fut revenu de ses préjugés.
OTTER, (Jean) né en 1707, à Christianstadt ville de Suède d'une famille commerçante, engagée dans les erreurs du Luthéranisme, fit de bonne heure son étude principale des langues. Il apprit d'abord celles du Nord, dont il joignit la connoissance à l'étude des humanités. Quand la paix de Neustadt eut rendu en 1724 le calme à la Suède, il alla étudier dans l'université de Lunden, où il se livra deux ans à la physique et à la théologie. Ce fut alors qu'il commença à avoir des doutes sur la religion qu'il professoit. Il passa en France, où il fit son abjuration. Le cardinal de *Fleury* l'accueillit avec distinction, lui donna un emploi dans les postes, et l'envoya dans le Levant en 1734; d'où il ne revint qu'au bout de dix ans. Le fruit qu'il retiré de ses courses, fut une connoissance profonde des langues turque, arabe, persane, et de la géographie, de l'histoire et de la politique des états qu'il avoit fréquentés. Il avoit aussi travaillé avec soin à remplir un autre objet de sa mission, qui étoit de rétablir le commerce des François dans la Perse. La cour de France ne tarda pas à récompenser son zèle et ses travaux. Outre une pension qui lui fut d'abord accordée, on l'attacha à la bibliothèque royale, en qualité d'interprète pour les langues orientales. On le nomma, au mois de janvier 1746, à une chaire de professeur royal pour la langue arabe; et en 1748 il fut admis dans l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Otter avoit tout ce qu'il falloit pour remplir ces différens postes, avec autant d'honneur pour lui que d'utilité pour le public; mais il n'en jouit pas long-temps. Épuisé par ses voyages et par la continuité de ses travaux, il mourut la même année dans la 41$^{e}$ année de son âge. Il venoit de publier son *Voyage en Turquie et en Perse avec une Relation des expéditions de Thomas-Kouli-kan*, en 2 vol. in-12, enrichis d'un grand nombre de notes intéressantes, et écrits d'un ton sec et d'un style pesant. Il avoit lu dans l'académie des Belles-Lettres un premier *Mémoire sur la Conquête de l'Afrique par les Arabes*, et il a laissé le deuxième fort avancé.
OTTERIDE ou OTERIDE, *Othridus*, moine Allemand vers le milieu du IX$^{e}$ siècle. Il passa la plus grande partie de sa vie au monastère de Weissembourg en basse-Alsace, et fit de grands progrès dans la littérature sacrée et profane. Il épura la langue Allemande, qu'on appeloit alors *Théodisque* ou *Tudesque*. Il fit dans cette vue une Grammaire, ou plutôt il perfectionna celle que *Charlemagne* avoit commencée. Pour faire tomber les chansons profanes, il mit en vers tudesques rimés les plus beaux endroits de l'Évangile. Comme ces vers pouvoient se chanter, ils se répandirent beaucoup, et produisirent l'effet qu'il en attendoit. *Ottfride* a fait aussi des *Sermons*, des *Lettres*, des *Poésies mêlées*, et d'autres ouvrages, qui prouvent plus en faveur de sa piété qu'en faveur de son goût... *Voyez* les *Antiquités Teutoniques* de *Jean Schiller*.
OTTO GUERICK, *Voy.* GUERIKE.
OTTOBONI, (Pierre) *Voy.* ALEXANDRE VIII, n.º XIV.
OTTOCARE II, roi de Bohème, obtint l'Autriche et la Stirie par son mariage avec *Marguerite d'Autriche*, à l'exclusion de *Frédéric* de Bade, fils de la sœur aînée de *Marguerite*; et acquit à prix d'argent la Carinthie, la Carniolle et l'Istrie, en 1262. Fier de ses richesses et de sa puissance, il porta la guerre en Prusse, en Hongrie, et eut plusieurs avantages sur ses ennemis. *Rodolphe* comte d'Hapsbourg, ayant été élu empereur en 1273, le somma de rendre hommage pour les fiefs qui étoient de sa dépendance. Sur son refus, ce prince le cita à la diète de l'empire pour rendre raison de ses acquisitions injustes; mais il ne comparut ni par lui-même, ni par autrui. Ce mépris irrita tellement les princes Impériaux, qu'on résolut de lui déclarer la guerre. L'empereur marcha donc vers l'Autriche; *Ottocare* ne se fiant pas au succès d'une bataille, et craignant les démarches de *Frédéric* de Bade, demanda la paix, consentit de céder l'Autriche, et prêta hommage à genoux pour la Bohème et pour les autres terres qu'il possédoit: (*Voyez* RODOLPHE I, n.º II.) Mais la reine son épouse et quelques esprits brouillons, lui ayant reproché une si lâche démarche, il rompit la paix et s'empara de l'Autriche avec une puissante armée. L'empereur se mit en campagne pour le combattre, avec toutes ses troupes Allemandes et Hongroises qu'il avoit ramassées. La bataille se donna à Marckfeld près de Vienne, l'an 1278, et *Ottocare* la perdit avec la vie, après 25 ans de règne.
OTTOMAIO, (Jean-Baptiste, dell') poète Italien du 16e siècle, est auteur de *S. Canzoni*, qui furent insérées sans sa participation dans l'édition que donna *Grazzini*, en 1555, du deuxième livre de *Berni*, intitulé: *De tutti i Triunfi, etc.* L'auteur les fit supprimer de ce recueil par l'autorité des magistrats de Florence, et les publia en 1556, in-8°, y ajoutant quatre nouvelles Chansons. Cependant, malgré ce supplément, on préfère l'édition du Recueil de *Grazzini*, à cause des changements que fit *Ottomaio* dans la sienne, pour la différencier de la première: les curieux les rassemblent toutes les deux. 228 OTT
OTTOMAN ou OTHMAN I, premier empereur des Turcs, étoit un des émirs ou généraux d'Alaëdia, dernier sultan d'Izonium. Ce souverain étant mort sans postérité, Ottoman partagea ses états avec les autres généraux, comme autrefois les capitaines d'Alexandre le Grand. Une partie de la Bibynie et de la Cappadoce lui échurent. Il sut conserver ses possessions par de nouvelles conquêtes qu'il fit sur les Grecs du côté de la Lycie et de la Carie, et prit la qualité de Sultan en 1299 ou 1300. Il fit de la ville de Pruse la capitale de son empire naissant, et mourut en 1326. La bonté singulière de ce sultan et la sagesse de son gouvernement ont passé en proverbe chez les Turcs. Quand leurs empereurs montent sur le trône au milieu des acclamations, on ne manque jamais de leur souhaiter, entre les vertus dignes d'un souverain, la bonté d'Ottoman.
OTTOMAN, (le Père) Voy. IBRAHIM.
OTWAY, (Thomas) poète Anglois, né en 1651 à Trottin dans le Sussex, fut élevé à Winchester et à Oxford; puis alla à Londres où il se livra tout entier au théâtre. Il étoit en même temps auteur et acteur. Ses Tragédies sont plus estimées que ses autres pièces. On fait sur-tout beaucoup de cas de l'Orphelia, de Venise sauvée, et de Dom Carlos. Quelques beautés qu'il y ait dans ces Pièces, vraiment pathétiques et touchantes, Otway y laissa glisser des irrégularités et des bouffonneries dignes des farces monstrueuses de Shakespeare. Dans sa Venise sauvée, il introduit le sénateur Antonio et la courtisane Naki, au milieu des horreurs de la conspiration du marquis de Bedmar. L'amoureux vieillard fait auprès de sa courtisane, toutes les singeries d'un vieux débauché impuissant et hors de bon sens. Il contrefait le taureau et le chien; il mord les jambes de sa maîtresse, qui lui donne des coups de pied et des coups de fouet. Dans cette même pièce, le son d'une cloche se fait entendre: et cette terrible extravagance qui ne seroit que risible sur le théâtre de Paris, réussit à jeter l'effroi dans l'ame des spectateurs Anglois. Son style est d'ailleurs trop empoulé et trop rempli de l'enflure Asiatique. Ce poète mourut en 1685, à 34 ans. On a recueilli ses Œuvres, à Londres, 1736, 2 vol. in-12; et 1757, 3 vol. in-12. M. de la Place a imité et traduit en partie sa Venise sauvée, 1747, in-8.
OUBACHÉ, kan des Tartares Tourgouths, étoit parvenu à un âge assez avancé dans l'exercice des vertus paisibles et hospitalières, lorsqu'une insulte grossière vint troubler sa vie. Il commandoit à une horde de 600.000 Tartares, qui occupoient les plaines arrosées par le Wolga, entre Astrakan et Casan. Un lieutenant Russe, nommé Kischenkoï, vint exiger au nom de la cour de Russie, le tribut que ces peuples lui donnoient annuellement; mais avide et féroce, il s'empara de plusieurs troupeaux, et les vendit à son profit. Oubaché se plaignit à lui-même de ses exactions, et Kischenkoï osa lui donner un soufflet. Le kan offensé demanda justice à Catherine II; ses envoyés furent à peine écoutés par le ministre de l'impératrice. Les Tourgouths, suivant Castéra, avoient souffert tranquillement la rapacité et le brigandage; mais ils ne purent endurer ni l'outrage fait à leur kan, ni l'injustice de la cour de Russie. Oubaché et les anciens de la horde ayant tenu conseil, résolurent d'abandonner le territoire de l'empire Russe, de traverser les déserts, et de se retirer jusques dans la Chine, au pied des montagnes du Thibet, dont une tradition leur faisoit croire qu'ils étoient originaires. Les Tourgouths partirent des bords du Wolga le 10 décembre 1770, et arrivèrent sur ceux de l'Ily le 9 août 1771, après avoir perdu près de la moitié de leur peuplade dans les déserts ou en combattant d'autres Tartares qui voulurent s'opposer à leur passage. Catherine fit redemander les Tourgouths à l'empereur de la Chine. Ce monarque lui répondit: «qu'il n'étoit point assez injuste pour livrer ses propres sujets à une puissance étrangère, ni assez cruel pour chasser des enfans qui rentroient dans le sein de leur famille; qu'il n'avoit été instruit du projet des Tourgouths qu'au moment de leur arrivée, et qu'il s'étoit empressé de leur rendre le pays de leurs ancêtres; que l'impératrice ne pouvoit se plaindre que de celui qui avoit porté la main sur le visage d'un kan et d'un vieillard aussi respectable qu'Oubaché.» Ce dernier mourut quelque temps après sa courageuse émigration.
OUDAR, Veyez BIEZ et HOUDAR.
OUDENHOVEN, (Jacques) ministre Protestant, né à Bois- le-Duc, mort vers l'an 1683, fit sa principale étude de l'histoire de son pays. Ses ouvrages écrits en Flamand sont: I. Description de la ville et mairie de Bois-le-Duc, 1670, in-4.º Il y parle des Catholiques avec partialité. II. Description de la ville de Heusdin, Amsterdam, 1743, in-4.º III. — de Dordrecht, Harlem, 1670, in-8.º IV. Origine et antiquité de la ville de Harlem, 1671, in-12. V. Antiquités Cimbriques, Harlem, 1682; on y trouve des choses curieuses touchant les différentes inondations arrivées en Hollande. VI. Description de la Hollande ancienne ou de la Sud-Hollande, 1654, in-4.º I. OUDIN, (César) fils de Nicolas Oudin grand prévôt de Bassigny, fut élevé à la cour du roi de Navarre, qui fut depuis Henri IV. Ce prince l'employa en diverses négociations importantes, et lui donna la charge de secrétaire et d'interprète des langues étrangères, en 1597. Il mourut en 1625, avec la réputation d'un citoyen zélé et d'un homme intelligent. On a de lui, des Grammaires et des Dictionnaires pour les langues Italienne et Espagnole, dont on ne se sert plus.
II. OUDIN, (Antoine) fils du précédent, succéda à son père dans la charge d'interprète des langues étrangères. Louis XIII l'envoya en Italie. Le pape Urbain VIII se faisoit un plaisir de s'entretenir avec lui. De retour en France, il fut choisi pour enseigner la langue italienne à Louis XIV. Nous avons de lui quelques ouvrages: I. Curiosités Françoises pour servir de supplément aux Dictionnaires, in-8.º C'est un recueil de nos façons de parler proverbiales. II. Grammaire Françoise, rapportée au langage du temps, in-12. Elle n'est plus d'aucune utilité. III. Recherches Italienne et Françoise, deux vol. in-4.º IV. Le Trésor des deux langues, Espagnole et Françoise, in-4.º, 1655. Il mourut en 1653.
III. OUDIN, (Casimir) né à Mézières sur la Meuse en 1658, entra chez les Prémontrés en 1656, et s'appliqua principalement à l'étude de l'Histoire ecclésiastique. Louis XIV passant par l'abbaye de Bucilly en Champagne, Oudin, chargé de le complimenter, plut à ce prince. Le roi étant entré le 1er mars 1680 dans la salle de l'abbaye, après un temps nébuleux, le soleil parut tout-à-coup. Un rayon, passé au travers des vitres, donna à plomb sur le portrait du roi; ce qui donna occasion à ces deux vers qu'il fit sur-le-champ: Solem verè novum nunc Sol antiquus adora, Et Marsem primum Marcia prima dies. Le roi fut surpris de trouver, dans un lieu si sauvage, un homme qui eût tant d'esprit. Mais Oudin ne soutint pas l'idée que son distique avoit donné de lui. Car Louis XIV lui ayant demandé quelle charge il avoit dans la maison? il répondit avec la dernière de toutes les impolitesses, qu'il portoit son Mousquet; et que quand il ne pouvoit le porter, il le traînoit. Le roi indigné le fit retirer, et ne voulut plus le voir. Cependant son général le chargea de visiter toutes les abbayes de son ordre, pour tirer des ar- chives ce qui pourroit servir à son Histoire. Il s'en acquitta avec succès, et vint à Paris en 1683, où il se lia avec plusieurs savans illustres. Oudin ayant essuyé quelques mécontentemens, se retira à Leyde en 1690, embrassa la Religion Prétendue Réformée, et y fut sous-bibliothécaire de l'université. Ses principaux ouvrages sont: I. Commentarius de Scriptoribus Ecclesiæ antiquis, illorumque scriptis, etc. à Leipzig, 1722, 3 vol. in-fol.: compilation qui prouve beaucoup de recherches, mais pleine de fautes et d'inexactitudes. II. Veterum aliquot Galliæ et Belgii Scriptorum Opuscula sacra nunquam edita, 1692, in-8.º III. Un Supplément des auteurs Ecclésiastiques omis par Bellarmin, in-8.º, 1688, en latin. IV. Le Prémontré défroqué, etc. Ce savant finit sa carrière à Leyde en septembre 1717, à 79 ans. Il avoit de la chaleur dans l'esprit et de l'inquiétude dans le caractère.
IV. OUDIN, (François) né l'an 1673 à Vignori en Champagne, fit ses études à Langres, et entra chez les Jésuites en 1691. Après avoir professé les humanité et la théologie avec un succès distingué, il se fixa à Dijon et y passa le reste de ses jours, partagé entre l'étude et le commerce des gens de lettres. C'est dans cette ville qu'il mourut d'une hydropisie de poitrine le 28 avril 1752, âgé de 79 ans. Le P. Oudin avoit fait une étude particulière de l'Écriture-Sainte, des Conciles et des Pères, sur-tout de St. Jean-Chrysostôme, de St. Augustin et de St. Thomas, qui avoient pour lui un attrait particulier. Les vertus du religieux ne cédoient point en lui aux connoissances du savant. Il étoit si zélé pour l'éducation de ses écoliers, qu'il consacroit souvent une partie de sa pension pour le soulagement de ceux qui étoient dans la misère. Il employoit le reste à acheter des livres en tout genre de littérature. Le latin, le grec, l'espagnol, le portugais, l'italien et l'anglois lui étoient familiers. Il étoit profondément versé dans la connoissance des antiquités profanes et sacrées, et des médailles. Il joignit à une érudition étendue, les graces de la belle littérature, beaucoup de justesse dans l'esprit, une ardeur infatigable pour le travail, et une facilité merveilleuse à faire des vers latins. Ses principaux ouvrages en ce genre sont : Une pièce intitulée *Somnia*, imprimée in-8° et in-12, pleine d'élégance et de bonne poésie, qu'il composa à vingt-deux ans : une autre sur le *Feu*; des *Odes*, des *Mimes*, des *Élégies*, dont la plupart sont imprimées dans le recueil intitulé *Poémata Didascalica*, en 3 vol. in-12, et les autres sont dignes de l'être. Ses ouvrages en prose sont plus considérables. Les plus connus sont : I. *Bibliotheca Scriptorum Societatis Jesu*. Il en avoit achevé les quatre premières lettres quand il est mort, et il a laissé plus de sept cents articles pour le reste de l'ouvrage. Ce livre, bien exécuté, est désiré par tous les amateurs de l'Histoire littéraire; mais il intéresse moins le public, depuis la destruction de la Société. La *Bibliothèque des Écrivains Jésuites* avoit été commencée par le Père *Ilibadeneira*, et poussée jusqu'en 1618. Elle fut continuée par le pape *Philippe Alegambe* jusqu'en 1643, et par *Sotwel* jusqu'en 1673. Les *Pères Bonanni*, de *Tournemine* et *Kervillars* furent ensuite successivement chargés d'en composer la suite; mais n'ayant rien donné au public, et ayant seulement recueilli quelques Mémoires informes, on crut que le P. *Oudin* s'en acquitteroit mieux, et on ne se trompa point. II. Un *Commentaire* latin sur l'Épître de *St. Paul* aux Romains, in-12, où il a principalement suivi les explications de *St. Chrysostome*. III. Des *Etymologies Celtiques*. IV. Un bon *Éloge du président Bouhier*, en latin. V. Des *Commentaires* sur les Pseaumes, *St. Matthieu* et sur toutes les Épîtres de *St. Paul*. VI. *Historia Dogmatica Conciliorum*, in-12. VII. Les *Vies d'Antoine Veyra*, de *Melchior Inchofer*, de *Denis Petau*, de *Fronton du Duc*, de *Jules - Clément Scotti*, de *Jacques Billy* et de *Jean Garnier*. Ces sept Vies sont imprimées dans les *Mémoires* du P. *Nicéron*. La conversation de l'auteur de tant de savans ouvrages, ne pouvoit être qu'instructive et variée. Sa mémoire lui rappelait une infinité de faits; son esprit lui fournissait des pensées fines et ingénieuses. Il parloit volontiers des savans et des ouvrages; il citoit sur-tout avec une justesse admirable, les plus beaux endroits des anciens poètes qu'il avoit remarqués. Il disoit quelquefois « que dans sa jeunesse les belles-lettres avoient eu pour lui des charmes inexprimables, et que dans sa vieillesse elles adoucis-soient encore les infirmités et les chagrins attachés à cet âge. » M. *Michault*, célèbre littérateur de Dijon, ami du P. *Oudin*, 332 OUD consacré à la mémoire de ce savant Jésuite une partie du second volume de ses *Mélanges Historiques et Philosophiques*, imprimés à Paris, en 1754, en deux vol. in-12.
OUDINET, (Marc-Antoine) médailliste, né à Rheims en 1643, brilla beaucoup dans le cours de ses études par l'étendue de sa mémoire. En rhétorique, il apprit toute l'*Enéide* de l'*Virgile* en une semaine. Nommé professeur en droit dans l'université de Rheims, il remplissait cette place avec honneur, lorsque *Haissant* son parent, garde des médailles du cabinet du roi, l'engagea à venir partager ce soin avec lui. *Oudinet* se rendit avec empressement à ses invitations, et obtint sa place quelques années après. Il mit beaucoup d'ordre et d'arrangement dans ce précieux dépôt, eut pour récompense une pension du roi de cinq cents écus, fut reçu de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1701, et mourut à Paris en 1712, à 68 ans, consumé par le travail. Une politesse douce et aimable relevait son savoir. Il avoit beaucoup de religion, et cette vertu ne se bornoit pas à son esprit; elle éclatait encore dans sa conduite. On a de lui, dans la collection académique, trois *Dissertations* estimées: l'une sur l'origine du nom de *Médailles*; l'autre sur les *Médailles d'Athènes* et de *Lacédémone*; et la troisième sur deux *Agathes* du cabinet du roi.
OUDRI, (Jean-Baptiste) peintre, né en 1686, mourut à Paris sa patrie, le 1er mai 1755. Il apprit les principes de son art sous le célèbre *Largillières*, et il retint de ce maître des principes sûrs pour le coloris, qu'il a communiqués dans une assemblée de l'académie de Peinture dont il étoit membre, et l'un des professeurs. On connoit le talent supérieur d'*Oudri* pour peindre des animaux; ses compositions en ce genre sont de la plus grande vérité et admirablement traitées. On a gravé les *Fables de la Fontaine*, 4 vol. in-folio, d'après ses dessins ébauchés; mais ceux qui les ont finis n'avoient pas ses talens. Il a fait pour le roi, des *Chasses* qui sont l'ornement de plusieurs châteaux de Sa Majesté, entr'autres de la Meute. *Oudri* connoissoit si bien la magie de son art, qu'il s'est plu souvent à peindre des objets blancs sur des fonds blancs, et ces tableaux sont d'un bon effet. Ce maître eût pu réussir dans l'Histoire, comme il est aisé d'en juger par plusieurs morceaux qui lui font honneur. Il dirigea la manufacture de Beauvais, et l'on en vit sortir des tapisseries aussi brillantes que les tableaux qui leur avoient servi de modèle. Le roi lui avoit accordé une pension et un logement aux galeries du Louvre.
OUEN, (Saint) *Audoënus*, archevêque de Rouen en 640, s'acquit une grande considération par son savoir et ses vertus. Il employa l'autorité que lui donnoient son caractère et ses lumières, pour établir la paix entre les princes François. Ce fut au retour d'une de ces négociations qu'il mourut à Clichy près Paris, le 14 août 683, âgé de 74 ans. Il s'étoit trouvé au concile de Châlons, la quatrième année de son épiscopat. Il est au- teur de la Vie de St. Eloy, traduite en françois, 1693, in-8.º
OVERALL, (Jean) d'abord professeur en théologie à Cambridge, puis doyen de St-Paul à Londres, devint en 1614, évêque de Coventry et de Litchfield, et quatre ans après évêque de Norwich. Il tâcha de concilier par lettres, les controverses de Hollande sur la Prédestination et sur le Libre-Arbitre. On trouve quelques-unes des siennes dans le recueil intitulé : Epistola præstantium Virorum, à Amsterdam, 1704, in-folio. Ce prélat termina sa carrière en 1619, emportant l'estime et les regrets des gens de bien.
OVERBÈKE, (Bonaventure Van) dessinateur et antiquaire Hollandois, né à Amsterdam en 1660. Il avoit conçu un goût si grand pour les antiquités, qu'il fit trois fois le voyage de Rome, où il prit les dessins des précieux restes de l'ancienne magnificence de cette ville. Il dessina d'abord les monumens qui subsistent en entier, puis il crayonna ceux qui sont endommagés sans y rien ajouter, et il en observa toutes les proportions avec la plus grande exactitude. De retour dans sa patrie, il grava lui-même ses dessins, recueillit les descriptions qu'on en trouve dans les meilleurs antiquaires, pour les placer à côté. Il y joignit les noms et les médailles des papes qui ont rétabli quelques-uns de ces monumens, et les inscriptions anciennes et modernes qui s'y rapportent. Il mourut l'an 1706, dans sa ville natale. Ce recueil qui étoit d'abord en flamand, a été traduit en latin et en françois. On l'a O V I 233 publié en latin sous ce titre : Reliquiæ antiquæ urbis Romanæ, etc., à Amsterdam, 3 vol. in-folio. Chaque volume est composé de 50 planches et d'autant de descriptions. On l'a donné en françois à Amsterdam, en 1709 et en 1763, en trois vol. in-folio.
OVERBURY, (Thomas) poète Anglois, né dans le comté de Warwick, fut mis à la Tour de Londres pour avoir voulu détourner le comte de Rochester de sa passion pour la comtesse d'Essex qui vint à bout de le faire empoisonner, de concert avec son amant. Ce fut le 15 septembre 1613, qu'Overbury termina ainsi sa malheureuse et imprudente vie. On a de lui deux Poèmes que les Anglois louent beaucoup : La Femme, 1614, in-4.º et le Remède d'Amour, 1620, in-8.º
OUGHTRED, (Guillaume) né à Eaton vers 1573, fut élevé au collège royal de Cambridge, dont il fut membre environ douze ans. Il reçut ensuite la prêtrise, et devint recteur d'Adelbury, où l'on dit qu'il mourut de joie en apprenant le rétablissement du roi Charles II, au mois de mai 1660, à 87 ans. On a de lui plusieurs ouvrages de mathématiques, dont le allis fait un grand éloge. Son Arithmetica parut à Londres en 1648, in-8.º Ses mœurs et ses sentiments le ren/doient cher et respectable aux honnêtes gens. On imprima après sa mort ses Opuscula, 1676, in-8.º
OVIDE, (Publius Ovidius Naso) chevalier Romain, naquit à Sulmone, dans la contrée des Péligniens, aujourd'hui l'Abruzze, l'an 43 avant J. C. Mantua Virgilio gaudet, Verona Cavallo : Péligna dicar gloria gentis ego. Son père qui le destinoit au barreau, l'envoya à Rome de bonne heure. Ses talens s'étoient déjà développés : le séjour de cette ville, la patrie du goût et des arts, les perfectionna. De Rome il passa à Athènes à l'âge de seize ans, pour connoître toutes les finesses de la langue et de la littérature grecque. La poésie avoit des attraits infinis pour lui. Son père craignant que la passion des vers ne l'arrachât à la fortune que lui promettoient ses talens, voulut en vain qu'il se consacrât à l'éloquence. Ovide étoit né poète, et il le fut malgré son père et malgré ses propres intérêts : (Et quod tentabam scribere, versus erat...) Cependant pour ne pas paroître dédaigner entièrement les conseils de son père, il revint à Rome où il étudia les orateurs. Il se mit sous la discipline d'Arellius Fuscus et de Porcius Latro qui donnoient des leçons de rhétorique. Ce fut en ce temps-là qu'il composa des déclamations dont parlent plusieurs auteurs. Mais son penchant pour la poésie l'emporta, et sans attendre la mort de son père, il se réconcilia avec les Muses. Ayant fixé son séjour à Rome, il s'y fit bientôt un grand nombre d'amis tous illustres par leur noblesse et par leur mérite, fut estimé et honoré à la cour d'Auguste. Il étoit encore fort jeune, lorsqu'il se maria pour la première fois; mais il ne garda pas long-temps cette première femme, il la répudia pour en épou- ser une seconde qu'il répudia de même. On ignore quand il en épousa une troisième; on sait seulement qu'il conserva à celle-ci son estime et son cœur. Ovide auroit pu être heureux, mais tourmenté par le démon de la poésie et par celui de l'amour, il éprouva bientôt les malheurs que ces deux passions causent ordinairement. Non content de chanter l'objet de ses flammes, il voulut réduire en système l'Art d'aimer. Il publia un Poème sous ce titre. Auguste, irrité contre l'auteur, prit le prétexte de cet ouvrage pour le reléguer à l'âge de cinquante ans, à Tomes (aujourd'hui Tomis ou Tomiswar) sur le Pont-Euxin. L'endroit de son exil étoit assez agréable pour les habitans du pays; mais les montagnes qui sont au Sud, et les vents du Nord et de l'Est qui soufflent du Pont-Euxin, le froid et l'humidité des forêts et du Danube, rendoient cette contrée insupportable à un homme né en Italie. On ignore le véritable crime d'Ovide. C'étoit apparemment, suivant Voltaire, d'avoir vu quelque chose de honteux dans la maison d'Auguste. Comment cet empereur auroit-il pu exiler Ovide pour son poème de l'Art d'aimer, lui qui aimoit et qui protégeoit Horace, dont les Poésies sont souillées de tous les termes de la plus infame prostitution? Il est vraisemblable qu'Octave alléguoit une raison prétendue, n'osant parler de la véritable. Une preuve, dit l'auteur cité, qu'il s'agissoit de quelque inceste, de quelque aventure secrète de la famille impériale; c'est que Tibère, ce monstre de lasciveté comme de dissimulation, ne rappela point Ovide. Mais, disent ceux qui n'adoptent pas les conjectures de *Voltaire*, en supposant qu'*Auguste* eût brûlé d'un amour incestueux pour sa fille, auroit-il pris assez mal ses mesures pour se laisser surprendre ? Et si *Ovide* avoit été témoin de son crime, *Auguste* étoit-il homme à se refuser un homicide pour cacher sa turpitude à l'univers ? N'étoit-ce pas plutôt un moyen de plus de le faire connoître, que d'en punir le confident par un simple exil, qui n'enchaînait ni sa langue, ni sa plume ? N'est-il pas plus vraisemblable qu'*Ovide* soupirant en secret pour *Livié*, chaste épouse d'*Auguste*, commit une indiscrétion semblable à celle d'*Actéon*, et qu'il vit au bain cette nouvelle *Diane* ? Les vers suivans ne semblent-ils point confirmer cette conjecture ? *Cur aliquid vidi ? Cur noxia lumina feci ?* *Cur imprudenti cognita culpa mihi est ?* *Inscis Acteon vidit sine veste Disnam ;* *Prada fuit canibus non minus ille suis.* Voyez encore sur la disgrace de l'auteur de l'*Art d'aimer*, la Lettre que M. Poinsinet de *Sivry* a publiée dans le *Mercure de France*, (avril 1773, première partie, page 181 et suivantes) dans laquelle il veut prouver que la cause de l'exil d'*Ovide* est fondée sur un tout autre motif que celui qu'on allègue communément (le commerce incestueux d'*Auguste* avec *Julie* sa fille). Cette Lettre contient des raisons qui paroissent plausibles. Quoi qu'il en soit de la cause des malheurs d'*Ovide*, il les sentit vive- O V I 235 ment. Il tourna sans cesse ses regards vers Rome, et demanda en vain grace à *Auguste* et à *Tibère*. Les éloges qu'il leur prodigue sont si outres, qu'ils exciteraient encore aujourd'hui l'indignation s'il les eût donnés à des princes légitimes ses bienfaiteurs; mais il les donnait, dit un homme d'esprit, à des tyrans et à ses tyrans. Chose étrange que les louanges et les louanges des poètes ! Il est bien clair que *Ovide* souhaitoit de tout son cœur que quelque *Brutus* délivrat Rome de son *Auguste*; et il lui souhaite, en vers, l'immortalité ! Lorsqu'il apprit sa mort, il poussa la folie et la bassesse jusqu'à lui consacrer une espèce de temple, où il lui offroit tous les matins de l'enceau. On lui pardonneroit cet avilissement, si la reconnoissance l'avoit produit; mais il est très-probable que ce n'est que la lâcheté et le défaut de courage. *Ovide* faisoit un dieu d'*Auguste*, parce qu'il espéroit de toucher *Tibère* et d'en faire un homme. Malgré ses bassesses, il mourut dans son exil, l'an 17 de Jésus-Christ, à 57 ans, dont il en avoit passé sept loin de Rome. Il s'étoit fait lui-même cette épitaphe : *Hic ego qui jaceo, tenerorum lutor amorum,* *Ingenio perii Naso poeta meo.* *At tibi qui transit, ne sit grave, quisquis amasti,* *Dicere : Nasonis molliter ossa cubent.* On prétendit, en 1508, avoir trouvé son tombeau à Stain en Autriche, avec ces quatre vers : *Hic situs est vates, quem divi Casario ira* *Augusti, patriâ cedere jussit humo.* Sage miser voluie parriis occumbere serris, Sed frustrâ ? hunc illi fata dedere locum. Mais cette Épitaphe, qui n'a rien du siècle d'Auguste, a fait penser que la découverte du tom- beau d'Ovide étoit une pure sup- position, pour illustrer un lieu assez peu connu. Les ouvrages qui nous restent de ce poète, sont : I. Les Métamorphoses. C'est, dit-on, son chef-d'œuvre. Ovide sembloit le penser lui- même, car il assure qu'il durera éternellement : Jamque opus exegi, quod nec Jovis ira, nec ignes Nec poterit fessum, nec edax abolere versus. Mais quel nom peut-on donner à cet ouvrage ? Ce n'est point un Poème épique; ce genre de poé- sie a des règles, et Ovide n'en connoit point dans son ouvrage. Ce n'est point non plus un Poème historique, c'est plutôt une in- génieuse compilation, dont l'in- vention étoit due aux poètes an- ciens, et les ornemens à Ovide. Le nom de Poème didactique convient encore moins à cette production bizarre; ce sont des peintures sans gaze, des amours des Dieux et des hommes. Ces tableaux sont d'autant plus pro- pres à corrompre les mœurs, qu'Ovide les expose d'une ma- nière pathétique, tendre et tou- chante, et les embellit des plus vives couleurs de la poésie. Nous avons la Traduction des Méta- morphoses par l'abbé Banier, à Amsterdam, 1732, 2 vol. in-fol., figures de Picart; et réimprimée à Paris avec de nouvelles figures fort bien exécutées, 1767 et sui- vantes, 4 vol. in-4. Elles sont aussi imprimées en 3 vol. in-12 de Hollande et de Paris. M. de Fon- tanelle en a donné une nouvelle version, en deux vol. in-8°, qui est estimée. Thomas Corneille a traduit en vers françois les Mé- tamorphoses ainsi que les Epîtres amoureuses et une partie des Elé- gies. M. de Saint-Ange a déjà pu- blié une nouvelle version, aussi en vers, des trois premiers chants des Métamorphoses. II. Ses Fas- tes, en six livres, dans lesquels, à travers plusieurs morceaux né- gligés et quelques écarts, on dé- couvre une imagination belle, noble et riante. Le Père Rapin re- gardoit cette production comme du meilleur goût, et la plus ju- dicieuse de celles qui sont sorties de la plume de ce poète. C'est un ouvrage d'une grande érudition, mais de cette érudition puisée dans la plus belle antiquité. III. Les Tristes et les Elégies : elles sont pleines de grâces touchantes. L'au- teur donne du relief aux plus pe- tites choses; mais il manque son- vent de précision et de noblesse, et en cherchant les ornemens de l'esprit, il perd le langage de la nature. Le Père Kervillars Jé- suite, a traduit les Tristes et les Fastes, en trois vol. in-12; et l'on prépare actuellement une nouvelle Version de ces derniè- res, avec notes et figures, quatre vol. in-8. IV. Les Héroïdes, pleines d'esprit, de bonne poésie et de volupté. (Voy. MEZIRIAC.) V. Les trois livres des Amours, qu'on peut joindre à ses trois chants sur l'Art d'aimer. L'un et l'autre ouvrages, en plaisant beau- coup à l'esprit, sont très-pro- pres à gâter le cœur. Le poison y est préparé avec tout l'art pos- sible. VI. Ibis, Poème satirique, sans finesse, et où le sel est trop délayé. VII. Des fragments de quelques autres ouvrages. VIII. Il avoit fait une tragédie de *Médée*, qui ne nous est point parvenue ; « mais il y a tout lieu de croire, dit M. d'*Arnaud*, qu'*Ovide* qui est très-souvent hors du sentiment, eût été un mauvais auteur dramatique. » La nature n'avoit point été avare à l'égard d'*Ovide* ; son esprit est vif et fécond, son imagination belle et riche, mais sans frein ; les expressions semblent courir au-devant de sa pensée, et embarrassé du choix, il la noie souvent, pour ne rien perdre de son esprit, dans une mer de mots harmonieux. Avec les grandes qualités et les défauts brillants dont nous venons de parler, *Ovide* gâta le goût des Romains ; il prodigua les fleurs ; les saillies et les pointes. Ce défaut plut à son siècle : il lui donna le ton. La belle nature fut négligée ; on courut après le faux brillant. Ce ne fut pas assez de ce qui plait aux yeux, on chercha ce qui les éblouit... Les premières éditions de ses *Œuvres* complètes, sont de Rome, 1471, deux vol. in-fol. ; et de Bologne, même année in-fol. Les bonnes sont d'*Elzevir*, 1629, trois volumes in-12... *Cum notis Variorum*, 1662, trois vol. in-8°, à cause des figures ; mais moins ample que celles de 1670, 1683 et 1702, *ad usum Delphini* ; de Lyon, 1686 et 1689, quatre vol. in-4° ; et avec les notes de *Burmann*, 1727, 4 vol. in-4°. Il y a encore celle de 1762, en trois vol. in-12, à Paris, chez *Barbou* : elle est faite sur l'édition de *Nic. Heinsius*, et on a profité des corrections d'un exemplaire qu'avoit possédé *Politien*. *Martignac* a traduit toutes les *Œuvres d'Ovide*, en neuf vol. in-12, avec le latin.
OVIEDO, (Jean Gonsalve d') né à Madrid vers l'an 1478, fut élevé parmi les pages du *Ferdinand* roi d'Aragon, et d'*Isabelle* reine de Castille, et il se trouva à Barcelone en 1493, lorsque *Christophe Colomb* revint de son premier voyage à l'isle Haïti, qu'il nomma *Hispaniola*, aujourd'hui connue sous le nom de *Saiat-Domingue*, il lia une étroite société avec lui et avec ses compagnons, s'instruisant avec soin de tout ce qui regardoit les nouvelles découvertes. Il rendit de grands services à l'Espagne pendant la guerre de Naples ; c'est ce qui détermina *Ferdinand* à l'envoyer à l'isle de Haïti en qualité d'intendant et d'inspecteur général du commerce dans le Nouveau-Monde. Les ravages que la maladie vénérienne avoit faits pendant les guerres de Naples, l'engagèrent à s'y appliquer à la recherche des remèdes les plus efficaces contre cette maladie, que l'on croyoit venue des Indes Occidentales. Il étendit ses recherches à tout ce qui concerne l'histoire naturelle de ces contrées ; et à son retour en Espagne, il publia *Summarie de la Historia general y natural de las Indias Occidentales*, qu'il dédia à *Charles-Quint*. Il augmenta depuis cet ouvrage, et le donna au public sous le titre de *La Historia general y natural de las Indias Occidentales*, Salamanque, 1535, in-folio. Elle a été traduite en italien et ensuite en françois, Paris 1556, in-folio. C'est dans cet ouvrage qu'*Oviedo* dit que la vérole est endémique dans l'isle de Haïti, 238 O U L et que de là elle avoit passé en Europe. Il y vante beaucoup l'usage du bois de gaïac pour la guérison de cette maladie; mais soit que le mal soit aujourd'hui plus intraitable, soit que le remède n'ait jamais eu l'efficace qu'on lui attribue, il a beaucoup perdu de son crédit.
OULTREMAN, (Pierre d') Jésuite, mort à Valenciennes sa patrie le 23 avril 1656, âgé de 65 ans, a donné plusieurs ouvrages au public, entre autres : I. Vie de Pierre l'Hermite et de plusieurs Croisés, Valenciennes, vol. in-8°, 1632. II. La Constantinople Belgique, Tournai, 1643, in-4°. C'est l'histoire de Baudouin et Henri, empereurs de Constantinople. III. Histoire de la ville et comté de Valenciennes, Douai, 1639, in-folio. Il n'est proprement que l'éditeur de cet ouvrage qu'il a corrigé et augmenté. Henri d'Oultreman son père, seigneur de Rombise, l'un des premiers magistrats de Valenciennes sa patrie, mort dans cette ville en 1605 à 49 ans, en est l'auteur. Pierre d'Oultreman avoit un frère. Jésuite comme lui, mort en 1652, et auteur du Pédagogue chrétien, corps complet de la morale chrétienne, plusieurs fois réimprimé in-4°, et embelli d'histoires dont plusieurs ne soutiennent pas l'épreuve de la critique.
OURS, (Des) Voyez MENDAJORS.
OUSEL, (Philippe) né à Dantzig en 1671, d'une famille originaire de France, devint ministre de l'Eglise Allemande de Leyde; puis professeur en théologie à Francfort-sur-l'Oder en 1717. Il remplit cette chaire avec distinction jusqu'à sa mort, arrivée en 1724, à 53 ans. Il conserva, jusqu'au dernier moment, une présence d'esprit admirable. Son collègue lui rappelant pendant sa dernière maladie des passages de l'Écriture - Sainte en latin ou en allemand pour sa consolation, il corrigeoit la version sur l'hébreu ou sur le grec, avec la même exactitude que si son lit eût été une chaire de philosophie sacrée. Ses principaux ouvrages : I. Introductio in Accentuationem Hebræorum metricam, in-4°. Il soutient dans la Préface de cet ouvrage, que les points et les accens hébreux sont aussi anciens que les livres de l'Écriture-Sainte. Cette singularité l'engagea dans quelques disputes littéraires. II. De Accentuatione Hebræorum prosaica, in-8°. III. De Leprá, in-4°, 1709. - Un autre OUSEL, (Jacques) parent du précédent, a laissé des Notes estimées sur l'Octavius de Minutius Felix. Elles ont été insérées en entier, avec celles de Meursius, dans l'édition Variorum de 1672, in-8°.
OUSTRILLE, (Saint) Voyez AUSTREGESILE.
OUTRAM, (Guillaume) théologien Anglois du 17e siècle, dont nous avons un Traité estimé sous ce titre : De sacrificis Judæorum Libri duo, à Londres, 1677, in-4°. L'auteur y disserte sur les sacrifices de la Loi ancienne et sur ceux des Gentils, et finit par celui de la Croix. Les préjugés de sa secte l'ont engagé à rejeter celui de la Messe.
OUTREIN, (Jean d') ministre Protestant, né à Middelbourg en 1662, fut professeur en philosophie et en antiquités sacrées dans l'*Illustre École* de Dordrecht, et mourut ministre à Amsterdam le 24 février 1722. On a un très-grand nombre d'ouvrages ascétiques et philologiques de ce ministre, la plupart en flamand. I. *Courte esquisse des Vérités divines*, Amsterdam, 1736, in-12, que les Protestans ont traduit en différentes langues. II. *Essai d'Emblèmes sacrés*, 1700, deux vol. in-4. III. Plusieurs Dissertations sur différens passages de l'Écriture-Sainte. On y voit de l'érudition, mais souvent placée mal-a-propos.
OUTREMER, (Louis d') *Voyez Louis*, n.º IX.
OUVILLE, *Voyez LOUIS*.
OUVILLE, (Antoine le Metel, sieur d') frère de l'abbé de *Boisrobert*, et fils d'un procureur de la cour des Aides de Rouen, étoit ingénieur géographe. Il cultiva moins les mathématiques que la poésie. On a de lui diverses *Comédies*, imprimées depuis 1638 jusqu'en 1650: elles sont au-dessous du médiocre. Celle intitulée l'*Absent de chez soi* parut teile à l'abbé de *Boisrobert*, qui le dit à son frère. Celui-ci en appela au parterre. Une autre de ses pièces ayant été siillée, *Boisrobert* lui demanda s'il s'en rapportoit encore au parterre? *Non*, répondit d'Ouville, *il n'a pas le sens commun*. — *Est-ce d'aujourd'hui que vous vous en apprécerez*, repartit *Boisrobert*? *Pour moi*, *je m'en étois apperçu dès votre première pièce*... Il est beaucoup plus connu par un recueil de *Contes*, qui, quoique inférieurs à ceux de la *Fontaine*, ont eu du succès. La pudeur n'y est guère ménagée.
OUVRARD, (René) chanoine de Tours, habile dans les belles-lettres, la philosophie, les mathématiques, la théologie, et dans la musique, mourut en sa patrie l'an 1694, aimé pour son caractère et respecté pour sa conduite. Ses ouvrages sont: I. *Secret pour composer en Musique par un art nouveau*. II. *Biblia Sacra*, 529 *carminibus mnemonicis comprehensa*. Le même ouvrage en francois. III. *Motifs de réunion à l'Église Catholique*, etc. IV. *Calendarium novum perpetuum et irrevocabile*. Le docteur *Arnauld* ne faisoit pas grand cas de ce dernier ouvrage. On voit sur la tombe d'*Ouvrard* les deux vers suivans, de sa composition: *Dum vixi, divina mihi laus unica cura:* *Post obitum sit laus divina mihi unica merces!* Mon soin fut ici-bas de louer le Seigneur: Que ce soin, dans le Ciel, fasse tout mon bonheur. I. OWEN, (Jean) *Audiénus*, né à Armon, dans le comté de Caërnarvan en Angleterre, se rendit habile dans les belles-lettres, et fut obligé de tenir école pour subsister. Il soutint cet état d'indigence avec une fermeté qui fit honneur à sa philosophie. C'est principalement dans la poésie qu'il excéda. Il mourut à Londres en 1622. Ses compatriotes lui laissèrent passer sa vie dans la misère, et après sa mort ils lui ont élevé un tombeau dans l'Eglise de Saint-Paul. C'est le sort de présque tous les gens de lettres. Persécutés ou méprisés lorsqu'ils vivent, ils sont adorés lorsqu'ils ne sont plus. On voit sur le monument d'Owen son buste de cuivre, couronné de lauriers, avec ces vers au bas : Parva tibi Starua est, quia parva statura, superlex Parva; volas parvus magna per ora liber. Sed non parvus honos, non parva est gloria, quippe Ingenio heud quicquam est majus in orbe tuo. Parva domus texit, templum sed grande; Foice Tum verè vitam, cum moriuntur, agunt. En effet les grands écrivains ne commencent à vivre qu'en mourant. On a de lui un grand nombre d'Epigrammes, Elzevir, 1625, in-16, qui sont estimées, mais qui ne sont pas toutes dignes de l'être. Owen a raison de dire, au commencement de son ouvrage : Qui legis ista, tuam reprehendo, si mea laudes Omnia, stultitiam; si nihil, invidiam. Si tu n'approuvois rien, ou si tu louois tout, Tu serois, cher Lecteur, envieux ou sans goût. On fait cas de la pureté et de la simplicité de son style. Ses pointes sont assez naturelles, à quelques-unes près : on peut dire même qu'elles sont trop naturelles : car la plupart manquent de ce trait vif et saillant qui fait l'épigramme. Le Brun a fait un choix des meil- leures, et les a publiées en vers françois, 1709, in-12. Il a retranché avec raison celles dans lesquelles l'auteur déclame contre les moines, les ecclésiastiques et la cour de Rome. Les ennemis de cette cour n'ont point manqué de répéter ses bons-mots. Par exemple, dans une de ses Epigrammes, Owen dit qu'il est incertain que St. Pierre ait été à Rome, mais qu'on est sûr du voyage de Simon... C'est une saillie qui a été copiée par l'auteur du Dictionnaire Philosophique. Owen tourne cependant quelquefois ses pointes contre les incrédules et les faux philosophes; témoin cette épigramme contre les Athées : Nulla domus Domino caruit. Vos hane-cine tantam Nullius Domini creditis esse domum ?
II. OWEN, (Jean) élevé à Oxford, prit les ordres selon le rit Anglican; mais dans le temps de la puissance du parlement, il prêcha avec la fureur d'un enthousiaste contre les évêques, les cérémonies, etc. Il fut ministre dans le parti des Non-Conformistes. Owen, sur la fin de 1649, fit l'apologie des meurtriers du roi Charles I, prêcha contre Charles II et contre tous les royalistes. Il devint ensuite doyen de l'Eglise de Christ à Oxford, et vice-chancelier de cette ville. On le dépouilla de ces deux places quelques années après. Il mourut le 24 août 1683, à 67 ans, à Eling près d'Acton. On a de lui un très-grand nombre d'Outrages de controverse, remplis d'emportement, et indignes d'être lus par les gens raisonnables.
OUYN, (Jacques) né à Louviers dans le milieu du 16e siècle, siècle, fit jouer en 1597 la tragicomédie de *Tobie*. **I. OXENSTIERN**, (Axel) né en 1583, devint grand chancelier de Suède, et premier ministre d'état de *Gustave-Adolphe*. [Voyez l'article de ce monarque.] Il mérita la confiance de ce prince par son génie et son intégrité. Il eut, après la mort de ce héros tué à la bataille de Lutzen en 1632, l'administration des affaires des Suédois et de leurs alliés en Allemagne, en qualité de directeur général; mais la perte de la bataille de Nortlingue l'obligea de passer par la France pour pouvoir s'en retourner en Suède, où il fut l'un des cinq tuteurs de la reine pendant sa minorité. Toutes les affaires de ce royaume s'y gouvernèrent principalement par son conseil, jusqu'à sa mort arrivée le 28 août 1654, à 71 ans. Le chancelier étoit savant dans la politique et dans les belles-lettres. On lui attribue le second vol. de l'*Histoire de Suède* en allemand. Son fils *Jean OXENSTIERN*, ambassadeur et plénipotentiaire à la paix de Munster, en 1648, soutint dignement la réputation de son père. *Gabriel OXENSTIERN*, grand maréchal de Suède; *Benoît OXENSTIERN*, grand chancelier de Suède, et principal ministre d'état de ce royaume, tous les deux de la même famille que le précédent, se firent un nom par leur mérite.
**II. OXENSTIERN**, (N... comte d') petit-neveu d'*Axel Oxenstiern*, mourut fort âgé en 1707, dans son gouvernement du duché de Deux-Ponts. Il se fit connoître par les voyages qu'il fit dans presque tous les pays de l'Europe. Il embrassa la religion *Tome IX.* Catholique en Italie. Son esprit étoit naturellement très-enjoué; mais un mariage malheureux, les douleurs de la goutte, la perte de ses biens qu'il avoit consumés dans le luxe des cours, remplirent sa vieillesse d'amertume. C'est alors qu'il écrivit ses *Pensées sur divers sujets*, avec des *Réflexions morales* imprimées à la Haye, chez *Van-Duren*, en 1754, deux vol. in-12. *Bruzen de la Martinière* qui dirigea cette édition, en retouche le style, qui étoit celui d'un étranger; mais il y laissa bien des trivialités, dont le lecteur est quelquefois dédommagé par des pensées solides et des traits agréables.
**OXFORD**, (Le Comte d') *Voy. GEORGE I et WALPOLE.*
**OZANAM**, (Jacques) né à Bougneux en Bresse, l'an 1640, d'une famille Juive d'origine, fut destiné par son père à l'état ecclésiastique. Il entreprit son cours de théologie par obéissance; mais, après la mort de son père, il quitta la clériculture par amour pour les mathématiques. Cette science avoit toujours eu beaucoup d'attraits pour lui, et dès l'âge de quinze ans, il composa un ouvrage sur cette matière, qui resta manuscrit; mais où il trouva dans la suite, des choses dignes de passer dans ses ouvrages imprimés. Il se mit à enseigner à Lyon, et il y fit quelques bons mathématiciens. La passion du jeu l'agitoit presque autant que celle des sciences spéculatives. Il jouoit bien et heureusement; mais il ne gagnait que pour donner. Deux étrangers qui étoient au nombre de ses élèves, n'ayant point reçu de lettres de change pour se rendre à Paris, ils en té- moignèrent leur chagrin à leur maitre. *Ozanam* leur prêta sur-le-champ cinquante pistoles, sans vouloir de billet. Arrivés à Paris, ils firent part d'une action si noble au père du chancelier d'*Agues-scan*, qui appela dans la capitale le généreux mathématicien. Son nom fut bientôt connu; il étoit jeune, assez bien fait, assez gai, quoique mathématicien. Des aventures de galanterie vinrent le chercher. Le célibat lui paroissant un état dangereux, il épousa une femme presque sans bien, qui l'avoit touché par son air de douceur et de modestie. Ces belles apparences ne le trompèrent point; ce qui est aussi heureux que rare. Ses études ne l'empêchèrent pas de goûter avec elle et avec ses enfans, les plaisirs purs et simples attachés aux noms de mari et de père; plaisirs presque entièrement réservés pour les familles obscures. Il eut jusqu'à 12 enfans, dont la plupart moururent, et il les regretta comme s'il eût été riche. A l'âge de 61 ans, c'est-à-dire en 1701, il perdit sa femme, et avec elle tout le repos et le bonheur de sa vie. La guerre qui s'alluma aussitôt pour la succession d'Espagne, lui enleva presque tous ses élèves, et le réduisit à un état fort triste. Ce fut alors qu'il entra dans l'académie des Sciences, où il voulut bien prendre la qualité d'*Elève*, qu'on avoit sans doute dessein de relever par un homme de cet âge et de ce mérite. Sa situation ne lui fit perdre ni sa gaieté naturelle, ni une sorte de plaisanterie, qui le délassoit d'autant mieux qu'elle étoit moins recherchée. Il mourut d'apoplexie le 17 avril 1717, à 77 ans. Un cœur naturellement droit et simple avoit été en lui une grande disposition à la piété. La sienne n'étoit pas seulement solide, elle étoit tendre, et ne dédaignoit pas ces petites pratiques qui paroissent être plus à l'usage des femmes que des hommes. Il ne se permettoit pas d'en savoir plus que le peuple en matière de religion. *Il appartient*, disoit-il souvent, aux *Docteurs de Sorbonne de disputer*, au *Pape de prononcer*, et aux *Mathématiciens d'aller en Paradis en ligne perpendiculaire*... *Ozanam* savoit trop d'astronomie pour donner dans l'astrologie judiciaire; et il réfutoit courageusement tout ce qu'on lui offroit pour l'engager à tirer des horoscopes, car presque personne ne sait, dit *Fontenelle*, combien on gagne à ignorer l'avenir. Une fois seulement il se rendit aux prières d'un comte de l'Empire, qu'il avoit bien averti de ne le pas croire. Il dressa le thème de sa nativité; et ensuite, sans employer les règles de l'astrologie, il lui prédit tous les bonheurs qui lui vinrent à l'esprit. Le comte avoit en même temps fait faire son horoscope par un médecin entêté de cet art, qui s'y croyoit fort habile, et qui ne manqua pas d'en suivre exactement et avec scrupule toutes les règles. Vingt ans après le seigneur Allemand apprit à *Ozanam* que toutes ses prédictions étoient arrivées, et pas une du médecin. Cette nouvelle lui fit un plaisir tout différent de celui qu'on prétendoit lui faire. On vouloit applaudir à son grand savoir en astrologie; et on le confirmoit seulement dans la pensée qu'il n'y a point d'astrologie... Il composoit avec une extrême facilité, quoique ses études roulassent sur des sujets difficiles. Ses ouvrages sont : I. Un *Dictionnaire des Mathématiques* ou *Idée générale des Mathématiques*, 1691, in-4°, L'auteur y donne, par occasion, la solution d'un très-grand nombre de problèmes. II. Un *Cours de Mathématiques* en 5 vol. in-8°, publié en 1693. III. *Bécréations Mathématiques et Physiques* : ouvrage curieux, réimprimé en quatre vol. in-8°, en 1724. On y trouve plusieurs problèmes d'Arithmétique, de Géométrie, d'Optique, de Gnomonique, de Cosmographie, de Mécanique, de Pyrotechnie et de Physique, utiles et agréables, avec un *Traité* des Horloges élémentaires. IV. *Méthode facile pour arpenter*, in-12. On y apprend l'art de mesurer toutes sortes de superficies, de toiser exactement la maçonnerie, les vidanges des terres et tous les autres corps; avec le *Toisé* du bois de charpente et un *Traité* de la séparation des terres. V. *L'Usage du Compas de Proportion*, in-12. VI. *Nouveaux Éléments d'Algèbre*, in-4° « L'Algèbre d'Ozanam, dit *Leibnitz*, me paroît bien meilleure que celles qu'on a vues depuis quelque temps, qui ne font que copier *Descartes* et ses commentateurs. Je suis bien aisé qu'il fasse revivre une partie des préceptes de *Viète*, qui méritoient de n'être pas oubliés. » VII. *Géométrie pratique*, in-12. La nouvelle Géométrie n'y paroît point, c'est-à-dire celle qui s'est élevée si haut par le moyen de l'infini; on n'y trouve que l'ancienne, mais approfondie avec beaucoup de travail.
OZELL, (Jean) poète dramatique Anglois, mort à Londres en 1743, étoit auditeur général de la cité et jouissoit d'une fortune considérable. On a delui un grand nombre de pièces de théâtre, imitées ou traduites de nos auteurs François tragiques et comiques.
OZIAS, *Voyez* AZARIAS.
OZIER, *Voyez* HOZIER.
OZOLLES, *Voyez* PEYRE.
OZUN-AZEMBEC, *Voyez* USUM-CASSAN.
OZY, (François) né au Mans, et mort dans sa patrie en 1657, a publié quelques ouvrages de droit estimés, tels qu'un *Apparat* de jurisprudence, une et *Dissertation* sur les variations de *Cujas*. **P**AAS, *Voyez* PAS (Crispin de). **P**AATS, *Voyez* PAETS. **P**AAW, (Pierre) né à Amsterdam en 1564, exerça la médecine avec succès. Sa réputation le fit appeler à Leyde, et après s'y être distingué dans l'exercice de son art, il mourut en 1617, à 53 ans. Ses ouvrages roulent sur l'Anatomie et la Botanique. Les Traités qu'il a donnés, plus exacts que ce qui avoit paru jusqu'alors, ont été éclipsés par ceux qui sont venus après. On les estime pourtant encore. Les principaux sont: I. Un *Commentaire* sur *Vésale*, en latin, Leyde, 1616, in-4.º II. Un *Traité de la Peste*, en latin, Leyde, 1636, in-12. III. *Hortus Lugduno-Batavus*, 1629, in-8.º On trouve dans le *P. Niceron*, (Mémoires, tome 12.) le catalogue de tous ses écrits. **P**ACÆUS, *Voyez* PACZ et PASSÆUS. **P**ACARONI, (N. de) poète dramatique, mort en 1747, a donné au théâtre la tragédie de *Bajazet I*, représentée et imprimée en 1739. **P**ACATIEN, (*Titus-Julius-Marinus Pacatianus*) se souleva dans le Midi des Gaules, sur la fin du règne de l'empereur *Philippe*; mais il fut défait et mis à mort l'an 249, par les troupes qui avoient élevé *Dèce* à l'empire. Cet usurpateur n'est connu que par les médailles latines qu'on trouve de lui. **P**ACATUS, *Voyez* LATINUS **P**ACAUD, (Pierre) prêtre de l'Oratoire, né en Bretagne, mort le 9 mai 1760, dans un âge avancé, et après avoir montré du zèle et de la piété, s'acquit de la réputation pour la chaire. Les personnes qui aimoient la noble simplicité de l'Évangile, l'entendirent avec plaisir. On a de lui des *Discours de Piété*, sur les plus importants objets de la religion, en 3 vol. in-12, 1745, qui ont été bien reçus du public. On y trouve un Avent, un Carême, et des Discours sur les principaux Mystères. **P**ACHACAMAC, nom que les Idolâtres du Pérou donnoient au souverain Être qu'ils adoroient avec le Soleil. Le principal Temple de cette fausse Divinité étoit dans une vallée, à quatre lieues de Lima, et avoit été fondé par les *Lucas* ou empereurs du Pérou. Ils lui offroient ce qu'ils avoient des plus précieux, et ils avoient pour lui une si grande vénération qu'ils n'osoient le regarder. Les rois mêmes et les prêtres entroient à reculons dans son Temple ayant toujours le dos tourné à l'autel, et en sortoient sans se retourner. Les ruines de ce temple témoignent encore aujourd'hui la magnificence de sa structure et de sa grandeur prodigieuse. Les Péruviens y avoient mis plusieurs Idoles. I. PACHECO, gentilhomme Portugais, l'un des assassins d'Inès de Castro. Voyez INÈS.
II. PACHECO, (Jean de) marquis de Villena, grand maître de l'ordre de Saint-Jacques, devint le favori de Henri IV roi de Castille, avec lequel il avoit été élevé. Son autorité fut si grande, qu'il disposa presque de tout au-dedans et au-dehors du royaume. Ce perfide ministre paya son souverain d'ingratitude. Louis XI roi de France, trouva le secret de le corrompre moyennant une pension de 12,000 écus. Il le fit consentir, en 1443, à plusieurs articles préjudiciables à son maître, au sujet de la Catalogne. Henri IV instruit de cette prévarication, lui en fit des reproches; mais Pacheco, au lieu de reconnoître sa faute, chercha à se venger du monarque son bien-faiteur. Il voulut le faire enlever de son palais, pour mettre sur le trône le prince Alphonse frère de ce roi, sous prétexte que celui-ci étoit impuissant. Alphonse fut en effet proclamé roi de Castille en 1465, par les soins de Pacheco, après avoir déclaré avec des cérémonies injurieuses, Henri déchu de la couronne. Cependant le nouveau roi mourut peu de temps après et le bruit courut que Villena avoit ôté la vie par le poison, après lui avoir procuré le trône. Quoi qu'il en soit, après cette mort précipitée le ministre turbulent se réconcilia avec son légitime souverain, et n'eut que plus d'assendant sur ce trop foible monarque. Il profita de son crédit, pour se faire remettre par ruse ou par force, des villes, des châteaux et d'autres places. Ce fut au milieu de ces injustices criantes qu'il mourut d'un abcès dans le gosier, en 1473. Ce qui est étonnant, c'est que Henri IV qui avoit eu tant à se plaindre de ce monstre de perfidie, le regretta beaucoup, et le fit enterrer avec autant de pompe que s'il eût honoré le ministère par les plus grandes vertus.
PACHOME, Voy. PACOME... et de même PACORUS.
PACHYMÈRE, (George) naquit à Nicée, et se distingua de bonne heure par ses talens. Michel Paléologue l'emmena avec lui à Constantinople, lorsqu'il reprit cette ville sur les François. Il parvint aux premières dignités de l'église et de l'état, et mourut vers 1310. Nous avons de lui une Histoire d'Orient, qui commence à l'an 1308. Cet ouvrage est estimable. L'historien a été non-seulement témoin des affaires dont il parle, mais même il y a eu très-grande part. Son style est à la vérité obscur, pesant et chargé de digressions; mais il est plus sincère que les autres historiens Grecs. Son ouvrage remplit d'ailleurs la suite de l'Histoire Byzantine, qui étoit interrompue depuis le temps où Nicetas et Acropolite finissent, jusqu'à celui où Cantacuzène commence. Le P. Poussines Jésuite, le donna au public en 1666 et 1669, à Rome, in-fol., avec une traduction latine et de savantes notes. Le président Cousin l'a aussi traduit en françois. L'édition du P. Poussines est quelquefois reliée en 2 vol., dont le premier contient ce que fit Michel Paléologue avant qu'il fût sur le trône et après qu'il y fut monté, et le deuxième, ce que 246 PAC fit *Andronic le Vieux*. On attribue encore à *Pachymère* une *Paraphrase* des Ouvrages de *Saint Denis* l'Aréopagite. L. P. *Cordier* l'a insérée, avec les Scolies de *St. Maxime*, dans l'édition qu'il a donnée de *St. Denis*. On trouve dans le recueil d'*Alla-timus*, Rome, 1651 et 1659, deux vol. in-4°, un *Traité* sur la Procession du Saint-Esprit, de *Pachymère*.
**PACCIAUDI**, (Paul-Marie) Théatin, correspondant de l'académie des Belles-Lettres de Paris, et bibliothécaire de D. *Philippe* duc de Parme, naquit à Turin en 1710, et mourut d'apoplexie en 1785. Ses *Monumenta Peloponesiaca*, 2 volumes in-4°, et divers écrits sur des antiquités particulières prouvent sa vaste érudition. On a encore de lui, *Memorie de'gran maestri dell'ordine Gerosolimitano*, trois volum. in-4°. On a imprimé en l'an XI la correspondance de *Pacciaudi* avec le comte de *Caylus*, in-8°. Elle offre peu d'intérêt. C'est une espèce de catalogue de divers morceaux d'antiquités que ce Théatin envoyaient à son ami. *Pacciaudi* étoit un homme laborieux et retiré, qui vécut en religieux et en savant, uniquement occupé de ses devoirs et de ses études.
**PACIEN**, (St.) évêque de Barcelone, florissoit sous le règne de *Valeus*. Il mourut vers l'an 390, sous celui de *Théodose*, après avoir gouverné saintement son troupeau, et s'être distingué par ses vertus, son savoir et son éloquence. Il nous reste de lui : I. Trois *Lettres* au Donatiste *Sempronien*, dans la première desquelles on trouve ces paroles si connues : *CINÉTIEN est mon nom*, et *CATHOLIQUE mon surnom*. II. Une *Exhortation à la Pénitence*. III. Un *Discours sur le Baptême*. Son latin est pur et élégant, ses raisonnemens justes, ses pensées nobles. L'auteur sait à la fois inspirer la vertu et détourner du vice. Ses ouvrages ont été mis au jour par *Jean du Tillet*, à Paris, en 1538, in-4°.
**PACIFICATEURS**, *Voyez COUGHEM*. **I. PACIFICUS**, archidiacre de Vérone dans le 6e siècle, a été, dit-on, l'inventeur des horloges à roues et à ressorts, divisant le jour en vingt-quatre parties égales. Avant lui, on ne connoissoit que les horloges de sable ou d'eau. *Sidoine Apollinaire* nous apprend que de son temps les gens riches tenoient encore des serviteurs pour les avertir des heures du bain et du souper, d'après l'inspection de ces dernières espèces d'horloge.
**II. PACIFICUS MAXIMUS**, né à Ascoli d'une famille noble, l'an 1400, vécut un siècle. Ses Poésies latines ont été imprimées sous le titre de *Hecatelegium*, *sivè Elegie*, etc. à Florence, 1489, in-4°; édition très-rare, réimprimée à Boulogne, 1523, in-8°; et avec ses autres Ouvrages, à Parme, 1691, in-4°. On a retranché les vers licencieux dans cette dernière édition. La maladie vénérienne paroît si bien décrite dans ses Poésies, qu'on croiroit que ce poison avoit infecté l'Europe avant le voyage de *Christophe Colomb* en Amérique, en 1493, puisque notre auteur en fait mention dans un ouvrage imprimé en 1489. L'opinion de ceux qui regardent l'introduction de cette maladie comme une épidémie qui régna dans ce temps-là, n'est donc point à rejeter.
PACIUS, (Jules) chevalier de Saint-Marc, philosophe, né à Vicence en 1550, composa un Traité d'Arithmétique dès l'âge de 13 ans. Son humeur inconstante et des tracasseries que lui suscita son évêque, l'ayant tiré de sa patrie, il alla enseigner le Droit en Suisse, en Allemagne, en Hongrie. Pacius vint ensuite en France, et il y professa à Sedan, à Nîmes, à Montpellier, à Aix et à Valence, avec tant de réputation, qu'on lui offrit des chaires de droit à Leyde, à Pise et à Padoue. Il préféra cette dernière ville; et après y avoir enseigné quelque temps avec un succès qui lui mérita le collier de Saint-Marc, il revint à Valence, où il mourut en 1635 à 85 ans. Un de ses amis fit ce dis-tique: Italia dat eunas tellus, Germanica famam, Gallica jus civis : die mihi qua patria ? Il vie le jour sous le ciel d'Hespérie, Due aux Germains l'éclat de ses talens; La France l'adopta pour un de ses enfans: Germain, Franc, Italien, quelle est donc sa patrie? On a de lui un grand nombre d'ouvrages de Droit. Les principaux sont : I. De Contractibus, à Lyon, 1606, in-folio. II. Synopsis Juris, ibid. 1616, in-fol. III. De Jure Maris Adriatici, à Francfort, 1669, in-8.º IV. In Decretales Libri V, in-8.º V. Corpus Juris civilis, à Genève, 1580, in-fol. VI. Aristotelis organum, Francfort, 1598, in-8.º C'est une traduction fidèle de la Logique d'Aristote. Huel parle avantageusement de lui dans son Traité De claris interpretibus... Pacius étoit un Protestant zélé; Peiresc, qui avoit été son disciple, tenta en vain de le ramener à la religion Catholique; mais il y rentra avant que de mourir.
PACOME, (St.) né dans la haute Thébaïde, de parens idolâtres, porta les armes dès l'âge de 20 ans. Les vertus des Chrétiens le touchèrent, et dès que la guerre fut finie il reçut le Baptême. Il y avoit alors dans la Thébaïde un saint Solitaire, nommé Paléman; il se mit sous sa discipline. Le disciple fit des progrès si rapides dans la vertu sous cet excellent maître, qu'il devint lui-même chef du monastère de Tabène sur le bord du Nil. Ses austérités et ses lumières se répandirent au loin; les solitaires accoururent en grand nombre. La haute Thébaïde fut bientôt peuplée de monastères, qui reconnurent ce saint homme pour leur fondateur. Ses disciples étoient dispersés dans différentes maisons, composées de 30 à 40 moines. Il falloit autant de maisons pour former un monastère, de façon que chaque monastère comprenait depuis 12 jusqu'à 1600 cénobites. Ils s'assembloient tous les dimanches dans l'Ora-toire commun de tous les monastères. Chaque monastère avoit un abbé, chaque maison un supérieur, et chaque dizaine de moines un doyen. Tous ces différents membres reconnoissoient 248 PAC un même chef, et s'assembloient avec lui pour célébrer la fête de Pâques ; quelquefois jusqu'au nombre de 5000. La sœur de *St. Pacôme*, touchée des exemples de son frère, fonda elle-même un monastère de filles de l'autre côté du Nil, gouverné par la règle que son frère avoit donnée à ses moines. Le saint Solitaire, affligé d'un mal contagieux qui avoit désolé son monastère, mourut le 3 mai 348. Nous avons de lui : I. Une *Règle*, qu'on trouve dans sa Vie. II. Onze *Lettres*, imprimées dans le Recueil de *Benoît* d'Aniane. Un ancien auteur Grec écrivit la *Vie* de cet illustre patriarche; *Denis le Petit* la traduisit en latin, et *Arnauld d'Andilly* l'a mise en François. On la trouve parmi celles des *Pères du Désert*.
PACONIUS, (*Agrippinus*) sénateur Romain, enveloppé sous *Néron*, dans la disgrace de *Soranus* et de *Thrabea*, étoit un philosophe Stoïcien, qui avoit toutes les vertus de sa secte. Lorsqu'on lui eut annoncé que le sénat l'avoit banni d'Italie et qu'on lui avoit laissé ses biens : *Allons*, dit-il froidement, *allons dîner à Aricia... Tibère* avoit fait mourir son père *Marcus PACONIUS*, parce qu'il avoit déplu à un nain dont ce prince bateleur se servoit dans ses divertissemens.
PACORI, (*Ambroise*) né de parens obscurs à Ceaucé dans le bas-Maine, devint principal du collège de cette ville. Un de ses écoliers ayant tenté de l'empoisonner en mettant du vert-de-gris dans sa soupe, il quitta cet emploi et se retira en Anjou. Peu de temps après, *Coislin* évêque d'Orléans, le chargea de son petit Séminaire de Meun. Pendant 18 ans qu'il eut la conduite de ce Séminaire, il procura au diocèse d'Orléans l'établissement d'un grand nombre d'écoles pour l'éducation des jeunes clercs. Après la mort du cardinal de *Coislin*, il fut obligé de sortir du diocèse. Il vint alors à Paris, où il passa tout le reste de sa vie dans la retraite. Il y mourut en 1730, à près de 80 ans. La pureté de ses mœurs donnoit beaucoup de lustre à ses talens. La haute idée qu'il avoit de l'auguste caractère de prêtre, ne lui pernit pas de recevoir le sacerdoce, quoiqu'il eût été élevé au diaconat. On a de lui un grand nombre de Livres de piété. Les principaux sont : I. *Avis salutaires aux Pères et aux Mères pour bien élever leurs Enfans*, in-12. II. *Entretiens sur la sanctification des Dimanches et des Fêtes*. III. *Règles Chrétiennes pour faire saintement toutes ses actions*. IV. *Journée Chrétienne*. V. *Les Regrets de l'abus du Pater*. VI. *Pensées Chrétiennes*. VII. Une *Edition*, augmentée des *Histoires choisies* : livre utile et agréable à la jeunesse, pour laquelle l'abbé *Génévaux* prêtre du collège de Fortet, l'avoit rédigé. VIII. Une nouvelle *Edition* des Epitres et Evangiles, en 4 vol. in-12. Ces ouvrages eurent beaucoup de cours dans un certain parti, quoique écrits d'un style pesant et prolixe.
PACORUS, fils d'*Orodes* roi des Parthes, neveu de *Mithridate*, se signala par la défaite de *Crassus*, dont il tailla l'armée en pièces, l'an 53 avant J. C. Il prit le parti de *Pompe*, et se déclara pour les meurtriers de César. Après avoir ravagé la Syrie et la Judée, Ventidius marcha contre lui, et lui ôta la victoire et la vie, l'an 39 avant J. C.—Il ne faut pas le confondre avec PACHES roi des Parthes, et ami de Décebale roi des Daces. Il mourut l'an 107 de J. C.
PACTYAS, fut chargé de la garde des trésors de Cresus, après la destruction du royaume de Lydie. Cet emploi qui devoit faire son bonheur, ne contribua qu'à le perdre : il crut pouvoir se servir des richesses qu'on lui avoit confiées, pour se rendre indépendant. Il attira à lui par ses largesses beaucoup de vagabonds ou de gens qui haïssolent la domination des Perses. On le vit bientôt à la tête d'un parti considérable, auquel rien ne manquoit qu'un bon chef. Pactyas ayant assiégé en vain la citadelle de Sardes, prit honteusement la fuite dès qu'il apprit que Mazares, l'un des généraux de Cyrus, approchoit. Il erra ensuite de ville en ville, jusqu'à ce que les insulaires de Chio le livrèrent aux Perses.
PACUVIUS, ( Marcus ) fils d'une sœur du poète Ennius, se distingua dans la poésie et dans la peinture. Il publia des Satires, et diverses pièces de théâtre dont la plus applaudie fut celle d'Oreste. Son style n'a ni élégance ni pureté. Il nous reste de lui quelques fragmens, qu'on trouve dans le Corpus Poëiarum Latinorum de Maittaire. Ce poète étoit né à Brindes et il mourut à Tarente âgé de plus de 90 ans, l'an 154 avant J. C. Voy. ACCIUS.
PACZ ou PAS, ( Richard ) Pacæus, doyen de Saint-Paul de P A D 249 Londres, fut employé par Henri VIII dans plusieurs négociations importantes, dont il se tira avec honneur. Wolsey, jaloux de son crédit, le lui fit perdre par de faux rapports. Pacz sensiblement touché de sa disgrace, en mourut de chagrin en 1532, après avoir perdu l'esprit. Son savoir et son caractère lui avoient mérité l'amitié et l'estime d'Erasme et des autres savans de son siècle. On a de lui : I. Des Lettres. II. De fructu Scientiarum, 1515, in-4. III. Un Traité De lapsu Hebraicorum Interpretum, et d'autres ouvrages.
PADILLA, ( Marie de ) demoiselle Espagnole, aussi belle qu'artificieuse, étoit au service de la femme d'Alfonse d'Albuquerque, lorsque Pierre le Cruel roi de Castille en devint amoureux. Elle ne le fit pas soupirer long-temps. Entramée par son penchant et conseillée par Jean de Hiniistrosa son oncle maternel, elle se livra aux desirs du roi qui en eut bientôt une fille. Malgré sa passion pour Padilla, les intérêts politiques exigeoient qu'il épousât Blanche de Bourbon. Les noces royales furent suivies du plus grand dégoût. Ni les charmes de la jeune reine, ni les remontrances de la reine-mère ne purent vaincre la froideur de Pierre. Trois jours après, il alla rejoindre sa maîtresse. Le triomphe de Padilla ne fut que passager. Jeanne de Castro toucha le cœur du monarque ; et comme elle résista soit par vertu, soit par ambition, il lui proposa de l'épouser. Deux évêques courtisans attestèrent que son mariage avec Blanche étoit nul. Jeanne de Castro fut proclamée reine de 250 PAD Castille ; mais deux jours après *Padilla* reprit son premier empire. Cette favorite termina sa carrière peu de temps après. On fit ses funérailles dans tout le royaume comme pour une reine légitime ; et l'on éleva ses enfans comme les héritiers présomptifs de la couronne. Pendant sa faveur, sa famille avoit été élevée aux premiers grades. Ses frères obtinrent les places les plus importantes de la couronne. Divers historiens, entr'autres, l'auteur de *l'Histoire des Favorites*, la peignent sous des couleurs très-odieuses. *Mariana*, écrivain plus croyable, assure qu'il ne manquoit à *Padilla* que des mœurs pures pour mériter le tronc.
PADIOLCAU, (Albert) avocat à Rennes, mort à la fin du 17$^{e}$ siècle, a publié un ouvrage historique intitulé : *Antiquités de Jérusalem*, 1686, et un *Traité* de jurisprudence de la chambre des comptes de Bretagne.
PADOUAN, (Louis Léon, surnommé le) peintre, natif de Padoue, mort âgé de 75 ans, sous le pontificat de *Paul V*, se consacra au portrait, genre dans lequel il a excellé. Il a aussi gravé sur l'acier et sur l'argent des Médailles fort recherchées des curieux connoisseurs. On a gravé d'après lui. Il eut un fils, qui se faisoit pareillement appeler le *PADOUAN* quoique né à Rome, où il mourut âgé de 52 ans. On confond souvent les ouvrages du père et du fils, qui sont dans le même goût et dans le même genre.
PÆTUS, *Voyez* ARRIE.
PAETZ ou PAATZ, (Adrien de) *Pacaus*, Hollandois, fonda l'école de Rotterdam en faveur de *Jurieu* et de *Bayle*. Il avoit beaucoup de talens pour les négociations, dont il donna des preuves dans son ambassade d'Espagne. Il mourut en 1685, à 55 ans. On a de lui une *Lettre* qui parut en 1685, sur les derniers troubles d'Angleterre, où il est parlé de la tolérance de ceux qui ne suivent pas la Religion dominante. On trouve aussi plusieurs de ses *Lettres* dans le Recueil intitulé : *Prestantium ac eruditorum Epistolae*, Amsterdam 1704, in-folio. *Paetz* avoit le caractère doux et l'esprit conciliant. I. PAEZ, (François-Alvar) théologien Portugais, se fit Cordelier en 1304, et devint pénitencier du pape *Jean XXII*. Ce pontife lui donna l'évêché de Coron, puis celui de Sylves, et la qualité de nonce en Portugal. On a de lui : I. Un fameux Traité *De planctu Ecclesiae*, où il soutient avec une chaleur outrée les opinions des Ultramontains sur l'autorité du pape. Voici quelques-uns de ses raisonnemens, tels que *Fleury* les rapporte. « Comme *Jesus-Christ* est seul pontife, roi et seigneur de tout, ainsi il a sur la terre un seul vicaire général pour toutes choses. *Jesus-Christ*, ajoute-t-il, établissant *Pierre* son vicaire, n'a pas partagé la puissance qu'il avoit ; mais il faut entendre qu'il la lui a donnée pleinement comme il l'avoit lui-même... Le pape, continue-t-il, n'est pas vicaire d'un pur homme, mais de Dieu : or toute la terre est au Seigneur, avec ce qui la remplit : donc tout est aussi au pape. Les empereurs Païens n'ont jamais possédé l'empire justement ; car celui qui, loin d'être soumis à Dieu lui est contraire par l'idolâtrie ou l'hérésie, ne peut rien posséder justement sous lui. Aucun empereur n'a exercé légitimement le droit du glaive s'il ne l'a reçu de l'Eglise Romaine, principalement depuis que Jésus-Christ a donné à St. Pierre l'une et l'autre puissance. Car il lui a dit : Je te donnerai les Clefs du Royaume des Cieux ; non pas la Clef, mais les Clefs : l'une pour le spirituel, l'autre pour le temporel. » Il s'ensuivroit de ces propositions, que non-seulement les empereurs, mais tous les rois et tous les princes sont vassaux du pape. II. Une Somme de Théologie. III. L'Apologie de Jean XXII, Ulm 1474; Lyon 1517; Venise 1560, in-folio. Ce savant évêque mourut à Séville le 8 mai 1552. Il joignoit à beaucoup d'érudition un esprit insinuant.
II. PAEZ, ( Balthasar ) docteur en théologie, de l'ordre de la Trinité, natif de Lisbonne, mort dans sa patrie en 1638, étoit pieux et savant. On a de lui des Sermons et des Commentaires sur l'Épître de St. Jacques, et sur quelques autres livres de l'Écriture-Sainte, à Paris 1631, deux vol. in-folio. I. PAGAN, ( Pierre ) Paganus, c'est-à-dire HEIDE en allemand, poète de Wanfrid dans la basse-Hesse, fut professeur en poésie et en histoire à Marburg, et mourut à Wanfrid le 29 mai 1576. On a de lui : I. Plusieurs Pièces de Poésie, qui se ressentent de l'humeur enjouée de l'auteur. II. Praxis Metrica. III. L'Histoire des Horaires et des Curiaires en vers latins. Ce morceau prouve plus de facilité que de véritable talent pour la poésie, sur-tout pour cette poésie sublime, pleine de traits et d'images.
II. PAGAN, ( Blaise-François, comte de ) naquit à Remies près de Marseille en 1604. A peine avoit-il douze ans qu'il commença à porter les armes ; il montra une valeur au-dessus de son âge. Il n'y eut presque aucun siège, ni aucun combat où il ne se signalât par quelques actions d'adresse ou de bravoure. Au passage des Alpes et aux barricades de Suze, il entreprit à la tête des Enfans-perdus d'arriver le premier à l'attaque par un chemin particulier. Ayant gagné le haut d'une montagne escarpée qui aboutissoit dans la place, il se laissa glisser le long de cette montagne en disant : Voici le chemin de la gloire ! Ses compagnons le suivirent, et forcèrent les barricades. Louis XIII charmé de cette action héroïque, la raconta avec beaucoup de complaisance au duc de Savoie, en présence de la cour. Ce monarque le nomma maréchal de camp, et l'envoya servir en Portugal l'an 1642. Ce fut cette année qu'il devint entièrement aveugle, à l'âge de 38 ans. Un coup de mousquet lui avoit fait perdre l'œil gauche au siège de Montauban, et une maladie lui enleva l'autre... Hors d'état de servir son prince par son bras, il voulut être utile au public par sa plume. Les mathématiques avoient toujours en beaucoup d'attrait pour lui : il s'y consacra avec plus d'ardeur que jamais, et se fit un nom parmi les ingénieurs et parmi les astronomes. Sa maison étoit le ren- 252 PAG dez-vous de ce que la cour et la ville avoient de plus distingué dans les sciences. Cet illustre mathématicien mourut à Paris le 18 novembre 1665, à 62 ans. Le roi le fit visiter dans sa dernière maladie par son premier médecin. Pagan, malgré ses lumières, avoit le foible de l'astrologie judiciaire. Ses principaux ouvrages sont : I. Traité des Fortifications, imprimé en 1645. Il passa pour le meilleur ouvrage qu'on eût publié jusqu'alors sur cette matière. Ses principes furent détruits par le célèbre Vauban ; il prouva qu'ils avoient le défaut de rendre les flancs trop courts, trop étroits et trop serrés. II. Théorèmes Géométriques, 1651. III. Théorie des Planètes, 1657. IV. Tables astronomiques, 1658. V. Une Relation historique de la Rivière des Amazones, in-8°, qui est curieuse et n'est pas commune.
PAGANUCCI, (Jean) né à Lyon, y embrassa la profession du commerce et devint juge au tribunal civil après la révolution. Modeste, savant et intègre, il est mort en 1797. On lui doit un ouvrage estimable et qui eut dans le temps un succès mérité, intitulé : Manuel historique et politique des Négocians, 1762, 3 vol. in-8°.
PAGEAU, (Gui) poète Manceau, publia en 1584 un vol. de Cantiques et de Noëls, in-12.
PAGENSTECHER, (Alexandre-Arnold) natif de Brême dans la basse-Saxe, sur la fin du dernier siècle, mourut vers 1730. Cet auteur appliqua ce qu'il savoit de jurisprudence, à des Traités burlesques sur la matière. Celui qu'il donna au public sous ce titre : De jure, tris, et auquel il joignoit. Dissertations de Cornibus et Cornutis, est recherché pour singularité, et ne devoit pas à cause de son obscénité. Ces petits ouvrages ne forment pas semble qu'un volume in-12, primé en 1714.
PAGEOT, Voy. PAIOT.
PAGET, (Guillaume) d'un simple huissier de Londres s'éleva par son mérite aux mières charges. Il devint clerc cachet du roi Henri VIII, suite clerc du conseil et du privé, et peu de temps a clerc ou greffier au parlement se conduisit dans ces divers plois avec une prudence condamnée. Henri VIII l'envoya cour de France en qualité de bassadeur, et le fit à son re chevalier, secrétaire d'état l'un des exécuteurs de son tment. Après la mort de ce pri Paget fut membre du co privé d'Edouard VI, puis voyé ambassadeur à l'empel Charles-Quint, pour demar du secours contre les Ecosse les François. De retour, il élevé à de nouvelles digni mais sa faveur auprès d'Edou ne se soutint pas. Il fut envel dans la disgrace du duc de Somerset, et renfermé dans la te de Londres. On l'obligea en m temps de se démettre de to ses charges, et on le condamn à six mille livres sterlings mende. Paget fut rétabli dans emplois à l'avènement de la re al Marie à la couronne, et mo en 1564, la 6e année du ré d'Elizabeth. Celle-ci, pour mouppenser les services qu'il avoit au plus à l'état, fit transporter nos corps à Londres aux dépens trésor public, et lui fit faire un funérailles magnifiques. C'est les leu homme en Angleterre qui été inhumé aux frais de la notation. P. P. PAGI, (Jean-Baptiste) entre et graveur, né à Gênes 1555, mourut dans la même de 1629, à 74 ans. Son noble Génois, voulant dé- reire la passion de son fils pour peinture, lui fit étudier les thématiques et employa les pinceaux, mais ce fut inutile- ment : il fallut céder à son in- formation. Pagi avoit appris de même le dessin. Il n'avoit pas encore essayé de mélanger des fils, lorsqu'il se trouva chez peintre qui faisoit très-mal portrait. Le jeune homme prit pinceau, et conduit par le instinct de la nature, il pei- le portrait fort ressemblant. Se mit depuis dans l'école du magie. Une malheureuse af- re l'obligea de se retirer à Flo- conce, où les princes François Ferdinand de Médicis, pro- teurs des artistes célèbres, retèrent quelque temps par des bienfaits et par la protec- dont ils l'honorèrent. La fa- de ces grands hommes donne grande idée des talens de . Ce maître s'occupa aussi traver des planches de cuivre, à écrire sur la peinture un vrage intitulé : Definizione è fusione della Pittura, in-folio. P. PAGI, (Antoine) Corde- , naquit à Rogue en Pro- ce le 31 mars 1624. Après le 31 mars achevé son cours de philo- phie et de théologie, il prêcha quelque temps avec succès. Ses talens lui méritèrent les premiers emplois de son ordre. Il fut qua- tre fois provincial, et les occu- pations de sa place, ainsi que celles du confessional, ne l'em- pêchèrent pas de s'appliquer avec ardeur à l'étude de la chronolo- gie et de l'histoire ecclésiastique. Il entreprit l'examen des Annales de Baronius. Le livre de cet il- lustre cardinal, quoique le plus étendu qu'on eût alors sur cette matière, offroit une infinité de méprises, et il étoit difficile de les éviter dans un temps où la saine critique étoit encore au ber- ceau. Le P. Pagi les apperçut, et entreprit de les réformer an- née par année. Il fit paroître le premier tome de sa critique à Paris en 1689, in-folio, Critica Historico-Chronologica in an- nales Ecclesiasticos Cardinalis Baronii. Les trois autres volumes n'ont vu le jour qu'après sa mort, à Genève en 1705, par les soins de son neveu François Pagi. Cet ouvrage important a été réim- primé dans la même ville en 1727. On y voit un savant pro- fond, un critique sage, un écri- vain d'un esprit net et solide, et un homme doux et modéré. Cette critique est d'une utilité infinie; elle va jusqu'à l'an 1198, où finit Baronius. L'abbé de Longuerue avoit beaucoup aidé l'auteur de ce grand ouvrage. Le P. Pagi finit sa carrière à Aix le 5 juin 1699, à 75 ans. Ses mœurs douces le faisoient autant aimer que son savoir profond le faisoit estimer. Les infirmités, compagnes or- dinaires de la vieillesse, le re- tinrent au lit pendant une partie de ses dernières années. Mais la foiblesse du corps ne se fit point sentir à l'esprit; et sur le lit de 254 PAG douleur il continuoit ses corrections et résolvoit les questions que les savans lui proposoient. On a encore du P. Pagi : *Dissertatio hypatica*, seu de *Consulibus Caesareis*, Lyon 1682, in-4°. Cet ouvrage, plein de remarques curieuses, répand un grand jour sur la chronologie des consulats.
III. PAGI, (François) neveu du précédent et Cordelier comme lui, naquit à Lambesc en 1654. Il hérita du goût de son oncle pour l'histoire, et le soulagea dans la critique des Annales de *Baronius*, dont il publia les trois derniers volumes. Il mourut le 21 janvier 1721 à 66 ans, après avoir été élevé aux charges de son ordre. On a de lui, une *Histoire des Papes* sous ce titre : *Breviarium historico-chronologico-criticum, illustriora Pontificum Romanorum gesta... complectens*; en 4 vol. in-4°, dont le premier parut en 1717, et le dernier a été publié en 1747, par le P. *Autoine Pagi*, second du nom, son neveu, qui a continué cet ouvrage. Le zèle qu'on y trouve pour les prétentions Ultramontaines, lui a donné plus de cours en Italie qu'en France. Il soutient par-tout l'infaillibilité du pape, sa supériorité sur les conciles, le droit des appellations à la cour de Rome, le pouvoir d'anathématiser les souverains. Il semble qu'il n'a entrepris son ouvrage que pour établir ses opinions. Il est assez exact dans ses recherches et assez net dans son style. Il a fait entrer dans son ouvrage, l'histoire des conciles généraux et plusieurs détails sur la discipline, les mœurs et les rits de l'Eglise.
IV. PAGI, (l'abbé) ex-Jésuite, prévôt de Cavaillon, né au Martigue en Provence, étoit neveu du P. François Pagi. Il est auteur de l'*Histoire de Cyrus la Jeune*, publiée à Paris en 1736, in-12. C'étoit un homme plein d'esprit et d'imagination, mais d'une imagination sans frein. Son Histoire de *Cyrus* est plutôt l'ouvrage d'un orateur de collège, que celui d'un historien formé sur la lecture des anciens. Le style en est ampoulé, diffus, romanesque, et très-souvent négligé. L'auteur promettoit une Histoire d'Athènes; mais sa mort prématurée priva le public de cet ouvrage. On a encore de lui, l'*Histoire des Révolutions des Pays-Bas*, 1727, in-12.
PAGNIN, *Voy. SANCTÈS.*
PAJET, *Voyez PAGET.*
PAIKEL, *Voyez PATKUL.*
PAJON, (Claude) célèbre ministre de la Religion prétendue-Réformée, et l'une des meilleures plumes que les Protestans aient eues, naquit à Romorantin en 1626. Il se distingua tellement par son esprit et ses talens, qu'il devint ministre à 24 ans, et quelques années après, professeur de théologie à Saumur. A peine avoit-il commencé ses leçons, que les Calvinistes d'Orléans le choisirent pour leur ministre. Il eut de grands démêlés avec *Jurieu*, sur l'efficacité de la Grace, et sur la manière dont s'opère la conversion du pécheur. *Jurieu* fit condamner ses opinions dans quelques synodes. Cette condamnation n'empêcha pas son système de prendre faveur, et ses disciples qui étoient en grand nombre furent nommés *Pajoni-* tes. Il mourut en 1685, à 59 ans, immédiatement avant la révocation de l'édit de Nantes. Ses ouvrages sont : I. Examen des *Préglages légitimes contre les Calvinistes*, 2 vol. in-12. II. Remarques sur l'*Avertissement Pastoral*, etc. Ces deux ouvrages passent chez les Calvinistes pour des chefs-d'œuvre, et chez les Catholiques, pour des livres qui ne sont pas sans réplique. (*Voyez PAPIN.*) — Un avocat Parisien de ce nom, (*Henri PAJON*) mort en 1776, a donné quelques Romans au-dessous du médiocre, et des *Observations sur les Donations*, 1761, in-12.
PAJOT, (Louis-Léon) comte d'Onsembray, naquit à Paris en 1678. Il essuya dans sa jeunesse un mal d'yeux considérable, pendant lequel on lui apprit la philosophie de *Descartes*. Sa vue étant rétablie, il fit un voyage en Hollande, où il se lia avec les grands hommes qu'elle possédoit alors, *Huyghens*, *Ruysch*, *Boerhaave*, etc. Chargé de la direction générale des postes, il l'exerça avec tant d'exactitude, qu'il mérita l'estime du public et la confiance de *Louis XIV*. Ce monarque le fit appeler dans sa dernière maladie pour cacheter son testament, avant de l'envoyer déposer au parlement. Il hérita, après la mort de son père, d'une maison de campagne à Bercy. Il la destina, non pas à être une maison de plaisir, mais un cabinet philosophique qu'il remplit de curiosités naturelles et mécaniques, et pour lequel il n'épargna ni soins ni dépenses. Il devint si célèbre, qu'il attira à son possesseur les visites de *Pierre le Grand*, de l'Empereur, du prince *Charles* de Lorraine, etc. C'étoit peut-être le cabinet le plus curieux de l'Europe, surtout en mécanique. Le Recueil de l'académie des Sciences dont il étoit membre, renferme plusieurs *Mémoires* de lui sur cette partie des mathématiques. Les principaux sont : I. Un sur un *Instrument* pour mesurer les liquides. II. Sur l'*Aéromètre* ou *mesure-vent*. III. Un 3$^{e}$, sur une *Machine* pour battre la mesure de différens airs de musique, d'une manière fixe, etc. L'intérêt des sciences lui étoit si cher, qu'il legua ses cabinets à l'académie avec des conditions qui les rendent utiles au public. Cette compagnie le perdit en 1753, à 75 ans. Ce fut aussi une perte pour les pauvres des paroisses de Bercy et de Saint-Germain — l'Auxerrois. L'humanité, la probité et le désir du progrès des sciences, étoient pour ainsi dire ses seules passions.
PAIX, (Myth.) Divinité allégorique, fille de *Jupiter* et de *Thémis*. On la représente avec un air doux, tenant d'une main une petite statue du dieu *Plutus*, et de l'autre une poignée d'épis, de roses et de branches d'olivier, avec une demi-couronne de lanrier sur sa tête, et des cornes d'abondance à ses pieds. On trouve dans les Œuvres de *Rousseau*, une belle *Ode* à la *Paix*.
PALÆSTRA, (Mythol.) fille de *Mercure*, à qui l'on attribue l'invention de l'exercice de la lutte. D'autres la disent fille d'*Hercule*. 256 P A L
PALAFOX, (Jean de) naquit en 1600, dans le royaume d'Aragon, d'une famille illustre. Après avoir étudié avec succès dans l'université de Salamanque, il fut choisi par Philippe IV pour être du conseil de guerre, puis de celui des Indes; mais il ne tarda pas de se dégoûter du monde et d'embrasser l'état ecclésiastique. Le monarque Espagnol, auquel son mérite étoit connu, le nomma, l'an 1639, à l'évêché de Los Angeles (*Angelopolis*) en Amérique, avec le titre de juge de l'administration des trois vice-rois des Indes. L'Amérique étoit alors le théâtre du brigandage ainsi que du dérèglement: *Palafox* mit tous ses soins à réprimer la tyrannie des grands et les vices du peuple. Les Indiens gémissoient sous le fardeau d'un joug insupportable; le saint prélat adoucit leur servitude. Comme il soutenoit vivement les droits de l'épiscopat, et que ces droits lui paroissioient blessés par les missionnaires Jésuites, il eut un démêlé fort vif avec ces Pères. Cette contestation fut portée au pape *Innocent X*, qui la termina en partie par un bref du 14 mars 1648. *Palafox* avoit passé en Espagne pour soutenir cette affaire. Le roi d'Espagne fut si satisfait de son esprit et de sa piété, qu'il l'éleva à l'évêché d'Osma en 1653. Le saint évêque ne fit pas moins éclater sa charité et son zèle sur ce nouveau théâtre. Ses ouailles furent sa famille, et il fut pour elles le père le plus tendre et le plus compatisant. Il mourut en odeur de sainteté le 30 septembre 1659, à 59 ans, après s'être dressé lui-même cette épitaphe, monument de son humilité: *Hic JAGET PUL-*
*VIS ET CINIS, JOANNES OXAMIENSIS*. L'Eglise lui doit plusieurs ouvrages écrits avec onction: I. *Le Pasteur de la nuit de Noël*, à Léon, 1660, en espagnol; et à Paris, 167... en françois. Plusieurs *Traités* mystiques, dont quelques-uns ont été traduits en françois par l'abbé le Roy. III. Des *Homélies* sur la Passion de Notre-Seigneur J. C., traduites par *Amelot de la Houssaye*, in-16. IV. Des *Remarques* sur les Lettres de *Ste Thérèse*. V. *L'Histoire de la Conquête de la Chine par les Tartares*, publiée en françois à Paris en 1678, volume in-8°, par *Collé*. VI. *L'Histoire du Siège de Fontanahie*, en 1628, imprimé à Madrid l'année d'après, in-4°. On trouve dans le 4$^{e}$ vol. de la *Morale pratique des Jésuites*, l'Histoire de D. *Jean de Palafox* et des différends qu'il a eus avec les Jésuites. Cette Histoire, composée principalement sur les écrits du prélat, qui y mit quelquefois un peu trop de vivacité, est du docteur *Arnauld*, qui y a inséré plusieurs de ses Lettres traduites en françois. Comme dans quelques-unes de ces Lettres il fait un portrait affreux des Jésuites du Mexique, ceux d'Europe ont prétendu qu'elles étoient fausses ou altérées, et leur ont opposé d'autres écrits de l'évêque d'Osma, où il fait les plus grands éloges de leur compagnie. Le roi d'Espagne demanda à *Clément XIII* et à *Clément XIV* la canonisation de *Palafox*; mais cette affaire n'a pas été suivie depuis ces deux pontifes. L'abbé *Dinouart* a donné en 1767, in-12, une nouvelle *Histoire* de cet illustre prélat. Le Recueil de ses ouvrages a été publié à Madrid en en 1762, 13 vol. in-fol., qui se relient en 15.
PALAMÈDE, Voyez Co-RINUS.
PALAMÈDE, fils de Nau-plius roi de l'isle d'Eubée, étoit parti avec les princes Grecs pour la guerre de Troye, lorsqu'on s'aperçut qu'Ulysse roi d'Ita-que, étoit resté dans son royau-me. En effet, ce prince ne pou-vant se résoudre à quitter sa femme Pénélope qui étoit jeune et belle, contrefit l'insensé; et pour prouver qu'il l'étoit, il s'a-visa d'atteler à sa charrue des animaux d'espèces différentes, et de semer du sel au lieu de blé. Palamède son ennemi déclaré, ayant été envoyé pour s'assurer de la vérité, découvrit sa feinte en mettant son fils encore au berceau, sur le bord du sillon; alors Ulysse qui l'aperçut de loin, leva doucement le soc de la charrue de peur de le blesser. La ruse étant découverte, il fut obligé de suivre Palamède. Mais lorsqu'ils furent arrivés au camp, Ulysse pour se venger de son ennemi, supposa une lettre du roi Priam à Palamède, par la-quelle ce prince le remercioit d'un service qu'il lui avoit rendu, et il lui annonçoit qu'il lui en-voyoit la somme d'argent dont ils étoient convenus. La fausse lettre ayant été lue dans l'assemblée des princes Grecs, Palamède accu-sé de trahison alloit être con-damné, lorsqu'Ulysse feignit de prendre la défense de son en-nemi, en déclarant qu'on ne de-voit point le juger sur cette let-tre, mais envoyer dans sa tente pour s'assurer si l'argent y avoit été déposé. On y trouva en effet la somme énoncée qu'Ulysse y P A L 257 avoit fait enfouir par des esclaves affidés. Palamède par cette per-fidue, fut convaincu de trahison et lapidé.
PALAMNÉENS, (Mythol.) dieux mal-faisans qu'on croyoit toujours occupés à nuire aux hommes. Ils sont les mêmes que les dieux TELCHINES. Jupi-ter étoit surnommé Palamnéen, quand il punissoit les coupables,
PALANTHA ou PALANTHIA, ou PALATUA, (Mythol.) fille d'Hy-perborée, épousa Hercule, dont elle eut Latinus. C'est ce que dit Festus; mais Varron la fait fille d'Evandre et femme de Latinus. On croit qu'elle donna son nom au Mont Palatin. Elle étoit par-ticulièrement révérée à Rome sur ce Mont. On nommoit ses pré-tres Palatuales, et le sacrifice qu'on lui offroit Palatu !.
PALAPRAT, (Jean) né à Toulouse en 1650, d'une famille de robe, se signala de bonne heure par le talent de la poésie. A peine avoit-il fini ses études, qu'il remporta plusieurs prix aux Jeux Floraux. Il prit d'abord le parti du barreau, auquel sa nais-sance sembloit l'appeler. Créé ca-pitoul en 1674, et chef de con-sistoire en 1685, il s'acquitta de ces deux emplois avec la droiture de cœur et la liberté d'esprit qui formoient son caractère; mais ces charges ne purent l'arrêter dans sa patrie. Il en sortit trois fois, d'abord pour voir Paris, ensuite pour passer à Rome au-près de la reine Christine, qui tacha vainement de l'arrêter au-près d'elle. De retour à Paris, il plut au duc de Vendôme, qui se l'attacha en qualité de secré-taire des commandemens du grand 258 P A L prieur. Il se permettait avec ce prince des saillies ingénieuses et des vérités hardies. Le maréchal de *Catinat* craignoit que sa hardiesse ne fût prise en mauvaise part. *Rassurez-vous*, lui dit plaisanment Palaprat, *ce sont mes gages*. (*Voyez CATINAT.*) Il logeoit au Temple où l'ordinaire n'étoit pas trop réglé; tantôt il n'y avoit pas de quoi manger, tantôt il y avoit des repas splendides. *Ici*, disoit Palaprat, *on risque de mourir d'inouition ou d'indigestion*. Dès les premières années de son séjour à Paris, il travailla pour le théâtre, et son goût pour le genre dramatique augmenta, lorsqu'il eut fait connoissance avec l'abbé *Brueys*. Ces deux poètes amis avoient le même génie pour la plaisanterie. Ils étoient tous les deux désirés dans les compagnies, d'où ils bannissoient l'ennui et le sérieux par leurs saillies et leurs propos amusans. Ils travailloient presque toujours de concert; et s'ils se disputoient quelques morceaux de leurs ouvrages, c'étoient toujours les endroits foibles. Enfin leur amitié dura jusqu'à la mort: exemple rare et difficile à imiter pour ceux qui courent la même carrière. Les pièces de *Brueys* auxquelles *Palaprat* a eu part, sont: le *Secret révélé*, le *Sot toujours Sot* ou le *Marquis Paysan*, le *Grondeur*, le *Muet*, le *Concert ridicule*. Ces trois dernières ont été conservées au théâtre. Les pièces auxquelles il a seul travaillé, sont: *Hercule et Omphale*, le *Ballet extravagant*, et la *Prude du Temps*. Le *Ballet extravagant* se joue encore. *Palaprat*, à une imagination vive et plaisante, joignoit une candeur de mœurs, une sim- simplicité de caractère singulière. Il réunissoit à la fois les saillies d'un bel esprit et la naïveté d'un enfant. Il mourut à Paris le 23 octobre 1721, à 72 ans. Il se fit lui-même cette Epitaphe : J'ai vécu l'homme le moins fin Qui fût dans la machine ronde, Et je suis mort la dupe enfin De la dupe de tout le monde. Ses ouvrages respirent la gaieté et la légèreté d'un esprit vif et fécond. La plupart manquent de justesse et de précision. Ils se trouvent dans le recueil de ceux de *Brueys*, publié en cinq petits vol. in-12.
PALATI, (Jean) historien Latin, né dans les états de Venise au commencement du XVII$^{e}$ siècle, mort vers 1680, s'est fait connoître par quelques Histoires, ou plutôt quelques compilations sur l'Empire d'Occident. La principale est sous ce titre: *Monarchia Occidentalis*, *sive Aquila inter lilia*, et *aquila Saxonica*; Venise, 1671 et 1673, deux vol. in-folio. Elle comprend les empereurs François depuis *Charlemagne*. L'auteur a orné cette Histoire de médailles, d'emblèmes et de figures. On a encore de lui: I. *Aquila Franca*, 1679, in-folio. II. *Aquila Suova*, 1679, in-folio. III. *Fasti Ducales Venetorum*, 1696, in-4$^{o}$. Celui-ci est le plus exact.
PALATUA, *Voyez PALANTHA*.
PALAYE, *Voyez SAINTE-PALAYE*.
PALAZZO, (Paul de) théologien, né à Grenade, fut professeur des saintes Lettres à Connimbre, et mourut en 1582. On a de lui, un Commentaire sur l'Ecclésiastique, et des Enarrations sur St. Matthieu, en deux vol. in-folio.
PALEARIUS, (Aonius) né à Véroli en Italie, fit de bonnes études sous les plus célèbres maîtres de son pays. Après avoir passé plusieurs années à Rome, il se fixa à Sienne, et y professa le grec et le latin avec beaucoup de réputation. Son mérite, joint à quelques paroles indiscrètes, lui suscita des envieux, et ces envieux devinrent bientôt des ennemis implacables. Palearius échappa à leur persécution en se retirant à Lucques, où les magistrats lui accordèrent une chaire avec des appointemens considérables. De Lucques il passa à Milan, et il y jouissoit des avantages dus à ses talens, lorsqu'il fut arrêté par ordre du pape Pie V, et conduit à Rome. Convaincu d'avoir parlé en faveur des Luthériens et contre l'Inquisition, il fut condamné à être brûlé, après avoir été préalablement pendu et étranglé. Cette sentence fut exécutée en 1570. Le président de Thou remarque qu'un des griefs de sa condamnation fut d'avoir comparé l'Inquisition à un poignard porté à la gorge des gens de lettres : Inquisitionem sicam esse districtam in jugula Litteratorum. C'est être bien malheureux, d'aimer mieux perdre un ami qu'un bon mot; mais c'est l'être bien davantage, d'aimer mieux se perdre soi-même. On a de lui un Poème de l'Immortalité de l'Ame, dont la versification n'est rien moins que Virgileenne; et d'autres ouvrages en vers et en prose. La meilleure édition est celle d'Amsterdam, 1596, in-8°, ou d'Iène, P A L 259 1728, in-8°. Ils sont la plupart bien écrits, en latin. Sadolet en faisoit cas. Les Amœnitates Historiæ Ecclesiasticæ, Leipzig, 1737, in-8°, (Tome 1er) renferment une Lettre de Palearius à Luther et à Calvin, au sujet du concile de Trente. Il pensoit comme ces deux réformateurs. Il s'éloignoit d'eux seulement en deux choses : la première, que le mariage est un sacrement; la seconde, qu'un Chrétien ne doit jamais jurer pas même devant les juges. I. PALÉMON, ou MÉLICERTE, (Mythol.) Dieu marin, fils d'Athamas roi de Thèbes, et d'Iao, qui craignant la fureur du prince son époux, prit Mélicerte entre ses bras, et se jeta avec lui dans la mer. Ils furent changés en Divinités marines : la mère, sous le nom de Leucothée, que l'on suppose être la même que l'Aurore; et le fils, sous celui de Palémon ou de Portumne, Dieu qui présidait aux ports. Poussanias dit que Mélicerte fut sauvé sur le dos d'un dauphin, et jeté dans l'isthme de Corinthe, où Sisyphe son oncle qui régnoit en cette ville, institua les Jeux Isthmiques en son honneur.
II. PALÉMON, (Q. Rhemmius) grammairien, natif de Vicence, étoit fils d'un esclave. Il enseigna à Rome avec une réputation extraordinaire, sous Tibère et Claude; suivant Suéteur, il faisoit des vers sur-le-champ. Il ne nous reste que des fragmens de ses écrits, dans les Poetæ Latini Minores, Leyde, 1731, deux vol. in-4°; et ces fragmens donnent une idée avantageuse de son érudition. On a encore de lui un Traité de Pon- 260 P A L deribus et Mensuris, Leyde, 1587, in-8°. Sa présomption et la corruption de ses mœurs dégradèrent ses talens.
PALÉMON, Voyez PACOME.
PALÉOLOGUE, Voyez ANDRONIC, n.º 11, 111 et IV.—JEAN, n.º LIV et LV.—MICHEL, n.º VII.
PALEOTTI, (Gabriel) cardinal, natif de Bologne, fut lié d'une étroite amitié avec saint Charles Borromée, et mourut à Rome le 23 juillet 1597, à 73 ans. On a de lui divers ouvrages, qui font honneur à son savoir. Les plus connus sont : I. De bono Senectutis, Anvers, 1598, in-8°, plein d'excellentes réflexions morales et chrétiennes. II. Archiepiscopale Bononiense, Rome, 1494, in-folio. III. De nothis spuriisque filiis, in-8°; curieux. IV. De consistorialibus consultationibus; estimé.
PALEPHATE, ancien philosophe Grec, dont il nous reste un Traité Des choses incroyables. La meilleure édition de cet ouvrage est celle d'Amsterdam, en 1688, vol. in-8°; et il y en a une d'Elzevir, 1649, in-12. On ignore en quel temps vivait Palephate. Il paroît probable qu'il est postérieur au temps d'Aristote, et antérieur à la naissance de Jésus-Christ. Cet auteur explique d'une manière historique, dans son ouvrage, diverses fables.
PALÈS, (Myth.) Déesse des Pasteurs, à laquelle ils faisoient des sacrifices de miel et de lait, afin qu'elle les délivrât, eux et les troupeaux, des loups et des dangers. On lui offroit dans ces sacrifices du vin cuit, du millet ou d'autres grains; et l'on faisoit tourner les troupeaux autour de l'autel, pour la prier d'écarter les loups. Une cérémonie essentielle à la fête, étoit de mettre le feu à des tas de paille, sur lesquels les bergers passoient en sautant.
PALEUR, (Pallor.) Les Romains l'adoroient conjointement avec la Peur. Ils en avoient fait des Dieux, parce qu'en latin leurs noms sont masculins.
PALFIN, (Jean) lecteur en chirurgie à Gand sa patrie, s'est acquis une grande réputation par son savoir et par ses ouvrages. Les principaux sont : I. Une excellente Ostéologie, Paris, 1731, in-12. C'est une traduction du flamand. II. Une Anatomie du corps humain, traduite par Jean Devaux, Paris, 1753, deux vol. in-12. Il mourut à Gand en 1730, dans un âge avancé, avec la réputation d'un des plus habiles anatomistes du siècle.
PALICAN, Voyez II. PISON.
PALICE, (La) Voyez CHABANES et I. GUICHE.
PALICES, frères jumeaux, enfans de Jupiter et de Thalie. Cette Nymphe se voyant grosse, craignoit la colère de Junon, et pria la Terre de l'engloutir. Sa prière fut exaucée, et elle y accoucha de deux garçons, qui furent appelés Palices, parce qu'ils naquirent deux fois : la première fois, de Thalie; et la seconde, de la Terre, qui les rendit au jour. Il se forma deux lacs formidables aux parjures et aux criminels, dans l'endroit où ils naquirent. Les Siciliens leur sa- P A L 261 crifioient comme à des Divinités, et leur Temple étoit un lieu de refuge et de sureté pour les esclaves fugitifs.
**PALINGÈNE**, (Marcel) *Palingenius*, fameux poète du XVIe siècle, dont le vrai nom étoit *Pierre-Ange MANZOLI*; il est très-connu par son Poème en 12 livres, intitulé: *Zodiacus vitæ*, Rotterdam, 1722, in-8.º Il le dédia à *Hercule II d'Est* duc de Ferrare, dont, selon quelques-uns, il étoit médecin; mais d'autres disent qu'il étoit un de ces savans Luthériens, que la duchesse de Ferrare reçut à sa cour et qu'elle honora de sa protection. Ce Poème, dont le fond des choses ne se rapporte pas toujours au titre, renferme quelques maximes judicieuses; mais il fait trop valoir les difficultés des libertins contre la religion. Ce défaut, joint aux traits satiriques qu'il lance contre le clergé, l'Eglise Catholique, le pape et les cardinaux, fit beaucoup d'ennemis à l'auteur. Ils obtinrent, dit-on, que son cadavre ait exhumé et brûlé. La congrégation de l'*Index* mit son ouvrage au nombre des livres hérétiques de la première classe. Nous en avons une traduction françoise en prose, publiée en 1730, par la *Monnerie*. Elle est indigne de l'original.
**PALINURE**, pilote du vaisseau d'*Enée*, s'étant endormi, tomba dans la mer avec son gouvernail. Après avoir nagé trois jours, il alorda en Italie. Les habitans le tuèrent, et jetèrent son corps dans la mer. Ils en furent punis par une porte terrible, qui ne cessa que quand ils eurent rendu, suivant la re- ponse de l'Oracle, les derniers devoirs à *Palinure*. (Voy. PHORBAS.) *Enée* le trouva dans les Enfers, où il apprit au héros sa triste catastrophe.
**PALISSY**, (Bernard de) né à Agen, étoit potier de terre, on plutôt faïencier à Saintes; mais il étoit au-dessus de son état par son esprit et ses connoissances. Il peignoit sur verre, et il avoit cultivé la chimie et tous les arts qui y ont rapport, il vivoit encore en 1584; et il avoit alors 60 ans. Comme il étoit Calviniste, *Henri III* lui dit un jour, « qu'il seroit contraint de le livrer à ses ennemis, s'il ne changeoit de religion. » *Vous m'avez dit plusieurs fois, SIRE*, répondit-il, que vous aviez pitié de moi; mais moi, j'ai pitié de vous qui avez prononcé ces mots: *JE SUIS CONTRAINT*. Ce n'est pas parler en Roi; mais je vous apprendrai en langage Royal, que les Guisarts, tout votre peuple, ni vous, ne sauriez contraindre un Potier à fléchir les genoux devant des statues. On voit par cette réponse combien il étoit prévenu contre la religion Catholique et attaché à sa secte. Il disoit ordinairement; *Je n'ai point eu d'autre lieu que le GIEL et la TERRE*... Nous avons de lui quelques livres singuliers et difficiles à trouver, imprimés séparément. Ils traitent de l'agriculture, des émaux, du feu, des terres argileuses, de la marne, des pierres, des sels, des eaux, des métaux, de la chimie, de l'or potable, du mithridate, des glaces, des alces de la médecine. On fit un recueil de ces différens Ouvrages à Paris, 1656, en deux vol. in-8, 1657. R. 3 262 P A L le titre de Moyen de devenir riche. Il y a dans ces Traités quelques idées hasardées ; mais ils offrent aussi des observations très-justes et fondées sur la pratique. On a réimprimé les Ouvrages de Palissy à Paris, en 1777, in-4°, avec les notes de M. Faujas de Saint-Fonds. Cette édition est plus complète que celle de 1636 ; et M. Gobet qui a présidé à l'impression, l'a ornée d'excellentes recherches sur la vie de Palissy, des extraits de différents auteurs et de quelques remarques, qui ne peuvent partir ainsi que celles de M. de Saint-Fonds, que d'un homme très-instruit. Palissy fut le premier qui enseigna la vraie théorie des fontaines. Fontenelle dit qu'il étoit aussi grand Physicien que la nature seule puisse en former. Il développa des vues fines, sur la perfection de l'Agriculture et de l'Histoire naturelle. Il fut le premier qui osa dire que toutes les coquilles fossiles étoient de véritables coquilles, disposées autrefois par la mer dans les lieux où elles se trouvoient alors ; et ce n'est pas la seule idée qui lui soit commune avec l'illustre M. de Buffon.
PALLADE, Palladius, de Cappadoce, se fit solitaire de Nitrie en 388, et devint en 401, évêque d'Hélénopolis en Bithynie, puis d'Aspone. Il étoit lié d'une étroite amitié avec St. Jean-Chrysostôme, pour lequel il essuya de cruelles persécutions. Chassé de son Église, il parcourut les différentes provinces, recueillant avec soin les actions édifiantes qu'il voyoit. C'est d'après ces Mémoires qu'il forma son Histoire des Solitaî- res, appelée Histoire Lausiaque ; parce qu'il la composa à la prière de Lausus, gouverneur de Cappadoce, auquel il la dédia en 420. Hervet l'a fait imprimer en latin, à Paris, 1555, in-4°. On lui attribue encore un Dialogue, contenant la Vie de St. Jean-Chrysostôme, grec et latin, dans la Bibliothèque des Pères, et Paris, 1680, in-4°. Mais ce dernier ouvrage est vraisemblablement d'un autre PALLADE, ami de St. Chrysostôme, et évêque en Orient au commencement du Ve siècle.
PALLADINO, (Jacques) auteur ecclésiastique du XIVe siècle, connu sous le nom de Jacques de Tarain, parce qu'il naquit dans cette ville en 1349, devint successivement évêque de Monopoli, de Tarente, de Florence, de Spolette, légat en Pologne ; et tout cela pour quelques pitoyables ouvrages vraiment dignes d'un siècle aussi barbare. Le plus fameux est un roman de piété, plusieurs fois imprimé, et traduit dans presque toutes les langues. Il est intitulé : Jacobs de Teramo Compendium perbreve, Consolatio peccatorum nuncupatum, et apud nonnullos Belial vocitatum : id est, Processus Luciferi contén Jesum, Augsbourg, 1572, infolio ; et plusieurs autres fois dans les XVe et XVIe siècles. On le trouve aussi dans un recueil intitulé : Processus Juris joco-serii, Hanoviae, 1611, in-8°, qui contient encore le Procès de Satan contre le genre humain, et les Arrêts d'Amour. Pierre Farget, Augustin, a traduit en françois le Procès de Belial, Lyon, 1485, in-4°, et P A L 263 plusieurs autres fois du même format. Il a été aussi imprimé sous le nom de Jacques d'Ancharano. L'auteur mourut en Pologne l'an 1417.
PALLADIO, (André) architecte, né à Vicence en 1508, mourut l'an 1580. Ses parens étoient d'une condition médiocre ; mais en considération de son mérite et des avantages qu'il avoit procurés à sa patrie, il fut mis au nombre des citoyens et anobli. Il commença par exercer la sculpture ; mais le célèbre poète Jean-George Trissino lui voyant beaucoup d'inclination pour les mathématiques, se mit à lui expliquer l'architecture de Vitruve, et ensuite le conduisit avec lui à trois voyages qu'il fit à Rome. Ce fut dans ces voyages et en deux autres qu'il fit depuis exprès, que Palladio s'appliqua à dessiner et à étudier les monnmens antiques de cette ville. Son livre posthume des Antiquités de l'ancienne Rome, tout imparfait qu'il est, montre assez combien il avoit approfondi le génie des anciens. C'est dans cette étude qu'il découvrit les véritables règles d'un art, qui jusqu'à son temps étoit demeuré enséveli sous les débris de la barbarie Gothique. Il nous a laissé un Traité d'Architecture divisé en quatre livres, admiré et recherché des connoisseurs. Il le publia en 1570, in-folio, avec figures. Rolland Friard l'a traduit en françois, la Haye, 1726, deux vol. in-folio. Entre plusieurs magnifiques édifices dont cet illustre architecte a donné les dessins et qu'il a conduits, le Théâtre dit degli Olimpici, qu'il construisit à Vicence sa patrie, est la preuve la plus complète de l'excellence de ses talens.
PALLADIUS, (Rutilius Taurus Æmilianus) vivoit après la décadence des lettres à Rome, et avant Cassiodore ; mais on ne sait précisément en quel temps. On a de lui un Traité De re rustica, dans les Reirustica Scriptores, à Leipzig, 1735, 2 vol. in-4.º M. Saboureux de la Ponneterie en a donné une traduction françoise, Paris, 1775, in-8.º, qui fait le tome v° de l'Economie Rurale, en 6 vol. in-8.º On trouve aussi des vers de Palladius, dans le Corpus Poëtarum de Maittaire.
PALLAS, Voyez MINERVE.
PALLAS, affranchi de l'empereur Claude, eut la plus grande autorité sous le règne de ce prince. Il avoit été d'abord esclave d'Antonia, belle-sœur de Tibère. C'est lui qui porta la lettre où elle donnoit avis à l'empereur de la conspiration de Séjan. Il engagea Claude à épouser Agrippine sa nièce, à adopter Néron et à le désigner pour son successeur. La haute fortune à laquelle il parvint, le rendit si insolent qu'il ne parloit à ses esclaves que par signes. Agrippine acheta ses services, et de concert avec elle, la mort de Claude fut par lui accélérée. Quoique Néron dût sa couronne à Pallas, ce prince se dégoûta de lui, le disgracia, et sept ans après le fit périr secrètement pour héritier de ses biens ; mais il laissa subsister le tombeau de cet orgueilleux affranchi. Ce tombeau superbe étoit sur le chemin de Tibur, à un mille de la ville, avec une inscription fastueuse gravée dessus, et ordonnée 264 P A L par un décret du sénat. *Pallas* étoit frère de ce *Felix* devant qui parut *St. Paul*. I. PALLAVICINI, (Antoine) cardinal, évêque de Vintimille et de Pampelune, naquit à Gênes l'an 1441, d'une maison noble et ancienne en Italie, et dont les diverses branches établies à Rome, à Gênes et en Lombardie, ont été fécondes en grands hommes. Ce cardinal est la confiance des papes *Innocent VIII*, *Alexandre VI* et *Jules II*. Il rendit de grands services au saint-Siège, dans les négociations dont il fut chargé, et mourut à Rome le 10 septembre 1507, à 60 ans.
II. PALLAVICINI, (Sforza) cardinal, naquit à Rome en 1607. Il étoit l'aîné de sa maison; son goût pour la piété le fit renoncer aux espérances du siècle pour embrasser l'état ecclésiastique. Il devint par son mérite, l'un des membres des congrégations Romaines, puis de l'académie des Humoristes, et ensuite gouverneur de Jesi, d'Orviette et de Camerino. *Pallavicini* renonça à tous ces avantages, et se fit Jésuite en 1638. Après son noviciat, il enseigna la philosophie et la théologie dans sa Société. Le pape *Innocent X* le chargea de diverses affaires importantes; et *Alexandre VII* son ancien ami, qui lui devoit en partie sa fortune, l'honora de la pourpre en 1657. *Pallavicini* fut en grand crédit auprès de ce pape. Il mourut à Rome le 5 juin 1667, à 60 ans. Son principal ouvrage est *Histoire du Concile de Trente*, qu'il opposa à celle de *Fra-Paolo*. Les faits sont à peu près les mêmes; mais les circonstances, et les conséquences que les deux historiens veulent en tirer, sont différentes. Si *Pallavicini* ne s'étoit pas montré trop ultramontain, son Histoire seroit plus agréable à lire. Le style en est noble et soutenu. L'auteur avoit puisé ses matériaux dans les archives du château *Saint-Ange*, où sont toutes les négociations du Concile. L'édition la plus recherchée de cet ouvrage intéressant, est celle de Rome, 1656 et 1657, en 2 vol. in-folio, qui est la première. Il fut réimprimé dans la même ville, 1664, 3 vol. in-4°; et traduit en latin, 1670, 3 vol. in-4°. Le Père *Puccinelli* en a donné un assez bon Abrégé, déponillé de toutes les discussions théologiques. On a encore de lui : *L'Trasté du Style et du Dialogue*, en italien, Rome, 1662, in-16 : ouvrage estimé. *Il Des Lettres*, 1669, in-12, aussi en italien.
III. PALLAVICINI, (Ferrante) chanoine régulier de *St. Augustin*, de la congrégation de Latran, naquit à Plaisance vers 1615. Il régit de la nature beaucoup d'esprit et d'imagination. Ce présent lui fut funeste; il composa des Satires sanglantes contre le pape *Urbein VIII*, de la maison des *Barberins*, pendant la guerre de ce pontife contre *Odoard Farnèse* duc de Parno et de Plaisance. Ces Satires parurent d'abord écrites à la main, et peu après furent imprimées, avec une planche sur laquelle étoit gravé un *Crucifix*, planté dans des épines ardentes, et environné d'un gros essaim d'abilles, avec ce verset : « *Circumderunt me sicut opes, et exarcerunt sicut ignis in spinis* »; faisant allusion aux abeilles que les *Barberias* portent dans l'écusson de leurs armes. *Pallavicini* devint l'exécution de la cour de Rome, et le saint Siège mit sa tête à prix. Il se retira à Venise. Il y vivait en repos, lorsqu'un jeune François (*Charles de Brèche*, fils d'un libraire de Paris) qui affecta de prendre part à son malheur, lui conseilla de venir en France, où il lui faisoit espérer de grands avantages. Le malheureux *Ferrante* se laissa conduire par ce faux ami, qui le fit passer sur le pont de Sorgues dans le comtat Venaissin; il y fut arrêté par des gens apostés exprès, qui le conduisirent à Avignon, et il eut la tête tranchée dans cette dernière ville quatorze mois après, en 1644; à la fleur de son âge. Le perfide qui avoit ainsi vendu sa vie, ne jouit pas long-temps du fruit de sa trahison; un des amis de l'infortuné *Pallavicini*, le tua quelques années après. Nous avons de lui plusieurs écrits en italien. Le lecteur curieux trouvera un bon abrégé de sa Vie à la tête de la Traduction du *Celeste Divorce*, ou la séparation de *Jésus-Christ avec l'Eglise Romaine son épouse, causé par ses dissolutions, et dédié à la simplicité des *Chrétiens scrupuleux*, Cologne (Amsterdam) 1696, in-12. *Brodeau d'Oiseville* conseiller au parlement de Metz, est le Traducteur de ce livre, que la *Monnoye* soutient n'être pas de *Pallavicini*, quoiqu'on le lui attribue communément. On a imprimé un *Choix des Œuvres* de ce satirique, en un vol. qui se relie en deux, in-12, 1644, à Genève, sous le titre de *Villa Franca*. Le continuateur de *Ladvocat* veut qu'on prenne garde si la *Lietorica* P A L 265 delle *Putane* s'y trouve. On a ajouté depuis deux autres vol. (Genève, 1679) au *Divorce Céleste*. Dans le 1er l'auteur traite des bâtards de l'église Romaine, et dans le 2e du concours des autres églises pour les secondes noces de *Jésus-Christ*; et tout cela n'est pas bien plaisant. On prétend que c'est le fécond et diffus *Gregorio Leti* qui fit cette continuation. Toutes les Œuvres permises de *Pallavicini* ont été imprimées à Venise, 1655, en quatre vol. in-12.
PALLIOT, (Pierre) imprimeur-libraire à Dijon, né à Paris en 1608, mourut en 1698, dans la ville où il étoit établi. C'étoit un homme exact, laborieux et infatigable. Ses connoissances dans le blason et dans les généalogies, lui méritèrent le titre de Généalogiste des duché et comté de Bourgogne. Les curieux recherchent deux de ses ouvrages: I. *Le parlement de Bourgogne, ses origines, qualités, Blason*; Dijon, 1649, in-folio. *François Petitot* a donné une continuation de cet ouvrage, 1733, in-folio. II. *Science des Armoiries de Gellot*, augmentée de plus de 6000 écussons; Paris, 1660, in-folio, avec figures. Ce qu'il y a de singulier, c'est que non-seulement il imprima ses livres; mais qu'il grava encore le nombre inini de planches dont ils sont remplis. Il y a des vers de la *Monnoye* sur cet imprimeur, dans lesquels il lui dit; Vrai registre vivant, oracle plein de foi, Trésor en recherches fertile, Fameux *Pallier*, explique-moi, Cette calgme si difficile : 266 P A L Comment, sans cesse à lire appliquant ton esprit, Tu sus trouver le temps d'écrire ? Et comment, ayant tant écrit, Tu sus trouver le temps de lire ? Palliot a laissé 13 vol. in - folio manuscrits, sur les familles de Bourgogne.
PALLU, Voyez PALU.
PALLU, ( Martin ) né en 1661, entra dans la compagnie de Jésus, et exerça le ministère de la chaire avec beaucoup de succès. Il prêcha l'Avent en 1706, devant Louis XIV, et ce prince le nomma pour un Carême; mais ses infirmités l'obligèrent de re- noncer à la chaire. Il s'attacha dans la suite à composer plu- sieurs ouvrages de piété, qui eu- rent du succès. Nous avons de lui : I. Un Traité du saint et frequent usage des Sacremans de Pénitence et d'Eucharistie, Paris, 1739, vol. in - 12. II. Des Ser- mons, publiés en 6 vol. in - 12 par le P. Ségad en 1744. Ils sont remplis d'onction, et en- richis de l'application de l'Écri- ture et des pensées des Pères. Le style est d'une simplicité noble. Le P. Pallu mourut à Paris en 1642, à 81 ans. Sa piété étoit comme son caractère, douce et onctueuse. — Il y a eu de même nom, Etienne PALLU, dont on a la Coutume de Touraine com- mentée, 1661, in-4°; ouvrage rare et recherché.
PALLUAU, ( le comte de ) Voyez CLEREMBAULT.
PALMA, Voyez CAÏET. I. PALME l'Ancien, ( Jac- ques ) peintre, né à Sarmaleta dans le territoire de Bergame, en 1548, est ainsi nommé, pour le distinguer de Palme le jeune son neveu. Élevé dans l'école du Titien, il reçut de ce grand mai- tre un pinceau moëlleux, qui le fit choisir pour finir une Des- cente de croix que ce peintre avoit laissé imparfaite en mourant. Ce n'est point dans les ouvrages de Palme qu'il faut chercher la cor- rection et le grand goût de des- sin; mais il n'y en a point qui soient terminés avec plus de pa- tience, où les couleurs soient plus fondues, plus unies, plus fraîches, et dans lesquels la na- ture soit mieux imitée par rap- port au caractère de chaque ob- jet en particulier. Ce peintre a été fort inégal; ses premiers ou- vrages sont les plus estimés. Ses dessins sont dans la manière du Titien et du Giorgion; mais pour la plupart, inférieurs à ceux de ces deux grands artistes. Le roi possédoit plusieurs tableaux de Palme. On a gravé d'après ce maître, qui mourut à Venise en 1588, à 40 ans.
II. PALME le Jeune, ( Jac- ques ) peintre, né à Venise en 1544, étoit neveu du précédent. On croit que ce peintre étudia sous le Tintoret, dont il a retenu le goût. Le duc d'Urbia, et à sa recommandation le cardinal d'Urbia, protégèrent cet illustre artiste. Sa réputation s'accrut en peu de temps avec sa fortune; mais l'amour du gain lui fit faire un trop grand nombre de ta- bleaux, pour qu'ils lui fissent tons également honneur. Palme le Jeune avoit un bon goût de peinture. Son génie est en même temps vif et fécond; sa touche admirable pour la hardiesse et la légèreté; ses draperies bien je- tées, et son coloris très-agréable. P A L 267 Ses dessins sont des plus précieux; il y mettait beaucoup d'esprit. Sa plume est d'une finesse et d'une légèreté surprenantes. *Palme le Jeune* a gravé de sa main un *Saint-Jean-Baptiste* et un *Livre à dessiner*. On a aussi gravé d'après lui. Il mourut à Venise en 1628, à 84 ans.
III. PALME, ( l'abbé Marc d'Aiverny de la ) un des auteurs du *Journal des Savains*, né à Carcassonne le 3 mars 1711, avait un talent distingué pour le genre d'ouvrages auquel il s'était consacré. Ses mœurs et son caractère lui procurèrent beaucoup d'amis, entraînés l'abbé *Traité*, qui eut la générosité de lui donner un induit dont il aurait pu se servir avantageusement pour lui-même. Il mourut à Paris en 1759, à 47 ans.
PALMER, ( Samuel ) savant imprimeur Anglois, exerçait son art à Londres en 1730, et a publié dans sa langue une *Histoire de l'Imprimerie*. Il fut le maître de *Franckia*.
PALMIERI, ( Matthieu ) parut avec éclat au concile de Florence sa patrie, et mourut en 1475, à 70 ans. On a de lui : I. Une continuation de la Chronique de *Prosper* jusqu'en 1449. *Matthias PALMIERI* de Pise qui vivait à peu près dans le même temps, poussa cet ouvrage jusqu'en 1481; in-4°, 1483. On le trouve dans la *Collection des Écrivains de l'Histoire d'Italie*. II. Un Traité della *Vita civile*, à Florence, 1529, in-8°. III. Un Poème intitulé *Città Italia*, en trois livres, qui n'a point été imprimé. Cet ouvrage lui attira des désagréments. Il y enseignait que nos ames sont les Anges qui, dans la révolte de *Lucifer*, ne voulurent s'attacher ni à Dieu, ni à ce rebelle; et que Dieu pour les punir les relégua dans des corps, afin qu'ils pussent être sauvés ou condamnés, suivant la conduite bonne ou mauvaise qu'ils mèneraient dans ce monde. Ce Poème fut condamné au feu; mais il n'est pas vrai que l'auteur ait essuyé le même sort. *Matthias Palmieri* dont nous parlons à la tête de cet article, traduisit en latin l'*Histoire fabuleuse des LXX* interprètes par *Aristée*. Cette version parut pour la première fois à la tête de la Bible qu'il fit imprimer à Rome en 1471, in-fol., deux vol. C'est la première publiée dans cette ville.
PALOMINO, ( Antoine ) peintre Espagnol dont les ouvrages ornent la cathédrale de Valence, embrassa l'état ecclésiastique, et mourut en 1725, à 72 ans. On a de lui, un ouvrage sur la peinture et sur les vies des peintres, en deux vol. in-folio. Il étoitné près de Cordoue.
PALU, ( Pierre de la ) *Paludanus*, d'une maison illustre, prit l'habit de *Saint-Dominique*, et professa la théologie à Paris avec succès. *Jean XXII* récompensa son mérite par le titre de patriarche de Jérusalem, en 1329. *La Pala* partit pour la Palestine, y fit quelques fruits, et revint en Europe avec une forte envie de faire entreprendre une nouvelle Croisade. Son zèle fit de vains efforts pour animer les princes. Le patriarche de Jérusalem ne pouvant aller se signaler en Asie, se distingue en Europe; il fut un des premiers 268 P A L docteurs qui se déclarèrent contre l'opinion de *Jean XXII* sur la vision béatifique. Il mourut à Paris en 1342 : après avoir publié des *Commentaires* sur le *Maître des Sentences*, in-folio, et d'autres ouvrages qui sont heureusement restés manuscrits... *Voyez* PALLU.
PALUD, (La) *Voyez* GO-FRIDY. I. PALUDANUS, (Jean) de Malines, professeur en théologie dans l'université de Louvain, chanoine et euré de Saint-Pierre dans la même ville, mourut en 1630. On a de lui, plusieurs ouvrages, pour lesquels le public montra quelque empressement. Les principaux sont : I. *Vindiciæ Theologicæ, adversus verbi Dei corruptelas*, Anvers, 2 vol. in-8°, 1620. C'est une explication de presque tous les endroits de l'Écriture sur lesquels on dispute entre les Catholiques et ceux qui suivent une autre communion. II. *Apologeticus Marianus*. Il traite des louanges et des prérogatives de la Sainte Vierge, dans ce livre, publié in-4° à Louvain, 1623. III. *De Sancto Ignatio Concio sacra*, in-8°, ibid. 1623. IV. *Officina spiritalis sacris Concionibus adaptata*, in-4°, Louvain, 1624.
II. PALUDANUS, (Bernard) professeur de philosophie à Leyde, mort vers 1604, voyagea dans les quatre parties du monde. Il avoit de la pénétration, de l'éloquence, une erudition variée, et, ce qui vaut encore mieux, une exacte probité. On a de lui divers ouvrages : le plus connu est un *Renard* de notes dont il a enrichi les *Voyages maritimes* de Linschot, Amsterdam, 1610, in-folio.
PALUDANUS, *Voy.* PALU.
PAMÈLE, (Jacques de) *Pamelius*, né à Bruges en 1536, d'un conseiller d'état de l'empereur *Charles-Quint*, obtint un canonicat dans sa patrie. Après avoir acquis beaucoup de connaissances à Louvain et à Bruges, son premier soin fut de dresser une belle Bibliothèque : mais les guerres civiles l'obligèrent de se retirer à Saint-Omer, où l'évêque lui donna l'archidiacoué de sa cathédrale. *Philippe II* le mit dans la suite à la tête de ce diocèse. Ses ouvrages sont : I. *Liturgica Latinorum*, 2 vol. in-4°, Cologne, 1571 : ouvrage curieux et peu commun, qui renferme le rit de la Messe observé par les Apôtres et les saints Pérs. II. *Micrologus de Ecclesiasticis observationibus*. III. *Catalogus Commentariorum veterum selectorum in universam Bibliam*, Anvers, 1566, in-8°. IV. *Conci- liorum Paralipomena*, etc. Il publia les Œuvres de *Tertullien* et de *St. Cyprien*, avec des notes ; et le Traité de *Cassiodore*, *De dicinis nominibus*. On a encore de lui une nouvelle *Edition* de *Baban Muur*, qui parut à Cologne après sa mort, en 1627. On trouve dans cette édition les *Commentaires* de *Pamelius* sur *Judith* et l'Épître de *St. Paul* aux Hébreux. Ce savant mourut en septembre 1587, à 52 ans, en allant prendre possession de l'évêché de Saint-Omer. Il se fit autant estimer par les dons de l'âme que par ceux de l'esprit.
PAMMAQUE, (Saint) sénateur de Rome, célèbre par sa vertu, étoit d'une famille illustre. Il fut décoré de la dignité pro-consulaire, et épousa Pauline qui étoit la seconde des filles de Ste Paule. Il découvrit le premier les erreurs de Jovinien, et les dénonça au pape Sirice qui les condamna en 390. St. Jérôme tira de grandes lumières de Pammaque pour la composition de ses ouvrages contre Jovinien. Pammaque ayant perdu sa femme, fit offrir le saint Sacrifice pour elle, et donna, selon ce qui se pratiquoit alors, un festin à tous les pauvres de Rome. On lit dans St. Jérôme, que Pammaque ognit les cendres de son épouse, du baume de l'anmone et de la miséricorde. Il fit bâtir un hôpital à Porto, et y servit les pauvres de ses propres mains. Son zèle pour la foi lui mérita une lettre de félicitation et d'encouragement de la part de St. Augustin. Le sentiment de quelques auteurs modernes qui prétendent qu'il reçut les ordres sacrés, n'est fondé sur aucune preuve solide. Il étoit ami de St. Jérôme et de St. Paulin, et mourut en 410, honoré des regrets de ces deux grands hommes. I. PAMPHILE, (Saint) prêtre et martyr de Césarée en Palestine, recueillit une très-belle bibliothèque dont il fit présent à l'église de cette ville. Cette bibliothèque, au rapport de St. Isidore de Séville, étoit composée de trente mille volumes, et contenoit presque tous les ouvrages des anciens. Il transcrivit de sa main la Bible avec le plus grand soin et la plus grande exactitude, et travailla presque toute sa vie sur ce dépôt des oracles divins. Montfaucon a pu- blié dans sa Biblioth. Coistiniana une courte explication des Actes des Apôtres, faite par St. Pamphile. Il copia aussi plusieurs ouvrages d'Origène, et composa l'Apologie de ce Père, lorsqu'il étoit en prison avec Eusèbe de Césarée. St. Jérôme attribue cette Apologie à Eusèbe; mais Socrate, Photius, etc., la donnent à Pamphile. Ce saint Prêtre reçut la couronne du martyre sous Maximin, vers 308, et Eusèbe de Césarée donne de justes éloges à ses différentes vertus.
II. PAMPHILE, peintre Macédonien, qui florissoit sous le roi Philippe, savoit parfaitement les mathématiques. Il honora l'art de la peinture par ses mœurs et par ses talens. Les personnes de condition l'apprenoient sous lui. Il fit ordonner par un édit à Sicyone, et ensuite dans toute la Grèce, qu'il n'y auroit que les enfans des nobles qui s'exerce- roient à la peinture, et que les esclaves ne pourroient s'en mêler. Il fut le fondateur de l'école de peinture à Sicyone, et fut le premier peintre qui appliqua les mathématiques à son art. Apelles fut disciple de cet illustre maître.
III. PAMPHILE MAURILIEN, nom sous lequel a été donné, par un auteur inconnu, le Roman en vers latins de Pamphile et Galatée, qui est imprimé avec la traduction en vers françois, à Paris, chez Vérard, 1494, infolio. Cet ouvrage fut fait pour Charles VIII, avant qu'il partit pour l'Italie.
PAN, (Mythol.) étoit fils de Mercure, Dieu des campagnes et particulièrement des bergers. Il poursuivit Syriax jusqu'au fleuve 270 P A N Ladon, entre les bras duquel se jeta cette Nymphe, qui fut aussitôt métamorphosée en roseau. Pan le coupa, et en fit la première flûte : (Voyez les articles PITTIS et MARSYAS.) Il accompagna Bacchus dans les Indes, et fut père de plusieurs Satyres. Les poètes le représentent avec un visage enflammé, des cornes sur la tête, l'estomac couvert d'étoiles, un bâton recourbé à la main, et la partie inférieure du corps semblable à celle d'un bouc. Ses cornes marquaient, dit-on, les rayons du Soleil et les cornes de la Lune. Son visage enflammé désignoit l'élément du feu ; son estomac couvert d'étoiles signifioit le Ciel ; ses cuisses et ses jambes velues et hérissées marquaient les arbres, les herbes et les bêtes. Il avoit des pieds de chèvre, pour montrer la solidité de la Terre ; sa flûte représentait l'harmonie que les Cieux font, selon l'opinion de quelques anciens philosophes. Son bâton recourbé signifioit la révolution des années. C'est sans doute l'imagination qui a donné ces explications ; car, pour ne parler que des cornes, on sait que, dans l'antiquité sacrée et profane, elles ne sont ni le symbole de la Lune, ni celui du Soleil, mais de la force, de la puissance, de la majesté : voilà pourquoi l'on se plut à représenter les rois successeurs d'Alexandre, avec des cornes à la tête. Les anciens croyoient que PAN conroit la nuit par les montagnes : ce qui a fait nommer Terreur Panique, cette épouvante dont on est saisi pendant l'obscurité de la nuit, ou par une imagination sans fondement. Il est souvent arrivé que des armées fort nombreuses ont été frappées tout-à-coup d'une terreur semblable, et sont tombées dans la consternation : (Voy. I. BRENNES.) Quelques Mytholoïstes l'ont confondu avec le Dieu Sylvain et le Dieu Faune. Les Arcadiens l'honoroient d'un culte particulier et principalement sur les monts Lycée et Ménale. Les bergers se couronnaient de branches de pin, qui lui étoit consacré, pour célébrer ses fêtes appelées Lupercales : dans la suite elles se célébrèrent aussi à Rome au mois de février sur le Mont-Aventin, où l'on croyoit qu'elles avoient été instituées par le roi Exandre. On n'y offroit à ce Dieu que du lait, du miel et du vin dans des vases de terre.
PANACÉE, fille d'Esculape, fut révérée comme une Déesse. On croyoit qu'elle présidait à la guérison de toutes sortes de maladies.
PANAGIOTI, premier interprète du grand-seigneur, né dans l'isle de Chio, mort en 1673, défendit avec zèle la Foi de l'Eglise Grecque contre le patriarche Cyrille Lucar. Il eut beaucoup de crédit à la Porte, et il en profita pour rendre des services importants à sa nation. On a de lui un livre curieux, écrit en grec vulgaire, et imprimé en Hollande sous le titre de : Confession orthodoxe de l'Eglise Catholique et Apostolique d'Orient. (Voy. III. MERÈCE.) Panagioti étoit un homme très-estimable. Les Grecs ont un proverbe qui dit, « qu'il est aussi difficile de trouver un cheval vert, qu'un homme sage de l'isle de Chio. » Panagioti étoit de cette isle, et comme il avoit beaucoup de prudence et de génie, on le nommoit le Cheval vert.
PANARD, (Charles-François) né à Courville près de Chartres, montra de bonne heure beaucoup de génie pour le Vaudeville moral, dont il est regardé comme le père. Il resta longtemps inconnu dans un bureau où il avoit un petit emploi. Le comédien le Grand, ayant vu quelques-uns de ses essais, alla déterrer l'auteur, l'encouragea, et lui promit qu'il feroit mieux que lui. M. Marmontel l'a surnommé le la Fontaine du Vaudeville. Il ressemblait encore plus à ce poète par son caractère. C'étoit le même désintéressement, la même probité, la même douceur de mœurs. Cet homme qui savoit si bien aiguiser les traits de l'épigramme, ne s'en servit jamais contre personne; il chansonna le vice et non le vicieux. Il avoit de la philosophie, et savoit se contenter de peu. Ce poète estimable mourut à Paris d'une apoplexie, le 13 juin 1765, à 74 ans. Il s'est peint lui-même dans ces vers : Mon corps dont la structure a cinq pieds de hauteur, Porte sous l'estomac une masse rotonde, Qui de mes pas tardifs excuse la lenteur, Pen vif dans l'entretien, craintif, distrait, rêveur; Almant, sans m'asservir; jamais Brune ni Blonde, Peut-être pour mon bien, n'ont captivé mon cœur. Chansonnier, sans chanter, passable Coupleur, Jamais dans mes Chansons on n'a rien vu d'immonde. D'une indolence sans seconde, Paresseux s'il en fut, et toujours endormi, Du revenu qu'il faut je n'eus pas le demi; Plus content toutefois que ceux où l'or abonde. On a imprimé ses ouvrages sous le titre de : Théâtre et Œuvres diverses de M. Panard, à Paris, chez Duchêne, 1763, 4 volumes. On y trouve cinq Comédies, treize Opéra comiques, et des Œuvres diverses qui commencent à la fin du troisième volume. Elles contiennent des Chansons galantes et bachiques, de petits morceaux détachés sur l'amour, des Plaisanteries et des Mots, des Pièces Anacréontiques, des Fables, des Allégories, des Tableaux de la nature et de nos mœurs, des Comparaisons et des Maximes, des Épigrammes et des Madrigaux, des Cantates, des Bouquets, des Etrennes, des Conseils à une jeune Demoiselle, et des Moralités religieuses, qui sont les dernières productions de l'auteur. Il y a dans ces différens ouvrages beaucoup de facilité, de naturel, de sentiment, d'esprit, de bon sens; mais trop de négligences, de longueurs, et de fautes contre la langue et la poésie. Cet auteur, ainsi que Boursault, ignoroit le latin : il dut tout à la nature, qu'il seconda à propos par l'exercice et le travail.
PANCIROLE, (Gui) né à Reggio en 1523, d'une famille distinguée, fit de grands progrès dans l'étude du droit, auquel il s'appliqua dans les différentes universités d'Italie. Sa réputation engagea le sénat de Venise à le nommer, en 1547, le second professeur des Institutes à Pa- doue. Il remplit successivement plusieurs chaires dans la même université, et toujours avec beaucoup d'honneur. La science du droit ne l'occupoit pas seule : il consacroit une partie de son temps à l'étude des belles-lettres. *Philibert* — *Emmanuel* duc de Savoie, touché de son mérite, l'attira dans l'université de Turin en 1571. *Pancirole* y eut autant d'admirateurs qu'à Padoue; mais la crainte de perdre la vue, le fit revenir dans cette dernière ville. Il continua d'y enseigner le droit, et y mourut le 1$^{er}$ juin 1599, à 76 ans. On a de lui : I. Un Traité, curieux et intéressant, *De rebus inventis et perditis*. Il écrivit ce livre en italien; mais *Henri Salmuth* le traduisit en latin, et le fit imprimer en 1599 et 1602, en 2 vol. in-8.$^{o}$ On donna une nouvelle édition de cette version à Francfort, in-4$^{o}$, en 1660. *Pierre de la Noue* mit cette traduction latine en françois, à Lyon, 1617, in-8.$^{o}$ II. *Commentarii in notitiam utriusque Imperii et de Magistratibus*, Lyon, 1608, in-fol.; et dans la collection des *Antiquités Romaines de Gravius*. Cet ouvrage, plein d'érudition, roule sur un sujet important. III. *De Numismatibus antiquis*. IV. *De Juris antiquitate*. V. *De claris Juris Interpretibus*, Francfort, 1721, in-4.$^{o}$ VI. *De Magistratibus municipalibus et corporibus artificum*. VII. *De quatuordecim regionibus urbis Romae, carumque ædificiis tam publicis quam privatis*, etc. Plusieurs autres ouvrages sur différentes parties du Droit. I. PANCKOUCKE, (André-Joseph) libraire de Lille, né en 1700, mourut à Paris en 1753. Ses ouvrages les plus connus sont : I. *Les Etudes convenables aux Demoiselles*, 2 vol. in-12, où l'on trouve de l'ordre et de la clarté. II. *Abrégé chronologique de l'Histoire des Comtes de Flandre*, 1762, in-8.$^{o}$ III. *L'Art de désopiler la rate*, 2 vol. in-12. Recueil de bons mots, qui offre des choses piquantes, et quelques — unes trop peu voilées. IV. *Dictionnaire des proverbes françois*, in-8$^{o}$ : moins ample, mais plus décent que celui de le Roux. V. *Manuel Philosophique*, 1748, deux volum. in-12. VI. *Éléments de Géographie et d'Astronomie*, 1740, in-12. VII. *Essais sur les Philosophes*, in-12. A la mort de l'auteur, le curé de sa paroisse ne voulut point l'inhumer, comme ayant signé le Formulaire; il fallut des ordres supérieurs pour l'y forcer.
II. PANCKOUCKE, (Charles-Joseph) fils du précédent, naquit à Lille en 1736, et suivit avec éclat la profession de son père. Son esprit naturel, ses ouvrages et ses vastes entreprises typographiques, l'ont fait connaître dans toute l'Europe. On peut citer parmi ces dernières les éditions de l'*Encyclopédie*, des *Œuvres de Buffon*, des *Mémoires* de l'académie des Sciences et de l'académie des Belles-Lettres, du *Vocabulaire François*, du *Répertoire universel de Jurisprudence*, du *Voyageur François* de l'abbé de la Porte, du *Mercure de France*, etc... Ses ouvrages particuliers sont : I. Des *Mémoires mathématiques*, adressés à l'académie des Sciences. II. Des traductions de *Lucrèce*, de de la *Jerusalem délivrée* et du *Roland le furieux*. Cette dernière traduction est en dix vol. in-12: III. *Discours philosophique* sur le Beau, 1779, in-8.º IV. *Autre* sur le Plaisir et la Douleur, 1790, in-8.º V. Le plan de l'*Encyclopédie méthodique*, et plusieurs Mémoires et Dissertations dans le *Mercure* et les autres Journaux. *Pancoucke* est mort à Paris en 1799.
PANDA, (Mythol.) déesse en grande vénération chez les Romains, non-seulement parce qu'elle ouvroit le chemin à toutes les entreprises, mais aussi parce qu'elle présidait à la paix pendant laquelle les portes des villes étoient ouvertes. Son nom vient de *pandere*, ouvrir.
PANDARE, fils de *Lycaon*, un de ceux qui vinrent au secours des Troyens contre les Grecs, fut tué par *Diomède*. — Il y eût un autre PANDARE, qui suivit *Enée* et fut tué par *Turnus*.
PANDION, cinquième roi d'Athènes, vers l'an 1463 avant Jésus-Christ, eut la consolation de voir sous son règne une si grande abondance de blé et de vin, que l'on disait que « *Cérès* et *Bacchus* étoient allés dans l'Attique. » Il donna sa fille *Progné* en mariage à *Térée*; mais la brutalité de ce prince envers *Philomèle* sa belle-sœur, alluma le flambeau de la discorde dans la famille de *Pandion*, qui en mourut de chagrin, vers l'an 1423 avant J. C.
PANDORE: (Mythol.) Cétoit une statue que *Vulcain* fit et que *Minerve* anima. Les Dieux s'assemblèrent pour la rendre accomplie, en l'ornant à l'envi des dons les plus précieux. *Vénus* lui donna la beauté, *Pallas-la sagesse*, *Mercure* l'éloquence, etc. *Jupiter*, irrité contre *Prométhée* qui avoit dérobé le feu du Ciel pour animer les premiers hommes, envoya *Pandore* sur la terre, avec une boîte où tous les maux étoient renfermés. *Prométhée* à qui elle présenta cette boîte, l'ayant refusée, elle la donna à *Epiméthée*, qui eut l'indiscrétion de l'ouvrir. C'est de cette boîte fatale que sortirent tous les maux qui inondèrent la terre : il ne resta que la seule espérance dans le fond. *Voyez EPIMÉTHÉE*.
PANEL, (Alexandre-Xavier) né en Franche-Comté, se fit Jésuite et passa en Espagne, où il devint précepteur des enfans du roi. Il est mort dans cette place en 1777, à 82 ans, après avoir publié un grand nombre d'opuscules sur les antiquités et la numismatique : I. *Lettre* sur la médaille de *le Bret*, 1737, in-4.º II. *Dissertation* sur une médaille d'*Alexandre*, 1739, in-4.º III. *De Cistophoris*, 1746, in-4.º IV. *De Coloniæ Tarraconæ nummo* 1748, in-4.º
PANETIUS, philosophe Stoïcien, étoit de Rhodes, et florissoit environ 150 ans avant Jésus-Christ. Il alla prendre des leçons de philosophie à Athènes. Les Stoïciens y avoient une école fameuse. *Panetius* la fréquenta avec assiduité, et en soutint dans la suite la réputation avec éclat. Les Athéniens, résolus de se l'attacher, lui offrirent le droit de bourgeoisie, il les en remercia. *Un homme modeste*, leur dit il, doit se contenter d'une seule patrie. Il imitoit en cela Zénon, qui dans la crainte de blesser ses concitoyens, ne voulut point accepter la même grâce. Le nom de Panetius ne tarda guère de passer à Rome. Panetius se rendit lui-même dans cette capitale, où il étoit ardemment souhaité. La jeune noblesse courut à ses leçons, et il compta parmi ses disciples les Lælius et les Scipion. Une amitié tendre les unit depuis, et Panetius accompagna Scipion dans ses diverses expéditions. Cet illustre Romain lui donna dans une occasion éclatante, des marques de la confiance la plus flatteuse. Panetius fut le seul sur lequel il jeta les yeux, lorsque le sénat le nomma son ambassadeur auprès des peuples et des rois de l'Orient, alliés de la république. Les liaisons de Panetius avec Scipion ne furent pas inutiles aux Rhodiens, qui employèrent souvent avec succès le crédit de leur compatriote. On ne sait point précisément l'année de sa mort. Cicéron nous apprend que Panetius a vécu trente ans après avoir publié le Traité des devoirs de l'Homme, que Cicéron a fondu dans le sien. Le cas que ce célèbre orateur en faisait, doit nous en faire regretter la perte. On sait la réponse qu'il fit à un jeune Romain, qui lui demandoit « s'il étoit permis au Sage d'aimer les femmes ? » A l'égard du Sage, lui répondit Panetius, c'est une question que nous pourrons examiner une autre fois; mais pour vous et pour moi, qui sommes bien éloignés de la sagesse, nous ferons parfaitement bien de nous défendre de l'amour. — Voyez sur Panetius un Mémoire de l'abbé Sévin, dans le tome X de ceux de l'académie des Belles-Lettres.
PANIGAROLA, (François) évêque d'Asti en Piémont, né à Milan en 1548, entra jeune dans l'ordre des Frères Mineurs Observantins, où il se rendit très-savant dans la philosophie et la théologie, et se distingua surtout par ses talens pour la prédication. Son mérite lui valut l'évêché d'Asti, qui lui fut donné par Sixte V en 1587; et le fit choisir avec le Jésuite Bellarmin, pour accompagner en France le cardinal Gaëtan, envoyé en 1590 par le pape Grégoire XIV, pour y soutenir le parti de la Ligue contre Henri IV. Il employa toute son éloquence pour exciter les Parisiens à n'écouter que les instructions des Guise, à ne pas reconnoître leur souverain légitime et à souffrir toutes les horreurs de la famine pendant le siège de leur ville. Quand Henri IV l'ent levé, Panigarola retourna dans son diocèse, où il montra un zèle ardent contre les abus qui s'y étoient glissés. On a prétendu que ceux qui craignoient la réformation de ces abus l'empoisonnerent. Quoi qu'il en soit, il mourut à Asti en 1594, à 46 ans. Ses Sermons furent imprimés à Rome en 1596, in-4.º On a de lui plusieurs autres ouvrages, la plupart de piété et de controverse, tant en latin qu'en italien. Le plus connu est un Traité de l'éloquence de la chaire, en italien, intitulé: Il Predicatore, à Venise, Giunti, 1609, in-4.º Landi dit que cette rhétorique est un savant Commentaire du livre de Démétrius de Phalère sur l'éloquence. Il ajoute que les Sermons de Panigarola sont ce que l'éloquence sacrée a produit de meilleur parmi les orateurs d'Italie pendant le 16e siècle. Je ne dirai pas, ajoute-t-il, qu'ils sont sens défant, et il renvoie au n.º 102 du douzième livre de son Histoire de la littérature Italienne. C'est là qu'il rapporte que lorsqu'on demandait à Bembé, pourquoi il n'alloit pas au sermon pendant le Carême, il répondit : Qu'irois-je faire à des discours où l'on n'entend que le docteur Subtil guerroyer contre le docteur Angélique, jusqu'à ce qu'Aristote survienne et les mette d'accord ? I. PANIN, (Nikita Ivanowitz, comte de) naquit le 15 septembre 1718, d'un lieutenant général des armées du czar Pierre I, originaire de Lucques en Italie. Panin commença par être soldat dans les gardes à cheval de l'impératrice Elizabeth; mais l'amitié du prince Kourakin le fit nommer gentilhomme de la chambre. Son esprit insinuant et vif ne tarda pas à être distingué de sa souveraine, qui l'envoya en 1747, à Copenhague, et deux ans après à Stockholm avec le titre de ministre plénipotentiaire. A son retour, il fut choisi pour gouverneur du grand duc Paul Petrowitz, et devint enfin premier ministre de Catherine II. Son séjour en Suède lui en fit admirer le gouvernement, et il fit vainement des efforts pour faire adopter en Russie un sénat et une constitution aristocratique. Ce ministre avoit des vues judicieuses, mais on lui a reproché beaucoup d'orgueil, de la paresse et de l'inexactitude dans les affaires. Extrêmement désintéressé, ce qu'il recevait d'un côté, il le donnoit de l'autre. Il P A N 179 étoit gourmand, grand mangeur et grand dormeur. Rarement il lisait les dépêches des ambassadeurs, et s'occupoit plus rarement encore à leur répondre; mais il fut le seul ministre de Catherine qui connût parfaitement les affaires, et qui prévoyant tous les événemens, donnoit nonchalamment les vrais moyens d'arriver à tous les succès. Sataille étoit énorme en grosseur. Il mourut à la fin de mars 1783; et à sa mort, la vente de son mobilier ne suffit pas pour payer ses dettes.
II. PANIN, (N.) général, frère du précédent, signala son courage dans la guerre de sept ans, où les Russes combattirent le roi de Prusse. Placé à la tête des armées Moscovites, il battit les Turcs, prit Bender et établit l'indépendance de la Crimée. Retiré dans ses terres, il en sortit pour s'opposer à la rebellion de Putgatscheff, et il en triompha. Il mourut quelque temps après, regardé comme l'un des plus habiles généraux du Nord.
PANNARTZ, (Arnauld) sortit de l'atelier typographique de Maïence avec Ulric-Han de Vienne en Autriche, et Conrad Sweynheim, pour porter l'imprimerie en Italie au commencement du pontificat de Paul II. Ils s'établirent d'abord dans la campagne de Rome au monastère de Sublac, où ils donnèrent le Donat sans date, le Lactance de 1465, et la Cité de Dieu de 1467. A cette époque, Pannartz fut appelé à Rome par François de Maximis, riche Romain protecteur des arts, qui plaça son imprimerie dans sa maison. C'est là que Pannartz publia en 1467. 276 PAN les *Epitres familières de Cicéron* ; et l'année suivante, les *Lettres de St. Jérôme*, en 2 vol. in-fol., et la première édition du *Speculum vitæ humanæ*.
PANNIER, (Jacques) sieur D'ORGEVILLE, né à Lyon en 1680, devint conseiller au parlement de Metz, ministre du roi à Cologne, enfin intendant des isles François en Amérique. Ce fut lui qui leur procura l'entrée de leur café en France. *Pannier* avoit remporté l'un des premiers prix de l'académie Françoise. Il mourut à Saint-Domingue en 1739.
PANNIUS, Romain, alla s'établir en Egypte, où il devint renommé par sa fabrique de papier ou papyrus, auquel il donna le nom de *fanniaque*. On sait que le papyrus étoit une espèce de jonc qui croisait sur les bords du Nil. C'est sur cette matière que sont tracés les plus anciens manuscrits. *Cassius Hemina* dit qu'on trouva dans un tombeau sur le 5$^{e}$ nicule les livres de *Numa*, écrits sur ce papier. Il y en avoit de plusieurs sortes, l'*Hératique* ou *sacré*, ainsi nommé parce qu'on le réservoit pour les livres qui traitoient du culte ; le *Livien*, auquel *Livie* femme d'*Auguste*, avoit donné son nom et qui avoit douze pouces de largeur ; le *Saitique*, l'*Amphitriatique*, l'*Emporétique* ou celui du commerce ordinaire, qui n'avoit que six pouces de largeur, et enfin le *Fanniaque* plus solide, plus blanc, et qui portoit dix pouces.
PANNON, (Janus Pannonius) ou Jean le Hongrois, né le 29 août 1434, évêque de la ville de Cinq-Eglises dans la Basse-Hongrie, mort à la fin de 1472, âgé de 38 ans, cultiva les belles-lettres avec succès en Italie, et travailla ensuite à les faire fleurir en Hongrie. On a de lui des *Poèmes*, des *Élégies* et des *Epigrammes*, Venise, 1553, vol. in-8$^{e}$, et dans les *Deliciæ Poëtarum Hungarorum*, vol. in-16, Francfort, 1619 ; parmi lesquelles on en trouve quelques-unes d'heureuses. La dernière édition de ses œuvres, faite sur un manuscrit de la Bibliothèque impériale, a paru à Utrecht en 1784, 2 vol. in-8$^{e}$. L'abbé *Mercier* en a donné une *Notice* parmi celles des poètes latins modernes.
PANETIUS, philosophe Grec, *Voy. PANETIUS*.
PANOPE, (Mythol.) l'une des Néréides, se rendit recommandable par sa sagesse et par l'intégrité de ses mœurs. C'étoit une des Divinités qu'on nommoit *Littorales*. — Il y eut une autre *PANOPE* fille de *Thésée*, qu'*Hercule* épousa, et dont il eut un fils qu'il nomma aussi *Panope*.
PANOPION, Romain dont parle *Valère-Maxime*, à l'occasion d'un trait de fidélité héroïque de son esclave. Celui-ci ayant appris que des soldats accouroient pour tuer son maître qui avoit été proscrit, changea d'habit avec lui, et le fit sortir secrètement par une porte de derrière, et montant à la chambre, alla se mettre dans le lit de son maître, où il se laissa tuer à la place de *Panopion*.
PANORMITA, (le *Panormitaia*) *Voyez* ANTOINE de Palerme, n.º XI, — et TUDESCHI.
PANSA, (Caius Vibius) élu consul avec Hirtius, étoit comme lui ami et disciple de Cicéron. Il s'attacha au parti de César, et ensuite d'Octave. Il fit la guerre avec ce dernier contre Antoine: il fut blessé dans un combat livré vers Bologne, où il s'exposa beaucoup, et mourut peu de temps après de sa blessure. I. PANTALÉON, (Saint) célèbre martyr de Nicomédie, que l'on croit avoir souffert la mort vers 305, sous l'empire de Galère.
II. PANTALÉON, diacre de l'église de Constantinople dans le 13e siècle, est auteur d'un Traité contre les erreurs des Grecs, qui se trouve dans la Bibliothèque des Pères.
PANTALÉON, (Jacques) Voyez URBAIN IV.
PANTENUS, philosophe Stoïcien, né en Sicile, florissoit sous l'empereur Commode, et vivoit encore en 216. Il enseigna dans la célèbre école d'Alexandrie, où, depuis St. Marc, fondateur de cette Église, il y avoit toujours en quelques théologiens qui expliquaient l'Écriture-Ste. Les Ethiopiens ayant demandé quelqu'un capable de les instruire dans la religion Chrétienne, on leur envoya Pantenus. On prétend qu'il trouva chez ces peuples un Evangile de St. Matthieu, écrit en hébreu, que St. Barthélemi leur avoit laissé. Pantenus, de retour à Alexandrie, continua d'y expliquer l'Écriture-Ste. Il avoit composé des Commentaires sur la Bible, qui ne sont pas venus jusqu'à nous. Les interprètes lui sont redevables d'une remarque touchant les Prophé- ties: c'est qu'elles sont souvent exprimées en termes indéfinis, et que le temps présent y est mis pour le passé et pour le futur. On peut juger de la manière dont Pantenus expliquaient le Texte sacré, par celle qu'ont suivie Clément d'Alexandrie, Origène, et tous les élèves de cette école. Leurs Commentaires sont pleins d'allégories; ils s'éloignent souvent de la lettre, et trouvent presque par-tout des mystères, dont l'explication est mêlée de beaucoup d'érudition. — Voyez II. CLÉMENT d'Alexandrie.
PANTHÉE femme d'Abradate; Voyez ABRADATE.
PANTHÉE, Voyez PENTHÉE.
PANTHOT, (Louis) naquit à Lyon d'une famille qui de père en fils s'étoit distinguée en se consacrant à l'art de guérir. Celui-ci chirurgien célèbre, fut l'un des premiers qui accrédita l'opération césarienne. — Son fils Horace excella dans la lithotomie. — Son autre fils Jean-Louis PANTHOT, devint doyen du collège des médecins de Lyon, et publia: I. Un Traité sur la Baguette divinatoire. II. Un autre sur les Eaux minérales d'Aix en Savoie. III. Un autre sur les vertus du Mercure. Il est mort très-âgé en 1707. I. PANTIN, (Guillaume) médecin à Bruges, mort en 1583, laissa un savant Commentaire sur le Traité de CELSE, De re medicâ, à Basle, 1552, vol. infolio. Il étoit grand-oncle du suivant.
II. PANTIN, (Pierre) de Thiel en Flandre, se rendit habile dans les langues, et les en- seigna à Louvain et à Tolède. Il devint doyen de Sainte-Gudule à Bruxelles, et mourut dans cette ville en 1611, à 56 ans. On a de lui : I. Des Traductions de plusieurs auteurs Grecs. II. Un Traité De Dignitatibus et Officiis regni ac domus regiae Gothorum, dans les Conciles de Loaysa, et dans l'Hispania illustrata, 4 vol. in-folio; et d'autres écrits dont les savans ne sont pas fort curieux.
PANVINI, (Onuphre) célèbre religieux Augustin du 16e siècle, natif de Vérone, mourut à Palerme en 1568, à 39 ans, après avoir rempli divers emplois dans son ordre. Ses manières affables, polies et prévenantes le firent aimer de ses confrères, autant que son érudition profonde le fit estimer des savans. Paul Manuce l'appelle Helluonem antiquarum Historiarum. Il avoit pris pour devise : IN UTRUMQUE PARATUS, avec un bœuf placé entre une charrue et un autel. Il vouloit dire qu'il étoit également prêt à supporter les fatigues du service divin et celles des sciences humaines. Nous avons de lui : I. Les Vies des Papes, 1567, in-4°. L'auteur dédia son ouvrage à PieV, et cet hommage n'annonce pas une grande impartialité : aussi la vérité y est-elle souvent désirée ; un vernis de flatterie s'y fait remarquer à chaque page. II. De antiquis Romanorum nominibus, in-folio. III. De ritu sepeliendi mortuos apud veteres Christianos, et de Cœmeterius eorumdem, in-8°, traduit en françois, in-8°. IV. De Principibus Romanis, in-folio. V. De antiquo reu baptizandi Catechumenos, in-4° et in-8° : savant. VI. De republica Romani, in-8°, Paris, 1588 : profond et instructif. VII. Fastorum libri V, in-folio, Venise, 1557 : livre peu commun et utile pour l'ancienneté Histoire et celle du moyen âge. VIII. De primatu Petri. IX. Topographia Romae, Francfort, 3 vol. in-folio. X. De triumpho et Iudis Circensibus, Patavii, 1681, in-folio. XI. Chronicon Ecclesiasticum, in-folio : ouvrage plein de recherches. On a cependant accusé l'auteur de forger des inscriptions et des monumens antiques, pour autoriser ses opinions. XII. De Episcopatibus, titulis et Diaconis Cardinalium. XIII. Annotationes et Supplementa ad Platinum de Vitis SS. Pontificum. XIV. De septem pracipuis urbis Romae Basilicis. I. PAOLI, (Sébastien) né dans le territoire de Lucques en 1684, se fit religieux dans la congrégation des Clercs réguliers de la Mère de Dieu, se distingua par sa science, s'acquit l'estime des savans, sur-tout du marquis d'Orsi, de l'abbé Salvini et de Lazzarini, fut membre de plusieurs académies, et mourut d'hydropisie en 1751. Il a enrichi les Journaux d'Italie d'un grand nombre de Dissertations pleines d'érudition sur les antiquités, l'histoire, la critique sacrée, la physique, etc. entr'autres sur le titre de Divin donné aux anciens empereurs, sur une Médaille d'or de l'empereur Valens, sur l'Histoire de Naples de Pierre Giannone, etc. Plusieurs de ses Dissertations ont été imprimées à Lucques et à Venise en 1748 et 1750. On a aussi de lui des Vies de plusieurs hommes illustres, entr'autres d'Ambroise Salvio évêque de Nardo, de Philippe Ma- chiarelli, religieux Camaldule, etc. — Il y a eu un peintre du même nom Pierre PAOLI, né à Lucques en 1681, dont les tableaux sont d'un bon coloris.
IL PAOLI, (Hyacinthe) d'une bonne famille de Corse, acquit beaucoup de considération dans sa nation par sa sagesse et son courage. Il fut élu l'un des chefs qui la gouvernèrent en 1755. Les diverses révolutions qu'éprouva sa patrie l'obligèrent de se retirer à Naples, où il mourut.
III. PAOLI, (Paschal) fils du précédent, doué d'une figure imposante et d'une grande énergie dans le caractère, fut envoyé par son père chez les Corses en 1755. Dès qu'il parut, il fut reconnu pour commandant général de toute l'isle, quoiqu'il n'eût que vingt-neuf ans. Il ne prit pas le titre de Roi, comme Théodore de Neuhoff; mais il le fut en effet à plusieurs égards, en se mettant à la tête d'un gouvernement démocratique. Il établit une administration régulière chez un peuple indiscipliné. Il forma des troupes réglées. Il institua une université, pour adoucir les mœurs par la culture des sciences. Les assassinats étoient commis avec impunité; il sut y mettre un frein. Enfin il se fit aimer, en se faisant obéir. Paschal Paoli soutint les Corses contre l'argent des Génois et les armes des François. Quand ces derniers firent la conquête de l'isle en 1769, il passa à Londres, où il fut regardé comme le législateur et le défenseur de sa patrie. Lors de la révolution de France, il songea à repasser en Corse, et y revint en 1790. Il y fut reçu avec transport; mais il en fut bientôt ex- pulsé par les Anglois, et mourut quelque temps après. Son portrait par Martin Drelling, a été gravé en France par Henriquez.
PAOLO, Voy. SARPI et CORBINELLI.
PAOLUCCIO, (Paul-Anafeste) autrement Paul-Luc Anafeste, premier doge ou duc de Venise. Cette république fut d'abord gouvernée pendant 200 ans, par des tribuns qu'on élisoit tous les ans. Mais en 697, les Vénitiens choisirent un doge: ce choix tomba sur Paoluccio qui mourut en 717, et auquel succédèrent deux autres doges. Ensuite on donna le gouvernement de la république à des généraux d'armée, dont le pouvoir ne duroit qu'un an. Mais six ans après, on élut des doges comme auparavant; et cet usage s'est toujours observé depuis.
PAPE, (Gui) Voyez GUI-PAPE.
PAPEBROCH, (Daniel) Jésuite, d'Anvers, né en 1628, professa les belles-lettres et la philosophie avec beaucoup de succès. Les Pères Bollandus et Henschenius, collecteurs des Actes des Saints, l'associerent à leur immense travail. (Voy. BOLLANDUS.) Papebroch étoit également propre à rétablir l'Histoire dans les faits authentiques et par sa sagacité et par ses recherches. Il épara la Légende des absurdités dont elle fourmilloit. Le savant Jésuite ayant à fixer l'origine des Carmes, ne donna dans aucune chimère. Il la marqua au 12e siècle; il assigna d'après Baronius et Bellarmin, le bienheureux Berthold pour premier général de l'ordre. Quelques Carmes qui faisoient remonter leur origine jusqu'à *Elie*, entrèrent en fureur. Ils inondèrent les Pays-Bas de libelles contre *Papebroch*, et le traitèrent avec ce ton de hauteur qu'un noble Allemand prend à l'égard d'un généalogiste qui a méconnu son auguste origine. C'étoit par-tout de grands mots, échafaudés sur des passages de l'Écriture. Le nouvel *Ismael*, le *Jésuite réduit en poudre*, le *Jésuite* *Papebroch* *Historien conjectural et bombardant*, firent beaucoup rire le public. Les descendants d'*Elie* ne s'en tinrent pas à des brochures. Ils dénoncèrent en 1691, le Père *Papebroch* au pape *Innocent XII* et à l'Inquisition de Madrid, comme auteur des erreurs grossières qui remplissaient les 14 vol. des Actes des Saints de mars, avril et mai, à la tête desquels on voyait son nom. Quelles étoient ces erreurs? Celles-ci. Il n'est pas certain que la face de Jésus-Christ ait été imprimée sur le mouchoir de *saints Véronique*, ni même qu'il y ait jamais eu une Sainte de ce nom. L'Eglise d'Anvers est en possession de montrer le prépuce du Sauveur du monde; mais cette Eglise est-elle bien assurée de l'avoir? Le mont Carmel n'étoit pas anciennement un lieu de dévotion, et les Carmes n'ont point eu le Prophète *Elie* pour leur fondateur, etc. (*Voyez MALDONADO.*) Toute l'Europe savante attendoit avec impatience le jugement de Rome et de Madrid. L'Inquisition d'Espagne prononça enfin en 1695, son anathème contre les 14 vol. des Actes des Saints. Le triomphe des Carmes étoit complet; mais un incident vint affoiblir leur gloire. Un religieux de la congrégation de *Saint-Jean de Dieu*, disputa d'ancienneté avec eux. Il prétendit que l'ordre des Frères de la Charité avoit neuf cents ans de primauté sur celui des Carmes. Son raisonnement étoit tout simple. *Abraham* a été le premier général des Frères de la Charité: ce grand patriarche fonda l'ordre dans la vallée de Mambré, en faisant de sa maison un hôpital... Cependant les Jesuites furent admis à se justifier au tribunal de l'Inquisition. Le Père *Papebroch* défendit article par article, les propositions dénoncées au saint Office. Ce tribunal fatigué de cette affaire, prohiba seulement les écrits faits pour et contre; le pape confirma ce sage décret par un Bref, qui faisoit défense de traiter de l'institution primitive et de la succession de l'ordre des Carmes par les Prophètes *Elie* et *Elisée*. Le P. *Papebroch* continua à travailler à son ouvrage, et à bien mériter de la république des lettres jusqu'à sa mort arrivée en 1714, à 86 ans. Ce savant laborieux a eu grande part aux *Acta Sanctorum* des mois de mars, d'avril, de mai et de juin, et les volumes qui contiennent ces mois passent pour les plus exacts et les plus judicieux de cette vaste compilation. Il est auteur du *Propylæum ad Acta Sanctorum* *mai*, in-folio. C'est un catalogue chronico-historique des souverains pontifes. Les exemplaires qui contiennent l'Histoire des Conclaves ont été défendus à Rome. Ses *Réponses* aux Carmes sont en 4 vol. in-4.
PAPER, (Roger) reliéur Anglois, mort depuis peu, exerça son art à Londres avec une telle habileté, qu'il en acquit une for- tune considérable. Lord Spencer a payé à ce relieur quinze guinées pour la reliure d'un *Eschyle*.
**PAPHNUCE**, disciple de *St. Antoine*, puis évêque de la haute Thébaïde, confessa J. C. durant la persecution de *Galère* et de *Maximin*. Il eut le jarret gauche coupé, l'œil droit arraché, et fut condamné aux mines. Ce généreux confesseur assista dans la suite au concile de Nicée en 325, et il y reçut de grands honneurs. L'empereur *Constantin* le faisoit venir presque tous les jours dans son palais, et lui baisoit l'œil qu'il avoit perdu pour la Foi. *Socrate* et *Sozomène* rapportent que quelques évêques ayant proposé dans ce Concile d'obliger au célibat ceux qui étoient dans les ordres sacrés, *Paphnuce* s'y opposa, en disant « qu'il ne falloit point imposer aux Clercs un joug si pesant. » On croit que c'est sans fondement que *Baronius* et quelques autres auteurs ont voulu contester la vérité de ce trait d'histoire, et s'appuient sur le silence des autres écrivains, ainsi que sur l'autorité de *St. Jérôme* et de *St. Epiphane*. Le premier assure (*Adv. Vigilantium*) que les Eglises d'Orient, d'Egypte et de Rome n'admettoient au nombre des Clercs que ceux qui gardoient la continence, ou qui étant mariés, promettoient de regarder leurs femmes comme leurs sœurs. *St. Epiphane* s'exprime presque dans les mêmes termes: ce qui prouve au moins que si *St. Paphnuce* a tenu ce discours, il a parlé. *Paphnuce* soutint avec zèle la cause de *St. Athanase* son ami, au con- cile de Tyr, et engagea *Maxime* évêque de Jérusalem, à prendre sa défense. *Voyez III. MAXIME*.
**PAPHUS**, (Myth.) fils de *Pygmalion* et d'*Ebarnée*. Son père qui étoit excellent sculpteur, fit une femme d'ivoire si parfaitement belle, qu'il en devint amoureux, et pria *Venus* d'l'animer. La déesse ayant exaucé sa prière, il trouva à son retour sa statue vivante, l'épousa, et en eut un fils nommé *Paphus*. **I. PAPIAS**, évêque d'Hiérapes, ville de Phrygie, fut disciple de *St. Jean* l'Evangéliste avec *St. Polycarpe*. Il composa un ouvrage en cinq livres, qu'il intitula: *Explications des Discours du Seigneur*. Il ne nous reste que des fragmens de cet ouvrage qui donnent une mauvaise idée de sa critique et de son goût. Il fut auteur de l'erreur des Millénaires, qui prétendoient que J. C. viendroit régner sur la terre d'une manière corporelle, mille ans avant le jugement, pour assembler les Elus après la résurrection, dans la ville de Jérusalem.
**II. PAPIAS**, grammairien qui florissoit vers 1053, est auteur d'un *Vocabularium Latinum*, dont la première édition à Milan, 1476, in-folio, est rare, ainsi que celle de Mantoue, 1596, in-fol. **I. PAPILLON**, (Almaque) poète François, ami et contemporain de *Marot*, naquit à Dijon en 1487, d'une famille noble, ancienne et originaire de Tours, établie depuis 1321 en Bourgogne. Il fut page de *Marguerite* de France femme du duc d'*Alençon*, et valet de chambre de 282 P A P François I. Il suivit ce prince et fut fait prisonnier avec lui à la bataille de Pavie. La Croix du Maine, dans sa Bibliothèque Française, attribue à Papillon un livre intitulé: Le Trône d'honneur. Ce poète mourut à Dijon en 1559, âgé de 72 ans.
II. PAPILLON, (Thomas) neveu du précédent, bon jurisconsulte, célèbre avocat au parlement de Paris, et l'un des plus grands orateurs de son siècle, naquit à Dijon en 1514, d'un père qui lui-même avoit acquis un nom par ses talens pour le barreau. Il l'envoya à Paris pour y faire ses études de droit. Il s'y livra avec ardeur, et devint en peu de temps un habile jurisconsulte. Il se perfectionna dans l'étude des langues, des grands orateurs Grecs, Latins et François, et mourut à Paris en 1596. On a de lui un Traité intitulé: Libellus de jure accrescendi, imprimé à Paris en 1571, in-8°... un autre, De directis Hæredum substitutionibus, à Paris, en 1616, in-8°... et encore, Commentarii in quatuor priores titulos libri primi Digestorum, à Paris, 1624, in-12. Les deux premiers ont été réimprimés dans le quatrième volume de la Collection du Jurisconsulte Othon, publiée à Leyde en 1729, in fol., sous le titre de Thesaurus Juris Romani. Ces différens ouvrages sont très-estimés.
III. PAPILLON, (Philibert) naquit à Dijon le premier mai 1666, de Philippe Papillon avocat distingué. Après avoir fait avec succès ses études au collège des Jésuites de Dijon, il vint à Paris, et fut reçu docteur de Sorbonne en 1694. Il se procura par ses talens un accès facile chez les savans, et recueillit, dans leur commerce, des richesses littéraires qu'il augmenta toujours depuis. De retour dans sa patrie, il y fut pourvu d'un canonicat de la Chapelle-aux-Riches, bénéfice d'un revenu médiocre, mais suffisant pour un homme qui n'avoit d'autre ambition que celle de cultiver les lettres, et qui d'ailleurs jouissoit d'un patrimoine considérable. L'histoire littéraire de sa province fut le principal objet de ses savantes recherches. Après sa mort, arrivée à Dijon le 23 février 1738, à l'âge de 72 ans, le fruit de son travail parut sous le titre de Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne, 1742 et 1745, en 2 vol. in-folio, par les soins de M. Papillon de Flavignacot son neveu, maître en la chambre des Comptes de Dijon, le seul qui reste de cette famille. Cet ouvrage marque un grand fonds de littérature et des connaissances très-variées. Il y a quelques discussions qui pourroient paroître minutieuses à un philosophe, mais qui sont nécessaires dans ces sortes de livres. La république des lettres est redevable à l'abbé Papillon, savant communicatif, d'un grand nombre de Mémoires intéressans, que le P. le Long inséra dans sa Bibliothèque des Historiens de France, imprimée en 1719. Il fournit au même auteur beaucoup d'observations, dont il a fait usage dans sa Bibliothèque Sacrée, composée en latin, et imprimée en 1723. Le P. Desmolets de l'Oratoire, successeur du P. le Long, enrichit ses Mémoires d'Histoire et de Littérature, de divers morceaux pré- P A P 283 cieux que lui avoit communiqués l'abbé Papillon. Il est encore auteur de la Vie de Pierre Abailard et de celle de Jacques Amyot évêque d'Auxerre, toutes deux imprimées en 1702. Il dirigea par ses recherches et ses lumières, l'ouvrage de M. Garreau, qui a pour titre : Description du Gouvernement de Bourgogne, imprimée à Dijon en 1717, et réimprimée en 1734. L'abbé Papillon fut intimement lié avec le président Bouhier, le savant Père Oudin, le célèbre la Moanoye, et il a aidé beaucoup d'autres savans de ses lumières. La mort l'empêcha de mettre en ordre les matériaux qu'il avoit recueillis avec soin pour l'Histoire de sa province. On a inséré son éloge dans le Mercure de France du mois de juin 1738.
IV. PAPILLON, (Jean) né à Saint-Quentin en 1661, d'un graveur en bois, hérita des talens de son père et les perfectionna. Il vint de bonne heure à Paris, où dès l'année 1684 il fut en réputation parmi les brodeurs, les tapissiers, les gaziers, les rubaniers, pour lesquels il faisoit des dessins pleins de graces et de goût. Ce fut lui qui fit ceux des dentelles, cravates, rabats, manchettes pour le mariage de l'empereur, du roi des Romains et des princesses leurs femmes. Papillon fut sur-tout employé par les imprimeurs. Il y a de lui un grand nombre de vignettes, de culs de lampes et d'autres ornemens de livres, exécutés avec la plus grande propreté. Cet habile graveur mourut en 1744, à 83 ans. Son talent s'est perpétué dans son fils, qui a donné une Histoire de la Gravure en bois, 1766, 2 vol. in-8. Celui-ci s'appevoit Jean-Michel. Il étoit né à Paris en 1698, et il y est mort en 1776, laissait des regrets aux amateurs des beaux arts et à ses amis. Il laissa au cabinet des estampes de la bibliothèque du roi son Œuvre, formant 2 vol. in-fol. V. PAPILLON DU RIVER, (Nicolas-Gabriel) Jésuite, né à Paris le 19 janvier 1717, mort à Tournai en 1782, a traduit plusieurs Discours latins du Père la Sante. On a encore de lui quelques Poèmes latins, entre autres : Templum assentationis; et Mundus physicus, effigier mundi moralis, où il prétend trouver en morale l'image des tourbillons physiques de Descartes. Ses Sermons, imprimés à Tournai, 1770, 4 vol. in-12, ont eu du succès. Son éloquence est féconde, douce, coulante; son style chatié et correct : mais il ne s'anime et ne s'échauffe pas assez.
PAPIN, (Isaac) né à Blois en 1657, étudia la philosophie et la théologie à Genève, et le grec et l'hébreu à Orléans, sous le ministre Pajon son oncle maternel. Ce ministre admettoit le dogme de la Grace efficace; mais il ne l'expliquoit pas selon la même manière que les Prétendus Réformés en général et Jurieu en particulier. Papin embrassa le sentiment de son oncle, et le défendit contre ce dernier avec chaleur. Jurieu, théologien fanatique et persécuteur, sonna le tocsin contre Papin, qui se vit contraint de passer en Angleterre et de là en Allemagne. Il prêcha avec succès à Hambourg et à Dantzig. Dès que son per- sécuteur le sut en Allemagne, il écrivit par-tout qu'on ne devoit point lui donner de chaire. En effet c'étoit un ministre indulgent et foible selon lui, qui soutenoit que les Catholiques faisant gloire de suivre l'Écriture, les Protestans les plus zélés devoient les tolérer. Le sage Papin, persécuté par ceux de sa secte, revint en France abjurer le Calvinisme entre les mains du grand Bossuet en 1690. Le fougueux Juricu écrivit à ce sujet une Lettre pastorale bien digne de lui. Il y prétendoit que le nouveau converti avoit toujours regardé toutes les religions comme indifférentes, et que c'étoit dans cet esprit qu'il étoit rentré dans l'église Catholique. Papin mourut à Paris le 19 juin 1709, à 52 ans. Le P. Pajon de l'Oratoire, son cousin, publia en 1723, en 3 vol. in-12, le recueil des Ouvrages composés par feu M. Papin, en faveur de la Religion. Cette collection offre plusieurs Traités: I. La Foi réduite à ses justes bornes, II. De la tolérance des Protestans et de l'autorité de l'Eglise. III. La Cause des Hérétiques disputée et condamnée par la méthode du Droit, etc. Tous ces Traités sont solidement écrits. Nicolas PAPIN son oncle, et Denis PAPIN son cousin germain, tous deux habiles médecins et Calvinistes, sont aussi auteurs de divers ouvrages. Le premier d'un Traité sur la salure, le flux et reflux de la mer, l'origine des sources tant des fleuves que des fontaines, vol. in-12; et de quelques Dissertations latines sur la poudre sympathique, sur la diastole du cœur, etc. Le second laissa une Dissertation sur une Machine propre à amollir les Os pour en faire du Bouillon, Paris, 1682, en françois, in-12; et dans Fasciculus Dissertationum de quibusdam Machinis Physicis, à Marpurg, 1695, in-12, figures. Cette machine qui porte son nom, et qui a été perfectionnée depuis son auteur, peut être d'une grande épargne dans les Hôpitaux.
PAPINIEN, célèbre jurisconsulte du 3e siècle, fut avocat du fisc, puis préfet du prétoire, sous l'empereur Septime-Sévère. Ce prince conçut une grande estime pour lui, et on prétend qu'il contribua beaucoup à adoucir son humeur féroce. Le principal emploi du préfet du prétoire, étoit de juger les procès avec l'empereur. Sévère ne décida jamais rien sans son avis; il lui recommanda en mourant ses deux fils Caracalla et Geta. Le premier ayant fait massacrer son frère entre les bras même de leur mère, voulut, dit-on, engager Papinien à lui faire un discours pour excuser ce forfait devant le sénat. On prétend que le généreux jurisconsulte lui répondit: Sachez qu'il n'est pas aussi aisé d'excuser un parricide que de la commettre. D'ailleurs, c'est se souiller d'un second meurtre, que d'accuser un innocent après lui avoir ôté la vie. Cette réponse irrita Caracalla, qui le fit décapiter en 212. Cet homme illustre n'avoit que 36 ans selon les uns, et plus de 70 suivant d'autres savans dont l'opinion paroît mieux fondée. Tous les jurisconsultes en font un cas infini. Valentinien III ordonna en 426, que quand les juges se trouveroient partagés sur quelque point de Droit épineux, on suivroit le P A P 185 sentiment qui seroit appuyé par ce Génie éminent. C'est le titre qu'il donna à Papinien. Cujas dit que c'est le plus habile jurisconsulte qui ait jamais été et qui sera jamais. Zozime, qui lui avoit donné le même éloge, ajoute que Papinien aimoit autant la justice qu'il la connoissoit. Il y a plusieurs lois de ce célèbre jurisconsulte dans le Digeste; mais la plupart de ses ouvrages sont perdus. Il avoit un fils qui étoit questeur, et que Caracalla fit mourir après l'injuste mort de son père.
PAPIRE-MASSON, (Jean) né à Saint-Germain-Laval en Forez l'an 1544, prit l'habit de Jésuite, et le quitta après avoir enseigné avec réputation en Italie et en France. Il se consacra à l'étude du droit à Angers, et se fit recevoir avocat au parlement de Paris. Ses connoissances et son intégrité lui mériterent la charge de substitut du procureur général. Il l'exerça avec honneur, et mourut à Paris le 9 janvier 1611, à 67 ans, vivement regretté des gens de lettres, dont la plupart étoient ses amis. Il étoit d'une humeur gaie et aisée, généreux au-delà de sa fortune, donnant son temps et sa peine pour servir les grands et les petits sans en attendre d'autre récompense que le plaisir de rendre service. Il fut enterré aux Billettes, et l'on mit sur son tombeau cette Epitaphe faite par lui-même. Si sepulchra sunt domus mortuorum, Papirius Massonus, Annalium scriptor, in hæc domo quiescit. De quo alii fortasse aliquid, Ipse de se nihil, Nisi qubd olim qui hæc legerit, illum vidisse cupiet. Ses ouvrages sont: I. Annalium libri IV, 1598, in-4°; ouvrage plus exact que profond, où l'on trouve cependant des choses curieuses et recherchées sur l'Histoire de France. Quoiqu'il ait mis à son livre le titre d'Annales, il ne s'est pas astreint à rapporter sous chaque année ce qui s'y est fait. Dans sa première édition, publiée en 1577, il ne parloit pas de Pharamond, parce que Grégoire de Tours n'en fait pas mention. II. Notitia Episcoporum Galliæ, in-8°. Il y a des recherches et des inexactitudes. III. Vita Joannis Calvini, in-4°. Cette Histoire, qui est assez bien écrite, appartient, suivant quelques-uns, à Jacques Gillot. IV. Des Eloges latins des hommes illustres, recueillis par Balesdens, de l'académie Françoise, 1656, in-8°; ils sont plus emphatiques qu'instructifs. Cet ouvrage comprend les grands généraux, ainsi que les littérateurs célèbres. Mais on n'y trouve pas tous les éloges composés par Masson, qui étoient au nombre de cinquante. Il y en a même qui ne sont pas de lui. V. Une Histoire des Papes, sous ce titre: De Episcopis Urbis, in-4°. VI. Une Descriptio fluminum Galliæ. L'abbé Baudrand a donné une édition avec des notes, 1685, in-8°, de ce livre, estimé selon les uns, confus et peu exact selon d'autres. Ce dernier jugement est le plus juste. VII. Agobardi, Episcopi Lugdunensis, Opera, Paris, 1605, in-8°. Papire-Masson est le premier qui ait publié les Œuvres d'Agobard, qu'il trouva chez un relieur prêt à s'en servir pour en couvrir des livres. Baluze a donné du même auteur une édition plus exacte. I. PAPIRIUS, surnommé *Cursor*, le Coureur, à cause de sa légèreté à la course. Etant dictateur vers l'an 320 avant J. C., il avoit résolu de livrer bataille aux Samnites; mais s'appercevant que cette résolution étoit désapprouvée de toute son armée, il retourna à Rome pour y prendre de nouveaux auspices. En partant, il défendit expressément à *Quintus* — *Fabius* — *Maximus* — *Rullianus* son général de la cavalerie, d'en venir aux mains avec l'ennemi. Cependant celui — ci ayant trouvé une occasion favorable, chargea les Samnites et les défit entièrement. *Papirius* à son retour voulut lui faire couper la tête pour sa désobéissance; mais *Rullianus* s'enfuit à Rome, où il obtint sa grace du peuple. Le dictateur triompha des Samnites.
II. PAPIRIUS CURSOR, (*Lucius*) fils du précédent, ayant remporté après son père une seconde victoire sur les Samnites, employa les dépouilles des ennemis à faire bâtir un temple à la *Fortune*. — Un autre *PAPIRIUS* — *Chassus* qui vainquit les Privernates et les poursuivit jusque dans leur ville, n'ayant pu obtenir les honneurs du triomphe à Rome, alla avec ses troupes triompher sur le mont Albain, où au lieu de porter une couronne de laurier suivant l'usage, il en prit une de myrte.
III. PAPIRIUS, surnommé *Prætextatus*, étoit de la même famille que le précédent. Il acquit le surnom de *Prætextatus*, parce qu'il fit une action d'une rare prudence dans le temps qu'il portoit encore la robe nommée *Prætexta*. Son père l'ayant mené au sénat un jour où l'on traitoit des affaires les plus importantes, sa mère voulut absolument savoir ce qui s'étoit passé à l'assemblée. Le jeune *Papirius* se délivra de ses importunités, en lui faisant accroire que l'on avoit agité la question : *S'il seroit plus avantageux à la République de donner deux femmes à un mari, que de donner deux maris à une femme ?* La mère de *Papirius* communiqua ce secret aux dames Romaines, qui se présentèrent le lendemain au sénat pour demander que l'on ordonnât plutôt le mariage d'une femme avec deux hommes, que celui d'un homme avec deux femmes. Les sénateurs ne comprenant rien aux cris et aux larmes de ces femmes attroupées tumultueusement, le jeune *Papirius* leur apprit qu'il étoit l'auteur de leurs alarmes. Il fut extrêmement loué de sa prudence; mais on ordonna qu'à l'avenir aucun jeune homme n'auroit l'entrée au sénat, à la réserve de *Papirius*. C'est ainsi que fut aboli l'usage où étoient les sénateurs d'introduire leurs enfans au sénat, avant même qu'ils eussent atteint l'âge de puberté, afin de les former de bonne heure à la science du gouvernement. *Auguste* rétablit cet usage, qui, ainsi que toutes les institutions humaines, avoit ses avantages et ses désavantages.
IV. PAPIRIUS, surnommé *Fænerator*, l'Usurier, tenant en prison *C. Publius* pour une somme d'argent qui lui étoit due par son père, promit à ce jeune homme de l'élargir, s'il vouloit consentir à ses infames desirs. *Publius* ayant rejeté avec honneur une telle proposition, P A P 287 l'usurier qui avoit d'abord employé les caresses, en vint aux menaces, et enfin aux tourmens. Il fit dépouiller le jeune homme et le fit déchirer à coups de fouet. Une violence si inouïe ayant été portée au sénat, *Papirius* fut non-seulement condamné à une grosse amende, mais on fit une loi qui défendoit de mettre à l'avenir en prison un homme libre pour dettes. *Tit. Liv. lib. VIII. Valère - Maxime* rapporte le même fait sous des noms différents : il appelle le jeune prisonnier *Titus Veturius*, et l'usurier *C. Plotius*.
PAPIUS, (André) né à Gand vers l'an 1547, fut élevé avec soin dans les lettres et dans les sciences par *Levinus Torrentius* son oncle, qui étant grand vicaire à Liège, l'appela auprès de lui. *Papius* devint chanoine de la collégiale de Saint-Martin à Liège, et mourut fort jeune en 1581. On a de lui, une Traduction en vers latins du livre de *Denys d'Alexandrie*, *De situ Orbis*; de celui de *Musée*, *De amore Eris ac Leandri*, et une édition de *Priscus*; le tout accompagné de notes savantes, Anvers, 1575, in-8. On a encore de lui : *De Harmonis musicis*, Anvers, 1581, in-12. I. PAPON, (Jean) lieutenant général de Montbrison en Forez, naquit dans cette ville en 1505, et y mourut en 1590, à 85 ans. Il devint maître des requêtes ordinaire de la reine *Catherine de Médicis*, qui l'honora de sa confiance. On a de lui : I. Des *Commentaires* latins sur la Coutume du Bourbonnois, in-fol.; ouvrage peu exact. II. *Rapport des* *deux principes de l'Eloquence Grecque et Latine*, in-8. III. *Recueil d'Arrêts notables*, en 3 vol. in-fol. C'est une espèce de pratique de toutes les parties du droit. Ce jurisconsulte ne jouit plus de la même célébrité qu'autrefois.
II. PAPON, (Jean-Pierre) né au Pujet près de Nice, en 1736, entra jeune dans la congrégation de l'Oratoire, où il professa d'abord avec distinction, et où ses ouvrages lui acquièrent de la célébrité. Exempt d'intrigue et d'ambition, il ne chercha ni la faveur, ni la fortune. Réfugié dans le département du Puy-de-Dôme pendant le temps de la terreur, il revint ensuite à Paris jouir du calme et des douceurs de l'amitié. Il y mourut subitement le 25 nivôse de l'an XI, à l'âge de 65 ans. Ses ouvrages sont : I. *Ode* sur la mort. Elle est insérée dans le *Recueil* des Jeux Floraux de la ville de Toulouse. II. *L'Art du Poète et de l'Orateur*, in-12. Cet ouvrage, devenu classique, a eu cinq éditions. La première parut à Lyon en 1768; la dernière à Paris en l'an IX. L'auteur plaça en tête de celle-ci un *Essai sur l'Education*. III. *Oraison funèbre de Charles Emmanuel III*, roi de Sardaigne, 1773, in-8. Elle fut prononcée à Nice et imprimée à Turin, en français et en italien. IV. *Voyage de Provence*, 1787, 2 vol. in-12. Il est plein de recherches historiques, et très-agréablement écrit. On y suit avec intérêt le voyageur dans toutes ses stations qu'il embellit par des souvenirs. V. *Histoire de Provence*, 4 vol. in-4. *Papon* ajouta plusieurs documents et ti- 288 P A P tres à ceux des anciens historiens Provençaux. Pour en découvrir de nouveaux, il fit le voyage de Naples, dont les comtes de Provence avoient occupé le trône pendant long-temps. « Parmi les pièces curieuses que Papon y trouva, on remarque, dit M. Bernardi dans une notice qu'il a consacrée à la mémoire de son compatriote, la quittance que la reine Jeanne donna au pape Clément VI, du prix de la ville d'Avignon, qu'elle lui avoit vendue. Je ne sais qui avoit imaginé le premier de dire que le pape s'étoit acquitté envers Jeanne, par une absolution du meurtre de son premier mari. Une anecdote pareille étoit précieuse pour certaine gens, aussi la trouve-t-on répétée en bien des endroits. Voltaire sur-tout ne l'a pas oubliée. On n'a jamais montré, dit-il, la quittance de Jeanne; mais l'historien lui a donné le démenti sur ce point en la produisant. » Les états de Provence accordèrent à Papon, en récompense de son zèle et de ses travaux, une pension de 8000 livres, que la révolution lui ôta; et quoique ce fut presque son unique ressource, cette perte n'altéra point la tranquillité naturelle de son âme. VI. Histoire du gouvernement François, depuis l'assemblée des Notables du 22 février 1787, jusqu'à la fin de la même année 1788, in-8.º On y joint ordinairement un Discours de l'auteur, intitulé: De l'Opinion sur le Gouvernement. VII. Époques mémorables de la Peste, et moyens de se préserver de ce fléau, en 1800, deux vol. in-8.º VIII. Il a laissé en manuscrit le commencement d'une Histoire de la révolution. I. PAPPUS, philosophe et mathématicien d'Alexandrie, sous le règne de Théodose le Grand, se fit un nom par ses Collections Mathematiques, en huit livres, Pisauri, 1588, in-folio. On y trouve les Traités suivans: Syntaxis Mathematica in Ptolomeum... Explicationes in Aristarcum Samium, de magnitudinibus ac distantis Solis ac Lunæ, etc. Tractatus de Fluviis Libyæ... Universalis Chorographia, etc. Tous ces ouvrages sont utiles, quoiqu'ils ne soient pas exempts de fautes.
II. PAPPUS, (Jean) théologien Protestant, né à Lindau en 1549, devint dès l'âge de 21 ans, ministre et professeur à Strasbourg, et mourut en 1610, après s'être acquis une grande réputation par son savoir. On dit qu'il avoit une mémoire si heureuse, qu'il retenoit une page entière, après l'avoir lue ou entendu lire une seule fois. On a de lui, en latin, un Abrégé de l'Histoire Ecclésiastique, 1584, in-8º; et quelques Livres de controverse, in-4º, qui enrent quelque vogue dans le temps parmi les Protestans. Voy. KIPPING.