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03.0 Dictionnaire historique — PAPUS – PENTHESILÉE

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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PAPUS, (Emilius) Voy. FABRICIUS.
PAR, Voyez PARR.
PARABOSCO, (Jérôme) né à Plaisance vers le commencement du 16e siècle, est auteur de plusieurs Comédies italiennes en prose et en vers: Il Ladro; Il Marinaio; La Notte; Il Pellegrino, etc. La plupart de ces pièces sont d'un caractère original, qui les fait rechercher. Les meilleures éditions sont celles de Giolito; Giolito, à Venise, 1560. Parabosco a aussi composé des Nouvelles dans le gout de celles de Bocace, de Bandello, etc., imprimées à Venise, sous le titre de Diporti di Girolamo Parabosco, 1558, in-8°; Lettere, 1546, in-12, et quelques autres ouvrages moins connus et qui méritent peu de l'être.
PARACELSE, (Aurèle-Philippe-Théophraste Bombast de Hohenheim) naquit à Einsidien bourg du canton de Schwitz, en 1493. Son père, fils naturel d'un prince, lui donna une excellente éducation : il fit en peu de temps, de grands progrès dans la médecine. Il voyagea ensuite en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, pour y connoître les plus célèbres médecins. De retour en Suisse, il s'arrêta à Basle en 1527, où il guérit le célèbre imprimeur Froben. Cette cure et son Elixir de propriété l'accréditerent. Les magistrats le nommèrent à la chaire de médecine ; il fit ses leçons en langue allemande. Il croyait que le latin n'étoit pas aussi propre à être entendu du vulgaire, cependant il l'employait quelquefois. Il expliquait ses propres ouvrages, et particulièrement ses livres intitulés : De Compositionibus, de Gradibus et de Tartaro ; livres, dit Helmont, pleins de bagatelles et vides de choses. Gravement assis dans sa chaire, à la première leçon il fit brûler les Œuvres de Galien et d'Avicenne... Sachez, disoit-il, Médecins, que mon bounet est plus savant que vous, que ma barbe a plus d'expérience que vos Académies ; Grecs, Latins, François, Italiens, je serai votre Roi. Se se- reit-on attendu à une pareille rodomontade de la part d'un homme qui convenoit que sa bibliothèque ne contenoit pas dix pages ? Paracelse se faisoit une gloire de détruire la méthode d'Hippocrate et de Galien qu'il croyait peu sûre. C'étoit selon lui, des Charlatans, et le Ciel l'avoit envoyé pour être le Réformateur de la Médecine. Cette science lui a réellement des obligations. « On doit à Paracelse l'art de préparer des médicaments par le moyen de la chimie ; celui de la chimie métallique ; la connoissance de l'opium et du mercure ; celle des trois principes, savoir le sel, le soufre et le mercure, que Basile Valentin n'avoit fait qu'entrevoir. Avant lui le langage de la médecine étoit un composé de latin, de grec et d'arabe ; et Galien avoit une autorité aussi despotique dans les écoles de médecine, qu'Aristote dans celle de philosophia. La théorie de sa médecine étoit fondée sur les qualités, les degrés et les tempéraments ; et toute la pratique de cet art consistoit à saigner, à purger, à faire vomir, et à donner des lavemens. Paracelse blâma et cette théorie et cette pratique, et fit voir aux médecins combien elles étoient bornées. Il publia les véritables maximes de la médecine. Il écrivit sur la chirurgie, qu'il entendoit très-bien, et fit connoître les principaux remèdes pour guérir toutes sortes de maladies. Le chancelier Bacon l'accuse de faire mentir quelquefois l'expérience, de ne pas vouloir toujours entendre sa voix, et d'imaginer ses réponses. Il avoue cependant que ses principes sont fondés sur la nature, et qu'on en peut tirer beaucoup d'avantages. Mais celui qui a le mieux apprécié notre philosophe, est *Gantherus d'Andernac*. — *Paracelse* est, dit-il, un très-habile chimiste; il a mis dans ses Ouvrages d'excellentes choses. Il y en a mêlé aussi un grand nombre de frivoles et de fausses, et a répandu une si grande obscurité sur les meilleures, qu'on ne peut pas toujours les entendre et en profiter. Il se voit à souhaiter, dit ce savant, que *Galien* eût été moins diffus et plus exact, et *Paracelse* moins obscur et plus sincère. Mais chacun a ses bonnes qualités et ses vices; il faut profiter du Lon et laisser le mauvais... Voilà un jugement vrai et judicieux. Il est certain que *Paracelse* a vérifié cette vérité de morale: *Il n'y a point de grand génie sans un peu de folie*: Nullum magnum ingenium sine mixtura dementiae. » (*Saverien Hist. des Philosophes modernes.*) Il se vantoit de pouvoir conserver, par ses remèdes, la vie aux hommes pendant plusieurs siècles; mais il éprouva lui-même la vanité de ses promesses, étant mort à Saltzbourg le 24 septembre 1541, à 48 ans. La meilleure édition de ses *Œuvres* est celle de Genève, 1658, en 3 vol. in-folio. Elles roulent toutes sur des matières philosophiques et médicinales. L'auteur parle toujours avec la modestie d'un homme qui s'attribuoit la monarchie de la médecine. «Dieu lui avoit révélé, disoit-il, le secret de faire de l'or, de prolonger la vie à son gré, etc.» Aussi, malgré ses lumières, on l'a comparé à ces effrontés qui montent sur des tréteaux, qui se font un revenu de leur babil et de leur impudence. On lui a attribué un livre satirique contre la cour de Rome. Il est composé de plusieurs figures énigmatiques sous lesquelles on a voulu désigner le pape et ses ministres. *Paracelse* dans cet ouvrage, les explique avec autant de licence que de malignité. En voici le titre: *Expositio vera harum Imaginium Nurembergæ repertarum, ex fundatissimo veræ Magia vaticinio deducta*, 1570, in-8.º Il est peu commun, et on ne doit pas en être fâché.
PARADEL, (Eudaldo) né en Catalogne, se distingua dans la fonte des caractères d'imprimerie au dix-septième siècle, et produisit les plus beaux que l'Espagne eût encore vus. Depuis cette époque les éditions y furent plus soignées et mieux imprimées. I. PARADIN, (Guillaume) laborieux écrivain du 16e siècle, né à Cuisseaux dans la Bresse Chalonoise, est auteur d'un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont: I. *L'Histoire d'Aristée*, touchant la version du Pentateuque, in-4.º II. *L'Histoire de notre temps, faite en latin par Guillaume Paradin, et par lui mise en français*, à Lyon, 1552, in-16. C'est la traduction de l'Histoire latine, dont nous parlons au n.º VIII. Elle est assez estimée: mais il est difficile d'écrire l'Histoire du temps, sans que l'on ne flatte plus ou moins. III. *Annales de Bourgogne*, 1566, in-fol. Cette Histoire, qui est assez mal digérée, mais où l'on trouve des recherches, commence en 378 et finit en 1482. IV. *De moribus Galliæ Historia*, in-4.º V. *Mémoires de l'Histoire de Lyon*, 1625, in-fol. VI. *De rebus in Belgio anno 1543 gestis*; 1548, in-8.º VII. *La Chro-* nique de Savoie, 1602, in-folio. VIII. Historia Galliæ à Francisci I coronatione, ad annum 1550. IX. Historia Ecclesiae Gallicana. X. Memorialia insignium Francisc familiarum. Paradis étoit doyen de Beaucen; il vivait encore en 1581, et il avait alors plus de quatre-vingts ans.
II. PARADIN, (Claude) chanoine de Beaujeu et frère du précédent, fut comme lui un homme de lettres. Il vivait encore en 1569. Il est connu, 1.º par ses Alliances généalogiques de France, 1636, in-folio; livre curieux: 2.º par ses Lievises héroïques, qu'augmenta François d'Amboise, 1621, in-8.º
III. PARADIN, (Jean) parent des précédents, et natif de Louhans en Bourgogne, se mêlait de versifier vers le milieu du seizième siècle. Il donna ses rimailles sous le titre de Micropædie, à Lyon, in-12. I. PARADIS ou PARADES, (Jacques de) en latin de Paradiso, Chartreux Anglois, mort à Écford en 1465, à 80 ans, est auteur d'un Traité des sept états de l'Église marqués dans l'Apocalypse, dans lequel il désire sa réformation dans le chef et dans les membres. Cet ouvrage est meilleur que la plupart de ceux qui parurent dans ce temps sur le même sujet. Goldust lui a donné une place dans sa Monarchie. Quelques auteurs prétendent que Jacques de Paradis n'est pas différent de Jacques de Cluse. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas le confondre avec Jacques PARADISO, Polonois, de l'ordre de Cîteaux, appelé ainsi du nom d'un monastère dans le diocèse de Posen en Pologne; il refusa la dignité abbatiale en 1696; on a de lui Speculum Religiosorum: — ni avec Paul PARADIS, Juif Vénitien, le premier qui ait enseigné la langue hébraïque dans le collège royal à Paris en 1559, dont on a un dialogue sur la manière de lire l'hébreu. Voyez MONCRIF.
II. PARADIS DE RAYMONDIS, (Jean-Zacharie) né à Bourg le 8 février 1746, y remplit avec honneur la place de lieutenant général au bailliage. La foiblesse de sa santé le força à s'en démettre et à aller chaque année passer les hivers à Nice. Il y connut Thomas, et s'y lia avec lui de l'amitié la plus tendre. Après avoir voyagé en Italie, Paradis est revenu mourir dans sa patrie en 1792. Lors du jugement de Louis XVI, il s'étoit offert à l'accusé pour son défenseur officieux. On lui doit des Opuscules sur divers objets d'agriculture, et entraîtres sur l'amélioration des serres; et un petit Traité élémentaire de morale et du bonheur, 1784, 2 vols. in-12. Il a été réimprimé en 1795. Écrit avec simplicité, les réflexions en sont justes et douces. Un journaliste qui ne connoissait pas le nom de l'auteur, dit en parlant de cet ouvrage. « Personne n'a vanté ce livre; son mérite a profi comme l'odeur de la violette s'élève du sein de l'herbe; la renommée atteindra l'auteur dans son obscurité volontaire et dans sa retraite, où il mérite de trouver le bonheur dont il a si bien enseigné la recherche. »
PARAMO, (Louis de) Inquisiteur Espagnol, publia à Ma- drid en 1598, in-folio, l'ouvrage le plus rare et le plus curieux que nous ayons sur le tribunal appelé le Saint-Office. Ce livre singulier est intitulé : De origine et progressu Officii Sanctae Inquisitionis, ejusque utilitate et dignitate, libri tres. L'auteur étoit un homme simple, très-exact dans les dates, n'omettant aucun fait intéressant, et supputant avec scrupule les hérétiques que le Saint-Office avoit condamnés. Le compte n'en étoit pas court.
PARASOLS, (Barthélemi de) fils d'un médecin de la reine Jeanne, naquit à Sisteron. On a de lui plusieurs ouvrages en provençal, entre autres des Vers à la louange de Marie, fille de Jean roi de France, et femme de Louis I roi de Naples. Il se signala sur-tout par cinq Tragédies, qui contiennent toute la Vie de la reine Jeanne. Il les dédia à Robert de Genève (Clément VII,) qui lui donna un canonicat de Sisteron et la prébende de Parasols, où l'on dit que notre poète fut empoisonné en 1383. Ses ouvrages sont grossiers ainsi que son siècle; mais on y voit briller de temps en temps quelques étincelles de génie. La reine Jeanne qui se crut insultée dans les vers de Parasols, défendit dans ses états la représentation de ses comédies. Cette défense fit avorter l'enfance de l'art, qui ne recommença ses essais que long-temps après.
PARC, (Du) Voy. II. SAUVAGE.
PARCIEUX, (Antoine de) membre des académies des Scien- ces de France, de Suède, de Prusse, et censeur royal, naquit au Clotet de Cessoux dans le diocèse d'Uzès, en 1703. Elevé au collège de Lyon, il vint de bonne heure à Paris, où ses talens pour les mathématiques lui firent des protecteurs. Pour se soutenir dans cette ville, il traça d'abord des Méridiennes et des cadrans avec une justesse peu commune, et lorsqu'il fut plus à son aise, il communiqua ses lumières au public dans différents ouvrages bien accueillis. Les principaux sont : I. Traité de Trigonométrie rectiligne et sphérique, 1741, in-4°; ouvrage exact et méthodique, que l'auteur dédia à l'académie des Sciences. II. Essais sur les probabilités de la durée de la vie humaine, 1746, in-4°. Ce livre intéressant, dont on propose une nouvelle édition, a été aussi bien reçu par les étrangers que par les François. III. Mémoires sur la possibilité d'amener à Paris les eaux de la rivière d'Yvette, réimprimés avec des additions en 1777, in-4°: projet digne d'un bon citoyen. De Parcieux l'étoit. Son cœur étoit aussi respectable que ses écrits étoient estimables. Il se livrait avec zèle à tout ce qui avoit rapport au bien public. Il ignoroit l'art de se faire valoir, et on pouvoit dire de lui ce qu'on avoit dit autrefois du P. Sebastien, qu'il étoit aussi simple que ses machines. Les fermiers généraux lui durent une presse très-avantageuse pour les fabriques de tabac. Cet académicien mourut, justement regretté, le 2 septembre 1768, à 65 ans, d'un rhumatisme goutteux.
PARDAILLAN, Voy. GONDIN.
PARDIES, (Ignace-Gaston) né à Pau en 1636, d'un conseiller au parlement de cette ville, se fit Jésuite à l'âge de 16 ans. Après avoir enseigné les humanités, il se consacra à l'étude des mathématiques et de la physique. Il fut depuis appelé à Paris pour professer la rhétorique au collège de Louis le Grand, et sa réputation qui l'y avoit précédé, le fit rechercher par tous les savans. Le Père Pardies mourut en 1673, à 57 ans, victime de son zèle, ayant gagné une maladie contagieuse à Bicêtre, où il avoit confessé et prêché pendant les fêtes de Pâques. Ses ouvrages sont écrits d'un style net, concis et assez pur, à quelques expressions provinciales près. On a de lui : I. Horologium Thaumanticum duplex, Paris, 1662, in-4.º II. Dissertatio de motu et naturâ Cometarum, à Bordeaux, 1665, in-8.º III. Discours du Mouvement local, Paris, 1670, in-12, et 1673. IV. Elémens de Géométrie, Paris, 1671, et plusieurs fois réimprimés depuis. On en a deux traductions latines : l'une de Joseph Serrurier, professeur en philosophie et en mathématiques à Utrecht, imprimée dans la même ville en 1711, in-12 : l'autre de Jean-André Schmidt, Iéne, 1685. V. Discours de la connoissance des Bêtes, Paris, 1672. On y trouve les raisons des Cartésiens proposées dans toute leur force, et réfutées très-faiblement. On s'aperçoit aisément que le P. Pardies se fût déclaré ouvertement pour Descartes, si la crainte de déplaire à ses supérieurs ne l'eût empêché de le faire. D'ailleurs il aimoit mieux passer pour l'inventeur de ses idées, que pour le propagateur de celles des autres. Il avoit l'art de donner à ses sentimens un air neuf et une tournure plausible. VI. La Statue ou la Science des Forces mouvantes, Paris, 1673. VII. Description et explication de deux Machines propres à faire des Cadrans avec une grande facilité, Paris, 1678. On en donna une troisième édition à Paris en 1689, in-12. VIII. Globi celestis in Tabula planâ redacti Descriptio, Paris, 1675, in-fol. Ces Cartes étoient les meilleures avant celles de Flamstéed; mais elles ne sont plus aujourd'hui d'aucun usage. Le P. Pardies est le premier qui ait cherché à déterminer la dérive d'un vaisseau par les lois de la mécanique. Son principe, adopte d'abord par le chevalier Renau, fut démontré faux par Huyghens. Ses principaux OUFAGES ont paru à Lyon en 1725, in-12.
PARÉ, (Ambroise) né à Laval dans le Maine, fut chirurgien de Henri II, de François II, de Charles IX et de Henri III. La cure d'une blessure du duc d'Aumale, qui avoit reçu en 1545 un coup de lance, dont le fer entroit par l'angle de l'œil droit et sortoit près de l'oreille, commença sa réputation. Comme il étoit Huguenot, il auroit été enveloppé dans l'affreux massacre de la Saint-Barthélemi, si Charles IX, qui tiroit lui-même avec une arquebuse sur ses sujets, n'eût enfermé Paré dans sa chambre, en disant : Qu'il n'étoit pas raisonnable qu'un qui pouvoit servir à tout un petit monde, fût ainsi massacré. C'est ce que rapporte Brantôme. Paré donna au public plusieurs Traités en fran- gois, qui parurent en 1561, avec des figures. Jacques Guillerneau les traduisit en latin, et les fit imprimer in-folio en 1561, à Paris. Cette collection a été plusieurs fois réimprimée; la meilleure édition est celle de 1614, Paris, in-folio. Paré fut le premier qui donna une description de la membrane commune des muscles. Il étoit cependant plus habile opérateur que profond anatomiste. Il mourut le 22 décembre 1590, dans un âge avancé, après avoir joui d'une considération méritée, soit comme chirurgien, soit comme citoyen.
PARELLI, Voyez LAPA-RELLI.
PARENNIN, Voyez PAR-RENNIN.
PARENT, (Antoine) né à Paris en 1666, d'un avocat au conseil, étudia la jurisprudence par devoir, et les mathématiques par inclination. Son droit fini, il s'enferma dans une chambre du collège de Beauvais, pour se dévouer à son étude chérie. Il vécut content dans cette retraite, avec de bons livres, et moins de 200 liv. de revenu. Quand il se sentit assez fort sur les mathématiques, il prit des écoliers pour pouvoir donner des legions de fortifications. Il fit deux campagnes avec le marquis d'Alègre, et s'instruisit à fond par la vue des places. De retour à Paris, il fut reçu à l'académie des Sciences. Il enrichit les Mémoires de cette compagnie d'un grand nombre de pièces. Cet estimable académicien mourut de la petite vérole le 20 septembre 1716, à 50 ans, avec la fermeté que donne la philosophie soutenue par la piété la plus tendre. Malgré une fortune très-médiocre, il faisoit beaucoup de charités; et quoiqu'il dût être avare de son temps, il le sacrifioit sans peine à ceux de ses écoliers qui souhaitoient de voir dans Paris les curiosités des sciences, sur-tout aux étrangers. Il avoit un grand fonds de bonté, sans en avoir l'agréable superficie. On ne faisoit pas de sentir son mérite à travers ses manières; mais on l'auroit senti encore mieux, s'il avoit su se plier à certains égards que demande la société. On a de lui: I. Des Recherches de Mathématiques et de Physique, en 3 vol. in-12, 1714. Cet ouvrage, dit Fontenelle, est plein de bonnes choses, et n'a pas eu cependant un fort grand cours. La prévention où l'on étoit sur le peu de clarté de l'auteur, le peu de faveur qu'il s'attiroit par sa liberté de critique; le peu d'ordre des matières ou l'ordre peu agréable, la forme incommode des volumes, tout contribua à diminuer le débit. II. Une Arithmétique Théorico-pratique, 1714, in-8. III. Eléments de Mécanique et de Physique, 1700, in-12. IV. Plusieurs Ouvrages manuscrits.
PARÈS ou PERÈS, (Jacques) théologien Espagnol, connu sous le nom de Jacques de Valence sa patrie, se fit religieux parmi les Hermites de Saint-Augustin, et devant évêque de Christophe. Son zèle et sa charité le rendirent l'objet de l'amour et du respect de ses ouailles, qui le perdirent en 1491. On a de lui: I. Des Commentaires sur les Pseumes, sur le Cantique des Cantiques, etc.
II. Un livre contre les Juifs, *De Christo reparatore generis humani*, Paris, 1518, in-fol.
PARESSE ou OISIVETÉ, (Myth.) Divinité allégorique fille du *Sommeil* et de la *Nuit*, métamorphosée en tortue, pour avoir prêté l'oreille aux paroles flatteuses de *Vulcain*. Le limagon et la tortue lui étoient consacrés. I. PAREUS, (David) né à Franckenstein dans la Silésie en 1548, fut mis d'abord en apprentissage chez un cordonnier; mais ses talens engagèrent son maître à le tirer de cet état pour le faire étudier. Son professeur, de Luthérien le rendit Calviniste et lui procura une place dans l'académie d'Heidelberg. Cette école étoit alors florissante: *Parus* y mérita par son application une chaire de théologie, la remplit avec succès, et mourut le 15 juin 1622, à 74 ans. La vie de ce savant ne fut guère tranquille; sans cesse aiguillonné par les épines de la controverse, il ne sut ni faire des heureux, ni l'être lui-même. On a de lui différens Traités contre *Bellarmis* et d'autres ouvrages de controverse, qui se trouvent dans le *Recueil de ses Œuvres*, publiées par son fils à Francfort, en 1647, en 4 vol. in-fol. Ce recueil renferme aussi des *Commentaires* sur l'Ancien et le Nouveau Testament. Son *Commentaire* sur l'Épître de St. Paul aux Romains fut brûlé en Angleterre par la main du bourreau, comme contenant des maximes contraires au droit des souverains.
II. PAREUS, (Jean-Philippe) fils du précédent, né en 1576, a été un des plus labo- P A R 295 rieux grammairiens de l'Allemagne. Il mourut vers l'an 1650, après avoir été recteur de divers collèges. Nous avons de lui *Lexicon Criticon*, à Nuremberg; ce n'est qu'un gros in-8°, mais qui lui coûta de grandes recherches. II. *Lexicon Plautinum*, 1614, in-8°. C'est un excellent Vocabulaire des *Comédies de Plaute*. Il mériteroit d'être réimprimé dans quelque nouvelle édition de ce comique latin. III. *Electa Plautina*, 1617, in-8°. Il s'étoit élevé entre *Parus* et *Gruter* une querelle furieuse à l'occasion de *Plaute*. On en voit des traces dans ce livre, assainonné de toutes les élégantes saillies des crocheteurs. IV. Une nouvelle *Edition de Plaute*, en 1619, avec de savantes remarques. V. *Electa Symmachiana*, in-8°. VI. *Galligraphia Romana*, in-8°. VII. Des *Commentaires* sur l'Écriture-Sainte, et d'autres ouvrages.
III. PAREUS, (Daniel) fils du précédent, marcha sur les traces de son père; il fut tué par des voleurs de grand chemin, vers l'an 1645. *Vossius* en faisoit beaucoup de cas. On a de lui un grand in-4°, intitulé *Mellificum Atticum*: c'est un recueil de lieux communs tirés des auteurs Grecs. II. *Historia Palatina*, Francfort, 1717, in-4°: c'est un assez bon abrégé. III. *Medulla Historiae Ecclesiasticae*. IV. *Medulla Historiae universalis*, in-12. V. Un *Lexicon*, avec des notes sur *Lucrèce*, in-8°.
PARFAIT, (François le) né à Paris en 1698, d'une famille ancienne et distinguée, fit paroître de bonne heure du goût pour le théâtre. Il fréquenta les acteurs et les auteurs dramatiques jus- qu'à sa mort arrivée en 1758, à 55 ans. Ce savant joignoit à son mérite littéraire un carac- tère doux et sociable. Simple dans ses manières, enjoué dans son humeur, il étoit très-agréa- ble en conversation. Ses liaisons et ses lectures lui avaient rempli l'esprit d'une infinité d'anecdotes littéraires, qu'il faisoit valoir par sa façon de les raconter. On a de lui: I. L'Histoire générale du Théâtre François, depuis son origine jusqu'à présent, en quinze vol. in-12. Il fut aidé dans cet ouvrage savant, mais écrit avec trop peu de correction, par Claude le PARFAIT, son frère, mort en 1777. II. Mémoires pour servir à l'Histoire du Théâtre de la Foire, deux vol. in-12, avec son frère. III. Histoire de l'au- cica Théâtre Italien, 1753, in- douze. IV. Histoire de l'Opéra, manuscrite. V. Dictionnaire des Théâtres, sept vol. in-12: com- pilation mal digérée et fort en- nuyeuse. VI. Atrée, Tragédie; et Panurge, Ballet. Ces deux pièces n'ont point été représen- tées, et ne méritent guère de l'être, à ce que nous ont assuré des gens de goût. Il travailla avec Marivaux aux deux comé- dies du Dénouement imprévu et de la Fausse Suivante.
PARIGI, (Jules) architecte Florentin, mort en 1590, bâtit la maison de plaisance appelée Poggio imperiale et le palais Manetti; Alfhouse son fils mit sur ses aplombs le second étage du palais Pitti qui surplomboit de plus de huit pouces du côté de la place, et éleva divers édi- fices. Il mourut en 1656, du chagrin des traverses que l'envie lui suscita. I. PARIS ou ALEXANDRE, (Mythol.) fils de Priam et d'Hé- cule. Sa mère étant enceinte de lui, eut un songe où elle croyoit porter dans son sein un flambeau. Effrayée, elle alla consulter l'O- racle qui répondit « que cet enfant seroit un jour cause de la ruine de sa patrie. » Priam, pour éviter ce malheur, ordonna à Archélaüs, un de ses officiers, de faire mourir l'enfant aussitôt qu'il seroit né; mais Archélaüs, touché de compassion à la vue de cette tendre victime, le donna à des Bergers du Mont-Ida pour l'élever, et montra à Priam un autre enfant mort. Quoique Paris fut élevé parmi des bergers, ce jeune prince s'occupoit à des choses bien au-dessus de cette condition. Sa valeur lui fit donner le nom d'Alexandre, et sa beauté lui mérita le cœur et la main d'Enone nymphe du Mont-Ida. Jupiter le choisit pour terminer le différend entre Junon, Pallas et Vénus, touchant la pomme que la Discorde avoit jetée sur la table dans le festin des Dieux aux noces de Thétis et de Pélée. Paris devant qui ces trois Dées- ses parurent, donna la pomme à Vénus, dont il mérita la pro- tection par ce jugement; mais il s'attira la haine de Junon et de Pénas. Paris étoit aussi un des fameux Athlètes de son temps. Il se signaloit dans tous les jeux et les combats qui se donnoient à Troye, et y remportoit la vic- toire sur tous ses concurrens, même sur Hector, qui piqué d'être vaincu par un berger, tira son épée pour le percer, lorsque Paris lui fit connoître, par des bijoux de son enfance, qu'il étoit son frère. Il fut en même temps reconnu par Priam qui le réta- blit dans son rang. Peu de temps après ayant été envoyé en ambassade en Grèce pour ramener sa tante *Hésione* que *Telamon* y avoit emmenée du temps de *Laomédon*, il arriva à Sparte chez le roi *Ménelas*, où il vit la belle *Helène*, (*Voy. HÉLÈNE*) et conçut pour elle une passion si forte, qu'il l'enleva en l'absence de son mari. Celui-ci de retour envoya promptement des ambassadeurs au roi *Priam* pour lui demander sa femme. Celui-ci l'ayant refusée avec fierté, tous les princes Grecs indignés de ce procédé se liguèrent, et vinrent mettre le siège devant Troye. La brave résistance des Troyens le fit durer dix ans, après lesquels la ville fut prise et réduite en cendres. *Pâris* qui avoit vu ses frères et tous les princes de Troye tomber sous les coups d'*Achille*, vengea leur mort en décochant une flèche empoisonnée à ce héros dans le temple d'*Apollon*, où il s'étoit rendu pour épouser *Polyxène* fille de *Priam*, sa sœur. Il fut tué lui-même peu après par *Pyrrhus* fils d'*Achille*, ou selon d'autres, par *Philoctète* ami de ce héros. Lorsqu'il fut blessé, il se fit porter sur le Mont-Ida, auprès d'*Œnone* pour s'en faire guérir : car elle avoit une connoissance parfaite de la médecine : mais *Œnone*, indignée contre lui de ce qu'il l'avoit abandonnée, le reçut mal, et le laissa mourir. *Voyez ŒNONE*.
II. PARIS, (Matthieu) Bénédicte Anglois au monastère de Saint-Alban, mort en 1259, possédoit à la fois l'art de la poésie, celui de l'éloquence, la peinture, l'architecture, les mathématiques, l'histoire et la théologie. Il fit paroître tant de régularité, qu'on le chargea de réformer les monastères. Il s'en acquitta avec zèle et avec succès. Son principal ouvrage est, *Historia major sive rerum anglicarum Historia à Guillelmi conquestoris adventu* (1066) ad annum 43 *Henri III* (1259) edita studio *Matthæi Parnes*, Londres, 1571, in-folio, avec des additions, par *Guillaume Wats*, Londres, 1640, deux vol. in-folio. Il y a un Appendice qui commence en 1260, et finit en 1273. Il est de *Guillaume de Bishanger*, moine de Saint-Alban et historiographe du roi *Edouard*. *Guillaume Cave* assure que *Matthieu Pâris* a copié de la Chronique de *Roger de Vendover*, ce qu'il rapporte jusqu'à l'année 1235. Le style en est pesant et lourd : l'auteur écrit avec beaucoup de sincérité le bien et le mal, à moins qu'il ne prenne parti dans une affaire : *C'est alors*, dit un critique, le moins croyable de tous les historiens. *Matthieu* avoit fait un abrégé de cet ouvrage, qu'il intitula *Historia minor*, par opposition à sa grande Histoire, qu'il appeloit *Historia major*.
III. PARIS, (François) né à Châtillon près de Paris, d'une famille pauvre, fut domestique de l'abbé *Varet*, grand vicaire de Sens, qui le fit élever au sacerdoce. Il desservit la cure de Saint-Lombert, travailla ensuite dans une autre, et vint se fixer à Paris, où il mourut fort âgé en 1718, sous-vicaire de Saint-Étienne-du-Mont. On a de lui divers ouvrages de piété : les principaux sont : I. *Les Picaumes en forme de Prières*, in-12. II. *Prières tirées de l'Écriture*— 298 PAR Sainte, paraphrasées, in-12. III. Un Martyrologe ou Idée de la Vie des Saints, in-8. IV. Traité de l'usage des Sacremens de Pénitence et de l'Eucharistie, imprimé en 1673, par ordre de Gondria archevêque de Sens. V. Règles Chrétiennes pour la conduite de la vie, etc., in-12. VI. Quelques Écrits pour prouver contre Bocquillot, que les auteurs peuvent légitimement retirer quelque profit honnête des ouvrages qu'ils font imprimer sur la Théologie et la Morale. L'abbé Bocquillot, plus sévère que raisonnable, soutenait le contraire, et agissait d'après ses principes.
IV. PARIS, (François) fameux diacre de Paris, étoit fils aîné d'un conseiller au parlement. Il devoit naturellement succéder à sa charge; mais il aima mieux embrasser l'état ecclesiastique. Après la mort de son père, il abandonna tous ses biens à son frère. Il fit pendant quelque temps des catéchismes à la paroisse de Saint-Côme, se chargea de la conduite des clercs et leur fit des conférences. Le cardinal de Noailles, à la cause duquel il étoit attaché, voulut le faire nommer curé de cette paroisse; mais un obstacle impiévu rompit ses mesures. L'abbé Paris se consacra alors entièrement à la retraite. Après avoir essayé de diverses solitudes, il se confina dans une maison du faubourg Saint-Marcel. Il s'y livra sans réserve à la prière, aux pratiques les plus rigoureuses de la pénitence, et au travail des mains. Il faisait des bas au métier pour les pauvres, qu'il regardoit comme ses frères. Il mourut dans cet asile le 1er mai 1727, à 37 ans. L'abbé Paris avoit adhéré à l'appel de la Bulle Unigenitus, interjeté par les IV Evêques, et avoit renouvelé son appel en 1720. Ainsi il a dû être peint diversement par les partis opposés. Avant que de faire des bas, il avoit enfanté des livres assez médiocres. On a de lui des Explicationns sur l'Épître de St. Paul aux Romains, sur celle aux Galates et une Analyse de l'Épître aux Hébreux, que peu de personnes lisent. Son frère lui ayant fait ériger un tombeau dans le petit cimetière de Saint-Médard, les pauvres que le pieux diacre avoit secourus, quelques riches qu'il avoit édifiés, plusieurs femmes qu'il avoit instruites, allèrent y faire leurs prières. On lui attribua des guérisons qui parurent merveilleuses; il y eut des convulsions, qu'on trouva dangereuses et ridicules. La cour fut enfin obligée de faire cesser ce spectacle, en ordonnant la clôture du cimetière le 27 janvier 1732. Alors les mêmes enthousiastes allèrent faire leurs convulsions dans les maisons. (Voyez MONTGERON.) On a différentes Vies imprimées de ce diacre, dont on n'auroit peut-être jamais parlé, si on n'avoit voulu en faire un Thaumaturge. V. PARIS, (Claude) célèbre opticien, né à Chaillot près de Paris en 1703, mort dans cette dernière ville en 1763, tenta de faire des télescopes de réflexion, après avoir vu celui de Skarlett, en 1733, et il réussit. Son premier télescope ne fut que de seize pouces; mais il les porta ensuite jusqu'à huit, et il ne cessa de perfectionner cet instrument. Son fils a suivi ses traces.
VI. PARIS, comédien affran- ehi de *Domitia*, concubine de *Néron*, qui amusoit ce prince pendant ses repas. Ce fut lui qui par son crédit auprès de *L- mitia*, fit envoyer le poète *Ju- venal* commander une cohorte en Égypte, parce qu'il lui avoit déplu.
VII. PARIS-DUVERNEI, (N.) l'un des quatre frères *Pâris*, dont le père tenoit une auberge en Dauphiné au pied des Alpes, rendit des services à l'armée d'I- talie commandée par le duc de *Vendôme*. Ce prince l'employa, en 1710, dans les vivres. Sa for- tune fut rapide, ainsi que celle de ses frères. Sous la régence, ils influoient déjà assez dans les finances, pour devenir suspects au charlatan *Law*, dont ils n'ap- prouvoient pas les opérations dé- sastreuses. Il les fit exiler; mais après la disgrace de cet homme dangereux et singulier, l'usage qu'on pouvoit faire de leur ac- tivité et de leur intelligence, les fit rappeler. *Pâris-Duvernei* joua un grand rôle sous le ministère du duc de *Bourbon*, par la protection de la marquise de *Prie* maîtresse de ce prince. Ce fut lui qui conseilla le renvoi indécent de l'infante d'Espagne, destinée à *Louis XV*. «D'abord garçon cabaretier, puis soldat aux Gardes, ensuite plongé dans les opérations financières, dit *Voltaire*, il retint toute sa vie un peu de la dureté de ces trois professions, et ne connoissoit guères les bienséances.» D'autres conseils non moins dangereux, des impôts nouveaux, des taxes odi- uses soulevèrent la nation contre le ministère du duc de *Bourbon*. Il fut renvoyé, et sa disgrace en 1725, entraîna celle de *Duvernei* qui fut enfermé à la Bastille. En 1730, il reprit faveur, et fut utile au ministre des finances d'alors. Son frère, *Pâris de Montmartel*, devint garde du trésor royal, ensuite banquier de la cour, et en cette qualité influant sur toutes les fi- nances du royaume. *Duvernei* jouit d'une grande faveur, lorsque la marquise de *Pompadour* gou- verna *Louis XV*; et il donna l'idée et le plan de l'*Ecole Mi- litaire*. Il mourut en 1760... jouis- sant d'une grande considération, parce qu'indépendamment de ses vues administratives et de son crédit à la cour, il s'étoit signalé par quelques traits de généro- sité, qui doivent peu coûter à un homme opulent, mais qu'on remarque davantage, à cause de son opulence même. *Voltaire*, en parlant des ouvrages de *Melon* et *du Tot*, sur les monnoies et le commerce, dit que les livres de ces écrivains devoient en pro- duire un autre par M. *Duver- nei*, lequel vaudroit probablement beaucoup mieux que les deux au- tres, parce qu'il seroit fait, ajoute-t-il, par un homme d'état. Nous ne savons pas que cette production ait vu le jour.
PARIS, *Voyez ALEXANDRE*, n.º XXVI. — XII. JOSEPH de... — JEAN, n.º LXXIX et YVES.
PARISATIS, *Voyez PARY- SATIS*.
PARISEAU, (N.) né à Paris, se consacra à l'art dramatique, et donna aux divers théâtres de la capitale plusieurs petites pièces qui y eurent du succès. I. Le *Prix Académique*, comédie en un acte, 1780. II. La *Veuve* de l'ancale, parodie de la Veuve du Malabar, 1780. III. Richard, parodie de Richard III, 1781. IV. La Soirée d'été, opéra comique joué aux Italiens en 1782. V. Les Étrennes et le Bouquet, comédie en un acte, dont le sujet est tiré d'un conte d'Imiert. VI. Le Rendez-vous ou les Deux Rubans, opéra en un acte, 1784. Une singularité de cette pièce, c'est que les airs en furent faits avant les paroles; l'auteur de la musique l'ayant fait entendre sur des syllabes sans ordre ni suite, Pariseau eut la patience de les remplir. VII. Julien et Colette, comédie en un acte, 1788. VIII. L'auteur fut redacteur d'un journal agréable qui parut au commencement de la révolution sous le titre de la Feuille du jour. Il est mort victime de la tyrannie révolutionnaire.
PARISIÈRE, (Jean-César Rousseau de la) né en 1667 à Poitiers, d'une des plus anciennes familles du Poitou, évêque de Nîmes, mourut dans cette ville en 1736 à 69 ans. On publia, en 1740, le recueil de ses Harangues, Panégyriques, Sermons de morale et Mandemens, en deux vol. in-12. La modestie, ou l'amour propre éclairé de ce prélat, le porta à brûler presque toutes les productions qu'il avait composées dans un âge moins mûr. Les pièces qui composent les deux vol. dont nous avons parlé, échappèrent à ses perquisitions. La Fable allégorique sur le Bonheur et l'Imagination, qu'on trouve dans le recueil des Ouvrages de Mlle Bernard, est de ce prélat: elle est ingénieuse. Cet auteur a employé dans sa prose un style serré et concis, qui nuit quelquefois à la clarté de ses pensées. Quelques-unes de ses pièces offrent néanmoins de temps en temps des traits de la plus grande force. Les belles-lettres avoient occupé la Parisière dans sa jeunesse, et elles adoucirent les maux dont il fut affligé sur la fin de ses jours. Le prélat étoit plus estimable en lui que l'orateur. Toutes ses ouailles lui étoient également chères. Les Calvinistes eurent à se louer de sa modération. Il appuyoit la morale qu'il prêchoit, par l'exemple d'une régularité vraiment épiscopale. I. PARISOT, (Jean-Patrocle) auteur impie de la fin du XVIIe siècle, est connu par un mauvais ouvrage rempli d'impiétés; il parut sous ce titre: La Foi dévoilée par la Raison, Paris, 1681, in-8.º La religion et ses mystères, Dieu et sa nature y sont également attaqués. Il fut supprimé dès sa naissance. Ce livre, mauvais en tout sens, n'est recherché que par ceux qui trouvent bon tout ce qui est licencieux.
II. PARISOT, (Gilbert) chirurgien renommé de Lyon, joignit à une grande pratique de son art le goût de la littérature. Il mourut en 1721.
PARISOT, Voyez NORBERT (le Père). — VALETTE. I. PARKEL, (Matthieu) né à Norwich en 1504, mort le 17 mai 1575, à 71 ans, fut élevé à Cambridge au collège de Bennet. Il devint ensuite doyen de l'Église de Lincoln, puis archevêque de Cantorbery en 1559. Quelques écrivains Catholiques ont dit que Parker fut ordonné dans un cabaret, et les théologiens Anglois mettent avec raison un pareil récit au nombre des fables; mais ils ne peuvent nier que sous Elizabeth, les Catholiques Anglois refusèrent de reconnoître Parker pour évêque aussi-bien que ceux qu'il avoit consacrés. Sanderus, Stapleton, Harding en fournissent des preuves authentiques, et le Père le Courrayee l'avoue lui-même. On a de lui: I. Un Traité De antiquitate Britannicae Ecclesiæ, infolio, dans lequel il donne l'Histoire de soixante et dix archévêques. Jean Stype publia en 1711, en un vol. in-folio, la Vie de ce célèbre prélat. Mais cette antique Eglise Britannique, dont il fait l'histoire, n'est pas celle dont il étoit prélat: elle ne datoit tout au plus que du règne de Henri VIII. II. Une édition de l'Historia major de Matthieu Pâris, Londres, 1571, in-fol. III. — de la Chronique de Matthieu de Westminster, Londres, 1570, in-folio.
II. PARKER, (Samuel) né à Northampton en 1640, d'une famille noble, fut élevé au collège de Vadham à Oxford, puis à celui de la Trinité. Son mérite le fit nommer archidiacre de Cantorbery, puis évêque d'Oxford en 1686. Ce prélat mourut au mois de mars 1688, à 43 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en latin et en anglois, sur des matières de controverse et de théologie. Les travaux de l'épiscopat et du cabinet l'épuisèrent. Ses productions n'ont pas passé la mer. Les principales sont: I. Tentamina Physico-Theologica. II. Disputationes de Deo et Providentia, Londres, 1678, in-4.º III. Démonstration de l'autorité divine de la Loi naturelle et de la Religion Chrétienne, en anglois, ainsi que les suivans. IV. Discours sur le Gouvernement Ecclésiastique. V. Discours apologétique pour l'Évêque Bramhall, etc. VI. De rebus sui temporis commentaria, Londres, 1726, in-8.º
III. PARKER, (Richard) chef de l'insurrection qui éclata en 1797 sur l'escadre de l'amiral Anglois Bridport, étoit né à Excester et avoit fait avec distinction la guerre d'Amérique. Embarqué à bord du Sandwich, il acquit la confiance des matelots par ses propos séditieux, et la révolte qu'il avoit suscitee ayant bientôt éclaté, il fut nommé un instant amiral général de la flotte. La plupart des insurgés étant bientôt rentrés dans le devoir, Parker se livra lui-même et demanda à être jugé. Il répondit avec noblesse et fermeté devant le tribunal qui le condamna à mort. Il reçut son arrêt avec le plus grand respect pour ses juges et en sollicitant la grace des autres matelots. Il fut exécuté le 30 juin 1797, à bord du Sandwich, près de Scheerness, et son corps fut ensuite exposé sur l'isle de Cheppi, vis-à-vis la rade du Nord.
PARKINSON, (Jean) célèbre botaniste Anglois, florissoit dans le 17e siècle. On a de lui un ouvrage aussi estimé que recherché, sous ce titre: Theatrum Botanicum sive Herbarium amplissimum, anglicè descriptum, à Londres, 1640, 2 vol. in-fol. Ce livre est rare en France, et n'est pas commun en Angleterre, non plus que sa Collection de 302 PAR Fleurs, qu'il publia sous ce titre : Paradisi in sole Paradisus terrestris, Londres 1629, in-folio, avec des augmentations et des corrections, 1656, in-fol. Ces ouvrages dont les titres sont en latin, sont écrits en anglois.
PARME, (Ducs de); Voyez I. FARNÈSE. — XVI. ALEXANDRE... V. PAUL. — XXVI. PHILIPPE.
PARMENIDES D'ÉLÉE, philosophe Grec, vivoit vers l'an 436 avant J. C. Il étoit disciple de Xenophane, et adopta toutes les idées de son maître. Il n'admettoit que deux élémens, le Feu et la Terre, et soutenoit que la première génération des hommes est venue du Soleil. Il disoit aussi qu'il y a deux sortes de philosophie : l'une fondée sur la raison, et l'autre sur l'opinion. Il avoit mis son système en vers. Il ne nous reste que des fragmens de cet ouvrage. Il a moins servi à le faire connoître, que sa doctrine touchant les idées qui nous a été transmise par Platon, dans le dialogue intitulé Parmenide. Voici un précis de cette doctrine. « 1.º Les idées ont une existence réelle et indépendante de notre volonté. 2.º Elles subsistent en deux manières, et dans nous et hors de nous. D'un côté ce ne sont que de simples notions, des appréhensions de notre entendement. De l'autre, ce sont des formes immortelles, des natures invariables, qui donnent le nom et l'essence aux choses. 3.º Dans chaque idée se rencontrent l'unité et la pluralité. L'unité est l'idée originale ou primitive ; les êtres particuliers qu'elle représente font la pluralité. 4.º Les idées sont quelque chose d'invisible; mais elles se terminent à des objets réels, semblables l'un à l'autre et en proportion de qualités et de rapports. 5.º La première de toutes les idées est le beau et le bon, c'est-à-dire Dieu même. Toutes les autres en dérivent ; toutes les autres en tirent leur efficacité. 6.º Nos perceptions ne sont point des êtres distingués de nous-mêmes, mais de simples images qui nous représentent les êtres qui sont hors de nous. 7.º Nous ne sommes pas les maîtres de créer nos idées, de les tirer de notre propre fonds. 8.º Dieu gouverne toutes choses ; son entendement est la source du vrai, l'origine de ce qui existe ; parce que lui seul est absolument immuable, lui seul ne peut changer. Par conséquent Dieu renferme toutes les idées ; elles sont à lui, quoiqu'elles ne soient pas à son choix ni à son caprice. Quant aux hommes, il ne leur accorde précisément que ce qu'il leur en faut pour se conduire pendant les courtes bornes de cette vie. »
PARMÉNION, général des armées d'Alexandre le Grand, ent beaucoup de part à la confiance et aux exploits de ce conquérant. Darius roi de Perse, ayant offert à Alexandre de lui abandonner tout le pays d'au-delà de l'Euphrate, avec sa fille Stotira en mariage, et 10,000 talens d'or pour avoir la paix. Parménion lui conseilla d'accepter des offres si avantageuses. On sait la réponse d'Alexandre. (Voyez son article.) Le zèle et la fidélité inviolable avec laquelle cet illustre capitaine avoit servi son prince, furent mal payés par ce héros, qui, sur un simple soupçon assez léger, fit massacrer le fils, et ensuite le père, âgé pour lors de 70 ans. L'Histoire nous le peint comme un homme qui avoit les vertus que donnent les exercices militaires, la force, la constance et l'intrépidité; et celles qui naissent de la paix, la douceur, la générosité, l'humanité. Il avoit remporté plusieurs victoires sans Alexandre; mais Alexandre n'avoit jamais vaincu sans Parménion. Il étoit aimé des grands, ce qui fait l'éloge de sa conduite et de sa prudence; il étoit encore plus chéri des soldats, dont l'estime ne s'acquiert que par des vertus et de grandes qualités.
PARMENTIER, (Jean) marchand de la ville de Dieppe, né en 1494, se fit un nom par son goût pour les sciences et par ses voyages. Il mourut en 1530, à trente-six ans, dans l'isle de Sumatra. Voici ce que Pierre Crignon son intime ami, nous en dit: « Dès l'an 1522, il s'étoit appliqué à la pratique de la cosmographie sur les grosses et lourdes fluctuations de la mer. Il y devint très-profond, ainsi que dans la science de l'Astrologie... Il a composé plusieurs Mappemondes en globe et en plat, d'après lesquelles on a navigué sûrement. C'étoit un homme digne d'être estimé de tous les savans, et capable s'il eût vécu, de faire honneur à son pays par ses hautes entreprises. Il est le premier pilote qui ait conduit des vaisseaux au Brésil, et le premier François qui ait découvert les Indes jusqu'à l'isle de Samothra ou Sumatra, nommée Trapobane par les anciens cosmographes; il comptoit même aller jusqu'aux Mohiques, et m'avoit dit plusieurs fois qu'il P A R 303 étoit déterminé quand il seroit de retour en France, d'aller chercher un passage au Nord et découvrir par-la jusqu'au Sud. On a de Jean Parmentier diverses Poésies, entr'autres une pièce intitulée: Moralité à dix personnages à l'honneur de l'Assomption de la Vierge Mante. Le recueil de ses vers, imprimé en 1531, vol. in-4°, porte ce titre: Description des dignités du Monde.
PARMESAN, (Le) Voyez MAZZUOLI.
PARNASSUS, (Mythol.) fils de Neptune et de Cléodore, habitoit les environs du Mont-Parnasse, auquel il donna son nom. On lui attribue l'invention de l'art des Augures.
PARNELL, (Thomas) poète Anglois, né à Dublin en 1679, fut vicaire de l'église de cette ville. S'étant rendu à Londres, il prêcha en faveur du parti de la cour, espérant de parvenir à un bon bénéfice. Mais la mort de la reine Anne dissipa ses espérances ambitieuses. Il jouit de l'amitié et de l'estime de Pope, de Swift, de Gay, des comtes de Bolymbroche et d'Oxford. Swift l'ayant mené un jour à l'audience de ce dernier, au lieu de présenter le poète au ministre, il alla prendre le comte et le mena chercher Parnell à travers la foule des courtisans. Swift s'applaudit d'avoir soutenu ainsi l'honneur des talens, persuadé, disoit-il, que le génie est supérieur au rang et à la dignité. Parnell est auteur de quelques pièces de poésie dont la plus remarquable est: Hésiode ou la Naissance de la femme; et la plus connue en France est l'Her- 304 PAR mire, dont *Veltaire* a profité dans son Roman de *Zadig*. On a encore de lui, une *Vie de Zoile* et cinq visions dans le *Spectateur* ou dans le *Gardien*. Il n'a dans ses ouvrages en prose que le mérite de l'imagination. Il composa pour *Pope* la *Vie d'Homère*, qui se trouve à la tête de sa traduction de l'*Illade*; mais le traducteur d'*Homère* fut obligé d'en retravailler le style; et cette refonte, disoit-il, lui fut aussi pénible que l'ouvrage l'avoit été à *Parnell*. *Feutri* et *Berquin* ont imité dans deux Romances, son conte de l'*Hermite*. Cel auteur mourut à Chester en juillet 1717, à 38 ans. *Cazia* a imprimé ses ouvrages poétiques à Paris, en 2 vol. in-12.
PARONCI, (César) est auteur de quelques traductions d'ouvrages François en italien et eutrautres du traité de *Vénere* de *du Fouilloux*, imprimé à Milan en 1615, in-8° avec figures.
PARQUES, (Mythol.) filles de l'*Enfer* et de la *Nuit*, étoient trois: *Clothon*, *Lachésis* et *Atropos*. La vie des hommes, dont ces trois sœurs filoient la trame, étoit entre leurs mains: *Clothon* garnissoit et tenoit la quenouille, *Lachésis* tournoit le fuseau, et *Atropos* coupoit le fil avec des ciseaux. Ainsi la 1re présidoit à la naissance, la 2e au cours de la vie, et la dernière à la mort. Elles employoient de la laine blanche, mêlée d'or et de soie, pour composer les jours longs et heureux; et de la laine noire et sans consistance, pour les jours dévoués au malheur ou de peu de durée. Quelques anciens leur donnent une autre origine, d'autres fonctions et d'autres noms. Ils les appellent *Vesta*, *Minerve*, *Martin* ou *Marté*, ou bien *Nona*, *Decim* et *Marta*. *Voyez* MÉLÉAGRE. I. PARR, (Catherine) fut la sixième femme de *Henri VIII* roi d'Angleterre. Ce prince ayant fait mourir *Catherine Howard*, qu'il n'avoit pas, disoit-il, trouvée vierge, se maria vers l'an 1542, à *Catherine Parr*, veuve du baron *Luther* et sœur du comte de *Northampton*. La nouvelle reine avoit du penchant pour le Luthéranisme. *Henri VIII*, destructeur de la religion Catholique, et cependant ennemi de *Luther* et de *Calvin*, fut sur le point de l'immoler à son zèle dogmatique. « Ce prince, dit l'abbé *Millot*, surchargé d'embonpoint, incommodé d'un ulcère à la jambe, menacé d'une maladie mortelle, trouvoit dans la complaisance et dans les soins empressés de son épouse, le soulagement de ses maux. Malheureusement elle ne pensoit pas en tout comme lui. Il parloit sans cesse théologie, pour avoir le plaisir de dogmatiser. Dans la chaleur d'une conversation, la reine laissa trop appercevoir ses sentimens. Le soupçon d'hérésie effaroucha le cruel monarque. L'évêque *Gardiner* et le chancelier envenimèrent la plaie. On dressa aussitôt une accusation contre *Catherine*. *Henri* la signa. Cette princesse alloit périr sur un échafeau, peut-être dans les flammes, si le papier fatal n'étoit tombé de la poche du chancelier, et n'avoit été ramassé par un des partisans de la reine, qui le lui porta. Avertie du danger, sans perdre courage, elle fait sa visite au du roi, déjà un peu plus tranquille. La conversation tombe encore sur la théologie. Catherine s'excuse adroitement d'entrer en matière. Elle dit qu'une femme doit suivre les principes de son époux, sur tout quand il est comme lui, distingué par ses lumières et par une profonde science; que si quelquefois elle s'est avisée de discourir sur ces objets trop au-dessus de sa portée, c'étoit parce qu'il y trouvoit de l'amusement; qu'elle avoit même pris la liberté de le contredire, afin d'animer la conversation et d'acquérir des connoissances, en lui procurant le plaisir de la réfuter. Oh ! s'écrie HENRI, vous voilà devenue un Docteur. Vous êtes plus propre à donner des leçons qu'à en recevoir; mon cœur, nous sommes toujours bons amis. Il l'embrasse tendrement et lui jure un attachement inviolable. » Heari mourut en 1546, peu de temps après cette conversation. Catherine ne resta que 34 jours veuve du roi, et elle se remaria à Thomas de Seymour, amiral d'Angleterre, qui la garda peu de temps: car elle mourut le 7 septembre 1547. On soupçonna, peut-être témérairement, que son mari, qui aimoit la princesse Elizabeth qu'il se flattoit d'épouser, avoit avancé cette mort.
II. PARR, (Guillaume) gentilhomme Gallois, fut puni en 1584 du dernier supplice, pour avoir conspiré contre la reine Elizabeth. Ce fanatique vouloit, par sa mort, mettre Marie Stuart reine d'Écosse, sur le trône d'Angleterre, pour rétablir dans cette isle la religion Catholique.
III. PARR, (Thomas) centenaire célèbre, né dans la province P A R 305 de Shropshire en Angleterre, mort à Londres en 1635, à 152 ans 9 mois, étoit un pauvre paysan, qui ne vécut presque toute sa vie que de vieux fromage, de lait, de pain et de petite bière. A 120 ans il épousa une veuve. Cet homme extraordinaire fut capable, jusqu'à sa 130e année, de tous les travaux d'un laboureur, et même des plus pénibles. Le comte d'Arondel l'ayant retiré chez lui, le changement d'air, les nouveaux mets, l'abondance des vins hâtèrent sa mort, et l'intempérance abrégea une vie que la sobriété avoit prolongée au-delà des bornes ordinaires.
PARREIN, Voy. COUTURES.
PARRENNIN, (Dominique) Jésuite de la province de Lyon, fut envoyé à la Chine en 1698. L'empereur Cam-Hi le goûta et l'estima; il avoit souvent des entretiens avec lui; ce fut pour ce prince que le P. Parrennin traduisit en langue Tartare ce qu'il y avoit de plus nouveau en géométrie, astronomie et anatomie, etc. dans les ouvrages de l'académie des Sciences et dans les auteurs modernes. Il suivoit toujours le monarque Chinois dans ses voyages de Tartarie, et il a été le médiateur dans les contestations survenues entre les cours de Pékin et de Moskow. C'est à lui qu'on est redevable des Cartes de l'empire de la Chine. Il mourut le 27 septembre 1741, dans un âge avancé. L'empereur voulut faire les frais de ses funérailles, et les grands de l'empire y assistèrent. Le Père Parrennin étoit en correspondance avec M. de Mairan, et leurs Lettres respectives ont été imprimées en 1759. 306 PAR in-12; elles font honneur à l'un et à l'autre. Voy. DIONIS. I. PARRHASIUS, ou PARRASIUS, (Mythol.) fils de Mars et de Philonomie, Nympho de Diane, fut nourri par une louvée avec son frère Lycaste, dans une forêt où leur mère les avoit abandonnés aussitôt après leur naissance.
II. PARRHASIUS, peintre, natif d'Ephèse, contemporain et rival de Zeuxis, vivait vers l'an 420 avant J. C. Ce fameux artiste réussissait particulièrement dans la partie qu'on appelle le Dessin. Ce fut le premier qui peignit bien les cheveux, et qui donna à ses figures la symétrie ou la juste proportion qu'elles devoient conserver entr'elles. On remarquoit encore dans ses ouvrages beaucoup de génie et d'invention. Il avoit étudié, sous Societe, les expressions qui caractérisent ordinairement les grandes passions; il rendoit, dans toute leur force, les mouvemens impétueux de l'ame. Ses figures étoient à la fois correctes et élégantes, ses touches savantes et spirituelles; enfin, son pinceau embellissoit la nature sans l'altérer. Le tableau allégorique que ce peintre fit du Peuple d'Athènes, lui acquit une grande réputation. Cette nation bizarre, tantôt fière et hautaine, tantôt timide et rampante, et qui, à l'injustice et à l'inconstance allioit l'humanité et la clémence, étoit représentée avec tous les traits distinctifs de son caractère. On sait qu'après avoir peint un rideau, il trompa Zeuxis lui-même. Les artistes d'un mérite supérieur ne sont pas souvent assez en garde contre la vanité. Parrasius avoit conçu une si haute idée de lui-même, qu'il se prodignoit les louanges les plus fortes; il étoit méprisant et magnifique dans tout ce qui environnoit sa personne. Il étoit ordinairement vêtu de pourpre, avec une couronne sur la tête, se regardant comme le Roi de la Peinture. Il avoit une canne fort riche; les attaches de ses souliers étoient d'or, et ses brodequins superbes. Avec tout ce fuste et cette vanité, il ne laissoit pas de se donner pour un homme vertueux. Voy. TIMANTHE et ZEUXIS. I. PARROCEL, (Joseph) peintre et graveur, né en 1648, à Brignoles en Provence, mourut à Paris en 1704, à 56 ans. Il perdit son père dans son enfance, et n'hérita que de ses talens pour son art. Un de ses frères fut son premier maître. Il le quitta pour se perfectionner à Paris et en Italie. Il rencontra à Rome le Bourguignon, fameux peintre de batailles, et se mit sous sa discipline. Il passa ensuite à Venise, où il étudia le coloris des savans maîtres qui ont embelli cette ville. La réputation que ses ouvrages lui firent, l'avoit déterminé à se fixer dans ce pays; mais ses envieux ayant tenté de le faire assassiner, il changea de résolution, revint en France, et se maria à Paris. On le reçut avec distinction à l'académie de Peinture, et il fut nommé conseiller. Ce célèbre artiste a peint avec succès le portrait, des sujets d'histoire et de caprice; mais il a excellé à représenter des batailles, faisant tout de génie, sans avoir jamais été dans des camps ni servi des armées. Cependant il a mis dans ses tableaux de batailles, un mouvement et un fraçus prodigieux. Il a peint avec la dernière vérité, la fureur du soldat; aucun peintre suivant son expression, n'a su mieux tuer son homme. Sa touche est d'une légèreté, et son coloris d'une fraîcheur admirables. Il peignoit avec beaucoup de facilité, et ne négligeoit jamais de consulter la nature. A ces rares talens, il joignoit un esprit cultivé, un cœur généreux, un caractère franc et une physionomie heureuse. Il a gravé avec beaucoup d'intelligence une suite de la Vie de Jésus—CHRIST, et quelques autres morceaux; on a peu gravé d'après lui.
II. PARROCEL, (Charles) ancien professeur de l'académie; mort au mois de mai 1752, a soixante-trois ans, étoit fils du précédent, et son élève. Il excelloit dans le genre de son père. Cet artiste eut la gloire d'être choisi pour peindre les Conquêtes de Louis XV. Plusieurs de ses tableaux ont été exécutés en tapisserie aux Gobelins. Si Charles Parrocel a mis moins de chaleur dans son coloris que son père, il y a répandu plus de vérité. Il s'étoit engagé dans la cavalerie, pour dessiner avec plus de goût, de fermeté et d'enthousiasme, les chevaux et les diverses évolutions militaires. Voyez XVI. FRANÇOIS.
III. PARROCEL, (Pierre) d'Avignon, mort en 1739, à 74 ans, peintre d'histoire, fut l'élève de Joseph Parrocel son oncle, et de Charles Marate. Son ouvrage le plus considérable est à Saint-Germain-en-Laie, où il a peint dans une galerie de l'hôtel de Noailles, l'Histoire de Tobie en XVI tableaux. Son chef-d'œuvre est à Marseille, dans l'église des Religieuses de Sainte-Marie; l'Enfant Jésus assis sur un trône est représenté couronnant la Vierge qui est humblement inclinée devant lui. Cet ouvrage offre les graces du dessin et du coloris, unies aux charmes des effets agréables et séduisants. Pierre Parrocel a répandu plusieurs de ses productions dans la Provence, le Languedoc et le Comtat Venaissin. L'académie royale de peinture et de sculpture le reçut au nombre de ses agréés.
PARSONS, (Jacques) médecin Anglois, né à Barnstaple, en mars 1705, mourut en 1770, membre de la Société royale de Londres. On a de lui Figuru qu'adam miscellanea quæ ad rem anatomicam historiamque naturalem spectant, in-folio. I. PARTHENAY, (Anne de) de l'illustre maison de Parthenay, femme d'Antoine de Pons comte de Marennes, fut un des principaux ornemens de la cour de Renée de France, duchesse de Ferrare et fille de Louis XII. Elle avoit une belle voix, chartoit bien, et savoit parfaitement la musique. Elle apprit le latin, le grec, l'Écriture Sainte et la Théologie. Elle prenoit un plaisir singulier à s'entretenir presque tous les jours avec les savans; mais cette curiosité lui fut funeste. Elle embrassa les erreurs de Calvin, et travailla beaucoup à les répandre.
II. PARTHENAY, (Catherine de) nièce de la précédente, étoit fille et héritière de Jean de Parthenay seigneur de Soubise et chef des Protestans, mort en 1566, à 54 ans. Elle épousa en 308 PAR 1568, le baron de Pons; puis en 1575, René vicomte de Rohan, H° du nom, qu'elle perdit dix ans après. Son veuvage fut un modèle de vertu. Uniquement occupée à élever ses enfans, elle leur inspira les grands sentimens de l'héroïsme et la magnanimité. Le fameux *Ileuri* duc de *ROHAN* son fils aimé, (*Voyez* son article n.º II.) et ses deux filles, *Catherine* et *Anne de Rohan*, répondirent dignement à ses soins. *Catherine* décédée en 1607, femme de *Jean II* duc des Deux-Ponts, s'immortalisa par sa vertu. Ce fut elle qui fit cette belle réponse à *Henri IV*: *J'ai trop peu de bien pour être votre femme, et trop de sentimens pour être votre maîtresse... Anne* morte sans alliance en 1646, soutint courageusement toutes les incommodités du siège de la Rochelle aussi bien que sa mère, qui malgré sa vieillesse, supporta avec fermeté la nécessité où elle se vit réduite, de vivre pendant trois mois de chair de cheval, et de quatre onces de pain par jour. Elle et sa fille refusèrent d'être comprises dans la capitulation, et demeurèrent prisonnières de guerre. Cette dame d'un courage au-dessus de son sexe, mourut en 1631, à 77 ans. Elle avoit fait une *Tragédie* d'*Holopherne*, jouée à la Rochelle pendant le siège de cette ville, et d'autres pièces *Tragiques* et *Comiques* qui n'ont pas été imprimées.
III. PARTHENAY, (Jean de) *Voyez* SOUBISE.
IV. PARTHENAY, (Emmanuel de) aumônier de la duchesse de *Berry*, mort en 1761, à 96 ans. On a de lui une *Traduction* latine publiée en 1718, in-12, du Discours sur l'Histoire Universelle de *Bossuet*, sous ce titre : *Commentarii universum complectentes Historiam, ab Orbe condito ad Carolum Magnum; quibus accedunt series religionis et Imperiorum vices*. V. PARTHENAY, (Jean-Baptiste des *Roches* de) né à la Rochelle, et mort au milieu du siècle qui vient de finir, fut un écrivain laborieux et exact, à qui l'on doit : I. *Histoire* de Danemarck, 1733, 6 vol. in-12. II. *Pensées morales* par *Holberg*, traduites du Danois, 1754, deux vol. in-12. III. *Voyage d'Égypte et de Nubie*, traduit de *Norden*, 1755, in-folio. IV. *Histoire naturelle* du Groenland, traduite du Danois *Egède*, 1753, in-8.º V. *Histoire* de la Pologne sous *Auguste II*, 1794, 2 vol. in-8.º Cet auteur laborieux a fourni beaucoup d'articles au Dictionnaire géographique de la *Martinière*.
PARTHÉNIUS, de Nicée, qui florissoit sous l'empire d'*Auguste*, est auteur d'un *Traité De amatoriis affectibus*, imprimé en grec et en latin in-8°, plusieurs fois, entraîne dans *Historiae Politicae Scriptores*, de Gale. Jean *Formier* les a traduits en françois, Lyon, 1555, in-8°; on les a réimprimés en 1743, petit in-8.º
PARTHÉNOPE, (Mythol.) l'une des Syrènes qui tentèrent en vain de charmer *Ulysse* par leur chant, se tua de désespoir. Son corps fut jeté par les flots sur les cotes d'Italie; et les peuples habitans de ces bords qui le trouvèrent, lui élevèrent un tombeau. La ville où étoit ce tombeau fut depuis appelée *Parthénope* du nom de la Syrène dont elle possédoit les dépouilles; mais cette ville ayant été renversée, on y en bâtit une autre plus magnifique, qu'on appela Néapolis, c'est-à-dire Ville nouvelle. I. PARUTA, (Paul) noble Vénitien, né en 1540, mort en 1598 à 59 ans, après avoir eu quatre fils, se fit un nom par son savoir et par son habileté dans les affaires d'état. Il fut d'abord historiographe de la république. Son esprit s'éleva par degrés aux premières charges. Il fut nommé à plusieurs ambassades, devint gouverneur de Bresse, et fut enfin élu procurateur de Saint-Marc. Il remplit ces divers postes avec une intégrité et un zèle peu communs. On a de lui plusieurs ouvrages en italien : I. De bonnes Notes sur Tacite. II. Des Discours Politiques, in-4°, pleins d'idées profondes, dont quelques-unes sont fausses. Ils parurent à Venise en 1599, in-4°. Le président de Montesquieu en a fait usage dans sa Décadence des Romains. III. Un Traité de la perfection de la Vie politique, à Venise, 1582, in-4° : livre judicieux. IV. Une Histoire de Venise, depuis 1513 jusqu'en 1551; in-4°, 1605 et 1703, avec une Relation de la guerre de Chypre. Quoique cet ouvrage ait son mérite, il n'est pas difficile de s'apercevoir qu'il a été écrit par un Vénitien qui ne pouvoit ni ne vouloit tout dire.
II. PARUTA, (Philippe) connu par ses immenses recherches sur la Sicile, donna la première édition de sa Collection des Médailles de Sicile, à Palerme 1612, in-folio. Cet ouvrage fut réimprimé à Rome en 1649, et à Lyon en 1697. L'édition de Rome est la plus estimée après celle de Palerme. Havercamp en publia une édition latine, en trois volumes in-folio, qui font partie de la grande collection des Antiquités d'Italie, par Gravius et Burmann, à Leyde, 1725 et années suivantes, quarante-cinq vol. in-folio.
PARYSATIS, sœur de Xercès, et femme de Darius Ochus roi de Perse, fut mère d'Artaxercès-Muemon et de Cyrus le Jeune. Elle favorisa l'ambition de ce dernier, qui se révolta contre son frère Artaxercès, et fut tué à la fameuse bataille du Cunaxa, l'an 405 avant J. C. Parysatis infiniment sensible à cette perte, tira une cruelle vengeance de tous ceux qui avoient eu part à sa mort. Elle fit empoisonner Statira femme de son fils Artaxercès, qu'elle n'aimoit point, et se souilla de tous les crimes que la vengeance animée par l'ambition peut commettre. Voyez ATOXARÈS. I. PAS, (Manassès de) marquis de Feuquières, d'une des plus anciennes maisons de l'Artois, naquit à Saumur en 1590. Il se trouva en naissant le seul de sa maison. Son père François de Pas, chambellan de Henri IV, avoit été tué à la bataille d'Ivri. Ce prince touché des services qu'il avoit reçus d'une maison qui paroissoit alors éteinte : Ventresaint-gris, dit-il en apprenant sa mort, j'en suis fâché ! La race en est bonne. N'y en a-t-il plus ? On lui répondit : La veuve est grosse ; (c'étoit Magdeleine de la Fayette.) — Je donne donc au ventre, repartit Henri IV, la même pension que celui-ci avoit. Les frères de François de Pas avoient perdu la vie pour le même monarque. Le jeune Feuquières, seul rejeton de la famille, prit le mousquet à l'âge de 13 ans, et monta de degré en degré jusqu'aux grades de lieutenant général et de général d'armée. Ce fut lui qui pendant le siège de la Rochelle conduisit toutes les menées pour surprendre cette ville, et il fut pris en reconnoissant l'endroit par lequel on devoit entrer. Louis XIII fit faire des offres considérables pour sa rançon; mais les rebelles les refusèrent toutes, dans l'espérance qu'un tel prisonnier sauveroit la vie à ceux de leur parti qui étoient au pouvoir du roi. Sa prison dura neuf mois, pendant lesquels il contribua beaucoup à la reddition de la place, par les intrigues de Mad. de Noailles belle-mère de sa femme. Après la mort de Gustave-Adolphe, il fut envoyé ambassadeur extraordinaire en Allemagne pour y maintenir les alliés. Son esprit y parut avec autant d'éclat, que son courage s'étoit montré à la Rochelle. Il forma après bien des peines, cette importante union des Suédois et de plusieurs princes de l'Empire avec le roi, si avantageuse à la France et si utile à la liberté de l'Europe. La guerre s'étant bientôt allumée contre la maison d'Autriche, il commanda en 1635, l'armée Françoise conjointement avec le duc de Saxe-Weimar. La fatigue de cette campagne lui causa la seule maladie qu'il ait eue dans sa vie. Le roi envoyait tenir conseil à la ruelle de son lit. Dès qu'il fut rétabli, il continua de se signaler. Il assiégea en 1639, Thionville avec un petit corps d'armée. Piccolo- mini l'attaque avec une armée supérieure, et il ne put le vaincre, que lorsque le sang qu'il perdoit par ses blessures l'eut fait tomber évanoui entre les mains des ennemis. Sa rançon coûta au roi le général Ekenfort, deux colonels et 18 mille écus. Feuquières étoit alors mourant de ses blessures : il expira à Thionville le 14 mars 1640, à cinquante ans. Les courtisans avoient osé blâmer un homme qui s'étoit signalé par le plus grand courage. Mais Louis XIII dit à ses enfans : Mandez à votre père que je suis très-satisfait de sa conduite, et qu'il a fait devant Thionville tout ce que pouvoit un homme d'honneur. Il dit dans une autre occasion, en parlant du peu de fortune qu'il avoit laissé : Le pauvre Feuquières songeoit plus à faire la guerre qu'à accommoder sa maison. Ses Négociations d'Allemagne, en 1633 et 1634, ont été publiées à Paris, 1753, en 3 vol. in-12.
II. PAS, (Isaac de) fils aîné du précédent, lieutenant général du roi et gouverneur de Verdun, mourut ambassadeur extraordinaire en Espagne l'an 1688. Il avoit été vice-roi de l'Amérique, et ambassadeur en Suède où il demeura dix ans, et où il donna plusieurs preuves, non-seulement de sa sage conduite comme ambassadeur, mais encore de son courage comme capitaine.
III. PAS, (Antoine de) marquis de Feuquières, fils aîné d'Isaac, commença à se signaler en Allemagne, en 1688. Il partit d'Heilbron à la tête de mille chevaux, parcourut un pays très-étendu, battit plusieurs partis fort considérables, passa des ri- P A S 311 vières, évita des pièges, retira des contributions; et après 35 jours de courses, retourna triomphant au lieu d'où il étoit parti. Vous avez beaucoup risqué, lui dit un de ses amis : — Pas tant qu'on se l'est imaginé, répond le modeste Feuquières. On étoit ignorant, comme on l'est toujours, lorsque la guerre a commencé : les ennemis étoient épouvantés, et ils me croyoient plus fort que je n'étois. Cette campagne lui valut le grade de maréchal de camp l'année d'après. D'Allemagne il passa en Italie, et se signala à la bataille de Stafarde, aux prises de Suse et de quelques autres villes du Piémont, et dans les vallées de Luserne contre les Barbets. Nommé lieutenant général en 1693, il servit en cette qualité jusqu'à la paix, et mourut le 27 janvier 1711, à 63 ans. Douze heures avant que d'expirer, il écrivit à Louis XIV une lettre pleine de résignation et de sensibilité, où il imploroit les bontés du roi pour un fils unique, innocent de ses malheurs, et né d'un sang qui avoit toujours bien servi S. M... Louis XIV, touché de cette lettre, accorda au fils les pensions du père. Le marquis de Feuquières étoit un excellent officier, et connoissoit la guerre par principes et par expérience; mais son esprit n'étoit pas moins chagrin qu'éclaire. Aristarque et quelquefois Zoile des généraux, il se plaignoit de tout le monde, et tout le monde se plaignoit de lui. On disoit qu'il étoit le plus brave homme de l'Europe, parce qu'il dormoit au milieu de cent mille de ses ennemis. Sa capacité n'ayant point été récompensée par le bâton de maréchal de France, il employa trop contre ceux qui servoient l'Etat, des lumières qui auroient été très-utiles, s'il eût eu le génie aussi conciliant que pénétrant, appliqué et hardi. (Voy. CATINAT.) On a de lui des Mémoires in-4° et 4 vol. in-12. C'est la liste des généraux François du règne de Louis XIV. L'auteur altère quelquefois les faits, pour avoir le plaisir de censurer. A cela près, on peut mettre ces Mémoires au nombre des meilleurs livres qui aient paru sur l'art militaire. La clarté du style, la variété des faits, la liberté des réflexions, la fidélité des portraits, soit des ministres de la guerre, soit des généraux; la sagacité avec laquelle il développe les causes diverses de tous les funestes événements de la guerre de 1701 : tout cela rend cet ouvrage digne d'être lu non-seulement par les guerriers, mais encore par les bons citoyens. On voit qu'il exigeoit des généraux non-seulement de grands talens, mais de vastes connoissances. Croiton, disoit-il, que pour savoir le nom de quelques villages d'un pays, on soit capable d'y conduire une armée? Souvent il devina l'issue d'une campagne. La surprise de Gand, en 1708, fut généralement applaudie. Cela ne vaut rien, dit-il : on commence la campagne par où il faudroit la finir. En effet cette place exigeant une forte garnison, nous empêchoit d'aller en avant. Louvois faisoit le plus grand cas de ses conseils et n'en profitoit pas toujours, par une suite des contradictions que les ministres qu'on croit les plus despotiques ont quelquefois à essuyer. Il dit un jour à Feuquières : Si je n'ai pas fait exé- cuter ce que vous conseilliez, je n'en ai pas été le maître. Croyez-vous qu'il me soit si facile de faire tout ce que je voudrais ?... Le marquis de Feuquières eut de Marie de Mouchy-Hocquin-court, un fils et une fille.
IV. PAS, (Crispin de) célèbre graveur, né à Cologne, fut disciple de Cornehard, et se rendit digne de son maître. Le roi de Danemarck l'appela à sa cour. Il y demeura jusqu'à sa mort arrivée vers le commencement du 17e siècle. On a de lui un grand nombre d'Estampes. Il grava toutes les histoires de la Bible et une partie des contes de la Fable. (Voy. PLUVINEL.) Ses filles Magdeleine et Barée héritèrent du burin de leur père, et s'en servirent avec distinction; ainsi que deux autres graveurs de la même famille, nommés l'un Simon, l'autre Crispin de Pas dit le Jeune.
PAS, Pacæus, (Richard) Voyez PACZ.
PASCAL, Voy. les PASCHAL. I. PASCAL, (Blaise) né à Clermont en Auvergne le 19 juin 1623, d'un président à la cour des Aides, nommé à l'intendance de Rouen en 1640, fut un grand homme dès son enfance. Son père fut son précepteur; il se retira de bonne heure à Paris pour être à portée d'orner l'esprit de son fils de toutes les connoissances dont il paroissoit avide. Les mathématiques eurent pour lui un attrait singulier; mais son père lui en cacha avec soin les principes, de peur qu'elles ne le dégoûtassent de l'étude des langues. Le jeune Pascal géné dans son goût pour la géométrie, ne devint que plus ardent à l'apprendre. Sur la simple définition de cette science, il vint, dit-on, à bout de deviner, par la seule force d'un génie pénétrant, jusqu'à la 32e proposition d'Euclide. Son père cédant enfin à la nature, lui confia les élémens du géomètre Grec. Le jeune mathématicien en saisit si bien toutes les difficultés, qu'à l'âge de 16 ans il publia un Traité des sections Coniques. Descartes, qui croyoit que ce Traité avoit été pris dans celui d'un géomètre nommé des Argues, ne voulut jamais convenir qu'il fût de Pascal le fils, et il prétendit que son père lui en faisoit honneur. De la géométrie l'illustre savant passa avec la même facilité, aux autres parties des mathématiques; mais sa grande application donna quelque atteinte à sa santé dès l'âge de 18 ans. A peine en avoit-il 19 qu'il inventa la roulette, Machine d'arithmétique singulière, par laquelle on fait non-seulement toutes sortes de supputations sans plume et sans jetons, mais même sans savoir l'arithmétique. Il est fâcheux seulement que cette machine soit d'un volume un peu embarrassant, qui en rend l'usage incommodé; mais étant composée de beaucoup de roues et d'autres pièces, cela ne pouvoit pas être autrement. De nouveaux succès lui méritèrent les éloges des savans. Toricelli avoit fait des expériences sur le vide; Pascal les vit et les exécuta à l'âge de 23 ans. Il fut l'un des premiers qui prouvèrent clairement que les effets que l'on avoit attribués jusqu'alors à l'horreur du vide, sont causés par la pesanteur de l'air. Il découvrit quelques années après, au milieu des vices douleurs d'un mal de dents, la solution du problème proposé par le Père Mersenne, contre lequel la pénétration de tous les géomètres avoit échoué. Il s'agit dans ce problème de déterminer la ligne courbe que décrit en l'air le clou d'une roue, quand elle roule de son mouvement ordinaire. Tous les vieux mathématiciens de l'Europe furent défiés par ce jeune homme. Il consigna 40 pistoles pour celui qui trouveroit la solution du problème; mais aucun n'ayant réussi, il mit au jour la sienne sous le nom d'A... d'Ettenville, Paris 1649, in-4.º Il inventa encore, comme l'on sait, la B. S. et les Hachets, deux machines fort communes et d'un usage journalier. Les sciences profanes ne le détournèrent pas de la grande science de la Religion. S'étant trouvé à Rouen dont son père avoit l'intendance, il fit revenir un philosophe de ses erreurs, et l'éclaira sur le précipice qu'il avoit à ses pieds. Sa piété devenant de jour en jour plus tendre, il se retira à Port-Royal-des-Champs, et se consacra dans cette retraite à l'étude de l'Écriture-Sainte. Les Solitaires qui habitoient ce désert, étoient alors dans l'ardeur de leurs disputes avec les Jésuites. Ils cherchoient toutes les voies de rendre ces Pères odieux. Pascal fit plus aux yeux des François: il les rendit ridicules. Ses dix-huit Lettres Provinciales, écrites d'un style dont on n'avoit point eu jusqu'alors d'idée en France, parurent toutes in-4.º l'une après l'autre, depuis le mois de janvier 1656 jusqu'au mois de mars de l'année suivante. Elles sont un mélange de plaisanterie fine, d'éloquence forte; du sel de Mohère et de la dialectique de Bossuet. Boileau les regardoit comme le plus parfait ouvrage en prose qui fût dans notre langue, et il le disoit même aux Jésuites. «Un jour, dit Mad. de Sévigné dans une de ses Lettres, on parla des ouvrages des anciens et des modernes: Despréaux soutint les anciens, à la réserve d'un seul moderne, qui surpasse à son goût et les vieux et les nouveaux. Un Jésuite qui accompagnoit le P. Bourdaloue et qui faisoit l'entendu, lui demanda quel étoit donc ce livre si distingué dans son esprit? Il ne voulut pas le nommer. Corbinelli lui dit: Monsieur, je vous conjure de me le dire, afin que je le lise toute la nuit. — Despréaux lui répondit en riant: Ah! Monsieur, vous l'avez lu plus d'une fois, j'en suis assure. Le Jésuite reprend et presse Despréaux de nommer cet auteur si merveilleux, avec un air dédaigneux, avec un ris amer. Despréaux lui dit: Mon père, ne me pressez point. Le Père continue. Enfin Despréaux le prend par le bras, et le sèrrant bien fort, lui dit: Mon Père, vous le voulez? Eh bien! c'est PASCAL. — Morbleu, PASCAL! dit le P. tout étonné. PASCAL est beau, autant que le faux le peut être. — Le faux! dit Despréaux: le faux! Sachez qu'il est aussi vrai qu'il est inimitable: on vient de le traduire en trois langues...» Le P. Bouhours s'entretenant avec le même Despréaux sur la difficulté de bien écrire en françois, lui nommoit ceux de nos écrivains qu'il regardoit comme les modèles pour la pureté de la langue. Despréaux rejetoit tous ceux qu'il nommoit, comme mauvais modèles. Quel est donc, selon vous, lui dit le 314 PAS Jésuite, l'écrivain parfait ? Que lirons-nous ? — Mon Père, reprit Boileau, lisons les Lettres Provinciales, et croyez-moi, ne lisons pas d'autre livre... Un autre Jésuite plaisantant un jour devant le même poète sur Pascal, et sur le travail des mains de ses confrères : Pascal, disoit-il, s'occupe à Port-Royal à faire des sabots. — J'ignore, répondit le satirique avec plus de franchise que de Inesse, si Pascal travaille à des souliers ; mais je sais bien qu'avec ses Provinciales il vous a porté une bonne botte... (D'autres attribuent ce calembourg à l'abbé Boileau son frère.) Bossuet, interrogé lequel de tous les ouvrages écrits en françois il aimeroit mieux avoir fait ? répondit, à ce que prétend Voltaire : Les Provinciales. En effet les contemporains de Pascal y virent un genre d'éloquence qui leur était inconnu. Il n'y a peut-être pas un seul mot qui, depuis 140 ans, se soit ressenti du changement qui altère souvent les langues vivantes. Il faut rapporter à ces Lettres, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV, l'époque de la fixation du langage. Si l'on considère cet ouvrage du côté des choses, on y attribue adroitement à toute la Société, des opinions extravagantes de quelques Jésuites Flamands et Espagnols. On les auroit peut-être aussi bien déterrées ailleurs ; mais c'étoit aux seuls Jésuites qu'on en vouloit. Ces Pères, n'ayant alors presque aucun bon écrivain, ne purent effacer l'opprobre dont Pascal les couvrit ; mais il leur arriva dans leurs querelles la même chose à peu près qu'au cardinal Mazarin. Les Blot et les Marigni avoient fait rire toute la France à ses dépens, et il fut maître de la France. Les Jésuites eurent le crédit de faire foudroyer les Provinciales par la puissance ecclésiastique et par la puissance civile. Le pape, le conseil d'état, les parlements, les évêques, les condamnèrent comme un Libelle diffamatoire ; mais tous ces anathèmes ne servirent qu'à les répandre. Les Jansénistes y trouvoient les avantages d'un traité théologique, et les agrémens d'une comédie : car c'en étoit une, suivant Racine, avec cette différence, que les dramatiques ordinaires prennent leurs rôles dans le monde, et que Pascal avoit choisi ses personnages dans les couvents et dans la Sorbonne. Cependant Pascal dépérissoit tous les jours ; sa santé s'affoiblissoit, et son cerveau se sentit de cette foiblesse. Il croyoit toujours voir un abyme à son côté gauche : il y faisoit mettre une chaise pour se rassurer. Ses amis, son confesseur, son directeur, avoient beau calmer ses alarmes ; il se tranquillisoit pour un moment, et l'instant d'après il creusoit de nouveau le précipice. Voici à quelle occasion il eut pour la première fois cette vision singulière. Les médecins, alarmés de l'état d'épuisement où il se trouvoit, lui avoient conseillé de substituer l'exercice agréable de la promenade, aux méditations fatigantes du cabinet. Un jour du mois d'octobre 1654, étant allé se promener, suivant sa coutume, au Pont de Neuilly dans un carrosse à quatre chevaux, les deux premiers prirent le mors aux dents vis-à-vis d'un endroit où il n'y avoit pas de parapet, et se précipitèrent dans la Seine. Heuren- sement la première secousse rom- pit les traits qui les attachoient au train de derrière, et le car- rosse demeura sur le bord du précipice. Mais on se représente aisément la commotion que dut recevoir la machine frêle et lan- guissante de Pascal. Il eut beau- coup de peine à revenir d'un long évanouissement. Son cerveau fut tellement ébranlé, que le souvenir de cet accident le trou- bloit sans cesse, et sur-tout au milieu de ses insomnies et de ses exténuations. On attribue à la même cause une espèce de vision ou d'extase qu'il eut peu de temps après, et dont il conserva la mémoire le reste de sa vie dans un papier qu'il portoit toujours sur lui entre l'étoffe et la dou- blure de son habit. Quelques Jé- suites ont eu la bassesse de re- procher avec amertume à Pascal le dérangement de ses organes. Suivant le Dictionnaire des Li- vres Jansénistes, c'étoit un hy- pocondre, un cerveau blessé, ainsi qu'un cœur ulcéré. Mais pourquoi faire tant valoir cette maladie ? Elle n'est, dit un homme d'esprit, ni plus surpre- nante ni plus humiliante que la fièvre et la migraine. Si le grand Pascal en a été attaqué, c'est Samson qui a perdu sa force. Du- rant les dernières années de sa vie il se trouvoit à tous les Sa- luts, visitoit toutes les églises où l'on exposoit des reliques, et avoit un Almanach spirituel qui l'instruisoit de tous les lieux où il y avoit des dévotions particu- lières. On a dit à cette occasion que la Religion rendoit les grands esprits capables de petites choses, et les petits esprits capables de grandes... Pascal mourut à Paris le 19 août 1662, à 39 ans. (Voy.
DOMAT.) Outre les ouvrages dont nous avons parlé, on a de Pas- cal : I. Des Pensées, recueillies et données au public depuis sa mort, Amsterdam, 1688, en un volume in-12. C'est le fruit de différentes réflexions qu'il avoit faites sur le Christianisme. Cet auteur éloquent avoit des- tiné les dernières années de sa vie à méditer sur la Religion, et à travailler pour sa défense con- tre les Athées, les Libertins et les Juifs. Ses infirmités l'empê- chèrent d'achever cet ouvrage, et il n'en resta que quelques frag- mens, écrits sans aucune liaison et sans aucun ordre; ce sont ces fragmens qu'on a donnés au pu- blic; et dans ces restes précieux d'un grand homme, on reconnoit cette force, cette sublimité de génie, cette précision qui le dis- tinguoient. « Le grand athlète du Christianisme, a-t-on dit, ce- lui qu'on ne peut vaincre ni ébranler, c'est Pascal. Il tient l'homme en sa puissance; tantôt il l'élève aux célestes régions et tantôt il le plonge dans l'abyme de sa propre misère. Ses Pensées qui n'étoient pour lui que des matériaux imparfaits d'un très- grand ouvrage, nous présentent les traces du génie le plus vaste et le plus puissant; si elles ne renferment point de vérités im- portantes, il n'y a point de vérité sur la terre. » Cependant cet ou- vrage a été attaqué par Voltaire. Non content d'avoir traité l'au- teur de misanthrope sublime et de vertueux fou, il a beaucoup dé- primé son livre. On convient géné- ralement que ce poète célèbre a tort dans tout ce qui regarde la Re- ligion; mais il a presque toujours raison dans quelques discussions de littérature. Pascal s'est trom- 316 PAS pé, par exemple, en avançant que « la Poésie n'avoit point d'objet fixe. » Ce sublime génie, qui savoit tant de choses et qui les savoit si bien, ne se connoissoit que très-médiocrement en beautés poétiques. Pourquoi parler de ce qu'on n'entend pas? C'est ce que dit *Voltaire* à *Pascal*, Le public auroit souhaité que cet homme distingué par tant de talens se fut renfermé dans ceux qui lui sont propres, sans étendre sa critique sur des objets respectables, qui ne sont ni du ressort de la philosophie, ni de celui du bel esprit. II. Un *Traité de l'Équilibre des Liqueurs*, in-12. III. Quelques autres *Écrits* pour les Curés de Paris, contre l'Apologie des Casuistes, du Père *Pirot*... Les éditions les plus recherchées des *Provinciales* sont, celle qui fut imprimée en quatre langues, à Cologne, en 1684, in-8°, et celle in-12, en français seulement, sans notes, imprimée à Cologne en 1657. On estime encore l'édition d'Amsterdam, en 4 vol. in-12, 1749, avec les notes de *Wendrock*: (*Voyez* NICOLE.) *Gilberte Pascal* sa sœur, veuve de *Florin Perrier*, a mis à la tête des *Pensées sur la Religion*, la *Vie* de son frère. Les ŒUVRES de *Blaise Pascal* ont été recueillies en 5 vol. in-8°, à la Haye, chez de *Tune*, et à Paris chez *Nyon* l'aîné, 1779. Cette édition des Œuvres de *Pascal* peut être regardée comme la première jusqu'à présent; du moins la plupart de ses ouvrages n'avoient point été réunis en corps, et quelques-uns étoient restés manuscrits. Cette collection est due à l'abbé *Bossu*, de l'académie des Sciences, et *Pascal* méritoit de l'avoir pour éditeur. « Cet homme extraordinaire, dit-il, reçut en partage de la nature tous les dons de l'esprit: géomètre du premier ordre, dialecticien profond, écrivain éloquent et sublime. Si on se rappelle que dans une vie très-courte, accablée de souffrances presque continuelles, il a inventé la *Machine arithmétique*, les Éléments du calcul des Probabilités, la méthode pour résoudre les problèmes de la *Boulette*; qu'il a fixé d'une manière irrévocable toutes les opinions encore flottantes des savans, touchant la pesanteur de l'air; qu'il a écrit un des ouvrages les plus parfaits qui existent dans la langue française; que, dans ses *Pensées*, il a des morceaux d'une profondeur et d'une éloquence incomparables: on sera porté à croire que chez aucun peuple, dans aucun temps il n'a existé de plus grand génie... Tous ceux qui l'approchoient dans le commerce ordinaire de la vie, reconnoissoient sa supériorité; on la lui pardonnait, parce qu'il ne la faisoit jamais sentir lui-même. Sa conversation instruisoit sans qu'on s'en apperçût et qu'on pût en être humilié. Il étoit d'une indulgence extrême pour les défauts d'autrui: seulement par une suite de l'attention qu'il avoit de réprimer en lui-même les mouvemens de l'amour propre, il en auroit souffert difficilement dans les autres l'expression trop marquée. Il disoit à se sujet, qu'un *honnête homme doit éviter de se nommer*; que la *prête Chrétienne anéantit le Moi humain*, et que la *civilité sociale le cache et le supprime*. On voit par les *LETTRES Provinciales* et par plusieurs autres ouvrages, qu'il étoit né avec un grand fonds de gaieté : ses maux mêmes n'avoient pu parvenir à la détruire entièrement. Il se permettait volontiers dans la société les railleries douces et ingénieuses qui n'offensent point, et qui réveillent la langueur des conversations : elles avoient ordinairement un but moral. Ainsi, par exemple, il se moquoit avec plaisir de ces auteurs qui disent : *Mon Livre, mon Commentaire, mon Histoire!* Ils feroient mieux, ajoutoit-il plaisamment, de dire : *Notre Livre, notre Commentaire, notre Histoire* ; vu que d'ordinaire il y a en cela bien plus du bien d'autroi, que du leur... » Nous terminerons son article par ces vers de *la Harpe*, destinés pour le portrait de ce grand homme : Par la nature instruit, prodige dès l'enfance, Son esprit créateur devine la science Des calculs et des mouvements ; De l'Homme et de Dieu même interrogea l'essence, Connu l'art des bons mots et l'art de l'éloquence, Admires et pleurez... Il mourut à trente ans !
**II. PASCAL**, (Françoise) Lyonnoise, donna au théâtre en 1657 une tragédie d'*Endymion* ; et en 1664, une comédie en un acte, intitulée : *Le Vieillard amoureux*. Cette pièce est en vers de huit syllabes ; et le sujet fut tiré d'une aventure arrivée à Lyon. **I. PASCHAL I$^{er}$**, (Saint) *Paschasius*, Romain, succéda dans la chaire de *Saint-Pierre* à *Etienne IV*, en 817. Il envoya des légats à *Louis le Débonnaire*, qui confirma en sa faveur les donations faites au Saint-Siège. Il reçut à Rome les Grecs exilés pour le culte des saintes images, et couronna *Lothaire* empereur. Ce pontife, digne des temps apostoliques par ses vertus et ses lumières, mourut le 12 mai 824. Il ne lui manquoit qu'un caractère plus ferme. Rome fut déchirée par les factions sous son pontificat ; il s'y commit des meurtres et d'autres crimes, suites de l'anarchie.
**II. PASCHAL II**, Toscan, nommé auparavant *Reinier*, succéda au pape *Urbain II*, le 12 août 1699. Il avoit été religieux de Cluny, avant que d'être souverain pontife. Il excommunia l'antipape *Guibert*, mit à la raison divers petits tyrans qui maltraitoient les Romains, tint plusieurs conciles, et s'attira de grandes affaires au sujet des investitures de la part de *Henri I* roi d'Angleterre, et de l'empereur *Henri IV*. Ce prince passa en Italie, l'an 1110, pour recevoir la couronne impériale : mais le pape ne voulut la lui accorder, qu'à condition qu'il renonceroit au droit des investitures. *Henri* étoit si peu disposé à satisfaire le pontife, qu'après avoir chicané quelques heures il le fit arrêter. Cette violence irrita tellement les citoyens de Rome, que dès le même jour ils firent main basse sur tous les Allemands qui se trouvoient dans leur ville. L'empereur obligé de quitter Rome, emmena le pape avec lui, et le retint prisonnier jusqu'à ce qu'il lui eût accordé ce qu'il souhaitoit. La concession des investitures qui avoit été le prix de la liberté de *Paschal*, fut cassée dans deux conciles que le pape rendu 318 PAS à son siège, fit tenir à Rome en 1112 et 1116. Il s'éleva peu de temps après une autre révolte contre le pontife, qui fit des efforts inutiles pour réduire les rebelles. Accublé autant que dégoûté du poids de la grandeur, il voulut abdiquer le pontificat et n'en put venir à bout. Il mourut le 22 janvier 1118. On a de lui, un grand nombre de *Lettres*, dans la collection des *Conciles* du *P. Labbe*. — Il ne faut pas le confondre avec deux antipapes du nom de *PASCHAL*; l'un du temps de *Sergius I*, l'autre qui s'opposa au pape *Alexandre III. Voyez* ce dernier article, et *Gui de Crème*.
III. PASCHAL. (*St. Pierre*) religieux de la Mercy, enseigna la philosophie et la théologie avec succès dans son ordre. Sa réputation le fit nommer précepteur de l'enfant *Dom Sanche*, puis évêque de Jaën en 1295. Il combattit avec zèle le Mahométisme, et fut pris par les Maures de Grenade en 1297. Ces barbares le retirèrent en esclavage et le firent ensuite mourir cruellement. Son nom est en grande vénération en Espagne. Sa *Vie* fut imprimée à Paris en 1674, in-12.
IV. PASCHAL. (*Charles*) né l'an 1547 à Coni en Piémont, vicomte de Quente, conseiller d'état et avocat général au parlement de Rouen, fut ami du célèbre *Pibrac*, dont il écrivit la *Vie*. Ses talons le firent envoyer ambassadeur en Pologne l'an 1576, puis en Angleterre l'an 1580, et chez les Grisons en 1604. Il servit son prince en homme d'esprit et en citoyen zélé. Son ambassade de Pologne plut si fort au roi, qu'il l'honora du titre de chevalier, et ajouta à ses armes une fleur de lys. Une paralysie ne lui permettant plus de travailler pour l'état, il alla mourir à sa terre de Quente près Abbeville en 1625, à 79 ans. On a de lui: I. Un Traité intitulé *Legatus*, dans lequel il parle des devoirs du négociateur, en homme qui savoit et les connoître et les remplir. La meilleure édition est celle d'*Elzevir*, 1643, in-12. II. Son ambassade chez les Grisons, publiée in-8° sous le titre de *Legatio Rhetica*, n'est pas marquée au même coin que l'ouvrage précédent. III. La *Vie de Gui du Faur de Pibrac*, 1584, in-12, en latin. Elle est curieuse, et a été traduite en françois par du *Faur d'Hermay*, 1617, in-12. IV. Un bon ouvrage *De Coronis*, Leyde, 1671, in-8° V. *Censura animi ingrati*, in-8°
PASCHAL, *Voyez* PASCAL.
PASCHASE RATBERT, né à Soissons, fut élevé avec soin par les religieuses de Notre-Dame de cette ville, dans l'extérieur de leur monastère. Il prit ensuite l'habit de Bénédictin dans l'abbaye de Corbie, sous *St. Adélard*. Pendant l'exil de son abbé *Wala* successeur d'*Adélard*, il composa vers 831 un *Traité du Corps et du Sang du Seigneur*, pour l'instruction des jeunes religieux de la nouvelle Corbie en Saxe. Il enseigne dans ce Traité, que « le Corps de J. C. est réellement dans l'Eucharistie, le même qui est né de la Vierge, qui a été crucifié, qui est ressuscité et qui est monté au Ciel. » Cet ouvrage, où l'auteur ne disoit rien de nouveau, renfermoit quelques expressions nouvelles. *Rutramie* et *Jean Scot* les atta- quèrent; *Paschase* les défendit avec force, et prouva qu'il n'avoit écrit que ce que tout le monde croyoit depuis les Apôtres: *QUOD TOTUS ORDIS CREDIT ET CONFITETUR*. *Paschase* étoit alors abbé de Corbie. Les tracasseries que ses ennemis lui suscitèrent, et l'aversion que ses moines conçurent contre lui, l'obligèrent de s'en démettre. Il vécut en simple religieux, uniquement occupé à orner son esprit des connoissances sacrées et ecclésiastiques, et à enrichir son cœur de toutes les vertus de son état. Ce saint religieux mourut le 26 avril 865, n'étant que diacre, et n'ayant point voulu par humilité être ordonné prêtre. Le ministre *Claude* et plusieurs autres écrivains Calvinistes, échos de cet écrivain, ont prétendu que le dogme de la Transubstantiation n'étoit pas antérieur à *Paschase*, qui en est l'inventeur selon eux; mais *Arnauld* et *Nicole* ont fait voir le ridicule de cette prétention chimérique. Ils ont démontré dans leur traité de la *Perpétuité de la Foi*, que *Paschase* n'a rien enseigné de nouveau sur ce point, et que la *Présence réelle* a été crue et enseignée de tout temps dans l'Église. Les ouvrages du savant abbé de Corbie sont: I. Des Commentaires sur *St. Matthieu*, sur les Lamentations de *Aerémie*. II. Un *Traité du Corps et du Sang de J. C.* dans l'Encharistie. III. Une *Épître* à *Fradegard*, sur le même sujet. IV. La *Vie de St. Adelard*; et d'autres Ouvrages savans, mais mal écrits, que le P. *Sirmond* fit imprimer à Paris en 1613, in-fol. D. *Martiane* a inséré dans sa collection le traité *De Corpore Christi*, plus exact que dans l'édition du P. *Sirmond*, et quelques ouvrages découverts depuis 1618. Le P. *d'Achery* a publié dans le tome XII de son *Spicilège*, le traité de *Paschase* *Ratbert*, *De partu Virginis*: question qui fit grand bruit aussi dans le 11$^{e}$ siècle, et à laquelle cet illustre Bénédiction prit part.
PASCHASIUS, *Voyez* l'article précédent, et I. PASCHAL.
PASCHIUS, (George) né à Dantzig en 1661 d'un marchand de cette ville, fit différens voyages en Allemagne, en France et en Angleterre. Ses courses finies, il fut fait professeur de morale en 1701 à Kiel, et en 1706 professeur extraordinaire en théologie. Il mourut l'année suivante, à 56 ans. On a de lui: I. *Tractatus de novis inventis, quorum accuratiori cultui fucem pratulit antiquitus*, à Leipzig, 1700, in-4$^{o}$. Ce livre peu commun est rempli de recherches profondes, qui auroient demandé un ordre plus méthodique. L'auteur tâche de découvrir quelles étoient les connoissances des anciens, dont celles des modernes sont venues imperceptiblement. Il veut prouver que les choses que nous nous flattons d'avoir inventées, ne nous doivent tout au plus que leur perfection. C'est une espèce de paradoxe; mais il le soutient par un grand nombre de faits curieux sur l'histoire et les progrès des sciences et des arts. II. *De fictis Rebaspublicis*, 1705, in-4$^{o}$. C'est un Traité sur les Républiques imaginées par *Platon*, par *Morus*, par *Campanella*. III. *De variis modis moralia tractandi*, 1707, in-4$^{o}$: compilation indigeste, mais pleine d'une éruption peu commune. 30 PAS
PASIPHAË, (Mythol.) fille d'Apollon ou du Soleil, et de la nymphe Perséide, épousa Minos roi de Crète, dont elle eut Androgée, Ariadne et Phèdre. Elle conçut, selon la Fable, de la passion pour un taureau, et en eut le MINOTAUNE, (monstre moitié homme et moitié taureau) que Minos enferma dans un labyrinthe, parce qu'il ravageoit tout et qu'il ne se nourrissoit que de chair humaine. Thésée avant été du nombre des jeunes Grecs qui devoient en être la proie, le tua, et sortit du labyrinthe par le moyen d'un peloton de fil qu'Ariadne fille de Minos, son amante, lui avoit donné. Quant à l'objet de l'amour de Pasiphaë, le plus grand nombre des mythologistes font à l'humanité l'honneur de présumer que ce fut un seigneur de la cour de Minos, nommé TAUROS, plutôt qu'un animal mugissant.
PASMANS, (Barthélemi) de Maestricht, docteur en théologie à Louvain, obtint la place de président au collège d'Arras, où il forma d'excellens sujets. Il servit très-utilement l'évêque de Ruremonde, dont il fut le conseil. Ce savant et pieux ecclésiastique mourut à Louvain en 1690, à 49 ans. On a de lui, un grand nombre de Thèses sur la règle des mœurs, qui renferment des leçons utiles.
PASOR, (Matthias) né à Herborn dans le comté de Nassau, en 1599, fit de très-honnes études à Heidelberg, où ses succès dans plusieurs actes académiques lui valurent une chaire de mathématiques en 1620. Les guerres du Palatinat l'obligèrent de s'en- fair en Angleterre; il se fixit à Oxford, et y professa les langues Orientales jusqu'en 1629, qu'on lui offrit la chaire de philosophie à Groningue. Il y enseigna aussi les mathématiques, la théologie, la morale, et y mourut aimé et estimé, en 1568, à 59 ans. On a de lui: I. Recueil des Thèses auxquelles il avoit présidé lui-même. II. Un Traité contenant des idées générales de quelques sciences. Il a publié les Ouvrages de George PASOR son père, professeur en grec à Franeker, mort en 1637. Les principaux sont: I. Lexicon Novi Testamenti; livre utile contenant tous les mots grecs du Nouveau Testament; Elzevir, 1672, in-8.º II. Manuale Testamenti, etc. III. Collegium Hesiodæum, dans lequel il analyse les mots difficiles d'Hésiode.
PASQUALIGUS, (Zacharie) Théatin de Verone vers le milieu du 17e siècle, s'appliqua à l'étude de la théologie morale. Il a donné Praxis jejunti, Gênes, 1655, in-folio. Le pays où il naquit a conservé l'usage de dépouiller quelques enfans de leur virilité: usage barbare que la jalousie inventa autrefois en Orient, et qu'on renouvela en Occident pour avoir quelques belles voix de plus. Pasqualigus a fait un Traité moral sur cette cruelle opération. La singularité de la matière le fait rechercher. Voyez I. INCHOPER et BORDES.
PASQUALINUS, (Pompée) chanoine de Sainte-Marie-Majeure a Rome, a publié un Index vocum sur les métamorphoses d'Ovide. Cet écrit a été imprimé à Rome en 1614, in-8.º
PASQUIER,
PASQUIER, (Étienne) né à Paris en 1529, fut reçu avocat au parlement, et y plaida avec un succès distingué. Son éloquence brilla sur-tout dans le temps des querelles des Jésuites avec l'université. *Versoris* se chargea de la cause des enfans d'*Ignace*, et *Pasquier* défendit celle de leurs adversaires. Le portrait qu'il fit de la Société, n'étoit rien moins que flatteur. « Cette Société, disoit *Pasquier*, sous l'apparence d'enseigner gratuitement la jeunesse, ne cherche que ses avantages. Elle épuise les familles par des testaments extorqués, gagne la jeunesse sous prétexte de piété, médite des séditions et des révoltes dans le royaume. Avec ce beau vœu qu'elle fait au pape, elle en a obtenu des privilèges qui doivent faire soupçonner sa fidélité, et craindre pour les libertés de l'Eglise de France, l'autorité et la personne de nos rois, et le repos de tous les particuliers. » Sa conclusion fut : « Que cette nouvelle société de Religieux, qui se disoient de la compagnie de Jésus, non-seulement ne devoit point être agrégée au corps de l'université, mais qu'elle devoit encore être bannie entièrement, chassée et exterminée de France. » Cette conclusion parut un peu dure, ainsi que le reste du plaidoyer, qui n'étoit d'ailleurs qu'une déclamation ampoulée. Les Jésuites furent seulement exclus de l'université. Le mérite de *Pasquier* fut récompensé par Henri III. Ce monarque le gratifia de la charge d'avocat général de la chambre des Comptes, qu'il exerça avec une intégrité peu commune. Il la remit à son fils peu de temps après, et mourut à Paris en se fermant les yeux lui-même le 31 août 1615, à 87 ans. *Pasquier* s'étoit marié trois fois, et dans une épigramme latine qu'il a fait sur ses trois épouses, il dit qu'il avoit pris la première *propter Opus*, la deuxième *propter Opes*, la troisième *propter Opem*. Cet homme célèbre avoit une imagination vive et une mémoire heureuse. Sa conversation étoit agréable et facile, son caractère enjoué, mais trop porté à la satire. Il étoit sur-tout très-empotté dans ses plaidoyers ou dans ses écrits. La parfaite connoissance qu'il avoit de l'histoire ancienne, et particulièrement de celle de France, font rechercher ses ouvrages. Les principaux sont : I. Des *Poésies* latines et françoises. Celles-ci sont très-foibles, et les autres l'emportent de beaucoup. On trouve dans les latines six livres d'*Epigrammes* et un livre des *Portraits* de plusieurs grands hommes. Les françoises sont divisées en *Jeux Poétiques*, en *Versions Poétiques*, en *Sonnets*, en *Pastorales*. La *Puce* et la *Main* sont ce qu'il y a de plus saillant. *Pasquier* ayant apperçu une puce sur le sein de Mlle des *Roches*, en 1588, pendant la tenue des grands Jours de Poitiers, tous les poètes Latins et François du royaume prirent part à cette rare découverte, et cet insecte fit bourdonner tous les insectes du Parnasse. Ce fut le sujet d'un recueil intitulé : *La Puce des Grands Jours de Poitiers*. La *Main* de *Pasquier* est un autre recueil de vers à l'honneur de cet homme célèbre. S'étant trouvé aux grands Jours de Troyes, un peintre par qui il s'étoit fait tirer, avoit oublié de lui faire des mains : cette singularité excita la verve de tous les rimailleurs du temps. Pasquier lui-même fit les Vers suivants pour être mis au bas de son portrait : Nulla hic Pascasio manus est : Lex Cinela quippè Causidicos nullas sanxit habere manus. C'est à cette occasion qu'un poète malin lança cette Epigramme : Une certaine loi, chez les premiers Romains, A tous les Avocats défend d'avoir des mains. Elle a trop de rigueur ; il falloit la combattre. Je pense qu'ils révoient ces gens des temps passés. Deux mains, ce n'est pas trop ; point, ce n'est pas assez : Plut à Dieu qu'en ce temps ils n'en eussent que quatre !
II. Ordonnance d'Amour, Anvers (au Mans,) 1574, in-8°; livre obscène. III. Recherches sur la France, en dix livres, dont la meilleure édition est de 1665, in-folio. Cet ouvrage est un parterre varié de fruits et de fleurs ; on y trouve l'utile et l'agréable. Quoique le style en ait vieilli, il ne laisse pas de plaire, parce que l'auteur avoit de l'imagination. Mais il faut se défier de ses éloges et de ses satires. Quand il parle des personnes ou des choses qui lui déplaisent, il se livre à ses préventions, il s'échauffe, il outre. IV. Des Epîtres, en 5 vol. in-8°, publiées en 1619. On y trouve beaucoup d'anecdotes curieuses sur notre Histoire. « On sent, dit M. Anquetil, l'importance des anecdotes qu'un homme curieux comme Pasquier, peu crédule, bon cri- tique, pouvoit mander dans l'intimité d'un commerce secret, à des amis dont il croyoit être sûr. Aussi y a-t-il peu d'auteurs du temps qui inspirent autant de confiance. Non content de rapporter les actions, Pasquier en raisonne avec ses amis. Les motifs les plus cachés n'échappent pas à sa pénétration, et sa sagacité lui en fait quelquefois prévoir et annoncer les suites. Il étoit zélé royaliste. La moindre atteinte à l'autorité royale, par quelque main qu'elle fût portée, Catholique ou Calciniste, par quelque raison qu'elle fût autorisée, excite également son indignation. Cependant, juge équitable, jusque dans ses affections les plus vives, Pasquier condamne hautement les vices des princes ; mais il inculque partout que leurs défauts, quelqu'énormes qu'ils paroissent, ne doivent jamais autoriser la révolte ni même la désobéissance. Enfin c'est un de ces auteurs qu'on peut suivre pour ainsi dire aveuglément, parce qu'il joignoit à la bonne foi l'esprit de discussion, et une pénétration peu commune à la justesse des caractères. » V. Le Catéchisme des Jésuites, 1602, in-8°. Ce n'est pas celui des hommes qui abhorrent la satire. Selon un auteur Jésuite, qui a pris plaisir de ramasser les sarcasmes de Pasquier pour excuser ceux que Garasse vomit contre lui : « Il traite Ignace fondateur des Jésuites, de chevalier errant, de fourbe, de menteur, de cafard, qui voulut être reconnu pour un autre Jésus-Christ ; de gourmand, de régicide, de Manès, pire que Luther, parce que sa secte est revêtue de papelarderie ; de démon incarné, de grand Sophi, de grand âne, de Don Quichotte : telles sont les injures qu'il prodigue à pleines mains contre le fondateur de cette Société, dont le seul nom excitoit sa bile ; aussi Bayle s'écrioit-il : Quelle doit être sa rage en voyant mettre au nombre des Saints, celui qu'il avoit peint des couleurs les plus noires ? François-Xavier étoit selon lui un cafard, un Machiavel, un successeur de l'hérèseurque Manès ; ses miracles, des contes de la quenouille, etc. etc. Les Jésuites sont les scorpions de la France ; ils sont non les premiers piliers du saint Siège, mais les premiers pilleurs. On ne doit pas les appeler ordre Jésuite, mais ordure Jésuite, parce qu'ils vendent en gros les sacremens, plus cher que Giésis ne voulut vendre le don des miracles à Nauman ; les Jésuites sont autant de Judas ; il y a dans la jésuiterie beaucoup de la juifverie, voire que tout ainsi que les anciens Juifs avoient fait le procès à Jésus-Christ, aussi ces nouveaux Juifs le font maintenant aux Apôtres. Il va jusqu'à dire que dans les vœux des Jésuites, il y a de l'hérésie, du machia-vélisme et une piperie manifeste. Enfin ce qu'il dit sur le nom de Pères qu'on donnoit aux Jésuites, ne pouvoit sortir que de la plume de l'auteur des Ordonnances d'Amour. On trouve à la fin de ce Catéchisme, le Pater noster travesti, et la parodie de l'Ave Maria, où il y a autant de sacrilèges que de mots. » VI. Le Monophile, en sept livres, en prose mêlée de vers... Ce magistrat laissa trois enfans, Théodore, Nicolas et Gui. Le premier fut avocat général à la chambre des comptes ; le second, maître des requêtes, laissa un volume de Lettres, in-8°, pleines de particularités historiques, (Voyes Poitiers à la fin) et le dernier fut auditeur des comptes. Les Œuvres de Pasquier ont été imprimées en 1723, à Trévoux, en deux vol. in-fol. Il y manque, 1.º Son Catéchisme des Jésuites, 2.º Son Exhortation aux Princes, etc. pour obvier aux séditions qui semblent nous menacer pour le fait de la Religion, 1562, in-8°, de vingt-sept feuillets, indiquée dans le nouveau P. le Long, sous le n.º 17838. Si le P. Garasse eût connu cet ouvrage, dont l'objet est de prouver la nécessité et l'avantage de l'exercice des deux Religions, il n'auroit pas manqué de s'en prévaloir. Pasquier s'est indiqué à la fin de cet écrit par ces lettres : S. P. P. Faciebut. Dans l'exemplaire de M. Pithou, elles sont ainsi remplies de sa main : Stephanus Paschasius, Parisinus. Il en avoit paru dès 1561 des éditions mutilées, que Pasquier désavoue dans un Avis à la tête de l'in-8.º Il a depuis été inséré dans le recueil connu sous le titre de Mémoires de Condé, dont il termine le premier volume. La notice de cet écrit est d'autant plus nécessaire ici, que les rédacteurs de l'édition de Trévoux ne lui ont point donné place dans leur collection, à la tête de laquelle il auroit dû paroître. Pasquier étoit âgé de 32 ans, lorsqu'il publiait cet écrit.
PASQUIN, Statue de marbre, sans nez, sans bras et sans jambes, placée à Rome près du palais des Ursins, à laquelle les plaisans viennent attacher la nuit les billets satiriques appelés *Pasquinades*. Il semble que ce tronc soit le reste de la figure d'un Gladiateur qui en frappe un autre. L'usage de charger ce buste de toutes les satires du temps, vient, dit-on, d'un Savetier Romain appelé *Pasquin*, diseur de bons mots, dans la boutique duquel s'assembloient les oisifs et les malins de Rome. Ce bureau de médisance leur ayant été fermé par la mort du propriétaire, ils dressèrent à côté de sa porte une statue nouvellement déterrée, à laquelle ils attachèrent secrètement les productions de leur méchanceté. Cette liberté s'est conservée successivement jusqu'à notre temps. On voit encore tous les jours les seigneurs et les prélats de la cour de Rome, les princes étrangers et les Papes même, exposés aux traits ingénieux des *Pasquinades*. Il est surprenant, dit un auteur, que dans une ville où l'on fait bien fermer la bouche aux hommes, on n'ait encore pu trouver le secret de faire taire un morceau de marbre. » Ce n'est pas que quelques papes n'aient eu dessein de réprimer la licence de ces railleries, qui dégénèrent quelquefois en libelles diffamatoires; mais ça toujours été sans succès. *Adrien VI*, entre autres, indigné de se voir si souvent attaqué par les satires qui couraient sous le nom de *Pasquin*, résolut de faire enlever la Statue, pour la précipiter dans le Tibre, ou pour la réduire en cendres; mais un de ses courtisans l'en détourne. Il lui représenta que, « si l'on noyoit *Pasquin*, il se feroit entendre plus haut que les grenouilles du fond de leurs marais; et que si on le brûloit, les poètes, nation naturellement portée à médire, s'assembleraient tous les ans dans le lieu du supplice de leur patron, pour y célébrer ses obsèques, en déchirant la mémoire de celui qui lui auroit fait son procès. » *Pasquin* resta donc en possession du droit impuni de déchirer les vivans et les morts. Il adresse ses saillies à *Marforio*, autre Statue de Rome, qui met dans ses réponses autant de malignité que dans les interrogations. *Voyez les articles BONA*, II. BOURBON, etc.
PASSÆUS, (Crispin) savant fleuriste d'Arnheim, y a publié en 1607, 1614, 1616 et 1617, les quatre parties de son *Hortus Floridus*, in-4°, format oblong. *Voyez PACZ*.
PASSAVANTE, (Jacques) né à Florence d'une famille distinguée, mort en 1357, entra dans l'ordre de *Saint-Dominique*, et rendit son nom célèbre en Italie par un Traité intitulé : *Le Miroir de la vraie Pénitence*, imprimé pour la première fois en 1495, in-4°. Cet ouvrage est estimé pour le fonds et pour le style. L'académie de la Crusca en donna une édition en 1681, qui est la septième; celle de Florence, 1725, in-4°, qui est la dernière, est la meilleure.
PASSEMANS, *Voyez PAS-MANS*.
PASSEMANT, (Claude-Siméon) né en 1702 à Paris, de parens peu accommodés des biens de la fortune, fut d'abord clero de procureur, ensuite commis d'un marchand drapier, enfin marchand mercier; mais il se reposa du détail de son commerce sur son épouse. Dès sa jeunesse il s'étoit beaucoup occupé de physique, d'optique et d'astre- nomie. Quoique les machines qui regardoient l'optique fussent son principal goût et son plus grand talent, il en exécuta plusieurs autres; entre autres: I. La Pen- dule astronomique, couronnée d'une sphère mouvante, présen- tée à Louis XV, et qu'on voyoit dans les appartemens de Ver- sailles. Les révolutions des pla- nètes sont si exactes dans ce rare ouvrage, qu'elles ne s'écartent pas des Tables astronomiques. Il en fit une autre pour le grand Seigneur, où l'on observoit le lever et le coucher du Soleil et de la Lune. II. Un grand Miroir ardent de glace, de 45 pouces de diamètre, d'un grand effet. III. Deux Globes, l'un céleste, l'autre terrestre, qui tournent sur eux-mêmes. Il présenta au roi en 1765, un Plan en relief et un Mémoire contenant des moyens de la plus grande simpli- cité pour faire arriver les vais- seaux à Paris. Il y a divers dé- tails relatifs à ce sujet, dans l'ou- vrage de M. de Lalande sur les Canaux de Navigation. On es- time deux écrits de ce célèbre ar- tiste, l'un est intitulé: Cons- truction d'un Télescope de ré- flexion, Paris, 1738, in-4°, avec figures. Il y en eut une con- trefaction à Avignon, qui est devenue aussi rare que le traité original. Cet ouvrage apprend la manière de faire les téles- copes. L'autre a pour titre: Description et usage des Téles- copes, in-12. Cet écrit n'est qu'un Catalogue que l'auteur offroit aux amateurs qui venoient acheter chez lui les différens ob- jets qui y sont indiqués. Ce Cata- logue a été réimprimé après la mort de Passemant, avec des augmentations par Nicolet et d'Olivier, qui ont continué son fonds de commerce. Passemant n'a pas seulement perfectionné les télescopes et les lunettes d'ap- proche, comme le prouve l'a- sage qu'on en fait sur les vais- seaux, mais aussi l'horlogerie. Cet habile artiste mourut subi- tement le 6 novembre 1769, à 67 ans. La douceur de son ca- ractère et son honnêteté égaloient ses talens et ses connoissances. M. Sue le jeune, son gendre, a publié sur la vie et les écrits de Passemant, une notice imprimée à Paris en 1778, in-8°
PASSERAT, (Jean) né en 1534 à Troyes en Champagne, étudia le droit à Bourges, sous Cujas. Ses talens lui firent pren- dre le chemin de la capitale. Il enseigna les belles-lettres avec réputation dans les collèges de l'Université, et obtint en 1572 la charge de professeur royal en éloquence, vacante par la mort de Ramus. Ses leçons furent ex- trêmement fréquentées par ce que Paris avoit de plus brillant et de plus délicat. Charles IX et Henri III lui donnèrent des mar- ques d'estime. Les fureurs de la Ligue ayant bouleversé la répm- blique des lettres ainsi que l'é- tat, le savant professeur ferma son école, et ne l'ouvrit que lors- que la paix eut été rendue à la France, après l'entrée d'Henri le Grand dans Paris en 1594. Se trouvant à Épernay lorsque le prince de Condé vint assiéger cette ville, les habitans le dépu- tèrent au prince qui menaçoit de les passer au fil de l'épée; et le prince leur fit grace en faveur de Passerat. Ce poète eut le mal- heur de perdre un œil, d'un coup de balle qu'il reçut dans un jeu 326 PAS de paume. Cet accident le défi- gura ; mais quoiqu'il eût l'air sé- vère, sombre et farouche, il n'y avait rien de si aimable que son esprit, et de plus gai que sa con- versation. Son mérite lui acquit l'amitié de *Heari de Mesmes*, qui lui accorda un appartement dans sa maison. Il y demeura 30 ans, pendant lesquels il ne cessa de célébrer son généreux *Mé- cène*. Son ardeur pour l'étude étoit extrême ; il passoit souvent des journées entières sans pren- dre aucun repas. Cette opiniâ- treté au travail lui fut funeste ; il fut attaqué d'une paralysie dont il mourut le 14 septembre 1602, à 68 ans, après avoir souffert les douleurs les plus aiguës pendant cinq années. On connoit l'Epi- taphe qu'il se fit peu de temps avant que de mourir. *Hic situs in parva Janus Passerius urna*, *Autonii Doctor regius gloquii*. *Discipuli memores, cumulo date serta magistri*, *Ut vario florum munere verne humus* : *Hoc culta officio mea molliter ossa quiescent*, *Sint modò carminibus non onerata malis*.
*VENI, ARII ; SIC VOS VENISTIS*, *ARIBITIS OMNES*. Plus bas on lit cette inscription, qui n'est pas inférieure à celle qui est ici rapportée : *Qui sim, viator, quaris : ipse nescio* : *Qui sis futurus, tu tamen per me scies*. *Ego tuque pulvis umbra, et umbra somnium*. Son tombeau étoit dans l'église des Jacobins de la rue *Saint-Jac- ques*... Cet écrivain s'est prin- cipalement distingué par ses *Poé- sies* latines et françoises. Parmi ses Vers latins on distingue ses *Epigrammes*, ses *Epitaphes*, et quelques pièces intitulées *Etren- nes*. On voit que l'auteur avoit acquis, par la lecture assidue des anciens, cette facilité d'expres- sion, cette pureté de langage, si rares dans les poètes Latins modernes ; mais il n'a point cet enthousiasme, ce beau feu d'i- magination, qui caractérisent le génie. Il étoit plus fait pour donner de l'agrément à de petits riens, que pour exprimer les grands traits de la poésie. Il ap- peloit les ignorans des demi- hommes, *semi-homines*. Ses Vers françois, publiés en 1606, in-8°, sont divisés en *Poèmes*, en *Elé- gies*, en *Sonnets*, en *Chansons*, en *Odes*, en *Epigrammes*. Quoi- que le langage ait vieilli, on les lit encore avec plaisir, pour les traits ingénieux et les graces naïves qu'ils offrent : ces agré- mens se font sur-tout remar- quer dans la *Métamorphose d'un Homme en Oiseau*, morceau charmant, sur lequel le célèbre la *Fontaine* se forma dans le siè- cle suivant pour ses Contes, « *Passerat*, disent les auteurs des *Annales poétiques*, est un de nos plus agréables poètes. On trouve dans ses Poésies la plus grande facilité, de la gaieté, point de recherche pour l'expression, ni pour la pensée, et toujours le ton le plus aimable. L'habitude d'enseigner et de régenter, n'im- prima jamais de morgue à la poésie. Chez lui, l'homme du moule aimable accompagne tou- jours le bon poète. Il n'écrit ja- mais sans projet ; il a toujours une idée qui lui fait prendre la plume. Ce n'est jamais ce docte enflage de mots, aussi vides qu'harmonieux qui, ne parlant qu'à l'oreille, ne disent jamais rien à l'esprit ni au cœur. Il est plus harmonieux que la plupart de ses contemporains; mais son harmonie n'existe jamais aux dépens de sa pensée. « Et son vers bien ou mal, dit toujours quelque chose. » Passerat composa avec Rapin les vers de la Salure Ménépée, Ratisbone, 1709, 5 vol. in-8°, à la Lamentation près sur le tré-pas de l'Ane Ligueur, qui est de Durand de la Bergerie. Ces vers ne se trouvent point dans le recueil de ses Poésies; mais on y trouve son Poème intitulé le Chien courant, qu'il composa à la prière de Henri III. C'est un traité en vers de dix syllabes, des propriétés, de l'usage, de l'éducation et des maladies des chiens de chasse. Papyre-Masson dit que ce fut Charles IX qui engagea Passerat à écrire ce poème; mais le début même de l'ouvrage prouve qu'il s'est trompé. Le voici: Dans ces forêts où bruit un doux séphyre, Je veux des chiens et de la chasse écrire Sans invoquer Diane et les neuf Sœurs Nymphes des bois, Déesses des chasseurs. Henri, grand roi, fleur des princes du monde A qui Diane à la chasse est seconde, Donne courage et force à son sujet, Pour bien traiter un si noble sujet. Le style est suranné... Antoine Teissier, Nicéron, et sur-tout Leclerc, dans le tome septième de sa Bibliothèque, donnent une très-grande notice des ouvrages de Passerat... On a encore de lui: I. De cognatione Litterarum, imprimé à Paris en 1606, in-8°, par les soins de Bougevalet son neveu. L'auteur y parle de l'ancienne orthographe des mots; il en faisoit tant de cas, qu'il souhaitoit que ce fût le seul de ses ouvrages qui passat à la postérité. II. Orationes et Præfationes, publiées d'abord en 1606, et réimprimées en 1637, in-8°. Ces Discours écrits avec élégance, offrent différentes remarques de littérature. Quoiqu'il fasse souvent allusion à l'antiquité et à des passages des anciens, son style n'est point composé de lambeaux tirés de leurs ouvrages et mal cousus par un orateur de collège. III. Des Commentaires sur Catulle, Tibulle et Properce, dont les savans font cas. IV. Une Traduction de la Bibliothèque d'Apollodore, 1605, in-8°, dont le style est suranné... Voyez MARSILE. I. PASSERI, (Jean-Baptiste) poète médiocre et peintre de quelque mérite, mort à Rome en 1679, âgé d'environ 70 ans, a écrit les Vies des Peintres, Sculpteurs et Architectes qui travaillèrent à Rome de son temps, et qui fleurirent depuis 1641 jusqu'en 1673. Cet ouvrage, rempli d'anecdotes curieuses et intéressantes, a été publié à Rome en italien, en 1772. L'auteur comme peintre, étoit élève du célèbre Domenichino, et ami d'Algardi et de Garzi. Comme poète, il fit d'assez mauvais Sonnets, dont l'un servit à sa fortune. Il sut s'enrichir à peu de frais.
II. PASSERI, (Jean-Baptiste) né à Farnèse le 10 novembre 1694, s'acquit beaucoup de réputation par sa profonde érudition 328 PAS et par la connoissance de l'antiquité. Son père le destina à la jurisprudence; mais pendant qu'il se donna à cette étude, il ne perdit pas de vue celle de l'antiquité, pour laquelle il avoit un goût particulier. Après un séjour de quatre ans à Rome, où il avoit beaucoup étendu ses connoissances favorites, il vint à Todi, où son père exerçoit la médecine. Il y recueillit les monumens antiques de cette ville et des environs. En 1726 il tourna toute son attention du côté des antiquités Etrusques, et rassembla un grand nombre de lampes, qu'il arrangea par classes. Ayant perdu son épouse en 1738, après douze ans d'une union paisible et heureuse, il embrassa l'état ecclésiastique et obtint l'emploi de vicaire général de Pésaro, qu'il remplit avec zèle. Revenant de sa campagne, il tomba de sa voiture dans un fossé, et mourut de cette chute le 4 février 1780. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, entr'autres : I. *Lucernæ fictiles Musei Passerii*, 3 vol., 1739, 1743, 1751. Il en avoit fait un quatrième qui n'a pas été imprimé; il contient les lampes des Chrétiens. II. *Discours sur l'Histoire des Fossiles de la Campagne Pésaroise*, Bologne, 1775. III. *Picturæ Etruscorum in vaticulis, in unum collectæ, dissertationibus illustratæ*, 3 vol. IV. Plusieurs *Dissertations* sur des monumens antiques, dont *Clément XIV* a orné le *Museum Clémentin*. V. Il est auteur du second et du troisième volume de l'ouvrage intitulé : *Thesaurus Gemmarum Astrierarum, antiquarum*, publié par *Gori* en 1750, et du quatrième volume du *Thesaurus veterum Diptycho-* *rum consularium*, publié par le même. Il a enrichi de notes les autres volumes de cet ouvrage. VI. Un très-grand nombre de *Dissertations*, savantes et pleines de recherches dans différens Journaux d'Italie. VII. En 1780 on imprimoit à Rome le premier volume d'un grand ouvrage de *Passeri*, intitulé : *Thesaurus Gemmarum selectissimarum*.
PASSIENUS, (*Crispus*) orateur célèbre qui fut le premier mari de *Domitia*. Ayant épousé *Agrippine* en secondes noces, il devint un personnage considérable, et fut deux fois consul. C'est lui qui disoit de *Caius César*, qu'il n'y avoit jamais eu de meilleur esclave et de plus mauvais maître. *Pline* écrit qu'il aimoit si passionnément un mûrier dont le fruit étoit exquis, que non-seulement il alloit souvent l'embrasser et le baiser, mais qu'il se couchoit dessous, y prenoit ses repas, et lui faisoit des libations comme à un Dieu, en versant du vin sur son tronc.
PASSIGNANI, (*Dominique*) peintre, natif de Florence, mourut dans cette ville âgé de 80 ans, sous le pontificat d'*Urbain VIII*. Il étoit élève de *Frédéric Zuccharo*, et se distingua par plusieurs grands ouvrages à Rome. On y admire son goût de dessin, et la noblesse de ses compositions. La fortune et les honneurs furent la récompense de son mérite. Il eut pour disciple *Matthieu Rosselli*.
PASSIONEI, (*Dominique*) cardinal, naquit à Fossombrone, dans le duché d'Urbain, en 1682, d'une famille illustre. Il fit ses études au collège Clémentin à Rome, où il commença à former dès-lors une riche bibliothèque, devenue depuis si utile aux savans. En 1706 il vint à Paris pour porter la barrette au nonce *Gualterio* son parent; il s'y livra, comme à Rome, à son goût pour les lettres, visitant les bibliothèques et les hommes illustres dans tous les genres d'érudition. Dom *Mabilion* et Dom de *Montfaucon* furent sur-tout l'objet de son attention. *Passionei*, déjà fort riche du côté de l'esprit et des connoissances, passa en Hollande en 1708 et y augmenta ses richesses. Il n'avoit entrepris ce voyage que comme savant; mais il joua bientôt le rôle de négociateur. On commençoit à être fatigué de la longue et funeste guerre de la succession d'Espagne. Les puissances belligérantes y avoient envoyé des députés pour la paix. Le pape *Clément XI*, ne pouvant y avoir un nonce, choisit *Passionei* pour défendre secrètement les intérêts du saint Siège. Ses soins ne furent pas inutiles; il obtint des Alliés l'évacuation des domaines du pape, où les troupes Allemandes s'étoient établies. Le jeune négociateur repassa par la France en retournant à Rome. *Louis XIV* lui fit l'accueil le plus favorable, et lui donna son portrait enrichi de diamans. *Clément XI* le récompensa en 1713 par les places de camérier secret et de prélat domestique. En 1714 il l'envoya au congrès de Basle, et en 1715 à Soleure. Son zèle, ses talens, sa dextérité, son activité, sa prudence, sa fermeté, son éloquence éclatèrent dans ces deux négociations. Quoiqu'il ne fût pas heureux dans la première, *Clément XI* n'approuva pas moins sa conduite, et le nomma secrétaire de la Propagande en 1719. Sa faveur continua, après la mort de ce pontife, sous *Innocent XIII*, qui le nomma archevêque d'Éphèse, et lui donna la nonciature de Suisse, qu'il garda jusqu'en 1730. *Clément XII* le nomma alors à celle de Vienne, où l'empereur *Charles VI* et le prince *Eugène* lui firent un accueil distingué. Ses travaux apostoliques dans ces différens pays furent utiles à plusieurs personnes. L'abaturation du savant *Eccard* et celle du prince de *Wirttemberg*, furent son ouvrage. Cet illustre bienfaiteur des lettres et du Christianisme, fut fait secrétaire des brefs et cardinal en 1738, et incorporé dans le même temps aux différentes congrégations de Rome. *Benoit XIV* étant monté sur le trône pontifical, le charge des affaires les plus importantes, et le nomma bibliothécaire du Vatican en 1755. Il enrichit considérablement ce trésor, et il en augmenta l'utilité par la communication. L'académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres lui donna la même année le titre d'associé étranger. Le cardinal *Passionei* ne survécut pas longtemps à ces honneurs. Il mourut d'apoplexie le 5 juillet 1761, à 79 ans. L'auteur de son *Eloge historique*, imprimé en 1763, prétend que la violence qu'il se fit en signant le Bref de condamnation lancé contre l'*Exposition de la Doctrine Chrétienne de Mesengui*, hâta sa mort. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il n'étoit pas favorable aux ennemis de cet écrivain. Il s'opposa fortement à la canonisation du cardinal *Bellarmia*, et proscrivit, dit-on, de sa bibliothèque tous les ouvrages des Jésuites. Il n'aimait pas davantage les autres religieux. La vivacité de son esprit le jetoit dans des disputes dont il vouloit toujours sortir victorieux. Malgré l'amitié que Benoit XIV avoit pour lui, il s'obstinoit à soutenir dans la conversation ses sentimens avec une opiniâtreté inflexible; et c'étoit presque toujours le pape qui étoit obligé de céder. Il n'aimait pas le cardinal Valenti, secrétaire d'état : il l'appeloit le Bacha. Un jour en lui donnant le baiser de paix, il lui dit assez haut SALAMALEC, au lieu de PAX TECEM. Malgré ces défauts, le cardinal Passionei a des droits aux regrets des savans et à l'estime de la postérité. La révision qu'il fit avec le célèbre Fontanini du Liber diurnus Romanorum Pontificum; une Paraphrase du Pseanne XIX, faite sur l'Hébreu; une du premier chapitre de l'Apocalypse sur le Syriaque; la Traduction d'un ouvrage Grec sur l'Antechrist, l'Oraison funèbre du prince Eugène, traduite en françois par Mad. du Bocage; mille secours littéraires fournis aux savans les plus illustres de son siècle, sont autant de monumens de son goût, de ses connoissances, de son esprit, de sa bienfaisance et de son amour généreux pour les lettres. Outre les Ouvrages dont nous avons parlé, Passionei est auteur des Acta Legationis Helveticæ, in-folio. C'est pour ainsi dire un compte rendu des affaires qu'il eut à traiter en Suisse. Il peut servir d'instruction et de modèle aux nonces qui lui succéderont, puisqu'ils doivent avoir le même but, le maintien de la Religion Catholique. L'abbé Gou- jet a donné un abrégé de la Vie de ce cardinal... Benoit PASSIONEI son neveu, a rendu à la littérature un service important, en publiant à Lucques en 1765, un volume italien in-folio, où il a réuni toutes les Inscriptions grecques et latines, rassemblées par ce savant cardinal. Cette précieuse collection qui a été dissipée après sa mort, renfermoit aussi beaucoup de bas-reliefs, d'urnes, etc.
PASSY (M. de) : c'est le nom que prit l'évêque Spifame quand il eut apostasié. Voyez SPIFAME.
PASTEUB, (Les FILLES du BON) Voyez CYZ.
PASTOUREAUX, Voyez JACOB, n.º II.
PASTRINGO, Voyez GUILLAUME de Pastringo, n.º XXII.
PATEL, peintre appelé communément Patel le tue ou le bon Patel. On a de lui des paysages et des morceaux d'architecture d'une manière agréable, d'un coloris brillant; mais ses ouvrages sont la plupart trop finis et manquent d'effet. Nous ignorons dans quel temps il vivoit, ainsi qu'un autre peintre de ce nom, dit le Jeune, qui a travaillé dans le même genre. I. PATER, (Paul) né en 1656, à Menersdorf en Hongrie, fut chassé de son pays dès sa jeunesse, à cause de son attachement à la religion Protestante. Il devint successivement bibliothécaire du duc de Wolfenbüttel, professeur au collège de Thorn, et enfin professeur en mathématiques à Dantzig, où il mourut en 1724, à 68 ans. Son ardeur pour le travail étoit si vive, qu'il ne dormoit d'ordinaire que deux heures par jour en été et quatre en hiver. Il est auteur de divers ouvrages de Philosophie et de Littérature, qui réussirent en Allemagne, entre autres: I. Labor solis, sive de eclipsi Christo patiente Hierosolymis visa. II. De Astrologia Persica. III. De Mari Caspio; de Caelo Empyrio, Francfort, 1687, in-8.º IV. De insignibus Turcicis, ex variis superstitionum tenebris Orientalium maximè illustratis, etc.
II. PATER, (Jean-Baptiste) peintre, né à Valenciennes en 1695, mort à Paris en 1736, à 41 ans, se mit sous la discipline de Watteau son compatriote. Mais ce maître étoit d'une humeur trop difficile et d'un caractère trop impatient pour former un élève. Il l'oblige de sortir de son école et d'étudier seul, sans autre secours que celui de ses réflexions et de son travail. Watteau sur la fin de ses jours, eut regret de n'avoir pas secondé Pater. Il consacra les derniers momens de sa vie à former ses talens; mais la mort enleva le maître au bout d'un mois. Pater avoit pour le coloris ce goût si naturel aux Flamands. Il auroit pu devenir un excellent peintre; mais il a trop négligé le dessin, cherchant plus à se faire une fortune honnête qu'une réputation brillante. Ses compositions sont mal ordonnées et ses tableaux sont faits de pratique. Il étoit continuellement adonné au travail, et se refusoit tous les plaisirs pour amasser du bien. On a gravé quelques morceaux d'après lui.
PATERCULUS, Voy. VELLEIUS. I. PATÈRE ou PATERA, (Attius) né à Baïeux et élevé dans l'école des Druides de cette ville, alla enseigner la grammaire et les lettres à Bordeaux. Il passa depuis à Rome, où il professa la rhétorique avec réputation vers l'an 326. Ausone en fait un magnifique éloge. Ce portrait est bien capable d'honorer l'école des Druides de Baïeux, si comme il y a apparence, les mœurs de ce rhéteur, qu'il peint si avantageusement, furent le fruit des leçons qu'il y avoit reçues. Patère eut pour fils Delphidius, digne de son père par les talens de l'esprit, mais bien différent par les qualités du cœur. Voyez DELPHIDIUS.
II. PATÈRE, Paterius, disciple et intime ami de St. Grégoire le Grand dans le 6e siècle, fut notaire de l'Eglise Romaine, et ensuite évêque de Bresse, suivant quelques savans. Cet écrivain ecclésiastique est principalement connu par un Commentaire sur l'Écriture-Sainte, tiré des ouvrages de St. Grégoire, à la suite desquels il a été imprimé. Ce livre est meilleur pour le sens spirituel que pour le littéral.
PATERIN, (Claude) né à Lyon, se distingua par ses connoissances en jurisprudence et ses négociations. Il assista à l'assemblée d'Orléans pour réprimer les entreprises du pape Jules II. Louis XII le fit vice-chancelier du duché de Milan, et après la perte des conquêtes des François en Italie, il devint premier président du parlement de Bour- 332 P A T gogne. C'est en cette qualité qu'il assista au lit de justice de 1527, et y examina la validité du traité de Madrid. Ses bienfaits le firent surnommer le Père du peuple. Il mourut le 20 novembre 1551, et le parlement assista en corps à ses obsèques. I. PATIN, (Gui) médecin, né à Houdan petite ville de Beauvois, en 1601, prit le bonnet de docteur en 1626, à Paris. Ce fut dans cette ville qu'il exerça son art, et il y fut moins connu par son habileté que par l'enjouement de sa conversation et par son caractère satirique. Il avoit, dit-on, le visage de Cicéron, et dans l'esprit la tournure de celui de Rabelais. Tout en lui portoit un air de singularité; son habilement ressembloit à celui qu'on portoit un siècle auparavant. Il s'exprimoit en latin d'une manière si recherchée et si extraordinaire, que tout Paris accouroit à ses Thèses comme à une comédie. Il étoit grand partisan des anciens, et avoit pour adversaires tous les disciples des modernes; les malades étoient la victime de ce double fanatisme; et on pouvoit les comparer à l'Homme entre deux âges, courtisé par deux femmes, dont la plus âgée arrache tous les cheveux noirs, et la plus jeune tous les cheveux blancs, de façon que le pauvre homme reste chauve. Les querelles de l'antimoine, qui s'élevèrent de son temps dans la faculté de médecine de Paris, donnèrent beaucoup d'exercice à la bile de Patin; il regarda toujours ce remède comme un poison, et il n'oublia rien pour le décrier. Il avoit dressé un gros registre de ceux qu'il prétendoit avoir été les victimes de ce remède, et il nommoit ce registre le Martyrologe de l'Antimoine. Les injures ne furent pas épargnées; il les prodigua et on les lui rendit avec usure. (Voyez III. CHESNE.) A tous les reproches généraux que pouvoient se faire des sectateurs d'Hippocrate et de Galien, ils ajoutèrent des accusations particulières et des personnalités diffamantes. Jamais la dignité doctorale ne fut plus compromise; la querelle devint si vive, qu'il fallut que le parlement ordonnât que la Faculté décideroit au plutôt sur les dangers et l'utilité de l'antimoine. Les docteurs s'assemblèrent le 29 mars 1666; quatre-vingt-douze furent d'avis de mettre le vin émétique au rang des remèdes purgatifs. Patin fut inconsolable; il mourut en 1672, à 71 ans, regardé comme un savant médecin et un bon littérateur. Il possédoit assez bien la science des livres, et il en avoit amassé un grand nombre. On a de lui: I. Le Médecin et l'Apoticaire charitables. II. Des Notes sur le Traité de la Peste, de Nicolas Allain. III. Des Lettres en 5 vol. in-12, qu'il ne faut lire qu'avec défiance. La plupart de ses anecdotes politiques et littéraires sont ou fausses ou mal rendues. Patin y déchire impitoyablement ses amis et ses ennemis. Outre son penchant à la médisance, il en avoit, dit-on, beaucoup à l'impiété; mais cette accusation odieuse n'a pas été prouvée. Que peut-on dire cependant du christianisme d'un homme qui se consolait de quitter ce monde, pourvu qu'il trouvât dans l'autre Aristote, Platon, Virgile, Galien et Cicéron.—Ses fils, Robert PATIN, habile mé- decin mort en 1670, et Charles qui suit, se firent un nom.
II. PATIN, (Charles) fils du précédent, né à Paris en 1633, fit des progrès surprenans dans les sciences. A peine étoit-il âgé de quatorze ans, qu'il soutint sur toute la philosophie des Thèses grecques et latines, auxquelles assistèrent et applaudirent trente-quatre évêques, beaucoup de grands seigneurs et le nonce du pape. On le destina d'abord au barreau, mais son goût le portoit vers la médecine; il quitta le droit après avoir pris le grade d'avocat, et reçut le bonnet de médecin. Marescot qui avoit exercé la médecine avec succès, le détermina à embrasser cette profession, à laquelle, disoit-il, il devoit trois avantages: 1.º D'avoir joui d'une parfaite santé jusqu'à quatre-vingt-deux ans: 2.º D'avoir gagné cent mille écus: 3.º De s'être concilié l'estime et l'amitié de plusieurs personnes illustres... Patin pratiquoit son art avec distinction, lorsqu'il fut obligé de quitter la France. On attribua sa disgrace à un prince du sang, qui l'accua d'avoir débité quelques exemplaires d'un ouvrage satirique, qu'il s'étoit chargé d'anéantir. Il parcourut successivement l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre, la Suisse et l'Italie. Il fixa enfin son séjour à Padoue, où on le gratifia de la première chaire de chirurgie et du titre de chevalier de Saint-Marc. Il mourut dans cette ville en 1694, à 68 ans. On a de lui un grand nombre d'écrits en latin, en françois et en italien. Les plus considérables sont: I. Itinerarium Comitis Brienne, in-8°, Paris, 1662. II. Familiæ Ro- manæ ex antiquis Numismatibus, Paris, 1663, in-folio. Il y en a une édition de 1703, augmentée. Le fonds de l'ouvrage est de Fulvius Ursinus. III. Traité des Tourbes combustibles, Paris, 1663, in-12. IV. Introduction à l'Histoire par la connoissance des Médailles, Paris, 1665, et Amsterdam, 1667, in-12. Ce livre, selon le Journal des Savans, n'est presque qu'une redite de ce qui étoit dans Savot. Mais il y a quelques remarques qui ne sont pas dans cet auteur: d'ailleurs il est un peu mieux écrit, quoiqu'il ne le soit pas encore fort élégamment. V. Imperatorum Romanorum Numismata, Strasbourg, 1671, vol. in-folio. VI. Quatre Relations historiques de divers Voyages en Europe: Basle, 1673, et Lyon, 1674, in-12. VII. Pratica delle Medaglie, Venezia, 1673. VIII. Suetonius ex Numismatibus illustratus, Basileæ, 1675, vol. in-4°. IX. De optimi Medicorum Secta, Padoue, 1676. X. De Febribus, ibid., 1677. XI. De Scorbuto, ibid., 1679. XII. Lyceum Patavinum, Padoue, 1682. XIII. Thesaurus Numismatum à Petro Manroceno collectorum, Venise, 1684, in-4°. XIV. Commentarii in Monumenta antiqua Marcellina, Padoue, 1688.
III PATIN, (Charlotte et Gabrielle) filles du précédent, étoient ainsi que leur mère de l'académie des Ricovrati de Padoue, dont leur père avoit été long-temps chef et directeur. L'une et l'autre ont publié des ouvrages savans en latin, et leur mère est auteur d'un recueil de Reflexions morales et chrétiennes. Les ouvrages de Charlotte sont: Une *Harangue* latine sur la levée du siège de Vienne; et *Tabellæ selectæ*, in-folio, Padoue, 1691, avec des figures. C'est l'explication de quarante - un Tableaux des plus fameux peintres, que l'on voit à Padoue. Il y a une 42$^{e}$ estampe représentant la famille des *Patia*. On compte parmi les productions de *Gabrielle*, le *Punégyrique de Louis XIV*; et une *Dissertation*, in-4$^{o}$, sur le Phénix d'une médaille de *Caracalla*, à Venise, 1683.
PATISSON, (Mamert) imprimeur Parisien, natif d'Orléans, devint imprimeur du roi en 1579. Ses talens et son savoir lui méritèrent cette place. Il étoit mort en 1602. De toutes ses éditions on ne cite que le *Discours sur les Médailles de le Pois*, 1579, in-4$^{o}$. Les autres ont été éclipsées par des livres postérieurs ou des éditions subséquentes. Il avoit épousé la veuve de *Robert-Etienne*.
PATKUL, (Jean Réginal de) gentilhomme Livonien, supportoit impatiemment la perte des privilèges de sa patrie, anéantis par l'autorité absolue que *Charles XI* et *Charles XII* s'étoient arrogée. A la mort du premier, il fut accusé d'avoir voulu livrer la Livonie au czar *Pierre*, ou au roi de Pologne *Auguste*. Son entreprise ayant, dit-on, échoué, il passa au service de ce dernier prince, et fut revêtu du caractère de résident de Moscovie en *Saxe*. *Charles XII* n'en contraignit pas moins le roi *Auguste* de lui livrer *Patkul* par le traité d'Alt-Ranstadt. Le czar le réclama en vain; *Charles XII* le fit rouer et écarteler à Casimir en 1707. Il n'est point de juriste consulte en Europe, il n'est pas même d'esclave qui ne sente toute l'horreur de cette injustice barbare que les flatteurs de *Charles XII* tentèrent de justifier. «Le premier crime de cet infortuné, dit *Voltaire*, étoit d'avoir représenté respectueusement les droits de sa patrie à la tête de six gentilhommes Livoniens députés de tout l'état. Condamné pour avoir rempli le premier des devoirs, celui de servir son pays selon les lois, cette sentence inique l'avoit mis dans le plein droit naturel qu'ont tous les hommes de se choisir une patrie. Devenu ambassadeur d'un des plus grands monarques du monde, sa personne étoit sacrée. Le droit du plus fort viola en lui le droit de la nature et des nations. Autrefois l'éclat de la gloire couvroit de telles cruautés; aujourd'hui elles la ternissent.» A peu près vers le même temps, un autre officier Livonien nommé aussi *PATKUL*, crut racheter sa vie en offrant à *Charles XII* le secret de faire de l'or. Ce prince répondit qu'il n'accorderoit jamais à l'intérêt ce qu'il avoit refusé à l'amitié. (Quelques généraux Suédois, amis du roi, avoient sollicité la grace du Livonien.) Le roi *Auguste* informé de ce refus, dit: *Je ne m'étonne pas que le roi de Suède ait tant d'indifférence pour la pierre philosophale; il l'a trouvée en Saxe*. En effet ses officiers et ses soldats s'y étoient enrichis. Les membres du premier *Patkul* coupés en quartiers, restèrent exposés sur des poteaux jusqu'en 1713, qu'*Auguste* étant remonté sur son trône, les fit rassembler et mettre dans une cassette.
PATRAT, (Joseph) né à Arles, suivit la carrière du théâtre, et y eut moins de succès comme acteur que comme auteur. Quelques-unes de ses pièces sont dialoguées avec facilité et offrent des situations plaisantes. Les principales sont : L'Heureuse Erreur, les Déguisemens amoureux, le Fou raisonnable, les Méprises par ressemblance, le Complot inutile, les Deux Frères, comédies. Cette dernière représentée au théâtre François, a de l'intérêt : elle est traduite de l'allemand. On doit encore à Patrat des Opéra, tels que les Deux Morts, la Kermesis ou la Foire Allemande, les Amans protées; Adélaïde et Mirval; Toberne. Cet auteur est mort à Paris en 1801, à l'âge de 69 ans. L'PATRICE, (Saint) évêque et apôtre d'Irlande, né en 377, mort vers l'an 460, à 83 ans, fonda divers monastères, dont l'un étoit à Armagh; bâtit un grand nombre d'églises, formades écoles et fit fleurir les lettres. On a de lui un écrit appelé La Confession de St. Patrice, et une Lettre à Carotic, prince du pays de Galles, dont il eut beaucoup à souffrir. Ces ouvrages sont écrits avec peu d'élégance, mais ils montrent qu'il étoit versé dans la science des Saints. On lui attribue le Traité des douze Abus, publié parmi les ouvrages de St. Augustin et de St. Cyprien. Jacques Ware a publié les Œuvres de St. Patrice, à Londres, 1658, in-8.º Le Purgatoire de St. Patrice, dont Denys le Chartreux et plusieurs autres écrivains ont dit tant de choses fausses, comme Bollandus l'a démontré, est une caverne située dans une petite isle du lac Dearg dans l'Ultonie. Elle fut fermée par ordre du pape en 1497, pour arrêter le cours de certains contes superstitieux. On la rouvrit ensuite, et on la visita pour y prier et y pratiquer les austérités de la pénitence, à l'imitation de St. Patrice qui se retiroit souvent dans ce lieu et dans des endroits écartés, pour y vaquer plus librement aux exercices de la contemplation. Ceux qui sont étonnés de lire dans la Vie de ce Saint des singularités en matière de piété et de mortification peu conciliables avec nos goûts, nos usages et nos mœurs, ne doivent pas perdre de vue cette réflexion de Fleury. Il est à croire que Dieu leur inspira cette conduite pour le besoin de leur siècle. Ils avoient à faire à une nation si perverse et si rebelle, qu'il étoit nécessaire de la frapper par des objets sensibles. Les raisonnemens et les exhortations étoient foibles sur des hommes ignorans et brutaux, accoutumés au sang et au pillage. Ils auroient même compté pour rien des austérités médiocres, eux qui étoient nourris dans la fatigue de la guerre et qui portoient toujours le harnois. Mais quand ils voyoient un St. Boniface disciple de St. Romuald, aller nu-pieds dans les pays froids; un St. Dominique Loricat se mettre tout en sang en se donnant la discipline, ils comptoient que ces Saints aimoient Dieu, et détestoient le péché. Ils auroient compté pour rien l'oraison mentale; mais ils voyoient bien que l'on prioit quand l'on récitoit des pseaumes. Enfin ils ne pouvoient douter que ces Saints n'aimassent leur prochain, puisqu'ils faisoient pénitence pour les autres. 336 P A T Touchés de tout cet extérieur, ils devenoient plus dociles, ils écoutoient ces prêtres et ces moines dont ils admiroient la vie; et plusieurs se convertissoient. » Cette réflexion suffit pour expliquer plusieurs singularités, qui dans l'histoire des Saints, peuvent offenser des esprits délicats.
II. PATRICE, (Pierre) né à Thessalonique, vivait sous l'empereur Justinien, qui l'envoya l'an 534, en ambassade vers Amalasoute reine des Goths, et en 550 à Chosroès roi des Perses, pour conclure la paix avec lui. La charge de maître du palais fut la récompense de ses services. Nous avons des fragments de l'Histoire des Ambassadeurs, qu'il avait composée en deux parties. Chanteclair a traduit cet ouvrage intéressant de grec en latin avec des notes savantes, auxquelles Henri de Valois joignit les siennes. On a imprimé les unes et les autres dans le corps de l'Histoire Byzantine, publiée au Louvre en 1648, in-folio.
III. PATRICE, (Patricius) Augustin Piccolomini, habile écrivain du quinzième siècle, né à Sienne d'une famille illustre, fut d'abord chanoine de cette ville, puis secrétaire de Pie II en 1460. Ce pape lui donna ordre de composer un Abrégé des Actes du concile de Basle, qui se trouvoit en manuscrit dans la bibliothèque du roi. Ses services lui valurent la place de maître des cérémonies de la chapelle du pape, et l'évêché de Fienza dans la Toscane. Il y mourut en 1496, regardé comme un des plus savans hommes de son temps. Il étoit également versé dans l'histoire sacrée et profane. Il eut part au Pontifical, imprimé à Rome en 1485, in-folio. On trouve de lui dans le Musæum Italicum du Père Mabillon, Adventus Friderici III ad Paulum II; Vita Bencii... et dans Freher, De Comitiis Ratisbonæ celebratis. On lui attribue le Traité des Rits de l'Eglise Romaine, que Christophe Marcel archevêque de Corfou fit imprimer en latin sous son nom, à Venise, 1516, in-folio. Cette première édition est très-rare, parce que Grassi fit tous ses efforts pour faire supprimer ce livre; et n'ayant pu réussir, il brûla tous les exemplaires qui lui tombèrent entre les mains.
IV. PATRICE, (André) habile Polonois du 16e siècle. Après avoir été prévôt de Varsovie et archidiacre de Wilna, il fut nommé premier évêque de Wenden dans la Livonie. Il dut ces différentes places à son mérite; mais il ne jouit pas long-temps de la dernière, étant mort en 1583. Il a laissé des Harangues latines à Etienne Battori roi de Pologne; des Commentaires sur deux Orai-sons de Cicéron; et divers ouvrages de controverse et de belles-lettres.
PATRICE, Voyez l'art. PLATON, vers la fin.
PATRICIUS, Voy. III. PATRICE et PATRIZI.
PATRICK, (Simon) né en 1626 à Cainsborough, dans la province de Lincoln d'un marchand, fut élevé au collège de Cambridge. Il s'y distingua tellement par son savoir et par son mérite, qu'il en devint président. Il fut ensuite vicaire de Batersea dans le Surrey, puis curé de Coventgarden, paroisse de Saint- Paul à Londres, où sa charité compatissante et ses connoissances supérieures lui gagnèrent les cœurs et les esprits. Après avoir refusé plusieurs autres bénéfices, il fut élevé en 1678 au doyenne de Petersborough, puis à l'évêché de Chichester en 1689. On le transféra en 1691, à l'évêché d'Ely, où il termina sa carrière en 1707 à 81 ans. Ses mœurs honoroient les dignités dont il étoit revêtu, mais son emportement contre l'Église Romaine tenait sa gloire. Cet emportement éclata sur-tout dans ses ouvrages. Les principaux sont : I. Des Commentaires sur le Pentateuque et sur d'autres Livres de l'Écriture-Sainte. II. Un Recueil de Prières. III. Un grand nombre d'autres ouvrages très-bien écrits en anglais, et remplis d'érudition.
PATRIX, (Pierre) né à Caen en 1585, d'un conseiller au bailliage, fut élevé par son père dans l'étude des lois. Le barreau ne lui inspirant que de l'ennui, il se livra à son goût pour la poésie. Parvenu à l'âge de quarante ans, il entra chez Gaston d'Orléans. Patrix suivit constamment ce prince dans la bonne et la mauvaise fortune, et après sa mort il fut attaché avec autant de fidélité à Marguerite de Lorraine sa veuve. Il fit les délices de cette cour par son esprit et par son enjouement, malgré son accent Normand dont il n'avoit jamais pu se défaire et une niaiserie affectée qu'il avoit apportée de sa ville : il étoit d'une conversation agréable et facile. La gracie ayant touché son cœur, il supprima autant qu'il put les Poésies licencieuses de sa jeunesse. Il mourut à Paris en 1672, à 88 ans, avec de grands sentimens de religion et de repentir. L'esprit de plaisanterie l'accompagna jusqu'au tombeau ; il répondit à ses amis qui le félicitoient d'être revenu d'une grande maladie à quatre-vingts ans, et qui lui conseilloient de se lever : Hélas ! Messieurs, ce n'est pas la prine de me l'habiller... On a de lui : I. Un Recueil de Vers intitulé : La Miséricorde de Dieu sur un pécheur pénitent, in-4°, à Blois, 1660. Quoique ses vers sentent le terroir Normand et le déclin de l'âge, on y voit un esprit original et un cœur rempli de componction. II. Plaintes des Consonnes qui n'ont pas l'honneur d'entrer dans le nom de NEUR-GERMAIN, dans les Œuvres de Voiture. III. Poésies diverses, dans le Recueil de Barbin. La plupart sont très-foibles, à quelques endroits près, qui sont remarquables par un tour facile et original. Sa pièce la plus connue ne se lit point dans ce recueil. La voici : Je songeois cette nuit que de mal consumé, Côte à côte d'un Paivre on m'avoit inhumé, Et que n'en pouvant pas souffrir le voisinage, En mort de qualité je lui tins ce langage : « Retire-toi, coquin ! va pourrir loin d'ici : Il ne t'appartiene pas de m'approcher ainsi. — Coquin, (ce me dit-il, d'une arro- gance extrême) Va chercher tes coquins ailleurs, coquin toi-même ! Ici tous sont égaux, je ne te dois plus rien ; 338 P A T Je suis sur mon fumier, comme toi sur le rien. Il la fit quelques jours avant sa mort. I. PATRIZI ou PATRIZIO, (François) en latin *Patricius*, évêque de Gaëte dans la Terre de Labour, mort en 1494, fut enveloppé dans une sédition arrivée dans sa ville épiscopale en 1477, et le bruit courut qu'il avoit été condamné à perdre la tête, mais c'étoit une fausseté. On a de lui plusieurs ouvrages de morale, de politique et de poésie, qui ont leur mérite. Les principaux sont : I. Dix *Dialogues* en italien sur la manière d'écrire et d'étudier l'Histoire, Venise, 1560, in-4°. C'est son meilleur ouvrage. II. *De Regno et Regis institutione*, 1531, in-fol. III. *De institutione Reipublica*, 1519, in-fol. Ces deux dernières productions ont été traduites en François : la première par *Jean de Ferrey*, Paris, 1577, in-8° : la seconde, *ibid*, 1520, in-folio. *La Mouchetière* en fit une nouvelle version, Paris, 1610, in-octavo. IV. *Delvero Reggimento*. V. *Discorsi*. VI. *Poemata de antiquitate Sinarum*.
II. PATRIZI ou PATRIZIO, (François) de Cherso en Istrie, enseigna la philosophie à Ferrare, à Rome et à Padoue, avec une réputation extraordinaire, et fut ennemi déclaré des sentimens Péripatéticiens. Il mourut à Rome en 1597, à 67 ans. On a de lui : I. Une édition des livres attribués à *Mercure Trismégiste*. II. Une *Poétique* en italien, Ferrare, 1536, in-4°, divisée en deux décades, qui est une preuve que l'auteur avoit bien lu les anciens. III. *Paralleli Militari*, à Rome, 1594, in-fol. C'est un parallèle de l'art militaire ancien avec le moderne. *Joseph Scaliger* dit que *Patrizio* est le seul qui ait expliqué les difficultés de ce sujet important : ceux qui sont venus après lui, n'ont fait que le copier. C'est le plus rare et le plus utile des écrits de cet auteur.
PATRIZI, (Augustin) *Voyez* PATRICE.
PATROCLE, fils de *Menœtius* et de *Sthenclé*, fut élevé par *Chiron* avec *Achille* et devint célèbre par l'étroite amitié qu'il lia avec ce héros. Il fut l'un des princes Grecs qui allèrent au siège de la ville de Troye ; voyant qu'*Achille*, qui s'étoit brouillé avec *Agamemnon* ne vouloit plus combattre en faveur des Grecs, et ayant tenté vainement de le fléchir, il s'avisa de se couvrir des armes de son ami, pour inspirer au moins par ces dehors de la terreur aux Troyens. Cet artifice ranima la valeur des Grecs consternés. *Patrocle* fit fuir devant lui les Troyens qui le prenoient pour *Achille*, et vainquit *Sarpedon* dans un combat singulier ; mais ayant été reconnu, il fut enfin vaincu lui-même et tué par *Hector*. *Achille* devint furieux à la nouvelle de sa mort, et s'en vengea par la mort d'*Hector* dont il traina trois fois impitoyablement le cadavre autour des murs de Troye.
PATRONA-KALIL, Albanais de nation, âgé de 43 ans, excita la fameuse révolte de Constantinople en 1730. Après avoir servi sur mer et sur terre, et commis plusieurs assassinats, il fut fait Janissaire de la garde du grand Seigneur. Les Perses étant en guerre avec les Turcs, firent couper le nez à trois cents Janissaires qui tombèrent entre leurs mains, et les renvoyèrent par mer en Turquie. Ibrahim bacha, ne voulant pas que Constantinople fût témoin de cet horrible spectacle, fit noyer ces infortunés. Patrona résolut de tirer vengeance de cet outrage; il excita une rébellion, dans laquelle entrèrent tous les Janissaires. Il fit fermer les boutiques de Constantinople, et eut la hardiesse d'envoyer un détachement au sérail et de faire demander qu'on lui livrât le grand visir Ibrahim, le gouverneur de Constantinople et le chef des Janissaires. Le sultan étonné assemble le divan, et après plusieurs délibérations il fit étrangler les trois personnes qu'on lui demandait et envoya leurs corps aux rebelles. Ceux-ci, surpris et irrités, se plaignirent de ce qu'on leur avoit envoyé morts ceux qu'ils vouloient avoir en vie, et sous ce prétexte ils déposèrent le sultan. Ils mirent sur le trône Mahmoud son neveu, âgé de 33 ans, dont le père avoit été déposé vingt-cinq ans auparavant. Le nouveau sultan eut d'abord beaucoup d'égards pour Patrona. Il accorda à sa demande, la suppression de quelques impôts qui avoient été mis sous le règne de celui qu'il remplaçoit. Ce chef des révoltés resta tranquille quelque temps; mais ennuyé de son oisiveté, il forma de nouveaux complots; il distribua des places; il se nomma capitan-bacha ou amiral, et eut la hardiesse de se saisir de l'arsenal. Le grand Seigneur ne pouvant se défaire de lui, le fit appeler dans la salle d'audience, où il fut massacré avec ceux qui l'accompagnaient, par des gens armés, pendant que ce prince lui conféroit des graces et des honneurs dont il n'avoit pas dessein de le revêtir.
PATRU, (Olivier) naquit à Paris en 1604, d'un procureur au parlement. Après avoir fait un voyage à Rome, il suivit le barreau et cultiva le talent qu'il avoit pour parler et pour écrire. Sa réputation lui mérita une place à l'académie Françoise, où il fut reçu en 1640. Il fit à sa réception un Remerciment, qui plut tellement aux académiciens qu'ils ordonnèrent qu'à l'avenir tous ceux qui seroient reçus feroient un Discours pour remercier cette compagnie. L'académie ne s'est écartée de cette loi que pour Colbert et d'Argenson. L'auteur étoit lié avec la plupart des membres de ce corps. Vaugela le consultoit comme un oracle; dans toutes les difficultés qui s'élevoient sur la langue. Cet auteur avoue dans ses Remarques qu'il lui doit beaucoup. Patru jugeoit sainement des choses de goût, et mérita le surnom de Quintillement François. Despréaux; Racine et les autres beaux esprits de son temps lui lisoient leurs ouvrages, et s'en trouvoient bien. C'est lui que le premier a eu en vue dans son Art Poétique, lorsqu'il dit « Faites choix d'un censeur solide et solitaire, Que la raison conduise et le ravois éclaire, Et dont le crayon sûr, d'abord allié chercher L'endroit que l'on sent foible et qu'on veut se cacher. » Racine le trouvoit même quelquefois trop sévère ; et quand Despréaux épluchoit ses vers avec trop de rigueur, il lui disoit : Ne sis PATRU mihi : parodie du proverbe latin : Ne sis patruus mihi ; « N'ayez pas pour moi la sévérité d'un oncle. » Patru avoit une vertu à l'épreuve de la corruption du monde. Après la mort de Conrart de l'académie Françoise, un grand seigneur ignorant se présenta pour remplir sa place ; Patru détourna cette compagnie d'un tel choix par cet apologue : Un ancien Grec avoit une lyre admirable à laquelle il se rompit une corde : au lieu d'en remettre une de boyau, il en voulut une d'argent, et la lyre n'eut plus d'harmonie. Ami fidelle et officieux, Patru avoit un cœur supérieur à son esprit ; il étoit généreux, compatissant, et toujours gai malgré sa mauvaise fortune. Boileau acheta sa bibliothèque et lui en laissa la jouissance. Les deux amis furent encore plus unis par ce bienfait : Je l'assistai dans l'indigence ; Il ne me rendit jamais rien. Mais quoiqu'il me dût tout son bien, Sans peine il souffroit ma présence. O la rare reconnaissance ! Ce sont les vers que fit Boileau, en voyant que son ami étoit toujours le même à son égard. Patru se contenta long-temps de vivre en honnête homme, et un peu en philosophe sceptique. Bossuet l'étant allé voir dans sa dernière maladie, lui dit : On vous a regardé jusqu'ici, Monsieur, comme un Esprit fort ; songez à détromper le public par des discours sincères et religieux. — Il est plus à propos que je ma taise, répondit Patru : on ne parle dans ces derniers momens que par foiblesse ou par vanité. On prétend néanmoins qu'il se rendit à cet avis salutaire, et qu'il mourut en bon Chrétien à Paris, le 16 janvier 1681, dans sa 77e année, après avoir reçu une visite de la part de Colbert qui lui envoya une gratification de cinq cents écus. L'indigence qui accompagna Patru jusqu'au tombeau, fit dire à un magistrat ingénieux : Comment cet Avocat qui plaida si bien la cause de l'Académie et de la Langue Françoise, n'a-t-il rien entendu à plaider la cause de sa fortune ? Ce dénuement fit dire à Linière qui voyoit Patru et Chapelain se promener ensemble : « Voilà un auteur pauvre et un pauvre auteur. » On a de lui des Plaidoyers et d'autres ouvrages, dont les meilleures éditions sont celles de 1714, in-4°, et de 1732 en deux vol. in-4°. On y trouve des Lettres et les Vies de quelques-uns de ses amis. La plupart de ces ouvrages sont très-foibles, et ils n'ont pas la réputation dont ils ont joui autrefois. Patru correct et froid, dit M. de la Cretelle, retrancha les défauts qui défiguroient l'éloquence judiciaire ; mais il n'en connut ni le caractère, ni les ressources, ni les effets. « C'étoit, dit Vigneul-Marville, un orateur de ceux que Cicéron appeloit orator parum vehemens. Le geste, la voix et quelques autres graces extérieures lui manquant, le reste avoit peu de lustre. Il se tutoit de parler, on se tutoit de l'écouter, et après tout on ne l'entendoit pas. Les Plaidoyers qu'il a donnés au public sont des ouvrages, qui à force d'être re- passés et polis, paroissent comme usés au jugement de ceux qui demandent moins d'art et plus de naturel. La meilleure partie de la vie de cet orateur s'est passée à cet exercice de revoir et de retoucher ses écrits. Il ne venoit guère au palais pour y plaider, ni pour être consulté sinon sur les difficultés du langage par un certain nombre d'admirateurs qui se rangeoient à son pilier. Il ne passoit pas pour un grand jurisconsulte, ni pour un avocat utile aux autres ni à lui-même. *Auzanet*, *Defita*, *Petitpied*, avec leur vieux style, remportoient tous les écus du palais, tandis que *Patru* n'y gagnait pas de quoi avoir une bonne soupe. » Ce jugement d'un contemporain sur *Patru* est assez juste. En effet quelques vers de *Despreaux*, qui attestent sa vertu et l'amitié qui le lioit avec les beaux génies de son siècle, font plus aujourd'hui pour sa renommée que ses ouvrages. *Voyez MAISTRE*, n° III. P A T U, (Claude-Pierre) écuyer, avocat au parlement de Paris, naquit posthume à Paris, au mois d'octobre 1729. Il se produisit sur la scène en 1754, et le succès brillant de sa petite Comédie des *Adieux du Goût*, justifia sa témérité. Le sujet, le plan, la distribution sont entièrement de lui, ainsi que les petits vers. M. *Postelance*, alors son ami, se chargea des vers alexandrins : genre de travail, dont *Patu* convenoit que la vivacité de son esprit ne s'accommodoit pas. Encouragé par les applaudissemens donnés aux *Adieux du Goût*, la jeune poète fit le voyage d'Angleterre, uniquement pour s'en rendre la langue familière. Le fruit de cette étude fut une *Traduction* aussi fidèle qu'élégante, de quelques *Comédies Angloises*, qu'il donna en 1756. Le désir de connoître les savans, et peut-être aussi l'inquiétude que cause à tous les hommes le dépérissement d'une santé chancelante, lui donnèrent le goût des voyages. Il se rendit à Genève avec M. *Palissot*, pour voir le célèbre *Voltaire*, qui les reçut avec bonté. De Genève *Patu* passa à Naples, et de Naples à Rome, où l'académie des Arcades lui donna une place parmi ses bergers. Il revenoit en France; mais une pulmonie l'emporta, à Saint-Jean-de-Maurienne, le 20 août 1757, à 28 ans. *Patu* savoit le latin, l'anglois, l'italien, et parloit ces langues avec facilité. Il en connoissoit tous les bons auteurs, il les avoit lus avec goût, et en auroit approché par ses talens si sa carrière eût été plus longue. P ATYE, (Jean) chantre ordinaire de la chapelle du roi, chanoine de Baïeux, mort en 1540, étoit du diocèse de Chartres. Cet ecclésiastique, plus connu sous le nom de *Chanoine de Cambremer*, ne se seroit jamais douté du rôle qu'on lui a prêté après sa mort dans un Roman forgé à la fin du 16e siècle. On y raconte que le chapitre de Baïeux étoit obligé d'envoyer tous les ans un de ses membres à Rome, pour y chanter l'Épître à la Messe de la nuit de Noël, en réparation du crime qu'il avoit commis au 9e siècle, par l'assassinat de *Wallfride* son évêque : que le tour de *Patye* étant venu d'aller à Rome, il 342 PAU employa le secours du diable, qui l'y porta et le rapporta à Baïeux; et qu'il fit ce voyage en la même nuit, après avoir jeté au feu l'acte original qui obligeait à cette servitude. Ce conte, également absurde et ridicule, se trouve dans l'*Histoire* manuscrite des *Évêques de Baïeux*. Nous n'en faisons mention, que pour citer un trait à ajouter aux extravagances déjà nombreuses de l'esprit humain.
PAUCTION, (Alexis) né près de Lassay dans le département de la Maïenne, de parens pauvres, se rendit jeune à Nantes pour y étudier les mathématiques et l'art du pilotage. Venu à Paris, où il se fit instituteur, il obtint enfin après beaucoup de peine et de longs travaux une place dans le bureau du cadastre. Avec des mœurs simples, un caractère obligeant, une probité sévère, il ne connut pour toute jouissance que l'étude et l'amitié. On lui doit les ouvrages suivants : I. *Théorie* de la Vis d'*Archimède*, 1768, in-12. II. *Métrologie*, ou Traité des mesures, poids et monnoies des peuples anciens et modernes. III. *Théorie* des lois de la nature, suivie d'une *Dissertation* sur les pyramides d'Égypte, 1780, in-8. On a dit qu'il avoit laissé en manuscrit une Traduction des hymnes d'*Orphée*.
PAVIE, (Raimond de) baron de FOURQUEVAUX. *Voyez* ce dernier mot. I. PAVILLON, (Nicolas) fils d'*Étienne Pavillon* correcteur de la chambre des comptes, et petit-fils de *Nicolas Pavillon* savant avocat au parlement de Paris, naquit en 1597. *Vincent de Paule* instituteur des missions, sous la direction duquel il s'étoit mis, connut ses talens et les employa. Il le mit à la tête des Assemblées de Charité et des Conférences des jeunes Ecclésiastiques. La réputation de son zèle, de ses vertus et de ses talens pour la chaire, parvint au cardinal de *Richelieu*, qui l'éleva à l'évêché d'Alet. L'ignorance et le vice, deux fléaux également funestes, suite des guerres civiles et de la négligence des pasteurs, régnoient depuis longtemps dans ce diocèse. Le nouvel évêque travailla avec une ardeur infatigable à l'instruction et à la réforme de son clergé et de son peuple. Il augmenta le nombre des écoles pour les filles et pour les garçons. Il forma lui-même des maîtres et des maîtresses, et leur donna des instructions et des exemples. La vivacité de son zèle lui fit des ennemis; on porta à la cour des plaintes très-graves contre *Pavillon*. Le roi nomma des commissaires qui après le plus mûr examen, rendirent justice à son innocence. S'étant déclaré contre ceux qui signaient le formulaire, cette démarche prévint de nouveau *Louis XIV* contre lui. Ce monarque fut encore plus irrité, lorsque l'évêque d'Alet refusa de se soumettre au droit de régale. Il mourut dans la disgrace le 8 décembre 1677, âgé de plus de 80 ans. Les partisans que ses vertus lui avoient faits disoient de lui, « qu'il étoit un autre *St. Paul* en chaire; à l'autel un autre *Basile*; avec les princes un autre *Ambroise*; envers les pauvres un autre *Nicolas*. » Son tombeau fut honoré d'une épitaphe qui est un pané- grique. On l'appelle le Père des pauvres, le Conseil des gens de bien, la Lumière et le soutien du Clergé, le Défenseur de la discipline, de la vérité et de la liberté Ecclésiastique; un Homme humble au milieu des vertus et des éloges; toujours le même dans des situations différentes; enfin un Prodige de piété et de sollicitude pastorale. On a de lui : I. Rituel à l'usage du Diocèse d'Alet, avec les Instructions et les Rubriques en françois, à Paris 1667 et 1670, in-4.º Cet ouvrage, attribué au docteur Arnauld, est un des mieux faits qu'on connoisse en ce genre. Il fut examiné à Rome avec sévérité, et enfin condamné par le pape Clément IX; le Décret est de 1668. L'évêque d'Alet malgré cet anathème, continua de faire observer son Rituel dans son diocèse. II. Des Ordonnances et des Statuts Synodaux, 1675, in-12... Voyez les Mémoires pour servir à la Vie de Nicolas Pavillon, évêque d'Alet, in-12, 1733. Ils sont sur le même ton que son épitaphe. — IL PAVILLON, (Étienne) neveu du précédent, né à Paris en 1652, fut membre de l'académie Françoise et de celle des Inscriptions et Belles-Lettres. Il se distingua d'abord en qualité d'avocat général au parlement de Metz. L'amour du repos et la foiblesse de son tempérament le retirèrent bientôt de la pénible carrière qu'il couroit. Il se livra dans un doux loisir aux charmes de la poésie. Louis XIV lui donna une pension de 2000 livres. Mad. de Pontchartrain en lui envoyant le brevet, lui fit dire que ce n'étois qu'en attendant... Pavillon alors très-malade, fit répondre à cette dame, « que si elle vouloit lui faire du bien, il falloit qu'elle se hâtât. » Il mourut le 10 janvier 1705, à 73 ans, avec la réputation d'un homme qui avoit beaucoup de philosophie sans afficher le philosophe. Il ne voulut jamais se charger de l'éducation d'un jeune prince qui lui faisoit espérer une brillante fortune. La douceur de ses mœurs et la gaieté de son caractère lui firent beaucoup d'amis. Sa taille avantageuse, sa figure noble et un certain air de gravité bien entendu qui lui étoit naturel, donnoient à son ton quelque chose d'imposant. Lorsqu'il fut assiégé des douleurs de la goutte, son fauteuil fut entouré par plusieurs personnes distinguées par leur naissance et par leur mérite. Comme sa tête étoit libre et saine, il fournissoit beaucoup à la conversation. Quelquefois il décidoit en maître, mais sans morgue et sans pédanterie; et quoiqu'il parlât très-facilement et sur toutes sortes de matières, il ne faisoit pas étalage de savoir. Ses Poésies ont été recueillies en 1720, in-12, et réimprimées depuis en 2 petits vol. in-12. Quoique la plupart soient négligées et que quelques-unes se sentent des glaces de la vieillesse, elles ont un naturel et une délicatesse qui flattent. Il a travaillé dans le goût de Voiture; mais il a quelquefois surpassé son modèle. Ses Poésies consistent en Stances, en Lettres, dont la plupart sont mêlées de prose et de vers. Il a fait aussi quelques Fables, un Conte, une Idylle, et une Métamorphose d'Iris en Astre, pièce d'un style enjoué, mais dont le fond est peu noble; plusieurs Elé- gies, etc. En prose, le Portrait du pur Amour; les Conseils désintéressés: ces deux pièces offrent de la morale, de l'esprit, de la délicatesse; l'Art de se taire, etc. etc. Les premiers écrits de Pavillon sentent la frivolité et la galanterie; mais il se dégoûta d'un genre vain pour s'attacher à des idées plus nobles et plus utiles. On a dit de lui: Rival Ingénieux d'Ovide S'il vouloit fléchir une Iris, Les Grâces dictoient ses Écrits, Et l'Amour lui servoit de guide. La sagesse bientôt sut bannir de son cœur Les vains amusemens de l'amoureuse ardeur.
PAVIN, Voy. SAINT-PAVIN. I. PAUL, (Saint) nommé auparavant Saul, de la tribu de Benjamin, naquit à Tarse ville de Cilicie, et étoit en cette qualité citoyen Romain. Son père qui étoit Pharisien l'envoya à Jérusalem, où il fut élevé et instruit par Gamaliel dans la science de la loi. Il puisa dans la secte des Pharisiens une haine violente contre le Christianisme. Lorsqu'on lapidoit St. Etienne il consentit à sa mort, en gardant les habillemens des bourreaux qui lapidoient ce saint martyr. Il ne respiroit alors que le sang et le carnage contre les disciples de Jésus-Christ. Il obtint des lettres du grand prêtre des Juifs pour aller à Damas se saisir de tous les Chrétiens et les mener chargés de chaînes à Jérusalem; mais dans le chemin il fut tout-à-coup frappé d'un éclat de lumière qui le renversa. Il entendit en même temps une voix qui lui dit: Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous? — Qui êtes vous, Seigneur, répondit-il? — Je suis Jésus que vous persécutez. — Paul en tremblant s'écria: Seigneur, que voulez-vous que je fasse? — Jésus lui dit de se lever et d'aller à Damas, où il lui feroit connoître ses volontés. Il fut baptisé à Damas par Ananie, et prêcha aussitôt l'Évangile avec zèle en Arabie, à Jérusalem, à Césarée et à Tarse, d'où St. Barnabé le mena à Antioche. Ils y instruisirent un si grand nombre de personnes l'an 38 de J. C., que ce fut alors que le nom de Chrétiens fut donné pour la première fois aux disciples du Sauveur. De là il fut envoyé à Jérusalem pour y porter les aumônes des Chrétiens d'Antioche. St. Barnabé l'accompagna dans ce voyage. Après avoir rempli leur commission, ils revinrent à Antioche. Ils allèrent ensuite dans l'isle de Chypre, l'an 43; puis à Paphos, où ils convertirent le proconsul Sergius-Paulus: (Voyez ce mot et ELYMAS.) On croit que ce fut du nom de ce magistrat que l'apôtre des Gentils prit le nom de PAUL, pour lequel il changea son nom primitif de SAUL. De l'isle de Chypre ils passèrent à Antioche de Pisidie, et d'Antioche à Icone. Ils convertirent plusieurs Juifs et plusieurs Gentils; mais ayant encore couru risque d'être lapidés par les Juifs incrédules, ils allèrent à Lystres. Ce fut là que l'Apôtre guérit un homme perclus dès sa naissance, nommé Enée. Ce miracle les fit prendre pour des Dieux, et le peuple vouloit leur sacrifier. Ils avoient bien de la peine à réprimer les mouvemens de leur idolâtre reconnoissance, lorsque quelques Juifs venus d'I- cone et d'Antioche de Pisidie, changèrent les dispositions de la populace qui se jeta sur Paul, l'accabla de pierres, et l'ayant traîné hors de la ville l'y laissa pour mort. Il revint néanmoins dans la ville, d'où il sortit le lendemain pour aller à Derbe avec Barnabé. Ils repassèrent par Lystres, Icone, Antioche de Pisidie, vinrent à Pamphylie, et ayant annoncé la parole de Dieu à Perge, ils passèrent à Attalie, où ils s'embarquèrent pour Antioche de Syrie, d'où ils étoient partis l'année précédente. Les fidelles de cette ville les députèrent à Jérusalem vers les Apôtres pour les consulter sur l'observation des cérémonies légales. Les Apôtres s'étant assemblés pour en délibérer, arrêtèrent d'après le sentiment de Paul qui prévalut sur celui de Pierre, que l'on n'imposeroit point aux Gentils le joug de la loi; mais qu'on les obligerait seulement à éviter l'idolâtrie, la fornication et l'usage des chairs étouffées et du sang. Paul et Barnabé revinrent avec cette décision dont ils firent part à l'Eglise d'Antioche. Paul ayant proposé à Barnabé de parcourir ensemble les villes où ils avoient prêché l'Évangile, ils se séparèrent à l'occasion de Marc que Barnabé vouloit emmener avec eux. Paul prit Sylas avec lui, et parcourut la Syrie, la Cilicie, la Lycaonie, la Phrygie, la Galatie, la Macédoine, etc. Il convertit à Athènes *Denys l'Aréopagite*. Etant retourné à Jérusalem l'an 58 de J. C., il y fut arrêté par le tribun *Lysias*, et conduit à Félix gouverneur de la Judée, qui le retint pendant deux ans prisonnier à Césarée. *Festus* son successeur, ayant fait paroître Paul devant son tribunal et ne le trouvant coupable d'aucun crime, lui proposa d'aller à Jérusalem pour y être jugé. Mais Paul averti que les Juifs vouloient le tuer en chemin, en appela à César, et il fut arrêté qu'on l'enverroit à Rome. Quelques jours après il parut devant *Agrippa* et la reine son épouse, qu'il convainquit de son innocence. Il partit pour Rome, et aborda dans l'isle de *Meleda*, (et non pas de Malte) dont les habitans le reçurent humainement. L'Apôtre passa trois mois dans cette isle; il guérit le père de *Publius* le premier du lieu, et fit plusieurs autres miracles. Arrivé à Rome, il eut permission de demeurer où il voudroit avec le soldat qui le gardoit. Il passa deux ans entiers à Rome, occupé à prêcher le royaume de Dieu et la religion de Jésus-Christ, sans que personne l'en empêchât. Il convertit plusieurs personnes, jusque dans la cour même de l'empereur. Enfin, après deux ans de captivité, il fut mis en liberté, sans que l'on sache comment il fut déchargé de l'accusation que les Juifs avoient intentée contre lui. Il parcourut alors l'Italie, d'où il écrivit l'Épître aux Hébreux. Il repassa en Asie, alla à Éphèse, où il laissa *Timothée* en Crète et où il établit *Tite*. Il fit ensuite quelque séjour à Nicopole, revint à Troade, passa par Éphèse, puis par Milet, et enfin se transporta à Rome où il fut de nouveau mis en prison. Ce grand Apôtre consomma son martyre le 29 juin de l'an 66 de J. C. Il eut la tête tranchée par l'ordre de *Néron*, au lieu nommé les *Eaux Salviennes*, et fut enterré sur le chemin d'Ostie. 346 PAU On bâtit sur son tombeau une magnifique église qui subsiste encore aujourd'hui... Nous avons de St. Paul quatorze Epitres qui portent son nom. A l'exception de l'Épître aux Hébreux, elles ne sont pas rangées dans le Nouveau Testament selon l'ordre des temps; on a eu égard à la dignité de ceux à qui elles sont écrites et à l'importance des matières dont elles traitent. Ces Épitres sont : I. L'Épître aux Romains, écrite de Corinthe vers l'an 57 de J. C. Cette Épître se met à la tête de celles de l'Apôtre, non selon l'ordre du temps, mais à cause de la dignité de l'église de Rome ou à cause de la grandeur du sujet. Le dessein de St. Paul dans cette Épître, est de faire cesser certaines disputes qui divisaient les Juifs convertis et les Gentils devenus Chrétiens. Les Juifs fiers de leur naissance et des promesses faites à leurs pères, prétendoient que la loi n'avoit été donnée qu'à eux, que le Messie n'étoit venu que pour eux seuls, et que les Gentils n'avoient obtenu que par pure grace l'entrée dans la société des Fidelles. Les Gentils au contraire piqués des reproches des Juifs, relevoient le mérite de leurs Sages et de leurs Philosophes, vantoient la pureté de leur morale et leur fidélité à suivre la loi naturelle. Ils accusoient en même temps les Juifs d'infidélité envers Dieu, d'avoir rejeté et crucifié le Messie, et d'avoir mérité qu'à leur exclusion, eux Gentils fussent appelés à la foi. St. Paul, pour terminer ces différends, s'applique d'abord à ôter aux uns et aux autres l'orgueil de leur propre mérite. Il confond les Gentils en leur faisant voir l'aveuglement et l'implété de leurs philosophes; et ensuite les Juifs en leur remontrant qu'ils faisoient eux-mêmes ce qu'ils condamnoient dans les Païens. II. La première et la onzième Épître aux Corinthiens, écrites d'Éphèse vers l'an 57. III. L'Épître aux Galates, écrite à la fin de l'an 56. IV. L'Épître aux Éphésiens, écrite de Rome pendant sa prison. V. L'Épître aux Philippiens, écrite vers l'an 62. VI. L'Épître aux Colossiens, la même année. VII. La première Épître aux Thessaloniens, qui est la plus ancienne, fut écrite l'an 52. VIII. La onzième Épître aux mêmes, écrite quelque temps après. IX. La première à Timothee, l'an 58. X. La onzième au même écrite de Rome pendant sa prison. XI. Celle à Tite, l'an 63. XII. L'Épître à Philémon écrite de Rome l'an 61. XIII. Enfin l'Épître aux Hébreux. St. Paul écrivit cette dernière épître étant encore à Rome ou du moins en Italie; il l'adresse aux Fidelles de la Palestine pour les affermir contre les maux qu'ils avoient à souffrir de la part des Gentils et des Juifs incrédules. L'Apôtre n'a point mis son nom à la tête de cette Épître, peut-être parce qu'il savoit qu'il étoit odieux à ceux de sa nation, ou parce qu'il se déclare lui-même plutôt l'apôtre des Gentils que des Juifs. Son dessein, dans cette Lettre, paroît semblable à celui qu'il se propose dans celles qu'il écrivit aux Romains et aux Galates; car ces trois Épitres ont un même but, qui est de prouver que la vraie justice ne vient point de la loi; mais que c'est J. C. qui nous la donne par la foi et par son esprit. Il établit l'excellence et la vertu du sacrifice de J. C. qui a rendu inutiles tous les anciens sacrifices. Il prouve que le sacerdoce du Fils de Dieu l'emporte sur celui d'*Aaron*, la loi nouvelle sur l'ancienne, et l'Eglise sur la Synagogue. On lui a attribué plusieurs ouvrages apocryphes, comme les prétendues Lettres à *Senèque*; une aux Laodiciens; les Actes de *Sic Thècle*, dont un prêtre d'Asie fut convaincu d'être le fabricant; une *Apocalypse* et un *Evangile* condamnés dans le concile de Rome sous *Gelasc*. Ce qui nous reste de ce saint Apôtre suffit pour le faire considérer comme un prodige de grace et de sainteté, et comme le maître de toute l'Eglise. *St. Augustin* le regarde comme celui de tous les Apôtres qui a écrit avec le plus d'étendue, de profondeur et de lumière. *Bossuet* disoit que si toutes les preuves du Christianisme disparoissoient, les Epîtres de *St. Paul* l'y tiendroient constamment attaché. « Toutes les Epîtres de *St. Paul*, dit *Dupin*, sont savantes et instructives, persuasives, nobles et touchantes. Si ses termes ne sont pas toujours les plus élégans, le tour de l'expression est grand, élevé, grave, sentencieux, méthodique, plein d'art et de figures. Il sait accompagner ses reproches et ses réprimandes, de douceur et de charité. Il parle avec autorité, et cependant avec humilité. La véhémence et la force de son discours sont mêlées d'agrément et de prudence. Enfin, il conserve partout le caractère qu'il a lui-même marqué, de se faire Tour d'Oct pour gagner tout le monde. Il est dit dans la seconde Epître de *St. Pierre*, chapitre 3, v. 16, qu'il y a dans les Epîtres de saint *Paul*, quelques endroits difficiles à entendre, ce qui peut venir ou de l'obscurité des choses mêmes dont il traite, qui a donné occasion, comme dit encore saint Pierre, à des hommes légers de détourner les paroles de St. Paul en de mauvais sens, et d'en abuser aussi bien que des autres écritures, pour leur propre ruine; ou même du style de *St. Paul*, qui n'est pas également clair partout, à cause des longues et fréquentes hyperbates dont il se sert, des termes qui lui sont particuliers, des expressions ou sous-entendues ou superflues, des transitions d'une matière à une autre, et de quelques autres irrégularités de son discours. » (*Dissertation préliminaire sur la Bible*, liv. 2, chapitre 2, § VIII.) La conversion de *St. Paul*, telle qu'il la rapporte lui-même dans les Actes des Apôtres et dans ses Epîtres, a ramené au Christianisme un célèbre déiste Anglois. (*Voyez* la fin de l'article LITTLETON Thomas.) Le roi *Agrippa* ne put en entendre le récit sans se sentir porté à professer la religion de Jésus-Christ. (*Act. 26.*) Le gouverneur *Felix* en fut ému jusqu'au fond de l'âme, et refusa d'écouter davantage un prisonnier si propre à persuader des vérités terribles aux hommes du siècle. (*Act. 24.*) Les premiers fidèles sentoient parfaitement la force de l'argument tiré de la conversion de *Paul*, et bénissoient Dieu de l'avoir fait servir à la gloire de la foi. (*Gal. 1.*) Les plus grands ennemis du Christianisme ont toujours été embarrassés de l'impression qui résulte invinciblement de l'histoire et des écrits de cet illustre Apôtre. *Frère* qui a fait tant d'inutiles ef- 348 PAU forts pour répandre des nuages sur les livres saints, n'a point osé toucher aux Épitres de St. Paul. D'autres ont substitué des sarcasmes et des injures personnelles aux raisons qui leur manquoient. Le prétendu Bolymbroche rejette tout ce qu'écrit Paul, parce que, dit-il, il étoit chouve et petit. Boulanger décide l'affaire en disant que c'est un enthousiaste forcené. St. Paul s'est attiré sans doute ces politesses philosophiques par le peu d'égard qu'il a eu pour les philosophes, qu'il regardoit comme des hommes vains, remplis d'une fausse sagesse et bouffis d'orgueil jusqu'au délire.
II. PAUL, (Saint) premier hermite, naquit dans la Thébaïde de parens riches. Il perdit son père et sa mère dès l'âge de 15 ans, et se trouva maître d'un bien considérable. Il en fit deux emplois également utiles : il soulagea les pauvres, et se fit instruire dans les sciences. Le feu de la persécution s'étant allumé sous Déce en 250, il se retira dans une maison de campagne. Son beau-frère avide de son bien, ayant voulu le dénoncer pour en jouir plutôt, Paul s'enfonça dans les déserts de la Thébaïde. Une caverne habitée autrefois par de faux monnoyeurs, lui servit de retraite. Cette solitude à laquelle il s'étoit d'abord condamné par nécessité, ne tarda pas de lui plaire. Il y passa le reste de sa vie, inconnu au reste des hommes, et ne vivant que des fruits d'un palmier, dont les feuilles servoient à le couvrir. Dieu le découvrit à St. Antoine, quelque temps avant sa mort. Cet anachorète alla le chercher et vint jusqu'à la grotte de Paul, après avoir surmonté toutes les difficultés d'un chemin inconnu, parmi les frayeurs que lui inspiroient divers monstres, et sur-tout un hippocentaure et un satyre. Le saint solitaire apprit à Antoine qu'il touchoit à son dernier moment, et lui demanda le manteau de St. Athanase. Antoine l'alla chercher, mais au retour il ne trouva plus que le cadavre de Paul. Ce Saint expira en 341, à 114 ans, après avoir donné naissance à la vie érémitique. On dit qu'après qu'il se fut nourri des dattes d'un palmier jusqu'à l'âge de 53 ans, un corbeau lui apporta tous les jours du pain miraculeusement ; et que quand il fut mort, deux lions firent la fosse dans laquelle St. Antoine l'enterra. « Ce que nous avons rapporté de St. Paul, dit Baillet, est appuyé sur la foi de St. Jérôme, qui a écrit sa Vie. Nous souhaiterions que St. Athanase eût parlé de St. Paul dans celle qu'il a écrite de St. Antoine. On ne peut pas dire qu'il n'ait pas eu l'occasion belle de le faire, ayant été beaucoup plus en état que St. Jérôme de connoître notre saint hermite pour la commodité des lieux, des temps et d'un témoin tel que St. Antoine qu'il avoit vu assez souvent. Les soupçons qui naissent naturellement d'une telle omission font douter si cette histoire, comme celle de Ste Synclétique, ne seroit point une parabole composée pour nous exciter agréablement au mépris du monde. » Mais l'Eglise n'ayant point regardé St. Paul comme un être chimérique, et son culte étant fort ancien, on doit en conclure qu'il y a eu un saint Solitaire de ce nom. Quant à cer- taines circonstances de son histoire, comme celles des hippocentaures et des satyres qui se rencontrèrent sur le chemin de St. Antoine, on peut les regarder comme des circonstances qu'il est permis d'admettre ou de rejeter.
III. PAUL Ier (Saint) pape, succéda à Etienne II son frère en 757. Il donna avis de son élection à Pepin, lui promettant amitié et fidélité jusqu'à l'effusion de son sang. Ce prince lui prêta des secours pour le défendre contre les vexations de Didier roi des Lombards. Paul fonda diverses églises, et après avoir gouverné avec sagesse et avec prudence, il mourut l'an 767. On a de lui, vingt-deux Lettres dans le Recueil de Gretser. Elles prouvent que ce pontife n'étoit pas aussi éclairé que pieux.
IV. PAUL II, (Pierre Barbo) noble Vénitien, neveu du pape Eugène IV qui l'honora du chapeau de cardinal en 1440, monta sur la chaire de Saint-Pierre après Pie II le 29 août 1464. On fit jurer au nouveau pape d'observer plusieurs lois que les cardinaux avoient faites dans le conclave. Elles regardaient la continuation de la guerre contre les Turcs, le rétablissement de l'ancienne discipline de la cour Romaine, la convocation d'un Concile Général dans huit ans, et la fixation du nombre des cardinaux à 44. De tous ces articles Paul n'exécuta que celui qui regardoit la guerre contre les Infidèles. Cependant, pour se concilier les cardinaux il leur accorda le privilège de porter l'habit de pourpre, le bonnet de soie rouge, et une mitre de soie, semblable à celle que les souverains pontifes avoient seuls droit de porter. Il excommunia ensuite Podiebrack roi de Bohème, qui persécutoit ouvertement les Catholiques de ses états. Cet anathème fut suivi d'une croisade qu'il fit prêcher contre ce prince, mais elle ne produisit aucun effet remarquable. Les seigneurs d'Italie, divisés entre eux, exerçoient des vexations horribles: Paul II travailla à les réunir, et eut le bonheur d'y réussir. Ce pontife mourut le 26 juillet 1471, à 54 ans, d'un excès de melon. On a de lui, des Lettres et des Ordonnances; et on lui attribue un Traité des règles de la Chancellerie. Le cardinal Quirini a donné sa Vie, Rome, 1740, in-4.º C'étoit un bel homme et il ne l'ignoroit pas. A son exaltation il voulut prendre le nom de Formose qui signifie Beau; mais il sentit le ridicule qu'il se donneroit par cette vanité, et il prit celui de Paul. Jamais on n'a pleuré avec autant de facilité que ce pontife. Pie II l'appeloit Notre-Dame de Pitié. (Monéat, édit. de 1740.) Il tâchoit d'obtenir par ses larmes ce qu'il ne pouvoit persuader par ses raisons. C'est lui qui réduisit le Jubilé à 25 ans, par une Bulle du 19 avril 1470. Il n'aimoit pas les gens de lettres, et il supprima le collège des abréviateurs, composé des plus beaux esprits de Rome. (Voyez ESPERIENTE, et COETIVY.) Platine, l'un de ces abréviateurs, ne le ménage pas; mais comme il avoit été dépouillé de ses biens et mis deux fois en prison par ordre de ce pape, il ne faut pas toujours compter sur ce qu'il en dit. On ne peut pas cependant se dissimuler sa mol- lesse et son faste. Il paroissoit souvent en public, dit l'abbé de Choisy, avec une triple couronne brillante de diamans. Il faisoit battre des médailles de son image avec des titres pompeux, et les jetoit lui-même dans les fondemens des édifices superbes qu'il faisoit élever. Pour plaire au peuple Romain, on représentoit souvent par son ordre des jeux publics qui rappeloient la mémoire des anciens Césars. Mais si Paul II avoit le foible de la pompe mendaine et de la magnificence extérieure, il faut avouer qu'il fit des choses utiles à l'Église. Il abolit entièrement la simonie. Il donna rarement des indulgences, quoique ce fût un trésor, dit l'abbé de Choisy, où il n'y avoit qu'à pécher. Il abrogea les graces expectatives. Il défendit d'aliéner les biens ecclésiastiques, et même de les affermer à la même personne plus de trois ans. Il pourvut libéralement aux besoins des pauvres et à la dotation des filles indigentes. Si d'abord il paroissoit dur dans les audiences publiques, il accordoit ordinairement plus qu'on ne lui demandoit. Il disoit souvent : Un PAPE doit être un Ange quand il fait des Evêques, et presque un Dieu quand il fait des Cardinaux; mais dans les autres actions de la vie, on doit lui pardonner d'être un Homme. V. PAUL III, (Alexandre Farnèse) évêque d'Ostie, et doyen du sacré collège, fut mis sur la chaire de Saint-Pierre d'une voix unanime, après Clément VII, le 13 octobre 1534, naquit à Carin en Toscane en 1468, quoique sa famille fut Romaine. Son père étoit Pierre- Louis Farnèse, et sa mère Janellé Cajetan de la maison de Boniface VIII. Il reçut une excellente éducation sous Pomponius Latus à Rome, et sous divers maîtres à Florence. Il avoit du goût et quelque talent pour la poésie. Alexandre VI l'honora de la pourpre en 1493, quoiqu'il n'eût alors qu'environ 26 ans. Le commencement de son pontificat fut marqué par l'indication d'un concile général à Mantone, qu'il transféra ensuite à Trente, où la première session se tint le 13 décembre 1545. Il fit avec l'empereur et les Vénitiens une ligue contre les Turcs, qui échona. Il engagea en 1538 le roi François I et Charles-Quint de se trouver à Nice, où ils firent une trêve de dix ans, qui fut rompue par l'ambition de l'empereur. Son zèle étoit ardent et s'étendoit à tout. Il établit l'inquisition, approuvà la société des Jésuites, condamna l'Interim de Charles-Quint, et se conduisit, dit Ladvocat, avec beaucoup de rigueur envers Henri VIII roi d'Angleterre; mais cette rigueur qu'on pouvoit se contenter d'appeler fermeté, ne contribua point à la défection de l'église Anglicane, puisque le schisme étoit consommé avant Paul III. Ce pontife avoit eu, avant que d'embrasser l'état ecclésiastique, une fille qui épousa Bosio Sforce, et un fils nommé Pierre-Louis FARNÈSE, qu'il fit duc de Parme et de Plaisance, en retranchant du patrimoine de Saint-Pierre ces deux villes. C'étoit une grande imprudence dans un pape de faire son fils souverain à la face de l'Europe mécontente, dont une partie s'étoit déjà séparée de l'église Catholique. Mais quelques princes ont trop sou- vent insulté à l'opinion publique, jusqu'à ce que cette opinion les ait accablés. *Farnèse* fils ingrat répondit moi aux soins de son père; il gouverna en tyran. Ses sujets se révoltèrent et lui ôtèrent la vie. Le petit-fils de *Paul III* (*Octavé FARNÈSE*) ne se comporta pas mieux que son père; et les chagrins qu'il fit naître dans le cœur du pontife, le mirent, dit-on, au tombeau le 10 novembre 1549, à 82 ans, quoiqu'on eût pu croire avec autant de vraisemblance que sa mort fut l'effet naturel de la vieillesse. Près d'expirer il s'écria, pénétré de douleur d'avoir souillé son ame pour des ingrats: *Si moi non fuissent dominati, tunc immaculatus ero, etc.* « *Paul III*, dit le P. *Berthier*, étoit plein de force et de lumière dans les conseils, égal dans tous les événements, toujours prêt à récompenser le mérite, n'épargnant rien pour rétablir la paix entre les princes Chrétiens, amateur des gens de lettres, humain dans ses manières, noble dans ses sentimens. » Il aimoit tant la France, que *Charles-Quint* dit en apprenant sa mort: *Si on ouvre son corps on doit lui trouver trois fleurs de lis empreintes sur le cœur.* On lui fit cette épitaphe: *Tertius hic gelido condor sub marmore Paulus;* *Continet hæc cineres nunc brevis urha meos.* *Funera non latrymis mea sunt spargenda; peregi* *Natura curium; mors nova vita fuit.* Il nous reste de lui quelques *Lettres* de littérature à *Sadolet* et à *Erasme*. Il avoit composé des remarques sur plusieurs épîtres de *Cicéron*.
VI. PAUL IV, (Jean-Pierre *Caraffe*,) doyen des cardinaux et archevêque de Théate, *autrement* Chieti dans le royaume de Naples, obtint la tiare après *Marcel II*, le 23 mai 1555, âgé de près de 80 ans. Il étoit né en 1476 de *Jenn-Antoine*, fils du comte de *Matalone*. Dès l'âge de 18 ans il fut camérier secret d'*Alexandre VI. Jules II* le fit archevêque de Théate, et l'envoya nonce vers *Ferdinand* d'Aragon, qui prenoit alors possession du royaume de Naples. *Léon X* l'employa dans diverses négociations. Il quitta toutes ses dignités pour seconder *St. Gaëtan* de Thienne, qui venoit de fonder les *Théatins*. *Paul III* récompensa ses vertus par le chapeau de cardinal, et lui fit reprendre l'archevêché de Théate. Il montra, dès le commencement de son pontificat, une vigueur qu'on n'attendoit pas de son grand âge. Il menaça des foudres ecclésiastiques l'empereur *Charles-Quint* qui ne s'opposoit pas avec assez de zèle aux Luthériens, et se ligua avec la France pour faire la conquête du royaume de Naples sur la maison d'Autriche. *Ferdinand* ayant accepté l'empire sans consulter le saint Siège, *Paul IV*, qui en qualité de pape croyoit que les couronnes dépendoient de son autorité, le trouva fort mauvais. Il renvoya l'ambassadeur de ce prince, qui outré de cette dureté, ne se rendit point à Rome pour se faire couronner; exemple que tous ses successeurs ont imité. Ce pontife ne se conduisit pas avec plus de prudence à l'égard d'*Elizabeth* reine d'Angleterre, qui lui envoya un ambassadeur. Il se plaignit de ce qu'elle montoit, sans le consen- tement de la cour de Rome, sur un trône qui étoit un des fiefs du saint Siège, et qui d'ailleurs n'appartenoit pas à une bâtarde. Il lui déclara en même temps, que le seul parti qu'elle eût à prendre, étoit de renoncer à toutes ses prétentions pour s'en rapporter à ce qu'il en ordonne-roit. Elizabeth trop haute de son côté pour se soumettre à ce que vouloit le pontife Romain, rap-pela son ambassadeur, et rompit entièrement avec le saint Siège, qui vraisemblablement ne l'auroit pas conservée par de plus grands ménagemens. Paul IV odieux au dehors, n'étoit pas plus aimé au dedans. Il fulmina en 1559, une bulle terrible contre les bé-rétiques, par laquelle il déclara tous ceux qui fuisoient profes-sion publique d'hérésie, prélats, princes, rois, empereurs, dé-chus de leurs bénéfices, dignités, royaumes et empires. Le dernier supplice lui paroissoit le princi-pal remède contre l'erreur. Ce pontife érigea ensuite divers évê-chés en archevêchés, et créa de nouveaux évêchés pour être leurs suffragans. Enfin, après avoir rendu à l'Eglise quelques services, qui furent affoiblis par la mal-adresse qu'il eut de lui susciter de nouveaux ennemis, il mourut le 18 août 1559, à 83 ans. Il s'étoit rendu recommandable par son zèle, sa charité, et la ré-gularité de sa vie. « Mais trompé long-temps par ses proches, en-gagé à cette occasion dans de mauvaises affaires, trop préci-pité lui-même dans ses démar-ches, trop prompt, trop impé-tueux dans ses conseils, il rendit presque inutiles ses vertus et ses talens. » (Bertier, HISTOIRE de l'Eglise Gallicane.) Il aimoit la magnificence dans les occasions d'éclat. Lorsqu'il eut été élu pape, on lui demanda comment il vou-loit être servi? Magnifiquement, répondit-il, et comme il convient à un pape. Aussi fut-il couronné avec beaucoup de pompe par l'é-vèque d'Ostie. Cet éclat extérieur qui gagne quelquefois le cœur du peuple, ne put lui concilier l'attachement des citoyens de Rome. Ils ne lui pardonnèrent jamais d'avoir fait construire une nouvelle prison de l'Inquisition. Elle fut abattue dès qu'on eut appris sa mort, et on en fit sortir tous les prisonniers. Sa statue fut insultée par la populace, qui la brisa, en jeta la tête dans le Tibre, et brûla la maison de l'inquisiteur qu'il avoit créé. On a de lui divers écrits: I. De Sym-bolo. II. De emendanda Ecclesia. III. La Règle des Théatins, dont il fut l'instituteur avec St. Gaë-tan, et qui tirèrent leur nom de son évêché de Théate.
VII. PAUL V, (Camille Borghèse) Romain, originaire de Sienne, fut d'abord clerc de la chambre, et ensuite nonce en Espagne sous Clément VIII qui lui accorda le chapeau de cardinal. Il monta sur le trône pontifical le 16 mai 1605, après Léon XI. L'ancienne querelle de la juridiction séculière et de l'ec-clésiastique qui avoit fait verser autrefois tant de sang, renaquit sous ce pontife. Le sénat de Ve-nise avoit défendu par deux dé-crets: 1.º Les nouvelles fondations de monastères faites sans son con-cours: 2.º L'aliénation des biens-fonds, soit ecclésiastiques, soit séculiers. Le premier décret fut donné en 1603, et le second en 1605. Le sénat fit arrêter vers le le même temps un chanoine et un abbé, accusés de rapine et de meurtres, et en attribua la connoissance à la justice séculière. C'en étoit plus qu'il n'en falloit pour choquer la cour de Rome. Clément VIII avoit cru dissimuler; mais Paul V qui venoit de faire plier les Génois dans une pareille occasion, se flatta que les Vénitiens seroient aussi souples: il se trompa. Le sénat soutint qu'il ne tenoit que de Dieu le pouvoir de faire des lois. Il refusa de révoquer ses décrets, et de remettre les ecclésiastiques prisonniers entre les mains du nonce, comme le pape le demandoit. Paul V irrité, excommunie le doge et le sénat, et met tout l'état en interdit si on ne lui donne satisfaction dans vingt-quatre jours. Le sénat ne fit que protester contre ce monitoire, et en défendit la publication dans toute l'étendue de ses états. Une foule d'écrits lancés de part et d'autre, annonçoient l'animosité des deux partis. Les Capucins, les Théatins et les Jésuites, furent les seuls qui observèrent l'interdit. Le sénat les fit tous embarquer pour Rome, et les Jésuites furent bannis à perpétuité. Cependant Paul V se préparoit à soutenir les armes spirituelles par les temporelles. Il leva des troupes contre les Vénitiens; mais il s'apperçut bientôt qu'il ne pourroit pas sortir de cette affaire aussi aisément qu'il s'y étoit engagé. La cause des Vénitiens paroissoit la cause commune de tous les princes. Il eût recours à Henri IV, qui eut tout l'honneur de cet accommodement. Ses ambassadeurs à Rome et à Venise entamèrent la négociation, et le cardinal de Joyeuse la termina en 1607. On convint que ce cardinal déclarerait à son entrée dans le sénat, que les censures étoient levées ou qu'il les levoit; et qu'en même temps le doge lui remettroit la révocation et la protestation. On accorda le rétablissement des religieux bannis, excepté celui des Jésuites. Enfin les Vénitiens promirent d'envoyer à Rome un ambassadeur extraordinaire, pour remercier le pape de leur avoir rendu ses bonnes graces; mais ils ne voulurent pas qu'on parlât d'absolution. Paul V ne pensa plus qu'à terminer un autre différend, long-temps agité dans les Congrégations de Auxiliis. Le pape fit dire aux disputans et aux consultants, que les congrégations étant finies, il faisoit défense aux parties belligérantes de se censurer mutuellement. Quelques auteurs ont avancé que Paul V avoit dressé contre la doctrine de Molina une Bulle, à laquelle il n'a manqué que d'être promulguée; mais ce fait est demeuré jusqu'à présent sans autre preuve, que le projet de cette Bulle qui se trouva à la fin de l'Histoire des Congrégations de Auxiliis. On pressa Paul V non moins vainement; de faire un article de foi de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge. Il se contenta de défendre d'enseigner le contraire en public, pour ne pas choquer les Dominicains qui prétendoient alors qu'elle avoit été conçue comme les autres créatures, dans le péché originel. Paul V s'appliqua ensuite à embellir Rome, et à y rassembler les plus beaux ouvrages de peinture et de sculpture. Cette ville lui doit ses plus belles fontaines, sur-tout celle qui fait jaillir l'eau d'un vase an- 354 PAU tique tiré des Thermes de *Vespasien*, et celle qu'on appela l'*Aqua-Paola*, ancien ouvrage d'*Auguste*, que *Paul V* rétablit. Il y fit conduire l'eau par un aqueduc de trente-cinq mille pas, à l'exemple de *Sixte-Quint*. Il acheva le frontispice de Saint-Pierre et le magnifique palais de Monte-Cavallo. Il s'appliqua surtout à relever et à réparer les anciens monumens, et à les faire servir autant que leur nature le comportoit, à la gloire du christianisme; comme l'exprime élégamment l'inscription placée sur une colonne de porphyre, tirée du temple de la Paix, et portant une belle statue de la Vierge, à côté de l'église de Sainte-Marie-Majeure: *Impura falsi templa* *Quondam numinis* *Jubente mœsta perferebam Casare:* *Nunc lata vari* *Perferens Matram Dei* *Te, Paule, nullis obicebo seculis.* Son pontificat fut honoré de plusieurs illustres ambassades. Un roi du Japon, celui de Congo et quelques autres princes des Indes, lui envoyèrent des ambassadeurs. Ce pontife eut soin de leur donner des missionnaires, et de fonder des évêchés dans ces pays nouvellement conquis à la foi. Il témoigna la même bonté aux Maronites et aux autres Chrétiens Orientaux. Il envoya des légats à divers princes orthodoxes, soit pour leur témoigner son estime, soit pour les confirmer dans leur zèle pour la religion. *Paul V* termina sa carrière le 28 janvier 1621, à 69 ans, après avoir confirmé l'*Oratoire* de France, les *Ursulines*, l'ordre de la *Charité* et quelques autres instituts. *Paul V* hantit dans ses prétentions, mais borné dans ses vues, brilloit plus par sa piété et son savoir que par sa politique. On a remarqué qu'il ne passa aucun jour de son pontificat sans célébrer la messe. Il ordonna à tous les religieux d'avoir dans leurs études, des professeurs réguliers pour le latin, le grec, l'hébreu et l'arabe s'il s'en trouvoit parmi eux d'assez habiles, ou du moins de sécuculiers jusqu'à ce qu'il y eût des religieux assez savans pour instruire leurs confrères. Il étoit bien difficile qu'un pareil décret eût son entière exécution, et il ne l'a eue en effet que très-imparfaitement.
VIII. PAUL Ier, (Pétrowitz) naquit le 1er octobre 1754 de *Catherine II Alexiewna* et de *Pierre III* empereur de Russie. Elevé par le comte *Panin* principal ministre de sa mère, il n'oublia jamais les soins qu'il en avoit reçus, et le soutint toujours contre le crédit de *Grégoire Orloff* qui ne l'aimoit pas. Il épousa en premières noces *Wilhelmine* fille du landgrave de Hesse d'Armstadt, qui embrassa le rit grec et prit le nom de *Natalie*. Elle mourut deux ans après cette union, en 1776. *Paul I* prit pour seconde épouse la princesse de *Wirtemberg*, nièce du roi de Prusse; il se rendit pour cet hymen à la cour de Berlin, où il fit son entrée le 21 juillet 1776 avec une pompe éclatante. Les magistrats le reçurent sous un arc de triomphe, où soixante et dix jeunes filles vêtues en nymphes lui présentèrent des vers et des fleurs. Il n'étoit encore que grand duc de Russie, lorsqu'ex 1780 il se mit à parcourir l'Europe, accompagne de la grande duchesse. Après avoir traversé la Pologne, l'Autriche, l'Italie, il revint à Pétersbourg par la France et la Hollande. Ce voyage dura quatorze mois ; et par — tout il parut doux, affable, modeste, curieux d'observer et de s'instruire, plus occupé à repousser les hommages publics qu'à les obtenir. Lorsque la guerre se déclara en 1787 entre la Porte et la Russie, le grand duc sollicita vivement la permission d'aller combattre contre les Turcs. Mais Catherine, craignant peut-être de sa part quelques desseins ambitieux, ne put jamais se résoudre à la lui accorder. « L'intention que j'ai d'aller combattre les Ottomans, lui écrivit Paul, est connue de toute l'Europe ; que dira-t-elle en voyant que je ne l'exécute pas ? » L'impératrice lui répondit : « L'Europe dira que le grand duc de Russie est un fils respectueux. » A la mort de celle-ci, arrivée le 17 novembre 1796, Paul I monta sur le trône. « Rigoureusement juste, suivant un historien trop souvent sévère, il fut accessible à la vérité, pour peu qu'elle lui fût présentée avec courage et avec adresse. Lorsqu'il l'ignora, ce fut moins sa faute que celle de ceux qui pouvant la lui faire parvenir, se furent. » Il s'allia aux autres puissances pour faire la guerre à la France, et envoya une armée considérable sous les ordres du général Souwarow, qui pénétra en Italie en 1799 et en fut repoussée après divers combats par le général Moreau. Paul I, avec un esprit inquiet et souvent chagrin, se livra dans l'intérieur de ses états à une foule d'innova- tions dont plusieurs ne furent pas goûtées ; il est mort subitement en 1801. On a dit que la violence avoit terminé ses jours ; mais cet événement étant encore presqu'inconnu, nous saissons au temps le soin de l'éclaircir. Ce prince étoit instruit, et possédoit diverses connoissances qu'il devoit en partie à son précepteur Epiaus, savant aussi distingué par ses vertus que par ses lumières, et connu par une excellente Théorie de l'Aiman. C'est à Paul I que la Harpe adresse les lettres qui forment la Correspondance littéraire que ce dernier a publiée en 1801. — Alexandre PAULOWITZ, qui a déjà annoncé le plus grand respect pour sa mère, une raison éclairée, l'amour du bien et de grandes vues, est le successeur de Paul I au trône de Russie.
IX. PAUL DE SAMOSATE, ainsi appelé, parce qu'il étoit de la ville de Samosate sur l'Emphate, fut nommé patriarche d'Antioche, l'an 260 de Jésus-Christ. Zénobie régnoit alors en Syrie, et sa cour rassembloit tous les hommes célèbres par leurs talens et par leurs lumières. Elle y appela Paul de Samosate, admira son éloquence, et voulut s'entretenir avec lui sur les dogmes du christianisme. Cette princesse préféroit la religion Juive à toutes les religions, et elle ne pouvoit se soumettre à croire les mystères de la religion Chrétienne. Pour affaiblir cette répugnance, Paul tacha de réduire les mystères à des notions simples et intelligibles. Il dit à Zénobie, que les trois Personnes de la Trinité n'étoient point trois 316 PAU Dieux, mais trois attributs sous lesquels la Divinité s'étoit manifestée aux hommes; que Jésus-Christ n'étoit point un Dieu, mais un homme auquel la sagesse s'étoit communiquée extraordinairement, et qu'elle n'avoit jamais abandonné ... Paul de Samonate ne regarda d'abord ce changement dans la doctrine de l'Église, que comme une condescendance propre à faire cesser les préjugés de Zénobie. Mais lorsque les fidèles lui reprochèrent cette prévarication, il s'efforça de la justifier, en soutenant « qu'en effet, Jésus-Christ n'étoit pas Dieu, et qu'il n'y avoit en Dieu qu'une personne. » Les erreurs de Paul alarmèrent le zèle des évêques; ils s'assemblèrent à Antioche, et l'adroit sectaire leur protesta qu'il n'avoit point enseigné les erreurs qu'on lui imputoit. On le crut, et les évêques se retirèrent; mais Paul persévéra dans son erreur, et elle se répandit. Les prélats d'Orient s'étant assemblés de nouveau à Antioche en 270, il fut convaincu de nier la divinité de Jésus-Christ, déposé et excommunié. Ses rêveries se dissipèrent peu à peu. Il ne fut chef que d'une secte obscure, dont on ne voyoit pas les moindres restes au milieu du 5e siècle, et que la plupart ne connoissoient pas même de nom; tandis que l'Arianisme dont on fit une affaire d'état, remplissoit dans le siècle suivant l'empire de troubles et de désordres. Paul refusant de souscrire à la décision du concile qui l'avoit condamné comme hérétique et déposé comme chargé de plusieurs crimes, demeuroit toujours à Antioche et ne voufoit pas quitter sa maison qui appartenoit à l'Église. Les Chrétiens s'en plaignirent à l'empereur Aurélien, qui ordonna que la maison fût adjugée à ceux qui seroient unis aux évêques de Rome; tant il étoit notoire, même aux Païens, que l'union à l'Église de Rome étoit la marque des vrais Chrétiens. Les disciples de Paul furent nommés Paulianistes. Leur maître n'avoit pas suivi la méthode de la plupart des hérésiarques, qui cachent sous un air austère le venin de leur doctrine. C'étoit un homme voluptueux. Il avoit chez lui des femmes jeunes et belles; il faisoit bonne chère, et non-seulement il permettoit que ses ecclésiastiques vécussent comme lui; mais il tâchoit de les excuser lorsque leur conduite causoit du scandale. Son orgueil étoit extrême. Il ne siégeoit que sur une espèce de trône; il donnoit des audiences comme les magistrats séculiers. Pour soutenir son faste, il usa tour-à-tour de la violence et de l'artifice, et parvint à la fortune par ces différens moyens. Avide de louanges, il souffroit qu'on lui en donnât dans la chaire, et il substitue aux cantiques sacrés, des hymnes en son honneur, qu'il faisoit chanter dans l'église par des femmes habillées en comédiennes. X. PAUL DE TYR, professeur de rhétorique l'an 120 de Jésus-Christ, fut député par ses concitoyens vers Adrien. Cet empereur, touché de son éloquence, lui accorda le titre de métropole pour la ville de Tyr. Il a laissé quelques Ecrits en grec sur son art, qui sont judicieux.
PAUL, Voy. JULES PAUL.
**XI. PAUL LE SILENTIAIRE**, auteur Grec, ainsi nommé de la dignité qu'il avoit dans le sacré palais à Constantinople, floris-soit sous l'empereur *Justinien* au 6$^{e}$ siècle. Nous lui devons une *Histoire* curieuse, en vers grecs, de l'*Eglise de Sainte-Sophie*. On la trouve dans l'Histoire Byzantine, avec la traduction et les notes de *du Cange*, Paris 1670, in-folio. II. Un *Poème*, aussi en vers grecs, sur les *Thermes Pythiques*, que le savant *Huet* a éclairci de ses notes. III. Plusieurs *Epigrammes* dans l'Anthologie.
**XII. PAUL ÉGINETTE**, médecin du septième siècle, fut ainsi nommé parce qu'il étoit natif de l'isle d'Égine, aujourd'hui *Engia*. Il laissa un *Abregé des Œuvres de Galien*, et plusieurs autres ouvrages en grec, qui renferment des choses curieuses et intéressantes. Son Traité *De re medicâ* fut imprimé à Basle en 1551, in-folio; et ses autres écrits le furent en grec, à Venise 1528, in-folio, et en latin 1538, in-4$^{o}$. Les modernes y ont beaucoup puisé.
**XIII. PAUL**, diacre de Mérida dans l'Estramadure, floris-soit aux premières années du 7$^{e}$ siècle. On a de lui une *Histoire des Pères d'Espagne*, dont la meilleure édition est celle d'Anvers en 1635, in-4$^{o}$.
**XIV. PAUL**, diacre d'Aquille, illustre par sa piété et ses lumières, fut secrétaire de *Didier* dernier roi des Lombards. Il fut reçu ensuite à la cour de *Charlemagne*, puis appelé à Metz pour y établir des écoles. Accusé par des envieux d'avoir voulu attenter aux jours de l'empereur, il fut relégué dans l'isle de Diomède, aujourd'hui Trémiti, dans la mer Adriatique. *Archise* prince de Bénévent, l'appela quelque temps après à sa cour; lorsque ce prince mourut en 787, *Paul* se retira au Mont-Cassin, où il embrassa la vie monastique et mourut vers 801. Il est auteur d'une *Histoire des Lombards* en six livres, depuis leur origine jusqu'à la mort de *Luitprand* en 744. On la trouve dans les Recueils de *Vulcanius* et de *Grotius*. Il a eu beaucoup de part à l'*Historia Miscella*. Cet ouvrage renferme vingt-quatre livres. Les onze premiers ne sont que les dix livres de l'Histoire Romaine d'*Eutrope* avec des additions de *Paul*, insérées par-ci, par-là. Les cinq suivans sont entièrement de *Paul*, et servent de continuation à *Eutrope*; les huit derniers sont de *Landulphus Sagax* qui vivoit du temps de *Lothaire* fils de *Louis le Débonnaire*: ces huit derniers sont presque entièrement tirés de *Théophanes*, ou plutôt de son traducteur *Anastase* le bibliothécaire. *Henri Canisius* en a donné une édition enrichie de notes, Ingolstadt, 1603, in-8$^{o}$. L'*Historia Miscella* et de *Rebus Longobardorum*, se trouvent dans le premier volume des *Rerum Italicarum Scriptores* de *Muratori*. *Paul* diacre est encore auteur de quelques Vies de Saints, et d'une *Histoire des Evêques de Metz*, et de l'Hymne de *St. Jean: Ur queant laxis*, etc. Il s'appeloit *Warnefride* de son nom de famille.
**XV. PAUL DE SANCYA MARIA** ou de BURGOS, savant Juif, natif de cette ville, fut détrompée de ses erreurs en lisant la *Somma* de St. Thomas. Il embrassa la religion Chrétienne, et entra dans l'état ecclésiastique après la mort de sa femme. Son mérite lui procura des places importantes et des bénéfices considérables. Il fut précepteur de Jean II roi de Castille, puis archidiacre de Trévigno, évêque de Carthagène et enfin de Burgos. On dit qu'il mourut patriarche d'Aquilée le 29 août 1445, à 82 ans, après avoir défendu la religion par ses écrits. Les principaux sont : I. Des Additions aux Postilles de Nicolas de Lyra. II. Un Traité intitulé : Scrutinium Scripturarum, Mantoue, 1474, in-folio, et d'autres savans ouvrages. Ses trois fils furent baptisés avec lui, et se rendirent recommandables par leur mérite. Le premier, Alphonse évêque de Burgos, composa un Abrégé de l'Histoire d'Espagne, qu'on trouve dans l'Hispania illustrata, 4 vol. in-folio; le second, Gonsalve fut évêque de Placentia; et le troisième, Alvarès publia l'Histoire de Jean second roi de Castille.
XVI. PAUL, (François) médecin des académies de Montpellier et de Marseille, né à Saint-Chamas bourg de Provence, mort en 1777, âgé de 43 ans, auroit pu rendre encore beaucoup de services à la littérature. Il étoit savant, laborieux, et avoit l'esprit d'analyse. On a de lui : I. Les Mémoires de l'académie de Prusse, qu'il a rédigés et réduits en 3 vol. in-4° et en dix vol. in-12. On estime plus cet abrégé que les Mémoires originaux de Berlin, qui péchent par le style et qui manquent de précision. II. Mémoires de l'Académie de Bologne, in-4° III. Mé- moires de l'Académie de Turin; in-4° Il a suivi dans ces deux ouvrages la méthode qu'il s'étoit prescrite pour les Mémoires de Berlin. IV. Institutions Chirurgicales, traduites du latin d'Heister, 2 vol. in-4° et 4 vol. in-8°. L'auteur ne s'est pas borné à traduire cet ouvrage important : il l'a enrichi d'observations sur les découvertes que la chirurgie a faites depuis Heister. Il a traduit encore trois Traités de Van-Swieten : De la Peripneumonie, de la Pleurésie, des Maladies des Enfans, chacun en un vol. in-12. Il avoit commencé une nouvelle rédaction des Mémoires de l'académie des Sciences de Paris, lorsque la mort l'enleva à la république des lettres. — M. l'abbé Paul son frère, est connu par ses traductions.
PAUL LUCAS, Voyez LUCAS.
PAUL DE CASTRO, Voyez CASTRO, n.° III.
PAUL-ÉMILE, Voy. ÉMILE, n.° I. et II.
PAUL, (Saint Vincent de) VINCENT, n.° V.
PAUL DE VENISE, Voyez SARPI.
PAUL-JOVE, Voy. JOVE.
PAUL, voyag. Voyez MARC-PAUL.
PAULA, (Julia Cornelia) première femme de l'empereur Héliogabale, étoit fille de Julius Paulus préfet du prétoire, d'une des plus anciennes maisons de Rome. Héliogabale en étoit éperdument amoureux lorsqu'il l'épousa : mais bientôt après il se dégoûta d'elle et la chassa du palais. *Paula* dépouillée du titre d'Auguste et des honneurs qui l'accompagnent, rentra paisiblement dans le cours d'une vie ordinaire, comme si elle se fut éveillée après un beau songe. Elle avoit des vertus embellies par la beauté et les agrémens. On croit qu'elle avoit eu un premier époux et des enfans, puisque *Heliogale* dit qu'il se maroit avec elle pour être bientôt père, lui que ses débauches avoient presque rayé du rang des hommes.
PAULE, (Sainte) dame Romaine, née en 347, descendoit par sa mère des *Scipions* et des *Gracques*. Elle en eut les grandes qualités, qu'elle releva par toutes les vertus du Christianisme. Devenue veuve, elle quitta toutes les pompes et les délices de Rome, pour se renfermer dans le monastère de Bethléem. Elle y mena une vie pénitente sous la conduite de *St. Jérôme*, et fit bâtir des monastères et des maisons d'hospitalité. Elle apprit l'hôbre pour mieux entendre l'Écriture—Sainte dont elle faisoit sa consolation. *St. Jérôme* l'exhorta en vain à modérer ses mortifications: *Il faut*, lui répondit—elle, *défigurer ce visage que j'ai si souvent peint avec du rouge et du blanc; affliger ce corps qui a été dans les délices; expier par des pleurs continuels, ces ris et ces joies qui ont duré si longtemps. Il faut changer en cilice rude ce beau linge et ces étoffes de soie dont j'ai été vêtue. Après avoir tant cherché à plaire au monde, je n'ai plus d'autre plaisir que de plaire à JASUS-CHRIST*. Sou abstinence étoit telle, que les hommes les plus robustes ne pouvoient y atteindre. *St. Jérôme* lui-même craignoit qu'elle ne la poussât trop loin. Il rapporte que cette Sainte ayant été malade à l'extrémité, lorsqu'elle commença à se trouver mieux les médecins la pressèrent de boire un peu de vin. Ils le jugeoient nécessaire pour la fortifier et empêcher qu'elle ne devint hydropique. *St. Jérôme* pria *Saint Epiphane* qui étoit alors à Bethléem, d'obliger *Paule* à suivre les conseils des médecins. Lorsque ce saint évêque sortit d'après d'elle, après l'avoir longtemps exhortée, *St. Jérôme* lui demanda ce qu'il avoit fait? A quoi il répondit: *J'ai si bien réussi, qu'elle a presque persuadé à un homme de mon âge de ne pas boire de vin*. Cette illustre Sainte termina sa carrière le 26 janvier 405, et non 407 comme dit *Lalvocat*, à 57 ans. [Voyez PAMMAQUE (St.) qui avoit épousé *Ste Pauline* sa seconde fille;] EUSTOCHIE (Ste.) troisième fille de *Ste. Paule*, resta vierge et ne quitta jamais sa mère. C'est à cette dernière Sainte que *Saint Jérôme* écrivit cette lettre qu'on appelle l'*Epitaphe de Ste. Paule*; ce même Père écrivit une Lettre à *Ste. Paule* pour la consoler de la perte qu'elle avoit faite de l'aînée de ses filles nommée *Blésille*.
PAULE, (Saint François de) Voyez FRANÇOIS, n.º II.
PAULE, Voy. I. PAULO. I. PAULET, fils d'un gentilhomme Suédois établi à Poligni, prit l'habit de *Saint-François* en 1323, à 14 ans. Il ne voulut être que frère lai, afin de pratiquer mieux l'humilité. Gémissant sur l'inobservance de la règle, il en- treprit une réforme qu'il appela de l'Observance. Plusieurs religieux se rangèrent sous sa bannière, et les Observantins occupaient déjà un grand nombre de couvens, lorsque leur instituteur mourut saintement en 1390.
II. PAULET, (Guillaume) d'une noble et ancienne famille du comté de Sommerset, fut fait trésorier de la maison du roi d'Angleterre Henri VIII, et fut élevé à la dignité de baron du royaume. Il eut divers autres emplois importants sous Edouard VI, et fut confirmé dans la charge de grand trésorier du royaume par la reine Marie et par la reine Elizabeth. Il mourut la 13e année du règne de cette dernière princesse à 97 ans, comptant cent trois personnes descendues de lui. (Ce fut en 1572.) On lui demanda un jour comment il avoit fait pour se maintenir sous quatre règnes différens, parmi tant de troubles et de révolutions dans l'Etat et dans l'Eglise? Il répondit : En étant un Saule, et non pas un Chêne. Cette réponse peint le caractère, non d'un ministre intègre, mais d'un courtisan qui ne chérit que sa place, se prête à tout, et s'embarrasse peu du bien public. Quelques historiens ont cependant loué sa probité, et les gens de lettres ont fait valoir la protection qu'il leur accorda.
PAULI, (Grégoire) ministre de Cracovie vers l'an 1560 et 1566, étoit infecté de l'erreur des nouveaux Ariens. Il fut un des premiers qui la répandirent dans la Pologne. Il eut même l'effronterie de faire peindre un grand TEMPLE, dont Luther abattait le toit, dont Calvin démo- lissoit les murailles, et dont lui-même sapoit les fondemens en combattant le Mystère de la Trinité. Aussi disoit-il hautement, « que Dieu n'avoit révélé que peu de choses à Luther ; qu'il en avoit plus dit à Zuingle, et plus encore à Calvin ; que lui-memé en avoit appris davantage ; et qu'il espéroit qu'il en viendroit d'autres qui auroient encore de plus parfaites connoissances de tout. » Voyez PAULI.
PAULIAN, (Aimé-Henri) né à Nîmes en 1722, entra dans l'institut des Jésuites, et y professa long-temps la physique avec succès. Après l'extinction de la Société il revint dans sa patrie, et y mourut en l'an 10, à l'âge de près de 80 ans. La douceur de son caractère et le calme de son âme prolongèrent ses jours. On lui doit plusieurs ouvrages estimés : I. Dictionnaire de Physique, 1789, 5 vol. in-8°. C'est la neuvième édition de cet ouvrage qui parut pour la première fois en 1761. II. Dictionnaire des nouvelles découvertes faites en physique, 1787, in-8°, 2 vol. III. Nouvelles conjectures sur les causes des Phénomènes électriques, 1762, in-4°. IV. Traité de Paix entre Descartes et Newton, 1763, trois vol. in-12. V. Système général de Philosophie, 1769, quatre vol. in-12. VI. Dictionnaire Philosopho-Théologique, 1774, in-4°. VII. Guide des jeunes Mathématiciens ou Commentaire des Legons de mécanique de la Caille, 1772, in-8°. VIII. Véritable Système de la Nature, 1788, in-8°. L'auteur avoit aussi publié un Commentaire sur l'Analyse des infiniment-Petits de l'Hospital. I. PAULIN, (Saint) né à Bordeaux vers 353, d'une famille illustrée par la dignité consulaire, fut conduit dans ses études par le célèbre Ausone. Ses talens, ses richesses et ses vertus l'élevèrent aux plus hautes dignités de l'empire. Il fut honoré du consulat l'an 378, et épousa peu de temps après Thérasie fille illustre d'Espagne, qui lui apporta de grands biens. Au milieu des richesses, des honneurs et de la gloire, Paulin reconnut le néant du monde. De concert avec sa femme, ils allèrent chercher une retraite en Espagne, où il avoit des terres. Après y avoir demeuré quatre ans, ils se dépouillèrent en faveur des pauvres et des églises, et vécurent dans la continence. Ausone qui désapprouvoit la nouvelle vie de Paulin, l'attribua aux vapeurs de la mélancolie ou aux persuasions de sa Tanaquil. (C'est ainsi qu'il appeloit Thérasie.) Si prodi, Pauline, times, nostraque vereris Crimen amicitia; Tanaquil sua nesciae istud. Paulin le pria de la traiter plus doucement, et lui dit que sa femme étoit une Lucrèce, et non une Tanaquil. ...Nec Tanaquil mihi, sed Lucreti conjux. Le peuple et le clergé de Barcelone où demeuroit Paulin, touchés des grands exemples de vertu et de mortification qu'il leur donnoit, le firent ordonner prêtre en 393. Le saint solitaire trop connu et trop admiré en Espagne, passa en Italie, et se fixa à Nole en Campanie, où il fit de sa maison une communauté de moines. Le peuple de cette ville le tira bientôt de son monastère pour le placer sur le siège épiscopal. Les commencements de son épiscopat furent troublés par les incursions des Goths qui prirent la ville de Nole. Ce fut dans ces malheurs publics que sa charité éclata le plus; il soulagea les indigens, racheta les captifs, consola les malheureux, encouragea les foibles, anima les forts. Après avoir donné des exemples d'humanité et de grandeur d'ame, il jouit assez paisiblement de son évêché jusqu'à sa mort, arrivée le 22 juin 431, à 74 ans. On lit dans les Dialogues de St. Grégoire, qu'il se mit dans les fers en Afrique pour délivrer le fils d'une veuve qui avoit été pris par les Vandales; mais ce trait ne s'accorde nullement avec les circonstances du temps et de la vie de St. Paulin. Le P. Papebroch (Acta Sanctorum, tom. 4. jun.) distingue trois Paulin de Nole, et prétend que ce fut le troisième qui se vendit aux Vandales avant l'an 535, et que c'est de lui qu'on doit entendre ce que dit St. Grégoire qui composa ses Dialogues vers l'an 540. Quelques écrivains lui ont attribué sans fondement, l'invention des cloches, qui suivant Maggius, sont d'une bien plus haute antiquité. Nous avons de ce Saint plusieurs ouvrages en vers et en prose dans la Bibliothèque des Pères. La plus ample édition est celle de Vérone, 1736, in-folio, par le marquis Maffei. La plus estimée est celle de le Brun Desmarettes, 1685, deux tomes en un vol. in-4°. On y trouve: I. Cinquante Lettres traduites en françois, 1724, in-8°, que St. Augustin ne se lassoit point de lire. II. Un Discours sur 362 PAU l'Aumône. III. Histoire du martyre de St. Genies. IV. Plusieurs Pièces de Poesie. Le style de St. Paulin est fleuri, quoiqu'il ne soit pas toujours correct. Il y a de la vivacité dans les pensées, de la noblesse dans les comparaisons. Il écrit tour-à-tour avec onction et avec agrément, et on peut le mettre au rang des Pères de l'Eglise qui méritent le plus d'être lus. Voyez sa VIE, in-4°, par Dom Gervaise, et le second tome Della Nolana Ecclesiastica Storia de Remondi, de la congrégation des Sommasques; Naples, 1759, in-folio. Cette Histoire renferme la Vie de St. Paulin et une excellente Traduction italienne de ses Œuvres, sur-tout de ses Poèmes.
II. PAULIN, évêque de Trèves, mort en exil dans la Phrygie l'an 359, fut le défenseur de la doctrine et de la personne de St. Athanase. Ses vertus et les persécutions qu'il essuya à ce sujet, déterminèrent les Orthodoxes à le regarder comme un Saint. Les Ariens assemblés à Arles en concile, le condamnèrent. On en trouve les Actes dans la Collection Royale et dans celle du P. Labée.
III. PAULIN, (Saint) né en Antriche, fut élevé au patriarcat d'Aquilée, vers l'an 777, par Charlemagne qui vouloit récompenser ses connoissances en littérature. Il parut avec éclat au concile de Francfort tenu en 794, contre Elipand de Tolède et Félix d'Urgel. Le savant archevêque réfuta ce dernier par ordre de Charlemagne, auquel il dédia son ouvrage. Il mourut le 11 janvier 804, aimé et estimé. Madrisi, prêtre de l'Oratoire d'Italie, a publié à Venise en 1737, une édition complète des Ouvrages de ce Saint, avec des notes et des corrections. Les principaux sont : I. Le Traité de la Trinité contre Félix d'Urgel, connu sous le nom de Sacro-Syllabus. II. Un livre d'Instructions salutaires, attribué longtemps à St. Augustin. La plus ample édition de ses Œuvres est celle de Venise, en 737.
IV. PAULIN, (Louis) acteur de la comédie Françoise, mort en 1770 à l'âge d'environ 54 ans, étoit fils d'un maçon de Paris. Il excelloit dans le rôle de Paysan. Il jouoit aussi dans le tragique : une voix forte et de grands sourcils noirs, furent en partie ce qui lui fit donner les rôles de Tyrans. Quoiqu'il ne fût pas du premier mérite, il étoit agréable au public. Honnête homme et bon citoyen, d'une société paisible, égale et douce, Paulin vécut garçon et aimé de tous ses égaux.
PAULIN, évêque d'Antioche, Voyez MELÈCE.
PAULIN, frère de l'impératrice Athenois, Voyez II. ÉUDOXIE. I. PAULINE, dame Romaine, également illustre par les avantages de la naissance et de la figure, épousa Saturnia gouverneur de Syrie, dans le premier siècle. Un jeune homme très-mal-à-propos nomme Mundus, conçut pour elle une violente passion, à laquelle il ne put jamais la faire répondre. Pour satisfaire ses désirs, il corrompit un des prêtres de la Déesse Isis, qui fit dire à Pauline que le Dieu Anubis vouloit la voir en parti- oulier. Mundus sous le masque du Dieu, jouit de l'objet de son amour. Quelque temps après, Pauline ayant appris du jeune homme cet artifice, le découvrit à son mari qui en porta ses plaintes à Tibère. Ce prince fit pendre les prêtres d'Isis, renverser le temple de cette Déesse après en avoir fait jeter la statue dans le Tibre. Mundus en fut quitte pour quelques années d'exil.
II. PAULINE, ( Pompeia ) femme de Sénèque le Philosophe, voulut mourir avec son époux, lorsque le barbare Néron l'eut condamné à perdre la vie. Elle s'étoit déjà fait ouvrir les veines : mais Néron qui n'avoit aucune haine particulière contre elle, les lui fit refermer. Elle vécut encore quelques années, portant sur son visage les glorieuses marques de l'amour conjugal.—L'Histoire a conservé aussi la mémoire de PAULINE femme de Maximini I, impératrice d'une beauté parfaite et d'une douceur admirable : elle calma souvent les fureurs de son époux.
PAULINE, Voy. LOLLIA.
PAULLI, ( Simon ) né en 1603, devint professeur de médecine à Copenhague, et fut appelé à la cour par Frédéric III qui le fit son premier médecin. Christiern Cinq successeur de ce prince, lui donna l'évêché d'Arihusen, qui est devenu héréditaire dans sa famille. Il mourut le 23 avril 1680, à 77 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages : I. Un Traité De febribus malignis, 1678, in-4.º II. Un Traité de l'abus du Tabac et du Thé, 1681, in-4.º II en condamne l'usage. III. Quadripartitum de simplicium medicamentorum facultatibus, Copenhague, 1668, in-4.º II a donné le nom de Quadripartitum à cet ouvrage, parce qu'il l'a divisé selon les quatre saisons de l'année. IV. Flora Danica, 1647, in-4.º, et Francfort, 1708, in-8.º, dans lequel il parle des plantes singulières qui naissent dans le Danemark et en Norwège. Cet ouvrage est enrichi de 393 figures. V. Viridaria Regia varia et academica, Copenhague, 1653, in-12. C'est un catalogue de plantes de différens jardins.—Son fils Jacques-Henri PAULLI se distingua aussi dans la médecine, fut professeur d'anatomie à Copenhague en 1662, professeur d'histoire en 1664, et obtint le titre d'historiographe de Frédéric III. Il ajouta à son nom celui de Rosenschild. On a de lui un ouvrage sur l'Anatomie, Copenhague, 1663, in-4.º Ses qualités le rendirent cher à sa patrie, et son caractère doux et délicieux le fit aimer et estimer des courtisans... Voyez PAULI.
PAULLINI, ( Christian-François ) médecin d'Eisenach sa patrie né en 1643, mort en 1712, a donné en latin in-8.º, la description de différens animaux, du Chieu, de l'Ane, du Loup, du Livre, du Corbeau, etc., et des Observationes medica, 1689, in-4.º I. PAULMIER DE GRENTEMESNIL, ( Julien le ) né dans le Cotentin d'une famille ancienne, docteur en médecine à Paris et à Caen, fut disciple de Fernel et égala son maître. Des veilles immodérées ayant réduit le roi Charles IX dans le plus triste état, Paulmier entreprit de guérir ce prince et y réussit. Il suivit le duc d'Anjou frère de ce mo- 364 PAU marque, dans les Pays-Bas, s'y signala comme médecin et comme guerrier. Cet homme estimable mourut à Caen en 1588, à 68 ans. On a de lui: I. Un Traité De Vino et Pomaceo, in-8°, imprimé à Paris en 1588. II. De Lue Venere, in-8°. (Ces deux ouvrages ont été traduits en françois par Cahagnes son compatriote.) III. De morbis contagiosis, in-4°. — Il ne faut pas le confondre avec un autre médecin nommé aussi PAULMIER, qui fut chassé en 1609 de la Faculté de Paris, pour avoir ordonné l'Antimoine malgré l'arrêt du parlement qui en défendoit l'usage. Voyez GREVIN.
II. PAULMIER DE GRENTEMESNIL, (Jacques le) fils de Julien, né au pays d'Ange en 1587, fut élevé par ses parens dans la religion prétendue-Réformée. Il servit avec honneur en Hollande et en France, et se retira ensuite chez lui pour se livrer à l'étude. Les belles-lettres et l'antiquité avoient toujours eu pour lui des charmes invincibles, il les cultiva avec succès jusqu'à sa mort, arrivée le 1er octobre 1670, à 83 ans. C'étoit un homme d'un esprit droit, d'un jugement exquis, dont les mœurs étoient pures, et qui détestoit le mensonge et la dissimulation. Il s'étoit établi à Caen. Ce séjour lui plaisoit, parce que cette ville renfermoit dans son sein un grand nombre de gens d'esprit et d'hommes de lettres. Il fut le premier promoteur de l'académie qui y est établie, et il la soutint contre les efforts de l'envie et de l'ignorance. Ses principaux ouvrages sont: I. Observationes in optimos Auterres Grænos, Leyde, 1668, in-4°. «Tose assurer, dit Huerque ce fut sur mes avis qu'il se décida à publier cet ouvrage.» II. Une Description de l'ancienne Grèce, en latin, in-4°, 1678. On trouve à la tête de cet ouvrage une ample vie de l'auteur. III. Des Poésies grecques, latines, françoises, italiennes, espagnoles, qui sont au-dessous du médiocre. L'auteur versifioit en trop de langues, pour réussir dans aucune. Niceron a donné une longue notice sur cet auteur.
PAULO ou PAULE, (Antoine de) d'une famille ancienne de Languedoc, grand-maître de Malte, entra dans l'ordre en 1575. Il fut grand-croix en 1611, ensuite grand prieur de Saint-Gilles, enfin grand maître le 10 mars 1627. Il fit de beaux établissements. La Religion n'avoit entretenu jusqu'en 1627 que cinq galères: Paulo en fit construire une sixième, et fonda une maison de religieuses Maltoises à Toulouse. Le chapitre général tenu en 1635, accorda en reconnaissance de son zèle pour les intérêts de l'ordre, deux privilèges à sa famille: le premier, fut l'exemption du droit de passage à tous ses descendants lorsqu'ils entreroient dans l'ordre; par le second, il fut permis à tous les aînés mâles de porter dans leurs armes un chef de la Religion, qui est de gucules à la Croix d'argent, avec les attributs de leur écu. Ce grand maître mourut le 10 juin 1636, après 13 ans et 3 mois de magistère.
PAULO, (Marco) Voyez MARC-PAUL.
PAULUS, Voyez I. SERGIUS, et JULES-PAUL.
PAULZE, (N...) né à Mont-brison où il remplit long-temps une place dans la magistrature, fut appelé à Paris par son parent, l'abbé *Terray* et y devint fermier général. Ce fut l'un des plus instruits et des plus probes. Il réunissoit aux connoissances de son état une grande rectitude de raison et de jugement. Ami de l'ordre, avec des goûts simples et des vertus privées, il ne méritoit pas la proscription qui l'atteignit du temps de la terreur et lui fit perdre la vie sur l'écha-faud en 1794. Il avoit formé une compagnie de commerce pour la Guyane, dans l'intention d'améliorer cette immense contrée, et il avoit fait divers mémoires sur cette colonie. Plusieurs hommes de lettres lui ont attribué la plus grande partie des détails commerciaux et surtout ceux qui ont rapport à nos colonies et aux possessions des François en Asie et en Amérique, dans l'ouvrage de l'abbé *Raynal*. I. PAUSANIAS, fils de *Cléom-brote* roi de Sparte, et faisant les fonctions de la royauté pour son neveu encore enfant, se signala d'abord par un grand nombre de beaux exploits. Ayant été envoyé pour chatier les Athéniens qui avoient excité la guerre dans la Grèce, il s'empara d'Athènes et en chassa les dix tyrans; mais peu après, *Lysandre* y en établit trente autres qui anéantirent les lois et changèrent tout le gouvernement de cette ville. Il contribua beaucoup au succès de la journée de Platée, où *Aristide* livra bataille aux Perses. La valeur et la prudente activité de *Pausanias* forcèrent *Mardonius* général de l'armée ennemie; à combattre dans un lieu étroit où ses forces lui devinrent inutiles. Le nom Persan n'en imposa plus aux Grecs. *Pausanias* porta ses armes et son courage en Asie, et mit en liberté toutes les colonies de la Grèce; mais il aliena les cœurs par ses manières rudes et impériennes. Les alliés ne voulurent plus obéir qu'à des généraux Athéniens. (*Voyez* CLÉONICE et SIMONIDES.) Le héros Spartiate, mécontent de sa patrie, se laissa séduire par les présens et les promesses du roi de Perse. Il trahit non-seulement les intérêts de Lacédemone, mais il aspira encore à devenir le tyran de la Grèce. Les Éphores instruits de ses projets ambitieux, le rappellèrent. On avoit de violens soupçons contre lui, mais aucune preuve suffisante. Sparte restoit en suspens sur le sort de son sujet, lorsqu'un esclave a qui *Pausanias* avoit remis une lettre pour *Artabase* satrape du roi de Perse, acheva de convaincre les magistrats de la trahison de cet indigne citoyen. Le coupable se sauva dans le temple de *Minerve*. On mura la porte, et sa mère porta la première pierre. Il y mourut consumé par la faim, l'an 474 avant J. C.
II. PAUSANIAS, historien et orateur Grec, établi à Rome sous l'empereur *Antonin le Philosophe*, y mourut dans un âge très-avancé. Cet auteur s'est fait un nom célèbre par son *Voyage historique de la Grèce*, en dix livres. Cet ouvrage, plein de faits historiques, de mythologie, de science géographique et chronologique, et où il est parlé de tant 366 PAU de héros et de tant de statues, est très-utile à ceux qui veulent s'appliquer à l'Histoire ancienne. Le style, quoique serré et obscur, offre quelquefois des morceaux pleins de noblesse. Pausanias avoit l'art de raconter, mais il étoit crédule, comme la plupart des anciens historiens. Toutes les traditions populaires se trouvent consignées dans son livre. La meilleure édition que nous en ayons a été publiée en 1696, fu-folio, avec les savantes remarques de Kuhaius... Voyez GÉDOYN.
PAUSE, (La) Voy. MARGON et PLANTAVIT.
PAUSIAS, peintre, natif de Sicyone, disciple de Pamphile, florissoit vers l'an 352 avant J. C. Il réussissoit dans un genre particulier de peinture appelé Caustique, parce qu'on faisoit tenir les couleurs sur le bois ou sur l'ivoire par le moyen du feu. Il est le premier qui ait décoré de cette sorte de peinture, les voûtes et les lambris. On a surtout célébré parmi ses tableaux une Ivresse, peinte avec un tel art que l'on appercevoit à travers un vase qu'elle vidoit, tous les traits de son visage enluminé. La courtisane Glycère vivoit de son temps, et elle étoit aussi de Sicyone; elle excelloit dans l'art de faire des couronnes avec des fleurs. Pausias, pour lui faire sa cour, imitoit avec le pinceau ses couronnes, et son art égaloit souvent le fini et l'éclat de la nature. La ville de Sicyone se trouvant fort endettée long-temps après la mort de Pausias, fut obligée d'engager tous les Ta- bleaux qu'elle possédoit. M. Scaucus, beau-fils de Sylla, paya tous les créanciers de cette ville, et retira de leurs mains tous les tableaux, et entr'autres ceux de Pausias. Il transporta ces différens chefs-d'œuvre à Rome, et les plaça dans le fameux théâtre qu'il fit élever pour immortaliser son édilité.
PAUSON, ancien peintre, fut le premier qui pour adoucir les inégalités de ses peintures, eut l'adresse de les couvrir d'un verre qui en rendit les traits plus fins et plus délicats. I. PAUTRE, (Antoine le) architecte de Paris, excelloit dans les ornemens et les décorations des édifices. Ses talens en ce genre lui méritèrent les places d'architecte de Louis XIV, et de Monsieur frère unique du roi. Ce fut lui qui donna le dessin des Cascades du château de Saint-Cloud, et qui bâtit l'Eglise des Religieuses de Port-Royal à Paris, en 1625. Il fut reçu de l'académie de sculpture en 1671. Cette compagnie le perdit quelques années après. Les Œuvres d'Antoine le Paute parurent à Paris en 1652, in-fol. avec 60 planches.
II. PAUTRE, (Jean le) parent du précédent, né à Paris en 1617, fut mis chez un menuisier, qui lui donna les premiers élémens du dessin. Il devint, par son application, un excellent dessinateur et un habile graveur. Ce maître entendoit très-bien les ornemens d'architecture, et les décorations des maisons de plaisance, comme les fontaines, les grottes, les jets d'eau, et tous les autres embellissemens des jar- dins. Il fut reçu de l'académie royale de peinture et de sculpture en 1677, et mourut le 2 février 1682, à 65 ans. Son Œuvre comprend plus de mille planches, dont le *Cavalier Bernini* faisoit un cas infini. On le partage en 3 vol. in-fol.
III. PAUTRE, (Pierre le) fils du précédent, ne a Paris le 4 mars 1659, mort dans la même ville le 22 janvier 1744, à 84 ans, s'appliqua à la sculpture. Son père développa ses talens pour le dessin: l'étude de la nature et des grands maîtres les perfectionna. Cet habile artiste fut directeur de l'académie de Saint-Luc. Plusieurs de ses ouvrages embellissent Marly. Il fit à Rome, en 1691, le groupe d'*Encis* et d'*Anchise*; que l'on voit dans la grande allée des Tuileries. Il acheva, en 1716, celui de *Lucrèce* qui se poignarde en présence de *Collatinus*, ouvrage qui avoit été commencé à Rome par *Théodon*. Son imagination est vive et abondante; ses compositions pleines de feu: on y remarque toujours de la facilité, mais quelquefois peu de précision.
PAW, (N. de) chanoine Allemand, mort le 19 messidor an 7, à Xanten près d'Aix-la-Chapelle, étoit oncle du fameux *Anacharsis Clootz*. Comme lui il penchoit vers les opinions singulières; mais il avoit infiniment plus de sens et de savoir. Il est très-connu par ses *Recherches*, 1° sur les *Grecs*; 2° sur les *Américains*, les *Egyptiens* et les *Chinois*, qui forment 7 vol. in-8°, imprimés à Paris l'an 3. Paw affirme beaucoup, prouve peu. On voit que l'auteur aime à contredire tous les historiens et à déprimer les peuples dont il parle; mais on ne peut lui refuser beaucoup d'érudition, de l'esprit, de la philosophie, des rapprochemens inattendus: il est vrai que son érudition est systématique, son esprit porté au paradoxe et sa philosophie trop hardie. Cependant on le lit avec plaisir, parce que son style, quoiqu'un peu rude, est précis, éloquent, énergique, et qu'on trouve chez lui des faits qu'on chercherait inutilement ailleurs. Le roi de Prusse, *Frédéric le Grand*, en faisoit beaucoup de cas, peut-être à cause de ses principes philosophiques. Ces mêmes principes lui firent des ennemis dans le clergé; mais il leur commandoit le respect par ses vertus. Sous un extérieur simple, il cachoit beaucoup d'esprit, qui brilloit chez lui comme un filon d'or dans une roche informe.
PAW, (Corneille de) *Voyez* les articles ANACRÉON, CALABER, ESCHYLE, HÉPHESTION et HOBAPOLLON.
PAUWELS, (Nicolas) né en 1655, curé de Saint-Pierre, président du collège d'Arras, professeur royal du catéchisme à Louvain sa ville natale, mort en 1743, a donné une *Théologie pratique* en 5 vol. in-12, Louvain, 1715. Elle est estimée, quoique le style soit peu châtié.
PAWLET, *Voy*. PAULET. I. PAYS, (Pierre le) Jésuite, a un nom parmi les Géographes pour avoir, le premier des Européens, découvert la source du Nil au mois d'avril 1618. Les observations qu'il donna à ce sujet, ont détruit toutes les fa-bles qu'il avoit plu aux voyageurs de débiter, et aux compilateurs de répéter sur cette matière qu'ils ne connoissoient pas.
II. PAYS, (René le) sieur de Villeneuve, né à Nantes en 1636, passa une partie de sa vie dans les provinces du Dauphiné et de Provence, où il étoit directeur général des Gabelies. Il mêla les fleurs du Parnasse avec les épines des Finances. Ses *Amitiés*, *Amours* et *Amourettes*, ouvrage mêlé de vers et de prose, publié en 1685, in-12, trouveront des admirateurs à la cour et à la ville. Les dames sur-tout les lurent avec plaisir, et quelques-unes en prenant du goût pour l'ouvrage en prirent pour l'auteur. On s'informa du libraire comment il étoit fait ? La duchesse de *Nemours* ayant en cette curiosité, le *Pays* lui adressa le *Portrait de l'Auteur des Amitiés*, *Amours* et *Amourettes*. Cette production est en vers et en prose comme la précédente. Le style en est enjoué. L'auteur affectoit d'imiter *Voiture*; mais aux yeux des gens d'esprit, il s'en fut que le singe. *Despréaux* ne le cacha point, dans la Satire où il fait dire à un campagnard qui préfère le *Pays* à *Voiture* ? Le *Pays*, sans mourir, est un bouffon plaisant. Le rimeur ridiculisé, loin de s'en fâcher fut le premier à en badiner, dans une lettre qu'il écrivit de Grenoble à un de ses amis de la capitale. Quelque temps après il vint à Paris, alla voir *Boileau*, soutint devant ce satirique le caractère enjoué qu'il avoit pris dans sa lettre, et ils se sépa- rèrent bons amis. Son esprit facile, plein de vivacité et d'agrément, plut à *Despréaux* ainsi qu'à la plupart des gens de lettres qui connurent le *Pays*. Il faut pourtant en excepter *Linière*. Le *Pays* lui disoit un jour : *Vous êtes un sot en trois lettres*. Et vous, répondit Linière, en mille que vous avez composées. Le duc de Savoie honora le *Pays* du titre de chevalier de Saint-Maurice, et l'académie d'Arles se l'associa. Ses derniers jours furent troublés par un procès très-fâcheux; un de ses associés ayant malversé, il fut condamné à payer pour ce fripon. Il mourut peu de temps après, le 30 avril 1690, à 54 ans. On a de lui, outre les ouvrages dont nous avons parlé : I. *Zélotide*, Histoire galante, qui fut goûtée en province et méprisée à Paris. II. Un recueil de *Pièces* de poésies, *Eglogues*, *Sonnets*, *Stances*, où l'on trouve les finesses du petit bel-esprit et presque jamais les beautés du génie. Il le publia sous le titre de *Nouvelles Œuvres*, Paris, 1672, deux vol. in-12.
PAZ, (Jacques Alvarez de) Jésuite, né à Tolède en 1570, mort à Lima au Perou en 1620, a donné plusieurs ouvrages de piété qui sont estimés; ils ont été traduits en plusieurs langues, et entre autres en français par le P. *Belon*, et imprimés à Lyon en 1740.
PAZMANI, (Pierre) né au Grand-Waradin en Hongrie, se fit Jésuite, se distingua par son zèle pour le salut des ames, et remplit long-temps les fonctions de missionnaire dans sa patrie. Il s'acquit une telle réputation, qu'après la mort du cardinal *Forgacs* archevêque de Strigonie, l'empereur *Matthias* le fit nommer pour son successeur. Il s'occupa dès-lors à réformer son diocèse, à soulager les pauvres, à construire des églises et à élever d'autres pieux monumens à la religion. Tirnau lui doit sa cathédrale, Presbourg un beau collège, et plusieurs villes d'édites et d'utiles fondations. *Ferdinand II* obtint pour lui le chapeau de cardinal en 1629. Il mourut à Presbourg le 19 mars 1637. On a de lui: I. Un grand nombre d'Ouvrages ascétiques, polémiques, etc. en hongrois. II. Des *Sermons* pour les dimanches et les fêtes dans la même langue, 1636, in-fol. III. Quelques Ouvrages polémiques en latin. IV. *Vindiciæ Ecclesiasticæ*, Vienne, 1620, in-4°. V. *Acta et decreta Synodi Strigoniensis celebratae* 1629, Presbourg, 1629, in-4°, etc.
PAZZI, (Jacques) banquier Florentin, d'une famille distinguée, fut chef de la faction opposée aux *Médicis*. Il s'unit avec *François Salviati* archevêque de Pise, et le cardinal *Riario*, pour se défaire des deux frères *Julien* et *Laurent*, dont l'autorité faisoit ombrage à quelques-uns de ses concitoyens et des princes voisins, et sur-tout au pape. *Pazzi* devoit les faire assassiner, l'archevêque devoit s'emparer du palais; et *Riario* neveu de *Sixte IV*, devoit approuver l'entreprise au nom de son oncle. Ce projet fut exécuté le 26 avril 1478. On choisit pour cela la solennité d'une grande fête qu'on célébroit dans l'Église de Sainte- Réparate. Le moment de l'élévation de l'hostie (d'autres disent du *Sanctus*) fut celui qu'on prit pour le meurtre, afin que le peuple attentif et prosterné ne pût empêcher l'exécution. En effet dans cet instant même *Julien* fut assassiné par un frère de *Pazzi* et par d'autres conjurés; et *Laurent* blessé légèrement se sauva dans la sacristie. L'archevêque se promenoit dans le palais, pour s'en emparer à l'instant qu'il apprendroit la mort des deux frères. Mais aux premières rumeurs du peuple, le gonfalonier se doutant de quelque chose arrêta ce prélat; *Pazzi* le fut aussi, et on les pendit aux fenêtres du palais. La dignité de cardinal sauva *Riario*, qui fut renvoyé à Rome un mois après. Les Florentins qui aimoient les *Médicis*, les vengèrent par le supplice de tous les coupables. *Bernard Bandini* l'un des meurtriers, s'étant retiré chez les Turcs, fut livré à *Laurent de Médicis* par le sultan *Bajazet*. La maison des *Pazzi* se réconcilia ensuite avec les *Médicis*, et s'unit à elle par des mariages. *Côme PAZZI* archevêque de Florence en 1508, homme versé dans la littérature grecque et romaine, auroit été honoré de la pourpre par *Léon X* son oncle et son ami, s'il n'étoit mort peu de temps après l'élection de ce pontife. Il traduisit *Maxime de Tyr* de grec en latin. *Alexandre PAZZI* son frère, publia quelques *Tragédies* et une Traduction de la *Poétique d'Aristote* qui lui a mérité une place dans les Eloges de *Paul Jove... Le Noble* a donné l'Histoire secrète de la conjuration des *Pazzi*, que nous ne conseillerons pas de lire: la fabio y est mêlée à la vérité. A a
PAZZI, Voyez MAGDELEINE, n.° II.
PEAN, (N.) Janséniste obscur, mort en 1764 à 80 ans, est auteur de divers écrits polémiques, dont le plus connu est le Parallèle de la morale des Jésuites avec celle des Païens, 1726, in-8.°
PEARCE, (Zacharie) successivement évêque de Bangor, de Rochester, et doyen de Westminster, naquit à Londres en 1690 et mourut en 1774. On a de lui des Sermons, la Défense des miracles de J. C., 1727; et un Essai sur l'origine et les progrès des temples, 1726. Ses ouvrages prouvent beaucoup d'érudition.
PEARSON, (Jean) né à Snoring en 1613, fut élevé à Eaton et à Cambridge, et prit les ordres selon le rit Anglican en 1639. Il eut ensuite plusieurs emplois ecclésiastiques jusqu'à la mort funeste de Charles I dont il étoit zélé partisan. Il demeura sans emploi sous Cromwell; mais Charles II étant remonté sur le trône, le fit son chapelain, le nomma principal du collège de la Trinité, et enfin en 1672 évêque de Chester, où il mourut en 1686, à 73 ans. Ce prélat fut un exemple de la force et de la foiblesse de l'esprit humain. Après avoir fait éclater son génie dans la maturité de l'âge, il perdit entièrement la mémoire sur la fin de ses jours, et tomba dans l'enfance. Ses mœurs et son caractère étoient faciles; on le trouvoit même trop relâché dans son diocèse, et l'on ne peut nier qu'il ne fût plus sévère dans ses écrits que dans sa conduite. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont: I. Vindicia Epistolarum Sancti Ignatii, 1672, in-4°: ouvrage dans lequel il démontre l'authenticité des Epîtres de St. Ignace martyr, contre quelques Calvinistes. II. Des Annales de la Vie et des Ouvrages de St. Cyprien, qui se trouvent dans l'édition de ce Père, donnée par Jean Fell évêque d'Oxford. III. Un excellent Commentaire en anglois sur le Symbole des Apôtres. Il a été traduit en latin, in-4°, Francfort, 1691. IV. Les Annales de la Vie de St. Paul et des Leçons sur les Actes des Apôtres, avec des Dissertations chronologiques sur l'ordre et la succession des premiers évêques de Rome, en latin, etc. Ces deux ouvrages se trouvent dans ses Opera posthuma, 1688, in-4° V. Prolegomena in Hieroclem, in-8°, avec les Œuvres de ce philosophe. Dans tous ces différens écrits on voit le savant profond, le critique judicieux, et ce qui est plus rare dans un hétérodoxe, beaucoup de modération à l'égard de l'église Catholique. On lui doit aussi, conjointement avec son frère Richard, mort en 1670 Catholique-Romain, une édition des Grands Critiques, Londres, 1660, dix vol. in-folio, réimprimés à Amsterdam en 1684, 8 tom. en 9 vol. in-folio. Il faut y joindre le Thesaurus Theologico-Philologicus, Amsterdam, 1701 et 1702, 2 vol. in-folio; la Critica sacra de Louis de Dieu, un vol. in-fol.; le Synopsis Criticorum, Londres, 1669, ou Utrecht, 1684, 5 vol. in-fol.
PECHANT-LÉ, (Nicolas de) naquit à Toulouse en 1638, d'un chirurgien de cette ville. Il fit quelques pièces de vers latins, qui sont estimées, et s'appliqua principalement à la poésie françoise. Couronné trois fois par l'académie des jeux Floraux, il se crut digne des lauriers du Théâtre. Il vint donc à Paris et débuta par la tragédie de *Geta*, représentée en 1687. Le jeune auteur ayant montré cette pièce à *Baron*, ce comédien commença par lui en dire le plus de mal qu'il put, et finit par lui en offrir 200 liv. *Pechantré* homme simple et d'ailleurs peu aisé, accepta l'offre; mais un autre comédien ayant su cette convention et ayant lu *Geta*, jugea autrement de cette pièce, et prêta à l'auteur les vingt pistoles nécessaires pour la retirer. Quoi qu'il en soit de cette anecdote que quelques auteurs contestent, cette tragédie reçut de grands applaudissemens. Le poète en-hardi en fit la dédicace à *Monseigneur*, qui lui donna des marques de sa libéralité. On a encore de lui *Jugurtha*, tragédie jouée en 1692, le *Sacrifice d'Abraham* et *Joseph vendu par ses Frères*, tragédies, qui ont été représentées à Paris dans plusieurs collèges de l'université. On rapporte à l'égard de sa tragédie de la *Mort de Néron*, une anecdote assez singulière. *Pechantré* travaillait ordinairement dans une auberge; il oublia un jour un papier où il disposait sa pièce et où il avoit mis, après quelques chiffres: *ICI LE ROI SERA TUE*. L'aubergiste avertit aussitôt le commissaire du quartier, et lui remet le papier en main. Le poète étant revenu à son ordinaire à l'auberge, fut bien étonné de se voir environné de gens armés qui vouloient s'emparer de sa personne. Mais ayant apperçu son papier entre les mains du commissaire, il s'écria plein de joie: *Ah ! le voilà; c'est la Scène où j'ai dessein de placer la mort de NERON*. C'est ainsi que l'innocence du poète fut reconnue. (*Voyez* aussi l'article CYRANO.) *Pechantré* mourut à Paris en 1709, à 71 ans. Il avoit exercé la médecine pendant quelque temps, avant que de se produire sur le brillant et dangereux théâtre de la capitale.
PECHLIN, (Jean-Nicolas) né en 1646, reçut le bonnet du docteur en médecine en 1667, à Leyde sa patrie, obtint une chaire à Kiel en 1673, fut nommé successivement premier médecin, bibliothécaire et conseiller du duc de *Holstein-Gottorp*, et ensuite précepteur du prince héréditaire. C'est en cette qualité qu'il l'accompagna à Stockholm en 1704. Il y mourut en 1706. On a de lui divers ouvrages, dont quelques-uns font preuve plutôt de son éloquence que de la solidité de son jugement. I. *De purgantium medicamentorum facultatibus*, Amsterdam, 1702, in-8.º II. *De mineribus selopetorum*, Kiel, 1674, in-4.º III. *De aëris et alimenti defectu et vitâ sub aquit*, 1676, in-8.º IV. *De habitu et colore Æthiopum*, Kiel, 1677, in-8.º Il établit le siège de la couleur des nègres dans le réseau cutané, et dit que la bile contribue à cette couleur, par la noirceur dont elle est empreinte. *Barrère* a fait revivre cette opinion vers le milieu du 18$^{e}$ siècle. V. *Theophilus Bibulcus*, Paris, 1685, in-12. C'est un éloge du Thé, écrit en style A 2 2 poétique. VI. *Observationum physico-medicarum libri tres*, Hambourg, 1691, in-4°. On y trouve d'excellentes remarques, mais aussi beaucoup de preuves de la crédulité de *Pechlia*.
**PECHMEJA**, (Jean de) ancien professeur d'éloquence au collège royal de la Flèche, né à Villefranche de Rouergue en 1741, mort à Saint-Germain-en-Laye en 1785, étoit un littérateur distingué et un homme vertueux, simple et modeste. Son éloge du grand *Colbert* obtint en 1773 le second *accessit* au jugement de l'académie Françoise. Mais il est principalement connu par un poème en prose, en douze livres, publié en 1784, in-8°, sous le titre de *Téléphe*, et traduit en Anglois. On l'a réimprimé en 1795, deux vol. in-18, avec figures. La pureté et l'élégance du style, des images riantes et vraies, une peinture de l'amitié telle qu'il la sentoit lui-même, demandant grace pour beaucoup d'endroits où il n'est que déclamateur. « Quoiqu'on ne puisse lui refuser de l'esprit et du talent, dit *la Harpe*, il est loin du bon goût et du vrai génie dont le siècle de *Louis XIV* nous a laissé les modèles. L'auteur manque souvent son but, faute de mesure dans ses idées et son style. Il semble comme *Rousseau*, faire un crime de la propriété, sans laquelle cependant toute société est impossible; il ne veut pas que les enfans succèdent à la fortune de leurs pères, comme si cette succession n'étoit pas de droit naturel, et comme si les pères eux-mêmes ne travailloient pas pour leurs enfans! C'est un vrai délire d'imaginer qu'il faille détruire les lois primitives, parce que l'observation de ces lois entraîne quelques abus. Il y a quelques morceaux d'une éloquence noble et des momens d'intérêt, mais en général nul art dans la disposition et la préparation des événements; point de nœud qui attache des faits sans vraisemblance; des tableaux gigantesques, une nature fausse, des principes outrés et une diction abstraite. » Ce jugement est trop sévère sans être dénué de vérité. On a attribué à *Pechmeja* plusieurs morceaux philosophiques et hardis de l'*Histoire politique* du commerce par l'abbé *Raynal*, dont il étoit ami. Il fut lié par la plus vive et la plus constante tendresse avec un médecin de ses amis, M. du *Breuil* son compatriote. Ils renouvelèrent dans ce siècle d'égoïsme, l'exemple trop rare d'*Oreste* et de *Pilade*. M. de *Pechmeja* étant tombé malade à Paris en 1776, M. du *Breuil* vola à son secours; et dès-lors tout fut commun entre ces deux amis, logement, sociétés, biens, maux, etc.; la mort même ne put les séparer. Le médecin étant mort le 10 avril 1785, d'une maladie contagieuse, l'homme de lettres qui ne le quitta pas, dans ses derniers momens, mourut vingt jours après, victime de l'amitié. Il comptoit sur M. du *Breuil* comme sur lui-même. Un jour qu'on lui demandoit quelle étoit sa fortune? *J'ai*, répondit-il, 1200 livres de rente; et comme on s'étonnoit qu'un si modique revenu pût lui suffire: *Oh! dit-il, le docteur en a davantage*. Il orna le portrait de son ami de ces quatre vers: Il oublia son art pour le créer encore; Au sort de ses amis son bonheur fut lié, Et la Grèce l'eût pris pour le Dieu d'Épidéure, Ou pour celui de l'Amitié.
PÉCHON DE RUBY, gentilhomme de Bretagne, avoit été enlevé dans sa jeunesse par une bande de Bohémiens qui le conduisirent pendant long-temps de village en village, et dont il a ensuite décrit les tours et escroqueries dans un ouvrage devenu rare, intitulé : La Vie généreuse des Matois, Gueux, Bohémiens et Cagoux, avec un Dictionnaire de la langue Blesquienne, 1622, in-8.º L'auteur est mort au milieu du 17e siècle. I. PECK, (Pierre) Peckius, jurisconsulte de Ziriczée en Zélande, enseigna pendant 40 ans le droit à Louvain, et devint en 1586 conseiller de Malines, où il mourut en 1589, à 60 ans. On a de lui divers Ouvrages de jurisprudence, que personne ne consulte plus.
II. PECK, (François) né à Stamford en 1692, mort en 1743, fut littérateur, naturaliste et même poète. On a de lui divers ouvrages, dont quelques-uns ont eu du succès en Angleterre. Nous ne citerons que son Histoire naturelle et les Antiquités du comté de Leicester et de Rutland, in-4°, 1740; et ses Mémoires sur la Vie de Cromwell, 1740, 2 vol. in-4.º Voyez MILTON.
PECOUR, (N.) maître de ballet, danseur de l'opéra, et maître à danser de Mad. la duchesse de Bourgogne, mort à Paris en 1729, à 78 ans, excella dans son art, et fut un des P E C 373 premiers qui mit dans la danse du caractère et de l'expression. Il eut la direction des ballets de l'opéra, et les composa, dit-on, avec génie. Son talent, ses graces, sa figure inspirèrent une folle passion pour ce danseur à plus d'une femme. La fameuse Ninon de Leuclos l'aima autant qu'une courtisane peut aimer. Le comte, depuis maréchal de Choiseul, fut jaloux du danseur, et l'ayant un jour rencontré chez Ninon avec un habit ressemblant à un uniforme, lui demanda d'un ton railleur, dans quel corps il servoit ? — Je commande un corps, lui répondit Pecour avec fierté, où vous servez depuis longtemps; et cela étoit vrai. I. PECQUET, (Jean) médecin de Dieppe, mort à Paris en 1674, avoit été médecin du célèbre Fauquet, qu'il entretient à ses heures perdues des questions les plus agréables de la physique. Il s'est immortalisé par la découverte d'une veine lactée qui porte le chyle au cœur, et qui de son nom est appelée le Réservoir de Pecquet. Cette découverte fut une nouvelle preuve de la vérité de la circulation du sang; mais elle lui attira plusieurs adversaires, entr'autres Riolan, qui écrivit contre lui un livre intitulé : Adversus Pecquetum et Pecquetianos. On a de lui : I. Experimenta nova Anatomica, à Paris 1654. II. De thoracis lacteis, à Amsterdam 1661. Ce médecin avoit l'esprit vif et actif; mais cette vivacité le jetoit quelquefois dans des opinions dangereuses. Il conseilloit, comme un remède universel, l'usage de l'eau de vie; elle fut pour lui un vrai poison, car elle A a 3 avança ses jours, qu'il auroit pu employer à l'utilité du public.
II. PECQUET, (Antoine) grand maître des eaux et forêts de flouen et intendant de l'école militaire en survivance, naquit en 1704, et mourut le 27 août 1762, à 58 ans. C'étoit un homme d'un esprit très-cultivé, et qui s'étoit consacré à la politique, à la philosophie, à la littérature et à la morale. On a de lui : I. Analyse de l'Esprit des Lois, et l'Esprit des Maximes politiques, 1756, 3 vol. in-12. II. Lois Forestières de France, 1753, en 2 vol. in-4°; ouvrage estimé. III. L'Art de négocier, in-12. IV. Pensées sur l'Homme, in-12. V. Discours sur l'emploi du loisir, in-12. VI. Parallèle du Cœur, de l'Esprit et du Bon sens, in-12. VII. Il a traduit le Pastor fido de Guarini, l'Aminte du Tasse, l'Arcadie de Sannazar, et ses traductions se font lire avec plaisir.
PEDARETTE, citoyen de l'antique Lacédémone, est connu par une réponse magnanime qu'il fit dans une occasion où tout autre qu'un Spartiate ou un Romain auroit laissé échapper des regrets. S'étant présenté pour être admis au conseil des Trois cents, il fut rejeté : Graces aux Dieux immortels ! dit-il en s'en retournant plein de joie, il s'est trouvé dans Sparte trois cents Hommes qui me surpassent en mérite. Si cette démonstration fut sincère, dit J. J. Rousseau, et il y a lieu de le croire, voilà le vrai citoyen !... Voy. BRASIDAS.
PEDIANUS, Voy. ASCONIUS.
PÈDRE, (Dom) roi de Portugal, Voyez INÈS de Castro.
PEDRUZZI, (Paul) savant Jésuite de Mantoue, se fit un nom par ses connoissances dans l'antiquité. Raynuce duc de Parme le choisit pour arranger son riche cabinet de médailles. Ce travail l'occupa jusqu'à sa mort, arrivée le 20 janvier 1721, à 75 ans. On a de lui huit volumes du Museo Fornesz, depuis 1694 à 1727, qui forment dix tomes in-folio. C'étoit un homme estimable pour les qualités du cœur et de l'esprit.
PEGANE, Voy. SYMBACE.
PEGASE, (Mythol.) cheval ailé, célèbre dans la Fable et produit par Neptune; selon d'autres il naquit du sang de Méduse lorsque l'ersée lui coupa la tête. En naissant il frappa du pied contre terre et fit jaillir une fontaine, qui fut appelée Hippocrène. Il habitait les monts Parnasse, Hélicon et Piérius, et paissoit sur les bords d'Hippocrène, de Castalie et du Permesse. Persée le monta pour aller en Egypte délivrer Andromède. Bellérophon s'en servit aussi pour combattre la Chimère.
PEGASE, (Manuel-Alvarès) jurisconsulte Portugais, natif d'Estremos, mort à Lisbonne en 1696, à 60 ans, laissa un Recueil des Ordonnances et des Lois de Portugal, en 14 vol. in-folio, depuis 1669 jusqu'en 1714, et d'autres ouvrages qui ne l'empêchèrent pas de donner ses avis sur les affaires des particuliers.
PEGUILLON, Voy. BEAU-CAIRE de Peguillon.
PEIRESC, (Nicolas-Claude FABRI, seigneur de) naquit au château de Beaugencier en Provence, l'an 1580. Sa famille originaire d'Italie, étoit établie en Provence depuis le 13e siècle. Après avoir étudié avec succès à Aix, à Avignon et à Tournon, il passa ensuite en Italie, et s'arrêta à Padoue pour finir son droit. Il séjourna quelque temps à Venise, pour y jouir des lumières de Fra-Paolo et des autres savans de cette ville. Florence, Rome, Naples le possédèrent ensuite tour-à-tour. Il y parut en savant qui vouloit tout voir et tout remarquer. Rien n'échappa à ses regards des restes de l'antiquité, et de ce que les bibliothèques et les cabinets offroient de curieux et de rare. De retour à Aix, il y prit en 1604 le degré de docteur. Les Thèses qu'il soutint dans cette occasion pendant trois jours de suite, furent long-temps célèbres en Provence. Le jeune savant se rendit ensuite à Paris, où les de Thou, les Casaubon, les Pithou, les Sainte-Marthe l'aimèrent et l'estimèrent. Il alla de là en Angleterre, y visita les savans de Londres et d'Oxford, et fut très-bien accueilli par le roi Jacques. De Londres il passa en Hollande; il y vit Joseph Scaliger à Lode, et Hugues Grotius à la Haye. Enfin après avoir parcouru la Flandre et une partie de la France il revint à Aix et y fut reçu conseiller au parlement. Sa maison fut dès-lors l'asile des sciences et le bureau d'adresse de tous les savans. (Voyez I. VALOIS.) Cet homme illustre mourut à Aix le 24 juin 1637, à 57 ans, également regretté pour les qualités brillantes et les morales. On célébra son mérite dans toutes sortes de langues; et ce recueil d'é- loges a été imprimé sous le titre de Panglossia. L'académie Romaine lui rendit des honneurs distingués, et l'abbé Bouchard Parisien, prononça son éloge funèbre dans une nombreuse assemblée de cardinaux et de savans. La trop vaste érudition de Peiresc, jointe peut-être à la passion d'embrasser trop de matières, l'empêcha de finir aucun ouvrage. On n'a de lui qu'une Dissertation curieuse et savante sur un Trépied ancien, imprimée dans le tome 10e des Mémoires de Littérature du P. Desmolets. Il laissa plusieurs manuscrits: mais la plupart n'ont pas reçu le dernier coup de plume. Gassendi a donné la Vie de ce savant, la Haye 1651, in-12; écrite avec beaucoup de pureté et d'élégance, et traduite en françois par M. Requier, in-12, 1770. I. PÉLAGE Ier, Romain, diacre de l'église Romaine, fut archidiacre du pape Vigile, et apocrisière en Orient, où il se signala par sa prudence et sa fermeté. Il fut mis sur la chaire de Saint-Pierre en 555. Il dut en partie son élévation à l'empereur Justinien, qui avoit goûté son esprit. Le nouveau pontife s'appliqua à réformer les mœurs et à réprimer les nouveautés. Il anathématisa les Trois Chapitres, dont il paroissoit avoir parlé favorablement en écrivant en 546 à Ferrand diacre de Carthage, pour le prier de délibérer avec son évêque et les autres les plus instruits sur cette affaire, et travailla à faire recevoir le 5e concile, tenu à Constantinople en 553. Les évêques de Toscane refusant d'adhérer à ce concile, et A a 4 376 PEL s'étant séparés de sa communion, il leur écrivit en ces termes remarquables : « Comment ne croyez-vous pas être séparés de la communion de tout le monde, si vous ne récitez pas mon nom suivant la coutume dans les saints mystères ? puisque tout indigne que j'en suis, c'est en moi que subsiste à présent la fermeté du siège apostolique avec la succession de l'épiscopat. » Les Romains, assiégés par les Goths, lui durent beaucoup. Il distribua des vivres, et obtint de *Totila* à la prise de la ville en 556, plusieurs graces en faveur des citoyens. Il mourut le 2 mars 560. On a de lui seize *Ephres*. Le droit que s'attribua alors *Justinien* dans l'élection des papes, droit nouveau selon le *P. Pagi*, soutenu par ses successeurs, occasionna dans la suite des vacances du siège de Rome beaucoup plus longues qu'aparavant. On voit cependant que dès le temps d'*Odoacre*, les souverains d'Italie usoient de ce droit.
II. PÉLAGE II, Romain, fils de *Wingil* qui est un nom Goth, obtint le trône pontifical après *Benoit premier*, le 27 novembre 578. Il travailla avec zèle, mais avec peu de succès, à ramener à l'unité de l'église les évêques d'Istrie et de Vénétie, qui faisoient schisme pour la défense des *Trois Chapitres*. Non moins zélé pour les droits de l'église, il s'opposa à *Jean* patriarche de Constantinople, qui prenoit le titre d'évêque Œcuménique. Il s'éleva de son temps une peste si violente, que souvent on expiroit en éternuant et en bâillant; d'où est venue, selon quelques historiens, la coutume de dire à celui qui éternue, *Dieu vous assiste !* et celle de faire la signe de la croix sur la bouche lorsqu'on bâille. (*Voyez l'article I. GRÉGOIRE, à la fin.*) *Pélagé II* fut attaqué de cette peste, et en mourut le 12 février 590. Sa mort fut honorée des larmes des pauvres qu'il secouroit avec largesse. On lui attribue dix *Ephres*; mais la première, la seconde, la huitième et la neuvième sont supposées.
III. PÉLAGE, proche parent de *Rodrigue* roi Visigoth en Espagne, fut forcé d'abandonner sa principauté aux Maures, et de se tenir caché lors des incursions de ces Barbares. Il eut pour asile le sanctuaire de Notre-Dame de Covagonda, enséveli dans la profondeur d'une grotte et dans des rochers presque inaccessibles. Là, ayant laissé mûrir pendant trois ans le projet de seconer le joug de ces conquérans étrangers, il en sortit enfin plein d'espoir et de courage. S'étant fait un parti nombreux, il chassa les usurpateurs. Les Maures ne pouvant l'entamer, entrèrent en négociation avec lui et le laissèrent jouir moyennant un léger tribut, d'une certaine étendue de pays. Ayant été ensuite insulté par les Maures, il marcha contre eux et les délit en 716, conquit plusieurs provinces, et peu après il fut proclamé roi de Léon et des Asturies; il mourut en 737 avec la réputation d'un prince sobre, ennemi du luxe, courageux, et d'une piété exemplaire. C'est sans doute cette piété qui a excité *Voltaire* contre ce prince, jusqu'à lui refuser le titre de roi, contre le témoignage unanime des anciens historiens.
IV. PÉLAGE, fameux hérésiarque, né au 4e siècle dans la Grande-Bretagne, embrassa l'état monastique, et vint à Rome où il brilla par ses mœurs et par ses connaissances. Il étoit né avec un esprit ardent et impétueux. Son zèle étoit extrême, et il croyoit être toujours au-dessous du devoir, lorsqu'il n'étoit pas au premier degré de la vertu. Dans des caractères de cette espèce, la piété est jointe ordinairement au désir d'amener tout le monde à leur manière de vivre et de penser. Ceux que Pélage exhortoit à se dévouer à la perfection, répondoient qu'il n'étoit pas donné à tout le monde de l'atteindre, et s'excusent sur la foiblesse et la corruption de la nature humaine. Pélage chercha dans l'Écriture et dans les Pères tout ce qui pourroit ôter ces excuses aux pécheurs. Son attention se fixa naturellement sur tous les endroits dans lesquels les Pères défendent la liberté de l'homme contre les partisans de la fatalité, et tout ce qui prouvoit la corruption de l'homme ou le besoin de la grace, lui échappa. Il crut donc ne suivre que la doctrine de l'église, en enseignant que « l'homme pouvoit, par ses propres forces, s'élever au plus haut degré de perfection, et que l'on ne pouvoit rejeter sur la corruption de la nature l'attachement aux besoins de la terre, et l'indifférence pour la vertu. » Il développa ces idées dans le 4e livre du Libre-Arbitre qu'il publia contre St. Jérôme; et dans lequel il découvroit toute sa doctrine, en y ajoutant des erreurs nouvelles. Les principales étoient : I. Qu'Adam avoit été créé mortel, et qu'il seroit mort soit qu'il eût péché ou non. II. Que le péché d'Adam n'avoit fait de mal qu'à lui et non à tout le genre humain. III. Que la Loi conduisoit au royaume céleste, aussi bien que l'Évangile. IV. Qu'avant l'avènement de J. C. les hommes ont été sans péché. V. Que les enfans nouveaux nés sont dans le même état où Adam étoit avant sa chute. VI. Que tout le genre humain ne meurt point par la mort et par la prévarication d'Adam, comme tout le genre humain ne ressuscite point par la résurrection de Jésus-Christ. VII. Que l'homme naît sans péché, et qu'il peut aisément obéir aux commandemens de Dieu, s'il veut... Rome ayant été prise par les Goths, Pélage en sortit et passa en Afrique avec Celestias le plus habile de ses sectateurs. Il ne s'arrêta pas longtemps en Afrique; il y laissa Celestias qui se fixa à Carthage, où il enseigna les sentimens de son maître. Cependant Pélage dogmatisa en Orient où il s'étoit rendu. Ses erreurs furent dénoncées au concile de Diospolis. Les Pères de cette assemblée les anathématisèrent solennellement, et l'auteur fut forcé de se rétracter; mais cette rétractation ne changea pas son cœur. Il fut condamné de nouveau en 415, dans le concile de Carthage et dans celui de Milève. Les Pères de ces conciles firent part de leur jugement au pape Innocent I, qui se joignit à eux pour l'anathématiser. Ce saint pontife étant mort peu de temps après, Pélage écrivit à Zozime son successeur, et lui députa Celestias pour faire lever l'excommunication portée contre lui et contre son ami. Le pape Zozime voulut bien recevoir son apologie; mais il assembla en même temps des évêques et des prêtres, qui condamnèrent ses sentimens en approuvant la résolution où il étoit de se corriger. Il reçut en même temps une Confession de Foi de Pélage, captieuse, à laquelle il se laissa surprendre, et il écrivit en sa faveur aux évêques d'Afrique. Ces prélats assemblèrent un nouveau concile à Carthage en 417 : il s'y trouva deux cents quatorze évêques qui ordonnèrent que la sentence prononcée par le pape Innocent contre Pélage et Celestius, subsisteroit jusqu'à ce qu'ils anathématisassent leurs erreurs. Le pape Zozime eut la grandeur d'une de reconnaître qu'il avoit été surpris. Il confirma le jugement du concile, et condamna les deux hérétiques dans le même sens que son prédécesseur. L'empereur Honorius instruit de ces différens anathèmes, ordonna qu'on traiteroit les Pélagiens comme les hérétiques, et que Pélage seroit chassé de Rome avec Celestius, comme hérésiarques et perturbateurs. Ce rescrit est du 30 avril 418. Le 1er mai suivant il y eut un concile général à Carthage contre les Pélagiens, dans lequel brilla St. Augustin, le docteur de la Grace. On y dressa neuf articles d'anathèmes contre cette hérésie. Les évêques qui ne voulurent point souscrire à la condamnation, furent déposés par les juges ecclésiastiques, et chassés de leurs sièges par l'autorité impériale. Pélage obligé de sortir de Rome, se retira à Jérusalem où il ne trouva pas d'asile ; et l'on n'a su ni en quel temps, ni en quel pays il mourut. Julien d'Eclane fut le chef des Pélagiens après la mort de leur premier père. Cette hérésie prit une nouvelle forme sous ce nouveau chef. Elle ravagea pendant quelque temps l'Orient et l'Occident, et s'éteignit enfin tout-à-fait. Quelques écrivains sont étonnés de cette extinction subite du Pélagianisme ; mais leur surprise cessera s'ils font attention, 1.º Que lorsque Pélage enseigna ses erreurs, l'Italie étoit ravagée par les Goths. Rome assiégée plusieurs fois par Alaric, étoit dans la consternation et dans l'abattement ; ce n'étoit pas le moment de s'occuper de disputes lorsqu'on voyoit le fer et la flamme autour de ses murailles. 2.º Le souvenir des fureurs récentes des Donatistes, inspiroit de la crainte contre tout ce qui pouvoit faire naître un nouveau schisme et un nouveau fanatisme. 3.º Pélage qui étoit passé en Orient, ne pouvant s'y faire entendre que par un interprète, ne devoit pas espérer de donner à son parti beaucoup de célébrité. 4.º Le savoir, l'éloquence de St. Augustin, son crédit auprès de l'empereur et la crainte de voir dans l'empire de nouvelles divisions, firent traiter les Pélagiens comme les autres hérétiques, et délivrèrent l'Occident de ce nouveau poison. 5.º Le Nestorianisme commençant alors à faire du bruit, le Pélagianisme trouva tous les esprits assez occupés pour qu'ils ne s'amusassent pas à le soutenir contre l'Église Latine et contre les lois des empereurs. « D'ailleurs, dit Pluquet, un parti ne devient séditieux que par le moyen du peuple, et la doctrine de Pélage n'étoit pas propre à échauffer le peuple. Il élevoit la liberté de l'homme, et n'oit la corruption originelle ; mais c'étoit pour l'obliger à une plus grande austérité. Il faisoit dépendre de l'homme seul sa vertu et son salut; mais c'étoit pour lui reprocher plus amèrement ses défauts et ses péchés, et pour lui ôter toute excuse s'il ne se corrigeoit pas: Or un peuple aime mieux un dogme qui l'excuse et l'humilie, qu'un système qui flatte sa va- nité, mais qui le rend inexcusable dans ses vices et dans ses défauts. Pour mettre le peuple dans les intérêts du Pélagianisme, il fal- loit en exagérant les forces de l'homme, diminuer ses obliga- tions, et Pélagé s'étoit proposé tout le contraire. Le Pélagia- nisme, tel que Pélagé le propo- soit, et dans les circonstances où il a paru, ne pouvoit donc former aucun parti, aucune secte, et ne devoit rester que comme une opinion ou comme un sys- tème, se conserver parmi les per- sonnes qui raisonnoient, se dis- puter, se rapprocher du dogme de l'Eglise sur la nécessité de la grace, et donner la naissance au sémi-Pélagianisme; » et c'est ce qui arriva. Nous avons de Pé- lagé une Lettre à Démétriade, dans le tome second de St. Au- gustin, de l'édition des Bénédic- tins; des fragmens de ses quatre Livres du Libre-Arbitre; et des Commentaires sur les Épitres de St. Paul qui se trouvent dans l'Appendix Operum Divi Augus- tini, Antuerpiae, 1703, in-folio. L'Histoire du Pélagianisme a été très-bien traitée par le savant cardinal Noris. Le P. Patouillet en a aussi publié une in-12, 1751.
PÉLAGE-ALVARÈS ou ALVARÈS-PÉLAGE, Voy. PARIS. I. PELAGIE, (Sainte) vierge et martyre d'Antioche, dans le quatrième siècle, durant la per- sécution de Maximien Daïa. Elle se précipita du haut du toit de sa maison, pour échapper par cette mort violente à la perte de son honneur, que des gens en- voyés par les magistrats Païens vouloient lui ravir.
II. PELAGIE, (Sainte) illus- tre pénitente du 5e siècle, avoit été la principale comédienne de la ville d'Antioche. La grace ayant touché son cœur, elle reçut le Baptême, et se retira sur la mon- tague des Oliviers près de Jéru- saiem, où, selon Jacques diacre d'Héliopolis, déguisée en homme, elle mena une vie très-austère; mais Théophane, (Chron. ad an. 25, Theod. jun.) Nicéphore Calixte, (Hist. lib. 14, cap. 30) la représentent comme une re- ligieuse. Basile dans son Méno- loge la peint habillée en reli- gieuse, et assure formellement qu'elle se fit religieuse. Et en effet comment croire que cette Sainte auroit porté un habit contraire à son sexe? Ce genre de dégui- sement condamné par l'Écriture et les Pères, ne pourroit être ex- cusé que par la bonne foi et la simplicité. Voy. MIRAMION.
PELARGUS, Voy. STORCK.
PÉLÉE, Voyez THÉTIS et ACASPE. I. PELETIER, (Claude le) né à Paris en 1630, avec des dispositions heureuses, fut lié de bonne heure avec Bignon, Molé, Lamoignon, Despréaux et les au- tres grands hommes de son siè- cle. Il fut d'abord conseiller au châtelet, puis au parlement, en- suite président de la quatrième chambre des enquêtes: nommé prévôt des marchands en 1668, il signala sa gestion en faisant construire le Quai de Paris, qu'on appelle encore aujourd'hui le Quai PELETIER. Il se distingua extrêmement dans cette place, et succéda en 1683, au grand Colbert, dans celle de contrôleur général des finances. Ce fut alors que Despréaux se présentant dans la foule pour le complimenter, lui dit simplement : Monseigneur, je n'envie de votre nouvelle dignité, que l'occasion que vous allez avoir de faire plaisir à bien des gens... Peletier sentit que si un contrôleur général faisoit quelques heureux, il faisoit encore plus de mécontents. Il se démit de cette place six ans après, quitta entièrement la cour en 1697, et ne s'occupa plus que de l'étude et de son salut. Il venoit passer tous les Carèmes aux Chartreux où il avoit un appartement, et demeuroit tout le reste de l'année dans sa terre de Villeneuve-le-Roi. Il mourut le 11 août 1711, à 81 ans. Les grands sentimens de piété qui l'avoient animé pendant sa vie, présidèrent à sa mort. On a de lui : I. Un très-grand nombre d'Extraits et de Recueils assez bien faits de l'Écriture des Pères et des écrivains ecclésiastiques et profanes, en plusieurs vol. in-12. II. Des Éditions du Comes Theologus et du Comes Juridicus de Pierre Pithou son bisaïeul maternel. III. A l'imitation de ces deux ouvrages, il composa le Comes Senectutis et le Comes Rusticus, l'un et l'autre in-12, qui ne sont que des Recueils de pensées des auteurs anciens et modernes. IV. On lui doit encore la meilleure Édition du Corps du Droit Canon en latin avec des notes de Pierre et de François Pithou, en deux vol. in-folio; et celle du Code des Canons recueillis par M. Pithou, avec des Miscellanea Ecclesiastica à la fin. (Voyez PITHOU.) V. Enfin l'Édition des Observations de Pierre Pithou sur le Code et les Novelles... La VIE de Claude le Peletier a été écrite en latin par Boivin le cadet, in-4°, qui prend un ton de panégyrique capable de faire tort à son héros si ses vertus étoient moins connues. — Voyez IV. PELETIER.
II. PELETIER DE SOUSI, (Michel le) frère du contrôleur général, né à Paris en 1640, se fit recevoir avocat et plaida avec distinction. Il acheta ensuite la charge d'avocat du roi au Châtelet, et il l'exerça pendant cinq ans avec un applaudissement universel. Reçu conseiller au parlement en 1665, il fut nommé l'année suivante avec Jérôme le PELETIER son second frère, pour l'exécution des arrêts de la cour des grands Jours tenus à Clermont en Auvergne. Le roi le choisit en 1668, pour aller établir l'intendance de la Franche-Comté. A son retour il fut intendant de Lille, de toutes les conquêtes de Flandre et des armées que le roi y entretient. Ses services lui méritèrent les places de conseiller d'état en 1683, d'intendant des finances, de conseiller au conseil royal et de directeur général des fortifications. Dégouté des affaires et de la cour; il la quitta à l'âge de 80 ans, pour se retirer à l'abbaye de Saint-Victor à Paris. Il y vécut près de six ans dans les doux travaux de la littérature, et dans les exercices d'une vie chrétienne; et il mourut le 10 décembre 1725, à 85 P E L 38 ans. Ses différens emplois ne l'avoient point empêché de cultiver les belles-lettres, et de se rendre familiers les bons auteurs de l'antiquité, sur-tout Cicéron, Horace et Tacite qu'il portoit toujours avec lui dans ses voyages. Il parloit aussi avec grace l'italien et l'espagnol. L'académie des Inscriptions lui avoit donné en 1701, la place d'académicien honoraire. On de lui dans les Mémoires de cette compagnie, de savantes Recherches sur les Curiosolites, ancien peuple de l'Armorique dont il est parlé dans les Commentaires de César... Toureil l'appeloit : Homo limatisimi ingenii. La famille de le Peletier est connue par ses services dans la robe et dans le ministère.
III. PELETIER, (Pierre le ou plutôt du) Parisien, d'une famille très-différente des précédens, car il étoit fils d'un épicier, se fit recevoir avocat au parlement, et négligea sa profession pour se livrer à la poésie. Sa principale occupation étoit de composer des Sonnets à la louange de tout le monde. Dès qu'il savoit qu'on imprimoit un livre, il alloit aussitôt porter un Sonnet à l'auteur, pour en avoir un exemplaire. Devenu amoureux d'une demoiselle, il fit tant de vers sur ses attraits, qu'elle se laissa gagner et qu'elle l'épousa. Boileau parle souvent de lui comme d'un mauvais poète. Le Juvenal François ayant dit de lui dans sa seconde Satire : J'envie, en écrivant, le sort de Peletier. Ce bon homme prit ce vers pour une louange. Il fit imprimer cette Satire dans un recueil de Poésies, où il y avoit quelques vers de sa façon. Il mourut à Paris en 1680.
PELETIER, Voy. PELLETIER et MARTINI.
PELHESTRE, (Pierre) natif de Rouen, mort à Paris en 1710, à 65 ans, étoit un homme d'une lecture prodigieuse qui lisoit tout, mais avec des intentions droites. Il n'étoit âgé que de dix-huit ans, quand l'archevêque de Paris Péréfixe, le manda : J'apprends, lui dit-il, que vous lisez des Livres hérétiques ; êtes-vous assez docte pour cela ? — Monseigneur, répondit le jeune homme, votre question m'embarrasse : si je dis que je suis assez savant, vous me direz que je suis un orgueilleux ; si je dis que non, vous me défendrez de les lire. Sur cette réponse, le prélat lui permit de continuer. Il a donné une seconde édition du Traité de la lecture des Pères, et des Notes excellentes sur le texte de cet ouvrage ; Paris, 1697, in-12.
PELIAS, (Mythol.) fils de Neptune et de Tyro, et frère d'Eson roi de Thessalie, usurpa le royaume au préjudice de Jason son neveu, que l'on déroba à sa fureur. Jason ayant atteint l'âge de vingt ans, se fit reconnoître par ses parens, et redemanda ses états. Pelias ne les lui refusa pas ; mais il l'engagea d'aller à la conquête de la Toison d'or, croyant qu'il péritoit dans cette expédition. Il devint ensuite plus fier et plus cruel, et fut égorgé par ses propres filles, auxquelles Médée avoit promis de le rajeunir comme elle avoit fait à Eson. 382 PEL
PELICIER, Voyez PEL- LICIER.
PELISSON, Voyez PEL- LISSON.
PELL, (Jean) mathémati- cien Anglois, né en 1611, pro- fessa les mathématiques à Ams- terdam et à Breda. Il résida au- près des cantons Protestans au nom de Cromwel, revint à Lon- dres où il fut fait prêtre et cha- pelain de l'archevêque de Can- torbery, et mourut en 1685. Les mathématiques lui doivent quel- ques ouvrages; entr'autres: I. De verd Circuli mensurâ. II. Table de dix mille Nombres carrés, in- folio. Voyez LONGOMONIAN. I. PELLEGRIN - TIBALDI ou PELLEGRIN de Bologne, mort en 1592, à 70 ans, excella dans la peinture et l'architecture. On prétend que son ambition de se faire un nom dans la peinture étoit si ardente, que mécontent de lui-même et désespérant de pouvoir atteindre le point de per- fection qu'il imaginoit, il voulut un jour se laisser mourir de faim et qu'il en fut détourné par Oc- tavien Mascherino peintre son compatriote, qui lui conseilla de s'adonner à l'architecture. De- venu architecte, il s'acquit bien- tôt une grande réputation. Il fut appelé à Milan pour l'Eglise de Saint - Ambroise; et ensuite à Madrid par le roi d'Espagne qui l'employa au magnifique bâtiment de l'Escurial, comme peintre et comme architecte, et le renvoya en Italie avec cent mille écus et le titre de Marquis. — Voyez Rosso.
II. PELLEGRIN, (Simon- Joseph) né à Marseille, entra dans l'ordre des religieux Ser- vites, et demeura long - temps parmi eux à Moustier dans le diocèse de Riez. Ennuye de ce séjour autant que de son genre de vie, il s'embarqua sur un vais- seau en qualité d'aumônier, et fit une ou deux courses. De re- tour en 1703 de ses caravanes, il composa une Epître au roi sur les glorieux succès de ses Armes, qui remporta le prix de l'acadé- mie Françoise en 1704. Avec cette Epître, l'auteur avoit envoyé une Ode sur le même sujet qui ba- lança pendant quelque temps les suffrages de l'académie, de sorte qu'il eut le plaisir d'être rival de lui-même. Cette singularité le fit connoître à la cour. Madame de Maintenon l'accueillit comme un homme de mérite, et lui obtint un bref de translation dans l'or- dré de Cluni. L'abbé Pellegrin étoit un homme sans fortune. Fixé à Paris sans autre revenu que ses ouvrages et les prix de quelques académies, il multiplia les fruits de son travail. On le vit ouvrir une boutique d'Epi- grammes, de Madrigaux, d'E- pithalames, de Complimens pour toutes sortes de fêtes et d'occa- sions, qu'il vendoit plus ou moins, selon le nombre des vers et leur différente mesure. On jugea avec raison qu'un homme qui faisoit tant de vers, n'en pouvoit guère faire de bons; et le débit dimi- nua. Il travailla alors pour les différens théâtres de Paris, et sur - tout pour celui de l'Opéra comique. Ce genre d'ouvrage n'é- tant nullement digne d'un pré- tre, le cardinal de Noailles lui proposa de renoncer ou à la Messe ou à l'Opéra: l'abbé Pellegrin voulut garder ce qui le faisoit vivre, et le cardinal l'interdit. La défense de dire la Messe lui au- P E L 385 roit été beaucoup plus sensible, si ses protecteurs ne lui avoient procuré une pension sur le Mer- cure, auquel il travailla pour la partie des spectacles. Ce poète auroit mérité d'être plus riche. Une grande partie de ce qu'il re- tiroit de ses travaux passoit à sa fa- mille, pour laquelle il se refusoit quelquefois le nécessaire. Il étoit d'ailleurs plein de droiture, et de mœurs d'une candeur, d'une sim- plicité et d'une modestie peu com- munes parmi les poètes. Il avoit pourtant quelques petits accès de vanité. Après la première repré- sentation de Mérope, un bel es- prit dit en présence de l'abbé Pellegrin : En vérité Voltaire est le roi des poètes. — Eh ! qui suis- je donc moi, répondit le poète Provençal. — Vous l' lui répliqua- t-on, vous en êtes le doyen... Son extérieur étoit très-négligé, et sa langue fort embarrassée. De là l'espèce de mépris dans lequel il étoit tombé. De là les traits dont il fut percé par les insectes des cafés et de la littérature. Il pas- soit dans la rue couvert d'un man- teau troué. Un élégant, dont la voiture étoit retenue par divers embarras, trouva plaisant d'en- voyer son laquais demander à l'abbé Pellegrin quelle étoit la bataille où ce manteau avoit été si maltraité ? A la bataille de Cannes, répondit l'abbé en frap- pant de son bâton le laquais trop obéissant. Lorsqu'il mourut le 5 septembre 1745, à 82 ans, un satirique lui fit cette épitaphe : Ci glt le pauvre Pellegrin, Qui dans le double emploi de Poète et de Prêtre, Éprouva mille fois l'embarras que fit naître La crainte de mourir de faim. Le matin Catholique, et le soir Idolâtre, Mémoire de l'Aurel et son poë de Théâtre. Un écrivain plus sage lui fit une autre épitaphe moins piquante, mais qui le caractérisoit mieux : Poète, Prêtre et Provençal, Avec une plume féconde, N'avoir ni dit ni fait de mal; Tel fut l'auteur du NOUVEAU MONDE. On a de lui : I. Cantiques Spé- rituels sur les points les plus im- portans de la Religion, sur diffé- rens airs d'opéra, pour les Dames de Saint-Cyr, à Paris, in-8.º II. Autres Cantiques sur les points principaux de la Religion et de la Morale, à Paris, 1725, vol. in-12. III. Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, mise en Cantiques, sur les airs de l'o- péra et des vaudevilles, 2 vol. in-8°, Paris, 1705. Sur deux cents Cantiques, à peine en trou- ve-t-on quelqu'un de supportable. Le projet de mettre l'histoire de la Religion en vers, qui pouvoit être utile à la jeunesse, méri- toit d'être mieux exécuté. IV. Les Pseaumes de David en vers fran- çois, sur les plus beaux airs de Lul- li, Lambert et Campra, à Paris, 1705, in-8.º V. L'Imitation de Jésus-Canier sur les plus beaux vaudevilles, à Paris, 1729, vol. in-8.º VI. Les Œuvres d'Horace traduites en vers françois, éclair- cies par des notes, augmentées d'autres Traductions et Pièces de poésie, avec un Discours sur ce célèbre poète, et un abrégé de sa Vie, à Paris, 1715, 2 vol. in-12. Il n'y a que les cinq livres d'Odes qui soient traduits. On ne parleroit plus de cette Traduction, sans la jolie Epigramme que fit la Monnoye en voyant le texte du poète Latin à côté de cette version : On devroit, soit dit entre nous, A deux Divinités offrir tes deux HORACES : 384 PEL Le Latin à Vénus, la Déesse des Grâces, Et le François à son époux. Nous avons d'autres ouvrages qui assurent à ce poète un rang sur le Parnasse : tels sont, sa Comédie du Nouveau Monde, son Opéra de Jephté, et sa Tragédie de Pélopée. Quelques personnes le dépouillent de la gloire d'avoir fait la Comédie du Nouveau Monde. La raison qu'ils en apportent, est qu'il n'est pas possible selon eux, qu'un homme qui a enfanté des millions de vers détestables, soit l'auteur d'une pièce aussi ingénieuse, écrite d'un style si pur et si léger. Mais rien n'est moins sûr que cette façon de juger. Boileau n'a-t-il pas fait l'Art Poétique et l'Ode sur la prise de Namur ; Voltaire, la Henriade et la Princesse de Navarre ; Corneille, Cinna et Percharite, etc. etc. ? L'on compte encore parmi ses Pièces dramatiques : I. Hypolite et Aricie. — Médée et Jason, Tragédies lyriques ; et les Fêtes de l'Été, Ballet. II. Pour l'Opéra comique, la Fausse Inconstance. — Arlequin rival de Bacchus. — Le Pied-de-nez, Comédie en trois actes. III. Télé-maque et Calypso. — Renaud ou la Suite d'Armide, Tragédies en musique. IV. Catilina, Tragédie. Tous ces ouvrages sont très-foibles : le plan n'en vaut rien ordinairement, et la versification en est presque toujours fade et languissante. Voy. BARBIER (Marie).
PELLERIN, (Joseph) ancien commissaire général et premier commis de la marine, mort à Paris le 30 août 1782, dans la 99e année de son âge, unisait à l'activité d'un homme d'affaires le savoir d'un homme de lettres. Ayant obtenu sa retraite après 40 ans de services, il consacra le reste de sa vie à l'étude de l'antiquité. Le cabinet de médailles qu'il avait formé, et dont le roi fit l'acquisition en 1776, étoit le plus riche et le plus précieux qu'ait jamais possédé un particulier. Les savans les plus distingués et sur-tout les étrangers, donnèrent plusieurs fois au possesseur de ce trésor des marques publiques de leur estime. Il étendit et éclaira la science numismatique par un Recueil intéressant en 9 vol. in-4°, enrichis d'un grand nombre de planches. Cette collection est composée des traités suivants : I. Recueil des Médailles de Rois, qui n'ont pas encore été publiées ou qui sont peu connues, 1762, in-4°. II. Recueil de Médailles de Peuples et de Villes, qui n'ont point encore été publiées ou qui sont peu connues, 1763, 3 volumes in-4°. III. Mélanges de diverses Médailles, pour servir de supplément aux recueils précédens, 1765, 2 vol. in-4°. IV. Supplément aux six volumes des Recueils des Médailles de Rois, de Peuples et de Villes, etc., avec la Table générale des sept vol., 1766, in-4°. V. Les troisième et quatrième Suppléments aux 6 vol. des Recueils de Médailles, avec une Table relative à ces deux derniers Suppléments, 1767, in-4°. VI. Lettres de l'auteur des Recueils des Médailles de Rois, de Peuples et de Villes, à M.*, Francfort, (Paris) 1768 et 1770, faisant le neuvième vol. in-4°. Cette collection est digne du cabinet des curieux, non-seulement par la beauté de l'impression, mais encore par les explications judicieuses et savantes dont dont chaque planche est accompagnée. Peu de gens sont en état de se procurer une suite nombreuse de Médailles; mais tout le monde est à portée de jouir d'un ouvrage bien fait qui peut presque en tenir lieu. Tel est celui de J. Pellerin qui unissoit à son savoir un caractère obligeant et communicatif. I. PELLETIER, (Jacques) médecin, né au Mans en 1517 d'une bonne famille, se rendit habile dans les belles-lettres et dans les sciences, et devint principal des collèges de Baïeux et du Mans à Paris, où il mourut en juillet 1582, à 65 ans. Ses écrits sont plus nombreux que bons. On a de lui: I. Des Commentaires latins sur Euclides, in-8°; quelques autres ouvrages de mathématiques estimés dans leur temps, quoiqu'il n'ait point trouvé comme il le prétendoit la Quadrature du Cercle. II. La Description du Pays de Savoie, 1572, in-8° III. Un petit Traité latin de la Peste. IV. Une Concordance de plusieurs endroits de Galien, et quelques autres petits Traités réunis en un volume in-4°, 1559. V. De mauvaises Œuvres Poétiques, qui contiennent quelques Traductions en vers, 1547, in-8° VI. Un autre Recueil, 1555, in-8° VII. Un 3° en 1581, in-4° VIII. Traduction en vers françois de l'Art Poétique d'Horace, 1545, in-8° IX. Un Art Poétique, en prose, 1555, in-8° X. Des Dialogues sur l'Ortographe et la Prononciation Françoise, in-8°, où il veut réformer l'une et l'autre, en écrivant comme on prononce. Il eut cinq frères qui tous se distinguèrent, et dont Tome IX, le plus célèbre fut le jeune qui suit.
II. PELLETIER, (Julien) frère puiné du précédent, curé de Saint-Jacques-la-Boucherie après son frère Jean en 1583, fut un fameux Ligueur du conseil des Seize. Il eut part à la mort de Brisson; et ayant été condamné à être rompu vif en 1595 pour ce crime, il fut obligé de chercher un asile dans les pays étrangers lorsque Paris eut ouvert ses portes à Henri IV.
III. PELLETIER, (Jean le) né à Rouen en 1633, s'appliqua d'abord à la peinture. Il l'abandonna pour l'étude des langues: Il apprit sans maître le latin, le grec, l'italien, l'espagnol, l'hébreu, les mathématiques, l'astronomie, l'architecture, la médecine et la chimie. Sur la fin de ses jours il ne s'appliqua presque plus qu'à l'étude de la religion, et il continua cette étude jusqu'à sa mort arrivée en 1711, à 78 ans. On a de lui: I. Une savante Dissertation sur l'Arche de Noé. Il y explique la possibilité du Déluge universel, et comment toutes les espèces d'animaux ont pu tenir dans l'Arche. Il y a joint une Dissertation sur l'homme de St. Benoit: c'est un gros vol, in-12, dans lequel il y a autant de savoir que de sagacité; mais quelques conjectures hasardées. Quelques-uns ont cru que l'hémine ne contenoit qu'environ huit onces, d'autres ont été jusqu'à douze; et ceux pour qui cette mesure paroissoit encore trop petite l'ont portée jusqu'à vingt. Il paroît par d'anciens règlements monastiques qu'elle ne contenoit que trois verres de vins mais quelle étoit la capacité de B b 386 P E L ces verres? c'est ce que chacun a expliqué selon son goût ou ses besoins. II. Des *Dissertations* sur plusieurs matières dans le *Journal de Trévoux*. III. Une *Traduction Françoise* de la *Vie* de *Sixté-Quint* par *Lèti*, 1694, deux vol. in-12. IV. — de l'ouvrage anglois de *Robert NAUNTON*, sous le titre de : *Fragmenta Regalia*, ou *Caractère véritable d'Élisabeth Reine d'Angleterre*, et de ses *favoris*. On le trouve dans les dernières éditions de la *Vie* de cette princesse par *Lèti*.
IV. PELLETIER, (Claude) docteur en théologie et chanoine de Rheims, est auteur d'un grand nombre d'ouvrages, la plupart en faveur de la bulle *Unigenitus*; ils sont mal écrits et assez ennuyeux, même pour ceux qui s'occupent encore de ces querelles. *Consultez-en*, si vous avez l'envie et le loisir, l'ample catalogue, à la fin de son *Traité Dogmatique de la Grace universelle*, 1727. — *Voyez I. PELLETIER*. V. PELLETIER, (Ambroise) né en 1703 à Porcieux en Lorraine, Bénédictin de St-Vannes et curé de Senones, donna le *Nobiliaire* ou *Armorial de Lorraine*, 1758, in-folio. C'étoit pour l'érudition et pour la piété, un digne élève de *Dom Calmet*. Il mourut en 1758.
VI. PELLETIER, (Gaspard) médecin de Middelbourg en Zélande, s'acquit beaucoup de réputation par la pratique de son art, fut fait échevin, puis conseiller dans sa ville natale, et mourut en 1659. On a de lui : *Plantarum, tùm patriarum, tùm exoticarum, in Walachrid Ze-* *landiae insu.a nascentium, synonyma*; Middelbourg, 1610, vol. in-8°: rare et recherché.
VII. PELLETIER — SAINT-FARGEAU, (Louis-Michel le) né à Paris le 29 mai 1760 d'une famille distinguée dans la robe, devint président à mortier au parlement de Paris et ensuite député de la noblesse aux Etats généraux de 1789. Possesseur d'une immense fortune, il chercha à acquérir de la popularité en se montrant partisan des innovations, et il prit pour base de sa conduite ce mot qu'il dit un jour à l'un de ses amis : « Quand on a six cent mille livres de rente il faut être à Coblentz ou sur la crête de la montagne. » Ce fut lui qui proposa le code pénal qui fut adopté : mais vainement s'éforça-t-il d'y faire supprimer la peine de mort. On le vit ensuite s'opposer à la conservation des titres honorifiques et au droit du monarque de déclarer la guerre et de faire la paix. Appelé à la Convention, il y soutint la liberté de la presse et vota la mort de *Louis XVI*, quoiqu'il eût cherché précédemment à engager plusieurs de ses collègues à ne prononcer que la réclusion. *Pelletier*, se trouvant quatre jours après chez un restaurateur, fut poignardé le 20 janvier 1793 par le garde du corps *Paris* : il n'eut que le temps de dire ces deux mots, *j'ai froid*, et il expira. La Convention fit inhumer son corps au Panthéon et adopta sa fille. Il laissa en manuscrit un long Discours sur l'éducation nationale, que *Robespierre* lut à la tribune.
VIII. PELLETIER, (Bertrand) né à Baïonne en 1761, P E L 387 se fit apothicaire et vint se fixer à Paris, où ses connoissances en chimie et en pharmacie le firent admettre à l'académie des Sciences et ensuite à l'Institut. Il travaillait au *Journal d'Histoire naturelle*, et a laissé des *Mémoires* dans le Recueil des Sociétés savantes dont il étoit membre. Il est mort à l'âge de 36 ans, en 1797.
PELLETIER, *Voyez* PELLETIER et MARTINI.
PELLEVÉ, (Nicolas de) né au château de Jouy en 1553, d'une ancienne famille de Normandie qui subsiste, s'attacha au cardinal de *Lorraine* qui lui procura l'évêché d'Amiens en 1553. On l'envoya en Écosse l'an 1559, avec plusieurs docteurs de Sorbonne, pour essayer de ramener les hérétiques ou par la douceur ou par la force; mais la reine *Elizabeth* ayant donné du secours aux Écossois, il fut obligé de revenir en France. Il quitta son évêché d'Amiens pour l'archevêché de Sens, et suivit le cardinal de *Lorraine* au concile de Trente, où il se déclara contre les libertés de l'Église Gallicane malgré les ordres qu'il avoit reçus de les défendre. Cette prévarication lui valut la pourpre, dont *Pie V* l'honora en 1570. Envoyé à Rome deux ans après, il servit les rois de France avec beaucoup de zèle et de fidélité pendant plusieurs années; mais dans la suite il devint l'un des premiers chefs de la Ligue. (*Voy.* GRÉGOIRE XIII, vers la fin; et I. LANGLOIS.) *Henri III* fit saisir les revenus de ses bénéfices en 1585; mais ce prince trop facile lui accorda la main levée de ses biens, et le fit archevêque de Rheims, après la mort du cardinal de *Lorraine* aux États de Blois en 1588. Ces récompenses ne purent calmer l'impétuosité de son zèle. On prétend qu'il mourut de chagrin en 1594, en apprenant que Paris avoit ouvert ses portes à *Henri IV*. L'Étoile dit que ce cardinal étoit *bon Espagnol et mauvais François*. Son zèle pour la Ligue lui fut inspiré ou par une religion mal entendue, ou par reconnaissance pour les *Guises* qui avaient contribué à son avancement, ou par ressentiment de ce que *Henri III* avoit fait arrêter ses revenus. Cette saisie l'avoit mis pendant quelque temps à l'étroit, et il eut besoin d'être secouru par la générosité des Ligueurs et des pontifes Romains. C'étoit un caractère fier, ardent et intraitable. Il dit un jour au conseil en parlant des *Politiques*, (ou partisans de *Henri III*) « qu'il falloit chasser les plus gros, pendre et noyer les moyens, et pardonner au petit peuple. » Un bourgeois de Paris ayant passé un jour devant lui sans le saluer, il l'injuria et le menaça de le faire traîner (comme *Politique*) à la rivière ou à la voirie. On lui donna pour emblème un *Basilic* avec ces mots: *VISO NECAT*.
PELLICAN, (Conrad) né à Rufac en Alsace l'an 1478, se fit Cordelier en 1494, et changea le nom de sa famille qui étoit *Kursiners* en celui de *Pellican*. Il exerça les principales charges de sa province en France, en Italie et ailleurs. Ayant été fait gardien du couvent de Basle en 1522, le commerce qu'il eut avec les Hérétiques le pervertit. Il donna dans les sentimens de *La-* B b 2 388 PEL ther, qu'il enseigna d'abord avec précaution pour ne pas s'attirer des affaires fâchenses; mais en 1526 il quitta son habit religieux et vint enseigner l'hébreu à Zurich où il se maria bientôt après. Il mourut le 14 septembre 1556, à 78 ans. Il avoit eu des démêlés fort vifs avec *Erasme*, qui se réconcilia avec lui après lui avoir donné des marques d'estime. On a de lui, plusieurs *Ouvrages* que les Protestans ont fait imprimer en 7 vol. in-folio. On y trouve une Traduction latine des *Commentaires* hébraïques des Rabbins, non-seulement sur l'Écriture-Sainte, mais encore sur les choses secrètes de la doctrine des Juifs. On doit distinguer ses *Commentaires sur l'Écriture*, « qui sont, selon *Richard-Simon*, plus exacts que ceux des autres Protestans. Il s'attache ordinairement au sens littéral, sans perdre de vue les paroles de son texte. Il a mis à la tête une longue Préface, dans laquelle il fait trop le théologien et le prédicant. Il faut d'ailleurs lui rendre cette justice, que bien qu'il ait été fort versé dans la lecture des Rabbins, il n'a point rempli ses Commentaires d'une certaine érudition rabbinique qui se trouve dans la plupart des docteurs Allemands. Comme son dessein est de donner un Commentaire court et abrégé, il dit souvent beaucoup de choses en peu de mots. »
PELLICIER, (Guillaume) évêque de Montpellier, né dans un petit bourg de ce diocèse, s'acquit l'estime de *François Ier* par son esprit. Ce prince l'ervoya en 1540 ambassadeur à Venise. *Paul III* lui accorda la sécularisation de son chapitre, et la permission de transférer son siège de Maguelone à Montpellier. Ce prélat montra beaucoup de zèle contre le Calvinisme, et ce zèle ne l'empêcha pas d'être accusé de penser en ser et comme ceux qu'il fondroyait en public. Ses mœurs ne furent pas plus épargnées que sa doctrine. Il mourut à Montpellier en 1568, d'un ulcère dans les entrailles, causé par l'ignorance ou la malice d'un apothicaire qui lui fit prendre des pillules de coloquinte mal broyées. *Pellicier* avoit une riche bibliothèque et de précieux manuscrits, qu'il avoit achetés à Venise et ailleurs, et dont plusieurs se trouvent à la bibliothèque du roi. *Cujus*, *Rondelet*, *Turnèbe*, de Thou, *Scévole de Sainte-Marthe*, et les autres savans de son temps, ont célébré son savoir et ses autres qualités. Il laissa plusieurs ouvrages manuscrits, et l'on prétend que l'*Histoire des Poissons* que nous avons sous le nom de *Guillaume Rondelet* médecin de Montpellier, est de lui.
PELLISSON-FONTANIER, (Paul) né à Beziers en 1624 d'une famille de robe originaire de Castres, perdit son père de bonne heure. Sa mère l'éleva dans la religion prétendue-Réformée. Ses talens donnoient des espérances à cette secte: il avoit autant de pénétration que de vivacité dans l'esprit. Il étudia successivement à Castres, à Montauban et à Toulouse. Les auteurs Latins, Grecs, François, Espagnols, Italiens, lui devinrent familiers. A peine avoit-il donné quelques mois à l'étude du droit, qu'il entreprit de paraphraser les *Institutes de Justinien*. Cet ou- vrage imprimé à Paris in-8$^{e}$ en 1645, étoit écrit de façon à faire douter que ce fût la production d'un jeune homme. *Pellisson* parut bientôt avec éclat dans le barreau de Castres; mais lorsqu'il y brilloit le plus il fut attaqué de la petite vérole. Cette maladie affoiblit ses yeux et son tempérament, et le rendit le modèle de la ladeur. Sa figure étoit tellement changée que M$^{lle}$ de *Scudéri* son amie disoit en plaisantant, qu'il abusoit de la permission qu'ont les hommes d'être laids. (*Voyez MARTINEAU.*) Quelques biographes ont attribué ce bon mot à Mad. de *Sévigne* qui disoit aussi de lui: *Il est vrai qu'il est très-laid; mais qu'on le dédouble et on lui trouvera une belle âme.* Plusieurs ouvrages qu'il composa à Paris, l'y firent connoître avantageusement de tout ce qu'il y avoit alors de gens d'esprit et de mérite. Il s'y fixa en 1652, et l'académie Françoise dont il avoit écrit l'*Histoire*, fut si contente de cet ouvrage qu'elle lui ouvrit ses portes. Il n'y avoit point alors de place vacante dans cette compagnie; mais elle ordonna que la première qui vaqueroit seroit à lui, et que cependant il auroit droit d'assister aux assemblées et d'y opiner comme académicien. *Pellisson* acheta une charge de secrétaire du roi, et s'attacha tellement aux affaires qu'il passa bientôt pour un des hommes les plus intelligens en ce genre. *Fouquet* instruit de son mérite, le choisit pour son premier commis et lui donna toute sa confiance. *Pellisson* conserva au milieu des trésors le désintéressement de son caractère, et dans les épines des finances les agrémens de son esprit. Ses soins furent récompensés en 1660 par des Lettres de conseiller d'État. L'année suivante lui fut moins heureuse. Il avoit eu beaucoup de part aux secrets de *Fouquet*; il en eut aussi à sa disgrace. Il fut conduit à la Bastille, et n'en sortit que quatre ans après, sans qu'on pût jamais corrompre sa fidélité pour son maître. On crut que, pour découvrir d'importans secrets, le meilleur moyen étoit de faire parler *Pellisson*. On aposta un Allemand, simple et grossier en apparence, mais fourbe et rusé en effet, qui feignoit d'être prisonnier à la Bastille et dont la fonction étoit d'y jouer le rôle d'espion. A son jeu et à ses discours *Pellisson* le pénétra; mais ne laissant point voir qu'il connût le piège et redoublant au contraire ses politesses envers l'Allemand, il s'empara tellement de son esprit qu'il en fit son émissaire. Il eut par-là un commerce journalier de lettres avec M$^{lle}$ de *Scudéri*. Il employa le temps de sa prison à lui écrire et à se défendre. Ce fut alors qu'il composa trois *Mémoires* pour ce célèbre infortuné, qui sont trois chefs-d'œuvre. Si quelque chose approche de *Cicéron*, dit l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, ce sont ces trois *Factums*. Ils sont dans le même genre que plusieurs discours de ce célèbre orateur, un mélange d'affaires judiciaires et d'affaires d'état, traitées solidement avec un art qui paroît peu et une éloquence touchante. *Pellisson*, à qui ces Apologies éloquentes auroient dû procurer la liberté, n'en fut resserré que plus étroitement. On lui retira le papier et l'encre; B b 3 il se vit réduit à écrire sur des marges de livres avec le plomb de ses vitres, ou avec une espèce d'encre qu'il imagina en délayant de la croûte de pain brûlé dans quelques gouttes du vin qu'on lui servoit. *Pellisson*, privé du plaisir de s'occuper, fut réduit à la compagnie d'un Basque stupide et morne qui ne savoit que jouer de la musette. Il trouva dans ce foible amusement une ressource contre l'ennui. Une araignée faisoit sa toile dans un soupirail qui don-doit du jour à sa prison : il entreprit de l'apprivoiser. Il mit des mouches sur le bord de ce soupirail, tandis que son Basque jouoit de la musette. Peu à peu l'araignée s'accoutuma au son de cet instrument ; elle sortoit de son trou pour courir sur la proie qu'on lui exposoit. Ainsi l'appelant toujours au même son, et mettant sa proie de proche en proche, il parvint après un exercice de plusieurs mois, à discipliner si bien cette araignée qu'elle partoit toujours au signal pour aller prendre une mouche au fond de la chambre et jusque sur les genoux du prisonnier. On ne sauroit trop répéter que pendant sa détention, *Tannagui le Fèvre* lui dédia son *Lucrèce*, et le *Traité de la Superstition de Plutarque*. *Pellisson* avoit conservé une foule d'amis dans ses malheurs, et ses amis obtinrent enfin sa liberté : tous les ans, depuis, il célébra sa sortie de la Bastille en délivrant quelque prisonnier. Le roi le dédommagea de cette captivité par des pensions et des places. Il le chargea d'écrire son Histoire, et l'emmena avec lui dans sa première conquête de la Franche- Comté. *Pellisson* méditoit depuis long-temps d'abjurer la religion Protestante ; il exécuta ce dessein en 1670. Peu de temps après il prit l'ordre de sous-diacre, et obtint l'abbaye de Gimont et le prieuré de Saint-Orens, riche bénéfice du diocèse d'Auch. L'archevêque de Paris ayant été reçu à l'académie Françoise en 1671, *Pellisson* répondit à ce prélat avec autant d'esprit que de grace. Ce fut dans cette occasion qu'il prononça le *Panégyrique* de *Louis XIV*, traduit en latin, en espagnol, en portugais, en italien, en anglois, et même en arabe par un patriarche du Mont-Liban. Il fut reçu la même année maître des requêtes. Quelque temps après il se joignit à deux académiciens pour donner de deux en deux ans, sans se faire connoître, un prix de la valeur de trois cents livres à celui qui, au jugement de l'académie Françoise, auroit le mieux célébré dans une pièce en vers, quelques-unes des actions du roi. La guerre s'étant rallumée en 1672, il suivit *Louis XIV* dans ses campagnes. A celle de Maestricht en 1673, on lui vola une nuit dans sa tente cinq cents pistoles, dont le roi l'indemnisa le lendemain, en lui rendant une pareille somme. *Pellisson* étoit d'abord le seul qui écrivit l'*Histoire* de ce monarque ; mais ayant fait perdre un procès à Mad. de Montespan, cette dame piquée engagea le roi à confier cet ouvrage à *Boileau* et à *Racine*, et à l'ôter à *Pellisson*. Celui-ci n'en reçut pas moins un ordre de continuer d'écrire seul de son côté. Son zèle pour la conversion des Calvinistes lui mérita l'économat de Cluni en 1674, de Saint-Germain-des-Prés en 1675, et de Saint-Denis en 1679. Le roi lui confia en même temps les revenus du tiers des économats, pour être distribués à ceux qui voudroient changer de religion. Cet argent produisit autant de Catholiques que les sermons des Missionnaires. Il étoit occupé à réfuter les erreurs des Calvinistes sur l'Eucharistie, lorsqu'il fut attaqué de la maladie qui termina ses jours. Les Protestans ont prétendu qu'il mourut indéterminé entre les deux religions. Ils se fondent sur les bruits qui coururent lors de sa mort, et sur une épigramme de *Linière* : Je ne jugerai de ma vie D'un homme avant qu'il soit mort ; *Pellisson* est mort en imple, Et la Fontaine comme un Saint. L'envie de rimer une antithèse inspira sans doute cette épigramme à *Linière* ; et quant aux propos qui y donnèrent lieu, il suffit, pour les réfuter, de détailler les circonstances de la mort de *Pellisson*. Dans les derniers jours du mois de janvier 1693, il tomba malade à Versailles. Il ne prit sa maladie que pour un de ces épuisemens passagers auxquels il avoit échappé cent fois, ainsi qu'il l'écrivit alors à *Mlle de Scudéri*. Le jour de la Purification il voulut aller à l'église ; et son médecin lui ayant représenté qu'il le trouvoit trop foible, il lui répondit qu'il se trouvoit assez fort. Il ajouta : *C'est le jour de ma conversion ; j'en ai fait jusqu'ici tous les ans l'anniversaire ; je n'y veux pas manquer cette année*. Il y fut en effet et il y communia. Quatre jours après, c'est-à-dire le 6 P E L 391 février, le roi ayant été informé que *Pellisson* étoit plus mal qu'il ne le croyoit, lui envoya *Bossuet*, l'abbé de *Fénelon* et le Père de la *Chaise*, qui lui déclarèrent le danger où il étoit. *Pellisson* dit, que quoiqu'il se sentit mieux, il se confesseroit le lendemain sur les onze heures du matin. On croit qu'il avoit pris ce temps pour se mieux préparer à une dernière confession et peut-être à une revue générale de sa vie. Mais le lendemain, 7 du même mois de février, lorsqu'on entra dans sa chambre à six heures du matin, on le trouva à l'extrémité et avec le râlement ; il se plaignit qu'il étouffoit dans son lit, et demanda qu'on le mit dans un fauteuil ; mais à peine y fut-il, qu'il expira sur les sept heures, à 69 ans. On a de *Pellisson* un grand nombre d'ouvrages, dont le style est en général élégant et facile, mais quelquefois négligé et languissant. Les principaux sont : I. *Histoire de l'Académie Française*, qui parut pour la première fois en 1653, à Paris, in-12, et dont la meilleure édition est celle de l'abbé d'*Olivet*, qui l'a continuée, 1730, en deux vol. in-12. Trop de minuties sur de petits écrivains ; trop d'éloges donnés à ces mêmes écrivains ; trop de négligence dans la diction et d'inexactitude dans les faits, ont fait tort à cet ouvrage, d'ailleurs assez curieux. II. *Histoire de Louis XIV*, depuis la mort du cardinal *Mazarin* en 1661 jusqu'à la paix de Nimègue en 1678. Cet ouvrage imprimé en 1749 en trois volum. in-12, par les soins de l'abbé *Mascrier*, sent beaucoup le courtisan et décèle B b 4 392 P E L pen le bon historien. III. *Abrégé de la Vie d'Anne d'Autriche*, in-folio. Elle tient du panégyrique. IV. *Histoire de la Conquête de la Franche-Comté* en 1668, dans le tome VII$^{e}$ des *Mémoires* du P. *Desmolets*. C'est un modèle en ce genre, suivant les uns, et c'est peu de chose suivant d'autres. V. *Lettres Historiques et Œuvres diverses*, en trois vol. in-12, à Paris, en 1749. Ces Lettres sont comme un Journal des voyages et des campemens de Louis XIV depuis 1670 jusqu'en 1688 : il y en a 273. Elles sont écrites sans précision et sans pureté, mais non sans flatterie. VI. *Recueil de Pièces galantes* en prose et en vers, de Mad. la comtesse de la *Suze* et de *Pellisson*, 1695, cinq vol. in-12. Les Poésies de *Pellisson* ont du naturel, un tour heureux et de l'agrément; mais elles manquent un peu d'imagination. VII. *Poésies Chrétiennes et Morales*, dans le Recueil dédié au prince de Conti. VIII. *Réflexions sur les différents de la Religion*, avec une réfutation des chimères de *Jurieu* et des idées de *Leibnitz* sur la tolérance de la Religion, en quatre vol. in-12. IX. *Traité de l'Eucharistie*, in-12. Ces deux ouvrages méritent l'estime des gens sensés, autant pour le fond des choses, que pour la modération avec laquelle ils sont écrits. X. Il donna en 1656 les *Œuvres de Sarasin*, in-4$^{o}$, avec un Discours préliminaire, qu'on vanta beaucoup alors et dont on déçoit peu de chose aujourd'hui. On fut étonné cependant que *Pellisson*, qui s'étoit déclaré hautement contre les Préfaces, eût fait une si longue Préface; mais il répondit qu'il en étoit des Préfaces faites pour ses amis comme des Pompes funèbres, qu'on devoit négliger pour soi-même et en prendre soin pour autrui... *Pellisson* cachoit une belle ame sous une laide figure : ami généreux, constant dans ses attachemens, il inspira des sentimens vifs pendant sa vie et des regrets non moins vifs après sa mort. — La famille de *Pellisson* a produit quelques autres gens de lettres. *Pierre PELLISSON*, conseiller au parlement de Toulouse et de la chambre de l'édit de Castres, étoit un des premiers joueurs d'échecs de son siècle. Un Italien très-habile dans ce jeu et qui cherchoit son semblable en Europe, joua avec lui incognito, et ayant perdu, il dit : *O è il Diavolo, o il signor Pellissono*.
PELLOUTIER, (Simon) ministre Protestant de l'Eglise Françoise à Berlin, membre et bibliothécaire de l'académie de cette ville et conseiller ecclésiastique, naquit à Leipzig en 1694 d'une famille originaire de Lyon. Il remplit avec distinction les pièces qu'on lui confia. Les fonctions pénibles de pasteur ne l'empêchèrent pas de cultiver les sciences avec succès. Son *Histoire des Celtes*, et particulièrement des *Gaulois* et des *Germains*, depuis les temps fabuleux jusqu'à la prise de Rome par les *Gaulois*, a fait un honneur infini à son érudition. La meilleure édition de cet ouvrage, rempli de recherches curieuses et intéressantes, est celle que M. de la Bastide savant estimable, a donnée à Paris en 1770, en huit vol. in-12 et deux vol. in-4$^{o}$. Les Mémoires dont *Pelloutier* arna ceux de l'académie de Berlin, sont un des principaux ornemens des Recueils de cette savante compagnie. La mort l'enleva en 1757, à 63 ans. Il avoit la réputation d'un homme qui ne laissoit jamais échapper une occasion de s'instruire et de faire du bien.
PÉLOPÉE, *Voyez ÉGIS- THE.*
PÉLOPIDAS, général Thébain, né à Thèbes en Béotie, d'une des premières maisons de la ville, étoit contemporain d'*Epaminondas* avec lequel il se lia d'une amitié étroite et qui subsista pendant toute leur vie. Quoiqu'il fût resté fort jeune seul héritier des grands biens de sa maison, il les employoit désolors à secourir les citoyens, et cette générosité lui avoit gagné tous les cœurs. Thèbes, comme les grandes villes de la Grèce, gémissoit depuis quelques années sous la fière domination des Lacédémoniens qui avoient commencé par en chasser tous ceux qui leur faisoient ombrage. *Pélopidas* étoit de ce nombre. Ayant résolu avec quelques-uns de ses amis de secouer le joug de la tyrannie et d'en délivrer sa patrie, il assembla les bannis à Athènes où ils s'étoient réfugiés. Leur ayant fait part de son dessein, il leur apprit les mesures qu'il falloit prendre pour réussir. Tous ayant approuvé cette résolution, ils partirent pour se rendre à Thèbes. La révolution fut l'ouvrage d'une nuit; *Pélopidas* en entrant lui douzième dans une maison, et y faisant main-basse sur les magistrats et les commandans qui y étoient à table, rompit les chaînes dont sa patrie étoit accablée, l'an avant Jésus-Christ 378. Depuis ce grand exploit dont il eut seul tout l'honneur, il battit les Lacédémoniens près de Tegyre, et commanda le bataillon sacré à la journée de Leuctres. Dans la suite, il fut envoyé en ambassade auprès d'*Artaxercès* roi des Perses, qui le combla d'honneurs et lui accorda tout ce qu'il demandoit. De retour à Thèbes, il persuada à ses concitoyens de faire la guerre à *Alexandre* tyran de Phères, et eut la conduite de cette guerre. Son armée étoit moins forte que celle du tyran. On l'en avertit: *Tant mieux*, répondit-il, *nous en battons un plus grand nombre*. Il tomba, par cet excès de confiance, entre les mains d'*Alexandre*; mais, quoique prisonnier, il le menaça de le faire punir de ses crimes. Le tyran lui ayant fait demander pourquoi il cherchait la mort? *C'est*, répondit-il, *afin que tu périsses plutôt, en méritant davantage la haine des Dieux et des hommes*. Délivré par *Epaminondas*, il se livra sans précaution au désir de la vengeance. Il s'exposa imprudemment dans un combat, pour tuer le tyran de sa propre main. Cette bataille se donna l'an 364 avant Jésus-Christ. *Pélopidas* remporta la victoire, et fut tué les armes à la main. Nous croyons faire plaisir au lecteur, en lui faisant part de quelques anecdotes sur ce général. *Pélopidas* qui avoit un fils dérangé, faisoit un crime à *Epaminondas* de ce qu'il n'étoit point marié, et disoit qu'il ne rendoit pas un bon service à la République, en ne lui faisant point d'enfants: *Prends garde*, repartit *Epaminondas*, de lui en rendre un plus mauvais ; en lui laissant un fils tel que le tien. Quant à moi, ma famille ne peut jamais manquer ; car je laisse après moi la bataille de Leuctres ma fille, qui non-seulement me servira, mais qui sera immortelle. — A la veille d'une campagne, sa femme toute en larmes le conjura de se conserver... Voilà ce qu'il faut recommander aux jeunes gens, répondit-il, mais il ne faut recommander aux Chefs que de conserver les autres. — Dans une de ses expéditions, un soldat ayant aperçu les ennemis que l'on n'attendoit pas, courut de toutes ses forces à Pélopidas et lui dit : Nous sommes tombés entre les mains des ennemis... — Pourquoi, répondit-il froidement, sommes-nous tombés entre leurs mains, plutôt qu'eux entre les nôtres : il les attaqua et les défit... Pélopidas au lieu de s'enrichir dans les premiers emplois de sa patrie, avoit au contraire sacrifié pour son service un bien considérable qu'il avoit hérité de ses pères. A cette occasion, ses amis lui disoient qu'il négligeoit une chose très-nécessaire, qui est d'avoir beaucoup de bien : Très-nécessaire, vraiment, leur répondit-il, mais pour Nicodème que voilà, en leur montrant un homme de ce nom qui étoit manchot et aveugle. On doit remarquer dans la vie de Pélopidas, comme une chose très-rare, la grande amitié qui régna entre lui et Epaminondas ; leur union qui commença avec la liberté de leur patrie, dura jusqu'à la fin de leur vie. Leurs goûts et leurs inclinations n'étoient pas les mêmes ; elle ne reçut pourtant pas d'altération, ni dans les armées, ni dans les premières charges de la ville dont ils partageoient alternativement le commandement.
PÉLOPS, fils de Tantale roi de Phrygie, passa en Elide, où il épousa Hippodamie fille d'Œnomais roi de ce pays. Il s'y rendit si puissant que tout le pays qui est au-delà de l'Isthme et qui compose une partie considérable de la Grèce, fut appelé Péloponnèse, c'est-à-dire Isle de Pélops. Les poètes ont feint que Tantale son père ayant reçu dans son palais les dieux qui voyageoient sur la terre, et voulant s'assurer de leur divinité, égorgea son fils encore enfant et leur en fit servir les membres dans un grand festin qu'il leur donnoit. Tous les Dieux virent avec horreur ce mets exécrable. Cérès que la faim dévoroit fut la seule qui en mangea une épaule sans y faire attention. Jupiter rassembla sur-le-champ les membres du petit Pélops, et les ayant ranimés, il lui substitua une épaule d'ivoire qui avoit la vertu de guérir les maux de ceux qui la tonchoient.
PELORE, pilote d'Annibal, fut mis à mort par ordre de ce général, à l'endroit où est actuellement le Cap Pelore en Sicile, parce qu'il le soupçonnoit à tort de vouloir le trahir. Comme le Carthaginois se vit enfermé de tous côtés, il crut qu'il n'y avoit pas moyen d'échapper et que l'elore avoit été corrompu pour le perdre ; mais dès qu'il eut découvert le détroit, il se repentit de sa précipitation, et quelques années après il y érigea une statue pour appaiser les maux de son pilote. Pomponius Melu raconte cette histoire, et en tire deux conséquences fort sages : qu'*Annibal* étoit fort passionné et qu'il n'entendoit rien du tout à la géographie. D'autres contestent cette autorité, et disent que ce cap fut nommé *Pelore*, du pilote d'*Ulysse* qui se noya près de ce lieu ; mais cette conjecture n'a point de fondement ; car tout l'équipage d'*Ulysse* fut englouti dans les flots en même temps, et il fut lui-même entraîné dans ce détroit, porté sur un des mâts rompus de son vaisseau. Cette dispute, dit M. *Meusnier*, ainsi que toutes les autres des érudits, est peu importante, et on laisse au lecteur une pleine liberté de choisir celle des deux opinions qui lui plaira davantage.
PELTAN, (Théodore-Antoine) né à Pelte dans le diocèse de Liège, prit l'habit de Jésuite et fut un des premiers religieux de cette compagnie qui enseignèrent dans l'université d'Ingolstadt. Après avoir professé douze ans avec un succès distingué, il fut envoyé à Augsbourg où il mourut le 2 août 1582. On a de lui divers *Traités* de controverse, et un grand nombre d'autres ouvrages sur l'Écriture-Sainte. Les principaux sont : I. *Paraphrasis et scholia in proverbia Salomonis*, Anvers, 1606, in-4.º II. Plusieurs *Traités* de controverse contre les erreurs de son temps. III. Un grand nombre de Traductions du grec en latin : 1.º Du *Commentaire* d'André de Césarée évêque de Cappadoce, sur l'*Apocalypse*, Ingolstadt, 1574. 2.º Des *Actes* du premier concile d'Éphèse, avec des notes, 1604, in-fol. 3.º Des *Homélites* de dix-sept Pères Grecs sur les princi- prales fêtes de l'année, 1579. 4.º Des *Commentaires* de *Victor* d'Antioche sur *St. Marc*; de *Tite* de Bostre sur *St. Luc*, dans le tome IV de la Bibliothèque des Pères. 5.º Une *Chalac* des Pères Grecs sur les *Proverbes* de *Salomon*, Anvers, 1614. 6.º De la *Paraphrase* de *St. Grégoire* Thaumaturge sur l'*Ecclésiaste*, avec des notes.
PELVÉ, *Voyez* PELLEVÉ.
PELVERT, (N. l'abbé) né à Rouen, mort le 19 janvier 1781, se consacra à l'étude des matières théologiques et à la défense de la religion. On lui doit : I. *Dissertations* sur l'approbation nécessaire pour administrer le sacrement de pénitence, 1755, in-12. II. *Lettre* d'un théologien sur la distinction de la religion naturelle et révélée, 1770, in-12.
PEMBROCK, (Marie Herbert, épouse du comte de) morte à Londres en 1621, donna une traduction des Pseaumes en vers anglois. On les trouve dans les *Nugæ antiquæ* d'Harrington, 1779, 3 vol. in-12. *Voyez* SIDNEY (Philippe).
PENA, (Jean) de Moustiers au diocèse de Riès en Provence, étoit d'une famille noble d'Aix. Disciple de *Ramus* pour les belles-lettres, il fut son maître pour les mathématiques. Il les enseigna à Paris au collège royal avec distinction. Il compta parmi ceux qui prenoient ses leçons, tout ce que Paris avoit de plus grand. Ce mathématicien mourut le 23 août 1560, à 30 ans. On a de lui : I. Une Traduction latine de la *Catoptrique* d'*Euclide*, avec une Préface curieuse. Il a aussi travaillé sur les autres ouvrages 396 PEN de ce géomètre. II. Une Edition en grec et en latin, des Sphériques de Théodose, 1558, in-4°, etc... Voyez PENA.
PÉNATES, (Mythol.) dieux domestiques des anciens. Cicéron dit qu'on les appeloit Pénates, parce qu'on les plaçoit dans l'endroit le plus reculé de la maison, in penitis ædibus, d'où s'est formé le mot Penetralia, pour signifier la petite chapelle des Pénates. Ces divinités étoient regardées comme les génies ou les ames des hommes décédés, auxquelles les familles rendoient un culte particulier. On les honoroit en brûlant devant leurs statues de l'encens et les prémices de ce qu'on servoit sur la table. Il y avoit des Pénates publics qui étoient les protecteurs des villes et des empires. Les poètes confondent souvent les Pénates avec les Lares; parce qu'ils étoient les uns et les autres des dieux domestiques.
PENDASIUS, (Frédéric) né à Mantoue, obtint par sa renommée des lettres de citoyen de Bologne et y alla professer la philosophie. Zalarella et Licetus furent ses disciples. A sa mort sa chaire vaqua 27 ans, personne n'ayant osé le remplacer. On doit à Pendasius deux ouvrages. I. De corporum coelestium naturâ, Mantoue, 1555, in-8.° II. Traité de l'ouïe, Venise, 1603, in-8.°
PENÉE, Voyez DAPHNÉ et DEUCALION.
PÉNÉLOPE, fille d'Icsar (Voy. ce mot, n.° III.) et femme d'Ulysse, est célèbre dans la Fable par sa fidélité conjugale. Pour se délivrer de l'importunité des amans qui vouloient la séduire pendant que son mari étoit au siège de Troye, elle s'engagea d'épouser celui qui tendroit l'arc qui n'étoit connu que d'Ulysse. Aucun d'eux n'en put venir à bout; et comme ils la pressoient fortement, elle leur promit de se déclarer après avoir achevé une pièce de toile qu'elle travailloit; mais elle défaisoit pendant la nuit l'ouvrage qu'elle avoit fait durant le jour. Voyez IRUS et TÉLÉGGNE.
PENN, (Guillaume) fils unique du chevalier Penn vice-amiral d'Angleterre, naquit à Londres en 1644. Elevé dans l'université d'Oxford, il y fut dressé à tous les exercices qui forment le corps et l'esprit. Sa curiosité l'attira depuis en France. Il parut d'abord à la cour, et se façonna dans Paris à la politesse Françoise. L'amour de la patrie l'ayant rappelé en Angleterre, et le vaisseau qu'il montoit ayant été obligé de relâcher dans un port d'Irlande, il entra par hasard dans une assemblée de Quakers ou Trembleurs. La piété, le recueillement et les persécutions qu'ils souffroient alors, le touchèrent si vivement qu'il se livra tout entier à leur parti. Il se fit instruire des principes de cette secte, et revint Trembleur en Angleterre. Un auteur très-moderne prétend qu'il l'étoit avant que de sortir d'Angleterre; qu'il le devint par la connoissance qu'il fit à Oxford même avec un Quaker; et que dès l'âge de 16 ans il se trouva un des chefs de cette secte. Mais cet auteur, d'ailleurs assez exact dans ce qu'il dit des Quakers, n'a pas assez examiné ce fait. Penn, de retour chez le vice-amiral son père, au lieu de se mettre à genoux devant lui et de lui demander sa bénédiction selon l'usage des Anglois, l'aborda le chapeau sur la tête, et lui dit : *Je suis fort aise, l'ami, de te voir en bonne santé.* Le vice-amiral crut que son fils étoit devenu fou ; il s'aperçut bientôt qu'il étoit Quaker. Il mit tout en usage pour obtenir de lui qu'il allât voir le roi et le duc d'Yorch le chapeau sous le bras, et qu'il ne les tutoyât point. *Guillaume* répondit que sa conscience ne le lui permettait pas, et qu'il valoit mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Le père indigné et au désespoir le chassa de sa maison. Le jeune *Penn* remercia Dieu de ce qu'il souffroit déjà pour la bonne cause : car c'est ainsi que tous les errans appeloient leurs opinions. Il alla prêcher dans la cité ; il y fit beaucoup de prosélytes. Comme il étoit jeune, beau et bien fait, les femmes de la cour et de la ville accouroient dévotement pour l'entendre. Le patriarche *George Fox* vint du fond de l'Angleterre le voir à Londres sur sa réputation. Tous deux résolurent de faire des missions dans les pays étrangers ; ils s'embarquèrent pour la Hollande, après avoir laissé des ouvriers en assez bon nombre pour avoir soin de la vigne de Londres. Leurs travaux eurent un heureux succès à Amsterdam. Mais ce qui leur fit le plus d'honneur, fut la réception que leur fit la princesse Palatine *Elizabeth*, tante de *George II* roi d'Angleterre, femme illustre par son esprit et par son savoir. Elle étoit alors retirée à la Haye où elle vit *les Amis* ; car c'est ainsi qu'on appelait alors les Quakers en Hollande. Elle eut plusieurs conférences avec eux ; ils prêchèrent souvent chez elle, et s'ils ne firent pas d'elle une parfaite Quakeresse, ils avoûèrent au moins qu'elle n'étoit pas loin de peuser comme eux. *Les Amis* semèrent aussi en Allemagne, mais ils y recueillirent peu. *Penn* repassa bientôt en Angleterre sur la nouvelle de la maladie de son père, et vint recueillir ses derniers soupirs. Le vice-amiral se réconcilia avec lui et l'embrassa avec tendresse, quoiqu'il fût d'une religion différente. *Guillaume* hérita de grands biens, parmi lesquels il se trouvait des dettes de la couronne, pour des avances faites par le vice-amiral dans des expéditions maritimes. Il fut obligé d'aller tutoyer *Charles II* et ses ministres plus d'une fois pour son payement. Le gouvernement lui donna en 1680, au lieu d'argent, la propriété et la souveraineté d'une province d'Amérique, au sud de Maryland. Voilà un Quaker devenu souverain. Il partit pour ses nouveaux états avec deux vaisseaux chargés de Quakers qui le suivirent. On appela dès-lors ce pays *Pensylvanie*, du nom de *Penn* ; il y fonda la ville de *Philadelphie*, qui est aujourd'hui très-florissante. Il commença par faire une ligue avec les Américains ses voisins. C'est le seul traité entre ces peuples et les Chrétiens, qui n'ait point été juré et qui n'ait point été rompu. Le nouveau souverain fut aussi le législateur de la *Pensylvanie*. Il donna des lois dont aucune n'a été changée depuis lui. Les Constitutions fondamentales sont en vingt-quatre articles, dont voici le premier. « Au nom de Dieu, le père des lumières et des esprits, l'auteur et l'objet de toute connaissance divine, de toute foi et de tout culte : Je déclare et établis pour moi et pour les miens, comme première loi fondamentale de ce pays, que toute personne qui y demeure ou qui viendra s'y établir, jouira d'une pleine liberté de servir Dieu de la manière qu'elle croit en conscience lui être plus agréable ; et tant que cette personne ne changera pas sa liberté chrétienne en licence, et qu'elle n'en usera pas au préjudice des autres ; en tenant par exemple des discours sales et profanes ; en parlant avec mépris de Dieu, de J. C., de l'Écriture-Sainte ou de la Religion ; ou en commettant quelque mal moral, ou en faisant quelque injure aux autres : elle sera protégée par le magistrat civil, et maintenue dans la jouissance de sa susdite liberté chrétienne. » Un grand nombre de Quakers passèrent en Pensylvanie, pour se soustraire aux rigueurs qu'on exerçoit sur eux en Angleterre, jusqu'à la mort de Charles II. « Le duc d'Yorck qui lui succéda, dit *Plaquet*, sous le nom de Jacques II, fort attaché à l'Église Romaine, forma le projet de rétablir la religion Catholique en Angleterre : pour cet effet il permit l'exercice libre de toutes les religions ; il marqua même une estime particulière pour les Quakers. *Penn*, jouissant auprès de lui de la plus haute faveur, profita de son crédit pour rendre service sur-tout aux Quakers, et pour leur ouvrir la porte des dignités et des charges. Il obtint un édit qui cassait celui qui prescrivait la prestation de serment à ceux qui aspiroient aux charges... » *Penn* fut très-attaché à ce prince. On l'accusa même de s'être fait Jésuite pour lui faire sa cour. Cette calomnie l'affligea sensiblement ; mais il s'en justifia, et parla avec tant d'éloquence en présence de ses juges et de ses accusateurs, qu'il fut renvoyé absous. Il se tint dans une espèce de solitude sous le roi *Guillaume*, dans la crainte de donner lieu à de nouveaux soupçons. En 1699 il fit un second voyage avec sa femme et sa famille dans la Pensylvanie. De retour en Angleterre en 1701, la reine *Anne* voulut souvent l'avoir à sa cour. Il vendit la Pensylvanie à la couronne d'Angleterre en 1712, 280 mille livres sterlings. L'air de Londres étant contraire à sa santé, il s'étoit retiré en 1710 à Ruschomb près de Twiford dans la province de Buckingham. Il y passa le reste de sa vie, et il mourut en 1718, à 74 ans. « *Penn* fut un homme véritablement vertueux, dit la *Hurpe*, dans l'extrait qu'il a donné de sa Vie par J. *Marillac*, 2 vol. in-8°, 1792. Il ne se démentit pas dans le cours de sa longue carrière ; et ce qui fait plaisir à penser, il fut heureux autant qu'un homme peut l'être. Les persécutions qu'il éprouva ne troublèrent point son bonheur. Il se retira dans sa conscience, et vit les progrès de sa secte accrue par ces persécutions mêmes, et les prospérités de sa colonie naissante, aimée des sauvages ses voisins et autorisée par la mère patrie. Il trouva dans sa femme et ses enfans toutes les jouissances domestiques, les premières et les plus sûres de toutes, parce qu'elles tiennent aux sentimens naturels et qu'elles sont de tous les momens. Il eut une existence honorée, une mort douce, et laissa une mémoire à jamais chérie. Comparez à cette destinée celle des Cortez, des Pizares, et de tous les conquérants du Nouveau monde, et jugez, etc.» On a de Penn, plusieurs Ecrits en Anglois, en faveur de la secte des Trembleurs, dont il fut comme le fondateur et le législateur en Amérique et le principal soutien en Europe. Voyez BARCLAY (Robert). I. PENNI, (Jean-François) peintre, né à Florence en 1488, mort en 1528, à 40 ans, étoit élève du célèbre Raphaël, qui le chargeoit du détail de ses affaires, d'où lui est venu le surnom de Il Fattore. Il fut son héritier avec Jules Romain. Penni imitoit parfaitement la manière de son maître; il a fait dans le palais de Chigi, des tableaux qu'il est difficile de ne pas attribuer à Raphaël. Cet artiste a embrassé tous les genres de peinture; mais il réussissoit sur-tout dans le paysage. Lorsque ce peintre a perdu de vue les dessins de Raphaël, il a donné dans un goût gigantesque et peu gracieux. Il dessinoit à la plume fort légèrement. Ses airs de tête sont d'un beau style; mais on désireroit que ses figures ne fussent point si maigres, et que ses contours fussent plus coulans.
II. PENNI, (Lucas) peintre, fière du précédent, moins habile que lui, travailla en Italie, en Angleterre, et en France à Fontainebleau. Il s'adonna à la gravure; mais il ne laissa que des pièces médiocres.
PENNOT, (Gabriel) de Novare, chanoine régulier de Saint- Augustin, de la congrégation de Latran, s'est fait reconnoître: I. Par une Histoire des chanoines réguliers, sous le titre de Generalis totius ordinis clericorum canonicorum Historia tripartita. Elle est curieuse et pleine de recherches. Elle fut imprimée à Rome en 1624, et à Cologne en 1645. II. Propugnaculum humanæ libertatis, etc. L'auteur vivoit sous le pontificat d'Urbain VIII. C'étoit un homme savant et vertueux, que son mérite éleva aux premières charges de sa congrégation.
PENS, (George) peintre et graveur de Nuremberg, florissoit au commencement du 16e siècle. Cet artiste avoit beaucoup de génie et de talent. Ses tableaux et ses gravures en taille-douce sont également estimés. Marc-Antoine Raymond célèbre graveur, employa souvent le burin de Pens dans ses ouvrages.
PENSEUR, (le) Voyez Cogitosus.
PENTHÉE, (Mythol.) fils d'Echion et d'Agave; étoit un impie qui, se moquant des prédictions de Tirésias, défendit à ses sujets non-seulement de ne point honorer Bacchus qui venoit d'arriver en triomphe dans la Grèce, mais il leur ordonna de le prendre et de le lui amener chargé de chaînes. Acète eut beau lui raconter toutes les merveilles que ce Dieu avoit faites, ce récit ne servit qu'à l'irriter davantage. Il voulut aller lui-même sur le mont Citheron pour empêcher qu'on y célébrât les Orgies; mais Bacchus le livra à la fureur des Bacchantes qui le mirent en pièces.
PENTHESILÉE, reine des Amazones, succéda à *Orithye*, et donna des preuves de son courage au siège de Troye où elle fut tuée par *Achille*. On lit dans *Pline* (liv. 7. ch. 56.) qu'elle inventa la hache-d'armes. I. PEPIN le *Bref*, fils de *Charles Martel*, et le premier monarque de la seconde race de nos souverains, fut élu roi à Soissons l'an 752 dans l'assemblée des états généraux de la nation. St. Boniface archevêque de Maïence le sacra, et c'est le premier sacre de nos rois dont il soit parlé dans l'Histoire par des écrivains dignes de foi. *Childeric III* dernier roi de la première race, prince foible et incapable de gouverner, fut privé de la royauté et renfermé dans le monastère de Sithin, aujourd'hui *Saint-Bertin*, et son fils *Thierri* dans celui de Fontenelles. *Pepin* avoit eu soin de faire consulter le Pape, pour savoir « s'il étoit à propos que les choses demeurassent dans l'état où elles étoient à l'égard des Rois de France, qui depuis long-temps n'en avoient que le nom ? » Le Pape répondit, *Que pour ne point renverser l'ordre, il valoit mieux donner le nom de Roi à celui qui en avoit le pouvoir*. On dit qu'au commencement de son règne, s'étant apperçu que les seigneurs François n'avoient pas pour lui le respect convenable à cause de la petitesse de sa taille, il leur montra un jour (dans un combat d'animaux) un Lion furieux qui s'étoit jeté sur un Taureau, et leur dit qu'il falloit lui faire lâcher prise. Les seigneurs étant effrayés à cette proposition, il courut lui-même son sabre à la main sur le Lion, lui coupa la tête ; puis se retournant vers eux : *He bien !* leur dit-il avec une fierté héroïque, *vous semble-t-il que je sois digne de vous commander ?*.. Tandis que *Pepin* montoit sur le trône des Mérovingiens et s'y maintenoit par sa valeur, *Astolphe* roi des Lombards enlevoit aux empereurs de Constantinople l'exarchat de Ravenne et menaçoit la ville de Rome. Le pape *Étienne II* demanda du secours à l'empereur *Constantin* son souverain légitime. La guerre d'Arménie empêchant celui-ci de sauver l'Italie, il conseilla au pape de s'adresser au roi *Pepin*. *Étienne* vient en France en 754, accompagné d'un ambassadeur d'Orient ; il absout *Pepin* du crime qu'il avoit commis en manquant de fidélité à son prince légitime, et sacre ses deux fils *Charles* et *Carloman* rois de France. Après le sacre il fulmina une excommunication contre quiconque voudroit un jour entreprendre d'ôter la couronne à la famille de *Pepin*. Ni *Hugues Capet*, ni *Conrad* n'ont pas eu un grand respect pour cette excommunication. Le nouveau roi pour prix de la complaisance du pape, passe les Alpes avec *Thassillon* duc de Bavière, son vassal. Il assiégea *Astolphe* dans Pavie, et s'en retourna la même année sans avoir bien fait ni la guerre ni la paix. A peine eut-il repassé les Alpes, qu'*Astolphe* assiégea Rome. Le pape *Étienne* conjure le nouveau roi de France de venir le délivrer. Rien ne marque mieux la simplicité de ces temps grossiers qu'une lettre que le pape fit écrire au roi Franc par *Saint Pierre*, comme si elle étoit descendue descendue du Ciel. *Etienne*, le clergé et tout le peuple le nommèrent, lui et ses deux fils, Patrices Romains, c'est-à-dire protecteurs de l'Eglise et chefs du peuple de Rome. Cette dignité la plus éminente de l'empire, donnoit à peu près les mêmes droits que les exarques avoient eus. *Pepin* passa en Italie malgré les Etats de son royaume, qui ne vouloient pas consentir à cette guerre. *Astolphe* fut assiégé dans Pavie et obligé de renoncer à l'exarchat. *Pepin* en fit présent au saint Siège en 756, malgré l'empereur de Constantinople qui le réclamait comme une province démembrée de sa couronne. Le traité avec *Astolphe* fut conclu par les soins de *Carloman* frère de *Pepin*, qui s'étoit retiré au monastère du Mont-Cassin. *Pepin* vainqueur des Lombards, le fut encore des Saxons. Il paroît que toutes les guerres de ce peuple contre les Francs, n'étoient guère que des incursions de Barbares, qui venoient tour-à-tour enlever des troupeaux et ravager des moissons ; point de place forte, point de politique, point de dessein formé : cette partie du monde étoit encore sauvage. *Pepin* après ses victoires, ne gagna que le paiement d'un ancien tribut de 300 chevaux, auquel on ajouta 500 vaches : ce n'étoit pas la peine d'égorger tant de millions d'hommes ! *Pepin* força ensuite, les armes à la main, *Waifre* duc d'Aquitaine à lui prêter serment de fidélité en présence du duc de Bavière, de sorte qu'il eut deux grands souverains à ses genoux. On sent bien que ces hommages n'étoient que ceux que la foiblesse rend à la force. *Waifre* le révoqua quelques an- nées après. *Pepin* vole à lui, et réunit l'Aquitaine à la couronne en 768; ce fut le dernier exploit de ce monarque conquérant. Il mourut d'hydropisie à Saint-Denis le 23 septembre de la même année, à 54 ans. On mit sur son tombeau : *Ci gtt Pepin père de Charlemagne*. Son nom placé dans l'Histoire entre *Charles Martel* et *Charlemagne*, ne fut effacé ni par l'un ni par l'autre. On a dit de lui : *Ingentes animos la parvo corpore versat.* « S'il fut petit de taille, il fut grand en courage. » Il couvrit des qualités d'un héros et d'un prince sage, le crime de son usurpation. C'est lui que le premier employa dans ses ordonnances la formule : *PAR LA GRACE DE DIEU*. Son administration fut dirigée avec une sagesse si constante, que dans la suite on dit en proverbe, *Prudent comme PEPIN*. Avant sa mort il fit son testament de bouche et non par écrit, en présence des grands officiers de sa maison, de ses généraux, et des possesseurs à vie des grandes terres. Il partagea tous ses états entre ses deux enfans, *Charles* et *Carloman*. Après la mort de *Pepin*, les seigneurs modifièrent ses volontés. On donna à *Charles*, que nous avons depuis appelé *Charlemagne*, la Bourgogne, l'Aquitaine, la Provence avec la Neustrie, qui s'étendoit alors depuis la Meuse jusqu'à la Loire et à l'Océan ; *Carloman* eut l'Austrasie, depuis le Rhin jusqu'aux derniers confins de la Thuringe. Le royaume de France comprenait alors près de la moitié de la Germanie. La seconde race de nos rois dont il fut la tige, fut nommée *Carlienne* ou *Carlovingienne*, à cause de *Charles Martel* ou de *Charlemagne*. Après qu'elle se fut élevée fort haut par la valeur et les talens de ses premiers princes, elle déchut sous les enfans de *Louis le Débonnaire*. Presque tous les grands seigneurs s'étant rendus maîtres de leurs gouvernements, il ne resta presque rien en propre à ses derniers rois que la ville de Laon et celle de Rheims. « On remarque, dit *Mezerai*, qu'elle fut semblable à la première race, en ce qu'elle eut de beaux commencements et une fin malheureuse; que *Charles de Lorraine*, son dernier mâle, fut privé de la couronne comme *Childerie*, et qu'elle eut plusieurs princes insensés et hébétés : mais elle a cet avantage par-dessus l'autre, qu'elle règne encore aujourd'hui dans toute l'Europe; par les mâles dans la maison de France, et par les femmes dans celles des autres grands princes ; si bien que le sang Carlovingien est tenu pour le plus noble de la terre. » *Pepin* fils ne fut pas néanmoins aussi puissant que *Clovis* l'avoit été. Ce premier conquérant, en partageant les terres à charge de service, s'étoit réservé le droit de les ôter à ceux qui ne satisferoient pas à leur devoir : ainsi toute la conquête étoit en sa main; mais ses successeurs avoient été contraints d'en donner à vie, même de les continuer aux enfans, moyennant une rétribution. Les maires du palais au temps de *Pepin* s'étoient bien donnés de garde d'attaquer l'inamovibilité des offices et des terres, ils ne subsistoient eux-mêmes qu'en ménageant les seigneurs François. Non-seulement *Pepin* n'a- voit pas une autorité aussi forte sur les grands que *Clovis*, il ne l'avoit pas même sur le peuple. Les Gaulois ou Romains qui étoient restés libres au commencement de la conquête et qui payoient de modiques tributs au roi, devenoient peu à peu serfs des seigneurs dans le district desquels ils se trouvoient, et ne payoient plus rien au souverain. Ce prince tiroit ses revenus des terres de la couronne qui lui restoient, et des présens que les seigneurs lui faisoient dans les assemblées de la nation. *Constantin Copronyme* empereur de Constantinople, envoya à *Pepin* la première orgue qui ait paru en France. Le roi la donna à l'Eglise de *Saint-Corneille* de Compiegne. On dit qu'une femme entendant toucher cette orgue pour la première fois, fut si ravie de ses sons nouveaux qu'elle tomba dans une extase dont on ne put jamais la faire revenir.