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03.0 Dictionnaire historique — II – PHILONOME

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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II. PEPIN le *Gros* ou de *Heristel*, maire du palais de nos rois, étoit petit-fils de *St. Arnold* qui fut depuis évêque de Metz. Il gouverna l'Austrasie après la mort de *Dagobert II*, en 680. *Ennoix*, (*Voyez* ce mot) maire de Neustrie, le battit; mais *Pepin* lui enleva bientôt la victoire, et se fit déclarer maire du palais de Neustrie et de Bourgogne, après avoir défait le roi *Thierry*. Il posséda toute l'autorité dans ces deux royaumes, sous *Clovis III*, *Childebert* et *Dagobert*. Ce fut lui qui statua dans un des *Parlemens* ou assemblées de la nation, qu'un premier larcin seroit puni de la perte d'un œil, que la peine d'un second seroit l'amputation du nez; et que la troisième rechute mériterait la mort. Il mourut le 16 décembre 714, après avoir gouverné vingt-sept ans, moins en ministre qu'en souverain. Il laissa, entre autres enfans, Charles Martel, tige de la deuxième race des rois de France.
III. PEPIN, roi d'Aquitaine: (Voyez Louis I son père.) Livré à la crapule, il mourut maniaque en 838. — PEPIN II son fils ayant pillé ses sujets d'Aquitaine, fut livré par eux aux François qui le firent renfermer en 864, à Senlis.
PEQUIGNY, Voy. BERNARDIN, n.º II.
PÉRATE, (Niger) Voyez I. NIGER.
PERAU; (Gabriel-Louis Calabre) diacre de Paris, et licencié de la maison et société de Sorbonne, mourut le 31 mars 1767, à 67 ans. Les gens de lettres dont il honoroit la profession par ses mœurs et les amis qu'il s'étoit faits en grand nombre, le regrettèrent sincèrement. Sa droiture et sa probité, son esprit égal et liant, sa franchise et sa gaieté naturelles, la douceur de son caractère, ren-doient son commerce aussi facile que sûr. Personne ne fut plus exact à remplir tous les devoirs de l'amitié, plus officieux, plus prompt, plus actif, plus prévenant même, lorsqu'il pouvoit obliger. Vrai, simple, uni, modeste sur-tont, sans prétention, doué de toutes les qualités du cœur; c'étoit un homme capable de vivre avec tous les hommes. Il est principalement connu par la continuation des Vies des Hommes illustrés de la France, commencé par d'Auvigny; tome treize à vingt-trois. Les volumes qui sont de lui, sont recommandables par l'exactitude des recherches et par la netteté du style. On y désirerait quelquefois plus de chaleur et d'élégance. Il est encore éditeur d'un grand nombre d'ouvrages, qu'il a retouchés, augmentés et enrichis de notes et de préfaces. (Voy. I. RÉAL, à la fin de l'art.) Son édition des Œuvres de Bossuet, en plusieurs volumes in-40, étoit la meilleure avant celle que nous devons aux Bénédictins de Saint-Maur. On a encore de lui, une Description des Invalides, 1756, in-folio; et la Vie de Jérôme Bignon, 1757, in-12, estimée.
PERCIN, Voyez MONTGAIL-LARD.
PERDICCAS, l'un des généraux d'Alexandre le Grand, eut beaucoup de part aux conquêtes du héros. Après la mort de ce conquérant, Perdiccas aspira à la couronne de Macédoine. Dans ce dessein, il répudia Nicée fille d'Antipater, pour épouser Cléopâtre sœur d'Alexandre. Antigone ayant découvert ses projets ambitieux, fit une ligue avec Antipater, Cratère, et Ptolomé gouverneur d'Égypte; contra le ennemi commun. Perdiccas envoya Eumène officier distingué, pour dissiper cette ligue. Il y eut beaucoup de sang répandu de part et d'autre; mais ce sang devint inutile aux intérêts de Perdiccas en Égypte. Il forma et fut obligé de lever le siège d'une petite place nommée le Château des Chameaux, située près de Memphis. Il fit avancer son armée et l'engagea imprudemment C c 2 dans un bras du Nil, où plusieurs périrent. Enfin sa dureté, son orgueil, son imprudence soulevèrent ses principaux officiers. Il fut égorgé dans sa tente, l'an 322 avant Jésus-Christ, avec la plupart de ses flatteurs. Perdicæas laissoit appercevoir tous ses vices; il ne sut point commander à son cœur ni à son esprit. Il n'avoit aucun système; il ne prenoit conseil que du moment, sans porter ses vues dans l'avenir. Mauvais politique, il ne recherche ni l'amitié de ses officiers ni la confiance de ses soldats. Vain, emporté, cruel, son funeste exemple apprend à ceux qui sont en place, à n'oublier jamais les devoirs de leur rang et les conditions de leur pouvoir.
PERDIX, neveu de Dédale, à qui il avoit été confié par sa sœur pour l'instruire dans les arts mécaniques, s'y rendit fort habile. Il inventa la scie et le compas. Son oncle fut si jaloux de cette invention, qu'il le précipita du haut d'une tour. Les dieux, suivant la Fable, en eurent pitié et le changèrent en oiseau de son nom, c'est-à-dire en perdrix, qui se souvenant de sa première chute évite les lieux élevés et fait son nid à terre.
PEREDÉE, Voyez I. ROSEMONDE.
PÉRÉFIXE, (Hardouin de Beaumont de) d'une ancienne maison de Poitou, étoit fils du maître — d'hôtel du cardinal de Richelieu. Il fut élevé par ce ministre, se distingua dans ses études, fut reçu docteur de la maison et Société de Sorbonne, et prêcha avec applaudissement. Il devint ensuite précepteur de Louis XIV, puis évêque de Rhodes; mais croyant ne pouvoir en conscience remplir en même temps les obligations de la résidence et celles de l'éducation du roi, il donna volontairement la démission de cet évêché. Il fut fait archevêque de Paris en 1664. Les Jésuites le gouvernèrent, et ce fut par le conseil du P. Annat qu'il publia son Mandement pour la signature pure et simple du Formulaire d'Alexandre VII. Il imagina la distinction de la foi divine et de la foi humaine, qui déplut aux fanatiques des deux partis. Il choqua sur — tout les Jansénistes, en exigeant des religieuses de Port-Royal la signature du Formulaire. De là les peintures peu favorables qu'on a faites de ce prélat. L'abbé Barral le traite d'homme de peu de sens, d'une petitesse d'esprit et d'une obstination invincible. Le caractère doux et aimable de Péréfixe, et ses autres qualités, auroient dû faire fermer les yeux sur ses défauts; mais c'est le propre du fanatisme qu'on irrite, de ne voir que le mal et de se cacher le bien. Ce prélat termina sa carrière le 31 décembre 1670, dans un âge assez avancé. Il avoit été reçu de l'académie Françoise en 1654. On a de lui : I. Une excellente Histoire du roi Henri IV, dont la meilleure édition est d'Elzevir, 1661, in-12; et la dernière est de Paris, in-12, 1749. Cette histoire qui n'est qu'un abrégé fait mieux connoître Henri IV que celle du père Daniel. On croit que Mezerai y eut part, et il s'en vantoit publiquement : mais cet historien ne fournit vraisemblablement que les matériaux. Il n'avoit point le style de *Péréfixe*, qui, quoique très-négligé et plein d'incorrections et de tournures anciennes, est touchant et fait aimer le prince dont il écrit la vie. II. Un livre intitulé : *Institutio Principis*, 1647, in-16, qui contient un recueil de maximes sur les devoirs d'un roi enfant. Il ne donna pas à *Louis XIV* toutes les instructions qu'il aurait voulu lui donner. Ce prince étoit inappliqué, et *Péréfixe* s'en plaignit en vain à *Mazarin* qui se félicitoit d'une paresse conservatrice de son empire. *Bon*, lui répondoit ce ministre, il n'en saura que trop; et quand il vient au conseil, il me fait cent questions sur la chose dont il s'agit. *Voyez PELHESTRE*.
**PÉRÉGRIN**, fameux philosophe, surnommé *PBOFEE*, étoit natif de Parium dans la Troade, d'où il avoit été chassé pour les crimes d'adultère et de débauche contre nature. Il passoit pour constant qu'il avoit étouffé son père, qui à son gré, vivoit trop long — temps. Fuyant de pays en pays, il vint dans la Palestine où il se fit Chrétien: et comme il avoit de l'esprit et de l'adresse, il parvint aux premières places de l'Eglise, dans le temps de la persécution de l'empereur *Trajan*. Il fut mis en prison pour la foi. Les Chrétiens d'Asie envoyèrent des députés pour le visiter, le consoler, et lui porter des secours; et sous prétexte de persécution il amassa beaucoup d'argent. Le gouverneur de Syrie, qui aimoit la philosophie et qui voyoit dans *Pérégia* un homme qui méprisoit la mort, le mit en liberté. Il retourna alors dans son pays, où, pour appaiser ceux qui vouloient poursuivre le meurtre de son père, il abandonna à la ville ce qui lui restoit de bien et s'acquit ainsi la réputation d'un philosophe désintéressé. Assuré de ne manquer de rien par la charité des Chrétiens qu'il trompoit encore, il se mit à courir le monde. Mais enfin ayant mangé de quelque viande défendue, les Chrétiens n'eurent plus de commerce avec lui. Son masque une fois à bas, il retomba dans l'indigence. Il voulut rentrer dans son bien par l'autorité de l'empereur; mais il ne put l'obtenir et se remit à voyager. En Egypte il se permit tout ce que les Cyniques pratiquaient de plus impudent, pour montrer combien il méprisoit l'opinion des hommes. En Italie il déclama contre tout le monde et principalement contre l'empereur, jusqu'à ce que le préfet de Rome voyant qu'il abusoit trop de l'excessive bonté du prince *Tite Antonin*, le chassa de la ville. Le sophiste passa en Grèce où il continua de médire des grands et tâcha d'exciter les peuples à la révolte. Pendant le séjour qu'il fit à Athènes, logé dans une cabane hors de la ville en habit de Cynique, il se fit un fonds de l'admiration des sots, qui prenoient son audace pour de la liberté et son effronterie pour une noble hardiesse. Sa vie austère et les préceptes de morale qu'il débitoit au peuple, lui acquirent une grande réputation. Mais voyant que l'enthousiasme commençoit à se refroidir, il résolut de faire quelque action d'éclat qui rendit son nom célèbre, même dans la postérité. Il publia dans toute la Grèce qu'il C c 3 406 PER se brûleroit lui-même pendant la célébration des Jeux Olympiques. Il exécuta, l'année 166, ce dessein extravagant, en présence d'un nombre infini de Grecs qu'un pareil spectacle avoit attirés à Olympie. Cette action fut admirée de quelques génies foibles : mais elle fut blâmée de tous les gens d'esprit, du nombre desquels étoit Lucien. On ne manqua pas de publier bien des prodiges qu'on prétendoit être arrivés pendant cette scène tragi-comique ; mais Lucien assure qu'il n'en avoit vu aucun quoiqu'il fût présent. Les gens sages pensèrent que ce faux philosophe avoit bien raison de vouloir périr par le feu : supplice destiné aux parricides. Quelques temps avant sa mort, il avoit été attaqué d'une fièvre violente. Le médecin qu'il appela, lui dit que puisqu'il souhaitoit si fort de mourir, c'étoit pour lui une bonne fortune que d'être conduit au tombeau par la fièvre sans recourir à un bûcher. La différence est grande, répondit ce charlatan de philosophie : la mort dans mon lit ne seroit pas aussi glorieuse.
PEREGRIN, Voyez ERCHEMBERT. I. PEREIRA, (Benoît) PERERIUS, savant Jésuite Espagnol, natif de Valence, mort à Rome le 6 mai 1610, à 75 ans, professa avec succès dans son ordre. On a de lui des Commentaires latins sur la Genèse, in-fol., à Anvers, et sur Daniel. Il y a beaucoup de recherches dans l'un et dans l'autre ouvrage.
II. PEREIRA-GOMEZ, (George) médecin, natif de Medina del Campo, est, dit-on, le premier des philosophes modernes qui ait écrit que les Bêtes sont des machines sans sentiment. Il avança cette opinion hasardée en 1554 ; mais elle n'eut point de partisans et elle tomba dès sa naissance. Où prétend que c'est de ce médecin que Descartes avoit emprunté ses idées. Il y a grande apparence que ce philosophe qui imaginoit plus qu'il ne lisoit, ne connoissoit ni Pereira ni son ouvrage. D'ailleurs Pereira n'est pas le premier auteur de ce sentiment. Phéréryde, plus de 500 ans avant J. C., philosophe de l'isle de Sciros, avoit soutenu que les Bêtes sont de pures machines. On attribue à Pereira des systèmes sur d'autres matières de physique et de médecine, aussi hardis pour son temps que celui sur l'Ame des Bêtes ; mais ils sont peut-être mieux fondés, celui sur-tout où il combat et rejette la matière première d'Aristote. Il ne fut pas d'accord non plus avec Galien sur la doctrine des fièvres. Le livre où ce médecin soutient l'opinion que les Bêtes sont des automates, est fort rare. Il fut imprimé en 1554, in-fol., sous le titre d'Antoniana Margarita : il lui donna ce titre, pour faire honneur au nom de son père et de sa mère. Peu de temps après que cet ouvrage eut paru, il le défendit contre Michel de Palacios ; et cette Défense, imprimée en 1554, in-folio, se joint ordinairement avec l'ouvrage même. La réfutation du même livre, intitulée : Indecalogo contra Antoniana Margarita, 1556, in-80, est recherchée, plus à cause de sa rareté que de sa bonté. Pereira est encore auteur d'une autre proo duction très-rare sur son art, intitulée: *Novaveraque Medicina, experimentis et rationibus evidentibus comprobata*, in-fol., 1558. C'est une Apologie de ses sentimens, imprimée comme ses autres ouvrages à Medina del Campo.
III. PEREIRA DE CASTRO, (Gabriel) jurisconsulte Portugais, membre du collège de Saint-Paul dans l'université de Connimbre, expéditeur des appels, sénateur du conseil suprême de Portugal, né à Brague d'une famille illustre dans le barreau, étoit encore en vie en 1623 dans un âge avancé. Il est auteur d'un ouvrage de droit, intitulé: *De manu regid, seu de legibus regis quibus regni Portugallii in causis ecclesiasticis cognitio est ex jure, privilegio, consuetudine*; Lisbonne, 1622, in-fol. Il a reparu à Lyon en 1673, in-fol.; l'édition qui porte 1698 n'a rien de nouveau que le frontispice. Cet ouvrage, divisé en deux parties, est estimé à cause de l'érudition que l'auteur a répandue sur les matières qui divisent le trône et l'autel. Mais on lui a reproché d'étendre le pouvoir du pape sur le temporel des rois.
IV. PEREIRA DE FIGUEIREDO, (Antoine) Portugais, d'abord prêtre de l'oratoire, ensuite premier interprète du ministère des affaires étrangères et de celui de la guerre à Lisbonne, mourut dans cette ville le 14 août 1797, dans sa 73e année. Né au bourg de Macao le 14 février 1725, il se signala pendant la longue querelle de la cour de Portugal avec celle de Rome, et publia divers ouvrages sur le pouvoir des rois dans les ma- tières ecclésiastiques. Ces écrits estimés par les patriotes Portugais et critiqués sans ménagement par les Ultramontains, ont été cités avec honneur par plusieurs canonistes étrangers. L'auteur avoit des connaissances très-variées. Son air étoit ouvert et serein, quoique avec des traits grossiers; son caractère affable, son humeur enjouée, lorsqu'il ne souffroit pas; son cœur sensible et compatissant. Les malheureux ne l'abordoient jamais, sans recevoir ou des conseils ou des secours. Parmi ses nombreux ouvrages, on distingue: I. *Sa Nouvelle méthode de Grammaire latine*, estimée en Portugal et dont il y a eu dix éditions. II. *La Bible* traduite en portugais sur la vulgate, avec des préfaces et des notes, 23 vol. in-8°, imprimée depuis 1778 jusqu'en 1790, et réimprimée in-8° et in-4°, avec le texte latin. III. *Tentativa Theologica*, en portugais et ensuite en latin, 1766 et 1769. C'est un essai théologique qui a été traduit en françois, et dans lequel l'auteur tâche de prouver que si le recours au saint Siège trouve des obstacles, la faculté de dispenser est dévolue aux évêques. IV. *Éléments d'Histoire Ecclésiastique, en forme de dialogues*, 1765, deux vol. in-8°, etc. Cet ouvrage n'est pas fini. L'auteur promettoit deux autres volumes, qu'il n'a point donnés et qu'on n'a pas trouvés dans ses manuscrits.
PEREIRE, (Jacob-Rodriguez) né à Cadix en 1715, demeura long-temps à Bordeaux et vint finir ses jours à Paris en 1780, âgé de 65 ans. Il fut appelé dans cette dernière ville pour y pra- C c 4 408 PER tiquer l'art de faire parler les muets. Louis XV lui accorda en 1760 une place d'interprète avec une pension de 800 livres, en considération, dit le Bref, de l'art qu'il s'étoit acquis de pouvoir donner aux sourds et muets de naissance, une éducation dont ils avoient été jusqu'alors privés comme incapables d'en pro- fiter. Pereire avoit amené quel- ques-uns de ses élèves au point de comprendre le sens des pa- roles par le mouvement des lèvres. Buffon fait l'éloge de son talent dans son Histoire Naturelle; et la Condamine protecteur de Pe- reire, l'avoit produit à la cour et présenté à divers princes. L'abbé de l'Epée a profité, assure-ton, d'une partie de sa méthode.
PERELLE, (Adam) rival d'Israël Silvestre, naquit à Paris de Gabriel Perelle célèbre gra- veur, et embrassa la profession de son père non moins habile que lui. Son génie fécond, plus porté au talent de produire qu'à celui d'imiter, se livra indifféremment aux fougues de son caprice et aux indications du naturel. Il n'a gravé que des Paysagés, la plupart de fantaisie, et quelques mor- ceaux d'après Corneille Polem- bourg. Il mourut en 1695, à 57 ans. Il avoit un frère nommé Nicolas, aussi graveur. Les es- tampes qu'on réunit sous le titre de Délices de Paris et de Ver- sailles, 2 vol. in-folio, sont des trois Perelle.
PERENNA, Voy. ANNA.
PERENNIS, Voyez COM- MODE.
PERERIUS, Voyez I. PE- REIRA.
PERÈS, Voyez PARÈS. — AJALA. — ALESIO. I. PEREZ, (Antoine) écrivain Espagnol, neveu de Gonsalve Pe- rez secrétaire de Charles-Quint et de Philippe II, eut divers emplois à la cour d'Espagne et devint secrétaire d'état avec le departement des affaires d'Italie. Les ennemis de Philippe ont dit que ce prince l'employait égale- ment dans les intrigues de l'amour et dans celles de la politique; et que la maitresse auprès de la- quelle il négocioit (c'étoit la princesse d'Éboli) l'ayant trouvé a son gré, le monarque chercha des crimes au ministre. Ses par- tisans l'ont nié, et ont soutenu que Perez fut disgracié parce qu'il fut convaincu d'un grand nombre d'infidélités. Quoi qu'il en soit, il se sauva en Aragon, et tacha d'y causer une révolte. De la il passa en France, où le roi Henri IV lui donna de quoi subsister avec honneur. Il mourut à Paris en 1611. On a de lui des Lettres ingénieuses, dans les- quelles il rend compte de sa dis- grace; des Relations en espagnol, curieuses et recherchées, et d'au- tres ouvrages, Paris, 1598, in 4. Le portrait qu'il fait de Philippe II n'est pas flatteur; mais on ne doit pas oublier que c'est une main ennemie qui tient le pinceau.
II. PEREZ DE VARGAS, (Ber- nard) autre écrivain Espagnol, publia à Madrid en 1559, in-8, un Traité très-rare et d'un prix arbitraire. Il est intitulé: De re Metallica en el qual se tratan muchos y diversos Secretos del conoscimiento de tota suerte de Minerales, etc. On y trouve des détails importants et curieux sur les différentes préparations de l'or, de l'argent, du cuivre, de l'étaïm, du plomb, de l'acier, etc.
III. PEREZ, (Antoine) célèbre jurisconsulte, né à Alfaro petite ville de la haute-Navarre peu éloignée des sources de l'Ebre, en 1583, fut amené fort jeune aux Pays-Bas, reçut le bonnet de docteur en droit à Louvain en 1616, et y enseigna long-temps cette science. L'empereur Ferdinand II et Philippe IV roi d'Espagne, l'honorèrent du titre de conseiller. En 1666 il célébra le jubilé de son doctorat, et mourut à Louvain en 1672. Nous avons de ce savant : I. Assertiones politicae, Cologne, 1612, in-4°. II. Prælectiones sive Commentarii in XII lib. Codicis, Amsterdam, Elzevir, 1653, in-fol. C'est la meilleure édition. On estime aussi celle de Cologne, 1661, 2 vol. in-4°, avec des additions de Hulderique Eyben et des tables fort amples; et celle de Genève, 1740, 2 volumes. Perez y éclaircit toutes les lois du Code, et il y donne dans des explications un abrégé de tout ce qui se trouve dans le Jus novum et dans le Jus novissimum; c'est ce qu'aucun jurisconsulte n'avoit exécuté avant lui. Quoique son style soit concis, il est très-intelligible. III. Institutiones Imperiales, Amsterdam, Elzevir, 1673, in-12; ouvrage universellement estimé. IV. Jus publicum, Amsterdam, Elzevir, 1682, in-12. V. Commentarius in XXV lib. Digestorum, Amsterdam, 1669, in-4°. — Il y a encore d'autres Antoine PEREZ qu'il ne faut pas confondre. Antoine PEREZ, Jésuite, mort en 1651 après avoir enseigné la théologie à Salamanque, à Rome, et publié divers Traités de théologie scola- tique et morale. — Antoine PEREZ, médecin et chirurgien de Philippe II, de qui on a un Traité sur la Peste, en espagnol. — Antoine PEREZ, chirurgien Portugais du XVIIe siècle, qui a écrit sur son art en portugais.
IV. PEREZ, (Antoine) archevêque de Tarragone, mort à Madrid en 1637, à 68 ans. Nous avons de ce prélat, outre des Sermons et divers Traités, un ouvrage estimé et bien exécuté qui parut en 1661, à Amsterdam chez les Elzevirs, en 3 vol. in-4°, sous ce titre : Annotationes in Codicem et Digestum. V. PEREZ, (Joseph) Bénédictin Espagnol, professeur en théologie dans l'université de Salamanque, s'appliqua à éclaircir l'Histoire d'Espagne, et sur-tout celle de son ordre. Il publia en 1688 des Dissertations latines contre le Père Papebroch, dans lesquelles il n'eut pas toujours raison. Mais il convint du moins que le savant Jésuite faisoit bien de purger les Vies des Saints des contes absurdes qui faisoient dire à Melchior Canus, « que la vie des anciens Philosophes a été écrite avec plus de jugement que celle de quelques Saints du Christianisme. » Perez mourut vers la fin du dernier siècle, et fut autant regretté pour les qualités de son cœur que pour celles de son esprit.
VI. PEREZ, (Jeanne Coëlo femme d'Antoine) Espagnole, fut, suivant Amelot de la Houssaye, l'un des ornemens de son sexe et de son siècle par ses graces et son esprit. Elle avoit épousé un ministre de Philippe II roi d'Espagne, qui le disgracia su- 410 PER bitement après lui avoir accordé la plus grande faveur : sa femme mourut vers 1620.
**PERFETTI**, (Bernardin) poète Italien du 18$^{e}$ siècle, né à Sienne, fameux par son excessive facilité à mettre en vers sur-le-champ tous les sujets qu'on lui proposait. On le trouva si bon poète, qu'on fit revivre en sa faveur l'usage du couronnement, oublié depuis le *Tasse*. Il fut déclaré *Poète Lauréat* en 1725, et son couronnement se fit dans le *Capitole* avec beaucoup de pompe et sur le modèle de celui de *Pétrarque*.
**PERGOLÈSE**, (Jean-Baptiste) né en 1704 à Casoria au royaume de Naples, fut élevé au conservatoire de cette dernière ville sous *Gaetano Greco*, l'un des plus célèbres musiciens d'Italie. Le prince de *Stigliano* connoissant les talens du jeune *Pergolèse*, le prit sous sa protection, et depuis 1730 jusqu'en 1734 il lui procura le moyen de travailler pour le *Teatro Nuovo*, où ses *Opéra* eurent un grand succès. Après avoir fait un voyage à Rome, où son *Olympiade* ne fut pas applaudie autant qu'elle le méritait, il retourna à Naples, et il y mourut au commencement de l'année 1737, à 33 ans. Sa dernière maladie fut un crachement de sang, qui le conduisit à la phthisie; et il est très-faux qu'il ait été empoisonné par ses rivaux. Les Italiens l'appellent le *Dominiquia* de la musique. La facilité de sa composition, la science de l'harmonie, la richesse de la mélodie, lui ont fait un nom célèbre. Sa musique est un tableau de la nature; elle parle à l'esprit, au cœur, aux passions. Personne ne l'a surpassé dans le genre de l'expression; mais on lui reproche de la sécheresse, un style coupé; son chant est quelquefois sacrifié à l'effet des accompagnemens, et son genre paroît en général trop mélancolique; défaut qu'il a dû peut-être à sa mauvaise santé et à sa complexion délicate. Ses principaux ouvrages sont : I. Plusieurs *Ariettes*. II. La *Serva Padrona*; III. *Il Maestro di Musica*; Intermèdes. IV. Un *Salve Regina*; et le *Stabat Mater*, regardé universellement comme son chef-d'œuvre. *Pergolèse* mourut en finissant le dernier verset de ce sublime morceau. « Il n'y a ni cris, ni déclamation, ni fracas d'harmonie, dit un écrivain plein de gout; tout est simple et vrai dans cette production, tout est fini; le dernier excès de la douleur, les convulsions mêmes de la mort y sont exprimés dans la langue naturelle de la musique. Par les seuls accens de la mélodie, l'expression est portée à son plus haut degré de force et d'énergie; et c'est toujours du chant. »
**PERI**, (Dominique) pauvre berger de Toscane, devint poète en lisant l'*Arioste*. On a de lui *Fiezole destrutta*, Florence, 1619, in-4$^{o}$
**PERIANDER**, (Gilles) né à Bruxelles vers l'an 1540, s'appliqua principalement aux belles-lettres, et passa une grande partie de sa vie à Maïence. Nous avons de lui : I. *Germania in qua doctissimorum virorum elogia et judicia continentur*, Francfort, 1567, in-12. Ce recueil est savant et curieux. II. *Nobilitas Mo-guntina diæcesis*, *Metropolita-næque Ecclesiæ*, Maïence, 1568, in-8$^{o}$, avec figures. Cet ouvrage a reparu dans le troisième vol. des Annales et scriptores Moguntini, publié en 1727. Ce sont des éloges en vers.
**PÉRIANDRE**, *Périander*, tyran de Corinthe, fils de *Sipsile*, fut mis par la flatterie au nombre des sept Sages de la Grèce. Ce sage étoit un monstre. Il changea le gouvernement de son pays, opprima la liberté de sa patrie, et usurpa la souveraineté l'an 628 avant l'ère Chrétienne. Le commencement de son règne fut assez doux; mais il prit un sceptre de fer, après qu'il eut consulté le tyran de Syracuse sur la manière la plus sûre de gouverner. Celui-ci mena les envoyés de *Périandre* dans un champ, et pour toute réponse il arracha devant eux les épis qui passaient les autres en hauteur. Le tyran de Corinthe profita de la leçon du tyran de Sicile. Il s'assura d'abord d'une bonne garde, et fit mourir dans la suite les plus puissans des Corinthiens. Ces crimes furent les avant-coureurs des forfaits les plus horribles. Il commit un inceste avec sa mère; fit mourir sa femme *Mélisse* fille de *Proclès* roi d'Épidaure, sur de faux rapports; et ne pouvant souffrir les regrets de *Lycophron* son second fils sur la mort de sa mère, il l'envoya en exil dans l'isle de Corcyre. Un jour de fête solennelle, il fit arracher aux femmes tous les ornemens qu'elles portaient pour leur parure. Enfin après s'être souillé par les excès les plus barbares et les plus honteux, il mourut l'an 585 avant Jésus-Christ. Ses maximes favorites étoient: Qu'il faut garder sa parole, et cependant ne point se faire scrupule de la rompre. quand ce que l'on a promis est contraire à ses intérêts: Que non seulement il faut punir le crime, mais encore prévenir les intentions de ceux qui pourroient le commettre; maximes pernicieuses, adoptées depuis par *Machiavel*. Les suivantes étoient plus dignes d'un sage: Les plaisirs de ce monde sont de peu de durée; la vertu seule est immortelle. Dans la prospérité sois modeste, et prudent dans l'adversité. Fais de l'on gré ce que tu ne peux éviter. Ce tyran a été loué par quelques historiens Grecs; ils n'ont vu en lui que le politique, le savant, le protecteur des gens de lettres; et ils n'ont pas vu le meurtrier, le débauché, le tyran. Il aimoit les arts, et la paix mère des arts. Pour en jouir plus sûrement il fit construire et équiper un grand nombre de vaisseaux qui le rendirent formidable à ses voisins. *Koy. ARION, CHILON ET L. LASSUS.*
**PERIBÉE**, fille d'*Alcathoüs*, roi de l'isle Égine, fut promise pour éponser à *Télamon*, fameux par sa valeur et par son fils. Le père de cette princesse s'étant apperçu qu'elle n'avoit rien refusé à *Télamon* avant son mariage, menaça violemment cet amant téméraire, qui prenant la fuite laissa sa maîtresse exposée au courroux d'un père irrité. *Alcathoüs* ordonna à un de ses gardes de délivrer ses yeux d'une vue si odieuse, et d'aller à l'instant jeter sa fille dans la mer; cet officier touché de pitié, ne put se résoudre à noyer sa princesse et aima mieux la vendre. *Thésée* l'ayant achetée, la mena à Salamine: elle y trouva son cher *Télamon*, obtint la liberté du héros dont elle dépendoit, donna sa main à son amant au pied des antels, et fut mère d'un enfant qui fut depuis si terrible sous le nom d'Ajax.
PÉRICLÈS, naquit à Athènes de Xantippe illustre citoyen de cette ville, qui le fit élever avec soin. Il eut entre autres maîtres Zénon d'Élée et Anaxagore, et devint grand capitaine, habile politique et excellent orateur. Il résolut de se servir de ces qua- lités pour gagner le peuple, et eut le bonheur de réussir. Aux avantages que lui donnoit la na- ture, il joignit tout l'art et toute la hausse d'un homme d'esprit qui veut dominer. Il partagea aux ci- toyens les terres conquises, et se les attacha par les jeux et les spectacles. C'est par ces moyens qu'il s'acquit sur l'esprit d'un peu- ple républicain, un crédit qui ne différoit guère du pouvoir mo- narchique. Pour mieux affermir son autorité, il entreprit d'abais- ser le tribunal de l'Aréopage dont il n'étoit pas membre. Le peuple enhardt et soutenu par Périclès, bouleversa l'ancien or- dre du gouvernement, ôta au sénat la connoissance de la plu- part des causes et ne lui laissa que les communes. Il fit bannir par l'ostracisme Cimon son con- current et ses autres rivaux, et resta seul maître à Athènes pen- dant quinze ans. On dit que la sœur de Cimon ayant censuré la conduite de Périclès, il lui ré- pondit: V'aille comme vous êtes, vous ne devriez plus user de fard: bou mot dont il est difficile de sentir la finesse. Cependant Pé- riclès cherchoit à se faire valoir par son courage. Il commanda l'armée des Athéniens dans le Péloponnèse, remporta une cé- lèbre victoire près de Némée con- tre les Sicyoniens, ravagea l'Ar- cadie à la prière d'Aspasie fa- meuse courtisane qu'il aimoit. Ayant déclaré la guerre aux Sa- miens l'an 441 avant J. C., il prit Samos après un siège de neuf mois. Ce fut durant ce siège que Ariemon de Claromène inventa le bélier, la tortue et quelques machines de guerre. Périclès en- gagea les Athéniens à continuer de combattre les Lacédénoniens. Il fut blamé dans la suite d'avoir donné ce conseil, et en lui ôta sa charge de général. Il fut con- damné à une amende qui se mon- toit selon les uns à quinze ta- lens, et selon d'autres à cin- quante. Le peuple d'Athènes ne fut pas long-temps sans se re- pentir du mauvais traitement qu'il avoit fait à Périclès, et il désira ardemment de le revoir dans les assemblées. Il se tenoit alors ren- fermé dans sa maison, accablé de douleur pour la perte qu'il venoit de faire de tous ses enfans que la peste avoit enlevé. Alci- biade et ses autres amis lui per- suadèrent de sortir et de se mon- trer. Le peuple lui demanda par- don de son ingratitude, et Pé- riclès touché par ses prières, re- prit le gouvernement. Périclès peu de temps après, tomba ma- lade de la peste. Ayant été vi- sité par un de ses amis, il lui montra une espèce d'amulette que des femmes lui avoient pendu au cou, voulant lui faire entendre que sa maladie devoit être bien grave puisqu'il ajoutoit foi à de pareilles sottises. Comme il étoit à l'extrémité et sur le point de rendre le dernier soupir, ses prin- cipaux amis s'entretenoient en- semble dans sa chambre de son rare mérite, parcourant ses ex- ploits et ses victoires ; et ne croyant pas être entendus du malade qui paroissoit n'avoir plus de connoissance. *Périclès* rompant tout-à-coup le silence : *Je m'étonne*, leur dit-il, que vous conservez si bien dans votre mémoire et que vous releviez des choses auxquelles la fortune a tant de part et qui me sont communes avec tant d'autres Capitaines, pendant que vous oubliez ce qu'il y a de plus grand dans ma vie et de plus glorieux pour moi !... C'est, ajouta-t-il, qu'il n'y a pas un seul citoyen à qui j'aie fait prendre le deuil. Belle parole qui seule fait l'éloge le plus accompli d'un ministre ! Ce grand homme mourut l'an 429 avant Jésus-Christ. *Périclès* réunissoit en lui presque tous les genres de mérite qui font les grands hommes : celui d'amiral, d'excellent capitaine, de ministre d'état, surintendant des finances... Il fut surnommé l'*Olympien* à cause de la force de son éloquence. Il ne parla jamais en public sans avoir prié les dieux de ne pas permettre qu'il lui échappât aucune expression qui ne fut propre à son sujet ou qui pût choquer le peuple. Quand il devoit paroître dans l'assemblée, avant que de sortir il se disoit à lui-même : *Souge bien*, *Périclès*, que ta vas parler à des hommes libres, à des Grecs, à des Athéniens. Sa contenance étoit ferme et assurée, son geste plein de modestie, sa voix douce et insinuante. Ces avantages étoient relevés par une certaine volubilité dans la prononciation qui entraînait tous ceux qui l'écoutoient. Les poètes de son temps disoient que la *Déesse de la Persuasion* avec toutes ses grades, résidoit sur ses lèvres. *Je* le renverse en luttant, disoit un de ses rivaux ; mais lors même qu'il est à terre, il prouve aux spectateurs qu'il n'est pas tombé, et les spectateurs le croient. C'est principalement par l'usage qu'il sut faire de la parole qu'il fut pendant près de quarante ans monarque d'une république. Sa gloire seroit sans tache s'il n'avoit pas épuisé le trésor public, pour charger Athènes d'ornemens superflus. L'amant d'*Aspasie* enivra le premier ses concitoyens de spectacles et de fêtes, et leur donna des vices pour les mieux gouverner. La simplicité des mœurs anciennes disparut et le goût du luxe prit sa place. Athènes lui dut en partie les chefs-d'œuvre de *Phidias*, ainsi que ses plus beaux temples et les autres monumens qui firent l'admiration de la Grèce comme des nations étrangères. On rapporte de lui quelques sentences. Toutes les fois que *Périclès* prenoit le commandement il faisoit cette réflexion : *Qu'il alloit commander à des gens libres et qui étoient Grecs et Athéniens...* On dit que le poète *Sophocle* son collègue s'étant récrié à la vue d'une belle personne : *Ah ! qu'elle est belle ! — Il faut*, lui dit *Périclès*, qu'un *Magistrat* ait non-seulement les mains pures, mais aussi les yeux et la langue. Cette réponse ne s'accordoit guère avec sa passion pour *Aspasie* et pour quelques autres femmes de ce genre. *Phidias* à qui il avoit procuré l'intendance des ouvrages publics, fut accusé de lui faire voir dans sa maison les plus belles dames de la ville qui se rendoient chez lui sous prétexte d'aller voir ses ouvrages. Ses mœurs étoient si décriées que *Xantippe* son fils ainé ne craignit pas de répandre que son père avoit un commerce criminel avec sa femme. Mais ces taches d'une si belle vie furent effacées aux yeux de ses contemporains par les plus rares talens et sur-tout par un désintéressement à toute épreuve. Il fut si ennemi des présens et méprisa si fort les richesses, qu'il n'augmenta pas d'une drachme le bien que son père lui avoit laissé. Il avoit eu pourtant à sa disposition pendant près de quarante ans le trésor public de sa patrie, dont les revenus annuels montoient à plus de trente millions de notre monnoie. Il avoit dépensé des sommes immenses des fonds publics pour rendre Athènes la plus grande et la plus belle ville de la Grèce, et il avoit surpassé les rois mêmes en puissance. Ses richesses particulières lui venoient de son économie domestique. On raconte qu'il étoit dans l'usage de vendre les fruits de ses terres tous à la fois, et que chaque jour il faisoit acheter ce qui étoit nécessaire à la consommation de sa maison. Chez lui la dépense et la recette étoient si bien réglées, qu'on n'y vit jamais la moindre trace de la prodigalité qui règne ordinairement dans les grandes maisons. Tant d'économie n'étoit pas du goût de ses femmes et de ses enfants. Comme il avoit refusé de payer une dette de son fils aîné Xantippe et que même il fit traduire en justice le créancier, ce fils devint pour lui le plus violent de ses ennemis. — PÉRICLÉS son fils naturel, combattit avec chaleur contre Callicratidas général des Lacédémoniens, l'an 405 avant J. C.; il fut cependant condamné à perdre la tête pour n'avoir pas eu soin de faire inhumer ceux qui avoient été tués dans la bataille qu'il venoit de gagner.
PÉRICLYMÈNE, (Mythol.) fils de Nélée frère de Nestor et de Chronius, avoit reçu de Neptune son aïeul, le pouvoir de se changer en telle forme qu'il voudroit. En effet Hercule ayant déclaré la guerre à Nélée, Périclymène se métamorphosa en mouche pour le tourmenter, mais ce héros l'écrasa avec sa massué. Ovide prétend qu'il s'étoit changé en aigle, et qu'Hercule le perçu d'une flèche au milieu des airs.
PERIEGÈTE, (Le) surnom de DENYS de Carax : Voyez ce mot.
PÉRIER, Voyez PERRIER.
PÉRIERS, (Bonaventure des) né à Arnay-le-Duc en Bourgogne, (ou selon d'autres à Bar-sur-Aube en Champagne) fut fait en 1536, valet de chambre de Marguerite de Valois reine de Navarre, sœur de François I. On ignore les autres circonstances de sa vie; on sait seulement qu'il se donna la mort en 1544, dans un accès de frénésie: On a de lui plusieurs ouvrages. Celui qui a fait le plus de bruit est intitulé: Cymbalum Mundi ou Dialogues satiriques sur différens sujets, 1537, in-8°, et 1538 aussi in-8°. Ce n'est plus un ouvrage rare, depuis qu'il a été réimprimé en 1711, à Amsterdam, in-12; et à Paris, 1732, petit in-12. Il est composé de quatre articles: le second qui offre quelques plaisanteries assez bonnes contre ceux qui recherchent la pierre philosophale est le meilleur; les trois autres ne valent rien. Dès que de livre parut en 1538, il fut brûlé par le parlement et censuré par la Sorbonne. On ne le condamna point comme un livre impie et détestable, ainsi qu'on l'a cru long-temps; mais parce qu'on soupçonna que des Périers attaché à une cour où l'erreur étoit protégée, et ami de Clément Marot, avoit voulu sous des allégories, prêcher la prétendue Réforme. Cependant cet ouvrage à quelques obscénités près, choque plus le bon sens que la Religion; et il ne mérite d'autre réputation que celle que la censure lui a donnée. On a d'autres écrits de ce fou : I. Une Traduction en vers françois de l'Andrienne de Térence, 1537, in-8°. II. Une Traduction en françois du Cantique de Moyse. III. Un Recueil de ses Œuvres, 1544, in-8°. On y trouve des poésies, entr'autres Carême prenant en Tarantara. Les vers en Tarantara sont des vers de dix syllabes, dont le repos est après la cinquième. L'abbé Regnier des Marais a composé une Épître morale dans cette mesure qui n'est pas fort harmonieuse, et a cru en être l'inventeur. Cependant avant des Périers, Christophe de Barrousso avoit donné son Jardin amoureux, Lyon, 1501, in-8°, en vers de cette façon. IV. Nouvelles Récréations et joyeux Devis, 1561, in-4°, et 1571, in-16; 1711, 2 vol., et 1735, 3 vol. in-12. Quelques auteurs prétendent que ce dernier n'est pas de lui.
PÉRIERUS, (Jean) Jésuite, natif de Courtrai, se distingua dans l'étude de l'antiquité ecclésiastique, et mérita d'être assozié aux savans hagiographes d'An- vers qui ont écrit les Acta Sanctorum. Il mourut l'an 1762, à 51 ans.
PERIGNON, (Dom Pierre) Bénédictin, né à Sainte-Menehould, mort à Hautvilliers en 1715, rendit de grands services à la province de Champagne, en lui apprenant comme il falloit combiner les différentes espèces de raisins, pour donner à son vin cette délicatesse et ce montant qui l'ont si fort accrédité.
PERILLE, Voy. PHALARIS.
PERINGSKIOLD, (Jean) naquit à Strengnes dans la Sudémanie en 1654, d'un professeur en éloquence et en poésie. Son père fut son premier maître. Il se rendit habile dans les antiquités du Nord, et en devint professeur à Upsal, secrétaire antiquaire du roi de Suède, et conseiller de la chancellerie pour les antiquités. Ses principaux ouvrages sont : I. Une Histoire des Rois du Nord, Hanau, 1720, in-8°, qui n'est qu'une compilation, ainsi que la suivante. II. Celle des Rois de Norwège, 1697, en 2 vol. in-fol. III. Une Edition de différens Traités de Jean Messenius touchant les rois de Suède, de Danemarck et de Norwège, imprimés en 1700, en 14 vol. in-folio, etc. Ces ouvrages déposent en faveur de la vaste érudition de l'auteur qui mourut le 24 mars 1720, à 66 ans. Mais ils sont moins connus en France que ses Tables historiques et chronologiques depuis Adam jusqu'à J. C., en langue suédoise avec des figures, à Stockholm, 1713, in-folio.
PERION, (Joachim) docteur de Sorbonne, né à Cormery en 416 PER Touraine, se fit Bénédictin dans l'abbaye de ce nom en 1517, et mourut dans son monastère vers 1559, âgé d'environ 60 ans. On a de lui : I. Quatre *Dialogues* latins sur l'origine de la langue françoise et sa conformité avec la grecque. II. Des *Lieux Théologiques*, Paris, 1549, in-8°. III. Des *Traductions* latines de quelques livres de *Platon*, d'*Aristote* et de *St. Jean Damascène*. Son latin est assez pur, et même élégant ; mais l'auteur manquait de critique.
**PÉRIPHAS**, régnoit, dit-on, à Athènes l'an 1558 avant J. C. Ses sujets, touchés de ses belles actions lui rendirent des honneurs divins sous le nom de *Jupiter conservateur*. Le père des Dieux irrité d'un tel attentat, voulut l'écraser de sa foudre ; mais à la prière d'*Apollon* il se contenta de le métamorphoser en aigle, et le fit roi des oiseaux pour le récompenser des services qu'il avoit rendus aux hommes.
**PERISTÈRE**, (Mythol.) nymphe, est connue dans la Fable par le trait suivant. Un jour l'*Amour* défia sa mère à qui des deux cueilleroit le plus de fleurs dans l'espace d'une heure. Les enjeux placés, la jeune *Péristère* parut soudain, et se joignit à la déesse qui ne faisoit que ramasser les fleurs que la nymphe arrachoit. Cette ruse assura sans beaucoup de peine la victoire à *Vénus*. Mais *Cupidon* irrité d'une telle tricherie, s'en vengea sur l'auteur de sa défaite et la métamorphosa qu' colombe.
**PERIZONIUS**, (Jacques) né à Dam en 1631, étudia à Deventer sous *Gisbert Caper*, puis à Utrecht sous *George Gravius*. Ses protecteurs et son mérite lui procurèrent le rectorat de l'école latine de Delft, et la chaire d'histoire et d'éloquence dans l'université de Franeker en 1681. Il remplit cette place avec distinction jusqu'en 1693, qu'on le fit professeur à Leyde, en histoire, en éloquence et en grec. On a de lui : I. De savantes *Explications* de plusieurs endroits de différens auteurs Grecs et Latins sous le titre d'*Animadversiones Historicae*, in-8°, 1685. Ce livre pourroit être appelé, suivant *Boyle*, l'*Errata* des historiens et des critiques. II. Des *Dissertations* sur divers points de l'Histoire Romaine, en plusieurs vol. in-4°. III. Des *Oraisons*. IV. Plusieurs Pièces contre *Francias* professeur d'éloquence à Amsterdam, sous le titre de *Valerius accinctus*. V. *Origines Babylonicae et Egyptiocae*, Utrecht, 1736, 2 vol. in-8°, remplies de quantité de remarques curieuses, dans lesquelles l'auteur relève les erreurs du chevalier *Marsham*. Cet ouvrage fait un honneur infini au profond savoir de *Perizonius*. VI. Une bonne *Edition* des *Histoires d'Elien*, Lyon, 1701, 2 vol. in-8°. VII. Des *Commentaires historiques* sur ce qui s'est passé dans le 17$^{e}$ siècle. Cet écrivain infatigable mourut à Leyde le 6 avril 1715, à 64 ans. Il sut respecter le public, et il ne livroit rien à la presse qu'après l'avoir lu et relu. Son amour pour l'étude lui fit préférer le célibat au P E R 417 un mariage; mais sa trop grande application hata sa mort. Son testament se ressentit de la bizarrerie ordinaire à quelques savans. Il y marquoit le linge qu'on devoit lui mettre après sa mort, et il ordonnoit en même temps qu'après qu'il seroit expiré, on l'habilleroit, qu'on le mettroit sur son séant dans une chaise, et qu'on lui feroit la barbe (Voy. les Mémoires de Nicéron, tom. 1er).
PERKIN où Pierre WAERBECK, imposteur célèbre dans l'histoire d'Angleterre, eut la hardiesse de se dire Richard duc d'Yorck, fils du roi Edouard IV. Sous le règne de Henri VII, vers l'an 1486, Marguerite duchesse de Bourgogne sœur d'Edouard IV, voyoit avec peine Henri VII sur le trône. Elle fit courir le bruit que Richard III duc de Glocester, ayant donné ordre, en 1483, d'assassiner Edouard V prince de Galles, et Richard duc d'Yorck, tous deux fils d'Edouard IV roi d'Angleterre; les parricides après avoir tué le prince de Galles légitime héritier de la couronne, avoient mis en liberté le duc d'Yorck qui s'étoit caché depuis dans quelque lieu inconnu. Quand elle eut répandu ces chimères parmi le peuple, elle choisit un imposteur adroit, propre à jouer le rôle de Duc d'Yorck. Elle le trouva dans un jeune Juif de Tournai, dont le père s'étoit converti, et qui étoit né à Londres où il avoit eu pour parrain Edouard IV, soupçonné de quelque intrigue amoureuse avec sa mère. Sa figure noble, ses manières séduisantes, son génie délié, la connoissance de plusieurs langues, la souplesse et l'expérience qu'il avoit acquises par ses voyages, convenoient parfaitement au rôle qu'on lui destinoit. La duchesse lui apprit à contrefaire ce jeune duc d'Yorck son neveu, assassiné par l'ordre de Richard III. PERKIN (c'étoit le nom du fourbe) se montra d'abord en Irlande sous le nom de Richard Plantagenet, et le peuple crédule n'eut pas de peine à le reconnoître. Charles VIII roi de France, alors en guerre avec Henri, invita le nouveau prince à se rendre auprès de lui, le reçut comme un vrai duc d'Yorck, et accrédita cette fiction; mais Perkin fut bientôt abandonné par Charles, et obligé de passer auprès de la duchesse de Bourgogne qui l'envoya au roi d'Écosse Jacques IV, après le lui avoir vivement recommandé. Ce jeune monarque se laissa tromper par l'imposteur, et lui donna même en mariage une de ses parentes. (*) Une armée Écossoise ravagea bientôt les frontières de l'Angleterre. Perkin eut d'abord des succès; mais Jacques s'étant accommodé avec Henri, ce prince le pria de se retirer ailleurs. Il se cacha quelque temps en Irlande. De là il passa à Cornouailles où le feu de la sédition subsistoit encore: le roi, qui ne souhaitoit, disoit-il souvent, que de voir les rebelles et les factieux, témoigna une grande joie de son arrivée, et (*) La Duchesse de Huntley, princesse d'une grande beauté et d'une sagesse exemplaire. D'd se hâta de prévenir ses progrès. En paroissant il désarma les re- belles. Perkin se réfugia dans un monastère qui avoit droit d'asile. Sa femme fut prisonnière et traitée avec distinction. Il se re- mit lui-même entre les mains de Henri qui lui promit sa grace. On le promena par les rues de Londres, exposé aux insultes de la populace; on lui fit faire l'a- veu de ses aventures; on l'en- ferma dans une prison. S'étant évadé, il fut repris et envoyé à la Tour. Un génie si intrigant, après avoir joué un grand rôle ne pouvoit s'accoutumer à l'in- fortune. Il se ménagea une cor- respondance avec le comte de Warwick prisonnier comme lui. L'un et l'autre devoient se sauver après avoir tué le gouverneur. Leur complot ayant été décou- vert en 1499, Perkin désormais indigne de pardon, subit le sup- plice qu'il méritoit. Voy. la Non- velle historique, intitulée War- beck, par M. d'Arnaud.
PERKINS, (Guillaume) né en 1558 à Morston dans le comté de Warwick, se rendit habile dans l'Écriture-Sainte. Il devint professeur de théologie à Cam- bridge, où il mourut le 18 dé- cembre 1602, à 43 ans. On a de lui : I. Commentaires sur une partie de la Bible. II. Un grand nombre de Traités théologiques, imprimés en 3 vol. in-fol. On es- time sur-tout son Traité des Cas de Conscience. Cet auteur étoit aussi savant que pieux... Voyez ARMINIUS, n.º II.
PERMISSION, (Bernard Bluet d'Arbères comte de) nom d'un homme qui trouvoit le moyen de vivre en distribuant des extravagances imprimées à diverses personnes qui lui don- noient de l'argent. Ce sont des Oraisons, des Sentences, et prin- cipalement des Prophéties. La plupart se trouvent réunies sous le titre de ses Œuvres. Il y prend le titre de Chevalier des Ligues des treize Cantons Suisses, et les dédia à Henri IV sous des titres emphatiques, 1600, in-12. Il paroit que l'exemplaire doit con- tenir 103 pièces: la 38e et la 82e parties doivent être doubles et différentes, de 12 pages chacune. Dans la 61e, il y a un supplément de 4 pages, qui commence ainsi : Libéralités que j'ai reçues; mais on n'en connoit pas d'exemplai- res complets. Son Testament im- primé en 1606, in-8e, est de 24 pages. Bien des gens ont cher- ché l'explication des énigmes de ce livre: c'étoit prendre de la peine fort mal à propos. Les prédictions de ce charlatan in- sensé ne méritent pas plus d'at- tention que celles du médecin Provençal Nostradamus. Elles sont écrites à peu près du même style. Voyez la Bibliographie de de Bure. I. PERNETY, (l'abbé Jac- ques) historiographe de la ville de Lyon, et membre de l'acadé- mie de cette ville, né dans le Forez, mourut en 1777, à 81 ans. C'étoit un homme d'un caractère doux, et un ecclésiastique de mœurs réglées. Ses Lyonnois di- gues de mémoire, 1757, 2 vol. in-8e, et son Tableau de la ville de Lyon, sont ce qu'il a fait de plus utile. Son roman intitulé Histoire de Favorite est peu pi- quant. Ses Lettres philosophiques sur les Physionomies, in-8e, n'ont point été inutiles à La- vater; et ses Conseils de l'Amitié, offrent de la morale, de la philosophie, et sont écrits avec élégance. On lui doit encore le *Repos de Cyrus*, ou *Histoire* de sa vie depuis sa 16$^{e}$ jusqu'à sa 40$^{e}$ année, 1732, trois vol. in-12. L'auteur avoit des connoissances, de l'esprit, de l'agrément; mais malgré ces avantages il n'a rien laissé qui puisse vivre longtemps.
**II. PERNETY**, (Antoine-Joseph) né à Roanne en Forez le 13 février 1716, se fit Bénédictin et se livra aux recherches d'érudition auxquelles il joignit beaucoup d'idées systématiques et singulières. Elles dominent surtout dans ses *Fables* égyptiennes et grecques dévoilées, 1786, 2 vol. in-8$^{o}$; dans son *Dictionnaire* mytho-hermétique, 1758, in-8$^{o}$; dans son *Discours* sur la physionomie, et son ouvrage intitulé : *La connoissance de l'Homme moral par celle de l'Homme physique*, 1776, in-8$^{o}$. On doit encore à ce savant : I. *Dictionnaire* de peinture, sculpture et gravure, 1757, in-12. II. *Histoire* d'un voyage aux Isles Malonines, 1770, in-8$^{o}$. III. *Dissertation* sur l'Amérique et les Américains, 1770, in-8$^{o}$. Il y combat les opinions du chanoine de *Paw* sur le même sujet. IV. *Examen* des recherches philosophiques de *Paw* sur les Américains, 1772, 2 vol. in-8$^{o}$. V. Il a donné une *Traduction* de *Columelle* et du *Cours* de Mathématiques de *Wolf*; il a travaillé au 8$^{e}$ vol. du *Gallia Christiana* et donné beaucoup de *Mémoires* à l'académie de Berlin. Après avoir résidé long-temps dans cette ville, *Pernety* est revenu à Valence dans le département de la Drôme, où il est mort au sein de sa famille dans ces dernières années.
**PÉRO**, fille de *Nélée* et de *Chloris*, étoit sœur de *Nestor* et de *Périclémène*. Sa rare beauté la fit rechercher par plusieurs princes. Mais *Nélée* qui haïssoit *Hercule*, déclara qu'il ne la donneroit qu'à celui qui lui amène-roit les bœufs qui avoient été enlevés à ce héros. *Bias* fils d'*A-mithaon*, aidé de son frère *Mélampe*, les ayant trouvés, les amena à *Nélée* qui lui donna sa fille.
**PÉRONNE**, (Claudine) Lyonnoise, recommandable par sa beauté, dédia quelques Pièces de poésie à *Henri II*.
**PÉRONNET**, (Joseph-François) né à Lyon, y suivit avec distinction les fonctions du barreau et se fit ensuite notaire comme ses aïeux. Des connoissances variées, le goût des lettres, une probité reconnue, le firent choisir par le célèbre chirurgien *Morand* pour son gendre. Sa modestie ne lui a pas permis de mettre son nom aux Opuscules sortis de sa plume. On doit distinguer parmi eux deux *Lettres* sur la tragédie de *Spartacus* et le drame de la *Famille indigente*, et sur-tout des *Regrets* sur la mort de sa femme, pleins de grace et de cette sensibilité profonde qui émeut l'ame sans la déchirer et fait couler de douces larmes. *Péronnet* mourut à Lyon le 25 novembre 1761 à l'âge de 42 ans, regretté du public éclairé et des notaires de cette ville, dont il avoit soutenu les droits avec éloquence dans des Mémoires imprimés à Paris où on l'avoit député pour les défendre. D d 2 I. PEROTTO, (Nicolas) natif de Sasso-Ferrato bourg de l'état de Venise, d'une illustre famille et de parens fort pauvres, fut contraint d'enseigner la langue latine pour subsister. Ses talens étoient déplacés dans sa patrie. Il alla à Rome où il gagna l'amitié du cardinal Bessarion, qui le choisit pour son conclaviste après la mort de Paul II. Plusieurs historiens ont prétendu qu'il fit manquer la papauté à son protecteur par une imprudence; mais c'est une fable. Cependant, comme elle est accréditée, nous la rapporterons ici. On dit donc que toutes les voix étant réunies pour Bessarion, les cardinaux alloient à sa cellule pour lui porter la tiare. Mais Perotto ne voulut jamais les introduire, sous prétexte que son maître étoit occupé à des études qui ne demandaient pas de distraction. Bessarion informé de l'étourderie de son conclaviste, la lui reprocha d'un ton doux, et lui dit: Vous m'avez ôté par un zèle déplacé la Tiare, et vous avez perdu le Chapeau. Quoi qu'il en soit de ce conte, si Bessarion ne fut pas pape il méritoit de l'être. Les pontifes Romains donnèrent à Perotto des marques particulières de leur estime, parce qu'il travailla avec ardeur à la réunion de l'Eglise Grecque pendant le concile de Ferrare. Il devint gouverneur de Pérouse, puis de l'Ombrie, archevêque de Manfredonia en 1458, et mourut en 1480 à Fugieura maison de plaisance qu'il avoit fait bâtir près de Sasso-Ferrato. Ses ouvrages sont: I. Une Traduction de grec en latin des cinq premiers livres de l'Histoire de Polybe. II. Une autre du Traité du Serment d'Hippocrate. III. — du Manuel d'Epiclette. IV. — du Commentaire de Simplicius sur la Physique d'Aristote. V. Des Harungues. VI. Des Lettres. VII. Quelques Poésies italiennes. VIII. Des Commentaires sur Stacc. IX. Un Traité De generibus Metrorum, 1497, in-4° X. De Horatii Flacci ac Severini Boëtii metris, etc. XI. Un long Commentaire sur Martial, intitulé: Cornucopia seu Latinae linguae Commentarius. La meilleure édition de ce livre est de 1513, in-fol. Il y a beaucoup d'érudition profane, mais peu d'ordre. XII. Budimenta Grammatices, à Rome, 1473 et 1475, in-folio: éditions très-rares.
II. PEROTTO, (François) ami de Fra-Paolo, est auteur d'une Réfutation de la Bulle de Sixte-Quint contre le roi de Navarre. Ce livre écrit en italien est recherché par quelques curieux.
PEROUSE, (N. de la) embrassa l'état ecclésiastique, et fit des vers non avec talent, mais avec dévotion. On lui doit des Stances sur les Évangiles, des Cantiques, des Poésies sacrées, 1770, in-8°: il est mort vers 1775.
PERPENNA, un des lieutenans de Sertorius, qui eut la lâcheté d'assassiner son général dans un festin, l'an 73 avant J. C., pour avoir seul le commandement des troupes en Espagne. Il donna un combat à Pompée, et montra qu'il étoit aussi incapable de commander que d'obéir. Il fut battu et fait prison- nier. Il voulut faire lire au vain-queur des lettres que plusieurs personnes considérables de Rome avoient écrites à *Sertorius*. Mais *Pompée* plus sage brûla tous ces papiers sans les lire et sans permettre que personne les lût, de peur que ce ne fût une source de troubles et de séditions; et sur l'heure même il fit exécuter *Perpenna* sans vouloir souffrir qu'il nommât aucun de ceux qui avoient écrit à *Sertorius*.
**PERPÉTUE et FÉLICITÉ**, (Saintes) martyres, que l'on croit avoir souffert la mort à Carthage pour la Foi de J. C., en 203 ou en 205; Dom *Ruinart* a donné les Actes de leur martyre. Ces Actes sont authentiques, et ont été cités par *Tertullien* et par *St. Augustin*. La première partie de ces actes, qui va jusqu'à la veille de leur martyre, a été écrite par *Ste Perpétue*; *St. Sature* et un témoin oculaire ont ajouté le reste. (Voy. *Vindictae actorum SS. Perpetuae et Felicitatis* du cardinal *Orsi* in-4.º...) — Il y a une autre *STE FELICITÉ* (*Voyez* ce mot.) qui a souffert aussi le martyre avec ses sept fils sous *Marc-Auréle*, dont les philosophes exaltent tant l'humanité.
**PERPINIACO**, (Gnido de) ainsi appelé, parce qu'il étoit de Perpignan, se fit Carme, et fut général de son ordre l'an 1318, évêque de Majorque en 1321, et mourut à Avignon le 21 août 1342. On a de lui: I. Une *Concordance des Evangélistes*. II. Une *Somme des Hérésies* avec leur réfutation.
**PERPINIEN**, (Pierre-Jean) Jésuite, né à Elche au royaume de Valence, fut le premier de sa compagnie qui fut professeur d'éloquence à Conimbre. Il y reçut de grands applaudissemens, surtout lorsqu'il y prononça son *Discours de Gymnasiis Societatis*. Il enseigna ensuite la rhétorique à Rome, puis l'Écriture—Sainte dans le collège de la Trinité à Lyon, et enfin à Paris où il mourut en 1566, âgé d'environ 36 ans. *Muret* et *Paul Manuce* font un grand éloge de la pureté de son langage et de celle de ses mœurs. Il est compté parmi les bons latinistes modernes. Le Père *Lazery* Jésuite a publié le recueil de ses Ouvrages à Rome en 1749, en 4 vol. in-12. Ils contiennent: I. Dix—neuf *Harangues*, foibles de pensées, mais d'une latinité agréable. II. La *Vie de Ste Elizabeth*, *reine de Portugal*. III. Un recueil de trente-trois *Lettres*, dont vingt deux de *Perpinien* et onze de ses amis. IV. Seize petits *Discours*.
**PERRACHE**, (Michel) né à Lyon en 1685, obtint des succès dans la profession de sculpteur. Après avoir long-temps résidé en Italie et en Allemagne, il obtint des lettres de bourgeoisie de la ville de Malines pour y avoir décoré une église. Fixé dans sa patrie, il l'embellit d'un grand nombre d'Ouvrages qui assurèrent sa réputation. Il mourut en 1750. — Son fils s'est fait connoître par l'exécution du projet célèbre qui a réuni à Lyon une isle considérable par le moyen d'une chaussée qui a fait changer de lit au Rhône, et a porté à une lieue de la ville sa jonction avec la Saône. *Perrache* fils est mort en 1779, membre de l'académie de sa patrie. D d 3 I. PERRAULT, (Guillaume) né sur les bords du Rhône dans le bourg de Pierre-Haute, prit l'habit de St.-Dominique et devint suffragant de Philippe de Savoie archevêque de Lyon, depuis 1245 jusqu'en 1260. Il a publié une Somme des vices et des vertus; un Commentaire sur la règle de St. Benoît; un Traité sur les devoirs des Religieux; une Instruction sur le bonheur des Princes.
II. PERRAULT, (Claude) né à Paris en 1613, s'appliqua d'abord à la médecine. Il a même composé des ouvrages qui sont une preuve de son érudition en ce genre. Mais son amour pour les beaux arts, et singulièrement pour l'architecture, lui fit entreprendre un travail d'un nouveau genre; ce fut la traduction de Vitruve. On rapporte que Perrault avoit beaucoup de goût et d'adresse pour dessiner l'architecture et tout ce qui en dépend. C'est lui qui fit les dessins sur lesquels les planches de son Vitruve ont été gravées. La belle Façade du Louvre du côté de Saint-Germain-l'Auxerrois, le grand modèle de l'Arc de Triomphe au bout du faubourg Saint-Antoine, et l'Observatoire furent élevés sur ses dessins: (Voyez BERNINI.) Boileau lui a disputé la gloire d'avoir enfanté les deux premiers morceaux; mais c'est une injustice qui fait peu d'honneur à ce poète. Comme architecte Claude Perrault doit tenir un rang parmi les premiers hommes de son siècle; comme médecin il est encore recommandable. Il donna la vie et la santé à plusieurs de ses amis, et nommément à Boileau, qui l'en re- mercia par des épigrammes. Perrault ennemi de la satire, s'étoit déclaré avec tous les gens sages, contre celles du Juvénal François. Le satirique s'en vengea en le plaçant dans son Art Poétique, sous l'emblème de ce docteur de Florence, qui de méchant médecin devint bon architecte. Perrault indigné contre le poète s'en plaignit au grand Colbert. Ce ministre en parla au satirique, qui se contenta de lui répondre: Il a tort de se plaindre; je l'ai fait Précepte. En effet il avoit dit, à la suite de la métamorphose du médecin: Soyez plutôt Maçon, si c'est votre talent. Mais cette réponse l'auroit-elle satisfait, si son ennemi avoit voulu de son côté le rendre la fable du public? Il eut plus de tort encore en faisant contre Perrault cette Épigramme: Oui, j'ai dit dans mes vers, qu'un célèbre assassin, Laissant de Galien la science infertile, D'ignorant Médecin devint Maçon habile. Mais de parler de vous je n'eus jamais dessein; Perrault, ma Muse est trop correcte. Vous êtes, je l'avoue, ignorant Médecin, Mais non pas habile Architecte. C'étoit une double injustice. L'académie des Sciences, qui ne jugeoit point du mérite de Perrault par des satires, se l'associa comme un homme capable de lui faire honneur, non-seulement par ses talens, mais encore par son caractère. Il avoit d'ailleurs des connoissances très-variées même en littérature. On lui appliqua les vers suivens : . . . . . Sparguntur in omnes, In te missa finunt, et qua divisa beatus Efficient, collecta senes. . . . . Cet habile homme mourut le 9 octobre 1688, à 75 ans. Quoiqu'il n'eût guère exercé la médecine que pour sa famille, ses amis et les pauvres, la Faculté plaça son portrait dans ses écoles publiques, parmi ceux des Fernel, des Riolan, etc. Ses principaux ouvrages sont : Une excellente Traduction françoise des livres d'Architecture de Vitruve, 1673, in-folio, entreprise par ordre du roi et enrichie de savantes notes. La seconde édition est de 1684, in-folio, avec des augmentations ; mais les figures sont moins belles que dans la première. II. Un Abregé de Vitruve, à Paris 1674, in-12. III. Un livre intitulé : Ordonnances des cinq espèces de Colonnes, selon la méthode des Anciens, 1683, in-folio, dans lequel il montre les véritables proportions que doivent avoir les cinq ordres d'architecture. IV. Un Recueil de plusieurs Machines de son invention : ouvrage posthume, à Paris 1700, in-4°. V. Essais de Physique, 2 vol. in-4° et quatre in-12 ; les trois premiers en 1680, et le quatrième en 1680. VI. Ses Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des Animaux. Paris 1671, avec une suite de 1676, in-fol., offrent de belles figures. On les a réimprimés à Amsterdam en 1736, en 3 vol. in-4° ; mais les figures de cette édition sont inférieures à celles de la première... Perrault avoit trois frères, tous trois auteurs. Pierre l'amé, receveur général des finances de la généralité de Paris, est connu par un Traité de l'Origine des Fontaines, in-12, et par une traduction du Seau enlevé de Tassoni, en deux vol. in-12. Nicolas le second, docteur en Sorbonne, donna en 1667, 1 vol. in-4°, sous le titre de Théologie Morale des Jésuites. Charles dont nous allons parler, est le plus célèbre parmi les beaux esprits.
III. PERRAULT, (Charles) frère du précédent, né à Paris en 1633, ne se distingua pas moins que lui. Né dans le sein des lettres, il les cultiva dès sa jeunesse. Les muses eurent ses premiers hommages. Sa probité, soutenue par ses connoissances, le fit choisir par le grand Colbert pour contrôleur général des Bâtimens. Aimé et considéré de ce ministre, il employa sa faveur auprès de lui pour l'utilité des arts et de ceux qui les cultivoient. Quiconque excelloit dans quelque genre que ce fût, étoit sûr d'avoir la faveur de Perrault, qui sollicitoit des récompenses ou des pensions. L'académie Françoise lui dut un logement au Louvre ; l'académie de peinture, de sculpture et d'architecture fut formée sur ses Mémoires et animée par son zèle. Ce généreux protecteur des lettres entra des premiers dans celle des Inscriptions. Après la mort de Colbert, Perrault fut déchargé du pesant fardeau de son emploi et jouit enfin des douceurs de la vie paisible. Ce fut alors qu'il se dévoua tout entier aux lettres. Il chanta les merveilles du règne de Louis XIV et la gloire de la nation sous ce monarque. Son Poème intitulé le Siècle de Louis le D d 4 Grand, publié en 1687, parut aux yeux des partisans des An- ciens, la satire la plus inélécente qu'on pût faire des siècles d'A- LEXANDRE et d'AUGUSTE. Boi- leau, indigné de ce qu'il avoit lu ce Poëme à l'académie, fit une épigramme, dans laquelle Apol- lon demandoit : Où peut-on avoir dit une telle infamie ? Est-ce chez les Hurons ? chez les To- pinamboux ? — C'est à Paris. — C'est donc dans l'Hôpital des fous ? — Non. C'est au Louvre, en pleine Académie. Pour soutenir ce qu'il avoit avan- cé, Perrault mit au jour en 1690 sa Parallèle des Anciens et des Modernes, en 4 vol. in-12. Cet ouvrage parut encore plus té- méraire que son Poëme. Il mit au-dessus d'Homère, non-seu- lement nos premiers écrivains, mais les Scudéri et les Chapelain. Despréaux et Racine dont Per- rault n'avoit point parlé dans son Parallèle ou dont il n'avoit dit que des choses qui choquaient leur amour propre, se crurent personnellement offensés. Racine fit un couplet, et Despréaux une épigramme nouvelle ; mais ce satirique ne se permit rien de plus. Le prince de Conti dit un jour, qu'il iroit à l'académie Françoise écrire sur la place de Despréaux : TU DORS. BAUTUS!.. Le satirique se réveilla enfin. Il prit vivement le parti des an- ciens auxquels il étoit si rede- vable. Ses Réflexions sur Longin parurent ; elles furent toutes à leur avantage. A l'exception de quelques légers défauts qu'il re- connoit en eux, il les trouve divins en tout et croit la nature épuisée en leur faveur. « Pin- dare, dit-il, sera toujours Pin- dare, Homère toujours Homère, et les Chapelain des Chapelain, et les Scudéri des Scudéri. » L'abbé Fraguier, partisan des anciens et de Boileau, lança plusieurs épigrammes contre Per- rault, parmi lesquelles celle-ci, dans le goût de Catulle, n'est pas la moins piquante : Peralte noster, delicatus es nimis ! Tibi videtur esse rus merum Plato ; Iliadem Homeri carmen è trivio atti- mas ; Eciam in Marone nauseare diceris ; Tibi Catullus ille non habet salem. Solos Corinos et Capellanos legis. Peralte noster, delicatus es nimis ! Ce procès fut porté au tribunal du public, qui condamna les deux parties. Les défenseurs de Des- préaux et Despréaux lui-même n'ouvroient les yeux que sur les beautés de détail des anciens et les fermoient sur l'ensemble. Les défenseurs de Perrault au con- traire se prévaloient des défauts de l'ensemble, pour ne pas rendre justice aux détails : ainsi l'état de la question ne fut saisi ni de part ni d'autre. On l'eût dé- cidée bientôt, si d'après un exa- non impartial, on avoit com- paré ouvrage à ouvrage : par exemple, les comédies de Mo- lière à celles de Plaute, les tra- gédies de Sophocle à celles de Cor- neille ; mais quel homme étoit capable de faire cette comparai- son ! Aujourd'hui que le public est plus tranquille, si quelque philosophe employoit ce moyen, il verroit que la différence est à notre avantage, et que si les ouvrages des anciens sont quel- quefois des chefs-d'œuvre, ils ne sont pas toujours des mo- dées. (Voyez MOSCHUS.) La ré- ponse de *Perrault* aux *Réflexions sur Longin* fit autant d'honneur à son jugement qu'elle en fit peu au caractère de *Bodeau*. Cet *Aristarque* avoit semé sa réfutation de traits vifs et piquans, et son adversaire n'employa contre lui que la modération et la politesse. Bientôt ils se lassèrent l'un et l'autre d'être les jouets du public dont ils devoient être les maîtres. Leurs amis communs travaillèrent à la paix, et elle fut conclue en 1696. Le calme rétabli, *Perrault* s'occupa des *Éloges Historiques* d'une partie des grands hommes qui avoient illustré le 17$^{e}$ siècle. Il en donna deux vol. in-folio, dont le dernier parut en 1700 avec leurs portraits au naturel, que *Begon*, homme aussi zélé que lui pour la gloire des hommes célèbres, lui fournit. La beauté des portraits et la modération que respirent les *Éloges*, rendent ce recueil précieux. L'auteur n'oublia pas *Arnauld* et *Pascal*; mais les *Jésuites* les firent exclure par la cour, et ce fut alors qu'on cita ce passage de *Tacite*: « *Prafulgebant CASSIUS et BRUTUS eo ipso quod eorum effigies non videbantur*, » Cette allusion les fit remettre dans la suite dans cet ouvrage, d'où ils n'auroient jamais dû être exclus. On l'a réimprimé en Hollande, in-12. Il ne faut pas chercher dans les *Éloges* de *Perrault* les ornemens de l'éloquence. L'auteur au lieu de penser à sa propre gloire comme tant de panégyristes, n'a pensé qu'à celle de ses héros. « La plupart des oraisons funèbres, dit-il, font plus l'éloge du prédicateur que du défunt; et si la réputation de l'auteur en est augmentée, celle du mort demeure presque toujours ce qu'elle étoit. » *Perrault* mourut le 17 mai 1703, à 70 ans, honoré des regrets des gens de lettres. Son amitié étoit tendre et affectueuse, sa probité inaltérable, ses mœurs dignes de servir de modèle aux savans. Un homme de lettres a mis au bas de son portrait ces deux vers d'un anonyme : *Alter Mecconas et Horarius exilis alter,* *Prasidique fovens Musas et carmina condens.* Mais il faut avouer qu'il favorisa plus les muses qu'il n'en fut favorisé. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, on a de lui: I. *Le Cabinet des Beaux-Arsins* ou Recueil d'Estampes où les beaux arts sont représentés avec leurs attributs, Paris, *Edelink*, 1690, in-folio oblong. *Perrault* a enrichi cette collection d'explications en vers et en prose. II. Plusieurs pièces de poésie; les principales sont: Les Poèmes de la *Peinture*, du *Labyrinthe de Versailles*, de la *Création du Monde*, de *Griselidis*; le *Génie*; Épître à *Fontenelle*; le *Triomphe de Ste Geneviève*; l'*Apologie des Femmes*; des *Odes*, des *Contes* en vers, etc., une Traduction en vers françois des *Fables* de *Faërne*, etc. Son Poème de la *Chasse*, Paris 1692, in-12, a été réimprimé dans le recueil qui a pour titre: *Passetemps Poétiques*, Paris 1657 et dans celui de l'académie de 1693. Ses vers ainsi que sa prose manquent un peu d'imagination et de coloris. On y trouve assez de facilité, mais trop de négligence. L'auteur étoit d'ailleurs un homme d'esprit qui méritoit d'être distingué dans la foule des écrivains 426 PER du second ou du troisième ordre. — Son fils PERRAULT d'Arman- court est auteur des Contes des Fées en prose, in-12, dans les- quels on trouve le Petit Poucet et autres Contes bons pour les enfans.
PERRAY, (Michel du) Voy. DUPERRAT.
PERREAU, (Gabrielle) dite la Belle Epicière, Voy. I. NOBLE.
PERRENOT, (Antoine) plus connu sous le nom de Cardinal de GRANVILLE, étoit fils de Ni- colas Perrenot seigneur de Gran- velle et chancelier de l'empereur Charles-Quint. Ce ministre étant en 1550, Charles écrivit à Philippe II son fils : Nous avons perdu vous et moi un bon lit de repos. Antoine fils du chan- celier naquit en 1517 à Besançon, alors ville Impériale. Il fit ses étu- des avec beaucoup de succès, et apprit le latin, le grec, l'aile- mand, l'italien, l'espagnol. Après avoir brillé dans les universités de Padoue et de Louvain, il en- tra dans les ordres sacrés. Son père le mena à la cour de Charles- Quint qui ne tarda pas à l'em- ployer dans les négociations. Le jeune Granvelle s'en acquitta avec autant de facilité que de succès. Semblable à César il occupoit cinq secrétaires à la fois, en leur dictant des lettres en différentes langues ; il en savoit sept par- faitement. A l'âge de 25 ans il fut nommé à l'évêché d'Arras. Il as- sista au concile de Trente et y soutint avec tant de zèle les in- térêts de l'empereur, qu'il en fut récompensé par une charge de conseiller d'état. Son maître le chargea plus d'une fois d'af- faires importantes, dont il se tira avec succès. Une certaine éloquence douce et persuasive lui donnoit un grand ascendant sur les esprits. Charles-Quint en abdiquant l'autorité souveraine, recommanda Granvelle à son suo- cesseur. L'évêque d'Arras s'insi- nua dans les bonnes graces de Philippe II qui en fit son favori. Il passa de l'évêché d'Arras à l'ar- chevêché de Malines, et obtint la dignité de chancelier qu'avoit eue son père. La duchesse de Parme, Marguerite d'Autriche, chargée du gouvernement des Pays-Bas, donna toute sa con- fiance à Granvelle et lui procura le chapeau de cardinal. Toutes ces dignités ou plutôt son zèle peu mesuré contre les Protestans, dont quelques-uns furent con- damnés au dernier supplice, les indisposèrent tellement qu'il crai- gnit pour sa personne. Il demanda au roi la permission de se retirer à Besançon pour quelque temps. L'archevêque de cette ville étant venu à mourir, Granvelle fut élu à sa place ; il ne demeura que peu de temps à Besançon. Il fut chargé de négocier une ligue con- tre la Turc et obtint la vice- royauté de Naples. Il étoit sur le point de revenir à Besançon pour y résider lorsque Philippe II le nomma ambassadeur pour aller conclure et célébrer le mariage de Charles-Philibert due de Sa- voie avec l'infante Catherine fille du roi d'Espagne. Granvelle par- tit et exécuta sa commission. La fatigue de ce voyage lui causa la mort ; il tomba malade à son re- tour et termina sa carrière à Ma- drid le 22 septembre 1586, à l'âge de 70 ans. Le cardinal de Granvelle étoit un homme d'un grand sens, d'un esprit aussi pé- nétrant que solide, qui avoit des vues sûres et étendues, et autant de fermeté que de prudence. Il étoit d'un caractère complaisant sans flatterie, sensible aux injustices et les sachant dissimuler, mais sans trahison; fidelle aux devoirs de l'amitié, bon par tempérament et par principes, mais sévère par zèle; attaché à sa religion et à son roi, mais se prêtant un peu trop aux principes du despotisme de ses maîtres. Nous avons une *Vie* de ce ministre, publiée à Paris en 1753, en deux vol. in-12, par Dom *Prosper Levesque* Bénédictin de la congrégation de Saint-Vannes. **I. PERRIER**, (François) peintre et graveur, né à Mâcon l'an 1590, quitta ses parens dans son enfance par libertinage. Il se rendit à Lyon où il se détermina à être le conducteur d'un aveugle qui alloit à Rome, et par cette industrie peu honorable, il fit son voyage sans frais. Sa facilité à manier le crayon, lui donna entrée chez un marchand de tableaux qui lui faisoit copier les ouvrages des meilleurs maîtres. Les jeunes dessinateurs s'adressoient à lui pour faire retoucher leurs dessins. *Laufranc* eut occasion de le connoître et lui apprit à manier le pinceau. *Perrier* revint à Lyon, où il peignit le petit cloître des Chartreux, et se fit un nom par son goût et ses talens pour son art. On lui conseilla de se fixer dans la capitale. Il vint donc à Paris, où *Vouet* l'employa et le mit en réputation. Cet illustre artiste fut chargé de faire les peintures de la Galerie de l'*Hôtel de la Villière*, aujourd'hui l'*Hôtel de Toulouse*. Son mérite le fit nom- nommer professeur de l'Académie, et il mourut en 1650, à 60 ans. *Perrier* s'est encore distingué par ses gravures qui sont dans une manière nommée de clair-obscur. On a de lui deux *Recueils* gravés à l'eau forte. L'un est intitulé : *Segmenta nobilium Statuarum urbis Romæ*, 1638, in-folio, 100 figures. L'autre a pour titre : *Icones illustrium è marmore Tabularum quæ Romæ extant*, 1645, in-folio, oblong, 50 planches. On a aussi gravé d'après ce maître. On reproche à *Perrier* quelques défauts de correction et un coloris trop noir. Il ne mettoit point assez de choix et d'agrément dans ses airs de tête; mais on ne peut disconvenir qu'il n'ait eu un bon goût de dessin, et que ses compositions ne soient belles, savantes et pleines de feu. Il touchoit le paysage dans la manière des *Carrache*. — *Perrier* a eu un neveu qui fut son élève, *Guillaume PERRIER*. Il peignoit dans sa manière. L'église des Minimes à Lyon offroit plusieurs morceaux de sa main. Ce peintre mourut en 1655.
**II. PERRIER**, (Charles du) poète Latin, né à Aix, fils de *Charles du Perrier* gentilhomme de *Charles* de Lorraine duc de *Guise* gouverneur de Provence, étoit neveu de *François du Perrier*, l'un des plus beaux esprits de son temps, à qui *Malherbe* adresse les belles Stances qui commencent par ce vers : Ta douleur, du *Perrier*, sera donc éternelle ? Il fit ses délices dès sa jeunesse, de la poésie Latine, et il y réussit. Il donna souvent de bons avis à *Santeuil*, dont il étoit 428 PER ami; mais il devint jaloux de la gloire de son disciple. Après avoir disputé avec chaleur l'un contre l'autre dans la conversation, ils en vinrent aux défis et aux écrits. Ils prirent pour arbitre *Ménage*, qui donna gain de cause à *du Perrier* qu'il ne fait pas difficulté d'appeler le *Prince des Poètes Lyriques*. Il cultivoit aussi la poésie Françoise, et même avec assez de succès. L'académie le couronna deux fois, d'abord pour une légitopée en 1681, puis en 1682 pour un Poème. Le Parnasse perdit *du Perrier* le 28 mars 1692. On a de lui: I. De fort belles *Odes* latines. II. Plusieurs *Pièces* en vers françois. III. Des *Traductions* en vers de plusieurs écrits de *Santeuil*; car ces deux poètes demeurèrent toujours amis malgré leurs querelles fréquentes. *Du Perrier* avoit les travers des poètes ainsi que leurs talens. Il étoit sans cesse occupé de ses vers et il les récitoit au premier venu. *Boileau* qui avoit été souvent fatigué par ce versificateur importun, lui lança dans son *Ant Poétique* ce trait imité du *Recitator acerbus d'Horace*: Gardez-vous d'imiter ce rimeur furieux, Qui de ses vains écrits lecteur harmonieux, Aborde en récitant quiconque le salue, Et poursuit de ses Vers les passans dans la rue. *Du Perrier* disoit un jour: « Il n'y a que les fous qui n'estiment pas mes vers. » D'*Herbelot* lui répondit par ce passage de *Salomon*: *STULTORUM INFINITUS EST NUMERUS...*
III. PERRIER, (Scipion du) jurisconsulte Provençal, mort en 1667, à 79 ans, est connu dans le barreau par ses *Questions notables* qui sont estimées. Il joignoit à la science propre à son état, tous les sentimens d'un vrai Chrétien. Il consultoit toujours *gratis* pour les pauvres. *Les autres consultations*, disoit-il, *sont pour mes héritiers*; mais celles-ci sont pour moi-même.
IV. PERRIER, (François) avocat au parlement de Dijon, mort en 1700, à 55 ans, eut de la réputation dans sa province. On a de lui un *Recueil d'Arrêts* du parlement de Bourgogne, donné par *Raviot*, Dijon, 1735, deux vol. in-folio.
PERRIÈRE, (Jacques Charles François de là) né à Marancené en Aunis, mort en 1777, est connu par son *Mécanisme* de l'*Flectricité*, en 1756, deux vol. in-12, et par sa *Physique nouvelle céleste et terrestre*, 1766, trois vol. in-12, où l'on trouve quelques idées justes et d'autres chimériques. I. PERRIN, (Pierre) né à Lyon, entra dans l'état ecclésiastique. Son esprit intrigant plutôt que son mérite, lui procura la place d'introducteur des ambassadeurs près de *Gaston* de France duc d'Orléans. Il imagina le premier de donner des Opéra françois à l'imitation de ceux d'Italie, et obtint le privilège du roi en 1669. L'abbé *Perrin* céda ce privilège à *Lulli* en 1672. On a de lui quatre *Opéra*, des *Odes*, des *Stances*, des *Élégies*, et un grand nombre d'autres *Poésies*, qui sont toutes du style de la *Pucelle* de *Chapelain*. Une de ses pastorales mise en musi- par *Cambert* est le premier Opéra joué en France. Ses *Jeux de Poésies* sur divers insectes, sont de tous ses ouvrages le moins mau- vais, quoique la versification en soit fade, incorrecte et trai- nante. Ce rimeur mourut à Paris en 1680. Ses différentes *Poésies* avoient été recueillies en 1661, en trois vol. in-12. Il traduisit l'*Enéide* en vers héroïques ou plutôt gothiques, deux volum. in-4. Une seconde édition de cet ouvrage se fit à Paris chez *Loyson* en 1664 avec des figures en taille douce gravées par *Abra- ham Bosse*, en 2 vol. in-12.
II. PERRIN, (Charles-Jo- seph) Jésuite, né à Paris en 1690, mourut à Liège en 1767. Après la disgrace de sa Société, l'archevêque de Paris, qu'il in- téressa en faveur de ses con- frères, lui donna un asile dans son palais. C'étoit un religieux qui édifioit autant par la régu- larité de sa conduite qu'il tou- choit par la douceur de ses mœurs. Mais son zèle trop ardent pour sa Société expirante, pensa lui être funeste. Il prêcha avec succès dans les villes les plus considé- rables de France et sur-tout dans la capitale. Ses *Sermons* ont été publiés en quatre vol. in-12, à Liège en 1768. On y trouve un style facile, mais quelquefois incorrect ; des raisonnemens pleins de force et de solidité ; un pathétique mêlé d'onction, des images vives et touchantes.
III. PERRIN, (Denis Marius de) chevalier de Saint-Louis, mort en 1754, à 72 ans, homme d'esprit et de bonne société, fut l'éditeur des lettres de *Sévigné*, en six vol. in-12.
PERRIN DEL VAGA, *Voyes* BUONACORSI. I. PERRON, (Jacques Davy du) vit le jour dans le Canton de Berne le 25 novembre 1556, de parens Calvinistes, d'une maison ancienne de Basse-Normandie. Élevé dans la religion Protestante par *Julien Davy* son père gen- tilhomme très-savant, il apprit sous lui le latin et les mathé- matiques. Le jeune du *Perron*, né avec une facilité surprenante, étudia ensuite de lui-même le grec, l'hébreu, la philosophie et les poètes. *Philippe Desportes* abbé de Tyron, le fit connoutre au roi *Henri III*, comme un prodige d'esprit et de mémoire. La grace ayant éclairé son es- prit, il abjura ses erreurs et embrassa l'état ecclésiastique. Ses talens le firent choisir pour faire l'Oraison funèbre de la reine d'E- cosse et celle du poète *Ronsard*. Il ramena à l'Eglise Catholique, par la solidité de ses raison- nemens un grand nombre de Protestans. *Henri Sponde*, depuis évêque de Pamiers, et *Jean Sponde*, furent deux de ses conquêtes. Ce prélat en fit de- puis un aveu solennel dans l'É- pitre dédicatoire de la première édition de son *Abrégé des An- nales de Baronius*, qu'il dédia au cardinal du *Perron*. Les évê- ques demandèrent qu'un homme qui travaillait si utilement pour l'Eglise, fût élevé aux dignités ecclésiastiques. En 1593, sous le pape *Clément VIII*, du *Perron* fut sacré à Rome évêque d'E- vreux, par le cardinal de *Joyeuse* archévêque de Rouen. En 1600, il eut avec du *Plessis-Mornay*, en présence du roi, une Con- férence publique, dans laquelle il triompha de ce seigneur Calviniste. Il lui fit remarquer plus de 500 fautes dans son Traité contre l'Eucharistie. *Mornay* ne pouvant défendre les passages que son adversaire l'accusoit d'avoir altérés, se retira promptement à Saumur. (*Voy. MORNAY.*) *Henri IV* dit à cette occasion au duc de Sully : *Le Pape des Protestans a été terrassé.*—*SIRÉ*, répondit le duc, *c'est avec grande raison que vous appelez MORNAY Pape ; car il fera DU PERRON Cardinal.* En effet, la victoire qu'il avoit remportée contribua beaucoup à lui procurer la pourpre Romaine et l'archevêché de Sens. *Henri IV* l'envoya ensuite à Rome, où il assista aux congrégations de Auxiliis. Ce fut lui principalement qui détermina le pape à ne point donner de décision sur ces matières. Quand il fut revenu en France, le roi l'employa à différentes affaires, et l'envoya une troisième fois à Rome pour accommoder le grand différend de *Paul V* avec la république de Venise. On assure que ce pape avoit tant de déférence pour les sentimens du cardinal du Perron, qu'il avoit coutume de dire : *Prions Dieu qu'il inspire le Cardinal du Perron ; car il nous persuadera tout ce qu'il voudra.* La foiblesse de sa santé lui fit demander son rappel en France. Après la mort à jamais déplorable de *Henri IV*, il employa tout son crédit pour empêcher qu'on ne fit rien qui déplût à la cour de Rome. Dans les États généraux assemblés en 1614, le Tiers-état proposa un article qui portoit : *Que l'assassinat commis en la personne de Henri III et de Henri IV, obligoit tous les bons François à* condamner la doctrine qui permet de tuer tous les Tyrans, et qui donne au Pape le pouvoir de déposer les Rois et d'absoudre les sujets du serment de fidélité. Le Tiers-état espéroit d'être appuyé par la Noblesse ; mais ce second corps du royaume ayant su que le projet de condamnation offensoit les prélats, résolut de s'en désister. « Pour le confirmer dans ses dispositions, la chambre ecclésiastique le fit haranguer le dernier jour de l'année 1614 par le cardinal du Perron, assisté des archevêques d'Aix, de Lyon, et de quelques autres prélats. Le cardinal représenta les suites que l'article mis à la tête du cahier du Tiers-état pouvoit avoir : *Que les conciles seuls avoient droit de décider une pareille question ; que la loi qu'on exigeoit avoit été fabriquée à Saumur et en Angleterre ; et que tous les membres de la Chambre ecclésiastique souffriroient plutôt le martyre que de s'y soumettre.* La harangue du cardinal fut si efficace que la chambre de la Noblesse se joignit à celle du Clergé, et nomma douze députés qui accompagnèrent ensuite le même prélat lorsqu'il alla, le 2 janvier 1615, haranguer le Tiers-état, pour leur faire entendre les raisons des deux chambres. « Le cardinal fulmina d'abord, dit l'abbé de Choisi, contre ceux qui attentent à la vie des rois. Il cita le canon du concile de Constance, qui dit anathème et malédiction éternelle à quiconque assassine les rois. Il est vrai que le cardinal dit qu'en certain cas, comme si un roi renonçoit à Jésus-Christ et se faisoit Mahométan, la plupart des docteurs prétendent que le Pape pouvoit l'excommunier et le déposer ; qu'il ne soutenoit pas cette proposition, mais qu'au moins elle étoit problématique, puisqu'avant Luther et Calvin tous les docteurs du monde Chrétien l'avoient soutenue, et qu'on voyoit les maux qui étoient arrivés en Angleterre depuis que l'opinion contraire y avoit prévalu. » Cependant le parlement de Paris décida par un arrêt du 2 janvier 1615, ce que les états ne vouloient pas décider ; du Perron et quelques autres membres du clergé eurent beau solliciter la cassation de cet arrêt, il fut regardé par tous les bons citoyens comme une loi fondamentale du royaume. Du Perron ne montra pas moins de zèle dans l'affaire excitée par le livre du docteur Richer sur la Puissance Ecclésiastique et Politique. Il assembla ses évêques suffragans à Paris, et leur fit anathématiser l'auteur et l'ouvrage. L'espèce d'Inquisition qu'il établit contre ses partisans, lui fit tort dans l'esprit des personnes modérées. Enfin il mourut à Bagnolet près de Paris le 5 septembre 1618, à 63 ans, avec la réputation d'un mauvais François, d'un prêtre politique et d'un prélat ambitieux. On a dit de ce cardinal, par allusion à ses grands talens et à la foiblesse de ses jambes. « Qu'il ressembloit à la statue de Nabuchodonosor, dont la tête d'or et la poitrine d'airain étoient portées sur des pieds d'argile. » Plusieurs écrivains Protestans, qui vouloient couvrir la défaite de Mornay en montrant que du Perron soutenoit le vrai comme le faux, l'ont accusé d'irréligion : ils prétendent « qu'après avoir prouvé l'existence de Dieu en présence de Henri III, il lui proposa de prouver par des raisons aussi fortes, qu'il n'y en avoit point. » Mais cette anecdote n'est appuyée sur aucun fondement solide, et la haine dogmatique que ses controverses avoient inspirée aux Calvinistes, en a été vraisemblablement la source. Cependant cette calomnie s'accrédita dans le public ; car du Perron ayant traité d'ignorant l'avocat général Servin, celui-ci lui répondit : Il est vrai, Monseigneur, que je ne suis pas assez savant pour prouver qu'il n'y a point de Dieu. De la Place qui rapporte cette réponse, ajouta que le cardinal du Perron eut quelques autres mortifications ; ayant envoyé chercher un jour un curé de Paris pour une affaire avec ordre de ne pas tarder de venir, le curé lui fit répondre : Allez dire à Monseigneur le cardinal, qu'il est curé à Rome et que je le suis à Paris ; qu'il est sur ma paroisse et que je ne suis pas sur la sienne. — Il a raison, dit le cardinal, je suis son paroissien, c'est à moi de l'aller trouver ; et il se rendit sur-le-champ chez lui. Les ouvrages du cardinal du Perron ont été imprimés en 3 vol. in-folio, précédés de sa Vie. Ils renferment : I. La République au Roi de la Grande-Bretagne. II. Un Traité de l'Eucharistie, contre du Plessis-Mornay. III. Plusieurs autres Traités contre les Hérétiques. IV. Des Lettres, des Harangues, et diverses autres Pièces en prose et en vers. Les livres de controverse de ce célèbre cardinal offrent une vaste érudition ; mais lorsqu'il est question des prérogatives du pape, il ne peut s'empêcher de laisser entrevoir ses préjugés. Ses Poésies, placées au- 432 P E R trefois parmi les meilleures productions de notre Parnasse, en seroient aujourd'hui les plus médiocres. Le sacré y est mêlé avec le profane ; on y trouve des *Stances amoureuses* et des *Hymnes*, des *Complaintes* et des *Pseaumes*, etc. V. On a encore de lui : *Le Recueil de ses Ambassades et de ses Negociations*, publié à Paris, in-folio, 1623. On y sent plus l'homme éloquent que le génie méditatif, et elles ne peuvent servir ni de modèle ni de leçon aux négociateurs. « *Du PERRON*, dit M. *Anquetil* en le comparant à d'*Ossat*, étoit un *parleur*, et d'*Ossat* un *penseur*. Les Lettres du premier sont peu estimées ; celles du second sont devenues le livre des ministres. On y remarque surtout une politique pleine de probité, et un style ferme et nerveux. *D'Ossat* étoit fils d'un maréchal ferrant, et s'est élevé par son seul mérite. On lui doit, plus qu'à nul autre, la réconciliation d'*Henri IV* avec le saint Siège. Ses Lettres respirent la candeur, la probité, le zèle le plus vif pour le roi et la patrie. Il écrit en homme désintéressé et qui ne tire point vanité de ses services. *Du Perron* au contraire est emphatique, et n'oublie point à faire valoir ses moindres démarches... » Le livre intitulé *PERRONIANA*, fut composé par *Christophe Dupuy*, prieur de la Chartreuse de Rome, et frère des célèbres *Dupuy*, qui le recueillit, dit-on, sur ce qu'il avoit appris d'un de ses frères attaché au cardinal *du Perron*. *Isaac Vossius* le fit imprimer à la Haye, et *Daillé* à Rouen, en 1669, in-12. Il y en a eu dans la suite plusieurs autres éditions. Quelques auteurs prétendent que *du Perron* n'a pas dit tout ce qu'on lui prête dans ce livre. Et il est vraisemblable que quelques anecdotes, quelques réponses ont été mal rendues ou altérées. D'un autre côté il seroit injuste de juger d'un homme célèbre, par ce qu'il dira dans une société familière, où il ne se montre qu'en déshabillé. Le cardinal *du Perron* faisoit toujours imprimer ses livres deux fois avant que de les mettre au grand jour : la première, pour en distribuer des exemplaires à des juges éclairés ; la seconde, pour les donner au public après avoir profité de leurs avis. Malgré cette précaution, presque aucun de ses livres ne lui a survécu, soit que le style ait vieilli, soit qu'on ait fait mieux après lui. *Voyez la Vie* de ce cardinal par M. de Burigny, Paris, 1768, vol. in-12.
II. PERRON DE CASTERA, (Louis-Adrien du) mort résident de France en Pologne, le 28 août 1752, à 45 ans, avoit de l'esprit, du savoir, et connoissoit beaucoup la littérature étrangère. Il a traduit en françois le *Newtonianisme des Dames*, deux vol. in-12; et la *Lusade* du *Camoëns*, 3 vol. in-12: ouvrage qui a été éclipsé par la version du même Poème, donné en 1776, deux vol. in-8°, par l'auteur de la tragédie de *Warwick*. On a encore de *du Perron* : I. *L'Histoire du Mont-Vésuve*, in-12. II. *Léonidas et Sophronie*, in-12. III. *La Pierre Philosophale des Dames*, in-12. IV. *Le Tombeau d'Orcavelle*, in-12. V. *Clitophon et Leucippe*, in-12. VI. *Entre-tretiens littéraires et galans*, deux vol. VII. *Le Théâtre Espagnol*, 1738, in-12, 2 tomes. VIII. Le Phénix et le Stratagème de l'Amour, comédies publiées, l'une en 1731, l'autre en 1739, etc. Son style, sur-tout dans la Lusiade, est boursouflé et incorrect. Il est un peu plus naturel dans ses autres ouvrages.
PERRON, Voyez HAYER.
PERRONET, (N.) membre de l'académie des Sciences, s'éleva par ses talens et ses succès à la place de directeur général des ponts et chaussées de France. Les ponts de Neuilly, de Mantes et d'Orléans furent construits sous sa direction, et il en publia la description, 1783, deux volum. in-folio. On lui doit encore un savant Mémoire sur les moyens de construire de grandes arches de pierre d'une ouverture considérable, pour franchir de profondes vallées bordées de rochers escarpés, 1793, in-4. On en trouve plusieurs autres de lui dans le recueil de l'académie des Sciences. Perronet réunissait les vertus de l'honnête homme au génie d'un grand architecte. Il est mort en 1796.
PERROT, (Nicolas) sieur d'ABLANCOURT, naquit à Châlons-sur-Marne le 5 avril 1606, d'une famille très-distinguée dans la robe. Paul Perrot de la Salle, son père, avoit eu part à la composition du Catholicon. Son fils fut digne de lui : la vivacité de sa pénétration et de son esprit, lui fit faire des progrès rapides dans les belles-lettres et la philosophie. D'Ablancourt vint briller de bonne heure dans la capitale, où il fut reçu avocat au parlement de Paris à l'âge de 18 ans. Ce fut alors qu'il abjura solennellement le Calvinisme, à la sollicitation de Cyprien Perrot son oncle conseiller de la grand-chambre, qui voulut en vain lui faire embrasser l'état ecclésiastique. Cet état ne s'accordoit point avec le goût qu'avoit d'Ablancourt pour les plaisirs. Il passa cinq ou six ans dans la dissipation des personnes de son âge, sans négliger néanmoins l'étude des belles-lettres. Il fit alors la Préface de l'Honnête Femme, de son ami le Père du Bosc. Cet écrit dans lequel il n'y a rien d'extraordinaire, fut regardé comme un chef-d'œuvre. D'Ablancourt, à l'âge de 25 à 26 ans, rentra dans la Religion prétendue Réformée. Il se retira en Hollande, pour laisser passer les premiers bruits de ce nouveau changement, et de là en Angleterre. De retour en France, il se fixa à Paris, où il voyoit ce qu'il y avoit de plus distingué et de plus ingénieux. L'Académie Françoise se l'associa en 1637. Contraint de quitter la capitale, pour aller dans la province veiller sur son bien, il se retira à sa terre d'Ablancourt, où il demeura ensuite jusqu'à sa mort, arrivée le 17 novembre 1664, à 59 ans. On lui fit l'Épitaphe suivante : L'illustre d'Ablancourt repose en ce tombeau ! Son génie à son siècle a servi de flambeau. Dans ses nombreux Écrits toute la France admire Des Grecs et des Romains les précieux trésors ; A son trépas on ne peut dire, Qui perd le plus, des vivans ou des morts. E q Cet homme célèbre n'avoit point la ridicule présomption des petits esprits : il consultoit avec soin sur ses ouvrages *Patru*, *Concert* et *Chopelain*, ses amis intimes, dont le premier a écrit sa *Vie*. Mais sur la fin de ses jours, lorsqu'il venoit faire imprimer ses ouvrages à Paris, l'impatience qu'il avoit de retourner chez lui l'empêchoit de profiter de leurs conseils. Cette impatience augmenta avec l'âge : aussi ses dernières traductions sont beaucoup moins exactes que les autres. Quand on lui demandoit pourquoi il aimoit mieux être traducteur qu'auteur ? il répondoit, que la plupart des Livres n'étoient que des redites des Anciens ; et que pour bien servir sa Patrie, il valoit mieux traduire de bons Livres que d'en faire de nouveaux qui le plus souvent ne disent rien de neuf. Peu d'auteurs cependant auroient été plus capables que lui de composer ; il savoit la philosophie, la théologie, l'histoire et les belles-lettres. Il entendoit l'hébreu, le grec, le latin, l'italien, l'espagnol. *Pellisson* dit que « sa conversation étoit si admirable qu'il eût été à souhaiter qu'un greffier y fût toujours présent pour écrire ce qu'il disoit » ; mais ces éloges ne doivent pas être pris à la lettre. Il est certain qu'il avoit beaucoup de chaleur dans l'esprit, et qu'il avoit, comme il disoit lui-même, le feu de trois Poètes quoiqu'il n'ait jamais pu faire deux vers de suite. Le grand *Colbert* l'avoit choisi pour écrire l'Histoire de *Louis XIV*, et lui avoit donné une pension de mille écus. Mais ayant dit à ce prince que d'*Ablancourt* étoit Protestant : *Je ne veux point d'un His-* *torien*, reprit le Roi, qui soit d'une autre Religion que moi. Sa pension lui fut néanmoins conservée. Les auteurs qu'il a traduits sont : I. *Minutius Felix*. II. *Quatre Oraisons de Cicéron*. III. *Tacite*. IV. *Lucien*, dont la seconde édition est la meilleure. V. *La lletraite des Dix-mille de Xénophon*. VI. *Arrien* des guerres d'*Alexandre*. VII. *Les Commentaires de César*. VIII. *Thucydide*. IX. *L'Histoire de Xénophon*. X. *Les Apophtegmes des Anciens*. XI. *Les Stratagèmes de Frontin*, à la fin desquels on trouve un petit *Traité* de la manière de combattre des Romains. XII. *L'Histoire d'Afrique de Mormol*, à Paris, 1667, trois vol. in-4°. Cette version d'un ouvrage curieux est encore lue avec plaisir. Dans ses autres Traductions d'*Ablancourt* parut à ses contemporains rendre le sens de l'original, sans lui rien ôter de sa force ni de ses graces. Ils trouvèrent ses expressions vives, hardies et éloignées de toute servitude. Ils croyoient lire des originaux et non pas des traductions : mais il se donne trop de liberté ; il omet ce qu'il n'entend point, et il paraphrase ce qu'il entend : c'est ce qui a fait appeler ses Versions les Belles infidelles. Son style n'a pas conservé à nos yeux les agrémens qu'on y trouvoit il y a 150 ans. Et quand on réimprime quelques-unes de ses versions, on est obligé de les retoucher pour les rendre plus fidelles et plus élégantes.
PERRY, (Jean) ingénieur Anglois fut appelé en Russie par *Pierre I*, qu'il seconda dans l'art de construire les vaisseaux et de creuser des canaux : ce qui lui donna occasion de composer une Relation de l'état de cette monarchie. Elle a été traduite en françois sous ce titre : *État présent de la Grande Russie*, in - 12. On y trouve des particularités assez curieuses sur le règne du czar *Pierre*. *Perry* revint en Angleterre en 1712, s'illustra par ses travaux dans différents ports, entr'autres dans celui de Dublin, et mourut en 1733.
PERSANT, *Voy. I. PRÉVOT.*
PERSE, (*Aulus PERSIUS Flaccus*) poète Latin, naquit selon quelques-uns à Volterre en Toscane, et selon d'autres à Tiguia dans le golfe de la Spezzia, l'an 34 de Jésus-Christ. Il étoit chevalier Romain, parent et allié des personnes du premier rang. Après avoir fait ses premières études dans sa patrie, il les continua à Rome sous la discipline du grammairien *Palémon*, du rhéteur *Virginius*, et de *Cornutus* célèbre philosophe Stoïcien qui lia avec lui une étroite amitié. *Néron* sous lequel *Perse* versifia, avoit la fureur de la poésie. Les véritables poètes couvrirent ce monarque versificateur, des traits de la satire et de l'ironie. *Perse* entraîné par sa colère et par le dépit, répandit sur lui des torrens de bile. Pour mieux ridiculiser l'empereur, il inséra dans ses satires quelques morceaux de ses pièces. On prétend que ces vers, *Terva mimalloneis impleurunt cornua bombis*, et les trois suivans, sont de *Néron*. Il osa le comparer au roi *Midas*: *Auriculus asiai MIDAS habet*. C'étoit irriter un tigre. Le philosophe *Cornutus* précepteur du poète, sentit le danger de ce bon mot et lui fit mettre : *Quis non habet* ? Autant les Satires de *Perse* respirent le fiel et l'emportement, autant il étoit doux, enjoué, liant dans la société. Quoique libre dans la peinture qu'il fait des vices, il avoit des mœurs austères. Il mourut l'an 62 de Jésus-Christ, à 28 ans, après avoir immortalisé dans ses Satires le nom de son ami *Cornutus*, auquel il légua sa bibliothèque et environ vingt-cinq mille écus ; mais *Cornutus* ne voulut que les livres, et laissa l'argent aux sœurs de *Perse*. Combien aujourd'hui de philosophes, dit le *P. Tarteron*, auroient tout retenu ! Il revit les ouvrages de ce poète, et supprima ceux qu'il avoit composés dans sa jeunesse, entr'autres, ses vers sur *Arrie* illustre dame romaine parente de *Perse*. Il nous reste de lui six *Satires*, imprimées ordinairement à la suite de *Juvenal*. (*Voyez JUVENAL*) Ce poète paroît dur et inintelligible à bien des lecteurs : mais est-ce sa faute, disent ses partisans, si nous ne l'entendons pas ? Écrivoit-il pour nous ? Il faudroit connoître les personnes auxquelles il fait allusion, pour goûter ses Satires. Plusieurs de ses traits sont uniques pour l'énergie. Ses contemporains en sentoient tout le prix, parce qu'ils en avoient la clef et qu'ils ne perdoient rien de la finesse des applications. *Dusaux* qui a si bien traduit *Juvenal*, a traité *Perse* avec moins d'indulgence que ses commentateurs. Il apprécie le talent de ce poète par les choses que tout le monde entend, sur lesquelles les glossateurs et les traducteurs sont tous d'accord ; et il lui reproche E e 2 436 PER « de l'avoir jamais de gaieté, quoiqu'il ait toujours la prétention d'en avoir; d'être succinct plutôt que précis c'est-à-dire d'être précis parce qu'il est stérile; d'avoir écrit des Satires sans avoir étudié le monde, sans tâcher même de peindre l'homme corrompu par la société; de laisser enfin le vice et le ridicule en paix, pour établir des principes de Stoïcisme dans un siècle où la morale la plus douce et la plus indulgente auroit paru une pédanterie. » Si l'on demande à *Dusaulx* comment il est arrivé que tant de savans, tant d'hommes de goût et d'esprit se sont obstinés à commenter, à lire, à traduire un poète qui a tant de défauts, et qui est si difficile à comprendre ? Il répondra : précisément comme il arrive, que des gens de goût et d'esprit s'obstinent quelquefois à trouver le mot d'une énigme qui est mal faite et mal versifiée. *Perse* est une énigme en 700 vers; mais c'est une énigme qui nous vient de l'antiquité. Cependant *Dusaulx* ne dit point qu'il n'y ait rien de beau dans *Perse*. Il y admire des vers philosophiques, qui peignent la vertu avec cette majesté que les *Antonin* et *Marc-Aurèle* lui donnèrent depuis sur le trône de l'empire. *Perse* ressemble à ces Oracles, qui au milieu d'un langage enveloppé de ténèbres, laissoient échapper des mots dignes de sortir de la bouche des Dieux. Nous en avons plusieurs Traductions en français. Celle du Père *Tarteron* est une des moins mauvaises. L'abbé le *Monnier* en a publié une depuis peu, qui a été assez bien accueillie. Il en a paru une autre en 1776, in-8°, par *Sélis*, et ces deux nouveaux traducteurs, pour soutenir chacun la prééminence de leur version, ont fait entre eux une espèce de petite guerre. I. PERSÉE (Mythol.) fils de *Jupiter* et de *Danae*, est célèbre dans la Fable par ses exploits. *Acrisie* père de cette princesse, ayant appris de l'Oracle que son petit-fils lui donnerait la mort, fit enfermer *Danaé* dans une forteresse, afin qu'elle n'eût point d'enfants. Mais *Jupiter* se changea en pluie d'or, corrompit ses gardes, et eut de *Danaé* un fils nommé *Persée*. *Acrise* ayant appris que sa fille etoit enceinte, la fit enfermer dans un coffre, et jeter dans la mer; mais les flots le portèrent heureusement sur les côtes de la Daunie en Italie, et il y fut recueilli par des pêcheurs qui y trouvèrent la mère et l'enfant en vie. On les porta l'un et l'autre au roi *Pilumnus* qui ayant appris la naissance de *Danaé* et son aventure, l'épousa, et envoya son fils à *Polidecte* son parent roi de l'isle de Sériphe, pour l'élever. Quand le jeune *Persée* fut en âge de porter les armes, il reçut de *Mercure* ses talonnières et une épée recourbée. *Minerve* lui fit présent de son égide, et dans cet équipage il entreprit son expédition contre les *Gorgones*. Elles étoient trois sœurs: *Meduse*, *Sihéno* et *Euryale*, qui habitoient à l'extrémité de l'Éthiopie. Ces monstres avoient une chevelure de serpens et un seul œil pour elles trois, dont elles se servoient tour-à-tour pour changer en pierre tous ceux qui les regardoient. *Persée* étant arrivé dans le pays des *Gorgones*, se couvrit du bou- elier de *Minerve* qui étoit d'un airain luisant, par le moyen du- quel ayant apperçu *Méduse*, la plus redoutable de toutes, qui avoit fermé son œil et étoit en- dormie, il lui trancha la tête d'un seul coup, et l'attacha à son bouclier. Après cet exploit, il revint en Mauritanie, où par le moyen de cette tête, il chan- gea en montagne le roi *Atlas* qui lui avoit refusé l'hospitalité. Il en usa de même à l'égard du mons- tre marin à la fureur duquel la jeune *Andromède* étoit exposée, et l'épousa après l'en avoir déli- vrée. *Phinée* et ses complices qui avoient entrepris de lui enlever sa femme, éprouvèrent le même sort : ils furent tous ou tués ou changés en pierre. De retour dans sa patrie avec *Andromède*, il changea *Prætus* en pierre; et sans se souvenir de la cruauté de son aïeul à l'égard de sa mère, il le rétablit dans son royaume. *Hygin* prétend que *Danae* n'a- borda point sur la côte des Dau- niens, mais dans l'isle de Sériphe où elle épousa *Polydévie*, et où *Acrise* son père fut tué d'un coup de palet par *Persée* qui ne le connoissoit point. Il ajoute que *Persée* fut si aïlligé de cet acci- dent qu'il en sécha de douleur, et que *Jupiter* touché de com- passion le transporta au nombre des constellations. *Persée* fut ho- noré comme un Dieu à Chem- nis, ville de la Thébaïde. Il y eut un temple carré, environné de palmiers, où il apparoissoit sou- vent avec une chaussure de deux condées de longueur, ce qui étoit selon les prêtres le présage d'une grande fertilité.
II. PERSÉE, dernier roi de Macédoine, succéda à son père *Philippe*, (*Voy. ce mot*, n° II.) l'an 178 avant J. C. Il hérita de la haine et des desseins de son père contre les Romains. Après s'être assuré de la couronne par la mort d'*Antigonus* son com- pétiteur, il leur déclara la guerre. Il défit d'abord l'armée Romaine sur les bords du Pénée; mais dans la suite il fut vaincu et en- tièrement défait à la bataille de Pydne par le consul *Paul-Emile*, et mené à Rome en triomphe devant le char du vainqueur, qui avoit d'abord été très-sensible à son humiliation. L'ayant vu après la bataille, prosterné humble- ment à ses pieds, il le consola de sa disgrace; et adressant la pa- role aux Romains qui l'environ- noient, il leur dit : « *Vous voyez* *devant vos yeux un exemple frap-* *pant de l'inconstance des choses humaines. C'est à vous*, jeunes Ro- mains, que je donne principale- ment cet avis. Convient-il après cela, quand nous jouissons de la prospérité, de traiter qui que ce soit avec hauteur et avec dureté, puis- que nous ignorons le sort qui nous attend à la fin du jour ? Celui-là seul sera véritablement homme, dont le cœur ne s'enflera point dans la bonne fortune ni ne s'a- battra pas dans la mauvaise... » *Persée* mourut dans les fers quel- ques années après, vers l'an 168 avant J. C.
PERSEPHONE, *Voy.* PRO- SERPINE.
PERSÈS, *Voyez* MEDUS.
PERSON, ( Claude ) mé- decin, né à Châlons-sur-Marne, exerça avec honneur sa profes- sion à Paris, où il est mort en 1758, après avoir publié des *Elé-* E e 3 mens d'anatomie raisonnée, qui eurent du succès dans le temps.
PERSONA, (Gobelin) né en Westphalie en 1358, devint official de l'évêque de Paderborn, et mourut vers l'an 1420. C'étoit un homme zélé et fort versé dans l'étude des Pères et dans celle de l'histoire. Nous avons de lui un *Chronicon universale*, depuis *Adam* jusqu'en 1418. *Henri Meibomius* publia en 1599, infolio, cet ouvrage qui est très utile pour la connoissance des événements qui se sont passés dans les XIIIe et XIVe siècles, sur-tout en Allemagne. L'auteur avoit plus de critique qu'on n'en avoit de son temps. Il forme des doutes sur l'histoire de *Ste. Ursule* et de *Ste. Catherine*, et reprend hardiment les abus qui s'étoient glissés dans certaines églises.
PERSONNE, V. ROBERVAL.
PETANA, Voy. CONTO.
PERTINAX, (Publius Helvius) né à *Villa-Martis*, près de la ville d'Albe, le 1er août 126, étoit fils d'un affranchi nommé *Helvius*, qui gagnait sa vie à cuire des briques. Il fut néanmoins élevé avec soin dans les belles-lettres, et y fit tant de progrès qu'il les enseigna avec réputation dans la Ligurie. Il prit ensuite le parti des armes, et s'éleva par son mérite jusqu'aux charges de consul, de préfet de Rome, et de gouverneur de plusieurs provinces considérables. Enfin après la mort de *Commode*, il fut élu empereur Romain à 70 ans par les soldats prétoriens, le 1er janvier 193. La première action d'autorité qu'il fit, fut de réprimer l'insolence des cohortes prétoriennes qui insultoient hautement à Rome le peuple et bravoient les citoyens. Il bannit aussi les délateurs qui s'étoient encore introduits de nouveau à la faveur d'un ministère corrompu; et il abolit quantité d'abus que l'iniquité des temps faisoit tolérer. Résolu d'imiter les deux *Antonin*, il expesa en vente tous les biens et tous les meubles du palais de *Commode*, qui étoient à ce prince en propre, et il remit ceux qu'il avoit usurpés sur des particuliers. Il ne voulut point permettre qu'on mit son nom à l'entrée des lieux qui étoient du domaine impérial, disant qu'ils appartenoient à l'empire, et non à lui. Tous les fonds stériles que les empereurs possédoient en Italie et ailleurs et qu'on appeloit leur domaine, furent remis à ceux qui les voudroient cultiver. Pour encourager ceux qui se chargeraient de les faire valoir, il leur accorda dix ans d'exemption de taxes, avec promesse de ne les vexer en aucune manière tout le temps de son règne. Il remit aussi au peuple tous les péages et les impôts qu'on levoit sur les bords des rivières, dans les ports, sur les grands chemins, et enfin tout ce que le despotisme avoit établi aux dépens de la liberté publique. Il fit vendre à l'encan les bouffons et les farceurs de *Commode*, au moins ceux que leurs obscénités avoient trop fait connoître, et qui s'étoient enrichis par des voies mal-honnêtes. Il réduisit à la moitié les dépenses ordinaires de palais. Sa table étoit frugale; chacun voulant imiter le prince, les vivres diminuèrent considérablement de prix. Si l'on en croit *Capitolin*, la bonne chère étoit si modique au palais, que les convives n'y trouvoient pas de quoi vivre. Cet historien le fait passer pour un prince d'une avarice sordide et de mœurs corrompues; (*Voy. TITIANE.*) mais *Dion* et *Hérodien* auteurs contemporains, ne lui donnent que de l'économie. *Pertinax* faisoit oublier la tyrannie de *Commode* et revivre les vertus de *Marc-Aurèle*, lorsque les prétoriens mécontent de ce qu'il leur faisoit observer exactement la discipline militaire, se soulevèrent. Dans la confusion de la révolte, un soldat le perça d'un coup de lance dans la poitrine, en s'écriant : *Voilà ce que les Prétoriens l'envoient !... Pertinax*, père de son peuple, se voyant traité comme un tyran, pria le ciel de le venger. Ensuite s'enveloppant la tête avec sa robe, il tomba mort de diverses blessures le 28 mars de l'an 163 de J. C., après un règne de 57 jours. Il laissa un fils et une fille, qui vécurent dans la condition privée, sans que jamais ils revendiquassent aucun droit au trône; et c'est une nouvelle preuve que l'empire n'étoit nullement héréditaire chez les Romains. Le sénat et le peuple se turent sur *Pertinax* tant que *Didier Julien* régna. Mais ayant eu la liberté de témoigner leurs sentiments à son égard sous l'empire de *Sévère*, ils firent de lui un éloge parfait par des acclamations que le cœur dictoit, et dont la vérité est prouvée par les faits. *Sous Pertinax*, s'écrioient-ils à l'envi, nous avons vécu sans inquiétude, nous avons été libres de toute crainte. Il a été pour nous un bon père, le père du sénat, le père de tous les gens de bien. L'empereur *Sévère* fit lui-même son oraison funèbre; et voici, suivant un fragment de *Dion*, qui paroît tiré de ce discours, le tableau qu'il traça de *Pertinax* : « La valeur guerrière dégénère facilement en férocité, et la sagesse politique en mollesse : *Pertinax* réunit ces deux vertus sans mélange des défauts qui souvent les accompagnent. Sagement hardi contre les ennemis du dehors et contre les séditieux, modéré et équitable envers les citoyens, et protecteur des bons, sa vertu ne se démentit point au faîte de la grandeur, soutenant avec dignité et sans enlure la majesté du rang suprême, jamais il ne le déshonora par la bassesse, jamais il ne se rendit odieux par l'orgueil : grave sans austérité, doux sans foiblesse, prudent sans finesse maligne, juste sans discussions scrupuleuses, économe sans avarice, magnanime sans fierté... » *Pertinax* méritoit en partie ces éloges; et il fut le dernier de cette chaîne de bons princes, qui ayant commencé à *Vespasien* ne fut interrompue que par *Domitien* et *Commode*... *Voyez ANDRISCUS—DIDIER JULIUS.*
PERTUIS DE LA RIVIÈRE, (*Pierre de*) né en Normandie, suivit long-temps la profession militaire, et finit ses jours à Port-Royal en 1668. Savant dans les langues anciennes, il a traduit beaucoup d'ouvrages pieux du latin et de l'espagnol, surtout plusieurs écrits de *Sainte Thérèse*. E c 4 440 PER
PERUGIN, (Pierre) peintre, né à Pérouse en 1446, dans la pauvreté, supporta avec patience les mauvais traitements d'un maître ignorant chez qui il apprenoit à dessiner; mais beaucoup d'assiduité au travail et un peu de disposition naturelle, le mirent bientôt en état de pouvoir s'avancer lui-même. Il alla à Florence, où il prit encore des leçons auprès de Léonard de Vinci, d'André Verrochio. Ce peintre donna au Perugin une manière de peindre gracieuse, jointe à une élégance singulière dans les airs de tête. Le Perugin a beaucoup travaillé à Florence, à Rome pour Sixte IV, et à Pérouse sa patrie. Un grand nombre d'ouvrages et une économie qui tenoit de l'avarice, le mirent dans l'opulence. Il ne s'écartoit point de sa maison que sa cassette ne le suivit. Tant de précautions lui devinrent préjudiciables: un filou s'en étant apperçu, l'attaqua en chemin et lui déroba ses trésors, dont la perte lui causa la mort en 1524, à 78 ans. Ce qui a le plus contribué à la gloire du Perugin, c'est d'avoir eu le célèbre Raphael pour disciple.
PERUSSEAU, (Silvain) Jésuite, illustre dans la Société par ses vertus, et par les talons de la chaire et de la direction, fut confesseur de M. le Dauphin et ensuite du Roi, jusqu'à sa mort arrivée en 1751. On a de lui: I. l'Oraison funèbre du duc de Lorraine. II. Panégyrique de St. Louis. III. Sermons choisis, deux vol. in-12, 1758. On en promet une nouvelle édition, plus ample et plus fidèle. Le Père Perusseau n'a ni la force de raisonnement de Bourdaloue, ni les grâces et le ton intéressant de Massillon; mais il montre un esprit net, facile, solide, pénétrant; un cœur sensible, une imagination vive; de l'ordre et de la justesse dans les desseins; une élocution aisée, noble, variée, mais qui n'est pas toujours assez châtiée.
PERUZZI, (Baithasar) peintre et architecte, né à Volterre en Toscane d'un gentilhomme Florentin en 1431, s'appliqua d'abord par goût et par amusement au dessin; mais son père l'ayant laissé sans bien, la peinture devint pour lui une ressource. Le pape Jules II l'employa dans son palais, et il fut choisi par Léon X pour être un des architectes de l'église de Saint-Pierre. Il fit un très-beau modèle pour cet église. Ce modèle qui ne fut point exécuté, se trouve gravé dans l'architecture de Serlio et mérite l'attention des artistes. Peruzzi fit beaucoup de tableaux pour les églises, et fut encore occupé à peindre sur les façades de beaucoup de maisons. C'est à ce célèbre artiste qu'on doit le renouvellement des anciennes décorations de théâtre. Celles qu'il composa pour la Calandra du cardinal Bibiena, furent admirées pour les effets de la perspective. Peruzzi eut le malheur de se trouver à Rome dans le temps que cette ville fut saccagée en 1527 par l'armée de Charles-Quint. Il fut fait prisonnier; mais son talent paya sa rançon: il obtint sa liberté en faisant le portrait du connétable de Bourbon. Il mou- rut à Rome en 1536, à 55 ans, pauvre, quoique toute sa vie il eût été très-occupé : la plupart de ceux pour qui il travaillait ayant abusé de sa modestie qui l'empêchait de demander le prix de ses talens.
PESANT, (Pierre le) sieur de Bois-Guillebert, lieutenant général au bailliage de Rouen, mourut en 1714. On a de lui : I. La Traduction d'Hérodien, Paris, 1675, in-12. II. Celle de Dion-Cassius, Paris, 1674, 2 vol. in-12. III. La Vie de Marie Stuart, nouvelle historique, 1675, quatre parties in-12. IV. Le Détail de la France, 2 vol. in-12, qu'il reproduisit ensuite sous le nom de Testament politique du Maréchal de VAUBAN. Ce Bois-Guillebert, dit Voltaire, n'étoit pas sans mérite ; il avoit une grande connoissance des finances du royaume, dans un temps où cette matière étoit peu connue. Mais la passion de critiquer toutes les opérations du grand ministre Colbert, l'emporta trop loin. On jugea que c'étoit un homme fort instruit, mais que des préventions particulières égaroient presque toujours ; un faiseur de projets qui exagéroit les maux du royaume, et qui proposoit de mauvais remèdes. Le peu de succès de son Détail de la France auprès du ministre, lui fit prendre le parti de mettre ses idées sous le nom d'un homme illustre. Il prit celui de Vauban, et certainement il ne pouvoit mieux choisir. Quelques-uns même lui attribuent le projet de la Dixme Royale, publié comme un ouvrage de ce maréchal. Les louanges qu'on y donne à Bois-Guillebert dans la Préface, sem- blent le trahir. On y loue beaucoup son livre du Détail de la France, qui est plein d'erreurs. On a cru apprécévoir dans cette Préface un père qui loue son fils pour faire adopter un de ses bâtards.
PESARÈSE, Voyez CANTARINI.
PESAY, Voyez PEZAY.
PESCAIRE, Voyez AVALOS.
PESCENNIUS-NIGER, Voy. NIGER, n.º II.
PESNE, (Jean) de Paris, grava plusieurs estampes d'après les tableaux du Poussin et de Raphaël. Il s'attachoit à rendre le caractère des originaux qu'il copioit : attention sans laquelle le spectateur a bien de la peine à distinguer le goût, le style du maître que l'estampe doit retracer. Ce graveur mourut en 1700, à 77 ans.
PESSELIER, (Charles-Etienne) des académies de Nancy, d'Amiens, de Rome et d'Angers, vit le jour à Paris en 1712, d'une famille honnête. Il eut un emploi dans les fermes du roi, qu'il concilia avec l'amour des arts et de la littérature. Il commença à travailler pour le théâtre en 1737, et il a donné trois Comédies : I. La Mascarade du Parnasse. II. L'Ecole du temps : pièce qui fut applaudie pour la légèreté du style et les agrémens de la versification, mais dans laquelle on souhaiterait plus d'unité dans le dessein et moins de longueur. III. Esope au Parnasse, petite comédie estimable par la facilité de l'expression, et par le discernement, le jugement et le goût qui y règnent. Ces pièces se trouvent rassemblées dans un volume in-8°, avec quelques autres petits ouvrages du même auteur. On a encore de lui : I. Des *Fables*, in-8°, dont quelques-unes sont dignes de la *Fontaine* par la morale qui y règne ; mais l'esprit y domine et nuit à cette naïveté et aux graces simples et ingénues consacrées à ce genre. II. *Idée générale des Finances*, 1759, infolio. III. *Doutes proposés à l'Auteur de la Théorie de l'Impôt*, 1761, in-12. IV. *Esprit de Montaigne*, 1753, 2 vol. in-12. Il ne faut pas confondre *Pesselier* avec trois autres rédacteurs qui avoient fait sans esprit l'*Esprit de Montaigne*. Il y a du choix dans ce recueil, mais l'auteur n'y ayant fait entrer aucun des traits historiques qui servent d'appui aux pensées du philosophe Gascon ; ses *Essais* plairont davantage que son *Esprit*. V. Une édition du *Théâtre d'Autreau*. VI. *Lettres sur l'Education*, en 2 vol. in-12. Des vérités morales exprimées avec facilité ; de la douceur, de l'exactitude, de l'harmonie, soit en prose, soit en vers ; des sentimens rendus quelquefois avec énergie, et plus souvent avec finesse ; plus d'esprit que de talent décidé, plus de raison que d'enthousiasme, plus de réflexions que d'images : voilà ce qui caractérise cet écrivain. Il est acquis plus de réputation dans la république des lettres, si le désir de se rendre utile à sa famille et à ses amis ne l'est engagé de donner la plus grande partie de son temps à des occupations plus sérieuses. Il fut bon citoyen, mari tendre, ami gé- néreux, aimable dans la société par la douceur de son caractère et par l'enjouement de son esprit. Il n'a jamais rien dit ni écrit qui pût blesser les mœurs ni la société : mérite rare dans ce siècle. Il mourut en 1763, à 51 ans, emportant les regrets de ceux qui aiment les agrémens de l'esprit et du caractère.
PESTALOZZI, (Jérôme) né à Lyon et médecin de l'hôpital de cette ville, y acquit de grandes lumières. Il forma un trèsbeau cabinet d'histoire naturelle qu'il légua à l'académie de sa patrie. Il publia : I. Une *Dissertation sur l'eau de mille-fleurs*. II. Une autre sur *Jones dans le ventre de la Balcine*. III. *Avis de précaution sur la peste*. IV. Une *Dissertation sur le même sujet*, qui remporta le prix de l'académie de Bordeaux en 1722. V. *Opuscules sur la contagion de Marseille*, 2 vol. in-12. Il mourut en 1762. I. PETAU, (Denis) *Peta-vius*, né à Orléans en 1583, entra dans la société des Jésuites en 1605, à l'âge de 22 ans. Il régenta la rhétorique, puis la théologie dans leur collège de Paris avec une réputation extraordinaire. Les langues savantes, les sciences, les beaux arts n'eurent rien de caché pour lui. Il s'appliqua sur-tout à la chronologie, et se fit dans ce genre un nom qui éclipsa celui de presque tous les savans de l'Europe. Sa réputation lui procura une invitation à laquelle il refusa de se prêter. *Philippe IV* roi d'Espagne, le demanda au P. Général pour remplir une chaire de son collège imperial de Madrid. Le P. *Peta* répondit à son supé- rieur « qu'il étoit soumis à toutes ses volontés; mais que son tempérament ne s'accommodoit point d'un air chaud; que tous les étés il étoit sujet à des effervescences de bile qui le tourmentoient beaucoup, et qu'en Espagne toute l'année seroit pour lui un été perpétuel; que depuis vingt ans sa poitrine étoit si foible qu'elle ne pouvoit suffire à parler de suite au-delà d'une demi-heure, et que dans le collège impérial les leçons devoient être d'une heure; qu'il ne pouvoit voyager à cheval ni en voiture, à raison d'une pierre qu'il avoit dans la vessie, et qu'une traite un peu longue à pied lui causoit infailliblement la fièvre... Sur cet exposé le Général ne croit pas devoir insister. Si le P. Petau avoit en plus de santé, il étoit perdu pour la France et pour la littérature. Qu'auroit-il pu faire dans un pays où l'on ne trouvoit ni livres, excepté ceux qu'un savant ne doit pas lire, ni ouvriers qui sussent imprimer deux mots de latin; et où la formalité commettoit les écrits à la censure de gens incapables de les entendre et dès-là intéressés à les supprimer? Le poste destiné au Père Petau fut rempli par François Macedo Portugais. Délivré de cet embarras, Petau se remit à ses études. » (MÉMOIRES de Nicéron, tome 37.) Urbain VIII à qui il avoit dédié sa Paraphrase des Pseumes en vers grecs, voulut en 1639 l'attirer à Rome, et le dessein de ce pontife, ami des lettres et admirateur du savant Jésuite, étoit de l'honorer de la pourpre. Mais Urbain ne réussit pas mieux que Philippe IV, et rien ne put détacher Petau de sa cellule du collège de Clermont. Il y mourut le 11 décembre 1652, à 69 ans, regretté comme un parfait religieux et même comme un homme d'un excellent commerce malgré ses vivacités passagères. Le médecin Gui-Patin lui ayant annoncé qu'il avoit peu d'instans à vivre, Petau en parut joyeux, et s'étant fait apporter un exemplaire de son Hationarium Temporum, il le lui remit en disant: « Je vous dois ce présent pour la bonne nouvelle que vous me donnez. » Son caractère plein de feu le jeta dans plusieurs disputes, et il les soutint avec chaleur. Il combattoit volontiers et n'étoit pas fâché de faire la guerre à des rivaux dignes de lui. On ne lit plus et je ne sais comment on a jamais pu lire les Saitres violentes que Saumaise et lui lancèrent l'un contre l'autre. Le mérite de ce Jésuite ne se bornoit pas à l'érudition, qui n'a de prix que par l'usage que l'on en fait. Les graces ornèrent son savoir. Ses écrits sont pleins d'agrémens lorsqu'il n'y a point répandu de fiel. On y sent l'homme d'esprit et l'homme de goût; critique juste, science profonde, littérature choisie, et sur-tout le talent d'écrire en latin. En prose, il a quelque chose du style de Cicéron; en vers, il sait imiter Virgile. Il avoit étudié l'antiquité; mais par ordre systématique et de la manière dont les grands maîtres font leurs lectures. Aucun des bons auteurs parmi les anciens ne lui étoit inconnu. La nature l'avoit donc d'une mémoire prodigieuse; l'arc vint encore à l'appui du talent. Pour ne pas la charger trop, il déposoit une partie de ses connaissances dans des recueils faits avec autant de méthode que de justesse. Quand il se proposa d'écrire sur la chronologie, il prit un maître pour lui enseigner l'astronomie: mais après quelques leçons le maître se retira, s'imaginant que c'étoit par plaisanterie qu'un télédisclep l'avoit de mandé. Quoiqu'il soit sorti de sa plume un nombre infini d'ouvrages, il avoit des relations avec presque tous les savans de l'Europe, et répondoit exactement à leurs lettres. Le riche fonds de son commerce épistolaire fut brûlé quelque temps après sa mort, sous le prétexte assez frivole que les lettres des morts étoient des titres sacrés pour les vivans. Ses principaux ouvrages sont: I. *De doctrind Temporum*, en 2 vol. in-folio, 1627; et avec son *Uranologia*, 1630, 3 vol. in-folio: livre dans lequel il perce, avec autant de sagacité que de justesse, la nuit des temps. Cet ouvrage lui fera toujours honneur, parce qu'il y fixe les époques par un art moins difficile et d'une façon beaucoup plus sûre qu'on ne l'avoit fait avant lui. L'auteur le composa pour redresser les écarts de *Scaliger*. II. *Rationarium temporum*, plusieurs fois réimprimé. *Lenglet du Fresnoy* en a donné une édition augmentée de tables chronologiques, de notes historiques et de dissertations, Paris, 1703, 3 vol. in-12. «C'est (selon *Drouet*, continuateur de la *Méthode d'étudier l'Histoire de Lenglet*) de toutes les éditions la moins estimée. Le texte du P. *Petau* y est rempli de fautes, et les additions qu'on y a jointes ne méritent pas d'accompagner un ouvrage aussi exact que celui du Jésuite. Ce sont de pures compilations dont le système ne se rapporte point à celui de ce Père.» *Jean Conrad-Rungius* a donné une édition du *Rationarium Temporum*, à Leyde, 1710, 2 vol. in-80, avec des suppléments que les savans préfèrent à celle de *Lenglet*. *Petau* y abrége son grand ouvrage sur la chronologie, et y donne un précis de l'Histoire universelle. On trouve dans la dernière partie, des discussions chronologiques pleines d'ordre et d'érudition. *Moreau de Mautour* et l'abbé *Dupin* ont traduit cet ouvrage. On en a encore une traduction par *Collin*, Paris, 1682, 3 vol. in-12. Ce faiseur de traductions s'est arrogé la liberté d'y retrancher et d'augmenter selon sa fantaisie. *Bossuet* estimoit beaucoup le *Rationarium Temporum*, et en a fait un grand usage dans son *Discours sur l'Histoire universelle*. Le rapport établi entre les époques des diverses nations depuis le commencement du monde jusqu'à J. C., lui a donné l'idée de cette liaison d'événements dont il nous a laissé un tableau si sublime. III. *Dogmata Theologica*, en 5 vol. in-folio, à Paris, *Cramoisi*, 1644 et 1650; et réimprimés à Amsterdam, 1763, et à Florence, 1722, 6 tomes en 3 vol. in-folio. Cet ouvrage l'a fait appeler par *Muratori*, le *Restaurateur de la Théologie dogmatique*. Quelques théologiens Protestans en ont fait un si grand cas, qu'ils l'ont fait imprimer pour leur usage. «Il y a dans cet ouvrage, dit l'abbé *Duguet*, une grande érudition, sans élévation néanmoins, et avec le mélange de plusieurs choses douteuses ou fausses que l'expérience et le discernement feront remarquer.» Mais le P. *Petau* dans la Préface de son deuxième volume, expli- qua ces choses que l'abbé Duguet avait en vue, et se rétracta même sur quelques-unes. Voici le ju- gement que porte Richard Simon des ouvrages du savant Jésuite, et en particulier des Dogmes Théologiques. « S'il y avait quel- que chose à reprendre dans les livres de Petau, c'est principa- lement dans le second tome de ses Dogmes Théologiques, où il paroit favorable aux Ariens. Il est vrai qu'il a adouci dans sa Préface ces endroits-là; mais comme le corps du livre demeure dans son entier, et que la Pré- face qui est une excellente pièce n'est venue qu'après coup, on n'a pas tout-à-fait remédié au mal que ce livre peut faire en ce temps-ci. Les nouveaux Unitai- res se vantent que le P. Petau a mis la tradition de leur côté. J'ai vu ici des gens qui croyoient que Grotius qui avait de grandes liaisons avec Crellius et quelques autres Sociniens, a surpris ce savant Jésuite; mais il n'y a au- cune vraisemblance qu'un homme aussi habile qu'étoit Petau, se soit laissé tromper par Grotius qui étoit son ami. Il est bien plus probable qu'il a écrit de bonne foi ses pensées. Il seroit de l'hon- neur de la Société de continuer les Dogmes de leur confrère sur tout le reste de la théologie, en suivant sa méthode qui est ex- cellente. Il est certain qu'il avoit en lui-même ce dessein; car j'ai vu le projet qu'il avoit fait là- dessus, et j'ai connu par-là sa manière d'étudier, dont je pour- rai vous entretenir dans une au- tre Lettre. Un de mes amis m'a assuré qu'il ne passoit point parmi les Jésuites pour un habile théo- logien, et qu'il avoit été obligé souvent d'avoir recours à quel- ques Pères de sa maison lors- qu'il s'agissoit d'un raisonnement de théologie. Plusieurs des nôtres disent la même chose du Père Morin, qui est en effet un pau- vre homme pour le raisonne- ment. Mais quoi qu'on dise du P. Petau dans sa Société, je le trouve par-tout admirable. Peut- on rien voir de plus charmant, que son beau latin dans les ma- tières les plus épineuses? J'au- rois souhaité qu'il n'eût pas été si diffus dans ses expressions. On ne sauroit être trop resserré lors- qu'il s'agit de dogme. Il faut évi- ter les longues phrases autant qu'il est possible; c'est en quoi a excellé le P. Sirmon qui avoit trouvé le secret de s'expliquer en peu de mots et avec netteté. Il étoit néanmoins fort inférieur au P. Petau pour ce qui regarde l'é- rudition. » ( SIMON, Lettres choisies.) Au reste, on auroit tort de s'autoriser de ce que dit Simon, pour mettre Petau dans la classe des Unitaires. « La sa- vante Préface du P. Petau, dit l'illustre Bossuet, est le dénoue- ment de toute sa doctrine dans cette matière. » L'abbé Racine prétend qu'après avoir solide- ment expliqué la doctrine de St. Augustin, ses confrères le forcèrent à revenir sur ses pas. Il ajoute que quand on lui re- prochoit ce changement, il ré- pondoit: Je suis trop vieux pour déménager. Il se pourroit qu'il eût eu cette idée, mais il n'est guère vraisemblable qu'il l'eût communiquée. D'ailleurs, cette anecdote est réfutée dans la Vie du P. Petau par le Père Oudin. IV. Les PSEACNES traduits en vers grecs, In-12, 1637. Qui croiroit que cette traduction, 446 PET comparable peut-être pour le tour et pour l'harmonie aux meilleurs vers grecs, n'a été néanmoins que le délassement de son auteur ? Petau n'avoit d'autre Parnasse que les allées et l'escalier du collège de Clermont. Cette version si supérieurement versifiée, et que Grotius vouloit toujours avoir sur sa table, n'est pas exempte de défauts. On y chercheroit en vain le genre et le ton lyrique. Elle est toute en vers hexamètres et pentamètres. Le savant Jésuite ne connoissoit guère l'essence ni la construction de l'Ode. C'est manquer un peu de goût que de suivre toujours la même mesure, en traduisant des ouvrages de mouvemens très-différens. V. De Ecclesiastica Hierarchia, 1643, in-folio. VI. De savantes éditions des Œuvres de Synesius, de Themistus, de Nicéphore, de Saint Epiphane, de l'empereur Julien, etc. VII. Plusieurs Ecrits contre Saumaise, la Peyre, etc. Ceux qui souhaiteront connoître plus particulièrement ce qui concerne ce célèbre Jésuite, peuvent consulter l'Éloge que le P. Oudin en a fait imprimer dans le tome 37e des Mémoires littéraires du P. Nicéron. Le P. Merlin, autre Jésuite, vouloit entreprendre avec le P. Oudin une édition complète des Dogmes Theologiques, corrigée, mise dans un nouvel ordre et considérablement augmentée. On ne sait ce qui a empêché l'exécution de ce louable projet.
II. PETAU, (Paul) né à Orléans, fut reçu conseiller au parlement de Paris en 1588, et mourut en 1614. Il étudia les lois et les belles-lettres anciennes ; les premières par devoir, et les autres par goût. Il réussit assez dans ces deux genres. Ce qui nous reste de lui sur la Jurisprudence, ne mérite guère d'être cité. Quelques personnes lui ont fait honneur de la découverte de l'étymologie du nom de Huguenots, donné aux Réformés en France. Il rapporte cette dénomination, dit-on, à une monnoie appelée à peu près ainsi; et comme cette monnoie étoit d'une très-petite valeur dans son temps, et que les Protestans ne valoient pas mieux, on les appela de ce nom. Cette étymologie est trop subtile comme la plupart des autres étymologies. Il est aujourd'hui presque hors de doute que ce sobriquet a une origine Allemande. Il leur vint du mot Eignossen, qui signifie Associés. Les prétendus Réformés prirent ce nom en Suisse, d'où, selon toute apparence, il a passé en France. Nous avons de Petau, en matière d'antiquité, quelques Traités. Le principal parut à Paris en 1610, in-4°, sous ce titre modeste, Antiquariae supellectilis Portiuncula. On grava son portrait, autour duquel fut mis ce vers, faisant allusion à son nom : Tot nova cum quarant, non nisi prima Peto. Son fils Alexandre Petau, conseiller au parlement de Paris en 1628, anna les livres et eut une bibliothèque curieuse dont le catalogue a été publié.
PETERBOROUGH, (Charles Mordaunt, comte de) d'une illustre famille d'Angleterre, chevalier de l'ordre de la Jarretière, né en 1638, servit d'abord dans la marine et fut un de ceux qui Déterminèrent Guillaume d'Orange à passer en Angleterre. Il eut la confiance de ce prince et celle de la reine Anne qui l'employèrent comme homme de guerre et homme d'état. Il se signala l'an 1705 en Espagne à la tête des troupes envoyées au secours de l'archiduc Charles. Ayant assiégé Barcelone avec une armée qui n'étoit guère plus nombreuse que la garnison, et le siège traînant en longueur, il ordonna à son armée de se rembarquer. Il apprit dans le moment que le prince de Darmstadt qui commandoit les Allemands, venoit d'être tué : à cette nouvelle il change de sentiment, et presse la reddition d'une place dont personne ne peut partager la gloire avec lui. Le fort est pris ; la ville capitale ; le vice-roi parle à Péterborough à la porte de la ville. Les articles n'étoient point encore signés, quand on entend tout d'un coup des cris et des hurlemens. Vous nous trahissez, dit le vice-roi à Péterborough ! Nous capitulons avec bonne foi, et voilà les Anglois qui sont entrés dans la ville par les remparts. Ils égorgent, ils pillent et ils violent. — Vous vous méprenez, répondit milord Péterborough ; il faut que ce soit des troupes du Prince de Darmstadt. Il n'y a qu'un moyen de sauver votre ville : c'est de me laisser entrer sur-le-champ avec mes Anglois. J'appaiserai tout, et je reviendrai à la porte achever la capitulation. Il parloit d'un ton de vérité et de grandeur, qui, joint au danger présent, persuada le gouverneur. On le laisse entrer. Il court avec ses officiers : il trouve des Allemands et des Catalans qui saccageoient les maisons des principaux citoyens, il les chasse, il leur fait quitter le butin qu'ils enlevoient. Il rencontre la duchesse de Popoli entre les mains des soldats, prête à être déshonorée ; il la rend à son mari. Enfin ayant tout appaisé, il retourne à cette porte, et signe la capitulation. Non moins heureux l'année suivante, il força le maréchal de Tessé à abandonner le camp qu'il avoit devant cette ville, avec près de cent pièces de canon, les munitions de guerre et de bouche, et tous les blessés dont il fit prendre un soin particulier. Couvert de gloire dans ces deux campagnes, il aspira au titre de généralissime des troupes alliées, et excita contre lui la jalousie des autres commandans. Sur les plaintes de l'archiduc lui-même, il fut rappelé en Angleterre et disgracié. Ce ne fut qu'après plusieurs apologies qu'il vint à bout de se laver des inculpations dont on l'avoit chargé. On l'employa depuis dans des négociations. Il fut envoyé, en 1710, 1712 et 1713, en qualité d'ambassadeur à Vienne et dans diverses cours d'Italie ; et par-tout il donna des preuves de son intelligence, aussi signalées que celles de son courage dans les armées. Il s'étoit trouvé, en 1711, aux conférences de Francfort pour l'élection d'un empereur. Sa santé s'étant dérangée, il fit le voyage de Portugal, dans la vue de la rétablir par le changement d'air ; mais il trouva le terme de sa carrière en passant de Lisbonne à Londres, le 25 octobre 1735. Brave, généreux, humain, le comte de Péterborough obscurcit ses qualités par un caractère fier, altier et ambitieux, qui lui fit bien des ennemis. On l'a comparé à ce héros dont l'imagination des Espagnols a rempli tant de livres. Il étoit galant comme *Amadis*, mais plus expéditif dans ses voyages; ear il disoit qu'il étoit l'homme de l'Europe qui avoit vu le plus de rois, et le plus de postillons. Né avec toute l'ardeur du courage, il avoit fait dès son enfance des actions que tout autre que *Charles XII* n'auroit pu égaler. Quelqu'un le louoit un jour, de ce que rien ne l'avoit jamais effrayé: *Montrez-moi dit-il, un danger que je croie sérieux et inévitable; vous verrez que j'ai autant de peur qu'un autre*. Il parloit avec la même hardiesse qu'il agissoit. Après la bataille d'Almanza, remportée en 1707 par les François contre les Anglois, au sujet des prétentions de *Philippe V* et de l'archiduc à la couronne d'Espagne, aucun de ces deux princes ne fut présent à cette journée. Le comte de *Peterborough*, singulier en tout et d'un esprit très-republicain, s'écria: *Qu'on étoit bien bon de se battre pour eux!* C'est ce qu'il manda au maréchal de *Tessé*; et il ajoutoit avec une fierté peu convenable, qu'il n'y avoit que des esclaves qui combattissent pour un homme, et qu'il falloit combattre pour une Nation. Ce comte étoit l'ennemi déclaré du duc de *Marlborough*, qui passait pour aimer beaucoup l'argent. L'un et l'autre étoient d'une figure avantageuse et d'une égale valeur; mais *Peterborough* gâta ses plus belles actions par des rodomontades et des écarts d'esprit; au lieu que *Marlborough* conserva toujours le sang froid de la raison au milieu de l'action la plus vive, et sut cacher son amour propre après la victoire. Voyez
**MARLBOROUGH**, à la fin de l'art.
**PETERFFI**, (Charles) né d'une famille noble de Hongrie, se fit Jésuite en 1715, enseigna les belles-lettres à Tyrnau et la philosophie à Vienne. Il se consacra ensuite tout entier à l'étude de l'histoire de sa patrie, et publia *Sacra concilia in regno Hungaria celebrata ab anno 1016, usque ad annum 1715*, Vienne et Presbourg, 1742, in-fol. Cette collection renferme, outre les conciles de Hongrie, les Constitutions Ecclésiastiques des rois de Hongrie et des légats du saint Siège. On admire avec raison la beauté du style, l'ordre qui règne dans cet ouvrage, la variété des recherches, les estampes qui représentent des anciens monumens; mais on reproche à l'auteur de témoigner trop d'aigreur contre ses adversaires; ce qui lui occasionna beaucoup de chagrins. Il mourut le 14 août 1746.
**PETERNEFS**, (N.) peintre, né vers l'an 1580 à Anvers, fit une étude particulière de l'architecture et de la perspective. Son talent étoit de représenter l'intérieur des Eglises. On remarque dans ses ouvrages un détail et une précision qu'on ne peut se lasser d'admirer. Il distribue la lumière avec beaucoup d'intelligence; et sa manière, quoique très-fini, n'est point sèche. Il peignoit mal les figures; c'est pourquoi il les faisoit faire ordinairement par *Van-Tulden*, *Teniers* et autres. *Peternefs* a eu un fils qui a travaillé dans son genre, mais qui lui étoit inférieur pour le talent. Il y a un choix à faire dans les tableaux du père. Nous ignorons l'année de sa mort.
**PETERKIN**,
PETERKIN, *Voy. PERKIN.* I. PETERS, (Bonaventure) né à Anvers en 1614, mort en 1652, peignit les marines avec la plus grande vérité.
II. PETERS, (Le Père) Jésuite, étoit le confesseur et le conseil de *Jacques II* roi d'Angleterre. Ce prince le congédia en 1688, parce qu'on le regardoit comme l'auteur des troubles qui agitoient alors le royaume. « Le Jésuite *Peters*, dit *Burnet*, étoit le plus ardent des directeurs du Roi et le plus écouté. Cet homme, sorti d'une famille de la première noblesse, n'avoit aucun savoir, et ne s'étoit fait estimer que par sa bigoterie et par son audace. » Quoique *Burnet* ne soit pas toujours croyable, il est certain, d'après plusieurs autres historiens, que le P. *Peters* n'étoit pas l'homme qu'il falloit à *Jacques II* dans les circonstances critiques où il se trouva.
PÉTHION DE VILLENEUVE, (Jérôme) né à Chartres où il suivit quelque temps la profession d'avocat, fut député de cette ville à l'assemblée constituante et y devint l'un des plus ardens moteurs des changements politiques qui s'y opèrerent. Il parla sur un grand nombre de sujets, et entr'autres sur les biens du clergé, la permanence du corps législatif, l'organisation des jurés. Il proposa de supprimer de la formule des titres du monarque, ces mots: *Par la grace de Lieux* il s'opposa à ce que la justice se rendit au nom du roi et à ce qu'on laissât à ce dernier le droit de déclarer la paix ou la guerre. Nommé après la session *Maire de Paris*, il y excita un tel en- *Tome IX.* thousiasme que dans certaines crises il eût été dangereux de ne pas crier dans les lieux publics *vive Pethion*. Le 20 juin, il ne resta pas sans activité; et il se vanta dans une lettre publiée dans les journaux, qu'il n'avoit pas peu contribué à amener le 10 août. Ce fut sous son administration municipale que le massacre des prisons fut organisé. Il commença le 2 septembre 1792, à deux heures après midi, et dura trois jours. Tandis que trente bourreaux l'opéroient en faisant couler le sang goutte à goutte et en immolant les victimes l'une après l'autre, *Pethion* qui, d'un seul mot auroit pu requérir le secours de la garde nationale pour disperser les assassins, ne le prononça pas. Bientôt après, le *Maire* sollicita la déchéance de *Louis XVI*, et étant parvenu à la convention, il contribua à la faire prononcer et à l'envoyer à l'échafaud. Les idoles du peuple ne sont pas long-temps adorées: *Pethion* l'éprouva. Sa lutte avec *Robespierre* lui devint fatale. Mis hors de la loi après le 3e mai 1793, il fut obligé de prendre la fuite, et périt de misère et de faim dans un champ couvert de bled aux environs de St-Emilion dans le département de la Gironde. Son corps fut trouvé à moitié dévoré par les oiseaux de proie. Les amis de *Pethion* l'ont représenté comme un homme obligeant, d'une sévère probité et plein de franchise. Ils ont loué en lui le courage dans les agitations, la fermeté de ses principes, la pureté de ses mœurs. D'autres au contraire l'ont peint avec plus de vérité comme un ambitieux à conception médiocre, comme un homme adroit, F f ménageant tous les partis et cherchant à caresser le peuple pour renverser toute autorité ; cachant sous un extérieur bienveillant et une figure agréable et douce, une ame froide, pusillanime et dès-lors facile à conduire à la cruauté. — *Péthion* avoit une diction verbeuse et prolixe, de la facilité dans ses discours, mais sans chaleur ni éloquence. Il prit trop souvent son insensibilité pour du courage, et se crut de bonne foi supérieur à *Aristide* dont on lui donna le surnom. On a publié ses *Œuvres* en 1793, 4 vol. in-8. Elles renferment des Opuscules politiques écrits avant la révolution, ses Discours comme député et ses Comptes rendus comme *Maire*.
**PETIS DE LA CROIX**, (François) secrétaire interprète du roi pour les langues Orientales, succéda à son père en cette charge, et la remplit avec honneur. Il fit plusieurs voyages en Orient et en Afrique par ordre de la cour. *Louis XIV* l'employa dans différentes négociations, et récompensa son mérite en 1692, par la chaire de langue arabe au Collège royal. Ce savant mourut à Paris en 1713, avec la réputation d'un bon citoyen. Lorsque les Algériens demandèrent la paix à *Louis XIV*, *Petis* en traduisit les conditions. Les Tripolitains, obligés par ce Traité à rembourser au profit du roi de France 600.000 francs, offrirent à l'interprète une somme considérable s'il vouloit mettre dans le Traité le mot d'*écus de Tripoli*, au lieu d'*écus de France* ; ce qui auroit produit une différence de plus de 100.000 liv. Mais sa fidélité fut victorieuse de cette tentation, d'autant plus dangereuse qu'il eut été presque impossible de savoir qu'il y eût succombé. Outre les langues arabe, turque, persane et tartare, il savoit bien aussi l'éthiopienne et l'arménienne. On a de lui : I. La Traduction des *Mille et un jour*, contes Persans, cinq vol. in-12. II. *Etat général de l'empire Ottoman depuis sa fondation jusqu'à présent*, avec l'*Abrégé des Vies des Empereurs*, traduit d'un manuscrit turc ; à Paris en 1682, trois vol. in-12. III. *L'Histoire du Grand GENOIS-KAN*, premier empereur des anciens Mogols et Tartares, tirée des anciens auteurs Orientaux, 1710, in-12. IV. *Histoire de Timur-Bec*, connu sous le nom du Grand TAMERLAN, empereur des Mogols et Tartares, etc. traduite du persan, in-12, en 4 vol. ; Paris 1722. V. Il a traduit aussi du françois en persan, l'*Histoire du Roi par les Médailles*, qui fut présentée en 1708 au roi de Perse. — Son fils *Alexandre-Louis-Marie* professeur en arabe au Collège royal, mort en 1751, à 53 ans, a traduit le *Canon de Soliman II*, pour l'instruction de *Mourad IV*, 1725, in-12. *Petis* le père avoit fait plusieurs autres Traductions de livres arabes ou persans, qui sont restées manuscrites... *Voyez HAMZA*.
**PETIT**, (François) *Voyez* POURFOUR.
**PETIT**, *Voy. LITLE* ; MONTFLEURY, n.º III ; et II. NOYER. I. PETIT, (Jean) docteur de Paris, s'acquit d'abord de la réputation par son savoir, par son éloquence et par les Harangues qu'il prononça au nom de l'université, il fut de la célèbre ame- bassade que la France envoya en Italie pour la pacification du schisme, en 1407; mais il perdit bientôt le peu de gloire qu'il avoit acquise. *Jean Sans-Peur* duc de Bourgogne ayant fait assassiner en trahison *Louis de France* duc d'Orléans frère unique du roi *Charles VI*; *Jean Petit* vendu au meurtrier, soutint dans la grand-salle de l'Hôtel-royal de Saint-Paul, le 8 mars 1408, que le meurtre de ce duc étoit légitime. Ce docteur eut l'audace d'avancer, qu'il est permis d'user de surprise, de trahison et de toutes sortes de moyens pour se déjaire d'un Tyran, et qu'on n'est pas obligé de lui garder la foi qu'on lui avoit promise. Il osa ajouter, que celui qui commettoit un tel meurtre, ne méritoit non-seulement aucune peine, mais même devoit être récompensé. Le plaidoyer qu'il prononça à cette occasion parut sous le titre de *Justification du duc de Bourgogne*. Il s'éleva un cri général contre cette doctrine meurtrière; mais le grand crédit du duc de Bourgogne mit à couvert *Petit* pendant quelque temps. Cependant les écrivains sages de ce temps-là, *Gerson* à leur tête, dénoncèrent cette doctrine à *Jean de Montaigu* évêque de Paris, qui la condamna comme hérétique le 23 novembre 1414. Le concile de Constance l'anathématisait l'année suivante, à la sollicitation de *Gerson*, mais en épargnant le nom et l'écrit de *Jean Petit*. Enfin le roi fit prononcer le 16 septembre 1416, par le parlement de Paris, un Arrêt sanglant contre ce pernicieux libelle, et l'université le censura. Mais le duc de Bourgogne eut le crédit en 1418, d'obliger les grands vicaires de l'évêque de Paris pour lors malade à Saint-Omer, de rétracter la condamnation faite par ce prélat en 1414. L'apologiste de l'assassinat étoit mort trois ans auparavant en 1411, à Hesdin. Son *Plaidoyer* en faveur du duc de Bourgogne et tous les Actes concernant cette affaire, se trouvent dans le cinquième tome de la dernière édition des *Œuvres de Gerson*. Le P. *Pinchinat* Franciscain, auteur du *Dictionnaire des Hérésies*, in-4°, a tâché de venger son ordre contre quelques écrivains qui ont traité *Jean Petit* de Cordelier. « Il prouve assez bien, dit l'abbé *Prévôt*, qu'il étoit prêtre séculier. Il apprend à ceux qui l'ignorent, que sur les mêmes preuves le P. *Mercier* Cordelier fit une vive querelle, en 1717, à *Dupin* qui avoit donné aussi ce nom à *Jean Petit* dans le Recueil des censures. Il lui exposa, dit-il, devant la Faculté assemblée, la fausseté de cette qualification, et le tort qu'il faisoit à l'ordre de *Saint-François*. *Dupin* convaincu déclara qu'il s'étoit trompé en suivant des écrivains infidelles, et promit de se rétracter dans la nouvelle édition des censures, qui fut donnée en 1720. *Fleury*, qui avoit été dans la même erreur, avoit promis aussi de la réparer par une rétractation solennelle; mais étant mort sans avoir eu l'occasion de rendre cette justice aux Cordeliers, le con出版社 de son *Histoire Ecclésiastique*, qui n'avoit pas tous les éclaircissements nécessaires, est tombé dans la même faute. (*Pour et Contre*, tom. x. p. 23) » Cette faute n'en est pas une, suivant le *Dictionnaire de Ladvocat*, qui cite le F 1 2 452 PET listes de licence et l'état des pensionnaires des ducs de Bourgogne, pour prouver que Jean Petit étoit Cordelier. Il y a apparence que si Dupin, Fleury et le P. Fabre ne se rétractèrent point, c'est qu'ils savoient très bien n'être pas tombés dans l'erreur. — Un autre Jean PETIT fut imprimeur de l'université de Paris en 1530, et se signala par le grand nombre de ses éditions. On dit qu'il entretenoit les presses de vingt imprimeries. Il avoit pour devise un arbre entouré d'une banderole portant les deux initiales de son nom J. P. Cet imprimeur est mort vers l'an 1542.
II. PETIT, (Samuel) né en 1594 à Nîmes d'un ministre, fit ses études à Genève avec un succès peu commun. Il n'avoit que 17 ans lorsqu'on l'éleva au ministère. Il fut nommé peu de temps après à la chaire de théologie, de grec et d'hébreu de cette ville, où il mourut le 12 décembre 1643. On a de lui plusieurs ouvrages : I. Miscellanea en IX livres; il y explique et y corrige quantité de passages de différens auteurs. II. Ecloga Chronologica, in-4.º Il y traite des années des Juifs, des Samaritains, et de plusieurs autres peuples. III. Variae Lectiones, en IV livres. Il en a employé trois à expliquer les usages de l'ancien et du nouveau Testament, les cérémonies, observations, etc. IV. Leges Atticae, Paris, 1655, in-fol., dans lequel il corrige quantité d'endroits de divers auteurs Grecs et Latins. V. Plusieurs autres Ecrits, qui sont, ainsi que les précédens, infiniment recommandables par l'érudition vaste et profonde qui y règne. Il ne se faisoit pas moins aimer par ses lumières, qu'estimer par son caractère. Sa douceur étoit extrême. S'étant rendu par curiosité à la synagogue d'Avignon, un rabbin lui dit mille injures en hébreu. Petit lui répondit sur-le-champ. Le docteur Israélite confus lui fit des excuses, et le ministre Protestant sans lui témoigner le moindre ressentiment, se contenta de l'exhorter à passer de la synagogue dans l'église Chrétienne.
III. PETIT, (Pierre) mathématicien et physicien, né en 1598 à Mont-Luçon, mort en 1677 à Ligny-sur-Marne, devint par son mérite géographe du roi et intendant des fortifications de France. Il eut l'amitié et l'estime de Descartes. On a de lui plusieurs ouvrages de mathématique et de physique qui sont curieux et intéressans; les principaux sont : I. Des Traités du Compas de proportion; De la Pesanteur et de la grandeur des Métaux; De la Construction et de l'usage du Calibre d'Artillerie, in-8.º II. Du Vide, in-4.º, 1647. III. Des Eclipses, 1652, in-fol. IV. Des Remèdes qu'on peut apporter aux inondations de la rivière de Seine dans Paris, 1668, in-4.º V. De la Jonction de l'Océan et de la Méditerranée par les rivières d'Aude et de la Garonne, in-4.º VI. Des Comètes, 1665, in-4.º VII. De la Nature du Chaud et du Froid, 1671, in-12. Il fut le premier qui fit l'expérience du Vide en France, après la découverte de Toricelli.
IV. PETIT, (Pierre) médecin de Paris sa patrie, membre de l'académie de Padoue, se ma- ria dans un âge avancé, et mourut le 13 décembre 1687, âgé de 70 ans. Il cultiva la poésie latine. Son talent en ce genre n'étoit que médiocre, quoique l'abbé Nicaise l'ait placé parmi les Sept meilleurs Poètes qui composoient la Pléiade Latine de Paris. Le recueil de ses Vers parut en 1683, in-8.º Son Poème intitulé Codrus, est remarquable par l'élévation des idées, le choix et l'élégance de l'expression. On peut donner le même éloge à son Poème de la Cynomagie, ou du Mariage du Philosophe Cratès avec Hipparchie. Nous avons aussi de lui un poème sur la Boussole. Outre ces vers, il reste de lui différens ouvrages en prose écrits avec netteté : I. Trois Traités de Physique : le 1er, du Mouvement des Animaux, 1660, in-8º; le 2e, des Larmes, 1661, in-8º; et le 3e, de la Lumière, 1663 et 1664, in-4.º II. Deux ouvrages de médecine, dont l'un est intitulé : Homeri Nepentes, seu De Helenæ medicamento, luctum, animique omnem ægritudinem abolente, à Utrecht, 1689, in-8º; et l'autre un Commentaire sur les trois premiers livres d'Aretée, 1726, in-4.º III. Un Traité des Amazones, en latin, 1687, in-8º; en françois, 1718, 2 tom. in-8.º IV. Un autre De la Sybille, 1686, in-8º. V. Un vol. d'Observations mêlées, 1683, in-8º VI. De natura et moribus Antropophagorum, Utrecht, 1688, in-8º (Voyez II. PÉTRONE.) — Il ne faut pas le confondre avec Louis PETIT, ancien receveur général des domaines et bois du roi, mort en 1693 à Rouen sa patrie, âgé d'environ 79 ans. Celui-ci étoit poète François et ami de Corneille. Ses vers consistent en satires, épigrammes, madrigaux, dont le style est foible, naïf et naturel. On trouve une jolie Ballade de lui dans le tome second du Tableau Historique des litterateurs François. V. PETIT, (Jean-Louis) chirurgien, né à Paris en 1674 d'une famille honnête, fit paroître dès sa plus tendre enfance une vivacité d'esprit et une pénétration peu communes. Littre célèbre anatomiste, demeuroit dans la maison de son père : le jeune Petit profita de bonne heure de ses lumières. Les dissections faisoient son amusement loin de l'effrayer. On le trouva un jour dans un grenier où croyant être à couvert de toute surprise, il coupoit un lapin qu'il avoit enlevé, dans le dessein d'imiter ce qu'il avoit vu faire à l'habile anatomiste. Le jeune élève fit des progrès si rapides qu'il avoit à peine 12 ans quand son maître lui confia le soin de son amphithéâtre. Il apprit ensuite la chirurgie sous Castel et sous Mareschal, et fut reçu maître en 1700. Son nom passa aux pays étrangers. Il fut appelé en 1726 par le roi de Pologne, et en 1734 par Dom Ferdinand depuis roi d'Espagne. Il rétablit la santé de ces princes qui lui offrirent de grands avantages pour le retenir; mais il préféra sa patrie à tout. Il n'y trouva pas des ingrats : il fut reçu de l'académie des Sciences en 1715, et devint directeur de l'académie royale de Chirurgie. Cet habile homme mourut à Paris le 20 avril 1750, à 77 ans, après avoir inventé de nouveaux instruments pour la perfection de la chirurgie. Il fit F f 3 honneur à cet art par les qualités de son cœur. Son humeur étoit naturellement assez gaie, et il aimoit à recevoir chez lui ses amis. Ses manières se sentoient plus d'une cordialité franche que d'une politesse etudiee. Il étoit vif, sur-tout quand il s'agissoit de sa profession. Une bœvue en chirurgie l'irritoit plus qu'une insulte; mais il n'étoit sujet qu'à ce premier mouvement. Aussi prompt à revenir qu'à se fâcher, il ne conservoit aucun levain de haine quelque grave qu'eût pu être l'offense. Sa sensibilité pour les misères des pauvres étoit extrême; soins, remèdes, attentions, rien ne leur étoit épargné. On a de lui : I. Une Chirurgie publiée en 1774 par M. Lesne, en 3 vol. in-8.º II. Un très-bon Traité sur les maladies des Os, dont la meilleure édition est celle de 1723, en 2 vol. in-12. III. Plusieurs savantes Dissertations dans les Mémoires de l'académie des Sciences, et dans le premier volume des Mémoires de chirurgie. IV. D'excellentes Consultations sur les maladies Vénériennes, que M. Fabre a fait entrer dans son Traité sur ces maladies. Tous ces ouvrages prouvent qu'il connoissoit aussi parfaitement la théorie de la chirurgie que la pratique.
VI. PETIT, (Antoine) médecin, membre de l'académie des Sciences, étoit d'Orléans. Peu d'hommes obtinrent autant que lui la confiance publique, et il la mérita. Ses succès furent nombreux. Ennemi des médicamens et des mélanges pharmaceutiques, il s'attachoit au seul remède qu'il croyoit propre à la maladie; l'habitude d'observer rendoit ses pronostics sûrs, et il désignoit souvent la venue des crises et le jour fixe de la cessation du mal. Après avoir employé l'extrait de ciguë, si recommandé par Stork pour la cure du cancer, il annonça l'insuffisance de cette plante. Il croit d'abord que celle qui croisoit en France pouvoit être moins efficace que celle des environs de Vienne; il en demanda l'extrait à Stork, et il a avoué ensuite qu'il ne lui avoit pas réussi davantage. On doit à Petit : I. Anatomie chirurgicale, 1753, 2 vol. in-12. II. Discours sur la Chirurgie, 1757, in-4.º III. Pièces relatives aux naissances tardives, 1766, in-8.º IV. Rapport en faveur de l'inoculation, 1766, in-8.º V. Consultations médico-légales, 1767, in-12. VI. Projet de Réforme sur l'exercice de la Médecine en France, in-8.º Ce célèbre praticien quitta Paris dans ses derniers jours pour venir mourir à Olivet près d'Orléans, le 21 octobre 1794, à l'âge de 72 ans.
PETIT - DIDIER, (Dom Matthieu) Bénédictin de la congrégation de Saint-Vannes, né à Saint-Nicolas en Lorraine en 1659, enseigna la philosophie et la théologie dans l'abbaye de Saint-Michel, et devint abbé de Sénônes en 1715, puis évêque de Macra en 1726. Benoît XIII fit lui-même la cérémonie de son sacre, et lui fit présent d'une mitre précieuse. On a de lui un grand nombre d'ouvrages; la plupart décèlent beaucoup d'érudition. Les principaux sont : I. Trois volum. in-8º de Remarques sur les premiers tomes de la Bibliothèque Ecclésiastique de Dupin. Elles sont savantes et en général judicieuses; mais il y en a quelques- unes qui sentent la chicane, et sur lesquelles l'abbé Dupin se défendit assez bien. Cependant Dom Petit-Didier paroît meilleur théologien que son adversaire. II. L'Apologie des Lettres Provinciales de Pascal, contre les Entretiens du P. Daniel. Il désavoua cet ouvrage qui est pourtant de lui, et où l'on trouve du savoir et de la fermeté. III. Un Traité de l'*Infaillibilité du Pape*, Luxembourg, 1724, in-12, qu'il flattoit par intérêt et par reconnoissance. Ce savant Bénédictin mourut à Sénones le 14 juin 1728, à 69 ans, avec la réputation d'un homme grave, sévère et laborieux. Il avoit d'abord été peu favorable à la constitution *Unigenitus*; mais il se déclara ensuite pour cette bulie. I. PETIT-PIED, (Nicolas) docteur de la maison et société de Sorbonne, natif de Paris, fut conseiller-clerc au Châtelet et curé de la paroisse de Saint-Martial qui a été réunie à celle de Saint-Pierre-des-Arcis. Il étoit sous-chantré et chanoine de l'église de Paris, lorsqu'il mourut en 1705, à 78 ans. Une contestation lui donna lieu de composer son *Traité du Droit et des Prérrogatives des Ecclésiastiques dans l'administration de la Justice séculière*, in-4. Il voulut présider au Châtelet en 1678, en l'absence des lieutenans, parce qu'il se trouvoit alors le plus ancien conseiller. Les conseillers laïques reçus depuis lui s'y opposèrent, et prétendirent que les clercs n'avoient pas le droit de présider et de décaniser. Cette contestation excita un procès, et il intervint un arrêt définitif le 17 mars 1682 qui décida en faveur des conseil- lors-clercs. L'ouvrage qu'il fit à cette occasion lui fit beaucoup d'honneur.
II. PETIT-PIED, (Nicolas) neveu du précédent, docteur de la maison et société de Sorbonne, né à Paris en 1665, fit ses études et sa licence avec distinction. Ses succès lui méritèrent en 1701 une chaire de Sorbonne, dont il fut privé en 1703, pour avoir signé avec trente-neuf autres docteurs le fameux *Cas de Conscience*. On l'exila à Beaune. Dégoûté de ce séjour, il se retira auprès de son ami *Quesnel* en Hollande. Il y demeura jusqu'en 1718, qu'il eut permission de revenir à Paris. La faculté de théologie et la maison de Sorbonne le rétablirent dans ses droits de docteur au mois de juin 1719. Mais dès le mois de juillet suivant le roi cassa ce qui avoit été fait en faveur de ce théologien. L'évêque de Baïeux (*Lorraine*) le prit alors pour son conseil. Ce prélat étant mort en 1728, *Petit-Pied* se retira de nouveau en Hollande. Il obtint son rappel en 1734, et mena ensuite une vie tranquille à Paris jusqu'à sa mort, arrivée le 7 janvier 1787, à 82 ans. Suivant le *Dictionnaire Historique* de l'abbé Barral, « les disputes d'Église n'altérèrent en rien la douceur, la charité et l'humanité qui faisoient son caractère. » Si l'on en croit le *Dictionnaire des Livres Jansénistes*, à l'article de l'*Examen Théologique*, « Rien n'égale le style mordant et chagrin de *Petit-Pied*. Son ouvrage est un Dictionnaire d'injures et de calomniés. On ne sait s'il n'a pas surpassé, dans cette sorte de littérature odieuse et infamante, F f 4 456 PET les Zoile, les Scaliger et les Scioppius de Port-Royal. » Petit-Pied a laissé un grand nombre d'ouvrages sur les querelles du temps; les principaux sont: I. Règles de l'équité naturelle et du bon sens, pour l'examen de la Constitution Unigenitus, 1713, in-12. II. Examen théologique de l'Instruction Pastorale, approuvée dans l'assemblée du Clergé de France, et proposée à tous les prélats du royaume pour l'acceptation de la Bulle, etc. 1713, 3 vol. in-12. III. Réponses aux Avertissements de l'évêque de Soissons (Languet), cinq tomes in-12, en 10 parties. IV. Examen pacifique de l'acceptation et du fond de la Bulle Unigenitus, 3 vol. in-12. V. Traité de la Liberté, en faveur de Jansénius, in-4. VI. Obedientiae credulæ vana Religio, seu Silentium religiosum in causa Jansenii explicatum et salvâ fide ac auctoritate Ecclesiæ vindicatum, 1708, 2 vol. in-12. VII. Un Traité du refus de signer le Formulaire, 1709, in-12. VIII. De l'injuste accusation de Jansénisme, Plainte à M. Habert, etc., in-12. IX. Lettres touchant la matière de l'Usure. Il a aussi travaillé avec le Gros, à l'ouvrage intitulé: Dogma Ecclesiæ circa Usuram expositum et vindicatum, in-4. X. Trois Lettres sur les Convulsions, et des Observations sur leur origine et leurs progrès, in-4; il ne leur est point favorable. XI. Quelques Ecrits sur la Crainte et la Confiance, et sur la distinction des Vertus Théologales, etc. On ne croit pas devoir pousser plus loin cette liste; on en trouvera une plus détaillée dans le nouveau Moréri. Il en est de ces Brochures produites par les querelles de parti, comme des Relations des petits combats dans le cours d'une longue guerre. A peine est-elle finie qu'on a oublié et les combats et les Relations. I. PETITOT, (Jean) peintre, né à Genève en 1607, porta la peinture en émail à sa perfection. Rien de plus parfait en ce genre, que les ouvrages qu'on a de lui. S'étant retiré en Angleterre après avoir voyagé en Italie, il parvint à trouver avec Turquet de Mayerne habile chimiste des couleurs d'un éclat merveilleux, et sur-tout la manière de graduer le feu. Le fameux Van-Hyck se plaisoit à le voir travailler et à retoucher quelquefois ses ouvrages. Son talent ne se bornoit point à être un excellent copiste; il savait aussi dessiner parfaitement le naturel. Les premières personnes d'Angleterre employèrent son pinceau. Charles I ami des arts lui donna un logement à Whitehall, et il le créa chevalier. Après la mort de ce prince infortuné, il quitta un séjour qui lui rappeloit sans cesse la fin malheureuse de son illustre protecteur. Il vint à Paris en 1649 avec la famille royale de Stuart. Louis XIV lui accorda une pension considérable et un logement aux galeries du Louvre; mais comme cet artiste étoit Protestant, il se retira dans sa patrie lors de la révocation de l'édit de Nantes. Il mourut à Vévay dans le canton de Berne en 1691, à 84 ans. Ce peintre avoit l'âme noble et le cœur sensible. Il s'étoit associé dans son travail avec Bordier son beau-frère, qui s'étoit chargé de peindre les cheveux, les draperies et les fonds: Petitot faisoit la tête et les mains. Ces deux amis vécurent toujours sans jalousie et gagnèrent ensemble plus d'un million, qu'ils partagèrent sans procès. On a de *Petitot* un grand nombre de portraits qui se vendent depuis 60 jusqu'à 200 louis. Son chef-d'œuvre est le portrait de *Rachel de Rowigni* comtesse de *Southampton*. Cet émail unique copié sur un portrait de *Van-Dick* appartient au duc de *Devonshire*. Il a environ dix pouces de hauteur sur environ six de largeur. Le coloris en est de la plus grande beauté, et l'exécution en est très hardie. Après celui-là, les portraits qu'on estime le plus sont ceux que *Petitot* fit d'après *Van-Dick*. L'art de la peinture en émail paroissoit perdu pour nous après la mort de *Petitot*; mais *Pasquier* peintre en miniature en a été le restaurateur. — Il y a eu dans le 17$^{e}$ siècle un *François PETITOT* qui a continué les *Origines de Bourgogne* par *Palliot*.
IL PETITOT, (Simon) né à Dijon en 1682, se distingua par ses connoissances dans l'architecture hidraulique. Il éleva à Lyon l'eau du Rhône par une machine de son invention, et fournit par ce moyen de l'eau aux fontaines qui décoroient Belle-Cour. En 1736, *Dangervilliers* l'appela à Paris pour y construire le puits des Invalides devenu un objet de curiosité. En 1740, *Petitot* construisit au Pont-aux-Choux, un puits inépuisable et deux machines pour remplir le réservoir du grand égout. Le roi vint visiter ses travaux. *Petitot* fit adapter des ressorts aux diligences de Paris à Lyon, et fit construire à Toulon une machine propre à amener de l'eau douce sur le port pour le service des vaisseaux. En 1746, il proposa d'élever trois cents pouces d'eau de la Seine à la place de l'Estrapade, pour la distribuer ensuite dans tous les quartiers. Cet homme ingénieux mourut à Montpellier le 6 septembre 1746, comme il alloit aux eaux de Balaruc pour se guérir d'une paralysie.
PETITY, (Jean-Raymond de) s'est fait connoître par les *Panégyriques* de St. Jean Népomucène et de *St. Adélaïde*, et par divers Recueils qui ne sont point sans intérêt ni sans utilité. Les principaux sont : I. *Etrennes Françoises*, 1766 et 1769, in-4.$^{o}$ II. *Bibliothèque des Artistes et des Amateurs*, 1766, trois vols in-4.$^{o}$ Cet ouvrage a été réimprimé sous le titre de *Manuel des Artistes*, 4 vol. in-12. III. *Encyclopédie Élémentaire* ou *Introduction à l'étude des Sciences et des Arts*, 1767, 3 vol. in-4.$^{o}$ Ce compilateur laborieux est mort depuis quelques années.
PETIVER, (Jacques) de la Société royale de Londres, s'appliqua constamment à la physique et sur-tout à la botanique. On a de lui : I. *Gazophylacii Naturæ et Artis Decades decem*; Londres, 1702, in-fol. Ce sont cent deux planches gravées; les explications sont collées au verso des gravures. II. *Musæi Petiveriani Centuriæ decem, rarioræ Naturæ continentes, videlicet animalia, fossilia, plantas, ex varis mundi plagis advecta, ordine digesta et nominibus propriis signata*; Londres, 1692 à 1703, in-8.$^{o}$ III. *Pterigraphiæ Americana*, Londres, 1712, infolio avec des planches. IV. *Cu-* 458 PET talogus J. Raii Herbarii Britan- nici, ex editione L. Hans Sloane, Londres, 1732, in-folio, etc.; en anglois, à Londres 1715, in- folio. V. Plantarum Etruria ra- riorum Catalogus, 1715. VI. Hor- tus Peruvianus medicinalis, 1715, etc.; et un grand nombre de Mé- moires dans les Transactions Phi- losophiques. Cet habile botaniste mourut en 1718.
PÉTRARQUE, (François) naquit à Arrezzo le 20 juillet 304. Son père s'étant retiré à Avignon, ensuite à Carpentras pour fuir les troubles qui déso- loient l'Italie, Pétrarque fit ses premières études dans ces deux villes. Il fut ensuite envoyé à Montpellier, puis à Bologne pour y étudier le droit. Ayant goûté dès-lors les charmes de Virgile, de Cicéron, de Tite-Live, il conçut la plus grande aversion pour la Jurisprudence. « Quel intérêt, écrivoit-il à ses amis, puis-je prendre à mille questions qu'on traite dans les écoles : sa- voir par exemple s'il faut sept témoins pour un testament ; si l'enfant d'un esclave est un bien acquis pour le maître, et ainsi des autres points qu'on traite dans les assemblées de nos Juriscon- sultes ? Tout cela me paroît in- sipide, inutile et insoutenable. » On voit par ce passage que Pé- trarque n'étudioit le droit que par complaisance pour sa famille. Son père et sa mère étant morts à Avignon, il retourna dans cette ville où il conçut en 1327, un amour violent pour Laure de Noves. Il avoit le visage agréable, les yeux vifs, la physionomie fine et spirituelle. Son air ouvert et noble lui concilioit à la fois l'a- mour et le respect. Laure fut sensible à ces avantages de la na- ture ; mais elle ne le lui laissa pas appercevoir. Pétrarque ne pou- vant rien gagner sur son amante ou sur sa passion pour elle, ni par ses vers et sa constance, ni par ses réflexions, entreprit di- vers voyages pour se distraire, et vint s'enfermer enfin dans une maison de campagne à Vaucluse près de l'Isle. Les bords de la fontaine de Vaucluse retentirent de ses plaintes amoureuses. Pé- trarque se sépara pour quelque temps de l'objet de sa flamme. Il voyagea en France, en Alle- magne, en Italie, et par-tout il fut reçu en homme d'un mé- rite distingué. De retour à Vau- cluse, il y trouva ce qu'il sou- haitoit, la solitude, la tranquil- lité et les livres. Sa passion pour Laure l'y suivit. Il célébra de nouveau dans ses écrits les vertus, les charmes de sa maîtresse, et le délicieux repos de son hermi- tage. Il immortalisa Vaucluse, Laure, et s'immortalisa lui-même. Son nom étoit répandu par-tout. Il reçut dans un même jour des lettres du sénat de Rome, du roi de Naples et du chancelier de l'université de Paris : on l'invi- toit de la manière la plus flat- teuse à venir recevoir la cou- ronne de Poëte sur ces deux théâ- tres du monde. Pétrarque préféra Rome à Paris : il passa par Na- ples où il soutint un examen de trois jours en présence du roi Robert le juge des savans ainsi que leur Mecène. Arrivé à Rome il fut couronné de lauriers le jour de Pâques de l'année 1341. Dès le matin le son des trompettes annonça cette espèce de fête. Pé- trarque parut au Capitole pré- cédé par douze jeunes gens de quinze ans, choisis dans les mefs leures maisons de Rome. Ils étoient habillés d'écarlate et ré-citoient des vers de *Pétrarque*. Le poète revêtu d'une robe que le roi de Naples lui avoit donnée, marchoit au milieu des premiers citoyens de la ville habillés de vert. *Orso comte d'Anguillara* qui étoit alors sénateur de Rome, venoit ensuite accompagné des principaux du conseil de ville. Lorsqu'il se fut mis à sa place, *Pétrarque* appelé par un hérault, fit une courte harangue; et cria trois fois : *VIVE le Peuple Romain ! VIVE le Sénateur ! Dieu les maintienne en liberté !* La harangue finie il se mit à genoux devant le Sénateur, qui après avoir fait un petit discours ôta de sa tête une couronne de laurier, et la mit sur celle de *Pétrarque*, en disant : *LA COURONNE EST LA RÉCOMPENSE DU MERITE*. *Pétrarque* récita sur les héros de Rome un beau Sonnet qui n'est pas dans ses Œuvres. Le peuple marqua sa joie et son approbation par des battemens de mains redoublés, et en criant à plusieurs reprises ! *VIVE LE CAPITOLE ET LE POÈTE !* La cérémonie achevée au Capitole, *Pétrarque* fut conduit en pompe avec le même cortège dans l'église de Saint-Pierre, où après avoir rendu graces à Dieu de l'honneur qu'il venoit de recevoir, il déposa sa couronne pour être placée parmi les offrandes et suspendue aux voûtes du temple. La fête se termina par une expédition de lettres-patentes dans lesquelles après un préambule très-flatteur, il est dit que « *Pétrarque* a mérité le titre de *grand Poète* et d'*Historien* ; que pour marque spéciale de sa qualité de poète on lui a mis sur la tête une couronne de laurier, lui donnant tant par l'autorité du roi *Robert* que par celle du sénat et du peuple Romain dans l'art poétique et historique à Rome et partout ailleurs, la pleine et libre puissance de lire, de disputer, expliquer les anciens livres, en faire de nouveaux, composer des Poèmes, et de porter dans tous les actes la couronne de laurier de hêtre ou de myrte à son choix, et l'habit poétique. » Enfin on le déclara citoyen Romain et on lui en donna tous les privilèges. Tous ces honneurs n'ajoutèrent rien, comme il le dit lui-même, à son savoir, et augmentèrent le nombre de ses envieux. Mais ses admirateurs n'en furent aussi que plus passionnés. Tous les princes et les grands hommes de son temps s'empressèrent à lui marquer leur estime. Les papes, les rois de France, l'empereur, la république de Venise lui en donnèrent divers témoignages. Retiré à Parme où il étoit archi-diacre, il apprit en 1348 la mort de la belle *Laure* ; il repassa les Alpes pour revoir Vaucluse, et pour y pleurer celle qui lui avoit fait aimer cette solitude. Après s'être livré quelque temps à sa douleur, il retourna en Italie en 1352 pour perdre de vue des lieux autrefois si chers et alors insupportables. Il passa à Milan où les *Visconti* lui confièrent diverses ambassades. Rendu aux Muses il demeura successivement à Vérone, à Parme, à Venise et à Padoue où il avoit un canonicat : il en avoit eu déjà un à Lombez, et ensuite un autre à Parme. Un seigneur du voisinage de Padoue lui ayant donné une maison de campagne à Arqua tout près de cette ville, il 460 PET y vécut cinq ans dans les douceurs de l'amitié et dans les travaux de la littérature. Ce fut là qu'il reçut une faveur qu'il avoit autrefois briguée sans avoir pu l'obtenir. Sa famille avoit été bannie de la Toscane et dépouillée de ses biens pendant les querelles des *Gueffes* et des *Gibelins*. Les Florentins lui députèrent *Bocace* pour le prier de venir honorer sa patrie de sa présence et y jouir de la restitution de son patrimoine ; mais il n'étoit plus temps de posséder un si grand homme. Quelque sensible que fût *Pétrarque* à cet hommage que l'étonnement de son siècle rendoit en cet instant à son génie alors unique, il ne voulut pas quitter sa douce retraite. Il y mourut peu d'années après en 1374, à 70 ans. Le 18 juillet de cette année on le trouva mort dans sa bibliothèque, la tête appuyée sur un livre ouvert. Son testament parut un peu singulier, surtout dans les legs qu'il faisoit à ses amis et à ses domestiques. Il donne à *Lombardus Asericus* son petit gobelet d'argent doré, afin qu'il s'en serve à boire de l'eau qu'il aime mieux que le vin : *Cum quo bibat aquam, quam libenter bibit multò libentiis quam vinum*. A *Jean de Bochetta* sacristain de son église, son grand Bréviaire qui lui avoit coûté cent francs ; à *Jean de Certaldo* seu *Bocacio*, cinquante florins d'or de Florence pour acheter une robe d'hiver convenable à ses études et à ses veilles ; à *Thomas de Bambasia* de Ferrare, son luth pour s'en servir à chanter les louanges du Seigneur, non provapitate seculi fugacis ; à *Barthélens* de Sienne dit *Pancaldus*, vingt ducats ; mais il ne veut pas qu'il les joue, QUOS NON LUBAT. Ses obsèques furent honorées de la présence des personnes les plus distinguées. On lui fit élever un mausolée de marbre blanc devant la porte de l'église d'Arqua ; et sur l'un des quatre piliers qui portent le sarcophage, on grava ce distique attribué à *Pétrarque* : *Inveni requiem : Spes et Fortuna, valere !* *Nil mihi vobisoum est ; ludite nunc alios.* Sa dernière maladie fut une fièvre lente ; il avoit reçu de la nature un bon tempérament qu'il avoit conservé par une vie frugale ; mais l'étude constante et l'âge amenèrent les infirmités, et les infirmités la mort. Ce poète joignoit aux plus rares talens les qualités les plus aimables. Il fut fidelle à l'amitié, et plein de droiture et de probité au milieu des artifices de la cour. Il ne souhaitoit ni ne méprisoit les richesses. Passionné pour la gloire, il ne la rechercha pas avec cet empressement qui tient de la folie et qui se permet tout pour l'acquérir, jusqu'aux bassesses. Quoique livré à la passion de l'amour, et quoiqu'il eût constaté ses foiblesses par la naissance d'un fils et d'une fille, il étoit pénétré des grands principes de la religion. Il en suivoit scrupuleusement les pratiques ; il jeûnoit trois fois la semaine, et se levoit régulièrement à minuit pour payer à l'Être suprême un tribut de louanges. Né avec un caractère bilieux et ardent, il s'y livra avec trop peu de ménagement en parlant des pontifes de son temps. Mais lorsqu'il leur écrivit à eux-mêmes pour les engager à retourner à Rome, il prit un ton flatteur et touchant. C'est ainsi qu'il fait parler la capitale du monde Chrétien au pape *Benoît XII* dont elle déplorait l'absence. « O vous, lui dit-elle, qui étendez votre empire par toute la terre, qui voyez toutes les nations prosternées à vos pieds, regardez d'un œil de compassion une malheureuse qui embrasse les genoux de son père, de son maître et de son époux. Si j'étois dans les beaux jours de ma jeunesse lorsque les plus grands princes révèroient ma présence, il ne seroit pas nécessaire que je disse mon nom. Mais aujourd'hui que les chagrins, la vieillesse et la pauvreté m'ont entièrement défigurée, je suis obligée de me nommer pour me faire connoître. Je suis cette *Rome* si fameuse dans tout l'univers. Remarquez encore dans moi quelques traits de mon ancienne beauté. Après tout c'est moins la vieillesse qui me consume, que le regret de votre absence. Il y a peu d'années que toute la terre suivoit encore mes lois, et c'étoit la présence de mon saint époux qui me procuroit cette gloire. Aujourd'hui réduite à une triste viduité, je suis en butte à la tyrannie et aux injures... Eh quoi ! Saint PÈRE, vous pouvez voir mes malheurs d'un œil tranquille ! vous ne me tendez point une main secourable ! Oh ! si je pouvois vous montrer mes collines ébranlées jusques dans leurs fondemens, vous découvrir mon sein couvert de plaies, vous faire voir mes temples à demi-ruinés, mes autels sans ornemens, mes prêtres réduits à la misère ! » C'est ce style allégorique qu'il employa encore auprès de *Clément VI*, lorsqu'il fut envoyé en ambassade avec *Rienzi* en 1342 pour engager ce pontife à venir habiter Rome. Mais *Pétrarque* ne réussit qu'à donner au pape de nouvelles preuves de son éloquence et de ses talens. Ce bel esprit passoit alors avec raison pour le *Restaurateur des Lettres* et le *Père de la bonne Poésie italienne*. Il se donna une peine extrême pour déterrer et pour conserver des manuscrits d'auteurs anciens. On trouve dans ses vers italiens un grand nombre de traits semblables à ces beaux ouvrages des anciens qui ont à la fois la force de l'antique et la fraîcheur du moderne. Ses *Sonnets* sont regardés comme des chefs-d'œuvre en Italie ; il n'en est aucun qui n'ait eu ses panégyristes. Le second de la collection fut le sujet d'une vive dispute parmi les Italiens, pour décider si l'auteur l'avoit composé le lundi ou le vendredi de la *Semaine-Sainte*. Ses *Chansons* ont de la sensibilité et des graces ; mais suivant *Voltaire*, dans une *Lettre aux auteurs de la Gazette Littéraire* : « Il n'y en a pas une qui approche des beautés de sentiment qu'on trouve répandues avec tant de profusion dans *l'ancine* et dans *Quinaut*. J'oserais même affirmer, ajoute-t-il, que nous avons dans notre langue un nombre prodigieux de chansons plus délicates et plus ingénieuses que celles de *Pétrarque*, et nous sommes si riches en ce genre, que nous dédaignons de nous en faire un mérite. » l'auteur de l'*Année littéraire* le juge moins sévèrement que *Voltaire* : « Quand on songe, dit-il, que *Pétrarque* écrivoit au commencement du 14$^{e}$ siècle et sans aucun modèle dans sa langue, on est étonné de ce qu'il a exécuté avec le seul secours 462 PET de son génie. Non-seulement il a créé la poésie italienne, mais il l'a portée à un si haut point de perfection, que les grands poètes qui l'ont suivi ne l'ont point encore surpassé, du moins pour le coloris du style et les graces de l'expression. Ce n'est pas que *Pétrarque* ne conserve quelques traces de la barbarie de son siècle. On peut lui reprocher de froides allégories, des jeux de mots puérils et des métaphores outrées. Il est quelquefois ingénieux et recherché, où il ne devrait être que simple et naturel; souvent il substitue l'esprit au sentiment. Mais ces taches légères sont effacées par la noblesse et les charmes du langage, par la hardiesse des tours, la douceur et l'harmonie des vers, la nouveauté des idées et des images. *Pétrarque* réunit le triple enthousiasme de la vertu, de l'amour et de la poésie. Il a donné à la tendresse un caractère de grandeur et de dignité. Les anciens ont peint l'amour comme une foiblesse; l'amant de *Laure* l'a représenté comme un hommage pur, rendu à la vertu bien plus qu'à la beauté. Sa passion est noble, héroïque; elle élève l'ame au lieu de l'amollir. Dans ses vers les Greces sont toujours décentes; il leur a donné une quatrième sœur qui est l'Honnêteté. Ce que *Platon* a conçu, *Pétrarque* l'a senti, l'a exprimé. Il a réalisé les brillantes chimères débitées par les disciples de *Socrate* sur la nature et les effets de l'amour. L'auteur de la *Nouvelle Héloïse* qui savoit si bien peindre le sentiment, a fait le plus bel éloge de *Pétrarque* en l'imitant: plus d'une fois l'amant de *Julie* s'est exprimé comme l'amant de *Laure*, et les échos des bords du lac ont répété ce que les Nymphes de Vaucluse leur avoient appris. » (*ANNEE Littéraire*, 1779, n.º VIII.) Les *Triomphes* de *Pétrarque* moins connus que ses *Canzoni* et ses *Sonnets* offrent cependant de l'invention, des images brillantes, des sentiments nobles et de beaux vers. La Bibliothèque du Vatican conserve les *Sonnets* de *Pétrarque*, écrits de sa propre main. Tous les Ouvrages de cet homme célèbre furent réimprimés à Basle en 1581, en 4 vol. in-folio. Ses *Poésies latines* sont ce qui mérite le plus l'attention des gens de goût dans ce recueil après les *Poésies italiennes*; mais elles sont fort inférieures à celles-ci. (*Voyez* les articles DANIEL, n.º III. — et MESSEN.) Son Poème de la guerre punique, intitulé *Africa*, n'est digne d'un aussi grand poète, ni pour l'invention, ni pour l'harmonie, ni pour la versification. Ses autres ouvrages sont: I. *De remédiis utriusque fortune*, Cologne, 1471, in-4°; traduit en françois, en 2 vol. in-12, par de Grenaille, Rouen, 1662, sous ce titre: *Le SAGE résolu contre la Fortune*; et de nouveau traduit par un anonyme, Paris, 1673, 2 volum. in-12. (*Voyez* X. ADRIEN.) « Malgré ces versions, dit *Nicéron*, l'ouvrage est entièrement oublié maintenant. Aussi la lecture en est extrêmement ennuyeuse comme celle de tous les ouvrages que *Pétrarque* a écrits en prose. » Cet ennui vient de ce qu'il a mieux aimé entasser des vérités triviales et d'anciens lieux communs, qu'approfondir son sujet et l'orner de pensées neuves. II. *De otio Religiosorum*. III. *De verá sapientia*. IV. *De vitá solitaria*. V. *De* contemptu mundi. VI. *Rerum memorabilium libri sex*. Ce sont différents traits de l'histoire Grecque et Romaine, réunis sous plusieurs titres. On les a imprimés séparément à Berne, 1604, vol. in-12; et il y en a une vieille Traduction françoise, Lyon, 1551, in-8°. VII. *De Republica optimè administranda*, imprimé séparément avec son Traité *De officio et virtutibus Imperatoris*, Berne, 1602, in-12. L'un et l'autre ouvrage sont assez superficiels et on a écrit depuis avec plus d'étendue et de profondeur. VIII. *Itinerarium Syriacum*, in-8°. *Pétrarque* dans cet ouvrage explique à un ami prêt à faire le voyage de la Palestine, ce qu'il doit y considérer. L'abbé de *Sade* qui a recherché avec le plus grand détail tous les écrits du poète Italien, a oublié de parler de celui-ci. IX. *Epistola*. Les unes roulent sur la morale, les autres sur la littérature, et d'autres sur les affaires de son temps. X. *Orationes*. Elles tiennent de la déclamation. Tous ces ouvrages sont assez foibles; on n'y trouve le plus souvent que des choses communes écrites d'un style empoulé, quoique assez pur. *Pétrarque* a eu presque autant de commentateurs et de traducteurs que les meilleurs poètes de l'antiquité, plus de vingt-cinq auteurs ont écrit sa *Vie*. Celle qu'on trouve dans le 28$^{e}$ vol. des *Mémoires* du P. *Nicéron* est fort inexacte. Il y en a deux qui méritent d'être distinguées; celle de *Muratori* à la tête de l'édition qu'il a donnée des Poésies de cet auteur; et celle du baron de la *Bastie* dans les *Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres*; mais elles ont été effacées par les *Mémoires* que l'abbé de *Sade* a publiés en 1764, en 3 vol. in-4°, sur ce poète. Ils relèvent les fautes dans lesquelles les commentateurs même Italiens, étoient tombés à l'égard de *Pétrarque*. Toutes les circonstances de sa vie y sont détaillées avec la plus grande exactitude. En exaltant les qualités de son héros, il n'oublie ni ses vices ni ses défauts; sa passion excessive pour *Laure*, le libertinage de sa jeunesse, son fanatisme pour Rome, son enthousiasme pour *Rienzi*, enfin son aigreur dans la dispute et son humeur caustique. Les éditions les plus recherchées de ses *Poésies italiennes* sont: la première donnée à Venise en 1470, in-folio; celles de Padoue, 1472; Venise, Milan, Rome, 1473, in-folio. On estime aussi celles des *Aides*, à Venise; des *Juntes*, à Florence; des *Rovilles*, à Lyon; de *Gesualdo*, 1553, in-4°; de *Castelvetro*, 1582, in-4°, réimprimée par *Muratori* en 1711. Mais la meilleure est celle de Venise, 1756, 2 vol. in-4°; et la plus jolie est celle de Paris, 1768, 2 vol. in-12. Ses *Vite del Pontefici Romani*, ed *Imperatori Romani*, Firenze, 1478, in-folio, sont rares.
PETREIUS, (*Marcus*) étoit lieutenant du consul *Antoine* lorsqu'il remporta une victoire complète sur l'armée des conjurés, commandée par *Catilina*. Il servit depuis en la même qualité sous *César* dans la guerre des Gaules, et s'y distingua par plusieurs beaux exploits. Peu après s'étant déclaré pour le parti de *Pompeo*, il porta les armes contre *César*, et fut battu d'abord en Espagne, puis en Afrique, 464 P E T où il s'étoit joint au roi Juba son ami. Cette dernière défaite leur ayant ôté toute espérance d'échapper au vainqueur, ils furent réduits à s'entre-tuer l'un l'autre. I. PETRI, (Cunerus Petrus) né en Zélande, fut choisi pour être le premier évêque de Leewarde dans la Frise Occidentale en 1570; mais il fut chassé de son siège par les Protestans pendant les guerres civiles. Il mourut le 15 février 1580, à 49 ans, à Cologne où il s'étoit retire, enseignant publiquement l'Écriture-Sainte. On a de lui plusieurs Traités latins sur les Devoirs d'un Prince Chrétien, 1579, in-3°; sur le Sacrifice de la Messe; sur l'Accord des mérites de Jésus-Christ avec ceux des Saints; sur le Célibat des Prêtres; sur la Grace, etc. etc.
II. PETRI, (Sufridus) né à Ryntsmaguest près de Dockum en Frise le 15 juin 1527, mort à Cologne le 23 janvier 1597 dans sa 70e année, enseigna les belles-lettres à Erford. Il fut ensuite secrétaire et bibliothécaire du cardinal de Granvelle, professeur en droit à Cologne et historiographe des états de Frise. Les papes Sixte V et Grégoire XIII lui donnèrent des marques d'estime. Il se signala par plusieurs ouvrages. Les principaux sont: I. De Frisiorum antiquitate et origine, in-8°, 1550, ou in-4°, 1533. II. Apologia pro origine Frisiorum. III. De Scriptoribus Frisiæ, 1593, in-8°. Sufridus y donne une notice de 165 écrivains Frisons, rangés selon l'ordre chronologique. Il en faut supprimer au moins les 50 premiers, qui ne sont que des personnages imaginaires. Sufridus est assez exact sur les vrais écrivains de Frise; les détails qu'il donne sur un grand nombre sont très-curieux. IV. Il a donné des Versions en latin d'Athénagore, des trois derniers livres de l'Histoire Ecclésiastique de Sozomène, de quelques livres de Plutarque: toutes ces Versions sont enrichies de notes et de commentaires. V. De illustribus Ecclesiæ Scriptoribus auctores præcipui veteres, Cologne 1580; c'est une collection précieuse qui a été augmentée par Aubert le Mire et Jean Albert Fabricius. Ces ouvrages sont bien écrits en latin, mais sans critique et remplis de fables qu'il auroit d'autant plus dû écarter qu'il étoit versé dans l'histoire sacrée et profane.
III. PETRI, (Barthélemi) docteur et chanoine de Douai, né dans le Brabant, enseigna à Louvain, puis à Douai, où il mourut le 26 février 1630, à 85 ans. On lui doit: I. Le Commonitorium de Vincent de Lérins avec de savantes notes. II. Des Commentaires sur les Actes des Apôtres, 1622, in-4°. III. L'édition des Œuvres posthumes d'Estius, auxquelles il a ajouté ce qui manquoit des Epières canoniques de St. Jean.
PETRI DE DEVENTER, Voy. GERLAC.
PETRI, Voy. IV. PIETRO. I. PÉTRONE, un des plus illustres et des plus célèbres sénateurs de Rome. Etant gouverneur d'Égypte, il permit a Hérode roi des Juifs d'acheter dans Alexandrie tout le blé dont il avoit besoin pour secourir ses peuples peuples affligés d'une cruelle famine. *Tibère* étant mort et *Caius Caligula* lui ayant succédé, ce prince ôta le gouvernement de Syrie à *Vitellius* pour le donner à *Pétrone*, qui s'acquitta dignement de cet emploi. Il fut si favorable aux Juifs, qu'il courut risque de perdre l'amitié de l'empereur et sa propre vie pour avoir voulu favoriser ce peuple. Ce prince lui ordonna de mettre sa statue dans le temple de Jérusalem. *Pétrone* voyant que les Juifs aimoient mieux mourir que de voir profaner le lieu saint, ne les y voulut point contraindre par la force des armes, et préféra un relâchement dicté par l'humanité à une obéissance cruelle. — Il ne faut pas le confondre avec un autre *PÉTRONE*, (*Petronius Granius*) Centurion dans la huitième légion, qui servoit sous *César* dans la guerre des Gaules. Allant en Afrique dont il avoit été fait questeur, son vaisseau fut pris par *Scipion*, qui fit passer au fil de l'épée tous les soldats et promit la vie au questeur, à condition qu'il renonceroit au parti de *César*. *Pétrone* lui répondit que les officiers de *César* étoient dans l'usage d'accorder la vie aux autres et non de la recevoir, et en même temps il se perça de son épée.
II. *PÉTRONE*, (*Petronius Arbiter*) né aux environs de Marseille, proconsul de Bithynie, puis consul, fut l'un des principaux confidens de *Néron*, et comme l'intendant de ses plaisirs. Sa faveur lui attira l'envie de *Tigellin* autre favori de *Néron*, qui l'accusa d'être entré dans une conspiration contre l'empereur. *Pétrone* fut arrêté et condamné à perdre la vie. Sa mort fut singulière par l'indifférence avec laquelle il la reçut. Il la goûta à peu près comme il avoit fait les plaisirs; tantôt il tenoit ses veines ouvertes, tantôt il les fermoit, en s'entretenant avec ses amis, non de l'immortalité de l'âme qu'il ne croyoit point, mais des choses qui flattoient son esprit, comme de vers tendres et galans, d'airs gracieux et passionnés. Aussi a-t-on dit que *mourir fut simplement pour lui cesser de vivre... Saint-Evremont* fait de cet Epicurien le portrait le plus avantageux. Il possédoit, suivant lui, cette volupté exquise, également éloignée des sentimens grossiers d'un libertin, et maîtresse de ses vices et de ses vertus. Les plaisirs ne l'avoient point rendu incapable des affaires, et la douceur de sa vie ne l'avoit pas rendu ennemi des fatigues du travail. Mais au lieu d'assujettir sa vie à sa dignité, *Pétrone* supérieur à ses charges les ramenoit à lui-même. Il n'avoit, dit *Tacite*, la réputation ni d'un prodigue, ni d'un débauché, comme la plupart de ceux qui se ruinent; mais d'un voluptueux raffiné, qui consacroit le jour au sommeil et la nuit aux devoirs et aux plaisirs. Ce courtisan est fameux par une Satire qu'il envoya cachetée à *Néron*, dans laquelle il faisoit une critique de ce prince sous des noms empruntés. *Voltaire* conjecture que ce qui nous en reste, n'en est qu'un extrait, fait sans goût et sans choix par un libertin obscur. *Pierre Petit* déterra à Traou en Dalmatie l'an 1665 un fragment considérable, qui contient la suite du *Festin* de *Trimalcion*. (*Voyez* MARGON et I. RABITIN.) Ce frag- G g ment, imprimé l'année suivante à Padoue et à Paris, excita une guerre parmi les littérateurs. Les uns soutenoient qu'il étoit de Pétrone, et les autres le lui contestoient. Petit défendit sa découverte, et envoya le manuscrit à Rome où il fut reconnu pour être du 15e siècle. Les critiques de France qui en avoient attaqué l'authenticité se turent lorsqu'on l'eut déposé dans la bibliothèque du roi. C'est un petit in-folio de 237 pages. On l'attribue généralement aujourd'hui à Pétrone, et on le trouve à la suite de toutes les éditions qu'on a données de ce voluptueux délicat. Le public n'a pas jugé si favorablement des autres fragmens tirés d'un manuscrit trouvé à Belgrade en 1688, que Nodot publia à Paris en 1694. Quoique l'éditeur (Charpentier) et plusieurs autres savans dépourvus de goût les aient crus de Pétrone, les gallicismes et les autres expressions barbares dont ils fourmillent les ont fait juger indignes de cet auteur. Ses véritables ouvrages sont : I. Le Poème de la Guerre Civile entre César et Pompée, traduit en prose par l'abbé de Marolles; et en vers françois par le président Bouhier, Hollande 1737, in-4e Pétrone plein de feu et d'enthousiasme, et dégoûté de la gazette ampoulée de Lucain, opposa Pharsale à Pharsale; mais son ouvrage quoique meilleur à certains égards n'est nullement dans le goût de l'épopée. C'est plutôt une prédiction des malheurs qui menaçent la république dans les derniers temps; c'est un pur caprice, et cette pièce considérée sous ce point de vue ne manque pas d'agrémens. « Quelle force, dit l'abbé des Fon- taines, quelle finesse dans la peinture des vices des Romains et des défauts de leur gouvernement ! Que d'esprit dans ses fictions ! Ces bœnités sont relevées par un style mâle et nerveux, qui mérite qu'on pardonne au poète Latin quelques fautes contre l'élocution et certains traits dignes d'un rhéteur. » II. Un autre Poème sur l'éducation de la jeunesse Romaine. III. Deux Traités, l'un sur la corruption de l'éloquence, et l'autre sur les causes de la perte des Arts. IV. Un Poème de la vanité des Songes. V. Le Naufrage de Licus. VI. Réflexions sur l'inconstance de la Vie humaine. VII. Le Festiu de Trimalcion. Les bonnes mœurs ne lui ont pas obligation de cette satire. C'est un tableau des plaisirs d'une cour corrompue, et le peintre est plutôt un courtisan ingénieux qu'un censeur public qui blâme la corruption. Si nous en croyons Saint-Exremont, « Pétrone est admirable par la pureté de son style, par la délicatesse de ses sentimens. Ce qui surprend davantage, dit-il, est cette facilité prodigieuse à nous donner et à peindre finement tous les caractères. Mais cette finesse tient souvent de l'afféterie, et quoique le style déclamateur lui paroisse ridicule, Pétrone ne laisse pas de donner dans la déclamation. » Nodot (Voyez son article) a traduit les différens ouvrages de cet auteur, 2 vol. in-12, sans en exclure ses peintures lascives, qui lui ont mérité le titre de Auctor purissima impuritatis. M. du Jardin en a traduit aussi une partie sous le nom de Boispréaux, mais malheureusement avec bien plus de succès que Nodot, écrivain plat et sans sel. Les meil- leures éditions de *Pétrone* sont celles de Venise 1499, in-4°, d'Amsterdam 1669, in-8°, *cum notis Variorum*; de la même ville avec les notes de *Boschius*, 1677, in-24, et 1700, deux vol. in-24. L'édition des *Variorum* a reparu en 1743 en 2 vol. in-4°, avec les commentaires du savant *Pierre Burman* qui n'avoit pas le talent d'être court.
III. PÉTRONE, (Saint) évêque de Bologne en Italie au 5e siècle, homme éminent en piété, écrivit la *Vie* des moines d'Égypte pour servir de modèle à ceux d'Occident. Il avoit fait un voyage exprès pour les connoitre : la relation qu'il nous en a donnée est dans le second livre des *Vies des Pères*, *Voyez Historia Litt. Eccl. Aquileiensis de Fontanini*.
IV. PÉTRONE-MAXIME, (*Petronius Maximus*) né l'an 395 d'une illustre famille, d'abord sénateur et consul Romain, se revêtit de la pourpre impériale en 455, après avoir fait assassiner *Valentinien III*. (*Voyez ce mot.*) Pour s'affermir sur le trône il épousa *Eudoxie* veuve de ce prince infortuné. L'impératrice ignoroit son crime; *Maxime* lui avoua dans un transport d'amour que l'envie d'être son époux le lui avoit fait commettre. Alors *Eudoxie* appela secrètement *Generic* roi des Vandales, qui vint en Italie le fer et la flamme à la main. Il entra dans Rome où l'usurpateur étoit alors. Ce malheureux prend la fuite; mais les soldats et le peuple indignés de sa lâcheté se jetèrent sur lui et l'assommèrent à coups de pierres. Son corps fut traîné par les rues pendant trois jours, et après l'avoir couvert d'opprobres ils lo jetèrent dans le Tibre le 12 juin de la même année 455. Son règne ne fut que de soixante-dix-sept jours. Cet assassin avoit quelques vertus; il aimoit les sciences et les cultivoit. Prudent dans ses conseils, sage dans ses actions, équitable dans ses jugemens; doux dans la société, fidelle à l'amitié, il gagna tous les cœurs tant qu'il fut particulier. Mais le prince fut d'autant plus odieux qu'après avoir acquis le trône par un forfait, il ne s'y maintint que par la violence. A peine eut-il mis la couronne sur sa tête, qu'elle lui parut un fardeau insupportable. *Heureux Damoclès*, s'écrioit-il dans son désespoir, *tu ne fus Roi que pendant un repas!* I. PÉTRONILLE, (Sainte) vierge et martyre, a passé, mais sans fondement, pour la fille de *St. Pierre*. Elle est l'objet du plus beau tableau qu'on ait *du Guerchin*, le plus hardi des coloristes et l'un des peintres les plus habiles dans l'art d'ordonner ses compositions. La Sainte va être descendue dans le tombeau. Elle est revêtue de ses habits de fête et a la tête couronnée de fleurs. Deux hommes la descendent dans la fosse d'où les mains d'un troisième s'avancent pour la recevoir. Le Muséum de Paris possède ce tableau. *Voyez GUERCHIN*.
II. PÉTRONILLE, infante d'Aragon, succéda à son père *Ramir II* dans le gouvernement de ce royaume. Courageuse et amie de la justice, elle rendit ses sujets heureux. Mariée à *Raimond Béranger* comte de Barcelone, elle ne lui permit de prendre que le titre de prince G g 2 d'Aragon, et continua à gouverner par elle-même. Elle mourut au mois d'octobre 1137.
PETROWITZ, Voyez XI. ALEXIS.
PETRUCCI, Voy. LÉON XI.
PETTY, (Guillaume) écrivain Anglois, voyagea en France et en Hollande, fut professeur d'anatomie à Oxford, puis médecin du roi Charles II qui le fit chevalier en 1661. Il mourut à Londres en 1687, après avoir acquis de grands biens, et ce qui est encore plus flatteur, une réputation étendue et bien méritée. On a de lui un grand nombre d'ouvrages; les principaux sont: I. Un Traité des Taxes et des Contributions. II. Jus antiquum Communium Angliæ assertivum, in-8°: ouvrage intéressant pour l'Angleterre, où la chambre des Communes a proprement l'administration des finances. Ce livre utile a été traduit en françois sous ce titre: La Défense des Droits des Communes d'Angleterre, in-12. III. Britannia languens, in-8°. Cet ouvrage est rare.
PEUCER, (Gaspard) médecin et mathématicien, né à Bautzen dans la Lusace en 1525, fut docteur et professeur de médecine à Wirtemberg. Il devint gendre de Melanchthon, dont il répandit les erreurs, et des ouvrages duquel il donna une édition à Wirtemberg en 1601, en cinq vol. in-folio. Outre cette édition, il nous reste de Peucer: I. De præcipuis Divinationum generibus; ce Traité curieux fut traduit en françois par Simon Goulard, à Anvers, 1584, in-4°. II. Methodus curandi mor- bos internos, Francfort, 1614, in-8°. III. De Febribus, ibid., 1614, in-8°. IV Vitæ illustrium Medicorum. V. Hypotheses Astronomicae. VI. Les Noms des Monnoies, des Poids et des Mesures, in-8°. Son ardeur pour l'étude étoit extrême. Ses opinions l'ayant fait enfermer pendant dix ans dans une étroite prison, il écrivoit ses pensées sur la marge des vieux livres qu'on lui donnoit pour se désennuyer, et il faisoit de l'encre avec des croûtes de pain brûlées et détrempées dans le vin; ressource ingénieuse qu'on attribue aussi à Pellisson. Peucer mourut le 25 septembre 1602, à 78 ans. Si l'on juge de son caractère par ce qu'il en dit lui-même, ou ne peut s'empêcher de l'estimer. «J'ai, dit-il, rendu service autant que je l'ai pu; je n'ai nui à personne; je n'ai dénoncé qui que ce fût. Je ne me suis jamais vengé des injures qu'on m'a faites. Je n'ai jamais inspiré aux princes d'aversion pour personne; je n'ai jamais travaillé à les aigrir contre quelqu'un. J'ai tâché de plaire à tout le monde, même à mes ennemis. La jalousie ne m'a jamais fait déchirer ceux qui étoient au-dessus de moi, et je n'ai point envié leur bonheur. Je ne me suis point réjoui des disgraces des autres, et j'ai souvent eu dans la bouche, qu'on se rend malheureux en s'affligeant de la félicité d'autrui, et qu'il y a de la cruauté et de la folie à se réjouir de ses disgraces. Je n'ai point insulté aux affligés, bien loin d'augmenter leurs maux et de contribuer à leur perte. Je n'ai jamais exagéré les fautes des autres, et si je n'ai pu les excuser, je les ai atténués autant qu'il m'a été possible. Je n'ai regardé la bienveillance des princes que comme un bien trompeur, et leur faveur ne m'a pas enflé ni rendu plus orgueilleux. Dieu qui connoit les cœurs, m'est témoin que je ne ments point; et mes amis à qui j'ai découvert mes pensées, peuvent en rendre témoignage. »
PEURBACH, V. PURBACH.
PEUTINGER, (Conrad) né à Augsbourg en 1465, fit ses études avec beaucoup de succès dans les principales villes d'Italie. De retour dans sa patrie, il y rapporta le fruit des connoissances qu'il avoit acquises. Le sénat d'Augsbourg le choisit pour secrétaire, et l'employa dans les diètes de l'empire et dans les différentes cours de l'Europe. Peutinger ne se servit de son crédit que pour faire du bien à sa patrie; c'est à ses soins qu'elle dut le privilège de battre monnoie. Ce bon citoyen mourut en 1547, à 82 ans, après avoir passé ses dernières années dans l'enfance. L'empereur Maximilien l'avoit honoré du titre de son conseiller. Il étoit marié, et il rendit sa femme heureuse: il est vrai qu'elle étoit digne de lui par ses connoissances et par son caractère. Ce savant est principalement célèbre par la Table qui porte son nom. C'est une Carte dressée sous l'empire de Théodose le Grand, dans laquelle sont marquées les routes que tenoient alors les armées Romaines dans la plus grande partie de l'empire d'Occident. On en ignore l'auteur; Peutinger la reçut de Conrad Celtes qui l'avoit trouvée dans un monastère d'Allemagne. François-Christophe de Scheib en a donné une magnifique édition in-folio à Vienne, en 1753, enrichie de dissertations et de savantes notes. Cette Carte devenue si fameuse, n'est pas l'ouvrage d'un géographe ni d'un savant, et dès-lors la bizarre disposition des rivages et la chimérique configuration des terres ne doivent pas nous paroître énigmatiques. Il n'y a là aucun mystère, mais seulement de l'ignorance. Il paroît que c'est l'ouvrage d'un soldat Romain, uniquement occupé des chemins et des lieux propres à camper, ou plutôt des lieux où il y avoit eu quelque campement, où il s'étoit fait quelque ouvrage, quelque expédition, etc., sans s'embarrasser en aucune façon de la situation respective que ces lieux avoient dans l'arrangement géographique des différentes plages du globe. Ses autres ouvrages sont: I. Sermones Convicules, qui se trouvent dans le premier vol. de la Collection de Schardius. La meilleure édition de cet ouvrage est celle d'Iène, 1683, in-8.º II. De inclinatione Romani imperii, et Gentium commigrationibus, à la suite des Sermones Convicules et de Procope. On en trouve des extraits dans les Écrivains de l'Histoire des Goths de Vulcanius. III. De rebus Gothorum, Basle, 1531, in-folio. IV. Romae Vetustatis fragmenta in Augusta Vindelicorum, Maïence, 1528, in-folio.
PEYRAT, (Guillaume du) d'abord substitut du procureur général, ensuite prêtre et trésorier de la Sainte-Chapelle de Vincennes, mourut en 1645. On a de lui: I. L'Histoire de la Chapelle de nos Rois, 1645, in-folio. G g 3 Elle a été continuée par Louis d'Apchon. II. Des Essais Poétiques, 1633, in-12; beaucoup moins estimés que l'ouvrage précédent qui est savant et curieux. On lui attribue encore un Traité sur l'origine des Cardinaux, un autre sur les Légats à latere, un Discours sur la vie et la mort d'Henri IV, suivi d'un recueil de 37 oraisons funèbres de ce monarque. Ce fut l'un des ancêtres de du Peyrat qui eut la barbarie, pour plaire à Charles IX, d'apporter à Lyon l'ordre du massacre de la Saint-Barthélemi.
PEYRAUD DE BEAUSSOL (N) maître de géographie à Paris, prit la fantaisie de devenir auteur dramatique, et fit imprimer une tragédie de Stratonice, n'ayant pu la faire jouer, quoique d'année en année il en changeait le nom. Il fut plus heureux en 1773; cette pièce appelée alors les Arsacides, étoit en six actes. Aucun des spectateurs, après l'avoir vue, n'en put expliquer le sujet ni le plan. « C'est, dit un journaliste, une déraison éternelle; aussi le parterre n'a jamais tant ri à aucune tragédie; et cela est vrai de plus d'une manière, car il y avoit un acte de plus à luer. » Le mot de Madame revenoit au moins mille fois dans l'ouvrage, et chaque fois qu'on le prononçoit il excitoit une risée. Peyraud ne se tint pas pour battu; il forga les comédiens à la représenter une seconde fois; elle fit foule; et tout Paris y courut pour rire à son aise sans y rien comprendre. L'auteur enchanté s'écrioit souvent: Tu es grand, Corneille; mais je ne te crains pas. Il est mort quelques années après la représentation de sa pièce.
PEYRE, Voyez TREVILLE. I. PEYRE, (Jacques d'Auzolles, sieur de la) gentilhomme Auvergnat, né en 1571, fut secrétaire du duc de Montpensier, et mourut en 1642, à 71 ans. Il s'étoit appliqué particulièrement à la chronologie; et comme elle n'étoit pas encore fort débrouillée, ses ouvrages en ce genre quoique pleins d'inexactitudes et bizarrement intitulés, passèrent pour des chefs-d'œuvre aux yeux des ignorans. On poussa la stupidité jusqu'à faire frappé une médaille en son honneur, avec le titre de Prince des Chronologistes. Il étoit plutôt celui des esprits bizarres. Parmi plusieurs rêveries, il soutenoit que les impostures d'Annius de Viterbe pouvoient être justifiées, qu'on pourroit ne donner à l'année que 364 jours, afin qu'elle commençât toujours par un samedi. Cet extravagant eut des disputes assez vives avec le savant P. Petau, qui l'accabla d'injures. Ses productions ne méritent pas d'être citées, à l'exception de l'Anti-Babau, Paris, 1632, in-80, moins à cause de sa bonté que de sa singularité.
II. PEYRE, (Marie-Joseph) né à Paris en 1730, étudia avec succès les mathématiques et se livra ensuite tout entier à l'architecture. Après avoir remporté à l'âge de 20 ans le premier prix de l'académie pour un projet de construction d'une fontaine publique, il partit pour l'Italie où il forme son goût par l'étude des beaux monumens qu'elle renferme. A son retour, il fut nommé successivement membre de l'académie d'architecture, architecte du Roi et inspecteur des bâtimens de Choisi. Il est mort en 1785, regretté pour sa bonté autant que pour ses talens. Ses Œuvres ont été réunies en 1765, in-folio. Elles offrent divers projets de construction d'après l'antique, et un savant discours sur les distributions des anciens comparées aux nôtres, et sur leur manière d'employer les colonnes. Son fils qui suit la même carrière que son père, a fait réimprimer les œuvres de celui-ci en 1795, grand in-folio. I. PEYRÈRE, (Isaac la) né à Bordeaux de parens Protestans, entra au service du prince de Condé auquel il plut par la singularité de son esprit. Il s'imagina en lisant les versets 12, 13 et 14 du cinquième chapitre de Saint Paul aux Romains, qu'Adam n'étoit pas le premier homme. Pour prouver cette opinion extravagante, il mit au jour en 1655, un livre imprimé en Hollande, in-4° et in-12, sous ce titre : PRÆADAMITÆ sive Exercitatio superversibus 12, 13, 14, Cap. 5. Epistolar Pauli ad Romanos. (Voyez HILPERT) Cet ouvrage fut condamné aux flammes à Paris, et l'auteur mis en prison à Bruxelles par le crédit du grand vicaire de l'archevêques de Malmes. Le prince de Condé ayant obtenu sa liberté, il passa à Rome en 1656, et y abjura entre les mains du pape Alexandre VII le Calvinisme et le Prédamisme. On croit que sa conversion ne fut pas sincère, du moins par rapport à cette dernière hérésie. Il est certain qu'il avoit envie d'être chef de secte. Son livre décèle son ambition; il y flatte les Juifs, et les appelle civilement à son école. De retour à Paris, malgré les instances que lui avoit faites le pontife pour le retenir à Rome, il rentra chez le prince de Condé en qualité de bibliothécaire. Quelque temps après il se retira au séminaire des Vertus où il mourut le 30 janvier 1676, à 82 ans, après avoir reçu les Sacremens de l'église. Le P. Simon dit qu'ayant été pressé à l'article de la mort de rétracter son opinion sur les Prédamites, il répondit par ces paroles de l'épître de St. Jude : Hi quæcumque ignorant, blasphemant. On le soupçonna toute sa vie de n'être attaché à aucune religion, moins par corruption de cœur que par bizarrerie d'esprit. La douceur, la simplicité, la bonhommie, formoient son caractère. « C'étoit, dit Niceron, un homme d'un esprit fort égal, et qui avoit la conversation fort agréable. Il affectoit cependant un peu trop de dire des bons mots, ce qui alloit quelquefois jusqu'à la raillerie, mais il prenoit garde à ne blesser personne. Pour ce qui est de son érudition, elle étoit fort bornée. Il ne savoit ni grec, ni hébreu, et cependant il se méloit de donner de nouveaux sens à plusieurs passages de la Bible. Il se piquoit de savoir bien le latin; mais à l'exception de quelques poètes qu'il avoit lus, il n'étoit pas habile dans cette langue. Son style est fort inégal. Il y a quelquefois trop d'enflure, et il est d'autres fois bas et rampant. » Outre l'ouvrage déjà cité, on a de lui : I. Un traité aussi singulier que rare, intitulé : Du rappel des Juifs, 1643, in-8°. Le rappel des Israélites ne sera pas, dit-il, seulement spirituel; mais ils seront rétablis dans les bénédic- G g 4 tions temporelles dont ils jouis- soient avant leur rejection. Ils re- prendront possession de la Terre- sainte qui sera rétablie dans la fertilité qu'elle avoit autrefois : Dieu, leur suscitera alors un roi plus juste et plus victorieux que n'ont été leurs premiers rois. Mais qui sera ce roi ? Il est vrai qu'on doit l'entendre spirituelle- ment de JÉSUS - CHRIST. Mais notre auteur croit qu'on doit l'entendre aussi d'un roi tem- porel qui sera établi pour pro- curer le rappel temporel : or il prétend que ce roi sera le roi de France pour les raisons sui- vantes, qui paroîtront concluant- es à peu de personnes : 1.º Parce que les deux qualités de Très- Chrétien et de Fils aîné de l'É- glise, lui sont attribuées par excellence. 2.º Parce qu'il est à pré- sumer que si les rois de France ont la vertu de guérir les écrouelles qui affligent les Juifs dans leurs corps, ils auront aussi la faculté de guérir les maladies invité- trées qui tourmentent leurs ames, telles que sont l'incrédulité et l'obstination. 3.º Parce que les rois de France ont pour armes des fleurs de lis, et que la beauté de l'Église est comparée dans l'Écriture à la beauté des lis. 4.º Parce qu'il est probable que la France sera le lieu où les Juifs seront d'abord invités de venir pour se faire Chrétiens, et où ils se retireront contre la persécu- tion des peuples qui les domi- nent ; car la France est une terre de franchise ; elle ne souffre point d'esclave, et quiconque la touche est libre. La Peyrère après avoir exposé son étrange sys- tème, cherche les moyens de con- vertir les Juifs au Christianisme ; mais ces moyens, dit Nicéron, seroient du goût de peu de per- sonnes. Il voudroit réduire toute la religion à la croyance en J. C., supposant faussement que nos ar- ticles de Foi sont plus difficiles à comprendre, que les cérémo- niés de Moïse ne sont difficiles à observer. « Il reviendroit de cette conduite, dit-il, un double avantage à l'Église : la réunion des Juifs et celle de tous les Chrétiens séparés du corps de l'Église. » La Peyrère étoit Cal- viniste lorsqu'il fit ce livre ; mais son Calvinisme tenoit vraisemblablement beaucoup du Déisme de notre siècle. Il avouoit lui- même qu'il n'avoit quitté les Protestans que parce qu'ils s'é- toient signées des premiers con- tre son livre des Préâlamites. II. Une Relation du Groenland, in-8°, 1647 ; curieuse. On lui demanda à l'occasion de cet ou- vrage : Pourquoi il y avoit tant de Sorciers dans le Nord ? « C'est, répondit-il, que les biens de ces prétendus Magiciens sont en par- tie confisqués au profit de leurs juges, lorsqu'on les condamne au dernier supplice. » III. Une Relation de l'Islande, 1663, in-8°, aussi intéressante. IV. Une Lettre à Philotime, 1658, in-8°, dans laquelle il expose les rai- sons de son abjuration et de sa rétractation, etc. Un poète lui fit cette Epitaphe, rapportée dans le Moréri : La Peyrère ici gît, ce bon Israélite, Huguenot, Catholique, enfin Préada- mée : Quatre religions lui plurent à la fois ; Et son indifférence étoit si peu com- muée, Qu'après quatre-vingts ans qu'il eut à faire un choix, Le bon homme partit et n'en choisit pas une. H. PEYRÈRE, (Abraham) frère du précédent, fut un savant et célèbre avocat du parlement de Bordeaux. On a de lui, un livre souvent cité par les jurisconsultes de Guienne : c'est son recueil des Décisions du parlement de Bordeaux, dont la dernière édition est de 1725, in-folio.
PEYRONIE, (François de la) exerça long-temps la chirurgie à Paris avec un succès distingué, qui lui mérita la place de premier chirurgien du Roi. Il profita de sa faveur auprès de Louis XV, pour procurer à son art des honneurs qui animassent à le cultiver, et des établissements qui servissent à l'étendre. L'académie royale de Chirurgie de Paris fut fondée par ses soins en 1731, éclairée par ses lumières et encouragée par ses bienfaits. A sa mort, arrivée à Versailles le 24 avril 1747, il légua à la communauté des Chirurgiens de Paris les deux tiers de ses biens, sa terre de Marigni, vendue au roi deux cent mille livres, et sa bibliothèque. Cet utile citoyen légua aussi à la communauté des Chirurgiens de Montpellier deux maisons situées en cette ville, avec cent mille livres pour y faire construire un amphithéâtre de Chirurgie. Il institua la même communauté légataire universelle pour le tiers de ses biens. Tous ces legs renferment des clauses qui ne tendent qu'au bien public, à la perfection et au progrès de la chirurgie pour laquelle il sollicita toujours la protection de la cour. Lors du fameux procès entre les Médecins et les Chirurgiens, il pria le chancelier d'Aguesseau d'élever un mur d'airain entre les deux corps. Je le veux bien, lui répondit ce ministre, mais de quel côté faudra-t-il placer le malade ? La Peyronie prit ensuite la chose avec plus de modération. Il étoit philosophe sans faste, mais de cette philosophie que tempère un long usage du monde et de la cour. La pénétration, la finesse de son esprit et son enjouement rendoient sa conversation agréable. Tous ces avantages étoient couronnés par une qualité encore plus estimable, une sensibilité sans égale pour les indigents. Dès qu'on le savoit à sa terre, son château ne désemplissoit plus de malades, qui y venoient de sept ou huit lieues à la ronde. Il avoit même projeté d'y établir un hôpital, dans lequel il comptoit se retirer pour y passer le reste de ses jours au service des pauvres.
PEYROUSE, Voyez LAPEY-ROUSE. I. PEYSSONNEL, (Charles) né à Marseille le 17 décembre 1700, sut allier le commerce avec l'érudition. En 1735, le marquis de Villeneuve ambassadeur à Constantinople, le demanda pour secrétaire d'ambassade, et il travailla avec lui à arrêter les articles de la paix de Belgrade. Il parcourut ensuite toutes les cotes de l'Asie mineure pour y recueillir des médailles et reconnaître les anciennes positions géographiques depuis l'embouchure du Méandre jusqu'au golphe de Satalie. Nommé quelque temps après à la place importante de consul à Smyrne, il la remplit avec beaucoup de désintéressement et à l'avantage des commerçans. Ses connoissances dans les antiquités lui ouvrirent les portes de l'aca- démie des Inscriptions. Les Mémoires qu'il présenta à cette savante société, et en particulier sa Dissertation sur les Rois du Bosphore, prouvent combien il étoit digne d'y être agrégé. On lui doit encore un éloge du maréchal de Villars, une dissertation sur le corail, et quelques autres ouvrages sur le commerce. Il mourut en 1757, à 69 ans.
IL PEYSSONNEL, (N.) fils du précédent, suivit ses traces, et devint comme lui consul à Smyrne et associé-correspondant de l'académie des Belles-Lettres. Ses ouvrages sont curieux et piquans par le style; il y unit l'esprit à l'érudition. On lui doit : I. Observations historiques sur les peuples barbares qui ont habité les bords du Danube et du Pont-Euxin, 1760, in-4.º II. Observations sur les Mémoires du baron de Tott, 1785, in-8.º III. Les Numéros, 4 vol. in-12. Cet ouvrage agréable a eu plusieurs éditions. IV. Traité sur le commerce de la mer Noire, 1787, deux vol. in-8.º V. Examen des considérations sur la guerre des Turcs par Volney, 1788, in-8.º VI. Situation politique de la France, 1789, deux vol. in-8.º VII. Discours sur l'alliance de la France avec les Suisses et les Grisons, 1790, in-8.º L'auteur mourut à l'âge de 80 ans dans l'année de la publication de ce dernier ouvrage.
PEZAY, (N. Masson, marquis de) fils d'un premier commis des finances, naquit près de Blois. Il s'attacha d'abord à la littérature, et entra ensuite dans le service. Sa sœur, Mad. de Cassini, qui par sa figure et son esprit s'étoit fait des amis puissans, contribua beaucoup à sa fortune. Il devint capitaine de dragons, et il eut l'avantage de donner des leçons de tactique à Louis XVI. Nommé inspecteur général des Gardes-côtes, il se transporta dans les villes maritimes, et remplit sa commission avec plus de soin qu'on n'auroit dû l'attendre d'un élève des Muses. Mais comme il étala en même temps trop de hauteur contre les subalternes, et même contre les intendans, il y eut des plaintes portées à la cour, et il fut exilé dans sa terre, où il mourut peu de temps après le 6 décembre 1777. Il étoit lié avec Dorat, et il en a étudié et saisi la manière; mais sa muse inférieure, pour l'abondance et la facilité à celle de son modèle, a plus de finesse et est moins déparée par le jargon des ruelles. Il a donné quelques Poésies agréables dans le genre érotique; telles que Zelis au bain, poème d'abord en quatre chants, puis en six; une Lettre d'Ovide à Julie, et quantité de Pièces fugitives répandues dans les Almanachs des Muses, dont les agréments font pardonner les négligences; mais il en est resté beaucoup d'autres dans son porte-feuille. Nous avons encore de lui : I. Une Traduction de Catulle, Tibulle et Gallus, deux vol. in-8º et in-12, peu estimée, et où les notes sont ridicules. II. Les Soirées Helvétiennes, Alsaciennes et Franc-Comtoises, in-8º, 1770: ouvrage agréablement diversifié, plein de tableaux intéressans; mais écrit avec trop peu de correction. III. Les Sources Provençales, en manuscrit, qui ne sont pas, dit-on, inférieures aux précédentes. IV. La Rosière de Salency, pastorale en trois actes, qui a eu du succès au théâtre des Italiens. V. Adieux à la Provence. VI. Essai sur les charmes de la solitude. VII. Les Campagnes de Maillebois, en 1745 et 1746, en 3 vol. in-4°, et un vol. de cartes publiés en 1775. Ces cartes peuvent être consultées utilement par les militaires. Le premier volume contient une traduction ampoulée de l'histoire de la guerre d'Italie par Bonamici écrivain élégant et véridique, que son traducteur injurie sans cesse dans des notes inexactes et où il paroît posséder mal la langue qu'il traduit. « Pezay, dit un critique sévère, n'étoit pas sans esprit; il avoit même de la facilité à se plier à plusieurs objets et de l'activité pour les suivre; mais l'amour propre le plus fou gâta tout en lui. Il fut un exemple frappant du danger des prétentions. Il n'étoit pas gentilhomme, et il se fit appeler Marquis; il ne savoit pas la syntaxe, et il a écrit des volumes; il ne savoit pas le latin, et il l'a traduit; il étoit né pour avoir de l'agrément, et il déplut dans le monde par un excès d'affectation; il se trouvoit à 32 ans employé dans l'état major avec le brévet de colonel, et il se plaignoit sans cesse de ce qu'on ne faisoit rien pour lui. » On a publié en 1792 les Œuvres poétiques et morales de Pezay, deux volum. in-12. Voyez MAILLEBOIS.
PEZENAS, (Esprit) Jésuite, né le 28 novembre 1692, mort à Avignon sa patrie le 4 février 1776, professa long-temps la physique et l'hydrographie à Marseille. Il exerça cet emploi avec succès jusqu'en 1749 que les galères furent transférées à Toulon. L'astronomie fut alors son étude favorite. Après la dissolution de sa Société, il se retira à Avignon, où son honnêteté et sa douceur le firent autant aimer que ses connoissances variées le faisoient estimer. Ses nombreux ouvrages sont: I. Elémens du Pilotage, 1756, in-8.° II. Traité des Fluxions, traduit de Maclaurin, 1749, 2 vol. in-4.° III. Pratique du Pilotage, 1749, in-8.° IV. Théorie et pratique du Jaugeage des tonneaux, 1778, in-8.° V. Elémens d'Algèbre, traduits de Maclaurin, 1750, in-8.° VI. Cours de Physique expérimentale, traduit de Désaguliers, 1751, 2 vol. in-4.° VII. Traité du Microscope, traduit de Baker, 1754, in-douze. VIII. Dictionnaire des Arts et des Sciences, traduit de l'anglois de Dyche, 1756, deux vol. in-4.° Ce livre réussit peu, parce que l'abbé Prévôt publia son Manuel Lexique, où il avoit profité de ce que l'auteur Anglois avoit de meilleur. IX. Le Guide des jeunes Mathématiciens, traduit de l'anglois de Ward, 1757, in-8.° X. Cours complet d'Optique, traduit de l'anglois de Smith, 1767, 2 vol. in-4.° X. Mémoires de mathématiques et de physique, rédigés à l'observatoire de Marseille avec Messieurs Blanchard et la Grange, 1755 et années suivantes. XI. Il fit imprimer à Avignon en 1770, les Tables de Gardiner, et y mit beaucoup d'exactitude. Les traductions et les autres ouvrages du Père Pezenas, décèlent un aut un qui avoit de la netteté dans les idées et de la clarté dans le style. 476 P E Z
PEZRON, (Paul) né à Hennebon en Bretagne l'an 1639, se fit Bernardin dans l'abbaye de Prières en 1661. Il fut reçu docteur de Sorbonne en 1682, et régenta ensuite au collège des Bernardins à Paris avec autant de zèle que de succès. Son ordre lui confia plusieurs emplois honorables, dans lesquels il fit par contre beaucoup d'amour pour la discipline monastique. En 1697 il fut nommé abbé de la Charmoie; mais son amour pour l'étude l'engagea de donner, en 1703, la démission de son abbaye, dont il ne se réserva rien. Il s'enferma alors plus que jamais dans son cabinet, et s'y livra au travail le plus assidu et le plus constant. Ses occupations affoiblirent sa santé, et il mourut le 10 octobre 1706 à 67 ans. La nature l'avait doué d'une mémoire prodigieuse et d'une ardeur infatigable. Son érudition étoit très-profonde, mais elle n'étoit pas toujours appuyée sur des fondemens solides. Parmi les conjectures dont ses ouvrages sont remplis, il y en a quelques-unes d'heureuses et beaucoup plus de hasardées. On a de lui: I. Un savant Traité intitulé l'Antiquité des Temps rétablie, 1687, in-4°. L'auteur entreprend de soutenir la chronologie du Texte des Septante, contre celle du Texte hébreu de la Bible; il donne au monde plus d'ancienneté qu'aucun autre chronologiste avant lui. Cet ouvrage fit d'abord un grand bruit, et, selon le sort des bons Livres, il eut des admirateurs et des critiques. Dom Martianay Bénédictin et le Père le Quien Dominicain, écrivirent contre l'Antiquité des Temps; le premier avec sa chaleur ordinaire, qui ne lui permit ni de se resserrer dans son sujet, ni d'adoucir les aggreurs de ses invectives; le Quien, avec plus de précision et de modération. II. Défense de l'antiquité des Temps, où l'on soutient la tradition des Pères et des Eglises contre celle du Talmud, et où l'on fait voir la corruption de l'Hébreu des Juifs, in-4°, 1691. Cet ouvrage, aussi bien que le précédent est rempli de recherches curieuses, et l'auteur s'y défend avec beaucoup de modestie. Le Père le Quien répliqua; mais D. Martianay porta la cause à un autre tribunal. Il déféra en 1693 à du Harlay archevêque de Paris, les livres et le sentiment du Père Pezron. Le prélat ne se laissa pas prévenir; il communiqua au défenseur de la Chronologie des Septante le Mémoire de son adversaire. Le Père Pezron n'eut pas de peine à montrer qu'il défendoit un sentiment commun à tous les Pères avant St. Jérôme; ainsi l'odieuse accusation de D. Martianay n'eut aucune suite. III. Essai d'un Commentaire sur les Prophètes, 1693, in-12: il est littéral et historique, et il jette de grandes lumières sur l'histoire des rois de Juda et d'Israel. IV. Histoire Évangélique, confirmée par la Judaïque et la Romaine, 1696, deux vol. in-12. On trouve dans ce savant ouvrage, tout ce que l'Histoire profane fournit de plus curieux et de plus utile pour appuyer et pour éclaircir la partie historique de l'Évangile. V. De l'Antiquité de la Nation et de la Langue des Celtes, autrement appelés Gaulois, etc., 1703, in-8°: livre plein de recherches, qui dévoit faire partie d'un autre ouvrage plus étendu sur l'origine des nations. L'auteur n'eut pas le temps de l'achever. I. PFAFF ou PFAFFER, (Jean-Christophe) célèbre théologien Luthérien, né en 1651 à Piussinge dans le duché de Wirtemberg, enseigna la théologie à Tubinge avec réputation, et y mourut en 1720. On a de lui : I. Un recueil de Controverses. II. Une Dissertation sur les passages de l'Ancien Testament allégués dans le Nouveau; et d'autres ouvrages en latin, qui sont estimés par ceux de son parti.
II. PFAFF, (Christophe-Mathieu) l'un des fils du précédent, professeur en théologie, et chancelier de l'université de Tubinge, est auteur d'un grand nombre de savans ouvrages en latin, entre autres : Institutiones Theologicae, 1716 et 1721, in-8°. On lui doit aussi l'édition du Fragmenta anecdota Sancti Irenæi, grec et latin, in-8°, 1715.
PFANNER, (Toble) né à Augsbourg en 1641, d'un conseiller du comté d'Ottingen, fut secrétaire des archives du duc de Saxe-Gotha, et chargé en même temps d'instruire dans l'histoire et dans la politique les princes Ernest et Jean-Ernest. La manière dont il remplit ces emplois le fit nommer en 1686, conseiller de toute la branche Ernestine. Il étoit si versé dans les affaires, qu'on l'appeloit les Archives vivantes de la Maison de Saxe. Ce savant mourut à Gotha en 1717, à 76 ans. Ses mœurs étoient pures; mais son caractère avoit contracté cette mélancolie sombre, que donne une étude trop constante. Ses principaux ouvragee sont : I. L'Histoire de la Paix de Westphalie; l'édition de 1697, in-octavo, est la meilleure. II. L'Histoire des Assemblées de 1652, 1653 et 1654; Weimar, 1691, in-8°. III. Un Traité des Princes d'Allemagne. IV. La Théologie des Païens. V. Un Traité du principe de la Foi Historique, etc. Tous ces ouvrages sont écrits en latin avec assez peu d'élégance, mais ils sont faits avec soin. I. PFEFFEL, (Jean-André) graveur d'Augsbourg, né vers 1690, mort depuis quelques années, se fit connoître par son intelligence dans le dessin et par la délicatesse de son burin. Il fut chargé des planches d'un ouvrage très-considerable, intitulé : La Physique sacrée, qui parut en 1725. Ce livre est recherché des curieux pour la beauté des figures. Il contient 750 Gravures en taille-douce, faites sur le plan et les dessins de Pfeffel, et exécutées sous ses yeux par les plus habiles graveurs de son temps. Voyez I. SCHEUCHZER.
II. PFEFFEL, (Christian-Frédéric) né à Colmar le 3 octobre 1726, s'attacha à l'étude de la diplomatie et devint professeur de droit public à l'université de Strasbourg; il est mort pendant la révolution. Ses écrits sont nombreux et savans; il a approfondi tout ce qu'il a traité. On lui doit : I. Abrégé chronologique du droit public d'Allemagne. Cet ouvrage a eu plusieurs éditions; la dernière est de 1767, 2 vol. in-12. II. Mémoires sur le Gouvernement de la Pologne, 1759, in-douze. III. Monumenta Boica, 1768, 10 vol. in-4.º C'est le recueil des chartres de la Bavière, extraites de tous les monastères de cette contrée. L'auteur s'est occupé principalement à en éclaircir l'histoire par divers mémoires sur l'origine de ses fiefs, ses limites dans les 10e et 11e siècles, et les sceaux des anciens ducs de Bavière, etc.
PFEFFERCORN, (Jean) fameux Juif converti, tàcha de persuader à l'empereur Maximilien de faire brûler tous les livres hébraïques, à l'exception de la Bible, parce que, disoit-il, ils contiennent des blasphèmes, de la magie, et autres choses aussi dangereuses. L'empereur publia, en 1510, un Édit conforme à la demande de Pfeffercorn. Reuchlin par ses écrits et ses discours, tàcha d'empêcher l'exécution de cet édit. Pfeffercorn composa alors le Miroir Manuel pour soutenir son sentiment; Reuchlin y opposa le Miroir Oculaire qui fut condamné par les théologiens de Cologne, la Faculté de théologie de Paris, et par le Père Hochstrat Dominicain, inquisiteur de la foi. (Voy. REUCHLIN.) Pfeffercorn vivoit encore en 1517. Outre le Miroir Manuel écrit en allemand, on a encore de lui : I. Narratio de ratione celebrandi Pascha apud Judæos. II. De abolendis Judæorum scriptis, etc.
PFEIFFER, (Auguste) naquit à Lawembourg en 1640. Il tomba à l'âge de cinq ans du haut d'une maison. Il se fracassa tellement la tête par cette chute, qu'on le releva pour mort et qu'on se disposoit à l'ensévelir; mais sa sœur, en cousant le drap mortuaire autour du petit corps, le piqua dans un des doigts, et s'appercevant qu'il l'avoit retiré, elle le rendit à la vie par le secours de la médecine. On le fit étudier, et dans peu de temps il se rendit très-habile dans les langues Orientales. Il les professa à Wirtemberg, à Leipzig et en différens autres lieux; il fut appelé à Lubeck en 1690, pour y être surintendant des Églises. C'est dans cette ville qu'il finit ses jours le 11 janvier 1698 à 58 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages de critique sacrée et de philosophie, en latin et en allemand. Les principaux de ceux du premier genre sont : I. Pansophia Mosaica. II. Critica sacra, à Dresde, 1680, in-8.º III. De Masorâ. IV. De Trihæresi Judæorum. V. Sciagraphia systematis Antiquitatum Hebræarum. Tous ses ouvrages de Philosophie ont été imprimés à Utrecht en deux vol. in-4.º Ils ne sont plus d'aucun usage. Ses livres d'érudition sont plus recherchés, quoique écrits d'un style dur et lourd.
PFIFFER, (Louis) né à Lucerne en 1530, d'une famille féconde en grands capitaines, porta de bonne heure les armes au service de la France. Capitaine dans le régiment Suisse de Tamman, il en fut nommé colonel en 1562, après la bataille de Dreux, où il s'étoit signalé par son activité et sa bravoure. La paix ayant fait réformer son régiment, Pfeffer fut lieutenant de la compagnie des cent Gardes-Suisses de Charles IX, qui le créa chevalier. Il amena en 1567 un régiment de 6000 Suisses au service de ce prince. Ce fut avec ce corps dont il étoit co- lonel, qu'il sauva la vie à ce monarque : il le fit conduire dans un bataillon carré de Meaux à Paris, malgré tous les efforts de l'armée du prince de Condé. Cette journée appelée la Retraite de Meaux, a immortalisé le nom de ce héros. Il continua de servir Charles IX par son courage et par son crédit auprès de ses compatriotes : crédit qui lui fit donner le surnom de Roi des Suisses. Il contribua avec son régiment, en 1569, à fixer la victoire de Montcontour contre les Huguenots. Son zèle pour la France ne se démentit point jusqu'à la naissance de la Ligue. Le duc de Guise l'ayant gagné sous prétexte de religion, Pfiffer se déclara ouvertement pour ce parti, et engagea les Cantons Catholiques à l'aider puissamment. Il mourut dans sa patrie en 1594 à 64 ans, advoyer, c'est-à-dire premier chef du Canton de Lucerne : charge que son zèle patriotique, sa grandeur d'ame et ses autres qualités lui avoient méritée.
PFLUG, (Jules) PHLUGIUS, évêque de Naumbourg, d'une famille distinguée, fut d'abord chanoine de Maïence, puis de Zeitz. Il entra par son mérite dans le conseil des empereurs Charles-Quint et Ferdinand I. Ce dernier prince s'en rapportoit ordinairement à lui dans les affaires les plus difficiles. Pflug ayant été élevé sur le siège de Naumbourg, en fut expulsé par ses ennemis le jour même de son élection; mais il fut rétabli avec beaucoup de distinction six ans après, par Charles-Quint. Il fut un des trois savans théologiens que l'empereur choisit pour dresser le projet de l'Interim en 1548, et présida aux diètes de Ratisbonne au nom de Charles-Quint. Il se signala sur-tout par ses ouvrages de controverse sur les dogmes attaqués par Luther. Ses livres sont pour la plupart en latin; il en a fait aussi quelques-uns en allemand. Ce savant et pieux évêque mourut en 1594, à 74 ans.
PHACÉE, fils de Romelias, général de l'armée de Phacéia roi d'Israël, conspira contre son maître, le tua dans son palais, et se fit proclamer roi l'an 759 avant J. C. Il régna vingt ans, et suivit les traces de Jéroboam qui avoit fait pécher Israël. Dieu irrité contre les crimes d'Achaz qui régnoit alors en Judée, y envoya Hasia roi de Syrie et Phacée qui vinrent mettre le siège devant Jérusalem. Mais ils furent contraints de s'en retourner dans leurs états; Dieu les ayant envoyés pour châtier son peuple, et non pour le perdre. Phacée fit ensuite une nouvelle irruption dans le royaume de Juda, et le réduisit à l'extrémité. Il tailla en pièces l'armée d'Achaz, lui tua en un jour 120,000 combattans, fit 200,000 prisonniers, et revint à Samarie chargé de dépouilles. Mais sur le chemin, un prophète nommé Obed vint faire de vives réprimandes aux Israélites, des excès qu'ils avoient commis contre leurs frères, et leur persuada de renvoyer à Juda tous les captifs qu'ils emmenoient. Phacée fut détrôné par Osée un de ses sujets qui lui ôta la couronne et la vie l'an 739 avant J. C.
PHACÉIA, fils et successeur de Manahem roi d'Israël, imita l'impiété de ses pères, et fut tué par Phacée durant un festin qu'il 480 PHA faisoit dans son palais de Sama-rie, l'an 759 avant J. C.
PHAËTON, (Mythol.) fils du Soleil et de la nymphe Cly-mène. Epaphus fils de Jupiter lui ayant dit dans une querelle, que le Soleil n'étoit pas son père comme il se l'imaginait: Phaëton irrité alla s'en plaindre à Cly-mène sa mère, qui lui conseilla d'aller voir son père pour qu'il fit connoître à tout l'univers qu'il étoit son fils. Le Soleil ne pou-vant résister à ses prières et à ses larmes, lui confia son char après l'avoir revêtu de ses rayons. Dès qu'il fut sur l'horizon, les che-vaux prirent le mors aux dents; de sorte que s'approchant trop de la Terre, tout y étoit brûlé par l'ardeur du nouveau Soleil, et que s'en éloignant trop tout y périssoit par le froid. Jupiter ne trouva d'autre moyen de remé-dier à ce désordre, qu'en fou-droyant Phaëton qui tomba dans la mer à l'embouchure de l'Eridan, aujourd'hui le Pô. Ses sœurs et Cycans son ami pleurèrent tant qu'elles furent métamorpho-sées en peuplier, leurs larmes en ambre, et Cycans en cygné. On les appeloit Phaëtontiades: elles étoient au nombre de trois; Ovide n'en nomme que deux, Phaëtuse et Lampétie.
PHAËTONTIADES, Voyez l'ar-ticle précédent.
PHAINUS, ancien astronome Grec, natif d'Elide, faisoit ses observations auprès d'Athènes, et fut le maître de Meton. Il est regardé comme le premier qui découvrit le temps du solstice.
PHALANTE, jeune Lacédé-monien fils d'Aracus, devint fondateur de la ville de Tarente en Italie. Les Messéniens ayant violé les filles de Sparte qui avoient assisté à une de leurs fêtes, les Lacédémoniens réso-lurent de venger cet outrage. Ils assiégèrent Messène, et firent serment de ne point retourner dans leur pays qu'ils n'eussent saccagé cette ville. Mais après dix ans de siège, ils furent obli-gés pour repeupler Sparte, de renvoyer dans leur patrie les jeu-nes gens qui n'avoient point eu de part au serment, avec per-mission d'épouser leurs filles. Les fruits de ces mariages furent ap-pelés Parthésies, c'est-à-dire enfans des filles, et on les re-garda comme des espèces de bà-tards. Cette tache les obligea de s'expatrier. Ayant choisi Phalante pour leur chef, ils abordèrent à Tarente, petit port à l'extrémité de l'Italie, qu'ils changèrent en ville assez considérable après en avoir chassé les habitans.
PHALANX, (Mythol.) frère d'Arachné. Pallas prit un soin particulier de leur éducation; mais indignée de ce qu'ils y ré-pondoient mal et de la passion criminelle qu'ils avoient conçu l'un pour l'autre, elle les mé-tamorphosa en vipères.
PHALARIS, tyran d'Agri-gente, se signala par sa cruauté. S'étant emparé de cette ville l'an 571 avant J. C., il chercha tous les moyens de tourmenter les ci-toyens. Pérille, artiste cruelle-ment industrieux, seconda la fu-reur de Phalaris en inventant un Taureau d'airain. Le malheu-reux qu'on y renfermoit, con-sumé par l'ardeur du feu qu'on allumait dessous, jetoit des cris de rage qui sortant de cette hor-rible machine, ressembloient aux mugissemens mûgissemens d'un bœuf. L'auteur de cette cruelle invention en ayant demandé la récompense, Phalaris le fit brûler le premier dans le ventre du taureau. Les Agrigentius se révoltèrent l'an 561 avant J. C., et firent subir à Phalaris le supplice auquel il avoit condamné tant de victimes de sa barbarie. Nous avons des Lettres sous le nom d'Abaris, à ce tyran, avec les réponses; mais elles sont supposées. On les imprima à Tréviso, in-4°, en 1471, d'après la révision de Léonard Aretin, et on y joignit la traduction latine. Elles avoient déjà été imprimées en Sorbonne l'année d'auparavant, in-4°. Nous en avons une autre édition d'Oxford, 1718, in-8°; et une Traduction françoise, 1726, in-12.
PHALEREUS, Voy. DÉMÉ- TRIUS de Phalère.
PHALLUS, (Mythol.) fut l'un des quatre principaux Dieux de l'impureté. Les trois autres étoient Priape, Bacchus et Mercure. Les Déesses infames qu'on ne rongissoit pas d'adorer, étoient en plus grand nombre: Vénus, Cotyto, Perfica, Prema, Pertunda, Lubentie, Volupie, etc.
PHALOÉ, (Mythol.) nymphe, fille du fleuve Lyris, avoit été promise à celui qui la délivrerait d'un monstre ailé. Un jeune homme appelé Elaothe s'offrit de le tuer, et réussit; mais il mourut avant son mariage. Phaloé versa tant de larmes, que les Dieux touchés de sa douleur la changèrent en fontaine dont les eaux se mêlèrent avec celles du fleuve son père. On démêloit ses eaux à leur amertume, parce Tome I.V. que le bord de la fontaine étoit couvert de cyprès.
PHAON, (Myth.) jeune homme de Mytilène de l'isle de Lesbos, reçut de Vénus, selon la Fable, un vase d'albâtre, rempli d'une essence qui avoit la vertu de donner la beauté. Il ne s'en fut pas plutôt frotté qu'il devint le plus beau des hommes. Les femmes et les filles de Mytilène en devinrent éperdument amoureuses; et la célèbre Sapho se précipita, parce qu'il ne voulut pas répondre à sa passion. On dit qu'il fut tué par un mari qui le surprit avec sa femme. On lit dans Ovide une Lettre de Sapho à Phaon. M. Blin de Saint-More en a publié une en vers françois.
PHARAMOND, est le nom que la plupart des historiens donnent au premier roi de France. On dit qu'il régna à Trèves et sur une partie de la France vers 420, et que Clodion son fils lui succéda: mais ce que l'on raconte de ces deux princes est très-incertain. Il est probable que Pharamond ne fut proprement qu'un général d'armée, le chef d'une société militaire de Francs, maîtres de leurs personnes et de leurs biens. Il paroît que c'étoit le sentiment de Grégoire de Tours. «La plupart, dit-il, ignorent quel a été le premier roi des François. Sulpice Sévère qui rapporte plusieurs choses qui regardent cette nation, ne nomme point son premier roi. Il dit seulement qu'elle a eu des généraux.» Quoi qu'il en soit, on attribue communément à Pharamond l'institution de la fameuse Loi Salique. C'est un recueil de réglemens sur toutes sortes de matières que Clovis fit rédiger. Cette H h 482 PHA loi fut appelée *Salique*, du nom des *Saliens*, les plus illustres des *Francs*. « Elle fixoit la peine des crimes et plusieurs points de police. C'est un préjugé de croire que le droit de succession à la couronne y fut expressément réglé. Elle porte seulement que, par rapport à la Terre *Salique*, les femmes n'ont nulle part à l'héritage, ce qui ne regarde point la maison royale en particulier; car on appelait généralement *Terres Saliques*, toutes celles que l'on tenoit du droit de conquête; il est facile de concevoir qu'un peuple de soldats dont le roi étoit le général, ne vouloit pas obéir à une femme. Un long usage soutenu par les principes de la nation, se changea avec le temps en loi du royaume. » (L'abbé *Millot*, *ÉLEMENS de l'Histoire de France*, Tome I.)
PHARAON, signifie *Roi* dans l'ancienne langue des *Égyptiens*. Plusieurs souverains d'Égypte ont porté ce nom. On distingue, 1.º Celui qui régnoit lorsqu'*Abraham* fut contraint par la famine de venir en Égypte, et qui enleva sa femme par erreur. Le second occupoit le trône lorsque *Joseph* amené par des marchands Ismaélites, fut établi intendant de toute l'Égypte. Le 3$^{e}$ *Pharaon* connu dans les Livres saints, est celui qui oubliant les services de *Joseph*, persécuta les Israélites. Le 4$^{e}$ est celui à qui *Moyse* et *Aaron* demandèrent la permission d'aller avec le peuple sacrifier dans le désert. Le 5$^{e}$ y régnoit du temps de *David*. Le 6$^{e}$ fut beau-père de *Salomon*. Le 7$^{e}$ étoit *Pharaon Hésac*. Le 8$^{e}$, *Pharaon Sua* ou *Sé*. Le 9$^{e}$, *Ne-* *chao* ou *Necho*, et le 10$^{e}$, *Hophrad* ou *Vaphrès*. On peut conclure par ces quatre derniers, que les autres avoient aussi des noms propres. *Voy*. KOPHTUS.
PHARÈS, fils du patriarche *Juda* et de sa bru *Thamar*. Lorsqu'il vint au monde, *Zara* son frère jumeau, présenta le premier son bras; mais ensuite il le retira pour laisser naître *Pharès* son frère, qui par ce moyen devint l'aîné.
PHARIS, (Mythol.) fils de *Mercure* et d'une des filles de *Danaüs*, bâtit une ville dans la Laconie à laquelle il donna son nom.
PHARNACE, fils de *Mithridate* roi de Pont, fit révolter l'armée contre son père, qui se tua de désespoir l'an 64 avant J. C. Il cultiva l'amitié des Romains, et demeura neutre dans la guerre de *César* et de *Pompée*. *César* voulant qu'il se décidât, tourna ses armes contre lui l'an 47 avant J. C., et le vainquit avec tant de célérité qu'il écrivit à un de ses amis: *VENI*, *VIDI*, *VICI*. Il fit graver ces trois mots en gros caractères sur les brancards chargés du butin des ennemis qui suivoient son char de triomphe.
PHASE, (Mythol.) prince de la Colchide, que *Thétis* n'ayant pu rendre sensible, métamorphosa en fleuve. Il coule dans la Colchide, et ne mêle point ses eaux avec celles de la Mer-Noire où il se jette.
PHASSUR, prêtre, fils d'*Émer*, ayant entendu *Jérémie* prédire divers malheurs contre Jérusalem, le frappa et le fit charger de chaînes. Le lendemain *Phassur* ayant fait délier le Prophète, celui-ci lui prédit qu'il seroit emmené captif à Babylone avec tous ceux qui demeuroient dans sa maison, et qu'il y mourroit lui et tous ses amis.
**PHAZAËL**, frère d'*Hérode le Grand*, étoit fils d'*Antipater* qui le nomma gouverneur de Judée l'an 47 avant J. C. Ayant été assiégé dans le palais de Jérusalem, par les Parthes qui étoient venus au secours d'*Antigone* fils d'*Aristobule*, il se rendit dans le camp ennemi sur la proposition qu'on lui fit d'un accommodement. Mais le général des Parthes le retint prisonnier l'an 39 avant J. C. Comme il appréhendoit moins la mort à laquelle on le destinoit, que la honte de la recevoir par la main de son ennemi, et qu'il ne pouvoit se tuer lui-même parce qu'il étoit enchaîné, il se brisa la tête contre une pierre. On dit qu'*Antigone* lui envoya des médecins qui, au lieu d'employer des remèdes pour le guérir, empoisonnèrent ses plaies. *Hérode le Grand* son frère, depuis roi de Judée, éleva plusieurs grands édifices pour honorer sa mémoire: comme une Tour dans Jérusalem nommée *Phazaëlle*; et une ville de même nom dans la vallée de Jéricho.
**PHEBADE** ou
**FITADE**, (St.) *Fitadius*, évêque d'Agen, que les habitans du pays nomment *St. Fiari*. Il se fit un nom, en réfutant la Confession de foi que les Ariens avoient publiée à Sirmich en 357, par un *Traité* que nous avons dans la *Bibliothèque des Pères*. Il assista au concile de Rimini en 359, et y soutint le parti Catholique; mais surpris par les Ariens et entraîné par l'amour de la paix, il signa une Confession de foi orthodoxe en apparence et qui cachoit le poison de l'hérésie. Il connut depuis sa faute, et il témoigna par une rétractation publique qu'il n'avoit eu dessein que de détruire l'erreur et non d'y souscrire. *St. Phébade* se trouva au concile de Paris en 360, à celui de Valence en 374, et à celui de Sarragosse en 380. Il vivoit encore en 392; mais il étoit mort en 400, après plus de 40 ans de travaux dans l'épiscopat. D. *Rivet* lui attribue un savant Traité contre le concile de Rimini. On en trouve une traduction grecque parmi les Discours de *St. Grégoire de Nazianze*. C'est le 49$^{e}$ discours de ce Père.
**PHÉBUS**, *Voyez APOLLON*.
**PHEDON**, philosophe Grec, natif d'Elée, fut enlevé par des corsaires et vendu à des marchands. *Socrate* touché par sa physionomie douce et spirituelle, le racheta. Après la mort de son bienfaiteur dont il reçut le dernier soupir, il se retira à Elée et y devint chef de la *Secte Eléique*. Sa philosophie se bornoit à la morale, et n'en valoit que mieux. *Platon* a donné le nom de ce philosophe à l'un de ses *Dialogues*. **I. PHÉDRE**, (Myth.) *Phœdra*, fille de *Minos* roi de Crète et de *Pasiphaë*, fut la seconde femme de *Thésée* roi d'Athènes. Cette princesse conçut pour *Hippolyte* fils de *Thésée* et d'*Antiope* reine des Amazones une passion très-violente. *Hippolyte* n'ayant pas voulu l'écouter, elle l'accusa auprès de son père d'a- H h 2 voir attenté à son honneur. Thésée irrité, livra ce malheureux fils à la fureur de Neptune. Hippolyte se promenant sur le bord de la mer, un monstre sorti tout-à-coup du fond des eaux, effraya ses chevaux qui le trainèrent à travers les rochers, où le char se fracassa, et fit périr ce jeune prince. Phèdre rendit témoignage à son innocence en se pendant elle-même. Ce tragique événement a fourni un sujet à Euripide et à Racine, qui en ont composé deux excellentes Tragédies, et celui d'un tableau plein de force et d'expression par Guérin, peintre moderne, qui a fait l'admiration des connoisseurs à l'exposition du salon de l'an 10.
II. PHÈDRE, (Phædrus) natif de Thrace et affranchi d'Auguste, écrivoit sous Tibère. Il fut persécuté par Séjan, lâche ministre d'un prince barbare : cet homme injuste croyoit appercevoir sa satire dans les éloges que Phèdre fait de la vertu. Ce poète s'est fait un nom immortel par cinq livres de FABLES en vers jambes, auxquelles il a donné lui-même le nom de Fables Esopiennes, parce qu'Esope est l'inventeur de ce genre d'apologue, et que Phèdre l'a pris pour modèle. Nous n'avons rien dans l'antiquité de plus accompli que les Fables de Phèdre, pour le genre simple. Il plaît par sa douce élégance, par le choix de ses expressions, par l'heureux tour de ses vers; il instruit par ses ingénieuses moralités, qui sont autant de miroirs où l'homme voit ses qualités et ses défauts. Van-Effen l'a ainsi caractérisé : A l'esprit des Romains sa plume a retracé, Les utiles leçons d'un esclave santé. De ses termes choisis l'élégante justesse Sert chez lui, de grandeur, de grace et de finesse; Sans tirer de l'esprit un éclat emprunté, Le vrai plait en ses vers par sa simplicité. Notre inimitable la Fontaine conte avec moins de précision et de justesse; mais, inférieur à Phèdre en ce seul point, il le surpasse dans tous les autres. Sa poésie est plus vive, plus enjouée, plus variée, et plus remplie de ces graces légères et de ces ornements délicats, qui s'accordent avec l'aimable simplicité de la nature. Les Fables de Phèdre ont resté long-temps dans l'obscurité. François Pithou les rendit à la lumière, en les tirant de la bibliothèque de Saint-Bemy de Rheims. Les meilleures éditions de ce précieux morceau, sont celles : Cum notis Variorum, 1667, in-8°... Ad usum Delphini, 1675, in-4°... d'Amsterdam, 1701, in-4°, avec les notes de David Hoogstratten... de Leyde, in-4°, 1727, par Burman... et de Paris, in-12, 1742. Celle que nous devons aux soins de M. Philippe, publiée par Barbou en 1748, in-12, mérite la préférence : elle est enrichie de plusieurs notes, de variantes et de diverses additions utiles. L'édition du Louvre, 1729, in-16, entre-petits caractères, est plus rare et beaucoup plus chère. Il en a paru une dans ce dernier genre, à Orléans, chez Couret de Villeneuve. M. de Saci a donné une assez bonne Traduction de Phèdre, sous le nom de Saint-Aubin. M. l'abbé Lallemand en a publié une nouvelle Version en 1758, in-8°, avec un catalogue raisonné des différentes éditions. On en a aussi une en vers françois, plus faciles qu'élégans, 1708, in-12.
III. PHÈDRE, (Thomas) chanoine de Saint-Jean de Laitran et professeur d'éloquence à Rome, mort d'une chute vers la fin du 16e siècle. On lui attribue le fragment des Antiquités Etrusques de Prosper, auteur du temps de Cicéron, prétendu trouvé à Volterre par Inghiramius, Francfort, 1637, in-fol. Le nom de Phèdre lui fut donné parce qu'il avoit joué avec succès ce rôle dans l'Hippolyte de Sénèque. I. PHELIPEAUX, (Jean) né à Angers, fit ses études à Paris avec distinction. Bossuet évêque de Meaux, l'ayant entendu disputer en Sorbonne, le prit pour précepteur de son neveu, depuis évêque de Troye, et le fit chanoine et trésorier de son église cathédrale, official, seul grand vicaire, et supérieur de plusieurs maisons religieuses. L'élève de l'abbé Phelipeaux étant allé à Rome, il l'y accompagna; et ils s'y trouvèrent dans le temps que Fénélon archevêque de Cambrai, y porta le jugement de son livre des Maximes des Saints. Il écrivit un Journal de cette dispute, mais en homme qui étoit beaucoup plus partisan de l'évêque de Meaux que de l'archevêque de Cambrai. Ce Journal vit le jour en 1732 et 1733, in-12, sous le titre de Relation de l'origine, du progrès et de la condamnation du Quétisme répandu en France. Cet auteur mourut en 1708 dans un âge avancé. C'étoit un homme d'un esprit pénétraut et profond, mais fort sujet à des préventions et incapable de les perdre.
II. PHELIPEAUX, (Pierre) né à Fénières, fut député du département de la Sarthe à la Convention nationale, s'y montra un des plus ardens ennemis de la monarchie, et y proposa la création d'un tribunal révolutionnaire sans jurés. Envoyé en mission dans la Vendée, il s'adoucit tout-à-coup à la vue des cruautés dont cette contrée étoit le théâtre. Il dénonça les généraux qui y commandoient, et même le comité de salut public. Arrêté comme conspirateur, défenseur de Roland et calomniateur de Marat, il fut condamné à mort le 5 avril 1793, et la subit avec courage. On a publié la lettre qu'il écrivit à sa femme dans ses derniers momens. Lors de son interrogatoire, l'accusateur public Fouquier-Tinville, ayant mêlé à son ordinaire l'ironie à ses interpellations, « Il vous est permis, lui dit Phelipeaux, de me faire périr, mais m'outrager !... je vous le défends. » On a imprimé ses Mémoires historiques sur la guerre de la Vendée, 1793, in-8.
PHELYPEAUX, (Louis-Balthasar) fils de François Phelipeaux seigneur d'Harbaut, montra de bonne heure du goût pour la vertu et pour les lettres. Nommé chanoine de Notre-Dame de Paris en 1694 et agent général du clergé en 1697, il fut placé sur le siège épiscopal de Ries en 1713. Son nom et son mérite pouvoient lui procurer un évêché plus considérable et plus voisin de la cour; il se contenta de celui que la providence lui avoit donné. Il fit le bonheur de H h 3 486 P H E ses diocésains, fonda un *Collège*, un *Hôpital*, un *Séminaire*, s'attacha les indigens, pensionna les prêtres infirmes, les pauvres gentilshommes et les venves des officiers; enfin il fit le bien dans l'obscurité, sans faste, sans orgueil: ce qui ajoute beaucoup au mérite de sa bienfaisance. Il eut d'ailleurs toutes les vertus épiscopales, et il instruisit son clergé sans faire étalage de ses lumières. Il mourut en 1751, dans un âge avancé.
PHELYPEAUX, *Voy. PONTCHARTRAIN et VRIJLIÈRE.*
PHELYPEAUX, *Voy. MAUREPAS.*
PHENENNA, seconde femme d'*Elcann* père de *Samuel*, avoit plusieurs enfans, et loin d'en remercier Dieu seul auteur de sa fécondité, elle insultoit *Anne* et la railloit de ce que le Seigneur l'avoit rendue stérile. Mais Dieu ayant visité *Anne*, elle enfanta *Samuel*, et *Phenenna* fut humiliée. I. PHÉNIX, (Mythol.) oiseau fabuleux, unique au monde et consacré au Soleil, que l'on dit vivre 1461 ans, nombre qui représente exactement une révolution de la grande année solaire Égyptienne. Son plumage est d'or cramois. Il vient du pays des Ténèbres pour mourir en Arabie, et suivant d'autres en Égypte. Sentant sa vieillesse, il fait un petit bûcher de bois odoriférant, sur lequel il se consume aux rayons du Soleil qui allume ce bûcher: et de ses cendres il renaît un ver duquel se forme un nouveau *Phénix*.
II. PHÉNIX, fils d'*Amyntor*, roi des Dolopes, fut accusé par *Clytie* concubine de son père; d'avoir voulu lui faire violence. Il fut obligé de quitter Hella sa patrie et de s'enfuir en Thessalie auprès du roi *Pélée*, qui lui confia la conduite de son fils *Achille*. *Phénix* suivit ce prince au siège de Troye, où il devint aveugle; mais *Chiron* le guérit. Il donna à *Achille* une si excellente éducation, qu'il fut regardé comme le modèle des gouverneurs de la jeunesse. Après la prise de la ville de Troye, *Pélée* reconnoissant des services qu'il lui avoit rendus dans la personne de son fils quoique mort, rétablit *Phénix* sur le trône et le fit proclamer roi des Dolopes. — Il faut le distinguer de *PHENIX*, fils d'*Agenor* et frère de *Cadmus*, qui a donné son nom aux Phéniciens peuples de la Syrie, qui furent, dit-on, les inventeurs des premières lettres, de l'usage de la pourpre, et de la navigation... (*Voyez CADMUS.*)
PHÉRÉCRATE, poète comique Grec, étoit contemporain de *Platon* et d'*Aristophane*. A l'imitation des anciens comiques, qui introduisoient sur le théâtre non des personnages imaginaires, mais des personnages actuellement vivans, il joua ses contemporains, sans néanmoins abuser de la licence qui régnoit alors sur la scène, et se fit une loi de ne jamais diffamer personne. On lui attribue vingt — une *Comédies*, dont il ne nous reste que des fragmens, recueillis par *Hertelius* et par *Grotius*. On juge d'après ces fragmens, que *Phérécrate* écrivoit très-purement en grec, et qu'il possédoit cette raillerie fine et délicate, qu'on appelle *urbanité Attique*. Il fut auteur d'une P H I 487 espèce de vers, appelés de son nom Phérécratiens. Ils étoient composés des trois derniers pieds du vers hexamètre, et le premier de ces trois pieds étoit toujours un spondée. Ce vers d'Horace, par exemple, (Quamvis Pontica pinus,) est un vers Phérécra-tien. On trouve dans Plutarque un fragment de ce poète sur la musique des Grecs, qui a été discuté par M. Burette de l'académie des Inscriptions. Voyez le tome xv° de la collection de cette compagnie. I. PHÉRÉCYDE, philosophe de l'isle de Sevros vers l'an 560 avant Jésus-Christ, fut l'élève de Pittacus. Il passe pour avoir été le premier de tous les philosophes qui ait écrit sur les choses naturelles et sur l'essence des Dieux. Il fut aussi le premier, dit-on, qui soutint l'opinion ridicule « que les animaux sont de pures machines. » Il fut le maître de Pythagore, qui l'aima comme son père. Ce disciple reconnoissant, ayant appris que Phérécide étoit dangereusement malade dans l'isle de Délos, s'embarqua aussitôt et se rendit à l'isle, où il fit donner tous les secours nécessaires à ce vieillard et ne ménagea rien de ce qui pouvoit lui rétablir la santé. Le grand âge enfin et la violence de la maladie ayant rendu tous les remèdes inutiles, il prit le soin de l'ensévelir, et quand il lui eut rendu les derniers devoirs il repartit pour l'Italie. On donne une autre cause à sa mort : selon les uns, il fut dévoré par les poux; selon d'autres, il se tua en se précipitant du haut du Mont-Corycius lorsqu'il alloit à Delphes. On peut voir dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, année 1747, une Dissertation curieuse sur la vie, les ouvrages et les sentimens de cet ancien philosophe, l'un des premiers entre les Grecs qui ait écrit en prose. Diogène Laërce lui attribue l'invention de la prosodie ou quantité nécessaire pour donner aux vers et sur — tout aux vers latins, une certaine mesure qui flatte l'oreille.
II. PHÉRÉCYDE, historien, natif de Leros, et surnommé l'Athénien, florissoit vers l'an 456 avant Jésus-Christ Il avoit composé l'Histoire de l'Attique; mais cet ouvrage a péri par les ravages du temps.
PHIDIAS, sculpteur d'Athènes vers l'an 448 avant J. C., avoit fait une étude particulière de tout ce qui avoit rapport à son talent. Il possédoit sur-tout l'optique, science qui lui fut très-utile dans une occasion remarquable. Alcamène et lui furent chargés de faire chacun une Minerve, afin qu'on pût choisir la plus belle pour la placer sur une colonne. La statue d'Alcamène, vue de près, avoit un beau fini qui gagna tous les suffrages; tandis que celle de Phidias ne paroissoit en quelque sorte qu'ébauchée. Mais le travail recherché du premier disparut lorsque la statue fut élevée au lieu de sa destination. Celle de Phidias au contraire fit tout son effet, et frappa les spectateurs par un air de grandeur et de majesté qu'on ne pouvoit se lasser d'admirer. Ce fut lui qui après la bataille de Marathon, travailla sur un bloc de marbre que les Perses dans l'espérance de la victoire, avoient apporté pour H h 4 ériger un trophée. Il en fit une *Nemésis*, Déesse qui avoit pour fonction d'humilier les hommes superbes. On chargea encore *Phidias* de faire la *Minerve*, qu'on plaça dans le fameux Temple appelé le *Panthéon*. Cette statue avoit vingt-six coudées de haut; elle étoit d'or et d'ivoire: mais c'étoit l'art qui en faisoit le principal mérite. Cette statue auroit fait douter s'il pouvoit y avoir rien de plus parfait en ce genre; si *Phidias* lui-même n'en eût donné la preuve dans son *Jupiter Olympien*, qu'on peut appeler le plus grand effort de l'art. Ce ne fut point pour Athènes qu'il fit cette statue: l'envie l'avoit forcé de quitter son ingrate patrie. *Menon*, un de ses élèves et osant être son rival, l'avoit accusé d'avoir détourné à son profit une partie des quarante-quatre talens d'or qu'il devoit employer à la statue de *Minerve*. Le célèbre *Périclès* avoit eu un pressentiment de ce qui devoit arriver, et par son conseil *Phidias* avoit tellement appliqué l'or à sa *Minerve*, qu'on pouvoit l'en détacher aisément et le peser. L'or fut donc pesé, et à la honte de l'accusateur, on y retrouva les quarante-quatre talens. *Phidias* qui sentit bien que son innocence ne le mettoit pas à l'abri des atteintes de la jalousie, prit la fuite et se retira en Elide. Là, il songea à se renger de l'injustice et de l'ingratitude des Athéniens, d'une manière permise ou pardonnable à un artiste, si jamais la vengeance pouvoit l'être: ce fut d'employer toute son industrie à faire pour les Eléens une statue qui pût effacer sa *Minerve* que les Athéniens regardoient comme son chef-d'œuvre. Il y réussit. Son *Jupiter Olympien* fut regardé comme un prodige. On le mit au nombre des sept Merveilles du monde. Aussi n'avoit-il rien oublié pour donner à cet ouvrage la dernière perfection. Avant que de l'achever entièrement, il l'exposa aux yeux du public, se tenant caché derrière une porte, d'où il entendoit le jugement des connoisseurs ou de ceux qui croyoient l'être. L'un trouvoit le nez trop épais, un autre le visage trop alongé, etc. et. Il profita de toutes les critiques judicieuses: persuadé, dit *Lucien* qui rapporte ce fait, que plusieurs yeux voient ceux qu'un seul. Cette statue d'or ou d'ivoire, haute de soixante pieds et d'une grosseur proportionnée, fit le désespoir de tous les grands statuaires qui vinrent après. Aucun d'eux n'eut la présomption de penser seulement à l'imiter: *Præter JOHN Olympium, quem nemo annularum*, dit PLINE. Ce fut par ce chef-d'œuvre qu'il termina ses travaux. Long-temps après lui on conservoit encore son atelier, et les voyageurs l'alloient voir par curiosité. Les Eléens, pour faire honneur à sa mémoire, créèrent en faveur de ses descendants une charge, dont toute la fonction consistoit à nettoyer cette magnifique statue et à la préserver de tout ce qui pourroit en ternir la beauté. *Phidias* fut le premier parmi les Grecs qui étudia la belle nature, pour l'imiter. Son imagination étoit grande et hardie; il savoit rendre la Divinité avec une telle expression et un si grand éclat, qu'il sembloit avoir été guidé dans son travail par la Divinité elle-même.
PHIDON fut, suivant Pollux, Strubon et Sperling, le premier qui introduisit en Grèce l'usage de marquer la monnoie. On a trouvé quelques pièces anciennes, sur lesquelles on voit d'un côté un bouclier, et de l'autre la figure d'une petite cruche et d'une grappe de raisin : l'exergue porte le nom de Phidon. Plutarque attribue à Thésée l'invention de l'empreinte des monnoies grecques.
PHILAGATHE, (l'Antipape) Voyez GRÉGOIRE V.
PHILANDER, (Guillaume) né à Châtillon-sur-Seine en 1505, fut appelé à Rhodez par George d'Armagnac, pour lors évêque de cette ville et depuis cardinal. Philander s'acquit l'estime et l'amitié de ce prélat protecteur des savans, et le suivit dans son ambassade à Venise. A son retour, il fut fait chanoine de Rhodez et archidiacre de Saint-Antonin. Il mourut à Toulouse en 1565, dans un voyage qu'il fit pour voir son Mécène qui en étoit devenu archevêque. On a de lui : I. Un Commentaire sur Vitruve, dont la meilleure édition est celle de Lyon, en 1552. Quoique cet ouvrage soit savant, le temps lui a ôté une partie de son mérite ; les lumières sur l'architecture étant beaucoup plus grandes qu'autrefois. II. Un Commentaire sur une partie de Quintilien... Philander étoit un homme indolent, incapable de prendre soin de ses affaires domestiques, paresseux même dans les recherches littéraires, il promettoit des ouvrages qu'il ne pouvoit ni ne vouloit donner.
PHILASTRE, Philastrius, évêque de Bresse en Italie vers 374, se trouva au concile d'Aquilée avec St. Ambroise, en 381; il fit connoissance à Milan avec S. Augustin, et mourut le 18 juillet 387. On a de lui un livre des Hérésies, dans lequel il prend quelquefois pour erreur ce qui ne l'est pas. Cet ouvrage, écrit d'un style bas et rampant, se trouve dans la Bibliothèque des Pères. On en a une édition séparée à Hambourg, 1721, in-8°, et Bresse, 1738, in-fol.
PHILE, (Manuel) auteur Grec du 14e siècle, dont il nous reste un Poème en vers Iambiques sur la propriété des Animaux. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de Paw, Utrecht, 1730, in-4°. Il est dédié à Michel Paléologue le jeune, empereur de Constantinople, sous lequel il vivoit.
PHILELEUTHÈRE, Voyez BENTLEI.
PHILELPHE, (François) né à Tolentin en 1398, étudia à Padoue les humanités avec succès. A l'âge de 18 ans, il fut chargé de professer l'éloquence. Ses talens le firent appeler à Venise. La république lui accorda des lettres de citoyen, et le nomma secrétaire du Baile à Constantinople. Philephe profita de cet emploi pour se perfectionner dans la langue grecque, et passa à Constantinople en 1419. Il y épousa Théodora fille du savant Emmanuel Chrysoloras, et apprit insensiblement de sa femme toute la douceur et la finesse du grec. S'étant fait connoître à l'empereur Jean Paléologue, ce prince l'envoya à l'empereur Sigismond pour implorer son secours contre les Tures. Philelphe enseigna ensuite à Venise, à Florence, à Sienne, à Bologne et à Milan, avec une réputation extraordinaire. Mais si ses succès furent grands, ses défauts le furent davantage. Ne tenant par le cœur qu'à ceux dont il espéroit de tirer actuellement quelque avantage, il abandonna lâchement le parti de Côme de Médicis son bienfaiteur. Son orgueil étoit extrême : il vouloit régner sur tous les littérateurs : on ne pouvoit le contredire sans le choquer. Il se piquoit tellement de savoir les lois de la grammaire, que disputant un jour sur une syllabe avec un philosophe Grec nommé Timothée, il offrit de payer cent écus au cas qu'il eût tort, à condition qu'il dispose-roit de la barbe de son adversaire si l'avantage lui étoit adjugé. Philelphe ayant gagné, fit raser impitoyablement la barbe à Timothée, quelques offres que pût lui faire celui-ci pour éviter cet affront. A cette présomption, Philelphe joignoit une inconstance, une inquiétude, une prodigalité, qui semèrent sa vie d'épines. Il la termina à Florence le 31 juillet 1481, à 83 ans. On fut obligé de vendre les meubles de sa chambre et les ustensiles de sa cuisine pour payer ses funérailles. C'est sans fondement qu'on l'accuse d'avoir privé le public du livre de Cicéron, intitulé : De Glorid. On a de lui : I. Des Odes et des Poésies, 1488, in-4°, et 1497, in-fol. II. Des Discours, Venise, 1492, in-fol. III. Des Dialogues, des Satires, Milan, 1476, in-folio; Venise, 1502, in-4°; et Paris, 1508, in-4°. IV. Un grand nombre d'autres ouvrages latins, en vers et en prose. Les plus connus sont les Traités De Morali disciplina : De Exilio : De Jocis et Seriis, les mêmes que ses Epigrammes; et ses deux livres Conviviorum, ou Des Repas, pleins d'érudition. Toutes ses ŒUVRES, réimprimées à Basle en 1739, in-folio, prouvent que Philelphe étoit un grammairien pédantesque, plus occupé des mots que des choses, et qui possédoit très bien l'histoire de la philosophie, sans être philosophe. Il traduisit du grec en latin une partie des Œuvres de Xenophon. Le recueil de ses Lettres, de l'édition de Venise, 1502, in-folio, est peu commun. — Marius PHILÉLPHE son fils mort un an avant lui, laissa aussi des Poésies.
PHILÉMON, Voy. BAUCIS. I. PHILÉMON, poète comique Grec, étoit fils de Damon et contemporain de Ménandre. Il l'emporta souvent sur ce poète, moins par son mérite que par les intrigues de ses amis. Plaute a imité sa Comédie du Marchand. On dit qu'il mourut de rire, en voyant son âne manger des figues. Il avoit alors environ 97 ans. — PHILÉMON le Jeune son fils, composa aussi cinquante-quatre Comédies, dont il nous reste des fragmens considérables recueillis par Grotius. Ils prouvent qu'il n'étoit pas un poète du premier rang. Il florissoit vers l'an 274 avant J. C.
II. PHILÉMON, homme riche de le ville de Colosse, fut converti à la foi Chrétienne par Epaphras disciple de St. Paul. Sa maison étoit une retraite pour les fidelles. Sa femme *Appia* et lui étoient la bonne odeur de la ville par leurs vertus, et la ressource de tous les malheureux par leurs libéralités. *Onésime* esclave de *Philémon*, l'ayant volé, s'enfuit à Rome, où s'étant lié avec *St. Paul*, il se fit instruire de la religion et reçut le baptême. L'Apôtre le renvoya ensuite à son maître, auquel il le recommanda par une lettre qui est un modèle d'éloquence persuasive. Les Grecs rapportent plusieurs particularités de la vie et de la mort de *Philémon*, qui sont plus qu'incertaines : ils le font martyriser à Colosse avec sa femme dans une émeute populaire.
**PHILÈNES**, deux frères, citoyens de Carthage en Afrique, sacrifièrent leur vie pour le bien de leur patrie. Une grande contestation étant survenue entre les Carthaginois et les habitans de Cyrène touchant les limites de leurs pays, ils convinrent de choisir deux hommes de chacune de ces deux villes, qui en partiroient dans le même temps, et que le lieu où ils se rencontreroient serviroit de bornes aux deux états. Les *Philènes* avoient déjà avancé assez loin sur les terres des Cyréniens, lorsque la rencontre se fit. Ceux-ci qui étoient les plus forts, prétendirent que les *Philènes* étoient partis avant l'heure et refusèrent de s'en tenir à l'accord, à moins que les deux frères pour écarter tout soupçon de supercherie ne consentissent à être ensévelis vivans dans le lieu même. Ils y consentirent, aimant mieux souffrir cette cruelle mort que de trahir les intérêts de leur patrie. Les Carthaginois pour im- mortaliser la gloire de ces deux frères, firent élever deux autels sur leur tombeau avec une inscription qui contenoit leur éloge. Ces autels, appelés *Aræ Philenorum*, servirent de limites à l'empire des Carthaginois qui s'étendoit depuis ce monument jusqu'aux Colonnes d'*Hercule*. C'est *Salluste* qui rapporte ce fait dans son Histoire de la guerre de *Jugurtha*.
**PHILETAS**, poète et grammairien Grec de l'isle de Cos, florissoit sous *Philippe* et sous *Alexandre le Grand*, et fut précepteur de *Ptolomée Philadelphe*. Il composa des *Elégies*, des *Épigrammes* et d'autres ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. *Ovide* et *Properce* l'ont célébré dans leurs poésies comme un des meilleurs poètes de son siècle. *Elien* dit : « qu'il avoit le corps si mince et si foible, qu'il étoit obligé de porter du plomb dans ses poches pour n'être point enlevé par le vent » : conte assez peu vraisemblable.
**PHILÈTE**, hérétique du premier siècle, qui sans nier ouvertement la *Résurrection*, soutenoit qu'il n'y en avoit point d'autre que celle du péché à la grace.
**PHILIBERT**, *Voy. EMMANUEL*.
**PHILIDOR**, (N.) fut l'un des plus agréables et des plus féconds musiciens François. Ses Opéra offrent le point de transition de l'ancienne musique de *Campra* et de *Rameau* à la musique italienne qui règne sur notre scène. Savant compositeur, son harmonie est expressive, travaillée ; mais le chant manque souvent d'intérêt et de mélodie. En gé- méral le talent de cet artiste, supérieur dans les Opéra bouffons, n'a pu se soutenir aussi bien dans le genre lyrique et le grand opéra. *Philidor* passait pour un érudit en musique, mais sans esprit; aussi *Laborde* son admirateur l'entendant un jour dans un repas dire beaucoup de trivialités, se tira de l'embarras où il le mettait en s'écriant: *Voyez-vous cet homme-là? il n'a pas le sens commun; c'est tout génie*. Ce musicien, grand calculateur, fut le premier joueur d'échecs de l'Europe. Il conserva jusqu'au dernier moment la justesse de son jugement; quoique aveugle, il fit, un mois avant de mourir et à l'âge de 80 ans, deux parties d'échecs à la fois, contre d'habiles joueurs, et les gagna. *Philidor* est mort à Londres le 30 août 1795. Son égalité d'humeur, sa probité, son extrême désintéressement malgré la modicité de sa fortune, le firent aimer. Ceux de ses Opéra qui réussirent le mieux au théâtre Italien furent le *Maréchal Ferrant*, *Tom-Jones*, le *Bucheron*, le *Sorcier*, *Sancho-Pança*, les *Femmes vengées*, le *Soldat Magicien* et *Blaise le Savetier*. Ses autres productions sur le même théâtre furent *Zémire* et *Mélide*, comédie en deux actes, paroles d'*Anseanme*; le *Qui-proquo*, la *Nouvelle Ecole des Femmes*, l'*Amitié au village*, le *Bon Fils*, l'*Huitre et les Plaideurs*, le *Jardinier de Sidon*, le *Jardinier supposé*, le *Jardinier et son Seigneur*. Il a donné au grand Opéra: I. *Bélisaire*, en 3 actes, paroles de *Bertin*. II. *Thémistocle*, paroles de *Morel*. III. *Persée*, poème de *Quinault*, réduit en trois actes par *Marmontel*. On y applaudit deux chœurs très-animés et le morceau de *Méduse*; *J'ai perdu la beauté qui me rendoit si vaine*: c'est un chef-d'œuvre d'harmonie. Les autres airs sont bien inférieurs à celui-là. IV. *Ernelinde*, paroles de *Poinsinet*. La musique de cet Opéra commença la réputation de *Philidor*. Elle est souvent dure et trop bruyante, mais un monologue en récitatif obligé, le beau chœur *Jurons sur ces glaives sanglans*, et l'air *Né dans un camp parmi les armes*, exciterent un juste enthousiasme et suffiroient pour mériter la célébrité. Le même auteur a mis en musique le poème séculaire d'*Horace* qui obtint le plus grand succès à Paris et à Londres, sur-tout lorsqu'on entendit l'effet des strophes, *Aime sol* et *Cuique vos bonus*. I. PHILIPPE, (St.) Apôtre de JÉSUS-CHRIST, naquit à Bethsaïde, ville de Galilée sur le bord du lac de Génésareth. Il fut le premier que le Sauveur appela à sa suite. Ce fut à lui que l'Homme-Dieu s'adressa, lorsque voulant nourrir cinq mille hommes qui le suivoient, il demanda où l'on pourroit acheter du pain pour tant de monde? *Philippe* lui répondit «qu'il en faudroit pour plus de deux cents deniers.» Pendant le long discours que Jésus-Christ tint à ses Apôtres la veille de sa Passion, *Philippe* le pria de leur faire voir le Père. Mais le Sauveur lui répondit: *Philippe, celui qui me voit, voit aussi mon Père*. Voilà tout ce que l'Évangile nous apprend de ce saint Apôtre. Les auteurs ecclésiastiques ajoutent qu'il étoit marié, qu'il avoit plusieurs filles, qu'il alla prêcher l'Évangile en Phrygie, et qu'il mourut à Hiérapie ville de cette province.
II. PHILIPPE - BENITI ou BENIZZI, (Saint) cinquième général des Servites, [ou Serviteurs de la Ste Vierge] et non fondateur de ces religieux comme quelques - uns l'ont dit, né à Florence en 1232 d'une famille noble, obtint l'approbation de son ordre dans le concile général de Lyon en 1274, et mourut à Todi le 22 août 1284. Léon X le béatifia en 1516, et Clément X le mit en 1671 dans le catalogue des Saints. Quelques membres de l'ordre des Servites ne croyant pas que ce titre répondit assez à leur zèle, prirent celui d'Esclaves de la Vierge. Ils portoient aux bras des chaînes, au cou des colliers avec des médailles qui représentaient les confrères enchaînés comme des captifs de Marie. Mais l'Eglise convaincue, dit Baillet, sur l'autorité de St. Augustin, que le culte de servitude n'est dû qu'à Dieu, n'approuva point cet excès de zèle... Sa Vie a été écrite par l'abbé Malaval.
PHILIPPE DE NERI, (Saint) Voyez NERI.
EMPEREURS et ROIS.
III. PHILIPPE II, roi de Macédoine, 4e fils d'Amyntas, fut élevé à Thèbes où son père l'avoit envoyé en ôtage. Il fit éclater dès sa jeunesse cette souplesse de génie, cette grandeur de courage, qui lui firent un nom si célèbre et de si puissans ennemis. Après la mort de Perdiccas III son frère, il se fit déclarer le tuteur de son neveu et se mit bientôt sur le trône à sa place, l'an 36e avant Jésus-Christ. L'état étoit ébranlé par les secousses de différentes révolutions; Philippe s'appliqua à l'affermir. Les Illyriens, les Péoniens et les Thracés voulurent profiter de sa jeunesse pour lui déclarer la guerre. Il désarma ces deux derniers peuples par des présens et des promesses, et l'autre n'osa remuer. Vainqueur par la politique et par la ruse, il déclara libre Amphipolis que la ville d'Athènes revendiquoit comme une colonie. Son dessein étoit de ménager cette république, et de ne point épuiser ses forces en voulant garder cette place. Les Athéniens peu sensibles à son attention, armèrent pour lui ôter la couronne; mais le roi Macédonien les vainquit auprès de Méthonte, et fit un grand nombre de prisonniers qu'il renvoya sans rançon. Cette victoire fut le fruit de la discipline qu'il avoit mise dans ses troupes: la phalange Macédonienne en eut le principal honneur: c'étoit un corps d'infanterie pesamment armé, composé pour l'ordinaire de 16000 hommes, qui avoient chacun un bouclier de 6 pieds de hauteur et une pique de 21 pieds de long. Le succès de ses armes et surtout sa générosité après la victoire, firent désirer son alliance et la paix au peuple d'Athènes et les esprits y étant disposés de part et d'autre, elle ne tarda pas d'être conclue. Les circonstances étoient favorables pour se venger des Illyriens. Philippe arma contreux, les vainquit, et affranchit ses états de leur joug. Son ambition secondée par sa prudence et par sa valeur, le rendit maître de Crénides ville bâtie par les Thrasiens, et à laquelle il donna son nom. Les mines d'or qui étoient aux environs de cette ville en rendoient la prise très-importante. Il y mit beaucoup d'ouvriers, et il fut le premier qui fit battre en son nom de la monnoie d'or. *Philippe* employa ses richesses à acheter des espions et des partisans dans toutes les villes importantes de la Grèce, et à faire des conquêtes sans la voie des armes. Le mariage du monarque Macédonien avec *Olympias* fille de *Néoptolème* roi des Molosses, et la naissance d'*Alexandre* depuis surnommé *le Grand*, mirent le comble à son bonheur. (*Voyez ARISTANDRE.*) *Plutarque* rapporte que *Philippe* absent de ses états, apprit trois grandes nouvelles le même jour: qu'il avoit été couronné aux jeux Olympiques; qu'il avoit remporté une victoire contre les Illyriens et qu'il lui étoit né un fils. Il écrivit lui-même à *Aristote* pour le prier de se charger de son éducation, et la lettre ne fait pas moins d'honneur au monarque qu'au philosophe. (*Voyez ARISTOTE.*) Cependant il étendoit ses conquêtes dans la Thrace. Mêthon petite ville de cette contrée ne put résister long-temps à sa bravoure; mais ce siège lui devint funeste par un coup de flèche que lui lança *Aster* dans l'œil droit. (*Voyez ASTER.*) *Philippe* méditoit depuis long-temps le projet d'envahir la Grèce. Il fit la première tentative sur Olynthe colonie et rempart d'Athènes. Cette république fortement animée par l'éloquence de *Démosthènes*, envoya 17 galères et deux mille hommes à son secours; mais tous ses efforts furent inutiles contre les ressources de *Philippe*. Ce prince corrompit les principaux citoyens de la ville, et Olynthe lui fut livrée. Maître de cette place, il la détruisit de fond en comble, et gagna les villes voisines par ses largesses et par les fêtes qu'il donna au peuple. Il tomba ensuite sur les Phocéens et les vainquit. *Philippe* agissant toujours en politique, se fit déclarer chef des Amphycônes et leur fit ordonner la ruine des villes de la Phocide. La Grèce commençoit à ouvrir les yeux sur sa politique cruelle. *Philippe* craignant de la soulever, retourna comblé de gloire dans la Macédoine; mais toujours avide du sang et de l'or, il porta le feu de la guerre dans l'Illyrie, dans la Thrace et dans la Chersonèse. Il se tourna ensuite contre l'Eubée, isle qu'il nommoit à cause de sa situation les entraves de la Grèce. Il se rendit maître de la plus grande partie de ce pays autant par l'or que par le fer; mais *Phocion* héros Athénien, vint délivrer ce pays de la domination tyrannique du roi de Macédoine. *Philippe* poursuivi par un ennemi, que ni son argent ni ses armes ne purent ébranler, déclara la guerre aux Scythes et fit sur eux un butin considérable. Obligé de combattre à son retour les Triballiens, il fut atteint d'une flèche qui le blessa à la cuisse. A peine fut-il guéri de cette blessure, qu'il tourna de nouveau toutes ses vues contre la Grèce. Il entra d'abord dans la Béotie, et les armées en vinrent aux mains à Chéronée l'an 338 avant J. C. Le combat fut long, et la victoire se décida enfin pour *Philippe*. Le vainqueur érigea un trophée, offrit des sacrifices aux Dieux et se livra à la débauche dans une fête qu'il ordonna pour célébrer son triomphe. L'ivresse du vin augmentant celle de son orgueil, il vint sur le champ de bataille insulter aux morts et aux prisonniers. L'orateur *Démades* qui étoit du nombre des captifs, choqué de cette indignité, ne put s'empêcher de dire au prince : *Pourquoi jouer le rôle de Thersite lorsque vous pourriez être un Agamemnon ?* Cet avis généreux valut la liberté à *Démades* et des traitemens plus doux aux compagnons de son infortune. *Philippe* vainqueur de la Grèce, osa prétendre à la conquête des Perses ; il se fit nommer chef de cette entreprise dans l'assemblée générale des Grecs. Il se préparoit à exécuter ce projet lorsqu'il fut assassiné dans un festin par *Pausanias* un de ses gardes, l'an 336 avant J. C., dans la 47$^{e}$ année de son âge, après en avoir régné 24. *Philippe* avoit les vices et les apparences des vertus qui naissent d'une ambition démesurée. Sa politique, son art de dissimuler, ses intrigues doivent être attribués à son ardeur pour les conquêtes : il avoit cette éloquence que donnent les fortes passions ; cette activité et cette patience dans les fatigues de la guerre, fruit d'un amour insatiable pour la gloire. Il étoit généreux, magnanime, vertueux moins par principes que par caprice. On ne sait pourquoi il se faisoit dire tous les jours : *PHILIPPE, souviens-toi que tu es mortel !* La conséquence de cette vérité n'étoit-elle pas de rendre ses états heureux et de laisser en paix ceux des autres ? Cependant l'abbé de *Mably* le préfère à *Alexandre* son fils, du moins pour les talens. « Si l'on rapproche, dit-il, ces deux princes, quelle étrange disproportion on remarque entr'eux ? Dans *Philippe* je vois un homme supérieur à tous les événemens. La fortune ne peut lui opposer d'obstacle qu'il n'ait prévu et qu'il ne surmonte par sa sagesse, sa patience, son courage ou son activité. Je découvre un génie vaste dont toutes les entreprises sont liées et se prêtent une force mutuelle. Ce qu'il exécute prépare toujours le succès de l'entreprise qu'il va commencer. Dans *Alexandre* je ne vois qu'un guerrier extraordinaire qui n'a qu'une manière, et dont le courage téméraire et impatient (qu'on me permette cette expression) tranche partout le nœud gordien que *Philippe* eût dénoué. L'excès de toutes ses qualités surprend notre imagination, et le fait paroître grand parce qu'il fait sentir à ceux qui le considèrent la foiblesse de leur caractère. Au lieu de ne donner que de la surprise à ce phénomène rare, nous lui donnerons de l'admiration. Qu'on suppose *Philippe* dans l'Asie à la tête des forces de la Grèce. Si sa sagesse paroît d'abord moins capable d'en imposer à *Darius* que l'enthousiasme d'*Alexandre*, elle le conduira cependant au même but. L'audace d'*Alexandre* lui réussit, parce qu'elle excita dans son ennemi la crainte : passion qui resserre l'esprit, glace l'imagination et engourdit toutes les facultés de l'âme. *Philippe* eût entouré *Darius* de pièges et de précipices. Il eût profité des divisions qui régnoient dans l'Asie, dont les provinces désunies par leurs mœurs, leurs lois, leur religion n'avoient aucune union eutr'elles. Il eût tenté l'ambition et l'avarice de ces satrapes orgueilleux et avides qui gouvernoient les Provinces de l'empire, 496 PHI sans être attachés à son gouvernement; il eût marchandé leurs villes, et, comme on l'a dit, faisant autant la guerre en marchand qu'en capitaine, il eût peut-être ruiné la monarchie des Perses sans vaincre *Darius* les armes à la main. Placez *Alexandre* dans les mêmes circonstances où s'est trouvé son père; et la Macédoine qui n'avoit pas entièrement succombé sous l'imbécillité de ses derniers rois sera écrasée par le courage d'*Alexandre*. Qu'un de ses amis veuille profiter de sa foiblesse et de la confusion de ses affaires, il courra à la vengeance avant de l'avoir préparée. Il seroit inutile de parcourir toutes les conjonctures délicates où *Philippe* s'est trouvé; je me borne à rappeler la levée des sièges de Perinthe et de Bisance: *Alexandre* étoit-il capable d'une pareille conduite? » Quoi qu'il en soit de ce jugement que nous abandonnons à la sagacité de nos lecteurs, faisons connoître *Philippe* par les faits. Parmi le grand nombre de traits et de paroles mémorables qu'a rapportés *Plutarque* de ce prince, voici ceux qui le caractérisent davantage. Il étoit présent à la vente de quelques captifs, dans une posture indécente: l'un d'eux l'en avertit. Qu'on mette cet homme en liberté, dit *PHILIPPE*; je ne savais pas qu'il fût de mes amis. — On le sollicitoit de favoriser un seigneur de sa cour qui alloit perdre sa réputation par un jugement juste, mais sévère; *Philippe* ne voulut pas y consentir, et ajouta: *J'aime mieux qu'il soit déshonoré que moi*. — Une pauvre femme le pressoit de lui rendre justice; et comme il la renvoyoit de jour jour sous prétexte qu'il n'avoit pas le temps: *Cessez donc d'être Roi*, lui dit-elle avec émotion. *Philippe* sentit toute la force de ce reproche et la satisfit sur-le-champ. — Une autre femme vint lui demander justice au sortir d'un grand repas, et fut condamnée. *J'en appelle*, s'écria-t-elle tout de suite. — *Et à qui en appelez-vous?* lui dit le monarque. — *A PHILIPPE à jeun*. Cette réponse ouvrit les yeux du roi qui rétracta son jugement — S'il possédoit quelque vertu, c'étoit surtout celle de souffrir patiemment les injures. *Démochare*, à qui les Grecs avoient donné le surnom de *Pharrhésiaste* à cause de la trop grande pétulance de sa langue, étoit au nombre des députés que les Athéniens avoient envoyés à ce monarque. *Philippe*, à la fin de l'audience, pria les ambassadeurs de lui dire s'il pouvoit rendre quelque service aux Athéniens? et il n'eut de *Démochare* qu'une réponse insolente qu'il pardonna. (*Voy. DÉMOCHARE.*) — Ayant appris que des ambassadeurs Athéniens le chargeaient en pleine assemblée de calomnies atroces: *J'ai*, dit-il, de grandes obligations à ces gens-là; car je serai désormais si circonspect dans mes actions et mes paroles que je les convaincrai de mensonge*. — Un mot de *Philippe* qui lui fait moins d'honneur que les actions précédentes, étoit: qu'on amuse les enfans avec des jouets et les hommes avec des sermens. Cette maxime odieuse qui fut l'ame et le mobile de sa politique, a fait dire: «qu'il étoit en grand ce que Louis XI fût dans la suite en petit...» *Voyez aussi MÉNÉCRATE*, VI. OLIVIER.
IV. PHILIPPE V,
IV. PHILIPPE V, roi de Macédoine étoit enfant quand son père Démétrius III mourut. Il fut laissé sous la tutelle d'Antigone son cousin, qui prit le titre de roi et le porta pendant douze ans. Après la mort de ce prince, Philippe âgé de 15 ans monta sur le trône l'an 220 avant J. C. Les commencemens de son règne furent glorieux par les conquêtes d'Aratus. Ce général étoit aussi recommandable par son amour pour la justice que par son habileté dans la guerre. Un caractère si vertueux devint à charge à un prince qui vouloit se livrer à tous les vices. Philippe eut la lâche cruauté de le faire empoisonner. Son caractère ambitieux et inquiet l'engagea dans une guerre dont les suites lui furent peu favorables. Ayant appris les conquêtes d'Annihal en Italie, il fit alliance avec lui contre les Romains. Le consul Lævnus fut chargé par le sénat de marcher contre Philippe. Il entra donc en Macédoine, et l'ayant surpris dans Apollonie à la faveur d'une nuit obscure, il le battit et le força de prendre la fuite après avoir mis le feu à ses vaisseaux. Cette guerre fut suivie d'une paix peu durable. Les Romains ayant eu à se plaindre de nouveau de Philippe qui avoit envoyé à Annihal en Afrique des secours d'hommes et d'argent, envoyèrent contre lui le consul Titus-Quintus Flaminius. Les deux armées s'étant rencontrées près de Scotuse ville de la Pélagie en Thessalie, le combat fut engagé sur des hauteurs appelées Cynocéphales. L'armée de Philippe ayant été entièrement défaite, il fut obligé de prendre la fuite et de demander la paix par des am- bassadeurs. Le sénat lui en prescrivit les conditions qui furent humiliantes; et ce nouveau traité termina la guerre l'an 196 avant J. C. Des chagrins domestiques vinrent aigrir ceux que lui causoient les pertes qu'il essuyoit au dehors. Le mérite de son fils Démétrius excita sa jalousie et celle de Persée son autre fils. Ce frère indigne l'accusa auprès de son père d'avoir des vues sur la couronne. Philippe trop crédule le fit mourir par le poison. La privation d'un tel fils lui ouvrit les yeux sur son injustice et sur celle de Persée. Il avoit dessein d'élever Antigone sur le trône, à la place d'un fils injuste et barbare: la mort l'empêcha l'exécuter son projet; il mourut à Amphipolis l'an 178 avant J. C. après un règne de 42 ans. Ce prince a été avec raison comparé au célèbre Philippe père d'Alexandre le Grand: il avoit ses vertus et ses vices; mais il y a cette différence entreux, que le premier annonça la grandeur et le second la décadence de la Macédoine. V. PHILIPPE, fils d'Hérode le Grand et de Cleopâtre, et frère d'Antipas, épousa Salomé, cette danseuse qui demanda la tête de St. Jean-Baptiste. Auguste ayant confirmé le testament d'Hérode qui laissoit à Philippe la tétrarchie de la Gaulonite, de la Béthanie et de la Panéade, ce prince vint dans ses états où il ne s'occupa qu'à rendre ses sujets heureux. Il aimoit sur-tout la justice, et pour en assurer l'exécution il parcouroit toutes les villes de son obéissance, faisant porter une espèce de trône où il s'asseyoit pour la rendre, et satis- 498 PHI faisoit tout le monde par sa clé- mence et son équité. Il fit réta- blir magnifiquement la ville de Panéade, qu'il appela Césarée en l'hon sur de Tibère, et c'est ce qui la fit nommer Césarée de Phi- lippe. Il augmenta aussi le bourg de Bethsaïde, et lui donna le nom de Juliade, à cause de Julie fille d'Auguste. Il mourut après trente- sept ans de règne, la 20e année de Tibère. — Il y a eu un autre PHILIPPE, fils aussi du grand Hérode, mais d'une femme nom- mée Mariamne; il épousa Hé- rodias et fut père de Salomé dont nous parlons à la tête de cet article.
VI. PHILIPPE. (Marc- Jules empereur Romain, sur- nommé l'Arabe) né à Bostres en Arable d'une famille obscure, s'éleva par son mérite aux pre- miers grades militaires. Dévoré par l'ambition de régner, il fit assassiner Gordien le Jeune dont il étoit capitaine des gardes, et se fit élire empereur à sa place l'an 244. (Voyez BABYLAS.) Philippe im- patient de retourner à Rome, céda la Mésopotamie aux Perses et revint en Syrie avec son ar- mée. De là il passa à Rome, ou il tâcha de s'attirer l'amitié du peuple par sa douceur et ses li- béralités. Il fit faire un canal au- delà du Tibre, pour fournir de l'eau à un quartier de la ville qui en manquoit. Il célébra ensuite les Jeux séculaires, destinés à solenniser de cent en cent ans le jour de la fondation de Rome. Philippe rendit cette fête plus magnifique qu'aucun des princes qui l'avoient précédé. Les chas- ses, les combats des bêtes dans le grand Cirque, y furent sans nombre. Deux mille gladiateurs combattirent jusqu'à la mort, afin de donner plus de plaisir aux Ro- mains. Il y eut d'un autre côté des jeux différens au théâtre de Pompée, pendant trois jours et trois nuits. Mais sur la fin de ces divertissemens brillans, la joie publique fut troublée par l'incen- die de ce superbe édifice dont le feu consuma la plus grande partie. On prétend que ce fut à l'occa- sion de ces Jeux séculaires, que Philippe et son fils embrassèrent le Christianisme. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Chrétiens obtinrent la permission de faire en public tous les exercices de leur religion. Philippe ne jouit pas long-temps de son usurpa- tion. Il fut tué près de Vérone en 249 par ses propres soldats, après avoir été défait par Déce qui avoit pris le titre d'empereur dans la Pannonie. Il étoit alors âgé de quarante-cinq ans, et en avoit régné cinq et quelques mois. Le crime l'avoit porté sur le trô- ne, et la lâcheté l'y soutint pen- dant quelque temps; il dégrada sa dignité pour la conserver. Si ce parricide étoit Chrétien com- me plusieurs le prétendent, il ne fit que déshonorer le Christia- nisme, qui tire plus d'éclat des mœurs et de la piété de ceux qui le professent que de leurs titres et de leurs couronnes. — PHI- LIPPE son fils fut massacré entre les bras de sa mère, n'ayant en- core que douze ans et ayant déjà montré des qualités qui excité- rent les regrets de l'empire. Voyez OTACILIA.
VII. PHILIPPE Ier, roi de France, obtint le sceptre après son père Henri premier en 1060, à l'âge de huit ans, sous la ré- gence et la tutelle de *Baudouin V* comte de Flandre, qui s'acquitta avec zèle de son emploi de tuteur. Il défit les Gascons qui vouloient se soulever, et mourut laissant son pupille âgé de quinze ans. Ce jeune prince fit la guerre en Flandre contre *Robert* le fils cadet de *Baudouin*, qui avoit envahi le comté de Flandre sur les enfans de son aîné. *Philippe* marcha contre lui avec une armée nombreuse, qui fut taillée en pièces auprès du Mont-Cassel. La paix fut le prix de la victoire, et le vainc-eur jouit tranquillement de son usurpation. *Guillaume le Conquérant* après avoir entièrement accablé l'Angleterre, tomba sur la Bretagne. Le duc implora le secours du roi de France, qui obtint la paix par ses armes. Elle fut rompue quelque temps après par un bon mot. (*Voyez* GUILLAUME le Conquérant, n.º I.) *Philippe* se délassa des fatigues de la guerre par les femmes et par le vin. Dégoûté de sa femme *Berthe* de Hollande et amoureux de *Bertrade* épouse de *Foulques* comte d'Anjou, il l'enleva à son mari : il se servit en 1093 du ministère des lois pour faire casser son mariage sous prétexte de parenté, et *Bertrade* fit casser le sien avec le comte d'Anjou sous le même prétexte : un évêque de Beauvais les maria ensuite solennellement. Les deux époux étoient très-condamnables; mais ils avoient au moins rendu ce respect aux lois, de se servir d'elles pour couvrir leur faute. Cette union fut déclarée nulle par le pape *Urbain II*, François de nation, qui prononça cette sentence dans les propres états du roi où il étoit venu chercher un asile. *Philippe* craignant que les anathèmes du pontife Romain n'excitassent ses sujets à lever l'étendard de la rebellion, envoya au pape des députés qui obtinrent un délai, pendant lequel il fut permis d'user de la couronne. Pour savoir ce que c'est que cette permission, il faut se rappeler qu'en ce temps-la les rois paroissoient aux jours de fêtes solennelles en habit royal avec la couronne en tête, et la recevoient de la main d'un évêque. Ce délai ne fut pas d'une longue durée; *Philippe* fut excommunié de nouveau dans un concile tenu à Poitiers en 1100; mais l'an 1104, *Lambert* évêque d'Arras, député du pape *Paschal II*, lui apporta enfin son absolution à Paris, après lui avoir fait promettre de ne plus voir *Bertrade* : promesse qu'il ne tint pas. Apparemment que le pape approuva ensuite leur mariage, car *Suger* nous apprend que leu, fils furent déclarés capables de succéder à la couronne. (*Voyez* MONTILIERI.) *Philippe* mourut à Melun le 29 juillet 1108, à 57 ans, après avoir été témoin de la première Croisade à laquelle il ne voulut prendre aucune part. Son règne qui comprend quarante-huit ans, a été le plus long de ceux qui l'avoient précédé, excepté celui de *Clotaire*; et de tous ceux qui l'ont suivi, excepté ceux de *Louis XIV* et de *Louis XV*. Il fut célèbre par plusieurs grands événemens; mais *Philippe* quoique brave dans les combats et sage dans les conseils, ne joua aucun rôle important. Il parut d'autant plus méprisable à ses sujets, que ce siècle étoit plus fécond en héros. Aussi l'autorité royale s'affoiblit-elle dans ses mains. *Philippe* n'est pas le pr mier de nos rois, (comme on le dit communément) qui pour autoriser ses Chartes, les ait fait souscrire par les officiers de la couronne : *Heuri premier* l'avoit fait quelquefois avant lui.
**VIII. PHILIPPE II**, surnommé *Auguste*, le *Conquérant* et *Dien-donné*, fils de *Louis VII* dit le *Jeune*, roi de France, et d'*Alix* sa troisième femme fille de *Thibault* comte de Champagne, naquit le 22 août 1165. Il parvint à la couronne après la mort de son père en 1180, à l'âge de quinze ans. Sa jeunesse ne fut point comme celle de la plupart des autres princes; il évita l'écueil des plaisirs, et son courage n'en fut que plus vif. Le roi d'Angleterre paroissoit vouloir profiter de sa minorité pour envahir une partie de ses états. *Philippe* marcha contre lui, et le força les armes à la main, à confirmer les anciens traités entre les deux royaumes. Dès que la guerre fut terminée, il fit jouir son peuple des fruits de la paix. Il réprima les brigandages des grands séigneurs, chassa les comédiens, ordonna des peines contre les blasphémateurs, fit paver les rues et les places publiques de Paris, et réunit dans l'encre de cette capitale une partie des bourgs qui l'environnoient. Paris fut fermé par des murailles avec des tours. Les citoyens des autres villes se piquèrent aussi de fortifier et d'embellir les leurs. Les Juifs exerçoient depuis longtemps en France des friponneries horribles. *Philippe* les chassa de son royaume, et déclara ses sujets quittes envers eux: action injuste, contraire au droit naturel et par conséquent à la Re- ligion. La tranquillité de la France fut troublée par un différend avec le comte de Flandre, qui fut heureusement terminé en 1184. Quelque temps après il fit la guerre à *Heuri II* roi d'Angleterre, auquel il enleva les villes d'Issoudun, de Tours, du Mans et d'autres places. La fureur épidémique des Croisades agitoit alors toute l'Europe. *Philippe* en fut attaqué comme tous les autres princes. Il s'embarqua l'an 1190 avec *Richard I* roi d'Angleterre, pour secourir les Chrétiens de la Palestine opprimés par *Saladin*. Ces deux monarques allèrent mettre le siège devant Acre qui est l'ancienne *Ptolemais*. Presque tous les Chrétiens d'Orient s'étoient rassemblés devant cette place importante: *Saladin* étoit embarrassé vers l'Euphrate dans une guerre civile. Quand les deux monarques Européens eurent joint leurs forces à celles des Chrétiens d'Asie, on compta plus de 300.000 combattans. Acre se rendit le 13 juillet 1191; mais la discorde qui devoit nécessairement diviser deux rivaux de gloire et d'intérêt, tels que *Philippe* et *Richard*, fit plus de mal que ces 300 mille hommes ne firent d'exploits heureux. *Philippe* fatigué de ces divisions et de l'ascendant que prenoit en tout *Richard* son vassal, retourna dans sa patrie, qu'il n'eût pas dû quitter peut-être, mais qu'il eût dû revoir avec plus de gloire. Au reste il fut attaqué, dit l'Histoire, d'une maladie de langueur, dont on attribua les effets au poison, et qui pouvoit simplement avoir été occasionnée par la vivacité dévorante d'un climat si différent du nôtre. Il en perdit les cheveux, la barbe, les ongles; sa peau même tomba. Les médecins le pressèrent de retourner en France, et il se décida à suivre leur conseil. L'année suivante, il obligea Baudouin VIII comte de Flandre de lui laisser le comté d'Artois. Il tourna ensuite ses armes contre Richard roi d'Angleterre, sur lequel il prit Évreux et le Vexin. Philippe avoit promis sur les saints Évangiles de ne rien entreprendre contre son rival pendant son absence; aussi les suites de cette guerre ne furent pas heureuses. Le monarque François repoussé de Rouen avec perte, fit une trêve de six mois, pendant laquelle il épousa Ingelburge princesse de Danemarck, d'une beauté et d'une vertu égales. La répudiation de cette femme qu'il quitta pour épouser Agnès fille du duc de Méranie, le brouilla avec la cour de Rome. Le pape fulmina une sentence d'excommunication contre lui; mais elle fut levée sur la promesse qu'il fit de reprendre son ancienne épouse. (Voyez INGELBURGE.) Jean Sans-Terre succéda l'an 1199 à la couronne d'Angleterre, au préjudice de son neveu Artus à qui elle appartenoit de droit. Le neveu appuyé par Philippe prend les armes contre l'oncle. Jean Sans-Terre le défait dans le Poitou, le fait prisonnier et lui ôte la vie. Le meurtrier ôté devant la cour des pairs de France, n'ayant pas comparu, fut déclaré coupable de la mort de son neveu et condamné à perdre la tête en 1203. Ses terres situées en France, furent confisquées au profit du roi. Philippe se mit bientôt en devoir de recueillir le fruit du crime du roi son vassal. Il s'empara de la Normandie, porta ensuite ses armes victu- rieuses dans le Maine, l'Anjou, la Touraine, le Poitou, et remit ces provinces comme elles étoient anciennement, sous l'autorité immédiate de sa couronne. Il ne resta que la Guienne à l'Anglois dans le ressort de la France. Pour comble de bonheur, Jean sou ennemi s'étoit brouillé avec la cour de Rome, qui venoit de l'excommunier. Cette fondre ecclésiastique fut très-favorable à Philippe. Innocent II lui mit entre les mains et lui transféra le royaume d'Angleterre en héritage perpétuel. Le roi de France excommunié autrefois par le pape, avoit déclaré ses censures nulles et abusives; il peusa tout différemment quand il se vit l'exécuteur d'une Bulle qui lui donnoit l'Angleterre. Pour donner plus de force à la sentence de Rome, il employa une année entière à faire construire dix-sept cents vaisseaux, et à préparer la plus belle armée qu'on eût jamais vue en France. L'Europe s'attendoit à une bataille décisive entre les deux rois, lorsque le pape se moqua de l'un et de l'autre et prit adroitement pour lui ce qu'il avoit donné à Philippe. Un légat du saint Siège persuada à Jean Sans-Terre de donner sa couronne à la cour de Rome, qui la reçut avec enthousiasme. Alors le pontife défendit à Philippe de rien entreprendre contre l'Angleterre devenue fief de l'Eglise Romaine, et contre Jean qui étoit sous sa protection. Cependant les armemens qu'avoit faits Philippe avoient alarmé toute l'Europe; l'Allemagne, l'Angleterre et les Pays-Bas se réunirent contre lui, ainsi que nous les avons vus se réunir contre Louis XIV. Ferrand comte de Flandre se joignit à l'empereur *Othon IV*; il étoit vassal de *Philippe*, et c'étoit une raison de plus de se déclarer contre lui. Le roi de France ne se déconcerta pas : sa fortune et son courage dissièrent tous ses ennemis. Sa valeur éclata sur-tout à la bataille de Bouvines, donnée le 27 juillet 1214; elle dura depuis midi jusqu'au soir. Avant que d'engager le combat, il sut que quelques grands ne le suivoient qu'avec peine. Il les assembla, et se plaçant au milieu d'eux, il prit une grande coupe d'or qu'il fit remplir de vin, et dans laquelle il mit plusieurs tranches de pain. Il en mangea une, et offrant la coupe aux autres : *Compagnons*, leur dit-il, *que ceux qui veulent vivre et mourir avec moi, en fassent autant que moi*. La coupe fut vidée à l'instant, et ceux qui étoient le moins disposés pour lui, combattirent avec tout le courage qu'on pouvoit attendre des mieux intentionnés. On dit aussi que montrant à l'armée la couronne que les rois portoient dans ces occasions, il dit, *que si quelqu'un se prétendoit plus digne que lui de la porter, il n'avoit qu'à s'expliquer; qu'il seroit content si elle étoit le prix de celui qui feroit voir le plus de valeur dans la bataille*. Les ennemis avoient une armée de cent cinquante mille combattants; celle de *Philippe* étoit plus foible de la moitié; mais elle étoit composée de la fleur de sa Noblesse. Ce monarque courut grand risque de sa vie; il fut abattu, foulé aux pieds des chevaux et blessé à la gorge. On tua trente mille Allemands : nombre probablement exagéré. Le comte de Flandre et le comte de Bou- Bou- logne furent menés à Paris, les fers aux pieds et aux mains : c'étoit une coutume barbare de ce temps-là. Le roi de France ne fit aucune conquête du côté de l'Allemagne, après cette journée éternellement mémorable; mais il en eut bien plus de pouvoir sur ses vassaux. *Philippe* vainqueur de l'Allemagne, (*Voyez OTHON IV*, n° V.) possesseur de presque tous les états des Anglois en France, fut appelé au royaume d'Angleterre par les sujets du roi *Jean*, lassés de la domination tyrannique de ce monarque. Le roi de France se conduisit en grand politique. Il engagea les Anglois à demander son fils *Louis* pour roi; mais comme il vouloit en même temps ménager le pape et ne pas perdre la couronne d'Angleterre, il prit le parti d'aider le prince son fils, sans paroître agir lui-même. *Louis* fait une descente en Angleterre, est couronné à Londres et excommunié à Rome en 1216; mais cette excommunication ne changea rien au sort de *Jean* qui mourut de douleur. Sa mort éteignit le ressentiment des Anglois, qui s'étant déclarés pour *Henri III* son fils, forcerent *Louis* à sortir d'Angleterre. *Philippe-Auguste* mourut peu de temps après à Mantes, le 14 juillet 1223, à 59 ans, après un règne de quarante-trois. De tous les rois de la troisième race, c'est celui qui a le plus acquis de terres à la couronne et le plus de puissance aux rois ses successeurs. Il réunit à ses états la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine, le Poitou, l'Auvergne, le Vermandois, l'Artois, etc. Après avoir assujetti *Jean Sans-Terre*, il abaissa les grands sei- gneurs, et par la ruine des puissances du dehors et du dedans, il ôta le contrepoids qui balancoit son autorité dans le royaume. Ce prince étoit plus que conquérant : il fut un grand roi, un bon politique ; magnifique dans les actions d'éclat, économe dans le particulier ; exact à rendre la justice ; sachant employer tour-à-tour les caresses et les menaces, les récompenses et les châtimens ; zélé pour la Religion et toujours porté à défendre l'Église, mais sachant s'en procurer des secours dans les besoins de l'état. Les seigneurs de Coucy, de Rhetel, de Rosey et plusieurs autres, s'emparoient des biens du Clergé. Divers prélats eurent recours à la protection du roi, qui leur promit ses bons offices auprès des déprédateurs. Mais malgré ses recommandations, les pillages continuaient. Les évêques redoublèrent leurs plaintes, et supplièrent Philippe de marcher contre leurs ennemis. Très-volontiers, leur dit-il ; mais pour combattre il faut avoir des troupes, et pour avoir des troupes il faut de l'argent. Le clergé entendit ce que cela signifiait ; il fournit des subsides, et les pillages cessèrent. Les entreprises de Philippe-Auguste furent presque toujours heureuses, parce qu'il méditoit ses projets avec lenteur et qu'il les exécutoit avec célérité. On lui a reproché d'avoir fait quelques fautes à la tête de ses armées ; mais il en fit bien peu dans son conseil. Il commença par rendre les François heureux, il finit par les rendre redoutables ; et quoique plus porté à la colère qu'à la douceur et à punir qu'à pardonner, il fut regretté par ses sujets, comme un puissant génie et comme le père de la patrie. Ce fut sous son règne que l'on vit pour la première fois, le maréchal de France commander l'armée : (c'étoit Henri Clément.) Ce fut aussi de son temps que les familles commencèrent à avoir des surnoms fixes et héréditaires : les seigneurs les prenoient des terres qu'ils possédoient ; les gens de lettres, du lieu de leur naissance ; les Juifs convertis et les riches marchands, de celui de leur demeure. Il regnoit alors deux maux très-cruels, la lèpre et l'usure ; l'une infectoit les corps, l'autre ruinoit les familles. Le nombre des lépreux étoit si considérable, que les plus petites bourgades étoient obligées d'avoir un hôpital pour cette maladie. On remarquera encore que lorsque Philippe alla combattre Richard, les Anglois qui s'étoient mis en embuscade auprès de la Loire, lui enlevèrent ses équipages, dans lesquels il faisoit porter tous les titres de la couronne, ainsi qu'en use encore aujourd'hui le grand Seigneur. Philippe fit recueillir les copies de ses Chartes par tout où il put en trouver ; mais ses soins ne purent réparer entièrement cette perte. Le surnom d'Auguste fut donné à Philippe par ses contemporains. Mazarai se trompe, lorsqu'il prétend que Paul-Émile fut le premier qui rendit le nom de Conquérant par celui d'Auguste : un savant critique a prouvé le contraire par des autorités sans réplique. Philippe avoit été marié trois fois. Sa première épouse Isabelle de Hainaut mourut en couches en 1190, à 22 ans. Il n'eut point d'enfants d'Ingellouge sa seconde femme ; mais il eut un fils et une fille d'Agnès de Meranie. 504 PHI
IX. PHILIPPE III. surnommé le *HARDT*, fut proclamé roi de France en Afrique, après la mort de St. Louis son père, le 25 août 1270. Il remporta une victoire sur les Infidelles, et après avoir conclu avec le roi de Tunis une trêve de dix ans, il revint en France. *Philippe*, obligé de porter les armes dans la Castille pour maintenir les droits d'Alphonse de la Cerda fils de Blanche sa sœur, qui venoit d'être exclus de la couronne, fit d'abord quelques actions de bravoure; mais il fut bientôt obligé de se retirer, sans avoir pu enlever le trône à l'usurpateur. Son règne est éternellement mémorable par la journée affreuse des *Vêpres Siciliennes*. On a appelé de ce nom, le massacre que Pierre roi d'Aragon fit faire de tous les François sujets du roi de Naples, qui étoient à Palerme en Sicile, de laquelle il s'empara et que ses successeurs ont toujours conservée depuis. Cette tragédie éclata le 30 mars, le lendemain du jour de Pâques 1282, au son de la cloche des Vêpres. Jamais la vengeance ne se signala par des fureurs aussi barbares: on vit des pères ouvrir le centre de leurs filles, pour y chercher les fruits de l'amour qu'elles avoient en pour les François. Les prêtres et les moines massacrèrent leurs pénitentes jusqu'au pied des autels. Un seul François vertueux échappa au massacre général: (*Voy. PORCELETS.*) *Philippe le Hardi*, pour s'en venger, marcha en personne contre le roi d'Aragon: il prend d'assaut et ruine de fond en comble la ville d'Elne et emporte aussi Gironne. En revenant de cette expédition, il mourut d'une ièvre maligne à Perpignan, le 6 oc- octobre 1285, à 41 ans. Les qualités de ce prince furent la valeur, la bonté, l'amour de la justice et de la religion; il n'avoit aucune connaissance des lettres, et faisoit de mauvais choix par défaut d'étendue d'esprit. Sa simplicité et son peu de méfiance nuisirent aux entreprises qu'il fit au dehors du royaume. Sa conduite fut plus heureuse au dedans. La France fut riche et florissante, sans aucune vexation d'impôts. On dit cependant qu'il aimoit l'argent: et l'histoire remarque qu'ayant fait mettre en prison plusieurs usuriers, il leur fit payer une amende à son profit et les relâcha ensuite. Mais quelques traits de parcimonie domestique sont pardonnables à un roi, lorsque ses sujets sont épargnés. Il y eut sous ce règne des troubles dans le Languedoc et dans la Guienne, excités par les seigneurs du pays. Ils s'armoient les uns contre les autres, pour se réunir ensuite contre le roi. *Philippe le Hardi* fut occupé à les accorder entre eux ou à les réduire, et il y réussit quelquefois. Ce fut sous ce règne que les premières lettres de noblesse furent données, l'an 1270, en faveur de Raoul argentier du roi. « Il paroît que de tout temps, dit l'abbé *Millot*, les nobles dans la monarchie avoient été distingués des hommes qui n'étoient que libres. La naissance fit d'abord la seule noblesse. Ensuite la possession d'un fief anoblit à la 3$^{e}$ génération. On attachoit aussi la noblesse à la profession des armes. Les rois enfin donnèrent le titre de noble à qui ils voulurent: prérogative réservée à eux seuls. Il étoit juste sans doute de tirer de la foule des citoyens ceux qui se distinguoient par leur mérite et leurs services. Mais falloit-il que les avantages passassent à des enfans qui pou- voient avilir souvent le nom de leurs pères, et devenir un fardeau pour la patrie ? Voy. I. BROSSE... II. ELIZABETH. IX. MARIE. X. PHILIPPE IV, roi de France et de Navarre, surnommé le BEE, né à Fontainebleau en 1268, monta sur le trône après son père Philippe le Hardi en 1285. Il cita au parlement de Paris Edouard I roi d'Angleterre, pour rendre compte de quelques vio- lences faites par les Anglois sur les côtes de Normandie. Ce prince ayant refusé de comparaître, fut déclaré convaincu du crime de félonie, et la Guienne lui fut enlevée en 1293 par Raoul de Nesle connétable de France. Le monarque Anglois implora le secours de l'empereur, du duc de Bar, et du comte de Flandre, qui se liguèrent en vain contre le roi de France. Philippe eut de grands avantages en Guienne et en Flandre. Vainqueur à Furnes en 1296, il obligea les Anglois et les Flamands à accepter les conditions de paix qu'il voulut leur dicter. Ces derniers la rom- pirent bientôt. Les gouverneurs François laissés dans leur pays par Philippe, se rendirent odieux par leur tyrannie. On se révolta: Philippe envoya une puissante armée; mais la jalousie des chefs fit perdre en 1302 la bataille de Courtrai, où périt le comte d'Artois avec 20.000 hommes et l'élite de la Noblesse Françoise. Le roi ne tarda pas à prendre sa revanche. Il eut divers avantages, et gagna, le 18 août 1304, la célèbre bataille de Mons-en- Puelle, où plus de 25000 Fla- mands restèrent sur la place. C'est en mémoire de cette victoire que fut élevée, dans l'église de Notre Dame de Paris, la statue équestre de ce prince. Il fit ensuite la paix avec les Flamands. Une guerre nouvelle, mais moins sanguinaire que les précédentes, occupa en même temps Philippe; nous vou- lons parler de ses démêlés avec le pape Boniface VIII. Le pre- mier sujet du mécontentement de ce pontife, venoit de ce que le roi avoit donné retraite aux Co- lonnes ses ennemis; mais Phi- lippe avoit aussi des sujets de 10 plaindre de Boniface. Ce pape poussoit extrêmement loin ses prétentions sur les collations des bénéfices, et vouioit partager avec le monarque les décimes levées sur le Clergé. La résistance de Philippe à ses volontés, irrita le pontife. Pour première ven- geance, il donna la Bulle Cle- ricis Laïcos, par laquelle il dé- fendoit aux ecclésiastiques de payer aucun subside au prince sans l'autorité du saint Siège, sous peine d'être frappés des fou- dres de Rome. Une seconde bulle suivit de près la 1re; elle com- mencé par ces mots: Ausculta fili. Toute la suite de cette pièce sin- gulière prouve que le pape s'at- tribuoit le droit de faire rendre compte au roi du gouvernement de son Etat, et d'être le sou- verain juge entre lui et ses sujets. Une pareille prétention ne pou- voit qu'indisposer Philippe contre lui. Ce prince ayant fait brûler cette Bulle le 11 février 1302, le pape en donna une nouvelle qui débute ainsi: Unam sanctam. Il y prétendoit que la puissance temporelle étoit soumise à la spi- rituelle, et que le pape a droit de déposer les souverains. Boni- 506 PHI face fit plus : pour braver le roi, il lui envoya un légat, ennemi personnel de ce monarque. La nation irritée contre ces démarches imprudentes, appela au concile général dans des états généraux convoqués par Philippe. Le pape venoit de l'excommunier par une Bulle foudroyante qui mettoit le royaume en interdit. Nogaret fut envoyé à cet homme impétueux, en apparence pour lui signifier l'appel au futur concile, mais réellement pour l'enlever de concert avec les Colonnes. Ils l'investirent dans la ville d'Anagni, et se saisirent de sa personne. On vouloit le mener au futur concile; mais il mourut avant qu'on eût le temps de le convoquer. Benoît XI, successeur paisible d'un pontife qui ne l'étoit guère, termina tous ces malheureux différends. Clément V qui fut pape après lui, annulla dans le concile de Vienne tout ce que Boniface VIII avoit fait contre la France. Ce fut dans cette assemblée que fut résolue la perte des Templiers. La rigueur des impôts et le rabais de la monnoie, avoient excité une sédition dans Paris en 1306. Les Templiers qui perdoient beaucoup à ce rabais, furent accusés d'avoir en part à cette mutinerie. Philippe le Bel implacable dans ses vengeances, médita dès-lors l'extinction de ces moines guerriers. Clément V, créature de ce monarque, se préta à tout : les bûchers furent dressés, et des citoyens respectables qui pour la plupart étoient innocens, et qui auroient mérité des supplices moins cruels quand même ils auroient été coupables, périrent dans les flammes comme des scélérats de la lie du peuple. Philippe souillé du sang de ces vic- times de son avarice, (Voyez MOLAY.) mourut peu de temps après d'une chute de cheval, le 29 novembre 1314, à 46 ans, après avoir recueilli une partie des biens des Templiers. Ce prince fut le plus bel homme de son temps. Né avec un cœur haut, un esprit vif, une ame ferme, une humeur libérale, il auroit pu être adoré de son peuple : mais il aliena le cœur de ses sujets par ses exactions horribles, par les fréquentes altérations des monnoies, qui le firent appeler la faux Monnoyeur, par la puissance absolue qu'il donna à des ministres avares et insolens, et par sa sévérité qui tenoit de la cruauté. Ce roi si emporté sut pourtant se modérer dans quelques occasions. Ses courtisans lui conseilloient de punir l'évêque de Pamiers, en partie l'auteur de ses démêlés avec Boniface VIII. — Je puis sans doute me venger, leur dit-il; mais il est beau de le pouvoir et de ne pas le faire... Philippe est le premier de nos rois qui ait restreint les apanages aux seuls hoirs mâles, et qui ait fait entrer le tiers-état dans les états généraux. Ces assemblées de la nation, convoquées pour la première fois en 1302, se tinrent de temps en temps jusqu'en 1614. On n'en convoqua point depuis, parce que l'autorité royale craignoit le contrepoids que la nation assemblée pouvoit mettre au pouvoir despotique. Les états généraux étoient très-différens des anciennes assemblées tenues sous les rois de la première et de la seconde race. « Ils n'avoient point, dit Robertson, droit de suffrage pour la promulgation des lois, et ne possédoient point de juridiction qui leur fût propre. Voici quelle étoit la manière de procéder dans les états généraux. Le roi s'adressoit à tout le corps assemblé en un même lieu, et lui exposoit les objets pour lesquels il l'avoit convoqué. Les députés de chacun des trois ordres, c'est-à-dire de la noblesse, du clergé et du tiers-état, se réunissoient en particulier et préparoient leur cahier ou mémoire, contenant leur réponse aux propositions qui leur avoient été faites, avec les représentations qu'ils jugoient convenables d'adresser au roi. Ces réponses et ces représentations étoient ensuite examinées par le roi dans son conseil, et donnoient ordinairement lieu à une ordonnance. Les ordonnances n'étoient point adressées aux trois ordres en commun. Quelquefois le roi adressoit une ordonnance à chaque ordre en particulier; quelquefois il y faisoit mention de l'assemblée des trois ordres; quelquefois il n'y étoit question que de l'assemblée de celui des ordres auquel l'ordonnance étoit adressée; quelquefois on n'y faisoit aucune mention de l'assemblée des états qui avoient suggéré l'idée de faire la nouvelle loi. Ainsi l'autorité législative et le pouvoir exécutif étant dans la personne du roi seul, son pouvoir s'accrut toujours davantage. Philippe réforma plusieurs abus. C'est lui qui commença à réduire les seigneurs à vendre leur droit de battre monnoie. Il donna, en 1313, un édit qui génoit si fôrit la fabrication qui s'en faisoit dans leurs terres, qu'ils trouvèrent plus avantageux d'y renoncer. Philippe le Bel avoit épousé Jeanne, héritière de Na- varre et de Champagne, mère de Louis X, dont la fille unique Jeanne porta la Navarre dans la maison des comtes d'Evreux.
XI. PHILIPPE V, roi de France, surnommé le LONG à cause de sa grande taille, étoit fils puiné de Philippe le Bel. Il portoit le nom de Comte de Poitou, lorsqu'il succéda, en 1316, à Louis Hutin son frère, ou plutôt à Jean I son neveu qui ne vécut que 8 jours, à l'exclusion de Jeanne sa nièce sœur de ce Jean. Il fit la guerre aux Flamands, renouvela l'alliance faite avec les Écossois, chassa les Juifs de son royaume, et mourut le 3 janvier 1331, à 28 ans. Sa douceur et sa générosité avoient donné des espérances. Il avoit formé le projet d'établir l'unité des poids et des mesures dans le royaume; mais il y rencontra des difficultés qu'il ne put surmonter. Les lépreux furent encore en grand nombre sous ce règne. Cette maladie, si dégoûtante et si horrible étoit presque recherchée. Ils jonissoient de grands biens dans leurs hôpitaux et ne payoient point de subsides. Ils commencèrent à exciter l'envie, et on les accusa d'avoir de concert avec les Juifs et les Turcs jeté leurs ordures et des sachets de poison dans les puits et dans les fontaines. On leur attribua, peut-être avec aussi peu de fondement, plusieurs crimes contre nature. Un grand nombre furent condamnés au feu, et les autres enfermés très étroitement dans les Léproséries. Le règne de Philippe le Long est recommandable par quantité de sages ordonnances sur les Cours de justice et sur la manière de la rendre. Il avoit 508 PHI épousé Jeanne de Bourgogne. (Voyez son article.)
XII. PHILIPPE DE VALOIS, 1er roi de France de la branche collatérale des Valois, étoit fils de Charles comte de Valois frère de Philippe le Bel. Il monta sur le trône en 1328, à la mort de son cousin Charles le Bel, après avoir eu pendant quelque temps la ré- gence du royaume. La France fut déchirée au commencement de son règne, par des disputes sur la succession à la couronne. Edouard III roi d'Angleterre y prétendoit comme petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, mais Philippe de Valois s'en saisit comme premier prince du sang. Les peuples lui donnèrent à son avènement au trône le nom de Fortuné; il put y joindre pendant quelque temps celui de Victorieux et de Juste. Le comte de Flandre son vassal ayant maltraité ses su- jets et les sujets s'étant soulevés, il marcha au secours de ce prince. Il livre bataille aux rebelles à Cassel, fait des prodiges de va- leur, et remporte une victoire signalée le 24 août 1328. (Voyez II. NOYERS.) Après avoir tout pacifié, il se retira, en disant au comte de Flandre: Soyez plus prudent et plus humain, et vous aurez moins de rebelles... Philippe vainqueur consacra le temps de la paix à régler le dedans de son royaume. Les financiers furent recherchés, et plusieurs con- damnés à mort; eût autres Pierre Remy général des finances qui laissa près de vingt millions. Il donna ensuite l'Ordonnance sur les francs-fiefs, qui impose des droits sur les églises et sur les roturiers qui avoient acquis des terres nobles. Ce fut alors que commença à s'introduire la forme de l'Appel comme d'abus, dont les principes sont plus anciens que le nom. L'année 1329 fut marquée par un hommage so- lennel qu'Edouard roi d'Angle- terre vint lui rendre à Amiens genou en terre et tête nue, pour le duché de Guienne. La paix intérieure du royaume fut trou- blée par les différends sur la dis- tinction des deux puissances, et sur la juridiction ecclésiastique attaquée fortement par Pierre de Cugnières avocat du roi, défen- seur de la justice séculière. On indique une assemblée pour en- tendre les deux parties devant le Roi: ce magistrat y parla en homme instruit et en philosophe éclairé. Bertrand évêque d'Autun et Roger archevêque de Sens, soutinrent la cause du Clergé avec moins d'art et de raison. Le Roi n'en fut pas moins favorable aux ecclésiastiques. Cette que- relle devint le fondement de toutes les disputes élevées depuis sur l'autorité des deux puissances: disputes qui n'ont pas peu servi à restreindre la juridiction ecclé- siastique dans des bornes plus étroites. Les années suivantes fu- rent employées à des réglemens utiles, qui furent malheureusement interrompus par la guerre qu'Edouard III déclara à la France. Cette malheureuse guerre qui dura à diverses reprises plus de 100 ans, fut commencée vers l'an 1336. Edouard retira d'a- bord les places de la Guienne dont Philippe étoit en possession. Les Flamands révoltés de nou- veau contre la France malgré les sermens et les traités, se ran- gèrent sous ses étendards; ils exigèrent seulement qu'Edouard prit le titre de Roi de France, en conséquence de ses prétentions sur la couronne, parce qu'alors, suivant la lettre de leur traité, ils ne faisoient que suivre le roi de France. « Voilà, dit Saint-Foix, l'époque de la jonction des Fleurs de lis et des Léopards dans les armoiries d'Angleterre. » Edouard pour justifier le changement de ses armes, fit répandre cette espèce de manifeste en vers du temps : Rex sum regnorum, binâ ratione, duorum : Anglorum in regno sum rex ego jure paterno ; N'airis jure quidem, Francorum nuncupor idem : Hinc est armorum variatio facta mechum. Philippe de Valois répondit par ces quatre vers, parodiés en partie des précédens : Prado regnorum qui diceris esse duorum : Francorum regno privaberis atque paterno. Succedunt mares huic regno, non mulieres : Hinc est armorum variatio stulta tuorum. En faveur de ceux qui n'entendent pas le latin, nous insérons ici la traduction françoise qu'on fit anciennement de ces quatrains : Je suis roi par double raison, Roi d'Angleterre en ma maison, Roi de France, et Isabelle, Pourquoi de France j'écarteille. Réponse de Philippe de Valois : Tu te fais roi sans beaucoup de raison ; Tu pourrois bien sortir de la maison ; Quant à la France, elle exclut Isabelle ; Ainsi jamais de France n'écarteille. P H I 509 On ne s'en tint pas à ce combat de plume, comme on devroit toujours faire; on eut recours aux soldats. Philippe se mit en état de se défendre. Ses armes eurent d'abord quelques succès; mais ces avantages ne compensèrent pas la perte de la bataille de l'Écluse, où la flotte Françoise composée de cent vingt gros vaisseaux, montés par 40.000 hommes, fut battue l'an 1340 par celle d'Angleterre. On doit attribuer en partie cette défaite en peu de soin que nos rois avoient pris de la marine, quoique la France baignée par deux mers, soit si heureusement située. On étoit obligé de se servir de vaisseaux étrangers, qui n'obéissent qu'avec lenteur et avec répugnance. Cette guerre tour-à-tour discontinuée et reprise, recommença avec plus de chaleur que jamais en 1345. Les armées ennemies s'étant rencontrées le 26 août 1346, près de Créci village dans le comté de Ponthieu, les Anglois y remportèrent une victoire signalée. Edouard n'avoit que 40.000 hommes, Philippe en avoit près de 80.000 : mais l'armée du premier étoit aguerrie; et celle du second mal disciplinée, étoit accablée de fatigues. La France y perdit 25 à 30.000 hommes; (car nul n'étoit prins à rançon ne à merci, dit Froissard, et ainsi l'avoient ordonné les Anglois entre eux,) de ce nombre étoit Jean roi de Bohème, (qui quoique aveugle ne s'en battit pas moins,) et environ 1500 gentilshommes, la fleur de la noblesse Françoise. La perte de Calais et de plusieurs autres places, fut le triste fruit de cette défaite. Quelque temps auparavant Edouard 5to PHI avoit défié *Philippe de Valois* à un combat singulier. Le roi de France le refusa : ce n'est pas qu'il ne fût brave ; mais il crut qu'un souverain ne devoit pas combattre contre un roi son vassal. Enfin en 1487 on conclut une trêve de six mois entre la France et l'Angleterre qui fut prolongée à diverses reprises. *Philippe de Valois* mourut peu de temps après, le 23 août 1550, à 57 ans, bien éloigné de porter au tombeau le titre de *Fortune*. Cependant il venoit de réunir le Dauphiné à la France. *Humbert* le dernier prince de ce pays ayant perdu ses enfans, lassé des guerres qu'il avoit soutenues contre la Savoie, se fit Dominicait, et donna sa province à *Philippe* en 1349 avec la condition que le fils ainé de nos rois s'appellerait Dauphin. *Philippe de Valois* ajouta encore à son domaine le Roussillon et une partie de la Cerdagne, en prêtant de l'argent au roi de Majorque qui lui donna ces provinces en nantissement ; provinces que *Charles VIII* rendit depuis sans être remboursé. Il acquit aussi Montpellier qui est demeuré à la France. Il est surprenant que dans un règne si malheureux, il ait pu acheter ces provinces après avoir beaucoup payé pour le Dauphiné. L'impôt du sel, le haussement des tailles, les infidélités sur les monnoies, le mirent en état de faire ces acquisitions. On avoit non-seulement haussé le prix fictif et idéal des espèces ; on en fabriquoit de bas aloi, on y mêloit trop d'alliage. *Philippe* faisoit jurer sur les Évangiles aux officiers des Monnoies de garder le secret ; mais comment pouvoit-il se flatter qu'une telle infidélité ne seroit pas découverte ? La première femme de *Philippe VI* fut *Jeanne de Bourgogne* ; la seconde *Blanche de Navarre*, morte en 1398.
XIII. PHILIPPE I$^{er}$ roi d'Espagne, etc. surnommé le *Bet*, étoit fils de *Maximilien I* archidiac d'Autriche depuis empereur, et de *Marie de Bourgogne*. Il épousa en 1490, *Jeanne la Folle* reine d'Espagne, seconde fille et principale héritière de *Ferdinand V* roi d'Aragon, et d'*Isabelle* reine de Castille. Il mourut à Burgos le 25 septembre 1506, à 28 ans, après une maladie de six jours, pour avoir fait un trop violent exercice de la paume. (*Voyez l'article de JEANNE la Folle*, n° IX.) C'étoit le prince le plus beau, le plus généreux et le plus facile de l'Europe ; mais il s'en falloit bien qu'il eût le génie, l'application, la prudence et l'habileté de son beau-père. On craignoit s'il eût régné plus longtemps, que l'inquisition regardée alors comme nécessaire, n'eût été supprimée ; que les grands n'eussent joui de leur ancienne autorité, et que les peuples ne fussent devenus aussi malheureux que sous *Henri l'Impuissant*. *Philippe* qui regardoit le roi de France comme le plus honnête homme de l'Europe, le préféra à l'empereur son père et à *Ferdinand* son beau-père, en confiant la tutelle et l'éducation de ses enfans à *Louis XII*.
XIV. PHILIPPE II, né à Valladolid le 21 mai 1527, de *Charles-Quint* et d'*Isabelle* de *Portugal*, devint roi de Naples et de Sicile par l'abdication de son père en 1554; et roi d'Angleterre le même jour, par son mariage avec la reine Marie. Il monta sur le trône d'Espagne le 17 janvier 1556, après l'abdication de Charles-Quint. Ce prince avoit fait une trêve avec les François; son fils la rompit. S'étant ligué avec les Anglois, il vint fondre en Picardie avec une armée de 40,000 hommes. Les François furent taillés en pièces à la bataille de Saint-Quentin le 10 août 1557. Cette ville fut emportée d'assaut, et le jour qu'on monta à la brèche, Philippe parut armé de toutes pièces pour encourager les soldats. C'est la première et la dernière fois qu'on le vit chargé de cet attirail militaire. On dit que pendant la bataille, Philippe entendant le sifflement des balles, demanda à son confesseur ce qu'il pensoit de cette musique: Je la trouve très-désagréable, répondit celui-ci. Et moi aussi, répliqua le prince: et mon père étoit un homme bien étrange d'y prendre tant de plaisir. On sait que sa terreur fut, elle pendant le combat qu'il fit deux vœux: l'un de ne plus se trouver désormais à aucune bataille; et l'autre de bâtir un magnifique Monastère sous le nom de Saint-Laurent, à qui il attribuoit le succès de ses armes: ce qu'il exécuta à l'Escurial village à sept lieues de Madrid. Après la bataille, le Duc de Savoie son général voulut lui baiser les mains. Philippe l'en empêcha en disant: C'est à moi de baiser les vôtres dont une si belle victoire est l'ouvrage; et il lui fit présent des drapeaux pris pendant l'action. La prise du Catelet, de Ham et de Noyon, furent les seuls avantages qu'on tira d'une journée qui auroit pu perdre la France. Charles-Quint instruit d'une telle victoire, demanda, dit-on, à celui qui lui en apporta la nouvelle si son fils étoit à Paris? et sur sa réponse il tourna le dos sans proférer un seul mot. Le duc de Guise ayant eu le temps de rassembler une armée, répara la honte de sa patrie par la prise de Calais et de Thionville. Tandis qu'il rassuroit les François, Philippe gagnait une assez importante bataille contre le maréchal de Thermes auprès de Gravelines, sous le commandement du comte d'Egmont à qui il fit depuis trancher la tête. Le vainqueur ne profita pas plus de la victoire de Gravelines que de celle de Saint-Quentin; mais il en retira un assez grand fruit par la paix glorieuse de Cateau-Cambrésis, le chef-d'œuvre de sa politique. Par ce traité conclu le 13 avril 1559, il gagna les places fortes de Thionville, de Marienbourg, de Montmédi, de Hesdin, et le comté de Charolois en pleine souveraineté. Cette guerre si terrible et si cruelle finit encore comme tant d'autres, par un mariage. Philippe prit pour troisième femme Elizabeth fille de Henri II, qui avoit été promise à Dom Carlos. Après de si glorieux commencements Philippe retourna triomphant en Espagne, sans avoir tiré l'épée. Son premier soin en arrivant à Valladolid, fut de demander au grand Inquisiteur le spectacle d'un AUTO-DA-FÉ. On le lui accorda bientôt; quarante malheureux dont quelques-uns étoient prêtres ou religieux, furent étranglés et brûlés, et l'un d'eux fut 512 PHI brûlé vif. *Dom Carlos de Seza* une de ces infortunées victimes, osa s'approcher du roi et lui dit : *Comment, Seigneur, souffrez-vous qu'on brûle tant de malheureux ? Pouvez-vous être témoin d'une telle barbarie sans gémir ? — Si mon fils, répondit froidement Philippe, était suspect d'hérésie je l'abandonne, moi-même à la sévérité de l'Inquisition. Mon horreur est telle pour vous et pour vos semblables, que si l'on manquait de bourreau j'en servirois moi-même.* Ce monarque se conduisait suivant l'esprit qui lui avoit dicté cette réponse. Dans une vallée de Piémont voisine du Milanez, il y avoit quelques Hérétiques : le gouverneur de Milan eut ordre de les faire périr tous par le gibet. Dans la Calabre quelques cantons avoient laissé pénétrer dans leur sein les opinions nouvelles ; il ordonna qu'on passât les novateurs au fil de l'épée, et qu'on en réservât soixante, dont trente finirent leur malheureuse vie par la corde, et trente par les flammes. Cet esprit de cruauté et l'abus de son pouvoir, affoiblirent ce pouvoir même. Les Flamands ne pouvant plus porter un joug si dur, se révoltèrent. La révolution commença par les belles et grandes provinces de Terre-ferme, mais il n'y eut que les provinces maritimes qui obtinrent leur liberté. Elles s'érigèrent en république, sous le titre de Provinces Unies en 1579. *Philippe* envoya le duc d'Albe pour les réduire, et la cruauté de ce général ne fit qu'aigrir l'esprit des rebelles. Jamais on ne combattit de part et d'autre, ni avec plus de courage, ni avec plus de fureur. Les Espagnols au siège de Harlem, ayant jeté dans la ville la tête d'un officier Holandois tué dans un petit combat, ceux-ci leur jetèrent onze têtes d'Espagnols avec cette inscription : *Dix têtes pour paiement du dixième denier, et la onzième pour l'intérêt.* Harlem s'étant rendu à discrétion les vainqueurs firent pendre tous les magistrats, tous les pasteurs et plus de quinze cents citoyens. Le duc d'Albe fut enfin rappelé ; on envoya à sa place le grand commandeur de *Requesens*, et après sa mort. *Dom Jean d'Autriche* ; mais aucun de ces généraux ne put remettre le calme dans les Pays-Bas. A ce fils de *Charles-Quint* succéda un petit-fils non moïfis illustre : c'est *Alexandre Farnèse* duc de Parme, le plus grand homme de son temps ; mais il ne put empêcher ni la fondation des Provinces-Unies, ni le progrès de cette république qui naquit sous ses yeux. Ce fut alors que *Philippe* toujours tranquille en Espagne, au lieu de venir réduire les rebelles en Flandre, proscrivit le prince d'Orange et mit sa tête à 25,000 écus. *Guillaume* supérieur à *Philippe*, dédaigna d'employer cette espèce de vengeance, et n'attendit sa sûreté que de son épée. Cependant le roi d'Espagne devenoit roi de Portugal, état sur lequel il avoit des droits par *Isabelle* sa mère. Le duc d'Albe lui soumit ce royaume en trois semaines l'an 1580. *Antoine* prieur de Crato, proclamé roi par la populace de Lisbonne, osa en venir aux mains ; mais il fut vaincu, poursuivi, et obligé de prendre la fuite. Un lâche assassinat délivra *Philippe* de son plus implacable ennemi : *Balthasar Gérard* tua en 1584 d'un coup de pistolet le prince d'Orange. (Voyez GERARD, n.º IV.) On chargea Philippe de ce crime : on croit que c'est sans raison ; mais il s'écria imprudemment en apprenant cette nouvelle : Si le coup eût été fait il y a deux ans, la Religion Catholique et moi y aurions beaucoup gagné. Ce meurtre ne put rendre les sept Provinces-Unies à Philippe. Cette République déjà puissante sur mer, servit l'Angleterre contre ce prince. Philippe ayant résolu de troubler Elizabeth, prépara en 1588 une flotte nommée l'Invincible. Elle consistoit en 150 gros vaisseaux, sur lesquels on comptoit 2650 pièces de canon, 8000 matelots, 20,000 soldats et toute la fleur de la Noblesse Espagnole. Cette flotte commandée par le duc de Médina-Sidonia, sortit trop tard de Lisbonne, et une tempête furieuse en dissipa une partie. Douze vaisseaux jetés sur les rivages d'Angleterre, tombèrent au pouvoir de la flotte Angloise qui étoit de 100 vaisseaux ; 50 périrent sur les côtes de France, d'Écosse, d'Irlande, de Hollande et de Danemarck : tel-fut le succès de l'Invincible. Cette entreprise coûta à l'Espagne 40 millions de ducats, 20,000 hommes, cent vaisseaux, et ne produisit que de la honte. Philippe supporta ce malheur avec la constance d'un héros. Un de ses courtisans lui ayant appris cette nouvelle d'un ton consterné, le monarque lui répondit froidement : J'avois envoyé combattre les Anglois et non pas les vents. Que la volonté de Dieu soit accomplie. Le lendemain Philippe ordonna aux évêques de remercier Dieu, de lui avoir conservé quelques débris de sa flotte, et il écrivit au pape : « Saint Père, tant que je resterai maître de la source, je regarderai comme peu de chose la perte d'un ruisseau. Je remercierai l'Arbitre suprême des empires, qui m'a donné le pouvoir de réparer aisément un désastre que mes ennemis ne doivent attribuer qu'aux élémens qui ont combattu pour eux. » Dans le même temps que Philippe attaquoit l'Angleterre, il animoit en France cette Ligue nommée Sainte, qui tendoit à renverser le trône et à déchirer l'état. Les Ligueurs lui déférèrent la qualité de l'étocteur de leur association. Il l'accepta avidement, persuadé que les soins des rebelles le conduiroient bientôt, lui ou un de ses enfans sur le trône de France. Il se croyoit si sûr de sa proie, qu'en parlant de nos principales villes, il disoit : Ma bonne ville de Paris, ma bonne ville d'Orléans, tout comme s'il eût parlé de Madrid et de Séville. Quel fut le fruit de toutes ces intrigues ? Henri IV embrassa la Religion Catholique, et lui fit perdre par son abîuration la France en un quart-d'heure. Philippe, usé par les débauches de sa jeunesse et par les travaux du gouvernement, touchoit à sa dernière heure. Une fièvre lente, la goutte la plus cruelle, et divers maux compliqués, ne purent l'arracher aux affaires ni lui inspirer la moindre plainte : Eh quoi ! disoit-il aux médecins qui n'osoient le faire saigner : Quoi ! vous craignez de tirer quelques gouttes de sang des veines d'un Roi qui en a fait répandre des fleuves entiers aux Hérétiques ? Enfin Kk consumé par une complication de maux qu'il supporta avec une patience héroïque, et dévoré par les poux, il expira le 13 septembre 1598, dans sa 72e année, après quarante-trois ans et huit mois de règne. Pendant les cinquante derniers jours de sa maladie, il montra de grands sentimens de religion, et eut presque toujours les yeux fixés vers le ciel. (*Voyez* II. MENEZES.) Il n'y a point de prince dont on ait écrit plus de bien et plus de mal. Quelques Catholiques le peignent comme un second *Salomon*, et les Protestans comme un autre *Tibère*. On peut trouver un juste milieu entre ces deux portraits, tracés par la haine et la flatterie. *Philippe*, né avec un génie vif, élevé, vaste et pénétrant, avec une mémoire prodigieuse, une sagacité rare, possédoit dans un degré éminent, l'art de gouverner les hommes. Personne ne sut mieux connoître et employer les talens et le mérite. Il sut faire respecter la majesté royale, les lois et la religion. Du fond de son cabinet il ébranla l'univers, en y répandant la terreur et la désolation. Il fut pendant tout son règne non pas le plus grand homme, mais le principal personnage de l'Europe; et sans ses trésors et ses travaux, la religion Catholique eût été détruite, si elle avoit pu l'être. L'abbé de *Condillac* ne pensoit pas aussi favorablement que nous des talens de *Philippe*, et il est bon de citer ce qu'en dit cet historien philosophe, quand ce ne seroit que pour fermer la bouche aux censeurs injustes, qui se plaignent que nous avons traité ce prince avec trop de rigueur. « On a représenté *Philippe* comme un grand politique, qui du fond de son cabinet remuoit toute l'Europe. Je ne conçois pas pourquoi on lui fait cet honneur. En effet qu'a-t-il remué ? la France ? Elle se remuoit assez toute seule. Il a fomenté les factions : il a sur-tout voulu soutenir la Ligue ; mais sans autorité dans le parti pour lequel il se déclaroit, il croyoit le faire mouvoir, et il n'étoit que l'instrument dont il se servoit. Il a troublé le Milanez et le royaume de Naples avec l'inquisition, qu'il ne lui a pas été possible d'y établir. Il a remué les Pays-Bas si maladroitement qu'il en a perdu plusieurs provinces. Il a fait passer quelques secours en Irlande, et il a remué les rebelles qui se remuoient sans lui depuis longtemps. Il n'a pu causer le moindre soulèvement en Angleterre. Enfin souvent humilié par des ennemis qu'il paroissoit devoir écraser, il n'a remué l'Espagne que pour la ruiner. Elle étoit la première puissance de l'Europe lorsque *Charles-Quint* la lui céda ; il ne lui laissa plus que l'ambition de l'être encore, et une politique artificieuse qui troubla ses voisins, et qui ne la releva pas elle-même. *Philippe II* n'a été qu'une amercule, un esprit faux et brouillon. » (*Cours d'Histoire*, tome 13, page 373.) *Philippe*, quoique petit, avoit une figure agréable. Son maintien étoit grave, son air tranquille, et l'on ne pouvoit lire dans sa physionomie ni la joie des prospérités, ni le chagrin des revers. Les guerres contre la Hollande, la France et l'Angleterre, coûtèrent à *Philippe* 564 millions de ducats : l'Amérique lui four- nit plus de la moitié de cette somme. On prétend que ses revenus, après la jonction du Portugal, montoient à 25 millions de ducats, dont il ne dépensoit que cent mille pour son entretien. Philippe étoit très-jaloux des respects extérieurs, il vouloit qu'on ne lui parlât qu'à genoux. Le duc d'Albe étant un jour entré dans le cabinet de ce prince sans être introduit, essuya ces terribles paroles, accompagnées d'un regard foudroyant: Une hardiesse telle que la vôtre mériterait la hache. S'il ne songea qu'à se faire redouter, il y réussit: peu de princes ont été aussi craints, aussi abhorrés, et ont fait couler autant de sang. Il eut successivement ou tout à la fois, la guerre à soutenir contre la Turquie, la France, l'Angleterre, la Hollande, et presque tous les Protestans de l'Empire, sans avoir jamais d'alliés, pas même la branche de sa maison en Allemagne. Malgré tant de millions employés contre les ennemis de l'Espagne, Philippe trouva dans son économie et ses ressources, de quoi construire trente citadelles, soixante-quatre places fortifiées, neuf ports de mer, vingt-cinq arsenaux, autant de palais, sans compter l'Escurial. Ce dernier édifice coûta 60 millions. On y compte onze mille fenêtres, huit cents colonnes, vingt-deux cours, dix-sept cloîtres. La principale façade est de trois cents pas de large sur soixante d'élévation. L'église bâtie sur le modèle de Saint-Pierre de Rome, a trois cents pieds de long sur deux cent quatre-vingt de large. Le marbre, les dorures, les tableaux des plus excellens maîtres d'Ita- lie ornent cette basilique. Les ornemens sacerdotaux sont couverts de pierreries; les vases et chandeliers sont d'or et d'argent. L'intérieur du tabernacle de la principale chapelle renferme une émeraude de la grosseur d'un œuf. Sous l'église est le fameux Panthéon, à l'entour duquel se trouvent des urnes noires en forme de tombeaux, où sont renfermés les tristes restes des rois d'Espagne. Philippe fixa son séjour dans ce palais, à la fin de sa carrière, et y mourut devant le maître autel de l'église où il s'étoit fait transporter. La place où il finit ses jours est environnée d'une balustrade que personne n'ose approcher. Ce monument de sa magnificence ne contribua point à arranger ses finances. Il laissa cent quarante millions de ducats de dettes, dont il payoit sept millions d'intérêt; la plus grande partie étoit due aux Génois. Outre cela, il avoit vendu ou aliéné le fonds de cent millions de ducats en Italie. Ce prince donna un Décret, par lequel il 8xoit à 14 ans la majorité des rois d'Espagne. Philippe II petit de taille, étoit quelquefois aussi petit au moral qu'au physique. Il affectoit une dévotion minutieuse; il mangeoit souvent au réfectoire avec des religieux; il n'entroit jamais dans leurs Eglises sans baiser toutes les reliques; il faisoit pétrir son pain avec l'eau d'une fontaine qu'on croyoit miraculeuse; il se vantoit de n'avoir jamais dansé, et de n'avoir jamais porté des haut-de-chausses à la grecque: grave dans toutes ses actions, il chassa de sa présence une femme qui avoit ri en se mouchant. Un grand événement de sa vie do- 516 PHI mestique, est la mort de son fils *Don CARLOS*. Personne ne sait comment mourut ce prince. Son corps qui est dans le tombeau de l'Escurial, y est séparé de sa tête; mais on prétend que cette tête n'est séparée que parce que la caisse de plomb qui renferme le corps est en effet trop petite. On ne connoit pas plus les détails de son crime que son genre de mort. Il n'est ni prouvé ni vraisemblable, que *Philippe II* l'ait fait condamner par l'inquisition. Tout ce qu'on sait, c'est qu'en 1568 son père ayant, dit-on, découvert qu'il avoit des intelligences avec les Hollandois ses ennemis, vint l'arrêter lui-même dans sa chambre. Il écrivit en même temps au pape *Pie V* pour lui rendre compte de l'emprisonnement de son fils; et dans sa lettre à ce portife du 20 janvier 1568, il dit *qu'ès sa plus tendre jeunesse, la force d'un naturel vicieux a étouffé*, dans *Don CARLOS toutes les instructions paternelles*. (Voyez l'art. CARLOS.) — C'est *Philippe II* qui fit imprimer à Anvers, 1569 à 1572, en 8 volum. in-folio, la belle *Bible Polyglotte* qui porte son nom; et c'est lui qui soumit les Isles depuis appelées *Philippines*... Il éponsa successivement, 1.º *Marie* fille de *Jean III*, roi de Portugal; 2.º *Marie*, fille de *Henri VIII*, héritière d'Angleterre; 3.º *Elizabeth de France* fille de *Henri II*; (Voy. MONTGOMERRE, *initio*.) 4.º *Anne* fille de l'empereur *Maximilien II*. *Don Carlos* étoit fils de sa première épouse; et *Philippe III* qui suit, de la dernière.
XV. PHILIPPE III, roi d'Espagne, fils de *Philippe II* et d'*Anne d'Autriche*, né à Madrid le 14 avril 1578, monta sur le trône après la mort de son père, le 13 septembre 1598. La guerre contre les Provinces-Unies continuait toujours. *Philippe III* se rendit maître d'Ostende par la valeur de *Spinola* général de son armée, en 1604, après un siège de trois ans, qui coûta plus de 80,000 hommes. Ce succès ne fut pas soutenu, et le monarque Espagnol fut obligé de conclure une trêve de douze ans. Par cette trêve il leur laissa tout ce qui étoit en sa possession, et leur assura la liberté du commerce dans les grandes Indes. La maison de *Nassau* fut rétablie dans la possession de tous ses biens. L'expulsion des Maures fit encore plus de tort à la monarchie. Ces restes des anciens vainqueurs de l'Espagne, étoient la plupart désarmés, occupés du commerce et de la culture des terres, et utiles à la monarchie parce qu'ils étoient laborieux chez une nation qui l'étoit peu. On les accusait d'être Musulmans au fond de l'âme, quoiqu'ils fussent Chrétiens à l'extérieur. Les preuves assez incertaines qu'ils méditoient un soulèvement général et qu'ils avoient mendié à Paris et à Constantinople des secours puissans, précipitèrent moins leur perte que la foiblesse du roi. Un arrêt sanglant parut le 10 janvier 1610, qui ordonnait à ces malheureux de sortir de l'Espagne dans le terme de trente jours sous peine de mort. A cet ordre, plus d'un million de sujets quittèrent l'Espagne, et avec eux disparurent les laboureurs, les négocians, une partie de l'industrie et des arts. Les proscrits proposèrent en vain d'a- cheter, de deux millions de ducats d'or, la permission de respirer l'air d'Espagne et de faire du bien à ce pays : le conseil fut inflexible, et bientôt la monarchie se ressentit de cette émigration. Philippe tâcha de réparer le mal qu'elle avoit fait à son royaume, par un édit le plus salutaire qui soit jamais émané du trône : il accorda les honneurs de la noblesse, avec exemption d'aller à la guerre, à tous les Espagnols qui s'adonneroient à la culture des terres. Cet édit si sage ne produisit pas un grand effet sur une nation dont une partie étoit oisive, et dont l'autre ne se faisoit gloire alors que du funeste métier des armes. Philippe mourut peu de temps après, le 31 mars 1621, à 43 ans. Ce prince fut la victime de l'étiquette. Etant au conseil, il se plaignit de la vapeur d'un brasier qui l'incommodoit d'autant plus qu'il relevoit d'une grande maladie. L'officier chargé du soin d'entretenir le feu étant absent, personne n'osa remplir son emploi, et cette délicatesse mal-entendue coûta la vie au monarque. Philippe III prince foible, indolent, inappliqué, avcit d'ailleurs de la plété, de la douceur, de l'humanité, les mœurs les plus pures, et la conscience fort timorée. La confiance aveugle qu'il eut pour des ministres avares et despotiques, son éloignement extrême pour les affaires auxquelles il donnoit à peine une heure par jour, lui causèrent à la mort les remords les plus violens. Le duc d'Ossone l'appeloit le grand Tambour de la Monarchie. A sa mort il ne se trouva pas un sou dans l'épargne. Ce qui dut paroître étrange dans un royaume, maître des trésors du nouveau monde, et qu'en fournit aux autres états. Mais l'Espagne est à l'Europe, dit Boccalini, ce que la bouche est au corps ; tout y passe et rien n'y reste. (Voyez LERME.) Il avoit épousé, en 1599, Marguerite d'Autriche, fille de Charles archiduc de Gratz ; et c'est de ce mariage que naquit Philippe IV, qui suit.
XVI. PHILIPPE IV, roi d'Espagne, fils de Philippe III et de Marguerite d'Autriche, né le 8 avril 1605, succéda à son père le 31 mars 1621. Cette même année, la trêve de douze ans faite avec la Hollande, étant expirée, la guerre se ralluma avec plus de vivacité que jamais. Elle fut heureuse pour les Espagnols, tant qu'ils eurent à leur tête le général Spinola ; mais en 1628 leur flotte fut défaite près de Lima par les Hollandois, qui depuis trois ans avoient formé la compagnie des Iudes Occidentales. En 1635, il s'éleva entre Philippe et la France une guerre longue et cruelle, à laquelle les Espagnols donnèrent occasion, par la prise de Trèves, et par l'enlèvement de l'Electeur qui s'étoit mis sous la protection de la France. L'Espagne eut d'abord des succès ; mais la fortune l'abandonna ensuite. Elle perdit l'Artois. Ses troupes furent battues près d'Avesnes et de Casal. La Catalogne jalouse de ses privilèges, se révolta et se donna à la France. Le Portugal secoua le joug ; une conspiration aussi bien exécutée que bien conduite mit sur le trône, le 1er décembre 1640, la maison de Bragance. Tout ce qui restoit du Brésil qui n'avoit point été pris par l'Hollandois aux Espagnols, en prena aux Portugais. Les Acores, Mozambique, Goian, Macao, s'arrachèrent en même temps à la domination de l'Espagne. Philippe IV ne sut cette révolution que lorsqu'il n'étoit plus temps d'y remédier. Les courdisans consternés n'osoient lui apprendre une nouvelle si accablante. Enfin Olivarès son ministre et son favori, s'avançant d'un air serein et riait: Seigneur, dit-il au Roi, la tête a tourné au duc de Bragance: il vient de se faire proclamer Roi; sa folie vous vaut une confiscation de quatorze millions... Philippe étonné ne répondit que ces mots: Il faut y mettre ordre, et courut se consoler dans le sein des plaisirs. Olivarès, auteur en partie de cette perte par sa négligence, fut enfin disgrâché. Ce ministre avoit fait prendre le nom de Grand à son maître, qui ne fit rien pour le mériter. Le lendemain de sa disgrace en afficha au palais ces mots: C'est à présent que tu es Philippe le Grand; le Comte-Duc te rendoit petit. (Voyez OLIVARÈS.) Cependant l'exemple des Portugais étoit funeste à l'Espagne. Les esprits s'ébranloient à Milan, à Naples, en Sicile. On fut partout avec avidité ces mots hardis: Exemplum dedi vobis, ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis. L'Espagne n'étoit pas plus heureuse dans sa guerre contre les François. Une paix conclue en 1659 dans l'isle des Faisans, vint terminer cette guerre. Les deux principaux articles du Traité furent, le mariage de l'Infante Marie-Thérèse avec Louis XIV, et la cession du Roussillon, de la meilleure partie de l'Artois, et des droits de l'Espagne sur l'Alsace. Il ne restoit plus d'ennemis à l'Espagne que les Portugais. Philippe les traita toujours d'esclaves révoites qu'il alioit bientôt mettre à la chaîne: mais deux batailles perdues firent évanouir à ses yeux ses espérances. Il mourut le 17 septembre 1665, à soixante ans. Ce prince ne manquoit ni de génie, ni de talent, ni de santé: mais la mollesse honteuse dans laquelle il languit, rendit ses qualités inutiles. Ainsi, quoique humain, affable, modéré, clément, adroit, généreux, bienfaisant, quoiqu'il aimât ses sujets avec tendre-se, il n'eu fut jamais ni craint ni respecté. On l'accabla de plaisanteries. Quand il eut perdu le Roussillon, le Portugal et la Catalogne, on lui donna pour devise un fossé avec ces mots: Plus on lui ôte, plus il est grand. (Voyez III. AUBUSSON.) Il eut deux femmes: 1.º Elizabeth de France fille de Henri IV. 2.º Marie-Anne d'Autriche fille de l'empereur Ferdinand III. CHARLES II, qui régna après lui, naquit du deuxième mariage.
XVII. PHILIPPE V duc d'Anjou, second fils de Louis dauphin de France, et de Marie-Anne de Bavière, né à Versailles le 19 décembre 1683, fut appelé à la couronne d'Espagne le 2 octobre 1700 par le testament de Charles II. Ce prince étant mort sans enfans le 1er novembre de la même année, Philippe V fut déclaré roi d'Espagne à Fontainebleau le 16 du même mois, et le 24 à Madrid. Il fit son entrée en cette ville le 14 avril 1701. et fut reçu avec acclamation par les uns, et avec murmure par les autres. Philippe fut d'abord reconnu par l'Angleterre, le Portugal, la Hollande, la Savoie; mais bientôt une partie de l'Europe arma contre lui. L'empereur Léopold voulant avoir la monarchie Espagnole pour l'archiduc Charles son fils, se ligua avec l'Angleterre et la Hollande (auxquelles se joignirent ensuite la Savoie, le Portugal et le roi de Prusse,) contre la France et l'Espagne, par le Traité connu sous le nom de la Grande Alliance. Les commencements de cette guerre si cruelle furent mêlés de succès et de revers. Philippe passa en Italie pour conserver Naples, et après s'être assuré ce royaume par quelques combats, il retourna en Espagne. Le roi de Portugal s'étant déclaré contre lui, il perdit peu de temps après les principales villes de l'Aragon, Gibraltar, et les isles de Majorque et de Minorque: la Sardaigne et le royaume de Naples lui furent enlevés par la trahison et par la perfidie. Philippe fut obligé de sortir de Madrid. Dans cette extrémité, on lui conseilla de se joindre aux ennemis de la France, qui à ce prix lui laisseraient l'Espagne et l'Amérique; mais il répondit avec indignation: Non, je ne tirerai jamais l'épée contre une Nation à qui après Dieu je dois le Trône. Instruit que Louis XIV prêt à être accablé par ses ennemis, alloit l'abandonner, il prit la résolution de passer en Amérique avec ses principaux seigneurs pour y régner plutôt que de se désister honteusement de ses droits au royaume d'Espagne. Cette généreuse ré- solution de Philippe V fit changer le système de la cour de France. Le duc de Vendôme envoyé à son secours rétablit entièrement ses affaires. La bataille de Villaviciosa, donnée en 1710, les succès dont elle fut accompagnée, affermirent Philippe sur le trône d'Espagne. Les victoires de ce général, jointes à celles de Villars en Flandre, rendirent enfin la paix à l'Europe. Le Traité fut conclu à Utrecht le 11 avril 1713. Philippe après cette paix, eut la consolation de voir la couronne assurée pour jamais à sa postérité masculine. Le conseil d'Espagne promulgua une Loi solennelle, qui règle que « les Princes descendans de Philippe, en quelque degré qu'ils soient, parviendront à la couronne avant les Princesses, fussent-elles filles du roi régnant. » Philippe réduisit les isles de Majorque et d'Ivica, et Barcelone, qui persistoient dans leur révolte. Cette ville se signala par une résistance d'autant plus vigoureuse, qu'elle étoit soutenue par le fanatisme. Le maréchal de Berwick y entra en conquérant. Son premier soin fut de faire arrêter 60 des principaux chefs de la rebellion, parmi lesquels on comptoit plusieurs moines mendians. La ville et la province furent privées à jamais de leurs privilèges, traitées en pays de conquête, et sujettes aux lois de la Castille. Le roi s'occupa alors à rétablir l'ordre dans les finances, et y réussit en partie. Il y avoit dans ce temps-là en Espagne un homme dont le génie auroit beaucoup servi à la nation, si une ambition dangereuse n'avoit rendu ses talens funestes: c'étoit Alberoni. Parvenu à la dignité de premier ministre, il s'empara de la Sardaigne en 1717, et se rendit maître de Palerme en Sicile. Une flotte de 50 vaisseaux de guerre, de dix galères, et une armée de 35000 hommes, de vieilles et excellentes troupes de débarquement, avoient fait cette nouvelle conquête. Au premier bruit de l'invasion de la Sicile, l'empereur se bâta de conclure une trêve de vingt ans avec les Turcs, et de faire passer cinquante mille hommes en Italie. En même temps il accéda au traité de la triple alliance conclue entre la France, l'Angleterre et la Hollande, et signée le 4 janvier 1717 à la Haye. Une flotte puissante partit des ports de l'Angleterre, sous les ordres de l'amiral *byng*, et fondit sur la flotte Espagnole; elle fut vaincue. Les Espagnols perdirent 6000 hommes et 23 vaisseaux. (On peut voir dans l'article ALBERONI la suite des affaires de l'Espagne.) *Philippe* n'obtint la paix qu'à condition qu'il renverroit ce ministre intrigant. Ce fut à ce prix que la guerre fut terminée, et *Philippe* accéda au traité de la quadruple alliance en 1720. Le roi, délivré des agitations que cause la guerre n'en fut pas plus heureux. Les vapeurs et la mélancolie le rongéoient. Sans aucune incommodité apparente, il étoit quelquefois six mois sans vouloir quitter le lit, se faire raser, couper les ongles ni changer de linge; et lorsque sa chemise étoit à demi-uses, il n'en prenoit point que la reine n'eût portée, de peur, disoit-il, qu'on ne l'empoisonnât dans une autre. Il mangeoit, digéroit, dormoit bien, mais à des heures différentes; et il ne s'en croyoit pas moins voisin du tombeau, et demandoit pourquoi on ne l'enterroit pas. Il gardoit pendant plusieurs jours un morne silence; il sortoit souvent de cette tristesse par des fureurs, frappant, égratignant et se mordant les bras avec des cris douloureux. Avec ses ongles longs et tranchans il se déchiroit en dormant et prétendoit ensuite qu'on avoit profité de son sommeil pour le blesser, ou que des scorpions étoient autour de lui et le piquoient. Malgré ses égaremens apparens, il conservoit dans les affaires un sens droit et une mémoire sûre. Il refusa un jour une affaire qu'on lui proposoit: *Il y a un an*, dit-il, *que je l'ai rejetée*. Quoique la reine fût en possession de le gouverner, il scrouoit souvent sa chaîne avec dépit. *Je veux*, disoit-il à ses domestiques, *qu'elle se défasse de ses quatre evangélistes*. Il appeloit ainsi le confesseur, la camériste de cette princesse, le marquis *Scoti*, et un aventurier nommé *Patino*. Enfin, pour se soulager du fardeau de la couronne, il l'abdiqua en 1724, et se retira à Saint-Ildefonse avec son épouse. *Louis* son fils monta sur le trône, et mourut quelques mois après de la petite vérole. *Philippe* fut obligé de reprendre le sceptre, et travailla au bonheur de son peuple. Ses vapeurs s'étoient presque entièrement dissipées. Tout entier aux affaires, il ordonna que les lois du royaume fussent observées avec exactitude. Il invita en cas de déni de justice, le moindre de ses sujets à s'adresser à lui-même ou à ses principaux ministres. Il enjoignit aux tribunaux d'expédier promptement les procès civils et cri- minels, qui quelquefois n'étoient pas terminés d'un siècle. Il ordonna en même temps d'envoyer chaque mois à la cour un tarif des procès jugés, afin qu'elle sût de quelle manière la justice étoit administrée. Après avoir travaillé à la tranquillité de son peuple, il travailla à l'enrichir. Les étrangers furent invités à venir établir en Espagne des manufactures de fil, de toile et de papier fin. On chercha aussi à encourager celles qui y étoient déjà établies, en ordonnant aux Espagnols de ne faire usage que des soies et des laines fabriquées dans le royaume. Il couronna ses bienfaits en fondant un Monastère pour trente Dames nobles qui y sont reçues sans dot; en établissant un collège ou séminaire royal pour l'éducation de la jeune noblesse. L'académie royale de Madrid avoit déjà été instituée sur le même pied et avec les mêmes vues que l'Académie Françoise, c'est-à-dire pour perfectionner la langue de la patrie. En réglant ses états au dedans, il les augmenta au dehors. *Farnèse* duc de Parme et de Plaisance, étant mort sans enfans en 1731, l'infant Don Carlos fut mis en possession de ces deux états. La querelle qui s'éleva en 1733 à l'occasion de la nomination de *Stanislas* au trône de Pologne, ralluma la guerre en Europe. *Philippe V* y prit part, et s'unit à la France contre l'empereur. L'infant D. Carlos ayant sous ses ordres *Montemar* et 30,000 hommes, conquit la Sicile et le royaume de Naples, et se montra digne de la couronne par son activité et son courage. Toutes ces prospérités furent troublées par l'incendie du palais de Madrid arrivé le 25 décembre 1734. Un nombre prodigieux d'tableaux des plus grands maîtres la meilleure partie des archives de la couronne, furent la proie des flammes. La paix fut conclue en 1736. L'empereur céda à Don Carlos les royaumes de Naples et de Sicile, et quelques places sur les côtes de Toscane. Une nouvelle guerre vint troubler la tranquillité des peuples en 1739. *Philippe V* n'eut pas la consolation de la voir finir. Il mourut le 9 juillet 1746 à 63 ans, après en avoir régné 45. Il laissa de *Louise - Marie - Gabrielle de Savoie*, sa 1$^{re}$ femme, *Ferdinand VI* qui lui succéda... et d'*Elizabeth FARNESE*, sa 2$^{e}$ femme, Don Carlos roi des deux Siciles et ensuite d'Espagne, *Philippe* duc de Parme et de Plaisance; l'infant Don Louis, etc. La piété, la candeur, la bonté, la modération, l'équité, la tendresse pour ses sujets formoient le caractère de *Philippe V*. Il étoit d'ailleurs irrésolu et trop souvent dirigé par la volonté des autres. Il avoit consenti en 1701 que sa nourrice le suivit à Madrid, et cette femme ne tarda pas d'abuser des bontés du prince; elle avoit une cour; elle ne rendoit pas les visites aux femmes de condition; elle obtenoit du roi tout ce qu'elle vouloit. *Il est facile*, dit Torci, que la tête tourne aux François et principalement aux François en pays étranger. Il fallut que *Louis XIV* la rappelât en France. D'autres intrigans tâchèrent de dominer l'esprit de *Philippe V*. Sa cour fut un mélange de jalousies et d'intrigues toujours senaissantes, entre les seigneurs François et les seigneurs Espagnols. Plus de fermeté dans *Philippe V* auroit mis fin à ces tracasseries; et lui auroit épargné des démarches dont il se repentit quelquefois. A ces défauts près, c'étoit un bon prince. La sagesse des lois et des réglemens qu'il donna à l'Espagne, ses nombreux établissemens en faveur du commerce, des sciences et des arts, prouvoient qu'il aimoit l'état. Voyez XIX. MARIE, à la fin; JUVARA, MONTGON, DAUBENTON, FARINELLI, III. URSINS.
XVIII. PHILIPPE duc de Souabe, fils de Frédéric Barbarousse et frère de Henri VI, fut élu empereur après la mort de ce dernier en 1198 par une partie des électeurs, tandis que l'autre donnoit la couronne impériale à Othon duc de Saxe. Cette double élection alluma le feu de la guerre civile en Allemagne. Le pape demeura deux ans sans prendre aucun parti dans cette affaire, quoiqu'il fût sollicité fortement tant par les deux prétendans que par les seigneurs Allemands, et par les rois de France et d'Angleterre. Enfin l'an 1200 il céda à leurs sollicitations et se décida en faveur d'Othon, parce que, disoit-il, Philippe de Souabe est excommunié par le pape Célestin pour avoir envahi à main armée le patrimoine de Saint-Pierre, comme il l'a reconnu lui-même en en demandant l'absolution, et parce qu'il fait encore la guerre à l'Eglise Romaine par Marcoualde et Diopouilde ses capitaines. Philippe fut ensuite excommunié; mais ayant écrit au pape une lettre pleine de respect en 1206, le pontife leva l'anathème et fit tous ses efforts pour réconcilier les deux rivaux. Phi- lippe près de fondre sur Othon à la tête d'une grande armée, fut assassiné à Bamberg le 23 juin 1208, à 34 ans, par le Palatin Othon de Vitelspach cousin du duc de Bavière. Le meurtrier se vengea du refus que l'empereur avoit fait de lui donner sa fille, et de ce qu'il l'avoit empêché d'épouser celle du duc de Pologne. La mémoire de Philippe est respectée en Allemagne comme celle d'un monarque généreux et sage, et d'un guerrier courageux et prudent. Son règne ne fut que de onze années.
XIX. PHILIPPE le Hardi, quatrième fils du roi Jean, naquit à Pontoise en 1342. A peine avoit-il 16 ans qu'il fut honoré du surnom de Hardi, en récompense des actions de bravoure qu'il fit à la bataille de Poitiers. Son père enchanté d'avoir un tel fils, le créa duc de Bourgogne en 1363, avec la clause que faute d'enfants mâles, le duché seroit reversible à la couronne. Devenu chef de la seconde race des ducs de cette province, il éleva la Bourgogne au plus haut degré de puissance qu'elle eût eu depuis ses anciens rois. Marguerite fille de Louis de Mâle comte de Flandre, lui ayant été accordée en mariage l'an 1369, il arma pour son beau-père contre les Gantois révoltés; et ne contribua pas peu à les réduire. Les rebelles furent battus à la bataille de Rosebecq, donnée en 1382. Deux ans après le comte mourut, et Philippe, son héritier, vint à bout de rétablir entièrement la paix dans le pays. Les comtés de Flandre, de Nevers, d'Artois, de Rétel, formoient cet héritage. Charles VI son neveu régnoit alors en France, mais avec beaucoup de trouble et de confusion; les rênes de l'Etat flottoient entre ses mains, et la nation chargea son oncle Philippe de les tenir. Cet emploi et son union avec la reine Isabeau de Bavière, excitèrent l'envie du duc d'Orléans son neveu. Ce fut la source de cette haine si fatale au royaume, qui s'éleva entre les maisons de Bourgogne et d'Orléans. Marguerite de Flandre contribua beaucoup à ces divisions, par l'ascendant qu'elle avoit sur l'esprit de son mari. Philippe mourut à Hall en Hainaut le 27 avril 1404, à 63 ans. La postérité l'a mis au rang des princes dont la sagesse et la prudence égaloient la bravoure. Sa valeur n'excluoit pas la bonté, et il poussoit même quelquefois cette qualité trop loin. On ne peut cependant l'excuser sur son excessive prodigalité, qui malgré ses immenses revenus, le rendit insolvable à sa mort, il fallut recourir à un emprunt pour les frais de sa sépulture; ses meubles furent saisis par une foule de créanciers et vendus publiquement; et la duchesse sa femme fut obligée de renoncer à la communauté des biens, en remettant sa ceinture, ses clefs et sa bourse sur le cercueil de son époux. Jean Sans-Peur son fils aîné, lui succéda.
XX. PHILIPPE le Bon, duc de Bourgogne, de Brabant et de Luxembourg, comte de Flandre, d'Artois, de Hainaut, de Hollande, de Zélande, etc., fils de Jean Sans-Peur tué à Monte-reau-Faut-Yonne en 1419, naquit à Dijon le 13 juin 1396. Animé du désir de venger la mort P H I 523 de son père, auquel il avoit succédé le 10 septembre 1419, il entra dans le parti des Anglois, et porta la désolation en France, sur la fin du règne de Charles VI et au commencement de celui de Charles VII. Il gagna sur le Dauphin la bataille de Mons en Vimeu l'an 1421, et fit la guerre avec succès contre Jacqueline de Bavière comtesse d'Hainaut, de Hollande et de Zélande, qu'il obligea l'an 1428 de le déclarer son héritier. Philippe le Bon quitta le parti des Anglois en 1435, et se réconcilia avec le roi Charles VII par le traité d'Arras, dont il régla lui-même les conditions. Après avoir tenté inutilement de raccommoder Louis dauphin de France avec son père, il reçut ce jeune prince dans ses états: mais il n'entra dans aucun de ses projets séditieux. Mes soldats et mes finances, lui dit-il, sont à votre service, excepté contre votre père. Je ne puis entreprendre non plus de réformer ses conseils; cela ne convient ni à vous ni à moi. Je le connais si sage, que nous ne saurions mieux faire que de nous en rapporter à lui... Charles, qui connoissoit son fils mieux que Philippe, disoit en parlant de la retraite que celui-ci lui avoit accordée: Le Duc de Bourgogne nourrit un renard qui mangera ses poules. En effet, les deux princes ne vécurent pas long-temps en bonne intelligence. Louis XI étant moûté sur le trône en 1461, Philippe se déclara contre lui pour Charles duc de Berri son frère. Déterminé à lui faire la guerre, il céda au comte de Charolois son fils, l'administration de ses états, et lui donna le commandement de son armée, en lui recommandant de préférer toujours une mort glorieuse à une fuite humiliante. Les habitans de la ville de Dinau dans le pays de Liège, lui avoient fait plusieurs outrages : Philippe envoya contre eux l'an 1466, le comte de Charolais, qui réduisit leur ville en cendres après avoir fait passer les habitans au fil de l'épée. Le vieux duc de Bourgogne, malgré les infirmités de son âge, eut le courage de se faire porter en chaise au siège, pour repaître ses yeux de cet affreux spectacle. Cette barbarie ne s'accorde guère avec le titre de Bon, que sa générosité lui avoit mérité. Il mourut à Bruges le 15 juin 1467, à 71 ans, après avoir institué l'ordre de la Toison d'or. On trouva dans ses coffres quatre cent mille écus d'or et vingt-sept mille marcs d'argent, sans parler de deux millions d'autres effets. Ce fut Philippe le Bon qui donna le premier exemple des perruques, quoique involontairement. Une longue maladie lui ayant fait tomber les cheveux, ce prince, par le conseil de ses médecins, couvrit sa tête chauve d'une chevelure artificielle; et par une politesse de courtisan, 500 gentils-hommes en firent autant dans la ville de Bruxelles. Depuis ce temps, la commodité et l'air de magnificence contribuèrent à répandre une mode qui n'étoit originellement qu'une ordonnance de médecine. Voyez les articles X ANTOINE et JOUFFROY.
XXI. PHILIPPE DE DREUX, fils de Robert de France, comte de Dreux, embrassa l'état ecclésiastique, quoique né avec des inclinations guerrières. Elevé sur le siège de Beauvais, il se croisa pour la Terre-Sainte, et se signala devant Acre en 1191. Philippe Auguste ayant déclaré peu de temps après la guerre aux Anglois, l'évêque de Beauvais prit de nouveau les armes. Les ennemis s'étant montrés devant la ville épiscopale, il arma son peuple, parut à leur tête avec un casque pour mitre et une cuirasse pour chape. Les Anglois l'ayant poursuivi, le firent prisonnier et le traitèrent avec dureté. Philippe s'en plaignit au pape Innocent III, qui, demandant sa grace à Richard II roi d'Angleterre, intercéda pour lui comme pour son fils. Le monarque envoya au pontife la cotte-d'armes de l'évêque toute ensanglantée, et lui fit dire par celui qui la lui présenta, ces paroles des frères de Joseph à Jacob : Voyez, Saint Fère, si vous reconnoissez la tunique de votre fils ! Le pape répliqua, « que le traitement qu'on faisoit à cet évêque étoit juste, puisqu'il avoit quitté la milice de J. C. pour suivre celle des hommes. » Philippe de Dreux obtint sa liberté en 1202, et se trouva depuis à la fameuse bataille de Bouvines en 1214, où il abattit le comte de Salisbury d'un coup de massue; car il se servoit de cette arme, et ne vouloit point par scrupule, étant ecclésiastique, user d'épée, de sabre, ni de lance. Il combattit aussi en Languedoc contre les Albigeois, et mourut à Beauvais le 2 novembre 1217, avec la réputation d'un homme qui cachoit son humeur sanguinaire sous le masque du zèle et de la religion.
XXII. PHILIPPE DE FRANCE duc d'Orléans, fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche et frère unique de Louis XIV, né le 21 septembre 1640, porta le titre de duc d'Anjou jusqu'en 1651, qu'il prit celui de duc d'Orléans. Son éducation répondit à sa naissance; mais il n'en profita pas autant qu'il auroit pu, s'il avoit en moins de goût pour les plaisirs. Il épousa Henriette sœur de Charles II roi d'Angleterre, princesse accomplie et en qui les charmes de l'esprit étoient encore au-dessus de la beauté. Ce mariage ne fut pas heureux: (Voyez II. HENRIETTE.) Lorsque cette princesse mourut en 1670, on la crut empoisonnée, et le public malin fut assez injuste pour attribuer cette mort à Philippe. Ce prince s'étoit déjà fait connoître par son courage. Il avoit suivi le roi à ses conquêtes de Flandre en 1667; il l'accompagna encore à celle de Hollande en 1672. Il emporta Zutphen cette année, et Bouchain en 1676. L'année d'après il alla mettre le siège devant Saint-Omer, pendant que le roi étoit occupé à celui de Cambrai. Les maréchaux de Luxembourg et d'Humières commandoient l'armée sous Monsieur; le prince d'Orange étoit à la tête des ennemis: une faute de ce général et un mouvement habile de Luxembourg décidèrent du gain de la bataille, proche la petite ville de Cassel qui lui donna son nom. Monsieur chargea avec une valeur et une présence d'esprit qu'on n'attendoit pas d'un homme efféminé. Ce prince qui s'habilloit souvent en femme et qui en avoit les inclinations, agit en capitaine et en soldat. C'est dans le même endroit que le roi Philippe de Valois avoit défait les Flamands en 1328. Les malins prétendirent que Louis XIV avoit été jaloux de sa gloire; mais ces conjectures calomnienses, prises dans des cœurs bas et lâches, ne doivent pas être formées sans de fortes preuves, sur des ames aussi grandes qu'étoit celle de ce monarque. Louis XIV donna quelquefois des avis à son frère; mais il lui marqua toujours beaucoup de bonté. Un jour Monsieur lui parlant du chevalier de Lorraine qu'il aimoit beaucoup et qui avoit été exilé, parut s'intéresser en sa faveur. Je veux, lui dit le Roi, que vous l'aimiez pour l'amour de moi. Il y a deux jours que j'ai fait partir un courrier pour le rappeler. Je fais plus: car je le fais Maréchal de camp. A l'instant Monsieur se jette aux pieds du Roi, et lui embrasse les genoux. Louis XIV lui dit: Mon frère, ce n'est pas ainsi que des frères doivent s'embrasser; et après l'avoir relevé, il l'embrassa tendrement... La victoire de Cassel fut suivie d'un autre avantage. Monsieur entra dans les lignes à Saint-Omer, et soumit cette place huit jours après. De retour à Paris, il vécut dans la mollesse jusqu'à sa mort, arrivée à Saint-Cloud en 1701. Il mourut d'apoplexie le 9 juin de cette année à 61 ans. Ce prince cultivoit les lettres. L'abbé-le-Vayer fils de la Mothe-le-Vayer précepteur de ce prince, fit imprimer en 1670, in-12, la Traduction que Philippe avoit faite de Florus. Après la mort d'Henriette, il avoit épousé Charlotte-Elizabeth de Bavière, dont il eut le prince qui suit. Cette princesse fille de l'électeur Palatin, étoit respectable par son courage et sa fer- meté pour la justice, dit l'abbé de Saint-Pierre. Hantaine seulement avec les grands, elle se fit aimer de tous ceux qui l'approchoient par son caractère doux, affable, compatissant et libéral. Elle gémit sur les excès de son fils et de sa petite-fille la duchesse de Berry. A sa mort arrivée le 8 décembre 1722, les mécontents, dit Duclos, lui firent une épitaphe très-injurieuse au régent et fort peu contredite alors : *Ci gît l'oisierté*. On a publié sous son nom deux volumes de *Lettres*. Le duc de Saint-Simon en convenant de ses excellentes qualités, dit « qu'elle étoit aisée à prévenir et à choquer, fort difficile à ramener, quelquefois brusque et dangereuse à faire des sorties publiques, fort Allemand dans toutes ses mœurs, ignorant toute commodité et toute délicatesse pour soi et pour les autres, sobre, sauvage et ayant ses fantaisies. Elle aimoit les chiens, les chevaux passionnément, la chasse et les spectacles. Elle n'étoit guères qu'en grand habit ou en perruque d'homme, et en habit de cheval, et avoit plus de 60 ans qu'elle n'avoit pas connu une robe de chambre. »
XXIII. PHILIPPE, petit-fils de France et fils du précédent et de Charlotte Elizabeth de Bavière sa seconde femme, né le 2 août 1674, fut nommé duc de Chartres jusqu'à la mort de son père en 1701 qu'il prit le titre de duc d'Orléans. Dès sa tendre jeunesse il marqua un génie supérieur et universel ; il étoit curieux de tout et saisissoit tout. La littérature, les arts et la guerre l'occupèrent tour-à-tour. (Voyez ARLAUD ; III. BERNIER ; II. CHARPENTIER ; LONGUS.) Il fit sa première campagne en 1691. Après s'être signalé au siège de Mons sous Louis XIV son oncle, il accompagna tout l'été le maréchal de Luxembourg général de l'armée de Flandre. Chargé l'année d'après de commander le corps de réserve au combat de Steinkergne, il y fut blessé à l'épaule. En 1693 il se signala à la bataille de Nérwinde où il pensait être pris, ayant demeuré cinq fois au milieu des ennemis. La guerre étant éteinte, le duc de Chartres s'occupa pendant la paix à cultiver toutes les sciences et tous les arts ; géométrie, chimie, peinture, sculpture, musique, poésie ; tout étoit du ressort de son vaste génie. Il étoit au milieu des artistes et des philosophes, lorsque Louis XIV l'envoya en 1706 commander l'armée en Piémont ; elle étoit alors devant Turin dont elle formoit le siège. Le prince Engène le suivit de près. Il y avoit deux partis à prendre : celui d'attendre le général ennemi dans les lignes de circonvallation, ou celui de marcher à lui. Le duc d'Orléans fut du dernier sentiment ; mais le maréchal de Marchia montra un ordre du roi par lequel on devoit déférer à son avis en cas d'action ; et cet avis contraire à celui du duc d'Orléans fut malheureusement suivi. Les lignes étant trop étendues pour être bien gardées, il y eut un quartier forcé. Le duc d'Orléans y accourut, fut blessé de deux coups de feu et obligé de se retirer. Cette retraite jointe à la mort du maréchal de Marchia, occasionna une déroute générale. Les lignes et les tranchées furent abandonnées, l'armée dispersée; tous les bagages, les provisions, la caisse militaire tombèrent dans les mains des vainqueurs. Le vaincu fut obligé de repasser les Alpes avec des troupes en désordre et en très-petit nombre. Le duc d'Orléans malheureux en Italie, crut qu'il le seroit moins en Espagne. Il y arriva en 1707 le lendemain de la bataille d'Almanza. Il profita en grand capitaine d'une victoire à laquelle il auroit bien voulu avoir part. Il soumit presque en les parcourant les royaumes de Valence et d'Aragon. Il n'y eut dans cette belle contrée que les villes de Xativa et d'Alcaraz qui osèrent se défendre. Le désespoir tint lieu de courage aux citoyens; mais ils furent punis de leur résistance. La plupart furent massacrés, et Xativa prise d'assaut fut brûlée et détruite jusqu'aux fondemens. Il pénétra ensuite dans la Catalogne où il conquit la forteresse de Lérida, l'écueil des plus grands capitaines (le Grand Condé et le comte d'Harcourt). Cependant la fortune favorable à Philippe V en Catalogne l'abandonnoit dans les autres contrées. Le bruit couroit que ce monarque alloit abdiquer la couronne, et l'on prétend que le duc d'Orléans songea à l'obtenir pour lui. Il est certain que le trône d'Espagne lui appartenoit au défaut des enfans du Dauphin. Déjà il avoit pris des mesures pour disputer à l'archiduc le sceptre au moment qu'il échapperoit à Philippe, lorsque la princesse des Ursins les pénétra et les présenta à Philippe V et à Louis XIV sous la forme de la plus odieuse conspiration. Deux agens du prince appelés Flotte et Re- naut furent arrêtés; trois seigneurs Espagnols essouèrent le même sort. Louis XIV ne pardonna à son neveu qu'avec une peine extrême le desir ambitieux de parvenir à un trône dont il étoit digne. Monseigneur père de Philippe V opina dans le conseil qu'on fit le procès à celui qu'on regardoit comme coupable; mais Louis XIV crut qu'il valoit mieux ensévelir ce projet informe dans un profond oubli. On croit cependant que le souvenir de ce projet contribua beaucoup aux arrangemens que prit Louis XIV à sa mort arrivée le 2 septembre 1715 pour le priver de la régence. Ces arrangemens furent inutiles; le parlement la lui déféra, après avoir cassé le testament du monarque qui la lui enlevoit en semblant la lui conserver. La face des affaires changea alors totalement. Le duc d'Orléans quoique irréprochable sur les soins pour la conservation de son pupille, s'unit étroitement avec l'Angleterre et rompit ouvertement avec l'Espagne. Le cardinal Allemont premier ministre de Philippe V excita des séditions en France, pour donner à son maître la régence d'un pays où il ne pouvoit régner. La conspiration étoit près d'éclater lorsqu'elle fut découverte par une courtisane, et elle devint inutile dès qu'elle fut connue. Le duc d'Orléans pardonna à tous les conjurés avec une clémence digne d'un petit-fils de Henri IV. Il fut indulgent; mais ses ministres le furent moins. Plusieurs personnes furent mises à la Bastille. Le comte de Laval fut de ce nombre; il prenoit deux lavemens par jour pour avoir plus souvent son apothicaire qui lui servoit de confident. Le cardinal 328 PHI *Dubois* voulut le priver de cette consolation ; le duc d'Orléans s'y opposa en disant à ce ministre impitoyable : *Puisqu'il ne lui reste que ce plaisir, il faut le lui laisser*. Les beaux esprits satiriques ou soupçonnés de l'être furent enfermés ; mais le duc d'Orléans adoucit leur prison autant qu'il put. Par une suite de cette indulgence, il souffroit les plaisanteries de ses maîtresses et de ses favoris. La comtesse de *Sabran* lui dit un jour en plein sonper que *Dieu après avoir créé l'homme prit un reste de boudant il forma l'ame des princes et des laquais* ; et il rit parce que ce mot lui parut plaisant. [ *Voyez III. GRANGE (la) et VOLTAIRE*. ] Un des premiers soins du régent fut de gagner les Jansénistes et de pacifier les querelles de l'église ; il y réussit en partie. Il falloit engager le cardinal de *Noailles* à rétracter son appel ; on lui fit promettre qu'il accepterait. Le duc d'Orléans alla lui-même au grand conseil avec les princes et les pairs faire enregistrer un édit qui ordonnait l'acceptation de la bulle, la suppression des appels, l'unanimité et la paix. Ces querelles si importantes pour tant d'esprits, ne furent pour le duc d'Orléans et son ministre *Dubois* qu'un sujet risible. Ce mépris joint à la fureur du jeu des actions qui vepoit de saisir les François, éteignit presque cette guerre de controverse. Toute l'attention du public étoit portée de ce côté-là. *Law* avoit rédigé depuis long-temps le plan d'une compagnie qui payeroit en billets les dettes de l'état et qui se rembourseroit par les profits. ( *Voyez LAW*.) Après la ruine de son système il fallut réformer l'état ; on fit un recensement de toutes les fortunes des citoyens vers la fin de 1721. ( *Voyez III. BLANC et BOURVALAIS*.) Cinq cent onze mille hommes, la plupart pères de famille, portèrent leurs fortunes à ce tribunal. Tous les rentiers de l'état furent remboursés en papiers, et deux milliards de dettes éteintes. Le duc d'Orléans perdit le 10 août 1723 le cardinal *Dubois* son favori et ministre principal, qui par ses conseils perfides priva la nation de ce qu'elle devoit attendre des excellentes qualités de ce prince. Obligé de se charger du fardeau du gouvernement dont il se soulageoit sur lui, il fut revêtu du même titre de ministre principal le lendemain de la mort de *Dubois*. Il succomba bientôt à l'excès du travail et du plaisir, et mourut le 2 décembre 1723 âgé de 50 ans, d'une attaque d'apoplexie. A la mort du duc et de la duchesse de *Bourgogne* on avoit formé les soupçons les plus étranges et les plus téméraires. Des bruits non moins extraordinaires et non moins faux s'élevèrent à la mort de ce prince. Ces bruits, enfans de la calomnie, sont encore répétés par quelques vieillards en délire, et par quelques jeunes gens qui les adoptent pour avoir le plaisir de raconter des forfaits monstrueux. Ils sont aussi absurdes que calomnieux. La mort du duc d'Orléans fut très-naturelle. Il y avoit quelques jours qu'on s'apper evoit qu'il étoit mal : on lui dit qu'il étoit menacé d'apoplexie ou d'hydropisie ; qu'il falloit qu'il fît des remèdes. Il n'en voulut faire aucun et ne cessa de travailler malgré ces avertissements : ce travail hâta sa mort. Ce prince auroit pu être l'idole de de la France par la bonté de son caractère; (Voy. III. NOAILLES. III. ORMESSON.) mais les dangereuses nouveautés qu'il introduisit altérèrent l'amour que les peuples avoient pour lui. Homme unique, mais livré à ses sens, il donnoit tout le jour aux affaires et une partie de la nuit aux plaisirs, dans le sein desquels son ame sembloit reprendre une nouvelle vigueur pour les travaux et les débauches du lendemain. Il étoit peu laborieux, mais actif; brave, quoique livré à la mollesse et aux plaisirs; aimant tout et ne se passionnant pour rien; permettant à ses favoris d'abuser de sa bonté et abusant lui-même de sa pénétration. Sans avoir un grand zèle pour la religion, il comprenoit pourtant qu'elle étoit le meilleur ressort du gouvernement, et que la corruption ou la réformation des mœurs du peuple dépendoient du choix des premiers pasteurs. Un ecclésiastique de grande qualité lui disant: Je serai déshonoré si vous ne me faites évêque. — J'aime mieux, lui répondit-il, que vous le soyez que moi. (Réponse semblable à celle que fit le père d'Alexandre à un courtisan.) Ses débauches l'écartèrent long-temps du commandement sous Louis XIV. Il aimoit les femmes avec passion, et dans ses orgies nocturnes avec elles il se livra à toutes les folies licenciées reprochées à Marc Antoine et à Héliogabale. La décence dans les plaisirs étoit à ses yeux un reste des mœurs austères qui l'avoient tant gêné dans la cour de Louis XIV. Il faut avouer pourtant que ses maîtresses ne le gouvernèrent pas et que les caresses de l'amour ne lui arrachèrent jamais les secrets de l'état. A ces vices près le duc d'Orléans avoit tous les avantages de l'esprit et du corps; pénétration vive, esprit étendu, goût pour tous les arts. Sa physionomie douce et vive réunissoit l'enjouement et la bonté à la majesté et à la noblesse. Né avec un caractère sensible, compatissant, droit, vrai, généreux, il fut comparé par ses courtisans à Henri IV, et il lui ressembloit à plusieurs égards. On peut soupçonner même qu'il auroit été le père de l'état, s'il n'avoit pas trouvé des dettes à éteindre et des plaies à fermer. Au milieu des illusions de son rang, il desiroit la liberté publique et vantoit la constitution de l'Angleterre où tout citoyen est soumis à la loi et n'est jugé que par elle. Il rappeloit avec complaisance l'anecdote du prieur de Vendome qui enleva deux maîtresses à Charles II, sans que le monarque Anglois eût d'autres moyens de se venger qu'en priant Louis XIV de rappeler en France ce dangereux rival. On dit que le duc d'Orléans desira long-temps l'assemblée des états généraux, et qu'ils auroient été vraisemblablement convoqués sous sa régence, sans Dubois qui le détourna prudemment de ce dessein. Enfin ce qui le caractérise encore mieux, c'est qu'il prit plus d'une fois le parti du peuple contre ses ministres. Un tumulte populaire s'étant élevé lorsque Law menaçoit l'état d'une bouqueroute, il rejeta le conseil violent de réprimer les murmures par la force militaire. Le peuple a raison s'il se soulève, dit le prince; il est bien bon de souffrir tant de choses. Le duc d'Orléans avoit épousé le 18 février 1692 Fran 130 PHI goise-Marie de Bourbon, dite Mlle de Blois fille de Louis XIV et de Mad. de Montespan : elle eut la beauté de sa mère avec un caractère plus heureux. Fière de sa naissance, elle ne faisoit pas la moindre attention à la marquise sa mère. On la comparoit à Minerve qui ne se reconnaissant point de mère, se glorifioit d'être fille de Jupiter. D'ailleurs sa modération, sa sagesse, un cœur excellent, une piété sincère, l'amour de tous ses devoirs et un attachement inviolable pour son époux et ses enfans, en firent le modèle des femmes de son rang. Philippe en eut un fils Louis duc d'Orléans mort en 1752, dont nous avons fait un article séparé, et plusieurs filles. La seconde, Marie-Louise Elizabeth née en 1695, mariée en 1710 à Charles de France duc de Berri et morte en 1719, fut celle qui ressembla le plus à son père ; ( Voyez BARRY ) et la troisième, Louise-Adélaïde abbesse de Chelles en 1719, eut la piété de sa mère. La duchesse d'Orléans mourut en 1749. Le duc d'Orléans eut trois enfans naturels de Marie-Magdeleine le Bel de Seri fille d'honneur de la duchesse d'Orléans et depuis honorée du titre de comtesse d'Argenton : Jean Philippe appelé le chevalier d'Orléans général des galères ; Charles de Saint-Albin archevêque de Cambrai ; Philippe Angélique de Froissy mariée au comte de Segur. On a imprimé la Vie du duc d'Orléans en 2 vol. in-12 ; livre fort imparfait : et les Mémoires de sa Régence dont nous avons parlé à l'article de l'abbé LENGLEI.
XXIV. PHILIPPE D'ORLÉANS, ( Louis-Joseph ) prince du sang de France, naquit à Saint-Cloud le 13 avril 1747, de Louis-Philippe d'Orléans et de Louise-Henriette de Bourbon-Conti. Nommé duc de Chartres dans sa jeunesse, un goût extrême pour le plaisir l'entraîna dans des excès et le plage surtout au milieu d'hommes pervers dont les conseils lui devinrent funestes. Ce prince devoit naturellement succéder à la place de grand amiral que possédoit son beau-père. Il voulut faire une campagne navale avant de la demander ; en conséquence, en 1778, au combat d'Ouessant, il monta le Saint-Esprit, vaisseau de 84 canons, et commanda l'arrière-garde. Par une manœuvre subite cette division se trouvant en face de l'ennemi, le comte d'Orvilliers amiral lui donna le signal de tenir le vent pour empêcher les Anglois de passer. Ce signal fut mal compris, ou les commandans de la division pour perdre d'Orvilliers feignirent de ne pas l'entendre, et l'arrière-garde angloise fut sauvée. On se plut à répandre alors que le duc de Chartres s'étoit caché à fond de cale, ce qui paroit peu probable, puisque le vaisseau où il se trouvoit ne fut jamais en péril, ni à la portée du canon. Cependant, la cour adopta ce bruit injurieux, et lorsqu'il y parut-on le couvrit d'épigrammes, et au lieu d'obtenir la place de grand amiral, on lui donna celle de colonel des hussards : récompense singulière et dérisoire pour un service de mer. Le cœur de Philippe, porté naturellement à la vengeance, s'y livra tout entier. Elle fut durable et cruelle. On le vit chercher aussitôt toutes les occasions de paroître et de captiver les regards de la multitude, monter un ballon, sa faire nommer chef de toutes les leges maçonniques de France, paroître dans toutes les séances du parlement tenues pour s'op- poser aux édits de la cour, et se faire exiler à Villers-Coterets. Après la mort de son père en 1787, Philippe prit le titre de duc d'Orléans. On dit qu'alors l'un de ses familiers lui ayant rapporté que la cour de Ver- sailles l'avoit surnommé le Bour- beux Bourbon, il s'écria : « Si je suis dans la boue, je la plongerai dans des flots de sang. » Pour réussir dans ce dessein, il se fit nommer aux états généraux de 1789 comme député de la no- blesse du bailliage de Crépy en Valois. Dès les premières séan- ces, il quitta sa chambre pour se réunir au tiers-état, et parut dès- lors suivre constamment le pro- jet qu'on lui avoit suggéré de faire interdire le roi, de mettre la reine un jugement, et de se faire procla- mer lieutenant général du roya- me. L'assemblée le nomma son président, mais il refusa de rem- plir cette place. Bientôt, accusé avec les plus grandes probabilités, d'avoir fomenté l'invasion de Ver- sailles le 6 octobre, il fut pour- suivi par le Châtelet, mais ac- quitté par l'assemblée. Forcé par le monarque de se retirer en An- gleterre, il y resta huit mois; dès son retour, ceux qui cher- choient à agiter le gouvernement, recommencèrent à se servir de son nom et de sa fortune pour amener la disette des grains, fa- voriser les insurrections, ordon- ner les massacres et avancer le plan de la désorganisation géné- rale. Philippe n'avoit ni l'habi- leté d'un chef de parti, ni assez d'énergie et de talens pour s'éle- ver par lui-même au trône; mais son ame, esclave des factieux, se laissoit conduire à l'espoir dont ils l'enivroient; et bientôt après avoir été leur jouet, il fut leur victime. Au mois d'août 1791, Philippe s'opposa à ce que l'on privât les princes des droits de citoyen, et déclara que si cette proposition étoit adoptée, il étoit décidé à renoncer aux préroga- tives de membre de la dynastie régnante, pour s'en tenir aux droits de citoyen François. Le 15 septembre 1792, on le vit se faire autoriser par la commune de Paris à changer son nom d'Orléans en celui d'Égalité. Dans le procès de Louis XVI, loin de s'abstenir du jugement, il osa de sang froid voter la mort de son parent; atrocité qui révolta les jacobins eux-mêmes, et qui suf- firoit seule pour rendre à jamais son souvenir odieux. Bientôt après, abandonné par les princi- paux membres de la convention qui, après avoir épuisé ses tré- sors, jurèrent sa perte, il fut successivement mis en accusa- tion, arrêté, transféré dans les prisons de Marseille, acquitté par le tribunal criminel de cette ville, ramené à Paris et con- damné à mort par le tribunal ré- volutionnaire. « Si de l'épais nuage qui couvre les vues de la Providence, a dit un écrivain, il semble échapper de temps en temps quelques éclairs, quelques lueurs qui les découvrent, on doit mettre dans ce nombre la punition de l'un des plus grands artisans des maux de la France, par les hommes mêmes qu'il sou- dova pour les opérer. » Le duc d'Orléans répondit avec calme à ses interrogatoires, entendit de sang froid son arrêt et subit le supplice avec plus de fermeté L 1 2 qu'on ne l'en croyoit capable, le 6 novembre 1793, a l'age de 46 ans. Il leva les épaules en entendant le peuple le huer et le maudire lorsqu'on le conduisit au supplice, et s'écria : *Ils m'opplandirent*. Il étoit d'une taille élevée ; sa figure avoit été régulière et agréable jusqu'à ce qu'elle se couvrit de pustules rouges, fruit des veilles et des plaisirs immodérés. Il devint chauve de bonne heure. Il étoit adroit à tous les exercices du corps. L'impartialité doit avouer qu'il fut affable et bon pour ses serviteurs ; on sait même qu'il se jetait à l'eau pour sauver l'un d'eux prêt à périr. Ignorant et très-crédule, il ne manquoit ni de facilité à s'énoncer, ni d'esprit naturel. Des historiens l'ont voulu considérer comme l'unique auteur de tous les crimes de la révolution : mais ces crimes eurent différens mobiles ; et *Philippe* mal entouré, aigri par la haine et le mépris que souvent on lui témoigna, fut un exemple frappant que les passions font le malheur des princes, et que la vengeance sur-tout qu'ils ont tant de moyens de satisfaire, entraine souvent pour eux des suites plus funestes et plus cruelles que pour le commun des hommes. Sans la révolution, le duc d'Orléans n'eût vraisemblablement été qu'un prince foible et licencieux. Elle en fit le complice de ses excès, mais non un conspirateur énergique ni un scélérat à grandes vues. Il avoit épousé la fille du duc de *Penthièvre*, princesse pleine de raison et de vertus, dont il a eu plusieurs enfans.
XXV. PHILIPPE, infant d'Espagne, né en 1720 du roi *Philippe V* et d'*Elizabeth Farnèse*, se signala dans la guerre de 1742 contre les troupes d'Autriche et de Sardaigne. Cette guerre avoit pour objet de procurer à ce prince un établissement en Italie. Après avoir duré plusieurs années avec un mélange de succès et de revers, elle fut enfin terminée l'an 1748 par la paix d'Aix-la-Chapelle. Don *Philippe* obtint en toute souveraineté les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalle, qui lui furent cédés par la reine de Hongrie, à charge de réversion au défaut de postérité masculine, et il prit possession de la capitale de ses nouveaux états le 7 mars de la même année. Depuis le moment qu'il fut sur le trône, ce souverain ne s'occupa plus que du bonheur des sujets qu'il venoit d'acquérir : il répandit partout des marques de sa bienfaisance : il fit fleurir l'agriculture, le commerce et les arts. Il étoit les délices de ses peuples lorsqu'il leur fut enlevé en 1765, à 45 ans, par une petite vénale qui avoit emporté, six ans auparavant, *Louise-Elizabeth* de France son épouse, fille de *Louis XV*. La piété de ce prince, sa tendresse pour ses sujets, son amour pour la justice, ses sages réglemens pour le bien de ses états, le firent regretter. Le duc *Ferdinand* son fils, a hérité de ses états et de ses vertus. *Voy. CLÉMENT XIII*.
XXVI. PHILIPPE, Phrygien d'origine, qu'*Antiochus Epiphanes* établit gouverneur de Jérusalem. Il tourmenta cruellement les Juifs pour les obliger à changer de religion. *Antiochus* sur le point de mourir établit le même Philippe régent du royaume, et lui mit entre les mains son diadème, son manteau royal et son anneau, afin qu'il les rendit à son fils le jeune Antiochus Eupator. Mais Lysias s'empara du gouvernement au nom de cet enfant. Philippe qui n'étoit pas le plus fort s'enfuit en Égypte avec le corps d'Épiphanes pour demander du secours contre l'usurpateur; et l'année suivante il profita de l'absence de Lysias qui étoit occupé contre les Juifs. Il se jeta dans la Syrie et prit Antioche; mais Lysias revenant aussitôt sur ses pas reprit la ville et fit mourir Philippe.
XXVII. PHILIPPE, le second des sept Diacres que les Apôtres choisirent après l'Ascension de Jésus-Christ. On croit qu'il étoit de Césarée en Palestine; au moins est-il certain qu'il y demeuroit et qu'il y avoit quatre filles, vierges et prophétesses. Après le martyre de St. Etienne, les Apôtres s'étant dispersés, le diacre Philippe alla prêcher l'Évangile dans Samarie, où il fit plusieurs conversions éclatantes. Il y étoit encore, lorsqu'un Ange lui commanda d'aller sur le chemin qui descendoit de Jérusalem à Gaza. Philippe obéit, et rencontra l'eunuque de Candace reine d'Éthiopie, qu'il baptisa.
XXVIII. PHILIPPE le Solitaire, auteur Grec vers 1105, dont nous avons Dioptra, ou la Règle du Chrétien; ouvrage inséré dans la bibliothèque des Pères... Jacques Pontanus en a donné une édition en grec et en latin, dans le recueil intitulé: Versio et Notæ in varios Auctores Græcos, Ingolstadt, 1604, in-fol.
XXIX. PHILIPPE de Bonne-Espérance, religieux Prémontré, est appelé aussi PHILIPPE de Havinge, nom du village où il étoit né; et l'Aumônier, à cause de ses abondantes aumônes. Devenu prieur de l'abbaye de Bonne-Espérance en Haïcaut près Binche, sous l'abbé Odon, il écrivit trop vivement à St. Bernard, pour revendiquer le frère Robert son religieux, que ce Saint reçut à Clairvaux. St. Bernard qui auroit dû mépriser sa lettre, s'en plaignit, et Philippe fut déposé et envoyé dans une autre abbaye. Il se réconcilia dans la suite avec ce Saint, et devint en 1155 abbé de Bonne-Espérance, où il mourut l'an 1172. On a de lui: I. Des Questions Théologiques. II. Des Vies et des Éloges de plusieurs Saints; et d'autres Ouvrages recueillis à Douai en 1623, in-fol., par le P. Chamart abbé de Bonne-Espérance. Philippe étoit aussi savant que pieux. La vertu et les sciences fleurirent dans son abbaye.
XXX. PHILIPPE DE LA STE-TRINITÉ, né à Malaucène dans le diocèse de Vaison, étoit nommé Esprit Julien, avant de se faire Carme. Il fut nommé missionnaire dans le Levant, parcourut la Perse, l'Arabie, la Syrie, l'Arménie, visita le Mont-Liban, fut professeur à Goa et prieur. De retour dans la province de Lyon, il y fut élevé successivement à toutes les charges, et élu général de l'ordre à Rome en 1665. Il visita pendant son généralat presque tous les cou-vens de l'Europe, et mourut à Naples l'an 1671. On a de lui: I. Summa Philosophiae, Lyon, 1648, in-fol. II. Summa Theo- 334 PHI logiæ, Lyon, 1653, 5 vol. in-fol. III. Summa Theologiæ mysticae, 1656, in-fol. IV. Chronologia ab initio mundi ad sua tempora, 1663, in-8° V. Itinerarium Orientale, Lyon, 1649, in-8°: livre curieux et exact, traduit en françois par un Carme, et cité avec éloge dans le Voyage en Perse par Chardin. VI. Plusieurs Ouvrages en faveur de son ordre, où il manque de critique.
XXXI. PHILIPPE-LEVI, Juif converti, se signala par une bonne Grammaire Helvétique, imprimée en anglois à Oxford en 1705. On ignore l'année de sa mort.
PHILIPPE, Landgrave de Hesse, Voyez LUTHER.
PHILIPPE DE LEYDE, Voyez LEYDE.
PHILIPPE DE MAIZIÈRES, Voyez MAIZIÈRES.
PHILIPPE DE BERGAME, Voy. FORESTI.
PHILIPPE, (le Marquis de Saint-) Voyez BACCALAR-Y-SANNA.
PHILIPPE DE PRETOT, Voy. PRETOT.
PHILIPPIN, (Dom) bâtard de Savoie. Voyez I. CRÉQUI.
PHILIPPIQUE- (ou plutôt FILÉPIQUE-) BARDANE, Arménien, d'une famille illustre, se fit proclamer empereur d'Orient l'an 711, après avoir fait tuer en trahison l'empereur Justinien II; mais il fut déposé et eut les yeux crevés la veille de la Pentecôte en 713. C'étoit un prince d'une belle figure, d'un maintien imposant, beau parleur; mais indolent, indigne du trône, et uniquement occupé de ses plaisirs. Il laissa l'empire en proie aux Barbares, et n'eut d'activité que pour persécuter la foi. Il mourut en exil, peu de temps après sa déposition. Quoique tous les historiens modernes, l'appellent Philippique, il porte le nom de Filépique sur les médailles. I. PHILIPS, (Catherine) dame Angoise, célèbre par ses Poésies, naquit à Londres le 11 janvier 1631 et mourut dans la même ville le 22 juin 1664. Ses Poésies parurent à Londres, 1678, in-fol. On y trouve une Traduction en anglois de la tragédie de Pompée du grand Corneille, qui fut reçue avec applaudissement.
II. PHILIPS, (Jean) poète Anglois, né à Hampton dans le comté d'Oxford en 1676, a donné trois célèbres poèmes: I. Pomone ou le Cidre. II. La Bataille d'Hochstet. III. Le Précieux Schelling. Ils ont été traduits en françois par M. l'abbé Yart de l'académie de Rouen. Les vers de Philips sont travaillés avec soin. On voit qu'il avoit formé son goût par la lecture des ouvrages de Milton, de Chaucer, de Spencer, et des auteurs du siècle d'Auguste. Il consulta aussi la nature, étude non moins nécessaire à un poète qu'à un peintre. Ut pictura poésis erit... Philips avoit d'abord enseigné le latin et le grec à Winchester; de là il passa à Londres. Il mourut à Hereford le 15 février 1708, à 32 ans. Cazin a publié à Paris ses Poésies in-12. Aussi bon citoyen qu'excellent poète, il étoit aimé et estimé des grands. Simon Harcourt lord-chancelier d'Angleterre, lui a élevé à Westminster un mausolée auprès de Chaucer. — Il ne faut pas le confondre avec Ambroise PHILIPS autre poète Anglois, mort le 18 juin 1749, dont les Poésies ont été imprimées à Paris par Cazin, in-12. Ses Pastorales ne sont pas sans mérite. On a encore de lui diverses Pièces dramatiques, moins estimées que ses Églogues. Pope qui ne l'aimoit pas, le peint comme un poète fort froid.
III. PHILIPS, (Thomas) chanoine de Tongres, né à Ickford dans le comté de Buckingham en 1708, exerça long-temps les fonctions de missionnaire en Angleterre, et mourut à Liège en 1774. Il est principalement connu par la Vie du cardinal Polus, en anglois, dont la seconde édition a paru en 1769 à Londres, 2 vol. in-8. C'est l'histoire intéressante d'un homme célèbre qui a vécu dans un siècle fécond en grands personnages et en grandes révolutions.
PHILIPS, Voyez II. THOU.
PHILISTE, de Syracuse, historien renommé, favori de Denys le Tyran, fut d'un grand secours à ce prince pour établir sa domination. Denys le fit gouverneur de la citadelle de Syracuse; mais Philiste ayant épousé la fille de Leptine frère de ce prince, il le bannit. Le courtisan disgracié choisit la ville d'Adria pour sa retraite, et composa pendant sa disgrace une Histoire de Sicile, et celle de Denys le Tyran, dont Cicéron et les anciens font l'éloge. Loin de témoigner du ressenti- ment envers son persécuteur, il le loua même, comme s'il eût écrit dans le temps de sa plus grande faveur. La philosophie eut moins de part à cette action que le désir d'être rappelé. Il le fut en effet sous Denys le Jeune, dont il gagna tellement les bonnes gra- ces qu'il fit chasser Dion frère de la seconde femme de Denys l'Ancien. Dion se trouva peu de temps après en état de faire la guerre à Denys, l'assiégea dans la citadelle de Syracuse, battit sa flotte commandée par Philiste qui fut fait prisonnier et qui périt par le dernier supplice, l'an 367 avant J. C. Cicéron appelle cet historien le petit Thucydide... Voyez un Mémoire de l'abbé Se- vin sur cet écrivain, dans ceux de l'Académie des Inscriptions, tome XIII.
PHILOCTÈTE, (Mythol.) fils de Pæan, fut compagnon d'Hercule qui, près de mourir, lui ordonna d'enfermer ses flè- ches dans sa tombe et le fit jurer de ne jamais découvrir le lieu de sa sépulture. Il lui donna en mé- me temps ses armes teintes du sang de l'Hydre. Les Grecs ayant appris de l'oracle qu'on ne pren- droit jamais Troye sans les flè- ches d'Hercule, Philoctète les leur fit connoître en frappant du pied à l'endroit du tombeau où elles étoient renfermées. Ce par- jure fut puni à l'instant; il laissa- tomber une de ces flèches sur ce- lui de ses pieds dont il avoit frap- pé la terre. L'infection de sa plaie devint bientôt si grande, que les Grecs ne pouvant la sup- porter l'abandonnèrent dans l'isle de Lemnos où il souffrit d'hor- ribles et longues douleurs. Mais après la mort d'Achille ils furent obligés de recourir à Philoctète. L I 4 536 PHI qui, indigné de l'iniure qu'on lui avait faite, eut bien de la peine à se rendre à leurs prières. Ulysse l'engagea enfin à venir au camp des Grecs; il tua Paris d'un coup de flèche et la ville de Troye fut prise. Philocète ne voulant plus retourner dans sa patrie, vint aborder sur les côtes de la Cala- bre et y bâtit la ville de Pétille.
PHILOLAUS DE CROTONE, philosophe Pythagoricien, vers l'an 392 avant J. C., s'appliqua à l'astronomie et à la physique. Il enseignoit que tout se fait par harmonie et par nécessité, et que la terre tourne circulaire- ment. Dieu est le chef, disoit-il, c'est lui qui commande à tout ce qui existe. — Il est différent d'un au- tre philosophe de ce nom, qui donna des lois aux Thébains. I. PHILOMÈLE, (Mythol.) Sille de Pandion roi d'Athènes. Progné sa sœur année, qui avoit épousé Térée roi de Thrace, le pria d'aller à Athènes et de lui amener Philomèle. Ce prince étant devenu amoureux de la jeune princesse lui fit violence en chemin, puis lui coupa la langue, et l'enferma dans un vieux châ- teau au milieu des bois. Philo- mèle peignit sur une toile tout ce que Térée lui avoit fait, et l'en- voya à sa sœur. Progné vint à la tête d'une troupe de femmes, le jour de la fête des Orgyes, déli- vrer Philomèle de sa prison; puis ayant étranglé son propre fils Itys, elle le fit servir dans un festin qu'elle donna à son époux. Après que Térée eut bien mangé, pour lui montrer qu'elle connoissoit son crime et qu'elle l'avoit ven- gé, elle lui apporta la tête san- glante du malheureux Itys. Ce prince irrité s'étant mis en de- voir de poursuivre sa femme et de la tuer, fut métamorphosé en épervier, Progné fut chan- gée en hirondelle, et Philomèle en rossignol.
II. PHILOMÈLE, général des Phocéens au commencement de la guerre Sacrée, s'empara du temple de Delphes l'an 357 avant J. C. Son dessein étoit de faire servir les trésors de ce temple contre les Thébains ennemis de sa patrie. Ce sacrilège engagea ses concitoyens dans une guerre d'autant plus cruelle que la reli- gion en étoit le motif. Philomèle, après avoir vaincu les Locriens en deux combats et fait alliance avec les Athéniens et les Lacé- démoniens, marchoit contre les Thébains qui le poussèrent dans des défilés d'où il ne pouvoit sor- tir. Alors, craignant d'être pris et puni par ses ennemis comme sacrilège, il se précipita du haut d'un rocher. Onomarque et Phay- lus ses frères lui succédèrent l'un après l'autre, et achevèrent de piller les richesses du temple de Delphes. I. PHILON, écrivain Juif, d'Alexandrie, d'une famille illus- tre et sacerdotale, fut chef de la députation que les Juifs de sa patrie envoyèrent, à l'empereur Caligula, contre les Grecs ha- bitans de la même ville, vers l'an 40 de J. C. Il ne put point obtenir une audience favorable de cet empereur, qui se croyant un Dieu, quoiqu'il n'eût pas même les qualités d'un homme, étoit irrité de ce que la nation Juive avoit refusé de placer ses portraits et ses statues dans leurs synagogues. S'il ne réussit pas dans sa négociation, les Mé- moires qu'il nous a laissés à ce enjet, intitulés *Discours contre Flaccus*, montrent néanmoins qu'il s'y comporta avec beaucoup d'esprit, de prudence et de courage. Nous avons de *Philon* plusieurs autres ouvrages, presque tous composés sur l'Écriture-Sainte. Un des plus connus est son livre de la *Vie contemplative*, traduit par Dom de Montfaucon. Quelques savans anciens et modernes ont appliqué aux premiers Chrétiens ce qu'il a écrit dans ce livre sur les *Thérapeutes*. A la vérité tout ce qu'il dit sur l'esprit de retraite de ces *Thérapeutes*, leur renoncement au monde, leurs occupations, leurs assemblées, leur vie austère et cachée, l'étendue de leur secte dans tous les pays du monde, paroît convenir à des Chrétiens qui réunissent cet assemblage de caractères. Ça été dans l'Église l'opinion dominante durant plusieurs siècles. Mais aujourd'hui cette opinion est fort contestée. Ceux qui la combattent ne manquent pas de bonnes raisons pour soutenir un sentiment contraire. Les signes de Christianisme que l'on remarque dans les *Thérapeutes* sont trop équivoques et trop mêlés de Judaïsme pour qu'on puisse en conclure qu'ils étoient Chrétiens. Tout ce qui résulte des preuves apportées de part et d'autre, c'est que la chose est très problématique, quoique le sentiment qui en fait des Juifs paroisse le plus probable. Parmi les livres d'histoire de *Philon*, il y en a deux, de cinq qu'il avoit composés, sur les maux que les Juifs souffrirent sous l'empereur Caïrs. Il les lut à Rome en plein sénat, et ils y furent si applaudis qu'on les fit mettre dans la bibliothèque publique. La meilleure édition des Œuvres de *Philon* est celle de Londres, 1742, en 2 volumes. En effet. Cet auteur écrit avec chaleur et est fécond en belles pensées; l'on sent qu'il s'étoit familiarisé avec les explications allégoriques et métaphoriques des Égyptiens. On y apperçoit aussi un certain penchant à l'idolâtrie, qui fait soupçonner qu'ils ont été altérés, et qu'une main étrangère y a ajouté beaucoup de traits indignes de cet illustre écrivain qui a mérité le surnom de *Platon Juif*. Il avoit si bien imité le style du philosophe Grec qu'on disoit en proverbe: « On Platon *philonise*, ou *Philon platonise*. » Son Traité de l'Athéisme et de la Superstition a été traduit en françois et imprimé à Amsterdam en 1740, in-8.º
II. PHILON DE BYBLOS, ainsi nommé du lieu de sa naissance, grammairien qui florissoit sous l'empire d'*Adrien*, s'acquit beaucoup de célébrité par ses ouvrages. Le plus connu est sa Traduction en grec de l'*Histoire Phénicienne* de *Sanchoniathon*. Il nous reste de ce dernier ouvrage des fragments sur lesquels *Fourmont* et d'autres savans ont fait des Commentaires curieux.
III. PHILON DE BYSANCE, architecte qui florissoit trois siècles avant J. C., est auteur d'un *Traité sur les machines de guerre*, imprimé avec les *Mathematici veteres*, au Louvre, 1693, in-fol. On lui attribue le Traité qu'*Allatius* a publié *De septem orbis Spectaculis*, graeco-lat. *Bomae*, 1640, in-8.º Mais quelques savans doutent qu'il soit de lui. *Denis Salvaing de Boissieu* Dauphinois, en a donné une nouvelle Traduction latine qui 538 PHI fait partie de ses Miscellanea, Lyon, 1661, in-8.
PHILONIDES, fameux cou- reur d'Alexandre le Grand, lit, à ce que prétendent des historiens crédules, le chemin de Sicyone à Elide en neuf heures, quoique ces deux villes fussent éloignées l'une de l'autre de 50 lieues.
PHILONOME. (Mythol.) se- conde femme de Cycnus, ayant conçu une passion criminelle pour Tenés ou Tenus, que Cycnus avoit en de sa première femme, elle essaya inutilement de l'engager à y répondre. Outrée de dépit, elle l'accusa auprès de son mari d'avoir voulu l'insulter. Cycnus trop crédule ayant aussitôt fait enfermer son fils dans un coffre, le fit jeter dans la mer; mais Neptune son aïeul en prit soin, et le fit aborder dans une isle où il régna et qui fut depuis appelée Ténédos.