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03.0 Dictionnaire historique — PHILOPATOR – POLYGONE

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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PHILOPATOR, Voyez IV. PROLOMÉE, et II. SÉLEUCUS. PHILOPŒMEN, général des Achéens, né à Magalopolis en Arcadie, perdit son père de bonne heure et reçut une excellente édu- cation sous Cassandre de Man- tinée son tuteur et son Mentor. Les philosophes Ecdemus et Dé- mophane le formèrent ensuite à la politique. Dès qu'il fut en âge de porter les armes, il se mit dans les troupes que la ville de Maga- lopolis envoyoit pour faire des courses dans la Laconie. De re- tour dans sa patrie, il cultivoit lui-même ses champs et ses vi- gnes. Il étoit dans sa 30e année lorsque Cléomène roi de Sparte, attaqua Magalopolis; il signala dans cette occasion sa prudence et son courage. Il suivit ensuite à la guerre Antigone le Tuteur, et gagna l'an 208 avant J. C. la fa- meuse bataille de Messène, contre les Étoiliens alliés des Romains. Sa bravoure l'ayant élevé au grade de capitaine général, il tua dans un combat près de Mantinée Mé- chanidas tyran de Lacédémone. Nabis successeur de Méchanidas, défit sur mer Philopæmen; mais celui-ci eut sa revanche sur terre. Il prit Sparte, en fit raser les murailles, abolit les lois de Lycurgue, et soumit les Lacédé- moniens aux Achéens l'an 188 avant J. C. Quatre ans après, les Messéniens sujets des Achéens, reprirent les armes. A la première nouvelle de cette rébellion, Phi- lopæmen conduit ses troupes con- trieux, leur livre plusieurs com- bats, fait des actions extraordi- naires de courage; mais étant tombé de cheval, il fut pris par les Messéniens. On le conduisit à Messène où il fut jeté dans une prison. Dinocrate général des Messéniens et son ennemi parti- culier, appréhendant qu'il ne fût obligé de le rendre, le fit em- poisonner. Le bourreau étant descendu dans le cachot pour lui porter le poison, le premier em- pressement de Philopæmen fut de lui demander des nouvelles de ses cavaliers. L'exécuteur lui répon- dit qu'ils s'étoient presque tous sauvés. Tu me donnes-là une bonne nouvelle, lui dit le général Achéen: Nous ne sommes donc pas tout-à-fait malheureux! En même temps il prit froidement le poison et mourut l'an 183 avant Jésus-Christ. Philopæmen que l'on nomme le dernier des Grecs, avoit pris Epaminondas pour modèle. Il imita sa simplicité dans l'extérieur, sa prudence à déli- bérer et à se résoudre, son ac- magalopolis. tivité et son audace à exécuter, et sur-tout son parfait désintéressement. Les Spartiates ayant voulu lui faire un présent considérable, il dit aux députés: Gardez cet argent pour acheter et gagner les mechans qui troublent la République; car il vaut beaucoup mieux fermer la bouche à ses ennemis qu'à ses amis. Ses grandes qualités étoient obscurcies par quelques défauts. Né avec un caractère violent, il ne sut pas toujours se prêter aux circonstances. Il transporta dans la société l'austérité de la vie militaire. Il avoit fait beaucoup de réformes dans les troupes des Achéens. Il avoit changé leur ordonnance de bataille et leurs armures, et les avoit accoutumés à combattre de pied ferme en gagnant du terrain, au lieu de voltiger comme des troupes légères.
PHILOPONE, (Jean) Voy. JEAN, n° LXXII.
PHILOSTORGE, historien ecclésiastique de Cappadoce, étoit Arien. On a de lui, un Abrégé de l'Histoire Ecclésiastique dans lequel il déchire les Orthodoxes, sur-tout St. Athanase. Il y a d'ailleurs bien des choses intéressantes pour les amateurs de l'antiquité ecclésiastique; mais il écrit d'un style trop ampoulé. La meilleure édition de cet auteur est celle de Heuri de Valois, en grec et en latin, infolio, 1673, avec Eusèbe. On estime aussi celle de Godefroi, 1642, in-4°, à cause des savantes Dissertations dont elle est ornée. Philostorge florissoit vers l'an 588. On lui attribue encore un livre contre Porphyre. I. PHILOSTRATE, sophiste fameux, étoit né à Lemnos ou à Athènes où il enseigna la rhétorique. De là il vint à Rome, et fut admis au nombre des gens de lettres qui fréquentoient la cour de l'impératrice Julie femme de Septime-Sévère. Cette princesse ayant rassemblé des Mémoires sur la Vie d'Apollonius de Thyane, les confia à Philostrate qui les mit en ordre. Cette Histoire traduite en françois par Vigenère, in-4°, a passé à la postérité. (Voy v. BLOUNT et IV. LONGCELL.) C'est un roman ou plutôt un ramas de mensonges grossiers, dans lequel le bon sens est blessé à chaque page. L'auteur y entasse les prodiges, et ce qui étonne c'est qu'un homme qui devoit avoir quelque jugement ait pu écrire sérieusement tant d'inepties. « C'est moins une Vie, dit Crévier, qu'un Panégyrique, écrit principalement sur les Mémoires de Damis, imbécile admirateur d'Apollonius. Philostrate y paroît lui-même rempli d'une profonde vénération pour son héros. Il le peint réellement comme un esprit supérieur, ayant une très grande étendue de connoissances, détaché des plaisirs et de l'argent, frugal jusqu'au prodige, désintéressé, chaste. Mais contre son intention, ce même écrivain nous administre les preuves d'un orgueil poussé jusqu'à l'extravagance par Apollonius, et d'une conduite mystérieuse qui annonce la fourberie. Crédule et débitant froidement les fables les plus absurdes, même dans des cas auxquels son philosophe n'est pas directement intéressé, il décrédite son témoignage sur les merveilles dont il le fait auteur. Ajou: tez des ignorances et des bévues grossières par rapport à des évé-nemens récens et célèbres. En un mot, de la lecture de *Philostrate* il ne résulte qu'une impression de mépris pour l'historien et d'indignation contre le fourbe dont il a écrit l'histoire. Que seroit-ce si nous avions les Mémoires de ceux qui ont attaqué la réputation d'*Apollonius* encore vivant, et qui l'ont traité de charlatan et d'imposteur ? » On a encore de *Philostrate* 14 livres de *Tableaux*. C'est un recueil de descriptions dans lesquelles on sent le rhéteur; mais qui sont écrites d'ailleurs avec la pureté et l'élégance d'un homme qui avoit professé l'éloquence à Athènes. Il fut traduit en françois, et imprimé à Paris en 1614, 1629 et 1637, in-folio. On estime surtout les exemplaires dont les vignettes sont en cuivre. On a donné à Leipzig une bonne édition de cet auteur en grec et en latin, in-folio, 1709, avec des notes par *Godefroi Olearius*.
II. PHILOSTRATE, neveu du précédent, écrivit les *Vies des Sophistes*. Il vivoit du temps de *Macrin* et d'*Heliogabale*. — Il ne faut pas le confondre avec *PHILOSTRATE* orateur Grec, applaudi de son temps, qui floris-soit à Athènes sous l'empire de *Néron*.
PHILOTAS, fils de *Parménion*, l'un des généraux d'*Alexandre le Grand*, étaloit le faste d'un prince dans ses habits, dans sa table et dans tout son train. Son père lui disoit en gémissant de ses défauts : *Mon fils, fais-toi plus petit !* Il négligea ce sage avis : et son ambition l'ayant engagé dans une conjuration con- tre *Alexandre*, elle causa sa mort et celle de son père.
PHILOTHÉE, moine du Mont-Athos dans le XIVe siècle, se distingua par sa régularité et par ses connoissances dans les matières ecclésiastiques. Nous avons de lui plusieurs *Traités*, les uns dogmatiques, les autres ascétiques, avec des *Sermons*. On trouve quelques-uns de ses ouvrages dans la *Bibliothèque des Pères* et dans l'*Auctuarium* de *Fronton du Duc*.
PHILOXÈNE, que quelques-uns nomment *POLIXÈNE*, poète Grec dithyrambique, étoit de l'isle de Cythère. *Denys* tyran de Sicile, répandit quelque temps sur lui ses bienfaits; mais ce poète ayant séduit une joueuse de flûte, fut arrêté et condamné au cachot. C'est là qu'il fit un Poème allégorique, intitulé : *CYCLOPS*, dans lequel il représentoit sous ce nom *Denys le Tyran*, la joueuse de flûte sous celui de la nymphe *Galathée*, et lui-même sous le nom d'*Ulysse*. *Denys* qui avoit la manie des vers, quoiqu'il n'en composât jamais que de médiocres, fit sortir *Philoxène* pour lui lire une pièce de sa façon. *Philoxène* sentir bien que le tyran vouloit capter son suffrage, et que ce n'étoit qu'en l'applaudissant qu'il pouvoit obtenir sa liberté; mais il ne voulut pas l'acheter à ce prix (*Voyez DENYS*, n° x.) Quelquefois cependant il répondoit d'une manière équivoque. *Denys* lui ayant lu une pièce sur un sujet lugubre, lui en demanda son sentiment. *Elle est si triste*, lui répondit *Philoxène*, qu'elle fait pitié. Ce poète mourut à Éphèse l'an 380 avant J. C.
PHILYRE, ( Mythol. ) fille de l'Océan, fut aimée de Saturne. Rhée les ayant surpris ensemble, Saturne se métamorphosa en cheval pour s'enfuir plus vite. Philyre erra sur les montagnes où elle accoucha du centaure Chiron. Elle eut tant d'horreur d'avoir mis au monde ce monstre, qu'elle demanda d'être changée en tilleul, et elle éprouva cette métamorphose.
PHINÉE, ( Mythol. ) roi de Paphlagonie petit-fils d'Agénor, épousa Cléopâtre fille de Borée et d'Orithye. Il la répudia après en avoir eu deux fils Orithus et Crambus, qu'il aveugla à la persuasion d'Idée fille de Dardanus sa seconde femme. Borée vengera ses crimes en crevant les yeux à Phinée lui-même, qui obtint pour toute consolation la connoissance de l'avenir. Ce fut aussi pour le punir de son inhumanité, que Junon avec Neptune envoyèrent les Harpyes, qui par leurs ordures gâtoient ses viandes sur sa table. Il ne fut délivré de ces monstres que lorsque Calais et Zethès deux fils de l'Aquilon et du nombre des Argonautes, les chassèrent et les poursuivirent jusqu'aux isles Strophades. Hercule ayant rencontré dans le désert les deux fils de Phinée qui étoient privés de la vue, fut si touché de leur malheur qu'il alla le tuer sur-le-champ pour le punir de sa barbarie — Il y eut un autre PHINÉE, roi de Thrace, et frère de Céphée, que Persée changea en pierre avec tous ses compagnons, en leur montrant la tête de Méduse, parce que ce roi prétendoit épouser Andromède qui lui avoit été promise.
PHINÉES, fils d'Éléazar et petit-fils d'Aaron, fut le troisième grand-prêtre des Juifs, et est célèbre dans l'Écriture par son zèle ardent pour la gloire de Dieu. Vers l'an 1455 avant J. C. les Madianites ayant envoyé leurs filles dans le camp d'Israël pour faire tomber les Hébreux dans la fornication et dans l'idolâtrie; et Zambri un d'entre eux, étant entré publiquement dans la tente d'une Madianite nommée Cozbi, Phinée le suivit la lance à la main, pour les deux coupables et les tua d'un seul coup. Alors la maladie dont le Seigneur avoit déjà commencé à frapper les Israélites cessa. Dieu pour récompenser le zèle de Phinees, lui promit d'établir la grande sacrificature dans sa famille. Cette promesse fut exactement accomplie. Le Sacerdoce demeura à sa race pendant environ 335 ans jusqu'à Héli, par lequel elle passa à celle d'Ithamar. Mais cette interruption ne dura pas. Le pontificat rentra bientôt dans la maison de Phinees par Sadoc à qui Salomon le rendit. Les descendants de ce pontife en jouirent jusqu'à la ruine du temple, l'espace de 1084 ans.
PHINÉES, Voy. OPHINI.
PHIROUZ, Voy. I. OMAR.
PHLEGIAS, ( Mythol. ) étoit fils de Mars roi des Lapithes et père d'Ixion. Ayant su que la nymphe Coronis sa fille avait été insultée par Apollon, il alla mettre le feu au temple de ce Dieu, qui le tua à coups de flèches et le précipite dans les enfers. Il y fut condamné à demeurer éternellement sous un grand rocher, qui paroissant toujours prêt à tomber, lui causoit une frayeur terrible. Ses descendans les Phlégiens furent si impies que Neptune les fit tous périr par un déluge.
PHLÉGON, surnommé TRALLIEN, parce qu'il étoit de Tralles ville de Lydie, fut l'un des affranchis d'Adrien, et vécut jusqu'au temps d'Antonin le Pieux. Il nous reste de lui : I. Un Traité assez court sur ceux qui ont long- temps vécu. II. Un autre Des choses merveilleuses, en 136 cha- pitres, la plupart aussi très- courts. III. Un fragment de son Histoire des Olympiades qui étoit divisée en 16 livres. On prétend que dans le 13e et le 14e, il a parlé des ténèbres survenues à la mort de Notre-Seigneur. La meilleure édition de ces débris de Phlégon est celle que Meur- sius donna à Leyde, in-4°, l'an 1612, en grec et en latin avec de savantes remarques. Phlégon est, suivant Photius, un auteur aussi minutieux que crédule, sans élégance dans le style et sans dis- cernement pour les faits.
PHLUGIUS, Voy. PFLUG. I. PHOCAS, empereur ou plutôt tyran d'Orient, naquit à Chalcédoine d'une famille qui n'a- voit rien d'illustre. Il prit de bonne heure la profession mili- taire et devint centurion. Encou- ragé par l'armée, il se plaça sur le trône impérial le 27 novembre 602, après avoir fait massacrer l'empereur Maurice et ses en- fans. L'usurpateur sacrifia ses in- térêts à ses ombrages. Il envoya des espions dans toutes les gran- des villes de l'empire pour savoir ce qu'on diroit de lui; et comme on n'en pouvoit pas dire du biet; on voyoit arriver tous les jours à Constantinople des hommes chargés de chaînes que le tyran immoloit à sa cruauté. Cepen- dant Chosroès se préparoit à ven- ger la mort de Maurice son bien- faiteur. L'empire étoit ravagé de tous côtés; mais de tous les ennemis de Phocas, les Perses étoient ceux qui l'inquiétoient le plus. Il gagna Narsès un de leurs généraux, qui séduit par ses pro- messes, eut l'imprudence de se rendre à Constantinople. Dès qu'il y fut arrivé, le barbare le fit brûle- vif. Le peuple ne pouvoit plus supporter un joug aussi tyran- nique : Héraclius gouverneur d'A- frique, conspira contre ce mon- tre. Il lui ôta le trône, et lui fit couper la main droite et la tête le 5 octobre 610. Son corps fut ensuite trainé par les rues et brûlé dans le marché aux bœufs. Un moment avant que de le con- duire au supplice, Héraclius lui dit : Malheureux, n'avois-tu usurpé l'Empire que pour faire tant de maux aux peuples ? — Phocas lui répondit : On verra si tu le gouverneras mieux... Ainsi périt ce scélérat couronné, hom- me sans religion, sans humanité, sans pudeur et sans remords. Il étoit d'une dissolution que rien ne pouvoit arrêter, et qui coûta sou- vent la vie à ceux dont il enlevoit les femmes. Sa figure répondoit à ses mœurs, et tout en lui étoit horrible. (Voyez BONIFACK nos v et vi; et CYRIAQUE.) Il se forma sous son règne diffé- rentes conspirations que la crainte fit néanmoins échouer. Les sol- dats se repentant de lui avoir donné leurs suffrages, mirent un jour le feu au prétoire et au palais, pour venger la mort de plusieurs d'entre eux qu'il avoit fait mutiler, décapiter ou jeter dans la mer, parce qu'ils lui avoient reproché ses désordres. *Phocas* craignant un soulèvement général, se contenta de condamner au trépas les chefs de cette révolte. Il en éclata une autre peu de temps après dans l'Hippodrome où il étoit allé voir la course des chevaux. Les conjurés furent pris et exécutés avec des raffinemens de cruauté qui font horreur. Il crut gagner l'affection des troupes, en ordonnant aux évêques d'honorer comme martyrs les soldats qui mouroient courageusement dans le service pour la défense de l'empire; mais il ne put y réussir, et les soldats eux-mêmes lui tinrent peu de compte de cette singulière idée. Il n'y eut point de crimes dont il ne vendit l'impunité. Les Hérétiques d'Alexandrie égorgèrent *Théodore* surnommé *Scribon* patriarche de cette ville, et se mirent à couvert des poursuites en payant le tyran. Les Juifs, toujours pleins de haine contre les Chrétiens, excitèrent à Antioche une sédition, dont le patriarche *Anastase* fut la première victime. Ils le traînèrent dans les rues, firent à son cadavre les traîtenens les plus ignominieux, tuèrent avec lui et brûlèrent les principaux de la ville, et massacrèrent une infinité de Chrétiens. La plupart des assassins échappèrent au supplice en donnant de l'argent — *Ce Phocas* ne doit pas être confondu avec *BARDAS PHOCAS* général des Grecs, lequel chargé de repousser *Bardas Scelère*, qui s'étoit révolté contre l'empereur *Basile II*, devint lui-même rebelle et se fit proclamer empereur. *Voy. II. BARDAS.*
II. PHOCAS, (Jean) moine du XIIe siècle, natif de l'isle de Crète selon les uns, ou de Calabre selon les autres, servit d'abord dans les armées de l'empereur *Emmanuel Comnès*. Dégoûté de la milice du siècle, il s'enrôla dans celle de J. C., visita les saints Lieux, et fit bâtir une petite église sur le Mont-Carmel, où il demeura avec d'autres religieux. Ce fut après une révélation du prophète *Élie*, qu'il fit cette fondation. Le Père *l'apéroch* en conclut que les Carmes n'ont commencé qu'au XIIe siècle. On a de lui, (dans le *Symmichta d'Allatius*, 1653, in-8°) une *Description de la Terre-Sainte, de la Syrie, de la Phénicie*, et des autres pays qu'il avoit parcourus. Il raconte en homme pieux, mais simple et crédule.
PHOCILIDE, poète Grec et philosophe de Milet dans l'Ionie, vivoit 540 ans avant J. C. Nous avons sous son nom une Pièce de poésie qui n'est pas de lui, mais d'un auteur qui vivoit sous *Adrien* ou sous *Trajan*, temps auquel on a forgé les vers Sibylins, dont quelques-uns se trouvent dans *Phocilide*. On trouve le petit Poème qui lui est attribué, dans plusieurs Recueils : entr'autres avec *Théognide*, à Heidelberg, 1597, in-8°. Il a été traduit en français, Paris, 1698, in-12.
PHOCION, disciple de *Platon* et de *Xénocrate*, brilla beaucoup dans ces deux écoles par sa vertu et par son esprit. Né avec une éloquence douce, vive, forte et sur-tout concise, il faisoit entendre beaucoup de choses en peu de mots. Un jour paroissant rêveur dans une assemblée où il se préparoit à parler, on lui en demanda la cause : *Je songe*, répondit-il, *si je ne puis rien retrancher de ce que j'ai à dire... Demosthènes* le voyant arriver un jour dans l'assemblée du peuple, s'écria : *Voilà la hache de mes discours*. En effet il s'opposa souvent à cet orateur, et presque toujours avec succès. Il étoit aussi zèle que lui pour le bien de la patrie ; mais il avoit plus de philosophie et de prudence. Lorsque *Demosthènes* voulut faire prendre les armes contre *Philippe*, *Phocion* qui envisageoit la guerre comme la ruine d'Athènes, lui répondit : *Vous voyez bien si nous pouvons faire la guerre, mais vous ne voyez pas si nous pouvons remporter la victoire. Il est malheureux que nous connoissant mutuellement si bien, vous ne puisiez faire de moi un brave, ni moi de vous des poltrons.* — Une autre fois qu'ils vouloient armer contre Thèbes, il leur dit : *Bonnes gens, servez-vous des armes que vous maniez le mieux ; plaidez et ne vous battez pas*. En effet, on ne remarquoit plus parmi les Athéniens ce zèle ardent pour le bien public, ce courage indomptable qui affrontoit tous les périls de la guerre. (*Voy.* aussi L'CHARÈS.) *Phocion* réunit ces deux qualités, la science politique et la valeur guerrière. Pendant qu'il fut en place, il eût toujours en vue la paix et ne cessa de se préparer à la guerre. Il fut chargé du gouvernement 45 fois, sans l'avoir brigué ; et dans les différentes expéditions qu'il fit à la tête des armées, il vécut avec la modestie d'un simple particulier. Quand il atout à la campagne ou qu'il étoit à la tête des troupes, il marchoit toujours nu-pieds et sans manteau, à moins qu'il ne fit un froid excessif ; de sorte qu'alors le soïdat disoit : *Voilà Phocion habille ; c'est signe d'un grand hiver*. Un homme qui se contentoit de si peu, devoit être incorruptible. *Philippe* et *Alexandre* tentèrent en vain de corrompre sa fidélité. Il empêcha ce dernier de faire la guerre aux Grecs, et l'engagea à tourner ses armes contre les Perses. *Alexandre* se rappela ce conseil au milieu de ses conquêtes, et l'en remercia par un présent de cent talens. *Phocion*, peu touché de la grandeur du présent, s'informa de ceux qui étoient chargés de cette commission : *Pour quelle raison et dans quelle vue Alexandre le choisissoit-il seul parmi un si grand nombre d'Athéniens, pour lui faire des présens ?* — C'est, lui répondirent-ils, qu'Alexandre vous juge seul homme de bien et vertueux. — Qu'il me laisse donc, repartit-il, passer pour tel et l'être en effet. Cependant les députés étant entrés chez lui, et ayant vu de toutes parts des meubles de vil prix et sa femme pilant au mortier, le pressèrent encore davantage de recevoir la somme qu'ils avoient apportée. D'un autre côté, *Phocion* lui-même ayant tiré de l'eau du puits en leur présence, se lava les pieds. Il n'en persévora pas moins dans son refus, et il répliqua : *Si j'acceptois la somme que vous m'offrez avec tant d'instances et que je n'en fisse point usage, un si grand trésor se trouveroit inutile et perdu dans mes mains. Si au contraire je m'en servois, ce seroit me donner et à votre maître Alexandre, une mauvaise réputation parmi les Athéniens... Alexandre, mortifié de ce que Phocion avoit fait si* peu peu de cas de ses présens, lui écrivit : *Qu'il ne comptoit point au nombre de ses amis, les gens qui ne vouloient rien recevoir de lui.* Il revint une seconde fois à la charge, et lui fit présenter les noms de quatre villes de l'Asie, en lui laissant le choix de celle qui lui plairait davantage, avec la jouissance de ses revenus. *Phocion* refusa toutes ses offres, mais afin de ne point affecter du mépris pour la majesté royale, il pria *Alexandre* de rendre la liberté à quatre prisonniers qui étoient enfermés dans la citadelle de Sardes : il l'obtint sur le champ. Ce héros modeste, ce citoyen désintéressé ne fut pas plus sensible aux offres que lui fit *Antipater* successeur du conquérant Macédonien. Comme il s'obstinoit à les refuser, ou lui représenta que s'il n'en vouloit point pour lui, il devoit du moins les accepter pour ses enfans. *Si mes enfans*, répondit-il, *doivent me ressembler, ils en auront assez aussi bien que moi; et s'ils veulent être dissolus, je ne veux point leur laisser de quoi entretenir l'objet de leurs débauches...* (Voy aussi CTE SPPE.) *Phocion* étoit trop austère pour plaire longtemps à un peuple aussi frivole que les Athéniens. Ces indignes citoyens, après la prise du port de Pyrée, l'accusèrent de trahison et le déposèrent du généralat. L'illustre opprimé se réfugia vers *Polysparchon*, celui-ci le renvoya pour être jugé par le peuple son plus cruel ennemi. Ce grand homme fut condamné d'une commune voix à perdre la vie; et lorsqu'il fut conduit au cachot, il y alla avec le même visage qu'il rapportoit d'un combat où il avoit été vainqueur. Quand il fut arrivé Toine IX. à la prison, *Emphilère* son intimé ami, étant venu lui dire en pleurant : *O mon cher Phocion, que vous souffrez-là un traitement injuste!* — *Oui*, lui répliquait-il, mais je m'y attendois : c'est le sort qu'ont essuyé les plus illustres citoyens d'Athènes. Ses ennemis rassemblés autour de lui, le couvroient d'insultes et d'opprobres. L'un d'eux, plus insolent que les autres, lui cracha au visage. *Phocion* ne fit, dit-on, que se tourner vers les magistrats, et leur dit : *Quelqu'un ne veut-il point empêcher cet homme de commettre des choses si indignes?* — Un de ses amis lui ayant demandé, s'il avoit quelque chose à maider à son fils ? *Oui certes*, dit-il : c'est de ne point se souvenir de l'injustice des Athéniens. — Quand on eut apprêté la ciguë, *Nicocle* un des plus fidèles amis de *Phocion*, le pria de lui permettre d'en goûter le premier : *Votre demande, ô mon cher Nicocle!* lui repartit *Phocion*, *m'est fort désagréable et me cause une peine extrême; mais comme je ne vous ai jamais rien refusé, je vous accorde encore ceci...* Ceux qui devoient subir la même peine ayant bu le poison, il n'en resta plus. Le bourreau ne voulut point broyer d'autre ciguë qu'on ne lui comptât douze drachmes. *Phocion* fit apprécier quelqu'un de ses amis, et le pria de donner cette somme au bourreau : *parce que*, ajouta-t-il, *il n'étoit pas permis à Athènes même de mourir sans payer*. Après ces paroles, il prit tranquillement la ciguë, et expira comme *Socrate* dont il avoit les vertus, victime d'une cabale sanguinaire, jalouse et ignorante. On défendit de lui rendre les derniers devoirs. Une M m 546 PHO Athénienne, plus éclairée que ses injustes concitoyens, recueillit avec grand soin ses précieux restes, et les enterra sous son foyer avec cette inscription : « Cher et sacré foyer, je mets en dépôt dans ton sein les restes d'un homme de bien. Conserve-les fidèlement, pour les rendre un jour au tombeau de ses ancêtres, quand Athènes sera plus sage. » Cette ville ouvrit bientôt les yeux sur le mérite du citoyen qu'elle avoit fait mourir. Elle lui éleva une statue, et fit périr par le dernier supplice son accusateur. On place la mort de Phocion l'an 318 ou 319 avant Jésus-Christ. Il avoit alors plus de 80 ans, et à cet âge il soutenoit toutes les fatigues de la guerre comme un jeune officier. Toujours le même dans les succès et dans les revers, on ne le vit jamais ni rire ni pleurer. L'abbé de Mably a publié en 1763, in-12, un excellent ouvrage sous le titre d'Entretiens de Phocion sur le rapport de la Morale avec la Politique. Quoique cet ouvrage ne soit pas de Phocion, on l'y fait parler comme il pensoit, en grand homme.
PHOLUS, (Mythol.) fils d'Ixion et de la Nue, étoit l'un des principaux Centaures. Il donna l'hospitalité à Hercule qui alloit aux noces de Pirithoüs. Lorsque ce demi-dieu les délit aux noces d'Hippodamie, il traita humainement Pholus, en reconnoissance du bon accueil qu'il en avoit reçu.
PHORBAS, (Mythol.) fils de Priam et d'Epithosie, fut père d'Ilionée compagnon d'Enée. Il avoit été vainqueur dans tous les combats livrés au siège de Troye. Mais après plusieurs beaux ex- ploits, Ménélus le vainquit et le tua. C'est sa figure qu'emprunta le Dieu du sommeil pour tromper Patinure pilote d'Enée.
PHORCYS ou PHORCUS, (Mythol.) fils de l'Océan et de la Terre, et selon d'autres, de la Nymphe Thésée et de Neptune. Il fut père de plusieurs monstres, tels que les Gorgones, le Dragon qui gardoit le jardin des Hespérides, etc. Homère y ajoute Thoosa, mère de Polyphème.
PHORMION, philosophe Péripatéticien, enseignoit à Ephèse. Annibal retiré dans cette ville, fut invité d'aller entendre Phormion qui discourut beaucoup et fort mal sur l'art militaire et sur les devoirs d'un général. J'ai souvent entendu radoter des vieillards, dit le héros Carthaginois indigné; mais je n'ai jamais vu de plus grand radoteur que Phormion.
PHORONÉE, (Mythol.) fils d'Inachus et roi d'Argos, fut pris pour arbitre dans un différend qui s'étoit élevé entre Junon et Neptune. On croit qu'il fut le premier qui apprit aux hommes à vivre en société.
PHOTIN, hérésiarque du IVe siècle, avoit été diacre et disciple de Marcel d'Ancyre, et fut élevé sur le siège de Sirmich avec applaudissement. Il avoit beaucoup d'esprit, de savoir et d'éloquence, et menoit une vie irréprochable; mais il donna dans des erreurs monstrueuses, et soutint que JESUS-CHRIST étoit un pur homme. Il fut déposé dans un concile de Sirmich en 351, puis exilé par l'empereur Constance quelque temps après. Julien le rappela et lui écrivit une lettre pleine d'éloges; mais il fut exilé de nou- veau sous l'empire de *Valentinien* et mourut en Galatie l'an 376. Il avoit composé un grand nombre d'ouvrages qui ne sont point parvenus jusqu'à nous. Les principaux étoient, un *Traité* contre les Gentils, et les Livres adressés à l'empereur *Valentinien*. Il écrivoit bien en grec et en latin. Ses sectateurs furent nommés *Photiniens*. — PHOTIUS, patriarche de Constantinople, sortoit d'une des plus illustres et des plus riches maisons de cette ville. Il étoit petit-neveu du patriarche *Turaise*, et frère du patrice *Sergius* qui avoit épousé une des sœurs de l'empereur. Ses parens cultivèrent avec soin les heureuses dispositions dont la nature l'avoit favorisé. *Bardas* le restaurateur des lettres, fut le directeur de ses études, et les progrès du jeune disciple étonnèrent tous ses maîtres. Il devint à la fois grammairien, poète, orateur, critique, philologue, mathématicien, philosophe, médecin, astronome. Ses talens contribuèrent autant que sa naissance à l'élever aux plus hautes dignités. Il fut grand écuyer, capitaine des gardes, ambassadeur en Perse, et premier secrétaire d'état. Ce fut après avoir passé par toutes ces charges qu'il embrassa l'état ecclésiastique. Alors ses études changèrent d'objet. Il se consacra à la théologie, et y devint aussi savant que s'il ne se fût jamais appliqué à autre chose. *Ignace* patriarche de Constantinople ayant été déposé, il aspira à sa place et l'obtint. Les évêques le firent passer en six jours par tous les degrés du Sacerdoce : le premier jour on le fit moine, parce que les moines étoient alors regardés comme faisant partie de la hiérarchie ; le second jour il fut lecteur ; le troisième, soudiacre ; puis diacre, prêtre, et enfin patriarche le jour de Noël, en 857. Par cette ordination, la ville impériale étoit censée avoir deux patriarches ; mais le pasteur intrus mit bientôt en œuvre l'artifice et la violence pour perdre le pasteur légitime. Maître de l'esprit de l'empereur *Michel*, il ne craignoit point les contradicteurs ; il ne leur répondoit qu'en les faisant frapper de verges jusqu'à ce qu'ils eussent souscrit à la condamnation de leur patriarche. Les cruautés qu'il exerçoit contre ses adversaires, lui firent craindre une révolte. Il crut en prévenir les effets en écrivant au pape *Nicolas I* une lettre artificieuse, dans laquelle il prodiguoit les mensonges et les flatteries. *L' gémissoit*, disoit-il, de ce qu'on avoit mis sur ses épaules le fardeau de l'Episcopat, et de ce que le Patriarche Ignace s'en étoit déchargé. Quand je pense à la grandeur de l'Episcopat, à la foiblesse humaine, et à la mienne en particulier, j'ai toujours été surpris qu'il puisse se trouver quelqu'un qui veuille se charger d'un poids si accablant. Je ne puis exprimer quelle est ma douleur de m'en être chargé moi-même. Dans le temps même que *Photius* tenoit ce langage, il fut convaincu d'avoir fabriqué des lettres, et conduit toute une manœuvre dont à peine on croiroit un homme capable. Il engagea un misérable qui portoit l'habit de moine et qui étoit inconnu à Constantinople, à lui remettre devant tout le monde une lettre que *Photius* lui-même avoit composée, en di- 548 PHO sant qu'il l'apportoit de la part du pape. La fourberie fut découverte, et *Photius* tira des mains de la justice celui qui l'avoit servi, et lui procura même une charge considérable pour se maintenir à la cour. Il dissimuloit les impiétés de l'empereur *Michel*, qui se moquoit des plus saintes cérémonies de la religion, avec les compagnons de ses débauches. Il faisoit assidûment la cour à ce prince, et mangeoit à sa table avec de sacrilèges bouffons. *Photius* s'assura un grand nombre de partisans par deux moyens qui lui réussirent. Le premier fut de faire ordonner par l'empereur, que tous les legs pieux laissés par testament seroient distribués par ses mains. Ainsi il paroissoit fort libéral; car on ne faisoit pas toujours attention que c'étoit le bien d'autrui qu'il donnoit avec tant de générosité. L'autre finesse étoit d'obliger tous ceux qui venoient à lui pour apprendre les sciences profanes, de promettre par écrit qu'ils seroient toujours dans sa communion. Tous ses disciples qui étoient en grand nombre se trouvoient donc engagés à le soutenir, et il y avoit parmi eux des personnes de la plus haute distinction. Cependant le pape *Nicolas*, qu'il avoit prié d'envoyer ses légats à Constantinople pour détruire le reste des Iconoclastes, (ou plutôt pour confirmer la déposition d'*Ignace*) se rendit à ses désirs. Les légats étant arrivés, furent maltraités et eurent la douleur d'assister au conciliabule de Constantinople en 861, où *Photius* triompha. *Nicolas* irrité d'avoir été joué, rétablit le patriarche légitime dans tous ses droits, et pro-hongé anathème contre l'ordina- tion de l'antipatriarche, qui ex-communa le pape à son tour. Le triomphe de ce prélat ambitieux ne fut pas de longue durée. *Basile le Macedonien* ayant succédé à *Michel*, chassa *Photius* du siège patriarcal, et y fit asseoir *Ignace*. Rome profita de cette conjoncture favorable pour faire assembler à Constantinople le VIII$^{e}$ Concile œcuménique, convoqué en 869. *Photius* y fut anathématisé, et avec lui tous ceux qui ne voulurent pas abandonner sa cause. Les évêques sous-crivirent au décret avec le sang de JÉSCS-CHRIST qu'on venoit de consacrer. *Photius* disgracié, se servit de toute la finesse de son esprit pour se faire rétablir. L'empereur *Basile* né dans l'obscurité, vouloit faire accroire qu'il étoit d'un sang illustre; *Photius* le prit par ce foible. Il composa une histoire chimérique, dans laquelle il le faisoit descendre en droite ligne du célèbre *Tiridate* roi d'Arménie. Ce prince, séduit par cette basse flatterie, lui accorda ses bonnes graces et le rétablit l'an 877, d'autant plus volontiers que le patriarche *Ignace* venoit de mourir. Le pape *Jean VIII* le reçut à sa communion, et envoya ses légats à un autre concile de Constantinople, dans lequel *Photius* se fit reconnoître patriarche légitime. L'approbation que *Jean* lui avoit accordée, dépiut à ses successeurs. Les papes *Martin*, *Adrien* et *Etienne* se déclarèrent successivement contre lui, et la paix fut rompue. *Photius* éclata alors contre l'église Romaine, la traita d'hérétique au sujet de l'article du Symbole *Filioque pro-cedit*, de l'Eucharistie faite avec du pain sans levain, et de quel- ques autres usages réprouvés par l'église Grecque. Léon le Philosophe frappé des plaintes que les pontifes de Rome avoient formées contre lui, les fit examiner. On les trouva fondées, et il fut enlevé de nouveau l'an 886 du siège patriarcal, pour être enfermé le reste de ses jours dans un monastère d'Arménie, où il mourut l'an 891. Fleury trace en deux mots le portrait de ce fameux schismatique. C'étoit, dit-il, le plus grand esprit et le plus savant homme de son siècle, mais c'étoit un parfait hypocrite, agissant en scélérat et parlant en saint. Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. Sa Bibliothèque. C'est un des plus précieux mo- numens de littérature qui nous soit resté de l'antiquité. On y trouve des extraits de 280 auteurs, dont la plupart ont été perdus, tels que l'historien Theopompe et l'orateur Hyperide. Il fit cet ouvrage à l'imitation du grammairien Téléphe, qui pour faire connoître les bons livres, composa l'Art des Bibliothèques sous l'empereur Antonia le Picux. On ne peut que louer Photius en qualité de bibliothécaire. Ses analyses sont faites avec art; et ses jugemens sur le style et le fond des ouvrages, sont presque toujours dictés par le goût. Ce livre utile, qu'on peut regarder comme le père des Bibliothèques raisonnées plutôt que celui des Journaux, ne se soutient pas sur la fin; on n'y trouve plus cette précision et cette justesse qui caractérisent le commencement. Le savant Fabricius prétend que cette différence vient de ce que cet ouvrage a été recueilli par plusieurs gens, et que ceux qui ont voulu remplir les lacunes l'ont gâté. En effet le style en est si différent dans plusieurs endroits, que l'on seroit porté à adopter cette conjecture. On en donna une bonne édition à Rouen en 1653, in-folio, avec la version d'André Schot et les notes d'Haschelius. Heich, professeur d'éloquence à Leipzig, a publié un écrit intitulé : Diatribe in Photii bibliothecam; et Claude Capperonier avoit commencé un grand ouvrage sur la même bibliothèque, mais il est resté manuscrit. II. Nomocanon : c'est un recueil qui comprend, sous quatorze titres, tous les Canons reconnus dans l'Eglise depuis ceux des Apôtres jusqu'au VIIe Concile œcuménique, et les lois des empereurs sur les matières ecclésiastiques. On sent combien une pareille collection est utile. On la trouve dans la Bibliothèque du Droit de Justel; et on l'a imprimé séparément à Oxford, 1672, in-folio. III. Un recueil de 248 Lettres, Londres, 1651, in-folio, dans lesquelles on remarque, comme dans tous ses autres ouvrages, une étendue d'esprit étonnante, une profondeur d'érudition admirable, et une éloquence pleine de chaleur et d'abondance. IV. Plusieurs Ouvrages manuscrits, que quelque savant devroit se donner la peine de mettre au jour. I. PHRAATES Ier, roi des Parthes, succéda à Arsaces III autrement Priapatius, et mourut l'an 141 avant J. C., sans avoir rien fait de remarquable ni dans la paix, ni dans la guerre. Mais son amour pour ses sujets doit le faire distinguer du commun des princes. Il avoit des ou M m 3 550 P H R fans en bas-âge. Dans la crainte des troubles qui accompagnent les minorités, il désigna pour son successeur son frère Mithridate dont il connoissoit la sagesse et la valeur.
II. PHRAATES II, régna après Mithridate son père, l'an 131 avant J. C. Il fit la guerre contre Antiochus Sidètes roi de Syrie, qui périt dans un combat. Le vainqueur en contemplant le cadavre de son ennemi, lui reprocha en ces termes sa témérité et son intempérance: Ton vin, Antiochus, et ta grande confiance ont hâté ta fin. Tu évoçois pouvoir mettre dans une de tes grandes coupes le royaume des Parthes, et l'avaler! . . . Phraates ne soutint pas de si heureux commencements. Il fut ensuite défait lui-même et tué dans une bataille contre les Scythes, l'an 129 avant J. C.
III. PHRAATES III, surnommé le Dieu, succéda à son père Sintricus ou Sinatrocès, l'an 66 avant J. C. Il prit sous sa protection Tygranes, fils de Tygranes le Grand roi d'Arménie, et donna sa fille en mariage à ce jeune prince. Quelque temps après il voulut détrôner le père de son gendre; mais cette entreprise ne fut pas couronnée du succès. De retour dans ses états, il fut tué par ses fils Orodes et Mithridate, l'an 36 avant J. C.
IV. PHRAATES IV, fut nommé roi 53 ans avant J. C., par Orodes son père, qui eut bientôt sujet de s'en repentir. Ce fils dénaturé fit mourir tous ses frères et Orodes lui-même, avec lequel il avoit d'abord partagé l'autorité. Il n'épargna pas même son propre fils, de crainte qu'on ne le mit sur le trône en sa place. Il fit ensuite la guerre avec succès contre Marc-Antoine, qui fut obligé de se retirer avec perte: Phraates fut chassé de son trône peu de temps après, par Tiridate; mais il y remonta avec le secours des Scythes l'an 23 avant l'ère Chrétienne. Il ne pensa plus alors qu'à jouir de la paix et des plaisirs, et mourut deux ans avant la venue de J. C., empoisonné par l'ordre de Phraates, et regardé comme un prince cruel et injuste.
PHRAATICE, après avoir fait empoisonner son père Phraates IV, l'an 2 avant J. C., monta sur le trône des Parthes. Il ne jouit pas long-temps du fruit de son parricide. Ses sujets le regardant avec horreur le chassèrent de son royaume, et il mourut peu de temps après.
PHRANZA, (George) maître de la garde-robe des empereurs de Constantinople, eut la douleur de voir prendre cette ville par les Turcs en 1453. Témoin jusqu'en 1461 des malheurs arrivés à sa patrie, il les a transmis à la postérité. Son Histoire Byzantine, imprimée avec Gennesius et J. Malala, (Venise, 1733, in-fol.) est curieuse. Il dit « qu'après le saccagement de Constantinople, il fut esclave comme les autres et qu'on lui fit souffrir tous les maux de la servitude: après quoi il fut vendu et racheté à Lucédémone où il avoit été conduit, et devint domestique du prince Thomas frère du défunt Constantin empereur, qui lui donna une terre et qui se servit de lui en différentes amlassades. Il ajoute que sa femme fut aussi captive avec ses enfuns ; savoir, un fils et une fille que les Turcs vendirent à un des écuyers de Mahomet, qui les acheta chèrement parce qu'ils étoient beaux et bien faits : que cet écuyer étrangla lui-même le garçon, que la fille mourut de la peste dans le palais, et que sa femme fut enfin rachetée. » (FABRE, Histoire Ecclésiastique, Liv. 110.) On a encore de lui une Vie de Mahomet II. Il se fit religieux sur la fin de ses jours, et mourut vers l'an 1491.
PHRAORTES, roi des Mèdes, succéda à Déjocès l'an 657 avant J. C. Il régna 22 ans, et fut tué en assiégeant Ninive. Cyaxare son fils lui succéda.
PHRYGION, (Paul-Constantin) de Schelestat, embrassa les erreurs de Zuingle et d'Œcolampade, et fut le premier ministre de l'église de Saint-Pierre à Basle en 1529. Ulric duc de Wittemberg, qui s'étoit réfugié dans cette ville, goûta son esprit ; et dès qu'il fut rétabli dans ses états en 1534, il appela ce théologien. Il le fit ministre à Tubinge, où Phrygion mourut en 1643. On a de lui : I. Une Chronologie. II. Des Commentaires sur l'Exode, le Lévitique, Michée, et sur les deux Epîtres à Timothée.
PHRYNÉ, fameuse courtisane de l'ancienne Grèce vers l'an 328 avant J. C., fut la maîtresse du célèbre Praxitèle. Cet artiste lui ayant avoué que le Cupidon étoit son chef-d'œuvre, elle le lui enleva pour en faire présent à Therpies sa patrie. Praxitèle employa son ciseau à immortaler l'objet de son amour. La statue faite de sa main fut placée à Delphes, entre celles d'Archidamas roi de Sparte et de Philippe roi de Macédoine. De toutes les prostituées de son temps, Phryné fut la plus piquante et la plus recherchée. Son infame mérite lui produisit tant qu'elle offrit de faire rebâtir Thèbes, pourvu qu'on y mit cette inscription : « Alexandre a détruit Thèbes, et la courtisane Phryné l'a rétablie. » (Alexander diruit, sed meretrix Phryne rejectit.) [Voy. XÉNOCRATE.] — Il y eut une autre PHRYNE, surnommée la Cribleuse, parce qu'elle dépouilloit ses amans. — Quintilien parle d'une troisième PHRYNE, qui, accusée d'impiété, obtint son pardon en découvrant son sein à ses juges.
PHRYNIQUE, orateur Grec, natif de Bibynie, florissoit sous Commode. Nous avons de lui : I. Un Traité des Dictions Attiques, imprimé plusieurs fois en grec et en latin. Il le fut pour la première à Rome en 1517 ; et l'a été depuis plus exactement à Augsbourg, 1601, in-4°, et à Utrecht, 1739, in-4°. II. Apparat Sophistique. C'est une collection de phrases et de mots. — Il y a eu deux autres auteurs Grecs de ce nom : l'un poète tragique, vers l'an 512 avant J. C., étoit disciple de Thespis, inventeur de la tragédie. Il introduisit le premier des femmes sur le théâtre. L'autre, poète comique, florissoit vers l'an 436 avant Jésus-Christ.
PHRYNIS, musicien de Mitylène, remporta le premier le prix de la cythare aux jeux des Panathénées, célébrés à Athènes l'an 438 avant J. C. Il ajouta deux M m 4 nouvelles cordes à cet instrument; au lieu de sept il en mit neuf, et lui ôta par un changement moins heureux la simplicité noble qui le cara-térisoit, pour lui donner un ton efféminé. Plutarque a pris de la occasion de faire parler ainsi la Musique elle-même. Après avoir accusé d'abord Cinesias des changemens qu'on lui a fait éprouver, elle ajoute, dans des vers qu'Amyot a traduits de cette manière : Encore m'a celui-là moins traitée Cruellement, et non pas moins gérée, Comme Phryxis, lequel en me jetant Son tourbillon, et me pirouettant, Tournant, virant, trouva douze harmonies, Selon sa mode, en cinq cordes garnies. Ce musicien s'étant présenté avec sa cythare dans les jeux publics de Lacédémone, l'éphore Eprepès coupa les deux cordes qu'il y avoit ajoutées.
PHRYXUS, ( Mythol. ) fils d'Athamas et frère de Hellé. Pendant qu'il étoit avec sa sœur chez Creté leur oncle roi d'Iolchos, Démodice femme de Creté, sollicita Phryxus à l'aimer; mais se voyant rebutée, elle l'accusa d'avoir voulu attenter à son honneur. Aussitôt une peste ravagea tout le pays : l'Oracle consulté répondit, que les Dieux s'appaiseroient en leur immolant les deux dernières personnes de la maison royale. Comme cet Oracle regardoit Phryxus et Hellé, on les condamna à être immolés; mais dans l'instant ils furent entourés d'une nue, d'où sortit un Bélier qui les enleva l'un et l'autre dans les airs, et prit le chemin de la Colchide. En traversant la mer, Hellé effrayée du bruit des flots, tomba et se noya dans cet endroit, qu'on appela depuis l'Hellespont. Phryxus étant arrivé dans la Colchide, y sacrifia ce Bélier à Jupiter, en prit la toison qui étoit d'or, la pendit à un arbre dans une forêt consacrée au Dieu Mars, et la fit garder par un Dragon, qui dévoroit tous ceux qui se présentoient pour l'enlever. Mars fut si content de ce sacrifice, qu'il voulut que ceux chez qui seroit cette toison vécussent dans l'abondance tant qu'ils la conserveroient, et qu'il fût cependant permis à tout le monde d'essayer d'en faire la conquête. Voilà, selon la Fable, cette fameuse Toison d'Or que Jason accompagné des Argonautes, enleva par le secours de Médée. (Voy. JASON.) Les poètes dirent que ce Bélier avoit été mis au nombre des douze Signes du Zodiaque, et en étoit le premier. C'est Arles chez les Latins.
PHUL, roi d'Assyrie, s'avança sur les terres du royaume d'Israël pour s'en emparer vers l'an 765 avant J. C. Mais Manahem roi d'Israël, lui ayant donné 100 talens d'argent, il retourna dans ses états, avec la gloire d'avoir obtenu un tribut sans effusion de sang.
PHYLIRE, Voy. PHILYRE.
PHYLLIS, ( Mythol. ) fille de Lycurgue roi de Thrace, écouta favorablement Démophoon fils de Thésée, qui promit de l'épouser aussitôt après son retour de Créte. Elle se pendit parce qu'il tardoit trop à revenir, et fut métamorphosée en amandier Démophoon de retour l'alla mouiller de ses pleurs, et aussitôt il poussa des feuilles comme s'il eût été sensible à ses caresses.
PIA, (Philippe-Nicolas) né à Paris le 15 septembre 1721, mort le 11 mai 1799, étudia avec succès la chimie et remplit pendant long-temps la place de pharmacien en chef de l'hôpital de Strasbourg; de retour à Paris, il fut nommé échevin en 1770 : dès-lors il chercha à signaler son administration par des établissements utiles et il y réussit. L'un d'eux fut la formation et le dépôt des boites fumigatoires, propres à rappeler les noyés à la vie, lorsqu'ils ne sont encore qu'asphixiés par le défaut de respiration. Pia perfectionna les instruments destinés à faire parvenir l'air dans les poumons et à introduire de la fumée dans les intestins. Par ces secours, la première année vingt-quatre noyés retirés de la Seine furent rendus à l'existence. La révolution détruisit en partie l'établissement de Pia, ruina sa fortune; et c'est dans l'indigence que cet ami des hommes a fini ses jours. Ses écrits ont pour titre : I. Description de la boîte d'entrepôt pour les secours des noyés, 1770, in-8.º II. Détails des succès de l'établissement que la ville de Paris a fait en faveur des personnes noyées, 1773, plusieurs volumes in-12.
PIALES, (Jean-Jacques) l'un des plus célèbres jurisconsultes du siècle qui vient de finir, naquit à Rhodez et est mort à Paris dans ces dernières années. Livré exclusivement à l'étude du droit canonique, il devint l'oracle du clergé et de tous ceux qui eurent à décider sur les matières hénéficiales. Ses nombreux traités ont été recueillis et forment 26 vol. in-12. La plupart, d'après les changemens politiques de la France, ne peuvent plus être consultés, et l'auteur eut le chagrin de survivre à leur usage.
PIANÈZE, (le Marquis de) Voyez SIMIANE.
PIASECKI, (Paul) Piasecius, évêque de Prémisli en Pologne, publia en 1646 une Histoire de tout ce qui s'est passé dans la Pologne, depuis Etienne Battori jusqu'à l'année de l'édition, in-fol. Elle est détaillée, voilà son mérite; mais elle est d'ailleurs pleine d'inexactitudes. On cite encore de lui un ouvrage moins connu, sous ce titre : Praxis Episcopalis, in-4.º
PIAZETTA, (Jean-Baptiste) peintre célèbre de l'école de Venise, né dans cette ville en 1682, y mourut en 1754, âgé de 72 ans. Il s'étoit formé un goût singulier du dessin. Il estropioit la plupart de ses figures, en voulant les dessiner d'une manière forte et proportionnée. On a cependant beaucoup gravé d'après lui, parce que ses dessins ont malgré leurs défauts un caractère de grandeur qui tient du goût de Michel-Ange. Son talent ne l'enrichit pas : il mourut si pauvre, qu'un de ses amis fut obligé de le faire enterrer à ses frais.
PIAZZA, (Jérôme-Barthélemi) Dominicain apostat, né à Alexandrie de la Paille, se maria et passa en Angleterre, où il publia une Histoire de l'Inquisition, Londres, 1722. Il mourut dans la misère en 1745, à Cambridge.
PIBRAC, Voyez I. FAUR. 1. PIC, (Jean) comte de la Mirandole et de Concordia, né le 24 février 1463 d'une famille illustre, fut dès sa plus tendre jeunesse un prodige par une mémoire étonnante. A peine avoit-il entendu trois fois la lecture d'un livre, qu'il répétoit les mots de deux pages entières, ou dans leur ordre naturel, ou dans leur ordre rétrograde. Après avoir étudié le droit à Bologne, il parcourut les plus célèbres universités de France et d'Italie. On prétend qu'à l'âge de 18 ans il savoit vingt-deux langues : chose extraordinaire et peut-être incroyable ! « Il n'y a point de langue, dit un homme d'esprit, qui ne demande environ une année pour la bien posséder : et quiconque dans une si grande jeunesse en sait vingt-deux, peut être soupçonné de n'en savoir que les élémens. » Une chose plus extraordinaire encore, c'est que ce prince ayant étudié tant d'idiomes différens, ait pu à 24 ans soutenir des Thèses sur tous les objets des Sciences, sans en excepter une seule : *De omni re scibili*. Ces Thèses affichées à Rome, où l'auteur s'étoit rendu pour paroître sur un théâtre plus digne de son nom, lui susciterent des adversaires. On l'accusa d'hérésie, et on l'empêcha de se donner de nouveau en spectacle. Le pape *Innocent VIII* en censura treize propositions, après les avoir fait examiner par des commissaires. *Pic* publia une Apologie, dans laquelle il se justifia en partie. Une chose assez singulière, c'est qu'un des théologiens qui se mêlèrent de censurer les Thèses, étant interrogé sur la signification du mot de *Cabale* contre lequel il déclamoit, répondit que « c'étoit un Hérétique qui avoit écrit contre *Jesus-Christ*, et que ses Sectateurs avoient eu de lui le nom de *Cabalistes*. » (MÉMOIRES de *Nicéron*, tome 34.) Ces Thèses, qui firent tant de bruit alors, auroient aujourd'hui moins de partisans et moins d'adversaires. On se garderoit bien sur-tout d'accuser l'auteur de magie : accusation qui fut intentée contre ce génie précoce par les ignorans qui le persécutèrent. On trouve à la tête de ses ouvrages les 1400 Conclusions générales, sur lesquelles il offrit de disputer. Un peu d'éléments de géométrie et de sphère étoient, dans cette étude immense, la seule chose qui méritait ses peines. Tout le reste ne sert qu'à faire voir l'esprit du temps. C'est le précis des ouvrages d'*Albert*, surnommé *le Grand*; c'est un fatras des questions ineptes de l'École; c'est un mauvais mélange de la théologie scolastique et de la philosophie Péripateticienne. On y voit qu'un Ange est infini *secundum quid*; que les animaux et les plantes naissent d'une corruption animée par la vertu productive. Sa passion pour l'étude devint si forte, qu'il renonça à ses biens patrimoniaux pour s'y livrer sans réserve. Il s'enferma dans un de ses châteaux, et mourut à Florence le 17 novembre 1494, à 31 ans, le même jour que *Charles VIII* fit son entrée dans cette ville. Ce prince ayant appris qu'il étoit à l'extrémité, lui envoya deux de ses médecins; mais leur art ne lui fut d'aucun secours. On lui fit cette épitaphe : *Joannes jacet hie Mirandula : catra nórunt* Et Tagus et Ganges ; forsan et An-^{}[] sipodes. Le pape *Alexandre VI* lui avoit donné son bref d'absolution quelque temps avant sa mort. Les mœurs de *Pic de la Mirandole* étoient aussi pures, que son esprit étoit actif et pénétrant. Outre ses *Thèses*, on a de lui plusieurs autres Ouvrages, écrits avec assez d'élégance et de facilité. Ils ont été recueillis en un vol. in-fol. à Basle en 1573 et en 1601. Les principaux sont : I. Ses Livres sur le commencement de la *Genèse*, dans lesquels on trouve bien des questions inutiles. II. Un *Traité de la dignité de l'Homme*. III. Un autre de l'*Etre de l'Univers*. IV. Les *Règles de la vie Chrétienne*. V. Un *Traité du Royaume de Jésus-Christ* et de la *Vanité du monde*. VI. Trois livres sur le *Banquet de Platon*. VII. Une *Exposition de l'Oraison Dominicale*. VIII. Un livre de *Lettres*, pleines d'esprit et d'érudition suivant *Nicéron*. C'est ce qui engagea *Christophe Cellarius* à les donner de nouveau au public, avec des sommaires et des notes, 1682, in-8.º IX. *Disputationes adversus Astrologiam Divinatricem*, à Bologne, 1495, in-folio, rare. *Pic* s'y déclare contre l'Astrologie judiciaire; mais il ne faut pas s'y méprendre, c'est contre l'Astrologie pratiquée de son temps. Il en admettoit une autre, et c'étoit, selon lui, l'ancienne, la véritable, qui, disoit-il, étoit négligée, et par laquelle il croyoit pouvoir prédire la fin du monde. Il assure qu'il n'y a aucune vertu dans le Ciel et sur la Terre, qu'un Magicien ne puisse faire agir; et il prouve que les pa- proles sont efficaces en Magie, parce que Dieu s'est servi de la parole pour arranger le Monde. On peut juger à présent, s'il mérita tous les éloges dont on le combla. On prétend qu'il mourut le jour précis que *Lucius Bellantius* de Sienne lui avoit prédit. Ce *Bellantius* avoit réfuté le livre de *Pic* contre l'astrologie dans un ouvrage intitulé : *De Astrologiet veritate quæstiones et Astrologiae defensio contra Picum*, Basle, 1554, in-fol. *Voyez* sa vie par *Jean-François Pic* son neveu, à la tête du recueil des œuvres de son oncle. Cette vie est faite avec beaucoup de soin. *Voyez* aussi les éloges de *Paul Jove*. On voit par cet éloge, que *Pic* étoit appelé le *Phénix de son temps*; mais les louanges outrées ne coïtoient rien alors; la postérité seule leur donne une juste valeur. La plupart des géographes l'ont fait sans raison souverain de la Mirandole et de Concordia; il ne le fut jamais : son frère aîné *Galeoti Pic*, posséda cet état après la mort de leur père, et le transmit à *Jean-François Pic* son fils qui suit.
II. PIC, (Jean-François) — prince de la Mirandole, neveu du précédent, et fils de *Galeoti Pic* prince de la Mirandole, naquit en 1570. Il cultiva les sciences avec autant d'ardeur que son oncle; mais sa passion pour la scolastique lui fit un peu négliger la belle latinité. Sa vie fut fort agitée, et il fut chassé deux fois de ses états : la première, par son frère, et la seconde, par les François en 1512. Il y rentra trois ans après; mais *Galeoti* son neveu, l'ayant surpris une nuit dans son château, l'as- sassina avec son fils *Albert*, le 15 octobre 1533. Il reçut la mort en embrassant un crucifix, *Paul-Jove* dit que quelques-uns regardèrent cette fin funeste comme une juste punition de sa cruauté. *Pic* ayant fait altérer les espèces qui avoient cours dans ses états, par le directeur de sa monnoie, et ayant gagné considérablement par cette fraude, fit cependant mourir par un supplicé cruel ce directeur, pour appaiser les murmures du peuple. Mais plusieurs, dit *Nicéron*, ont rejeté tout l'odieux de cette affaire sur sa femme, qui l'avoit entreprise et conduite sans sa participation. En effet, ses contemporains lui donnent les plus grands éloges. C'étoit, selon *Sadolet*, un prince qui joignoit la force à la raison, la modestie à la puissance, la piété aux armes, la doctrine aux soins de l'administration. Nous avons quelques-uns de ses ouvrages, dans le recueil de son oncle. Il n'y montre pas autant d'esprit, de subtilité et d'érudition; mais on y trouve plus de solidité et d'égalité. Les principaux sont : I. Deux livres sur la mort de *JESUS-CHRIST*. II. Deux autres sur l'*Etude de la Philosophie profane et sacrée*. III. Un autre sur l'*Imagination*. IV. Un Traité *De rerum prænotione*, dans lequel il s'élève avec force contre les moyens illicites dont on se sert pour découvrir l'avenir. V. *La Vie de Sardanapole*. VI. *Des Poésies latines*. VII. Quatre livres de *Lettres*. On a encore de lui, séparément : I. *Stryx*, sive *De ludificatione Dæmonum*, 1612, vol. in-8.º II. *De animae Immortalitate*, 1525, in-4.º III. *Vita Savonarola*; Paris, 1674, in- 12 : morceau curieux. C'est une apologie de ce célèbre infortuné en deux livres, contenant quinze chapitres.
PICARD, *Voyez PICART*. I. PICARD, fanatique, ainsi nommé, parce qu'il étoit de Picardie, renouvela les erreurs des Adamites au commencement du xve siècle, et se fit suivre par une populace ignorante. Il prétendoit être un nouvel *Adam*, envoyé de Dieu pour rétablir la Loi de nature. Il fut chef des Hérétiques qui se répandirent dans la Bohème, et qui de son nom furent appelés *PICARDS*; *Zisca* détruisit leur principal asile en 1420; mais la secte ne fut pas entièrement détruite. On prétend que les Hernutes, dont *Zinzendorf* a été le père de nos jours, en sont une branche, *Voyez ADAM*.
II. PICARD, (Jean) prêtre et prieur de Rillé en Anjou, né à la Flèche, vint de bonne heure à Paris, où des talens supérieurs pour les mathématiques et l'astronomie le firent connoître. On le choisit pour membre de l'académie des Sciences en 1666. Cinq ans après, le roi l'envoya au château d'Uranienbourg, bâti par *Ticho-Brahé* en Danemarck, pour y faire des observations astronomiques. Cette course fut très utile à l'astronomie. *Picard* rapporta de Danemarck des lumières nouvelles, et les manuscrits originaux des observations de *Ticho-Brahé*, augmentées d'un livre. Ces découvertes furent suivies de plusieurs autres; il observa le premier la lumière dans le vide du Baromètre, ou le *Phosphore mercuriel*. Il fut aussi le premier qui parcourut divers endroits de la France par ordre du roi, pour y mesurer les degrés du Méridien terrestre, et déterminer la Méridienne de France. Il travaillait avec le célèbre Cassini, son ami et son éniде, lorsqu'il mourut en 1683, avec la consolation de laisser un nom cher à ses amis, et respectable aux yeux de ses contemporains et de la postérité. Ses ouvrages sont : I. Traité du Nivèlement, publié et augmenté par la Hive. II. Pratique des grands Cadran par le calcul. III. Fragments de Dioptrique. IV. Experimenta circa aquas effluentes. V. De mensuris. VI. De mensurâ Liquidorum et Aridorum. VII. Abrégé de la mesure de la Terre. VIII. Voyage d'Uranienbourg ou Observations Astronomiques faites en Danemark. IX. Observations Astronomiques faites en divers endroits du Royaume. X. La Connoissance des Temps, pour les années 1679 et suivantes, jusqu'en 1683 inclusivement. Tous ces Ouvrages se trouvent dans les tomes vi et vii des Mémoires de l'académie des Sciences. Il fut un des premiers qui appliquèrent le télescope au quart de cercle. Au- zout célèbre mathématicien eut le premier cette idée heureuse ; mais Picard la perfectionna tellement qu'on lui en attribue assez généralement la gloire.
III. PICARD, (Benoit) Capucun, connu sous le nom de Père Benoit de Toul, naquit en cette ville en 1580, et se consacra aux recherches historiques. Nous avons de lui : I. Une Histoire de la Maison de Lorraine, 1704, in-8.º II. Une Histoire Ecclésiastique de Toul, 1707, in-4.º III. Un Pouillé de Toul, deux vol. in-8º, qui fut défendu par arrêt du parlement. Ces livres sont mal écrits, et manquent quelquefois de critique ; mais il y a des choses qu'on ne trouve point ailleurs. L'auteur mourut en 1720, à 40 ans.
IV. PICARD, (Charles-André) mort au mois de mars 1779, a publié une Lettre sur quelques monuments antiques, et le Catalogue raisonné du cabinet de Babault, 1763, in-12.
PICARDET, (C. N.) né à Dijon, se fit ecclésiastique, et devint prieur de Neuilly et membre de l'Académie de sa patrie. Il réunit l'exercice de la bienfaisance à la culture des lettres, et établit un prix de vertu pour une Rosière. On lui doit : I. Les deux Abdalonyne, histoire Phénicienne, 1779, in-8.º Le sujet de ce roman moral propre à l'instruction de la jeunesse, est tiré de Quinte-Curce. II. Histoire météorologique pour l'année 1785. III. Il avoit entrepris un grand ouvrage intitulé : La grande Apologétique. Cétoit la réfutation de toutes les hérésies nées depuis l'origine du Christianisme. La mauvaise santé de l'auteur le força à abandonner cette entreprise. — Son frère, membre aussi de l'académie de Dijon, a publié des Foésies qui ne sont pas sans mérite, et un Journal des observations du baromètre de Lavoisier. Ce dernier écrit est inséré dans les Mémoires de l'académie de Dijon pour l'année 1785. Les deux frères sont morts dans leur patrie pendant la révolution. I. PICART, (Michel) né à Nuremberg en 1754, devint pro- 558 PIC fesseur de philosophie et de poésie à Altorf, où il mourut en 1620 à 46 ans, après avoir été ami d'Isaac Casaubon. Il a laissé : I. Des Commentaires sur la Politique et sur quelques autres ouvrages d'Aristote. II. Des Disputes. III. Des Harangues. IV. Des Essais de Critique. V. Une Traduction latine d'Oppien imprimée à Paris en 1604. Ce fut 37 ans après sa mort que Jean Saubert, ministre à Nuremberg, publia l'ouvrage de Picart, intitulé Liber singularis periculorum criticorum.
II. PICART, (François le) docteur de Sorbonne, né à Paris en 1604, mort dans la même ville le 15 septembre 1558 à 52 ans, fut doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois, et seigneur d'Artulli et de Villeron. Il se distingua par son zèle et par son savoir. Le P. Hilarion de Coste Minime, a écrit sa vie. On lui attribue un livre singulier et rare, intitulé : Le Debat d'un JACOBIN et d'un CORDELIER, à qui aura sa Religion meilleure, 1606, in-12.
III. PICART, (Bernard) né à Paris le 11 juin 1673, d'Etienne Picart, dit le Romain, fameux graveur, étudia cet art sous son père, et l'architecture et la perspective sous Sébastien le Clerc. Son goût pour la religion prétendue Réformée le fit passer en Hollande l'an 1710. Il s'y distingua par l'ordonnance, par l'exactitude, par la correction de ses dessins, par la propreté et par la délicatesse des estampes dont il orna un grand nombre de livres. Il ne fut guère occupé en Hollande que par des libraires; mais il avoit soin de garder une quantité d'épreuves de toutes les planches qu'il gravoit. Les curieux qui vouloient faire des collections les achetoient fort cher. Ses Dessins étoient aussi à un très-haut prix. Quand ce maître s'est écarté de sa manière léchée, il a fait des choses touchées avec assez de liberté et qui sont très-piquantes. Ses compositions en grand nombre font honneur à son génie. Les pensées en sont belles et pleines de noblesse; peut-être sont-elles quelquefois trop recherchées et trop allégoriques. Il altéra l'expression de ses têtes à force de les couvrir de petits points, et il chargea ses draperies de tailles roides, longues, unies, qui produisent un fini froid et insipide. Cet artiste mourut à Amsterdam le 8 mai 1733, à 60 ans, aimé et estimé. Il a fait un grand nombre d'estampes, qu'il nomma les Impostures innocentes, parce qu'il avoit tâché d'imiter les différens goûts pittoresques de certains maîtres savans, qui n'ont gravé qu'à l'eau forte, tels que le Guide, Rembrandt, Carle Maratte, etc. Son but étoit d'embarrasser quelques personnes qui vouloient que les peintres seuls pussent graver avec esprit et liberté. En effet il eut le plaisir de voir ses Estampes vendues comme étant des maîtres qu'il avoit imités, et achetées par ceux mêmes qui se donnoient pour connoisseurs du goût et de la manière des peintres dans la gravure à l'eau forte. Le recueil de ses Estampes forme un in-folio, Amsterdam, 1734. On a encore une collection de Piceres antiques gravées, sur lesquelles les Graveurs ont mis leurs noms, dessinées et gravées en cuivre par B. Picart, avec les Explications latines tra- duites par *Limiers*, in-folio, Amsterdam, 1724. Il a fait encore beaucoup d'*Epithalammes* : sortes d'estampes en usage dans la Hollande. On admire aussi les estampes dont il a enrichi le grand ouvrage des *Cérémonies Religieuses de tous les Peuples du monde*, Amsterdam, 1723 et années suivantes, qui parurent dans cet ordre-ci : I. Cinq vol. contenant toutes les *Religions qui ne reconnaissent qu'un Dieu*. II. Deux vol. pour les *Idolâtres*. III. Deux autres vol. intitulés : l'un, tom. 7, seconde partie ; l'autre, tome 8. IV. Deux vol. de *Superstitions*. L'abbé *Banier* et le *Mascrier* ont purgé ce recueil des préjugés de secte que le premier éditeur y avoit semés, Paris, 1741 et suivantes, en 9 vol. in-folio. Les figures en sont moins belles que celles de l'édition de Hollande ; mais il y a de plus un frontispice gravé, et le tombeau du diacre *Pâris*. Malgré les corrections des deux savans de France, ce recueil insuffisant pour les gens de lettres, et peu accommodé à la frivolité des gens du monde, est une compilation informe plutôt qu'un bon ouvrage. Les rédacteurs Hollandois y ont réuni une multitude de dissertations de mains différentes ; ils espient, ils traduisent ; ce qui produit une bigarrure de style fatigante à l'esprit et désagréable à l'oreille. Les reviseurs François corrigèrent des inexactitudes ; mais ils changèrent quelquefois cette histoire en discussion théologique ; et leur style sans chaleur et sans mouvement n'intéresse guère le lecteur. On a encore de *Picart* les figures du *Temple des Muses*, Amsterdam, 1733, in-folio. (Voyez STOCK.) — *Étienne PICART* son père, doyen des académies de Peinture et de Sculpture de Paris, étoit mort à Amsterdam le 22 novembre 1721, à 90 ans.
IV. PICART DE SAINT-ADON, (François) doyen dignitaire de Sainte-Croix d'Étampes, né à Saint-Côme, diocèse de Rhodez, en 1698, et mort à Étampes en 1773, à 75 ans, fut le modèle des prêtres par ses mœurs, et servit à leur instruction par ses écrits. On a de lui divers ouvrages de piété, qui forment chacun un vol. in-12. I. *L'Histoire des Voyages de JESUS-CHRIST*. II. Les *Voyages de Saint Paul*. III. *L'Histoire de la Passion*. IV. Le *Livre des Affligés pénitens*. V. *Pratiques sur le Dogme et la Morale*. VI. *Livre de Piété ou Recueil de Prières*, etc. etc.
PICART, Voyez PICARD.
PICCINI, (Nicolas) célèbre—musicien, naquit à Bari, dans le royaume de Naples, d'un père qui cultivoit la musique et qui ne vouloit pas l'apprendre à son fils. Il le destinoit à l'état ecclésiastique, mais le génie se jouant des obstacles que lui opposoit l'intérêt, il fallut placer le jeune Piccini au conservatoire de Saint-Osaphne. Le fameux *Léo* et ensuite *Durante*, non moins célèbre, furent ses maîtres. Le dernier le distinguait bientôt de tous ses élèves. Les autres sont mes écoliers, disoit-il quelquefois, mais celui-ci est mon fils. Après 12 ans d'études, Piccini sortit du conservatoire en 1754, et l'Italie fut bientôt remplie de ses productions et de sa renommée. Les princes se disputoient le plaisir de le posséder ; la prin- 360 PIC cesse *Belmonte-Pignatelli* surtout ne pouvoit se passer d'un homme si rare. La mort d'un mari qu'elle adoroit, l'avoit plongée dans une douleur qui tenoit du désespoir. La musique seule de *Piccini* put l'adoucir. Un si grand artiste parut devoir être une conquête précieuse pour la France. Des connoisseurs l'y attirèrent par l'espoir d'un établissement avantageux pour lui et sa nombreuse famille. Il arriva à Paris à la fin de novembre, et il s'accoutuma d'abord difficilement au temps brumeux, froid et humide de la capitale. *Comment*, disoit-il un jour à l'un de ses amis, il n'y a donc jamais de soleil dans ce pays-ci. Les connoisseurs se partagèrent entre *Gluck* et lui; mais tous convinrent que l'un et l'autre avoient reculé les bornes de leur art et augmenté nos plaisirs. Les petites tracasseries que lui suscitèrent les enthousiastes de son rival, lui firent regretter sa patrie; il y retourna dans un moment où tout ce qui venoit de France étoit regardé comme infecté du levain révolutionnaire. On le peignit comme un jacobin au gouvernement Napolitain. Il fallut revenir à Paris avec une fortune délabrée par ses transmigrations et des maux physiques que l'âge et le chagrin aggravoient. Il y succomba bientôt, et mourut à Passy le 7 mai 1800 (17 floréal an 8) âgé de 72 ans. La douceur de son caractère, la simplicité de ses goûts, ses vertus domestiques, son désintéressement excitèrent les regrets de sa famille et de ses amis. Ses ouvrages portent l'empreinte de ses qualités morales. Les opéra qu'il a composés en Italie montent à plus de cent. On a joué avec succès aux Bouffons Italiens à Paris *Le Finde Gemelle*, dont les airs de chant sont d'une perfection rare, et à l'opéra la *Buona Figliola* qui avoit été depuis long-temps parodiée au théâtre Italien, mais jamais jouée en entier. Cet ouvrage fut entendu de scène en scène avec transport, et commença à donner à *Piccini* une foule d'admirateurs. Les pièces dont il a enrichi le répertoire François, sont : *Roland*, *Atys*, *Iphigénie en Tauride*, *Adèle de Ponthieu*, *Didon*, *Endymion*, *Penélope*, *Clytemnestre*, *le faux Lord*, *Lucette*, *le Mensonge officieux*, *le Dormeur éveillé* et *Phaon*. *Roland* offrit de grandes beautés; il fut surpassé par *Atys* riche en morceaux d'exécution. Les duo d'*Atys* et de *Sangaride*, l'air de *Cybèle* à la fin du second acte; le chœur des *Songes*, le quatuor du troisième acte, produisirent la plus vive sensation. Dans *Iphigénie*, *Piccini* ne craignit pas de se mesurer avec *Gluck* qui avoit mis en musique le même sujet; il annonça qu'ayant commencé son ouvrage avant que son rival eût fait le sien, il n'avoit pas voulu perdre le fruit de son travail. L'expression du chant y est toujours claire et distincte. Trois morceaux consécutifs du troisième acte, le rondeau chanté par *Oreste*; *Cruel*, et tu dis que tu m'aimes; l'air de *Pylade* commençant par ces mots : *Oreste*, *au nom de la patrie*; et le *Trio* de la fin, ont enlevé tous les suffrages. *Didon* est regardée comme le chef-d'œuvre de *Piccini*. En convenant de la beauté ravissante de la musique de *Roland*, d'*Atys*, et d'*Iphigénie*, ses ennemis ennemis ennemis lui refusoient le talent de peindre les sentimens profonds et les passions fortes; mais il les rendit dans *Didon* avec toutes leurs couleurs, sans affoiblir la marche périodique qui fait le caractère et le charme de la musique. C'est en combattant les adversaires de son compatriote, que l'ambassadeur de Naples se plaignait de ce que le parterre étoit trop accoutumé au grand bruit, disoit : *Les oreilles des Italiens ne sont qu'un simple cartilage ; mais celles des François sont encore doublées de marroquin*. La beauté des airs de Piccini a contribué à les rendre plus sensibles à la modulation et à la délicatesse des sons. M. Ginguéné ami de ce musicien célèbre, a publié une *notice* intéressante sur sa vie et ses ouvrages ; Paris, an 9, chez la veuve *Panchoucke*. I. PICCOLOMINI, (Alexandre) archevêque de Patras, coadjuteur de Sienne sa patrie, où il naquit vers l'an 1508, étoit d'une illustre et ancienne maison, originaire de Rome et établie à Sienne. Il composa avec succès pour le théâtre ; et quoique occupé de cet art frivole, il joignit à ses talens une vie exemplaire, des mœurs pures, un caractère honnête. Sa charité étoit extrême ; il l'exerçoit sur-tout à l'égard des gens de lettres indigènes. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en italien. Les plus distingués sont : I. Diverses *Pièces Dramatiques* qui furent le principal fondement de sa réputation. II. La *Morale des Nobles*, Venise, 1552, in-8° III. Un *Traité de la Sphère*. IV. Une *Théorie des Planètes*. V. Une *Traduction* de la Rhétorique et de la Poétique d'*Aris*. 56r tote, in-4° VI. L'*Institution morale*, Venise, 1575, in-4°, traduite en françois par *Pierre de Larivey*, in-4°, Paris, 1581 ; et d'autres écrits qui prouvent ses grandes connoissances dans la physique, les mathématiques et la théologie. Il fut le premier qui se servit de la langue italienne pour écrire sur des matières philosophiques. Ce prélat mourut à Sienne le 12 mars 1578, à 70 ans. On peut voir le Catalogue détaillé de ses différens ouvrages dans le *Dictionnaire Typographique*. Ils ne sont pas assez recherchés pour que nous alongions davantage cet article. Il faut en excepter cependant son *Dialogo della bella Creanza delle Donne*, Milano, 1558, et Venetia, 1574, in-8° : ouvrage qui ne répond guère à la dignité d'un prélat. Il est rempli de mauvaises maximes, qui ne pourroient qu'être funestes aux jeunes femmes. Le nom de *Piccolomini* n'est pas à la tête, et il y a apparence que ce livre est une production de sa jeunesse. Il est fort rare, et il pourroit l'être encore davantage sans qu'on y perdit. Il a été traduit en françois par *François d'Amboise*, à Lyon, in-16, sous le titre d'*Instructions des jeunes Domes* ; et réimprimé en 1583, sous celui de *Dialogue et Devis des Demoiselles*.
II. PICCOLOMINI, (François) de la même famille que le précédent, enseigna avec succès la philosophie pendant vingt-deux ans, dans les plus fameuses universités d'Italie, et se retira ensuite à Sienne, où il mourut en 1604, à 84 ans. La ville prit le deuil à sa mort. Ses ouvrages sont : I. Des *Commentaires* sur N n 962 PIC Aristote, Maïence, 1608, in-4.º II. *Universa Philosophia de moribus*, Venise, 1583, in-folio. Il s'efforça de faire revivre la doctrine de *Platon*, dont il tâcha aussi d'imiter les mœurs. Ses Commentaires sur *Aristote* furent estimés autrefois, à cause de leur clarté et de leur subtilité. Il eut pour rival le fameux *Jacques Zabarella*, qu'il surpassoit par la facilité de l'expression et la netteté du discours; mais auquel il étoit inférieur pour la force et la suite du raisonnement, parce qu'il n'approfondissoit pas les matières comme lui et qu'il voltigeoit trop de proposition en proposition.
III. PICCOLOMINI D'ARAGON, (Octave) duc d'Amalfi, prince de l'Empire, général des armées de l'empereur, chevalier de la Toison d'or, naquit en 1599. Il porta d'abord les armes dans les troupes Espagnoles en Italie. Il servit ensuite dans les armées de *Ferdinand II*, qui l'envoya au secours de la Bohème, et qui lui confia le commandement des troupes Impériales en 1634. Après s'être signalé à la bataille de Nortlingue, il fit lever le siège de St-Omer au maréchal de *Châtillon*. Il eut le bonheur d'enlever la victoire au marquis de *Feuquières* en 1639. (*Voyez* I. Pas.) La perte de la bataille de Wolffembutel en 1651, n'affoiblit point sa gloire. Il mourut cinq ans après le 10 août 1656, à 57 ans, sans postérité, avec la réputation d'un négociateur habile et d'un général actif. Le célèbre *Caprara* étoit son neveu.
IV. PICCOLOMINI, (Jacques) dont le nom étoit *Ammantati*, prit celui de *Piccolomini* en l'honneur de *Pie II* son protecteur. Il étoit né dans un village près de Lucques, en 1422. Il devint évêque de Massa, puis de Frescati; cardinal en 1461, sous le nom de *Cardinal de Pavie*; et mourut en 1479, à 57 ans, d'une indigestion de figures. Il laissa huit mille pistoles entre les mains des banquiers que le pape *Sixte IV* réclama, et dont il donna quelque chose à l'hôpital du Saint-Esprit. Ses ouvrages, qui consistent en des *Lettres* et en une *Histoire* de son temps, furent imprimées à Milan en 1521, in-folio. Son Histoire, intitulée *Commentaires*, commence le 18 juin 1464 et finit le 6 décembre 1469. On peut les regarder comme une suite des *Commentaires* du pape *Pie II*, qui se terminent à l'an 1463.
PICCOLOMINI, *Voyez* PIE II. — PIE III. — III. PATRICE.
PICHON, (Jean) né à Lyon en 1683, se fit Jésuite en 1697, et fut destiné à la chaire et à la direction. Le roi *Stanislas* ayant fondé des missions dans la Lorraine, jeta les yeux sur le Père *Pichon* pour donner de l'activité à cette fondation. Ce missionnaire voyant que quelques docteurs trop sévères éloignaient les fidelles de la communion, composa l'Esprit de Jésus-Christ et de l'Eglise sur la fréquente *Communion*, où en combattant des excès, il donna dans un excès contraire. Son livre fit beaucoup de bruit, fut condamné à Rome en 1748, et par plusieurs évêques de France. L'auteur le condamna lui-même par un acte public à Strasbourg, le 24 janvier 1748. Il fut relégué en Au- vergne, et passa de là à Sion en Valais où l'évêque de cette ville l'avoit demandé. Il y fut grand vicaire et visiteur général du diocèse, et mourut en exerçant les fonctions du saint ministère, le 5 mai 1751. Voyez les articles III. LANGUET et III. CHAT à la fin.
PICHOT, (Pierre) médecin de Bordeaux au 16e siècle, réunit une grande pratique à la théorie. On lui doit : I. Traité pour se garder de la peste, in-12. II. De Morbis animi, 1594, in-8. III. De Rheumatismo, Catharco, etc., 1597, in-12. Ces écrits ne manquent ni de vues judicieuses, ni de profondeur.
PICHOU, (N.) Poëte François, né à Dijon, fut assassiné en 1631, à la fleur de son âge. Il n'est guère connu que par des Pièces de théâtre très-médiores. Les principales sont : I. Les Folies de Cardenio, 1630, in-8. II. Les Aventures de Bosilicon, 1630, in-8. III. L'Infidelle Confidente, 1631, in-8, pièce qui fut souvent représentée par les comédiens de l'hôtel de Bourgogne. IV. Une Traduction en vers de la Pastorale de la Filis de Scire, 1631, in-8. Le cardinal de Richelieu faisoit cas de cette traduction, qui n'est pas pourtant excellente. V. L'Amante, 1632, in-8, Pastorale en vers françois. Sa versification est négligée et lâche. I. PICQUET, (François) né à Lyon en 1626, d'un banquier de cette ville, voyagea en France, en Italie et en Angleterre, et fut nommé consul d'Alep en Syrie l'an 1652. Quoiqu'il n'eût alors que vingt-six ans, il remplit cet important emploi avec l'applau- dissement général des François, des Chrétiens d'Alep, et même des Infidelles. La république de Hollande, instruite de son mérite, le choisit aussi pour son consul à Alep. Il ne se servit du crédit que lui donnoit sa place, que pour le bien des nations qu'il servoit, et pour l'utilité de l'Eglise. Il rendit de grands services à la France, à la Hollande et aux Chrétiens du Levant, ramena un grand nombre de schismatiques à l'Eglise Catholique, et se montra aussi zélé missionnaire que consul fidelle et intelligent. André archevêque des Syriens, homme de mérite qui devoit son élévation à Picquet, sachant qu'il vouloit abdiquer le consulat pour retourner en France, et y embrasser l'état ecclésiastique, lui donna la tonsure cléricale en 1660. Picquet partit en 1662, emportant avec lui les regrets de tous les Chrétiens d'Alep, dont il étoit comme le père, et de tous les habitans de cette grande ville, admirateurs de ses vertus. Il passa à Rome pour rendre compte au pape Alexandre VIII de l'état de la religion en Syrie, et vint ensuite en France où il prit les ordres sacrés. Il fut nommé en 1574, vicaire apostolique de Bagdad, puis évêque de Césarople dans la Macédoine. Ce digne citoyen repartit pour Alep en 1679, et y rendit les services les plus importants à l'Eglise pendant tout le cours de sa mission. Il mourut à Hamadan ville de Perse, le 26 août 1685, à 60 ans, avec le titre d'ambassadeur de France auprès du roi de Perse. Il fournit plusieurs pièces importantes à Nicole pour son grand ouvrage de la Perpétuité de la Foi. Sa Vie a été N n z 564 PIC donnée au public à Paris en 1732. On l'attribue à *Anthelmi* évêque de Grasse, qui paroît avoir eu de bons Mémoires.
II. PICQUET. (le Père) Jésuite, est connu par deux ouvrages sur l'ordre de Frontevrault: I. *Histoire de cet Institut*, Paris, 1642, in-4.º II. *Vie de Robert d'Arbrisselles*, Angers, 1686, in-4.º
III. PICQUET, (François) célèbre missionnaire, né à Bourg en Bresse en 1708, mort près de la même ville en 1781, se rendit aussi recommandable par son zèle que par ses vertus apostoliques. Depuis 1733 qu'il se rendit au Canada, jusqu'en 1760 qu'il quitta ce pays, conquis alors par les Anglois, il établit des missions florissantes, et rendit à la France des services signalés. M. de la Lande son compatriote, a fait connoître ce pieux missionnaire dans un Mémoire curieux inséré dans le 26e volume de la nouvelle édition des *Lettres édifiantes et curieuses*.
IV. PICQUET, (Christophe) avocat, mort en 1779, a traduit quelques ouvrages de l'anglois, et entr'autres le roman de *Fielding*, intitulé : *Histoire de Jonathan Wild*, 1763, 2 vol. in-12.
PICTET, (Benoit) né à Genève en 1655 d'une famille distinguée, fit ses études avec beaucoup de succès. Après avoir voyagé en Hollande et en Angleterre, il professa la théologie dans sa patrie, avec une réputation extraordinaire. L'université de Leyde le sollicita après la mort de *Spantreina* de venir remplir sa place. Mais il crut qu'un citoyen se devoit à sa patrie; et la patrie le remercia de cette générosité par la bouche des membres du conseil. Une maladie de langueur, causée par un excès de travail, accéléra sa mort, arrivée le 9 juin 1724, à 69 ans. Ce ministre avoit beaucoup de douceur et de franchise. Le système de la tolérance étoit très-conforme à son caractère; il le sontenoit et le pratiquoit. Les pauvres trouvoient en lui un consolateur et un père. Son éloquence grave et naturelle, étoit soutenue par les talens de l'esprit et par la pureté de ses mœurs. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages en latin et en françois, estimés des Protestans. Les principaux sont : I. Une *Théologie Chrétienne*, en latin, 3 vol. in-4°, dont la meilleure édition est de 1721. II. *Morale Chrétienne*, Genève, 1710, huit vol. in-12. III. *L'Histoire des onzième et donzième siècles*, pour servir de suite à celle de le *Sueur*, 1713, in-4°, 2 vol. Le continuateur est plus estimé que le premier auteur. IV. Plusieurs *Traités de Controverse*. V. Un grand nombre de *Traités de morale* et de piété parmi lesquels il faut distinguer l'*Art de bien vivre et de bien mourir*, Genève, 1705, in-12. VI. Des *Lettres*. VII. Des *Sermons*, 1697 à 1721, 4 vol. in-8.º VIII. *Traité contre l'indifférence des Religions*, Genève, 1716, in-12. Une foule d'autres livres « dont le nombre, dit M. *Sennebiar*, a beaucoup nui à leur perfection. Mais chacun annonce du savoir et du jugement. Ils respirent tous au moins la piété la plus vive; on ne les fit point sans désirer de devenir meilleur. » (*Voyez Mécroisse* de Nicéron, tom. 1er) — Jean-Louis PICTET, avocat de Genève, né en 1739, étoit de la même famille. Il fut membre du conseil de Deux-Cents, conseiller d'état, syndic, et mourut en 1781. Il s'attacha à l'étude de l'astronomie, et fit des voyages en France et en Angleterre pour s'y perfectionner. Peu d'hommes ont eu l'esprit aussi clair et aussi net. Il a laissé en manuscrit le Journal d'un voyage en Russie et en Sibérie en 1768 et 1769 pour l'observation du passage de Vénus sur le disque du Soleil : ouvrage intéressant par les peintures naïves des hommes et de la nature.
PICUMNUS, (Mythol.) fière de Pilumnus. Ils furent l'un et l'autre mis au nombre des Dieux et révérés comme protecteurs des liens du mariage. On les invoquoit aux fiançailles. Picumnus apprit à engraisser les terres avec du fumier, et Pilumnus à piler le blé pour faire du pain. Celui-ci épousa Danaé fille d'Acrisius, qui avoit été jetée sur la côte avec son fils Persée.
PICUS, (Mythol.) un des fils de Saturne, lui succéda en Italie. Il fut père de Faune, et étoit très-versé dans la science des Augures. Circé le métamorphosa en un oiseau qu'on appelle Pivert, parce qu'il n'avoit pas voulu l'épouser et lui avoit préféré la Nymphe Canente.
PIDOU, (François) chevalier, seigneur de SAINT-OLON, né en Touraine l'an 1640, obtint une place de gentilhomme ordinaire du roi en 1672. Cet emploi le mit à portée d'être connu de Louis XIV. Ce prince démêla les talens de Saint-Clon, et l'employa dans des affaires importantes. Il fut successivement envoyé extraordinaire à Gênes et à Madrid, et ambassadeur extraordinaire à Maroc : dans ces différentes fonctions, il soutint l'honneur de son caractère et celui de la France. Ses services furent récompensés par le titre de comma deur de l'ordre de Saint-Lazare. Cet homme estimable mourut à Paris en 1720, âgé de 80 ans, regretté des savans qu'il recherchoit, et pleuré de ses amis, qui avoient en lui un homme généreux et obligeant. On lui doit : I. Etat présent de l'Empire de Maroc, in-12, Paris, 1694. Cette relation est courte, mais sage, judicieuse et exacte. II. Les Evénemens les plus considérables du règne de Louis le Grand, Paris, 1690, in-12. Ce livre n'est qu'une version d'un ouvrage de Murana, et n'apprend pas grand'chose. I. PIE Ier, (Saint) successeur du pape Hygin en 142, étoit Italien d'origine et fut martyrisé l'an 157. On ne trouve rien de remarquable pendant son pontificat. On prétend qu'il ordonna qu'on célébreroit la fête de Pâques le Dimanche après le 14 de la lune de mars : mais ce fait n'est pas constant. On lui a attribué des Lettres qui sont supposées.
II. PIE II, (Aneas-Sylvius Piccolomini) naquit le 18 octobre 1405, à Corsigni dans le Siennois dont il changea ensuite le nom en celui de Pienza. Victoire Forteguerra sa mère étant enceinte de lui, avoit songé qu'elle accoucheroit d'un enfant mitré; et comme c'étoit alors la N n 3 coutume de dégrader les clercs en leur mettant une autre de papier sur la tête, elle crut qu'*Enée* seroit la honte de sa famille : mais ce qui lui paroissoit annoncer un opprobre, fut l'augure des plus grands honneurs. *Enée* fut élevé avec soin, et fit beaucoup de progrès dans les belles-lettres. Après avoir fait ses études à Sienne, il alla en 1431 au concile de Basle, avec le cardinal *Dominique Capranica*, qu'on appelait de *Fermo* parce qu'il étoit administrateur de cette église. *Enée* fut son secrétaire, et n'avoit alors que vingt-six ans. Ensuite il exerça la même fonction auprès de quelques autres prélats et du cardinal *Albergati*. Le concile de Basle l'honora de différentes commissions, pour le récompenser du zèle avec lequel il avoit soutenu cette assemblée contre le pape *Eugène IV*. *Piccolomini* fut ensuite secrétaire de *Frédéric III*, qui lui décerna la couronne poétique, et l'envoya en ambassade à Rome, à Milan, à Naples, en Bohème et ailleurs. *Nicolas V* l'éleva sur le siège de Trieste, qu'il quitta quelque temps après pour celui de Sienne. Enfin après s'être signalé dans diverses nonciatures, il fut revêtu de la pourpre Romaine par *Calixte III*, auquel il succéda deux ans après, le 27 août 1458. *Pie* second élevé sur le saint Siège vérifia le proverbe, *Honores mutant mores*. Il parut dès le commencement de son pontificat, jaloux des prérogatives de la papauté. Il donna en 1460 une Bulle « qui déclare les appels du pape au Concile, nuls, erronés, détestables et contraires aux saints Canons. » Cette Bulle n'empêcha pas le procureur général du par- perlement de Paris d'interjeter appel au Concile, pour la défense de la *Pragmatique* — *Sanction*, contre laquelle le pape ne cessoit de s'élever. *Pie* étoit alors à Man-tou, où il s'étoit rendu pour engager les princes Catholiques à entreprendre la guerre contre les Turcs : la plupart consentirent à fournir des troupes ou de l'argent ; d'autres refusèrent l'un et l'autre, entr'autres les François que le pape prit dès-lors en aversion. Cette haine diminua sous *Louis XI*, auquel il persuada en 1461 d'abolir la *Pragmatique* — *Sanction*, que le parlement de Paris avoit soutenue avec tant de vigueur. L'année suivante 1462 fut célèbre par une dispute entre les Cordeliers et les Dominicains, touchant le Sang de J. C. séparé de son Corps pendant qu'il étoit au tombeau. Il s'agissoit aussi de savoir s'il avoit été séparé de sa divinité ; les Cordeliers étoient pour l'affirmative, et les Dominicains pour la négative. Ils se traitoient réciproquement d'hérétiques, et le pape fut obligé de leur défendre par une Bulle de se charger les uns les autres de ces qualifications odieuses. Une Bulle qui lui fit moins d'honneur fut celle du 26 avril 1463, par laquelle il rétracta ce qu'il avoit écrit au concile de Basle lorsqu'il en étoit secrétaire. « Nous sommes homme, dit-il, et nous avons erré comme homme. Nous ne nions pas qu'on puisse condamner beaucoup de choses que nous avons dites et écrites. Nous avons prêché par séduction comme *Paul*, et nous avons persécuté l'Église de Dieu par ignorance. Nous imitons le bienheureux *Augustin*, qui ayant laissé échapper quel- ques sentimens erronés dans ses ouvrages, les a rétractés. Nous faisons la même chose : nous reconnoissons ingénument nos ignorances, dans la crainte que ce que nous avons écrit étant jeune, ne soit l'occasion de quelque erreur qui puisse dans la suite porter quelque préjudice au saint Siège. Car s'il convient à quelqu'un de défendre et maintenir l'éminence et la gloire du premier trône de l'Église, c'est à nous que le Dieu rempli de miséricorde a élevé par sa seule bonté à la divinité de *Victoire de Jesus-Christ* sans aucun mérite de notre part. Pour toutes ces raisons nous vous exhortons et nous vous avertissons dans le Seigneur, de ne point ajouter foi à tous ces écrits qui blessent en toutes manières l'autorité du siège apostolique, et qui établissent des sentimens que l'église Romaine ne reçoit point. Si vous trouvez donc quelque chose de contraire à sa doctrine, ou dans nos *Dialogues* ou dans d'autres Opuscules qui soient de nous, méprisez ces sentimens, rejetez-les, suivez ce que nous disons à présent. Croyez-moi plutôt maintenant que je suis vieillard, que quand je vous parlois en jeune homme. Faites plus de cas d'un souverain pontife que d'un particulier : récusez *Æneas-Sylvius*, et recevez *Pie II*. » On pouvoit objecter au pape, que c'étoit sa dignité seule qui lui avoit fait changer de sentiment. Il prévient cette objection, en racontant en peu de mots sa vie et ses actions, et en faisant toute l'histoire du Concile de Basle, où il vint avec le cardinal *Capranica*, en 1431 ; mais jeune, dit-il, et sans aucune expérience, comme un oiseau qui sort du nid. Cependant les Turcs menaçent la Chrétienté. *Pie* toujours plein de zèle pour la défense de la Religion contre les Infidelles, prend la résolution d'équiper une flotte aux dépens de l'Église, et de passer lui-même en Asie, pour exciter les princes Chrétiens par son exemple. Il se rendit à Ancone dans le dessein de s'embarquer ; mais il y tomba malade de fatigue, et y mourut le 16 août 1464, âgé de 59 ans. On cite une de ses lettres, adressée peu de temps avant à *Mahomet II*. Il lui marquait en substance : « Si vous voulez étendre votre empire parmi les Chrétiens, vous n'avez besoin que d'une petite chose qui se trouve facilement, d'un peu d'eau pour vous baptiser. Alors nous vous appellerions empereur des Grecs et de l'Orient. Nous implorerions votre bras contre les usurpateurs des biens de l'église Romaine. A l'exemple de nos prédécesseurs, *Etienne*, *Adrien* et *Léon* qui transférèrent l'empire des Grecs à *Pepin* et à *Charlemagne*, nous aurions recours à vous, et nous ne serions point ingrats. » Cette lettre d'un pape au sultan Turc, dit l'abbé *Millet*, est peut-être moins étonnante que les efforts de quelques écrivains pour y trouver des preuves d'un zèle admirable. Quoi qu'il en soit, on ne peut douter que *Pie II* ne fût un des plus savans hommes de son siècle et un des pontifes les plus zélés ; mais comme son génie étoit ambitieux et souple, il sacrifia quelquefois tout à cette ambition. Ses principaux ouvrages sont : I. Des *Mémoires sur le Concile de Basle*, depuis la suspension d'*Eugène* jusqu'à l'élection de *Felix*. II. L'Histoire N n 4 des Bohémiens, depuis leur origine jusqu'à l'an 1458. III. Deux livres de Cosmographie. IV. I. Histoire de Frédéric III, dont il avoit été vice-chancelier, 1785, in-folio : elle passe pour assez exacte et assez bien détaillée. V. Traité de l'éducation des Enfans. VI. Un Poème sur la Passion de Jésus-Christ. VII. Un Recueil de quatre cent trente-deux Lettres, Milan, 1473, in-folio, dans lesquelles on trouve quelques particularités curieuses. VIII. Les Mémoires de sa vie, publiés par Jean-Gobelin Personne son secrétaire, et imprimés à Rome, in-4°, en 1584. On ne doute point que ce ne soit l'ouvrage même de ce pontife. IX. Historia rerum ubicumque gestarum, dont la première partie seulement vit le jour à Venise, 1477, in-folio. X. Il avoit composé en latin le Roman d'Euriale et Lucrèce, petit in-4° sans date, mais fort ancien, publié en françois à Paris, 1493, in-folio. Ses Œuvres ont été imprimées à Basle en 1571, et à Helmstadt en 1700, in-folio. On trouve sa Vie au commencement. On lui appliqua ce dernier vers de Virgile, Énéide, livre 1er, vers 382 : Sum plus ÆNEAS. . . . . et la fin du vers suivant : . . . . . . . . famé super athera nosus.
III. PIE III, (François Thodechint) étoit fils d'une sœur du pape Pie II. Ce pontife lui permit de prendre le nom de François Piccolomini, et le fit archevêque de Sienne et cardinal. Il succéda au pape Alexandre VI, le 22 septembre 1503. Son prédécesseur avoit montré sur la chaire de Saint-Pierre, tous les vices d'un scélérat déterminé; Pie y fit éclater les vertus d'un Apôtre. On concevoir de grandes espérances d'un tel pontife, mais il mourut vingt-un jours après son élection, le 13 octobre suivant.
IV. PIE IV, (Jean-Ange cardinal de Medicis) d'une autre famille que celle de Florence, étoit frère du fameux marquis de Marignan, général de Charles-Quint. Il naquit à Milan, de Bernardin Medichino, en 1499. Il s'éleva par son mérite, et eut divers emplois importans sous les papes Clement VII et Paul III. Jules III qui l'avoit chargé de plusieurs légations, l'honora du chapeau de cardinal en 1549. Après la mort de Paul IV, il fut élevé sur la chaire de St-Pierre, le 25 décembre 1559. Son prédécesseur s'étoit fait détester des Romains, qui outragèrent cruellement sa mémoire: Pie IV commença son pontificat en leur pardonnant. Il ne fut pas si clément envers les neveux du pape Paul IV; car il fit étrangler le cardinal Caraffe au château Saint-Ange, et couper la tête au prince de Palliano son frère. Son zèle s'exerça ensuite contre les Turcs et contre les Hérétiques. Pour arrêter les progrès de ceux-ci, il rétablit le concile de Trente, qui avoit été malheureusement suspendu. « Il savoit bien, dit l'abbé de Choisy, que ce concile pourroit faire quelques réglemens qui diminueroient son autorité, mais il voyoit d'ailleurs de grands inconvénients à ne le point assembler; et à tout prendre, dit-il à ses confidens, il vaut mieux ventir une fois le mal que de le craindre toujours. Il envoya en 1561 des nonces à tous les princes Catholiques et Protestans, pour leur présenter la Bulle de l'indiction de cette importante assemblée. Ce concile ayant été terminé en 1563 par les soins de St. Charles Borromée son neveu, le pape donna une Bulle le 26 janvier de l'année suivante, pour la confirmation des décrets du concile. Malgré cette Bulle, presque tous les décrets de discipline furent rejetés en France, et l'on connoît les raisons qui empêchèrent de les recevoir. Le concile soumet à la juridiction ecclésiastique non-sentiement les adultères, mais tous ceux qui sont mariés ayant la tonsure cléricale. Il attribue aux seuls ordinaires le jugement des livres, et condamne à une amende ceux qui en débitent de prohibés. Il ordonne la confiscation, la saisie des biens, l'emprisonnement même des laïques en certains cas, et permet aux évêques de déposer les administrateurs des hôpitaux. Il leur commande de publier les censures; il les fait exécuteurs des legs pieux; enfin il les suppose délégués du pape dans leurs fonctions. Le concile ex-communioit encore les rois qui prenoient les fruits des bénéfices pour quelque raison que ce puisse être, et par conséquent il anéantissoit l'ancien droit de régale. C'étoient autant de brèches faites soit puissance législatrice, soit à l'autorité des magistrats, soit aux libertés de l'église Gallicane. L'année 1565 vit éclore une conspiration contre la vie du pape par Benoît Accolti (Voyez ce mot) et quelques autres visionnaires. Ces insensés s'étoient imaginé que Pie V n'étoit pas pape légitime, et qu'après sa mort on en mettroit un autre sur le saint Siège, qu'on nommeroit le Pape Angélique, sous lequel les erreurs seroient réformées et la paix rendue à l'Eglise. La conspiration fut découverte, et le fanatique émoit périt par le dernier supplice. Ce pontife mourut peu de temps après, le 9 décembre 1565, à 66 ans, emportant dans le tombeau la haine des Romains que ses sévérités avoient aigris. C'étoit un esprit adroit et fécond en ressources. Il orna Rome de plusieurs édifices publics; mais il l'appauvrit en l'embellissant. S'il contribua beaucoup à l'élévation de sa famille, au moins la plupart de ses parens lui firent-ils honneur. V. P I E V, Saint (Michel Ghissleri) né à Boschi ou Bosco dans le diocèse de Tortone le 17 janvier 1564, étoit fils d'un senateur de Milan, suivant l'abbé de Choisy. Il se fit religieux dans l'ordre de Saint-Dominique. Paul IV instruit de son mérite et de sa vertu, lui donna l'évêché de Sutri, le créa cardinal en 1557 et le fit inquisiteur général de la Foi dans le Milanès et la Lombardie; mais la sévérité avec laquelle il exerça son emploi, l'obligea de quitter ce pays. On l'envoya à Venise, et l'ardeur de son zèle trouva encore plus d'obstacles. Pie IV ajouta au chapeau de cardinal l'évêché de Mondovì. Après la mort de ce pontife, il fut mis sur les sièges de Saint Pierre en 1566. Les Romains témoignent peu de joie à son couronnement, il s'en apperçut et dit: J'espère qu'ils seront aussi fâchés à ma mort qu'ils le sont à mon 370 P I E élection ; il se trompoit. Élevé à la première place du Christianisme par son mérite, il ne put se dépouiller de la sévérité de son caractère ; et les circonstances où il se trouvait rendouent peut-être cette sévérité nécessaire. Un de ses premiers soins fut de réprimer le luxe des ecclésiastiques, le faste des cardinaux, et les déréglemens des Romains. Il fit exécuter les décrets de réformation faits par le concile de Trente ; il défendit le combat des taureaux au cirque, il chassa de Rome les filles publiques, et permit de poursuivre les cardinaux pour dettes. Les erreurs qui inondoient la Chrétienté l'affligeoient sensiblement. Après avoir employé les voies de la douceur, il mettoit en usage celles de la rigueur contre les hérétiques, et quelques-uns d'eux finirent leur vie dans les bûchers de l'Inquisition. Il signala sur-tout en 1568 son zèle pour la grandeur du saint Siège, en ordonnant que la Bulle *In Cœna Domini*, qu'on publioit à Rome tous les ans le Jeudi-Saint, (et qu'a supprimée *Clément XIV*,) seroit publiée de même dans toute l'Eglise. Cette Bulle, l'ouvrage de plusieurs souverains pontifes, regarde principalement la juridiction de la puissance ecclésiastique et civile. Ceux qui appellent au concile général des décrets des papes ; ceux qui favorisent les appelans ; les universités qui enseignent que le pape est soumis aux conciles ; les princes qui veulent restreindre la juridiction ecclésiastique ou qui exigent des contributions du clergé, y sont frappés d'anathème. Toutes les puissances, à l'exception d'un petit nombre, la rejetèrent. En 1580, quelques évê- ques ayant tâché de la faire recevoir dans leurs diocèses, le parlement fit saisir leur temporel, et déclara criminel de lèse-Majesté quiconque voudroit imiter le *fanatisme de ces Prélats*... *Pie V* méditoit depuis quelque temps un armement contre les Turcs ; il eut le courage de faire la guerre à l'empire Ottoman, en se liguant avec les Vénitiens et le roi Espagne *Philippe II*. Ce fut la première fois que l'on vit l'étendard des Deux-Clefs déployé contre le Croissant. Les armées navales se rencontrèrent le 7 octobre 1571, dans le golfe de Lé-pante où les Turcs furent battus par la flotte des princes Chrétiens confédérés, et perdirent plus de 30,000 hommes et près de 200 galères. On dut principalement ce succès au pape, qui s'étoit épuisé en dépenses et en fatigues pour procurer cet armement. *Pie* mourut six mois après le 30 avril 1572, à 68 ans, de la pierre. Il répéta souvent, au milieu de ses souffrances : *Seigneur ! augmentez mes douleurs et ma patience*. Son nom ornera toujours la liste des pontifes Romains. Il est vrai que sa Bulle contre la reine *Elizabeth*, et son autre Bulle en faveur de l'inquisition, la chaleur avec laquelle il favorisa en France et en Irlande la rigueur contre les hérétiques, prouvent qu'il avoit plus de zèle que de douceur ; mais il eut d'ailleurs les vertus d'un saint et les qualités d'un roi. *Pie V* fut le modèle du fameux *Sixto-Quint*. Il lui donna l'exemple d'amasser en peu d'années des épargnes assez considérables pour faire regarder le saint Siège comme une puissance redoutable. Le sultan *Selim* qui n'avoit point de plus grand ennemi, fit faire à Constantinople, pendant trois jours, des réjouissances publiques de sa mort. Le pontificat de Pie V est encore célèbre par la condamnation de Baïus, par l'extinction de l'ordre des Humiliés, et par la réforme de celui de Cîteaux. Clément XI le canonisa en 1712. Il reste plusieurs Lettres de ce pape, imprimées à Anvers en 1640, in-4. Félibien publia en 1672 sa Vie traduite de l'italien d'Agnio di Somma; mais elle n'est pas toujours fidèle.
VI. PIE VI. (Jean-Ange Braschi) né à Césène petite ville de l'État ecclésiastique, le 27 décembre 1717, mérita l'affection de Benoît XIV qui le fit trésorier de la chambre apostolique. Parvenu au cardinalat sous l'anganelli, il devint bientôt après son successeur. Le conclave s'ouvrit le 5 octobre 1774; la France favorisoit l'élection de Pallavicini: mais celui-ci ayant annoncé qu'il refuserait le pontificat et ayant désigné à sa place le cardinal Braschi, tous les suffrages se réunirent en faveur de ce dernier, le 14 février 1775. Au moment de son élection, il fondit en larmes et s'écria: ô mes amis, voire conclave est terminé, et c'est mon malheur peut-être qui commence. Ces mots furent une prédiction. Son pontificat en effet fut l'un des plus longs qu'offre l'histoire de l'Église, mais aussi l'un des plus malheureux. Il prit à son avènement le nom de Pie VI, et justifia l'adage: Semper sub sexis perdita Roma fuit. Les premiers actes de l'autorité du nouveau pape furent de dis- tribuer des aumônes, de réprimander le gouverneur de Rome qui n'avoit pas arrêté divers désordres, de supprimer pour quarante mille écus romains de pensions onéreuses au trésor public, de faire rendre un compte sévère au préfet de l'annonce accusé de dilapidation, de compléter au Vatican un Muséum commencé par son prédécesseur, et consacré à recueillir les monumens, les vases, les statues et médailles que les fouilles découvroient dans les états de l'Église. On commença en 1783 à en publier les gravures et la description; et cet ouvrage contient 6 vol. in-folio. Braschi, jaloux d'étendre les progrès du commerce, fit réparer le port d'Ancone, et construire le beau fanal qui y manquoit. Le dessèchement des marais Pontins devint sur-tout le but des efforts de son administration; et si ce dessèchement n'a pas été terminé, le projet n'en fut pas moins grand et utile. Ces marais occupent toute la vallée qui s'étend des Apennins à la mer; ils commencent au port d'Astura, couvrent la côte de Terracine, et parviennent jusqu'au royaume de Naples. Rendre ce vaste territoire à l'agriculture, et le purger des vapeurs pestilentielles, avoit été l'objet des travaux du censeur Appius Claudius, qui y avoit fait élever la voie célèbre qui porte son nom, de l'empereur Auguste qui y fit creuser un large canal; des papes Boniface VIII, Martin V, Léon X et Sixte-Quint. Pie VI marcha sur leurs traces; il fit pratiquer une route sûre, réparer l'ancien aqueduc de Terracine, dégager la voie Appienne du limon sous lequel elle avoit disparu, creuser le canal de Soglianò; il consacra à cette entreprise toutes ses épargnes. Chaque année, il se plut à visiter les ouvrages, et à les ranimer par sa présence. Il est à desirer que le fruit de ses peines, de sa dépense et de ses soins ne soit point perdu pour l'avenir, et que les mêmes travaux soient continués par ses successeurs. « Pie VI, dit John Watkins dans son Dictionnaire universel, aussitôt après son exaltation conçut l'idée de dessécher les marais Pontins qui s'étendent à quarante milles autour de Velatri, Terracine et Piperno. Il suivit avec zèle ce projet auquel avoient renoncé des empereurs et plusieurs de ses prédécesseurs, et il y employa les meilleurs ingénieurs de Rome. » Le zèle du pontife ne se borna pas à cette grande entreprise; il fit construire une église et une bibliothèque dans l'abbaye de Subiaco; il fonda des hôpitaux; il manquoit une sacristie à la superbe église de Saint-Pierre de Rome, Pie VI la fit élever avec magnificence. Il n'en déploya pas moins, lorsqu'il reçut les divers souverains de l'Europe qui vinrent pendant son pontificat visiter la capitale du monde chrétien. Joseph II empereur d'Allemagne, Paul I empereur de Russie, Gustave-Audre roi de Suède, les fils du roi d'Angleterre et son frère le duc de Gloucester, furent touchés de son accueil et de ses vertus. Sa modération se développa dans l'affaire de Toscane, où Léopold, dès 1775, avoit assujetti tous les biens ecclésiastiques aux mêmes impôts que les autres, et supprimé les hermitages. En 1788, il abolit la nonciature dans ses états, et supprima dans les causes du clergé tout appel au saint Siège. Pie VI réclama pour ses ambassadeurs les mêmes droits qu'obtenoient ceux des autres souverains; et en temporisant il parvint à empêcher à cet égard toute innovation. Les mêmes ménagemens n'eurent pas le même succès auprès de Joseph II. Celui-ci renversoit successivement dans ses états l'ancienne discipline ecclésiastique; il plaçoit les ordres monastiques sous l'autorité immédiate des évêques, et les enlevoit à la juridiction papale; il faisoit dresser l'état des revenus du clergé, et annonçoit le dessein formel de suivre ses projets avec activité. Dans cette occurrence, Pie VI, ne se fiant point à de froides négociations, prit le parti d'aller lui-même à Vienne conférer sur ses propres intérêts avec le chef de l'empire. Après avoir remis le gouvernement de Rome au cardinal Colonne, il partit de cette ville le 27 février 1782. L'empereur et son frère l'archiduc Maximilien allèrent à sa rencontre à quelques lieues de Vienne; ils descendirent de voiture dès qu'ils apperçurent Pie VI, et l'embrassèrent. Joseph ayant pris le pape dans son carrosse, ils entrèrent ainsi, le 22 mars 1782, dans la capitale de l'Autriche. Leurs conférences furent fréquentes et toujours amicales; et quoiqu'elles n'aient point été rendues publiques, Joseph parut dans la suite moins ardent dans l'exécution de ses desseins, et permit même les dispenses dont il avoit supprimé jusqu'alors les droits; il disoit souvent: La vue du Pape m'a fait aimer sa personne; c'est le meilleur des hommes. De retour à Rome, d'autres troubles avec la cour de Naples occupèrent *Pie VI*; ils furent relatifs tantôt à la nomination de l'archévêque de Naples, dans laquelle le monarque ne voulait point admettre le concours du pape, tantôt à l'institution de l'évêque de Potenza, que *Pie VI* n'avait pas voulu accorder, tantôt au refus de la présentation de la haquenée et de la redevance annuelle de quarante mille florins envers le saint Siège. Après de longs démêlés, il fut convenu en 1789, que chaque roi de Naples à son avènement au trône, payeroit cinq cent mille ducats en forme de pieuse offrande à *St. Pierre*, que celle de la haquenée seroit abolie pour jamais, et que le monarque cesserait d'être nommé *vassal du saint Siège*. D'autres différends s'étoient élevés entre la république de Venise, le duc de Modène et la cour de Rome, ils alloient entraîner une rupture éclatante, lorsque la révolution Françoise vint subitement les éteindre, en faisant redouter son influence à toutes les puissances d'Italie. « *Pie VI*, écrivoit le cardinal de Bernis, a le cœur François. » Cependant, cette affection ne lui fit pas approuver les décrets relatifs à la nouvelle constitution du Clergé. Ces décrets ayant amené en 1792 la déportation d'un grand nombre de prêtres, *Pie VI* les accueillit, et les distribua dans les maisons religieuses d'Italie, où ils trouvèrent un asile et d'abondans secours. Les armées impériales couvroient alors cette contrée, et la cour de Rome parut favoriser leurs succès; bientôt *Bonaparte* qui maîtrisoit la victoire par son génie, reçut ordre du directoire d'entrer sur le territoire ecclésiastique, et en 1796 il s'empara d'Urbin, de Bologne, de Ferrare et d'Ancone. Mais ce guerrier arrêtant le pillage et la dévastation, respectant le culte dans lequel il étoit né, écrivit au gouvernement une lettre noble et touchante sur le sort du chef de l'Église, et on a toujours conservé en Italie le souvenir des égards qu'il lui montra. Le fruit de cette modération et des voies de conciliation qu'il ouvrit alors, fut la paix de Tolentino. Elle coûta au pontife 31 millions, et la livraison de plusieurs chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture, dont la France s'enrichit. *Basseville*, envoyé extraordinaire de la république à Rome en 1793, avoit été poursuivi par la populace de cette ville, et en avoit été frappé d'un coup de rasoir dans le bas-ventre dont il étoit mort. Cet attentat étoit resté impuni, et avoit laissé des germes de ressentiment dans le gouvernement François; il éclata, lorsque *Duphot*, Lyonnois, jeune guerrier plein de courage, au trouvant à Rome, voulut dissiper par sa présence un attroupement, et fut tué le 28 décembre 1797, par les troupes du pape. L'ambassadeur de France en danger, fut forcé de fuir de Rome et de se retirer à Florence. *Pie VI* étoit loin sans doute de prévoir de si tristes événements, et encore plus de les approuver; mais le meurtre de *Duphot* et l'outrage fait au gouvernement François, méritoient une réparation authentique qu'il ne se hâta pas d'ordonner. Aussitôt, les François qui étoient aux portes de Rome, s'emparèrent de cette ville et de la personne du pape; celui-ci, conduit d'abord à Sienne, puis dans une Chartreuse près de Florence, fut enfin transféré dans l'intérieur de la France. Il traversa les Alpes et le Mont-Genèvre porté par quatre hommes, sans paroître ému des dangers d'une route escarpée et où il fut souvent presque suspendu sur les précipices. Ses cheveux, aussi blancs que les neiges qui l'environnoient, étoient agités par un vent piquant et froid. Des hussards Piémontois voulurent lui faire accepter leurs pelisses; *Pie VI* les remercia avec affection, mais il ne voulut jamais consentir à les en-priver. Il n'y avoit que quelques heures qu'il étoit arrivé à Briançon, lorsqu'un peuple immense rassemblé sous ses fenêtres, demanda à le voir; les cris qui s'élevoient de la foule annonçoient souvent des intentions cruelles; et les menaces, les injures des uns se méloient aux expressions de respect et d'amour des autres. Dans cette circonstance, le pontife hésita quelques instans à paroître, puis prenant son parti et s'avançant lentement, appuyé sur deux prêtres, et le corps chargé de douleurs, il se montra à la multitude, en s'écriant: *Ecce Homo*. Ces paroles pénètrèrent tous les cœurs d'attendrissement, et ceux même qui étoient venus pour l'outrager, se prosternèrent à ses pieds. A Gap, à Grenoble, à Voiron, il reçut les honneurs dûs à son rang et à son âge. Il avoit alors 82 ans, et déployoit encore un courage supérieur à son infortune et à la fatigue d'un si long voyage; mais à peine fut-il arrivé à Valence, où le gouver- nement avoit fixé son séjour, qu'il y mourut, le 29 août 1798, après une maladie de onze jours. Il avoit gouverné l'Église près de vingt-cinq ans. Son corps transporté à Rome, y a été reçu avec pompe le 17 février 1802, par *Pie VII* assisté de dix-huit cardinaux. Ses intestins, renfermés dans une urne d'or, sont à Valence, où *Bonaparte* lui a fait faire des obsèques solennelles, et ordonné qu'on lui élevât un tombeau. *Pie VI* avoit une figure noble et heureuse, une taille élevée, moins d'esprit que de pénétration. Il étoit accessible et laborieux. Ses mœurs furent sévères, à l'abri de tout reproche. Il sortoit rarement, et toujours accompagné. Ses seuls délassemens furent des conversations sérieuses et savantes. « Ce pontife, dit un écrivain distingué, pendant sa longue carrière vit se former l'orage auquel il devoit se dévoûer un jour; ses malheurs liés à ceux de la France et de l'Europe entière, comme si cette année des nations ne pouvoit chanceler sans ébranler toutes les autres; son voyage à travers l'Italie, où il montra tout l'héroïsme de la patience et les vraies grandeurs de l'humiliation; son entrevue avec le duc de Toscane et le roi de Sardaigne, où il donna et reçut de si grandes leçons des vicissitudes humaines; enfin son séjour en France, où le prince de l'Église devint un pauvre voyageur, mourant en apôtre, ces traits offrent des tableaux graves et touchans, dignes de l'histoire. » Il a paru des *Mémoires historiques et philosophiques* sur *Pie VI*, qui attaquent son pontificat, et l'accusent d'avarice, de vanité et de népotisme. Pour fonder ce dernier reproche, l'auteur cite la succession d'*Amansio Lepri*, qui, après s'être enrichi dans les douanes ecclésiastiques, fit donation de ses biens aux deux neveux de *Pie VI*. Cet acte fut attaqué par les héritiers de droit. Après divers jugemens de la litote, tantôt en faveur de la marquise de *Lépri*, tantôt en faveur des *Braschi*, le pape parvint à concilier tous les intérêts, dans une transaction qui partagea l'héritage entre les parens du donateur et les siens. M. *Blanchard* curé, a publié aussi un *Précis historique* sur la Vie du même pontife, qu'il défend contre tout reproche, et qu'il fait aimer. M. l'abbé *Delille* lui a consacré ses vers : Pontife révéré, souverain magnanime, Noble et touchant spectacle et du monde et du ciel, Il honore à la fois par sa vertu sub- lime Les malheurs, la vieillesse, et le trône et l'autel. —
**PIÉMONTOIS**, (Alexis) nom fameux sous lequel *Guillaume Ruscelli* médecin Italien, mort en 1565, se cacha pour distribuer le secret de ses remèdes. Ils furent publiés par *François Sansovino*, sous le titre de *Secreti d'Alessio Piemontese*, en sept livres. Les éditions nombreuses qu'on en a faites sont in-8° et in-16. C'est un riche trésor pour les charlatans. On y trouve cependant quelques recettes dont de bons médecins ont fait usage.
**PIENNES**, (Jeanne de HALLUYN, demoiselle de) fille d'honneur de la reine *Catherine de Mé-* *dicis*, inspira une passion violente à *François de Montmorency* fils aîné du connétable; et cette passion le porta à faire à sa maîtresse une promesse de mariage par écrit à l'insçu de ses parens, parce qu'il craignoit avec raison qu'ils ne s'opposassent à ses vœux. Peut-être y auroient-ils consenti sans une raison d'intérêt qui les arrétoit. Le roi *Henri II* vouloit que *François* épousât *Diane* sa fille naturelle veuve d'*Horace Farnèse* duc de Castro; et cette alliance flattoit trop l'ambition du connétable pour qu'il souffrit que l'engagement de son fils aîné subsistât. Tout fut mis en œuvre pour le faire rompre; *Anne* employa tout son crédit qui n'étoit pas modique auprès du roi, pour faire déclarer nulle la promesse que la Demoiselle de *Piennes* pouvoit alléguer. *Henri II* seconda les désirs de son favori, et il envoya à Rome *François de Montmorency* lui-même pour y solliciter en personne la dispense dont il étoit besoin. *François* trouva auprès du pape plus de difficultés qu'il n'avoit cru. *Paul IV* qui avoit dessein de faire épouser *Diane* à un de ses neveux, le remit de consistoire en consistoire, espérant d'engager par ces lenteurs le jeune *Montmorency* à renouer avec la Demoiselle de *Piennes* ou plutôt à ne pas rompre tout-à-fait avec elle l'alliance qui avoit été signée. Enfin n'ayant plus de prétexte à alléguer, pour dernier subterfuge il indiqua une congrégation composée de cardinaux et autres prélats et de théologiens canonistes, et il promit à *François de Montmorency* que son affaire y seroit absolument décidée. Elle le fut en effet, mais 576 PIE en faveur de Montmorency. Cependant le pape qui ne s'étoit pas attendu à cette décision, ne voulut pas acquiescer à ce jugement. En vain on lui présenta l'acte par lequel la Demoiselle de Piennes renonçoit à ses prétentions, et le double d'une dispense qu'il avoit accordée en pareil cas. L'inflexible Paul s'opiniâtrant dans son refus, le roi Henri fut obligé d'avoir recours à un autre expédient: il publia un Edit qui déclaroit nuls les mariages clandestins. Il fit mettre la Demoiselle de Piennes au couvent des Filles-Dieu de Paris et elle y donna son désistement absolu. Enfin en vertu de cet édit on fit célébrer en dépit du pape, le mariage de François de Montmorency avec la fille de Henri II, et les noces se firent à Villiers-Coterets au mois de mai 1557. Quelques années après, les scrupules se firent sentir à Montmorency. Il fit demander une dispense au pape Pie IV successeur de Paul IV, et le bref fut accordé sans contestation et sans bornes. C'est ainsi que s'exprime le P. Bertier, qui rend compte de cette affaire dans le 54e livre de son Histoire de l'Eglise Gallicane.
PIÉRIDES. (Mythol.) filles de Piérus, ayant delié les Muses à qui chanteroit le mieux, furent métamorphosées en Pies par ces déesses. On donne aussi ce nom aux Muses, à cause du mont Piérus qu'elles habitoient.
PIERINO DEL VAGA, peintre Toscan, né en 1500, mort en 1547, travailla dans le Vatican sous Raphaël dont il prit assez bien la manière, et sous Jules Romain. Les décorations étoient son genre principal.
PIÉRIUS VALÉRIANUS, (Jean-Pierre BOLZANI, connu sous le nom de) célèbre écrivain de l'ancienne famille des Bolzani, naquit à Belluno dans l'état de Venise. Il fut obligé dans son enfance de servir de domestique. Un Cordelier son oncle paternel qui avoit été précepteur de Léon Dix, le tira de ce vil état et lui donna des leçons de littérature. Ses progrès furent si rapides qu'il se vit bientôt ami des gens de lettres les plus célèbres, et surtout du cardinal Rembo. Léon X et Clément VII lui témoignèrent beaucoup d'estime et lui en firent sentir les effets. Piérus préférant l'étude et une honnête médiocrité à tout ce qui pouvoit le distraire en l'élevant, refusa l'évêché de Justinopolis et celui d'Avignon. Il se contenta d'une charge de protonotaire apostolique. Il fut chargé néanmoins de plusieurs négociations importantes dont il s'acquitta avec honneur. Cet homme estimable mourut à Padoue le 25 décembre 1558, à 81 ans. Ses principaux ouvrages sont: I, Les Héroglyphes. Ce sont des Commentaires latins sur les Lettres saintes des Égiptiens et des autres nations, auxquels Calio-Augustin Curion ajouta deux livres qu'il orna de figures et qu'il fit imprimer en 1579, in-fol. La meilleure édition est de Lyon, 1686, in-fol. Henri Schwalemberg en donna un Abrégé en 1606, à Leipzig, in-12. II. Son Traité si connu, De infelicitate litteratorum, que son premier état lui donna la pensée de composer. Cet ouvrage fut imprimé pour la première fois en 1620 à Venise, par les soins d'Aloysius Lollini évêque de Belluno, qui en conservoit le manuscrit manuscrit dans sa bibliothèque. Il a été réimprimé depuis avec ses Hiéroglyphes, en 1647, à Amsterdam; et à Leipzig, dans le recueil intitulé : *Analecta de calamitate litteratorum*, in-8°, avec une Préface de *Burchard Mencken*. III. *Pro Sacerdotum barba Apologia*, en 1533, in-8°, adressée au cardinal *Hippolyte de Médicis* qui avoit été son disciple, et réimprimée avec les Traités de *Musonius* et d'*Hospinien* sur l'usage de se raser la barbe et de se couper les cheveux, à Leyde, 1639, in-12. Cet écrit offre des recherches curieuses sur les grandes barbes, qu'il autorise par la loi de *Moyse*, par les exemples des papes *Jules II* et *Clément VII*, de beaucoup de magistrats de son temps, et de plusieurs cardinaux et évêques. IV. *Les Antiquités de Beluno*, en 1620, à Venise, in-8°, avec son Traité *De infelicitate litteratorum*. V. *Diverses Legons sur Virgile*, dans l'édition du *Virgile* avec les Commentaires de *Servius*, chez *Robert Etienne*, in-folio, et plusieurs fois depuis. VI. *Des Poésies latines. Piérius* avoit reçu au baptême le nom de *Jean-Pierre*. *Sabellius* son maître changea ce dernier nom en celui de *Piérius*, par allusion aux Muses, en latin *Pierides*, dont il fut favorisé presque dès son enfance. D'ailleurs par une suite du pédantisme de ce temps-là, il falloit porter un nom qui rappelât l'antiquité.
PIERQUIN, (Jean) fils d'un avocat de Charleville, étudia à Rheims où il prit le degré de bachelier en théologie. Il a été pendant 40 ans curé du Châtel dans le diocèse de Rheims où il meu- rut en 1742, âgé d'environ 70 ans. Sans négliger les fonctions pastorales, il s'occupa de divers objets de curiosité et de science. Il a écrit sur la couleur des *Nègres*, sur l'évocation des *Morts*, sur l'obsession naturelle, sur le *sabbât des Sorciers*, sur les transformations magiques, sur le chant du *Coq*, sur la pesanteur de la *Flamme*, sur la preuve de l'innocence par l'immersion, sur les *Hommes amphibies*, etc. On a rassemblé ses *ŒUVRES Physiques* et *Géographiques*, in-12, Paris, 1744. Elles offrent des choses singulières et quelques idées fausses. On a encore de lui : I. *Une Vie de St. Juvin*, à Nancy, 1732, in-12. II. *Une Dissertation sur la Conception de Jésus-Christ*, et sur une *Sainte-Face* qu'on a voulu faire passer pour une image constellée, Amsterdam, 1742, in-12. I. PIERRE, (Saint) prince des Apôtres, fils de *Jean* et frère de *St. André*, naquit à Bethsaide. Son premier nom étoit *Simon*; mais en l'appelant à l'apostolat, le Sauveur lui donna celui de *Cephas* qui en Syriaque signifie *Pierre*. JESUS-CHRIST l'ayant rencontré avec son frère *André* qui lavoient leurs filets sur le bord du lac de Genésareth, ordonna à *Pierre* de les jeter en pleine mer. Quoiqu'ils n'eussent pu rien prendre de la nuit, de ce seul coup ils prirent tant de poissons que leurs barques en furent remplies. Alors *Pierre* se jeta d'étonnement aux pieds du Sauveur qu'il ordonna de quitter ses rets pour le suivre; et depuis ce temps-là il lui demeura toujours intimement attaché. Il avoit ○ 578 · P I E une maison à Capharnaüm où Jésus-Christ vint guérir sa belle-mère ; et quand il choisit ses douze Apôtres, il mit Pierre à leur tête. Pierre fut un des témoins de sa gloire sur le Thabor. De retour à Capharnaüm, ceux qui le-voient le demi-sicle pour le Tem-ple demanderont à Pierre si son Maître le payoit ? L'apôtre, par ordre de J. C., jeta sa ligne dans la mer et prit un poisson, dans la gueule duquel il trouva un sicle qu'il donna pour son Maître et pour lui. Pierre assista à la der-nière Cène et fut le premier à qui J. C. lava les pieds. Il se trouva dans le Jardin des Olives quand les soldats arrêtèrent J. C. ; et transporté de colère, il coupa l'o-reille à Malchus serviteur du grand prêtre Caïphe chez lequel il suivit J. C. Ce fut là qu'il re-nia trois fois Notre-Seigneur, et qu'ayant entendu le coq chan-ter, il sortit de la salle et témoi-gna son repentir par ses larmes. St. Pierre fut témoin de la Ré-surrection et de l'Ascension de J. C. Le seul jour que le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres, Pierre prêcha avec tant de force J. C. ressuscité que 3000 per-sonnes se convertirent et deman-dèrent à être baptisées. Quel-ques jours après, comme il montoit au Temple avec Jean pour y faire sa prière, il trouva à la porte un homme perclus qui lui demanda l'aumône. Pierre lui ayant dit qu'il n'avoit ni or ni ar-gent, lui commanda de se lever au nom de Jésus de Nazareth. Cet homme se leva aussitôt, marcha et entra dans le temple glorifiant Dieu. Son ombre, rendoit la santé aux malades, et on les lui apportoit de tous cetés. Le grand prêtre et les Saducéens jaloux des progrès de l'Évangile firent saisir les Apô-tres et les firent mettre en prison. Mais un Ange les ayant délivrés, ils allèrent dans le Temple an-noncer de nouveau Jésus-Christ. Leurs ennemis plus irrités que jamais étoient sur le point de les faire mourir, lorsque Gamaliel les détourna de cette cruelle ré-solution. Ils se contentèrent donc de faire battre de verges les Apô-tres. Pierre sortit de Jérusalem pour visiter les fidèles des en-virons. Il arriva à Lydde où il gué-rit Enée, paralytique depuis huit ans ; et cette guérison opéra la conversion des habitans. La ré-surrection de Tabithe produisit le même effet à Joppé. Peu de temps après il alla à Antioche et y fonda l'église Chrétienne dont il fut le premier évêque. Il par-courut aussi les provinces de l'Asie mineure, vint à Rome l'an 42 de l'ère vulgaire et y établit son siège épiscopal. En vain cer-tains Hérétiques ont contesté ce point d'histoire ; St. Irenée et St. Ignace disciples de St. Pierre, nous apprennent que cet Apôtre avoit fixé son siège à Rome. Ter-tullien appelle les Hérétiques au témoignage de l'église Romaine fondée par St. Pierre. St. Cyprien nomme souvent cette église la Chaire de Pierre. Arnobe, St. Epiphane, Origène, St. Atha-nase, Eusèbe, Lactance, St. Ambroise, Optat, St. Jérôme, St. Augustin, St. Chrysostôme, Paul Orose, St. Maxime, Théo-doret, St. Paulin, St. Léon, etc. nous ont laissé le catalogue des évêques de Rome depuis St. Pierre jusqu'au pontife qui occupoit le saint Siège de leur temps. La ca-pitale du monde Chrétien parut au chef des Apôtres le lieu le plus propre à la propagation de la re- ligion divine dont il étoit le premier ministre. Cette grande ville qui, comme dit *St. Léon*, avoit par sa célébrité et sa puissance répandu ses superstitions dans toute la terre, devenoit dans le dessein de Dieu l'humble servante de la vérité; et sa domination spirituelle s'étendit bien au-delà des bornes de son ancien empire. C'est en cette année quarante — deux que commencent les 25 années de pontificat que l'on donne communément à *St. Pierre*. Revenu à Jérusalem pour célébrer la Pâque de l'an 44, *Hérode Agrippa* qui avoit fait mourir *St. Jacques le Majeur* fit arrêter *Pierre*. Son dessein étoit de le sacrifier à sa complaisance pour le peuple; mais la nuit même du jour que le tyran avoit fixé pour le mettre à mort, l'Ange du Seigneur tira l'Apôtre de prison et il sortit de Jérusalem. On croit que de là il alla pour la seconde fois à Rome d'où il écrivit sa première Épître vers l'an 50$^{e}$ de l'ère vulgare. On remarque dans cette Épître, dit l'éditeur de la *Bible* d'Avignon, diverses similitudes et diverses expressions pareilles à celles qui se voient dans *St. Paul*; par exemple, sur la prédestination de Jésus-Christ, sur les effets de sa mort, sur le baptême. On y trouve les mêmes avis aux évêques, aux personnes mariées, et la même attention à recommander aux fidèles l'esprit de douceur dans les souffrances, et l'obéissance aux princes et aux magistrats. *Grotius* y trouve une force, une véhémence, une vigueur digne du prince des Apôtres. *Erasme* et *Estius* reconnoissent qu'elle est pleine d'une majesté apostolique et qu'elle renferme de grands sens en peu de mots. *St. Pierre* ayant été chassé de Rome avec tous les autres Juifs par l'empereur *Claude*, revint en Judée, et fit l'ouverture du concile de Jérusalem. Il y parla avec beaucoup de sagesse, et il fut conclu que l'on n'imposeroit point aux Gentils le joug des cérémonies légales. Il alla peu de temps après à Antioche, et ce fut là que *St. Paul* lui résista. Retourné à Rome, il écrivit sa seconde Épître aux fidèles convertis. Le but de cette Épître est de les affermir dans l'attachement inviolable qu'ils doivent avoir à la doctrine et à la tradition des Apôtres et de les prémunir contre les illusions des faux docteurs. La persécution étoit alors allumée, *Pierre* fut condamné à mourir en croix. Il demanda d'avoir la tête en bas « de peur, dit un St. Père, qu'on ne croit qu'il affectoit la gloire de Jésus-Christ s'il eût été crucifié comme lui. » Ce prince des Apôtres fut attaché à la croix le même jour et au même endroit que *St. Paul* fut décapité l'an 66 de J. C. et le douzième du règne du barbare *Néron*. Sa mort fixa irrévocablement à Rome le premier siège de l'église Chrétienne qu'il avoit d'abord établi à Antioche. Dès — lors Rome devint la Jérusalem du Christianisme et la résidence de son premier pasteur. Outre les deux *Épitres* de *St. Pierre* qui sont au nombre des Livres canoniques, on a attribué à cet apôtre plusieurs ouvrages, comme ses *Actes*, son *Évangile*, son *Apocalypse*, tous ouvrages supposés. Plusieurs Protestants et quelques philosophes modernes leurs copistes nient que *St. Pierre* ait jamais été à Rome. Ils fondent leur sens O o 2 timent sur le silence de *St. Luc*, qui n'eût pas manqué de parler du voyage du prince des Apôtres s'il eût réellement prêché dans la capitale de l'Empire. Mais cette objection, la plus forte de toutes celles qu'on fait à ce sujet, peut aisément être détruite. *St. Luc* n'a pas tout dit. Il ne parle pas dans les *Actes des Apôtres* des voyages de *St. Paul* en Arabie, de son retour à Damas, puis à Jérusalem, ni de son voyage en Galatie. Ce sont pourtant des faits que les Protestans ne contestent point. Pourquoi donc veulent-ils s'autoriser du silence de *St. Luc* pour révoquer en doute la prédication de *St. Pierre* à Rome? *Cet Evangéliste*, dit *St. Jérôme* dans son Commentaire sur l'*Eptre* aux Galates, *a omis bien des choses que St. Paul a souffertes*; comme aussi que *St. Pierre établit sa chaire à Antioche*, puis à Rome. A ce témoignage on pourrait joindre celui de presque toute l'antiquité ecclésiastique. Tous les Pères reconnaissent que l'évêque de Rome est le successeur de *St. Pierre*; c'est en cette qualité que dans tous les temps on s'est adressé à lui comme au chef de l'église. Il en a exercé les fonctions par lui-même ou par ses légats dans tous les siècles; on en trouve la preuve dans les conciles généraux et dans la condamnation de toutes les hérésies. Les Grecs eux-mêmes n'ont jamais contesté cette primauté avant le schisme. L'histoire ecclésiastique fournit mille exemples de l'exercice de la primauté du siège de Rome sur celui de Constantinople. *St. Grégoire* dit expressément : « Qui doute que l'église de Constantinople ne soit soumise au siège Apostolique! J'empereur et l'évêque de cette ville l'annoncent sans cesse. » Mais ces discussions appartiennent aux controversistes, et le peu que nous en disons doit suffire aux amateurs de l'histoire.
II. PIERRE, (Saint) évêque d'Alexandrie l'an 300, fut regardé comme un des prélats les plus illustres de son temps, soit pour sa doctrine, soit pour ses vertus. Sa constance fut éprouvée dans les persécutions de *Dioclétien* et de *Maximien*, et il reçut la palme du martyre en 311. Pendant son épiscopat il fit des Canons Pénitentiaux, et dépose dans un synode *Bélèce* évêque de Lycopolis, convaincu d'apostasie et d'autres crimes. *Théodoret* nous a conservé quelques *Lettres* de ce saint évêque dans le quatrième livre de son *Histoire*.
III. PIERRE CHRYSOLOGUE, (Saint) fut élu archevêque de Ravenne vers l'an 433. Il s'étoit préparé aux vertus épiscopales par les austérités de la vie cénobitique. *St. Germain* d'Auxerre s'étant rendu à Ravenne pour obtenir de l'empereur *Valentinien* la grace de quelques criminels, tomba dangereusement malade et eut la consolation de mourir entre les bras de *Pierre Chrysologue*, qui hérita de son cilice et de son camail. L'hérésiarque *Eutychès* instruit de l'éloquence de *Pierre*, voulut l'attirer dans son parti; mais le saint évêque lui répondit d'une manière à le confondre. Il le renvoya à la Lettre de *St. Léon le Grand à Flavien*: Lettre qui est un abrégé de ce que l'on doit croire sur le mystère de l'Incarnation. On croit qu'il mourut en 458. Ses *Ouvrages* ont été imprimés à Venise en 1750, infel, par les soins du père *Sèbas*. tien-Paul de la Mère de Dieu. On en a donné une nouvelle édition à Augsbourg, 1758, in-fol. On y trouve 176 Sermons, la plupart fort courts; et D. Luc d'Acheri en a publié cinq nouveaux dans son Spicilège. L'illustre évêque y explique en peu de mots d'une manière assez agréable le texte de l'Écriture. Son style est coupé, quoique assez suivi: ses pensées sont ingénieuses; mais elles sortent quelquefois du naturel et ne renferment souvent que des jeux de mots. Les critiques du siècle dernier ont jugé que ses Sermons n'ont rien d'assez élevé, ni d'assez éloquent, pour lui avoir pu mériter le surnom de Chrysologue, (homme dont les paroles sont d'or) qui ne lui fut donné que 250 ans après sa mort par Félix évêque de Ravenne, rédacteur de ses ouvrages.
IV. PIERRE NOLASQUE, (Saint) fondateur de l'ordre de LA MERCI pour la rédemption des Captifs, naquit vers 1189 dans le Lauraguais au diocèse de Saint-Papoul en Languedoc. Ses parens étoient nobles. Il s'attacha dans sa jeunesse à Simon de Montfort, qui le mit auprès de Jacques roi d'Aragon. Son esprit et sa vertu lui acquirent les bonnes graces de ce prince. Pierre profita de son crédit auprès de lui, pour établir un ordre Religieux militaire, destiné à briser les fers des Chrétiens captifs chez les Musulmans. Ce fut le 10 août 1223 et non 1218, que se forma cette société respectable, connue d'abord sous le nom de Confrérie de la Miséricorde ou de la Merci. Pierre Nolasque qui l'institua étant laïque, voulut que les obligations de ses chevaliers ne fus- sent pas moindres que celles des religieux de chœur. Après avoir donné la première forme à son ordre, il réunit l'office de Rédempteur à celui de Supérieur général. On assure que, dans les deux premières expéditions qu'il fit dans les royaumes de Valence et de Grenade, il retira 400 captifs des mains des Infidelles. Il passa ensuite en Afrique, et y essuya beaucoup de traverses. Enfin, après avoir vécu 7 années dans l'exercice de toutes les vertus, il mourut saintement la nuit de Noël en 1256 ou 1258, à 67 ans. St. Louis faisoit un cas particulier de ce saint fondateur, et l'honora de plusieurs Lettres. Pierre s'étoit associé dans l'institution de son ordre avec Raymond de Pennafort; et ce fut conjointement avec ce Saint qu'il donna à ses religieux l'habit que nous leur voyons encore aujourd'hui. Les rapides succès de son ordre naissant le firent appronver en 1230 par Grégoire IX, qui le mit cinq ans après sous la règle de Saint-Augustin. En 1308 Clément V ordonna qu'il fût régi par un religieux prêtre. Ce changement occasionna la division des clercs et des laïques. Les chevaliers se séparèrent des ecclésiastiques, et insensiblement il n'y eut que ceux-ci qui furent admis dans l'ordre. Le nombre de leurs maisons fut fort diminué en France; mais il est encore considérable en Espagne où cette congrégation jouit d'un grand crédit, et n'est pas moins riche qu'estimée. V. PIERRE D'ALCANTARA, (Saint) né en 1499 à Alcantara, du gouverneur de cette ville, entra dans l'ordre de Saint- 582 P I E François dont il fut provincial en 1538 et en 1542. Le désir d'une plus grande perfection le fit retirer sur la montagne d'Arabibida en Portugal; il y établit une Réforme, qui fut approuvée en 1554 par Jules III. Ce Saint mourut le 18 octobre 1522, à 63 ans. Clément IX le canonisa.
PIERRE l'Exorciste, (Saint) Voyez II. MARCELLIN.
PIERRE PASCHAL, (Saint) Voyez PASCHAL, n.º III.
VI. PIERRE le Cruel roi de Castille monta sur le trône après son père Alphonse XI en 1350, à l'âge de 16 ans. Le commencement de son règne n'annonça que des horreurs; il fit mourir plusieurs de ses sujets par des supplices recherchés. Il épousa Blanche fille de Pierre premier duc de Bourbon; mais il la quitta trois jours après son mariage et la fit mettre en prison, pour reprendre Marie de Padilla qu'il entretenoit. Jeanne de Castro qu'il épousa peu de temps après ne fut pas plus heureuse: il l'abandonna. Ce procédé joint à ses horribles cruautés, (Voyez ALBORNOS et CORONEL,) souleva les grands contre lui. Pierre le Cruel en fit mourir plusieurs, et n'épargna pas même son frère Frédéric, ni dom Juan son cousin, ni la reine Blanche de Bourbon. Enfin ses sujets prirent les armes contre lui en 1366; et ayant à leur tête Henri comte de Transtamare son frère naturel, ils s'emparèrent de Tolède et de presque toute la Castille. Pierre passa alors dans la Guienne, et ent recours aux Anglois qui le rétablirent sur le trône en 1367; mais ce ne fut pas pour longtemps. Henri de Transtamare assisté des troupes Françoises conduites par Bertrand du Guesclin, le vainquit dans une bataille le 14 mars 1369, et le tua de sa propre main. Ainsi périt, à l'âge de 35 ans et 7 mois, Pierre le Cruel roi de Castille: exemple mémorable pour tous les souverains qui poussent à leur comble le despotisme, l'impiété et la vengeance. On croit que l'éducation auroit pu détruire ou du moins diminuer les défauts de ce prince; mais abandonné à Albuquerque son gouverneur qui lui fraya le chemin du vice, et se voyant absolu dans un âge où il auroit fallu pour un caractère tel que le sien une longue obéissance, il ne fut, avec de l'esprit, du courage et de l'application, qu'un tyran et un monstre. Ce prince qui s'abandonnait ordinairement à la férocité de son caractère, donna, dit un écrivain Espagnol, quelques exemples d'amour pour la justice, qu'a conservé l'histoire. Il se plaisoit à courir la nuit par les rues. Une fois qu'il faisoit ce vacarme ténébreux, un garde du Guet croyant rencontrer un particulier, le battit vigoureusement; le roi se défendit et le tua. La justice le lendemain fit des perquisitions contre l'auteur du meurtre. Une bonne femme qui avoit reconnu le roi, l'accusa. Les magistrats en corps allèrent lui porter des plaintes: le roi pour satisfaire à la loi, fit couper la tête à son effigie. On voit encore, dit-on, à Tolède cette statue tronquée au coin de la rue où le meurtre fut commis... Par la mort de Pierre finit la postérité légitime de Raimond de Bourgogne; la race bâtarde lui succéda dans la personne de *Henri de Traustamare*. Voltaire voulant rectifier les erreurs de l'histoire, s'est plu trop souvent à contredire les faits avérés. Il demande pourquoi on donna à *Pierre* le titre de *Cruel*, plutôt qu'à tant d'autres princes qui le méritoient peut-être autant que lui? C'est que le monarque Castillan parut barbare par inclination, par habitude, et qu'il mit dans ses cruautés tous les raffinemens de la perfidie. C'est ce qu'on verra dans son *Histoire*, publiée à Paris 1790, deux vol. in-8. — Il ne faut pas le confondre avec *PIERRE III* roi d'Aragon, fils de *Jacques premier* auquel il succéda en 1276. Son premier soin fut de porter les armes dans la Navarre sur laquelle il avoit quelques prétentions. Il se vit bientôt obligé de revenir dans ses états, où son humeur bizarre et sévère avoit soulevé un parti des principaux seigneurs dont ses frères étoient les chefs. Ce prince qui avoit épousé *Constance* fille de *Mainfroy* roi de Sicile, voulut se rendre maître de ce royaume pour plaire à sa femme et pour satisfaire son ambition. Dans la vue de l'arracher à *Charles d'Anjou* premier de ce nom, il cabala avec quelques séditieux et conseilla, dit-on, la conspiration des Vêpres Siciliennes, c'est-à-dire le massacre de tous les François en Sicile, à l'heure de vêpres le jour de Paques de l'an 1282. Ensuite il arriva dans le pays et s'en rendit facilement le maître. Le pape *Martin IV* pénétré de douleur d'une action si barbare, excommunis les Siciliens avec *Pierre*, et mit ses états d'Espagne en interdit. Pour prévenir les suites d'une cruelle guerre, le roi d'Aragon fit offrir à *Charles* de vider ce grand différend par un combat particulier, à condition de se faire assister chacun de cent chevaliers. *Charles* quoique âgé de soixante ans, accepta le combat contre *Pierre* qui n'en avoit que quarante. Le jour venu *Charles d'Anjou* entra dans le champ qui leur avoit été assigné à Bordeaux par le roi d'Angleterre; mais l'Aragonais ne comparut que quand le jour fut passé. Cependant *Charles de Valois* prit le titre de roi d'Aragon après l'interdit jeté sur cet état par le pape, et y fut conduit par *Philippe le Hardi* son père, avec une puissante armée; il eut quelque succès, mais sans consistance. *Pierre* mourut le 28 novembre 1285 à Villefranche de Panades, où il reçut l'absolution des censures, sans renoncer cependant à la Sicile qu'il donna par testament à *Jacques* son second fils, qui s'y fit conronner l'année suivante. *Alphonse III* lui succéda en Aragon.
VII. PIERRE ALEXIO—WITZ Ier surnommé le *Grand*, né d'*Alexis Michaëlowitz* czar de Moscovie, fut mis sur le trône après la mort de son frère aîné *Théodore* ou *Fador*, au préjudice d'*Iwan* son autre frère dont la santé étoit aussi foible que l'esprit. Les *Strélitz*, milice à peu près semblable aux *Janissaires* des *Turcs*, excités par la princesse *Sophie* qui espéroit plus d'autorité sous *Iwan* son frère, se révoltèrent en faveur de celui-ci; et pour éteindre la guerre civile, il fut réglé que les deux frères régneroient ensemble. L'inclination du czar *Pierre* pour les O 0 4 584 P I E exercices militaires se développa de bonne heure. Pour rétablir la discipline dans les troupes de Russie, il voulut donner à la fois la leçon et l'exemple : il se mit tambour dans la compagnie de le Fort Genevois, qui l'aida beaucoup à policer ses états. Il battit quelque temps la caisse, et ne voulut être avancé à des grades plus hauts qu'après l'avoir mérité. En veillant sur le militaire, il ne négligea pas les finances, et il pensa en même temps à avoir une place qui servit de rempart à ses états contre les Turcs. Il s'empara d'Azof en 1696 et défendit cette forteresse contre les insultes des Tartares. Pierre méditoit dès-lors de faire un voyage dans les différentes parties de l'Europe, pour s'instruire des lois, des mœurs et des arts. L'an 1697 après avoir parcouru l'Allemagne, il passa en Hollande et se rendit à Amsterdam, et ensuite à Saardam village à deux lieues de là, fameux par ses chantiers et par ses magasins. Le czar déguisé se mit parmi les ouvriers, prenant leurs instructions, mettant la main à l'œuvre, et se faisant passer pour un homme qui vouloit apprendre quelque métier. Il étoit des premiers au travail. Il fit lui-même un mât d'avant qui se démontoit en deux pièces; il les plaça sur une barque qu'il avoit achetée, et dont il se servoit pour aller à Amsterdam. Il construisit aussi un lit de bois et un bain. Ce prince se fit enroler parmi les Charpentiers de la Compagnie des Indes, sous le nom de Baas Petter, c'est-à-dire Maître Pierre: ses compagnons l'appeloient ainsi. Un homme de Saardam qui étoit en Moscovie, écrivit à son père et déconvrit par sa lettre le mystère qui enveloppoit le czar. Tous les ouvriers instruits de son rang, voulurent changer de ton; mais le monarque leur persuada de continuer à l'appeler Maître Pierre. Le czar toujours assidu à l'ouvrage, devint un des plus habiles ouvriers et un des meilleurs pilotes. Il apprit aussi un peu de géométrie et quelques autres parties de mathématiques. Pierre quitta la Hollande en 1698 pour passer en Angleterre. On lui avoit préparé un hôtel magnifique; mais il aima mieux se placer près du chantier du roi. Il y vécut comme à Saardam, s'instruisant de tout et n'oubliant rien de ce qu'il apprenoit. Le roi d'Angleterre lui donna le plaisir d'un combat naval à la manière Européenne; il n'étoit pas possible de lui procurer une fête plus agréable. On travaillait alors en Russie à faire un canal qui devoit par le moyen des écluses, former une communication entre le Don et le Wolga. La jonction de ces deux fleuves ouvrit aux Russes le moyen de trafiquer sur la mer Noire, et en Perse par la mer Caspienne. Pierre trouva en Angleterre des ingénieurs propres à finir ce grand ouvrage. Enfin Pierre partit de Londres et se rendit à Vienne, d'où il se disposoit à passer en Italie; mais la nouvelle d'une sédition l'obligea de renoncer à son voyage. C'étoit encore la princesse Sophie qui l'avoit excité du fond de son cloître. Le czar la calma à force de tortures et de supplices. Il coupa lui-même la tête à beaucoup de criminels. La plupart des Strelitz furent décimés ou envoyés en Sibérie, en sorte que ces troupes qui faisoient trembler la Russie et le czar lui-même, furent dissipées et presque entièrement détruites. Le czar institua en 1699, l'ordre de Saint-André, pour répandre l'émulation parmi ses gentilshommes. Les Russes pensaient que Dieu avoit créé le Monde en septembre, et c'étoit par ce mois qu'ils commençoient l'année; mais le czar déclara que l'on dateroit à l'avenir le commencement de l'année, du mois de janvier. Il consacra cette réforme au commencement de ce siècle par un grand Jubilé qu'il indiqua et qu'il célébra en qualité de chef de la Religion. Une affaire plus importante l'occupoit. Entraîné par les sollicitations d'Auguste roi de Pologne, et par l'espérance que lui donnoit la jeunesse de Charles XII roi de Suède, il déclara la guerre à ce dernier monarque en 1700. Les commencements n'en furent pas heureux; mais ses défaites ne le découragèrent point. Je sais bien, disoit-il, que les Suédois nous battront long-temps; mais enfin nous apprendrons à les battre. Évitons les actions générales avec eux, et nous les affoiblerons par de petits combats. Ses espérances ne furent pas trompées. Après de grands désavantages, il remporta en 1709 devant Pultawa, une victoire complète. Il s'y montra aussi grand capitaine que brave soldat, et il fit sentir à ses ennemis combien ses troupes s'étoient instruites avec eux. Une grande partie de l'armée Suédoise fut prisonnière de guerre, et on vit un héros tel que le roi de Suède fugitif sur les terres de Turquie, et ensuite presque captif à Bender. Le czar se crut digne alors de monter au grade de licute- nant général. Il fit manger à sa table les généraux Suédois prisonniers; et un jour qu'il but à la santé de ses maîtres dans l'art de la guerre, le comte de Hinchild l'un des plus illustres d'entre ses prisonniers, lui demanda qui étoient ceux à qui il donnoit un si beau titre? Vous, dit-il, Messieurs les généraux. — Votre Majesté est donc bien ingrate, répliqua le comte, d'avoir tant maltraité ses Maîtres. Le czar pour réparer en quelque façon cette glorieuse ingratitude, fit rendre aussitôt une épée à chacun d'eux. Il les traita toujours comme auroit fait le roi qu'ils auroient rendu victorieux. Pierre profita du malheur et de l'éloignement du roi de Suède; il acheva de conquérir la Livonie et l'Ingrie, et y joignit la Finlande et une partie de la Poméranie Suédoise. Il fut plus en état que jamais de donner ses soins à la ville de Pétersbourg dont il venoit de jeter les fondemens. Cependant les Turcs moins excités par Charles XII que par leur propre intérêt, rompirent la trêve qu'ils avoient faite avec le czar, qui eut le malheur de se laisser enfermer en 1711 par leur armée, sur les bords de la rivière de Prutn, dans un poste ou d'étoit perdu sans ressource. Au milieu de la consternation générale de son armée, la czarine Catherine qui avoit voulu le suivre, osa seule imaginer un expédient; elle envoya négocier avec le grand visir Baltagi Méhémet. On lui fit des propositions de paix avantageuses; il se laissa tenter, et la prudence du czar acheva le reste. En mémoire de cet événement, il voulut que la czarine instituât l'ordre de Ste- Catherine dont elle seroit chef, et où il n'entreroit que des femmes. Ses succès ayant produit la tranquillité dans ses états, il se prépara à recommencer ses voyages. Il s'arrêta quelque temps à Copenhague en 1715, où il s'occupa à visiter les collèges, les académies, les savans, et à examiner les côtes de Danemarck et de Suède : il alla de là à Hambourg, à Hanovre, à Wolffembutel, toujours observant; puis en Hollande, où il parut avec toute sa dignité; et en France en 1717. Il fut reçu à Paris avec les mêmes respects qu'ailleurs, mais avec une grace et des prévenances qu'il ne pouvoit trouver que chez les François. S'il alloit voir une manufacture et qu'un ouvrage parut attirer plus ses regards, on lui en faisoit présent le lendemain. Il alla dîner à Petitbourg chez le duc d'Antin, et la première chose qu'il vit fut son portrait en grand avec le même habit qu'il portoit. Quand il alla voir la Monnoie royale des médailles, on en frappa devant lui de toute espèce, et on les lui présentoit. Enfin on en frappa une qu'on laissa exprès tomber à ses pieds et qu'on lui laissa ramasser. Il s'y vit gravé d'une manière parfaite avec ces mots : PIERRE LE GRAND. Le revers étoit une Renommée, et la légende : VINES ACQUIRIT EUNDO; allégorie aussi juste que flatteuse pour un prince dont le mérite s'augmentoit en effet par ses voyages. En voyant le tombeau du cardinal de Richelieu dans l'Eglise de la Sorbonne, et la statue de ce ministre, le czar monte sur le tombeau, embrasse la statue : Grand Ministre, dit-il, que n'es-tu né de mon temps ? Je te donnerois la moitié de mon Empire pour m'apprendre à gouverner l'autre. Le czar ne s'occupa pas uniquement à Paris à voir les beautés de la nature et de l'art. Il proposa au duc d'Orléans un traité qui auroit été également utile à la France et à la Moscovie. Son dessein étoit de se réunir à Charles XII qui lui cédoit de grandes provinces, d'ôter aux Danois l'empire de la mer Baltique, d'affoiblir les Anglois par une guerre civile et d'attirer en Moscovie tout le commerce du Nord, ce qui même temps auroit favorisé celui de la France. Il ne s'éloignoit pas même de remettre le roi Stanislas aux prises avec le roi Auguste, afin que le feu étant allumé de tous côtés, il pût courir pour l'attiser ou pour l'éteindre, selon qu'il y trouveroit ses avantages. Dans ces vues, il proposa au duc d'Orléans la médiation entre la Suède et la Moscovie, et de plus une alliance offensive avec ces couronnes et celle d'Espagne. Ce traité qui mettoit dans nos mains la balance de l'Europe, ne fut pas accepté par le duc d'Orléans, ou plutôt par l'abbé Dubois qui le gouvernoit. Pendant le séjour du czar à Paris quelques docteurs de Sorbonne lui proposèrent les moyens de réunir l'Eglise Russe avec la mère et le centre de toutes les Églises; il sembloit d'abord entrer dans des vues proposées par le seul amour de la vérité et de l'union. « De retour dans ses états, dit M. Lévesque, il fit du pape lui-même le principal personnage d'une fête burlesque. Nous avons vu que déjà depuis un grand nombre d'années il s'étoit joué souvent dans des parties de débauche, du chef si long-temps res- pecté de l'Église Russe. Pierre s'avisa en 1718 de transporter sur la personne du pape, le ridicule qu'il avoit jeté sur le patriarche. Il avoit à sa cour un fou nommé Zotof, qui avoit été son maître à écrire. Il le créa prince-pape. Le pape Zotof intronisé en grande cérémonie par des bouffons ivres; quatre bègues le haranguèrent : il créa des cardinaux, il marcha en procession à leur tête. Les Russes virent avec joie le pape avili dans les jeux de leur souverain : mais ces jeux indisposèrent les cours Catholiques, et sur-tout celle de Vienne. » (Voy. aussi l'article BOURSIER.) Le czar, après avoir parcouru la France, où tout dispose les mœurs à la douceur, reprit sa sévérité dès qu'il fut en Russie. Le prince Alexis son fils lui ayant occasionné du mécontentement, il lui fit faire son procès, et les juges conclurent à la mort. Le lendemain de l'arrêt il eut, dit-on, une attaque d'apoplexie qui l'emporta. On raisonna beaucoup sur cet événement funeste : (V. ALEXIS PETROWITZ, n.º XI.) Le père alla voir son fils expirant, et on dit qu'il versa des larmes; mais, malgré ces larmes, quelques amis de ce prince infortuné périrent par le dernier supplice. En 1721 il conclut une paix glorieuse avec la Suède, par laquelle on lui céda la Livonie, l'Estonie, l'Ingéromanie, la moitié de la Carélie et de Wibourg. Les États de Russie lui déférèrent alors le nom de Grand, de Père de la Patrie et d'Empereur. Le reste de la vie du czar ne fut qu'une suite de ses grands desseins. En 1722, le czar favorisant tout ce qui étoit utile, établit un comptoir à Schamachie ville de Perse, qu'on croit avoir été l'ancienne capitale de Cyrus. Les Tartares Lesghis s'en étant emparés, massacrèrent les Russes et les autres habitans. Pour venger cet outrage, Pierre I s'embarqua sur la mer Caspienne, mit le siège devant la ville de Derbent, s'en empara ainsi que de trois provinces qui furent rendues ensuite à Thames Kouli-Kan. On ne peut que parcourir les différens établissemens que lui doit la Moscovie, et seulement les principaux : I. Une Infanterie de 100 mille hommes, aussi belle et aussi aguerrie qu'il y en ait en Europe, dont une assez grande partie des officiers sont Moscovites. II. Une Marine de 40 vaisseaux de ligne et de 400 galères. III. Des Fortifications, selon les dernières règles, à toutes les places qui en méritent. IV. Une excellente Police dans les grandes villes, qui auparavant étoient aussi dangereuses pendant la nuit que les bois les plus écartés. V. Une Académie de Marine et de Navigation, où toutes les familles nobles sont obligées d'envoyer quelques-uns de leurs enfans. Des Collèges à Moscow, à Pétersbourg et à Kiof, pour les langues, les belles-lettres et les mathématiques; de petites Ecoles dans les villages où les enfans des paysans apprennent à lire et à écrire. VII. Un Collège de Médecine, et une belle Apothicai-rerie publique à Moscow, qui fournit de remèdes les grandes villes et les armées. Jusque-là il n'y avoit eu dans tout l'empire aucun médecin que pour le czar, et nul apothicaire. VIII. Des Leçons publiques d'Anatomie, dont le nom n'étoit seulement pas connu : et ce qu'on peut compter pour une excellente leçon tou- jours subsistante, le Cabinet du fimeux *Huysch*, acheté par le czar, où sont rassemblées tant de dissections si fines, si instructives et si rares. IX. Un *Observatoire*, où les astronomes ne s'occupent pas seulement à étudier le ciel, mais où l'on renferme toutes les curiosités d'histoire naturelle. X. Un *Jardin* des Plantes. XI. Des *Imprimeries*, dont il a changé les anciens caractères, trop barbares et presque indécisphables à cause des fréquentes abréviations. XII. Des *Interprètes* pour toutes les langues des États de l'Europe, et de plus pour la latine, pour la grecque, pour la turque, pour la calmoque, pour la mongole, et pour la chinoise. XIII. Une *Bibliothèque Royale*, formée de trois grandes bibliothèques qu'il avoit achetées en Angleterre, en Holstein et en Allemagne. XIV. Le changement général comprit aussi la religion, qui à peine méritoit le nom de religion Chrétienne. Il abolit la dignité de Patriarche, quoiqu'assez dépendante de lui. Maître de son Église il fit divers réglemens ecclésiastiques, sages et utiles, et, ce qui n'arrive pas toujours, il tint la main à l'exécution. XV. Après avoir donné à son ouvrage des fondemens solides et nécessaires, *Pierre* y ajouta ce qui n'est que de parure et d'ornement : il changea l'ancienne architecture, grossière et difforme au dernier point, ou plutôt il fit naître chez lui l'Architecture. On vit s'élever un grand nombre de maisons régulières et commodes, quelques palais, des bâtiments publics, et sur-tout une Amirauté commode et magnifique. XVI. Ses armées ayant conquis presque toute la côte occidentale de la mer Caspienne en 1722 et 1723, il fit lever le plan de cette mer; et grace à ce philosophe conquérant on en connut enfin la véritable forme, fort différente de celle qu'on lui donnoit communément. Il envoya à l'académie des Sciences de Paris dont il étoit membre honoraire, une Carte de sa nouvelle mer Caspienne. Cependant *Pierre le Grand* sentoit sa santé s'épuiser; il étoit attaqué depuis long-temps d'une rétention d'urine qui lui causoit des douleurs aiguës et qui l'emporta le 28 janvier 1725, à 53 ans. On a cru, on a imprimé qu'il avoit nommé son épouse *Catherine* héritière de l'empire par son testament; mais la vérité est qu'il n'avoit point fait de testament, on que du moins il n'en a jamais paru : négligence bien étonnante dans un législateur. *Pierre le Grand* étoit d'une taille haute; il avoit l'air noble, la physionomie spirituelle, le regard rude; il étoit sujet à des espèces de convulsions, qui altéroient quelquefois les traits de son visage. Mais lorsqu'il vouloit faire un accueil agréable à quelqu'un, sa physionomie devenoit riante et ne manquoit pas de grace, quoiqu'il conservât toujours un peu de l'air Sarmate. Il s'exprimoit avec facilité et parloit avec feu; il étoit naturellement éloquent, et haranguoit souvent. Ce prince dédaignoit et méprisoit le faste, qui n'eût fait qu'environner sa personne : c'étoit le prince *Menzikoff* son favori, qu'il chargeoit de le représenter par sa magnificence. Jamais homme ne fut plus vif, plus laborieux, plus entreprenant, plus infatigable. L'habitude du despotisme faisoit que ses volontés, ses desirs, ses fantaisies se succédoient rapidement, et ne pouvoient souffrir la moindre contrariété des temps, des lieux, ni des circonstances. Pierre avoit établi des hommes chargés de porter du secours aux incendies, que l'on sait être fort fréquens en Moscovie. Il avoit pris une de ces commissions périlleuses; on le voyoit monter le premier avec la hache au haut des maisons en feu, sans que le danger l'effrayât. Cet empereur aimoit beaucoup à voyager. Il alloit sans suite de l'extrémité de l'Europe au cœur de l'Asie; il franchissoit souvent l'intervalle de Pétersbourg à Moscow, qui est de 200 lieues communes, comme un autre prince passe de son palais à une maison de plaisance. Pierre le Grand étoit extrême dans son amitié, dans sa haine, dans sa vengeance, dans ses plaisirs. Il aimoit beaucoup les femmes et n'étoit pas fort délicat sur le choix; et dans l'effervescence de son tempérament, quelquefois un sexe suppléoit à l'autre. Il étoit adonné par un vice de son éducation, au vin et aux liqueurs fortes. Ces excès ruinèrent son tempérament, et le rendirent sujet à des accès de fureur dans lesquels il ne se connoissoit plus: il étoit alors cruel. Mais si quelqu'un de ses favoris le rappeloit à lui-même, aux sentimens d'humanité, il s'appaisoit et rougissoit de ces transports d'un emportement involontaire. Il disoit alors, avec une sorte de confusion: J'ai réformé ma Nation, et je n'ai pu me réformer moi-même! Ce fut le Fort, et sur-tout l'impératrice Catha- rine, qui eurent dans ces occasions le plus d'ascendant sur lui. Voltaire richement récompensé par la cour de Russie, a trop dissimulé les cruautés du czar Pierre, dans l'Histoire de commande qu'il a donnée de ce prince, qu'il appelle ailleurs moitié héros, moitié tigre. Le parallèle qu'il en fait avec Lycurgue et Solon, deux législateurs vertueux et humains, parut un peu extraordinaire à ceux qui se rappeloient ce morceau de l'Histoire de Charles XII, page 60, de l'édition de Paris: « Il est affreux qu'il ait manqué à ce réformateur des hommes la principale vertu, l'humanité. De la brutalité dans ses plaisirs, de la férocité dans ses mœurs, de la barbarie dans ses vengeances, se méloient à tant de vertus. Il poligoit ses peuples, et il étoit sauvage. Il a, de ses propres mains, été l'exécuteur de ses sentences sur des criminels; et dans une débauche de table il a fait voir son adresse à couper des têtes... » « Les roues, dit-il ailleurs, page 484, furent couvertes des membres rompus des amis de son fils. Il fit couper la tête à son propre beau-frère le comte Laprechin, oncle du prince Alexis. Le confesseur du prince eut aussi la tête coupée. Si la Moscovie a été civilisée, il faut avouer que cette politesse lui a coûté cher... » Pierre I dit Lévesque, placé sur le trône pour faire observer les lois, et pour punir le crime; mais né dans un pays qui avoit adopté, pour la punition des coupables, la cruelle sévérité des Orientaux, confondit plusieurs fois la justice avec une rigueur féroce qui révolte l'humanité. Persuadé que le crime ne doit pas rester impuni, il comprit quelquefois tant d'ac- cusés dans sa vengeance, qu'il dut y envelopper des innocens. Monarque, il faisoit trembler ses peuples : homme, il descendoit jusqu'à la familiarité avec les derniers de ses sujets. Protecteur de la religion, il donna des lois pour obliger les Russes à remplir les devoirs extérieurs du Christianisme : ennemi du clergé, il profana les cérémonies de la religion pour rendre les prêtres ridicules. Sensible à l'amitié, constant dans ses goûts, il laissoit oublier à ses amis qu'il étoit leur maître : colère, emporté, capricieux, il les terrassoit, les frappoit de la main et de la canne ; furieux dans l'ivresse, il tira quelquefois l'épée contre eux. Dur à lui-même, il ne pouvoit aimer que ceux qui ne craignoient pas les fatigues, et qui savoient mépriser la vie dans les hasards de la guerre, sur la face des mers irritées, et dans les débauches de la table. Ennemi de l'indolence, zélé jusqu'à l'excès pour les institutions dont il étoit l'auteur et qu'il croyoit utiles, il condamna son propre réformateur ; il vouloit inspirer à sa nation des mœurs plus douces et plus décentes : entraîné par son penchant et par l'exemple des étrangers, il leur laissoit voir le souverain plongé dans la débauche, ami des plaisirs grossiers, livré à des vices crapuleux. » (*Histoire de Russie, tirée des chroniques originales, etc. par Lévesque, Paris, 1781.*) Les sévérités de *Pierre I* ont paru nécessaires à quelques auteurs ; mais il faut sans doute que ces auteurs fassent bien peu de cas de la vie des hommes. On excuseroit plus facilement l'autorité despotique avec laquelle il gouverna ses sujets, s'il ne s'en étoit servi que pour leur faire du bien ; mais il n'en fit pas toujours un aussi bon usage. Quoi qu'il en soit, rapportons ce qu'un philosophe (*Fontenelle*) a dit de plausible sur ce despotisme, dans l'Éloge qu'il prononça du czar dans l'académie des Sciences : « Le czar avoit affaire à un peuple dur, indocile, devenu paresseux par le peu de fruit de ses travaux ; accoutumé à des châtimens cruels, et souvent injustes ; détaché de l'amour de la vie par une affreuse misère ; persuadé par une longue expérience que l'on ne pouvoit travailler à son bonheur, insensible à ce bonheur inconnu. Les changements les plus indifférens et les plus légers, tels que celui des anciens habits ou le retranchement des longues barbes, trouvoient une opposition opiniâtre et suffisoient pour causer des séditions. Aussi, pour plier la nation à des nouveautés utiles, fallut-il porter la rigueur au-delà de celle qui eût suffi avec un peuple plus doux et plus traitable : et le czar y étoit d'autant plus obligé, que les Moscovites ne connoissoient la grandeur et la supériorité que par le pouvoir de faire du mal ; et qu'un maître indulgent et facile ne leur auroit pas paru un grand prince, et à peine un maître. » Ce prince, qui fut si passionné pour la Marine, avoit, dans les premières années de sa jeunesse, une très grande frayeur de l'eau ; il parvint à se dépouiller de cette crainte. *Pierre* étoit l'homme le plus savant de son empire ; il parloit plusieurs langues ; il étoit très-habile dans les mathématiques et dans la géographie ; il avoit appris jusqu'à la chirurgie qu'il exerça en plusieurs occa- sons. Il aimoit les projets vastes; il les suivoit avec une ardeur incroyable, avec une constance à toute épreuve; son ambition étoit, pour ainsi dire, de créer. (Voyez GALLITZIN, nos I et II.) L'impératrice Catherine II a fait élever par Etienne Falconnet, avec des frais immenses, à Pétersbourg, une statue colossale à la mémoire de Pierre le Grand. Cette énorme masse de rocher, avec son piédestal qui est le même morceau, pèse 3 millions et 200 milliers. L'obélisque que l'empereur Constance fit transporter d'Alexandrie à Rome, et qui est le plus grand qui soit connu, ne pèse que le tiers de ce monument. Un simple forgeron Russe trouva le moyen de le transporter des marais de la Carelie dans la capitale, en le plaçant sur d'épais châssis à coulisse, remplis de boulets de canon, et en le faisant baler sur ces boulets avec des cabestans. Pierre I est vêtu à la Romaine et couronné de lauriers. Le cheval qu'il monte s'élance et a les deux pieds de devant en l'air; avec ceux de derrière il foule un serpent de bronze, qui mordant la queue flottante du cheval, en assure l'équilibre.
VIII. PIERRE II, empereur de Russie, étoit fils d'Alexis Petrowitz, que le czar Pierre le Grand priva de la couronne et de la vie. Il succéda en 1727 et à l'âge de 13 ans, à l'impératrice Catherine, qui l'avoit déclaré grand duc de Russie l'année précédente. L'événement le plus remarquable de son règne, fut la disgrace du fameux Menzikoff premier ministre, qui fut relégué dans la Sibérie. (Voyez MEN-
ZIKOFF) Cet empereur mourut en 1738, de la petite-vérole dans la 15e année de son âge, sans avoir été marié.
IX. PIERRE III, né en 1728 d'Anne Petrowna, fille aînée de Pierre le Grand, et de Charles Frédéric duc de Holstein-Gottorp, fut déclaré grand duc de Russie le 18 novembre 1742, par l'impératrice Elizabeth sa tante, après avoir embrassé la religion Grecque. Il se nommoit auparavant Charles-Pierre-Ulric. Le lendemain même que Pierre fut désigné pour succéder à Elizabeth, trois ambassadeurs Suédois arrivèrent à Pétersbourg pour lui annoncer que le sénat de Stockholm l'avoit élu roi. Pierre remercia les envoyés, et les pria d'engager le sénat à choisir à sa place son oncle Adolphe Frédéric de Holstein; ce qui fut fait. Après la mort d'Elizabeth, il fut proclamé empereur de Russie, le 5 janvier 1762, ou le 25 décembre 1761, selon le vieux style. Les commencements de son règne furent doux et heureux. Il se montra patient et juste; il sut pardonner à ceux qui avoient cherché à lui nuire près de l'impératrice, et rappela dans leur patrie près de 17 mille exilés. Il permit à la noblesse Russe de voyager hors de l'empire; ce qu'elle n'avoit encore jamais obtenu; et il ébolit la Chancellerie privée, tribunal cruel et tyranique qui servoit à condamner tous ceux qu'on y traduisoit comme coupables de haute trahison ou qui déplaisoient au souverain. Pierre III ne jouit pas long-temps du trône. Admirateur extrême du roi de Prusse, il voulut l'imiter dans plusieurs choses; mais il le fit avec trop de précipitation, quoique le prince qu'il prenoit pour son modèle lui eût écrit d'aller bride en main. Il avoit de bonnes intentions; mais on lui a reproché de manquer de caractère. Parmi les projets les plus sages; il en adoptoit souvent d'inutiles, même de dangereux, et le désir des améliorations lui fit basarder des réformes trop prématurées. Son amour pour les nouveautés firent murmurer tous les ordres de l'état; des murmures on passa à la révolte. Pierre fut détrôné le 6 juillet 1762, et l'impératrice sa femme fut reconnue souveraine sous le nom de Catherine II. Ce prince mourut sept jours après. La cause de sa mort fut, dit-on, un flux hémorroïdal auquel il étoit sujet. Quelques historiens l'ont attribuée à la violence. Plus décidé pour la religion Protestante que pour la Grecque, il avoit dessein de faire des changemens à celle des Russes; et il l'avoit déclaré à l'archevêque de Novogorod. Cette imprudence ne contribuait pas peu à aliéner les cœurs de la nation. Pierre III a éprouvé la vérité de la fameuse maxime: Væ victis. Certains gazetiers l'ont peint comme un prince crapuleux et imbécille. L'auteur des Anecdotes de Frédéric le Grand, plus impartial, dit: « Ses prétendus excès de boisson étoient si peu véritables, que le prince usoit d'une grande sobriété, ne déjeûnoit pas et ne quittoit jamais après dîner la compagnie des femmes. Il avoit l'esprit élevé, le cœur juste et sincère; ennemi de la flatterie et de l'oppression; incapable de soupçon et de cruauté. »
PIERRE roi de Hongrie, Voyez AEL.
PIERRE Ier, roi de Portugal Voyez INÈS DE CASTRO.
SAVANS et autres personnages. X. PIERRE, écrivain ecclésiastique, n'est connu que par un Traité sur l'Incarnation et la Grace, que l'on a joint aux Œuvres de St. Eulgence. Cet ouvrage se trouve aussi dans la Bibliothèque des Pères. L'auteur s'y donne le titre de Diacre; c'est tout ce que l'on en sait. Il vivoit dans le vie siècle.
XI. PIERRE DE SICILE, naquit en cette isle vers le milieu du IXe siècle. Il est connu par son Histoire des Manicheens. Cet ouvrage que l'on trouve dans la Bibliothèque des Pères, contient des faits curieux et importans, qui font connoître l'état et les sentimens de cette secte, dans le temps où l'auteur vivoit. Il a été donné séparément par Matthieu Raderus, Ingolstadt, 1604, en grec et en latin.
XII. PIERRE DAMIEN, né à Ravenne, fit concevoir d'heureuses espérances dès son enfance; elles ne furent pas vaines. Après avoir enseigné avec réputation, il s'enferma dans la solitude de Sainte-Croix d'Avellane près d'Eugubio, et devint prieur, puis abbé de ce monastère. Le pape Etienne IX instruit de son mérite, le fit cardinal et évêque d'Ostie en 1057, et l'employa dans les affaires de l'Eglise Romaine. Pierre Damien continua, sous les papes suivans, d'être chargé de diverses affaires, dont il s'acquitta avec applaudissement. Il consacra tous ses soins à faire revivre la discipline dans le clergé et dans les monastères. Il mourut saintement comme il avoit vécu à Faenza, le 23 février 1073, à 66 ans. Il s'étoit démis auparavant de son évêché. On a de lui, des Lettres, des Sermons, des Opuscules, et d'autres Ouvrages, qui ont été recueillis en 4 tomes formant un in-folio; ils sont utiles pour la connoissance de l'Histoire ecclésiastique du onzième siècle. On y trouve une érudition variée, mais peu de solidité dans le raisonnement, de justesse dans les idées, de pureté et de précision dans le style; et trop d'allégories, de visions, de faux miracles. Son esprit n'étoit pas au-dessus de celui de son siècle. Il prit le surnom de Damien par reconnoissance pour un de ses frères qui portoit ce nom, et auquel il devoit son éducation. L'édition des Ouvrages de ce Père, donnée à Paris en 1663, in-fol., est assez estimée. Sa vie écrite par St. Jean de Lodi son disciple, se trouve dans Mabillon, Secul. 6. Bened. Voy. CADALOUS et HONESTIS.
XIII. PIERRE IGNÉE, c'est-à-dire DE FEU, fameux religieux de l'ordre de Vallombreuse, et issu de l'illustre maison des Aldobrandins, fut fait cardinal et évêque d'Albano en 1073. Long-temps avant cette promotion, Pierre de Pavie évêque de Florence avoit été accusé de simonie et d'hérésie par les religieux du monastère de Saint-Jean-Gualbert. Cette accusation agitoit tous les esprits; on proposa de la justifier. Pierre Ignée fut choisi en 1063 par les moines de son couvent, pour faire l'épreuve du feu contre l'évêque. On dit qu'il entra gravement, les pieds nus et à petits pas, en présence de tout le peuple de Florence, dans un brasier ardent, entre deux bû- Tomé IX. chers embrasés, et qu'il alla avec une démarche mesurée jusqu'au bout. S'étant apperçu qu'il avoit laissé tomber son manipule, il retourna sur ses pas, et le retira du milieu des flammes aussi entier, dit-on, et aussi blanc qu'il l'avoit en y entrant. Le vent de la flamme agita ses cheveux, fit flotter son étole et son aube; mais rien ne biffia, pas même les poils de ses jambes. Quand il sortit du feu, il voulut y rentrer; mais le peuple arrêta les mouvemens d'un zèle qui lui auroit peut-être été funeste. Ce récit est tiré de la Lettre que le clergé et le peuple de Florence écrivaient à cette occasion au pape Alexandre II. Les écrivains de ce temps-là, et sur-tout Didier abbé du Mont-Cassin, depuis pape sous le nom de Victor III, en parlent comme d'une chose très-certaine. Cependant Pierre de Pavie continua d'être évêque de Florence, nonobstant cette épreuve qui étoit défendue par les canons de l'Église. Ses adversaires soutinrent que le passage de Pierre par le feu étoit un miracle. Il ne s'agit que de savoir si Dieu peut opérer des prodiges lorsqu'on se sert des moyens illégitimes pour les obtenir.
XIV. PIERRE, dit L'HERMITE, gentilhomme François d'Amiens en Picardie, quitta la profession des armes pour embrasser la vie, érémitique, et ensuite celle-ci pour la vie de pèlerin. Vers la fin du 10e siècle et au commencement du 11e, l'opinion que la fin du monde arriveroit bientôt avoit répandu une alarme générale. Plusieurs chartes écrites dans ce temps-là, commencent ainsi: Puisque la fin du monde P p approche et que différentes calamités et jugemens de Dieu annoncent cette catastrophe comme très-prochaine, etc. etc. (Vassette, Hist. du Languedoc.) Par un effet de cette frayeur, un grand nombre de pèlerins se rendirent à Jérusalem dans le dessein d'y mourir dans une terre sainte ou d'y attendre la venue du Seigneur. Rois, comtes, marquis, évêques, femmes, bourgeois, artisans, tous courroient en foule en Palestine. Pierre fut animé du même zèle. Il fit un voyage dans la Terre-Sainte vers l'an 1093. Touché de l'état déplorable où étoient réduits les Chrétiens, il en parla à son retour d'une manière si vive au pape Urbain II, et fit des tableaux si touchans que ce pape l'envoya de province en province exciter les princes à délivrer les fidelles de l'oppression. Pierre paroissoit peu propre au premier abord à conduire une négociation. C'étoit un petit homme, d'une physionomie peu agréable, ne mangeant que du pain, ne buvant que de l'eau; il avoit l'air très-mortifié, portant une longue barbe et un habit fort grossier; mais sous cet extérieur humble il cachoit un grand cœur, du feu, de l'éloquence, de l'enthousiasme, enfin tout ce qu'il faut pour persuader la multitude. Il eut bientôt à sa suite une foule innombrable de petit peuple. Godefroi de Bouillon, chef de la partie la plus brillante de la Croisade, lui confia l'autre. L'Hermite guerrier se mit à leur tête, vêtu d'une longue tunique de grosse laine, sans ceinture, les pieds nus, avec un grand froc et un petit manteau d'hermite. Il divisa son armée en deux parties; il donna la première à Gauthier pauvre gentilhomme de ses amis, et conduisit l'autre. Ce solitaire commandoit 40,000 hommes d'infanterie, et une nombreuse cavalerie. Ses soldats en traversant la Hongrie, exercèrent toutes sortes de brigandages. Il ne pouvoit plus les contenir, peut-être parce qu'ils ne le considéroient plus ni comme général ni comme prêtre, depuis qu'il avoit voulu être l'un et l'autre. Cette multitude indisciplinée fut défaite dans plusieurs combats par les Turcs; et de cette foule innombrable qui avoit suivi l'hermite Picard, il ne resta que trois mille hommes qui se réfugièrent à Constantinople. En 1097, quelques-uns des principaux chefs des Chrétiens, ennuyés des longues fatigues du siège d'Antioche, résolurent de prendre la fuite. Pierre l'Hermite croyant avoir rempli sa tâche, fut de ce nombre; mais l'ancrède le fit revenir, et lui fit faire serment de n'abandonner jamais une entreprise dont il étoit le premier auteur. Il signala depuis son zèle pour la conquête de la Terre-Sainte, et fit des merveilles au siège de Jérusalem l'an 1099. Après la prise de cette ville, le nouveau patriarche le fit son vicaire général en son absence, pendant qu'il accompagna Godefroi de Bouillon, qui alloit au-devant du soudan d'Égypte pour lui livrer bataille auprès d'Ascalon. Il mourut dans l'abbaye de Neu-Montier près de Huit, dont il étoit fondateur. Son tombeau qui étoit dans une grotte sous la tour, a été comblé dans ces dernières années, lorsqu'on a réparé l'église. Son corps a été transporté dans la sacristie où on le voit dans une urne de bois. «Ceux de nos auteurs modernes, dit *Moreau*, pour qui toute entreprise religieuse est un objet de raillerie, et ceux qui ont été plus frappés des désordres que nos Croisés se permirent en Orient, que de la grandeur et de la noblesse du projet qui les réunit, ont voulu faire de *Pierre l'Hermite* un fou enthousiaste, un homme qui eût mérité d'être enfermé. Ceux qui réfléchissent plus mûrement, ceux qui pour juger des actions se transportent au siècle qui les a produites, ont dû se former une toute autre idée de cet homme singulier. Pour moi, j'avoue que son génie m'étonne, et que son courage me paroît approcher de celui qui fait les héros dans tous les genres. Je le vois arriver de Jérusalem à Rome, parcourir ensuite l'Italie, la France, l'Allemagne, et ne manquer son but nulle part. Quelle devoit être l'élévation de ses idées, la force des images dont il savoit les revêtir, la rapidité de ses mouvemens, le feu de ses expressions? » En convenant avec *Moreau* du courage, de la force d'esprit de *Pierre l'Hermite*, il sera toujours permis de désirer avec le sage *Fleuri*, que le zèle de la religion ne l'eût pas fait pécher quelquefois contre les règles de la prudence. Les Croisades bien conduites auroient pu être très-utile; et malgré les plaies qu'elles firent à la discipline de l'église et aux revenus de l'état, elles eurent quelques avantages. Les Mahométans armés par l'ambition et le fanatisme, pillorent impunément l'Italie depuis près de 200 ans; ils étoient maîtres de la St. Ile et de toute l'Espagne. L'enthousiasme que produisit le zèle des Croisés, contribua beaucoup à les chasser de cette partie de l'Europe, et à les affoiblir en Égypte et en Syrie. Mais les maux que ces expéditions lointaines produisirent, furent encore plus grands que les biens. *Voyez* l'article de St. BERNARD.
XV. PIERRE DE CLUNI ou *PIERRE le Vénérable*, né en Auvergne de la famille des comtes de *Montboissier*, étoit le 7$^{e}$ de huit enfans mâles. Un d'eux seulement resta dans le siècle. *Pierre* suivant l'exemple de ses frères, se fit religieux à Cluni. De prieur de Vézelay, il devint abbé, puis général de son ordre en 1121, à l'âge de 28 ans. Ses taïens et ses vertus lui méritèrent cette place. A peine y fut-il élevé, qu'il fit revivre la discipline monastique sans affecter des austérités recherchées. Le pape *Innocent II* vint à Cluni en 1130; *Pierre* l'y reçut avec magnificence. Il donna un asile à *Abailard*, qui trouva en lui un ami et un père. L'abbé de Cluni combattit les erreurs de *Pierre de Brays* et de son sectateur *Henri*, dans la Provence, dans le Languedoc et dans la Gascogne. Enfin, après avoir rempli dignement sa carrière, il mourut saintement dans son abbaye le 24 décembre 1156, âgé de près de 65 ans. Il laissa dans la seule abbaye de Cluni 400. Religieux, «qui faisoient, dit *Baillet*, la gloire de leur père. Les Martyrologes de Bénédictin et de France le mettent avec un vloge magnifique dans la première classe qui est pour les Saints canonisés, et dont le culte est public et universel dans l'Église. Il n'est pas encore canonisé selon les formes établies. » On a de lui six livres P p 2 de Lettres, et plusieurs autres Ouvrages curieux et intéressans, entr'autres un excellent Traité sur la Divinité de J. C., un contre les Juifs; des Traités sur le Baptême des Enfans contre Pierre de Bruys; sur l'Autorité de l'Église; sur les Basiliques, les Églises et les Autels; sur le Sacrifice de la Messe; sur les Suffrages pour les Morts; sur les Louanges de Dieu par les Cautiques et les instruments de musique; sur le Culte de la Croix, etc. Quoique son raisonnement n'ait ni la chaleur ni la vigueur de celui de St. Bernard, il présente et développe insensiblement les preuves d'une manière qui ne subjugue pas les esprits avec le même empire, mais qui opère la même persuasion dans ceux qui ne se lassent point de le suivre. Son style est ordinairement net et correct, sur-tout dans ses Lettres, qu'on a conservées au nombre de près de 200, et qui annoncent une façon de voir et de sentir conforme à sa prudence. Pierre le Vénérable étoit un homme d'un sens droit et naturel, d'une charité rare, d'un cœur compatissant. Il partagea constamment avec St. Bernard et l'abbé Suger, la supériorité du mérite et de la célébrité sur les grands hommes du même temps. Ses qualités, moins brillantes que celles de ces deux émules, n'étoient pas moins solides; et les chefs de l'Église les employèrent souvent avec un égal succès à la conduite des affaires les plus importantes. Dans les négociations délicates qui lui furent confiées, il montra de la prudence et de la dextérité. En gagnant la confiance par les charmes de sa candeur et de sa douceur, il ne trahit jamais sa cause par une molle complaisance, ni par une simplicité imprudente. Il défendit son ordre contre St. Bernard, qui reprochoit aux Religieux de Cluni d'être trop somptueux en bâtiments, d'avoir une table trop peu frugale, de s'éloigner de quelques pratiques de la règle de Saint-Benoît, par exemple de porter des culottes. Pierre le Vénérable répondit à ces reproches, dont quelques-uns étoient minutieux, d'une manière satisfaisante. Son Apologie, ainsi que ses autres écrits, se trouvent dans la Bibliothèque de Cluns, publiée à Paris en 1614, in-fol.
XVI. PIERRE LOMBARD, appelé le Maître des Sentences, fut nommé LOMBARD, parce qu'il étoit de Novare dans la Lombardie. Il se distingua tellement dans l'université de Paris, (Voy. IR-NERICS) qu'il fut pourvu de l'évêché de cette capitale. Philippe fils du roi Louis le Gros et frère de Louis le Jeune, refusa cet évêché et le fit donner à Pierre Lombard son maître. (Voyez I. ÉLÉONORE.) Ce savant en prit possession l'an 1159. Il n'en jouit pas long-temps, étant mort en 1164. Ce prélat étoit bien capable d'instruire son peuple; ses exemples soutenoient ses instructions. Tout le monde connoît son excellent ouvrage des Sentences, sur lequel nous avons tant de Commentaires et si peu de bons. (Voyez ESTIUS.) C'est un recueil de passages des Pères, dont il concilie les contradictions apparentes, à peu près comme Gration l'avoit fait dans son Décret. Le dernier compilateur étoit sans doute fort inférieur à Pierre Lombard; mais celui-ci tombe dans quelques-uns de ses défauts. Il fourmille de questions inutiles, il en omet d'essentielles. Il appuie quelquefois ses raisonnemens sur des sens figurés, qui sont moins des preuves solides du dogme que du peu de sagacité de ceux qui s'en servent. « Les sens figurés, dit Fleury, sont tirés de St. Grégoire ou d'autres Pères; mais étant arbitraires, ils ne peuvent faire de preuve solide. Comme quand il dit que dans l'ancienne loi les simples croyoient sur la foi des mieux instruits, parce qu'il est dit dans l'Histoire de Job, que les ânes paissaient auprès des bœufs. L'auteur suppose ordinairement ces sens figurés comme connus et reçus de tout le monde. Dans la matière des Sacremens, il cite plusieurs autorités que Gratiens a aussi rapportées dans son Décret; et les fausses Décrétales comme les autres. On s'étonnera moins que le Maître des Sentences ait traité des questions qui nous paroissent inutiles, si l'on considère l'état des études de son temps. Depuis plus d'un siècle on étudioit ardemment la Philosophie d'Aristote, particulièrement sa Logique; et l'application que quelques docteurs voulurent faire des principes de ce philosophe aux mystères de la Religion, en fit tomber plusieurs dans les erreurs, comme nous avons vu par les exemples de Roscelin, d'Abailard et de Gilbert de la Poirée. Le Maître des Sentences prit une autre route: sans citer Aristote ni s'abandonner au raisonnement humain, il s'appliqua à rapporter les sentimens des Pères... Son ouvrage eut le même succès que celui de Gratiens pendant les siècles suivans. Ceux qui enseignè- rent la théologie, ne prenoient point d'autre texte pour lire et pour expliquer à leurs écoliers, que le livre des Sentences; et l'on compte jusqu'à 244 auteurs qui y ont fait des Commentaires, entre lesquels sont les plus fameux théologiens de chaque siècle. Le Maître des Sentences n'est pas toutefois regardé comme infallible, et on a marqué jusqu'à vingt-six articles sur lesquels il n'est pas suivi. « Sa physique est celle de son siècle; elle n'entre heureusement que fort peu dans sa théologie. On doit lui pardonner toutes ses imperfections, si l'on considère que Pierre vivait dans un temps barbare, et qu'il fut le premier auteur qui entreprit de réduire la théologie en un corps entier. Il est certain qu'il s'en acquitta avec assez d'ordre et de méthode. Mais quoiqu'il employât une manière d'instruction plus aisée et plus solide, on éprouva à la longue, dit le Père Fontenay, qu'elle contraignoit et mortifioit trop l'esprit qui est naturellement raisonneur. On revint de temps en temps aux pensées et aux explications arbitraires qu'il avoit voulu bannir et dont lui-même n'avoit pas été exempt. (Voy. BANDINUS.) Son Ouvrage, dont la 1re édition est de Venise, 1477, in-fol., est divisé en quatre livres, et chaque livre en plusieurs paragraphes. On trouva dans cet ouvrage, après la mort de l'auteur, une proposition anathématisée par le pape Alexandre III. La voici: CHRISTUS, secundam quod est homo, non est aliquid... (Voyez IV. JOACHIM.) On a encore de Pierre Lombard un Commentaire sur les Pseumes, à Paris, 1541, in-fol.; et un autre sur les Epîtres de saint P p 3 Paul, 1537, in-folio. (Voy. l'Histoire Littéraire de France, t. XII.)
XVII. PIERRE DE CELLES, Religieux, natif de Troyes, s'étant distingué par sa piété et par son savoir, fut élu abbé de Celles vers 1150, et de là transféré à l'abbaye de Saint-Rémi de Rheims en 1162. Placé sur le siège épiscopal de Chartres en 1182, il l'occupa jusqu'au 17 février 1187, jour et année de sa mort. On a de lui des Lettres, des Sermons, des Traités de Morale, et d'autres ouvrages, dans la Bibliothèque des Pères, et recueilli par Dom Ambroise Janvier, Paris, 1671, in-4°
XVIII. PIERRE Comte-ron ou le Mangeur, né à Troyes, fut chanoine et doyen de cette ville, puis chancelier de l'Église de Paris. Il quitta ses bénéfices pour se faire chanoine régulier de Saint-Victor à Paris, où il finit sa vie en octobre 1198, après avoir nommé les pauvres ses héritiers. On fit cette Epitaphe à Pierre Comte-ron : Petrus eram, quem peira tegir, discusque Comte-ron, Nunc comedor. Vivus docui, nec cesso dorere Morus; ut dicat, qui me videt incineratum : « Quod sumus iste fuit, erimus quandique quod hic est » Nous avons de lui : I. L'Histoire Scolastique, qui comprend en abrégé l'Histoire sainte depuis la Genèse jusqu'aux Actes des Aputres. Basle, 1686, in-fol. Cet ouvrage, qu'il décida au cardinal Cullume de Champagne archevêque de Sens, est plus dogmatique qu'historique. L'auteur charge sa narration de longues dissertations; qui renferment ou des raisonnemens bizarres ou des fables ridicules. II. Des Sermons publiés sous le nom de Pierre de Blois, par le P. Busée Jésuite, en 1600, in-4°. On lui attribue Catena Temporum. C'est une compilation indigeste de l'Histoire universelle, publiée à Lubeck en 1475, 2 vol. in-folio; traduite en françois sous le titre de Mer des Histoires, Paris, 1488, en deux vol. in-folio... Voy. II. MÉTIUS, et I. MOULINS.
XIX. PIERRE LE CHANTRE, docteur de l'université et chantre de l'Église de Paris, auteur d'un livre intitulé : Verbum abbreviatum, se fit religieux dans l'abbaye de Longpont, où il mourut vers 1197. On trouve dans les bibliothèques plusieurs autres Ouvrages de cet auteur, en manuscrit. Celui que nous avons cité n'est pas toujours exact. Il fut imprimé à Mons en 1637, in-4°
XX. PIERRE dit le Collombario, étoit évêque d'Ostie vers le milieu du XIVe siècle. Il couronna l'empereur Charles IV à Rome l'an 1346, et fit l'Histoire de son Voyage en cette ville. L'auteur et l'ouvrage seroient oubliés, si le Père Labbe n'en eût fait mention dans sa Bibliothèque des Manuscrits.
XXI. PIERRE DE POITIERS, chancelier de l'Église de Paris, mort l'an 1200, est auteur de quelques Écrits insérés dans la Bibliothèque des Pères; et d'un Traité des Sciences, imprimé à la fin des Œuvres de Robert Pullus, 1655, in-folio. Ce Traité prouve que l'auteur étoit un des premiers théologiens de son siècle.
XXII. PIERRE DE BLOIS, fut ainsi appelé, parce qu'il avoit vu le jour dans cette ville. Après avoir étudié à Paris et à Bologne, il devint précepteur, puis secrétaire de Guillaume II roi de Sicile. Appelé en Angleterre par le roi Henri II, il obtint l'archidiaconat de Bath, dont il fut dépouillé sur la fin de ses jours. On lui donna celui de Londres; mais il y trouva plus d'honneurs que de revenus. Il avoit été auparavant chancelier de Richard archevêque de Cantorbery, qui faisoit un grand cas de son mérite. Cet estimable écrivain mourut en Angleterre l'an 1200. Il étoit d'un caractère austère, et il se signala par son zèle pour la discipline et les règles ecclésiastiques. On a de lui 183 Lettres, 65 Sermons, et d'autres ouvrages, dont la meilleure édition est celle de Pierre de Goussainville, in-folio, en 1667. Il s'y élève avec force contre les dérèglements du clergé. Les écrivains Protestans l'ont souvent cité dans leurs déclamations contre ce corps, sans faire attention que le langage d'un enfant zélé pour la gloire de sa mère, ne doit pas être employé par un ennemi acharné à la calomnier. Il est certain que Pierre en parle avec une liberté qui n'aurcit pas été soufferte dans ce siècle: mais ses intentions étoient droites. Son style est coupé et sententieux, plein d'antithèses et de jeux de mots. Les Sermons publiés sous le nom de Pierre de Blois par le Père Busée, Maïence, 1600, sont de Pierre Comestier. Il a continué l'Histoire des Monastères d'Angleterre d'Incalle, depuis 1091 jusqu'en 1118, publiée par Savil en 1596. Les au- teurs de l'Histoire de l'Église Gallicane disent que Pierre de Blois est le premier qui se soit servi du mot Transsubstantiation; c'est une erreur. (Voyez HILDEBERT.) Etienne évêque d'Autun, contemporain d'Hildebert, qui assista au sacre de Philippe fils de Louis le Gros, le 14 avril 1129, dit dans son Traité du Sacrement de l'Autel, chap. 13 : Oraeus ut... oblatio paus et vini transsubstantietur in corpus et sanguinem Jesu-Christi. (Voyez I. ÉLÉONORE, à la fin.)
XXIII. PIERRE ALPHONSE, Juif Portugais, converti à la Foi dans le XIIe siècle, prouva que sa conversion étoit sincère; ce qui n'est pas toujours ordinaire chez cette nation. La Bibliothèque des Pères offre de cet auteur un Dialogue contre les Juifs, qui renferme les motifs de sa conversion et d'assez fortes raisons pour ses anciens confrères de suivre son exemple.
XXIV. PIERRE, moine de Vaux-de-Cernat, ordre de Cîteaux, au diocèse de Paris, dans le XIIIe siècle, accompagna en Languedoc Guy son abbé, un des douze que le pape Innocent IV nomma pour aller combattre les Albigeois. Il fut témoin oculaire des événements de cette guerre dont il a écrit l'Histoire. Elle est curieuse et intéressante: mais on peut reprocher à l'auteur d'exagérer les dérèglements des Hérétiques, et de ne rendre pas assez de justice à leurs vertus! Cette Histoire a été imprimée à Troyes en 1615, in-8°, et dans la Bibliothèque de Cîteaux de D. Tissier. Arnaud Sorbin l'avoit traduite de latin en françois, à Paris, 1569. P p 4 600 P I E
XXV. PIERRE d'Auvergne, surnommé l'Ancien, troubadour célèbre, adressa diverses chansons aux Dames de son temps. Il les mettoit lui-même en musique et les chantait agréablement. Né à Clermont en Auvergne, il fut le premier qui dans sa province fit connoître la langue et la poésie provençale. Ses talens distingués, la beauté de sa figure, sa facilité à parler le firent appeler le Maître des troubadours. Outre ses chansons, on lui doit : I. Un Poème intitulé le Contrat du Corps et de l'Ame. Il le laissa imparfait ; mais Richard Arquier de Lambese l'acheva dans la suite avec succès. II. Une Sirvente, c'est-à-dire une satyre contre les Siciliens, auteurs du massacre des François pendant les Vêpres Siciliennes. III. Un Eloge des poètes de son temps, ou il ne s'oublie pas, en annonçant « qu'il avoit la voix plus belle que les autres ; et que, dès qu'il avoit eu pris de l'amour en Provence, ses poésies avoient été supérieures à celles de tous les poètes du pays. » IV. Des Poésies spirituelles, entraîtres, une Canzone ou Hymne en honneur de la Vierge, qui a servi de modèle à celle que Pétrarque composa ensuite sur le même sujet. V. Des Vers sur différents sujets qu'on peut lire dans le manuscrit 320, du Vatican. Pierre d'Auvergne est nommé Pierre Roger dans quelques anciens manuscrits qui disent qu'il fut chanoine dans sa jeunesse, mais qu'il quitta son bénéfice pour jouer la comédie et faire l'amour. Il fut aimé d'Ermangarde comtesse de Foix, présidente de la cour d'amour de Gascogne, et mourut assassiné vers l'an 1330 par les parens de Huguette de Baux, jeune beauté qu'il avoit aussi rendu sensible. Voyez I. BAUX.
XXVI. PIERRE MARTYR, dont le vrai nom étoit Pierre VERMIGLI, naquit à Florence l'an 1500 d'une bonne famille de cette ville. Ses parens étoient riches et considérés. Il entra malgré eux chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin. Ses sermons et son savoir lui firent un nom en Italie : mais la lecture de Zuingle et de Buser le jeta dans l'hérésie. Comme il dogmatisoit dans des maisons particulières à Naples, il fut sur le point d'être arrêté. Il se retira à Lucques, et y pervertit plusieurs savans avec lesquels il prit la résolution de passer chez les Hérétiques. Il emmena avec lui Bernardin Ochin général des Capucins ; et se rendit à Zurich, puis à Basle, et ensuite à Strasbourg où il épousa une jeune religieuse. Sa réputation le fit appeler en Angleterre, où il alla avec sa femme en 1547. Il y obtint une chaire de théologie dans l'université d'Oxford : mais la reine Marie ayant succédé à Edouard en 1553, le chassa de ses états avec les autres hérétiques. Sa femme étant morte quelque temps après, son corps fut déterré dans la suite en 1557, et jeté dans un fumier par sentence juridique. Pierre ainsi chassé vint à Augsbourg, d'où il alla ensuite à Zurich : il y mourut en 1562, à 62 ans. Sa fille posthume, réduite à la mendicité par la mauvaise conduite de son époux, fut, en considération du mérite du père, secourue par le sénat de Zurich. Pierre Martyr a laissé P I E 601 un grand nombre d'Ouvrages presque tous réunis sous le titre de *Loci communes Theologici*, 1624, trois vol. in-folio. Il en composa la plus grande partie pour soutenir ses erreurs; elles lui étoient communes avec les Calvinistes. Il faut pourtant en excepter son opinion sur l'Eucharistie, dans laquelle il alloit plus loin qu'eux; car non-seulement il soutenait que *JESUS-CHRIST* n'étoit pas corporellement dans le *Sacrement de l'Autel*, mais même qu'on ne pouvait pas dire qu'il y fût réellement. Il nous reste encore de cet apostat un recueil de *Lettres* en latin, imprimées avec quelques ouvrages de *Ferdinand de Pulgar* par *Elzevir*, 1670, in-folio. « De tous les prétendus réformateurs, il n'y en a point eu après *Calvin* qui écrivit mieux que *Pierre Martyr*. Il surpassoit même *Calvin* en érudition et dans la connoissance des langues. Il avoit beaucoup lu les Pères et s'étoit appliqué à étudier l'ancienne discipline de l'Église. Il avoit de la modération et de la douceur plus qu'aucun des autres Protestans, non-seulement dans ses expressions, mais encore dans ses sentiments. S'il eût été écouté, il n'eût pas tenu à lui que non-seulement les Luthériens, les Zuingliens et les Calvinistes ne se fussent réunis ensemble, mais même qu'ils ne se fussent réunis avec l'Église Catholique. Malheureux d'avoir quitté le sein de l'Église, peut-être par l'occasion que pouvoient lui en avoir donnée les mauvais traitements de quelques personnes trop zélées, qui éloignèrent un sujet très-propre à rendre de grands services à la religion et à l'état. » C'est le jugement que porte *Dupin* de cet auteur.
XXVI. PIERRE, (Corneille de la) *CORNELIUS à Lapide*, né dans le pays de Liège, entra dans la Compagnie de *Jésus* et s'y consacra à l'étude des langues, des belles-lettres, et surtout à celle de l'Écriture-Sainte. Après avoir professé avec succès à Louvain et à Rome, il mourut dans cette dernière ville le 12 mars 1637, âgé de 71 ans, avec une réputation de piété et de savoir. Nous avons de lui dix volumes de *Commentaires* sur l'Écriture-Sainte. Ce ne sont proprement que des compilations informes. *Corneille de la Pierre* dénué de goût et de jugement, alonge ce qu'il faudroit raccourcir et abrége ce qui demanderoit de l'étendue. Voici le jugement que *Richard Simon* en porte dans son *Histoire critique du Vieux Testament*: « Les Commentaires de *Cornelius à Lapide* ont le défaut de contenir de l'érudition et des questions éloignées de leur texte; et cependant cet auteur fait profession dès le commencement d'être court, et de recueillir en peu de mots ce qui a été déjà remarqué par les autres avec plus d'étendue. Je sais que ces sortes de Commentaires, qui sont remplis d'érudition, plaisent à une infinité de gens et surtout aux prédicateurs; mais ils ne peuvent être du goût des personnes judicieuses, qui veulent que chaque chose soit traitée séparément et en son lieu. » Ajoutons qu'il fait entrer dans ces *Commentaires* des contes, des légendes et des bagatelles, qui ne méritoient point d'y avoir place, 602 PIE et qui ne peuvent que défigurer des ouvrages de cette nature. On estime cependant plus que le reste de ses Commentaires, ce qui regarde le Pentateuque et les Épitres de St. Paul. La meilleure édition du corps complet de ces Commentaires est celle d'Anvers. 1581 et années suivantes, dix vol. in-folio. Tirin et Menockius n'ont fait souvent que les abréger en retranchant tout ce qui est étranger au sens littéral.
XXVIII. PIERRE DE SAINT-ROMUALD. (Pierre Guillebaud) né à Angoulême en 1585, fut d'abord chanoine de sa ville, puis Feuillant, et mourut en 1667 à 81 ans. C'étoit un bon homme dont la mémoire étoit vaste et le jugement très-borné. Ses livres sont un mélange de bon et de mauvais, ramassé sans choix de côté et d'autre, entreladré de réflexions monacales et d'expressions gothiques. Sa critique est toujours en défaut, et les faits les plus extraordinaires et les moins vraisemblables sont ceux qu'il rapporte de préférence. On a de lui : I. Un recueil d'épitaphes, deux vol. in-12. II. Le Trésor Chronologique, 1658, trois vol. in-folio. III. L'abregé en trois vol. in-12, 1660, bon pour la date des faits arrivés de son temps. IV. La Chronique d'Adhémar, avec une continuation, 1652, deux vol. in-12, qui fut ce: surée par l'archevêque de Paris en 1653. La Censure fut supprimée par arrêt du parlement.
XXIX. PIERRE D'OSMA, professeur de théologie à Salamanque, fut dans le xve siècle l'un des précurseurs du Calvi- nisme. Dans un Troité de la Confession, il enseigna : « 1.º Que les péchés mortels quant à la coulpe et à la peine de l'autre vie, sont effacés par la seule contrition du cœur. 2.º Que la confession des péchés en particulier et quant à l'espèce, n'est point de droit divin, mais seulement fondée sur un statut de l'Église universelle. 3.º Qu'on ne doit point se confesser des mauvaises pensées, qui sont effacées par l'aversion qu'on en a, sans rapport à la confession. 4.º Que la confession doit se faire des péchés secrets et non de ceux qui sont connus. » Alphonse Carillo archevêque de Tolède ayant assemblé les plus savans théologiens de son diocèse, condamna ces propositions comme hérétiques, erronées, scandaleuses, mal sonnantes, et le livre de l'auteur fut brûlé avec sa chaire. Sixte IV confirma ce jugement en 1479.
XXX. PIERRE DE SAINT-LOUIS, (le Père) dont le nom de famille étoit Barthélemi, naquit à Valréas dans le diocèse de Vaison en 1626. Devenu amoureux à l'âge de 18 ans, d'une demoiselle nommée Magdeleine, il eut la douleur de se la voir enlever par la petite vérole dans le temps qu'il étoit sur le point de l'épouser. Sa mélancolie après une telle perte lui inspira le dessein de se faire Dominicain. Mais se rappelant que sa chère Magdeleine lui avoit fait présent d'un Scapulaire quelques jours avant sa mort, il n'en fallut pas davantage pour lui persuader que Dieu vouloit qu'il fût Carme. Il embrassa donc cette profession. Le P. Pierre étoit né avec quelque goût pour la poésie ; il la cultiva dans son nouvel état. Pour sanctifier son travail, il forma le dessein de chanter dans un Poème les actions de quelque Saint ou de quelque Sainte. Il balança long-temps entre *Elie* qu'il regardoit judicieusement comme le fondateur de son ordre, et la *Magdeleine*, patronne de son ancienne maîtresse. Enfin les reproches que lui fit dans un songe sa chère *Magdeleine*, le déterminèrent à célébrer cette Sainte. Il entreprit une espèce de Poème héroïque, qui lui coûta cinq ans de veilles. Dès que ce bel ouvrage fut achevé, il se rendit à Lyon, où, après quelques traverses, il vint à bout de le faire imprimer sous ce titre : *La MAGDELEINE au désert de la Sainte-Eaume en Provence ; Poème spirituel et Chrétien, en XII livres*. Ce Poème, chef-d'œuvre de pieuse extravagance, selon l'expression de la *Monnoye*, jouit de l'honneur d'une seconde édition. Le *P. de Saint-Louis* ne vit pas cette espèce de triomphe de sa *Magdeleine* ; il étoit mort d'une hydropisie de poitrine quelque temps auparavant. C'étoit un de ces hommes qui, suivant l'expression d'un auteur, ont l'esprit froid et la tête chaude. Quoique mauvais poète, il étoit bon religieux et très-appliqué à l'étude. Son ouvrage étoit devenu fort rare. *La Monnoye* le fit réimprimer dans son recueil de *Pièces choisies*, à la Haye, (Paris) 1714, 2 vol. in-12. Le *P. de Saint-Louis* avoit achevé avant sa mort, un autre Poème sur le prophète *Elie*, et il lui avoit donné pour titre, l'*Elie*. La ressemblance de ce nom avec celui d'*Hinde* lui paroissoit d'un heureux augure pour le succès de son Poème ; mais il n'a point paru : les Carmes eurent la prudence de le supprimer. Ce rimailleur étoit aussi le plus grand faiseur d'Anagrammes de son temps. Il avoit anagrammatisé les noms de tous les papes, des empereurs, des rois de France, des généraux de son ordre, et de presque tous les Saints. Il avoit la simplicité de croire que la destinée des hommes étoit marquée dans leurs noms, et il citoit le sien en preuve. Il avoit trouvé dans ces deux mots *Ludovicus Barthélemi*, cette anagramme, *CARMELO SE DEPOFET* ; et en françois, *IL EST DU CARMEL*. Dans son Poème de la *Magdeleine*, il prodigue l'esprit, le ridicule, les allusions burlesques, les métaphores bizarres, les hyperboles gigantesques, le jeu perpétuel des pensées et des expressions. Il dit que le *ramage* des arbres s'accorderoit fort bien avec le *ramage* des oiseaux ; et il fait rimer ces deux ramages ensemble, en prenant le premier dans le sens de rameaux, et en donnant au second son sens naturel. Il appelle le *Hossignol* et les *Pinsons* des *Luths animés*, des *Orgues vivantes*, des *Syrènes volantes*. Les arbres sont de vieux *Barbons*, de grands *Enfans* d'une plus grande Mère, d'énormes *Géans*, des *Colosses éternels*... *Magdeleine*, par la contemplation de son crucifix, apprend la grammaire. Elle frémit de voir que, par un cas du tout déraisonnable, l'amour du Sauveur lui ait rendu la mort indécisible ; qu'à force d'être *Actif*, il se soit fait lui-même *Passif* : Pendant qu'elle s'occupe à punir le forfait 604 PIE De son temps *Prédéris*, qui ne fut qu'*Imparfait*; Temps de qui le *Futur* réparera les pertes, Et le présent est tel, que c'est l'*In- dicatif* D'un amour qui s'en va jusqu'à l'*In- finitif*, Mais c'est dans un degré toujours *St- perlaif*; En tournant contre soi toujours l'*Ac- susatif*, Direz-vous pas après, qu'ici notre écolière, Faisant de la façon, est vraiment *Singulière*, D'avoir quitté le monde et sa *Flu- ralité*?
XXXI. PIERRE DE SAINT- ANDRÉ, nommé dans le siècle *Jean-Antoine Rampalle*, étoit de l'Isle, dans le Comtat Venaiss- sin. Il se fit Carme en 1640, et se distingua tellement par sa science et ses vertus, qu'il fut élevé aux premières charges de son ordre. Il fut fait définiteur général l'an 1667, et mourut à Rome le 29 novembre 1671. On a de lui : I. *De la Chromancie naturelle*, Lyon, 1653, in-8.º II. *Vie* de plusieurs Saints de son ordre. III. Une *Traduction* en françois du *Voyage dans l'Orient* du P. *Philippe de la Sainte-Tri- nité*, Lyon, 1653, in-8.º IV. Des *Tragédies* sacrées. V. Une édi- tion de l'*Histoire générale des Carmes de la congregation d'Ita- lie*, par le P. *Isidore de Saint- Joseph*, avec des suppléments et des corrections, en latin, Rome, 1668 — 1671, 2 vol. in-fol.
PIERRE MARTYR, *Voyez* I. et II. MARTYR.
PIERRE DE HONESTIS, *Voy.* HONESTIS.
PIERRE DE LÉON, *Voyez* II. ANACLET; et LÉON, n.º XXIV.
PIERRE, *Voyez* III. PAS- CHAL.
PIERRE, (La) *Voyez* MAL- LEROT.
PIERRE LE FOULON, *Voyez* I. FOULON.
PIERRE DE NAVARRE, *Voy.* NAVARRE.
PIERRE DE BRUYS, *Voyez* I. BRUYS.
PIERRE DE CORBIÈRE, *Voy.* CORBIÈRE.
PIERRE DE LUNÉ, *Voy.* BE- NOIT, n.º XVIII.
PIERRE DE LUXEMBOURG, *Voyez* III. LUXEMBOURG.
PIERRE, (Eustache de St-) et l'abbé de SAINT-) *Voy.* SAINT- PIERRE, n.º I. et II.
PIERUS, (Mythol.) étoit roi de Macédoine; il eut d'*Évippe* sa femme, neuf filles, qui osèrent disputer aux *Muses* le prix de la voix. Elles furent vaincues, et changées en pies, en punition de leur orgueil. Cette victoire mérita aux *Muses* le nom de *Piérides*.
PIET, (Baudouin-Vander-) né à Gand en 1546, d'une fa- mille patricienne, fut à la nais- sance de l'université de Douai, le premier qui eut le titre de Ba- chelier. Il devint docteur, puis professeur en droit à Douai, et remplit cette place avec dictinc- tion. Le Conseil de Molines le nomma plusieurs fois pour être un de ses membres; mais *Piet* refusa constamment cet hon- neur, aimant mieux former les juges lui-même. Il fut l'oracle des grands et du peuple jusqu'à sa mort, arrivée à Douai le 19 janvier 1609, à 63 ans. Sa profonde érudition étoit appuyée sur un jugement très-solide. Les ouvrages qui lui ont fait le plus d'honneur, sont : I. *De Fructibus*. II. *De duobus reis*. III. *De Emptione et Venditione*. IV. *De Pignoribus et Hypothecis*. V. *Responsa Juris*, sive *Consilia*.
PIÉTISTES, *Voy*. ARNOLD et SPENER, n.º I.
PIETRINI, (Joseph) habile peintre d'histoire, mort en 1757, étoit né dans le bailliage de Lugano. I. PIETRO BELLA FRANCESCA, peintre, natif de Florence, mort en 1443, fut long-temps employé par le pape *Nicolus V* à peindre dans le Vatican. Il réussissait à faire des portraits; mais son goût dominant étoit pour les sujets de nuit et les combats. On a de lui des ouvrages sur l'Arithmétique et sur la Géométrie.
II. PIETRO DI PETRI, habile peintre, mort à Rome sa patrie en 1716, à 35 ans, excelloit sur-tout dans le dessin. Il imitoit très-exactement les originaux. Tout ce qui est sorti de ses mains, est estimé des connoisseurs.
PIETRO COSIMO, *Voyez* COSIMO.
PIETRO LONGO, *Voyez* AERTSEN.
PIETRO DE CORTONE, *Voy*. BERETIN.
PIETRO RICCIO, *Voy*. CRINITUS (Pierre). *Fin du Tome neuvième.* 306663
HISTOIRE ABRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres; *Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire.* Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Huitième Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mihil Galba, Ocho, Vitellius, nec beneficio, nec injuriâ cognit. TACIT. Hist. lib. I. § 1. A LYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp.: An XII — 1804.
**PIGALLE**, (Jean-Baptiste) sculpteur du roi, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, chancelier de l'académie de Peinture, naquit à Paris en 1714, d'un menuisier, et y mourut le 20 août 1785, à 71 ans. Il ne montra d'abord aucune disposition pour le dessin. Il aimoit à modeler, mais il n'avoit ni adresse, ni facilité, et ne pouvoit rien finir sans un travail opiniâtre. Le voyage d'Italie que la générosité de *Coustou* l'aîné lui fournit le moyen d'entreprendre, donna au jeune artiste la facilité qui lui manquoit. Il étudia les ouvrages des grands maîtres et fut bientôt leur rival. De retour en France, il s'illustra par un grand nombre de morceaux admirables. Les plus connus sont : I. Un *Mercure* qu'il fit à Lyon, où il s'arrêta en revenant de Rome. S'étant rendu à Paris quelque temps après, il s'empressa de le présenter à *le Moyne* son ancien maître, qui lui dit : *Je voudrois l'avoir fait*. II. Une *Vénus* dont *Louis XV* fit présent au roi de Prusse, en y joignant son *Mercure* que le roi *Tome X.* lui avoit fait exécuter en grand. Ces deux statues dont la première est un chef-d'œuvre digne des beaux jours d'Athènes, furent accueillies à Berlin avec transport. *Pigalle* qui s'y rendit quelque temps après, fut annoncé au roi de Prusse comme l'auteur du *Mercure de France*. Le monarque crut que c'étoit un journaliste ; et *Pigalle* ne fut point admis à l'audience de *Frédéric*. Piqué de cette indifférence, il partit pour Dresde après avoir fait un tour à Potsdam, où ces deux statues étoient placées. En voyant la première, il dit : *Je serois très-fâché si je n'avois pas mieux fait depuis*. Enfin *Frédéric* instruit de sa méprise, fit rechercher le sculpteur avec le plus grand soin, mais il avoit déjà disparu. *Pigalle* regretta toujours depuis de n'avoir pu modeler la figure de *Frédéric le Grand*. Il disoit : Les deux plus belles têtes que j'aie jamais vues dans ma vie, sont celles de *Louis XV* et de *Frédéric*, la première pour la noblesse des formes ; la seconde, pour la finesse spirituelle de la les antiquités Grecques de *Gronovius*, tome IX.
PIGMALION, *Voyez* PIGMALION.
PIGNA, (Jean-Baptiste) né dans le Ferrarois au commencement du 16$^{e}$ siècle, mérita la protection de ses souverains par ses talens et ses ouvrages. Il fut à la fois bon grammairien, littérateur et historien. On lui doit divers livres de politique et d'histoire : I. *Il Principe*, Venise, 1561, in-8$^{o}$. II. *Il Duello nel quale si tratta dell'onore e dell'ordine della Cavaleria*, 1554, in-4$^{o}$. III. *Istoria de' Principi di Este*, Ferrara, 1570, in-8$^{o}$; estimée et peu commune. IV. *Romanzi nel quale della Poesia e della vita d'Ariosto si tratta*, Venise, 1554 in-4$^{o}$.
PIGNORIUS, (Laurent) né à Padoue en 1571, devint curé de Saint-Laurent de cette ville, puis chanoine de Tréviso, où il mourut de la peste en 1631, à 60 ans. Ce littérateur avoit dressé une belle bibliothèque et un riche cabinet de médailles, qui lui servirent dans la composition de ses savans ouvrages. On a de lui : I. *Un Traité De Servis et eorum apud Veteres ministeriis*, in-4$^{o}$. II. *Caracteres Egyptii*, in-4$^{o}$, 1669. C'est l'explication de la célèbre table *Isiaque*. Celle-ci est en bronze, et a cinq pieds de long sur trois de large. Elle fut achetée au sac de Rome en 1525 par un serrurier, qui la vendit au cardinal *Bembo*. A la mort de ce dernier, elle passa dans le cabinet des ducs de Mantoue et y resta jusqu'en 1630, année où cette ville fut prise par les troupes Impériales. Cette table a été déposée depuis à Turin, et ensuite à Paris au Musée des arts. Elle offre une grande quantité de figures et de divinités Egyptiennes, des symboles, des hieroglyphes. *Warburton* la croit le plus moderne monument de l'Égypte ancienne. *Enée Vico* de Parme l'a gravée dans toute sa grandeur; elle l'a été depuis en moindre volume pour les Œuvres de *Montfaucon*, de *Jablonski* et de *Caylus*. Elle a été expliquée par le Jésuite *Kircher*; mais l'opinion de *Pignorius*, quoique plus simple, a paru la plus vraisemblable. III. *Origini di Padoue*, 1625, in-4$^{o}$; et plusieurs autres ouvrages pleins de profondes recherches. *Pignorius* avoit un amour vif et constant pour l'étude. Les hommes les plus savans de son siècle se firent-honneur d'être en relation avec lui.
PIGRAY, (Pierre) chirurgien ordinaire du roi, né à Paris, se distingua dans l'exercice de son art, tant dans la capitale qu'à la suite des armées, sous les règnes d'*Henri IV* et de *Louis XIII*. Il fut disciple et rival du célèbre *Ambroise Paré*; mais leur émulation ne fit que resserrer les nœuds de leur amitié et de leur estime réciproque. Ils s'éclairèrent l'un l'autre, et perfectionnèrent leur art sans jalousie et sans s'obscurcir. *Pigray* a donné au public : I. *Chirurgica cum aliis medicinae partibus conjuncta*, Paris, 1609, in-8$^{o}$; c'est un abrégé des écrits de *Paré* avec des réflexions et des observations. II. *Epitome præceptorum medicinae chirurgicae*, Paris, 1612, in-8$^{o}$, en françois; Lyon, 1673, in-8$^{o}$. *Pigray* mourut en 1613. geances, il concluoit, le 23 janvier 1631; avec *Gustave-Adolphe* le traité qui devoit ébranler le trône de *Ferdinaud II*, et il n'en coûtoit à la France que trois cent mille livres de ce temps-là, une fois payées, et douze cent mille livres par an pour diviser l'Allemagne, accabler deux empereurs, et donner à la France le temps d'établir sa propre grandeur. *Richelieu* se liguoit en même temps avec le duc de *Bavière*, et concluoit dans la même année, 1631, un traité avantageux avec la Savoie. Mais tandis qu'il acquéroit tant de gloire au dehors, il avoit à combattre une foule d'ennemis au dedans. *Gaston* duc d'Orléans frère du roi, ne pouvant supporter la domination tyrannique de *Richelieu*, se retire en Lorraine, en protestant qu'il ne rentrera point dans le royaume tant que le cardinal, son persécuteur et celui de sa mère, y règnera. *Richelieu* fit déclarer par un Arrêt du conseil tous les amis de *Gaston* criminels de lèse-majesté, et après avoir forcé l'héritier présomptif de la couronne à sortir de la cour, il ne balança plus à faire arrêter la reine *Marie de Médicis*, à qui il devoit sa fortune. Cette princesse, sacrifiée par son fils à un ingrat qu'elle avoit élevé, alla finir ses tristes jours à Cologne, dans un exil volontaire, mais douloureux. Son persécuteur établit une chambre de justice où tous ses partisans et ceux de *Gaston* son fils furent condamnés. Il y eut une foule de poursuites: on voyoit chaque jour des poteaux chargés de l'effigie des hommes ou des femmes qui avoient ou suivi ou conseillé *Gaston* et la reine. Les amis, les créatures, les domestiques, le médecin même de cette princesse infortunée, furent conduits à la Bastille et dans d'autres prisons. On rechercha jusqu'à des tireurs d'horoscope, qui avoient dit que *le Roi n'avoit pas long-temps à vivre*, et deux furent envoyés aux galères. La Bastille fut toujours remplie sous ce ministère. Le maréchal de *Bassompierre*, soupçonné seulement de ne pas être dans les intérêts du cardinal, fut renfermé pendant le reste de la vie de ce ministre. Tout le royaume murmuroit; mais presque personne n'osoit élever la voix. Il n'y eut guères alors que le maréchal duc de *Montmorenci* gouverneur du Languedoc, qui crut pouvoir braver la fortune du cardinal: il se flatta d'être chef de parti, et leva l'étendard de la révolte, à la prière de *Gaston* d'Orléans, qui l'abandonna. *Montmorenci* périt sur un échafaud en 1632, victime de sa complaisance et de l'esprit vindicatif du cardinal de *Richelieu*. S'il est vrai que ce fut lui qui révéla au cardinal les complots qui s'étoient formés à Lyon contre lui, il dut se repentir d'un service qui lui devenoit si fatal. Toutes les cabales étoient écrasées sous le pouvoir de ce ministre-roi; cependant il n'y eut pas un jour sans intrigues et sans factions. Lui-même y donnoit lieu par des foiblesses secrètes, qui se mêlent toujours sourdement aux grandes affaires, et qui, malgré tous les déguisemens qui les cachent, décèlent les petitesses de la grandeur. On prétend que la duchesse de *Chevreuse*, toujours intrigante et belle encore, engageoit le cardinal-ministre par artifices dans la pas- sion qu'elle, vouloit lui inspirer. Le commandeur de Jars et d'autres entrèrent dans la confidence. La reine Anne femme de Louis XIII n'avoit d'autre consolation dans la perte de son crédit, que d'aider la duchesse de Chevreuse à rabaisser par le ridicule celui qu'elle ne pouvoit perdre. La duchesse feignoit du goût pour le cardinal, et formoit des intrigues dans l'attente de sa mort, que de fréquentes maladies faisoient voir aussi prochaine qu'on le desiroit. Un terme injurieux dont on se servoit toujours dans cette cabale pour désigner le cardinal, fut ce qui l'ofleissa davantage. Le garde des sceaux fut mis en prison sans forme de procès, parce qu'on ne pouvoit pas lui en faire. Le commandeur de Jars et d'autres, qu'on accusa de conserver quelque intelligence avec le frère et la mère du roi, furent condamnés par des commissaires à perdre la tête. Le commandeur eut sa grace sur l'échafaud; mais les autres furent exécutés. On ne poursuivoit pas seulement les sujets qu'on pouvoit accuser d'être dans les intérêts de Gaston; le duc de Lorraine, Charles IV, en fut la victime. On le dépouilla de ses états, parce qu'il avoit consenti au mariage de ce prince avec Marguerite de Lorraine. Le cardinal vouloit faire casser cette union, afin que s'il naissoit un prince de Gaston et de Marguerite, ce prince héritier du royaume fût regardé comme un bâtard incapable d'hériter. La cour de Rome et les universités étrangères ayant décidé que ce mariage étoit valide, le cardinal le fit déclarer nul par un arrêt du Parlement. Cette opiniâtreté à poursuivre le frère du roi jusques dans l'intérieur de sa maison, à lui ôter sa femme et à dépouiller son beau-frère, excita de nouvelles conjurations. Le comte de Soissons et le duc de Bouillon y entrèrent: ils ne pouvoient choisir de circonstance plus heureuse. Le mauvais succès de la guerre d'Allemagne qu'il avoit entreprise l'exposoit au ressentiment du roi, qui avoit donné à Gaston la lieutenance générale de son armée. Son ennemi découragé voulut quitter le ministère; et il en auroit fait la folie, dit Siri, sans le P. Joseph Capucin, qui le rassura. Ce fut donc pendant le cours de cette guerre que le comte de Soissons trama la perte du cardinal. Il fut résolu de l'assassiner chez le roi même; mais Gaston qui ne faisoit jamais rien qu'à demi, effrayé de l'attentat, par religion ou par foiblesse, ne donna point le signal dont les conjurés étoient convenus. Au milieu des agitations que lui causoient ses craintes continuelles, Richelieu érigeoit l'Académie Françoise, et donnoit dans son palais des Pièces de théâtre auxquelles il travailloit lui-même. Il fondoit l'Imprimerie Royale; il rebâtissoit la Sorbonne; il élevoit le Palais-Royal; il établissoit le Jardin des Plantes, appelé le Jardin du Roi. Enfin, ce qui est beaucoup moins louable, il fomentoit les premiers troubles d'Angleterre, et il écrivoit ce billet, avant-coureur des malheurs de Charles I: Le roi d'Angleterre, avant qu'il soit un an, verra qu'il ne faut pas me mépriser. Tandis qu'il excitoit la haine des Anglois contre leur roi, il se formoit de nouveaux complots en France contre lui. Mademoiselle de la Fayette, que le roi honoroit de sa confiance, fut obligée par la jalousie du cardinal, de se retirer de la cour. Le Jésuite *Gaussin* (*Voyez* son article) confesseur du roi, qui s'étoit servi d'elle pour faire rappeler la reine-mère, fut exilé en Basse-Bretagne; et le ministre l'emporta sur la maîtresse et sur le confesseur. La reine femme du roi, pour avoir écrit à la duchesse de *Chevreuse* ennemie du cardinal et fugitive, fut traitée comme une sujette criminelle. Ses papiers furent saisis, et on lui fit subir un interrogatoire devant le chancelier *Séguier*. Madame d'*Hautefort*, aussi attachée à la reine qu'au roi, et donnant par sa faveur des inquiétudes à l'esprit jaloux du ministre, fut disgricée. Le cardinal leur substitua le jeune *Cinq-Mars* fils du maréchal d'*Effiat*, qui ne tarda pas d'exciter encore sa jalousie. Ce jeune homme, devenu grand écuyer, prétendit entrer dans le conseil; le cardinal ne vouloit pas le souffrir, et *Cinq-Mars* trama sa perte. Ce qui l'enhardit le plus à conspirer, ce fut le roi lui-même. Ce monarque souvent mécontent de son ministre, offensé de son faste, de sa hauteur, de son mérite même, fâché d'être réduit au pouvoir de guérir les *écrouelles*, confioit ses chagrins à son favori, et parloit de son ministre avec tant d'aigreur qu'il l'autorisa en quelque sorte à lui proposer plusieurs fois de l'assassiner. Ce jeune courtisan se lia avec *Gaston* et le duc de *Bouil-le*. Leur but étoit de perdre le cardinal, et pour réussir plus facilement, ils faisoient un traité avec l'Espagne qui devoit envoyer des troupes en France. Le bonheur du cardinal voulut encore que le complot fût découvert, et qu'une copie du traité lui tombât entre les mains. *Cinq-Mars* et de *Thou* son ami, périrent par les derniers supplices. On plaignit sur-tout ce dernier, confident dû conspirateur qu'il avoit désapprouvé. La reine elle-même étoit dans le secret de la conspiration; mais n'étant point accusée, elle échappa aux mortifications qu'elle auroit essuyées. Le cardinal déploya dans sa vengeance toute sa rigueur hautaine. On le vit trainer *Cinq-Mars* à sa suite, de Tarascon à Lyon sur le Rhône, dans un bateau attaché au sien, tandis qu'il étoit frappé lui-même à mort. De là le cardinal se fit porter à Paris sur les épaules de ses gardes, placé dans une chambre ornée où il pouvoit tenir deux hommes à côté de son lit. Ses gardes se relayoient: on abattoit des pans de murailles pour le faire entrer plus commodément dans les villes. C'est ainsi qu'il arriva à Paris. Il passa les derniers jours de sa vie dans les souffrances et les douleurs d'une maladie aiguë. Lorsqu'enfin il vit son dernier moment arrivé, il parut attendre la mort avec beaucoup de fermeté et de courage. Il pressa ses médecins de lui dire sincèrement ce qu'ils pensoient de son état, et combien il avoit encore à vivre. Tous lui répondirent: «Qu'une vie si précieuse et si nécessaire au monde intéressoit le ciel, et que Dieu feroit un miracle pour le guérir.» Peu satisfait d'être flatté même au bord du tombeau, *Richelieu* appelle *Chicot* médecin du roi, et le conjure de lui dire en ami s'il doit espérer de vivre ou se préparer à la mort? *Dans vingt-quatre heures*, lui répond ce mé- decin en homme d'esprit, vous serez mort ou guéri. Le cardinal parut très-satisfait de cette sincérité. Il remercia Chicot, et lui dit sans se montrer ému qu'il entendoit bien ce que cela vouloit dire. Dès ce moment, Richelieu ne s'occupa plus que de sa fin prochaine. Il reçut le viatique avec les sentimens de la piété la plus vive. O mon Juge! dit le prélat en regardant le Saint-Ciboire, condamnez-moi, si j'ai eu d'autre intention que de servir le Roi et l'Etat. Lorsqu'il eut rendu les derniers soupirs, on s'empressa d'aller porter cette nouvelle au Roi: Voilà, dit-il froidement, un grand politique mort... Richelieu expira le 4 décembre 1642, à 58 ans. La sœur de de Thou voulut le voir sur son lit de parade, et lui adressa ces mots de l'Écriture. « Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne seroit pas mort. » Domine, si fuisses htc, frater meus non fuisset mortuus. Il parut bientôt après une mauvaise, mais violente satire, intitulée: Dialogue du cardinal de Richelieu voulant entrer en Paradis, et sa Descente aux Enfers, suivis de la Farce du Cardinal de Richelieu aux Enfers, en un acte et en vers, 1645. Si la protestation qu'il fit à son confesseur, qui lui demanda s'il pardonnoit à ses ennemis? Je n'en ai jamais eu d'autres que ceux de l'Etat; si cette protestation étoit sincère comme nous le croyons, il se faisoit certainement illusion. Ceux qui ont voulu justifier ses exécutions sanglantes, n'ont qu'à considérer les traits que nous avons rapprochés dans ce tableau fidelle de son ministère. On n'y voit que des échafauds dressés et des têtes coupées... (Voyez IL BRULART.) Il étoit très-soupçonneux, et avoit quelque raison de l'être. Desnoyers son valet de chambre, étoit le seul qui couchât dans son appartement et qui le veillât. Un jour qu'il regardoit sous le lit de ce fidelle domestique, il y apperçut deux bouteilles de vin. Il s'imagine à l'instant que ce peut être du poison, et il le contraint à les boire toutes les deux en sa présence. (Voyez IV. MORIN.) Tous ceux qu'il avoit fait enfermer à la Bastille, en sortirent après sa mort comme des victimes déliées, et qu'il ne falloit plus immoler à sa vengeance. Il légua au roi trois millions de notre monnoie d'aujourd'hui, à cinquante livres le marc: somme qu'il tenoit toujours en réserve. La dépense de sa maison depuis qu'il étoit premier ministre, moutoit à mille écus par jour. Tout chez lui étoit splendeur et faste, tandis que chez le roi tout étoit simplicité et négligence. Ses gardes entroient jusqu'à la porte de la chambre, quand il alloit chez son maître. Il précédoit par-tout les princes du sang: il ne lui manquoit que la couronne; et même lorsqu'il étoit mourant et qu'il se flattoit encore de survivre au roi, il prenoit des mesures pour être régent du royaume. Il donna lui-même un jour une idée assez juste de son caractère en parlant au marquis de la Vieuville. Je n'ose rien entreprendre, lui dit-il, sans y avoir bien pensé; mais quand une fois j'ai pris ma résolution, je vais à mon but, je renverse tout, je fauche tout, et ensuite je couvre tout de ma soutane rouge. Cependant il falloit surmonter bien des obstacles, et le roi qu'il sembloit mener à son gré, lui résis- toit assez souvent. Aussi *Richelieu* disoit-il que le cabinet de ce Prince et son petit coucher lui causoient plus d'embarras que l'Europe entière. Sortant du conseil où le monarque avoit été forcé de sacrifier son avis au sien, il se rangeoit pour le laisser passer. « N'êtes-vous pas le maître ici, lui dit le roi, passez donc le premier. » *Je ne le puis*, répondit l'adroit ministre en prenant un flambeau des mains d'un page, qu'en remplissant auprès de Votre Majesté l'office de son serviteur. Quoiqu'il fût haut et impérieux, il avoit l'air doux, et il accueillait tout le monde avec une extrême politesse. Il tendoit une main affectueuse à ceux qui venoient lui parler, et lorsqu'il avoit dessein de les gagner, il les combloit de louanges et de caresses. On pouvoit compter sur sa parole, au lieu que *Mazarin* se jouoit de la sienne; et quand il avoit promis une grace, on étoit sûr de l'obtenir. Il étoit ardent à rendre service à ses amis et à tous ceux qui lui étoient attachés. Ses domestiques le regardoient comme le meilleur des maîtres, et il les récompensoit avec cette libéralité qui forma souvent son caractère. Il voulut que sa sépulture même se ressentit de la grandeur avec laquelle il avoit vécu. Il choisit pour le lieu de son tombeau l'Église de Sorbonne, qu'il avoit rebâtie avec une magnificence vraiment royale. On lui éleva depuis un mausolée, chef-d'œuvre du célèbre *Girardon*. Ce qu'on a dit à l'occasion de ce monument, *magnum disputandi argumentum*, est, selon *Voltaire*, le vrai caractère de son génie et de ses actions. Il est très-difficile de connoître un homme dont ses flatteurs ont dit tant de bien, et ses ennemis tant de mal. Il eut à combattre la maison d'Autriche, les Calvinistes, les grands du royaume, la reine-mère sa bienfaitrice, le frère du roi, la reine régnante, à laquelle il osa tenter de plaire; enfin le roi lui-même, auquel il fut toujours nécessaire et souvent odieux. Malgré tant d'ennemis réunis, il fut tout en même temps, au dedans et au dehors du royaume. Mobile invisible de toutes les cours, il en régloit la politique sur les vrais intérêts de la France. Par ce principe il retenoit ou relâchoit les rênes qu'il manioit en maître. Il savoit ainsi faire de tous les ministres étrangers ses propres ministres, et ses volontés s'exécutoient dans les armées de Portugal, de Suède, de Danemark et de Hongrie, comme s'il eût été en droit d'y donner des ordres absolus. En un mot le cardinal de *Richelieu* étoit l'ame de l'Europe, et fut à quelques égards, digne d'annoncer *Louis XIV* au monde. Ce fut lui sur-tout qui prépara l'autorité absolue de ce monarque; et ce n'est pas peut-être un beau sujet d'éloge. « Sans ce ministre altier, dit l'abbé *Millot*, la couronne se dégradoit. En terrassant le génie républicain du Calvinisme par la prise de la Rochelle, en abbattant avec la hache du bourreau les têtes illustres de plusieurs chefs de parti, il remet le roi en possession de toute l'autorité, ou plutôt il l'attache toute entière à son propre ministère. Faut-il que le pouvoir monarchique, si cher aux François, si nécessaire à leur bonheur, puisse contracter les vices de la tyrannie? *Richelieu* a malheureuse- ment l'ame d'un despote ; et les circonstances le poussent à des excès où il n'est que trop porté de lui-même. Il écrase d'impôts la nation, et insulte en quelque sorte, à la misère publique par le faste de sa cour. Il veut que le parlement obéisse les yeux fermés, sans examen des édits, sans délibération libre ; il traite la magistrature en esclave plutôt qu'en dépositaire des lois. Il donne aux grands dont il a juré la perte, des juges qu'il regarde comme les instruments serviles de ses vengeances, et il dirige leurs arrêts sans daigner se couvrir d'un voile d'impartialité. En un mot, le pouvoir arbitraire se déploie si violemment entre ses mains, que la haine le poursuit jusqu'au tombeau, malgré les services réels qu'il a rendus à la monarchie. C'en étoit un bien essentiel d'affermir l'autorité de la couronne, de plier les grands à la dépendance, et de faire mouvoir par la direction d'un seul chef, tous les membres du corps politique. Mais la sagesse de Henri IV, sa justice, sa bonté et ses bienfaits, avec la vigueur de son ame, étoient (on ne peut trop le répéter) plus propres encore à cimenter ce grand ouvrage, que les foudres de Richelieu. » Les appréciateurs sévères de ses talens conviennent que dans l'art de négocier il montra du génie et une grande supériorité de vues. Mais dans ce genre même, ils lui reprochent une faute très-importante : c'est le traité de 1635, portant partage des Pays-Bas Espagnols entre la France et la Hollande. Ce traité fut l'époque qui apprit aux Hollandois qu'ils avoient besoin de barrières contre la France ; et Richelieu qui vouloit les unir à lui contre l'Espagne, en montrant son ambition glaça leur zèle. C'est donc à lui qu'ils attribuent la première origine de cette défiance qui éclata toujours depuis entre la cour de Versailles et celle de la Haye. Quelques-uns vont jusqu'à lui faire un reproche de cette politique si vaste, tant admirée par d'autres. Ils remarquent qu'au dehors comme au dedans son ministère fut tout à la fois éclatant et terrible ; qu'il détruisit bien plus qu'il n'éleva ; que tandis qu'il combattoit des rebelles en France, il souffloit la révolte en Allemagne, en Angleterre et en Espagne ; qu'il créa le premier ou développa dans toute sa force, le système de politique qui veut immoler tous les états à un seul ; qu'enfin il épouvanta l'Europe comme ses ennemis. Ils avouent que l'abbaissement des grands étoit nécessaire ; mais ceux qui ont réfléchi sur l'économie politique des états, demandent si appeler tous les grands propriétaires à la cour, ce n'étoit pas en se rendant très-utile pour le moment, nuire par la suite à la nation et aux vrais intérêts du prince ; si ce n'étoit pas préparer de loin le relâchement des mœurs, les besoins du luxe, la détérioration des terres, la diminution des richesses du sol, le mépris des provinces, l'accroissement des capitales ; si ce n'étoit pas forcer la noblesse à dépendre de la faveur, au lieu de dépendre du devoir ; s'il n'y auroit pas eu plus de grandeur comme de vraie politique, à laisser les nobles dans leurs terres et à les contenir, à déployer sur eux une autorité qui les accoutumât à être sujets, sans les forcer à être courtisans. C'est à ceux qui ont étudié l'histoire et la politique, de juger *Richelieu*, d'après les différentes observations que nous venons de rassembler sur cet homme célèbre. *Thomas* en a laissé un portrait peu flatté, mais trop véritable. Ce portrait est peu connu, ayant été retranché par le censeur de son *Essai sur les Eloges*; et nous le rapporterons encore : « Examinons, dit-il, les moyens dont *Richelieu* se servit, et de quelle manière il déploya l'autorité royale qu'il usurpoit. Il y avoit deux reines; il les persécuta toutes deux, et les outragea tour-à-tour ensemble; il traita l'une plus d'une fois comme criminelle; il força l'autre d'être jusqu'à sa mort errante et fugitive hors du pays où elle avoit régné, privée de ses biens, manquant du nécessaire, et réduite à implorer par d'inutiles requêtes, la vengeance du parlement contre son ennemi, qu'elle avoit fait cardinal et ministre. Le roi avoit un frère; le cardinal toute sa vie en fut l'oppresseur et le tyran. Il emprisonna ou fit périr sur l'échafaud plusieurs des amis de ce prince, le maltraita lui-même, l'obligea plus d'une fois à force de persécutions, de fuir de la cour et de sortir de France, déclara tous ses partisans coupables de lèse-majesté, et fit ériger une chambre pour les proscrire. Par-tout, on ne voyoit que des instrumens honteux de supplice, et des effigies de ceux qui avoient échappé à la mort par l'exil. Il y avoit des princes du sang; le cardinal les traite à peu près comme le frère du roi; il les emprisonne ou les fait fuir, les avilit ou les écrase. Il y avoit des ministres, des généraux, des amiraux, des maréchaux de France; il suit avec eux le même plan. Le ministre *la Vieuville* le fait entrer au conseil; le cardinal lui jure sur l'hostie une amitié éternelle; le cardinal, six mois après le fait arrêter. Le duc de *Montmorency* avoit la place d'amiral; le cardinal l'en dépouille, et la prend pour lui sous un autre nom. Ce même duc en 1630, gagne une bataille en Italie, et en 1632 perd la tête sur un échafaud pour s'être ligué avec le frère du roi contre le ministre: il est vrai qu'il avoit été pris les armes à la main. Les deux princes de *Vendôme* fils de *Henri IV*, sont emprisonnés à Vincennes; le comte de *Soissons* fuit en Italie, le duc de *Bouillon* sauve sa tête par l'échange de Sédan. Parmi les maréchaux de France, le maréchal *Ornano* arrêté en 1636, meurt à Vincennes; le maréchal de *Marillac*, après quarante ans de service, est décapité, sous prétexte de concussion, c'est-à-dire comme il le disoit lui-même, pour un peu de paille et de foin; le maréchal de *Bassompierre*, un des meilleurs citoyens, est mis à la Bastille et y reste onze ans, c'est-à-dire jusqu'après la mort du cardinal. En 1626, le comte de *Talleyrand-Chalais* ennemi du cardinal, est jugé à mort et exécuté à Nantes. En 1631, *Marillac* le garde des sceaux, frère du maréchal, est aussi arrêté et meurt prisonnier à Château-Dun. En 1633, *Château-Neuf* autre garde des sceaux, est mis en prison sans forme de procès. En 1633, le commandeur de *Jars* et d'autres, sont condamnés à perdre la tête: un seul a sa grace sur l'échafaud; tous les autres sont sont exécutés. En 1638, le duc de la Valette fugitif, est condamné à mort par des commissaires, exécuté en effigie et déclaré innocent après la mort du cardinal. En 1642, Cinq-Mars favori du roi, est exécuté pour avoir conspiré contre le cardinal : de Thou, qui avoit su la conspiration et qui s'y étoit opposé de toutes ses forces par ses conseils, est aussi arrêté, jugé à mort et exécuté. C'est ainsi que le cardinal traita tous les grands et les hommes en place qui étoient ou qu'il regardoit comme ses ennemis. Le roi avoit des favoris, des confesseurs et des maîtresses; le cardinal les fit exiler et arrêter, on les obligea de prendre la fuite dès qu'ils eurent le courage de lui déplaire. Les particuliers mêmes furent exposés à sa vengeance. Urbain Grandier est condamné comme magicien et brûlé vif en 1634 : son premier crime étoit d'avoir disputé dans les écoles de théologie le rang à l'abbé Duplessis-Richelieu. Tous ceux qui étoient amis de ses ennemis, tous ceux qui approchèrent à quelque titre et de quelque manière que ce fût, de la mère ou du frère du roi, créatures, confidens, domestiques, médecins mêmes furent arrêtés, dispersés, condamnés, et perdirent ou la liberté ou la vie. Il y avoit des lois; il n'en respecta aucune dès qu'il s'agissoit des intérêts de sa haine : il persécuta ceux qui les réclament ; il opprima les corps établis pour en être les dépositaires et les vengeurs. Jamais il n'y eut en France autant de commissions. On sait que Richelieu se servit toujours de cette voie pour assassiner juridiquement ses ennemis. Laubadermont conseiller d'é- Tomé X. tat, et l'un de ces hommes lâches et cruels faits pour servir d'instrument au plus barbare despotisme, pour égorger l'innocence aux pieds de la fortune, pour calculer toutes les infamies par l'intérêt, et avilir le crime même aux yeux de celui qui la commande et qui le paye; Laubadermont enivré de sang et affamé d'or, présidoit à la plupart de ces tribunaux, alloit prendre d'avance les ordres de la haine; les recevoir avec le respect de la bassesse, se pressoit d'obéir pour ne pas faire attendre la vengeance, et après avoir immolé sa victime, venoit pour le salaire d'un meurtre recevoir le sourire d'un ministre. C'est ainsi qu'Urbain Grandier fut traîné dans les flammes; Marillac, Cinq-Mars et de Thou sur les échafauds. Celui qui se jouoit ainsi des lois, ne devoit point avoir plus de respect pour leurs ministres. Il destitua arbitrairement des magistrats ; il écrasa les parlements ; il interdit des cours souveraines. En 1631, il envoie au parlement un arrêt du conseil qui déclare tous les amis du frère du roi coupables de lèse-majesté. Les voix s'y partagent; le parlement est mandé; on déchire les procédures, et trois des principaux membres sont exilés. En 1636, il crée pour avoir de l'argent, vingt-quatre charges nouvelles. Le parlement se plaint; le cardinal fait emprisonner cinq magistrats. Ainsi, par-tout il déployoit avec une inflexible hauteur les armes du despotisme; c'est ainsi qu'il vint à bout de tout abaisser. Pour voir maintenant s'il travailla pour l'état ou pour lui-même, il suffit de remarquer qu'il étoit roi sous le nom de ministre; que secré- taire d'état en 1624, et chef de tous les conseils en 1639, il se fit donner pour le siège de la Rochelle, les patentes de *général*; que dans la guerre d'Italie il étoit *généralissime* et faisoit marcher deux maréchaux de France sous ses ordres; qu'il étoit amiral sous le titre de surintendant général de la navigation et du commerce; qu'il avoit pris pour lui le gouvernement de Bretagne et tous les plus riches bénéfices du royaume; que tandis qu'il faisoit abattre dans les provinces toutes les petites forteresses des seigneurs, et qu'il étoit aux Calvinistes leurs places de sureté, il s'assuroit pour lui de ces mêmes places; qu'il possédoit Saumur, Angers, Honfleur, le Havre, Oléron et l'isle de Ré, usurpant pour lui tout ce qu'il étoit aux autres; qu'il disposoit en maître de toutes les finances de l'état; qu'il avoit toujours en réserve chez lui trois millions de notre monnoie actuelle; qu'il avoit des gardes comme son maître, et que son faste effaçoit celui du trône: ainsi sa grandeur éclipsoit tout. S'il humilia les grands, ce ne fut point pour l'intérêt des peuples; jamais ce sentiment n'entra dans son ame. Il étoit ambitieux, et il vouloit se venger: il s'éleva sur des ruines. Si pour achever de le connoître, on demande maintenant ce qu'il fit pour les finances, pour l'agriculture, pour le commerce pendant près de vingt ans qu'il régna, la réponse sera courte: Rien. Ces grandes vues d'un ministre, qui s'occupe de projets d'humanité et du bonheur des nations, et qui veut tirer le plus grand parti possible et de la terre et des hommes, lui étoient en- entièrement inconnues; il ne paroît pas même qu'il en eût le talent. Les finances sous son règne furent très-mal administrées. Après la prise de Corbie en 1636, on avoit à peine de quoi payer les troupes: il fut réduit à la misérable ressource de créer des charges de conseillers au parlement. Sous lui, les provinces furent toujours très-foulées: d'une main il abattoit les têtes des grands, et de l'autre il écrasoit les peuples. Presque toutes ses opérations de finance se réduisirent à des emprunts et à une multitude prodigieuse de créations d'offices, espèce d'opération détestable qui attaque les mœurs, l'agriculture, l'industrie d'une nation, et qui d'une richesse d'un moment, fait sortir une éternelle pauvreté. L'état, sous *Richelieu*, paya communément quatre-vingts millions à vingt-sept livres le marc, c'est-à-dire près de cent soixante millions d'aujourd'hui. Le clergé qui sous *Henri IV* donnoit avec peine treize cent mille livres, sous les dix dernières années du cardinal paya, année commune, quatre millions. Enfin, ce ministre endetta le roi de quarante millions de rente; et à sa mort il y avoit trois années consommées d'avance. On peut donc lui reprocher d'avoir prodigieusement augmenté cette maladie épidémique des emprunts, qui devenoit de jour en jour plus funeste; d'avoir donné l'exemple de la multiplication énorme des impôts; d'avoir aggravé tour-à-tour, et la misère par le despotisme, et le despotisme par la misère; de n'avoir jamais voulu que cette grandeur imaginaire de l'état, qui n'est que pour le ministre et dont le peuple ne jouit point, et d'avoir sacrifié à ce fantôme les biens, les trésors, le sang, la paix et la liberté des citoyens. Voilà pourtant l'homme à qui la poésie et l'éloquence ont prodigué les panégyriques pendant près d'un siècle. Les lois qu'il a violées, les corps de l'état qu'il a opprimés, les parlemens qu'il a avilis, la famille royale qu'il a persécutée, les peuples qu'il a écrasés, le sang innocent qu'il a versé, la nation entière qu'il a livrée toute enchaînée au pouvoir arbitraire, auroient dû s'élever contre ce coupable abus des éloges, et venger la vérité outragée par le mensonge. Ce n'est pas qu'on prétende attaquer ici les qualités que put avoir ce ministre; on convient qu'il eut du courage, un grand caractère, cette fermeté d'une qui en impose aux foibles, et des vues politiques sur les intérêts de l'Europe: mais il semble qu'il eût bien plus de caractère que de génie: il lui manqua sur-tout celui qui est utile aux peuples, et qui dans un ministre est le premier s'il n'est le seul. D'ailleurs, il faut citer le cardinal de Richelieu au tribunal de la justice et de l'humanité; on les a trop oubliées quand il a fallu juger des hommes en place. Il semble qu'il y ait pour eux une autre morale que pour le reste des hommes; on cherche toujours s'ils ont été grands, et jamais s'ils ont été justes; celui même qui voit la vérité, craint de la dire. L'esprit de servitude et d'oppression semble errer encore autour de la tombe des rois et des ministres. Qu'on les adore de leur vivant, cela est juste; c'est le contrat éternel du foible avec le puissant: mais la postérité sans intérêt doit être sans espérance comme sans crainte. L'homme esclave pour le présent, est du moins libre pour le passé; il peut aimer ou haïr, approuver ou flétrir d'après les lois et son cœur. Malheur sans doute au pays où après plus de cent ans il faudrait avoir encore des égards pour un tombeau et pour des cendres. » La terre de Richelieu fut érigée en sa faveur en duché-pairie au mois d'août 1631. Il fut aussi duc de Fronzac, gouverneur de Bretagne, amiral de France, abbé général de Cluni, de Cîteaux, de Prémontré, etc. On a de lui: I. Son Testament Politique, qui se trouvoit en manuscrit dans la Bibliothèque de Sorbonne, et qui fut légué à cette bibliothèque par l'abbé des Roches, secrétaire du cardinal. On en trouvoit un autre exemplaire dans la Bibliothèque du roi, avec une Relation succincte apostillée. On n'a découvert ce dernier exemplaire que depuis quelques années, et il n'a pu terminer la dispute que le célèbre Voltaire fit naître sur le véritable auteur de ce Testament. Les meilleures éditions de cet ouvrage sont celles de 1737, par l'abbé de Saint-Pierre, en deux vol. in-12; et de 1764, à Paris, en 2 vol. in-8.º M. de Fonçemagne qui a dirigé cette nouvelle édition, tâche de prouver l'authenticité de ce Testament, dans une Préface écrite avec beaucoup de précision et de netteté. On peut voir ce que le poète déjà cité lui a répondu dans ses Nouveaux Doutes sur ce livre. Le résumé de cette réponse est que le Testament est plein d'anachronismes, d'erreurs sur les pays voisins, de fausses évaluations, etc.; que dans un livre sur la manière de gouverner, il n'est pas dit un mot sur plusieurs points importants de l'administration, ni sur la manière de se conduire dans la guerre qu'on avoit à soutenir; qu'on pousse l'ignorance jusqu'à dire que la France avoit plus de ports sur la Méditerranée que la monarchie Espagnole; que divers littérateurs convaincus des méprises dont cet ouvrage fourmille, n'ont pu l'attribuer à un grand politique; que l'opinion de l'auteur des *Nouveaux Doutes*, loin d'être un paradoxe, est celle d'*Auberi* historiographie du cardinal de *Richelieu*, et pensionnaire de la duchesse d'*Aiguillon* sa nièce; de *Gui Patin*, de l'abbé *Richard*, de *le Vassor*, d'*Ancillon*, de *Vigneul Marville* ou de l'auteur qui s'est caché sous ce nom; de *le Clerc*, de *la Monnoie*; quelle autorité plus forte que celle d'*Auberi* qui écrivoit sous les yeux de la nièce du cardinal, de sa nièce chérie, dépositaire de tous ses sentimens et de tous ses papiers? Cette nièce ne lui auroit-elle pas fait voir ce fameux Testament? ne lui auroit-elle pas dit: *Comment oubliez-vous un ouvrage si intéressant, si public et qu'on croit si glorieux pour mon oncle?* Non-soulement *Auberi* ne parle point de ce Testament dans l'*Histoire de Richelieu*; mais il en révoque en doute l'authenticité dans celle de *Mazarin*. Quoi qu'il en soit, ceux qui l'ont cru du cardinal de *Richelieu*, l'ont trouvé également profond et savant. Le brillant écrivain qui l'a enlevé à ce ministre, en pense d'une manière moins favorable. Il dit « que la patience du lecteur peut à peine achever de le lire, et qu'il seroit ignoré, s'il avoit paru sous un nom moins illustre. » (*Voyez BOURZÉIS.*) Un grand roi, surpris de son acharnement contre cette production, lui envoya de jolis vers, qui auroient dû modérer sa vivacité. Ils ne seront pas déplacés ici, puisqu'ils serviront à faire connoître le jugement qu'on doit porter de l'ouvrage du *Ximenès* de la France. Quelques vertus, plus de foiblesses, Des grandeurs et des petitesses, Sont le bizarre composé Du Héros le plus avisé. Il jette des traits de lumière; Mais cet astre dans sa carrière Ne brille pas d'un feu constant. L'esprit le plus profond s'éclipse; *Richelieu* fit son Testament, Et Newton son Apocalypse.
II. *Méthode des Controverses* sur tous les points de la Foi, in-4. Cet ouvrage solide, un des meilleurs en ce genre, avant que *Bossuet*, *Nicole* et *Arnaud* eussent écrit contre les Calvinistes, fut le fruit de sa retraite à Avignon. III. Les *Principaux points de la Foi Catholique défendus*, etc. *David Blondel* a répondu à cet ouvrage. « Le cardinal de *Richelieu*, après avoir soumis les Calvinistes par les armes, dit l'abbé de *Choisi*, avoit formé le dessein de les gagner par la douceur. Il songeoit pour cela à donner aux principaux ministres des pensions, qui leur ôtassent la peur de mourir de faim, et à tenir ensuite des conférences publiques, où l'on ne se serviroit pour preuves que des autorités de l'Écriture-Sainte, sans y admettre la tradition. Il étoit assez bon théologien; mais il avoit le talent suprême de se faire aider, et n'épargnit rien pour avoir des extraits fidelles des bons auteurs Hébreux, Grecs et Latins sur toutes les matières qu'il vouloit traiter. Il ne confia son dessein qu'à un Père de l'Oratoire nommé du Laurent, qui avoit été ministre dans sa jeunesse. Je ne veux me servir, lui disoit-il, ni de Docteurs de Sorbonne, qui avec leur scolastique, ne sont bons que contre les anciens Hérétiques; ni des Pères de l'Oratoire, abymés dans les mystères; ni des Jésuites, ennemis trop déclarés contre les Calvinistes. Il ne faut leur parler d'abord que de la pure parole de Dieu : ils nous écouteront, et pourvu qu'ils nous écoutent, ils sont à nous. Le cardinal ne put travailler à ce beau dessein que les deux dernières années de sa vie, qui furent traversées de tant d'affaires et de maladies qu'il fut obligé d'en demeurer au simple désir. » IV. Instruction du Chrétien, in-8° et in-12. V. Perfection du Chrétien, in-4° et in-8°. VI. Un Journal très-curieux, in-8° et en deux vol. in-12. VII. Ses Lettres, dont la plus ample édition est de 1696, en deux vol. in-12. Elles sont intéressantes; mais ce recueil ne les renferme pas toutes : on en trouve d'autres dans le Recueil des diverses pièces pour servir à l'Histoire, etc. in-folio, de Paul Hay, sieur du Châtelet. VIII. Des Relations, des Discours, des Mémoires, des Harangues, etc. IX. On lui attribue l'Histoire de la Mère et du Fils, qui a paru en 1731, en deux vol. in-12, sous le nom de Mézerai. X. On sait qu'il a travaillé à plusieurs pièces dramatiques. Il a fait en partie, la tragi-comédie de Mirame, qui est sous le nom de Saint-Sorlin; et il a fourni le plan et le sujet de trois autres comédies : les Tuileries, représentée en 1653; l'Aveugle de Smyrne; et la comédie héroïque, intitulée Europe, composée pendant sa dernière maladie. Le cardinal de Richelieu peut être regardé comme le père de la tragédie et de la comédie Françoise, par la passion qu'il a témoignée pour ce genre de poésie, et par les faveurs dont il combloit les poètes qui s'y distinguoient. On rapporte qu'il faisait composer quelquefois les Pièces de théâtre par cinq auteurs, distribuant à chacun un acte, et achevant par ce moyen, une pièce en moins d'un mois. Ces cinq personnes étoient Bois-robert, Pierre Corneille, Colletet, de l'Etoile et Rotrou. La réunion de cinq auteurs si inégaux en mérite, prouve que Richelieu étoit un amateur sans goût, et qui payoit aussi bien le bon que le mauvais. Il prenoit l'enflure pour le sublime, et les idées gigantesques, les sentimens outrés, pour l'expression de la belle nature. (Voyez I. COLDETET, MAYNARD, MÉZERAI.) Ses livres et ses vers, si l'on excepte sa Méthode des Controverses, et son Testament, qui est d'ailleurs assez mal écrit, et auquel d'autres écrivains ont sans doute mis la main, sont aujourd'hui le rebut des bibliothèques. A quelque teinture de théologie scolastique près, il ne savoir pas grand'chose, quoiqu'il se piquât de tout savoir et d'exceller en tout, même à monter à cheval. Voyez sa Vie par Jean le Clerc, qui, avec le Journal de ce cardinal et diverses autres Pièces, E. 3. forme cinq vol. in-12, 1753; l'Histoire de Louis XIII par le Vassor; et le Tableau de la vie et du gouvernement des Cardinaux Richelieu et Mazarin, représenté en diverses Satires et Poésies, Cologne, 1694, in-12.
IV. PLESSIS-RICHELIEU, (Alfonse-Louis du) frère du précédent, étoit doyen de Saint-Martin de Tours, lorsqu'il fut nommé à l'évêché de Lugon par le roi Henri IV, à la place de Jacques du Plessis son oncle; mais avant que d'être sacré, il céda cet évêché à son frère cadet, dont on vient de parler, et se fit Chartreux. Il prit alors le nom d'Alfonse-Louis. Il fit profession à la grande Chartreuse en 1606, et y vécut plus de 20 ans, sans montrer aucun désir de rentrer dans le siècle. Mais lorsque son frère fut en crédit à la cour de France, il accepta l'archevêché d'Aix en 1626, et deux ans après il passa à celui de Lyon. En 1629 le pape Urbain VIII le nomma cardinal-prêtre, quoique, selon l'ordonnance de Sixte-Quint, deux frères ne dusrent jamais porter la pourpre en même temps. En 1632 il fut grand aumônier de France, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, et obtint plusieurs abbayes fort riches. En 1635 le roi l'envoya à Rome pour des affaires très-importantes, dont il s'acquitta avec succès. Après son retour à Lyon en 1638, la peste ravageant son diocèse, il se signala par son zèle, et par sa charité pour son troupeau, qu'il n'abandonna point. Il se trouva à l'élection du pape Innocent X en 1644; et l'année d'après il présida à l'assemblée du Clergé de France, tenue à Paris. Il mourut d'hydropisie le 23 mars 1653, âgé de 71 ans. Attaché aux devoirs de son état, il ne se mêla que des affaires de son diocèse, et très-peu des intrigues de la cour. Il fut enterré à la Charité de Lyon, comme il l'avoit demandé. Voici l'Épitaphe qu'il se fit lui-même: « Pauper natus sum, paupertatem vovi, pauper morior, et inter Pauperes sepeliri volo... » Ce fut à l'abbé de Pont-Château qu'il dit dans sa dernière maladie, qu'il aimerait beaucoup mieux mourir Dom Alfonse, que Cardinal de Lyon. L'abbé de Pure a écrit sa Vie en latin, à Paris chez Vitré, 1632, in-12. V. PLESSIS duc DE RICHELIEU, (Louis-François Armand du) maréchal de France, de l'académie Françoise et de celle des Sciences, naquit à Paris le 13 mars 1696. Sa mère le mit au monde après sept mois de grossesse. Il lutta quelque temps contre la mort, et fut conservé dans une boite de coton. Présenté à la cour en 1716, il y fit la plus grande sensation par les graces de son âge et de sa figure, par la vivacité de son esprit, et par quelques saillies heureuses. Les malins parlèrent bientôt des préférences marquées que lui donnoit la duchesse de Bourgogne. Ses Enfantillages, comme on les appeloit à la cour, furent mal interprétés; et l'aimable poupée (c'est ainsi que les courtisans nommoient le duc) fut mise à la Bastille. Il ne sortit de cette prison que pour se rendre auprès du maréchal de Villars dont il devint aide de camp. Le jeune duc ayant beaucoup de conformité avec son général, ne put que lui être agréable; *Villars* retrouvoit en lui ses manières libres et hardies, sa vivacité brillante et une certaine audace fanfaronne. Après la mort de *Louis XIV*, *Richelieu* fut admis à la cour du régent et partagea ses plaisirs. Une tracasserie de société l'ayant forcé de se battre en duel avec le comte de *Gacé*, il fut blessé et conduit de nouveau à la Bastille, d'où il ne sortit que pour y rentrer encore lorsque la conspiration de *Cellamare* eût éclaté. *Richelieu* étoit accusé d'être entré dans les projets de cet ambassadeur Espagnol, peu favorables au Régent. Deux princesses riyales, *Mlle de Charolois*, et *Mlle de Valois* fille du duc d'*Orléans*, se réunirent pour obtenir sa liberté. Cette troisième détention de *Richelieu* laissa dans son ame un souvenir profond; sans abandonner les plaisirs et les petites intrigues, il chercha à se rendre utile dans les grandes. Il n'avoit que vingt-quatre ans lorsque l'académie Françoise l'appela dans son sein; cependant il n'avoit encore écrit que des billets doux, et ne savoit pas parfaitement l'orthographe; mais *Fontenelle*, *Campistron* et *Destouches* lui firent chacun un discours de réception dont il choisit les principaux traits qu'il débita. On dit que le soir même trois belles le récompensèrent de l'éloquence de ces trois auteurs. *Richelieu* parut au siège de Philipsbourg et y montra beaucoup de valeur. Dans la bataille d'Ettingen il eut un cheval tué sous lui; tout le régiment qu'il commandoit périt dans la retraite; lui seul ferma l'arrière-garde, passa le Mein le dernier de tous, et se trouva assez heureux pour ne pas recevoir la main- me blessure. On lui dut le succès de la bataille de Fontenoy, par le conseil qu'il donna de faire attaquer la colonne Angloise par la maison du roi; et lui-même se mettant à sa tête rompit le bataillon ennemi. A Raucoux et à Lawfelt il cueillit de nouveaux lauriers. Lorsque le mariage du dauphin avec la princesse de Saxe eut été résolu en 1746, il fut nommé ambassadeur à Dresde, et y étala beaucoup de magnificence. L'année d'après, ayant été envoyé à Gênes comme général et plénipotentiaire, il contribua au salut de cette république qui lui décerna une statue placée dans le sénat. Envoyé à Vienne, rien ne fut si magnifique que son entrée dans cette capitale de l'Autriche; il fit ferrer d'argent tous les chevaux de sa suite, mais de manière qu'ils pussent perdre leurs fers dans le trajet et que le peuple en profitât. Ce luxe désordonné, toujours payé par la nation qu'on est chargé de représenter, étoit le véritable emblème du désordre qui commençoit à réguer alors dans les finances de France. A son retour, il porta le même faste à Bordeaux dont il fut nommé gouverneur, et dans sa maison de Genevilliers embellie par *Servandoni*, et devenue la rendez-vous de tous les plaisirs. On admiroit sur-tout dans les jardins une glacière surmontée d'un temple élégant, où au milieu des chaleurs de l'été on jouissoit de la plus agréable fraîcheur. *Richelieu* eût le malheur de tuer un homme à la chasse; aussitôt il en montra le plus vif regret, combla de biens la famille de celui-ci, abandonna pour toujours la chasse qu'il aimoit, et vendit Genevilliers qui avoit été le théâtre de cet accident. La guerre s'étant allumée en 1756 entre les François et les Anglois, *Richelieu* élevé au grade de maréchal de France, se rendit devant l'isle de Minorque et mit le siège devant Mahon. Les soldats François peu accoutumés à l'excellence du vin, s'enivroient tous les jours et manquoient à la discipline; le maréchal par un mot sut les rendre sobres. Il fit mettre l'armée sous les armes, et passant dans tous les rangs, il dit: « Soldats je vous déclare que ceux qui s'enivreront désormais n'auront pas l'honneur de monter à l'assaut. » Lui-même dans les jours d'action donnoit l'exemple de la plus grande intrépidité, y réunissoit après le combat la politesse pour les généraux ennemis, et les soins de l'humanité dus aux vaincus. Après la prise de Mahon, *Richelieu* dirigea la guerre de Hanovre, et triompha malgré les obstacles élevés contre lui par Mad. de Pompadour. Il avoit encouru sa haine pour avoir refusé d'unir son fils à la fille de la favorite. Lorsque celle-ci lui proposa cette alliance, *Richelieu* lui répondit « qu'elle lui faisoit beaucoup d'honneur, mais que son fils ayant celui d'être allié à l'empereur, il croyoit devoir la prévenir de cette alliance. » L'armée combinée, commandée par le duc de Cumberland fut forcée de capituler à Closter-Seven près de l'Elbe, mais celui-ci fit une grande faute en changeant cette capitulation qui devoit être purement militaire, en une convention politique dont l'exécution dépendroit de la ratification des parties intéressées. Il en fit de plus grandes encore en favorisant la maraude et en donnant au sol- dat l'exemple de l'avidité et des extorsions. On connoit son *Pavillon de Hanovre* bâti du fruit des contributions levées dans ce pays. Le maréchal de *Richelieu* étoit gouverneur et commandant en Guienne depuis 1755, et il devint doyen des maréchaux de France en 1781. Au goût le plus effréné des plaisirs, il y réunit cet orgueil dangereux qui cherche à multiplier les séductions. « La vanité, a-t-il écrit, entre pour beaucoup dans la jouissance: on vante sa conquête; elle satisfait l'amour propre, et cette prétendue gloire semble ajouter au plaisir. » Avec les mœurs les plus dissolues, un agrément perfide dans l'esprit, l'habitude de jeter un ridicule amer sur les vertus privées, il contribua à corrompre les mœurs de la capitale, et devint le chef de ces *Agréables*, « qui, comme le dit la *Harpe*, se croient une grande supériorité d'esprit pour avoir érigé le libertinage en principe et fait une science de la dépravation. Ils ne se doutent pas que cette prétendue science, en mettant même toute morale à part, est le comble de la sottise et de la duperie. Car qu'y a-t-il de plus sot que de se faire un travail sérieux et une étude pénible de ce qui pour les autres est un plaisir ou du moins un amusement? La belle découverte que de se défendre d'aimer aucune femme, et de se faire une loi de les tromper toutes! Le plus habile intrigant dans ce genre peut-il se flatter d'avoir autant de plaisir qu'un homme franchement amoureux? Quel est celui du fat? la vanité; mais comparée aux autres, cette jouissance n'est-elle pas un plaisir de dupe. » *Richelieu*, à part ses mœurs cor- rompues, étoit plein d'activité, d'ambition et de qualités brillantes. Par lui, l'histoire pourra juger ses contemporains, la cour où il vécut et son siècle. Sur la fin du règne de *Louis XV*, il devint le flatteur assidu de Mad. *Dubary*, et n'en donna pas moins souvent au monarque d'utiles conseils. On peut en citer cet exemple : Le ministre *Saint-Florentin* vouloit proscrire de nouveau les Protestans dans le Languedoc ; le favori éclaira le monarque et empêcha les excès de l'intolérance. Sous *Louis XVI*, dont les mœurs étoient plus austères, *Richelieu* eut peu de crédit ; mais son grand âge, sa renommée et des reparties toujours heureuses l'empêchèrent d'être dédaigné. Lié intimement avec *Voltaire*, il prit une partie de l'esprit léger et mordant de ce dernier, et finit à 92 ans son active carrière, le 8 août 1788. Marié trois fois et sous trois règnes différens, il épousa en 1713, sous *Louis XIV*, *Mlle de Noailles* ; en 1734, sous *Louis XV*, la princesse de *Guise-Lorraine* ; et en 1780, sous *Louis XVI*, *Mad. de Roth*. On a publié sa *Vie privée*, 1791, 3 vol. in-8°, et ses *Mémoires*, 1790, 9 vol. in-8°. La singularité de son caractère et de sa destinée, ses succès en différens genres, son courage, l'éclat de ses galanteries, ses ambassades et ses services militaires, rendent très-intéressante la longue vie d'un homme qui sut plaire à la cour de *Louis XIV*, jouir de la faveur de *Louis XV*, et vit le *Dauphin* fils de *Louis XVI*. Il ne devoit pas aimer les prisons royales, où il s'étoit fait enfermer trois fois ; cependant lorsqu'il fut commandant du Languedoc et gouverneur de Guienne, il abusa de ces mêmes lettres de cachet qu'il avoit maudites, et se permit plusieurs actes d'autorité arbitraire. On peut lui reprocher encore d'avoir trop protégé dans ses gouvernemens les folies licenciéuses des héroïnes de théâtre, et les folies ruineuses du jeu et du luxe. L'ambition ne lui fit jamais négliger les plaisirs ; il s'y livra jusqu'à la débauche, méprisant les convenances, et abusant de son pouvoir pour favoriser ses vices. Le don de séduire le suivit jusqu'à son dernier âge ; et ce qu'il y a de singulier, c'est que la plupart des femmes qu'il avoit trompées ou quittées, continuèrent de l'aimer ou du moins de le trouver aimable. Tel est le résultat de sa longue carrière, donné par son historien. « Avec la bravoure, les talens et le bonheur qui font un grand général ; avec l'esprit, l'adresse et la connoissance des hommes qui peuvent faire un grand homme d'état ; avec tout ce qu'on peut posséder, de graces et d'amabilité, le maréchal de *Richelieu* ne voulut être et ne fut qu'un courtisan. »
VI. PLESSIS, ( Claude du ) avocat au parlement de Paris, natif du Perche, mort en 1681, cultiva la jurisprudence avec un succès distingué. *Colbert* le choisit pour l'avocat des finances. Les jurisconsultes ont souvent recours à ses *Œuvres*, contenant ses *Traités sur la coutume de Paris*, ses *Consultations*, etc. avec les Notes de *Claude Berroyer*, et d'*Eusebe de Laurière*, Paris, 1754, deux vol. in-folio. Il a tâché de mettre de la mé- thode dans des matières confuses, et de traiter avec clarté des questions que les commentateurs avoient embrouillées. Il fut le conseil de plusieurs grandes maisons; on le consultoit même pour les affaires du roi, qui l'honora d'une pension.
VII. PLESSIS-HESTÉ, (Guillaume de la Brunetière du) né en Anjou l'an 1630, étudia à Paris, et y prit le bonnet de docteur de Navarre. Il fut nommé évêque de Saintes en 1676. Louis XIV, après l'avoir choisi pour cet évêché, dit : Je viens de donner un évêché à un homme que je n'ai jamais vu; mais je n'en parle à personne qu'on ne m'en dise du bien. Lorsque le prélat alla remercier le roi, ce prince lui dit : Quand je n'aurois pas donné cet évêché à votre mérite, je l'aurois accordé à votre personne après vous avoir vu. Le nouvel évêque ayant trouvé son diocèse rempli d'Hérétiques, s'appliqua à les instruire, et fit venir des Missionnaires zélés pour l'aider dans cette œuvre. Il les visitoit lui-même fréquemment, et les secouroit de livres et d'argent. Il fonda un Hôpital général à Saintes, où il mourut en 1702, en odeur de sainteté.
VIII. PLESSIS, (Dom Toussaint-Chrétien du) Parisien, sortit de la maison de l'Oratoire pour entrer dans la congrégation de Saint-Maur, où il prononça ses vœux l'an 1715. Après avoir été chargé du soin de la bibliothèque publique de Bonne-Nouvelle à Orléans, il passa à Saint-Germain-des-Prés, puis à Saint-Rémi de Rheims, enfin à Saint-Denis en France, où il mourut en 1764, à 75 ans. On a de lui : I. Histoire de la Ville et des Seigneurs de Coucy, Paris, 1728, in-4.º II. — de l'Eglise de Meaux, 1731, deux vol. in-4.º III. Description de la Ville d'Orléans, 1736, in-8.º IV. — de la Haute-Normandie, 1740, deux vol. in-4.º V. Histoire de Jacques II, 1740, in-12. VI. Nouvelles Annales de Paris, 1753, in-4.º VII. Des Lettres et des Dissertations, dans le Journal de Trévoux et le Mercure de France. Dom du Plessis avança dans son Histoire de Meaux, comme un fait presque certain, que l'art de fabriquer des titres étoit un vice universel vers le XIe siècle, qui infectoit presque toutes les abbayes, les corps de ville, les communautés et les cathédrales mêmes. Sa témérité lui attira une foule de critiques et de tracasseries.
PLESSIS-D'ARGENTRÉ, Voyez ARGENTRÉ.
PLESSIS-LIANCOURT, Voyez LIANCOURT.
PLESSIS-MORNAY, Voyez MORNAY.
PLESSIS-PRASLIN, Voyez CHOISEUL.
PLEUVAUT, Voy. ROCHEFORT, n.º I. I. PLINE l'Ancien, (C. PLINUS Secundus) natif de Vérone, d'une famille illustre, porta les armes avec distinction, fut agrégé au collège des Augures, et devint intendant en Espagne. Son intelligence et sa probité lui firent confier diverses affaires importantes par Vespasien et Titus qui l'honorèrent de leur estime et de leur amitié. Malgré le temps que lui déroboient ses emplois, il en trouva suffisamment pour travailler à un grand nombre d'ouvrages, qui la plupart ont été perdus pour la postérité. Il consacroit le jour aux affaires, et la nuit à l'étude; il ne perdoit pas même le temps des repas: on lui lisait alors quelque bon livre, dont il dictoit sur-le-champ des extraits. Un jour le lecteur ayant mal prononcé quelques mots, un de ceux qui étoient à table l'obligea de recommencer. *Quoi! ne l'avez-vous pas entendu*, dit Pline? — *Pardonnez-moi*, répondit son ami. — *Et pourquoi donc*, reprit-il, *le faire répéter? Voilà une interruption qu'nous coûte plus de dix lignes...* Lorsqu'il sortoit du bain et qu'il se faisoit essuyer, on il entendoit lire, on il dictoit. C'étoit là, dans ses voyages, sa seule occupation; alors, comme s'il eût été plus dégagé de tous les autres soins, il avoit toujours à ses côtés son livre, ses tablettes et son copiste. C'étoit par cette raison, qu'à Rome il n'alloit qu'en voiture. Il reprit un jour son neveu de s'être promène: *Vous pouviez*, dit-il, *mettre ces heures à profit*; car il comptoit pour perdu tout le temps qu'on n'employoit pas pour les sciences. Ce grand homme eut une mort bien funeste. L'embrasement du Mont-Vésuve, arrivé l'an 79 de J. C., fut si violent qu'il ruina des villes entières, avec une grande étendue de pays, et que les cendres en volèrent, dit-on, jusque dans l'Afrique, la Syrie et l'Égypte. *Pline* qui commandoit alors une escadre, voulut s'approcher de cette montagne, pour observer ce terrible phénomène; mais il fut puni de sa téméraire curio- sité, et suffoqué par les flammes, à 56 ans: ce qui l'a fait appeler par quelques-uns le *Martyr de la nature...* *Pline le Jeune* son neveu, a raconté les circonstances de sa mort et de cet embrasement dans la 26$^{e}$ Lettre de son vu$^{e}$ livre, adressée à *Tacite*. Il ne nous reste de *Pline l'Ancien*, que son *Histoire Naturelle* en 37 livres. (*Voyez Dioscoride*.) Il y en a eu un grand nombre d'éditions. Les plus estimées sont celle de l'abbé *Brotier*, Paris, *Barbou*, 1779, six vol. in-12, et celle du P. *Hardouin*, 1723, Paris, trois vol. in-folio. C'est une réimpression de celle qu'il avoit donnée *ad usum Delphini*, 1685, cinq vol. in-4$^{o}$. On a encore l'édition d'*Elzevir*, 1634, trois vol. in-12; et celle *cum Notis Variorum*, 1669, trois vol. in-8$^{o}$. Celle de Venise, 1469-1472, et celle de Rome, 1470-1473, sont plus recherchées pour leur rareté que pour leur bonté. Cet ouvrage, dit *Pline* son neveu, est d'une étendue d'érudition infinie, et presque aussi variée que la nature elle-même. Étoiles, planètes, grêle, vents, pluie, arbres, plantes, fleurs, métaux, minéraux; animaux de toute espèce, terrestres, aquatiques, volatiles; descriptions géographiques de villes et de pays: il embrasse tout, et ne laisse dans la nature et dans les arts aucune partie qu'il n'examine avec soin. Le style de *Pline* lui est particulier, et ne ressemble à aucun autre. Il n'a ni la pureté, ni l'élégance, ni l'admirable simplicité du siècle d'*Auguste*, auquel il touchoit à peu d'années près. Son caractère propre est la force, l'énergie, la vivacité; je puis même dire la hardiesse, tant pour les expressions que pour les pensées, et une merveilleuse fécondité d'imagination pour peindre et rendre sensibles les objets qu'il décrit. Mais il faut avouer que son style est dur, serré, et par-là souvent obscur; que ses pensées sont fréquemment poussées au-delà du vrai, outrées, et même fausses. Voilà le jugement que porte Rollin de l'Histoire Naturelle de Pline. Joignons-y celui de son rival, de l'un des plus illustres Naturalistes du 17e siècle, « Pline, dit Buffon, a travaillé sur un plan plus grand que celui d'Aristote, et peut-être trop vaste : il a voulu tout embrasser, et il semble avoir mesuré la nature, et l'avoir trouvée trop petite encore pour l'étendue de son esprit. Son Histoire Naturelle comprend, indépendamment de l'Histoire des animaux, des plantes et des minéraux, l'Histoire du Ciel et de la Terre, la médecine, le commerce, la navigation, l'histoire des arts libéraux et mécaniques, l'origine des usages; enfin, toutes les sciences naturelles et tous les arts humains. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que dans chaque partie Pline est également grand. L'élévation des idées, la noblesse du style relèvent encore sa profonde érudition. Non-seulement il savait tout ce qu'on pouvoit savoir de son temps; mais il avait cette facilité de penser en grand, qui multiplie la science. Il avait cette finesse de réflexion, de laquelle dépendent l'élégance et le goût, et il communique à ses lecteurs une certaine liberté d'esprit, une hardiesse de penser, qui est le germe de la philosophie. Son ou- vrage, tout aussi varié que la nature, la peint toujours en beau. C'est, si l'on veut, une compilation de tout ce qui avoit été écrit avant lui, une copie de tout ce qui avoit été fait d'excellent et d'utile à savoir; mais cette copie a de si grand straits, cette compilation contient des choses rassemblées d'une manière si neuve, qu'elle est préférable à la plupart des ouvrages originaux qui traitent des mêmes matières. » (HISTOIRE Naturelle, premier Discours.) Pline étoit bien éloigné de la vanité des compilateurs modernes, qui copient sans citer. « Il me semble, dit-il, que la probité et l'honneur demandent que, par un aveu sincère, on rende une sorte d'hommage à ceux de qui l'on a tiré quelque secours et quelque lumière. » Il compare un auteur qui profite du travail d'autrui, à un homme qui emprunte de l'argent dont il paye l'intérêt : avec cette différence pourtant, que le débiteur, par cet intérêt, n'acquitte pas le fonds de la somme prêtée; au lieu qu'un auteur, par l'aveu ingénu de ce qu'il emprunte, l'acquitte en quelque sorte, et se le rend propre. D'où il conclut, qu'il y a de la petitesse d'esprit et de la bassesse, d'aimer mieux être surpris honteusement dans le vol, que d'avouer ingénu- ment sa dette. Il avoit formé jusqu'à 160 volumes de remarques sur les auteurs qu'il avoit lus. Telle étoit alors l'estime qu'on avoit pour son érudition, qu'un certain Lartius LUCINIUS voulut acheter ses remarques, et offrit de lui payer 77,812 livres, somme prodigieuse qui feroit aujourd'hui la fortune d'un compilateur. Pline qui étoit riche et qui préféroit la science à la fortune, n'accepta pas le marché, et dit à l'enchérisseur, que ses connoissances n'étoient point à vendre. Il l'empêcha par ce refus de faire une grande sottise; car, en achetant si cher les remarques de *Pline*, *Lucinius* ne pouvoit acheter l'esprit, les lumières, l'amour du travail, et toutes les autres qualités, sans lesquelles ces remarques lui devénoient totalement inutiles. Elles passèrent en de bien meilleures mains, et *PLINE* le *Jeune* en hérita, ainsi que des talens et des vertus de son oncle. Malgré ces vertus, *Pline l'Ancien* embrassa des opinions bien capables de détruire toute vertu. Il étoit Athée. « Je ne connois d'autre Dieu, dit-il, que ce vaste univers. Il n'a point eu de commencement, et il n'aura point de fin. Il contient tout en lui-même et rien n'est au-delà. Il gouverne tout par des lois certaines et immuables, quoique tout paroisse se gouverner au hasard. Il ressemble parfaitement à l'infini, quoiqu'il soit composé de parties dégagées l'une de l'autre. Enfin c'est l'ouvrage et l'ouvrier; c'est la nature universelle. » Croyant que l'homme meurt tout entier, il n'admettoit après cette vie ni châtimens, ni récompenses. Ses erreurs en métaphysique, jointes à ses méprises en physique, diminuent certainement le prix de son ouvrage. *L'Histoire Naturelle* de *Pline* a été traduite en françois par M. *Poinfinet de Sivri*, en 12 vol. (*Voyez PINET.*) *Dav. Durand* a fait imprimer l'Histoire de l'Or et de l'Argent, extraite de *Pline*, Londres, 1729, in-fol.; et celle de la *Peinture*, 1726, in-fol.
II. *PLINE*, le *Jeune*, (*Cœcilius PLINIUS Secundus*) neveu et fils adoptif du précédent, natif de Côme, et disciple de *Quintilien*, parut dans le barreau à l'âge de dix-neuf ans. Bien différent de ces avocats qui vendent leur langue et leur plume à qui veut les payer, il n'employa la sienne que pour l'intérêt public, les indigènes, ou ses amis. Il ne montra pas moins de courage que de désintéressement. Après la mort de *Domitien*, *Pline* éleva sa voix dans le sénat, et se porta accusateur contre l'un des plus illustres favoris de ce prince. Comme on craignoit que *Nerva* successeur de *Domitien*, ne fût offensé de cette accusation, tous ceux qui s'intéressoient au sort de *Pline* trembloient pour lui. Un consulaire de ses amis s'approcha de lui, et le pressa de se désister de cette accusation. Il ajouta même qu'il se rendroit par-là redoutable aux empereurs à venir. *Tant mieux*, répondit *Pline*, *pourvu que ce soit aux méchans empereurs*. Comme on insistoit encore : *J'ai tout pesé, j'ai tout prévu, ajouta-t-il; et je ne refuse pas, s'il le faut; d'être puni pour avoir poursuivi la vengeance d'une lâche et indigne cruauté...* *Nerva* empêcha que cette affaire ne fût remise à la délibération du sénat; mais ce corps juste n'en rendit pas moins justice à la courageuse fermeté de *Pline*... *Trajan*, qui avoit succédé à *Nerva*, proclama lui-même *Pline* consul l'an 100 de Jésus-Christ, après avoir fait son éloge. *Pline* l'en remercia par un discours solennel, et ce fut dans cette occasion, que par ordre du sénat et au nom de tout l'empire, il prononça le *Panégyrique* de ce prince. *Si le sou-* verain bonheur, disoit Pline à Trajan, consiste à pouvoir faire tout le bien qu'on veut; c'est le comble de la grandeur que de vouloir faire tout le bien qu'on peut. Quelque temps après il fut envoyé dans le Pont et dans la Bythinie, en qualité de proconsul. Il gouverna les peuples en philosophe plein d'humanité; il diminua les impôts, rétablit la justice et fit régner le bon ordre. Une violente persécution s'étant allumée contre les Chrétiens, que Trajan regardoit comme dangereux par leur nombre, et comme ennemis déclarés de toute religion, Pline osa plaider leur cause auprès de l'empereur. Il écrivit à ce prince que le commerce des Chrétiens entre eux étoit exempt de tout crime; que leur principal culte étoit d'adorer le Christ comme un Dieu; que leurs mœurs étoient la plus belle leçon qu'on pût donner aux hommes, et qu'ils s'obligeoient par serment de s'abstenir de tout vice... Trajan, touché des raisons que ce philosophe humain lui exposa, défendit de faire aucune recherche des Chrétiens; mais il ordonna qu'on punit de mort ceux qui, au mépris des lois de l'empire, viendroient déclarer d'eux-mêmes sans être dénoncés, qu'ils faisoient profession du Christianisme. Pline, revenu à Rome, y vécut en homme digne d'avoir rendu ce témoignage à la plus pure des religions; grand sans orgueil, d'un abord facile, sans bassesse, d'une contenance noble sans hauteur; gracieux, affable, bienfaisant, sobre, chaste, modeste; bon fils, bon mari, bon père, bon citoyen, bon magistrat, ami zélé et fidelle. « Pline (dit en substance Sacy son traducteur) étoit persuadé que notre vie n'est point à nous; que nés dans une société dont nous devons partager les travaux comme les avantages, il ne nous est pas permis de jouir du repos avant le temps, sans nous être acquittés envers la patrie, et sans avoir, pour ainsi dire, obtenu le congé de la nature, qui ne nous permet de rester inutiles qu'au moment même où elle nous force à l'être. La mort et l'adversité, qui ne rompent que trop souvent tous les liens des hommes, serroient plus étroitement ceux qui l'attachoient à ses amis. Sa sensibilité pour eux devenoit une espèce de religion, dès qu'ils étoient ou enlevés à sa tendresse, ou poursuivis par le malheur. Il ne voyoit dans ses domestiques, que des hommes dont l'infortune excusoit les fautes; il remplissoit à leur égard le titre si cher et si sacré de Père de Famille, que les lois Romaines avoient donné aux maîtres, pour les avertir de le mériter. La gloire, cette fumée que les sages mêmes se disputent, n'auroit pas été un bien pour lui, s'il n'en eût fait part à ceux qui étoient dignes d'y prétendre; et aucun de ses rivaux ne se plaignit jamais de l'injustice du partage. » (Voy. I. TACITE.) On cite de lui plusieurs traits de générosité. Il ne se refusa jamais à la douce joie d'une bonne action. Des marchands avoient acheté ses vendanges, dans l'espérance du gain qu'ils se promettoient d'y faire. Leur attente fut trompée. Il leur fit à tous des remises. Je ne trouve pas moins glorieux, disoit-il, de rendre justice dans sa maison, que dans les Tribunaux; dans les petites affaires, que dans les grandes; dans les siennes, que dans celles d'autrui. — Une dame Romaine, qu'il avoit en partie dotée de son bien, étant sur le point de renoncer à la succession de Calvinius son père, dans la crainte que les biens qu'il laissoit ne fussent pas suffisants pour payer les sommes dues à Pline : ce bon citoyen lui écrivit de ne pas faire cet affront à la mémoire de son père ; et pour la déterminer, il lui envoya une quittance générale. Quintilien et Martial se ressentirent des libéralités de cet homme généreux. — Lorsque Quintilien maria sa fille, Pline lui écrivit : Je sais que vous êtes riche des biens de l'âme, et beaucoup moins de ceux de la fortune. Je prends donc sur moi une partie de vos obligations ; et comme un second père, je donne à notre chère fille cinquante mille sesterces, (6250 liv.) Je ne me bornerois pas là, si je n'étois persuadé que la médiocrité du présent pourra seule obtenir de vous que vous le receviez. Mais ce que fit Pline pour sa patrie, mérite d'être remarqué. Les habitans de Côme n'ayant point de collège chez eux, étoient obligés d'envoyer leurs enfans dans d'autres villes. Pline offrit de contribuer du tiers au paiement des appointeurs des maîtres, et crut devoir laisser les parens chargés du reste, pour les rendre plus attentifs à choisir de bons maîtres, par la nécessité de la contribution, et par l'intérêt de placer utilement leur dépense. Pline ne borna point là sa bienfaisance pour sa patrie. Il y fonda une bibliothèque, avec des pensions annuelles pour un certain nombre de jeunes gens de famille, à qui leur mauvaise fortune avoit refusé les secours nécessaires pour étudier. Cet ex- cellent citoyen s'étoit fait, sur la bienfaisance, des principes dignes d'être remarqués : Je veux, dit-il, qu'un homme vraiment libéral donne à sa patrie, à ses proches, à ses alliés, à ses amis, et préférablement à ceux qui sont dans le besoin. Mais ce qui donne à Pline un droit éternel à l'estime des hommes, c'est qu'il joignit souvent la grandeur d'âme à la générosité. Domitien avoit chassé de Rome et de l'Italie tous les philosophes. Artémidore, ami de Pline, étoit de ce nombre. Il s'étoit retiré dans une maison qu'il avoit aux portes de la ville. « J'allai l'y trouver, dit Pline, dans une conjoncture où ma visite étoit plus remarquable et plus dangereuse ; j'étois prêteur. Il ne pouvoit, qu'avec une grosse somme, acquitter les dettes contractées pour des choses utiles. Quelques-uns de ses amis, les plus puissants et les plus riches, ne voulurent point s'appercevoir de son embarras. Moi, j'empruntai la somme, et je lui en fit don. J'avois pourtant alors sujet de trembler pour moi-même. On venoit de faire mourir ou d'envoyer en exil sept de mes amis. La foudre tombée autour de moi tant de fois, et encore fumante, sembloit me présager évidemment un semblable sort : mais il s'en faut bien que je croie avoir pour cela mérité toute la gloire que me donne Artémidore ; je n'ai fait qu'éviter l'infamie... » Ce grand homme fut enlevé à sa patrie, à ses amis, et aux lettres, l'an 113, dans sa 50 ou 52e année. Pline avoit composé plusieurs ouvrages. Il avoit poursuivi la carrière du barreau comme il l'avoit commencée, avec une approbation aussi universelle que rare; il lui arriva plusieurs fois de parler sept heures de suite, et d'en être le seul fatigué. Ses *Plaidoyers* ne sont pas venus jusqu'à nous, non plus qu'une *Histoire* de son temps dont on peut encore plus regretter la perte. On ne peut juger de son style que par ses *Lettres* et son *Panégyrique* de *Trájan*, traduits également par *Sacy* : (*Voyez* ce mot.) Ce discours est d'un style fleuri, brillant, tel que doit être celui d'un *Panégyrique*, où il est permis d'étaler tout ce que l'éloquence a de plus éclatant, et souvent de se servir de cette même éloquence pour mentir avec pompe. Les pensées y sont belles, en grand nombre, et souvent paroissent neuves; mais la diction se sent un peu du goût des antithèses, des pensées coupées, des tours recherchés, qui dominoient de son temps. La même affectation règne dans quelques-unes de ses *Lettres*, que les gens de goût mettent au-dessous de celles de *Cicéron*. Mais elle est moins choquante, parce que ce sont, dit *Rollin*, des pièces détachées, où cette sorte de style ne déplaît pas. Elles donnent d'ailleurs la meilleure idée du caractère de leur auteur. *Pline*, par des paroles obligeantes, multiplie le bienfait, et donne des graces même au refus. Il a, le premier, dit *Sacy*, enrichi le commerce des hommes de cette politesse flatteuse, qui s'éloigne également de la bassesse des courtisans et de la dureté des philosophes. On trouve chez lui de la finesse dans les pensées, assez d'enjouement dans le style, et toujours beaucoup de noblesse dans les sentiments à un petit nombre près; où la vanité seule paroit le diriger. La première édition des *Lettres* de *Pline* est de 1471, in-fol. Les meilleures sont : I. Celle du P. de la Baune; Jésuite, à Paris, in-4°, 1677; et à Venise, 1728. On y trouve aussi son *Panégyrique*. II. Les *Elzevirs* donnèrent une édition de *Pline* en 1640, in-12, qui est jolie et rare. III. Celles enfin *Cum notis Variorum*, 1669, in-8°; d'Oxford, 1703, in-8°; et d'Amsterdam, 1734, in-4°. I. PLOT, (Sigismond) porta l'art de l'imprimerie à Sienne dans le xv$^{e}$ siècle, et publia le *Florus* sans date, et les *Épîtres* de *Cicéron* qui portent celle de 1489.
II. PLOT, (Robert) professeur de chimie dans l'université d'Oxford, garde du cabinet d'Ashmole, mort en 1696, 45 ans, consuma ses jours à faire des recherches intéressantes de physique et d'histoire naturelle. On a de lui deux ouvrages estimés : I. *L'Histoire Naturelle du Comté d'Oxford*, 1677, in-fol., réimprimée en 1705. II. Celle du *Comté d'Hartford*, 1679, in-fol., réimprimée en 1686; l'une et l'autre en anglois. Ses compatriotes en font cas.
PLOTIN, philosophe Platonicien, né à Lycopolis en Egypte, prit des leçons de philosophie sous le célèbre *Ammonius*, qui tenoit son école à Alexandrie. Il avoit essayé auparavant de plusieurs maîtres; mais aucun ne le satisfaisoit. Un de ses amis le mena entendre *Ammonius*, et dès la première leçon il dit : *C'est celui-là même que je cherchois*. Il passa onze ans sous cet excellent maître, et il l'égala bientôt. Les connaissances qu'il puisa dans cette cette école, ne servirent qu'à lui inspirer le désir d'en acquérir de nouvelles. Il résolut d'aller s'instruire chez les philosophes Persans et Indiens. L'empereur *Gordien* alloit alors faire la guerre aux Perses; *Plotin* profita de cette occasion, et suivit l'armée Romaine l'an 243 de J. C. Cette course faillit lui être funeste; car il eut bien de la peine à sauver sa vie par la fuite, lorsque l'empereur eut été tué. Il avoit alors 39 ans. L'année suivante il alla à Rome, et y ouvrit une école de philosophie. *Porphyre* s'étant mis sous sa discipline, il composa plusieurs ouvrages pour l'instruire. On y découvre pourtant, à travers le voile dont il s'est enveloppé, un génie élevé, fécond, vaste et pénétrant, et une méthode de raisonnement assez bonne. Ses ouvrages et ses mœurs lui concilièrent l'estime publique. Il fit des disciples jusqu'au milieu du sénat, et inspira à plusieurs dames Romaines une forte inclination pour l'étude de la philosophie. Plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe, à la veille de leur mort, lui confioient leurs biens et leur enfans, comme à une espèce d'Ange tutélaire. Il étoit l'arbitre des procès, et il n'en eut jamais aucun pendant tout le temps qu'il fut à Rome. Il ne trouva pas la même justice parmi tous ceux de sa profession. Un philosophe d'Alexandrie, envieux de sa gloire, fit tout ce qu'il put pour le perdre; mais ce fut en vain. L'empereur *Galien* et l'impératrice *Salonine*, eurent pour lui une considération distinguée. On prétend que, sans les traverses suscitées par quelques courtisans jaloux, ils auroient fait rebâtir une ville de la Campanie, qu'ils lui auroient cédée avec tout son territoire, pour y établir une colonie de philosophes et pour y faire pratiquer les lois idéales de la République de *Platon*. Les incommodités de la vieillesse ayant obligé *Plotin* de quitter Rome, il se fit porter dans la Campanie chez les héritiers d'un de ses amis, qui le fournirent de tout ce qui lui étoit nécessaire. Il y mourut l'an 270 de Jésus-Christ, à soixante-six ans, en prononçant ces paroles: *Je fais mon dernier effort pour ramener ce qu'il y a de divin en moi, à ce qu'il y a de divin dans tout l'Univers*. C'étoit là l'article fondamental de sa religion, et on ne peut mieux reconnoître que l'âme du monde étoit quelque chose d'effectif, et qu'elle prenoit son origine dans la nature de *Jupiter*, le Dieu des Dieux, suivant les idées des philosophes Païens. *Plotin* avoit quelques singularités qui déshonorent sa philosophie. Il avoit honte d'être logé dans un corps. Ce mépris pour les choses terrestres, fut cause qu'il ne voulut jamais se laisser peindre. Son disciple *Amelius* l'a dit ayant prié: *N'est-ce pas assez*, répondit-il en montrant son corps, de *trainer par-tout avec nous cette image dans laquelle la Nature nous a formés, sans vouloir encore transmettre aux siècles futurs une copie de cette image, comme un spectacle digne de leur attention?* Par la même raison, il ne voulut jamais dire, ni le jour, ni le mois, ni le lieu de sa naissance. Il ne fit jamais usage d'aucun remède, quoique ses abstinences et son application le rendissent souvent malade. On lui conseilla l'usage des lavemens, pour ap- paiser les douleurs de colique qui le tourmentoient ; mais il ne croyoit pas qu'un tel remède pût s'accommoder avec la gravité d'un philosophe. Il avoit commencé de bonne heure à paroître singulier dans ses goûts et dans ses manières. A l'âge de 8 ans, fréquentant déjà les écoles, il ne laissoit pas d'aller trouver sa nourrice et de lui demander à teter. Quoiqu'on l'eût grondé plusieurs fois comme un enfant importun, il ne cessa pas d'en user ainsi long-temps avec elle. Sa supériorité sur les autres hommes lui avoit donné une présomption extrême. *Amelius* son disciple, le pria un jour d'assister à un sacrifice qu'il offroit aux Dieux. *C'est à eux*, répondit le maître, *de venir à moi*, et *non pas à moi d'aller à eux*. Ce philosophe se vantoit d'avoir un génie familier comme *Socrate* ; mais celui de *Plotin*, disoient ses disciples, étoit au-dessus des simples Démons et au rang des Dieux. *Plotin* méditoit si profondément, qu'il arrangeoit dans sa tête tout le plan d'un ouvrage, depuis le commencement jusqu'à la fin, et qu'il n'y changeoit rien en écrivant. Tous ses écrits réunis forment 54 Traités, divisés en six *Ennéades*. C'est à *Porphyre* que nous en devons la collection et l'arrangement. Ils roulent sur des matières fort abstraites ; ils regardent presque tous, la métaphysique la plus relevée. Il semble qu'en certains points notre philosophe ne s'éloigna pas du Spinoïsme. Il n'y a eu presque point de siècle où ce monstrueux sentiment n'ait été enseigné. *Spinosa* n'a que le malheureux avantage d'être le premier qui l'ait réduit en sys- tème selon la méthode géométrique. Que vouloit dire *Plotin* quand il fit deux livres pour prouver : *UNUM ET IDEM UBIQUE TOTUM SIMUL ADESSE* ? N'étoit-ce pas enseigner que l'Être qui est par-tout est une seule et même chose ? *Spinosa* n'en démontre pas davantage. *Plotin* examine dans un autre traité : *S'il y a plusieurs ames*, ou *s'il n'y en a qu'une seule* ? Il s'appliqua beaucoup à l'étude de l'origine des idées. Il fit un livre sur la question : *S'il y a des idées des choses singulières* ? Il en fit un autre pour prouver que les objets intellectuels ne sont pas hors de l'entendement. On reconnoit dans les livres dont nous parlons, trois sortes d'âges de l'esprit de leur auteur. Les premiers et les derniers traités sont fort au-dessous des autres. On voit dans les premiers un esprit qui n'a pas encore toute sa force, et dans les derniers un génie qui dégénère. C'est dans les écrits du milieu qu'on trouve une chaleur d'esprit portée au plus haut degré. Cependant les uns et les autres offrent des idées qui ne sont pas toujours nettes et précises. Son discours se ressent de l'obscurité de ses idées. Il faut quelquefois une lecture opiniâtre et répétée pour le comprendre. Ses *Ennéades* ont été imprimées à Basle, 1580, in-folio, en grec, avec la version latine des sommaires et des analyses sur chaque livre, par *Marsile Ficin*, celui de tous les modernes qui a le plus étudié cet ancien philosophe.
PLOTINE, (*PLOTINA Pompeia*) femme de l'empereur *Trajan*, avoit épousé ce prince longtemps avant qu'il parvînt à l'em- pire. Elle fit avec lui son entrée dans Rome, aux acclamations du peuple; et en montant les degrés du palais impérial, elle dit qu'elle y entroit telle qu'elle souhaitoit d'en sortir. Sa sagesse et sa modestie lui gagnèrent également le cœur des grands et celui du peuple. Elle refusa le titre d'Auguste pendant tout le temps que Trajan ne voulut point accepter celui de Père de la Patrie. Son humanité contribua beaucoup à la diminution des impôts, dont les provinces étoient surchargées. Elle accompagnoit son époux en Orient, lorsque ce prince mourut à Selinunte, l'an 117. Elle porta les cendres de Trajan à Rome, où elle revint avec Adrien qu'elle avoit favorisé dans tous ses desseins. Ce prince lui dut l'adoption que Trajan fit de lui, et par conséquent l'empire. Elle eut pour lui des sentimens qui pénétrèrent son ame, mais qui ne putent corrompre son cœur, et sa conduite fut toujours à l'abri des soupçons. Adrien plein d'une tendre reconnoissance de ses services, lui conserva l'autorité qu'elle avoit eue sous Trajan. La mort enleva l'an 129 Plotine, qui fut mise au rang des Dieux. Cette impératrice, aimable et bien faite, avoit un air de gravité et de décence qui convenoit à son rang. Son esprit étoit élevé, et elle ne l'employoit que pour faire le bien. Ne craignant point de déplaire, lorsque c'étoit l'avantage du peuple, elle avertissoit Trajan des malversations des gouverneurs de provinces. Ses conseils contribuèrent à la suppression de plusieurs abus.
PLOTIUS-GALLUS, (Lucius) rhéteur Gaulois, vers l'an 100 avant Jésus-Christ, est le premier qui ouvrit dans Rome une école de Rhétorique en latin. Cicéron témoigne ses regrets de ne pas avoir assisté à ses leçons. Cet illustre rhéteur eut des jours longs et heureux. Il avoit composé un excellent Traité du geste de l'Orateur, que le temps a dévoré.
PLUCHE, (Antoine) né à Rheims en 1688, mérita, par la douceur de ses mœurs et par ses progrès dans les belles-lettres, d'être nommé professeur d'humanités dans l'université de cette ville. Deux ans après, il passa à la chaire de rhétorique, et fut élevé aux ordres sacrés. L'évêque de Laon (Clermont) instruit de ses talens, lui offrit la direction du collège de sa ville épiscopale. Ses soins et ses lumières y avoient ramené l'ordre, lorsque des sentimens particuliers sur les affaires du temps troublèrent sa tranquillité, et l'obligèrent de quitter son emploi. L'intendant de Rouen (Gasville) lui confia l'éducation de son fils, à la prière du célèbre Rollin. L'abbé Pluche ayant rempli cette place avec succès, quitte Rouen pour se rendre à Paris, où il donna d'abord des leçons de géographie et d'histoire. Produit sur ce théâtre par des auteurs distingués, son nom fut bientôt célèbre, et il soutint cette célébrité par ses ouvrages. Il donna successivement au public : I. Le Spectacle de la Nature, en neuf volumes in-12. Cet ouvrage, également instructif et agréable, est écrit avec autant de clarté que d'élégance ; mais l'auteur dit peu en beaucoup de paroles : la forme du dialogue l'a entraîné dans ce défaut. Les interlocuteurs, le *Prieur*, le *Comte* et la *Comtesse*, n'ont aucun caractère particulier ; mais ils en ont tous un qui leur est commun et qui plaît médiocrement, sans en excepter même celui du petit chevalier de *Breuil*, qui n'est pourtant qu'un écolier. C'est ainsi qu'en jugeoit l'abbé *Desfontaines*. Quoique ces entretiens aient un tour assez ingénieux et même quelque vivacité, ils tombent quelquefois dans le ton du collège. II. *Histoire du Ciel*, en deux vol. in-12. On trouve dans cet ouvrage deux parties presque indépendantes l'une de l'autre. La première contient des recherches savantes sur l'origine du Ciel poétique. C'est presque une Mythologie complète, fondée sur des idées neuves et ingénieuses. La seconde est l'histoire des idées philosophiques sur la formation du monde. L'auteur y fait voir l'inutilité, l'inconsistance et l'incertitude des systèmes les plus accrédités, et finit par montrer l'excellence et la simplicité sublime de la physique de *Moyse*. Outre une diction noble et arrondie, on y trouve une érudition qui ne fatigue point. Quant au fond du système exposé dans la première partie, il est assez heureux ; mais il n'est pas certain qu'il soit aussi vrai : *Voltaire* l'appeloit la *FABLE du CIEL*. III. *De Linguarum artificio* ; ouvrage qu'il a traduit sous ce titre : *La Mécanique des Langues*, in-12. Il y propose un moyen plus court pour apprendre les langues : c'est l'usage des versions, qu'il voudroit substituer à celui des thèmes ; et ses réflexions sont aussi judicieuses que bien exprimées. IV. *Concorde de la Géographie des différens dges*, Paris, 1764, in-12 : ouvrage posthume très-superficiel, mais dont le plan décèle un homme d'esprit. V. *Harmonie des Pseaumes et de l'Évangile*, ou *Traduction des Pseaumes et des Cantiques de l'Église*, avec des *Notes relatives à la Vulgate*, aux *Septante et au Texte Hébreu*, qui rendent intéressante cette traduction, dont la fidélité est connue, Paris, in-12, 1764. L'abbé *Pluche* s'étoit retiré, en 1749, à la Varenne Saint-Maur, où il se consacra entièrement à la prière et à l'étude. Sa surdité étant au point qu'il ne pouvoit plus entendre qu'à l'aide d'un cornet, le séjour de la capitale ne lui offroit plus aucun agrément. Ce fut dans cette retraite qu'il mourut d'une attaque d'appolexie, le 20 novembre 1761, à 73 ans. Il possédoit les qualités qui font le savant, l'honnête homme et le Chrétien. Sobre dans ses repas, vrai dans ses paroles, bon parent, ami sensible, philosophe humain, il donna des leçons de vertu dans sa conduite comme dans ses ouvrages. Sa soumission à tous les dogmes de la Religion étoit extrême. Quelques esprits forts ayant paru surpris que sur les matières de la Foi, il pensât et parlât comme le peuple, *Je m'en fais gloire*, répondit-il ; il est bien plus raisonnable de croire à la parole de l'Être-Suprême, que de suivre les sombres lumières d'une raison bornée et sujette à s'égarer.
PLUKENET, (Léonard) né en 1642, s'est distingué par ses recherches sur la botanique. On a de lui : I. *Phytographia* seu *Plantarum Icones*, Londres, 1691, 1692 et 1696, quatre parties, 328 planches. II. *Almagestum Botanicum*, sive *Phytographiae Onomasticon*, 1696. Sloane lui reproche d'avoir supposé des plantes imaginaires et d'en avoir défiguré d'autres. III. *Almagesti Botanici mantissa*, *Plantas novissimè detectas complectens*, 1700, planches 329 à 350. IV. *Amalthæum Botanicum*, id est *Stirpium Indicarum alterum Copiacornu*, 1705, planches 351 à 454 : le tout en trois parties imprimées in-4°; édition très-recherchée. Il en a paru une nouvelle à Londres, 1769, in-4°, moins belle, mais plus commode pour les recherches, à cause de la Table générale.
PLUMIER, (Charles) religieux Minime, né à Marseille en 1646, d'une famille obscure, apprit les mathématiques à Toulouse sous le Père *Maignen* son illustre confrère. Le maître, charmé du génie de son élève, lui montra non-seulement les hautes sciences; mais il lui apprit encore l'art de faire des lunettes, des miroirs ardens, et d'autres ouvrages non moins curieux. On l'envoya à Rome où son extrême application pensa lui faire perdre l'esprit. Alors il quitta les mathématiques, pour s'adonner à la botanique : science qui demandoit moins de contention. De retour en Provence, il se livra entièrement à son nouveau goût. *Louis XIV*, instruit de son mérite, l'envoya en Amérique, pour rapporter en France les Plantes dont on pourroit tiré plus d'utilité pour la médecine. Il y fit trois voyages différens, et revint toujours avec de nouvelles richesses. Le roi paya ses courses par le titre de son botaniste, et par une pension qui fut augmentée à proportion de ses services. Il fut affilié à la province de France, et Paris devint dès-lors son séjour. Le célèbre *Fagon*, premier médecin du roi, l'engagea à faire un quatrième voyage, pour découvrir, s'il étoit possible, d'où vient que le *Quinquina* qu'on apporte à présent en Europe, a moins de vertu que celui qu'on y apportoit au commencement qu'on le connut ? Le savant Minime entreprit courageusement cette périlleuse carrière; mais la mort l'arrêta au port de Sainte-Marie proche de Cadix, où il expira en 1706, à 60 ans. L'étude de la nature lui avoit inspiré un amour infini pour son divin Auteur, et sa piété étoit aussi tendre que sincère. On a de lui : I. *Nova Plantarum Americanarum genera*, Parisiis, 1703, in-4°. II. *Description des Plantes de l'Amérique*, Paris, 1693, in-folio, 108 planches : par erreur il y a sur le titre, 1713. Dans ces deux ouvrages il fait connoître un très-grand nombre de plantes, dont la plupart étoient ignorées des botanistes d'Europe. III. *Un Traité des Fougères de l'Amérique*, en latin et en françois, Paris, 1705, in-folio, 172 planches. IV. *L'Art de tourner*, 1749, in-folio. L'auteur enseigné la manière de faire toutes sortes d'ouvrages au tour. Ce livre, orné d'environ 80 planches, est curieux et singulier; et avant lui on n'avoit rien en ce genre que d'imparfait. C'est de son père que le P. Plumier avait appris l'art de tourner, qu'il pratiquait aussi bien qu'il l'enseignoit. V. Deux Disserta- tions sur la Cochenille, dans le Journal des Savans, 1694, et dans celui de Trévoux, 1703. On trouva dans son cabinet plu- sieurs ouvrages écrits de sa main, qui auroient pu former 12 vol. Il y traitait de tous les oiseaux, de tous les poissons et de toutes les plantes de l'Amérique. Cet ouvrage étoit embelli par une infinité de dessins, dont l'au- teur, habile dessinateur et gra- veur, avoit déjà gravé lui-même une bonne partie. On les con- servoit dans la bibliothèque des Minimes de Paris.
PLUNKETT, (Olivier) pri- mat d'Irlande sa patrie, passa de bonne heure en Italie. Après avoir fait ses études dans le col- lége des Hibernois et professé dans celui de la Propagande, il fut nommé archevêque d'Armach en 1669. Ses travaux apostoli- ques lui attirèrent la haine des Hérétiques, qui l'accusèrent d'a- voir voulu faire soulever les Ca- tholiques contre le roi d'Angle- terre. On le condamna à être pendu, et son corps à être mis en quatre quartiers. Cet arrêt fut exécuté le 10 juillet 1681; il avait alors 65 ans. L'innocence de ce vertueux prélat fut recon- nue dans la suite, et ses indignes accusateurs punis du dernier sup- plice. C'étoient trois scélérats sentenciés en Irlande, et quatre prêtres, religieux d'une vie scan- daleuse et dont il s'étoit attiré la haine par son zèle à réprimer leurs désordres.
PLUQUET, (François-An- dré) né à Baïeux le 14 juillet 1716, embrassa l'état ecclésias- tique, et quitta un canonicat dans la cathédrale pour venir professer l'histoire à l'université de Paris. Ses leçons furent sui- vies, et Pluquet justifia sa répu- tation par de bons écrits. Homme vertueux, ami sûr, ennemi de la flatterie et de la dissimula- tion, on lui reprocha quelque- fois un peu de brusquerie et de dureté. Il est mort d'apoplexie le 18 septembre 1790. Ses ouvrages sont: I. Examen du Fatalisme, 1757, trois vol. in-12. L'auteur combat avec force cette erreur ancienne qui fait encore l'un des principaux dogmes des religions de l'Orient. II. Dictionnaire des Hérésies, 1762, 2 vol. in-8. Il offre une logique saine, un ju- gement impartial, un savoir pro- fond. Nous en avons cité plu- sieurs fragmens dans ce Diction- naire. III. De la Sociabilité, 1767, 2 vol. in-12. Pluquet com- bat dans cet ouvrage le système de Hobbes, et prouve que l'homme naît bienfaisant et religieux. IV. Livres classiques de l'empire de la Chine, 1784, 7 vol. in-12. C'est une traduction du recueil du P. Noël, précédé d'un dis- cours bien écrit sur la morale des Chinois. V. Traité philoso- phique et politique sur le luxe, 1786, 2 vol. in-12.
PLUTARQUE, né à Chéro- née dans la Béotie, l'an 48 ou 50 avant J.C., descendoit d'une des plus honnêtes et des plus consi- dérables familles de cette ville. On ignore le nom de son père; il en parle comme d'un homme d'un grand mérite et d'un savoir peu commun. Son aïeul Lamprias étoit éloquent, avoit une ima- gination fertile, et se surpassoit lui-même lorsqu'il étoit à table avec ses amis : car alors son esprit s'animoit d'un nouveau feu, et son imagination toujours heureuse devenoit plus vive et plus féconde. *Plutarque* nous a conservé ce bon mot que *Lamprias* disoit de lui-même. *La chaleur du vin fait sur mon esprit le même effet que le feu produit sur l'encens... Plutarque* reçut des leçons de philosophie et de mathématiques sous le philosophe *Ammonius* à Delphes, pendant le voyage que *Néron* fit en Grèce; il pouvoit avoir alors 17 ou 18 ans. Ses talens éclatèrent de bonne heure. Il étoit très-jeune, lorsque sa patrie le députa avec un autre citoyen vers le proconsul pour quelque affaire importante. Son collègue étant demeuré en chemin, il acheva seul le voyage, et fit tout ce que ses concitoyens attendoient de lui. A son retour, comme il se disposoit à en rendre compte au public, son père lui parla ainsi : *Mon fils, dans le rapport que vous allez faire, gardez-vous bien de dire : JE SUIS ALLÉ, J'AI PARLÉ, J'AI FAIT ; mais dites toujours : NOUS SOMMES ALLES, NOUS AVONS PARLÉ, NOUS AVONS FAIT, en associant votre collègue à toutes vos actions ; afin que la moitié du succès soit attribué à celui que la Patrie a honoré de la moitié de la commission, et que vous écartiez de vous l'envie, qui suit presque toujours la gloire d'avoir réussi. C'est ici une leçon bien sage et rarement pratiquée, dit Rollia, par ceux qui ont des collègues. Après avoir voyagé en Grèce et en Egypte pour y acquérir les connoissances propres à former un homme de lettres et un sage, Plutarque vint à Rome,* où il enseigna la philosophie. *Trajan* conçut pour lui une amitié d'autant plus vive, qu'elle étoit fondée sur l'estime. Il l'honora de la dignité proconsulaire, et ce qui étoit plus flatteur, il lui donna sa confiance. *Plutarque* ayant perdu ce généreux bienfaiteur, se retira dans son pays dont il fut l'oracle. Le motif qui le porta à s'y fixer, est remarquable. *Je suis né, disoit-il, dans une ville fort petite ; et pour l'empêcher de devenir encore plus petite, j'aime à l'habiter. Ses concitoyens l'élevèrent aux plus hautes charges de Chéronée. Plutarque y coula des jours heureux et tranquilles, uniquement occupé à jouir des plaisirs de l'esprit, et du plaisir encore plus touchant de faire du bien aux hommes. Véritable philosophe pratique, il possédoit sa tranquillité dans les occasions où les plus modérés la perdent. Il avoit un esclave opiniâtre et insolent, qui avoit quelque teinture de philosophie. Un jour qu'il avoit fait une faute considérable, il ordonna qu'on le châtiât. A mesure qu'on le frappoit, il s'épuisoit en plaintes, et jetoit de grands cris mêlés de larmes. Il eut enfin recours aux reproches : il dit à Plutarque qu'il avoit des sentimens indignes d'un Philosophe, à qui il étoit honteux de se mettre en colère : qu'il l'avoit souvent entendu raisonner sur les tristes effets de cette passion : qu'il avoit même composé un excellent Livre sur la manière de la dompter ; mais que sa conduite envers un Esclave qu'il faisoit maltraiter par emportement, ne s'accordoit point du tout avec les préceptes qu'il avoit donnés dans cet Ouvrage. — Plutarque sans* s'émouvoir, lui répondit avec douceur, *Quoi ! parce que je te fais châtier, tu me crois en colère ? Tu ne vois pourtant pas que mes yeux soient ardens, je ne rougis point, je n'écume point, je ne me répands point en paroles dont je doive me repentir : car tels sont, si tu l'ignores, les signes qui annoncent ordinairement la colère.* Et en même temps, s'étant tourné vers celui qui châtioit son esclave : *Ne laissez pas*, lui dit-il froidement, pendant que nous conversons ensemble, d'exécuter mes ordres... On conjecture que *Plutarque* mourut vers l'an 140 de J. C. sous le règne d'*Antonin le Pieux* ; mais il est sûr qu'il vivait encore l'an 119. Nous avons de *Plutarque*, les *Vies des Hommes Illustres* et des *Traités de Morale*. Il y a dans ceux-ci un grand nombre de faits curieux qu'on ne trouve point ailleurs, et des leçons très-utiles pour la conduite de la vie ; mais l'ignorance de la bonne physique rend la lecture de plusieurs de ces *Traités* fort rebuttante. La partie des ouvrages de *Plutarque* la plus estimée, est celle qui comprend les *Vies des Hommes Illustres*, Grecs et Latins, qu'il compare ensemble. C'est en effet l'ouvrage le plus propre à former les hommes, soit pour la vie publique, soit pour la vie privée. *Plutarque* n'est point flatteur ; il juge des choses ordinairement par ce qui en fait le véritable prix. Il ne loue et ne blâme que par des faits ; et c'est ainsi qu'il faut peindre les hommes. Cet historien moraliste les connoit parfaitement. Un homme de goût, interrogé lequel de tous les livres de l'antiquité profane il voudroit conserver, s'il n'en pouvoit sauver qu'un seul à son choix : *Les Vies de Plutarque*, répondit-il. Quant à sa diction, elle n'est ni pure, ni élégante ; mais en récompense, elle est énergique, abondante, et elle s'élève avec le sujet. Le tableau de certaines catastrophes ne le cède point, en vigueur et en coloris, à ceux de *Tacite* et de *Tite-Live*. Il emploie assez fréquemment des comparaisons qui jettent beaucoup de grace et de lumière dans ses réflexions et dans ses récits. *Saint-Evremond* parle ainsi de cet historien philosophe : « *Montaigne* a trouvé beaucoup de rapport entre *Plutarque* et *Sénèque*, tous deux grands philosophes, grands précheurs de sagesse et de vertu ; tous deux précepteurs d'empereurs Romains ; l'un plus riche et plus élevé ; l'autre plus heureux dans l'éducation de son disciple *Trajan* ; les opinions de *Plutarque* sont plus douces et plus accommodées à la société ; celles de *Sénèque* plus fermes selon *Montaigne*, plus dures et plus austères selon moi. *Plutarque* insinue doucement la sagesse, et veut rendre la vertu familière dans les plaisirs mêmes. *Sénèque* ramène tous les plaisirs à la sagesse, et tient le seul philosophe heureux. *Plutarque*, naturel et persuadé le premier, persuade aisément les autres ; l'esprit de *Sénèque* se bande et s'anime à la vertu ; et comme si ce lui étoit une chose étrangère, il a besoin de se surmonter lui-même... Les *Vies des Hommes Illustres* sont le chef-d'œuvre de *Plutarque*, et à mon jugement un des plus beaux ouvrages du monde. Vous y voyez ces grands hommes exposés en vue et re- tirés chez eux-mêmes; vous les voyez dans la pureté du naturel et dans toute l'étendue de l'action... Il y a une force naturelle dans le discours de *Plutarque* qui égale les plus grandes actions, mais il n'oublie ni les médiocres, ni les communes, et il examine avec soin le train ordinaire de la vie. Ses comparaisons me paroissent véritablement fort belles; mais je pense qu'il pouvoit aller plus avant, et pénétrer davantage dans le fond du naturel. » On lui reproche encore d'être trop long dans les unes; et dans les autres, trop attentif à remarquer des minuties; trop fécond en remarques triviales et en réflexions communes; enfin trop prévenu en faveur des Grecs. Il écrit en général comme un vieillard qui se plaît à mêler tous les souvenirs de sa vie dans les faits qu'il raconte. S'il a occasion de parler d'un usage, d'une loi, d'une religion, il en fera l'histoire, sans s'embarrasser si cette histoire sera longue ou courte. On diroit qu'il ne raconte que pour lui-même. Il se trompe encore très-souvent dans ses recherches sur les origines et dans les généalogies de ses héros. Mais malgré ses méprises, nul écrivain ne nous fait mieux connoître l'antiquité. Les écarts de *Plutarque* se font encore plus sentir dans ses différens *Traités*, qui sans l'excellente morale qu'ils renferment, et un certain intérêt qui règne dans les pensées et dans les sentimens, ne paroîtoient quelquefois que des compilations mal digérées, sans ordre, sans goût, pleines d'anecdotes peu intéressantes et de faits sans vraisemblance. Les meilleures éditions en grec et en latin de *Plutarque*, sont : Celle de *Henri Etienne*, 1572, en 13 vol. in-4°, dont le treizième contient l'Appendice et les Notes; et celle de *Maussac* en 1624, 2 vol. infolio. Les *Vies* ont été réimprimées à Londres, 1729, en cinq volum. in-4°, auxquelles il faut joindre les *Apophthegmes*, imprimés en 1741. Nous avons trois Traductions en notre langue des *Vies*; l'une d'AMYOT, l'autre de TALLEMANT, et la troisième de DACIER. La première, quoique en vieux Gaulois, a un air de fraîcheur qui la fait rajeunir de jour en jour.
PLUTON, (Mythol.) Dieu des Enfers, fils de *Saturne* et de *Rhée*. Lorsque *Jupiter* son frère eut détrôné *Saturne*, il donna à *Pluton* les Enfers en partage. Ce Dieu étoit si noir et si laid, qu'il ne pouvoit trouver une épouse. Il fut obligé d'enlever *Proserpine*, lorsqu'elle alloit puiser de l'eau dans la fontaine d'Aréthuse en Sicile, ou lorsqu'elle cueilloit des fleurs avec ses compagnes. On le représente avec une couronne d'ébène sur la tête, une clef dans sa main, pour marquer qu'il étoit le maître du séjour des morts, et sur un char traîné par des chevaux noirs. Il faisoit sa demeure ordinaire dans les Enfers, et desiroit, dit-on, la mort de tout le monde pour peupler son royaume. Ce Dieu avoit différens noms. Les principaux étoient : *Februus*, à cause des sacrifices expiatoires qu'on faisoit dans les funérailles; *Jupiter infernus*, *Stygius*, le Jupiter des Enfers et du Styx, *Summanus* ou *Summus manium*, le Souverain des mânes, et en cette qualité, on croyoit qu'il lançoit des foudres pendant la nuit.
PLUTUS, (Mythol.) Dieu des richesses, ministre de Pluton, étoit fils de Cérès et de Jasion. Théocrite et Aristophane disent qu'il étoit aveugle. Plutus avoit d'abord la vue bonne, et ne s'attachoit à faire prospérer que les justes; mais Jupiter la lui ayant fait perdre, les richesses devinrent indifféremment le partage des bons et des méchans.
PLUVINEL, (Antoine) gentilhomme de Dauphiné, est le premier qui ouvrit en France à la noblesse les écoles du manège, que l'on nomma Académies. On étoit auparavant obligé d'aller apprendre cet art en Italie. Il fut premier écuyer de Henri duc d'Anjou, qu'il suivit en Pologne, et qui à son retour en France le combla de biens. Henri IV lui donna la direction de sa grande écurie, le fit son chambellan, sous-gouverneur de monseigneur le Dauphin, et l'envoya ambassadeur en Hollande. Il mourut à Paris le 24 août 1620, après avoir composé un livre curieux, intitulé : L'Art de monter à Cheval, Paris, 1627, in-fol., avec figures. Ce qui fait le prix de cet ouvrage, c'est que Crispin de Pas y a gravé d'une manière très-ressemblante, tous les seigneurs qui montoient à cheval dans le manège de Pluvinel. Les connoissances de Pluvinel ne se bornoient pas à l'art de l'équitation : il possédoit tout ce qui peut faire un négociateur intelligent. On lui a accordé encore les qualités d'un bon citoyen et d'un sujet fidelle.
POCCIANTI, (Michel) natif de Florence, embrassa la vie religieuse dans l'ordre des Servites, et se distingua par son application aux études conformes à son état. Il mourut l'an 1576. On a de lui en latin : I. Une Histoire de son ordre depuis l'an 1233 jusqu'à l'an 1566. II. Une Explication de la Règle de Saint-Augustin. III. Un Catalogue des Ecrivains de sa patrie. IV. Une Vie de St. Philippe Beniti, en italien, etc. I. POCOCKE, (Edouard) né à Oxford en 1604, fut élevé au collège de la Magdeleine de cette ville. Le désir qu'il avoit de se perfectionner dans les langues Orientales, lui fit entreprendre le voyage du Levant. Il y fut chapelain des marchands Anglois à Alep, pendant cinq ou six ans. De retour en Angleterre, il devint lecteur en Arabe dans la chaire fondée en 1636 par l'archevêque Laud. Ce prélat l'envoya l'année suivante à Constantinople y acheter des manuscrits Orientaux. A son retour on lui donna la cure de Childrey. Quelque temps après, il lia amitié avec Gabriel Sionite et avec le célèbre Grotius. Pococke fut nommé en 1648 professeur en hébreu, et chanoine de l'église de Christ à Oxford, à la sollicitation du roi, qui pour lors étoit prisonnier dans l'isle de Wight. Il fut privé de ces postes en 1650, parce qu'il refusa de prêter le serment d'indépendance. Il se retira alors dans sa cure de Childrey, d'où il retourna à Oxford le printemps suivant. Il y fit les fonctions de lecteur en Arabe dans le collège de Balliol, ne s'étant alors trouvé personne dans ce collège capable de cette fonction. On lui rendit son canonicat en 1660, au rétablissement du roi Charles II. Il mourut à Oxford le 10 septembre 1691, à 87 ans. Pococke, revenant de Chypre, en rapporta des médailles et des inscriptions, qui nous ont fait connoître l'alphabet de Phénicie. C'étoit un homme recommandable, non-seulement par ses lumières, mais aussi par l'intégrité de ses mœurs, par sa douceur, par sa modération et par toutes les qualités qui rendent la société aimable. On a de lui des Traductions latines: I. Des Annales d'Eutychius patriarche d'Alexandrie, Oxford, 1659, 2 volum. in-4.º II. De l'Histoire Orientale d'Abulfarage, Oxford, 1672, 2 vol. in-4.º III. Une Version du Syriaque, de la seconde Épître de St. Pierre, de la seconde et de la troisième de St. Jean, et de celle de St. Jude, 1630, in-4.º IV. Une Version du livre intitulé: Porta Mosis, 1655, in-4.º V. Des Commentaires sur Michée, Malachie, Osée et Joël, en anglois, 3 vol. in-fol. VI. Un recueil de Lettres. VII. Specimen Historiae Arabum, Oxford, 1650, in-4.º VIII. Un grand nombre d'autres ouvrages, imprimés à Londres en 1740, en 2 vol. in-fol. Le style n'est pas leur plus grand mérite; mais on y trouve des recherches abondantes et des versions très-fidelles de plusieurs livres, qui auroient été inconnus sans ses soins laborieux. Voyez MENASSEH.
II. POCOCKE, (Richard) docteur en théologie, né à Southampton en 1704, posséda divers bénéfices, et finit par être successivement évêque d'Ossory et de Meath. En 1737 il entreprit le voyage du Levant, après avoir recueilli dans son cabinet toutes les connoissances qui pouvoient le lui rendre plus utile et plus agréable. De retour dans sa patrie en 1742, il en publia la relation en 3 vol. 1743-1745. On avoit commencé d'en publier une traduction en françois, en 7 vol. in-12, qui n'a pas été continuée. Le ton de Pococke est beaucoup plus sec que celui de Tournefort; et il n'a pas l'art comme celui-ci de choisir les détails intéressans. Ce sont des descriptions du local exactes, mais sèches. Il n'oublie pas cependant de faire connoître les mœurs, quoiqu'il n'ait pas le talent de les peindre avec agrément et avec énergie. Il mourut d'apoplexie en septembre 1765.
POCQUET DE LIVONIÈRE, Voyez LIVONIÈRE.
PODALIRE, (Mythol.) fils d'Esculape et grand médecin comme son père, fut mené au siège de Troye avec Machaon son frère, par les princes Grecs.
PODIEBRACK, (George) gouverneur de Bohème pour le jeune roi Ladislas fils d'Albert d'Autriche, se fit nommer roi en 1458. Il gagna une bataille contre les Moraviens, et se fit couronner l'an 1461; mais l'attachement qu'il avoit à la secte des Hussites, le fit excommunier par Paul II. Podiebrack se révolta alors ouvertement contre l'église Romaine, et persécuta les Catholiques qui prirent les armes, et appelèrent Matthias Corvin pour le mettre sur le trône. Podiebrack ne résista que foiblement, et mourut d'hydropisie le 22 mars physionomie. Il étoit indigné des portraits presque tous infidelles du roi de Prusse : Ces gens-là, disoit-il, lui ont donné l'air d'un coupe-jarret. II. Le Tombeau du maréchal de Saxe, remarquable par les beautés du plan et de l'exécution, et dont l'ensemble fait disparaître les petits défauts. III. La Statue pédestre de Louis XV, exécutée en bronze pour la ville de Rheims. La figure de l'homme assis sur des ballots de marchandises, est digne de Puget. Elle a la beauté du caractère et le fini des détails. IV. La Statue de Voltaire. La tête est pleine d'enthousiasme, et l'attitude de noblesse, de mouvement, d'expression; mais l'artiste, trop attaché à l'idée de le représenter entièrement nu, a fait du corps une espèce de squelette, peu agréable au commun des spectateurs. V. Un petit Enfant qui tient en main une cage, modèle de vérité, de naïveté et de graces. VI. Une jeune Fille qui se tire une épine du pied : c'est son dernier ouvrage, et l'on y voit l'homme qui sait observer la belle nature et la rendre avec finesse. VII. Les Bustes de plusieurs gens de lettres, ses amis; car il en avoit, et il les méritoit par sa simplicité, sa douceur, sa bonté. Élève de le Moyne et de Coustou fils, il ne parloit jamais de ses maîtres qu'avec une espèce d'enthousiasme. M. le Moyne, disoit-il, a fait de moi un sculpteur, mais M. Coustou a fait Pigalle. Il ne voyoit jamais un malheureux sans en être attendri. Il a souvent vidé sa bourse pour secourir les infortunés. En passant à Lyon, il apperçut dans une de ses promenades un homme dont les yeux étoient noyés de larmes. C'étoit un pauvre père de famille qui alloit être mis en prison parce qu'il devoit dix louis. Pigalle n'en avoit que douze, et il n'en paya pas moins la somme due par ce pauvre homme. Il avoit épousé dans un âge assez avancé, une de ses nièces, de laquelle il n'avoit point eu d'enfans; et c'est grand dommage, si les talens sont héréditaires; car quoique Pigalle ne puisse point être placé au premier rang des hommes de génie dans son art, il a beaucoup approché d'eux par la pureté et la sagesse de son goût.
PIGANIOL DE LA FORCE, (Jean Aymar de) né en Auvergne d'une famille noble, s'appliqua avec ardeur à la géographie et à l'histoire de France. Pour se perfectionner dans cette étude, il fit plusieurs voyages en différentes provinces. Il rapporta de ses courses des observations importantes sur l'histoire naturelle, sur le commerce et sur le gouvernement civil et ecclésiastique de chaque province. Elles lui servirent beaucoup pour composer les ouvrages que nous avons de lui. Les principaux sont : I. Une Description historique et géographique de la France, dont la plus ample édition est de 1753, en 15 vol. in-12. C'est le meilleur des ouvrages qui aient paru jusqu'ici sur cette matière, quoiqu'il renferme encore un grand nombre d'inexactitudes et même de bévues. II. Description de Paris, en 10 vol. in-12 : ouvrage instructif, curieux, intéressant, et beaucoup plus parfait que la Description de Germain Brice. Il est d'ailleurs écrit avec une élégante simplicité. Il en donna un Abrégé en 2 vol. in-12. III. Des- de l'an 1471. Voyez MATTHIAS Corvin et PAUL II.
PODIKOVE ou PODOKOVE, (Jean) natif de Valachie, s'est fait quoique sans naissance, une espèce de réputation dans le 16e siècle par sa force extraordinaire. Elle étoit si grande, que l'on assure qu'il rompoit en deux un fer de cheval. Ce malheureux assembla une troupe de gens de néant comme lui, entra à leur tête en Valachie, attaqua le prince Pierre qui en étoit vaivode allié de Battori, et le dépouilla de ses états. A la nouvelle de cette révolution, le roi de Pologne écrivit à Christophe son frère prince de Transilvanie, de donner du secours au prince détrôné. Christophe passa donc en Valachie, et le sort des armes s'étant déclaré pour lui, Podikove fut obligé de chercher un asile dans Nimirouf, place appartenante à la Pologne. Mais ne s'y trouvant pas encore en sureté, il se rendit à Nicolas Sieniawski gouverneur de Kaminięck et commandant des milices de la Russie, à condition qu'on lui laisseroit la vie. De là il fut envoyé à Battori roi de Pologne. Tout cela se passoit en 1579. Podikove ne fut pas plus en sureté en Pologne. Le grand seigneur Amurat envoya un exprès pour demander qu'on le lui remit, et on satisfit ce prince. Podikove eut la tête tranchée à Varsovie même, en présence de l'envoyé du grand seigneur, comme perturbateur du repos public. PŒNA, (Mythol.) Déesse de la Punition, étoit adorée en Afrique et en Italie. Apollon irrité contre les Argiens, envoya un monstre qui prenoit les enfans jusques dans les bras de leurs mères; on le nommoit Pæna. Il fut tué par Coræbus, à qui on rendit les honneurs divins en reconnoissance de ce service. Voy. PSAMATHÉ.
POERSON, (Charles) peintre, mort à Paris en 1660; et son fils Charles-François mort en 1725 à 73 ans, ont laissé quelques bons Tableaux. Le père étoit de Lorraine. PŒTUS, Voyez ARRIE. I. POGGIO BRACCIOLINI, (Jean-François) appelé communément LE POGGE, naquit à Terra-Nova dans le territoire de Florence en 1380. Il étudia dans cette ville la langue latine sous Jean de Ravenne, et la grecque sous Emmanuel Chrysoloras. Élevé par de tels maîtres, il fit des progrès rapides. Son mérite lui procura la place d'écrivain apostolique et celle de secrétaire des papes, depuis Boniface IX jusqu'à Calixte III. Pendant la tenue du concile général de Constance, il fut envoyé dans cette ville pour y chercher des manuscrits anciens, et il eut le bonheur d'en déterrer un grand nombre. Le supplice de Jérôme de Prague remua son ame naturellement sensible: il écrivit une Lettre en faveur de cet hérétique. (Voyez Icones de Théodore de Bèze.) De Constance il passa en Angleterre, et y continua ses recherches. De retour à Rome, il remplit son emploi de secrétaire pendant quelque temps, et en sortit après environ quarante ans de séjour, pour se rendre à Florence où il s'étoit marié en 1435. Il obtint la place de secrétaire de la république, et ne cesse pas de l'être des papes. Il fit bâtir auprès de Florence une maison de campagne où il passa dans un doux repos le reste de ses jours, qui finirent le 30 octobre 1459, à 79 ans. Le Pogge avoit l'esprit satirique, et il aimoit sur-tout à l'exercer contre ses ennemis. Paul-Jove dit qu'un jour, en présence des secrétaires apostoliques, la malignité de sa langue lui attira deux soufflets de la part de George de Trébisonde. Varillas a brodé cette aventure à sa manière. « Un jour que l'on critiquoit les Brefs selon la coutume, dans une assemblée de gens de lettres, Poggio ne put souffrir qu'on en louât un qui avoit été dressé par George de Trébisonde, et il lui échappa ce vers satirique : Graeulus asuriens in caulum, jusseris, ibis. George qui n'entendoit pas raillerie, lui repartit sur-le-champ par une couple de soufflets qui furent suivis d'une risée si générale, que Poggio fut obligé de se cacher, et même de sortir le lendemain de Rome où il jugeoit bien qu'il n'y avoit rien pour lui après un tel affront. Il retourna donc à Florence. » Mais il ne manque à tout cela que la vérité. Poggio resta long-temps à Rome après cette aventure, qu'il ne regardoit pas comme un affront; parce que ce fut selon lui une véritable querelle où il se défendit fort bien et où il y eut non-seulement des soufflets donnés, mais des coups de pied, de bâton et d'épée. Quoi qu'il en soit, son caractère mordant fut la première origine de cette dispute. L'impiété de ses sentimens, la li- cence de ses mœurs ne le firent pas moins haïr que la malignité de ses censures. Le Pogge, disoit Erasme qui ne l'aimoit pas, est un écrivain si peu instruit, que quand même il ne seroit pas tout rempli d'obscénités, il ne mériteroit pas qu'on se donnât la peine de le lire; mais il est en même temps si obscène, que, fût-il le plus savant des hommes, les gens de bien devroient toujours le regarder avec horreur. Il avoit en trois fils d'une maîtresse, dans le temps qu'il étoit ecclésiastique; mais ses mœurs furent plus réglées depuis son mariage. Outre que l'âge avoit modéré le feu de ses passions, son épouse étoit bien propre à le fixer, par les graces de sa figure et les agrémens de son caractère. Ses principaux ouvrages sont : I. Des Oraisons funèbres prononcées au concile de Constance. II. Histoire de Florence, en latin, depuis l'an 1350 jusqu'à 1455, que Reconati a publiée pour la première fois in-4°, en 1715, avec des notes et la vie de l'auteur. Il y en avoit long-temps auparavant des versions italiennes. Celle de son fils Jacques, à Venise, 1476, in-folio, n'est pas commune. Cet ouvrage manque de fidélité et d'exactitude. L'auteur cache tout ce qui peut faire tort à sa patrie. Sa partialité lui mérita cette épigramme de Sannazar : Dùm patriam laudat, damnat dùm Poggius hostem, Nec malus est civis, nec bonus historicus.
III. Un Traité De varietate Fortunæ, que l'abbé Oliva fit imprimer pour la première fois in-4°, à Paris, en 1723. IV. Deux livres 94 · POG d'Epitres. V. Facetiæ. Ce recueil de bons mots et de contes a plus contribué à faire connoître le Pogge, que tout ce qu'il a écrit d'ailleurs. Il fut le premier qui publia quelque chose de supportable dans ce goût-là. Il a été suivi de plusieurs autres auteurs, qui souvent ont pillé ses contes, sans lui en faire honneur. Nous voyons dans la préface de cet ouvrage quelle en fut la première origine. Il y raconte que sous le pontificat de Martin V quelques gens d'esprit, Antoine Lusco, Cincio Romain, Razello de Bologne, le Pogge, etc., avoient pratiqué dans le Vatican un petit réduit, où ils s'assembloient pour parler librement de toutes choses et de tout le monde. Ils appeloient cet endroit il Buggiale : ce qui signifie en italien, un lieu de récréation où l'on débite des fables, des bagatelles et des médisances. On y disoit des nouvelles, on y faisoit des contes ; on frondoit tout ce qu'on n'approuvoit pas, et on approuvoit fort peu de choses. On n'y épargnoit pas surtout le pape, qui pour l'ordinaire étoit le premier sur les rangs. C'est de cet asile de la gaieté et de la liberté que sortirent la plupart des bons mots et des plaisanteries qu'on lit dans les Facéties du Pogge. Cet ouvrage dont les expressions et les images sont beaucoup trop libres, trouva des censeurs, mais encore plus de lecteurs. C'est là où notre célèbre la Fontaine a puisé la fable charmante du Meunier et son Fils. La première édition est sans date et sans indication de lieu, in-4.º On la reconnoit à une Dédicace, Glorioso et felici militi Raimundo, etc. Celles du 15e siècle sont rares : on les trouve dans le Laurentius Valla, et dans Petrarcha, De salibus Virorum illustrium, sans date, in-4.º Il y en a une vieille Traduction françoise, 1549, in-4º; 1605, in-12; et une autre plus élégante, par Durand, Amsterdam, 1711, in-12. VI. Les cinq premiers Livres de Diodore de Sicile, traduits en latin, et d'autres ouvrages, Strasbourg, 1510, in-folio; et Basle, 1538. VII. Parmi les livres des anciens qu'il a découverts, on compte ceux de Quintilien, qu'il trouva dans une vieille tour du monastère de Saint-Gal : (Voy. QUINTILIEN.) une partie de l'Asconius Pedianus : les treize premiers livres de Valerius Flaccus ; Ammien Marcellin ; un morceau De finibus et legibus, de Cicéron ; Lucrèce ; Manilius ; Silius-Italicus, etc. Ces découvertes rendront sa mémoire éternellement chère aux amateurs de l'antiquité. On a un Poggiana, avec une Vie du Pogge, in-12, en 2 vol. par Jacques Lenfant ; recueil curieux, mais inexact, comme la plupart de ceux de ce genre.
II. POGGIO, (Jacques) fils du précédent, et héritier de son esprit, fut pendu en 1478, pour avoir trempé dans la conjuration des Pazzi. On a de lui : I. Une Traduction italienne de l'Histoire de Florence, par son père. II. La Vie de Cyrus, que son père avoit mise en grec. III. Quelques Vies d'empereurs Romains. IV. Un Commentaire sur le Triomphe de la Renommée, poème de Pétrarque. V. La Vie de Philippe Scholarius, et quelques autres ouvrages.
III. POGGIO, (Jean-François) chanoine de Florence et secrétaire de Léon X, mort en 1522, à 79 ans, étoit frère du précédent. On a de lui un Traité du pouvoir du Pape et de celui du Concile. Il y exalte beaucoup la puissance pontificale.
POIDRAS, nom d'un imposteur Anglois du temps d'Edouard II roi d'Angleterre, en 1314. Il étoit fils d'un tanneur d'Excester, et chercha à enlever la couronne à ce prince. Il soutenoit qu'il étoit lui — même Edouard, et qu'il avoit été changé par sa nourrice. Un projet si extraordinaire et si mal conçu, ne fit que conduire l'imposteur au gibet, au lieu de lui procurer le trône où il avoit voulu monter. I. POILLY, (François) graveur, né à Abbeville en 1622, mort à Paris en 1693, à 71 ans, eut pour maître Pierre Duret. Il perfectionna ses talens par un long séjour à Rome. De retour à Paris, il donna au public plusieurs Planches de dévotion, d'histoire, et des portraits de diverses grandeurs. Louis XIV le fit son graveur ordinaire par un brevet du 31 Décembre 1664, en considération, dit ce monarque, de son expérience et des beaux Ouvrages qu'il a mis au jour, tant en Italie où il a séjourné, qu'à Paris... Poilly étoit aussi bon dessinateur que graveur habile. Tous ses ouvrages sont au burin pur, à la réserve d'un portrait de Baronius, qu'il fit à l'eau forte pour être mis à la tête des Œuvres de ce savant cardinal. Il ne profana jamais son talent par aucun sujet libre. L'Œuvre de ce maître est très — considérable, quoiqu'il donnât beaucoup de temps et de soins à finir ses Plan- ches. La précision, la netteté et le moëlleux de son burin, font rechercher ses ouvrages, dans lesquels il a su conserver la noblesse, les graces et l'esprit des grands maîtres qu'il a copiés.
II. POILLY, (Nicolas) frère du précédent et son élève, mort en 1696, âgé de 70 ans, s'est fait aussi un nom dans la gravure; le Portrait a été sa principale occupation. L'un et l'autre ont laissé des enfans qui se sont appliqués à la peinture et à la gravure.
POINSINET, (Antoine-Alexandre-Henri) né à Fontainebleau en 1735, d'une famille attachée au service de la maison d'Orléans, auroit pu prendre l'emploi de son père; mais le démon de la métromanie le domina de bonne heure. Depuis 1753 qu'il publia une mauvaise Parodie de l'opéra de Titon et l'Aurore, il n'a cessé de se faire jouer sur tous nos théâtres. Il se consacra sur-tout à l'Opéra Comique, et à l'aide du musicien, la plupart de ses pièces furent applaudies. Celles qui eurent le plus de succès, sont: Gilles garçon Peintre; Sancho-Pança; le Sorcier; Tom-Jones; Ernelinde ou Sandomir, tragédie lyrique en 5 actes. Elles offrent du naturel dans le dialogue, et des coupes de vers favorables au chant. Ses autres ouvrages sont peu dignes d'être cités, si l'on en excepte le Cercle ou la Soirée à la mode, comédie à tiroirs, en un acte, pleine de détails piquans, et restée au théâtre François: mais quelques-uns ont refusé de le reconnoître pour auteur de cette pièce. Op la lui contestoit en présence de l'abbé de *Voisenon*, et on disoit que *Poinsinet* n'avoit pas été assez admis dans la bonne société, pour la peindre si bien. *Si cela est*, dit l'abbé de *Voisenon*, il faut avouer qu'il a bien écouté aux portes... *Poinsinet* aimoit à voyager. Il avoit parcouru l'Italie en 1760; et voulant voir l'Espagne, il partit en 1769, comptant travailler dans ce royaume à la propagation de la musique italienne et des ariettes françoises; mais il se nioya malheureusement dans le Guadalquivir. Il étoit de l'académie des Arcades et de celle de Dijon. *Poinsinet* joignoit à quelque talent une singulière ignorance des choses les plus communes, et une extrême crédulité. Comme son ignorance étoit mêlée de beaucoup de vanité, on lui persuadoit tout ce qu'on vouloit. Une société de *Persifleurs* s'empara de lui pour l'accabler de ridicules. On lui fit croire que plusieurs femmes distinguées étoient amoureuses de lui: on lui donna de faux rendez-vous, qui ne le désabusèrent point. On lui proposa d'acheter la charge d'*Ecran* chez le roi, et on le fit griller pendant quinze jours pour accoutumer ses jambes à soutenir l'ardeur d'un brasier. On lui annonça un jour qu'il devoit être reçu membre de l'académie de Pétersbourg, pour avoir part aux bienfaits de l'impératrice; mais qu'il falloit préalablement apprendre le russe. Il crut étudier cette langue, et au bout de six mois il vit qu'il avoit appris le bas-breton. C'est lui qui fit imaginer le mot de *mystification*, pour exprimer l'art de tirer parti d'un homme simple, en riant de sa crédulité.
POINTIS, ( Louis de ) chef d'escadre, célèbre par l'expédition de Carthagène en 1697, eut moins de succès au siège de Gibraltar que l'amiral *Leak* lui fit lever. Il mourut en 1707, à 62 ans... Voyez la *Relation de l'expédition de Carthagène*, écrite par *Pointis*, Amsterdam, 1598, in-12.
POIRÉE, ( Gilbert de la ) Voyez PORRÉE.
POIRET, ( Pierre ) né à Metz en 1646, d'un fourbisseur, fut mis dans sa jeunesse chez un sculpteur; mais il le quitta pour s'appliquer au latin, au grec, à l'hébreu, à la philosophie et à la théologie. Il se rendit en 1668, à Heidelberg, où il fut fait ministre, et en 1674 à Anveil, où il obtint la même place. Pendant son séjour dans cette ville, les ouvrages des Mystiques, et sur-tout ceux de la *Bourignon*, échauffèrent tellement son cerveau, qu'il résolut de vivre et d'écrire comme eux. Il admiroit principalement cette célèbre rêveuse, et il n'en parloit qu'avec enthousiasme. Mad. *Guyon*, autre esprit à peu près de même trempe, avoit aussi beaucoup de part à son estime. *Poiret* se retira sur la fin de ses jours, à Reinsberg en Hollande, où il mourut le 21 mai 1719, âgé de 73 ans. C'étoit un homme intérieur, et qui pour mieux penser aux choses spirituelles, s'étoit entièrement séparé du monde. La solitude ne fit qu'exalter son imagination au lieu de la calmer. Malgré sa dévotion, dit *Nicéron*, il n'étoit point endurant. L'état passif qu'il recommandoit tant, ne l'empêchoit pas de donner à ses adversaires des noms qui prouvoient en lui une bile très-active. On On a de ce ministre plusieurs ouvrages dignes de lui, c'est-à-dire, écrits en illuminé. Les principaux sont : I. *Cogitationes rationales de Deo, animá et malo*. II. *L'Économie Divine*, 1687, en sept vol. in-8°. L'auteur appelle son livre « un système universel et démontré des œuvres et des desseins de Dieu envers les hommes. » Il croit y expliquer avec évidence les vérités de la nature et de la grace, les principes de la raison et de la foi. La plupart des sentimens de la *Bourignon*, reparoissent dans cet ouvrage. Ceux qui aiment les pensées nouvelles et extraordinaires, dit *Nicéron*, y trouveront de quoi se satisfaire. III. *La Paix des bonnes Ames*, in-12. IV. *Les principes solides de la Religion Chrétienne*, etc. in-12. V. *La Théologie du Cœur*, deux vol. in-12. VI. *Une Édition des Œuvres de la Bourignon*, en 21 vol. in-8°, avec une Vie de cette pieuse enthousiaste, et plusieurs *Traités* de Mad. *Guyon* et d'autres auteurs qu'il croyoit conformes à ses idées. *Poirier* étoit né pour les travers en tout genre. Aussi pitoyable raisonneur en philosophie, qu'alambiqueur subtil en théologie, il attaqua *Descartes* dans un *Traité De eruditionne triplici*, deux vol. in-4°, imprimé à Amsterdam, 1707. On l'a comparé au serpent qui mordait la lime. Il y a cependant quelques observations, dont un bon esprit pourroit profiter en les débarrassant de beaucoup d'opinions singulières et insoutenables. *Voyez SAURIN* (Jacques). I. POIRIER, ( Claude ) habile sculpteur Parisien, mort à *Tome X*. Varsy diocèse d'Auxerre, en 1729, à 73 ans, orna de ses ouvrages les jardins de Marly et de Versailles.
II. POIRIER, ( Germain ) né à Paris en 1724, fit profession dans la congrégation des Bénédictins de Saint-Maur en 1740, et la quitta en 1769. Il fut l'un des coopérateurs de l'*Art de vérifier les dates*, et donna en 1767, avec D. *Précieux* le onzième volume de la nouvelle *collection* des historiens des Gaules et de la France, commencée par D. *Bouquet*. Ce volume est précédé d'une savante préface de 243 pages, où les éditeurs ont recueilli tous les traits, curieux et intéressans, répandus dans ce tome et dans le précédent. *Poirier* étoit de l'Institut national. Il est mort au commencement de 1803, âgé d'environ 80 ans. C'étoit un savant communicatif, et très-instruit de tout ce qui regarde le moyen âge. « C'est sur-tout, a dit M. l'abbé *Sicard*, l'ame simple et bonne de *Poirier*, ce caractère toujours égal et fait pour les douces vertus, cette franchise ingénue, cette droiture, cet amour pour la vérité, cette timidité naturelle qui cachoit tant de connoissances, et qui ne lui permettoit pas de se replier sur lui-même pour y jeter un regard de complaisance... Voilà sur-tout ce qui le rendoit recommandable, et ce qui est bien plus rare que le savoir. Aussi personne n'étoit moins content de lui-même, et plus content des autres. Nul n'étoit plus ami de la sagesse, et plus indulgent envers ceux qui avoient le malheur de n'en pas connoître le charme et toute la puissance. »
POIRIER, ( les Chevaliers DU ) Voyez GOMES-FERNAND. I. POIS, ( Antoine le ) médecin de Charles III duc de Lorraine, très-versé dans la connoissance de l'antiquité, mort en 1578 à Nancy sa patrie, est auteur d'un ouvrage curieux et recherché, intitulé : Discours sur les Médailles et Gravures antiques, à Paris, 1579, in-4.º Le Priape qui doit être au verso de la page 146, est quelquefois effacé.
II. POIS, ( Nicolas le ) médecin et frère du précédent, lui survécut. Il eut un fils, Charles LE POIS, qui fit aussi la profession de médecin, fut placé en cette qualité auprès du duc Henri II, et mourut en 1655. Le père et le fils appelés en latin Pisones, partagèrent entreux les parties diverses de cette science, et les Traités qu'ils en ont donnés forment une espèce de Corps complet de médecine. Ils furent imprimés séparément lorsqu'ils parurent. Le célèbre Boerhaave, excellent juge en cette matière, les crut dignes d'être recueillis ensemble, et en donna une édition à Leyde, 1736, en deux vol. in-4.º Il les regardoit comme une bonne bibliothèque médicale.
POISLE, ( Jean ) conseiller au parlement de Paris, avide de biens, s'en procura par des moyens malhonnêtes. Il fut condamné par arrêt de son corps, rendu le 19 mai 1582, à faire amende honorable, et déclaré incapable de tenir office royal de judicature. Il y a sur cette affaire deux Livres assez rares : l'un Légende de M. Jean Poisle, contenant les moyens qu'il a tenus pour s'enrichir, 1576, in-8.º L'autre, Avertissement et Discours des chefs d'accusation, etc. avec l'Arrêt, 1582, in-8.º Son fils Jacques POISLE, mort en 1623, ne laissa pas d'être conseiller au parlement. Il est auteur de quelques Poésies, 1626, in-8.º Ce dernier eut une fille, Françoise Poisle, mère du maréchal de Catinat. I. POISSON, ( Nicolas-Joseph ) prêtre de l'Oratoire, entra dans cette célèbre congrégation en 1660. Il voyagea en Italie, et y fit admirer son esprit et son érudition. De retour à Paris sa patrie, il fut fait supérieur de la maison de Vendôme. Il cultiva les mathématiques et la littérature. Il avoit beaucoup étudié les ouvrages de Descartes son ami, et la reine Christine voulut l'engager à écrire la Vie de ce philosophe; mais il s'en excusa. Ce savant mourut à Lyon le 5 mai 1710, dans un âge avancé. On a de lui : I. Une Somme des Conciles, imprimée à Lyon en 1706, en deux vol. in-folio, sous ce titre : Delectus Auctorum Ecclesiae universalis, seu nova Gemma Conciliorum, etc.; près de la moitié du second volume est remplie de notes sur les Conciles. II. Des Remarques estimées, sur le Discours de la Méthode, sur la Mécanique et sur la Musique de Descartes. III. Une Relation de son Voyage d'Italie, dans laquelle il parle des savans Italiens de son temps. IV. Un Traité des Bénéfices. V. Un autre sur les Usages et les Cérémonies de l'Église. Ces trois derniers ouvrages sont manuscrits. On dit qu'il possédoit plusieurs écrits de Clémangis et de Théophylacte, qui n'ont point encore vu le jour.
II. POISSON, (Raimond) né à Paris d'un mathématicien célèbre, perdit son père dans un âge fort tendre. Le duc de Créqui, premier gentilhomme de la Chambre, se l'attacha, et lui servit en quelque sorte de père. Mais Poisson entraîné par sa passion pour la comédie, abandonna son bienfaiteur et alla exercer le métier de comédien dans les provinces. Quelques années après, Louis XIV faisant le tour de son royaume, se trouva à une pièce où Poisson jouoit. Il en fut si satisfait, qu'il le choisit pour un de ses comédiens, et le remit même dans les bonnes graces du duc de Créqui qui fut toujours depuis son protecteur et celui de sa famille. Poisson mourut à Paris en 1690. Il a excellé dans le comique, et il est regardé à cause de son jeu à la fois fin et naturel, comme un des plus grands comédiens qui aient paru sur notre théâtre. Le rôle de Crispin est de son invention; et comme il jouoit avec des bottines, les acteurs qui ont depuis représenté ce rôle, ont aussi retenu cette chaussure. Les comédies de Poisson sont fort réjouissantes, et ce n'est ni le naturel, ni la facilité qui leur manquent, mais bien la correction du style et l'exactitude de la versification. On a conservé au théâtre, le Baron de la Crasse et le Bon Soldat, comédies en un acte. Ses autres pièces dramatiques sont : Lubin, le Fou de qualité, l'Après-souper des Auberges, le Poëte Basque, les Faux Moscovites, la Hollande malade, les Femmes coquettes, les Foux divertissans. Presque toutes ces pièces de comédie sont en un acte, ce qui le fit surnommer un cinquième d'auteur. Leur plus ample édition est celle de Paris, 1743, en deux vol. in-12. On lui a attribué faussement le Mercure galant, qui est de Boursault. (Voyez ce mot.) Poisson n'étoit pas plaisant seulement sur le théâtre, il l'étoit encore plus dans la société. Son imagination vive et gaie étoit inépuisable. Etant allé un jour chez le grand Colbert qui avoit tenu sur les fonts un de ses enfans, pour le prier d'accorder un emploi à son filleul, il fit, dit-on, à la demande de la compagnie distinguée qui désira un impromptu, le quatrain suivant : Ce grand Ministre de la paix, Colbert, que la France révère, Dont le nom ne mourra jamais; Hé bien! tenez, c'est... mon Compère. Puis il ajouta : Fier d'un honneur si peu commun, On est surpris si je m'étonne Que de deux mille emplois qu'il donne, Mon fils n'en puisse obtenir un. Ces quatre derniers vers valurent au fils du spirituel solliciteur, un emploi de contrôleur général des Aides.
III. POISSON, (N...) fils aîné du précédent, prit le parti des armes, se distingua en qualité de volontaire, sous les yeux de Louis XIV, au siège de Cambrai, et y fut tué. Le roi témoigna qu'il étoit sensible à cette perte. Poisson avoit autant d'esprit que de courage.
IV. POISSON, (Paul) frère cadet du précédent, fut d'abord porte manteau de Monsieur frère unique de Louis XIV; mais ayant hérité des talens de son père pour le comique, il ne put résister à son attrait pour le théâtre. Il le quitta et y remonta plusieurs fois, et se retira enfin avec sa famille à Saint-Germain-en-Laie, où il mourut en 1735, à 77 ans. Mad. de Gomès étoit sa fille. V. POISSON, (Philippe) fils aîné de ce dernier, mourut à Paris en 1743, à 60 ans, après avoir joué, pendant 5 ou 6 ans, la comédie avec beaucoup de succès. On a de lui six comédies : I. Le Procureur arbitre. II. La Boîte de Pandore. III. Alcibiade, en trois actes et en vers, où il y a plusieurs traits d'esprit, mais qui manque de conduite et de vraisemblance. IV. L'Impromptu de Campagne. Cette pièce, ainsi que le Procureur arbitre, reparaît très-souvent sur la scène Françoise. V. Le réveil d'Épiménide. VI. Les ruses d'amour. Son Théâtre est en 2 vol. in-12.
VI. POISSON, (Pierre) Cordelier, né à Saint-Lo en Normandie, ensuite définiteur général de tout l'ordre de Saint-François, puis provincial et premier Père de la grande province de France, se distingua par ses talens pour la prédication. Il faisoit sur-tout admirer sa profonde connoissance de l'Écriture et l'éclat imposant de son éloquence. Il prêcha l'Avent à la cour en 1710. Nous avons de lui deux Oraisons funèbres, de Monseigneur le Dauphin et du duc de Bouffers; l'une imprimée en 1711 et l'autre en 1712, et toutes deux remplis de traits frappans. Nous connoissons encore du P. Poisson le Panégyrique de Saint François d'Assise, 1733, in-4. Ce discours est composé dans le goût des vieux Sermonaires. Les auteurs profanes, les Pères de l'Église, les écrivains Ecclésiastiques, les poètes, les orateurs, les philosophes y sont cités tour-à-tour. L'auteur, qui aux talens de la chaire allioit une connoissance peu commune du Droit canon, joua pendant quelque temps un rôle dans son ordre; mais son despotisme et l'irrégularité de ses mœurs, lui firent perdre son autorité. On lui appliqua ces vers du chevalier de Cailly : Pour nous persuader sans discours superflus, Dites-en moins, faites-en plus. Il fut obligé de quitter Paris, et il mourut en exil, à Tanley, en 1744.
VII. POISSON, (N.) marquis de Menars et de Marigni, frère de la célèbre marquise de Pompadour, avoit-aquis dès sa jeunesse des connoissances assez approfondies en géométrie et en architecture. Désigné pour remplacer M. de Tournehem, ordonnateur général des bâtiments du roi, il voyagea en Italie, et s'y fit accompagner par l'architecte Soufflot, le célèbre graveur Cochin et l'abbé le Blanc. De retour de ce voyage, il obtint la sur-intendance des bâtiments. Alors, il augmenta les prix des tableaux d'histoire à l'académie de Peinture, fixa une somme annuelle pour faire sculpter les statues des grands hommes François, régénéra l'architecture publique, et fit venir Soufflot de Lyon pour lui confier la construction de Sainte-Geneviève. En 1755, Marigni reçut le cordon bleu et fut nommé secrétaire de cet ordre. Il voulut achever le Louvre; mais les dépenses nécessaires pour la guerre ne le lui permirent pas. La seule construction qu'il y put faire, c'est le guichet qui porte son nom. Dégoûté des tracasseries que lui suscita l'abbé *Terray*, il se retira en 1773 dans l'une de ses terres, sans désir de revoir la cour, au milieu de l'amitié et des artistes dont il fut l'ami plus encore que le protecteur. Il mourut en 1781.
POISSON, *Voyez BOURVALLIS et POMPADOUR.*
POISSONNIER, (Pierre-Isaac) né à Dijon le 5 juillet 1720, étudia la médecine, et fut nommé en 1746 professeur de la faculté de Paris. Ce fut l'un des premiers qui ouvrit un cours de chimie dans la capitale. En 1758 il fut envoyé par le gouvernement à l'impératrice de Russie *Elizabeth*, qui l'avoit demandé à la cour de France, pour veiller sur sa santé. Pendant son séjour à Pétersbourg, il s'occupa beaucoup de l'expérience sur la congélation du mercure; et à son retour en France, il fut couvert de titres honorables et de récompenses. Associé libre de l'académie des Sciences, premier médecin des armées, inspecteur général de la médecine dans les colonies, il obtint outre le traitement de ces diverses places, une pension de 12,000 liv. *Poissonnier* pendant la révolution, fut enfermé dans la prison de Saint-Lazare avec toute sa famille. Rendu à la liberté après la chute de Robespierre, il succomba à de douloureuses infirmités le 25 fructidor an.7 (1797), à l'âge de 79 ans. Ses ouvrages sont : I. Les tomes 5 et 6 du *Cours de chirurgie*, dicté par *Col de Villars*. Ils renferment un bon traité des fractures et luxations, 1749, in-8.º II. *Essai* sur le moyen de dessaler l'eau de la mer, 1763. Ce moyen réussit d'après les expériences qui furent faites. III. *Traité* des fièvres de Saint-Domingue, 1763, in-8.º IV. *Autre* sur les maladies et la nourriture des gens de mer, 1780, deux vol. in-8.º V. *Abrégé d'Anatomie*, 1783, deux vol. in-12. Il est destiné aux élèves en chirurgie pour la marine.
POITIERS, *Voy. PIERRE* de... n.º XIX.
POITIERS, (DIANE de) duchesse de Valentinois, née le 31 mars 1500, étoit fille de *Jean de Poitiers* comte de Saint-Vallier, d'une famille illustre et ancienne du Dauphiné. Elle reçut de la nature les charmes de la figure et ceux de l'esprit. Elle fut d'abord fille d'honneur de la reine *Claude*, et se servit de son crédit utilement pour sa famille. Son père, convaincu d'avoir favorisé la fuite du connétable de *Bourbon*, fut condamné le 16 janvier 1523, à avoir la tête tranchée. L'arrêt alloit être exécuté, lorsque sa fille alla, dit-on, se jeter aux genoux de *François I*, et obtint par ses larmes et sur-tout par ses attraits, la grace du coupable. Mais il est plus probable que cette grace fut accordée aux prières du comte de Maulevrier, *Grand Sénéchal de Normandie*, et des autres parens et amis de Saint-Vallier. C'est du moins ainsi que s'exprime *François I* dans les lettres de rémission ou de com- physionomie. Il étoit indigné des portraits presque tous infidelles du roi de Prusse : Ces gens-là, disoit-il, lui ont donné l'air d'un coupe-jarret. II. Le Tombeau du maréchal de Saxe, remarquable par les beautés du plan et de l'exécution, et dont l'ensemble fait disparaître les petits défauts. III. La Statue pédestre de Louis XV, exécutée en bronze pour la ville de Rheims. La figure de l'homme assis sur des ballots de marchandises, est digne de Puget. Elle a la beauté du caractère et le fini des détails. IV. La Statue de Voltaire. La tête est pleine d'enthousiasme, et l'attitude de noblesse, de mouvement, d'expression; mais l'artiste, trop attaché à l'idée de le représenter entièrement nu, a fait du corps une espèce de squelette, peu agréable au commun des spectateurs. V. Un petit Enfant qui tient en main une cage, modèle de vérité, de naïveté et de graces. VI. Une jeune Fille qui se tire une épine du pied : c'est son dernier ouvrage, et l'on y voit l'homme qui sait observer la belle nature et la rendre avec finesse. VII. Les Bustes de plusieurs gens de lettres, ses amis; car il en avoit, et il les méritoit par sa simplicité, sa douceur, sa bonté. Élève de le Moyne et de Coustou fils, il ne parloit jamais de ses maîtres qu'avec une espèce d'enthousiasme. M. le Moyne, disoit-il, a fait de moi un sculpteur, mais M. Coustou a fait Pigalle. Il ne voyoit jamais un malheureux sans en être attendri. Il a souvent vidé sa bourse pour secourir les infortunés. En passant à Lyon, il apperçut dans une de ses promenades un homme dont les yeux étoient noyés de larmes. C'étoit un pauvre père de famille qui alloit être mis en prison parce qu'il devoit dix louis. Pigalle n'en avoit que douze, et il n'en paya pas moins la somme due par ce pauvre homme. Il avoit épousé dans un âge assez avancé, une de ses nièces, de laquelle il n'avoit point eu d'enfans; et c'est grand dommage, si les talens sont héréditaires; car quoique Pigalle ne puisse point être placé au premier rang des hommes de génie dans son art, il a beaucoup approché d'eux par la pureté et la sagesse de son goût.
PIGANIOL DE LA FORCE, (Jean Aymar de) né en Auvergne d'une famille noble, s'appliqua avec ardeur à la géographie et à l'histoire de France. Pour se perfectionner dans cette étude, il fit plusieurs voyages en différentes provinces. Il rapporta de ses courses des observations importantes sur l'histoire naturelle, sur le commerce et sur le gouvernement civil et ecclésiastique de chaque province. Elles lui servirent beaucoup pour composer les ouvrages que nous avons de lui. Les principaux sont : I. Une Description historique et géographique de la France, dont la plus ample édition est de 1753, en 15 vol. in-12. C'est le meilleur des ouvrages qui aient paru jusqu'ici sur cette matière, quoiqu'il renferme encore un grand nombre d'inexactitudes et même de bévues. II. Description de Paris, en 10 vol. in-12 : ouvrage instructif, curieux, intéressant, et beaucoup plus parfait que la Description de Germain Brice. Il est d'ailleurs écrit avec une élégante simplicité. Il en donna un Abrégé en 2 vol. in-12. III. Des- mutation de peine. *Voltaire* dit dans son *Histoire du Parlement de Paris*, que *François I*, selon la tradition, ne sauva la vie au père que pour jouir de *Diane* sa fille; et que cette tradition seroit plus vraisemblable, si *Diane* n'avoit pas été alors un enfant de 14 ans, qui n'avoit pas encore paru à la cour. Cet historien se trompe sur ces deux faits. *Diane* avoit alors 23 ans, et elle étoit déjà connue à la cour sous le nom de la *Grande Sénéchale*. Quoi qu'il en soit, la peur fit sur l'esprit de *Saint-Vallier* une telle révolution, qu'en une nuit les cheveux lui blanchirent. (*Voyez* un pareil exemple, *article* I. GUARINI.) Il tomba même dans une fièvre violente, dont il ne put jamais guérir, même après que le roi lui eut accordé son pardon : c'est de là qu'est venu le proverbe de la *FIEVRE de SAINT-VALLIER*. *Diane* sa fille avoit été mariée en 1514, à *Louis de Brezé* grand-sénéchal de Normandie, dont elle eut deux filles : l'une mariée au duc de *Bouillon*, l'autre au duc d'*Aumale*. *Brezé* étant mort en 1531, sa veuve conserva le nom de *Grande Sénéchale* qu'elle avoit porté du vivant de son époux. Elle avoit au moins quarante ans, lorsque le roi *Henri II*, qui n'en avoit que dix-huit, en devint éperdument amoureux; et quoiqu'àgée de près de 60 à la mort de ce prince, elle avoit toujours conservé le même empire sur son cœur. *Henri* perdit dans le commerce de *Diane* la rudesse et la férociété que le maniement des armes et les autres exercices violens auxquels il étoit fort adonné, n'eussent pu manquer de lui faire contracter. Il y puisa une affabilité, une égalité d'ame et une douceur de caractère, qui ne se démentirent dans aucun instant de sa vie. Mais sans doute il y puisa aussi cet esprit de dissipation, ce goût de faste et de représentation, et cette aveugle prodigalité qui ruinèrent les finances et préparèrent les malheurs des règnes suivans; et dans ce sens on peut assurer, dit M. *Garnier*, que les avantages d'une pareille éducation n'en compensèrent point les inconvénients. Les graces et la beauté de *Diane* furent à l'épreuve du temps. Elle ne fut jamais malade; dans le plus grand froid elle se lavait le visage avec de l'eau de pluie; elle n'usa jamais d'aucune pommade. Éveillée tous les matins à six heures, elle montoit souvent à cheval, faisoit une ou deux lieues, et venoit se remettre dans son lit, où elle lisoit jusqu'à midi. Tout homme un peu distingué dans les lettres pouvoit compter sur sa protection. Sa fierté répondoit à sa naissance. *Henri II* ayant voulu reconnoître une fille qu'il avoit eue d'elle, *Diane* lui répondit : *J'étois née pour avoir des enfans légitimes de vous. J'ai été votre maîtresse, parce que je vous aimois : je ne souffrirai pas qu'un Arrêt me déclare votre concubine*. Le règne de *Henri II* fut celui de *Diane*; mais dès que ce prince fut à l'extrémité, les courtisans qui l'avoient long-temps adorée lui tournèrent le dos suivant l'usage. *Catherine de Médicis* lui envoya ordre de rendre les pierreries de la couronne, et de se retirer dans un de ses châteaux. *Le Roi est-il mort ?* demanda-t-elle à celui qui étoit chargé de cette commission. — Non, Madame, répondit celui-ci; mais il ne passera pas la journée. — Hé bien, répliqua-t-elle, je n'ai donc point encore de maître, et je veux que mes ennemis sachent que quand ce Prince ne sera plus, je ne les crains point. Si j'ai le malheur de lui survivre long-temps, mon cœur sera trop occupé de la douleur de sa perte, pour que je puisse être sensible aux chagrins qu'on voudra me donner. Dès que le roi eut expiré, elle se retira en 1559 dans sa belle maison d'Anet, qu'elle acheva de faire bâtir, et où elle mourut le 26 avril 1566, à 66 ans. Elle est, je pense, la seule maîtresse pour qui l'on ait frappé des médailles. On en voit encore une aujourd'hui, où elle est représentée foulant aux pieds l'amour, avec ces mots: J'ai vaincu le vainqueur de tous; OMNIUM VICTOREM FICI. Les Calvinistes, qui ne l'aimient pas, ont mis Clément Marot au rang de ses amans favorisés, et lui ont reproché de s'être enrichie aux dépens du peuple. Brantome la peint d'une manière plus favorable. « Je la vis, dit cet auteur, six mois avant sa mort, si belle encore, que je ne sache cœur de rocher qui ne s'en fût ému; quoique quelque temps auparavant elle se fût rompu une jambe sur le pavé d'Orléans, allant et se tenant à cheval aussi dextrement et dispostement comme elle avoit jamais fait; mais le cheval tomba et glissa sous elle. Il auroit semblé que telle rupture et les maux qu'elle endura, auroient dû changer sa belle face; point du tout: sa beauté, sa grace et sa belle apparence étoient toutes pareilles qu'elles avoient toujours été. C'est dommage que la terre couvre un si beau corps; elle étoit fort débonnaire, charitable et aumônière. Il faut que le peuple de France prie Dieu qu'il ne vienne jamais favorite de roi plus mauvaise que celle-là, ni plus mal-faisante. . . » Brantome ajoute: « Qu'elle étoit fort bonne Catholique, et haïssoit fort ceux de la religion. Voilà pourquoi ils l'ont fort haïe et médit d'elle. » On voit ici l'une des sources de la plupart des satires répandues contre Henri II et ceux qui l'approchoient. En avouant leurs écarts véritables, il faut mettre à part les calomnies de leurs adversaires. On a renouvelé par exemple, au sujet de Diane de Poitiers, le conte de l'Anneau enchanté de Charlemagne, et c'est ainsi que parle d'elle très-sérieusement Nicolas Pasquier fils d'Etienne, dans l'Apologie de son père contre le Jésuite Garasse. « Une dame (il s'agit de DIANE DE POITIERS) possédoit Henri II par la force d'une bague qu'elle lui donna, laquelle il portoit au doigt. Le roi étant tombé malade, la duchesse de Nemours, de laquelle j'ai appris cette histoire, qui l'étoit venu visiter, fut priée par la reine de tirer cette bague du doigt du roi, ce qu'elle fit; et s'étant retirée avec la bague, le roi commanda à l'huissier de ne laisser entrer personne dans sa chambre. Cette dame (Diane de Poitiers) s'y présente une ou deux fois; l'entrée lui est refusée. Craignant quelque altération, elle se représente pour la troisième fois; et la porte lui étant déniée, elle ne laissa pas d'y entrer, et alla droit au lit du roi, où voyant qu'il n'avoit sa bague, lui demanda 104 POI ce qu'il en avoit fait ? et ayant dit que la duchesse de Nemours l'avoit emportée, elle l'envoya que ir sous l'ordre du roi, et la remit à son doigt. » Pasquier soutient la vérité de cet Anneau enchanté par des exemples ; et le nom de la duchesse de Nemours qu'il donne pour garant de cette historiette, a quelque chose d'imposant. Mais la haine de Catherine de Médicis contre une femme qui lui enleva le cœur de son mari, et sur-tout son crédit à la cour, n'auroit-il pas donné lieu à ce conte, reçu d'autant plus facilement qu'on avoit alors une crédulité aveugle pour les effets prétendus de la magie. Il étoit d'ailleurs moins humiliant pour la reine de croire le roi ensorcelé, que subjugué par les attraits de sa rivale. Le président de Thou, cet historien si sage, adopte la prétendue magie de Diane de Poitiers ; tant le préjugé a de pouvoir sur les esprits, même les plus raisonnables !... Quelques auteurs prétendent que la belle devise du Croissant, avec ces mots : DONEC TOTUM IMPLEAT ORBEM, que Henri II avoit adoptée, étoit une marque de son amour pour Diane de Poitiers, au nom de laquelle cette devise, dit-on, faisoit allusion. Mais ce prince ayant pris cette devise n'étant encore que dauphin, vouloit sans doute faire voir que toute la lumière de la lune ne paroissant qu'en son plein, on ne connoitroit aussi toute sa valeur et ses autres qualités que lorsqu'il seroit sur le trône. La famille de Saint-Vallier étoit une branche cadette de la maison des Poitiers comtes de Valentinois : comté dont elle n'héritait point, mais que Henri II donna à Diane pendant sa vie.
POIVRE, (♞) ancien intendant des îles de France et de Bourbon, naquit à Lyon en 1746. Il entra d'abord dans la congrégation des Missionnaires étrangers. On l'envoya à la Chine, qu'il parcourut en grande partie avec les yeux d'un philosophe. Avant d'arriver à Canton, il reçut une lettre en chinois qu'on lui dit être de recommandation. Elle étoit au contraire d'un Chinois offensé par un Européen, et qui croyant ce dernier porteur de la lettre, le dénonçoit à sa nation comme un coupable dont il avoit à se plaindre et qui méritoit la mort. Poivre rempli de confiance présenta la lettre au premier mandarin, et fut mis en prison. Là, il apprit assez de la langue chinoise pour se défendre. Le vice-roi touché de son ingénuité et convaincu de son innocence, devint son ami et son protecteur. En revenant en Europe, le vaisseau qu'il montait fut attaqué par un bâtiment Anglois de l'escadre de l'amiral Barnet, et dans le combat il eut un bras emporté par un boulet de canon. En se voyant un bras de moins, le premier mot qu'il prononça fut : Je ne pourrai plus peindre. Cet accident malheureux l'obligea de renoncer à l'état ecclésiastique. La compagnie des Indes à laquelle il s'étoit fait connoître comme un homme actif et intelligent, le choisit en 1749 pour établir une nouvelle branche de commerce à la Cochinchine. Il montra dans cette entreprise des talens supérieurs et la probité la plus délicate. De retour à l'isle de France, il déposa dans les magasins de la compagnie jusqu'aux présens particuliers qu'il avoit reçus, et il écrivit aux directeurs : « Je vous ai A au 1610/5d août 1719. remplacé tel objet de mon argent, parce qu'on me l'a volé par ma faute, et qu'il n'est pas juste que vous en supportiez la perte. » Ayant réussi dans cette entreprise, il fut envoyé en 1766 par le duc de Choiseul aux isles de France et de Bourbon pour faire fleurir ces deux colonies. Le nouvel intendant remplit parfaitement les vues du ministère. Il fit naître dans ces isles l'amour de l'agriculture et des arts. Pour les approvisionner plus promptement, il tira de Madagascar une quantité immense de troupeaux. Il forma une pépinière de tous les arbres utiles ; il naturalisa l'arbre à pain ; et après beaucoup de peines et de dangers, la culture du giroflier et du muscadier. De retour en France, il alla mourir à Lyon sa patrie, le 6 janvier 1786, d'une hydropisie de poitrine, dans sa 67e année. Homme d'état et homme de bien, il unit les qualités de l'âme et les dons de l'esprit. Observateur judicieux et écrivain philosophe, il a laissé quelques ouvrages courts, mais pleins et bien écrits ; tels sont : I. Voyage d'un Philosophe, in-12, qui renferme des observations sur les mœurs, les arts et l'agriculture des peuples de l'Asie et de l'Afrique. II. Un Mémoire sur la préparation et la teinture des soies. III. Des Remarques sur l'histoire et les mœurs de la Chine. IV. Des Discours prononcés aux habitans des isles de France et de Bourbon. V. Quelques autres ouvrages manuscrits dans le porte-feuille de l'académie de Lyon, dont il étoit membre. Poivre avoit obtenu du gouvernement une pension de 12000 livres et le cordon de St-Michel.
POIX, (La) Voyez FREMINVILLE.
POL, (Comtes de Saint-) Voyez les LUXEMBOURG, et V. FRANÇOIS.
POLAILLON, (Marie Lumague, veuve de François) résident de France à Raguse, s'appliqua dans Paris à l'établissement de plusieurs Communautés de Filles. Dès l'an 1630, elle commença à se retirer du monde, et à faire subsister de pauvres filles dont la chasteté étoit en danger. Ce ne fut pas sans trouver beaucoup d'oppositions; et même sans essuyer de grandes humiliations, qu'elle soutint cet emploi de charité. Dès qu'elle fut veuve, elle se trouva chargée de plus de cent de ces filles. La reine Anne d'Autriche lui donna une maison pour les loger, et elles furent alors nommées les Filles de la Providence. Leur premier établissement fut à Fontenai près de Paris, d'où elles furent transférées à Charonne, puis au faubourg Saint-Marcel. De cet établissement sortit celui des Filles appelées Nouvelles Concerties, que cette dame plaça à Paris dans la rue Sainte-Anne, près la porte Richelieu; et elle eut la consolation de voir établir dans Metz une Maison pareille à celle de ses Filles de la Providence. Cette pieuse fondatrice mourut en 1657, en odeur de sainteté.
POLAN, (Amand) théologien de la Religion prétendue-Réformée, né à Oppaw en Silésie l'an 1561, devint professeur de théologie à Basle, et y mourut le 17 juillet 1610, à 49 ans. On a de lui : I. Des Commentaires latins sur Ezéchiel, Daniel et Osée. II. Des *Dissertations*. III. Des *Thèses*. IV. Des *Ecrits* de controverse contre *Bellarmin*, etc.
POLEMBOURG, (Corneille) peintre, né à Utrecht en 1686, mort dans la même ville en 1660, à 74 ans, fit un voyage en Italie pour se perfectionner. Il forma son pinceau d'après les meilleurs tableaux qui embellissent la ville de Rome. Son goût le portoit à travailler en petit; les tableaux qu'il n'a point faits dans une petite forme, ne sont pas aussi précieux. Le grand duc de Florence voulut avoir de ses ouvrages. Le roi d'Angleterre *Charles Ier* le fit venir à Londres. *Rubens* l'estimoit beaucoup, et lui commanda plusieurs tableaux. *Polembourg* à fait des Paysages très-agréables: il rendoit la nature avec beaucoup de vérité. Ses sites sont bien choisis, et ses fonds souvent ornés de belles fabriques et des ruines de l'ancienne Rome. Sa touche est légère, et son pinceau doux et moëlleux. Le transparent de son coloris se fait singulièrement remarquer dans ses ciels. *Varrège* est, parmi ses élèves, celui qui a le plus approché de sa manière. I. POLÉMON, philosophe Grec, né à Oëte dans le territoire d'Athènes, se livra dans sa jeunesse à la débauche. Un jour il se rendit à l'Académie encore tout fumant d'ivresse, la tête conronnée de fleurs, et les yeux appesantis par le vin: il y fut si frappé d'un discours que fit *Xénocrate* sur les suites humiliantes de l'intempérance, qu'il devint tout-à-coup un philosophe austère. Il remplit dignement la chaire de *Xénocrate* son maître, et ne s'écarta jamais de ses sentimens, ni des exemples de sagesse qu'il en avoit reçus. Il renonça tellement au vin depuis l'âge de 30 ans, époque de son changement, qu'il ne but plus que de l'eau tout le reste de sa vie. Il mourut fort âgé, vers l'an 272 avant J. C. On admiroit particulièrement sa douceur et sa constance. Il fut mordu d'un chien enragé, sans qu'il témoignât aucune émotion de cet accident.
II. POLÉMON Ier, roi de Pont, obtint ce royaume du triumvir *Marc-Antoine* dont il étoit l'ami. Il le servit de toutes ses forces dans la guerre contre les Parthes qui le firent prisonnier. A peine avoit-il obtenu sa liberté, que la guerre civile s'étant allumée entre *Octave* et *Marc-Antoine*, il fit marcher des troupes au secours de son protecteur. Mais la bataille d'Actium ayant décidé du sort et de la vie d'*Antoine*, *Polémon* se réconcilia avec *Octave*, qui admira sa fidélité et lui donna la souveraineté du Bosphore, qu'il conserva jusqu'à sa mort arrivée l'an 38 de J. C.
III. POLÉMON II, fils du précédent, fut reconnu par l'empereur *Caligula*, souverain des états de son père, dès qu'il fut mort. *Claude* lui céda 3 ans après la Cilicie, en échange du Bosphore Cimmérien, qu'il donna à un descendant de *Mithridate*. *Polémon II* embrassa le Judaïsme, pour épouser la reine *Bérénice*, célèbre par ses amours avec *Titus*; mais cette princesse s'étant séparée de lui, il abandonna le culte auquel il s'étoit soumis. Sur la fin de ses jours, il céda le royaume de Pont aux Romains, et l'on en fit une province qui porta long-temps le nom de *Polémoniaque*.
IV. POLÉMON, orateur qui florissoit sous le règne de *Trajan*, vers l'an 100 de J. C., laissa des *Harangues*, Toulouse, 1637, in-8°, en grec et en latin. *Voy.* I. ANTONIN.
POLENI, (le Marquis Giovani) né à Padoue en 1683, et mort dans cette ville en 1761, à 78 ans, y occupa avec beaucoup de distinction les chaires de professeur d'astronomie et de mathématiques. Après avoir remporté trois prix au jugement de l'académie royale des Sciences de Paris, il fut agrégé à cette compagnie en 1739. Il étoit aussi membre des académies de Berlin, des *Ricobrati* de Padoue, de la Société royale de Londres et de l'Institut de Bologne. Comme il excelloit dans l'architecture hydraulique, il fut chargé par la république de Venise de veiller sur les eaux de cette seigneurie. D'autres Puissances le consultèrent sur le même objet. Il travailla aussi beaucoup dans toutes les parties qui concernent l'architecture civile; et quand Rome ouvrit les yeux sur l'état périlleux où se trouva la Basilique de St-Pierre, le pape *Benolt XIV* appela le marquis *Poleni* pour entendre son avis. Après les examens convenables, il dressa un excellent *Mémoire* sur les dommages qu'avoit soufferts cet édifice, et sur les réparations qu'il étoit à propos d'y faire. Ce savant mathématicien étoit en commerce de lettres avec tous les hommes célèbres de l'Europe : *Newton*, *Leibnitz*, les *Bernouilli*, *Wolff* Cassini, *Manfredi*, *s'Gravessande*, *Musschembroeck*, *Fontenelle*, *Mairan*, *Zanotti*, *Maraldi*, *Nollet*. C'étoit un homme doux, affable, modeste, toujours prêt à dire du bien de tout le monde. Il avoit l'esprit pénétrant, profond, et la mémoire excellente. Son ame étoit grande, forte, pleine de constance, de sincérité, de probité; sa charité étoit sans bornes. Le marquis *Poleni* ne se restreignit pas aux mathématiques; il s'adonna quelquefois aux antiquités, et l'on a de lui des *Supplémens* aux grands Recueils de *Grævius* et de *Gronovius*, Venise, 1737, cinq vol. in-folio.
POLI, (Martin) né à Lucques en 1662, alla à Rome à l'âge de dix-huit ans, pour se perfectionner dans la connoissance des métaux. Il y inventa plusieurs opérations nouvelles, et y eut un laboratoire public de chimie, qui fut très-frequenté. *Poli* ayant trouvé un secret concernant la guerre, il vint l'offrir à *Louis XIV*. Ce prince lona, dit-on, l'invention, donna une pension à l'auteur et le titre de son Ingénieur; mais il ne voulut point, à ce qu'on ajoute, se servir du secret, préférant l'intérêt du genre humain au sien propre. Cet habile chimiste, de retour en Italie en 1704, fut employé par *Clément XI* et par le prince *Cibo* duc de Massa. Il revint en France en 1713, et obtint une place d'associé étranger à l'académie des Sciences. *Louis XIV* lui ordonna de faire venir en France toute sa famille. A peine étoit-elle arrivée, que *Poli* attaqué d'une grosse fièvre, expira 108 POL le 29 juillet 1714, à 52 ans. On a de lui une Apologie des Acides, sous ce titre : *Il triomfo degli Acidi*. Le but de cet ouvrage est de prouver que les acides sont très-injustement accusés d'être la cause d'une infinité de maladies, et qu'au contraire ils en sont le remède souverain. Ce gros livre parut à Rome en 1706. Il contient des expériences remarquables, des raisonnemens, soit de chimie, soit de médecine, qui méritent quelque attention, même de la part de ceux qui ne les trouvoient pas concluants; enfin un grand nombre de remèdes nouveaux et de son invention. L'auteur ne croyoit pas la goutte même incurable.
POLI, (Matthieu) *Voyez POOLE*.
POLIDORE, *Voyez POLYDORE, et autres mots semblables*.
POLIDORE-CALDARA, peintre, né en 1495 à Caravaggio, bourg du Milanois, d'où il prit le nom de Caravage, fut obligé de faire le métier de manœuvre jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Mais ayant été employé à porter aux disciples de Raphaël le mortier dont ils avoient besoin pour la peinture à fresque, il résolut de s'adonner entièrement à la peinture. Les élèves de Raphaël le secondèrent dans son entreprise. Ce grand peintre le prit sous sa discipline, et Polidore fut même celui qui eut le plus de part à l'exécution des loges de ce maître. Il se signala sur-tout à Messine, où il eut la conduite des Arcs de triomphe qui furent dressés à l'empereur Charles-Quint, après son expédition de Tunis. Polidore songeoit à revenir à Rome, quand son valet lui vola une somme considérable qu'il venoit de recevoir, et l'assassina dans son lit en 1543. Il étoit âgé de 48 ans. La plus grande partie de ses ouvrages est peinte à fresque. Il a aussi beaucoup travaillé dans un genre de peinture qu'on appelle *Sgraffito* ou *Manière égratignée*. Ce célèbre artiste avoit un goût de dessin très-grand et très-correct. On remarque beaucoup de fierté, de noblesse et d'expression dans ses airs de tête. Ses draperies sont bien jetées, son pinceau est moëlleux; et on peut le regarder comme le seul de l'Ecole Romaine qui ait connu la nécessité du coloris, et qui ait bien entendu la pratique du clair-obscur. Ses Paysages singulièrement sont très-estimés. Ses Dessins sont précieux, soit pour la franchise et la liberté de ses touches, soit pour la beauté de ses draperies, soit enfin pour la force et la noblesse de son style. Il a été comparé au célèbre Jules Romain; et si Polidore avoit moins d'enthousiasme, il mettoit aussi plus d'art dans ses compositions. On a beaucoup gravé d'après lui.
POLIEN, *Voyez POLYEN*.
POLIEUCTE, *Voyez POLYEUCTE*.
POLIGNAC, (Melchior de) vit le jour au Puy-en-Vélay le 11 octobre 1661, d'une des plus illustres maisons de Languedoc. Six mois après qu'il fut venu au monde, il fut exposé à un grand malheur. Il étoit nourri à la campagne. Sa nourrice qui étoit fille, et qu'une première faute n'avoit pas rendue plus sage, en fit une seconde. Dans cet état qu'elle ne put long-temps cacher, frappée de tout ce qu'elle avoit à craindre, elle s'enfuit vers la fin du jour, et disparut après avoir porté l'enfant sur un fumier où il passa toute la nuit. Heureusement c'étoit dans la belle saison; on le trouva le lendemain sans qu'il lui fût arrivé aucun accident. Le jeune *Polignac* fut amené de bonne heure à Paris par son père, qui le destinoit à l'état ecclésiastique. Il fit ses humanités au collège de Louis-le-Grand, et sa philosophie à celui d'Harcourt. *Aristote* régnoit toujours dans les écoles. *Polignac* l'étudia par déférence pour ses maîtres; mais il se livra en même temps à la lecture de *Descartes*. Instruit de ces deux philosophies si différentes, il soutint l'une et l'autre dans deux Thèses publiques et en deux jours consécutifs, et réunit les suffrages des partisans des rêveries anciennes et de ceux des chimères modernes. Les Thèses qu'il soutint en Sorbonne vers 1683, ne lui firent pas moins d'honneur. Répandu dès-lors dans les meilleures sociétés de Paris, il y plut infiniment. « C'est un des hommes du monde, écrivoit Mad. de *Sévigné*, dont l'esprit me paroît le plus agréable. Il sait tout, il parle de tout; il a toute la douceur, la vivacité, la complaisance qu'on peut souhaiter dans le commerce. » Le cardinal de *Bouillon* enchanté des agrémens de son esprit et de son caractère, le prit avec lui, lorsqu'il se rendit à Rome après la mort d'*Innocent XI*. Il l'employa non-seulement à l'élection du nouveau pape *Alexandre VIII*, mais encore dans l'accommodement qu'on traitoit entre la France et la cour de Rome. L'abbé de *Polignac* eut occasion de parler plusieurs fois au pontife, qui lui dit dans une des dernières conférences: *Vous paroissez toujours être de mon avis, et à la fin c'est le vôtre qui l'emporte*. Les querelles entre la tiare et la cour de France étant heureusement terminées, le jeune négociateur vint en rendre compte à *Louis XIV*. C'est à cette occasion que ce monarque dit de lui: *Je viens d'entretenir un homme et un jeune homme, qui m'a toujours contredit et qui m'a toujours plu*. Ses talens parurent décidés pour les négociations. Le roi l'envoya ambassadeur en Pologne l'an 1693. Il s'agissoit d'empêcher qu'à la mort de *Jean Sobieski* près de descendre au tombeau, un prince dévoué aux ennemis de la France n'obtint la couronne de Pologne, et il falloit la faire donner à un de la maison de France. Le prince de *Conti* fut élu par ses soins; mais diverses circonstances ayant retardé son arrivée en Pologne, il trouva tout changé lorsqu'il parut, et fut obligé de se rembarquer. L'abbé de *Polignac* contraint de se retirer, fut exilé dans son abbaye de Bon-Port, où il s'occupa uniquement des belles-lettres, des sciences et de l'histoire. Il y étoit encore lorsque le duc d'*Anjou* fut appelé au trône d'Espagne. Il écrivit alors à *Louis XIV*: *SIRF, si les prospérités de Votre Majesté ne meint point fin à mes malheurs, du moins me les font-elles oublier*. L'abbé de *Polignac* fut rappelé peu de temps après, et reparut à la cour avec plus d'éclat que jamais. Il fut envoyé à Rome en qualité d'auditeur de Rote, et il n'y plut pas moins à Clément XI, qu'il avoit plu à Alexandre VIII. De retour en France en 1709, il fut nommé plénipotentiaire avec le maréchal d'Uxelles, pour les conférences de la paix, ouvertes à Gertruidenberg. Ces deux négociateurs en auroient fait une avantageuse, si elle avoit été possible. La franchise du maréchal étoit tempérée par la douceur et la dextérité de l'abbé, le premier homme de son siècle dans l'art de négocier et de bien dire. Tout l'art des négociateurs fut inutile. Dans une des conférences, Buys chef de la députation Hollandoise, interrompit la lecture des articles préliminaires en disant : NON DIMITTETUR PECCATUM, NISI RESTITUATUR ABLATUM. L'abbé de Polignac indigné, ne put s'empêcher de dire : Messieurs, vous parlez bien comme des gens qui ne sont pas accoutumés à vaincre. Il fut plus heureux au congrès d'Utrecht en 1712; mais les plénipotentiaires de Hollande, s'apercevant qu'on leur cachoit quelques-unes des conditions du Traité de paix, déclarèrent aux ministres du roi qu'ils pouvoient se préparer à sortir de leur pays. L'abbé de Polignac qui n'avoit pas oublié le ton altier avec lequel ils lui avoient parlé aux conférences de Gertruidenberg, leur dit : Non, Messieurs, nous ne sortirons pas d'ici; nous traiterons chez vous, nous traiterons de vous, et nous traiterons sans vous. Ayant obtenu peu de temps avant la nomination du roi Jacques au cardinalat, il étoit dès-lors cardinal in petto. Mais quoique tout le monde sût en Hollande qui il étoit, il ne portoit ni titre, ni habits ecclésiastiques; il étoit vêtu en séculier, et on l'appeloit le comte de Polignac. Ce fut dans cet état et sous cet incognito qu'il suivit toutes les négociations d'Utrecht, jusqu'au moment de la signature du traité. Mais alors il déclara qu'il ne lui étoit pas possible de signer l'exclusion du trône d'un monarque à qui il devoit le chapeau; il se retira et vint jouir à la cour de France des honneurs de la pour-pre romaine : honneurs qui furent accompagnés l'année d'après, de la charge de maître de la chapelle du roi. Après la mort de Louis XIV, il se lia avec les ennemis du duc d'Orléans, et ces liaisons lui valurent une disgrâce éclatante. Il fut exilé en 1718, dans son abbaye d'Anchin, d'où il ne fut rappelé qu'en 1721. Les moines de son abbaye furent un peu intimidés en le voyant arriver dans leur monastère; mais ils pleurèrent quand il les quitta. La plupart étoient peu capables de juger de son mérite en qualité de bel esprit et de savant; mais ils l'avoient trouvé doux, indulgent, aimable; et loin de les piller comme tant d'autres abbés commendataires, il avoit embelli leur église et réparé leur maison. Innocent XIII étant mort en 1724, le cardinal de Polignac se rendit à Rome pour l'élection de Benoit XIII, et y demeura huit ans, chargé des affaires de France. Nommé à l'archevêché d'Auch en 1726, et à une place de commandeur de l'ordre du Saint-Esprit en 1732, il reparut cette année en France, et y fut reçu comme un grand homme. Il mourut à Paris le 10 novembre 1741, dans sa 81e année, avec une grande réputation. Le cardinal de Polignac étoit un de ces esprits faciles, qui embrassent tout et qui saisissent tout. Les sciences et les arts, les savans et les artistes, lui étoient chers. Sa conversation étoit douce, amusante et infiniment instructive, comme on peut le juger par tout ce qu'il avoit vu dans le monde et dans les différentes cours de l'Europe. Le son de sa voix, la grace avec laquelle il parloit et prononçoit, achevoient de mettre dans son entretien une espèce de charme qui alloit presque jusqu'à la séduction. L'universalité de ses connoissances s'y montroit, mais sans dessein ni de briller, ni de faire sentir sa supériorité. Il étoit plein d'égards et de politesse pour ceux qui l'écoutoient, et s'il aimoit à se faire écouter, on se plaisoit encore plus à l'entendre. Sa mémoire ne le laissa jamais hésiter sur un mot, sur un nom propre ou sur une date, sur un passage d'auteur ou sur un fait; quelque éloigné ou détourné qu'il pût être, elle le servoit constamment, et avec tout l'ordre que la méditation peut mettre dans le discours. Quoique le cardinal de *Polignac* aimât les bons mots et qu'il en dit souvent, il ne pouvoit souffrir la médisance. Un seigneur étranger attaché au service d'Angleterre, et qui vivoit à Rome sous la protection de la France, eut un jour l'imprudence de tenir à sa table des propos peu mesurés sur la religion et sur la personne du roi *Jacques*. Le cardinal lui dit avec un sérieux mêlé de douceur: *J'ai ordre, Monsieur, de protéger votre personne, mais non pas vos discours...* Son goût pour les beaux arts lui fit former sous le pontificat de *Benoit XIII*, un projet bien digne d'un homme aussi passionné que lui pour l'antiquité. Il n'ignoroit point que, pendant les guerres civiles qui troublèrent les plus beaux jours de la république Romaine, le parti qui prévaloit ne manquoit jamais de jeter dans le Tibre toutes les statues et les trophées élevés à l'honneur du parti opposé. Quelquefois on les brisoit ou on les mutiloit auparavant; mais pour l'ordinaire on les y jetoit dans leur entier. *Ils y sont donc encore, disoit-il, car assurément on ne les a point retirés, et le fleuve ne les a point emportés.* Il avoit imaginé de détourner pendant quelques jours le cours du Tibre, et de faire fouiller l'espace de trois quarts de lieue. Il auroit fallu creuser un peu avant, parce que les bronzes et les marbres ont dû s'enfoncer. Si *Polignac* avoit été assez riche pour l'entreprendre à ses frais, le pape qui l'aimoit lui auroit accordé toutes les permissions nécessaires. Mais ses revenus étoient absorbés par ses dépenses; il n'eut jamais d'ordre dans ses affaires personnelles; et a sa mort il laissa beaucoup de dettes. Nous avons de ce célèbre cardinal un Poème sous ce titre: *ANZI-LUCRETICS* seu *De Deo et Natural, libri IX*, publié en 1747, in-8° et in-12, par l'abbé de *Rothelin*, et traduit en italien par le P. *Ricci* Bénédictin, et élégamment en françois par *Bougainville*, 2 vol. in-8°. L'objet de cet ouvrage est de réfuter *Lucrèce*, et de déterminer contre ce précepteur du crime et ce destructeur de la Divinité, en quoi consiste le souverain bien, quelle est la nature de l'âme; ce que l'on doit penser des atomes, du mouvement, du vide. L'auteur en conçut le cription du Château et Parc de Versailles, de Marly, etc. en 2 vol. in-12. Elle est agréable et assez bien faite. IV. Voyage de France, 2 vol. in-12. Piganiol a aussi travaillé avec l'abbé Nadal au Journal de Trévoux. Il mourut à Paris en février 1753, à 80 ans. Ce savant étoit aussi recommandable par ses mœurs que par ses talens. Il joignoit à un savoir profond et varié, une grande probité, beaucoup d'honneur et toute la politesse d'un courtisan.
PIGET, (Simon) libraire et imprimeur de Paris, avoit étendu son commerce dans toute l'Europe, au milieu du 17e siècle. Il étoit versé dans la connoissance des langues savantes. Ses éditions sont recherchées. On distingue parmi celles-ci les œuvres d'Amphyloque, 1644, in-fol., et un Rituel grec par Gourd, in-folio. Ce dernier ouvrage est très-rare. I. PIGHIUS, (Albert) né à Kempen, petite ville de l'Over-Issel, vers l'an 1490, étudia à Louvain et à Cologne; prit dans la première université le titre de bachelier, et dans la seconde celui de docteur. Il étoit profondément versé dans les mathématiques, dans les matières de théologie, d'antiquité et de littérature. Il signala son zèle pour la Foi par plusieurs ouvrages contre Luther, Mélanchthon, Bacer et Colvin. Adrien VI et les papes suivans lui donnèrent souvent des marques de leur estime. Il mourut le 29 décembre 1542, à Utrecht, où il étoit prévôt de l'église de Saint-Jean-Baptiste. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Le plus considérable est intitulé : Assertio Hierarchiae Ecclesiasticae, Co- logne, 1572, in-folio. Son style n'est ni aussi pur, ni aussi élégant que celui de Sadolet et des autres Cicéroniens; mais il est moins barbare que celui des scolastiques et des controversistes de son temps. On a encore de lui un Traité De Gratia et libero hominis Arbitrio, à Cologne, 1542, in-folio, peu exact. Pighius fait paroître dans tous ses écrits une prévention aveugle pour les opinions des Ultramontains; et il n'est guère plus exempt de préjugés, dans les questions où il ne s'agit point des intérêts personnels de la cour de Rome. Il composa aussi plusieurs ouvrages de mathématiques, où il éclairoit la théorie par la pratique. Il excelloit à construire des sphères armillaires.
II. PIGHIUS, (Étienne-Vinand) neveu maternel du précédent, né à Kempen comme lui, emprunta le nom de son oncle. Il s'attacha au cardinal de Granvelle, dont il fut secrétaire pendant quatorze ans. Dans la suite il se fit chanoine régulier, et mourut en 1604, à 84 ans. Il n'est personne de son temps qui l'ait surpassé dans la connoissance des Antiquités Romaines. Juste-Lipse le qualifie : Alter indefessi calami et styli Livius. On a de lui : I. Annales de la Ville de Rome en latin, Anvers, 1615, 3 vol. in-folio. II. Hercules Prodicius, Anvers, 1587. C'est une description du voyage que Pighius fit en Italie. Elle est pleine d'observations sur les Antiquités Romaines et Germaniques. Il nous a laissé plusieurs autres ouvrages également pleins d'érudition, dont quelques-uns ont été insérés dans plan en Hollande, où il s'étoit arrêté à son retour de Pologne. Le fameux Bayle y étoit alors; l'abbé de Polignac le vit, et en admirant son esprit il résolut de réfuter ses erreurs. Il com- mença à y travailler durant son premier exil, et il ne cessa de- puis d'y ajouter de nouveaux or- nemens. On ne sauroit trop être étonné qu'au milieu des dissipa- tions du monde et des épines des affaires, il ait pu mettre la der- nière main à un si long ouvrage en vers, écrit dans une langue étrangère, lui qui auroit à peine fait quatre bons vers dans sa pro- pre langue. On lui a reproché, à la vérité, d'être un peu trop diffus et trop peu varié; mais il faut avouer que dans quelques endroits, il réunit la force de Lucrèce à l'élégance de Virgile. On doit l'admirer sur-tout dans le tour heureux de ses expres- sions, dans l'abondance de ses images, et dans la facilité avec laquelle il exprime toujours des choses si difficiles. A l'égard de la physique de ce Poème, l'au- teur a perdu beaucoup de temps et de vers à combattre les idées de Newton, pour mettre à leur place les rêveries de Descartes. Il eût mieux fait de s'en tenir à des notions sûres et avouées. Mais il est difficile de se déta- cher des opinions qu'on nous a enseignées dans notre enfance; et celle du cardinal de Polignac avoit été imbue des systèmes du Cartésianisme. Voyez sa Vie, Paris, 1777, 2 vol. in-12, par le P. Faucher, Cordelier. La- place a fait ces quatre vers pour son portrait: Aux talens du Pyrée, à ceux de l'Hélicon, Polignac joignant la sagesse, En Grèce auroit été Platon; A Rome eût effacé Lucrèce. Voyez ROTHELIN.
POLIHISTOR, Voyez SOLIN et ALEXANDRE, n.º V.
POLIN, (le capitaine) Voy. GARDE (la) n.º I.
POLINIÈRE, (Pierre) né à Coulonce près de Vire, en 1671, fit son cours de philosophie au collège d'Harcourt à Paris, et reçut le bonnet de docteur en médecine. Un attrait puissant l'entraînoit à l'étude des mathé- matiques, de la physique, de l'histoire naturelle, de la géo- graphie et de la chimie. Ce fut lui qui fut choisi le premier pour démontrer les expériences de phy- sique dans les collèges de Paris, et il en fit un cours en présence du roi. Il mourut subitement dans sa maison de campagne à Coulonce, le 9 février 1734, à 63 ans. Polinière étoit un homme appliqué, qui ne connoissoit que ses machines et ses livres. Il étoit d'un flegme et d'une douceur ad- mirables; frugal, laborieux, in- fatigable, obligeant, etc. Il vivoit extrêmement retiré, soit à Pa- ris, soit à Vire. Il n'étoit guère lié qu'avec des savans ou avec des hommes curieux. Il cherchoit plus, dans l'explication de ses expériences, la clarté que l'élé- gance: car, quoique des phy- siciens distingués vinssent pro- fiter de ses leçons, il n'oublioit point qu'elles étoient destinées pour des écoliers. Ses ouvrages sant: I. Des Elémens de Ma- thématiques, peu consultés. II. Un Traité de Physique expérimen- tale, qui a eu beaucoup de vogue avant les Leçons de l'abbé Nollet. Il est intitulé: Expériences de Physique. P O L 113 Physique. La dernière édition est de 1741, 2 vol. in-12.
POLIPHILE, Voyez V. COLONE.
POLITI, (Alexandre) clerc régulier des Ecoles pieuses, né à Florence en 1679, brilla dans son cours de philosophie et de théologie, par l'étendue de sa mémoire et la sagacité de son esprit. Le chapitre général de son ordre s'étant tenu à Rome en 1700, il s'y fit admirer par les Thèses qu'il soutint. Ses supérieurs, charmés de posséder un tel homme, le chargèrent d'enseigner la rhétorique, ensuite la philosophie, et enfin la théologie, à Gênes. En 1733, il fut appelé à Pise, pour y donner des leçons sur la langue grecque, d'où il passa à la chaire d'éloquence, qui étoit demeurée vacante depuis la mort du savant Benoit Avérani. Il mourut d'apoplexie, le 23 juillet 1752, âgé de 73 ans. Un de ses ouvrages le plus considérable, est son édition du Commentaire d'Eustathe sur Homère, avec une traduction latine et d'abondantes notes, en 3 vol. in-folio : le premier en 1730, le second en 1732, et le troisième en 1735. On commençoit l'impression du tome quatrième, lorsqu'il mourut. Quelque temps qu'ait dû lui prendre une compilation d'une si grande étendue, Politi a encore enrichi la république des lettres de plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Martyrologium Romanum castigatum ac commentariis illustratum, à Florence, 1751, in-fol. II. Orationes XII ad Academiam Pisanam. III. Panegyricus imperatori Francisco Iconsecratus, Florence, in-4.
IV. Plusieurs Harangues en latin. V. De patrid in condendis testamentis potestate, libri quatuor; Florence, 1712, in-12. Voyez l'Histoire Littéraire d'Italie, tome sixième.
POLITIEN, (Ange) né à Monte-Pulciano en Toscane, le 14 juillet 1454. C'est du nom de cette ville appelée en latin Mons-Politianus, qu'il forma le sien; car il s'appeloit auparavant Ange BASSI. Andronic de Thessalonique fut son maître, et le disciple valut bientôt plus que lui. Un Poème dans lequel il célébra une joûte dont Laurent et Julien de Médicis donnoient le spectacle au peuple, le fit connoître avantageusement de ces illustres protecteurs des lettres. Ils lui firent obtenir un canonicat à Florence, et Laurent le chargea ensuite de l'éducation de ses enfans, entre autres de Jean de Médicis, depuis pape sous le nom de Léon X. Ce fut dans cet emploi que Politien vécut avec beaucoup de douceur et de tranquillité, jouissant du commerce des grands et de celui des gens de lettres. Pic de la Mirandole qui étoit alors à Florence, lui donna une place dans son cœur, et l'associa aux travaux de son esprit. Les talens de Politien lui méritèrent la chaire de professeur des langues latine et grecque. On lui envoya des disciples de toutes les parties de l'Europe. Jean II roi de Portugal, à qui il avoit offert d'écrire l'Histoire de ses découvertes dans le Nouveau-Monde, lui écrivit des lettres honorables. La vie de Politien fut troublée par plusieurs querelles littéraires. La plus célèbre est sa dispute avec *Merula* professeur de latin et de grec à Milan. *Politien* l'avoit attaqué dans ses *Mélanges*, ouvrage qui eut beaucoup de succès. *Merula* s'en vengea par une Satire, qu'il récitoit à tous ceux qui vouloient l'entendre; mais ce libelle ne fut point imprimé, et le critique étant mort peu de temps après, il protesta dans son Testament qu'il mouroit l'ami de *Politien*, et qu'il le prioit de lui pardonner, si l'on mettoit au jour ce qu'il avoit écrit contre lui... *Politien*, consumé par le chagrin de voir les *Médicis* ses bienfaiteurs près d'être chassés de Florence, mourut le 24 septembre 1494, à 40 ans. On publia des contes ridicules sur sa mort. On prétendit qu'il s'étoit cassé la tête contre une muraille, désespéré de n'avoir pu gagner le cœur d'une dame qu'il aimoit. *Paul Jove. Scaliger* et d'autres compilateurs satiriques, ont copié ces fables impertinentes. *Varillas* dans ses *Anecdotes de Florence*, a poussé encore plus loin l'absurdité, en donnant une autre cause plus infame de la mort de ce célèbre littérateur. Ce n'étoit pas assez de calomnier ses mœurs; on a osé écrire, qu'il avoit répondu à un homme qui lui demandoit s'il avoit dit ses heures canoniales : — *Je les ai dites, et j'avoue que je n'ai jamais fait un plus mauvais usage de mon temps*. Mais ce conte est réfuté par *Politien* lui-même, qui nous apprend qu'il disoit exactement son bréviaire, etc. C'est dans sa Lettre à *Jérôme Donato*, la neuvième du second livre; elle est du 22 mai 1460. Il dit à son ami qu'il a différé long-temps à lui répondre, mais que ses occupations continuelles l'en ont empêché. Il lui en fait ainsi le détail : « Je suis accablé de gens qui me viennent consulter souvent sur des bagatelles. Un homme trouve-t-il quelques mots écrits sur un glaive, sur un anneau ? ou vent-il faire une espèce d'inscription pour sa chambre, pour sa vaisselle ? Il s'adresse à *Politien*. Des gens s'avisent-ils de faire des vers, des épithalames, des chansons ? on me les apporte, aussi bien que les ouvrages de piété que l'on fait. Il me reste quelquefois si peu de loisir, que je ne peux dire mon bréviaire de suite et sans être contraint de l'interrompre. » On voit par-là que *Politien* se prétoit facilement à tout le monde, qu'il ne rebutoit personne, ce qui est la marque d'un bon cœur; et que lorsqu'il se trouvoit comme forcé d'interrompre la récitation de son bréviaire, il s'en faisoit un scrupule, ce qui ne peut convenir qu'à un homme qui avoit de la religion. On ne l'a pas moins calomnié, en assurant qu'il méprisoit l'*Écriture-Sainte*, et qu'il ne l'avoit jamais lue qu'une seule fois. Il est certain qu'il lisoit la Bible, qu'il comparoit les versions latines avec le texte hébreu, qu'il consultoit les commentateurs. C'étoit *Pic de la Mirandole* qui lui avoit inspiré ce goût. Nous ajouterons encore qu'il préchoit le Carême dans l'église dont il étoit chanoine. Tous les bruits scandaleux dont *Politien* fut noirci, prouvent qu'il avoit des ennemis; et on ne doit pas cacher qu'il les dut autant à ses talens qu'à son caractère un peu caustique. Pour bien connoître cet écrivain, il faut lire sa *Vie*, publiée par *Mencke*, en 1736, in 4. Parmi les ouvrages qui l'ont rendu recommandable; on compte; I. L'Histoire latine de la conjuration des Pazzi, écrite avec plus d'élégance que de vérité. II. Une Traduction latine d'Hérodien, qu'il entreprit par ordre du pape; elle est aussi pure que fidelle. III. Un livre d'Épigrammes grecques, dignes d'Anacréon. IV. La Traduction latine de plusieurs Poètes et Historiens Grècs. V. Deux Livres d'Épitres latines. VI. Quelques petits Traités de Philosophie, superficiels. VII. Un Traité de la Colère. VIII. Quatre Poèmes Bucoliques, et d'autres ouvrages latins. Sa diction est pleine de douceur et de facilité. IX. Canzoni a Ballo con quelle di Lorenzo Medici, Firenze, 1568, in-4°, Stanze, 1537, in-12, 1759, in-8°; et d'autres ouvrages en italien. Toutes ces productions décèlent un homme d'un esprit facile, dont le génie se plie à tout, aux vers, à la prose, à la philosophie, à l'histoire, etc. Le recueil des Œuvres de Polition, à Bologne, 1494, in-4°, et Venise, in-folio, 1498, est au nombre des livres rares, ainsi que l'édition que Gryphe en donna en 1550, en 3 vol. in-8°. Cette collection a été réimprimée à Basle en 1553, in-folio, avec des augmentations.
POLLET, (François) jurisconsulte de Douai dans le 16e siècle, est principalement connu par une bonne Histoire du Barreau de Rome, en latin, in-8°. Cet ouvrage seroit complet dans son genre, si l'auteur s'étoit plus étendu sur le sénat Romain. Ce défaut peut être suppléé par les deux excellentes Histoires de ce même sénat, données l'une par Middleton, l'autre par Chapman, en anglois, et toutes les deux traduites en françois.
POLLIO, Voy. TARDELLIUS et I. HILLEL.
POLLION, (Caius-Asinius POLLIO) consul et orateur Romain, se fit un grand nom sous l'empire d'Auguste par ses exploits et par ses écrits. Il défit les Dalmates, et servit utilement le triumvir Marc-Antoine durant les guerres civiles. Virgile et Horace ses amis, lui ont donné l'immortalité dans leurs poésies. Il avoit fait des Tragédies, des Oraisons, et une Histoire en dix-sept livres. Nous n'avons rien de ces différens écrits; il ne reste que quelques-unes de ses Lettres, qu'on trouve parmi celles de Cicéron. On dit qu'il forma le premier une bibliothèque publique à Rome. Auguste l'estimoit. Ce prince, piqué de ne pouvoir l'attirer à son parti, fit des vers contre Pollion; ses amis voulant l'engager à y répondre; Je m'en donnerai, dit-il, bien de garde; il est trop dangereux d'écrire contre un homme qui peut proscrire. Il mourut à Frescati à 80 ans, l'an 4e de Jésus-Christ. — Il y avoit dans le même temps un monstre qui portoit ce même nom. C'étoit VEDIUS POLLION, qui engraissoit des lamproies de sang humain. Auguste, dont il étoit le flatteur et le confident, soupant un jour chez lui, un de ses esclaves brisa un verre de cristal. Vedius le fit prendre sur-le-champ, et donna ordre qu'on le jetât dans un grand réservoir pour servir de nourriture aux lamproies: nouveau genre de mort qu'il avoit inventé, et dont il faisoit punir ses gens lorsqu'ils tomboient dans quelque faute. Le jeune esclave s'échappa, et courut se jeter aux pieds d'Auguste, le suppliant d'empêcher qu'il ne devint la proie des poissons. L'empereur fut frappé de cette cruauté inouïe, fit lâcher l'esclave, briser en sa présence tous les verres de cristal, et en fit remplir le réservoir.
POLLUCHE, (Daniel) de la Société littéraire d'Orléans sa patrie, y naquit en 1689, et y mourut en 1768. On trouve de lui des *Dissertations sur la Pucelle d'Orléans*, dans l'*Histoire* de cette héroïne par l'abbé *Lenglet*.
POLLUX, *Voyez* CASTOR.
POLLUX, (*Julius*) *Voyez* JULES-POLLUX.
POLO, *Voy*. MARC-PAUL.
POLONUS, *Voy*. VIII. MARTIN de Pologne.
POLOTZKI, (Simon) moine Russe, vivoit sous le czar *Alexis Michaelowitz*, sur la mort duquel il composa en vers russes des *Lamentations* et d'autres ouvrages. Il traduisit aussi les *Pseaumes* dans la même langue; mais ses vers sans mesure et sans agrément, étoient seulement terminés par une rime.
POLTROT DE MERÉ, (Jean) gentilhomme de l'Angoumois, passa sa jeunesse en Espagne. De retour dans son pays, il embrassa la religion Protestante, et devint un de ses plus ardens partisans. Irrité des succès de *François* duc de *Guise*, dont les armes faisoient triompher la religion Catholique, il résolut de l'eter. Après la victoire de Dreux, ce prince étoit allé en 1563 faire le siège d'Orléans, le centre de la faction Protestante. *Poltrot* s'y rendit, et pour mieux cacher son dessein, il alla trouver un ami du duc, et lui dit que renonçant aux erreurs de sa croyance, il venoit combattre sous les drapeaux du défenseur de la véritable Église. Le duc de *Guise* le reçut avec bonté; et ayant égard à la mauvaise fortune de ce jeune homme, il lui donna sa table. *Poltrot* feignant la reconnoissance, ne quittoit plus la personne du duc; et dans une occasion il combattit avec tant de valeur que ce prince redoubla ses bontés pour lui. Le perfide ne cherchoit cependant que l'instant de lui ôter la vie. L'arrivée de la duchesse de *Guise* au camp lui donna le moyen d'exécuter son dessein. On vint avertir le duc qui devoit ce soir—la coucher hors de son quartier. Il se mit en chemin sur la brune, accompagné seulement de deux ou trois gardes. *Poltrot* s'y trouva tout-à-coup; on le vit courir à bride abattue. Quelqu'un lui ayant demandé où il alloit? *Je vais*, dit-il, avertir *Madame la Duchesse de l'arrivée de M. le duc de Guise*. Mais s'arrêtant à quelque distance, il se cacha derrière une haie, et tira de là sur le duc un coup de pistolet dont il mourut six jours après. Le meurtre de cet homme célèbre ayant été accompagné de tant de perfidie, et étant le premier que le fanatisme fit commetre par les Calvinistes, nous avons cru faire plaisir au lecteur d'en détailler les circonstances. L'assassin ayant été arrêté, il avoua à la question: «Qu'il avoit été attiré et induit à cela par la suasion du ministre *Théodore de Bèze*, lequel lui avoit persuadé qu'il seroit le plus heureux de ce monde, s'il vouloit exécuter cette entreprise, parce qu'il ôteroit de ce monde un tyran, ennemi juré du saint Évangile; pour lequel acte il auroit paradis, et s'en iroit avec les bienheureux s'il mouroit pour une si juste querelle. » M. *Senebier* auteur de l'*Histoire Littéraire de Genève*, tâche de justifier *Théodore de Bèze* que le coupable, sur le point de mourir, déchargea, dit-il, de cette ridicule accusation. Quoi qu'il en soit, l'assassin fut condamné par arrêt du parlement à être déchiré avec des tenailles ardentes, tiré à quatre chevaux, et écartelé. Quelques sectaires ne rougirent pas de le comparer à *David* qui tua *Goliath* ennemi du peuple de Dieu, tant leur fanatisme les aveugloit alors. *Voyez* II. GUISE. I. POLUS, célèbre acteur d'Athènes, étoit contemporain de *Périclès*. L'affluence des spectateurs fut si grande lorsqu'il jouoit, qu'il gagnoit un talent par jour; mais il fit le plus généreux usage de sa fortune en la distribuant en bienfaits.
II. POLUS ou POOL, (Renaud) étoit proche parent des rois *Henri VII* et *Edouard IV*. Il fut élevé dans l'université d'Oxford, et parcourut ensuite les plus célèbres académies de l'Europe. Sa probité, son érudition, sa modestie et son désintéressement lui firent des amis illustres, entr'autres *Bembo* et *Sadolet*, qui le regardoient comme un des hommes les plus éloquents de son siècle. *Henri VIII* qui faisoit beaucoup de cas de ses talens, eut pour lui une amitié et une estime distinguée. Mais *Polus* n'ayant pas voulu flatter sa passion pour *Anne de Boulen*, et ayant écrit avec trop peu de ménagement contre son changement de religion, ce prince le persécuta, lui, ses parens et amis, fit mettre à mort sa mère avancée en âge, et mit enfin sa propre tête à prix. Le pape *Paul III* qui l'avoit fait cardinal en 1536, lui donna des gardes. Après la mort de ce pontife, il eut beaucoup de voix pour lui succéder; il fut exclus par la brigue des vieux cardinaux, sans que cette exclusion lui causât des regrets. Après avoir été employé dans diverses légations et avoir présidé au concile de Trente, il retourna en Angleterre sous le règne de la reine *Marie*. Cette princesse le fit archevêque de Cantorbery et préside du conseil royal. L'empereur *Charles-Quint* s'étoit opposé à son retour en Angleterre, craignant qu'il ne s'opposât lui-même au mariage de son fils *Philippe*; mais il ne s'occupa qu'à ramener les Protestans dans le sein de l'Église, à remettre le calme dans l'État, et à rendre la liberté à ceux qui étoient opprimés. Ennemi des violences dans les affaires de religion, il n'employa jamais que la patience et la douceur. (*Voyez* XII. MARIE.) Il vouloit que les pasteurs eussent des entrailles de père pour leurs brebis égarées, et qu'ils regardassent ceux qui étoient dans l'erreur comme des enfans malades, qu'il faut guérir et non pas tuer. Il vouloit qu'on mit de la différence entre un état encore pur où un petit nombre de faux docteurs se glissent, et un royaume dont le clergé et le peu- 118 POL ple sont infectés par l'hérésie. C'est ce que dit l'abbé *Plaquet*, d'après les historiens ecclésiastiques les plus accrédités. Sa mort qui fut fatale et pour la religion et pour le royaume, arriva le 25 novembre 1558, à 59 ans. Tous les auteurs, même les Protestans, donnent de grands éloges à son esprit, à son savoir, à sa prudence, à sa modération, à son désintéressement et à sa charité. On lui avoit appris peu auparavant la nouvelle de la mort de la reine. Il en fut tellement touché, qu'il demanda son crucifix, l'embrassa dévotement et s'écria : *Domine, salva nos, perimus ! Salvator mundi, salva Ecclesiam tuam !* A peine eut-il prononcé ces paroles qu'il tomba dans l'agonie, et mourut quinze heures après, laissant après lui la réputation d'avoir été l'un des plus illustres prélats que l'Angleterre eût produits. Son corps fut porté à Cantorbery, et inhumé dans la chapelle de Saint-Thomas qu'il avoit fait bâtir, avec cette simple Épityphe : *DEPOSITUM CARDINALIS POLI*. On a de lui plusieurs *Traités* : I. Celui de l'*Unité Ecclésiastique*, à Rome, in-fol. Ce livre est contre *Henri VIII*, dont il censure vivement la conduite. Il le compare à *Nabuchodonosor* et exhorte l'empereur à tourner ses armes contre ce prince plutôt que contre le Turc. Il reproche à *Henri* qu'il n'avoit pu trouver en Angleterre que des approbateurs mercenaires. « Votre cause étant appuyée de votre autorité, vous ne pouviez, lui dit-il, manquer de défenseurs. Elle en a trouvé aussi; mais qui sont-ils ? Des docteurs moins sensibles à l'honneur qu'à l'intérêt ; encore ne se sont-ils pas déclarés pour vous si-tôt que vous l'espériez, parce que votre cause avoit été condamnée par toutes les écoles d'Angleterre. Aussi aucune des universités Angloises n'auroit embrassé votre parti sans vos menaces : armes ordinairement plus puissantes que les prières... » II. *Traité sur le pouvoir du Souverain Pontife*, plein de fausses maximes ; Louvain, 1569, in-fol. III. Un autre du *Concile*, composé aussi dans les faux principes de l'Ultramontanisme et imprimé avec le précédent. IV. Un *Recueil des Statuts*, qu'il fit étant légat en Angleterre. V. Une *Lettre à Cramer*, sur la Présence réelle. VI. Un *Discours* contre les faux Évangéliques, adressé à *Charles-Quint*. VII. Plusieurs *Lettres*, Bresse, 1744 et 1748, en 4 vol. in-4°, pour ramener dans le sein de l'Église ceux qui s'en étoient séparés. Ces ouvrages sont savans; mais le style n'en est ni pur, ni élégant. Sa *VIE* a été écrite en italien par *Beccatelli* archevêque de Raguse, et elle a été traduite en latin par *André Dudith* : ils étoient l'un et l'autre secrétaires de cet illustre prélat. Le cardinal *Quirini* a donné aussi sa *Vie* avec ses *Lettres*; mais cette histoire est inférieure à celle que *Thomas Philips* a écrite en anglois. *Voyez* ce mot.
POLUS, (Matthieu) *Voyez* POOL. I. POLYBE, roi de Cosinthe, reçut dans sa cour *Œdipe* au berceau; comme il n'avoit point d'enfant, il l'adopta et lui servit de père. Dans la suite, ayant consulté l'Oracle, il apprit que ses deux filles seroient emportées, l'une par un lion, et l'autre par un sanglier. *Polynice*, couvert d'une peau de lion, vint lui demander du secours contre *Ethéocle* son frère; et *Tydée*, sous la peau d'un sanglier, vint se réfugier chez lui, après le fratricide qu'il avoit commis en la personne de *Ménalippe*. *Polybe* donna ses deux filles en mariage à ces deux princes, et leur habillement le fit souvenir de l'Oracle. Il leur demanda pourquoi ils s'habilloient de la sorte ? Ils lui répondirent que descendant, l'un d'*Hercule* vainqueur des lions, et l'autre d'*Œnée* vainqueur du sanglier de Calydon, ils portoient sur eux les glorieuses marques des exploits de leurs ancêtres.
II. POLYBE, né à Mégapolis ville du Péloponnès dans l'Arcadie, vint au monde vers l'an 203 avant J. C. Son père *Lycortas* s'étoit illustré par la fermeté avec laquelle il soutint les intérêts de la république des Achéens, pendant qu'il la gouvernoit. Il donna à son fils les premières leçons de la politique, et *Philopœmen*, un des plus intrépides capitaines de l'antiquité, fut son maître dans l'art de la guerre. Le jeune *Polybe* se signala dans plusieurs expéditions, pendant la guerre des Romains contre *Persée* roi de Macédoine. Ce monarque ayant été vaincu, il fut du nombre de ces mille Achéens emmenés à Rome pour les punir du zèle avec lequel ils avoient défendu leur liberté. Son esprit et sa valeur l'avoient déjà fait connoître. *Scipion* fils de *Paul-Emile*, et *Fabius*, lui accordèrent leur amitié, et se crurent trop heureux d'être à portée de prendre ses leçons. *Polybe* suivit *Scipion* au siège de Carthagène. Sa patrie étoit réduite en province Romaine; il eut la douleur de la voir en cet état, et la consolation d'adoucir les maux de ses concitoyens par son crédit et de fermer une partie de leurs plaies. Il se trouva ensuite au siège de Numance avec son illustre bienfaiteur, qu'il perdit peu de temps après. Sa mort lui rendit le séjour de Rome insupportable. Il retourna dans sa patrie, où il jouit jusqu'à ses derniers jours de l'estime, de l'amitié et de la reconnaissance de ses concitoyens. Ce grand homme mourut à 82 ans, l'an 121 avant J. C., d'une blessure qu'il se fit en tombant de cheval. Il avoit été élevé dans un grand respect pour les Dieux, qu'il conserva toute sa vie et qui fut l'aliment de ses vertus. De tous ses ouvrages nous ne possédons qu'une partie de son *Histoire Universelle*, qui s'étendoit depuis le commencement des guerres Puniques jusqu'à la fin de celle de Macédoine. Elle fut écrite à Rome, mais en grec. Elle étoit renfermée en 40 livres dont il ne reste que les cinq premiers, qui sont tels que *Polybe* les avoit laissés. Nous avons des fragments assez considérables des douze livres suivans, avec les Ambassades et les Exemples des vertus et des vices, que *Constantin Porphyrogenète* avoit fait extraire de l'Histoire de *Polybe*. On trouve ces extraits dans le Recueil de *Henri de Valois*. *Polybe* est de tous les écrivains de l'antiquité, celui qui est le plus utile pour connoître les grandes opérations de la guerre qui étoient en usage chez les anciens. *Brutus* en faisoit tant de cas qu'il le lisoit au milieu de ses plus grandes affaires. Il en fit un Abrégé pour son usage, lorsqu'il faisoit la guerre à Antoine et à Auguste. Les hommes d'état et les militaires ne sauroient trop le lire; les uns pour y puiser des leçons de politique; et les autres, les préceptes de l'art funeste, mais nécessaire, de la guerre. Cet historien leur plaira plus qu'aux grammairiens et aux gens de goût. S'il raisonne bien, il narre mal, et il dit désagréablement de bonnes choses. Cependant quelques censeurs l'ont traité trop sévèrement. « Denys d'Halicarnasse, dit Bollin, porte de notre historien un jugement qui doit le rendre bien suspect lui-même en matière de critique. Il dit nettement et sans circonlocution, qu'il n'y a point de patience à l'épreuve de la lecture de Polybe. La raison qu'il en apporte, c'est que cet auteur n'entend rien à l'arrangement des mots; c'est-à-dire qu'il auroit voulu trouver dans son Histoire des périodes arrondies, nombreuses, cadencées, telles qu'il les emploie lui-même dans la sienne : ce qui est un défaut essentiel en matière d'histoire. Un style militaire, simple, négligé, se pardonne à un écrivain tel que le nôtre, plus attentif aux choses mêmes qu'aux tours et à la diction. On lui reproche encore ses digressions : elles sont longues et fréquentes, je l'avoue; mais remplies de tant de faits curieux et d'instructions utiles, qu'on doit non-seulement lui pardonner ce défaut, si c'en est un, mais même lui en savoir gré. D'ailleurs il faut se souvenir que Polybe avoit entrepris l'Histoire universelle de son temps, comme il en a donné le titre à son on- vrage; ce qui doit suffire pour justifier ses digressions. » On est surpris que Tite-Live, qui a copié des livres presque tout entiers de Polybe, ne parle de lui que comme d'un écrivain qui n'est pas méprisable, haudquaquàm spernendus auctor. Le chevalier de Folard, qui nous a donné un excellent Commentaire sur cet auteur, en six vol. in-4°, 1727, avec une Traduction par Dom Thuillier, a le même défaut. On y a ajouté en Hollande un 7° vol. La 1re édition de Polybe est de Rome, 1473, in-fol. Les meilleures sont celle de Casabon, in-folio, Paris, 1609; et celle d'Amsterdam, 1670, Cum notis Variorum, 3 vol. in-8.°
POLIBOTÈS, (Mythol.) un des Géans qui voulurent escalader le Ciel. Neptune le voyant fuir au travers des flots de la mer, l'écrasa sous la moitié d'une isle qu'il jeta sur lui.
POLYCARPE, (Saint) évêque de Smyrne, disciple de St. Jean l'Evangéliste, prenoit soin de toutes les églises d'Asie. Il fit un voyage à Rome vers l'an 160 de J. C., pour conférer avec le pape Anicet sur le jour de la célébration de la Pâque: question qui fut agitée depuis avec beaucoup de chaleur sous le pape Victor. Son zèle pour la pureté de la Foi étoit si ardent, que lorsqu'il entendoit proférer quelque erreur, il s'enfuyoit en criant : Ah! grand Dieu, à quel temps m'avez-vous réservé! On dit qu'ayant rencontré Marcion à Rome, cet hérésiarque lui demanda s'il le connoissoit? Oui, répondit le saint évêque saisi d'horreur, je te connois pour le fils aîné de Satan. — Une autre fois ayant vu *Cérinthe* entrer dans un bain : *Fuyons*, s'écria-t-il, *de peur que le bain ne tombe sur nous*. De retour à Smyrne, il fut condamné au feu par le pro-consul, comme il l'avoit prédit; mais les flammes le respectèrent. Le magistrat Romain voulant qu'il maudit Jésus-Christ : *Il y a*, répondit le saint martyr, 86 ans que je le sers, et il ne m'a jamais fait que du bien; comment voulez-vous que je le maudisse? Il accomplit le martyre sur le bûcher, ayant été percé d'un coup d'épée. « C'est ainsi, dit *Baillet*, que mourut *St. Polycarpe*, à l'âge d'environ 95 ans, un samedi, qui est appelé le grand sabbat, et qui pouvoit être le 26 de mars, si c'étoit le samedi de Pâques; mais le 23 février, selon ceux qui mettent sa mort à l'an 166. Les Chrétiens se mettoient en devoir d'emporter son corps que les flammes avoient épargné, lorsque les Juifs s'y opposant firent en sorte qu'on le jetât au milieu du feu pour le réduire en cendre, *de peur*, disoient-ils aux Païens, que les Chrétiens ne l'adorassent au lieu de leur Crucifié. » Son martyre est rapporté d'une manière très-élégante dans la *Lettre* de l'Église de Smyrne aux Églises de Pont. Il ne nous reste de *St. Polycarpe* qu'une seule *Épître*, écrite aux Philippiens. On la trouve dans les anciens *Monumens des Pères* par *Cotelier*; dans les *Varia sacra* par *le Moine*; et avec celles de *St. Ignace* par *Usserius*, Londres, 1644 et 1647, 2 tomes in-4° *St. Pothin* premier évêque de Lyon, et *St. Irénée* son successeur, étoient disciples de cet illustre martyr.
POLYCLÈTE, sculpteur de Sicyone, ville du Péloponnèse, vivoit vers l'an 232 avant J. C., et passe pour avoir porté la sculpture à sa perfection. Les connoisseurs lui donnèrent la première place dans son art, et la seconde à *Phidias*. Il avoit composé une figure qui représentoit un *Garde* des Rois de Perse, où toutes les proportions du corps humain étoient si heureusement observées, qu'on venoit la consulter de tous les côtés comme un parfait modèle; ce qui la fit appeler la *Règle* par tous les connoisseurs. On rapporte que ce sculpteur, voulant prouver au peuple combien ses jugemens sont faux pour l'ordinaire, réforma une statue suivant tous les avis qu'on lui donnoit. Il en composa ensuite une semblable, mais d'après son génie et son goût. Lorsque ces deux morceaux furent mis à côté l'un de l'autre, le premier parut effroyable en comparaison du dernier : *Ce que vous condamnez*, dit alors *Polyclète* au peuple, est votre ouvrage; *ce que vous admirez*, est le mien. On estimoit sur-tout de lui, un *Mercure*, un *Hercule* et un groupe de deux enfans.
POLYCRATE, Tyran de Samos vers l'an 532 avant Jésus-Christ, régna d'abord avec un honneur extraordinaire. *Amasis* roi d'Égypte, son ami et son allié, effrayé d'une prospérité si constante, lui écrivit de se procurer quelque malheur, pour prévenir ceux que la fortune volage pouvoit lui réserver. Le Tyran mit cet avis à profit, et jeta une bague d'un grand prix dans la mer. Quelques jours après, son enisinier la retrouva dans le corps d'un poisson que des pêcheurs lui apportèrent. Le malheur qu'*Amasis* craignoit pour son ami, ne tarda pas d'arriver. *Oronte*, l'un des Satrapes de *Cambise*, et qui commandoit pour lui à Sardes, résolut de s'emparer de Samos. Il attira chez lui le Tyran, sous prétexte de lui céder une partie de ses trésors, afin de le soutenir dans une révolte contre le roi de Perse. L'avide *Polycrate*, amorcé par cette promesse, se rendit à Sardes; mais à peine y fut-il arrivé, qu'*Oronte* le fit mourir en croix, l'an 524 avant Jésus-Christ.
POLYDAMAS, fameux athlète, qui étrangla un lion sur le Mont-Olympe. Il soulevoit, dit-on, avec sa main le taureau le plus furieux, et arrétoit un char à la course, traîné par les plus vigoureux chevaux; mais se fiant trop sur sa force, il fut écrasé sous un rocher qu'il s'étoit vanté de pouvoir soutenir. — Il y eut encore un capitaine Troyen de ce nom, qu'on soupçonna d'avoir livré Troye aux Grecs. Celui-ci étoit fils d'*Antenor* et de *Théante* sœur d'*Hécube*.
POLYDE, médecin fameux dans la Fable, ressuscita *Glaucus*, fils de *Minos*, avec une herbe dont il avoit appris l'usage d'un dragon, qui par son moyen avoit rendu la vie à un autre dragon. Il ne faut pas s'étonner de ce que plusieurs le confondent avec *Esculape*; car dès qu'un médecin se distinguoit dans sa profession, on le comparoit à *Esculape*, et souvent ce nom lui restoit.
POLYDECTE, (Myt.) petit-fils de *Neptune* roi de l'isle de Seri- phe, une des Cyclades, reçut chez lui *Danaé*, qu'on avoit exposée sur la mer, et fit élever *Persée* fils de *Jupiter* et de cette princesse. *Persée* étant devenu grand, *Polydecte* l'engagea à aller combattre les *Gorgones*, et sur-tout *Méduse* la plus redoutable de toutes, afin d'être en liberté avec sa mère. *Persée* lui obéit, et revint victorieux. *Polydecte* ayant traité de fable la victoire qu'il disoit avoir remportée sur *Méduse*, *Persée* indigné de cette insulte, lui en montra la tête et le changea en pierre. I. POLYDORE, (Myt.) fils de *Priam* et d'*Hécube*, fut confié à *Polymnestor*, qui le massacra après la prise de Troye, pour s'emparer des richesses que *Priam* avoit mises en dépôt chez lui en le chargeant de son fils. Le corps de *Polydore* fut jeté dans la mer. *Hécube* abordant en Thrace, reconnut son fils qui flottoit sur les eaux; et dans son désespoir, elle courut au palais de *Polymnestor* et lui arracha les yeux. — *Priam* avoit un autre fils, nommé aussi *POLYDORE*, qui fut tué par *Achille*. — Il y eut encore deux princes de ce nom: l'un fils de *Cadmus*, et l'autre fils d'*Hippomédon*.
II. POLYDORE-VIRGILE, né à Urbin en Italie, passa en Angleterre à la suite du cardinal *Corneto*, légat, pour y recevoir le denier de Saint-Pierre, tribut qu'on payoit alors au saint Siège. *Henri VIII*, charmé de son esprit, l'y arrêta, et lui procura l'archidiaconé de Wels. Le climat froid d'Angleterre étant contraire à sa santé, joint au ressentiment qu'il eut d'avoir été emprisonné un an entier par ordre du car- dinal *Wolsey*, qui se vengea sur lui de ce que *Corneto* avoit sollicité l'archevêché d'Yorck; ce double motif lui fit aller chercher un air plus chaud et des hommes plus tolérans en Italie. Il mourut en 1555, après avoir publié plusieurs ouvrages purement écrits en latin. Les principaux sont : I. Une *Histoire d'Angleterre*, qu'il dédia à *Heuri VIII*, et qui va jusqu'à la fin du règne d'*Heuri VII*. On en a une édition publiée à Basle en 1534, in-fol. Cet historien narre assez bien; mais il est quelquefois peu exact, et souvent superficiel. Elevé sous une domination étrangère, il n'a pas assez connu l'état des affaires d'Angleterre, ni la police de ce royaume. II. *De Inventoribus rerum*, en huit livres, Amsterdam, 1671, in-12. La masse des connoissances étoit alors trop peu étendue, pour que cet ouvrage remplit parfaitement son objet. D'ailleurs *Polydore-Virgile* a mis peu d'exactitude dans ses recherches; ce qui a donné lieu à ce distique latin :
VIRGILII duo sunt, alter Maro, tu Polydore Alter; tu mendax, ille poëta fuit.
III. Un *Traité des Prodiges*, Basle, 1534, in-fol.; peu judicieux. IV. Des *Corrections sur Gildas*. V. Un *Recueil d'Adages* ou de *Proverbes*.
POLYDORE, *Voy. POLYDORE-CALDARA*.
POLYEN, (*Polyænus*) écrivain de Macédoine, s'est fait un nom célèbre par un *Recueil de Stratagèmes*, qu'il dédia aux empereurs *Antonin* et *Verus*, dans le temps qu'ils faisoient la guerre aux Parties. On a plusieurs édi- tions de cet ouvrage en grec et en latin. La meilleure est celle de *Masvicius*, in-8°, 1691 avec des notes. Ce livre a été traduit en françois sous ce titre: *Les Ruses de Guerre de Polyen* 1739, en 2 vol. in-12, par D. *Lobineau*.
POLYEUCTE, célèbre martyr de Mélitine en Arménie, dans le troisième siècle. *Néarque* son ami écrivit les actes de son martyre. Comme son histoire est célèbre parmi nous, il faut dire quelque chose des principales circonstances qu'elle renferme. *Polyeucte* converti à la foi par son ami *Néarque*, montra la plus grande ardeur pour le martyre. Il surmonta tous les obstacles que lui opposèrent sa femme, son fils et son beau-père. Après cette première victoire, celle qu'il remporta sur les supplices ne lui coûta guère. Il fut martyrisé l'an 257, sous l'empereur *Valérien*. L'opinion qui s'établit à Constantinople que *St. Polyeucte* étoit le vengeur des parjures, rendit son culte fort célèbre. Les personnes soupçonnées de vol étoient menées à l'église, où elles avouoient leur crime par la crainte du pouvoir que le saint avoit de les punir, si elles blessoient la vérité. En France même, nos rois de la première race confirmoient leurs traités par son nom, et le prenoient avec *St. Hilaire* et *St. Martin* pour juge et pour vengeur de celui qui le premier romproit le traité. *St. Polieucte* est le sujet d'une des plus belles tragédies de *P. Corneille*.
POLYGNOTE, peintre Grec de Thèse, isle septentrionale de la Mer Egée, étoit fils et disciple d'*Aglaophon*. Il se rendit célèbre La plus amé recluse de manaban la plus mo estelle de M. Corne a voignere conqu'il de de man man man man man par les peintures dont il orna un portique d'Athènes. Ses tableaux formoient une suite qui renfermoit les principaux événements de Troye; ils étoient précieux par les graces et sur-tout par l'expression que ce peintre sut donner à ses figures. C'étoit la partie qu'il possédoit le plus, et c'est celle qu'il avoit perfectionnée. Le premier, il ouvrit la bouche à ses personnages, et y figura des dents. On voulut reconnoître ses peines par un prix considérable, mais il le refusa généreusement. Cette conduite lui attira de la part des Amphictyons qui composoient le conseil de la Grece, un décret solennel pour le remercier. Il fut en même temps ordonné que, dans toutes les villes où cet artiste célèbre passeroit, il seroit logé et défrayé aux dépens du public. *Polygnote* florissoit vers l'an 422 avant J. C. *Voy.* II. CAYLUS.
POLYGONE, (Mythol.) fils de *Prothée*. Son frère *Télégone* et lui furent tués par *Hercule*, qu'ils avoient osé provoquer à la lutte.